,au lecteur ,cette version lectronique reproduit dans son intgralit la version originale4 ,la partie crite en vieux franais est suivie par la traduction en franais moderne4 ,l'orthographe a t conserve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la liste des modifications se trouve la fin du texte4 ,les corrections indiques par les ,,errata ont t prises en compte4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections mineures4 ,les mots en gras dans l'original sont entours par des 4 ,,essais ,,de ,,montaigne 7,self-dition 997 ,,texte ,,original1 ,,accompagn ,,de ,,la ,,traduction ,,en ,,langage ,,de ,,nos ,,jours1 ,,par le ,gal ,,michaud ,,troisi,,me ,,volume ,illustration ,,paris ,,librairie ,,firmin-,,didot ,,et ,,cie1 ,,diteurs #ef1 rue ,jacob1 #ef #aijg 99 dition se suffisant elle-mme4 ,,essais ,,de ,,montaigne ,cet ouvrage se compose de quatre volumes1 comprenant3 #a;er ,,volume4--,avertissement1 table gnrale des chapitres1 texte et traduction du commencement au chapitre #f inclus du livre ,,ii4 #b;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #g inclus du livre ,,ii au chapitre #ce inclus de ce mme livre4 #c;e ,,volume4--,texte et traduction du chapitre #cf du livre ,,ii jusqu' la fin4 #d;e ,,volume 994--,notice sur ,montaigne1 etc42 sommaire des ,essais1 variantes1 notes1 lexique1 etc4 ,,illustrations3 #a;er vol4--,portrait de l'auteur1 armoiries et signature4 #b;e vol4--,plan du domaine et perspective du manoir de ,montaigne4 #c;e vol4--,vue de la tour de ,montaigne et plan des tages4 #d;e vol4--,fac-simil d'une page du manuscrit de ,bordeaux4 ,voir sur ces illustrations1 la notice insre cet effet au quatrime volume1 en tte des ,notes4 99 ,ce volume1 indpendant des autres1 est susceptible par sa contexture d'tre aisment utilis avec n'importe quelle dition des ,essais ancienne ou moderne1 moyennant un simple tableau de concordance de pagination facile tablir soi-mme4 ,illustration3 ,,cache ,,ta ,,vie ,illustration3 ,,planche ,,iii ,tour de ,montaigne4 7,vue de l'extrieur47 ,tour de ,montaigne4 7,vue de l'intrieur47 ,l,,gende4--,rez-de-chausse3 a1 #are entre2 b1 petite cour d'entre2 c1 #b;e entre2 ,a1 chapelle2 1 autel4--#a;er tage3 ,b1 chambre de ,montaigne2 o1 ouverture donnant vue sur l'autel2 e1 cabinet4--#b;e tage3 ,c1 librairie ou bibliothque2 i1 cabinet4 ,,essais ,,de ,,michel ,,seignevr ,,de ,,montaigne ,,ci ,i ,,xcv ,,texte ,,et ,,traduction 7,,suite ,,et ,,fin7 ,,livre ,,second4 7,,original7 7,suite47 ,,chapitre ,,xxxvi4 ,des plus excellens hommes4 ,,si on me demandoit le choix de tous les hommes qui sont venus ma cognoissance1 il me semble en trouuer trois excellens au dessus de tous les autres4 ,l'vn ,homere2 non pas qu',aristote ou ,varro1 pour exemple1 ne fussent l'aduenture aussi sauans que luy2 ny possible encore qu'en son art mesme1 ,virgile ne luy soit comparable4 ,ie le laisse iuger ceux1 qui les cognoissent tous deux4 ,moy qui n'en cognoy que l'vn1 puis seulement dire cela1 selon ma porte1 que ie ne croy pas que les ,muses mesmes allassent au del du ,romain4 ,tale facit carmen docta testudine1 quale ,cynthius impositis temperat articulis4 ,toutesfois en ce iugement1 encore ne faudroit il pas oublier1 que c'est principalement d',homere que ,virgile tient sa suffisance1 que c'est son guide1 et maistre d'escole2 et qu'vn seul traict de l',iliade1 a fourny de corps et de matiere1 cette grande et diuine ,eneide4 ,ce n'est pas ainsi que ie compte3 i'y mesle plusieurs autres circonstances1 qui me rendent ce personnage admirable1 quasi au dessus de l'humaine condition4 ,et la verit1 ie m'estonne souuent1 que luy qui a produit1 et mis en credit au monde plusieurs deitez1 par son auctorit1 n'a gaign reng de ,dieu luy mesme4 ,estant aueugle1 indigent2 estant auant que les sciences fussent rediges en regle1 et obseruations certaines1 il les a tant cognues1 que tous ceux qui se sont meslez depuis d'establir des polices1 de conduire guerres1 et d'escrire ou de la religion1 ou de la philosophie1 en quelque secte que ce soit1 ou des arts1 se sont seruis de luy1 comme d'vn maistre tres-parfaict en la cognoissance de toutes choses4 ,et de ses liures1 comme d'vne pepiniere de toute espece de suffisance1 ,qui quid sit pulchrum1 quid turpe1 quid vtile1 quid non1 ,plenius ac melius ,chrysippo ac ,crantore dicit3 ,et comme dit l'autre1 ,a quo1 ceu fonte perenni1 ,vatum ,pieriis labra rigantur aquis4 ,et l'autre1 ,adde ,heliconiadum comites1 quorum vnus ,homerus ,astra potitus4 ,et l'autre1 ,cuisque ex ore profuso ,omnis posteritas latices in carmina duxit1 ,amnmque in tenues ausa est deducere riuos1 ,vnius fcunda bonis4 ,c'est contre l'ordre de ,nature1 qu'il a faict la plus excellente production qui puisse estre3 car la naissance ordinaire des choses1 elle est imparfaicte3 elles s'augmentent1 se fortifient par l'accroissance4 ,l'enfance de la posie1 et de plusieurs autres sciences1 il l'a rendue meure1 parfaicte1 et accomplie4 ,a cette cause le peut on nommer le premier et dernier des potes1 suyuant ce beau tesmoignage que l'antiquit nous a laiss de luy1 que n'ayant eu nul qu'il peust imiter auant luy1 il n'a eu nul apres luy qui le peust imiter4 ,ses parolles1 selon ,aristote1 sont les seules parolles1 qui ayent mouuement et action3 ce sont les seuls mots substantiels4 ,alexandre le grand ayant rencontr parmy les despoulles de ,darius1 vn riche coffret1 ordonna qu'on le luy reseruast pour y loger son ,homere3 disant1 que c'estoit le meilleur et plus fidelle conseiller qu'il eust en ses affaires militaires4 ,pour cette mesme raison disoit ,cleomenes fils d',anaxandridas1 que c'estoit le ,pote des ,lacedemoniens1 par ce qu'il estoit tres-bon maistre de la discipline guerriere4 ,cette loange singuliere et particuliere luy est aussi demeure au iugement de ,plutarque1 que c'est le seul autheur du monde1 qui n'a iamais soul ne dgoust les hommes1 se montrant aux lecteurs tousiours tout autre1 et fleurissant tousiours en nouuelle grace4 ,ce folastre d',alcibiades1 ayant demand vn1 qui faisoit profession des lettres1 vn liure d',homere1 luy donna vn soufflet1 par ce qu'il n'en auoit point3 comme qui trouueroit vn de nos prestres sans breuiaire4 ,xenophanes se pleignoit vn iour ,hieron1 tyran de ,syracuse1 de ce qu'il estoit si pauure1 qu'il n'auoit dequoy nourrir deux seruiteurs3 ,et quoy1 luy respondit-il1 ,homere qui estoit beaucoup plus pauure que toy1 en nourrit bien plus de dix mille1 tout mort qu'il est4 ,que n'estoit ce dire1 ,pantius1 quand il nommoit ,platon l',homere des philosophes8 ,outre cela1 quelle gloire se peut comparer la sienne8 ,il n'est rien qui viue en la bouche des hommes1 comme son nom et ses ouurages3 rien si cogneu1 et si reeu que ,troye1 ,helene1 et ses guerres1 qui ne furent l'aduenture iamais4 ,nos enfans s'appellent encore des noms qu'il forgea1 il y a plus de trois mille ans4 ,qui ne cognoist ,hector1 et ,achilles8 ,non seulement aucunes races particulieres1 mais la plus part des nations1 cherchent origine en ses inuentions4 ,mahumet second de ce nom1 ,empereur des ,turcs1 escriuant nostre ,pape ,pie second3 ,ie m'estonne1 dit-il1 comment les ,italiens se bandent contre moy1 attendu que nous auons nostre origine commune des ,troyens3 et que i'ay comme eux interest de venger le sang d',hector sur les ,grecs1 lesquels ils vont fauorisant contre moy4 ,n'est-ce pas vne noble farce1 de laquelle les ,roys1 les choses publiques1 et les ,empereurs1 vont ioant leur personnage tant de siecles1 et laquelle tout ce grand vniuers sert de theatre8 ,sept villes ,grecques entrerent en debat du lieu de sa naissance1 tant son obscurit mesmes luy apporta d'honneur3 ,smyrna1 ,rhodos1 ,colophon1 ,salamis1 ,chios1 ,argos1 ,athen4 ,l'autre1 ,alexandre le grand4 ,car qui considerera l'aage qu'il commena ses entreprises3 le peu de moyen auec lequel il fit vn si glorieux dessein3 l'authorit qu'il gaigna en cette sienne enfance1 parmy les plus grands et experimentez capitaines du monde1 desquels il estoit suyui3 la faueur extraordinaire1 dequoy ,fortune embrassa1 et fauorisa tant de siens exploits hazardeux1 et peu que ie ne die temeraires3 ,impellens quicquid sibi summa petenti ,obstaret1 gaudnsque viam fecisse ruina3 cette grandeur1 d'auoir l'aage de trente trois ans1 pass victorieux toute la terre habitable1 et en vne demie vie auoir atteint tout l'effort de l'humaine nature3 si que vous ne pouuez imaginer sa dure legitime1 et la continuation de son accroissance1 en vertu et en fortune1 iusques vn iuste terme d'aage1 que vous n'imaginiez quelque chose au dessus de l'homme3 d'auoir faict naistre de ses soldats tant de branches ,royales3 laissant apres sa mort le monde en partage quatre successeurs1 simples capitaines de son arme1 desquels les descendans ont depuis si long temps dur1 maintenans cette grande possession3 tant d'excellentes vertus qui estoient en luy1 iustice1 temprance1 liberalit1 foy en ses paroles1 amour enuers les siens1 humanit enuers les vaincus3 car ses murs semblent la verit n'auoir aucun iuste reproche3 ouy bien aucunes de ses actions particulieres1 rares1 et extraordinaires4 ,mais il est impossible de conduire si grands mouuemens1 auec les regles de la iustice4 ,telles gens veulent estre iugez en gros1 par la maistresse fin de leurs actions4 ,la ruyne de ,thebes1 le meurtre de ,menander1 et du medecin d',ephestion3 de tant de prisonniers ,persiens vn coup1 d'vne trouppe de soldats ,indiens non sans interest de sa parolle1 des ,cosseens iusques aux petits enfans3 sont saillies vn peu mal excusables4 ,car quant ,clytus1 la faute en fut amende outre son poix3 et tesmoigne cette action autant que toute autre1 la debonnairet de sa complexion1 et que c'estoit de soy vne complexion excellemment forme la bont1 et a est ingenieusement dict de luy1 qu'il auoit de la ,nature ses vertus1 de la ,fortune ses vices4 ,quant ce qu'il estoit vn peu vanteur1 vn peu trop impatient d'ouyr mesdire de soy1 et quant ses mangeoires1 armes1 et mors1 qu'il fit semer aux ,indes3 toutes ces choses me semblent pouuoir estre condones son aage1 et l'estrange prosperit de sa fortune4 ,qui considerera quand et quand1 tant de vertus militaires1 diligence1 pouruoyance1 patience1 discipline1 subtilit1 magnanimit1 resolution1 bonheur1 en quoy1 quand l'authorit d',hannibal ne nous l'auroit appris1 il a est le premier des hommes3 les rares beautez et conditions de sa personne1 iusques au miracle3 ce port1 et ce venerable maintien1 soubs vn visage si ieune1 vermeil1 et flamboyant3 ,qualis1 vbi ,oceani perfusus ,lucifer vnda1 ,quem ,venus ante alios astrorum diligit ignes1 ,extulit os sacrum clo1 tenebrsque resoluit3 l'excellence de son sauoir et capacit3 la dure et grandeur de sa gloire1 pure1 nette1 exempte de tache et d'enuie3 et qu'encore long temps apres sa mort1 ce fust vne religieuse croyance1 d'estimer que ses medailles portassent bon-heur ceux qui les auoyent sur eux3 et que plus de ,roys1 et ,princes ont escrit ses gestes1 qu'autres historiens n'ont escrit les gestes d'autre ,roy ou ,prince que ce soit3 et qu'encores present1 les ,mahumetans1 qui mesprisent toutes autres histoires1 reoiuent et honnorent la sienne seule par special priuilege3 il confessera1 tout cela mis ensemble1 que i'ay eu raison de le preferer ,csar mesme1 qui seul m'a peu mettre en doubte du choix4 ,et il ne se peut nier1 qu'il n'y aye plus du sien en ses exploits1 plus de la ,fortune en ceux d',alexandre4 ,ils ont eu plusieurs choses esgales1 et ,csar l'aduenture aucunes plus grandes4 ,ce furent deux feux1 ou deux torrens1 rauager le monde par diuers endroits4 ,et velut immissi diuersis partibus ignes ,arentem in siluam1 et virgulta sonantia lauro3 ,aut vbi decursu rapido de montibus altis ,dant sonitum spumosi amnes1 et in quora currunt1 ,quisque suum populatus iter4 ,mais quand l'ambition de ,csar auroit de soy plus de moderation1 elle a tant de mal'heur1 ayant rencontr ce vilain subiect de la ruyne de son pays1 et de l'empirement vniuersel du monde1 que toutes pieces ramasses et mises en la balance1 ie ne puis que ie ne panche du cost d',alexandre4 ,le tiers1 et le plus excellent1 mon gr1 c'est ,epaminondas4 ,de gloire1 il n'en a pas beaucoup pres tant que d'autres 7aussi n'est-ce pas vne piece de la substance de la chose17 de resolution et de vaillance1 non pas de celle qui est esguise par ambition1 mais de celle que la sapience et la raison peuuent planter en vne ame bien regle1 il en auoit tout ce qui s'en peut imaginer4 ,de preuue de cette sienne vertu1 il en a faict autant1 mon aduis1 qu',alexandre mesme1 et que ,csar3 car encore que ses exploits de guerre1 ne soyent ny si frequens1 ny si enflez1 ils ne laissent pas pourtant1 les bien considerer et toutes leurs circonstances1 d'estre aussi poisants et roides1 et portant autant de tesmoignage de hardiesse et de suffisance militaire4 ,les ,grecs luy ont faict cet honneur1 sans contredit1 de le nommer le premier homme d'entre eux3 mais estre le premier de la ,grece1 c'est facilement estre le prime du monde4 ,quant son sauoir et suffisance1 ce iugement ancien nous en est rest1 que iamais homme ne sceut tant1 et parla si peu que luy4 ,car il estoit ,pythagorique de secte4 ,et ce qu'il parla1 nul ne parla iamais mieux3 excellent orateur et tres persuasif4 ,mais quant ses murs et conscience1 il a de bien loing surpass tous ceux1 qui se sont iamais meslez de manier affaires3 car en cette partie1 qui doit estre principalement considere1 qui seule marque veritablement1 quels nous sommes3 et laquelle ie contrepoise seule toutes les autres ensemble1 il ne cede aucun philosophe1 non pas ,socrates mesmes4 ,en cestuy-cy l'innocence est vne qualit1 propre1 maistresse1 constante1 vniforme1 incorruptible4 ,au parangon de laquelle1 elle paroist en ,alexandre subalterne1 incertaine1 bigarre1 molle1 et fortuite4 ,l'anciennet iugea1 qu' esplucher par le menu touts les autres grands capitaines1 il se trouue en chascun quelque speciale qualit1 qui le rend illustre4 ,en cestuy-cy seul1 c'est vne vertu et suffisance pleine par tout1 et pareille3 qui en touts les offices de la vie humaine ne laisse rien desirer de soy3 soit en occupation publique ou priue1 ou paisible1 ou guerriere3 soit viure soit mourir grandement et glorieusement4 ,ie ne cognoy nulle ny forme ny fortune d'homme1 que ie regarde auec tant d'honneur et d'amour4 ,il est bien vray1 que son obstination la pauuret1 ie la trouue aucunement scrupuleuse3 comme elle est peinte par ses meilleurs amis4 ,et cette seule action1 haute pourtant et tres digne d'admiration1 ie la sens vn peu aigrette1 pour par souhait mesme en la forme qu'elle estoit en luy1 m'en desirer l'imitation4 ,le seul ,scipion mylian1 qui luy donneroit vne fin aussi fiere et magnifique1 et la cognoissance des sciences autant profonde et vniuerselle1 se pourroit mettre l'encontre l'autre plat de la balance4 ,o quel desplaisir le temps m'a faict1 d'oster de nos yeux poinct nomm1 des premieres1 la couple de vies iustement la plus noble1 qui fust en ,plutarque1 de ces deux personnages3 par le commun consentement du monde1 l'vn le premier des ,grecs1 l'autre des ,romains6 ,quelle matiere1 quelle uurier6 ,pour vn homme non saint1 mais que nous disons1 galant homme1 de murs ciuiles et communes3 d'vne hauteur modere3 la plus riche vie1 que ie sache1 estre vescue entre les viuants1 comme on dit3 et estoffe de plus de riches parties et desirables1 c'est1 tout consider1 celle d',alcibiades mon gr4 ,mais quant ,epaminondas1 pour exemple d'vne excessiue bont1 ie veux adiouster icy aucunes de ses opinions4 ,le plus doux contentement qu'il eut en toute sa vie1 il tesmoigna que c'estoit le plaisir qu'il auoit donn son pere1 et sa mere1 de sa victoire de ,leuctres3 il couche de beaucoup1 preferant leur plaisir1 au sien si iuste et si plein d'vne tant glorieuse action4 ,il ne pensoit pas qu'il fust loisible pour recouurer mesmes la libert de son pays1 de tuer vn homme sans cognoissance de cause4 ,voyla pourquoy il fut si froid l'entreprise de ,pelopidas son compaignon1 pour la deliurance de ,thebes4 ,il tenoit aussi1 qu'en vne bataille il falloit fuyr la rencontre d'vn amy1 qui fust au party contraire1 et l'espargner4 ,et son humanit l'endroit des ennemis mesmes1 l'ayant mis en soupon enuers les ,botiens1 de ce qu'apres auoir miraculeusement forc les ,lacedemoniens de luy ouurir le pas1 qu'ils auoyent entreprins de garder l'entre de la ,more pres de ,corinthe1 il s'estoit content de leur auoir pass sur le ventre1 sans les poursuyure toute outrance3 il fut depos de l'estat de ,capitaine general4 ,tres honorablement pour vne telle cause3 et pour la honte que ce leur fut d'auoir par necessit le remonter tantost apres en son degr1 et recognoistre1 combien dependoit de luy leur gloire et leur salut3 la victoire le suyuant comme son ombre par tout o il guidast1 la prosperit de son pays mourut aussi luy mort1 comme elle estoit ne par luy4 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,de la ressemblance des enfans aux peres4 ,,ce fagotage de tant de diuerses pieces1 se faict en cette condition1 que ie n'y mets la main1 que lors qu'vne trop lasche oysiuet me presse1 et non ailleurs que chez moy4 ,ainsin il s'est basty diuerses poses et interualles1 comme les occasions me detiennent ailleurs par fois plusieurs moys4 ,au demeurant1 ie ne corrige point mes premieres imaginations par les secondes1 ouy l'auenture quelque mot3 mais pour diuersifier1 non pour oster4 ,ie veux representer le progrez de mes humeurs1 et qu'on voye chasque piece en sa naissance4 ,ie prendrois plaisir d'auoir commenc plustost1 et recognoistre le train de mes mutations4 ,vn valet qui me seruoit les escrire soubs moy1 pensa faire vn grand butin de m'en desrober plusieurs pieces choisies sa poste4 ,cela me console1 qu'il n'y fera pas plus de gain1 que i'y ay fait de perte4 ,ie me suis enuieilly de sept ou huict ans depuis que ie commenay4 ,ce n'a pas est sans quelque nouuel acquest4 ,i'y ay pratiqu la colique1 par la liberalit des ans3 leur commerce et longue conuersation1 ne se passe aysment sans quelque tel fruit4 ,ie voudroy bien1 de plusieurs autres presens1 qu'ils ont faire1 ceux qui les hantent long temps1 qu'ils en eussent choisi quelqu'vn qui m'eust est plus acceptable3 car ils ne m'en eussent seu faire1 que i'eusse en plus grande horreur1 des mon enfance4 ,c'estoit poinct nomm1 de tous les accidens de la vieillesse1 celuy que ie craignois le plus4 ,i'auoy pens mainte-fois part moy1 que i'alloy trop auant3 et qu' faire vn si long chemin1 ie ne faudroy pas de m'engager en fin1 en quelque malplaisant rencontre4 ,ie sentois et protestois assez1 qu'il estoit heure de partir1 et qu'il falloit trencher la vie dans le vif1 et dans le sein1 suyuant la regle des chirurgiens1 quand ils ont coupper quelque membre4 ,qu' celuy1 qui ne la rendoit temps1 ,nature auoit accoustum de faire payer de bien rudes vsures4 ,il s'en faloit tant1 que i'en fusse prest lors1 qu'en dix-huict mois ou enuiron qu'il y a que ie suis en ce malplaisant estat1 i'ay desia appris m'y accommoder4 ,i'entre desia en composition de ce viure coliqueux3 i'y trouue dequoy me consoler1 et dequoy esperer4 ,tant les hommes sont accoquinez leur estre miserable1 qu'il n'est si rude condition qu'ils n'acceptent pour s'y conseruer4 ,oyez ,mcenas4 ,debilem facito manu1 ,debilem pede1 coxa1 ,lubricos quate dentes3 ,vita dum superest1 bene est4 ,et couuroit ,tamburlan d'vne sotte humanit1 la cruaut fantastique qu'il exeroit contre les ladres1 en faisant mettre mort autant qu'il en venoit sa coignoissance1 pour1 disoit-il1 les deliurer de la vie qu'ils viuoient si penible4 ,car il n'y auoit nul d'eux1 qui n'eust mieux aym estre trois fois ladre1 que de n'estre pas4 ,et ,antisthenes le ,stocien1 estant fort malade1 et s'escriant3 ,qui me deliurera de ces maux8 ,diogenes1 qui l'estoit venu veoir1 luy presentant vn couteau3 ,cestuy-cy1 si tu veux1 bien tost3 ,ie ne dy pas de la vie1 repliqua il1 ie dy des maux4 ,les souffrances qui me touchent simplement par l'ame1 m'affligent beaucoup moins qu'elles ne font la pluspart des autres hommes3 partie par iugement3 car le monde estime plusieurs choses horribles1 ou euitables au prix de la vie1 qui me sont peu pres indifferentes3 partie1 par vne complexion stupide et insensible1 que i'ay aux accidents qui ne donnent moy de droit fil3 laquelle complexion i'estime l'vne des meilleures pieces de ma naturelle condition4 ,mais les souffrances vrayment essentielles et corporelles1 ie les gouste bien vifuement4 ,si est-ce pourtant1 que les preuoyant autrefois d'vne veu foible1 delicate1 et amollie par la iouyssance de cette longue et heureuse sant et repos1 que ,dieu m'a prest1 la meilleure part de mon aage3 ie les auoy couceus par imagination1 si insupportables1 qu' la verit i'en auois plus de peur1 que ie n'y ay trouu de mal4 ,par o i'augmente tousiours cette creance1 que la pluspart des facultez de nostre ame1 comme nous les employons1 troublent plus le repos de la vie1 qu'elles n'y seruent4 ,ie suis aux prises auec la pire de toutes les maladies1 la plus soudaine1 la plus douloureuse1 la plus mortelle1 et la plus irremediable4 ,i'en ay desia essay cinq ou six bien longs accez et penibles3 toutesfois ou ie me flatte1 ou encores y a-t-il en cet estat1 dequoy se soustenir1 qui a l'ame descharge de la crainte de la mort1 et descharge des menasses1 conclusions et consequences1 dequoy la medecine nous enteste4 ,mais l'effect mesme de la douleur1 n'a pas cette aigreur si aspre et si poignante1 qu'vn homme rassis en doiue entrer en rage et en desespoir4 ,i'ay aumoins ce profit de la cholique1 que ce que ie n'auoy encore peu sur moy1 pour me concilier du tout1 et m'accointer la mort1 elle le parfera3 car d'autant plus elle me pressera1 et importunera1 d'autant moins me sera la mort craindre4 ,i'auoy desia gaign cela1 de ne tenir la vie1 que par la vie seulement3 elle desnoura encore cette intelligence4 ,et ,dieu vueille qu'en fin1 si son aspret vient surmonter mes forces1 elle ne me reiette l'autre extremit non moins vitieuse1 d'aymer et desirer mourir4 ,summum nec metuas diem1 nec optes4 ,ce sont deux passions craindre1 mais l'vne a son remede bien plus prest que l'autre4 ,au demeurant1 i'ay tousiours trouu ce precepte ceremonieux1 qui ordonne si exactement de tenir bonne contenance et vn maintien desdaigneux1 et pos1 la souffrance des maux4 ,pourquoy la philosophie1 qui ne regarde que le vif1 et les effects1 se va elle amusant ces apparences externes8 ,qu'elle laisse ce soing aux farceurs et maistres de rhetorique1 qui font tant d'estat de nos gestes4 ,qu'elle condone hardiment au mal1 cette laschet voyelle1 si elle n'est ny cordiale1 ny stomacale3 et preste ses pleintes volontaires au genre des souspirs1 sanglots1 palpitations1 pallissements1 que ,nature a mis hors de nostre puissance4 ,pourueu que le courage soit sans effroy1 les parolles sans desespoir1 qu'elle se contente4 ,qu'importe que nous tordions nos bras1 pourueu que nous ne tordions nos penses8 elle nous dresse pour nous1 non pour autruy1 pour estre1 non pour sembler4 ,qu'elle s'arreste gouuerner nostre entendement1 qu'elle a pris instruire4 ,qu'aux efforts de la cholique1 elle maintienne l'ame capable de se recognoistre1 de suyure son train accoustum3 combatant la douleur et la soustenant1 non se prosternant honteusement ses pieds3 esmeu et eschauffe du combat1 non abatue et renuerse3 capable d'entretien et d'autre occupation1 iusques certaine mesure4 ,en accidents si extremes1 c'est cruaut de requerir de nous vne dmarche si compose4 ,si nous auons beau ieu1 c'est peu que nous ayons mauuaise mine4 ,si le corps se soulage en se plaignant1 qu'il le face2 si l'agitation luy plaist1 qu'il se tourneboule et tracasse sa fantasie3 s'il luy semble que le mal s'euapore aucunement 7comme aucuns medecins disent que cela aide la deliurance des femmes enceintes7 pour pousser hors la voix auec plus grande violence3 ou s'il en amuse son tourment1 qu'il crie tout faict4 ,ne commandons point cette voix1 qu'elle aille1 mais permettons le luy4 ,epicurus ne pardonne pas seulement son sage de crier aux tourments1 mais il le luy conseille4 ,pugiles etiam quum feriunt1 in iactandis cstibus ingemiscunt1 quia profundenda voce omne corpus intenditur1 venitque plaga vehementior4 ,nous auons assez de travail du mal1 sans nous trauailler ces regles superflues4 ,ce que ie dis pour excuser ceux1 qu'on voit ordinairement se tempester1 aux secousses et assaux de cette maladie3 car pour moy1 ie l'ay passe iusques cette heure auec vn peu meilleure contenance et me contente de gemir sans brailler4 ,non pourtant que ie me mette en peine1 pour maintenir cette decence exterieure3 car ie fay peu de compte d'vn tel aduantage4 ,ie preste en cela au mal autant qu'il veut3 mais ou mes douleurs ne sont pas si excessiues1 ou i'y apporte plus de fermet que le commun4 ,ie me plains1 ,ie me despite1 quand les aigres pointures me pressent1 mais ie n'en viens point au desespoir1 comme celuy l3 ,eiulatu1 questu1 gemitu1 fremitibus ,resonando multum flebiles voces refert4 ,ie me taste au plus espais du mal3 et ay tousiours trouu que i'estoy capable de dire1 de penser1 de respondre aussi sainement qu'en vne autre heure1 mais non si constamment3 la douleur me troublant et destournant4 ,quand on me tient le plus atterr1 et que les assistans m'espargnent1 i'essaye souuent mes forces et leur entame moy-mesme des propos les plus esloignez de mon estat4 ,ie puis tout par vn soudain effort3 mais ostez en la dure4 ,o que n'ay ie la facult de ce songeur de ,cicero1 qui1 songeant embrasser vne garse1 trouua qu'il s'estoit descharg de sa pierre emmy ses draps6 ,les miennes me desgarsent estrangement4 ,aux interualles de cette douleur excessiue lors que mes vreteres languissent sans me ronger1 ie me remets soudain en ma forme ordinaire3 d'autant que mon ame ne prend autre alarme1 que la sensible et corporelle4 ,ce que ie doy certainement au soing que i'ay eu me preparer par discours tels accidens3 ,laborum ,nulla mihi noua nunc facies inopinque surgit2 ,omnia prcepi1 atque animo mecum ant peregi4 ,ie suis essay pourtant vn peu bien rudement pour vn apprenti1 et d'vn changement bien soudain et bien rude3 estant cheu tout coup1 d'vne tres-douce condition de vie1 et tres-heureuse1 la plus douloureuse1 et penible1 qui se puisse imaginer4 ,car outre ce que c'est vne maladie bien fort craindre d'elle mesme1 elle fait en moy ses commencemens beaucoup plus aspres et difficiles qu'elle n'a accoustum4 ,les accs me reprennent si souuent1 que ie ne sens quasi plus d'entiere sant3 ie maintien toutesfois1 iusques cette heure1 mon esprit en telle assiette1 que pourueu que i'y puisse apporter de la constance1 ie me treuue en assez meilleure condition de vie1 que mille autres1 qui n'ont ny fiure1 ny mal1 que celuy qu'ils se donnent eux mesmes1 par la faute de leurs discours4 ,il est certaine faon d'humilit subtile1 qui naist de la presomption3 comme ceste-cy3 ,que nous recognoissons nostre ignorance1 en plusieurs choses1 et sommes si courtois d'auoer1 qu'il y ait s ouurages de ,nature1 aucunes qualitez et conditions1 qui nous sont imperceptibles1 et desquelles nostre suffisance ne peut descouurir les moyens et les causes4 ,par cette honneste et conscientieuse declaration1 nous esperons gaigner qu'on nous croira aussi de celles1 que nous dirons1 entendre4 ,nous n'auons que faire d'aller trier des miracles et des difficultez estrangeres3 il me semble que parmy les choses que nous voyons ordinairement1 il y a des estrangetez si incomprehensibles1 qu'elles surpassent toute la difficult des miracles4 ,quel monstre est-ce1 que cette goutte de semence1 dequoy nous sommes produits1 porte en soy les impressions1 non de la forme corporelle seulement1 mais des pensemens et des inclinations de nos peres8 ,cette goutte d'eau1 o loge elle ce nombre infiny de formes8 et comme portent elles ces ressemblances1 d'vn progrez si temeraire et si desregl1 que l'arriere fils respondra son bisayeul1 le nepueu l'oncle8 ,en la famille de ,lepidus ,rome1 il y en a eu trois1 non de suite1 mais par interualles1 qui nasquirent vn mesme uil couuert de cartilage4 ,a ,thebes il y auoit vne race qui portoit ds le ventre de la mere1 la forme d'vn fer de lance1 et qui ne le portoit1 estoit tenu illegitime4 ,aristote dit qu'en certaine nation1 o les femmes estoient communes1 on assignoit les enfans leurs peres1 par la ressemblance4 ,il est croire que ie dois mon pere cette qualit pierreuse3 car il mourut merueilleusement afflig d'vne grosse pierre1 qu'il auoit en la vessie4 ,il ne s'apperceut de son mal1 que le soixante septiesme an de son aage3 et auant cela il n'en auoit eu aucune menasse ou ressentiment1 aux reins1 aux costez1 ny ailleurs3 et auoit vescu iusques lors1 en vne heureuse sant1 et bien peu subiette maladies1 et dura encores sept ans en ce mal1 trainant vne fin de vie bien douloureuse4 ,i'estoy nay vingt cinq ans et plus1 auant sa maladie1 et durant le cours de son meilleur estat1 le troisiesme de ses enfans en rang de naissance4 ,o se couuoit tant de temps1 la propension ce defaut8 ,et lors qu'il estoit si loing du mal1 cette legere piece de sa substance1 dequoy il me bastit1 comment en portoit elle pour sa part1 vne si grande impression8 ,et comment encore si couuerte1 que quarante cinq ans apres1 i'aye commenc m'en ressentir8 seul iusques cette heure1 entre tant de freres1 et de surs1 et tous d'vne mere4 ,qui m'esclaircira de ce progrez1 ie le croiray d'autant d'autres miracles qu'il voudra3 pourueu que1 comme ils font1 il ne me donne en payement1 vne doctrine beaucoup plus difficile et fantastique1 que n'est la chose mesme4 ,que les medecins excusent vn peu ma libert3 car par cette mesme infusion et insinuation fatale1 i'ay receu la haine et le mespris de leur doctrine4 ,cette antipathie1 que i'ay leur art1 m'est hereditaire4 ,mon pere a vescu soixante et quatorze ans1 mon ayeul soixante et neuf1 mon bisayeul pres de quatre vingts1 sans auoir goust aucune sorte de medecine4 ,et entre eux1 tout ce qui n'estoit de l'vsage ordinaire1 tenoit lieu de drogue4 ,la medecine se forme par exemples et experience3 aussi fait mon opinion4 ,voyla pas vne bien expresse experience1 et bien aduantageuse8 ,ie ne say s'ils m'en trouueront trois en leurs registres1 nais1 nourris1 et trespassez1 en mesme fouer1 mesme toict1 ayans autant vescu par leur conduite4 ,il faut qu'ils m'aduoent en cela1 que si ce n'est la raison1 aumoins que la ,fortune est de mon party3 or chez les medecins1 ,fortune vaut bien mieux que la raison4 ,qu'ils ne me prennent point cette heure leur aduantage1 qu'ils ne me menassent point1 atterr comme ie suis3 ce seroit supercherie4 ,aussi dire la verit1 i'ay assez gaign sur eux par mes exemples domestiques1 encore qu'ils s'arrestent l4 ,les choses humaines n'ont pas tant de constance3 il y a deux cens ans1 il ne s'en faut que dix-huict1 que cet essay nous dure3 car le premier nasquit l'an mil quatre cens deux4 ,c'est vrayment bien raison1 que cette experience commence nous faillir4 ,qu'ils ne me reprochent point les maux1 qui me tiennent asteure la gorge3 d'auoir vescu sain quarante sept ans pour ma part1 n'est-ce pas assez8 ,quand ce sera le bout de ma carriere1 elle est des plus longues4 ,mes ancestres auoient la medecine contre-cur par quelque inclination occulte et naturelle1 car la veu mesme des drogues faisoit horreur mon pere4 ,le ,seigneur de ,gauiac mon oncle paternel1 homme d',eglise1 maladif ds sa naissance1 et qui fit toutesfois durer cette vie debile1 iusques soixante sept ans1 estant tomb autrefois en vne grosse et vehemente fiure continue1 il fut ordonn par les medecins1 qu'on luy declaireroit1 s'il ne se vouloit ayder 7ils appellent secours ce qui le plus souuent est empeschement7 qu'il estoit infailliblement mort4 ,ce bon homme1 tout effray comme il fut de cette horrible sentence3 ,si1 respondit-il1 ie suis donq mort3 mais ,dieu rendit tantost apres vain ce prognostique4 ,le dernier des freres1 ils estoyent quatre1 ,sieur de ,bussaguet1 et de bien loing le dernier1 se soubmit seul1 cet art3 pour le commerce1 ce croy-ie1 qu'il auoit auec les autres arts3 car il estoit conseiller en la cour de parlement3 et luy succeda si mal1 qu'estant par apparence de plus forte complexion1 il mourut pourtant long temps auant les autres1 sauf vn1 le ,sieur de ,sainct ,michel4 ,il est possible que i'ay receu d'eux cette dyspathie naturelle la medecine3 mais s'il n'y eust eu que cette consideration1 i'eusse essay de la forcer4 ,car toutes ces conditions1 qui naissent en nous sans raison1 elles sont vitieuses3 c'est vne espece de maladie qu'il faut combattre4 ,il peult estre1 que i'y auois cette propension1 mais ie l'ay appuye et fortifie par les discours1 qui m'en ont estably l'opinion que i'en ay4 ,car ie hay aussi cette consideration de refuser la medecine pour l'aigreur de son goust4 ,ce ne seroit aysment mon humeur1 qui trouue la sant digne d'estre r'achete1 par tous les cauteres et incisions les plus penibles qui se facent4 ,et suyuant ,epicurus1 les voluptez me semblent euiter1 si elles tirent leurs suittes des douleurs plus grandes3 et les douleurs rechercher1 qui tirent leur suitte des voluptez plus grandes4 ,c'est vne pretieuse chose1 que la sant3 et la seule qui merite la verit qu'on y employe1 non le temps seulement1 la sueur1 la peine1 les biens1 mais encore la vie sa poursuite3 d'autant que sans elle1 la vie nous vient estre iniurieuse4 ,la volupt1 la sagesse1 la science et la vertu1 sans elle se ternissent et esuanouyssent4 ,et aux plus fermes et tendus discours1 que la philosophie nous veuille imprimer au contraire1 nous n'auons qu' opposer l'image de ,platon1 estant frapp du haut mal1 ou d'vne apoplexie3 et en cette presupposition le deffier d'appeller son secours les riches facultez de son ame4 ,toute voye qui nous meneroit la sant1 ne se peut dire pour moy ny aspre1 ny chere4 ,mais i'ay quelques autres apparences1 qui me font estrangement deffier de toute cette marchandise4 ,ie ne dy pas qu'il n'y en puisse auoir quelque art3 qu'il n'y ait parmy tant d'ouurages de ,nature1 des choses propres la conseruation de nostre sant1 cela est certain4 ,i'entends bien1 qu'il y a quelque simple qui humecte1 quelque autre qui asseche3 ie say par experience1 et que les refforts produisent des vents1 et que les feuilles du sen laschent le ventre3 ie say plusieurs telles experiences3 comme ie say que le mouton me nourrit1 et que le vin m'eschauffe4 ,et disoit ,solon1 que le manger estoit1 comme les autres drogues1 vne medecine contre la maladie de la faim4 ,ie ne desaduou pas l'vsage1 que nous tirons du monde1 ny ne doubte de la puissance et vbert de ,nature1 et de son application nostre besoing4 ,ie vois bien que les brochets1 et les arondes se trouuent bien d'elle4 ,ie me deffie des inuentions de nostre esprit3 de nostre science et art3 en faueur duquel nous l'auons abandonne1 et ses regles3 et auquel nous ne sauons tenir moderation1 ny limite4 ,comme nous appellons iustice1 le pastissage des premieres loix qui nous tombent en main1 et leur dispensation et pratique1 tres inepte souuent et tres inique4 ,et comme ceux1 qui s'en moquent1 et qui l'accusent1 n'entendent pas pourtant iniurier cette noble vertu3 ains condamner seulement l'abus et profanation de ce sacr titre4 ,de mesme1 en la medecine1 i'honore bien ce glorieux nom1 sa proposition1 sa promesse1 si vtile au genre humain3 mais ce qu'il designe entre nous1 ie ne l'honore1 ny l'estime4 ,en premier lieu l'experience me le fait craindre3 car de ce que i'ay de cognoissance1 ie ne voy nulle race de gens si tost malade1 et si tard guerie1 que celle qui est soubs la iurisdiction de la medecine4 ,leur sant mesme est altere et corrompue1 par la contrainte des regimes4 ,les medecins ne se contentent point d'auoir la maladie en gouuernement1 ils rendent la sant malade1 pour garder qu'on ne puisse en aucune saison eschapper leur authorit4 ,d'vne sant constante et entiere1 n'en tirent ils pas l'argument d'vne grande maladie future8 ,i'ay est assez souuent malade3 i'ay trouu sans leurs secours1 mes maladies aussi douces supporter 7et en ay essay quasi de toutes les sortes7 et aussi courtes1 qu' nul autre3 et si n'y ay point mesl l'amertume de leurs ordonnances4 ,la sant1 ie l'ay libre et entiere1 sans regle1 et sans autre discipline1 que de ma coustume et de mon plaisir4 ,tout lieu m'est bon m'arrester3 car il ne me faut autres commoditez estant malade1 que celles qu'il me faut estant sain4 ,ie ne me passionne point d'estre sans medecin1 sans apotiquaire1 et sans secours3 dequoy i'en voy la plus part plus affligez que du mal4 ,quoy8 eux mesmes nous font ils voir de l'heur et de la dure en leur vie1 qui nous puisse tesmoigner quelque apparent effect de leur science8 ,il n'est nation qui n'ait est plusieurs siecles sans la medecine3 et les premiers siecles1 c'est dire les meilleurs et les plus heureux3 et du monde la dixiesme partie ne s'en sert pas encores cette heure4 ,infinies nations ne la cognoissent pas1 o l'on vit et plus sainement1 et plus longuement1 qu'on ne fait icy3 et parmy nous1 le commun peuple s'en passe heureusement4 ,les ,romains auoyent est six cens ans1 auant que de la receuoir3 mais apres l'auoir essaye1 ils la chasserent de leur ville1 par l'entremise de ,caton le ,censeur1 qui montra combien aysment il s'en pouuoit passer1 ayant vescu quatre vingts et cinq ans3 et faict viure sa femme iusqu' l'extreme vieillesse1 non pas sans medecine3 mais ouy bien sans medecin3 car toute chose qui se trouue salubre nostre vie1 se peut nommer medecine4 ,il entretenoit1 ce dit ,plutarque1 sa famille en sant1 par l'vsage1 ce me semble1 du lieure4 ,comme les ,arcades1 dit ,pline1 guerissent toutes maladies auec du laict de vache4 ,et les ,lybiens1 dit ,herodote1 iouyssent populairement d'vne rare sant1 par cette coustume qu'ils ont3 apres que leurs enfants ont atteint quatre ans1 de leur causterizer et brusler les veines du chef et des temples3 par o ils coupent chemin pour leur vie1 toute defluxion de rheume4 ,et les gens de village de ce pays1 tous accidens n'employent que du vin le plus fort qu'ils peuuent1 mesl force safran et espice3 tout cela auec vne fortune pareille4 ,et dire vray1 de toute cette diuersit et confusion d'ordonnances1 quelle autre fin et effect apres tout y a il1 que de vuider le ventre8 ce que mille simples domestiques peuuent faire4 ,et si ne say si c'est si vtilement qu'ils disent3 et si nostre nature n'a point besoing de la residence de ses excremens1 iusques certaine mesure1 comme le vin a de sa lie pour sa conseruation4 ,vous voyez souuent des hommes sains1 tomber en vomissemens1 ou flux de ventre par accident estranger1 et faire vn grand vuidange d'excremens sans besoin aucun precedent1 et sans aucune vtilit suyuante1 voire auec empirement et dommage4 ,c'est du grand ,platon1 que i'apprins n'agueres1 que de trois sortes de mouuements1 qui nous appartiennent1 le dernier et le pire est celuy des purgations3 que nul homme1 s'il n'est fol1 ne doit entreprendre1 qu' l'extreme necessit4 ,on va troublant et esueillant le mal par oppositions contraires4 ,il faut que ce soit la forme de viure1 qui doucement l'allanguisse et reconduise sa fin4 ,les violentes harpades de la drogue et du mal1 sont tousiours nostre perte1 puis que la querelle se desmesle chez nous1 et que la drogue est vn secours infiable3 de sa nature ennemy nostre sant1 et qui n'a accez en nostre estat que par le trouble4 ,laissons vn peu faire4 ,l'ordre qui pouruoid aux puces et aux taulpes1 pouruoid aussi aux hommes1 qui ont la patience pareille1 se laisser gouuerner1 que les puces et les taulpes4 ,nous auons beau crier bihore3 c'est bien pour nous enroer1 mais non pour l'auancer4 ,c'est vn ordre superbe et impiteux4 ,nostre crainte1 nostre desespoir1 le desgouste et retarde de nostre ayde1 au lieu de l'y conuier4 ,il doibt au mal son cours1 comme la sant4 ,de se laisser corrompre en faueur de l'vn1 au preiudice des droits de l'autre1 il ne le fera pas3 il tomberoit en desordre4 ,suyuons de par ,dieu1 suyuons4 ,il meine ceux qui suyuent3 ceux qui ne le suyuent pas1 il les entraine1 et leur rage1 et leur medecine ensemble4 ,faittes ordonner vne purgation vostre ceruelle4 ,elle y sera mieux employe1 qu' vostre estomach4 ,on demandoit vn ,lacedemonien1 qui l'auoit fait viure sain si long temps3 ,l'ignorance de la medecine1 respondit-il4 ,et ,adrian l',empereur crioit sans cesse en mourant1 que la presse des medecins l'auoit tu4 ,vn mauuais luicteur se fit medecin3 ,courage1 luy dit ,diogenes1 tu as raison1 tu mettras cette heure en terre ceux qui t'y ont mis autresfois4 ,mais ils ont cet heur1 selon ,nicocles1 que le soleil esclaire leur succez1 et la terre cache leur faute4 ,et outre cela1 ils ont vne faon bien auantageuse1 se seruir de toutes sortes d'euenemens3 car ce que la ,fortune1 ce que la ,nature1 ou quelque autre cause estrangere1 desquelles le nombre est infini1 produit en nous de bon et de salutaire1 c'est le priuilege de la medecine de se l'attribuer4 ,tous les heureux succez qui arriuent au patient1 qui est soubs son regime1 c'est d'elle qu'il les tient4 ,les occasions qui m'ont guery moy1 et qui guerissent mille autres1 qui n'appellent point les medecins leurs secours1 ils les vsurpent en leurs subiects4 ,et quant aux mauuais accidens1 ou ils les desaduoent tout fait1 en attribuant la coulpe au patient1 par des raisons si vaines1 qu'ils n'ont garde de faillir d'en trouuer tousiours assez bon nombre de telles3 ,il a descouuert son bras1 il a ouy le bruit d'vn coche3 ,rhedarum transitus arcto ,vicorum inflexu3 on a entrouuert sa fenestre1 il s'est couch sur le cost gauche1 ou pass par sa teste quelque pensement penible4 ,somme vne parolle1 vn songe1 vne uillade1 leur semble suffisante excuse pour se descharger de faute4 ,ou1 s'il leur plaist1 ils se seruent encore de cet empirement1 et en font leurs affaires1 par cet autre moyen qui ne leur peut iamais faillir3 c'est de nous payer lors que la maladie se trouue reschaufee par leurs applications1 de l'asseurance qu'ils nous donnent1 qu'elle seroit bien autrement empire sans leurs remedes4 ,celuy qu'ils ont iett d'vn morfondement en vne fieure quotidienne1 il eust eu sans eux1 la continue4 ,ils n'ont garde de faire mal leurs besongnes1 puis que le dommage leur reuient profit4 ,vrayement ils ont raison de requerir du malade1 vne application de creance fauorable3 il faut qu'elle le soit la verit en bon escient1 et bien souple1 pour s'appliquer des imaginations si mal aises croire4 ,platon disoit bien propos1 qu'il n'appartenoit qu'aux medecins de mentir en toute libert1 puis que nostre salut despend de la vanit1 et faucet de leurs promesses4 sope autheur de tres-rare excellence1 et duquel peu de gens descouurent toutes les graces1 est plaisant nous representer cette authorit tyrannique1 qu'ils vsurpent sur ces pauures ames affoiblies et abatus par le mal1 et la crainte3 car il conte1 qu'un malade estant interrog par son medecin1 quelle operation il sentoit des medicamens1 qu'il luy auoit donnez3 ,i'ay fort su1 respondit-il4 ,cela est bon1 dit le medecin4 ,vne autre fois il luy demanda encore1 comme il s'estoit port depuis3 ,i'ay eu vn froid extreme1 fit-il1 et si ay fort trembl4 ,cela est bon1 suyuit le medecin3 la troisieme fois1 il luy demanda de rechef1 comment il se portoit3 ,ie me sens1 dit-il1 enfler et bouffir comme d'hydropisie4 ,voyla qui va bien1 adiousta le medecin4 ,l'vn de ses domestiques venant apres s'enquerir luy de son estat3 ,certes mon amy1 respond-il1 force de bien estre1 ie me meurs4 ,il y auoit en gypte vne loy plus iuste1 par laquelle le medecin prenoit son patient en charge les trois premiers iours1 aux perils et fortunes du patient3 mais les trois iours passez1 c'estoit aux siens propres4 ,car quelle raison y a-il1 qu'sculapius leur patron ait est frapp du foudre1 pour auoir r'amen ,hypolitus de mort vie1 ,nam ,pater omnipotens aliquem indignatus ab vmbris ,mortalem infernis1 ad lumina surgere vit1 ,ipse repertorem medicin talis et artis1 ,fulmine ,phbigenam ,stygias detrusit ad vndas3 et ses suyuans soyent absous1 qui enuoyent tant d'ames de la vie la mort8 ,vn medecin vantoit ,nicocls1 son art estre de grande auctorit3 ,vrayement c'est mon1 dit ,nicocls1 qui peut impunement tuer tant de gens4 ,au demeurant1 si i'eusse est de leur conseil1 i'eusse rendu ma discipline plus sacre et mysterieuse3 ils auoyent assez bien commenc1 mais ils n'ont pas acheu de mesme4 ,c'estoit vn bon commencement1 d'auoir fait des dieux et des dmons autheurs de leur science1 d'auoir pris vn langage part1 vne escriture part4 ,quoy qu'en sente la philosophie1 que c'est folie de conseiller vn homme pour son profit1 par maniere non intelligible3 ,vt s quis medicus imperet vt sumat ,terrigenam1 herbigradam1 domiportam1 sanguine cassam4 ,c'estoit vne bonne regle en leur art1 et qui accompagne toutes les arts fanatiques1 vaines1 et supernaturelles1 qu'il faut que la foy du patient1 preoccupe par bonne esperance et asseurance1 leur effect et operation4 ,laquelle regle ils tiennent iusques l1 que le plus ignorant et grossier medecin1 ils le trouuent plus propre celuy1 qui a fiance en luy1 que le plus experiment1 et incognu4 ,le choix mesmes de la plus part de leurs drogues est aucunement mysterieux et diuin4 ,le pied gauche d'vne tortue1 l'vrine d'vn lezart1 la fiante d'vn elephant1 le foye d'vne taupe1 du sang tir soubs l'aile droite d'vn pigeon blanc3 et pour nous autres coliqueux 7tant ils abusent desdaigneusement de nostre misere7 des crottes de rat puluerises1 et telles autres singeries1 qui ont plus le visage d'vn enchantement magicien1 que de science solide4 ,ie laisse part le nombre imper de leurs pillules3 la destination de certains iours et festes de l'anne3 la distinction des heures1 cueillir les herbes de leurs ingrediens3 et cette grimace rebarbatiue et prudente1 de leur port et contenance1 dequoy ,pline mesme se mocque4 ,mais ils ont failly1 veux-ie dire1 de ce qu' ce beau commencement1 ils n'ont adioust cecy1 de rendre leurs assembles et consultations plus religieuses et secretes3 aucun homme profane n'y deuoit auoir accez1 non plus qu'aux secretes ceremonies d'sculape4 ,car il aduient de cette faute1 que leur irresolution1 la foiblesse de leurs argumens1 diuinations et fondements1 l'aspret de leurs contestations1 pleines de haine1 de ialousie1 et de consideration particuliere1 venants estre descouuertes vn chacun1 il faut estre merueilleusement aueugle1 si on ne se sent bien hazard entre leurs mains4 ,qui vid iamais medecin se seruir de la recepte de son compagnon1 sans y retrancher ou adiouster quelque chose8 ,ils trahissent assez par l leur art3 et nous font voir qu'ils y considerent plus leur reputation1 et par consequent leur profit1 que l'interest de leurs patiens4 ,celuy l de leurs docteurs est plus sage1 qui leur a anciennement prescript1 qu'vn seul se mesle de traiter vn malade3 car s'il ne fait rien qui vaille1 le reproche l'art de la medecine1 n'en sera pas fort grand pour la faute d'vn homme seul3 et au rebours1 la gloire en sera grande1 s'il vient bien rencontrer3 l o quand ils sont beaucoup1 ils descrient tous les coups le mestier3 d'autant qu'il leur aduient de faire plus souuent mal que bien4 ,ils se deuoient contenter du perpetuel desaccord1 qui se trouue s opinions des principaux maistres et autheurs anciens de cette science1 lequel n'est cogneu que des hommes versez aux liures1 sans faire voir encore au peuple les controuerses et inconstances de iugement1 qu'ils nourrissent et continuent entre eux4 ,voulons nous vn exemple de l'ancien debat de la medecine8 ,hierophilus loge la cause originelle des maladies aux humeurs3 ,erasistratus1 au sang des arteres3 ,asclepiades1 aux atomes inuisibles s'escoulants en noz pores3 ,alcmon1 en l'exuperance ou deffaut des forces corporelles3 ,diocles1 en l'inequalit des elemens du corps1 et en la qualit de l'air1 que nous respirons3 ,strato1 en l'abondance1 crudit1 et corruption de l'alimant que nous prenons3 ,hippocrates la loge aux esprits4 ,il y a l'vn de leurs amis1 qu'ils cognoissent mieux que moy1 qui s'escrie ce propos1 que la science la plus importante qui soit en nostre vsage1 comme celle qui a charge de nostre conseruation et sant1 c'est de mal'heur1 la plus incertaine1 la plus trouble1 et agite de plus de changemens4 ,il n'y a pas grand danger de nous mescomter la hauteur du soleil1 ou en la fraction de quelque supputation astronomique3 mais icy1 o il va de tout nostre estre1 ce n'est pas sagesse1 de nous abandonner la mercy de l'agitation de tant de vents contraires4 ,auant la guerre ,peloponnesiaque1 il n'estoit pas grands nouuelles de cette science3 ,hippocrates la mit en credit3 tout ce que cettuy-cy auoit estably1 ,chrysippus le renuersa3 depuis ,erasistratus petit fils d',aristote1 tout ce que ,chrysippus en auoit escrit4 ,apres ceux-cy1 suruindrent les ,empiriques1 qui prindrent vne voye toute diuerse des anciens1 au maniement de cet art4 ,quand le credit de ces derniers commena s'enuieillir1 ,herophilus mit en vsage vne autre sorte de medecine1 qu',asclepiades vint combattre et aneantir son tour4 ,a leur reng gaignerent authorit les opinions de ,themison1 et depuis de ,musa1 et encore apres celles de ,vexius ,valens1 medecin fameux par l'intelligence qu'il auoit auec ,messalina4 ,l'empire de la medecine tomba du temps de ,neron ,thessalus1 qui abolit et condamna tout ce qui en auoit est tenu iusques luy4 ,la doctrine de cettuy-cy fut abbattue par ,crinas de ,marseille1 qui apporta de nouueau1 de regler toutes les operations medecinales1 aux ephemerides et mouuemens des astres1 manger1 dormir1 et boire l'heure qu'il plairoit la lune et ,mercure4 ,son authorit fut bien tost apres supplante par ,charinus1 medecin de cette mesme ville de ,marseille4 ,cettuy-cy combattoit non seulement la medecine ancienne1 mais encore l'vsage des bains chauds1 public1 et tant de siecles auparauant accoustum4 ,il faisoit baigner les hommes dans l'eau froide1 en hyuer mesme1 et plongeoit les malades dans l'eau naturelle des ruisseaux4 ,iusques au temps de ,pline aucun ,romain n'auoit encore daign exercer la medecine3 elle se faisoit par des estrangers1 et ,grecs3 comme elle se fait entre nous ,franois1 par des ,latineurs4 ,car comme dit vn tres-grand medecin1 nous ne receuons pas aisment la medecine que nous entendons2 non plus que la drogue que nous cueillons4 ,si les nations1 desquelles nous retirons le gayac1 la salseperille1 et le bois d'esquine1 ont des medecins1 combien pensons nous par cette mesme recommendation de l'estranget1 la raret1 et la chert1 qu'ils faent feste de noz choulx1 et de nostre persil8 car qui oseroit mespriser les choses recherches de si loing1 au hazard d'vne si longue peregrination et si perilleuse8 ,depuis ces anciennes mutations de la medecine1 il y en a eu infinies autres iusques nous2 et le plus souuent mutations entieres et vniuerselles2 comme sont celles que produisent de nostre temps1 ,paracelse1 ,fiorauanti et ,argenterius3 car ils ne changent pas seulement vne recepte1 mais1 ce qu'on me dit1 toute la contexture et police du corps de la medecine1 accusans d'ignorance et de pipperie1 ceux qui en ont faict profession iusques eux4 ,ie vous laisse penser o en est le pauure patient4 ,si encor nous estions asseurez1 quand ils se mescontent1 qu'il ne nous nuisist pas1 s'il ne nous profite2 ce seroit vne bien raisonnable composition1 de se hazarder d'acquerir du bien1 sans se mettre en danger de perte4 sope faict ce comte1 qu'vn qui auoit achet vn ,more esclaue1 estimant que cette couleur luy fust venue par accident1 et mauuais traictement de son premier maistre1 le fit medeciner de plusieurs bains et breuuages1 auec grand soing3 il aduint1 que le ,more n'en amenda aucunement sa couleur basanee1 mais qu'il en perdit entierement sa premiere sant4 ,combien de fois nous aduient-il1 de voir les medecins imputans les vns aux autres1 la mort de leurs patiens8 ,il me souuient d'vne maladie populaire1 qui fut aux villes de mon voisinage1 il y a quelques annes1 mortelle et tres-dangereuse3 cet orage estant pass1 qui auoit emport vn nombre infiny d'hommes2 l'vn des plus fameux medecins de toute la contre1 vint publier vn liuret1 touchant cette matiere1 par lequel il se rauise1 de ce qu'ils auoyent vs de la saigne1 et confesse que c'est l'vne des causes principales du dommage1 qui en estoit aduenu4 ,dauantage leurs autheurs tiennent1 qu'il n'y a aucune medecine1 qui n'ait quelque partie nuisible4 ,et si celles mesmes qui nous seruent1 nous offencent aucunement1 que doiuent faire celles qu'on nous applique du tout hors de propos8 ,de moy1 quand il n'y auroit autre chose1 i'estime qu' ceux qui hayssent le goust de la medecine1 ce soit vn dangereux effort1 et de preiudice1 de l'aller aualler vne heure si incommode1 auec tant de contre-cur3 et croy que cela essaye merueilleusement le malade1 en vne saison1 o il a tant besoin de repos4 ,outre ce1 qu' considerer les occasions1 surquoy ils fondent ordinairement la cause de noz maladies1 elles sont si legeres et si delicates1 que i'argumente par l1 qu'vne bien petite erreur en la dispensation de leurs drogues1 peut nous apporter beaucoup de nuisance4 ,or si le mescomte du medecin est dangereux1 il nous va bien mal3 car il est bien mal-ais qu'il n'y retombe souuent3 il a besoin de trop de pieces1 considerations1 et circonstances1 pour affuster iustement son dessein4 ,il faut qu'il cognoisse la complexion du malade1 sa temperature1 ses humeurs1 ses inclinations1 ses actions1 ses pensements mesmes1 et ses imaginations4 ,il faut qu'il se responde des circonstances externes1 de la nature du lieu1 condition de l'air et du temps1 assiette des planetes1 et leurs influances3 qu'il sache en la maladie les causes1 les signes1 les affections1 les iours critiques3 en la drogue1 le poix1 la force1 le pays1 la figure1 l'aage1 la dispensation3 et faut que toutes ces pieces1 il les sache proportionner et rapporter l'vne l'autre1 pour en engendrer vne parfaicte symmetrie4 ,a quoy s'il faut tant soit peu1 si de tant de ressorts1 il y en a vn tout seul1 qui tire gauche1 en voyla assez pour nous perdre4 ,dieu sait1 de quelle difficult est la cognoissance de la pluspart de ces parties3 car pour exemple1 comment trouuera-il le signe propre de la maladie2 chacune estant capable d'vn infiny nombre de signes8 ,combien ont ils de debats entr'eux et de doubtes1 sur l'interpretation des vrines8 ,autrement d'o viendroit cette altercation continuelle que nous voyons entr'eux sur la cognoissance du mal8 ,comment excuserions nous cette faute1 o ils tombent si souuent1 de prendre martre pour renard8 ,aux maux1 que i'ay eu1 pour peu qu'il y eust de difficult1 ie n'en ay iamais trouu trois d'accord4 ,ie remarque plus volontiers les exemples qui me touchent4 ,dernierement ,paris vn ,gentil-homme fut taill par l'ordonnance des medecins1 auquel on ne trouua de pierre non plus la vessie1 qu' la main2 et l mesmes1 vn ,euesque qui m'estoit fort amy1 auoit est instamment sollicit par la pluspart des medecins1 qu'il appelloit son conseil1 de se faire tailler3 i'aydoy moy mesme soubs la foy d'autruy1 le luy suader3 quand il fut trespass1 et qu'il fut ouuert1 on trouua qu'il n'auoit mal qu'aux reins4 ,ils sont moins excusables en cette maladie1 d'autant qu'elle est aucunement palpable4 ,c'est par l que la chirurgie me semble beaucoup plus certaine1 par ce qu'elle voit et manie ce qu'elle fait2 il y a moins coniecturer et deuiner4 ,l o les medecins n'ont point de speculum matricis1 qui leur descouure nostre cerueau1 nostre poulmon1 et nostre foye4 ,les promesses mesmes de la medecine sont incroyables4 ,car ayant prouuoir diuers accidents et contraires1 qui nous pressent souuent ensemble1 et qui ont vne relation quasi necessaire1 comme la chaleur du foye1 et froideur de l'estomach1 ils nous vont persuadant que de leurs ingrediens1 cettuy-cy eschauffera l'estomach1 cet autre refraichira le foye3 l'vn a sa charge d'aller droit aux reins1 voire iusques la vessie1 sans estaler ailleurs ses operations2 et conseruant ses forces et sa vertu1 en ce long chemin et plein de destourbiers1 iusques au lieu1 au seruice duquel il est destin1 par sa propriet occulte3 l'autre assechera le cerueau3 celuy l humectera le poulmon4 ,de tout cet amas1 ayant fait vne mixtion de breuuage1 n'est-ce pas quelque espece de resuerie1 d'esperer que ces vertus s'aillent diuisant1 et triant de cette confusion et meslange1 pour courir charges si diuerses8 ,ie craindrois infiniement qu'elles perdissent1 ou eschangeassent leurs ethiquettes1 et troublassent leurs quartiers4 ,et qui pourroit imaginer1 qu'en cette confusion liquide1 ces facultez ne se corrompent1 confondent1 et alterent l'vne l'autre8 ,quoy1 que l'execution de cette ordonnance despend d'vn autre officier1 la foy et mercy duquel nous abandonnons encore vn coup nostre vie8 ,comme nous auons des pourpointiers1 des chaussetiers pour nous vestir2 et en sommes d'autant mieux seruis1 que chacun ne se mesle que de son subiect1 et a sa science plus restreinte et plus courte1 que n'a vn tailleur1 qui embrasse tout4 ,et comme1 nous nourrir1 les grands1 pour plus de commodit ont des offices distinguez de potagers et de rostisseurs1 dequoy vn cuisinier1 qui prend la charge vniuerselle1 ne peut si exquisement venir bout4 ,de mesme nous guairir1 les gyptiens auoient raison de reiecter ce general mestier de medecin1 et descoupper cette profession chasque maladie1 chasque partie du corps son uurier4 ,car cette partie en estoit bien plus proprement et moins confusement traicte1 de ce qu'on ne regardoit qu' elle specialement4 ,les nostres ne s'aduisent pas1 que1 qui pouruoid tout1 ne pouruoid rien3 que la totale police de ce petit monde1 leur est indigestible4 ,cependant qu'ils craignent d'arrester le cours d'vn dysenterique1 pour ne luy causer la fieure1 ils me tuerent vn amy1 qui valoit mieux1 que tout tant qu'ils sont4 ,ils mettent leurs diuinations au poids1 l'encontre des maux presents3 et pour ne guarir le cerueau au preiudice de l'estomach1 offencent l'estomach1 et empirent le cerueau1 par ces drogues tumultuaires et dissentieuses4 ,quant la variet et foiblesse des raisons de cet' art1 elle est plus apparente qu'en aucun' autre art4 ,les choses aperitiues sont vtiles vn homme coliqueux1 d'autant qu'ouurans les passages et les dilatans1 elles acheminent cette matiere gluante1 de laquelle se bastit la graue1 et la pierre1 et conduisent contre-bas1 ce qui se commence durcir et amasser aux reins4 ,les choses aperitiues sont dangereuses vn homme coliqueux1 d'autant qu'ouurans les passages et les dilatans1 elles acheminent vers les reins1 la matiere propre bastir la graue1 lesquels s'en saisissans volontiers pour cette propension qu'ils y ont1 il est mal ais qu'ils n'en arrestent beaucoup de ce qu'on y aura charri4 ,d'auantage1 si de fortune il s'y rencontre quelque corps1 vn peu plus grosset qu'il ne faut pour passer tous ces destroicts1 qui restent franchir pour l'expeller au dehors1 ce corps estant esbranl par ces choses aperitiues1 et iett dans ces canaux estroits1 venant les boucher1 acheminera vne certaine mort et tres-douloureuse4 ,ils ont vne pareille fermet aux conseils qu'ils nous donnent de nostre regime de viure3 il est bon de tomber souuent de l'eau1 car nous voyons par experience1 qu'en la laissant croupir1 nous luy donnons loisir de se descharger de ses excremens1 et de sa lye1 qui seruira de matiere bastir la pierre en la vessie3 il est bon de ne tomber point souuent de l'eau1 car les poisans excrements qu'elle traine quant et elle1 ne s'emporteront point1 s'il n'y a de la violence1 comme on void par experience1 qu'vn torrent qui roule auecques roideur1 baloye bien plus nettement le lieu o il passe1 que ne fait le cours d'vn ruisseau mol et lasche4 ,pareillement1 il est bon d'auoir souuent affaire aux femmes1 car cela ouure les passages1 et achemine la graue et le sable4 ,il est bien aussi mauuais1 car cela eschauffe les reins1 les lasse et affoiblit4 ,il est bon de se baigner aux eaux chaudes1 d'autant que cela relasche et amollit les lieux1 o se croupit le sable et la pierre4 ,mauuais aussi est-il1 d'autant que cette application de chaleur externe1 aide les reins cuire1 durcir1 et petrifier la matiere qui y est dispose4 ,a ceux qui sont aux bains1 il est plus salubre de manger peu le soir1 affin que le breuuage des eaux qu'ils ont prendre lendemain matin1 face plus d'operation1 rencontrant l'estomach vuide1 et non empesch4 ,au rebours1 il est meilleur de manger peu au disner1 pour ne troubler l'operation de l'eau1 qui n'est pas encore parfaite1 et ne charger l'estomach si soudain1 apres cet autre trauail1 et pour laisser l'office de digerer1 la nuict1 qui le sait mieux faire que ne fait le iour1 o le corps et l'esprit1 sont en perpetuel mouuement et action4 ,voila comment ils vont bastelant1 et baguenaudant noz despens en tous leurs discours1 et ne me sauroient fournir proposition1 laquelle ie n'en rebastisse vne contraire1 de pareille force4 ,qu'on ne crie donc plus apres ceux qui en ce trouble1 se laissent doucement conduire leur appetit et au conseil de ,nature1 et se remettent la fortune commune4 ,i'ay veu par occasion de mes voyages1 quasi tous les bains fameux de ,chrestient2 et depuis quelques annes ay commenc m'en seruir4 ,car en general i'estime le baigner salubre1 et croy que nous encourons non legeres incommoditez1 en nostre sant1 pour auoir perdu cette coustume1 qui estoit generalement obserue au temps pass1 quasi en toutes les nations1 et est encores en plusieurs1 de se lauer le corps tous les iours3 et ne puis pas imaginer que nous ne vaillions beaucoup moins de tenir ainsi noz membres encroustez1 et noz pores estouppez de crasse4 ,et quant leur boisson1 la ,fortune a faict premierement1 qu'elle ne soit aucunement ennemie de mon goust3 secondement elle est naturelle et simple1 qui aumoins n'est pas dangereuse1 si elle est vaine4 ,dequoy ie prens pour respondant1 cette infinit de peuples de toutes sortes et complexions1 qui s'y assemble4 ,et encores que ie n'y aye apperceu aucun effect extraordinaire et miraculeux3 ains que m'en informant vn peu plus curieusement qu'il ne se faict1 i'aye trouu mal fondez et faux1 tous les bruits de telles operations1 qui se sement en ces lieux l1 et qui s'y croyent 7comme le monde va se pippant aisment de ce qu'il desire7 toutesfois aussi1 n'ay-ie veu guere de personnes que ces eaux ayent empir2 et ne leur peut-on sans malice refuser cela1 qu'elles n'esueillent l'appetit1 facilitent la digestion1 et nous prestent quelque nouuelle allegresse1 si on n'y va par trop abbatu de forces2 ce que ie desconseille de faire4 ,elles ne sont pas pour releuer vne poisante ruyne3 elles peuuent appuyer vne inclination legere1 ou prouuoir la menace de quelque alteration4 ,qui n'y apporte assez d'allegresse1 pour pouuoir iouyr le plaisir des compagnies qui s'y trouuent1 et des promenades et exercices1 quoy nous conuie la beaut des lieux1 o sont communment assises ces eaux1 il perd sans doubte la meilleure piece et plus asseure de leur effect4 ,a cette cause i'ay choisi iusques cette heure1 m'arrester et me seruir de celles1 o il y auoit plus d'amnit de lieu1 commodit de logis1 de viures et de compagnies1 comme sont en ,france1 les bains de ,banieres3 en la frontiere d',allemaigne1 et de ,lorraine1 ceux de ,plombieres3 en ,souysse1 ceux de ,bade3 en la ,toscane1 ceux de ,lucques2 et specialement ceux della ,villa1 desquels i'ay vs plus souuent1 et diuerses saisons4 ,chasque nation a des opinions particulieres1 touchant leur vsage1 et des loix et formes de s'en seruir1 toutes diuerses3 et selon mon experience l'effect quasi pareil4 ,le boire n'est aucunement receu en ,allemaigne4 ,pour toutes maladies1 ils se baignent1 et sont grenouiller dans l'eau1 quasi d'vn soleil l'autre4 ,en ,italie1 quand ils boiuent neuf iours1 ils s'en baignent pour le moins trente2 et communment boiuent l'eau mixtionne d'autres drogues1 pour secourir son operation4 ,on nous ordonne icy1 de nous promener pour la digerer3 l on les arreste au lict1 o ils l'ont prise1 iusques ce qu'ils l'ayent vuide1 leur eschauffant continuellement l'estomach1 et les pieds4 ,comme les ,allemans ont de particulier1 de se faire generalement tous corneter et vantouser1 auec scarification dans le bain3 ainsin ont les ,italiens leurs doccie1 qui sont certaines gouttieres de cette eau chaude1 qu'ils conduisent par des cannes1 et vont baignant vne heure le matin1 et autant l'apres disne1 par l'espace d'vn mois1 ou la teste1 ou l'estomach1 ou autre partie du corps1 laquelle ils ont affaire4 ,il y a infinies autres differences de coustumes1 en chasque contre3 ou pour mieux dire1 il n'y a quasi aucune ressemblance des vnes aux autres4 ,voyl comment cette partie de medecine1 laquelle seule ie me suis laiss aller1 quoy qu'elle soit la moins artificielle1 si a elle sa bonne part de la confusion et incertitude1 qui se voit par tout ailleurs en cet art4 ,les potes disent tout ce qu'ils veulent1 auec plus d'emphase et de grace2 tesmoing ces deux epigrammes4 ,alcon hesterno signum ,iouis attigit4 ,ille1 ,quamuis marmoreus1 vim patitur medici4 ,ecce hodie iussus transferri ex de vetusta1 ,effertur1 quamuis sit ,deus atque lapis4 ,et l'autre1 ,lotus nobiscum est1 hilaris cnauit1 et idem ,inuentus mane est mortuus ,andragoras4 ,tam subit mortis causam1 ,faustine1 requiris8 ,in somnis medicum viderat ,hermocratem4 ,sur quoy ie veux faire deux comtes4 ,le ,baron de ,caupene en ,chalosse1 et moy1 auons en commun le droit de patronage d'vn benefice1 qui est de grande estendu1 au pied de noz montaignes1 qui se nomme ,lahontan4 ,il est des habitans de ce coin1 ce qu'on dit de ceux de la vale d',angrougne2 ils auoient vne vie part1 les faons1 les vestemens1 et les murs part3 regis et gouuernez par certaines polices et coustumes particulieres1 receus de pere en filz1 ausquelles ils s'obligeoient sans autre contrainte1 que de la reuerence de leur vsage4 ,ce petit estat s'estoit continu de toute anciennet en vne condition si heureuse1 qu'aucun iuge voisin n'auoit est en peine de s'informer de leur affaire2 aucun aduocat employ leur donner aduis1 ny estranger appell pour esteindre leurs querelles2 et n'auoit on iamais veu aucun de ce destroit l'aumosne4 ,ils fuyoient les alliances et le commerce de l'autre monde1 pour n'alterer la puret de leur police3 iusques ce1 comme ils recitent1 que l'vn d'entre eux1 de la memoire de leurs peres1 ayant l'ame espoinonne d'vne noble ambition1 alla s'aduiser pour mettre son nom en credit et reputation1 de faire l'vn de ses enfans maistre ,iean1 ou maistre ,pierre3 et l'ayant faict instruire escrire en quelque ville voisine1 en rendit en fin vn beau notaire de village4 ,cettuy-cy1 deuenu grand1 commena desdaigner leurs anciennes coustumes1 et leur mettre en teste la pompe des regions de dea4 ,le premier de ses comperes1 qui on escorna vne cheure1 il luy conseilla d'en demander raison aux iuges ,royaux d'autour de l2 et de cettuy-cy vn autre1 iusques ce qu'il eust tout abastardy4 ,a la suitte de cette corruption1 ils disent1 qu'il y en suruint incontinent vn' autre1 de pire consequence1 par le moyen d'vn medecin1 qui il print enuie d'espouser vne de leurs filles1 et de s'habituer parmy eux4 ,cettuy-cy commena leur apprendre premierement le nom des fiebures1 des rheumes1 et des apostemes1 la situation du cur1 du foye1 et des intestins1 qui estoit vne science iusques lors tres esloigne de leur cognoissance3 et au lieu de l'ail1 dequoy ils auoyent apris chasser toutes sortes de maux1 pour aspres et extremes qu'ils fussent1 il les accoustuma pour vne toux1 ou pour vn morfondement1 prendre les mixtions estrangeres1 et commena faire trafique1 non de leur sant seulement1 mais aussi de leur mort4 ,ils iurent que depuis lors seulement1 ils ont appereu que le serain leur appesantissoit la teste1 que le boire ayant chault apportoit nuisance1 et que les vents de l'automne estoyent plus griefs que ceux du printemps3 que depuis l'vsage de cette medecine1 ils se trouuent accablez d'vne legion de maladies inaccoustumes1 et qu'ils apperoiuent vn general deschet1 en leur ancienne vigueur1 et leurs vies de moiti raccourcies4 ,voyla le premier de mes comtes4 ,l'autre est1 qu'auant ma subiection graueleuse1 oyant faire cas du sang de bouc plusieurs1 comme d'vne manne celeste enuoye en ces derniers siecles1 pour la tutelle et conseruation de la vie humaine2 et en oyant parler des gens d'entendement comme d'vne drogue admirable1 et d'vne operation infaillible3 moy qui ay tousiours pens estre en bute tous les accidens1 qui peuuent toucher tout autre homme1 prins plaisir en pleine sant me prouuoir de ce miracle2 et commanday chez moy qu'on me nourrist vn bouc selon la recepte4 ,car il faut que ce soit aux mois les plus chaleureux de l'est1 qu'on le retire3 et qu'on ne luy donne manger que des herbes aperitiues1 et boire que du vin blanc4 ,ie me rendis de fortune chez moy le iour qu'il deuoit estre tu3 on me vint dire que mon cuysinier trouuoit dans la panse deux ou trois grosses boules1 qui se chocquoient l'vne l'autre parmy sa mangeaille4 ,ie fus curieux de faire apporter toute cette tripaille en ma presence1 et fis ouurir cette grosse et large peau3 il en sortit trois gros corps1 legers comme des esponges1 de faon qu'il semble qu'ils soyent creuz1 durs au demeurant par le dessus et fermes1 bigarrez de plusieurs couleurs mortes3 l'vn parfaict en rondeur1 la mesure d'vne courte boule3 les autres deux1 vn peu moindres1 ausquels l'arrondissement est imparfaict1 et semble qu'il s'y acheminast4 ,i'ai trouu1 m'en estant faict enquerir ceux1 qui ont accoustum d'ouurir de ces animaux1 que c'est vn accident rare et inusit4 ,il est vray-semblable que ce sont des pierres cousines des nostres4 ,et s'il est ainsi1 c'est vne esperance bien vaine aux graueleux1 de tirer leur guerison du sang d'vne beste1 qui s'en alloit elle mesme mourir d'vn pareil mal4 ,car de dire que le sang ne se sent pas de cette contagion1 et n'en altere sa vertu accoustume1 il est plustost croire1 qu'il ne s'engendre rien en vn corps que par la conspiration et communication de toutes les parties3 la masse agist tout' entiere1 quoy que l'vne piece y contribue plus que l'autre1 selon la diuersit des operations4 ,parquoy il y a grande apparence qu'en toutes les parties de ce bouc1 il y auoit quelque qualit petrifiante4 ,ce n'estoit pas tant pour la crainte de l'aduenir1 et pour moy1 que i'estoy curieux de cette experience3 comme c'estoit1 qu'il aduient chez moy1 ainsi qu'en plusieurs maisons1 que les femmes y font amas de telles menues drogueries1 pour en secourir le peuple3 vsant de mesme recepte cinquante maladies1 et de telle recepte1 qu'elles ne prennent pas pour elles1 et si triomphent en bons euenemens4 ,au demeurant1 i'honore les medecins1 non pas suiuant le precepte1 pour la necessit 7car ce passage on en oppose vn autre du prophete1 reprenant le ,roy ,asa d'auoir eu recours au medecin7 mais pour l'amour d'eux mesmes1 en ayant veu beaucoup d'honnestes hommes et dignes d'estre aymez4 ,ce n'est pas eux que i'en veux1 c'est leur art1 et ne leur donne pas grand blasme de faire leur profit de nostre sottise1 car la plus part du monde faict ainsi4 ,plusieurs vacations et moindres et plus dignes que la leur1 n'ont fondement1 et appuy qu'aux abuz publiques4 ,ie les appelle en ma compagnie1 quand ie suis malade1 s'ils se rencontrent propos1 et demande en estre entretenu1 et les paye comme les autres4 ,ie leur donne loy1 de me commander de m'abrier chauldement1 si ie l'ayme mieux ainsi1 que d'autre sorte3 ils peuuent choisir d'entre les porreaux et les laictues1 dequoy il leur plaira que mon bouillon se face1 et m'ordonner le blanc ou le clairet3 et ainsi de toutes autres choses1 qui sont indifferentes mon appetit et vsage4 ,i'entens bien que ce n'est rien faire pour eux1 d'autant que l'aigreur et l'estranget sont accidens de l'essence propre de la medecine4 ,lycurgus ordonnoit le vin aux ,spartiates malades4 ,pourquoy8 par ce qu'ils en haissoyent l'vsage1 sains4 ,tout ainsi qu'vn ,gentil-homme mon voisin s'en sert pour drogue tressalutaire ses fiebures1 par ce que de sa nature il en hait mortellement le goust4 ,combien en voyons nous d'entr' eux1 estre de mon humeur8 desdaigner la medecine pour leur seruice1 et prendre vne forme de vie libre1 et toute contraire celle qu'ils ordonnent autruy8 ,qu'est-ce cela1 si ce n'est abuser tout destroussment de nostre simplicit8 ,car ils n'ont pas leur vie et leur sant moins chere que nous2 et accommoderoient leurs effects leur doctrine1 s'ils n'en cognoissoyent eux mesmes la faulcet4 ,c'est la crainte de la mort et de la douleur1 l'impatience du mal1 vne furieuse et indiscrete soif de la guerison1 qui nous aueugle ainsi4 ,c'est pure laschet qui nous rend nostre croyance si molle et maniable4 ,la plus part pourtant ne croyent pas tant1 comme ils endurent et laissent faire3 car ie les oy se plaindre et en parler1 comme nous4 ,mais ils se resoluent en fin3 ,que feroy-ie donc8 ,comme si l'impatience estoit de soy quelque meilleur remede1 que la patience4 ,y a il aucun de ceux qui se sont laissez aller cette miserable subiection1 qui ne se rende esgalement toute sorte d'impostures8 qui ne se mette la mercy de quiconque a cette impudence1 de luy donner promesse de sa guerison8 ,les ,babyloniens portoyent leurs malades en la place3 le medecin c'estoit le peuple3 chacun des passants ayant par humanit et ciuilit s'enquerir de leur estat3 et1 selon son experience1 leur donner quelque aduis salutaire4 ,nous n'en faisons guere autrement3 il n'est pas vne simple femmelette1 de qui nous n'employons les barbottages et les breuets3 et selon mon humeur1 si i'auoy en accepter quelqu'vne1 i'accepterois plus volontiers cette medecine qu'aucune autre3 d'autant qu'aumoins il n'y a nul dommage craindre4 ,ce qu',homere et ,platon disoyent des gyptiens1 qu'ils estoyent tous medecins1 il se doit dire de tous peuples4 ,il n'est personne1 qui ne se vante de quelque recepte1 et qui ne la hazarde sur son voisin1 s'il l'en veut croire4 ,i'estoy l'autre iour en vne compagnie1 o ie ne say qui1 de ma confrairie1 apporta la nouuelle d'vne sorte de pillules compiles de cent1 et tant d'ingrediens de comte fait3 il s'en esmeut vne feste et vne consolation singuliere3 car quel rocher soustiendroit l'effort d'vne si nombreuse batterie8 ,i'entens toutesfois par ceux qui l'essayerent1 que la moindre petite graue ne daigna s'en esmouuoir4 ,ie ne me puis desprendre de ce papier1 que ie n'en die encore ce mot1 sur ce qu'ils nous donnent pour respondant de la certitude de leurs drogues1 l'experience qu'ils ont faicte4 ,la plus part1 et ce croy-ie1 plus des deux tiers des vertus medecinales1 consistent en la quinte essence1 ou propriet occulte des simples2 de laquelle nous ne pouuons auoir autre instruction que l'vsage4 ,car quinte essence1 n'est autre chose qu'vne qualit1 de laquelle par nostre raison nous ne sauons trouuer la cause4 ,en telles preuues1 celles qu'ils disent auoir acquises par l'inspiration de quelque dmon1 ie suis content de les receuoir1 7car quant aux miracles1 ie n'y touche iamais7 ou bien encore les preuues qui se tirent des choses1 qui pour autre consideration tombent souuent en nostre vsage3 comme si en la laine1 dequoy nous auons accoustum de nous vestir1 il s'est trouu par accident1 quelque occulte propriet desiccatiue1 qui guerisse les mules au talon2 et si au reffort1 que nous mangeons pour la nourriture1 il s'est rencontr quelque operation aperitiue4 ,galen recite1 qu'il aduint vn ladre de receuoir guerison par le moyen du vin qu'il beut1 d'autant que de fortune1 vne vipere s'estoit coule dans le vaisseau4 ,nous trouuons en cet exemple le moyen1 et vne conduitte vray-semblable cette experience4 ,comme aussi en celles1 ausquelles les medecins disent1 auoir est acheminez par l'exemple d'aucunes bestes4 ,mais en la plus part des autres experiences1 quoy ils disent auoir est conduis par la fortune1 et n'auoir eu autre guide que le hazard1 ie trouue le progrez de cette information incroyable4 ,i'imagine l'homme1 regardant au tour de luy le nombre infiny des choses1 plantes1 animaux1 metaulx4 ,ie ne say par o luy faire commencer son essay3 et quand sa premiere fantasie se iettera sur la corne d'vn elan1 quoy il faut prester vne creance bien molle et aise3 il se trouue encore autant empesch en sa seconde operation4 ,il luy est propos tant de maladies1 et tant de circonstances1 qu'auant qu'il soit venu la certitude de ce poinct1 o doit ioindre la perfection de son experience1 le sens humain y perd son ,latin3 et auant qu'il ait trouu parmy cette infinit de choses1 que c'est cette corne3 parmy cette infinit de maladies1 l'epilepsie3 tant de complexions1 au melancholique3 tant de saisons1 en hyuer3 tant de nations1 au ,franois3 tant d'aages1 en la vieillesse3 tant de mutations celestes1 en la conionction de ,venus et de ,saturne3 tant de parties du corps au doigt4 ,a tout cela n'estant guid ny d'argument1 ny de coniecture1 ny d'exemple1 ny d'inspiration diuine1 ains du seul mouuement de la fortune1 il faudroit que ce fust par vne fortune1 parfaictement artificielle1 regle et methodique4 ,et puis1 quand la guerison fut faicte1 comment se peut il asseurer1 que ce ne fust1 que le mal estoit arriu sa periode2 ou vn effect du hazard8 ou l'operation de quelque autre chose1 qu'il eust ou mang1 ou beu1 ou touch ce iour l8 ou le merite des prieres de sa mere-grand8 ,dauantage1 quand cette preuue auroit est parfaicte1 combien de fois fut elle reitere8 et cette longue corde de fortunes et de rencontres1 r'enfile1 pour en conclure vne regle8 ,quand elle sera conclue1 par qui est-ce8 de tant de millions1 il n'y a que trois hommes qui se meslent d'enregistrer leurs experiences4 ,le sort aura il r'encontr poinct nomm l'vn de ceux-cy8 ,quoy si vn autre1 et si cent autres1 ont faict des experiences contraires8 ,a l'aduanture y verrions nous quelque lumiere1 si tous les iugements1 et raisonnements des hommes1 nous estoyent cogneuz4 ,mais que trois tesmoings et trois docteurs1 regentent l'humain genre1 ce n'est pas la raison3 il faudroit que l'humaine nature les eust deputez et choisis1 et qu'ils fussent declarez nos syndics par expresse procuration4 ,a ,,madame ,,de ,,dvras4 ,madame1 vous me trouuastes sur ce pas dernierement1 que vous me vinstes voir4 ,par ce qu'il pourra estre1 que ces inepties se rencontreront quelque fois entre vos mains3 ie veux aussi qu'elles portent tesmoignage1 que l'autheur se sent bien fort honor de la faueur que vous leur ferez4 ,vous y recognoistrez ce mesme port1 et ce mesme air1 que vous auez veu en sa conuersation4 ,quand i'eusse peu prendre quelque autre faon que la mienne ordinaire1 et quelque autre forme plus honorable et meilleure1 ie ne l'eusse pas faict3 car ie ne veux tirer de ces escrits1 sinon qu'ils me representent vostre memoire1 au naturel4 ,ces mesmes conditions et facultez1 que vous auez pratiques et recueillies1 ,madame1 auec beaucoup plus d'honneur et de courtoisie qu'elles ne meritent1 ie les veux loger1 mais sans alteration et changement1 en vn corps solide1 qui puisse durer quelques annes1 ou quelques iours apres moy1 o vous les retrouuerez1 quand il vous plaira vous en refreschir la memoire1 sans prendre autrement la peine de vous en souuenir3 aussi ne le vallent elles pas4 ,ie desire que vous continuez en moy1 la faueur de vostre amiti1 par ces mesmes qualitez1 par le moyen desquelles1 elle a est produite4 ,ie ne cherche aucunement qu'on m'ayme et estime mieux1 mort1 que viuant4 ,l'humeur de ,tybere est ridicule1 et commune pourtant1 qui auoit plus de soin d'estendre sa renomme l'aduenir1 qu'il n'auoit de se rendre estimable et aggreable aux hommes de son temps4 ,si i'estoy de ceux1 qui le monde peut deuoir loange1 ie l'en quitteroy pour la moiti1 et qu'il me la payast d'auance4 ,qu'elle se hastast et ammoncelast tout autour de moy1 plus espesse qu'alonge1 plus pleine que durable4 ,et qu'elle s'euanouit hardiment1 quand et ma cognoissance1 et quand ce doux son ne touchera plus mes oreilles4 ,ce seroit vne sotte humeur1 d'aller cet'heure1 que ie suis prest d'abandonner le commerce des hommes1 me produire eux1 par vne nouuelle recommandation4 ,ie ne fay nulle recepte des biens que ie n'ay peu employer l'vsage de ma vie4 ,quel que ie soye1 ie le veux estre ailleurs qu'en papier4 ,mon art et mon industrie ont est employez me faire valoir moy-mesme4 ,mes estudes1 m'apprendre faire1 non pas escrire4 ,i'ay mis tous mes efforts former ma vie4 ,voyla mon mestier et mon ouurage4 ,ie suis moins faiseur de liures1 que de nulle autre besongne4 ,i'ay desir de la suffisance1 pour le seruice de mes commoditez presentes et essentielles1 non pour en faire magasin1 et reserue mes heritiers4 ,qui a de la valeur1 si le face cognoistre en ses murs1 en ses propos ordinaires3 traicter l'amour1 ou des querelles1 au ieu1 au lict1 la table1 la conduicte de ses affaires1 son conomie4 ,ceux que ie voy faire des bons liures sous des meschantes chausses1 eussent premierement faict leurs chausses1 s'ils m'en eussent creu4 ,demandez vn ,spartiate1 s'il ayme mieux estre bon rhetoricien que bon soldat3 non pas moy1 que bon cuisinier1 si ie n'auoy qui m'en seruist4 ,mon ,dieu1 ,madame1 que ie harois vne telle recommandation1 d'estre habile homme par escrit1 et estre vn homme de neant1 et vn sot1 ailleurs4 ,i'ayme mieux encore estre vn sot1 et icy1 et l1 que d'auoir si mal choisi1 o employer ma valeur4 ,aussi il s'en faut tant que i'attende me faire quelque nouuel honneur par ces sottises1 que ie feray beaucoup1 si ie n'y en pers point1 de ce peu que i'en auois aquis4 ,car1 outre ce que cette peinture morte1 et muete1 desrobera mon estre naturel1 elle ne se raporte pas mon meilleur estat1 mais beaucoup descheu de ma premiere vigueur et allegresse1 tirant sur le flestry et le rance4 ,ie suis sur le fond du vaisseau1 qui sent tantost le bas et la lye4 ,au demeurant1 ,madame1 ie n'eusse pas os remuer si hardiment les mysteres de la medecine1 attendu le credit que vous et tant d'autres luy donnez1 si ie n'y eusse est achemin par ses autheurs mesmes4 ,ie croy qu'ils n'en n'ont que deux anciens ,latins1 ,pline1 et ,celsus4 ,si vous les voyez quelque iour1 vous trouuerez qu'ils parlent bien plus rudement leur art1 que ie ne fay3 ie ne fay que la pincer1 ils l'esgorgent4 ,pline se mocque entre autres choses1 dequoy quand ils sont au bout de leur corde1 ils ont inuent cette belle deffaite1 de r'enuoyer les malades qu'ils ont agitez et tormentez pour neant1 de leurs drogues et regimes1 les vns1 au secours des vuz1 et miracles1 les autres aux eaux chaudes4 ,ne vous courroussez pas1 ,madame1 il ne parle pas de celles de dea1 qui sont soubs la protection de vostre maison1 et toutes ,gramontoises4 ,ils ont vne tierce sorte de deffaite1 pour nous chasser d'aupres d'eux1 et se descharger des reproches1 que nous leur pouuons faire du peu d'amendement1 noz maux1 qu'ils ont eu si long temps en gouuernement1 qu'il ne leur reste plus aucune inuention nous amuser3 c'est de nous enuoyer chercher la bont de l'air de quelque autre contre4 ,madame en voyla assez3 vous me donnez bien cong de reprendre le fil de mon propos1 duquel ie m'estoy destourn1 pour vous entretenir4 ,ce fut ce me semble1 ,pericles1 lequel estant enquis1 comme il se portoit3 ,vous le pouuez1 dit-il1 iuger par l3 montrant des breuets1 qu'il auoit attachez au col et au bras4 ,il vouloit inferer1 qu'il estoit bien malade1 puis qu'il en estoit venu iusques-l1 d'auoir recours choses si vaines1 et de s'estre laiss equipper en cette faon4 ,ie ne dy pas que ie ne puisse estre emport vn iour cette opinion ridicule1 de remettre ma vie1 et ma sant1 la mercy et gouuernement des medecins3 ie pourray tomber en cette resuerie3 ie ne me puis respondre de ma fermet future3 mais lors aussi si quelqu'vn s'enquiert moy1 comment ie me porte1 ie luy pourray dire1 comme ,pericles3 ,vous le pouuez iuger par l1 montrant ma main charge de six dragmes d'opiate3 ce sera vn bien euident signe d'vne maladie violente3 i'auray mon iugement merueilleusement desmanch4 ,si l'impatience et la frayeur gaignent cela sur moy1 on en pourra conclure vne bien aspre fiure en mon ame4 ,i'ay pris la peine de plaider cette cause1 que i'entens assez mal1 pour appuyer vn peu et conforter la propension naturelle1 contre les drogues1 et pratique de nostre medecine3 qui s'est deriue en moy1 par mes ancestres3 fin que ce ne fust pas seulement vne inclination stupide et temeraire1 et qu'elle eust vn peu plus de forme4 ,aussi que ceux qui me voyent si ferme contre les exhortemens et menaces1 qu'on me fait1 quand mes maladies me pressent1 ne pensent pas que ce soit simple opiniastret3 qu'il y ait quelqu'vn si fascheux1 qui iuge encore1 que ce soit quelque esguillon de gloire4 ,ce seroit vn desir bien assen1 de vouloir tirer honneur d'vne action1 qui m'est commune1 auec mon iardinier et mon muletier4 ,certes ie n'ay point le cur si enfl1 ny si venteux1 qu'vn plaisir solide1 charnu1 et molleux1 comme la sant1 ie l'allasse eschanger1 pour vn plaisir imaginaire1 spirituel1 et ar4 ,la gloire1 voire celle des quatre fils ,aymon1 est trop cher achete vn homme de mon humeur1 si elle luy couste trois bons accez de colique4 ,la sant de par ,dieu6 ,ceux qui ayment nostre medecine1 peuuent auoir aussi leurs considerations bonnes1 grandes1 et fortes3 ie ne hay point les fantasies contraires aux miennes4 ,il s'en faut tant que ie m'effarouche1 de voir de la discordance de mes iugemens ceux d'autruy1 et que ie me rende incompatible la socit des hommes1 pour estre d'autre sens et party que le mien3 qu'au rebours1 7comme c'est la plus generale faon que ,nature aye suiuy1 que la variet1 et plus aux esprits1 qu'aux corps3 d'autant qu'ils sont de substance plus souple et susceptible de formes7 ie trouue bien plus rare1 de voir conuenir nos humeurs1 et nos desseins4 ,et ne fut iamais au monde1 deux opinions pareilles1 non plus que deux poils1 ou deux grains4 ,leur plus vniuerselle qualit1 c'est la diuersit4 ,,fin ,,dv ,,second ,,livre4 7,,original7 ,,livre ,,troisi,,me4 7,,original7 ,,chapitre ,i4 ,de l'vtile et de l'honeste4 ,,personne n'est exempt de dire des fadaises3 le malheur est1 de les dire curieusement3 ,n iste magno conatu magnas nugas dixerit4 ,cela ne me touche pas2 les miennes m'eschappent aussi nonchallamment qu'elles le valent4 ,d'o bien leur prend4 ,ie les quitterois soudain1 peu de coust qu'il y eust4 ,et ne les achette1 ny ne les vends1 que ce qu'elles poisent4 ,ie parle au papier1 comme ie parle au premier que ie rencontre4 ,qu'il soit vray1 voicy dequoy4 ,a qui ne doit estre la perfidie detestable1 puis que ,tybere la refusa si grand interest8 ,on luy manda d',allemaigne1 que s'il le trouuoit bon1 on le defferoit d',arminius par poison4 ,c'estoit le plus puissant ennemy que les ,romains eussent1 qui les auoit si vilainement traictez soubs ,varus1 et qui seul empeschoit l'accroissement de sa domination en ces contrees l4 ,il fit responce1 que le peuple ,romain auoit accoustum de se venger de ses ennemis par voye ouuerte1 les armes en main1 non par fraude1 et en cachette3 il quitta l'vtile pour l'honeste4 ,c'estoit1 me direz-vous1 vn affronteur4 ,ie le croy3 ce n'est pas grand miracle1 gens de sa profession4 ,mais la confession de la vertu1 ne porte pas moins en la bouche de celuy qui la hayt3 d'autant que la verit la luy arrache par force1 et que s'il ne la veult receuoir en soy1 aumoins il s'en couure1 pour s'en parer4 ,nostre bastiment et public et priu1 est plein d'imperfection3 mais il n'y a rien d'inutile en ,nature1 non pas l'inutilit mesmes1 rien ne s'est inger en cet vniuers1 qui n'y tienne place opportune4 ,nostre estre est siment de qualitez maladiues3 l'ambition1 la ialousie1 l'enuie1 la vengeance1 la superstition1 le desespoir1 logent en nous1 d'vne si naturelle possession1 que l'image s'en recognoist aussi aux bestes4 ,voire et la cruaut1 vice si desnatur3 car au milieu de la compassion1 nous sentons dedans1 ie ne say quelle aigre-douce poincte de volupt maligne1 voir souffrir autruy3 et les enfans la sentent3 ,suaue1 mari magno1 turbantibus quora ventis1 ,e terra magnum alterius spectare laborem4 ,desquelles qualitez1 qui osteroit les semences en l'homme1 destruiroit les fondamentales conditions de nostre vie4 ,de mesme1 en toute police3 il y a des offices necessaires1 non seulement abiects1 mais encores vicieux4 ,les vices y trouuent leur rang1 et s'employent la cousture de nostre liaison3 comme les venins la conseruation de nostre sant4 ,s'ils deuiennent excusables1 d'autant qu'ils nous font besoing1 et que la necessit commune efface leur vraye qualit3 il faut laisser iouer cette partie1 aux citoyens plus vigoureux1 et moins craintifs1 qui sacrifient leur honneur et leur conscience1 comme ces autres anciens sacrifierent leur vie1 pour le salut de leur pays4 ,nous autres plus foibles prenons des rolles et plus aysez et moins hazardeux4 ,le bien public requiert qu'on trahisse1 et qu'on mente1 et qu'on massacre3 resignons cette commission gens plus obeissans et plus soupples4 ,certes i'ay eu souuent despit1 de voir des iuges1 attirer par fraude et fauces esperances de faueur ou pardon1 le criminel descouurir son fait1 et y employer la piperie et l'impudence4 ,il seruiroit bien la iustice1 et ,platon mesme1 qui fauorise cet vsage1 de me fournir d'autres moyens plus selon moy4 ,c'est vne iustice malicieuse3 et ne l'estime pas moins blessee par soy-mesme1 que par autruy4 ,ie respondy1 n'y a pas long temps1 qu' peine trahirois-ie le ,prince pour vn particulier1 qui serois tres-marry de trahir aucun particulier1 pour le ,prince4 ,et ne hay pas seulement piper1 mais ie hay aussi qu'on se pipe en moy3 ie n'y veux pas seulement fournir de matiere et d'occasion4 ,en ce peu que i'ay eu negocier entre nos ,princes1 en ces diuisions1 et subdiuisions1 qui nous deschirent auiourd'huy3 i'ay curieusement euit1 qu'ils se mesprinssent en moy1 et s'enferrassent en mon masque4 ,les gens du mestier se tiennent les plus couuerts1 et se presentent et contrefont les plus moyens1 et les plus voysins qu'ils peuuent3 moy1 ie m'offre par mes opinions les plus viues1 et par la forme plus mienne4 ,tendre negotiateur et nouice3 qui ayme mieux faillir l'affaire1 qu' moy4 'a est pourtant iusques cette heure1 auec tel heur1 car certes ,fortune y a la principalle part1 que peu ont pass de main autre1 auec moins de soupon1 plus de faueur et de priuaut4 ,i'ay vne faon ouuerte1 aisee s'insinuer1 et se donner credit1 aux premieres accointances4 ,la naifuet et la verit pure1 en quelque siecle que ce soit1 trouuent encore leur opportunit et leur mise4 ,et puis de ceux-l est la libert peu suspecte1 et peu odieuse1 qui besongnent sans aucun leur interest4 ,et peuuent veritablement employer la responce de ,hipperides aux ,atheniens1 se plaignans de l'aspret de son parler3 ,messieurs1 ne considerez pas si ie suis libre1 mais si ie le suis1 sans rien prendre1 et sans amender par l mes affaires4 ,ma libert m'a aussi aisement descharg du soupon de faintise1 par sa vigueur 7n'espargnant rien dire pour poisant et cuisant qu'il fust3 ie n'eusse peu dire pis absent7 et en ce1 qu'elle a vne montre apparente de simplesse et de nonchalance4 ,ie ne pretens autre fruict en agissant1 que d'agir1 et n'y attache longues suittes et propositions4 ,chasque action fait particulierement son ieu3 porte s'il peut4 ,au demeurant1 ie ne suis press de passion1 ou hayneuse1 ou amoureuse1 enuers les grands3 ny n'ay ma volont garrotee d'offence1 ou d'obligation particuliere4 ,ie regarde nos ,roys d'vne affection simplement legitime et ciuile1 ny emeu ny demeu par interest priu1 dequoy ie me say bon gr4 ,la cause generale et iuste ne m'attache non plus1 que moderment et sans fiure4 ,ie ne suis pas subiet ces hypoteques et engagemens penetrans et intimes4 ,la cholere et la hayne sont au del du deuoir de la iustice3 et sont passions seruans seulement ceux1 qui ne tiennent pas assez leur deuoir1 par la raison simple3 ,vtatur motu animi1 qui vti ratione non potest4 ,toutes intentions legitimes sont d'elles mesmes temperees3 sinon1 elles s'alterent en seditieuses et illegitimes4 ,c'est ce qui me faict marcher par tout1 la teste haute1 le visage1 et le cur ouuert4 ,a la verit1 et ne crains point de l'aduouer1 ie porterois facilement au besoing1 vne chandelle ,sainct ,michel1 l'autre son serpent1 suiuant le dessein de la vieille4 ,ie suiuray le bon party iusques au feu1 mais exclusiuement si ie puis4 ,que ,montaigne s'engouffre quant et la ruyne publique1 si besoing est3 mais s'il n'est pas besoing1 ie sauray bon gr la ,fortune qu'il se sauue3 et autant que mon deuoir me donne de corde1 ie l'employe sa conseruation4 ,fut-ce pas ,atticus1 lequel se tenant au iuste party1 et au party qui perdit1 se sauua par sa moderation1 en cet vniuersel naufrage du monde1 parmy tant de mutations et diuersitez8 ,aux hommes1 comme luy priuez1 il est plus ais4 ,et en telle sorte de besongne1 ie trouue qu'on peut iustement n'estre pas ambitieux s'ingerer et conuier soy-mesmes4 ,de se tenir chancelant et mestis1 de tenir son affection immobile1 et sans inclination aux troubles de son pays1 et en vne diuision publique1 ie ne le trouue ny beau1 ny honneste3 ,ea non media1 sed nulla via est1 velut euentum expectantium1 qu fortun consilia sua applicent4 ,cela peut estre permis enuers les affaires des voysins3 et ,gelon tyran de ,syracuse1 suspendoit ainsi son inclination en la guerre des ,barbares contre les ,grecs1 tenant vne ,ambassade ,delphes1 auec des presents pour estre en eschauguette1 veoir de quel cost tomberoit la fortune1 et prendre l'occasion poinct1 pour le concilier aux victorieux4 ,ce seroit vne espece de trahison1 de le faire aux propres et domestiques affaires1 ausquels necessairement il faut prendre party3 mais de ne s'embesongner point1 homme qui n'a ny charge1 ny commandement exprez qui le presse1 ie le trouue plus excusable 7et si ne practique pour moy cette excuse7 qu'aux guerres estrangeres3 desquelles pourtant1 selon nos loix1 ne s'empesche qui ne veut4 ,toutesfois ceux encore qui s'y engagent tout faict1 le peuuent1 auec tel ordre et attrempance1 que l'orage debura couler par dessus leur teste1 sans offence4 ,n'auions nous pas raison de l'esperer ainsi du feu ,euesque d',orleans1 sieur de ,moruilliers8 ,et i'en cognois entre ceux qui y ouurent valeureusement cette heure1 de murs ou si equables1 ou si douces1 qu'ils seront1 pour demeurer debout1 quelque iniurieuse mutation et cheute que le ciel nous appreste4 ,ie tiens que c'est aux ,roys proprement1 de s'animer contre les ,roys3 et me moque de ces esprits1 qui de gayet de cur se presentent querelles si disproportionnees4 ,car on ne prend pas querelle particuliere auec vn ,prince1 pour marcher contre luy ouuertement et courageusement1 pour son honneur1 et selon son deuoir3 s'il n'aime vn tel personnage1 il fait mieux1 il l'estime4 ,et notamment la cause des loix1 et defence de l'ancien estat1 a tousiours cela1 que ceux mesmes qui pour leur dessein particulier le troublent1 en excusent les defenseurs1 s'ils ne les honorent4 ,mais il ne faut pas appeller deuoir1 comme nous faisons tous les iours1 vne aigreur et vne intestine aspret1 qui naist de l'interest et passion priuee1 ny courage1 vne conduitte traistresse et malitieuse4 ,ils nomment zele1 leur propension vers la malignit1 et violence4 ,ce n'est pas la cause qui les eschauffe1 c'est leur interest4 ,ils attisent la guerre1 non par ce qu'elle est iuste3 mais par ce que c'est guerre4 ,rien n'empesche qu'on ne se puisse comporter commodment entre des hommes qui se sont ennemis1 et loyalement3 conduisez vous y d'vne1 sinon par tout esgale affection 7car elle peut souffrir differentes mesures7 au moins temperee1 et qui ne vous engage tant l'vn1 qu'il puisse tout requerir de vous4 ,et vous contentez aussi d'vne moienne mesure de leur grace3 et de couler en eau trouble1 sans y vouloir pescher4 ,l'autre maniere de s'offrir de toute sa force aux vns et aux autres1 a encore moins de prudence que de conscience4 ,celuy enuers qui vous en trahissez vn1 duquel vous estes pareillement bien venu3 sait-il pas1 que de soy vous en faites autant son tour8 ,il vous tient pour vn meschant homme3 ce pendant il vous oit1 et tire de vous1 et fait ses affaires de vostre desloyaut4 ,car les hommes doubles sont vtiles1 en ce qu'ils apportent3 mais il se faut garder1 qu'ils n'emportent que le moins qu'on peut4 ,ie ne dis rien l'vn1 que ie ne puisse dire l'autre1 son heure1 l'accent seulement vn peu chang3 et ne rapporte que les choses ou indifferentes1 ou cogneus1 ou qui seruent en commun4 ,il n'y a point d'vtilit1 pour laquelle ie me permette de leur mentir4 ,ce qui a est fi mon silence1 ie le cele religieusement3 mais ie prens celer le moins que ie puis4 ,c'est vne importune garde1 du secret des ,princes1 qui n'en a que faire4 ,ie presente volontiers ce march1 qu'ils me fient peu3 mais qu'ils se fient hardiment1 de ce que ie leur apporte4 ,i'en ay tousiours plus sceu que ie n'ay voulu4 ,vn parler ouuert1 ouure vn autre parler1 et le tire hors1 comme fait le vin et l'amour4 ,philippides respondit sagement mon gr1 au ,roy ,lysimachus1 qui luy disoit1 ,que veux-tu que ie te communique de mes biens8 ,ce que tu voudras1 pourueu que ce ne soit de tes secrets4 ,ie voy que chacun se mutine1 si on luy cache le fonds des affaires ausquels on l'employe1 et si on luy en a desrob quelque arriere-sens4 ,pour moy1 ie suis content qu'on ne m'en die non plus1 qu'on veut que i'en mette en besoigne3 et ne desire pas1 que ma science outrepasse et contraigne ma parole4 ,si ie dois seruir d'instrument de tromperie1 que ce soit aumoins sauue ma conscience4 ,ie ne veux estre tenu seruiteur1 ny si affectionn1 ny si loyal1 qu'on me treuue bon trahir personne4 ,qui est infidelle soy-mesme1 l'est excusablement son maistre4 ,mais ce sont ,princes1 qui n'acceptent pas les hommes moyti1 et mesprisent les seruices limitez et conditionnez4 ,il n'y a remede3 ie leur dis franchement mes bornes3 car esclaue1 ie ne le doibs estre que de la raison1 encore n'en puis-ie bien venir bout4 ,et eux aussi ont tort1 d'exiger d'vn homme libre1 telle subiection leur seruice1 et telle obligation1 que de celuy1 qu'ils ont faict et achett3 ou duquel la fortune tient particulierement et expressement la leur4 ,les loix m'ont ost de grand peine1 elles m'ont choisi party1 et donn vn maistre3 toute autre superiorit et obligation doibt estre relatiue celle-l1 et retranchee4 ,si n'est-ce pas dire1 quand mon affection me porteroit autrement1 qu'incontinent i'y portasse la main3 la volont et les desirs se font loy eux mesmes1 les actions ont la receuoir de l'ordonnance publique4 ,tout ce mien proceder1 est vn peu bien dissonant nos formes3 ce ne seroit pas pour produire grands effets1 ny pour y durer3 l'innocence mesme ne sauroit cette heure ny negotier sans dissimulation1 ny marchander sans menterie4 ,aussi ne sont aucunement de mon gibier1 les occupations publiques3 ce que ma profession en requiert1 ie l'y fournis1 en la forme que ie puis la plus priuee4 ,enfant1 on m'y plongea iusques aux oreilles1 et il succedoit3 si m'en desprins ie de belle heure4 ,i'ay souuent depuis uit de m'en mesler1 rarement accepte1 iamais requis1 tenant le dos tourn l'ambition3 mais sinon comme les tireurs d'auiron1 qui s'auancent ainsin reculons3 tellement toutesfois1 que de ne m'y estre poinct embarqu1 i'en suis moins oblig ma resolution1 qu' ma bonne fortune4 ,car il y a des voyes moins ennemyes de mon goust1 et plus conformes ma portee1 par lesquelles si elle m'eust appell autrefois au seruice public1 et mon auancement vers le credit du monde1 ie say que i'eusse pass par dessus la raison de mes discours1 pour la suyure4 ,ceux qui disent communement contre ma profession1 que ce que i'appelle franchise1 simplesse1 et naifuet1 en mes murs1 c'est art et finesse3 et plustost prudence1 que bont3 industrie1 que nature3 bon sens1 que bonheur3 me font plus d'honneur qu'ils ne m'en ostent4 ,mais certes ils font ma finesse trop fine4 ,et qui m'aura suyui et espi de pres1 ie luy donray gaign1 s'il ne confesse1 qu'il n'y a point de regle en leur escole1 qui seust rapporter ce naturel mouuement1 et maintenir vne apparence de libert1 et de licence1 si pareille1 et inflexible1 parmy des routes si tortues et diuerses3 et que toute leur attention et engin1 ne les y sauroit conduire4 ,la voye de la verit est vne et simple1 celle du profit particulier1 et de la commodit des affaires1 qu'on a en charge1 double1 inegale1 et fortuite4 ,i'ay veu souuent en vsage1 ces libertez contrefaites1 et artificielles1 mais le plus souuent1 sans succez4 ,elles sentent volontiers leur asne d',esope3 lequel par emulation du chien1 vint se ietter tout gayement1 deux pieds1 sur les espaules de son maistre3 mais autant que le chien receuoit de caresses1 de pareille feste1 le pauure asne1 en reeut deux fois autant de bastonnades4 ,id maxim quemque decet1 quod est cuiusque suum maxim4 ,ie ne veux pas priuer la tromperie de son rang1 ce seroit mal entendre le monde3 ie say qu'elle a seruy souuent profitablement1 et qu'elle maintient et nourrit la plus part des vacations des hommes4 ,il y a des vices legitimes1 comme plusieurs actions1 ou bonnes1 ou excusables1 illegitimes4 ,la iustice en soy1 naturelle et vniuerselle1 est autrement reglee1 et plus noblement1 que n'est cette autre iustice speciale1 nationale1 contrainte au besoing de nos polices3 ,veri iuris germanque iustiti solidam et expressam effigiem nullam tenemus3 vmbra et imaginibus vtimur4 ,si que le sage ,dandamys1 oyant reciter les vies de ,socrates1 ,pythagoras1 ,diogenes1 les iugea grands personnages en toute autre chose1 mais trop asseruis la reuerence des loix4 ,pour lesquelles auctoriser1 et seconder1 la vraye vertu a beaucoup se desmettre de sa vigueur originelle3 et non seulement par leur permission1 plusieurs actions vitieuses ont lieu1 mais encores leur suasion4 ,ex ,senatusconsultis plebisquescitis scelera exercentur4 ,ie suy le langage commun1 qui fait difference entre les choses vtiles1 et les honnestes3 si que d'aucunes actions naturelles1 non seulement vtiles1 mais necessaires1 il les nomme deshonnestes et sales4 ,mais continuons nostre exemple de la trahison4 ,deux pretendans au royaume de ,thrace1 estoient tombez en debat de leurs droicts1 l',empereur les empescha de venir aux armes3 mais l'vn d'eux1 sous couleur de conduire vn accord amiable1 par leur entreueu1 ayant assign son compagnon1 pour le festoyer en sa maison1 le fit emprisonner et tuer4 ,la iustice requeroit1 que les ,romains eussent raison de ce forfaict3 la difficult en empeschoit les voyes ordinaires4 ,ce qu'ils ne peurent legitimement1 sans guerre1 et sans hazard1 ils entreprindrent de le faire par trahison3 ce qu'ils ne peurent honnestement1 ils le firent vtilement4 ,a quoy se trouua propre vn ,pomponius ,flaccus4 ,cettuy-cy1 soubs feintes parolles1 et asseurances1 ayant attir cest homme dans ses rets3 au lieu de l'honneur et faueur qu'il luy promettoit1 l'enuoya pieds et poings liez ,rome4 ,vn traistre y trahit l'autre1 contre l'vsage commun4 ,car ils sont pleins de desfiance1 et est mal-ais de les surprendre par leur art3 tesmoing la poisante experience1 que nous venons d'en sentir4 ,sera ,pomponius ,flaccus qui voudra1 et en est assez qui le voudront4 ,quant moy1 et ma parolle et ma foy1 sont1 comme le demeurant1 pieces de ce commun corps3 leur meilleur effect1 c'est le seruice public3 ie tiens cela pour presuppos4 ,mais comme si on me commandoit1 que ie prinse la charge du ,palais1 et des plaids1 ie respondroy1 ,ie n'y entens rien3 ou la charge de conducteur de pionniers1 ie diroy1 ,ie suis appell vn rolle plus digne3 de mesmes1 qui me voudroit employer1 mentir1 trahir1 et me pariurer1 pour quelque seruice notable1 non que d'assassiner ou empoisonner3 ie diroy1 ,si i'ay vol ou desrob quelqu'vn1 enuoyez moy plustost en gallere4 ,car il est loysible vn homme d'honneur1 de parler ainsi que les ,lacedemoniens1 ayants est deffaicts par ,antipater1 sur le poinct de leurs accords3 ,vous nous pouuez commander des charges poisantes et dommageables1 autant qu'il vous plaira3 mais de honteuses1 et deshonnestes1 vous perdrez vostre temps de nous en commander4 ,chacun doit auoir iur soy mesme1 ce que les ,roys d'gypte faisoient solennellement iurer leurs iuges1 qu'ils ne se desuoyeroient de leur conscience1 pour quelque commandement qu'eux mesmes leur en fissent4 ,a telles commissions il y a note euidente d'ignominie1 et de condemnation4 ,et qui vous la donne1 vous accuse1 et vous la donne1 si vous l'entendez bien1 en charge et en peine4 ,autant que les affaires publiques s'amendent de vostre exploict1 autant s'en empirent les vostres3 vous y faictes d'autant pis1 que mieux vous y faictes4 ,et ne sera pas nouueau1 ny l'auanture sans quelque air de iustice1 que celuy mesmes vous rune1 qui vous aura mis en besongne4 ,si la trahison doit estre en quelque cas excusable3 lors seulement elle l'est1 qu'elle s'employe chastier et trahir la trahison4 ,il se trouue assez de perfidies1 non seulement refusees1 mais punies1 par ceux en faueur desquels elles auoient est entreprises4 ,qui ne sait la sentence de ,fabritius1 l'encontre du medecin de ,pyrrhus8 ,mais cecy encore se trouue3 que tel l'a commandee1 qui par apres l'a vengee rigoureusement1 sur celuy qu'il y auoit employ3 refusant vn credit et pouuoir si effren1 et desaduouant vn seruage et vne obessance si abandonnee1 et si lasche4 ,iaropelc ,duc de ,russie1 practiqua vn ,gentil-homme de ,hongrie1 pour trahir le ,roy de ,poulongne ,boleslaus1 en le faisant mourir1 ou donnant aux ,russiens moyen de luy faire quelque notable dommage4 ,cettuy-cy s'y porta en galand homme3 s'addonna plus que deuant au seruice de ce ,roy1 obtint d'estre de son conseil1 et de ses plus feaux4 ,auec ces aduantages1 et choisissant point l'opportunit de l'absence de son maistre1 il trahit aux ,russiens ,visilicie1 grande et riche cit3 qui fut entierement saccagee1 et arse par eux1 auec occision totale1 non seulement des habitans d'icelle1 de tout sexe et aage1 mais de grand nombre de noblesse de l autour1 qu'il y auoit assembl ces fins4 ,iaropelc assouuy de sa vengeance1 et de son courroux1 qui pourtant n'estoit pas sans tiltre1 7car ,boleslaus l'auoit fort offenc1 et en pareille conduitte7 et saoul du fruict de cette trahison1 venant en considerer la laideur nu et seule1 et la regarder d'vne veu saine1 et non plus troublee par sa passion1 la print vn tel remors1 et contre-cur1 qu'il en fit creuer les yeux1 et couper la langue1 et les parties honteuses1 son executeur4 ,antigonus persuada les soldats ,argyraspides1 de luy trahir ,eumenes1 leur capitaine general1 son aduersaire4 ,mais l'eut-il faict tuer1 apres qu'ils le luy eurent liur1 il desira luy mesme estre commissaire de la iustice diuine1 pour le chastiment d'vn forfaict si detestable3 et les consigna entre les mains du gouuerneur de la prouince1 luy donnant tres-expres commandement1 de les perdre1 et mettre male fin1 en quelque maniere que ce fust4 ,tellement que de ce grand nombre qu'ils estoient1 aucun ne vit onques puis1 l'air de ,macedoine4 ,mieux il en auoit est seruy1 d'autant le iugea il auoir est plus meschamment et punissablement4 ,l'esclaue qui trahit la cachette de ,p4 ,sulpicius son maistre1 fut mis en libert1 suiuant la promesse de la proscription de ,sylla3 mais suiuant la promesse de la raison publique1 tout libre1 il fut precipit du roc ,tarpeien4 ,et nostre ,roy ,clouis1 au lieu des armes d'or qu'il leur auoit promis1 fit pendre les trois seruiteurs de ,cannacre1 apres qu'ils luy eurent trahy leur maistre1 quoy il les auoit pratiquez4 ,ils les font pendre auec la bourse de leur payement au col4 ,ayant satisfaict leur seconde foy1 et speciale1 ils satisfont la generale et premiere4 ,mahomed second1 se voulant deffaire de son frere1 pour la ialousie de la domination1 suiuant le stile de leur race1 y employa l'vn de ses officiers3 qui le suffoqua1 l'engorgeant de quantit d'eau1 prinse trop coup4 ,cela faict1 il liura1 pour l'expiation de ce meurtre1 le meurtrier entre les mains de la mere du trespass 7car ils n'estoient freres que de pere73 elle1 en sa presence1 ouurit ce meurtrier l'estomach3 et tout chaudement de ses mains1 fouillant et arrachant son cur1 le ietta manger aux chiens4 ,et ceux mesmes qui ne valent rien1 il est si doux1 ayant tir l'vsage d'vne action vicieuse1 y pouuoir hormais coudre en toute seuret1 quelque traict de bont1 et de iustice3 comme par compensation1 et correction conscientieuse4 ,ioint qu'ils regardent les ministres de tels horribles malefices1 comme gents1 qui les leur reprochent3 et cherchent par leur mort d'estouffer la cognoissance et tesmoignage de telles menees4 ,or si par fortune on vous en recompence1 pour ne frustrer la necessit publique1 de cet extreme et desesper remede3 celuy qui le fait1 ne laisse pas de vous tenir1 s'il ne l'est luy-mesme1 pour vn homme maudit et execrable3 et vous tient plus traistre1 que ne faict celuy1 contre qui vous l'estes3 car il touche la malignit de vostre courage1 par voz mains1 sans desadueu1 sans obiect4 ,mais il vous employe1 tout ainsi qu'on faict les hommes perdus1 aux executions de la haute iustice3 charge autant vtile1 comme elle est peu honneste4 ,outre la vilit de telles commissions1 il y a de la prostitution de conscience4 ,la fille ,seanus ne pouuant estre punie mort1 en certaine forme de iugement ,rome1 d'autant qu'elle estoit vierge1 fut1 pour donner passage aux loix1 forcee par le bourreau1 auant qu'il l'estranglast4 ,non sa main seulement1 mais son ame1 est esclaue la commodit publique4 ,quand le premier ,amurath1 pour aigrir la punition contre ses subiects1 qui auoient donn support la parricide rebellion de son fils1 ordonna1 que leurs plus proches parents presteroient la main cette execution3 ie trouue tres-honeste aucuns d'iceux1 d'auoir choisi plustost1 d'estre iniustement tenus coulpables du parricide d'vn autre1 que de seruir la iustice de leur propre parricide4 ,et o en quelques bicoques forcees de mon temps1 i'ay veu des coquins1 pour garantir leur vie1 accepter de pendre leurs amis et consorts1 ie les ay tenus de pire condition que les pendus4 ,on dit que ,vuitolde ,prince de ,lituanie1 introduisit en cette nation1 que le criminel condamn mort1 eust luy mesme de sa main1 se deffaire3 trouuant estrange1 qu'vn tiers innocent de la faute1 fust employ et charg d'vn homicide4 ,le ,prince1 quand vne vrgente circonstance1 et quelque impetueux et inopin accident1 du besoing de son estat1 luy fait gauchir sa parolle et sa foy1 ou autrement le iette hors de son deuoir ordinaire1 doibt attribuer cette necessit1 vn coup de la verge diuine4 ,vice n'est-ce pas1 car il a quitt sa raison1 vne plus vniuerselle et puissante raison3 mais certes c'est malheur4 ,de maniere qu' quelqu'vn qui me demandoit3 ,quel remede8 nul remede1 fis-ie1 s'il fut veritablement gehenn entre ces deux extremes 7sed videat ne quratur latebra periurio7 il le falloit faire3 mais s'il le fit1 sans regret1 s'il ne luy greua de le faire1 c'est signe que sa conscience est en mauuais termes4 ,quand il s'en trouueroit quelqu'vn de si tendre conscience1 qui nulle guarison ne semblast digne d'vn si poisant remede1 ie ne l'en estimeroy pas moins4 ,il ne se sauroit perdre plus excusablement et decemment4 ,nous ne pouuons pas tout4 ,ainsi comme ainsi nous faut-il souuent1 comme la derniere anchre1 remettre la protection de nostre vaisseau la pure conduitte du ciel4 ,a quelle plus iuste necessit se reserue il8 ,que luy est-il moins possible faire que ce qu'il ne peut faire1 qu'aux despens de sa foy et de son honneur8 choses1 qui l'auenture luy doiuent estre plus cheres que son propre salut1 et que le salut de son peuple4 ,quand les bras croisez il appellera ,dieu simplement son aide1 n'aura-il pas esperer1 que la diuine bont n'est pour refuser la faueur de sa main extraordinaire vne main pure et iuste8 ,ce sont dangereux exemples1 rares1 et maladifues exceptions1 nos regles naturelles3 il y faut ceder1 mais auec grande moderation et circonspection4 ,aucune vtilit priuee1 n'est digne pour laquelle nous facions cet effort nostre conscience3 la publique bien1 lors qu'elle est et tres-apparente1 et tres-importante4 ,timoleon se garantit propos1 de l'estranget de son exploit1 par les larmes qu'il rendit1 se souuenant que c'estoit d'vne main fraternelle qu'il auoit tu le tyran4 ,et cela pina iustement sa conscience1 qu'il eust est necessit d'achetter l'vtilit publique1 tel prix de l'honnestet de ses murs4 ,le ,senat mesme deliur de seruitude par son moyen1 n'osa rondement decider d'vn si haut faict1 et deschir en deux si poisants et contraires visages4 ,mais les ,syracusains ayans tout point1 l'heure mesme1 enuoy requerir les ,corinthiens de leur protection1 et d'vn chef digne de restablir leur ville en sa premiere dignit1 et nettoyer la ,sicile de plusieurs tyranneaux1 qui l'oppressoient3 il y deputa ,timoleon1 auec cette nouuelle deffaitte et declaration3 ,que selon qu'il se porteroit bien ou mal en sa charge1 leur arrest prendroit party1 la faueur du liberateur de son pas1 ou la desfaueur du meurtrier de son frere4 ,cette fantastique conclusion1 a quelque excuse1 sur le danger de l'exemple et importance d'vn faict si diuers4 ,et feirent bien1 d'en descharger leur iugement1 ou de l'appuier ailleurs1 et en des considerations tierces4 ,or les deportements de ,timoleon en ce voyage rendirent bien tost sa cause plus claire1 tant il s'y porta dignement et vertueusement1 en toutes faons4 ,et le bon heur qui l'accompagna aux aspretez qu'il eut vaincre en cette noble besongne1 sembla luy estre enuoy par les ,dieux conspirants et fauorables sa iustification4 ,la fin de cettuy cy est excusable1 si aucune le pouuoit estre4 ,mais le profit de l'augmentation du reuenu publique1 qui seruit de pretexte au ,senat ,romain cette orde conclusion1 que ie m'en vay reciter1 n'est pas assez fort pour mettre garand vne telle iniustice4 ,certaines citez s'estoient rachetees prix d'argent1 et remises en libert1 auec l'ordonnance et permission du ,senat1 des mains de ,l4 ,sylla4 ,la chose estant tombee en nouueau iugement1 le ,senat les condamna estre taillables comme auparauant3 et que l'argent qu'elles auoyent employ pour se rachetter1 demeureroit perdu pour elles4 ,les guerres ciuiles produisent souuent ces vilains exemples3 ,que nous punissons les priuez1 de ce qu'ils nous ont creu1 quand nous estions autres4 ,et vn mesme magistrat fait porter la peine de son changement1 qui n'en peut mais4 ,le maistre foitte son disciple de docilit1 et la guide son aueugle4 ,horrible image de iustice4 ,il y a des regles en la philosophie et faulses et molles4 ,l'exemple qu'on nous propose1 pour faire preualoir l'vtilit priuee1 la foy donnee1 ne reoit pas assez de poids par la circonstance qu'ils y meslent4 ,des voleurs vous ont prins1 ils vous ont remis en libert1 ayans retir de vous serment du paiement de certaine somme4 ,on a tort de dire1 qu'vn homme de bien1 sera quitte de sa foy1 sans payer1 estant hors de leurs mains4 ,il n'en est rien4 ,ce que la crainte m'a fait vne fois vouloir1 ie suis tenu de le vouloir encore sans crainte4 ,et quand elle n'aura forc que ma langue1 sans la volont3 encore suis ie tenu de faire la maille bonne de ma parole4 ,pour moy1 quand par fois ell'a inconsiderment deuanc ma pensee1 i'ay faict conscience de la desaduoer pourtant4 ,autrement de degr en degr1 nous viendrons abolir tout le droit qu'vn tiers prend de nos promesses4 ,quasi ver forti viro vis possit adhiberi4 ,en cecy seulement a loy1 l'interest priu1 de nous excuser de faillir nostre promesse1 si nous auons promis chose meschante1 et inique de soy4 ,car le droit de la vertu doibt preualoir le droit de nostre obligation4 ,i'ay autrefois log ,epaminondas au premier rang des hommes excellens3 et ne m'en desdy pas4 ,iusques o montoit-il la consideration de son particulier deuoir8 qui ne tua iamais homme qu'il eust vaincu3 qui pour ce bien inestimable1 de rendre la libert son pas1 faisoit conscience de tuer vn tyran1 ou ses complices1 sans les formes de la iustice3 et qui iugeoit meschant homme1 quelque bon citoyen qu'il fust1 celuy qui entre les ennemis1 et en la bataille1 n'espargnoit son amy et son hoste4 ,voyla vne ame de riche composition4 ,il marioit aux plus rudes et violentes actions humaines1 la bont et l'humanit1 voire la plus delicate1 qui se treuue en l'escole de la philosophie4 ,ce courage si gros1 enfl1 et obstin contre la douleur1 la mort1 la pauuret1 estoit-ce nature1 ou art1 qui l'eust attendry1 iusques au poinct d'vne si extreme douceur1 et debonnairet de complexion8 ,horrible de fer et de sang1 il va fracassant et rompant vne nation inuincible contre tout autre1 que contre luy seul3 et gauchit au milieu d'vne telle meslee1 au rencontre de son hoste et de son amy4 ,vrayment celuy l proprement commandoit bien la guerre1 qui luy faisoit souffrir le mors de la benignit1 sur le point de sa plus forte chaleur3 ainsin enflammee qu'elle estoit1 et toute escumeuse de fureur et de meurtre4 ,c'est miracle1 de pouuoir mesler telles actions quelque image de iustice3 mais il n'appartient qu' la roideur d',epaminondas1 d'y pouuoir mesler la douceur et la facilit des murs les plus molles1 et la pure innocence4 ,et o l'vn dit aux ,mammertins1 que les statuts n'auoient point de mise enuers les hommes armez3 l'autre1 au ,tribun du peuple1 que le temps de la iustice1 et de la guerre estoient deux3 le tiers1 que le bruit des armes l'empeschoit d'entendre la voix des loix3 cettuy-cy n'estoit pas seulement empesch d'entendre celles de la ciuilit1 et pure courtoisie4 ,auoit-il pas emprunt de ses ennemis1 l'vsage de sacrifier aux ,muses1 allant la guerre1 pour destremper par leur douceur et gayet1 cette furie et aspret martiale8 ,ne craignons point apres vn si grand precepteur1 d'estimer qu'il y a quelque chose illicite contre les ennemys mesmes3 que l'interest commun ne doibt pas tout requerir de tous1 contre l'interest priu3 manente memoria1 etiam in dissidio publicorum fderum1 priuati iuris3 ,et nulla potentia vires ,prstandi1 ne quid peccet amicus1 habet3 et que toutes choses ne sont pas loisibles vn homme de bien1 pour le seruice de son ,roy1 ny de la cause generale et des loix4 ,non enim patria prstat omnibus officijs1 et ipsi conducit pios habere ciues in parentes4 ,c'est vne instruction propre au temps4 ,nous n'auons que faire de durcir nos courages par ces lames de fer1 c'est assez que nos espaules le soyent3 c'est assez de tramper nos plumes en ancre1 sans les tramper en sang4 ,si c'est grandeur de courage1 et l'effect d'vne vertu rare et singuliere1 de mespriser l'amiti1 les obligations priuees1 sa parolle1 et la parent1 pour le bien commun1 et obessance du magistrat3 c'est assez vrayement pour nous en excuser1 que c'est vne grandeur1 qui ne peut loger en la grandeur du courage d',epaminondas4 ,i'abomine les exhortemens enragez1 de cette autre ame desreglee1 ,dum tela micant1 non vos pietatis imago ,vlla1 nec aduersa conspecti fronte parentes ,commoueant1 vultus gladio turbate verendos4 ,ostons aux meschants naturels1 et sanguinaires1 et traistres1 ce pretexte de raison3 laissons l cette iustice enorme1 et hors de soy3 et nous tenons aux plus humaines imitations4 ,combien peut le temps et l'exemple8 ,en vne rencontre de la guerre ciuile contre ,cinna1 vn soldat de ,pompeius1 ayant tu sans y penser son frere1 qui estoit au party contraire1 se tua sur le champ soy-mesme1 de honte et de regret4 ,et quelques annees apres1 en vne autre guerre ciuile de ce mesme peuple1 vn soldat1 pour auoir tu son frere1 demanda recompense ses capitaines4 ,on argumente mal l'honneur et la beaut d'vne action1 par son vtilit3 et conclud-on mal1 d'estimer que chacun y soit oblig1 et qu'elle soit honeste chacun1 si elle est vtile4 ,omnia non pariter rerum sunt omnibus apta4 ,choisissons la plus necessaire et plus vtile de l'humaine societ1 ce sera le mariage4 ,si est-ce que le conseil des saincts1 trouue le contraire party plus honeste1 et en exclut la plus venerable vacation des hommes3 comme nous assignons au haras1 les bestes qui sont de moindre estime4 ,,chapitre ,,ii4 ,du repentir4 ,,les autres forment l'homme1 ie le recite3 et en represente vn particulier1 bien mal form2 et lequel si i'auoy faonner de nouueau1 ie ferois vrayement bien autre qu'il n'est3 mes-huy c'est fait4 ,or les traits de ma peinture1 ne se fouruoyent point1 quoy qu'ils se changent et diuersifient4 ,le monde n'est qu'vne branloire perenne4 ,toutes choses y branlent sans cesse1 la terre1 les rochers du ,caucase1 les pyramides d'gypte3 et du branle public1 et du leur4 ,la constance mesme n'est autre chose qu'vn branle plus languissant4 ,ie ne puis asseurer mon obiect3 il va trouble et chancelant1 d'vne yuresse naturelle4 ,ie le prens en ce poinct1 comme il est1 en l'instant que ie m'amuse luy4 ,ie ne peinds pas l'estre1 ie peinds le passage3 non vn passage d'aage en autre1 ou comme dict le peuple1 de sept en sept ans1 mais de iour en iour1 de minute en minute4 ,il faut accommoder mon histoire l'heure4 ,ie pourray tantost changer1 non de fortune seulement1 mais aussi d'intention4 ,c'est vn contrerolle de diuers et muables accidens1 et d'imaginations irresolus1 et quand il y eschet1 contraires3 soit que ie sois autre moy-mesme1 soit que ie saisisse les subiects1 par autres circonstances1 et considerations4 ,tant y a que ie me contredis bien l'aduanture1 mais la verit1 comme disoit ,demades1 ie ne la contredy point4 ,si mon ame pouuoit prendre pied1 ie ne m'essaierois pas1 ie me resoudrois3 elle est tousiours en apprentissage1 et en espreuue4 ,ie propose vne vie basse1 et sans lustre4 ,c'est tout vn4 ,on attache aussi bien toute la philosophie morale1 vne vie populaire et priuee1 qu' vne vie de plus riche estoffe4 ,chaque homme porte la forme entiere1 de l'humaine condition4 ,les autheurs se communiquent au peuple par quelque marque speciale et estrangere3 moy le premier1 par mon estre vniuersel3 comme1 ,michel de ,montaigne3 non comme grammairien ou pote1 ou iurisconsulte4 ,si le monde se plaint dequoy ie parle trop de moy1 ie me plains dequoy il ne pense seulement pas soy4 ,mais est-ce raison1 que si particulier en vsage1 ie pretende me rendre public en cognoissance8 ,est-il aussi raison1 que ie produise au monde1 o la faon et l'art ont tant de credit et de commandement1 des effects de nature et crus et simples1 et d'vne nature encore bien foiblette8 ,est-ce pas faire vne muraille sans pierre1 ou chose semblable1 que de bastir des liures sans science8 ,les fantasies de la musique1 sont conduites par art1 les miennes par sort4 ,aumoins i'ay cecy selon la discipline1 que iamais homme ne traicta subiect1 qu'il entendist ne cogneust mieux1 que ie fay celuy que i'ay entrepris3 et qu'en celuy l ie suis le plus sauant homme qui viue4 ,secondement1 que iamais aucun ne penetra en sa matiere plus auant1 ny en esplucha plus distinctement les membres et suittes3 et n'arriua plus exactement et plus plainement1 la fin qu'il s'estoit propos sa besongne4 ,pour la parfaire1 ie n'ay besoing d'y apporter que la fidelit3 celle-l y est1 la plus sincere et pure qui se trouue4 ,ie dy vray1 non pas tout mon saoul3 mais autant que ie l'ose dire4 ,et l'ose vn peu plus en vieillissant3 car il semble que la coustume concede cet aage1 plus de libert de bauasser1 et d'indiscretion parler de soy4 ,il ne peut aduenir icy1 ce que ie voy aduenir souuent1 que l'artizan et sa besongne se contrarient4 ,vn homme de si honneste conuersation1 a-t-il faict vn si sot escrit8 ,ou1 des escrits si sauans1 sont-ils partis d'vn homme de si foible conuersation8 ,qui a vn entretien commun1 et ses escrits rares3 c'est dire1 que sa capacit est en lieu d'o il l'emprunte1 et non en luy4 ,vn personnage sauant n'est pas sauant par tout4 ,mais le suffisant est par tout suffisant1 et ignorer mesme4 ,icy nous allons conformment1 et tout d'vn train1 mon liure et moy4 ,ailleurs1 on peut recommander et accuser l'ouurage1 part de l'ouurier3 icy non3 qui touche l'vn1 touche l'autre4 ,celuy qui en iugera sans le congnoistre1 se fera plus de tort qu' moy3 celuy qui l'aura cogneu1 m'a du tout satisfaict4 ,heureux outre mon merite1 si i'ay seulement cette part l'approbation publique1 que ie face sentir aux gens d'entendement1 que i'estoy capable de faire mon profit de la science1 si i'en eusse eu3 et que ie meritoy que la memoire me secourust mieux4 ,excusons icy ce que ie dy souuent1 que ie me repens rarement1 et que ma conscience se contente de soy3 non comme de la conscience d'vn ange1 ou d'vn cheual1 mais comme de la conscience d'vn homme4 ,adioustant tousiours ce refrein1 non vn refrein de ceremonie1 mais de naifue et essentielle submission3 ,que ie parle enquerant et ignorant1 me rapportant de la resolution1 purement et simplement1 aux creances communes et legitimes4 ,ie n'enseigne point1 ie raconte4 ,il n'est vice veritablement vice1 qui n'offence1 et qu'vn iugement entier n'accuse4 ,car il a de la laideur et incommodit si apparente1 qu' l'aduanture ceux-l ont raison1 qui disent1 qu'il est principalement produict par bestise et ignorance3 tant est-il mal-ais d'imaginer qu'on le cognoisse sans le har4 ,la malice hume la pluspart de son propre venin1 et s'en empoisonne4 ,le vice laisse comme vn vlcere en la chair1 vne repentance en l'ame1 qui tousiours s'esgratigne1 et s'ensanglante elle mesme4 ,car la raison efface les autres tristesses et douleurs1 mais elle engendre celle de la repentance3 qui est plus griefue1 d'autant qu'elle naist au dedans3 comme le froid et le chaud des fiures est plus poignant1 que celuy qui vient du dehors4 ,ie tiens pour vices1 mais chacun selon sa mesure1 non seulement ceux que la raison et la nature condamnent1 mais ceux aussi que l'opinion des hommes a forg1 voire fauce et erronee1 si les loix et l'vsage l'auctorise4 ,il n'est pareillement bont1 qui ne resiouysse vne nature bien nee4 ,il y a certes ie ne say quelle congratulation1 de bien faire1 qui nous resiouit en nous mesmes1 et vne fiert genereuse1 qui accompagne la bonne conscience4 ,vne ame courageusement vitieuse1 se peut l'aduenture garnir de securit3 mais de cette complaisance et satisfaction1 elle ne s'en peut fournir4 ,ce n'est pas vn leger plaisir1 de se sentir preseru de la contagion d'vn siecle si gast1 et de dire en soy3 ,qui me verroit iusques dans l'ame1 encore ne me trouueroit-il coupable1 ny de l'affliction et ruyne de personne3 ny de vengeance ou d'enuie1 ny d'offence publique des loix3 ny de nouuellet et de trouble3 ny de faute ma parole3 et quoy que la licence du temps permist et apprinst chacun1 si n'ay-ie mis la main ny s biens1 ny en la bourse d'homme ,franois1 et n'ay vescu que sur la mienne non plus en guerre qu'en paix3 ny ne me suis seruy du trauail de personne1 sans loyer4 ,ces tesmoignages de la conscience1 plaisent1 et nous est grand benefice que cette esiouyssance naturelle3 et le seul payement qui iamais ne nous manque4 ,de fonder la recompence des actions vertueuses1 sur l'approbation d'autruy1 c'est prendre vn trop incertain et trouble fondement1 signamment en vn siecle corrompu et ignorant1 comme cettuy cy3 la bonne estime du peuple est iniurieuse4 ,a qui vous fiez vous1 de veoir ce qui est louable8 ,dieu me garde d'estre homme de bien1 selon la description que ie voy faire tous les iours par honneur1 chacun de soy4 ,qu fuerant viti1 mores sunt4 ,tels de mes amis1 ont par fois entreprins de me chapitrer et mercurializer cur ouuert1 ou de leur propre mouuement1 ou semons par moy1 comme d'vn office1 qui vne ame bien faicte1 non en vtilit seulement1 mais en douceur aussi1 surpasse tous les offices de l'amiti4 ,ie l'ay tousiours accueilli des bras de la courtoisie et recognoissance1 les plus ouuerts4 ,mais1 en parler cette heure en conscience1 i'ay souuent trouu en leurs reproches et louanges1 tant de fauce mesure1 que ie n'eusse guere failly1 de faillir plustost1 que de bien faire leur mode4 ,nous autres principalement1 qui viuons vne vie priuee1 qui n'est en montre qu' nous1 deuons auoir estably vn patron au dedans1 auquel toucher nos actions3 et selon iceluy nous caresser tantost1 tantost nous chastier4 ,i'ay mes loix et ma cour1 pour iuger de moy1 et m'y adresse plus qu'ailleurs4 ,ie restrains bien selon autruy mes actions1 mais ie ne les estends que selon moy4 ,il n'y a que vous qui sache si vous estes lche et cruel1 ou loyal et deuotieux3 les autres ne vous voyent point1 ils vous deuinent par coniectures incertaines3 ils voyent1 non tant vostre naturel1 que vostre art4 ,par ainsi1 ne vous tenez pas leur sentence1 tenez vous la vostre4 ,tuo tibi iudicio est vtendum4 ,virtutis et vitiorum graue ipsius conscienti pondus est3 qua sublata1 iacent omnia4 ,mais ce qu'on dit1 que la repentance suit de pres le pech1 ne semble pas regarder le pech qui est en son haut appareil3 qui loge en nous comme en son propre domicile4 ,on peut desauour et desdire les vices1 qui nous surprennent1 et vers lesquels les passions nous emportent3 mais ceux qui par longue habitude1 sont enracinez et ancrez en vne volont forte et vigoureuse1 ne sont subiects contradiction4 ,le repentir n'est qu'vne desdicte de nostre volont1 et opposition de nos fantasies1 qui nous pourmene tout sens4 ,il faict desaduour celuy-l1 sa vertu passee et sa continence4 ,qu mens est hodie1 cur eadem non puero fuit1 ,vel cur his animis incolumes non redeunt gen8 ,c'est vne vie exquise1 celle qui se maintient en ordre iusques en son priu4 ,chacun peut auoir part au battelage1 et representer vn honneste personnage en l'eschaffaut3 mais au dedans1 et en sa poictrine1 o tout nous est loisible1 o tout est cach1 d'y estre regl1 c'est le poinct4 ,le voysin degr1 c'est de l'estre en sa maison1 en ses actions ordinaires1 desquelles nous n'auons rendre raison personne3 o il n'y a point d'estude1 point d'artifice4 ,et pourtant ,bias peignant vn excellent estat de famille3 de laquelle1 dit-il1 le maistre soit tel au dedans1 par luy-mesme1 comme il est au dehors1 par la crainte de la loy1 et du dire des hommes4 ,et fut vne digne parole de ,iulius ,drusus1 aux ouuriers qui luy offroient pour trois mille escus1 mettre sa maison en tel poinct1 que ses voysins n'y auroient plus la veu qu'ils y auoient3 ,ie vous en donneray1 dit-il1 six mille1 et faictes que chacun y voye de toutes parts4 ,on remarque auec honneur l'vsage d',agesilaus1 de prendre en voyageant son logis dans les eglises1 affin que le peuple1 et les ,dieux mesmes1 vissent dans ses actions priuees4 ,tel a est miraculeux au monde1 auquel sa femme et son valet n'ont rien veu seulement de remercable4 ,peu d'hommes ont est admirez par leurs domestiques4 ,nul a est prophete non seulement en sa maison1 mais en son pas1 dit l'experience des histoires4 ,de mesmes aux choses de neant4 ,et en ce bas exemple1 se void l'image des grands4 ,en mon climat de ,gascongne1 on tient pour drolerie de me veoir imprim4 ,d'autant que la cognoissance1 qu'on prend de moy1 s'esloigne de mon giste1 i'en vaux d'autant mieux4 ,i'achette les imprimeurs en ,guienne3 ailleurs ils m'achettent4 ,sur cet accident se fondent ceux qui se cachent viuants et presents1 pour se mettre en credit1 trepassez et absents4 ,i'ayme mieux en auoir moins4 ,et ne me iette au monde1 que pour la part que i'en tire4 ,au partir de l1 ie l'en quitte4 ,le peuple reconuoye celuy-l1 d'vn acte public1 auec estonnement1 iusqu' sa porte3 il laisse auec sa robbe ce rolle3 il en retombe d'autant plus bas1 qu'il s'estoit plus haut mont4 ,au dedans chez luy1 tout est tumultuaire et vil4 ,quand le reglement s'y trouueroit1 il faut vn iugement vif et bien tri1 pour l'apperceuoir en ces actions basses et priuees4 ,ioint que l'ordre est vne vertu morne et sombre4 ,gaigner vne bresche1 conduire vne ambassade1 regir vn peuple1 ce sont actions esclatantes3 tancer1 rire1 vendre1 payer1 aymer1 hayr1 et conuerser auec les siens1 et auec soy-mesme1 doucement et iustement3 ne relascher point1 ne se desmentir point1 c'est chose plus rare1 plus difficile1 et moins remerquable4 ,les vies retirees soustiennent par l1 quoy qu'on die1 des deuoirs autant ou plus aspres et tendus1 que ne font les autres vies4 ,et les priuez1 dit ,aristote1 seruent la vertu plus difficilement et hautement1 que ne font ceux qui sont en magistrat4 ,nous nous preparons aux occasions eminentes1 plus par gloire que par conscience4 ,la plus courte faon d'arriuer la gloire1 ce seroit faire pour la conscience ce que nous faisons pour la gloire4 ,et la vertu d',alexandre me semble representer assez moins de vigueur en son theatre1 que ne fait celle de ,socrates1 en cette exercitation basse et obscure4 ,ie conois aisment ,socrates1 en la place d',alexandre2 ,alexandre en celle de ,socrates1 ie ne puis4 ,qui demandera celuy-l1 ce qu'il sait faire1 il respondra1 ,subiuguer le monde3 qui le demandera cettuy-cy1 il dira1 ,mener l'humaine vie conformment sa naturelle condition3 science bien plus generale1 plus poisante1 et plus legitime4 ,le prix de l'ame ne consiste pas aller haut1 mais ordonnment4 ,sa grandeur ne s'exerce pas en la grandeur3 c'est en la mediocrit4 ,ainsi que ceux qui nous iugent et touchent au dedans1 ne font pas grand'recette de la lueur de noz actions publiques3 et voyent que ce ne sont que filets et pointes d'eau fine reiallies d'vn fond au demeurant limonneux et poisant4 ,en pareil cas1 ceux qui nous iugent par cette braue apparence du dehors1 concluent de mesmes de nostre constitution interne3 et ne peuuent accoupler des facultez populaires et pareilles aux leurs1 ces autres facultez1 qui les estonnent1 si loin de leur visee4 ,ainsi donnons nous aux demons des formes sauuages4 ,et qui non ,tamburlan des sourcils esleuez1 des nazeaux ouuerts1 vn visage afreux1 et vne taille desmesuree1 comme est la taille de l'imagination qu'il en a conceu par le bruit de son nom8 ,qui m'eust faict veoir ,erasme autrefois1 il eust est mal-ais1 que ie n'eusse prins pour adages et apophthegmes1 tout ce qu'il eust dit son vallet et son hostesse4 ,nous imaginons bien plus sortablement vn artisan sur sa garderobe ou sur sa femme qu'vn grand ,president1 venerable par son maintien et suffisance4 ,il nous semble que de ces hauts thrones ils ne s'abaissent pas iusques viure4 ,comme les ames vicieuses sont incitees souuent bien faire1 par quelque impulsion estrangere8 aussi sont les vertueuses faire mal4 ,il les faut doncq iuger par leur estat rassis3 quand elles sont chez elles1 si quelquefois elles y sont3 ou au moins quand elles sont plus voysines du repos1 et en leur naifue assiette4 ,les inclinations naturelles s'aident et fortifient par institution3 mais elles ne se changent gueres et surmontent4 ,mille natures1 de mon temps1 ont eschapp vers la vertu1 ou vers le vice1 au trauers d'vne discipline contraire4 ,sic vbi desuet siluis in carcere claus ,mansueure fer1 et vultus posuere minaces1 ,atque hominem didicere pati1 si torrida paruus ,venit in ora cruor1 redeunt rabisque furrque1 ,admonitque tument gustato sanguine fauces2 ,feruet1 et trepido vix abstinet ira magistro4 ,on n'extirpe pas ces qualitez originelles1 on les couure1 on les cache4 ,le langage ,latin m'est comme naturel3 ie l'entends mieux que le ,franois3 mais il y a quarante ans1 que ie ne m'en suis du tout poinct seruy parler1 ny guere escrire4 ,si est-ce qu' des extremes et soudaines esmotions1 o ie suis tomb1 deux ou trois fois en ma vie3 et l'vne1 voyant mon pere tout sain1 se renuerser sur moy pasm3 i'ay tousiours eslanc du fonds des entrailles1 les premieres paroles ,latines3 ,nature se sourdant et s'exprimant force1 l'encontre d'vn si long vsage3 et cet exemple se dit d'assez d'autres4 ,ceux qui ont essai de r'auiser les murs du monde1 de mon temps1 par nouuelles opinions1 reforment les vices de l'apparence1 ceux de l'essence ils les laissent l1 s'ils ne les augmentent4 ,et l'augmentation y est craindre4 ,on se seiourne volontiers de tout autre bien faire1 sur ces reformations externes1 de moindre coust et de plus grand merite3 et satisfait-on bon march par l1 les autres vices naturels consubstantiels et intestins4 ,regardez vn peu1 comment s'en porte nostre experience4 ,il n'est personne1 s'il s'escoute1 qui ne descouure en soy1 vne forme sienne1 vne forme maistresse1 qui lucte contre l'institution3 et contre la tempeste des passions1 qui luy sont contraires4 ,de moy1 ie ne me sens gueres agiter par secousse3 ie me trouue quasi tousiours en ma place1 comme font les corps lourds et poisans4 ,si ie ne suis chez moy1 i'en suis tousiours bien pres3 mes desbauches ne m'emportent pas fort loing3 il n'y a rien d'extreme et d'estrange3 et si ay des rauisemens sains et vigoureux4 ,la vraye condamnation1 et qui touche la commune faon de nos hommes1 c'est1 que leur retraicte mesme est pleine de corruption1 et d'ordure3 l'ide de leur amendement chafourree1 leur penitence malade1 et en coulpe1 autant peu pres que leur pech4 ,aucuns1 ou pour estre collez au vice d'vne attache naturelle1 ou par longue accoustumance1 n'en trouuent plus la laideur4 ,a d'autres1 duquel regiment ie suis1 le vice poise1 mais ils le contrebalancent auec le plaisir1 ou autre occasion3 et le souffrent et s'y prestent1 certain prix4 ,vitieusement pourtant1 et laschement4 ,si se pourroit-il l'aduanture imaginer1 si esloignee disproportion de mesure1 o auec iustice1 le plaisir excuseroit le pech1 comme nous disons de l'vtilit4 ,non seulement s'il estoit accidental1 et hors du pech1 comme au larrecin1 mais en l'exercice mesme d'iceluy1 comme en l'accointance des femmes1 o l'incitation est violente1 et1 dit-on1 par fois inuincible4 ,en la terre d'vn mien parent1 l'autre iour que i'estois en ,armaignac1 ie vis vn paisant1 que chacun surnomme le ,larron4 ,il faisoit ainsi le conte de sa vie3 ,qu'estant nay mendiant1 et trouuant1 qu' gaigner son pain au trauail de ses mains1 il n'arriueroit iamais se fortifier assez contre l'indigence1 il s'aduisa de se faire larron3 et auoit employ ce mestier toute sa ieunesse1 en seuret1 par le moyen de sa force corporelle3 car il moissonnoit et vendangeoit des terres d'autruy3 mais c'estoit au loing1 et si gros monceaux1 qu'il estoit inimaginable qu'vn homme en eust tant emport en vne nuict sur ses espaules3 et auoit soing outre cela1 d'egaler1 et disperser le dommage qu'il faisoit1 si que la foule estoit moins importable chaque particulier4 ,il se trouue cette heure en sa vieillesse1 riche pour vn homme de sa condition1 mercy cette trafique3 de laquelle il se confesse ouuertement4 ,et pour s'accommoder auec ,dieu1 de ses acquests1 il dit1 estre tous les iours apres satisfaire par bien-faicts1 aux successeurs de ceux qu'il a desrobez3 et s'il n'acheue 7car d'y pouruoir tout la fois1 il ne peut7 qu'il en chargera ses heritiers1 la raison de la science qu'il a luy seul1 du mal qu'il a faict chacun4 ,par cette description1 soit vraye ou fauce1 cettuy-cy regarde le larrecin1 comme action des-honneste1 et le hayt1 mais moins que l'indigence3 s'en repent bien simplement1 mais en tant qu'elle estoit ainsi contrebalancee et compensee1 il ne s'en repent pas4 ,cela1 ce n'est pas cette habitude1 qui nous incorpore au vice1 et y conforme nostre entendement mesme3 ny n'est ce vent impetueux qui va troublant et aueuglant secousses nostre ame1 et nous precipite pour l'heure1 iugement et tout1 en la puissance du vice4 ,ie fay coustumierement entier ce que ie fay1 et marche tout d'vne piece3 ie n'ay guere de mouuement qui se cache et desrobe ma raison1 et qui ne se conduise peu pres1 par le consentement de toutes mes parties3 sans diuision1 sans sedition intestine3 mon iugement en a la coulpe1 ou la louange entiere3 et la coulpe qu'il a vne fois1 il l'a tousiours3 car quasi ds sa naissance il est vn1 mesme inclination1 mesme routte1 mesme force4 ,et en matiere d'opinions vniuerselles1 ds l'enfance1 ie me logeay au poinct o i'auois me tenir4 ,il y a des pechez impetueux1 prompts et subits1 laissons les part3 mais en ces autres pechez1 tant de fois reprins1 deliberez1 et consultez1 ou pechez de complexion1 ou pechez de profession et de vacation3 ie ne puis pas conceuoir1 qu'ils soient plantez si long temps en vn mesme courage1 sans que la raison et la conscience de celuy qui les possede1 le vueille constamment1 et l'entende ainsin4 ,et le repentir qu'il se vante luy en venir certain instant prescript1 m'est vn peu dur imaginer et former4 ,ie ne suy pas la secte de ,pythagoras1 que les hommes prennent vne ame nouuelle1 quand ils approchent des simulacres des ,dieux1 pour recueillir leurs oracles4 ,sinon qu'il voulust dire cela mesme1 qu'il faut bien qu'elle soit estrangere1 nouuelle1 et prestee pour le temps3 la nostre montrant si peu de signe de purification et nettet condigne cet office4 ,ils font tout l'opposite des preceptes ,stoiques3 qui nous ordonnent bien1 de corriger les imperfections et vices que nous recognoissons en nous1 mais nous defendent d'en alterer le repos de nostre ame4 ,ceux-cy nous font croire1 qu'ils en ont grande desplaisance1 et remors au dedans1 mais d'amendement et correction ny d'interruption1 ils ne nous en font rien apparoir4 ,si n'est-ce pas guerison1 si on ne se descharge du mal4 ,si la repentance pesoit sur le plat de la balance1 elle emporteroit le pech4 ,ie ne trouue aucune qualit si aysee contrefaire1 que la deuotion1 si on n'y conforme les murs et la vie3 son essence est abstruse et occulte1 les apparences faciles et pompeuses4 ,quant moy1 ie puis desirer en general estre autre3 ie puis condamner et me desplaire de ma forme vniuerselle1 et supplier ,dieu pour mon entiere reformation1 et pour l'excuse de ma foiblesse naturelle3 mais cela1 ie ne le doibs nommer repentir1 ce me semble1 non plus que le desplaisir de n'estre ny ,ange ny ,caton4 ,mes actions sont reglees1 et conformes ce que ie suis1 et ma condition4 ,ie ne puis faire mieux3 et le repentir ne touche pas proprement les choses qui ne sont pas en nostre force3 ouy bien le regret4 ,i'imagine infinies natures plus hautes et plus reglees que la mienne4 ,ie n'amende pourtant mes facultez3 comme ny mon bras1 ny mon esprit1 ne deuiennent plus vigoureux1 pour en conceuoir vn autre qui le soit4 ,si l'imaginer et desirer vn agir plus noble que le nostre1 produisoit la repentance du nostre1 nous aurions nous repentir de nos operations plus innocentes3 d'autant que nous iugeons bien qu'en la nature plus excellente1 elles auroyent est conduictes d'vne plus grande perfection et dignit3 et voudrions faire de mesme4 ,lors que ie consulte des deportemens de ma ieunesse auec ma vieillesse1 ie trouue que ie les ay communement conduits auec ordre1 selon moy4 ,c'est tout ce que peut ma resistance4 ,ie ne me flatte pas3 circonstances pareilles1 ie seroy tousiours tel4 ,ce n'est pas macheure1 c'est plustost vne teinture vniuerselle qui me tache4 ,ie ne cognoy pas de repentance superficielle1 moyenne1 et de ceremonie4 ,il faut qu'elle me touche de toutes parts1 auant que ie la nomme ainsin3 et qu'elle pinse mes entrailles1 et les afflige autant profondement1 que ,dieu me voit1 et autant vniuersellement4 ,quand aux negoces1 il m'est eschapp plusieurs bonnes auantures1 faute d'heureuse conduitte3 mes conseils ont pourtant bien choisi1 selon les occurrences qu'on leur presentoit4 ,leur faon est de prendre tousiours le plus facile et seur party4 ,ie trouue qu'en mes deliberations passees1 i'ay1 selon ma regle1 sagement proced1 pour l'estat du subiect qu'on me proposoit3 et en ferois autant d'icy mille ans1 en pareilles occasions4 ,ie ne regarde pas1 quel il est cette heure1 mais quel il estoit1 quand i'en consultois4 ,la force de tout conseil gist au temps3 les occasions et les matieres roulent et changent sans cesse4 ,i'ay encouru quelques lourdes erreurs en ma vie1 et importantes3 non par faute de bon aduis1 mais par faute de bon heur4 ,il y a des parties secrettes aux obiects1 qu'on manie1 et indiuinables3 signamment en la nature des hommes3 des conditions muettes1 sans montre1 incognues par fois du possesseur mesme3 qui se produisent et esueillent par des occasions suruenantes4 ,si ma prudence ne les a peu penetrer et profetizer1 ie ne luy en say nul mauuais gr3 sa charge se contient en ses limites4 ,si l'euenement me bat1 et s'il fauorise le party que i'ay refus3 il n'y a remede1 ie ne m'en prens pas moy1 i'accuse ma fortune1 non pas mon ouurage3 cela ne s'appelle pas repentir4 ,phocion auoit donn aux ,atheniens certain aduis1 qui ne fut pas suiuy3 l'affaire pourtant se passant contre son opinion1 auec prosperit1 quelqu'vn luy dit3 ,et bien ,phocion1 es tu content que la chose aille si bien8 ,bien suis-ie content1 fit-il1 qu'il soit aduenu cecy1 mais ie ne me repens point d'auoir conseill cela4 ,quand mes amis s'adressent moy1 pour estre conseillez1 ie le fay librement et clairement1 sans m'arrester comme faict quasi tout le monde1 ce que la chose estant hazardeuse1 il peut aduenir au rebours de mon sens1 par o ils ayent me faire reproche de mon conseil3 dequoy il ne me chaut4 ,car ils auront tort1 et ie n'ay deu leur refuser cet office4 ,ie n'ay guere me prendre de mes fautes ou infortunes1 autre qu' moy4 ,car en effect1 ie me sers rarement des aduis d'autruy1 si ce n'est par honneur de ceremonie3 sauf o i'ay besoing d'instruction de science1 ou de la cognoissance du faict4 ,mais s choses o ie n'ay employer que le iugement3 les raisons estrangeres peuuent seruir m'appuyer1 mais peu me destourner4 ,ie les escoute fauorablement et decemment toutes4 ,mais1 qu'il m'en souuienne1 ie n'en ay creu iusqu' cette heure que les miennes4 ,selon moy1 ce ne sont que mousches et atomes1 qui promeinent ma volont4 ,ie prise peu mes opinions3 mais ie prise aussi peu celles des autres1 fortune me paye dignement4 ,si ie ne reoy pas de conseil1 i'en donne aussi peu4 ,i'en suis peu enquis1 et encore moins creu3 et ne sache nulle entreprinse publique ny priuee1 que mon aduis aye redressee et ramenee4 ,ceux mesmes que la fortune y auoit aucunement attachez1 se sont laissez plus volontiers manier toute autre ceruelle qu' la mienne4 ,comme cil qui suis bien autant ialoux des droits de mon repos1 que des droits de mon auctorit1 ie l'ayme mieux ainsi4 ,me laissant l1 on fait selon ma profession1 qui est1 de m'establir et contenir tout en moy4 ,ce m'est plaisir1 d'estre desinteress des affaires d'autruy1 et desgag de leur gariement4 ,en tous affaires quand ils sont passs1 comment que ce soit1 i'ay peu de regret3 car cette imagination me met hors de peine1 qu'ils deuoyent ainsi passer3 les voyla dans le grand cours de l'vniuers1 et dans l'encheineure des causes ,stoques4 ,vostre fantasie n'en peut1 par souhait et imagination1 remuer vn poinct1 que tout l'ordre des choses ne renuerse et le pass et l'aduenir4 ,au demeurant1 ie hay cet accidental repentir que l'aage apporte4 ,celuy qui disoit anciennement1 estre oblig aux annees1 dequoy elles l'auoyent deffait de la volupt1 auoit autre opinion que la mienne4 ,ie ne sauray iamais bon gr l'impuissance1 de bien qu'elle me face4 ,nec tam auersa vnquam videbitur ab opere suo prouidentia1 vt debilitas inter optima inuenta sit4 ,nos appetits sont rares en la vieillesse3 vne profonde satiet nous saisit apres le coup4 ,en cela ie ne voy rien de conscience4 ,le chagrin1 et la foiblesse nous impriment vne vertu lasche1 et caterreuse4 ,il ne nous faut pas laisser emporter si entiers1 aux alterations naturelles1 que d'en abastardir notre iugement4 ,la ieunesse et le plaisir n'ont pas faict autrefois que i'aye mescogneu le visage du vice en la volupt3 ny ne fait cette heure1 le degoust que les ans m'apportent1 que ie mescognoisse celuy de la volupt au vice4 ,ores que ie n'y suis plus1 i'en iuge comme si i'y estoy4 ,moy qui la secou viuement et attentiuement1 trouue que ma raison est celle mesme que i'auoy en l'aage plus licencieux3 sinon l'auanture1 d'autant qu'elle s'est affoiblie et empiree1 en vieillissant4 ,et trouue que ce qu'elle refuse de m'enfourner ce plaisir1 en consideration de l'interest de ma sant corporelle1 elle ne le feroit non plus qu'autrefois1 pour la sant spirituelle4 ,pour la voir hors de combat1 ie ne l'estime pas plus valeureuse4 ,mes tentations sont si cassees et mortifiees1 qu'elles ne valent pas qu'elle s'y oppose3 tendant seulement les mains au deuant1 ie les coniure4 ,qu'on luy remette en presence1 cette ancienne concupiscence1 ie crains qu'elle auroit moins de force la soustenir1 qu'elle n'auoit autrefois4 ,ie ne luy voy rien iuger part soy1 que lors elle ne iugeast1 ny aucune nouuelle clart4 ,parquoy s'il y a conualescence1 c'est vne conualescence maleficiee4 ,miserable sorte de remede1 deuoir la maladie sa sant4 ,ce n'est pas nostre malheur de faire cet office3 c'est au bon heur de nostre iugement4 ,on ne me fait rien faire par les offenses et afflictions1 que les maudire4 ,c'est aux gents1 qui ne s'esueillent qu' coups de fout4 ,ma raison a bien son cours plus deliure en la prosperit3 elle est bien plus distraitte et occupee digerer les maux1 que les plaisirs4 ,ie voy bien plus clair en temps serain4 ,la sant m'aduertit1 comme plus alaigrement1 aussi plus vtilement1 que la maladie4 ,ie me suis auanc le plus que i'ay peu1 vers ma reparation et reglement1 lors que i'auoy en iour4 ,ie seroy honteux et enuieux1 que la misere et l'infortune de ma vieillesse eust se preferer mes bonnes annees1 saines1 esueillees1 vigoureuses4 ,et qu'on eust m'estimer1 non par o i'ay est1 mais par o i'ay cesse d'estre4 ,a mon aduis1 c'est le viure heureusement1 non1 comme disoit ,antisthenes1 le mourir heureusement1 qui fait l'humaine felicit4 ,ie ne me suis pas attendu d'attacher monstrueusement la queu d'vn philosophe la teste et au corps d'vn homme perdu3 ny que ce chetif bout eust desaduoer et desmentir la plus belle1 entiere et longue partie de ma vie4 ,ie me veux presenter et faire veoir par tout vniformment4 ,si i'auois reuiure1 ie reuiurois comme i'ay vescu4 ,ny ie ne pleins le pass1 ny ie ne crains l'aduenir3 et si ie ne me deoy1 il est all du dedans enuiron comme du dehors4 ,c'est vne des principales obligations1 que i'aye ma fortune1 que le cours de mon estat corporel ayt est conduit1 chasque chose en sa saison1 i'en ay veu l'herbe1 et les fleurs1 et le fruit3 et en voy la secheresse4 ,heureusement1 puisque c'est naturellement4 ,ie porte bien plus doucement les maux que i'ay1 d'autant qu'ils sont en leur poinct3 et qu'ils me font aussi plus fauorablement souuenir de la longue felicit de ma vie passee4 ,pareillement1 ma sagesse peut bien estre de mesme taille1 en l'vn et en l'autre temps3 mais elle estoit bien de plus d'exploit1 et de meilleure grace1 verte1 gaye1 naue1 qu'elle n'est present1 cassee1 grondeuse1 laborieuse4 ,ie renonce donc ces reformations casuelles et douloureuses4 ,il faut que ,dieu nous touche le courage3 il faut que nostre conscience s'amende d'elle mesme1 par renforcement de nostre raison1 non par l'affoiblissement de nos appetits4 ,la volupt n'en est en soy1 ny pasle1 ny descoulouree1 pour estre apperceu par des yeux chassieux et troubles4 ,on doibt aymer la temperance par elle mesme1 et pour le respect de ,dieu qui nous l'a ordonnee1 et la chastet3 celle que les caterres nous prestent1 et que ie doibs au benefice de ma cholique1 ce n'est ny chastet1 ny temperance4 ,on ne peut se vanter de mespriser et combatre la volupt1 si on ne la voit1 si on l'ignore1 et ses graces1 et ses forces1 et sa beaut plus attrayante4 ,ie cognoy l'vne et l'autre1 c'est moy de le dire4 ,mais il me semble qu'en la vieillesse1 nos ames sont subiectes des maladies et imperfections plus importunes1 qu'en la ieunesse4 ,ie le disois estant ieune1 lors on me donnoit de mon menton par le nez3 ie le dis encore cette heure1 que mon poil gris m'en donne le credit4 ,nous appellons sagesse1 la difficult de nos humeurs1 le desgoust des choses presentes3 mais la verit1 nous ne quittons pas tant les vices1 comme nous les changeons3 et1 mon opinion1 en pis4 ,outre vne sotte et caduque fiert1 vn babil ennuyeux1 ces humeurs espineuses et inassociables1 et la superstition1 et vn soin ridicule des richesses1 lors que l'vsage en est perdu1 i'y trouue plus d'enuie1 d'iniustice et de malignit4 ,elle nous attache plus de rides en l'esprit qu'au visage3 et ne se void point d'ames1 ou fort rares1 qui en vieillissant ne sentent l'aigre et le moisi4 ,l'homme marche entier1 vers son croist et vers son dcroist4 ,a voir la sagesse de ,socrates1 et plusieurs circonstances de sa condamnation1 i'oseroy croire1 qu'il s'y presta aucunement luy mesme1 par preuarication1 dessein3 ayant de si prs1 aag de soixante et dix ans1 souffrir l'engourdissement des riches allures de son esprit1 et l'esbloussement de sa clairt accoustume4 ,quelles metamorphoses luy voy-ie faire tous les iours1 en plusieurs de mes cognoissans8 c'est vne puissante maladie1 et qui se coule naturellement et imperceptiblement3 il y faut grande prouision d'estude1 et grande precaution1 pour euiter les imperfections qu'elle nous charge3 ou aumoins affoiblir leur progrez4 ,ie sens que nonobstant tous mes retranchemens1 elle gaigne pied pied sur moy4 ,ie soustien tant que ie puis1 mais ie ne say en fin1 o elle me menera moy-mesme4 ,a toutes auantures1 ie suis content qu'on sache d'o ie seray tomb4 ,,chapitre ,,iii4 ,de trois commerces4 ,,il ne faut pas se cloer si fort ses humeurs et complexions4 ,nostre principalle suffisance1 c'est1 sauoir s'appliquer diuers vsages4 ,c'est estre1 mais ce n'est pas viure que se tenir attach et oblig par necessit1 vn seul train4 ,les plus belles ames sont celles qui ont plus de variet et de souplesse4 ,voyla vn honorable tesmoignage du vieil ,caton3 ,huic versatile ingenium sic pariter ad omnia fuit1 vt natum ad id vnum diceres1 quodcumque ageret4 ,si c'estoit moy me dresser ma mode1 il n'est aucune si bonne faon1 o ie voulusse estre fich1 pour ne m'en sauoir desprendre4 ,la vie est vn mouuement inegal1 irregulier1 et multiforme4 ,ce n'est pas estre amy de soy1 et moins encore maistre2 c'est en estre esclaue1 de se suiure incessamment3 et estre si pris ses inclinations1 qu'on n'en puisse fouruoyer1 qu'on ne les puisse tordre4 ,ie le dy cette heure1 pour ne me pouuoir facilement despestrer de l'importunit de mon ame1 en ce qu'elle ne sait communment s'amuser1 sinon o elle s'empesche1 ny s'employer1 que bandee et entiere4 ,pour leger subiect qu'on luy donne1 elle le grossit volontiers1 et l'estire1 iusques au poinct o elle ayt s'y embesongner de toute sa force4 ,son oysiuet m'est cette cause vne penible occupation1 et qui offense ma sant4 ,la plus part des esprits ont besoing de matiere estrangere1 pour se desgourdir et exercer3 le mien en a besoing1 pour se rassoir plustost et seiourner1 vitia otij negotio discutienda sunt4 ,car son plus laborieux et principal estude1 c'est1 s'estudier soy4 ,les liures sont1 pour luy1 du genre des occupations1 qui le desbauchent de son estude4 ,aux premieres pensees qui luy viennent1 il s'agite1 et fait preuue de sa vigueur tout sens3 exerce son maniement tantost vers la force1 tantost vers l'ordre et la grace1 se range1 modere1 et fortifie4 ,il a dequoy esueiller ses facultez par luy mesme4 ,nature luy a donn comme tous1 assez de matiere sienne1 pour son vtilit1 et des subiects propres assez1 o inuenter et iuger4 ,le mediter est vn puissant estude et plein1 qui sait se taster et employer vigoureusement4 ,i'ayme mieux forger mon ame1 que la meubler4 ,il n'est point d'occupation ny plus foible1 ny plus forte1 que celle d'entretenir ses pensees1 selon l'ame que c'est4 ,les plus grandes en font leur vacation1 quibus viuere est cogitare4 ,aussi l'a nature fauorisee de ce priuilege1 qu'il n'y a rien1 que nous puissions faire si long temps3 ny action laquelle nous nous addonnions plus ordinairement et facilement4 ,c'est la besongne des ,dieux1 dit ,aristote1 de laquelle naist et leur beatitude et la nostre4 ,la lecture me sert specialement esueiller par diuers obiects mon discours3 embesongner mon iugement1 non ma memoyre4 ,peu d'entretiens doncq m'arrestent sans vigueur et sans effort4 ,il est vray que la gentillesse et la beaut me remplissent et occupent1 autant ou plus1 que le pois et la profondeur4 ,et d'autant que ie sommeille en toute autre communication1 et que ie n'y preste que l'escorce de mon attention1 il m'aduient souuent1 en telle sorte de propos abatus et lasches1 propos de contenance1 de dire et respondre des songes et bestises1 indignes d'vn enfant1 et ridicules3 ou de me tenir obstin en silence1 plus ineptement encore et inciuilement4 ,i'ay vne faon resueuse1 qui me retire moy3 et d'autre part vne lourde ignorance et puerile1 de plusieurs choses communes4 ,par ces deux qualitez1 i'ay gaign1 qu'on puisse faire au vray1 cinq ou six contes de moy1 aussi niais que d'autre quel qu'il soit4 ,or suyuant mon propos1 cette complexion difficile me rend delicat la pratique des hommes3 il me les faut trier sur le volet3 et me rend incommode aux actions communes4 ,nous viuons1 et negotions auec le peuple3 si sa conuersation nous importune1 si nous desdaignons nous appliquer aux ames basses et vulgaires3 et les basses et vulgaires sont souuent aussi reglees que les plus dliees3 et toute sapience est insipide qui ne s'accommode l'insipience commune3 il ne nous faut plus entremettre ny de nos propres affaires1 ny de ceux d'autruy3 et les publiques et les priuez se demeslent auec ces gens l4 ,les moins tendues et plus naturelles alleures de nostre ame1 sont les plus belles3 les meilleures occupations1 les moins efforcees4 ,mon ,dieu1 que la sagesse faict vn bon office ceux1 de qui elle renge les desirs leur puissance6 ,il n'est point de plus vtile science4 ,selon qu'on peut3 c'estoit le refrain et le mot fauory de ,socrates4 ,mot de grande substance3 il faut adresser et arrester nos desirs1 aux choses les plus aysees et voysines4 ,ne m'est-ce pas vne sotte humeur1 de disconuenir auec vn milier qui ma fortune me ioint1 de qui ie ne me puis passer1 pour me tenir vn ou deux1 qui sont hors de mon commerce3 ou plustost vn desir fantastique1 de chose que ie ne puis recouurer8 ,mes murs molles1 ennemies de toute aigreur et aspret1 peuuent aysement m'auoir descharg d'enuies et d'inimitiez4 ,d'estre aym1 ie ne dy1 mais de n'estre point hay1 iamais homme n'en donna plus d'occasion4 ,mais la froideur de ma conuersation1 m'a desrob auec raison1 la bien-vueillance de plusieurs1 qui sont excusables de l'interpreter autre1 et pire sens4 ,ie suis tres-capable d'acquerir et maintenir des amitiez rares et exquises4 ,d'autant que ie me harpe auec si grande faim aux accointances qui reuiennent mon goust1 ie m'y produis1 ie m'y iette si auidement1 que ie ne faux pas aysement de m'y attacher1 et de faire impression o ie donne3 j'en ay faict souuent heureuse preuue4 ,aux amitiez communes1 ie suis aucunement sterile et froid3 car mon aller n'est pas naturel1 s'il n'est pleine voyle4 ,outre ce1 que ma fortune m'ayant duit et affriand de ieunesse1 vne amiti seule et parfaicte1 m'a la verit aucunement desgoust des autres3 et trop imprim en la fantasie1 qu'elle est beste de compagnie1 non pas de troupe1 comme disoit cet ancien4 ,aussi1 que i'ay naturellement peine me communiquer demy3 et auec modification1 et cette seruile prudence et souponneuse1 qu'on nous ordonne1 en la conuersation de ces amitiez nombreuses1 et imparfaictes4 ,et nous l'ordonne lon principalement en ce temps1 qu'il ne se peut parler du monde1 que dangereusement1 ou faucement4 ,si voy-ie bien pourtant1 que qui a comme moy1 pour sa fin1 les commoditez de sa vie1 ie dy les commoditez essentielles1 doibt fuyr comme la peste1 ces difficultez et delicatesse d'humeur4 ,ie louerois vn' ame diuers estages1 qui sache et se tendre et se desmonter3 qui soit bien par tout o sa fortune la porte3 qui puisse deuiser auec son voisin1 de son bastiment1 de sa chasse et de sa querelle3 entretenir auec plaisir vn charpentier et vn iardinier4 ,i'enuie ceux1 qui sauent s'apriuoiser au moindre de leur suitte1 et dresser de l'entretien en leur propre train4 ,et le conseil de ,platon ne me plaist pas1 de parler tousiours d'vn langage maistral ses seruiteurs1 sans ieu1 sans familiarit3 soit enuers les masles1 soit enuers les femelles4 ,car outre ma raison1 il est inhumain et iniuste1 de faire tant valoir cette telle quelle prerogatiue de la fortune3 et les polices1 o il se souffre moins de disparit entre les valets et les maistres1 me semblent les plus equitables4 ,les autres s'estudient eslancer et guinder leur esprit3 moy le baisser et coucher3 il n'est vicieux qu'en extention4 ,narras et genus aci1 ,et pugnata sacro bella sub ,ilio3 ,quo ,chium pretio cadum ,mercemur1 quis aquam temperet ignibus1 ,quo prbente domum1 et quota ,pelignis caream frigoribus1 taces4 ,ainsi comme la vaillance ,lacedemonienne auoit besoing de moderation1 et du son doux et gratieux du ieu des flustes1 pour la flatter en la guerre1 de peur qu'elle ne se iettast la temerit1 et la furie3 l o toutes autres nations ordinairement employent des sons et des voix aigues et fortes1 qui esmeuuent et qui eschauffent outrance le courage des soldats3 il me semble de mesme1 contre la forme ordinaire1 qu'en l'vsage de nostre esprit1 nous auons pour la plus part1 plus besoing de plomb1 que d'ailes3 de froideur et de repos1 que d'ardeur et d'agitation4 ,sur tout1 c'est mon gr bien faire le sot1 que de faire l'entendu1 entre ceux qui ne le sont pas3 parler tousjours band1 fauellar in punta di forchetta4 ,il faut se desmettre au train de ceux auec qui vous estes1 et par fois affecter l'ignorance4 ,mettez part la force et la subtilit3 en l'vsage commun1 c'est assez d'y reseruer l'ordre3 trainez vous au demeurant terre1 s'ils veulent4 ,les sauans chopent volontiers cette pierre3 ils font tousiours parade de leur magistere1 et sement leurs liures par tout4 ,ils en ont en ce temps entonn si fort les cabinets et oreilles des dames1 que si elles n'en ont retenu la substance1 au moins elles en ont la mine4 ,a toute sorte de propos1 et matiere1 pour basse et populaire qu'elle soit1 elles se seruent d'vne faon de parler et d'escrire1 nouuelle et sauante4 ,hoc sermone pauent1 hoc iram1 gaudia1 curas1 ,hoc cuncta effundunt animi secreta1 quid vltr8 ,concumbunt doct4 ,et alleguent ,platon et sainct ,thomas1 aux choses ausquelles le premier rencontr1 seruiroit aussi bien de tesmoing4 ,la doctrine qui ne leur a peu arriuer en l'ame1 leur est demeuree en la langue4 ,si les bien-nees me croient1 elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses4 ,elles cachent et couurent leurs beautez1 soubs des beautez estrangeres3 c'est grande simplesse1 d'estouffer sa clart pour luire d'vne lumiere empruntee4 ,elles sont enterrees et enseuelies soubs l'art de ,capsula tot4 ,c'est qu'elles ne se cognoissent point assez3 le monde n'a rien de plus beau3 c'est elles d'honnorer les arts1 et de farder le fard4 ,que leur faut-il1 que viure aymees et honnorees8 ,elles n'ont1 et ne sauent que trop1 pour cela4 ,il ne faut qu'esueiller vn peu1 et reschauffer les facultez qui sont en elles4 ,quand ie les voy attachees la rhetorique1 la iudiciaire1 la logique1 et semblables drogueries1 si vaines et inutiles leur besoing3 i'entre en crainte1 que les hommes qui le leur conseillent1 le facent pour auoir loy de les regenter soubs ce tiltre4 ,car quelle autre excuse leur trouuerois-ie8 ,baste1 qu'elles peuuent sans nous1 renger la grace de leurs yeux1 la gayet1 la seuerit1 et la douceur3 assaisonner vn nenny1 de rudesse1 de doubte1 et de faueur3 et qu'elles ne cherchent point d'interprete aux discours qu'on faict pour leur seruice4 ,auec cette science1 elles commandent baguette1 et regentent les regents et l'escole4 ,si toutesfois il leur fasche de nous ceder en quoy que ce soit1 et veulent par curiosit auoir part aux liures3 la posie est vn amusement propre leur besoin3 c'est vn art follastre1 et subtil1 desguis1 parlier1 tout en plaisir1 tout en montre1 comme elles4 ,elles tireront aussi diuerses commoditez de l'histoire4 ,en la philosophie1 de la part qui sert la vie1 elles prendront les discours qui les dressent iuger de nos humeurs et conditions1 se deffendre de nos trahisons3 regler la temerit de leurs propres desirs3 mesnager leur libert3 allonger les plaisirs de la vie1 et porter humainement l'inconstance d'vn seruiteur1 la rudesse d'vn mary1 et l'importunit des ans1 et des rides1 et choses semblables4 ,voyla pour le plus1 la part que ie leur assignerois aux sciences4 ,il y a des naturels particuliers1 retirez et internes4 ,ma forme essentielle1 est propre la communication1 et la production3 ie suis tout au dehors et en euidence1 nay la societ et l'amiti4 ,la solitude que i'ayme1 et que ie presche1 ce n'est principallement1 que ramener moy mes affections1 et mes pensees3 restreindre et resserrer1 non mes pas1 ains mes desirs et mon soucy1 resignant la solicitude estrangere1 et fuyant mortellement la seruitude1 et l'obligation3 et non tant la foule des hommes1 que la foule des affaires4 ,la solitude locale1 dire verit1 m'estend plustost1 et m'eslargit au dehors3 ie me iette aux affaires d'estat1 et l'vniuers1 plus volontiers quand ie suis seul4 ,au ,louure et en la presse1 ie me resserre et contraints en ma peau4 ,la foule me repousse moy4 ,et ne m'entretiens iamais si folement1 si licentieusement et particulierement1 qu'aux lieux de respect1 et de prudence ceremonieuse4 ,nos folies ne me font pas rire1 ce sont nos sapiences4 ,de ma complexion1 ie ne suis pas ennemy de l'agitation des cours3 i'y ay pass partie de la vie3 et suis faict me porter allaigrement aux grandes compagnies3 pourueu que ce soit par interualles1 et mon poinct4 ,mais cette mollesse de iugement1 dequoy ie parle1 m'attache par force la solitude4 ,voire chez moy1 au milieu d'vne famille peuplee1 et maison des plus frequentees1 i'y voy des gens assez1 mais rarement ceux1 auecq qui i'ayme communiquer4 ,et ie reserue l1 et pour moy1 et pour les autres1 vne libert inusitee4 ,il s'y faict trefue de ceremonie1 d'assistance1 et conuoiemens1 et telles autres ordonnances penibles de nostre courtoisie 7 la seruile et importune vsance7 chacun s'y gouuerne sa mode1 y entretient qui veut ses pensees3 ie m'y tiens muet1 resueur1 et enferm1 sans offence de mes hostes4 ,les hommes1 de la societ et familiarit desquels ie suis en queste1 sont ceux qu'on appelle honnestes et habiles hommes3 l'image de ceux icy me degouste des autres4 ,c'est le bien prendre1 de nos formes1 la plus rare3 et forme qui se doit principallement la nature4 ,la fin de ce commerce1 c'est simplement la priuaut1 frequentation1 et conference3 l'exercice des ames1 sans autre fruit4 ,en nos propos1 tous subiects me sont gaux3 il ne me chaut qu'il y ayt ny poix1 ny profondeur3 la grace et la pertinence y sont tousiours3 tout y est teinct d'vn iugement meur et constant1 et mesl de bont1 de franchise1 de gayet et d'amiti4 ,ce n'est pas au subiect des substitutions seulement1 que nostre esprit montre sa beaut et sa force1 et aux affaires des ,roys3 il la montre autant aux confabulations priuees4 ,ie congnois mes gens au silence mesme1 et leur soubsrire1 et les descouure mieux l'aduanture table1 qu'au conseil4 ,hippomachus disoit bien qu'il congnoissoit les bons lucteurs1 les voir simplement marcher par vne ru4 ,s'il plaist la doctrine de se mesler nos deuis1 elle n'en sera point refusee3 non magistrale1 imperieuse1 et importune1 comme de coustume1 mais suffragante et docile elle mesme4 ,nous n'y cherchons qu' passer le temps3 l'heure d'estre instruicts et preschez1 nous l'irons trouuer en son throsne4 ,qu'elle se demette nous pour ce coup s'il lui plaist3 car toute vtile et desirable qu'elle est1 ie presuppose1 qu'encore au besoing nous en pourrions nous bien du tout passer1 et faire nostre effect sans elle4 ,vne ame bien nee1 et exercee la practique des hommes1 se rend plainement aggreable d'elle mesme4 ,l'art n'est autre chose que le contrerolle1 et le registre des productions de telles ames4 ,c'est aussi pour moy vn doux commerce1 que celuy des belles et honnestes femmes3 nam nos quoque oculos eruditos habemus4 ,si l'ame n'y a pas tant iouyr qu'au premier1 les sens corporels qui participent aussi plus cettuy-cy1 le ramenent vne proportion voisine de l'autre3 quoy que selon moy1 non pas esgalle4 ,mais c'est vn commerce o il se faut tenir vn peu sur ses gardes3 et notamment ceux en qui le corps peut beaucoup1 comme en moy4 ,ie m'y eschauday en mon enfance3 et y souffris toutes les rages1 que les potes disent aduenir ceux qui s'y laissent aller sans ordre et sans iugement4 ,il est vray que ce coup de fout m'a seruy depuis d'instruction4 ,quicumque ,argolica de classe ,capharea fugit1 ,semper ab ,euboicis vela retorquet aquis4 ,c'est folie d'y attacher toutes ses pensees1 et s'y engager d'vne affection furieuse et indiscrete4 ,mais d'autre part1 de s'y mesler sans amour1 et sans obligation de volont1 en forme de comediens1 pour iouer vn rolle commun1 de l'aage et de la coustume1 et n'y mettre du sien que les parolles3 c'est de vray pouruoir sa seuret3 mais bien laschement1 comme celuy qui abandonneroit son honneur ou son proffit1 ou son plaisir1 de peur du danger4 ,car il est certain1 que d'vne telle pratique1 ceux qui la dressent1 n'en peuuent esperer aucun fruict1 qui touche ou satisface vne belle ame4 ,il faut auoir en bon escient desir1 ce qu'on veut prendre en bon escient plaisir de iouyr4 ,ie dy quand iniustement fortune fauoriseroit leur masque3 ce qui aduient souuent1 cause de ce qu'il n'y a aucune d'elles1 pour malotre qu'elle soit1 qui ne pense estre bien aymable1 qui ne se recommande par son aage1 ou par son poil1 ou par son mouuement 7car de laides vniuersellement1 il n'en est non plus que de belles7 et les filles ,brachmanes1 qui ont faute d'autre recommendation1 le peuple assembl cri publiq pour cet effect1 vont en la place1 faisans montre de leurs parties matrimoniales3 veoir1 si par l aumoins elles ne valent pas d'acquerir vn mary4 ,par consequent il n'en est pas vne qui ne se laisse facilement persuader au premier serment qu'on luy fait de la seruir4 ,or de cette trahison commune et ordinaire des hommes d'auiourd'huy1 il faut qu'il aduienne1 ce que desia nous montre l'experience3 c'est qu'elles se r'allient et reiettent elles mesmes1 ou entre elles1 pour nous fuyr3 ou bien qu'elles se rengent aussi de leur cost1 cet exemple que nous leur donnons3 qu'elles ioent leur part de la farce1 et se prestent cette negociation1 sans passion1 sans soing et sans amour3 ,neque affectui suo aut alieno obnoxi4 ,estimans1 suyuant la persuasion de ,lysias en ,platon1 qu'elles se peuuent addonner vtilement et commodement nous1 d'autant plus1 que moins nous les aymons4 ,il en ira comme des comedies1 le peuple y aura autant ou plus de plaisir que les comediens4 ,de moy1 ie ne connois non plus ,venus sans ,cupidon1 qu'vne maternit sans engeance4 ,ce sont choses qui s'entreprestent et s'entredoiuent leur essence4 ,ainsi cette piperie reiallit sur celuy qui la fait3 il ne luy couste guere1 mais il n'acquiert aussi rien qui vaille4 ,ceux qui ont faict ,venus ,deesse1 ont regard que sa principale beaut estoit incorporelle et spirituelle4 ,mais celle que ces gens cy cerchent1 n'est pas seulement humaine1 ny mesme brutale3 les bestes ne la veulent si lourde et si terrestre4 ,nous voyons que l'imagination et le desir les eschauffe souuent et solicite1 auant le corps3 nous voyons en l'vn et l'autre sexe1 qu'en la presse elles ont du choix et du triage en leurs affections1 et qu'elles ont entre-elles des accointances de longue bien-vueillance4 ,celles mesmes qui la vieillesse refuse la force corporelle1 fremissent encores1 hannissent et tressaillent d'amour4 ,nous les voyons auant le faict1 pleines d'esperance et d'ardeur3 et quand le corps a iou son ieu1 se chatouiller encor de la douceur de cette souuenance3 et en voyons qui s'enflent de fiert au partir de l1 et qui en produisent des chants de feste et de triomphe1 lasses et saoules4 ,qui n'a qu' descharger le corps d'vne necessit naturelle1 n'a que faire d'y embesongner autruy auec des apprests si curieux4 ,ce n'est pas viande vne grosse et lourde faim4 ,comme celuy qui ne demande point qu'on me tienne pour meilleur que ie suis1 ie diray cecy des erreurs de ma ieunesse3 non seulement pour le danger qu'il y a1 de la sant1 7si n'ay-ie sceu si bien faire1 que ie n'en aye eu deux atteintes1 legeres toutesfois1 et preambulaires7 mais encores par mespris1 ie ne me suis guere adonn aux accointances venales et publiques4 ,i'ay voulu aiguiser ce plaisir par la difficult1 par le desir et par quelque gloire4 ,et aymois la faon de l',empereur ,tibere1 qui se prenoit en ses amours1 autant par la modestie et noblesse1 que par autre qualit4 ,et l'humeur de la courtisane ,flora1 qui ne se prestoit moins1 que d'vn ,dictateur1 ou ,consul1 ou ,censeur3 et prenoit son deduit1 en la dignit de ses amoureux4 ,certes les perles et le brocadel y conferent quelque chose3 et les tiltres1 et le train4 ,au demeurant1 ie faisois grand compte de l'esprit1 mais pourueu que le corps n'en fust pas dire4 ,car respondre en conscience1 si l'vne ou l'autre des deux beautez deuoit necessairement y faillir1 i'eusse choisi de quitter plustost la spirituelle4 ,elle a son vsage en meilleures choses4 ,mais au subiect de l'amour1 subiect qui principallement se rapporte la veu et l'atouchement1 on faict quelque chose sans les graces de l'esprit1 rien sans les graces corporelles4 ,c'est le vray aduantage des dames que la beaut3 elle est si leur1 que la nostre1 quoy qu'elle desire des traicts vn peu autres1 n'est en son point1 que confuse auec la leur1 puerile et imberbe4 ,on dit que chez le grand ,seigneur1 ceux qui le seruent sous titre de beaut1 qui sont en nombre infini1 ont leur cong1 au plus loing1 vingt et deux ans4 ,les discours1 la prudence1 et les offices d'amiti1 se trouuent mieux chez les hommes3 pourtant gouuernent-ils les affaires du monde4 ,ces deux commerces sont fortuites1 et despendans d'autruy3 l'vn est ennuyeux par sa raret1 l'autre se flestrit auec l'aage3 ainsin ils n'eussent pas assez prouueu au besoing de ma vie4 ,celuy des liures1 qui est le troisiesme1 est bien plus seur et plus nous4 ,il cede aux premiers les autres aduantages3 mais il a pour sa part la constance et facilit de son seruice4 ,cettuy-cy costoye tout mon cours1 et m'assiste par tout3 il me console en la vieillesse et en la solitude3 il me descharge du poix d'vne oisiuet ennuyeuse3 et me deffait toute heure des compagnies qui me faschent3 il emousse les pointures de la douleur1 si elle n'est du tout extreme et maistresse4 ,pour me distraire d'vne imagination importune1 il n'est que de recourir aux liures1 ils me destournent facilement eux1 et me la desrobent4 ,et si ne se mutinent point1 pour voir que ie ne les recherche1 qu'au deffaut de ces autres commoditez1 plus reelles1 viues et naturelles3 ils me reoiuent tousiours de mesme visage4 ,il a bel aller pied1 dit-on1 qui meine son cheual par la bride4 ,et nostre ,iacques ,roy de ,naples1 et de ,sicile1 qui beau1 ieune1 et sain1 se faisoit porter par pays en ciuiere1 couch sur vn meschant oriller de plume1 vestu d'vne robe de drap gris1 et vn bonnet de mesme3 suiuy ce pendant d'vne grande pompe royalle1 lictieres1 cheuaux main de toutes sortes1 gentils-hommes et officiers3 representoit vne austerit tendre encores et chancellante4 ,le malade n'est pas plaindre1 qui a la guarison en sa manche4 ,en l'experience et vsage de cette sentence1 qui est tres-veritable1 consiste tout le fruict que ie tire des liures4 ,ie ne m'en sers en effect1 quasi non plus que ceux qui ne les cognoissent poinct4 ,i'en iouys1 comme les auaritieux des tresors1 pour sauoir que i'en iouyray quand il me plaira3 mon ame se rassasie et contente de ce droict de possession4 ,ie ne voyage sans liures1 ny en paix1 ny en guerre4 ,toutesfois il se passera plusieurs iours1 et des mois1 sans que ie les employe4 ,ce sera tantost1 dis-ie1 ou demain1 ou quand il me plaira3 le temps court et s'en va ce pendant sans me blesser4 ,car il ne se peut dire1 combien ie me repose et seiourne en cette consideration1 qu'ils sont mon cost pour me donner du plaisir mon heure3 et reconnoistre1 combien ils portent de secours ma vie4 ,c'est la meilleure munition que i'aye trouu cet humain voyage3 et plains extremement les hommes d'entendement1 qui l'ont dire4 ,i'accepte plustost toute autre sorte d'amusement1 pour leger qu'il soit3 d'autant que cettuy-cy ne me peut faillir4 ,chez moy1 ie me destourne vn peu plus souuent ma librairie1 d'o1 tout d'vne main1 ie commande mon mesnage4 ,ie suis sur l'entree1 et vois soubs moy1 mon iardin1 ma basse cour1 ma cour1 et dans la plus part des membres de ma maison4 ,l ie feuillette cette heure vn liure1 cette heure vn autre1 sans ordre et sans dessein1 pieces descousues4 ,tantost ie resue1 tantost i'enregistre et dicte1 en me promenant1 mes songes que voicy4 ,elle est au troisiesme estage d'vne tour4 ,le premier1 c'est ma chapelle1 le second vne chambre et sa suitte1 o ie me couche souuent1 pour estre seul4 ,au dessus1 elle a vne grande garderobe4 ,c'estoit au temps pass1 le lieu plus inutile de ma maison4 ,ie passe l et la plus part des iours de ma vie1 et la plus part des heures du iour4 ,ie n'y suis iamais la nuict4 ,a sa suitte est vn cabinet assez poly1 capable receuoir du feu pour l'hyuer1 tres-plaisamment perc4 ,et si ie ne craignoy non plus le soing que la despense1 le soing qui me chasse de toute besongne3 i'y pourroy facilement coudre chasque cost vne gallerie de cent pas de long1 et douze de large1 plein pied3 ayant trouu tous les murs montez1 pour autre vsage1 la hauteur qu'il me faut4 ,tout lieu retir requiert vn proumenoir4 ,mes pensees dorment1 si ie les assis4 ,mon esprit ne va pas seul1 comme si les iambes l'agitent4 ,ceux qui estudient sans liure1 en sont tous l4 ,la figure en est ronde1 et n'a de plat1 que ce qu'il faut ma table et mon siege3 et vient m'offrant en se courbant1 d'vne veu1 tous mes liures1 rengez sur des pulpitres cinq degrez tout l'enuiron4 ,elle a trois veus de riche et libre prospect1 et seize pas de vuide en diametre4 ,en hyuer i'y suis moins continuellement3 car ma maison est iuchee sur vn tertre1 comme dit son nom3 et n'a point de piece plus euentee que cette cy3 qui me plaist d'estre vn peu penible et l'esquart1 tant pour le fruit de l'exercice1 que pour reculer de moy la presse4 ,c'est l mon siege4 ,i'essaye m'en rendre la domination pure3 et soustraire ce seul coing1 la communaut et coniugale1 et filiale1 et ciuile4 ,par tout ailleurs ie n'ay qu'vne auctorit verbale3 en essence1 confuse4 ,miserable mon gr1 qui n'a chez soy1 o estre soy3 o se faire particulierement la cour3 o se cacher4 ,l'ambition paye bien ses gents1 de les tenir tousiours en montre1 comme la statue d'vn march4 ,magna seruitus est magna fortuna4 ,ils n'ont pas seulement leur retraict pour retraitte4 ,ie n'ay rien iug de si rude en l'austerit de vie1 que nos religieux affectent1 que ce que ie voy en quelqu'vne de leurs compagnies1 auoir pour regle vne perpetuelle societ de lieu3 et assistance nombreuse entre eux1 en quelque action que ce soit4 ,et trouue aucunement plus supportable1 d'estre tousiours seul1 que ne le pouuoir iamais estre4 ,si quelqu'vn me dit1 que c'est auillir les muses1 de s'en seruir seulement de iouet1 et de passetemps1 il ne sait pas comme moy1 combien vaut le plaisir1 le ieu et le passetemps3 peine que ie ne die toute autre fin estre ridicule4 ,ie vis du iour la iournee1 et parlant en reuerence1 ne vis que pour moy3 mes desseins se terminent l4 ,i'estudiay ieune pour l'ostentation2 depuis1 vn peu pour m'assagir3 cette heure pour m'esbattre3 iamais pour le quest4 ,vne humeur vaine et despensiere que i'auois1 apres cette sorte de meuble3 non pour en prouuoir seulement mon besoing1 mais de trois pas au dela1 pour m'en tapisser et parer3 ie l'ay piea abandonnee4 ,les liures ont beaucoup de qualitez aggreables ceux qui les sauent choisir4 ,mais aucun bien sans peine4 ,c'est vn plaisir qui n'est pas net et pur1 non plus que les autres3 il a ses incommoditez1 et bien poisantes4 ,l'ame s'y exerce1 mais le corps1 duquel ie n'ay non plus oubli le soing1 demeure ce pendant sans action1 s'atterre et s'attriste4 ,ie ne sache excez plus dommageable pour moy1 ny plus euiter1 en cette declinaison d'aage4 ,voyla mes trois occupations fauories et particulieres4 ,ie ne parle point de celles que ie doibs au monde par obligation ciuile4 ,,chapitre ,,iiii4 ,de la ,diuersion4 ,i',,ay autresfois est employ consoler vne dame vrayement affligee4 ,la plus part de leurs deuils sont artificiels et ceremonieux4 ,vberibus semper lacrymis1 semprque paratis ,in statione sua1 atque expectantibus illam ,quo iubeat manare modo4 ,on y procede mal1 quand on s'oppose cette passion3 car l'opposition les pique et les engage plus auant la tristesse4 ,on exaspere le mal par la ialousie du debat4 ,nous voyons des propos communs1 que ce que i'auray dit sans soing1 si on vient me le contester1 ie m'en formalise1 ie l'espouse3 beaucoup plus ce quoy i'aurois interest4 ,et puis en ce faisant1 vous vous presentez vostre operation d'vne entree rude3 l o les premiers accueils du medecin enuers son patient1 doiuent estre gracieux1 gays1 et aggreables4 ,iamais medecin laid1 et rechign n'y fit uure4 ,au contraire doncq1 il faut ayder d'arriuee et fauoriser leur plaincte1 et en tesmoigner quelque approbation et excuse4 ,par cette intelligence1 vous gaignez credit passer outre1 et d'vne facile et insensible inclination1 vous vous coulez aux discours plus fermes et propres leur guerison4 ,moy1 qui ne desirois principalement que de piper l'assistance1 qui auoit les yeux sur moy1 m'aduisay de plastrer le mal4 ,aussi me trouue-ie par experience1 auoir mauuaise main et infructueuse persuader4 ,ou ie presente mes raisons trop pointues et trop seiches3 ou trop brusquement3 ou trop nonchalamment4 ,apres que ie me fus appliqu vn temps son tourment1 ie n'essayay pas de le guarir par fortes et viues raisons3 par ce que i'en ay faute1 ou que ie pensois autrement faire mieux mon effect4 ,ny n'allay choisissant les diuerses manieres1 que la philosophie prescrit consoler3 ,que ce qu'on plaint n'est pas mal1 comme ,cleanthes3 ,que c'est vn leger mal1 comme les ,peripateticiens3 ,que se plaindre n'est action1 ny iuste1 ny loable1 comme ,chrysippus3 ,ny cette cy d',epicurus1 plus voisine mon style1 de transferer la pensee des choses fascheuses aux plaisantes3 ,ny faire vne charge de tout cet amas1 le dispensant par occasion1 comme ,cicero4 ,mais declinant tout mollement noz propos1 et les gauchissant peu peu1 aux subiects plus voysins1 et puis vn peu plus eslongnez1 selon qu'elle se prestoit plus moy1 ie luy desrobay imperceptiblement cette pensee douloureuse3 et la tins en bonne contenance et du tout r'apaisee autant que i'y fus4 ,i'vsay de diuersion4 ,ceux qui me suyuirent ce mesme seruice1 n'y trouuerent aucun amendement3 car ie n'auois pas port la coignee aux racines4 ,a l'aduenture ay-ie touch quelque espece de diuersions publiques4 ,et l'vsage des militaires1 dequoy se seruit ,pericles en la guerre ,peloponnesiaque3 et mille autres ailleurs1 pour reuoquer de leurs pas les forces contraires1 est trop frequent aux histoires4 ,ce fut vn ingenieux destour1 dequoy le ,sieur d',himbercourt sauua et soy et d'autres1 en la ville du ,liege3 o le ,duc de ,bourgongne1 qui la tenoit assiegee1 l'auoit fait entrer1 pour executer les conuenances de leur reddition accordee4 ,ce peuple assembl de nuict pour y pouruoir1 commence se mutiner contre ces accords passez3 et delibererent plusieurs1 de courre sus aux negociateurs1 qu'ils tenoient en leur puissance4 ,luy1 sentant le vent de la premiere ondee de ces gens1 qui venoient se ruer en son logis1 lascha soudain vers eux1 deux des habitans de la ville1 7car il y en auoit aucuns auec luy7 chargez de plus douces et nouuelles offres1 proposer en leur conseil1 qu'il auoit forgees sur le champ pour son besoing4 ,ces deux arresterent la premiere tempeste1 ramenant cette tourbe esmee en la maison de ville1 pour ouyr leur charge1 et y deliberer4 ,la deliberation fut courte4 ,voicy desbonder vn second orage1 autant anim que l'autre3 et luy leur despecher en teste1 quatre nouueaux et semblables intercesseurs1 protestans auoir leur declarer ce coup1 des presentations plus grasses1 du tout leur contentement et satisfaction3 par o ce peuple fut de rechef repouss dans le conclaue4 ,somme1 que par telle dispensation d'amusemens1 diuertissant leur furie1 et la dissipant en vaines consultations1 il l'endormit en fin1 et gaigna le iour1 qui estoit son principal affaire4 ,cet autre comte est aussi de ce predicament4 ,atalante fille de beaut excellente1 et de merueilleuse disposition1 pour se deffaire de la presse de mille poursuiuants1 qui la demandoient en mariage1 leur donna cette loy1 qu'elle accepteroit celuy qui l'egalleroit la course1 pourueu que ceux qui y faudroient1 en perdissent la vie4 ,il s'en trouua assez1 qui estimerent ce prix digne d'vn tel hazard1 et qui encoururent la peine de ce cruel march4 ,hippomenes ayant faire son essay apres les autres1 s'adressa la deesse tutrice de cette amoureuse ardeur1 l'appellant son secours3 qui exauant sa priere1 le fournit de trois pommes d'or1 et de leur vsage4 ,le champ de la course ouuert1 mesure qu',hippomenes sent sa maistresse luy presser les talons1 il laisse eschapper1 comme par inaduertance1 l'vne de ces pommes3 la fille amusee de sa beaut1 ne faut point de se destourner pour l'amasser3 ,obstupuit virgo1 nitidique cupidine pomi ,declinat cursus1 aurmque volubile tollit4 ,autant en fit-il son poinct1 et de la seconde et de la tierce3 iusques ce que par ce fouruoyement et diuertissement1 l'aduantage de la course luy demeura4 ,quand les medecins ne peuuent purger le caterrhe1 ils le diuertissent1 et desuoyent vne autre partie moins dangereuse4 ,ie m'apperoy que c'est aussi la plus ordinaire recepte aux maladies de l'ame4 ,abducendus etiam nonnunquam animus est ad alia studia1 solicitudines1 curas1 negotia3 loci denique mutatione1 tanquam groti non conualescentes1 spe curandus est4 ,on luy fait peu choquer les maux de droit fil3 on ne luy en fait ny soustenir ny rabatre l'atteinte3 on la luy fait decliner et gauchir4 ,cette autre leon est trop haute et trop difficile4 ,c'est faire ceux de la premiere classe1 de s'arrester purement la chose1 la considerer1 la iuger4 ,il appartient vn seul ,socrates1 d'accointer la mort d'vn visage ordinaire1 s'en appriuoiser et s'en iouer4 ,il ne cherche point de consolation hors de la chose3 le mourir luy semble accident naturel et indifferent3 il fiche l iustement sa veu1 et s'y resoult1 sans regarder ailleurs4 ,les disciples d',hegesias1 qui se font mourir de faim1 eschauffez des beaux discours de ses leons1 et si dru que le ,roy ,ptolomee luy fit defendre de plus entretenir son eschole de ces homicides discours3 ceux l ne considerent point la mort en soy1 ils ne la iugent point3 ce n'est pas l o ils arrestent leur pensee3 ils courent1 ils visent vn estre nouueau4 ,ces pauures gens qu'on void sur l'eschaffaut1 remplis d'vne ardente deuotion1 y occupants tous leurs sens autant qu'ils peuuent3 les aureilles aux instructions qu'on leur donne2 les yeux et les mains tendues au ciel3 la voix des prieres hautes1 auec vne esmotion aspre et continuelle1 font certes chose louable et conuenable vne telle necessit4 ,on les doibt louer de religion3 mais non proprement de constance4 ,ils fuyent la lucte3 ils destournent de la mort leur consideration3 comme on amuse les enfans pendant qu'on leur veut donner le coup de lancette4 ,i'en ay veu1 si par fois leur veu se raualoit ces horribles asprets de la mort1 qui sont autour d'eux1 s'en transir1 et reietter auec furie ailleurs leur pensee4 ,a ceux qui passent vne profondeur effroyable1 on ordonne de clorre ou destourner leurs yeux4 ,subrius ,flauius1 ayant par le commandement de ,neron1 estre deffaict1 et par les mains de ,niger1 tous deux chefs de guerre3 quand on le mena au champ1 o l'execution deuoit estre faicte1 voyant le trou que ,niger auoit fait cauer pour le mettre1 inegal et mal form3 ,ny cela1 mesme1 dit-il1 se tournant aux soldats qui y assistoyent1 n'est selon la discipline militaire4 ,et ,niger1 qui l'exhortoit de tenir la teste ferme3 ,frapasses tu seulement aussi ferme4 ,et deuina bien3 car le bras tremblant ,niger1 il la luy coupa diuers coups4 ,cettuy-cy semble auoir eu sa pensee droittement et fixement au subiect4 ,celuy qui meurt en la meslee1 les armes la main1 il n'estudie pas lors la mort1 il ne la sent1 ny ne la considere3 l'ardeur du combat l'emporte4 ,vn honneste homme de ma cognoissance1 estant tomb comme il se batoit en estocade1 et se sentant daguer terre par son ennemy de neuf ou dix coups1 chacun des assistans luy crioit qu'il pensast sa conscience1 mais il me dit depuis1 qu'encores que ces voix luy vinssent aux oreilles1 elles ne l'auoient aucunement touch1 et qu'il ne pensa iamais qu' se descharger et se venger4 ,il tua son homme en ce mesme combat4 ,beaucoup fit pour ,l4 ,syllanus1 celuy qui luy apporta sa condamnation3 de ce qu'ayant ouy sa response1 qu'il estoit bien prepar mourir1 mais non pas de mains scelerees3 il se rua sur luy1 auec ses soldats pour le forcer3 et comme luy tout desarm1 se defendoit obstinement de poingts et de pieds1 il le fit mourir en ce debat3 dissipant en prompte cholere et tumultuaire1 le sentiment penible d'vne mort longue et preparee1 quoy il estoit destin4 ,nous pensons tousiours ailleurs3 l'esperance d'vne meilleure vie nous arreste et appuye3 ou l'esperance de la valeur de nos enfans3 ou la gloire future de nostre nom3 ou la fuitte des maux de cette vie3 ou la vengeance qui menasse ceux qui nous causent la mort3 ,spero equidem mediis1 si quid pia numina possunt1 ,supplicia hausurum scopulis1 et nomine ,dido ,spe vocaturum4 ,audiam1 et hc manes veniet mihi fama sub imos4 ,xenophon sacrifioit couronn quand on luy vint annoncer la mort de son fils ,gryllus1 en la bataille de ,mantinee4 ,au premier sentiment de cette nouuelle1 il ietta sa couronne terre3 mais par la suitte du propos1 entendant la forme d'vne mort tres-valeureuse1 il l'amassa1 et remit sur sa teste4 ,epicurus mesme se console en sa fin1 sur l'eternit et l'vtilit de ses escrits4 ,omnes clari et nobilitati labores1 fiunt tolerabiles4 ,et la mesme playe1 le mesme trauail1 ne poise pas1 dit ,xenophon1 vn general d'armee1 comme vn soldat4 ,epaminondas print sa mort bien plus alaigrement1 ayant est inform1 que la victoire estoit demeuree de son cost4 ,hc sunt solatia1 hc fomenta summorum dolorum4 ,et telles autres circonstances nous amusent1 diuertissent et destournent de la consideration de la chose en soy4 ,voire les arguments de la philosophie1 vont touts coups costoyans et gauchissans la matiere1 et peine essuyans sa crouste4 ,le premier homme de la premiere eschole philosophique1 et surintendante des autres1 ce grand ,zenon1 contre la mort3 ,nul mal n'est honorable3 la mort l'est3 elle n'est pas donc mal4 ,contre l'yurongnerie3 ,nul ne fie son secret l'yurongne3 chacun le fie au sage3 le sage ne sera donc pas yurongne4 ,cela est-ce donner au blanc8 ,i'ayme veoir ces ames principales1 ne se pouuoir desprendre de nostre consorce4 ,tant parfaicts hommes qu'ils soyent1 ce sont tousiours bien lourdement des hommes4 ,c'est vne douce passion que la vengeance1 de grande impression et naturelle3 ie le voy bien1 encore que ie n'en aye aucune experience4 ,pour en distraire dernierement vn ieune ,prince1 ie ne luy allois pas disant1 qu'il falloit prester la iou celuy qui vous auoit frapp l'autre1 pour le deuoir de charit3 ny ne luy allois representer les tragiques euenements que la posie attribue cette passion4 ,ie la laissay l1 et m'amusay luy faire gouster la beaut d'vne image contraire3 l'honneur1 la faueur1 la bien-vueillance qu'il acquerroit par clemence et bont3 ie le destournay l'ambition4 ,voyla comme lon en faict4 ,si vostre affection en l'amour est trop puissante1 dissipez la1 disent-ils4 ,et disent vray1 car ie l'ay souuent essay auec vtilit4 ,rompez la diuers desirs1 desquels il y en ayt vn regent et vn maistre1 si vous voulez1 mais de peur qu'il ne vous gourmande et tyrannise1 affoiblissez-le1 seiournez-le1 en le diuisant et diuertissant4 ,cm morosa vago singultiet inguine vena1 ,coniicito humorem collectum in corpora quque4 ,et pouruoyez y de bonne heure1 de peur que vous n'en soyez en peine1 s'il vous a vne fois saisi4 ,si non prima nouis conturbes vulnera plagis1 ,volgiuagque vagus ,venere ante recentia cures4 ,ie fus autrefois touch d'vn puissant desplaisir1 selon ma complexion3 et encores plus iuste que puissant3 ie m'y fusse perdu l'aduenture1 si ie m'en fusse simplement fi mes forces4 ,ayant besoing d'vne vehemente diuersion pour m'en distraire1 ie me fis par art amoureux et par estude3 quoy l'aage m'aydoit4 ,l'amour me soulagea et retira du mal1 qui m'estoit caus par l'amiti4 ,par tout ailleurs de mesme4 ,vne aigre imagination me tient3 ie trouue plus court1 que de la dompter1 la changer3 ie luy en substitue1 si ie ne puis vne contraire1 aumoins vn' autre4 ,tousiours la variation soulage1 dissout et dissipe4 ,si ie ne puis la combatre1 ie luy eschappe3 et en la fuant1 ie fouruoye1 ie ruse4 ,muant de lieu1 d'occupation1 de compagnie1 ie me sauue dans la presse d'autres amusemens et pensees1 o elle perd ma trace1 et m'esgare4 ,nature procede ainsi1 par le benefice de l'inconstance4 ,car le temps qu'elle nous a donn pour souuerain medecin de nos passions1 gaigne son effect principalement par l1 que fournissant autres et autres affaires nostre imagination1 il demesle et corrompt cette premiere apprehension1 pour forte qu'elle soit4 ,vn sage ne voit guere moins1 son amy mourant1 au bout de vingt et cinq ans1 qu'au premier an2 et suiuant ,epicurus1 de rien moins3 car il n'attribuoit aucun leniment des fascheries1 ny la preuoyance1 ny l'antiquit d'icelles4 ,mais tant d'autres cogitations trauersent cette-cy1 qu'elle s'alanguit1 et se lasse en fin4 ,pour destourner l'inclination des bruits communs1 ,alcibiades couppa les oreilles et la queu son beau chien1 et le chassa en la place3 afin que donnant ce subiect pour babiller au peuple1 il laissast en paix ses autres actions4 ,i'ay veu aussi1 pour cet effect de diuertir les opinions et coniectures du peuple1 et desuoyer les parleurs1 des femmes1 couurir leurs vrayes affections1 par des affections contrefaictes4 ,mais i'en ay veu telle1 qui en se contrefaisant s'est laissee prendre bon escient1 et a quitt la vraye et originelle affection pour la feinte3 et aprins par elle1 que ceux qui se trouuent bien logez1 sont des sots de consentir ce masque4 ,les accueils et entretiens publiques estans reseruez ce seruiteur apost1 croyez qu'il n'est guere habile1 s'il ne se met en fin en vostre place1 et vous envoye en la sienne4 ,cela c'est proprement tailler et coudre vn soulier1 pour qu'vn autre le chausse4 ,peu de chose nous diuertit et destourne3 car peu de chose nous tient4 ,nous ne regardons gueres les subiects en gros et seuls3 ce sont des circonstances ou des images menues et superficielles qui nous frappent3 et des vaines escorces qui reiallissent des subiects4 ,folliculos vt nunc teretes state cicad ,linquunt4 ,plutarque mesme regrette sa fille par des singeries de son enfance4 ,le souuenir d'vn adieu1 d'vne action1 d'vne grace particuliere1 d'vne recommandation derniere1 nous afflige4 ,la robe de ,csar troubla toute ,romme1 ce que sa mort n'auoit pas faict4 ,le son mesme des noms1 qui nous tintoine aux oreilles3 ,mon pauure maistre1 ou mon grand amy3 helas mon cher pere1 ou ma bonne fille4 ,quand ces redites me pinsent1 et que i'y regarde de pres1 ie trouue que c'est vne pleinte grammairiene1 le mot et le ton me blesse4 ,comme les exclamations des prescheurs1 esmouuent leur auditoire souuent1 plus que ne font leurs raisons3 et comme nous frappe la voix piteuse d'vne beste qu'on tue pour nostre seruice3 sans que ie poise ou penetre ce pendant1 la vraye essence et massiue de mon subiect4 ,his se stimulis dolor ipse lacessit4 ,ce sont les fondemens de nostre deuil4 ,l'opiniastret de mes pierres1 specialement en la verge1 m'a par fois iett en longues suppressions d'vrine1 de trois1 de quatre iours3 et si auant en la mort1 que c'eust est follie d'esperer l'euiter1 voyre desirer1 veu les cruels efforts que cet estat m'apporte4 ,o que ce bon ,empereur1 qui faisoit lier la verge ses criminels1 pour les faire mourir faute de pisser1 estoit grand maistre en la science de bourrellerie6 ,me trouuant l1 ie consideroy par combien legeres causes et obiects1 l'imagination nourrissoit en moy le regret de la vie3 de quels atomes se bastissoit en mon ame1 le poids et la difficult de ce deslogement3 combien friuoles pensees nous donnions place en vn si grand affaire4 ,vn chien1 vn cheual1 vn liure1 vn verre1 et quoy non8 tenoient compte en ma perte4 ,aux autres1 leurs ambitieuses esperances1 leur bourse1 leur science1 non moins sottement mon gr4 ,ie voy nonchalamment la mort1 quand ie la voy vniuersellement1 comme fin de la vie4 ,ie la gourmande en bloc3 par le menu1 elle me pille4 ,les larmes d'vn laquais1 la dispensation de ma desferre1 l'attouchement d'vne main cognue1 vne consolation commune1 me desconsole et m'attendrit4 ,ainsi nous troublent l'ame1 les plaintes des fables3 et les regrets de ,didon1 et d',ariadn passionnent ceux mesmes qui ne les croyent point en ,virgile et en ,catulle3 c'est vne exemple de nature obstinee et dure1 n'en sentir aucune emotion3 comme on recite1 pour miracle1 de ,polemon3 mais aussi ne pallit il pas seulement la morsure d'vn chien enrag1 qui luy emporta le gras de la iambe4 ,et nulle sagesse ne va si auant1 de conceuoir la cause d'vne tristesse1 si viue et entiere1 par iugement1 qu'elle ne souffre accession par la presence1 quand les yeux et les oreilles y ont leur part3 parties qui ne peuuent estre agitees que par vains accidens4 ,est-ce raison que les arts mesmes se seruent et facent leur proufit1 de nostre imbecillit et bestise naturelle8 ,l'orateur1 dit la rhetorique1 en cette farce de son plaidoier1 s'esmouuera par le son de sa voix1 et par ses agitations feintes2 et se lairra piper la passion qu'il represente4 ,il s'imprimera vn vray deuil et essentiel1 par le moyen de ce battelage qu'il iou1 pour le transmettre aux iuges1 qui il touche encore moins4 ,comme font ces personnes qu'on loe aux mortuaires1 pour ayder la ceremonie du deuil1 qui vendent leurs larmes poix et mesure1 et leur tristesse4 ,car encore qu'ils s'esbranlent en forme empruntee1 toutesfois en habituant et rengeant la contenance1 il est certain qu'ils s'emportent souuent tous entiers1 et reoiuent en eux vne vraye melancholie4 ,ie fus entre plusieurs autres de ses amis1 conduire ,soissons le corps de monsieur de ,grammont1 du siege de la ,fere1 o il fut tu4 ,ie consideray que par tout o nous passions1 nous remplissions de lamentation et de pleurs1 le peuple que nous rencontrions1 par la seule montre de l'appareil de nostre conuoy3 car seulement le nom du trespass n'y estoit pas cogneu4 ,quintilian dit auoir veu des comediens si fort engagez en vn rolle de deuil1 qu'ils en pleuroient encore au logis3 et de soy mesme1 qu'ayant prins esmouuoir quelque passion en autruy1 il l'auoit espousee1 iusques se trouuer surprins1 non seulement de larmes1 mais d'vne palleur de visage et port d'homme vrayement accabl de douleur4 ,en vne contree pres de nos montaignes1 les femmes font le prestre-martin3 car comme elles agrandissent le regret du mary perdu1 par la souuenance des bonnes et agreables conditions qu'il auoit1 elles font tout d'vn train aussi recueil et publient ses imperfections3 comme pour entrer d'elles mesmes en quelque compensation1 et se diuertir de la piti au desdain4 ,de bien meilleure grace encore que nous1 qui la perte du premier cognu1 nous piquons luy prester des louanges nouuelles et fauces3 et le faire tout autre1 quand nous l'auons perdu de veu1 qu'il ne nous sembloit estre1 quand nous le voyions4 ,comme si le regret estoit vne partie instructiue3 ou que les larmes en lauant nostre entendement1 l'esclaircissent4 ,ie renonce ds present aux fauorables tesmoignages1 qu'on me voudra donner1 non par ce que i'en seray digne1 mais par ce que ie seray mort4 ,qui demandera celuy l1 ,quel interest auez vous ce siege8 ,l'interest de l'exemple1 dira-il1 et de l'obeyssance commune du ,prince3 ie n'y pretens proffit quelconque3 et de gloire1 ie say la petite part qui en peut toucher vn particulier comme moy3 ie n'ay icy ny passion ny querelle4 ,voyez le pourtant le lendemain1 tout chang1 tout bouillant et rougissant de cholere1 en son rang de bataille pour l'assaut4 ,c'est la lueur de tant d'acier1 et le feu et tintamarre de nos canons et de nos tambours1 qui luy ont iett cette nouuelle rigueur et hayne dans les veines4 ,friuole cause1 me direz vous4 ,comment cause8 il n'en faut point1 pour agiter nostre ame4 ,vne resuerie sans corps et sans subiect la regente et l'agite4 ,que ie me mette faire des chasteaux en ,espaigne1 mon imagination m'y forge des commoditez et des plaisirs1 desquels mon ame est reellement chatouillee et resiouye4 ,combien de fois embrouillons nous nostre esprit de cholere ou de tristesse1 par telles ombres1 et nous inserons en des passions fantastiques1 qui nous alterent et l'ame et le corps8 ,quelles grimaces1 estonnees1 riardes1 confuses1 excite la resuerie en noz visages6 ,quelles saillies et agitations de membres et de voix6 ,semble-il pas de cet homme seul1 qu'il aye des visions fauces1 d'vne presse d'autres hommes1 auec qui il negocie3 ou quelque demon interne1 qui le persecute8 ,enquerez vous vous1 o est l'obiect de cette mutation8 ,est-il rien sauf nous1 en nature1 que l'inanit substante1 sur quoy elle puisse8 ,cambyses pour auoir song en dormant1 que son frere deuoit deuenir ,roy de ,perse1 le fit mourir1 vn frere qu'il aymoit1 et duquel il s'estoit tousiours fi4 ,aristodemus ,roy des ,messeniens se tua1 pour vne fantasie qu'il print de mauuais augure1 de ie ne say quel hurlement de ses chiens4 ,et le ,roy ,midas en fit autant1 troubl et fasch de quelque mal plaisant songe qu'il auoit song4 ,c'est priser sa vie iustement ce qu'elle est1 de l'abandonner pour vn songe4 ,oyez pourtant nostre ame1 triompher de la misere du corps1 de sa foiblesse1 de ce qu'il est en butte toutes offences et alterations3 vrayement elle a raison d'en parler4 ,o prima infelix fingenti terra ,prometheo6 ,ille parum cauti pectoris egit opus4 ,corpora disponens1 mentem non vidit in arte1 ,recta animi primm debuit esse via4 ,,chapitre ,v4 ,sur des vers de ,virgile4 ,a mesure que les pensemens vtiles sont plus pleins1 et solides1 ils sont aussi plus empeschans1 et plus onereux4 ,le vice1 la mort1 la pauuret1 les maladies1 sont subiects graues1 et qui greuent4 ,il faut auoir l'ame instruitte des moyens de soustenir et combatre les maux1 et instruite des regles de bien viure1 et de bien croire3 et souuent l'esueiller et exercer en cette belle estude4 ,mais vne ame de commune sorte1 il faut que ce soit auec relasche et moderation3 elle s'affolle1 d'estre trop continuellement bandee4 ,i'auoy besoing en ieunesse1 de m'aduertir et solliciter pour me tenir en office4 ,l'alegresse et la sant ne conuiennent pas tant bien1 dit-on1 auec ces discours serieux et sages4 ,ie suis present en vn autre estat4 ,les conditions de la vieillesse1 ne m'aduertissent que trop1 m'assagissent et me preschent4 ,de l'excez de la gayet1 ie suis tomb en celuy de la seuerit3 plus fascheux4 ,parquoy1 ie me laisse cette heure aller vn peu la desbauche1 par dessein3 et employe quelque fois l'ame1 des pensemens folastres et ieunes1 o elle se seiourne4 ,ie ne suis meshuy que trop rassis1 trop poisant1 et trop meur4 ,les ans me font leon tous les iours1 de froideur1 et de temperance4 ,ce corps fuyt le desreiglement1 et le craint3 il est son tour de guider l'esprit vers la reformation3 il regente son tour3 et plus rudement et imperieusement4 ,il ne me laisse pas vne heure1 ny dormant ny veillant1 chaumer d'instruction1 de mort1 de patience1 et de pnitence4 ,ie me deffens de la temperance1 comme i'ay faict autresfois de la volupt3 elle me tire trop arriere1 et iusques la stupidit4 ,or ie veux estre maistre de moy1 tout sens4 ,la sagesse a ses excez1 et n'a pas moins besoing de moderation que la folie4 ,ainsi1 de peur que ie ne seche1 tarisse1 et m'aggraue de prudence1 aux interualles que mes maux me donnent1 ,mens intenta suis ne siet vsque malis1 ie gauchis tout doucement1 et desrobe ma veu de ce ciel orageux et nubileux que i'ay deuant moy4 ,lequel1 ,dieu mercy1 ie considere bien sans effroy1 mais non pas sans contention1 et sans estude4 ,et me vay amusant en la recordation des ieunesses passees3 ,animus quod perdidit1 optat1 ,atque in prterita se totus imagine versat4 ,que l'enfance regarde deuant elle1 la vieillesse derriere3 estoit ce pas ce que signifioit le double visage de ,ianus8 ,les ans m'entrainnent s'ils veulent1 mais reculons4 ,autant que mes yeux peuuent recognoistre cette belle saison expiree1 ie les y destourne secousses4 ,si elle eschappe de mon sang et de mes veines1 aumoins n'en veux-ie draciner l'image de la memoire4 ,hoc est ,viuere bis1 vita posse priore frui4 ,platon ordonne aux vieillards d'assister aux exercices1 danses1 et ieux de la ieunesse1 pour se resiouyr en autruy1 de la soupplesse et beaut du corps1 qui n'est plus en eux3 et rappeller en leur souuenance1 la grace et faueur de cet aage verdissant4 ,et veut qu'en ces esbats1 ils attribuent l'honneur de la victoire1 au ieune homme1 qui aura le plus esbaudi et resioui1 et plus grand nombre d'entre eux4 ,ie merquois autresfois les iours poisans et tenebreux1 comme extraordinaires4 ,ceux-l sont tantost les miens ordinaires3 les extraordinaires sont les beaux et serains4 ,ie m'en vay au train de tressaillir1 comme d'vne nouuelle faueur1 quand aucune chose ne me deult4 ,que ie me chatouille1 ie ne puis tantost plus arracher vn pauure rire de ce meschant corps4 ,ie ne m'esgaye qu'en fantasie et en songe3 pour destourner par ruse1 le chagrin de la vieillesse4 ,mais certes il faudroit autre remede1 qu'en songe4 ,foible lucte1 de l'art contre la nature4 ,c'est grand simplesse1 d'alonger et anticiper1 comme chacun fait1 les incommoditez humaines4 ,i'ayme mieux estre moins long temps vieil1 que d'estre vieil1 auant que de l'estre4 ,iusques aux moindres occasions de plaisir que ie puis rencontrer1 ie les empoigne4 ,ie congnois bien par ouyr dire1 plusieurs especes de voluptez prudentes1 fortes et glorieuses3 mais l'opinion ne peut pas assez sur moy pour m'en mettre en appetit4 ,ie ne les veux pas tant magnanimes1 magnifiques et fastueuses1 comme ie les veux doucereuses1 faciles et prestes4 ,a natura discedimus3 populo nos damus1 nullius rei bono auctori4 ,ma philosophie est en action1 en vsage naturel et present3 peu en fantasie4 ,prinss-ie plaisir iouer aux noisettes et la toupie6 ,non ponebat enim rumores ante salutem4 ,la volupt est qualit peu ambitieuse2 elle s'estime assez riche de soy1 sans y mesler le prix de la reputation3 et s'ayme mieux l'ombre4 ,il faudroit donner le foet vn ieune homme1 qui s'amuseroit choisir le goust du vin1 et des sauces4 ,il n'est rien que i'aye moins seu1 et moins pris3 cette heure ie l'apprens4 ,i'en ay grand honte1 mais qu'y feroy-ie8 ,i'ay encor plus de honte et de despit1 des occasions qui m'y poussent4 ,c'est nous1 resuer et baguenauder1 et la ieunesse se tenir sur la reputation et sur le bon bout4 ,elle va vers le monde1 vers le credit3 nous en venons4 ,sibi arma1 sibi equos1 sibi hastas1 sibi clauam1 sibi pilam1 sibi natationes et cursus habeant3 nobis senibus1 ex lusionibus multis1 talos relinquant et tesseras4 ,les loix mesme nous enuoyent au logis4 ,ie ne puis moins en faueur de cette chetiue condition1 o mon aage me pousse1 que de luy fournir de ioets et d'amusoires1 comme l'enfance3 aussi y retombons nous4 ,et la sagesse et la folie1 auront prou faire1 m'estayer et secourir par offices alternatifs1 en cette calamit d'aage4 ,misce stultitiam consiliis breuem4 ,ie fuis de mesme les plus legeres pointures3 et celles qui ne m'eussent pas autresfois esgratign1 me transpercent cette heure4 ,mon habitude commence de s'appliquer si volontiers au mal3 in fragili corpore odiosa omnis offensio est4 ,mnsque pati durum sustinet gra nihil4 ,i'ay est tousiours chatouilleux et delicat aux offences1 ie suis plus tendre cette heure1 et ouuert par tout4 ,et minim vires frangere quassa valent4 ,mon iugement m'empesche bien de regimber et gronder contre les inconuenients que ,nature m'ordonne souffrir1 mais non pas de les sentir4 ,ie courrois d'vn bout du monde l'autre1 chercher vn bon an de tranquillit plaisante et eniouee1 moy1 qui n'ay autre fin que viure et me resiouyr4 ,la tranquillit sombre et stupide1 se trouue assez pour moy1 mais elle m'endort et enteste3 ie ne m'en contente pas4 ,s'il y a quelque personne1 quelque bonne compagnie1 aux champs1 en la ville1 en ,france1 ou ailleurs1 resseante1 ou voyagere1 qui mes humeurs soient bonnes1 de qui les humeurs me soyent bonnes1 il n'est que de siffler en paume1 ie leur iray fournir des ,essays1 en chair et en os4 ,puisque c'est le priuilege de l'esprit1 de se r'auoir de la vieillesse1 ie luy conseille autant que ie puis1 de le faire3 qu'il verdisse1 qu'il fleurisse ce pendant1 s'il peut1 comme le guy sur vn arbre mort4 ,ie crains que c'est vn traistre3 il s'est si estroittement affret au corps1 qu'il m'abandonne tous coups1 pour le suiure en sa necessit4 ,ie le flatte part1 ie le practique pour neant3 i'ay beau essayer de le destourner de cette colligence1 et luy presenter et ,seneque et ,catulle1 et les dames et les dances royalles3 si son compagnon a la cholique1 il semble qu'il l'ayt aussi4 ,les puissances mesmes qui luy sont particulieres et propres1 ne se peuuent lors sousleuer3 elles sentent euidemment le morfondu3 il n'y a poinct d'allegresse en ses productions1 s'il n'en y a quand et quand au corps4 ,noz maistres ont tort1 dequoy cherchants les causes des eslancements extraordinaires de nostre esprit1 outre ce qu'ils en attribuent vn rauissement diuin1 l'amour1 l'aspret guerriere1 la posie1 au vin3 ils n'en ont donn sa part la sant4 ,vne sant bouillante1 vigoureuse1 pleine1 oysiue1 telle qu'autrefois la verdeur des ans et la securit1 me la fournissoient par venus4 ,ce feu de gayet suscite en l'esprit des eloises viues et claires outre nostre clairt naturelle3 et entre les enthousiasmes1 les plus gaillards1 sinon les plus esperdus4 ,or bien1 ce n'est pas merueille1 si vn contraire estat affesse mon esprit1 le clou1 et en tire vn effect contraire4 ,ad nullum consurgit opus cum corpore languet4 ,et veut encores que ie luy sois tenu1 dequoy il preste1 comme il dit1 beaucoup moins ce consentement1 que ne porte l'vsage ordinaire des hommes4 ,aumoins pendant que nous auons trefue1 chassons les maux et difficultez de nostre commerce1 ,dum licet1 obducta soluatur fronte senectus3 tetrica sunt amnanda iocularibus4 ,i'ayme vne sagesse gaye et ciuile1 et fuis l'aspret des murs1 et l'austerit3 ayant pour suspecte toute mine rebarbatiue3 ,tristmque vultus tetrici arrogantiam2 ,et habet tristis quoque turba cyndos4 ,ie croy ,platon de bon cur1 qui dit les humeurs faciles ou difficiles1 estre vn grand preiudice la bont ou mauuaisti de l'ame4 ,socrates eut vn visage constant1 mais serein et riant4 ,non fascheusement constant1 comme le vieil ,crassus1 qu'on ne veit iamais rire4 ,la vertu est qualit plaisante et gaye4 ,ie say bien que fort peu de gens rechigneront la licence de mes escrits1 qui n'ayent plus rechigner la licence de leur pensee4 ,ie me conforme bien leur courage3 mais i'offence leurs yeux4 ,c'est vne humeur bien ordonnee1 de pinser les escrits de ,platon1 et couler ses negociations pretendues auec ,phedon1 ,dion1 ,stella1 ,archeanassa4 ,non pudeat dicere1 quod non pudet sentire4 ,ie hay vn esprit hargneux et triste1 qui glisse par dessus les plaisirs de sa vie1 et s'empoigne et paist aux malheurs4 ,comme les mouches1 qui ne peuuent tenir contre vn corps bien poly1 et bien liss1 et s'attachent et reposent aux lieux scabreux et raboteux4 ,et comme les vantouses1 qui ne hument et appetent que le mauuais sang4 ,au reste1 ie me suis ordonn d'oser dire tout ce que i'ose faire3 et me desplaist des pensees mesmes impubliables4 ,la pire de mes actions et conditions1 ne me semble pas si laide1 comme ie trouue laid et lasche1 de ne l'oser aduouer4 ,chacun est discret en la confession1 on le deuroit estre en l'action4 ,la hardiesse de faillir1 est aucunement compensee et bridee1 par la hardiesse de le confesser4 ,qui s'obligeroit tout dire1 s'obligeroit ne rien faire de ce qu'on est contraint de taire4 ,dieu vueille que cet excs de ma licence1 attire nos hommes iusques la libert3 par dessus ces vertus couardes et mineuses1 nees de nos imperfections3 qu'aux despens de mon immoderation1 ie les attire iusques au point de la raison4 ,il faut voir son vice1 et l'estudier1 pour le redire3 ceux qui le celent autruy1 le celent ordinairement eux mesmes3 et ne le tiennent pas pour asss couuert1 s'ils le voyent4 ,ils le soustrayent et desguisent leur propre conscience4 ,quare vitia sua nemo confitetur8 ,quia etiam nunc in illis est1 somnium narrare vigilantis est4 ,les maux du corps s'esclaircissent en augmentant4 ,nous trouuons que c'est goutte1 ce que nous nommions rheume ou foulleure4 ,les maux de l'ame s'obscurcissent en leurs forces3 le plus malade les sent le moins4 ,voyla pourquoy il les faut souuent remanier au iour1 d'vne main impiteuse3 les ouurir et arracher du creus de nostre poitrine4 ,comme en matiere de biens faicts1 de mesme en matiere de mesfaicts1 c'est par fois satisfaction que la seule confession4 ,est-il quelque laideur au faillir1 qui nous dispense de nous en confesser8 ,ie souffre peine me feindre3 si que i'euite de prendre les secrets d'autruy en garde1 n'ayant pas bien le cur de desaduouer ma science4 ,ie puis la taire1 mais la nyer1 ie ne puis sans effort et desplaisir4 ,pour estre bien secret1 il le faut estre par nature1 non par obligation4 ,c'est peu1 au seruice des ,princes1 d'estre secret1 si on n'est menteur encore4 ,celuy qui s'enquestoit ,thales ,milesius1 s'il deuoit solemnellement nyer d'auoir paillard1 s'il se fust address moy1 ie luy eusse respondu1 qu'il ne le deuoit pas faire1 car le mentir me semble encore pire que la paillardise4 ,thales luy conseilla tout autrement1 et qu'il iurast1 pour garentir le plus1 par le moins4 ,toutesfois ce conseil n'estoit pas tant election de vice1 que multiplication4 ,sur quoy disons ce mot en passant1 qu'on fait bon march vn homme de conscience1 quand on luy propose quelque difficult au contrepoids du vice3 mais quand on l'enferme entre deux vices1 on le met vn rude choix4 ,comme on fit ,origene3 ou qu'il idolatrast1 ou qu'il se souffrist iouyr charnellement1 vn grand vilain thiopien qu'on luy presenta4 ,il subit la premiere condition3 et vitieusement1 dit-on4 ,pourtant ne seroient pas sans goust1 selon leur erreur1 celles qui nous protestent en ce temps1 qu'elles aymeroient mieux charger leur conscience de dix hommes1 que d'vne messe4 ,si c'est indiscretion de publier ainsi ses erreurs1 il n'y a pas grand danger qu'elle passe en exemple et vsage4 ,car ,ariston disoit1 que les vens que les hommes craignent le plus1 sont ceux qui les descouurent4 ,il faut rebrasser ce sot haillon qui cache nos murs4 ,ils enuoyent leur conscience au bordel1 et tiennent leur contenance en regle4 ,iusques aux traistres et assassins1 ils espousent les loix de la ceremonie1 et attachent l leur deuoir4 ,si n'est-ce1 ny l'iniustice de se plaindre de l'inciuilit1 ny la malice de l'indiscretion4 ,c'est dommage qu'vn meschant homme ne soit encore vn sot1 et que la decence pallie son vice4 ,ces incrustations n'appartiennent qu' vne bonne et saine paroy1 qui merite d'estre conseruee1 d'tre blanchie4 ,en faueur des ,huguenots1 qui accusent nostre confession auriculaire et priuee1 ie me confesse en publiq1 religieusement et purement4 ,sainct ,augustin1 ,origene1 et ,hippocrates1 ont publi les erreurs de leurs opinions3 moy encore de mes murs4 ,ie suis affam de me faire congnoistre3 et ne me chaut combien1 pourueu que ce soit veritablement4 ,ou pour dire mieux1 ie n'ay faim de rien3 mais ie fuis mortellement1 d'estre pris en eschange1 par ceux qui il arriue de congnoistre mon nom4 ,celuy qui fait tout pour l'honneur et pour la gloire1 que pense-il gaigner1 en se produisant au monde en masque1 desrobant son vray estre la congnoissance du peuple8 ,louez un bossu de sa belle taille1 il le doit receuoir iniure3 si vous estes couard1 et qu'on vous honnore pour vn vaillant homme1 est-ce de vous qu'on parle8 ,on vous prend pour vn autre4 ,i'aymeroy aussi cher1 que celuy-l se gratifiast des bonnetades qu'on luy faict1 pensant qu'il soit maistre de la trouppe1 luy qui est des moindres de la suitte4 ,archelaus ,roy de ,macedoine1 passant par la ru1 quelqu'vn versa de l'eau sur luy3 les assistans disoient qu'il deuoit le punir4 ,voyre mais1 fit-il1 il n'a pas vers l'eau sur moy1 mais sur celuy qu'il pensoit que ie fusse4 ,socrates celuy1 qui l'aduertissoit3 qu'on mesdisoit de luy4 ,point1 dit-il3 il n'y a rien en moy de ce qu'ils disent4 ,pour moy1 qui me loeroit d'estre bon pilote1 d'estre bien modeste1 ou d'estre bien chaste1 ie ne luy en deurois nul grammercy4 ,et pareillement1 qui m'appelleroit traistre1 voleur1 ou yurongne1 ie me tiendroy aussi peu offenc4 ,ceux qui se mescognoissent1 se peuuent paistre de fauces approbations3 non pas moy1 qui me voy1 et qui me recherche iusques aux entrailles1 qui say bien ce qu'il m'appartient4 ,il me plaist d'estre moins lou1 pourueu que ie soy mieux congneu4 ,on me pourroit tenir pour sage en telle condition de sagesse1 que ie tien pour sottise4 ,ie m'ennuye que mes ,essais seruent les dames de meuble commun seulement1 et de meuble de sale3 ce chapitre me fera du cabinet4 ,i'ayme leur commerce vn peu priu3 le publique est sans faueur et saueur4 ,aux adieux1 nous eschauffons outre l'ordinaire l'affection enuers les choses que nous abandonnons4 ,ie prens l'extreme cong des ieux du monde3 voicy nos dernieres accolades4 ,mais venons mon theme4 ,qu'a faict l'action genitale aux hommes1 si naturelle1 si necessaire1 et si iuste1 pour n'en oser parler sans vergongne1 et pour l'exclurre des propos serieux et reglez8 ,nous prononons hardiment1 tuer1 desrober1 trahir3 et cela1 nous n'oserions qu'entre les dents4 ,est-ce dire1 que moins nous en exhalons en parole1 d'autant nous auons loy d'en grossir la pensee8 ,car il est bon1 que les mots qui sont le moins en vsage1 moins escrits1 et mieux teuz1 sont les mieux sceus1 et plus generalement cognus4 ,nul aage1 nulles murs l'ignorent non plus que le pain4 ,ils s'impriment en chascun1 sans estre exprimez1 et sans voix et sans figure4 ,et le sexe qui le fait le plus1 a charge de le taire le plus4 ,c'est vne action1 que nous auons mis en la franchise du silence1 d'o c'est crime de l'arracher4 ,non pas pour l'accuser et iuger4 ,ny n'osons la foutter1 qu'en periphrase et peinture4 ,grand faueur vn criminel1 d'estre si execrable1 que la iustice estime iniuste1 de le toucher et de le veoir3 libre et sauu par le benefice de l'aigreur de sa condamnation4 ,n'en va-il pas comme en matiere de liures1 qui se rendent d'autant plus venaux et publiques1 de ce qu'ils sont supprimez8 ,ie m'en vay pour moy1 prendre au mot l'aduis d',aristote1 qui dit1 ,l'estre honteux1 seruir d'ornement la ieunesse1 mais de reproche la vieillesse4 ,ces vers se preschent en l'escole ancienne3 escole laquelle ie me tien bien plus qu' la moderne3 ses vertus me semblent plus grandes1 ses vices moindres4 ,ceux qui par trop fuyant ,venus estriuent1 ,faillent autant que ceux qui trop la suiuent4 ,tu1 ,dea1 tu rerum naturam sola gubernas1 ,nec sine te quicquam dias in luminis oras ,exoritur1 neque fit ltum1 nec amabile quicquam4 ,ie ne say qui a peu mal mesler ,pallas et les ,muses1 auec ,venus1 et les refroidir enuers l'amour3 mais ie ne voy aucunes deitez qui s'auiennent mieux1 ny qui s'entredoiuent plus4 ,qui ostera aux muses les imaginations amoureuses1 leur desrobera le plus bel entretien qu'elles ayent1 et la plus noble matiere de leur ouurage3 et qui fera perdre l'amour la communication et seruice de la posie l'affoiblira de ses meilleures armes4 ,par ainsin on charge le ,dieu d'accointance1 et de bien-vueillance1 et les ,deesses protectrices d'humanit et de iustice1 du vice d'ingratitude et de mescognoissance4 ,ie ne suis pas de si long temps cass de l'estat et suitte de ce ,dieu1 que ie n'aye la memoire informee de ses forces et valeurs3 ,agnosco veteris vestigia flamm4 ,il y a encore quelque demeurant d'emotion et chaleur apres la fiure4 ,nec mihi deficiat calor hic1 hyemantibus annis4 ,tout assech que ie suis1 et appesanty1 ie sens encore quelques tiedes restes de cette ardeur passee4 ,qual l'alto geo per che ,aquilone o ,noto ,cessi1 che tutto prima il vuolse et scosse1 ,non s'accheta ei perto1 ma'l sono el' moto1 ,ritien dell' onde anco agitate grosse4 ,mais de ce que ie m'y entends1 les forces et valeur de ce ,dieu1 se trouuent plus vifues et plus animees1 en la peinture de la posie1 qu'en leur propre essence4 ,et versus digitos habet4 ,elle represente ie ne say quel air1 plus amoureux que l'amour mesme4 ,venus n'est pas si belle toute ne1 et viue1 et haletante1 comme elle est icy chez ,virgile4 ,dixerat1 et niueis hinc atque hinc ,diua lacertis ,cunctantem amplexu molli fouet4 ,ille repente ,accepit solitam flammam1 notsque medullas ,intrauit calor1 et labefacta per ossa cucurrit4 ,non secus atque olim tonitru cm rupta corusco ,ignea rima micans percurrit lumine nimbos4 44444444444444444 ,ea verba loquutus1 ,optatos dedit amplexus1 placidmque petiuit ,coniugis infusus gremio per membra soporem4 ,ce que i'y trouue considerer1 c'est qu'il la peinct vn peu bien esmee pour vne ,venus maritale4 ,en ce sage march1 les appetits ne se trouuent pas si follastres3 ils sont sombres et plus mousses4 ,l'amour hait qu'on se tienne par ailleurs que par luy1 et se mesle laschement aux accointances qui sont dressees et entretenues soubs autre titre3 comme est le mariage4 ,l'alliance1 les moyens1 y poisent par raison1 autant ou plus1 que les graces et la beaut4 ,on ne se marie pas pour soy1 quoy qu'on die3 on se marie autant ou plus1 pour sa posterit1 pour sa famille4 ,l'vsage et l'interest du mariage touche nostre race1 bien loing par del nous4 ,pourtant me plaist cette faon1 qu'on le conduise plustost par main tierce1 que par les propres3 et par le sens d'autruy1 que par le sien4 ,tout cecy1 combien l'opposite des conuentions amoureuses8 ,aussi est-ce vne espece d'inceste1 d'aller employer ce parentage venerable et sacr1 les efforts et les extrauagances de la licence amoureuse1 comme il me semble auoir dict ailleurs4 ,il faut1 dit ,aristote1 toucher sa femme prudemment et seuerement1 de peur qu'en la chatouillant trop lasciuement1 le plaisir ne la face sortir hors des gons de raison4 ,ce qu'il dit pour la conscience1 les medecins le disent pour la sant4 ,qu'vn plaisir excessiuement chaud1 voluptueux1 et assidu1 altere la semence1 et empesche la conception4 ,disent d'autre part1 qu' vne congression languissante1 comme celle l est de sa nature3 pour la remplir d'vne iuste et fertile chaleur1 il s'y faut presenter rarement1 et notables interualles2 ,quo rapiat sitiens ,venerem interisque recondat4 ,ie ne voy point de mariages qui faillent plustost1 et se troublent1 que ceux qui s'acheminent par la beaut1 et desirs amoureux4 ,il y faut des fondemens plus solides1 et plus constans1 et y marcher d'aguet3 cette boillante allegresse n'y vaut rien4 ,ceux qui pensent faire honneur au mariage1 pour y ioindre l'amour1 font1 ce me semble1 de mesme ceux1 qui pour faire faueur la vertu1 tiennent que la noblesse n'est autre chose que vertu4 ,ce sont choses qui ont quelque cousinage3 mais il y a beaucoup de diuersit3 on n'a que faire de troubler leurs noms et leurs tiltres4 ,on fait tort l'vne ou l'autre de les confondre4 ,la noblesse est vne belle qualit1 et introduite auec raison3 mais d'autant que c'est vne qualit dependant d'autruy1 et qui peut tomber en vn homme vicieux et de neant1 elle est en estimation bien loing au dessoubs de la vertu4 ,c'est vne vertu1 si ce l'est1 artificielle et visible3 dependant du temps et de la fortune3 diuerse en forme selon les contrees1 viuante et mortelle3 sans naissance1 non plus que la riuiere du ,nil3 genealogique et commune2 de suite et de similitude3 tiree par consequence1 et consequence bien foible4 ,la science1 la force1 la bont1 la beaut1 la richesse1 toutes autres qualitez1 tombent en communication et en commerce3 cetty-cy se consomme en soy1 de nulle emploite au seruice d'autruy4 ,on proposoit l'vn de nos ,roys1 le choix de deux competiteurs1 en vne mesme charge1 desquels l'vn estoit ,gentil'homme1 l'autre ne l'estoit point3 il ordonna que sans respect de cette qualit1 on choisist celuy qui auroit le plus de merite3 mais o la valeur seroit entierement pareille1 qu'alors on eust respect la noblesse3 c'estoit iustement luy donner son rang4 ,antigonus vn ieune homme incogneu1 qui luy demandoit la charge de son pere1 homme de valeur1 qui venoit de mourir3 ,mon amy1 dit-il1 en tels bien faicts1 ie ne regarde pas tant la noblesse de mes soldats1 comme ie fais leur proesse4 ,de vray1 il n'en doibt pas aller comme des officiers des ,roys de ,sparte1 trompettes1 menestriers1 cuisiniers1 qui en leurs charges succedoient les enfants1 pour ignorants qu'ils fussent1 auant les mieux experimentez du mestier4 ,ceux de ,callicut font des nobles1 vne espece par dessus l'humaine4 ,le mariage leur est interdit1 et toute autre vacation que bellique4 ,de concubines1 ils en peuuent auoir leur saoul3 et les femmes autant de ruffiens3 sans ialousie les vns des autres4 ,mais c'est vn crime capital et irremissible1 de s'accoupler personne d'autre condition que la leur4 ,et se tiennent pollus1 s'ils en sont seulement touchez en passant3 et1 comme leur noblesse en estant merueilleusement iniuriee et interessee1 tuent ceux qui seulement ont approch vn peu trop pres d'eux4 ,de maniere que les ignobles sont tenus de crier en marchant1 comme les gondoliers de ,venise1 au contour des rus1 pour ne s'entreheurter3 et les nobles leur commandent de se ietter au quartier qu'ils veulent4 ,ceux cy euitent par l1 cette ignominie1 qu'ils estiment perpetuelle2 ceux l vne mort certaine4 ,nulle duree de temps1 nulle faueur de ,prince1 nul office1 ou vertu1 ou richesse peut faire qu'vn roturier deuienne noble4 ,a quoy ayde cette coustume1 que les mariages sont defendus de l'vn mestier l'autre4 ,ne peut vne de race cordonniere1 espouser vn charpentier3 et sont les parents obligez de dresser les enfants la vacation des peres1 precisement1 et non autre vacation3 par o se maintient la distinction et continuation de leur fortune4 ,vn bon mariage1 s'il en est1 refuse la compagnie et conditions de l'amour3 il tasche representer celles de l'amiti4 ,c'est vne douce societ de vie1 pleine de constance1 de fiance1 et d'vn nombre infiny d'vtiles et solides offices1 et obligations mutuelles4 ,aucune femme qui en sauoure le goust1 ,optato quam iunxit lumine tda1 ne voudroit tenir lieu de maistresse son mary4 ,si elle est logee en son affection1 comme femme1 elle y est bien plus honorablement et seurement logee4 ,quand il fera l'esmeu ailleurs1 et l'empress1 qu'on luy demande pourtant lors1 qui il aymeroit mieux arriuer vne honte1 ou sa femme ou sa maistresse1 de qui la desfortune l'affligeroit le plus1 qui il desire plus de grandeur3 ces demandes n'ont aucun doubte en vn mariage sain4 ,ce qu'il s'en voit si peu de bons1 est signe de son prix et de sa valeur4 ,a le bien faonner et le bien prendre1 il n'est point de plus belle piece en notre societ4 ,nous ne nous en pouuons passer1 et l'allons auilissant4 ,il en aduient ce qui se voit aux cages1 les oyseaux qui en sont dehors1 desesperent d'y entrer2 et d'vn pareil soing en sortir1 ceux qui sont au dedans4 ,socrates1 enquis1 qui estoit plus commode1 prendre1 ou ne prendre point de femme3 ,lequel des deux1 dit-il1 on face1 on s'en repentira4 ,c'est vne conuention laquelle se rapporte bien point ce qu'on dit1 homo homini1 ou ,deus1 ou lupus4 ,il faut le rencontre de beaucoup de qualitez le bastir4 ,il se trouue en ce temps plus commode aux ames simples et populaires1 o les delices1 la curiosit1 et l'oysiuet1 ne le troublent pas tant4 ,les humeurs desbauchees1 comme est la mienne1 qui hay toute sorte de liaison et d'obligation1 n'y sont pas si propres4 ,et mihi dulce magis resoluto viuere collo4 ,de mon dessein1 i'eusse fuy d'espouser la sagesse mesme1 si elle m'eust voulu4 ,mais nous auons beau dire3 la coustume et l'vsage de la vie commune1 nous emporte4 ,la plus part de mes actions se conduisent par exemple1 non par choix4 ,toutesfois ie ne m'y conuiay pas proprement4 ,on m'y mena1 et y fus port par des occasions estrangeres4 ,car non seulement les choses incommodes1 mais il n'en est aucune si laide et vitieuse et euitable1 qui ne puisse deuenir acceptable par quelque condition et accident1 tant l'humaine posture est vaine4 ,et y fus port1 certes plus prepar lors1 et plus rebours1 que ie ne suis present1 apres l'auoir essay4 ,et tout licencieux qu'on me tient1 i'ay en verit plus seuerement obseru les loix de mariage1 que ie n'auois ny promis ny esper4 ,il n'est plus temps de regimber quand on s'est laiss entrauer4 ,il faut prudemment mesnager sa libert3 mais depuis qu'on s'est submis l'obligation1 il s'y faut tenir soubs les loix du debuoir commun1 aumoins s'en efforcer4 ,ceux qui entreprennent ce march pour s'y porter auec hayne et mespris1 font iniustement et incommodment4 ,et cette belle regle que ie voy passer de main en main entre elles1 comme vn sainct oracle1 ,sers ton mary comme ton maistre1 ,et t'en garde comme d'vn traistre3 qui est dire3 ,porte toy enuers luy1 d'vne reuerence contrainte1 ennemye1 et deffiante 7cry de guerre et de deffi7 est pareillement iniurieuse et difficile4 ,ie suis trop mol pour desseins si espineux4 ,a dire vray1 ie ne suis pas arriu cette perfection d'habilet et galantise d'esprit1 que de confondre la raison auec l'iniustice1 et mettre en risee tout ordre et regle qui n'accorde mon appetit4 ,pour hayr la superstition1 ie ne me iette pas incontinent l'irreligion4 ,si on ne fait tousiours son debuoir1 au moins le faut il tousiours aymer et recognoistre3 c'est trahison1 se marier sans s'espouser4 ,passons outre4 ,nostre pote represente vn mariage plein d'accord et de bonne conuenance1 auquel pourtant il n'y a pas beaucoup de loyaut4 ,a il voulu dire1 qu'il ne soit pas impossible de se rendre aux efforts de l'amour1 et ce neantmoins reseruer quelque deuoir enuers le mariage3 et qu'on le peut blesser1 sans le rompre tout faict8 ,tel valet ferre la mule au maistre qu'il ne hayt pas pourtant4 ,la beaut1 l'oportunit1 la destinee 7car la destinee y met aussi la main7 ,fatum est in partibus illis ,quas sinus abscondit3 nam si tibi sidera cessent1 ,nil faciet longi mensura incognita nerui1 l'ont attache vn estranger3 non pas si entiere peut estre1 qu'il ne luy puisse rester quelque liaison par o elle tient encore son mary4 ,ce sont deux desseins1 qui ont des routes distinguees1 et non confondues4 ,vne femme se peut rendre tel personnage1 que nullement elle ne voudroit auoir espous3 ie ne dy pas pour les conditions de la fortune1 mais pour celles mesmes de la personne4 ,peu de gens ont espous des amies qui ne s'en soient repentis4 ,et iusques en l'autre monde1 quel mauuais mesnage fait ,iupiter avec sa femme1 qu'il auoit premierement pratiquee et iouy par amourettes8 ,c'est ce qu'on dit1 chier dans le panier1 pour apres le mettre sur sa teste4 ,i'ay veu de mon temps en quelque bon lieu1 guerir honteusement et deshonnestement1 l'amour1 par le mariage3 les considerations sont trop autres4 ,nous aymons1 sans nous empescher deux choses diuerses1 et qui se contrarient4 ,isocrates disoit1 que la ville d',athenes plaisoit la mode que font les dames qu'on sert par amour1 chacun aymoit s'y venir promener1 et y passer son temps3 nul ne l'aymoit pour l'espouser3 c'est dire1 pour s'y habituer et domicilier4 ,i'ay auec despit1 veu des maris hayr leurs femmes1 de ce seulement1 qu'ils leur font tort4 ,aumoins ne les faut il pas moins aymer1 de nostre faute3 par repentance et compassion aumoins1 elles nous en deuroient estre plus cheres4 ,ce sont fins differentes1 et pourtant compatibles1 dit-il1 en quelque faon4 ,le mariage a pour sa part1 l'vtilit1 la iustice1 l'honneur1 et la constance3 vn plaisir plat1 mais plus vniuersel4 ,l'amour se fonde au seul plaisir3 et l'a de vray plus chatouilleux1 plus vif1 et plus aigu3 vn plaisir attiz par la difficult3 il y faut de la piqueure et de la cuison4 ,ce n'est plus amour1 s'il est sans fleches et sans feu4 ,la liberalit des dames est trop profuse au mariage1 et esmousse la poincte de l'affection et du desir4 ,pour fur cet inconuenient1 voyez la peine qu'y prennent en leurs loix ,lycurgus et ,platon4 ,les femmes n'ont pas tort du tout1 quand elles refusent les regles de vie1 qui sont introduites au monde3 d'autant que ce sont les hommes qui les ont faictes sans elles4 ,il y a naturellement de la brigue et riotte entre elles et nous4 ,le plus estroit consentement que nous ayons auec elles1 encores est-il tumultuaire et tempestueux4 ,a l'aduis de nostre autheur1 nous les traictons inconsiderment en cecy4 ,apres que nous auons cogneu1 qu'elles sont sans comparaison plus capables et ardentes aux effects de l'amour que nous1 et que ce prestre ancien l'a ainsi tesmoign1 qui auoit est tantost homme1 tantost femme3 ,venus huic erat vtraque nota4 ,et en outre1 que nous auons appris de leur propre bouche1 la preuue qu'en firent autrefois1 en diuers siecles1 vn ,empereur et vne ,emperiere de ,rome1 maistres ouuriers et fameux en cette besongne3 luy despucela bien en vne nuict dix vierges ,sarmates ses captiues3 mais elle fournit reelement en vne nuict1 vingt et cinq entreprinses1 changeant de compagnie selon son besoing et son goust1 ,adhuc ardens rigid tentigine vulu3 ,et lassata viris1 nondum satiata recessit4 ,et que sur le different aduenu ,cateloigne1 entre vne femme1 se plaignant des efforts trop assiduelz de son mary 7non tant mon aduis qu'elle en fust incommodee1 car ie ne crois les miracles qu'en foy1 comme pour retrancher soubs ce pretexte1 et brider en ce mesme1 qui est l'action fondamentale du mariage1 l'authorit des maris enuers leurs femmes3 et pour montrer que leurs hergnes1 et leur malignit passent outre la couche nuptiale1 et foulent aux pieds graces et douceurs mesmes de ,venus7 laquelle plainte1 le mary respondoit1 homme vrayement brutal et desnatur1 qu'aux iours mesme de ieusne il ne s'en sauroit passer moins de dix3 interuint ce notable arrest de la ,royne d',aragon3 par lequel1 apres meure deliberation de conseil1 cette bonne ,royne1 pour donner regle et exemple tout temps1 de la moderation et modestie requise en vn iuste mariage3 ordonna pour bornes legitimes et necessaires1 le nombre de six par iour3 relaschant et quitant beaucoup du besoing et desir de son sexe1 pour establir1 disoit-elle1 vne forme aysee1 et par consequent permanante et immuable4 ,en quoy s'escrient les docteurs1 quel doit estre l'appetit et la concupiscence feminine1 puisque leur raison1 leur reformation1 et leur vertu1 se taille ce prix8 considerans le diuers iugement de nos appetits4 ,car ,solon patron de l'eschole legiste ne taxe qu' trois fois par mois1 pour ne faillir point1 cette hantise coniugale4 ,apres avoir creu1 dis-ie1 et presch cela1 nous sommes allez1 leur donner la continence peculierement en partage3 et sur peines dernieres et extremes4 ,il n'est passion plus pressante1 que cette cy1 laquelle nous voulons qu'elles resistent seules3 non simplement1 comme vn vice de sa mesure3 mais comme l'abomination et execration plus qu' l'irreligion et au parricide3 et nous nous y rendons ce pendant sans coulpe et reproche4 ,ceux mesme d'entre nous1 qui ont essay d'en venir bout1 ont assez auou quelle difficult1 ou plustost impossibilit il y auoit1 vsant de remedes materiels1 mater1 affoiblir et refroidir le corps4 ,nous au contraire1 les voulons saines1 vigoreuses1 en bon point1 bien nourries1 et chastes ensemble3 c'est dire1 et chaudes et froides4 ,car le mariage1 que nous disons auoir charge de les empescher de bruler1 leur aporte peu de refraichissement selon nos murs4 ,si elles en prennent vn1 qui la vigueur de l'aage boult encores1 il fera gloire de l'espandre ailleurs4 ,sit tandem pudor1 aut eamus in ius1 ,multis mentula millibus redempta1 ,non est hc tua1 ,basse1 vendidisti4 ,le philosophe ,polemon fut iustement appell en iustice par sa femme1 de ce qu'il alloit semant en vn champ sterile le fruict deu au champ genital4 ,si c'est de ces autres cassez1 les voyla en plein mariage1 de pire condition que vierges et vefues4 ,nous les tenons pour bien fournies1 par ce qu'elles ont vn homme aupres4 ,comme les ,romains tindrent pour viollee ,clodia ,lta1 vestale1 que ,caligula auoit approche1 encore qu'il fust auer1 qu'il ne l'auoit qu'approche4 ,mais au rebours2 on recharge par l1 leur necessit3 d'autant que l'attouchement et la compagnie de quelque masle que ce soit1 esueille leur chaleur1 qui demeureroit plus quiete en la solitude4 ,et cette fin1 comme il est vray-semblable1 de rendre par cette circonstance et consideration1 leur chastet plus meritoire4 ,boleslaus et ,kinge sa femme1 ,roys de ,poulongne1 la vourent d'vn commun accord1 couchez ensemble1 le iour mesme de leurs nopces3 et la maintindrent la barbe des commoditez maritales4 ,nous les dressons ds l'enfance1 aux entremises de l'amour3 leur grace1 leur attiffeure1 leur science1 leur parole1 toute leur instruction1 ne regarde qu' ce but4 ,leurs gouuernantes ne leur impriment autre chose que le visage de l'amour1 ne fust qu'en le leur representant continuellement pour les en desgouster4 ,ma fille1 c'est tout ce que i'ay d'enfans1 est en l'aage auquel les loix excusent les plus eschauffees de se marier4 ,elle est d'vne complexion tardiue1 mince et molle1 et a est par sa mere esleuee de mesme1 d'vne forme retiree et particuliere3 si qu'elle ne commence encore qu' se desniaiser de la naifuet de l'enfance4 ,elle lisoit vn liure ,franois deuant moy3 le mot de1 fouteau1 s'y rencontra1 nom d'vn arbre cogneu3 la femme qu'ell' a pour sa conduitte1 l'arresta tout court1 vn peu rudement1 et la fit passer par dessus ce mauuais pas4 ,ie la laissay faire1 pour ne troubler leurs regles3 car ie ne m'empesche aucunement de ce gouuernement4 ,la police feminine a vn train mysterieux1 il faut le leur quitter4 ,mais si ie ne me trompe1 le commerce de vingt laquays1 n'eust seu imprimer en sa fantasie1 de six moys1 l'intelligence et vsage1 et toutes les consequences du son de ces syllabes scelerees1 comme fit cette bonne vieille1 par sa reprimende et son interdiction4 ,motus doceri gaudet ,ionicos ,matura virgo1 et frangitur artubus1 ,iam nunc1 et incestos amores ,de tenero meditatur vngui1 ,qu'elles se dispensent vn peu de la ceremonie1 qu'elles entrent en libert de discours1 nous ne sommes qu'enfans au prix d'elles1 en cette science4 ,oyez leur representer nos poursuittes et nos entretiens3 elles vous font bien cognoistre que nous ne leur apportons rien1 qu'elles n'ayent seu et diger sans nous4 ,seroit-ce ce que dit ,platon1 qu'elles ayent est garons desbauchez autresfois8 ,mon oreille se rencontra vn iour en lieu1 o elle pouuoit desrober aucun des discours faicts entre elles sans soupon3 que ne puis-ie le dire8 ,nostre dame1 7fis-ie71 allons cette heure estudier des frases d',amadis1 et des registres de ,boccace et de l',aretin1 pour faire les habiles3 nous employons vrayement bien notre temps3 il n'est ny parole1 ny exemple1 ny dmarche qu'elles ne sachent mieux que nos liures4 ,c'est vne discipline qui naist dans leurs veines1 ,et mentem ,venus ipsa dedit1 que ces bons maistres d'escole1 nature1 ieunesse1 et sant1 leur soufflent continuellement dans l'ame4 ,elles n'ont que faire de l'apprendre1 elles l'engendrent4 ,nec tantum niueo gauisa est ulla columbo ,compar1 vel si quid dicitur improbius1 ,oscula mordenti semper decerpere rostro1 ,quantum prcipu multiuola est mulier4 ,qui n'eust tenu vn peu en bride cette naturelle violence de leur desir1 par la crainte et honneur1 dequoy on les a pourueus1 nous estions diffamez4 ,tout le mouuement du monde se resoult et rend cet accouplage3 c'est vne matiere infuse par tout3 c'est vn centre o toutes choses regardent4 ,on void encore des ordonnances de la vieille et sage ,rome1 faictes pour le seruice de l'amour3 et les preceptes de ,socrates1 instruire les courtisanes4 ,necnon libelli ,stoici inter sericos ,iacere puluillos amant4 ,zenon parmy les loix1 regloit aussi les escarquillemens1 et les secousses du depucelage4 ,de quel sens estoit le liure du philosophe ,strato1 de la conionction charnelle8 ,et dequoy traittoit ,theophraste1 en ceux qu'il intitula1 l'vn l',amoureux1 l'autre de l',amour8 ,dequoy ,aristippus au sien1 des anciennes delices8 ,que veulent pretendre les descriptions si estendues et viues en ,platon1 des amours de son temps8 ,et le liure de l',amoureux1 de ,demetrius ,phalereus3 et ,clinias1 ou l',amoureux forc de ,heraclides ,ponticus8 ,et d',antisthenes1 celuy de faire les enfants1 ou des nopces3 et l'autre1 du maistre ou de l',amant8 ,et d',aristo1 celuy1 des exercices amoureux8 de ,cleanthes1 vn de l',amour1 l'autre de l'art d'aymer8 ,les dialogues amoureux de ,spherus8 ,et la fable de ,iupiter et ,iuno de ,chrysippus1 eshontee au del de toute souffrance8 ,et ses cinquante epistres si lasciues8 ,ie veux laisser part les escrits des philosophes1 qui ont suiuy la secte d',epicurus protectrice de la volupt4 ,cinquante deitez estoient au temps pass asseruies cet office4 ,et s'est trouu nation1 o pour endormir la concupiscence de ceux qui venoient la deuotion1 on tenoit aux temples des garses iouyr et estoit acte de ceremonie de s'en seruir auant venir l'office3 ,nimirum propter continentiam incontinentia necessaria est1 incendium ignibus extinguitur4 ,en la plus part du monde1 cette partie de nostre corps estoit deifiee4 ,en mesme prouince1 les vns se l'escorchoient pour en offrir et consacrer vn lopin3 les autres offroient et consacroient leur semence4 ,en vne autre1 les ieunes hommes se le peroient publiquement1 et ouuroient en diuers lieux entre chair et cuir1 et trauersoient par ces ouuertures1 des brochettes1 les plus longues et grosses qu'ils pouuoient souffrir3 et de ces brochettes faisoient apres du feu1 pour offrande leurs ,dieux3 estimez peu vigoureux et peu chastes1 s'ils venoient s'estonner par la force de cette cruelle douleur4 ,ailleurs1 le plus sacr magistrat1 estoit reuer et recogneu par ces parties l4 ,et en plusieurs ceremonies l'effigie en estoit portee en pompe1 l'honneur de diuerses diuinitez4 ,les dames gyptiennes en la feste des ,bacchanales1 en portoient au col vn de bois1 exquisement form1 grand et pesant1 chacune selon sa force3 outre ce que la statue de leur ,dieu1 en representoit1 qui surpassoit en mesure le reste du corps4 ,les femmes maries icy pres1 en forgent de leur couurechef vne figure sur leur front1 pour se glorifier de la iouyssance qu'elles en ont3 et venant estre vefues1 le couchent en arriere1 et enseuelissent soubs leur coiffure4 ,les plus sages matrones ,rome1 estoient honnorees d'offrir des fleurs et des couronnes au ,dieu ,priapus4 ,et sur ses parties moins honnestes1 faisoit-on soir les vierges1 au temps de leurs nopces4 ,encore ne say-ie si i'ay veu en mes iours quelque air de pareille deuotion4 ,que vouloit dire cette ridicule piece de la chaussure de nos peres1 qui se voit encore en nos ,suysses8 ,a quoy faire1 la montre que nous faisons cette heure de nos pieces en forme1 soubs nos grecgues3 et souuent1 qui pis est1 outre leur grandeur naturelle1 par faucet et imposture8 ,il me prend enuie de croire1 que cette sorte de vestement fut inuentee aux meilleurs et plus conscientieux siecles1 pour ne piper le monde3 pour que chacun rendist en publiq compte de son faict4 ,les nations plus simples1 l'ont encore aucunement rapportant au vray4 ,lors on instruisoit la science de l'ouurier1 comme il se faict1 de la mesure du bras ou du pied4 ,ce bon homme qui en ma ieunesse1 chastra tant de belles et antiques statues en sa grande ville1 pour ne corrompre la veu1 suyuant l'aduis de cet autre antien bon homme1 ,flagitij principium est nudare inter ciues corpora3 se deuoit aduiser1 comme aux mysteres de la bonne ,deesse1 toute apparence masculine en estoit forclose1 que ce n'estoit rien auancer1 s'il ne faisoit encore chastrer1 et cheuaux1 et asnes1 et nature en fin4 ,omne adeo genus in terris1 hominmque1 ferarmque1 ,et genus quoreum1 pecudes pictque volucres1 ,in furias ignmque ruunt4 ,les ,dieux1 dit ,platon1 nous ont fourni d'vn membre inobedient et tyrannique3 qui1 comme vn animal furieux1 entreprend par la violence de son appetit1 sousmettre tout soy4 ,de mesmes aux femmes le leur1 comme vn animal glouton et auide1 auquel si on refuse aliments en sa saison1 il forcene impatient de delay2 et soufflant sa rage en leurs corps1 empesche les conduits1 arreste la respiration1 causant mille sortes de maux3 iusques ce qu'ayant hum le fruit de la soif commune1 il en ayt largement arrous et ensemenc le fond de leur matrice4 ,or se deuoit aduiser aussi mon legislateur1 qu' l'auanture est-ce vn plus chaste et fructueux vsage1 de leur faire de bonne heure cognoistre le vif1 que de le leur laisser deuiner1 selon la libert1 et chaleur de leur fantasie4 ,au lieu des parties vrayes1 elles en substituent par desir et par esperance1 d'autres extrauagantes au triple4 ,et tel de ma cognoissance s'est perdu1 pour auoir faict la descouuerte des siennes1 en lieu o il n'estoit encore au propre de les mettre en possession de leur plus serieux vsage4 ,quel dommage ne font ces enormes pourtraicts1 que les enfants vont semant aux passages et escalliers des maisons ,royalles8 ,de l leur vient vn cruel mespris de nostre portee naturelle4 ,que sait-on1 si ,platon ordonnant apres d'autres republiques bien instituees que les hommes1 femmes1 vieux1 ieunes1 se presentent nuds la veu les vns des autres1 en ses gymnastiques1 n'a pas regard cela8 ,les ,indiennes qui voyent les hommes crud1 ont aumoins refroidy le sens de la veu4 ,et quoy que dient les femmes de ce grand royaume du ,pegu1 qui au dessous de la ceinture1 n'ont se couurir qu'vn drap fendu par le deuant3 et si estroit1 que quelque cerimonieuse decence qu'elles y cerchent1 chasque pas on les void toutes2 que c'est vne inuention trouuee aux fins d'attirer les hommes elles1 et les retirer des masles1 quoy cette nation est du tout abandonnee3 il se pourroit dire1 qu'elles y perdent plus qu'elles n'auancent3 et qu'vne faim entiere1 est plus aspre1 que celle qu'on a rassasiee1 au moins par les yeux4 ,aussi disoit ,liuia1 qu' vne femme de bien1 vn homme nud1 n'est non plus qu'vne image4 ,les ,lacedemoniennes1 plus vierges femmes1 que ne sont noz filles1 voyoyent tous les iours les ieunes hommes de leur ville1 despouillez en leurs exercices3 peu exactes elles mesmes couurir leurs cuisses en marchant3 s'estimants1 comme dit ,platon1 assez couuertes de leur vertu sans vertugade4 ,mais ceux l1 desquels parle ,sainct ,augustin1 ont donn vn merueilleux effort de tentation la nudit1 qui ont mis en doubte1 si les femmes au iugement vniuersel1 resusciteront en leur sexe1 et non plustost au nostre1 pour ne nous tenter encore en ce sainct estat4 ,on les leurre en somme1 et acharne1 par tous moyens4 ,nous eschauffons et incitons leur imagination sans cesse1 et puis nous crions au ventre4 ,confessons le vray1 il n'en est guere d'entre nous1 qui ne craigne plus la honte1 qui luy vient des vices de sa femme1 que des siens3 qui ne se soigne plus 7esmerueillable charit7 de la conscience de sa bonne espouse1 que de la sienne propre3 qui n'aymast mieux estre voleur et sacrilege1 et que sa femme fust meurtriere et heretique1 que si elle n'estoit plus chaste que son mary4 ,inique estimation de vices4 ,nous et elles sommes capables de mille corruptions plus dommageables et desnaturees1 que n'est la lasciuet4 ,mais nous faisons et poisons les vices1 non selon nature1 mais selon nostre interest4 ,par o ils prennent tant de formes inegales4 ,l'aspret de noz decrets1 rend l'application des femmes ce vice1 plus aspre et plus vicieuse1 que ne porte sa condition3 et l'engage des suittes pires que n'est leur cause4 ,elles offriront volontiers d'aller au palais querir du gain1 et la guerre de la reputation1 plustost que d'auoir au milieu de l'oisiuet1 et des delices1 faire vne si difficile garde4 ,voyent-elles pas1 qu'il n'est ny marchant ny procureur1 ny soldat1 qui ne quitte sa besongne pour courre cette autre3 et le crocheteur1 et le sauetier1 tout harassez et hallebrenez qu'ils sont de trauail et de faim8 ,num tu1 qu tenuit diues ,achmenes1 ,aut pinguis ,phrygi ,mygdonias opes1 ,permutare velis crine ,licymni1 ,plenas aut ,arabum domos1 ,dum fragrantia detorquet ad oscula ,ceruicem1 aut facili suitia negat1 ,qu poscente magis gaudeat eripi1 ,interdum rapere occupet8 ,ie ne say si les exploicts de ,csar et d',alexandre surpassent en rudesse la resolution d'vne belle ieune femme1 nourrie nostre faon1 la lumiere et commerce du monde1 battue de tant d'exemples contraires1 se maintenant entiere1 au milieu de mille continuelles et fortes poursuittes4 ,il n'y a point de faire1 plus espineux1 qu'est ce non faire1 ny plus actif4 ,ie trouue plus ays1 de porter vne cuirasse toute sa vie1 qu'vn pucelage4 ,et est le vu de la virginit1 le plus noble de tous les vux1 comme estant le plus aspre4 ,diaboli virtus in lumbis est3 dict ,sainct ,ierosme4 ,certes le plus ardu et le plus vigoureux des humains deuoirs1 nous l'auons resign aux dames1 et leur en quittons la gloire4 ,cela leur doit seruir d'vn singulier esguillon s'y opiniastrer4 ,c'est vne belle matiere nous brauer1 et fouler aux pieds1 cette vaine preeminence de valeur et de vertu1 que nous pretendons sur elles4 ,elles trouueront1 si elles s'en prennent garde1 qu'elles en seront non seulement tres-estimees1 mais aussi plus aymees4 ,vn galant homme n'abandonne point sa poursuitte1 pour estre refus1 pourueu que ce soit vn refus de chastet1 non de choix4 ,nous auons beau iurer et menasser1 et nous plaindre3 nous mentons1 nous les en aymons mieux4 ,il n'est point de pareil leurre1 que la sagesse1 non rude1 et renfrongnee4 ,c'est stupidit et laschet1 de s'opiniastrer contre la hayne et le mespris4 ,mais contre vne resolution vertueuse et constante1 meslee d'vne volont recognoissante1 c'est l'exercice d'vne ame noble et genereuse4 ,elles peuuent recognoistre nos seruices1 iusques certaine mesure1 et nous faire sentir honnestement qu'elles ne nous desdaignent pas4 ,car cette loy qui leur commande de nous abominer1 par ce que nous les adorons1 et nous hayr de ce que nous les aymons3 elle est certes cruelle1 ne fust que de sa difficult4 ,pourquoy n'orront elles noz offres et noz demandes1 autant qu'elles se contiennent sous le deuoir de la modestie8 ,que va lon deuinant1 qu'elles sonnent au dedans1 quelque sens plus libre8 ,vne ,royne de nostre temps1 disoit ingenieusement1 que de refuser ces abbors1 c'est tesmoignage de foiblesse1 et accusation de sa propre facilit3 et qu'vne dame non tentee1 ne se pouuoit venter de sa chastet4 ,les limites de l'honneur ne sont pas retranchez du tout si court3 il a dequoy se relascher1 il peut se dispenser aucunement sans se forfaire4 ,au bout de sa frontiere1 il y a quelque estendue1 libre1 indifferente1 et neutre4 ,qui l'a peu chasser et acculer force1 iusques dans son coin et son fort3 c'est vn mal habile homme s'il n'est satisfaict de sa fortune4 ,le prix de la victoire se considere par la difficult4 ,voulez vous sauoir quelle impression a faict en son cur1 vostre seruitude et vostre merite8 mesurez-le ses murs4 ,telle peut donner plus1 qui ne donne pas tant4 ,l'obligation du bien-faict1 se rapporte entierement la volont de celuy qui donne3 les autres circonstances qui tombent au bien faire1 sont muettes1 mortes et casueles4 ,ce peu luy couste plus donner1 qu' sa compaigne son tout4 ,si en quelque chose la raret sert d'estimation1 ce doit estre en cecy4 ,ne regardez pas combien peu c'est1 mais combien peu l'ont4 ,la valeur de la monnoye se change selon le coin et1 la merque du lieu4 ,quoy que le despit et l'indiscretion d'aucuns leur puisse faire dire1 sur l'excez de leur mescontentement3 tousiours la vertu et la verit regaigne son auantage4 ,i'en ay veu1 desquelles la reputation a est long temps interessee par iniure1 s'estre remises en l'approbation vniuerselle des hommes1 par leur seule constance1 sans soing et sans artifice3 chacun se repent et se desment1 de ce qu'il en a creu4 ,de filles vn peu suspectes1 elles tiennent le premier rang entre les dames d'honneur4 ,quelqu'vn disoit ,platon3 ,tout le monde mesdit de vous4 ,laissez les dire1 fit-il3 ie viuray de faon1 que ie leur feray changer de langage4 ,outre la crainte de ,dieu1 et le prix d'vne gloire si rare1 qui les doibt inciter se conseruer1 la corruption de ce siecle les y force4 ,et si i'estois en leur place1 il n'est rien que ie ne fisse plustost que de commettre ma reputation en mains si dangereuses4 ,de mon temps1 le plaisir d'en comter 7plaisir qui ne doit guere en douceur celuy mesme de l'effect7 n'estoit permis qu' ceux qui auoient quelque amy fidelle et vnique3 present les entretiens ordinaires des assemblees et des tables1 ce sont les vanteries des faueurs receus1 et liberalit secrette des dames4 ,vrayement c'est trop d'abiection1 et de bassesse de cur1 de laisser ainsi fierement persecuter1 paistrir1 et fourrager ces tendres et mignardes douceurs1 des personnes ingrates1 indiscretes1 et si volages4 ,cette nostre exasperation immoderee1 et illegitime1 contre ce vice1 naist de la plus vaine et tempesteuse maladie qui afflige les ames humaines1 qui est la ialousie4 ,quis vetat apposito lumen de lumine sumi8 ,dent licet assidu1 nil tamen inde perit4 ,celle-l1 et l'enuie sa sur1 me semblent des plus ineptes de la trouppe4 ,de cette-cy1 ie n'en puis gueres parler3 cette passion qu'on peint si forte et si puissante1 n'a de sa grace aucune addresse en moy4 ,quant l'autre1 ie la cognois1 au moins de veu4 ,les bestes en ont ressentiment4 ,le pasteur ,cratis estant tomb en l'amour d'vne cheure1 son bouc1 ainsi qu'il dormoit1 luy vint par ialousie choquer la teste1 de la sienne1 et la luy escraza4 ,nous auons mont l'excez de cette fieure1 l'exemple d'aucunes nations barbares4 ,les mieux disciplinees en ont est touchees3 c'est raison3 mais non pas transportees3 ,ense maritali nemo confossus adulter1 ,purpureo ,stygias sanguine tinxit aquas4 ,lucullus1 ,csar1 ,pompeius1 ,antonius1 ,caton1 et d'autres braues hommes1 furent cocus1 et le seurent1 sans en exciter tumulte4 ,il n'y eut en ce temps l1 qu'vn sot de ,lepidus1 qui en mourut d'angoisse4 ,ah6 tum te miserum malique fati1 ,quem attractis pedibus1 patente porta1 ,percurrent mugilsque raphanique4 ,et le ,dieu de nostre pote1 quand il surprint auec sa femme l'vn de ses compagnons1 se contenta de leur en faire honte3 ,atque aliquis de ,diis non tristibus optat1 ,sic fieri turpis4 ,et ne laisse pourtant de s'eschauffer des molles caresses1 qu'elle luy offre3 se plaignant qu'elle soit pour cela entree en deffiance de son affection3 ,quid causas petis ex alto8 fiducia cessit ,quo tibi1 ,diua1 mei8 ,voyre elle luy fait requeste pour vn sien bastard1 ,arma rogo genitrix nato3 qui luy est liberalement accordee4 ,et parle ,vulcan d'neas auec honneur3 ,arma acri facienda viro4 ,d'vne humanit la verit plus qu'humaine4 ,et cet excez de bont1 ie consens qu'on le quitte aux ,dieux3 ,nec diuis homines componier quum est4 ,quant la confusion des enfans1 outre ce que les plus graues legislateurs l'ordonnent et l'affectent en leurs republiques1 elle ne touche pas les femmes1 o cette passion est ie ne say comment encore mieux en siege4 ,spe etiam ,iuno1 maxima clicolum1 ,coniugis in culpa flagrauit quotidiana4 ,lors que la ialousie saisit ces pauures ames1 foibles1 et sans resistance1 c'est piti1 comme elle les tirasse et tyrannise cruellement4 ,elle s'y insinue sous tiltre d'amiti3 mais depuis qu'elle les possede1 les mesmes causes qui seruoient de fondement la bien-vueillance1 seruent de fondement de hayne capitale3 c'est des maladies d'esprit celle1 qui plus de choses seruent d'aliment1 et moins de choses de remede4 ,la vertu1 la sant1 le merite1 la reputation du mary1 sont les boutefeux de leur maltalent et de leur rage4 ,null sunt inimiciti1 nisi amoris1 acerb4 ,cette fiure laidit et corrompt tout ce qu'elles ont de bel et de bon d'ailleurs4 ,et d'vne femme ialouse1 quelque chaste qu'elle soit1 et mesnagere1 il n'est action qui ne sente l'aigre et l'importun4 ,c'est vne agitation enragee1 qui les reiette vne extremit du tout contraire sa cause4 ,il fut bon d'vn ,octauius ,rome4 ,ayant couch auec ,pontia ,posthumia1 il augmenta son affection par la iouyssance1 et poursuyuit toute instance de l'espouser3 ne la pouuant persuader1 cet amour extreme le precipita aux effects de la plus cruelle et mortelle inimiti3 il la tua4 ,pareillement les symptomes ordinaires de cette autre maladie amoureuse1 ce sont haines intestines1 monopoles1 coniurations3 ,notumque1 furens quid fmina possit3 et vne rage1 qui se ronge d'autant plus1 qu'elle est contraincte de s'excuser du pretexte de bien-vueillance4 ,or le deuoir de chastet1 a vne grande estendue4 ,est-ce la volont que nous voulons qu'elles brident8 ,c'est vne piece bien soupple et actiue4 ,elle a beaucoup de promptitude pour la pouuoir arrester4 ,comment8 si les songes les engagent par fois si auant1 qu'elles ne s'en puissent desdire4 ,il n'est pas en elles1 ny l'aduanture en la chastet mesme1 puis qu'elle est femelle1 de se deffendre des concupiscences et du desirer4 ,si leur volont seule nous interesse o en sommes nous8 ,imaginez la grand' presse1 qui auroit ce priuilege1 d'estre port tout empenn1 sans yeux1 et sans langue1 sur le poinct de chacune qui l'accepteroit4 ,les femmes ,scythes creuoyent les yeux touts leurs esclaues et prisonniers de guerre1 pour s'en seruir plus librement et couuertement4 ,o le furieux aduantage que l'opportunit6 ,qui me demanderoit la premiere partie en l'amour1 ie respondrois1 que c'est sauoir prendre le temps3 la seconde de mesme3 et encore la tierce4 ,c'est vn poinct qui peut tout4 ,i'ay eu faute de fortune souuent1 mais par fois aussi d'entreprise4 ,dieu gard' de mal qui peut encores s'en moquer4 ,il y faut en ce siecle plus de temerit3 laquelle nos ieunes gens excusent sous pretexte de chaleur4 ,mais si elles y regardoyent de pres1 elles trouueroyent qu'elle vient plustost de mespris4 ,ie craignois superstitieusement d'offenser3 et respecte volontiers1 ce que i'ayme4 ,outre ce qu'en cette marchandise1 qui en oste la reuerence1 en efface le lustre4 ,i'ayme qu'on y face vn peu l'enfant1 le craintif et le seruiteur4 ,si ce n'est du tout en cecy1 i'ay d'ailleurs quelques airs de la sotte honte dequoy parle ,plutarque3 et en a est le cours de ma vie bless et tach diuersement4 ,qualit bien mal auenante ma forme vniuerselle4 ,qu'est-il de nous aussi1 que sedition et discrepance8 ,i'ay les yeux tendres soustenir vn refus1 comme refuser4 ,et me poise tant de poiser autruy1 qu's occasions o le deuoir me force d'essayer la volont de quelqu'vn1 en chose doubteuse et qui lui couste1 ie le fais maigrement et enuis4 ,mais si c'est pour mon particulier1 7quoy que die veritablement ,homere1 qu' vn indigent c'est vne sotte vertu que la honte7 i'y commets ordinairement vn tiers1 qui rougisse en ma place3 et esconduis ceux qui m'emploient1 de pareille difficult3 si qu'il m'est aduenu par fois1 d'auoir la volont de nier1 que ie n'en auois pas la force4 ,c'est donc folie1 d'essayer brider aux femmes vn desir qui leur est si cuysant et si naturel4 ,et quand ie les oye se vanter d'auoir leur volont si vierge et si froide1 ie me moque d'elles4 ,elles se reculent trop arriere4 ,si c'est vne vieille esdentee decrepite1 ou vne ieune seche et pulmonique3 s'il n'est du tout croyable1 aumoins elles ont apparence de le dire4 ,mais celles qui se meuuent et qui respirent encores1 elles en empirent leur march4 ,d'autant que les excuses inconsiderees seruent d'accusation4 ,comme vn ,gentilhomme de mes voysins1 qu'on souponnoit d'impuissance3 ,languidior tenera cui pendens sicula beta1 ,numquam se mediam sustulit ad tunicam3 trois ou quatre iours apres ses nopces1 alla iurer tout hardiment1 pour se iustifier1 qu'il auoit faict vingt postes la nuict precedente3 dequoy on s'est seruy depuis le conuaincre de pure ignorance1 et le desmarier4 ,outre1 que ce n'est rien dire qui vaille4 ,car il n'y a ny continence ny vertu1 s'il n'y a de l'effort au contraire4 ,il est vray1 faut-il dire1 mais ie ne suis pas preste me rendre4 ,les saincts mesmes parlent ainsi4 ,s'entend1 de celles qui se vantent en bon escient1 de leur froideur et insensibilit1 et qui veulent en estre creus d'vn visage serieux3 car quand c'est d'vn visage affet1 o les yeux dementent leurs parolles1 et du iargon de leur profession1 qui porte coup contrepoil1 ie le trouue bon4 ,ie suis fort seruiteur de la nayfuet et de la libert3 mais il n'y a remede1 si elle n'est du tout niaise ou enfantine1 elle est inepte1 et messeante aux dames en ce commerce3 elle gauchit incontinent sur l'impudence4 ,leurs desguisements et leurs figures ne trompent que les sots3 le mentir y est en siege d'honneur3 c'est vn destour qui nous conduit la verit1 par vne fauce porte4 ,si nous ne pouuons contenir leur imagination1 que voulons nous d'elles8 les effects8 ,il en est assez qui eschappent toute communication estrangere1 par lesquels la chastet peult estre corrompue4 ,illud spe facit1 quod sine teste facit4 ,et ceux que nous craignons le moins1 sont l'auanture les plus craindre4 ,leurs pechez muets sont les pires4 ,offendor mcha simpliciore minus4 ,il est des effects1 qui peuuent perdre sans impudicit leur pudicit3 et qui plus est1 sans leur seu4 ,obstetrix1 virginis cuiusdam integritatem manu velut explorans1 siue maleuolentia1 siue inscitia1 siue casu1 dum inspicit1 perdidit4 ,telle a adir sa virginit1 pour l'auoir cerchee3 telle s'en esbattant l'a tuee4 ,nous ne saurions leur circonscrire precisement les actions que nous leur deffendons4 ,il faut conceuoir nostre loy1 soubs parolles generalles et incertaines4 ,l'idee mesme que nous forgeons leur chastet est ridicule4 ,car entre les extremes patrons que i'en aye1 c'est ,fatua femme de ,faunus1 qui ne se laissa voir oncques puis ses nopces masle quelconque4 ,et la femme de ,hieron1 qui ne sentoit pas son mary punais1 estimant que ce fust vne qualit commune tous hommes4 ,il faut qu'elles deuiennent insensibles et inuisibles1 pour nous satisfaire4 ,or confessons que le neud du iugement de ce deuoir1 gist principallement en la volont4 ,il y a eu des maris qui ont souffert cet accident1 non seulement sans reproche et offence enuers leurs femmes1 mais auec singuliere obligation et recommandation de leur vertu4 ,telle1 qui aymoit mieux son honneur que sa vie1 l'a prostitu l'appetit forcen d'vn mortel ennemy1 pour sauuer la vie son mary3 et a faict pour luy ce qu'elle n'eust aucunement faict pour soy4 ,ce n'est pas icy le lieu d'estendre ces exemples3 ils sont trop hauts et trop riches1 pour estre representez en ce lustre3 gardons-les vn plus noble siege4 ,mais pour des exemples de lustre plus vulgaire3 est-il pas tous les iours des femmes entre nous qui pour la seule vtilit de leurs maris se prestent1 et par leur expresse ordonnance et entremise8 ,et anciennement ,phaulius l',argien offrit la sienne au ,roy ,philippus par ambition3 tout ainsi que par ciuilit ce ,galba qui auoit donn souper ,mecenas1 voyant que sa femme et luy commanoient comploter d'uillades et de signes1 se laissa couler sur son coussin1 representant vn homme aggrau de sommeil3 pour faire espaule leurs amours4 ,ce qu'il aduoua d'assez bonne grace3 car sur ce poinct1 vn valet ayant pris la hardiesse de porter la main sur les vases1 qui estoient sur la table3 il luy cria tout franchement3 ,comment coquin8 vois tu pas que ie ne dors que pour ,mecenas8 ,telle a les murs desbordees1 qui a la volont plus reformee que n'a cet' autre1 qui se conduit soubs vne apparence reglee4 ,comme nous en voyons1 qui se plaignent d'auoir est vouees chastet1 auant l'aage de cognoissance3 i'en ay veu aussi1 se plaindre veritablement1 d'auoir est vouees la desbauche1 auant l'aage de cognoissance4 ,le vice des parens en peut estre cause3 ou la force du besoing1 qui est vn rude conseiller4 ,aux ,indes ,orientales1 la chastet y estant en singuliere recommandation1 l'vsage pourtant souffroit1 qu'vne femme mariee se peust abandonner qui luy presentoit vn elephant3 et cela1 auec quelque gloire d'auoir est estimee si haut prix4 ,phedon le philosophe1 homme de maison1 apres la prinse de son pas d',elide1 feit mestier de prostituer1 autant qu'elle dura1 la beaut de sa ieunesse1 qui en voulut1 prix d'argent1 pour en viure4 ,et ,solon fut le premier en la ,grece1 dit-on1 qui par ses loix1 donna libert aux femmes aux despens de leur pudicit de prouuoir au besoing de leur vie3 coustume qu',herodote dit auoir est receu auant luy1 en plusieurs polices4 ,et puis1 quel fruit de cette penible sollicitude8 ,car quelque iustice1 qu'il y ayt en cette passion1 encore faudroit-il voir si elle nous charie vtilement4 ,est-il quelqu'vn1 qui les pense boucler par son industrie8 ,pone seram1 cohibe3 sed quis custodiet ipsos ,custodes8 cauta est1 et ab illis incipit vxor4 ,quelle commodit ne leur est suffisante1 en vn siecle si sauant8 ,la curiosit est vicieuse par tout3 mais elle est pernicieuse icy4 ,c'est folie de vouloir s'esclaircir d'vn mal1 auquel il n'y a point de medecine1 qui ne l'empire et le rengrege3 duquel la honte s'augmente et se publie principalement par la ialousie3 duquel la vengeance blesse plus nos enfans1 qu'elle ne nous guerit4 ,vous assechez et mourez la queste d'vne si obscure verification4 ,combien piteusement y sont arriuez ceux de mon temps1 qui en sont venus bout8 ,si l'aduertisseur n'y presente quand et quand le remede et son secours1 c'est vn aduertissement iniurieux1 et qui merite mieux vn coup de poignard1 que ne faict vn dementir4 ,on ne se moque pas moins de celuy qui est en peine d'y pouruoir1 que de celuy qui l'ignore4 ,le charactere de la cornardise est indelebile3 qui il est vne fois attach1 il l'est tousiours4 ,le chastiement l'exprime plus1 que la faute4 ,il faict beau voir1 arracher de l'ombre et du doubte1 nos malheurs priuez1 pour les trompeter en eschaffaux tragiques3 et malheurs1 qui ne pinsent1 que par le rapport4 ,car bonne femme et bon mariage1 se dit1 non de qui l'est1 mais duquel on se taist4 ,il faut estre ingenieux euiter cette ennuyeuse et inutile cognoissance4 ,et auoyent les ,romains en coustume1 reuenans de voyage1 d'enuoyer au deuant en la maison1 faire sauoir leur arriuee aux femmes1 pour ne les surprendre4 ,et pourtant a introduit certaine nation1 que le prestre ouure le pas l'espousee1 le iour des nopces3 pour oster au mari1 le doubte et la curiosit1 de cercher en ce premier essay1 si elle vient luy vierge1 ou blessee d'vne amour estrangere4 ,mais le monde en parle4 ,ie say cent honnestes hommes coquus1 honnestement et peu indecemment4 ,vn galant homme en est pleint1 non pas desestim4 ,faites que vostre vertu estouffe votre malheur3 que les gens de bien en maudissent l'occasion3 que celuy qui vous offence1 tremble seulement le penser4 ,et puis1 de qui ne parle on en ce sens1 depuis le petit iusques au plus grand8 ,tot qui legionibus imperitauit1 ,et melior qum tu multis fuit1 improbe1 rebus4 ,voys tu qu'on engage en ce reproche tant d'honnestes hommes en ta presence1 pense qu'on ne t'espargne non plus ailleurs4 ,mais iusques aux dames elles s'en moqueront4 ,et dequoy se moquent elles en ce temps plus volontiers1 que d'vn mariage paisible et bien compos8 ,chacun de vous a fait quelqu'vn coqu3 or nature est toute en pareilles1 en compensation et vicissitude4 ,la frequence de cet accident1 en doibt mes-huy auoir moder l'aigreur3 le voyla tantost pass en coustume4 ,miserable passion1 qui a cecy encore1 d'estre incommunicable4 ,fors etiam nostris inuidit questibus aures4 ,car quel amy osez vous fier vos doleances3 qui1 s'il ne s'en rit1 ne s'en serue d'acheminement et d'instruction pour prendre luy-mesme sa part la curee8 ,les aigreurs comme les douceurs du mariage se tiennent secrettes par les sages4 ,et parmy les autres importunes conditions1 qui se trouuent en iceluy1 cette cy vn homme languager1 comme ie suis1 est des principales3 que la coustume rende indecent et nuisible1 qu'on communique personne tout ce qu'on en sait1 et qu'on en sent4 ,de leur donner mesme conseil elles1 pour les desgouter de la ialousie1 ce seroit temps perdu3 leur essence est si confite en soupon1 en vanit et en curiosit1 que de les guarir par voye legitime1 il ne faut pas l'esperer4 ,elles s'amendent souuent de cet inconuenient1 par vne forme de sant1 beaucoup plus craindre que n'est la maladie mesme4 ,car comme il y a des enchantemens1 qui ne sauent pas oster le mal1 qu'en le rechargeant vn autre1 elles reiettent ainsi volontiers cette fieure leurs maris1 quand elles la perdent4 ,toutesfois dire vray1 ie ne say si on peut souffrir d'elles pis que la ialousie4 ,c'est la plus dangereuse de leurs conditions1 comme de leurs membres1 la teste4 ,pittacus disoit1 que chacun auoit son defaut3 que le sien estoit la mauuaise teste de sa femme3 hors cela1 il s'estimeroit de tout point heureux4 ,c'est vn bien poisant inconuenient1 duquel vn personnage si iuste1 si sage1 si vaillant1 sentoit tout l'estat de sa vie alter4 ,que deuons nous faire nous autres hommenets8 ,le ,senat de ,marseille eut raison1 d'interiner sa requeste celuy qui demandoit permission de se tuer1 pour s'exempter de la tempeste de sa femme3 car c'est vn mal1 qui ne s'emporte iamais qu'en emportant la piece3 et qui n'a autre composition qui vaille1 que la fuitte1 ou la souffrance3 quoy que toutes les deux1 tres-difficiles4 ,celuy l s'y entendoit1 ce me semble1 qui dit qu'vn bon mariage se dressoit d'vne femme aueugle1 auec vn mary sourd4 ,regardons aussi que cette grande et violente aspret d'obligation1 que nous leur enioignons1 ne produise deux effects contraires nostre fin3 sauoir1 qu'elle aiguise les poursuyuants1 et face les femmes plus faciles se rendre4 ,car quant au premier point1 montant le prix de la place1 nous montons le prix et le desir de la conqueste4 ,seroit-ce pas ,venus mesme1 qui eust ainsi finement hauss le cheuet sa marchandise1 par le maquerelage des loix3 cognoissant combien c'est vn sot desduit1 qui ne le feroit valoir par fantasie et par chert8 ,en fin c'est toute chair de porc1 que la sauce diuersifie1 comme disoit l'hoste de ,flaminius4 ,cupidon est vn ,dieu felon4 ,il fait son ieu1 luitter la deuotion et la iustice4 ,c'est sa gloire1 que sa puissance chocque tout' autre puissance1 et que toutes autres regles cedent aux siennes4 ,materiam culp prosequitrque su4 ,et quant au second poinct3 serions nous pas moins coqus1 si nous craignions moins de l'estre8 suyuant la complexion des femmes3 car la deffence les incite et conuie4 ,vbi velis nolunt1 vbi nolis volunt vltr3 ,concessa pudet ire via4 ,quelle meilleure interpretation trouuerions nous au faict de ,messalina8 ,elle fit au commencement son mary coqu cachetes1 comme il se faict3 mais conduisant ses parties trop aysment1 par la stupidit qui estoit en luy1 elle desdaigna soudain cet vsage3 la voyla faire l'amour la descouuerte1 aduoer des seruiteurs1 les entretenir et les fauoriser la vee d'vn chacun4 ,elle vouloit qu'il s'en ressentist4 ,cet animal ne se pouuant esueiller pour tout cela1 et luy rendant ses plaisirs mols et fades1 par cette trop lasche facilit1 par laquelle il sembloit qu'il les authorisast et legitimast3 que fit elle8 ,femme d'vn ,empereur sain et viuant1 et ,rome1 au theatre du monde1 en plein midy1 en feste et ceremonie publique1 et auec ,silius1 duquel elle iouyssoit long temps deuant1 elle se marie vn iour que son mary estoit hors de la ville4 ,semble-il pas qu'elle s'acheminast deuenir chaste1 par la nonchallance de son mary8 ,ou qu'elle cherchast vn autre mary1 qui luy aiguisast l'appetit par sa ialousie1 et qui en luy insistant1 l'incitast8 ,mais la premiere difficult qu'elle rencontra1 fut aussi la derniere4 ,cette beste s'esueilla en sursaut4 ,on a souuent pire march de ces sourdaux endormis4 ,i'ay veu par experience1 que cette extreme souffrance1 quand elle vient se desnoer1 produit des vengeances plus aspres4 ,car prenant feu tout coup1 la cholere et la fureur s'emmoncelant en vn1 esclatte tous ses efforts la premiere charge4 ,irarmque omnes effundit habenas4 ,il la fit mourir1 et grand nombre de ceux de son intelligence3 iusques tel qui n'en pouuoit mais1 et qu'elle auoit conui son lict coups d'escourgee4 ,ce que ,virgile dit de ,venus et de ,vulcan1 ,lucrece l'auoit dict plus sortablement1 d'vne iouyssance desrobee1 d'elle et de ,mars4 ,belli fera mnera ,mauors ,armipotens regit1 in gremium qui spe tuum se ,reiicit1 terno deuinctus vulnere amoris ,pascit amore auidos inhians in te1 ,dea1 visus1 ,eque tuo pendet resupini spiritus ore3 ,hunc tu1 ,diua1 tuo recubantem corpore sancto ,circumfusa super1 suaueis ex ore loquelas ,funde4 ,quand ie rumine ce1 reiicit1 pascit1 inhians1 molli1 fouet1 medullas1 labefacta1 pendet1 percurrit1 et cette noble1 circumfusa1 mere du gentil infusus1 i'ay desdain de ces menues pointes et allusions verballes1 qui nasquirent depuis4 ,a ces bonnes gens1 il ne falloit d'aigue et subtile rencontre4 ,leur langage est tout plein1 et gros d'vne vigueur naturelle et constante4 ,ils sont tout epigramme3 non la queu seulement1 mais la teste1 l'estomach1 et les pieds4 ,il n'y a rien d'efforc1 rien de trainant3 tout y marche d'vne pareille teneur4 ,contextus totus virilis est1 non sunt circa flosculos occupati4 ,ce n'est pas vne eloquence molle1 et seulement sans offence3 elle est nerueuse et solide1 qui ne plaist pas tant1 comme elle remplit et rauit3 et rauit le plus1 les plus forts esprits4 ,quand ie voy ces braues formes de s'expliquer1 si vifues1 si profondes1 ie ne dis pas que c'est bien dire1 ie dis que c'est bien penser4 ,c'est la gaillardise de l'imagination1 qui esleue et enfle les parolles4 ,pectus est quod disertum facit4 ,nos gens appellent iugement1 langage1 et beaux mots1 les pleines conceptions4 ,cette peinture est conduitte1 non tant par dexterit de la main1 comme pour auoir l'obiect plus vifuement empreint en l'ame4 ,gallus parle simplement1 par ce qu'il conoit simplement4 ,horace ne se contente point d'vne superficielle expression1 elle le trahiroit3 il voit plus clair et plus outre dans les choses3 son esprit crochette et furette tout le magasin des mots et des figures1 pour se representer3 et les luy faut outre l'ordinaire1 comme sa conception est outre l'ordinaire4 ,plutarque dit1 qu'il veid le langage ,latin par les choses4 ,icy de mesme3 le sens esclaire et produit les parolles3 non plus de vent1 ains de chair et d'os4 ,elles signifient1 plus qu'elles ne disent4 ,les imbecilles sentent encores quelque image de cecy4 ,car en ,italie ie disois ce qu'il me plaisoit en deuis communs3 mais aux propos roides1 ie n'eusse os me fier vn idiome1 que ie ne pouuois plier ny contourner1 outre son alleure commune4 ,i'y veux pouuoir quelque chose du mien4 ,le maniement et employte des beaux esprits1 donne prix la langue3 non pas l'innouant1 tant1 comme la remplissant de plus vigoreux et diuers seruices1 l'estirant et ployant4 ,ils n'y apportent point des mots3 mais ils enrichissent les leurs1 appesantissent et enfoncent leur signification et leur vsage3 luy apprenent des mouuements inaccoustums3 mais prudemment et ingenieusement4 ,et combien peu cela soit donn tous1 il se voit par tant d'escriuains ,franois de ce siecle4 ,ils sont assez hardis et ddaigneux1 pour ne suyure la route commune3 mais faute d'inuention et de discretion les pert4 ,il ne s'y voit qu'vne miserable affectation d'estranget3 des desguisements froids et absurdes1 qui au lieu d'esleuer1 abbattent la matiere4 ,pourueu qu'ils se gorgiasent en la nouuellet1 il ne leur chaut de l'efficace4 ,pour saisir vn nouueau mot1 ils quittent l'ordinaire1 souuent plus fort et plus nerueux4 ,en nostre langage ie trouue assez d'estoffe1 mais vn peu faute de faon4 ,car il n'est rien1 qu'on ne fist du iargon de nos chasses1 et de nostre guerre1 qui est vn genereux terrein emprunter4 ,et les formes de parler1 comme les herbes1 s'amendent et fortifient en les transplantant4 ,ie le trouue suffisamment abondant1 mais non pas maniant et vigoureux suffisamment4 ,il succombe ordinairement vne puissante conception4 ,si vous allez tendu1 vous sentez souuent qu'il languit soubs vous1 et fleschit3 et qu' son deffaut le ,latin se presente au secours1 et le ,grec d'autres4 ,d'aucuns de ces mots que ie viens de trier1 nous en appereuons plus mal-aysement l'energie1 d'autant que l'vsage et la frequence1 nous en ont aucunement auily et rendu vulgaire la grace4 ,comme en nostre commun1 il s'y rencontre des frases excellentes1 et des metaphores1 desquelles la beaut flestrit de vieillesse1 et la couleur s'est ternie par maniement trop ordinaire4 ,mais cela n'oste rien du goust1 ceux qui ont bon nez3 ny ne desroge la gloire de ces anciens autheurs1 qui1 comme il est vraysemblable1 mirent premierement ces mots en ce lustre4 ,les sciences traictent les choses trop finement1 d'vne mode artificielle1 et differente la commune et naturelle4 ,mon page fait l'amour1 et l'entend3 lisez luy ,leon ,hebreu1 et ,ficin3 on parle de luy1 de ses pensees1 et de ses actions1 et si n'y entend rien4 ,ie ne recognois chez ,aristote1 la plus part de mes mouuemens ordinaires4 ,on les a couuers et reuestus d'vne autre robbe1 pour l'vsage de l'eschole4 ,dieu leur doint bien faire3 si i'estois du mestier1 ie naturaliserois l'art1 autant comme ils artialisent la nature4 ,laissons l ,bembo et ,equicola4 ,quand i'escris1 ie me passe bien de la compagnie1 et souuenance des liures3 de peur qu'ils n'interrompent ma forme4 ,aussi qu' la verit1 les bons autheurs m'abbattent par trop1 et rompent le courage4 ,ie fais volontiers le tour de ce peintre1 lequel ayant miserablement represent des coqs1 deffendoit ses garons1 qu'ils ne laissassent venir en sa boutique aucun coq naturel4 ,et auroy plustost besoing1 pour me donner vn peu de lustre1 de l'inuention du musicien ,antinonydes1 qui1 quand il auoit faire la musique1 mettoit ordre que deuant ou apres luy1 son auditoire fust abbreuu de quelques autres mauuais chantres4 ,mais ie me puis plus malaisment deffaire de ,plutarque3 il est si vniuersel et si plain1 qu' toutes occasions1 et quelque suiect extrauagant que vous ayez pris1 il s'ingere vostre besonge1 et vous tend vne main liberale et inespuisable de richesses1 et d'embellissemens4 ,il m'en fait despit1 d'estre si fort expos au pillage de ceux qui le hantent4 ,ie ne le puis si peu racointer1 que ie n'en tire cuisse ou aile4 ,pour ce mien dessein1 il me vient aussi propos1 d'escrire chez moy1 en pays sauuage1 o personne ne m'aide1 ny me releve3 o ie ne hante communment homme1 qui entende le ,latin de son patenostre2 et de ,franois vn peu moins4 ,ie l'eusse faict meilleur ailleurs1 mais l'ouurage eust est moins mien4 ,et sa fin principale et perfection1 c'est d'estre exactement mien4 ,ie corrigerois bien vne erreur accidentale1 dequoy ie suis plein1 ainsi que ie cours inaduertemment3 mais les imperfections qui sont en moy ordinaires et constantes1 ce seroit trahison de les oster4 ,quand on m'a dict ou que moy-mesme me suis dict3 ,tu es trop espais en figures1 voyla vn mot du cru de ,gascongne3 voyla vne phrase dangereuse3 7ie n'en refuis aucune de celles qui s'vsent emmy les rues ,franoises3 ceux qui veulent combatre l'vsage par la grammaire se moquent7 voyl vn discours ignorant3 voyl vn discours paradoxe1 en voyl vn trop fol3 tu te ioues souuent1 on estimera que tu dies droit1 ce que tu dis feinte4 ,oy1 fais-ie1 mais ie corrige les fautes d'inaduertence1 non celles de coustume4 ,est-ce pas ainsi que ie parle par tout8 me represente-ie pas viuement8 suffit4 ,i'ay faict ce que i'ay voulu3 tout le monde me recognoist en mon liure1 et mon liure en moy4 ,or i'ay vne condition singeresse et imitatrice4 ,quand ie me meslois de faire des vers1 et n'en fis iamais que des ,latins1 ils accusoient euidemment le pote que ie venois dernierement de lire4 ,et de mes premiers ,essays1 aucuns puent vn peu l'estranger4 ,a ,paris ie parle vn langage aucunement autre qu' ,montaigne4 ,qui que ie regarde auec attention1 m'imprime facilement quelque chose du sien4 ,ce que ie considere1 ie l'vsurpe3 vne sotte contenance1 vne desplaisante grimace1 vne forme de parler ridicule4 ,les vices plus4 ,d'autant qu'ils me poingnent1 ils s'acrochent moy1 et ne s'en vont pas sans secouer4 ,on m'a veu plus souuent iurer par similitude1 que par complexion4 ,imitation meurtriere1 comme celle des singes horribles en grandeur et en force1 que le ,roy ,alexandre rencontra en certaine contree des ,indes4 ,desquels il eust est autrement difficile de venir bout4 ,mais ils en presterent le moyen par cette leur inclination contrefaire tout ce qu'ils voyent faire4 ,car par l les chasseurs apprindrent de se chausser des souliers leur veu1 auec force nuds de liens3 de s'affubler d'accoustremens de teste tout des lacs courants1 et oindre par semblant1 leurs yeux de glux4 ,ainsi mettoyent imprudemment mal1 ces pauures bestes1 leur complexion singeresse4 ,ils s'engluoient1 s'encheuestroyent et garrotoyent eux mesmes4 ,cette autre facult1 de representer ingenieusement les gestes et parolles d'vn autre1 par dessein qui apporte souuent plaisir et admiration1 n'est en moy1 non plus qu'en vne souche4 ,quand ie iure selon moy1 c'est seulement1 par ,dieu1 qui est le plus droit de touts les serments4 ,ils disent1 que ,socrates iuroit le chien3 ,zenon cette mesme interiection1 qui sert cette heure aux ,italiens1 ,cappari3 ,pythagoras1 l'eau et l'air4 ,ie suis si ais receuoir sans y penser ces impressions superficielles1 que si i'ay eu en la bouche1 ,sire ou ,altesse1 trois iours de suite1 huict iours apres ils m'eschappent1 pour excellence1 ou pour seigneurie4 ,et ce que i'auray pris dire en battelant et en me moquant1 ie le diray lendemain serieusement4 ,parquoy1 escrire1 i'accepte plus enuis les argumens battus1 de peur que ie les traicte aux despens d'autruy4 ,tout argument m'est egallement fertile4 ,ie les prens sur vne mouche4 ,et ,dieu vueille que celuy que i'ay icy en main1 n'ait pas est pris1 par le commandement d'vne volont autant volage4 ,que ie commence par celle qu'il me plaira1 car les matieres se tiennent toutes enchesnees les vnes aux autres4 ,mais mon ame me desplaist1 de ce qu'elle produit ordinairement ses plus profondes resueries1 plus folles1 et qui me plaisent le mieux1 l'improuueu1 et lors que ie les cherche moins3 lesquelles s'esuanouissent soudain1 n'ayant sur le champ o les attacher4 ,a cheual1 la table1 au lict4 ,mais plus cheual1 o sont mes plus larges entretiens4 ,i'ay le parler vn peu delicatement ialoux d'attention et de silence1 si ie parle de force4 ,qui m'interrompt1 m'arreste4 ,en voyage1 la necessit mesme des chemins couppe les propos4 ,outre ce1 que ie voyage plus souuent sans compagnie1 propre ces entretiens de suite3 par o ie prens tout loisir de m'entretenir moy-mesme4 ,il m'en aduient comme de mes songes3 en songeant1 ie les recommande ma memoire1 car ie songe volontiers que ie songe1 mais le lendemain1 ie me represente bien leur couleur1 comme elle estoit1 ou gaye1 ou triste1 ou estrange1 mais quels ils estoient au reste1 plus i'ahane le trouuer1 plus ie l'enfonce en l'oubliance4 ,aussi des discours fortuites qui me tombent en fantasie1 il ne m'en reste en memoire qu'vne vaine image3 autant seulement qu'il m'en faut pour me faire ronger1 et despiter apres leur queste1 inutilement4 ,or donc1 laissant les liures part1 et parlant plus materiellement et simplement3 ie trouue apres tout1 que l'amour n'est autre chose1 que la soif de cette iouyssance en vn subiect desir3 ny ,venus autre chose1 que le plaisir descharger ses vases3 comme le plaisir que nature nous donne descharger d'autres parties3 qui deuient vicieux ou par immoderation1 ou par indiscretion4 ,pour ,socrates1 l'amour est appetit de generation par l'entremise de la beaut4 ,et considerant maintefois la ridicule titillation de ce plaisir1 les absurdes mouuemens esceruelez et estourdis1 dequoy il agite ,zenon et ,cratippus3 cette rage indiscrete1 ce visage enflamm de fureur et de cruaut1 au plus doux effect de l'amour3 et puis cette morgue graue1 seuere1 et ecstatique1 en vne action si folle1 qu'on ayt log pesle-mesle nos delices et nos ordures ensemble3 et que la supreme volupt aye du transy et du plaintif1 comme la douleur3 ie crois qu'il est vray1 ce que dit ,platon1 que l'homme a est faict par les ,dieux pour leur iout4 ,qunam ista iocandi ,suitia8 ,et que c'est par moquerie1 que ,nature nous a laiss la plus trouble de nos actions1 la plus commune3 pour nous esgaller par l1 et apparier les fols et les sages1 et nous et les bestes4 ,le plus contemplatif1 et prudent homme1 quand ie l'imagine en cette assiette1 ie le tiens pour affronteur1 de faire le prudent et le contemplatif4 ,ce sont les pieds du paon1 qui abbatent son orgueil4 ,ridentem dicere verum ,quid vetat8 ,ceux qui parmi les ieux1 refusent les opinions serieuses1 font1 dit quelqu'vn1 comme celuy qui craint d'adorer la statu d'vn sainct1 si elle est sans deuantiere4 ,nous mangeons bien et beuuons comme les bestes3 mais ce ne sont pas actions qui empeschent les offices de nostre ame4 ,en celles-l1 nous gardons nostre auantage sur elles3 cette-cy met toute autre pensee soubs le ioug3 abrutit et abestit par son imperieuse authorit1 toute la theologie et philosophie qui est en ,platon3 et si ne s'en plaint pas4 ,par tout ailleurs vous pouuez garder quelque decence3 toutes autres operations souffrent des regles d'honnestet3 cette-cy ne se peut pas seulement imaginer1 que vicieuse ou ridicule4 ,trouuez y pour voir vn proceder sage et discret4 ,alexandre disoit qu'il se connoissoit principallement mortel1 par cette action1 et par le dormir3 le sommeil suffoque et supprime les facultez de nostre ame1 la besongne les absorbe et dissipe de mesme4 ,certes c'est vne marque non seulement de nostre corruption originele3 mais aussi de nostre vanit et deformit4 ,d'vn cost ,nature nous y pousse1 ayant attach ce desir1 la plus noble1 vtile1 et plaisante de toutes ses functions3 et la nous laisse d'autre part accuser et fuyr1 comme insolente et deshonneste1 en rougir et recommander l'abstinence4 ,sommes nous pas bien bruttes1 de nommer brutale l'operation qui nous faict8 ,les peuples1 s religions1 se sont rencontrez en plusieurs conuenances3 comme sacrifices1 luminaires1 encensements1 ieusnes1 offrandes3 et entre autres1 en la condemnation de cette action4 ,toutes les opinions y viennent1 outre l'vsage si estendu des circoncisions4 ,nous auons l'auanture raison1 de nous blasmer1 de faire vne si sotte production que l'homme3 d'appeller l'action honteuse1 et honteuses les parties qui y seruent 7 cette heure sont les miennes proprement honteuses74 ,les ,esseniens1 dequoy parle ,pline1 se maintenoient sans nourrice1 sans maillot1 plusieurs siecles3 de l'abbord des estrangers1 qui1 suiuants cette belle humeur1 se rengeoient continuellement eux3 ayant toute vne nation1 hazard de s'exterminer plustost1 que s'engager vn embrassement feminin1 et de perdre la suitte des hommes plustost1 que d'en forger vn4 ,ils disent que ,zenon n'eut affaire femme1 qu'vne fois en sa vie3 et que ce fut par ciuilit1 pour ne sembler dedaigner trop obstinement le sexe4 ,chacun fuit le voir naistre1 chacun court le voir mourir4 ,pour le destruire1 on cerche vn champ spacieux en pleine lumiere3 pour le construire1 on se musse dans vn creux tenebreux1 et le plus contraint qu'il se peut4 ,c'est le deuoir1 de se cacher pour le faire1 et c'est gloire1 et naissent plusieurs vertus1 de le sauoir deffaire4 ,l'vn est iniure1 l'autre est faueur3 car ,aristote dit1 que bonifier quelqu'vn1 c'est le tuer1 en certaine phrase de son pas4 ,les ,atheniens1 pour apparier la deffaueur de ces deux actions1 ayants mundifier l'isle de ,delos1 et se iustifier enuers ,apollo1 defendirent au pourpris d'icelle1 tout enterrement1 et tout enfantement ensemble4 ,nostri nosmet pnitet4 ,il y a des nations qui se couurent en mangeant4 ,ie say vne dame1 et des plus grandes1 qui a cette mesme opinion1 que c'est vne contenance desagreable1 de mascher3 qui rabat beaucoup de leur grace1 et de leur beaut3 et ne se presente pas volontiers en public auec appetit4 ,et say vn homme1 qui ne peut souffrir de voir manger1 ny qu'on le voye3 et fuyt toute assistance1 plus quand il s'emplit1 que s'il se vuide4 ,en l'empire du ,turc1 il se void grand nombre d'hommes1 qui1 pour exceller les autres1 ne se laissent iamais veoir1 quand ils font leur repas2 qui n'en font qu'vn la sepmaine3 qui se deschiquettent et decoupent la face et les membres3 qui ne parlent iamais personne4 ,gens fanatiques1 qui pensent honnorer leur nature en se desnaturant3 qui se prisent de leur mespris1 et s'amendent de leur empirement4 ,quel monstrueux animal1 qui se fait horreur soy-mme1 qui ses plaisirs poisent3 qui se tient mal-heur8 ,il y en a qui cachent leur vie1 ,exilique domos et dulcia limina mutant1 ,et la desrobent de la veu des autres hommes3 qui euitent la sant et l'allegresse1 comme qualitez ennemies et dommageables4 ,non seulement plusieurs sectes1 mais plusieurs peuples maudissent leur naissance1 et benissent leur mort4 ,il en est o le soleil est abomin1 les tenebres adorees4 ,nous ne sommes ingenieux qu' nous mal mener3 c'est le vray gibbier de la force de nostre esprit3 dangereux vtil en desreglement4 ,o miseri quorum gaudia crimen habent6 ,h pauure homme1 tu as assez d'incommoditez necessaires1 sans les augmenter par ton inuention3 et s assez miserable de condition1 sans l'estre par art3 tu as des laideurs reelles et essentielles suffisance1 sans en forger d'imaginaires4 ,trouues tu que tu sois trop l'aise si la moiti de ton aise ne te fasche8 ,trouues tu que tu ayes remply tous les offices necessaires1 quoy ,nature t'engage1 et qu'elle soit oysiue chez toy1 si tu ne t'obliges nouueaux offices8 ,tu ne crains point d'offencer ses lois vniuerselles et indubitables1 et te piques aux tiennes partisanes et fantastiques4 ,et d'autant plus qu'elles sont particulieres1 incertaines1 et plus contredictes1 d'autant plus tu fais l ton effort4 ,les ordonnances positiues de ta paroisse t'attachent3 celles du monde ne te touchent point4 ,cours vn peu par les exemples de cette consideration3 ta vie en est toute4 ,les vers de ces deux potes1 traictans ainsi reserument et discrettement de la lasciuet1 comme ils font1 me semblent la descouurir et esclairer de plus pres4 ,les dames couurent leur sein d'vn reseul1 les prestres plusieurs choses sacrees1 les peintres ombragent leur ouurage1 pour luy donner plus de lustre4 ,et dict-on que le coup du soleil et du vent1 est plus poisant par reflexion qu' droit fil4 ,l'gyptien respondit sagement celuy qui luy demandoit1 ,que portes-tu l1 cach soubs ton manteau8 ,il est cach soubs mon manteau1 affin que tu ne saches pas que c'est4 ,mais il y a certaines autres choses qu'on cache pour les montrer4 ,oyez cetuy-l plus ouuert1 ,et nudam pressi corpus adusque meum4 ,il me semble qu'il me chapone4 ,que ,martial retrousse ,venus sa poste1 il n'arriue pas la faire paroistre si entiere4 ,celuy qui dit tout1 il nous saoule et nous desgouste4 ,celuy qui craint s'exprimer1 nous achemine en penser plus qu'il n'en y a4 ,il y a de la trahison en cette sorte de modestie3 et notamment nous entr'ouurant comme font ceux cy1 vne si belle route l'imagination4 ,et l'action et la peinture doiuent sentir leur larrecin4 ,l'amour des ,espagnols1 et des ,italiens1 plus respectueuse et craintifue1 plus mineuse et couuerte1 me plaist4 ,ie ne say qui1 anciennement1 desiroit le gosier allong comme le col d'vne gru1 pour sauourer plus long temps ce qu'il aualloit4 ,ce souhait est mieux propos en cette volupt1 viste et precipiteuse4 ,mesmes telles natures comme est la mienne1 qui suis vicieux en soudainet4 ,pour arrester sa fuitte1 et l'estendre en preambules2 entre-eux1 tout sert de faueur et de recompense3 vne illade1 vne inclination1 vne parolle1 vn signe4 ,qui se pourroit disner de la fumee du rost1 feroit-il pas vne belle espargne8 ,c'est vne passion qui mesle bien peu d'essence solide1 beaucoup plus de vanit et resuerie fieureuse3 il la faut payer et seruir de mesme4 ,apprenons aux dames se faire valoir1 s'estimer1 nous amuser1 et nous piper4 ,nous faisons nostre charge extreme la premiere3 il y a tousiours de l'impetuosit ,franoise4 ,faisant filer leurs faueurs1 et les estallant en detail3 chacun1 iusques la vieillesse miserable1 y trouue quelque bout de lisiere1 selon son vaillant et son merite4 ,qui n'a iouyssance1 qu'en la iouyssance3 qui ne gaigne que du haut poinct3 qui n'ayme la chasse qu'en la prise3 il ne luy appartient pas de se mesler nostre escole4 ,plus il y a de marches et degrez1 plus il y a de hauteur et d'honneur au dernier siege4 ,nous nous deurions plaire d'y estre conduicts1 comme il se faict aux palais magnifiques1 par diuers portiques1 et passages1 longues et plaisantes galleries1 et plusieurs destours4 ,cette dispensation reuiendroit nostre commodit3 nous y arresterions1 et nous y aymerions plus long temps4 ,sans esperance1 et sans desir1 nous n'allons plus rien qui vaille4 ,nostre maistrise et entiere possession1 leur est infiniement craindre4 ,depuis qu'elles sont du tout rendues la mercy de nostre foy1 et constance1 elles sont vn peu bien hasardees4 ,ce sont vertus rares et difficiles3 soudain qu'elles sont nous1 nous ne sommes plus elles4 ,postquam cupid mentis satiata libido est1 ,verba nihil metuere1 nihil periuria curant4 ,et ,thrasonidez ieune homme ,grec1 fut si amoureux de son amour1 qu'il refusa1 ayant gaign le cur d'vne maistresse1 d'en iouyr3 pour n'amortir1 rassasier et allanguir par la iouyssance cette ardeur inquiete1 de laquelle il se glorifioit et se paissoit4 ,la chert donne goust la viande4 ,voyez combien la forme des salutations1 qui est particuliere nostre nation1 abastardit par sa facilit1 la grace des baisers1 lesquels ,socrates dit estre si puissans et dangereux voler nos curs4 ,c'est vne desplaisante coustume1 et iniurieuse aux dames1 d'auoir prester leurs leures1 quiconque a trois valets sa suitte1 pour mal plaisant qu'il soit1 ,cuius liuida naribus caninis1 ,dependet glacies1 rigtque barba3 ,centum occurrere malo culilingis4 ,et nous mesme n'y gaignons guere3 car comme le monde se voit party1 pour trois belles1 il nous en faut baiser cinquante laides4 ,et vn estomach tendre1 comme sont ceux de mon aage1 vn mauuais baiser en surpaie vn bon4 ,ils font les poursuyuans en ,italie1 et les transis1 de celles mesmes qui sont vendre3 et se defendent ainsi3 ,qu'il y a des degrez en la iouyssance3 et que par seruices ils veulent obtenir pour eux1 celle qui est la plus entiere4 ,elles ne vendent que le corps4 ,la volont ne peut estre mise en vente1 elle est trop libre et trop sienne4 ,ainsi ceux cy disent1 que c'est la volont qu'ils entreprennent1 et ont raison4 ,c'est la volont qu'il faut seruir et practiquer4 ,i'ay horreur d'imaginer mien1 vn corps priu d'affection4 ,et me semble1 que cette forcenerie est voisine celle de ce garon1 qui alla saillir par amour1 la belle image de ,venus que ,praxiteles auoit faicte4 ,ou de ce furieux gyptien1 eschauff apres la charongne d'vne morte qu'il embaumoit et ensueroit4 ,lequel donna occasion la loy1 qui fut faicte depuis en gypte1 que les corps des belles et ieunes femmes1 et de celles de bonne maison1 seroient gardez trois iours1 auant qu'on les mist entre les mains de ceux qui auoient charge de prouuoir leur enterrement4 ,periander fit plus merueilleusement3 qui estendit l'affection coniugale1 plus reglee et legitime1 la iouyssance de ,melissa sa femme trespassee4 ,ne semble ce pas estre vne humeur lunatique de la ,lune1 ne pouuant autrement iouyr d',endymion son mignon1 l'aller endormir pour plusieurs mois3 et se paistre de la iouyssance d'vn garon1 qui ne se remuoit qu'en songe8 ,ie dis pareillement1 qu'on ayme vn corps sans ame1 quand on ayme vn corps sans son consentement1 et sans son desir4 ,toutes iouyssances ne sont pas vnes4 ,il y a des iouyssances ethiques et languissantes4 ,mille autres causes que la bien-vueillance1 nous peuuent acquerir cet octroy des dames4 ,ce n'est suffisant tesmoignage d'affection4 ,il y peut eschoir de la trahison1 comme ailleurs3 elles n'y vont par fois que d'vne fesse2 ,tanquam thura mermque parent3 ,absentem marmoremue putes4 ,i'en say1 qui ayment mieux prester cela1 que leur coche3 et qui ne se communiquent1 que par l4 ,il faut regarder si vostre compagnie leur plaist pour quelque autre fin encores1 ou pour celle l seulement1 comme d'vn gros garson d'estable3 en quel rang et quel prix vous y estes log1 ,tibi si datur vni ,quo lapide illa diem candidiore notet4 ,quoy1 si elle mange vostre pain1 la sauce d'vne plus agreable imagination8 ,te tenet1 absentes alios suspirat amores4 ,comment8 auons nous pas veu quelqu'vn en nos iours1 s'estre seruy de cette action1 l'vsage d'vne horrible vengeance3 pour tuer par l1 et empoisonner1 comme il fit1 vne honneste femme8 ,ceux qui cognoissent l',italie1 ne trouueront iamais estrange1 si pour ce subiect1 ie ne cherche ailleurs des exemples4 ,car cette nation se peut dire regente du reste du monde en cela4 ,ils ont plus communment des belles femmes1 et moins de laydes que nous3 mais des rares et excellentes beautez1 i'estime que nous allons pair4 ,et en iuge autant des esprits3 de ceux de la commune faon1 ils en ont beaucoup plus1 et euidemment4 ,la brutalit y est sans comparaison plus rare3 d'ames singulieres et du plus haut estage1 nous ne leur en deuons rien4 ,si i'auois estendre cette similitude1 il me sembleroit pouuoir dire de la vaillance1 qu'au rebours1 elle est au prix d'eux1 populaire chez nous1 et naturelle3 mais on la voit par fois1 en leurs mains1 si pleine et si vigoreuse1 qu'elle surpasse tous les plus roides exemples que nous en ayons4 ,les mariages de ce pays l1 clochent en cecy4 ,leur coustume donne communement la loy si rude aux femmes1 et si serue1 que la plus esloignee accointance auec l'estranger1 leur est autant capitalle que la plus voisine4 ,cette loy fait1 que toutes les approches se rendent necessairement substantieles4 ,et puis que tout leur reuient mesme compte1 elles ont le choix bien ays4 ,et ont elles bris ces cloisons8 ,croyez qu'elles font feu3 ,luxuria ipsis vinculis1 sicut fera bestia1 irritata1 deinde emissa4 ,il leur faut vn peu lascher les resnes4 ,vidi ego nuper equum1 contra sua frena tenacem1 ,ore reluctanti fulminis ire modo4 ,on alanguit le desir de la compagnie1 en luy donnant quelque libert4 ,c'est vn bel vsage de nostre nation1 qu'aux bonnes maisons1 nos enfans soyent receuz1 pour y estre nourris et esleuez pages comme en vne escole de noblesse4 ,et est discourtoisie1 dit-on1 et iniure1 d'en refuser vn ,gentil-homme4 ,i'ay appereu1 car autant de maisons autant de diuers stiles et formes1 que les dames qui ont voulu donner aux filles de leur suite1 les regles plus austeres1 n'y ont pas eu meilleure aduanture4 ,il y faut de la moderation4 ,il faut laisser bonne partie de leur conduitte1 leur propre discretion3 car ainsi comme ainsi n'y a il discipline qui les seut brider de toutes parts4 ,mais il est bien vray1 que celle qui est eschappee bagues sauues1 d'vn escolage libre1 apporte bien plus de fiance de soy1 que celle qui sort saine1 d'vne escole seuere et prisonniere4 ,nos peres dressoient la contenance de leurs filles la honte et la crainte 7les courages et les desirs tousiours pareils71 nous l'asseurance3 nous n'y entendons rien4 ,c'est faire aux ,sarmates1 qui n'ont loy de coucher auec homme1 que de leurs mains elles n'en ayent tu vn autre en guerre4 ,a moy qui n'y ay droit que par les oreilles1 suffit1 si elles me retiennent pour le conseil1 suyuant le priuilege de mon aage4 ,ie leur conseille donc1 et nous aussi1 l'abstinence3 mais si ce siecle en est trop ennemy1 aumoins la discretion et la modestie4 ,car1 comme dit le compte d',aristippus1 parlant des ieunes hommes1 qui rougissoient de le veoir entrer chez vne courtisane3 ,le vice est1 de n'en pas sortir1 non pas d'y entrer4 ,qui ne veut exempter sa conscience1 qu'elle exempte son nom3 si le fons n'en vaut guere1 que l'apparence tienne bon4 ,ie loe la gradation et la longueur1 en la dispensation de leurs faueurs4 ,platon montre1 qu'en toute espece d'amour1 la facilit et promptitude est interdicte aux tenants4 ,c'est vn traict de gourmandise1 laquelle il faut qu'elles couurent de tout leur art1 de se rendre ainsi temerairement en gros1 et tumultuairement4 ,se conduisant en leur dispensation1 ordonnement et mesurement1 elles pipent bien mieux nostre desir1 et cachent le leur4 ,qu'elles fuyent tousiours deuant nous3 ie dis celles mesmes qui ont se laisser attraper4 ,elles nous battent mieux en fuyant1 comme les ,scythes4 ,de vray1 selon la loy que ,nature leur donne1 ce n'est pas proprement elles de vouloir et desirer3 leur rolle est souffrir1 obeyr1 consentir4 ,c'est pourquoy ,nature leur a donn vne perpetuelle capacit2 nous1 rare et incertaine4 ,elles ont tousiours leur heure1 afin qu'elles soyent tousiours prestes la nostre ,pati nat4 ,et o elle a voulu que nos appetis eussent montre et declaration prominante1 ell' a faict que les leurs fussent occultes et intestins4 ,et les a fournies de pieces impropres l'ostentation3 et simplement pour la defensiue4 ,il faut laisser la licence ,amazonienne pareils traits cettuy cy4 ,alexandre passant par l',hyrcanie1 ,thalestris ,royne des ,amazones le vint trouuer auec trois cents gens-darmes de son sexe3 bien montez et bien armez3 ayant laiss le demeurant d'vne grosse armee1 qui la suyuoit1 au del des voisines montaignes4 ,et luy dit tout haut1 et en publiq1 que le bruit de ses victoires et de sa valeur1 l'auoit menee l1 pour le veoir1 luy offrir ses moyens et sa puissance au secours de ses entreprinses4 ,et que le trouuant si beau1 ieune1 et vigoureux1 elle1 qui estoit parfaitte en toutes ses qualitez1 luy conseilloit qu'ils couchassent ensemble3 afin qu'il nasquist de la plus vaillante femme du monde1 et du plus vaillant homme1 qui fust lors viuant1 quelque chose de grand et de rare1 pour l'aduenir4 ,alexandre la remercia du reste3 mais pour donner temps l'accomplissement de sa derniere demande1 il arresta treize iours en ce lieu1 lesquels il festoya le plus alaigrement qu'il peut1 en faueur d'vne si courageuse ,princesse4 ,nous sommes quasi par tout iniques iuges de leurs actions1 comme elles sont des nostres4 ,i'aduoe la verit lors qu'elle me nuit1 de mesme que si elle me sert4 ,c'est vn vilain desreglement1 qui les pousse si souuent au change1 et les empesche de fermir leur affection en quelque subiect que ce soit3 comme on voit de cette ,deesse1 qui lon donne tant de changemens et d'amis4 ,mais si est-il vray1 que c'est contre la nature de l'amour1 s'il n'est violant1 et contre la nature de la violance1 s'il est constant4 ,et ceux qui s'en estonnent1 s'en escrient1 et cherchent les causes de cette maladie en elles1 comme desnaturee et incroyable3 que ne voyent ils1 combien souuent ils la reoyuent en eux1 sans espouuantement et sans miracle8 ,il seroit l'aduenture plus estrange d'y voir de l'arrest4 ,ce n'est pas vne passion simplement corporelle4 ,si on ne trouue point de bout en l'auarice1 et en l'ambition1 il n'y en a non plus en paillardise4 ,elle vit encore apres la satiet3 et ne luy peut on prescrire ny satisfaction constante1 ny fin3 elle va tousiours outre sa possession4 ,et si l'inconstance leur est l'aduenture aucunement plus pardonnable qu' nous4 ,elles peuuent alleguer comme nous1 l'inclination qui nous est commune la variet et la nouuellet3 et alleguer secondement sans nous1 qu'elles achetent chat en sac4 ,ieanne ,royne de ,naples1 feit estrangler ,andreosse son premier mary1 aux grilles de sa fenestre1 auec un laz d'or et de soye1 tissu de sa main propre3 sur ce qu'aux couruees matrimoniales1 elle ne luy trouuoit ny les parties1 ny les efforts1 assez respondants l'esperance qu'elle en auoit coueu1 veoir sa taille1 sa beaut1 sa ieunesse et disposition3 par o elle auoit est prinse et abusee4 ,que l'action a plus d'effort que n'a la souffrance3 ainsi que de leur part tousiours aumoins il est pourueu la necessit3 de nostre part il peut auenir autrement4 ,platon cette cause establit sagement par ses loix1 auant tout mariage1 pour decider de son opportunit1 que les iuges voient les garons1 qui y pretendent1 touts fins nuds3 et les filles nus iusqu' la ceinture seulement4 ,en nous essayant1 elles ne nous trouuent l'aduenture pas digne de leur choix3 ,experta latus1 madidoque simillima loro ,inguina1 nec lassa stare coacta manu1 ,deserit imbelles thalamos4 ,ce n'est pas tout1 que la volont charrie droict4 ,la foiblesse et l'incapacit1 rompent legitimement vn mariage3 ,et qurendum aliunde foret neruosius illud1 ,quod posset zonam soluere virgineam4 ,pourquoy non1 et selon sa mesure1 vne intelligence amoureuse1 plus licentieuse et plus actiue8 ,si blando nequeat superesse labori4 ,mais n'est-ce pas grande impudence1 d'apporter nos imperfections et foiblesses1 en lieu o nous desirons plaire1 et y laisser bonne estime de nous et recommandation8 ,pour ce peu qu'il m'en faut cette heure1 ,ad vnum ,mollis opus1 ie ne voudrois importuner vne personne1 que i'ay a reuerer et craindre4 ,fuge suspicari1 ,cuius vndenum trepidauit tas ,claudere lustrum4 ,nature se deuoit contenter d'auoir rendu cet aage miserable1 sans le rendre encore ridicule4 ,ie hay de le voir1 pour vn pouce de chetiue vigueur1 qui l'eschaufe trois fois la semaine1 s'empresser et se gendarmer1 de pareille aspret1 comme s'il auoit quelque grande et legitime iournee dans le ventre3 vn vray feu d'estoupe4 ,et admire sa cuisson1 si viue et fretillante1 en vn moment si lourdement congelee et esteinte4 ,cet appetit ne deuroit appartenir qu' la fleur d'vne belle ieunesse4 ,fiez vous y1 pour voir1 seconder cett' ardeur indefatigable1 pleine1 constante1 et magnanime1 qui est en vous3 il vous la lairra vrayment en beau chemin4 ,renuoyez le hardiment plustost vers quelque enfance molle1 estonnee1 et ignorante1 qui tremble encore soubs la verge1 et en rougisse1 ,indum sanguineo veluti violauerit ostro ,si quis ebur1 vel mista rubent vbi lilia multa ,alba rosa4 ,qui peut attendre le lendemain1 sans mourir de honte1 le desdain de ces beaux yeux1 consens de sa laschet et impertinence3 ,et taciti fecere tamen conuitia vultus1 il n'a iamais senty le contentement et la fiert1 de les leur auoir battus et ternis1 par le vigoureux exercice d'vne nuict officieuse et actiue4 ,quand i'en ay veu quelqu'vne s'ennuyer de moy1 ie n'en ay point incontinent accus sa legeret3 i'ay mis en doubte1 si ie n'auois pas raison de m'en prendre ,nature plustost4 ,certes elle m'a traitt illegitimement et inciuilement1 ,si non longa satis1 si non ben mentula crassa3 ,nimirum sapiunt vidntque paruam ,matron quoque mentulam illibenter3 et d'vne lesion enormissime4 ,chacune de mes pieces est esgalement mienne1 que toute autre4 ,et nulle autre ne me fait plus proprement homme que cette cy4 ,ie doy au publiq vniuersellement mon pourtrait4 ,la sagesse de ma leon est en verit1 en libert1 en essence1 toute4 ,dedeignant au rolle de ses vrays deuoirs1 ces petites regles1 feintes1 vsuelles1 prouinciales4 ,naturelle toute1 constante1 generale4 ,de laquelle sont filles1 mais bastardes1 la ciuilit1 la ceremonie4 ,nous aurons bien les vices de l'apparence1 quand nous aurons eu ceux de l'essence4 ,quand nous aurons faict ceux icy1 nous courrons sus aux autres1 si nous trouuons qu'il y faille courir4 ,car il y a danger1 que nous fantasions des offices nouueaux1 pour excuser nostre negligence enuers les naturels offices1 et pour les confondre4 ,qu'il soit ainsin1 il se void1 qu's lieux1 o les fautes sont malefices1 les malefices ne sont que fautes4 ,qu's nations1 o les loix de la bienseance sont plus rares et lasches1 les loix primitiues de la raison commune sont mieux obseruees3 l'innumerable multitude de tant de deuoirs1 suffoquant nostre soing1 l'allanguissant et dissipant4 ,l'application aux legeres choses nous retire des iustes4 ,o que ces hommes superficiels1 prennent vne routte facile et plausible1 au prix de la nostre6 ,ce sont ombrages1 dequoy nous nous plastrons et entrepayons4 ,mais nous n'en payons pas1 ainois en rechargeons nostre debte1 enuers ce grand iuge1 qui trousse nos panneaus et haillons1 d'autour noz parties honteuses3 et ne se feint point nous veoir par tout1 iusques noz intimes et plus secrettes ordures3 vtile decence de nostre virginale pudeur1 si elle luy pouuoit interdire cette descouuerte4 ,en fin1 qui desniaiseroit l'homme1 d'vne si scrupuleuse superstition verbale1 n'apporteroit pas grande perte au monde4 ,nostre vie est partie en folie1 partie en prudence4 ,qui n'en escrit que reueremment et regulierement1 il en laisse en arriere plus de la moiti4 ,ie ne m'excuse pas enuers moy3 et si ie le faisoy1 ce seroit plustost de mes excuses1 que ie m'excuseroy1 que d'autre mienne faute4 ,ie m'excuse certaines humeurs1 que i'estime plus fortes en nombre que celles1 qui sont de mon cost4 ,en leur consideration1 ie diray encore cecy 7car ie desire de contenter chacun2 chose pourtant difficile1 esse vnum hominem accommodatum ad tantam morum ac sermonum et voluntatum varietatem7 qu'ils n'ont se prendre moy1 de ce que ie fay dire aux auctoritez receus et approuuees de plusieurs siecles3 et que ce n'est pas raison1 qu' faute de rythme ils me refusent la dispense1 que mesme des hommes ecclesiastiques1 des nostres1 iouyssent en ce siecle4 ,en voicy deux1 et des plus crestez3 ,rimula1 dispeream1 ni monogramma tua est4 ,vn vit d'amy la contente et bien traitte4 ,quoy tant d'autres8 ,i'ayme la modestie3 et n'est par iugement1 que i'ay choisi cette sorte de parler scandaleux3 c'est ,nature1 qui l'a choisi pour moy4 ,ie ne le lou1 non plus que toutes formes contraires l'vsage receu3 mais ie l'excuse3 par circonstances tant generales que particulieres1 en allege l'accusation4 ,suiuons4 ,pareillement d'o peut venir cette vsurpation d'authorit souueraine1 que vous prenez sur celles1 qui vous fauorisent leurs despens1 ,si furtiua dedit nigra munuscula nocte1 que vous en inuestissez incontinent l'interest1 la froideur1 et vne auctorit maritale8 ,c'est vne conuention libre1 que ne vous y prenez vous1 comme vous les y voulez tenir8 ,il n'y a point de prescription sur les choses volontaires4 ,c'est contre la forme1 mais il est vray pourtant1 que i'ay en mon temps conduict ce march1 selon que sa nature peut souffrir1 aussi conscientieusement qu'autre march1 et auec quelque air de iustice3 et que ie ne leur ay tesmoign de mon affection1 que ce que i'en sentois2 et leur en ay represent naifuement1 la decadence1 la vigueur1 et la naissance3 les accez et les remises4 ,on n'y va pas tousiours vn train4 ,i'ay est si espargnant promettre1 que ie pense auoir plus tenu que promis1 ny deu4 ,elles y ont trouu de la fidelit1 iusques au seruice de leur inconstance4 ,ie dis inconstance aduouee1 et par fois multipliee4 ,ie n'ay iamais rompu auec elles1 tant que i'y tenois1 ne fust que par le bout d'vn filet4 ,et quelques occasions qu'elles m'en ayent donn1 n'ay iamais rompu1 iusques au mespris et la hayne4 ,car telles priuautez1 lors mesme qu'on les acquiert par les plus honteuses conuentions1 encores m'obligent elles quelque bien-vueillance4 ,de cholere et d'impatience vn peu indiscrette1 sur le poinct de leurs ruses et desfuites1 et de nos contestations1 ie leur en ay faict voir par fois4 ,car ie suis de ma complexion1 subiect des emotions brusques1 qui nuisent souuent mes marchez1 quoy qu'elles soyent legeres et courtes4 ,si elles ont voulu essayer la libert de mon iugement1 ie ne me suis pas feint1 leur donner des aduis paternels et mordans1 et les pinser o il leur cuysoit4 ,si ie leur ay laiss se plaindre de moy1 c'est plustost d'y auoir trouu vn amour1 au prix de l'vsage moderne1 sottement consciencieux4 ,i'ay obseru ma parolle1 s choses dequoy on m'eust aysement dispens4 ,elles se rendoient lors par fois auec reputation1 et soubs des capitulations1 qu'elles souffroient aysement estre faussees par le vaincueur4 ,i'ay faict caler soubs l'interest de leur honneur1 le plaisir1 en son plus grand effort1 plus d'vne fois4 ,et o la raison me pressoit1 les ay armees contre moy3 si qu'elles se conduisoient plus seurement et seuerement1 par mes regles1 quand elles s'y estoient franchement remises1 qu'elles n'eussent faict par les leurs propres4 ,i'ay autant que i'ay peu charg sur moy seul1 le hazard de nos assignations1 pour les en descharger3 et ay dress nos parties tousiours par le plus aspre1 et inopin1 pour estre moins en souspon1 et en outre par mon aduis1 plus accessible4 ,ils sont ouuerts1 principalement par les endroits qu'ils tiennent de soy couuerts4 ,les choses moins craintes sont moins defendues et obseruees4 ,on peut oser plus aysement1 ce que personne ne pense que vous oserez1 qui deuient facile par sa difficult4 ,iamais homme n'eut ses approches plus impertinemment genitales4 ,cette voye d'aymer1 est plus selon la discipline4 ,mais combien elle est ridicule nos gens1 et peu effectuelle1 qui le sait mieux que moy8 ,si ne m'en viendra point le repentir4 ,ie n'y ay plus que perdre1 ,me tabula sacer ,votiua paries indicat vuida1 ,suspendisse potenti ,vestimenta maris ,deo4 ,il est cette heure temps d'en parler ouuertement4 ,mais tout ainsi comme vn autre1 ie dirois l'auanture1 ,mon amy tu resues1 l'amour de ton temps a peu de commerce auec la foy et la preud'hommie2 ,hc si tu postules ,ratione certa facere1 nihilo plus agas1 ,qum si des operam1 vt cum ratione insanias4 ,aussi au rebours1 si c'estoit moy de recommencer1 ce seroit certes le mesme train et par mesme progrez1 pour infructueux qu'il me peust estre4 ,l'insuffisance et la sottise est loable en vne action meslouable4 ,autant que ie m'eslongne de leur humeur en cela1 ie m'approche de la mienne4 ,au demeurant1 en ce march1 ie ne me laissois pas tout aller3 ie m'y plaisois1 mais ie ne m'y oubliois pas3 ie reseruois en son entier1 ce peu de sens et de discretion1 que ,nature m'a donn1 pour leur seruice1 et pour le mien3 vn peu d'esmotion1 mais point de resuerie4 ,ma conscience s'y engageoit aussi1 iusques la desbauche et dissolution1 mais iusques l'ingratitude1 trahison1 malignit1 et cruaut1 non4 ,ie n'achetois pas le plaisir de ce vice tout prix3 et me contentois de son propre et simple coust4 ,nullum intra se vitium est4 ,ie hay quasi pareille mesure vne oysiuet croupie et endormie1 comme vn embesongnement espineux et penible4 ,l'vn me pince1 l'autre m'assoupit4 ,i'ayme autant les blesseures1 comme les meurtrisseures1 et les coups trenchans1 comme les coups orbes4 ,i'ay trouu en ce march1 quand i'y estois plus propre1 vne iuste moderation entre ces deux extremitez4 ,l'amour est vne agitation esueillee1 viue1 et gaye4 ,ie n'en estois ny troubl1 ny afflig1 mais i'en estois eschauff1 et encores alter3 il s'en faut arrester l4 ,elle n'est nuisible qu'aux fols4 ,vn ieune homme demandoit au philosophe ,panetius1 s'il sieroit bien au sage d'estre amoureux3 ,laissons l le sage1 respondit-il1 mais toy et moy1 qui ne le sommes pas1 ne nous engageons en chose si esmeu et violente1 qui nous esclaue autruy1 et nous rende contemptibles nous4 ,il disoit vray3 qu'il ne faut pas fier chose de soy si precipiteuse1 vne ame qui n'aye dequoy en soustenir les venues1 et dequoy rabatre par effect la parole d',agesilaus1 que la prudence et l'amour ne peuuent ensemble4 ,c'est vne vaine occupation1 il est vray1 messeante1 honteuse1 et illegitime4 ,mais la conduire en cette faon1 ie l'estime salubre1 propre desgourdir vn esprit1 et vn corps poisant4 ,et comme medecin1 l'ordonnerois vn homme de ma forme et condition1 autant volontiers qu'aucune autre recepte3 pour l'esueiller et tenir en force bien auant dans les ans1 et le dilaier des prises de la vieillesse4 ,pendant que nous n'en sommes qu'aux fauxbourgs1 que le pouls bat encores1 ,dum noua canities1 dum prima et recta senectus1 ,dum superest ,lachesi quod torqueat1 et pedibus me ,porto meis1 nullo dextram subeunte bacillo1 nous auons besoing d'estre sollicitez et chatouillez1 par quelque agitation mordicante1 comme est cette-cy4 ,voyez combien elle a rendu de ieunesse1 vigueur et de gayet1 au sage ,anacreon4 ,et ,socrates1 plus vieil que ie ne suis1 parlant d'vn obiect amoureux3 ,m'estant1 dit-il1 appuy contre son espaule1 de la mienne1 et approch ma teste la sienne1 ainsi que nous regardions ensemble dans vn liure1 ie senty sans mentir1 soudain vne piqueure dans l'espaule1 comme de quelque morsure de beste2 et fus plus de cinq iours depuis1 qu'elle me fourmilloit3 et m'escoula dans le cur vne demangeaison continuelle4 ,vn attouchement1 et fortuite1 et par vne espaule1 aller eschauffer1 et alterer vne ame refroidie1 et esneruee par l'aage1 et la premiere de toutes les humaines1 en reformation4 ,pourquoy non dea8 ,socrates estoit homme1 et ne vouloit ny estre ny sembler autre chose4 ,la philosophie n'estriue point contre les voluptez naturelles1 pourueu que la mesure y soit ioincte3 et en presche la moderation1 non la fuitte4 ,l'effort de sa resistance s'emploie contre les estrangeres et bastardes4 ,elle dit que les appetits du corps ne doiuent pas estre augmentez par l'esprit4 ,et nous aduertit ingenieusement1 de ne vouloir point esueiller nostre faim par la saturit3 de ne vouloir farcir1 au lieu de remplir le ventre3 d'euiter toute iouyssance1 qui nous met en disette3 et toute viande et breuuage1 qui nous altere1 et affame4 ,comme au seruice de l'amour elle nous ordonne1 de prendre vn obiect qui satisface simplement au besoing du corps1 qui n'esmeuue point l'ame3 laquelle n'en doit pas faire son faict1 ains suyure nement et assister le corps4 ,mais ay-ie pas raison d'estimer1 que ces preceptes1 qui ont pourtant d'ailleurs1 selon moy1 vn peu de rigueur1 regardent vn corps qui face son office3 et qu' vn corps abbattu1 comme vn estomach prostern1 il est excusable de le rechauffer et soustenir par art3 et par l'entremise de la fantasie1 luy faire reuenir l'appetit et l'allegresse1 puis que de soy il l'a perdue8 ,pouuons nous pas dire1 qu'il n'y a rien en nous1 pendant cette prison terrestre1 purement1 ny corporel1 ny spirituel3 et qu'iniurieusement nous desmembrons vn homme tout vif3 et qu'il semble y auoir raison1 que nous nous portions enuers l'vsage du plaisir1 aussi fauorablement aumoins1 que nous faisons enuers la douleur8 ,elle estoit1 pour exemple1 vehemente1 iusques la perfection1 en l'ame des saincts par la pnitence4 ,le corps y auoit naturellement part1 par le droict de leur colligance1 et si pouuoit auoir peu de part la cause3 si ne se sont ils pas contentez qu'il suyuist nuement1 et assistast l'ame affligee4 ,ils l'ont afflig luymesme1 de peines atroces et propres3 affin qu' l'enuy l'vn de l'autre1 l'ame et le corps plongeassent l'homme dans la douleur1 d'autant plus salutaire1 que plus aspre4 ,en pareil cas1 aux plaisirs corporels1 est-ce pas iniustice d'en refroidir l'ame1 et dire1 qu'il l'y faille entrainer1 comme quelque obligation et necessit contreinte et seruile8 ,c'est elle plustost de les couuer et fomenter3 de s'y presenter et conuier3 la charge de regir luy appartenant4 ,comme c'est aussi mon aduis elle1 aux plaisirs1 qui luy sont propres1 d'en inspirer et infondre au corps tout le ressentiment que porte sa condition1 et de s'estudier qu'ils luy soient doux et salutaires4 ,car c'est bien raison1 comme ils disent1 que le corps ne suyue point ses appetits au dommage de l'esprit4 ,mais pourquoy n'est-ce pas aussi raison1 que l'esprit ne suiue pas les siens1 au dommage du corps8 ,ie n'ay point autre passion qui me tienne en haleine4 ,ce que l'auarice1 l'ambition1 les querelles1 les procs1 font l'endroit des autres1 qui comme moy1 n'ont point de vacation assignee1 l'amour le feroit plus commodment4 ,il me rendroit1 la vigilance1 la sobriet1 la grace1 le soing de ma personne3 r'asseureroit ma contenance1 ce que les grimaces de la vieillesse1 ces grimaces difformes et pitoyables1 ne vinssent la corrompre3 me remettroit aux estudes sains et sages1 par o ie me peusse rendre plus estim et plus aym3 ostant mon esprit le desespoir de soy1 et de son vsage1 et le raccointant soy3 me diuertiroit de mille pensees ennuyeuses1 de mille chagrins melancholiques que l'oysiuet nous charge en tel aage1 et le mauuais estat de nostre sant3 reschaufferoit aumoins en songe1 ce sang que nature abandonne3 soustiendroit le menton1 et allongeroit vn peu les nerfs1 et la vigueur et allegresse de la vie1 ce pauure homme1 qui s'en va le grand train vers sa ruine4 ,mais i'entens bien que c'est vne commodit fort mal-aise recouurer4 ,par foiblesse1 et longue experience1 nostre goust est deuenu plus tendre et plus exquis4 ,nous demandons plus1 lors que nous apportons moins4 ,nous voulons le plus choisir1 lors que nous meritons le moins d'estre acceptez4 ,nous cognoissans tels1 nous sommes moins hardis1 et plus defians3 rien ne nous peut asseurer d'estre aymez1 veu nostre condition1 et la leur4 ,i'ay honte de me trouuer parmy cette verte et bouillante ieunesse1 ,cuius in indomito constantior inguine neruus1 ,qum noua collibus arbor inhret4 ,qu'irions nous presenter nostre misere parmy cette allgresse8 ,possint vt iuuenes visere feruidi ,multo non sine risu1 ,dilapsam in cineres facem4 ,ils ont la force et la raison pour eux3 faisons leur place3 nous n'auons plus que tenir4 ,et ce germe de beaut naissante1 ne se laisse manier mains si gourdes1 et prattiquer moyens purs materiels4 ,car1 comme respondit ce philosophe ancien1 celuy qui se moquoit1 dequoy il n'auoit seu gaigner la bonne grace d'vn tendron qu'il pourchassoit3 ,mon amy1 le hameon ne mord pas du fromage si frais4 ,or c'est vn commerce qui a besoin de relation et de correspondance4 ,les autres plaisirs que nous receuons1 se peuuent recognoistre par recompenses de nature diuerse3 mais cettuy-cy ne se paye que de mesme espece de monnoye4 ,en verit en ce desduit1 le plaisir que ie fay1 chatouille plus doucement mon imagination1 que celuy qu'on me fait4 ,or cil n'a rien de genereux1 qui peut receuoir plaisir o il n'en donne point2 c'est vne vile ame1 qui veut tout deuoir1 et qui se plaist de nourrir de la conference1 auec les personnes ausquels il est en charge4 ,il n'y a beaut1 ny grace1 ny priuaut si exquise1 qu'vn galant homme deust desirer ce prix4 ,si elles ne nous peuuent faire du bien que par piti3 i'ayme bien plus cher ne viure point1 que de viure d'aumosne4 ,ie voudrois auoir droit de leur demander1 au stile auquel i'ay veu quester en ,italie3 ,fate bene per voi3 ou la guise que ,cyrus exhortoit ses soldats1 ,qui m'aymera1 si me suiue4 ,r'alliez vous1 me dira lon1 celles de vostre condition1 que la compagnie de mesme fortune vous rendra plus aysees4 ,o la sotte composition et insipide6 ,nolo ,barbam vellere mortuo leoni4 ,xenophon employe pour obiection et accusation1 contre ,menon1 qu'en son amour il embesongna des obiects passants fleur4 ,ie trouue plus de volupt seulement veoir le juste et doux meslange de deux ieunes beauts3 ou le seulement considerer par fantasie1 qu' faire moy mesme le second1 d'vn meslange triste et informe4 ,ie resigne cet appetit fantastique1 l',empereur ,galba1 qui ne s'addonnoit qu'aux chairs dures et vieilles3 et ce pauure miserable1 ,o ego di faciant talem te cernere possim1 ,charque mutatis oscula ferre comis1 ,amplectique meis corpus non pingue lacertis6 ,et entre les premieres laideurs1 ie compte les beautez artificielles et forcees4 ,emonez ieune gars de ,chio1 pensant par des beaux attours1 acquerir la beaut que nature luy ostoit1 se presenta au philosophe ,arcesilaus3 et luy demanda si vn sage se pourroit veoir amoureux3 ,ouy dea1 respondit l'autre1 pourueu que ce ne fust pas d'vne beaut paree et sophistiquee comme la tienne4 ,la laideur d'vne vieillesse aduouee1 est moins vieille1 et moins laide mon gr1 qu'vne autre peinte et lissee4 ,le diray-ie1 pourueu qu'on ne m'en prenne la gorge8 ,l'amour ne me semble proprement et naturellement en sa saison1 qu'en l'aage voisin de l'enfance3 ,quem si puellarum insereres choro1 ,mille sagaces falleret hospites ,discrimen obscurum1 solutis ,crinibus1 ambiguque vultu4 ,et la beaut non plus4 ,car ce qu',homere l'estend iusqu' ce que le menton commence s'ombrager1 ,platon mesme l'a remarqu pour rare4 ,et est notoire la cause pour laquelle le sophiste ,dion appelloit les poils folets de l'adolescence1 ,aristogitons et ,harmodiens4 ,en la virilit1 ie le trouue desia aucunement hors de son siege1 non qu'en la vieillesse4 ,importunus enim transuolat aridas ,quercus4 ,et ,marguerite ,royne de ,nauarre1 alonge en femme1 bien loing1 l'auantage des femmes3 ordonnant qu'il est saison trente ans1 qu'elles changent le titre de belles en bonnes4 ,plus courte possession nous luy donnons sur nostre vie1 mieux nous en valons4 ,voyez son port4 ,c'est vn menton puerile1 qui ne sait en son eschole1 combien on procede au rebours de tout ordre4 ,l'estude1 l'exercitation1 l'vsage1 sont voyes l'insuffisance3 les nouices y regentent4 ,amor ordinem nescit4 ,certes sa conduicte a plus de galbe1 quand elle est meslee d'inaduertance1 et de trouble3 les fautes1 les succez contraires y donnent poincte et grace4 ,pourueu qu'elle soit aspre et affamee1 il chaut peu1 qu'elle soit prudente4 ,voyez comme il va chancelant1 chopant1 et folastrant4 ,on le met aux ceps1 quand on le guide par art1 et sagesse4 ,et contraint on sa diuine libert1 quand on le submet ces mains barbues et calleuses4 ,au demeurant1 ie leur oy souuent peindre cette intelligence toute spirituelle1 et desdaigner de mettre en consideration l'interest que les sens y ont4 ,tout y sert4 ,mais ie puis dire auoir veu souuent1 que nous auons excus la foiblesse de leurs esprits1 en faueur de leurs beautez corporelles1 mais que ie n'ay point encore veu1 qu'en faueur de l'esprit1 tant rassis1 et meur soit-il1 elles vueillent prester la main vn corps1 qui tombe tant soit peu en decadence4 ,que ne prend il enuie quelqu'vne1 de faire cette noble harde ,socratique1 du corps l'esprit1 achetant au prix de ses cuisses1 vne intelligence et generation philosophique et spirituelle3 le plus haut prix o elle les puisse monter3 ,platon ordonne en ses loix1 que celuy qui aura faict quelque signal et vtile exploit en la guerre1 ne puisse estre refus durant l'expedition d'icelle1 sans respect de sa laideur ou de son aage1 du baiser1 ou autre faueur amoureuse1 de qui il la vueille4 ,ce qu'il trouue si iuste en recommandation de la valeur militaire1 ne le peut il pas estre aussi1 en recommandation de quelque autre valeur8 ,et que ne prend il enuie vne de preoccuper sur ses compagnes la gloire de cet amour chaste8 chaste dis-ie bien1 ,nam si quando ad prlia ventum est1 ,vt quondam in stipulis magnus sine viribus ignis ,incassum furit4 ,les vices qui s'estouffent en la pensee1 ne sont pas des pires4 ,pour finir ce notable commentaire1 qui m'est eschapp d'vn flux de caquet3 flux impetueux par fois et nuisible1 ,vt missum sponsi furtiuo munere malum ,procurrit casto virginis gremio3 ,quod miser oblit molli sub veste locatum1 ,dum aduentu matris prosilit1 excutitur1 ,atque illud prono prceps agitur decursu3 ,huic manat tristi conscius ore rubor4 ,ie dis1 que les masles et femelles1 sont iettez en mesme moule1 sauf l'institution et l'vsage1 la difference n'y est pas grande4 ,platon appelle indifferemment les vns et les autres1 la societ de tous estudes1 exercices1 charges et vacations guerrieres et paisibles1 en sa republique4 ,et le philosophe ,antisthenes1 ostoit toute distinction entre leur vertu et la nostre4 ,il est bien plus ais d'accuser l'vn sexe1 que d'excuser l'autre4 ,c'est ce qu'on dit1 ,le fourgon se moque de la paele4 ,,chapitre ,,vi4 ,des ,coches4 ,,il est bien ais verifier1 que les grands autheurs1 escriuans des causes1 ne se seruent pas seulement de celles qu'ils estiment estre vrayes1 mais de celles encores qu'ils ne croient pas1 pourueu qu'elles ayent quelque inuention et beaut4 ,ils disent assez veritablement et vtilement1 s'ils disent ingenieusement4 ,nous ne pouuons nous asseurer de la maistresse cause1 nous en entassons plusieurs1 pour voir si par rencontre elle se trouuera en ce nombre1 ,namque vnam dicere causam ,non satis est1 verum plures1 vnde vna tamen sit4 ,me demandez vous d'o vient cette coustume1 de benir ceux qui esternuent8 ,nous produisons trois sortes de vent2 celuy qui sort par embas est trop sale3 celuy qui sort par la bouche1 porte quelque reproche de gourmandise3 le troisiesme est l'esternuement3 et parce qu'il vient de la teste1 et est sans blasme1 nous luy faisons cet honneste recueil4 ,ne vous moquez pas de cette subtilit1 elle est1 dit-on1 d',aristote4 ,il me semble auoir veu en ,plutarque 7qui est de tous les autheurs que ie cognoisse1 celuy qui a mieux mesl l'art la nature1 et le iugement la science7 rendant la cause du sousleuement d'estomach1 qui aduient ceux qui voyagent en mer1 que cela leur arriue de crainte1 ayant trouu quelque raison1 par laquelle il prouue1 que la crainte peut produire vn tel effect4 ,moy qui y suis fort subiect1 say bien1 que cette cause ne me touche pas4 ,et le say1 non par argument1 mais par necessaire experience4 ,sans alleguer ce qu'on m'a dict1 qu'il en arriue de mesme souuent aux bestes1 specialement aux pourceaux1 hors de toute apprehension de danger3 et ce qu'vn mien cognoissant1 m'a tesmoign de soy1 qu'y estant fort subiect1 l'enuie de vomir luy estoit passee1 deux ou trois fois1 se trouuant press de frayeur1 en grande tourmente4 ,comme cet ancien3 ,peius vexabar qum vt periculum mihi succurreret4 ,ie n'euz iamais peur sur l'eau3 comme ie n'ay aussi ailleurs 7et s'en est assez souuent offert de iustes1 si la mort l'est7 qui m'ait troubl ou esblouy4 ,elle naist par fois de faute de iugement1 comme de faute de cur4 ,tous les dangers que i'ay veu1 'a est les yeux ouuerts1 la veu libre1 saine1 et entiere4 ,encore faut-il du courage craindre4 ,il me seruit autrefois au prix d'autres1 pour conduire et tenir en ordre ma fuite1 qu'elle fust sinon sans crainte1 toutesfois sans effroy1 et sans estonnement4 ,elle estoit esmeue1 mais non pas estourdie ny esperdue4 ,les grandes ames vont bien plus outre1 et representent des fuites1 non rassises seulement1 et saines1 mais fieres4 ,disons celle qu',alcibiades recite de ,socrates1 son compagnon d'armes3 ,ie le trouuay1 dit-il1 apres la route de nostre armee1 luy et ,lachez1 des derniers entre les fuyans3 et le consideray tout mon aise1 et en seuret1 car i'estois sur vn bon cheual1 et luy pied1 et auions ainsi combatu4 ,ie remarquay premierement1 combien il montroit d'auisement et de resolution1 au prix de ,lachez3 et puis la brauerie de son marcher1 nullement different du sien ordinaire3 sa veue ferme et reglee1 considerant et iugeant ce qui se passoit autour de luy3 regardant tantost les vns1 tantost les autres1 amis et ennemis1 d'vne faon1 qui encourageoit les vns1 et signifioit aux autres1 qu'il estoit pour vendre bien cher son sang et sa vie1 qui essayeroit de la luy oster1 et se sauuerent ainsi3 car volontiers on n'attaque pas ceux-cy1 on court apres les effraiez4 ,voyl le tesmoignage de ce grand capitaine3 qui nous apprend ce que nous essaions tous les iours1 qu'il n'est rien qui nous iette tant aux dangers1 qu'vne faim inconsideree de nous en mettre hors4 ,quo timoris minus est1 eo minus ferm periculi est4 ,nostre peuple a tort1 de dire1 celuy-l craint la mort1 quand il veut exprimer1 qu'il y songe1 et qu'il la preuoit4 ,la preuoyance conuient egallement ce qui nous touche en bien1 et en mal4 ,considerer et iuger le danger1 est aucunement le rebours de s'en estonner4 ,ie ne me sens pas assez fort pour soustenir le coup1 et l'impetuosit1 de cette passion de la peur1 ny d'autre vehemente4 ,si i'en estois vn coup vaincu1 et atterr1 ie ne m'en releuerois iamais bien entier4 ,qui auroit faict perdre pied mon ame1 ne la remettroit iamais droicte en sa place4 ,elle se retaste et recherche trop vifuement et profondement4 ,et pourtant1 ne lairroit iamais ressoudre et consolider la playe qui l'auroit percee4 ,il m'a bien pris qu'aucune maladie ne me l'ayt encore desmise4 ,a chasque charge qui me vient1 ie me presente et oppose1 en mon haut appareil4 ,ainsi la premiere qui m'emporteroit1 me mettroit sans ressource4 ,ie n'en fais point deux4 ,par quelque endroict que le rauage fauast ma leuee1 me voyla ouuert1 et noy sans remede4 ,epicurus dit1 que le sage ne peut iamais passer vn estat contraire4 ,i'ay quelque opinion de l'enuers de cette sentence2 que qui aura est vne fois bien fol1 ne sera nulle autre fois bien sage4 ,dieu me donne le froid selon la robe1 et me donne les passions selon le moyen que i'ay de les soustenir4 ,nature m'ayant descouuert d'vn cost1 m'a couuert de l'autre3 m'ayant desarm de force1 m'a arm d'insensibilit1 et d'vne apprehension reglee1 ou mousse4 ,or ie ne puis souffrir long temps1 et les souffrois plus difficilement en ieunesse1 ny coche1 ny littiere1 ny bateau1 et hay toute autre voiture que de cheual1 en la ville1 et aux champs4 ,mais ie puis souffrir la lictiere1 moins qu'vn coche3 et par mesme raison1 plus aisement vne agitation rude sur l'eau1 d'o se produict la peur1 que le mouuement qui se sent en temps calme4 ,par cette legere secousse1 que les auirons donnent1 desrobant le vaisseau soubs nous1 ie me sens brouiller1 ie ne say comment1 la teste et l'estomach3 comme ie ne puis souffrir sous moy vn siege tremblant4 ,quand la voile1 ou le cours de l'eau1 nous emporte esgallement1 ou qu'on nous tou1 cette agitation vnie1 ne me blesse aucunement4 ,c'est vn remuement interrompu1 qui m'offence3 et plus1 quand il est languissant4 ,ie ne saurois autrement peindre sa forme4 ,les medecins m'ont ordonn de me presser et sangler d'vne seruiette le bas du ventre1 pour remedier cet accident3 ce que ie n'ay point essay1 ayant accoustum de lucter les deffauts qui sont en moy1 et les dompter par moy-mesme4 ,si i'en auoy la memoire suffisamment informee1 ie ne pleindroy mon temps dire icy l'infinie variet1 que les histoires nous presentent de l'vsage des coches1 au seruice de la guerre3 diuers selon les nations1 selon les siecles3 de grand effect1 ce me semble1 et necessit4 ,si que c'est merueille1 que nous en ayons perdu toute cognoissance4 ,i'en diray seulement cecy1 que tout freschement1 du temps de nos peres1 les ,hongres les mirent tres-vtilement en besongne contre les ,turcs3 en chacun y ayant vn rondelier et vn mousquetaire1 et nombre de harquebuzes rengees1 prestes et chargees3 le tout couuert d'vne pauesade1 la mode d'vne galliotte4 ,ils faisoient front leur bataille de trois mille tels coches et apres que le canon auoit iou1 les faisoient tirer1 et aualler aux ennemys cette salue1 auant que de taster le reste3 qui n'estoit pas vn leger auancement3 ou descochoient lesdits coches dans leurs escadrons1 pour les rompre et y faire iour3 outre le secours qu'ils en pouuoient prendre1 pour flanquer en lieu chatouilleux1 les trouppes marchants en la campagne3 ou couurir vn logis la haste1 et le fortifier4 ,de mon temps1 vn ,gentil-homme1 en l'vne de nos frontieres1 impost de sa personne1 et ne trouuant cheual capable de son poids1 ayant vne querelle1 marchoit par pas en coche1 de mesme cette peinture1 et s'en trouuoit tres-bien4 ,mais laissons ces coches guerriers4 ,comme si leur neantise n'estoit assez cognue meilleures enseignes1 les derniers ,roys de nostre premiere race marchoient par pas en vn chariot men de quatre bufs4 ,marc ,antoine fut le premier1 qui se fit trainer ,rome1 et vne garse menestriere quand et luy1 par des lyons attelez vn coche4 ,heliogabalus en fit depuis autant1 se disant ,cibel la mere des ,dieux3 et aussi par des tigres1 contrefaisant le ,dieu ,bacchus3 il attela aussi par fois deux cerfs son coche3 et vne autre fois quatre chiens3 et encore quatre garses nues1 se faisant trainer par elles1 en pompe1 tout nud4 ,l'empereur ,firmus fit mener son coche1 des autruches de merueilleuse grandeur1 de maniere qu'il sembloit plus voler que rouler4 ,l'estranget de ces inuentions1 me met en teste cett' autre fantasie3 ,que c'est vne espece de pusillanimit1 aux monarques1 et vn tesmoignage de ne sentir point assez1 ce qu'ils sont1 de trauailler se faire valloir et paroistre1 par despenses excessiues4 ,ce seroit chose excusable en pays estranger3 mais parmy ses subiects1 o il peut tout1 il tire de sa dignit1 le plus extreme degr d'honneur1 o il puisse arriuer4 ,comme vn ,gentil-homme1 il me semble1 qu'il est superflu de se vestir curieusement en son priu3 sa maison1 son train1 sa cuysine respondent assez de luy4 ,le conseil qu',isocrates donne son ,roy1 ne me semble sans raison3 ,qu'il soit splendide en meubles et vtensiles3 d'autant que c'est vne despense de duree1 qui passe iusques ses successeurs3 et qu'il fuye toutes magnificences1 qui s'escoulent incontinent et de l'vsage et de la memoire4 ,i'aymois me parer quand i'estoy cadet1 faute d'autre parure3 et me seoit bien4 ,il en est sur qui les belles robes pleurent4 ,nous auons des comtes merueilleux de la frugalit de nos ,roys au tour de leurs personnes1 et en leurs dons3 grands ,roys en credit1 en valeur1 et en fortune4 ,demosthenes combat outrance1 la loy de sa ville1 qui assignoit les deniers publics aux pompes des ieux1 et de leurs festes4 ,il veut que leur grandeur se montre1 en quantit de vaisseaux bien equippez1 et bonnes armees bien fournies4 ,et a lon raison d'accuser ,theophrastus1 qui establit en son liure des richesses1 vn aduis contraire3 et maintient telle nature de despense1 estre le vray fruit de l'opulence4 ,ce sont plaisirs1 dit ,aristote1 qui ne touchent que la plus basse commune3 qui s'euanouissent de la souuenance aussi tost qu'on en est rassasi3 et desquels nul homme iudicieux et graue ne peut faire estime4 ,l'emploitte me sembleroit bien plus royale1 comme plus vtile1 iuste et durable1 en ports1 en haures1 fortifications et murs3 en bastiments somptueux1 en eglises1 hospitaux1 colleges1 reformation de rus et chemins3 en quoy le ,pape ,gregoire treziesme lairra sa memoire recommandable long temps3 et en quoy nostre ,royne ,catherine tesmoigneroit longues annees sa liberalit naturelle et munificence1 si ses moyens suffisoient son affection4 ,la ,fortune m'a faict grand desplaisir d'interrompre la belle structure du ,pont neuf1 de nostre grand' ville1 et m'oster l'espoir auant mourir d'en veoir en train le seruice4 ,outre ce1 il semble aux subiects spectateurs de ces triomphes1 qu'on leur fait montre de leurs propres richesses1 et qu'on les festoye leurs despens4 ,car les peuples presument volontiers des ,roys1 comme nous faisons de nos valets3 qu'ils doiuent prendre soing de nous apprester en abondance tout ce qu'il nous faut1 mais qu'ils n'y doiuent aucunement toucher de leur part4 ,et pourtant l',empereur ,galba1 ayant pris plaisir vn musicien pendant son souper1 se fit porter sa bote1 et luy donna en sa main vne poignee d'escus1 qu'il y pescha1 auec ces paroles3 ,ce n'est pas du public1 c'est du mien4 ,tant y a1 qu'il aduient le plus souuent1 que le peuple a raison3 et qu'on repaist ses yeux1 de ce dequoy il auoit paistre son ventre4 ,la liberalit mesme n'est pas bien en son lustre en main souueraine3 les priuez y ont plus de droict4 ,car le prendre exactement1 vn ,roy n'a rien proprement sien2 il se doibt soy-mesmes autruy4 ,la iurisdiction ne se donne point en faueur du iuridiciant3 c'est en faueur du iuridici4 ,on fait vn superieur1 non iamais pour son profit1 ains pour le profit de l'inferieur3 et vn medecin pour le malade1 non pour soy4 ,toute magistrature1 comme tout art1 iette sa fin hors d'elle4 ,nulla ars in se versatur4 ,parquoy les gouuerneurs de l'enfance des ,princes1 qui se piquent leur imprimer cette vertu de largesse3 et les preschent de ne sauoir rien refuser1 et n'estimer rien si bien employ1 que ce qu'ils donront 7instruction que i'ay veu en mon temps fort en credit7 ou ils regardent plus leur proufit1 qu' celuy de leur maistre3 ou ils entendent mal qui ils parlent4 ,il est trop ays d'imprimer la liberalit1 en celuy1 qui a dequoy y fournir autant qu'il veut1 aux despens d'autruy4 ,et son estimation se reglant1 non la mesure du present1 mais la mesure des moyens de celuy qui l'exerce1 elle vient estre vaine en mains si puissantes4 ,ils se trouuent prodigues1 auant qu'ils soient liberaux4 ,pourtant est elle de peu de recommandation1 au prix d'autres vertus royalles4 ,et la seule1 comme disoit le tyran ,dionysius1 qui se comporte bien auec la tyrannie mesme4 ,ie luy apprendroy plustost ce verset du laboureur ancien1 1 ,qu'il faut qui en veut retirer fruict1 semer de la main1 non pas verser du sac3 il faut espandre le grain1 non pas le respandre3 et qu'ayant donner1 ou pour mieux dire1 payer1 et rendre tant de gens1 selon qu'ils ont deseruy1 il en doibt estre loyal et auis dispensateur4 ,si la liberalit d'vn ,prince est sans discretion et sans mesure1 ie l'ayme mieux auare4 ,la vertu ,royalle semble consister le plus en la iustice4 ,et de toutes les parties de la iustice1 celle l remerque mieux les ,roys1 qui accompagne la liberalit4 ,car ils l'ont particulierement reseruee leur charge3 l o toute autre iustice1 ils l'exercent volontiers par l'entremise d'autruy4 ,l'immoderee largesse1 est vn moyen foible leur acquerir bien-vueillance3 car elle rebute plus de gens1 qu'elle n'en practique3 ,quo in plures vsus sis1 minus in multos vti possis4 ,quid autem est stultius1 qum1 quod libenter facias1 curare vt id diutius facere non possis8 ,et si elle est employee sans respect du merite1 fait vergongne qui la reoit3 et se reoit sans grace4 ,des tyrans ont est sacrifiez la hayne du peuple1 par les mains de ceux mesme1 qu'ils auoyent iniquement auancez3 telle maniere d'hommes1 estimants asseurer la possession des biens indeuement receuz1 s'ils montrent auoir mespris et hayne1 celuy duquel ils les tenoyent1 et se r'allient au iugement et opinion commune en cela4 ,les subiects d'vn ,prince excessif en dons1 se rendent excessifs en demandes3 ils se taillent1 non la raison1 mais l'exemple4 ,il y a certes souuent1 dequoy rougir1 de nostre impudence4 ,nous sommes surpayez selon iustice1 quand la recompence esgalle nostre seruice3 car n'en deuons nous rien nos ,princes d'obligation naturelle8 ,s'il porte nostre despence1 il fait trop3 c'est assez qu'il l'ayde3 le surplus s'appelle bien-faict1 lequel ne se peut exiger3 car le nom mesme de la liberalit sonne libert4 ,a nostre mode1 ce n'est iamais faict3 le reeu ne se met plus en compte3 on n'ayme la liberalit que future4 ,par quoy plus vn ,prince s'espuise en donnant1 plus il s'appaourit d'amys4 ,comment assouuiroit il les enuies1 qui croissent1 mesure qu'elles se remplissent8 ,qui a sa pensee prendre1 ne l'a plus ce qu'il a prins4 ,la conuoitise n'a rien si propre que d'estre ingrate4 ,l'exemple de ,cyrus ne duira pas mal en ce lieu1 pour seruir aux ,roys de ce temps1 de touche1 recognoistre leurs dons1 bien ou mal employez3 et leur faire veoir1 combien cet ,empereur les assenoit plus heureusement1 qu'ils ne font4 ,par o ils sont reduits faire leurs emprunts1 apres sur les subiects incognus1 et plustost sur ceux1 qui ils ont faict du mal1 que sur ceux1 qui ils ont faict du bien3 et n'en reoiuent aydes1 o il y aye rien de gratuit1 que le nom4 ,crsus luy reprochoit sa largesse3 et calculoit combien se monteroit son thresor1 s'il eust eu les mains plus restreintes4 ,il eut enuie de iustifier sa liberalit3 et despeschant de toutes parts1 vers les grands de son estat1 qu'il auoit particulierement auancez3 pria chacun de le secourir1 d'autant d'argent qu'il pourroit1 vne sienne necessit3 et le luy enuoyer par declaration4 ,quand touts ces bordereaux luy furent apportez1 chacun de ses amys1 n'estimant pas que ce fust assez faire1 de luy en offrir seulement autant qu'il en auoit reeu de sa munificence1 y en meslant du sien propre beaucoup1 il se trouua1 que cette somme se montoit bien plus que ne disoit l'espargne de ,crsus4 ,sur quoy ,cyrus3 ,ie ne suis pas moins amoureux des richesses1 que les autres ,princes1 et en suis plustost plus mesnager4 ,vous voyez combien peu de mise i'ay acquis le thresor inestimable de tant d'amis3 et combien ils me sont plus fideles thresoriers1 que ne seroient des hommes mercenaires1 sans obligation1 sans affection3 et ma cheuance mieux logee qu'en des coffres1 appellant sur moy la haine1 l'enuie1 et le mespris des autres ,princes4 ,les ,empereurs tiroient excuse la superfluit de leurs ieux et montres publiques1 de ce que leur authorit dependoit aucunement1 aumoins par apparence1 de la volont du peuple ,romain3 lequel auoit de tout temps accoustum d'estre flat par telle sorte de spectacles et d'excez4 ,mais c'estoyent particuliers qui auoyent nourry cette coustume1 de gratifier leurs concitoyens et compagnons3 principalement sur leur bourse1 par telle profusion et magnificence4 ,elle eut tout autre goust1 quand ce furent les maistres qui vindrent l'imiter4 ,pecuniarum translatio iustis dominis ad alienos non debet liberalis videri4 ,philippus de ce que son fils essayoit par presents1 de gaigner la volont des ,macedoniens1 l'en tana par vne lettre1 en cette maniere4 ,quoy8 as tu enuie1 que tes subiects te tiennent pour leur boursier1 non pour leur ,roy8 ,veux tu les prattiquer8 ,prattique les1 des bien-faicts de ta vertu1 non des bien-faicts de ton coffre4 ,c'etoit pourtant vne belle chose1 d'aller faire apporter et planter en la place aux arenes1 vne grande quantit de gros arbres1 tous branchus et tous verts1 representans vne grande forest ombrageuse1 despartie en belle symmetrie3 et le premier iour1 ietter l dedans mille austruches1 mille cerfs1 mille sangliers1 et mille dains1 les abandonnant piller au peuple3 le lendemain faire assommer en sa presence1 cent gros lyons1 cent leopards1 et trois cens ours3 et pour le troisiesme iour1 faire combatre outrance1 trois cens paires de gladiateurs1 comme fit l',empereur ,probus4 ,c'estoit aussi belle chose voir1 ces grands amphitheatres encroustez de marbre au dehors1 labour d'ouurages et statues1 le dedans reluisant de rares enrichissemens1 ,baltheus en gemmis1 en illita porticus auro4 ,tous les costez de ce grand vuide1 remplis et enuironnez depuis le fons iusques au comble1 de soixante ou quatre vingts rangs d'eschelons1 aussi de marbre1 couuers de carreaux1 ,exeat1 inquit1 ,si pudor est1 et puluino surgat equestri1 ,cuius res legi non sufficit1 o se peussent renger cent mille hommes1 assis leur aise4 ,et la place du fons1 o les ieux se iouoyent1 la faire premierement par art1 entr'ouurir et fendre en creuasses1 representant des antres qui vomissoient les bestes destinees au spectacle3 et puis secondement l'inonder d'vne mer profonde1 qui charioit force monstres marins1 chargee de vaisseaux armez representer vne bataille naualle3 et tiercement1 l'applanir et assecher de nouueau1 pour le combat des gladiateurs3 et pour la quatriesme faon1 la sabler de vermillon et de storax1 au lieu d'arene1 pour y dresser vn festin solemne1 tout ce nombre infiny de peuple3 le dernier acte d'vn seul iour4 ,quoties nos descendentis aren ,vidimus in partes1 ruptque voragine terr ,emersisse feras1 et ijsdem spe latebris ,aurea cum croceo creuerunt arbuta libro6 ,nec solm nobis siluestria cernere monstra ,contigit1 quoreos ego cum certantibus vrsis ,spectaui vitulos1 et equorum nomine dignum1 ,sed deforme pecus4 ,quelquefois on y a faict naistre1 vne haute montaigne pleine de fruitiers et arbres verdoyans1 rendant par son feste1 vn ruisseau d'eau1 comme de la bouche d'vne viue fontaine4 ,quelquefois on y promena vn grand nauire1 qui s'ouuroit et desprenoit de soy-mesmes1 et apres auoir vomy de son ventre1 quatre ou cinq cens bestes combat1 se resserroit et s'esuanouissoit1 sans ayde4 ,autresfois1 du bas de cette place1 ils faisoient eslancer des surgeons et filets d'eau1 qui reiallissoient contremont1 et cette hauteur infinie1 alloient arrousant et embaumant cette infinie multitude4 ,pour se couurir de l'iniure du temps1 ils faisoient tendre cette immense capacit1 tantost de voyles de pourpre labourez l'guille1 tantost de soye1 d'vne ou autre couleur1 et les auanoyent et retiroyent en vn moment1 comme il leur venoit en fantasie1 ,quamuis non modico caleant spectacula sole1 ,vela reducuntur1 cm venit ,hermogenes4 ,les rets aussi qu'on mettoit au deuant du peuple1 pour le defendre de la violence de ces bestes eslancees1 estoient tyssus d'or1 ,auro quoque torta refulgent ,retia4 ,s'il y a quelque chose qui soit excusable en tels excez1 c'est1 o l'inuention et la nouueaut1 fournit d'admiration1 non pas la despence4 ,en ces vanitez mesme1 nous descouurons combien ces siecles estoyent fertiles d'autres esprits que ne sont les nostres4 ,il va de cette sorte de fertilit1 comme il fait de toutes autres productions de la ,nature4 ,ce n'est pas dire qu'elle y ayt lors employ son dernier effort4 ,nous n'allons point1 nous rodons plustost1 et tourneuirons et l3 nous nous promenons sur nos pas4 ,ie crains que nostre cognoissance soit foible en tous sens4 ,nous ne voyons ny gueres loing1 ny guere arriere4 ,elle embrasse peu1 et vit peu3 courte et en estendue de temps1 et en estendue de matiere4 ,vixere fortes ante ,agamemnona ,multi1 sed omnes illacrymabiles ,vrgentur1 ignotique longa ,nocte4 ,et supera bellum ,troianum et funera ,troi1 ,multi alias alij quoque res cecinere poet4 ,et la narration de ,solon1 sur ce qu'il auoit apprins des prestres d'gypte de la longue vie de leur estat1 et maniere d'apprendre et conseruer les histoires estrangeres1 ne me semble tesmoignage de refus en cette consideration4 ,si interminatam in omnes partes magnitudinem regionum videremus et temporum1 in quam se iniiciens animus et intendens1 ita lat longeque peregrinatur1 vt nullam oram vltimi videat1 in qua possit insistere3 in hac immensitate infinita1 vis innumerabilium appareret formarum4 ,quand tout ce qui est venu par rapport du pass1 iusques nous1 seroit vray1 et seroit seu par quelqu'vn1 ce seroit moins que rien1 au prix de ce qui est ignor4 ,et de cette mesme image du monde1 qui coule pendant que nous y sommes1 combien chetiue et racourcie est la cognoissance des plus curieux8 ,non seulement des euenemens particuliers1 que ,fortune rend souuent exemplaires et poisans3 mais de l'estat des grandes polices et nations1 il nous en eschappe cent fois plus1 qu'il n'en vient a nostre science4 ,nous escrions1 du miracle de l'inuention de nostre artillerie1 de nostre impression3 d'autres hommes1 vn autre bout du monde la ,chine1 en iouyssoit mille ans auparauant4 ,si nous voyions autant du monde1 comme nous n'en voyons pas1 nous apperceurions1 comme il est croire1 vne perpetuelle multiplication et vicissitude de formes4 ,il n'y a rien de seul et de rare1 eu esgard ,nature1 ouy bien eu esgard nostre cognoissance3 qui est vn miserable fondement de nos regles1 et qui nous represente volontiers vne tres-fauce image des choses4 ,comme vainement nous concluons auiourd'huy1 l'inclination et la decrepitude du monde1 par les arguments que nous tirons de nostre propre foiblesse et decadence3 ,imque adeo affecta est tas1 affectque tellus4 ,ainsi vainement concluoit cettuy-la1 sa naissance et ieunesse1 par la vigueur qu'il voyoit aux esprits de son temps1 abondans en nouuelletez et inuentions de diuers arts3 ,verum1 vt opinor1 habet nouitatem summa1 recnsque ,natura est mundi1 neque pridem exordia cpit3 ,quare etiam qudam nunc artes expoliuntur1 ,nunc etiam augescunt1 nunc addita nauigiis sunt ,multa4 ,nostre monde vient d'en trouuer vn autre 7et qui nous respond si c'est le dernier de ses freres1 puis que les ,dmons1 les ,sybilles1 et nous1 auons ignor cettuy-cy iusqu' cette heure87 non moins grand1 plain1 et membru1 que luy3 toutesfois si nouueau et si enfant1 qu'on luy apprend encore son a1 b1 c4 ,il n'y a pas cinquante ans1 qu'il ne sauoit1 ny lettres1 ny poix1 ny mesure1 ny vestements1 ny bleds1 ny vignes4 ,il estoit encore tout nud1 au giron1 et ne viuoit que des moyens de sa mere nourrice4 ,si nous concluons bien1 de nostre fin1 et ce pote de la ieunesse de son siecle1 cet autre monde ne fera qu'entrer en lumiere1 quand le nostre en sortira4 ,l'vniuers tombera en paralysie3 l'vn membre sera perclus1 l'autre en vigueur4 ,bien crains-ie1 que nous aurons tres-fort hast sa declinaison et sa ruyne1 par nostre contagion3 et que nous luy aurons bien cher vendu nos opinions et nos arts4 ,c'estoit vn monde enfant3 si ne l'auons nous pas fout et soubsmis nostre discipline1 par l'auantage de nostre valeur1 et forces naturelles3 ny ne l'auons practiqu par nostre iustice et bont3 ny subiugu par nostre magnanimit4 ,la plus part de leurs responces1 et des negotiations faictes auec eux1 tesmoignent qu'ils ne nous deuoient rien en clart d'esprit naturelle1 et en pertinence4 ,l'espouuentable magnificence des villes de ,cusco et de ,mexico1 et entre plusieurs choses pareilles1 le iardin de ce ,roy1 o tous les arbres1 les fruicts1 et toutes les herbes1 selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en vn iardin1 estoient excellemment formees en or3 comme en son cabinet1 tous les animaux1 qui naissoient en son estat et en ses mers3 et la beaut de leurs ouurages1 en pierrerie1 en plume1 en cotton1 en la peinture1 montrent qu'ils ne nous cedoient non plus en l'industrie4 ,mais quant la deuotion1 obseruance des loix1 bont1 liberalit1 loyaut1 franchise1 il nous a bien seruy1 de n'en auoir pas tant qu'eux4 ,ils se sont perdus par cet aduantage1 et vendus1 et trahis eux mesmes4 ,quant la hardiesse et courage1 quant la fermet1 constance1 resolution contre les douleurs et la faim1 et la mort1 ie ne craindrois pas d'opposer les exemples1 que ie trouuerois parmy eux1 aux plus fameux exemples anciens1 que nous ayons aux memoires de nostre monde parde4 ,car pour ceux qui les ont subiuguez1 qu'ils ostent les ruses et batelages1 dequoy ils se sont seruis les piper3 et le iuste estonnement1 qu'apportoit ces nations l1 de voir arriuer si inopinement des gens barbus1 diuers en langage1 religion1 en forme1 et en contenance3 d'vn endroit du monde si esloign1 et o ils n'auoient iamais seu qu'il y eust habitation quelconque3 montez sur des grands monstres incongneuz3 contre ceux1 qui n'auoient non seulement iamais veu de cheual1 mais beste quelconque1 duicte porter et soustenir homme ny autre charge3 garnis d'vne peau luysante et dure1 et d'vne arme trenchante et resplendissante3 contre ceux1 qui pour le miracle de la lueur d'vn miroir ou d'vn cousteau1 alloyent eschangeant vne grande richesse en or et en perles1 et qui n'auoient ny science ny matiere1 par o tout loysir1 ils seussent percer nostre acier3 adioustez y les foudres et tonnerres de nos pieces et harquebuses1 capables de troubler ,csar mesme1 qui l'en eust surpris autant inexperiment3 et cett'heure1 contre des peuples nuds1 si ce n'est o l'inuention estoit arriuee de quelque tyssu de cotton3 sans autres armes pour le plus1 que d'arcs1 pierres1 bastons et boucliers de bois3 des peuples surpris soubs couleur d'amiti et de bonne foy1 par la curiosit de veoir des choses estrangeres et incognues3 ostez1 dis-ie1 aux conquerans cette disparit1 vous leur ostez toute l'occasion de tant de victoires4 ,quand ie regarde cette ardeur indomtable1 dequoy tant de milliers d'hommes1 femmes1 et enfans1 se presentent et reiettent tant de fois1 aux dangers ineuitables1 pour la deffence de leurs dieux1 et de leur libert3 cette genereuse obstination de souffrir toutes extremitez et difficultez1 et la mort1 plus volontiers1 que de se soubsmettre la domination de ceux1 de qui ils ont est si honteusement abusez3 et aucuns1 choisissans plutost de se laisser defaillir par faim et par ieusne1 estans pris1 que d'accepter le viure des mains de leurs ennemis1 si vilement victorieuses3 ie preuois que qui les eust attaquez pair pair1 et d'armes1 et d'experience1 et de nombre1 il y eust faict aussi dangereux1 et plus1 qu'en autre guerre que nous voyons4 ,que n'est tombee soubs ,alexandre1 ou soubs ces anciens ,grecs et ,romains1 vne si noble conqueste3 et vne si grande mutation et alteration de tant d'empires et de peuples1 soubs des mains1 qui eussent doucement poly et defrich ce qu'il y auoit de sauuage3 et eussent confort et promeu les bonnes semences1 que ,nature y auoit produit3 meslant non seulement la culture des terres1 et ornement des villes1 les arts de dea1 en tant qu'elles y eussent est necessaires1 mais aussi1 meslant les vertus ,grecques et ,romaines1 aux origineles du pays8 ,quelle reparation eust-ce est1 et quel amendement toute cette machine1 que les premiers exemples et deportemens nostres1 qui se sont presentez par del1 eussent appell ces peuples1 l'admiration1 et imitation de la vertu1 et eussent dress entre-eux et nous1 vne fraternelle societ et intelligence8 ,combien il eust est ais1 de faire son profit1 d'ames si neuues1 si affamees d'apprentissage1 ayants pour la plus part1 de si beaux commencemens naturels8 ,au rebours1 nous nous sommes seruis de leur ignorance1 et inexperience1 les plier plus facilement vers la trahison1 luxure1 auarice1 et vers toute sorte d'inhumanit et de cruaut1 l'exemple et patron de nos murs4 ,qui mit iamais tel prix1 le seruice de la mercadence et de la trafique8 ,tant de villes rasees1 tant de nations exterminees1 tant de millions de peuples1 passez au fil de l'espee1 et la plus riche et belle partie du monde bouleuersee1 pour la negotiation des perles et du poiure4 ,mechaniques victoires4 ,iamais l'ambition1 iamais les inimitiez publiques1 ne pousserent les hommes1 les vns contre les autres1 si horribles hostilitez1 et calamitez si miserables4 ,en costoyant la mer la queste de leurs mines1 aucuns ,espagnols prindrent terre en vne contree fertile et plaisante1 fort habitee3 et firent ce peuple leurs remonstrances accoustumees3 ,qu'ils estoient gens paisibles1 venans de loingtains voyages1 enuoyez de la part du ,roy de ,castille1 le plus grand ,prince de la terre habitable1 auquel le ,pape1 representant ,dieu en terre1 auoit donn la principaut de toutes les ,indes4 ,que s'ils vouloient luy estre tributaires1 ils seroient tres-benignement traictez3 leur demandoient des viures1 pour leur nourriture1 et de l'or pour le besoing de quelque medecine4 ,leur remontroient au demeurant1 la creance d'vn seul ,dieu1 et la verit de nostre religion1 laquelle ils leur conseilloient d'accepter1 y adioustans quelques menasses4 ,la responce fut telle3 ,que quand estre paisibles1 ils n'en portoient pas la mine1 s'ils l'estoient4 ,quant leur ,roy1 puis qu'il demandoit1 il deuoit estre indigent1 et necessiteux3 et celuy qui luy auoit faict cette distribution1 homme aymant dissension1 d'aller donner vn tiers1 chose qui n'estoit pas sienne1 pour le mettre en debat contre les anciens possesseurs4 ,quant aux viures1 qu'ils leur en fourniroient3 d'or1 ils en auoient peu3 et que c'estoit chose qu'ils mettoient en nulle estime1 d'autant qu'elle estoit inutile au seruice de leur vie1 l o tout leur soin regardoit seulement la passer heureusement et plaisamment3 pourtant ce qu'ils en pourroient trouuer1 sauf ce qui estoit employ au seruice de leurs dieux1 qu'ils le prinssent hardiment4 ,quant vn seul ,dieu1 le discours leur en auoit pleu3 mais qu'ils ne vouloient changer leur religion1 s'en estans si vtilement seruis si long temps3 et qu'ils n'auoient accoustum prendre conseil1 que de leurs amis et cognoissans4 ,quant aux menasses1 c'estoit signe de faute de iugement1 d'aller menassant ceux1 desquels la nature1 et les moyens estoient incongnuz4 ,ainsi qu'ils se despeschassent promptement de vuyder leur terre1 car ils n'estoient pas accoustumez de prendre en bonne part1 les honnestetez et remonstrances de gens armez1 et estrangers3 autrement qu'on feroit d'eux1 comme de ces autres1 leur montrant les testes d'aucuns hommes iusticiez autour de leur ville4 ,voyl vn exemple de la balbucie de cette enfance4 ,mais tant y a1 que ny en ce lieu-l1 ny en plusieurs autres1 o les ,espagnols ne trouuerent les marchandises qu'ils cherchoient1 ils ne feirent arrest ny entreprinse3 quelque autre commodit qu'il y eust3 tesmoing mes ,cannibales4 ,des deux les plus puissans ,monarques de ce monde l1 et l'auanture de cettuy-cy1 ,roys de tant de ,roys3 les derniers qu'ils en chasserent3 celuy du ,peru1 ayant est pris en vne bataille1 et mis vne ranon si excessiue1 qu'elle surpasse toute creance1 et celle l fidellement payee3 et auoir donn par sa conuersation signe d'vn courage franc1 liberal1 et constant1 et d'vn entendement net1 et bien compos3 il print enuie aux vainqueurs1 apres en auoir tir vn million trois cens vingt cinq mille cinq cens poisant d'or3 outre l'argent1 et autres choses1 qui ne monterent pas moins 7si que leurs cheuaux n'alloient plus ferrez1 que d'or massif7 de voir encores1 au prix de quelque desloyaut que ce fust1 quel pouuoit estre le reste des thresors de ce ,roy1 et iouyr librement de ce qu'il auoit reserr4 ,on luy apposta vne fauce accusation et preuue3 ,qu'il desseignoit de faire sousleuer ses prouinces1 pour se remettre en libert4 ,sur quoy par beau iugement1 de ceux mesme qui luy auoient dress cette trahison1 on le condamna estre pendu et estrangl publiquement3 luy ayant faict racheter le tourment d'estre brusl tout vif1 par le baptesme qu'on luy donna au supplice mesme4 ,accident horrible et inouy3 qu'il souffrit pourtant sans se desmentir1 ny de contenance1 ny de parole1 d'vne forme et grauit vrayement royalle4 ,et puis1 pour endormir les peuples estonnez et transis de chose si estrange1 on contrefit vn grand deuil de sa mort1 et luy ordonna on des somptueuses funerailles4 ,l'autre ,roy de ,mexico1 ayant long temps defendu sa ville assiegee1 et montr en ce siege tout ce que peut et la souffrance1 et la perseuerance1 si onques ,prince et peuple le montra3 et son malheur l'ayant rendu vif1 entre les mains des ennemis1 auec capitulation d'estre trait en ,roy3 aussi ne leur fit-il rien voir en la prison1 indigne de ce tiltre3 ne trouuant point apres cette victoire1 tout l'or qu'ils s'estoient promis3 quand ils eurent tout remu1 et tout fouill1 ils se mirent en chercher des nouuelles1 par les plus aspres gehennes1 dequoy ils se peurent aduiser1 sur les prisonniers qu'ils tenoient4 ,mais pour n'auoir rien profit1 trouuant des courages plus forts que leurs tourments1 ils en vindrent en fin telle rage1 que contre leur foy et contre tout droict des gens1 ils condamnerent le ,roy mesme1 et l'vn des principaux seigneurs de sa cour la gehenne1 en presence l'vn de l'autre4 ,ce seigneur se trouuant forc de la douleur1 enuironn de braziers ardens1 tourna sur la fin1 piteusement sa veue vers son maistre1 comme pour luy demander mercy1 de ce qu'il n'en pouuoit plus4 ,le ,roy plantant fierement et rigoureusement les yeux sur luy1 pour reproche de sa laschet et pusillanimit1 luy dit seulement ces mots1 d'vne voix rude et ferme3 ,et moy1 suis ie dans vn bain1 suis-ie pas plus mon aise que toy8 ,celuy-l soudain apres succomba aux douleurs1 et mourut sur la place4 ,le ,roy demy rosty1 fut emport de l4 ,non tant par piti 7car quelle piti toucha iamais des ames si barbares1 qui pour la doubteuse information de quelque vase d'or piller1 fissent griller deuant leurs yeux vn homme3 non qu'vn ,roy1 si grand1 et en fortune1 et en merite7 mais ce fut que sa constance rendoit de plus en plus honteuse leur cruaut4 ,ils le pendirent depuis1 ayant courageusement entrepris de se deliurer par armes d'vne si longue captiuit et subiection3 o il fit sa fin digne d'vn magnanime ,prince4 ,a vne autre fois ils mirent brusler pour vn coup1 en mesme feu1 quatre cens soixante hommes tous vifs1 les quatre cens du commun peuple1 les soixante des principaux seigneurs d'vne prouince1 prisonniers de guerre simplement4 ,nous tenons d'eux-mesmes ces narrations3 car ilz ne les aduouent pas seulement1 ils s'en ventent1 et les preschent4 ,seroit-ce pour tesmoignage de leur iustice1 ou zele enuers la religion8 ,certes ce sont voyes trop diuerses1 et ennemies d'vne si saincte fin4 ,s'ils se fussent proposs d'estendre nostre foy1 ils eussent consider que ce n'est pas en possession de terres qu'elle s'amplifie1 mais en possession d'hommes3 et se fussent trop contentez des meurtres que la necessit de la guerre apporte1 sans y mesler indifferemment vne boucherie1 comme sur des bestes sauuages3 vniuerselle1 autant que le fer et le feu y ont peu attaindre3 n'en ayant conseru par leur dessein1 qu'autant qu'ils en ont voulu faire de miserables esclaues1 pour l'ouurage et seruice de leurs minieres4 ,si que plusieurs des chefs ont est punis mort1 sur les lieux de leur conqueste1 par ordonnance des ,roys de ,castille1 iustement offencez de l'horreur de leurs deportemens1 et quasi tous desestimez et mal-voulus4 ,dieu a meritoirement permis1 que ces grands pillages se soient absorbez par la mer en les transportant3 ou par les guerres intestines1 dequoy ils se sont mangez entre-eux3 et la plus part s'enterrerent sur les lieux1 sans aucun fruict de leur victoire4 ,quant ce que la recepte1 et entre les mains d'vn ,prince mesnager1 et prudent1 respond si peu l'esperance1 qu'on en donna ses predecesseurs1 et cette premiere abondance de richesses1 qu'on rencontra l'abord de ces nouuelles terres 7car encore qu'on en retire beaucoup1 nous voyons que ce n'est rien1 au prix de ce qui s'en deuoit attendre7 c'est que l'vsage de la monnoye estoit entierement incognu1 et que par consequent1 leur or se trouua tout assembl1 n'estant en autre seruice1 que de montre1 et de parade1 comme vn meuble reseru de pere en fils1 par plusieurs puissants ,roys1 qui espuisoient tousiours leurs mines1 pour faire ce grand monceau de vases et statues1 l'ornement de leurs palais1 et de leurs temples3 au lieu que nostre or est tout en emploite et en commerce4 ,nous le menuisons et alterons en mille formes1 l'espandons et dispersons4 ,imaginons que nos ,roys amoncelassent ainsi tout l'or1 qu'ils pourroient trouuer en plusieurs siecles1 et le gardassent immobile4 ,ceux du royaume de ,mexico estoient aucunement plus ciuilisez1 et plus artistes1 que n'estoient les autres nations de l4 ,aussi iugeoient-ils1 ainsi que nous1 que l'vniuers fust proche de sa fin3 et en prindrent pour signe la desolation que nous y apportasmes4 ,ils croyoyent que l'estre du monde1 se depart en cinq aages1 et en la vie de cinq soleils consecutifs1 desquels les quatre auoient desia fourny leurs temps1 et que celuy qui leur esclairoit1 estoit le cinquiesme4 ,le premier perit auec toutes les autres creatures1 par vniuerselle inondation d'eaux4 ,le second1 par la cheute du ciel sur nous1 qui estouffa toute chose viuante3 auquel aage ils assignent les geants1 et en firent voir aux ,espagnols des ossements2 la proportion desquels1 la stature des hommes reuenoit vingt paumes de hauteur4 ,le troisiesme1 par feu1 qui embrasa et consuma tout4 ,le quatriesme1 par vne motion d'air1 et de vent1 qui abbatit iusques plusieurs montaignes3 les hommes n'en moururent point1 mais ils furent changez en magots 7quelles impressions ne souffre la laschet de l'humaine creance67 ,apres la mort de ce quatriesme soleil1 le monde fut vingt-cinq ans en perpetuelles tenebres4 ,au quinziesme desquels fut cre vn homme1 et vne femme1 qui refirent l'humaine race4 ,dix ans apres1 certain de leurs iours1 le soleil parut nouuellement cre3 et commence depuis1 le compte de leurs annees par ce iour l4 ,le troisiesme iour de sa creation1 moururent les ,dieux anciens3 les nouueaux sont nays depuis du iour la iournee4 ,ce qu'ils estiment de la maniere que ce dernier soleil perira1 mon autheur n'en a rien appris4 ,mais leur nombre de ce quatriesme changement1 rencontre cette grande conionction des astres1 qui produisit il y a huict cens tant d'ans1 selon que les astrologiens estiment1 plusieurs grandes alterations et nouuelletez au monde4 ,quant la pompe et magnificence1 par o ie suis entr en ce propos1 ny ,grce1 ny ,rome1 ny gypte1 ne peut1 soit en vtilit1 ou difficult1 ou noblesse1 comparer aucun de ses ouurages1 au chemin qui se voit au ,peru1 dress par les ,roys du pas1 depuis la ville de ,quito1 iusques celle de ,cusco 7il y a trois cens lieus7 droit1 vny1 large de vingt-cinq pas1 pau1 reuestu de cost et d'autre de belles et hautes murailles1 et le long d'icelles par le dedans1 deux ruisseaux perennes1 bordez de beaux arbres1 qu'ils nomment1 ,moly4 ,o ils ont trouu des montaignes et rochers1 ils les ont taillez et applanis1 et combl les fondrieres de pierre et chaux4 ,au chef de chasque iournee1 il y a de beaux palais fournis de viures1 de vestements1 et d'armes1 tant pour les voyageurs1 que pour les armees qui ont y passer4 ,en l'estimation de cet ouurage1 i'ay compt la difficult1 qui est particulierement considerable en ce lieu l4 ,ils ne bastissoient point de moindres pierres1 que de dix pieds en carr3 ils n'auoient autre moyen de charrier1 qu' force de bras en trainant leur charge3 et pas seulement l'art d'eschaffauder3 n'y sachants autre finesse1 que de hausser autant de terre1 contre leur bastiment1 comme il s'esleue1 pour l'oster apres4 ,retombons nos coches4 ,en leur place1 et de toute autre voiture1 ils se faisoient porter par les hommes1 et sur les espaules4 ,ce dernier ,roy du ,peru1 le iour qu'il fut pris1 estoit ainsi port sur des brancars d'or1 et assis dans vne chaize d'or1 au milieu de sa bataille4 ,autant qu'on tuoit de ces porteurs1 pour le faire choir bas1 car on le vouloit prendre vif1 autant d'autres1 et l'enuy1 prenoient la place des morts3 de faon qu'on ne le peut onques abbatre1 quelque meurtre qu'on fist de ces gens l1 iusques ce qu'vn homme de cheual l'alla saisir au corps1 et l'aualla par terre4 ,,chapitre ,,vii4 ,de l'incommodit de la grandeur4 ,,pvisqve nous ne la pouuons aueindre1 vengeons nous en mesdire4 ,si n'est-ce pas entierement mesdire de quelque chose1 d'y trouuer des deffauts3 il s'en trouue en toutes choses1 pour belles et desirables qu'elles soyent4 ,en general1 elle a cet euident auantage1 qu'elle se raualle quand il luy plaist1 et qu' peu pres1 elle a le choix1 de l'vne et l'autre condition4 ,car on ne tombe pas de toute hauteur1 il en est plus1 desquelles on peut descendre1 sans tomber4 ,bien me semble-il1 que nous la faisons trop valoir3 et trop valoir aussi la resolution de ceux que nous auons ou veu ou ouy dire1 l'auoir mesprisee1 ou s'en estre desmis1 de leur propre dessein4 ,son essence n'est pas si euidemment commode1 qu'on ne la puisse refuser sans miracle4 ,ie trouue l'effort bien difficile la souffrance des maux1 mais au contentement d'vne mediocre mesure de fortune1 et fuite de la grandeur1 i'y trouue fort peu d'affaire4 ,c'est vne vertu1 ce me semble1 o moy1 qui ne suis qu'vn oyson1 arriuerois sans beaucoup de contention4 ,que doiuent faire ceux1 qui mettroient encores en consideration1 la gloire qui accompagne ce refus1 auquel il peut escheoir plus d'ambition1 qu'au desir mesme et iouyssance de la grandeur8 ,d'autant que l'ambition ne se conduit iamais mieux selon soy1 que par vne voye esgaree et inusitee4 ,i'aiguise mon courage vers la patience1 ie l'affoiblis vers le desir4 ,autant ay-ie souhaitter qu'vn autre1 et laisse mes souhaits autant de libert et d'indiscretion3 mais pourtant1 si ne m'est-il iamais aduenu1 de souhaitter ny empire ny royaut1 ny l'eminence de ces hautes fortunes et commanderesses4 ,ie ne vise pas de ce cost l3 ie m'aime trop4 ,quand ie pense croistre1 c'est bassement3 d'vne accroissance contrainte et coarde3 proprement pour moy3 en resolution1 en prudence1 en sant1 en beaut1 et en richesse encore4 ,mais ce credit1 cette auctorit si puissante1 foule mon imagination4 ,et tout l'opposite de l'autre1 m'aymerois l'auanture mieux1 deuxiesme ou troisiesme ,perigueux1 que premier ,paris3 au moins sans mentir1 mieux troisiesme ,paris1 que premier en charge1 ,ie ne veux ny debattre auec vn huissier de porte1 miserable incognu3 ny faire fendre en adoration1 les presses o ie passe4 ,ie suis duit vn estage moyen1 comme par mon sort1 aussi par mon goust4 ,et ay montr en la conduitte de ma vie1 et de mes entreprinses1 que i'ay plustost fuy1 qu'autrement1 d'eniamber par dessus le degr de fortune1 auquel ,dieu logea ma naissance4 ,toute constitution naturelle1 est pareillement iuste et aysee4 ,i'ay ainsi l'ame poltrone1 que ie ne mesure pas la bonne fortune selon sa hauteur1 ie la mesure selon sa facilit4 ,mais si ie n'ay point le cur gros assez1 ie l'ay l'equipollent ouuert1 et qui m'ordonne de publier hardiment sa foiblesse4 ,qui me donneroit conferer la vie de ,l4 ,thorius ,balbus1 gallant homme1 beau1 sauant1 sain1 entendu et abondant en toute sorte de commoditez et plaisirs1 conduisant vne vie tranquille1 et toute sienne1 l'ame bien preparee contre la mort1 la superstition1 les douleurs1 et autres encombriers de l'humaine necessit1 mourant en fin en bataille1 les armes en la main1 pour la defense de son pas1 d'vne part3 et d'autre part la vie de ,m4 ,regulus1 ainsi grande et hautaine1 que chascun la cognoist1 et sa fin admirable3 l'vne sans nom1 sans dignit3 l'autre exemplaire et glorieuse merueilles3 i'en diroy certes ce qu'en dit ,cicero1 si ie sauoy aussi bien dire que luy4 ,mais s'il me les falloit coucher sur la mienne1 ie diroy aussi1 que la premiere est autant selon ma portee1 et selon mon desir1 que ie conforme ma portee1 comme la seconde est loing au del4 ,qu' cette cy1 ie ne puis aduenir que par veneration3 i'aduiendroy volontiers l'autre par vsage4 ,retournons nostre grandeur temporelle1 d'o nous sommes partis4 ,ie suis desgoust de maistrise1 et actiue et passiue4 ,otanez l'vn des sept1 qui auoient droit de pretendre au royaume de ,perse1 print vn party1 que i'eusse prins volontiers3 c'est qu'il quitta ses compagnons son droit d'y pouuoir arriuer par election1 ou par sort3 pourueu que luy et les siens1 vescussent en cet empire hors de toute subiection et maistrise1 sauf celle des loix antiques3 et y eussent toute libert1 qui ne porteroit preiudice icelles3 impatient de commander1 comme d'estre command4 ,le plus aspre et difficile mestier du monde1 mon gr1 c'est1 faire dignement le ,roy4 ,i'excuse plus de leurs fautes1 qu'on ne fait communement1 en consideration de l'horrible poix de leur charge1 qui m'estonne4 ,il est difficile de garder mesure1 vne puissance si desmesuree4 ,si est-ce que c'est enuers ceux-mesmes qui sont de moins excellente nature1 vne singuliere incitation la vertu1 d'estre log en tel lieu1 o vous ne faciez aucun bien1 qui ne soit mis en registre et en compte3 et o le moindre bien faire1 porte sur tant de gens3 et o vostre suffisance1 comme celle des prescheurs1 s'adresse principallement au peuple1 iuge peu exacte1 facile piper1 facile contenter4 ,il est peu de choses1 ausquelles nous puissions donner le iugement syncere1 par ce qu'il en est peu1 ausquelles en quelque faon nous n'ayons particulier interest4 ,la superiorit et inferiorit1 la maistrise1 et la subiection1 sont obligees vne naturelle enuie et contestation3 il faut qu'elles s'entrepillent perpetuellement4 ,ie ne crois ny l'vne ny l'autre1 des droicts de sa compagne3 laissons en dire la raison1 qui est inflexible et impassible1 quand nous en pourrons finer4 ,ie feuilletois il n'y a pas vn mois1 deux liures ,escossois1 se combattans sur ce subiect4 ,le populaire rend le ,roy de pire condition qu'vn charretier1 le monarchique le loge quelques brasses au dessus de ,dieu1 en puissance et souuerainet4 ,or l'incommodit de la grandeur1 que i'ay pris icy remerquer1 par quelque occasion qui vient de m'en aduertir1 est cette-cy4 ,il n'est l'auanture rien plus plaisant au commerce des hommes1 que les essais que nous faisons les vns contre les autres1 par ialousie d'honneur et de valeur1 soit aux exercices du corps ou de l'esprit3 ausquels la grandeur souueraine n'a aucune vraye part4 ,a la verit il m'a sembl souuent1 qu' force de respect1 on y traicte les ,princes desdaigneusement et iniurieusement4 ,car ce dequoy ie m'offenois infiniement en mon enfance1 que ceux qui s'exeroient auec moy1 espargnassent de s'y employer bon escient1 pour me trouuer indigne contre qui ils s'efforassent3 c'est ce qu'on voit leur aduenir tous les iours1 chacun se trouuant indigne de s'efforcer contre eux4 ,si on recognoist qu'ils ayent tant soit peu d'affection la victoire1 il n'est celuy1 qui ne se trauaille la leur prester3 et qui n'ayme mieux trahir sa gloire1 que d'offenser la leur4 ,on n'y employe qu'autant d'effort qu'il en faut pour seruir leur honneur4 ,quelle part ont ils la meslee1 en laquelle chacun est pour eux8 ,il me semble voir ces paladins du temps pass1 se presentans aux ioustes et aux combats1 auec des corps1 et des armes faes4 ,brisson courant contre ,alexandre1 se feignit en la course3 ,alexandre l'en tana3 mais il luy en deuoit faire donner le foet4 ,pour cette consideration1 ,carneades disoit1 que les enfans des ,princes n'apprennent rien droict qu' manier des cheuaux3 d'autant qu'en tout autre exercice1 chacun fleschit soubs eux1 et leur donne gaign3 mais vn cheual qui n'est ny flateur ny courtisan1 verse le fils du ,roy par terre1 comme il feroit le fils d'vn crocheteur4 ,homere a est contrainct de consentir que ,venus fut blessee au combat de ,troye1 vne si douce saincte et si delicate1 pour luy donner du courage et de la hardiesse1 qualitez qui ne tombent aucunement en ceux qui sont exempts de danger4 ,on fait courroucer1 craindre1 fuyr les ,dieux1 s'enialouser1 se douloir1 et se passionner1 pour les honorer des vertus qui se bastissent entre nous1 de ces imperfections4 ,qui ne participe1 au hazard et difficult1 ne peut pretendre interest l'honneur et plaisir qui suit les actions hazardeuses4 ,c'est piti de pouuoir tant1 qu'il aduienne que toutes choses vous cedent4 ,vostre fortune reiette trop loing de vous la societ et la compagnie1 elle vous plante trop l'escart4 ,cette aysance et lasche facilit1 de faire tout baisser soubs soy1 est ennemye de toute sorte de plaisir4 ,c'est glisser cela1 ce n'est pas aller3 c'est dormir1 ce n'est pas viure6 ,conceuez l'homme accompagn d'omnipotence1 vous l'abysmez3 il faut qu'il vous demande par aumosne1 de l'empeschement et de la resistance4 ,son estre et son bien est en indigence4 ,leurs bonnes qualitez sont mortes et perdues3 car elles ne se sentent que par comparaison1 et on les en met hors3 ils ont peu de cognoissance de la vraye loange1 estans batus d'vne si continuelle approbation et vniforme4 ,ont ils affaire au plus sot de leurs subiects8 ils n'ont aucun moyen de prendre aduantage sur luy3 en disant1 ,c'est pour ce qu'il est mon ,roy1 il luy semble auoir assez dict1 qu'il a prest la main se laisser vaincre4 ,cette qualit estouffe et consomme les autres qualitez vrayes et essentielles3 elles sont enfoncees dans la royaut3 et ne leur laisse eux faire valoir1 que les actions qui la touchent directement1 et qui luy seruent3 les offices de leur charge4 ,c'est tant estre ,roy1 qu'il n'est que par l4 ,cette lueur estrangere qui l'enuironne1 le cache1 et nous le desrobe3 nostre veu s'y rompt et s'y dissipe1 estant remplie et arrestee par cette forte lumiere4 ,le ,senat ordonna le prix d'eloquence ,tybere3 il le refusa1 n'estimant pas d'vn iugement si peu libre1 quand bien il eust est veritable1 il s'en peust ressentir4 ,comme on leur cede tous auantages d'honneur1 aussi conforte lon et auctorise les deffauts et vices qu'ils ont3 non seulement par approbation1 mais aussi par imitation4 ,chacun des suiuans d',alexandre portoit comme luy1 la teste cost4 ,et les flateurs de ,dionisius1 s'entrehurtoient en sa presence1 poussoyent et versoient ce qui se rencontroit leurs pieds1 pour dire qu'ils auoient la veu aussi courte que luy4 ,les greueures ont aussi par fois seruy de recommandation et faueur4 ,i'en ay veu la surdit en affectation4 ,et par ce que le maistre hayssoit sa femme1 ,plutarque a veu les courtisans repudier les leurs1 qu'ils aymoient4 ,qui plus est1 la paillardise s'en est veu en credit1 et toute dissolution3 comme aussi la desloyaut1 les blasphemes1 la cruaut3 comme l'heresie1 comme la superstition1 l'irreligion1 la mollesse1 et pis si pis il y a4 ,par vn exemple encores plus dangereux1 que celuy des flateurs de ,mithridates1 qui d'autant que leur maistre pretendoit l'honneur de bon medecin1 luy portoient inciser et cauteriser leurs membres4 ,car ces autres souffrent cauteriser leur ame1 partie plus delicate et plus noble4 ,mais pour acheuer par o i'ay commenc3 ,adrian l',empereur debatant auec le philosophe ,fauorinus de l'interpretation de quelque mot3 ,fauorinus luy en quitta bien tost la victoire3 ses amys se plaignans luy3 ,vous vous moquez1 fit-il1 voudriez vous qu'il ne fust pas plus sauant que moy1 luy qui commande trente legions8 ,auguste escriuit des vers contre ,asinius ,pollio3 ,et moy1 dit ,pollio1 ie me tais3 ce n'est pas sagesse d'escrire l'enuy de celuy1 qui peut proscrire4 ,et auoient raison4 ,car ,dionysius pour ne pouuoir esgaller ,philoxenus en la posie1 et ,platon en discours3 en condamna l'vn aux carrieres1 et enuoya vendre l'autre esclaue en l'isle d'gine4 ,,chapitre ,,viii4 ,de l'art de conferer4 ,c',,est vn vsage de nostre iustice1 d'en condamner aucuns1 pour l'aduertissement des autres4 ,de les condamner1 par ce qu'ils ont failly1 ce seroit bestise1 comme dit ,platon4 ,car ce qui est faict1 ne se peut deffaire3 mais c'est afin qu'ils ne faillent plus de mesmes1 ou qu'on fuye l'exemple de leur faute4 ,on ne corrige pas celuy qu'on pend1 on corrige les autres par luy4 ,ie fais de mesmes4 ,mes erreurs sont tantost naturelles et incorrigibles et irremediables4 ,mais ce que les honnestes hommes profitent au public en se faisant imiter1 ie le profiteray l'auanture me faire euiter4 ,nnne vides ,albi vt mal viuat filius1 vtque ,barrus inops8 magnum documentum1 ne patriam rem ,perdere quis velit4 ,publiant et accusant mes imperfections1 quelqu'vn apprendra de les craindre4 ,les parties que i'estime le plus en moy1 tirent plus d'honneur de m'accuser1 que de me recommander4 ,voyl pourquoy i'y retombe1 et m'y arreste plus souuent4 ,mais quand tout est compt1 on ne parle iamais de soy1 sans perte4 ,les propres condemnations sont tousiours accreus1 les louanges mescrus4 ,il en peut estre aucuns de ma complexion1 qui m'instruis mieux par contrariet que par similitude3 et par fuite que par suite4 ,a cette sorte de discipline regardoit le vieux ,caton1 quand il dict1 que les sages ont plus apprendre des fols1 que les fols des sages4 ,et cet ancien ioueur de lyre1 que ,pausanias recite1 auoir accoustum contraindre ses disciples d'aller ouyr vn mauuais sonneur1 qui logeoit vis vis de luy3 o ils apprinssent hayr ses desaccords et fauces mesures4 ,l'horreur de la cruaut me reiecte plus auant en la clemence1 qu'aucun patron de clemence ne me sauroit attirer4 ,vn bon escuyer ne redresse pas tant mon assiete1 comme fait vn procureur1 ou vn ,venitien cheual4 ,et vne mauuaise faon de langage1 reforme mieux la mienne1 que ne fait la bonne4 ,tous les iours la sotte contenance d'vn autre1 m'aduertit et m'aduise4 ,ce qui poincte1 touche et esueille mieux1 que ce qui plaist4 ,ce temps est propre nous amender reculons1 par disconuenance plus que par conuenance2 par difference1 que par accord4 ,estant peu apprins par les bons exemples1 ie me sers des mauuais3 desquels la leon est ordinaire4 ,ie me suis efforc de me rendre autant aggreable comme i'en voyoy de fascheux3 aussi ferme1 que i'en voyoy de mols3 aussi doux1 que i'en voyoy d'aspres3 aussi bon1 que i'en voyoy de meschants4 ,mais ie me proposoy des mesures inuincibles4 ,le plus fructueux et naturel exercice de nostre esprit1 c'est mon gr la conference4 ,i'en trouue l'vsage plus doux1 que d'aucune autre action de nostre vie4 ,et c'est la raison pourquoy1 si i'estois cette heure forc de choisir1 ie consentirois plustost1 ce crois-ie1 de perdre la veu1 que l'ouyr ou le parler4 ,les ,atheniens1 et encore les ,romains1 conseruoient en grand honneur cet exercice en leurs ,academies4 ,de nostre temps1 les ,italiens en retiennent quelques vestiges1 leur grand profit3 comme il se voit par la comparaison de nos entendemens aux leurs4 ,l'estude des liures1 c'est vn mouuement languissant et foible qui n'eschauffe point3 l o la conference1 apprend et exerce en vn coup4 ,si ie confere auec vne ame forte1 et vn roide iousteur1 il me presse les flancs1 me picque gauche et dextre3 ses imaginations eslancent les miennes4 ,la ialousie1 la gloire1 la contention1 me poussent et rehaussent au dessus de moy-mesmes4 ,et l'vnisson1 est qualit du tout ennuyeuse en la conference4 ,mais comme nostre esprit se fortifie par la communication des esprits vigoureux et reglez1 il ne se peut dire1 combien il perd1 et s'abastardit1 par le continuel commerce1 et frequentation1 que nous auons auec les esprits bas et maladifs4 ,il n'est contagion qui s'espande comme celle-l4 ,ie say par assez d'experience1 combien en vaut l'aune4 ,i'ayme contester1 et discourir1 mais c'est auec peu d'hommes1 et pour moy4 ,car de seruir de spectacle aux grands1 et faire l'enuy parade de son esprit1 et de son caquet1 ie trouue que c'est vn mestier tres-messeant vn homme d'honneur4 ,la sottise est vne mauuaise qualit1 mais de ne la pouuoir supporter1 et s'en despiter et ronger1 comme il m'aduient1 c'est vne autre sorte de maladie1 qui ne doit guere la sottise1 en importunit4 ,et est ce qu' present ie veux accuser du mien4 ,i'entre en conference et en dispute1 auec grande libert et facilit3 d'autant que l'opinion trouue en moy le terrein mal propre y penetrer1 et y pousser de hautes racines4 ,nulles propositions m'estonnent1 nulle creance me blesse1 quelque contrariet qu'elle aye la mienne4 ,il n'est si friuole et si extrauagante fantasie1 qui ne me semble bien sortable la production de l'esprit humain4 ,nous autres1 qui priuons nostre iugement du droict de faire des arrests1 regardons mollement les opinions diuerses3 et si nous n'y prestons le iugement1 nous y prestons aysement l'oreille4 ,o l'vn plat est vuide du tout en la balance1 ie laisse vaciller l'autre1 sous les songes d'vne vieille4 ,et me semble estre excusable1 si i'accepte plustost le nombre impair3 le ieudy au prix du vendredy3 si ie m'aime mieux douziesme ou quatorziesme1 que treiziesme table3 si ie vois plus volontiers vn liure costoyant1 que trauersant mon chemin1 quand ie voyage3 et donne plustost le pied gauche1 que le droict1 chausser4 ,toutes telles reuasseries1 qui sont en credit autour de nous1 meritent aumoins qu'on les escoute4 ,pour moy1 elles emportent seulement l'inanit1 mais elles l'emportent4 ,encores sont en poids1 les opinions vulgaires et casuelles1 autre chose1 que rien1 en nature4 ,et qui ne s'y laisse aller iusques l1 tombe l'auanture au vice de l'opiniastret1 pour euiter celuy de la superstition4 ,les contradictions donc des iugemens1 ne m'offencent1 ny m'alterent3 elles m'esueillent seulement et m'exercent4 ,nous fuyons la correction1 il s'y faudroit presenter et produire notamment quand elle vient par forme de conference1 non de regence4 ,a chasque opposition1 on ne regarde pas si elle est iuste1 mais1 tort1 ou droit1 comme on s'en deffera4 ,au lieu d'y tendre les bras1 nous y tendons les griffes4 ,ie souffrirois estre rudement heurt par mes amis3 ,tu s vn sot1 tu resues4 ,i'ayme entre les galans hommes1 qu'on s'exprime courageusement3 que les mots aillent o va la pensee4 ,il nous faut fortifier l'ouye1 et la durcir1 contre cette tendreur du son ceremonieux des parolles4 ,i'ayme vne societ1 et familiarit forte1 et virile3 vne amiti1 qui se flatte en l'aspret et vigueur de son commerce3 comme l'amour1 s morsures et esgratigneures sanglantes4 ,elle n'est pas assez vigoureuse et genereuse1 si elle n'est querelleuse3 si elle est ciuilisee et artiste3 si elle craint le heurt1 et a ses allures contreintes4 ,neque enim disputari sine reprehensione potest4 ,quand on me contrarie1 on esueille mon attention1 non pas ma cholere3 ie m'auance vers celuy qui me contredit1 qui m'instruit4 ,la cause de la verit1 deuroit estre la cause commune l'vn et l'autre4 ,que respondra-il8 la passion du courroux luy a desia frapp le iugement3 le trouble s'en est saisi1 auant la raison4 ,il seroit vtile1 qu'on passast par gageure1 la decision de nos disputes3 qu'il y eust vne marque materielle de nos pertes3 affin que nous en tinssions estat1 et que mon valet me peust dire3 ,il vous cousta l'annee passee cent escus1 vingt fois1 d'auoir est ignorant et opiniastre4 ,ie festoye et caresse la verit en quelque main que ie la trouue1 et m'y rends alaigrement1 et luy tends mes armes vaincues1 de loing que ie la vois approcher4 ,et pourueu qu'on n'y procede d'vne troigne trop imperieusement magistrale1 ie prens plaisir estre reprins4 ,et m'accommode aux accusateurs1 souuent plus1 par raison de ciuilit1 que par raison d'amendement3 aymant gratifier et nourrir la libert de m'aduertir1 par la facilit de ceder4 ,toutesfois il est malais d'y attirer les hommes de mon temps4 ,ils n'ont pas le courage de corriger1 par ce qu'ils n'ont pas le courage de souffrir l'estre4 ,et parlent tousiours auec dissimulation1 en presence les vns des autres4 ,ie prens si grand plaisir d'estre iug et cogneu1 qu'il m'est comme indifferent1 en quelle des deux formes ie le soys4 ,mon imagination se contredit elle mesme si souuent1 et condamne1 que ce m'est tout vn1 qu'vn autre le face3 veu principalement que ie ne donne sa reprehension1 que l'authorit que ie veux4 ,mais ie romps paille auec celuy1 qui se tient si haut la main3 comme i'en cognoy quelqu'vn1 qui plaint son aduertissement1 s'il n'en est creu3 et prend iniure1 si on estriue le suiure4 ,ce que ,socrates recueilloit tousiours riant1 les contradictions1 qu'on opposoit son discours1 on pourroit dire1 que sa force en estoit cause3 et que l'auantage ayant tomber certainement de son cost1 il les acceptoit1 comme matiere de nouuelle victoire4 ,toutesfois nous voyons au rebours1 qu'il n'est rien1 qui nous y rende le sentiment si delicat1 que l'opinion de la preminence1 et desdaing de l'aduersaire4 ,et que par raison1 c'est au foible plustost1 d'accepter de bon gr les oppositions qui le redressent et rabillent4 ,ie cherche la verit plus la frequentation de ceux qui me gourment1 que de ceux qui me craignent4 ,c'est vn plaisir fade et nuisible1 d'auoir affaire gens qui nous admirent et facent place4 ,antisthenes commanda ses enfans1 de ne sauoir iamais gr ny grace1 homme qui les louast4 ,ie me sens bien plus fier1 de la victoire que ie gaigne sur moy1 quand en l'ardeur mesme du combat1 ie me faits plier soubs la force de la raison de mon aduersaire3 que ie ne me sens gr1 de la victoire que ie gaigne sur luy1 par sa foiblesse4 ,en fin1 ie reois et aduoue toute sorte d'atteinctes qui sont de droict fil1 pour foibles qu'elles soient3 mais ie suis par trop impatient1 de celles qui se donnent sans forme4 ,il me chaut peu de la matiere1 et me sont les opinions vnes1 et la victoire du subiect peu pres indifferente4 ,tout vn iour ie contesteray paisiblement1 si la conduicte du debat se suit auec ordre4 ,ce n'est pas tant la force et la subtilit1 que ie demande1 comme l'ordre4 ,l'ordre qui se voit tous les iours1 aux altercations des bergers et des enfants de boutique3 iamais entre nous4 ,s'ils se detraquent1 c'est en inciuilit3 si faisons nous bien4 ,mais leur tumulte et impatience1 ne les deuoye pas de leur theme4 ,leur propos suit son cours4 ,s'ils preuiennent l'vn l'autre1 s'ils ne s'attendent pas1 aumoins ils s'entendent4 ,on respond tousiours trop bien pour moy1 si on respond ce que ie dits4 ,mais quand la dispute est trouble et des-reglee1 ie quitte la chose1 et m'attache la forme1 auec despit et indiscretion3 et me iette vne faon de debattre1 testue1 malicieuse1 et imperieuse1 dequoy i'ay rougir apres4 ,il est impossible de traitter de bonne foy auec vn sot4 ,mon iugement ne se corrompt pas seulement la main d'vn maistre si impetueux3 mais aussi ma conscience4 ,noz disputes deuroient estre defendues et punies1 comme d'autres crimes verbaux4 ,quel vice n'esueillent elles et n'amoncellent1 tousiours regies et commandees par la cholere8 ,nous entrons en inimiti1 premierement contre les raisons1 et puis contre les hommes4 ,nous n'apprenons disputer que pour contredire3 et chascun contredisant et estant contredict1 il en aduient que le fruit du disputer1 c'est perdre et aneantir la verit4 ,ainsi ,platon en sa republique1 prohibe cet exercice aux esprits ineptes et mal nays4 ,a quoy faire vous mettez vous en voye de quester ce qui est1 auec celuy qui n'a ny pas1 ny alleure qui vaille8 ,on ne fait point tort au subiect1 quand on le quicte1 pour voir du moyen de le traicter4 ,ie ne dis pas moyen scholastique et artiste1 ie dis moyen naturel1 d'vn sain entendement4 ,que sera-ce en fin8 l'vn va en ,orient1 l'autre en ,occident4 ,ils perdent le principal1 et l'escartent dans la presse des incidens4 ,au bout d'vne heure de tempeste1 ils ne sauent ce qu'ils cherchent3 l'vn est bas1 l'autre haut1 l'autre costier4 ,qui se prend vn mot et vne similitude4 ,qui ne sent plus ce qu'on luy oppose1 tant il est engag en sa course1 et pense se suiure1 non pas vous4 ,qui se trouuant foible de reins1 craint tout1 refuse tout1 mesle dez l'entree1 et confond le propos3 ou sur l'effort du debat1 se mutine se taire tout plat3 par vne ignorance despite1 affectant vn orgueilleux mesprix3 ou vne sottement modeste fuitte de contention4 ,pourueu que cettuy-cy frappe1 il ne luy chaut combien il se descouure4 ,l'autre compte ses mots1 et les poise pour raisons4 ,celuy-l n'y employe que l'auantage de sa voix1 et de ses poulmons4 ,en voyla vn qui conclud contre soy-mesme3 et cettuy-cy qui vous assourdit de prefaces et digressions inutiles4 ,cet autre s'arme de pures iniures1 et cherche vne querelle d',alemaigne1 pour se deffaire de la societ et conference d'vn esprit1 qui presse le sien4 ,ce dernier ne voit rien en la raison1 mais il vous tient assieg sur la closture dialectique de ses clauses1 et sur les formules de son art4 ,or qui n'entre en deffiance des sciences1 et n'est en doubte1 s'il s'en peut tirer quelque solide fruict1 au besoin de la vie3 considerer l'vsage que nous en auons8 ,nihil sanantibus litteris4 ,qui a pris de l'entendement en la logique8 o sont ses belles promesses8 ,nec ad melius viuendum1 nec ad commodius disserendum4 ,voit-on plus de barbouillage au caquet des harengeres1 qu'aux disputes publiques des hommes de cette profession8 ,i'aymeroy mieux1 que mon fils apprint aux tauernes parler1 qu'aux escholes de la parlerie4 ,ayez vn maistre s arts1 conferez auec luy1 que ne nous fait-il sentir cette excellence artificiele1 et ne rauit les femmes1 et les ignorans comme nous sommes1 par l'admiration de la fermet de ses raisons1 de la beaut de son ordre8 que ne nous domine-il et persuade comme il veut8 ,vn homme si auantageux en matiere1 et en conduicte1 pourquoy mesle-il son escrime les iniures1 l'indiscretion et la rage8 ,qu'il oste son chapperon1 sa robbe1 et son ,latin1 qu'il ne batte pas nos aureilles d',aristote tout pur et tout creu1 vous le prendrez pour l'vn d'entre nous1 ou pis4 ,il me semble de cette implication et entrelasseure du langage1 par o ils nous pressent1 qu'il en va comme des ioueurs de passe-passe3 leur souplesse combat et force nos sens1 mais elle n'esbranle aucunement nostre creance3 hors ce bastelage1 ils ne font rien qui ne soit commun et vil4 ,pour estre plus sauans1 ils n'en sont pas moins ineptes4 ,i'ayme et honore le sauoir1 autant que ceux qui l'ont4 ,et en son vray vsage1 c'est le plus noble et puissant acquest des hommes4 ,mais en ceux-l1 et il en est vn nombre infiny de ce genre1 qui en establissent leur fondamentale suffisance et valeur3 qui se rapportent de leur entendement leur memoire1 sub aliena vmbra latentes3 et ne peuuent rien que par liure3 ie le hay1 si ie l'ose dire1 vn peu plus que la bestise4 ,en mon pays1 et de mon temps1 la doctrine amande assez les bourses1 nullement les ames4 ,si elle les rencontre mousses1 elle les aggraue et suffoque3 masse crue et indigeste3 si desliees1 elle les purifie volontiers1 clarifie et subtilise iusques l'exinanition4 ,c'est chose de qualit peu pres indifferente3 tres-vtile accessoire1 vne ame bien nee1 pernicieux vne autre ame et dommageable4 ,ou plustost1 chose de tres-precieux vsage1 qui ne se laisse pas posseder vil prix3 en quelque main c'est vn sceptre1 en quelque autre1 vne marotte4 ,mais suyuons4 ,quelle plus grande victoire attendez vous1 que d'apprendre vostre ennemy qu'il ne vous peut combattre8 ,quand vous gaignez l'auantage de vostre proposition1 c'est la verit qui gaigne3 quand vous gaignez l'auantage de l'ordre1 et de la conduitte1 c'est vous qui gaignez4 ,il m'est aduis qu'en ,platon et ,xenophon ,socrates dispute plus1 en faueur des disputants qu'en faueur de la dispute3 et pour instruire ,euthydemus et ,protagoras de la cognoissance de leur impertinence1 plus que de l'impertinence de leur art4 ,il empoigne la premiere matiere1 comme celuy qui a vne fin plus vtile que de l'aisclaircir1 assauoir esclaircir les esprits1 qu'il prend manier et exercer4 ,l'agitation et la chasse est proprement de nostre gibier1 nous ne sommes pas excusables de la conduire mal et impertinemment3 de faillir la prise1 c'est autre chose4 ,car nous sommes nais quester la verit1 il appartient de la posseder vne plus grande puissance4 ,elle n'est pas1 comme disoit ,democritus1 cachee dans le fonds des abysmes3 mais plustost esleuee en hauteur infinie en la cognoissance diuine4 ,le monde n'est qu'vne escole d'inquisition4 ,ce n'est pas qui mettra dedans1 mais qui fera les plus belles courses4 ,autant peut faire le sot1 celuy qui dit vray1 que celuy qui dit faux3 car nous sommes sur la maniere1 non sur la matiere du dire4 ,mon humeur est de regarder autant la forme1 qu' la substance3 autant l'aduocat qu' la cause1 comme ,alcibiades ordonnoit qu'on fist4 ,et tous les iours m'amuse lire en des autheurs1 sans soing de leur science3 y cherchant leur faon1 non leur subiect4 ,tout ainsi que ie poursuy la communication de quelque esprit fameux1 non affin qu'il m'enseigne1 mais affin que ie le cognoisse1 et que le cognoissant1 s'il le vaut1 ie l'imite4 ,tout homme peut dire veritablement1 mais dire ordonnement1 prudemment1 et suffisamment1 peu d'hommes le peuuent4 ,par ainsi la faucet qui vient d'ignorance1 ne m'offence point3 c'est l'ineptie4 ,i'ay rompu plusieurs marchez qui m'estoient vtiles1 par l'impertinence de la contestation de ceux1 auec qui ie marchandois4 ,ie ne m'esmeus pas vne fois l'an1 des fautes de ceux sur lesquels i'ay puissance3 mais sur le poinct de la bestise et opiniastret de leurs allegations1 excuses et defences1 asnieres et brutales1 nous sommes tous les iours nous en prendre la gorge4 ,ils n'entendent ny ce qui se dit1 ny pourquoy1 et respondent de mesme3 c'est pour desesperer4 ,ie ne sens heurter rudement ma teste1 que par vne autre teste4 ,et entre plustost en composition auec le vice de mes gens1 qu'auec leur temerit1 importunit et leur sottise4 ,qu'ils facent moins1 pourueu qu'ils soient capables de faire4 ,vous viuez en esperance d'eschauffer leur volont4 ,mais d'vne souche1 il n'y a ny qu'esperer1 ny que iouyr qui vaille4 ,or quoy1 si ie prends les choses autrement qu'elles ne sont8 ,il peut estre4 ,et pourtant i'accuse mon impatience4 ,et tiens1 premierement1 qu'elle est esgallement vitieuse en celuy qui a droit1 comme en celuy qui a tort4 ,car c'est tousiours vn'aigreur tyrannique1 de ne pouuoir souffrir vne forme diuerse la sienne4 ,et puis1 qu'il n'est la verit point de plus grande fadese1 et plus constante1 que de s'esmouuoir et piquer des fadeses du monde1 ny plus heteroclite4 ,car elle nous formalise principallement contre nous3 et ce philosophe du temps pass n'eust iamais eu faute d'occasion ses pleurs1 tant qu'il se fust consider4 ,mison l'vn des sept sages1 d'vne humeur ,timoniene et ,democritiene interrog1 dequoy il rioit seul3 ,de ce que ie ris seul3 respondit-il4 ,combien de sottises dis-ie1 et respons-ie tous les iours1 selon moy3 et volontiers donq combien plus frequentes1 selon autruy8 ,si ie m'en mors les leures1 qu'en doiuent faire les autres8 ,somme1 il faut viure entre les viuants1 et laisser la riuiere courre sous le pont1 sans nostre soing3 ou tout le moins1 sans nostre alteration4 ,de vray1 pourquoy sans nous esmouuoir1 rencontrons nous quelqu'vn qui ayt le corps tortu et mal basty1 et ne pouuons souffrir le rencontre d'vn esprit mal reng1 sans nous mettre en cholere8 ,cette vitieuse aspret tient plus au iuge1 qu' la faute4 ,ayons tousiours en la bouche ce mot de ,platon3 ,ce que ie treuue mal sain1 n'est-ce pas pour estre moy-mesmes mal sain8 ,ne suis-ie pas moy-mesmes en coulpe8 mon aduertissement se peut-il pas renuerser contre moy8 ,sage et diuin refrein1 qui fouete la plus vniuerselle1 et commune erreur des hommes4 ,non seulement les reproches1 que nous faisons les vns aux autres1 mais noz raisons aussi1 et noz arguments et matieres controuerses1 sont ordinairement retorquables nous3 et nous enferrons de noz armes4 ,dequoy l'anciennet m'a laiss assez de graues exemples4 ,ce fut ingenieusement dit et bien propos1 par celuy qui l'inuenta3 ,stercus cuique suum bene olet4 ,noz yeux ne voyent rien en derriere4 ,cent fois le iour1 nous nous moquons de nous sur le subiect de nostre voysin1 et detestons en d'autres1 les defauts qui sont en nous plus clairement3 et les admirons d'vne merueilleuse impudence et inaduertence4 ,encores hier ie fus mesmes1 de veoir vn homme d'entendement se moquant autant plaisamment que iustement1 de l'inepte faon d'vn autre1 qui rompt la teste tout le monde du registre de ses genealogies et alliances1 plus de moiti fauces 7ceux-l se iettent plus volontiers sur tels sots propos1 qui ont leurs qualitez plus doubteuses et moins seures7 et luy s'il eust recul sur soy1 se fust trouu non guere moins intemperant et ennuyeux semer et faire valoir la prerogatiue de la race de sa femme4 ,o importune presomption1 de laquelle la femme se voit armee par les mains de son mary mesme8 ,s'il entendoit du ,latin1 il luy faudroit dire1 ,age6 si hc non insanit satis sua sponte1 instiga4 ,ie ne dis pas1 que nul n'accuse1 qui ne soit net3 car nul n'accuseroit3 voire ny net1 en mesme sorte de tache4 ,mais i'entens1 que nostre iugement chargeant sur vn autre1 duquel pour lors il est question1 ne nous espargne pas1 d'vne interne et seuere iurisdiction4 ,c'est office de charit1 que1 qui ne peut oster vn vice en soy1 cherche ce neantmoins l'oster en autruy3 o il peut auoir moins maligne et reuesche semence4 ,ny ne me semble responce propos1 celuy1 qui m'aduertit de ma faute1 dire qu'elle est aussi en luy4 ,quoy pour cela8 ,tousiours l'aduertissement est vray et vtile4 ,si nous auions bon nez1 nostre ordure nous deuroit plus pur1 d'autant qu'elle est nostre4 ,et ,socrates est d'aduis1 que qui se trouueroit coulpable1 et son fils1 et vn estranger1 de quelque violence et iniure1 deuroit commencer par soy1 se presenter la condamnation de la iustice1 et implorer1 pour se purger1 le secours de la main du bourreau3 secondement pour son fils3 et dernierement pour l'estranger4 ,si ce precepte prend le ton vn peu trop haut3 au moins se doibt il presenter le premier1 la punition de sa propre conscience4 ,les sens sont nos propres et premiers iuges1 qui n'apperoiuent les choses que par les accidens externes3 et n'est merueille1 si en toutes les pieces du seruice de nostre societ1 il y a vn si perpetuel1 et vniuersel meslange de ceremonies et apparences superficielles3 si que la meilleure et plus effectuelle part des polices1 consiste en cela4 ,c'est tousiours l'homme que nous auons affaire1 duquel la condition est merueilleusement corporelle4 ,que ceux qui nous ont voulu bastir ces annees passees1 vn exercice de religion1 si contemplatif et immateriel1 ne s'estonnent point1 s'il en trouue1 qui pensent1 qu'elle fust eschappe et fondue entre leurs doigts1 si elle ne tenoit parmy nous1 comme marque1 tiltre1 et instrument de diuision et de part1 plus que par soy-mesmes4 ,comme en la conference4 ,la grauit1 la robbe1 et la fortune de celuy qui parle1 donne souuent credit des propos vains et ineptes4 ,il n'est pas presumer1 qu'vn monsieur1 si suiuy1 si redout1 n'aye au dedans quelque suffisance autre que populaire3 et qu'vn homme qui on donne tant de commissions1 et de charges1 si desdaigneux et si morguant1 ne soit plus habile1 que cet autre1 qui le salue de si loing1 et que personne n'employe4 ,non seulement les mots1 mais aussi les grimaces de ces gens l1 se considerent et mettent en compte3 chacun s'appliquant y donner quelque belle et solide interpretation4 ,s'ils se rabaissent la conference commune1 et qu'on leur presente autre chose qu'approbation et reuerence1 ils vous assomment de l'authorit de leur experience3 ils ont ouy1 ils ont veu1 ils ont faict1 vous estes accabl d'exemples4 ,ie leur dirois volontiers1 que le fruict de l'experience d'vn chirurgien1 n'est pas l'histoire de ses practiques1 et se souuenir qu'il a guary quatre empestez et trois gouteux1 s'il ne sait de cet vsage1 tirer dequoy former son iugement1 et ne nous sait faire sentir1 qu'il en soit deuenu plus sage l'vsage de son art4 ,comme en vn concert d'instruments1 on n'oit pas vn leut1 vne espinete1 et la flutte3 on oyt vne harmonie en globe3 l'assemblage et le fruict de tout cet amas4 ,si les voyages et les charges les ont amendez1 c'est la production de leur entendement de le faire paroistre4 ,ce n'est pas assez de compter les experiences1 il les faut poiser et assortir3 et les faut auoir digerees et alambiquees1 pour en tirer les raisons et conclusions qu'elles portent4 ,il ne fut iamais tant d'historiens4 ,bon est-il tousiours et vtile de les ouyr1 car ils nous fournissent tout plein de belles instructions et louables du magasin de leur memoire4 ,grande partie certes1 au secours de la vie4 ,mais nous ne cherchons pas cela pour cette heure1 nous cherchons si ces recitateurs et recueilleurs sont louables eux-mesmes4 ,ie hay toute sorte de tyrannie1 et la parliere1 et l'effectuelle4 ,ie me bande volontiers contre ces vaines circonstances1 qui pipent nostre iugement par les sens3 et me tenant au guet de ces grandeurs extraordinaires1 ay trouu que ce sont pour le plus1 des hommes comme les autres3 ,rarus enim ferm sensus communis in illa ,fortuna4 ,a l'auanture les estime lon1 et apperoit moindres qu'ils ne sont1 d'autant qu'ils entreprennent plus1 et se montrent plus1 ils ne respondent point au faix qu'ils ont pris4 ,il faut qu'il y ayt plus de vigueur1 et de pouuoir au porteur1 qu'en la charge4 ,celuy qui n'a pas remply sa force1 il vous laisse deuiner1 s'il a encore de la force au del1 et s'il a est essay iusques son dernier poinct4 ,celuy qui succombe sa charge1 il descouure sa mesure1 et la foiblesse de ses espaules4 ,c'est pourquoy on voit tant d'ineptes ames entre les sauantes1 et plus que d'autres4 ,il s'en fust faict des bons hommes de mesnage1 bons marchans1 bons artizans3 leur vigueur naturelle estoit taillee cette proportion4 ,c'est chose de grand poix que la science1 ils fondent dessoubs4 ,pour estaller et distribuer cette riche et puissante matiere1 pour l'employer et s'en ayder3 leur engin n'a1 ny assez de vigueur1 ny assez de maniement4 ,elle ne peut qu'en vne forte nature3 or elles sont bien rares4 ,et les foibles1 dit ,socrates1 corrompent la dignit de la philosophie en la maniant4 ,elle paroist et inutile et vicieuse1 quand elle est mal estuyee4 ,voyla comment ils se gastent et affollent4 ,humani qualis simulator simius oris1 ,quem puer arridens1 pretioso stamine serum ,velauit1 nudsques nates ac terga reliquit1 ,ludibrium mensis4 ,a ceux pareillement1 qui nous regissent et commandent1 qui tiennent le monde en leur main1 ce n'est pas assez d'auoir vn entendement commun3 de pouuoir ce que nous pouuons4 ,ils sont bien loing au dessoubs de nous1 s'ils ne sont bien loing au dessus4 ,comme ils promettent plus1 ils doiuent aussi plus4 ,et pourtant leur est le silence1 non seulement contenance de respect et grauit1 mais encore souuent de profit et de mesnage4 ,car ,megabysus estant all voir ,apelles en son ouurouer1 fut long temps sans mot dire3 et puis commena discourir de ses ouurages4 ,dont il reeut cette reprimende3 ,tandis que tu as gard silence1 tu semblois quelque grande chose1 cause de tes cheines et de ta pompe3 mais maintenant1 qu'on t'a ouy parler1 il n'est pas iusques aux garsons de ma boutique qui ne te mesprisent4 ,ces magnifiques atours1 ce grand estat1 ne luy permettoient point d'estre ignorant d'vne ignorance populaire3 et de parler impertinemment de la peinture4 ,il deuoit maintenir muet1 cette externe et presomptiue suffisance4 ,a combien de sottes ames en mon temps1 a seruy vne mine froide et taciturne1 de tiltre de prudence et de capacit8 ,les dignitez1 les charges1 se donnent necessairement1 plus par fortune que par merite3 et a lon tort souuent de s'en prendre aux ,roys4 ,au rebours c'est merueille qu'ils y ayent tant d'heur1 y ayans si peu d'adresse3 ,principis est virtus maxima1 nosse suos4 ,car la nature ne leur a pas donn la veu1 qui se puisse estendre tant de peuple1 pour en discerner la precellence3 et perser nos poitrines1 o loge la cognoissance de nostre volont et de nostre meilleure valeur4 ,il faut qu'ils nous trient par coniecture1 et tastons3 par la race1 les richesses1 la doctrine1 la voix du peuple3 tres-foibles argumens4 ,qui pourroit trouuer moyen1 qu'on en peust iuger par iustice1 et choisir les hommes par raison1 establiroit de ce seul trait1 vne parfaite forme de police4 ,ouy mais1 il a men poinct ce grand affaire4 ,c'est dire quelque chose2 mais ce n'est pas assez dire4 ,car cette sentence est iustement receu1 ,qu'il ne faut pas iuger les conseils par les euenemens4 ,les ,carthaginois punissoient les mauuais aduis de leurs capitaines1 encore qu'ils fussent corrigez par vne heureuse yssue4 ,et le peuple ,romain a souuent refus le triomphe des grandes et tres-vtiles victoires1 par ce que la conduitte du chef ne respondoit point son bon heur4 ,on s'apperoit ordinairement aux actions du monde1 que la fortune1 pour nous apprendre1 combien elle peut en toutes choses3 et qui prent plaisir rabatre nostre presomption3 n'ayant peu faire les mal-habiles sages1 elle les fait heureux1 l'enuy de la vertu4 ,et se mesle volontiers fauoriser les executions1 o la trame est plus purement sienne4 ,d'o il se voit tous les iours1 que les plus simples d'entre nous1 mettent fin de tres-grandes besongnes et publiques et priuees4 ,et comme ,sirannez le ,persien1 respondit ceux qui s'estonnoient comme ses affaires succedoient si mal1 veu que ses propos estoient si sages3 ,qu'il estoit seul maistre de ses propos1 mais du succez de ses affaires1 c'estoit la fortune4 ,ceux-cy peuuent respondre de mesme3 mais d'vn contraire biais4 ,la plus part des choses du monde se font par elles mesmes4 ,fata viam inueniunt4 ,l'issu authorise souuent vne tresinepte conduite4 ,nostre entremise n'est quasi qu'vne routine3 et plus communement consideration d'vsage1 et d'exemple1 que de raison4 ,estonn de la grandeur de l'affaire1 i'ay autrefois seu par ceuz qui l'auoient men fin1 leurs motifs et leur addresse3 ie n'y ay trouu que des aduis vulgaires3 et les plus vulgaires et vsitez1 sont aussi peut-estre1 les plus seurs et plus commodes la pratique1 sinon la montre4 ,quoy si les plus plattes raisons1 sont les mieux assises3 les plus basses et lasches1 et les plus battues1 se couchent mieux aux affaires8 ,pour conseruer l'authorit du conseil des ,roys1 il n'est pas besoing que les personnes profanes y participent1 et y voyent plus auant que de la premiere barriere4 ,il se doibt reuerer credit et en bloc1 qui en veut nourrir la reputation4 ,ma consultation esbauche vn peu la matiere1 et la considere legerement par ses premiers visages3 le fort et principal de la besongne1 i'ay accoustum de le resigner au ciel1 ,permitte diuis ctera4 ,l'heur et le mal'heur1 sont mon gr deux souueraines puissances4 ,c'est imprudence1 d'estimer que l'humaine prudence puisse remplir le rolle de la fortune4 ,et vaine est l'entreprise de celuy1 qui presume d'embrasser et causes et consequences1 et mener par la main1 le progrez de son faict4 ,vaine sur tout aux deliberations guerrieres4 ,il ne fut iamais plus de circonspection et prudence militaire1 qu'il s'en voit par fois entre nous4 ,seroit ce qu'on crainct de se perdre en chemin1 se reseruant la catastrophe de ce ieu8 ,ie dis plus1 que nostre sagesse mesme et consultation1 suit pour la plus part la conduicte du hazard4 ,ma volont et mon discours1 se remue tantost d'vn air1 tantost d'vn autre3 et y a plusieurs de ces mouuemens1 qui se gouuernent sans moy4 ,ma raison a des impulsions et agitations iournallieres1 et casuelles3 ,vertuntur species animorum1 et pectora motus ,nunc alios1 alios dum nubila ventus agebat1 ,concipiunt4 ,qu'on regarde qui sont les plus puissans aux villes1 et qui font mieux leurs besongnes3 on trouuera ordinairement1 que ce sont les moins habiles4 ,il est aduenu aux femmelettes1 aux enfans1 et aux insensez1 de commander des grands estats1 l'esgal des plus suffisans ,princes4 ,et y rencontrent1 dit ,thucydides1 plus ordinairement les grossiers que les subtils4 ,nous attribuons les effects de leur bonne fortune leur prudence4 ,vt quisque ,fortuna vtitur1 ,ita prcellet3 atque exinde sapere illum omnes dicimus4 ,parquoy ie dis bien1 en toutes faons1 que les euenemens1 sont maigres tesmoings de nostre prix et capacit4 ,or i'estois sur ce poinct1 qu'il ne faut que voir vn homme esleu en dignit3 quand nous l'aurions cogneu trois iours deuant1 homme de peu3 il coule insensiblement en nos opinions1 vne image de grandeur1 de suffisance1 et nous persuadons que croissant de train et de credit1 il est creu de merite4 ,nous iugeons de luy non selon sa valeur3 mais la mode des getons1 selon la prerogatiue de son rang4 ,que la chanse tourne aussi1 qu'il retombe et se mesle la presse3 chacun s'enquiert auec admiration de la cause qui l'auoit guind si haut4 ,est-ce luy8 faict on3 n'y sauoit il autre chose quand il y estoit8 les ,princes se contentent ils de si peu8 nous estions vrayement en bonnes mains4 ,c'est chose que i'ay veu souuent de mon temps4 ,voyre et le masque des grandeurs1 qu'on represente aux comedies1 nous touche aucunement et nous pippe4 ,ce que i'adore moy-mesmes aux ,roys1 c'est la foule de leurs adorateurs4 ,toute inclination et soubmission leur est deu1 sauf celle de l'entendement4 ,ma raison n'est pas duite se courber et fleschir1 ce sont mes genoux4 ,melanthius interrog ce qu'il luy sembloit de la tragedie de ,dionysius3 ,ie ne l'ay1 dit-il1 point veu1 tant elle est offusquee de langage4 ,aussi la pluspart de ceux qui iugent les discours des grans1 deburoient dire3 ,ie n'ay point entendu son propos1 tant il estoit offusqu de grauit1 de grandeur1 et de majest4 ,antisthenes suadoit vn iour aux ,atheniens1 qu'ils commandassent1 que leurs asnes fussent aussi bien employez au labourage des terres1 comme estoyent les cheuaux3 sur quoy il luy fut respondu1 que cet animal n'estoit pas nay vn tel seruice3 ,c'est tout vn1 repliqua il2 il n'y va que de vostre ordonnance3 car les plus ignorans et incapables hommes1 que vous employez aux commandemens de vos guerres1 ne laissent pas d'en deuenir incontinent tres-dignes1 par ce que vous les y employez4 ,a quoy touche l'vsage de tant de peuples1 qui canonizent le ,roy1 qu'ils ont faict d'entre eux1 et ne se contentent point de l'honnorer1 s'ils ne l'adorent4 ,ceux de ,mexico1 dpuis que les ceremonies de son sacre sont paracheuees1 n'osent plus le regarder au visage3 ains comme s'ils l'auoient deifi par sa royaut1 entre les serments qu'ils luy font iurer1 de maintenir leur religion1 leurs loix1 leurs libertez1 d'estre vaillant1 iuste et debonnaire3 il jure aussi1 de faire marcher le soleil en sa lumiere accoustumee3 d'esgouster les nuees en temps opportun3 courir aux riuieres leurs cours3 et faire porter la terre toutes choses necessaires son peuple4 ,ie suis diuers cette faon commune3 et me deffie plus de la suffisance1 quand ie la vois accompagne de grandeur de fortune1 et de recommandation populaire4 ,il nous fault prendre garde1 combien c'est1 de parler son heure1 de choisir son poinct1 de rompre le propos1 ou le changer1 d'vne authorit magistrale3 de se deffendre des oppositions d'autruy1 par vn mouuement de teste1 vn sous-ris1 ou vn silence1 deuant vne assistance1 qui tremble de reuerence et de respect4 ,vn homme de monstrueuse fortune1 venant mesler son aduis certain leger propos1 qui se demenoit tout laschement1 en sa table1 commena iustement ainsi3 ,ce ne peut estre qu'vn menteur ou ignorant1 qui dira autrement que1 etc4 ,suyuez cette poincte philosophique1 vn poignart la main4 ,voicy vn autre aduertissement1 duquel ie tire grand vsage4 ,c'est qu'aux disputes et conferences1 tous les mots qui nous semblent bons1 ne doiuent pas incontinent estre acceptez4 ,la plus part des hommes sont riches d'vne suffisance estrangere4 ,il peut bien aduenir tel1 de dire vn beau traict1 vne bonne responce et sentence1 et la mettre en auant1 sans en cognoistre la force4 ,qu'on ne tient pas tout ce qu'on emprunte1 l'aduenture se pourra-il verifier par moy-mesme4 ,il n'y faut point tousiours ceder1 quelque verit ou beaut qu'elle ayt4 ,ou il la faut combatre escient1 ou se tirer arriere1 soubs couleur de ne l'entendre pas3 pour taster de toutes parts1 comment elle est logee en son autheur4 ,il peut aduenir1 que nous nous enferrons1 et aydons au coup1 outre sa portee4 ,i'ay autrefois employ la necessit et presse du combat1 des reuirades1 qui ont faict faucee outre mon dessein1 et mon esperance4 ,ie ne les donnois qu'en nombre1 on les reeuoit en poix4 ,tout ainsi1 comme1 quand ie debats contre vn homme vigoureux2 ie me plais d'anticiper ses conclusions3 ie luy oste la peine de s'interpreter3 i'essaye de preuenir son imagination imparfaicte encores et naissante3 l'ordre et la pertinence de son entendement1 m'aduertit et menace de loing3 de ces autres ie fais tout le rebours1 il ne faut rien entendre que par eux1 ny rien presupposer4 ,s'ils iugent en parolles vniuerselles3 ,cecy est bon1 cela ne l'est pas2 et qu'ils rencontrent1 voyez si c'est la fortune1 qui rencontre pour eux4 ,qu'ils circonscriuent et restreignent vn peu leur sentence3 ,pourquoy c'est2 par o c'est4 ,ces iugements vniuersels1 que ie voy si ordinaires1 ne disent rien4 ,ce sont gents1 qui salent tout vn peuple1 en foulle et en troupe4 ,ceux qui en ont vraye cognoissance1 le salent et remarquent nommement et particulierement4 ,mais c'est vne hazardeuse entreprinse4 ,d'o i'ay veu plus souuent que tous les iours1 aduenir que les esprits foiblement fondez1 voulants faire les ingenieux remarquer en la lecture de quelque ouurage1 le point de la beaut3 arrestent leur admiration1 d'vn si mauuais choix1 qu'au lieu de nous appprendre l'excellence de l'autheur1 ils nous apprennent leur propre ignorance4 ,cette exclamation est seure3 ,voyla qui est beau3 ayant oy vne entiere page de ,vergile4 ,par l se sauuent les fins4 ,mais d'entreprendre le suiure par espaulettes1 et de iugement expres et tri1 vouloir remarquer par o vn bon autheur se surmonte3 poisant les mots1 les phrases1 les inuentions et ses diuerses vertus1 l'vne apres l'autre3 ostez vous de l4 ,videndum est non modo quid quisque loquatur1 sed etiam quid quisque sentiat1 atque etiam qua de causa quisque sentiat4 ,i'oy journellement dire des sots1 des mots non sots4 ,ils disent vne bonne chose3 sachons iusques o ils la cognoissent1 voyons par o ils la tiennent4 ,nous les aydons employer ce beau mot1 et cette belle raison1 qu'ils ne possedent pas1 ils ne l'ont qu'en garde3 ils l'auront produicte l'auanture1 et tastons1 nous la leur mettons en credit et en prix4 ,vous leur prestez la main4 ,a quoy faire8 ,ils ne vous en sauent nul gr1 et en deuiennent plus ineptes4 ,ne les secondez pas1 laissez les aller3 ils manieront cette matiere1 comme gens qui ont peur de s'eschauder1 ils n'osent luy changer d'assiette et de iour1 ny l'enfoncer4 ,croullez la tant soit peu2 elle leur eschappe3 ils vous la quittent1 toute forte et belle qu'elle est4 ,ce sont belles armes3 mais elles sont mal emmanchees4 ,combien de fois en ay-ie veu l'experience8 ,or si vous venez les esclaircir et confirmer1 ils vous saisissent et desrobent incontinent cet aduantage de vostre interpretation3 ,c'estoit ce que ie voulois dire3 voyla iustement ma conception3 si ie ne l'ay ainsin exprim1 ce n'est que faute de langue4 ,souflez4 ,il faut employer la malice mesme1 corriger cette fiere bestise4 ,le dogme d',hegesias1 ,qu'il ne faut ny har1 ny accuser3 ains instruire3 a de la raison ailleurs4 ,mais icy1 c'est iniustice et inhumanit de secourir et redresser celuy1 qui n'en a que faire1 et qui en vaut moins4 ,i'ayme les laisser embourber et empestrer encore plus qu'ils ne sont3 et si auant1 s'il est possible1 qu'en fin ils se recognoissent4 ,la sottise et desreglement de sens1 n'est pas chose guerissable par vn traict d'aduertissement4 ,et pouuons proprement dire de cette reparation1 ce que ,cyrus respond celuy1 qui le presse d'enhorter son ost1 sur le point d'vne bataille3 ,que les hommes ne se rendent pas courageux et belliqueux sur le champ1 par vne bonne harangue3 non plus qu'on ne deuient incontinent musicien1 pour ouyr vne bonne chanson4 ,ce sont apprentissages1 qui ont estre faicts auant la main1 par longue et constante institution4 ,nous deuons ce soing aux nostres1 et cette assiduit de correction et d'instruction3 mais d'aller prescher le premier passant1 et regenter l'ignorance ou ineptie du premier rencontr1 c'est vn vsage auquel ie veux grand mal4 ,rarement le fais-ie1 aux propos mesme qui se passent auec moy1 et quitte plustost tout1 que de venir ces instructions reculees et magistrales4 ,mon humeur n'est propre1 non plus parler qu' escrire1 pour les principians4 ,mais aux choses qui se disent en commun1 ou entre autres1 pour fauces et absurdes que ie les iuge1 ie ne me iette iamais la trauerse1 ny de parole ny de signe4 ,au demeurant rien ne me despite tant en la sottise1 que1 dequoy elle se plaist plus1 que aucune raison ne se peut raisonnablement plaire4 ,c'est mal'heur1 que la prudence vous deffend de vous satisfaire et fier de vous1 et vous en enuoye tousiours mal content et craintif3 l o l'opiniastret et la temerit1 remplissent leurs hostes d'esioussance et d'asseurance4 ,c'est aux plus mal habiles de regarder les autres hommes par dessus l'espaule1 s'en retournans tousiours du combat1 pleins de gloire et d'allegresse4 ,et le plus souuent encore cette outrecuidance de langage et gayet de visage1 leur donne gaign1 l'endroit de l'assistance1 qui est communment foible et incapable de bien iuger1 et discerner les vrays aduantages4 ,l'obstination et ardeur d'opinion1 est la plus seure preuue de bestise4 ,est il rien certain1 resolu1 dedeigneux1 contemplatif1 serieux1 graue1 comme l'asne8 ,pouuons nous pas mesler au tiltre de la conference et communication1 les deuis poinctus et coupez que l'alegresse et la priuaut introduit entre les amis1 gaussans et gaudissans plaisamment et vifuement les vns les autres8 ,exercice auquel ma gayet naturelle me rend assez propre4 ,et s'il n'est aussi tendu et serieux que cet autre exercice que ie viens de dire1 il n'est pas moins aigu et ingenieux1 ny moins profitable1 comme il sembloit ,lycurgus4 ,pour mon regard i'y apporte plus de libert que d'esprit1 et y ay plus d'heur que d'inuention3 mais ie suis parfaict en la souffrance3 car i'endure la reuenche1 non seulement aspre1 mais indiscrete aussi1 sans alteration4 ,et la charge qu'on me fait1 si ie n'ay dequoy repartir brusquement sur le champ1 ie ne vay pas m'amusant suiure cette poincte1 d'vne contestation ennuyeuse et lasche1 tirant l'opiniastret4 ,ie la laisse passer1 et baissant ioyeusement les oreilles1 remets d'en auoir ma raison quelque heure meilleure4 ,il n'est pas marchant qui tousiours gaigne4 ,la plus part changent de visage1 et de voix1 o la force leur faut3 et par vne importune cholere1 au lieu de se venger1 accusent leur foiblesse1 ensemble et leur impatience4 ,en cette gaillardise nous pinons par fois des cordes secrettes de nos imperfections1 lesquelles1 rassis1 nous ne pouuons toucher sans offence3 et nous entraduertissons vtilement de nos deffauts4 ,il y a d'autres ieux de main1 indiscrets et aspres1 la ,franoise3 que ie hay mortellement3 i'ay la peau tendre et sensible3 i'en ay veu en ma vie1 enterrer deux ,princes de nostre sang royal4 ,il fait laid se battre en s'esbatant4 ,au reste1 quand ie veux iuger de quelqu'vn1 ie luy demande combien il se contente de soy3 iusques o son parler ou sa besongne luy plaist4 ,ie veux euiter ces belles excuses1 ,ie le fis en me ioant3 ,ablatum mediis opus est incudibus istud3 ie n'y fus pas vne heure3 ie ne l'ay reueu depuis4 ,or dis-ie1 laissons donc ces pieces1 donnez m'en vne qui vous represente bien entier1 par laquelle il vous plaise qu'on vous mesure4 ,et puis3 que trouuez vous le plus beau en vostre ouurage8 est-ce ou cette partie1 ou cette cy8 la grace1 ou la matiere1 ou l'inuention1 ou le iugement1 ou la science8 ,car ordinairement ie m'apperoy1 qu'on faut autant iuger de sa propre besongne1 que de celle d'autruy4 ,non seulement pour l'affection qu'on y mesle3 mais pour n'auoir la suffisance de la cognoistre et distinguer4 ,l'ouurage de sa propre force1 et fortune1 peult seconder l'ouurier et le deuancer outre son inuention1 et cognoissance4 ,pour moy1 ie ne iuge la valeur d'autre besongne1 plus obscurement que de la mienne3 et loge les ,essais tantost bas1 tantost haut1 fort inconstamment et doubteusement4 ,il y a plusieurs liures vtiles raison de leurs subiects1 desquels l'autheur ne tire aucune recommandation3 et des bons liures1 comme des bons ouurages1 qui font honte l'ouurier4 ,i'escriray la faon de nos conuiues1 et de nos vestemens3 et l'escriray de mauuaise grace3 ie publieray les edicts de mon temps1 et les lettres des ,princes qui passent s mains publiques3 ie feray vn abbreg sur vn bon liure 7et tout abbreg sur vn bon liure est vn sot abbreg7 lequel liure viendra se perdre3 et choses semblables4 ,la posterit retirera vtilit singuliere de telles compositions3 moy quel honneur1 si ce n'est de ma bonne fortune8 ,bonne part des liures fameux1 sont de cette condition4 ,quand ie leuz ,philippes de ,comines1 il y a plusieurs annees1 tresbon autheur certes2 i'y remarquay ce mot pour non vulgaire3 ,qu'il se faut bien garder de faire tant de seruice son maistre1 qu'on l'empesche d'en trouuer la iuste recompence4 ,ie deuois louer l'inuention1 non pas luy4 ,ie la rencontray en ,tacitus1 il n'y a pas long temps3 ,beneficia e vsque lta sunt1 dum videntur exolui passe2 vbi multum anteuenere1 pro gratta odium redditur4 ,et ,seneque vigoureusement3 ,nam qui putat esse turpe non reddere1 non vult esse cui reddat4 ,q4 ,cicero d'vn biais plus lasche3 ,qui se non putat satisfacere modo amicus esse nullo1 potest4 ,le subiect selon qu'il est1 peut faire trouuer vn homme sauant et memorieux3 mais pour iuger en luy les parties plus siennes1 et plus dignes1 la force et beaute de son ame3 il faut sauoir ce qui est sien1 et ce qui ne l'est point3 et en ce qui n'est pas sien1 combien on luy doibt en consideration du choix1 disposition1 ornement1 et langage qu'il a fourny4 ,quoy1 s'il y a emprunt la matiere1 et empir la forme8 comme il aduient souuent4 ,nous autres qui auons peu de practique auec les liures1 sommes en cette peine3 que quand nous voyons quelque belle inuention en vn pote nouueau1 quelque fort argument en vn prescheur1 nous n'osons pourtant les en louer1 que nous n'ayons prins instruction de quelque sauant1 si cette piece leur est propre1 ou si elle est estrangere4 ,iusques lors ie me tiens tousiours sur mes gardes4 ,ie viens de courre d'vn fil1 l'histoire de ,tacitus 7ce qui ne m'aduient guere1 il y a vingt ans que ie ne mis en liure1 vne heure de suite7 et l'ay faict1 la suasion d'vn ,gentil-homme que la ,france estime beaucoup3 tant pour sa valeur propre1 que pour vne constante forme de suffisance1 et bont1 qui se voit en plusieurs freres qu'ils sont4 ,ie ne sache point d'autheur1 qui mesle vn registre public1 tant de consideration des murs1 et inclinations particulieres4 ,et me semble le rebours1 de ce qu'il luy semble luy3 qu'ayant specialement suiure les vies des ,empereurs de son temps1 si diuerses et extremes1 en toute sorte de formes3 tant de notables actions1 que nommment leur cruaut produisit en leurs subiects3 il auoit vne matiere plus forte et attirante1 discourir et narrer1 que s'il eust eu dire des batailles et agitations vniuerselles4 ,si que souuent ie le trouue sterile1 courant par dessus ces belles morts1 comme s'il craignoit nous fascher de leur multitude et longueur4 ,cette forme d'histoire1 est de beaucoup la plus vtile4 ,les mouuemens publics1 dependent plus de la conduicte de la ,fortune1 les priuez de la nostre4 ,c'est plustost vn iugement1 que deduction d'histoire3 il y a plus de preceptes1 que de contes3 ce n'est pas vn liure lire1 c'est vn liure estudier et apprendre3 il est si plein de sentences1 qu'il y en a tort et droict3 c'est vne pepiniere de discours ethiques1 et politiques1 pour la prouision et ornement de ceux1 qui tiennent quelque rang au maniement du monde4 ,il plaide tousiours par raisons solides et vigoureuses1 d'vne faon poinctue1 et subtile3 suyuant le stile affect du siecle4 ,ils aymoient tant s'enfler1 qu'o ils ne trouuoyent de la poincte et subtilit aux choses1 ils l'empruntoyent des parolles4 ,il ne retire pas mal l'escrire de ,seneque4 ,il me semble plus charnu1 ,seneque plus aigu4 ,son seruice est plus propre vn estat trouble et malade1 comme est le nostre present3 vous diriez souuent qu'il nous peinct et qu'il nous pinse4 ,ceux qui doubtent de sa foy1 s'accusent assez de luy vouloir mal d'ailleurs4 ,il a les opinions saines1 et pend du bon party aux affaires ,romaines4 ,ie me plains vn peu toutesfois1 dequoy il a iug de ,pompeius plus aigrement1 que ne porte l'aduis des gens de bien1 qui ont vescu et traict auec luy3 de l'auoir estim du tout pareil ,marius et ,sylla1 sinon d'autant qu'il estoit plus couuert4 ,on n'a pas exempt d'ambition1 son intention au gouuernement des affaires1 ny de vengeance3 et ont crainct ses amis mesmes1 que la victoire l'eust emport outre les bornes de la raison3 mais non pas iusques a vne mesure si effrenee4 ,il n'y a rien en sa vie1 qui nous ayt menass d'vne si expresse cruaut et tyrannie4 ,encores ne faut-il pas contrepoiser le souspon l'euidence3 ainsi ie ne l'en crois pas4 ,que ses narrations soient naifues et droictes1 il se pourroit l'auanture argumenter de cecy mesme3 ,qu'elles ne s'appliquent pas tousiours exactement aux conclusions de ses iugements3 lesquels il suit selon la pente qu'il y a prise1 souuent outre la matiere qu'il nous montre3 laquelle il n'a daign incliner d'vn seul air4 ,il n'a pas besoing d'excuse1 d'auoir approuu la religion de son temps1 selon les loix qui luy commandoient1 et ignor la vraye4 ,cela1 c'est son malheur1 non pas son defaut4 ,i'ay principalement consider son iugement1 et n'en suis pas bien esclaircy par tout4 ,comme ces mots de la lettre que ,tibere vieil et malade1 enuoyoit au ,senat3 ,que vous escriray-ie messieurs1 ou comment vous escriray-ie1 ou que ne vous escriray-ie point1 en ce temps8 ,les dieux1 et les deesses me perdent pirement1 que ie ne me sens tous les iours perir1 si ie le say4 ,ie n'apperoy pas pourquoy il les applique si certainement1 vn poignant remors qui tourmente la conscience de ,tibere4 ,aumoins lors que i'estois mesme1 ie ne le vis point4 ,cela m'a sembl aussi vn peu lasche1 qu'ayant eu dire1 qu'il auoit exerc certain honnorable magistrat ,rome1 il s'aille excusant que ce n'est point par ostentation1 qu'il l'a dict4 ,ce traict me semble bas de poil1 pour vne ame de sa sorte4 ,car le n'oser parler rondement de soy1 accuse quelque faute de cur4 ,vn iugement roide et hautain1 et qui iuge sainement1 et seurement3 il vse toutes mains1 des propres exemples1 ainsi que de chose estrangere3 et tesmoigne franchement de luy1 comme de chose tierce4 ,il faut passer par dessus ces regles populaires1 de la ciuilit1 en faueur de la verit1 et de la libert4 ,i'ose non seulement parler de moy3 mais parler seulement de moy4 ,ie fouruoye quand i'escry d'autre chose1 et me desrobe mon subiect4 ,ie ne m'ayme pas si indiscretement1 et ne suis si attach et mesl moy1 que ie ne me puisse distinguer et considerer quartier3 comme vn voysin1 comme vn arbre4 ,c'est pareillement faillir1 de ne veoir pas iusques o on vaut1 ou d'en dire plus qu'on n'en void4 ,nous deuons plus d'amour ,dieu1 qu' nous1 et le cognoissons moins1 et si en parlons tout nostre saoul4 ,si ses escrits rapportent aucune chose de ses conditions3 c'estoit vn grand personnage1 droicturier1 et courageux1 non d'vne vertu superstitieuse1 mais philosophique et genereuse4 ,on le pourra trouuer hardy en ses tesmoignages4 ,comme o il tient1 qu'vn soldat portant vn fais de bois1 ses mains se roidirent de froid1 et se collerent sa charge1 si qu'elles y demeurerent attachees et mortes1 s'estants departies des bras4 ,i'ay accoustum en telles choses1 de plier soubs l'authorit de si grands tesmoings4 ,ce qu'il dit aussi1 que ,vespasian1 par la faueur du ,dieu ,serapis1 guarit en ,alexandrie vne femme aueugle1 en luy oignant les yeux de sa saliue3 et ie ne say quel autre miracle3 il le fait par l'exemple et deuoir de tous bons historiens4 ,ils tiennent registres des euenements d'importance4 ,parmy les accidens publics1 sont aussi les bruits et opinions populaires4 ,c'est leur rolle1 de reciter les communes creances1 non pas de les regler4 ,cette part touche les theologiens1 et les philosophes directeurs des consciences4 ,pourtant tres-sagement1 ce sien compagnon et grand homme comme luy3 ,equidem plura transcribo qum credo3 nam nec affirmare sustineo de quibus dubito1 nec subducere qu accepi3 et l'autre3 ,hc neque affirmare neque refellere oper pretium est3 fam rerum standum est4 ,et escriuant en vn siecle1 auquel la creance des prodiges commenoit diminuer1 il dit ne vouloir pourtant laisser d'inserer en ses annales1 et donner pied chose receu de tant de gens de bien1 et auec si grande reuerence de l'antiquit4 ,c'est tresbien dict4 ,qu'ils nous rendent l'histoire1 plus selon qu'ils reoyuent1 que selon qu'ils estiment4 ,moy qui suis ,roy de la matiere que ie traicte1 et qui n'en dois compte personne1 ne m'en crois pourtant pas du tout4 ,ie hazarde souuent des boutades de mon esprit1 desquelles ie me deffie3 et certaines finesses verbales dequoy ie secoue les oreilles3 mais ie les laisse courir l'auanture1 ie voys qu'on s'honore de pareilles choses3 ce n'est pas moy seul d'en iuger4 ,ie me presente debout2 et couch2 le deuant et le derriere2 droitte et gauche2 et en touts mes naturels plis4 ,les esprits1 voire pareils en force1 ne sont pas tousiours pareils en application et en goust4 ,voyla ce que la memoire m'en presente en gros1 et assez incertainement4 ,tous iugemens en gros1 sont lasches et imparfaicts4 ,,chapitre ,,ix4 ,de la vanit4 ,,il n'en est l'auanture aucune plus expresse1 que d'en escrire si vainement4 ,ce que la diuinit nous en a si diuinement exprim1 deburoit estre soigneusement et continuellement medit1 par les gens d'entendement4 ,qui ne voit1 que i'ay pris vne route1 par laquelle sans cesse et sans trauail1 i'iray autant1 qu'il y aura d'ancre et de papier au monde8 ,ie ne puis tenir registre de ma vie1 par mes actions3 ,fortune les met trop bas3 ie le tiens par mes fantasies4 ,si ay-ie veu vn ,gentil-homme1 qui ne communiquoit sa vie1 que par les operations de son ventre4 ,vous voyiez chez luy1 en montre1 vn ordre de bassins de sept ou huict iours4 ,c'estoit son estude1 ses discours4 ,tout autre propos luy puoit4 ,ce sont icy1 vn peu plus ciuilement1 des excremens d'vn vieil esprit3 dur tantost1 tantost lasche3 et tousiours indigeste4 ,et quand seray-ie bout de representer vne continuelle agitation et mutation de mes pensees1 en quelque matiere qu'elles tombent1 puisque ,diomedes remplit six mille liures1 du seul subiect de la grammaire8 ,que doit produire le babil1 puisque le begaiement et desnouement de la langue1 estouffa le monde d'vne si horrible charge de volumes8 ,tant de paroles1 pour les paroles seules4 ,o ,pythagoras1 que n'esconjuras-tu cette tempeste6 ,on accusoit vn ,galba du temps pass1 de ce qu'il viuoit oyseusement4 ,il respondit1 que chacun deuoit rendre raison de ses actions1 non pas de son seiour4 ,il se trompoit3 car la iustice a cognoissance et animaduersion aussi1 sur ceux qui chaument4 ,mais il y deuroit auoir quelque corction des loix1 contre les escriuains ineptes et inutiles1 comme il y a contre les vagabons et faineants4 ,on banniroit des mains de nostre peuple1 et moy1 et cent autres4 ,ce n'est pas moquerie4 ,l'escriuaillerie semble estre quelque symptome d'vn siecle desbord4 ,quand escriuismes nous tant1 que depuis que nous sommes en trouble8 quand les ,romains tant1 que lors de leur ruyne8 ,outre-ce que l'affinement des esprits1 ce n'en est pas l'assagissement1 en vne police3 cet embesongnement oisif1 naist de ce que chacun se prent laschement l'office de sa vacation1 et s'en desbauche4 ,la corruption du siecle se fait1 par la contribution particuliere de chacun de nous4 ,les vns y conferent la trahison1 les autres l'iniustice1 l'irreligion1 la tyrannie1 l'auarice1 la cruaut1 selon qu'ils sont plus puissans3 les plus foibles y apportent la sottise1 la vanit1 l'oisiuet3 desquels ie suis4 ,il semble que ce soit la saison des choses vaines1 quand les dommageables nous pressent4 ,en vn temps1 o le meschamment faire est si commun1 de ne faire qu'inutilement1 il est comme louable4 ,ie me console que ie seray des derniers1 sur qui il faudra mettre la main4 ,ce pendant qu'on pouruoira aux plus pressans1 i'auray loy de m'amender4 ,car il me semble que ce seroit contre raison1 de poursuyure les menus inconuenients1 quand les grands nous infestent4 ,et le medecin ,philotimus1 vn qui luy presentoit le doigt penser1 auquel il recognoissoit au visage1 et l'haleine1 vn vlcere aux poulmons3 ,mon amy1 fit-il1 ce n'est pas cette heure le temps de t'amuser tes ongles4 ,ie vis pourtant sur ce propos1 il y a quelques annees1 qu'vn personnage1 de qui i'ay la memoire en recommandation singuliere1 au milieu de nos grands maux1 qu'il n'y auoit ny loy1 ny iustice1 ny magistrat1 qui fist son office3 non plus qu' cette heure3 alla publier ie ne say quelles chetiues reformations1 sur les habillemens1 la cuisine et la chicane4 ,ce sont amusoires dequoy on paist vn peuple mal-men1 pour dire qu'on ne l'a pas du tout mis en oubly4 ,ces autres font de mesme1 qui s'arrestent deffendre toute instance1 des formes de parler1 les dances1 et les ieux1 vn peuple abandonn toute sorte de vices execrables4 ,il n'est pas temps de se lauer et decrasser1 quand on est atteint d'vne bonne fiure4 ,c'est faire aux seuls ,spartiates1 de se mettre se peigner et testonner1 sur le poinct qu'ils se vont precipiter quelque extreme hazard de leur vie4 ,quant moy1 i'ay cette autre pire coustume1 que si i'ay vn escarpin de trauers1 ie laisse encores de trauers1 et ma chemise et ma cappe3 ie desdaigne de m'amender demy4 ,quand ie suis en mauuais estat1 ie m'acharne au mal4 ,ie m'abandonne par desespoir1 et me laisse aller vers la cheute1 et iette1 comme lon dit1 le manche apres la coignee4 ,ie m'obstine l'empirement3 et ne m'estime plus digne de mon soing4 ,ou tout bien ou tout mal4 ,ce m'est faueur1 que la desolation de cet estat1 se rencontre la desolation de mon aage4 ,ie souffre plus volontiers1 que mes maux en soient rechargez1 que si mes biens en eussent est troublez4 ,les paroles que i'exprime au mal-heur1 sont paroles de despit4 ,mon courage se herisse au lieu de s'applatir4 ,et au rebours des autres1 ie me trouue plus deuost1 en la bonne1 qu'en la mauuaise fortune3 suyuant le precepte de ,xenophon1 sinon suyuant sa raison4 ,et fais plus volontiers les doux yeux au ciel1 pour le remercier1 que pour le requerir4 ,i'ay plus de soing d'augmenter la sant1 quand elle me rit1 que ie n'ay de la remettre1 quand ie l'ay escartee4 ,les prosperitez me seruent de discipline et d'instruction1 comme aux autres1 les aduersitez et les verges4 ,comme si la bonne fortune estoit incompatible auec la bonne conscience3 les hommes ne se rendent gents de bien1 qu'en la mauuaise4 ,le bon heur m'est vn singulier aiguillon1 la moderation1 et modestie4 ,la priere me gaigne1 la menace me rebute1 la faueur me ploye1 la crainte me roydit4 ,parmy les conditions humaines1 cette-cy est assez commune1 de nous plaire plus des choses estrangeres que des nostres1 et d'aymer le remuement et le changement4 ,ipsa dies ideo nos grato perluit haustu1 ,qud permutatis hora recurrit equis4 ,i'en tiens ma part4 ,ceux qui suyuent l'autre extremit1 de s'aggreer en eux-mesmes3 d'estimer ce qu'ils tiennent au dessus du reste3 et de ne recognoistre aucune forme plus belle1 que celle qu'ils voyent3 s'ils ne sont plus aduisez que nous1 ils sont la verit plus heureux4 ,ie n'enuie point leur sagesse1 mais ouy leur bonne fortune4 ,cette humeur auide des choses nouuelles et incognues1 ayde bien nourrir en moy1 le desir de voyager3 mais assez d'autres circonstances y conferent4 ,ie me destourne volontiers du gouuernement de ma maison4 ,il y a quelque commodit commander1 fust ce dans vne grange1 et estre obey des siens4 ,mais c'est vn plaisir trop vniforme et languissant4 ,et puis il est par necessit mesl de plusieurs pensements fascheux4 ,tantost l'indigence et l'oppression de vostre peuple3 tantost la querelle d'entre vos voysins3 tantost l'vsurpation qu'ils font sur vous1 vous afflige3 ,aut verberat grandine vine1 ,fundusque mendax1 arbore nunc aquas ,culpante1 nunc torrentia agros ,sydera1 nunc hyemes iniquas4 ,et qu' peine en six mois1 enuoyera ,dieu vne saison1 dequoy vostre receueur se contente bien plain3 et que si elle sert aux vignes1 elle ne nuyse aux prez4 ,aut nimiis torret feruoribus therius sol1 ,aut subiti perimunt imbres1 gelidque pruin1 ,flabrque ventorum violento turbine vexant4 ,ioinct le soulier neuf1 et bien form1 de cet homme du temps pass1 qui vous blesse le pied4 ,et que l'estranger n'entend pas1 combien il vous couste1 et combien vous prestez1 maintenir l'apparence de cet ordre1 qu'on void en vostre famille3 et qu' l'auanture l'achetez vous trop cher4 ,ie me suis pris tard au mesnage4 ,ceux que ,nature auoit fait naistre auant moy1 m'en ont descharg long temps4 ,i'auois des-ja pris vn autre ply1 plus selon ma complexion4 ,toutesfois de ce que i'en ay veu1 c'est vn' occupation plus empeschante1 que difficile4 ,quiconque est capable d'autre chose1 le sera bien aysment de celle l4 ,si ie cherchois m'enrichir1 cette voye me sembleroit trop longue4 ,i'eusse seruy les ,roys1 trafique plus fertile que toute autre4 ,puis que ie ne pretens acquerir que la reputation de n'auoir rien acquis1 non plus que dissip3 conformment au reste de ma vie1 impropre faire bien et faire mal qui vaille3 et que ie ne cherche qu' passer1 ie le puis faire1 ,dieu mercy1 sans grande attention4 ,au pis aller1 courez tousiours par retranchement de despence1 deuant la pauuret4 ,c'est quoy ie m'attends1 et de me reformer1 auant qu'elle m'y force4 ,i'ay estably au demeurant1 en mon ame1 assez de degrez1 me passer de moins1 que ce que i'ay4 ,ie dis1 passer auec contentement4 ,non stimatione census1 verm victu atque cultu1 terminatur pecuni modus4 ,mon vray besoing n'occupe pas si iustement tout mon auoir1 que sans venir au vif1 ,fortune n'ait o mordre sur moy4 ,ma presence1 toute ignorante et desdaigneuse qu'elle est1 preste grande espaule mes affaires domestiques4 ,ie m'y employe1 mais despiteusement4 ,ioinct que i'ay cela chez moy1 que pour brusler part1 la chandelle par mon bout1 l'autre bout ne s'espargne de rien4 ,les voyages ne me blessent que par la despence1 qui est grande1 et outre mes forces3 ayant accoustum d'y estre auec equippage non necessaire seulement1 mais aussi honneste4 ,il me les en faut faire d'autant plus courts et moins frequents3 et n'y employe que l'escume1 et ma reserue1 temporisant et differant1 selon qu'elle vient4 ,ie ne veux pas1 que le plaisir de me promener1 corrompe le plaisir de me retirer4 ,au rebours1 i'entends qu'ils se nourrissent1 et fauorisent l'vn l'autre4 ,la ,fortune m'a ayd en cecy3 que puis que ma principale profession en cette vie1 estoit de la viure mollement1 et plustost laschement qu'affaireusement2 elle m'a ost le besoing de multiplier en richesses1 pour pouruoir la multitude de mes heritiers4 ,pour vn1 s'il n'a assez de ce1 dequoy i'ay eu si plantureusement assez1 son dam4 ,son imprudence ne meritera pas1 que ie luy en desire d'auantage4 ,et chascun1 selon l'exemple de ,phocion1 pouruoid suffisamment ses enfants1 qui leur pouruoid1 en tant qu'ils ne luy sont dissemblables4 ,nullement seroy-ie d'aduis du faict de ,crates4 ,il laissa son argent chez vn banquier1 auec cette condition3 si ses enfants estoient des sots1 qu'il le leur donnast2 s'ils estoient habiles1 qu'il le distribuast aux plus sots du peuple4 ,comme si les sots1 pour estre moins capables de s'en passer1 estoient plus capables d'vser des richesses4 ,tant y a1 que le dommage qui vient de mon absence1 ne me semble point meriter1 pendant que i'auroy dequoy le porter1 que ie refuse d'accepter les occasions qui se presentent1 de me distraire de cette assistance penible4 ,il y a tousiours quelque piece qui va de trauers4 ,les negoces1 tantost d'vne maison1 tantost d'vne autre1 vous tirassent4 ,vous esclairez toutes choses de trop pres4 ,votre perspicacit vous nuit icy1 comme si fait elle assez ailleurs4 ,ie me desrobe aux occasions de me fascher3 et me destourne de la cognoissance des choses1 qui vont mal4 ,et si ne puis tant faire1 qu' toute heure ie ne heurte chez moy1 en quelque rencontre1 qui me desplaise4 ,et les fripponneries1 qu'on me cache le plus1 sont celles que ie say le mieux4 ,il en est que pour faire moins mal1 il faut ayder soy mesme cacher4 ,vaines pointures3 vaines par fois1 mais tousiours pointures4 ,les plus menus et graisles empeschemens1 sont les plus persans4 ,et comme les petites lettres lassent plus les yeux1 aussi nous piquent plus les petits affaires3 la tourbe des menus maux1 offence plus1 que la violence d'vn1 pour grand qu'il soit4 ,a mesure que ces espines domestiques sont drues et desliees1 elles nous mordent plus aigu1 et sans menace1 nous surprenant facilement l'impourueu4 ,ie ne suis pas philosophe4 ,les maux me foullent selon qu'ils poisent3 et poisent selon la forme1 comme selon la matiere3 et souuent plus4 ,i'y ay plus de perspicacit que le vulgaire1 si i'y ay plus de patience4 ,en fin s'ils ne me blessent1 ils me poisent4 ,c'est chose tendre que la vie1 et aysee troubler4 ,depuis que i'ay le visage tourn vers le chagrin1 nemo enim resistit sibi cm cperit impelli1 pour sotte cause qui m'y ayt port3 i'irrite l'humeur de ce cost l3 qui se nourrit apres1 et s'exaspere1 de son propre branle1 attirant et ammoncellant vne matiere sur autre1 dequoy se paistre4 ,stillicidi casus lapidem cauat4 ,ces ordinaires goutieres me mangent1 et m'vlcerent4 ,les inconuenients ordinaires ne sont iamais legers4 ,ils sont continuels et irreparables1 quand ils naissent des membres du mesnage1 continuels et inseparables4 ,quand ie considere mes affaires de loing1 et en gros2 ie trouue1 soit pour n'en auoir la memoire gueres exacte1 qu'ils sont allez iusques cette heure1 en prosperant1 outre mes contes et mes raisons4 ,i'en retire ce me semble plus1 qu'il n'y en a3 leur bon heur me trahit4 ,mais suis-ie au dedans de la besongne1 voy-ie marcher toutes ces parcelles8 ,tum ver in curas animum diducimur omnes3 mille choses m'y donnent desirer et craindre4 ,de les abandonner du tout1 il m'est tres-facile3 de m'y prendre sans m'en peiner1 tres-difficile4 ,c'est piti1 d'estre en lieu o tout ce que vous voyez1 vous embesongne1 et vous concerne4 ,et me semble iouyr plus gayement les plaisirs d'vne maison estrangere1 et y apporter le goust plus libre et pur4 ,diogenes respondit selon moy1 celuy qui luy demanda quelle sorte de vin il trouuoit le meilleur3 ,l'estranger1 feit il4 ,mon pere aymoit bastir ,montaigne1 o il estoit nay3 et en toute cette police d'affaires domestiques1 i'ayme me seruir de son exemple1 et de ses regles2 et y attacheray mes successeurs autant que ie pourray4 ,si ie pouuois mieux pour luy1 ie le feroys4 ,ie me glorifie que sa volont s'exerce encores1 et agisse par moy4 ,ia ,dieu ne permette que ie laisse faillir entre mes mains1 aucune image de vie1 que ie puisse rendre vn si bon pere4 ,ce que ie me suis mesl d'acheuer quelque vieux pan de mur1 et de renger quelque piece de bastiment mal dol1 'a est certes1 regardant plus son intention1 qu' mon contentement4 ,et accuse ma faineance1 de n'auoir pass outre1 parfaire les commencements qu'il a laissez en sa maison3 d'autant plus1 que ie suis en grands termes d'en estre le dernier possesseur de ma race1 et d'y porter la derniere main4 ,car quant mon application particuliere1 ny ce plaisir de bastir1 qu'on dit estre si attrayant1 ny la chasse1 ny les iardins1 ny ces autres plaisirs de la vie retiree1 ne me peuuent beaucoup amuser4 ,c'est chose dequoy ie me veux mal1 comme de toutes autres opinions qui me sont incommodes4 ,ie ne me soucie pas tant de les auoir vigoureuses et doctes1 comme ie me soucie de les auoir aisees et commodes la vie4 ,elles sont bien assez vrayes et saines1 si elles sont vtiles et aggreables4 ,ceux qui m'oyans dire mon insuffisance aux occupations du mesnage1 me viennent souffler aux oreilles que c'est desdaing1 et que ie laisse de sauoir les instrumens du labourage1 ses saisons1 son ordre1 comment on fait mes vins1 comme on ente1 et de sauoir le nom et la forme des herbes et des fruicts1 et l'apprest des viandes1 dequoy ie vis3 le nom et prix des estoffes1 de quoy ie m'abille1 pour auoir cur quelque plus haute science1 ils me font mourir4 ,cela1 c'est sottise3 et plustost bestise1 que gloire4 ,ie m'aymerois mieux bon escuyer1 que bon logicien4 ,quin tu aliquid saltem potius quorum indiget vsus1 ,viminibus mollique paras detexere iunco8 ,nous empeschons noz pensees du general1 et des causes et conduittes vniuerselles3 qui se conduisent tresbien sans nous3 et laissons en arriere nostre faict3 et ,michel1 qui nous touche encore de plus pres que l'homme4 ,or i'arreste bien chez moy le plus ordinairement3 mais ie voudrois m'y plaire plus qu'ailleurs4 ,sit me sedes vtinam senect1 ,sit modus lasso maris1 et viarum1 ,militique6 ,ie ne say si i'en viendray bout4 ,ie voudrois qu'au lieu de quelque autre piece de sa succession1 mon pere m'eut resign cette passionnee amour1 qu'en ses vieux ans il portoit son mesnage4 ,il estoit bien heureux1 de ramener ses desirs1 sa fortune1 et de se sauoir plaire de ce qu'il auoit4 ,la philosophie politique aura bel accuser la bassesse et sterilit de mon occupation1 si i'en puis vne fois prendre le goust1 comme luy4 ,ie suis de cet auis1 que la plus honorable vacation1 est de seruir au publiq1 et estre vtile beaucoup4 ,fructus enim ingenij et virtutis1 omnisque prstanti tum maximus accipitur1 quum in proximum quemque confertur4 ,pour mon regard ie m'en despars3 partie par conscience3 7car par o ie vois le poix qui touche telles vacations1 ie vois aussi le peu de moyen que i'ay d'y fournir3 et ,platon maistre ouurier en tout gouuernement politique1 ne laissa de s'en abstenir7 partie par poltronerie4 ,ie me contente de iour le monde1 sans m'en empresser3 de viure vne vie1 seulement excusable3 et qui seulement ne poise1 ny moy1 ny autruy4 ,iamais homme ne se laissa aller plus plainement et plus laschement1 au soing et gouuernement d'vn tiers1 que ie ferois1 si i'auois qui4 ,l'vn de mes souhaits pour cette heure1 ce seroit de trouuer vn gendre1 qui seust appaster commodment mes vieux ans1 et les endormir3 entre les mains de qui ie deposasse en toute souuerainet1 la conduite et vsage de mes biens3 qu'il en fist ce que i'en fais1 et gaignast sur moy ce que i'y gaigne3 pourueu qu'il y apportast vn courage vrayement recognoissant1 et amy4 ,mais quoy8 nous viuons en vn monde1 o la loyaut des propres enfans est incognue4 ,qui a la garde de ma bourse en voyage1 il l'a pure et sans contrerolle3 aussi bien me tromperoit il en comptant4 ,et si ce n'est vn diable1 ie l'oblige bien faire1 par vne si abandonnee confiance4 ,multi fallere docuerunt1 dum timent falli1 et aliis ius peccandi suspicando fecerunt4 ,la plus commune seuret1 que ie prens de mes gens1 c'est la mescognoissance4 ,ie ne presume les vices qu'apres que ie les aye veuz3 et m'en fie plus aux ieunes1 que i'estime moins gastez par mauuais exemple4 ,i'oy plus volontiers dire1 au bout de deux mois1 que i'ay despandu quatre cens escus1 que d'auoir les oreilles battues tous les soirs1 de trois1 cinq1 sept4 ,si ay-ie est desrob aussi peu qu'vn autre de cette sorte de larrecin4 ,il est vray1 que ie preste la main l'ignorance4 ,ie nourris escient1 aucunement trouble et incertaine la science de mon argent4 ,iusques certaine mesure1 ie suis content1 d'en pouuoir doubter4 ,il faut laisser vn peu de place la desloyaut1 ou imprudence de vostre valet4 ,s'il nous en reste en gros1 dequoy faire nostre effect1 cet excez de la liberalit de la ,fortune1 laissons le vn peu plus courre sa mercy4 ,la portion du glanneur4 ,apres tout1 ie ne prise pas tant la foy de mes gents1 comme ie mesprise leur iniure4 ,o le vilain et sot estude1 d'estudier son argent1 se plaire le manier et recomter6 c'est par l1 que l'auarice faict ses approches4 ,dpuis dix huict ans1 que ie gouuerne des biens1 ie n'ay seu gaigner sur moy1 de voir1 ny tiltres1 ny mes principaux affaires qui ont necessairement passer par ma science1 et par mon soing4 ,ce n'est pas vn mespris philosophique1 des choses transitoires et mondaines3 ie n'ay pas le goust si espur1 et les prise pour le moins ce qu'elles valent3 mais certes c'est paresse et negligence inexcusable et puerile4 ,que ne feroy ie plustost que de lire vn contract8 ,et plustost1 que d'aller secoant ces paperasses poudreuses1 serf de mes negoces8 ou encore pis1 de ceux d'autruy1 comme font tant de gents prix d'argent8 ,ie n'ay rien cher que le soucy et la peine3 et ne cherche qu' m'anonchalir et auachir4 ,i'estoy1 ce croy-je1 plus propre1 viure de la fortune d'autruy1 s'il se pouuoit1 sans obligation et sans seruitude4 ,et si ne say1 l'examiner de pres1 si selon mon humeur et mon sort1 ce que i'ay souffrir des affaires1 et des seruiteurs1 et des domestiques1 n'a point plus d'abiection1 d'importunit1 et d'aigreur1 que n'auroit la suitte d'vn homme1 nay plus grand que moy1 qui me guidast vn peu mon aise4 ,seruitus obedientia est fracti animi et abiecti1 arbitrio carentis suo4 ,crates fit pis1 qui se ietta en la franchise de la pauuret1 pour se deffaire des indignitez et cures de la maison4 ,cela ne ferois-ie pas4 ,ie hay la pauuret pair de la douleur3 mais ouy bien1 changer cette sorte de vie1 vne autre moins braue1 et moins affaireuse4 ,absent1 ie me despouille de tous tels pensemens3 et sentirois moins lors la ruyne d'vne tour1 que ie ne fais present1 la cheute d'vne ardoyse4 ,mon ame se dmesle bien aysement part1 mais en presence1 elle souffre1 comme celle d'vn vigneron4 ,vne rene de trauers mon cheual1 vn bout d'estriuiere qui batte ma iambe1 me tiendront tout vn iour en eschec4 ,i'esleue assez mon courage l'encontre des inconueniens1 les yeux1 ie ne puis4 ,sensus6 superi sensus6 ,ie suis chez moy1 respondant de tout ce qui va mal4 ,peu de maistres1 ie parle de ceux de moyenne condition1 comme est la mienne3 et s'il en est1 ils sont plus heureux3 se peuuent tant reposer1 sur vn second1 qu'il ne leur reste bonne part de la charge4 ,cela oste volontiers quelque chose de ma faon1 au traittement des suruenants3 et en ay peu arrester quelcun par aduenture plus par ma cuisine1 que par ma grace3 comme font les fascheux3 et oste beaucoup du plaisir que ie deurois prendre chez moy1 de la visitation et assemblees de mes amys4 ,la plus sotte contenance d'vn ,gentil-homme en sa maison1 c'est de le voir empesch du train de sa police3 parler l'oreille d'vn valet1 en menacer vn autre des yeux4 ,elle doit couler insensiblement1 et representer vn cours ordinaire4 ,et treuue laid1 qu'on entretienne ses hostes1 du traictement qu'on leur fait1 autant l'excuser qu' le vanter4 ,i'ayme l'ordre et la nettet1 ,et cantharus et lanx ,ostendunt mihi me1 au prix de l'abondance3 et regarde chez moy exactement la necessit1 peu la parade4 ,si vn valet se bat chez autruy1 si vn plat se verse1 vous n'en faites que rire3 vous dormez ce pendant que monsieur renge auec son maistre d'hostel1 son faict1 pour vostre traictement du lendemain4 ,i'en parle selon moy4 ,ne laissant pas en general d'estimer1 combien c'est vn doux amusement certaines natures1 qu'vn mesnage paisible1 prospere1 conduict par vn ordre regl4 ,et ne voulant attacher la chose1 mes propres erreurs et inconuenients4 ,ny desdire ,platon1 qui estime la plus heureuse occupation chascun1 faire ses particuliers affaires sans iniustice4 ,quand ie voyage1 ie n'ay penser qu' moy1 et l'emploicte de mon argent3 cela se dispose d'vn seul precepte4 ,il est requis trop de parties amasser3 ie n'y entens rien4 ,a despendre1 ie m'y entens vn peu1 et donner iour ma despence3 qui est de vray son principal vsage4 ,mais ie m'y attens trop ambitieusement2 qui la rend inegalle et difforme3 et en outre immoderee en l'vn et l'autre visage4 ,si elle paroist1 si elle sert1 ie m'y laisse indiscretement aller3 et me resserre autant indiscretement1 si elle ne luyt1 et si elle ne me rit4 ,qui que ce soit1 ou art1 ou nature1 qui nous imprime cette condition de viure1 par la relation autruy1 nous fait beaucoup plus de mal que de bien4 ,nous nous defraudons de nos propres vtilitez1 pour former les apparences l'opinion commune4 ,il ne nous chaut pas tant1 quel soit nostre estre1 en nous1 et en effect1 comme quel il soit1 en la cognoissance publique4 ,les biens mesmes de l'esprit1 et la sagesse1 nous semblent sans fruict1 si elle n'est iouye que de nous3 si elle ne se produict la veu et approbation estrangere4 ,il y en a1 de qui l'or coulle gros bouillons1 par des lieux sousterreins1 imperceptiblement3 d'autres l'estendent tout en lames et en feuilles4 ,si qu'aux vns les liars valent escuz1 aux autres le contraire3 le monde estimant l'emploite et la valeur1 selon la montre4 ,tout soing curieux autour des richesses sent l'auarice4 ,leur dispensation mesme1 et la liberalit trop ordonnee et artificielle3 elles ne valent pas vne aduertance et sollicitude penible4 ,qui veut faire sa despense iuste1 la fait estroitte et contrainte4 ,la garde1 ou l'emploitte1 sont de soy choses indifferentes1 et ne prennent couleur de bien ou de mal1 que selon l'application de nostre volont4 ,l'autre cause qui me conuie ces promenades1 c'est la disconuenance aux murs presentes de nostre estat3 ie me consolerois aysement de cette corruption1 pour le regard de l'interest public3 ,peioraque scula ferri ,temporibus1 quorum sceleri non inuenit ipsa ,nomen1 et nullo posuit natura metallo3 mais pour le mien1 non4 ,i'en suis en particulier trop press4 ,car en mon voisinage1 nous sommes tantost par la longue licence de ces guerres ciuiles1 enuieillis en vne forme d'estat si desbordee1 ,quippe vbi fas versum atque nefas3 qu' la verit1 c'est merueille qu'elle se puisse maintenir4 ,armati terram exercent1 semprque recentes ,conuectare iuuat prdas1 et viuere rapto4 ,en fin ie vois par nostre exemple1 que la societ des hommes se tient et se coust1 quelque prix que ce soit4 ,en quelque assiette qu'on les couche1 ils s'appilent1 et se rengent1 en se remuant et s'entassant3 comme des corps mal vnis qu'on empoche sans ordre1 trouuent d'eux mesmes la faon de se ioindre1 et s'emplacer1 les vns parmy les autres3 souuent mieux1 que l'art ne les eust seu disposer4 ,le ,roy ,philippus fit vn amas1 des plus meschans hommes et incorrigibles qu'il peut trouuer1 et les logea tous en vne ville1 qu'il leur fit bastir1 qui en portoit le nom4 ,i'estime qu'ils dresserent des vices mesme1 vne contexture politique entre eux1 et vne commode et iuste societ4 ,ie vois1 non vne action1 ou trois1 ou cent1 mais des murs1 en vsage commun et reeu1 si farouches1 en inhumanit sur tout et desloyaut1 qui est pour moy la pire espece des vices1 que ie n'ay point le courage de les conceuoir sans horreur3 et les admire1 quasi autant que ie les deteste4 ,l'exercice de ces meschancetez insignes1 porte marque de vigueur et force d'ame1 autant que d'erreur et desreglement4 ,la necessit compose les hommes et les assemble4 ,cette cousture fortuite se forme apres en loix4 ,car il en a est d'aussi sauuages qu'aucune opinion humaine puisse enfanter1 qui toutesfois ont maintenu leurs corps1 auec autant de sant et longueur de vie1 que celles de ,platon et ,aristote sauroient faire4 ,et certes toutes ces descriptions de police1 feintes par art1 se trouuent ridicules1 et ineptes mettre en practique4 ,ces grandes et longues altercations1 de la meilleure forme de societ3 et des regles plus commodes nous attacher1 sont altercations propres seulement l'exercice de nostre esprit4 ,comme il se trouue s arts1 plusieurs subiects qui ont leur essence en l'agitation et en la dispute1 et n'ont aucune vie hors de l4 ,telle peinture de police1 seroit de mise1 en vn nouueau monde3 mais nous prenons vn monde desia faict et form certaines coustumes4 ,nous ne l'engendrons pas comme ,pyrrha1 ou comme ,cadmus4 ,par quelque moyen que nous ayons loy de le redresser1 et renger de nouueau1 nous ne pouuons gueres le tordre de son accoustum ply1 que nous ne rompions tout4 ,on demandoit ,solon1 s'il auoit estably les meilleures loyx qu'il auoit peu aux ,atheniens3 ,ouy bien1 respondit-il1 de celles qu'ils eussent receus4 ,varro s'excuse de pareil air3 ,que s'il auoit tout de nouueau escrire de la religion1 il diroit ce1 qu'il en croid4 ,mais1 estant desia receu1 il en dira selon l'vsage1 plus que selon nature4 ,non par opinion1 mais en verit1 l'excellente et meilleure police1 est chacune nation1 celle soubs laquelle elle s'est maintenu4 ,sa forme et commodit essentielle despend de l'vsage4 ,nous nous desplaisons volontiers de la condition presente4 ,mais ie tiens pourtant1 que d'aller desirant le commandement de peu1 en vn estat populaire3 ou en la monarchie1 vne autre espece de gouuernement1 c'est vice et folie4 ,ayme l'estat tel que tu le vois estre3 ,s'il est royal1 ayme la royaut2 ,s'il est de peu1 ou bien communaut1 ,ayme l'aussi1 car ,dieu t'y a faict naistre4 ,ainsin en parloit le bon monsieur de ,pibrac1 que nous venons de perdre3 vn esprit si gentil1 les opinions si saines1 les murs si douces4 ,cette perte1 et celle qu'en mesme temps nous auons faicte de monsieur de ,foix1 sont pertes importantes nostre couronne4 ,ie ne say s'il reste la ,france dequoy substituer vne autre coupple1 pareille ces deux ,gascons1 en syncerit1 et en suffisance1 pour le conseil de nos ,roys4 ,c'estoyent ames diuersement belles1 et certes selon le siecle1 rares et belles1 chacune en sa forme4 ,mais qui les auoit logees en cet aage1 si desconuenables et si disproportionnees nostre corruption1 et nos tempestes8 ,rien ne presse vn estat que l'innouation3 le changement donne seul forme l'iniustice1 et la tyrannie4 ,quand quelque piece se dmanche1 on peut l'estayer3 on peut s'opposer ce que l'alteration et corruption naturelle toutes choses1 ne nous esloigne trop de nos commencemens et principes4 ,mais d'entreprendre refondre vne si grande masse1 et changer les fondements d'vn si grand bastiment1 c'est faire ceux qui pour descrasser effacent3 qui veulent amender les deffauts particuliers1 par vne confusion vniuerselle1 et guarir les maladies par la mort3 non tam commutandarum qum euertendarum rerum cupidi4 ,le monde est inepte se guarir4 ,il est si impatient de ce qui le presse1 qu'il ne vise qu' s'en deffaire1 sans regarder quel prix4 ,nous voyons par mille exemples1 qu'il se guarit ordinairement ses despens3 la descharge du mal present1 n'est pas guarison1 s'il n'y a en general amendement de condition4 ,la fin du chirurgien1 n'est pas de faire mourir la mauuaise chair3 ce n'est que l'acheminement de sa cure3 il regarde au del1 d'y faire renaistre la naturelle1 et rendre la partie son deu estre4 ,quiconque propose seulement d'emporter ce qui le masche1 il demeure court3 car le bien ne succede pas necessairement au mal3 vn autre mal luy peut succeder2 et pire4 ,comme il aduint aux tueurs de ,cesar1 qui ietterent la chose publique tel poinct1 qu'ils eurent se repentir de s'en estre meslez4 ,a plusieurs depuis1 iusques nos siecles1 il est aduenu de mesmes4 ,les ,franois mes contemporanees sauent bien qu'en dire4 ,toutes grandes mutations esbranlent l'estat1 et le desordonnent4 ,qui viseroit droit la guarison1 et en consulteroit auant toute uure1 se refroidiroit volontiers d'y mettre la main4 ,pacuuius ,calauius corrigea le vice de ce proceder1 par vn exemple insigne4 ,ses concitoyens estoient mutinez contre leurs magistrats3 luy personnage de grande authorit en la ville de ,capou1 trouua vn iour moyen d'enfermer le ,senat dans le ,palais3 et conuoquant le peuple en la place1 leur dit3 ,que le iour estoit venu1 auquel en pleine libert ils pouuoient prendre vengeance des tyrans qui les auoyent si long temps oppressez1 lesquels il tenoit sa mercy seuls et desarmez4 ,fut d'aduis1 qu'au sort1 on les tirast hors1 l'vn apres l'autre3 et de chacun on ordonnast particulierement3 faisant sur le champ1 executer ce qui en seroit decret3 pourueu aussi que tout d'vn train ils aduisassent d'establir quelque homme de bien1 en la place du condamn1 affin qu'elle ne demeurast vuide d'officier4 ,ils n'eurent pas plustost ouy le nom d'vn senateur1 qu'il s'esleua vn cry de mescontentement vniuersel l'encontre de luy3 ,ie voy bien1 dit ,pacuuius1 il faut demettre cettuy-cy3 c'est vn meschant3 ayons en vn bon en change4 ,ce fut vn prompt silence3 tout le monde se trouuant bien empesch au choix4 ,au premier plus effront1 qui dit le sien3 voyla vn consentement de voix encore plus grand refuser celuy l4 ,cent imperfections1 et iustes causes1 de le rebuter4 ,ces humeurs contradictoires1 s'estans eschauffees1 il aduint encore pis du second ,senateur1 et du tiers4 ,autant de discorde l'election1 que de conuenance la demission4 ,s'estans inutilement lassez ce trouble1 ils commencent1 qui de1 qui del1 se desrober peu peu de l'assemblee3 rapportant chacun cette resolution en son ame1 que le plus vieil et mieux cogneu mal1 est tousiours plus supportable1 que le mal recent et inexperiment4 ,pour nous voir bien piteusement agitez3 car que n'auons nous faict8 ,eheu6 cicatricum et sceleris pudet1 ,fratrmque3 quid nos dura refugimus tas8 quid intactum nefasti ,liquimus8 vnde manus iuuentus ,metu ,deorum continuit8 quibus ,pepercit aris8 ie ne vay pas soudain me resoluant1 ,ipsa si velit ,salus1 ,seruare prorsus non potest hanc familiam4 ,nous ne sommes pas pourtant l'auanture1 nostre dernier periode4 ,la conseruation des estats1 est chose qui vray-semblablement surpasse nostre intelligence4 ,c'est1 comme dit ,platon1 chose puissante1 et de difficile dissolution1 qu'vne ciuile police1 elle dure souuent contre des maladies mortelles et intestines3 contre l'iniure des loix iniustes1 contre la tyrannie1 contre le debordement et ignorance des magistrats1 licence et sedition des peuples4 ,en toutes nos fortunes1 nous nous comparons ce qui est au dessus de nous1 et regardons vers ceux qui sont mieux4 ,mesurons nous ce qui est au dessous3 il n'en est point de si miserable1 qui ne trouue mille exemples o se consoler4 ,c'est nostre vice1 que nous voyons plus mal volontiers1 ce qui est dessus nous1 que volontiers1 ce qui est dessoubs4 ,si disoit ,solon1 qui dresseroit vn tas de tous les maux ensemble1 qu'il n'est aucun1 qui ne choisist plustost de remporter auec soy les maux qu'il a1 que de venir diuision legitime1 auec tous les autres hommes1 de ce tas de maux1 et en prendre sa quotte part4 ,nostre police se porte mal4 ,il en a est pourtant de plus malades1 sans mourir4 ,les dieux s'esbatent de nous la pelote1 et nous agitent toutes mains1 enimuero ,dij nos homines quasi pilas habent4 ,les astres ont fatalement destin l'estat de ,rome1 pour exemplaire de ce qu'ils peuuent en ce genre4 ,il comprend en soy toutes les formes et auantures1 qui touchent vn estat3 tout ce que l'ordre y peut1 et le trouble1 et l'heur1 et le mal'heur4 ,qui se doit desesperer de sa condition1 voyant les secousses et mouuemens dequoy celuy l fut agit1 et qu'il supporta8 ,si l'estendue de la domination1 est la sant d'vn estat1 dequoy ie ne suis aucunement d'aduis 7et me plaist ,isocrates1 qui instruit ,nicocles1 non d'enuier les ,princes1 qui ont des dominations larges1 mais qui sauent bien conseruer celles qui leur sont escheus7 celuy-l ne fut iamais si sain1 que quand il fut le plus malade4 ,la pire de ses formes1 luy fut la plus fortunee4 ,a peine recognoist-on l'image d'aucune police1 soubs les premiers ,empereurs3 c'est la plus horrible et la plus espesse confusion qu'on puisse conceuoir4 ,toutesfois il la supporta3 et y dura1 conseruant1 non pas vne monarchie resserree en ses limites1 mais tant de nations1 si diuerses1 si esloignees1 si mal affectionnees1 si desordonnement commandees1 et iniustement conquises4 ,nec gentibus vllis ,commodat in populum1 terr pelagique potentem1 ,inuidiam fortuna suam4 ,tout ce qui branle ne tombe pas4 ,la contexture d'vn si grand corps tient plus d'vn clou4 ,il tient mesme par son antiquit3 comme les vieux bastimens1 ausquels l'aage a desrob le pied1 sans crouste et sans cyment1 qui pourtant viuent et soustiennent en leur propre poix1 ,nec iam validis radicibus hrens1 ,pondere tuta suo est4 ,d'auantage ce n'est pas bien proced1 de recognoistre seulement le flanc et le foss3 pour iuger de la seuret d'vne place1 il faut voir1 par o on y peut venir1 en quel estat est l'assaillant4 ,peu de vaisseaux fondent de leur propre poix1 et sans violence estrangere4 ,or tournons les yeux par tout1 tout croulle autour de nous4 ,en tous les grands estats1 soit de ,chrestient1 soit d'ailleurs1 que nous cognoissons1 regardez y1 vous y trouuerez vne euidente menasse de changement et de ruyne3 ,et sua sunt illis incommoda1 prque per omnes ,tempestas4 ,les astrologues ont beau ieu1 nous aduertir1 comme ils font1 de grandes alterations1 et mutations prochaines3 leurs deuinations sont presentes et palpables1 il ne faut pas aller au ciel pour cela4 ,nous n'auons pas seulement tirer consolation1 de cette societ vniuerselle de mal et de menasse3 mais encores quelque esperance1 pour la duree de nostre estat3 d'autant que naturellement1 rien ne tombe1 l o tout tombe4 ,la maladie vniuerselle est la sant particuliere4 ,la conformit1 est qualit ennemie la dissolution4 ,pour moy1 ie n'en entre point au desespoir1 et me semble y voir des routes nous sauuer6 ,deus hc fortasse benigna ,reducet in sedem vice4 ,qui sait1 si ,dieu voudra qu'il en aduienne1 comme des corps qui se purgent1 et remettent en meilleur estat1 par longues et griefues maladies3 lesquelles leur rendent vne sant plus entiere et plus nette1 que celle qu'elles leur auoient ost8 ,ce qui me poise le plus1 c'est qu' conter les symptomes de nostre mal1 i'en vois autant de naturels1 et de ceux que le ciel nous enuoye1 et proprement siens1 que de ceux que nostre desreglement1 et l'imprudence humaine y conferent4 ,il semble que les astres mesmes ordonnent1 que nous auons assez dur1 et outre les termes ordinaires4 ,et cecy aussi me poise1 que le plus voysin mal1 qui nous menace1 ce n'est pas alteration en la masse entiere et solide1 mais sa dissipation et diuulsion3 l'extreme de noz craintes4 ,encores en ces reuasseries icy crains-ie la trahison1 de ma memoire1 que par inaduertance1 elle m'aye faict enregistrer vne chose deux fois4 ,ie hay me recognoistre3 et ne retaste iamais qu'enuis ce qui m'est vne fois eschapp4 ,or ie n'apporte icy rien de nouuel apprentissage4 ,ce sont imaginations communes3 les ayant l'auanture conceus cent fois1 i'ay peur de les auoir desia enrollees4 ,la redicte est par tout ennuyeuse1 fut ce dans ,homere4 ,mais elle est ruyneuse1 aux choses qui n'ont qu'vne montre superficielle et passagere4 ,ie me desplais de l'inculcation1 voire aux choses vtiles1 comme en ,seneque4 ,et l'vsage de son escole ,stoque me desplaist1 de redire sur chasque matiere1 tout au long et au large1 les principes et presuppositions1 qui seruent en general3 et realleguer tousiours de nouueau les arguments et raisons communes et vniuerselles4 ,ma memoire s'empire cruellement tous les iours3 ,pocula ,lethos vt si ducentia somnos1 ,arente fauce traxerim4 ,il faudra doresnauant 7car ,dieu mercy iusques cette heure1 il n'en est pas aduenu de faute7 qu'au lieu que les autres cherchent temps1 et occasion de penser ce qu'ils ont dire1 ie fuye me preparer1 de peur de m'attacher quelque obligation1 de laquelle i'aye despendre4 ,l'estre tenu et oblig1 me fouruoye et le despendre d'vn si foible instrument qu'est ma memoire4 ,ie ne lis iamais cette histoire1 que ie ne m'en offence1 d'vn ressentiment propre et naturel4 ,lyncestez accus de coniuration1 contre ,alexandre1 le iour qu'il fut men en la presence de l'arme1 suiuant la coustume1 pour estre ouy en ses deffences1 auoit en sa teste vne harangue estudie1 de laquelle tout hesitant et begayant il pronona quelques paroles4 ,comme il se troubloit de plus en plus1 ce pendant qu'il lucte auec sa memoire1 et qu'il la retaste1 le voila charg et tu coups de pique1 par les soldats1 qui luy estoyent plus voisins3 le tenans pour conuaincu4 ,son estonnement et son silence1 leur seruit de confession4 ,ayant eu en prison tant de loysir de se preparer1 ce n'est leur aduis1 plus la memoire qui luy manque3 c'est la conscience qui luy bride la langue1 et luy oste la force4 ,vrayement c'est bien dit4 ,le lieu estonne1 l'assistance1 l'expectation1 lors mesme qu'il n'y va que de l'ambition de bien dire4 ,que peut on faire1 quand c'est vne harangue1 qui porte la vie en consequence8 ,pour moy1 cela mesme1 que ie sois li ce que i'ay dire1 sert m'en desprendre4 ,quand ie me suis commis et assign entierement ma memoire1 ie pends si fort sur elle1 que ie l'accable3 elle s'effraye de sa charge4 ,autant que ie m'en rapporte elle1 ie me mets hors de moy3 iusques essayer ma contenance4 ,et me suis veu quelque iour en peine1 de celer la seruitude en laquelle i'estois entrau4 ,l o mon dessein est1 de representer en parlant1 vne profonde nonchalance d'accent et de visage1 et des mouuemens fortuites et impremeditez1 comme naissans des occasions presentes3 aymant aussi cher ne rien dire qui vaille1 que de montrer estre venu prepar pour bien dire3 chose messeante1 sur tout gens de ma profession3 et chose de trop grande obligation1 qui ne peut beaucoup tenir4 ,l'apprest donne plus esperer1 qu'il ne porte4 ,on se met souuent sottement en pourpoinct1 pour ne sauter pas mieux qu'en saye4 ,nihil est his1 qui placere volunt1 tam aduersarium1 qum expectatio4 ,ils ont laiss par escrit de l'orateur ,curio1 que quand il proposoit la distribution des pieces de son oraison1 en trois1 ou en quatre3 ou le nombre de ses arguments et raisons1 il luy aduenoit volontiers1 ou d'en oublier quelqu'vn1 ou d'y en adiouster vn ou deux de plus4 ,i'ay tousiours bien euit1 de tomber en cet inconuenient3 ayant hay ces promesses et prescriptions3 non seulement pour la deffiance de ma memoire3 mais aussi pource que cette forme retire trop l'artiste4 ,simpliciora militares decent4 ,baste1 que ie me suis meshuy promis1 de ne prendre plus la charge de parler en lieu de respect4 ,car quant parler en lisant son escript3 outre ce qu'il est tresinepte1 il est de grand desauantage ceux1 qui par nature pouuoient quelque chose en l'action4 ,et de me ietter la mercy de mon inuention presente1 encore moins3 ie l'ay lourde et trouble1 qui ne sauroit fournir aux soudaines necessitez1 et importantes4 ,laisse ,lecteur courir encore ce coup d'essay1 et ce troisiesme alongeail1 du reste des pieces de ma peinture4 ,i'adiouste1 mais ie ne corrige pas4 ,premierement1 par ce que celuy qui a hypothequ au monde son ouurage1 ie trouue apparence1 qu'il n'y ayt plus de droict4 ,qu'il die1 s'il peut1 mieux ailleurs1 et ne corrompe la besongne qu'il a vendu4 ,de telles gens1 il ne faudroit rien acheter qu'apres leur mort4 ,qu'ils y pensent bien1 auant que de se produire4 ,qui les haste8 ,mon liure est tousiours vn3 sauf qu' mesure1 qu'on se met le renouueller1 afin que l'achetteur ne s'en aille les mains du tout vuides1 ie me donne loy d'y attacher 7comme ce n'est qu'vne marqueterie mal iointe7 quelque embleme supernumeraire4 ,ce ne sont que surpoids1 qui ne condamnent point la premiere forme1 mais donnent quelque prix particulier chacune des suiuantes1 par vne petite subtilit ambitieuse4 ,de l toutesfois il aduiendra facilement1 qu'il s'y mesle quelque transposition de chronologie3 mes contes prenants place selon leur opportunit1 non tousiours selon leur aage4 ,secondement1 cause que pour mon regard1 ie crains de perdre au change4 ,mon entendement ne va pas tousiours auant1 il va reculons aussi4 ,ie ne me deffie gueres moins de mes fantasies1 pour estre secondes ou tierces1 que premieres3 ou presentes1 que passees4 ,nous nous corrigeons aussi sottement souuent1 comme nous corrigeons les autres4 ,ie suis enuieilly de nombre d'ans1 depuis mes premieres publications1 qui furent l'an mille cinq cens quatre vingts4 ,mais ie fais doute que ie sois assagi d'vn pouce4 ,moy cette heure1 et moy tantost1 sommes bien deux4 ,quand meilleur1 ie n'en puis rien dire4 ,il feroit bel estre vieil1 si nous ne marchions1 que vers l'amendement4 ,c'est vn mouuement d'yuroigne1 titubant1 vertigineux1 informe3 ou des ionchez1 que l'air manie casuellement selon soy4 ,antiochus auoit vigoureusement escript en faueur de l',academie3 il print sur ses vieux ans vn autre party3 lequel des deux ie suyuisse1 seroit ce pas tousiours suiure ,antiochus8 ,apres auoir estably le doubte1 vouloir establir la certitude des opinions humaines1 estoit ce pas establir le doubte1 non la certitude8 et promettre1 qui luy eust donn encore vn aage durer1 qu'il estoit tousiours en termes de nouuelle agitation3 non tant meilleure1 qu'autre8 ,la faueur publique m'a donn vn peu plus de hardiesse que ie n'esperois3 mais ce que ie crains le plus1 c'est de saouler4 ,i'aymerois mieux poindre que lasser4 ,comme a faict vn sauant homme de mon temps4 ,la louange est tousiours plaisante1 de qui1 et pourquoy elle vienne4 ,si faut-il pour s'en aggreer iustement1 estre inform de sa cause4 ,les imperfections mesme ont leur moyen de se recommander4 ,l'estimation vulgaire et commune1 se voit peu heureuse en rencontre4 ,et de mon temps1 ie suis tromp1 si les pires escrits ne sont ceux qui ont gaign le dessus du vent populaire4 ,certes ie rends graces des honnestes hommes1 qui daignent prendre en bonne part1 mes foibles efforts4 ,il n'est lieu o les fautes de la faon paroissent tant1 qu'en vne matiere qui de soy n'a point de recommandation4 ,ne te prens point moy1 ,lecteur1 de celles qui se coulent icy1 par la fantasie1 ou inaduertance d'autruy3 chasque main1 chasque ouurier1 y apporte les siennes4 ,ie ne me mesle1 ny d'orthographe1 et ordonne seulement qu'ils suiuent l'ancienne1 ny de la punctuation3 ie suis peu expert en l'vn et en l'autre4 ,o ils rompent du tout le sens1 ie m'en donne peu de peine1 car aumoins ils me deschargent4 ,mais o ils en substituent vn faux1 comme ils font si souuent1 et me destournent leur conception1 ils me ruynent4 ,toutesfois quand la sentence n'est forte ma mesure1 vn honneste homme la doit refuser pour mienne4 ,qui cognoistra combien ie suis peu laborieux1 combien ie suis faict ma mode1 croira facilement1 que ie redicterois plus volontiers1 encore autant d',essais1 que de m'assuiettir resuiure ceux-cy1 pour cette puerile correction4 ,ie disois donc tantost1 qu'estant plant en la plus profonde miniere de ce nouueau metal1 non seulement ie suis priu de grande familiarit1 auec gens d'autres murs que les miennes3 et d'autres opinions1 par lesquelles ils tiennent ensemble d'vn nud1 qui commande tout autre nud4 ,mais encore ie ne suis pas sans hazard1 parmy ceux1 qui tout est esgalement loisible3 et desquels la plus part ne peut empirer meshuy son march1 vers nostre iustice4 ,d'o naist l'extreme degr de licence4 ,comptant toutes les particulieres circonstances qui me regardent1 ie ne trouue homme des nostres1 qui la deffence des loix1 couste1 et en gain cessant1 et en dommage emergeant1 disent les clercs1 plus qu' moy4 ,et tels font bien les braues1 de leur chaleur et aspret1 qui font beaucoup moins que moy1 en iuste balance4 ,comme maison de tout temps libre1 de grand abbord1 et officieuse chacun 7car ie ne me suis iamais laiss induire1 d'en faire vn outil de guerre3 laquelle ie vois chercher plus volontiers1 o elle est le plus esloingnee de mon voisinage7 ma maison a merit assez d'affection populaire3 et seroit bien mal-ais de me gourmander sur mon fumier4 ,et i'estime vn merueilleux chef d'uure1 et exemplaire1 qu'elle soit encore vierge de sang1 et de sac1 soubs vn si long orage1 tant de changemens et agitations voisines4 ,car dire vray1 il estoit possible vn homme de ma complexion1 d'eschapper vne forme constante1 et continue1 telle qu'elle fust4 ,mais les inuasions et incursions contraires1 et alternations et vicissitudes de la fortune1 au tour de moy1 ont iusqu' cette heure plus exasper qu'amolly l'humeur du pays3 et me rechargent de dangers1 et difficultez inuincibles4 ,i'eschape4 ,mais il me desplaist que ce soit plus par fortune3 voire1 et par ma prudence1 que par iustice3 et me desplaist d'estre hors la protection des loix1 et soubs autre sauuegarde que la leur4 ,comme les choses sont1 ie vis plus qu' demy1 de la faueur d'autruy3 qui est vne rude obligation4 ,ie ne veux debuoir ma seuret1 ny la bont1 et benignit des grands1 qui s'aggreent de ma legalit et libert3 ny la facilit des murs de mes predecesseurs1 et miennes3 car quoy si i'estois autre8 ,si mes desportemens et la franchise de ma conuersation1 obligent mes voisins1 ou la parent3 c'est cruaut qu'ils s'en puissent acquitter1 en me laissant viure1 et qu'ils puissent dire3 ,nous luy condonons la libre continuation du seruice diuin1 en la chapelle de sa maison1 toutes les eglises d'autour1 estants par nous desertes3 et luy condonons l'vsage de ses biens1 et sa vie1 comme il conserue nos femmes1 et nos bufs au besoing4 ,de longue main chez moy1 nous auons part la louange de ,lycurgus ,athenien1 qui estoit general depositaire et gardien des bourses de ses concitoyens4 ,or ie tiens1 qu'il faut viure par droict1 et par auctorit1 non par recompense ny par grace4 ,combien de galans hommes ont mieux aym perdre la vie1 que la deuoir8 ,ie fuis me submettre toute sorte d'obligation4 ,mais sur tout1 celle qui m'attache1 par deuoir d'honneur4 ,ie ne trouue rien si cher1 que ce qui m'est donn3 et ce pourquoy1 ma volont demeure hypothequee par tiltre de gratitude4 ,et reois plus volontiers les offices1 qui sont vendre4 ,ie croy bien4 ,pour ceux-cy1 ie ne donne que de l'argent3 pour les autres1 ie me donne moy-mesme4 ,le neud1 qui me tient par la loy d'honnestet1 me semble bien plus pressant et plus poisant1 que n'est celuy de la contraincte ciuile4 ,on me garotte plus doucement par vn notaire1 que par moy4 ,n'est-ce pas raison1 que ma conscience soit beaucoup plus engagee1 ce1 en quoy on s'est simplement fi d'elle8 ,ailleurs1 ma foy ne doit rien3 car on ne luy a rien prest4 ,qu'on s'ayde de la fiance et asseurance1 qu'on a prise hors de moy4 ,i'aymeroy bien plus cher1 rompre la prison d'vne muraille1 et des loix1 que de ma parole4 ,ie suis delicat l'obseruation de mes promesses1 iusques la superstition3 et les fay en tous subiects volontiers incertaines et conditionnelles4 ,a celles1 qui sont de nul poids1 ie donne poids de la ialousie de ma regle3 elle me gehenne et charge de son propre interest4 ,ouy1 s entreprinses toutes miennes et libres1 si i'en dy le poinct1 il me semble1 que ie me les prescry3 et que1 le donner la science d'autruy1 c'est le preordonner soy4 ,il me semble que ie le promets1 quand ie le dy4 ,ainsi i'euente peu mes propositions4 ,la condemnation que ie fais de moy1 est plus vifue et roide1 que n'est celle des iuges1 qui ne me prennent que par le visage de l'obligation commune3 l'estreinte de ma conscience plus serree1 et plus seuere4 ,ie suy laschement les debuoirs ausquels on m'entraineroit1 si ie n'y allois4 ,hoc ipsum ita iustum est quod rect fit1 si est voluntarium4 ,si l'action n'a quelque splendeur de libert1 elle n'a point de grace1 ny d'honneur4 ,quod me ius cogit1 vix voluntate impetrent4 ,o la necessit me tire1 i'ayme lacher la volont4 ,quia quicquid imperio cogitur1 exigenti magis1 qum prstanti acceptum refertur4 ,i'en say qui suyuent cet air1 iusques l'iniustice3 donnent plustost qu'ils ne rendent1 prestent plustost qu'ilz ne payent3 font plus escharsement bien celuy1 qui ils en sont tenus4 ,ie ne vois pas l1 mais ie touche contre4 ,i'ayme tant me descharger et desobliger1 que i'ay parfois compt profit1 les ingratitudes1 offences1 et indignitez1 que i'auois reeu de ceux1 qui ou par nature1 ou par accident1 i'auois quelque deuoir d'amiti3 prenant cette occasion de leur faute1 pour autant d'acquit1 et descharge de ma debte4 ,encore que ie continue leur payer les offices apparents1 de la raison publique1 ie trouue grande espargne pourtant faire par iustice1 ce que ie faysoy par affection1 et me soulager vn peu1 de l'attention et sollicitude1 de ma volont au dedans4 ,est prudentis sustinere vt cursum1 sic impetum beneuolenti4 ,laquelle i'ay trop vrgente et pressante1 o ie m'addonne3 aumoins pour vn homme1 qui ne veut estre aucunement en presse4 ,et me sert cette mesnagerie1 de quelque consolation1 aux imperfections de ceux qui me touchent4 ,ie suis bien desplaisant qu'ils en vaillent moins1 mais tant y a1 que i'en espargne aussi quelque chose de mon application et engagement enuers eux4 ,i'approuue celuy qui ayme moins son enfant1 d'autant qu'il est ou teigneux ou bossu4 ,et non seulement1 quand il est malicieux2 mais aussi quand il est malheureux1 et mal nay 7,dieu mesme en a rabbatu cela de son prix1 et estimation naturelle7 pourueu qu'il se porte en ce refroidissement1 auec moderation1 et iustice exacte4 ,en moy1 la proximit n'allege pas les deffauts1 elle les aggraue plustost4 ,apres tout1 selon que ie m'entends en la science du bien-faict et de recognoissance1 qui est vne subtile science et de grand vsage1 ie ne vois personne1 plus libre et moins endebt1 que ie suis iusques cette heure4 ,ce que ie doibs1 ie le doibs simplement aux obligations communes et naturelles4 ,il n'en est point1 qui soit plus nettement quitte d'ailleurs4 ,nec sunt mihi nota potentum ,munera4 ,les ,princes me donnent prou1 s'ils ne m'ostent rien3 et me font assez de bien1 quand ils ne me font point de mal3 c'est tout ce que i'en demande4 ,o combien ie suis tenu ,dieu1 de ce qu'il luy a pleu1 que i'aye reeu immediatement de sa grace1 tout ce que i'ay3 qu'il a retenu particulierement soy toute ma debte6 ,combien ie supplie instamment sa saincte misericorde1 que iamais ie ne doiue vn essentiel grammercy personne6 ,bien heureuse franchise3 qui m'a conduit si loing4 ,qu'elle acheue4 ,i'essaye n'auoir expres besoing de nul4 ,in me omnis spes est mihi4 ,c'est chose que chacun peut en soy3 mais plus facilement ceux1 que ,dieu a mis l'abry des necessitez naturelles et vrgentes4 ,il fait bien piteux1 et hazardeux1 despendre d'vn autre4 ,nous mesmes qui est la plus iuste adresse1 et la plus seure1 ne nous sommes pas assez asseurez4 ,ie n'ay rien mien1 que moy2 et si en est la possession en partie manque et empruntee4 ,ie me cultiue et en courage1 qui est le plus fort3 et encores en fortune1 pour y trouuer dequoy me satisfaire1 quand ailleurs tout m'abandonneroit4 ,eleus ,hippias ne se fournit pas seulement de science1 pour au giron des muses se pouuoir ioyeusement esquarter de toute autre compagnie au besoing3 ny seulement de la cognoissance de la philosophie1 pour apprendre son ame de se contenter d'elle1 et se passer virilement des commoditez qui lui viennent du dehors1 quand le sort l'ordonne4 ,il fut si curieux1 d'apprendre encore faire sa cuisine1 et son poil1 ses robes1 ses souliers1 ses bragues1 pour se fonder en soy1 autant qu'il pourroit1 et soustraire au secours estranger4 ,on iouyt bien plus librement1 et plus gayement1 des biens empruntez3 quand ce n'est pas vne iouyssance obligee et contrainte par le besoing3 et qu'on a1 et en sa volont1 et en sa fortune1 la force et les moyens de s'en passer4 ,ie me connoy bien4 ,mais il m'est malais d'imaginer nulle si pure liberalit de personne enuers moy1 nulle hospitalit si franche et gratuite1 qui ne me semblast disgratie1 tyrannique1 et teinte de reproche1 si la necessit m'y auoit encheuestr4 ,comme le donner est qualit ambitieuse1 et de prerogatiue1 aussi est l'accepter qualit de summission4 ,tesmoin l'iniurieux1 et querelleux refus1 que ,baiazet feit des presents1 que ,temir luy enuoyoit4 ,et ceux qu'on offrit de la part de l',empereur ,solyman1 l',empereur de ,calicut1 le mirent en si grand despit1 que non seulement il les refusa rudement3 disant1 que ny luy ny ses predecesseurs n'auoient accoustum de prendre3 et que c'estoit leur office de donner3 mais en outre feit mettre en vn cul de fosse1 les ambassadeurs enuoyez cet effect4 ,quand ,thetis1 dit ,aristote1 flatte ,iuppiter3 quand les ,lacedemoniens flattent les ,atheniens3 ils ne vont pas leur rafreschissant la memoire des biens1 qu'ils leur ont faits1 qui est tousiours odieuse3 mais la memoire des bien-faicts qu'ils ont receuz d'eux4 ,ceux que ie voy si familierement employer tout chacun et s'y engager3 ne le feroient pas1 s'ils sauouroient comme moy la douceur d'vne pure libert3 et s'ils poisoient autant que doit poiser vn sage homme1 l'engageure d'vne obligation4 ,elle se paye l'aduenture quelquefois3 mais elle ne se dissout iamais4 ,cruel garrotage1 qui ayme d'affranchir les coudees de sa libert1 en tout sens4 ,mes cognoissants1 et au dessus et au dessous de moy1 sauent1 s'ils en ont iamais veu1 de moins sollicitant1 requerant1 suppliant1 ny moins chargeant sur autruy4 ,si ie le suis1 au del de tout exemple moderne1 ce n'est pas grande merueille3 tant de pieces de mes murs y contribuants4 ,vn peu de fiert naturelle3 l'impatience du refus3 contraction de mes desirs et desseins3 inhabilet toute sorte d'affaires4 ,et mes qualitez plus fauories1 l'oysiuet1 la franchise4 ,par tout cela1 i'ay prins haine mortelle1 d'estre tenu ny autre1 ny par autre que moy4 ,i'employe bien viuement1 tout ce que ie puis1 m'en passer3 auant que i'employe la beneficence d'vn autre1 en quelque1 ou legere ou poisante occasion ou besoing que ce soit4 ,mes amis m'importunent estrangement1 quand ils me requierent1 de requerir vn tiers4 ,et ne me semble guere moins de coust1 desengager celuy qui me doibt1 vsant de luy3 que m'engager enuers celuy1 qui ne me doibt rien4 ,cette condition ostee1 et cet' autre1 qu'ils ne vueillent de moy chose negotieuse et soucieuse 7car i'ay denonc tout soing guerre capitale7 ie suis commodement facile et prest au besoing de chacun4 ,mais i'ay encore plus fuy receuoir1 que ie n'ay cherch donner3 aussi est il bien plus ays selon ,aristote4 ,ma fortune m'a peu permis de bien faire autruy3 et ce peu qu'elle m'en a permis1 elle l'a assez maigrement log4 ,si elle m'eust faict naistre pour tenir quelque rang entre les hommes1 i'eusse est ambitieux de me faire aymer3 non de me faire craindre ou admirer4 ,l'exprimeray-ie plus insolamment8 i'eusse autant regard1 au plaire1 qu'au prouffiter4 ,cyrus tres-sagement1 et par la bouche d'vn tres bon capitaine1 et meilleur philosophe encores1 estime sa bont et ses biens faicts1 loing au del de sa vaillance1 et belliqueuses conquestes4 ,et le premier ,scipion1 par tout o il se veut faire valoir1 poise sa debonnairet et humanit1 au dessus de sa hardiesse et de ses victoires3 et a tousiours en la bouche ce glorieux mot1 ,qu'il a laiss aux ennemys1 autant l'aymer1 qu'aux amys4 ,ie veux donc dire1 que s'il faut ainsi debuoir quelque chose1 ce doibt estre plus legitime tiltre1 que celuy dequoy ie parle1 auquel la loy de cette miserable guerre m'engage3 et non d'vn si gros debte1 comme celuy de ma totale conseruation3 il m'accable4 ,ie me suis couch mille fois chez moy1 imaginant qu'on me trahiroit et assommeroit cette nuict l3 composant auec la ,fortune1 que ce fust sans effroy et sans langueur4 ,et me suis escri apres mon patenostre1 ,impius hc tam culta noualia miles habebit8 ,quel remede8 c'est le lieu de ma naissance1 et de la plus part de mes ancestres3 ils y ont mis leur affection et leur nom4 ,nous nous durcissons tout ce que nous accoustumons4 ,et vne miserable condition1 comme est la nostre1 'a est vn tresfauorable present de ,nature1 que l'accoustumance1 qui endort nostre sentiment la souffrance de plusieurs maux4 ,les guerres ciuiles ont cela de pire que les autres guerres1 de nous mettre chacun en echauguette en sa propre maison4 ,qum miserum1 porta vitam murque tueri1 ,vixque su tutum viribus esse domus6 ,c'est grande extremit1 d'estre press iusques dans son mesnage1 et repos domestique4 ,le lieu o ie me tiens1 est tousiours le premier et le dernier1 la batterie de nos troubles3 et o la paix n'a iamais son visage entier1 ,tum quoque cm pax est1 trepidant formidine belli4 ,quoties pacem fortuna lacessit1 ,hc iter est bellis3 melius1 fortuna1 dedisses ,orbe sub ,eoo sedem1 gelidque sub ,arcto1 ,errantsque domos4 ,ie tire par fois1 le moyen de me fermir contre ces considerations1 de la nonchalance et laschet4 ,elles nous menent aussi aucunement la resolution4 ,il m'aduient souuent1 d'imaginer auec quelque plaisir1 les dangers mortels1 et les attendre4 ,ie me plonge la teste baissee1 stupidement dans la mort1 sans la considerer et recognoistre1 comme dans vne profondeur muette et obscure1 qui m'engloutit d'vn saut1 et m'estouffe en vn instant1 d'vn puissant sommeil1 plein d'insipidit et indolence4 ,et en ces morts courtes et violentes1 la consequence que i'en preuoy1 me donne plus de consolation1 que l'effait de crainte4 ,ils disent1 comme la vie n'est pas la meilleure1 pour estre longue1 que la mort est la meilleure1 pour n'estre pas longue4 ,ie ne m'estrange pas tant de l'estre mort1 comme i'entre en confidence auec le mourir4 ,ie m'enueloppe et me tapis en cet orage1 qui me doit aueugler et rauir de furie1 d'vne charge prompte et insensible4 ,encore s'il aduenoit1 comme disent aucuns iardiniers1 que les roses et violettes naissent plus odoriferantes pres des aulx et des oignons1 d'autant qu'ils sucent et tirent eux1 ce qu'il y a de mauuaise odeur en la terre3 aussi que ces depraues natures1 humassent tout le venin de mon air et du climat1 et m'en rendissent d'autant meilleur et plus pur1 par leur voysinage3 que ie ne perdisse pas tout4 ,cela n'est pas3 mais de cecy il en peut estre quelque chose1 que la bont est plus belle et plus attraiante quand elle est rare1 et que la contrariet et diuersit1 roidit et resserre en soy le bien faire3 et l'enflamme par la ialousie de l'opposition1 et par la gloire4 ,les voleurs de leur grace1 ne m'en veulent pas particulierement4 ,ne fay-ie pas moy eux4 ,il m'en faudroit trop de gents4 ,pareilles consciences logent sous diuerses sortes de robes4 ,pareille cruaut1 desloyaut1 volerie4 ,et d'autant pire1 qu'elle est plus lasche1 plus seure1 et plus obscure1 sous l'ombre des loix4 ,ie hay moins l'iniure professe que trahitresse2 guerriere que pacifique et iuridique4 ,nostre fieure est suruenu en vn corps1 qu'elle n'a de guere empir4 ,le feu y estoit1 la flamme s'y est prinse4 ,le bruit est plus grand3 le mal1 de peu4 ,ie respons ordinairement1 ceux qui me demandent raison de mes voyages3 ,que ie say bien ce que ie fuis1 mais non pas ce que ie cherche4 ,si on me dit1 que parmy les estrangers il y peut auoir aussi peu de sant1 et que leurs murs ne sont pas mieux nettes que les nostres3 ie respons premierement1 qu'il est malays3 ,tam mult scelerum facies6 ,secondement1 c'est tousiours gain1 de changer vn mauuais estat vn estat incertain4 ,et que les maux d'autruy ne nous doiuent pas poindre comme les nostres4 ,ie ne veux pas oublier cecy1 que ie ne me mutine iamais tant contre la ,france1 que ie ne regarde ,paris de bon il4 ,elle a mon cur des mon enfance4 ,et m'en est aduenu comme des choses excellentes3 plus i'ay veu dpuis d'autres villes belles1 plus la beaut de cette cy1 peut1 et gaigne sur mon affection4 ,ie l'ayme par elle mesme1 et plus en son estre seul1 que rechargee de pompe estrangere4 ,ie l'ayme tendrement1 iusques ses verrues et ses taches4 ,ie ne suis ,franois1 que par cette grande cit3 grande en peuples1 grande en felicit de son assiette3 mais sur tout grande1 et incomparable en variet1 et diuersit de commoditez3 la gloire de la ,france1 et l'vn des plus nobles ornements du monde4 ,dieu en chasse loing nos diuisions3 entiere et vnie1 ie la trouue deffendue de toute autre violence4 ,ie l'aduise1 que de tous les partis1 le pire sera celuy qui la mettra en discorde4 ,et ne crains pour elle1 qu'elle mesme4 ,et crains pour elle1 autant certes1 que pour autre piece de cet estat4 ,tant qu'elle durera1 ie n'auray faute de retraicte1 o rendre mes abboys3 suffisante me faire perdre le regret de tout' autre retraicte4 ,non par ce que ,socrates l'a dict1 mais par ce qu'en verit c'est mon humeur1 et l'auanture non sans quelque excez1 i'estime tous les hommes mes compatriotes3 et embrasse vn ,polonois comme vn ,franois1 postposant cette lyaison nationale1 l'vniuerselle et commune4 ,ie ne suis guere feru de la douceur d'vn air naturel4 ,les cognoissances toutes neufues1 et toutes miennes1 me semblent bien valoir ces autres communes et fortuites cognoissances du voisinage4 ,les amitiez pures de nostre acquest1 emportent ordinairement1 celles ausquelles la communication du climat1 ou du sang1 nous ioignent4 ,nature nous a mis au monde libres et desliez1 nous nous emprisonnons en certains destroits3 comme les ,roys de ,perse qui s'obligeoient de ne boire iamais autre eau1 que celle du fleuue de ,choaspez1 renonoyent par sottise1 leur droict d'vsage en toutes les autres eaux3 et assechoient pour leur regard1 tout le reste du monde4 ,ce que ,socrates feit sur sa fin1 d'estimer vne sentence d'exil pire1 qu'vne sentence de mort contre soy3 ie ne seray1 mon aduis1 iamais ny si cass1 ny si estroittement habitu en mon pas1 que ie le feisse4 ,ces vies celestes1 ont assez d'images1 que i'embrasse par estimation plus que par affection4 ,et en ont aussi1 de si esleuees1 et extraordinaires1 que par estimation mesme ie ne les puis embrasser1 d'autant que ie ne les puis conceuoir4 ,cette humeur fut bien tendre vn homme1 qui iugeoit le monde sa ville4 ,il est vray1 qu'il dedaignoit les peregrinations1 et n'auoit gueres mis le pied hors le territoire d',attique4 ,quoy1 qu'il plaignoit l'argent de ses amis desengager sa vie3 et qu'il refusa de sortir de prison par l'entremise d'autruy1 pour ne desober aux loix en vn temps1 qu'elles estoient d'ailleurs si fort corrompus8 ,ces exemples sont de la premiere espece1 pour moy4 ,de la seconde1 sont d'autres1 que ie pourroy trouuer en ce mesme personnage4 ,plusieurs de ces rares exemples surpassent la force de mon action3 mais aucuns surpassent encore la force de mon iugement4 ,outre ces raisons1 le voyager me semble vn exercice profitable4 ,l'ame y a vne continuelle exercitation1 remarquer des choses incogneus et nouuelles4 ,et ie ne sache point meilleure escole1 comme i'ay dict souuent1 faonner la vie1 que de luy proposer incessamment la diuersit de tant d'autres vies1 fantasies1 et vsances3 et luy faire gouster vne si perpetuelle variet de formes de nostre nature4 ,le corps n'y est ny oisif ny trauaill3 et cette moderee agitation le met en haleine4 ,ie me tien cheual sans demonter1 tout choliqueux que ie suis1 et sans m'y ennuyer1 huict et dix heures1 ,vires vltra sortmque senect4 ,nulle saison m'est ennemye1 que le chaut aspre d'vn soleil poignant4 ,car les ombrelles1 dequoy dpuis les anciens ,romains l',italie se sert1 chargent plus les bras1 qu'ils ne deschargent la teste4 ,ie voudroy sauoir quelle industrie c'estoit aux ,perses1 si anciennement1 et en la naissance de la luxure1 de se faire du vent frais1 et des ombrages leur poste1 comme dict ,xenophon4 ,i'ayme les pluyes et les crotes comme les cannes4 ,la mutation d'air et de climat ne me touche point4 ,tout ciel m'est vn4 ,ie ne suis battu que des alterations internes1 que ie produicts en moy1 et celles l m'arriuent moins en voyageant4 ,ie suis mal-ais esbranler3 mais estant auoy1 ie vay tant qu'on veut4 ,i'estriue autant aux petites entreprises1 qu'aux grandes3 et m'equiper pour faire vne iourne1 et visiter vn voisin1 que pour vn iuste voyage4 ,i'ay apris faire mes iournees l',espagnole1 d'vne traicte3 grandes et raisonnables iournees4 ,et aux extremes chaleurs1 les passe de nuict1 du soleil couchant iusques au leuant4 ,l'autre faon de repaistre en chemin1 en tumulte et haste1 pour la disnee1 nommment aux cours iours1 est incommode4 ,mes cheuaux en valent mieux4 ,iamais cheual ne m'a failly1 qui a sceu faire auec moy la premiere iournee4 ,ie les abreuue par tout3 et regarde seulement qu'ils ayent assez de chemin de reste1 pour battre leur eau4 ,la paresse me leuer1 donne loisir ceux qui me suyuent1 de disner leur aise1 auant partir4 ,pour moy1 ie ne mange iamais trop tard3 l'appetit me vient en mangeant1 et point autrement3 ie n'ay point de faim qu' table4 ,aucuns se plaignent dequoy ie me suis agre continuer cet exercice1 mari1 et vieil4 ,ils ont tort4 ,il est mieux temps d'abandonner sa maison1 quand on l'a mise en train de continuer sans nous3 quand on y a laiss de l'ordre qui ne demente point sa forme passee4 ,c'est bien plus d'imprudence1 de s'esloingner1 laissant en sa maison vne garde moins fidele1 et qui ait moins de soing de pouruoir vostre besoing4 ,la plus vtile et honnorable science et occupation vne mere de famille1 c'est la science du mesnage4 ,i'en vois quelqu'vne auare2 de mesnagere1 fort peu4 ,c'est sa maistresse qualit1 et qu'on doibt chercher1 auant toute autre3 comme le seul douaire qui sert ruyner ou sauuer nos maisons4 ,qu'on ne m'en parle pas2 selon que l'experience m'en a apprins1 ie requiers d'vne femme mariee1 au dessus de toute autre vertu1 la vertu conomique4 ,ie l'en mets au propre1 luy laissant par mon absence tout le gouuernement en main4 ,ie vois auec despit en plusieurs mesnages1 monsieur reuenir maussade et tout marmiteux du tracas des affaires1 enuiron midy1 que madame est encore apres se coiffer et attiffer1 en son cabinet4 ,c'est faire aux ,roynes3 encores ne say-ie4 ,il est ridicule et iniuste1 que l'oysiuet de nos femmes1 soit entretenu de nostre sueur et trauail4 ,il n'aduiendra1 que ie puisse1 personne1 d'auoir l'vsage de ses biens plus liquide que moy1 plus quiete et plus quitte4 ,si le mary fournit de matiere1 ,nature mesme veut qu'elles fournissent de forme4 ,quant aux deuoirs de l'amiti maritale1 qu'on pense estre interessez par cette absence3 ie ne le crois pas4 ,au rebours1 c'est vne intelligence1 qui se refroidit volontiers par vne trop continuelle assistance1 et que l'assiduit blesse4 ,toute femme estrangere nous semble honneste femme4 ,et chacun sent par experience1 que la continuation de se voir1 ne peut representer le plaisir que lon sent se desprendre1 et reprendre secousses4 ,ces interruptions me remplissent d'vne amour recente enuers les miens1 et me redonnent l'vsage de ma maison plus doux3 la vicissitude eschaufe mon appetit1 vers l'vn1 puis vers l'autre party4 ,ie say que l'amiti a les bras assez longs1 pour se tenir et se ioindre1 d'vn coin de monde l'autre3 et specialement cette cy1 o il y a vne continuelle communication d'offices1 qui en reueillent l'obligation et la souuenance4 ,les ,stociens disent bien1 qu'il y a si grande colligance et relation entre les sages1 que celuy qui disne en ,france1 repaist son compagnon en gypte2 et qui estend seulement son doigt1 o que ce soit1 tous les sages qui sont sur la terre habitable1 en sentent ayde4 ,la iouyssance1 et la possession1 appartiennent principalement l'imagination4 ,elle embrasse plus chaudement et plus continuellement ce qu'elle va querir1 que ce que nous touchons4 ,comptez voz amusements iournaliers2 vous trouuerez que vous estes lors plus absent de vostre amy1 quand il vous est present4 ,son assistance relasche vostre attention1 et donne libert vostre pensee1 de s'absenter toute heure1 pour toute occasion4 ,de ,rome en hors1 ie tiens et regente ma maison1 et les commoditez que i'y ay laiss3 ie voy croistre mes murailles1 mes arbres1 et mes rentes1 et descroistre deux doigts pres1 comme quand i'y suis1 ,ante oculos errat domus1 errat forma locorum4 ,si nous ne iouyssons que ce que nous touchons1 adieu noz escus quand ils sont en noz coffres1 et noz enfans s'ils sont la chasse4 ,nous les voulons plus pres4 ,au iardin est-ce loing8 ,a vne demy iournee8 ,quoy1 dix lieus est-ce loing1 ou pres8 ,si c'est pres3 quoy onze1 douze1 treze8 et ainsi pas pas4 ,vrayment celle qui saura prescripre son mary1 le quantiesme pas finit le pres1 et le quantiesme pas donne commencement au loing1 ie suis d'aduis qu'elle l'arreste entre-deux4 ,excludat iurgia finis4 ,vtor permisso1 caudque pilos vt equin ,paulatim vello3 et demo vnum1 demo etiam vnum1 ,dum cadat elusus ratione ruentis acerui4 ,et qu'elles appellent hardiment la philosophie leur secours4 ,a qui quelqu'vn pourroit reprocher1 puis qu'elle ne voit ny l'un ny l'autre bout de la iointure1 entre le trop et le peu1 le long et le court1 le leger et le poisant1 le pres et le loing3 puis qu'elle n'en recognoist le commencement ny la fin1 qu'elle iuge bien incertainement du milieu4 ,rerum natura nullam nobis dedit cognitionem finium4 ,sont-elles pas encore femmes et amies des trespassez2 qui ne sont pas au bout de cettuy-cy1 mais en l'autre monde8 ,nous embrassons et ceux qui ont est1 et ceux qui ne sont point encore1 non que les absens4 ,nous n'auons pas faict march1 en nous mariant1 de nous tenir continuellement accouez1 l'vn l'autre1 comme ie ne say quels petits animaux que nous voyons1 ou comme les ensorcelez de ,karenty1 d'vne maniere chiennine4 ,et ne doibt vne femme auoir les yeux si gourmandement fichez sur le deuant de son mary1 qu'elle n'en puisse veoir le derriere1 o besoing est4 ,mais ce mot de ce peintre si excellent1 de leurs humeurs1 seroit-il point de mise en ce lieu1 pour representer la cause de leurs plaintes8 ,vxor1 si cesses1 aut te amare cogitat1 ,aut tete amari1 aut potare1 aut animo obsequi1 ,et tibi bene esse soli1 cm sibi sit mal4 ,ou bien seroit-ce pas1 que de soy l'opposition et contradiction les entretient et nourrit3 et qu'elles s'accommodent assez1 pourueu qu'elles vous incommodent8 ,en la vraye amiti1 de laquelle ie suis expert1 ie me donne mon amy1 plus que ie ne le tire moy4 ,ie n'ayme pas seulement mieux1 luy faire bien1 que s'il m'en faisoit3 mais encore qu'il s'en face1 qu' moy3 il m'en faict lors le plus1 quand il s'en faict4 ,et si l'absence luy est ou plaisante ou vtile1 elle m'est bien plus douce que sa presence3 et ce n'est pas proprement absence1 quand il y a moyen de s'entr'aduertir4 ,i'ay tir autrefois vsage de nostre esloingnement et commodit4 ,nous remplissions mieux1 et estandions1 la possession de la vie1 en nous separant3 il viuoit1 il iouyssoit1 il voyoit pour moy1 et moy pour luy1 autant plainement que s'il y eust est3 l'vne partie demeuroit oisiue1 quand nous estions ensemble3 nous nous confondions4 ,la separation du lieu rendoit la conionction de noz volontez plus riche4 ,cette faim insatiable de la presence corporelle1 accuse vn peu la foiblesse en la iouissance des ames4 ,quant la vieillesse1 qu'on m'allegue2 au rebours3 c'est la ieunesse s'asseruir aux opinions communes1 et se contraindre pour autruy4 ,elle peut fournir tous les deux1 au peuple et soy3 nous n'auons que trop faire1 nous seuls4 ,a mesure que les commoditez naturelles nous faillent1 soustenons nous par les artificielles4 ,c'est iniustice1 d'excuser la ieunesse de suyure ses plaisirs1 et deffendre la vieillesse d'en chercher4 ,ieune1 ie couurois mes passions eniouees1 de prudence3 vieil1 ie demesle les tristes1 de dbauche4 ,si prohibent les loix ,platoniques1 de peregriner auant quarante ans1 ou cinquante3 pour rendre la peregrination plus vtile et instructiue4 ,ie consentiroy plus volontiers1 cet autre second article1 des mesmes loix1 qui l'interdit1 apres soixante4 ,mais en tel aage1 vous ne reuiendrez iamais d'vn si long chemin4 ,que m'en chaut-il8 ie ne l'entreprens1 ny pour en reuenir1 ny pour le parfaire4 ,i'entreprens seulement de me branler1 pendant que le branle me plaist1 et me proumeine pour me proumener4 ,ceux qui courent vn benefice1 ou vn lieure1 ne courent pas4 ,ceux l courent1 qui courent aux barres1 et pour exercer leur course4 ,mon dessein est diuisible par tout1 il n'est pas fond en grandes esperances3 chasque iournee en faict le bout4 ,et le voyage de ma vie se conduict de mesme4 ,i'ay veu pourtant assez de lieux esloingnez1 o i'eusse desir qu'on m'eust arrest4 ,pourquoy non1 si ,chrysippus1 ,cleanthes1 ,diogenes1 ,zenon1 ,antipater1 tant d'hommes sages1 de la secte plus renfroingne1 abandonnerent bien leur pays1 sans aucune occasion de s'en plaindre3 et seulement pour la iouissance d'vn autre air8 ,certes le plus grand desplaisir de mes peregrinations1 c'est que ie n'y puisse apporter cette resolution1 d'establir ma demeure o ie me plairoy4 ,et qu'il me faille tousiours proposer de reuenir1 pour m'accommoder aux humeurs communes4 ,si ie craingnois de mourir en autre lieu1 que celuy de ma naissance3 si ie pensois mourir moins mon aise1 esloingn des miens3 peine sortiroy-ie hors de ,france1 ie ne sortirois pas sans effroy hors de ma parroisse4 ,ie sens la mort qui me pince continuellement la gorge1 ou les reins4 ,mais ie suis autrement faict3 elle m'est vne par tout4 ,si toutesfois i'auois choisir3 ce seroit1 ce croy-ie1 plustost cheual1 que dans vn lict3 hors de ma maison1 et loing des miens4 ,il y a plus de creuecur que de consolation1 prendre cong de ses amis4 ,i'oublie volontiers ce deuoir de nostre entregent4 ,car des offices de l'amiti1 celuy-l est le seul desplaisant3 et oublierois ainsi volontiers dire ce grand et eternel adieu4 ,s'il se tire quelque commodit de cette assistance1 il s'en tire cent incommoditez4 ,i'ay veu plusieurs mourans bien piteusement1 assiegez de tout ce train3 cette presse les estouffe4 ,c'est contre le deuoir1 et est tesmoignage de peu d'affection1 et de peu de soing1 de vous laisser mourir en repos4 ,l'vn tourmente vos yeux1 l'autre vos oreilles1 l'autre la bouche3 il n'y a sens1 ny membre1 qu'on ne vous fracasse4 ,le cur vous serre de piti1 d'our les plaintes des amis2 et de despit l'aduanture1 d'our d'autres plaintes1 feintes et masques4 ,qui a tousiours eu le goust tendre1 affoibly1 il l'a encore plus4 ,il luy faut en vne si grande necessit1 vne main douce1 et accommode son sentiment pour le grater iustement o il luy cuit4 ,ou qu'on ne le grate point du tout4 ,si nous auons besoing de sage femme1 nous mettre au monde3 nous auons bien besoing d'vn homme encore plus sage1 nous en sortir4 ,tel1 et amy1 le faudroit-il acheter bien cherement1 pour le seruice d'vne telle occasion4 ,ie ne suis point arriu cette vigueur desdaigneuse1 qui se fortifie en soy-mesme1 que rien n'aide1 ny ne trouble2 ie suis d'vn poinct plus bas4 ,ie cherche coniller1 et me desrober de ce passage3 non par crainte1 mais par art4 ,ce n'est pas mon aduis1 de faire en cette action1 preuue ou montre de ma constance4 ,pour qui8 ,lors cessera tout le droict et l'interest1 que i'ay la reputation4 ,ie me contente d'vne mort recueillie en soy1 quiete1 et solitaire1 toute mienne1 conuenable ma vie retire et priue4 ,au rebours de la superstition ,romaine1 o on estimoit malheureux1 celuy qui mouroit sans parler3 et qui n'auoit ses plus proches luy clorre les yeux4 ,i'ay assez affaire me consoler1 sans auoir consoler autruy2 assez de penses en la teste1 sans que les circonstances m'en apportent de nouuelles3 et assez de matiere m'entretenir1 sans l'emprunter4 ,cette partie n'est pas du rolle de la societ3 c'est l'acte vn seul personnage4 ,viuons et rions entre les nostres1 allons mourir et rechigner entre les inconnuz4 ,on trouue en payant1 qui vous tourne la teste1 et qui vous frotte les pieds3 qui ne vous presse qu'autant que vous voulez1 vous presentant vn visage indifferent1 vous laissant vous gouuerner1 et plaindre vostre mode4 ,ie me deffais tous les iours par discours1 de cette humeur puerile et inhumaine1 qui faict que nous desirons d'esmouuoir par nos maux1 la compassion et le dueil en nos amis4 ,nous faisons valoir nos inconueniens outre leur mesure1 pour attirer leurs larmes4 ,et la fermet que nous louons en chacun1 soustenir sa mauuaise fortune1 nous l'accusons et reprochons nos proches1 quand c'est en la nostre4 ,nous ne nous contentons pas qu'ils se ressentent de nos maux1 si encores ils ne s'en affligent4 ,il faut estendre la ioye1 mais retrancher autant qu'on peut la tristesse4 ,qui se faict plaindre sans raison1 est homme pour n'estre pas plaint1 quand la raison y sera4 ,c'est pour n'estre iamais plaint1 que se plaindre tousiours1 faisant si souuent le piteux1 qu'on ne soit pitoyable personne4 ,qui se faict mort viuant1 est subiect d'estre tenu pour vif mourant4 ,i'en ay veu prendre la cheure1 de ce qu'on leur trouuoit le visage frais1 et le pouls pos3 contraindre leur ris1 par ce qu'il trahissoit leur guairison3 et har la sant1 de ce qu'elle n'estoit pas regrettable4 ,qui bien plus est1 ce n'estoyent pas femmes4 ,ie represente mes maladies1 pour le plus1 telles qu'elles sont1 et euite les paroles de mauuais prognostique1 et les exclamations composes4 ,sinon l'allegresse1 aumoins la contenance rassise des assistans1 est propre1 pres d'vn sage malade4 ,pour se voir en vn estat contraire1 il n'entre point en querelle auec la sant4 ,il luy plaist de la contempler en autruy1 forte et entiere2 et en iouyr au moins par compagnie4 ,pour se sentir fondre contre-bas1 il ne reiecte pas du tout les penses de la vie1 ny ne fuit les entretiens communs4 ,ie veux estudier la maladie quand ie suis sain3 quand elle y est1 elle faict son impression assez rele1 sans que mon imagination l'aide4 ,nous nous preparons auant la main1 aux voyages que nous entreprenons1 et y sommes resolus3 l'heure qu'il nous faut monter cheual1 nous la donnons l'assistance1 et en sa faueur1 l'estendons4 ,ie sens ce proffit inesper de la publication de mes murs1 qu'elle me sert aucunement de regle4 ,il me vient par fois quelque consideration de ne trahir l'histoire de ma vie4 ,cette publique declaration1 m'oblige de me tenir en ma route2 et ne desmentir l'image de mes conditions3 communment moins desfigures et contredictes1 que ne porte la malignit1 et maladie des iugemens d'auiourd'huy4 ,l'vniformit et simplesse de mes murs1 produict bien vn visage d'aise interpretation1 mais parce que la faon en est vn peu nouuelle1 et hors d'vsage1 elle donne trop beau ieu la mesdisance4 ,si est-il vray1 qu' qui me veut loyallement iniurier1 il me semble fournir bien suffisamment1 o mordre1 en mes imperfections aduoes1 et cogneus3 et dequoy s'y saouler1 sans s'escarmoucher au vent4 ,si pour en preoccuper moy-mesme l'accusation1 et la descouuerte1 il luy semble que ie luy esdente sa morsure1 c'est raison qu'il prenne son droict1 vers l'amplification et extention4 ,l'offence a ses droicts outre la iustice4 ,et que les vices dequoy ie luy montre des racines chez moy1 il les grossisse en arbres4 ,qu'il y employe non seulement ceux qui me possedent1 mais ceux aussi qui ne font que me menasser4 ,iniurieux vices1 et en qualit1 et en nombre4 ,qu'il me batte par l4 ,i'embrasseroy volontiers l'exemple du philosophe ,dion4 ,antigonus le vouloit piquer sur le subiet de son origine4 ,il luy coupa broche3 ,ie suis1 dit-il1 fils d'vn serf1 boucher1 stigmatiz1 et d'vne putain1 que mon pere espousa par la bassesse de sa fortune4 ,tous deux furent punis pour quelque mesfaict4 ,vn orateur m'achetta enfant1 me trouuant beau et aduenant3 et m'a laiss mourant tous ses biens2 lesquels ayant transport en cette ville d',athenes1 ie me suis addonn la philosophie4 ,que les historiens ne s'empeschent chercher nouuelles de moy3 ie leur en diray ce qui en est4 ,la confession genereuse et libre1 enerue le reproche1 et desarme l'iniure4 ,tant y a que tout cont1 il me semble qu'aussi souuent on me loe1 qu'on me desprise outre la raison4 ,comme il me semble aussi que ds mon enfance1 en rang et degr d'honneur1 on m'a donn lieu1 plustost au dessus1 qu'au dessoubs de ce qui m'appartient4 ,ie me trouueroy mieux en pas1 auquel ces ordres fussent ou reglez ou mesprisez4 ,entre les masles dpuis que l'altercation de la prerogatiue au marcher ou se seoir1 passe trois repliques1 elle est inciuile4 ,ie ne crain point de ceder ou proceder iniquement1 pour fuir vne si importune contestation4 ,et iamais homme n'a eu enuie de ma presseance1 qui ie ne l'aye quitte4 ,outre ce profit1 que ie tire d'escrire de moy1 i'en ay esper cet autre1 que s'il aduenoit que mes humeurs pleussent1 et accordassent quelque honneste homme1 auant mon trespas1 il rechercheroit de nous ioindre4 ,ie luy ay donn beaucoup de pas gaign3 car tout ce qu'vne longue cognoissance et familiarit1 luy pourroit auoir acquis en plusieurs annes1 il l'a veu en trois iours dans ce registre1 et plus seurement et exactement4 ,plaisante fantasie3 plusieurs choses1 que ie ne voudroy dire au particulier1 ie les dis au public4 ,et sur mes plus secretes sciences ou penses1 renuoye vne boutique de libraire1 mes amis plus feaux3 ,excutienda damus prcordia4 ,si si bonnes enseignes1 i'eusse sceu quelqu'vn qui m'eust est propre1 certes ie l'eusse est trouuer bien loing4 ,car la douceur d'vne sortable et aggreable compagnie1 ne se peut assez acheter mon gr4 ,eh qu'est-ce qu'vn amy6 ,combien est vraye cette ancienne sentence1 que l'vsage en est plus necessaire1 et plus doux1 que des elemens de l'eau et du feu6 ,pour reuenir mon conte4 ,il n'y a donc pas beaucoup de mal de mourir loing1 et part4 ,si estimons nous deuoir de nous retirer pour des actions naturelles1 moins disgraties que cette-cy1 et moins hideuses4 ,mais encore ceux qui en viennent l1 de trainer languissans vn long espace de vie1 ne deuroient l'aduanture souhaiter1 d'empescher de leur misere vne grande famille4 ,pourtant les ,indois en certaine prouince1 estimoient iuste de tuer celuy1 qui seroit tomb en telle necessit4 ,en vne autre de leurs prouinces1 ils l'abandonnoient seul se sauuer1 comme il pourroit4 ,a qui ne se rendent-ils en fin ennuyeux et insupportables8 les offices communs n'en vont point iusques l4 ,vous apprenez la cruaut par force1 vos meilleurs amis3 durcissant et femme et enfans1 par long vsage1 ne sentir et plaindre plus vos maux4 ,les souspirs de ma cholique1 n'apportent plus d'esmoy personne4 ,et quand nous tirerions quelque plaisir de leur conuersation 7ce qui n'aduient pas tousiours1 pour la disparit des conditions1 qui produict aisment mespris ou enuie1 enuers qui que ce soit7 n'est-ce pas trop1 d'en abuser tout vn aage8 ,plus ie les verrois se contraindre de bon cur pour moy1 plus ie plaindrois leur peine4 ,nous auons loy de nous appuyer1 non pas de nous coucher si lourdement sur autruy3 et nous estayer en leur ruyne4 ,comme celuy qui faisoit esgorger des petits enfans1 pour se seruir de leur sang1 guarir vne sienne maladie4 ,ou cet autre1 qui on fournissoit des ieunes tendrons1 couuer la nuict ses vieux membres3 et mesler la douceur de leur haleine1 la sienne aigre et poisante4 ,la decrepitude est qualit solitaire4 ,ie suis sociable iusques l'excez4 ,si me semble-il raisonnable1 que meshuy ie soustraye de la veu du monde1 mon importunit1 et la couue moy seul4 ,que ie m'appile et me recueille en ma coque1 comme les tortus3 i'apprenne veoir les hommes1 sans m'y tenir4 ,ie leur ferois outrage en vn pas si pendant4 ,il est temps de tourner le dos la compagnie4 ,mais en ces voyages vous serez arrest miserablement en vn caignart1 o tout vous manquera4 ,la plus-part des choses necessaires1 ie les porte quant et moy4 ,et puis1 nous ne saurions euiter la ,fortune1 si elle entreprend de nous courre sus4 ,il ne me faut rien d'extraordinaire1 quand ie suis malade4 ,ce que ,nature ne peut en moy1 ie ne veux pas qu'vn bolus le face4 ,tout au commencement de mes fiures1 et des maladies qui m'atterrent2 entier encores1 et voisin de la sant1 ie me reconcilie ,dieu1 par les derniers offices ,chrestiens4 ,et m'en trouue plus libre1 et descharg2 me semblant en auoir d'autant meilleure raison de la maladie4 ,de notaire et de conseil1 il m'en faut moins que de medecins4 ,ce que ie n'auray estably de mes affaires tout sain1 qu'on ne s'attende point que ie le face malade4 ,ce que ie veux faire pour le seruice de la mort1 est tousiours faict4 ,ie n'oserois le dislayer d'vn seul iour4 ,et s'il n'y a rien de faict1 c'est dire1 ou que le doubte m'en aura retard le choix3 car par fois1 c'est bien choisir de ne choisir pas3 ou que tout faict1 ie n'auray rien voulu faire4 ,i'escris mon liure peu d'hommes1 et peu d'annes4 ,si 'eust est vne matiere de dure1 il l'eust fallu commettre vn langage plus ferme4 ,selon la variation continuelle1 qui a suiuy le nostre iusques cette heure1 qui peut esperer que sa forme presente soit en vsage1 d'icy cinquante ans8 ,il escoule touts les iours de nos mains3 et depuis que ie vis1 s'est alter de moiti4 ,nous disons1 qu'il est cette heure parfaict4 ,autant en dict du sien1 chasque siecle4 ,ie n'ay garde de l'en tenir l tant qu'il fuira1 et s'ira difformant comme il faict4 ,c'est aux bons et vtiles escrits1 de le clouer eux1 et ira son credit1 selon la fortune de nostre estat4 ,pourtant ne crains-ie point d'y inserer plusieurs articles priuez1 qui consument leur vsage entre les hommes qui viuent auiourd'huy3 et qui touchent la particuliere science d'aucuns1 qui y verront plus auant1 que de la commune intelligence4 ,ie ne veux pas1 apres tout1 comme ie vois souuent agiter la memoire des trespassez1 qu'on aille debattant3 ,il iugeoit1 il viuoit ainsin3 il vouloit cecy3 s'il eust parl sur sa fin il eust dict1 il eust donn2 ie le cognoissois mieux que tout autre4 ,or autant que la bien-seance me le permet1 ie fais icy sentir mes inclinations et affections4 ,mais plus librement1 et plus volontiers1 le fais-ie de bouche1 quiconque desire en estre inform4 ,tant y a1 qu'en ces memoires1 si on y regarde1 on trouuera que i'ay tout dit1 ou tout design4 ,ce que ie ne puis exprimer1 ie le montre au doigt4 ,verum animo satis hc vestigia parua sagaci ,sunt1 per qu possis cognoscere ctera tute4 ,ie ne laisse rien desirer1 et deuiner de moy4 ,si on doit s'en entretenir1 ie veux que ce soit veritablement et iustement4 ,ie reuiundrois volontiers de l'autre monde1 pour dmentir celuy1 qui me formeroit autre que ie n'estois1 fust-ce pour m'honorer4 ,des viuans mesme1 ie sens qu'on parle tousiours autrement qu'ils ne sont4 ,et si toute force1 ie n'eusse maintenu vn amy que i'ay perdu1 on me l'eust deschir en mille contraires visages4 ,pour acheuer de dire mes foibles humeurs3 i'aduou1 qu'en voyageant1 ie n'arriue guere en logis1 o il ne me passe par la fantasie1 si i'y pourray estre1 et malade1 et mourant mon aise4 ,ie veux estre log en lieu1 qui me soit bien particulier1 sans bruict1 non maussade1 ou fumeux1 ou estouff4 ,ie cherche flatter la mort1 par ces friuoles circonstances4 ,ou pour mieux dire1 me descharger de tout autre empeschement3 afin que ie n'aye qu' m'attendre elle1 qui me poisera volontiers assez1 sans autre recharge4 ,ie veux qu'elle ait sa part l'aisance et commodit de ma vie4 ,c'en est vn grand lopin1 et d'importance1 et espere meshuy qu'il ne dementira pas le pass4 ,la mort a des formes plus aises les vnes que les autres1 et prend diuerses qualitez selon la fantasie de chacun4 ,entre les naturelles1 celle qui vient d'affoiblissement et appesantissement1 me semble molle et douce4 ,entre les violentes1 i'imagine plus mal-aisment vn precipice1 qu'vne rune qui m'accable3 et vn coup trenchant d'vne espe1 qu'vne harquebusade3 et eusse plustost beu le breuuage de ,socrates1 que de me fraper1 comme ,caton4 ,et quoy que ce soit vn1 si sent mon imagination difference1 comme de la mort la vie1 me ietter dans vne fournaise ardente1 ou dans le canal d'vne platte riuiere4 ,tant sottement nostre crainte regarde plus au moyen qu' l'effect4 ,ce n'est qu'vn instant2 mais il est de tel poix1 que ie donneroy volontiers plusieurs iours de ma vie1 pour le passer ma mode4 ,puisque la fantasie d'vn chacun trouue du plus et du moins1 en son aigreur3 puisque chacun a quelque choix entre les formes de mourir1 essayons vn peu plus auant d'en trouuer quelqu'vne descharge de tout desplaisir4 ,pourroit on pas la rendre encore voluptueuse1 comme les commourans d',antonius et de ,cleopatra8 ,ie laisse part les efforts que la philosophie1 et la religion produisent1 aspres et exemplaires4 ,mais entre les hommes de peu1 il s'en est trouu1 comme vn ,petronius1 et vn ,tigillinus ,rome1 engagez se donner la mort1 qui l'ont comme endormie par la mollesse de leurs apprests4 ,ils l'ont faicte couler et glisser parmy la laschet de leurs passetemps accoustumez4 ,entre des garses et bons compagnons2 nul propos de consolation1 nulle mention de testament1 nulle affectation ambitieuse de constance1 nul discours de leur condition future3 parmy les ieux1 les festins1 facecies1 entretiens communs et populaires1 et la musique1 et des vers amoureux4 ,ne saurions nous imiter cette resolution en plus honneste contenance8 ,puis qu'il y a des morts bonnes aux fols1 bonnes aux sages3 trouuons-en qui soient bonnes ceux d'entre deux4 ,mon imagination m'en presente quelque visage facile1 et1 puis qu'il faut mourir1 desirable4 ,les tyrans ,romains pensoient donner la vie au criminel1 qui ils donnoient le choix de sa mort4 ,mais ,theophraste philosophe si delicat1 si modeste1 si sage1 a-il pas est forc par la raison1 d'oser dire ce vers latinis par ,ciceron3 ,vitam regit fortuna1 non sapientia4 ,la fortune aide la facilit du march de ma vie3 l'ayant loge en tel poinct1 qu'elle ne faict meshuy ny besoing aux miens1 ny empeschement4 ,c'est vne condition que i'eusse accepte en toutes les saisons de mon aage3 mais en cette occasion1 de trousser mes bribes1 et de plier bagage1 ie prens plus particulierement plaisir ne leur apporter ny plaisir ny deplaisir1 en mourant4 ,elle a1 d'vne artiste compensation1 faict1 que ceux qui peuuent pretendre quelque materiel fruict de ma mort1 en reoiuent d'ailleurs1 coniointement1 vne materielle perte4 ,la mort s'appesantit souuent en nous1 de ce qu'elle poise aux autres3 et nous interesse de leur interest1 quasi autant que du nostre3 et plus et tout par fois4 ,en cette commodit de logis que ie cherche1 ie n'y mesle pas la pompe et l'amplitude3 ie la hay plustost3 mais certaine propriet simple1 qui se rencontre plus souuent aux lieux o il y a moins d'art1 et que ,nature honore de quelque grace toute sienne4 ,non ampliter sed munditer conuiuium4 ,plus salis qum sumptus4 ,et puis1 c'est faire ceux que les affaires entrainent en plain hyuer1 par les ,grisons1 d'estre surpris en chemin en cette extremit4 ,moy qui le plus souuent voyage pour mon plaisir1 ne me guide pas si mal4 ,s'il faict laid droicte1 ie prens gauche3 si ie me trouue mal propre monter cheual1 ie m'arreste4 ,et faisant ainsi1 ie ne vois la verit rien1 qui ne soit aussi plaisant et commode que ma maison4 ,il est vray que ie trouue la superfluit tousiours superflu3 et remarque de l'empeschement en la delicatesse mesme et en l'abondance4 ,ay-ie laiss quelque chose voir derriere moy1 i'y retourne3 c'est tousiours mon chemin4 ,ie ne trace aucune ligne certaine1 ny droicte ny courbe4 ,ne trouue-ie point o ie vay1 ce qu'on m'auoit dict8 comme il aduient souuent que les iugemens d'autruy ne s'accordent pas aux miens1 et les ay trouuez le plus souuent faux3 ie ne plains pas ma peine3 i'ay apris que ce qu'on disoit n'y est point4 ,i'ay la complexion du corps libre1 et le goust commun1 autant qu'homme du monde4 ,la diuersit des faons d'vne nation autre1 ne me touche que par le plaisir de la variet4 ,chaque vsage a sa raison4 ,soyent des assietes d'estain1 de bois1 de terre3 bouilly ou rosty2 beurre1 ou huyle1 de noix ou d'oliue1 chaut ou froit1 tout m'est vn4 ,et si vn1 que vieillissant1 i'accuse cette genereuse facult3 et auroy besoin que la delicatesse et le choix1 arrestast l'indiscretion de mon appetit1 et par fois soulageast mon estomach4 ,quand i'ay est ailleurs qu'en ,france3 et que1 pour me faire courtoisie1 on m'a demand1 si ie vouloy estre serui la ,franoise1 ie m'en suis mocqu1 et me suis tousiours iett aux tables les plus espesses d'estrangers4 ,i'ay honte de voir nos hommes1 enyurez de cette sotte humeur1 de s'effaroucher des formes contraires aux leurs4 ,il leur semble estre hors de leur element1 quand ils sont hors de leur village4 ,o qu'ils aillent1 ils se tiennent leurs faons1 et abominent les estrangeres4 ,retrouuent ils vn compatriote en ,hongrie1 ils festoient cette auanture3 les voyla se r'alier2 et se recoudre ensemble2 condamner tant de murs barbares qu'ils voyent4 ,pourquoy non barbares1 puis qu'elles ne sont ,franoises8 ,encore sont ce les plus habilles1 qui les ont recognus1 pour en mesdire4 ,la pluspart ne prennent l'aller que pour le venir4 ,ils voyagent couuerts et resserrez1 d'vne prudence taciturne et incommunicable1 se defendans de la contagion d'vn air incogneu4 ,ce que ie dis de ceux l1 me ramentoit en chose semblable1 ce que i'ay par fois appereu en aucuns de noz ieunes courtisans4 ,ils ne tiennent qu'aux hommes de leur sorte3 nous regardent comme gens de l'autre monde1 auec desdain1 ou piti4 ,ostez leur les entretiens des mysteres de la cour1 ils sont hors de leur gibier4 ,aussi neufs pour nous et malhabiles1 comme nous sommes eux4 ,on dict bien vray1 qu'vn honneste homme1 c'est vn homme mesl4 ,au rebours1 ie peregrine tressaoul de nos faons3 non pour chercher des ,gascons en ,sicile1 i'en ay assez laiss au logis3 ie cherche des ,grecs plustost1 et des ,persans3 i'accointe ceux-la1 ie les considere3 c'est l o ie me preste1 et o ie m'employe4 ,et qui plus est1 il me semble1 que ie n'ay rencontr guere de manieres1 qui ne vaillent les nostres4 ,ie couche de peu3 car peine ay-ie perdu mes giroettes de veu4 ,au demeurant1 la plus-part des compaignies fortuites que vous rencontrez en chemin1 ont plus d'incommodit que de plaisir3 ie ne m'y attache point1 moins asteure1 que la vieillesse me particularise et sequestre aucunement1 des formes communes4 ,vous souffrez pour autruy1 ou autruy pour vous4 ,l'vn et l'autre inconuenient est poisant1 mais le dernier me semble encore plus rude4 ,c'est vne rare fortune1 mais de soulagement inestimable1 d'auoir vn honneste homme1 d'entendement ferme1 et de murs conformes aux vostres1 qui aime vous suiure4 ,i'en ay eu faute extreme1 en tous mes voyages4 ,mais vne telle compaignie1 il la faut auoir choisie et acquise ds le logis4 ,nul plaisir n'a saueur pour moy sans communication4 ,il ne me vient pas seulement vne gaillarde pense en l'ame1 qu'il ne me fasche de l'auoir produite seul1 et n'ayant qui l'offrir4 ,si cum hac exceptione detur sapientia1 vt illam inclusam teneam1 nec enuntiem1 reijciam4 ,l'autre l'auoit mont d'vn ton au dessus4 ,si contigerit ea vita sapienti1 vt omnium rerum affluentibus copijs1 quamuis omnia1 qu cognitione digna sunt1 summo otio secum ipse consideret1 et contempletur1 tamen si solitudo tanta sit1 vt hominem videre non possit1 excedat vita4 ,l'opinion d',archytas m'agre1 qu'il feroit desplaisant au ciel mesme1 et se promener dans ces grands et diuins corps celestes1 sans l'assistance d'vn compaignon4 ,mais il vaut mieux encore estre seul1 qu'en compaignie ennuyeuse et inepte4 ,aristippus s'aymoit viure estranger par tout1 ,me si fata meis paterentur ducere vitam ,auspicijs1 ie choisirois la passer le cul sur la selle3 ,visere gestiens1 ,qua parte debacchentur ignes1 ,qua nebul pluuijque rores4 ,auez-vous pas des passe-temps plus aisez8 dequoy auez-vous faute8 ,vostre maison est-elle pas en bel air et sain1 suffisamment fournie1 et capable plus que suffisamment8 ,la majest ,royalle y a peu plus d'vne fois en sa pompe4 ,vostre famille n'en laisse-elle pas en reglement1 plus au dessoubs d'elle1 qu'elle n'en a au dessus1 en eminence8 ,y a il quelque pense locale1 qui vous vlcere1 extraordinaire1 indigestible8 ,qu te nunc coquat et vexet sub pectore fixa8 ,o cuidez-vous pouuoir estre sans empeschement et sans destourbier8 ,nunquam simpliciter fortuna indulget4 ,voyez donc1 qu'il n'y a que vous qui vous empeschez3 et vous vous suiurez par tout1 et vous plaindrez par tout4 ,car il n'y a satisfaction a bas1 que pour les ames ou brutales ou diuines4 ,qui n'a du contentement vne si iuste occasion1 o pense-il le trouuer8 ,a combien de milliers d'hommes1 arreste vne telle condition que la vostre1 le but de leurs souhaits8 ,reformez vous seulement3 car en cela vous pouuez tout3 l o vous n'aurez droict que de patience1 enuers la fortune4 ,nulla placida quies est1 nisi quam ratio composuit4 ,ie voy la raison de cet aduertissement1 et la voy tresbien4 ,mais on auroit plustost faict1 et plus pertinemment1 de me dire en vn mot3 ,soyez sage4 ,cette resolution1 est outre la sagesse3 c'est son ouurage1 et sa production4 ,ainsi fait le medecin1 qui va criaillant apres vn pauure malade languissant1 qu'il se resiouysse3 il luy conseillerait vn peu moins ineptement1 s'il luy disoit3 ,soyez sain4 ,pour moy1 ie ne suis qu'homme de la commune sorte4 ,c'est vn precepte salutaire1 certain1 et d'aisee intelligence3 ,contentez vous du vostre3 c'est dire1 de la raison3 l'execution pourtant1 n'en est non plus aux plus sages1 qu'en moy4 ,c'est vne parole populaire1 mais elle a vne terrible estendue4 ,que ne comprend elle8 ,toutes choses tombent en discretion et modification4 ,ie say bien qu' le prendre la lettre1 ce plaisir de voyager1 porte tesmoignage d'inquietude et d'irresolution4 ,aussi sont ce nos maistresses qualitez1 et prdominantes4 ,ouy2 ie le confesse3 ie ne vois rien seulement en songe1 et par souhait1 o ie me puisse tenir4 ,la seule variet me paye1 et la possession de la diuersit3 au moins si quelque chose me paye4 ,a voyager1 cela mesme me nourrit1 que ie me puis arrester sans interest3 et que i'ay o m'en diuertir commodment4 ,i'ayme la vie priuee1 par ce que c'est par mon choix que ie l'ayme1 non par disconuenance la vie publique3 qui est l'auanture1 autant selon ma complexion4 ,i'en sers plus gayement mon ,prince1 par ce que c'est par libre eslection de mon jugement1 et de ma raison1 sans obligation particuliere4 ,et que ie n'y suis pas reiect1 ny contrainct1 pour estre irreceuable tout autre party1 et mal voulu4 ,ainsi du reste4 ,ie hay les morceaux que la necessit me taille4 ,toute commodit me tiendroit la gorge1 de laquelle seule i'aurois despendre3 ,alter remus aquas1 alter mihi radat arenas4 ,vne seule corde ne m'arreste iamais assez4 ,il y a de la vanit1 dites vous1 en cet amusement4 ,mais o non8 ,et ces beaux preceptes1 sont vanit1 et vanit toute la sagesse4 ,dominus nouit cogitationes sapientium1 quoniam van sunt4 ,ces exquises subtilitez1 ne sont propres qu'au presche4 ,ce sont discours qui nous veulent enuoyer tous bastez en l'autre monde4 ,la vie est vn mouuement materiel et corporel3 action imparfaicte de sa propre essence1 et desregle4 ,ie m'employe la seruir selon elle4 ,quisque suos patimur manes4 ,sic est faciendum1 vt contra naturam vniuersam nihil contendamus3 ea tamen conseruata1 propriam sequamur4 ,a quoy faire1 ces poinctes esleues de la philosophie1 sur lesquelles1 aucun estre humain ne se peut rasseoir3 et ces regles qui excedent nostre vsage et nostre force8 ,ie voy souuent qu'on nous propose des images de vie1 lesquelles1 ny le proposant1 ny les auditeurs1 n'ont aucune esperance de suiure1 ny qui plus est1 enuie4 ,de ce mesme papier o il vient d'escrire l'arrest de condemnation contre vn adultere1 le iuge en desrobe vn lopin1 pour en faire vn poulet la femme de son compagnon4 ,celle qui vous viendrez de vous frotter illicitement1 criera plus asprement1 tantost1 en vostre presence mesme1 l'encontre d'vne pareille faute de sa compaigne1 que ne feroit ,porcie4 ,et tel condamne les hommes mourir1 pour des crimes1 qu'il n'estime point fautes4 ,i'ay veu en ma ieunesse1 vn galant homme1 presenter d'vne main au peuple des vers excellens et en beaut et en desbordement2 et de l'autre main en mesme instant1 la plus quereleuse reformation theologienne1 dequoy le monde se soit desieun il y a long temps4 ,les hommes vont ainsin4 ,on laisse les loix1 et preceptes suiure leur voye1 nous en tenons vne autre4 ,non par desreglement de murs seulement1 mais par opinion souuent1 et par iugement contraire4 ,sentez lire vn discours de philosophie3 l'inuention1 l'eloquence1 la pertinence1 frappe incontinent vostre esprit1 et vous esmeut4 ,il n'y a rien qui chatouille ou poigne vostre conscience3 ce n'est pas elle qu'on parle4 ,est-il pas vray8 ,si disoit ,ariston1 que ny vne estuue ny vne leon1 n'est d'aucun fruict si elle ne nettoye et ne decrasse4 ,on peut s'arrester l'escorce3 mais c'est apres qu'on en a retir la mouelle4 ,comme apres auoir aual le bon vin d'vne belle coupe1 nous en considerons les graueures et l'ouurage4 ,en toutes les chambres de la philosophie ancienne1 cecy se trouuera1 qu'vn mesme ouurier1 y publie des regles de temperance1 et publie ensemble des escrits d'amour et desbauche4 ,et ,xenophon1 au giron de ,clinias1 escriuit contre la vertu ,aristippique4 ,ce n'est pas qu'il y ait vne conuersion miraculeuse1 qui les agite ondes4 ,mais c'est que ,solon se represente tantost soy-mesme1 tantost en forme de legislateur3 tantost il parle pour la presse1 tantost pour soy4 ,et prend pour soy les regles libres et naturelles1 s'asseurant d'vne sant ferme et entiere4 ,curentur dubij medicis maioribus gri4 ,antisthenes permet au sage d'aimer1 et faire sa mode ce1 qu'il trouue estre opportun1 sans s'attendre aux loix3 d'autant qu'il a meilleur aduis qu'elles1 et plus de cognoissance de la vertu4 ,son disciple ,diogenes1 disoit1 opposer aux perturbations1 la raison3 fortune1 la confidence3 aux loix1 nature4 ,pour les estomachs tendres1 il faut des ordonnances contraintes et artificielles4 ,les bons estomachs se seruent simplement1 des prescriptions de leur naturel appetit4 ,ainsi font nos medecins1 qui mangent le melon et boiuent le vin fraiz1 ce pendant qu'ils tiennent leur patient oblig au sirop et la panade4 ,ie ne say quels liures1 disoit la courtisanne ,lays1 quelle sapience1 quelle philosophie1 mais ces gens-l1 battent aussi souuent ma porte1 qu'aucuns autres4 ,d'autant que nostre licence nous porte tousiours au del de ce qui nous est loisible1 et permis1 on a estressy souuent outre la raison vniuerselle1 les preceptes et loix de nostre vie4 ,nemo satis credit tantum delinquere1 quantum ,permittas4 ,il seroit desirer1 qu'il y eust plus de proportion du commandement l'obessance4 ,et semble la vise iniuste1 laquelle on ne peut atteindre4 ,il n'est si homme de bien1 qu'il mette l'examen des loix toutes ses actions et penses1 qui ne soit pendable dix fois en sa vie4 ,voire tel1 qu'il seroit tres-grand dommage1 et tres-iniuste de punir et de perdre4 ,ole1 quid ad te1 ,de cute quid faciat ille1 vel illa sua8 ,et tel pourroit n'offencer point les loix1 qui n'en meriteroit point la loange d'homme de vertu3 et que la philosophie feroit tres-iustement foiter4 ,tant cette relation est trouble et inegale4 ,nous n'auons garde d'estre gens de bien selon ,dieu3 nous ne le saurions estre selon nous4 ,l'humaine sagesse1 n'arriua iamais aux deuoirs qu'elle s'estoit elle mesme prescript4 ,et si elle y estoit arriuee1 elle s'en prescriroit d'autres au del1 o elle aspirast tousiours et pretendist4 ,tant nostre estat est ennemy de consistance4 ,l'homme s'ordonne soy mesme1 d'estre necessairement en faute4 ,il n'est guere fin1 de tailler son obligation1 la raison d'vn autre estre1 que le sien4 ,a qui prescript-il ce1 qu'il s'attend que personne ne face8 ,luy est-il iniuste de ne faire point ce qu'il luy est impossible de faire8 ,les loix qui nous condamnent1 ne pouuoir pas1 nous condamnent de ce que nous ne pouuons pas4 ,au pis aller1 cette difforme libert1 de se presenter deux endroicts1 et les actions d'vne faon1 les discours de l'autre2 soit loisible ceux1 qui disent les choses4 ,mais elle ne le peut estre ceux1 qui se disent eux mesmes1 comme ie fais1 ,il faut que i'aille de la plume comme des pieds4 ,la vie commune1 doibt auoir conference aux autres vies4 ,la vertu de ,caton estoit vigoureuse1 outre la raison de son siecle3 et vn homme qui se mesloit de gouuerner les autres1 destin au seruice commun2 il se pourroit dire1 que c'estoit vne iustice1 sinon iniuste1 au moins vaine et hors de saison4 ,mes murs mesmes1 qui ne desconuiennent de celles1 qui courent1 peine de la largeur d'vn poulce1 me rendent pourtant aucunement farouche mon aage1 et inassociable4 ,ie ne say pas1 si ie me trouue desgout sans raison1 du monde1 que ie hante2 mais ie say bien1 que ce seroit sans raison1 si ie me plaignoy1 qu'il fust desgout de moy1 puis que ie le suis de luy4 ,la vertu assignee aux affaires du monde1 est vne vertu plusieurs plis1 encoigneures1 et couddes1 pour s'appliquer et ioindre l'humaine foiblesse3 meslee et artificielle2 non droitte1 nette1 constante1 ny purement innocente4 ,les annales reprochent iusques cette heure quelqu'vn de nos ,roys1 de s'estre trop simplement laiss aller aux consciencieuses persuasions de son confesseur4 ,les affaires d'estat ont des preceptes plus hardis4 ,exeat aula1 ,qui vult esse pius4 ,i'ay autresfois essay d'employer au seruice des maniemens publiques1 les opinions et regles de viure1 ainsi rudes1 neufues1 impolies ou impollues1 comme ie les ay nes chez moy1 ou rapportees de mon institution et desquelles ie me sers1 sinon si commodeement au moins seurement en particulier3 une vertu scholastique et nouice3 ie les y ay trouuees ineptes et dangereuses4 ,celuy qui va en la presse1 il faut qu'il gauchisse1 qu'il serre ses couddes1 qu'il recule1 ou qu'il auance1 voire qu'il quitte le droict chemin1 selon ce qu'il rencontre4 ,qu'il viue non tant selon soy1 que selon autruy3 non selon ce qu'il se propose1 mais selon ce qu'on luy propose3 selon le temps1 selon les hommes1 selon les affaires4 ,platon dit1 que qui eschappe1 brayes nettes1 du maniement du monde1 c'est par miracle1 qu'il en eschappe4 ,et dit aussi1 que quand il ordonne son philosophe chef d'vne police1 il n'entend pas le dire d'vne police corrompue1 comme celle d',athenes3 et encore bien moins1 comme la nostre1 enuers lesquelles la sagesse mesme perdroit son ,latin4 ,et vne bonne herbe1 transplantee1 en solage fort diuers sa condition1 se conforme bien plustost iceluy1 qu'elle ne le reforme soy4 ,ie sens que si i'auois me dresser tout fait telles occupations1 il m'y faudroit beaucoup de changement et de rabillage4 ,quand ie pourrois cela sur moy1 et pourquoy ne le pourrois ie1 auec le temps et le soing8 ie ne le voudrois pas4 ,de ce peu que ie me suis essay en cette vacation2 ie m'en suis d'autant degoust4 ,ie me sens fumer en l'ame par fois1 aucunes tentations vers l'ambition3 mais ie me bande et obstine au contraire3 ,at tu1 ,catulle1 obstinatus obdura4 ,on ne m'y appelle gueres1 et ie m'y conuie aussi peu4 ,la libert et l'oysiuet1 qui sont mes maistresses qualitez1 sont qualitez1 diametralement contraires ce mestier l4 ,nous ne sauons pas distinguer les facultez des hommes4 ,elles ont des diuisions1 et bornes1 mal-aysees choisir et delicates4 ,de conclurre par la suffisance d'vne vie particuliere1 quelque suffisance l'vsage public1 c'est mal conclud4 ,tel se conduict bien1 qui ne conduict pas bien les autres3 et faict des ,essais1 qui ne sauroit faire des effects4 ,tel dresse bien vn siege1 qui dresseroit mal vne bataille3 et discourt bien en priu1 qui harangueroit mal ou vn peuple ou vn ,prince4 ,voire l'auanture1 est-ce plustost tesmoignage celuy qui peut l'vn1 de ne pouuoir point l'autre1 qu'autrement4 ,ie trouue que les esprits hauts1 ne sont de guere moins aptes aux choses basses1 que les bas esprits aux hautes4 ,estoit-il croire1 que ,socrates eust apprest aux ,atheniens matiere de rire ses despens1 pour n'auoir onques seu computer les suffrages de sa tribu1 et en faire rapport au conseil8 ,certes la veneration1 en quoy i'ay les perfections de ce personnage1 merite1 que sa fortune fournisse l'excuse de mes principales imperfections1 vn si magnifique exemple4 ,nostre suffisance est detaillee menues pieces4 ,la mienne n'a point de latitude1 et si est chetifue en nombre4 ,saturninus1 ceux qui luy auoient defer tout commandement3 ,compaignons1 fit-il1 vous auez perdu vn bon capitaine1 pour en faire vn mauvais general d'armee4 ,qui se vante1 en vn temps malade1 comme cestuy-cy1 d'employer au seruice du monde1 vne vertu naifue et sincere3 ou il ne la cognoist pas1 les opinions se corrompans auec les murs 7de vray1 oyez la leur peindre1 oyez la pluspart se glorifier de leurs deportemens1 et former leurs regles2 au lieu de peindre la vertu1 ils peignent l'iniustice toute pure et le vice3 et la presentent ainsi fauce l'institution des ,princes7 ou s'il la cognoist1 il se vante tort3 et quoy qu'il die1 faict mille choses1 dequoy sa conscience l'accuse4 ,ie croirois volontiers ,seneca de l'experience qu'il en fit en pareille occasion1 pourueu qu'il m'en voulust parler cur ouuert4 ,la plus honnorable marque de bont1 en vne telle necessit1 c'est recognoistre librement sa faute1 et celle d'autruy3 appuyer et retarder de sa puissance1 l'inclination vers le mal3 suyure enuis cette pente1 mieux esperer et mieux desirer4 ,i'apperois en ces desmembremens de la ,france1 et diuisions1 o nous sommes tombez1 chacun se trauailler deffendre sa cause3 mais iusques aux meilleurs1 auec desguisement et mensonge4 ,qui en escriroit rondement1 en escriroit temerairement et vitieusement4 ,le plus iuste party1 si est-ce encore le membre d'vn corps vermoulu et vereux4 ,mais d'vn tel corps1 le membre moins malade s'appelle sain3 et bon droit1 d'autant que nos qualitez n'ont tiltre qu'en la comparaison4 ,l'innocence ciuile1 se mesure selon les lieux et saisons4 ,i'aymerois bien voir en ,xenophon1 vne telle loange d',agesilaus4 ,estant pri par vn ,prince voisin1 auec lequel il auoit autresfois est en guerre1 de le laisser passer en ses terres1 il l'octroya3 luy donnant passage trauers le ,peloponnese3 et non seulement ne l'emprisonna ou empoisonna1 le tenant sa mercy3 mais l'accueillit courtoisement1 suyuant l'obligation de sa promesse1 sans luy faire offence4 ,a ces humeurs l1 ce ne seroit rien dire4 ,ailleurs et en autre temps1 il se fera conte de la franchise1 et magnanimit d'vne telle action4 ,ces babouyns capettes s'en fussent moquez4 ,si peu retire l'innocence ,spartaine la ,franoise4 ,nous ne laissons pas d'auoir des hommes vertueux3 mais c'est selon nous4 ,qui a ses murs establies en reglement au dessus de son siecle3 ou qu'il torde1 et mousse ses regles3 ou1 ce que ie luy conseille plustost1 qu'il se retire quartier1 et ne se mesle point de nous4 ,qu'y gaigneroit-il8 ,egregium sanctmque virum si cerno1 bimembri ,hoc monstrum puero1 et miranti iam sub aratro ,piscibus inuentis1 et ft comparo mul4 ,on peut regretter les meilleurs temps3 mais non pas fuyr aux presens3 on peut desirer autres magistrats1 mais il faut ce nonobstant1 obeyr ceux icy4 ,et l'aduanture y a il plus de recommendation d'obeyr aux mauuais1 qu'aux bons4 ,autant que l'image des loix receus1 et anciennes de cette monarchie1 reluyra en quelque coin1 m'y voila plant4 ,si elles viennent par malheur1 se contredire1 et empescher entr'elles1 et produire deux parts1 de chois doubteux1 et difficile3 mon election sera volontiers1 d'eschapper1 et me desrober cette tempeste4 ,nature m'y pourra prester ce pendant la main3 ou les hazards de la guerre4 ,entre ,csar et ,pompeius1 ie me fusse franchement declar4 ,mais entre ces trois voleurs1 qui vindrent depuis1 ou il eust fallu se cacher1 ou suyure le vent4 ,ce que i'estime loisible1 quand la raison ne guide plus4 ,quo diuersus abis8 ,cette farcisseure1 est vn peu hors de mon theme4 ,ie m'esgare3 mais plustost par licence1 que par mesgarde4 ,mes fantasies se suyuent3 mais par fois c'est de loing3 et se regardent1 mais d'vne veu oblique4 ,i'ay pass les yeux sur tel dialogue de ,platon3 mi party d'vne fantastique bigarrure3 le deuant l'amour1 tout le bas la rhetorique4 ,ils ne craignent point ces muances3 et ont vne merueilleuse grace se laisser ainsi rouller au vent3 ou le sembler4 ,les noms de mes chapitres n'en embrassent pas tousiours la matiere3 souuent ils la denotent seulement1 par quelque marque3 comme ces autres l',andrie1 l',eunuche2 ou ceux cy1 ,sylla1 ,cicero1 ,torquatus4 ,i'ayme l'alleure potique1 sauts et gambades4 ,c'est vn art1 comme dit ,platon1 leger1 volage1 demoniacle4 ,il est des ouurages en ,plutarque1 o il oublie son theme1 o le propos de son argument ne se trouue que par incident1 tout estouff en matiere estrangere4 ,voyez ses alleures au ,dmon de ,socrates4 ,o ,dieu1 que ces gaillardes escapades1 que cette variation a de beaut3 et plus lors1 que plus elle retire au nonchalant et fortuit6 ,c'est l'indiligent lecteur1 qui perd mon subiect2 non pas moy4 ,il s'en trouuera tousiours en vn coing quelque mot1 qui ne laisse pas d'estre bastant1 quoy qu'il soit serr4 ,ie vois au change1 indiscrettement et tumultuairement3 mon stile1 et mon esprit1 vont vagabondant de mesmes4 ,il faut auoir vn peu de folie1 qui ne veut auoir plus de sottise3 disent1 et les preceptes de nos maistres1 et encores plus leurs exemples4 ,mille potes trainent et languissent la prosaque1 mais la meilleure prose ancienne1 et ie la seme ceans indifferemment pour vers1 reluit par tout1 de la vigueur et hardiesse potique1 et represente quelque air de sa fureur4 ,il luy faut certes quitter la maistrise1 et preeminence en la parlerie4 ,le pote1 dit ,platon1 assis sur le trepied des ,muses1 verse de furie1 tout ce qui luy vient en la bouche3 comme la gargoulle d'vne fontaine1 sans le ruminer et poiser3 et luy eschappe des choses1 de diuerse couleur1 de contraire substance1 et d'vn cours rompu4 ,et la vieille theologie est toute posie1 disent les sauants1 et la premiere philosophie4 ,c'est l'originel langage des ,dieux4 ,i'entends que la matiere se distingue soy-mesmes4 ,elle montre assez o elle se change1 o elle conclud1 o elle commence1 o elle se reprend3 sans l'entrelasser de parolles1 de liaison1 et de cousture1 introduictes pour le seruice des oreilles foibles1 ou nonchallantes3 et sans me gloser moy-mesme4 ,qui est celuy1 qui n'ayme mieux n'estre pas leu1 que de l'estre en dormant ou en fuyant8 ,nihil est tam vtile1 quod in transitu prosit4 ,si prendre des liures1 estoit les apprendre3 et si les veoir1 estoit les regarder3 et les parcourir1 les saisir1 i'auroy tort de me faire du tout si ignorant que ie dy4 ,puisque ie ne puis arrester l'attention du lecteur par le poix3 manco male1 s'il aduient que ie l'arreste par mon embroulleure4 ,voire mais1 il se repentira par apres1 de s'y estre amus4 ,c'est mon3 mais il s'y sera tousiours amus4 ,et puis il est des humeurs comme cela1 qui l'intelligence porte desdain3 qui m'en estimeront mieux de ce qu'ils ne sauront ce que ie dis3 ils conclurront la profondeur de mon sens1 par l'obscurit4 ,laquelle parler en bon escient1 ie hay bien fort3 et l'euiterois1 si ie me sauois euiter4 ,aristote se vante en quelque lieu1 de l'affecter4 ,vitieuse affectation4 ,par ce que la coupure si frequente des chapitres1 dequoy i'vsoy au commencement1 m'a sembl rompre l'attention auant qu'elle soit ne1 et la dissoudre3 dedaignant s'y coucher pour si peu1 et se recueillir3 ie me suis mis les faire plus longs3 qui requierent de la proposition et du loisir assign4 ,en telle occupation1 qui on ne veut donner vne seule heure1 on ne veut rien donner4 ,et ne fait on rien pour celuy1 pour qui on ne fait1 qu'autre chose faisant4 ,ioint1 qu' l'aduenture ay-ie quelque obligation particuliere1 ne dire qu' demy1 dire confusement1 dire discordamment4 ,ie veux donq mal cette raison trouble-feste4 ,et ces proiects extrauagants qui trauaillent la vie1 et ces opinions si fines1 si elles ont de la verit2 ie la trouue trop chere et trop incommode4 ,au rebours3 ie m'employe faire valoir la vanit mesme1 et l'asnerie1 si elle m'apporte du plaisir4 ,et me laisse aller apres mes inclinations naturelles sans les contreroller de si pres4 ,i'ay veu ailleurs des maisons ruynes1 et des statues1 et du ciel et de la terre3 ce sont tousiours des hommes4 ,tout cela est vray3 et si pourtant ne sauroy reuoir si souuent le tombeau de cette ville1 si grande1 et si puissante1 que ie ne l'admire et reuere4 ,le soing des morts nous est en recommandation4 ,or i'ay est nourry des mon enfance1 auec ceux icy4 ,i'ay eu cognoissance des affaires de ,rome1 longtemps auant que ie l'ay eu de ceux de ma maison4 ,ie sauois le ,capitole et son plant1 auant que ie sceusse le ,louure3 et le ,tibre auant la ,seine4 ,j'ay eu plus en teste1 les conditions et fortunes de ,lucullus1 ,metellus1 et ,scipion1 que ie n'ay d'aucuns hommes des nostres4 ,ils sont tres passez4 ,si est bien mon pere3 aussi entierement qu'eux3 et s'est esloign de moy1 et de la vie1 autant en dixhuict ans1 que ceux-l ont faict en seize cens3 duquel pourtant ie ne laisse pas d'embrasser et practiquer la memoire1 l'amiti et societ1 d'vne parfaicte vnion et tres-viue4 ,voire1 de mon humeur1 ie me rends plus officieux enuers les trespassez4 ,ils ne s'aydent plus1 ils en requierent ce me semble d'autant plus mon ayde4 ,la gratitude est l1 iustement en son lustre4 ,le bien-faict est moins richement assign1 o il y a retrogradation1 et reflexion4 ,arcesilaus visitant ,ctesibius malade1 et le trouuant en pauure estat1 luy fourra tout bellement soubs le cheuet du lict1 de l'argent qu'il luy donnoit4 ,et en le luy celant1 luy donnoit en outre1 quittance de luy en sauoir gr4 ,ceux qui ont merit de moy1 de l'amiti et de la recognoissance1 ne l'ont iamais perdue pour n'y estre plus3 ie les ay mieux payez1 et plus soigneusement1 absens et ignorans4 ,ie parle plus affectueusement de mes amis1 quand il n'y a plus de moyen qu'ils le sachent4 ,or i'ay attaqu cent querelles pour la deffence de ,pompeius1 et pour la cause de ,brutus4 ,cette accointance dure encore entre nous4 ,les choses presentes mesmes1 nous ne les tenons que par la fantasie4 ,me trouuant inutile ce siecle ie me reiecte cet autre4 ,et en suis si embabouyn1 que l'estat de cette vieille ,rome1 libre1 iuste1 et florissante1 car ie n'en ayme1 ny la naissance1 ny la vieillesse1 m'interesse et me passionne4 ,parquoy ie ne sauroy reuoir si souuent1 l'assiette de leurs rues1 et de leurs maisons1 et ces ruynes profondes iusques aux ,antipodes1 que ie ne m'y amuse4 ,est-ce par nature1 ou par erreur de fantasie1 que la veu des places1 que nous sauons auoir est hantes et habites par personnes1 desquelles la memoire est en recommendation1 nous emeut aucunement plus1 qu'our le recit de leurs faicts1 ou lire leurs escrits8 ,tanta vis admonitionis inest in locis6 ,et id quidem in hac vrbe infinitum3 quacumque enim ingredimur1 in aliquam historiam vestigium ponimus4 ,il me plaist de considerer leur visage1 leur port1 et leurs vestements4 ,ie remasche ces grands noms entre les dents1 et les fais retentir mes oreilles4 ,ego illos veneror1 et tantis nominibus semper assurgo4 ,des choses qui sont en quelque partie grandes et admirables1 i'en admire les parties mesmes communes4 ,ie les visse volontiers deuiser1 promener1 et soupper4 ,ce seroit ingratitude1 de mespriser les reliques1 et images de tant d'honnestes hommes1 et si valeureux lesquels i'ay veu viure et mourir3 et qui nous donnent tant de bonnes instructions par leur exemple1 si nous les sauions suyure4 ,et puis cette mesme ,rome que nous voyons1 merite qu'on l'ayme4 ,confedere de si long temps1 et par tant de tiltres1 nostre couronne4 ,seule ville commune1 et vniuerselle4 ,le magistrat souuerain qui y commande1 est recognu pareillement ailleurs3 c'est la ville metropolitaine de toutes les nations ,chrestiennes4 ,l',espaignol et le ,franois1 chacun y est chez soy4 ,pour estre des ,princes de cet estat1 il ne faut qu'estre de ,chrestient1 o qu'elle soit4 ,il n'est lieu bas1 que le ciel ayt embrass auec telle influence de faueur1 et telle constance4 ,sa ruyne mesme est glorieuse et enfle4 ,laudandis preciosior ruinis4 ,encore retient elle au tombeau des marques et image d'empire4 ,vt palam sit vno in loco gaudentis opus esse natur4 ,quelqu'vn se blasmeroit1 et se mutineroit en soy-mesme1 de se sentir chatouller d'vn si vain plaisir4 ,nos humeurs ne sont pas trop vaines1 qui sont plaisantes4 ,quelles qu'elles soyent qui contentent constamment vn homme capable de sens commun1 ie ne saurois auoir le cur de le plaindre4 ,ie doibs beaucoup la ,fortune1 dequoy iusques cette heure1 elle n'a rien fait contre moy d'outrageux au del de ma porte4 ,seroit ce pas sa faon1 de laisser en paix1 ceux de qui elle n'est point importune8 ,quanto quisque sibi plura negauerit1 ,a ,diis plura feret3 nil cupientium ,nudus castra peto3 multa petentibus1 ,desunt multa4 ,si elle continue1 elle me r'enuoyera tres-content et satisfaict1 ,nihil supra ,deos lacesso4 ,mais gare le heurt4 ,il en est mille qui rompent au port4 ,ie me console aisement1 de ce qui aduiendra icy1 quand ie n'y seray plus4 ,les choses presentes m'embesongnent assez1 ,fortun ctera mando4 ,aussi n'ay-ie point cette forte liaison1 qu'on dit attacher les hommes l'aduenir1 par les enfans qui portent leur nom1 et leur honneur4 ,et en doibs desirer l'auanture d'autant moins1 s'ils sont si desirables4 ,ie ne tiens que trop au monde1 et cette vie par moy-mesme4 ,ie me contente d'estre en prise de la ,fortune1 par les circonstances proprement necessaires mon estre1 sans luy alonger par ailleurs sa iurisdiction sur moy4 ,et n'ay iamais estim qu'estre sans enfans1 fust vn defaut qui deust rendre la vie moins complete1 et moins contente4 ,la vacation sterile1 a bien aussi ses commoditez4 ,les enfans sont du nombre des choses1 qui n'ont pas fort dequoy estre desires1 notamment cette heure1 qu'il seroit si difficile de les rendre bons4 ,bona iam nec nasci licet1 ita corrupta sunt semina4 ,et si ont iustement dequoy estre regrettes1 qui les perd1 apres les auoir acquises4 ,celuy qui me laissa ma maison en charge1 prognostiquoit que ie la deusse ruyner1 regardant mon humeur1 si peu casaniere4 ,il se trompa2 me voicy comme i'y entray3 sinon vn peu mieux4 ,sans office pourtant et sans benefice4 ,au demeurant1 si la ,fortune ne m'a faict aucune offence violente1 et extraordinaire1 aussi n'a-elle pas de grace4 ,tout ce qu'il y a de ses dons chez nous1 il y est auant moy1 et au del de cent ans4 ,ie n'ay particulierement aucun bien essentiel1 et solide1 que ie doiue sa liberalit4 ,elle m'a faict quelques faueurs venteuses1 honnoraires1 et titulaires1 sans substance4 ,et me les a aussi la verit1 non pas accordes1 mais offertes4 ,dieu sait1 moy3 qui suis tout materiel1 qui ne me paye que de la realit1 encores bien massiue3 et qui1 si ie l'osois confesser1 ne trouuerois l'auarice1 guere moins excusable que l'ambition3 ny la douleur1 moins euitable que la honte3 ny la sant1 moins desirable que la doctrine3 ou la richesse1 que la noblesse4 ,parmy ses faueurs vaines1 ie n'en ay point qui plaise tant cette niaise humeur1 qui s'en paist chez moy1 qu'vne bulle authentique de bourgeoisie ,romaine3 qui me fut octroye dernierement que i'y estois1 pompeuse en seaux1 et lettres dores3 et octroye auec toute gratieuse liberalit4 ,et par ce qu'elles se donnent en diuers stile1 plus ou moins fauorable3 et qu'auant que i'en eusse veu1 i'eusse est bien aise1 qu'on m'en eust montr vn formulaire3 ie veux1 pour satisfaire quelqu'vn1 s'il s'en trouue malade de pareille curiosit la mienne1 la transcrire icy en sa forme4 ,quod ,horatius ,maximus1 ,martius ,cecius1 ,alexander ,mutus1 alm vrbis conseruatores de ,illustrissimo viro ,michale ,montano equite sancti ,michalis1 et cubiculo ,regis ,christianissimi1 ,romana ,ciuitate donando1 ad ,senatum retulerunt1 ,s4 ,p4 ,q4 ,r4 de ea re ita fieri censuit4 ,,cvm1 veteri more et instituto1 cupid illi semper studiosque suscepti sint1 qui1 virtute ac nobilitate prstantes1 magno ,reip4 nostr vsui atque ornamento fuissent1 vel esse aliquando possent3 ,nos1 maiorum nostrorum exemplo atque auctoritate permoti1 prclaram hanc consuetudinem nobis imitandam ac seruandam fore censemus4 ,quamobrem cum ,illustrissimus ,michal ,montanus1 ,eques sancti ,michalis1 et a cubiculo ,regis ,christianissimi ,romani nominis studiosissimus1 et famili laude atque splendore et propriis virtutum meritis dignissimus sit1 qui summo ,senatus ,populique ,romani iudicio ac studio in ,romanam ,ciuitatem adsciscatur2 placere ,senatui ,p4 ,q4 ,r4 ,illustrissimum ,michalem ,montanum rebus omnibus ornatissimum1 atque huic inclyto populo charissimum1 ipsum posterosque in ,romanam ,ciuitatem adscribi1 ornarique omnibus et prmiis et honoribus1 quibus illi fruuntur1 qui ,ciues ,patriciique ,romani nati aut iure optimo facti sunt4 ,in quo censere ,senatum ,p4 ,q4 ,r4 se non tam illi ,ius ,ciuitatis largiri qum debitum tribuere1 neque magis beneficium dare qum ab ipso accipere1 qui hoc ,ciuitatis munere accipiendo1 singulari ,ciuitatem ipsam ornamento atque honore affecerit4 ,quam quidem ,s4 ,c4 auctoritatem iidem ,conseruatores per ,senatus ,p4 ,q4 ,r4 scribas in acta referri atque in ,capitolij curia seruari1 priuilegiumque huiusmodi fieri1 solitoque vrbis sigillo communiri curarunt4 ,anno ab vrbe condita ,,cx,,cccxxxi1 post ,christum natum ,m4 ,d4 ,,lxxxi4 ,,iii4 ,idus ,martij4 ,horatius ,fuscus sacri ,s4 ,p4 ,q4 ,r4 scriba4 ,vincent4 ,martholus sacri ,s4 ,p4 ,q4 ,r4 scriba4 ,n'estant bourgeois d'aucune ville1 ie suis bien aise de l'estre de la plus noble qui fut et qui sera onques4 ,si les autres se regardoient attentiuement1 comme ie fay1 ils se trouueroient comme ie fay1 pleins d'inanit et de fadaise4 ,de m'en deffaire1 ie ne puis1 sans me deffaire moy-mesmes4 ,nous en sommes tous confits1 tant les vns que les autres4 ,mais ceux qui le sentent1 en ont vn peu meilleur compte3 encore ne say-ie4 ,cette opinion et vsance commune1 de regarder ailleurs qu' nous1 a bien pourueu nostre affaire4 ,c'est vn obiect plein de mescontentement4 ,nous n'y voyons que misere et vanit4 ,pour ne nous desconforter1 ,nature a reiett bien propos1 l'action de nostre veu1 au dehors4 ,nous allons en auant vau l'eau1 mais de rebrousser vers nous1 nostre course1 c'est vn mouuement penible3 la mer se brouille et s'empesche ainsi1 quand elle est repousse soy4 ,regardez1 dict chacun1 les branles du ciel3 regardez au public3 la querelle de cestuy-l3 au pouls d'vn tel3 au testament de cet autre3 somme regardez tousiours haut ou bas1 ou cost1 ou deuant1 ou derriere vous4 ,c'estoit vn commandement paradoxe1 que nous faisoit anciennement ce ,dieu ,delphes3 ,regardez dans vous1 recognoissez vous1 tenez vous vous4 ,vostre esprit1 et vostre volont1 qui se consomme ailleurs1 ramenez la en soy3 vous vous escoulez1 vous vous respandez3 appilez vous1 soustenez vous3 on vous trahit1 on vous dissipe1 on vous desrobe vous4 ,voy tu pas1 que ce monde tient toutes ses veus contraintes au dedans1 et ses yeux ouuerts se contempler soy-mesme8 ,c'est tousiours vanit pour toy1 dedans et dehors3 mais elle est moins vanit1 quand elle est moins estendue4 ,sauf toy1 homme1 disoit ce ,dieu1 chasque chose s'estudie la premiere1 et a selon son besoin1 des limites ses trauaux et desirs4 ,il n'en est vne seule si vuide et necessiteuse que toy1 qui embrasses l'vniuers4 ,tu s le scrutateur sans cognoissance3 le magistrat sans iuridiction3 et apres tout1 le badin de la farce4 ,,chapitre ,x4 ,de mesnager sa volont4 ,,av prix du commun des hommes1 peu de choses me touchent3 ou pour mieux dire1 me tiennent4 ,car c'est raison qu'elles touchent1 pourueu qu'elles ne nous possedent4 ,i'ay grand soin d'augmenter par estude1 et par discours1 ce priuilege d'insensibilit1 qui est naturellement bien auanc en moy4 ,i'espouse1 et me passionne par consequent1 de peu de choses4 ,i'ay la veu clere3 mais ie l'attache peu d'obiects3 le sens delicat et mol3 mais l'apprehension et l'application1 ie l'ay dure et sourde4 ,ie m'engage difficilement4 ,autant que ie puis ie m'employe tout moy4 ,et en ce subiect mesme1 ie briderois pourtant et soustiendrois volontiers1 mon affection1 qu'elle ne s'y plonge trop entiere3 puis que c'est vn subiect1 que ie possede la mercy d'autruy1 et sur lequel la ,fortune a plus de droict que ie n'ay4 ,de maniere1 que iusques la sant1 que i'estime tant1 il me seroit besoing1 de ne la pas desirer1 et m'y addonner si furieusement1 que i'en trouue les maladies importables4 ,on se doibt moderer1 entre la haine de la douleur1 et l'amour de la volupt4 ,et ordonne ,platon vne moyenne route de vie entre les deux4 ,mais aux affections qui me distrayent de moy1 et attachent ailleurs1 celles l certes m'oppose-ie de toute ma force4 ,mon opinion est1 qu'il se faut prester autruy1 et ne se donner qu' soy-mesme4 ,si ma volont se trouuoit ayse s'hypothequer et s'appliquer1 ie n'y durerois pas4 ,ie suis trop tendre1 et par nature et par vsage1 ,fugax rerum1 securque in otia natus4 ,les debats contestez et opiniastrez1 qui donneroient en fin aduantage mon aduersaire2 l'issue qui rendroit honteuse ma chaulde poursuitte1 me rongeroit l'aduanture bien cruellement4 ,si ie mordois mesme1 comme font les autres2 mon ame n'auroit iamais la force de porter les alarmes1 et emotions1 qui suyuent ceux qui embrassent tant4 ,elle seroit incontinent disloque par cette agitation intestine4 ,si quelquefois on m'a pouss au maniement d'affaires estrangeres1 i'ay promis de les prendre en main1 non pas au poulmon et au foye2 de m'en charger1 non de les incorporer3 de m'en soigner1 ouy2 de m'en passionner1 nullement3 i'y regarde1 mais ie ne les couue point4 ,i'ay assez affaire disposer et ranger la presse domestique que i'ay dans mes entrailles1 et dans mes veines1 sans y loger1 et me fouler d'vne presse estrangere4 ,et suis assez interess de mes affaires essentiels1 propres1 et naturels1 sans en conuier d'autres forains4 ,ceux qui sauent combien ils se doiuent1 et de combien d'offices ils sont obligez eux1 trouuent que ,nature leur a donn cette commission plaine assez1 et nullement oysifue4 ,tu as bien largement affaire chez toy1 ne t'esloigne pas4 ,les hommes se donnent louage4 ,leurs facultez ne sont pas pour eux2 elles sont pour ceux1 qui ils s'asseruissent2 leurs locataires sont chez eux1 ce ne sont pas eux4 ,cette humeur commune ne me plaist pas4 ,il faut mesnager la libert de nostre ame1 et ne l'hypotequer qu'aux occasions iustes4 ,lesquelles sont en bien petit nombre1 si nous iugeons sainement4 ,voyez les gens appris se laisser emporter et saisir1 ils le font par tout4 ,aux petites choses comme aux grandes2 ce qui ne les touche point1 comme ce qui les touche4 ,ils s'ingerent indifferemment o il y a de la besongne2 et sont sans vie1 quand ils sont sans agitation tumultuaire4 ,in negotiis sunt1 negotij causa4 ,ils ne cherchent la besongne que pour embesongnement4 ,ce n'est pas1 qu'ils vueillent aller1 tant1 comme c'est1 qu'ils ne se peuuent tenir4 ,ne plus ne moins1 qu'vne pierre esbranle en sa cheute1 qui ne s'arreste iusqu' tant qu'elle se couche4 ,l'occupation est certaine maniere de gents1 marque de suffisance et de dignit4 ,leur esprit cherche son repos au bransle1 comme les enfans au berceau4 ,ils se peuuent dire autant seruiables leurs amis1 comme importuns eux mesmes4 ,personne ne distribue son argent autruy1 chacun y distribue son temps et sa vie4 ,il n'est rien dequoy nous soyons si prodigues1 que de ces choses l1 desquelles seules l'auarice nous seroit vtile et louable4 ,ie prens vne complexion toute diuerse4 ,ie me tiens sur moy4 ,et communment desire mollement ce que ie desire1 et desire peu3 m'occupe et embesongne de mesme1 rarement et tranquillement4 ,tout ce qu'ils veulent et conduisent1 ils le font de toute leur volont et vehemence4 ,il y a tant de mauuais pas1 que pour le plus seur1 il faut vn peu legerement et superficiellement couler ce monde3 et le glisser1 non pas l'enfoncer4 ,la volupt mesme1 est douloureuse en sa profondeur4 ,incedis per ignes ,subpositos cineri doloso4 ,messieurs de ,bordeaux m'esleurent ,maire de leur ville1 estant esloign de ,france2 et encore plus esloign d'vn tel pensement4 ,ie m'en excusay4 ,mais on m'apprint que i'auois tort2 le commandement du ,roy s'y interposant aussi4 ,c'est vne charge1 qui doit sembler d'autant plus belle1 qu'elle n'a1 ny loyer ny gain1 autre que l'honneur de son execution4 ,elle dure deux ans2 mais elle peut estre continue par seconde eslection4 ,ce qui aduient tres rarement4 ,elle le fut moy2 et ne l'auoit est que deux fois auparauant3 quelques annes y auoit1 ,monsieur de ,lansac2 et fraichement ,monsieur de ,biron ,mareschal de ,france4 ,en la place duquel ie succeday2 et laissay la mienne1 ,monsieur de ,matignon aussi ,mareschal de ,france4 ,glorieux de si noble assistance4 ,vterque bonus pacis bellique minister4 ,la ,fortune voulut part ma promotion1 par cette particuliere circonstance qu'elle y mit du sien4 ,non vaine du tout4 ,car ,alexandre desdaigna les ,ambassadeurs ,corinthiens qui lui offroyent la bourgeoisie de leur ville2 mais quand ils vindrent luy deduire1 comme ,bacchus et ,hercules estoyent aussi en ce registre1 il les en remercia gratieusement4 ,a mon arriue1 ie me deschiffray fidelement1 et conscientieusement1 tout tel que ie me sens estre3 sans memoire1 sans vigilance1 sans experience1 et sans vigueur3 sans hayne aussi1 sans ambition1 sans auarice1 et sans violence3 ce qu'ils fussent informez et instruicts de ce qu'ils auoyent attendre de mon seruice4 ,et par ce que la cognoissance de feu mon pere les auoit seule incitez cela1 et l'honneur de sa memoire3 ie leur adioustay bien clairement1 que ie serois tres-marry que chose quelconque fist autant d'impression en ma volont1 comme auoyent faict autrefois en la sienne1 leurs affaires1 et leur ville1 pendant qu'il l'auoit en gouuernement1 en ce lieu mesme auquel ils m'auoyent appell4 ,il me souuenoit1 de l'auoir veu vieil1 en mon enfance1 l'ame cruellement agite de cette tracasserie publique2 oubliant le doux air de sa maison1 o la foiblesse des ans l'auoit attach long temps auant2 et son mesnage1 et sa sant2 et mesprisant certes sa vie1 qu'il y cuida perdre1 engag pour eux1 des longs et penibles voyages4 ,il estoit tel2 et luy partoit cette humeur d'vne grande bont de nature4 ,il ne fut iamais ame plus charitable et populaire4 ,ce train1 que ie lou en autruy1 ie n'ayme point le suiure4 ,et ne suis pas sans excuse4 ,il auoit ouy dire1 qu'il se falloit oublier pour le prochain2 que le particulier ne venoit en aucune consideration au prix du general4 ,la plus part des regles et preceptes du monde prennent ce train1 de nous pousser hors de nous1 et chasser en la place1 l'vsage de la societ publique4 ,ils ont pens faire vn bel effect1 de nous destourner et distraire de nous2 presupposans que nous n'y tinsions que trop1 et d'vne attache trop naturelle2 et n'ont espargn rien dire pour cette fin4 ,car il n'est pas nouueau aux sages1 de prescher les choses comme elles seruent1 non comme elles sont4 ,la verit a ses empeschements1 incommoditez et incompatibilitez auec nous4 ,il nous faut souuent tromper1 afin que nous ne nous trompions4 ,et siller nostre veu1 estourdir nostre entendement1 pour les redresser et amender4 ,imperiti enim iudicant1 et qui frequenter in hoc ipsum fallendi sunt1 ne errent4 ,quand ils nous ordonnent1 d'aymer auant nous1 trois1 quatre1 et cinquante degrez de choses2 ils representent l'art des archers1 qui pour arriuer au poinct1 vont prenant leur vise grande espace au dessus de la bute4 ,pour dresser vn bois courbe1 on le recourbe au rebours4 ,i'estime qu'au temple de ,pallas1 comme nous voyons en toutes autres religions1 il y auoit des mysteres apparens1 pour estre montrez au peuple2 et d'autres mysteres plus secrets1 et plus haults1 pour estre montrs seulement ceux qui en estoyent profez4 ,il est vray-semblable qu'en ceux-cy1 se trouue le vray poinct de l'amiti que chacun se doit4 ,non vne amiti faulce1 qui nous faict embrasser la gloire1 la science1 la richesse1 et telles choses1 d'vne affection principalle et immodere1 comme membres de nostre estre2 ny vne amiti molle et indiscrette2 en laquelle il aduient ce qui se voit au lierre1 qu'il corrompt et ruyne la paroy qu'il accole4 ,mais vne amiti salutaire et regle2 esgalement vtile et plaisante4 ,qui en sait les deuoirs1 et les exerce1 il est vrayement du cabinet des ,muses2 il a attaint le sommet de la sagesse humaine1 et de nostre bon heur4 ,cettuy-cy1 sachant exactement ce qu'il se doit1 trouue dans son rolle1 qu'il doit appliquer soy1 l'vsage des autres hommes1 et du monde2 et pour ce faire1 contribuer la societ publique les deuoirs et offices qui le touchent4 ,qui ne vit aucunement autruy1 ne vit guere soy4 ,qui sibi amicus est1 scito hunc amicum omnibus esse4 ,la principale charge que nous ayons1 c'est chacun sa conduite4 ,et est ce pourquoy nous sommes icy4 ,comme qui oublieroit de bien et saintement viure2 et penseroit estre quitte de son deuoir1 en y acheminant et dressant les autres2 ce seroit vn sot4 ,tout de mesme1 qui abandonne en son propre1 le sainement et gayement viure1 pour en seruir autruy1 prent mon gr vn mauuais et desnatur party4 ,ie ne veux pas1 qu'on refuse aux charges qu'on prend1 l'attention1 les pas1 les parolles1 et la sueur1 et le sang au besoing3 ,non ipse pro charis amicis ,aut patria timidus perire4 ,mais c'est par emprunt et accidentalement2 l'esprit se tenant tousiours en repos et en sant3 non pas sans action1 mais sans vexation1 sans passion4 ,l'agir simplement1 luy couste si peu1 qu'en dormant mesme il agit4 ,mais il luy faut donner le bransle1 auec discretion4 ,car le corps reoit les charges qu'on luy met sus1 iustement selon qu'elles sont3 l'esprit les estend et les appesantit souuent ses despens1 leur donnant la mesure que bon luy semble4 ,on faict pareilles choses auec diuers efforts1 et differente contention de volont4 ,l'vn va bien sans l'autre4 ,car combien de gens se hazardent tous les iours aux guerres1 dequoy il ne leur chault3 et se pressent aux dangers des battailles1 desquelles la perte1 ne leur troublera pas le voisin sommeil8 ,tel en sa maison1 hors de ce danger1 qu'il n'oseroit auoir regard1 est plus passionn de l'yssue de cette guerre1 et en a l'ame plus trauaille1 que n'a le soldat qui y employe son sang et sa vie4 ,i'ay peu me mesler des charges publiques1 sans me despartir de moy1 de la largeur d'vne ongle1 et me donner autruy sans m'oster moy4 ,cette aspret et violence de desirs1 empesche plus1 qu'elle ne sert la conduitte de ce qu'on entreprend4 ,nous remplit d'impatience enuers les euenemens1 ou contraires1 ou tardifs3 et d'aigreur et de soupon enuers ceux1 auec qui nous negotions4 ,nous ne conduisons iamais bien la chose de laquelle nous sommes possedez et conduicts4 ,mal cuncta ministrat ,impetus4 ,celuy qui n'y employe que son iugement1 et son addresse1 il y procede plus gayement3 il feint1 il ploye1 il differe tout son aise1 selon le besoing des occasions3 il faut d'atteinte1 sans tourment1 et sans affliction1 prest et entier pour vne nouuelle entreprise3 il marche tousiours la bride la main4 ,en celuy qui est enyur de cette intention violente et tyrannique1 on voit par necessit beaucoup d'imprudence et d'iniustice4 ,l'impetuosit de son desir l'emporte4 ,ce sont mouuements temeraires1 et1 si ,fortune n'y preste beaucoup1 de peu de fruict4 ,la philosophie veut qu'au chastiement des offences receus1 nous en distrayons la cholere3 non afin que la vengeance en soit moindre1 ains au rebours1 afin qu'elle en soit d'autant mieux assenee et plus poisante4 ,a quoy il luy semble que cette impetuosit porte empeschement4 ,non seulement la cholere trouble3 mais de soy1 elle lasse aussi les bras de ceux qui chastient4 ,ce feu estourdit et consomme leur force4 ,comme en la precipitation1 festinatio tarda est4 ,la hastiuet se donne elle mesme la iambe1 s'entraue et s'arreste4 ,ipsa se velocitas implicat4 ,pour exemple4 ,selon ce que i'en vois par vsage ordinaire1 l'auarice n'a point de plus grand destourbier que soy-mesme4 ,plus elle est tendue et vigoureuse1 moins elle en est fertile4 ,communement elle attrape plus promptement les richesses1 masque d'vn' image de liberalit4 ,vn ,gentilhomme tres-homme de bien1 et mon amy1 cuyda brouiller la sant de sa teste1 par vne trop passionne attention et affection aux affaires d'vn ,prince1 son maistre4 ,lequel maistre1 s'est ainsi peinct soy-mesmes moy3 ,qu'il voit le poix des accidens1 comme vn autre3 mais qu' ceux qui n'ont point de remede1 il se resoult soudain la souffrance3 aux autres1 apres y auoir ordonn les prouisions necessaires1 ce qu'il peut faire promptement par la viuacit de son esprit1 il attend en repos ce qui s'en peut ensuiure4 ,de vray1 ie l'ay veu mesme1 maintenant vne grande nonchalance et libert d'actions et de visage1 au trauers de bien grands affaires et bien espineux4 ,ie le trouue plus grand et plus capable1 en vne mauuaise1 qu'en vne bonne fortune4 ,ses pertes luy sont plus glorieuses1 que ses victoires1 et son deuil que son triomphe4 ,considerez1 qu'aux actions mesmes qui sont vaines et friuoles3 au ieu des eschecs1 de la paulme1 et semblables1 cet engagement aspre et ardant d'vn desir impetueux1 iette incontinent l'esprit et les membres1 l'indiscretion1 et au desordre4 ,on s'esblouit1 on s'embarasse soy mesme4 ,celuy qui se porte plus moderment enuers le gain1 et la perte1 il est tousiours chez soy4 ,moins il se pique et passionne au ieu1 il le conduit d'autant plus auantageusement et seurement4 ,nous empeschons au demeurant1 la prise et la serre de l'ame1 luy donner tant de choses saisir4 ,les vnes1 il les luy faut seulement presenter1 les autres attacher1 les autres incorporer4 ,elle peut voir et sentir toutes choses1 mais elle ne se doit paistre que de soy4 ,et doit estre instruicte1 de ce qui la touche proprement1 et qui proprement est de son auoir1 et de sa substance4 ,les loix de ,nature nous apprennent ce que iustement1 il nous faut4 ,apres que les sages nous ont dit1 que selon elle personne n'est indigent1 et que chacun l'est selon l'opinion1 ils distinguent ainsi subtilement1 les desirs qui viennent d'elle1 de ceux qui viennent du desreglement de nostre fantasie4 ,ceux desquels on voit le bout1 sont siens1 ceux qui fuyent deuant nous1 et desquels nous ne pouuons ioindre la fin1 sont nostres4 ,la pauuret des biens1 est aise guerir2 la pauuret de l'ame1 impossible4 ,nam si1 quod satis est homini1 id satis esse potesset1 ,hoc sat erat3 nunc1 quum hoc non est1 qu credimus porro1 ,diuitias vllas animum m'i explere potesse8 ,socrates voyant porter en pompe par sa ville1 grande quantit de richesse1 ioyaux et meubles de prix3 ,combien de choses1 dit-il1 ie ne desire point6 ,metrodorus viuoit du poix de douze onces par iour1 ,epicurus moins3 ,metroclez dormoit en hyuer auec les moutons1 en est aux cloistres des ,eglises4 ,sufficit ad id natura1 quod poscit4 ,cleanthes viuoit de ses mains1 et se vantoit1 que ,cleanthes1 s'il vouloit1 nourriroit encore vn autre ,cleanthes4 ,si ce que ,nature exactement1 et originelement nous demande1 pour la conseruation de nostre estre1 est trop peu 7comme de vray combien ce l'est1 et combien bon comte nostre vie se peut maintenir1 il ne se doit exprimer mieux que par cette consideration3 ,que c'est si peu1 qu'il eschappe la prise et le choc de la ,fortune1 par sa petitesse7 dispensons nous de quelque chose plus outre2 appellons encore nature1 l'vsage et condition de chacun de nous2 taxons nous1 traitons nous cette mesure2 estendons noz appartenances et noz comtes iusques l4 ,car iusques l1 il me semble bien1 que nous auons quelque excuse4 ,l'accoustumance est vne seconde nature1 et non moins puissante4 ,ce qui manque ma coustume ie tiens qu'il me manque4 ,et i'aymerois presque esgalement qu'on m'ostast la vie1 que si on me l'essimoit et retranchoit bien loing de l'estat auquel ie l'ay vescue si long temps4 ,ie ne suis plus en termes d'vn grand changement1 ny de me ietter vn nouueau train et inusit2 non pas mesme vers l'augmentation3 il n'est plus temps de deuenir autre4 ,et comme ie plaindrois quelque grande aduenture1 qui me tombast cette heure entre mains1 qu'elle ne seroit venu en temps que i'en peusse iouyr1 ,quo mihi fortun1 si non conceditur vti8 ,ie me plaindroy de mesme1 de quelque acquest interne4 ,il vault quasi mieux iamais1 que si tard1 deuenir honneste homme4 ,et bien entendu viure1 lors qu'on n'a plus de vie4 ,moy1 qui m'en vay1 resigneroy facilement quelqu'vn1 qui vinst1 ce que i'apprends de prudence1 pour le commerce du monde4 ,moustarde apres disner4 ,ie n'ay que faire du bien1 duquel ie ne puis rien faire4 ,a quoy la science1 qui n'a plus de teste8 ,c'est iniure et deffaueur de ,fortune1 de nous offrir des presents1 qui nous remplissent d'vn iuste despit de nous auoir failly en leur saison4 ,ne me guidez plus3 ie ne puis plus aller4 ,de tant de membres1 qu'a la suffisance1 la patience nous suffit4 ,donnez la capacit d'vn excellent dessus1 au chantre qui a les poulmons pourris6 ,et d'eloquence l'eremite relegu aux deserts d',arabie4 ,il ne faut point d'art1 la cheute4 ,la fin se trouue de soy1 au bout de chasque besongne4 ,mon monde est failly1 ma forme expire4 ,ie suis tout du pass4 ,et suis tenu de l'authorizer et d'y conformer mon issue4 ,ie veux dire cecy par maniere d'exemple4 ,que l'eclipsement nouueau des dix iours du ,pape1 m'ont prins si bas1 que ie ne m'en puis bonnement accoustrer4 ,ie suis des annes1 ausquelles nous comtions autrement4 ,vn si ancien et long vsage1 me vendique et rappelle soy4 ,ie suis contraint d'estre vn peu heretique par l4 ,incapable de nouuellet1 mesme correctiue4 ,mon imagination en despit de mes dents se iette tousiours dix iours plus auant1 ou plus arriere3 et grommelle mes oreilles4 ,cette regle touche ceux1 qui ont estre4 ,si la sant mesme1 si succre vient me retrouuer par boutades1 c'est pour me donner regret plustost que possession de soy4 ,ie n'ay plus o la retirer4 ,le temps me laisse4 ,sans luy rien ne se possede4 ,o que ie feroy peu d'estat de ces grandes dignitez electiues1 que ie voy au monde1 qui ne se donnent qu'aux hommes prests partir3 ausquelles on ne regarde pas tant1 combien deument on les exercera1 que combien peu longuement on les exercera3 ds l'entre on vise l'issue4 ,somme3 me voicy apres d'acheuer cet homme1 non d'en refaire vn autre4 ,par long vsage1 cette forme m'est passe en substance1 et fortune en nature4 ,ie dis donc1 que chacun d'entre nous foiblets1 est excusable d'estimer sien1 ce qui est compris soubs cette mesure4 ,mais aussi au del de ces limites1 ce n'est plus que confusion4 ,c'est la plus large estandue que nous puissions octroyer noz droicts4 ,plus nous amplifions nostre besoing et possession1 d'autant plus nous engageons nous aux coups de la ,fortune1 et des aduersitez4 ,la carriere de noz desirs doit estre circonscripte1 et restraincte1 vn court limite1 des commoditez les plus proches et contigues4 ,et doit en outre1 leur course1 se manier1 non en ligne droicte1 qui face bout ailleurs1 mais en rond1 duquel les deux pointes se tiennent et terminent en nous1 par vn brief contour4 ,les actions qui se conduisent sans cette reflexion1 s'entend voisine reflexion et essentielle1 comme sont celles des auaricieux1 des ambitieux1 et tant d'autres1 qui courent de pointe1 desquels la course les emporte tousiours deuant eux1 ce sont actions errones et maladiues4 ,la plus part de noz vacations sont farcesques4 ,mundus vniuersus exercet histrioniam4 ,il faut iouer deuement nostre rolle1 mais comme rolle d'vn personnage emprunt4 ,du masque et de l'apparence1 il n'en faut pas faire vne essence relle1 ny de l'estranger le propre4 ,nous ne sauons pas distinguer la peau de la chemise4 ,c'est asss de s'enfariner le visage1 sans s'enfariner la poictrine4 ,i'en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouuelles figures1 et de nouueaux estres1 qu'ils entreprennent de charges3 et qui se prelatent iusques au foye et aux intestins3 et entrainent leur office iusques en leur garderobe4 ,ie ne puis leur apprendre distinguer les bonnetades1 qui les regardent1 de celles qui regardent leur commission1 ou leur suitte1 ou leur mule4 ,tantum se fortun permittunt1 etiam vt naturam dediscant4 ,ils enflent et grossissent leur ame1 et leur discours naturel1 selon la haulteur de leur siege magistral4 ,le ,maire et ,montaigne1 ont tousiours est deux1 d'vne separation bien claire4 ,pour estre aduocat ou financier1 il n'en faut pas mescognoistre la fourbe1 qu'il y a en telles vacations4 ,vn honneste homme n'est pas comtable du vice ou sottise de son mestier2 et ne doit pourtant en refuser l'exercice4 ,c'est l'vsage de son pays1 et il y a du proffit4 ,il faut viure du monde1 et s'en preualoir1 tel qu'on le trouue4 ,mais le iugement d'vn ,empereur1 doit estre au dessus de son empire2 et le voir et considerer1 comme accident estranger4 ,et luy doit sauoir iouyr de soy part2 et se communicquer comme ,iacques et ,pierre3 au moins soy-mesmes4 ,ie ne say pas m'engager si profondement1 et si entier4 ,quand ma volont me donne vn party1 ce n'est pas d'vne si violente obligation1 que mon entendement s'en infecte4 ,aux presens brouillis de cet estat1 mon interest ne m'a faict mescognoistre1 ny les qualitez louables en noz aduersaires1 ny celles qui sont reprochables en ceux que i'ay suiuy4 ,ils adorent tout ce qui est de leur cost3 moy ie n'excuse pas seulement la plus part des choses1 qui sont du mien4 ,vn bon ouurage1 ne perd pas ses graces1 pour plaider contre moy4 ,hors le nud du debat1 ie me suis maintenu en equanimit1 et pure indifference4 ,neque extra necessitates belli1 prcipuum odium gero4 ,dequoy ie me gratifie1 d'autant que ie voy communment faillir au contraire4 ,ceux qui allongent leur cholere1 et leur haine au del des affaires1 comme faict la plus part1 montrent qu'elle leur part d'ailleurs1 et de cause particuliere4 ,tout ainsi comme1 qui estant guary de son vlcere1 la fiebure demeure encore1 montre qu'elle auoit vn autre principe plus cach4 ,c'est qu'ils n'en ont point la cause1 en commun3 et entant qu'elle blesse l'interest de touts1 et de l'estat4 ,mais luy en veulent1 seulement en ce1 qu'elle leur masche en priu4 ,voyla pourquoy1 ils s'en picquent de passion particuliere1 et au del de la iustice1 et de la raison publique4 ,non tam omnia vniuersi1 qum ea1 qu ad quemque pertinerent1 singuli carpebant4 ,ie veux que l'aduantage soit pour nous3 mais ie ne forcene point1 s'il ne l'est4 ,ie me prens fermement au plus sain des partis4 ,mais ie n'affecte pas qu'on me remarque specialement1 ennemy des autres1 et outre la raison generalle4 ,i'accuse merueilleusement cette vitieuse forme d'opiner3 ,il est de la ,ligue3 car il admire la grace de ,monsieur de ,guyse4 ,l'actiuet du ,roy de ,nauarre l'estonne3 il est ,huguenot4 ,il trouue cecy dire aux murs du ,roy3 il est seditieux en son cur4 ,et ne conceday pas au magistrat mesme1 qu'il eust raison1 de condamner vn liure1 pour auoir log entre les meilleurs potes de ce siecle1 vn heretique4 ,n'oserions nous dire d'vn voleur1 qu'il a belle greue8 ,faut-il1 si elle est putain1 qu'elle soit aussi punaise8 ,aux siecles plus sages1 reuoqua-on le superbe tiltre de ,capitolinus1 qu'on auoit auparauant donn ,marcus ,manlius1 comme conseruateur de la religion et libert publique8 ,estouffa-on la memoire de sa liberalit1 et de ses faicts d'armes1 et recompenses militaires ottroyes sa vertu1 par ce qu'il affecta depuis la ,royaut1 au preiudice des loix de son pays8 ,s'ils ont prins en haine vn aduocat1 l'endemain il leur deuient ineloquent4 ,i'ay touch ailleurs le zele1 qui poulsa des gens de bien semblables fautes4 ,pour moy1 ie say bien dire3 ,il faict meschamment cela1 et vertueusement cecy4 ,de mesmes1 aux prognostiques ou euenements sinistres des affaires1 ils veulent1 que chacun en son party soit aueugle ou hebet3 que nostre persuasion et iugement1 serue non la verit1 mais au proiect de nostre desir4 ,ie faudroy plustost vers l'autre extremit3 tant ie crains1 que mon desir me suborne4 ,ioint1 que ie me deffie vn peu tendrement1 des choses que ie souhaitte4 ,i'ay veu de mon temps1 merueilles en l'indiscrette et prodigieuse facilit des peuples1 se laisser mener et manier la creance et l'esperance1 o il a pleu et seruy leurs chefs3 par dessus cent mescomtes1 les vns sur les autres3 par dessus les fantosmes1 et les songes4 ,ie ne m'estonne plus de ceux1 que les singeries d',apollonius et de ,mahumed embufflerent4 ,leur sens et entendement1 est entierement estouff en leur passion4 ,leur discretion n'a plus d'autre choix1 que ce qui leur rit1 et qui conforte leur cause4 ,i'auoy remarqu souuerainement cela1 au premier de noz partis fiebureux4 ,cet autre1 qui est nay depuis1 en l'imitant1 le surmonte4 ,par o ie m'aduise1 que c'est vne qualit inseparable des erreurs populaires4 ,apres la premiere qui part1 les opinions s'entrepoussent1 suiuant le vent1 comme les flotz4 ,on n'est pas du corps1 si on s'en peut desdire3 si on ne vague le train commun4 ,mais certes on faict tort aux partis iustes1 quand on les veut secourir de fourbes4 ,i'y ay tousiours contredict4 ,ce moyen ne porte qu'enuers les testes malades4 ,enuers les saines1 il y a des voyes plus seures1 et non seulement plus honnestes1 maintenir les courages1 et excuser les accidents contraires4 ,le ciel n'a point veu vn si poisant desaccord1 que celuy de ,csar1 et de ,pompeius2 ny ne verra pour l'aduenir4 ,toutesfois il me semble recognoistre en ces belles ames1 vne grande moderation de l'vn enuers l'autre4 ,c'estoit vne ialousie d'honneur et de commandement1 qui ne les emporta pas hayne furieuse et indiscrette2 sans malignit et sans detraction4 ,en leurs plus aigres exploicts1 ie descouure quelque demeurant de respect1 et de bien-vueillance4 ,et iuge ainsi2 que s'il leur eust est possible1 chacun d'eux eust desir de faire son affaire sans la ruyne de son compagnon1 plustost qu'auec sa ruyne4 ,combien autrement il en va de ,marius1 et de ,sylla3 prenez y garde4 ,il ne faut pas se precipiter si esperduement apres nos affections1 et interestz4 ,comme estant ieune1 ie m'opposois au progrez de l'amour1 que ie sentoy trop auancer sur moy2 et m'estudiois qu'il ne me fust si aggreable1 qu'il vinst me forcer en fin1 et captiuer du tout sa mercy4 ,i'en vse de mesme toutes autres occasions1 o ma volont se prend auec trop d'appetit4 ,ie me panche l'opposite de son inclination1 comme ie la voy se plonger1 et enyurer de son vin4 ,ie fuis nourrir son plaisir si auant1 que ie ne l'en puisse plus r'auoir1 sans perte sanglante4 ,les ames qui par stupidit ne voyent les choses qu' demy1 iouissent de cet heur1 que les nuisibles les blessent moins4 ,c'est vne ladrerie spirituelle1 qui a quelque air de sant2 et telle sant1 que la philosophie ne mesprise pas du tout4 ,mais pourtant1 ce n'est pas raison de la nommer sagesse3 ce que nous faisons souuent4 ,et de cette maniere se moqua quelqu'vn anciennement de ,diogenes1 qui alloit embrassant en plein hyuer tout nud1 vne image de neige pour l'essay de sa patience4 ,celuy-l le rencontrant en cette desmarche3 ,as tu grand froid cette heure1 luy dit-il8 ,du tout point1 respond ,diogenes4 ,or suiuit l'autre3 ,que penses-tu donc faire de difficile1 et d'exemplaire te tenir l8 ,pour mesurer la constance1 il faut necessairement sauoir la souffrance4 ,mais les ames qui auront voir les euenemens contraires1 et les iniures de la ,fortune1 en leur profondeur et aspret1 qui auront les poiser et gouster1 selon leur aigreur naturelle1 et leur charge1 qu'elles emploient leur art1 se garder d'en enfiler les causes1 et en destournent les aduenues4 ,que fit le ,roy ,cotys8 il paya liberalement la belle et riche vaisselle qu'on lui auoit presente3 mais parce qu'elle estoit singulierement fragile1 il la cassa incontinent luy-mesme2 pour s'oster de bonne heure vne si aise matiere de courroux contre ses seruiteurs4 ,pareillement1 i'ay volontiers euit de n'auoir mes affaires confus3 et n'ay cherch1 que mes biens fussent contigus mes proches3 et ceux qui i'ay me ioindre d'vne estroitte amiti3 d'o naissent ordinairement matieres d'alienation et dissociation4 ,i'aymois autresfois les ieux hazardeux des cartes et detz2 ie m'en suis deffaict1 il y a long temps2 pour cela seulement1 que quelque bonne mine que ie fisse en ma perte1 ie ne laissois pas d'en auoir au dedans de la picqueure4 ,vn homme d'honneur1 qui doit sentir vn desmenti1 et vne offence iusques au cur1 qui n'est pour prendre vne mauuaise excuse en payement et consolation1 qu'il euite le progrez des altercations contentieuses4 ,ie fuis les complexions tristes1 et les hommes hargneux1 comme les empestez4 ,et aux propos que ie ne puis traicter sans interest1 et sans emotion1 ie ne m'y mesle1 si le deuoir ne m'y force4 ,melius non incipient1 qum desinent4 ,la plus seure faon est donc1 se preparer auant les occasions4 ,ie say bien1 qu'aucuns sages ont pris autre voye2 et n'ont pas crainct de se harper et engager iusques au vif1 plusieurs obiects4 ,ces gens l s'asseurent de leur force1 soubs laquelle ils se mettent couuert en toute sorte de succez ennemis1 faisant lucter les maux1 par la vigueur de la patience3 ,velut rupes vastum qu prodit in quor1 ,obuia ventorum furiis1 expostque ponto ,vim cunctam atque minas perfert clique marisque1 ,ipsa immota manens4 ,n'attaquons pas ces exemples2 nous n'y arriuerions point4 ,ils s'obstinent voir resoluement1 et sans se troubler1 la ruyne de leur pays1 qui possedoit et commandoit toute leur volont4 ,pour noz ames communes1 il y a trop d'effort1 et trop de rudesse cela4 ,caton en abandonna la plus noble vie1 qui fut onques4 ,a nous autres petis1 il faut fuyr l'orage de plus loing3 il faut pouruoir au sentiment1 non la patience2 et escheuer aux coups que nous ne saurions parer4 ,zenon voyant approcher ,chremonidez ieune homme qu'il aymoit1 pour se seoir au pres de luy3 se leua soudain4 ,et ,cleanthes1 luy en demandant la raison3 ,i'entendz1 dit-il1 que les medecins ordonnent le repos principalement1 et deffendent l'emotion toutes tumeurs4 ,socrates ne dit point3 ,ne vous rendez pas aux attraicts de la beaut2 soustenez la1 efforcez vous au contraire4 ,fuyez la1 faict-il1 courez hors de sa veu et de son rencontre1 comme d'vne poison puissante qui s'eslance et frappe de loing4 ,et son bon disciple feignant ou recitant2 mais1 mon aduis1 recitant plustost que feignant1 les rares perfections de ce grand ,cyrus1 le fait deffiant de ses forces porter les attraicts de la diuine beaut de cette illustre ,panthe sa captiue1 et en commettant la visite et garde vn autre1 qui eust moins de libert que luy4 ,et le ,sainct ,esprit de mesme1 ne nos inducas in tentationem4 ,nous ne prions pas que nostre raison ne soit combatue et surmonte par la concupiscence1 mais qu'elle n'en soit pas seulement essaye3 que nous ne soyons conduits en estat o nous ayons seulement souffrir les approches1 solicitations1 et tentations du pech3 et supplions nostre ,seigneur de maintenir nostre conscience tranquille1 plainement et parfaictement deliure du commerce du mal4 ,ceux qui disent auoir raison de leur passion vindicatiue1 ou de quelqu'autre espece de passion penible3 disent souuent vray3 comme les choses sont1 mais non pas comme elles furent4 ,ils parlent nous1 lors que les causes de leur erreur sont nourries et auances par eux mesmes4 ,mais reculez plus arriere1 r'appelez ces causes leur principe3 l1 vous les prendrez sans vert4 ,veulent ils que leur faute soit moindre1 pour estre plus vieille3 et que d'vn iniuste commencement la suitte soit iuste8 ,qui desirera du bien son pas comme moy1 sans s'en vlcerer ou maigrir1 il sera desplaisant1 mais non pas transi1 de le voir menassant1 ou sa ruine1 ou vne dure non moins ruineuse4 ,pauure vaisseau1 que les flots1 les vents1 et le pilote1 tirassent si contraires desseins6 ,in tam diuersa1 magister1 ,ventus et vnda trahunt4 ,qui ne bee point apres la faueur des ,princes1 comme apres chose dequoy il ne se sauroit passer2 ne se picque pas beaucoup de la froideur de leur recueil1 et de leur visage1 ny de l'inconstance de leur volont4 ,qui ne couue point ses enfans1 ou ses honneurs1 d'vne propension esclaue1 ne laisse pas de viure commodment apres leur perte4 ,qui fait bien principalement pour sa propre satisfaction1 ne s'altere guere pour voir les hommes iuger de ses actions contre son merite4 ,vn quart d'once de patience1 prouuoit tels inconuenients4 ,ie me trouue bien de cette recepte2 me racheptant des commencemens1 au meilleur compte que ie puis4 ,et me sens auoir eschapp par son moyen beaucoup de trauail et de difficultez4 ,auec bien peu d'effort1 i'arreste ce premier bransle de mes esmotions4 ,et abandonne le subject1 qui me commence poiser1 et auant qu'il m'emporte4 ,qui n'arreste le partir1 n'a garde d'arrester la course4 ,qui ne sait leur fermer la porte1 ne les chassera pas entres4 ,qui ne peut venir bout du commencement1 ne viendra pas bout de la fin4 ,ny n'en soustiendra la cheute1 qui n'en a peu soustenir l'esbranslement4 ,etenim ips se impellunt1 vbi semel ratione discessum est3 ipsque sibi imbecillitas indulget1 in altmque prouehitur imprudens1 nec reperit locum consistendi4 ,ie sens temps1 les petits vents qui me viennent taster et bruire au dedans1 auant-coureurs de la tempeste3 ,ceu flamina prima ,cm deprensa fremunt syluis1 et cca volutant ,murmura1 venturos nautis prodentia ventos4 ,a combien de fois me suis-ie faict vne bien euidente iniustice1 pour fuyr le hazard de la receuoir encore pire des iuges1 apres vn siecle d'ennuys1 et d'ordes et viles practiques1 plus ennemies de mon naturel1 que n'est la gehenne et le feu8 ,conuenit litibus quantum licet1 et nescio an paulo plus etiam qum licet1 abhorrentem esse3 ,est enim non modo liberale1 paululum nonnunquam de suo iure decedere1 sed interdum etiam fructuosum4 ,si nous estions bien sages1 nous nous deurions resiouir et venter1 ainsi que i'ouy vn iour bien nauement1 vn enfant de grande maison1 faire feste chacun1 dequoy sa mere venoit de perdre son procs3 comme sa toux1 sa fiebure1 ou autre chose d'importune garde4 ,les faueurs mesmes1 que la ,fortune pouuoit m'auoir donn1 parentez1 et accointances1 enuers ceux1 qui ont souueraine authorit en ces choses l3 i'ay beaucoup faict selon ma conscience1 de fuyr instamment de les employer au preiudice d'autruy1 et de ne monter par dessus leur droicte valeur1 mes droicts4 ,en fin i'ay tant fait par mes iournes1 la bonne heure le puisse-ie dire1 que me voicy encore vierge de procs1 qui n'ont pas laiss de se conuier plusieurs fois mon seruice1 par bien iuste tiltre1 s'il m'eust pleu d'y entendre4 ,et vierge de querelles4 ,i'ay sans offence de poix1 passiue ou actiue1 escoul tantost vne longue vie3 et sans auoir ouy pis que mon nom4 ,rare grace du ciel4 ,noz plus grandes agitations1 ont des ressorts et causes ridicules4 ,combien encourut de ruyne nostre dernier ,duc de ,bourgongne1 pour la querelle d'vne charrete de peaux de mouton6 ,et l'engraueure d'vn cachet1 fust-ce pas la premiere et maistresse cause1 du plus horrible croullement1 que cette machine aye onques souffert8 ,car ,pompeius et ,csar1 ce ne sont que les reiectons et la suitte1 des deux autres4 ,et i'ay veu de mon temps1 les plus sages testes de ce royaume1 assembles auec grande ceremonie1 et publique despence1 pour des traictez et accords1 desquels la vraye decision1 despendoit ce pendant en toute souuerainet1 des deuis du cabinet des dames1 et inclination de quelque femmelette4 ,les potes ont bien entendu cela1 qui ont mis1 pour vne pomme1 la ,grece et l',asie feu et sang4 ,regardez pourquoy celuy-l s'en va courre fortune de son honneur et de sa vie1 tout son espe et son poignart2 qu'il vous die d'o vient la source de ce debat1 il ne le peut faire sans rougir2 tant l'occasion en est vaine1 et friuole4 ,a l'enfourner1 il n'y va que d'vn peu d'auisement1 mais depuis que vous estes embarqu1 toutes les cordes tirent4 ,il y faict besoing de grandes prouisions1 bien plus difficiles et importantes4 ,de combien est il plus ais1 de n'y entrer pas que d'en sortir8 ,or il faut proceder au rebours du roseau1 qui produict vne longue tige et droicte1 de la premiere venue2 mais apres1 comme s'il s'estoit allanguy et mis hors d'haleine1 il vient faire des nuds frequens et espais1 comme des pauses2 qui montrent qu'il n'a plus cette premiere vigueur et constance4 ,il faut plustost commencer bellement et froidement2 et garder son haleine et ses vigoureux eslans1 au fort et perfection de la besongne4 ,nous guidons les affaires en leurs commencemens1 et les tenons nostre mercy3 mais par apres1 quand ils sont esbranlez1 ce sont eux qui nous guident et emportent1 et auons les suyure4 ,pourtant n'est-ce pas dire1 que ce conseil m'aye descharg de toute difficult2 et que ie n'aye eu affaire souuent gourmer et brider mes passions4 ,elles ne se gouuernent pas tousiours selon la mesure des occasions3 et ont leurs entres mesmes1 souuent aspres et violentes4 ,tant y a1 qu'il s'en tire vne belle espargne1 et du fruict4 ,sauf pour ceux1 qui au bien faire1 ne se contentent de nul fruict1 si la reputation en est dire4 ,car la verit1 vn tel effect1 n'est en comte qu' chacun en soy4 ,vous en estes plus content2 mais non plus estim3 vous estant reform1 auant que d'estre en danse1 et que la matiere fust en veu4 ,toutesfois aussi1 non en cecy seulement1 mais en tous autres deuoirs de la vie1 la route de ceux qui visent l'honneur1 est bien diuerse celle que tiennent ceux qui se proposent l'ordre et la raison4 ,i'en trouue1 qui se mettent inconsiderment et furieusement en lice1 et s'alentissent en la course4 ,comme ,plutarque dit1 que ceux qui par le vice de la mauuaise honte1 sont mols et faciles1 accorder quoy qu'on leur demande1 sont faciles apres faillir de parole1 et se desdire4 ,pareillement qui entre legerement en querelle1 est subiect d'en sortir aussi legerement4 ,cette mesme difficult1 qui me garde de l'entamer1 m'inciteroit d'y tenir ferme1 quand ie serois esbranl et eschauff4 ,c'est une mauuaise faon4 ,depuis qu'on y est1 il faut aller ou creuer4 ,entreprenez froidement1 disoit ,bias1 mais poursuiuez ardamment4 ,de faute de prudence1 on retombe en faute de cur2 qui est encore moins supportable4 ,la plus part des accords de noz querelles du iourd'hui1 sont honteux et menteurs4 ,nous ne cherchons qu' sauuer les apparences et trahissons cependant1 et desaduouons noz vrayes intentions4 ,nous plastrons le faict4 ,nous sauons comment nous l'auons dict1 et en quel sens1 et les assistans le sauent1 et noz amis qui nous auons voulu faire sentir nostre aduantage4 ,c'est aux despens de nostre franchise1 et de l'honneur de nostre courage1 que nous desaduouons nostre pense1 et cherchons des conillieres en la faucet1 pour nous accorder4 ,nous nous desmentons nous mesmes1 pour sauuer vn desmentir que nous auons donn vn autre4 ,il ne faut pas regarder si vostre action ou vostre parole1 peut auoir autre interpretation1 c'est vostre vraye et sincere interpretation1 qu'il faut mes-huy maintenir2 quoy qu'il vous couste4 ,on parle vostre vertu1 et vostre conscience3 ce ne sont parties mettre en masque4 ,laissons ces vils moyens1 et ces expediens1 la chicane du palais4 ,les excuses et reparations1 que ie voy faire tous les iours1 pour purger l'indiscretion1 me semblent plus laides que l'indiscretion mesme4 ,il vaudroit mieux l'offencer encore vn coup1 que de s'offencer soy mesme1 en faisant telle amende son aduersaire4 ,vous l'auez brau esmeu de cholere1 et vous l'allez rappaiser et flatter en vostre froid et meilleur sens3 ainsi vous vous soubsmettez plus1 que vous ne vous estiez aduanc4 ,ie ne trouue aucun dire si vicieux vn ,gentil-homme1 comme le desdire me semble luy estre honteux3 quand c'est vn desdire1 qu'on luy arrache par authorit4 ,d'autant que l'opiniastret1 luy est plus excusable1 que la pusillanimit4 ,les passions1 me sont autant aises euiter1 comme elles me sont difficiles moderer4 ,excinduntur facilius animo1 qum temperantur4 ,qui ne peut atteindre cette noble impassibilit ,stoique1 qu'il se sauue au giron de cette mienne stupidit populaire4 ,ce que ceux-l faisoyent par vertu1 ie me duits le faire par complexion4 ,la moyenne region loge les tempestes2 les deux extremes1 des hommes philosophes1 et des hommes ruraux1 concurrent en tranquillit et en bon heur2 ,felix qui potuit rerum cognoscere causas1 ,atque metus omnes et inexorabile fatum ,subiecit pedibus1 strepitmque ,acherontis auari6 ,fortunatus et ille1 ,deos qui nouit agrestes1 ,panque1 ,syluanmque senem1 ,nymphsque sorores6 ,de toutes choses les naissances sont foibles et tendres4 ,pourtant faut-il auoir les yeux ouuerts aux commencements4 ,car comme lors en sa petitesse1 on n'en descouure pas le danger1 quand il est accreu1 on n'en descouure plus le remede4 ,i'eusse rencontr vn million de trauerses1 tous les iours1 plus mal aises digerer1 au cours de l'ambition1 qu'il ne m'a est mal-ays d'arrester l'inclination naturelle qui m'y portoit4 ,iure perhorrui ,lat conspicuum tollere verticem4 ,toutes actions publiques sont subiectes incertaines1 et diuerses interpretations3 car trop de testes en iugent4 ,aucuns disent1 de cette mienne occupation de ville 7et ie suis content d'en parler vn mot3 non qu'elle le vaille1 mais pour seruir de montre de mes murs en telles choses7 que ie m'y suis port en homme qui s'esmeut trop laschement1 et d'vne affection languissante3 et ils ne sont pas du tout esloignez d'apparence4 ,i'essaye tenir mon ame et mes penses en repos4 ,cm semper natura1 tum etiam tate iam quietus4 ,et si elles se desbauchent par fois1 quelque impression rude et penetrante1 c'est la verit sans mon conseil4 ,de cette langueur naturelle1 on ne doibt pourtant tirer aucune preuue d'impuissance3 car faute de soing1 et faute de sens1 ce sont deux choses3 et moins de mes-cognoissance et d'ingratitude enuers ce peuple1 qui employa tous les plus extremes moyens qu'il eust en ses mains1 me gratifier3 et auant m'auoir cogneu1 et apres4 ,et fit bien plus pour moy1 en me redonnant ma charge1 qu'en me la donnant premierement4 ,ie luy veux tout le bien qui se peut4 ,et certes si l'occasion y eust est1 il n'est rien que i'eusse espargn pour son seruice4 ,ie me suis esbranl pour luy1 comme ie fais pour moy4 ,c'est vn bon peuple1 guerrier et genereux3 capable pourtant d'obeyssance et discipline1 et de seruir quelque bon vsage1 s'il y est bien guid4 ,ils disent aussi1 cette mienne vacation s'estre passe sans marque et sans trace4 ,il est bon4 ,on accuse ma cessation1 en vn temps1 o quasi tout le monde estoit conuaincu de trop faire4 ,i'ay vn agir trepignant o la volont me charrie4 ,mais cette pointe est ennemye de perseuerance4 ,qui se voudra seruir de moy1 selon moy1 qu'il me donne des affaires o il face besoing de vigueur1 et de libert3 qui ayent vne conduitte droicte1 et courte3 et encores hazardeuse3 i'y pourray quelque chose4 ,s'il la faut longue1 subtile1 laborieuse1 artificielle1 et tortue1 il fera mieux de s'addresser quelqu'autre4 ,toutes charges importantes ne sont pas difficiles4 ,i'estois prepar m'embesongner plus rudement vn peu1 s'il en eust est grand besoing4 ,car il est en mon pouuoir1 de faire quelque chose plus que ie ne fais1 et que ie n'ayme faire4 ,ie ne laissay que ie sache1 aucun mouuement1 que le deuoir requist en bon escient de moy4 ,i'ay facilement oubli ceux1 que l'ambition mesle au deuoir1 et couure de son tiltre4 ,ce sont ceux1 qui le plus souuent remplissent les yeux et les oreilles1 et contentent les hommes4 ,non pas la chose1 mais l'apparence les paye4 ,s'ils n'oyent du bruict1 il leur semble qu'on dorme4 ,mes humeurs sont contradictoires aux humeurs bruyantes4 ,i'arresterois bien vn trouble1 sans me troubler1 et chastierois vn desordre sans alteration4 ,ay-ie besoing de cholere1 et d'inflammation8 ie l'emprunte1 et m'en masque4 ,mes murs sont mousses1 plustost fades1 qu'aspres4 ,ie n'accuse pas vn magistrat qui dorme1 pourueu que ceux qui sont soubs sa main1 dorment quand et luy4 ,les loix dorment de mesme4 ,pour moy1 ie lou vne vie glissante1 sombre et muette4 ,neque submissam et abiectam1 neque se efferentem4 ,ma fortune le veut ainsi4 ,ie suis nay d'vne famille1 qui a coul sans esclat1 et sans tumulte3 et de longue memoire1 particulierement ambitieuse de preud'hommie4 ,nos hommes sont si formez l'agitation et ostentation1 que la bont1 la moderation1 l'equabilit1 la constance1 et telles qualitez quietes et obscures1 ne se sentent plus4 ,les corps raboteux se sentent1 les polis se manient imperceptiblement4 ,la maladie se sent1 la sant1 peu ou point3 ny les choses qui nous oignent1 au prix de celles qui nous poignent4 ,c'est agir pour sa reputation1 et proffit particulier1 non pour le bien1 de remettre faire en la place1 ce qu'on peut faire en la chambre du conseil3 et en plain midy1 ce qu'on eust faict la nuict precedente3 et d'estre ialoux de faire soy-mesme1 ce que son compaignon faict aussi bien4 ,ainsi faisoyent aucuns chirurgiens de ,grece1 les operations de leur art1 sur des eschaffaux la veu des passans1 pour en acquerir plus de practique1 et de chalandise4 ,ils iugent1 que les bons reglemens ne se peuuent entendre1 qu'au son de la trompette4 ,l'ambition n'est pas vn vice de petis compaignons1 et de tels efforts que les nostres4 ,on disoit ,alexandre3 ,vostre pere vous lairra vne grande domination1 ayse1 et pacifique3 ce garon estoit enuieux des victoires de son pere1 et de la iustice de son gouuernement4 ,il n'eust pas voulu iouyr l'empire du monde1 mollement et paisiblement4 ,alcibiades en ,platon1 ayme mieux mourir1 ieune1 beau1 riche1 noble1 sauant1 tout cela par excellence1 que de s'arrester en l'estat de cette condition4 ,cette maladie est l'auanture excusable1 en vne ame si forte et si plaine4 ,quand ces ametes naines1 et chetiues1 s'en vont embabouynant3 et pensent espandre leur nom1 pour auoir iug droict vn affaire1 ou continu l'ordre des gardes d'vne porte de ville3 ils en montrent d'autant plus le cul1 qu'ils esperent en hausser la teste4 ,ce menu bien faire1 n'a ne corps ne vie4 ,il va s'esuanouyssant en la premiere bouche3 et ne se promeine que d'vn carrefour de ru l'autre4 ,entretenez en hardiment vostre fils et vostre valet4 ,comme cet ancien1 qui n'ayant autre auditeur de ses loanges1 et consent de sa valeur1 se brauoit auec sa chambriere1 en s'escriant3 ,o ,perrete1 le galant et suffisant homme de maistre que tu as6 ,entretenez vous en vous-mesme1 au pis aller4 ,comme vn conseiller de ma cognoissance1 ayant desgorg vne battele de paragraphes1 d'vne extreme contention1 et pareille ineptie3 s'estant retir de la chambre du conseil1 au pissoir du palais3 fut ouy marmotant entre les dents tout conscientieusement3 ,non nobis1 ,domine1 non nobis1 sed nomini tuo da gloriam4 ,qui ne peut d'ailleurs1 si se paye de sa bourse4 ,la renomme ne se prostitue pas si vil comte4 ,les actions rares et exemplaires1 qui elle est deu ne souffriroient pas la compagnie de cette foule innumerable de petites actions iournalieres4 ,le marbre esleuera vos titres tant qu'il vous plaira1 pour auoir faict repetasser vn pan de mur1 ou descroter vn ruisseau public3 mais non pas les hommes1 qui ont du sens4 ,le bruit ne suit pas toute bont1 si la difficult et estranget n'y est ioincte4 ,voyre ny la simple estimation1 n'est deu toute action1 qui n'ait de la vertu1 selon les ,stociens4 ,et ne veulent1 qu'on sache seulement gr1 celuy qui par temperance1 s'abstient d'vne vieille chassieuse4 ,ceux qui ont cognu les admirables qualitez de ,scipion l',africain1 refusent la gloire1 que ,pantius luy attribue d'auoir est abstinent de dons3 comme gloire non tant sienne comme de son siecle4 ,nous auons les voluptez sortables nostre fortune3 n'vsurpons pas celles de la grandeur4 ,les nostres sont plus naturelles4 ,et d'autant plus solides et seures1 qu'elles sont plus basses4 ,puis que ce n'est par conscience1 aumoins par ambition refusons l'ambition4 ,desdaignons cette faim de renomme et d'honneur1 basse et belistresse1 qui nous le faict coquiner de toute sorte de gens3 ,qu est ista laus qu possit macello peti8 par moyens abiects1 et quelque vil prix que ce soit4 ,c'est deshonneur d'estre ainsin honnor4 ,apprenons n'estre non plus auides1 que nous sommes capables de gloire4 ,de s'enfler de toute action vtile et innocente1 c'est faire gens qui elle est extraordinaire et rare4 ,ils la veulent mettre1 pour le prix qu'elle leur couste4 ,a mesure1 qu'vn bon effect est plus esclatant3 ie rabats de sa bont1 le soupon en quoy i'entre1 qu'il soit produict1 plus pour estre esclatant1 que pour estre bon4 ,estal1 il est demy vendu4 ,ces actions l1 ont bien plus de grace1 qui eschappent de la main de l'ouurier1 nonchalamment et sans bruict3 et que quelque honneste homme1 choisit apres1 et releue de l'ombre1 pour les pousser en lumiere3 cause d'elles mesmes4 ,mihi quidem laudabiliora videntur omnia1 qu sine venditatione1 et sine populo teste fiunt3 dit le plus glorieux homme du monde4 ,ie n'auois qu' conseruer et durer1 qui sont effects sourds et insensibles4 ,l'innouation est de grand lustre4 ,mais elle est interdicte en ce temps1 o nous sommes pressez1 et n'auons nous deffendre que des nouuelletez4 ,l'abstinence de faire1 est souuent aussi genereuse1 que le faire3 mais elle est moins au iour4 ,et ce peu1 que ie vaux1 est quasi tout de cette espece4 ,en somme les occasions en cette charge ont suiuy ma complexion3 dequoy ie leur say tresbon gr4 ,est-il quelqu'vn qui desire estre malade1 pour voir son medecin en besongne8 ,et faudroit-il pas fouter le medecin1 qui nous desireroit la peste1 pour mettre son art en practique8 ,ie n'ay point eu cett'humeur inique et assez commune1 de desirer que le trouble et maladie des affaires de cette cit1 rehaussast et honnorast mon gouuernement4 ,i'ay prest de bon cur1 l'espaule leur aysance et facilit4 ,qui ne me voudra sauoir gr de l'ordre1 de la douce et muette tranquillit1 qui a accompaign ma conduitte3 aumoins ne peut-il me priuer de la part qui m'en appartient1 par le tiltre de ma bonne fortune4 ,et ie suis ainsi faict3 que i'ayme autant estre heureux que sage3 et deuoir mes succez1 purement la grace de ,dieu1 qu' l'entremise de mon operation4 ,i'auois assez disertement publi au monde mon insuffisance1 en tels maniemens publiques4 ,i'ay encore pis1 que l'insuffisance3 c'est qu'elle ne me desplaist guere3 et que ie ne cherche guere la guarir1 veu le train de vie que i'ay desseign4 ,ie ne me suis en cette entremise1 non plus satisfaict moy-mesme4 ,mais peu pres1 i'en suis arriu ce que ie m'en estois promis3 et si ay de beaucoup surmont1 ce que i'en auois promis ceux1 qui i'auois faire4 ,car ie promets volontiers vn peu moins de ce que ie puis1 et de ce que i'espere tenir4 ,ie m'asseure1 n'y auoir laiss ny offence ny haine4 ,d'y laisser regret et desir de moy3 ie say tout le moins bien cela1 que ie ne l'ay pas fort affect3 ,mne huic confidere monstro6 ,mne salis placidi vultum1 fluctsque quietos ,ignorare6 ,,chapitre ,,xi4 ,des boyteux4 ,,il y a deux ou trois ans1 qu'on accoursit l'an de dix iours en ,france4 ,combien de changemens doiuent suyure cette reformation6 ,ce fut proprement remuer le ciel et la terre la fois4 ,ce neantmoins1 il n'est rien qui bouge de sa place4 ,mes voisins trouuent l'heure de leurs semences1 de leur recolte1 l'opportunit de leurs negoces1 les iours nuisibles et propices1 au mesme poinct iustement1 o ils les auoyent assignez de tout temps4 ,ny l'erreur ne se sentoit en nostre vsage1 ny l'amendement ne s'y sent4 ,tant il y a d'incertitude par tout3 tant nostre apperceuance est grossiere1 obscure et obtuse4 ,on dit1 que ce reglement se pouuoit conduire d'vne faon moins incommode3 soustraiant l'exemple d',auguste1 pour quelques annes1 le iour du bissexte3 qui ainsi comme ainsin1 est vn iour d'empeschement et de trouble3 iusques ce qu'on fust arriu satisfaire exactement ce debte4 ,ce que mesme on n'a pas faict1 par cette correction3 et demeurons encores en arrerages de quelques iours4 ,et si par mesme moyen1 on pouuoit prouuoir l'aduenir1 ordonnant qu'apres la reuolution de tel ou tel nombre d'annes1 ce iour extraordinaire seroit tousiours eclips3 si que nostre mesconte ne pourroit d'ores-enauant exceder vingt et quatre heures4 ,nous n'auons autre comte du temps1 que les ans4 ,il y a tant de siecles que le monde s'en sert3 et si c'est vne mesure que nous n'auons encore acheu d'arrester4 ,et telle1 que nous doubtons tous les iours1 quelle forme les autres nations luy ont diuersement donn3 et quel en estoit l'vsage4 ,quoy ce que disent aucuns1 que les cieux se compriment vers nous en vieillissant1 et nous iettent en incertitude des heures mesme et des iours8 ,et des moys1 ce que dit ,plutarque3 qu'encore de son temps l'astrologie n'auoit seu borner le mouuement de la lune8 ,nous voyla bien accommodez1 pour tenir registre des choses passes4 ,ie resuassois presentement1 comme ie fais souuent1 sur ce1 combien l'humaine raison est vn instrument libre et vague4 ,ie vois ordinairement1 que les hommes1 aux faicts qu'on leur propose1 s'amusent plus volontiers en chercher la raison1 qu' en chercher la verit4 ,ils passent par dessus les presuppositions1 mais ils examinent curieusement les consequences4 ,ils laissent les choses1 et courent aux causes4 ,plaisans causeurs4 ,la cognoissance des causes touche seulement celuy1 qui a la conduitte des choses3 non nous1 qui n'en auons que la souffrance4 ,et qui en auons l'vsage parfaictement plein et accompli1 selon nostre besoing1 sans en penetrer l'origine et l'essence4 ,ny le vin n'en est plus plaisant celuy qui en sait les facultez premieres4 ,au contraire3 et le corps et l'ame1 interrompent et alterent le droit qu'ils ont de l'vsage du monde1 et de soy-mesmes1 y meslant l'opinion de science4 ,les effectz nous touchent1 mais les moyens1 nullement4 ,le determiner et le distribuer1 appartient la maistrise1 et la regence3 comme la subiection et apprentissage1 l'accepter4 ,reprenons nostre coustume4 ,ils commencent ordinairement ainsi3 ,comment est-ce que cela se fait8 mais1 se fait-il8 faudroit il dire4 ,nostre discours est capable d'estoffer cent autres mondes1 et d'en trouuer les principes et la contexture4 ,il ne luy faut ny matiere ny baze4 ,laissez le courre3 il bastit aussi bien sur le vuide que sur le plain1 et de l'inanit que de matiere1 ,dare pondus idonea fumo4 ,ie trouue quasi par tout1 qu'il faudroit dire3 ,il n'en est rien4 ,et employerois souuent cette responce3 mais ie n'ose3 car ils crient1 que c'est vne deffaicte produicte de foiblesse d'esprit et d'ignorance4 ,et me faut ordinairement basteler par compaignie1 traicter des subiects1 et contes friuoles1 que ie mescrois entierement4 ,ioinct qu' la verit1 il est vn peu rude et quereleux1 de nier tout sec1 vne proposition de faict4 ,et peu de gens faillent3 notamment aux choses malayses persuader1 d'affermer qu'ils l'ont veu3 ou d'alleguer des tesmoins1 desquels l'authorit arreste notre contradiction4 ,suyuant cet vsage1 nous sauons les fondemens1 et les moyens1 de mille choses qui ne furent onques4 ,et s'escarmouche le monde1 en mille questions1 desquelles1 et le pour et le contre1 est faux4 ,ita finitima sunt falsa veris1 vt in prcipitem locum non debeat se sapiens committere4 ,la verit et le mensonge ont leurs visages conformes1 le port1 le goust1 et les alleures pareilles3 nous les regardons de mesme il4 ,ie trouue que nous ne sommes pas seulement lasches nous defendre de la piperie3 mais que nous cherchons1 et conuions nous y enferrer4 ,nous aymons nous embrouller en la vanit1 comme conforme nostre estre4 ,i'ay veu la naissance de plusieurs miracles de mon temps4 ,encore qu'ils s'estouffent en naissant1 nous ne laissons pas de preuoir le train qu'ils eussent pris1 s'ils eussent vescu leur aage4 ,car il n'est que de trouuer le bout du fil1 on en desuide tant qu'on veut4 ,et y a plus loing1 de rien1 la plus petite chose du monde1 qu'il n'y a de celle l1 iusques la plus grande4 ,or les premiers qui sont abbreuuez de ce commencement d'estranget1 venans semer leur histoire1 sentent par les oppositions qu'on leur fait1 o loge la difficult de la persuasion1 et vont calfeutrant cet endroict de quelque piece fauce4 ,outre ce que1 insita hominibus libidine alendi de industria rumores1 nous faisons naturellement conscience1 de rendre ce qu'on nous a prest1 sans quelque vsure1 et accession de nostre creu4 ,l'erreur particuliere1 fait premierement l'erreur publique3 et son tour apres1 l'erreur publique fait l'erreur particuliere4 ,ainsi va tout ce bastiment1 s'estoffant et formant1 de main en main3 de maniere que le plus eslongn tesmoin1 en est mieux instruict que le plus voisin3 et le dernier inform1 mieux persuad que le premier4 ,c'est vn progrez naturel4 ,car quiconque croit quelque chose1 estime que c'est ouurage de charit1 de la persuader vn autre4 ,et pour ce faire1 ne craint point d'adiouster de son inuention1 autant qu'il voit estre necessaire en son compte1 pour suppleer la resistance et au deffaut qu'il pense estre en la conception d'autruy4 ,moy-mesme1 qui fais singuliere conscience de mentir3 et qui ne me soucie guere de donner creance et authorit ce que ie dis1 m'apperoy toutesfois1 aux propos que i'ay en main1 qu'estant eschauff ou par la resistance d'vn autre1 ou par la propre chaleur de ma narration1 ie grossis et enfle mon subiect1 par voix1 mouuemens1 vigueur et force de parolles3 et encore par extention et amplification3 non sans interest de la verit nayfue4 ,mais ie le fais en condition pourtant1 qu'au premier qui me rameine1 et qui me demande la verit nu et cru3 ie quitte soudain mon effort1 et la luy donne1 sans exaggeration1 sans emphase1 et remplissage4 ,la parole viue et bruyante1 comme est la mienne ordinaire1 s'emporte volontiers l'hyperbole4 ,il n'est rien quoy communement les hommes soyent plus tendus1 qu' donner voye leurs opinions4 ,o le moyen ordinaire nous faut1 nous y adioustons1 le commandement1 la force1 le fer1 et le feu4 ,il y a du mal'heur1 d'en estre l1 que la meilleure touche de la verit1 ce soit la multitude des croyans1 en vne presse o les fols surpassent de tant1 les sages1 en nombre4 ,quasi ver quidquam sit tam vald1 qum nil sapere vulgare4 ,sanitatis patrocinium est1 insanientium turba4 ,c'est chose difficile de resouldre son iugement contre les opinions communes4 ,la premiere persuasion prinse du subiect mesme1 saisit les simples3 de l elle s'espand aux habiles1 soubs l'authorit du nombre et anciennet des tesmoignages4 ,pour moy1 de ce que ie n'en croirois pas vn1 ie n'en croirois pas cent vns4 ,et ne iuge pas les opinions1 par les ans4 ,il y a peu de temps1 que l'vn de nos ,princes1 en qui la goute auoit perdu vn beau naturel1 et vne allegre composition3 se laissa si fort persuader1 au rapport qu'on faisoit des merueilleuses operations d'vn prestre1 qui par la voye des parolles et des gestes1 guerissoit toutes maladies3 qu'il fit vn long voyage pour l'aller trouuer3 et par la force de son apprehension1 persuada1 et endormit ses iambes pour quelques heures1 si qu'il en tira du seruice1 qu'elles auoyent desapris luy faire1 il y auoit long temps4 ,si la ,fortune eust laiss emmonceler cinq ou six telles aduantures1 elles estoient capables de mettre ce miracle en nature4 ,on trouua depuis1 tant de simplesse1 et si peu d'art1 en l'architecte de tels ouurages1 qu'on le iugea indigne d'aucun chastiement4 ,comme si feroit on1 de la plus part de telles choses1 qui les recognoistroit en leur giste4 ,miramur ex interuallo fallentia4 ,nostre veu represente ainsi souuent de loing1 des images estranges1 qui s'esuanouyssent en s'approchant4 ,nunquam ad liquidum fama perducitur4 ,c'est merueille1 de combien vains commencemens1 et friuoles causes1 naissent ordinairement si fameuses impressions4 ,cela mesmes en empesche l'information4 ,car pendant qu'on cherche des causes1 et des fins fortes1 et poisantes1 et dignes d'vn si grand nom1 on pert les vrayes4 ,elles eschapent de nostre veu par leur petitesse4 ,et la verit1 il est requis vn bien prudent1 attentif1 et subtil inquisiteur1 en telles recherches3 indifferent1 et non preoccup4 ,iusques cette heure1 tous ces miracles1 et euenemens estranges1 se cachent deuant moy4 ,ie n'ay veu monstre et miracle au monde1 plus expres1 que moy-mesme4 ,on s'appriuoise toute estranget par l'vsage et le temps3 mais plus ie me hante et me cognois1 plus ma difformit m'estonne3 moins ie m'entens en moy4 ,le principal droict d'auancer et produire tels accidens1 est reseru la ,fortune4 ,passant auant hier dans vn village1 deux lieus de ma maison1 ie trouuay la place encore toute chaude1 d'vn miracle qui venoit d'y faillir3 par lequel le voisinage auoit est amus plusieurs mois1 et commenoient les prouinces voisines1 de s'en esmouuoir1 et y accourir grosses troupes1 de toutes qualitez4 ,vn ieune homme du lieu1 s'estoit io contrefaire vne nuict en sa maison1 la voix d'vn esprit1 sans penser autre finesse1 qu' ioir d'vn badinage present3 cela luy ayant vn peu mieux succed qu'il n'esperoit1 pour estendre sa farce plus de ressorts1 il y associa vne fille de village1 du tout stupide1 et niaise3 et furent trois en fin1 de mesme aage et pareille suffisance3 et de presches domestiques en firent des presches publics1 se cachans soubs l'autel de l'glise1 ne parlans que de nuict1 et deffendans d'y apporter aucune lumiere4 ,de paroles1 qui tendoient la conuersion du monde1 et menace du iour du iugement 7car ce sont subiects soubs l'authorit et reuerence desquels1 l'imposture se tapit plus aisment7 ils vindrent quelques visions et mouuements1 si niais1 et si ridicules3 qu' peine y a-il rien si grossier au ieu des petits enfans4 ,si toutesfois la ,fortune y eust voulu prester vn peu de faueur1 qui sait1 iusques o se fust accreu ce battelage8 ,ces pauures diables sont cette heure en prison2 et porteront volontiers la peine de la sottise commune3 et ne say si quelque iuge se vengera sur eux1 de la sienne4 ,on voit clair en cette-cy1 qui est descouuerte3 mais en plusieurs choses de pareille qualit1 surpassant nostre cognoissance3 ie suis d'aduis1 que nous soustenions nostre iugement1 aussi bien reieter1 qu' receuoir4 ,il s'engendre beaucoup d'abus au monde3 ou pour dire plus hardiment1 tous les abus du monde s'engendrent1 de ce1 qu'on nous apprend craindre de faire profession de nostre ignorance2 et sommes tenus d'accepter1 tout ce que nous ne pouuons refuter4 ,nous parlons de toutes choses par preceptes et resolution4 ,le stile ,rome portoit1 que cela mesme1 qu'vn tesmoin deposoit1 pour l'auoir veu de ses yeux1 et ce qu'vn iuge ordonnoit de sa plus certaine science1 estoit conceu en cette forme de parler3 ,il me semble4 ,on me faict har les choses vray-semblables1 quand on me les plante pour infaillibles4 ,i'aime ces mots1 qui amollissent et moderent la temerit de nos propositions3 l'auanture1 aucunement1 quelque1 on dit1 ie pense1 et semblables4 ,et si i'eusse eu dresser des enfans1 ie leur eusse tant mis en la bouche1 cette faon de respondre3 enquestente1 non resolutiue3 ,qu'est-ce dire8 ie ne l'entens pas2 il pourroit estre3 est-il vray8 qu'ils eussent plustost gard la forme d'apprentis soixante ans1 que de representer les docteurs dix ans3 comme ils font4 ,qui veut guerir de l'ignorance1 il faut la confesser4 ,iris est fille de ,thaumantis4 ,l'admiration est fondement de toute philosophie3 l'inquisition1 le progrez3 l'ignorance1 le bout4 ,voire dea1 il y a quelque ignorance forte et genereuse1 qui ne doit rien en honneur et en courage la science1 ignorance pour laquelle conceuoir1 il n'y a pas moins de science1 qu' conceuoir la science4 ,ie vy en mon enfance1 vn procez que ,corras conseiller de ,thoulouze fit imprimer1 d'vn accident estrange2 de deux hommes1 qui se presentoient l'vn pour l'autre3 il me souuient1 et ne me souuient aussi d'autre chose1 qu'il me sembla auoir rendu l'imposture de celuy qu'il iugea coulpable1 si merueilleuse et excedant de si loing nostre cognoissance1 et la sienne1 qui estoit iuge1 que ie trouuay beaucoup de hardiesse en l'arrest qui l'auoit condamn estre pendu4 ,receuons quelque forme d'arrest qui die3 ,la ,cour n'y entend rien2 plus librement et ingenument1 que ne firent les ,areopagites3 lesquels se trouuans pressez d'vne cause1 qu'ils ne pouuoient desuelopper1 ordonnerent que les parties en viendroient cent ans4 ,les sorcieres de mon voisinage1 courent hazard de leur vie1 sur l'aduis de chasque nouuel autheur1 qui vient donner corps leurs songes4 ,pour accommoder les exemples que la diuine parolle nous offre de telles choses2 tres-certains et irrefragables exemples2 et les attacher nos euenemens modernes3 puisque nous n'en voyons1 ny les causes1 ny les moyens3 il y faut autre engin que le nostre4 ,il appartient l'auanture1 ce seul tres-puissant tesmoignage1 de nous dire3 ,cettuy-cy en est1 et celle-l3 et non cet autre4 ,dieu en doit estre creu3 c'est vrayement bien raison4 ,mais non pourtant vn d'entre nous1 qui s'estonne de sa propre narration 7et necessairement il s'en estonne1 s'il n'est hors du sens7 soit qu'il l'employe au faict d'autruy3 soit qu'il l'employe contre soy-mesme4 ,ie suis lourd1 et me tiens vn peu au massif1 et au vray-semblable3 euitant les reproches anciens4 ,maiorem fidem homines adhibent ijs qu non intelligunt4 ,cupidine humani ingenij libentius obscura creduntur4 ,ie vois bien qu'on se courrouce3 et me deffend-on d'en doubter1 sur peine d'iniures execrables4 ,nouuelle faon de persuader4 ,pour ,dieu mercy4 ,ma creance ne se manie pas coups de poing4 ,qu'ils gourmandent ceux qui accusent de faucet leur opinion3 ie ne l'accuse que de difficult et de hardiesse4 ,et condamne l'affirmation opposite1 egallement auec eux3 sinon si imperieusement4 ,qui establit son discours par brauerie et commandement1 montre que la raison y est foible4 ,pour vne altercation verbale et scholastique1 qu'ils ayent autant d'apparence que leurs contradicteurs4 ,videantur san1 non affirmentur modo4 ,mais en la consequence effectuelle qu'ils en tirent1 ceux-cy ont bien de l'auantage4 ,a tuer les gens3 il faut vne clairt lumineuse et nette4 ,et est nostre vie trop relle et essentielle1 pour garantir ces accidens1 supernaturels et fantastiques4 ,quant aux drogues et poisons1 ie les mets hors de mon conte3 ce sont homicides1 et de la pire espece4 ,toutesfois en cela mesme1 on dit qu'il ne faut pas tousiours s'arrester la propre confession de ces gens icy4 ,car on leur a veu par fois s'accuser d'auoir tu des personnes1 qu'on trouuoit saines et viuantes4 ,en ces autres accusations extrauagantes1 ie dirois volontiers2 que c'est bien assez2 qu'vn homme1 quelque recommendation qu'il aye1 soit creu de ce qui est humain4 ,de ce qui est hors de sa conception1 et d'vn effect supernaturel3 il en doit estre creu1 lors seulement1 qu'vne approbation supernaturelle l'a authoris4 ,ce priuilege qu'il a pleu ,dieu1 donner aucuns de nos tesmoignages1 ne doit pas estre auily1 et communiqu legerement4 ,i'ay les oreilles battus de mille tels contes4 ,trois le virent vn tel iour1 en leuant3 trois le virent lendemain1 en occident3 telle heure1 tel lieu1 ainsi vestu3 certes ie ne m'en croirois pas moy-mesme4 ,combien trouu-ie plus naturel1 et plus vray-semblable1 que deux hommes mentent3 que ie ne fay qu'vn homme en douze heures1 passe1 quant et les vents1 d'orient en occident8 ,combien plus naturel que nostre entendement soit emport de sa place1 par la volubilit de notre esprit detraqu2 que cela1 qu'vn de nous soit enuol sur vn balay1 au long du tuiau de sa chemine1 en chair et en os1 par vn esprit estranger8 ,ne cherchons pas des illusions du dehors1 et incogneus3 nous qui sommes perpetuellement agitez d'illusions domestiques et nostres4 ,il me semble qu'on est pardonnable1 de mescroire vne merueille1 autant au moins qu'on peut en destourner et elider la verification1 par voye non merueilleuse4 ,et suis l'aduis de ,s4 ,augustin3 qu'il vaut mieux pancher vers le doute1 que vers l'asseurance1 s choses de difficile preuue1 et dangereuse creance4 ,il y a quelques annes1 que ie passay par les terres d'vn ,prince souuerain3 lequel en ma faueur1 et pour rabattre mon incredulit1 me fit cette grace1 de me faire voir en sa presence1 en lieu particulier1 dix ou douze prisonniers de ce genre2 et vne vieille entre autres1 vrayment bien sorciere en laideur et deformit1 tres-fameuse de longue main en cette profession4 ,ie vis et preuues1 et libres confessions1 et ie ne say quelle marque insensible sur cette miserable vieille3 et m'enquis1 et parlay tout mon saoul1 y apportant la plus saine attention que ie peusse3 et ne suis pas homme qui me laisse guere garroter le iugement par preoccupation4 ,en fin et en conscience1 ie leur eusse plustost ordonn de l'ellebore que de la cigu4 ,captisque res magis mentibus1 qum consceleratis similis visa4 ,la iustice a ses propres corrections pour telles maladies4 ,quant aux oppositions et arguments1 que des honnestes hommes m'ont faict1 et l1 et souuent ailleurs3 ie n'en ay point senty1 qui m'attachent3 et qui ne souffrent solution tousiours plus vray-semblable1 que leurs conclusions4 ,bien est vray que les preuues et raisons qui se fondent sur l'experience et sur le faict3 celles-l1 ie ne les desnou point2 aussi n'ont elles point de bout3 ie les tranche souuent1 comme ,alexandre son nud4 ,apres tout c'est mettre ses coniectures bien haut prix1 que d'en faire cuire vn homme tout vif4 ,on recite par diuers exemples 7et ,prestantius de son pere7 qu'assoupy et endormy bien plus lourdement1 que d'vn parfaict sommeil3 il fantasia estre iument1 et seruir de sommier des soldats3 et1 ce qu'il fantasioit1 il l'estoit4 ,si les sorciers songent ainsi materiellement3 si les songes par fois se peuuent ainsin incorporer en effects3 encore ne croy-ie pas1 que nostre volont en fust tenu la iustice4 ,ce que ie dis1 comme celuy qui n'est pas iuge ny conseiller des ,roys2 ny s'en estime de bien loing digne3 ains homme du commun3 nay et vo l'obessance de la raison publique1 et en ses faicts1 et en ses dicts4 ,qui mettroit mes resueries en conte1 au preiudice de la plus chetiue loy de son village1 ou opinion1 ou coustume1 il se feroit grand tort1 et encores autant moy4 ,car en ce que ie dy1 ie ne pleuuis autre certitude1 sinon que c'est ce1 que lors i'en auoy en la pense4 ,pense tumultuaire et vacillante4 ,c'est par maniere de deuis1 que ie parle de tout1 et de rien par maniere d'aduis4 ,nec me pudet1 vt istos1 fateri nescire quod nesciam4 ,ie ne serois pas si hardy parler1 s'il m'appartenoit d'en estre creu4 ,et fut1 ce que ie respondis vn grand1 qui se plaignoit de l'aspret et contention de mes enhortemens4 ,vous sentant band et prepar d'vne part1 ie vous propose l'autre1 de tout le soing que ie puis3 pour esclarcir vostre iugement1 non pour l'obliger4 ,dieu tient vos courages1 et vous fournira de choix4 ,ie ne suis pas si presomptueux1 de desirer seulement1 que mes opinions donnassent pente1 chose de telle importance4 ,ma fortune1 ne les a pas dresses si puissantes et si esleues conclusions4 ,certes1 i'ay non seulement des complexions en grand nombre3 mais aussi des opinions assez1 desquelles ie dgouterois volontiers mon fils1 si i'en auois4 ,quoy8 si les plus vrayes ne sont pas tousiours les plus commodes l'homme2 tant il est de sauuage composition4 ,a propos1 ou hors de propos1 il n'importe4 ,on dit en ,italie en commun prouerbe1 que celuy-l ne cognoist pas ,venus en sa parfaicte douceur1 qui n'a couch auec la boiteuse4 ,la fortune1 ou quelque particulier accident1 ont mis il y a long temps ce mot en la bouche du peuple2 et se dict des masles comme des femelles4 ,car la ,royne des ,amazones1 respondit au ,scythe qui la conuioit l'amour1 1 le boiteux le faict le mieux4 ,en cette republique feminine1 pour fuir la domination des masles1 elles les stropioient ds l'enfance1 bras1 iambes1 et autres membres qui leur donnoient auantage sur elles1 et se seruoient d'eux1 ce seulement1 quoy nous nous seruons d'elles par de4 ,i'eusse dit1 que le mouuement detraqu de la boiteuse1 apportast quelque nouueau plaisir la besoigne1 et quelque poincte de douceur1 ceux qui l'essayent3 mais ie viens d'apprendre1 que mesme la philosophie ancienne en a decid4 ,elle dict1 que les iambes et cuisses des boiteuses1 ne receuans cause de leur imperfection1 l'aliment qui leur est deu1 il en aduient que les parties genitales1 qui sont au dessus1 sont plus plaines1 plus nourries1 et vigoureuses4 ,ou bien que ce defaut empeschant l'exercice1 ceux qui en sont entachez1 dissipent moins leurs forces1 et en viennent plus entiers aux ieux de ,venus4 ,qui est aussi la raison1 pourquoy les ,grecs descrioient les tisserandes1 d'estre plus chaudes1 que les autres femmes3 cause du mestier sedentaire qu'elles font1 sans grand exercice du corps4 ,dequoy ne pouuons nous raisonner ce prix-l8 ,de celles icy1 ie pourrois aussi dire2 que ce tremoussement que leur ouurage leur donne ainsin assises1 les esueille et sollicite3 comme faict les dames1 le croulement et tremblement de leurs coches4 ,ces exemples1 seruent-ils pas ce que ie disois au commencement3 ,que nos raisons anticipent souuent l'effect1 et ont l'estendu de leur iurisdiction si infinie1 qu'elles iugent et s'exercent en l'inanit mesme1 et au non estre8 ,outre la flexibilit de nostre inuention1 forger des raisons toutes sortes de songes2 nostre imagination se trouue pareillement facile1 receuoir des impressions de la faucet1 par bien friuoles apparences4 ,car par la seule authorit de l'vsage ancien1 et publique de ce mot3 ie me suis autresfois faict accroire1 auoir receu plus de plaisir d'vne femme1 de ce qu'elle n'estoit pas droicte1 et mis cela au compte de ses graces4 ,torquato ,tasso1 en la comparaison qu'il faict de la ,france l',italie2 dit auoir remarqu cela1 que nous auons les iambes plus gresles1 que les ,gentils-hommes ,italiens2 et en attribue la cause1 ce que nous sommes continuellement cheual4 ,qui est celle-mmes de laquelle ,suetone tire vne toute contraire conclusion4 ,car il dit au rebours1 que ,germanicus auoit grossi les siennes1 par continuation de ce mesme exercice4 ,il n'est rien si soupple et erratique1 que nostre entendement4 ,c'est le soulier de ,theramenez1 bon tous pieds4 ,et il est double et diuers1 et les matieres doubles1 et diuerses4 ,donne moy vne dragme d'argent1 disoit vn philosophe ,cynique ,antigonus4 ,ce n'est pas present de ,roy1 respondit-il4 ,donne moy donc vn talent4 ,ce n'est pas present pour ,cynique4 ,seu plures calor ille vias1 et cca relaxat ,spiramenta1 nouas veniat qua succus in herbas3 ,seu durat magis1 et venas astringit hiantes1 ,ne tenues pluui1 rapidiue potentia solis ,acrior1 aut ,bore penetrabile frigus adurat4 ,ogni medaglia ha il suo riuerso4 ,voila pourquoy ,clitomachus disoit anciennement1 que ,carneades auoit surmont les labeurs d',hercules2 pour auoir arrach des hommes le consentement3 c'est dire1 l'opinion1 et la temerit de iuger4 ,cette fantasie de ,carneades1 si vigoureuse1 nasquit mon aduis anciennement1 de l'impudence de ceux qui font profession de sauoir1 et de leur outre-cuidance desmesure4 ,on mit sope en vente1 auec deux autres esclaues3 l'acheteur s'enquit du premier ce qu'il sauoit faire1 celuy-la pour se faire valoir1 respondit monts et merueilles1 qu'il sauoit et cecy et cela3 le deuxiesme en respondit de soy autant ou plus3 quand ce fut sope1 et qu'on luy eust aussi demand ce qu'il sauoit faire3 ,rien1 dit-il1 car ceux cy ont tout preoccup3 ils sauent tout4 ,ainsin est-il aduenu en l'escole de la philosophie4 ,la fiert1 de ceux qui attribuoient l'esprit humain la capacit de toutes choses1 causa en d'autres1 par despit et par emulation1 cette opinion1 qu'il n'est capable d'aucune chose4 ,les vns tiennent en l'ignorance1 cette mesme extremit1 que les autres tiennent en la science4 ,afin qu'on ne puisse nier1 que l'homme ne soit immoder par tout3 et qu'il n'a point d'arrest1 que celuy de la necessit1 et impuissance d'aller outre4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la ,physionomie4 ,,qvasi toutes les opinions que nous auons1 sont prinses par authorit et credit4 ,il n'y a point de mal4 ,nous ne saurions pirement choisir1 que par nous1 en vn siecle si foible4 ,cette image des discours de ,socrates1 que ses amis nous ont laisse1 nous ne l'approuuons1 que pour la reuerence de l'approbation publique4 ,ce n'est pas par nostre cognoissance3 ils ne sont pas selon nostre vsage4 ,s'il naissoit cette heure1 quelque chose de pareil1 il est peu d'hommes qui le prisassent4 ,nous n'apperceuons les graces que pointues1 bouffies1 et enfles d'artifice4 ,celles qui coulent soubs la nafuet1 et la simplicit1 eschappent aisment vne veu grossiere comme est la nostre4 ,elles ont vne beaut delicate et cache3 il faut la veu nette et bien purge1 pour descouurir cette secrette lumiere4 ,est pas1 la nafuet1 selon nous1 germaine la sottise1 et qualit de reproche8 ,socrates faict mouuoir son ame1 d'vn mouuement naturel et commun4 ,ainsi dict vn pasan1 ainsi dict vne femme4 ,il n'a iamais en la bouche1 que cochers1 menuisiers1 sauetiers et maisons4 ,ce sont inductions et similitudes1 tires des plus vulgaires et cogneus actions des hommes3 chacun l'entend4 ,sous vne si vile forme1 nous n'eussions iamais choisi la noblesse et splendeur de ses conceptions admirables3 nous qui estimons plates et basses1 toutes celles que la doctrine ne releue2 qui n'apperceuons la richesse qu'en montre et en pompe4 ,nostre monde n'est form qu' l'ostentation4 ,les hommes ne s'enflent que de vent3 et se manient bonds1 comme les balons4 ,cettuy-cy ne se propose point des vaines fantasies4 ,sa fin fut1 nous fournir de choses et de preceptes1 qui reellement et plus ioinctement seruent la vie3 ,seruare modum1 finmque tenere1 ,naturmque sequi4 ,il fut aussi tousiours vn et pareil4 ,et se monta1 non par boutades1 mais par complexion1 au dernier poinct de vigueur4 ,ou pour mieux dire3 il ne monta rien1 mais rauala plustost et ramena son poinct1 originel et naturel1 et luy soubmit la vigueur1 les aspretez et les difficultez4 ,car en ,caton1 on void bien clair1 que c'est vne alleure tendu bien loing au dessus des communes4 ,aux braues exploits de sa vie1 et en sa mort1 on le sent tousiours mont sur ses grands cheuaux4 ,cettuy-cy ralle terre3 et d'vn pas mol et ordinaire1 traicte les plus vtiles discours1 et se conduict et la mort et aux plus espineuses trauerses1 qui se puissent presenter au train de la vie humaine4 ,il est bien aduenu1 que le plus digne homme d'estre cogneu1 et d'estre present au monde pour exemple1 ce soit celuy duquel nous ayons plus certaine cognoissance4 ,il a est esclair par les plus clair-voyans hommes1 qui furent onques4 ,les tesmoins que nous auons de luy1 sont admirables en fidelit et en suffisance4 ,c'est grand cas1 d'auoir peu donner tel ordre1 aux pures imaginations d'vn enfant1 que sans les alterer ou estirer1 il en ait produict les plus beaux effects de nostre ame4 ,il ne la represente ny esleue ni riche3 il ne la represente que saine3 mais certes d'vne bien allegre et nette sant4 ,par ces vulguaires ressorts et naturels3 par ces fantasies ordinaires et communes3 sans s'esmouuoir et sans se piquer1 il dressa non seulement les plus regles1 mais les plus hautes et vigoureuses creances1 actions et murs1 qui furent onques4 ,c'est luy1 qui ramena du ciel1 o elle perdoit son temps1 la sagesse humaine1 pour la rendre l'homme3 o est sa plus iuste et plus laborieuse besoigne4 ,voyez-le plaider deuant ses iuges3 voyez par quelles raisons1 il esueille son courage aux hazards de la guerre1 quels argumens fortifient sa patience1 contre la calomnie1 la tyrannie1 la mort1 et contre la teste de sa femme3 il n'y a rien d'emprunt de l'art1 et des sciences4 ,les plus simples y recognoissent leurs moyens et leur force3 il n'est possible d'aller plus arriere et plus bas4 ,il a faict grand faueur l'humaine nature1 de montrer combien elle peut d'elle mesme4 ,nous sommes chacun plus riche1 que nous ne pensons3 mais on nous dresse l'emprunt1 et la queste3 on nous duict nous seruir plus de l'autruy1 que du nostre4 ,en aucune chose l'homme ne sait s'arrester au poinct de son besoing4 ,de volupt1 de richesse1 de puissance1 il en embrasse plus qu'il n'en peut estreindre4 ,son auidit est incapable de moderation4 ,ie trouue qu'en curiosit de sauoir1 il en est de mesme3 il se taille de la besoigne bien plus qu'il n'en peut faire1 et bien plus qu'il n'en a affaire4 ,estendant l'vtilit du sauoir1 autant qu'est sa matiere4 ,vt omnium rerum1 sic litterarum quoque1 intemperantia laboramus4 ,et ,tacitus a raison1 de louer la mere d',agricola1 d'auoir brid en son fils1 vn appetit trop bouillant de science4 ,c'est vn bien1 le regarder d'yeux fermes1 qui a1 comme les autres biens des hommes1 beaucoup de vanit1 et foiblesse propre et naturelle3 et d'vn cher coust4 ,l'acquisition en est bien plus hazardeuse1 que de toute autre viande ou boisson4 ,car ailleurs1 ce que nous auons achett1 nous l'emportons au logis1 en quelque vaisseau1 et l nous auons loy d'en examiner la valeur3 combien1 et quelle heure1 nous en prendrons4 ,mais les sciences1 nous ne les pouuons d'arriuee mettre en autre vaisseau1 qu'en nostre ame3 nous les auallons en les achettans1 et sortons du march ou infects desia1 ou amendez4 ,il y en a1 qui ne font que nous empescher et charger1 au lieu de nourrir3 et telles encore1 qui sous tiltre de nous guarir1 nous empoisonnent4 ,i'ay pris plaisir de voir en quelque lieu1 des hommes par deuotion1 faire vu d'ignorance1 comme de chastet1 de pauuret1 de pnitence4 ,c'est aussi chastrer nos appetits desordonnez1 d'esmousser cette cupidit qui nous espoinonne l'estude des liures3 et priuer l'ame de cette complaisance voluptueuse1 qui nous chatouille par l'opinion de science4 ,et est richement accomplir le vu de pauuret1 d'y ioindre encore celle de l'esprit4 ,il ne nous faut guere de doctrine1 pour viure nostre aise4 ,et ,socrates nous apprend qu'elle est en nous1 et la maniere de l'y trouuer1 et de s'en ayder4 ,toute cette nostre suffisance1 qui est au del de la naturelle1 est peu pres vaine et superflue4 ,c'est beaucoup si elle ne nous charge et trouble plus qu'elle ne nous sert4 ,paucis opus est litteris ad mentem bonam4 ,ce sont des excez fieureux de nostre esprit3 instrument brouillon et inquiete4 ,recueillez vous1 vous trouuerez en vous1 les argumens de la ,nature1 contre la mort1 vrais1 et les plus propres vous seruir la necessit4 ,ce sont ceux qui font mourir vn paysan et des peuples entiers1 aussi constamment qu'vn philosophe4 ,fusse ie mort moins allegrement auant qu'auoir veu les ,tusculanes8 ,i'estime que non4 ,et quand ie me trouue au propre1 ie sens1 que ma langue s'est enrichie1 mon courage de peu4 ,il est comme ,nature me le forgea4 ,et se targue pour le conflict1 non que d'vne marche naturelle et commune4 ,les liures m'ont serui non tant d'instruction que d'exercitation4 ,quoy1 si la science1 essayant de nous armer de nouuelles deffences1 contre les inconueniens naturels1 nous a plus imprim en la fantasie1 leur grandeur et leur poix1 qu'elle n'a ses raisons et subtilitez1 nous en couurir8 ,ce sont voirement subtilitez3 par o elle nous esueille souuent bien vainement4 ,les autheurs mesmes plus serrez et plus sages1 voyez autour d'vn bon argument1 combien ils en sement d'autres legers1 et1 qui y regarde de pres1 incorporels4 ,ce ne sont qu'arguties verbales1 qui nous trompent4 ,mais d'autant que ce peut estre vtilement1 ie ne les veux pas autrement esplucher4 ,il y en a ceans assez de cette condition1 en diuers lieux3 ou par emprunt1 ou par imitation4 ,si se faut il prendre vn peu garde1 de n'appeller pas force1 ce qui n'est que gentilesse3 et ce1 qui n'est qu'aigu1 solide3 ou bon1 ce qui n'est que beau3 qu magis gustata qum potata delectant4 ,tout ce qui plaist1 ne paist pas1 vbi non ingenij sed animi negotium agitur4 ,a veoir les efforts que ,seneque se donne pour se preparer contre la mort1 le voir suer d'ahan1 pour se roider et pour s'asseurer1 et se debattre si long temps en cette perche1 i'eusse esbranl sa reputation1 s'il ne l'eust en mourant1 tresuaillamment maintenu4 ,son agitation si ardante1 si frequente1 montre qu'il estoit chaud et impetueux luy mesme4 ,magnus animus remissius loquitur1 et securius4 ,non est alius ingenio1 alius animo color4 ,il le faut conuaincre ses despens4 ,et montre aucunement qu'il estoit press de son aduersaire4 ,la faon de ,plutarque1 d'autant qu'elle est plus desdaigneuse1 et plus destendue1 elle est selon moy1 d'autant plus virile et persuasiue4 ,ie croirois aysment1 que son ame auoit les mouuemens plus asseurez1 et plus reglez4 ,l'vn plus aigu1 nous pique et nous eslance en sursaut3 touche plus l'esprit4 ,l'autre plus solide1 nous informe1 establit et conforte constamment3 touche plus l'entendement4 ,celuy l rauit nostre iugement3 cestuy-ci le gaigne4 ,i'ay veu pareillement d'autres escrits1 encore plus reuerez1 qui en la peinture du combat qu'ils soustiennent contre les aiguillons de la chair1 les representent si cuisants1 si puissants et inuincibles1 que nous mesmes1 qui sommes de la voirie du peuple1 auons autant admirer l'estranget et vigueur incognu de leur tentation1 que leur resistance4 ,a quoy faire nous allons gendarmant par ces efforts de la science8 ,regardons terre1 les pauures gens que nous y voyons espandus1 la teste panchante apres leur besongne3 qui ne sauent ny ,aristote ny ,caton1 ny exemple ny precepte4 ,de ceux-l1 tire ,nature tous les iours1 des effects de constance et de patience1 plus purs et plus roides1 que ne sont ceux que nous estudions si curieusement en l'escole4 ,combien en vois ie ordinairement1 qui mescognoissent la pauuret3 combien qui desirent la mort1 ou qui la passent sans alarme et sans affliction8 ,celui l qui fout mon iardin1 il a ce matin enterr son pere ou son fils4 ,les noms mesme1 dequoy ils appellent les maladies1 en addoucissent et amollissent l'aspret4 ,la phthysie1 c'est la toux pour eux3 la dysenterie1 deuoyement d'estomach3 vn pleuresis1 c'est vn morfondement3 et selon qu'ils les nomment doucement1 ils les supportent aussi4 ,elles sont bien griefues1 quand elles rompent leur trauail ordinaire3 ils ne s'allitent que pour mourir4 ,simplex illa et aperta virtus in obscuram et solertem scientiam versa est4 ,i'escriuois cecy enuiron le temps1 qu'vne forte charge de nos troubles1 se croupit plusieurs mois1 de tout son poix1 droict sur moy4 ,i'auois d'vne part1 les ennemis ma porte3 d'autre part1 les picoreurs1 pires ennemis1 non armis1 sed vitiis1 certatur4 ,et essayois toute sorte d'iniures militaires1 la fois3 ,hostis adest dextra luque parte timendus4 ,vicinque malo terret vtrumque latus4 ,monstrueuse guerre4 ,les autres agissent au dehors1 ceste-cy encore contre soy3 se ronge et se desfaict1 par son propre venin4 ,elle est de nature si maligne et ruineuse1 qu'elle se ruine quand et quand le reste3 et se deschire et despece de rage4 ,nous la voyons plus souuent1 se dissoudre par elle mesme1 que par disette d'aucune chose necessaire1 ou par la force ennemie4 ,toute discipline la fut4 ,elle vient guerir la sedition1 et en est pleine4 ,veut chastier la desobeissance1 et en montre l'exemple3 et employee la deffence des loix1 faict sa part de rebellion l'encontre des siennes propres4 ,o en sommes nous8 ,nostre medecine porte infection4 ,nostre mal s'empoisonne ,du secours qu'on luy donne4 ,exuperat magis grescitque medendo4 ,omnia fanda nefanda1 malo permista furore1 ,iustificam nobis mentem auertre deorum4 ,en ces maladies populaires1 on peut distinguer sur le commencement1 les sains des malades3 mais quand elles viennent durer1 comme la nostre1 tout le corps s'en sent1 et la teste et les talons3 aucune partie n'est exempte de corruption4 ,car il n'est air1 qui se hume si gouluement3 qui s'espande et penetre1 comme faict la licence4 ,nos armees ne se lient et tiennent plus que par simant estranger3 des ,franois on ne sait plus faire vn corps d'armee1 constant et regl4 ,quelle honte8 ,il n'y a qu'autant de discipline1 que nous en font voir des soldats empruntez4 ,quant nous1 nous nous conduisons discretion1 et non pas du chef2 chacun selon la sienne3 il a plus affaire au dedans qu'au dehors4 ,c'est au commandement de suiure1 courtizer1 et plier3 luy seul d'ober3 tout le reste est libre et dissolu4 ,il me plaist de voir1 combien il y a de laschet et de pusillanimit en l'ambition3 par combien d'abiection et de seruitude1 il luy faut arriuer son but4 ,mais cecy me deplaist-il de voir1 des natures debonnaires1 et capables de iustice1 se corrompre tous les iours1 au maniement et commandement de cette confusion4 ,la longue souffrance1 engendre la coustume2 la coustume1 le consentement et l'imitation4 ,nous auions assez d'ames mal nes1 sans gaster les bonnes et genereuses4 ,si que1 si nous continuons1 il restera mal-ayseement qui fier la sant de cet estat1 au cas que ,fortune nous la redonne4 ,hunc saltem euerso iuuenem succurrere seclo1 ,ne prohibete6 ,qu'est deuenu cet ancien precepte3 ,que les soldats ont plus craindre leur chef1 que l'ennemy8 ,et ce merueilleux exemple3 ,qu'vn pommier s'estant trouu enferm dans le pourpris du camp de l'armee ,romaine1 elle fut veu l'endemain en desloger1 laissant au possesseur1 le comte entier de ses pommes1 meures et delicieuses8 ,i'aymeroy bien1 que nostre ieunesse1 au lieu du temps qu'elle employe1 des peregrinations moins vtiles1 et apprentissages moins honorables1 elle le mist1 moiti veoir de la guerre sur mer1 sous quelque bon capitaine commandeur de ,rhodes3 moiti recognoistre la discipline des armees ,turkesques4 ,car elle a beaucoup de differences1 et d'auantages sur la nostre4 ,cecy en est3 que nos soldats deuiennent plus licentieux aux expeditions3 l1 plus retenus et craintifs4 ,car les offenses ou larrecins sur le menu peuple1 qui se punissent de bastonades en la paix1 sont capitales en la guerre4 ,pour vn uf prins sans payer1 ce sont de conte prefix1 cinquante coups de baston4 ,pour toute autre chose1 tant legere soit elle1 non necessaire la nourriture1 on les empale1 ou decapite sans deport4 ,ie me suis estonn1 en l'histoire de ,selim1 le plus cruel conquerant qui fut onques1 veoir1 que lors qu'il subiugua l'gypte1 les beaux iardins d'autour de la ville de ,damas1 tous ouuers1 et en terre de conqueste1 son armee campant sur le lieu mesmes1 furent laisss vierges des mains des soldats1 parce qu'ils n'auoient pas eu le signe de piller4 ,mais est-il quelque mal en vne police1 qui vaille estre combatu par vne drogue si mortelle8 ,non pas1 disoit ,fauonius1 l'vsurpation de la possession tyrannique d'vne republique4 ,platon de mesme ne consent pas qu'on face violence au repos de son pas1 pour le guerir3 et n'accepte pas l'amendement qui trouble et hazarde tout1 et qui couste le sang et ruine des citoyens4 ,establissant l'office d'vn homme de bien1 en ce cas1 de laisser tout l3 seulement prier ,dieu qu'il y porte sa main extraordinaire4 ,et semble sauoir mauuais gr ,dion son grand amy1 d'y auoir vn peu autrement proced4 ,i'estois ,platonicien de ce cost l1 avant que ie seusse qu'il y eust de ,platon au monde4 ,et si ce personnage1 doit purement estre refus de nostre consorce3 7luy1 qui par la sincerit de sa conscience1 merita enuers la faueur diuine1 de penetrer si auant en la ,chrestienne lumiere1 au trauers des tenebres publiques1 du monde de son temps17 ie ne pense pas1 qu'il nous sie bien1 de nous laisser instruire vn payen4 ,combien c'est d'impiet1 de n'atendre de ,dieu1 nul secours simplement sien1 et sans nostre cooperation4 ,ie doubte souuent1 si entre tant de gens1 qui se meslent de telle besoigne1 nul s'est rencontr1 d'entendement si imbecille1 qui on aye en bon escient persuad1 qu'il alloit vers la reformation1 par la derniere des difformations3 qu'il tiroit vers son salut1 par les plus expresses causes que nous ayons de tres certaine damnation3 que renuersant la police1 le magistrat1 et les loix1 en la tutelle desquelles ,dieu l'a colloqu3 remplissant de haines parricides1 les courages fraternels3 appellant son ayde1 les diables et les furies3 il puisse apporter secours la sacrosaincte douceur et iustice1 de la loy diuine4 ,l'ambition1 l'auarice1 la cruaut1 la vengeance1 n'ont point assez de propre et naturelle impetuosit3 amorons-les et les attisons1 par le glorieux titre de iustice et deuotion4 ,il ne se peut imaginer vn pire estat des choses1 qu'o la meschancet vient estre legitime3 et prendre auec le cong du magistrat1 le manteau de la vertu3 ,nihil in speciem fallacius qum praua religio1 vbi deorum numen prtenditur sceleribus4 ,l'extreme espece d'iniustice1 selon ,platon1 c'est que1 ce qui est iniuste1 soit tenu pour iuste4 ,le peuple y souffrit bien largement lors1 non les dommages presens seulement1 ,vndique totis ,vsque adeo turbatur agris1 mais les futurs aussi4 ,les viuans y eurent patir1 si eurent ceux qui n'estoient encore nays4 ,on le pilla1 et moy par consequent1 iusques l'esperance3 luy rauissant tout ce qu'il auoit s'apprester viure pour longues annees1 ,qu nequeunt secum ferre aut abducere1 perdunt2 ,et cremat insontes turba scelesta casas4 ,muris nulla fides1 squallent populatibus agri4 ,outre cette secousse1 i'en souffris d'autres4 ,i'encourus les inconueniens1 que la moderation apporte en telles maladies4 ,ie fus pelaud toutes mains4 ,au ,gibelin i'estois ,guelphe1 au ,guelphe ,gibelin4 ,quelqu'vn de mes poetes dict bien cela1 mais ie ne say o c'est4 ,la situation de ma maison1 et l'accointance des hommes de mon voisinage1 me presentoient d'vn visage3 ma vie et mes actions d'vn autre4 ,il ne s'en faisoit point des accusations formes3 car il n'y auoit o mordre4 ,ie ne desempare iamais les loix3 et qui m'eust recherch1 m'en eust deu de reste4 ,c'estoient suspicions muettes1 qui couroient sous main1 ausquelles il n'y a iamais faute d'apparence1 en vn meslange si confus1 non plus que d'espris ou enuieux ou ineptes4 ,i'ayde ordinairement aux presomptions iniurieuses1 que la ,fortune seme contre moy3 par vne faon1 que i'ay ds tousiours1 de fuyr me iustifier1 excuser et interpreter3 estimant que c'est mettre ma conscience en compromis1 de playder pour elle4 ,perspicuitas enim argumentatione eleuatur4 ,et comme1 si chacun voyoit en moy1 aussi cler que ie fay3 au lieu de me tirer arriere de l'accusation1 ie m'y auance2 et la renchery plustost1 par vne confession ironique et moqueuse3 si ie ne m'en tais tout plat1 comme de chose indigne de response4 ,mais ceux qui le prennent pour vne trop hautaine confiance1 ne m'en veulent gueres moins de mal1 que ceux1 qui le prennent pour foiblesse d'vne cause indefensible4 ,nommeement les grands1 enuers lesquels faute de sommission1 est l'extreme faute4 ,rudes toute iustice1 qui se cognoist1 qui se sent3 non demise1 humble et suppliante4 ,i'ay souuent heurt ce pillier4 ,tant y a que de ce qui m'aduint lors1 vn ambitieux s'en fust pendu3 si eust faict vn auaritieux4 ,ie n'ay soing quelconque d'acquerir4 ,sit mihi quod nunc est1 etiam minus2 vt mihi viuam ,quod superest ui1 si quid superesse volent dij4 ,mais les pertes qui me viennent par l'iniure d'autruy1 soit larrecin1 soit violence1 me pincent1 enuiron comme vn homme malade et gehenn d'auarice4 ,l'offence a sans mesure plus d'aigreur1 que n'a la perte4 ,mille diuerses sortes de maux accoururent moy la file4 ,ie les eusse plus gaillardement soufferts1 la foule4 ,ie pensay desia1 entre mes amis1 qui ie pourrois commettre vne vieillesse necessiteuse et disgratiee4 ,apres auoir rod les yeux par tout1 ie me trouuay en pourpoint4 ,pour se laisser tomber plomb1 et de si haut1 il faut que ce soit entre les bras d'vne affection solide1 vigoureuse et fortunee4 ,elles sont rares1 s'il y en a4 ,en fin ie cogneus que le plus seur1 estoit de me fier moy-mesme de moy1 et de ma necessit4 ,et s'il m'aduenoit d'estre froidement en la grace de la ,fortune1 que ie me recommandasse de plus fort la mienne3 m'attachasse1 regardasse de plus pres moy4 ,en toutes choses les hommes se iettent aux appuis estrangers1 pour espargner les propres3 seuls certains et seuls puissans1 qui sait s'en armer4 ,chacun court ailleurs1 et l'aduenir1 d'autant que nul n'est arriu soy4 ,et me resolus1 que c'estoient vtiles inconueniens3 d'autant premierement qu'il faut aduertir coups de foyt1 les mauuais disciples1 quand la raison n'y peut assez1 comme par le feu et violence des coins1 nous ramenons vn bois tortu sa droicteur4 ,ie me presche1 il y a si long temps1 de me tenir moy1 et separer des choses estrangeres3 toutesfois1 ie tourne encores tousiours les yeux cost4 ,l'inclination1 vn mot fauorable d'vn grand1 vn bon visage1 me tente4 ,dieu sait s'il en est chert en ce temps1 et quel sens il porte4 ,i'oys encore sans rider le front1 les subornemens qu'on me faict1 pour me tirer en place marchande3 et m'en deffens si mollement1 qu'il semble1 que ie souffrisse plus volontiers d'en estre vaincu4 ,or vn esprit si indocile1 il faut des bastonnades3 et faut rebattre et reserrer1 bons coups de mail1 ce vaisseau qui se desprent1 se descout1 qui s'eschappe et desrobe de soy4 ,secondement1 que cet accident me seruoit d'exercitation1 pour me preparer pis3 si moy1 qui et par le benefice de la ,fortune1 et par la condition de mes murs1 esperois estre des derniers1 venois estre des premiers attrapp de cette tempeste4 ,m'instruisant de bonne heure1 contraindre ma vie1 et la renger pour vn nouuel estat4 ,la vraye libert c'est pouuoir toute chose sur soy4 ,potentissimus est qui se habet in potestate4 ,en vn temps ordinaire et tranquille1 on se prepare des accidens moderez et communs3 mais en cette confusion1 o nous sommes depuis trente ans1 tout homme ,franois1 soit en particulier1 soit en general1 se voit chaque heure1 sur le poinct de l'entier renuersement de sa fortune4 ,d'autant faut-il tenir son courage fourny de prouisions plus fortes et vigoureuses4 ,sachons gr au sort1 de nous auoir faict viure en vn siecle1 non mol1 languissant1 ny oisif4 ,tel qui ne l'eust est par autre moyen1 se rendra fameux par son malheur4 ,comme ie ne ly guere s histoires1 ces confusions1 des autres estats1 sans regret de ne les auoir peu mieux considerer present4 ,ainsi faict ma curiosit1 que ie m'aggree aucunement1 de veoir de mes yeux1 ce notable spectacle de nostre mort publique1 ses symptomes et sa forme4 ,et puis que ie ne la saurois retarder1 suis content d'estre destin y assister1 et m'en instruire4 ,si cherchons nous euidemment de recognoistre en ombre mesme1 et en la fable des ,theatres1 la montre des ieux tragiques de l'humaine fortune4 ,ce n'est pas sans compassion de ce que nous oyons3 mais nous nous plaisons d'esueiller nostre desplaisir1 par la raret de ces pitoyables euenemens4 ,rien ne chatouille1 qui ne pince4 ,et les bons historiens1 fuyent comme vne eaue dormante1 et mer morte1 des narrations calmes3 pour regaigner les seditions1 les guerres1 o ils sauent que nous les appellons4 ,ie doute si ie puis assez honnestement aduour1 combien vil prix du repos et tranquillit de ma vie1 ie l'ay plus de moiti passee en la ruine de mon pays4 ,ie me donne vn peu trop bon march de patience1 s accidens qui ne me saisissent au propre3 et pour me plaindre moy1 regarde non tant ce qu'on m'oste1 que ce qui me reste de sauue1 et dedans et dehors4 ,il y a de la consolation1 escheuer tantost l'vn1 tantost l'autre1 des maux qui nous guignent de suitte1 et assenent ailleurs1 autour de nous4 ,aussi1 qu'en matiere d'interests publiques1 mesure1 que mon affection est plus vniuersellement espandue1 elle en est plus foible4 ,ioinct qu'il est vray demy1 ,tantum ex publicis malis sentimus1 quantum ad priuatas res pertinet4 ,et que la sant1 d'o nous partismes estoit telle1 qu'elle soulage elle mesme le regret1 que nous en deurions auoir4 ,c'estoit sant1 mais non qu' la comparaison de la maladie1 qui l'a suyuie4 ,nous ne sommes cheus de gueres haut4 ,la corruption et le brigandage1 qui est en dignit et en office1 me semble le moins supportable4 ,on nous volle moins iniurieusement dans vn bois1 qu'en lieu de seuret4 ,c'estoit vne iointure vniuerselle de membres gastez en particulier l'enuy les vns des autres3 et la plus part1 d'vlceres enuieillis1 qui ne receuoient plus1 ny ne demandoient guerison4 ,ce croulement donq m'anima certes plus1 qu'il ne m'atterra1 l'aide de ma conscience1 qui se portoit non paisiblement seulement1 mais fierement2 et ne trouuois en quoy me plaindre de moy4 ,aussi1 comme ,dieu n'enuoye iamais non plus les maux1 que les biens tous purs aux hommes1 ma sant tint bon ce temps-l1 outre son ordinaire4 ,et ainsi que sans elle ie ne puis rien1 il est peu de choses1 que ie ne puisse auec elle4 ,elle me donna moyen d'esueiller toutes mes prouisions1 et de porter la main au deuant de la playe1 qui eust pass volontiers plus outre4 ,et esprouuay en ma patience1 que i'auois quelque tenue contre la ,fortune3 et qu' me faire perdre mes arons1 il falloit vn grand heurt4 ,ie ne le dis pas1 pour l'irriter me faire vne charge plus vigoureuse4 ,ie suis son seruiteur3 ie luy tends les mains4 ,pour ,dieu qu'elle se contente4 ,si ie sens ses assaux8 si fais4 ,comme ceux que la tristesse accable et possede1 se laissent pourtant par interualles tastonner quelque plaisir1 et leur eschappe vn sousrire3 ie puis aussi assez sur moy1 pour rendre mon estat ordinaire1 paisible1 et descharg d'ennuyeuse imagination3 mais ie me laisse pourtant boutades1 surprendre des morsures de ces malplaisantes pensees1 qui me batent1 pendant que ie m'arme pour les chasser1 ou pour les luicter4 ,voicy vn autre rengregement de mal1 qui m'arriua la suitte du reste4 ,et dehors et dedans ma maison1 ie fus accueilly d'vne peste1 vehemente au prix de toute autre4 ,car comme les corps sains sont subiects plus griefues maladies1 d'autant qu'ils ne peuuent estre forcez que par celles-l3 aussi mon air tressalubre1 o d'aucune memoire1 la contagion1 bien que voisine1 n'auoit seu prendre pied1 venant s'empoisonner1 produisit des effects estranges4 ,mista senum et iuuenum densantur funera1 nullum ,sua caput ,proserpina fugit4 ,i'euz souffrir cette plaisante condition1 que la veue de ma maison m'estoit effroyable4 ,tout ce qui y estoit1 estoit sans garde1 et l'abandon de qui en auoit enuie4 ,moy qui suis si hospitalier1 fus en tres penible queste de retraicte1 pour ma famille4 ,vne famille esgaree1 faisant peur ses amis1 et soy-mesme1 et horreur o qu'elle cherchast se placer3 ayant changer de demeure1 soudain qu'vn de la trouppe commenoit se douloir du bout du doigt4 ,toutes maladies sont alors prises pour peste3 on ne se donne pas le loysir de les recognoistre4 ,et c'est le bon3 que selon les regles de l'art1 tout danger qu'on approche1 il faut estre quarante iours en transe de ce mal3 l'imagination vous exerceant cependant sa mode1 et enfleurant vostre sant mesme4 ,tout cela m'eust beaucoup moins touch1 si ie n'eusse eu me ressentir de la peine d'autruy1 et seruir six mois miserablement1 de guide cette carauane4 ,car ie porte en moy mes preseruatifs1 qui sont1 resolution et souffrance4 ,l'apprehension ne me presse guere3 laquelle on craint particulierement en ce mal4 ,et si estant seul1 ie l'eusse voulu prendre1 c'eust est vne suitte1 bien plus gaillarde et plus esloignee4 ,c'est vne mort1 qui ne me semble des pires4 ,elle est communment courte1 d'estourdissement1 sans douleur1 consolee par la condition publique3 sans ceremonie1 sans deuil1 sans presse4 ,mais quant au monde des enuirons1 la centiesme partie des ames ne se peut sauuer4 ,videas desertque regna ,pstorum1 et long saltus latque vacantes4 ,en ce lieu1 mon meilleur reuenu est manuel4 ,ce que cent hommes trauailloient pour moy1 chauma pour long temps4 ,or lors1 quel exemple de resolution ne vismes nous1 en la simplicit de tout ce peuple8 ,generalement1 chacun renonoit au soing de la vie4 ,les raisins demeurerent suspendus aux vignes1 le bien principal du pays3 tous indifferemment se preparans et attendans la mort1 ce soir1 ou au lendemain3 d'vn visage et d'vne voix si peu effroyee1 qu'il sembloit qu'ils eussent compromis cette necessit1 et que ce fust vne condemnation vniuerselle et ineuitable4 ,elle est tousiours telle4 ,mais combien peu1 tient la resolution au mourir8 ,la distance et difference de quelques heures3 la seule consideration de la compagnie1 nous en rend l'apprehension diuerse4 ,voyez ceux-cy3 pour ce qu'ils meurent en mesme mois3 enfans1 ieunes1 vieillards1 ils ne s'estonnent plus1 ils ne se pleurent plus4 ,i'en vis qui craignoient de demeurer derriere1 comme en vne horrible solitude4 ,et n'y cogneu communment1 autre soing que des sepultures3 il leur faschoit de voir les corps espars emmy les champs1 la mercy des bestes3 qui y peuplerent incontinent4 ,comment les fantasies humaines se descouppent6 ,les ,neorites1 nation qu',alexandre subiugua1 iettent les corps des morts au plus profond de leurs bois1 pour y estre mangez4 ,seule sepulture estimee entr'eux heureuse4 ,tel sain faisoit desia sa fosse3 d'autres s'y couchoient encore viuans4 ,et vn maneuure des miens1 auec ses mains1 et ses pieds1 attira sur soy la terre en mourant4 ,estoit ce pas s'abrier pour s'endormir plus son aise8 ,d'vne entreprise en hauteur aucunement pareille celle des soldats ,romains1 qu'on trouua apres la iournee de ,cannes1 la teste plongee dans des trous1 qu'ils auoient faicts et comblez de leurs mains1 en s'y suffoquant4 ,somme toute vne nation fut incontinent par vsage1 logee en vne marche1 qui ne cede en roideur aucune resolution estudiee et consultee4 ,la plus part des instructions de la science1 nous encourager1 ont plus de montre que de force1 et plus d'ornement que de fruict4 ,nous auons abandonn ,nature1 et luy voulons apprendre sa leon3 elle1 qui nous menoit si heureusement et si seurement4 ,et ce pendant1 les traces de son instruction1 et ce peu qui par le benefice de l'ignorance1 reste de son image1 empreint en la vie de cette tourbe rustique d'hommes impollis3 la science est contrainte1 de l'aller tous les iours empruntant1 pour en faire patron ses disciples1 de constance1 d'innocence1 et de tranquillit4 ,il fait beau voir1 que ceux-cy plains de tant de belle cognoissance1 ayent imiter cette sotte simplicit3 et l'imiter1 aux premieres actions de la vertu4 ,et que nostre sapience1 apprenne des bestes mesmes1 les plus vtiles enseignemens1 aux plus grandes et necessaires parties de nostre vie4 ,comme il nous faut viure et mourir1 mesnager nos biens1 aymer et esleuer nos enfans1 entretenir iustice4 ,singulier tesmoignage de l'humaine maladie3 et que cette raison qui se manie nostre poste1 trouuant tousiours quelque diuersit et nouuellet1 ne laisse chez nous aucune trace apparente de la ,nature4 ,et en ont faict les hommes1 comme les parfumiers de l'huile3 ils l'ont sophistiquee de tant d'argumentations1 et de discours appellez du dehors1 qu'elle en est deuenue variable1 et particuliere chacun3 et a perdu son propre visage1 constant1 et vniuersel4 ,et nous faut en chercher tesmoignage des bestes1 non subiect faueur1 corruption1 ny diuersit d'opinions4 ,car il est bien vray1 qu'elles mesmes ne vont pas tousiours exactement dans la route de ,nature1 mais ce qu'elles en desuoyent1 c'est si peu1 que vous en apperceuez tousiours l'orniere4 ,tout ainsi que les cheuaux qu'on meine en main1 font bien des bonds1 et des escapades1 mais c'est la longueur de leurs longes3 et suyuent neantmoins tousiours les pas de celuy qui les guide3 et comme l'oiseau prend son vol1 mais sous la bride de sa filiere4 ,exilia1 tormenta1 bella1 morbos1 naufragia meditare1 vt nullo sis malo tyro4 ,a quoy nous sert cette curiosit1 de preoccuper tous les inconueniens de l'humaine nature1 et nous preparer auec tant de peine l'encontre de ceux mesme1 qui n'ont l'auanture point nous toucher8 7,parem passis tristitiam facit1 pati posse4 ,non seulement le coup1 mais le vent et le pet nous frappe74 ,ou comme les plus fieureux1 car certes c'est fieure1 aller ds cette heure vous faire donner le fout1 par ce qu'il peut aduenir1 que ,fortune vous le fera souffrir vn iour3 et prendre vostre robe fourree ds la ,s4 ,iean1 pour ce que vous en aurez besoing ,noel8 ,iettez vous l'experience de tous les maux qui vous peuuent arriuer1 nommement des plus extremes3 esprouuez vous l1 disent-ils1 asseurez vous l4 ,au rebours2 le plus facile et plus naturel1 seroit en descharger mesme sa pensee4 ,ils ne viendront pas assez tost1 leur vray estre ne nous dure pas assez1 il faut que nostre esprit les estende et les allonge1 et qu'auant la main il les incorpore en soy1 et s'en entretienne1 comme s'ils ne poisoient pas raisonnablement nos sens4 ,ils poiseront assez1 quand ils y seront 7dit vn des maistres1 non de quelque tendre secte1 mais de la plus dure7 cependant fauorise toy3 croy ce que tu aimes le mieux3 que te sert il d'aller recueillant et preuenant ta male fortune3 et de perdre le present1 par la crainte du futur3 et estre ds cette heure miserable1 par ce que tu le dois estre auec le temps8 ,ce sont ses mots4 ,la science nous faict volontiers vn bon office1 de nous instruire bien exactement des dimensions des maux4 ,curis acuens mortalia corda4 ,ce seroit dommage1 si partie de leur grandeur eschappoit nostre sentiment et cognoissance4 ,il est certain1 qu' la plus part1 la preparation la mort1 a donn plus de torment1 que n'a faict la souffrance4 ,il fut iadis veritablement dict1 et par vn bien iudicieux autheur3 ,minus afficit sensus fatigatio1 qum cogitatio4 ,le sentiment de la mort presente1 nous anime par fois de soy mesme1 d'vne prompte resolution1 de ne plus euiter chose du tout ineuitable4 ,plusieurs gladiateurs se sont veus au temps pass1 apres auoir couardement combattu1 aualler courageusement la mort2 offrans leur gosier au fer de l'ennemy1 et le conuians4 ,la veue esloignee de la mort aduenir1 a besoing d'vne fermet lente1 et difficile par consequent fournir4 ,si vous ne sauez pas mourir1 ne vous chaille4 ,nature vous en informera sur le champ1 plainement et suffisamment2 elle fera exactement cette besongne pour vous1 n'en empeschez vostre soing4 ,incertam frustra1 mortales1 funeris horam ,quritis1 et qua sit mors aditura via4 ,pna minor certam subito perferre ruinam1 ,quod timeas grauius sustinuisse diu4 ,nous troublons la vie par le soing de la mort1 et la mort par le soing de la vie4 ,l'vne nous ennuye1 l'autre nous effraye4 ,ce n'est pas contre la mort1 que nous nous preparons1 c'est chose trop momentanee4 ,vn quart d'heure de passion sans consequence1 sans nuisance1 ne merite pas des preceptes particuliers4 ,a dire vray1 nous nous preparons contre les preparations de la mort4 ,la philosophie nous ordonne1 d'auoir la mort tousiours deuant les yeux1 de la preuoir et considerer auant le temps3 et nous donne apres1 les regles et les precautions1 pour prouuoir ce1 que cette preuoyance1 et cette pensee ne nous blesse4 ,ainsi font les medecins qui nous iettent aux maladies1 afin qu'ils ayent o employer leurs drogues et leur art4 ,si nous n'auons seu viure1 c'est iniustice de nous apprendre mourir et difformer la fin de son total4 ,si nous auons seu viure1 constamment et tranquillement1 nous saurons mourir de mesme4 ,ils s'en venteront tant qu'il leur plaira4 ,tota philosophorum vita commentatio mortis est4 ,mais il m'est aduis1 que c'est bien le bout1 non pourtant le but de la vie4 ,c'est sa fin1 son extremit1 non pourtant son obiect4 ,elle doit estre elle mesme soy1 sa visee1 son dessein4 ,son droit estude est se regler1 se conduire1 se souffrir4 ,au nombre de plusieurs autres offices1 que comprend le general et principal chapitre de sauoir viure1 est cet article de sauoir mourir4 ,et des plus legers1 si nostre crainte ne luy donnoit poids4 ,a les iuger par l'vtilit1 et par la verit naifue1 les leons de la simplicit1 ne cedent gueres celles que nous presche la doctrine au contraire4 ,les hommes sont diuers en sentiment et en force3 il les faut mener leur bien1 selon eux3 et par routes diuerses4 ,qu me cumque rapit tempestas1 deferor hospes4 ,ie ne vy iamais paysan de mes voisins1 entrer en cogitation de quelle contenance1 et asseurance1 il passeroit cette heure derniere4 ,nature luy apprend ne songer la mort1 que quand il se meurt4 ,et lors il y a meilleure grace qu',aristote3 lequel la mort presse doublement1 et par elle1 et par vne si longue premeditation4 ,pourtant fut-ce l'opinion de ,csar1 que la moins premeditee mort1 estoit la plus heureuse1 et plus deschargee4 ,plus dolet qum necesse est1 qui ant dolet qum necesse est4 ,l'aigreur de cette imagination1 naist de nostre curiosit4 ,nous nous empeschons tousiours ainsi3 voulans deuancer et regenter les prescriptions naturelles4 ,ce n'est qu'aux docteurs1 d'en disner plus mal1 tous sains1 et se renfroigner de l'image de la mort4 ,le commun1 n'a besoing ny de remede ny de consolation1 qu'au heurt1 et au coup4 ,et n'en considere qu'autant iustement qu'il en souffre4 ,est-ce pas ce que nous disons1 que la stupidit1 et faute d'apprehension1 du vulgaire1 luy donne cette patience aux maux presens1 et cette profonde nonchalance des sinistres accidens futurs8 ,que leur ame pour estre plus crasse1 et obtuse1 est moins penetrable et agitable8 ,pour ,dieu s'il est ainsi1 tenons d'ores en auant escole de bestise4 ,c'est l'extreme fruit1 que les sciences nous promettent1 auquel ceste-cy conduict si doucement ses disciples4 ,nous n'aurons pas faute de bons regens1 interpretes de la simplicit naturelle4 ,socrates en sera l'vn4 ,car de ce qu'il m'en souuient1 il parle enuiron en ce sens1 aux iuges qui deliberent de sa vie3 ,i'ay peur1 messieurs1 si ie vous prie de ne me faire mourir1 que ie m'enferre en la delation de mes accusateurs2 qui est3 ,que ie fais plus l'entendu que les autres3 comme ayant quelque cognoissance plus cachee1 des choses qui sont au dessus et au dessous de nous4 ,ie say que ie n'ay ni frequent1 ny recogneu la mort1 ni n'ay veu personne qui ait essay ses qualitez1 pour m'en instruire4 ,ceux qui la craignent presupposent la cognoistre3 quant moy1 ie ne say ny quelle elle est1 ny quel il faict en l'autre monde4 ,a l'auanture est la mort chose indifferente1 l'auanture desirable4 ,il est croire pourtant1 si c'est vne transmigration d'vne place autre1 qu'il y a de l'amendement1 d'aller viure auec tant de grands personnages trespassez3 et d'estre exempt d'auoir plus affaire iuges iniques et corrompus4 ,si c'est vn aneantissement de nostre estre1 c'est encore amendement d'entrer en vne longue et paisible nuit4 ,nous ne sentons rien de plus doux en la vie1 qu'vn repos et sommeil tranquille1 et profond sans songes4 ,les choses que ie say estre mauuaises1 comme d'offencer son prochain1 et desobeir au superieur1 soit ,dieu1 soit homme1 ie les euite soigneusement3 celles desquelles ie ne say1 si elles sont bonnes ou mauuaises1 ie ne les saurois craindre4 ,si ie m'en vay mourir1 et vous laisse en vie3 les ,dieux seuls voyent1 qui1 de vous ou de moy1 il en ira mieux4 ,parquoy pour mon regard1 vous en ordonnerez1 comme il vous plaira4 ,mais selon ma faon de conseiller les choses iustes et vtiles1 ie dy bien1 que pour vostre conscience vous ferez mieux de m'eslargir1 si vous ne voyez plus auant que moy en ma cause4 ,et iugeant selon mes actions passees1 et publiques1 et priuees1 selon mes intentions1 et selon le profit1 que tirent tous les iours de ma conuersation tant de nos citoyens1 ieunes et vieux1 et le fruit1 que ie vous fay tous1 vous ne pouuez dument vous descharger enuers mon merite1 qu'en ordonnant1 que ie sois nourry1 attendu ma pauuret1 au ,prytanee1 aux despens publiques3 ce que souuent ie vous ay veu moindre raison1 octroyer d'autres4 ,ne prenez pas obstination ou desdaing1 que1 suyuant la coustume1 ie n'aille vous suppliant et esmouuant commiseration4 ,i'ay des amis et des parents1 n'estant1 comme dict ,homere1 engendr ny de bois1 ny de pierre non plus que les autres3 capables de se presenter1 avec des larmes1 et le dueil3 et ay trois enfans esplorez1 dequoy vous tirer piti4 ,mais ie feroy honte nostre ville1 en l'aage que ie suis1 et en telle reputation de sagesse1 que m'en voyci en preuention1 de m'aller desmettre si lasches contenances4 ,que diroit-on des autres ,atheniens8 ,i'ay tousiours admonnest ceux qui m'ont ouy parler1 de ne racheter leur vie1 par vne action deshonnete4 ,et aux guerres de mon pays ,amphipolis1 ,potidee1 ,delie1 et autres o ie me suis trouu1 i'ay montr par effect1 combien i'estoy loing de garantir ma seuret par ma honte4 ,d'auantage i'interesserois vostre deuoir1 et vous conuierois choses laydes3 car ce n'est pas mes prieres de vous persuader3 c'est aux raisons pures et solides de la iustice4 ,vous auez iur aux ,dieux d'ainsi vous maintenir4 ,il sembleroit1 que ie vous vousisse souponner et recriminer1 de ne croire pas1 qu'il y en aye4 ,et moy mesme tesmoigneroy contre moy1 de ne croire point en eux1 comme ie doy3 me deffiant de leur conduicte1 et ne remettant purement en leurs mains mon affaire4 ,ie m'y fie du tout3 et tiens pour certain1 qu'ils feront en cecy1 selon qu'il sera plus propre vous et moy4 ,les gens de bien ny viuans1 ny morts1 n'ont aucunement se craindre des ,dieux4 ,voyla pas vn playdoy puerile1 d'vne hauteur inimaginable et employ en quelle necessit8 ,vrayement ce fut raison1 qu'il le preferast celuy1 que ce grand orateur ,lysias1 auoit mis par escrit pour luy3 excellemment faonn au stile iudiciaire3 mais indigne d'vn si noble criminel4 ,eust on ou de la bouche de ,socrates vne voix suppliante8 ,cette superbe vertu1 eust elle cal1 au plus fort de sa montre8 ,et sa riche et puissante nature1 eust elle commis l'art sa defense3 et en son plus haut essay1 renonc la verit et nauet1 ornemens de son parler1 pour se parer du fard1 des figures1 et feintes1 d'vne oraison apprinse8 ,il feit tressagement1 et selon luy1 de ne corrompre vne teneur de vie incorruptible1 et vne si saincte image de l'humaine forme1 pour allonger d'vn an sa decrepitude3 et trahir l'immortelle memoire de cette fin glorieuse4 ,il deuoit sa vie1 non pas soy1 mais l'exemple du monde4 ,seroit ce pas dommage publique1 qu'il eust acheuee d'vne oysiue et obscure faon8 ,certes vne si nonchallante et molle consideration de sa mort1 meritoit que la posterit la considerast d'autant plus pour luy4 ,ce qu'elle fit4 ,et il n'y a rien en la iustice si iuste1 que ce que la ,fortune ordonna pour sa recommandation4 ,car les ,atheniens eurent en telle abomination ceux1 qui en auoient est cause1 qu'on les fuyoit comme personnes excommuniees4 ,on tenoit pollu tout ce1 quoy ils auoient touch3 personne l'estuue ne lauoit auec eux1 personne ne les saluoit ni accointoit3 si qu'en fin ne pouuant plus porter cette haine publique1 ils se pendirent eux mesmes4 ,si quelqu'vn estime1 que parmy tant d'autres exemples que i'auois choisir pour le seruice de mon propos1 s dits de ,socrates1 i'aye mal tri cestuy-cy3 et qu'il iuge1 ce discours estre esleu au dessus des opinions communes3 ie l'ay faict escient3 car ie iuge autrement4 ,et tiens que c'est vn discours1 en rang1 et en nafuet bien plus arriere1 et plus bas1 que les opinions communes4 ,il represente en vne hardiesse inartificielle et securit enfantine la pure et premiere impression et ignorance de nature4 ,car il est croyable1 que nous auons naturellement crainte de la douleur2 mais non de la mort1 cause d'elle4 ,c'est vne partie de nostre estre1 non moins essentielle que le viure4 ,a quoy faire1 nous en auroit ,nature engendr la haine et l'horreur1 veu qu'elle luy tient rang de tres-grande vtilit1 pour nourrir la succession et vicissitude de ses ouurages8 ,et qu'en cette republique vniuerselle1 elle sert plus de naissance et d'augmentation1 que de perte ou ruyne3 ,sic rerum summa nouatur3 ,mille animas vna necata dedit4 ,la deffaillance d'vne vie1 est le passage mille autres vies4 ,nature a empreint aux bestes1 le soing d'elles et de leur conseruation4 ,elles vont iusques-l1 de craindre leur empirement3 de se heurter et blesser3 que nous les encheuestrions et battions1 accidents subiects leur sens et experience4 ,mais que nous les tuions1 elles ne le peuuent craindre1 ny n'ont la facult d'imaginer et conclurre la mort4 ,si dit-on encore qu'on les void1 non seulement la souffrir gayement3 la plus-part des cheuaux hannissent en mourant1 les cygnes la chantent3 mais de plus1 la rechercher leur besoing2 comme portent plusieurs exemples des elephans4 ,outre ce1 la faon d'argumenter1 de laquelle se sert icy ,socrates1 est-elle pas admirable esgallement1 en simplicit et en vehemence8 ,vrayment il est bien plus ais1 de parler comme ,aristote1 viure comme ,csar1 qu'il n'est ais de parler et viure comme ,socrates4 ,l1 loge l'extreme degr de perfection et de difficult3 l'art n'y peut ioindre4 ,or nos facultez ne sont pas ainsi dresses4 ,nous ne les essayons1 ny ne les cognoissons3 nous nous inuestissons de celles d'autruy1 et laissons chomer les nostres4 ,comme quelqu'vn pourroit dire de moy3 que i'ay seulement faict icy vn amas de fleurs estrangeres1 n'y ayant fourny du mien1 que le filet les lier4 ,certes i'ay donn l'opinion publique1 que ces parements empruntez m'accompaignent3 mais ie n'entends pas qu'ils me couurent1 et qu'ils me cachent3 c'est le rebours de mon dessein4 ,qui ne veux faire montre que du mien et de ce qui est mien par nature4 ,et si ie m'en fusse creu1 tout hazard1 i'eusse parl tout fin seul4 ,ie m'en charge de plus fort1 tous les iours1 outre ma proposition et ma forme premiere1 sur la fantasie du siecle3 et par oisiuet4 ,s'il me messied moy1 comme ie le croy1 n'importe3 il peut estre vtile quelque autre4 ,tel allegue ,platon et ,homere1 qui ne les vid onques3 et moy1 ay prins des lieux assez1 ailleurs qu'en leur source4 ,sans peine et sans suffisance1 ayant mille volumes de liures1 autour de moy1 en ce lieu o i'escris1 i'emprunteray presentement s'il me plaist1 d'vne douzaine de tels rauaudeurs1 gens que ie ne fueillette guere1 dequoy esmailler le traict de la ,physionomie4 ,il ne faut que l'epitre liminaire d'vn ,allemand pour me farcir d'allegations3 et nous allons quester par l vne friande gloire1 piper le sot monde4 ,ces pastissages de lieux communs1 dequoy tant de gents mesnagent leur estude1 ne seruent guere qu' subiects communs3 et seruent nous montrer1 non nous conduire3 ridicule fruict de la science1 que ,socrates exagite si plaisamment contre ,euthydemus4 ,i'ay veu faire des liures de choses1 ny iamais estudies ny entendus3 l'autheur commettant diuers de ses amis sauants1 la recherche de cette-cy1 et de cette autre matiere1 le bastir3 se contentant pour sa part1 d'en auoir proiett le dessein1 et li par son industrie1 ce fagot de prouisions incogneus3 au moins est sien l'ancre1 et le papier4 ,cela1 c'est achetter1 ou emprunter vn liure1 non pas le faire4 ,c'est apprendre aux hommes1 non qu'on sait faire vn liure1 mais1 ce dequoy ils pouuoient estre en doute1 qu'on ne le sait pas faire4 ,vn president se ventoit o i'estois1 d'auoir amoncel deux cens tant de lieux estrangers1 en vn sien arrest presidental4 ,en le preschant1 il effaoit la gloire qu'on luy en donnoit4 ,pusillanime et absurde venterie mon gr1 pour vn tel subiect et telle personne4 ,ie fais le contraire3 et parmy tant d'emprunts1 suis bien aise d'en pouuoir desrober quelqu'vn3 le desguisant et difformant nouueau seruice4 ,au hazard1 que ie laisse dire1 que c'est par faute d'auoir entendu son naturel vsage1 ie luy donne quelque particuliere adresse de ma main1 ce qu'il en soit d'autant moins purement estranger4 ,ceux-cy mettent leurs larrecins en parade et en conte4 ,aussi ont-ils plus de credit aux loix que moy4 ,nous autres naturalistes1 estimons1 qu'il y aye grande et incomparable preference1 de l'honneur de l'inuention1 l'honneur de l'allegation4 ,si i'eusse voulu parler par science1 i'eusse parl plustost4 ,i'eusse escrit du temps plus voisin de mes estudes1 que i'auois plus d'esprit et de memoire4 ,et me fusse plus fi la vigueur de cet aage l1 qu' cettuy-cy1 si i'eusse voulu faire mestier d'escrire4 ,et quoy1 si cette faueur gratieuse1 que la ,fortune m'a n'aguere offerte par l'entremise de cet ouurage1 m'eust peu rencontrer en telle saison au lieu de celle-cy2 o elle est egallement desirable posseder1 et preste perdre8 ,deux de mes cognoissans1 grands hommes en cette facult1 ont perdu par moiti1 mon aduis1 d'auoir refus de se mettre au iour1 quarante ans1 pour attendre les soixante4 ,la maturit a ses deffaux1 comme la verdeur1 et pires4 ,et autant est la vieillesse incommode cette nature de besongne1 qu' toute autre4 ,quiconque met sa decrepitude soubs la presse1 faict folie1 s'il espere en espreindre des humeurs1 qui ne sentent le disgrati1 le resueur et l'assoupy4 ,nostre esprit se constipe et s'espessit en vieillissant4 ,ie dis pompeusement et opulemment l'ignorance1 et dis la science maigrement et piteusement4 ,accessoirement cette-cy1 et accidentalement3 celle-l expressment1 et principallement4 ,et ne traicte poinct nomm de rien1 que du rien3 ny d'aucune science1 que de celle de l'inscience4 ,i'ay choisi le temps1 o ma vie1 que i'ay peindre1 ie l'ay toute deuant moy3 ce qui en reste1 tient plus de la mort4 ,et de ma mort seulement1 si ie la rencontrois babillarde1 comme font d'autres1 donrois-ie encores volontiers aduis au peuple1 en deslogeant4 ,socrates a est vn exemplaire parfaict en toutes grandes qualitez4 ,i'ay despit1 qu'il eust rencontr vn corps si disgrati1 comme ils disent1 et si disconuenable la beaut de son ame1 luy si amoureux et si affol de la beaut4 ,nature luy fit iniustice4 ,il n'est rien plus vray-semblable1 que la conformit et relation du corps l'esprit4 ,ipsi animi1 magni refert1 quali in corpore locati sint3 multa enim corpore existunt1 qu acuant mentem3 multa1 qu obtundant4 ,cettuy-cy parle d'vne laideur desnature1 et difformit de membres3 mais nous appellons laideur aussi1 vne mesauenance au premier regard1 qui loge principallement au visage3 et nous desgoute par le teint1 vne tache1 vne rude contenance1 par quelque cause souuent inexplicable1 en des membres pourtant bien ordonnez et entiers4 ,la laideur1 qui reuestoit vne ame tres-belle en la ,boittie1 estoit de ce predicament4 ,cette laideur superficielle1 qui est toutesfois la plus imperieuse1 est de moindre preiudice l'estat de l'esprit3 et a peu de certitude en l'opinion des hommes4 ,l'autre1 qui d'vn plus propre nom1 s'appelle difformit plus substantielle1 porte plus volontiers coup iusques au dedans4 ,non pas tout soulier de cuir bien liss1 mais tout soulier bien form1 montre l'interieure forme du pied4 ,comme ,socrates disoit de la sienne1 qu'elle en accusoit iustement1 autant en son ame1 s'il ne l'eust corrige par institution4 ,mais en le disant1 ie tiens qu'il se mocquoit1 suiuant son vsage3 et iamais ame si excellente1 ne se fit elle-mesme4 ,ie ne puis dire assez souuent1 combien i'estime la beaut1 qualit puissante et aduantageuse4 ,il l'appelloit1 vne courte tyrannie3 et ,platon1 le priuilege de nature4 ,nous n'en auons point qui la surpasse en credit4 ,elle tient le premier rang au commerce des hommes4 ,elle se presente au deuant3 seduict et preoccupe nostre iugement1 auec grande authorit et merueilleuse impression4 ,phryn perdoit sa cause1 entre les mains d'vn excellent aduocat1 si1 ouurant sa robbe1 elle n'eust corrompu ses iuges1 par l'esclat de sa beaut4 ,et ie trouue1 que ,cyrus1 ,alexandre1 ,csar1 ces trois maistres du monde1 ne l'ont pas oublie faire leurs grands affaires4 ,non a pas le premier ,scipion4 ,vn mesme mot embrasse en ,grec le bel et le bon4 ,et le ,s4 ,esprit appelle souuent bons1 ceux qu'il veut dire beaux4 ,ie maintiendroy volontiers le rang des biens1 selon que portoit la chanson1 que ,platon dit auoir est triuiale1 prinse de quelque ancien pote3 ,la sant1 la beaut1 la richesse4 ,aristote dit1 appartenir aux beaux1 le droict de commander3 et quand il en est1 de qui la beaut approche celle des images des ,dieux1 que la veneration leur est pareillement deu4 ,a celuy qui luy demandoit1 pourquoy plus long temps1 et plus souuent1 on hantoit les beaux3 ,cette demande1 feit-il1 n'appartient estre faicte1 que par vn aueugle4 ,la plus-part et les plus grands philosophes1 payerent leur escholage1 et acquirent la sagesse1 par l'entremise et faueur de leur beaut4 ,non seulement aux hommes qui me seruent1 mais aux bestes aussi1 ie la considere deux doigts pres de la bont4 ,si me semble-il1 que ce traict et faon de visage1 et ces lineaments1 par lesquels on argumente aucunes complexions internes1 et nos fortunes venir1 est chose qui ne loge pas bien directement et simplement1 soubs le chapitre de beaut et de laideur4 ,non plus que toute bonne odeur1 et serenit d'air1 n'en promet pas la sant3 ny toute espesseur et puanteur1 l'infection1 en temps pestilent4 ,ceux qui accusent les dames1 de contre-dire leur beaut par leurs murs1 ne rencontrent pas tousiours4 ,car en vne face qui ne sera pas trop bien compose1 il peut loger quelque air de probit et de fiance4 ,comme au rebours1 i'ay leu par fois entre deux beaux yeux1 des menasses d'vne nature maligne et dangereuse4 ,il y a des physionomies fauorables3 et en vne presse d'ennemis victorieux1 vous choisirez incontinent parmy des hommes incogneus1 l'vn plustost que l'autre1 qui vous rendre et fier vostre vie3 et non proprement par la consideration de la beaut4 ,c'est vne foible garantie que la mine1 toutesfois elle a quelque consideration4 ,et si i'auois les foyter1 ce seroit plus rudement1 les meschans qui dementent et trahissent les promesses que ,nature leur auoit plantes au front4 ,ie punirois plus aigrement la malice1 en vne apparence debonnaire4 ,il semble qu'il y ait aucuns visages heureux1 d'autres malencontreux4 ,et crois1 qu'il y a quelque art1 distinguer les visages debonnaires des niais1 les seueres des rudes1 les malicieux des chagrins1 les desdaigneux des melancholiques1 et telles autres qualitez voisines4 ,il y a des beautez1 non fieres seulement1 mais aigres3 il y en a d'autres douces1 et encores au del1 fades4 ,d'en prognostiquer les auantures futures1 ce sont matieres que ie laisse indecises4 ,i'ay pris1 comme i'ay dict ailleurs1 bien simplement et crument1 pour mon regard1 ce precepte ancien3 ,que nous ne saurions faillir suiure ,nature3 que le souuerain precepte1 c'est de se conformer elle4 ,ie n'ay pas corrig comme ,socrates1 par la force de la raison1 mes complexions naturelles3 et n'ay aucunement troubl par art1 mon inclination4 ,ie me laisse aller1 comme ie suis venu4 ,ie ne combats rien4 ,mes deux maistresses pieces viuent de leur grace en paix et bon accord3 mais le laict de ma nourrice a est1 ,dieu mercy1 mediocrement sain et temper4 ,diray-ie cecy en passant3 que ie voy tenir en plus de prix qu'elle ne vaut1 qui est seule quasi en vsage entre nous1 certaine image de preud'hommie scholastique1 serue des preceptes1 contraincte soubs l'esperance et la crainte8 ,ie l'aime telle que loix et religions1 non facent1 mais parfacent1 et authorisent3 qui se sente dequoy se soustenir sans aide3 ne en nous de ses propres racines1 par la semence de la raison vniuerselle1 empreinte en tout homme non desnatur4 ,cette raison1 qui redresse ,socrates de son vicieux ply1 le rend obessant aux hommes et aux ,dieux1 qui commandent en sa ville3 courageux en la mort1 non parce que son ame est immortelle1 mais parce qu'il est mortel4 ,ruineuse instruction toute police1 et bien plus dommageable qu'ingenieuse et subtile1 qui persuade aux peuples1 la religieuse creance suffire seule1 et sans les murs1 contenter la diuine iustice4 ,l'vsage nous faict veoir1 vne distinction enorme1 entre la deuotion et la conscience4 ,i'ay vne apparence fauorable1 et en forme et en interpretation4 ,quid dixi habere me8 ,im habui ,chreme6 ,heu tantm attriti corporis ossa vides6 ,et qui faict vne contraire montre celle de ,socrates4 ,il m'est souuent aduenu1 que sur le simple credit de ma presence1 et de mon air1 des personnes qui n'auoient aucune cognoissance de moy1 s'y sont grandement fies1 soit pour leurs propres affaires1 soit pour les miennes4 ,et en ay tir s pas estrangers des faueurs singulieres et rares4 ,mais ces deux experiences1 valent l'auanture1 que ie les recite particulierement4 ,vn quidam delibera de surprendre ma maison et moy4 ,son art fut1 d'arriuer seul ma porte1 et d'en presser vn peu instamment l'entre4 ,ie le cognoissois de nom1 et auois occasion de me fier de luy1 comme de mon voisin et aucunement mon alli4 ,ie luy fis ouurir comme ie fais chacun4 ,le voicy tout effroy1 son cheual hors d'haleine1 fort harass4 ,il m'entretint de cette fable3 ,qu'il venoit d'estre rencontr vne demie lieu de l1 par vn sien ennemy1 lequel ie cognoissois aussi1 et auois ouy parler de leur querelle3 que cet ennemy luy auoit merueilleusement chauss les esperons3 et qu'ayant est surpris en desarroy et plus foible en nombre1 il s'estoit iett ma porte sauuet4 ,qu'il estoit en grand peine de ses gens1 lesquels il disoit tenir pour morts ou prins4 ,i'essayay tout nafuement de le conforter1 asseurer1 et refreschir4 ,tantost apres1 voila quatre ou cinq de ses soldats1 qui se presentent en mesme contenance1 et effroy1 pour entrer3 et puis d'autres1 et d'autres encores apres1 bien equippez1 et bien armez3 iusques vingt cinq ou trante1 feignants auoir leur ennemy aux talons4 ,ce mystere commenoit taster mon soupon4 ,ie n'ignorois pas en quel siecle ie viuois1 combien ma maison pouuoit estre enuie1 et auois plusieurs exemples d'autres de ma cognoissance1 qui il estoit mes-aduenu de mesme4 ,tant y a1 que trouuant qu'il n'y auoit point d'acquest d'auoir commenc faire plaisir1 si ie n'acheuois1 et ne pouuant me deffaire sans tout rompre2 ie me laissay aller au party le plus naturel et le plus simple1 comme ie fais tousiours3 commendant qu'ils entrassent4 ,aussi la verit1 ie suis peu deffiant et souponneux de ma nature4 ,ie panche volontiers vers l'excuse1 et l'interpretation plus douce4 ,ie prens les hommes selon le commun ordre1 et ne croy pas ces inclinations peruerses et desnatures1 si ie n'y suis forc par grand tesmoignage2 non plus que les monstres et miracles4 ,et suis homme en outre1 qui me commets volontiers la ,fortune1 et me laisse aller corps perdu1 entre ses bras4 ,dequoy iusques cette heure i'ay eu plus d'occasion de me lour1 que de me plaindre4 ,et l'ay trouue et plus auise1 et plus amie de mes affaires1 que ie ne suis4 ,il y a quelques actions en ma vie1 desquelles on peut iustement nommer la conduite difficile2 ou1 qui voudra1 prudente4 ,de celles-l mesmes1 posez1 que la tierce partie soit du mien1 certes les deux tierces sont richement elle4 ,nous faillons1 ce me semble1 en ce que nous ne nous fions pas assez au ciel de nous4 ,et pretendons plus de nostre conduite1 qu'il ne nous appartient4 ,pourtant fouruoyent si souuent nos desseins4 ,il est enuieux de l'estendu1 que nous attribuons aux droicts de l'humaine prudence1 au preiudice des siens4 ,et nous les racourcit d'autant plus1 que nous les amplifions4 ,ceux-cy se tindrent cheual1 en ma cour3 le chef auec moy dans ma sale1 qui n'auoit voulu qu'on establast son cheual1 disant auoir se retirer incontinent qu'il auroit eu nouuelles de ses hommes4 ,il se veid maistre de son entreprinse3 et n'y restoit sur ce poinct1 que l'execution4 ,souuent depuis il a dict1 car il ne craignoit pas de faire ce conte1 que mon visage1 et ma franchise1 luy auoient arrach la trahison des poings4 ,il remonte cheual1 ses gens ayants continuellement les yeux sur luy1 pour voir quel signe il leur donneroit3 bien estonnez de le voir sortir et abandonner son aduantage4 ,vne autre fois1 me fiant ie ne say quelle treue1 qui venoit d'estre publie en nos armes1 ie m'acheminay vn voyage1 par pas estrangement chatoilleux4 ,ie ne fus pas si tost esuent1 que voila trois ou quatre caualcades de diuers lieux pour m'attraper4 ,l'vne me ioignit la troisieme iourne3 o ie fus charg par quinze ou vingt ,gentils-hommes masquez1 suiuis d'vne onde d'argoulets4 ,me voila pris et rendu1 retir dans l'espais d'vne forest voisine1 desmont1 deualiz1 mes cofres fouillez1 ma boite prise1 cheuaux et esquipage dispers nouueaux maistres4 ,nous fusmes long temps contester dans ce halier1 sur le faict de ma ranon3 qu'ils me tailloient si haute1 qu'il paroissoit bien que ie ne leur estois guere cogneu4 ,ils entrerent en grande contestation de ma vie4 ,de vray1 il y auoit plusieurs circonstances1 qui me menassoyent du danger o i'en estois4 ,tunc animis opus1 nea1 tunc pectore firmo4 ,ie me maintins tousiours sur le tiltre de ma trefue1 leur quitter seulement le gain qu'ils auoient faict de ma despouille1 qui n'estoit pas mespriser1 sans promesse d'autre ranon4 ,apres deux ou trois heures1 que nous eusmes est l1 et qu'ils m'eurent faict monter sur vn cheual1 qui n'auoit garde de leur eschapper1 et commis ma conduicte particuliere quinze ou vingt harquebusiers1 et dispers mes gens d'autres1 ayant ordonn qu'on nous menast prisonniers1 diuerses routes1 et moy desia achemin deux ou trois harquebusades de l1 ,iam prece ,pollucis1 iam ,castoris implorata3 voicy vne soudaine et tres-inopine mutation qui leur print4 ,ie vis reuenir moy le chef1 auec paroles plus douces3 se mettant en peine de rechercher en la trouppe mes hardes escartes1 et me les faisant rendre1 selon qu'il s'en pouuoit recouurer1 iusques ma boite4 ,le meilleur present qu'ils me firent1 ce fut en fin ma libert3 le reste ne me touchoit gueres en ce temps-l4 ,la vraye cause d'vn changement si nouueau1 et de ce rauisement1 sans aucune impulsion apparente1 et d'vn repentir si miraculeux1 en tel temps1 en vne entreprinse pourpense et delibere1 et deuenue iuste par l'vsage1 7car d'arriue ie leur confessay ouuertement le party duquel i'estois1 et le chemin que ie tenois7 certes ie ne say pas bien encores quelle elle est4 ,le plus apparent qui se demasqua1 et me fit cognoistre son nom1 me redist lors plusieurs fois1 que ie deuoy cette deliurance mon visage1 libert1 et fermet de mes parolles1 qui me rendoient indigne d'vne telle mes-aduenture1 me demanda asseurance d'vne pareille4 ,il est possible1 que la bont diuine se voulut seruir de ce vain instrument pour ma conseruation4 ,elle me deffendit encore lendemain d'autres pires embusches1 desquelles ceux-cy mesme m'auoient aduerty4 ,le dernier est encore en pieds1 pour en faire le conte3 le premier fut tu il n'y a pas long temps4 ,si mon visage ne respondoit pour moy1 si on ne lisoit en mes yeux1 et en ma voix1 la simplicit de mon intention1 ie n'eusse pas dur sans querelle1 et sans offence1 si long temps3 auec cette indiscrette libert1 de dire tort et droict1 ce qui me vient en fantasie1 et iuger temerairement des choses4 ,cette faon peut paroistre auec raison inciuile1 et mal accommode nostre vsage3 mais outrageuse et malitieuse1 ie n'ay veu personne qui l'en ait iuge3 ny qui se soit piqu de ma libert1 s'il l'a receu de ma bouche4 ,les paroles redites1 ont comme autre son1 autre sens4 ,aussi ne hay-ie personne4 ,et suis si lasche offencer1 que pour le seruice de la raison mesme1 ie ne le puis faire4 ,et lors que l'occasion m'a conui aux condemnations criminelles1 i'ay plustost manqu la iustice4 ,vt magis peccari nolim1 qum satis animi ad vindicanda peccata habeam4 ,on reprochoit1 dit-on1 ,aristote1 d'auoir est trop misericordieux enuers vn meschant homme3 ,i'ay est de vray1 dit-il1 misericordieux enuers l'homme1 non enuers la meschancet4 ,les iugements ordinaires1 s'exasperent la punition par l'horreur du meffaict4 ,cela mesme refroidit le mien4 ,l'horreur du premier meurtre1 m'en faict craindre vn second4 ,et la laideur de la premiere cruaut m'en faict abhorrer toute imitation4 ,a moy1 qui ne suis qu'escuyer de trefles1 peut toucher1 ce qu'on disoit de ,charillus ,roy de ,sparte3 ,il ne sauroit estre bon1 puis qu'il n'est pas mauuais aux meschans4 ,ou bien ainsi3 car ,plutarque le presente en ces deux sortes1 comme mille autres choses diuersement et contrairement3 ,il faut bien qu'il soit bon1 puis qu'il l'est aux meschants mesme4 ,de mesme qu'aux actions legitimes1 ie me fasche de m'y employer1 quand c'est enuers ceux qui s'en desplaisent3 aussi dire verit1 aux illegitimes1 ie ne fay pas assez de conscience1 de m'y employer1 quand c'est enuers ceux qui y consentent4 ,,chapitre ,,xiii4 ,de l',experience4 ,,il n'est desir plus naturel que le desir de cognoissance4 ,nous essayons tous les moyens qui nous y peuuent mener4 ,quand la raison nous faut1 nous y employons l'experience4 ,per varios vsus artem experientia fecit3 ,exemplo monstrante viam4 ,qui est vn moyen de beaucoup plus foible et plus vil4 ,mais la verit est chose si grande1 que nous ne deuons desdaigner aucune entremise qui nous y conduise4 ,la raison a tant de formes1 que nous ne sauons laquelle nous prendre4 ,l'experience n'en a pas moins4 ,la consequence que nous voulons tirer de la conference des euenemens1 est mal seure1 d'autant qu'ils sont tousiours dissemblables4 ,il n'est aucune qualit si vniuerselle1 en cette image des choses1 que la diuersit et variet4 ,et les ,grecs1 et les ,latins1 et nous1 pour le plus expres exemple de similitude1 nous seruons de celuy des ufs4 ,toutesfois il s'est trouu des hommes1 et notamment vn en ,delphes1 qui recognoissoit des marques de difference entre les ufs1 si qu'il n'en prenoit iamais l'vn pour l'autre4 ,et y ayant plusieurs poules1 sauoit iuger de laquelle estoit l'uf4 ,la dissimilitude s'ingere d'elle-mesme en nos ouurages1 nul art peut arriuer la similitude4 ,ny ,perrozet ny autre1 ne peut si soigneusement polir et blanchir l'enuers de ses cartes1 qu'aucuns ioueurs ne les distinguent1 les voir seulement couler par les mains d'vn autre4 ,la ressemblance ne faict pas tant1 vn1 comme la difference faict1 autre4 ,nature s'est oblige ne rien faire autre1 qui ne fust dissemblable4 ,pourtant1 l'opinion de celuy-l ne me plaist guere1 qui pensoit par la multitude des loix1 brider l'authorit des iuges1 en leur taillant leurs morceaux4 ,il ne sentoit point1 qu'il y a autant de libert et d'estendu l'interpretation des loix1 qu' leur faon4 ,et ceux-l se moquent1 qui pensent appetisser nos debats1 et les arrester1 en nous r'appellant l'expresse parolle de la ,bible4 ,d'autant que nostre esprit ne trouue pas le champ moins spatieux1 contre-roller le sens d'autruy1 qu' representer le sien3 et comme s'il y auoit moins d'animosit et d'aspret gloser qu' inuenter4 ,nous voyons1 combien il se trompoit4 ,car nous auons en ,france1 plus de loix que tout le reste du monde ensemble2 et plus qu'il n'en faudroit regler tous les mondes d',epicurus3 ,vt olim flagitijs1 sic nunc legibus laboramus3 et si auons tant laiss opiner et decider nos iuges1 qu'il ne fut iamais libert si puissante et si licencieuse4 ,qu'ont gaign nos legislateurs choisir cent mille especes et faicts particuliers1 et y attacher cent mille loix8 ,ce nombre n'a aucune proportion1 auec l'infinie diuersit des actions humaines4 ,la multiplication de nos inuentions1 n'arriuera pas la variation des exemples4 ,adioustez y en cent fois autant3 il n'aduiendra pas pourtant1 que des euenemens venir1 il s'en trouue aucun1 qui en tout ce grand nombre de milliers d'euenemens choisis et enregistrez1 en rencontre vn1 auquel il se puisse ioindre et apparier1 si exactement1 qu'il n'y reste quelque circonstance et diuersit1 qui requiere diuerse consideration de iugement4 ,il y a peu de relation de nos actions1 qui sont en perpetuelle mutation1 auec les loix fixes et immobiles4 ,les plus desirables1 ce sont les plus rares1 plus simples1 et generales4 ,et encore crois-ie1 qu'il vaudroit mieux n'en auoir point du tout1 que de les auoir en tel nombre que nous auons4 ,nature les donne tousiours plus heureuses1 que ne sont celles que nous nous donnons4 ,tesmoing la peinture de l'aage dor des potes3 et l'estat o nous voyons viure les nations1 qui n'en ont point d'autres4 ,en voila1 qui pour tous iuges1 employent en leurs causes1 le premier passant1 qui voyage le long de leurs montaignes4 ,et ces autres1 eslisent le iour du march1 quelqu'vn d'entr'eux1 qui sur le champ decide tous leurs proces4 ,quel danger y auroit-il1 que les plus sages vuidassent ainsi les nostres1 selon les occurrences1 et l'il2 sans obligation d'exemple1 et de consequence8 ,a chaque pied son soulier4 ,le ,roy ,ferdinand1 enuoyant des colonies aux ,indes1 prouueut sagement qu'on n'y menast aucuns escholiers de la jurisprudence3 de crainte1 que les proces ne peuplassent en ce nouueau monde4 ,comme estant science de sa nature1 generatrice d'altercation et diuision1 iugeant auec ,platon1 que c'est vne mauuaise prouision de pas1 que iurisconsultes1 et medecins4 ,pourquoy est-ce1 que notre langage commun1 si ais tout autre vsage1 deuient obscur et non intelligible1 en contract et testament3 et que celuy qui s'exprime si clairement1 quoy qu'il die et escriue1 ne trouue en cela1 aucune maniere de se declarer1 qui ne tombe en doute et contradiction8 ,si ce n'est1 que les ,princes de cet art s'appliquans d'vne peculiere attention1 trier des mots solemnes1 et former des clauses artistes1 ont tant pois chasque syllabe1 espluch si primement chasque espece de cousture1 que les voila enfrasquez et embrouillez en l'infinit des figures1 et si menus partitions3 qu'elles ne peuuent plus tomber soubs aucun reglement et prescription1 ny aucune certaine intelligence3 ,confusum est quidquid vsque in puluerem sectum est4 ,qui a veu des enfans1 essayans de renger certain nombre1 vne masse d'argent vif3 plus ils le pressent et pestrissent1 et s'estudient le contraindre leur loy1 plus ils irritent la libert de ce genereux metal3 il fuit leur art1 et se va menuisant et esparpillant1 au del de tout conte4 ,c'est de mesme2 car en subdiuisant ces subtilitez1 on apprend aux hommes d'accroistre les doubtes3 on nous met en train1 d'estendre et diuersifier les difficultez3 on les allonge1 on les disperse4 ,en semant les questions et les retaillant1 on faict fructifier et foisonner le monde1 en incertitude et en querelle4 ,comme la terre se rend fertile1 plus elle est esmie et profondement remue4 ,difficultatem facit doctrina4 ,nous doutions sur ,vlpian1 et redoutons encore sur ,bartolus et ,baldus4 ,il falloit effacer la trace de cette diuersit innumerable d'opinions3 non point s'en parer1 et en entester la posterit4 ,ie ne say qu'en dire3 mais il se sent par experience1 que tant d'interpretations dissipent la verit1 et la rompent4 ,aristote a escrit pour tre entendu2 s'il ne l'a peu1 moins le fera vn moins habille3 et vn tiers1 que celuy qui traicte sa propre imagination4 ,nous ouurons la matiere1 et l'espandons en la destrempant4 ,d'vn subiect nous en faisons mille3 et retombons en multipliant et subdiuisant1 l'infinit des atomes d',epicurus4 ,iamais deux hommes ne iugerent pareillement de mesme chose4 ,et est impossible de voir deux opinions semblables exactement3 non seulement en diuers hommes1 mais en mesme homme1 diuerses heures4 ,ordinairement ie trouue doubter1 en ce que le commentaire n'a daign toucher4 ,ie bronche plus volontiers en pas plat3 comme certains cheuaux1 que ie cognois1 qui choppent plus souuent en chemin vny4 ,qui ne diroit que les gloses augmentent les doubtes et l'ignorance1 puis qu'il ne se voit aucun liure1 soit humain1 soit diuin1 sur qui le monde s'embesongne1 duquel l'interpretation face tarir la difficult8 ,le centiesme commentaire1 le renuoye son suiuant1 plus espineux1 et plus scabreux1 que le premier ne l'auoit trouu4 ,quand est-il conuenu entre nous1 ce liure en a assez1 il n'y a meshuy plus que dire8 ,cecy se voit mieux en la chicane4 ,on donne authorit de loy infinis docteurs1 infinis arrests1 et autant d'interpretations4 ,trouuons nous pourtant quelque fin au besoin d'interpreter8 s'y voit-il quelque progrez et aduancement vers la tranquillit8 nous faut-il moins d'aduocats et de iuges1 que lors que cette masse de droict1 estoit encore en sa premiere enfance8 ,au contraire1 nous obscurcissons et enseuelissons l'intelligence4 ,nous ne la descouurons plus1 qu' la mercy de tant de clostures et barrieres4 ,les hommes mescognoissent la maladie naturelle de leur esprit4 ,il ne faict que fureter et quester2 et va sans cesse1 tournoyant1 bastissant1 et s'empestrant1 en sa besongne3 comme nos vers soye1 et s'y estouffe4 ,mus in pice4 ,il pense remarquer de loing1 ie ne say quelle apparence de clart et verit imaginaire3 mais pendant qu'il y court1 tant de difficultez luy trauersent la voye1 d'empeschemens et de nouuelles questes1 qu'elles l'esgarent et l'enyurent4 ,non guere autrement1 qu'il aduint aux chiens d',esope1 lesquels descouurans quelque apparence de corps mort flotter en mer1 et ne le pouuans approcher1 entreprindrent de boire cette eau1 d'asseicher le passage1 et s'y estoufferent4 ,a quoy se rencontre1 ce qu'vn ,crates disoit des escrits de ,heraclitus1 qu'ils auoient besoin d'vn lecteur bon nageur1 afin que la profondeur et pois de sa doctrine1 ne l'engloutist et suffoquast4 ,ce n'est rien que foiblesse particuliere1 qui nous faict contenter de ce que d'autres1 ou que nous-mesmes auons trouu en cette chasse de cognoissance3 vn plus habile ne s'en contentera pas4 ,il y a tousiours place pour vn suiuant1 ouy et pour nous mesmes1 et route par ailleurs4 ,il n'y a point de fin en nos inquisitions4 ,nostre fin est en l'autre monde4 ,c'est signe de racourcissement d'esprit1 quand il se contente3 ou signe de lasset4 ,nul esprit genereux1 ne s'arreste en soy4 ,il pretend tousiours1 et va outre ses forces4 ,il a des eslans au del de ses effects4 ,s'il ne s'auance1 et ne se presse1 et ne s'accule1 et ne se choque et tourneuire1 il n'est vif qu' demy4 ,ses poursuites sont sans terme1 et sans forme4 ,son aliment1 c'est admiration1 chasse1 ambiguit4 ,ce que declaroit assez ,apollo1 parlant tousiours nous doublement1 obscurement et obliquement3 ne nous repaissant pas1 mais nous amusant et embesongnant4 ,c'est vn mouuement irregulier1 perpetuel1 sans patron et sans but4 ,ses inuentions s'eschauffent1 se suiuent1 et s'entreproduisent l'vne l'autre4 ,ainsi voit-on en vn ruisseau coulant1 ,sans fin l'vne eau1 apres l'autre roulant1 ,et tout de rang1 d'vn eternel conduict2 ,l'vne suit l'autre1 et l'vne l'autre fuit4 ,par cette-cy1 celle-l est pousse1 ,et cette-cy1 par l'autre est deuance3 ,tousiours l'eau va dans l'eau1 et tousiours est ce ,mesme ruisseau1 et tousiours eau diuerse4 ,il y a plus affaire interpreter les interpretations1 qu' interpreter les choses3 et plus de liures sur les liures1 que sur autre subiect4 ,nous ne faisons que nous entregloser4 ,tout fourmille de commentaires3 d'autheurs1 il en est grand chert4 ,le principal et plus fameux sauoir de nos siecles1 est-ce pas sauoir entendre les sauants8 ,est-ce pas la fin commune et derniere de touts estudes8 ,nos opinions s'entent les vnes sur les autres4 ,la premiere sert de tige la seconde3 la seconde la tierce4 ,nous eschellons ainsi de degr en degr4 ,et aduient de l1 que le plus haut mont1 a souuent plus d'honneur1 que de merite4 ,car il n'est mont que d'vn grain1 sur les espaules du penultime4 ,combien souuent1 et sottement l'auanture1 ay-ie estendu mon liure parler de soy8 ,sottement1 quand ce ne seroit que pour cette raison3 ,qu'il me deuoit souuenir1 de ce que ie dy des autres1 qui en font de mesmes4 ,que ces illades si frequentes leurs ouurages1 tesmoignent que le cur leur frissonne de son amour1 et les rudoyements mesmes1 desdaigneux dequoy ils le battent1 que ce ne sont que mignardises1 et affetteries1 d'vne faueur maternelle4 ,suiuant ,aristote1 qui1 et se priser et se mespriser1 naissent souuent de pareil air d'arrogance4 ,car mon excuse3 ,que ie doy auoir en cela plus de libert que les autres1 d'autant qu' poinct nomm1 i'escry de moy1 et de mes escrits1 comme de mes autres actions3 que mon theme se renuerse en soy3 ie ne say1 si chacun la prendra4 ,i'ay veu en ,allemagne1 que ,luther a laiss autant de diuisions et d'altercations1 sur le doubte de ses opinions1 et plus1 qu'il n'en esmeut sur les escritures sainctes4 ,nostre contestation est verbale4 ,ie demande que c'est que nature1 volupt1 cercle1 et substitution4 ,la question est de parolles1 et se paye de mesme4 ,vne pierre c'est vn corps3 mais qui presseroit3 ,et corps qu'est-ce8 substance3 et substance quoy8 ainsi de suitte3 acculeroit en fin le respondant au bout de son ,calepin4 ,on eschange vn mot pour vn autre mot1 et souuent plus incogneu4 ,ie say mieux que c'est qu'homme1 que ie ne say que c'est animal1 ou mortel1 ou raisonnable4 ,pour satisfaire vn doute1 ils m'en donnent trois4 ,c'est la teste d',hydra4 ,socrates demandoit ,memnon1 que c'estoit que vertu3 ,il y a1 dist ,memnon1 vertu d'homme et de femme1 de magistrat et d'homme priu1 d'enfant et de vieillart4 ,voicy qui va bien1 s'escria ,socrates3 nous estions en cherche d'vne vertu1 tu nous en apporte vn exaim4 ,nous communiquons vne question1 on nous en redonne vne ruche4 ,comme nul euenement et nulle forme1 ressemble entierement vne autre1 aussi ne differe l'vne de l'autre entierement4 ,ingenieux meslange de ,nature4 ,si nos faces n'estoient semblables1 on ne sauroit discerner l'homme de la beste3 si elles n'estoient dissemblables1 on ne sauroit discerner l'homme de l'homme4 ,toutes choses se tiennent par quelque similitude4 ,tout exemple cloche4 ,et la relation qui se tire de l'experience1 est tousiours defaillante et imparfaicte4 ,on ioinct toutesfois les comparaisons par quelque bout4 ,ainsi seruent les loix2 et s'assortissent ainsin1 chacun de nos affaires1 par quelque interpretation destourne1 contrainte et biaise4 ,puisque les loix ethiques1 qui regardent le deuoir particulier de chacun en soy1 sont si difficiles dresser3 comme nous voyons qu'elles sont3 ce n'est pas merueille1 si celles qui gouuernent tant de particuliers1 le sont d'auantage4 ,considerez la forme de cette iustice qui nous regit2 c'est vn vray tesmoignage de l'humaine imbecillit3 tant il y a de contradiction et d'erreur4 ,ce que nous trouuons faueur et rigueur en la iustice3 et y en trouuons tant1 que ie ne say si l'entre-deux s'y trouue si souuent3 ce sont parties maladiues1 et membres iniustes1 du corps mesmes et essence de la iustice4 ,des pasans1 viennent de m'aduertir en haste1 qu'ils ont laiss presentement en vne forest qui est moy1 vn homme meurtry de cent coups1 qui respire encores1 et qui leur a demand de l'eau par piti1 et du secours pour le sousleuer4 ,disent qu'ils n'ont os l'approcher1 et s'en sont fuis1 de peur que les gens de la iustice ne les y attrapassent3 et comme il se faict de ceux qu'on rencontre pres d'vn homme tu1 ils n'eussent rendre conte de cet accident1 leur totale ruyne3 n'ayans ny suffisance1 ny argent1 pour deffendre leur innocence4 ,que leur euss-ie dict8 ,il est certain1 que cet office d'humanit1 les eust mis en peine4 ,combien auons nous descouuert d'innocens auoir est punis3 ie dis sans la coulpe des iuges2 et combien en y a-il eu1 que nous n'auons pas descouuert8 ,cecy est aduenu de mon temps4 ,certains sont condamnez la mort pour vn homicide2 l'arrest sinon prononc1 au moins conclud et arrest4 ,sur ce poinct1 les iuges sont aduertis par les officiers d'vne cour subalterne1 voisine1 qu'ils tiennent quelques prisonniers1 lesquels aduoent disertement cet homicide1 et apportent tout ce faict1 vne lumiere indubitable4 ,on delibere1 si pourtant on doit interrompre et differer l'execution de l'arrest donn contre les premiers4 ,on considere la nouuellet de l'exemple1 et sa consequence1 pour accrocher les iugemens3 ,que la condemnation est iuridiquement passe2 les iuges priuez de repentance4 ,somme1 ces pauures diables sont consacrez aux formules de la iustice4 ,philippus1 ou quelque autre1 prouueut vn pareil inconuenient1 en cette maniere4 ,il auoit condamn en grosses amendes1 vn homme enuers vn autre1 par vn iugement resolu4 ,la verit se descouurant quelque temps apres1 il se trouua qu'il auoit iniquement iug4 ,d'vn cost estoit la raison de la cause3 de l'autre cost la raison des formes iudiciaires4 ,il satisfit aucunement toutes les deux1 laissant en son estat la sentence1 et recompensant de sa bourse1 l'interest du condamn4 ,mais il auoit affaire vn accident reparable2 les miens furent pendus irreparablement4 ,combien ay-ie veu de condemnations1 plus crimineuses que le crime8 ,tout cecy me faict souuenir de ces anciennes opinions3 ,qu'il est force de faire tort en detail1 qui veut faire droict en gros2 et iniustice en petites choses1 qui veut venir chef de faire iustice s grandes3 ,que l'humaine iustice est forme au modelle de la medecine1 selon laquelle1 tout ce qui est vtile est aussi iuste et honneste4 ,et de ce que tiennent les ,stociens1 que ,nature mesme procede contre iustice1 en la plus-part de ses ouurages4 ,et de ce que tiennent les ,cyrenaques1 qu'il n'y a rien iuste de soy3 que les coustumes et loix forment la iustice4 ,et les ,theodoriens1 qui trouuent iuste au sage le larrecin1 le sacrilege1 toute sorte de paillardise1 s'il cognoist qu'elle luy soit profitable4 ,il n'y a remede4 ,i'en suis l1 comme ,alcibiades1 que ie ne me representeray iamais1 que ie puisse1 homme qui decide de ma teste3 o mon honneur1 et ma vie1 depende de l'industrie et soing de mon procureur1 plus que de mon innocence4 ,ie me hazarderois vne telle iustice1 qui me recogneust du bien faict1 comme du mal faict3 o i'eusse autant esperer1 qu' craindre4 ,l'indemnit n'est pas monnoye suffisante1 vn homme qui faict mieux1 que de ne faillir point4 ,nostre iustice ne nous presente que l'vne de ses mains2 et encore la gauche4 ,quiconque il soit1 il en sort auecques perte4 ,en la ,chine1 duquel royaume la police et les arts1 sans commerce et cognoissance des nostres1 surpassent nos exemples1 en plusieurs parties d'excellence3 et duquel l'histoire m'apprend1 combien le monde est plus ample et plus diuers1 que ny les anciens1 ny nous1 ne penetrons3 les officiers deputez par le ,prince1 pour visiter l'estat de ses prouinces1 comme ils punissent ceux1 qui maluersent en leur charge1 ils remunerent aussi de pure liberalit1 ceux qui s'y sont bien portez outre la commune sorte1 et outre la necessit de leur deuoir3 on s'y presente1 non pour se garantir seulement1 mais pour y acquerir3 ny simplement pour estre pay1 mais pour y estre estren4 ,nul iuge n'a encore1 ,dieu mercy1 parl moy comme iuge1 pour quelque cause que ce soit1 ou mienne1 ou tierce1 ou criminelle1 ou ciuile4 ,nulle prison m'a receu1 non pas seulement pour m'y promener4 ,l'imagination m'en rend la veu mesme du dehors1 desplaisante4 ,ie suis si affady apres la libert1 que qui me deffendroit l'accez de quelque coin des ,indes1 i'en viurois aucunement plus mal mon aise4 ,et tant que ie trouueray terre1 ou air ouuert ailleurs1 ie ne croupiray en lieu1 o il me faille cacher4 ,mon ,dieu1 que mal pourroy-ie souffrir la condition1 o ie vois tant de gens1 clouez vn quartier de ce royaume1 priuez de l'entre des villes principales1 et des courts1 et de l'vsage des chemins publics1 pour auoir querell nos loix4 ,si celles que ie sers1 me menassoient seulement le bout du doigt1 ie m'en irois incontinent en trouuer d'autres1 o que ce fust4 ,toute ma petite prudence1 en ces guerres ciuiles o nous sommes1 s'employe ce1 qu'elles n'interrompent ma libert d'aller et venir4 ,or les loix se maintiennent en credit1 non par ce qu'elles sont iustes1 mais par ce qu'elles sont loix4 ,c'est le fondement mystique de leur authorit3 elles n'en ont point d'autre4 ,qui bien leur sert4 ,elles sont souuent faictes par des sots4 ,plus souuent par des gens1 qui en haine d'equalit ont faute d'equit4 ,mais tousiours par des hommes1 autheurs vains et irresolus4 ,il n'est rien si lourdement1 et largement fautier1 que les loix3 ny si ordinairement4 ,quiconque leur obeit par ce qu'elles sont iustes1 ne leur obeyt pas iustement par o il doit4 ,les nostres ,franoises1 prestent aucunement la main1 par leur desreiglement et deformit1 au desordre et corruption1 qui se voit en leur dispensation1 et execution4 ,le commandement est si trouble1 et inconstant1 qu'il excuse aucunement1 et la desobeissance1 et le vice de l'interpretation1 de l'administration1 et de l'obseruation4 ,quel que soit donq le fruict que nous pouuons auoir de l'experience1 peine seruira beaucoup nostre institution1 celle que nous tirons des exemples estrangers1 si nous faisons si mal nostre profit1 de celle1 que nous auons de nous mesme1 qui nous est plus familiere3 et certes suffisante nous instruire de ce qu'il nous faut4 ,ie m'estudie plus qu'autre subiect4 ,c'est ma metaphysique1 c'est ma physique4 ,qua ,deus hanc mundi temperet arte domum3 ,qua venit exoriens1 qua deficit1 vnde coactis ,cornibus in plenum menstrua luna redit3 ,vnde salo superant venti1 quid flamine captet ,eurus1 et in nubes vnde perennis aqua3 ,sit ventura dies mundi qu subruat arces1 ,qurite quos agitat mundi labor4 ,en cette vniuersit1 ie me laisse ignoramment et negligemment manier la loy generale du monde4 ,ie la sauray assez1 quand ie la sentiray4 ,ma science ne luy peut faire changer de routte4 ,elle ne se diuersifiera pas pour moy3 c'est folie de l'esperer4 ,et plus grande folie1 de s'en mettre en peine3 puis qu'elle est necessairement semblable1 publique1 et commune4 ,la bont et capacit du gouuerneur nous doit pur et plein descharger du soing de gouuernement4 ,les inquisitions et contemplations philosophiques1 ne seruent que d'aliment nostre curiosit4 ,les philosophes1 auec grande raison1 nous renuoyent aux regles de ,nature4 ,mais elles n'ont que faire de si sublime cognoissance4 ,ils les falsifient1 et nous presentent son visage peint1 trop haut en couleur1 et trop sophistiqu3 d'o naissent tant de diuers pourtraits d'vn subiect si vniforme4 ,comme elle nous a fourny de pieds marcher1 aussi a elle de prudence nous guider en la vie4 ,prudence non tant ingenieuse1 robuste et pompeuse1 comme celle de leur inuention3 mais l'aduenant1 facile1 quiete et salutaire4 ,et qui faict tresbien ce que l'autre dit3 en celuy1 qui a l'heur1 de sauoir l'employer nauement et ordonnment3 c'est dire naturellement4 ,le plus simplement se commettre ,nature1 c'est s'y commettre le plus sagement4 ,o que c'est vn doux et mol cheuet1 et sain1 que l'ignorance et l'incuriosit1 reposer vne teste bien faicte4 ,i'aymerois mieux m'entendre bien en moy1 qu'en ,ciceron4 ,de l'experience que i'ay de moy1 ie trouue assez dequoy me faire sage1 si i'estoy bon escholier4 ,qui remet en sa memoire l'excez de sa cholere passee1 et iusques o cette fieure l'emporta1 voit la laideur de cette passion1 mieux que dans ,aristote1 et en conoit vne haine plus iuste4 ,qui se souuient des maux qu'il a couru1 de ceux qui l'ont menass1 des legeres occasions qui l'ont remu d'vn estat autre1 se prepare par l1 aux mutations futures1 et la recognoissance de sa condition4 ,la vie de ,csar n'a point plus d'exemple1 que la nostre pour nous4 ,et emperiere1 et populaire3 c'est tousiours vne vie1 que tous accidents humains regardent4 ,escoutons y seulement3 nous nous disons1 tout ce1 dequoy nous auons principalement besoing4 ,qui se souuient de s'estre tant et tant de fois mescont de son propre iugement3 est-il pas vn sot1 de n'en entrer pour iamais en deffiance8 ,quand ie me trouue conuaincu par la raison d'autruy1 d'vne opinion fauce2 ie n'apprens pas tant1 ce qu'il m'a dit de nouueau1 et cette ignorance particuliere3 ce seroit peu d'acquest3 comme en general i'apprens ma debilit1 et la trahison de mon entendement3 d'o ie tire la reformation de toute la masse4 ,en toutes mes autres erreurs1 ie fais de mesme3 et sens de cette regle grande vtilit la vie4 ,ie ne regarde pas l'espece et l'indiuidu1 comme vne pierre o i'aye bronch4 ,i'apprens craindre mon alleure par tout1 et m'attens la regler4 ,d'apprendre qu'on a dit ou fait vne sottise1 ce n'est rien que cela4 ,il faut apprendre1 qu'on n'est qu'vn sot4 ,instruction bien plus ample1 et importante4 ,les faux pas1 que ma memoire m'a fait si souuent1 lors mesme qu'elle s'asseure le plus de soy1 ne se sont pas inutilement perduz4 ,elle a beau me iurer cette heure et m'asseurer3 ie secoe les oreilles3 la premiere opposition qu'on faict son tesmoignage1 me met en suspens4 ,et n'oserois me fier d'elle1 en chose de poix3 ny la garentir sur le faict d'autruy4 ,et n'estoit1 que ce que ie fay par faute de memoire1 les autres le font encore plus souuent1 par faute de foy1 ie prendrois tousiours en chose de faict1 la verit de la bouche d'vn autre1 plustost que de la mienne4 ,si chacun espioit de pres les effects et circonstances des passions qui les regentent1 comme i'ay faict de celle qui i'estois tomb en partage3 il les verroit venir3 et rallentiroit vn peu leur impetuosit et leur course4 ,elles ne nous sautent pas tousiours au collet d'vn prinsault1 il y a de la menasse et des degrez4 ,fluctus vti prim cpit cm albescere vento1 ,paulatim sese tollit mare1 et altius vndas ,erigit1 inde imo consurgit ad thera fundo4 ,le iugement tient chez moy vn siege magistral1 au moins il s'en efforce soigneusement4 ,il laisse mes appetis aller leur train3 et la haine et l'amiti1 voire et celle que ie me porte moy mesme1 sans s'en alterer et corrompre4 ,s'il ne peut reformer les autres parties selon soy1 au moins ne se laisse il pas difformer elles3 il faict son ieu part4 ,l'aduertissement chacun de se cognoistre1 doit estre d'vn important effect1 puisque ce ,dieu de science et de lumiere le fit planter au front de son temple3 comme comprenant tout ce qu'il auoit nous conseiller4 ,platon dict aussi1 que prudence n'est autre chose1 que l'execution de cette ordonnance3 et ,socrates1 le verifie par le menu en ,xenophon4 ,les difficultez et l'obscurit1 ne s'apperoyuent en chacune science1 que par ceux qui y ont entree4 ,car encore faut il quelque degr d'intelligence1 pouuoir remarquer qu'on ignore3 et faut pousser vne porte1 pour sauoir qu'elle nous est close4 ,d'o naist cette ,platonique subtilit1 que ny ceux qui sauent1 n'ont s'enquerir1 d'autant qu'ils sauent3 ny ceux qui ne sauent1 d'autant que pour s'enquerir1 il faut sauoir1 dequoy on s'enquiert4 ,ainsin1 en cette cy de se cognoistre soy-mesme3 ce que chacun se voit si resolu et satisfaict1 ce que chacun y pense estre suffisamment entendu1 signifie que chacun n'y entend rien du tout1 comme ,socrates apprend ,euthydeme4 ,moy1 qui ne fais autre profession1 y trouue vne profondeur et variet si infinie1 que mon apprentissage n'a autre fruict1 que de me faire sentir1 combien il me reste apprendre4 ,a ma foiblesse si souuent recognu1 ie dois l'inclination que i'ay la modestie3 l'obessance des creances qui me sont prescrites3 vne constante froideur et moderation d'opinions3 et la haine de cette arrogance importune et quereleuse1 se croyant et fiant toute soy1 ennemie capitale de discipline et de verit4 ,oyez les regenter4 ,les premieres sottises qu'ils mettent en auant1 c'est au style qu'on establit les religions et les loix4 ,nihil est turpius1 qum cognitioni et perceptioni assertionem approbationmque prcurrere4 ,aristarchus disoit1 qu'anciennement1 peine se trouua-il sept sages au monde3 et que de son temps peine se trouuoit-il sept ignorans4 ,aurions nous pas plus de raison que luy1 de le dire en nostre temps8 ,l'affirmation et l'opiniastret1 sont signes exprez de bestise4 ,cestuy-ci aura donn du nez terre1 cent fois pour vn iour3 le voyla sur ses ergots1 aussi resolu et entier que deuant4 ,vous diriez qu'on luy a infus depuis1 quelque nouuelle ame1 et vigueur d'entendement4 ,et qu'il luy aduient1 comme cet ancien fils de la terre1 qui reprenoit nouuelle fermet1 et se renforoit par sa cheute4 ,cui cum tetigere parentem1 ,iam defecta vigent renouato robore membra4 ,ce testu indocile1 pense-il pas reprendre vn nouuel esprit1 pour reprendre vne nouuelle dispute8 ,c'est par mon experience1 que i'accuse l'humaine ignorance4 ,qui est1 mon aduis1 le plus seur party de l'escole du monde4 ,ceux qui ne la veulent conclure en eux1 par vn si vain exemple que le mien1 ou que le leur1 qu'ils la recognoissent par ,socrates1 le maistre des maistres4 ,car le philosophe ,antisthenes1 ses disciples1 ,allons1 disoit-il1 vous et moy ouyr ,socrates4 ,l ie seray disciple auec vous4 ,et soustenant ce dogme1 de sa secte ,stoque1 que la vertu suffisoit rendre vne vie plainement heureuse1 et n'ayant besoin de chose quelconque1 sinon de la force de ,socrates1 adioustoit-il4 ,cette longue attention que i'employe me considerer1 me dresse iuger aussi passablement des autres4 ,et est peu de choses1 dequoy ie parle plus heureusement et excusablement4 ,il m'aduient souuent1 de voir et distinguer plus exactement les conditions de mes amis1 qu'ils ne font eux mesmes4 ,i'en ay estonn quelqu'vn1 par la pertinence de ma description3 et l'ay aduerty de soy4 ,pour m'estre ds mon enfance1 dress mirer ma vie dans celle d'autruy1 i'ay acquis vne complexion studieuse en cela4 ,et quand i'y pense1 ie laisse eschaper autour de moy peu de choses qui y seruent3 contenances1 humeurs1 discours4 ,i'estudie tout3 ce qu'il me faut fur1 ce qu'il me faut suyure4 ,ainsin mes amis1 ie descouure par leurs productions1 leurs inclinations internes4 ,non pour renger cette infinie variet d'actions si diuerses et si descouppees1 certains genres et chapitres1 et distribuer distinctement mes partages et diuisions1 en classes et regions cognus1 ,sed neque qum mult species1 et nomina qu sint1 ,est numerus4 ,les sauans parlent1 et denotent leurs fantasies1 plus specifiquement1 et par le menu4 ,moy1 qui n'y voy qu'autant que l'vsage m'en informe1 sans regle1 presente generalement les miennes1 et tastons4 ,comme en cecy3 ,ie prononce ma sentence par articles descousus3 c'est chose qui ne se peut dire la fois1 et en bloc4 ,la relation1 et la conformit1 ne se trouuent point en telles ames que les nostres1 basses et communes4 ,la sagesse est vn bastiment solide et entier1 dont chaque piece tient son rang et porte sa marque4 ,sola sapientia in se tota conuersa est4 ,ie laisse aux artistes1 et ne say s'ils en viennent bout1 en chose si meslee1 si menue et fortuite1 de renger en bandes1 cette infinie diuersit de visages2 et arrester nostre inconstance1 et la mettre par ordre4 ,non seulement ie trouue malays1 d'attacher nos actions les vnes aux autres3 mais chacune part soy1 ie trouue malays1 de la designer proprement1 par quelque qualit principale3 tant elles sont doubles et bigarrees diuers lustres4 ,ce qu'on remarque pour rare1 au ,roy de ,macedoine1 ,perseus1 que son esprit1 ne s'attachant aucune condition1 alloit errant par tout genre de vie3 et representant des murs1 si essorees et vagabondes qu'il n'estoit cogneu ny de luy ny d'autre1 quel homme ce fust1 me semble peu pres conuenir tout le monde4 ,et par dessus tous1 i'ay veu quelque autre de sa taille1 qui cette conclusion s'appliqueroit plus proprement encore1 ce croy-ie4 ,nulle assiette moyenne3 s'emportant tousiours de l'vn l'autre extreme1 par occasions indiuinables3 nulle espece de train1 sans trauerse1 et contrariet merueilleuse3 nulle facult simple3 si que le plus vray-semblablement qu'on en pourra feindre vn iour1 ce sera1 qu'il affectoit1 et estudioit de se rendre cogneu1 par estre mescognoissable4 ,il faict besoin d'oreilles bien fortes1 pour s'ouyr franchement iuger4 ,et par ce qu'il en est peu1 qui le puissent souffrir sans morsure3 ceux qui se hazardent de l'entreprendre enuers nous1 nous montrent vn singulier effect d'amiti4 ,car c'est aimer sainement1 d'entreprendre blesser et offencer1 pour profiter4 ,ie trouue rude de iuger celuy l1 en qui les mauuaises qualitez surpassent les bonnes4 ,platon ordonne trois parties1 qui veut examiner l'ame d'vn autre1 science1 bienueillance1 hardiesse4 ,quelquefois on me demandoit1 quoy i'eusse pens estre bon1 qui se fust aduis de se seruir de moy1 pendant que i'en auois l'aage3 ,dum melior vires sanguis dabat1 mula necdum ,temporibus geminis canebat sparsa senectus4 ,a rien1 fis-ie4 ,et m'excuse volontiers de ne sauoir faire chose1 qui m'esclaue autruy4 ,mais i'eusse dit ses veritez mon maistre1 et eusse contreroll ses murs1 s'il eust voulu4 ,non en gros1 par leons scholastiques1 que ie ne say point1 et n'en vois naistre aucune vraye reformation1 en ceux qui les sauent4 ,mais les obseruant pas pas1 toute opportunit3 et en iugeant l'il1 piece piece1 simplement et naturellement4 ,luy faisant voir quel il est en l'opinion commune3 m'opposant ses flatteurs4 ,il n'y a nul de nous1 qui ne valust moins que les ,roys1 s'il estoit ainsi continuellement corrompu1 comme ils sont1 de cette canaille de gens4 ,comment1 si ,alexandre1 ce grand et ,roy et philosophe1 ne peut s'en deffendre8 ,i'eusse eu assez de fidelit1 de iugement1 et de libert1 pour cela4 ,ce seroit vn office sans nom2 autrement il perdroit son effect et sa grace4 ,et est vn roolle qui ne peut indifferemment appartenir tous4 ,car la verit mesme1 n'a pas ce priuilege1 d'estre employee toute heure1 et en toute sorte3 son vsage tout noble qu'il est1 a ses circonscriptions1 et limites4 ,il aduient souuent1 comme le monde est1 qu'on la lasche l'oreille du ,prince1 non seulement sans fruict1 mais dommageablement1 et encore iniustement4 ,et ne me fera lon pas accroire1 qu'vne sainte remonstrance1 ne puisse estre appliquee vitieusement3 et que l'interest de la substance1 ne doyue souuent ceder l'interest de la forme4 ,ie voudrois ce mestier1 vn homme contant de sa fortune1 ,quod sit1 esse velit1 nihilque malit3 et nay de moyenne fortune4 ,d'autant1 que d'vne part1 il n'auroit point de crainte de toucher viuement et profondement le cur du maistre1 pour ne perdre par l1 le cours de son auancement4 ,et d'autre part1 pour estre d'vne condition moyenne1 il auroit plus aysee communication toute sorte de gens4 ,ie le voudroy vn homme seul3 car respandre le priuilege de cette libert et priuaut plusieurs1 engendreroit vne nuisible irreuerence4 ,ouy1 et de celuy l1 ie requerroy sur tout la fidelit du silence4 ,vn ,roy n'est pas croire1 quand il se vante de sa constance1 attendre le rencontre de l'ennemy1 pour sa gloire3 si pour son profit et amendement1 il ne peut souffrir la libert des parolles d'vn amy1 qui n'ont autre effort1 que de luy pincer l'ouye3 le reste de leur effect estant en sa main4 ,or il n'est aucune condition d'homme1 qui ait si grand besoing1 que ceux-l1 de vrais et libres aduertissemens4 ,ils soutiennent vne vie publique1 et ont agreer l'opinion de tant de spectateurs1 que comme on a accoustum de leur taire tout ce qui les diuertit de leur route1 ils se trouuent sans le sentir1 engagez en la haine et detestation de leurs peuples1 pour des occasions souuent1 qu'ils eussent peu euiter1 nul interest de leurs plaisirs mesme1 qui les en eust aduisez et redressez temps4 ,communement leurs fauorits regardent soy1 plus qu'au maistre4 ,et il leur va de bon3 d'autant qu' la verit1 la plus part des offices de la vraye amiti1 sont enuers le souuerain1 en vn rude et perilleux essay4 ,de maniere1 qu'il y fait besoin1 non seulement de beaucoup d'affection et de franchise1 mais encore de courage4 ,en fin1 toute cette fricassee que ie barbouille ici1 n'est qu'vn registre des essais de ma vie3 qui est pour l'interne sant exemplaire assez1 prendre l'instruction contrepoil4 ,mais quant la sant corporelle1 personne ne peut fournir d'experience plus vtile que moy3 qui la presente pure1 nullement corrompue et alteree par art1 et par opination4 ,l'experience est proprement sur son fumier au subiect de la medecine1 o la raison luy quitte toute la place4 ,tybere disoit1 que quiconque auoit vescu vingt ans1 se deuoit respondre des choses qui luy estoient nuisibles ou salutaires1 et se sauoir conduire sans medecine4 ,et le pouuoit auoir apprins de ,socrates3 lequel conseillant ses disciples soigneusement1 et comme vn tres principal estude1 l'estude de leur sant1 adioustoit1 qu'il estoit malais1 qu'vn homme d'entendement1 prenant garde ses exercices son boire et son manger1 ne discernast mieux que tout medecin1 ce qui luy estoit bon ou mauuais4 ,si fait la medecine profession d'auoir tousiours l'experience1 pour touche de son operation4 ,ainsi ,platon auoit raison de dire1 que pour estre vray medecin1 il seroit necessaire que celuy qui l'entreprendroit1 eust pass par toutes les maladies1 qu'il veut guerir1 et par tous les accidens et circonstances dequoy il doit iuger4 ,c'est raison qu'ils prennent la verole1 s'ils la veulent sauoir penser4 ,vrayement ie m'en fierois celuy l4 ,car les autres nous guident1 comme celuy qui peint les mers1 les escueils et les ports1 estant assis1 sur sa table1 et y faict promener le modele d'vn nauire en toute seurt4 ,iettez-le l'effect1 il ne sait par o s'y prendre4 ,ils font telle description de nos maux1 que faict vn trompette de ville1 qui crie vn cheual ou vn chien perdu1 tel poil1 telle hauteur1 telle oreille3 mais presentez le luy1 il ne le cognoit pas pourtant4 ,pour ,dieu1 que la medecine me face vn iour quelque bon et perceptible secours1 voir comme ie crieray de bonne foy1 ,tandem efficaci do manus scienti6 ,les arts qui promettent de nous tenir le corps en sant1 et l'ame en sant1 nous promettent beaucoup3 mais aussi n'en est-il point1 qui tiennent moins ce qu'elles promettent4 ,et en nostre temps1 ceux qui font profession de ces arts entre nous1 en montrent moins les effects que tous autres hommes4 ,on peut dire d'eux1 pour le plus1 qu'ils vendent les drogues medecinales3 mais qu'ils soient medecins1 cela ne peut on dire4 ,i'ay assez vescu1 pour mettre en comte l'vsage1 qui m'a conduict si loing4 ,pour qui en voudra gouster3 i'en ay faict l'essay1 son eschanon4 ,en voyci quelques articles1 comme la souuenance me les fournira4 ,ie n'ay point de faon1 qui ne soit allee variant selon les accidents4 ,mais i'enregistre celles1 que i'ay plus souuent veu en train3 qui ont eu plus de possession en moy iusqu' cette heure4 ,ma forme de vie1 est pareille en maladie comme en sant3 mesme lict1 mesmes heures1 mesmes viandes me seruent1 et mesme breuuage4 ,ie n'y adiouste du tout rien1 que la moderation du plus et du moins1 selon ma force et appetit4 ,ma sant1 c'est maintenir sans destourbier mon estat accoustum4 ,ie voy que la maladie m'en desloge d'vn cost3 si ie crois les medecins1 ils m'en destourneront de l'autre3 et par fortune1 et par art1 me voyla hors de ma routte4 ,ie ne crois rien plus certainement que cecy3 que ie ne sauroy estre offenc par l'vsage des choses que i'ay si long temps accoustumees4 ,c'est la coustume de donner forme nostre vie1 telle qu'il luy plaist1 elle peult tout en cela4 ,c'est le breuuage de ,circ1 qui diuersifie nostre nature1 comme bon luy semble4 ,combien de nations1 et trois pas de nous1 estiment ridicule la craincte du serein1 qui nous blesse si apparemment3 et nos bateliers et nos paysans s'en moquent4 ,vous faites malade vn ,alleman1 de le coucher sur vn matelas3 comme vn ,italien sur la plume1 et vn ,franois sans rideau et sans feu4 ,l'estomach d'vn ,espagnol1 ne dure pas nostre forme de manger1 ny le nostre boire la ,souysse4 ,vn ,allemand me feit plaisir ,auguste1 de combattre l'incommodit de nos fouyers1 par ce mesme argument1 dequoy nous nous seruons ordinairement condamner leurs poyles4 ,car la verit1 cette chaleur croupie1 et puis la senteur de cette matiere reschauffe1 dequoy ils sont composez1 enteste la plus part de ceux qui n'y sont experimentez3 moy non4 ,mais au demeurant1 estant cette chaleur egale1 constante et vniuerselle1 sans lueur1 sans fume1 sans le vent que l'ouuerture de nos chemines nous apporte1 elle a bien par ailleurs1 dequoy se comparer la nostre4 ,que n'imitons nous l'architecture ,romaine8 ,car on dit1 qu'anciennement1 le feu ne se faisoit en leurs maisons que par le dehors1 et au pied d'icelles3 d'o s'inspiroit la chaleur tout le logis1 par les tuyaux practiquez dans l'espais du mur1 lesquels alloient embrassant les lieux qui en deuoient estre eschauffez4 ,ce que i'ay veu clairement signifi1 ie ne say o1 en ,seneque4 ,cestuy-cy1 m'oyant lour les commoditez1 et beautez de sa ville3 qui le merite certes3 commena me plaindre1 dequoy i'auois m'en eslongner4 ,et des premiers inconueniens qu'il m'allega1 ce fut la poisanteur de teste1 que m'apporteroient les chemines ailleurs4 ,il auoit ou faire cette plainte quelqu'vn1 et nous l'attachoit1 estant priu par l'vsage de l'apperceuoir chez luy4 ,toute chaleur qui vient du feu1 m'affoiblit et m'appesantit4 ,si disoit ,euenus1 que le meilleur condiment de la vie1 estoit le feu4 ,ie prens plustost toute autre faon d'eschaper au froid4 ,nous craignons les vins au bas3 en ,portugal1 cette fume est en delices1 et est le breuuage des ,princes4 ,en somme1 chasque nation a plusieurs coustumes et vsances1 qui sont non seulement incognues1 mais farouches et miraculeuses quelque autre nation4 ,que ferons nous ce peuple1 qui ne fait recepte que de tesmoignages imprimez1 qui ne croit les hommes s'ils ne sont en liure1 ny la verit1 si elle n'est d'aage competant8 ,nous mettons en dignit nos sottises1 quand nous les mettons en moule4 ,il y a bien pour luy1 autre poix1 de dire2 ie l'ay leu3 que si vous dictes3 ie l'ay ouy dire4 ,mais moy1 qui ne mescrois non plus la bouche1 que la main des hommes3 et qui say qu'on escript autant indiscretement qu'on parle3 et qui estime ce siecle1 comme vn autre pass1 i'allegue aussi volontiers vn mien amy1 que ,aulugelle1 et que ,macrobe3 et ce que i'ay veu1 que ce qu'ils ont escrit4 ,et comme ils tiennent de la vertu1 qu'elle n'est pas plus grande1 pour estre plus longue3 i'estime de mesme de la verit1 que pour estre plus vieille1 elle n'est pas plus sage4 ,ie dis souuent que c'est pure sottise1 qui nous fait courir apres les exemples estrangers et scholastiques4 ,leur fertilit est pareille cette heure celle du temps d',homere et de ,platon4 ,mais n'est-ce pas1 que nous cherchons plus l'honneur de l'allegation1 que la verit du discours8 ,comme si c'estoit plus d'emprunter1 de la boutique de ,vascosan1 ou de ,plantin1 nos preuues1 que de ce qui se voit en nostre village4 ,ou bien certes1 que nous n'auons pas l'esprit1 d'esplucher1 et faire valoir1 ce qui se passe deuant nous1 et le iuger assez vifuement1 pour le tirer en exemple4 ,car si nous disons1 que l'authorit nous manque1 pour donner foy nostre tesmoignage1 nous le disons hors de propos4 ,d'autant qu' mon aduis1 des plus ordinaires choses1 et plus communes1 et cognus1 si nous sauons trouuer leur iour1 se peuuent former les plus grands miracles de nature1 et les plus merueilleux exemples1 notamment sur le subiect des actions humaines4 ,or sur mon subiect1 laissant les exemples que ie say par les liures3 et ce que dit ,aristote d',andron ,argien1 qu'il trauersoit sans boire les arides sablons de la ,lybie3 vn ,gentil-homme qui s'est acquitt dignement de plusieurs charges1 disoit o i'estois qu'il estoit all de ,madrid ,lisbonne1 en plain est1 sans boire4 ,il se porte vigoureusement pour son aage1 et n'a rien d'extraordinaire en l'vsage de sa vie1 que cecy1 d'estre deux ou trois mois1 voire vn an1 ce m'a-il dit1 sans boire4 ,il sent de l'alteration1 mais il la laisse passer3 et tient1 que c'est vn appetit qui s'alanguit aisement de soy-mesme3 et boit plus par caprice1 que pour le besoing1 ou pour le plaisir4 ,en voicy d'vn autre4 ,il n'y a pas long temps1 que ie rencontray l'vn des plus sauans hommes de ,france1 entre ceux de non mediocre fortune1 estudiant au coin d'vne sale1 qu'on luy auoit rembarr de tapisserie3 et autour de luy1 vn tabut de ses valets1 plain de licence4 ,il me dit1 et ,seneque quasi autant de soy1 qu'il faisoit son profit de ce tintamarre3 comme si battu de ce bruict1 il se ramenast et reserrast plus en soy1 pour la contemplation1 et que cette tempeste de voix repercutast ses penses au dedans4 ,estant escholier ,padoe1 il eut son estude si long temps log la batterie des coches1 et du tumulte de la place1 qu'il se forma non seulement au mespris1 mais l'vsage du bruit1 pour le seruice de ses estudes4 ,socrates respondit ,alcibiades1 s'estonnant comme il pouuoit porter le continuel tintamarre de la teste de sa femme3 ,comme ceux1 qui sont accoustumez l'ordinaire bruit des rous puiser de l'eau4 ,ie suis bien au contraire3 i'ay l'esprit tendre et facile prendre l'essor4 ,quand il est empesch part soy1 le moindre bourdonnement de mousche l'assassine4 ,seneque en sa ieunesse1 ayant mordu chaudement1 l'exemple de ,sextius1 de ne manger chose1 qui eust prins mort1 s'en passoit dans vn an1 auec plaisir1 comme il dit4 ,et s'en deporta seulement1 pour n'estre souponn1 d'emprunter cette regle d'aucunes religions nouuelles1 qui la semoyent4 ,il print quand et quand des preceptes d',attalus1 de ne se coucher plus sur des loudiers1 qui enfondrent3 et employa iusqu' la vieillesse ceux qui ne cedent point au corps4 ,ce que l'vsage de son temps1 luy faict compter rudesse1 le nostre1 nous le faict tenir mollesse4 ,regardez la difference du viure de mes valets bras1 la mienne3 les ,scythes et les ,indes n'ont rien plus eslongn de ma force1 et de ma forme4 ,ie say1 auoir retir de l'aumosne1 des enfans pour m'en seruir1 qui bien tost apres m'ont quict et ma cuisine1 et leur liure3 seulement1 pour se rendre leur premiere vie4 ,et en trouuay vn1 amassant depuis1 des moules1 emmy la voirie1 pour son disner1 que par priere1 ny par menasse1 ie ne seu distraire de la saueur et douceur1 qu'il trouuoit en l'indigence4 ,les gueux ont leurs magnificences1 et leurs voluptez1 comme les riches3 et1 dit-on1 leurs dignitez et ordres politiques4 ,ce sont effects de l'accoustumance4 ,elle nous peut duire1 non seulement telle forme qu'il luy plaist 7pourtant1 disent les sages1 nous faut-il planter la meilleure1 qu'elle nous facilitera incontinent7 mais aussi au changement et la variation3 qui est le plus noble1 et le plus vtile de ses apprentissages4 ,la meilleure de mes complexions corporelles1 c'est d'estre flexible et peu opiniastre4 ,i'ay des inclinations plus propres et ordinaires1 et plus aggreables1 que d'autres4 ,mais auec bien peu d'effort1 ie m'en destourne1 et me coule aisement la faon contraire4 ,vn ieune homme1 doit troubler ses regles1 pour esueiller sa vigueur3 la garder de moisir et s'apoltronir4 ,et n'est train de vie1 si sot et si debile1 que celuy qui se conduict par ordonnance et discipline4 ,ad primum lapidem vectari cm placet1 hora ,sumitur ex libro2 si prurit frictus ocelli ,angulus1 inspecta genesi collyria qurit4 ,il se reiettera souuent aux excez mesme1 s'il m'en croit3 autrement1 la moindre desbauche le ruyne4 ,il se rend incommode et desaggreable en conuersation4 ,la plus contraire qualit vn honneste homme1 c'est la delicatesse et obligation certaine faon particuliere4 ,et elle est particuliere1 si elle n'est ployable1 et soupple4 ,il y a de la honte1 de laisser faire par impuissance1 ou de n'oser1 ce qu'on voit faire ses compaignons4 ,que telles gens gardent leur cuisine4 ,par tout ailleurs1 il est indecent3 mais vn homme de guerre1 il est vitieux et insupportable4 ,lequel1 comme disoit ,philopmen1 se doit accoustumer toute diuersit1 et inegalit de vie4 ,quoy que i'aye est dress autant qu'on a peu1 la libert et l'indifference1 si est-ce que par nonchalance1 m'estant en vieillissant1 plus arrest sur certaines formes 7mon aage est hors d'institution1 et n'a desormais dequoy regarder ailleurs qu' se maintenir7 la coustume a desia sans y penser1 imprim si bien en moy son charactere1 en certaines choses1 que i'appelle excez de m'en despartir4 ,et sans m'essayer1 ne puis1 ny dormir sur iour1 ny faire collation entre les repas1 ny desieuner1 ny m'aller coucher sans grand interualle1 comme de trois heures1 apres le soupper1 ny faire des enfans1 qu'auant le sommeil3 ny les faire debout3 ny porter ma sueur3 ny m'abreuuer d'eau pure ou de vin pur3 ny me tenir nud teste long temps3 ny me faire tondre apres disner4 ,et me passerois autant mal-aisment de mes gans1 que de ma chemise3 et de me lauer l'issu de table1 et mon leuer3 et de ciel et rideaux mon lict1 comme de choses bien necessaires4 ,ie disnerois sans nape3 mais l',alemande sans seruiette blanche1 tres-incommodement4 ,ie les soulle plus qu'eux et les ,italiens ne font3 et m'ayde peu de cullier1 et de fourchete4 ,ie plains qu'on n'aye suyuy vn train1 que i'ay veu commencer l'exemple des ,roys3 ,qu'on nous changeast de seruiette1 selon les seruices1 comme d'assiette4 ,nous tenons de ce laborieux soldat ,marius1 que vieillissant1 il deuint delicat en son boire3 et ne le prenoit qu'en vne sienne couppe particuliere4 ,moy ie me laisse aller de mesme certaine forme de verres1 et ne boy pas volontiers en verre commun4 ,non plus que d'vne main commune4 ,tout metail m'y desplaist au prix d'vne matiere claire et transparante4 ,que mes yeux y tastent aussi selon leur capacit4 ,ie dois plusieurs telles mollesses l'vsage4 ,nature m'a aussi d'autre part apport les siennes3 comme de ne soustenir plus deux plains repas en vn iour1 sans surcharger mon estomach3 ny l'abstinence pure de l'vn des repas3 sans me remplir de vents1 assecher ma bouche1 estonner mon appetit4 ,de m'offenser d'vn long serein4 ,car depuis quelques annes1 aux courues de la guerre1 quand toute la nuict y court1 comme il aduient communment1 apres cinq ou six heures1 l'estomach me commence troubler1 auec vehemente douleur de teste3 et n'arriue point au iour1 sans vomir4 ,comme les autres s'en vont desieuner1 ie m'en vay dormir3 et au partir de l1 aussi gay qu'au parauant4 ,i'auois tousiours appris1 que le serein ne s'espandoit qu' la naissance de la nuict3 mais hantant ces annes passes familierement1 et long temps1 vn seigneur imbu de cette creance1 que le serein est plus aspre et dangereux sur l'inclination du soleil1 vne heure ou deux auant son coucher3 lequel il euite songneusement1 et mesprise celuy de la nuict3 il a cuid m'imprimer1 non tant son discours1 que son sentiment4 ,quoy1 que le doubte mesme1 et l'inquisition frappe nostre imagination1 et nous change8 ,ceux qui cedent tout coup ces pentes1 attirent l'entiere ruine sur eux4 ,et plains plusieurs ,gentils-hommes1 qui par la sottise de leurs medecins1 se sont mis en chartre tous ieunes et entiers4 ,encores vaudroit-il mieux souffrir vn reume1 que de perdre pour iamais1 par desaccoustumance1 le commerce de la vie commune1 en action de si grand vsage4 ,fascheuse science3 qui nous descrie les plus douces heures du iour4 ,estendons nostre possession iusques aux derniers moyens4 ,le plus souuent on s'y durcit1 en s'opiniastrant1 et corrige lon sa complexion3 comme fit ,csar le haut mal1 force de le mespriser et corrompre4 ,on se doit adonner aux meilleures regles1 mais non pas s'y asseruir3 si ce n'est celles1 s'il y en a quelqu'vne1 ausquelles l'obligation et seruitude soit vtile4 ,et les ,roys et les philosophes fientent1 et les dames aussi4 ,les vies publiques se doiuent la ceremonie3 la mienne obscure et priue1 iout de toute dispence naturelle4 ,soldat et ,gascon1 sont qualitez aussi1 vn peu subiettes l'indiscretion4 ,parquoy1 ie diray cecy de cette action3 qu'il est besoing de la renuoyer certaines heures1 prescriptes et nocturnes1 et s'y forcer par coustume1 et assubiectir1 comme i'ay faict4 ,mais non s'assuiectir1 comme i'ay faict en vieillissant1 au soing de particuliere commodit de lieu1 et de siege1 pour ce seruice3 et le rendre empeschant par longueur et mollesse4 ,toutesfois aux plus sales offices1 est-il pas aucunement excusable1 de requerir plus de soing et de nettet8 ,natur homo mundum et elegans animal est4 ,de toutes les actions naturelles1 c'est celle1 que ie souffre plus mal volontiers m'estre interrompue4 ,i'ay veu beaucoup de gens de guerre1 incommodez du desreiglement de leur ventre4 ,tandis que le mien et moy1 ne nous faillions iamais au poinct de nostre assignation3 qui est au sault du lict1 si quelque violente occupation1 ou maladie ne nous trouble4 ,ie ne iuge donc point1 comme ie disois1 o les malades se puissent mettre mieux en seurt1 qu'en se tenant coy1 dans le train de vie1 o ils se sont esleuez et nourris4 ,le changement1 quel qu'il soit1 estonne et blesse4 ,allez croire que les chastaignes nuisent vn ,perigourdin1 ou vn ,lucquois3 et le laict et le fromage aux gens de la montaigne4 ,on leur va ordonnant1 vne non seulement nouuelle1 mais contraire forme de vie4 ,mutation qu'vn sain ne pourroit souffrir4 ,ordonnez de l'eau vn ,breton de soixante dix ans3 enfermez dans vne estuue vn homme de marine3 deffendez le promener vn laquay ,basque3 ils les priuent de mouuement et en fin d'air et de lumiere4 ,an viuere tanti est8 ,cogimur suetis animum suspendere rebus1 ,atque1 vt viuamus1 viuere desinimus3 ,hos superesse reor1 quibus et spirabilis aer1 ,et lux1 qua regimur1 redditur ipsa grauis4 ,s'ils ne font autre bien1 ils font aumoins cecy1 qu'ils preparent de bonne heure les patiens la mort1 leur sapant peu peu et retranchant l'vsage de la vie4 ,et sain et malade1 ie me suis volontiers laiss aller aux appetits qui me pressoient4 ,ie donne grande authorit mes desirs et propensions4 ,ie n'ayme point guarir le mal par le mal4 ,ie hay les remedes qui importunent plus que la maladie4 ,d'estre subiect la colique1 et subiect m'abstenir du plaisir de manger des huitres1 ce sont deux maux pour vn4 ,le mal nous pinse d'vn cost1 la regle de l'autre4 ,puis-qu'on est au hazard de se mesconter1 hasardons nous plustost la suitte du plaisir4 ,le monde faict au rebours1 et ne pense rien vtile1 qui ne soit penible4 ,la facilit luy est suspecte4 ,mon appetit en plusieurs choses1 s'est assez heureusement accommod par soy-mesme1 et rang la sant de mon estomach4 ,l'acrimonie et la pointe des sauces m'agrerent estant ieune3 mon estomach s'en ennuyant depuis1 le goust l'a incontinent suyuy4 ,le vin nuit aux malades3 c'est la premiere chose1 dequoy ma bouche se desgouste1 et d'vn degoust inuincible4 ,quoy que ie reoiue desagreablement1 me nuyt2 et rien ne me nuyt1 que ie face auec faim1 et allegresse4 ,ie n'ay iamais receu nuysance d'action1 qui m'eust est bien plaisante4 ,et si ay fait ceder mon plaisir1 bien largement1 toute conclusion medicinalle4 ,et me suis ieune1 ,quem circumcursans huc atque huc spe ,cupido ,fulgebat crocina splendidus in tunica1 prest autant licentieusement et inconsidrement qu'autre1 au desir qui me tenoit saisi3 ,et militaui non sine gloria4 ,plus toutesfois en continuation et en dure1 qu'en saillie4 ,sex me vix memini sustinuisse vices4 ,il y a du malheur certes1 et du miracle1 confesser1 en quelle foiblesse d'ans1 ie me rencontray premierement en sa subiection4 ,ce fut bien rencontre3 car ce fut long temps auant l'aage de choix et de cognoissance4 ,il ne me souuient point de moy de si loing4 ,et peut on marier ma fortune celle de ,quartilla1 qui n'auoit point memoire de son fillage4 ,inde tragus celersque pili1 mirandque matri ,barba me4 ,les medecins ployent ordinairement auec vtilit1 leurs regles1 la violence des enuies aspres1 qui suruiennent aux malades4 ,ce grand desir ne se peut imaginer1 si estranger et vicieux1 que ,nature ne s'y applique4 ,et puis1 combien est-ce de contenter la fantasie8 ,a mon opinion cette piece l importe de tout3 au moins1 au del de toute autre4 ,les plus griefs et ordinaires maux1 sont ceux que la fantasie nous charge4 ,ce mot ,espagnol me plaist plusieurs visages3 ,defienda me ,dios de my4 ,ie plains estant malade1 dequoy ie n'ay quelque desir qui me donne ce contentement de l'assouuir3 peine m'en destourneroit la medecine4 ,autant en fay-ie sain4 ,ie ne voy guere plus qu'esperer et vouloir4 ,c'est piti d'estre alanguy et affoibly1 iusques au souhaiter4 ,l'art de medecine1 n'est pas si resolue1 que nous soyons sans authorit1 quoy que nous facions4 ,elle change selon les climats1 et selon les ,lunes3 selon ,fernel et selon l',escale4 ,si vostre medecin ne trouue bon1 que vous dormez1 que vous vsez de vin1 ou de telle viande3 ne vous chaille3 ie vous en trouueray vn autre qui ne sera pas de son aduis4 ,la diuersit des arguments et opinions medicinales1 embrasse toute sorte de formes4 ,ie vis vn miserable malade1 creuer et se pasmer d'alteration1 pour se guarir3 et estre moqu depuis par vn autre medecin3 condamnant ce conseil comme nuisible4 ,auoit-il pas bien employ sa peine8 ,il est mort freschement de la pierre1 vn homme de ce mestier1 qui s'estoit seruy d'extreme abstinence combattre son mal3 ses compagnons disent1 qu'au rebours1 ce ieusne l'auoit assech1 et luy auoit cuit le sable dans les rongnons4 ,i'ay apperceu qu'aux blesseures1 et aux maladies1 le parler m'esmeut et me nuit1 autant que desordre que ie face4 ,la voix me couste1 et me lasse3 car ie l'ay haute et efforce4 ,si que1 quand ie suis venu entretenir l'oreille des grands1 d'affaires de poix1 ie les ay mis souuent en soing de moderer ma voix4 ,ce compte merite de me diuertir4 ,quelqu'vn1 en certaine eschole ,grecque1 parloit haut comme moy3 le maistre des ceremonies luy manda qu'il parlast plus bas3 ,qu'il m'enuoye1 fit-il1 le ton auquel il veut que ie parle4 ,l'autre luy repliqua1 qu'il prinst son ton des oreilles de celuy qui il parloit4 ,c'estoit bien dit1 pourueu qu'il s'entende3 ,parlez selon ce que vous auez affaire vostre auditeur4 ,car si c'est dire1 suffise vous qu'il vous oye3 ou1 reglez vous par luy3 ie ne trouue pas que ce fust raison4 ,le ton et mouuement de la voix1 a quelque expression1 et signification de mon sens3 c'est moy le conduire1 pour me representer4 ,il y a voix pour instruire1 voix pour flater1 ou pour tancer4 ,ie veux que ma voix non seulement arriue luy1 mais l'auanture qu'elle le frappe1 et qu'elle le perse4 ,quand ie mastine mon laquay1 d'vn ton aigre et poignant3 il seroit bon qu'il vinst me dire3 ,mon maistre parlez plus doux1 ie vous oy bien4 ,est qudam vox ad auditum accommodata1 non magnitudine1 sed proprietate4 ,la parole est moiti celuy qui parle1 moiti celuy qui l'escoute4 ,cestuy-cy se doibt preparer la receuoir1 selon le branle qu'elle prend4 ,comme entre ceux qui ioent la paume1 celuy qui soustient1 se desmarche et s'appreste1 selon qu'il voit remuer celuy qui luy iette le coup1 et selon la forme du coup4 ,l'experience m'a encores appris cecy1 que nous nous perdons d'impatience4 ,les maux ont leur vie1 et leurs bornes1 leurs maladies et leur sant4 ,la constitution des maladies1 est forme au patron de la constitution des animaux4 ,elles ont leur fortune limite ds leur naissance3 et leurs iours4 ,qui essaye de les abbreger imperieusement1 par force1 au trauers de leur course1 il les allonge et multiplie3 et les harselle1 au lieu de les appaiser4 ,ie suis de l'aduis de ,crantor1 qu'il ne faut ny obstinement s'opposer aux maux1 et l'estourdi3 ny leur succomber de mollesse3 mais qu'il leur faut ceder naturellement1 selon leur condition et la nostre4 ,on doit donner passage aux maladies3 et ie trouue qu'elles arrestent moins chez moy1 qui les laisse faire4 ,et en ay perdu de celles qu'on estime plus opiniastres et tenaces1 de leur propre decadence3 sans ayde et sans art1 et contre ses regles4 ,laissons faire vn peu ,nature3 elle entend mieux ses affaires que nous4 ,mais vn tel en mourut4 ,si ferez vous3 sinon de ce mal l1 d'vn autre4 ,et combien n'ont pas laiss d'en mourir1 ayants trois medecins leur cul8 ,l'exemple est vn miroer vague1 vniuersel et tout sens4 ,si c'est vne medecine voluptueuse1 acceptez la2 c'est tousiours autant de bien present4 ,ie ne m'arresteray ny au nom ny la couleur1 si elle est delicieuse et appetissante4 ,le plaisir est des principales especes du profit4 ,i'ay laiss enuieillir et mourir en moy1 de mort naturelle1 des rheumes2 defluxions goutteuses2 relaxation2 battement de cur2 micraines2 et autres accidens1 que i'ay perdu1 quand ie m'estois demy form les nourrir4 ,on les coniure mieux par courtoisie1 que par brauerie4 ,il faut souffrir doucement les loix de nostre condition4 ,nous sommes pour vieillir1 pour affoiblir1 pour estre malades1 en despit de toute medecine4 ,c'est la premiere leon1 que les ,mexicains font leurs enfans2 quand au partir du ventre des meres1 ils les vont saluant1 ainsin3 ,enfant1 tu s venu au monde pour endurer3 endure1 souffre1 et tais toy4 ,c'est iniustice de se douloir qu'il soit aduenu quelqu'vn1 ce qui peut aduenir chacun4 ,indignare si quid in te iniqu propri constitutum est4 ,voyez vn vieillart1 qui demande ,dieu qu'il luy maintienne sa sant entiere et vigoureuse2 c'est dire qu'il le remette en ieunesse4 ,stulte1 quid hc frustra votis puerilibus optas8 ,n'est-ce pas folie8 ,sa condition ne le porte pas4 ,la goutte1 la grauelle1 l'indigestion1 sont symptomes des longues annes2 comme des longs voyages1 la chaleur1 les pluyes1 et les vents4 ,platon ne croit pas1 qu'sculape se mist en peine1 de prouuoir par regimes1 faire durer la vie1 en vn corps gast et imbecille3 inutile son pays1 inutile sa vacation3 et produire des enfants sains et robustes3 et ne trouue pas ce soing conuenable la iustice et prudence diuine1 qui doit conduire toutes choses l'vtilit4 ,mon bon homme1 c'est faict3 on ne vous sauroit redresser3 on vous plastrera pour le plus1 et estanonnera vn peu1 et allongera-lon de quelque heure vostre misere4 ,non secus instantem cupiens fulcire ruinam1 ,diuersis contr nititur obijcibus1 ,donec certa dies1 omni compage soluta1 ,ipsum cum rebus subruat auxilium4 ,il faut apprendre souffrir1 ce qu'on ne peut euiter4 ,nostre vie est compose1 comme l'harmonie du monde1 de choses contraires1 aussi de diuers tons1 doux et aspres1 aigus et plats1 mols et graues4 ,le musicien qui n'en aymeroit que les vns1 que voudroit il dire8 ,il faut qu'il s'en sache seruir en commun1 et les mesler4 ,et nous aussi1 les biens et les maux1 qui sont consubstantiels nostre vie4 ,nostre estre ne peut sans ce meslange2 et y est l'vne bande non moins necessaire que l'autre4 ,d'essayer regimber contre la necessit naturelle1 c'est representer la folie de ,ctesiphon1 qui entreprenoit de faire coups de pied auec sa mule4 ,ie consulte peu1 des alterations1 que ie sens4 ,car ces gens icy sont auantageux1 quand ils vous tiennent leur misericorde4 ,ils vous gourmandent les oreilles1 de leurs prognostiques1 et me surprenant autre fois affoibly du mal1 m'ont iniurieusement traict de leurs dogmes1 et troigne magistrale3 me menassant tantost de grandes douleurs1 tantost de mort prochaine4 ,ie n'en estois abbatu1 ny deslog de ma place1 mais i'en estois heurt et pouss4 ,si mon iugement n'en est ny chang1 ny troubl3 au moins il en estoit empesch4 ,c'est tousiours agitation et combat4 ,or ie traicte mon imagination le plus doucement que ie puis2 et la deschargerois si ie pouuois1 de toute peine et contestation4 ,il la faut secourir1 et flatter1 et pipper qui peut4 ,mon esprit est propre cet office4 ,il n'a point faute d'apparences par tout4 ,s'il persuadoit1 comme il presche1 il me secourroit heureusement4 ,vous en plaist-il vn exemple8 ,il dict1 que c'est pour mon mieux1 que i'ay la grauele4 ,que les bastimens de mon aage1 ont naturellement souffrir quelque gouttiere4 ,il est temps qu'ils commencent se lascher et desmentir4 ,c'est vne commune necessit4 ,et n'eust on pas faict pour moy1 vn nouueau miracle4 ,ie paye par l1 le loyer deu la vieillesse2 et ne saurois en auoir meilleur comte4 ,que la compagnie me doit consoler2 estant tomb en l'accident le plus ordinaire des hommes de mon temps4 ,i'en vois par tout d'affligez de mesme nature de mal4 ,et m'en est la societ honorable1 d'autant qu'il se prend plus volontiers aux grands3 son essence a de la noblesse et de la dignit4 ,que des hommes qui en sont frappez1 il en est peu de quittes meilleure raison3 et si1 il leur couste la peine d'vn facheux regime1 et la prise ennuieuse1 et quotidienne1 des drogues medecinales4 ,l o1 ie le doy purement ma bonne fortune4 ,car quelques bouillons communs de l'eringium1 et herbe du ,turc1 que deux ou trois fois i'ay aual1 en faueur des dames1 qui plus gracieusement que mon mal n'est aigre1 m'en offroyent la moiti du leur1 m'ont sembl egalement faciles prendre1 et inutiles en operation4 ,ils ont payer mille vux sculape1 et autant d'escus leur medecin1 de la profluuion de sable aise et abondante1 que ie reoy souuent par le benefice de ,nature4 ,la decence mesme de ma contenance en compagnie1 n'en est pas trouble3 et porte mon eau dix heures1 et aussi long temps qu'vn sain4 ,la crainte de ce mal1 dit-il1 t'effrayoit autresfois1 quand il t'estoit incogneu4 ,les cris et le desespoir1 de ceux qui l'aigrissent par leur impatience1 t'en engendroient l'horreur4 ,c'est vn mal1 qui te bat les membres1 par lesquels tu as le plus failly4 ,tu s homme de conscience3 ,qu venit indign pna1 dolenda venit4 ,regarde ce chastiement2 il est bien doux au prix d'autres1 et d'vne faueur paternelle4 ,regarde sa tardifuet3 il n'incommode et occupe1 que la saison de ta vie1 qui ainsi comme ainsin est mes-huy perdue et sterile2 ayant faict place la licence et plaisirs de ta ieunesse1 comme par composition4 ,la crainte et piti1 que le peuple a de ce mal1 te sert de matiere de gloire4 ,qualit1 de laquelle si tu as le iugement purg1 et en as guery ton discours1 tes amis pourtant en recognoissent encore quelque teinture en ta complexion4 ,il y a plaisir ouyr dire de soy3 ,voyla bien de la force3 voila bien de la patience4 ,on te voit suer d'ahan1 pallir1 rougir1 trembler1 vomir iusques au sang1 souffrir des contractions et conuulsions estranges1 degoutter par fois de grosses larmes des yeux1 rendre les vrines espesses1 noires1 et effroyables1 ou les auoir arrestes par quelque pierre espineuse et herisse qui te poinct1 et escorche cruellement le col de la verge1 entretenant cependant les assistans1 d'vne contenance commune2 bouffonant pauses auec tes gens3 tenant ta partie en vn discours tendu3 excusant de parolle ta douleur1 et rabbatant de ta souffrance4 ,te souuient-il de ces gens du temps pass1 qui recherchoyent les maux auec si grand faim1 pour tenir leur vertu en haleine1 et en exercice8 mets le cas que ,nature te porte1 et te pousse cette glorieuse escole1 en laquelle tu ne fusses iamais entr de ton gr4 ,si tu me dis1 que c'est vn mal dangereux et mortel3 quels autres ne le sont8 ,car c'est vne pipperie medecinale1 d'en excepter aucuns2 qu'ils disent n'aller point de droict fil la mort4 ,qu'importe1 s'ils y vont par accident2 et s'ils glissent1 et gauchissent aisment1 vers la voye qui nous y meine8 ,mais tu ne meurs pas de ce que tu es malade3 tu meurs de ce que tu es viuant4 ,la mort te tue bien1 sans le secours de la maladie4 ,et d'aucuns1 les maladies ont esloign la mort3 qui ont plus vescu1 de ce qu'il leur sembloit s'en aller mourants4 ,ioint qu'il est1 comme des playes1 aussi des maladies medecinales et salutaires4 ,la colique est souuent non moins viuace que vous4 ,il se voit des hommes1 ausquels elle a continu depuis leur enfance iusques leur extreme vieillesse2 et s'ils ne luy eussent failly de compagnie1 elle estoit pour les assister plus outre4 ,vous la tuez plus souuent qu'elle ne vous tue4 ,et quand elle te presenteroit l'image de la mort voisine1 seroit-ce pas vn bon office1 vn homme de tel aage1 de le ramener aux cogitations de sa fin8 ,et qui pis est1 tu n'as plus pour quoy guerir4 ,ainsi comme ainsin1 au premier jour la commune necessit t'appelle4 ,considere combien artificielement et doucement1 elle te desgouste de la vie1 et desprend du monde3 non te forant1 d'vne subiection tyrannique1 comme tant d'autres maux1 que tu vois aux vieillards1 qui les tiennent continuellement entrauez1 et sans relasche de foiblesses et douleurs3 mais par aduertissemens1 et instructions reprises interualles2 entremeslant des longues pauses de repos1 comme pour te donner moyen de mediter et repeter sa leon ton aise4 ,pour te donner moyen de iuger sainement1 et prendre party en homme de cur1 elle te presente l'estat de ta condition entiere1 et en bien et en mal2 et en mesme iour1 vne vie tres-alegre tantost1 tantost insupportable4 ,si tu n'accoles la mort1 au moins tu luy touches en paume1 vne fois le mois4 ,par o tu as de plus esperer1 qu'elle t'attrappera vn iour sans menace4 ,et qu'estant si souuent conduit iusques au port3 te fiant d'estre encore aux termes accoustumez1 on t'aura et ta fiance1 pass l'eau vn matin1 inopinment4 ,on n'a point se plaindre des maladies1 qui partagent loyallement le temps auec la sant4 ,ie suis oblig la ,fortune1 dequoy elle m'assaut si souuent de mesme sorte d'armes4 ,elle m'y faonne1 et m'y dresse par vsage1 m'y durcit et habitue3 ie say peu pres mes-huy1 en quoy i'en dois estre quitte4 ,a faute de memoire naturelle1 i'en forge de papier4 ,et comme quelque nouueau symptome suruient mon mal1 ie l'escris3 d'o il aduient1 qu' cette heure1 estant quasi pass par toute sorte d'exemples3 si quelque estonnement me menace3 feuilletant ces petits breuets descousus1 comme des feuilles ,sybillines1 ie ne faux plus de trouuer o me consoler1 de quelque prognostique fauorable1 en mon experience passe4 ,me sert aussi l'accoustumance1 mieux esperer pour l'aduenir4 ,car la conduicte de ce vuidange1 ayant continu si long temps2 il est croire1 que ,nature ne changera point ce train1 et n'en aduiendra autre pire accident1 que celuy que ie sens4 ,en outre2 la condition de cette maladie n'est point mal aduenante ma complexion prompte et soudaine4 ,quand elle m'assault mollement1 elle me faict peur1 car c'est pour long temps4 ,mais naturellement1 elle a des excez vigoureux et gaillarts4 ,elle me secou outrance1 pour vn iour ou deux4 ,mes reins ont dur vn aage1 sans alteration2 il y en a tantost vn autre1 qu'ils ont chang d'estat4 ,les maux ont leur periode comme les biens3 l'aduanture est cet accident sa fin4 ,l'aage affoiblit la chaleur de mon estomach2 sa digestion en estant moins parfaicte1 il renuoye cette matiere cru mes reins4 ,pourquoy ne pourra estre certaine reuolution1 affoiblie pareillement la chaleur de mes reins2 si qu'ils ne puissent plus petrifier mon flegme2 et ,nature s'acheminer prendre quelque autre voye de purgation8 ,les ans m'ont euidemment faict tarir aucuns rheumes4 ,pourquoy ces excremens1 qui fournissent de matiere la graue8 ,mais est-il rien doux1 au prix de cette soudaine mutation2 quand d'vne douleur extreme1 ie viens par le vuidange de ma pierre1 recouurer1 comme d'vn esclair1 la belle lumiere de la sant3 si libre1 et si pleine3 comme il aduient en noz soudaines et plus aspres coliques8 ,y a il rien en cette douleur soufferte1 qu'on puisse contrepoiser au plaisir d'vn si prompt amendement8 ,de combien la sant me semble plus belle apres la maladie1 si voisine et si contigue1 que ie les puis recognoistre en presence l'vne de l'autre1 en leur plus hault appareil3 o elles se mettent l'enuy1 comme pour se faire teste et contrecarre6 ,tout ainsi que les ,stociens disent1 que les vices sont vtilement introduicts1 pour donner prix et faire espaule la vertu3 nous pouuons dire1 auec meilleure raison1 et coniecture moins hardie1 que ,nature nous a prest la douleur1 pour l'honneur et seruice de la volupt et indolence4 ,lors que ,socrates apres qu'on l'eust descharg de ses fers1 sentit la friandise de cette demangeaison1 que leur pesanteur auoit caus en ses iambes3 il se resiouit1 considerer l'estroitte alliance de la douleur la volupt3 comme elles sont associes d'vne liaison necessaire3 si qu' tours1 elles se suyuent1 et entr'engendrent3 et s'escrioit au bon ,esope1 qu'il deust auoir pris1 de cette consideration1 vn corps propre vne belle fable4 ,le pis que ie voye aux autres maladies1 c'est qu'elles ne sont pas si griefues en leur effect1 comme elles sont en leur yssue4 ,on est vn an se rauoir1 tousiours plein de foiblesse1 et de crainte4 ,il y a tant de hazard1 et tant de degrez1 se reconduire sauuet1 que ce n'est iamais faict4 ,auant qu'on vous aye deffubl d'vn couurechef1 et puis d'vne calote1 auant qu'on vous aye rendu l'vsage de l'air1 et du vin1 et de vostre femme1 et des melons1 c'est grand cas si vous n'estes recheu en quelque nouuelle misere4 ,cette-cy a ce priuilege1 qu'elle s'emporte tout net4 ,l o les autres laissent tousiours quelque impression1 et alteration1 qui rend le corps susceptible de nouueau mal1 et se prestent la main les vns aux autres4 ,ceux l sont excusables1 qui se contentent de leur possession sur nous1 sans l'estendre1 et sans introduire leur sequele4 ,mais courtois et gratieux sont ceux1 de qui le passage nous apporte quelque vtile consequence4 ,depuis ma colique1 ie me trouue descharg d'autres accidens3 plus ce me semble que ie n'estois auparauant1 et n'ay point eu de fiebure depuis4 ,i'argumente1 que les vomissemens extremes et frequens que ie souffre1 me purgent3 et d'autre cost1 mes degoustemens1 et les ieusnes estranges1 que ie passe1 digerent mes humeurs peccantes3 et ,nature vuide en ces pierres1 ce qu'elle a de superflu et nuysible4 ,qu'on ne me die point1 que c'est vne medecine trop cher vendue4 ,car quoy tant de puans breuuages1 cauteres1 incisions1 sues1 sedons1 dietes1 et tant de formes de guarir1 qui nous apportent souuent la mort1 pour ne pouuoir soustenir leur violence1 et importunit8 ,par ainsi1 quand ie suis attaint1 ie le prens medecine3 quand ie suis exempt1 ie le prens constante et entiere deliurance4 ,voicy encore vne faueur de mon mal1 particuliere4 ,c'est qu' peu pres1 il faict son ieu part1 et me laisse faire le mien2 o il ne tient qu' faute de courage4 ,en sa plus grande esmotion1 ie l'ay tenu dix heures cheual4 ,souffrez seulement1 vous n'auez que faire d'autre regime4 ,iouez1 disnez1 courez1 faictes cecy1 et faictes encore cela1 si vous pouuez2 vostre desbauche y seruira plus1 qu'elle n'y nuira4 ,dictes en autant vn verol1 vn goutteux1 vn hernieux4 ,les autres maladies1 ont des obligations plus vniuerselles2 gehennent bien autrement noz actions2 troublent tout nostre ordre1 et engagent leur consideration1 tout l'estat de la vie4 ,cette-cy ne faict que pinser la peau2 elle vous laisse l'entendement1 et la volont en vostre disposition1 et la langue1 et les pieds1 et les mains4 ,elle vous esueille plustost qu'elle ne vous assoupit4 ,l'ame est frape de l'ardeur d'vne fiebure1 et atterre d'vne epilepsie1 et disloque par vne aspre micraine1 et en fin estonne par toutes les maladies qui blessent la masse1 et les plus nobles parties4 ,icy1 on ne l'attaque point4 ,s'il luy va mal1 sa coulpe4 ,elle se trahit elle mesme1 s'abandonne1 et se desmonte4 ,il n'y a que les fols qui se laissent persuader1 que ce corps dur et massif1 qui se cuyt en noz rognons1 se puisse dissoudre par breuuages4 ,parquoy depuis qu'il est esbranl1 il n'est que de luy donner passage1 aussi bien le prendra-il4 ,ie remarque encore cette particuliere commodit1 que c'est vn mal1 auquel nous auons peu deuiner4 ,nous sommes dispensez du trouble1 auquel les autres maux nous iettent1 par l'incertitude de leurs causes1 et conditions1 et progrez4 ,trouble infiniement penible4 ,nous n'auons que faire de consultations et interpretations doctorales3 les sens nous montrent que c'est1 et o c'est4 ,par tels argumens1 et forts et foibles1 comme ,cicero le mal de sa vieillesse1 i'essaye d'endormir et amuser mon imagination1 et graisser ses playes4 ,si elles s'empirent demain1 demain nous y pouruoyrons d'autres eschappatoires4 ,qu'il soit vray4 ,voicy depuis de nouueau1 que les plus legers mouuements espreignent le pur sang de mes reins4 ,quoy pour cela8 ie ne laisse de me mouuoir comme deuant1 et picquer apres mes chiens1 d'vne iuuenile ardeur1 et insolente4 ,et trouue que i'ay grand raison1 d'vn si important accident3 qui ne me couste qu'vne sourde poisanteur1 et alteration en cette partie4 ,c'est quelque grosse pierre1 qui foulle et consomme la substance de mes roignons3 et ma vie1 que ie vuide peu peu3 non sans quelque naturelle douceur1 comme vn excrement hormais superflu et empeschant4 ,or sens-ie quelque chose qui crousle2 ne vous attendez pas que i'aille m'amusant recognoistre mon poux1 et mes vrines1 pour y prendre quelque preuoyance ennuyeuse4 ,ie seray assez temps sentir le mal1 sans l'allonger par le mal de la peur4 ,qui craint de souffrir1 il souffre desia de ce qu'il craint4 ,ioint que la dubitation et ignorance de ceux1 qui se meslent d'expliquer les ressorts de ,nature1 et ses internes progrez3 et tant de faux prognostiques de leur art3 nous doit faire cognoistre1 qu'ell'a ses moyens infiniment incognuz4 ,il y a grande incertitude1 variet et obscurit1 de ce qu'elle nous promet ou menace4 ,sauf la vieillesse1 qui est vn signe indubitable de l'approche de la mort3 de tous les autres accidents1 ie voy peu de signes de l'aduenir1 surquoy nous ayons fonder nostre diuination4 ,ie ne me iuge que par vray sentiment1 non par discours4 ,a quoy faire8 puisque ie n'y veux apporter que l'attente et la patience4 ,voulez vous sauoir combien ie gaigne cela8 ,regardez ceux qui font autrement1 et qui dependent de tant de diuerses persuasions et conseils3 combien souuent l'imagination les presse sans le corps4 ,i'ay maintesfois prins plaisir estant en seurt1 et deliure de ces accidens dangereux1 de les communiquer aux medecins1 comme naissans lors en moy4 ,ie souffrois l'arrest de leurs horribles conclusions1 bien mon aise2 et en demeurois de tant plus oblig ,dieu de sa grace1 et mieux instruict de la vanit de cet art4 ,il n'est rien qu'on doiue tant recommander la ieunesse1 que l'actiuet et la vigilance4 ,nostre vie1 n'est que mouuement4 ,ie m'esbransle difficilement1 et suis tardif par tout3 me leuer1 me coucher1 et mes repas4 ,c'est matin pour moy que sept heures3 et o ie gouuerne1 ie ne disne1 ny auant onze1 ny ne souppe1 qu'apres six heures4 ,i'ay autrefois attribu la cause des fiebures1 et maladies o ie suis tomb1 la pesanteur et assoupissement1 que le long sommeil m'auoit apport4 ,et me suis tousiours repenty de me rendormir le matin4 ,platon veut plus de mal l'excs du dormir1 qu' l'excs du boire4 ,i'ayme coucher dur1 et seul2 voire sans femme1 la royalle3 vn peu bien couuert4 ,on ne bassine iamais mon lict2 mais depuis la vieillesse1 on me donne quand i'en ay besoing1 des draps1 eschauffer les pieds et l'estomach4 ,on trouuoit redire au grand ,scipion1 d'estre dormart1 non mon aduis pour autre raison1 sinon qu'il faschoit aux hommes1 qu'en luy seul1 il n'y eust aucune chose redire4 ,si i'ay quelque curiosit en mon traictement1 c'est plustost au coucher qu' autre chose2 mais ie cede et m'accommode en general1 autant que tout autre1 la necessit4 ,le dormir a occup vne grande partie de ma vie3 et le continu encores en cet aage1 huict ou neuf heures1 d'vne haleine4 ,ie me retire auec vtilit1 de cette propension paresseuse3 et en vaulx euidemment mieux4 ,ie sens vn peu le coup de la mutation3 mais c'est faict en trois iours4 ,et n'en voy gueres1 qui viue moins1 quand il est besoin3 et qui s'exerce plus constamment1 ny qui les corues poisent moins4 ,mon corps est capable d'vne agitation ferme2 mais non pas vehemente et soudaine4 ,ie fuis meshuy1 les exercices violents1 et qui me meinent la sueur3 mes membres se lassent auant qu'ils s'eschauffent4 ,ie me tiens debout1 tout le long d'vn iour1 et ne m'ennuye point me promener4 ,mais sur le pau1 depuis mon premier aage1 ie n'ay aym d'aller qu' cheual4 ,a pied1 ie me crotte iusques aux fesses3 et les petites gens1 sont subiects par ces rus1 estre chocquez et coudoyez faute d'apparence4 ,et ay aym me reposer1 soit couch1 soit assis1 les iambes autant ou plus haultes que le siege4 ,il n'est occupation plaisante comme la militaire3 occupation et noble en execution 7car la plus forte1 genereuse1 et superbe de toutes les vertus1 est la vaillance7 et noble en sa cause4 ,il n'est point d'vtilit1 ny plus iuste1 ny plus vniuerselle1 que la protection du repos1 et grandeur de son pays4 ,la compagnie de tant d'hommes vous plaist1 nobles1 ieunes1 actifs3 la veu ordinaire de tant de spectacles tragiques3 la libert de cette conuersation1 sans art1 et vne faon de vie1 masle et sans ceremonie3 la variet de mille actions diuerses3 cette courageuse harmonie de la musique guerriere1 qui vous entretient et eschauffe1 et les oreilles1 et l'ame3 l'honneur de cet exercice3 son aspret mesme et sa difficult1 que ,platon estime si peu1 qu'en sa republique il en faict part aux femmes et aux enfants4 ,vous vous conuiez aux rolles1 et hazards particuliers1 selon que vous iugez de leur esclat1 et de leur importance3 soldat volontaire3 et voyez quand la vie mesme y est excusablement employe1 ,pulchrmque mori succurrit in armis4 ,de craindre les hazards communs1 qui regardent vne si grande presse2 de n'oser ce que tant de sortes d'ames osent1 et tout vn peuple1 c'est faire vn cur mol1 et bas outre mesure4 ,la compagnie asseure iusques aux enfans4 ,si d'autres vous surpassent en science1 en grace1 en force1 en fortune2 vous auez des causes tierces1 qui vous en prendre2 mais de leur ceder en fermet d'ame1 vous n'auez vous en prendre qu' vous4 ,la mort est plus abiecte1 plus languissante1 et penible dans vn lict1 qu'en vn combat3 les fiebures et les caterrhes1 autant douloureux et mortels1 qu'vne harquebuzade4 ,qui seroit faict1 porter valeureusement1 les accidens de la vie commune1 n'auroit point grossir son courage1 pour se rendre gendarme4 ,viuere1 mi ,lucilli1 militare est4 ,il ne me souuient point de m'estre iamais veu galleux4 ,si est la gratterie1 des gratifications de ,nature les plus douces1 et autant main4 ,mais ell'a la penitence trop importunment voisine4 ,ie l'exerce plus aux oreilles1 que i'ay au dedans pruantes1 par secousses4 ,ie suis nay de tous les sens1 entiers quasi la perfection4 ,mon estomach est commodment bon1 comme est ma teste3 et le plus souuent1 se maintiennent au trauers de mes fiebures1 et aussi mon haleine4 ,i'ay outrepass l'aage auquel des nations1 non sans occasion1 auoient prescript vne si iuste fin la vie1 qu'elles ne permettoyent point qu'on l'excedast4 ,si ay-ie encore des remises3 quoy qu'inconstantes et courtes1 si nettes1 qu'il y a peu dire de la sant et indolence de ma ieunesse4 ,ie ne parle pas de la vigueur et allegresse3 ce n'est pas raison qu'elle me suyue hors ses limites3 ,non hoc amplius est liminis1 aut aqu ,clestis1 patiens latus4 ,mon visage et mes yeux me descouurent incontinent4 ,tous mes changemens commencent par l3 et vn peu plus aigres1 qu'ils ne sont en effect4 ,ie fais souuent piti mes amis1 auant que i'en sente la cause4 ,mon miroer ne m'estonne pas3 car en la ieunesse mesme1 il m'est aduenu plus d'vne fois1 de chausser ainsin vn teinct1 et vn port trouble1 et de mauuais prognostique1 sans grand accident3 en maniere que les medecins1 qui ne trouuoyent au dedans cause qui respondist cette alteration externe1 l'attribuoient l'esprit1 et quelque passion secrette1 qui me rongeast au dedans4 ,ils se trompoyent4 ,si le corps se gouuernoit autant selon moy1 que faict l'ame1 nous marcherions vn peu plus nostre aise4 ,ie l'auois lors1 non seulement exempte de trouble1 mais encore pleine de satisfaction1 et de feste3 comme elle est le plus ordinairement3 moyti de sa complexion1 moyti de son dessein3 ,nec vitiant artus gr contagia mentis4 ,ie tiens1 que cette sienne temperature1 a releu maintesfois le corps de ses cheutes4 ,il est souuent abbatu2 que si elle n'est enioue1 elle est au moins en estat tranquille et repos4 ,i'euz la fiebure quarte1 quatre ou cinq mois1 qui m'auoit tout desuisag3 l'esprit alla tousiours non paisiblement1 mais plaisamment4 ,si la douleur est hors de moy1 l'affoiblissement et langueur ne m'attristent guere4 ,ie vois plusieurs deffaillances corporelles1 qui font horreur seulement nommer1 que ie craindrois moins que mille passions d'esprit que ie vois en vsage4 ,ie prens party de ne plus courre1 c'est assez que ie me traine2 ny ne me plains de la decadance naturelle qui me tient1 ,quis tumidum guttur miratur in ,alpibus8 ,non plus1 que ie ne regrette1 que ma dure ne soit aussi longue et entiere que celle d'vn chesne4 ,ie n'ay point me plaindre de mon imagination3 i'ay eu peu de penses en ma vie qui m'ayent seulement interrompu le cours de mon sommeil1 si elles n'ont est du desir1 qui m'esueillast sans m'affliger4 ,ie songe peu souuent2 et lors c'est des choses fantastiques et des chimeres1 produictes communment de penses plaisantes3 plutost ridicules que tristes4 ,et tiens qu'il est vray1 que les songes sont loyaux interpretes de noz inclinations2 mais il y a de l'art les assortir et entendre4 ,res qu in vita vsurpant homines1 cogitant1 curant1 vident1 ,quque agunt vigilantes1 agitntque1 ea sicut in somno accidunt1 ,minus mirandum est4 ,platon dit dauantage1 que c'est l'office de la prudence d'en tirer des instructions diuinatrices pour l'aduenir4 ,ie ne voy rien cela1 sinon les merueilleuses experiences1 que ,socrates1 ,xenophon1 ,aristote en recitent1 personnages d'authorit irreprochable4 ,les histoires disent1 que les ,atlantes ne songent iamais3 qui ne mangent aussi rien1 qui aye prins mort4 ,ce que i'adiouste1 d'autant que c'est l'aduenture l'occasion1 pourquoy ils ne songent point4 ,car ,pythagoras ordonnoit certaine preparation de nourriture1 pour faire les songes propos4 ,les miens sont tendres3 et ne m'apportent aucune agitation de corps1 ny expression de voix4 ,i'ay veu plusieurs de mon temps1 en estre merueilleusement agitez4 ,theon le philosophe1 se promenoit1 en songeant3 et le valet de ,pericles sur les tuilles mesmes et faiste de la maison4 ,ie ne choisis guere table2 et me prens la premiere chose et plus voisine3 et me remue mal volontiers d'vn goust vn autre4 ,la presse des plats1 et des seruices me desplaist1 autant qu'autre presse4 ,ie me contente aisment de peu de mets2 et hay l'opinion de ,fauorinus1 qu'en vn festin1 il faut qu'on vous desrobe la viande o vous prenez appetit1 et qu'on vous en substitue tousiours vne nouuelle3 et que c'est vn miserable soupper1 si on n'a saoull les assistans de crouppions de diuers oyseaux2 et que le seul bequefigue merite qu'on le mange entier4 ,i'vse familierement de viandes salles2 si ayme-ie mieux le pain sans sel4 ,et mon boulanger chez moy1 n'en sert pas d'autre pour ma table1 contre l'vsage du pays4 ,on a eu en mon enfance principalement corriger1 le refus1 que ie faisois des choses que communment on ayme le mieux1 en cet aage2 succres1 confitures1 pieces de four4 ,mon gouuerneur combatit cette hayne de viandes delicates1 comme vne espece de delicatesse4 ,aussi n'est elle autre chose1 que difficult de goust1 o qu'il s'applique4 ,qui oste vn enfant1 certaine particuliere et obstine affection au pain bis1 et au lard1 ou l'ail1 il luy oste la friandise4 ,il en est1 qui font les laborieux1 et les patiens pour regretter le buf1 et le iambon1 parmy les perdris4 ,ils ont bon temps3 c'est la delicatesse des delicats2 c'est le goust d'vne molle fortune1 qui s'affadit aux choses ordinaires et accoustumes1 ,per qu luxuria diuitiarum tdio ludit4 ,laisser faire bonne chere de ce qu'vn autre la faict2 auoir vn soing curieux de son traictement2 c'est l'essence de ce vice2 ,si modica cnare times olus omne patella4 ,il y a bien vrayement cette difference1 qu'il vaut mieux obliger son desir1 aux choses plus aises recouurer2 mais c'est tousiours vice de s'obliger4 ,i'appellois autresfois1 delicat vn mien parent1 qui auoit desapris en noz galeres1 se seruir de noz licts1 et se despouiller pour se coucher4 ,si i'auois des enfans masles1 ie leur desirasse volontiers ma fortune4 ,le bon pere que ,dieu me donna 7qui n'a de moy que la recognoissance de sa bont1 mais certes bien gaillarde7 m'enuoya ds le berceau1 nourrir vn pauure village des siens1 et m'y tint autant que ie fus en nourrisse1 et encores au del3 me dressant la plus basse et commune faon de viure3 ,magna pars libertatis est ben moratus venter4 ,ne prenez iamais1 et donnez encore moins vos femmes1 la charge de leur nourriture3 laissez les former la fortune1 souz des loix populaires et naturelles3 laissez la coustume1 de les dresser la frugalit et l'austerit2 qu'ils ayent plustot descendre de l'aspret1 qu' monter vers elle4 ,son humeur visoit encore vne autre fin4 ,de me rallier auec le peuple1 et cette condition d'hommes1 qui a besoin de nostre ayde3 et estimoit que ie fusse tenu de regarder plustost1 vers celuy qui me tend les bras1 que vers celuy1 qui me tourne le dos4 ,et fut cette raison1 pourquoy aussi il me donna tenir sur les fons1 des personnes de la plus abiecte fortune1 pour m'y obliger et attacher4 ,son dessein n'a pas du tout mal succed4 ,ie m'adonne volontiers aux petits2 soit pour ce qu'il y a plus de gloire3 soit par naturelle compassion1 qui peut infiniement en moy4 ,le party que ie condemneray en noz guerres1 ie le condemneray plus asprement1 fleurissant et prospere4 ,il sera pour me concilier aucunement soy quand ie le verray miserable et accabl4 ,combien volontiers ie considere la belle humeur de ,chelonis1 fille et femme de ,roys de ,sparte6 ,pendant que ,cleombrotus son mary1 aux desordres de sa ville1 eut auantage sur ,leonidas son pere1 elle fit la bonne fille3 se r'allie auec son pere1 en son exil1 en sa misere1 s'opposant au victorieux4 ,la chance vint elle tourner8 la voila change de vouloir avec la fortune1 se rangeant courageusement son mary3 lequel elle suiuit par tout1 o sa ruine le porta3 n'ayant ce me semble autre choix1 que de se ietter au party1 o elle faisoit le plus de besoin1 et o elle se montroit plus pitoyable4 ,ie me laisse plus naturellement aller apres l'exemple de ,flaminius1 qui se prestoit ceux qui auoyent besoin de luy1 plus qu' ceux qui luy pouuoient bien-faire3 que ie ne fais celuy de ,pyrrhus1 propre s'abaisser soubs les grands1 et s'enorgueillir sur les petits4 ,les longues tables m'ennuyent1 et me nuisent3 car soit pour m'y estre accoustum enfant1 faute de meilleure contenance1 ie mange autant que i'y suis4 ,pourtant chez moy1 quoy qu'elle soit des courtes1 ie m'y mets volontiers vn peu apres les autres2 sur la forme d',auguste3 mais ie ne l'imite pas1 en ce qu'il en sortoit aussi auant les autres4 ,au rebours1 i'ayme me reposer long temps apres1 et en ouyr comter3 pourueu que ie ne m'y mesle point2 car ie me lasse et me blesse de parler1 l'estomach plain3 autant comme ie trouue l'exercice de crier1 et contester1 auant le repas1 tressalubre et plaisant4 ,les anciens ,grecs et ,romains auoyent meilleure raison que nous1 assignans la nourriture1 qui est vne action principale de la vie1 si autre extraordinaire occupation ne les en diuertissoit1 plusieurs heures1 et la meilleure partie de la nuict3 mangeans et beuuans moins hastiuement que nous1 qui passons en poste toutes noz actions3 et estendans ce plaisir naturel1 plus de loisir et d'vsage1 y entresemans diuers offices de conuersation1 vtiles et aggreables4 ,ceux qui doiuent auoir soing de moy1 pourroyent bon march me desrober ce qu'ils pensent m'estre nuisible3 car en telles choses1 ie ne desire iamais1 ny ne trouue dire1 ce que ie ne vois pas3 mais aussi de celles qui se presentent1 ils perdent leur temps de m'en prescher l'abstinence4 ,si que quand ie veux ieusner1 il me faut mettre part des souppeurs2 et qu'on me presente iustement1 autant qu'il est besoin pour vne regle collation3 car si ie me mets table1 i'oublie ma resolution4 ,quand i'ordonne qu'on change d'apprest quelque viande2 mes gens sauent1 que c'est dire1 que mon appetit est allanguy1 et que ie n'y toucheray point4 ,en toutes celles qui le peuuent souffrir1 ie les ayme peu cuittes4 ,et les ayme fort mortifies3 et iusques l'alteration de la senteur1 en plusieurs4 ,il n'y a que la duret qui generalement me fasche 7de toute autre qualit1 ie suis aussi nonchalant et souffrant qu'homme que i'aye cogneu7 si que contre l'humeur commune1 entre les poissons mesme1 il m'aduient d'en trouuer1 et de trop frais1 et de trop fermes4 ,ce n'est pas la faute de mes dents1 que i'ay eu tousiours bonnes iusques l'excellence2 et que l'aage ne commence de menasser qu' cette heure4 ,i'ay apprins ds l'enfance1 les frotter de ma seruiette1 et le matin1 et l'entre et issu de la table4 ,dieu faict grace ceux qui il soustrait la vie par le menu4 ,c'est le seul benefice de la vieillesse4 ,la derniere mort en sera d'autant moins plaine et nuisible3 elle ne tuera plus qu'vn demy1 ou vn quart d'homme4 ,voila vne dent qui me vient de choir1 sans douleur1 sans effort3 c'estoit le terme naturel de sa dure4 ,et cette partie de mon estre1 et plusieurs autres1 sont desia mortes1 autres demy mortes1 des plus actiues1 et qui tenoyent le premier rang pendant la vigueur de mon aage4 ,c'est ainsi que ie fons1 et eschappe moy4 ,quelle bestise sera-ce mon entendement1 de sentir le sault de cette cheute1 desia si auance1 comme si elle estoit entiere8 ,ie ne l'espere pas4 ,a la verit1 ie reoy vne principale consolation aux penses de ma mort1 qu'elle soit des iustes et naturelles3 et que mes-huy ie ne puisse en cela1 requerir ni esperer de la destine1 faueur qu'illegitime4 ,les hommes se font accroire1 qu'ils ont eu autres-fois1 comme la stature1 la vie aussi plus grande4 ,mais ils se trompent3 et ,solon1 qui est de ces vieux temps-l1 en taille pourtant l'extreme dure soixante et dix ans4 ,moy qui ay tant ador et si vniuersellement cet 1 du temps pass3 et qui ay tant pris pour la plus parfaicte1 la moyenne mesure3 pretendray-ie vne desmesure et prodigieuse vieillesse8 ,tout ce qui vient au reuers du cours de nature1 peut estre fascheux3 mais ce1 qui vient selon elle1 doibt estre tousiours plaisant4 ,omnia1 qu secundum naturam fiunt1 sunt habenda in bonis4 ,par ainsi1 dit ,platon1 la mort1 que les playes ou maladies apportent1 soit violente3 mais celle1 qui nous surprend1 la vieillesse nous y conduisant1 est de toutes la plus legere1 et aucunement delicieuse4 ,vitam adolescentibus vis aufert1 senibus maturitas4 ,la mort se mesle et confond par tout nostre vie3 le declin proccupe son heure1 et s'ingere au cours de nostre auancement mesme4 ,i'ay des portraits de ma forme de vingt et cinq1 et de trente cinq ans3 ie les compare auec celuy d'asteure4 ,combien de fois1 ce n'est plus moy3 combien est mon image presente plus eslongne de celles l1 que de celle de mon trespas4 ,c'est trop abus de nature1 de la tracasser si loing1 qu'elle soit contrainte de nous quitter3 et abandonner nostre conduite1 nos yeux1 nos dens1 nos iambes1 et le reste1 la mercy d'vn secours estranger et mandi3 et nous resigner entre les mains de l'art1 las de nous suyure4 ,ie ne suis excessiuement desireux1 ny de salades1 ny de fruits3 sauf les melons4 ,mon pere hassoit toute sorte de sauces1 ie les ayme toutes4 ,le trop manger m'empesche3 mais par sa qualit1 ie n'ay encore cognoissance bien certaine1 qu'aucune viande me nuise3 comme aussi ie ne remarque1 ny lune plaine1 ny basse1 ny l'automne du printemps4 ,il y a des mouuemens en nous1 inconstans et incognuz4 ,car des refors1 pour exemple1 ie les ay trouuez premierement commodes1 depuis fascheux1 present de rechef commodes4 ,en plusieurs choses1 ie sens mon estomach et mon appetit aller ainsi diuersifiant4 ,i'ay rechang du blanc au clairet1 et puis du clairet au blanc4 ,ie suis friand de poisson1 et fais mes iours gras des maigres3 et mes festes des iours de ieusne4 ,ie croy ce qu'aucuns disent1 qu'il est de plus aise digestion que la chair4 ,comme ie fais conscience de manger de la viande1 le iour de poisson3 aussi fait mon goust1 de mesler le poisson la chair4 ,cette diuersit me semble trop eslongne4 ,ds ma ieunesse1 ie desrobois par fois quelque repas3 ou fin d'esguiser mon appetit au lendemain 7car comme ,epicurus ieusnoit et faisoit des repas maigres1 pour accoustumer sa volupt se passer de l'abondance3 moy au rebours1 pour dresser ma volupt1 faire mieux son profit1 et se seruir plus alaigrement1 de l'abondance7 ou ie ieusnois1 pour conseruer ma vigueur au seruice de quelque action de corps ou d'esprit3 car et l'vn et l'autre1 s'apparesse cruellement en moy1 par la repletion3 7et sur tout1 ie hay ce sot accouplage1 d'vne ,deesse si saine et si alegre1 auec ce petit ,dieu indigest et roteur1 tout bouffy de la fume de sa liqueur7 ou pour guarir mon estomach malade3 ou pour estre sans compaignie propre4 ,car ie dy comme ce mesme ,epicurus1 qu'il ne faut pas tant regarder ce qu'on mange1 qu'auec qui on mange4 ,et lou ,chilon1 de n'auoir voulu promettre de se trouuer au festin de ,periander1 auant que d'estre inform1 qui estoyent les autres conuiez4 ,il n'est point de si doux apprest pour moy1 ny de sauce si appetissante1 que celle qui se tire de la societ4 ,ie croys qu'il est plus sain1 de manger plus bellement et moins3 et de manger plus souuent4 ,mais ie veux faire valoir l'appetit et la faim3 ie n'aurois nul plaisir trainer la medecinale1 trois ou quatre chetifs repas par iour1 ainsi contrains4 ,qui m'asseureroit que le goust ouuert1 que i'ay ce matin1 ie le retrouuasse encore souper8 ,prenons1 sur tout les vieillards3 le premier temps opportun qui nous vient4 ,laissons aux faiseurs d'almanachs les esperances et les prognostiques4 ,l'extreme fruict de ma sant1 c'est la volupt3 tenons nous la premiere presente et cognu4 ,i'euite la constance en ces loix de ieusne4 ,qui veut qu'vne forme luy serue1 fuye la continuer3 nous nous y durcissons1 nos forces s'y endorment3 six mois apres1 vous y aurez si bien acoquin vostre estomach1 que vostre proffit1 ce ne sera que d'auoir perdu la libert d'en vser autrement sans dommage4 ,ie ne porte les iambes1 et les cuisses1 non plus couuertes en hyuer qu'en est1 vn bas de soye tout simple4 ,ie me suis laiss aller pour le secours de mes reumes1 tenir la teste plus chaude1 et le ventre1 pour ma colique4 ,mes maux s'y habituerent en peu de iours1 et desdaignerent mes ordinaires prouisions4 ,i'estois mont d'vne coiffe vn couurechef1 et d'vn bonnet vn chapeau double4 ,les embourreures de mon pourpoint1 ne me seruent plus que de galbe3 ce n'est rien3 si ie n'y adiouste vne peau de lieure ou de vautour3 vne calote ma teste4 ,suyuez cette gradation1 vous irez beau train4 ,ie n'en feray rien4 ,et me dedirois volontiers du commencement que i'y ay donn1 si i'osois4 ,tombez vous en quelque inconuenient nouueau8 cette reformation ne vous sert plus3 vous y estes accoustum1 cherchez en vne autre4 ,ainsi se ruinent ceux qui se laissent empestrer des regimes contraincts1 et s'y astreignent superstitieusement3 il leur en faut encore1 et encore apres1 d'autres au del3 ce n'est iamais fait4 ,pour nos occupations1 et le plaisir3 il est beaucoup plus commode1 comme faisoyent les anciens1 de perdre le disner1 et remettre faire bonne chere l'heure de la retraicte et du repos1 sans rompre le iour3 ainsi le faisois-ie autresfois4 ,pour la sant1 ie trouue depuis par experience au contraire1 qu'il vaut mieux disner1 et que la digestion se faict mieux en veillant4 ,ie ne suis guere subiect estre alter ny sain ny malade3 i'ay bien volontiers lors la bouche seche1 mais sans soif4 ,et communement1 ie ne bois que du desir qui m'en vient en mangeant1 et bien auant dans le repas4 ,ie bois assez bien1 pour vn homme de commune faon4 ,en est1 et en vn repas appetissant1 ie n'outrepasse point seulement les limites d',auguste1 qui ne beuuoit que trois fois precisement3 mais pour n'offenser la regle de ,democritus1 qui deffendoit de s'arrester quattre1 comme vn nombre mal fortun1 ie coule vn besoing1 iusques cinq3 trois demysetiers1 enuiron4 ,car les petis verres sont les miens fauoris3 et me plaist de les vuider1 ce que d'autres euitent comme chose mal seante4 ,ie trempe mon vin plus souuent moiti1 par fois au tiers d'eau4 ,et quand ie suis en ma maison1 d'vn ancien vsage que son medecin ordonnoit mon pere1 et soy1 on mesle celuy qu'il me faut1 des la sommelerie1 deux ou trois heures auant qu'on serue4 ,ils disent1 que ,cranaus ,roy des ,atheniens fut inuenteur de cet vsage1 de tremper le vin3 vtilement ou non1 i'en ay veu debattre4 ,i'estime plus decent et plus sain1 que les enfans n'en vsent qu'apres seize ou dix-huict ans4 ,la forme de viure plus vsite et commune1 est la plus belle4 ,toute particularit1 m'y semble euiter3 et harois autant vn ,aleman qui mist de l'eau au vin1 qu'vn ,franois qui le buroit pur4 ,l'vsage publiq donne loy telles choses4 ,ie crains vn air empesch1 et fuys mortellement la fume3 7la premiere reparation o ie courus chez moy1 ce fut aux chemines1 et aux retraicts1 vice commun des vieux bastimens1 et insupportable7 et entre les difficultez de la guerre1 comte ces espaisses poussieres1 dans lesquelles on nous tient enterrez au chault1 tout le long d'vne iourne4 ,i'ay la respiration libre et ayse3 et se passent mes morfondements le plus souuent sans offence du poulmon1 et sans toux4 ,l'aspret de l'est m'est plus ennemie que celle de l'hyuer3 car outre l'incommodit de la chaleur1 moins remediable que celle du froid1 et outre le coup que les rayons du soleil donnent la teste3 mes yeux s'offencent de toute lueur esclatante3 ie ne saurois cette heure disner assiz1 vis vis d'vn feu ardent1 et lumineux4 ,pour amortir la blancheur du papier1 au temps que i'auois plus accoustum de lire1 ie couchois sur mon liure1 vne piece de verre1 et m'en trouuois fort soulag4 ,i'ignore iusques present1 l'vsage des lunettes3 et vois aussi loing1 que ie fis onques1 et que tout autre4 ,il est vray1 que sur le declin du iour1 ie commence sentir du trouble1 et de la foiblesse lire3 dequoy l'exercice a tousiours trauaill mes yeux3 mais sur tout nocturne4 ,voyla vn pas en arriere3 toute peine sensible4 ,ie reculeray d'vn autre2 du second au tiers1 du tiers au quart1 si coement qu'il me faudra estre aueugle form1 auant que ie sente la decadence et vieillesse de ma veu4 ,tant les ,parques destordent artificiellement nostre vie4 ,si suis-ie en doubte1 que mon oue marchande s'espaissir3 et verrez que ie l'auray demy perdue1 que ie m'en prendray encore la voix de ceux qui parlent moy4 ,il faut bien bander l'ame1 pour luy faire sentir1 comme elle s'escoule4 ,mon marcher est prompt et ferme3 et ne say lequel des deux1 ou l'esprit ou le corps1 i'ay arrest plus mal-aisment1 en mesme poinct4 ,le prescheur est bien de mes amys1 qui oblige mon attention1 tout vn sermon4 ,aux lieux de ceremonie1 o chacun est si band en contenance1 o i'ay veu les dames tenir leurs yeux mesmes si certains1 ie ne suis iamais venu bout1 que quelque piece des miennes n'extrauague tousiours3 encore que i'y sois assis1 i'y suis peu rassis4 ,comme la chambriere du ,philosophe ,chrysippus1 disoit de son maistre1 qu'il n'estoit yure que par les iambes3 car il auoit cette coustume de les remuer1 en quelque assiette qu'il fust3 et elle le disoit1 lors que le vin esmouuant ses compaignons1 luy n'en sentoit aucune alteration4 ,on a peu dire aussi ds mon enfance1 que i'auoy de la follie aux pieds1 ou de l'argent vif3 tant i'y ay de remuement et d'inconstance naturelle1 en quelque lieu1 que ie les place4 ,c'est indecence1 outre ce qu'il nuit la sant1 voire et au plaisir1 de manger gouluement1 comme ie fais4 ,ie mors souuent ma langue1 par fois mes doigts1 de hastiuet4 ,diogenes1 rencontrant vn enfant qui mangeoit ainsin1 en donna vn soufflet son precepteur4 ,il y auoit des hommes ,rome1 qui enseignoyent mascher1 comme marcher1 de bonne grace4 ,i'en pers le loisir de parler1 qui est vn si doux assaisonnement des tables1 pourueu que ce soyent des propos de mesme1 plaisans et courts4 ,il y a de la ialousie et enuie entre nos plaisirs1 ils se choquent et empeschent l'vn l'autre4 ,alcibiades1 homme bien entendu faire bonne chere1 chassoit la musique mesme des tables1 pour qu'elle ne troublast la douceur des deuis1 par la raison1 que ,platon luy preste4 ,que c'est vn vsage d'hommes populaires1 d'appeller des ioeurs d'instruments et des chantres aux festins1 faute de bons discours et aggreables entretiens1 dequoy les gens d'entendement sauent s'entrefestoyer4 ,varro demande cecy au conuiue3 l'assemble de personnes belles de presence1 et aggreables de conuersation1 qui ne soyent ny muets ny bauarts3 nettet et delicatesse aux viures1 et au lieu3 et le temps serein4 ,ce n'est pas vne feste peu artificielle1 et peu voluptueuse1 qu'vn bon traittement de table4 ,ny les grands chefs de guerre1 ny les grands philosophes1 n'en ont desdaign l'vsage et la science4 ,mon imagination en a donn trois en garde ma memoire1 que la fortune me rendit de souueraine douceur1 en diuers temps de mon aage plus fleurissant4 ,mon estat present m'en forclost4 ,car chacun pour soy y fournit de grace principale1 et de saueur1 selon la bonne trampe de corps et d'ame1 en quoy lors il se trouue4 ,moy qui ne manie que terre terre1 hay cette inhumaine sapience1 qui nous veut rendre desdaigneux et ennemis de la culture du corps4 ,i'estime pareille iniustice1 de prendre contre cur les voluptez naturelles1 que de les prendre trop cur4 ,xerxes estoit un fat1 qui enuelopp en toutes les voluptez humaines1 alloit proposer prix qui luy en trouueroit d'autres4 ,mais non guere moins fat est celuy1 qui retranche celles1 que nature luy a trouues4 ,il ne les faut ny suyure ny fuyr3 il les faut receuoir4 ,ie les reois vn peu plus grassement et gratieusement1 et me laisse plus volontiers aller vers la pente naturelle4 ,nous n'auons que faire d'exaggerer leur inanit3 elle se faict assez sentir1 et se produit assez4 ,mercy nostre esprit maladif1 rabat-ioye1 qui nous desgouste d'elles1 comme de soy-mesme4 ,il traitte et soy1 et tout ce qu'il reoit1 tantost auant1 tantost arriere1 selon son estre insatiable1 vagabond et versatile3 ,sincerum est nisi vas1 quodcunque infundis1 acescit4 ,moy1 qui me vente d'embrasser si curieusement les commoditez de la vie1 et si particulierement3 n'y trouue1 quand i'y regarde ainsi finement1 peu pres que du vent4 ,mais quoy8 nous sommes par tout vent4 ,et le vent encore1 plus sagement que nous s'ayme bruire1 s'agiter3 et se contente en ses propres offices3 sans desirer la stabilit1 la solidit1 qualitez non siennes4 ,les plaisirs purs de l'imagination1 ainsi que les desplaisirs1 disent aucuns1 sont les plus grands3 comme l'exprimoit la balance de ,critolas4 ,ce n'est pas merueille4 ,elle les compose sa poste1 et se les taille en plein drap4 ,i'en voy tous les iours1 des exemples insignes1 et l'aduenture desirables4 ,mais moy1 d'vne condition mixte1 grossier1 ne puis mordre si faict1 ce seul obiect1 si simple3 que ie ne me laisse tout lourdement aller aux plaisirs presents1 de la loy humaine et generale4 ,intellectuellement sensibles1 sensiblement intellectuels4 ,les philosophes ,cyrenaques veulent1 que comme les douleurs1 aussi les plaisirs corporels soyent plus puissants3 et comme doubles1 et comme plus iustes4 ,il en est1 comme dit ,aristote1 qui d'vne farouche stupidit1 en font les desgoustez4 ,i'en cognoy d'autres qui par ambition le font4 ,que ne renoncent ils encore au respirer8 que ne viuent-ils du leur1 et ne refusent la lumiere1 de ce qu'elle est gratuite3 ne leur coutant ny inuention ny vigueur8 ,que ,mars1 ou ,pallas1 ou ,mercure1 les substantent pour voir1 au lieu de ,venus1 de ,cerez1 et de ,bacchus4 ,chercheront ils pas la quadrature du cercle1 iuchez sur leurs femmes8 ,ie hay1 qu'on nous ordonne d'auoir l'esprit aux nues1 pendant que nous auons le corps table4 ,ie ne veux pas que l'esprit s'y clou1 ny qu'il s'y veautre3 mais ie veux qu'il s'y applique3 qu'il s'y see1 non qu'il s'y couche4 ,aristippus ne defendoit que le corps1 comme si nous n'auions pas d'ame3 ,zenon n'embrassoit que l'ame1 comme si nous n'auions pas de corps4 ,touts deux vicieusement4 ,pythagoras1 disent-ils1 a suiuy vne philosophie toute en contemplation3 ,socrates1 toute en murs et en action3 ,platon en a trouu le temperament entre les deux4 ,mais ils le disent1 pour en conter4 ,et le vray temperament se trouue en ,socrates2 et ,platon est plus ,socratique1 que ,pythagorique3 et luy sied mieux4 ,quand ie dance1 ie dance3 quand ie dors1 ie dors4 ,voire1 et quand ie me promeine solitairement en vn beau verger1 si mes pensees se sont entretenus des occurrences estrangeres quelque partie du temps3 quelque autre partie1 ie les rameine la promenade1 au verger1 la douceur de cette solitude1 et moy4 ,nature a maternellement obseru cela1 que les actions qu'elle nous a enioinctes pour nostre besoing1 nous fussent aussi voluptueuses4 ,et nous y conuie1 non seulement par la raison3 mais aussi par l'appetit3 c'est iniustice de corrompre ses regles4 ,quand ie vois1 et ,csar1 et ,alexandre1 au plus espaiz de sa grande besongne1 iour si plainement des plaisirs humains et corporels1 ie ne dis pas que ce soit relascher son ame1 ie dis que c'est la roidir3 sousmettant par vigueur de courage1 l'vsage de la vie ordinaire1 ces violentes occupations et laborieuses penses4 ,sages1 s'ils eussent creu1 que c'estoit l leur ordinaire vocation1 cette-cy1 l'extraordinaire4 ,nous sommes de grands fols4 ,il a pass sa vie en oisiuet1 disons-nous3 ie n'ay rien faict d'auiourd'huy4 ,quoy8 auez-vous pas vescu8 ,c'est non seulement la fondamentale1 mais la plus illustre de vos occupations4 ,si on m'eust mis au propre des grands maniements1 i'eusse montr ce que ie sauoy faire4 ,auez vous sceu mediter et manier vostre vie8 vous auez faict la plus grande besoigne de toutes4 ,pour se montrer et exploicter1 nature n'a que faire de fortune4 ,elle se montre egallement en tous estages3 et derriere1 comme sans rideau4 ,auez-vous sceu composer vos murs3 vous auez bien plus faict que celuy qui a compos des liures4 ,auez-vous sceu prendre du repos3 vous auez plus faict1 que celuy qui a pris des ,empires et des villes4 ,le glorieux chef-d'uure de l'homme1 c'est viure propos4 ,toutes autres choses3 regner1 thesauriser1 bastir1 n'en sont qu'appendicules et adminicules1 pour le plus4 ,ie prens plaisir de voir vn general d'arme au pied d'vne breche qu'il veut tantost attaquer1 se prestant tout entier et deliure1 son disner1 au deuis1 entre ses amis4 ,et ,brutus1 ayant le ciel et la terre conspirez l'encontre de luy1 et de la libert ,romaine1 desrober ses rondes1 quelque heure de nuict1 pour lire et breueter ,polybe en toute securit4 ,c'est aux petites ames enseuelies du poix des affaires1 de ne s'en sauoir purement desmesler3 de ne les sauoir et laisser et reprendre4 ,o fortes peiorque passi ,mecum spe viri1 nunc vino pellite curas1 ,cras ingens iterabimus quor4 ,soit par gosserie1 soit certes1 que le vin theologal et ,sorbonique est pass en prouerbe1 et leurs festins3 ie trouue que c'est raison1 qu'ils en disnent d'autant plus commodment et plaisamment1 qu'ils ont vtilement et serieusement employ la matine l'exercice de leur eschole4 ,la conscience d'auoir bien dispens les autres heures1 est vn iuste et sauoureux condiment des tables4 ,ainsin ont vescu les sages4 ,et cette inimitable contention la vertu1 qui nous estonne en l'vn et l'autre ,caton1 cette humeur seuere iusques l'importunit1 s'est ainsi mollement submise1 et pleu aux loix de l'humaine condition1 et de ,venus et de ,bacchus4 ,suiuant les preceptes de leur secte1 qui demandent le sage parfaict1 autant expert et entendu l'vsage des voluptez qu'en tout autre deuoir de la vie4 ,cui cor sapiat1 ei et sapiat palatus4 ,le relaschement et facilit honore ce semble merueilles1 et sied mieux vne ame forte et genereuse4 ,epaminondas n'estimoit pas que de se mesler la dance des garons de sa ville1 de chanter1 de sonner1 et s'y embesongner auec attention1 fust chose qui derogeast l'honneur de ses glorieuses victoires1 et la parfaicte reformation des murs qui estoit en luy4 ,et parmy tant d'admirables actions de ,scipion l'ayeul1 personnage digne de l'opinion d'vne geniture celeste1 il n'est rien qui luy donne plus de grace1 que de le voir nonchalamment et puerilement baguenaudant amasser et choisir des coquilles1 et ioer cornichon va deuant1 le long de la marine auec ,llius4 ,et s'il faisoit mauuais temps1 s'amusant et se chatouillant1 representer par escript en comedies1 les plus populaires et basses actions des hommes4 ,et la teste pleine de cette merueilleuse entreprinse d',annibal et d',afrique2 visitant les escholes en ,sicile1 et se trouuant aux leons de la philosophie1 iusques en auoir arm les dents de l'aueugle enuie de ses ennemis ,rome4 ,ny chose plus remarquable en ,socrates1 que ce que tout vieil1 il trouue le temps de se faire instruire baller1 et iour des instrumens3 et le tient pour bien employ4 ,cettuy-cy1 s'est veu en ecstase debout1 vn iour entier et vne nuict1 en presence de toute l'arme ,grecque1 surpris et rauy par quelque profonde pense4 ,il s'est veu le premier parmy tant de vaillants hommes de l'arme1 courir au secours d',alcibiades1 accabl des ennemis3 le couurir de son corps1 et le descharger de la presse1 viue force d'armes4 ,en la bataille ,delienne1 releuer et sauuer ,xenophon1 renuers de son cheual4 ,et emmy tout le peuple d',athenes1 outr1 comme luy1 d'vn si indigne spectacle1 se presenter le premier recourir ,theramenes1 que les trente tyrans faisoient mener la mort par leurs satellites3 et ne desista cette hardie entreprinse1 qu' la remontrance de ,theramenes mesme3 quoy qu'il ne fust suiuy que de deux1 en tout4 ,il s'est veu1 recherch par vne beaut1 de laquelle il estoit esprins1 maintenir au besoing vne seuere abstinence4 ,il s'est veu continuellement marcher la guerre1 et fouler la glace les pieds nuds2 porter mesme robbe en hyuer et en est3 surmonter tous ses compaignons en patience de trauail1 ne manger point autrement en festin qu'en son ordinaire4 ,il s'est veu vingt et sept ans1 de pareil visage1 porter la faim1 la pauuret1 l'indocilit de ses enfants1 les griffes de sa femme4 ,et en fin la calomnie1 la tyrannie1 la prison1 les fers1 et le venin4 ,mais cet homme l estoit-il conui de boire lut par deuoir de ciuilit8 c'estoit aussi celuy de l'arme1 qui en demeuroit l'aduantage4 ,et ne refusoit ny iour aux noisettes auec les enfans1 ny courir auec eux sur vn cheual de bois1 et y auoit bonne grace3 car toutes actions1 dit la philosophie1 sieent egallement bien et honnorent egallement le sage4 ,on a dequoy1 et ne doit-on iamais se lasser de presenter l'image de ce personnage tous patrons et formes de perfection4 ,il est fort peu d'exemples de vie1 pleins et purs4 ,et faict-on tort nostre instruction1 de nous en proposer tous les iours1 d'imbecilles et manques3 peine bons vn seul ply3 qui nous tirent arriere plustost3 corrupteurs plustost que correcteurs4 ,le peuple se trompe3 on va bien plus facilement par les bouts1 o l'extremit sert de borne1 d'arrest et de guide1 que par la voye du milieu large et ouuerte1 et selon l'art1 que selon nature2 mais bien moins noblement aussi1 et moins recommendablement4 ,la grandeur de l'ame n'est pas tant1 tirer mont1 et tirer auant1 comme sauoir se ranger et circonscrire4 ,elle tient pour grand1 tout ce qui est assez4 ,et montre sa hauteur1 aimer mieux les choses moyennes1 que les eminentes4 ,il n'est rien si beau et legitime1 que de faire bien l'homme et deument4 ,ny science si ardu que de bien sauoir viure cette vie4 ,et de nos maladies la plus sauuage1 c'est mespriser nostre estre4 ,qui veut escarter son ame1 le face hardiment s'il peut1 lors que le corps se portera mal1 pour la descharger de cette contagion4 ,ailleurs au contraire3 qu'elle l'assiste et fauorise1 et ne refuse point de participer ses naturels plaisirs1 et de s'y complaire coniugalement3 y apportant1 si elle est plus sage1 la moderation1 de peur que par indiscretion1 ils ne se confondent auec le desplaisir4 ,l'intemperance1 est peste de la volupt3 et la temperance n'est pas son fleau3 c'est son assaisonnement4 ,eudoxus1 qui en establissoit le souuerain bien1 et ses compaignons1 qui la monterent si haut prix1 la sauourerent en sa plus gracieuse douceur1 par le moyen de la temperance1 qui fut en eux singuliere et exemplaire4 ,i'ordonne mon ame1 de regarder et la douleur1 et la volupt1 de veu pareillement regle3 eodem enim vitio est effusio animi in ltitia1 quo in dolore contractio3 et pareillement ferme3 mais gayement l'vne1 l'autre seuerement4 ,et selon ce qu'elle y peut apporter1 autant soigneuse d'en esteindre l'vne1 que d'estendre l'autre4 ,le voir sainement les biens1 tire apres soy le voir sainement les maux4 ,et la douleur a quelque chose de non euitable1 en son tendre commencement3 et la volupt quelque chose d'euitable en sa fin excessiue4 ,platon les accouple3 et veut1 que ce soit pareillement l'office de la fortitude combattre l'encontre de la douleur1 et l'encontre des immoderes et charmeresses blandices de la volupt4 ,ce sont deux fontaines1 ausquelles1 qui puise1 d'o1 quand et combien il faut1 soit cit1 soit homme1 soit beste1 il est bien heureux4 ,la premiere1 il la faut prendre par medecine et par necessit1 plus escharsement3 l'autre par soif1 mais non iusques l'yuresse4 ,la douleur1 la volupt1 l'amour1 la haine1 sont les premieres choses1 que sent vn enfant3 si la raison suruenant elles s'appliquent elle3 cela c'est vertu4 ,i'ay vn dictionaire tout part moy3 ie passe le temps1 quand il est mauuais et incommode2 quand il est bon1 ie ne le veux pas passer1 ie le retaste1 ie m'y tiens4 ,il faut courir le mauuais1 et se rassoir au bon4 ,cette fraze ordinaire de passe-temps1 et de passer le temps1 represente l'vsage de ces prudentes gens1 qui ne pensent point auoir meilleur conte de leur vie1 que de la couler et eschaper3 de la passer1 gauchir1 et autant qu'il est en eux1 ignorer et fuir2 comme chose de qualit ennuyeuse et desdaignable4 ,mais ie la cognois autre3 et la trouue1 et prisable et commode1 voire en son dernier decours1 o ie la tiens4 ,et nous l'a nature mise en main1 garnie de telles circonstances et si fauorables1 que nous n'auons nous plaindre qu' nous1 si elle nous presse2 et si elle nous eschappe inutilement4 ,stulti vita ingrata est1 trepida est1 tota in futurum fertur4 ,ie me compose pourtant la perdre sans regret3 mais comme perdable de sa condition1 non comme moleste et importune4 ,aussi ne sied-il proprement bien1 de ne se desplaire mourir qu' ceux1 qui se plaisent viure4 ,il y a du mesnage la iouyr3 ie la iouis au double des autres3 car la mesure en la iouissance1 depend du plus ou moins d'application1 que nous y prestons4 ,principalement cette heure1 que i'apperoy la mienne si briefue en temps1 ie la veux estendre en poix4 ,ie veux arrester la promptitude de sa fuite par la promptitude de ma saisie3 et par la vigueur de l'vsage1 compenser la hastiuet de son escoulement4 ,a mesure que la possession du viure est plus courte1 il me la faut rendre plus profonde1 et plus pleine4 ,les autres sentent la douceur d'vn contentement1 et de la prosperit3 ie la sens ainsi qu'eux3 mais ce n'est pas en passant et glissant4 ,si la faut-il estudier1 sauourer et ruminer1 pour en rendre graces condignes celuy qui nous l'ottroye4 ,ils iouyssent les autres plaisirs1 comme ils font celuy du sommeil1 sans les cognoistre4 ,a celle fin que le dormir mesme ne m'eschappast ainsi stupidement1 i'ay autresfois trouu bon qu'on me le troublast1 afin que ie l'entreuisse4 ,ie consulte d'vn contentement auec moy3 ie ne l'escume pas1 ie le sonde1 et plie ma raison le recueillir1 deuenu chagrigne et desgouste4 ,me trouu-ie en quelque assiette tranquille1 y a il quelque volupt qui me chatouille1 ie ne la laisse pas friponner aux sens2 i'y associe mon ame4 ,non pas pour s'y engager1 mais pour s'y agreer2 non pas pour s'y perdre1 mais pour s'y trouuer4 ,et l'employe de sa part1 se mirer dans ce prospere estat1 en poiser et estimer le bon heur1 et l'amplifier4 ,elle mesure combien c'est qu'elle doit ,dieu1 d'estre en repos de sa conscience et d'autres passions intestines2 d'auoir le corps en sa disposition naturelle3 iouissant ordonnment et competemment1 des functions molles et flatteuses1 par lesquelles il luy plaist compenser de sa grace1 les douleurs1 dequoy sa iustice nous bat son tour4 ,combien luy vaut d'estre logee en tel poinct1 que o qu'elle iette sa veu1 le ciel est calme autour d'elle3 nul desir1 nulle crainte ou doubte1 qui luy trouble l'air3 aucune difficult passe1 presente1 future1 par dessus laquelle son imagination ne passe sans offence4 ,cette consideration prend grand lustre de la comparaison des conditions differentes4 ,ainsi1 ie me propose en mille visages1 ceux que la fortune1 ou que leur propre erreur emporte et tempeste4 ,et encores ceux cy plus pres de moy1 qui reoiuent si laschement1 et incurieusement leur bonne fortune4 ,ce sont gens qui passent voirement leur temps2 ils outrepassent le present1 et ce qu'ils possedent1 pour seruir l'esperance1 et pour des ombrages et vaines images1 que la fantasie leur met au deuant1 ,morte obita quales fama est volitare figuras1 ,aut qu sopitos deludunt somnia sensus2 lesquelles hastent et allongent leur fuitte1 mesme qu'on les suit4 ,le fruict et but de leur poursuitte1 c'est poursuiure3 comme ,alexandre disoit que la fin de son trauail1 c'estoit trauailler4 ,nihil actum credens1 cm quid superesset agendum4 ,pour moy donc1 i'ayme la vie1 et la cultiue1 telle qu'il a pleu ,dieu nous l'octroyer4 ,ie ne vay pas desirant1 qu'elle eust dire la necessit de boire et de manger4 ,et me sembleroit faillir non moins excusablement1 de desirer qu'elle l'eust double4 ,sapiens diuitiarum naturalium qusitor acerrimus4 ,ny que nous nous substantassions1 mettans seulement en la bouche vn peu de cette drogue par laquelle ,epimenides se priuoit d'appetit1 et se maintenoit4 ,ny qu'on produisist stupidement des enfans1 par les doigts1 ou par les talons1 ains parlant en reuerence1 que plustost encores1 on les produisist voluptueusement1 par les doigts1 et par les talons4 ,ny que le corps fust sans desir et sans chatouillement4 ,ce sont plaintes ingrates et iniques4 ,i'accepte de bon cur et recognoissant1 ce que nature a faict pour moy3 et m'en aggree et m'en loue4 ,on faict tort ce grand et tout puissant donneur1 de refuser son don1 l'annuller et desfigurer1 tout bon1 il a faict tout bon4 ,omnia1 qu secundum naturam sunt1 stimatione digna sunt4 ,des opinions de la philosophie1 i'embrasse plus volontiers celles qui sont les plus solides3 c'est dire les plus humaines1 et nostres4 ,mes discours sont conformment mes murs1 bas et humbles4 ,elle faict bien l'enfant mon gr1 quand elle se met sur ses ergots1 pour nous prescher4 ,que c'est vne farrouche alliance1 de marier le diuin auec le terrestre1 le raisonnable auec le desraisonnable1 le seuere l'indulgent1 l'honneste au des-honneste4 ,que la volupt1 est qualit brutale1 indigne que le sage la gouste4 ,le seul plaisir1 qu'il tire de la iouyssance d'vne belle ieune espouse1 que c'est le plaisir de sa conscience1 de faire vne action selon l'ordre4 ,comme de chausser ses bottes pour vne vtile cheuauchee4 ,n'eussent ses suyuans1 non plus de droit1 et de nerfs1 et de suc1 au despucelage de leurs femmes1 qu'en a sa leon4 ,ce n'est pas ce que dit ,socrates1 son precepteur et le nostre4 ,il prise1 comme il doit1 la volupt corporelle3 mais il prefere celle de l'esprit1 comme ayant plus de force1 de constance1 de facilit1 de variet1 de dignit4 ,cette cy ne va nullement seule1 selon luy2 il n'est pas si fantastique3 mais seulement1 premiere4 ,pour luy1 la temperance est moderatrice1 non aduersaire des voluptez4 ,nature est vn doux guide3 mais non pas plus doux1 que prudent et iuste4 ,intrandum est in rerum naturam1 et penitus quid ea postulet1 peruidendum4 ,ie queste par tout sa piste3 nous l'auons confonde de traces artificielles4 ,et ce souuerain bien ,academique1 et ,peripatetique1 qui est viure selon icelle3 deuient cette cause difficile borner et expliquer4 ,et celuy des ,stociens1 voisin celuy-l1 qui est1 consentir nature4 ,est-ce pas erreur1 d'estimer aucunes actions moins dignes de ce qu'elles sont necessaires8 ,si ne m'osteront-ils pas de la teste1 que ce ne soit vn tres-conuenable mariage1 du plaisir auec la necessit1 auec laquelle1 dit vn ancien1 les ,dieux complottent tousiours4 ,a quoy faire desmembrons nous en diuorce1 vn bastiment tissu d'vne si ioincte et fraternelle correspondance8 ,au rebours1 renouons le par mutuels offices3 que l'esprit esueille et viuifie la pesanteur du corps1 le corps arreste la legeret de l'esprit1 et la fixe1 ,qui velut summum bonum laudat anim naturam1 et tanquam malum naturam carnis accusat1 profect et animam carnaliter appetit et carnem carnaliter fugit1 quoniam id vanitate sentit humana1 non veritate diuina4 ,il n'y a piece indigne de nostre soing1 en ce present que ,dieu nous a faict3 nous en deuons comte iusques vn poil4 ,et n'est pas vne commission par acquit l'homme1 de conduire l'homme selon sa condition4 ,elle est expresse1 nafue et tres-principale3 et nous l'a le ,createur donnee serieusement et seuerement4 ,l'authorit peut seule enuers les communs entendemens3 et poise plus en langage peregrin4 ,reschargeons en ce lieu4 ,stultiti proprium quis non dixerit1 ignau et contumaciter facere qu facienda sunt3 et alio corpus impellere1 alio animum3 distrahique inter diuersissimos motus8 ,or sus pour voir1 faictes vous dire vn iour1 les amusemens et imaginations1 que celuy-l met en sa teste1 et pour lesquelles il destourne sa pensee d'vn bon repas1 et plainct l'heure qu'il employe se nourrir3 vous trouuerez qu'il n'y a rien si fade1 en tous les mets de vostre table1 que ce bel entretien de son ame 7le plus souuent il nous vaudroit mieux dormir tout faict1 que de veiller ce1 quoy nous veillons7 et trouuerez que son discours et intentions1 ne valent pas vostre capirotade4 ,quand ce seroient les rauissemens d',archimedes mesme1 que seroit-ce8 ,ie ne touche pas icy1 et ne mesle point cette marmaille d'hommes que nous sommes1 et cette vanit de desirs et cogitations1 qui nous diuertissent1 ces ames venerables1 esleuees par ardeur de deuotion et religion1 vne constante et conscientieuse meditation des choses diuines1 lesquelles preoccupans par l'effort d'vne viue et vehemente esperance1 l'vsage de la nourriture eternelle1 but final1 et dernier arrest des ,chrestiens desirs3 seul plaisir constant1 incorruptible3 desdaignent de s'attendre nos necessiteuses commoditez1 fluides et ambigues3 et resignent facilement au corps1 le soin et l'vsage1 de la pasture sensuelle et temporelle4 ,c'est vn estude priuileg4 ,entre nous1 ce sont choses1 que i'ay tousiours veus de singulier accord3 les opinions supercelestes1 et les murs sousterraines4 ,esope ce grand homme vid son maistre qui pissoit en se promenant1 ,quoy donq1 fit-il1 nous faudra-il chier en courant8 ,mesnageons le temps1 encore nous en reste-il beaucoup d'oisif1 et mal employ4 ,nostre esprit n'a volontiers pas assez d'autres heures1 faire ses besongnes1 sans se desassocier du corps en ce peu d'espace qu'il luy faut pour sa necessit4 ,ils veulent se mettre hors d'eux1 et eschapper l'homme4 ,c'est folie3 au lieu de se transformer en ,anges1 ils se transforment en bestes3 au lieu de se hausser1 ils s'abbattent4 ,ces humeurs transcendentes m'effrayent1 comme les lieux hautains et inaccessibles4 ,et rien ne m'est facheux digerer en la vie de ,socrates1 que ses ecstases et ses demoneries4 ,rien si humain en ,platon1 que ce pourquoy ils disent1 qu'on l'appelle diuin4 ,et de nos sciences1 celles-l me semblent plus terrestres et basses1 qui sont les plus haut montees4 ,et ie ne trouue rien si humble et si mortel en la vie d',alexandre1 que ses fantasies autour de son immortalisation4 ,philotas le mordit plaisamment par sa responce4 ,il s'estoit coniouy auec luy par lettre1 de l'oracle de ,iupiter ,hammon1 qui l'auoit log entre les ,dieux4 ,pour ta consideration1 i'en suis bien ayse3 mais il y a dequoy plaindre les hommes1 qui auront viure auec vn homme1 et luy obeyr1 lequel outrepasse1 et ne se contente de la mesure d'vn homme4 ,diis te minorem qud geris1 imperas4 ,la gentille inscription1 dequoy les ,atheniens honnorerent la venue de ,pompeius en leur ville1 se conforme mon sens3 ,d'autant es tu ,dieu1 comme ,tu te recognois homme4 ,c'est vne absolu perfection1 et comme diuine1 de sauoir iouyr loyallement de son estre4 ,nous cherchons d'autres conditions1 pour n'entendre l'vsage des nostres3 et sortons hors de nous1 pour ne sauoir quel il y faict4 ,si auons nous beau monter sur des eschasses1 car sur des eschasses encores faut-il marcher de nos iambes4 ,et au plus esleu throne du monde1 si ne sommes nous assis1 que sus nostre cul4 ,les plus belles vies1 sont mon gr celles1 qui se rangent au modelle commun et humain auec ordre3 mais sans miracle1 sans extrauagance4 ,or la vieillesse a vn peu besoin d'estre traictee plus tendrement4 ,recommandons la ce ,dieu protecteur de sant et de sagesse3 mais gaye et sociale3 ,frui paratis et valido mihi1 ,latoe1 dones2 et precor1 integra ,cum mente1 nec turpem senectam ,degere1 nec ,cythara carentem4 ,,fin ,,des ,,essais4 7,,original7 ,,livre ,,second4 7,,traduction7 7,suite47 ,,chapitre ,,xxxvi4 ,a quels hommes entre tous donner la prminence4 ,si on me demandait de choisir entre tous les hommes venus ma connaissance1 je crois possible d'en trouver trois que je placerais au-dessus de tous les autres4 ,prminence d',homre sur les plus grands gnies2 estime que l'on en a faite dans tous les temps4--,l'un est ,homre1 non qu',aristote ou ,varron1 par exemple1 n'aient pas t aussi savants que lui1 ni encore que1 dans son art mme1 ,virgile ne puisse lui tre compar1 je laisse juger de ce dernier point ceux qui les connaissent tous deux2 moi1 qui n'en connais qu'un1 je ne puis que dire1 dans la mesure o je suis mme de me prononcer1 que je ne crois pas que les ,muses elles-mmes puissent surpasser le pote latin3 ,il chante sur sa lyre savante des vers pareils ceux qu',apollon lui-mme module sur la sienne 7,properce74 ,toutefois1 en jugeant ainsi1 ne faudrait-il pas oublier que c'est surtout d'aprs ,homre que ,virgile s'est form1 qu'il l'a pris pour guide1 pour matre d'cole1 et qu'un seul passage de l',iliade a suffi fournir le sujet et les dveloppements de cette grande et divine nide4 ,mais ce n'est pas ainsi que je calcule1 je tiens compte des particularits diverses qui font qu',homre est admirable et presque au-dessus des conditions humaines2 et1 en vrit1 je m'tonne souvent que lui1 dont le gnie a cr et mis en faveur de par le monde un certain nombre de divinits1 n'ait pas t lui-mme lev au rang des dieux4 ,il tait aveugle1 indigent et vivait avant que les sciences eussent t codifies et que les observations d'o elles sont nes eussent acquis de la certitude2 il les a1 nonobstant1 tellement connues que tous ceux qui1 depuis1 ont entrepris d'organiser l'administration d'un tat1 diriger des guerres1 crire sur la religion1 sur la philosophie1 quelle que ft la secte dont il s'agissait1 sur les arts1 ont us de lui comme d'une autorit trs sre par ses connaissances en toutes choses1 et de ses livres comme d'une bibliothque suffisant tout3 ,il nous dit1 bien mieux et plus clairement que ,chrysippe et ,crantor1 ce qui est honnte ou ce qui ne l'est pas2 ce qu'il faut faire et ce qu'il faut viter 7,horace74 ,il est1 comme l'exprime un autre3 ,la source intarissable o les potes viennent tour tour s'enivrer des eaux sacres du ,permesse 7,ovide74 ,un autre dit3 ,ajoutez-y les compagnons des ,muses1 parmi lesquels ,homre tient le sceptre 7,lucrce72 un autre3 ,source abondante qui a coul avec profusion dans les vers de la postrit1 fleuve immense divis en mille petits ruisseaux2 hritage d'un seul1 qui profite tous 7,manilius74 ,c'est contre l'ordre de la nature qu'il a produit la meilleure des uvres que puisse enfanter l'esprit humain3 d'ordinaire toutes choses leur naissance sont imparfaites1 elles augmentent et se fortifient au fur et mesure qu'elles croissent2 par lui1 la posie1 ds son enfance1 est apparue mre1 accomplie1 et avec elle diverses autres sciences4 ,c'est pour cela qu'on peut le nommer le premier et le dernier des potes2 parce que1 suivant ce beau tmoignage que l'antiquit nous a laiss de lui3 ,il n'y a eu personne avant lui qu'il ait pu imiter et personne aprs lui n'a pu l'imiter lui-mme4 ,ses expressions1 suivant ,aristote1 sont uniques pour peindre le mouvement et l'action1 tous ses mots sont significatifs4--,alexandre le ,grand1 ayant remarqu dans les dpouilles de ,darius un riche coffret1 ordonna qu'on le lui rservt pour y placer son ,homre1 disant que c'tait son meilleur et plus fidle conseiller en art militaire4--,c'est pour cette mme raison1 parce qu'il est trs bon matre dans les questions affrentes la conduite des guerres1 disait ,clomne fils d',anaxandridas1 qu'il est le pote des ,lacdmoniens4--,plutarque lui dcerne galement cet loge bien rare et qui lui est personnel1 c'est qu'il est le seul auteur au monde1 qui n'ait jamais fatigu ni dgot ses lecteurs1 auxquels il se montre toujours sous un jour nouveau1 leur apparaissant sans cesse avec des grces nouvelles4--,alcibiade1 toujours port aux excentricits1 ayant demand un exemplaire d',homre quelqu'un faisant profession de cultiver les lettres1 lui donna un soufflet parce qu'il n'en avait pas1 chose aussi condamnable1 selon lui1 qu'un de nos prtres qui serait trouv sans son brviaire4--,xnophane se plaignait un jour ,hiron1 tyran de ,syracuse1 d'tre si pauvre qu'il n'avait pas de quoi entretenir deux serviteurs3 ,eh quoi1 lui rpondit ,hiron1 ,homre1 qui tait beaucoup plus pauvre que toi1 en entretient bien plus de dix mille1 tout mort qu'il est4--,quel hommage rendu ,platon par ,pantius1 quand il le nommait l',homre des philosophes6--,outre cela1 quelle gloire peut se comparer la sienne8 ,rien n'est plus dans la bouche des hommes que son nom et ses ouvrages2 rien n'est plus connu1 rien n'est plus admis que ,troie1 ,hlne et ses guerres qui peut-tre n'ont jamais exist2 nos enfants portent encore des noms qu'il a imagins il y a plus de trois mille ans4 ,qui ne connat ,hector et ,achille8 ,ce ne sont pas seulement quelques races particulires qui font remonter leur origine aux personnages qu'il a invents1 la plupart des nations s'en rclament3 ,mahomet ,,ii1 empereur des ,turcs1 n'crivait-il pas notre pape ,pie ,,ii3 ,je m'tonne que les ,italiens se liguent contre moi2 ne descendons-nous pas1 vous et moi1 des ,troyens2 et n'avons-nous pas un intrt commun venger le sang d',hector sur les ,grecs8 cependant vous les soutenez contre moi6--,n'est-ce pas une uvre d'imagination pleine de noblesse1 que celle qui cre une scne sur laquelle rois1 peuples et empereurs vont jouant toujours les mmes rles depuis tant de sicles1 et laquelle l'univers entier sert de thtre8--,sept villes se sont disput laquelle lui a donn naissance3 ,smyrne1 ,rhodes1 ,colophon1 ,salamine1 ,chio1 ,argos et ,athnes 7,aulu-,gelle72 son obscurit mme lui a valu ce regain d'honneur4 ,alexandre le ,grand2 ses belles actions pendant sa vie si courte2 il est prfrable ,csar4--,le second de ces trois hommes suprieurs1 c'est ,alexandre le ,grand4 ,considrez en effet quel ge il a commenc ses conqutes2 le peu de moyens dont il disposait pour une si glorieuse entreprise2 l'autorit qu'il sut acqurir1 encore adolescent1 sur ces capitaines qui le suivaient et qui taient les plus grands et les plus expriments qu'il y et au monde2 les succs extraordinaires dont la fortune favorisa et gratifia ses exploits1 parmi lesquels s'en trouvrent de si hasardeux1 pour ne pas dire tmraires3 ,il renversait tout ce qui faisait obstacle son ambition et aimait s'ouvrir un chemin travers les ruines 7,lucain74 ,quelle grandeur d'avoir1 l'ge de trente-trois ans1 parcouru en vainqueur toute la terre habite cette poque1 et1 dans une moiti de vie humaine1 tre parvenu au plus haut degr auquel peuvent atteindre tous les efforts de l'homme2 si bien1 que vous ne pouvez imaginer ce qui serait arriv1 si cette existence et eu une dure normale et1 si se prolongeant jusqu'au terme qui lui est d'ordinaire assign1 sa valeur et sa fortune taient alles croissant sans cesse4 ,n'est-ce pas dj quelque chose au-dessus de ce qu'il est donn l'homme d'accomplir1 que d'avoir fait ses soldats souches de tant de maisons royales2 d'avoir laiss sa mort le monde en partage quatre successeurs simples capitaines de son arme1 dont les descendants se sont si longtemps maintenus sur leurs trnes8--,que de vertus de premier ordre taient en lui3 justice1 temprance1 gnrosit1 fidlit sa parole1 amour pour les siens1 humanit vis--vis des vaincus6 ,ses murs semblent en vrit n'avoir t entaches d'aucun reproche1 et quelques-uns de ses actes personnels ont t extraordinaires et se voient rarement4 ,mais il est impossible de conduire des masses pareilles en de semblables circonstances1 sans jamais s'carter des rgles de la justice2 et les gens qui1 comme lui1 en ont la charge1 sont juger d'une faon gnrale1 d'aprs l'ide matresse qui a prsid leurs actions4 ,malgr cela1 la ruine de ,thbes1 les meurtres de ,mnandre et du mdecin d',hphestion1 de tant de prisonniers perses mis mort la fois2 de cette troupe de soldats indiens1 envers lesquels sa parole avait t engage2 des ,cossiens1 dont on extermina jusqu'aux enfants en bas ge1 sont des mouvements d'garement qui s'excusent mal4 ,pour ce qui est du meurtre de ,clitus1 la rparation en a dpass la faute1 et ce fait tmoigne1 autant que tout autre1 de la bont excessive qui tait le fond de son caractre auquel1 par temprament1 il tait port s'abandonner2 c'est avec autant d'esprit que de vrit qu'on a dit de lui qu'il tenait ses vertus de la nature et ses vices de la fortune4 ,il aimait un peu trop la louange1 et tait un peu trop sensible la critique2 ses armes1 les mangeoires et les mors de ses chevaux sems dans les ,indes1 tout cela semble pouvoir tre excus par son ge et son trange prosprit4--,considrez aussi ses qualits militaires si nombreuses3 sa diligence1 sa prvoyance1 sa patience1 son respect de la discipline1 sa sagacit1 sa magnanimit1 sa dcision1 son bonheur qui en ont fait le premier des hommes de guerre1 lors mme qu',annibal1 avec l'autorit qui s'attache lui1 ne l'et lui-mme proclam tel2 considrez sa beaut exceptionnelle et ses qualits physiques qui dpassaient tout ce qu'on pouvait imaginer1 son port et son maintien qui commandaient le respect1 alors que son visage apparaissait jeune1 vermeil et flamboyant1 semblable l'astre brillant du matin1 astre que ,vnus chrit entre tous les feux du firmament1 lorsque1 baign des eaux de l',ocan1 il s'lve majestueux et dissipe les tnbres de la nuit 7,virgile72 son savoir et sa capacit qui embrassaient tout2 la dure et la grandeur de sa gloire pure1 nette1 sans tache1 que l'envie n'a pas effleure2 que longtemps aprs sa mort1 une foi superstitieuse voulait que ses mdailles portassent bonheur ceux qui les avaient sur eux2 que ses hauts faits ont t rapports par plus de rois et de princes qu'il n'y a d'historiens pour reproduire ceux de tout autre grand de la terre quel qu'il soit2 enfin1 qu'encore maintenant1 les ,mahomtans1 qui mprisent toutes les lgendes1 acceptent et honorent la sienne1 faisant exception pour lui seul4--,tout cela1 dans son ensemble1 amne reconnatre que j'ai raison de le prfrer mme ,csar1 qui seul pouvait me faire hsiter dans le choix que j'ai fait2 car on ne peut nier que la personnalit de celui-ci a eu plus de part dans ses exploits1 tandis qu',alexandre dans les siens doit davantage la fortune2 gaux sous bien des rapports1 ,csar l'emporte peut-tre certains gards4 ,ce furent deux incendies1 deux torrents qui1 en des contres diverses1 ravagrent le monde3 ,tels des feux allums en diffrents points d'une fort pleine de broussailles et de lauriers secs et ptillants1 ou tels des torrents qui tombent avec fracas du haut des montagnes et courent en bouillonnant la mer1 aprs avoir tout dvast sur leur passage 7,virgile74 ,mais en admettant mme que ,csar ait apport plus de modration dans son ambition1 elle a caus tant de malheurs1 aboutissant ce triste rsultat d'avoir amen la ruine de son pays1 et de par le monde une dpravation universelle1 que1 tout runi et mis en balance1 je ne puis m'empcher de pencher en faveur d',alexandre4 paminondas est le meilleur de tous2 il l'emporte sur ,alexandre et ,csar1 mais son thtre d'action a t plus restreint2 il runissait en lui toutes les vertus que l'on trouve parses chez d'autres4--,le troisime1 et pour moi le meilleur de tous1 c'est paminondas4 ,il n'a pas1 beaucoup prs1 autant de gloire que bien d'autres2 mais ce n'est pas l un point essentiel en la matire2 et1 en fait de rsolution et de vaillance1 non de celles qu'aiguillonne l'ambition1 mais de celles que la sagesse et la raison font natre dans une me bien pondre1 il en avait autant qu'on peut se l'imaginer4 ,de ces vertus1 il a1 mon sens1 donn des preuves autant qu',alexandre lui-mme et que ,csar2 et1 bien que ses exploits guerriers ne soient ni si nombreux1 ni si importants1 ils ne laissent cependant pas1 bien les considrer1 eux et les circonstances dans lesquelles ils se sont produits1 d'tre aussi srieux1 de difficults d'excution aussi grandes que les leurs1 tmoignant d'autant de hardiesse et de capacit militaire4 ,les ,grecs lui ont fait l'honneur de le nommer le premier d'entre eux1 et cela1 sans qu'il se soit trouv de contradicteur2 or tre le premier en ,grce1 c'tait facilement tre le premier du monde4 ,quant son intelligence1 il nous reste1 ce sujet1 ce jugement port sur lui par ses contemporains3 ,jamais personne ne sut tant et ne parla si peu1 car il appartenait la secte de ,pythagore4 ,chaque fois qu'il a parl1 nul n'a jamais mieux dit2 il tait excellent orateur et avait le don de persuasion4 ,pour ce qui est de ses murs et de sa conscience1 il a surpass de beaucoup sous ce rapport tous ceux qui ont particip la gestion des affaires publiques2 car1 sur ce point essentiel pour nous considrer1 parce que seul il donne la mesure relle de notre valeur1 et qu' lui seul il fait quilibre tous les autres runis1 il ne le cde aucun philosophe1 pas mme ,socrate4 ,chez lui1 l'innocence est une qualit matresse1 inhrente sa nature1 constante1 uniforme1 incorruptible1 qui est telle qu'elle parat2 mise en parallle avec celle d',alexandre1 on reconnat que chez ce dernier elle ne vient qu'en seconde ligne1 est incertaine1 a des ingalits1 n'est pas ferme et n'apparat que par ci1 par l4 ,l'antiquit a estim1 en soumettant une critique minutieuse ses grands capitaines pris un un1 que chez chacun des autres on dcouvre quelque qualit spciale laquelle il doit son illustration2 chez paminondas seul1 la vertu et la capacit sont en tout et partout constamment pleines et pareilles elles-mmes2 en n'importe quelle circonstance de la vie humaine1 elles ne laissent rien dsirer en lui1 qu'il s'agisse d'affaires publiques ou d'affaires prives1 qu'on soit en paix ou en guerre1 que ce soit pour vivre ou pour mourir avec grandeur et gloire2 je ne connais aucune autre fortune humaine1 sous quelque forme que je l'envisage1 que j'honore et aime autant4 ,je trouve1 il est vrai1 empreinte de trop de scrupule son obstination vouloir demeurer pauvre1 et ses meilleurs amis pensaient de mme2 ce sentiment1 pourtant si lev et si digne d'admiration1 est le seul point en lui qui me semble1 par son exagration1 prter la critique2 et je ne souhaiterais pas pour moi-mme tre en cela port l'imiter ce mme degr4 ,scipion milien pourrait lui tre compar2 ce qu'on peut dire d',alcibiade4--,scipion milien1 s'il avait eu une fin aussi hroque et superbe que la sienne et une connaissance aussi approfondie et universelle des sciences que celle qu'paminondas possdait1 est le seul homme qui et pu entrer en balance avec lui4 ,combien je regrette que le parallle tabli par ,plutarque1 dans lequel il jugeait comparativement les deux vies prcisment les plus nobles dont il se soit occup1 celles de ces deux personnages qui1 d'une voix unanime1 furent1 l'un le premier des ,grecs1 l'autre le premier des ,romains1 soit des premiers d'entre ceux qui ne sont pas parvenus jusqu' nous6 ,quel magnifique sujet et quel metteur en uvre sans pareil6 ,pour un homme qu'on ne saurait mettre au rang de ces exceptions1 mais qui est de ceux que nous disons tre des hommes honorables1 dont les murs ont t convenables sans rien offrir d'extraordinaire1 bien dou1 sans tre d'un gnie transcendant1 la vie d',alcibiade1 tout bien considr1 me semble1 d'entre celles que je connais1 la plus riche de celles vcues en ce monde1 comme on dit communment1 par les phases remarquables et des plus enviables qu'elle a prsentes4 ,bont1 quit et humanit d'paminondas4--,pour tmoigner de l'excellence d'paminondas1 j'indiquerai encore ici quelques-unes de ses manires de voir4 ,la plus grande satisfaction de toute sa vie a t1 d'aprs lui-mme1 le plaisir que par lui son pre et sa mre ont prouv de sa victoire de ,leuctres2 il est particulirement touchant de le voir mettre leur contentement au-dessus de celui que lui-mme devait si justement et si compltement ressentir d'un haut fait aussi glorieux4--,il ne croyait pas permis1 mme pour rendre la libert son pays1 de mettre mort quelqu'un sans l'avoir au pralable mis en jugement2 c'est ce qui fit qu'il se montra si peu empress se joindre ,plopidas1 son ami1 dans la conjuration ourdie pour la dlivrance de ,thbes4--,il estimait encore que dans une bataille il fallait viter de se rencontrer avec un ami qui se trouverait dans les rangs opposs1 et l'pargner4--,son humanit l'gard des ennemis eux-mmes le rendit suspect aux ,botiens1 lorsque1 ayant1 par miracle1 contraint les ,lacdmoniens lui ouvrir les dfils qui1 prs de ,corinthe1 ferment l'entre de la ,more et qu'ils avaient entrepris de dfendre1 il s'tait content de leur passer sur le corps1 sans les poursuivre outrance4 ,pour ce fait1 il fut dpos de sa charge de capitaine-gnral3 rvocation qui l'honore au plus haut point en raison de la cause qui l'a amene1 si bien que ceux qui l'avaient prononce1 eurent la honte de se trouver dans l'obligation de le replacer dans ces fonctions1 reconnaissant que de lui dpendaient leur salut et leur gloire1 la victoire le suivant comme son ombre partout o il portait ses pas4 ,a sa mort1 de mme qu'elle tait ne par lui1 avec lui mourut la prosprit de la patrie4 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,de la ressemblance des enfants avec leurs pres4 ,comment ,montaigne faisait son livre2 il n'y travaillait que dans ses moments de loisir4--,je ne mets la main cette sorte de fagotage qu'est ce livre form de tant de pices diverses1 que lorsque je n'ai absolument rien autre faire et que je suis chez moi2 aussi1 s'est-il fait diffrentes reprises et par intervalles1 les circonstances faisant que je demeure parfois absent plusieurs mois conscutifs4 ,du reste1 je ne substitue jamais de nouvelles ides aux premires2 il peut m'arriver de changer un mot pour varier mes expressions1 mais non de les modifier4 ,je cherche reprsenter le cours de mes penses et voudrais qu'on les saisisse chacune son origine2 je regrette de ne pas avoir commenc plus tt1 de manire pouvoir suivre leurs transformations successives4 ,un valet que j'employais les crire sous ma dicte1 s'est imagin faire un beau coup1 en me volant quelques fragments de mon ouvrage1 qu'il a eu soin de choisir2 je m'en console en pensant qu'il n'y gagnera pas plus que je n'y ai perdu4 ,il y a sept ou huit ans qu'il a commenc l'crire1 et depuis dix-huit mois il souffre d'un mal qu'il avait toujours redout1 de la colique4--,depuis que j'ai commenc1 je suis devenu plus vieux de sept ou huit ans2 ce n'a pas t sans faire quelque acquisition nouvelle1 j'y ai gagn notamment des coliques nphrtiques que m'a values la libralit des ans1 car leur commerce et leur compagnie1 en se prolongeant1 ne se passent gure sans qu'on en recueille quelque fruit de ce genre4 ,j'aurais bien voulu que parmi les prsents divers dont ils peuvent gratifier ceux qui les frquentent longtemps1 ils en eussent choisi pour moi un autre plus ma convenance2 ils ne pouvaient m'en donner un que j'aie plus en horreur1 et cela depuis mon enfance2 car c'est prcisment1 de tous les accidents de la vieillesse1 celui que je redoutais le plus4 ,combien les hommes sont attachs a la vie6 il commence a s'habituer cette cruelle maladie4--,maintes fois1 part moi1 j'ai pens que j'allais trop de l'avant dans le sentier de la vie2 qu' force de faire un si long chemin1 je ne devais pas manquer de finir par une mauvaise rencontre2 je le sentais et je protestais1 me disant qu'il tait l'heure de partir1 qu'il faut interrompre l'existence1 en tranchant dans le vif1 quand on est encore sain de corps1 comme font les chirurgiens lorsqu'ils ont couper quelque membre2 me rptant qu' celui qui ne rend pas temps la vie qu'elle lui prte1 la nature se fait d'ordinaire payer avec une bien rigoureuse usure4 ,et cependant1 il s'en fallait tellement qu' ce moment je fusse prt pour ce dpart que1 depuis dix-huit mois ou peu prs que je suis en ce dplaisant tat1 je commence dj m'en accommoder2 je me fais ces douleurs qui sont devenues les compagnes insparables de mon existence1 j'y trouve des sujets de consolation et d'esprance2 les hommes sont tellement acoquins leur misrable vie1 qu'il n'est si rude condition qu'ils n'acceptent pour la conserver4 coutez ,mcne3 ,que je ne puisse faire usage de mes mains1 de mes pieds1 que je sois cul-de-jatte1 que j'aie perdu mes dents1 qu'importe6 tout est bien1 du moment que je vis encore4--,c'tait de la part de ,tamerlan masquer1 sous les dehors d'une sotte humanit1 la cruaut trange dont il usait l'gard des lpreux qu'il faisait mettre mort1 ds qu'il lui en tait signal1 afin1 disait-il1 de les dlivrer de l'existence si pnible qu'ils menaient2 comme si tous1 sans exception1 n'eussent pas prfr tre trois fois lpreux et continuer vivre4--,antisthne le cynique1 tant fort malade1 criait3 ,qui me dlivrera de mes maux8 ,diogne1 qui tait venu le voir1 lui prsenta un couteau1 en lui disant3 ,ceci et de suite1 si tu le veux4--,je ne demande pas1 rpliqua ,antisthne1 tre dlivr de la vie1 mais seulement de mes maux4--,les souffrances qui n'affectent que l'me ont beaucoup moins de prise sur moi que sur la plupart des autres hommes3 partie1 par un effet de ma raison1 le monde tenant certaines choses pour si horribles1 qu'elles lui semblent viter mme au prix de la vie1 tandis qu'elles me sont moi peu prs indiffrentes2 partie1 par un effet de ma constitution qui fait que je ne comprends pas les accidents et y demeure insensible1 quand ils ne se manifestent pas par la douleur1 disposition que je considre comme une des meilleures choses qui soient en moi4 ,pour ce qui est des souffrances auxquelles notre corps est rellement en butte et dont nous ne pouvons nous dfendre1 j'y suis excessivement sensible2 et pourtant1 jadis1 les envisageant d'un regard mal assur1 par trop sensible et amolli par l'effet d'une heureuse sant1 dont il m'a t donn de jouir longtemps1 et de la tranquillit que ,dieu m'a accorde durant la plus grande partie de mon existence1 je les avais1 par la pense1 conues si intolrables1 qu'en vrit j'en avais plus de peur que je n'en ai ressenti de mal2 ce qui vient encore l'appui de cette croyance que la plupart des facults de l'me1 telles que nous en usons1 apportent plus de trouble en notre vie qu'elles ne nous rendent service4 ,je suis actuellement en proie la pire de toutes les maladies1 la plus soudaine1 la plus douloureuse1 la plus mortelle1 celle pour laquelle les mdecins sont le plus impuissants4 ,j'en ai dj subi cinq ou six accs bien longs et bien pnibles2 et cependant1 ou je me flatte1 ou je crois que1 malgr tout1 il est encore possible de les endurer pour celui dont l'me est dgage de la crainte de la mort et ne prte pas attention aux menaces1 conclusions et consquences que les mdecins nous mettent en tte2 la douleur n'a pas1 elle seule1 une acuit tellement violente et vive1 qu'un homme calme doive en concevoir de la rage et du dsespoir4 ,ces coliques ont eu au moins pour moi cet avantage1 qu'elles me dtermineront ce que je n'ai encore pu prendre sur moi1 d'tre tout fait prt et familiaris avec l'ide de la mort2 car plus elles me presseront et m'importuneront1 plus je parviendrai moins redouter d'en finir4 ,j'en tais dj arriv ne tenir uniquement la vie1 que parce que je vis2 elles dnoueront cet attachement qui demeure encore2 et ,dieu veuille que1 si finalement leur violence venait excder mes forces1 elles ne me rejettent pas dans l'extrme oppos1 non moins condamnable1 d'aimer et de dsirer mourir6 ,ne craignez ni ne dsirez votre dernier jour 7,martial74 ,ce sont l deux passions redouter2 mais le remde est plus notre porte pour l'une que pour l'autre4 ,il n'est pas de ceux qui rprouvent que l'on tmoigne par des plaintes et des cris les souffrances que l'on ressent4--,au surplus1 j'ai toujours estim de pure reprsentation1 ce prcepte qui ordonne 99 si rigoureusement et si positivement de faire bonne contenance et d'affecter le ddain et le calme devant la souffrance que nous cause le mal4 ,pourquoi la philosophie1 qui ne tient compte que de ce qui est rel et de ses consquences1 va-t-elle s'amuser ces apparences extrieures8 ,qu'elle laisse donc ce soin aux farceurs et ceux qui professent la rhtorique et attachent une si grande importance nos gestes2 qu'elle concde franchement1 lors mme qu'elle ne part ni du cur1 ni de l'estomac1 cette faiblesse qui se dcle par la voix1 et qu'elle range 99 ces plaintes qu'on pourrait contenir1 dans la catgorie des soupirs1 des sanglots1 des palpitations1 des pleurs que la nature a faits indpendants de notre volont2 et1 pourvu que le courage soit sans effroi1 nos paroles sans dsespoir1 qu'elle se dclare satisfaite2 qu'importe que nous nous tordions les bras1 pourvu que nous ne tordions pas nos penses4 ,c'est pour nous1 et non pour autrui1 que la philosophie nous forme2 pour que nous soyons et non pour que nous paraissions tre2 qu'elle se borne exercer son action sur notre entendement qu'elle s'est applique dresser2 qu'aux efforts de la colique1 elle maintienne notre me mme de se reconnatre1 de suivre son train accoutum1 de combattre la souffrance et d'y rsister1 au lieu de se prosterner honteusement ses pieds2 elle peut tre mue1 chauffe par la lutte qu'elle a soutenir1 elle ne doit en tre ni abattue ni renverse2 elle doit demeurer capable1 dans une certaine mesure1 de conserver ses relations1 de converser1 de vaquer aux autres occupations qui lui sont dvolues4 ,dans d'aussi extrmes accidents1 c'est cruaut d'exiger de nous une attitude si hors nature2 si notre me est en bon tat1 c'est peu que nous ayons mauvaise mine2 si ce doit tre pour le corps un soulagement que de se plaindre1 qu'il se plaigne2 si l'agitation lui plat1 qu'il se tourne et se retourne1 qu'il se dmne sa fantaisie2 s'il s'imagine trouver une sorte de drivatif son mal 7ainsi que certains mdecins disent que cela vient en aide aux femmes enceintes1 au moment de leur dlivrance7 en vocifrant autant qu'il est en lui1 si cela doit le distraire de ses souffrances1 qu'il crie tue-tte4 ,ne commandons pas ces manifestations1 mais permettons-les4 ,non seulement picure pardonne au sage de crier au milieu des tourments1 mais il le lui conseille3 ,les lutteurs font de mme2 tout en frappant l'adversaire1 tout en agitant leurs cestes1 ils font entendre des gmissements2 c'est que1 sous l'effort de la voix1 tout le corps se raidit et que le coup est assn avec plus de vigueur 7,cicron74--,le mal nous donne par lui-mme assez de travail1 sans encore nous embarrasser de rgles superflues4 ,pour lui1 il parvient assez bien se contenir et1 mme dans les plus grandes douleurs1 il conserve sa lucidit d'esprit4--,ce que j'en dis1 c'est pour excuser ceux qu'on voit d'ordinaire tempter lorsqu'ils sont aux prises avec cette maladie et qu'ils ont en soutenir les assauts2 car pour moi1 jusqu' cette heure1 j'ai russi faire un peu meilleure contenance1 me contentant de gmir sans jeter les hauts cris2 non que je me mette en peine pour conserver ce decorum extrieur1 car je prise peu un semblable mrite et fais au mal toutes les concessions qu'il veut2 mais parce que1 ou mes douleurs ne sont pas aussi excessives que les leurs1 ou que j'y apporte plus de fermet que la plupart d'entre eux4 ,je me plains1 je me dpite quand ces piqres aigus me pressent trop1 mais il en est qui crient1 qui gmissent1 qui font retentir l'air de voix lamentables 7,attius72 moi1 je n'en arrive pas un pareil dsespoir4 ,je me palpe au plus fort de mes crises1 et toujours j'ai constat que je ne cesse dans ces moments d'tre capable de parler1 de penser1 de rpondre aussi raisonnablement qu' tout autre1 non cependant d'une faon aussi suivie1 la douleur troublant et coupant mon attention4 ,quand on me croit le plus abattu1 que les assistants me mnagent en ne me parlant pas1 pour prouver mes forces je leur tiens souvent de moi-mme des propos qui n'ont pas le moindre rapport avec mon tat4 ,en somme1 je demeure capable de tout par un effort momentan1 mais qu'il ne faut pas prolonger4 ,que n'ai-je la chance de ce rveur que nous prsente ,cicron1 qui1 en songe1 lutinant une fille de joie1 se trouva dbarrass de la pierre qui lui obstruait le canal de l'urthre et qui vint se perdre dans les draps6 ,ce sont des jouissances de tout autre nature que me causent les pierres qui se forment en moi4 ,dans les intervalles de douleur excessive1 lorsque mon mal fait trve1 je me retrouve aussitt dans mon tat normal1 d'autant que mon me ne s'en alarme pas1 elle ne fait que recevoir le contre-coup des sensations douloureuses qu'prouve le corps1 ce dont je suis certainement redevable au soin avec lequel je me suis raisonn propos de ces accidents3 ,maintenant1 aucune peine1 aucun danger ne sauraient me surprendre2 j'ai tout prvu1 je suis prpar tout 7,virgile74 ,et cependant1 pour un apprenti1 je suis soumis une assez rude preuve2 la transition a t bien prompte et bien dure1 tant pass tout coup d'une vie trs douce et trs heureuse1 un tat des plus douloureux et des plus pnibles qui se puissent imaginer2 outre que cette maladie est fort redoutable par elle-mme1 elle a eu chez moi des dbuts beaucoup plus aigus et difficiles qu'ils ne sont d'ordinaire1 et les accs me reviennent si souvent que ma sant m'en parat atteinte tout jamais4 ,je suis toutefois parvenu jusqu'ici me maintenir dans une situation d'esprit telle que1 si elle ne s'altre pas1 je me trouverai avoir encore une existence en meilleures conditions que mille autres1 qui ne souffrent ni de la fivre1 ni d'autre mal que celui qu'ils se donnent eux-mmes parce que leur jugement est en dfaut4 ,ce qui l'tonne et ne peut s'expliquer1 ce sont ces transmissions physiques et morales1 directes et indirectes des pres1 aeux et bisaeuls aux enfants4--,il est un genre d'humilit fort adroite1 qui nat de la prsomption3 c'est de reconnatre notre ignorance en certaines choses et d'avouer courtoisement que dans les uvres de la nature1 il y a des qualits et des conditions que nous ne pouvons saisir1 dont nous sommes impuissants dcouvrir les moyens et les causes4 ,par cette honnte et consciencieuse dclaration1 nous esprons gagner qu'on nous croira aussi1 quand nous parlerons de choses que nous disons comprendre4 ,a quoi bon faire un triage parmi les miracles et les choses chappant notre entendement qui ne nous touchent pas6 il me semble que parmi celles que nous avons continuellement sous les yeux1 il y en a de si trangement incomprhensibles1 qu'elles surpassent tous les miracles1 par la difficult que nous avons de les expliquer4 ,quelle chose prodigieuse n'est-ce pas1 que cette goutte prolifique qui nous engendre et qui porte avec elle des empreintes1 non seulement de la constitution physique de nos pres1 mais aussi de leurs penses et de leurs penchants8 ,o se loge1 en cette goutte d'eau1 ce nombre infini de formes embryonnaires8 ,comment ces germes de ressemblance sont-ils disposs en elle1 pour que1 par une progression singulire et qui chappe toute rgle1 un arrire-petit-fils tienne de son bisaeul1 un neveu de son oncle8 ,dans la maison des ,lpide1 ,rome1 trois membres de cette famille1 non de pre en fils1 mais avec des intervalles dans la filiation1 sont ns avec des taies sur le mme il4 ,a ,thbes1 il y avait une ligne o chacun1 alors qu'il tait encore dans le sein de la mre1 portait une empreinte de fer de lance1 si bien que ceux qui ne l'avaient pas1 taient tenus pour illgitimes4 ,aristote dit que chez un peuple o les femmes taient en commun1 on attribuait aux pres leurs enfants1 par la ressemblance des uns avec les autres4 ,il pense tenir de son pre ce mal de la pierre dont il est afflig1 comme aussi il a hrit de lui son antipathie pour les mdecins4--,il est croire que je dois mon pre cette disposition la pierre2 car il est mort d'un calcul de forte dimension qu'il avait dans la vessie et dont il souffrait considrablement4 ,il ne s'est aperu de son mal que dans sa soixante-septime anne2 jusque-l1 il n'avait rien prouv de nature le mettre sur ses gardes1 rien ressenti ni dans les reins1 ni dans le ct1 ni ailleurs2 il avait vcu jusqu'alors en parfaite sant et n'tait pas sujet aux maladies2 celle-ci dura encore sept ans1 durant lesquels il mena une fin d'existence des plus douloureuses4 ,j'tais n vingt-cinq ans1 et mme davantage1 avant que le mal ne se dclart1 alors que sa sant tait dans son meilleur tat2 par ordre de naissance1 j'tais le troisime de ses enfants4 ,o1 pendant tout ce temps1 a couv cette propension cette infirmit2 et1 alors que mon pre tait si loin d'en souffrir1 comment cette si faible manation de lui-mme1 d'o je suis sorti1 a-t-elle t1 pour sa part1 impressionne au point que je n'ai commenc la ressentir que quarante-cinq ans aprs1 et que1 jusqu'ici1 de tant de frres et de surs1 tous issus de la mme mre1 je sois le seul dans ce cas8 ,celui qui m'clairera cet gard1 peut tre assur que je le croirai dans les explications qu'il me donnera sur tous autres miracles qu'il voudra1 pourvu qu'il ne me paie pas1 comme cela arrive d'ordinaire1 d'une thorie beaucoup plus fantastique et difficile admettre que la chose elle-mme4 ,que les mdecins excusent un peu ma libert de langage2 mais cette infusion1 cette insinuation uvre de la fatalit1 m'ont galement communiqu la haine et le mpris que je porte leurs doctrines2 cette antipathie pour leur art m'est hrditaire4 ,mon pre a vcu soixante-quatorze ans2 mon aeul1 soixante-neuf2 mon bisaeul1 prs de quatre-vingts2 tous1 sans avoir pris aucun remde d'aucune sorte1 et1 pour eux1 tout ce qui n'tait pas d'usage ordinaire1 tait considr comme drogue4 ,la mdecine s'est forme d'observations et d'exprience2 il en a t de mme de ma manire de voir4 ,cette longvit n'est-elle pas un fait d'exprience des mieux tabli8 ,je ne sais si tous les mdecins runis pourraient relever sur leurs registres trois cas pareils d'hommes ns1 levs et morts au mme foyer1 sous le mme toit1 ayant vcu autant grce leur intervention4 ,ils seront bien obligs d'avouer que si1 en cela1 la raison n'est pas pour moi1 j'ai du moins de mon ct le hasard2 or1 chez eux1 le hasard est un bien plus grand matre que la raison4 ,qu'ils ne tirent pas avantage de ma situation prsente1 qu'ils ne me menacent pas2 atterr comme je le suis1 ce ne serait pas loyal4 ,a dire vrai1 les exemples tirs de ma propre famille1 me donnent assez avantage sur eux1 bien qu'ils s'arrtent l2 mais les choses humaines persistent rarement aussi longtemps1 et il ne s'en faut que de dix-huit ans1 que celle-ci ait dj une dure de deux cents ans1 la naissance de mon bisaeul remontant en effet l'an mil quatre cent deux2 il ne serait donc pas tonnant que cette exprience comment tourner autrement4 ,qu'ils ne me reprochent pas les maux qui m'assaillent cette heure2 j'ai vcu pour ma part quarante-sept ans en parfaite sant1 n'est-ce pas suffisant8 ,si ma vie prenait fin ce moment1 elle serait encore des plus longues4 ,mes anctres1 par une tendance qui tait dans leur nature1 et qui chez eux tait irraisonne1 apprciaient peu la mdecine2 la seule vue des drogues faisait horreur mon pre4 ,le sieur de ,gaviac1 mon oncle paternel1 homme d'glise1 tait maladif depuis sa naissance2 il n'en a pas moins vcu1 avec sa sant dbile1 jusqu' soixante-sept ans4 ,ayant t pris jadis d'une forte et violente fivre continue1 les mdecins dcidrent de lui dclarer que s'il ne voulait pas s'en remettre leurs soins 7ils appellent soins ce qui le plus souvent nous empche de gurir71 il tait infailliblement perdu4 ,le bon homme1 fort effray de cette horrible sentence1 leur rpondit3 ,alors1 c'en est fait1 je suis un homme mort2 mais ,dieu ne tarda pas mettre ce pronostic en dfaut4 ,ils taient quatre frres2 seul1 le sieur de ,bussaguet1 qui tait le plus jeune et de beaucoup1 eut recours eux2 je suis port croire que c'tait en raison des rapports qu'il avait avec les personnes d'autres professions1 car lui-mme tait conseiller au parlement4 ,mal lui en prit1 car bien que paraissant le plus robuste de constitution des quatre1 il mourut longtemps avant les autres2 un seul1 le sieur de ,saint-,michel1 l'avait prcd au tombeau4 ,motif du peu d'estime en laquelle il tient leur science2 elle fait plus de malades qu'elle n'en gurit4--,il est possible que je tienne d'eux cette aversion naturelle pour la mdecine2 mais1 s'il n'y et eu que cette seule considration1 j'aurais essay de la surmonter1 car tous ces partis pris qui naissent en nous sans raison1 sont mauvais2 c'est une sorte de maladie qu'il faut combattre4 ,peut-tre tait-ce une prdisposition1 mais1 depuis1 la raison est survenue qui1 l'appuyant et la fortifiant1 a dtermin l'opinion que j'en ai1 car je hais galement de se dclarer contre cet art en raison de ce que ses procds ont de dsagrable4 ,ce serait contraire ma disposition d'esprit qui me porte trouver que la sant vaut d'tre conserve au prix de toutes les incisions et cautrisations1 si pnibles qu'elles soient2 car si1 d'accord avec picure1 les volupts qui ont pour consquence des douleurs trop grandes me semblent viter1 les douleurs qui ont pour rsultat des volupts qui les excdent me paraissent rechercher4--,c'est une chose prcieuse que la sant1 la seule qui1 en vrit1 mrite qu'on y emploie pour se la procurer1 non seulement le temps1 la sueur1 la peine1 les biens dont on dispose1 mais la vie elle-mme2 d'autant que1 sans elle1 l'existence nous devient 99 pnible et charge2 sans elle1 la volupt1 la sagesse1 la science1 la vertu elle-mme se ternissent et s'vanouissent4 ,aux raisonnements les plus fermes et les plus serrs par lesquels la philosophie pourrait chercher nous prouver le contraire1 il suffit d'opposer l'impossibilit dans laquelle ,platon1 suppos frapp d'un accs d'pilepsie ou d'une attaque d'apoplexie1 se serait trouv de tirer la moindre aide des riches facults de son me4 ,tout chemin qui mnerait la sant1 ne serait pour moi ni rude1 ni coteux2 mais j'ai certaines raisons1 au moins apparentes1 qui font que je me dfie trangement de toutes les assertions des mdecins4 ,je ne dis pas que la mdecine n'ait quelques donnes srieuses2 que1 parmi tant de productions de la nature1 il n'y en ait pas qui soient propres la conservation de notre sant1 cela est certain3 je sais qu'il y a des herbes qui provoquent la transpiration1 d'autres qui l'arrtent2 je sais1 par exprience1 que le raifort produit des vents1 et que les feuilles de sn amnent un relchement du ventre2 plusieurs autres faits d'observation me sont connus1 tout comme je sais que le mouton est nourrissant et que le vin rconforte2 ,solon ne disait-il pas que manger est un mdicament comme un autre1 que c'est le remde qui s'emploie contre la maladie de la faim4 ,je ne dsavoue pas que nous mettions profit les productions de ce monde1 et ne doute pas de la puissance et des ressources de la nature1 ni de la possibilit de la faire servir nos besoins2 je vois combien les brochets et les hirondelles se trouvent parfaitement de s'en remettre elle2 mais je me dfie des inventions de notre esprit1 de notre science1 de notre art1 pour lesquelles nous l'avons abandonne elle et ses rgles1 et que nous ne savons contenir dans de sages limites4--,de mme que nous dcorons du nom de justice un fatras des premires lois venues1 mises en vigueur et appliques dans des conditions souvent fort ineptes et fort iniques1 et que ceux qui critiquent un pareil systme et le dnoncent1 n'entendent pourtant pas condamner cette noble vertu dont il a emprunt le nom1 mais seulement l'abus et la profanation de cette appellation si respectable2 de mme1 dans la mdecine1 j'honore son nom glorieux1 ce qu'elle se propose1 ce qu'elle nous promet de si grande utilit pour le genre humain2 mais ce quoi nous l'appliquons1 quand nous en parlons1 je ne l'honore1 ni l'estime4 ,en premier lieu1 l'exprience m'a appris redouter les mdecins2 car1 ma connaissance1 il n'est pas de gens si tt malades1 si tard guris1 que ceux qui se mettent entre leurs mains2 leur sant elle-mme est altre et compromise par les rgimes qu'on leur impose4 ,les mdecins ne se contentent pas de rgenter la maladie1 ils vont jusqu' rendre la sant malade1 afin qu'en aucun moment on ne puisse chapper leur autorit2 d'une sant qui1 jamais1 ne laisse rien dsirer1 ne concluent-ils pas qu'elle est l'indice d'une maladie grave qui surviendra dans l'avenir8 ,j'ai t assez souvent malade et1 sans avoir recours eux1 mes maladies1 et j'en ai eu1 je puis dire1 de toutes sortes1 ne m'ont pas plus fait souffrir et ont t aussi courtes que chez n'importe quel autre1 sans que j'y aie ml l'amertume de leurs ordonnances4 ,quand je suis en sant1 j'en agis compltement ma guise1 sans m'imposer de rgle1 ne tenant compte que de mes habitudes et de mon plaisir4 ,si je voyage1 tout lieu m'est bon pour y stationner1 parce que lorsque je suis malade1 je n'ai pas besoin d'un rgime autre que celui que j'observe tant bien portant1 par suite je ne m'inquite pas de me trouver sans mdecin1 sans apothicaire1 sans secours1 ce dont j'en vois qui se tourmentent plus que de leur mal4 ,du reste1 par leur tat de sant et la dure de leur vie1 les mdecins sont-ils eux-mmes un tmoignage dj si probant de bons effets de leur science8 ,la plupart des peuples1 entre autres les ,romains1 ont longtemps exist sans connatre les mdecins4--,il n'est pas de peuple qui ne soit demeur plusieurs sicles sans mdecins2 et ces sicles1 les premiers de leur existence1 en furent les meilleurs et les plus heureux4 ,encore cette heure1 la dixime partie des gens de par le monde n'en use pas2 nombre de nations o on vit en meilleure sant et plus longtemps qu'ici1 ne les connaissent pas2 et1 parmi nous1 le bas peuple s'en passe et s'en trouve bien4 ,les ,romains sont demeurs six cents ans avant de les admettre1 et1 aprs en avoir essay1 les ont chasss de leur ville1 l'instigation de ,caton le censeur1 qui montra comment il pouvait aisment s'en passer en vivant quatre-vingt-cinq ans1 et faisant vivre sa femme jusqu' l'ge le plus avanc1 non sans le secours de la mdecine1 mais bien sans celui des mdecins1 car ce nom de mdecine se peut appliquer tout ce qui est susceptible de concourir la conservation de notre sant4 ,il maintenait sa famille bien portante1 dit ,plutarque1 en lui faisant manger force livres1 je crois2 comme les ,arcadiens qui1 au dire de ,pline1 gurissaient toutes les maladies avec du lait de vache1 et les ,libyens qui1 d'aprs ,hrodote1 jouissent en gnral d'une sant exceptionnelle grce la coutume qu'ils ont de cautriser1 en y appliquant le feu1 les veines du cou et des tempes leurs enfants1 quand ils ont atteint l'ge de quatre ans1 coupant court par l1 pour toute leur vie1 toute production de rhume4 ,dans mon pays mme1 les gens de la campagne n'emploient1 pour tous les accidents1 que du vin aussi fort qu'il se peut1 ml quantit de safran et d'autres pices2 et ils en usent avec un gal succs dans tous les cas4 ,l'utilit des purgations imagines par la mdecine n'est rien moins que prouve2 sait-on du reste jamais si un remde agit en bien ou en mal1 et s'il n'et pas mieux valu laisser faire la nature8--,et vrai dire1 quels autres but et effet1 tend1 aprs tout cette diversit d'ordonnances confuses1 si ce n'est vider le ventre1 ce que peuvent faire mille herbages que nous avons constamment sous la main8 et puis1 je ne sais trop si cette pratique est aussi utile qu'on le dit1 et si notre nature n'a pas besoin que les excrments demeurent dans une certaine mesure1 tout comme la lie du vin est ncessaire sa conservation4 ,ne voit-on pas souvent des hommes en bonne sant avoir1 sous l'effet d'un accident n'affectant pas cette partie du corps1 des vomissements et des flux de ventre1 et vacuer une grande quantit d'excrments1 sans qu'avant l'accident ils en eussent besoin1 et sans qu'aprs ce leur soit bon1 en prouvant mme des inconvnients et une aggravation de leur tat4 ,c'est du grand ,platon que j'ai appris nagure que des trois sortes de perturbations qu'il nous est possible de provoquer en nous1 la dernire et la pire est celle occasionne par les purgations auxquelles nul homme1 moins qu'il ne soit fou1 ne doit avoir recours qu' la dernire extrmit4 ,on va ainsi troublant et veillant le mal par ce qu'on lui oppose et dont les effets sont contraires1 alors qu'il faudrait que ce soit uniquement notre genre de vie qui1 peu peu1 l'alanguisse et l'amne prendre fin4 ,les combats violents que se livrent la drogue et le mal sont toujours notre prjudice1 puisqu'ils se passent en nous et que la drogue ne nous est que d'un secours auquel nous ne pouvons nous fier2 que1 par elle-mme1 elle n'est pas favorable notre sant et qu'elle n'a accs en nous que parce que nous ne sommes pas en bon tat4 ,laissons un peu faire la nature2 l'ordre par lequel elle assure la conservation des puces et des taupes1 assure de mme celle des hommes1 lorsque avec la mme patience qu'y mettent les puces et les taupes ils se laissent gouverner par elle4 ,a cet ordre1 nous avons beau crier3 ,bihorre 7,allons vite76 nous arriverons nous enrouer1 mais non activer sa marche que rien ne trouble ni inflchit2 notre crainte1 notre dsespoir1 loin de l'inciter nous prter son aide1 l'en dgote et le lui fait diffrer2 il doit assurer au mal aussi bien qu' la sant de suivre leur cours1 il ne saurait se prter favoriser l'un au dtriment de l'autre1 et il ne le fera pas1 parce qu'il ne serait plus l'ordre1 il serait le dsordre4 ,suivons-le1 de par ,dieu6 suivons-le2 il dirige ceux qui le suivent2 ceux qui ne le suivent pas1 il les entrane et1 avec eux1 leur rage et leur mdecine1 le tout ensemble4 ,faites-vous ordonner une purgation pour votre cervelle1 elle sera de meilleur effet que pour votre estomac4 ,on demandait un ,lacdmonien quoi il devait d'avoir vcu si bien portant et si longtemps3 ,a ce que je ne sais pas ce que c'est que se droguer1 rpondit-il4--,l'empereur ,adrien1 lors de sa mort1 rptait sans cesse que l'affluence des mdecins l'avait tu4--,un mauvais lutteur s'tait fait mdecin3 ,courage1 lui dit ,diogne1 tu as raison2 tu vas pouvoir maintenant mettre en terre1 ceux qui t'y ont mis autrefois4--,ils ont cette heureuse chance1 disait ,nicocls1 que le soleil claire leurs succs et que la terre cache leurs fautes4 ,les mdecins se targuent de toutes les amliorations qu'prouve le malade1 et trouvent toujours excuser le mauvais succs de leurs ordonnances4--,en outre1 ils ont une faon bien avantageuse de faire tourner leur profit les vnements quels qu'ils soient3 ,si le hasard1 la nature ou toute autre cause 7et le nombre en est infini7 laquelle ils sont trangers1 ont sur vous une action favorable et salutaire1 c'est leur privilge de se l'attribuer2 eux revient le mrite de toutes les amliorations que ressent le patient qui s'est mis entre leurs mains2 ce qui m'a guri1 moi et mille autres qui n'appelons pas les mdecins notre aide1 ils s'en font honneur auprs de ceux qu'ils traitent4 ,quant aux accidents fcheux qui leur arrivent1 ou ils les dsavouent compltement et les imputent la faute de leur malade1 en invoquant des raisons si futiles1 qu'ils ne peuvent manquer d'en trouver bon nombre donner3 ,il a dcouvert son bras2 il a entendu le bruit d'une voiture1 le bruit de chars embarrasss au dtour de rues troites 7,juvnal72 on a entr'ouvert sa fentre2 il s'est couch sur le ct2 il lui est pass par la tte des ides pnibles4 ,en somme1 une parole1 un songe1 un regard de quelqu'un ayant le mauvais il leur semblent une excuse suffisante pour se dcharger de leur faute4 ,ou encore1 si cela leur convient mieux1 ils se servent de cette aggravation au mieux de leurs intrts1 en s'y prenant de la manire suivante1 qui ne peut jamais leur donner de mcompte3 lorsque la maladie redouble par l'effet de leur mdicamentation1 ils nous en ddommagent en affirmant que1 sans leurs remdes1 c'et t bien pire1 et que celui dont ils ont transform un refroidissement en un accs de fivre passagre et t1 sans eux1 atteint de fivre continue4 ,peu leur importe de ne pas russir1 le dommage tant tout profit pour eux4 ,ils ont vraiment bien raison de requrir de leurs malades une confiance aussi optimiste1 et il la faut en vrit ceux-ci bien entire et bien souple1 pour en arriver accepter tout ce que leurs mdecins imaginent1 si peu croyable que ce soit4 ,platon disait avec juste raison que les mdecins peuvent mentir en toute libert1 puisque notre salut dpend de la frivolit et de la fausset des assurances qu'ils nous donnent4--sope1 cet auteur d'un talent exceptionnel1 dont peu de gens sont en tat de discerner la grce1 est plaisant quand il nous dcrit l'autorit tyrannique qu'ils usurpent sur ces pauvres esprits affaiblis et abattus par le mal et la crainte4 ,il conte qu'un malade1 questionn par son mdecin sur l'effet produit par des mdicaments qu'il lui a fait prendre1 lui rpond3 ,j'ai beaucoup transpir4--,cela est bon1 dit le mdecin4 ,une autre fois1 lui ayant demand comment il s'tait comport depuis qu'il ne l'avait vu3 ,j'ai eu excessivement froid1 lui rpond le malade1 et de violents frissons4--,trs bien1 fait aussitt le mdecin4 ,une troisime fois1 s'enqurant encore comment il se portait3 ,je me sens1 rpond-il1 enfler et devenir bouffi1 comme si j'tais hydropique4--,voil qui est parfait1 rplique le mdecin4 ,un des domestiques du patient venant1 aprs cette dernire visite1 s'informer auprs de lui de son tat3 ,je vais bien1 mon ami1 lui dit-il1 si bien qu' force d'aller bien1 je me meurs4 ,loi des gyptiens rendant les mdecins responsables de l'efficacit du traitement de leurs malades4--,il y avait en gypte une loi fort juste1 qui dchargeait le mdecin de toute responsabilit pendant les trois premiers jours1 quand un malade se confiait lui2 durant ce temps1 son client tait trait ses propres risques et prils2 mais1 ces trois jours couls1 le mdecin devenait responsable et le traitement passait sa charge4 ,esculape1 leur patron1 a bien t frapp de la foudre pour avoir ramen ,hippolyte de la mort la vie3 ,jupiter1 indign qu'un mortel et t rappel de la nuit infernale la lumire du jour1 frappa de la foudre le fils d',apollon1 l'inventeur de cet art audacieux1 et le prcipita dans le ,styx 7,virgile71 pourquoi ses successeurs1 qui font passer tant d'mes de vie trpas1 seraient-ils indemnes8 ,l'un d'eux vantait ,nicocls l'autorit considrable laquelle son art tait parvenu3 ,c'est bien mon sentiment1 dit ,nicocls1 puisqu'il peut tuer tant de gens impunment4 ,le mystre sied la mdecine2 le charlatanisme que les mdecins apportent dans la confection de leurs ordonnances1 leur attitude compasse auprs des malades1 en imposent2 ils devraient aussi ne jamais discuter qu' huis clos et se garder de traiter plusieurs un mme malade4--,si j'avais t admis donner mon avis1 j'aurais voulu pour eux des traditions o la divinit et le mystre eussent eu plus de part2 ils avaient bien commenc1 mais ils n'ont pas poursuivi4 ,c'tait un bon point de dpart que d'avoir fait maner leur science des dieux et des dmons1 d'avoir pris un langage part1 une criture part1 quoi qu'en pense la philosophie qui estime que c'est folie de vouloir donner en termes inintelligibles des conseils un homme qui a en faire son profit3 ,comme si1 pour conseiller un malade d'avaler un escargot1 un mdecin lui ordonnait de prendre un enfant de la terre1 marchant dans l'herbe1 dpourvu de sang et portant sa maison sur son dos 7,cicron74--,c'tait une bonne rgle pour leur art1 qu'on retrouve du reste dans tous les arts 99 fantastiques qui ne sont pas srieux et qui ont pour base le surnaturel1 que celle qui pose que la foi du patient1 par l'esprance et l'assurance qu'elle engendre en lui1 doit seconder l'action du mdecin et en faciliter l'effet2 cette rgle1 chez eux1 va jusqu' tablir que le praticien le plus ignorant1 le plus grossier1 si l'on a confiance en lui1 est prfrable au plus expriment1 si celui-ci est inconnu4--,le choix mme de leurs drogues a quelque chose de mystrieux et de sacr3 le pied gauche d'une tortue1 l'urine d'un lzard1 la fiente d'un lphant1 le foie d'une taupe1 du sang tir de dessous l'aile droite d'un pigeon blanc1 et1 pour nous autres1 atteints de coliques nphrtiques 7est-ce assez abuser de nos misres71 des crottes de rat pulvrises et telles autres prescriptions bizarres qui tiennent plus des enchantements de la magie que d'une science srieuse4 ,je laisse de ct ces autres singularits3 que les pilules sont prendre en nombre impair2 qu'il faut1 pour les prendre1 faire choix de certains jours et ftes de l'anne2 que les herbes entrant dans leurs ingrdients sont cueillir des heures dtermines2 enfin l'air rbarbatif et rflchi1 dont se moque ,pline lui-mme1 qu'ils apportent dans leur attitude et leur contenance4 ,seulement1 avec de si beaux dbuts1 ils ont1 dirais-je1 commis la faute de ne pas avoir ajout que leurs assembles et leurs consultations auraient un caractre religieux et seraient secrtes2 qu'aucun profane n'y aurait accs1 pas plus que lorsqu'on clbre les mystres du culte d',esculape2 de cette faute1 il arrive que leurs irrsolutions1 la faiblesse de leurs raisonnements sur ce qu'ils croient deviner et qui sert de base leurs discussions si acrimonieuses1 pleines de haine1 de jalousie1 de considrations personnelles1 venant tre rvles tout un chacun1 il faut tre tonnamment aveugle1 pour ne pas se sentir bien aventur quand on se remet entre leurs mains4--,qui a jamais vu un mdecin confirmer tout simplement l'ordonnance d'un confrre1 sans y rien ajouter ou retrancher8 ils trahissent par l l'inanit de leur art1 et nous font voir qu'ils se proccupent plus de leur rputation et par suite de leurs profits1 que de leurs malades4 ,celui-l de leurs docteurs a t le plus sage qui1 anciennement1 leur a recommand de n'tre qu'un s'occuper d'un mme malade2 s'il ne fait rien qui vaille1 la faute d'un seul ne sera pas de grande importance pour le bon renom de la corporation2 et une grande gloire rejaillira sur tous1 si1 au contraire1 il vient bien rencontrer4 ,quand ils sont plusieurs s'occuper d'un mme cas1 ils dcrient continuellement le mtier1 d'autant qu'il leur arrive de faire plus souvent mal que bien4 ,ils devraient se contenter du perptuel dsaccord qui existe dans les opinions des principaux matres et auteurs de leur science dans l'antiquit1 dsaccord que connaissent seuls les gens qui sont verss dans les lettres1 sans laisser voir au vulgaire les controverses et les changements d'ides qui continuent abonder en eux et les diviser4 ,sur la cause mme des maladies que d'opinions diverses6--,voulons-nous un exemple des dbats de la mdecine1 aux temps anciens8 ,hirophile attribue nos humeurs la cause originelle de nos maladies2 rasistrate1 au sang des artres2 ,asclpiade1 aux atomes invisibles qui pntrent par nos pores2 ,alcmon1 une surabondance ou un affaiblissement des forces corporelles2 ,diocls1 une ingalit dans la proportion des lments dont se compose le corps1 ainsi qu' la qualit de l'air que nous respirons2 ,straton1 un excs1 une difficult d'assimilation et une corruption des aliments que nous prenons2 ,hippocrate l'attribue aux esprits4 ,un de leurs amis1 qu'ils connaissent mieux que moi1 dit ce propos que la science la plus importante pour nous1 celle qui a charge de notre conservation et de notre sant1 est1 par malheur1 la plus incertaine1 la plus confuse1 la plus agite par les changements qui s'y produisent4 ,il n'y a pas grand mal ce que nous fassions erreur dans la mesure de la hauteur du soleil1 non plus que dans la rsolution de quelque calcul astronomique2 mais ici1 o il y va de tout notre tre1 il n'est pas sage de nous abandonner la merci de l'agitation produite par tant de vents contraires4 poque laquelle la mdecine a commenc tre en crdit et fluctuations qu'ont1 depuis cette origine1 subies les principes sur lesquels elle repose4--,avant la guerre du ,ploponse1 il n'tait gure question de cette science2 ,hippocrate la mit en crdit4 ,toutes les rgles qu'il en posa1 furent postrieurement modifies par ,chrysippe2 rasistrate1 petit-fils d',aristote1 renversa tout ce que ,chrysippe en avait crit4 ,aprs eux1 vinrent les ,empiriques qui appliqurent cet art une mthode toute diffrente de celle suivie jusqu'alors4 ,quand le crdit de ces derniers commena vieillir1 ,hrophile fit application d'une mdecine toute autre1 contre laquelle ,asclpiade1 qui vint aprs1 s'leva et dont il triompha son tour4 ,les opinions de ,thmisson1 puis celles de ,musa 99 vinrent plus tard faire autorit2 puis encore aprs1 celles de ,vectius ,valens1 fameux par ses relations intimes avec ,messaline4 ,au temps de ,nron1 ,thessalus tint le sceptre2 il abolit et condamna tout ce qui avait t admis jusqu' lui4 ,sa doctrine fut renverse par ,crinas de ,marseille qui introduisit nouveau de rgler toutes les oprations mdicales d'aprs les tables astronomiques et le cours des astres2 de manger1 boire et dormir aux heures qui plaisaient la ,lune et ,mercure4 ,son autorit ne tarda pas tre supplante par celle de ,charinus1 mdecin de cette mme ville de ,marseille1 qui non seulement combattit les procds de la mdecine ancienne1 mais encore l'usage des bains chauds que tout le monde pratiquait et qui1 depuis tant de sicles1 taient passs dans les habitudes3 il faisait baigner les gens dans l'eau froide1 mme en hiver1 et plongeait ses malades dans l'eau telle qu'on la puisait dans les ruisseaux4--,jusqu'au temps de ,pline1 aucun ,romain n'avait encore daign exercer la mdecine2 elle se faisait par les trangers et les ,grecs1 comme cela a lieu chez nous ,franais1 o elle se fait par des gens baragouinant le latin2 car1 ainsi que le dit un trs grand mdecin1 nous n'acceptons pas aisment la mdecine que nous comprenons1 pas plus que la drogue que nous cueillons nous-mmes4 ,si1 dans les contres d'o nous tirons le gaiac1 la salsepareille et le bois d'esquine1 il y a des mdecins1 combien y doit-on faire fte nos choux et notre persil1 en raison de la vogue dont jouissent les produits qui sont trangers1 rares et chers1 personne n'osant faire fi de choses qu'on a t chercher si loin1 en s'exposant aux risques d'un long et prilleux voyage8--,entre ces transformations de la mdecine dans les temps anciens et notre poque1 il y en a eu d'autres en nombre infini2 le plus souvent1 elles ont t radicales et universelles1 comme celles introduites de notre temps par ,paracelse1 ,fioravanti et ,argentarius1 qui ne changent pas seulement une recette mais1 ce que l'on m'a dit1 tout ce qui fait loi en mdecine1 ainsi que les conditions mmes dans lesquelles elle s'exerce1 accusant d'ignorance et de charlatanisme tous ceux qui1 avant eux1 ont exerc cette profession4 ,je vous laisse penser ce que1 dans tout cela1 devient le pauvre patient4 ,rien de moins certain que les mdicaments ne fassent pas de mal s'ils ne font pas de bien2 en outre1 les mprises sont frquentes2 la chirurgie offre une bien plus grande certitude4--,si encore1 quand ils se trompent1 nous tions assurs que si nous n'en retirons profit cela du moins ne nous nuit pas1 ce serait un compromis honorable que d'avoir chance de nous bien porter1 sans risquer de courir notre perte4 sope1 dans ses contes1 nous dit que quelqu'un ayant achet un esclave maure et croyant que la couleur de sa peau tait le fait d'un accident et provenait de mauvais traitements que lui aurait fait endurer son premier matre1 lui fit suivre1 avec grand soin1 un rgime comportant bains et tisanes qui eut pour effet de ne modifier en rien le teint basan du ,maure1 mais altra compltement sa sant excellente auparavant4--,combien ne voyons-nous pas les mdecins s'imputer les uns aux autres la mort de leurs patients8 ,j'ai souvenance d'une maladie trs dangereuse1 souvent mortelle1 atteignant surtout les basses classes1 qui1 il y a quelques annes1 svit dans les villes de mon voisinage4 ,l'pidmie passe aprs avoir fait un nombre considrable de victimes1 un des plus fameux mdecins de la contre publia sur la matire un ouvrage dans lequel il critiquait l'usage qui avait t fait de la saigne pour combattre cette maladie1 confessant que c'tait l l'une des principales causes des pertes qui avaient t faites4 ,il y a mieux1 ceux d'entre eux qui crivent1 conviennent qu'il n'y a pas de mdicament qui n'ait un effet nuisible2 si ceux mmes qui nous sont d'un effet utile1 nous nuisent d'une faon ou d'une autre1 que doivent produire ceux qu'on nous fait absorber hors de propos8 ,quand ce ne serait que cela1 j'estime que pour ceux auxquels en rpugne le got1 c'est un effort dangereux qui peut leur tre prjudiciable1 que de les leur faire prendre ainsi contre-cur1 pareil moment2 je crois que c'est soumettre le malade une bien rude preuve1 alors qu'il a tant besoin de repos2 sans compter qu' considrer les incidents si lgers1 si insignifiants qui1 d'aprs les mdecins1 sont ordinairement cause de nos maladies1 j'en arrive conclure qu'une fort petite erreur dans l'administration de leurs drogues peut nous nuire considrablement4 ,or1 si l'erreur d'un mdecin est dangereuse1 nous sommes en bien mauvaise situation1 car il lui est bien difficile de ne pas y retomber souvent2 il a besoin de trop de documents1 d'examens1 d'tre au fait de trop de circonstances1 pour asseoir judicieusement ses rsolutions2 il faut qu'il connaisse le temprament du malade1 sa temprature1 son humeur1 ses dispositions1 ses occupations et mme ce qu'il pense et ce qu'il rve2 il faut qu'il se rende compte des conditions ambiantes1 de la nature du lieu1 de l'air1 du climat1 o en sont les plantes de leur rvolution et leurs influences2 il doit savoir les causes de la maladie1 les caractres sous lesquels elle se prsente1 ses effets1 les jours critiques2 de la drogue dont il fera emploi1 il a connatre le poids1 l'action1 le pays d'o elle vient1 son aspect1 quelle poque elle remonte pour juger de sa force1 les quantits ordonner2 et1 toutes ces conditions envisages1 il faut qu'il sache les proportionner les unes aux autres1 de manire ce qu'elles s'harmonisent parfaitement4 ,pour peu qu'il se mprenne1 que de tant d'lments divers1 un seul agisse contre-temps1 en voil assez pour que nous soyons perdus2 et ,dieu sait de quelles difficults est la connaissance de ces diverses particularits6 ,comment1 par exemple1 dterminer le caractre propre de la maladie1 chacune se prsentant sous une infinit de formes8 ,que de dbats et de doutes soulvent chez les praticiens les dductions tirer de l'examen des urines6 ,sans ces difficults1 ils ne seraient pas1 comme nous les voyons1 en continuelles discussions sur le diagnostic du mal1 et quelles excuses auraient-ils pour cette faute qu'ils commettent si souvent de prendre une martre pour un renard8 ,quand je les ai consults sur mes propres maux1 pour peu que le cas prsentt quelque difficult1 je n'en ai jamais trouv trois qui aient pu se mettre d'accord4 ,naturellement1 mes remarques cet gard se portent plus particulirement sur les faits qui me touchent3 dernirement1 ,paris1 un gentilhomme1 sur une consultation de mdecins1 se soumit l'opration de la taille2 on ne trouva pas plus de pierre dans sa vessie que dans sa main4 ,ici mme1 un vque1 avec lequel j'tais fort li1 avait t instamment conseill par la plupart des mdecins qui l'avaient examin1 de se faire oprer pour cette mme maladie2 je m'tais mme entremis pour l'y dcider1 convaincu que j'tais1 sur la foi d'autrui1 qu'il y avait lieu2 lorsqu'il fut mort et qu'on fit son autopsie1 on trouva qu'il n'avait que mal aux reins4 ,les mdecins1 quand il s'agit de cette maladie1 sont moins excusables qu'en toutes autres1 parce que l le mal est pour ainsi dire palpable4--,c'est en quoi la chirurgie me semble tre une science qui offre beaucoup plus de certitude1 parce qu'on y voit et sent ce qu'on fait1 il y a moins conjecturer et deviner2 tandis que les mdecins n'ont pas de speculum leur permettant d'examiner le cerveau1 les poumons1 le foie comme ils sont mme de le faire pour la matrice4 ,comment ajouter foi des mdicaments complexes1 composs en vue d'actions diffrentes et parfois opposes8--,nous ne pouvons mme pas ajouter foi aux assurances qu'ils nous donnent1 car lorsqu'ils ont pourvoir divers accidents produisant des effets contraires qui nous oppressent simultanment et ont entre eux des rapports presque invitables1 comme dans le cas o nous prouvons de la chaleur au foie et du froid l'estomac1 ils vont nous persuadant que de leurs ingrdients1 ceci rchauffera l'estomac1 cela refroidira le foie2 l'un doit aller droit aux reins1 voire mme jusqu' la vessie1 sans faire sentir son action sur d'autres parties de nous-mmes1 et1 durant ce long parcours plein d'embarras1 doit conserver ses forces et sa vertu jusqu' ce qu'il soit parvenu au point o il doit agir par ses proprits occultes2 un autre asschera le cerveau1 celui-l humectera le poumon2 et ayant ml le tout ensemble pour en constituer le breuvage qu'il va falloir absorber1 n'est-ce pas en quelque sorte rver que d'esprer qu'alors1 dans ce mlange confus1 chacune de ces diverses proprits1 se triant d'elle-mme1 se sparera des autres et ira satisfaire celui de ces divers offices qui lui est dvolu8 ,aussi je crains fort qu'elles ne s'garent ou que1 se trompant de destination1 ne viennent porter le trouble l o elles ont affaire4 ,n'est-il pas galement apprhender que dans ce ple-mle liquide1 elles ne se corrompent1 ne se confondent1 ne s'altrent les unes les autres8 ,enfin1 c'est un autre que celui qui l'a formule1 qu'incombe l'excution de cette ordonnance1 la foi1 la merci de laquelle nous nous abandonnons1 et dont1 je le rpte1 dpend notre vie6 ,chaque maladie devrait tre traite par un mdecin distinct qui s'en serait spcialement occup4--,nous avons1 pour nous habiller1 des gens qui ne confectionnent que des pourpoints1 tandis que d'autres ne font que des chausses2 et nous sommes d'autant mieux servis que chacun d'eux ne se mle que de ce qui le regarde et que son talent s'exerce dans des limites plus restreintes1 mieux que nous ne le serions par un tailleur qui fait le tout4 ,pour ce qui est de la nourriture1 les grands1 pour la prparation de leurs aliments1 ont avantage avoir des gens qui prparent les potages et d'autres les rtis2 un cuisinier qui a charge des uns et des autres ne parvient pas les russir tous aussi bien4 ,c'est une ide analogue qui faisait qu'avec raison1 les gyptiens n'admettaient pas qu'en ce qui touche l'art de gurir1 le mdecin ft universel3 ils spcialisaient les diffrentes branches de cette profession2 chaque maladie1 chaque partie du corps avait son spcialiste2 de la sorte1 chacun ne s'occupant que d'elle1 chacune tait beaucoup mieux traite et plus suivant ce qui lui convenait4 ,les mdecins de nos jours ne rflchissent pas que qui pourvoit tout1 ne pourvoit rien1 et que s'occuper de toutes les affaires de ce petit monde qu'est le corps humain1 dpasse leurs moyens4 ,en craignant d'arrter la dyssenterie chez un ami moi1 qui valait mieux qu'eux tous tant qu'ils sont1 pour ne pas lui causer de fivre ils me l'ont tu4 ,ils rendent leurs oracles au poids1 sans tenir compte des maux qu'ils ont combattre2 et1 pour ne pas gurir le cerveau au prjudice de l'estomac par leurs drogues aux qualits discordantes qui agissent d'une faon dsordonne1 ils rendent malade l'estomac et aggravent la maladie du cerveau4 ,faiblesse et incertitude des raisonnements sur lesquels est fond l'art de la mdecine2 l'un condamne ce que l'autre approuve4--,quant la faiblesse et la diversit des raisonnements qu'ils nous tiennent1 elles sont1 dans cet art1 plus apparentes que dans tout autre4 ,ils vous disent1 tantt que les substances apritives conviennent un homme en proie la colique1 parce qu'ouvrant et dilatant les conduits internes1 elles entranent vers les reins cette matire gluante gnratrice de la gravelle et de la pierre1 et prcipitent en contre-bas ce qui commence s'amasser et durcir dans les reins2 tantt que ces mmes substances sont dangereuses pour un homme en proie cette affection1 parce qu'ouvrant et dilatant ces conduits1 elles acheminent vers les reins cette matire qui se transforme en gravier1 que cet organe saisit d'autant mieux que cela rentre dans ses fonctions1 et expose ce qu'il en retienne beaucoup sur la quantit qui lui arrive2 ajoutant que1 si par hasard il se rencontre un corps tant soit peu plus gros qu'il ne faut pour pouvoir traverser tous ces canaux troits qui lui restent franchir pour tre expuls au dehors1 entran par ces substances apritives1 il y pntre et1 s'il vient les obstruer1 occasionne invitablement la mort et une mort trs douloureuse4--,leurs conseils sur le rgime qu'il convient que nous suivions1 n'ont pas plus de fixit3 tantt ils disent qu'il est bon d'uriner frquemment1 parce que l'exprience nous montre qu'en lui donnant le loisir de croupir1 l'urine se dcharge des excrments qui s'y trouvent en suspension1 lesquels constituent une sorte de lie qui sert la formation des calculs dans la vessie2 tantt qu'il est bon de ne pas uriner souvent1 parce qu'autrement1 en raison de leur poids1 ces lments que l'urine charrie1 ne seront point entrans si le jet n'est pas d'une force suffisante1 l'exprience montrant qu'un torrent au cours imptueux fait place nette partout o il passe1 bien plus qu'un ruisseau coulant lentement et insensiblement4--,de mme1 ils nous disent tantt qu'il est bon d'avoir des rapports frquents avec la femme1 parce que cela ouvre les conduits et fait circuler le gravier et le sable2 tantt que c'est mauvais1 parce que cela chauffe les reins1 les lasse et les affaiblit4 ,tantt encore que les bains chauds sont bons1 parce qu'ils dtendent et rendent plus souples les organes o sjournent le sable et la pierre2 tantt qu'ils sont mauvais1 parce que l'action de cette chaleur externe sur les reins1 les aide cuire1 durcir et ptrifier la matire prte cette transformation4--,a ceux qui prennent les eaux thermales1 ils vont disant qu'il convient de manger peu le soir1 afin que les eaux qu'ils doivent boire le lendemain matin1 aient plus d'action1 l'estomac tant vide et n'tant pas contrari dans ses fonctions2 moins toutefois qu'ils ne leur disent le contraire3 qu'il vaut mieux manger peu au repas de midi1 pour ne pas troubler l'action de l'eau qui n'est pas encore compltement acheve1 ne pas charger l'estomac aussitt aprs l'effort qu'il vient de faire et reporter le principal travail de la digestion la nuit qui s'y prte mieux que le jour o le corps et l'esprit sont perptuellement en mouvement et en action4 ,voil comment les mdecins raisonnent constamment1 faisant des boniments et se jouant nos dpens2 ils ne sauraient mettre une seule proposition1 laquelle je ne puisse en opposer une absolument contraire et de mme valeur4 ,qu'on ne crie donc pas contre ceux qui1 devant de telles contradictions1 se laissent doucement aller ce que leur dictent leurs penchants et les conseils de la nature1 s'en remettant la fortune qui prside aux destines de tous4 ,quoique ,montaigne n'ait confiance en aucun remde1 il reconnat que les bains sont utiles2 peut-tre aussi les eaux thermales4 ,diversit dans les modes d'emploi de ces eaux4--,j'ai eu occasion de visiter1 dans mes voyages1 presque toutes les stations balnaires de la chrtient1 et depuis quelques annes j'en fais usage1 parce que d'une faon gnrale j'estime que les bains sont chose hyginique et crois que nombre d'affections d'une certaine gravit1 tiennent ce que nous avons perdu l'habitude de nous laver le corps tous les jours1 ainsi que cela tait dans les coutumes de presque toutes les nations des temps passs et que cela s'est encore maintenu chez plusieurs2 je n'arrive pas m'imaginer que nous ayons avantage tenir ainsi nos membres encrots et nos pores bouchs par la crasse4 ,pour ce qui est de prendre ces eaux en boisson1 la fortune a fait d'abord que cela n'est aucunement contraire mes gots1 en second lieu que c'est chose naturelle et simple qui du moins1 si elle n'est utile1 n'est pas dangereuse1 ce que me permet d'affirmer ce nombre infini de gens de toutes sortes et de tous tempraments qui s'y rendent4 ,bien qu'encore je n'aie pas constat qu'elles aient produit aucun rsultat miraculeux ou extraordinaire1 et qu'en m'informant d'un peu plus prs qu'on ne le fait d'habitude1 j'aie trouv faux et dnus de fondement tous les bruits de faits de cette nature qui se rpandent en ces lieux et auxquels on ajoute foi 7le monde se trompe si aisment sur ce qu'il dsire72 par contre1 je n'ai gure vu de personnes dont ces eaux aient empir l'tat4 ,on ne peut1 sans parti pris1 leur refuser qu'elles veillent l'apptit1 facilitent la digestion et nous rendent pour ainsi dire plus guillerets1 si on n'y va pas bout de forces1 ce que je dconseille bien2 impuissantes relever d'une ruine imminente1 elles peuvent venir en aide dans le cas d'un lger branlement1 ou parer la menace d'une altration prochaine4 ,qui y vient sans tre en disposition suffisante pour pouvoir jouir de la compagnie qui s'y trouve1 des promenades et des excursions auxquelles nous convie la beaut des lieux o se trouvent la plupart de ces eaux1 perd indubitablement le meilleur et le plus efficace de leurs effets4 ,aussi ai-je toujours1 jusqu' prsent1 fait choix1 pour y sjourner et en faire usage1 des localits les plus agrables par leurs sites et qui1 en mme temps1 offrent le plus de commodit sous le rapport du logement1 de la nourriture et de la socit1 comme sont3 en ,france1 les bains de ,bagnres2 sur les confins de l',allemagne et de la ,lorraine1 ceux de ,plombires2 en ,suisse1 ceux de ,bade2 en ,toscane1 ceux de ,lucques1 et en particulier ceux della ,villa1 dont j'ai us le plus souvent et en diverses saisons4 ,chaque nation a ses ides particulires sur le mode d'emploi des eaux et les conditions dans lesquelles elles doivent tre prises1 lesquelles sont fort variables2 quant leur effet1 il est1 d'aprs ce que j'en ai prouv1 peu prs le mme partout4 ,en ,allemagne1 on ne les boit jamais2 pour toutes les maladies1 on les prend sous forme de bains et on passe tout son temps barboter dans l'eau1 presque d'un soleil l'autre4 ,en ,italie1 quand on boit pendant neuf jours1 on se baigne pendant trente au moins2 l'eau se boit d'ordinaire additionne d'autres drogues qui en secondent l'action4 ,dans certaines stations1 on vous ordonne de vous promener pour la bien digrer2 dans d'autres1 on la prend au lit que l'on garde jusqu' ce qu'on l'ait rendue1 et1 durant ce temps1 on entretient1 en les chauffant1 une chaleur continue l'estomac et aux pieds4 ,les ,allemands ont de particulier que la plupart se font1 dans le bain1 appliquer des ventouses scarifies4 ,les ,italiens pratiquent les douches1 qui se donnent au moyen de conduites qui amnent cette eau chaude dans des espces de gouttires1 d'o elle tombe2 on la reoit ainsi pendant une heure le matin et autant l'aprs-dner1 un mois durant1 soit sur la tte1 soit sur l'estomac1 soit sur toute autre partie du corps laquelle on veut en faire l'application4 ,il y a une infinit d'autres coutumes propres chaque contre ou1 pour mieux dire1 il n'y a presque aucune ressemblance entre ce qui se fait chez les uns et ce qui a lieu chez les autres4 ,voil comment cette partie de la mdecine1 la seule que je me sois laiss aller pratiquer1 bien que constituant le moins artificiel des procds dont elle use1 a cependant1 elle aussi1 sa bonne part de la confusion et de l'incertitude qui se voient partout ailleurs dans cet art4 ,les potes traitent avec plus d'emphase et de grce que nous1 tous les sujets qu'ils abordent1 tmoin ces deux pigrammes3 ,hier1 le mdecin ,alcon a touch la statue de ,jupiter2 et1 quoique de marbre1 le dieu a prouv le pouvoir du mdecin4 ,aujourd'hui1 on le tire de son vieux temple et on va l'enterrer1 tout dieu et pierre qu'il est 7,ausone74--,andragoras s'est baign hier avec nous1 puis a soup gaiement2 ce matin1 on l'a trouv mort4 ,veux-tu savoir1 ,faustinus1 la cause d'un trpas si subit8 ,il a vu en songe le mdecin ,hermocrate 7,martial74--,sur ce mme sujet1 je voudrais rapporter deux contes4 ,conte assez plaisant contre les gens de loi et les mdecins4--,le baron de ,caupne en ,chalosse et moi1 avons en commun le droit de patronage sur un bnfice du nom de ,lahontan1 qui est de grande tendue et situ au pied de nos montagnes4 ,il en est des habitants de ce coin de terre1 comme l'on dit tre de ceux de la valle d',angrougne3 ils avaient une vie part1 des faons1 des vtements1 des murs part2 taient rgis et administrs suivant des institutions et des coutumes particulires qui se transmettaient de pre en fils et qu'ils observaient1 sans y tre autrement obligs que par le respect qu'ils portaient un ordre de choses tabli4 ,ce petit tat s'tait1 de tous temps1 maintenu dans de si heureuses conditions1 qu'aucun juge du voisinage n'avait eu s'occuper de ses affaires1 aucun avocat n'avait eu y donner de consultations1 aucun tranger n'y avait t appel pour mettre fin aux querelles qui s'y levaient2 jamais on n'avait vu quelqu'un du pays se livrer la mendicit2 on y fuyait les alliances et les rapports avec le monde du dehors pour ne pas altrer la puret des institutions4 ,cela dura1 ainsi qu'ils le content eux-mmes1 le tenant de la mmoire de leurs pres1 jusqu' ce que l'un d'eux1 l'me pique d'une noble ambition1 s'avisa1 pour mettre son nom en relief et acqurir de la rputation1 de faire d'un de ses enfants un matre ,jean1 ou un matre ,pierre1 autrement dit un personnage1 et1 lui ayant fait apprendre crire dans quelque ville voisine1 arriva en faire un beau notaire de village4 ,celui-ci1 devenu grand1 commena par ddaigner les anciennes coutumes de sa valle et monter la tte son entourage1 en lui faisant miroiter ce que les rgions voisines avaient de beau4 ,au premier de ses compres auquel on corna une chvre1 il conseilla de s'adresser aux juges royaux1 dont ils relevaient1 pour obtenir rparation2 de celui-ci1 il passa un autre1 jusqu' ce qu'il et tout gt4--,a la suite de ce premier germe de corruption1 ajoutent-ils1 il se produisit presque aussitt un autre fait qui eut de plus fcheuses consquences encore3 il prit envie un mdecin d'pouser une de leurs filles et de venir s'tablir parmi eux4 ,ce mdecin commena par leur apprendre le nom des fivres1 des rhumes1 des abcs2 o se trouvent le cur1 le foie1 les intestins1 science dont1 jusqu'alors1 ils n'avaient pas la moindre connaissance2 et1 au lieu de l'ail qui leur servait pour se dbarrasser de tous les maux1 si pnibles et si graves qu'ils fussent1 il les amena faire usage pour une toux1 un refroidissement1 de mixtions composes de substances exotiques et se mit spculer non seulement sur leur sant1 mais encore sur leur mort4 ,ils jurent que ce n'est que depuis cette poque qu'ils se sont aperus que le serein cause des lourdeurs de tte1 qu'on peut attraper mal en buvant quand on a chaud1 que les vents d'automne sont plus malsains que ceux du printemps1 et que1 depuis que la mdecine a t introduite chez eux1 accabls d'une lgion de maladies qu'ils ne connaissaient pas1 ils constatent une dcadence gnrale dans leur vigueur physique et une rduction de moiti dans la dure de leur vie4 ,c'est l le premier de mes contes4 ,autre conte concernant la mdecine4--,voici le second4 ,avant que je ne fusse atteint de la gravelle1 ayant entendu quelques personnes faire cas du sang de bouc comme d'une manne cleste envoye1 en ces sicles derniers1 pour reconstituer et assurer la conservation de la vie humaine1 et entendant des gens raisonnables en parler comme d'une drogue admirable1 d'une russite infaillible1 moi1 qui toujours ai pens que je pouvais tre atteint de tous les accidents qui peuvent survenir tout autre homme1 j'eus l'ide de me pourvoir1 alors que j'tais en pleine sant1 de ce baume miraculeux4 ,je commandai donc1 chez moi1 qu'on levt un bouc selon la recette donne3 il faut que ce soit pendant les mois les plus chauds de l't qu'on le mette au rgime2 on ne lui donne plus alors manger que des herbes purgatives et on ne lui fait plus boire que du vin blanc4 ,par hasard1 j'tais chez moi le jour o on devait le tuer2 on vint me dire que le cuisinier sentait dans sa panse deux ou trois grosses boules mobiles se heurtant l'une l'autre au milieu des aliments qui la garnissaient4 ,la curiosit me fit dire qu'on m'apportt ses entrailles1 et je fis ouvrir devant moi cette grosse et large peau4 ,il en sortit trois corps assez volumineux1 lgers comme des ponges au point qu'ils paraissaient creux1 durs la surface1 fermes1 teints de diverses couleurs mortes3 l'un tait absolument rond et de la grosseur d'une petite boule2 les deux autres1 un peu moins gros1 taient imparfaitement arrondis1 mais devaient tendre galement former boule4 ,ayant fait prendre des renseignements auprs de ceux qui ont l'habitude de dpecer ces animaux1 j'appris que c'tait l un accident inusit1 se produisant rarement4 ,il est vraisemblable que ces corps sont des pierres proches parentes des ntres2 s'il en est ainsi1 c'est une esprance bien vaine que celle que l'on donne aux graveleux de pouvoir gurir en buvant le sang d'une bte en passe de mourir d'un mal semblable1 car on ne saurait dire qu'il n'y a l aucune chance de contagion et que la nature du sang de cet animal ne s'en trouve pas altre4 ,il y a plutt lieu de croire que rien ne s'engendre dans un corps1 sans que toutes ses parties1 solidaires les unes des autres1 n'y cooprent2 la vrit1 certaines plus que d'autres1 suivant la nature de l'opration1 mais toutes y participent2 et il y a apparence que dans toutes celles de ce bouc il y avait quelque disposition la production de ces concrtions calcaires4 ,ce n'tait pas tant la crainte de ce qui pouvait en advenir pour moi-mme qui m'avait rendu si curieux de cette exprience1 que parce que je craignais qu'il n'arrivt chez moi ce qui a lieu dans bien des maisons o les femmes1 en vue de secourir les pauvres gens1 amassent force drogues insignifiantes qu'elles font servir pour cinquante maladies diverses1 auxquelles elles ne s'appliquent nullement et qui pourtant russissent dans quelques heureuses circonstances4 ,ce n'est que leur science que ,montaigne attaque chez les mdecins et non leur personnalit2 limite dans laquelle il se confie eux2 combien peu1 au surplus1 font usage pour eux-mmes des drogues qu'ils prescrivent autrui4--,quoi qu'il en soit1 j'honore les mdecins1 non suivant le prcepte parce qu'ils sont ncessaires 7 ce passage de l',ecclsiaste1 on en oppose un autre du prophte qui blme le roi ,asa d'avoir eu recours aux mdecins71 mais par affection pour leur personne1 en ayant vu beaucoup qui sont d'honntes gens et dignes d'tre aims4 ,ce n'est pas eux que j'en veux1 mais leur art2 et je ne leur fais pas grand reproche de tirer profit de notre sottise1 parce que la plupart du monde est ainsi faite2 combien1 en effet1 de professions moins honorables ou qui le sont plus que la leur1 ne subsistent et ne prosprent qu'en abusant le public4 ,je les mande prs de moi1 quand je suis malade2 s'ils se trouvent l point pour rpondre mon appel1 je leur demande qu'ils s'occupent de moi1 et je les paie comme font les autres4 ,je leur permets de m'ordonner de me tenir chaudement1 lorsque je prfre qu'il en soit ainsi qu'autrement2 je leur donne toute latitude pour me faire faire le bouillon que je dois prendre1 leur choix avec des poireaux ou avec des laitues1 et me prescrire1 suivant ce qui leur plat1 du vin blanc ou du vin clairet1 et ainsi de toutes choses pour lesquelles je n'ai pas une prfrence marque et dont l'usage m'est indiffrent4 ,en cela1 j'entends bien ne leur faire aucune concession1 d'autant qu'il est de l'essence mme de la mdecine1 que tout ce dont elle fait emploi se distingue par son mauvais got et son tranget4 ,pourquoi ,lycurgue ordonnait-il le vin aux ,spartiates quand ils taient malades1 si ce n'est parce qu'ils ne pouvaient le souffrir quand ils taient bien portants8 ,c'est pour cette mme raison qu'un gentilhomme1 qui est mon voisin1 s'en sert contre ses fivres1 comme d'une drogue d'un excellent effet1 parce que1 dans son tat normal1 il en a le got en horreur4--,combien ne voyons-nous pas de mdecins tre dans mes ides1 ddaigner la mdecine pour eux-mmes et vivre comme ils l'entendent1 et d'une faon absolument contraire celle qu'ils ordonnent aux autres8 ,qu'est-ce que cela1 sinon abuser ouvertement de notre simplicit8 ,car enfin1 leur vie et leur sant ne leur sont pas moins chres que les ntres nous-mmes1 et ils accommoderaient certainement leurs actes leur doctrine1 si de celle-ci1 ils ne reconnaissaient eux aussi la fausset4 ,c'est la crainte de la douleur1 de la mort1 qui fait qu'on se livre si communment aux mdecins4--,c'est la crainte de la douleur1 de la mort1 l'impatience du mal1 une soif ardente et sans mesure de gurison1 qui nous aveuglent ce degr2 c'est pure lchet de notre part1 si nous avons une confiance si facile capter et si lastique4 ,pourtant1 la plupart d'entre nous ne s'abusent pas autant qu'ils ne tolrent et laissent faire2 je les entends1 en effet1 se plaindre et parler comme nous faisons nous-mmes1 pour finir par dire3 ,alors1 que faire8 comme si l'impatience par elle-mme tait un meilleur remde que la patience6 ,parmi tous ceux qui se sont laisss aller subir cette misrable sujtion1 y en a-t-il un seul qui ne soit galement prt accepter les impostures de toutes sortes et ne se mette la merci de quiconque a l'impudence de lui donner l'assurance qu'il gurira8--,les ,babyloniens exposaient leurs malades sur les places publiques2 le mdecin c'tait tout le monde3 chacun qui passait s'informait par humanit et par civilit de leur tat et1 suivant son exprience1 donnait un avis plus ou moins salutaire4 ,nous ne faisons gure autrement3 il n'est pas simple femmelette dont nous n'employions les marmottages destins conjurer le mal et les amulettes2 si mon humeur se prtait en accepter1 j'accepterais plus volontiers celles provenant de cette source que de toute autre1 au moins ne craindrais-je pas d'en prouver de dommages4 ,homre et ,platon disaient des gyptiens qu'ils taient tous mdecins2 ne pourrait-on en dire autant de tous les peuples8 ,il n'est1 de fait1 personne qui ne se vante de possder une recette quelconque1 et ne se hasarde l'essayer sur son voisin si celui-ci s'y prte4 ,j'tais1 l'autre jour1 en compagnie1 lorsque je ne sais qui1 atteint de la mme affection que moi1 annona l'apparition d'une sorte de pilule nouvelle dans la composition de laquelle1 tout compte fait1 entraient cent et tant d'ingrdients2 cette information produisit une motion et un soulagement singuliers2 quel rocher1 se disait-on1 rsistera aux efforts d'une pareille concentration de moyens d'action8 ,il m'est revenu depuis1 par ceux qui en ont essay1 que pas la moindre parcelle de gravier n'a daign s'en mouvoir4 ,sur quoi1 du reste1 la connaissance que les mdecins prtendent avoir de l'efficacit de leurs remdes1 est-elle fonde8--,je ne puis quitter mon papier1 sans dire encore un mot sur ce que les mdecins nous donnent comme garantie de l'efficacit de leurs drogues1 savoir l'exprience qu'ils en ont faite4 ,la plupart1 peut-tre plus des deux tiers des vertus mdicinales des mdicaments1 proviennent de la quintessence des simples1 sur les proprits caches desquelles l'usage seul nous renseigne2 or1 la quintessence d'une chose n'est autre que la qualit matresse qui lui est propre et qui chappe notre raison1 laquelle n'arrive pas en dcouvrir la cause4 ,parmi ces preuves d'efficacit1 il en est1 disent-ils1 qui leur ont t rvles par quelque dmon2 quand ils parlent ainsi1 je me contente de les couter1 car1 pour ce qui est des miracles1 je ne les discute jamais4 ,d'autres ressortent de l'usage mme que1 pour d'autres considrations1 nous faisons des choses2 comme dans le cas o la laine1 par exemple1 dont nous usons d'habitude pour nous vtir1 aurait t1 par accident1 reconnue possder quelque proprit cache dessiccative1 qui gurisse les mules qui auraient mal au talon2 ou dans celui o on aurait constat une action purgative au raifort qui compte parmi nos aliments4--,galien raconte qu'un lpreux a t guri pour avoir bu du vin d'un vase dans lequel s'tait1 par hasard1 glisse une vipre2 c'est l un fait susceptible d'effet et qui permet d'admettre l'exprience comme vraisemblablement acquise2 de mme de toutes celles que les mdecins nous donnent comme rsultant d'exemples fournis par certains animaux2 mais1 dans la plupart des expriences autres1 auxquelles ils ont t conduits1 disent-ils1 par leur bonne fortune1 sans autre guide que le hasard1 je trouve que les dductions qu'ils en tirent ne s'imposent pas4 ,imaginons l'homme embrassant du regard le nombre infini des choses1 plantes1 animaux1 mtaux qui sont autour de lui1 je me demande par o1 en pareil cas1 commenceront ses essais8 ,supposons que sa fantaisie fasse que1 tout d'abord1 ce soit par la corne d'un lan2 ce choix1 ainsi n de son caprice1 ne peut tre admis que par une confiance bien souple et bien accommodante1 et le mme embarras se reproduira quand il s'agira d'en tirer parti4 ,il se trouve1 en effet1 en prsence de tant de maladies et de tant de circonstances qui interviennent1 que l'esprit humain s'y perd avant d'arriver tre certain du point auquel1 pour tre concluants1 doivent s'arrter les rsultats de l'exprience qu'il a entreprise3 ne lui faut-il pas dterminer au pralable que1 de cette infinit de choses sur lesquelles peuvent porter ses recherches1 c'est prcisment cette corne d'lan qui convient2 que parmi cette multitude de maladies1 c'est l'pilepsie qu'il y a lieu d'en faire application2 que parmi tant de tempraments divers1 c'est celui qui est port la mlancolie2 que sur tant des saisons1 c'est en hiver qu'il faut oprer2 que parmi tant de nations1 c'est sur le ,franais que cela aura action2 parmi tant de gens d'ges diffrents1 sur le vieillard2 que de tant de moments marqus par le mouvement des corps clestes1 la conjonction de ,vnus et de ,saturne est celui qui prsente le plus de chances de russite2 qu'enfin parmi tant de parties du corps sur lesquelles on peut agir1 c'est au doigt qu'il faut s'adresser4 ,si on considre que1 dans tout cela1 il n'a1 pour le guider1 ni argument1 ni conjecture1 ni faits antrieurs1 ni inspiration divine2 que c'est la fortune seule qui le conduit1 il faudrait vraiment1 pour qu'il arrivt juste1 que ce soit une fortune issue d'un art qui ait atteint la perfection1 qui ait des rgles et une mthode prcises4 ,et puis1 admettons la gurison3 comment avoir l'assurance que le mal n'tait pas son terme8 qu'elle n'est pas due au hasard1 ou l'effet d'autre chose que le malade aurait mange1 bue ou touche ce jour-l8 ou encore1 qu'elle n'a pas t accorde au mrite des prires d'une grand'mre8 ,bien plus1 alors mme que le fait serait prouv1 combien de fois s'est-il renouvel8 ,y a-t-il l une longue srie de rsultats prvus1 de constatations avres1 se tenant les uns les autres1 ncessaires pour en tirer une conclusion8 ,et cette conclusion1 qui incombe-t-il de la prendre8 ,de tant de millions d'hommes se livrant ces expriences1 il n'y en a que trois qui se soient donn la tche d'enregistrer celles qu'eux-mmes ont tentes2 le hasard aura-t-il fait que ce soit l'un des trois qui1 point nomm1 ait relev celle-ci8 ,et puis un autre1 cent autres n'ont-ils pu faire des expriences qui aient abouti des rsultats contraires8 ,peut-tre serions-nous plus clairs1 si les jugements et les raisonnements de tous nous taient connus2 mais admettre que trois tmoignages apports par trois docteurs suffisent pour rgenter le genre humain1 n'est pas raisonnable2 il faudrait1 pour qu'ils aient une telle autorit1 qu'ils eussent t choisis et dlgus par lui1 et que1 par procuration expresse1 nous les ayons constitus nos mandataires4 ,a ,madame de ,duras1 ,elle lui a entendu exposer ses ides sur la mdecine2 elle les retrouvera dans son ouvrage1 o il se peint tel qu'il est4--,madame1 lorsque1 dernirement1 vous tes venue me voir1 vous m'avez trouv occup crire les lignes qui prcdent4 ,il se peut que ces inepties vous tombent quelquefois sous la main2 je veux que1 dans ce cas1 elles tmoignent aussi combien je suis honor de la faveur que vous leur ferez en les lisant4 ,vous y reconnatrez les mmes ides et la mme manire de les exprimer que lorsque nous en causions ensemble4 ,alors mme qu'il m'et t possible d'y employer un autre langage que celui dont j'use d'ordinaire et une forme plus honorable et meilleure1 je ne l'eusse pas fait1 parce que je ne veux pas que ces lignes me rappellent votre mmoire autrement que je ne suis4 ,ces observations et les considrations dont elles dcoulent1 que vous avez entendues et admises1 ,madame1 avec plus de courtoisie et en leur faisant plus d'honneur qu'elles n'en mritent1 je veux1 sans toutefois les altrer ni les modifier1 les consigner dans un ouvrage qui me survive quelques annes ou quelques jours1 o vous les retrouverez1 quand il vous plaira de vous les remmorer1 sans prendre autrement la peine de les conserver dans votre souvenir2 du reste1 elles n'en valent pas la peine4 ,je dsire que vous veuillez bien me continuer la faveur de votre amiti1 en raison de ces mmes qualits que vous avez cru reconnatre en moi et qui me l'ont value4 ,je ne me propose nullement qu'on m'aime et qu'on m'estime davantage mort que vivant2 la manire de faire de ,tibre1 qui avait plus souci de la renomme qu'il laisserait aprs lui que de se rendre agrable ses contemporains et d'acqurir leur estime1 est ridicule1 quoique se rencontrant communment4 ,si j'tais de ceux auxquels le monde puisse devoir des louanges1 je l'en tiendrais quitte de moiti1 s'il voulait me payer d'avance2 je voudrais ces louanges immdiates1 m'enveloppant comme une sorte d'atmosphre plutt dense qu'tendue1 bien fournie plutt que de longue dure1 sauf ce qu'elle se dissipe subitement en mme temps que je cesserai d'tre et que ce son si doux ne pourra plus arriver mes oreilles4 ,ce serait une sotte ide que d'aller1 cette heure o mes rapports avec les hommes sont sur le point de se rompre1 me montrer eux sous un jour plus favorable que celui sous lequel ils m'ont connu4 ,je tiens comme non avenus les biens dont je n'ai pu user de mon vivant4 ,n'importe comme je suis1 tel je veux tre en tout et pour tout et non pas seulement sur le papier2 j'ai employ tout mon art et toute mon industrie m'amliorer2 mes tudes ont eu pour objet de m'apprendre non crire mais devenir ce que je suis2 tous mes efforts ont tendu faire ma vie1 cela a t mon mtier et mon uvre2 je me suis moins occup faire des livres1 qu' toute autre besogne4 ,j'ai dsir tre un homme capable1 en vue des avantages essentiels que j'en retire pour le prsent1 et non pour mettre mes capacits en magasin et en faire bnficier mes hritiers4 ,celui qui a du mrite1 c'est pour qu'il se manifeste dans ses murs1 dans les propos qu'il tient d'ordinaire1 quand il fait l'amour1 qu'il a des querelles1 au jeu1 au lit1 table1 dans la conduite de ses affaires et la 99 gestion de sa maison2 ceux auxquels je vois faire de beaux livres et qui ont des vtements en mauvais tat1 eussent d'abord1 s'ils m'avaient cru1 commenc par remettre de l'ordre dans leur tenue4 ,demandez un ,spartiate s'il prfre tre un bon rhtoricien plutt qu'un bon soldat1 mais ne me le demandez pas moi qui aimerais mieux tre un bon cuisinier si je n'en avais pas un mon service4 ,dieu6 que je harais1 ,madame1 d'acqurir par mes crits la rputation d'tre un habile homme et de n'tre1 en dehors d'eux1 qu'un homme sans valeur et un sot2 si cela tait1 j'aimerais mieux encore tre tout la fois un sot dans mes crits et dans la vie ordinaire que d'avoir aussi mal choisi quoi employer ce que je puis valoir4 ,aussi1 il s'en faut tant que je m'attende ce que ces sottises me soient de quelque honneur1 que ce sera beaucoup si je n'y perds pas partie du peu que j'en ai acquis1 parce que cette peinture morte et muette de moi-mme1 qui se retrouve dans mon ouvrage1 n'est pas mon avantage2 elle a trait non l'poque de mon existence o j'tais en mon meilleur tat mais celle o1 bien dchu de ma vigueur primitive et de mon entrain1 je commence me fltrir et sentir le rance2 j'approche du fond du vase et suis sur le point d'en toucher la partie infrieure et la lie4 ,du reste1 s'il a parl si mal de la mdecine1 ce n'a t qu' l'exemple de ,pline et de ,celse1 les seuls mdecins de ,rome ancienne qui aient crit sur leur art4--,au surplus1 ,madame1 je n'eusse pas os fouiller si hardiment les mystres de la mdecine1 vu le crdit dont cet art jouit auprs de vous et de tant d'autres1 si je n'y eusse t incit par ceux-l mmes qui l'ont exerc4 ,je crois que parmi les anciens latins1 il n'y en a eu que deux1 ,pline et ,celse1 qui aient en outre crit sur la matire2 si quelque jour vous les lisez1 vous verrez qu'ils en parlent bien plus rudement que moi2 je ne fais que pincer1 eux gorgent4 ,pline se moque1 entre autres choses1 de ce que les mdecins1 bout d'expdients1 aient invent cette belle dfaite de renvoyer les malades1 qu'ils ont agits et tourments avec leurs drogues et les rgimes auxquels ils les ont soumis et cela pour n'arriver rien1 les uns faire des vux et implorer des miracles1 les autres aller prendre les eaux thermales 7ne vous courroucez pas1 ,madame1 il ne parle pas de celles de ces sources qui sont de ce ct-ci de la ,garonne1 que vous et votre maison patronnez et qui sont dpendance des de ,grammont74 ,ils ont encore une troisime corde leur arc3 pour nous loigner d'eux et s'viter les reproches que nous pourrions leur adresser du peu d'amlioration qu'ils ont apport nos maux1 dont ils se sont si longtemps occups qu'ils n'ont plus de quoi nous leurrer1 ils nous envoient dans une autre contre1 chercher un air meilleur4 ,en voil assez1 je pense1 ,madame1 pour que vous me permettiez de reprendre le fil de mon sujet dont je me suis dtourn pour causer avec vous4 ,il se peut que lui-mme en arrive se remettre entre les mains des mdecins2 c'est qu'alors1 comme tant d'autres1 il sera gravement atteint et ne jouira plus de la plnitude de ses facults4--,c'est ,pricls1 ce me semble1 auquel on demandait comment il se portait1 qui rpondit en montrant les amulettes attaches son cou et son bras3 ,vous pouvez en juger par cela6 ,il voulait indiquer par l1 qu'il tait bien malade1 pour en tre arriv avoir recours pareille inutilit et s'tre laiss quiper de la sorte4--,je ne dis pas qu'il ne m'arrivera pas un jour de cder cette ide commune1 si ridicule1 de remettre ma vie et ma sant la merci et la direction des mdecins2 peut-tre tomberai-je en pareille faiblesse1 je ne puis rpondre de ma fermet dans l'avenir2 mais alors aussi1 si quelqu'un vient s'enqurir auprs de moi de ma sant1 je pourrai lui dire comme ,pricls1 montrant ma main enveloppe et enduite d'un onguent quelconque3 ,vous pouvez en juger par l4 ,ce sera bien l le signe vident d'une maladie grave2 si l'impatience et la frayeur m'ont gagn au point que mon jugement en soit aussi tonnamment dsempar1 on pourra en conclure que j'ai l'me en proie une bien forte fivre4 ,j'ai pris la peine de plaider cette cause que j'entends assez mal1 pour justifier un peu et affermir en moi la rpulsion que je tiens de mes anctres et que1 d'instinct1 j'prouve contre les drogues et les pratiques de la mdecine telle qu'elle s'exerce de nos jours2 et cela1 afin que ce ne soit pas de ma part le fait d'une ide prconue et irraisonne1 qu'elle revte une forme tant soit peu prcise1 que ceux qui me voient si rebelle aux exhortations et aux menaces qu'on me fait quand la maladie m'oppresse1 ne s'imaginent pas que c'est par pur enttement1 99 ou encore qu'un de ces individus1 qui prennent tout par le mauvais ct1 ne juge pas que ce soit par gloriole2 et vraiment1 ce serait un dsir bien singulier que de vouloir me faire honneur d'une action qui m'est commune avec mon jardinier et mon muletier6 ,certes1 je n'ai pas le cur si bouffi d'orgueil que j'aille changer une satisfaction comme la sant1 si srieuse1 de si grande importance1 si douce possder1 pour une autre imaginaire1 immatrielle1 thre comme la gloire4 ,ft-elle celle des quatre fils ,aymon1 elle serait achete trop cher1 par un homme dans mes ides1 au prix de trois violents accs de colique3 ,par ,dieu6 la sant1 la sant1 avant tout4--,ceux qui aiment la mdecine de notre poque1 peuvent aussi avoir pour cela leurs raisons bonnes1 grandes et fortes2 je ne hais pas les ides en contradiction avec les miennes2 il s'en faut mme tant que je m'offusque de la divergence qui peut exister entre ma manire de voir et celle des autres1 et cela m'empche si peu de m'accommoder de la socit de gens qui pensent et agissent autrement que moi1 que je considre1 au contraire1 comme tant bien moins frquent encore qu'il y ait en nous-mmes accord entre nos humeurs et nos desseins2 la varit1 du reste1 est une des proprits les plus inhrentes la nature et se retrouve plus encore dans les esprits que dans les corps1 les premiers tant plus souples et plus susceptibles de transformations4 ,il n'y a jamais eu au monde deux opinions identiques1 non plus que deux poils ou deux grains qui l'aient t4 ,de toutes les qualits1 la plus universelle c'est la diversit2 on la retrouve en toutes choses4 ,,fin ,,du ,,livre ,,second4 7,,traduction7 ,,livre ,,troisi,,me4 7,,traduction7 ,,chapitre ,,premier4 ,de ce qui est utile et de ce qui est honnte4 ,personne n'est exempt de dire des niaiseries1 le mal est d'y mettre de la prtention3 ,cet homme va probablement nous dire avec emphase quelques grosses sottises 7,trence74 ,ce second point ne me touche pas2 je ne prends pas garde1 plus que cela ne vaut1 aux balivernes qui m'chappent2 et c'est heureux pour elles1 car je les dsavouerais immdiatement1 si elles devaient me coter quoi que ce soit2 je ne les achte1 ni les vends au del de leur valeur2 j'cris comme je parle au premier venu que je rencontre2 pourvu que je demeure dans la vrit1 cela me suffit4 ,la perfidie est si odieuse1 que les hommes les plus pervers ont parfois refus de l'employer1 mme quand ils avaient intrt le faire4--,qui ne doit dtester la perfidie1 puisque ,tibre lui-mme refusa d'y avoir recours1 alors qu'il avait grand intrt en user8 ,on lui mandait d',allemagne que s'il le trouvait bon1 on le dbarrasserait d',arminius par le poison4 ,c'tait l'ennemi le plus puissant qu'eussent les ,romains2 il avait fort malmen leurs troupes commandes par ,varus et1 seul1 il faisait obstacle ce qu'ils tendissent leur domination sur ces contres4 ,tibre rpondit que le peuple romain avait coutume de se venger ouvertement de ses ennemis1 les armes la main1 et non tratreusement et la drobe2 et il renona ce qui lui et t utile pour faire ce qui tait honnte4 ,c'tait un effront1 me direz-vous4 ,je le crois1 mais des faits semblables ne sont pas rares chez des gens en sa situation1 et la reconnaissance de la vertu par la bouche de qui la hait1 a son importance2 d'autant que c'est la vrit qui le contraint cet aveu et que s'il ne veut pas la pratiquer1 au moins cherche-t-il s'en couvrir pour s'en parer4 ,l'imperfection de la nature humaine est si grande1 que des vices et des passions trs blmables sont souvent ncessaires l'existence des socits2 c'est ainsi que la justice recourt souvent1 et bien tort1 de fausses promesses pour obtenir des aveux4--,le monde que nous habitons1 envisag quelque point de vue que ce soit ou pris dans son ensemble1 est plein d'imperfections2 cependant rien n'est inutile dans la nature1 pas mme les inutilits2 rien n'existe dans cet univers qui n'y occupe la place laquelle il convient4 ,notre tre est une agglomration de qualits qui sont autant de maladies3 l'ambition1 la jalousie1 l'envie1 la vengeance1 la superstition1 le dsespoir ont lu domicile en nous et cela si naturellement1 que nous en retrouvons des traces mme chez les animaux4 ,la cruaut elle-mme1 ce vice si contre nature1 y a place1 car1 en mme temps que nous sommes pris de compassion1 nous prouvons en nous-mmes je ne sais quel sentiment aigre-doux de volupt malsaine au spectacle des souffrances d'autrui2 les enfants eux-mmes le ressentent3 ,il est doux1 pendant la tempte1 de contempler du rivage les vaisseaux luttant contre la fureur des flots 7,lucrce74 ,celui qui arracherait du cur de l'homme le germe de ces mauvais sentiments1 dtruirait en lui les conditions essentielles de la vie4--,dans tout gouvernement il y a de mme des charges ncessaires1 qui non seulement sont abjectes mais encore vicieuses2 le vice y tient son rang et s'emploie souder les lments divers dont se compose la socit1 comme le poison la conservation de notre sant4 ,s'il devient excusable1 parce qu'il fait besoin et que son emploi1 ncessaire l'intrt commun1 en efface sa vritable qualification1 il faut en laisser la pratique aux citoyens plus nergiques et mieux tremps que les autres1 que n'arrte pas la crainte de sacrifier leur honneur et leur conscience pour le salut de leur pays1 comme jadis ces hros de l'antiquit qui lui sacrifiaient leur vie2 nous autres1 qui sommes de caractre plus faible1 n'abordons que des rles plus faciles et prsentant moins de risques4 ,l'intrt public veut qu'on trahisse1 qu'on mente1 qu'on tue1 chargeons de ces missions des gens plus obissants et plus souples que nous ne sommes4 ,j'ai vu souvent1 avec dpit1 des juges provoquer par fraude les aveux des criminels1 en leur donnant de fausses esprances de faveur ou de pardon1 y employant la tromperie et l'impudence4 ,il sirait mieux la justice1 et mme ,platon qui prne ces errements1 d'user de moyens se rapprochant davantage de ce que j'en pense4 ,une justice pareille est dans une mauvaise voie1 et j'estime qu'elle se fait ainsi autant de tort par elle-mme1 que lui en font ceux qui la critiquent4 ,dans le peu d'affaires politiques auxquelles ,montaigne a t ml1 il a toujours cru de son devoir de se montrer franc et consciencieux4--,il n'y a pas longtemps1 je rpondais quelqu'un que j'aurais grand'peine trahir les intrts du prince pour servir un particulier1 et que je serais trs dsol de trahir les intrts d'un particulier pour la cause du prince2 je ne dteste pas seulement tromper1 je hais de mme qu'on se trompe sur moi et ne veux en donner ni sujet1 ni occasion2 aussi1 dans les quelques ngociations entre nos princes auxquelles j'ai t employ au cours des divisions de nuances si diverses qui nous dchirent aujourd'hui1 ai-je vit avec soin qu'on se mprt sur mon compte et qu'on ne se fourvoyt en me prenant pour ce que je ne suis pas4 ,les gens du mtier se dcouvrent le moins qu'ils peuvent3 ils se prsentent feignant la neutralit la plus complte et tre d'ides aussi rapproches que possible de celles de ceux avec lesquels ils traitent2 moi1 je ne cache pas mes opinions1 si tranches qu'elles soient1 et me montre tel que je suis3 un ngociateur naf et inexpriment1 qui prfre chouer dans ma mission1 que de me manquer moi-mme4 ,pourtant1 jusqu'ici1 j'ai t si heureux dans ce rle1 o la fortune a assurment trs large part1 que peu d'hommes se sont entremis en veillant moins les soupons et ont t accueillis avec plus de faveur et de bienveillance4 ,j'ai une faon ouverte de traiter avec les gens1 qui fait que je m'insinue aisment auprs d'eux et1 ds nos premires relations1 me gagne leur confiance4 ,la franchise et la vrit1 en quelque sicle que ce soit1 sont encore de mise et opportunes2 et puis1 on ne souponne pas et on ne se formalise pas de la libert d'allure de ceux qui ngocient sans intrt personnel et peuvent rpondre comme ,hypride aux ,athniens qui se plaignaient de la rudesse de son langage3 ,ne prtez pas attention1 ,messieurs1 ma libert de parole2 mais seulement si j'en use sans rien m'approprier1 ou en tirer profit dans mon propre intrt4--,mon franc parler m'a pargn le soupon de dissimulation1 d'abord1 parce que je m'exprimais avec nergie1 n'hsitant jamais sur ce qui tait dire1 si svre et si dur que ce ft 7euss-je t loin des gens auxquels je m'adressais1 que je n'aurais pas dit pis72 et ensuite1 en raison de la navet et de l'indiffrence apparentes que j'y apportais4 ,dans ce que je fais1 je ne prtends aucun autre rsultat que d'agir1 et je le fais sans mditer longuement l'avance sur les consquences comme sans parti pris2 chacun de mes actes vise un objet dtermin3 il russit ou ne russit pas1 j'ai fait pour le mieux4 ,je n'ai ni sentiment de haine1 ni de profonde affection pour les grands2 ma volont n'est influence ni par les mauvais procds dont j'aurais t victime1 ni par les obligations personnelles que j'aurais pu contracter4 ,j'ai pour nos rois l'attachement lgitime que je leur dois comme citoyen2 je ne suis ni port vers eux1 ni dtourn d'eux par aucun intrt personnel1 ce dont je me flicite2 je ne suis que modrment attach la cause laquelle le plus grand nombre est ralli1 bien que j'estime que le bon droit lui appartienne2 elle ne me passionne pas4 ,je ne suis pas enclin donner prise sur moi1 en prenant des engagements personnels et absolus4 ,la colre et la haine n'ont rien voir avec la justice2 ce sont des passions auxquelles peuvent seuls s'abandonner ceux chez lesquels le devoir ne prvaut pas1 parce que seul1 celui-l qui ne peut matriser sa raison1 se laisse aller aux mouvements dsordonns de l'me 7,cicron74 ,toutes les intentions lgitimes 99 et quitables sont par elles-mmes acceptables 99 et modres1 sinon elles deviennent sditieuses et illgitimes2 c'est ce qui fait que partout je marche la tte haute1 le visage et le cur dcouvert4 ,a la vrit1 et je ne crains pas de l'avouer1 s'il le fallait1 je porterais facilement1 comme fit la vieille1 un cierge saint ,michel et un autre au dragon1 prt suivre1 jusqu' la dernire extrmit1 le parti qui a le bon droit1 mais jusque-l exclusivement1 si cela m'est possible4 ,que ,montaigne sombre en mme temps que la fortune publique1 si besoin en est1 je m'y rsigne2 mais si ce n'est pas indispensable1 je saurai gr la fortune de l'pargner et1 autant que mon devoir m'en donne la possibilit1 je m'efforce d'assurer sa conservation4 ,n'est-ce pas ,atticus qui1 attach au parti qui avait pour lui la justice et qui eut le dessous1 fut sauv par sa modration dans ce cataclysme universel qui s'abattit sur le monde1 et occasionna tant de bouleversements et de changements de situations8 ,semblable attitude est plus aise pour les hommes qui1 comme lui1 ne sont pas investis de fonctions publiques2 je trouve1 du reste1 que dans de pareils tourmentes1 on a raison de n'avoir pas l'ambition d'y tre ml et de ne pas s'y engager de soi-mme4 ,quelque danger qu'il y ait prendre parti dans les troubles intrieurs1 il n'est ni beau ni honnte de rester neutre4--,demeurer hsitant et partag entre les deux partis1 ne marquer aucune sympathie ni propension1 ni pour l'un ni pour l'autre1 quand le trouble rgne dans votre pays et le divise1 je ne trouve cela ni beau ni honnte2 ce n'est pas suivre un chemin intermdiaire1 c'est n'en prendre aucun2 c'est attendre l'vnement pour passer du ct de la fortune 7,tite ,live74 ,cela peut tre permis quand il s'agit des affaires de ses voisins3 ,glon1 tyran de ,syracuse1 indcis sur le parti embrasser lors de la guerre des ,barbares contre les ,grecs1 avait ,delphes une ambassade munie de prsents1 qui se tenait en observation pour voir de quel ct inclinerait la fortune1 afin de saisir l'occasion point nomm et se concilier le vainqueur4 ,ce serait une sorte de flonie1 que d'en agir ainsi dans ses propres affaires domestiques1 o il faut ncessairement prendre parti 99 de propos dlibr2 cependant1 ne pas s'en mler1 quand on n'a ni charge ni commandement qui vous y obligent1 je le trouve plus excusable1 quoique ce ne soit pas mon fait1 que dans le cas de guerres trangres1 auxquelles pourtant1 d'aprs nos lois1 qui le voudrait ne peut s'viter de participer4 ,toutefois1 ceux-l mmes qui s'y donnent tout entiers peuvent le faire dans des conditions de modration telles que1 lorsque grondera l'orage1 il passera au-dessus de leurs ttes1 sans les atteindre2 n'en a-t-il pas t ainsi1 comme nous l'esprions avec juste raison1 de feu le sieur de ,morvilliers vque d',orlans8 ,j'en connais1 parmi ceux qui1 cette heure1 travaillent avec ardeur au triomphe de leur cause1 qui sont de murs si pondres ou si douces1 qu'il faut esprer qu'ils demeureront debout1 quels que soient les fcheux changements et la chute que le ciel nous prpare4 ,je tiens que c'est aux rois rgler eux-mmes leurs diffrends avec les rois1 et je raille ces esprits qui1 de gat de cur1 se mlent des querelles si disproportionnes pour eux2 on n'est pas personnellement en querelle avec le prince1 parce qu'on marche contre lui ouvertement et courageusement pour satisfaire honorablement son devoir2 en pareil cas1 s'il ne vous aime pas1 il fait mieux1 il vous estime2 et quand1 en particulier1 c'est pour le maintien des lois1 pour la dfense de l'ancien tat de choses1 il arrive toujours que ceux mmes qui1 dans un intrt personnel1 ont excit les troubles1 excusent1 lorsqu'ils ne les honorent pas1 ceux qui dfendent ce qu'eux-mmes veulent renverser4 ,mais il ne faut pas appeler devoir1 comme nous le faisons tous les jours1 cette pret1 cette rudesse qu'engendrent en nous notre intrt et nos passions personnelles2 une conduite empreinte de trahison et de mauvais sentiments1 n'est pas davantage du courage4 ,les gens chez lesquels il en est ainsi1 qualifient zle leur penchant la mchancet et la violence2 ce n'est pas la cause qui les excite1 mais l'avantage qu'ils y trouvent2 ils attisent la guerre1 non parce qu'elle est juste1 mais parce que c'est la guerre4 ,quel que soit le parti que l'on embrasse1 la modration est observer l'gard des uns comme des autres4--,rien n'empche qu'on puisse se comporter convenablement et loyalement entre hommes qui sont devenus ennemis4 ,tmoignez chacun des adversaires une affection qui1 si elle n'est pas la mme pour tous 7elle peut comporter des degrs divers71 soit au moins tempre et ne vous engage envers personne au point de donner quelqu'un le droit de tout exiger de vous2 contentez-vous d'avoir part dans une mesure moyenne aux bonnes grces des uns et des autres1 et de naviguer en eau trouble1 sans vouloir y pcher4 ,il est des gens qui servent les deux partis la fois2 ils sont utiliser1 mais en se gardant du mal qu'ils peuvent vous faire4--,quant cette autre manire qui consiste s'offrir tout entier aux uns et aussi aux autres1 c'est plus encore de l'imprudence qu'un manque de conscience4 ,celui auprs duquel vous en trahissez un autre1 a beau vous accueillir parfaitement1 ne sait-il pas que son tour viendra o vous en agirez de mme contre lui8 ,il vous tient pour un mchant homme1 tout en usant de vous pendant qu'il vous a1 faisant servir votre dloyaut avancer ses affaires2 car les gens double visage sont utiles par ce qu'ils vous apportent1 seulement il faut veiller ce qu'ils n'emportent que le moins qu'il se peut4 ,quant ,montaigne1 il disait tous les choses telles qu'il les pensait et ne cherchait pntrer les secrets de personne1 ne voulant tre l'homme lige de qui que ce ft4--,je ne dis rien l'un1 que je ne puisse1 son heure1 dire l'autre1 le ton changeant seul un peu2 je ne leur rapporte que les choses qui sont ou indiffrentes1 ou connues1 ou qui les servent tous deux la fois4 ,il n'est rien qui soit si utile que1 pour y atteindre1 je me permette de leur mentir4 ,ce sur quoi le silence m'est recommand1 je le cache religieusement3 mais je n'accepte que le moins que je puis ce qu'il me faut cacher2 les secrets des princes sont gnants garder1 pour qui n'en a que faire4 ,je leur mets volontiers ce march en main3 ,qu'ils me confient peu de chose1 mais qu'ils se fient compltement moi sur ce que je leur apporte4 ,j'en ai toujours su plus que je ne voulais4 ,un langage ouvert fait qu'on vous parle de mme1 sans rticences1 produisant le mme effet que le vin et l'amour4 ,philippide rpondit sagement1 suivant moi1 au roi ,lysimaque1 qui lui demandait quelles indications il voulait qu'il lui communiqut sur sa situation3 ,ce que tu voudras1 pourvu que ce ne soit rien de tes secrets4 ,je vois chacun se rvolter1 quand on lui cache le fond des affaires auxquelles on l'emploie1 ou qu'on ne lui en a pas rvl quelque arrire-pense2 moi1 je suis content qu'on ne m'en dise pas plus qu'on ne veut pour la mission que j'ai remplir1 et ne dsire pas que ce que j'en puis connatre excde ce que j'ai dire et m'oblige m'observer quand je parle4 ,si je dois servir tromper quelqu'un1 qu'au moins ma conscience soit sauve2 je ne veux pas qu'on me regarde comme un serviteur si affectionn1 si loyal1 que l'on me trouve bon m'engager dans une trahison2 qui n'est pas dispos tout pour soi-mme1 est excus de ne pas l'tre davantage vis--vis de son matre4--,il y a des princes qui n'acceptent pas les hommes qui ne se donnent eux qu' moiti1 et mprisent les serviteurs qui posent des bornes et des conditions leurs services2 cela1 il n'y a pas de remde2 eux comme aux autres1 j'indique franchement dans quelles limites j'entends les servir1 car je ne veux tre esclave que de la raison et encore je n'y arrive que bien difficilement4 ,quant eux1 ils ont tort d'exiger une telle sujtion d'un homme qui est indpendant1 et de lui imposer des obligations1 comme ils feraient quelqu'un qui est leur crature et qu'ils ont achet1 ou dont la fortune est attache la leur d'une faon particulire et absolue4--,les lois m'ont pargn de graves difficults2 elles ont dcid le parti que j'avais suivre1 ce sont elles qui m'ont donn mon matre2 toute autre raison1 d'ordre si lev soit-elle et quelles que soient les obligations qui en sont rsultes1 s'efface devant celle-l et devient caduque2 c'est pourquoi1 lors mme que mon affection me porterait vers le parti oppos1 cela ne veut pas dire que je m'y joindrais immdiatement2 notre volont et nos dsirs ne reoivent de loi que d'eux-mmes1 tandis que nos actes ont la recevoir des rgles qui prsident l'ordre public4 ,cette manire de faire n'est pas celle que l'on pratique d'ordinaire1 mais il tait peu apte aux affaires publiques1 qui exigent souvent une dissimulation qui n'est pas dans son caractre4--,ma manire de faire n'est gure en harmonie avec ce qui se pratique et n'aurait chance d'avoir ni grand effet1 ni dure2 l'innocence elle-mme ne saurait1 notre poque1 s'entremettre1 sans recourir la dissimulation1 ni ngocier sans tre oblige de mentir2 aussi les occupations de la vie publique ne sont-elles pas mon fait2 ce que ma profession exige cet gard1 j'y satisfais sous la forme la moins officielle que je puis4 ,quand j'tais jeune1 on m'y a plong jusqu'aux oreilles2 j'tais destin en faire ma carrire1 je m'en suis dfait de bonne heure4 ,depuis1 j'ai souvent vit d'y tre ml nouveau2 je l'ai rarement accept et ne l'ai jamais recherch2 tournant le dos l'ambition1 non la faon des gens qui manient l'aviron et avancent ainsi reculons1 et cependant1 si je suis parvenu m'y soustraire1 je le dois plus ma bonne fortune qu' ma rsolution1 car il y a dans cette partie des voies assez en rapport avec mes gots et ma porte2 et si j'eusse autrefois t appel prendre part aux affaires publiques et me faire une situation dans le monde en les suivant1 je serais certainement demeur sourd la voix de la raison et m'y serais engag4--,ceux qui1 malgr ce que j'en dis1 vont rptant que ce que j'appelle franchise1 simplicit et navet de murs est1 chez moi1 de l'art et de la finesse2 que c'est prudence1 plus que bont2 que j'ai de l'adresse plus que du naturel1 du bon sens plus que du bonheur1 me font plus d'honneur qu'ils ne m'en tent4 ,ils me prtent assurment plus d'astuce que je n'en ai2 et celui d'entre eux qui m'aurait suivi et pi de prs1 je donnerais gain de cause1 s'il ne confessait que son cole n'a rien qui l'emporte sur cette manire de faire qui nous permet1 tout en demeurant nous-mmes et sans paratre abdiquer notre libert et notre indpendance1 de toujours marcher droit et mme allure par les routes si tortueuses et si diverses par lesquelles il nous faut aller et o toute notre attention et notre ingniosit ne peuvent nous diriger srement4 ,la voie de la vrit est une et simple2 celle que nous font suivre notre intrt personnel et la commodit des affaires dont nous avons la charge est double1 ingale1 sujette des chances variables4 ,j'ai souvent vu user de ces liberts contrefaites et factices1 mais toujours sans succs2 elles rappellent volontiers l'ne d'sope qui1 voulant rivaliser avec le chien1 vint tout gament mettre ses deux pieds sur les paules de son matre2 mais tandis que1 pour ce tmoignage d'affection1 le chien recevait des caresses1 le pauvre ne reut en place deux fois autant de coups de bton3 ,ce qui sied le mieux chacun1 c'est ce qui lui est le plus naturel 7,cicron74 ,je ne veux cependant pas refuser la tromperie le rang qu'elle mrite1 ce serait ne pas connatre le monde2 je sais qu'elle a souvent rendu des services1 qu'elle est ncessaire pour pouvoir remplir la plupart des charges qui incombent l'homme2 il y a des vices lgitimes1 comme il y a des actions qui sont ou bonnes1 ou excusables1 ou illgitimes4 ,il y a une justice naturelle1 bien plus parfaite que celles spciales chaque nation qui autorisent parfois des actes condamnables lorsque le rsultat doit en tre utile4--,la justice par elle-mme1 considre en son tat naturel et s'appliquant l'universalit des tres1 a des rgles diffrentes et plus leves que celles de cette autre justice spciale qui est inhrente chaque pays et qui tient compte des besoins de son gouvernement3 ,nous ne possdons point de modle solide et positif du vritable droit et d'une justice parfaite1 nous n'en avons qu'une ombre et qu'une image 7,cicron74 ,c'est ce qui faisait qu'entendant le rcit des vies de ,socrate1 de ,pythagore et de ,diogne1 le sage ,dandamis les jugeait de grands hommes sous tous les autres rapports1 mais observateurs trop respectueux des lois1 que la vraie vertu ne peut accepter et appuyer qu'en se relchant beaucoup de la rigidit qui est son principe essentiel2 car1 non seulement les lois permettent des actes condamnables1 mais encore nous y incitent3 ,il est des crimes autoriss par les snatus-consultes et les plbiscites 7,snque74 ,je pense comme on parle communment1 distinguant entre les choses utiles et celles qui sont honntes et qualifiant de dshonntes et de malpropres1 certains actes naturels1 non seulement utiles1 mais encore ncessaires4 ,la trahison1 par exemple1 est utile dans quelques cas2 elle n'en est pas plus honnte1 et on ne saurait nous imposer d'en commettre4--,reprenons pour exemple la trahison4--,deux prtendants au royaume de ,thrace1 se le disputaient2 l',empereur les empcha de poursuivre leurs revendications main arme4 ,alors l'un d'eux1 feignant de vouloir1 dans une entrevue1 conclure un accord l'amiable1 convia son concurrent venir chez lui sous prtexte de lui faire fte1 et le fit emprisonner puis mettre mort4 ,la justice aurait voulu que les ,romains punissent ce forfait2 mais il tait difficile de recourir aux voies ordinaires1 et ils se rsolurent faire1 par trahison1 ce qui ne pouvait lgitimement s'obtenir sans courir les risques d'une guerre4 ,ce qu'ils ne pouvaient faire honntement1 ils le firent en ne se proccupant que de l'utilit1 ce quoi se trouva propre un certain ,pomponius ,flaccus4 ,celui-ci1 par des paroles et des assurances trompeuses1 ayant attir notre homme dans ses filets1 au lieu des honneurs et des faveurs qu'il lui avait promis1 l'envoya ,rome pieds et poings lis4 ,un tratre en trahit un autre1 ce qui n'est pas commun1 parce qu'ils sont fort dfiants et qu'il est malais de les surprendre en usant de leurs propres subterfuges2 tmoin la fatale exprience que nous venons d'en faire4 ,ce rle de ,pomponius ,flaccus1 le prendra qui voudra et assez le voudront2 quant moi1 ma parole et la confiance que je puis inspirer appartiennent1 comme le reste de moi-mme1 la socit dont je fais partie2 c'est employes les servir1 qu'elles peuvent avoir le meilleur effet2 cela1 je l'admets comme ne faisant pas doute2 mais1 de mme que si on me commandait de prendre la direction du palais de justice et des audiences1 je rpondrais3 ,je n'y entends rien2 que je dirais1 si on m'imposait de surveiller le travail des pionniers3 ,je suis fait pour exercer un emploi plus relev2 de mme qui voudrait m'employer mentir1 trahir1 me parjurer en vue d'un service d'une certaine importance sans mme aller jusqu' assassiner1 empoisonner1 je dirais3 ,plutt que de faire que je vole ou dpouille quelqu'un1 envoyez-moi aux galres4 ,il est toujours loisible1 en effet1 un homme d'honneur de parler comme firent les ,lacdmoniens traitant avec ,antipater qui venait de les vaincre3 ,vous pouvez nous imposer autant qu'il vous plaira de charges qui nous crasent et nous soient prjudiciables1 mais vous perdez votre temps vouloir exiger de nous des choses honteuses et dshonntes4 ,chacun doit s'tre jur soi-mme ce que les rois d',egypte faisaient solennellement jurer leurs juges3 qu'ils ne dvieraient pas de ce que leur ordonnerait leur conscience1 quelque ordre qu'eux-mmes leur donneraient4--,a de telles commissions1 est attach un stigmate vident d'ignominie et une condamnation4 ,qui vous les donne1 vous accuse2 et1 en vous les donnant1 vous impose1 si vous vous en rendez bien compte1 une charge et du mme coup vous frappe d'une peine4 ,autant les affaires publiques bnficieront de votre exploit1 autant les vtres y perdront2 vous vous ferez d'autant plus de tort que vous ferez mieux2 bien plus1 ce ne sera pas chose nouvelle si vous tes ruin par celui-l mme pour lequel vous aurez fait cette besogne1 on sera mme port trouver que c'est justice4 ,si elle est excusable1 ce n'est qu'oppose une autre trahison sans que1 pour cela1 le tratre cesse d'tre mpris et parfois puni par ceux-l mmes qu'il a servis4--,s'il est des cas o la trahison peut tre excusable1 c'est seulement lorsqu'elle est employe chtier et trahir un tratre4 ,on voit souvent la perfidie1 non seulement repousse1 mais encore punie par ceux-l mmes dans l'intrt desquels elle a t conue2 chacun connat la mesure prise par ,fabricius contre le mdecin de ,pyrrhus4 ,il arrive aussi que tel qui l'a ordonne1 la venge ensuite cruellement1 en svissant contre celui qui l'a servi1 se dniant en quelque sorte lui-mme une autorit et un pouvoir si effrn1 et dsavouant chez celui qu'il a employ un servage et une obissance si passifs et si lches4--,jaropelc1 duc de ,russie1 gagnant un gentilhomme de ,hongrie1 l'avait dtermin trahir ,boleslas1 roi de ,pologne1 soit en le faisant mourir1 soit en donnant aux ,russes le moyen de lui causer des dommages importants4 ,le tratre s'y prit en habile homme3 il dploya tout le zle imaginable pour le service du roi1 parvint tre de son conseil1 et compta bientt parmi ses partisans les plus fidles4 ,grce la confiance qu'il avait capte1 profitant d'un moment rendu opportun par l'absence de son matre1 il livra aux ,russes ,visilicie1 grande et riche cit qui fut entirement saccage puis incendie par eux2 la population de tout sexe et de tout ge fut tout entire massacre et1 avec elle1 un grand nombre de nobles des alentours que le ,hongrois y avait rassembls en vue de ce qui arriva4 ,jaropelc1 aprs avoir assouvi sa vengeance et sa colre qui n'taient pas sans motif 7,boleslas l'avait gravement offens en agissant envers lui de semblable faon71 repu des rsultats de cette trahison1 se rendant compte de sa laideur ne considrer que le fait mme1 l'envisageant sans parti pris et non plus sous l'empire de la passion1 en prouva de tels remords et un tel dgot1 qu'il fit crever les yeux1 couper la langue et les parties gnitales au tratre qui l'avait commise4 ,antigone avait persuad au corps des ,argyraspides de lui livrer ,eumne1 leur capitaine gnral1 avec lequel il tait en comptition4 ,a peine l'eut-il en son pouvoir1 qu'il le fit tuer2 et1 s'instituant ministre de la justice divine pour le chtiment d'une si dtestable trahison1 il crivit au gouverneur de la province1 lui intimant l'ordre exprs de perdre ceux qui l'avaient commise et de les exterminer de quelque manire que ce ft1 si bien que du grand nombre qu'ils taient1 pas un ne revit jamais la ,macdoine2 mieux il en avait t servi1 plus il jugea leur conduite mauvaise et punissable4 ,l'esclave qui rvla l'endroit o se cachait ,p4 ,sulpitius son matre1 fut affranchi comme ,sylla s'y tait engag dans son dit de proscription2 mais1 pour donner satisfaction la conscience publique1 tout libre qu'il tait devenu1 on le prcipita du haut de la roche tarpienne4 ,clovis1 l'un de nos rois1 au lieu des armes d'or qu'il leur avait promises1 fit pendre les trois serviteurs du roi ,cannacre qui1 son instigation1 avaient trahi leur matre4 ,on les pendit avec1 attache au cou1 la bourse contenant le prix de leur mfait2 de telle sorte1 qu'aprs avoir fidlement rempli les engagements particuliers pris envers eux1 il fut satisfait ensuite la moralit publique qui prime toute autre considration4 ,mahomet ,,ii voulant se dfaire de son frre dont il redoutait la comptition au trne1 ce qui est frquent chez les ,ottomans1 y employa un de ses officiers qui touffa sa victime1 en lui ingurgitant de force une grande quantit d'eau la fois4 ,le crime accompli1 ,mahomet livra en expiation celui qui l'avait excut la mre du mort 7ils n'taient frres que de pre74 ,celle-ci fit1 en sa prsence1 ouvrir la poitrine au meurtrier et1 alors qu'il palpitait encore1 y fouillant de ses mains1 en arracha le cur qu'elle jeta manger aux chiens4 ,il est si doux1 ceux mmes qui n'ont que de mauvais sentiments1 de pouvoir1 aprs avoir recueilli le fruit d'une de ces actions abominables1 y rattacher1 sans avoir dsormais en souffrir1 quelque trait de bont et de justice en compensation en quelque sorte de leur complicit et de soulager ainsi leur conscience2 d'autant qu'ils ne cessent de voir en ceux qui les ont assists dans l'excution de leur forfait1 des gens qui les leur reprochent1 et qu'ils cherchent touffer1 par leur mort1 la connaissance qu'ils en ont eue et la preuve de leur participation4 ,si vous tes1 par hasard1 rcompens de pareils services1 pour que la socit ne soit pas empche d'user de cette ressource extrme et dsespre qui lui est indispensable1 celui qui vous en remet le prix1 ne laisse pas de vous tenir1 si lui-mme n'est pas tel1 pour un misrable et un maudit4 ,il vous considre avec plus de mpris encore que ne fait celui que vous avez trahi1 parce qu'il sait le peu que vous valez1 qu'il vous a vu l'uvre1 sans protestation1 sans dsaveu de votre part2 il vous emploie tout comme on fait de ces hommes perdus dont se sert la justice pour les excutions capitales1 charge aussi utile que peu honorable4--,outre ce que de semblables commissions ont de vil1 elles dshonorent4 ,la fille de ,sjan ne pouvant1 d'aprs la lgislation romaine1 tre mise mort1 parce qu'elle tait encore vierge1 fut1 pour permettre l'application de la loi1 viole par le bourreau1 avant qu'il ne l'tranglt2 l'office que celui-ci remplissait dans l'intrt public1 rclama de lui1 en cette circonstance1 qu'il avilt et sa main et son me4 ,ceux qui consentent tre les bourreaux de leurs parents et de leurs compagnons mritent la rprobation publique4--,amurat ,i1 pour aggraver le chtiment de ceux de ses sujets qui avaient appuy la rbellion de son fils 99 contre lui et s'taient faits complices de ce parricide1 ordonna que leurs plus proches parents prteraient la main leur excution4 ,je trouve trs honorable le refus qu'opposrent certains d'entre eux qui prfrrent tre considrs tort comme complices du forfait commis par un autre1 plutt que de se rendre eux-mmes coupables d'un crime semblable en s'associant l'uvre de la justice4--,dans quelques bicoques qui ont t prises d'assaut dans les guerres de notre temps1 j'ai vu des coquins qui1 pour sauver leur vie1 acceptaient de pendre leurs amis et allis2 je les tiens de pire condition que les pendus4--,on dit que ,witolde1 prince de ,lithuanie1 tablit dans cette nation que tout criminel condamn mort devrait se dtruire lui-mme1 trouvant trange qu'un tiers1 innocent de la faute1 ft employ commettre un homicide et en et charge4 ,les princes sont quelquefois dans la ncessit de manquer leur parole2 on ne saurait les en absoudre que s'ils se sont trouvs dans l'impossibilit absolue d'assurer autrement les intrts publics dont ils ont charge4--,le prince qu'une circonstance urgente et quelque accident violent et inopin inhrent sa position obligent manquer sa parole et la foi qu'il a donne1 ou qui encore le jettent en dehors de ce qui est ordinairement son devoir1 doit considrer cette ncessit dans laquelle il est plac1 comme une preuve que ,dieu lui impose4 ,chez lui1 ce n'est pas vice2 sa raison est contrainte de cder une autre plus puissante que la sienne et qui s'tend sur tout2 mais c'est certainement un malheur4 ,a quelqu'un qui me demandait quel remde pouvait y tre apport3 ,il n'y en a pas1 ai-je rpondu1 si vritablement ce prince est press entre ces deux partis extrmes3 mais surtout qu'il se garde bien de chercher des prtextes son parjure 7,cicron72 il a ainsi agi1 parce qu'il s'y trouvait oblig2 mais s'il a satisfait sans regret cette ncessit1 s'il ne lui en a pas cot de manquer sa foi1 c'est signe que sa conscience est vreuse4--,s'il s'en trouvait un de conscience si scrupuleuse que nulle ncessit ne lui part justifier un si grave remde1 je ne l'en estimerais pas moins2 on ne saurait perdre ses tats d'une faon plus excusable et plus honorable4 ,nous ne pouvons tout2 aussi faut-il souvent nous en remettre au ciel de la direction de notre navire2 la protection divine est notre dernire ancre de salut4 ,quelle ncessit justifie davantage qu'il s'adresse elle8 ,est-il quelque chose quoi un prince puisse moins consentir1 qu' ce qu'il ne peut faire qu'aux dpens de sa foi et de son honneur qui1 dans certaines circonstances1 doivent lui tre plus chers que son propre salut1 99 oui assurment1 et mme que le salut de son peuple8 ,quand1 les bras croiss1 il appellerait simplement ,dieu son aide1 n'a-t-il pas esprer que la bont divine ne lui refusera pas1 lui dont la cause est juste et bonne1 la faveur d'un appui auquel tout est possible8 ,ce sont l de dangereux exemples qui sont des drogations rares et malsaines aux rgles naturelles2 il faut y cder1 mais avec une grande modration et beaucoup de circonspection2 nul intrt priv ne mrite que nous fassions notre conscience une pareille violence1 qui dans l'intrt public est admissible1 lorsque l'utilit en est bien apparente et qu'elle est d'importance capitale4 ,comment le snat de ,corinthe s'en remit la fortune du jugement qu'il avait porter sur ,timolon1 qui venait de tuer son propre frre4--,timolon se prserva de la rprobation que son acte trange tait susceptible de soulever contre lui par les larmes abondantes que lui fit rpandre la pense constante que c'tait lui1 son frre1 qui avait tu le tyran2 et c'est justice si sa conscience a souffert de ce qu'il avait t dans l'absolue ncessit de sacrifier l'intrt public sa rectitude de murs4 ,le snat lui-mme1 qu'il avait ainsi dlivr1 n'osa se prononcer nettement sur un fait de cette importance et se trouva hsitant entre ces deux considrations1 toutes deux d'un si grand poids4 ,les ,syracusains vinrent fort propos1 ce moment1 solliciter des ,corinthiens leur protection et l'envoi d'un chef capable de rendre leur ville son ancienne splendeur et de purger la ,sicile de l'oppression de plusieurs petits tyrans4 ,le snat leur envoya ,timolon1 en prenant avec lui-mme cet arrangement de nouvelle sorte3 ,selon qu'il s'acquitterait bien ou mal de la mission qu'on lui confiait1 l'arrt que ce corps politique avait rendre1 lui serait1 ou favorable ne considrant en lui que le librateur de son pays1 ou dfavorable ne l'envisageant que comme le meurtrier de son frre4 ,cette singulire conclusion s'explique par le danger rsultant d'un semblable exemple et la gravit d'un acte si en dehors de ce qui se voit d'ordinaire2 les ,corinthiens eurent raison de ne pas s'en rapporter leur propre jugement et de faire intervenir1 pour trancher la question1 des considrations tires d'un autre ordre de faits4 ,la conduite de ,timolon dans cette mission claira rapidement sur ce qu'il fallait penser de lui tant il se comporta1 sous tous rapports1 avec dignit et vertu2 le bonheur avec lequel il se tira des grosses difficults qu'il eut surmonter dans sa tche1 sembla lui avoir t envoy pour sa justification par les dieux conspirant en sa faveur4 ,acte inexcusable du snat romain revenant sur un trait qu'il avait ratifi4--,le but qui avait fait agir ,timolon l'excuse1 autant qu'un acte de cette nature peut tre excus4 ,mais le bnfice que retira le trsor public et qui fut le prtexte dont usa le ,snat romain en la circonstance1 n'est pas suffisant pour faire admettre une injustice comme celle qu'il commit dans cette affaire malpropre que je vais rapporter3 ,certaines villes s'taient rachetes prix d'argent et avaient recouvr leurs franchises sur ordonnances rendues par le ,snat1 qui avait ratifi cette mesure prise par ,sylla4 ,celui-ci mort1 le ,snat1 saisi nouveau de la question1 replaa ces villes sous le rgime de la taille et dcida que l'argent qu'elles avaient pay pour leur rachat1 ne leur serait pas rendu4 ,les guerres civiles produisent souvent d'aussi vilains exemples3 nous punissons les particuliers de ce qu'ils nous ont crus1 quand nous tions autres que nous ne sommes devenus2 le magistrat fait porter la peine du changement qui s'est produit en lui1 qui n'en peut mais2 le matre d'cole fouette son colier pour avoir t trop docile2 le clairvoyant1 l'aveugle auquel il sert de guide4 ,quelle horrible image de la justice cela nous donne6 ,l'intrt priv ne doit jamais prvaloir sur la foi donne2 ce n'est que si on s'est engag quelque chose d'inique ou de criminel1 que l'on peut manquer sa parole4--,il y a en philosophie des rgles qui sont fausses et par trop lastiques4 ,l'exemple ci-aprs qu'on nous propose comme un cas o l'intrt particulier peut primer la foi engage1 ne tire pas des circonstances mmes que l'on indique1 une autorit suffisante3 ,des brigands se sont empars de vous1 et vous ont rendu la libert aprs vous avoir fait jurer de leur payer comme ranon une somme dtermine2 est-on fond prtendre qu'un homme de bien1 une fois hors de leurs mains1 est dgag de son serment1 s'il ne paie pas8 ,non2 ce que la crainte m'a fait vouloir1 je dois le vouloir encore1 lorsque je n'ai plus craindre2 et lors mme que c'est cette crainte qui a contraint ma langue prononcer ce que ma volont ne ratifiait pas1 je suis encore tenu d'observer exactement ma parole4--,chez moi1 quand parfois la parole a t inconsidrment plus loin que la pense1 je ne m'en suis pas moins fait un cas de conscience de ne pas me dsavouer2 autrement1 de degr en degr1 nous arriverions abolir tout droit qu'un tiers peut fonder sur nos promesses et 99 nos serments3 ,la violence peut-elle quelque chose sur un homme de cur 7,cicron78 ,l'intrt priv ne peut tre pour nous une excuse de manquer nos promesses que dans le cas o nous aurions promis une chose mauvaise et injuste par elle-mme1 parce que les droits de la vertu doivent l'emporter sur tous autres dont nous avons contract l'obligation4 ,chez paminondas l'esprit de justice et la dlicatesse de sentiments ont toujours t prdominants2 son exemple montre qu'il est des actes qu'un homme ne peut se permettre mme pour le service de son roi1 mme pour le bien de son pays4--,j'ai1 plus haut1 mis paminondas au premier rang des hommes les meilleurs2 je ne m'en ddis pas4 ,a quelle hauteur ne plaait-il pas ce qu'il considrait comme son devoir personnel1 lui qui ne tua jamais un homme qu'il avait vaincu2 qui1 mme dans le but au plus haut point estimable de rendre la libert son pays1 se faisait conscience de tuer1 en dehors des formes de la justice1 un tyran ou ses complices2 qui jugeait mchant1 si bon citoyen qu'il ft1 celui qui1 dans une bataille1 n'pargnait dans les rangs ennemis ni son ami1 ni son hte6 ,voil une me richement compose3 dans l'accomplissement des actes les plus rudes et les plus violents de l'humanit1 il demeurait bon et humain1 et cela dans les conditions les plus dlicates que conoive l'enseignement de la philosophie4 ,ce courage si grand1 si manifeste1 si opinitre contre la douleur1 la mort1 la pauvret1 est-ce la nature ou l'art qu'il devait de l'avoir attendri au point d'en tre arriv cette extrme douceur et cette bont qui s'taient incarnes en lui8 ,horrible sous le fer et le sang qui le couvrent1 il va fracassant1 rompant une nation invincible pour tous1 sauf pour lui1 et1 au milieu des plus effroyables mles1 se dtourne s'il se trouve en prsence d'un hte ou d'un ami6 ,en vrit1 celui-l commandait bien la guerre1 qui avait su lui imposer sa bont1 comme un frein qu'elle subissait mme aux plus forts moments du combat1 alors qu'elle tait dans toute sa surexcitation1 cumant de fureur et de meurtre4 ,c'est miracle de pouvoir mler de telles actions quelque image de la justice1 et la rigueur de principes d'paminondas appartient seul d'avoir pu y associer la douceur et la pratique des murs les plus tolrantes1 l'innocence dans toute sa puret4 ,l o l'un dit aux ,mamertins que les traits n'ont plus cours1 quand on est en armes2 un autre1 un tribun du peuple1 que le temps de la justice et celui de la guerre sont deux2 un troisime1 que le bruit des armes l'empche d'entendre la voix des lois1 paminondas entendait mme celle de la civilit et de la simple courtoisie4 ,n'avait-il pas t jusqu' emprunter ses ennemis l'usage de sacrifier aux ,muses en marchant au combat pour attnuer1 par la douceur et la gat qu'elles rpandent1 la furie et la rudesse du guerrier8 ,n'hsitons donc pas penser aprs un si grand modle que1 mme contre un ennemi1 tout n'est pas permis2 que l'intrt gnral n'est pas autoris tout revendiquer au mpris des intrts privs3 ,le souvenir du droit priv subsiste au milieu des dissensions publiques 7,tite ,live72 ,il n'y a pas de puissance qui puisse nous faire enfreindre les droits de l'amiti 7,ovide72 disons-nous qu'il y a des choses interdites un homme de bien qui sert son roi1 ou la cause de l'ordre et des lois1 car la patrie n'touffe pas tous les devoirs1 et il lui importe d'avoir des citoyens qui soient pieux envers leurs parents 7,cicron74 ,c'est l une ducation rpandre notre poque4 ,nous n'avons que faire de principes exclusifs2 c'est assez que nos paules soient bardes de fer sans que nos mes le soient2 c'est assez de tremper nos plumes dans l'encre1 sans encore que nous les trempions dans le sang4 ,si c'est le comble du courage1 l'effet d'une vertu particulirement rare que de mpriser l'amiti1 les obligations que nous avons les uns envers les autres1 la parole donne1 les liens de parent pour le bien commun et l'obissance aux magistrats1 il suffit bien1 pour nous excuser de ne point possder une telle grandeur de sentiments1 qu'elle n'ait point pris place dans ce qui faisait la grandeur d'me d'paminondas4 ,j'abomine les appels la violence de cette autre me en dlire3 ,tant que l'pe sera tire du fourreau1 chassez toute piti de vos curs1 que la vue mme de vos pres dans le camp adverse ne vous arrte pas1 frappez du fer ces ttes vnrables 7,lucain74 ,otons ceux qui1 par nature1 sont mchants1 sanguinaires et tratres1 ce prtexte se livrer leurs penchants2 laissons l cette justice excessive qui ne nous appartient pas et tenons-nous-en des exemples plus empreints des droits de l'humanit4--,a cet gard l'poque et l'exemple peuvent beaucoup4 ,durant la guerre civile1 dans un engagement contre ,cinna1 un soldat de ,pompe ayant1 par mgarde1 tu son frre qui tait dans les rangs opposs1 se tua lui-mme sur le champ par honte et par regret4 ,quelques annes aprs1 dans le cours d'une autre guerre civile1 toujours chez ce mme peuple1 un soldat qui avait tu son frre demandait1 pour ce fait1 une rcompense ses chefs4 ,en rsum1 l'utilit d'une action ne suffit pas pour la rendre honorable4--,c'est tort qu'on voudrait justifier de 99 l'honntet et de la beaut d'une action par ce fait seul qu'elle est utile1 et en conclure que chacun peut tre tenu de l'accomplir et doit l'estimer honnte en raison de son utilit3 ,toutes choses ne conviennent pas galement tous 7,properce74 ,considrons celle qui est la plus ncessaire et la plus utile la socit humaine1 le mariage2 le conseil des saints ne trouve-t-il pas qu'il est plus honnte de s'en abstenir1 rprouvant ainsi1 parmi les devoirs de l'homme1 celui qui est le plus respectable1 comme nous-mmes en agissons vis--vis des animaux1 en envoyant dans les haras ceux dont nous faisons le moins de cas4 ,,chapitre ,,ii4 ,du repentir4 ,tout1 en ce monde1 est soumis des changements continuels2 c'est ce qui fait que ,montaigne1 qui se dpeint au jour le jour1 peut ne pas se montrer constamment avec les mmes sentiments et les mmes ides4--,les autres auteurs se proposent l'ducation de l'homme2 je me borne le dcrire4 ,celui que je dpeins est bien mal compos2 si j'avais le faonner nouveau1 je le ferais certainement tout autre qu'il n'est1 mais aujourd'hui c'est chose faite4 ,les traits sous lesquels je le prsente1 sont bien tels1 quoique changeant et se diversifiant2 car le monde n'est autre qu'un mouvement perptuel2 tout y est continuellement en branle2 la terre1 les rochers du ,caucase1 les pyramides d'gypte participent du mouvement gnral et de celui qui leur est propre2 l'immobilit elle-mme n'est qu'un mouvement moins accentu4 ,je ne puis fixer l'objet que je veux reprsenter3 il se meut vague et chancelant comme sous l'influence d'une ivresse naturelle2 je le prends tel qu'il est l'instant o mon intention se porte sur lui2 je ne le peins pas tel qu'il est1 mais tel qu'il m'apparat au passage2 passage non d'un ge un autre1 ni1 comme on dit dans le peuple1 de sept ans en sept ans1 mais de jour en jour1 de minute en minute4 ,c'est donc sur le moment mme qu'il me faut achever ma description2 un instant plus tard1 je pourrais me trouver non seulement en prsence d'une physionomie qui s'est modifie1 mais encore les ides d'aprs lesquelles je l'apprcie n'tre plus elles-mmes celles que j'avais le moment d'avant4 ,je relve les accidents divers et variables qui se produisent en moi et les conceptions plus ou moins fugitives qu'engendre mon imagination1 lesquelles souvent sont le contraire les unes des autres1 soit qu' certains moments je sois autre que moi-mme1 soit que ce qui en est l'objet m'apparaisse dans un cadre et sous un jour autres2 si bien qu'il m'arrive de temps en temps de me contredire et cependant1 comme disait ,demade1 jamais je ne cesse d'tre vrai4 ,si mon me pouvait se fixer1 je ne serais pas hsitant1 je parlerais nettement1 en homme sr de lui-mme2 mais elle est sans cesse cherchant sa voie et s'essayant4 ,quoique sa vie n'offre rien de particulier1 l'tude qu'il en fait n'en a pas moins son utilit1 d'autant que jamais auteur n'a mieux connu son sujet4--,j'expose une vie tout fait des plus ordinaires1 qui ne prsente rien de saillant1 ce qui est tout un4 ,la vie intime de l'homme du peuple est du reste un sujet de philosophie et de moralit au mme degr qu'une vie vcue dans de plus brillantes conditions2 dans chaque homme se retrouve l'homme tout entier4 ,les auteurs traitent communment des sujets spciaux auxquels leur personnalit demeure trangre2 drogeant cette habitude1 ce qui est la premire fois que cela arrive1 c'est moi-mme1 dans ma plus complte intgrit1 que je livre au public1 c'est ,michel de ,montaigne en personne et non ,michel de ,montaigne grammairien1 pote ou jurisconsulte4 ,si le monde se plaint de ce que je parle trop de moi1 je me plains de ce que lui ne pense seulement pas lui-mme4 ,mais est-il raisonnable1 ne vivant que pour moi1 de prtendre initier le public la connaissance de moi-mme8 ,est-ce raisonnable aussi de prsenter dans toute leur crudit1 au monde auprs duquel la faon et l'art ont tant de poids et sont tant priss1 de simples effets de la nature1 et encore d'une nature qui n'a que bien peu de ressort8 ,n'est-ce pas vouloir construire un mur sans avoir de pierres1 ou entreprendre toute autre chose du mme genre1 que d'crire un livre sans la science et le talent 99 voulus8 ,c'est l'art qui permet d'adapter la musique aux ides que l'on veut rendre2 les miennes ne procdent que du hasard4 ,j'ai du moins pour moi ceci de conforme la rgle1 c'est que personne n'a trait un sujet1 le possdant avec plus de connaissance que je n'ai de celui qui m'occupe2 je suis cet gard plus savant que qui que ce soit2 en second lieu1 jamais personne ne l'a scrut davantage1 n'en a plus analys les diverses parties et les consquences qui en dcoulent1 et n'a une ide plus exacte et plus complte du but qu'il se propose4 ,pour mener bien ce travail1 je n'ai besoin que de sincrit1 et cette qualit-l s'y trouve aussi relle1 aussi pure qu'il se peut4 ,je dis la vrit1 non pas aussi nette que je voudrais1 mais que je l'ose1 et j'ose un peu plus au fur et mesure que je vieillis1 parce que j'ai remarqu qu'aux gens avancs en ge on concde une plus grande libert de bavarder et de s'tendre complaisamment sur ce qui les touche4 ,ici1 il n'y a pas craindre1 ce qui arrive souvent1 que l'artisan et le travail qu'il produit soient en contradiction1 et qu'on vienne dire3 ,comment se peut-il qu'un homme qui cause si bien1 ait crit un ouvrage aussi sot8 ou encore3 ,comment cet ouvrage1 qui dnote tant de savoir1 a-t-il pu tre crit par un homme qui a une si faible conversation8 ,quand la socit de quelqu'un est banale et que ses ouvrages ont de la valeur1 c'est que la capacit qu'il y montre1 provient d'une source laquelle il l'emprunte et n'est pas de son cru4 ,un savant n'est pas savant en toutes choses1 mais l'homme capable1 l'est en tout1 jusque dans son ignorance4 ,mon livre et moi sommes si bien assortis1 que nous allons de pair2 ailleurs1 on peut apprcier ou ne pas apprcier l'ouvrage et avoir une ide autre sur l'auteur2 tel n'est pas ici le cas1 le jugement port sur l'un s'applique l'autre4 ,celui qui jugera sans se rendre compte1 se fera plus de tort qu' moi2 celui qui jugera en connaissance de cause1 aura pleinement satisfait ce que je souhaite4 ,je serai plus heureux que je ne le mrite1 si j'arrive me concilier suffisamment l'approbation publique pour que les gens qui ont du bon sens1 veuillent bien admettre que j'eusse t capable de tirer profit de la science si j'en avais eu1 et qu'il est regrettable que ma mmoire ne m'ait pas mieux servi4 ,expliquons ici ce que je rpte souvent3 que je ne me repens que rarement et que ma conscience se contente de son propre tmoignage1 non comme si j'avais la conscience d'un ange ou d'une bte1 mais comme fait une conscience humaine2 quoi j'ajouterai cette redite continuelle qui n'est pas chez moi un vain talage de mots1 mais un acte de soumission complte et absolue3 ,ce que je dis1 est le fait de quelqu'un qui ne sait pas et qui s'enquiert2 et1 comme conclusion1 je m'en remets purement et simplement aux croyances universellement admises et qui nous ont t lgitimement transmises4 ,je n'enseigne pas1 je raconte4 ,tout vice laisse dans l'me une plaie qui la tourmente sans cesse2 une bonne conscience procure1 au contraire1 une satisfaction durable4--,il n'y a pas de vice1 mritant rellement cette qualification1 qui ne nous offense et que ne fasse ressortir un jugement sain4 ,la laideur et les inconvnients du vice sont1 en effet1 si apparents que peut-tre ceux-l ont-ils raison1 qui disent qu'il est surtout le rsultat de la btise et de l'ignorance1 tant il est difficile d'imaginer qu'on puisse le connatre sans le har4 ,la mchancet rsorbe la majeure partie de son propre venin et s'en empoisonne elle-mme4 ,le vice amne un remords dans l'me1 qui est comme un ulcre dans les chairs2 toujours elle s'gratigne et s'ensanglante elle-mme4 ,la raison efface toutes les autres tristesses1 toutes les autres douleurs1 tandis qu'elle entretient celles qui nous viennent du remords1 qui est d'autant plus aigu qu'il nat au dedans de nous1 semblable en cela au froid et au chaud qui1 occasionns par la fivre1 nous sont plus pnibles que lorsqu'ils proviennent de causes externes4 ,j'appelle vice 7chacun toutefois dans la mesure qui lui est propre71 non seulement ce que condamnent la nature et la raison1 mais aussi ce qu' tort ou raison l'homme a dcrt tel1 lorsque les lois et l'usage l'ont ratifi4 ,de mme1 tout ce qui est bon rjouit une nature bien ne2 bien faire procure toujours je ne sais quelle satisfaction qui nous rconforte dans notre for intrieur et nous inspire cette gnreuse fiert compagne d'une bonne conscience2 une me qui apporte du courage dans le vice1 peut1 par exception1 se donner la scurit1 mais n'arrive ni se complaire1 ni tre satisfaite4 ,ce n'est pas un lger contentement que l'on prouve1 de se sentir prserv de la contagion d'un sicle si contamin et de pouvoir se dire en soi-mme3 ,qui plongerait ses regards jusque dans le fond de mon me1 ne me trouverait1 jusqu' prsent1 coupable ni d'avoir afflig ou ruin quelqu'un1 ni de m'tre veng ou avoir port envie1 non plus que d'avoir attent publiquement aux lois1 d'avoir contribu faire prvaloir des nouveauts1 particip aux troubles1 manqu ma parole2 et1 bien que la licence des temps l'ait permis et appris chacun le pratiquer1 je n'ai mis la main ni sur les biens1 ni sur la bourse d'aucun ,franais2 je n'ai vcu que de la mienne1 aussi bien pendant la guerre que pendant la paix1 et n'ai jamais us du travail de personne sans le payer4 ,de pareils tmoignages de conscience plaisent2 et cette satisfaction intime1 qui est la seule rcompense qui jamais ne nous fasse dfaut1 est d'un grand prix4 ,chacun devrait tre son propre juge1 les autres n'ont1 pour nous juger1 qu'une fausse mesure leur disposition4--,chercher1 dans l'approbation d'autrui1 la rcompense des actions vertueuses1 c'est prendre une base d'apprciation trop incertaine et mal dfinie1 surtout dans un sicle corrompu et ignorant comme celui-ci1 o l'estime que vous tmoigne la foule est injurieuse1 et o on ne sait qui se fier qui soit mme de distinguer ce qui mrite d'tre lou6 ,dieu me garde d'tre un homme de bien semblable ceux auxquels tous les jours je vois1 pour leur faire honneur1 attribuer cette qualification3 ,les vices d'autrefois sont devenus les murs d'aujourd'hui 7,snque74--,certains de mes amis ont1 parfois1 entrepris de me chapitrer et de me censurer en toute sincrit1 soit de leur propre mouvement1 soit sollicits par moi1 parce que c'est l un service qui1 pour une me bien faite1 surpasse comme bon procd1 aussi bien qu'en utilit1 tous ceux que l'amiti peut nous rendre4 ,tout en faisant ces critiques l'accueil le plus courtois et le plus reconnaissant1 je puis dire aujourd'hui en conscience que j'ai souvent constat si peu de justesse dans leurs reproches comme dans leurs louanges1 qu'il ne s'en est pas fallu de beaucoup qu'en m'y prenant leur manire1 je ne fisse mal plutt que bien4 ,surtout nous autres particuliers1 dont les sentiments ne se manifestent gure au dehors de nous1 avons besoin d'avoir au dedans un juge qui prononce sur la valeur de nos actes et qui tantt nous encourage1 tantt nous chtie selon ce qu'il apprcie4 ,pour juger des miens1 j'ai des lois et une cour de justice qui me sont propres1 et c'est elles que j'ai le plus souvent recours2 je modifie bien mes actions suivant le jugement d'autrui1 mais c'est uniquement d'aprs moi que je les juge4 ,il n'y a que vous qui sachiez si vous tes lche et cruel1 si vous tes loyal1 si vous avez des ides religieuses2 les autres ne vous voient pas1 ils vous devinent d'aprs des conjectures incertaines2 ce n'est pas tant votre naturel qu'ils aperoivent que l'apparence que1 par l'effet de l'art1 vous tes arriv vous donner2 ne vous en rapportez donc pas leur sentence1 tenez-vous-en la vtre3 ,usez de votre propre jugement444 ,le tmoignage qu'en vous-mmes se rendent le vice et la vertu est d'un grand poids2 en dehors de lui1 tout le reste n'est rien 7,cicron74 ,le repentir est1 dit-on1 la suite invitable d'une faute2 cela n'est pas exact pour les vices enracins en nous4--,on dit que le repentir suit de prs la faute1 cela ne semble pas s'appliquer celle monte un si haut diapason1 qu'elle a fait lection de domicile en nous au point d'y tre comme chez elle4 ,on peut dsavouer et renier les vices qui ne sont qu'accidentels et vers lesquels la passion nous a une fois entrans2 mais ceux qui1 la suite d'une longue habitude1 se sont enracins et ancrs par l'effet d'une volont forte et persistante1 ne sont pas sujets rsipiscence4 ,le repentir n'est autre qu'un ddit de notre volont1 une rvolte qui nous passe par l'esprit1 une contradiction avec nous-mmes qui fait que nous allons en tous sens2 il amne l'un dsavouer le vice1 un autre sa vertu et sa continence des temps passs3 ,que n'avais-je autrefois l'exprience que j'ai aujourd'hui2 et que mes joues n'ont-elles conserv le duvet de la jeunesse 7,horace76 ,la vie extrieure d'un homme n'est pas sa vie relle2 il n'est lui-mme que dans sa vie intrieure4--,c'est une existence exquise que celle qui1 jusque dans la vie prive1 ne se dpartit jamais de la rgle4 ,tout le monde peut faire le mtier de bateleur et1 sur les trteaux1 reprsenter un personnage honnte2 mais au dedans de nous1 dans notre for intrieur o nous rgnons en matre et o tout ce qui se passe demeure cach1 ne pas nous carter de cette rgle-l est le difficile4 ,c'est approcher de cette perfection que d'tre pondr chez soi1 dans nos actions ordinaires dont nous n'avons de comptes rendre personne1 qui se font sans que nous les tudiions l'avance et sans apprts4--,c'est dans cet esprit que ,bias traait son tableau d'une famille modle1 dont le chef1 disait-il1 est au dedans par sa propre vertu1 ce qu'il est au dehors par la crainte des lois et de l'opinion publique2 et1 c'est une parole digne d'tre rapporte que celle de ,livius ,drusus rpondant aux ouvriers qui lui offraient de mettre1 pour trois mille cus1 sa maison l'abri des vues que ses voisins y avaient3 ,je vous en donnerai six mille1 si vous faites que partout chacun puisse voir ce qui s'y passe4 ,agsilas avait une habitude qui lui faisait honneur3 quand il tait en voyage1 il logeait dans les temples1 afin que le peuple et les dieux eux-mmes fussent tmoins incessants de ses faits et gestes4--,tel passe aux yeux du monde pour avoir accompli des miracles1 chez lequel ni sa femme1 ni son valet de chambre n'ont rien aperu qui soit mme digne de remarque2 peu d'hommes ont t un sujet d'admiration pour leurs domestiques2 nul n'a t prophte dans sa maison1 ni mme dans son pays1 disent les enseignements de l'histoire4 ,il en est de mme des choses sans importance2 et si insignifiant que soit ce qui se passe mon sujet1 c'est exactement ce qui a lieu chez les grands3 dans ma province de ,gascogne1 on trouve drle de me voir imprim2 et plus ceux qui entendent parler de moi habitent loin de mon manoir1 plus ils font cas de moi2 en ,guyenne il me faut payer mes imprimeurs1 ailleurs ce sont eux qui m'achtent4--,de ce qu'il en est ainsi1 certains1 qui de leur vivant et alors qu'ils sont l restent ignors1 esprent acqurir de la rputation quand ils seront morts et qu'ils ne seront plus2 je prfre avoir moins de succs posthumes1 et ne me donne au monde que pour ce que je puis en retirer2 du reste1 je l'en tiens quitte4 ,celui qu'au retour d'une crmonie publique1 le peuple baubi reconduit jusqu' sa porte1 cesse son rle en quittant la robe qu'il a revtue pour le jouer et retombe d'autant plus bas que1 il y a un instant1 il tait mont plus haut2 chez lui1 dans son intrieur1 tout est tumultueux et vil4--,alors mme que les actions les plus humbles de notre vie prive seraient toujours ordonnes1 il faudrait un jugement pntrant et particulirement apte pour le constater1 d'autant que l'ordre est une vertu sans clat qui ne provoque pas l'attention4 ,enlever une brche1 diriger une ambassade1 gouverner un peuple1 sont des actions qui ressortent2 rprimander1 rire1 vendre1 acheter1 aimer1 har1 causer avec les siens et avec soi-mme et cela toujours doucement1 raisonnablement sans jamais ni se ngliger1 ni se dmentir1 sont choses plus rares1 plus difficiles et moins remarquables4 ,ceux qui mnent une existence retire du monde ont en cela satisfaire1 quoi qu'on en dise1 des devoirs aussi pnibles1 aussi tendus sinon plus1 que ceux qui vivent autrement2 et les simples particuliers1 dit ,aristote1 pratiquent la vertu dans des conditions plus difficiles et plus hautes que ne font ceux qui remplissent des charges publiques2 c'est par le dsir d'arriver la gloire1 plus que par conscience1 que nous recherchons les situations leves4--,le moyen le plus prompt d'acqurir de la gloire devrait tre de faire par conscience ce que nous faisons pour la gloire4 ,le courage mme d',alexandre me semble reprsenter sur le thtre o il s'est exerc1 une somme d'nergie notablement infrieure celle qu'il a fallu ,socrate pour pratiquer ses vertus dans le milieu peu lev et obscur o il a vcu4 ,je me figure aisment ,socrate la place d',alexandre1 je ne puis m'imaginer ,alexandre la place de ,socrate2 demandez celui-l ce qu'il sait faire1 il vous dira3 ,subjuguer le monde2 posez la mme question celui-ci1 il vous dira3 ,vivre de la vie humaine dans les conditions que nous a faites la nature2 science bien plus vaste1 plus lourde et qui a plus sa raison d'tre4 ,la grandeur d'me se manifeste surtout chez les hommes de condition sociale mdiocre4--,le mrite de l'me n'est pas de s'lever haut1 mais d'aller d'une faon ordonne2 sa grandeur ne se manifeste pas dans la grandeur1 mais dans la mdiocrit4 ,ceux qui scrutent ce qui est en dedans de nous et nous jugent d'aprs ce qu'ils y constatent1 ne tiennent pas grand compte de la lueur que peuvent rpandre les actes de notre vie publique2 ils voient que ce ne sont que de minces filets d'eau1 mergeant en gouttelettes d'un fond en somme limoneux et pais2 quant ceux qui nous jugent sur ces apparences brillantes qui s'aperoivent de dehors1 ils concluent qu'intrieurement nous sommes tels2 ils ne peuvent accoupler les facults communes1 semblables aux leurs qui sont galement en nous1 avec ces autres facults qui les tonnent et sont si loin de ce quoi ils songent atteindre4 ,c'est ainsi que nous attribuons aux dmons des formes tranges4 ,qui ne se reprsente ,tamerlan avec des sourcils relevs1 de larges narines1 un visage affreux1 une taille dmesure que notre imagination conoit tels1 d'aprs le bruit qui s'est fait autour de son nom8 ,qui m'et jadis montr rasme1 m'aurait difficilement empch de voir autre chose que des maximes et des sentences dans tout ce qu'il disait son domestique et son htesse4 ,nous nous reprsentons bien plus un artisan sur sa garde-robe ou sur sa femme1 qu'un premier prsident vnrable par son maintien et ses capacits2 il nous semble que de ces trnes si haut placs1 on ne s'abaisse pas daigner vivre4 ,les mes vicieuses sont souvent incites bien faire par quelque cause trangre2 rciproquement1 les mes vertueuses sont parfois sollicites au mal2 il ne faut donc1 par suite1 les juger que lorsqu'elles sont dans leur tat normal1 quand elles sont chez elles1 s'il leur arrive quelquefois d'y tre1 ou1 au moins1 quand elles sont peu prs au calme et dans leur assiette naturelle4 ,ceux qui entreprennent de rformer les murs se trompent en croyant y arriver2 ils ne parviennent changer que l'apparence4--,les penchants naturels se dveloppent et se fortifient par l'ducation1 mais ne se modifient gure ni ne se surmontent4 ,de mon temps1 mille natures ont dvi soit vers la vertu1 soit vers le vice1 malgr un systme d'ducation qui et d produire un rsultat oppos3 ,ainsi les btes fauves dshabitues de leurs forts1 semblant s'tre adoucies en captivit1 dpouillant leur mine farouche1 souffrent enfin l'empire de l'homme2 mais si1 d'aventure1 un peu de sang vient toucher leurs lvres enflammes1 leur rage se rveille1 leur gosier en est altr1 elles brlent de s'en assouvir2 et c'est peine si1 dans leur fureur1 elles se retiennent de dchirer leur matre ple de frayeur 7,lucain74 ,on ne dracine pas des qualits originelles1 on n'arrive qu' les dissimuler1 les cacher4 ,ainsi1 la langue latine est comme ma langue maternelle1 je la comprends mieux que le franais2 mais il y a quarante ans que je ne m'en suis plus du tout servi pour parler et gure pour crire2 cependant quand de trs fortes motions se sont empares subitement de moi1 ce qui m'est arriv deux ou trois fois dans ma vie1 dont l'une en voyant mon pre1 en pleine sant1 tomber inanim dans mes bras1 les premires paroles qui me sont chappes du fond du cur1 ont toujours t en latin1 la nature se faisant jour par la force mme des choses1 bien que tenue depuis longtemps l'cart2 et de cela1 on cite bien d'autres exemples4 ,ceux qui essaient de corriger les murs publiques de notre poque en modifiant les ides ayant cours1 ne rforment que ce que l'apparence a de vicieux1 mais non le fond des choses qui demeure1 si mme il ne s'aggrave4 ,l'aggravation est craindre1 parce que ces modifications ne portant que sur des questions de forme1 laisses l'apprciation de chacun 991 cotant moins pratiquer et nous faisant valoir davantage1 font qu'on s'abstient de tout autre changement susceptible de concourir notre amlioration et que1 de la sorte1 nous pouvons1 bon march1 nous abandonner aux autres vices inhrents notre nature et que nous reclons l'tat latent4 ,regardez un peu ce qui se passe dans la ralit3 il n'est personne1 s'il s'examine1 qui ne dcouvre en soi une disposition qui lui soit propre1 disposition matresse qui rsiste aux effets de l'ducation et aux assauts de toutes les passions contraires ce penchant dominant4--,pour moi1 je n'prouve gure de ces secousses2 je suis presque toujours dans mon assiette naturelle1 comme il arrive des corps massifs qui ont du poids2 si je ne suis pas en possession de moi-mme1 je suis toujours bien prs d'y tre4 ,mes carts ne sont jamais considrables1 n'ont rien d'excessif ni d'trange1 et mes retours en moi-mme sont toujours srieux et sincres4 ,les hommes en gnral1 mme dans leur repentir1 ne s'amendent pas2 s'ils cherchent tre autres1 c'est qu'ils esprent s'en mieux trouver4 ,pour lui1 son jugement a toujours dirig sa conscience4--,ce qui nous est une vritable condamnation et s'applique notre manire de faire tous1 c'est que lorsque nous revenons sur nos erreurs1 notre repentir mme est entach de corruption et de mauvaises intentions2 nous n'avons que confusment l'ide de nous amender1 nous ludons la pnitence que nous en faisons1 et nous nous y comportons d'une faon peu prs aussi fautive que lorsque nous cdions au pch4 ,quelques-uns1 soit parce que le vice est dans leur nature1 soit parce que depuis longtemps il est dans leurs habitudes1 n'en saisissent plus la laideur2 chez d'autres1 du nombre desquels je suis1 il leur est charge1 mais mettant en balance le plaisir ou tout autre avantage qu'ils en retirent1 ils le supportent ou s'y prtent1 moyennant une transaction qui ne laisse pas d'tre encore du vice et de la lchet4 ,cependant on peut concevoir parfois entre le vice et le plaisir qu'il procure une disproportion telle1 qu'avec quelque raison elle excuse le pch1 comme nous disons d'une faute lgre dont nous retirons des avantages importants2 et cela1 non seulement s'il s'agit de plaisirs accidentels dont on ne jouit que hors du pch1 c'est--dire qu'aprs qu'il a t commis1 tels que ceux que procure le larcin1 mais mme de ces plaisirs qu'on ressent l'instant mme o se produit la faute1 comme il arrive quand on entre en jouissance de la femme1 laquelle nous induit une tentation violente1 quelquefois mme irrsistible1 dit-on4--,j'tais l'autre jour en ,armagnac1 dans le domaine d'un de mes parents2 j'y vis un paysan qu'on dsigne par ce surnom3 le ,larron4 ,il racontait ainsi son existence3 ,n de parents adonns la mendicit1 et trouvant que s'il lui fallait gagner sa vie en travaillant honntement1 il n'arriverait jamais se mettre l'abri de la misre1 il s'avisa de se faire voleur1 mtier qu'il pratiqua durant toute sa jeunesse1 sans jamais se compromettre en raison de sa force physique4 ,il allait moissonner et vendanger les terres d'autrui2 mais au loin et sur des tendues telles qu'on ne pouvait supposer qu'un homme seul pt1 sur ses paules1 emporter des rcoltes en aussi grande quantit en une seule nuit2 de plus1 il avait soin de rpartir sur divers le dommage qu'il commettait1 de sorte que les pertes subies taient de moindre importance pour chacun4 ,aujourd'hui qu'il est vieux1 grce ce mode d'oprer qu'il confesse ouvertement1 il est riche pour un homme de sa condition4 ,pour entrer en arrangement avec ,dieu au sujet de ces biens mal acquis1 il dit1 que tous les jours il indemnise par ses bienfaits les successeurs de ceux qu'il a pills2 et que1 s'il n'arrive pas les dsintresser compltement 7ce qu'il ne peut faire d'une seule fois71 il en chargera ses hritiers1 tant seul mme de les renseigner cet gard1 parce que seul il connat le prjudice caus chacun4 ,que cette histoire soit vraie ou fausse1 celui qui l'a conte1 considre le larcin comme une chose dshonnte et l'a en haine1 mais moins encore que l'indigence2 il se repent d'une faon gnrale d'y avoir eu recours1 mais tant donns les avantages qu'il en a retirs et la rparation qu'il y apporte1 il ne s'en repent pas4 ,ce n'est pas l assurment le cas d'habitudes qui font que le vice s'incarne en nous et oblitre notre entendement2 ce n'est pas davantage le fait d'un ouragan qui1 branlant violemment notre me1 la trouble1 l'aveugle et1 sur le moment1 prcipite notre jugement et1 avec lui1 tout notre tre1 en la puissance du vice4 ,d'ordinaire1 je suis tout entier ce que je fais et vais tout d'une pice2 je n'ai gure de mouvement qui se drobe1 chappe ma raison1 et qui ne se produise d'accord avec peu prs toutes les parties de moi-mme1 sans qu'il y ait division ou antagonisme entre elles2 mon jugement en porte uniquement la faute ou le mrite1 et lorsque1 sur un point1 il y a erreur de sa part1 c'est pour toujours1 car depuis presque ma naissance il n'a pas vari2 ses penchants1 sa voie1 sa force sont les mmes et1 sur les questions d'ordre gnral1 ds l'enfance j'ai conu les opinions que j'ai toujours gardes depuis4--,il y a des pchs imptueux1 prompts1 subits3 ne nous en occupons pas2 mais il y en a d'autres qui se reproduisent si souvent en nous1 sur lesquels nous dlibrons et consultons sans cesse1 qui tiennent notre temprament1 notre profession1 la charge que nous remplissons1 et je ne puis comprendre que ceux-ci nous demeurent si longtemps sans que nous ayons le courage de nous y soustraire1 si la raison et la conscience de celui chez lequel ils existent ne voulaient et ne se prtaient constamment ce qu'il en soit ainsi2 aussi j'imagine et conois difficilement que le repentir1 qu' un moment donn il prtend ressentir1 soit rel4 ,je ne comprends pas la secte de ,pythagore1 quand elle dit que les hommes prennent une me nouvelle1 quand ils approchent des images des dieux pour recueillir leurs oracles1 si cela ne signifie qu'il faut bien que1 pour la circonstance1 notre me soit trangre elle-mme1 soit nouvelle1 qu'elle nous ait t momentanment prte2 parce que telle qu'elle est1 elle tmoigne trop peu qu'elle se soit purifie et ait atteint le degr de nettet qui convient pour approcher la divinit4 ,nous faisons tout l'oppos de ce que prnent les ,stociens qui1 tout en nous ordonnant de corriger les imperfections et les vices que nous reconnaissons en nous1 nous dfendent de faire que ce soit un sujet de trouble pour le repos de notre me4 ,nous1 nous cherchons faire croire que nous en avons un grand regret et que le remords nous dvore intrieurement2 mais que nous nous amendions1 que nous nous corrigions1 que nous interrompions nos progrs dans la mauvaise voie1 il n'y parat pas4 ,il n'y a de gurison que si on se dcharge de son mal2 un repentir sincre mis dans un plateau de la balance1 l'emporterait aisment sur le pch plac dans l'autre4 ,je ne vois aucune qualit si aise contrefaire que la dvotion1 si on n'y conforme ni ses murs1 ni sa vie2 elle est1 par essence1 cache et difficile pntrer1 l'apparence en est facile et produit fort bel effet4 ,il ne se repent aucunement de sa vie passe1 et les erreurs qu'il a pu commettre1 c'est la fortune et non son jugement qu'il en impute la faute4--,personnellement1 je puis souhaiter1 d'une faon gnrale1 tre autre que je suis2 je puis me condamner et me dplaire dans mon ensemble1 supplier ,dieu de me modifier du tout au tout et lui demander d'excuser ma faiblesse naturelle2 mais1 cela1 je ne saurais l'appeler du repentir1 pas plus que je ne nomme ainsi le dplaisir que j'prouve de n'tre ni un ange1 ni un ,caton4 ,mes actions sont rgles et conformes ce que je suis et ma condition2 je ne puis faire mieux1 et le repentir ne s'applique pas aux choses qui sont au-dessus de nos forces1 tout au plus est-ce du regret que nous pouvons en prouver4 ,j'imagine qu'il existe des natures infiniment plus leves et mieux ordonnes que la mienne2 cela ne fait pas que je puisse perfectionner mes qualits1 pas plus que ni mon bras1 ni mon esprit n'acquirent plus de vigueur1 parce que j'en conois qui en aient davantage4 ,si imaginer et dsirer agir plus noblement que nous ne le faisons1 avait pour effet que nous nous repentions de ce que nous avons fait1 nous aurions nous repentir de nos actions les plus innocentes1 d'autant que nous nous rendons bien compte que chez une nature meilleure que la ntre1 elles eussent t accomplies avec plus de perfection et de dignit1 et nous voudrions faire de mme4 ,lorsque1 maintenant que j'ai atteint la vieillesse1 je rflchis la manire dont je me suis comport dans ma jeunesse1 je trouve que je me suis presque toujours conduit avec ordre2 selon ce qui m'tait possible1 j'ai oppos au mal toute la rsistance dont j'tais capable4 ,en ceci je ne me flatte pas et1 en pareilles circonstances1 je serais1 encore et toujours1 tel que j'ai t2 ce n'est pas une tache qui est en moi1 c'est mon teint gnral qui est ainsi4 ,je ne connais pas de repentir superficiel1 mitig ou de pure crmonie2 pour qu'il y ait repentir1 il faut1 selon moi1 que rien ne demeure hors de son atteinte1 qu'il me tenaille les entrailles1 les meurtrisse aussi profondment que pntre le regard de ,dieu et que1 comme lui1 il s'tende tout mon tre4 ,pour ce qui est de mes affaires d'intrt1 j'en ai manqu plusieurs de trs avantageuses1 faute de les avoir bien menes2 les rflexions qui les avaient prcdes n'ont pourtant jamais cess d'tre justes1 eu gard aux circonstances qui se prsentaient2 du reste1 je me rsous toujours au parti le plus facile et le plus sr4 ,en revenant aujourd'hui sur ce pass1 je trouve qu'en observant toujours cette rgle1 j'ai sagement procd vu l'tat de la question sur laquelle j'avais prononcer et1 qu'en pareilles occasions1 je ferais de mme dans mille ans d'ici2 je ne considre pas1 bien entendu1 ce qui est l'heure prsente1 mais ce qui tait quand j'ai eu dcider2 la valeur d'une dcision est toute momentane1 les circonstances et les matires auxquelles elle a trait1 allant roulant et se modifiant sans cesse4--,j'ai1 dans mon existence1 commis quelques lourdes erreurs1 importantes mme1 non parce que je n'ai pas vu juste1 mais par malchance4 ,il y a1 dans toute affaire que l'on traite1 des points cachs que l'on ne peut deviner1 particulirement ceux ayant trait la nature des hommes2 des conditions qui n'apparaissent1 ni ne se rvlent1 parfois mme inconnues de celui chez lequel elles existent1 et qui ne s'veillent et ne surgissent que parce que l'occasion survient4 ,si ma prudence n'a pu les pntrer1 ni les prophtiser1 je ne lui en sais pas mauvais gr2 elle a agi dans les limites de ce qui lui incombait4 ,si l'vnement me trahit1 s'il favorise la solution que j'ai carte1 il n'y a pas de remde2 mais je ne m'en prends pas moi1 j'accuse la fortune et non ce que j'ai fait4 ,cela1 non plus1 n'est pas du repentir4 ,les conseils sont indpendants des vnements4 ,montaigne en demandait peu et en donnait rarement2 une fois l'affaire finie1 il ne se tourmentait pas de la suite laquelle elle avait abouti4--,phocion avait donn aux ,athniens un conseil qui ne fut pas adopt2 l'affaire ayant cependant russi contre ce qu'il en avait pens1 quelqu'un lui dit3 ,eh bien1 ,phocion1 es-tu content de voir que cela marche si bien8--,je suis content1 rpondit-il1 que les choses aient ainsi tourn1 mais je ne me repens pas du conseil que j'ai donn4--,quand mes amis s'adressent moi pour avoir un avis1 je le leur donne librement1 nettement1 sans m'inquiter1 comme fait presque tout le monde1 de ce que1 si la chose est hasardeuse1 il peut arriver qu'elle tourne l'inverse de ce que j'ai cru1 et qu'on pourra me reprocher le conseil que j'ai mis2 cette ventualit m'importe peu1 ceux qui m'en feraient reproche auraient tort et cela ne saurait faire que j'eusse d leur refuser ce service4 ,je n'ai gure m'en prendre d'autres qu' moi1 de mes fautes ou de mes infortunes2 car1 en ralit1 je n'ai gure recours aux avis d'autrui1 si ce n'est par dfrence1 ou lorsque j'ai besoin d'tre renseign1 n'ayant pas la science1 ou une connaissance suffisante du fait4 ,mais1 dans les choses o le jugement seul est en cause1 les raisons mises par d'autres peuvent servir m'affermir dans ma dcision1 elles ne me font gure revenir dessus2 je les coute toutes avec intrt et attention2 seulement1 autant qu'il m'en souvient1 je ne m'en suis jamais rapport jusqu'ici qu' moi-mme4 ,j'estime que ce ne sont que des mouches1 des riens qui font vaciller ma volont2 je prise peu mes propres opinions1 mais je ne fais pas plus cas de celles des autres4 ,la fortune me le rend bien3 si je ne reois pas de conseils1 j'en donne aussi fort peu2 on ne m'en demande gure1 on les suit moins encore1 et je ne connais pas d'affaire publique ou prive que mon avis ait modifie et remise sur pied4 ,ceux mmes que les circonstances ont mis dans le cas de me consulter1 se sont d'ordinaire laiss conduire plutt par d'autres cervelles que par la mienne2 et comme je suis aussi jaloux de mon repos que de mon autorit1 je prfre qu'il en soit ainsi3 en me laissant de ct1 on satisfait mes gots qui sont de penser moi-mme et de conserver par devers moi le fruit de mes rflexions4 ,j'ai plaisir me trouver dsintress des affaires d'autrui et n'en avoir pas de responsabilit4 ,toute affaire termine1 n'importe de quelle faon1 me laisse peu de regrets2 l'ide qu'il devait en tre ainsi1 m'te tout souci2 la voil entre dans le grand courant universel1 dans cet enchanement des causes dont1 au dire des ,stociens1 dpendent tous les vnements futurs1 auquel votre caprice ne peut ni souhaiter ni imaginer la plus petite modification4 ,s'il en tait autrement1 ce serait le renversement de tout l'ordre de choses dans le pass et dans l'avenir4 ,on ne saurait appeler repentir les changements que l'ge apporte dans notre manire de voir2 la sagesse des vieillards n'est que de l'impuissance1 ils raisonnent autrement mais peut-tre moins sensment que dans la vigueur de l'ge4--,je hais ce repentir accidentel que l'ge apporte4 ,je ne suis pas de l'avis de celui qui1 dans l'antiquit1 disait devoir aux annes l'obligation d'tre dbarrass de la volupt4 ,quel que soit le bien que j'en puisse retirer1 je ne me rsignerai jamais de bonne grce l'impuissance qui s'est empare de moi3 ,jamais la ,providence ne sera si ennemie de son uvre1 que l'affaiblissement de nos facults gnratrices soit mis au rang des meilleures choses 7,quintilien74 ,nos dsirs sont peu frquents quand nous sommes arrivs la vieillesse2 une profonde satit s'empare de nous ds que nous les avons satisfaits2 cela1 la conscience n'a rien voir2 l'puisement et la prostration qui en rsultent1 nous inspirent une vertu qui n'est que de la fatigue et du catarrhe4 ,il ne faut pas nous laisser si compltement impressionner par ces altrations qui sont dans l'ordre naturel des choses1 que notre jugement en soit atteint4 ,la jeunesse et le plaisir ne m'ont pas empch jadis de reconnatre le vice sous le masque de la volupt2 le manque d'apptit que les ans m'apportent1 ne font pas qu' cette heure je mconnaisse la volupt sous le masque du vice2 maintenant que je n'y suis plus intress1 je juge comme si je l'tais4 ,moi qui secoue vivement et attentivement ma raison1 je trouve qu'elle est la mme que lorsque j'tais un ge o l'on est plus port la dbauche1 avec cette seule diffrence que peut-tre elle s'est affaiblie et est devenue pire en vieillissant2 je ne trouve pas que les plaisirs auxquels elle refuse que je me livre aujourd'hui par considration pour la sant de mon corps1 elle me les refuserait dans l'intrt du salut de mon me plus qu'elle ne l'a fait autrefois4 ,de ce qu'elle est hors de combat1 je ne l'en estime pas plus valeureuse pour cela2 mes tentations sont si passagres1 si attnues1 qu'elles ne valent pas la peine qu'elle s'y oppose2 il me suffit aujourd'hui de les carter d'un signe de la main pour les conduire4 ,qu'on la mette en prsence de ces dsirs ardents qui me possdaient jadis1 je craindrais qu'elle ait encore moins de force de rsistance qu'autrefois2 je ne vois pas qu'elle en juge autrement qu'elle en jugeait alors1 ni plus sainement2 si donc elle est en voie de gurison1 l'amlioration est due en ce qu'elle est en de moins bonnes conditions2 quelle misre qu'un tel remde1 qui nous fait devoir la sant la maladie6 ,ce n'est pas notre malheur que nous devrions tre redevables de ce service1 mais au bonheur d'avoir un jugement apte nous le rendre4--,on n'obtient rien de moi par les offenses et les svices2 ils ne font que m'irriter1 ce sont procds bons pour les gens qui ne marchent qu' coups de fouet4 ,ma raison s'exerce bien plus librement quand les choses vont mon gr2 elle est bien plus absorbe1 proccupe1 lorsqu'il lui faut se rsigner au mal que songer au plaisir4 ,je juge bien mieux1 quand je suis en bonne disposition2 en sant1 je vois les choses sous un jour plus allgre et plus pratique que lorsque je suis malade4--,je me suis mis en rgle et me suis rconcili avec ma conscience le plus que j'ai pu1 alors que j'tais encore mme de jouir de cet tat rparateur2 j'eusse t honteux et jaloux que ma vieillesse1 en son tat de misre et d'infortune1 et t mieux partage sous ce rapport que mes bonnes annes1 alors que j'tais sain1 veill et vigoureux1 et qu'on et actuellement me juger1 non sur la vie que j'ai mene1 mais sur l'tat en lequel je suis quand je vais cesser d'tre4 ,a mon avis1 le bonheur de l'homme consiste vivre heureux2 et non1 comme disait ,antisthnes1 mourir heureux4 ,je n'ai pas attendu d'en tre rduit cette monstruosit d'affubler une tte et un corps d'homme dj perdu1 d'une queue de philosophe1 et que le peu de temps qui me reste vgter ft un dsaveu et un dmenti de la plus belle1 la plus complte et la plus longue partie de ma vie2 je veux me prsenter et qu'on me voie1 tous gards1 sous un jour uniforme4 ,si j'avais revivre1 je revivrais comme j'ai vcu2 je ne regrette pas le pass et ne redoute pas l'avenir2 si je ne m'abuse1 mes penses ont toujours t peu prs de pair avec mes actes4--,c'est une des principales obligations que je dois ma bonne fortune1 que mon tat physique ait toujours rpondu ce que comportaient mes saisons2 j'en ai vu l'herbe1 les fleurs1 le fruit1 et j'en vois heureusement la scheresse2 je dis heureusement1 parce que c'est dans l'ordre de la nature4 ,je supporte assez doucement les maux dont je suis afflig1 d'autant qu'ils viennent leur heure1 me rendant plus agrable le souvenir de la longue flicit dont j'ai joui dans le pass4 ,ma sagesse a bien t sensiblement la mme ces diverses poques de ma vie2 cependant jadis1 bien plus entreprenante1 elle avait meilleure grce1 tait plus alerte1 gaie1 naturelle1 qu'elle n'est prsent casse1 grondeuse1 pnible2 je renonce donc toutes les modifications de circonstance1 qui nous cotent tant1 auxquelles nous sommes sollicits sur la fin de nos jours4 ,que ,dieu nous en donne le courage1 mais il faut que notre conscience s'amende d'elle-mme1 par le fait que notre raison prend plus de force et non parce que nos apptits se rduisent2 la volupt n'est par elle-mme ni ple1 ni dcolore de ce que notre vue affaiblie et trouble nous la fait apercevoir sous cette apparence4 ,il faut s'observer dans la vieillesse pour viter1 autant que possible1 les imperfections qu'elle apporte avec elle4--,on doit aimer la temprance pour elle-mme et par respect pour ,dieu qui nous l'a prescrite2 il doit en tre de mme de la chastet4 ,l'abstinence laquelle nous obligent les catarrhes quand nous en sommes affligs1 et que m'imposent les coliques auxquelles je suis en butte1 n'est ni de la chastet1 ni de la temprance2 d'autre part1 on ne saurait se vanter de mpriser la volupt et de lui rsister1 si on ne la voit1 si on l'ignore1 elle1 ses grces1 sa puissance et sa beaut si attrayante2 connaissant l'une et l'autre1 j'ai qualit pour en parler4 ,il me semble qu'en la vieillesse1 nos mes sont sujettes des maladies et des imperfections plus importunes qu'en la jeunesse2 je le disais dj quand j'tais jeune1 on m'objectait alors que je n'avais pas de barbe au menton pour en parler sciemment2 je le dis encore aujourd'hui1 autoris cette fois par mes cheveux gris4 ,a ce point de notre existence1 nous appelons sagesse nos humeurs chagrines et le dgot qui s'est empar de nous2 la vrit1 c'est que nous n'avons pas tant renonc au vice que nous n'en avons chang1 et1 mon avis1 pour faire plus mal4 ,outre une fiert sotte et caduque1 un verbiage ennuyeux1 une humeur pointilleuse et insociable1 de la superstition1 un besoin ridicule de richesses alors que nous n'en avons plus l'usage1 la vieillesse fait natre en nous1 ce qu'il me parat1 de plus grandes dispositions l'envie1 l'injustice et la malignit2 nous lui devons plus encore de rides l'esprit qu'au visage1 et on ne voit pas d'mes1 ou bien peu1 qui1 en vieillissant1 ne sentent l'aigre et le moisi4 ,l'homme grandit et dcrot dans toutes ses parties la fois4 ,a voir la sagesse de ,socrate et certaines particularits de sa condamnation1 je suis port croire qu'il s'y est prt quelque peu de lui-mme2 rompant avec ses principes1 il a1 dessein1 renonc se dfendre parce que1 g de soixante-dix ans1 il se sentait expos voir1 d'un moment l'autre1 les allures si riches de son esprit s'engourdir1 et sa lucidit habituelle s'affaiblir4 ,quelles mtamorphoses je vois la vieillesse oprer tous les jours chez des personnes de ma connaissance8 ,c'est une maladie puissante qui s'infiltre naturellement en nous1 sans que nous nous en apercevions2 il faut beaucoup s'y tre prpar et prendre de grandes prcautions pour viter la dchance dont elle nous frappe1 ou au moins en retarder les progrs4 ,je sens que1 malgr toute la rsistance que je lui oppose1 elle gagne peu peu sur moi2 je lutte autant que je puis1 mais sans savoir jusqu'o je finirai par tre entran4 ,quoi qu'il advienne1 je suis satisfait qu'on sache de quelle hauteur je serai tomb4 ,,chapitre ,,iii4 ,de la socit des hommes1 des femmes et de celle des livres4 ,la diversit des occupations est un des caractres principaux de l'me humaine2 le commerce des livres est de ceux qui la distraient4--,il ne faut pas se mettre sous la dpendance exclusive de son humeur et de son temprament2 notre principale supriorit rside dans les diverses applications que nous savons faire de nos facults4 ,se tenir attach1 oblig par ncessit une occupation unique1 c'est tre1 mais ce n'est pas vivre2 les mes les mieux doues sont celles qui ont en elles le plus de varit et de souplesse4 ,caton l'ancien en est un honorable tmoignage3 ,il avait l'esprit si flexible et si galement propre toutes choses que1 quoi qu'il ft on et dit qu'il tait uniquement n pour cela 7,tite ,live74--,s'il m'appartenait de me dresser comme je le conois1 il n'est rien1 quelque relief que cela puisse donner1 que je ne voudrais possder au point de ne pouvoir m'en dtacher4 ,la vie est un mouvement ingal1 irrgulier1 aux formes multiples4 ,ce n'est pas tre son propre ami1 et encore moins son matre1 c'est tre son esclave que de se suivre sans cesse et de se laisser tellement aller ses penchants qu'on ne puisse ni s'y soustraire1 ni leur faire violence4 ,je le reconnais cette heure1 parce que je n'arrive pas aisment chapper aux importunits de mon me qui ne sait pas d'ordinaire se distraire sans se laisser accaparer3 si elle s'occupe quelque chose1 elle s'y applique et s'y donne tout entire2 si peu important que soit le sujet sur lequel son attention est appele1 elle le grossit volontiers ou l'tire jusqu' ce qu'il soit arriv valoir qu'elle s'y attache de toutes ses forces2 aussi1 quand elle est inoccupe1 son oisivet me pse et affecte mme ma sant4 ,la plupart des esprits ont besoin de se reporter sur des sujets trangers pour se dgourdir et s'exercer2 le mien en a plutt besoin pour se calmer et trouver le repos3 ,c'est le travail qui fait que nous chappons aux vices de l'oisivet 7,snque71 car sa principale et plus laborieuse tude est de s'tudier lui-mme4 ,les livres sont du nombre des occupations qui le distraient de cette tude2 aux premires penses qui lui viennent1 il s'agite1 les ressorts de sa vigueur jouent en tous sens2 c'est pour lui un exercice o il se montre tantt violent1 tantt pondr et plein de grce2 et finalement1 il se range1 se modre et n'en devient que plus fort4 ,il a en lui de quoi tenir ses facults en veil2 la nature lui a donn1 comme tous autres1 assez de fond pour ce qu'il a en faire1 et les sujets qui se prtent ses recherches et ses apprciations ne lui font pas dfaut4 ,pour ,montaigne1 son occupation favorite tait de mditer sur lui-mme2 la lecture ajoutait ses sujets de mditation2 il se plaisait aussi aux conversations srieuses2 les entretiens frivoles taient pour lui sans intrt4--,mditer1 pour qui sait se tter et n'hsite pas tirer parti de ses observations1 est une tude de premire utilit et qui s'tend tout1 et je prfre faonner mon me que la meubler4 ,il n'y a pas d'occupation qui1 selon la nature de notre me1 ait moins de valeur1 ni qui en ait davantage1 que de s'entretenir avec soi-mme2 les plus grands esprits1 pour lesquels vivre c'est penser 7,cicron71 y ont consacr la meilleure partie de leur temps2 aussi la nature y a-t-elle attach ce privilge1 qu'il n'y a rien que nous ne puissions faire si longtemps1 et qu'il n'est pas une chose laquelle nous nous adonnions plus frquemment et plus facilement4 ,c'est l'occupation des dieux1 dit ,aristote1 de laquelle naissent leur batitude et la ntre4 ,la lecture me sert surtout me fournir de sujets qui me portent rflchir2 elle fait travailler mon jugement1 mais non ma mmoire4 ,peu de conversations m'intressent1 dont l'objet n'est pas srieux et ne prte pas rflchir2 cependant1 je dois avouer que1 par sa gentillesse et sa beaut1 un sujet peut me retenir et me captiver autant1 et mme plus1 que d'autres graves et srieux2 mais sur tout autre1 je ne prte qu'une attention superficielle tout ce qui se dit autour de moi2 je sommeille et il m'arrive souvent dans les conversations de pure convenance1 o il n'est question que de choses frivoles et sans importance1 soit de rpondre1 comme si je sortais d'un songe1 des btises ridicules qu'on n'admettrait mme pas de la bouche d'un enfant1 soit de garder un silence obstin encore plus sot et1 de plus1 impoli4 ,j'ai une faon de rverie qui fait que je me replie en moi-mme2 d'autre part1 je suis d'une ignorance purile sur bien des choses que gnralement tout le monde sait2 ces deux dfauts m'ont valu qu'on peut raconter sur moi cinq ou six faits fort exacts1 me dpeignant aussi niais que n'importe qui1 quel qu'il soit4 ,il tait peu port se lier et apportait beaucoup de circonspection dans les rapports d'amiti qu'engendre la vie journalire2 mais1 assoiff d'amiti vraie1 il se livrait sans restriction s'il venait rencontrer quelqu'un rpondant son idal4--,cette organisation si dfectueuse que je viens de signaler1 me rend difficile le choix de mes frquentations1 auxquelles il me faut apporter une grande circonspection1 et fait que je suis peu propre m'occuper des questions qui forment le fond de la vie courante4 ,nous vivons et faisons affaire avec le peuple2 si sa conversation nous importune1 si nous ddaignons d'entrer en rapport avec les gens de condition infime et sans ducation 7et ils ont souvent tout autant de bon sens que les plus clairvoyants71 comme toute sagesse qui ne s'accommode pas des propos insignifiants qui se dbitent communment manque son effet1 il ne faut nous mler ni de nos propres affaires1 ni de celles d'autrui1 puisque ce n'est qu'avec eux que se traitent les questions d'intrt public comme celles d'intrt priv4--,les allures de l'me sont d'autant plus belles qu'elles sont moins forces et plus naturelles2 nos meilleures occupations sont celles qui exigent de nous le moins d'efforts4 ,mon ,dieu1 que la sagesse rend donc service ceux dont elle subordonne les dsirs au pouvoir qu'ils ont de les raliser6 ,il n'y a pas de science plus utile3 ,suivant ce qu'on peut tait le refrain et le mot favori de ,socrate2 mot bien profond6 ,il faut faire porter nos dsirs sur les choses les plus aises1 celles qui sont notre porte1 et les y limiter4 ,n'est-ce pas une sotte ide de ma part de ne pas lier commerce d'amiti avec une foule de gens que le sort a placs dans mon voisinage et dont je ne puis me passer1 pour m'en tenir une personne ou deux qui sont en dehors de mon cercle habituel8 ne serait-ce pas l le fait du dsir irralisable que j'ai d'une chose perdue et que je ne puis recouvrer8 ,ma tolrance de murs1 ennemie de toute rancune et de rigorisme1 a pu aisment me prserver d'exciter l'envie ou l'inimiti2 jamais homme n'a donn plus d'occasions1 je ne dis pas d'tre aim1 mais de n'tre pas ha2 par contre1 la rserve que j'apporte dans mes relations m'a1 avec raison1 alin la bienveillance d'un certain nombre qui sont excusables de l'avoir prise dans un sens qu'elle n'avait pas et en mauvaise part4 ,je suis trs capable d'acqurir et de conserver des amitis exquises comme il en existe peu2 d'autant que lorsque des liaisons me conviennent1 je les recherche comme un affam2 je fais des avances1 j'y apporte une telle avidit que je manque rarement de les nouer et de finir par tre pay de retour2 j'en ai fait souvent l'heureuse exprience4 ,je suis peu port aux amitis banales1 telles qu'elles se rencontrent d'ordinaire3 elles me laissent froid1 car outre qu'il est dans ma nature de ne pas me livrer si je ne me donne tout entier1 ma bonne toile a fait que1 ds 99 ma jeunesse1 j'ai t rendu extrmement dlicat sous ce rapport par une amiti unique1 mais parfaite1 qui1 la vrit1 m'a un peu dgot des autres1 et peut-tre trop mis en tte l'ide que1 comme dit un ancien1 l'amiti s'accommode d'une compagnie restreinte mais non d'une socit nombreuse2 et puis1 j'ai naturellement peine ne me donner qu' moiti et sous restriction1 en observant cette prudence souponneuse1 dgradante1 qu'on nous recommande de conserver dans les rapports qu'entranent des amitis trop tendues et qui n'offrent pas toute garantie1 rserve qui est de toute ncessit1 surtout en ce temps1 o il y a continuellement danger parler franchement de quelqu'un4 ,il est utile de savoir s'entretenir familirement avec toutes sortes de gens1 et il faut savoir se mettre au niveau de ceux avec lesquels on converse4--,aussi je vois bien que celui qui1 comme moi1 se propose de jouir des commodits de la vie 7je veux dire des commodits essentielles71 doit fuir comme la peste ces difficults et dlicatesses d'humeur4 ,je louerais une me qui serait compose de plusieurs tages et qui1 sachant se monter et se dmonter1 s'adapterait tout ce avec quoi sa fortune la mettrait en prsence2 qui pourrait causer avec son voisin de ses constructions1 de ses chasses1 de ses querelles1 s'entretiendrait volontiers avec un charpentier1 un jardinier2 j'envie ceux qui savent s'accommoder du moindre personnage de leur suite et rgler leur conversation de manire se mettre sa porte4 ,je ne suis pas de l'avis de ,platon conseillant de toujours parler en matre ses serviteurs1 hommes ou femmes1 en bannissant toute plaisanterie1 toute familiarit4 ,outre la raison que j'en ai donne ci-dessus1 il est inhumain et injuste de se prvaloir ce degr de cette prrogative de la fortune2 et les murs qui comportent le moins d'ingalit entre les valets et les matres1 me semblent les plus conformes l'quit4 ,il est des personnes qui s'tudient avoir l'esprit guind1 planant dans les rgions leves2 je maintiens le mien plat dans les rgions infrieures2 son seul tort est de s'occuper de tout3 ,vous me racontez ce qu'ont fait les descendants d',eaque1 et tous les combats livrs sous les murs sacrs d',ilion2 mais vous ne me dites pas combien cote le vin de ,chio1 quel esclave doit me prparer mon bain1 ni dans quelle maison et quelle heure je me mettrai l'abri du froid des montagnes des ,abruzzes 7,horace74 ,de mme qu' la guerre la valeur des ,lacdmoniens avait besoin1 de peur qu'elle ne tourne la tmrit et la furie1 d'tre modre par le son doux et gracieux des fltes dans les circonstances o toutes les autres nations emploient des instruments aigus et retentissants et poussent des vocifrations pour mouvoir et chauffer outrance le courage de leurs soldats1 ainsi1 il me semble1 l'encontre de ce qui est gnralement admis que1 chez la plupart d'entre nous l'esprit a1 dans ses actes1 plus besoin de plomb que d'ailes1 de calme et de repos que d'ardeur et d'agitation2 et1 par-dessus tout1 j'estime que c'est bien faire le sot1 que d'avoir l'air entendu avec des gens qui ne le sont pas1 de toujours parler un langage recherch1 et disputer sur la pointe d'une aiguille4 ,il faut se ranger la manire d'tre de ceux avec qui l'on est1 et parfois affecter l'ignorance2 dans l'usage courant1 mettez de ct la force et la subtilit1 il suffit d'tre logique2 demeurez mme terre terre1 si on le veut4 ,les savants ont souvent un langage prtentieux1 et ce mme dfaut lui fait fuir les femmes savantes4 ,que la femme ne se contente-t-elle de ses dons naturels2 cependant si elle veut tudier1 qu'elle cultive la posie1 l'histoire et ce qui1 dans la philosophie1 peut l'aider supporter les peines de la vie4--,c'est un dfaut dans lequel tombent volontiers les savants que de faire constamment parade de leur science doctorale et semer leurs livres partout2 ils en ont1 en ces temps-ci1 si fort rempli les boudoirs et les oreilles de ces dames que1 si elles n'en ont pas retenu le fond1 elles en ont du moins adopt la forme3 tout propos1 tout sujet1 si peu relevs1 si communs qu'ils soient1 elles emploient une nouvelle et docte faon d'crire et de parler3 ,crainte1 colre1 joie1 chagrin1 tout jusqu' leurs plus secrtes passions1 est exprim dans ce style2 que dirai-je encore8 c'est doctement qu'elles se pment 7,juvnal74 ,elles citent ,platon et saint ,thomas pour des choses sur lesquelles le tmoignage du premier venu suffirait aussi bien2 la doctrine1 qui n'a pu pntrer jusqu' leur me1 est demeure dans leur langue4 ,si celles qui sont convenablement leves m'en croient1 elles se contenteront de faire valoir les richesses naturelles qu'elles ont en propre4 ,elles cachent et dissimulent leurs beauts sous des beauts trangres2 c'est une grande simplicit d'esprit que d'touffer sa propre clart1 pour luire d'une lumire emprunte2 elles sont comme enterres et ensevelies sous l'art auquel elles ont recours3 ,elles ne sont que fard et parfum 7,snque72 c'est qu'elles ne se connaissent pas assez1 le monde n'a rien de plus beau2 au rebours de ce qui est1 c'est elles faire honneur aux arts1 donner de l'clat au fard4 ,de quoi ont-elles besoin8 de vivre aimes et honores2 elles n'ont et n'en savent que trop pour raliser ce but1 pour lequel il ne faut qu'veiller un peu et rchauffer les qualits qui sont en elles4 ,quand je les vois s'adonner la rhtorique1 la science judiciaire1 la logique et autres drogueries semblables1 si vaines et qui leur sont si inutiles1 je me prends craindre que ceux qui le leur conseillent1 ne le fassent que pour avoir1 sous ce prtexte1 le droit de les rgenter2 quelle autre excuse1 en effet1 puis-je leur trouver8 ,c'est assez que1 sans nous1 elles puissent faire exprimer leurs regards si gracieux la gat1 la svrit1 la douceur2 accompagner un refus de rudesse1 de doute1 d'esprance2 qu'elles comprennent sans interprte les discours que leur tiennent leurs adorateurs2 cette science leur suffit pour qu'elles se fassent obir la baguette et gouvernent l'cole et ceux qui y professent4 ,si cependant elles taient contraries de nous cder sur un point quelconque et qu'elles veuillent aussi chercher des distractions dans les livres1 la posie est un passe-temps appropri leurs besoins2 c'est un art foltre et spirituel o tout est prsent travesti1 o l'expression l'emporte sur la pense1 o dominent le dsir de plaire et de faire de l'effet tout comme chez elles4 ,l'histoire leur fournit aussi des sujets faits pour les intresser4 ,en philosophie1 de ce qui sert nous conduire dans la vie1 elles prendront les indications qui les mettent mme de juger de nos humeurs et de nos caractres1 de se dfendre contre nos trahisons1 de contenir les tmrits de leurs propres dsirs1 de mnager leur libert1 de prolonger les plaisirs de la vie1 de supporter humainement l'inconstance d'un amoureux1 la rudesse d'un mari1 l'importunit des ans et des rides et autres choses semblables4 ,voil la limite extrme de ce que je leur concderais dans l'tude des sciences4 ,montaigne1 de caractre ouvert et exubrant1 s'isolait volontiers1 soit par la pense au milieu des foules1 la cour par exemple2 soit d'une manire effective chez lui1 o on tait affranchi de toutes les contraintes superflues que la civilit nous impose4--,il y a des natures particulires1 renfermes en elles-mmes2 je suis1 moi1 essentiellement communicatif et exubrant2 je suis tout en dehors et1 du premier coup d'il1 on me voit tel que je suis1 n pour la socit et l'amiti4 ,j'aime et prche la solitude2 mais1 pour moi1 elle consiste surtout tre plus compltement en tte--tte avec mes affections et mes penses2 je m'applique non restreindre l'espace dans lequel je vais et je viens1 mais mes dsirs et mes soucis1 et j'carte de moi les proccupations que pourraient me causer les affaires d'autrui1 fuyant la servitude et les obligations1 qui sont ma mort2 ce n'est pas tant le commerce des hommes qui me pse1 que la multiplicit des affaires4--,a dire vrai1 la solitude1 quand elle est occasionne par un isolement effectif1 tend plutt me dilater les ides et faire qu'elles se portent davantage sur les faits extrieurs2 quand je suis seul1 c'est surtout sur les affaires de l'tat et sur celles de l'univers que ma pense se reporte4--,au ,louvre et en nombreuse socit1 je me replie sur moi-mme et m'y cantonne2 les foules me font rentrer en moi1 et mes tte--tte avec moi-mme ne portent jamais sur des sujets si foltres1 si licencieux1 si personnels1 que lorsque je me trouve dans des lieux o le crmonial prescrit le respect et la prudence4 ,ce ne sont pas nos folies qui me font rire1 mais ce que nous tenons pour tre de la sagesse4 ,par temprament je ne suis pas ennemi de l'agitation des cours2 j'y ai pass une partie de ma vie et suis mme de bien tenir ma place dans la haute socit1 pourvu que ce ne soit que de temps autre et quand j'y suis dispos2 mais le peu d'attention que je prte ce dont on parle1 me jette forcment dans la solitude4--,chez moi1 au milieu de ma famille qui est nombreuse1 dans ma maison qui est des plus frquentes1 je vois assez de monde2 mais les personnes avec lesquelles j'aime m'entretenir y sont rares4 ,j'y ai tabli1 pour moi comme pour les autres1 une libert qui n'existe pas d'ordinaire ailleurs3 toute crmonie en est bannie1 on ne va pas au-devant de ceux qui arrivent1 on n'accompagne pas ceux qui s'en vont2 de mme de toutes les autres obligations pnibles que nous impose la courtoisie aux usages si serviles et si importuns6 ,chacun s'y conduit comme il l'entend1 s'entretient sa guise avec ses penses seul seul ou avec qui bon lui semble2 j'y demeure muet1 rveur1 renferm1 sans que mes htes s'en offensent4 ,dans le monde1 il recherchait la socit des gens l'esprit juste et sage2 nature des conversations qu'il avait avec eux4 ,c'est l ce que finalement il appelle son premier commerce4--,les hommes dont je recherche la socit et l'intimit sont ceux dont on dit qu'ils sont honntes et aviss2 ceux que je vois ici1 me dgotent de tous autres qui ne satisfont pas ces conditions2 le bien prendre1 c'est en effet une catgorie des plus rares et qui est surtout le fait de la nature4 ,ce que je recherche dans leur frquentation1 c'est uniquement une intimit1 une compagnie1 des ressources de conversation1 un moyen pour l'me de s'exercer2 je n'ai en vue aucun autre bnfice4 ,quand je cause avec de pareilles gens1 tout sujet m'est bon2 peu m'importe qu'il soit srieux ou frivole1 il est toujours opportun et agrable1 tout y porte l'empreinte du bon sens et de l'exprience avec un mlange de bont1 de franchise1 de gat et d'amiti4 ,ce n'est pas seulement quand on traite ces questions si compliques de substitution ou les affaires des rois que notre esprit montre sa beaut et sa force1 elles se rvlent tout aussi bien dans les entretiens familiers2 je me rends compte de la valeur de ceux qui m'entourent mme leur silence1 leur sourire1 et les pntre peut-tre mieux table qu'au conseil2 ,hippomaque ne disait-il pas qu'il reconnaissait les bons lutteurs rien qu' les voir marcher dans la rue8 ,s'il plat l'rudition de figurer notre programme1 nous ne l'vincerons pas1 sous condition que ce ne soit pas sous la forme magistrale1 imprieuse et importune qu'elle revt d'ordinaire1 mais modeste et seulement titre accessoire2 nous ne cherchons ici qu' passer le temps2 aux heures consacres nous instruire et tre endoctrins1 nous irons la trouver l o elle trne2 pour le moment1 qu'elle s'abaisse jusqu' nous s'il lui plat d'tre admise1 car1 tout utile et dsirable qu'elle est1 je suppose qu'au besoin nous pourrions bien encore nous en passer compltement et faire sans elle ce que nous nous proposons4 ,une me bien leve1 qui est forme frquenter la socit1 se rend pleinement agrable d'elle-mme2 la science n'est autre chose que le contrle et le relev de ce que produisent de telles mes4 ,le commerce avec les femmes vient en second lieu2 il a sa douceur1 mais aussi ses dangers4 ,montaigne voudrait que1 de part et d'autre1 on y apportt de la sincrit2 cet gard l'homme est au-dessous de la brute4--,c'est galement pour moi un doux commerce que la frquentation des belles et honntes femmes1 car nous aussi avons des yeux qui s'y connaissent 7,cicron74 ,si l'me n'y trouve pas tant de jouissance que dans les relations de socit dont il vient d'tre question1 la satisfaction qu'en prouvent nos sens1 qui y ont plus large part1 en est presque l'quivalent1 pas tout fait cependant mon avis4 ,mais c'est un commerce o il faut un peu se tenir sur ses gardes1 notamment ceux chez qui les apptits charnels sont1 comme chez moi1 trs prononcs4 ,j'y ai t chaud dans ma jeunesse et en ai souffert toutes les tortures que les potes disent advenir ceux qui s'y livrent d'une faon drgle et draisonnable2 il est vrai que1 depuis1 ce coup de fouet a servi mon instruction3 ,quiconque de la flotte grecque s'est sauv d'entre les rochers de ,caphare1 dtourne toujours ses voiles des eaux perfides de l',eube 7,ovide74 ,c'est folie d'y attacher toutes ses penses et de s'y engager d'une affection passionne et sans limite4--,mais1 d'autre part1 s'y mler sans amour pour1 comme des comdiens1 jouer sans scrupule le rle que tout le monde joue cet ge et qui est dans les habitudes1 en n'y mettant du sien que des paroles menteuses1 c'est la vrit pourvoir sa sret1 mais bien lchement1 comme ferait celui qui1 de peur du danger1 abandonnerait son honneur ou renoncerait un profit ou un plaisir2 car il est certain que ceux qui agissent ainsi1 ne peuvent rien en esprer qui touche et satisfasse une belle me4 ,il ne faut jeter1 en pareil cas1 son dvolu qu'en parfaite connaissance de cause1 si on veut goter rellement le plaisir de jouir d'une femme que l'on dsire1 lorsque bien injustement la fortune a favoris les sentiments hypocrites qu'on lui tmoigne1 ce qui arrive souvent1 car il n'en est pas qui ne se laisse facilement persuader par le premier serment qui lui est fait de la servir4 ,aucune1 en effet1 si grossire et si mal leve qu'elle soit1 qui ne s'imagine tre trs aimable1 soit qu'elle ait pour elle son ge1 la nuance de sa chevelure ou sa dmarche 7car il n'y en a pas plus de laides tous gards1 que d'universellement belles71 au point que les filles des ,brahmines1 faute d'autre recommandation1 vont se prsentant sur la place1 la foule pour ce assemble par la voix du crieur public1 montrant leurs parties matrimoniales1 afin que chacun juge si1 au moins sous ce rapport1 elles ne valent pas qu'un mari s'attache elles4 ,cette trahison commune et ordinaire aux hommes de notre poque1 amne forcment ce que dj l'exprience enseigne1 c'est que les femmes s'isolent ou se groupent entre elles pour nous fuir1 ou1 notre exemple1 jouant1 elles aussi1 leur rle dans la comdie1 se prtent ces relations1 mais sans y apporter ni passion1 ni attentions1 ni amour4 ,incapables d'attachement1 insensibles celui des autres 7,tacite71 elles estiment1 selon les principes poss par ,lysias dans ,platon1 qu'elles peuvent se donner nous avec d'autant plus 99 d'utilit et d'avantage1 que nous les aimons moins2 et il arrive alors que1 comme au thtre1 le public y a autant et mme plus de plaisir que les acteurs4 ,pour moi1 je ne connais pas plus ,vnus sans ,cupidon qu'une maternit sans progniture1 ce sont choses qui vont ensemble et dcoulent l'une de l'autre4 ,au surplus1 cette tromperie se retourne contre celui qui la commet2 si elle ne lui cote gure1 elle n'aboutit par contre rien qui vaille4 ,ceux qui ont fait de ,vnus une desse ont considr que sa beaut est surtout immatrielle et spirituelle2 or la jouissance que cette sorte de gens y cherchent est toute sensuelle1 ce n'est pas celle que l'homme devrait se proposer1 ce n'est mme pas celle de la brute4--,les animaux ne la veulent pas grossire et matrielle ce point2 nous voyons leur imagination et leurs dsirs souvent sollicits et surexcits avant leurs organes2 qu'ils soient de l'un ou de l'autre sexe1 on les voit dans le nombre apporter du choix dans leurs affections1 des prfrences1 et l'attachement qu'ils ont depuis longtemps les uns pour les autres dterminer souvent leur accouplement4 ,ceux mmes chez lesquels l'ge a tari la vigueur physique1 frmissent encore1 hennissent1 tressaillent d'amour4 ,nous les constatons pleins de convoitise et d'ardeur1 avant le fait2 nous les voyons aprs1 quand le corps n'est plus en action1 se complaire encore ce doux souvenir2 il y en a qui1 s'en montrant fiers1 font entendre des chants de joie et de triomphe et tombent extnus et repus4 ,qui n'y cherche qu' se dcharger d'une ncessit que nous impose la nature1 n'a que faire de la coopration d'autrui et d'y mler tant d'apprts2 ce n'est pas l un mets destin apaiser une faim gloutonne et excessive4 ,ide qu'il donne de ses amours2 les grces du corps l'emportent ici sur celles de l'esprit1 bien que celles-ci y aient aussi leur prix4--,comme quelqu'un qui ne demande pas qu'on le tienne pour meilleur qu'il n'est1 je dirai ici un mot des erreurs de ma jeunesse4 ,je ne me suis gure adonn aux femmes qui se livrent au premier venu qui les paie1 et cela1 autant par mpris1 qu'en raison du danger qu'y court la sant2 si bien que je m'y sois pris1 je n'en ai pas moins eu subir deux atteintes lgres la vrit et de dbut4 ,j'ai voulu aiguiser ce plaisir par le dsir que j'en avais1 la difficult de le satisfaire et aussi la gloire qui devait m'en revenir4 ,j'aimais la faon de l'empereur ,tibre qui1 dans ses matresses1 recherchait autant la modestie1 la noblesse1 que les autres qualits de la femme2 ou encore la manire de ,flora qui ne se prtait pas qui n'tait au moins dictateur1 consul ou censeur1 et mettait son amour-propre n'avoir que des amants de haut rang4 ,il est certain que les perles et le brocart donnent de la saveur la chose1 de mme les titres que l'on porte et le train de vie que l'on mne4 ,en outre je faisais grand cas de l'esprit1 pourvu toutefois que le physique ne laisst pas compltement dsirer2 car pour tre franc1 si l'un ou l'autre de ces deux genres de beaut et d ncessairement faire dfaut1 j'eusse plutt renonc celle de l'esprit4 ,celui-ci a sa place dans les meilleures choses2 mais en amour1 o la vue et le toucher prdominent1 on arrive quand mme quelque chose sans ses grces1 et rien sans les charmes physiques4 ,la beaut c'est l le vritable avantage qu'ont les femmes2 elle leur appartient d'une faon si exclusive1 que celle de l'homme1 quoique recherche avec quelque variante dans les traits1 est d'autant plus sduisante que la physionomie encore enfantine et imberbe une vague ressemblance avec celle de la femme4 ,on dit que chez le ,grand ,seigneur les adolescents qui1 en nombre infini1 sont1 en raison de leur beaut1 attachs son service1 sont congdis au plus tard quand ils ont vingt-deux ans4--,la raison1 la prudence1 les services que peut rendre l'amiti1 se trouvent un plus haut degr chez les hommes que chez la femme1 aussi gouvernent-ils les affaires de ce monde4 ,un troisime commerce dont l'homme a la disposition1 est celui des livres2 c'est le plus sr1 le seul qui ne dpende pas d'autrui2 les livres consolent ,montaigne dans sa vieillesse et dans la solitude4--,ces deux commerces1 l'un avec les hommes par une conversation libre et familire1 l'autre avec les femmes par l'amour1 sont alatoires et dpendent d'autrui2 l'un a l'inconvnient qu'il ne peut avoir lieu qu' de trop rares intervalles1 l'autre qu'il perd de son agrment avec l'ge2 aussi n'eussent-ils pas suffi aux besoins de ma vie4 ,le commerce des livres1 qui est le troisime1 est de beaucoup plus certain et plus nous2 il n'a pas les avantages des deux premiers1 mais il a pour lui que nous pouvons facilement et tous moments y avoir recours4 ,constamment ma porte durant tout le cours de mon existence1 il m'assiste en tous lieux1 en toutes circonstances1 me console dans la vieillesse et la solitude1 me dcharge du poids d'une oisivet ennuyeuse1 et me dbarrasse1 toute heure1 de gens dont la prsence me contrarie2 il amortit enfin les lancements de la douleur1 lorsqu'elle n'est pas trop aigu1 et qu'elle ne l'emporte pas sur tout palliatif4 ,pour me distraire d'une ide importune1 il n'est rien comme de recourir aux livres2 ils s'emparent aisment de moi et me la font perdre de vue4 ,jamais ils ne se blessent de ce que je ne les recherche qu' dfaut des satisfactions plus relles1 plus vives1 plus naturelles que procure la frquentation des hommes et de la femme1 et toujours ils me font mme figure4 ,il n'y a pas grand mrite1 dit-on1 aller pied1 pour qui mne aprs lui son cheval par la bride2 et notre ,jacques1 roi de ,naples et de ,sicile1 beau1 jeune1 bien portant1 qui1 en voyage1 se faisait transporter sur une civire1 couch sur un mchant oreiller de plumes1 vtu d'une robe de drap gris1 avec un bonnet de mme toffe1 suivi1 malgr cela1 d'une grande pompe royale3 litires1 chevaux de main de toutes sortes1 gentilshommes et officiers1 faisait preuve d'une austrit facile endurer et peu mritoire2 le malade qui a la gurison sous la main1 n'est pas plaindre4--,c'est dans l'application et l'exprience que j'ai faites de cette maxime1 qui est trs juste1 que consiste tout le fruit que je tire des livres4 ,je ne m'en sers1 en effet1 pas beaucoup plus que ceux qui n'en ont pas2 j'en jouis comme les avares de leurs trsors1 par le seul fait que je sais que je pourrai en jouir quand il me plaira2 ce droit de possession suffit mon me qui s'en contente4 ,je ne voyage jamais sans livres1 que ce soit en paix ou que ce soit la guerre2 toutefois1 il se passera des jours1 des mois sans que je m'en serve4 ,ce sera pour tantt1 dis-je1 ou pour demain1 ou pour quand cela me conviendra2 et le temps s'coule1 passe1 sans m'tre charge4 ,je ne saurais dire combien c'est un repos et un dlassement pour moi1 que la pense que je les ai sous la main et puis y prendre plaisir mon heure2 je ne puis reconnatre assez de quel secours ils me sont dans la vie4 ,ils constituent les meilleures provisions que j'aie pu me procurer1 pour ce voyage qu'est la vie de l'homme1 et je plains extrmement les gens intelligents qui en sont privs4 ,j'accepte d'autant mieux tout autre passe-temps qui se prsente si lger qu'il soit1 que je sais que celui-ci ne peut me faire dfaut4 ,sa bibliothque est son lieu de retraite prfr2 description qu'il en donne4--,chez moi1 je suis assez souvent dans ma bibliothque1 d'o1 d'un coup d'il1 je vois tout ce qui se passe dans ma maison4 ,de l'entre1 j'aperois en contre-bas le jardin1 la basse-cour1 la cour1 et plonge dans la plupart des pices4 ,a un moment j'y feuillette un livre1 puis c'est un autre1 et cela sans ordre1 sans dessein prconu1 btons rompus4 ,tantt j'y rve1 tantt je prends des notes ou dicte1 en me promenant1 les rveries qui sont consignes ici4--,cette bibliothque est au troisime tage d'une tour4 ,au premier1 est ma chapelle2 au second1 une chambre et ses dpendances1 o je couche souvent quand je veux tre seul2 au-dessus se trouve une vaste garde-robe4 ,jadis1 ce local tait inutilis2 j'y passe la plus grande partie de mes journes et la plupart des heures du jour2 je n'y vais jamais la nuit4 ,lui faisant suite1 se trouve un cabinet assez bien dcor1 o l'on peut faire du feu l'hiver et d'o l'on a une jolie vue2 et1 si je ne redoutais autant l'embarras que la dpense rsultant du travail que cela ncessiterait et durant lequel je ne pourrais me livrer aucune occupation1 je pourrais facilement construire de chaque ct et y attenant une galerie de cent pas de long sur douze de large1 qui serait de plain-pied2 les murs de soutnement existent et ont la hauteur voulue1 levs qu'ils ont t dans un autre but4 ,tout lieu dont on veut faire un lieu de retraite1 doit avoir un promenoir2 mes penses sommeillent quand je suis assis2 mon esprit ne marche pas seul1 il semble qu'il faille que mes jambes lui communiquent leur mouvement2 et ceux qui tudient sans le secours des livres1 en sont tous l4--,la pice1 sauf dans la partie o se trouvent ma table et mon sige et o la paroi est en ligne droite1 est de forme circulaire1 ce qui me permet d'apercevoir tous mes livres disposs tout autour1 sur cinq ranges de tablettes2 il s'y trouve trois fentres d'o l'on a une vue belle et tendue2 l'espace demeur libre a seize pas de diamtre4 ,en hiver1 j'y suis moins continuellement1 parce que ma maison est1 comme l'indique son nom1 juche sur un tertre et que1 de toutes ses pices1 celle-ci est la plus vente2 qu'en outre1 elle est loigne et d'accs un peu pnible1 ce qui me plat assez1 tant par l'exercice auquel cela m'astreint que parce que cela me dlivre de l'importunit des gens4 ,c'est l mon repaire2 j'essaie de faire que ce coin soit mon domaine exclusif et demeure en dehors de toute communaut avec ma femme1 ma fille et n'importe quels autres2 partout ailleurs1 j'ai bien autorit1 mais elle est plus nominale que relle et plus vague que directe4 ,bien misrable1 en effet1 mon sens1 celui qui1 chez soi1 n'a pas o tre chez soi1 o ne songer qu' soi1 o se cacher6 ,l'ambition fait payer cher ses faveurs ses esclaves1 en les mettant toujours en vidence1 comme une statue sur un champ de foire3 ,une grande situation est une grande servitude 7,snque72 ils n'ont nulle part o s'isoler1 pas mme dans leur cabinet d'aisances4 ,je ne trouve rien de si pnible dans la vie austre qu'embrassent les religieux que cette rgle1 que je vois se pratiquer dans certaines congrgations1 d'tre perptuellement runis dans un mme local1 formant ainsi une nombreuse assistance constamment tmoin des actes de chacun2 je trouve en quelque sorte plus supportable d'tre toujours seul1 que de ne pouvoir l'tre jamais4 ,les ,muses sont le dlassement de l'esprit4 ,dans sa jeunesse1 ,montaigne tudiait pour briller2 depuis l'ge mr1 pour devenir plus sage2 devenu vieux1 il tudie pour se distraire4--,quelqu'un qui me dirait que c'est avilir les ,muses que de ne s'en servir que comme jouet et comme passe-temps1 ignorerait ce que valent ce plaisir1 ce jeu1 ce passe-temps que j'apprcie si bien1 que peu s'en faut que je ne dise qu'il est ridicule de s'en proposer autre chose4 ,je vis au jour le jour1 et1 ne vous en dplaise1 ne vis que pour moi et n'aspire rien de plus4 ,quand j'tais jeune1 j'tudiais pour briller2 plus tard1 un peu pour gagner en sagesse2 maintenant1 je le fais pour me distraire2 jamais cela n'a t pour en retirer profit4 ,cdant un sentiment bien frivole1 j'ai beaucoup dpens pour mes livres1 non seulement pour pourvoir mes besoins1 mais1 par surcrot1 pour satisfaire ma vanit et me donner le luxe d'augmenter les volumes de ma bibliothque2 il y a longtemps que cela ne m'est plus arriv4 ,le commerce des livres a1 lui aussi1 ses inconvnients2 il n'exerce pas le corps et1 de ce fait1 est1 dans la vieillesse surtout1 prjudiciable la sant4--,les livres sont1 sous bien des rapports1 d'un bien grand agrment pour qui sait les choisir2 mais il n'est pas de bien sans peine1 et le plaisir qu'ils procurent n'est pas plus que les autres net et pur4 ,il a ses inconvnients et des inconvnients trs srieux3 l'me s'y exerce1 mais1 pendant ce temps1 le corps1 dont il ne faut pas oublier les soins qu'il rclame1 demeure inactif1 ce qui amne en lui de l'abattement et de la tristesse4 ,je ne connais pas d'excs qui1 au dclin de la vie1 me soit plus prjudiciable et que je doive plus viter4 ,ce sont l mes trois occupations favorites1 d'entre celles que je pratique le plus1 indpendamment des obligations que me crent vis--vis du monde mes devoirs civiques et de socit4 ,,chapitre ,,iv4 ,de la diversion4 ,c'est par la diversion que l'on peut arriver calmer les plus vives douleurs2 on console mal par le raisonnement4--,j'ai t autrefois charg de consoler une dame qui tait dans une relle affliction2 99 car la plupart des deuils chez les personnes de ce sexe ne sont pas naturels1 c'est surtout affaire de crmonie3 ,une femme a toujours des larmes toutes prtes qui1 sur commande1 coulent en abondance 7,juvnal74 ,on ne s'y prend pas bien en cherchant les arrter dans ces manifestations1 car toute opposition les excite et les porte davantage encore la tristesse2 on exaspre le mal par la jalousie qu'il ressent d'tre contrecarr4 ,chaque jour1 dans nos conversations1 lorsque ce que nous avons dit sans y mettre d'importance vient tre contest1 ne nous arrive-t-il pas de nous en formaliser et de nous y attacher alors souvent beaucoup plus qu' ce qui serait pour nous d'un rel intrt8 ,et puis1 en allant ainsi directement au but1 en vous opposant franchement leur tristesse1 votre entre en matire est brutale1 tandis que les premiers rapports du mdecin avec son patient doivent tre gracieux1 gais1 agrables2 jamais docteur laid et rechign n'a russi4 ,il faut1 au contraire1 ds l'abord1 aider et provoquer leurs panchements1 tmoigner qu'on approuve leur douleur et qu'on l'excuse4 ,cette complicit vous fait gagner qu'on vous accorde de passer outre et1 par trahison facile et insensible1 vous arrivez faire entendre des paroles plus fermes1 propres amener gurison4--,en la circonstance1 dsireux de surprendre1 par mon savoir-faire1 l'assistance qui avait les yeux sur moi1 je m'avisai de combattre le mal visage dcouvert4 ,je reconnus bientt1 par l'effet produit1 que je m'y tais mal pris et que je n'arriverais pas persuader2 mes raisonnements sont d'habitude trop incisifs et pas assez insinuants1 j'agis ou trop brusquement ou avec pas assez d'nergie4 ,aussi1 aprs quelques moments employs calmer sa peine1 je n'essayai pas de l'en gurir par de fortes et impressionnantes raisons1 parce que je n'en trouvais pas et que je pensais produire plus srement mon effet d'autre faon4 ,ce ne fut pas non plus en faisant un choix parmi les moyens divers de consolation que la philosophie met notre disposition1 tels que3 ,ce dont on gmit n'est pas un mal1 comme dit ,clanthe2 ou selon les ,pripatticiens1 n'est qu'un mal lger2 ou encore1 d'aprs ,chrysippe3 ,la plainte n'est chose ni juste1 ni lgitime4 ,je ne suivis pas davantage le conseil d'picure consistant reporter sa pense des choses attristantes sur d'autres qui vous distraient1 ce qui pourtant rentre assez dans ma manire de faire4 ,laissant de ct ces divers procds que ,cicron recommande de mettre en jeu propos1 je fis dvier insensiblement la conversation1 l'inflchissant peu peu vers des sujets qui s'y rattachaient1 puis1 au fur et mesure que mon interlocutrice se confiait davantage en moi1 sur d'autres qui avaient de moins en moins de rapport avec son chagrin1 je l'arrachai sans qu'elle s'en doutt ses penses douloureuses et l'amenai retrouver du calme et faire bonne contenance tout le temps que je demeurai2 en un mot1 je crai une diversion4 ,ceux qui1 aprs moi1 s'employrent consoler cette dame1 n'en furent pas plus avancs parce que ce n'tait pas la racine du mal que j'avais port la cogne4 ,a la guerre1 les diversions se pratiquent utilement pour loigner d'un pays un ennemi qui l'a envahi et pour gagner du temps4--,ailleurs1 dans le cours de mon livre1 j'ai eu occasion de citer des diversions intervenues dans des affaires publiques2 il en est fait frquemment usage la guerre1 ainsi que le relate l'histoire1 l'instar de ,pricls dans la guerre du ,ploponse et de mille autres1 pour loigner d'un pays les forces ennemies qui l'ont envahi4--,ce fut un ingnieux artifice que celui auquel eut recours1 ,lige1 le sieur d',himbercourt qui lui dut son salut1 lui et quelques autres envoys avec lui dans cette ville1 qu'assigeait le duc de ,bourgogne1 pour veiller l'excution des conditions de capitulation de la place qui s'tait rendue4 ,le peuple1 convoqu durant la nuit pour cette mise excution1 commena s'ameuter contre les conventions passes1 et plusieurs proposrent de courir sus aux ngociateurs qu'ils tenaient en leur pouvoir4 ,au premier avis qu'il eut de l'approche des premires bandes de ces gens se ruant sur son logis1 le sieur d',himbercourt leur dpcha immdiatement deux habitants de la ville 7il en avait quelques-uns prs de lui71 chargs de faire au conseil qui reprsentait la population1 de nouvelles offres moins rigoureuses1 qu'il avait sur-le-champ imagines pour parer la difficult de la situation4 ,ces deux messagers arrtrent le flot des manifestants malgr leur exaspration1 et les ramenrent l'htel de ville pour entendre les propositions qu'ils apportaient et en dlibrer4 ,la dlibration fut courte1 et une foule tumultueuse1 aussi anime que la premire fois1 se porta derechef sur la demeure de l'envoy du duc4 ,d',himbercourt lui dtacha aussitt quatre nouveaux entremetteurs qui1 protestant auprs de ceux qui tenaient la tte du mouvement que1 pour le coup1 ils sont porteurs de propositions beaucoup plus avantageuses qui leur donneront pleine et entire satisfaction1 parviennent1 par leurs assurances1 leur faire rebrousser chemin et se reporter o les meneurs tenaient conseil2 de la sorte1 amusant le peuple par ces temporisations1 variant1 par ces vaines consultations auxquelles il le conviait1 le cours de sa furie1 le ngociateur parvint l'endormir et gagner le jour1 ce qui tait pour lui le point capital4 ,cet autre conte est du mme genre3 ,atalante1 demoiselle d'une beaut parfaite et d'une merveilleuse lgret la course1 consentit1 pour se dfaire des nombreux prtendants qui la demandaient en mariage1 pouser celui qui l'galerait en vitesse1 sous condition que ceux qui seraient vaincus1 perdraient la vie4 ,il s'en trouva quelques-uns qui1 jugeant que le prix valait d'en courir les risques1 furent victimes de ce cruel march4 ,quand1 aprs eux1 vint pour ,hippomne le moment de tenter l'preuve1 il s'adressa la desse qui lui inspirait cet ardent amour1 l'appelant son secours2 celle-ci1 exauant sa prire1 lui remit trois pommes d'or en lui faisant connatre l'usage en faire4 ,une fois en lice1 quand ,hippomne sent sa matresse sur le point de l'atteindre1 il laisse1 comme par mgarde1 chapper une de ses pommes2 ,atalante1 intresse par la beaut de ce fruit1 ne manque pas de se dtourner de sa course pour le ramasser3 ,surprise1 charme par la beaut de cette pomme1 la vierge ralentit son allure pour saisir cet or qui roule ses pieds 7,ovide74 ,il agit de mme au moment opportun avec la seconde1 puis avec la troisime1 si bien que par ce subterfuge et cette diversion1 l'avantage de la course lui demeure4 ,c'est aussi un excellent remde contre les maladies de l'me2 par elle1 on rend moins amers nos derniers moments4 ,socrate est le seul qui1 dans l'attente de la mort1 sans cesser de s'en entretenir1 ait constamment1 durant un long espace de temps1 conserv la plus parfaite srnit4--,quand les mdecins ne peuvent nous dbarrasser d'un catarrhe1 ils le font dvier et se porter sur une partie de notre tre o son action soit moins dangereuse4 ,je constate que c'est galement le remde le plus communment appliqu aux maladies de l'me3 ,il est bon parfois de dtourner l'me vers d'autres gots1 d'autres soins1 d'autres occupations2 souvent il faut essayer de la gurir par un changement de lieu1 comme les malades qui ne sauraient autrement recouvrer la sant 7,cicron74 ,on arrive rarement triompher des maux auxquels elle est en proie1 en les attaquant directement2 on ne parvient ainsi ni aider sa force de rsistance ni diminuer celle du mal1 mais on peut le faire dvier et le transformer4 ,socrate nous donne sur la manire d'envisager les accidents de la vie1 une autre leon1 mais si haute1 d'application si difficile1 qu'il n'appartient qu'aux esprits les plus minents d'avoir possibilit d'y arrter leur pense1 de la mditer et de l'apprcier4 ,il est le seul chez lequel l'attente de la mort n'altre en rien l'humeur ordinaire2 il se familiarise avec cette ide et s'en fait un jeu2 il ne cherche pas de consolation en dehors d'elle3 mourir lui apparat un accident naturel qui le laisse indiffrent2 il y arrte sa pense et s'y rsout sans autre proccupation4--,les disciples d',hgsias1 exalts par les beaux raisonnements qu'il leur inculque1 se donnent la mort en se laissant mourir de faim2 et ils sont si nombreux ceux qui agissent ainsi1 que le roi ,ptolme fait dfendre leur matre de prner dsormais dans son cole un enseignement qui pousse au suicide4 ,ces gens-l ne considraient pas la mort en elle-mme1 ils ne s'en occupaient pas2 ce n'est pas sur elle que leur pense se reportait3 ils rvaient une transformation de leur tre1 et avaient hte qu'elle se ralist4 ,chez les condamns mort la dvotion devient une diversion leur terreur4--,ces malheureux1 prs d'tre excuts1 qu'on voit sur l'chafaud1 pntrs d'une ardente dvotion qui s'est empare de tous leurs sens et laquelle ils apportent toute la ferveur possible1 prtant l'oreille aux instructions qu'on leur donne1 les yeux levs et les mains tendues vers le ciel1 rcitant des prires haute voix avec une motion vive et continue1 font l une chose certainement digne d'loge et approprie aux circonstances2 ils sont louer au point de vue de la religion1 mais non1 proprement parler1 sous celui de la fermet4 ,ils fuient la lutte1 vitent de regarder la mort en face1 comme les enfants qu'on distrait quand on veut leur donner un coup de lancette4 ,j'en ai vu qui1 lorsque leur vue tombait sur les horribles apprts de leur supplice1 en taient terrifis et reportaient1 en quelque sorte avec furie1 leur pense vers autre chose4 ,ne recommande-t-on pas ceux qui ont franchir un vide1 de profondeur telle qu'on peut en prouver de l'effroi1 de fermer et de dtourner les yeux8 ,fermet1 lors de son excution1 de ,subrius ,flavius condamn mort4--,subrius ,flavius devait1 sur l'ordre de ,nron1 tre dcapit de la main mme de ,niger1 comme lui officier de l'arme romaine4 ,amen sur le terrain o devait avoir lieu l'excution et o ,niger avait fait creuser la fosse o devait tre inhume sa victime1 fosse qui avait t faite sans soin et sans rgularit1 ,flavius se tournant vers les soldats qui taient l1 leur dit3 ,ce n'est pas l un travail tel que le comporte une bonne discipline4 ,puis1 s'adressant ,niger qui l'exhortait tenir la tte ferme3 ,puisses-tu seulement frapper avec la mme fermet6 ,et ses pressentiments taient fonds1 car ,niger1 dont le bras tremblait1 dut s'y reprendre plusieurs fois4 ,ce ,flavius semble avoir envisag son sort sans en tre autrement mu1 et sa pense ne pas s'en tre un instant dtourne4 ,dans une bataille1 dans un duel1 l'ide de la mort est absente de la pense des combattants4--,celui qui meurt dans la mle les armes la main1 ne songe pas la mort1 il ne la pressent pas et ne s'en proccupe pas2 l'ardeur du combat le tient tout entier4--,une personne de ma connaissance1 d'un courage incontestable1 se battant en duel en champ clos1 tomba1 et1 tant terre1 fut cribl par son adversaire de neuf dix coups de dague4 ,les assistants1 le croyant perdu1 lui criaient de recommander son me ,dieu2 mais1 il me l'a dit depuis1 bien que ces voix parvinssent son oreille1 elles furent sans effet sur lui3 il ne pensait qu' se tirer d'affaire et se venger1 et le combat se termina par la mort de l'autre4--,celui qui notifia ,l4 ,silanus son arrt de mort1 lui rendit un grand service2 l'entendant lui rpondre qu'il s'attendait bien mourir1 mais non de la main de sclrats1 il se rua sur lui avec ses soldats1 pour l'obliger se rtracter4 ,silanus1 quoique dsarm1 se dfendit obstinment coups de poing et coups de pied et fut tu dans le cours de la bagarre4 ,par le fait de la violente colre qui s'tait empare de lui1 il chappa l'oppression douloureuse que lui auraient cause l'attente de la mort lente laquelle il tait rserv et la vue des prparatifs4 ,dans les plus cruelles calamits1 en face de la mort1 nombre de considrations se prsentent notre esprit1 l'occupent1 le distraient et rendent notre situation moins pnible4--,notre pense est toujours ailleurs2 c'est1 soit l'esprance d'une vie meilleure qui nous arrte et nous soutient1 soit l'espoir des avantages qui peuvent en revenir nos enfants1 soit la gloire qu'en acquerra notre nom dans l'avenir1 ou encore l'ide que nous allons tre affranchis des maux de cette vie1 ou celle de la vengeance qui attend ceux qui sont cause de notre mort3 ,s'il est des dieux justes1 j'espre que tu trouveras ton supplice sur les cueils et qu'en expirant1 tu invoqueras le nom de ,didon2 je le saurai1 le bruit en viendra jusqu' moi dans le sjour des ,mnes 7,virgile74 ,xnophon1 couronn de fleurs1 offrait un sacrifice1 quand on vint lui annoncer la mort de son fils ,gryllus1 tomb la bataille de ,mantine4 ,aux premiers mots de cette nouvelle1 il jeta sa couronne terre2 mais quand1 poursuivant1 on lui apprit de quelle valeur il avait fait preuve en succombant1 il la ramassa et la remit sur sa tte4--,jusqu' picure qui se console de sa fin prochaine1 en songeant l'utilit de ses crits qu'il espre voir passer l'ternit3 ,tous les travaux qui ont de l'clat et sont susceptibles de nous illustrer1 sont faciles supporter 7,cicron74--,une mme blessure1 une mme fatigue1 dit ,xnophon1 ne sont pas de mme poids pour un gnral et pour un soldat4 paminondas se rsigne bien plus allgrement la mort1 quand il sait qu'il a remport la victoire3 c'est l ce qui console1 ce qui adoucit les plus grandes douleurs 7,cicron72 nombre d'autres circonstances nous amusent1 nous distraient et nous dtournent de l'attention que nous serions tents de prter la chose elle-mme4 ,aussi les arguments de la philosophie vont-ils continuellement ctoyant1 contournant ce sujet2 s'ils l'entament1 ce n'est que superficiellement4--,le grand ,znon1 chef de cette cole philosophique des ,stociens qui domine toutes les autres par l'lvation de sa doctrine1 disait en parlant de la mort3 ,aucun mal n'est honorable2 la mort est honorable1 donc elle n'est pas un mal4 ,contre l'ivrognerie1 il s'exprimait ainsi3 ,nul ne confie son secret l'ivrogne1 tout le monde le confie au sage2 le sage ne sera donc pas un ivrogne4 ,est-ce l aller droit au but1 n'est-ce pas biaiser8 ,j'aime voir ces mes d'lite ne pouvoir se dgager de nos errements2 si parfaits qu'ils soient comme hommes1 ce ne sont toujours que des hommes et ils en ont toutes les faiblesses4 ,moyen de dissiper un ardent dsir de vengeance4--,la vengeance est une douce passion qui est naturelle l'homme et a sur nous un grand empire2 je m'en rends bien compte quoique n'en ayant pas fait l'exprience4 ,dernirement1 pour en dtourner un jeune prince1 je ne lui dis pas1 suivant le prcepte de la charit1 qu' celui qui vous a frapp sur une joue il faut tendre l'autre2 je ne lui reprsentai pas davantage les consquences tragiques que la posie attribue cette passion4 ,n'en prononant mme pas le nom1 je me mis lui faire goter la beaut des sentiments contraires3 l'honneur1 la popularit1 l'affection qu'il acquerrait en se montrant bon et clment2 je fis une diversion en mettant en veil son ambition4 ,c'est ainsi qu'il faut procder4 ,c'est encore par la diversion qu'on se gurit de l'amour et de toute autre passion2 le temps1 qui calme tout1 agit de la mme faon4--,si en amour l'affection risque de vous entraner au del de ce qui doit tre1 c'est l1 dit-on1 une disposition qui est combattre par une diversion4 ,et l'on dit vrai2 je l'ai souvent essay avec succs4 ,rompez-en la violence1 en diversifiant vos dsirs2 mme1 il n'y a pas inconvnient ce que1 si vous le voulez1 l'un d'eux prime et domine les autres1 toutefois de peur qu'il ne vienne vous absorber et vous tyranniser1 affaiblissez-le1 amortissez-le1 en ne lui consacrant pas une attention exclusive et multipliant vos distractions3 ,lorsque vous tes tourment par de trop ardents dsirs 7,perse71 assouvissez-les sur le premier objet qui s'offre 7,lucrce72 seulement pourvoyez-y de bonne heure1 de peur que vous n'ayez peine recouvrer votre libert une fois qu'il se sera empar de vous1 qu' de premires blessures vous n'ajoutiez de nouveaux coups1 que de nouvelles motions n'effacent les anciennes 7,lucrce74 ,j'ai prouv jadis1 en raison de ma nature impressionnable1 un violent chagrin1 plus justifi encore qu'il n'tait violent2 j'en eusse peut-tre t accabl1 si je m'tais uniquement fi mes propres forces4 ,une diversion nergique tait indispensable pour m'en distraire3 je me fis amoureux par calcul1 en mme temps que pour me livrer une tude de ce sentiment2 mon ge du reste s'y prtait1 et l'amour me soulagea me dlivrant du mal que l'amiti m'avait caus4--,il en est de mme pour tout2 ds qu'une ide pnible me tient1 je trouve plus simple de changer le cours de mes penses1 plutt que d'essayer de la surmonter2 je lui substitue une ide contraire si je puis1 ou tout au moins une qui soit autre2 toujours le changement me soulage1 dissout et dissipe l'ide qui m'oppresse4 ,si je ne puis la combattre1 je lui chappe1 et1 tout en fuyant1 je cherche l'garer et ruse avec elle2 je change de lieu1 d'occupation1 de compagnie1 j'accumule pour me sauver les amusements1 les sujets de mditation1 pour faire qu'elle perde ma trace et m'abandonne4 ,la nature procde de mme1 elle met notre versatilit profit2 c'est par l qu'agit surtout le temps qu'elle nous a donn comme souverain remde nos passions2 en alimentant encore et encore notre imagination d'affaires de toutes sortes1 il dsagrge et altre l'impression premire si forte qu'elle soit4 ,un sage ne songe gure moins son ami mort depuis vingt-cinq ans1 que s'il n'y avait qu'un an2 d'aprs picure1 son impression demeure celle des premiers jours2 il n'estimait pas1 en effet1 que les sensations pnibles soient attnues ni parce qu'elles ont t prvues1 ni par le long temps auquel elles remontent2 mais tant d'autres penses s'entremlent aux premires1 que celles-ci perdent leur acuit et finissent par se lasser4 ,de mme1 en dtournant l'attention1 on fait tomber un bruit public qui vous offense4--,pour dtourner de lui l'attention publique1 ,alcibiade coupe les oreilles et la queue un beau chien qu'il possde et le chasse par les rues de la ville1 afin que la foule1 ayant l sujet de babiller1 ne s'occupe pas de ses autres faits et gestes4--,j'ai connu aussi des femmes qui1 dans le but de dtourner d'elles les conversations et les suppositions des gens et dsorienter les bavards1 cachaient leurs vritables affections sous d'autres simules4 ,j'en ai vu une qui1 cherchant donner le change l'opinion1 s'est laiss prendre pour tout de bon1 rompant avec le sentiment qu'elle prouvait rellement au dbut1 pour suivre celui qui tout d'abord tait feint4 ,j'ai appris de la sorte1 par cet exemple1 que ceux que ces dames favorisent sont bien sots de consentir de telles supercheries2 il faudrait vraiment que celui qui s'entremet ainsi pour vous servir et auquel sont rservs bon accueil et entretiens intimes en public1 soit bien maladroit pour ne pas finir par prendre votre place et vous envoyer la sienne4 ,c'est ce qui vulgairement s'appelle tailler et coudre un soulier pour qu'un autre le chausse4 ,un rien suffit pour attirer et dtourner notre esprit2 en prsence mme de la mort les objets les plus frivoles entretiennent en nous le regret de la vie4--,il faut peu de chose pour nous distraire et dtourner notre attention parce que peu de chose nous captive4 ,nous n'envisageons gure les choses dans leur ensemble et dgages de toute considration trangre2 ce qui nous frappe1 ce sont des circonstances ou des dtails de peu d'importance et tout superficiels1 et la forme1 si frivole soit-elle1 l'emporte sur le fond1 comme ces enveloppes lgres dont les cigales se dpouillent en t 7,lucrce74 ,ce qui rappelle ,plutarque sa fille regrette1 ce sont ses espigleries quand elle tait enfant4 ,le souvenir d'un adieu1 d'un fait1 d'un geste gracieux1 d'une recommandation dernire nous afflige4 ,la robe de ,csar promene dans ,rome troubla la ville entire plus que sa mort ne l'avait fait4 ,il en est de mme de ces expressions qui nous tintent sans cesse aux oreilles3 ,mon pauvre matre6 ou ,mon grand ami6 ,hlas1 mon pre chri6 ,ma bonne fille6 ,quand j'entends ces banalits et que j'y regarde de prs1 je trouve que ce sont tout simplement des plaintes tires d'un vocabulaire1 99 des sons sans signification relle dont les termes et le ton me blessent2 ils me rappellent les exclamations des prdicateurs qui souvent par l meuvent leur auditoire1 plus que par les raisons qu'ils exposent2 ou encore l'impression que nous cause la voix plaintive des btes que l'on tue pour notre service4 ,sans que j'analyse ni dveloppe la cause vritable et gnrale de cet effet1 c'est ainsi que la douleur s'excite d'elle-mme 7,lucrce71 c'est surtout par l que nous manifestons notre deuil4 ,la persistance des graviers que je rends1 m'a parfois occasionn1 particulirement quand ils sjournent dans la verge1 des rtentions d'urine de longue dure1 de trois et quatre jours1 me faisant courir risque de la mort1 au point que c'et t folie de penser l'viter1 et mme de dsirer qu'elle ne vnt pas1 tant sont cruelles les souffrances que cet tat m'occasionne4 ,oh6 que ce bon empereur1 qui faisait lier l'extrmit de la verge aux criminels1 pour les faire mourir faute de pouvoir uriner1 tait pass matre en la science du bourreau6 ,en tant l1 je considrais par combien de causes lgres1 d'objets futiles mon imagination faisait natre en moi le regret de quitter la vie2 quels riens craient en mon me de la difficult et donnaient de l'importance ce dmnagement2 combien de frivolits je songeais un moment si srieux3 un chien1 un cheval1 un livre1 un verre1 tout en vrit1 taient pour moi des sujets de proccupation1 pour le cas o je disparatrais2 chez d'autres1 ce sont d'ambitieuses esprances1 leur bourse1 leur science qui les proccupent non moins sottement mon avis4 ,je vois la mort avec indiffrence quand je la considre comme1 d'aprs une loi universelle1 le point auquel aboutit fatalement la vie4 ,je la brave d'une faon gnrale1 mais en dtail je suis moins rsolu2 les larmes d'un laquais1 la distribution de ma dfroque1 une connaissance qui me serre la main1 une consolation banale me dsolent et m'attendrissent4 ,c'est le mme trouble que nous causent les plaintes que nous lisons dans les rcits fabuleux1 o les regrets de ,didon et d',ariane1 dcrits dans ,virgile et dans ,catulle1 passionnent ceux mmes qui n'y croient pas4 ,c'est le fait d'une nature obstine et dure de n'en ressentir aucune motion1 ce qui1 chose extraordinaire1 tait1 dit-on1 le cas de ,polmon2 mais ne dit-on pas aussi de lui qu'un chien enrag le mordant1 put lui emporter tout le gras du mollet sans que son visage plit4 ,nulle sagesse n'est parvenue concevoir la cause de la tristesse si vive1 si complte que notre imagination peut faire natre en nous1 alors que n'y parvient pas la ralit quand bien mme y ont part les yeux et les oreilles1 organes que n'impressionnent cependant pas des accidents imaginaires4 ,souvent l'orateur et le comdien arrivent ressentir en ralit les sentiments qu'ils cherchent communiquer leur auditoire4--,c'est sans doute la raison qui fait que les arts eux-mmes usent et mettent profit notre faiblesse et notre btise naturelles4 ,l'orateur1 est-il profess dans les coles de rhtorique1 devra1 dans cette farce qu'est un plaidoyer1 s'mouvoir au son de sa propre voix et sous l'effet de l'agitation laquelle il semblera en proie2 il se laissera tromper par la passion qu'il dpeint dans cette comdie qu'il joue1 se donnera toutes les apparences d'un deuil vrai et sincre pour communiquer ces sentiments aux juges que cela touche moins encore1 comme il advient chez ces personnes qu'on loue pour assister aux crmonies mortuaires et donner plus d'apparat aux funrailles1 qui vendent leurs larmes et leur tristesse dans la mesure o on les leur achte et chez lesquelles il en est qui1 tout en rglant leur motion suivant ce qui est de convention1 en arrivent1 par l'habitude et la contenance qu'elles prennent1 se pntrer tellement de leur rle qu'une mlancolie relle finit par les gagner4--tant all1 avec quelques autres de ses amis1 conduire ,soissons le corps de ,m4 de ,grammont qui avait t tu au sige de la ,fre1 je remarquai que1 partout o nous passions1 les gens que nous rencontrions se lamentaient et pleuraient la seule vue du convoi que nous formions1 car ils ne connaissaient mme pas le nom du trpass4--,quintilien raconte avoir vu des comdiens si fort entrs dans un rle de deuil1 qu'ils en pleuraient encore une fois rentrs chez eux2 et qu'il lui tait arriv lui-mme d'avoir t tellement mu de sentiments qu'il avait cherch inculquer d'autres1 qu'il les avait partags au point de se surprendre non seulement pleurant1 mais le visage ple et dans l'attitude de quelqu'un vraiment accabl de douleur4 ,singulier moyen que nous mettons en uvre pour faire diversion la douleur que nos deuils peuvent nous causer4--,dans un pays proche de nos montagnes1 les femmes font le prtre ,martin2 non seulement elles avivent les regrets qu'elles prouvent de la perte d'un mari1 en rappelant les bonnes et agrables qualits qu'il avait1 mais1 revenant du mme coup en arrire1 elles publient galement ses imperfections1 comme pour se mnager elles-mmes quelques compensations et faire1 par le ddain1 diversion leur piti4 ,en cela1 elles ont encore meilleure grce que nous qui1 en les mmes circonstances1 la perte de quelqu'un que nous connaissons peine1 nous vertuons lui prodiguer des loges aussi nouveaux pour lui que peu mrits et le dpeignons1 alors qu'il n'est plus1 tout autre qu'il nous apparaissait lorsqu'il tait encore de ce monde1 comme si le regret tait une source de renseignements indits1 nous rvlant chez le dfunt des qualits jusqu'alors inconnues1 ou que les larmes1 lavant notre entendement1 lui donnent plus de lucidit4 ,ds maintenant1 je renonce aux tmoignages favorables qu'on voudra exprimer sur mon compte1 non parce que j'en serai indigne1 mais parce que je serai mort4 ,nous nous laissons frquemment influencer par de purs effets d'imagination2 parfois1 il n'en faut pas davantage pour nous porter aux pires rsolutions4--,quelqu'un auquel on demanderait quel intrt il a prendre part un sige auquel il assiste1 rpondra3 ,c'est en raison de l'exemple qui m'est donn1 de l'obissance que nous devons tous notre prince1 que je m'y trouve2 je ne prtends en retirer aucun profit2 quant la gloire1 je sais combien est faible la part qui peut en revenir un simple particulier comme moi2 je n'y apporte ni entranement1 ni animosit4 ,voyez-le pourtant le lendemain son rang de bataille1 au moment de l'assaut3 il est transform1 il bout1 il rougit de colre2 cette fureur qu'il ne manifestait pas hier1 cette haine qu'il a au cur1 ce sont le reflet tincelant de tant d'acier1 le feu1 le tintamarre que produisent les canons et les tambours1 qui les ont fait sourdre en lui4 ,quelle cause futile6 direz-vous4 ,comment6 vous croyez qu' cela il y a une cause8 ,il n'en est pas besoin pour agiter notre me2 une simple rverie1 qui n'a ni corps ni sujet d'tre1 la gouverne et la trouble4 ,que je me mette faire des chteaux en ,espagne1 mon imagination s'y forge avantages et plaisirs dont mon me tressaille d'aise et se rjouit4 ,combien de fois aussi ces mmes songes font-ils que la colre et la tristesse nous envahissent1 et que nous nous livrons de fantastiques ides qui altrent en nous le corps et l'me4 ,que de grimaces peignant l'tonnement1 le comique1 la confusion1 nos rves amnent sur notre visage2 que de soubresauts1 d'agitations ne communiquent-ils pas nos membres et la voix6 ,ne dirait-on pas que cet homme1 qui est seul1 semble avoir la vision de gens en grand nombre avec lesquels il dispute1 ou d'un dmon intrieur qui le perscute8 ,interrogez-vous vous-mmes sur la cause de semblables illusions2 est-il dans la nature autre chose en dehors de nous1 sur laquelle ce qui n'est pas ait action8--,cambyse1 la suite d'un songe o son frre lui tait apparu comme devant devenir roi de ,perse1 le fit mourir2 et ce frre1 il l'aimait et avait toujours eu confiance en lui4--,aristodme1 roi des ,messniens1 se tua1 parce que l'ide lui vint que je ne sais quel hurlement de son chien tait de mauvais augure4--,le roi ,midas1 la suite d'un songe dplaisant qu'il avait eu1 en fit autant1 tant il en prouva de trouble et de contrarit4--,c'est faire de la vie exactement le cas qu'elle vaut1 que de la quitter pour un songe4 ,regardez cependant combien notre me triomphe des misres qu'endure le corps1 de sa faiblesse1 de ce qu'il est en butte toutes les offenses et altrations2 il lui appartient vraiment bien d'en parler6 ,o premier argile1 faonne si malheureusement par ,promthe6 ,qu'il apporta donc peu de sagesse la confection de son uvre6 ,il n'a vu que le corps dans son art1 sans se proccuper de l'esprit2 c'est pourtant par l'esprit qu'il et d commencer 7,properce76 ,,chapitre ,v4 ,a propos de quelques vers de ,virgile4 ,la vieillesse est si naturellement porte vers les ides tristes et srieuses que1 pour se distraire1 elle a besoin de se livrer quelquefois des accs de gat4--,a mesure que nos rflexions ayant un caractre d'utilit1 sont plus srieuses et plus approfondies1 elles deviennent plus embarrassantes et plus pnibles2 le vice1 la mort1 la pauvret1 les maladies sont des sujets graves1 sur lesquels nous ne pouvons mditer longtemps sans fatigue4 ,il faut avoir l'me bien instruite des moyens de rsister au mal et de le combattre1 des rgles qui font que notre vie et notre foi sont dans la voie droite1 et souvent lui rappeler cette belle tude et l'y exercer2 mais1 si cette me appartient un milieu rentrant dans la catgorie gnrale1 il faut procder par intermittences et avec modration2 elle s'affolerait1 si on lui imposait une application trop continue4--,j'avais besoin1 quand j'tais jeune1 de m'avertir et de me raisonner pour demeurer dans le devoir2 car l'allgresse et la sant ne se prtent gure1 dit-on1 aux raisonnements srieux et sages2 aujourd'hui que ma situation est autre1 les misres de la vieillesse ne m'avertissent que trop1 elles m'assagissent et me sermonnent4 ,de l'excs de gat1 je suis tomb dans celui de la svrit1 qui est un tat plus fcheux2 c'est pourquoi1 maintenant1 de parti pris1 je me livre un peu la dbauche1 laissant parfois mon esprit s'abandonner des penses foltres et d'un autre ge qui le reposent4 ,je ne suis1 cette heure1 que trop rassis1 trop lourd1 trop mr2 les ans me sont chaque jour une leon qui m'invite au calme et la temprance4 ,mon corps fuit tout cart et les redoute2 c'est lui qui1 son tour1 porte mon esprit se ranger2 son tour il le rgente et plus rudement et d'une faon plus imprieuse qu'il ne l'a t lui-mme par lui2 que je dorme ou que je veille1 il ne me laisse pas chmer une heure sans m'entretenir de la mort1 de la patience et de la pnitence4 ,je me dfends aujourd'hui contre la temprance1 comme autrefois contre la volupt2 elle me tire tellement en arrire1 que j'en deviens stupide4 ,or1 je veux demeurer matre de moi tous gards2 la sagesse1 elle aussi1 a ses excs et n'a pas moins besoin d'tre modre que la folie4 ,aussi1 de peur que par excs de prudence je me dessche1 me tarisse et compromette mon tat1 dans les intervalles o mes souffrances me laissent du rpit1 de peur que mon me ne soit trop attentive ses maux 7,ovide71 je dvie tout doucement1 je dtourne les yeux de ce ciel orageux et nbuleux que j'ai devant moi et que1 ,dieu merci1 je considre bien sans effroi mais non sans effort1 ni sans que ma pense s'y reporte2 et me voil m'amusant du souvenir des folies de ma jeunesse passe2 mon esprit1 soupirant aprs ce qu'il a perdu1 se rejette tout entier dans le pass 7,ptrone74 ,que l'enfant porte ses regards en avant de lui et le vieillard en arrire2 n'est-ce pas l ce que signifiait le double visage de ,janus6 ,a ces moments1 les ans peuvent m'entraner s'ils le veulent1 mais ce sera reculons2 tant que mes yeux pourront reconnatre cette belle saison qui pour moi n'est plus1 j'y reporterai mes regards de temps autre2 si elle s'chappe de mon sang et de mes veines1 du moins je ne veux pas en draciner l'image de ma mmoire3 ,c'est vivre deux fois1 que de vivre de sa vie passe 7,martial74 ,aussi ,montaigne saisit-il toutes les occasions de goter quelque plaisir et pense qu'il vaut mieux tre moins longtemps vieux1 que vieux avant de l'tre4--,platon recommande aux vieillards d'assister aux exercices1 aux danses et tous les jeux de la jeunesse1 pour se rjouir par les autres de la souplesse et de la beaut physique qu'ils n'ont plus et se ressouvenir des grces et des avantages de cet ge si verdoyant4 ,il veut que dans ces bats dont ils seront les tmoins1 ils attribuent l'honneur de la victoire au jeune homme qui aura le plus distrait et caus de sensations agrables au plus grand nombre d'entre eux4--,autrefois1 je notais comme journes extraordinaires les jours lourds et sombres2 actuellement1 ils sont passs chez moi l'tat d'habitude1 ce sont les jours beaux et sereins qui sont devenus rares2 je suis en passe de me fliciter1 comme d'une faveur nouvelle1 quand je ne souffre de nulle part4 ,je puis me chatouiller1 je n'arrive plus arracher un pauvre rire ce mchant corps2 je ne m'gaie qu'en ide et en songe1 dtournant par cette ruse les chagrins de la vieillesse2 mais il me 99 faudrait certes bien quelque autre remde qu'un rve6 c'est un assaut o l'art lutte vainement contre la nature4--,quelle grande simplicit d'esprit que de prolonger1 comme nous le faisons tous1 les incommodits humaines1 d'anticiper sur leur venue en nous sevrant des jouissances qui nous restent encore6 ,je prfre tre vieux moins longtemps1 que vieux avant de l'tre2 aussi les moindres occasions de plaisir que je puis rencontrer1 je les saisis4 ,je sais bien par ou dire qu'il existe quelques genres de volupt1 telles que les satisfactions d'amour-propre1 qui ne portent pas atteinte la sobrit qu'il nous faut observer et qui sont fortes et glorieuses2 mais elles relvent de l'opinion1 et l'opinion n'a pas sur moi un pouvoir suffisant pour me les faire dsirer1 car je ne les recherche pas tant magnanimes1 magnifiques et fastueuses1 que je ne les dsire doucereuses1 faciles et immdiates3 ,s'loigner de la nature pour suivre le peuple1 c'est prendre un guide peu sr 7,snque74 ,ma philosophie est dans les actes1 toute d'actualit et conforme la nature2 l'imagination y a peu de part4 ,que ne puis-je1 par exemple1 prendre encore plaisir jouer aux noisettes et la toupie6 ,aux approbations de la foule je prfre le tmoignage de ma conscience 7,ennius74 ,la volupt est peu ambitieuse1 elle s'estime assez riche par elle-mme pour ne pas vouloir faire la dpense de ce que cotent les rputations2 elle aime mieux demeurer dans l'ombre4 ,il faudrait donner le fouet un jeune homme qui ferait consister son plaisir dguster les vins et les sauces2 il n'est rien que je n'aie moins su faire et moins apprcier2 c'est cette heure que je l'apprends4 ,j'en ai grand'honte1 mais qu'y faire8 j'ai encore plus de confusion des motifs qui m'y poussent4--,a nous de rver et de baguenauder2 la jeunesse le bon bout1 elle de soutenir sa rputation4 ,elle marche la conqute du monde1 sa domination2 nous1 nous en venons3 ,a elle1 les armes1 les chevaux1 les javelots1 la massue1 la paume1 la nage1 la course2 nous1 vieillards1 les ds et les osselets 7,cicron74 ,les lois elles-mmes nous renvoient au logis4 ,je ne puis moins faire1 en ddommagement des piteuses conditions que je dois aux annes1 que de recourir aux jouets et aux amusettes comme fait l'enfance en laquelle nous retombons2 la sagesse et la folie auront bien faire pour1 elles deux et en s'y reprenant tour de rle1 me soutenir et me venir en aide en cet tat calamiteux qu'amne l'ge3 ,mle ta sagesse un grain de folie 7,horace74--,je fuis de mme les plus lgres piqres2 celles qui1 autrefois1 ne m'eussent mme pas rafl1 me transpercent aujourd'hui2 souffrir commence tant rentrer dans mes habitudes6 ,pour un corps dbile1 la moindre atteinte est insupportable 7,cicron72--un esprit malade ne peut rien supporter de pnible 7,ovide74 ,j'ai toujours t fort impressionnable et trs susceptible l'effet de la douleur2 j'y suis plus sensible encore et de toutes parts accessible1 le moindre choc brise ce qui est dj fl 7,ovide74 ,ma raison s'oppose bien ce que je rcrimine et me rvolte contre les incommodits que la nature m'inflige1 mais elle ne peut m'empcher de les sentir2 je courrais d'un bout du monde l'autre1 pour avoir une bonne anne de tranquillit gaie et agrable1 moi qui n'ai d'autre but que de vivre et d'tre de bonne humeur4 ,je jouis assez souvent d'une tranquillit morose et stupide1 mais elle m'endort et me fait mal la tte2 cela ne me suffit pas4 ,si1 soit la ville soit la campagne1 en ,france ou ailleurs1 il y a quelqu'un ou quelque bonne compagnie1 aimant son chez soi ou prfrant voyager1 qui s'accommoderaient des conditions dans lesquelles je suis1 et moi des leurs1 ils n'ont qu' me faire signe1 je leur amnerai aussitt l'auteur des ,essais en personne4 ,ce qu'il y a de pire dans la vieillesse1 c'est que l'esprit se ressent des souffrances et de l'affaiblissement du corps4--,puisque c'est le privilge de l'esprit de pouvoir chapper la vieillesse1 autant que je le puis je lui conseille de le faire2 que mme pendant cet ge1 il verdisse1 il fleurisse s'il est possible1 comme le gui sur un arbre mort4 ,mais je crains bien d'avoir affaire un tratre2 il est si troitement li au corps1 qu'il m'abandonne continuellement pour le suivre et participer sa dchance4 ,alors je le prends part1 je le flatte1 mais en vain2 j'ai beau le dtourner de cette liaison par trop intime1 lui prsenter et ,snque et ,catulle1 les dames et les danses de la cour1 si son compagnon a la colique1 il semble qu'il l'ait aussi2 les oprations mmes qui lui sont propres1 qui sont siennes1 ne peuvent s'accomplir2 elles font tout l'effet d'tre figes2 il n'y a aucune animation dans ce qui vient de lui si en mme temps le corps n'en prsente pas4 ,la sant1 la vigueur physique font clore les grandes conceptions de l'esprit2 la sagesse n'a que faire d'une trop grande austrit de murs4--,nos matres ont eu tort1 lorsque recherchant les causes des lans parfois extraordinaires de notre esprit1 aprs les avoir attribus une inspiration divine1 l'amour1 une exaltation guerrire1 la posie1 au vin1 ils n'ont pas fait la part de la sant2 de cette sant bouillante1 vigoureuse1 entire1 sans souci1 telle qu'autrefois la force de l'ge et la quitude l'entretenaient en moi d'une faon continue4 ,ce feu de joie fait saillir en l'esprit1 en plus de son ptillement naturel1 des clairs vifs et tincelants qui soulvent les enthousiasmes les plus gaillards1 pour ne pas dire les plus extravagants4 ,aussi n'est-ce pas merveille si un tat contraire affaiblit mon esprit1 l'immobilise et lui fait produire un effet oppos3 ,l'esprit perd sa vigueur dans un corps languissant 7,pseudo-,gallus72 et encore il voudrait que je lui sache gr de ce qu' ces sollicitations il rsiste beaucoup plus que cela n'arrive d'ordinaire chez la plupart des hommes6 ,au moins pendant que nous avons trve1 chassons les maux et les difficults avec lesquels nous sommes aux prises3 ,que la vieillesse se dride1 lorsqu'elle le peut encore 7,horace72--il est bon d'adoucir par l'enjouement les noirs chagrins de la vie 7,sidoine ,apollinaire74--,j'affectionne une sagesse gaie et sociable1 et fuis une rudesse de murs par trop austres2 toute mine rbarbative m'est suspecte comme aussi la tristesse arrogante d'un visage renfrogn1--car dans cette foule de gens au maintien svre se cache plus d'un dbauch 7,martial74 ,je crois ,platon de bon cur1 quand il dit que les humeurs1 suivant qu'elles sont faciles ou difficiles1 sont de grande influence sur la bont ou la perversit de l'me4 ,socrate avait une physionomie qui jamais ne variait1 toujours sereine et riante2 ce n'tait pas comme le vieux ,crassus qui avait sans cesse l'air mcontent et qu'on ne vit jamais rire4 ,la vertu est foncirement gaie et enjoue4 ,ceux qui se blesseront de la licence de cet ouvrage devront bien plutt blmer la licence de leurs propres penses2 quant lui ,montaigne1 il ose dire tout ce qu'il ose faire2 il croit du reste que la confession de ses fautes aura peu d'imitateurs4--,je sais que parmi les gens qui se scandaliseront de la licence de mes crits1 s'en trouveront fort peu qui n'auraient se scandaliser davantage de la licence de leurs penses2 j'cris bien suivant leur got1 mais j'offense leurs regards4 ,il est de bon ton de critiquer les crits de ,platon et de passer lgrement sur les relations qu'on lui prte avec ,phdon1 ,dion1 ,stella1 ,archanassa4 ,n'ayez pas honte de dire ce que vous n'avez pas honte d'approuver tout bas4 ,je hais un esprit hargneux et triste qui glisse par-dessus les plaisirs de sa vie et ne songe qu' ses peines1 ne considre qu'elles1 comme les mouches qui ne peuvent se tenir sur une surface bien polie et bien lisse et qui s'attachent et reposent sur ce qui est rugueux et raboteux1 ou encore comme les ventouses qui ne recherchent et ne soutirent que le mauvais sang4 ,du reste1 je me suis fait une loi d'oser dire tout ce que j'ose faire1 et vais jusqu' regretter que toute pense ne puisse tre publie2 le pire de tous mes actes1 la pire de toutes les situations en lesquelles je puis tre1 ne me semblent pas si laids1 que je ne trouve de laideur et de lchet ne pas oser les avouer4 ,chacun est discret quand il se confesse1 on devrait bien l'tre aussi quand on agit2 la hardiesse dans la faute est quelque peu attnue et matrise par la hardiesse la confesser2 qui s'obligerait tout dire s'obligerait ne rien faire de ce qu'on est contraint de taire4 ,dieu veuille que cette licence excessive de ma part dcide les autres plus d'expansion1 en tenant moins compte de ces vertus timores et minaudires nes de nos imperfections1 et que le sacrifice de ma modestie les amne ce qui est raisonnable4 ,il faut1 quand on veut les conter1 reconnatre ses vices et les tudier2 ceux qui les cachent aux autres1 se les cachent d'ordinaire eux-mmes2 ils ne les considrent pas comme suffisamment dissimuls1 s'ils les aperoivent2 ils les soustraient et les dguisent leur propre conscience3 ,pourquoi personne n'avoue-t-il ses vices8 ,parce que nous en sommes encore esclaves2 il faut tre veill pour raconter un songe 7,snque74--,les maux du corps se dessinent davantage quand ils acquirent plus de gravit2 nous constatons que ce que nous nommions rhume ou foulure est bel et bien la goutte4 ,les maux de l'me1 au contraire1 deviennent moins saisissables mesure qu'ils s'aggravent2 celui qui en est le plus malade est celui qui le sent le moins2 voil pourquoi il faut souvent les examiner au grand jour1 d'une main impitoyable qui les met dcouvert et les arrache du fond de nos poitrines4 ,il en est des mauvaises actions comme des bonnes1 leur confession est parfois elle seule une satisfaction1 et il n'est pas de faute dont la laideur puisse nous dispenser de la confesser4--,je souffre quand il me faut dissimuler1 aussi j'vite de devenir le confident des secrets d'autrui1 n'ayant gure le cur nier que je les connais2 je puis les taire1 mais les nier1 je ne le puis sans faire effort et sans en prouver du dplaisir4 ,pour bien garder un secret1 il faut que ce soit dans notre nature et non par l'obligation que nous en avons4 ,quand on est au service des princes1 c'est peu d'tre discret si en mme temps on n'est pas menteur4 ,si celui qui demandait ,thals de ,milet s'il devait nier par serment solennel avoir commis un adultre dont il tait coupable1 se ft adress moi1 je lui eusse rpondu qu'il ne devait pas se parjurer1 un mensonge me paraissant pire encore que l'adultre4 ,thals1 au contraire1 le lui conseilla pour parer un plus grand mal par un moindre1 solution qui n'aboutissait pas tant faire choix entre deux maux1 qu' ajouter l'un l'autre4 ,a ce propos1 disons en passant qu'un homme qui a de la conscience1 est mis son aise quand1 en compensation d'une faute1 on le met en prsence de quelque entreprise prilleuse laquelle il aura satisfaire2 mais que c'est le soumettre une rude preuve que de ne lui laisser le choix qu'entre deux fautes1 ainsi qu'il arriva ,origne4 ,plac dans l'alternative de sacrifier aux idoles1 ou de souffrir de servir assouvir les apptits charnels d'un grand vilain thiopien qu'on lui prsentait1 ,origne se rsigna la premire de ces conditions1 ce qui fut un gros pch1 dit-on4 ,il faut convenir cependant que les femmes qui1 de notre temps1 consquentes avec leurs ides fausses sur la religion1 nous protestent qu'elles aimeraient mieux charger leur conscience de dix hommes que d'une messe1 n'eussent pas prouv le mme dgot4 ,si c'est une indiscrtion de publier ainsi ses erreurs1 il n'y a pas grand danger qu'elle soit prise pour exemple et passe dans les usages2 ,ariston ne disait-il pas que les vents que les hommes redoutent le plus1 sont ceux qui les dcouvrent4 ,il faut retrousser ce sot haillon qui cache nos murs4 ,on envoie sa conscience dans les lieux de dbauche et on se donne une contenance irrprochable2 jusqu'aux tratres et aux assassins qui s'attachent l'observation des lois de l'tiquette1 bornant l leur devoir4 ,ce n'est ni l'injustice de se plaindre de l'impolitesse2 ni la malice1 de l'indiscrtion4 ,il est dommage que le mchant ne soit pas en outre un imbcile et que la dcence pallie ses mchancets2 ces enduits ne conviennent qu' des cloisons intrieures bien bties et en bon tat1 valant la peine qu'on les badigeonne pour en assurer la conservation4 ,ce que les hommes craignent le plus1 c'est qu'une occasion ne mette leurs murs dcouvert4 ,montaigne va maintenant entrer dans le vif de son sujet2 il apprhende que ce chapitre ne fasse confiner son livre du salon de ces dames dans leur boudoir4--,pour plaire aux ,huguenots qui blment notre confession en apart et l'oreille d'un tiers1 je me confesse publiquement1 en toute conviction et sincrit4 ,saint ,augustin1 ,origne et ,hippocrate ont publi leurs erreurs d'opinions2 j'y ajoute1 moi1 mes erreurs de murs4 ,j'ai le plus ardent dsir de me faire connatre1 et peu m'importe quel prix1 pourvu que ce soit sous mon vrai jour2 car1 pour mieux dire1 je ne dsire rien1 mais j'prouverais un mortel dplaisir tre pris pour autre que je ne suis par ceux auxquels il arrive de connatre mon nom4 ,celui qui n'a en vue que l'honneur et la gloire1 qu'espre-t-il gagner en se produisant au monde sous un masque qui drobe la connaissance des foules ce qu'il est rellement8 ,louez un bossu de sa belle taille1 il ne saurait faire autrement que de considrer cet loge comme une injure2 si vous tes un lche et qu'on vous honore comme un vaillant1 est-ce de vous dont on parle8 on vous prend pour un autre2 le croire1 c'est faire comme celui qui se montrait fier des saluts qu'on lui adressait1 le prenant pour le matre de la troupe1 lui qui n'tait qu'un des moindres personnages de sa suite4--,le roi de ,macdoine ,archlaus passant dans une rue1 quelqu'un lui versa de l'eau sur la tte2 les assistants l'excitaient le punir3 ,oui1 leur dit-il1 seulement ce n'est pas sur moi qu'il a vers de l'eau1 mais sur celui pour lequel il me prenait4--,socrate rpondait un autre qui lui disait qu'on mdisait de lui3 ,non1 il n'y a rien en moi de ce que disent ces gens4--,quant moi1 je ne saurais aucun gr qui me louerait d'tre un bon pilote1 d'avoir beaucoup de modestie ou de chastet2 et pareillement1 je ne me considrerais non plus comme offens par qui dirait de moi que je suis un tratre1 un voleur ou un ivrogne4 ,ceux qui ne se connaissent pas1 peuvent se repatre d'approbations qu'ils ne mritent pas2 moi1 je ne le puis1 parce que je me vois1 me scrute jusqu'au fond des entrailles et sais bien ce qui m'appartient2 il me plat qu'on me loue moins1 pourvu qu'on me connaisse mieux2 on pourrait me tenir pour un sage dans des conditions de sagesse que je tiens tre de la sottise4 ,alors que mes ,essais sont lus communment par les dames et tranent sur les meubles de leur salon1 ce chapitre va les faire passer dans leur boudoir o elles les liront en cachette2 j'avoue que c'est surtout en tte--tte que j'aime leur socit1 en public elle manque de saveur et ne constitue plus une faveur4--,dans nos adieux1 nous exagrons1 au del de ce qui est d'ordinaire1 l'affection que nous portons ce que nous abandonnons2 en train de quitter les jeux de ce monde1 ce sont ici les dernires accolades que nous nous donnions1 eux et moi4 ,comment se fait-il que l'acte par lequel se perptue le genre humain1 paraisse si honteux qu'on n'ose le nommer8--,revenons-en notre thme4 ,qu'a donc fait aux hommes l'acte gnital1 pourtant si naturel1 si ncessaire1 si juste1 pour que nous n'osions pas en parler sans en avoir honte1 et pour l'exclure des conversations srieuses et de bon ton8 ,nous disons hardiment3 tuer1 drober1 trahir2 et cet autre mot1 nous n'osons le prononcer qu'entre les dents4 ,serait-ce parce que moins nous en parlons1 plus nous y pensons8 ,il y a lieu de remarquer en effet que les mots les moins en usage1 qu'on n'crit gure et sur lesquels on se tait le plus1 sont ceux qu'on sait le mieux et qui sont le plus gnralement connus2 celui-ci1 quel que soit l'ge1 quelles que soient les murs1 nul ne l'ignore non plus que le pain2 il est imprim en chacun de nous1 sans qu'il ait t prononc1 sans qu'il se soit fait entendre ou ait t vu2 et le sexe qui en use le plus1 est celui auquel il est impos de s'en taire davantage4 ,ce qu'il y a de remarquable 991 c'est que nous avons mis cet acte sous la sauvegarde du silence1 d'o c'est un crime de l'arracher1 mme pour l'accuser et le juger2 nous n'osons le critiquer qu'en usant de priphrases et en ayant recours des formes images4 ,quelle insigne faveur pour un criminel d'tre si excrable que la justice estime qu'il ne doit tre ni touch1 ni vu et qui1 grce la duret de la condamnation qui le frappe1 demeure libre et sauf4 ,n'en est-il pas de lui comme des livres qui se rpandent et se vendent d'autant plus qu'ils sont interdits8 ,quant moi1 je me rallie ce qu'en dit ,aristote3 ,acte pudique1 qui pare la jeunesse et attire des reproches la vieillesse4--,les vers suivants avaient cours dans l'cole ancienne1 qui est plus dans mes ides que l'cole moderne parce que j'estime que les vertus y taient plus grandes et les dfauts moindres3 ,ceux qui fuyant par trop ,vnus l'esquivent1 sont en faute autant que ceux qui par trop la suivent 7,plutarque74 ,o desse1 seule tu gouvernes la nature2 sans toi1 rien ne voit la lumire du jour1 rien n'est gai1 rien n'est aimable 7,lucrce74 ,pourquoi avoir voulu brouiller les ,muses avec ,vnus8 leur accord leur sied si bien1 ainsi qu'en tmoignent les vers de ,virgile o le pote dcrit une entrevue amoureuse de cette desse avec ,vulcain4--,je ne sais qui a pu brouiller ,pallas et les ,muses avec ,vnus1 et les mettre en froid avec l',amour2 je ne vois aucunes divinits qui se conviennent mieux et qui ne doivent davantage les unes aux autres4 ,qui enlverait aux ,muses leurs productions inspires par l'amour1 leur droberait le plus beau sujet sur lequel elles ont s'exercer et ce qu'il y a de plus noble dans leurs uvres2 qui ferait perdre l',amour le concours que lui prtent la posie et les services qu'elle lui rend1 l'affaiblirait en le privant ainsi des meilleures de ses armes2 ce serait entacher d'ingratitude et d'inintelligence ce dieu essentiellement sociable et bienveillant et ces desses protectrices de l'humanit et de la justice4--,il n'y a pas si longtemps que j'ai d renoncer son culte et cess de faire partie de ses adorateurs1 pour que je ne conserve pas le souvenir prcis de sa force et de sa valeur3 ,je sens encore les brlures d'une ancienne flamme 7,virgile74 ,la fivre laisse aprs elle un reste d'agitation et de chaleur3 ,heureux si1 dans mes annes d'hiver1 ce reste de chaleur ne m'abandonne pas 7,jean ,second72 et1 si puis et alourdi que je suis1 j'prouve quelque peu encore les effets affaiblis de cette ardeur passe3 ,telle la mer ge1 battue par l',aquilon ou le ,notus1 ne s'apaise pas subitement aprs la tempte2 longtemps tourmente1 elle s'agite et gronde encore 7,le ,tasse74 ,mais autant que je puis m'y connatre1 la force et la valeur de ce dieu sont prsentes plus vives et plus animes dans les descriptions qu'en donne la posie1 qu'elles ne le sont dans la ralit3 ,le vers du pote a des doigts et chatouille 7,juvnal72 elle sait donner l',amour je ne sais quel air plus langoureux que celui qu'il revt2 et ,vnus1 dans la plus complte nudit1 n'est ni si belle1 si vive1 si haletante que la peint ,virgile dans ce passage3 ,elle dit1 et1 comme il hsite1 la desse l'entoure mollement de ses beaux bras plus blancs que la neige et l'chauffe dans un embrassement4 ,a ce contact1 ,vulcain sent renatre son ardeur accoutume1 une chaleur qu'il connat bien l'envahit de toutes parts1 et jusque dans la moelle des os4 ,ainsi brille l'clair dans la nue pourfendue par le tonnerre et qui1 de ses rubans de feu1 sillonne les nuages pars dans les airs44444 ,enfin1 ,vulcain satisfait aux sollicitations amoureuses de son pouse et1 incarn en elle1 s'abandonne tout entier aux charmes d'un sommeil rparateur4 ,le mariage diffre de l'amour2 contract en vue de la postrit1 les extravagances amoureuses doivent en tre bannies2 du reste ceux auxquels l'amour seul a prsid1 plus que tous autres ont tendance mal tourner4--,ce que j'observe dans cette description1 c'est que ,virgile nous dpeint une ,vnus bien passionne pour une pouse2 dans ce march1 dict par la sagesse1 qu'est le mariage1 les apptits sont moins foltres1 les bats moins tumultueux et plus temprs4 ,l'amour hait toute union contracte en dehors de son intervention exclusive1 et ne participe que faiblement aux rapprochements sexuels qui ont t prpars et s'accomplissent tout autre titre1 comme c'est le cas dans le mariage o des considrations d'alliances1 de situations de fortune y ont1 avec raison1 autant et plus de part que les grces et la beaut4 ,on ne se marie pas pour soi2 quoi qu'on dise1 on se marie au moins autant1 sinon plus1 pour sa famille et sa postrit2 les conditions dans lesquelles s'effectue un mariage et les rsultats qu'il doit produire1 intressent notre race1 bien au del de nous-mmes2 c'est pourquoi il me plat de les voir ngocier par des intermdiaires plutt que par les intresss1 nous en rapportant plus au sentiment d'autrui qu'au ntre1 principe qui va bien l'encontre des ides de ceux qui sont pour les mariages d'inclination4 ,aussi est-ce commettre une sorte d'inceste que de se livrer1 dans ces rapports vnrables et sacrs entre mari et femme qui se proposent d'engendrer1 toutes les violences et extravagances de l'amour en folie1 ce que je crois avoir dj exprim prcdemment2 il faut1 dit ,aristote1 approcher sa femme avec rserve et avec calme1 de peur que des caresses trop lascives n'veillent en elle le plaisir un degr qui la mette hors d'elle plus que de raison4 ,ce qu'il prne en faisant appel la conscience1 les mdecins le rptent au nom de la sant3 ,un plaisir trop chaleureux1 trop voluptueux1 trop souvent renouvel1 altre la semence et empche la conception2 ils disent encore que ces attouchements empreints de langueur1 comme le veut ici la nature1 pour que le rsultat rponde l'attente et soit fcond1 doivent n'avoir lieu que rarement et de notables intervalles1 afin que la femme saisisse plus avidement les dons de ,vnus et les recle profondment dans son sein 7,virgile74 ,je ne connais pas de mariages qui soient plus rapidement troubls et arrivent plus tt tourner mal1 que ceux auxquels ont conduit la beaut et les dsirs amoureux4 ,il faut cette union des bases plus solides et de plus longue dure2 on ne doit s'y engager qu'avec circonspection1 un entranement irrflchi n'y vaut rien4 ,l'amour ne fait pas partie intgrante du mariage1 pas plus que la vertu n'est lie d'une manire absolue la noblesse4 ,digression sur le rang en lequel sont tenus les nobles dans le royaume de ,calicut4--,ceux qui pensent honorer le mariage en y joignant l'amour1 me font le mme effet que ceux qui1 pour rehausser la vertu1 tiennent que la noblesse et elle sont mme chose4 ,elles sont quelque peu parentes1 mais que de diffrences entre elles6 c'est erreur de mler leurs noms et leurs titres2 les confondre1 c'est faire tort soit l'une1 soit l'autre4 ,la noblesse est une belle qualit1 qui a t introduite avec raison2 mais c'est une qualit qui est octroye par autrui et peut choir un homme de rien et vicieux2 aussi est-elle beaucoup moins estime que la vertu4 ,si c'en est une1 c'est une vertu artificielle et apparente qui dpend des temps et de la fortune2 qui1 suivant les pays1 revt des formes diffrentes3 vivante et mortelle1 elle n'a pas de naissance non plus que le ,nil dont la source est inconnue2 elle a une gnalogie et est un bien de communaut2 elle se transmet comme elle a t acquise2 elle cre des obligations bien faiblement observes4 ,la science1 la force1 la bont1 la beaut1 la richesse et toutes les autres qualits se communiquent et on peut en trafiquer2 la noblesse ne sert qu' celui qui la possde1 elle est de nul emploi pour autrui4--,on soumettait l'un de nos rois de se prononcer entre deux candidats prsents pour une mme charge1 dont l'un tait gentilhomme et l'autre ne l'tait pas2 il prescrivit que sans tenir compte de cette qualit1 on choisit celui qui avait le plus de mrite2 mais qu' mrite gal1 on et gard la noblesse2 c'tait assigner bien exactement celle-ci le rang qu'elle doit occuper4--,a un jeune homme qui ne s'tait pas encore rvl et qui demandait succder1 dans la charge qu'il occupait1 son pre qui tait un homme de valeur et qui venait de mourir1 ,antigone rpondait3 ,mon ami1 pour l'attribution de ces bnfices1 je ne tiens pas tant compte de la noblesse de mes soldats1 que des preuves de courage qu'ils ont donnes4 ,il ne saurait en effet en tre de cela comme ,sparte1 o dans les divers offices remplir auprs des rois3 trompettes1 mntriers1 cuisiniers1 les enfants taient admis succder leurs pres1 quelle que ft leur ignorance en la matire et avant tous autres1 si expriments que fussent ceux-ci dans la partie4--,dans le royaume de ,calicut1 les nobles constituent une espce au-dessus du commun des mortels2 le mariage leur est interdit1 ainsi que toute profession autre que celle des armes2 les hommes peuvent avoir autant de concubines qu'ils veulent1 et pareillement les femmes autant de galants qu'il leur plat1 sans que jamais il s'lve de jalousie dans tout ce monde2 mais c'est un crime capital et irrmissible de prendre ces concubines et ces galants en dehors de leur propre caste4 ,ils se tiennent pour souills par le simple contact de quiconque n'est pas des leurs et vient les frler en passant2 c'est une atteinte tellement grave et injurieuse1 qu'ils tuent tous ceux qui les approchent seulement d'un peu trop prs2 de telle sorte que les gens des classes notes d'infamie1 qui circulent par la ville1 sont tenus de crier au tournant des rues1 comme font les gondoliers de ,venise1 pour viter de se heurter2 et les nobles leur commandent de se jeter du ct qui leur convient3 de la sorte ceux-ci vitent une tache qu'ils estiment ne jamais pouvoir tre efface et ceux-l une mort certaine4 ,nulle priode de temps si longue soit-elle1 nulle faveur du prince1 nul service rendu1 pas plus que la vertu ou la richesse ne peuvent faire que1 dans ce pays1 un roturier devienne noble2 coutume l'appui de laquelle vient encore la dfense de se marier entre gens de mtiers diffrents2 une fille de famille de cordonniers ne peut pouser un charpentier2 les parents sont dans l'obligation de prparer leurs enfants exercer la profession de leurs pres l'exclusion de toute autre1 ce qui maintient les distinctions sociales et fait que les situations de chacun vont se poursuivant sans jamais se modifier4 ,un bon mariage1 s'il en est1 est une union faite d'amiti et de confiance2 il n'est pas d'tat plus heureux dans la socit humaine4--,un bon mariage1 s'il en existe1 refuse de se nouer sous les auspices de l'amour et de l'admettre en tiers2 il doit plutt viser tre un pacte d'amiti4 ,c'est une douce association de deux existences1 pleine de constance1 de confiance1 d'un nombre infini d'utiles et solides services et d'obligations rciproques4 ,aucune femme1 qui en a savour les dlices1 unie par l'hymen l'homme de son choix 7,catulle71 ne voudrait tenir lieu de matresse son mari2 si elle a part son affection comme pouse1 elle y est en position bien plus honorable et plus sre4 ,si ailleurs il soupire et fait l'empress1 qu'on lui demande1 ce moment1 qui1 de sa femme ou de sa matresse1 il prfre voir arriver une msaventure honteuse8 quelle est celle des deux dont l'infortune l'affligerait le plus8 laquelle il dsire le plus de grandeur8 il n'y a pas de doute que ce ne soit celle qui lui est unie par un mariage en bonnes conditions4 ,par cela mme qu'on en voit si peu de bons1 on peut en apprcier le prix et la valeur4 ,tout bien considr1 il n'est rien dans notre socit qui soit plus beau qu'un tel mariage4 ,c'est l une institution dont nous ne pouvons nous passer et nous l'avilissons qui mieux mieux2 il en advient comme de ce qui se voit aux cages d'oiseaux3 ceux qui sont dehors1 se dsesprent de n'y pouvoir entrer2 ceux qui sont dedans1 ont le mme dsir d'en sortir4 ,socrate auquel on demandait ce qui valait le mieux de prendre femme ou de n'en pas prendre1 rpondit3 ,que vous fassiez l'un ou l'autre1 vous vous en repentirez4 ,c'est une association de laquelle on peut justement dire3 ,l'homme est l'homme1 ou un dieu 7,ccilius71 ou un loup 7,plaute72 il faut que de nombreuses qualits se rencontrent pour la crer4 ,en ce temps-ci1 les mes simples chez le peuple s'y prtent volontiers1 parce que les plaisirs1 la curiosit et l'oisivet n'occupent pas en eux une place prpondrante2 par contre1 les caractres ports la dbauche1 comme est le mien1 qui sont rebelles toutes liaisons et obligations de quelque nature que ce soit1 y sont moins propres3 ,il m'est plus doux de vivre exempt de cette chane 7,pseudo-,gallus74 ,montaigne a cd l'exemple et aux usages1 mais il rpugnait au mariage2 il en a1 nonobstant1 observ les lois un degr dont il ne se croyait pas capable2 ceux qui se marient avec la rsolution contraire ont grand tort4--,a suivre mon inclination naturelle1 je me serais enfui plutt que d'pouser la sagesse en personne1 si elle m'et voulu2 mais nous avons beau dire1 les coutumes et les usages admis de tous nous entranent4 ,la plupart de mes actes sont une consquence des exemples que j'ai eus sous les yeux1 bien plus qu'ils ne dcoulent de mes prfrences2 celui-ci notamment je ne suis pas venu de moi-mme1 on m'y a amen2 j'y ai t port par des circonstances qui y taient trangres1 car mme les choses qui prsentent des inconvnients peuvent1 par le fait de quelques particularits et accidents1 devenir acceptables1 et il n'en est aucune si laide1 si vicieuse1 si vitable soit-elle1 qui ne puisse en arriver l1 tant les dispositions de l'homme sont versatiles4 ,j'y ai t port1 certainement plus mal prpar alors et plus contre-cur que je ne le suis aujourd'hui aprs en avoir essay2 et1 pour si licencieux qu'on me tienne1 j'ai1 en vrit1 plus svrement observ les lois du mariage que je ne l'avais promis et espr4 ,il n'est plus temps de se montrer rcalcitrant1 quand on s'est laiss entraver2 il faut se garder d'engager imprudemment sa libert1 mais aprs qu'on en a accept les obligations1 il faut observer les lois d'un devoir qui est rciproque1 ou au moins faire effort cet effet4--,ceux qui se prtent ce march avec des sentiments de haine et de mpris1 en agissent d'une faon fort injuste1 qui deviendra pour eux une source de difficult2 et les femmes qui acceptent comme un oracle sacr1 cette belle rgle que je les vois se passer de mains en mains3 ,sers ton mari comme ton matre1 et t'en garde comme d'un tratre1 ce qui veut dire3 ,conserve vis--vis de lui une dfrence contrainte1 hostile et mfiante1 se rallient un cri de guerre et de dfi qui1 lui aussi1 est injurieux et sera la source de relations difficiles4 ,je n'ai pas assez d'nergie pour me jeter dans une voie aussi pineuse2 et vrai dire1 je n'en suis pas encore arriv cette perfection d'habilet et de galanterie d'esprit qui fait confondre raison avec injustice1 et tourner en ridicule tout ordre1 toute rgle qui ne s'accordent pas avec mes dsirs2 de ce que je hais la superstition1 je ne me jette pas1 tte baisse1 dans l'irrligion4 ,si on ne satisfait pas toujours au devoir1 encore faut-il toujours le reconnatre et l'aimer2 et c'est une trahison que de se marier1 sans remplir ses obligations conjugales4 ,assez sur ce point1 continuons4 ,diffrence entre le mariage et l'amour2 une femme peut cder un homme dont elle ne voudrait pas pour mari4--,virgile nous dpeint un mariage o rgne l'accord1 qui satisfait aux convenances et dans lequel cependant il n'y a pas beaucoup de loyaut4 ,a-t-il voulu dire qu'il n'est pas impossible de cder aux instigations de l'amour1 tout en se rservant de satisfaire dans une certaine mesure aux devoirs matrimoniaux2 qu'on peut manquer ces devoirs1 sans s'y drober tout fait8 il y a des valets qui volent leurs matres1 sans pour cela les har6--,la beaut1 l'opportunit1 la destine1 car la destine y met aussi la main3 ,il y a une fatalit qui pse sur ces organes que cachent nos vtements1 car si les astres ne te protgent1 il ne te servira de rien d'avoir les plus belles apparences de virilit 7,juvnal71 toutes ces causes font que l'pouse s'attache un tranger1 sans se livrer pourtant si compltement lui qu'il ne subsiste encore quelque lien par lequel elle tient son mari4 ,ce sont l deux ides distinctes1 qui procdent diffremment et ne sauraient tre confondues3 ,une femme peut se donner tel individu qu'elle ne voudrait absolument pas pour poux1 je ne dis pas en raison seulement de sa situation dans le monde1 mais pour lui-mme4 ,peu de gens ont pous des amies1 qui ne s'en soient repentis2 cela se voit jusque dans l'autre monde2 quel mauvais mnage a fait1 dit-on1 ,jupiter avec sa femme qu'il avait connue avant le mariage et avec laquelle il avait dj fait l'amour6 ,c'est ce qui se traduit par3 ,se soulager dans un panier et le mettre ensuite sur sa tte4 ,j'ai vu de mon temps dans des milieux fort honorables le mariage mettre fin l'amour entre personnes qui le pratiquaient d'une faon immorale et scandaleuse2 c'est qu'aussi ce sont l deux tats qui relvent de considrations qui sont bien loin d'tre les mmes4 ,nous sommes ports1 de nous-mmes1 deux choses diffrentes et qui se contrarient4 ,isocrate disait qu',athnes tait une ville qui plaisait1 la mode de ces femmes qu'on frquente parce qu'elles se prtent l'amour2 chacun aimait s'y promener et y passer un moment1 mais nul ne l'aimait en vue de l'pouser1 c'est--dire pour y lire domicile et y passer sa vie4--,j'ai vu avec dpit des maris har leurs femmes1 pour cette seule raison qu'ils avaient des torts envers elles4 ,au moins ne faudrait-il pas les aimer moins parce qu'on s'est mis en faute2 le repentir et la compassion devraient au contraire nous les rendre plus chres4 ,nos lois sont trop svres envers les femmes2 nous voulons qu'elles matrisent leurs dsirs plus ardents que les ntres que nous n'essayons pas mme pas de modrer4--,les buts poursuivis sont autres1 ajoutait ,isocrate1 sans toutefois tre incompatibles4 ,le mariage a pour lui son utilit1 sa lgitimit1 son honorabilit1 sa permanence2 il procure un plaisir modr1 mais qui s'tend tout4 ,l'amour1 lui1 ne vise que le plaisir1 mais il est vrai qu'il est plus excitant1 plus vif1 plus pntrant2 c'est un plaisir qu'attise la difficult et o il faut du piquant1 du mordant2 ce n'est plus l'amour1 s'il n'a ni ses flches1 ni son feu4 ,dans le mariage1 les dames se donnent nous avec trop de prodigalit1 ce qui mousse l'acuit de notre affection et de nos dsirs4 ,voyez combien1 pour viter cet inconvnient1 ,lycurgue et ,platon se donnent de peine dans leurs lois4 ,les femmes ne sont pas du tout dans leur tort1 quand elles refusent de reconnatre les rgles de conduite qu'a poses la socit1 d'autant que ces rgles faites par les hommes1 l'ont t sans leur participation4 ,par la force mme des choses1 ce sont constamment entre elles et nous des finasseries et de petites querelles2 et dans les moments mmes o1 d'un consentement rciproque1 nous sommes le plus troitement unis elles1 il y a dsordre et dispute4 ,de l'avis de ce mme ,isocrate1 nous ne tenons pas suffisamment compte de ce que nous savons cependant bien1 que la femme est1 sans comparaison1 plus ardente que l'homme aux effets de l'amour4 ,ce prtre de l'antiquit1 qui fut tantt homme1 tantt femme et connaissait les plaisirs des deux sexes 7,ovide71 en a tmoign4--,nous avons aussi cet gard les dclarations que nous tenons de leur propre bouche1 faites autrefois en des sicles diffrents1 par un empereur et une impratrice de ,rome1 passs matres et des plus fameux en la matire3 lui1 en une nuit1 dpucela il est vrai jusqu' dix vierges sarmates ses captives2 mais elle1 dans le mme laps de temps1 se livra bel et bien vingt-cinq fois1 changeant de compagnie suivant qu'il en tait besoin1 ou que la fantaisie l'en prenait3 jusqu' ce que1 puise mais non rassasie1 elle dt s'arrter brlante encore de volupt 7,juvnal74--,relevons galement le diffrend soulev en ,catalogne par une femme qui se plaignait des assauts par trop rpts qu'elle avait subir de la part de son mari2 plainte motive1 suivant moi1 moins par l'incommodit qu'elle en prouvait 7c'et t l un miracle et je ne crois aux miracles qu'en matire de foi71 que pour1 en se soustrayant partiellement sous ce prtexte cet acte base fondamentale du mariage1 contester l'autorit du mari sur la femme et montrer que l'humeur querelleuse et la malice de ce sexe vont plus loin que la couche nuptiale et foulent aux pieds jusqu'aux dons et aux douceurs dont nous sommes redevables ,vnus4 ,a cette plainte1 le mari1 dou1 la vrit1 d'un temprament exceptionnellement brutal1 rpondait que1 mme les jours de jene1 il ne savait se passer de l'approcher moins de dix fois4 ,l'affaire donna lieu cet arrt singulier de la reine d',aragon1 rendu aprs mre dlibration du conseil1 par lequel cette bonne souveraine1 afin d'tablir une rgle et fixer les ides sur la modration et la rserve apporter en tous temps1 dans les rapports entre poux lgalement unis1 ordonnait comme limite lgitime et ncessaire de ces rapprochements le nombre de six par jour2 le dit arrt1 disait la reine1 restreignant et sacrifiant de beaucoup les besoins et les dsirs de son sexe pour tablir une rgle d'application facile et par consquent permanente et immuable4 ,sur quoi1 les docteurs comparant ces besoins avous ceux de l'homme1 de s'crier3 ,quels doivent donc tre l'apptit et l'ardeur amoureuse de la femme1 puisqu'il faut en arriver ce degr1 pour y satisfaire dans des conditions raisonnables1 prvenir tout cart et sauvegarder leur vertu1 alors que ,solon1 le modle de ceux qui veulent que toute chose soit rgle par la loi1 ne taxe cette frquentation de la femme par le mari qu' trois fois par mois1 afin que celui-ci soit toujours en mesure de remplir ce devoir6--,et c'est1 dis-je1 nonobstant cette donne1 et tout en admettant que chez la femme les besoins de cette nature sont plus grands que chez l'homme1 que nous avons t leur imposer la continence1 elles exclusivement1 allant jusqu' dicter cet gard les chtiments les plus svres et mme la peine de mort4 ,il n'y a pas de passion plus imprieuse1 et nous nous opposons ce qu'elles en temprent les effets ou reoivent entire satisfaction4--,il n'y a pas de passion plus imprieuse que celle-ci laquelle nous voulons qu'elles seules rsistent1 non simplement dans la mesure que cela comporte1 mais comme un vice abominable1 excrable1 pire que l'irrligion et le parricide2 tandis que nous autres hommes1 nous nous y abandonnons sans que ce soit pour nous une faute1 sans que cela nous vaille un reproche4 ,ceux d'entre nous qui ont essay d'en triompher1 ont assez avou quelle difficult ils ont prouve1 ou plutt en quelle impossibilit ils ont t d'y parvenir1 bien qu'ayant eu recours un rgime spcial pour mater1 affaiblir et refroidir les rvoltes de la chair2 et elles1 nous les voulons1 au contraire1 bien portantes1 vigoureuses1 bien point1 en bonnes dispositions et chastes tout la fois2 c'est--dire chaudes et froides en mme temps6--,le mariage qui1 ce que nous prtendons1 doit les empcher de se consumer1 leur procure en l'tat de nos murs bien peu d'apaisement3 si le mari qu'elles prennent est encore un ge o le sang bouillonne1 il se fera gloire de se dpenser ailleurs3 ,aie enfin de la pudeur1 ,bassus1 ou allons en justice2 tu m'as vendu cet organe1 je l'ai pay trs cher1 il n'est donc plus toi 7,martial74 ,c'est bon droit que ,polmon le philosophe fut cit en justice par sa femme1 parce qu'il allait semant en terrain strile la semence qu'il et d rpandre en terrain propice la fcondation4 ,quant aux femmes qui pousent des hommes uss1 elles sont1 bien que maries1 dans une condition pire que les vierges et les veuves4 ,nous les tenons pour suffisamment loties1 ds qu'elles ont un homme auprs d'elles1 comme firent les ,romains quand ils tinrent pour viole ,clodia ,lta que ,caligula avait approche1 quoiqu'il ft avr qu'il ne l'avait pas possde1 tandis qu'au contraire1 par l1 on avive en elles ce besoin de la nature1 l'attouchement et la compagnie d'un mle quel qu'il soit1 rveillant la chaleur de leurs sens1 qui demeureraient plus calmes si on les laissait seules4 ,aussi1 est-ce vraisemblablement dans le but de rendre1 par ce moyen et ses effets1 leur chastet plus mritoire1 que ,boleslas roi de ,pologne et ,kinge sa femme1 selon un vu form de commun accord le jour mme de leurs noces1 se privrent1 bien que couchant ensemble1 ce jour-l et tout jamais1 des satisfactions que leur permettait le mariage4 ,l'ducation qu'on donne aux jeunes filles1 tout oppose ce qu'on exige d'elles1 veille constamment en elles ce sentiment2 elles n'entendent parler que d'amour et ce qu'on leur en cache1 souvent maladroitement1 elles le devinent4--,nous les formons ds l'enfance en vue de les prparer l'amour2 leurs grces1 leur parure1 leur savoir1 leur langage1 toute leur ducation sont dirigs en consquence2 leurs gouvernantes ne cessent d'en entretenir leur imagination1 ne serait-ce qu'en s'appliquant continuellement les en dgoter4 ,ma fille 7le seul enfant que j'aie7 est l'ge o les lois tolrent que se marient celles chez lesquelles les sens parlent de bonne heure2 son dveloppement est tardif1 elle est fluette et d'un temprament lymphatique1 contre lequel ne ragit pas sa mre qui l'lve prs d'elle1 la produisant peu1 si bien qu'elle ne fait que commencer se dfaire des navets de l'enfance4 ,elle lisait ces jours-ci1 devant moi1 un livre franais o se rencontrait le mot fouteau1 qui sert parfois dsigner un arbre assez connu2 la femme charge de s'occuper d'elle1 l'arrta court et assez rudement sur ce mot double sens1 lui faisant sauter le passage scabreux o il figurait4 ,je la laissai faire pour ne pas troubler sa manire ordinaire de procder dans laquelle je n'interviens pas2 mais il faut convenir que la direction imprime la femme est bien singulire et qu'elle est changer4 ,ou je me trompe bien1 ou la frquentation de vingt laquais pendant six mois n'aurait pas fait travailler l'imagination de ma fille pour trouver l'usage et la signification de l'autre sens de ces syllabes incrimines1 comme le fit cette bonne vieille par sa rprimande et son interdiction de les prononcer3 ,la vierge nubile se plat apprendre des danses lascives1 jusqu' s'en courbaturer les membres2 elle rve ds l'enfance des amours impudiques 7,horace74--,lorsque les femmes viennent se relcher un peu de leur attitude crmonieuse1 qu'elles se laissent aller parler en toute libert1 nous ne sommes que des enfants1 compars elles1 sous le rapport de ce qu'elles savent sur ce sujet4 coutez-les causer de nos poursuites et des propos que nous leur tenons1 vous arriverez bientt vous convaincre que nous ne leur apprenons rien qu'elles ne sachent et sur quoi elles ne soient claires autrement que par nous4 ,serait-ce1 comme le dit ,platon1 parce que1 dans une vie antrieure1 elles ont t garons et adonnes la dbauche8 ,je me trouvais une fois dans un endroit1 d'o j'entendais1 sans que ma prsence pt tre souponne1 une conversation qu'elles tenaient2 que ne puis-je la reproduire8 ,sainte ,vierge1 me dis-je1 nous pouvons bien1 cette heure1 pour acqurir de l'habilet1 tudier les phrases d',amadis et les vocabulaires de ,boccace et de l',artin1 c'est vraiment bien employer notre temps6 ,il n'est pas un mot1 pas un acte1 pas une rouerie qu'elles ne connaissent mieux que nos livres ne les relatent2 elles ont cela dans le sang1 ,vnus elle-mme le leur a inspir 7,virgile72 ces bons matres d'cole que sont la nature1 la jeunesse1 la sant le leur soufflent continuellement dans l'me1 elles n'ont que faire de l'apprendre1 elles l'engendrent3 ,jamais colombe1 ou tel autre oiseau plus lascif encore que vous pourrez nommer1 n'a1 par de douces morsures1 sollicit plus amoureusement les baisers1 qu'une femme qui s'abandonne sa passion 7,catulle74 ,du reste1 c'est l'amour1 c'est l'union des sexes qui est la grande affaire de ce monde2 aussi ne faut-il pas s'tonner si les plus grands philosophes ont crit sur ce sujet4--,si la fougue naturelle de leurs dsirs n'et t un peu tenue en bride par la crainte et les ides d'honneur qu'on leur a inculques1 nous prterions tous au ridicule4 ,tout le mouvement du monde a cette conjonction des sexes pour objectif et aboutit elle2 elle se retrouve partout2 elle est le centre vers lequel tendent toutes choses4 ,il subsiste encore des ordonnances de ,rome antique et sage1 traitant de questions affrentes l'amour2 ,socrate donne des prceptes pour l'instruction des courtisanes2 souvent ces petits livres qui tiennent sur les coussins de soie de nos belles1 sont l'ouvrage de ,stociens 7,horace74 ,znon1 dans ses lois1 va jusqu' parler des carquillements et des secousses qui se produisent dans le dpucelage4 ,sur quoi portaient le livre du philosophe ,straton1 intitul l'uvre de chair2 ceux de ,thophraste ayant pour titre1 l'un l',amoureux1 l'autre de l',amour2 celui d',aristippe1 ,dlices des temps passs8 ,a quoi tendaient les descriptions si tendues1 si images de ,platon1 des pratiques amoureuses 99 autrement hontes1 auxquelles on se livrait de son temps2 l'ouvrage de l',amoureux1 de ,dmtrius de ,phalre2 ,clinias1 ou l'amoureux malgr lui1 d',hraclide du ,pont2 celui d',antisthne1 des ,noces ou l'art de faire les enfants2 et cet autre du mme auteur1 du ,matre et de l'amant2 celui d',ariston1 des bats amoureux2 ceux de ,clanthe1 de l',amour et de l',art d'aimer2 les dialogues amoureux de ,sphreus2 la fable1 effronte au dernier point1 de ,jupiter et de ,junon1 par ,chrysippe1 et les cinquante lettres si lascives qu'il a crites8 ,je laisse de ct les ouvrages des philosophes de l'cole d'picure1 qui tait favorable la volupt et la prnait4--,aux temps anciens1 cinquante divinits taient prposes cet acte1 et il a exist une nation o1 pour endormir la concupiscence de ceux qui venaient faire leurs dvotions1 on avait dans les temples des filles 99 et des garons dont on pouvait se procurer la jouissance2 il entrait dans le crmonial du culte1 d'en user avant d'approcher des autels3 ,parce que l'incontinence est ncessaire pour observer la continence1 et que l'incendie s'teint par le feu4 ,dans l'antiquit1 les organes de la gnration taient difis2 aujourd'hui comme alors1 tout1 du fait de l'homme comme de celui de la nature1 rappelle constamment l'amour aux yeux de chacun4--,dans la majeure partie du monde1 cette pice de notre corps tait difie2 dans une contre1 il y en avait qui se l'corchaient pour en offrir et en consacrer quelque parcelle la divinit1 tandis que c'tait leur semence que d'autres offraient et consacraient4 ,dans une autre rgion1 les jeunes gens se la peraient en public et1 dans les ouvertures ainsi pratiques1 introduisaient1 entre la peau et la chair1 des broches en bois1 les plus longues et les plus grosses qu'ils pouvaient endurer1 qu'ils brlaient ensuite en holocauste leurs dieux2 ceux qui tressaillaient sous l'intensit de cette cruelle douleur1 taient jugs n'tre ni vigoureux1 ni chastes4 ,ailleurs1 la dsignation du grand pontife et la considration dont il jouissait1 taient bases sur la dimension de cet organe1 dont l'effigie1 dans les crmonies en l'honneur de certaines divinits1 tait promene en grande pompe4--,en gypte1 la fte des ,bacchanales1 les dames en portaient au cou une image en bois d'une grande richesse d'ornementation1 de fortes proportions et lourde suivant la force de chacune2 en outre1 la statue du dieu en prsentait un qui excdait presque en dimension le reste du corps4--,prs de nous1 les femmes maries en font prendre1 sur leur front1 la forme leur voilette1 pour se glorifier de la jouissance qu'elles en ont2 et si elles deviennent veuves1 elles le rejettent en arrire sous leur coiffure o il se perd4--,a ,rome1 les matrones les plus sages tenaient honneur d'offrir des fleurs et des couronnes au dieu ,priape2 et1 le jour de leurs noces1 on faisait asseoir celles qui taient vierges sur les parties les moins honntes de sa statue4--,je ne sais trop si1 de nos jours1 on ne peut relever certaines pratiques se rattachant cette mme dvotion8 ,quelle signification avait cette pice ridicule des hauts de chausses ou culotte de nos pres1 qui se voit encore dans ceux que portent nos ,suisses8 ,dans quel but1 l'heure actuelle1 faisons-nous que1 sous ce vtement1 nos parties gnitales se dessinent d'une faon si apparente et1 ce qui est pire1 accroissant souvent par artifice et imposture leur dimension naturelle8 ,je suis port croire que cette disposition a t invente dans des sicles meilleurs o rgnait plus de bonne foi qu'aujourd'hui1 pour ne tromper personne et que chacun appart en public tel qu'il tait1 comme il arrive encore chez les peuples de murs plus simples1 qui portent des vtements accusant dans leur ralit les formes des parties qu'elles recouvrent1 ce qui permettait d'apprcier l'ouvrier par ce dont il semblait capable1 comme sous d'autres rapports nous le jugeons d'aprs les proportions de son bras ou de son pied4--,ce bonhomme qui1 au temps de ma jeunesse1 fit1 dans sa capitale1 chtrer tant de belles et antiques statues1 pour qu'elles ne blessent pas la vue1 appliquant cette maxime de cet autre non moins pudibond de l'antiquit3 ,c'est une cause de drglements1 que d'taler en public des nudits 7,ennius71 et d s'aviser aussi que1 comme dans la clbration des mystres de la bonne desse d'o tout ce qui rappelait le sexe masculin tait banni1 cela ne l'avanait en rien1 s'il ne faisait encore chtrer les chevaux1 les nes1 toute la nature enfin3 ,sur la terre1 les hommes1 les btes fauves1 les animaux domestiques2 dans l'eau1 les poissons2 dans l'air1 les oiseaux aux mille couleurs1 tout brle1 tout prouve les fureurs de l'amour 7,virgile74 ,les dieux1 dit ,platon1 nous ont pourvus d'un membre qui ne connat pas l'obissance et qui nous tyrannise2 qui1 comme un animal furieux1 prtend1 dans la violence de ses apptits1 tout soumettre lui2 les femmes ont pareillement le leur qui1 la faon d'un animal glouton et avide1 dlire quand on lui refuse des aliments alors que le moment de lui en donner est venu1 et ne souffre pas qu'on le fasse attendre2 il fait passer en leur corps la rage qui l'anime1 il en trouble le fonctionnement1 arrte la respiration1 est cause de mille maux de toutes sortes1 jusqu' ce qu'ayant aspir le fruit de la soif commune qui dvore et l'homme et la femme1 il en ait largement arros et ensemenc le fond de la matrice4 ,mieux vaudrait renseigner de bonne heure la femme sur les choses de l'amour que de laisser son imagination travailler2 en somme1 dans toutes les rgles qu'il a dictes ce sujet1 l'homme n'a que lui-mme en vue4--,ce mme lgislateur1 qui ordonna cet acte de vandalisme1 et bien d s'aviser aussi que ce serait peut-tre une mesure plus chaste et d'un rsultat plus certain1 de renseigner de bonne heure les femmes sur ce qui en est1 plutt que de laisser leur esprit livr lui-mme et1 plus ou moins chauff1 chercher deviner2 le dsir1 l'esprance leur font substituer la ralit des conceptions trois fois plus extravagantes2 j'ai connu quelqu'un qui s'est perdu1 pour avoir fait en lui la dcouverte de ce don de la nature en un lieu o il ne convenait pas d'en user dans toute la mesure o1 en vue du rle auquel il est destin1 nous en avons la possibilit4--,que de mal font ces images monstrueuses que les enfants en tracent sur les murs et les portes des difices publics6 cela induit la femme un cruel mpris notre gard quand elle constate la disproportion avec ce dont la nature nous a gratifis4 ,sait-on si ,platon n'a pas t guid par cette considration quand1 l'instar d'autres rpubliques dont les institutions sont des modles1 il ordonnait que1 dans les gymnases o se pratiquaient les exercices physiques1 hommes et femmes1 quel que ft l'ge1 se prsentassent nus aux yeux les uns des autres4--,les ,indiennes qui1 continuellement1 voient les hommes ainsi1 se trouvent1 de ce fait1 avoir au moins un de leurs sens1 celui de la vue1 qui chappe toute exagration4 ,dans ce grand royaume de ,pgu1 elles n'ont elles-mmes1 pour se couvrir1 partir de la ceinture1 qu'une bande d'toffe fendue sur le devant et tellement troite que1 quels que soient les efforts qu'elles peuvent faire pour sauvegarder la dcence1 chaque pas elles sont compltement dcouvert4 ,bien qu'on dise que c'est l un usage ayant pour but d'attirer les hommes elles et de distinguer les sexes chez ce peuple1 o chacun est libre de s'abandonner ses instincts1 il se pourrait que cette coutume aboutt un effet contraire ce que l'on en attend2 la faim demeure entire est plus pnible supporter que si elle a dj t en partie satisfaite1 comme cela arrive dans le cas actuel1 au moins par les yeux2 c'est ce qui faisait dire ,livie que1 pour une honnte femme1 un homme nu n'est pas plus qu'une image4--,les ,lacdmoniennes1 qui1 femmes1 taient plus vierges d'imagination que ne sont nos filles1 voyaient tous les jours les jeunes gens de leur ville dpourvus de tout vtement1 quand ils se livraient leurs exercices2 elles-mmes ne prenaient gure soin1 quand elles marchaient1 que leurs cuisses demeurassent couvertes1 estimant1 comme fait ,platon1 que leur vertu les protgeait assez1 sans qu'il ft encore besoin de jupes bouffantes4 ,par contre ceux-l1 dont parle saint ,augustin1 ont attribu un pouvoir prodigieux la tentation que fait natre la nudit1 qui mettent en doute si1 au jugement universel1 les femmes conserveront leur sexe la rsurrection ou prendront le ntre1 pour ne pas nous induire encore en tentation quand nous jouirons de la batitude ternelle4--,en rsum1 on les provoque et on les surexcite par tous les moyens2 sans cesse nous chauffons et nous excitons leur imagination1 puis nous en faisons reproche leur ventre4 ,confessons donc la vrit3 il n'en est gure parmi nous qui ne redoute plus la honte qui peut lui advenir par les fautes de sa femme que par les siennes2 qui ne se proccupe plus 7 merveilleuse charit67 de la conscience de son pouse qu'il veut irrprochable1 que de la sienne2 qui ne prfrerait tre lui-mme un voleur et un sacrilge et que sa femme ft meurtrire et hrtique1 que de ne pas la voir plus chaste que son mari2 quelle inique apprciation du vice6 ,nous et elles sommes capables de mille corruptions1 qui causent plus de dommages et sont plus contraires aux lois naturelles que n'est la luxure1 mais nous estimons qu'une chose constitue un vice1 et un vice plus ou moins grave1 non d'aprs sa nature1 mais selon notre intrt2 et c'est l la raison pour laquelle il y a tant d'ingalit dans nos apprciations sur son degr de gravit4 ,il est bien difficile1 dans l'tat actuel de nos murs1 qu'une femme soit toujours chaste et fidle4--,la rigueur que nous avons dicte contre la femme qui succombe ces tentations1 leur en fait un crime beaucoup plus grand que cela ne vaut et a pour elles des consquences hors de proportion avec la chose elle-mme2 mieux leur vaudrait aller au palais plaider pour faire fortune1 ou la guerre conqurir un grand nom1 plutt que d'avoir charge1 au milieu de l'oisivet et des satisfactions de tous genres1 de faire une dfense si difficile4 ,ne voient-elles pas qu'il n'y a ni marchand1 ni procureur1 ni soldat qui ne quittent leurs occupations professionnelles pour se livrer cette autre guerre dirige contre elles1 et qu'il en est de mme du moindre crocheteur1 du plus misrable savetier1 si harcels et puiss qu'ils soient par le travail et la faim8 ,tous les trsors d',achmns1 toutes les richesses de l',arabie et de la ,phrygie1 pourraient-ils payer un seul des cheveux de ,licymnie dans ces doux moments o1 tournant la tte1 elle apporte sa bouche tes baisers1 ou que1 par un doux caprice1 elle refuse ce qu'elle veut se laisser ravir1 sauf te prvenir bientt elle-mme 7,horace78 ,je ne sais si les exploits de ,csar et d',alexandre surpassent en difficult la rsolution d'une femme jeune et belle1 leve notre faon1 dans la frquentation d'un monde o elle brille1 ayant contre elle tant d'exemples contraires et se maintenant dans toute sa puret1 au milieu de mille poursuites continues et pressantes4 ,rien de ce qu'elle pourrait faire n'est aussi pineux et n'exige qu'elle se dmne davantage que ce qu'elle ne fait pas4 ,je trouve plus ais de porter toute la vie une cuirasse qu'un pucelage2 et c'est parce qu'il est le plus pnible de tous1 que le vu de virginit est le plus noble3 ,la puissance de ,satan a son sige dans les rognons1 dit ,s4 ,jrme4 ,elles n'en ont que plus de mrite lorsqu'elles parviennent demeurer sages1 mais ce n'est pas en se montrant prudes et revches qu'elles feront croire davantage leur vertu2 l'indiscrtion des hommes est un grand tourment pour elles4--,certes le plus ardu des devoirs imposs l'humanit1 celui qui ncessite le plus d'efforts1 nous l'avons abdiqu entre les mains des dames et leur en abandonnons la gloire4 ,c'est l un stimulant suffisamment puissant pour qu'elles s'opinitrent l'observer1 et un terrain minemment favorable pour nous dfier et fouler aux pieds cette illusoire supriorit de valeur et de vertu que nous prtendons avoir sur elles2 pour peu qu'elles veillent ne pas s'en dpartir1 elles y gagnent non seulement une plus grande estime1 mais encore qu'on les aime davantage4 ,un galant homme ne discontinue pas ses poursuites parce qu'il a prouv un refus1 si ce refus est motiv par la chastet et non parce qu'il ne plat pas2 nous avons beau jurer1 menacer et nous plaindre1 nous ne les en aimons que mieux1 et mentons quand nous affirmons le contraire2 il n'est rien qui nous attire davantage qu'une femme qui se maintient sage sans cesser d'tre douce et bienveillante4 ,il est lche et stupide de persister poursuivre de ses assiduits une femme qui vous tmoigne de la haine et du mpris2 mais vis--vis de celle qui ne vous objecte qu'une rsolution dicte de parti pris par la vertu et laquelle se mle de sa part de la gratitude1 ne pas rompre toute relation est le fait d'une me noble et gnreuse4 ,il est possible la femme de nous tre1 dans une certaine mesure1 reconnaissante de nos attentions et de nous marquer1 sans manquer aux rgles de l'honntet1 qu'elle ne nous ddaigne pas2 cette loi qu'on leur fait de nous avoir en horreur parce que nous les adorons1 de nous har parce que nous les aimons1 est cruelle1 ne serait-ce que par sa difficult d'application4 ,pourquoi n'couteraient-elles pas nos offres et nos demandes1 si elles ne transgressent pas ce dont la modestie leur fait un devoir8 est-ce parce qu'on suppose qu'en elles rsonne quelque sens que ces propos peuvent moustiller8 ,une reine1 de nos jours1 disait avec beaucoup d'esprit que refuser de prter l'oreille ces avances1 est un tmoignage de faiblesse1 c'est dnoncer sa propension cder1 et qu'une dame qui n'a pas t expose la tentation1 ne peut se vanter de la chastet qu'elle a garde4--,l'honneur n'est pas renferm dans de si troites limites2 il peut se dtendre1 se donner quelque libert sans se rendre coupable2 au del de son domaine1 il est une zone neutre o l'on est libre1 o ce qui se passe est sans consquence2 qui a pu le chasser et l'acculer aux confins extrmes pour arriver vaincre sa rsistance finale1 est bien difficile1 s'il n'est satisfait d'une semblable fortune2 l'importance du succs se mesure la difficult surmonte4 ,voulez-vous savoir l'impression que vous faites sur le cur d'une femme par vos hommages et vos mrites8 jugez-en d'aprs son caractre4 ,telle donne plus1 qui ne donne pas autant2 une faveur vaut uniquement par le prix qu'y attache celle qui l'octroie2 les autres circonstances qui l'accompagnent ne sont que des accidents fortuits qui n'y ajoutent rien1 et sont comme si elles n'existaient pas2 le peu que celle-l concde1 peut lui coter plus donner1 qu' sa compagne de se livrer tout entire4 ,si en quelque chose la raret ajoute au prix d'un objet1 c'est bien ici2 ne regardez pas combien peu vous obtenez1 mais combien peu l'ont obtenu2 la valeur d'une pice de monnaie dpend du lieu o elle a t frappe et de la marque qu'elle porte4--,quelque chose que le dpit et l'indiscrtion de quelques-uns les amnent dire dans l'excs de leur mcontentement1 toujours la vertu et la vrit finissent par reprendre le dessus4 ,j'ai vu des femmes dont la rputation tait demeure longtemps injustement compromise1 regagner l'approbation de tous en persvrant tout simplement dans leur ligne de conduite1 sans qu'elles se soient proccupes de ce qui pouvait se dire1 ni recourir aucun artifice2 chacun en vint se repentir et confesser son erreur4 ,alors qu'elles n'taient pas maries1 on les avait un peu en suspicion2 devenues dames1 elles tiennent aujourd'hui le premier rang parmi celles que l'on estime4--,quelqu'un disait ,platon3 ,tout le monde parle mal de vous4--,laissez dire1 rpondit-il1 je vivrai de faon qu'il faudra bien que l'on change de langage4--,outre que la crainte de ,dieu et la valeur d'une gloire qui s'acquiert si rarement doivent les inciter ne pas succomber1 la corruption de ce sicle leur en fait une obligation2 et si j'tais leur place1 il n'y a rien que je ne fisse plutt que de livrer ma rputation la merci de gens si dangereux4 ,de mon temps1 le plaisir de conter ses bonnes fortunes 7plaisir qui ne doit gure le cder en douceur la chose elle-mme7 n'tait permis qu' ceux qui avaient un ami unique et fidle1 qu'ils prenaient pour confident2 prsent1 dans les runions et table1 on passe le temps se vanter des faveurs obtenues et l'on rvle les plus intimes secrets de l'alcve4 ,c'est vraiment trop d'abjection et de bassesse de cur1 que de rvler ainsi ouvertement et donner en pture aux commentaires et la malignit de tous1 ces panchements intimes si tendres1 si dlicats2 c'est le fait de personnes ingrates1 indiscrtes et volages4 ,la jalousie est une passion inique2 le prjug qui nous fait regarder comme une honte l'infidlit de la femme1 n'est pas plus raisonnable4--,notre exaspration inique et immodre contre les faiblesses de la femme1 vient de cette maladie qu'est la jalousie1 la plus malsaine d'entre celles qui affligent l'me humaine en laquelle elle soulve les plus violents orages4 ,qu'est-ce qui empche de prendre de la lumire la lumire8 celle-ci s'en trouve-t-elle diminue 7,ovide78 ,la jalousie et l'envie sa sur me paraissent les plus ineptes de toutes nos infirmits morales4 ,de cette dernire1 qui passe pour tre une passion si tenace et si puissante1 je ne puis gure parler ne l'ayant1 ,dieu merci1 jamais ressentie2 quant la jalousie1 je la connais au moins de vue4 ,les btes l'prouvent3 ,une de ses chvres tant tombe amoureuse du berger ,cratis1 son bouc1 par jalousie1 vint1 pendant qu'il dormait1 choquer sa tte contre la sienne et la lui crasa4--,nous avons1 l'exemple de certaines nations barbares1 exagr cette fivre2 comme de juste1 les mes les mieux disciplines n'y chappent naturellement pas1 mais sans en perdre la raison3 ,jamais un homme adultre1 perc de l'pe d'un mari1 n'a rougi de son sang les eaux du ,styx 7,jean ,second74 ,lucullus1 ,csar1 ,pompe1 ,antoine1 ,caton et autres de bravoure incontestable1 furent des maris tromps et le surent1 sans en faire autrement de tapage2 il n'y eut1 cette poque1 qu'un ,lpide qui fut assez sot pour s'en tourmenter au point d'en mourir3 ,malheureux6 si ton mauvais destin veut que tu sois pris sur le fait1 tu seras tran par les pieds hors du logis1 et par les voies qui leur seront mnages1 raves et surmulets s'introduiront en toi 7,catulle76--,quand ,vulcain1 au dire du pote1 surprit sa femme avec un autre dieu1 il se contenta de les livrer tous deux la rise de tous les autres dieux1 ce qui fit dire l'un d'eux des moins austres1 qu'il consentirait bien1 lui aussi1 subir une telle honte 7,ovide74 ,vulcain ne se drobe pas1 pour cela1 aux 99 douces caresses que lui offre l'infidle et1 tout en se rchauffant sur son sein1 lui reproche la dfiance dont1 en raison de cette vengeance maritale1 semble empreinte son affection3 ,a quoi bon tant de dtours8 pourquoi1 desse1 ne pas vous fier votre poux 7,virgile78 ,quant elle1 elle lui adresse une requte pour ,ene1 un de ses btards3 ,c'est une mre qui vous demande des armes pour son fils 7,virgile72 ce qu'il lui accorde gnreusement1 s'exprimant en outre de la faon la plus honorable sur ce rejeton3 ,il s'agit de faire des armes pour un hros 7,virgile74 ,c'est l1 la vrit1 une abngation qui dpasse ce dont l'homme est capable1 et je conviens qu'un tel excs de mansutude demeure l'apanage des dieux2 on ne saurait1 en effet1 tablir de comparaison entre les hommes et eux 7,catulle74 ,chez la femme1 la jalousie est encore plus terrible que chez l'homme2 elle pervertit tout ce qu'il y a en elle de beau et la rend susceptible des plus grands mfaits4--,pour ce qui est de la confusion qui en rsulte entre les enfants1 fruits de ces unions tant lgitimes qu'illgitimes1 outre que les plus graves lgislateurs ordonnent de n'en pas tenir compte et ont fait prvaloir cette manire de faire dans toutes les constitutions qu'ils ont donnes1 cela ne touche pas les femmes qui1 elles1 n'ont pas d'hsitation sur ceux qui leur appartiennent2 plus que nous cependant1 et je ne sais comment cela se fait1 elles sont en proie cette passion3 ,souvent la jalousie de ,junon ne trouva que trop s'exercer dans les infidlits quotidiennes de son poux 7,catulle74--,lorsque la jalousie s'empare de ces pauvres mes faibles et incapables de rsistance1 c'est piti avec quelle cruaut elle les tiraille et les tyrannise2 elle s'introduit en elles sous couleur d'amiti2 mais1 une fois dans la place1 les mmes causes qui1 auparavant1 faisaient clore leur bienveillance1 deviennent des sujets de haine mortelle4 ,elle est1 d'entre les maladies de l'esprit1 celle laquelle tout fournit le plus d'aliments et qui comporte le moins de remde3 la sant1 la vertu1 le mrite1 la rputation du mari sont autant de prtextes qui surexcitent leur dpit et leur rage3 ,il n'y a pas de haines plus implacables que celles de l'amour 7,properce74 ,cette fivre enlaidit et corrompt tout ce que1 sous d'autres rapports1 il y a de beau et de bon en elles4 ,tout ce que fait une femme jalouse1 si chaste1 si bonne mnagre soit-elle1 a quelque chose d'aigre et d'importun2 elle est possde d'une agitation enrage qui indispose contre elle1 produisant un effet tout contraire ce qu'elle en attend4 ,ce fut bien le cas1 ,rome1 d'un certain ,octavius3 il avait couch avec ,pontia ,posthumia2 son affection pour elle s'accrut par la jouissance qu'il en avait eue4 ,il lui adressa instances sur instances pour qu'elle consentit l'pouser2 ne pouvant l'y dcider1 l'amour extrme qu'elle lui inspirait1 le porta agir comme s'il et t son plus cruel et mortel ennemi1 il la tua4--,les symptmes ordinaires de cette maladie inhrente l'amour1 sont de mme ordre2 ce sont des haines intestines1 de sourdes menes1 des complots incessants3 on sait jusqu'o peut aller la fureur d'une femme 7,virgile72 c'est une rage qui se ronge elle-mme1 d'autant plus que1 pour excuser ses mfaits1 elle est oblige de se couvrir d'intentions bienveillantes l'gard de celui qu'elle poursuit4 ,la chastet est-elle chez la femme une question de volont8 ,pour russir auprs d'elles tout dpend des occasions1 et il faut savoir oser2 du reste1 ce que nous entendons leur interdire est assez mal dfini4--,la chastet est un devoir susceptible d'une grande extension4 ,est-ce par exemple la volont de la femme que1 par elle1 nous cherchons matriser8 ,si c'est sa volont3 sa souplesse1 sa soudainet font qu'elle est beaucoup trop prompte excuter ce qu'elle conoit1 pour que la chastet ait possibilit de l'arrter4 ,un songe suffit pour l'engager au point qu'elle ne peut se ddire4 ,il n'est pas en son pouvoir de se dfendre par elle-mme contre les concupiscences et les dsirs1 mme avec l'aide de la chastet qui1 elle aussi du sexe fminin1 est de ce fait en butte aux mmes assauts4 ,si1 seule1 sa volont nous importe1 o cela nous conduit-il8 ,supposez quelqu'un de nous1 sans yeux ni langue1 ayant le don de se trouver point nomm1 ne voyant pas1 ne parlant pas1 dans la couche de toute femme dispose lui faire bon accueil2 avec quel empressement elles le rechercheraient6 ,les femmes scythes ne crevaient-elles pas les yeux leurs esclaves et leurs prisonniers de guerre1 pour pouvoir en user plus librement et sans tre reconnues4--,oh6 quel immense avantage que de savoir profiter de l'occasion4 ,a qui me demanderait ce qui importe le plus en amour1 je rpondrais que c'est tout d'abord de savoir saisir le moment opportun2 en second lieu cela encore1 et1 en troisime lieu toujours cela4 ,c'est de l que tout dpend4--,il m'est arriv souvent de manquer une bonne fortune2 parfois1 pour n'avoir pas t assez entreprenant2 que ,dieu garde de tout mal quiconque1 cet gard1 en est encore se moquer de moi6 ,en ce sicle1 il faut plus de tmrit que je n'en ai1 tmrit dont les jeunes gens s'excusent en la mettant sur le compte de la chaleur qui les transporte1 mais que1 si elles y regardaient de prs1 les femmes reconnatraient provenir plutt du mpris qu'on a pour leur vertu4 ,c'tait une superstition chez moi que de craindre de les offenser1 car je suis port respecter ce que j'aime2 de plus1 indpendamment de ce qu'en pareille circonstance un manque de respect dprcie la faveur qui nous est faite1 j'aime qu'on s'y comporte un peu comme un enfant1 qu'on se montre timide et qu'on soit aux petits soins4--,j'ai d'ailleurs1 sinon toute1 du moins quelque peu de cette honte qui est sottise dont parle ,plutarque1 et j'ai eu en ptir et le regretter sous maints rapports dans le cours de ma vie2 c'est l un dfaut qui s'accorde assez mal avec ma nature en gnral1 mais ne sommes-nous pas un compos de sentiments et d'ides en perptuelle contradiction8 ,j'ai de la peine quand j'prouve un refus1 comme aussi lorsque c'est moi qui refuse2 il m'en cote tant de causer de la contrarit autrui1 que dans les occasions o c'est un devoir pour moi d'essayer de dcider quelqu'un une chose qui lui est pnible et o l'hsitation est permise1 je n'insiste que faiblement et contre-cur4 ,dans les affaires de ce genre o je suis directement intress1 bien qu',homre dise avec raison que chez un indigent la honte est une sotte vertu1 je charge d'ordinaire un tiers de subir ce dsagrment ma place1 de mme que je dcline toute mission de ce genre quand on veut m'y employer2 car ma timidit est telle sur ce point qu'il m'est arriv parfois d'avoir la volont de refuser et de n'en avoir pas la force4 ,donc c'est folie d'entreprendre de combattre chez les femmes un dsir si cuisant et si naturel4 ,aussi lorsque je les entends se vanter que1 de par leur volont1 leur imagination est demeure vierge et insensible1 je me moque d'elles1 elles reculent par trop4 ,si c'est une vieille dcrpite1 n'ayant plus de dents1 ou une jeune qui soit tique et s'en aille de la poitrine qui tient ce langage1 elles peuvent avoir l'apparence de dire vrai sans toutefois tre compltement croire2 mais dans la bouche de celles qui se meuvent et respirent encore1 c'est vouloir trop prouver1 elles n'en rendent leur vertu que plus suspecte4 ,les excuses inconsidres qu'elles mettent en avant tmoignent contre elles1 comme il arriva un gentilhomme de mes voisins qu'on souponnait d'impuissance1 insensible aux plus lascives caresses1 jamais il n'avait donn le moindre signe de vigueur 7,catulle74 ,trois ou quatre jours aprs ses noces1 ce gentilhomme1 pour faire croire aux moyens qui lui manquaient1 jurait sans sourciller que vingt fois dans la nuit prcdente il avait approch sa femme1 propos dont on usa depuis pour le convaincre que jamais il ne l'avait connue et casser son mariage4 ,une pareille assertion ne signifie rien1 puisqu'il ne saurait y avoir ni continence ni vertu1 qu'autant qu'on a rsist la tentation qui pousse y manquer2 la seule chose qu'elles soient fondes dire1 c'est qu'elles ne sont pas disposes se rendre2 les saints eux-mmes s'expriment de la sorte4 ,je parle ici1 bien entendu1 des femmes qui1 sachant bien ce qu'elles disent1 se vantent de leur froideur et de leur insensibilit1 et veulent qu'on prenne leurs affirmations au srieux2 car je n'y trouve pas redire quand cela vient de celles dont1 en parlant ainsi1 le visage minaude et les yeux dmentent les paroles et qui ne font qu'user d'une forme de langage qui leur est propre1 o tout se qui se dit est prendre contre-pied4 ,je suis fort pris de la navet et de la libert2 mais il n'y a pas de milieu1 et il faut que ces qualits conservent leur simplicit enfantine1 sinon ce n'est plus qu'ineptie fort dplace en pareil cas chez des dames et qui tourne immdiatement l'impudence4 ,ces formes dguises qu'elles emploient1 aussi bien que leurs mines1 ne trompent que les sots2 le mensonge y occupe une place d'honneur1 et1 bien qu'avec elles on n'avance que par voie dtourne1 on n'en arrive pas moins la vrit par une fausse porte4--,puisque nous ne pouvons contenir l'imagination de la femme1 que voulons-nous donc d'elle8 ,est-ce d'en combattre les effets8 ,mais combien sont ignors1 qui n'en portent pas moins atteinte la chastet3 ,souvent la femme fait ce qui peut se faire sans tmoin 7,martial72 ce que nous craignons le moins est parfois ce qui est le plus redouter2 et1 d'entre leurs pchs1 ceux que rien ne trahit sont encore les pires3 ,je hais moins une femme vicieuse lorsqu'elle ne dissimule pas ses vices 7,martial74 ,il est des actes qui peuvent les dflorer1 sans qu'il y ait impudicit de leur part1 et qui plus est1 sans qu'elles s'en doutent3 ,il est telle sage-femme qui1 en inspectant de la main si une jeune fille est vierge1 lui en fait perdre le caractre1 soit sciemment1 soit inconsciemment1 soit par accident 7,s4 ,augustin72 cela est arriv des jeunes filles cherchant se rendre compte1 d'autres en se jouant4 ,nous ne saurions circonscrire avec prcision ce que nous leur dfendons1 nous ne pouvons formuler nos exigences que d'une faon vague et gnrale2 parfois mme1 l'ide que nous nous faisons de leur chastet est ridicule4 ,parmi les exemples les plus singuliers que j'en puis donner1 je citerai celui de ,fatua femme de ,faunus1 qui1 aprs ses noces1 ne laissa plus apercevoir ses traits par aucun homme1 et celui de la femme de ,hiron qui ne s'apercevait pas que son mari exhalait par le nez une odeur dsagrable1 s'imaginant que c'tait l une particularit commune tous les hommes4 ,pour que nous ayons satisfaction1 il faudrait qu'elles devinssent insensibles et invisibles4 ,c'est d'aprs l'intention qu'il faut juger si la femme manque ou non ses devoirs2 son infidlit ne peut toujours lui tre reproche2 et puis1 quel profit retirons-nous de prendre trop de souci de la sagesse de nos femmes8--,reconnaissons donc que c'est principalement d'aprs l'intention qu'il faut juger s'il y a1 ou non1 manquement ce devoir4 ,il y a des maris qui ont prouv ce genre d'infortune1 non seulement sans le reprocher leur femme1 sans y voir d'offense de leur part1 mais en leur en ayant une grande obligation1 trouvant mme1 dans leur conduite1 une confirmation de leur vertu3 telle qui prfrait l'honneur la vie1 s'est prostitue et livre aux embrassements forcens d'un ennemi mortel pour obtenir la vie de son mari1 faisant pour lui ce qu'elle n'et jamais fait pour elle-mme4 ,ce n'est pas ici le moment d'en citer des exemples2 ils sont d'une nature trop leve et trop riche pour prendre place dans ce cadre1 rservons-les pour les produire en plus noble exposition4 ,mais1 parmi ceux inspirs par des considrations plus vulgaires1 ne voyons-nous pas tous les jours1 autour de nous1 des femmes qui se prtent pour simplement tre utiles leurs maris1 parfois sur leur ordre exprs et par leur entremise8 ,dans l'antiquit ,phaulius d',argos offrit la sienne par ambition au roi ,philippe2 et1 par civilit1 un certain ,galba1 qui avait donn souper ,mcne et voyait sa femme et son hte commencer se faire les yeux doux et changer des signes d'intelligence1 se laissa aller sur son coussin1 feignant d'tre accabl de sommeil1 pour se prter leurs amours2 ce qu'il avoua du reste d'assez bonne grce1 car un valet ayant t assez os pour1 ce moment1 faire main basse sur les vases qui taient sur la table1 il lui cria sans ambages3 ,comment1 coquin6 tu ne vois donc pas que ce n'est que pour ,mcne1 que je suis endormi8--,il y a des femmes de murs lgres1 dont la volont est moins contamine que chez d'autres qui ont une conduite d'apparence plus rgulire4 ,il y en a qui se plaignent d'avoir t voues la chastet avant d'avoir atteint l'ge o elles ont eu leur pleine connaissance2 de mme j'en ai vu se plaindre1 en toute sincrit1 d'avoir t livres la dbauche avant cet ge3 peut-tre tait-ce par la faute de parents vicieux1 peut-tre par la misre qui est un rude conseiller4 ,aux ,indes orientales1 o la chastet est particulirement en honneur1 il tait admis par l'usage qu'une femme marie pouvait s'abandonner qui lui faisait prsent d'un lphant2 la gloire d'tre estime un si haut prix1 l'excusait4 ,le philosophe ,phdon1 qui tait de bonne famille1 fit mtier1 pour vivre1 aprs la conqute de l',elide son pays1 de se prostituer contre argent comptant1 qui voulut de lui1 et cela dura aussi longtemps que sa beaut le lui permit4 ,solon fut1 dit-on1 le premier qui1 en ,grce1 concda aux femmes1 par ses lois1 la libert de pourvoir par la prostitution aux besoins de l'existence1 coutume qui1 dit ,hrodote1 avait t introduite avant lui dans les institutions de plusieurs peuples4--,finalement1 quel fruit nous rapporte ce souci qui nous est si pnible8 si fonde que soit notre jalousie1 encore faudrait-il voir si cette passion nous torture utilement8 ,eh bien1 est-il quelqu'un qui pense avoir un moyen efficace de matriser la femme8 ,mettez-la sous clef1 donnez-lui des gardiens2 mais qui les gardera eux-mmes8 ,elle est ruse1 c'est par eux qu'elle commencera 7,juvnal72 la moindre facilit1 en ce sicle si raffin1 lui suffit pour chapper4 ,il vaut mieux ignorer que connatre leur mauvaise conduite2 un honnte homme n'est pas moins estim parce que sa femme le trompe2 c'est un mal qu'il faut garder secret4 ,mais c'est l un conseil qu'une femme jalouse ne saurait admettre1 tant cette passion1 qui l'amne rendre la vie intolrable son mari1 la domine une fois qu'elle s'est empare d'elle4--,la curiosit est toujours un dfaut1 mais ici1 elle est pernicieuse3 c'est folie de vouloir s'clairer sur un mal qui ne comporte pas de traitement qui ne l'accroisse et ne l'aggrave1 dont la honte s'augmente et acquiert de la publicit surtout par la jalousie1 dont la vengeance qu'on en tire blesse plus nos enfants qu'elle ne nous gurit4 ,vous vous desschez1 vous mourrez la peine1 en voulant lucider une question aussi malaise vrifier4 ,combien piteusement y sont arrivs ceux qui1 de mon temps1 en sont venus bout6 ,si celui qui vous dnonce l'infidlit de votre femme ne vous apporte en mme temps le remde qui vous tire d'embarras1 l'avis qu'il vous donne constitue une injure qui mrite plus un coup de poignard que s'il vous donnait un dmenti4 ,on ne se moque pas moins de celui qui se met en peine de se venger1 que de celui qui ignore2 la tache d'un mari tromp est indlbile1 celui qui une fois l'a t l'est pour toujours2 le chtiment affirme son infortune plus encore que ne le fait la faute elle-mme4 ,il est trange de voir arracher de l'ombre et du doute nos malheurs privs et1 en leur donnant des consquences tragiques1 les publier en quelque sorte son de trompe2 d'autant que ce sont des malheurs que nous ne ressentons que par la connaissance que nous en avons1 car ,bonne femme et ,bon mnage se disent non de qui l'est1 mais de qui l'on se tait4 ,il y a plus d'esprit viter cette ennuyeuse et inutile connaissance2 aussi les ,romains avaient-ils coutume1 lorsqu'ils revenaient de voyage1 de se faire prcder chez eux de quelqu'un charg d'annoncer leur arrive leurs femmes1 afin de ne pas les surprendre4 ,c'est aussi pour cela que chez certaine nation1 avait t tabli l'usage que le prtre coucht le premier avec la marie1 le jour des noces1 pour ter au mari le doute et la curiosit de chercher savoir1 ds ses premiers rapports avec elle1 si elle lui venait vierge1 ou dflore par un autre qui l'aurait possde avant lui4 ,mais1 dira-t-on1 il y a les propos du monde4 ,je sais cent honntes gens qui sont des maris tromps1 sans qu'on en parle1 ni que cela ait fait esclandre4 ,on plaint un galant homme auquel cela arrive1 mais l'estime qu'on a pour lui n'en est pas altre4 ,faites donc qu'en raison de votre vertu votre infortune passe inaperue1 que les gens de bien vous gardent leur sympathie1 et qu' celui qui vous a outrag la pense en soit odieuse4 ,et puis1 qui1 depuis le plus petit jusqu'au plus grand1 jusqu'au gnral qui a command tant de lgions et qui1 en tout1 est suprieur un misrable comme toi 7,lucrce71 ne prte-t-on pas pareille msaventure8 ,c'est une imputation qu'en ta prsence tu vois adresser tant de personnes honorables1 que tu peux bien penser que tu ne dois pas tre pargn quand tu n'es pas l4 ,il n'est pas jusqu'aux dames qui n'en plaisantent2 mais de quoi plaisante-t-on davantage1 en ces temps-ci1 si ce n'est d'un mnage paisible et bien assorti8 ,chacun de vous a inflig cet affront quelqu'un3 attendez-vous la pareille1 car compensations et reprsailles sont dans l'ordre naturel des choses4 ,la frquence de cet accident doit aujourd'hui en temprer l'amertume1 car il est presque pass en coutume4 ,malheureuse passion6 qui a encore le dsagrment qu'on ne peut s'en entretenir avec autrui3 ,le sort nous envie jusqu' la consolation de faire entendre nos plaintes 7,catulle76 ,a quel ami1 en effet1 confier nos dolances sans que1 s'il n'en rit1 cela ne lui donne l'ide et ne le renseigne sur la possibilit de prendre part1 lui aussi1 la cure6 ,les sages gardent le secret sur les amertumes comme sur les douceurs du mariage2 et1 parmi les dsagrments que prsente le cas qui nous occupe1 l'un des principaux pour un homme bavard1 comme je le suis1 c'est qu'il est dans les usages qu'il est indcent de communiquer des tiers ce que l'on en sait et ce que l'on en ressent1 et qu'il y a mme inconvnient le faire4 ,ce serait temps perdu que de donner ce mme conseil aux femmes pour les dgoter d'tre jalouses2 elles sont par nature si souponneuses1 si frivoles1 si curieuses1 qu'il ne faut pas esprer les gurir en les traitant suivant les rgles4 ,elles se corrigent souvent de ce dfaut1 mais en revenant la sant dans des conditions beaucoup plus redouter que n'tait la maladie elle-mme2 car il en est ici comme de ces enchantements qui ne vous dbarrassent de votre mal qu'en le transmettant un autre3 quand cette fivre les quitte1 c'est d'ordinaire qu'elles la passent leurs maris4--,je ne sais1 vrai dire1 si quelque chose peut nous faire plus souffrir que leur jalousie2 c'est le plus dangereux tat d'esprit en lequel elles peuvent se trouver1 comme la tte est des parties de leur corps ce qu'elles ont de pire4 ,pittacus disait que chacun avait son infirmit2 que la sienne c'tait la mauvaise tte de sa femme1 et que1 n'tait cela1 il s'estimerait heureux sous tous rapports4 ,c'est un bien grand inconvnient2 et s'il a pes si lourdement sur l'existence d'un homme si juste1 si sage1 si vaillant1 que toute sa vie il en ait souffert1 qu'en advient-il de nous qui sommes de si minces personnages8--,le snat de ,marseille jugea sainement1 en accdant la requte de ce mari qui demandait l'autorisation de se tuer pour chapper la vie infernale que lui faisait sa femme1 car c'est l un mal qui ne disparat qu'en emportant la pice et auquel il n'est d'autre expdient que la fuite ou la souffrance1 solutions toutes deux galement fort difficiles4 ,celui-l s'y entendait1 ce me semble1 qui a dit que pour qu'un mariage soit bon1 il faut la femme aveugle et le mari sourd4 ,un mari ne gagne rien user de trop de contrainte envers sa femme2 toute gne aiguise les dsirs de la femme et ceux de ses poursuivants4--,prenons garde d'un autre ct que ces obligations que nous leur imposons1 par l'extension et la rigueur que nous y mettons1 ne conduisent deux rsultats contraires ce que nous nous proposons3 qu'elles ne soient un stimulant pour ceux qui les harclent de leurs poursuites1 et qu'elles-mmes n'en deviennent que plus faciles se rendre4--,pour ce qui est du premier point1 par ce fait que nous augmentons la valeur de la femme1 nous surexcitons le dsir de la conqurir et ajoutons au prix qu'on y attache4 ,ne serait-ce pas ,vnus qui a ainsi fait adroitement renchrir sa marchandise1 sachant bien qu'on transgresserait ces lois qui1 par leurs sottes exigences1 ne font que surexciter l'imagination et surlever les prix1 car en somme1 pour me servir de l'expression de l'hte de ,flaminius3 toutes tant qu'elles sont1 ne sont qu'un mme gibier que diffrencie seule la sauce qui l'accompagne4 ,cupidon est un dieu rebelle1 il met son plaisir lutter contre la dvotion et la justice1 et sa gloire opposer sa toute-puissance toute autre puissance que ce soit1 ce que toute rgle cde devant la sienne3 ,sans cesse il cherche l'occasion de nouveaux excs 7,ovide74--,quant au second point1 serions-nous autant tromps1 si nous craignions moins de l'tre8 ,c'est dans le temprament de la femme2 mais la dfense mme qui lui en est faite l'y incite et l'y convie3 ,voulez-vous1 elles ne veulent plus2 ne voulez-vous plus1 elles veulent 7,tacite72 il leur rpugne de suivre une roule qui leur est permise 7,lucain74 ,quelle meilleure preuve en avons-nous que le fait de ,messaline1 l'pouse de ,claude8 ,au dbut1 elle trompe son mari en cachette1 ainsi que cela se fait2 mais la stupidit de celui-ci lui rendant ses intrigues trop faciles1 subitement elle ddaigne d'observer cet usage et la voil qui se met faire l'amour dcouvert1 avouant ses amants1 les entretenant1 leur donnant ses faveurs la vue de tous2 elle veut que son poux en prenne ombrage4 ,mais rien de tout cela ne pouvant donner l'veil cette brute1 et la trop lche facilit avec laquelle il tolrait ses dbordements1 qu'il paraissait autoriser et lgitimer1 tant ses plaisirs leur saveur et leur piquant1 que fait-elle8 ,femme d'un empereur plein de vie et de sant1 ,rome1 en plein midi1 la face du monde entier1 au milieu des ftes et au cours d'une crmonie publique1 un jour que son mari tait absent de la ville1 elle pouse ,silius qui depuis longtemps dj tait son amant6 ,ne semble-t-il pas que la nonchalance de son mari l'amenait devenir chaste1 ou qu'elle cherchait1 en en pousant un autre1 accrotre en elle l'ardeur de ses propres dsirs par la jalousie qu'elle inspirerait ce second poux1 qu'elle surexciterait son tour en lui rsistant8 ,mais la premire difficult laquelle elle se heurta fut aussi la dernire4 ,la bte s'veilla en sursaut et1 comme il n'y a de pire que d'avoir affaire ces gens qui font les sourds et semblent endormis1 qu'en outre1 ainsi que j'en ai fait l'exprience1 cette patience excessive1 quand elle vient prendre fin1 se traduit par des vengeances qui n'en sont que plus pres1 parce que1 prenant feu subitement1 la colre et la fureur qui se sont accumules en nous clatent du premier coup avec toute leur intensit2 lchant la bride ses transports 7,virgile71 ,claude la fit mettre mort1 elle et un grand nombre de ceux auxquels elle s'tait donne1 y compris certains qui n'en pouvaient mais1 l'gard desquels elle avait d employer le fouet pour les dcider venir prendre place dans son lit4 ,lucrce a peint les amours de ,vnus et de ,mars avec des couleurs plus naturelles que ,virgile dcrivant les rapports matrimoniaux de ,vnus et de ,vulcain2 quelle vigueur dans ces deux tableaux si expressifs6 ,caractre de la vritable loquence4--,ce que ,virgile dit des rapports matrimoniaux de ,vnus et de ,vulcain1 ,lucrce l'avait exprim avec plus de naturel encore en dcrivant ses moments d'abandon entre elle et ,mars3 ,souvent le dieu des combats1 le redoutable ,mars1 enivr de ton amour1 se dpartit de sa fiert et s'effondre dans tes bras444 ,pench avidement sur ton sein1 son souffle suspendu tes lvres1 il ne peut assez se repatre de la vue de tes charmes4 ,alors que tu le tiens enlac de ton beau corps1 desse1 c'est le moment opportun pour lui parler en faveur des ,romains 7,lucrce74--,quand me reviennent l'esprit les mots employs par ces deux potes et dont la traduction attnue si notablement l'expression3 reiicit 7s'effondre dans tes bras71--pascit 7il ne peut assez se repatre de tes charmes71--pudet1 inhians 7pench avidement sur ton sein1 son souffle suspendu tes lvres71--molli favet 7l'chauffe dans un tendre embrassement71--medullas1 labefacta 7la chaleur l'envahit de partout et le pntre jusqu' la moelle des os71--percurrit 7sillonn de ses rubans de feu71--et ce circumfusa 7tu le tiens enlac7 si noble et mre de cet autre si gracieux infusus 7incarn en elle71 j'ai du ddain pour ces locutions qui veulent tre piquantes et sont si peu expressives1 pour ces mots allusions qui sont ns depuis4 ,a ces bonnes gens qu'taient les anciens1 ce n'tait pas un style de temps autre incisif et subtil qu'il fallait1 mais un langage disant bien ce qu'il voulait dire1 naturel1 ne se dpartissant jamais de son nergie2 l'pigramme se rencontre constamment chez eux1 non seulement dans la conclusion1 mais au commencement et au milieu2 non seulement la queue1 mais la tte1 l'estomac1 aux pieds4 ,il n'y a rien de forc1 de tranant1 tout y va mme allure1 leur discours est d'une contexture virile1 ils ne s'attachent pas l'orner de fleurs 7,snque74 ,ce n'est pas une loquence effmine1 o rien ne choque2 elle est nerveuse1 solide1 elle satisfait et ravit plus encore qu'elle ne plat1 et les esprits sont conquis d'autant plus qu'ils sont mieux tremps4--,quand je vois cette faon audacieuse de s'exprimer1 si vive1 si profonde1 je ne dis pas que c'est bien dire1 je dis que c'est bien penser4 ,c'est la hardiesse de l'imagination qui lve et donne du poids aux paroles1 c'est le cur qui rend loquent 7,quintilien72 de nos jours1 on nomme jugement ce qui n'est que verbiage1 et les belles phrases sont dites des conceptions ayant de l'ampleur4 ,ce que peignaient les anciens ne rvle pas tant la dextrit de main1 que la forte impression que le sujet qu'ils traitaient faisait sur leur me4 ,gallus parle simplement1 parce qu'il conoit de mme4 ,horace ne se contente pas d'une expression superficielle1 elle ne rendrait pas son ide2 il voit plus clair et plus profondment2 son esprit crochte le magasin aux mots et aux expressions et y fouille pour y prendre ce qui peindra le mieux sa pense2 il lui faut plus que ce qu'on y trouve d'ordinaire1 comme sa conception dpasse1 elle aussi1 ce qui est courant4 ,plutarque dit qu'il apprit le latin par les choses qui lui taient dcrites en cette langue2 il en est ici de mme1 le sens claire et fait ressortir les termes employs2 ce ne sont plus simplement des sons2 ils ont chair et os2 ils signifient plus qu'ils ne disent1 et il n'est pas jusqu'aux imbciles qui ne saisissent quelque chose de ce dont il s'agit4--,en ,italie1 je disais tout ce qui me plaisait en fait de conversations banales2 mais quand elles portaient sur des points srieux1 je n'aurais pas os me fier un idiome que je n'tais pas en tat de plier et d'adapter mon sujet1 en dehors des acceptions communes2 en pareil cas1 je veux pouvoir y mettre quelque chose de moi4 ,enrichir et perfectionner leur langue est le propre des beaux crivains2 combien sont peu nombreux ceux du sicle de ,montaigne se trouvant tre de cette catgorie4--,les beaux esprits ajoutent la richesse de la langue par la manire dont ils la manient et l'emploient2 non pas tant en innovant qu'en y introduisant plus de vigueur et la rendant apte plus d'applications diverses1 en l'tirant et lui donnant de l'lasticit4 ,ils n'y apportent pas de mots nouveaux1 mais ils donnent de la valeur ceux auxquels ils ont recours1 les accentuent et fixent leur signification et leur usage2 ils font admettre des tournures de phrase nouvelles et tout cela avec prudence et propos4 ,mais combien peu est-il donn qu'il en soit ainsi6 on peut en juger par nombre d'crivains franais de ce sicle4 ,ils sont assez hardis et ddaigneux du pass1 pour ne pas suivre la voie commune1 mais leur peu d'invention et de discrtion les perd2 on ne voit chez eux qu'une affectation assez misrable pour ce qui est trange1 des circonlocutions froides et absurdes qui1 au lieu de relever le sujet1 le rabaissent2 pourvu qu'ils produisent quelque nouveaut qui leur fournisse de quoi s'applaudir1 peu leur importe son plus ou moins de justesse2 pour la satisfaction de produire un mot nouveau1 ils cessent de se servir de ceux employs d'habitude1 qui souvent ont plus de force et d'nergie4 ,la langue franaise se prte mal1 en l'tat1 rendre les ides dont l'expression comporte de l'originalit et de la vigueur2 mais on n'en tire pas tout ce que l'on pourrait4 ,on apporte aussi trop d'art dans le langage employ pour les sciences4--,notre langue me semble assez toffe1 mais manquer un peu de faon4 ,elle en aurait autant que besoin est1 si on mettait contribution le jargon dont nous usons la chasse et la guerre1 qui constitue une mine de fort rendement4 ,a l'instar des plantes1 les diverses formes que revt le langage1 s'amendent et se fortifient par la transplantation4 ,le ntre est suffisamment fourni1 mais ne se prte pas aisment tre mani avec vigueur2 il est d'ordinaire hors d'tat de rendre de fortes ides4 ,si vous voulez en exprimer de cet ordre1 vous le sentez languir et flchir sous vous2 il faut qu' dfaut de ressources qui lui sont propres1 le latin pour les uns1 le grec pour les autres1 viennent son secours4--,parmi ces mots de ,virgile et de ,lucrce que j'ai signals plus haut1 il en est dont nous ne saisissons que difficilement l'nergie1 parce que l'usage et l'emploi frquents en ont un peu avili et par trop vulgaris la grce2 de mme dans notre langue1 telle qu'on la parle communment1 il y a des tournures de phrase excellentes1 des mtaphores dont la beaut n'est fltrie que par le long temps auquel en remonte l'emploi et dont la vivacit de couleur est ternie par un usage trop courant2 mais cela ne leur te rien de leur got pour ceux qui ont le palais dlicat1 et ne porte pas atteinte la gloire de ceux d'entre les auteurs anciens qui1 selon toute probabilit1 ont t les premiers donner ces mots le relief qu'ils ont acquis4 ,on emploie pour les sciences un style trop relev1 trop artificiel1 qui diffre du style naturel dont on use d'habitude4 ,mon page fait l'amour et en connat le langage2 lisez-lui ,lon l'hbreu et ,ficin1 on y parle de lui1 de ses penses1 de ses actions1 et cependant il n'y comprend rien4 ,je ne reconnais 99 pas dans ,aristote la plupart des impressions que j'prouve ordinairement2 on les a couvertes1 affubles d'une autre robe1 pour l'usage de l'cole4 ,assurment ils doivent avoir raison d'en agir ainsi2 toutefois si j'tais du mtier1 autant on apporte d'art travestir la nature1 autant je m'appliquerais traiter l'art avec tout le naturel possible4 ,quant ,bembo et ,equicola1 je n'en parlerai mme pas4 ,montaigne1 quand il crivait1 aimait s'isoler et se passer de livres pour ne pas se laisser influencer par les conseils et ses lectures2 il ne faisait exception que pour ,plutarque4--,quand j'cris1 je n'ai recours ni aux livres1 ni aux souvenirs que j'en conserve1 de peur qu'ils n'influencent ma manire d'crire1 sans compter que les bons auteurs me dsesprent par trop et me dcouragent4 ,j'imite volontiers la faon de ce peintre qui1 ayant reprsent des coqs d'une faon peu heureuse1 dfendait ses aides1 pour empcher toute comparaison1 de laisser entrer de vrais coqs dans son atelier4 ,j'aurais plutt besoin1 pour me donner un peu de brillant1 d'appliquer le procd d',antignide1 ce musicien qui1 lorsqu'il avait jouer sa musique1 faisait en sorte qu'avant ou aprs qu'il s'tait fait entendre1 les assistants eussent endurer l'audition de quelques autres mauvais chanteurs4 ,mais il m'est plus difficile de me dfaire de ,plutarque4 ,cet auteur est si universel et si complet1 qu'en toutes occasions1 quelque extraordinaire que soit le sujet dont vous vous occupiez1 il s'ingre dans votre travail1 vous tend une main librale et vous est une source intarissable de richesses et d'embellissements2 aussi ai-je peine le voir si fort expos tre pill par ceux qui le hantent4 ,pour moi1 chaque fois que je le frquente si peu que ce soit1 je ne puis m'empcher de lui soutirer une cuisse ou une aile4 ,j'ai aussi dessein dcid d'crire cet ouvrage chez moi1 en pays sauvage1 o personne ne me vient en aide1 ni ne me corrige2 o je ne frquente que des gens qui ne comprennent mme pas le latin de leur patentre1 et le franais encore moins4 ,fait ailleurs1 il et t meilleur1 mais il et t moins de moi2 et son but principal1 comme son mrite1 sont d'tre exactement moi4 ,je corrige bien une erreur accidentelle 7elles y foisonnent1 parce que j'cris au courant de la plume1 sans faire attention71 mais les imperfections journalires et l'tat d'habitude qui sont en moi1 ce serait de la dloyaut de les faire disparatre4 ,quand on me dit1 ou que je me suis dit moi-mme3 ,tu abuses des figures1--voil un mot des crus de la ,gascogne1--c'est l une locution scabreuse 7je n'en carte aucune de celles qui1 en ,france1 s'emploient en pleine rue1 et ceux qui prtendent opposer la grammaire l'usage sont de drles de gens71--ce passage tmoigne de l'ignorance1--celui-ci est paradoxal1--en voici un par trop bouffon1--tu plaisantes trop souvent1 on croit que tu parles srieusement1 alors que tu badines2--je rponds3 ,c'est vrai1 mais je ne corrige que les fautes d'inattention et non celles qui me sont habituelles4 ,est-ce que ce n'est pas ainsi que toujours je parle8 ,est-ce que je ne me reprsente pas tel que je suis8 ,eh bien1 cela suffit4 ,j'en suis arriv ce que je voulais1 puisque tout le monde me reconnat dans mon livre1 et le retrouve en moi4 ,il a une grande tendance imiter les crivains dont il lit les ouvrages1 aussi traite-t-il de prfrence des sujets qui ne l'ont pas encore t2 n'importe lequel1 un rien lui suffit4--,j'ai1 comme les singes1 une forte propension l'imitation4 ,quand je me mlais de faire des vers 7je n'en ai jamais fait qu'en latin71 ils accusaient d'une faon vidente le pote que j'avais lu en dernier lieu2 de mme mes ,essais3 les premiers feuillets sentent un peu un terroir autre que le mien2 ,paris1 je parle un langage un peu diffrent qu' ,montaigne4 ,une personne que je regarde avec attention1 imprime facilement en moi quelque chose d'elle2 ce que je considre1 je m'en empare3 une attitude peu convenable1 une grimace dplaisante1 une forme de langage ridicule1 les dfauts principalement2 plus ces travers me frappent1 plus ils me demeurent accrochs et ils ne s'en vont qu' force que je les secoue4 ,on m'a vu plus souvent jurer1 sous l'influence du milieu o je me trouvais1 que par temprament1 imitation dsastreuse comme celle de ces singes horribles par leur taille et leur force1 que le roi ,alexandre rencontra dans certaines contres de l',inde1 et dont il et t difficile de venir bout1 s'ils n'en avaient fourni eux-mmes le moyen par leur disposition contrefaire tout ce qu'ils voyaient faire1 ce qui amena ceux qui les chassaient leur apprendre1 en le faisant eux-mmes devant eux1 chausser des souliers en nouant force cordons1 s'affubler la tte d'accoutrements avec nuds coulants1 oindre leurs yeux de glu1 en en faisant eux-mmes le simulacre4 ,ces malheureuses btes1 dans leur esprit d'imitation1 s'englurent1 et passant leurs ttes dans les lacets1 se garrottrent 99 d'elles-mmes et se mirent imprudemment de la sorte la merci de ceux qui voulaient les capturer4--,quant cette autre facult de reproduire ingnieusement1 en les imitant1 les gestes et les paroles d'autrui1 cela qui1 fait dessein1 cause souvent du plaisir et excite l'admiration1 je ne l'ai pas plus que ne le possde une souche4 ,lorsque je jure1 me laissant aller moi-mme1 c'est uniquement en disant3 ,par ,dieu6 qui1 de tous les jurons1 est celui qui vient le plus naturellement l'ide4 ,on dit que ,socrate jurait par le chien2 ,znon aurait employ cette mme apostrophe dont se servent maintenant les ,italiens3 ,cprier6 ,pythagore disait3 ,air et eau4 ,je suis tellement dispos recevoir1 sans que je m'en rende compte1 ces impressions toutes superficielles que lorsque1 pendant trois jours de suite1 j'ai eu la bouche ces mots de ,sire et d',altesse1 huit jours encore aprs1 il m'chappe de les employer pour ,excellence ou ,monseigneur2 et que ce que je me suis mis dire en badinant et plaisantant1 le lendemain1 je le dis fort srieusement4 ,aussi1 quand j'cris1 c'est malgr moi que je prends des sujets dj rebattus1 de peur de ne les traiter qu'aux dpens d'autrui4 ,tous me sont galement bons1 une mouche suffit m'en fournir2 et ,dieu veuille que celui dont je m'occupe en ce moment ne provienne pas du fait d'une volont aussi volage6 ,je puis commencer par o il me plat1 toutes les matires qui doivent passer par ma plume1 se trouvant lies les unes aux autres4 ,les ides les plus profondes1 comme les plus folles1 lui viennent l'improviste1 surtout lorsqu'il est cheval1 et le souvenir qu'il en conserve est des plus fugitifs4--,ce qui me contrarie1 c'est que mon me s'abandonne d'ordinaire ses plus profondes rveries1 et aussi celles qui sont le plus chimriques et qui me plaisent le mieux1 l'improviste1 lorsque je les recherche le moins1 et qu'elles s'vanouissent subitement1 parce que je n'ai rien sous la main pour les fixer sur-le-champ2 c'est surtout quand je suis cheval1 table1 au lit1 mais principalement cheval1 moment o je m'entretiens le plus avec moi-mme4--,quand je parle1 j'ai absolument besoin qu'on me prte attention et qu'on fasse silence1 si je traite un sujet qui me demande un peu d'effort2 si on vient m'interrompre1 je m'arrte4 ,en voyage1 l'tat mme des chemins amne des interruptions dans les conversations1 d'autant que le plus souvent je fais route alors en compagnie de gens avec lesquels je ne puis causer longtemps de suite1 ce qui me laisse tout le loisir de m'entretenir avec moi-mme4 ,j'prouve1 en pareil cas1 ce qui m'arrive quand j'ai des songes2 lorsque je rve 7et je me figure souvent que je rve71 je recommande ma mmoire d'en conserver souvenir2 mais1 le lendemain1 si je me rappelle encore que ces songes taient de nature gaie1 triste ou trange1 c'est en vain que je fais effort pour m'en remmorer les dtails2 plus je cherche1 plus l'oubli s'accentue4 ,de mme des ides qui1 par hasard1 me viennent en tte3 je n'en conserve qu'un vague souvenir1 tout juste ce qu'il en faut pour faire que je me fatigue l'esprit et me tourmente inutilement les retrouver4 ,montaigne estime que l'amour n'est autre que le dsir d'une jouissance physique2 l'acte en lui-mme est tel1 que les dieux semblent avoir voulu par l apparier les fous et les sages1 les hommes et les btes4--,laissant donc les livres de ct et envisageant les choses simplement et uniquement au point de vue matriel1 je trouve qu'aprs tout1 l'amour n'est que la soif1 qui nous tient1 de la jouissance que nous prouvons avec qui est l'objet de nos dsirs2 et ,vnus1 autre chose que le plaisir que nous avons faire que certains de nos organes se dversent1 satisfaction analogue celle que la nature nous procure galement pour certaines autres parties de notre corps2 soif et plaisir qui ne deviennent vicieux que lorsque nous y apportons un manque de modration ou de discrtion4 ,pour ,socrate1 l'amour tait le besoin de procrer1 en usant de la beaut pour intermdiaire4--,en considrant attentivement l'agitation fbrile et ridicule en laquelle nous met ce plaisir1 les mouvements absurdes si dsordonns1 et les divagations qui1 dans cet acte de folie1 s'emparent de ,znon et de ,cratippe eux-mmes2 analysant les motions qu'il nous cause1 cette rage sans retenue1 ce visage enflamm de fureur et de cruaut au moment mme o l'amour nous pntre de ses plus douces sensations1 transports auxquels succde une prostration1 sorte d'extase empreinte de gravit et de svrit2 en voyant1 dis-je1 nos dlices et nos scrtions avoir1 dans notre organisme1 le mme sige2 notre suprme volont nous occasionner des transes1 nous arracher des plaintes comme fait la douleur1 je crois que ,platon est dans le vrai quand il dit que l'homme a t cr par les dieux pour leur servir de jouet3 ,cruelle manire de se jouer 7,claudien76 et que c'est pour se moquer1 que la nature nous a laiss cette facult qui1 de toutes nos actions1 constitue celle o nous agissons le plus l'aveugle et qui est dans les moyens de tous2 elle a voulu1 par l1 ravaler au mme niveau les fous et les sages1 nous et les btes4 ,quand je me reprsente l'homme le plus contemplatif1 le plus prudent1 passant par cet tat1 je le tiens pour un effront de se prtendre un tre prudent et contemplatif2 ce sont les pieds du paon qui rabattent son orgueil4--,qu'est-ce qui empche de dire la vrit en riant 7,horace78 ,ceux qui n'admettent pas qu'on puisse mettre des ides srieuses en se jouant1 font1 dit quelqu'un1 comme celui qui hsite adorer la statue d'un saint si elle lui apparat sans tre vtue des pieds la tte4 ,a la vrit1 nous mangeons et buvons comme font les animaux1 et cela n'entrave en rien les fonctions de notre me1 ce qui fait que dans ces actes1 nous conservons notre supriorit sur eux2 mais1 dans l'accomplissement de l'acte vnrien1 toute pense autre cesse d'exister1 son imprieuse tyrannie fait que1 sans en avoir conscience1 toute la thologie1 toute la philosophie qui sont en ,platon1 ne sont plus que btises1 sans porte aucune1 et nous ne nous en plaignons pas4 ,en toutes autres choses1 on peut conserver quelque dcence et des rgles ont pu tre poses pour sauvegarder la pudeur2 ici1 on ne peut seulement pas en imaginer1 si ce n'est de vicieuses ou de ridicules4 ,essayez donc de trouver un procd sage et discret pour y satisfaire4 ,alexandre disait que c'tait surtout par cela et le sommeil qu'il se reconnaissait appartenir la race des mortels4 ,le sommeil assoupit et suspend les facults de l'me2 ce travail les absorbe et les dissipe galement4 ,c'est certainement une marque1 non seulement de notre corruption et de notre orgueil1 mais aussi de notre vanit et d'un vice de conformation4 ,d'autre part1 pourquoi regarder comme honteuse une action si utile et commande par la nature8 ,on se cache et on se confine pour construire un homme1 pour le dtruire on recherche le grand jour et de vastes tendues4--,d'un ct la nature nous pousse cette union des sexes1 attachant au dsir que nous en avons1 la plus noble1 la plus utile et la plus agrable de toutes ses fonctions2 d'autre part1 elle nous fait la taxer de manque de respect1 la fuir comme dshonnte1 en rougir et en recommander l'abstinence4 ,sommes-nous assez brutes de qualifier de brutal un acte auquel nous devons l'existence6 ,les peuples se sont rencontrs dans certaines de leurs pratiques religieuses1 telles que les sacrifices1 l'emploi de luminaires1 de l'encens1 le jene1 les offrandes et aussi la prohibition de cet acte2 c'est un point sur lequel toutes les religions sont d'accord1 sans parler de l'usage si rpandu de la circoncision1 99 qui en est une punition4 ,peut-tre1 aprs tout1 est-ce avec raison que nous nous blmons de faire une aussi sotte production qu'est l'homme1 et de qualifier de honteux l'acte duquel il drive et aussi les organes qui y ont part 7les miens aujourd'hui sont bien rellement honteux 99 et penauds74--,les ,essniens1 dont parle ,pline1 demeurrent plusieurs sicles1 sans avoir besoin ni de nourrices1 ni de maillots2 continuellement des trangers leur arrivaient venant grossir leur secte1 sduits qu'ils taient par la belle rgle qu'ils s'taient impose1 de s'exterminer plutt que d'avoir des relations sexuelles avec les femmes1 et de voir s'teindre la race des humains plutt que de se prter en procrer un seul4--,on dit que ,znon n'en connut qu'une et ne la connut qu'une fois dans sa vie2 et que ce ne fut que par civilit1 pour ne pas paratre les ddaigner de parti pris4--,chacun vite1 l'gard de l'homme1 d'tre tmoin de sa naissance et accourt pour le voir mourir4 ,pour le dtruire1 on recherche un champ spacieux1 en pleine lumire2 pour le construire1 on se cache dans une anfractuosit sombre o on soit le plus l'abri possible4 ,c'est un devoir de se drober pour le faire et 99 d'en avoir honte1 c'est une gloire laquelle concourent plusieurs vertus que de le dfaire2 l'un est un acte injurieux1 l'autre constitue un mrite4 ,aristote ne dit-il pas que1 d'aprs certain dicton de son pays1 bonifier quelqu'un1 c'est le tuer4 ,les ,athniens1 ayant purifier l'le de ,dlos et se concilier ,apollon1 pour faire part gale ces deux actes de l'existence humaine1 dfendirent la fois toute inhumation et tout accouchement sur le territoire de cette le3 ,nous estimons n'exister que par le fait d'une faute commise 7,trence74 ,n'y a-t-il pas des hommes et mme des peuples qui se cachent pour manger1 des fanatiques qui se dfigurent1 des gens qui s'isolent du reste de l'humanit6 ,on abandonne les lois de la nature pour suivre celles plus ou moins fantasques des prjugs4--,il y a des peuples o l'on se couvre le bas du visage pour manger4 ,je connais une dame1 et des plus grandes1 qui est dans ces ides3 elle estime que mcher donne une contenance dsagrable qui diminue de beaucoup la grce et la beaut de la femme1 et1 quand elle dne en public1 elle mange le moins qu'elle peut4 ,je connais aussi un homme qui ne peut supporter ni voir manger1 ni tre vu lorsqu'il mange et qui vite toute assistance plus encore quand il se remplit que lorsqu'il se vide4--,chez les ,turcs1 on voit un grand nombre de gens qui1 pour acqurir plus de mrite que les autres1 ne se laissent jamais voir quand ils prennent leurs repas et n'en font qu'un par semaine2 ils se tailladent1 se dchiquettent la figure et les membres1 ne parlent personne2 ce sont des fanatiques qui pensent honorer leur nature en la dnaturant1 qui s'estiment de se mpriser1 et pensent devenir meilleurs en se rendant pires6 ,quel monstrueux animal que l'homme2 il se fait horreur lui-mme2 ses plaisirs lui sont charge1 il recherche le mal6--,il y en a qui cachent l'existence qu'ils mnent1 dsertant par un exil volontaire leur demeure et leur doux intrieur 7,virgile72 ils la drobent la vue des autres et vitent la sant et l'allgresse comme autant de choses contraires et qui peuvent tre nuisibles4 ,des sectes1 et mme des peuples entiers maudissent leur naissance et bnissent leur mort2 il en est qui ont le soleil en abomination et adorent les tnbres4 ,nous ne sommes ingnieux qu' nous malmener2 c'est cela surtout que nous appliquons toutes les ressources de notre esprit1 qui est un bien dangereux instrument de drglement3 ,les malheureux6 ils se font un crime de leurs joies 7,pseudo-,gallus74 ,h6 pauvre homme6 tu as bien assez d'incommodits que tu es oblig de subir1 sans les accrotre encore par tes inventions6 ,ta condition est assez misrable1 sans que tu t'ingnies l'tre encore davantage6 ,tu as en quantit bien suffisante des laideurs relles1 portant sur des points essentiels2 inutile de t'en forger d'imaginaires6 ,te trouves-tu donc trop l'aise1 que tu te plaignes de la moiti de cette aise8 ,penses-tu que pour satisfaire tous les devoirs qui te sont d'obligation et que tu tiens de la nature1 il faille t'en crer de nouveaux1 sans quoi elle serait 99 en dfaut et oisive en toi6 ,tu ne crains pas d'offenser ses lois qui sont universelles et sur lesquelles le doute n'est pas possible1 et tu te piques d'observer les tiennes qui sont fantasques et dictes par des prjugs1 t'y appliquant d'autant plus qu'elles sont plus particulires1 incertaines et controverses2 les ordonnances spciales ta paroisse t'occupent et t'attachent1 celles du monde ne te touchent point4 ,conduis-toi donc un peu suivant les considrations que je t'indique1 c'est l toute ta vie4 ,parler discrtement de l'amour1 comme l'ont fait ,lucrce et ,virgile1 c'est lui donner plus de piquant4--,les vers de nos deux potes traitant de la sorte avec retenue et discrtion de la lascivit1 me paraissent la mettre jour et l'clairer de tons qui la font ressortir mieux encore4 ,les dames ne se couvrent-elles pas les seins d'une gaze8 les prtres ne mettent-ils pas l'abri des regards certains objets sacrs8 les peintres ne donnent-ils pas du relief leurs tableaux par les ombres qu'ils y disposent1 et ne dit-on pas que le soleil et le vent se font sentir davantage par rflexion1 que lorsqu'ils nous arrivent directement8--,c'tait une sage rponse que celle faite par cet gyptien quelqu'un qui lui disait3 ,que portes-tu l1 cach sous ton manteau8 et auquel il rpondait3 ,si je le cache sous mon manteau1 c'est pour que tu ne saches pas ce que c'est6 mais il est certaines autres choses qu'on ne cache que pour mieux les faire remarquer4 ,ovide y met moins de faon2 aussi1 quand il dit3 ,et1 toute nue1 je la pressai sur mon sein1 il est par trop cru et cela me laisse aussi insensible que si j'tais priv de virilit4 ,martial retroussant sa ,vnus autant qu'il lui plat1 n'arrive pas davantage nous la prsenter au mme degr dans la plnitude de ses attraits2 qui dit tout1 nous sole et nous dgote4 ,celui qui1 au contraire1 regarde s'exprimer1 nous porte en penser plus qu'il n'y en a2 c'est l un genre de modestie qui tient de la tratrise2 c'est notamment ce que font ,virgile et ,lucrce1 en entr'ouvrant une si belle route notre imagination2 l'action et la peinture qui la reprsente1 se ressentent du tour ingnieux que ces auteurs donnent leurs phrases4 ,l'amour1 tel que le pratiquent les ,espagnols et les ,italiens1 plus respectueux et plus timide1 que chez les ,franais1 plat ,montaigne qui en aime les prambules2 quant la femme1 ds l'instant qu'elle est nous1 son pouvoir prend fin4--,l'amour chez les ,espagnols et les ,italiens1 plus respectueux1 plus timide1 plus minaudier1 plus voil que chez nous1 me plat4 ,je ne sais qui1 dans l'antiquit1 aurait voulu avoir le gosier allong comme le cou d'une grue1 afin de savourer plus longtemps ce qu'il avalait2 un tel souhait convient bien pour ce genre de volupt qui est prompte et prcipite1 mme pour des natures comme la mienne1 chez lesquelles le vice aime les satisfactions immdiates4 ,pour accrotre ces sensations1 il faut en prolonger les prambules2 chez ces peuples1 tout de la part de la femme est faveur et rcompense pour l'amoureux3 une illade1 une inclinaison de tte1 un mot1 un geste4 ,qui pourrait dner du fumet d'un rti1 ne vivrait-il pas bon compte8 ,l'amour est une passion qui1 une bien petite dose de srieux1 mle beaucoup plus de vanit et de rverie fivreuse2 il faut en user et la payer de mme monnaie4 ,apprenons aux dames se faire valoir1 nous amuser et mme se jouer de nous2 avec cette imptuosit qui nous caractrise1 nous ,franais1 nous voulons tout emporter du premier coup2 si nous tions plus mnagers de leurs faveurs1 les conqurant en dtail1 chacun1 jusqu'au malheureux vieillard1 y trouverait glaner selon ce qu'il peut et ce qu'il mrite4 ,celui qui n'a de jouissance que dans la jouissance1 qui ne veut gagner que le gros lot1 qui n'aime la chasse que pour ce qu'il y prend1 n'est pas de notre cole2 plus il y a de marches et de degrs monter1 plus celui qui a atteint le sommet se trouve lev et honor2 nous devrions nous plaire tre mens1 quand nous cherchons gagner les bonnes grces de la femme1 comme lorsque nous pntrons dans ces palais magnifiques o l'on accde par des portiques et des vestibules varis1 par de longues et agrables galeries et de nombreux dtours4 ,cette faon d'aller serait toute notre avantage2 nous ferions des stations chemin faisant1 et notre amour en aurait une plus longue dure2 tandis que lorsque le dsir et l'esprance sont teints1 nous allons1 mais cela ne mne plus rien qui vaille4 ,la femme a tout craindre de nous1 quand nous sommes matres d'elle et que nous en avons pris pleine possession2 ds qu'elle s'est entirement abandonne la merci de notre foi et de notre constance1 vertus rares et difficiles1 elle est compltement la merci du hasard2 de l'instant o elle est nous1 nous ne sommes plus elle3 ,une fois le caprice de notre passion assouvi1 nous comptons pour rien nos promesses et nos serments 7,catulle74 ,un jeune ,grec1 ,thrasonide1 tait tellement jaloux de son amour que1 matre du cur d'une matresse1 il se refusa en jouir pour ne pas s'en rassasier1 ne pas teindre ni alanguir par la jouissance l'ardeur inquite dont il se glorifiait et se dlectait4 ,la coutume d'embrasser les femmes lorsqu'on les salue lui dplat2 c'est profaner le baiser1 les hommes eux-mmes n'y gagnent pas4--,un haut prix ajoute la qualit des choses3 voyez combien1 chez nous1 la forme1 toute spciale notre nation1 que nous donnons nos salutations1 dprcie1 par la facilit avec laquelle nous les prodiguons1 la grce du baiser qui les accompagne et dont1 au dire de ,socrate1 la puissance est si grande et si dangereuse pour s'emparer de nos curs4 ,c'est une coutume dplaisante et injurieuse pour nos dames1 d'avoir prsenter leurs lvres quiconque mne trois valets sa suite1 si mal plaisant qu'il soit1 tel qui a un nez de chien1 d'o pendent des glaons livides dont sa barbe est englue2 j'aimerais cent fois mieux lui baiser le derrire 7,martial74 ,nous-mmes n'y gagnons gure1 car la manire dont le monde est rparti1 pour trois belles embrasser1 il nous faut en embrasser cinquante laides2 et pour un estomac sensible1 comme l'ont les gens de mon ge1 un mauvais baiser est bien loin d'tre compens par un bon4 ,il approuve que mme avec des courtisanes1 on cherche gagner leur affection1 pour ne pas avoir que leur corps seulement4--,en ,italie1 mme les femmes qui se donnent au premier venu qui les paie1 on ne les approche qu'avec dfrence et en les entourant d'attentions4 ,on dit cela qu'il y a des degrs dans la jouissance qu'on peut prouver avec une femme2 que ces attentions ont pour objet d'obtenir d'elles qu'elles se donnent le plus entirement possible parce que1 quand elles se vendent1 elles ne vendent que leur corps1 et que leur volont1 qui conserve toute sa libert et dont elles ne cessent de disposer1 demeure forcment en dehors du march4 ,c'est cette volont que l'on cherche ainsi gagner1 et on a raison2 il importe de se la concilier et on ne peut y arriver que par des prvenances4--,l'ide de penser que je puisse possder un corps dont je n'ai pas l'affection1 me fait horreur2 il me semble que c'est commettre l un acte de frnsie analogue celui de ce garon qui se polluait par amour pour cette belle statue de ,vnus1 sortie du ciseau de ,praxitle2 ou de cet gyptien forcen1 souillant le cadavre d'une morte qu'il avait charge d'embaumer et de mettre dans le linceul2 ce qui donna lieu la loi1 dicte depuis en gypte1 prescrivant de ne remettre que trois jours aprs leur mort1 aux mains de ceux chargs de les inhumer1 les corps des femmes qui taient jeunes et belles ou de bonne famille4--,priandre fit quelque chose de plus tonnant encore3 il continua ,mlissa sa femme1 alors qu'elle tait morte1 ses marques d'affection conjugale 7qui plus lgitime1 et d tre plus contenue71 allant jusqu' entrer en jouissance d'elle4--,la lune n'obit-elle pas une ide vraiment lunatique1 quand1 ne pouvant jouir autrement d',endymion son favori1 elle le tint endormi pendant plusieurs mois1 pour avoir toute latitude de se repatre de la jouissance qu'elle pouvait ressentir avec un tre qui ne se donnait qu'en songe4--,je dis pareillement que c'est aimer un corps sans me 99 ou priv de sentiment1 que d'en aimer un qui ne soit pas consentant ou ne vous dsire pas4 ,toutes les jouissances ne sont pas unes2 il en est d'tiques et de languissantes4 ,mille autres causes que la bienveillance de la femme notre gard peuvent faire qu'elle se donne nous2 ce n'est pas l1 par soi-mme1 un tmoignage d'affection4 ,l comme ailleurs1 il peut y avoir une arrire-pense2 parfois1 elle se borne se laisser faire1 aussi impassible que si elle prparait le vin et l'encens du sacrifice4441 vous diriez qu'elle est absente ou de marbre 7,martial74 ,j'en connais qui prfrent prter leur personne que leur voiture1 c'est mme la seule chose qu'elles soient disposes prter4 ,il peut encore se faire que votre compagnie plaise1 en vue d'une ide autre que le dsir de vous appartenir1 ou encore comme lui plairait la compagnie d'un gros garon d'table4 ,il y a aussi considrer quel prix vous avez part ses faveurs3 ,si elle se donne vous seul1 et marque ce jour-l d'une pierre blanche 7,tibulle72 ou si mangeant votre pain1 elle l'assaisonne d'une sauce que son imagination lui rend plus agrable3 ,c'est vous qu'elle presse dans ses bras et c'est pour un autre qu'elle soupire 7,tibulle74 ,n'avons-nous pas t jusqu' voir quelqu'un1 de nos jours1 recourir cet acte pour satisfaire une horrible vengeance et tuer1 en l'empoisonnant1 une honnte femme pour que dans ses embrassements avec son ennemi elle lui communique la mort8 cela est pourtant arriv6 ,les femmes sont plus belles et les hommes ont plus d'esprit en ,italie qu'en ,france1 mais nous avons autant de sujets d'lite que les ,italiens2 chez eux1 la femme marie est trop troitement tenue4--,ceux qui connaissent l',italie1 ne s'tonneront jamais si1 pour ce sujet1 je ne vais pas chercher d'exemples ailleurs1 parce qu'en cette matire cette nation l'emporte sur le reste du monde4--,dans ce pays1 les belles femmes sont plus communes et il y en a moins de laides que chez nous2 mais j'estime que nous allons de pair avec eux pour ce qui est des beauts assez rares approchant de la perfection4 ,il en est de mme des gens d'esprit3 ils en ont incontestablement beaucoup plus que nous1 la btise y est sans comparaison plus rare2 mais1 en fait de natures d'lite se distinguant d'une faon particulire1 nous n'avons rien leur envier4 ,si j'avais tendre ce parallle1 il me semble que je serais fond dire que1 sous le rapport de la vaillance1 la situation est inverse3 compare ce qu'elle est chez eux1 cette vertu est chez nous en quelque sorte inne et rpandue dans toutes les classes de la socit2 mais on la trouve parfois chez certains d'entre eux porte un tel degr d'abngation et de vigueur1 qu'elle surpasse les plus beaux spcimens que nous en ayons4 ,chez eux1 le mariage pche en ce que leurs murs imposent aux femmes une loi si svre1 les assujettit tellement1 que le moindre rapport avec un tranger constitue une faute capitale prsentant autant de gravit que les relations les plus intimes2 il en rsulte ncessairement que c'est toujours l qu'elles en arrivent2 leur dtermination est vite prise1 puisque les consquences sont les mmes2 et une fois le pas franchi1 croyez bien qu'elles sont tout flamme3 ,la luxure est comme une bte froce qui s'irrite de ses chanes et ne s'en chappe qu'avec plus de fureur 7,tite-,live74 ,il faudrait qu'on leur lcht un peu les rnes3 ,j'ai vu nagure un cheval rebelle au frein1 lutter de la bouche et s'lancer comme la foudre 7,ovide74 ,par un peu de libert1 on rend moins ardent le dsir d'avoir de la compagnie4 99 ,eux et nous1 courons peu prs les mmes risques3 eux par trop de contrainte1 nous par trop de licence4--,c'est un heureux usage chez nous1 que nos enfants soient admis dans de bonnes maisons1 pour y tre levs et dresss en qualit de pages comme dans une cole de noblesse2 c'est mme un acte rput peu courtois et blessant que de ne pas satisfaire une demande de cette nature faite pour un gentilhomme4 ,j'ai constat galement 7car autant de maisons1 autant de genres et de procds diffrents7 que des dames qui ont voulu imposer aux filles de leur suite certaine austrit de conduite1 n'ont pas eu beaucoup se louer du rsultat de leurs efforts2 il faut cela apporter de la modration et s'en remettre pour une bonne part la discrtion de chacune1 car1 quoi qu'on fasse1 aucune rgle de discipline ne peut arriver les brider sous tous rapports2 mais il est bien vrai que celle qui1 livre elle-mme1 s'en tire sans encourir de dommages1 doit inspirer bien plus de confiance que celle qui sort sans tache1 d'une cole o elle tait prisonnire et garde svrement4 ,il est de l'intrt de la femme d'tre modeste et d'avoir de la retenue1 mme lorsqu'elles ne sont pas sages4--,nos pres inspiraient leurs filles d'prouver de la honte et de la crainte 7elles n'en avaient pas moins de dsirs et de courage1 ce sont l choses qui ne varient pas en elles72 nous1 nous les dressons avoir de l'assurance2 et1 en cela1 nous ne sommes pas dans le vrai4 ,notre faon de faire convient aux femmes ,sarmates1 qui ne pouvaient coucher avec un homme que lorsque la guerre elles en avaient tu un autre de leurs propres mains4 ,pour moi1 qui ne puis plus avoir action sur elles que par l'attention qu'elles veulent bien me prter1 je me borne leur faire entendre1 si elles me les demandent1 les conseils que1 de par le privilge de mon ge1 je suis mme de leur donner4 ,je leur prche donc l'abstinence1 elles comme nous2 et1 si ce sicle en est trop ennemi1 qu'au moins elles y mettent de la discrtion et de la modestie1 car1 ainsi que le porte la rplique d',aristippe1 conte dans la vie de ce philosophe et faite par lui des jeunes gens qui rougissaient de le voir entrer chez une courtisane3 ,le vice n'est pas d'y entrer1 mais de n'en pas sortir4 ,il faut que celle qui ne prend pas cur de sauvegarder sa conscience sauvegarde au moins sa rputation2 si au fond cela ne vaut gure mieux1 du moins l'apparence est sauve4 ,la nature d'ailleurs les a faites pour se refuser en apparence1 bien qu'elles soient toujours prtes2 par ces refus elles excitent beaucoup plus l'homme4--,je loue que1 dans la dispensation de leurs faveurs1 elles suivent une certaine gradation et prennent du temps2 ,platon indique que dans les amours de tous genres1 la facilit et la promptitude sont interdites aux intresss4 ,cder imprudemment et avec prcipitation sur tous les points la fois1 est de leur part un effet de gourmandise qu'il leur faut dissimuler1 en y apportant toute leur adresse2 en ne cdant1 au contraire1 qu' bon escient et avec mesure1 elles dconcertent bien plus nos dsirs et nous cachent les leurs4 ,que toujours elles fuyent devant nous1 mme celles qui ont la volont de se laisser attraper2 comme les ,scythes1 par la fuite1 elles assureront bien mieux leur victoire4 ,selon la loi que leur en fait la nature1 ce n'est pas proprement elles de vouloir et de dsirer2 leur rle est de souffrir1 d'obir1 de consentir4 ,c'est pour cela que la nature les a mises mme de toujours entrer en rapport avec nous1 qui n'avons que rarement cette facult1 sans mme tre constamment srs de notre fait2 c'est toujours leur heure1 afin que toujours elles soient prtes1 quand c'est la ntre2 elles sont nes pour ptir 7,snque71 et tandis que la nature a voulu que nos apptits se dclent d'une faon saillante1 elle a fait que les leurs demeurent cachs et renferms2 leurs organes ne permettent pas leurs dsirs de se manifester1 mais seulement de rester sur la dfensive4--,il faut laisser la licence qui tait le propre des ,amazones1 des traits semblables celui-ci3 ,quand ,alexandre traversa l',hyrcanie1 ,thalestris1 leur reine1 laissant par del les montagnes voisines le reste d'une arme considrable qui la suivait1 vint le trouver avec trois cents guerriers de son sexe bien monts et bien arms4 ,l'abordant1 elle lui dit haute voix1 devant toute l'assistance1 que le bruit de ses victoires et de sa valeur l'avait amene pour le voir et mettre sa disposition1 pour seconder ses projets1 ses ressources et sa puissance2 qu'elle le trouvait si beau1 si jeune et si vigoureux1 qu'elle-mme1 qui possdait galement ces qualits au point d'atteindre la perfection1 tait d'avis qu'ils couchassent ensemble1 afin que de la plus vaillante femme du monde et du plus vaillant homme qui ft vivant1 naqut quelque chose de grand et de rare pour l'avenir4 ,alexandre la remercia pour ce qu'elle lui avait dit tout d'abord2 et1 pour avoir le temps de satisfaire ce qu'elle demandait en terminant1 il suspendit sa marche et stationna en ce lieu treize jours1 qu'il passa fter le plus allgrement qu'il put cette princesse d'un si grand courage4 ,il y a de l'injustice blmer l'inconstance de la femme2 rien de violent ne peut durer et1 par essence1 l'amour est violent2 c'est1 en outre1 une passion qui n'est jamais assouvie4--,nous sommes1 sur presque tout1 mauvais juges de leurs actions1 comme elles le sont des ntres2 je le reconnais1 avouant la vrit quand elle est contre moi1 aussi bien que lorsqu'elle est pour4 ,c'est un vilain drglement qui les porte changer si souvent et les empche de fixer leur affection sur quelque sujet que ce soit1 comme on le voit faire cette desse1 laquelle on prte tant de changements et tant d'amants4 ,il est vrai que si l'amour n'est pas violent1 ce n'est plus l'amour1 et que violence et constance ne marchent pas de pair4 ,que ceux qui s'tonnent de cette inconstance1 qui se rcrient et recherchent les causes de cette maladie qui les possde et qu'ils qualifient de dnature et d'incroyable1 regardent combien il s'en trouve parmi eux qui en sont affects sans pour cela s'en pouvanter et croire un miracle4 ,il serait plutt trange de constater en elles de la constance1 parce que cette passion n'est pas seulement un effet des sens1 et que si l'avarice et l'ambition sont sans limites1 il n'y en a pas davantage pour la luxure2 elle survit la satit1 on ne peut lui assigner ni de se fixer1 ni de prendre fin2 elle va toujours de l'avant1 tendant sans cesse son action4--,peut-tre l'inconstance est-elle1 en quelque sorte1 plus pardonnable chez la femme que chez nous2 comme nous1 elle peut invoquer le penchant1 qui nous est commun1 rechercher la varit et la nouveaut2 mais elle peut de plus allguer1 tandis que nous ne le pouvons pas1 qu'elles achtent chat en 99 poche1 c'est--dire sans tre suffisamment renseignes4 ,jeanne reine de ,naples fit trangler sous le grillage de sa fentre ,androsso son premier mari1 avec un lacet d'or et d'argent tiss de ses propres mains1 parce qu'elle ne le trouvait pas nanti1 pour la satisfaction de ses corves conjugales1 d'organes et de vigueur rpondant suffisamment l'esprance qu'elle en avait conue en voyant sa taille1 sa beaut1 sa jeunesse et les bonnes dispositions en lesquelles il paraissait1 qui l'avaient sduite et abuse4--,a cette excuse1 s'ajoute que le rle actif comportant plus d'efforts que le rle passif1 la femme est1 elle du moins1 toujours en tat de satisfaire ce qui lui incombe1 tandis qu'il peut en tre autrement de nous4 ,c'est pour ce motif que ,platon tablit fort sagement dans ses lois1 qu'avant tout mariage et pour dcider de son opportunit1 les juges devront examiner les garons et les filles qui y prtendent1 ceux-l nus de la tte aux pieds1 celles-ci jusqu' la ceinture seulement4--,il peut arriver qu' l'essai1 la femme ne nous trouve pas digne de son choix1 qu'aprs avoir vainement employ toute son industrie exciter son poux1 elle abandonne une couche impuissante 7,martial74 ,ce n'est pas tout1 en effet1 que la volont y soit1 la faiblesse et l'incapacit sont des causes lgitimes qui rompent le mariage3 ,il faut alors chercher ailleurs un poux plus capable de dlier la ceinture virginale 7,catulle74 ,et pourquoi ne serait-ce pas et n'en prendrait-elle pas un autre sa mesure1 ayant des choses de l'amour une intelligence plus licencieuse et plus active1 si celui qu'elle a ne peut mener bonne fin ce doux labeur 7,virgile78 ,quand l'ge nous atteint1 ne nous leurrons pas sur ce dont nous sommes encore capables et ne nous exposons tre ddaigns4--,n'est-ce pas une grande impudence de nous prsenter avec nos imperfections et nos faiblesses1 l o nous dsirerions plaire1 donner une bonne impression de nous et nous faire apprcier8 ,pour le peu dont je suis capable aujourd'hui1 une fois1 et je suis bout de forces 7,horace71 je ne voudrais pas importuner quelqu'un que je rvre et que j'apprhenderais d'offenser3 ,ne craignez rien d'un homme qui vient d'accomplir son onzime lustre 7,horace74--,n'est-ce pas assez pour la nature1 d'avoir rendu cet ge si misrable1 sans le rendre encore ridicule8 aussi1 je hais de voir que1 pour quelques restes de chtive vigueur qui1 cette poque de la vie1 nous chauffent peine trois fois la semaine1 nous sommes moustills et nous nous dmenons avec la mme pret que si nous tions mme de satisfaire brillamment et pleinement aux plus lgitimes dsirs2 c'est un vrai feu de paille qui se produit en nous1 et j'admire combien il nous rend vifs et frtillants1 alors qu'en ralit1 nous sommes si profondment congels et teints4 ,on ne devrait se trouver en semblable disposition que lorsqu'on est la fleur d'une belle jeunesse2 aussi fiez-vous-y et vous verrez qu'au lieu de seconder cette ardeur gnreuse qui est en vous1 que rien ne peut lasser1 qui se croit capable de tout et devoir toujours durer1 elle vous laissera bel et bien en chemin2 elle est bien plutt le fait d'un enfant peine form1 encore l'ge des corrections et ignorant1 qui ne ferait que s'en tonner et en rougir3 comme un ivoire de l',inde teint de pourpre1 ou comme des lys qui1 mls des roses1 en refltent les vives couleurs 7,virgile74 ,celui qui peut1 sans mourir de honte1 penser au ddain que lui marqueront le lendemain ces deux beaux yeux tmoins de sa lchet et de son impertinence1 qu'ils lui reprocheront par leur silence mme 7,ovide71 n'a jamais prouv le contentement et la fiert de les voir battus et teints par les fatigues d'une nuit activement employe dans les bras l'un de l'autre4 ,chaque fois que j'ai vu une femme s'ennuyer de mes caresses1 ce n'est pas son indiffrence que j'ai tout d'abord accuse3 j'ai commenc par craindre que ce ne ft plutt la nature que je dusse m'en prendre1 parce qu'elle m'a trait avec partialit et d'une faon peu courtoise2 elle m'a insuffisamment pourvu1 et les dames n'avaient sans doute pas tort de mpriser de si maigres apparences2 imperfection minemment regrettable1 chacune des parties de mon tre tant mienne au mme titre que toute autre et celle-ci celle laquelle1 plus qu' toutes les autres1 je dois ma qualit d'homme4 ,montaigne reconnat la licence de son style1 mais il est oblig par les murs de son temps cette grande libert de langage qu'il est le premier regretter4--,je dois1 pour le public1 me peindre tout entier4 ,ces ,essais sont instructifs1 parce que la vrit1 la ralit1 y rgnent d'une faon absolue4 ,je ddaigne de considrer comme un devoir rel de m'astreindre ces rgles troites1 factices que l'usage a introduites suivant les pays1 et m'en tiens celles d'application gnrale et constante que la nature nous a traces et dont sont filles1 mais filles btardes1 la civilit et les conventions sociales4 ,qu'importent les vices que nous semblons avoir1 ct de ceux que nous avons rellement8 ,quand nous en aurons fini avec ceux-ci1 nous nous attaquerons aux autres1 si nous croyons ncessaire de les combattre2 car il y a danger ce que nous nous imaginions des devoirs nouveaux1 pour excuser la ngligence que nous apportons remplir ceux que nous avons naturellement et arriver faire confusion entre eux4 ,c'est ainsi qu'on voit dans les contres o les fautes sont des crimes1 les crimes n'tre que des fautes2 et1 chez les nations o les lois de la biensance ne sont qu'en petit nombre et peu observes1 celles plus primitives1 manant du bon sens1 tre mieux pratiques4 ,la multitude innombrable de devoirs aussi multiplis rclame une telle attention1 que nous en arrivons les ngliger et les perdre de vue2 trop d'application pour les choses 99 sans importance1 nous dtourne de celles qui 99 en ont davantage4 ,que ces hommes1 qui voient les choses superficiellement1 ont donc une route facile compare la ntre6 ,toutes ces conventions ne sont que des ombrages derrire lesquels nous nous abritons et qui servent rgler nos comptes entre nous4 ,mais elles ne nous permettent pas de nous librer1 elles ne font au contraire que grever notre dette envers ce grand juge qui1 rejetant les draperies et les haillons qui drobent la vue nos parties honteuses1 n'hsite pas nous examiner de toutes parts1 jusque et y compris nos mfaits les plus intimes et les plus secrets2 si1 au moins1 notre prtendue dcence l'gard de notre pudeur virginale avait ce ct utile de nous prserver de nous voir ainsi mis nu6 ,aussi celui qui ferait perdre l'homme la niaiserie qui lui fait apporter cette si scrupuleuse superstition dans l'emploi de certains mots1 ne causerait-il pas grand prjudice au monde4 ,notre vie est faite partie de folie1 partie de circonspection2 qui ne traite que de ce qui est considr comme convenable et rgulier1 en laisse de ct plus de la moiti4--,ce que je dis l n'est pas pour m'excuser2 si je m'excusais de quelque chose1 ce serait des excuses qu'il a pu m'arriver de prsenter plutt que de mes fautes proprement dites2 ce sont des explications que je donne ceux d'ides opposes aux miennes et qui sont en plus grand nombre que ceux qui peuvent penser comme moi4 ,par gard pour eux1 car je dsire contenter tout le monde1 ce qui est la vrit 99 fort difficile1 parce qu'il y n'a pas un seul homme qui puisse se conformer cette si grande varit de murs1 de jugement et de volont 7,q4 ,cicron71 j'ajouterai qu'ils ne doivent pas me reprocher les citations que je fais d'autorits reues et approuves depuis des sicles4 ,ce n'est pas une raison1 en effet1 parce que je m'carte des rgles admises1 pour qu'ils me refusent la tolrance dont jouissent1 mme de notre temps1 chez nous1 jusqu' des personnes d'tat ecclsiastique des plus en vue1 ainsi qu'en tmoignent1 parmi tant d'autres1 les deux exemples que voici3 ,que je meure1 si l'orifice par lequel j'ai accs en toi1 n'est pas pour moi la source de toutes les volupts 7,thodore de ,bze74--,le membre viril d'un ami la contente toujours1 et toujours reoit bon accueil 7,saint-,gelais74--,j'aime la dcence1 et ce n'est pas de propos dlibr1 qu'en crivant1 j'emploie des expressions scandaleuses1 c'est la nature qui en a fait choix pour moi4 ,je ne loue ce mode1 pas plus que je ne loue toute manire de faire contraire aux usages reus2 mais je l'excuse et estime que des circonstances1 aussi bien gnrales que particulires1 attnuent l'anathme dont il peut tre l'objet4 ,poursuivons4 ,il est injuste d'abuser du pouvoir que les femmes nous donnent sur elles1 en nous cdant2 ,montaigne n'a rien se reprocher a cet gard4--,d'o peut provenir cette usurpation d'autorit souveraine que vous prenez sur les femmes qui1 leurs propres risques1 vous accordent leurs faveurs1 lorsque dans l'obscurit de la nuit1 elles vous accueillent furtivement pendant quelques moments 7,catulle78 ,pourquoi 99 vous croyez-vous aussitt autoriss vous immiscer dans leurs faits et gestes1 les traiter avec froideur1 vous arrogeant les droits d'un mari8 ,c'est une convention qui vous laisse libres tous deux1 que celle qui existe entre vous2 que ne vous considrez-vous li par elle1 comme vous voulez qu'elle les lie vous8 il n'y a pas de rgles qui rgissent les choses concdes bnvolement4 ,ma thse va1 il est vrai1 l'encontre des usages1 et cependant1 en mon temps1 j'en suis pass par l et1 en vrit1 dans les marchs de cette sorte1 j'ai observ1 autant que leur nature le permet1 la mme conscience que dans tout autre march et y ai apport une certaine justice2 je ne leur ai tmoign d'affection que dans la mesure o j'en ressentais pour elles1 et leur en ai bien navement laiss voir la naissance1 l'apoge1 la dcadence1 les accs et les dfaillances1 car on n'est pas toujours en bonnes dispositions4 ,j'ai tellement vit de me prodiguer en promesses1 que je crois avoir tenu plus que je n'avais promis et que je ne devais2 elles m'ont trouv fidle jusqu' favoriser leurs inconstances1 je parle d'inconstances avoues et qui parfois ont t multiplies4 ,je n'ai jamais rompu avec elles tant que je leur ai conserv de l'attachement1 si faible qu'il ft2 et quelles que soient les occasions qu'elles m'ont donnes1 je ne me suis jamais spar d'elles en conservant leur gard du mpris ou de la haine1 considrant que de telles privauts entre elles et moi1 mme lorsqu'elles drivent des plus honteux marchs1 m'obligent quand mme quelque bienveillance leur gard4 ,il m'est arriv de me mettre parfois en colre et d'avoir des impatiences un peu indiscrtes propos de leurs ruses1 de leurs faux-fuyants et dans les contestations qui se sont leves entre nous1 car1 par temprament1 je suis sujet prouver de brusques motions qui1 bien que lgres et courtes1 me font sortir souvent de ma rgle de conduite4 ,lorsqu'elles ont voulu essayer de s'emparer de ma libert de jugement1 je n'ai pas hsit leur adresser des admonestations paternelles1 plutt mordantes1 ne mnageant pas leur point faible4--,si je leur ai donn sujet de se plaindre de moi1 c'est plutt pour les avoir aimes d'une faon qui1 auprs de celle dont on use actuellement avec elles1 peut tre dite sottement consciencieuse2 je leur ai tenu parole sur des choses pour lesquelles elles m'en auraient aisment dispens2 il en est qui parfois se sont rendues1 alors que leur rputation tait intacte1 des conditions qu'elles eussent souffert1 sans trop de difficult1 que leur vainqueur n'observt pas4 ,plus d'une fois1 dans l'intrt de leur honneur1 il m'est arriv de renoncer au plaisir au moment o il et t le plus grand2 et1 quand la raison me le commandait1 je les ai dfendues contre moi-mme1 si bien qu'en s'en remettant franchement moi1 leurs intrts se trouvaient plus srement et plus svrement sauvegards que si elles avaient suivi leurs propres inspirations4 ,j'ai1 autant que j'ai pu1 assum sur moi seul1 pour les leur pargner1 les risques de nos rendez-vous1 et ai toujours organis nos parties inopinment et dans des conditions plutt incommodes2 et cela1 pour moins veiller les soupons et aussi pour nous heurter1 mon avis1 moins de difficults1 parce qu'en pareil cas1 c'est par o l'on se croit le plus en sret qu'on est le plus souvent pris2 on observe et on gne moins ce qui ne semble pas craindre2 on peut oser plus facilement ce que les gens ne supposent pas que vous oserez et qui devient facile par sa difficult mme4 ,jamais homme1 dans ces rapports1 n'vita avec plus de soin de faire courir la femme risque de maternit4--,c'est l une faon d'aimer des plus correctes1 mais bien ridicule notre poque et peu pratique2 personne ne le sait mieux que moi2 et cependant je ne me repens pas d'avoir agi ainsi1 quoique je n'aie fait qu'y perdre4 ,aujourd'hui que le tableau votif que j'ai appendu aux murs du temple de ,neptune1 indique tous que j'ai consacr ce dieu mes vtements encore tout mouills du naufrage 7,horace71 autrement dit1 qu'aprs bien des traverses je suis dbarrass de cette dangereuse passion1 je puis en parler ouvertement4 ,a quelqu'un autre qui s'exprimerait comme je le fais1 peut-tre rpondrais-je3 ,mon ami1 tu rves2 l'amour de ton temps ne se croyait pas tenu beaucoup de bonne foi et de loyaut2 si tu prtends l'assujettir des rgles1 c'est que tu veux marier la folie avec la raison 7,trence74 ,il n'est pas moins vrai qu' l'encontre de cette apprciation1 si j'avais recommencer1 je me conduirais certainement comme je l'ai fait1 suivant la mme marche1 bien que le rsultat n'ait gure t fructueux2 l'insuffisance et la sottise sont en effet louables dans une action qui ne l'est pas1 et autant je m'loigne en cela des ides prdominantes1 autant j'abonde dans les miennes4 ,mme dans ses transports les plus vifs1 il conservait sa raison2 tant qu'on reste matre de soi et que ses forces ne sont point altres1 on peut s'abandonner l'amour4--,au surplus1 dans ces marchs1 je ne me livrais pas compltement2 j'y cherchais le plaisir1 mais ne m'y oubliais pas2 je conservais intact1 dans l'intrt de ma compagne du moment comme dans le mien1 le peu de rflexion et de discernement que je tiens de la nature2 j'prouvais de l'motion1 mais ne me perdais pas dans le rve4--,ma conscience allait bien jusqu' la dbauche1 au drglement de murs1 mais jamais jusqu' l'ingratitude1 la trahison1 la mchancet1 la cruaut4 ,je n'achetais pas tout prix le plaisir que donne ce vice1 je me contentais simplement d'en passer par ce qu'il comporte d'ordinaire1 car aucun vice n'est sans consquences 7,snque74 ,je hais presque au mme degr une oisivet croupissante et endormie1 qu'une occupation ardue et pnible2 celle-ci m'agite1 celle-l m'assoupit4 ,j'aime autant les blessures que les meurtrissures1 les coups qui pourfendent que ceux qui ne font pas plaie4 ,en agissant de la sorte1 j'en suis arriv1 dans les rapports de cette nature1 alors que je pouvais davantage m'y livrer1 observer un juste milieu entre ces deux extrmes4 ,l'amour est une agitation veille1 vive et gaie2 je n'en tais ni troubl1 ni afflig2 mais seulement chauff1 et je mnageais mes forces2 il faut s'en tenir l1 il n'est nuisible qu'aux fous4--,un jeune homme demandait au philosophe ,pantius s'il convenait au sage d'tre amoureux3 ,laissons l le sage1 lui rpondit-il1 ni toi ni moi ne le sommes1 et ne nous engageons pas dans une chose qui meut si violemment1 qu'elle nous fait l'esclave d'autrui et nous rend mprisables nous-mmes4 ,il disait vrai1 il ne faut pas engager son me dans une affaire aussi entranante par elle-mme qu'est l'amour1 si elle n'est en tat d'en soutenir les effets et de contredire par la ralit ce mot d',agsilas3 la sagesse et l'amour ne vont pas ensemble4 ,c'est1 j'en conviens1 une occupation frivole1 qui blesse les convenances1 honteuse1 illgitime2 mais1 conduite comme je l'indique1 je la crois utile la sant1 propre dgourdir un esprit et un corps alourdis2 et si j'tais mdecin1 je la conseillerais1 aussi bien que tout autre traitement1 un homme de ma complexion et en ma situation1 pour l'veiller1 le maintenir en force longtemps encore quand viennent les ans et retarder pour lui les treintes de la vieillesse4 ,tant que nous n'en sommes qu'aux approches1 que notre pouls bat encore1 alors que ne font qu'apparatre nos premiers cheveux blancs et les premires atteintes de l'ge1 qu'il reste encore la ,parque de quoi filer pour nous1 que nous avons encore l'usage de nos jambes et qu'un bton ne nous est pas encore indispensable 7,juvnal71 nous avons besoin d'tre sollicits et chatouills par quelque sensation comme celle-ci qui nous agite et nous stimule4 ,voyez combien l'amour a rendu de jeunesse1 de vigueur et de gat au sage ,anacron4 ,socrate1 un ge plus avanc que le mien1 ne disait-il pas1 en parlant d'une personne pour laquelle il concevait ce sentiment3 ,ayant mon paule appuye contre la sienne comme si nous regardions ensemble un livre1 sans mentir1 je ressentis soudain une piqre dans l'paule1 semblant produite par une morsure d'insecte2 et cette impression de fourmillement persista pendant cinq jours1 m'occasionnant au cur une dmangeaison continue4 ,ainsi le contact tout fortuit1 rien que d'une paule1 chauffait et faisait sortir de son tat ordinaire cette me dj refroidie et nerve par l'ge et qui1 entre toutes celles des hommes1 a approch le plus de la perfection4 ,et pourquoi pas8 ,socrate tait homme et ne voulait ni tre ni sembler tre autre chose4--,la philosophie ne s'lve pas contre les volupts qui sont dans l'ordre de la nature1 pourvu qu'on n'en abuse pas4 ,elle prche d'en user modrment et non de les fuir2 ses efforts tendent nous dtourner de celles qui sont contre nature ou qui1 tout en en procdant1 sont abtardies4 ,elle dit que l'esprit ne doit pas intervenir pour accrotre nos besoins physiques1 et nous avertit1 avec juste raison1 de ne pas veiller notre faim par des excs1 de 99 ne pas vouloir nous gorger au lieu de nous borner nous nourrir1 comme aussi d'viter toute jouissance qui nous met en apptit et toutes viandes et boissons qui nous affament et nous altrent4 ,de mme1 en ce qui concerne l'amour1 elle nous invite ne nous y donner que pour la satisfaction de nos besoins physiques et faire que l'me n'en soit pas trouble1 parce que cela ne la regarde pas et qu'elle n'a simplement qu' suivre et assister le corps4 ,mais ne suis-je pas dans le vrai quand j'estime que ces prceptes1 que je considre pourtant comme un peu excessifs1 visent un corps en tat de bien remplir son rle2 et que1 pour un corps dbilit comme pour un estomac dlabr1 il est excusable de le rchauffer et de le soutenir par des procds artificiels1 et de recourir l'imagination pour lui rendre l'apptit et l'allgresse que de lui-mme il ne possde plus8 ,dans l'usage des plaisirs le corps et l'me doivent s'entendre et y participer chacun dans la mesure o il le peut1 ainsi que cela se produit dans la douleur4--,ne pouvons-nous pas dire que tant que nous demeurons en cette prison terrestre1 il n'y a rien en nous qui affecte exclusivement soit le corps1 soit l'me2 que c'est bien tort que1 par cette distinction1 nous dmembrons l'homme tout vif1 et qu'il semble rationnel que nous ressentions le plaisir aussi bien au moins que nous ressentons la souffrance8--,ainsi1 par exemple1 la douleur cause par leurs pchs1 grce l'esprit de pnitence qui les pntrait1 tait ressentie par l'me des saints avec une intensit qui les amenait la perfection2 et1 en raison de l'union intime existant entre elle et le corps1 cette douleur affectait naturellement celui-ci1 bien qu'il et peu de part ce qui la produisait4 ,mais ils ne se contentaient pas de ce qu'il se bornt simplement suivre et assister l'me dans ses souffrances1 ils le soumettaient lui aussi des tourments atroces s'attaquant lui personnellement1 afin que tous deux1 le corps comme l'me1 rivalisant entre eux1 plongeassent l'homme dans la douleur qu'ils estimaient d'autant plus salutaire qu'elle tait plus aigu4--,ici1 dans le cas des plaisirs sensuels1 n'y a-t-il pas injustice faire que l'me s'en dsintresse et dire qu'il faut qu'elle soit entrane y participer1 comme s'il s'agissait de quelque obligation servile impose par la ncessit8 ,n'est-ce pas plutt elle de les concevoir et de les prparer1 puis y conviant le corps1 y assister et en conserver la direction1 comme il lui appartient galement1 mon avis1 quand il s'agit de plaisirs qui lui sont propres1 d'en inspirer et infuser au corps la sensation dans la mesure o il est capable de l'prouver1 et de s'tudier ce qu'ils lui soient doux et salutaires4 ,on a raison de dire que le corps ne doit pas suivre ses penchants s'ils peuvent tre prjudiciables l'esprit1 mais pourquoi ne serait-ce pas aussi chose raisonnable que l'esprit ne s'abandonnt pas aux siens1 quand ils peuvent tre prjudiciables au corps8 ,avantages que le vieillard1 qui n'a pas encore atteint la dcrpitude1 peut retirer de l'amour4 ,a dire vrai1 l'amour sans limites ne convient qu' la premire jeunesse4--,je n'ai pas d'autre passion qui ait action sur moi2 ce que font l'avarice1 l'ambition1 les querelles1 les procs sur ceux qui1 comme moi1 n'ont pas d'occupation dtermine1 l'amour1 plus que tout autre mobile1 est capable de le produire en moi4 ,il me rendrait la vigilance1 la sobrit1 la grce1 le soin de ma personne4 ,il ferait que la faon dont je me prsente1 malgr les outrages de la vieillesse1 outrages qui nous dforment et nous mettent dans un tat si pitoyable1 se maintiendrait sans altration2 que je me remettrais ces sages et saines tudes1 par lesquelles je gagnerais en estime et en affection parce qu'alors mon esprit1 ne dsesprant plus de lui-mme et de ses moyens1 se ressaisirait4 ,j'y trouverais une diversion aux mille penses ennuyeuses1 aux mille chagrins qui ont leur source dans la mlancolie en laquelle nous plongent cet ge l'oisivet et le mauvais tat de notre sant4 ,il rchaufferait1 au moins en songe1 ce sang que la nature abandonne1 soutiendrait notre tte qui s'incline1 nous distendrait les nerfs1 rendrait un peu de vigueur et de plaisir vivre ce pauvre homme qui marche grands pas vers sa ruine4 ,mais1 d'autre part1 je comprends bien que c'est l une commodit fort malaise recouvrer2 par suite de la faiblesse en laquelle nous sommes tombs et de notre longue exprience1 notre got est devenu plus dlicat et plus raffin2 nous demandons plus1 alors que nous apportons moins2 nous sommes plus difficiles dans notre choix1 quand nous avons moins qui milite en notre faveur1 et1 nous reconnaissant tels1 nous sommes moins hardis et plus dfiants2 rien ne peut plus nous donner l'assurance d'tre aims1 vu les conditions en lesquelles nous sommes tombs et celles de cette verte et bouillante jeunesse4 ,j'ai honte de me trouver au milieu d'elle dont la raideur de nerfs1 qui fait que toujours elle est en tat de bien faire1 n'a rien envier l'arbre qui se dresse sur lu colline 7,horace72 pourquoi aller taler notre misre au milieu de cette allgresse1 et divertir nos dpens ces jouvenceaux ardents1 en leur montrant un flambeau rduit en cendres 7,horace78 ,ils ont la force et la raison1 cdons-leur une place que nous ne pouvons plus occuper2 ces bourgeons de beaut naissante ne souffrent pas d'tre manis par des mains aussi engourdies1 et l'emploi de moyens exclusivement matriels ne leur suffit pas1 comme le fit entendre un jour ce philosophe des temps anciens rpondant quelqu'un qui le raillait de n'avoir pas su gagner les bonnes grces d'une jeunesse qu'il poursuivait de ses assiduits3 ,mon ami1 le hameon ne mord pas du fromage si frais4 ,c'est un commerce o il faut que les parties en prsence soient dans des conditions analogues qui les fassent se convenir2 tous les plaisirs d'autre nature que nous prouvons peuvent se reconnatre par des rcompenses de diverses sortes1 celui-ci ne se paie qu'en monnaie de mme espce4--,il est certain que dans ces bats1 le plaisir que je cause chatouille plus agrablement mon imagination que 99 celui que je ressens2 or1 c'est manquer de gnrosit que de recevoir un plaisir1 alors qu'on n'en rend pas2 c'est d'une me vile de toujours consentir devoir et se complaire demeurer en relations avec qui on est charge2 et il n'y a pas de beaut1 de grce1 de privaut si exquises qu'elles soient1 qu'un galant homme puisse dsirer ce prix4 ,si les femmes ne peuvent plus nous donner du plaisir que par piti1 je prfre beaucoup plus ne pas vivre que de vivre d'aumnes2 je voudrais avoir le droit de leur demander leurs caresses1 dans ces mmes termes que j'ai vu employer en ,italie pour quter3 ,faites-moi quelque bien dans votre propre intrt1 ou la faon de ,cyrus exhortant ses soldats3 ,qui est en disposition de m'aimer1 me suive4--,adressez-vous1 me dira-t-on1 des femmes qui soient dans les mmes conditions que vous1 frappes elles aussi de la dchance que vous subissez1 vous trouverez plus aisment vous lier ensemble4 ,oh6 quelle sotte et insipide liaison en rsulterait3 ,je ne veux pas arracher la barbe un lion mort 7,martial76 ,c'est un reproche que faisait ,xnophon ,menon et qu'il condamnait en lui1 de rechercher1 en amour1 des femmes en ayant pass l'ge4 ,j'prouve plus de volupt voir simplement un couple form de beaux jeunes gens bien apparis et s'aimant1 voire mme me les reprsenter en imagination1 qu' tre moi-mme second dans un duo allant tristement et prtant la piti2 c'est l un got fantasque que j'abandonne l'empereur ,galba1 qui ne recherchait que des femmes d'ge1 aux chairs durcies2 ou ce pauvre malheureux pote1 s'criant en parlant de lui-mme3 ,plaise aux dieux que1 dans mon exil1 je puisse te voir telle que je me reprsente ton image6 ,que je puisse embrasser tes cheveux blanchis par le chagrin et presser dans mes bras ton corps amaigri 7,ovide76--,au premier rang de la laideur1 je place la beaut obtenue force d'artifices4 monez1 jeune adolescent de ,chio1 qui1 par le soin qu'il avait pris d'enjoliver sa personne1 pensait avoir acquis la beaut que lui avait refuse la nature1 s'tant prsent au philosophe ,arcsilas et lui ayant demand si un sage pouvait devenir amoureux1 s'attira cette rponse3 ,mais certainement6 pourvu que ce ne 99 soit pas d'une beaut de mauvais aloi acquise1 comme la tienne1 force de sophistications4 ,la laideur d'une vieillesse avoue est1 suivant moi1 moins vieille et moins laide que si on cherche la dissimuler force de couleurs et d'onguents4--,si je ne craignais qu'on ne me saisisse la gorge1 je dirais que l'amour ne me semble rellement en sa saison naturelle qu' l'ge voisin de l'enfance1 comme aussi du reste la beaut3 lorsque se glissant dans un chur de jeunes filles1 avec ses cheveux flottants et ses traits encore indcis1 un jeune homme peut tromper sur son sexe les yeux les plus clairvoyants 7,horace74 ,ce qu',homre n'admet que jusqu' ce que le menton commence s'estomper d'une barbe naissante1 ,platon trouve dj qu'il est rare que cela subsiste jusqu' ce moment1 et l'on sait pour quelle cause le sophiste ,dion qualifiait 99 si plaisamment d',aristogitons et d',harmodiens les poils follets qui surviennent l'poque de l'adolescence4 ,dj j'estime que le moment en est quelque peu pass quand on est arriv l'ge de la virilit1 non moins qu'en la vieillesse1 car l'amour n'arrte pas son vol sur les chnes dnuds 7,horace74 ,marguerite1 reine de ,navarre1 en femme qu'elle tait1 avantageant les personnes de son sexe1 leur assignait une limite plus recule et voulait qu' l'ge de trente ans le moment soit venu pour elles d'changer la qualification de belle en celle de bonne4 ,moins longtemps nous donnons ce dieu action sur notre vie1 mieux nous en valons4 ,voyez son image1 n'a-t-il pas une figure enfantine8 ,qui ne sait qu' l'encontre de tout principe1 on va toujours reculons dans son cole2 l'tude1 l'exercice1 l'usage de ses prceptes conduisent l'puisement2 les dbutants y sont matres3 l'amour ne connat pas de rgle 7,s4 ,jrme74 ,il n'est pas discutable que sa conduite a surtout de l'agrment quand l'inadvertance et le trouble y ont place2 que ce qui serait faute ailleurs est succs pour lui et lui donne du piquant et de la grce2 pourvu qu'il soit ardent1 inassouvi1 peu importe qu'il soit prudent4 ,voyez comme il va chancelant1 trbuchant1 foltrant6 c'est le mettre aux fers que de lui imprimer une direction habile et sage2 c'est attenter sa libert divine1 que de l'asservir qui a les mains calleuses et couvertes de poil4 ,on voit souvent les femmes sembler faire de l'amour une question de sentiment et ddaigner la satisfaction que les sens peuvent y trouver4--,du reste1 on voit souvent les femmes sembler faire de l'amour une question toute de sentiment et ddaigner la satisfaction que les sens peuvent y trouver1 tout leur est bon cet effet2 par contre1 que de fois la beaut du corps ne nous fait-elle pas passer chez elles sur la faiblesse de leur esprit8 ,par exemple1 ce que je n'ai jamais vu1 c'est que la beaut de l'esprit si cultiv1 si accompli qu'il ft1 leur ait fait faire bon accueil un corps tant soit peu tomb en dcadence4 ,que ne prend-il fantaisie quelqu'une d'elles d'appliquer cette noble ide digne de ,socrate1 de troquer son corps pour acqurir de l'esprit1 et prostituant sa personne au plus haut prix qu'elle en pourra obtenir1 acheter1 avec les bnfices1 l'intelligence de la philosophie et le dveloppement de son esprit6--,platon prescrit dans ses lois que celui qui1 la guerre1 se sera signal par un fait d'armes important et utile1 ne puisse1 durant tout le cours des oprations1 quels que soient sa laideur ou son ge1 se voir refuser un baiser ou toute autre faveur de galanterie1 de qui il le dsirerait4 ,ce que ce philosophe trouve quitable comme rcompense de la valeur militaire1 pourquoi ne le serait-ce pas pour tout autre mrite2 et que ne vient-il l'ide de chacune de ces vertus1 pouvant ainsi mriter rcompense1 de prendre le pas sur les autres pour avoir la gloire d'obtenir cette marque d'amour qui ne porte pas atteinte la chastet8 je dis la chastet parce que1 si l'on en vient au combat1 l'amour est alors comme un grand feu de paille qui s'teint en un instant 7,virgile72 les vices mort-ns dans notre esprit ne sont pas de ceux qui sont les plus redoutables4 ,en somme1 hommes et femmes sont sortis du mme moule1 et un sexe n'a pas le droit de critiquer l'autre4--,ce long commentaire m'a chapp force de bavarder1 donnant lieu un flux de paroles peu mesures parfois et qui peuvent n'tre pas sans inconvnient3 ,ainsi tombe du chaste sein d'une jeune vierge une pomme1 don furtif de son amant2 oubliant qu'elle l'a cache sous sa robe1 elle se lve l'approche de sa mre et la fait rouler ses pieds2 la rougeur qui lui couvre subitement le visage1 rvle la faute dont elle s'est rendue coupable 7,catulle74--,pour terminer1 je dis que mles et femelles sortent du mme moule et que1 sauf leur ducation et les murs1 la diffrence n'en est pas grande4 ,platon1 dans sa ,rpublique1 convie indiffremment les uns et les autres participer tous les exercices1 tudes et professions1 aussi bien ceux qui s'appliquent la guerre qu' ceux relatifs aux occupations du temps de paix2 et le philosophe ,antisthne1 lui1 ne faisait aucune distinction entre la vertu de la femme et la ntre4 ,il est bien plus ais de porter une accusation contre un sexe que de trouver des excuses l'autre1 et c'est ici le cas d'appliquer le dicton3 ,la pelle se moque du fourgon1 autrement dit3 tel raille autrui1 qui lui-mme prte plus encore aux mmes critiques4 ,,chapitre ,,vi4 ,des coches4 ,diffrence des opinions des philosophes sur les causes de divers usages et accidents3 sur ,dieu vous bnisse dit qui ternue1 sur le mal de mer2 digression sur la peur4--,il est ais de constater que les grands auteurs1 traitant des causes de tels et tels faits1 ne donnent pas uniquement celles qu'ils croient tre les vritables1 mais souvent aussi en citent qu'ils n'estiment pas telles1 pourvu qu'elles soient ingnieuses ou lgantes2 en cela1 ils sont rellement utiles si leurs dires sont appuys de bonnes raisons4 ,ne pouvant tre certains de la cause principale1 nous en numrons plusieurs2 peut-tre se trouvera-t-elle par hasard dans le nombre3 ,ce n'est pas assez de n'indiquer qu'une cause1 il faut en donner plusieurs1 quoiqu'il n'y en ait qu'une de bonne 7,lucrce74 ,dsirez-vous savoir d'o vient cette habitude de dire3 ,dieu vous bnisse6 ceux qui ternuent8 ,voici3 nous produisons trois sortes de vents3 ,l'un1 qui sort d'en bas1 est fort malpropre2 un autre1 qui sort par la bouche1 accuse que nous avons trop mang2 le troisime est l'ternuement1 il vient du cerveau et ne prte aucune critique1 d'o l'accueil honnte que nous lui faisons4 ,ne vous moquez pas de cette explication2 si subtile qu'elle vous paraisse1 elle est1 dit-on1 d',aristote4 ,il me semble avoir vu dans ,plutarque 7l'auteur qui1 ma connaissance a le mieux su allier l'art la nature et le jugement au savoir7 qu'aprs avoir donn quelques preuves que la crainte peut produire le mal de mer1 il attribue cette cause les soulvements d'estomac qu'prouvent ceux qui voyagent sur mer4 ,moi qui suis fort sujet ce mal1 je sais pertinemment que1 chez moi1 la crainte n'en est pas la cause1 et je le sais non par conjectures mais par exprience4 ,sans mettre en avant ce qu'on m'a dit1 que les animaux1 et en particulier les pourceaux1 l'prouvent en dehors de toute apprhension de danger1 ni ce qu'une de mes connaissances m'a racont sur elle-mme que1 bien qu'y tant fort sujet1 l'envie de vomir lui est passe deux ou trois fois1 pendant de violentes temptes1 par suite de la frayeur o elle tait1 se trouvant1 comme dit ,snque1 trop proccupe du pril qu'elle courait pour songer elle-mme2 je n'ai jamais craint sur l'eau pas plus qu'ailleurs au point d'en tre troubl et d'en perdre la tte1 quoique ayant souvent couru des risques o la peur et t bien justifie si toutefois elle l'est quand ce n'est que la mort qu'on a redouter4--,la peur nat parfois faute de jugement1 aussi bien que faute de cur2 tous les dangers que j'ai courus1 je les ai envisags les yeux ouverts sans que mes ides s'en soient trouves affectes1 entraves ou amoindries2 pour craindre1 il faut encore du courage4 ,bien m'en prit autrefois d'tre ainsi et non comme tant d'autres2 cela m'a permis de me diriger et de conserver mon sang-froid alors que j'tais en fuite2 j'ai pu par l m'en tirer1 sinon sans crainte1 du moins sans effroi ni tonnement2 j'tais mu1 mais non tourdi et perdu4 ,les grandes mes vont bien plus loin et nous donnent le spectacle de retraites non seulement calmes et couronnes de succs1 mais encore excutes firement4 ,voici1 ce propos1 ce que conte ,alcibiade sur ,socrate dont1 en cette circonstance1 il tait le compagnon d'armes3 ,je le trouvai1 dit-il1 ,lachez et lui1 aprs la droute de notre arme1 fermant la marche derrire les fuyards4 ,je l'observais tout mon aise1 n'ayant rien craindre pour moi-mme parce que j'tais sur un bon cheval et qu'il tait pied2 il en avait du reste t ainsi pendant toute la dure du combat4 ,je remarquai surtout combien il tait avis et rsolu1 en comparaison de ,lachez2 et aussi la crnerie de son allure qui ne diffrait en rien de celle qu'il avait d'ordinaire4 ,il avait conserv sa fermet et sa lucidit d'esprit1 observait et se rendait compte de ce qui se passait autour de lui1 regardant tantt les uns1 tantt les autres1 amis et ennemis2 encourageant les uns de ce mme regard qui signifiait aux autres qu'il tait dcid vendre bien cher son sang et sa vie qui tenterait de les lui ter2 et cela les sauva1 car on n'attaque pas volontiers ceux qui montrent de telles dispositions1 tandis qu'on court sur ceux que la peur entrane4 ,tel est le tmoignage de ce grand capitaine1 qui nous apprend1 ce que nous constatons tous les jours1 qu'il n'est rien qui nous expose davantage au danger qu'un soin exagr de nous en prserver3 ,d'ordinaire1 moins il y a de crainte1 moins il y a de danger 7,tite-,live74 ,c'est tort qu'on dit dans le peuple3 ,un tel craint la mort1 quand on veut exprimer que quelqu'un y songe et la prvoit4 ,la prvoyance s'applique galement ce qui nous touche en bien comme en mal2 considrer et apprcier le danger est1 en quelque sorte1 le contraire de s'en effrayer4--,je ne me sens pas assez fort pour rsister cette violente secousse que nous cause la peur1 pas plus qu' toute autre passion aussi vhmente2 si une fois j'en tais frapp1 j'en serais atterr et ne m'en relverais jamais compltement2 qui aurait fait perdre pied mon me1 ne parviendrait jamais la remettre en place bien d'aplomb2 elle aurait beau se tter1 s'tudier avec soin et au plus profond d'elle-mme1 malgr cela elle n'arriverait jamais fermer et consolider la plaie dont elle aurait t atteinte4 ,cela a t une grande chance pour moi que1 jusqu'ici1 aucune maladie ne l'ait jete hors d'elle-mme4 ,a chaque preuve qui m'arrive1 j'y fais face en appelant moi tout ce que j'ai de force de rsistance2 aussi1 la premire qui l'emporterait1 me laisserait-elle bout de ressources pour continuer la lutte4 ,je ne suis pas mme de renouveler mon effort2 si1 par quelque endroit1 le mal rompt la digue que je lui oppose1 me voil dsempar et je suis noy sans pouvoir chapper4 picure dit que le sage ne peut jamais en arriver un tat d'me qui soit contraire aux principes qu'il s'est une fois poss2 je suis port prendre la contrepartie de cette maxime1 et crois que celui qui1 une seule fois1 aurait t rellement fou1 ne sera jamais bien sage4 ,dieu 99 qui mesure le froid ses cratures selon la fourrure qui les protge1 me mesure mes passions1 la force que j'ai pour leur rsister4 ,la nature m'a laiss dcouvert d'un ct et m'a couvert de l'autre2 elle m'a dsarm en m'tant la force1 mais arm d'insensibilit et aussi de ce fait qu'en moi1 la peur est raisonne et sans beaucoup de prise4 ,je ne puis supporter longtemps1 et quand j'tais jeune je les supportais encore moins1 les coches1 les litires1 les bateaux2 je hais1 la ville comme la campagne1 tout moyen de locomotion autre que le cheval2 la litire m'incommode plus encore que les coches1 par la mme raison qui fait que j'endure plus aisment une mer agite lors mme qu'elle peut donner des inquitudes que le mouvement qu'on ressent en temps calme4 ,la lgre secousse que produisent les rames1 sous l'action desquelles le navire se drobe sous nous1 me barbouille1 je ne sais pourquoi1 la tte et l'estomac1 de mme que je ne puis me sentir assis sur un sige qui vacille4 ,quand la voile ou le courant nous emporte d'un mouvement rgulier1 ou que nous allons la remorque1 l'absence d' coups fait que je n'prouve pas de gne2 ce que je ne puis souffrir1 ce sont les mouvements saccads1 et plus ils sont lents plus ils m'incommodent2 je ne sais trop comment les dpeindre avec plus de prcision4 ,les mdecins m'ont conseill1 pour remdier cette disposition1 de me contenir le bas-ventre avec une serviette bien serre2 c'est un moyen dont je n'ai pas essay1 parce que j'ai pour habitude de ragir contre les dfauts que je puis avoir pour les dompter par ma seule volont4 ,varit d'emploi des chars2 comment ils ont t parfois utiliss la guerre et pendant la paix4--,si ma mmoire me le permettait1 je ne considrerais pas comme du temps perdu d'numrer ici la varit infinie1 au dire des historiens1 des divers modes d'emploi des chars la guerre4 ,ils ont vari suivant les nations et les temps1 semblent avoir t d'un grand effet et taient devenus une ncessit2 aussi est-il tonnant que nous ne soyons pas mieux documents sur ce point4--,je ne ferai que rappeler qu' une poque assez rapproche1 du temps de nos pres1 les ,hongrois s'en servirent avec succs contre les ,turcs3 sur chacun se trouvaient un soldat arm d'un bouclier et un mousquetaire1 avec nombre d'arquebuses charges et disposes prtes faire feu1 le tout couvert d'une forte bche1 comme le sont les galiotes4 ,ils en avaient jusqu' trois mille semblables1 tablis sur le front de bataille4 ,aprs que le canon avait jou1 ceux qui montaient ces chars1 dchargeaient 99 tout d'abord sur l'ennemi les armes feu qui y avaient t places1 ce qui n'tait pas sans donner un certain avantage1 puis on se portait contre lui4 ,ils les employaient aussi en les lanant contre la cavalerie de l'adversaire1 pour la rompre et y faire brche2 et cela indpendamment du secours qu'ils en 99 tiraient1 quand ils craignaient des surprises1 pour garder leurs flancs lorsqu'ils taient en marche en rase campagne1 ou encore pour couvrir en hte et fortifier un lieu de stationnement4--,de mon temps1 sur l'une de nos frontires1 un gentilhomme qui tait peu dispos de sa personne1 ne trouvant pas de cheval capable de le porter en raison de son poids et redoutant une attaque1 parcourait le pays sur un char semblable ceux que je viens de dcrire et s'en trouvait bien4 ,bornons-nous l pour les chars employs la guerre4 ,les derniers rois de notre premire race1 dont la fainantise ressortait cependant bien dj suffisamment autrement1 voyageaient et se promenaient sur un char tir par quatre bufs4 ,marc-,antoine fut le premier qui1 en compagnie d'une jeune musicienne1 se fit conduire dans ,rome par des lions attels son char4 ,postrieurement1 ,hliogabale en fit autant1 se disant tre ,cyble la mre des dieux2 il allait aussi attelant des tigres pour figurer ,bacchus et il lui arriva d'atteler son char de deux cerfs1 une autre fois de quatre chiens1 une autre de quatre jeunes filles qui1 toutes nues1 le tranaient en grande pompe1 lui-mme tant en pareil tat de nudit4 ,l'empereur ,firmus attelait quatre autruches de grandeur tonnante1 si bien qu'il semblait voler plutt que rouler4 ,en gnral les souverains ont grand tort de se livrer des dpenses exagres de luxe2 ces prodigalits sont mal vues des peuples qui estiment1 avec raison1 qu'elles sont faites leurs dpens4--,ces inventions tranges me mettent en tte l'ide que c'est une sorte de pusillanimit de la part des monarques1 et un tmoignage qu'ils ne comprennent pas assez ce qu'ils sont1 que de chercher1 par des dpenses excessives1 se faire valoir et paratre4 ,ce pourrait tre excusable en pays tranger2 mais au milieu de leurs sujets1 l o ils peuvent tout1 leur dignit mme leur constitue le plus haut degr auquel1 en fait d'honneurs1 ils puissent atteindre4 ,il en est de mme d'un gentilhomme1 pour lequel je trouve qu'il est bien superflu de se vtir d'une manire particulire1 quand il est chez lui3 sa demeure1 son train de maison1 sa cuisine1 rpondent assez pour lui4 ,je trouve judicieux le conseil que donne ,isocrate son roi3 ,d'avoir un intrieur et un mobilier splendides1 d'autant que cela constitue une dpense qui dure et passe ses successeurs1 et d'viter toute magnificence dont l'usage et le souvenir sont phmres4--,quand j'tais jeune1 j'aimais la parure1 n'ayant d'autres moyens de me faire remarquer1 et cela m'allait bien2 il en est sur qui les beaux vtements jurent4--,nous possdons des relevs de comptes qui tonnent par l'extrme conomie de certains de nos rois1 pour eux et tout ce qui les touchait personnellement1 ainsi que par celle qu'ils apportaient dans leurs libralits2 et c'taient des rois puissants1 renomms par leur valeur et les dons de la fortune4 ,dmosthne combattait outrance une loi de son pays1 qui mettait la charge des deniers publics les dpenses faites pour donner plus de solennit aux jeux et aux ftes2 il voulait que sa grandeur se manifestt par le nombre de ses vaisseaux prts prendre la mer et de ses armes prtes entrer en campagne4 ,c'est avec raison qu'on reproche ,thophraste d'mettre l'ide contraire dans son livre sur la richesse1 et de prtendre que des dpenses de cette nature doivent tre une consquence naturelle de l'opulence4 ,aristote1 lui1 dit que ce sont l des plaisirs qui ne sont apprcis que de la populace1 dont le souvenir disparat ds qu'ils ont pris fin1 et dont ne peut faire cas un homme srieux qui a du jugement4 ,ces dpenses trouveraient1 ce me semble1 un emploi bien plus digne de la majest royale1 bien plus utile1 juste et durable1 si elles taient affectes la construction de ports1 de darses1 de fortifications1 de murailles1 d'difices somptueux1 d'glises1 d'hpitaux1 de collges1 l'amlioration des rues et des chemins4 ,pour en avoir agi ainsi1 le pape ,grgoire ,,xiii laissera une mmoire des plus recommandables et qui se perptuera4 ,c'est aussi par l que1 pendant longues annes1 ses ressources lui permettant de satisfaire ses gots1 la libralit naturelle et la magnificence de notre reine ,catherine se sont manifestes2 et c'est un grand dplaisir pour moi1 que la construction du beau ,pont-,neuf1 dont notre grande ville lui est redevable1 ait t interrompu1 et de ne pouvoir1 avant de mourir1 esprer le voir achev4 ,il semble aux sujets1 spectateurs des triomphes que se mnagent ainsi leurs rois1 que c'est leur propre richesse qu'on tale sous leurs yeux et que c'est eux qui font les frais des ftes qu'on leur donne2 d'autant que les peuples pensent volontiers de leurs matres1 ce que nous pensons de nos valets1 qu'ils doivent mettre leur soin ce que nous ayons en abondance tout ce qui nous est ncessaire1 mais sans prtendre en avoir leur part4 ,c'est ce qui explique ce mot de l'empereur ,galba qui1 satisfait du plaisir que lui avait caus un musicien pendant son souper1 s'tant fait apporter sa cassette particulire et y ayant pris une poigne d'cus1 la lui donna en disant3 ,cela est moi1 et ne provient pas du trsor public4 ,toujours est-il que le plus souvent le peuple a raison1 et que c'est de ce avec quoi il devrait se nourrir1 qu'on satisfait ses regards4 ,un roi1 en effet1 ne possde ou ne doit possder rien en propre2 une sage conomie doit prsider ses libralits1 d'autant que1 quoi qu'il fasse1 il lui sera toujours impossible de satisfaire l'avidit de ses sujets4--,la libralit1 de la part d'un souverain1 n'a mme pas grand mrite2 les particuliers qui la pratiquent1 en ont davantage parce que1 de fait1 un roi ne possde rien en propre et se doit lui-mme aux autres3 l'administration n'est pas cre pour le bien de l'administrateur1 mais pour celui de l'administr2 un suprieur n'est jamais institu pour le bnfice que cela lui donne1 mais pour le profit que l'infrieur doit en retirer2 le mdecin est fait pour le malade et non pour lui-mme2 toute magistrature1 tout art existant le sont dans un intrt autre que le leur3 ,nul art n'est confin en lui-mme 7,cicron74 ,aussi les gouverneurs des princes qui1 dans leur enfance1 s'vertuent leur inculquer des ides de largesses et leur prchent qu'ils ne doivent pas savoir refuser et qu'ils ne sauraient faire meilleur emploi de ce qu'ils ont que de le donner 7ducation qui1 de mon temps1 a t fort en crdit71 ont plus en vue leur intrt que celui de leur matre1 ou comprennent mal leurs devoirs tant donn qui ils parlent4 ,il est trop ais de pousser la libralit celui qui est mme de la pratiquer1 comme il l'entend1 aux dpens d'autrui2 et1 comme on lui en sait gr1 non d'aprs la valeur du prsent qu'il fait1 mais d'aprs les moyens qu'il a de le faire1 elle arrive devenir sans effet en des mains si puissantes2 ils sont prodigues et on ne les tient mme pas pour gnreux4 ,c'est pour cela que la libralit n'est pas une vertu de premier ordre d'entre celles que devrait possder un roi2 c'est la seule1 comme dit ,denys le tyran1 qui s'allie bien la tyrannie elle-mme4 ,a ces princes j'enseignerais plutt ce proverbe d'un laboureur de l'antiquit3 ,qui veut tirer profit de sa semence1 doit semer avec la main1 et non verser mme du sac 7,plutarque72 il faut pandre le grain et non le rpandre2 eux ont donner1 ou mieux payer et restituer tant de gens suivant leurs services1 qu'ils doivent tre des dispensateurs loyaux et aviss4 ,j'aimerais mieux qu'un prince ft avare1 que de le voir d'une libralit sans mesure ni discrtion4 ,la vertu qui doit prdominer chez un roi semble plutt tre la justice1 et1 de toutes les branches de la justice1 celle qui doit accompagner la libralit est celle qui se remarque le plus en eux1 parce qu'ils se l'ont plus particulirement rserve1 tandis qu'ils exercent toutes les autres plutt par des intermdiaires4 ,une largesse immodre n'est pas faite pour leur valoir de la bienveillance1 car elle leur aline plus de gens qu'elle ne leur en gagne3 ,on peut d'autant moins tre gnreux1 qu'on l'a plus t444 ,quelle folie de se mettre dans l'impuissance de faire longtemps ce qu'on fait avec plaisir 7,cicron72 la libralit1 pratique sans tenir compte du mrite1 est une honte pour qui reoit1 il n'en a aucune gratitude4 ,des tyrans ont t sacrifis la haine du peuple par ceux-l mmes qu'ils avaient injustement combls de faveurs2 certaines catgories de gens1 estimant qu'ils s'assurent la possession de biens indment reus1 en montrant du mpris et de la haine pour ceux de qui ils les tiennent1 se rallient au jugement et l'opinion que la foule professe l'gard de cette manire de faire4 ,les sujets d'un prince qui donne avec excs1 deviennent eux-mmes excessifs dans leurs demandes2 ils se rglent non d'aprs la raison1 mais sur l'exemple qu'ils ont sous les yeux4 ,il est certain que bien souvent notre impudence devrait nous faire rougir2 nous sommes1 en bonne justice1 pays au del de ce qui nous est d quand la rcompense gale le service2 ne devons-nous donc rien1 en effet1 nos princes par suite de nos obligations naturelles8 ,s'ils prennent notre dpense leur charge ils vont trop loin1 c'est assez qu'ils nous viennent en aide2 le surplus s'appelle bienfait et nous ne sommes pas en droit de l'exiger1 car le mot mme de libralit implique l'ide de libert chez celui qui donne4 ,a notre mode1 on n'arrive jamais au bout2 ce qui est reu ne compte plus1 on n'aime que les libralits venir2 aussi1 plus un prince s'puise en donnant1 plus il s'appauvrit en amis4 ,comment pourrait-il assouvir tous les apptits1 qui vont croissant au fur et mesure qu'il y satisfait8 ,qui songe prendre1 ne pense plus ce qu'il a pris2 la convoitise a l'ingratitude pour caractre essentiel4 ,l'exemple de ,cyrus ne fera pas mal ici1 pour servir aux rois de notre poque distinguer quand leurs dons sont bien ou mal employs2 il leur montrera combien1 en les distribuant ainsi qu'il le faisait1 ce souverain a eu la main plus heureuse qu'eux1 qui1 aprs avoir puis leurs ressources1 en sont rduits contracter des emprunts auprs de sujets qui leur sont inconnus1 et demander ceux auxquels ils ont fait du mal1 plutt qu' ceux qu'ils ont obligs1 une aide1 qui1 en la circonstance1 n'a de gratuit que le nom4 ,crsus reprochait ,cyrus ses largesses1 et calculait combien s'lverait son trsor1 s'il et t plus parcimonieux4 ,ce dernier eut l'ide de justifier ses libralits et1 dpchant dans toutes les directions aux grands de ses tats envers lesquels il avait t particulirement gnreux1 il pria chacun1 pour lui venir en aide et le tirer d'un mauvais pas1 de lui envoyer tout l'argent dont il pourrait disposer et de l'aviser de ce qu'il serait en mesure de lui donner4 ,quand toutes les rponses furent arrives1 il se trouva que tous ses amis1 ayant estim que ce n'tait pas assez de ne lui offrir que la somme qu'ils avaient reue de sa munificence1 y avaient ajout beaucoup de leurs propres deniers1 et que le total dpassait considrablement l'conomie qui1 au dire de ,crsus1 aurait pu tre faite4 ,l-dessus1 ,cyrus lui dit3 ,je n'aime pas moins les richesses que les autres princes1 mais je crois les mieux administrer2 voyez combien peu me revient ce trsor inestimable que me constituent tant d'amis1 qui me sont de plus srs trsoriers que ne seraient des mercenaires qui ne m'auraient pas d'obligation et ne me porteraient pas affection2 ma fortune est mieux garde par eux que dans mes coffres qui m'attireraient la haine1 l'envie et le mpris des autres princes4 ,on pouvait1 ,rome1 excuser la pompe des spectacles tant que ce furent des particuliers qui en faisaient les frais1 mais non quand ce furent les empereurs1 parce que c'tait alors les deniers publics qui en supportaient la dpense4--,les empereurs romains avaient pour excuse de leur profusion en fait de jeux et spectacles publics1 que leur autorit dpendait en quelque sorte 7du moins en apparence7 de la volont du peuple qui1 de tout temps1 avait l'habitude d'tre flatt au moyen de ce genre de divertissements dvelopps l'excs4 ,dans le principe1 c'taient les particuliers qui avaient tabli et entretenu cette coutume de gratifier leurs concitoyens et leurs compagnons de ces magnificences exagres1 dont ils supportaient la majeure partie des frais2 le caractre de ces rjouissances publiques changea1 quand1 par imitation1 ce furent ceux qui taient devenus les matres qui les donnrent3 ,le don fait des trangers d'un argent pris autrui1 ne doit pas tre considr comme une libralit 7,cicron74--,philippe crivait en ces termes son fils1 pour lui faire reproche de chercher gagner l'attachement des ,macdoniens par des prsents3 ,as-tu donc envie que tes sujets te prennent pour le dtenteur de leur bourse1 au lieu que tu sois leur roi8 ,si tu veux te les attacher1 amne-les toi par les bienfaits de tes vertus et non par ceux de ton coffre-fort4 ,description de ces tranges spectacles2 ce que l'on doit le plus en admirer1 c'est moins leur magnificence1 que l'invention et les moyens d'excution qui dnotent dans les arts un degr auquel nous n'atteignons pas4--,c'tait cependant une belle chose que de transporter et de dresser sur les arnes quantit de gros arbres1 avec toutes leurs branches et leur verdure1 qui1 bien symtriquement disposs1 reprsentaient une grande fort ombreuse1 et d'y lcher1 comme le fit un jour l'empereur ,probus1 mille autruches1 mille cerfs1 mille sangliers1 mille daims1 et d'en abandonner la chasse au peuple2 d'y faire1 le lendemain1 assommer en sa prsence cent lions de forte taille1 cent lopards1 trois cents ours2 et le troisime jour1 y faire combattre outrance trois cents paires de gladiateurs4--,c'tait aussi bien beau voir1 ces vastes amphithtres aux parois extrieures incrustes de marbre1 sculptes1 garnies de statues1 et dont l'intrieur brillait sous la richesse des dcorations somptueuses dont il tait par3 ,vois le pourtour du thtre orn de pierres prcieuses et son portique tout reluisant d'or 7,calpurnius74 ,sur tout le pourtour du grand vide qu'enfermait cette enceinte1 depuis le bas jusqu'au fate1 rgnaient soixante ou quatre-vingts ranges de gradins1 galement en marbre et garnis de siges sur lesquels cent mille personnes pouvaient prendre place et y tre l'aise3 ,qu'il s'en aille1 dit-il1 s'il a quelque pudeur1 et quitte les siges destins aux chevaliers1 lui qui ne paye pas le cens fix par la loi 7,juvnal74--,dans le cours d'une mme journe1 c'tait d'abord les parois de la partie du fond o avaient lieu les jeux1 qui s'entr'ouvraient ingnieusement1 et des crevasses se formaient1 reprsentant des antres d'o se prcipitaient les animaux destins au spectacle2 puis la scne se transformait en une mer profonde qui reclait force monstres marins et portait des vaisseaux arms pour la reprsentation d'une bataille navale2 un troisime changement survenait ensuite1 l'arne se vidait et se desschait pour les combats de gladiateurs2 enfin1 le sol1 au lieu de gravier1 tait sabl de vermillon et de storax et on y dressait un festin magnifique auquel prenait part toute cette foule immense1 ce qui constituait le dernier acte de la journe3 ,que de fois avons-nous vu une partie de l'arne s'abaisser1 et de l'abme entr'ouvert surgir tout coup des btes froces et toute une fort d'arbres d'or l'corce de safran4 ,non seulement j'ai vu dans nos amphithtres les monstres des forts1 mais aussi des phoques au milieu des combats d'ours et le hideux troupeau des chevaux marins 7,calpurnius74--,quelquefois1 c'tait une haute montagne couverte d'arbres fruitiers et d'arbres verts1 qu'on y levait3 du sommet s'chappait1 comme de l'orifice d'une source vive1 de l'eau qui s'coulait en ruisseau4 ,parfois1 on y faisait se mouvoir un grand navire1 dont les flancs s'ouvraient1 se disjoignaient d'eux-mmes1 et quatre cinq cents fauves en bondissaient1 qui se battaient entre eux tandis que le navire se refermait et disparaissait de lui-mme4 ,d'autres fois1 on faisait jaillir du sol des jets d'eau odorifrante qui1 projete une hauteur considrable1 retombait en vapeur1 arrosant et embaumant toute cette multitude en nombre infini4--,pour abriter contre les intempries1 on tendait au-dessus de cette immense enceinte1 soit des voiles de pourpre brods l'aiguille1 soit des toffes de soie teintes d'une couleur ou d'une autre1 qu'on dployait ou qu'on repliait en un instant1 suivant que l'ide en prenait3 ,bien qu'un soleil brlant darde ses rayons sur l'amphithtre1 on retire les voiles1 ds que parat ,hermogne 7,martial74 ,les filets1 placs devant les spectateurs pour les protger contre les bonds par trop violents des btes froces1 taient galement tisss d'or2 les rets eux-mmes brillent de l'or dont ils sont tisss 7,calpurnius74 ,s'il y a quelque chose qui excuse de tels excs1 ce n'est pas tant la dpense que l'invention et la nouveaut qui s'y trouvent et nous pntrent d'admiration2 ces actes mmes de vanit nous rvlent combien ces sicles produisaient de gens l'imagination bien autrement fertile que ne sont les ntres4 ,il en est de cette fertilit d'esprit comme de toutes les autres productions de la nature2 on ne saurait cependant dire qu'elle y a atteint l'apoge de sa puissance2 nous ne progressons pas sans cesse1 nous pivotons plutt sur nous-mmes1 tournant tous vents dans un sens et dans l'autre1 nous allons et revenons sur nos pas4 ,je crains que nos connaissances ne soient fort limites sous tous rapports2 nous ne voyons gure loin1 pas plus en avant qu'en arrire2 elles sont restreintes et de courte dure1 peu tendues comme temps1 comme sous le rapport des matires qu'elles embrassent3 ,bien des hros ont vcu avant ,agamemnon2 mais1 ensevelis dans une nuit profonde1 ils ne nous font pas aujourd'hui verser de larmes 7,horace74--,avant la guerre de ,troie1 beaucoup de potes avaient chant d'autres vnements 7,lucrce74 ,ce que ,solon rapporte de ce qu'il avait appris des prtres d'gypte sur la haute antiquit laquelle remontait leur pays et sur leur manire d'tablir et de conserver l'histoire des pays trangers1 est1 en la circonstance1 un tmoignage qui n'est pas repousser3 ,s'il nous tait donn de voir l'tendue infinie des rgions et des sicles o1 se plongeant et s'tendant de toutes parts1 l'esprit n'a plus de bornes pour arrter sa vue1 nous dcouvririons une quantit innombrable de formes dans cette immensit 7,cicron74 ,quand tout ce qui1 des temps passs1 est venu jusqu' nous1 serait vrai et connu1 ce serait encore moins que rien auprs de ce que nous en ignorons4 ,combien les plus curieux eux-mmes sont peu et imparfaitement au courant de ce qui se passe en ce monde l'poque o nous vivons6 ,qu'il s'agisse des rvolutions qui affectent les gouvernements1 de l'tat social des plus grandes nations1 ou de ces vnements particuliers auxquels le hasard donne de l'importance et qui marquent1 il nous en chappe cent fois plus que nous n'arrivons en connatre4 ,nous crions au miracle de l'invention faite chez nous de l'artillerie1 de l'imprimerie1 alors qu'en ,chine1 l'autre bout du monde1 d'autres que nous s'en servaient mille ans auparavant4 ,si ce que nous connaissons du monde galait ce que nous n'en connaissons pas1 il est croire que nous serions en prsence d'une infinie varit de corps de toutes formes et de toutes espces en perptuelle transformation4 ,rien dans la nature n'est unique et rare2 il n'en est ainsi qu'eu gard nos connaissances restreintes1 qui sont les bases trs dfectueuses des rgles que nous avons tablies et qui font que nous nous forgeons d'ordinaire une trs fausse ide de toutes choses4 ,de mme qu'aujourd'hui1 en raison de notre propre faiblesse et de notre dcadence1 nous sommes1 bien tort1 ports trouver que le monde a vieilli et priclit3 ,notre ge n'a plus la mme vigueur1 ni la terre la mme fcondit 7,lucrce72 ce mme pote que je viens de citer1 concluait1 avec tout aussi peu de raison1 en considrant la vigueur qu'il voyait aux esprits de son temps qui abondaient en nouveauts et inventions dans les arts de diverses sortes1 que le monde tait de cration rcente et encore en pleine jeunesse3 ,a mon avis1 le monde n'est pas ancien2 il ne fait que de natre2 aussi voyons-nous que certains arts sont en progrs et se perfectionnent1 notamment celui de la navigation qui se dveloppe chaque jour davantage 7,lucrce74 ,un nouveau monde vient d'tre dcouvert2 ses habitants sont de murs simples1 dans les arts qu'ils connaissent ils ne le cdent en rien ce que nous pouvons produire4--,notre monde vient d'en dcouvrir un autre 7et qui nous garantit que ce soit le dernier de ses frres1 puisque les dmons1 les sibylles et nous en ignorions jusqu'ici l'existence871 qui n'est pas moins grand1 moins peupl1 moins organis que le ntre2 et cependant1 il est si nouveau1 si enfant1 qu'on lui apprend son ,a1 ,b1 ,c1 et qu'il n'y a pas cinquante ans1 il ne connaissait ni lettres1 ni poids1 ni mesures1 pas plus que l'art de se vtir et pas davantage le bl et la vigne2 tout nu1 encore sur les genoux de sa mre1 il ne vivait que par sa nourrice4 ,si nous tions fonds admettre que notre pote avait raison de dire que son sicle tait en pleine jeunesse1 et nous conclure que notre monde avance vers sa fin1 ce nouveau-n rayonnera alors que le ntre sera sur son dclin et l'univers sera frapp d'hmiplgie2 une moiti de lui-mme sera percluse1 tandis que l'autre sera dans toute sa vigueur4 ,je crains bien toutefois que nous ayons trs fort ht le dprissement et la ruine de ce dernier venu1 pour tre entr en communication avec lui1 et que nous lui fassions payer cher nos ides et nos actes4 ,c'tait un monde dans l'enfance2 ne l'avons-nous pas fouett et asservi nos errements1 en abusant de notre supriorit et des forces dont nous disposions8 ,en tout cas1 nous ne l'avons ni gagn nous par notre justice et notre bont1 ni subjugu par notre magnanimit4 ,la plupart des rponses de ses habitants1 dans les ngociations engages avec eux1 tmoignent qu'ils ne nous le cdaient en rien en fait d'esprit naturel et d' propos4 ,ils ne nous sont pas davantage infrieurs sous le rapport de l'industrie1 ainsi qu'en tmoigne la merveilleuse magnificence des villes de ,cusco et de ,mexico1 o se voyaient1 entre autres choses surprenantes1 le jardin du roi o tous les arbres1 les fruits et les plantes taient1 avec une ressemblance parfaite1 reproduits en or en vraie grandeur et disposs comme cela se voit dans tout autre jardin2 de mme taient reproduits de semblable faon1 dans ses galeries1 tous les animaux existant dans ses tats ou vivant dans les mers qui les baignent2 nous en pouvons galement juger par la beaut de leurs ouvrages o ils utilisaient les pierreries et les plumes1 par ceux qu'ils confectionnaient en coton et par leurs peintures4 ,quant leur pit1 la manire dont ils observaient les lois1 leur bont1 leur libralit1 leur loyaut et leur franchise1 notre infriorit sous ce rapport nous a t des plus utiles2 ils ont t victimes de ce qu'ils valaient mieux que nous cet gard1 par l ils se sont vendus et trahis eux-mmes4 ,pour ce qui est de leurs vertus1 il n'est pas douteux que s'ils ont succomb c'est beaucoup plus par ruse et par surprise que grce la valeur de leurs ennemis4--,pour ce qui est de la hardiesse et du courage1 ainsi que de la fermet1 de la constance1 de la rsolution contre les douleurs1 la faim et la mort1 je ne craindrais pas d'opposer les exemples que je trouverais chez eux aux plus fameux d'entre ceux de l'antiquit dont notre monde a conserv la mmoire4 ,ne tenons pas compte chez ceux qui les ont subjugus1 des ruses et des jongleries auxquelles ils ont eu recours pour les tromper1 de l'tonnement facile concevoir qu'ont prouv ces nations en voyant apparatre si inopinment des gens ayant de la barbe1 si diffrents d'elles-mmes par le langage1 la religion1 le physique1 l'attitude2 venant d'un endroit du monde si loign1 qu'ils n'avaient jamais suppos qu'il ft habit2 monts sur de grands monstres qui leur taient inconnus eux qui n'avaient jamais vu ni cheval1 ni animal quelconque dress porter un homme ou toute autre charge2 garnis d'une peau luisante et dure1 et d'une arme tranchante et resplendissante1 alors qu'eux1 pour la possession de cette merveille qu'tait un miroir qui les captivait par son brillant1 ou celle d'un couteau1 donnaient en change des valeurs considrables en or et en perles1 et qu'ils ne savaient ni ne pouvaient1 avec les moyens leur disposition1 mme en s'y appliquant tout loisir1 percer ces armures en acier4 ,a quoi il faut ajouter l'effet foudroyant de nos canons et de nos arquebuses1 leur bruit semblable celui du tonnerre1 qui eussent t capables de porter le trouble mme dans l'me de ,csar s'ils l'eussent surpris aussi inexpriment des effets de ces armes que l'taient1 ce moment1 ces peuples qui1 en dehors de quelques tissus de coton qu'ils taient mme de fabriquer1 allaient tout nus1 dont les armes les plus redoutables taient l'arc1 les pierres1 des btons1 des boucliers en bois1 dont enfin l'amiti et la bonne foi avaient t surprises par les envahisseurs1 et qui taient tout tonns de voir des choses inconnues qui leur paraissaient tranges4 ,supposons que les avantages que donnaient aux conqurants de semblables ingalits n'aient pas exist1 les combats qui leur ont procur de si nombreuses victoires n'auraient mme pas t livrs4 ,quand je considre l'ardeur incroyable avec laquelle tant de milliers d'hommes1 de femmes1 d'enfants ont tant de fois affront avec persistance1 pour la dfense de leurs dieux et de leur libert1 des dangers dont ils ne pouvaient triompher1 leur gnreuse obstination supporter toutes les difficults et souffrances les plus extrmes1 la mort mme1 plutt que de se soumettre la domination de gens qui les avaient si honteusement abuss3 certains1 faits prisonniers1 allant jusqu' se laisser mourir de privations et de faim entre les mains de leurs ennemis1 plutt que d'accepter la vie de la part d'adversaires qui1 pour les vaincre1 avaient mis en uvre des procds aussi vils2 quand je rflchis tout cela1 je suis amen penser que s'ils avaient t attaqus armes gales et avaient eu la mme exprience que leurs vainqueurs1 ne leur eussent-ils pas t suprieurs en nombre1 la victoire et t dispute avec le mme acharnement1 plus grand peut-tre encore1 qu'en aucune autre des guerres dont nous sommes tmoins4 ,tout autre et t le sort de ces peuples s'ils fussent tombs entre les mains de conqurants plus humains et plus polics4 ,tmoignage de leur bon sens et de leur mansutude4--,que n'est-ce par ,alexandre1 ou ces anciens ,grecs et ,romains1 que cette si noble conqute ait t faite6 ,cette transformation de tant d'empires et de peuples1 ces si grands changements eussent t effectus avec douceur2 c'est progressivement qu'et t dfrich ce qu'il y avait en eux d'inculte2 les bonnes semences qu'ils tenaient de la nature eussent t consolides et mises mme de germer2 et les conqurants1 introduisant chez eux les progrs raliss pour la culture de la terre et aussi1 en admettant que cela et t ncessaire1 les arts concourant l'ornement des villes1 auraient en mme temps associ les vertus grecques et romaines celles dj innes chez ces peuples4 ,quelle rparation1 quelle amlioration c'et t pour leur civilisation1 compares ce qu'ont caus les exemples et les dbordements de ceux des ntres qui1 les premiers1 ont abord ces terres nouvelles si1 en amenant ces populations admirer et imiter leurs vertus1 ils avaient fait natre entre elles et nous un accord fraternel et rgner la bonne intelligence6 ,combien il et t facile de tirer profit de ces mes neuves1 affames du dsir d'apprendre et qui1 pour la plupart1 prsentaient de si heureuses dispositions naturelles6 ,au lieu de cela1 nous avons abus de leur ignorance et de leur inexprience1 pour leur inculquer plus facilement la trahison1 la luxure1 l'avarice2 pour les porter des actes de toutes sortes d'inhumanit et de cruaut1 l'exemple et sur le modle de nos murs4 ,qui jamais a sacrifi ce degr1 dans l'intrt du commerce et du trafic8 ,que de villes rases1 que de nations extermines1 que de millions d'individus passs au fil de l'pe1 que de bouleversements dans cette si belle et si riche partie du monde1 pour le ngoce des perles et du poivre6 ,misrables victoires6 ,jamais l'ambition1 jamais les inimitis publiques n'ont pouss ce point les hommes les uns contre les autres et produit de si horribles hostilits et de si rvoltantes calamits4 ,en suivant les ctes1 quelques ,espagnols1 la recherche de mines1 prirent terre dans une contre fertile1 agrable l'il et fort peuple2 et1 adressant aux populations leurs requtes habituelles3 ,ils taient1 disaient-ils1 des gens paisibles1 venant de loin1 envoys par le roi de ,castille1 le plus grand prince de la terre habite1 auquel le ,pape1 reprsentant de ,dieu sur la terre1 avait concd la domination sur les ,indes entires4 ,s'ils consentaient devenir ses tributaires1 ils seraient traits avec une grande bienveillance4 ,ensuite de cela1 ils demandaient des vivres pour se nourrir1 et de l'or pour la confection de certains mdicaments2 au surplus1 ils prnaient la croyance en un seul ,dieu1 la vrit de notre religion qu'ils recommandaient d'adopter1 ajoutant au tout quelques menaces4 ,la rponse qui leur fut faite1 est celle-ci3 ,pour des gens placides1 s'ils l'taient1 ils n'en avaient gure l'apparence2 quant leur roi1 il devait tre bien indigent et ncessiteux1 puisqu'ils sollicitaient pour lui2 et celui qui lui avait attribu leur territoire bien aimer les dissensions1 puisqu'il donnait un tiers des terres qui ne lui appartenaient pas1 au risque de le mettre aux prises avec leurs anciens possesseurs4 ,pour ce qui tait des vivres1 ils leur en fourniraient2 quant de l'or1 ils en avaient peu1 c'tait chose qu'ils n'apprciaient gure1 parce qu'elle tait inutile leur vie que leur unique proccupation tait de passer heureuse et agrable2 qu'en consquence1 ils pourraient sans scrupule prendre ce qu'ils en trouveraient en dehors de ce qui tait employ au service de leurs cultes4 ,que ce qu'ils disaient de la croyance en un seul ,dieu1 leur plaisait2 mais qu'ils ne voulaient pas changer de religion1 en ayant une qui leur avait depuis si longtemps rendu service2 que1 du reste1 ils avaient coutume de ne prendre conseil que de leurs amis et connaissances2 quant leurs menaces1 c'tait manquer de jugement que d'en adresser des gens dont le caractre et le degr de puissance leur taient inconnus2 qu'ils se dpchassent donc de quitter promptement leur pays1 car eux-mmes n'taient pas habitus prendre en bonne part ni les honntets ni les remontrances de gens qui leur taient trangers et se prsentaient en armes2 qu'autrement1 s'ils ne dfraient pas cette injonction1 on agirait leur gard comme il avait t fait de ces autres1 et ils montraient1 exposes autour de la ville les ttes de quelques individus mis mort par autorit de justice4 ,voil comment balbutiaient ces peuples en enfance4 ,ce qui est certain1 c'est que1 quelques autres avantages que le pays pt leur offrir1 les ,espagnols ne s'arrtrent et ne tentrent de coups de main ni ici1 ni ailleurs1 o ils ne trouvrent pas les marchandises qu'ils recherchaient2 le pays des ,cannibales1 dont j'ai dj parl et qu'ils n'occuprent pas1 en tmoigne4 ,mauvaise foi et barbarie des ,espagnols l'gard des derniers rois du ,prou et de ,mexico2 horrible autodaf qu'ils firent un jour de leurs prisonniers de guerre4--,le roi du ,prou1 l'un des deux plus puissants monarques1 rois des rois de ce nouveau monde1 et peut-tre aussi de celui que nous occupons1 fut l'un des derniers qu'ils dtrnrent4 ,l'ayant fait prisonnier dans une bataille1 ils lui imposrent une ranon excessive1 dpassant tout ce qu'on peut imaginer et qui fut exactement paye4 ,pendant sa captivit1 il fit preuve d'un caractre franc1 libral1 ferme et d'un esprit juste et tendu4 ,aprs en avoir tir un million trois cent vingt-cinq mille cinq cents cus pesant d'or et1 en outre1 de l'argent et autres choses ne s'levant pas moins 7leurs chevaux n'allaient plus que ferrs d'or massif71 l'ide leur vint de savoir et de s'approprier ce qui pouvait rester des trsors de ce prince1 quelle que ft la dloyaut laquelle ils dussent avoir recours pour en arriver leurs fins4 ,a cet effet1 on porta contre lui une accusation1 l'appui de laquelle on produisit des preuves aussi fausses que l'accusation elle-mme1 lui imputant d'avoir conu de provoquer un soulvement dans ses tats pour recouvrer sa libert2 et1 l-dessus1 sur un beau jugement rendu par ceux-l mmes qui avaient invent cette trahison1 on le condamna tre trangl et pendu publiquement1 aprs lui avoir fait racheter le supplice d'tre brl vif par une acceptation du baptme1 qui lui fut donn sur le lieu mme de l'excution2 traitement inou et barbare qu'il subit cependant avec calme et courage1 sans se dmentir ni par son attitude1 ni par ses paroles qui1 dans la forme comme dans le fond1 furent vraiment dignes d'un roi4 ,puis1 pour endormir ses peuples tonns et frmissants de faits si tranges1 on affecta un grand deuil de sa mort1 et on lui fit de somptueuses funrailles4 ,de ces deux rois1 l'autre tait le roi de ,mexico4 ,longtemps il dfendit sa ville que les ,espagnols assigeaient2 et1 dans ce sige1 les assigs montrrent1 plus que jamais jusqu'o peuvent aller la souffrance et la persvrance chez un prince et chez un peuple4 ,son mauvais sort fit qu'il tomba vivant au pouvoir de ses ennemis par suite d'une capitulation portant qu'il serait trait en roi2 et autant de temps qu'il demeura entre leurs mains1 il se comporta avec toute la dignit de son rang4--,ne trouvant pas aprs leur victoire tout l'or qu'ils avaient espr1 les vainqueurs1 aprs avoir tout remu et fouill1 se mirent poursuivre leurs recherches en exerant sur leurs prisonniers les plus cruels traitements qu'ils purent inventer2 mais1 se heurtant des courages plus forts que leurs supplices1 ils ne russirent pas1 et en conurent une telle rage qu'ils en vinrent mettre la torture1 en prsence l'un de l'autre1 le roi lui-mme et l'un des principaux seigneurs de sa cour4 ,ce seigneur1 environn de brasiers ardents1 finit1 sous l'effet de la douleur1 par implorer son matre d'un regard qui faisait piti1 comme pour lui demander pardon de ce qu'il ne pouvait plus rsister4 ,le roi1 qui se trouvait en mme situation1 fixant sur lui un regard svre et assur1 en reproche de sa lchet et de sa pusillanimit1 lui dit ces seuls mots d'une voix ferme et rude3 ,et moi1 suis-je donc dans un bain2 suis-je plus mon aise que toi8 et1 presque aussitt1 succombant la douleur1 ce seigneur rendit sur place le dernier soupir4 ,le roi fut emport moiti rti2 non par commisration1 mais parce que sa constance faisait ressortir encore davantage tout l'odieux de la cruaut de ses bourreaux2 la piti du reste ne toucha jamais ces mes barbares qui1 pour obtenir une information douteuse sur quelques vases d'or piller1 ne regardaient pas faire griller sous leurs yeux un homme1 bien plus1 un roi si grand par ses mrites et sa situation4--,plus tard1 celui-ci ayant tent de s'affranchir par les armes de la longue captivit et de la sujtion en lesquelles on le tenait1 ils le pendirent2 et sa fin1 elle aussi1 fut digne d'un prince magnanime4 ,une autre fois1 ils brlrent vifs1 d'un seul coup1 sur un mme bcher1 quatre cent soixante individus1 qui taient simplement prisonniers de guerre2 quatre cents taient gens du commun et soixante comptaient parmi les principaux seigneurs d'une mme province4--,c'est d'eux-mmes que nous tenons ces dtails1 car non seulement ils les avouent1 mais ils s'en vantent et les crient bien haut4 ,est-ce comme tmoignage de leur justice ou par zle pour la religion8 quoi qu'il en soit1 ce sont des moyens tout autres que ceux qu'admet une si sainte cause1 et elle les rprouve4 ,si ces barbares s'taient propos de propager notre foi1 ils auraient considr que ce n'est pas en s'emparant de territoires qu'elle s'tend1 mais en prenant possession des hommes2 et ils se seraient borns aux meurtres invitables qu'entrane la guerre1 sans se livrer bnvolement ces boucheries universelles comme il peut s'en pratiquer l'gard de btes sauvages1 pousses autant que le fer et le feu en donnent possibilit1 n'pargnant de parti pris que ceux1 en nombre suffisant1 dont ils voulaient faire de misrables esclaves1 pour le service et l'exploitation de leurs mines2 si bien que plusieurs de leurs chefs1 dconsidrs et has de tous1 ont t punis de mort1 sur les lieux mmes de leurs conqutes1 par ordre des rois de ,castille1 justement offenss par l'horreur de ces actes abominables4 ,dieu a permis avec justice que les produits de ces pillages en grand aient t engloutis par la mer pendant qu'on les transportait en ,europe1 ou dans des guerres intestines o ces brigands se sont dvors les uns les autres2 la plupart ont pri sur place1 sans tirer aucun fruit de leur victoire4 ,l'or par lui-mme n'est pas une richesse1 il ne le devient que s'il est mis en circulation4--,quant ce qui1 de ces trsors1 est parvenu en ,espagne1 bien qu'entre les mains d'un prince bon et sage administrateur1 les rsultats qu'ils ont donns1 n'ont pas confirm les esprances qu'en avaient conues ses prdcesseurs1 et que devait produire cette profusion de richesses d'abord rencontres sur ce nouveau continent2 car1 bien qu'encore ces rsultats aient t considrables1 ils ne sont rien auprs de ceux qu'on en pouvait attendre4 ,cette dception doit tre attribue ce que l'usage de la monnaie tait compltement inconnu dans ces contres2 par suite tout leur or1 ne servant que pour en faire montre et parade comme il arrive d'un objet mobilier qui se transmet de pre en fils1 se trouvait avoir t runi entre les mains de quelques grands potentats qui en puisaient compltement les mines pour en fabriquer cet immense monceau de vases et de statues employs l'ornement de leurs palais et de leurs temples2 tandis que chez nous1 nous le faisons servir des acquisitions et au commerce2 nous le travaillons1 nous lui donnons mille formes sous lesquelles il se rpand et se disperse4 ,imaginons que nos rois aient de mme amoncel tout l'or qu'ils ont pu amasser durant des sicles et qu'ils l'aient gard immobilis1 ce qui s'est produit chez ces peuples se reproduirait chez nous4 ,les ,mexicains croyaient cinq ges du monde et pensaient se trouver dans le dernier quand les ,espagnols vinrent les exterminer4--,les ,mexicains taient quelque peu plus civiliss que les autres peuples de cette partie du monde et plus avancs dans les arts4 ,ils avaient1 comme elle a exist chez nous1 la croyance que l'univers touche sa fin1 et la dsolation que nous avons apporte chez eux en fut considre comme un signe prcurseur4 ,ils pensaient que l'existence du monde comporte cinq phases1 formes chacune par l'existence de soleils en nombre gal et devant se succder1 desquels quatre auraient dj fourni leur temps et dont le cinquime est celui qui nous claire4 ,le premier de ces soleils fut dtruit1 avec toutes les cratures existantes1 la suite d'un dluge universel4 ,le second1 par la chute du ciel qui touffa tout ce qui avait vie3 cet ge fut celui des gants1 dont on montrait aux ,espagnols des ossements qui1 compars ceux de l'homme1 leur assignent une taille de vingt palmes de hauteur4 ,le troisime prit fin par le feu qui embrasa et consuma tout4 ,le quatrime1 par un cyclone d'air et de vent qui alla jusqu' niveler des montagnes2 les hommes n'en moururent pas1 mais furent changs en magots 7quelles impressions la crdulit humaine1 dans sa faiblesse1 n'est-elle pas susceptible de recevoir674 ,quand prit ce quatrime soleil1 le monde demeura pendant vingt-cinq ans plong dans les tnbres3 la quinzime anne de cette priode1 furent crs un homme et une femme qui reconstiturent la race humaine2 dix ans aprs cette cration1 apparut un jour un nouveau soleil qui venait d'tre cr2 c'est de ce moment que ces peuples font dater les annes par lesquelles ils comptent4 ,trois jours aprs la cration de ce dernier soleil1 les dieux anciens moururent2 puis1 du jour au lendemain1 naquirent ceux qui existent actuellement4--,l'auteur de ces renseignements ne sait pas ce qu'ils supposent de la manire dont ce soleil prendra fin2 mais nous touchons cette grande conjonction des astres1 laquelle a t due1 il y a huit cents et tant d'annes1 le quatrime bouleversement qui a prcd la priode actuelle et qui1 d'aprs les astrologues1 doit amener des perturbations considrables dans le monde et tre le point de dpart d'un nouvel ordre de choses4 ,la route de ,quito ,cusco au ,prou surpasse tous gards n'importe quel ouvrage qui ait t excut en ,grce1 ,rome1 ou en gypte4--,la pompe et la magnificence qui se rencontraient dans ces pays et qui m'ont conduit aborder ce sujet1 taient telles1 que ni la ,grce1 ni ,rome1 ni l'gypte ne prsentent d'ouvrages aussi grandioses1 aussi utiles et qui aient t d'excution aussi difficile que cette route qui existe au ,prou1 uvre des rois du pays1 qui va de la ville de ,quito celle de ,cusco que spare une distance de trois cents lieues4 ,elle est en droite ligne1 plane1 large de vingt-cinq pas1 pave1 encadre de chaque cot de hautes et belles murailles le long desquelles1 l'intrieur1 coulent continuellement deux ruisseaux d'eau vive2 elle est borde de beaux arbres1 qu'on nomme molly4 ,l o1 en la construisant1 on s'est heurt des montagnes ou des rochers1 on les a entaills ou aplanis2 l o l'on a eu affaire des bas-fonds1 ils ont t combls par de la maonnerie4 ,en fin de chaque journe de marche1 sont de beaux btiments1 renfermant des approvisionnements de vivres1 de vtements et d'armes1 tant pour les voyageurs que pour les armes qui la suivent4 ,pour bien apprcier la valeur de cet ouvrage1 il faut tenir compte de la difficult vaincue qui a t particulirement grande2 on y a fait emploi de pierres de taille1 dont les moindres n'avaient pas moins de dix pieds de ct2 faute d'autres moyens de transport1 il a fallu les charrier force de bras2 pour les mettre en place1 comme ils ne connaissaient pas l'art des chafaudages1 on tablissait simplement1 contre les btiments que l'on levait1 des rampes en terre qu'on enlevait une fois le travail achev4 ,pour en revenir aux chars1 ils taient inconnus dans le nouveau monde4--,pour revenir nos chars1 c'tait chose inconnue dans le nouveau monde2 on y supplait1 ainsi qu' toute autre espce de voitures1 par des hommes qui vous portaient sur leurs paules4--,le jour o le dernier roi du ,prou fut fait prisonnier1 il tait ainsi port1 au milieu du combat1 sur des brancards d'or1 assis sur un sige d'or4 ,on voulait le prendre vivant1 et1 autant on tuait de ses porteurs pour le faire tomber1 autant s'en trouvaient d'autres qui1 rivalisant de zle1 prenaient la place des morts1 si bien qu'on ne put le jeter bas1 quelque carnage qu'on ft de ses gens1 jusqu' ce qu'un cavalier1 se portant lui1 le saisit et le prcipita terre4 ,,chapitre ,,vii4 ,des inconvnients des grandeurs4 ,qui connat les grandeurs et leurs incommodits1 peut les fuir sans beaucoup d'efforts ni grand mrite4--,puisque nous ne pouvons atteindre aux grandeurs1 vengeons-nous en mdisant d'elles2 d'ailleurs1 ce n'est pas absolument mdire d'une chose que d'y trouver des dfauts2 il y en a dans tout1 si beau1 si dsirable que ce soit4 ,en gnral1 les grandeurs ont cet avantage incontestable1 qu'elles peuvent s'abaisser autant que cela plat1 et qu'il est loisible qui en jouit de choisir la condition qui lui convient1 car on tombe rarement de toute sa hauteur et les grandeurs dont on peut descendre sans tomber existent en plus grand nombre que les autres4--,j'estime que nous faisons des grandeurs plus de cas qu'elles ne valent1 et qu'aussi nous estimons au-dessus de sa juste valeur la rsolution que nous voyons prendre1 ou que nous entendons dire avoir t prise1 par ceux qui les mprisent ou qui y renoncent de leur propre mouvement2 elles ne sont pas1 par essence1 tellement avantageuses1 que de s'y drober soit1 par lui-mme1 un acte si merveilleux4 ,je trouve bien difficile l'effort ncessaire pour rsister la souffrance que les maux nous causent1 mais ce me parat une petite affaire que de se contenter d'une mdiocre situation de fortune et de fuir les grandeurs2 c'est une vertu laquelle1 moi1 qui ne suis qu'un oison1 j'arriverais1 je crois1 sans avoir me contraindre beaucoup2 combien donc il en doit peu coter ceux chez lesquels entre en ligne de compte la considration que nous vaut d'ordinaire ce refus1 qui peut tre dict par une ambition plus grande que le dsir qu'on peut avoir des jouissances qu'elles donnent1 d'autant que l'ambition n'est jamais plus consquente avec elle-mme que lorsqu'elle emploie des voies dtournes et inusites4 ,montaigne n'a jamais souhait de postes trs levs2 une vie douce et tranquille lui convient bien mieux qu'une vie agite et glorieuse4--,je m'efforce de devenir patient et de modrer mes dsirs2 j'ai tout autant souhaiter qu'un autre1 et1 dans les souhaits que je forme1 j'apporte autant de libert et n'y mets pas plus de discrtion que qui que ce soit2 cependant1 il ne m'est jamais arriv de souhaiter ni royaume1 ni empire1 non plus que d'arriver d'minentes situations qui donnent le commandement2 ce n'est pas l ce que je vise1 je m'aime trop pour cela4 ,quand je rve d'accrotre mon importance1 mes vises n'ont rien d'lev2 modestes et timores comme le comporte mon caractre1 elles ne s'appliquent qu'aux progrs que je puis faire en dcision1 prudence1 sant1 beaut et mme en richesses2 mais je ne songe m'lever ni en crdit1 ni en autorit pour arriver pouvoir davantage2 l'ide seule en crase mon imagination4 ,au contraire de cet autre1 je prfrerais tre le deuxime ou le troisime ,prigueux1 que le premier ,paris ou au moins1 sans mentir1 le troisime ,paris que d'y tre le premier en charge4 ,je ne veux pas plus1 comme un misrable inconnu1 avoir me dbattre aux portes avec un huissier1 que de faire que s'ouvrent1 sur mon passage1 les foules en adoration4 ,je suis habitu une situation moyenne1 aussi bien du fait du sort que par got1 et ai montr par la conduite que j'ai tenue dans le cours de ma vie et par ce que j'ai entrepris1 que j'ai plutt fui que dsir m'lever au-dessus du degr de fortune o ,dieu m'a fait natre2 en tout1 s'en tenir l'ordre tabli par la nature1 est chose la fois juste et facile4 ,j'ai l'me poltronne au point que je ne mesure pas le succs par la hauteur laquelle il nous place1 mais la facilit avec laquelle il s'obtient4 ,si mon cur n'a pas de hautes vises1 en revanche il est franc et veut que je reconnaisse hardiment son humilit4--,l4 ,thorius ,balbus a t un galant homme1 beau1 dou d'une bonne sant1 entendu dans tous les plaisirs et commodits de la vie dont il a largement joui2 il a vcu tranquille1 n'ayant en vue que sa propre satisfaction1 l'me bien prpare contre la mort1 les superstitions1 la douleur et autres misres que l'homme ne peut viter2 pour achever1 il a fini les armes la main1 sur un champ de bataille1 pour la dfense de son pays4 ,si j'avais tablir un parallle entre cette existence et celle de ,m4 ,rgulus que chacun connat1 si grande1 de si haute vertu1 couronne par une fin admirable2 l'une sans nom1 sans clat2 l'autre exemplaire et glorieuse au del de toute expression1 j'en parlerais certainement comme a fait ,cicron1 si je savais aussi bien dire que lui4 ,mais s'il me fallait prendre l'une ou l'autre pour modle1 je dirais que la premire est autant dans mes moyens et selon mes dsirs que je rgle sur ces moyens1 que l'autre les dpasse et de beaucoup2 je ne puis que vnrer celle-ci1 tandis que je me rsoudrais volontiers vivre celle-l4 ,revenons aux grandeurs de ce monde dont nous parlions4 ,que je l'exerce ou que je la subisse1 la domination n'est pas dans mes gots4--,otanez1 l'un des sept seigneurs de ,perse qui pouvaient aspirer l'empire1 adopta un parti que j'aurais moi-mme pris volontiers4 ,il cda ses compagnons son droit de concourir la souverainet1 soit par l'lection1 soit par le sort1 sous condition que lui et les siens vivraient sur le territoire de l'empire indpendants de toute obligation1 sans que personne ait autorit sur eux2 qu'ils ne seraient tenus qu' l'observation des lois anciennes et jouiraient de toute libert n'y portant pas atteinte3 il tait aussi peu port commander qu' tre command4 ,il est trs port excuser les fautes des rois1 parce que leur mtier est des plus difficiles2 on leur cde en tout1 ils n'ont mme pas la satisfaction de la difficult vaincue4--,le plus pnible et le plus difficile mtier de ce monde est1 suivant moi1 d'tre un roi digne de ce rang4 ,j'excuse plus leurs fautes qu'on ne le fait gnralement1 parce que je considre l'norme fardeau dont ils ont la charge et que j'en suis tonn4 ,il est difficile de conserver de la mesure dans l'exercice d'une puissance aussi dmesure1 quoique ce soit un singulier encouragement la vertu pour ceux mmes qui ne sont pas parfaitement dous par la nature1 que d'tre dans une situation o tout ce que vous pouvez faire de bien est not et enregistr1 o tant de gens aspirent participer au moindre de vos bienfaits1 et o votre capacit1 comme celle des prdicateurs1 est soumise surtout l'apprciation du peuple1 mauvais juge en la matire1 facile tromper comme contenter4 ,il est peu de choses sur lesquelles nous pouvons mettre un jugement sincre1 parce qu'il en est peu auxquelles nous n'ayons de quelque faon un intrt particulier4 ,la supriorit et l'infriorit1 le matre et le sujet sont en opposition et se jalousent naturellement2 perptuellement ils empitent sur leurs domaines respectifs4 ,je ne crois aucun d'eux1 quand ils revendiquent ce qu'ils prtendent tre leurs droits2 c'est la raison seule1 qui n'admet pas les compromissions et conserve son impartialit1 qu'il appartient de dcider quand elle peut se faire entendre4 ,je feuilletais1 il n'y a pas un mois1 deux livres d'auteurs cossais1 traitant tous deux ce mme sujet1 mais des points de vue opposs2 celui qui prend parti pour le peuple1 fait du roi un tre de condition pire qu'un charretier2 celui qui en tient pour le monarque le place1 sous le rapport de la puissance et de la souverainet1 quelques brasses au-dessus de ,dieu4 ,l'un des inconvnients des grandeurs1 qu'une circonstance fortuite m'a rvl rcemment1 est la suivante3 ,il n'y a rien peut-tre de plus agrable dans les relations entre hommes1 que les assauts auxquels nous nous livrons les uns contre les autres1 tant par point d'honneur que pour faire ressortir notre valeur1 dans les divers exercices soit du corps1 soit de l'esprit2 assauts auxquels ceux qui sont investis de la souveraine grandeur1 ne prennent en fait aucune part srieuse4--,il m'a paru1 en effet1 qu' force de respect1 on y traite toujours les princes avec ddain et en leur faisant injure4 ,dans mon enfance1 une chose m'offensait infiniment1 c'tait que ceux qui luttaient avec moi dans nos jeux1 vitaient de s'y appliquer franchement pour de bon1 parce qu'ils me trouvaient indigne de leurs efforts2 c'est ce qu'on voit arriver tous les jours aux princes1 chacun se trouve indigne de leur tenir tte4 ,si on s'aperoit qu'ils ont le moindre dsir d'obtenir la victoire1 il n'est personne qui ne s'y prte et ne prfre trahir sa propre gloire que d'offenser la leur1 et qui n'apporte la leur disputer que juste la rsistance indispensable pour qu'elle leur fasse honneur4 ,quelle part ont-ils la mle1 alors que chacun y bataille pour eux8 ,ils me font l'effet de ces paladins des temps passs1 se prsentant aux joutes et aux combats avec des armes enchantes4--,brisson1 luttant la course avec ,alexandre1 se laissa battre1 en ne donnant pas tout ce qu'il et pu3 ,alexandre l'en tana2 il et d lui faire donner le fouet4--,c'est l ce qui faisait dire ,carnade que les enfants des princes n'apprennent rien o la vrit ne soit fausse1 si ce n'est manier les chevaux2 en tout autre exercice1 chacun cde devant eux et leur donne gagn1 mais le cheval1 qui n'est ni flatteur ni courtisan1 jette le fils du roi terre tout comme il ferait du fils d'un crocheteur4 ,homre a d se rsigner admettre que ,vnus1 cette si vnre et si dlicate desse1 soit blesse dans les combats livrs sous ,troie1 afin de pouvoir la doter de courage et de hardiesse1 qualits que ne peuvent possder ceux qui n'ont pas redouter le danger2 si on fait les dieux susceptibles de se courroucer1 de craindre1 de fuir1 de ressentir la jalousie1 la douleur1 de se passionner1 c'est pour pouvoir leur faire honneur des vertus qui sont la contrepartie de ces imperfections4 ,celui qui n'a part ni au hasard1 ni la difficult1 ne peut prtendre bnficier de l'honneur et du plaisir qui suivent les actions qui prsentent des risques4--,c'est piti d'avoir un pouvoir tel que tout cde devant vous2 une telle fortune rejette trop loin de vous la socit et ceux qui vous tiennent compagnie1 elle vous plante trop l'cart4 ,cette commode et lche facilit faire que tout s'abaisse sous vous1 exclut tout plaisir de n'importe quelle sorte2 elle fait que vous glissez et ne marchez pas2 c'est dormir1 ce n'est pas vivre4 ,reprsentez-vous un homme omnipotent3 il est sous une oppression constante2 il faut qu'il vous demande de lui faire l'aumne de lui rsister et de l'entraver dans ses volonts2 son bonheur n'est pas complet et il en souffre4 ,leurs talents et leurs vertus ne peuvent se manifester2 on leur cache leurs dfauts2 comment s'tonner qu'ils commettent tant de fautes8--,les bonnes qualits des princes sont1 en eux1 comme mortes et non avenues2 car elles ne se manifestent que par comparaison1 et1 chez eux1 le point de comparaison n'existe pas2 ils ne connaissent gure les louanges de bon aloi1 tant toujours affligs d'une approbation continue1 qui jamais ne varie4 ,ont-ils affaire au plus sot de leurs sujets8 ils n'ont pas le moyen de prendre avantage sur lui3 ,c'est parce qu'il est mon roi1 dit celui-ci2 et1 ce disant1 il lui semble avoir donn suffisamment entendre qu'il s'est prt tre vaincu4 ,par ce fait qu'ils sont rois1 leur grandeur touffe et absorbe toutes les autres qualits relles et essentielles qu'ils peuvent possder et qui ne peuvent se faire jour2 elle ne leur laisse1 pour se faire valoir1 que les actions qui les touchent1 telles que les devoirs de leur charge2 un roi a une si haute situation1 qu'en lui on ne voit qu'elle4 ,elle constitue en dehors de lui une atmosphre lumineuse qui l'environne1 le cache et nous le drobe2 notre vue1 arrte et aveugle par ces flots de lumire1 ne pouvant les pntrer1 cesse de percevoir ce qu'ils lui voilent4--,le snat romain avait dcern ,tibre le prix de l'loquence2 il le refusa1 estimant que l'et-il mrit1 il ne lui et pas t possible de se prvaloir d'un jugement rendu par une assemble aussi peu libre de ses actes4 ,comme on leur concde tout ce qui peut les honorer1 on en arrive autoriser et aggraver leurs dfauts et leurs vices1 non seulement en les approuvant mais aussi en les imitant4--,dans l'entourage d',alexandre1 chacun portait1 comme lui1 la tte incline sur le ct2 et les flatteurs de ,denys1 lorsqu'ils taient en sa prsence1 se heurtaient entre eux1 poussaient et renversaient ce qui tait leurs pieds1 pour paratre avoir la vue aussi courte que lui4 tre affect de hernie a t parfois un titre de recommandation et de faveur2 j'ai vu des gens simuler la surdit4 ,plutarque a vu des courtisans qui1 parce que le matre hassait sa femme1 rpudiaient la leur qu'ils aimaient2 bien plus1 le libertinage1 les murs les plus dissolues1 et aussi la dloyaut1 le blasphme1 la cruaut1 l'hrsie1 tout comme la superstition1 l'irrligion1 la mollesse et encore pis1 si pis il y a1 ont t en crdit par suite de mauvais exemples1 plus dangereux encore que celui donn par les flatteurs de ,mithridate qui1 parce que leur matre prtendait l'honneur d'tre bon mdecin1 se faisaient inciser et cautriser les membres par lui2 les autres1 c'est leur me1 partie autrement plus dlicate et plus noble1 qu'ils souffrent se voir cautrise4 ,pour achever par o j'ai commenc1 je rappellerai que l'empereur ,adrien discutant avec le philosophe ,favorinus sur l'interprtation donner un mot1 celui-ci ayant cd assez promptement et ses amis le lui reprochant3 ,vous vous moquez1 leur dit-il2 vous voudriez qu'il ne soit pas plus savant que moi1 lui qui commande trente lgions6--,auguste avait crit des vers contre ,asinius ,pollion3 ,quant moi1 dit ,pollion1 je me tais3 il n'est pas sage d'crire rencontre de qui peut proscrire4--,tous deux avaient raison2 ,denys1 parce qu'il n'avait pu galer ,philoxne en posie et ,platon dans ses raisonnements1 condamna l'un aux carrires et fit vendre l'autre comme esclave dans l'le d'gine4 ,,chapitre ,,viii4 ,de la conversation4 ,en punissant les coupables1 la justice ne saurait avoir d'autre but que d'empcher les autres hommes de commettre les mmes fautes2 c'est ainsi que l'aveu que ,montaigne fait de ses dfauts1 doit servir corriger les autres4--,c'est un usage de nos procds judiciaires de condamner des gens1 pour que cela serve d'avertissement aux autres4 ,les condamner uniquement parce qu'ils ont failli1 serait1 comme dit ,platon1 une ineptie1 parce que ce qui est fait ne peut se dfaire2 aussi les condamne-t-on pour qu'ils ne commettent pas nouveau la mme faute1 ou qu'on ne suive pas l'exemple qu'ils ont donn2 pendre quelqu'un ne le corrige pas1 ce sont les autres qui sont corrigs par ce qui lui arrive4--,je fais de mme3 parmi mes erreurs1 il y en a qui sont naturelles et qui ne peuvent tre ni corriges ni rpares2 et1 tandis que les honntes gens servent la cause publique en provoquant les imiter1 je la sers peut-tre aussi en montrant ce qui1 en moi1 est viter3 ,ne voyez-vous pas que le fils d',albus vit mal et que ,barrus est dans la misre8 ,leur exemple doit nous instruire ne pas dissiper notre patrimoine 7,horace72 en publiant et accusant mes imperfections1 il se trouvera des gens qui apprendront les redouter4--,les points que j'apprcie le plus en moi tirent plus d'honneur de ce qu'ils constituent contre moi des chefs d'accusation que s'ils m'taient des titres de recommandation2 voil pourquoi j'y reviens et m'y arrte si souvent4 ,mais quand on a tout racont sur soi1 on ne peut plus se mettre en cause qu' son dtriment2 on amplifie ce que vous avouez prter condamnation1 on ne vous croit pas sur ce que vous estimez tre louer4 ,il peut se trouver des gens comme moi qui m'instruis plus par les contraires que par les similaires1 en voyant ce qui est fuir plutt que ce qui est suivre1 tendance qui faisait dire ,caton l'ancien que les sages ont plus apprendre des fous1 que les fous des sages4 ,pausanias rapporte qu'un joueur de lyre de l'antiquit avait l'habitude d'obliger ses lves aller couter un mauvais musicien qui logeait en face de lui1 pour leur apprendre har ses mauvais accords et ses fausses mesures4 ,l'horreur que j'prouve voir des cruauts1 me reporte plus vers la clmence que ne m'y attirerait quelqu'un auquel je la verrais pratiquer2 la vue d'un bon cuyer ne m'incite pas autant rectifier ma position cheval1 que si j'aperois un procureur ou un vnitien cheminant ridiculement sur une monture de la sorte2 entendre parler un langage incorrect1 m'amne corriger le mien1 bien plus que si celui que l'on me tient est parfait4 ,tous les jours les sottises d'autrui m'avertissent et me mettent sur mes gardes2 ce qui blesse1 touche et veille davantage que ce qui plat4 ,le temps o nous vivons est propre nous amender reculons1 en ce que nous voyons faire plus souvent ce qu'on ne devrait pas que ce qui devrait tre1 et que le dsaccord rgne parmi nous plus que l'accord4 ,ayant peu profit des bons exemples1 j'utilise les mauvais dont les leons sont constamment sous mes yeux4 ,je me suis efforc de me rendre aussi agrable que je voyais d'autres personnes l'tre peu1 aussi ferme que j'en voyais d'autres tre faibles1 aussi doux que j'en voyais de revches1 aussi bon que d'autres m'apparaissaient mchants2 mais ce que je me proposais l1 s'est trouv au-dessus de mes forces4 ,c'est surtout dans les conversations que l'esprit se forme et se corrige2 cet exercice est plus instructif encore que l'tude dans les livres4--,l'exercice le plus naturel pour notre esprit1 celui qui porte le plus de fruit1 est1 mon sens1 la conversation4 ,je trouve que c'est dans la vie ce qu'il y a de plus doux1 et c'est pourquoi1 cette heure1 si j'tais oblig de choisir1 je consentirais plutt1 je crois1 perdre la vue que l'oue ou l'usage de la parole4 ,les ,athniens1 et aussi les ,romains1 entretenaient cet exercice en grand honneur dans leurs acadmies2 et1 de nos jours1 les ,italiens en ont conserv quelque chose pour leur plus grand avantage1 ce qui se constate quand on compare la comprhension qu'ils ont de toutes choses avec celle que nous en avons nous-mmes4--,l'tude dans les livres est une occupation calme et fade1 qui n'chauffe pas2 tandis que1 lorsque nous discutons1 nous apprenons et nous nous exerons tout la fois4 ,si je converse avec un contradicteur un peu serr1 l'me forte1 il me presse les flancs1 me pique gauche et droite2 ses ides font surgir les miennes2 la jalousie1 la vanit1 la contention d'esprit m'excitent et font que je m'lve au-dessus de moi-mme2 tre tous du mme avis quand on cause1 est chose absolument ennuyeuse4 ,mais1 si notre esprit se fortifie par les changes d'ides avec des esprits vigoureux et pondrs1 on ne saurait dire combien il perd et s'abtardit au contact d'esprits infrieurs et maladifs2 il n'y a pas de contagion qui gagne plus que celle-ci1 et je sais par exprience ce qu'en vaut l'aune4 ,j'aime discourir1 mais avec un petit nombre de gens et seulement pour mon agrment2 se donner en cela en spectacle aux grands1 et faire1 qui mieux mieux1 parade de son esprit et de son verbiage1 me semble un mtier trs peu convenable pour un homme d'honneur4 ,on y apprend supporter la sottise2 et ,montaigne1 connaissant la faiblesse de l'esprit humain1 coutait patiemment les propos les plus extravagants4--,la sottise est un dfaut2 mais ne pouvoir la supporter1 s'en dpiter et s'en tourmenter1 comme cela m'arrive1 est une autre sorte de maladie qui1 par ses inconvnients1 ne le cde gure la sottise1 et c'est ce dont je veux prsent m'accuser4--,je n'prouve ni gne1 ni difficult entrer en conversation et discuter1 d'autant que l'opinion d'autrui trouve en moi un terrain peu propice pour y pntrer et y pousser de fortes racines3 nulle proposition ne m'tonne2 nulle croyance1 si contraire qu'elle soit la mienne1 ne me blesse2 il n'y a pas d'ide1 si frivole1 si extravagante soit-elle1 dont l'esprit humain ne me semble pouvoir s'accommoder et qui ne puisse en maner4--,nous1 qui ne reconnaissons plus notre jugement le droit de dcider sur quoi que ce soit1 nous ne prtons pas une attention srieuse aux opinions diverses qui se produisent2 mais1 si notre jugement s'en dsintresse1 nous y prtons facilement l'oreille4 ,quand un des plateaux de la balance est absolument vide1 je laisse l'autre osciller sous le faix de songes de vieille femme1 et me trouve excusable d'admettre les nombres impairs comme plus favorables que les nombres pairs1 de prfrer le jeudi au vendredi1 d'aimer mieux tre douze ou quatorze table que treize1 de voir en voyage avec plus de satisfaction un livre courir dans le sens que je suis que s'il traversait mon chemin1 de tendre1 pour tre chauss1 le pied gauche le premier plutt que le droit4 ,toutes les ides chimriques qui sont en crdit autour de nous valent au moins qu'on les coute2 personnellement1 j'estime qu'elles psent autant que rien1 nanmoins elles font pencher la balance4 ,encore faut-il convenir que les opinions que professe le vulgaire sur certains points sont1 par leur nature1 de plus de poids que ces niaiseries2 et qui les ddaigne d'une faon absolue1 peut1 en voulant viter d'tre tax de superstition1 pcher par opinitret1 ce qui est un dfaut4 ,la contradiction veille l'esprit1 mais il faut qu'elle ait lieu en termes courtois2 la critique est susceptible de nous corriger1 mais il faut qu'elle soit de bonne foi et savoir l'accepter4--,par suite1 les contradictions qu'on m'oppose ne m'offensent ni ne m'influent2 elles ne font que m'exciter et me sont des occasions de m'exercer4 ,nous n'aimons pas voir nos erreurs releves1 et toute observation dans ce sens n'est accepte et ne saurait avoir de l'effet qu'autant qu'elle nous est faite en manire de conversation1 sans qu'on semble vouloir nous rgenter2 on ne considre pas si les objections prsentes sont justes1 mais seulement comment1 tort ou raison1 on les rfutera3 au lieu de les accueillir bras ouverts1 nous les recevons avec nos griffes4 ,il me serait assez pnible de m'entendre dire par mes amis3 ,tu es un sot1 tu rves2 cependant j'aime qu'entre gens galants on ait le courage de son opinion1 que les mots traduisent exactement la pense4 ,il faut nous fortifier l'oue et l'endurcir contre les tons par trop doucereux et crmonieux4--,j'aime une socit o rgne une familiarit forte et virile1 une amiti qui se complat dans l'pret et l'nergie qu'elle apporte dans ses relations1 tel l'amour qui mord et gratigne jusqu'au sang2 une conversation n'est suffisamment vigoureuse et ardente qu'autant qu'elle est querelleuse1 qu'elle n'est pas civilise et police au point de redouter les chocs et d'tre gne dans ses allures1 car il n'y a pas de discussion sans contradiction 7,cicron74--,la contradiction ne me cause pas d'irritation1 mais veille mon attention2 je presse mon contradicteur et fais mon profit de ses arguments2 la recherche de la vrit ne devrait-elle pas tre le but commun de l'un et de l'autre8 ,que rpondre1 si dj la colre a infirm notre jugement2 si le trouble1 devanant la raison1 s'est empar de notre esprit8--,il serait utile qu'un pari s'engaget entre ceux qui discutent1 pari qui serait gagn par celui qui aurait raison2 cela constituerait un tmoignage matriel1 qui nous permettrait de nous rendre compte des conversations dans lesquelles nous aurions le dessous1 si bien que mon valet pourrait me dire3 ,l'anne dernire1 il vous en a cot cent cus1 en vingt fois diffrentes1 pour avoir t ignorant et entt4--,je fais fte la vrit et la caresse en quelques mains que je la trouve2 je capitule allgrement et1 vaincu1 je lui tends mes armes du plus loin que je la vois approcher2 pourvu qu'on ne le fasse pas d'une manire trop arrogante et imprieuse1 j'prouve plaisir tre repris et suis1 plus souvent par politesse que parce que je me repens1 dans la meilleure intelligence avec ceux qui m'ont montr mes torts4 ,par la facilit que je mets me rendre1 je cherche encourager les gens me reprendre librement et les en rcompenser 99 alors mme que c'est mes dpens4 ,toutefois1 il est 99 assurment malais d'amener tous les hommes de l'poque actuelle penser ainsi2 ils n'ont pas le courage de corriger autrui parce qu'ils n'ont pas le courage de souffrir tre corrigs1 et leur langage1 quand ils se trouvent en prsence les uns des autres1 manque toujours de franchise4 ,pour moi1 j'ai tant de plaisir tre connu et jug1 que la forme sous laquelle on me connatra1 qu'on me condamne ou qu'on m'approuve1 m'est indiffrente2 mes ides sont si souvent contradictoires1 qu'elles se condamnent elles-mmes1 et il m'importe peu qu'un autre le fasse1 vu surtout que je donne la critique que l'autorit que je veux2 mais je me brouille avec qui le prend de trop haut1 comme quelqu'un que je connais qui regrette les avis qu'il a mis quand on ne les approuve pas1 et se trouve offens lorsqu'on fait difficult de les suivre4--,si ,socrate accueillait toujours de bonne grce les contradictions qu'on soulevait sur ce qu'il disait1 on peut dire que cela tenait sa force et que1 certain de triompher de ses adversaires1 il acceptait leurs objections comme autant de sujets devant lui procurer de nouvelles victoires4 ,nous voyons que1 par contre1 rien ne nous met en situation dlicate comme l'opinion que nous avons de la supriorit de celui contre lequel nous discutons et du ddain que nous pouvons lui inspirer2 aussi1 ne serait-ce que par raison1 celui qui a conscience de sa faiblesse est bien inspir en acceptant avec bonne grce les critiques qui le redressent et le mettent en meilleure posture4 ,en vrit1 je recherche plus la frquentation de ceux qui me rudoient que celle de ceux qui me craignent2 c'est un plaisir sans saveur et nuisible que d'avoir affaire des gens qui nous admirent et nous cdent toujours4 ,antisthne recommandait ses enfants de ne savoir aucun gr qui les louait et ne pas l'en remercier4 ,je suis bien plus fier de la victoire que je remporte sur moi quand1 dans l'ardeur mme du combat1 je me contrains m'incliner devant la force des arguments de la partie adverse1 que je ne me sais gr du succs que je gagne sur elle si c'est parce qu'elle n'est pas de force4 ,enfin1 j'accepte et avoue les atteintes de toutes sortes qui me sont portes directement1 si faibles qu'elles soient2 mais je ne supporte pas trs patiemment celles o la forme laisse par trop dsirer4 ,dans les conversations la subtilit et la force des arguments importent moins que l'ordre2 quant discuter avec un sot1 il ne faut s'y prter absolument pas4--,le sujet en discussion m'importe peu1 les opinions mises me sont gales1 et la manire de voir qui l'emporte m'est peu prs indiffrente4 ,il m'arrivera de discuter un jour entier sans m'impatienter1 si le dbat se droule en bonne forme4 ,ce n'est pas tant la force et la subtilit dans l'argumentation auxquelles je tiens1 qu' l'ordre dans les ides1 cet ordre1 qui subsiste dans toutes les altercations qu'ont entre eux mme les bergers et les garons de boutique et que nous n'observons jamais4 ,s'ils s'en cartent1 c'est uniquement pour s'invectiver2 ne le faisons-nous pas nous-mmes8 ,mais eux1 leurs querelles et leurs impatiences ne les font pas sortir du sujet de leur dispute1 la discussion suit son cours2 s'ils parlent la fois1 sans s'attendre1 ils ne cessent pas pour cela de se comprendre4 ,toute rponse me satisfait au del de ce que je souhaite1 si elle s'applique ce que je dis2 mais quand l'entretien devient confus et dsordonn1 je ne m'occupe plus de ce qui en est l'objet et1 pris de dpit1 sans gard pour quoi que ce soit1 m'attache y ramener l'ordre2 j'en deviens ttu1 malicieux1 imprieux dans ma faon de discuter1 au point d'avoir en rougir ensuite4--,il est impossible de discuter de bonne foi avec un sot2 c'est si fort chez moi1 que non seulement mon jugement mais mme ma conscience s'oblitrent me mesurer avec pareil adversaire1 contre lequel rien ne prvaut4 ,les disputes devraient tre interdites2 quand on en arrive l1 chacun sous l'empire de l'irritation perd la notion de ce qui est raisonnable4--,les disputes devraient tre dfendues et punies comme tous les autres crimes commis par paroles4 ,quels vices n'veillent-elles pas et n'accumulent-elles pas quand elles dgnrent ainsi sous l'effet de la colre8 ,nous nous prenons d'inimiti d'abord contre les raisons qui nous sont opposes1 puis contre les gens qui nous les opposent4 ,nous n'apprenons discuter que pour contredire1 et chacun contredisant et tant contredit1 il en rsulte que toute conversation ainsi dgnre aboutit perdre et mettre nant la vrit4 ,aussi ,platon1 dans sa ,rpublique1 interdit-il cet exercice aux gens ineptes et mal levs4 ,pourquoi nous mettre rechercher ce qui est1 en discutant avec quelqu'un qui a un pas et des allures qui ne sont pas convenables8--,on ne fait pas tort au sujet en discussion1 en le quittant momentanment pour voir dans quelles conditions il convient de le traiter2 je ne dis pas selon les rgles de l'cole et de l'art1 mais en demeurant naturel et y apportant de la justesse d'esprit4 ,a quoi en arrive-t-on finalement si l'un tire vers l',orient et l'autre vers l',occident8 ,le point important du dbat se perd de vue1 rejet l'cart par des digressions multiplies2 au bout d'une heure d'une discussion orageuse1 personne ne voit plus ce dont il est question2 l'un est en bas1 l'autre en haut1 un autre ct2 chacun se butte un mot1 une comparaison1 ne saisit plus les objections qu'on lui fait1 tant il est engag dans sa course1 ne pensant qu' suivre son ide et non la vtre4--,il en est qui1 faibles des reins1 craignent tout1 refusent tout1 mlent et confondent ds le principe les propos qu'on leur tient2 ou qui1 au fort des dbats1 s'obstinent garder subitement un silence inattendu1 par dpit de leur ignorance qu'ils dissimulent en affectant un orgueilleux ddain1 ou parce que1 par une modestie qui est de la sottise1 ils fuient l'effort ncessaire pour poursuivre la discussion4--,pourvu que celui-ci frappe son adversaire1 il ne se proccupe pas dans quelle mesure il se dcouvre lui-mme2 un autre compte ses mots1 qu'il donne en place de raisons2 celui-l a surtout pour lui sa voix retentissante et la vigueur de ses poumons2 en voil un qui conclut contre ses propres assertions2 celui-ci vous assourdit de prfaces et de digressions inutiles2 cet autre a recours de vritables injures et cherche1 en soulevant une querelle d',allemand1 se dbarrasser du contact et de l'opposition d'un esprit auquel le sien ne peut rsister2 ce dernier se soucie peu de la raison1 mais il vous enserre par les dductions d'arguments spcieux1 en tous points conformes aux formules scolastiques4 ,l'attitude des gens de science1 l'usage qu'ils en font1 excitent contre eux la dfiance2 suivant qui la possde1 c'est un sceptre ou la marotte d'un fou4--,or1 qui n'est en dfiance de la science1 de ces lettres qui ne gurissent de rien 7,snque72 qui ne doute1 en considrant l'usage que nous en faisons1 qu'on puisse en tirer quelque rsultat srieux pour les besoins de la vie8 ,a qui la logique a-t-elle donn du jugement8 o sont ses belles promesses8 ,elle n'enseigne ni mieux vivre1 ni mieux raisonner 7,cicron74 ,voit-on des harengres caquetant1 s'exprimer moins confusment que les hommes dont c'est la profession1 quand ils prorent en public8 ,j'aimerais mieux que mon fils apprt parler dans les tavernes1 qu'aux coles o s'enseigne ce verbiage4--,ayez un matre en cet art1 entretenez-vous avec lui2 que ne se borne-t-il nous faire sentir cette perfection artificielle1 plonger dans le ravissement les femmes et les ignorants desquels nous sommes1 en donnant lieu d'admirer la fermet de ses raisons1 la beaut de sa mthode8 ,il peut nous dominer et nous persuader comme il l'entend2 pourquoi cet homme1 qui a tant d'avantages par ce qu'il sait et la manire dont il le produit1 joint-il ses armes naturelles les injures1 l'indiscrtion et la rage8 ,qu'il se dpouille de son bonnet1 de sa robe et de son latin1 qu'il ne fatigue pas nos oreilles de passages d',aristote qu'il nous rcite textuellement et tout propos1 et vous le prendriez pour quelqu'un de nous1 ou pis encore4--,les complications et les enchevtrements de langage par lesquels les gens de cette sorte nous circonviennent1 me font l'effet de tours de passe-passe1 leur souplesse combat et force nos sens mais n'branle en rien nos croyances2 en dehors de ces jongleries1 tout ce qu'ils font est commun et vil2 pour tre des savants1 ils n'en sont pas moins des sots4 ,j'aime et honore le savoir1 autant que l'honorent ceux qui le possdent4 ,quand il en est fait l'usage qu'il comporte1 c'est l'acquisition la plus noble et la plus puissante qu'ait faite l'homme2 mais chez ceux-l 7et leur nombre en ce genre est infini7 dont il constitue la base fondamentale de leur capacit et de ce qu'ils valent1 dont toute l'intelligence est dans la mmoire1 qui se tapissent dans l'ombre d'autrui 7,snque71 qui ne peuvent rien sans l'assistance de leurs livres1 je les has1 si j'ose dire1 plus encore que les imbciles4--,dans mon pays et de mon temps1 l'instruction vide les bourses mais n'amliore 99 que rarement les mes2 sur des mes obtuses elle agit l'instar d'une masse crue et indigeste qui leur reste sur l'estomac et les touffe2 sur des mes qui ont plus de pntration elle arrive aisment les purifier1 ajoute leur clart1 et les rend subtiles au point de les puiser4 ,c'est une chose de qualit peu prs indiffrente par elle-mme3 trs utile accessoire pour une me bien doue1 elle est pernicieuse1 prjudiciable mme pour une autre2 ou plutt1 elle est d'un trs prcieux usage1 mais ne peut s'acqurir vil prix2 dans certaines mains c'est un sceptre1 dans d'autres c'est la marotte d'un fou4--,poursuivons4 ,c'est l'ordre et la mthode qui donnent du prix aux conversations1 la forme y importe autant que le fond2 un effet analogue se produit dans notre vie familiale4--,quelle plus grande victoire peut-on attendre1 que de montrer son adversaire qu'il ne peut lutter8 ,quand vous faites triompher votre proposition1 c'est la vrit qui l'emporte2 quand vous triomphez par la mthode avec laquelle vous conduisez votre argumentation1 c'est vous qui triomphez4 ,m'est avis que dans ,platon et ,xnophon1 ,socrate discute moins dans l'intrt de la discussion elle-mme1 que dans l'intrt de ceux qui y prennent part2 il cherche davantage faire ressortir aux yeux d',euthydamus et de ,protagoras leur manque d' propos que l'inanit de leur art4 ,le premier sujet venu de controverse lui est bon1 parce que son but est moins de l'lucider que d'tre utile1 c'est--dire d'ouvrir l'intelligence de ceux qu'il travaille et exerce4 ,l'agitation et la chasse sont proprement parler notre lot2 nous ne sommes pas excusables de les conduire mal ou contrairement ce qui est rationnel2 quant manquer notre coup1 c'est autre chose1 parce que nous sommes ns pour nous livrer la recherche de la vrit1 et qu'il n'appartient qu' plus puissant que nous de la possder2 car elle n'est pas1 comme disait ,dmocrite1 cache dans le fond des abmes2 elle va plutt s'levant jusqu' l'infini1 pour en arriver n'tre connue que de ,dieu4 ,le monde n'est qu'une cole o l'on passe son temps chercher2 ce n'est pas qui atteindra le but1 mais qui fournira les plus belles courses4 ,autant peut dire des sottises celui qui dit vrai que celui qui dit faux1 parce qu'il n'est pas question ici du sujet dont on parle mais de la manire dont on le traite4--,je suis port regarder autant la forme qu'au fond1 autant l'avocat que la cause1 ainsi que le voulait ,alcibiade4 ,tous les jours1 je m'amuse lire des auteurs sans m'occuper de leur science1 cherchant seulement leur faon de dire sans m'inquiter du sujet qu'ils traitent2 de mme1 il m'arrive de m'efforcer d'entrer en communication avec des esprits qui ont de la rputation1 non pour m'instruire mais pour les connatre1 et1 les connaissant1 pour les imiter s'ils en valent la peine4 ,tout homme peut dire vrai2 mais dire avec ordre1 modration et science1 cela n'est au pouvoir que d'un petit nombre2 aussi je ne suis pas offens par l'erreur qui provient de l'ignorance1 tandis que je le suis par l'ineptie4 ,j'ai rompu plusieurs marchs auxquels j'avais intrt1 par suite de contestations sans raison souleves par ceux avec lesquels je les passais4--,je ne m'meus pas1 une fois l'an1 des fautes de ceux qui sont sous ma dpendance2 mais nous sommes tous les jours nous prendre de querelle1 cause de la btise et de l'enttement qu'ils apportent dans ce qu'ils avancent et dans les raisons stupides et animales qu'ils donnent pour s'excuser et se dfendre2 ils n'coutent ni ce qu'on leur dit1 ni les explications qu'on leur donne1 et ils rpondent de mme2 c'est dsesprer2 cela me produit l'effet d'une tte heurtant violemment la mienne4 ,je m'accommode plutt des dfauts de mes gens que de leur aplomb1 de leur importunit et de leur sottise2 qu'ils fassent moins1 mais qu'ils soient mme de faire2 vous vivez avec l'esprance d'chauffer leur volont1 mais il n'y a rien qui vaille tirer ni esprer d'une souche4 ,c'est un grand dfaut que de ne pouvoir souffrir les sottises des autres2 que de fois nous leur reprochons ce qui existe chez nous-mmes4--,peut-tre vois-je les choses autrement qu'elles ne sont1 cela se peut2 c'est pourquoi je m'accuse d'impatience et conviens tout d'abord que c'est une faute aussi bien chez celui qui a raison que chez celui qui a tort1 parce que c'est toujours fcheux et tyrannique de ne pouvoir souffrir une faon d'tre diffrente de la sienne1 et qu'il n'y a vraiment pas de niaiserie plus grande1 plus frquente et plus ridicule que de s'mouvoir et de se piquer des niaiseries des gens2 cela se retourne gnralement contre nous1 et ce philosophe des temps passs n'aurait jamais manqu d'occasion de pleurer1 s'il se ft mis se considrer lui-mme4 ,on demandait ,myson1 l'un des sept sages1 qui tenait de l'humeur de ,timon et de ,dmocrite et tait port tout prendre en mauvaise part et en rire1 pourquoi il riait tout seul2 il rpondit3 ,prcisment de ce que je suis seul rire4--,que de sottises je reconnais dire et rpondre chaque jour2 combien1 par suite1 les autres doivent en constater en moi un plus grand nombre encore2 et si je m'en mords les lvres pour n'en pas rire1 que doivent-ils faire1 eux6 ,en somme1 il faut vivre avec les vivants et laisser l'eau couler sous le pont1 sans nous en occuper ou tout au moins sans en prouver de trouble4--,de fait1 ne rencontrons-nous pas1 sans nous en mouvoir1 des gens mal btis et difformes2 pourquoi ne supportons-nous pas galement1 sans nous mettre en colre1 des esprits mal conforms8 ,cela tient ce que le juge se montre tort plus mal dispos que la faute ne le comporte4 ,ayons toujours la pense cette maxime de ,platon3 ,quand je trouve quelque chose qui n'est pas tel que ce devrait tre1 n'est-ce pas parce que je suis moi-mme dans des conditions anormales8 n'est-ce pas moi qui suis en dehors de ce qui est la rgle8 mon observation ne peut-elle se retourner contre moi8 sage et doux refrain qui flagelle la plus rpandue1 la plus universelle erreur des hommes4 ,non seulement les reproches que nous nous faisons les uns aux autres1 mais nos raisons1 nos arguments1 les sujets qui font l'objet de nos controverses peuvent nous tre rtorqus et nous nous enferrons avec nos propres armes4 ,a cet gard1 l'antiquit nous a laiss des exemples frappants3 ,chacun aime l'odeur de son fumier1 est un proverbe latin qui tmoigne esprit et propos de la part de celui qui l'a invent4 ,nos yeux ne voient pas en arrire1 et1 cent fois par jour1 nous nous moquons de nous-mmes en nous moquant de ce que nous voyons chez le voisin2 les dfauts que nous dtestons chez d'autres1 sont encore plus apparents chez nous o nous les admirons avec une merveilleuse impudence sans nous rendre compte de la contradiction4--,hier encore1 j'ai t mme de voir un homme de jugement1 99 trs affable personne1 qui se moquait avec autant de raison que d'esprit de la sottise d'un autre qui va rompant la tte tout le monde de l'expos de sa gnalogie et de ses alliances1 aux trois quarts fausses 7ce sont ceux dont les titres sont le plus douteux et le moins certains1 qui ressassent le plus souvent ce sujet ridicule72 si notre critique et report son regard sur lui-mme1 il se serait trouv tout aussi intemprant et ennuyeux quand1 tout propos1 il fait valoir le mrite de la race laquelle sa femme appartient4 ,quelle malencontreuse vanit de la part de ce mari1 de fournir ainsi lui-mme des armes sa femme2 s'il comprenait le latin1 il faudrait lui crier ce que je traduis3 ,courage6 elle n'est pas d'elle-mme assez folle1 irrite encore sa folie 7,trence76--,je ne veux pas dire que celui-l seul qui est absolument net1 puisse accuser 7il n'y aurait plus personne pour porter une accusation72 je ne dnie mme pas ce droit qui est lui-mme entach de ce qu'il reproche aux autres2 mais je voudrais que lorsque notre jugement nous fait critiquer quelqu'un1 il ne nous pargne pas et porte dans notre for intrieur1 sur le fait imput1 une svre investigation4 ,c'est uvre de charit1 de la part de qui est impuissant extirper un vice chez lui-mme1 de s'employer nanmoins l'extirper chez les autres1 o il produit peut-tre des fruits moins mauvais et moins pres qu'en nous2 mais ce ne semble pas une excuse recevable de rpondre quelqu'un qui m'avertit de mes dfauts1 que lui-mme n'en est pas exempt4 ,pourquoi8 ,parce qu'un avis fond est toujours utile4 ,si nous avions bon nez1 nous sentirions plus dsagrablement les mauvaises odeurs que nous rpandons1 par cela mme que c'est nous qui les exhalons4 ,socrate n'estime-t-il pas que quelqu'un qui se reconnatrait coupable1 et avec lui son fils et un tranger1 de quelque acte violent et injuste1 devrait commencer par se prsenter la justice1 pour se faire condamner et provoquer lui-mme l'expiation de sa faute par le bourreau2 faire en second lieu qu'il en soit de mme pour son fils2 et1 seulement aprs1 tenir la mme conduite l'gard de l'tranger4 ,ce prcepte peut paratre un peu svre1 mais du moins celui qui se trouve coupable1 devrait-il commencer par se livrer le premier la punition de sa propre conscience4 ,ce qui frappe nos sens a une grande influence sur nos jugements2 la gravit d'un personnage1 son costume1 sa situation1 etc41 tout cela donne du poids aux sottises qu'il dbite4--,les sens sont nos propres juges et statuent tout d'abord2 comme ils ne constatent les faits que d'aprs leur manifestation extrieure1 il n'est pas tonnant que tout ce qui se rapporte au fonctionnement de la socit1 soit un perptuel et universel mlange de crmonies o les apparences jouent un grand rle2 aussi dans les moyens employs pour la diriger1 sont-elles un des meilleurs et de ceux qui produisent le plus d'effet4 ,c'est toujours l'homme que nous avons affaire et1 chez lui1 ce qui est tangible l'emporte de beaucoup sur ce qui ne l'est pas4 ,aussi1 ceux qui1 dans ces dernires annes1 ont voulu introduire un culte dont les pratiques sont exclusivement contemplatives et immatrielles1 ne doivent-ils pas s'tonner s'il y a des personnes qui pensent qu'il ne se serait pas maintenu et se serait effondr entre les mains de leurs auteurs1 s'il n'tait devenu chez nous la marque1 le prtexte1 l'instrument de nos divisions et des partis1 et que c'est cela plus qu' lui-mme qu'il doit de durer4--,il en est de mme dans les conversations3 la gravit1 la robe1 la situation de celui qui parle1 donnent souvent crdit des propos vains et ineptes2 on ne doute pas qu'un monsieur que chacun recherche et redoute1 n'ait en lui-mme une valeur suprieure2 ni qu'un homme combl de missions et de charges1 qui se montre si ddaigneux et si plein de morgue1 ne soit plus habile que cet autre qui le salue de si loin et que personne n'emploie4 ,non seulement ce que disent ces gens1 mais jusqu'aux grimaces qu'ils font1 sont exaltes et notes2 chacun s'applique en donner quelque belle et solide interprtation4 ,s'ils daignent s'abaisser prendre part une conversation laquelle tout le monde participe1 ne porterait-elle que sur des banalits1 et qu'on leur tmoigne autre chose que de l'approbation et de la dfrence1 ils font valoir bien haut l'autorit de leur exprience2 ils ont entendu1 vu1 pratiqu2 ils vous accablent d'exemples4 ,je suis bien prs de leur dire que nous ne sommes pas convaincus de l'exprience d'un chirurgien1 par cela seul qu'il nous raconte les oprations qu'il a faites et qu'il nous rappelle qu'il a guri quatre cas de peste et trois goutteux1 il faut encore qu'il ait su en acqurir plus de jugement et qu'il sache nous persuader qu'il en est devenu plus expert dans la pratique de son art4 ,il arrive ici ce qui se produit dans un concert instrumental3 ce n'est ni le luth1 ni l'pinette1 ni la flte qu'on y entend1 c'est l'harmonie de l'ensemble1 rsultat du jeu de ces instruments runis4 ,si les voyages et l'exercice de leurs fonctions ont amlior ces gens1 cela doit ressortir par l'esprit dont ils font preuve4 ,ce n'est pas assez d'numrer des expriences1 il faut les classer et dterminer leur valeur2 il faut les examiner de prs1 les analyser1 pour tre mme d'apprcier les raisons et les conclusions auxquelles elles conduisent4 ,jamais il n'y a eu tant d'historiens que maintenant2 il est toujours bon et utile de les entendre1 parce que leur mmoire nous fournit une infinit de renseignements beaux et dignes d'loge qu'elle a emmagasins et qui sont propres notre instruction4 ,cela est assurment d'une grande aide dans la vie1 mais l'heure prsente ce n'est pas ce que nous cherchons2 ce qui nous occupe1 c'est de savoir si ces compilateurs1 qui se bornent un simple travail de rcitation1 mritent eux-mmes des loges4 ,parfois aussi les grands paraissent plus sots qu'ils ne sont1 parce qu'on attend plus d'eux4--,je hais la tyrannie sous toutes ses formes1 qu'elle soit effective ou en paroles2 je me tiens volontiers en garde contre ces circonstances sans consistance qui1 par nos sens1 induisent notre jugement en erreur1 et1 en observant attentivement ces hommes dont on fait des phnomnes1 j'ai trouv qu'ils sont tout au plus des hommes comme les autres3 car le sens commun est assez rare dans ces hautes fortunes 7,juvnal74 ,souvent quand ils entreprennent et se montrent davantage1 n'tant pas en tat de supporter la tche qu'ils ont assume1 on les estime moins et ils apparaissent moins grands qu'ils ne sont rellement4 ,il faut que celui qui porte un fardeau ait plus de vigueur1 puisse plus qu'il n'est ncessaire2 quand il en est ainsi1 on voit aisment qu'il a encore assez de force pour porter plus encore et qu'il n'en est pas arriv son extrme limite2 celui qui succombe sous le faix1 donne sa mesure et dcle la faiblesse de ses paules4 ,c'est ce qui fait qu'on voit tant de sots parmi les savants o ils sont en plus grand nombre que les autres2 ils auraient t de bons agriculteurs1 de bons marchands1 de bons artisans1 c'est ce pour quoi la nature les avait pourvus4 ,la science est lourde porter1 ils succombent sous le poids2 pour taler et rpartir les riches et puissants matriaux qu'elle leur fournit1 pour les mettre en uvre et y trouver aide1 leur esprit naturel n'a ni la vigueur1 ni la dextrit qu'il faudrait2 cela n'est donn qu'aux natures fortes1 et elles sont rares4 ,quand les natures faibles1 dit ,socrate1 se mlent de philosophie1 elles en compromettent la dignit2 mal place1 cette science apparat inutile et nuisible1 et c'est l la raison pour laquelle ces gens insuffisants se gtent et se nuisent eux-mmes3 ,tel ce singe1 imitateur de l'homme1 qu'un enfant rieur a habill d'une prcieuse toffe de soie1 en lui laissant le derrire dcouvert1 la grande joie des convives 7,claudien74 ,a ceux qui nous gouvernent et nous commandent1 qui tiennent le monde dans leurs mains1 il ne suffit pas non plus qu'ils aient le mme jugement que nous tous1 qu'ils puissent ce que nous pouvons2 ils sont de beaucoup au-dessous de nous1 quand ils ne sont pas de beaucoup au-dessus2 ils promettent davantage1 par suite ils doivent davantage4 ,le plus souvent il est de leur intrt de garder le silence4--,c'est ce qui fait que le silence non seulement leur permet de garder leur gravit et une contenance qui leur attire le respect1 mais qu'ils y trouvent souvent profit et conomie4--,mgabyse tait all visiter ,apelle dans son atelier2 longtemps1 il demeura sans mot dire1 puis se mit discourir sur les uvres du peintre1 ce qui lui valut cette rude apostrophe3 ,tant que tu gardais le silence1 tu avais grand air cause des chanes et de la magnificence dont tu es par2 mais maintenant qu'on t'a entendu parler1 il n'est pas jusqu'aux garons de mon atelier qui ne te mprisent4 ,ses superbes atours1 sa haute situation1 ne permettaient pas ce noble visiteur d'tre ignorant au mme degr que tout le monde et de parler peinture sans s'y connatre2 il et d au moins conserver son mutisme pour maintenir intacte cette capacit prsomptive qu'on lui accordait en raison de son extrieur4 ,a combien de sottes mes une mine froide et taciturne a-t-elle1 en mon temps1 tenu lieu de prudence et de capacit relles6 ,et pourquoi les grands seraient-ils plus instruits1 plus clairs que les autres8 ,c'est le hasard qui1 la plupart du temps1 distribue les rangs1 et il ne saurait gure en tre autrement4--,les dignits1 les charges1 se donnent ncessairement plus au hasard qu'au mrite2 mais on a tort de s'en prendre aux rois4 ,c'est merveille au contraire qu'ils soient si heureux dans leurs choix1 ayant si peu o se renseigner3 ,le principal mrite d'un prince1 est de bien connatre ceux qu'il emploie 7,martial71 car la nature ne les ayant pas dous d'une vue qui leur permette de connatre tous leurs sujets1 de discerner en quoi chacun excelle et de scruter nos curs1 ce qui seul ferait qu'ils parviendraient savoir quelle est notre volont et ce quoi nous sommes le plus aptes1 il faut qu'ils nous choisissent par conjecture et ttons1 en se basant sur notre race1 nos richesses1 la doctrine que nous pratiquons1 ce qu'on dit de nous1 qui sont autant de bien faibles arguments4 ,qui trouverait un moyen permettant d'apprcier les hommes avec justice1 de les choisir en toute connaissance de cause1 assurerait du mme coup une parfaite organisation des services publics4 ,le succs obtenu dans les plus grandes affaires n'est pas une preuve d'habilet2 souvent il est d au hasard qui intervient dans toutes les actions humaines4--,oui1 mais il a si bien men cette grande affaire1 entend-on dire4 ,c'est l une raison1 mais elle ne suffit pas2 et une autre maxime dit judicieusement qu'il ne faut pas juger des conseils donns1 par les vnements qui ont suivi4--,les ,carthaginois punissaient leurs capitaines1 quand ils jugeaient mauvaises les dispositions que ceux-ci avaient prises1 alors mme qu'un heureux rsultat final les avait corriges2 souvent le peuple romain a refus le triomphe pour de grandes et trs utiles victoires1 parce que la conduite du chef n'avait pas t en rapport avec son bonheur4 ,on voit frquemment en ce monde le hasard prendre plaisir rabattre notre prsomption1 pour nous montrer combien il a de pouvoir en toutes choses2 ne pouvant rendre sages les maladroits1 il les fait heureux1 l'encontre de ce que commanderait la vertu4 ,volontiers il se prend favoriser les oprations dans la prparation desquelles seul il est intervenu1 de sorte qu'on voit souvent les plus simples d'entre nous mener bonne fin de trs importantes entreprises tant publiques que prives4--,a ceux qui s'tonnaient de voir si mal tourner ses affaires alors que ses conceptions taient si sages1 le persan ,siramnez rpondait qu'il tait seul concevoir ses projets1 tandis que leur succs dpendait de la fortune4 ,en en faisant application une situation tout oppose1 nos gens pourraient faire la mme rponse4--,la plupart des choses de ce monde s'accomplissent d'elles-mmes1 les destins frayent la voie 7,virgile72 le rsultat justifie souvent une conduite des plus draisonnables1 notre intervention n'est presque qu'un fait de routine1 et trs communment amene plutt par l'usage et les prcdents que par la raison4 tonn de la grandeur de cette affaire qui est l'acte capital de notre poque1 il m'est arriv1 pour juger de leur degr d'habilet1 de m'enqurir auprs de ceux qui l'avaient conduite1 des raisons qui les avaient dtermins agir comme ils l'avaient fait1 et j'ai constat que ces raisons taient tout ce qu'il y a de plus vulgaire4 ,du reste1 les plus vulgaires et les plus communment employes1 pour n'tre pas des plus sduisantes1 sont peut-tre les plus commodes et les plus sres dans la pratique4 ,si celles qui ont le moins de valeur ont le plus de chances de russite1 qu'y a-t-il d'tonnant ce que les plus basses1 les plus lches1 les plus dcries soient les mieux appropries la marche des affaires8 ,pour que les conseils qui assistent les rois conservent leur autorit1 il suffit que les profanes qui n'y ont pas part et veulent voir ce qui s'y passe1 soient tenus au del de la premire barrire qui en interdit l'approche2 et qui veut que leur prestige ne subisse aucune atteinte1 doit les rvrer en bloc et sans examiner les dterminations qu'ils prennent4 ,quand je me consulte1 je ne fais qu'baucher ce qui est le sujet de mes rflexions et ne l'envisage que superficiellement d'aprs ce qu'il m'en semble tout d'abord1 ayant coutume d'attendre du ciel qu'il fasse le principal et le plus fort du travail3 ,abandonnons le reste aux dieux 7,horace74 ,le bonheur et le malheur sont1 j'estime1 deux puissances souveraines4 ,il est imprudent de compter que la prudence humaine puisse remplir le rle de la fortune2 et celui-l entreprend l'impossible qui prsume pouvoir embrasser les causes et leurs effets1 et diriger les vnements son gr2 c'est l une impossibilit1 surtout la guerre1 quand il s'agit de rsolutions prendre4 ,jamais on n'a apport dans les affaires de cette sorte1 plus de circonspection et de prudence qu'on ne le fait parfois dans nos guerres civiles actuelles2 il semblerait qu'on craint de se perdre en chemin et qu'on se rserve pour la catastrophe finale6--,je vais plus loin1 je soutiens que notre sagesse mme et nos dlibrations sont1 pour la plupart1 conduites par le hasard2 ma volont et mon entendement sont mens tantt dans un sens1 tantt dans un autre1 et beaucoup de ces mouvements se produisent sans ma participation2 ma raison est sujette des impulsions1 des agitations journalires et accidentelles3 ,rien de variable comme les dispositions de l'me2 maintenant une passion l'agite2 que le vent change1 c'est une autre qui l'entranera 7,virgile74 ,qu'on regarde dans les villes quels sont les puissants1 ceux qui russissent le mieux dans leurs affaires1 on trouvera que ce sont d'ordinaire les moins habiles2 il est arriv que des femmelettes1 des enfants1 des insenss ont gouvern de grands tats l'gal des princes les plus capables2 parmi ceux investis de cette haute mission1 il s'en rencontre1 au dire de ,thucydide1 plus ayant l'esprit lourd que subtil2 et nous attribuons leur prudence les succs dus leur bonne fortune3 ,si vous vous levez par la fortune1 tout le monde vantera votre habilet 7,plaute72 ce qui dmontre bien qu' tous gards1 les vnements sont des tmoignages bien faibles de ce que nous valons et de ce dont nous sommes capables4 ,pour juger des grands1 voyez ceux que la fortune fait tomber2 comme ils paraissent au-dessous du mdiocre lorsqu'ils ne sont plus entours d'un clat imposant4--,je disais qu'il suffit pour cela de considrer un homme haut plac4 ,l'aurions-nous connu trois jours auparavant comme homme de peu de valeur que1 nanmoins1 insensiblement nous venons nous imaginer qu'il pourrait bien y avoir en lui de la grandeur1 de la capacit1 et arrivons nous persuader1 son train de maison et son crdit grandissant1 que son mrite crot dans la mme proportion2 nous le jugeons non par ce qu'il vaut1 mais d'aprs les prrogatives de son rang1 comme nous faisons des jetons auxquels nous attribuons une valeur conventionnelle4--,par contre1 que la chance vienne tourner1 qu'il retombe et se confonde dans la foule1 chacun se demande avec surprise quelle cause l'avait fait arriver si haut3 ,est-ce bien lui8 fait-on4 ,est-ce l tout ce qu'il savait quand il tait au pouvoir8 ,les princes se contentent-ils donc de si peu8 ,nous tions vraiment en bonnes mains6 ,c'est une chose que j'ai souvent vue de mon temps1 ainsi qu'il arrive au thtre o nous nous laissons quelque peu prendre au masque des comdiens quand ils jouent un rle de grand personnage4--,ce que j'admire moi-mme chez les rois1 c'est la foule de leurs adorateurs2 ils ont droit ce que tout en nous s'incline et se soumette eux1 sauf notre jugement3 aussi ma raison n'est pas dresse se courber et flchir1 il n'y a que mes genoux le faire4 ,mlanthe1 auquel on demandait ce qu'il pensait d'une tragdie de ,denys1 rpondait3 ,je ne l'ai pas vue1 l'emphase du style me la cachait2 la plupart de ceux qui ont juger les discours des grands1 devraient bien dire de mme3 ,je ne les ai pas entendus1 tant les ides en sont masques par la gravit1 la grandeur1 la majest qu'ils y apportent4--,antisthne conseillait un jour aux ,athniens d'ordonner que les nes fussent1 aussi bien que les chevaux1 employs aux travaux de labourage2 quoi on lui rpondait que l'ne n'est pas fait pour un pareil service3 ,cela ne fait rien1 rpliqua-t-il1 il vous suffit de le dcrter2 si ignorants1 si incapables que soient les hommes auxquels vous donnez des commandements la guerre1 n'en deviennent-ils pas sur-le-champ trs dignes1 par le fait mme que vous les y employez8--,d'o vient cet usage1 chez tant de peuples1 de canoniser le roi qu'ils se sont donn en le prenant parmi eux2 ils ne se contentent pas de l'honorer1 ils vont jusqu' l'adorer6 ,a ,mexico1 ds que les crmonies de son sacre sont acheves1 on n'ose plus lever les yeux sur lui2 et1 comme si on l'avait difi en l'levant la royaut1 parmi les serments qu'on lui fait prter1 aprs avoir jur de maintenir la religion1 les lois1 les liberts1 d'tre vaillant1 juste et dbonnaire1 il jure aussi de faire que le soleil rpande sa lumire accoutume1 que les nues se dversent en pluie en temps opportun1 que les rivires se maintiennent dans leurs lits1 et que la terre produise tout ce qui est ncessaire aux besoins de son peuple4 ,montaigne est dispos se dfier de l'habilet de quiconque a une haute situation ou jouit de la faveur populaire4--,c'est surtout quand ils ont une haute situation ou jouissent de la faveur populaire1 que je suis en dfiance des gens1 ne partageant pas toujours cet gard une tendance qui est assez commune4 ,il faut en effet considrer combien cela donne avantage d'avoir toute autorit pour parler son heure1 choisir son sujet1 rompre l'entretien ou en changer le cours2 de pouvoir se dfendre contre les objections qui vous sont faites par un mouvement de tte1 un sourire1 ou le silence devant une assemble qui tremble devant vous par dfrence et respect4 ,un homme de fortune scandaleuse1 donnant son avis sur un propos de peu d'importance qui se traitait sa table sans que personne y apportt beaucoup d'ardeur1 commena par ces mots qui sont textuels3 ,ce ne peut tre qu'un menteur ou un ignorant1 celui qui nierait que1 etc444 ,apprciez le piquant de cet argument philosophique prsent le poignard la main4 ,il n'accepte qu'avec rserve les mots heureux de ses interlocuteurs1 qui peuvent les avoir emprunts et ne pas se rendre compte eux-mmes de leur valeur4--,une autre observation dont je fais grand cas c'est que1 dans les conversations et les discussions1 toutes les expressions qui nous paraissent heureuses ne doivent pas tre acceptes sans contrle4 ,la plupart des hommes sont riches de la science d'autrui2 il peut fort bien arriver quelqu'un de citer un beau trait1 une bonne rplique1 une belle sentence1 et de les mettre en avant sans en saisir toute la porte4 ,on ne s'assimile pas tout ce qu'on emprunte3 c'est ce dont1 l'aventure1 on peut juger par moi-mme4 ,il ne faut pas toujours se rendre ces expressions1 si justes1 si belles qu'elles paraissent3 il faut les rfuter nettement1 si on est en mesure de le faire2 ou battre en retraite1 comme si on ne les avait pas entendues1 ttant leur auteur de toutes parts pour se rendre compte de l'importance qu'elles ont dans sa bouche4 ,toutefois1 il peut arriver qu' ce jeu nous nous enferrions et ajoutions la violence du coup qui nous est port4 ,jadis1 quand1 trop press par l'adversaire1 et les ncessits de la lutte m'y obligeant1 j'ai eu recours ces ripostes1 qui parfois ont port au del de mes intentions et de mes esprances1 je les donnais uniquement pour ne pas demeurer en reste dans les attaques dont j'tais l'objet1 et il s'est trouv qu'elles frappaient fort4--,il m'arrive aussi lorsque je discute avec un adversaire vigoureux1 de m'amuser devancer ses conclusions1 lui vitant ainsi la peine de dvelopper son ide1 cherchant prvenir l'expression de sa pense alors qu'elle ne fait que natre et est encore indcise1 l'ordre et la suite qu'il apporte ses raisonnements m'avertissant l'avance de ce qui me menace4 ,avec ces autres1 au contraire1 qui ne se rendent pas toujours compte de ce qu'ils disent1 j'agis tout au rebours3 je les attends pour voir o ils veulent en venir1 on ne peut avec eux faire l'avance aucune supposition4 ,il se mfie galement de ceux qui1 dans leurs reparties1 se renferment dans les gnralits2 il faut les amener prciser pour savoir ce qu'ils valent4--,quand ils se bornent formuler leurs apprciations par des gnralits1 telles que3 ,ceci est bon1 cela ne l'est pas1 et qu'ils rencontrent juste1 examinez si ce n'est pas l'effet du hasard2 amenez-les circonscrire et prciser un peu leur manire de voir2 qu'ils disent en quoi ceci est bon1 par o cela pche4 ,ces apprciations conues en termes gnraux1 qui sont d'emploi si frquent1 ne signifient rien4 ,ceux qui les mettent me font l'effet de ces gens qui saluent une foule en s'adressant vaguement aux groupes qui la composent2 tandis que ceux qui connaissent rellement les personnes qui entrent dans sa composition1 les saluent individuellement et les distinguent en les appelant chacune par son nom2 mais c'est beaucoup s'exposer que d'en agir comme ces derniers et de prciser4 ,je vois tous les jours1 et parfois plusieurs fois en un jour1 des esprits de peu de fond qui1 la lecture d'un ouvrage1 voulant faire les connaisseurs et faire remarquer ce qu'il peut prsenter de particulirement beau1 font porter leur admiration sur des points si mal choisis qu'au lieu de nous faire ressortir le talent parfait de l'auteur1 ils ne nous apprennent que leur parfaite ignorance4 ,on est certain de ne pas se tromper1 en disant3 ,voil qui est beau1 quand on vient d'entendre une page entire de ,virgile1 et les malins n'y manquent pas2 mais entreprendre de le suivre dans les dtails1 formuler sur chacun une apprciation distincte et motive2 faire remarquer par o un bon auteur se surpasse1 analyser ses mots1 ses phrases1 ses ides et ses diverses qualits les unes aprs les autres1 d'autres6 eux n'en sont pas capables3 ,il faut non seulement couter ce que chacun dit1 mais encore examiner ce qu'il pense et pourquoi il le pense 7,cicron74 ,souvent les sots mettent des ides justes1 mais elles ne sont pas d'eux2 hors d'tat d'en faire une judicieuse application1 il n'y a qu' les laisser aller1 ils ne tardent pas s'embourber4--,j'entends journellement des sots dire des mots qui ne sont pas sots2 ce qu'ils disent est juste1 reste savoir jusqu' quel point ils s'en rendent compte et d'o ils l'ont tir4 ,souvent c'est nous qui les aidons placer un mot heureux1 une bonne raison mais qui ne sont pas de leur cr3 ils les avaient seulement en garde1 ils les produisent l'aventure et ttons1 c'est nous qui leur donnons de l'importance et du prix4 ,vous faites leur jeu1 et pour aboutir quoi8 ,ils ne vous en savent aucun gr et n'en deviennent que plus ineptes2 ne les secondez pas1 laissez-les aller1 ils en arriveront ne plus user de ces phrases toutes faites1 que comme des gens qui ont peur de s'chauder2 ils n'oseront en changer ni les termes1 ni la signification1 non plus que s'y appesantir2 secouez-les tant soit peu1 elles leur chappent et ils vous les abandonnent si appropries1 si belles qu'elles soient2 ce sont de belles armes1 mais qui1 entre leurs mains1 sont mal emmanches4 ,que de fois en ai-je vu faire l'exprience3 si vous venez les clairer et les mettre sur la voie1 sur-le-champ ils font leur et tournent leur profit la justesse de l'interprtation que vous venez d'en donner3 ,c'est ce que je voulais dire1 rpliquent-ils3 c'est prcisment l ce que j'avais en tte2 si je ne l'ai pas ainsi exprim1 c'est que l'expression m'a fait dfaut4 ,insistez1 il faut user de malice pour chtier ces orgueilleux imbciles4 ,la maxime d',hgsias qu'il ne faut ni har ni poursuivre1 mais instruire1 si juste par elle-mme1 n'est pas de mise dans ce cas2 il y aurait injustice et inhumanit secourir et remettre d'aplomb qui n'en a que faire et qui en vaudrait moins4 ,j'aime les laisser s'embourber et s'emptrer plus encore et si profondment1 si c'est possible1 qu'enfin ils se reconnaissent pour ce qu'ils sont4 ,reprendre un sot avec l'esprance de rectifier son jugement1 c'est peine perdue4--,la sottise et le drglement de nos sens ne peuvent gurir du fait d'un avertissement qui nous est donn1 et nous pouvons dire de leur gurison ce que ,cyrus1 sur le point de livrer bataille1 rpondait quelqu'un qui le pressait d'exhorter son arme1 que les hommes ne deviennent pas courageux et belliqueux instantanment1 sous le coup d'une belle harangue1 pas plus qu'on ne devient subitement musicien parce qu'on vient d'entendre une bonne chanson4 ,il faut cela des apprentissages qui doivent prcder la mise en uvre et que peut seule produire une longue et constante ducation4 ,nous devons prendre ce soin pour les ntres1 les instruire1 les corriger avec assiduit2 mais aller prcher le premier passant venu1 relever l'ignorance ou la sottise du premier individu que l'on rencontre1 c'est un usage que je dsapprouve fort4 ,je le pratique rarement1 mme dans les conversations particulires que je puis avoir1 et suis prt tout lcher plutt que d'en venir reprendre par la base une instruction qui est du fait d'un matre d'cole2 je ne suis pas plus d'humeur parler qu' crire pour des commenants2 quant aux conversations gnrales auxquelles je prends part1 comme celles changes entre d'autres personnes que moi1 si faux et si absurde que me paraisse ce que j'y entends1 je ne m'lve jamais contre1 ni par un mot1 ni par un geste4 ,ce qu'il y a de plus dplaisant chez un sot1 c'est qu'il admire toujours tout ce qu'il dit4--,rien ne me cause tant de dpit dans la sottise que de la voir se complaire en elle-mme1 en ressentir du contentement1 plus que n'en peut prouver la raison quelque sujet de satisfaction qu'elle ait4 ,c'est un malheur que la prudence interdise d'tre satisfait et fier de soi et vous laisse toujours mcontent et craintif1 l o l'enttement et la tmrit portent ceux qui ont ces dfauts se rjouir en toute assurance4 ,ce sont toujours les plus malhabiles qui reviennent pleins de gloire et d'allgresse de ces luttes oratoires1 regardant les autres avec mpris2 le plus souvent l'outrecuidance de leur langage1 la gat qu'ils manifestent leur donnent le succs aux yeux de l'assistance qui1 d'ordinaire1 a le jugement faible et est incapable de discerner et de bien juger de quel ct est rellement l'avantage4 ,l'obstination et une opinion trop ardente sont des preuves certaines de btise2 est-il rien de plus affirmatif1 rsolu1 ddaigneux1 contemplatif1 grave et srieux que l'ne8 ,les causeries familires btons rompus ont aussi leurs charmes2 les propos vifs1 les reparties hardies1 forment le caractre et peuvent parfois nous clairer sur nos dfauts4--,ne pouvons-nous pas comprendre dans ce chapitre affrent aux conversations et changes d'ides1 les causeries familires o il se fait assaut d'esprit et o les propos vont se succdant sans suite1 auxquelles on se livre dans l'intimit1 entre amis heureux de se trouver ensemble1 riant et se moquant plaisamment et avec verve les uns des autres8 ,c'est un exercice qui convient assez ma gat naturelle2 s'il n'est pas aussi srieux et ne rclame pas une aussi forte tension d'esprit que celui dont nous avons parl jusqu'ici1 il n'en a pas moins du piquant1 tient l'esprit en veil et a des avantages2 c'tait aussi l'opinion de ,lycurgue4 ,en ce qui me touche1 j'y apporte plus de laisser aller que d'esprit1 et plus de bonheur que d'imagination2 du reste1 je supporte trs bien les coups que l'on me porte et endure1 sans que cela altre mon humeur1 les revanches que l'on peut prendre sur moi1 si rudes qu'elles soient et lors mme qu'elles dpassent les bornes2 et si1 quand on s'attaque moi1 je ne suis pas mme de riposter sur-le-champ1 je ne vais pas m'amusant et m'enttant discuter le coup1 je n'y apporte ni humeur1 ni mauvaise foi2 je le subis1 m'y rsignant avec bonne grce1 remettant d'en avoir raison une heure meilleure3 il n'y a pas de marchand qui toujours fasse des bnfices4 ,chez la plupart des gens1 le visage et la voix s'altrent quand la force vient leur manquer2 et1 par une colre dplace1 au lieu de se venger1 ils ne font que tmoigner tout la fois de leur faiblesse et de leur impatience4 ,dans ces moments de surexcitation1 nous actionnons parfois des cordes secrtes qui mettent en jeu nos imperfections auxquelles1 si nous tions plus calmes1 nous ne pourrions toucher sans que cela constitue une offense2 par l1 nous nous rendons mutuellement le service de nous avertir de nos dfauts4 ,les jeux de main sont proscrire2 ils dgnrent trop souvent en voies de fait4--,il y a en ,france d'autres jeux en usage qui1 violents et ne respectant rien1 conduisent finalement en venir aux mains2 ces jeux1 je les hais mortellement1 car j'ai la peau tendre et sensible2 dans ma vie1 j'ai vu deux princes de la famille royale auxquels ils ont cot la vie4 ,ce sont de vilains jeux que ceux o l'on finit par se battre4 ,comment ,montaigne s'y prenait pour juger d'une uvre littraire sur laquelle l'auteur le consultait2 sur les siennes1 sur ses ,essais1 il tait toujours hsitant bien plus que lorsqu'il s'agissait de celles des autres4--,quand je veux juger de quelqu'un1 je lui demande dans quelle mesure il est satisfait de lui-mme1 jusqu' quel point ce qu'il dit ou ce qu'il pense le contente4 ,je cherche viter qu'il use de faux-fuyants3 ,j'ai fait ceci en me jouant2 ce travail a t arrach du mtier1 alors qu'il tait encore imparfait 7,ovide72 je n'ai pas mis une heure le faire2 je ne l'ai pas revu depuis4 ,a ces excuses je rponds3 ,laissons donc de ct ce que vous avez ainsi fait et donnez-moi quelque ouvrage qui vous reprsente bien tout entier1 sur lequel il vous convienne qu'on vous apprcie1 et indiquez-nous ce que vous y trouvez de plus beau8 ,est-ce cette partie ou celle-ci2 est-ce le sujet dont vous avez fait choix1 la grce que vous avez mise le traiter2 l'imagination1 le jugement ou le savoir dont vous y faites preuve8 ,je constate1 en effet1 qu'ordinairement on fait erreur1 aussi bien quand on juge son propre travail que lorsqu'il s'agit de celui d'autrui1 non seulement en raison de l'affection qui s'y mle1 que parce qu'on n'est pas capable de le bien connatre et d'en bien discerner ce qui le distingue4 ,l'uvre1 par son propre mrite ou sa bonne fortune1 peut encore mettre l'ouvrier en relief et outrepasser son imagination et son savoir4--,pour moi1 je ne juge aucune production trangre avec moins de lucidit que les miennes2 tantt je prise fort mes ,essais1 tantt je n'en fais pas cas1 portant sur eux un jugement qui varie beaucoup et sur lequel je suis en doute4 ,il y a des livres utiles par le sujet mme qu'ils traitent et qui ne servent en rien la rputation de l'auteur2 il y a aussi de bons livres qui1 comme certains labeurs qui ont cependant leur raison d'tre1 font honte l'ouvrier4 ,je pourrais crire sur la manire dont nous tenons table1 dont nous nous habillons3 ce serait1 la vrit1 mon corps dfendant2 je pourrais le faire aussi sur les dits rendus notre poque1 sur les lettres des princes qui ont t chargs des affaires de l'tat2 ou bien composer un abrg d'un bon livre 7quoique tout abrg d'un bon livre soit un sot abrg7 et ce livre venir se perdre1 et autres choses semblables2 ces productions pourraient tre de trs grande utilit pour la postrit1 mais quant l'honneur que cela me procurerait1 il dpendrait uniquement de ma bonne fortune4 ,une bonne partie des livres qui ont de la rputation1 sont dans ces conditions4 ,un point sur lequel il faut se montrer trs rserv1 c'est lorsqu'on rencontre des ides qui peuvent ne pas appartenir en propre l'auteur1 sans qu'on ait de certitude cet gard4--,il y a quelques annes1 lisant ,philippe de ,comines1 un trs bon auteur assurment1 j'y remarquai ce mot comme n'tant pas banal3 ,qu'il faut bien se garder de rendre tant de services son matre1 qu'on le mette dans l'impossibilit de vous rcompenser suivant vos mrites4 ,l'ide est louer1 seulement elle n'est pas de lui2 je l'ai rencontre il n'y a pas longtemps dans ,tacite3 ,les bienfaits sont agrables tant que l'on sait pouvoir les acquitter2 mais s'ils dpassent nos moyens de les reconnatre1 ils nous deviennent odieux4 ,snque l'exprime catgoriquement3 ,qui estime honteux de ne pas rendre1 voudrait ne trouver personne dont il soit l'oblig3 ,elle se retrouve dans ,cicron1 sous une forme plus adoucie3 ,qui ne se croit pas quitte envers vous1 ne saurait tre votre ami4 ,le sujet trait peut1 suivant sa nature1 rvler un homme qui sait et a de la mmoire2 mais1 pour juger de ce qui lui appartient plus spcialement et mrite attention1 pour apprcier la force et la beaut de son me1 il faut savoir ce qui est rellement de lui et ce qui n'en est pas1 et1 dans ce qui n'est pas de lui1 ce qui lui revient pour la part qu'il a au choix1 la disposition1 l'ornementation1 au style4 ,il peut aussi avoir emprunt ses matriaux et en avoir empir la forme1 cela arrive souvent4 ,nous autres qui ne sommes pas familiariss avec les livres1 nous nous trouvons embarrasss quand nous voyons une belle ide chez un pote nouveau1 un argument de valeur chez un prdicateur1 et nous n'osons les en louer avant de nous tre renseigns auprs de quelque savant pour savoir s'ils sont d'eux1 ou si les auteurs en sont autres4 ,jusque-l1 je me tiens toujours sur la rserve4 ,digression sur ,tacite4 ,cet historien s'est surtout attach aux vnements intrieurs1 et il les juge plus qu'il ne les raconte4--,je viens de parcourir tout d'un trait l'histoire de ,tacite 7ce qui ne m'arrive gure1 voil bien vingt ans que je n'ai consacr un livre une heure de suite72 je l'ai fait sur le conseil d'un gentilhomme que la ,france estime beaucoup1 tant pour sa valeur personnelle que pour son mrite et sa bont qui lui sont communs avec ses frres1 et il en a plusieurs4 ,je ne connais pas d'auteur qui1 dans un livre qui enregistre tant de faits publics1 fasse entrer tant de considrations sur les murs et les caractres des individus4 ,il me semble1 contrairement ce que lui-mme parat croire1 que1 s'appliquant retracer sous toutes leurs phases les vies des empereurs de son temps1 si diverses et si excessives en tout1 la relation d'un aussi grand nombre d'actions mmorables1 celles notamment que leur cruaut a fait natre chez leurs sujets1 lui donnait matire de nous entretenir de faits plus instructifs et plus intressants que s'il nous et racont les batailles et les agitations auxquelles le monde entier se trouvait en proie2 si bien que1 souvent1 le voir passer lgrement sur ces morts si belles1 je trouve qu'il n'en tire pas tous les enseignements qu'elles renferment1 comme s'il craignait de nous ennuyer par leur nombre et les longueurs qui en seraient rsultes4 ,c'est une des formes de l'histoire de beaucoup la plus utile1 les vnements publics dpendant surtout de l'ingrence de la fortune1 les vnements privs de nous-mmes4 ,tacite juge les faits qui se sont passs1 plutt qu'il n'en rapporte l'histoire2 il y a chez lui plus d'enseignements que de rcits2 ce n'est pas un livre lire1 il est tudier et apprendre2 il renferme tant de sentences1 qu'il y en a tort et raison2 c'est une ppinire de discours moraux et politiques1 propres en pourvoir et en parer ceux en situation de participer la direction du monde4 ,il met toujours l'appui de ses dires1 des raisons solides et vigoureuses1 incisives et spirituelles1 dans le style afft de son sicle1 o on aimait tant se donner de l'importance1 que lorsque les choses par elles-mmes ne prtaient pas la subtilit et au piquant1 on en mettait dans les paroles4 ,sa manire d'crire ressemble assez celle de ,snque1 mais me semble plus toffe1 tandis que celle de ce dernier a plus de vivacit2 elle convient plutt un tat troubl et maladif comme est le ntre en ce moment1 vous diriez souvent que c'est nous qu'il peint et qu'il critique4 ,sa sincrit ne fait pas doute et il tait du parti de l'ordre2 nanmoins1 il semble avoir jug ,pompe avec trop de svrit2 et1 propos de ,tibre1 ,montaigne a quelque doute sur l'impeccabilit de son jugement4--,ceux qui doutent de sa sincrit1 indiquent assez qu'ils ont d'autres raisons de ne pas l'aimer4 ,ses opinions sont sages et il appartient au meilleur des partis qui divisaient ,rome4 ,je me plains un peu toutefois de ce qu'il ait jug ,pompe plus svrement que les gens de bien qui ont vcu de son temps et ont t en relations avec lui1 et de l'avoir mis sur le mme rang que ,marius et ,sylla avec cette seule diffrence qu'il tait moins ouvert4 ,on ne conteste pas qu'il n'entrt des ides d'ambition et de vengeance dans son dsir de s'emparer du gouvernement1 et ses amis eux-mmes ont craint que la victoire ne lui ft dpasser les bornes de la raison1 sans cependant l'entraner1 comme ceux dont il vient d'tre question1 ne plus connatre de limites2 rien dans la vie de ,pompe ne laisse supposer qu'il en serait arriv ce degr de cruaut et de tyrannie1 et1 comme on ne saurait attribuer au soupon la mme valeur qu' l'vidence1 je ne crois pas qu'il et t tel4 ,on pourrait peut-tre tenir les narrations de ,tacite pour vraies et sincres1 par cela mme qu'elles ne sont pas toujours en rapport avec les jugements par lesquels il conclut1 dans lesquels il suit son ide premire quelle que soit la manire dont il nous prsente le fait et sans qu'il en modifie1 si peu que ce soit1 la physionomie4 ,il approuve la religion de son temps1 se conformant ainsi ce qu'ordonnaient les lois2 il n'y a pas l'en excuser1 il ignorait le vrai ,dieu2 cela a t un malheur pour lui1 mais non un dfaut4 ,je me suis surtout attach me rendre compte de son jugement1 et1 sur quelques points1 je ne suis pas bien fix cet gard1 comme par exemple propos de cette phrase de la lettre que ,tibre1 vieux et malade1 envoyait au snat3 ,vous crirai-je1 ,messieurs2 comment vous l'crirai-je2 ou bien ne vous l'crirai-je pas8 ,mais1 l'heure actuelle1 les dieux et les desses ont1 n'en pas douter1 dcid de ma perte1 car je me sens dprir de plus en plus chaque jour8 ,je ne saisis pas comment ,tacite voit l un signe vident que la conscience de ,tibre tait bourrele de remords2 du moins1 en lisant ce passage1 cela ne m'a pas produit cet effet4 ,il lui reproche aussi de s'excuser d'avoir parl de lui-mme2 ,montaigne1 lui1 parle de lui-mme dans ses ,essais1 ne parle que de lui et en observateur dsintress4--,je trouve aussi un peu timide de sa part1 qu'ayant eu occasion de dire qu'il avait exerc ,rome une magistrature honorable1 il s'excuse pour qu'on ne croie pas qu'il l'a dit par ostentation2 cela parat bien de l'humilit pour un homme de cette envergure2 n'oser parler franchement de soi1 accuse un manque de courage4 ,un esprit franc et lev1 qui juge sainement et srement1 use sans y regarder de ses propres exemples comme de choses auxquelles il est tranger et se sert franchement de son tmoignage comme de celui de tout autre4 ,il faut passer par-dessus ces rgles mondaines de civilit quand c'est pour servir la vrit et la libert4--,non seulement j'ose parler de moi1 mais je ne parle que de moi2 je fais fausse route1 quand je parle d'autre chose1 je sors de mon sujet4 ,je ne m'aime pas si aveuglment et ne suis pas si attach et infod moi-mme que je ne puisse me regarder et me considrer en faisant abstraction de moi comme je ferais d'un voisin1 d'un arbre2 c'est une faute de ne pas voir ce que l'on vaut1 tout comme d'en dire plus que l'on n'en voit4 ,nous devons aimer ,dieu plus que nous-mmes et le connaissons moins2 ce qui n'empche pas que nous en parlions satit4 ,caractre de ,tacite en juger par ses crits2 on ne saurait que le louer1 lui et les historiens qui agissent de mme1 d'avoir recueilli et consign tous les faits extraordinaires et les bruits populaires4--,si de ses crits on peut dduire ce qu'il tait1 ,tacite devait tre une personnalit minente1 de nature droite et courageuse1 sans superstition1 ayant l'me gnreuse d'un philosophe4 ,on pourra le trouver quelque peu hardi dans ce qu'il avance1 comme lorsqu'il raconte qu'un soldat portant une charge de bois1 ses mains se raidirent par le froid1 au point qu'elles se collrent son fardeau et que1 se sparant des bras1 elles y demeurrent fixes et inanimes4 ,en pareille matire1 j'ai l'habitude de m'incliner devant l'autorit de tmoins de grande valeur4 ,en nous contant aussi que ,vespasien gurit ,alexandrie1 par la faveur du dieu ,srapis1 une femme aveugle1 en lui passant de sa salive sur les yeux1 et je ne sais quel autre miracle1 il suit l'exemple et obit au devoir de tous les bons historiens4 ,ils enregistrent les vnements importants1 et les bruits et ides en circulation dans les foules sont du nombre des faits de la vie publique4 ,leur rle est de rapporter les croyances gnrales et non de les ramener dans l'ordre1 ce qui est du domaine des thologiens et des philosophes qui ont charge de diriger les consciences2 c'est ce qui a fait dire trs sagement un autre historien1 grand homme comme lui3 ,a la vrit1 j'en dis plus que je n'en crois2 mais comme je ne prtends pas certifier les choses dont je doute1 je n'entends pas non plus supprimer celles que j'ai apprises 7,quinte-,curce72 un autre dit encore3 ,on ne doit pas se mettre en peine d'affirmer ou de rfuter les choses4441 il faut s'en tenir la renomme 7,tite-,live74 ,quoique crivant dans un sicle o la croyance aux prodiges s'amoindrissait1 ,tacite dit pourtant ne pas vouloir s'interdire d'insrer dans ses ,annales et d'y consigner ce que tant de gens de bien admettent et ce que rvrait si profondment l'antiquit2 on ne saurait mieux dire4 ,l'histoire doit s'crire en rapportant les faits tels qu'ils nous parviennent et non selon ce que nous en jugeons4--,moi1 qui suis roi en la matire que je traite et n'en dois compte personne1 je n'ai cependant pas pleine confiance en moi-mme4 ,je hasarde souvent des boutades de mon esprit desquelles je me dfie et certaines finesses d'expressions que j'estime risques2 je les laisse aller quand mme1 remarquant que cela est parfois pris en bonne part et qu'il n'appartient pas moi seul d'en juger4 ,je me prsente debout et couch1 de face et d'arrire1 de droite et de gauche1 tel que je suis l'tat de nature4 ,les esprits gaux en force1 ne le sont pas toujours dans leurs gots1 ni dans l'application qu'ils apportent ce qui les occupe4 ,voil ce qui1 sur cet historien1 me revient en mmoire d'une faon gnrale et un peu incertaine2 il est observer que1 dans ces conditions1 tout jugement ne peut forcment qu'tre vague et imparfait4 ,,chapitre ,,ix4 ,de la vanit4 ,montaigne plaisante sur la manie qu'il a d'enregistrer tout ce qui lui passe par la tte2 c'est l une occupation qu'il pourrait prolonger indfiniment4--,il n'y a peut-tre pas de vanit plus relle que d'crire sur ce sujet1 aussi inutilement que je le fais4 ,ce que ,dieu nous a si divinement exprim1 devrait tre soigneusement et continuellement mdit par les gens intelligents4 ,qui ne voit que la route que je suis sans arrt ni fatigue1 me mnera tant qu'il y aura au monde de l'encre et du papier8 ,je ne puis retracer ma vie en narrant ce que j'ai fait1 qui est de trop faible importance2 je la retrace en consignant les ides qui me passent par la tte4 ,n'ai-je pas connu un gentilhomme qui ne communiquait rien de sa vie que par le travail de ses intestins3 on voyait expose chez lui une range de vases de nuit1 en contenant les rsidus de sept ou huit jours2 c'tait ce qui faisait l'objet de ses tudes1 de ses entretiens2 tout autre sujet lui rpugnait4 ,ce que j'expose ici est un peu plus dcent2 ce sont les lucubrations toujours mal digres d'un esprit devenu vieux1 tantt prolixe1 tantt rserv4 ,quant voir prendre fin ces continuelles agitations et transformations de mes ides1 quels que soient les sujets auxquels elles ont trait1 songeons que ,diomde1 s'occupant uniquement de grammaire1 en a rempli six mille volumes4 ,a quoi peut conduire le bavardage1 alors que le bgaiement et les prambules du langage ont pu1 eux seuls1 permettre d'infliger au monde d'avoir supporter l'horrible charge de tant de volumes6 ,que de paroles pour ne traiter que de la parole6 ,o ,pythagore1 pourquoi n'avoir pas conjur cette tempte6 ,on reprochait1 aux temps jadis1 un ,galba l'oisivet de sa vie2 il rpondit que chacun devait compte de ses actes et non de son repos1 ce en quoi il se trompait3 la justice a aussi connatre de ceux qui ne travaillent pas et elle les a en animadversion4 ,on devrait faire des lois contre les crivains inutiles2 il y en a tant que1 pendant qu'on svirait contre les plus dangereux1 lui-mme aurait le temps de s'amender4--,les lois devraient avoir quelque peine dicte contre les crivains ineptes et inutiles1 comme il en existe contre les vagabonds et les fainants2 on bannirait de la sorte des mains du peuple mes ouvrages et ceux de cent autres4 ,ce n'est pas l une plaisanterie4 ,la dmangeaison d'crire semble l'un des symptmes d'un sicle en effervescence4 ,quand avons-nous jamais tant crit que depuis que l're de nos troubles s'est ouverte8 les ,romains l'ont-ils jamais tant fait1 que lorsqu'ils touchaient leur ruine8 ,outre que les progrs de l'esprit ne sont pas ce qui rend sage au point de vue politique1 cette occupation oisive1 qu'est le travail de la plume1 nat de ce que chacun s'intresse mollement aux devoirs de sa charge et s'en dispense4 ,la corruption du sicle se fait par la coopration de chacun de nous en particulier3 les uns y contribuent par la trahison1 les autres par l'iniquit1 l'irrligion1 la tyrannie1 l'avarice1 la cruaut1 suivant le degr de leur puissance2 les plus faibles y apportent la sottise1 la vanit1 l'oisivet3 je suis de ces derniers4 ,il semble que ce soit la saison des choses frivoles1 quand1 de toutes parts1 le mal nous accable2 une poque o la mchancet s'exerce si communment1 n'tre qu'inutile devient digne d'loges4 ,je me console en pensant que si la justice s'en mlait1 je serais des derniers sur lesquels elle mettrait la main2 pendant qu'on s'occuperait de ceux qui gnent le plus1 j'aurais le loisir de m'amender2 car il serait draisonnable1 ce me semble1 de poursuivre la rparation de menus inconvnients1 quand les grands pullulent4 ,philotime1 le mdecin1 auquel quelqu'un prsentait son doigt panser1 et qu' sa mine et son haleine il reconnaissait atteint d'un ulcre aux poumons1 lui dit3 ,mon ami1 ce n'est pas l'heure de t'amuser te soigner les ongles4 ,comment les politiques amusent le peuple alors qu'ils le maltraitent le plus4--,pourtant1 ce propos1 j'ai vu1 il y a quelques annes1 un personnage pour la mmoire duquel j'ai conserv une estime toute particulire1 qui1 alors que nous tions aux prises avec les pires calamits1 qu'il n'y avait plus ni loi1 ni magistrat remplissant son mandat pas plus1 du reste1 que maintenant1 se mit publier un ouvrage sur je ne sais quelles insignifiantes rformes touchant le costume1 la cuisine et la chicane4 ,ce sont l des amusettes qu'on donne en pture un peuple qui est malmen1 pour dire qu'on ne l'a pas compltement oubli4 ,ceux-l font de mme qui1 dans les moments critiques1 rendent des arrts pour dfendre formellement certaines formes de langage1 les danses et les jeux1 un peuple en proie tous les vices les plus excrables4 ,ce n'est pas le moment de se laver et de se dcrasser1 quand on est atteint d'une bonne fivre4 ,seuls1 les ,spartiates se mettaient se peigner et se friser avec soin1 quand ils taient sur le point de s'engager dans quelque aventure o ils couraient risque de la vie4 ,tout diffrent des autres1 ,montaigne se sent plus port devenir meilleur dans la bonne que dans la mauvaise fortune4--,j'ai cette autre trs mauvaise habitude que1 si j'ai un escarpin de travers1 je laisse de mme sans les redresser et ma chemise et mon habit2 je ddaigne de m'amender moiti4 ,quand je suis en fcheuse situation1 je m'acharne au mal qui me tient1 je m'abandonne par dsespoir1 ne me retiens plus dans ma chute et jette1 comme on dit1 le manche aprs la cogne2 je m'obstine faire de mal en pis1 et n'estime plus que je mrite attention de ma part4 ,il faut que tout en moi soit ou tout bien1 ou tout mal4 ,je suis heureux que ce dsolant tat mental se produise un ge qui ne l'est pas moins2 il m'est moins douloureux que mes maux s'en trouvent aggravs que si mon bon temps de jadis en avait t troubl4 ,les paroles qui m'chappent quand je suis dans le malheur1 sont des paroles de dpit2 mon courage se hrisse au lieu de cder4 ,a l'inverse des autres1 je suis plus dvot dans la bonne que dans la mauvaise fortune2 j'applique en cela le prcepte de ,xnophon1 mais sans y tre amen par les motifs qui le lui inspirent2 je fais plus volontiers les doux yeux au ciel pour le remercier que pour le solliciter4 ,je veille plus sur ma sant quand elle est bonne1 que je ne prends de soin pour la rtablir quand elle laisse dsirer2 la prosprit m'instruit et me rappelle mes devoirs1 me produisant le mme effet que chez d'autres le malheur et les verges4 ,comme si le bonheur tait incompatible avec une bonne conscience1 les hommes ne reviennent au bien que dans la mauvaise fortune2 chez moi1 il me porte d'une faon toute particulire la modration et la modestie4 ,la prire me gagne1 la menace me rebute2 la faveur me fait flchir1 la crainte me raidit4 ,il aimait le changement et1 comme consquence1 les voyages2 cela le sortait de chez lui1 car s'il est agrable de commander chez soi1 cela a aussi ses ennuis4--,il est assez dans la nature humaine que ce que nous n'avons pas1 nous plaise plus que ce que nous avons2 nous aimons le mouvement et le changement3 ,le jour lui-mme ne nous est agrable que parce que chaque heure prend des aspects diffrents 7,ptrone71 et je suis assez dans ces dispositions4 ,ceux qui sont d'humeur contraire1 qui prouvent de la satisfaction d'eux-mmes1 qui apprcient que ce qu'ils ont vaut mieux que ce qu'ils n'ont pas1 qui ne voient rien de prfrable au milieu dans lequel ils se trouvent1 s'ils ne sont pas mieux lotis que nous1 sont nanmoins plus heureux4 ,je n'envie pas leur sagesse1 mais bien leur bonne fortune4 ,cette disposition toujours souhaiter des choses nouvelles et inconnues1 contribue beaucoup entretenir en moi le got des voyages1 auxquels me convient aussi nombre d'autres circonstances1 et en particulier la facilit avec laquelle je me dsintresse de la direction de ma maison4 ,il y a quelque agrment commander1 ne ft-ce que dans une grange1 et tre obi des siens2 mais c'est un plaisir trop uniforme et insipide et qui forcment est accompagn de proccupations pnibles4 ,tantt c'est l'indigence et l'oppression qui psent sur vos gens et qui vous affligent1 tantt c'est une querelle avec vos voisins1 tantt un empitement de leur part sur vos domaines3 ,ce sont1 ou vos vignes que la grle a ravages1 ou vos arbres1 vos champs qui manquent d'eau2 ce sont des chaleurs trop fortes ou des hivers trop rigoureux qui viennent tromper vos esprances 7,horace72 peine pendant six mois ,dieu vous enverra-t-il un temps qui satisfasse pleinement votre rgisseur2 et encore s'il profite aux vignes1 il est craindre qu'il ne nuise aux prs3 ,tantt un soleil trop ardent brle les moissons2 tantt des pluies subites1 d'pres geles1 les dtruisent2 tantt c'est la violence du vent qui les emporte dans ses tourbillons 7,lucrce74 ,a quoi il faut ajouter que1 comme le soulier neuf et bien confectionn de cet homme des temps passs qui lui blessait le pied1 un tranger ne sait pas combien il vous en cote1 combien de sacrifices il vous faut faire1 pour maintenir l'accord apparent qui se voit dans votre famille et chez vos serviteurs et que peut-tre vous achetez trop cher4 ,peu fait la gestion de ses biens1 elle lui tait d'autant plus charge que ce qu'il avait lui suffisait et qu'il n'avait nulle envie de l'augmenter4--,j'ai pris tard l'administration de mes biens2 ceux que la nature avait fait natre avant moi1 m'en ont longtemps dcharg et1 dj alors1 j'avais pris d'autres habitudes plus en rapport avec mon temprament4 ,toutefois1 d'aprs ce que j'en ai vu1 c'est une occupation plus absorbante que difficile2 quiconque est capable d'autre chose1 l'est bien aisment de celle-l4 ,si j'avais poursuivi la richesse1 cette voie m'et paru trop longue2 je me serais mis au service des rois1 ce qui1 de toutes les professions1 est la plus lucrative4 ,mais1 ne prtendant qu' la rputation de ne rien ajouter mon patrimoine et de n'en rien dissiper1 ce qui s'accorde avec le reste de ma vie qui s'est passe ne rien faire qui vaille soit en bien1 soit en mal2 ne cherchant sur cette terre qu' passer1 je puis1 ,dieu merci1 m'acquitter de cette gestion1 sans trop y apporter d'attention4 ,au pis aller1 on peut toujours prvenir la pauvret en rduisant ses dpenses1 ce que je m'efforce de faire1 comme aussi de me rformer1 avant qu'elle ne m'y contraigne4 ,du reste1 je suis arriv peu peu1 en moi-mme1 me suffire avec moins que ce que j'ai et cela sans en prouver de regret3 ,ce n'est pas d'aprs les revenus de chacun1 mais d'aprs ses besoins1 qu'il faut estimer sa fortune 7,cicron74 ,mes besoins rels n'absorbent pas tellement tout mon avoir que1 sans me priver du ncessaire1 la fortune n'ait encore moyen de mordre sur moi4 ,si ignorant et si ddaigneux que je sois de mes affaires domestiques1 ma prsence contribue cependant beaucoup les maintenir en bonne voie2 je m'y emploie1 bien qu' contre-cur1 sans compter qu'il y a ceci de particulier chez moi que1 lorsque je ne suis pas l1 en dehors du surcrot de dpenses auxquelles je suis oblig pour moi-mme1 il s'y dpense autant que quand j'y suis4 ,les voyages ont l'inconvnient de coter cher1 mais cela ne l'arrtait pas2 il s'arrangeait du reste pour y subvenir sans entamer son capital4--,les voyages n'ont de dplaisant pour moi que la dpense qui est considrable et dpasse mes ressources1 ayant coutume de me faire suivre d'un train de maison1 non seulement dans la mesure du ncessaire1 mais permettant de faire figure2 ce qui m'oblige en rduire d'autant plus la frquence et la dure1 car je n'y emploie que le surplus de mes revenus et ma rserve1 temporisant1 ajournant suivant ce dont je puis disposer4 ,je ne veux pas que le plaisir de me promener enlve rien mon bien-tre quand je suis au repos2 j'entends1 au contraire1 que les satisfactions que j'prouve dans les deux cas1 se compltent les unes par les autres et s'en trouvent accrues4 ,la fortune m'est venue en aide sur ce point1 en ce que1 proccup par-dessus tout de mener une vie tranquille1 plutt oisive qu'affaire1 elle m'a dlivr du souci d'augmenter mes richesses1 pour pourvoir l'avenir de nombreux enfants4 ,je n'ai qu'une fille2 si elle n'a pas assez de ce qui m'a abondamment suffi1 tant pis pour elle3 il y aura imprudence de sa part1 et elle ne mritera pas que je lui en dsire davantage4 ,chacun1 l'exemple de ,phocion1 pourvoit suffisamment ses enfants1 quand il les dote dans la mesure o1 s'ils lui ressemblaient1 cela leur suffirait4 ,je ne suis pas1 cet gard1 de l'avis de ,crats1 qui dposa ses fonds chez un banquier1 en disposant que si ses enfants taient des sots1 cet argent leur serait remis2 et que1 s'ils taient intelligents1 il serait distribu aux plus sots du peuple1 comme si les sots1 parce qu'ils sont moins capables de se passer de richesses1 taient plus capables d'en user6--,quoi qu'il en soit1 le dommage qui pourrait rsulter de mon absence1 pour la gestion de mes biens1 ne me parat pas valoir1 tant que je serai mme de le supporter1 que je me prive des occasions qui se prsentent de me distraire des ennuis auxquels je suis en butte quand je suis chez moi4 ,si peu qu'il s'occupt de son intrieur1 il y trouvait mille sujets de contrarit qui1 si lgers qu'ils soient1 constamment rpts1 ne laissent pas de blesser souvent davantage que de plus grands maux4--,il s'y trouve toujours quelque chose qui va de travers3 tantt ce sont les affaires d'une maison qui vous tiraillent1 tantt celles d'une autre2 vous voyez tout de trop prs1 votre perspicacit vous nuit ici1 comme cela arrive souvent ailleurs4 ,j'vite de me fcher et feins de ne pas voir les choses qui vont mal2 nanmoins je ne puis tant faire qu' toute heure1 je ne me heurte quelque rencontre qui me dplat2 et les friponneries qu'on me cache le plus1 sont celles que je connais le mieux2 il en est mme auxquelles1 pour en attnuer les inconvnients1 il faut se prter soi-mme les cacher4 ,lgers dsagrments1 direz-vous2 oui1 mais si lgers qu'ils soient parfois1 ce n'en sont pas moins des dsagrments4 ,les moindres empchements1 de si minime importance qu'ils soient1 sont les plus acrs2 les impressions typographiques en petits caractres sont celles qui fatiguent le plus la vue1 de mme les petits incidents sont ceux qui nous piquent le plus4 ,la tourbe des petites contrarits nous nerve plus qu'un mal violent1 si grand qu'il soit4 ,plus ces pines de notre vie sont drues et dlies1 moins nous nous en mfions et plus leurs morsures sont aigus1 plus elles nous prennent au dpourvu4 ,je ne suis pas philosophe1 je ressens les maux dans la mesure o ils agissent sur moi3 et ils agissent plus ou moins1 selon la forme qu'ils affectent1 selon ce sur quoi ils portent1 et souvent plus que de raison2 je les saisis avec plus de perspicacit qu'on n'en met gnralement s'en apercevoir1 bien que j'y apporte plus de patience1 et1 quand ils ne me blessent pas1 ils ne laissent pas de m'tre charge4 ,c'est une chose dlicate que la vie1 son cours est facile troubler4 ,ds que j'ai un sujet de chagrin1 la premire impression reue1 on ne rsiste plus 7,snque71 si sotte qu'en soit la cause1 mon humeur s'aigrit d'elle-mme2 puis elle se monte1 s'exaspre1 tirant elle et entassant1 pour s'exciter1 griefs sur griefs3 ,en tombant goutte goutte1 l'eau finit par transpercer le rocher 7,lucrce74 ,ces vtilles frquentes me rongent et m'ulcrent2 les ennuis qui se rptent constamment ne sont jamais insignifiants2 ils deviennent permanents et sans remde1 quand 99 notamment ils proviennent du fait de membres de la famille1 avec lesquels il y a communaut d'existence et avec lesquels on ne peut rompre4--,quand1 loin de chez moi1 ma pense se reporte sur mes affaires et que je les envisage dans leur ensemble1 je trouve1 peut-tre parce que je ne les ai pas bien prsentes la mmoire1 que jusqu' prsent elles ont bien prospr1 mieux que mes comptes et les raisonnements que je fais ne me portaient le croire2 mes revenus m'apparaissent excdant ce qu'ils sont2 de si belles apparences m'illusionnent2 mais1 ds que j'en reprends la direction1 que je vois surgir tous ces menus dtails1 alors mon me se partage entre mille soucis 7,virgile72 mille choses y laissent dsirer ou me sont des sujets de crainte4 ,cesser compltement de m'en occuper1 m'est trs facile2 m'y remettre sans regret1 m'est bien difficile4 ,c'est piti que l o vous tes1 tout vous regarde et qu'il faille vous occuper de tout ce que vous voyez2 je jouirais avec bien plus d'entrain1 je crois1 des plaisirs que m'offrirait une maison o je serais un tranger2 j'y serais plus libre et plus suivant mes gots4 ,je suis en cela en conformit de sentiment avec ,diogne rpondant quelqu'un qui lui demandait quel vin il trouvait le meilleur3 ,je prfre celui qui n'est pas de chez moi4 ,nullement sensible aux plaisirs de la vie de campagne1 il n'aime pas davantage s'occuper des affaires publiques2 jouir de l'existence lui suffit4--,mon pre aimait faire des constructions ,montaigne o il tait n2 et1 dans toutes ces questions d'exploitation domestique1 j'aime suivre son exemple et sa manire de faire1 et ferai tout mon possible pour que ceux qui viendront aprs moi s'y emploient de mme4 ,si je pouvais davantage pour son souvenir1 je le ferais2 je me fais gloire de ce que sa volont s'exerce encore et s'accomplit par mon fait4 ,plaise ,dieu que jamais je ne manque une occasion d'agir1 quand cela se pourra1 comme l'et fait de son vivant un si bon pre4 ,si je me suis ml d'achever quelque vieux pan de mur et de modifier quelque partie de btiment mal tablie1 c'est certainement parce que tel tait son projet1 beaucoup plus que parce que cela me convenait2 et je me reproche ma fainantise qui m'a empch de continuer la belle restauration qu'il avait commenc de faire subir notre maison1 d'autant que je risque fort d'en tre le dernier propritaire de notre race et celui qui y portera la dernire main4 ,mais je ne suis port personnellement ni au plaisir de btir qu'on dit si attrayant1 ni chasser1 jardiner1 ni aux autres passe-temps de la vie de campagne2 aucun n'est susceptible de beaucoup m'amuser4 ,ce sont l choses que je ne pratique pas1 non plus que les opinions qui peuvent m'tre une source de difficults2 je ne me soucie pas tant d'en avoir de robustes et d'claires1 que de faciles et commodes pour l'existence2 elles sont suffisamment saines et justes1 quand elles sont utiles et agrables4 ,ceux qui m'entendent affirmer mon incapacit m'occuper d'conomie domestique1 me soufflent l'oreille que c'est par ddain4 ,que si je nglige de connatre les instruments dont il est fait usage pour les labours1 les saisons qui leur sont propres1 l'ordre dans lequel il doit y tre procd2 comment se font mes vins1 se greffent mes arbres2 de possder le nom des plantes et des fruits et les distinguer2 de savoir la manire d'apprter les viandes que nous mangeons journellement1 dmler le nom et le prix des toffes dont nous nous habillons1 c'est parce que j'ai cur de m'occuper de sciences plus releves1 ceux-l m'irritent profondment par leurs rflexions2 si cela tait1 ce serait sottise1 et plutt btise que gloire4 ,je prfrerais1 en effet1 tre bon cuyer1 que bon logicien3 ,que ne t'occupes-tu plutt des choses utiles1 faire des paniers d'osier ou des corbeilles de jonc 7,virgile76 ,nous occupons notre pense de gnralits1 des causes et de la marche de tout ce dont se compose l'univers1 toutes choses qui s'accomplissent trs bien sans nous1 et nous laissons de ct ce qui concerne l'homme en gnral et notre propre personnalit qui nous touche de plus prs encore4 ,le plus ordinairement je rside chez moi2 je voudrais m'y plaire plus qu'ailleurs3 ,aprs tant de voyages par terre et par mer1 aprs tant de fatigues et de combats1 puisse-je enfin y trouver le repos pour ma vieillesse 7,horace76 je ne sais si j'en viendrai bout4 ,j'aurais voulu1 en place de quelque autre partie de sa succession1 avoir hrit de mon pre l'amour passionn que1 dans ses vieux ans1 il portait l'exploitation de ses biens2 il tait heureux de borner ses dsirs sa situation et de savoir se contenter de ce qu'il avait4 ,les gens qui s'adonnent l'tude des hautes questions politiques1 pourront trouver que c'est se confiner dans une occupation peu releve et strile2 cela m'importerait peu1 si je parvenais y prendre autant de got que lui4--,je suis de l'avis que servir la cause publique et tre utile au plus grand nombre1 est ce qu'il y a de plus honorable3 ,nous ne jouissons jamais mieux des fruits du gnie1 de la vertu et de toute espce de supriorit1 qu'en les partageant avec ceux qui nous touchent de plus prs 7,cicron72 mais en ce qui me regarde1 j'y ai renonc par poltronnerie et par conscience2 de telles charges me paraissent si lourdes1 qu'il me semble aussi que je suis incapable de les remplir4 ,platon1 qui tait matre en tout ce qui est relatif au gouvernement des tats1 s'abstint1 lui aussi1 d'en accepter4 ,je me contente de jouir du monde1 sans y apporter trop d'ardeur2 de mener une vie simplement supportable1 qui ne pse ni moi1 ni aux autres4 ,il et souhait pouvoir abandonner la gestion de ses biens un ami sr1 un gendre par exemple1 qui l'en et dbarrass1 lui assurant le bien-tre pour la fin de ses jours4--,jamais homme ne s'en est remis aussi compltement et avec autant d'abandon que je le ferais aux soins et l'administration d'un tiers1 si j'avais qui me confier4 ,l'un de mes souhaits1 cette heure1 serait de trouver un gendre qui saurait endormir mes vieux jours1 en me faisant une existence commode2 entre les mains duquel je dposerais1 en toute souverainet1 la direction et l'emploi de mes biens2 qui en ferait ce que j'en fais1 et auquel j'en abandonnerais les bnfices1 pourvu qu'il y apportt un cur vraiment reconnaissant et ami4 ,mais voil6 nous vivons dans un monde o la loyaut est inconnue1 mme de nos propres enfants4 ,il se fiait ses domestiques1 vitant de se renseigner sur eux pour ne pas tre oblig de les avoir en dfiance4--,celui qui1 lorsque je voyage1 est dpositaire de mon argent1 le reoit intgralement et rgle la dpense sans contrle2 du reste1 si je comptais1 il me tromperait tout autant2 de la sorte1 moins que ce ne soit un sclrat1 en m'en remettant lui d'une faon absolue1 je l'oblige bien faire3 ,beaucoup de gens nous enseignent les tromper1 en craignant de l'tre2 la dfiance provoque l'infidlit 7,snque74 ,la sret que je prends le plus communment l'gard de mes gens1 c'est de ne pas me renseigner sur eux2 je ne prsume le vice qu'aprs l'avoir constat2 je m'en fie plutt ceux qui sont jeunes1 les estimant moins pervertis par le mauvais exemple4--,il m'est moins dsagrable de m'entendre dire1 au bout de deux mois1 que j'ai dpens quatre cents cus1 que d'avoir chaque soir les oreilles rebattues par le rglement de ma dpense journalire1 et entendre qu'elle a t de trois1 de cinq1 de sept cus2 ce mode n'a pas fait que1 sur ce point1 j'aie t vol plus qu'un autre4 ,il est vrai que je prte la main l'erreur2 de parti pris1 je ne sais que vaguement et d'une faon incertaine ce que j'ai d'argent2 et1 dans une certaine mesure1 je suis content de cette incertitude4 ,il faut faire une petite part la dloyaut ou l'imprudence d'un serviteur2 s'il nous reste de quoi largement tenir notre rang1 abandonnons sa merci1 sans y tant regarder1 l'excdent que nous tenons de la libralit de la fortune3 c'est la part du glaneur4 ,en somme1 je n'attache pas tant d'importance la bonne foi de mes gens1 que je me soucie peu du tort qu'ils me font4 ,oh6 quelle vilaine et sotte occupation que d'tre constamment occup de son argent1 de se plaire le manier1 99 le peser1 le recompter6 c'est par l que l'avarice nous gagne4 ,il n'a jamais pu s'astreindre lire un titre1 un contrat2 chez lui1 la moindre chose le proccupe4--,depuis dix-huit ans que j'administre mes biens1 je n'ai pas su prendre sur moi d'examiner ni mes titres de proprit ni mes principales affaires1 que je devrais cependant connatre fond1 puisque j'ai y veiller4 ,ce n'est pas par mpris des choses passagres de ce monde1 inspir par la philosophie3 je n'en suis pas dtach ce degr1 et les estime pour le moins leur valeur2 mais bien par l'effet d'une paresse et d'une ngligence puriles et incurables4 ,que ne ferais-je pas plutt que de lire un contrat1 plutt que de me mettre secouer ces paperasses poudreuses qui me feraient l'esclave de mes affaires ou1 ce qui est encore pis1 l'esclave de celles des autres comme font tant de gens pour de l'argent4 ,rien ne me cote tant que le souci et la peine2 je ne recherche que la nonchalance et la mollesse4 ,j'tais plutt fait1 je crois1 pour vivre attach la fortune d'autrui1 si cela se pouvait sans qu'il en rsultt ni obligation ni servitude2 et je ne sais si1 le considrer de prs1 tant donns mon caractre et ma situation1 joints ce que j'ai souffrir du fait de mes affaires1 de mes serviteurs et de mes familiers1 je n'en prouve pas plus d'abjection1 d'importunit et d'aigreur1 que si je faisais partie de la suite d'un homme1 n plus haut que moi1 dans la dpendance duquel je serais sans qu'il gnt trop ma libert3 ,la servitude est la sujtion d'une me lche et abjecte1 prive de son libre arbitre 7,cicron74 ,crats fit plus3 il se mit sous la sauvegarde de la pauvret1 pour s'affranchir des indignits et des soins que rclame la direction d'une maison2 cela1 je ne le ferai pas1 car je hais la pauvret l'gal de la douleur2 mais ce que je ferais volontiers1 ce serait d'changer la vie que je mne1 contre une autre moins noble et moins affaire4 ,quand je suis absent1 je laisse de ct toutes ces proccupations1 et la chute d'une tour m'mouvrait moins que ne fait1 quand je suis prsent1 une ardoise qui se dtache de la toiture4 ,mon me1 quand elle n'est pas sur place1 se dsintresse aisment de tout ce qui arrive2 mais si elle est l1 elle en souffre1 autant que peut en souffrir l'me d'un vigneron2 une rne attache de travers mon cheval1 un bout d'trivires qui bat sur ma jambe me proccupent une journe entire4 ,j'arrive assez aisment ce que mon courage domine les incommodits de la vie2 pour ce qui est de mes yeux je n'y parviens pas3 ,les sens1 dieux1 les sens1 que nous en sommes donc peu matres6 ,que n'a-t-il au moins un aide sur lequel se reposer6 ,oblig de veiller tout1 sa manire de recevoir les trangers s'en ressent4--,chez moi1 je suis responsable de tout ce qui va mal4 ,peu de matres 7je parle de ceux de condition moyenne1 comme est la mienne71 et s'il y en a1 ils sont plus heureux que moi1 peuvent se reposer assez sur un second de tous ces tracas1 au point qu'il ne leur en demeure encore une bonne part leur charge4 ,cela ragit quelque peu sur la manire dont je reois les survenants1 et peut-tre y en a-t-il dont le sjour s'est prolong1 ainsi qu'il arrive des fcheux1 plus cause des agrments de ma cuisine qu'en raison de la bonne grce de mon accueil2 le plaisir que je devrais prouver de voir mes amis me visiter et se runir chez moi1 s'en trouve considrablement diminu4--,la plus sotte contenance que puisse avoir chez lui un gentilhomme1 c'est d'tre vu gn par le souci du service de sa maison1 parlant l'oreille d'un valet1 en menaant un autre du regard4 ,il faut que les choses marchent sans qu'on s'en aperoive et qu'elles semblent suivre leur cours ordinaire2 je trouve dplaisant d'entretenir ses htes de ce qu'on fait pour eux1 que ce soit pour s'en excuser ou pour s'en prvaloir4--,j'aime l'ordre et la propret1 et les prfre l'abondance3 j'aime que les plats et les verres refltent mon image 7,horace72 je m'en tiens chez moi ce qui est strictement ncessaire et donne peu l'ostentation4--,quand vous tes chez les autres1 qu'un valet se batte1 qu'un plat se renverse1 vous ne faites qu'en rire2 vous dormez1 tandis que monsieur1 de concert avec son matre d'htel1 prpare ce qu'il vous offrira le lendemain4--,ce que j'en dis1 c'est ce qui se passe en moi2 je n'en reconnais pas moins combien ce doit tre une douce occupation pour les natures qui y sont portes1 d'arriver faire que sa maison soit paisible1 prospre et que tout y marche dans un ordre parfait4 ,cet tat de choses dont je souffre1 je l'attribue mes propres erreurs et aux embarras que je me cre moi-mme1 et n'ai nullement l'intention de contredire ,platon1 qui estime que la plus heureuse occupation pour chacun1 est de faire ses affaires personnelles1 sans causer de prjudice personne4 ,montaigne tait beaucoup plus port dpenser qu' thsauriser4--,en voyage1 je n'ai penser qu' moi et l'emploi de mon argent pour lequel suffit un ordre une fois donn2 pour l'amasser1 au contraire1 il faut aller de trop nombreuses sources1 et je n'y entends rien4 ,je suis moins embarrass pour dpenser1 n'ayant qu' puiser dans mes fonds disponibles dont c'est la principale destination2 mais j'ai des vues trop larges1 ce qui fait que mes dpenses sont rparties ingalement1 sans rgle et1 de plus1 d'une faon immodre soit dans un sens1 soit dans l'autre3 si elles doivent contribuer me donner du relief1 me servir1 je dpense sans restriction2 je me restreins galement sans limite1 quand elles ne doivent pas me mettre en vidence ou satisfaire un dsir que j'ai4 ,que ce soit l'art ou la nature qui nous pousse vivre en relations avec autrui1 cela nous est plutt un mal qu'un bien2 nous nous privons de ce qui nous est utile1 pour nous donner les apparences de faire comme les autres2 les conditions dans lesquelles nous vivons1 les effets que nous en prouvons1 nous importent moins que ce que le public peut en connatre2 les biens mmes de l'esprit et de la sagesse nous paraissent manquer de saveur1 si nous en jouissons hors de la vue et de l'approbation de gens qui nous sont trangers4--,il y a des personnes dont l'or coule grands flots par des issues souterraines qui chappent la vue1 tandis que d'autres l'tendent ostensiblement en lames et en feuilles2 si bien que pour les unes1 les liards valent des cus1 alors que c'est l'inverse pour les autres2 et cela1 parce que le monde juge sur ce qu'il voit de l'emploi et de la valeur de ce que vous possdez4--,prter un soin trop attentif aux richesses1 sent l'avarice2 les dispenser avec une libralit trop calcule et trop mticuleuse1 ne vaut mme pas la surveillance et l'attention pnibles que cela ncessite2 qui veut mesurer trop exactement sa dpense1 le fait trop troitement et semble n'y satisfaire que par contrainte4 ,thsauriser et dpenser sont par eux-mmes deux choses indiffrentes2 elles ne deviennent bonnes ou mauvaises que suivant l'ide d'aprs laquelle nous agissons4 ,une autre raison qui le portait voyager1 c'est la situation morale et politique de son pays2 il n'a pas le courage de voir tant de corruption et de dloyaut4--,une autre cause me porte voyager1 c'est le peu de got que j'prouve pour les murs de notre tat social4 ,au point de vue de l'intrt public1 je me consolerais aisment de cette corruption3 ,je supporterais ces temps pires que le sicle de fer1 dans lesquels les noms manquent aux crimes et que la nature ne peut plus dsigner par aucun mtal 7,juvnal72 mais en ce qui me touche1 j'en souffre trop personnellement2 car1 dans mon voisinage1 par suite des abus qu'engendrent depuis si longtemps ces guerres civiles1 notre vie entire s'coule dans une situation tellement bouleverse1 o le juste et l'injuste sont confondus 7,virgile71 qu'en vrit1 c'est merveille qu'elle puisse se maintenir3 ,on laboure tout arm1 on n'aime vivre que de butin1 et chaque jour se commettent de nouveaux brigandages 7,virgile74 ,par notre exemple1 je finis par voir que la socit humaine se tient et se coud1 quoi qu'il arrive4 ,qu'on place des hommes n'importe comment1 ils se resserrent et se rangent1 se remuant pour finir par se tasser1 comme des objets mal assortis qu'on met ple-mle dans une poche et qui trouvent d'eux-mmes la faon de se juxtaposer et de s'intercaler les uns dans les autres1 mieux souvent que l'art n'et su les disposer4--,le roi ,philippe avait fait excuter une rafle des gens les plus mauvais et les plus incorrigibles que l'on pt trouver et leur avait assign pour demeure une ville qu'il fit btir spcialement pour eux et dont le nom rappelait l'origine2 j'estime que cette socit htroclite dut1 avec pour point de dpart les vices de ses membres1 se constituer en un tat politique dont chacun s'accommoda et o finit par rgner la justice4--,je vois de nos jours1 non un fait isol1 ni trois1 ni cent1 mais des murs nouvelles admises et pratiques couramment1 tellement farouches surtout par leur inhumanit et leur dloyaut1 ce qui1 pour moi1 constitue la pire espce d'entre les vices1 que je ne puis y penser sans horreur2 je les admire presque autant que je les dteste1 en voyant combien la mise excution de ces mchancets insignes tmoigne de vigueur et de force d'me autant que d'erreur et de drglement4 ,la ncessit fait les hommes ce qu'ils sont et les runit2 ce lien fortuit se transforme ensuite en lois2 de ces lgislations1 parmi lesquelles s'en trouvent de plus sauvages qu'il n'est possible aucun de nous de les imaginer1 certaines sont arrives produire d'heureux effets et ont t d'aussi longue dure que celles que ,platon et ,aristote taient capables de faire1 et ce1 alors que toutes les conceptions de cette nature1 si ingnieuses qu'elles soient1 sont1 dans l'application1 ridicules et ineptes4 ,toutes les discussions sur la meilleure forme de gouvernement sont parfaitement inutiles2 pour chaque nation1 la meilleure est celle laquelle elle est accoutume4--,ces grandes et longues altercations sur la meilleure forme de socit et sur les rgles les plus propres nous grouper et nous contenir1 n'ont d'autre intrt que d'exercer notre esprit1 semblables en cela quelques questions qui1 dans les arts1 sont1 par leur nature mme1 des sujets d'agitation et de controverse et qui1 hors de l1 n'existent pour ainsi dire pas4 ,tels de ces projets de gouvernement pourraient1 peut-tre1 tre appliqus un monde nouveau2 mais nous sommes un monde dj existant1 o rgnent certaines coutumes1 et ce n'est pas nous qui l'engendrons1 comme ont fait ,pyrrha ou ,cadmus4 ,quelque possibilit que nous puissions avoir de le redresser et de l'organiser nouveau1 nous ne pouvons1 sans rompre le tout1 le ployer pour effacer le pli dj pris4--,on demandait ,solon si les lois qu'il avait donnes aux ,athniens taient les meilleures possibles3 ,oui certes1 rpondit-il1 tant donnes celles qu'ils avaient auparavant4--,varron s'excuse dans le mme sens3 ,si1 traitant de la religion1 il et abord un sujet absolument neuf1 il et dit ce qu'il en pense2 mais la trouvant dj admise et 99 toute forme1 il en parlera suivant ce qui est1 plutt que selon ce qu'elle devrait tre d'aprs la nature4 ,le plus parfait et le meilleur gouvernement1 non suivant ce qu'on en peut penser1 mais dans la ralit1 est pour chaque nation celui sous lequel elle vit depuis longtemps2 sa forme et sa commodit dpendent essentiellement de l'habitude qu'on en a4 ,la condition en laquelle nous sommes nous dplat gnralement2 je tiens cependant que c'est vice et folie que de souhaiter1 dans une dmocratie1 que l'autorit passe aux mains d'un petit nombre1 et que1 dans une monarchie1 un autre gouvernement se substitue celui existant4 ,aime l'tat tel qu'il est3 si c'est une monarchie1 aime la royaut2 si c'est une oligarchie ou une dmocratie1 aime-les pareillement1 ,dieu t'y ayant fait natre2 ainsi en parlait ce bon monsieur de ,pibrac que nous venons de perdre et qui tait un esprit si aimable1 d'opinions si saines1 de murs si douces4 ,cette perte et celle que nous avons faite en mme temps de monsieur de ,foix sont trs regrettables pour la couronne4 ,je ne sais s'il reste en ,france de quoi remplacer ces deux ,gascons1 dans les conseils de nos rois1 par un couple pareil en droiture et en capacit4 ,c'taient de belles mes dans des genres diffrents2 et assurment1 pour ce sicle1 elles taient rares et belles chacune sa manire2 comment opposes et rfractaires1 comme elles l'taient1 la corruption et aux temptes de ces temps-ci1 ont-elles pu y trouver place8 ,rien n'est plus dangereux pour un tat qu'un changement radical2 il faut s'appliquer amliorer1 mais non renverser4--,rien n'est plus grave pour un tat qu'un changement radical2 seuls1 les changements de cette nature peuvent permettre l'injustice et la tyrannie de se produire4 ,quand quelque pice vient se dtraquer1 on peut la consolider2 on peut empcher que l'altration et la corruption1 auxquelles tout est naturellement sujet1 ne nous loignent trop des principes qui sont le point de dpart de nos institutions2 mais entreprendre de reconstituer une si grande masse1 de changer les fondations d'un difice aussi considrable1 c'est faire comme ceux qui1 pour dcrasser1 effacent tout1 qui veulent corriger quelques dfauts de dtail par un bouleversement gnral2 c'est recourir la mort pour gurir de la maladie3 ,c'est moins chercher changer le gouvernement qu' le dtruire 7,cicron74 ,le monde n'est pas capable de se rtablir de lui-mme2 il supporte si difficilement ce qui le gne1 qu'il ne vise qu' s'en dfaire sans regarder quel prix4 ,nous voyons par mille exemples que1 d'ordinaire1 il n'obtient la gurison qu' ses dpens4 ,se dcharger d'un mal prsent n'est pas s'en gurir si1 dans son ensemble1 notre condition ne s'en amliore2 le but du chirurgien n'est pas l'ablation des chairs contamines1 ce n'est l qu'un moyen d'en arrivera la gurison2 il voit plus loin1 il cherche faire renatre la chair naturelle et ramener la partie malade son tat normal4 ,quiconque ne se propose que de se dbarrasser de ce qui le fait souffrir1 ne va pas loin1 car le bien ne succde pas ncessairement au mal2 ce peut tre un autre mal1 parfois pire4 ,c'est ce qui arriva aux meurtriers de ,csar1 qui compromirent l'ordre public1 au point qu'ils eurent se repentir de s'en tre mls4 ,depuis cette poque jusqu' nos jours1 pareille msaventure est arrive plusieurs2 les ,franais1 mes contemporains1 peuvent en parler sciemment2 toutes les grandes modifications branlent un tat et y portent le dsordre4 ,les rformes elles-mmes sont difficiles2 un gouvernement1 mme vicieux1 peut se maintenir malgr ses abus1 sans compter que parfois1 si on regardait ses voisins1 on y trouverait pire4--,qui voudrait en entreprendre directement la gurison et consulter les intresss avant d'agir1 serait rendu promptement hsitant4--,pacuvius ,calavius tourna la difficult d'une faon qui le dmontre nettement4 ,c'tait ,capoue1 o il jouissait d'une grande influence2 ses concitoyens taient en rvolte contre les magistrats4 ,un jour1 ayant russi enfermer le snat dans le palais1 il convoque le peuple sur la place publique1 et dit ceux qui se sont rendus son appel que le moment est venu pour eux de se venger en toute libert des tyrans qui les oppressent depuis si longtemps et qu'il tient leur merci1 isols et dsarms4 ,qu'il est d'avis que1 d'aprs l'ordre que le sort assignera1 on les fasse venir les uns aprs les autres et qu'il soit statu sur chacun sparment1 et que ce qui sera dcid soit sur-le-champ excut2 mais qu'en mme temps1 il soit dsign quelque homme de bien pour occuper la charge du condamn1 afin qu'elle ne demeure pas sans personne pour la remplir4 ,l'assistance n'eut pas plutt entendu le nom d'un snateur1 qu'il s'leva contre lui un cri universel de mcontentement3 ,je vois bien1 dit ,pacuvius1 qu'il faut lui enlever ses fonctions3 c'est un mchant1 remplaons-le par un bon4 ,le silence se fit gnral2 chacun1 bien embarrass1 ne savait sur qui faire porter son choix4 ,enfin quelqu'un1 plus os que les autres1 met son candidat en avant2 mais un concert de voix1 plus grand encore que tout l'heure s'lve pour le rejeter2 on lui reproche cent imperfections et les plus justes motifs d'viction4 ,ces dispositions ne pas s'entendre ne font que crotre1 et le dsaccord s'accentue quand on passe au second snateur2 c'est encore pis1 quand vient le troisime2 on s'accorde aussi peu pour l'lection que l'on s'entend sur la destitution4 ,finalement1 fatigus de ces dbats inutiles1 les voil qui commencent de ci1 de l1 se retirer peu peu de l'assemble1 chacun se disant part soi qu'un mal qui dure depuis longtemps et qui est connu1 est toujours plus supportable qu'un mal nouveau dont on n'a pas encore subi l'exprience4 ,de ce que je nous vois agits de bien piteuse faon 7car quels excs ne nous sommes-nous pas livrs873 ,hlas6 nos cicatrices1 nos crimes1 nos guerres fratricides nous couvrent de honte6 ,enfants de ce sicle1 de quoi ne nous sommes-nous pas rendus coupables8 quels forfaits n'avons-nous pas commis8 ,est-il une chose sainte qu'ait respecte notre jeunesse1 un autel qu'elle n'ait point profan 7,horace78 je ne vais cependant pas soudain dire d'un ton ferme et rsolu que la desse ,salus elle-mme1 le voult-elle1 serait impuissante sauver cette famille 7,cicron74 ,quoi qu'il en soit1 nous n'en sommes pourtant pas encore arrivs nos derniers moments4--,la conservation des tats est chose qui vraisemblablement dpasse notre intelligence2 un gouvernement est1 comme le dit ,platon1 une puissance difficile dissoudre2 il rsiste souvent des maladies mortelles qui le rongent intrieurement2 il se maintient malgr le tort que lui causent des lois injustes1 en dpit de la tyrannie1 de la prvarication et de l'ignorance des magistrats1 de la licence et de la sdition des peuples4 ,dans tout ce qui nous arrive1 nous prenons pour terme de comparaison ce qui est au-dessus de nous et regardons ceux qui sont en meilleure situation2 mesurons-nous ceux qui sont au-dessous1 et il n'est pas si misrable d'entre nous qui n'y trouve mille sujets de consolation4 ,c'est notre dfaut de porter plus complaisamment nos regards sur ceux qui sont plus favoriss que sur ceux qui le sont moins1 ce qui faisait dire ,solon que si l'on venait mettre en un seul tas tous les maux qui affligent l'humanit1 il n'y aurait personne qui ne prfrerait conserver ceux qu'il a plutt que de participer1 avec tous les autres hommes1 une gale rpartition de ces maux entasss1 et d'en prendre sa quote-part4 ,notre gouvernement se porte mal1 cela est incontestable2 cependant il y en a de plus malades qui n'en sont pas morts3 ,les dieux jouent la balle avec nous 7,plaute7 et nous agitent tour de bras4 ,l'empire romain est un exemple qu'une domination tendue ne tmoigne pas que tout l'intrieur soit pour le mieux1 et que1 si min que soit un tat1 il peut encore se soutenir longtemps par la force mme des choses4--,les astres ont fatalement dsign ,rome1 pour tmoigner de ce qu'ils peuvent sous ce rapport2 sa fortune comprend toutes les transformations et aventures que peut subir un tat2 tout ce que l'ordre et le dsordre1 le bonheur et le malheur1 sont susceptibles de produire4 ,qui est en droit de dsesprer de sa situation1 en voyant les secousses et les perturbations qui l'ont agite et qu'elle a supportes8 ,si une domination tendue est une garantie de prosprit pour un tat 7ce qui n'est pas du tout mon avis1 trs aise que je suis de voir1 au contraire1 ,isocrate recommander ,nicocls de ne pas porter envie aux princes dont les possessions sont les plus vastes1 mais plutt ceux qui savent conserver1 en bonnes conditions1 ce qui leur est chu71 ,rome ne se porta jamais si bien que lorsqu'elle fut le plus malade4 ,la pire de ses formes de gouvernement fut celle o elle se trouva le plus favorise de la fortune2 peine trouve-t-on trace d'une constitution sous les premiers empereurs1 c'est la plus horrible confusion de pouvoirs qui se puisse concevoir2 et cela se supporta et dura1 assurant la conservation d'une monarchie1 non pas limite ,rome elle-mme1 mais comprenant1 en grand nombre1 des peuples trangers les uns aux autres1 trs loigns1 trs mal disposs1 conquis contre tout droit1 et administrs d'une faon dplorable3 ,nanmoins1 la fortune ne voulut confier aucune nation le soin de sa haine contre les matres du monde 7,lucain74 ,tout ce qui branle1 ne tombe pas4 ,la contexture d'un aussi grand corps est assure par plus d'un clou2 son antiquit mme fait qu'il se maintient1 comme ces vieux btiments dont l'ge a min les soubassements1 qui n'ont plus ni revtement ni ciment et qui pourtant demeurent se soutenant par leur propre poids3 ,il ne se rattache plus la terre que par de trs faibles racines1 sa masse seule le retient encore en quilibre 7,lucain74 ,de la corruption gnrale des tats de l',europe1 ,montaigne conclut que la ,france peut se relever2 toutefois il redoute qu'elle ne se dsagrge4--,ce n'est pas bien procder que de se borner1 pour juger de la sret d'une place1 en reconnatre l'tat des fosss et des flanquements2 il faut encore tudier les moyens d'action de l'assaillant et de quel ct il peut se prsenter2 peu de vaisseaux coulent au fond des mers par leur propre poids1 sans accident provenant de causes trangres4 ,or1 regardons de tous cts1 tout croule autour de nous2 examinez tous les grands tats de la ,chrtient et d'ailleurs que nous connaissons1 vous y trouverez une menace vidente de changements et de ruine3 ,tous ont leurs infirmits et une mme tempte les menace 7,ovide74 ,les astrologues ont beau jeu pour nous avertir1 ainsi qu'ils le font1 de troubles prochains devant occasionner de grandes perturbations2 leurs prdictions ralises ds maintenant sont palpables1 il n'est pas besoin de consulter le ciel pour cela4 ,de ce que tous nous sommes menacs des mmes maux1 nous pouvons non seulement y trouver un sujet de consolation1 mais jusqu' un certain point l'esprance que cela durera2 d'autant que1 par la force mme des choses1 rien ne tombe1 l o tout tombe2 une maladie qui s'tend tous1 devient un tat de sant normal pour les individus2 l o tout est au mme point1 il n'y a pas1 par cela mme1 de dissolution4 ,pour moi1 je ne m'en dsespre pas2 ces considrations me font entrevoir des chances de salut3 ,peut-tre un dieu1 par un retour favorable1 nous rendra-t-il notre premier tat 7,horace74 ,qui sait si ,dieu ne voudra pas qu'il en rsulte1 comme il arrive des corps qui1 la suite de longues et graves maladies1 se trouvent tre purgs et reviennent un meilleur tat qu'avant1 y gagnant une sant plus complte et mieux assise que celle qui a subi ces secousses8 ,ce qui me rend le plus anxieux1 c'est que si nous considrons les symptmes de notre mal1 il s'en trouve autant qui ont une origine naturelle que nous devons au ciel d'o ils manent1 que d'autres qui sont le fait des drglements et des imprudences des hommes2 il semble que les astres eux-mmes ont dcrt que nous avons assez dur et que notre existence dpasse les limites ordinaires4 ,ce qui m'afflige aussi1 c'est que le mal qui nous menace en premier lieu1 ce n'est pas tant que la masse entire1 qui jusqu'ici prsentait tous les caractres de solidit1 vienne s'altrer1 que de la voir se dsagrger et se sparer3 c'est l ma plus grande crainte4 ,montaigne redoute de se rpter parfois dans ses ,essais2 il le regretterait1 mais sa mmoire lui fait de plus en plus dfaut4--,en transcrivant ici ces rvasseries1 je crains que ma mmoire ne me trahisse et que1 par inadvertance1 elle m'ait fait produire deux fois une mme chose4 ,je hais de me relire et ne corrige qu' regret ce qui m'est une fois chapp4 ,or1 je n'apporte ici rien de nouveau1 ce sont des ides qui ont communment cours1 et1 comme cent fois elles me sont venues la pense1 j'ai peur de les avoir dj exprimes4 ,les redites sont toujours ennuyeuses1 les trouverait-on dans ,homre2 elles sont dsastreuses pour les choses qui ne s'indiquent que superficiellement et par circonstance4 ,je n'aime pas revenir sans cesse1 mme sur ce qui est utile1 comme le fait ,snque1 et ne prise pas ce mode de l'cole stocienne de ressasser en long et en large1 pour chaque sujet trait1 les principes et les hypothses d'ordre gnral et de reproduire constamment les arguments et les raisons1 toujours les mmes et que tout le monde connat4 ,ma mmoire priclite cruellement de plus en plus chaque jour1 comme si1 la gorge ardente1 je buvais longs traits les eaux somnifres du ,lth 7,horace74 ,jusqu' cette heure1 ,dieu merci1 elle ne m'a pas fait commettre d'erreur2 mais il me faudra dornavant1 au lieu de faire comme les autres qui cherchent se mnager le temps et la possibilit de penser ce qu'ils ont dire1 que j'vite de m'y prparer1 de peur de me tracer un programme dont je dpendrais4 ,me trouver tenu et oblig suivre un ordre dtermin1 dpendre d'un instrument aussi dlicat que la mmoire1 sont autant de causes qui me troublent4 ,je ne relis jamais le fait suivant1 sans en tre offusqu personnellement et malgr moi4--,lynceste tait accus d'avoir conspir contre ,alexandre2 amen1 suivant la coutume1 devant l'arme pour tre entendu dans sa dfense1 il avait en tte une harangue prpare avec soin dont1 en hsitant et bgayant1 il pronona quelques lambeaux4 ,comme il se troublait de plus en plus1 se dbattant avec sa mmoire pour retrouver le fil de son discours1 les soldats les plus proches1 le tenant pour convaincu du crime dont il tait accus1 se prcipitent sur lui et le tuent coups de pique4 ,ses hsitations et son silence avaient t considrs comme des aveux2 aux yeux de ses meurtriers1 ayant eu en prison tout le loisir de se prparer1 ce ne pouvait tre la mmoire qui lui faisait dfaut1 mais sa conscience qui lui liait la langue et paralysait ses moyens4 ,que cela est judicieux6 ,quand on ne recherche qu'un succs oratoire1 le lieu1 l'assistance1 l'attente sont dj des causes de trouble2 qu'est-ce donc quand votre vie dpend des paroles que vous allez prononcer8 ,s'il doit prononcer un discours prpar1 la crainte de perdre le fil de ses ides le paralyse2 aussi1 comme le lire c'est se lier les mains1 et qu'il n'est pas capable d'improviser1 il a pris la rsolution de s'abstenir dsormais4--,pour moi1 tre li ce que j'ai dire1 fait que naturellement je suis port oublier4 ,si je me suis confi et livr entirement ma mmoire1 j'exerce sur elle un tel effort que je l'accable et qu'elle s'effraie de sa charge4 ,plus je m'en repose sur elle1 plus je suis hors de moi au point de ne savoir quelle contenance tenir2 quelquefois je me suis vu trs en peine pour cacher les embarras que cela me causait1 notamment quand j'avais dessein de simuler1 en parlant1 une profonde nonchalance dans mon accent et mon attitude1 et d'appuyer mes paroles de gestes en apparence fortuits et non prmdits1 supposs inspirs par la situation du moment2 en pareil cas1 j'aime aussi peu ne rien dire qui vaille que d'avoir l'air d'tre venu prpar bien parler et ne le pouvoir pas1 ce qui est fort maladroit1 surtout chez des gens de ma profession1 et cote beaucoup qui n'a pas grande facilit pour se tirer d'affaire4 ,la prparation veille plus d'esprance qu'elle ne sert rellement2 on se met souvent sottement en habit pour ne pas mieux sauter que si on tait en blouse3 ,rien n'est moins favorable qui veut plaire1 que de laisser attendre beaucoup de lui 7,cicron74--,on a crit de l'orateur ,curion que1 lorsqu'il se proposait de sectionner son discours en trois ou quatre parties et qu'il avait dtermin le nombre des thses et des raisons qu'il voulait exposer1 il lui arrivait frquemment soit d'en oublier1 soit d'en ajouter une ou deux4 ,je me suis toujours appliqu viter de tomber dans cet inconvnient2 je dteste tout engagement et tout parti pris1 non seulement par dfiance de ma mmoire1 mais parce que cela sent trop l'homme du mtier3 ,ce qu'il y a de plus simple est ce qui convient aux guerriers 7,ovide74 ,du reste1 c'est fini2 je me suis promis de ne plus dsormais m'imposer la charge de prendre la parole dans un lieu o l'on parle avec solennit2 parce que lire un discours crit1 outre que c'est trs sot1 cela est trs dsavantageux pour ceux qui1 par nature1 sont toujours disposs agir2 et quant me risquer improviser en me fiant mon inspiration1 je le ferai moins encore1 elle est chez moi trop vague et trop lourde et ne saurait fournir les reparties soudaines1 parfois importantes1 que la ncessit commande4 ,il fait volontiers des additions son livre1 mais ne corrige pas2 les changements qu'il pourrait y introduire ne vaudraient peut-tre pas ce qui y est4--,fais encore1 lecteur1 bon accueil cette dition de mes ,essais1 ainsi qu' cette troisime addition aux tudes que j'ai dj publies sur moi-mme2 j'ajoute1 mais ne corrige pas4 ,d'abord1 parce que je trouve que celui qui a offert un ouvrage en vente au public1 n'en a plus le droit2 qu'il dise mieux1 s'il le peut1 dans un autre travail1 mais qu'il ne dprcie pas la valeur de celui qu'il a dj vendu4 ,de ceux qui en agissent ainsi1 il ne faudrait rien acheter qu'aprs leur mort4 ,avant de se produire1 qu'ils rflchissent bien ce qu'ils crivent2 qu'est-ce qui les presse8 ,mon livre est toujours le mme1 sauf qu' mesure qu'il en est fait un nouveau tirage1 pour que celui qui veut l'acqurir ne s'en retourne pas les mains absolument vides1 je me permets1 puisque ce n'est qu'une marqueterie mal jointe1 d'y intercaler quelques ornements supplmentaires4 ,ce surcrot ne modifie pas l'dition primitive1 il ne fait que donner une valeur particulire chacune de celles qui suivent1 ce qui est une petite subtilit peut-tre un peu prtentieuse de ma part2 il peut toutefois en rsulter des interversions au point de vue chronologique1 mes historiettes prenant place dans le cours de l'ouvrage1 selon leur opportunit et pas toujours suivant les dates des faits auxquels elles ont trait4 ,une seconde raison qui fait que je ne corrige pas1 c'est qu'en ce qui me regarde1 je crains de perdre au change4 ,mon entendement ne va pas toujours progressant1 il va aussi reculons2 je ne me dfie gure moins des fantaisies qui me passent par la tte en second ou en troisime lieu que de celles qui sont closes les premires1 des fantaisies prsentes que des fantaisies passes2 souvent nous nous rectifions aussi sottement que nous corrigeons les autres4 ,j'ai vieilli de plusieurs annes depuis mes premires publications qui ont vu jour en mil cinq cent quatre vingts1 mais je doute m'tre assagi de si peu que ce soit4 ,moi cette heure et moi autrefois1 sommes rellement deux2 quel est le meilleur8 en vrit1 je ne saurais le dire4 ,il ferait bon de vieillir1 si nous ne cessions d'aller nous amliorant2 mais nous n'avanons qu' la faon des ivrognes1 en titubant1 en prouvant des vertiges1 sans direction dfinie1 ou encore1 semblables des 99 joncs que l'air agite au gr de ses caprices4--,antiochus avait1 dans ses crits1 pris vigoureusement parti pour l',acadmie2 sur ses vieux ans1 il se rangea du parti contraire2 quel que soit celui que j'aurais embrass1 n'et-ce pas t suivre ,antiochus8 ,aprs avoir tabli que nous devons douter de toutes les opinions humaines1 vouloir tablir que nous devons les tenir pour certaines1 n'est-ce pas affirmer le doute et non la certitude1 et donner penser que si notre vie devait se prolonger1 notre imagination1 toujours en proie de nouvelles agitations1 en deviendrait non pas meilleure1 mais diffrente8 ,il s'en rapporte uniquement ses diteurs pour l'orthographe et la ponctuation2 des fautes d'autre nature peuvent tre releves dans le texte2 le lecteur1 qui est au fait de ses ides1 les rectifiera de lui-mme4--,la faveur du public1 en me rassurant plus que je n'esprais1 m'a donn plus de hardiesse2 mais ce que je crains le plus c'est de rassasier2 je prfrerais en tre encore aux premires publications de mes ,essais1 que de lasser en les multipliant1 comme a fait un savant de mon poque4 ,la louange est toujours agrable de qui elle vienne et pour quelque raison que ce soit2 encore faut-il1 pour qu'elle plaise juste titre1 savoir quelle en est la cause2 les imperfections elles-mmes peuvent y donner lieu4 ,l'estime du vulgaire n'est d'ordinaire pas heureuse dans les choix sur lesquels elle se porte1 et je me trompe bien si1 en ces temps-ci1 les plus mauvais crits ne sont pas ceux auxquels va de prfrence la faveur populaire4 ,aussi je rends grce aux honntes gens qui daignent prendre en bonne part mes faibles efforts4 ,il n'est pas d'ouvrage o les fautes que peut prsenter un texte1 ressortent autant que dans ceux qui traitent de sujets qui n'intressent pas par eux-mmes4 ,ne t'en prends pas moi1 lecteur1 de celles qui se sont glisses dans celui-ci1 par la fantaisie ou l'inattention d'autres que moi2 chacun1 par les mains de qui il passe1 chaque ouvrier y apporte les siennes4 ,je ne me mle ni d'orthographe 7j'ai seulement recommand de se conformer l'orthographe ancienne71 ni de ponctuation1 n'tant expert ni en l'une1 ni en l'autre4 ,l o le sens est absolument incomprhensible1 je ne m'en mets pas en peine1 on ne risque pas de me l'imputer2 mais quand il n'est qu'altr1 ce qui arrive souvent1 et qu'on me fait dire ce que je ne dis pas1 on me fait grand tort2 toutefois1 si la phrase est trop en contradiction avec ce que l'on peut attendre de moi1 un honnte homme ne saurait l'accepter comme tant mienne4 ,celui qui sait combien peu j'aime le travail et combien je suis attach ma manire de faire1 croira aisment que je dicterais plus volontiers nouveau autant de fois des ,essais1 que de m'assujettir pour chaque nouvelle dition les relire1 pour y apporter des corrections qu'un enfant est mme de faire4 ,plac au foyer des guerres civiles1 il a beaucoup en souffrir1 toutefois jusqu'ici il a chapp au pillage2 malheureusement1 ce n'est pas aux lois qu'il en est redevable et il regrette d'en avoir obligation autrui4--,je disais plus haut que1 vivant au centre des guerres civiles1 au plus profond de la mine qui fournit ce mtal nouveau1 pire que l'airain et le fer1 dont notre ge devrait porter le nom1 non seulement cela me prive de tous rapports d'intimit avec des gens ayant d'autres murs que moi1 unis entre eux par leurs opinions religieuses qui sont autres que les miennes et1 chez eux1 priment toute autre cause de rapprochement1 mais encore je ne suis pas sans courir de risques au milieu de cette masse d'individus qui tout est permis et dont la plupart sont1 vis--vis de la justice1 dans une situation qui ne saurait tre pire2 d'o une licence dpassant toutes bornes4 ,lorsque j'envisage les conditions particulires dans lesquelles je me trouve1 je ne vois personne de mon parti auquel la dfense des lois cote plus qu' moi1 autant1 comme disent les hommes de loi1 par les profits que je ne ralise pas1 que par les pertes que j'prouve2 et tels font les braves1 par le zle et le rigorisme qu'ils dploient1 qui1 tout bien compt1 font beaucoup moins que moi4 ,a tous moments1 dans ma maison qui est facilement abordable et dont l'accs est libre 7car je ne me suis jamais laiss aller la transformer en forteresse1 prfrant de beaucoup voir la guerre se transporter le plus loin possible de mon voisinage71 chacun trouve hospitalit2 cela lui a valu d'tre vue favorablement par tous1 et me prserve d'tre violent chez moi comme ,job sur son fumier4 ,je considre comme un fait extraordinaire et qui mrite d'tre cit qu'elle soit encore vierge de sang et de pillage1 depuis tant de temps que dure cet orage1 au milieu de tant d'agitations et de changements qui se produisent autour d'elle2 car1 dire vrai1 s'il tait possible un homme de mon caractre d'chapper toute vexation1 en vivant dans un milieu o tout le monde aurait eu les mmes opinions et n'en changerait pas1 les incursions et invasions des divers partis1 les alternatives et les vicissitudes de la fortune autour de moi ont1 jusqu' prsent1 plutt exaspr que dcourag le pays et m'exposent des dangers et des difficults qu'il m'est impossible d'viter4 ,j'y chappe1 mais je regrette que ce soit plus du fait de ma bonne fortune et aussi de ma prudence que de la justice2 je regrette de ne point me trouver protg par les lois et d'tre oblig de me placer sous une autre sauvegarde4 ,en l'tat1 je vis plus d' moiti par la faveur d'autrui1 ce qui m'est une dure obligation4 ,je ne voudrais devoir ma sret ni la bont1 ni la bienveillance des grands qui tolrent mon attachement la lgalit et la libert2 non plus qu' la facilit des murs de mes anctres et des miennes2 qu'arriverait-il en effet1 si j'tais autre8 ,ma conduite et ma franchise dans mes rapports avec mes voisins leur crent1 ainsi qu' ma parent1 des obligations mon gard2 il est cruel qu'il leur soit loisible de satisfaire ces obligations en consentant me laisser vivre1 et qu'ils puissent dire3 ,la libert de continuer la clbration du service divin dans la chapelle de sa maison1 alors que nous avons rendu dsertes 99 et ruin toutes les glises d'alentour1 est une concession de notre part2 nous lui concdons encore l'usage de ses biens et de la vie en retour de ce que lui-mme1 l'occasion1 veille la conservation de nos femmes et de nos bufs4 ,voil longtemps en effet que1 dans ma famille1 nous mritons ces mmes louanges qu' ,athnes1 on donnait ,lycurgue qui tait le dpositaire et le gardien habituel des bourses de ses concitoyens4--,or1 j'estime que la vie est pour nous un droit que nous tenons d'en haut1 et qu'elle ne saurait tre ni une rcompense1 ni une grce qu'on nous octroie2 que de nobles gens ont prfr la perdre1 que d'en tre redevables autrui6 ,je cherche me soustraire toute obligation quelle qu'elle soit1 mais surtout celles qui peuvent rsulter d'un devoir d'honneur2 je ne trouve rien de si onreux que ce qui me vient par don1 et lie ma volont par la gratitude laquelle cela m'oblige4 ,j'accepte plus volontiers les services qui se vendent2 je le crois bien3 pour ceux-ci je n'ai que de l'argent donner1 pour les autres je me donne moi-mme4 ,il se considre comme absolument li par ses engagements2 la reconnaissance lui est lourde1 aussi tient-il pour avantageux de se trouver dlivr1 par leurs mauvais procds son gard1 de son attachement envers certaines personnes4--,l'honntet me lie1 ce me semble1 bien plus troitement et plus srement que ne le fait la contrainte lgale2 les obligations contractes devant notaire1 me psent moins que celles contractes par moi-mme3 n'est-il pas rationnel1 en effet1 que ma conscience se trouve d'autant plus engage qu'on s'est tout simplement fi elle8 ,l o elle n'est pas intresse1 elle ne doit rien1 puisque ce n'est pas elle que l'on s'est adress2 qu'on recoure la confiance sur laquelle on a compt1 aux assurances qu'on a prises en dehors de moi4 ,il me coterait beaucoup moins de franchir pour m'vader les murs d'une prison1 et de me mettre en opposition avec les lois1 que de violer ma parole4 ,je suis scrupuleux observateur de mes promesses1 au point d'en tre superstitieux2 aussi1 quand je le puis1 je n'en fais gure1 quelque propos que ce soit1 que de vagues et de conditionnelles4 ,celles mmes qui sont sans importance bnficient de la rgle que je me suis impose2 elles sont pour moi un tourment1 et ce m'est un soulagement de leur donner satisfaction4 ,de mme1 quand j'ai en tte quelque projet que j'ai form et ai toute libert cet gard2 si j'en dis l'objet1 je considre que cela seul me constitue une obligation de l'accomplir1 et qu'en faire part autrui1 c'est prendre un engagement envers moi-mme2 il me semble que dire1 c'est promettre2 aussi suis-je trs rserv pour communiquer ce que je me propose de faire4--,les condamnations portes par moi sur moi-mme me sont plus sensibles et plus dures que si elles manaient de juges qui ne peuvent sur moi que ce qu'ils peuvent sur tout le monde2 l'treinte de ma conscience a une action autrement puissante et plus svre4--,je satisferais mollement des devoirs auxquels on me contraindrait1 si mme je m'y soumettais3 ,l'acte le plus juste n'est juste qu'autant qu'il est volontaire 7,cicron72 si la libert ne lui donne du lustre1 il manque de grce et ne fait pas honneur4 ,je ne fais rien de bonne grce si ma volont n'y a part 7,trence72 et elle se dsintresse en partie1 lorsque ce dont il s'agit m'est impos par la ncessit1 parce que dans les choses qu'une autorit suprieure ordonne1 on sait plus de gr celui qui commande qu' celui qui excute 7,valre ,maxime74 ,j'en connais qui poussent au point d'tre injustes1 ce sentiment de ne pas vouloir paratre cder la contrainte2 ils disent qu'ils donnent quand ils ne font que rendre1 qu'ils prtent quand ils ne font que payer2 et envers ceux auxquels ils sont tenus de faire le bien1 ils s'en acquittent le plus chichement qu'ils peuvent4 ,je ne vais pas jusque-l1 mais peu s'en faut4 ,j'aime tant tre dcharg et dli de toute obligation1 que j'ai parfois considr comme avantageuses les ingratitudes1 offenses et indignits dont ont pu se rendre coupables mon gard ceux de qui1 soit naturellement1 soit par accident1 j'avais reu quelques services d'ami2 prenant occasion de leur faute1 pour me donner quittance moi-mme et me soustraire l'acquittement de ma dette4 ,tout en continuant leur rendre extrieurement ce que commandent les plus stricts devoirs de socit1 je trouve cependant grand bnfice ne faire que parce que je le dois1 ce qu'auparavant je faisais par affection1 et me soulager un peu de la sorte de la part d'attention et de sollicitude qu'intrieurement y et prise ma volont1 qui1 chez moi1 quand j'y cde1 est trop prcipite et trop imprieuse1 du moins pour un homme qui ne veut on quoi que ce soit subir de pression3 ,il est prudent de retenir1 comme on le fait d'un char dans les courses1 les lans trop fougueux de la bienveillance 7,cicron74 ,cette attnuation de mon premier mouvement me console des imperfections de ceux qui me touchent2 je dplore qu'ils en vaillent moins1 mais1 par contre1 j'y gagne de leur tre moins attach et d'tre moins engag vis--vis d'eux4 ,j'approuve celui qui aime moins son enfant parce qu'il est teigneux ou bossu1 et non seulement quand il est mchant1 mais encore lorsqu'il est mal constitu et difforme 7,dieu lui-mme en a1 par l1 dprci la valeur naturelle71 sous condition toutefois d'apporter1 dans cette diminution d'affection1 de la modration et une exacte justice4 ,la parent1 mes yeux1 n'attnue pas les dfauts2 elle les aggrave plutt4 ,il ne doit rien aux grands et ne leur demande que de ne pas s'occuper de lui2 il s'applique tout supporter1 se passer de tout2 il ne veut avoir d'obligations envers personne1 et1 s'il ne peut l'viter1 souhaite que ce soit pour toute autre chose qu'obtenir protection contre les fureurs de la guerre civile4--,aprs tout1 par la faon dont j'entends que doivent se pratiquer la bienfaisance et la reconnaissance1 qui sont choses bien dlicates et d'usage si rpandu1 je ne vois personne qui1 jusqu' cette heure1 soit plus libre et moins tenu par ses obligations que je ne le suis4 ,ce que je dois1 je le dois simplement en raison de celles que nous tenons de la nature et que nous avons tous2 en dehors d'elles1 personne n'est plus indpendant3 ,les prsents des grands me sont inconnus 7,virgile74 ,les princes me donnent beaucoup s'ils ne m'tent rien2 ils me font suffisamment de bien quand ils ne me font pas de mal3 c'est tout ce que je leur demande4 ,oh6 combien je suis reconnaissant envers ,dieu1 de ce qu'il lui a plu que je reoive directement de sa grce tout ce que je possde et n'aie de dette que vis--vis de lui6 ,combien je supplie instamment sa sainte misricorde que jamais je ne doive personne de grands remerciements pour des choses essentielles6 ,bnie soit mon indpendance1 qui m'a accompagn si avant dans la vie2 puisse-t-elle se continuer jusqu'au bout6 ,je m'efforce de n'avoir un besoin absolu de personne3 ,toutes mes esprances sont en moi 7,trence72 cela est possible tout le monde1 mais surtout ceux que ,dieu a mis l'abri des ncessits urgentes que la nature elle-mme nous impose4 ,c'est une situation bien digne de piti et pleine de hasards que de dpendre d'autrui2 nous ne pouvons toujours l'viter2 nous ne sommes pas pour cela assez assurs de nous-mmes1 ce qui serait pourtant ce qu'il y aurait de plus sage1 de plus adroit et de plus sr4 ,je n'ai rien que moi1 qui soit moi1 et la possession que j'en ai est mme en partie dfectueuse et emprunte4 ,je m'applique avoir du courage1 ce qui est la meilleure des garanties2 et aussi me mnager un mode d'existence qui puisse me rendre la vie supportable si1 d'autre part1 tout venait me manquer4 ,hippias d'lis ne se pourvut pas seulement de science pour1 au sein des ,muses1 pouvoir au besoin demeurer agrablement sans autre compagnie1 et de philosophie pour apprendre son me1 si le sort l'ordonnait1 se contenter par elle-mme et se passer courageusement des commodits de la vie qui ont leur source en dehors de nous2 il fut encore soucieux d'apprendre faire sa cuisine1 sa barbe1 ses robes1 sa chaussure1 ses hauts-de-chausse pour1 autant qu'il se pouvait1 ne faire fond que sur lui-mme et se soustraire toute assistance trangre4--,on jouit bien plus librement et plus gament des biens qui nous arrivent occasionnellement et pour un temps limit1 quand cette jouissance n'est pas pour nous d'obligation1 qu'elle n'est pas impose par le besoin et que1 de sa propre volont et de sa bonne fortune1 on a la force et les moyens de s'en passer4 ,je me connais bien1 et m'imagine malaisment qu'une libralit si gnreuse ft-elle de quelqu'un mon gard1 qu'une hospitalit aussi franche et dsintresse qu'elle puisse tre1 qui me seraient offertes1 me produisissent d'autre effet que celui d'une disgrce1 d'une tyrannie1 auxquelles se joindraient les reproches que je m'adresserais si1 press par la ncessit1 j'avais t amen les accepter4--,donner est le signe distinctif des gens ambitieux et qui ont des prrogatives2 de mme qu'accepter est une marque de soumission2 tmoin l'injurieux refus que fit ,bajazet des prsents que ,tamerlan lui envoyait1 ce qui dtermina un conflit entre eux4 ,l'offre de cadeaux faite par l'empereur ,soliman l'empereur de ,calicut1 indigna ce dernier tel point que non seulement il les refusa durement1 disant que ni lui ni ses prdcesseurs n'avaient coutume de recevoir et qu'il tait au contraire de tradition chez eux de donner1 mais que1 de plus1 il fit jeter dans un cachot les ambassadeurs qui lui avaient t envoys cet effet4--,quand1 dit ,aristote1 ,thtis flatte ,jupiter1 que les ,lacdmoniens flattent les ,athniens1 ils ne vont pas leur rappeler le bien qu'eux-mmes leur ont fait1 ce qui est toujours dplaisant entendre2 ce qu'ils leur rappellent1 ce sont les bienfaits qu'ils en ont reus4--,les gens que je vois recourir si familirement n'importe qui1 et contracter des engagements avec le premier venu1 ne le feraient pas1 s'ils savouraient comme moi la douceur d'une libert absolue1 et si les obligations qu'ils contractent de la sorte1 leur pesaient autant qu'il convient un sage2 on paie parfois ces engagements1 on ne s'en dgage jamais4 ,cruel esclavage pour qui aime la libert et y avoir les coudes franches dans tous les sens4 ,mes connaissances1 tant celles qui1 dans l'chelle sociale1 sont au-dessus de moi que celles qui sont au-dessous1 savent si jamais ils ont vu quelqu'un moins solliciter1 requrir1 supplier que je ne fais et tre moins charge autrui que je ne suis4 ,il n'est pas tonnant que je sois ainsi1 si diffrent sur ce point de tout ce qu'on peut voir notre poque1 alors que tant de particularits de mon caractre y contribuent3 un peu de fiert naturelle1 l'impatience que me cause un refus1 le peu d'tendue de mes dsirs et de mes projets1 mon inhabilet en toutes sortes d'affaires1 enfin mes qualits favorites1 l'oisivet et l'indpendante2 tout cela fait que j'prouve une haine mortelle dpendre de quelqu'un autre que moi1 comme avoir sous ma dpendance quelqu'un qui ne soit pas moi4 ,je fais les plus grands efforts pour me passer de tout concours tranger avant de me dterminer recourir la bienfaisance d'autrui1 en quelque occasion ou besoin1 pressant ou non1 que ce soit4--,mes amis m'importunent trangement quand ils me demandent de solliciter 99 en leur faveur auprs d'un tiers2 il m'en cote peu prs autant1 je crois1 de librer quelqu'un qui me doit en usant de lui1 que de m'engager moi-mme envers quelqu'un qui ne me doit rien4 ,ceci mis part1 et aussi tant tabli qu'on ne me demande rien qui exige des dmarches et me cause des soucis 7je suis en guerre ouverte avec tout ce qui ncessite que je me donne la moindre peine71 je suis d'un abord facile et prt venir en aide aux besoins de chacun4 ,mais j'ai plus encore fui recevoir1 que je n'ai cherch donner2 ne pas recevoir est du reste1 au dire d',aristote1 bien plus ais pratiquer4 ,ma bonne fortune ne m'a gure permis de faire un peu de bien aux autres2 mais le peu que j'ai pu faire1 est tomb sur des gens qui m'en ont su peu de gr4 ,si elle m'et fait natre pour occuper un certain rang parmi les hommes1 j'eusse souhait me faire aimer1 plutt que craindre ou admirer2 ou plus effrontment1 j'aurais autant regard plaire qu' tirer profit4 ,cyrus1 par l'organe d'un trs bon capitaine1 philosophe encore meilleur1 estime trs sagement que sa bont et ses bienfaits sont d'un prix autrement grand que sa vaillance et les conqutes qu'il doit la guerre4 ,de mme le premier ,scipion1 partout o il veut donner bonne opinion de lui-mme1 place son amnit et son humanit au-dessus de sa hardiesse et de ses victoires1 et a toujours la bouche ce mot qui lui fait tant d'honneur1 qu'il a donn lieu de l'aimer autant ses ennemis qu' ses amis4 ,je dis donc que s'il faut quand mme avoir des obligations autrui1 il serait plus juste qu'elles aient des causes autres que celles dont je parle1 qui dcoulent de nos malheureuses guerres civiles1 et qu'elles me fassent dbiteur d'une dette moins lourde que n'est celle que constitue ma conservation totale1 corps et biens2 cela m'accable4 ,ces guerres font qu'il vit dans des transes continues2 c'est l une des causes qui font qu'il voyage tant1 bien qu'il ne soit pas assur de trouver mieux4--,je me suis couch mille fois chez moi1 m'imaginant que1 dans la nuit mme1 je serais victime d'une perfidie quelconque et qu'on m'assommerait1 demandant la fortune que ce ft sans que j'en prouve d'effroi et qu'on ne me ft pas languir4 ,que de fois1 aprs avoir dit mon ,pater1 ne me suis-je pas cri3 ,ces terres cultives vont-elles donc devenir la proie d'un soldat barbare 7,virgile78 ,a cela1 pas de remde6 c'est ici le lieu o nous sommes ns1 la plupart de mes anctres et moi2 ils l'ont aim et y ont attach leur nom4 ,nous nous endurcissons tout ce quoi nous nous accoutumons et1 dans une condition aussi misrable qu'est la ntre1 l'habitude est un prsent bien prcieux de la nature2 elle endort notre sensibilit et nous prserve des souffrances que nous causeraient certains maux4--,les guerres civiles ont cela de pire que les autres1 c'est que tous nous sommes faire le guet dans nos maisons3 ,qu'il est malheureux d'avoir protger sa vie par des portes et des murailles1 et d'tre peine en sret dans sa propre maison 7,ovide76 ,c'est en tre rduit une grande extrmit que d'tre menac jusque chez soi et au milieu des siens4 ,la rgion o je demeure est toujours expose la premire nos troubles et la dernire en tre dbarrasse2 la paix n'y est jamais complte3 ,mme en paix1 nous ne cessons de redouter la guerre 7,ovide74--,toutes les fois que la fortune a rompu la paix1 c'est ici le chemin de la guerre2 pourquoi le sort ne m'a-t-il pas donn plutt des demeures errantes dans les climats brlants1 ou sous l',ourse glace 7,lucain78 ,parfois je trouve moyen1 par la nonchalance et la lchet avec laquelle je les envisage1 de me rassurer contre ces proccupations qui1 quelquefois aussi1 nous portent avoir de la rsolution4--,il m'arrive souvent de me figurer1 non sans un certain plaisir1 que je suis sous le coup de dangers mortels et de m'y rsigner2 alors1 tte baisse1 sans plus y rflchir ni entrer dans d'autres considrations1 je me plonge stupidement1 en imagination1 dans la mort comme je me prcipiterais dans un abme silencieux et obscur qui m'engloutirait du premier coup1 et instantanment s'empare de moi un lourd sommeil1 sous l'effet duquel je demeure insensible et inerte et qui m'touffe4 ,la dlivrance que j'en espre1 fait que la perspective d'une mort courte et violente me console plus que 99 ne me trouble la crainte que j'en ai4 ,la vie n'en vaut pas mieux1 dit-on1 quand elle est de longue dure2 d'autre part1 la mort est d'autant meilleure qu'elle est moins longue4 ,je ne m'pouvante pas tant d'tre mort1 que du temps que je mettrai mourir4 ,je me replie sur moi-mme et me tiens coi devant cet orage qui1 dans une de ses rafales rapides et dont je m'apercevrai peine1 doit m'aveugler et m'emporter avec furie4 ,encore s'il advenait ce qui1 au dire de certains jardiniers1 arrive aux roses et aux violettes1 qui naissent plus odorantes quand elles poussent auprs d'ails et d'oignons1 lesquels sucent et attirent eux toute la mauvaise odeur qui peut se trouver dans la terre1 et que ces natures dpraves humassent le venin de l'air et de la rgion o je vis1 les rendant par leur voisinage meilleurs et plus purs1 je ne perdrais pas tout6 ,mais il n'en est pas ainsi2 cependant1 il peut en rsulter que la bont apparaisse plus belle et plus attrayante en devenant plus rare1 et que1 dans ce milieu qui lui est si contraire et qui est si ml1 l'honntet surgisse1 enflamme par l'opposition qu'elle rencontre et la gloire qu'elle y trouverait4 ,les voleurs1 dans leur amabilit1 ne m'en veulent pas d'une faon particulire2 je ne leur en veux pas davantage1 il me faudrait en vouloir trop de gens4 ,les robes les plus diverses abritent mmes consciences2 la cruaut1 la dloyaut1 le vol y sont tout pareils1 et d'autant plus nuisibles qu'ils s'exercent plus lchement1 plus srement1 la drobe1 sous l'ombre des lois4 ,je hais moins l'injustice avoue que celle qui a recours la trahison1 celle engendre par les dsordres de la guerre que celle qui se produit en paix et revt des formes judiciaires4 ,la fivre qui nous tient1 s'est dclare dans un corps dont elle n'a gure empir l'tat2 le feu y couvait1 la flamme n'a fait qu'clater2 il y a plus de bruit1 le mal n'est pas beaucoup plus grand4--,a ceux qui me demandent pourquoi je voyage tant1 je rponds d'ordinaire que je sais bien ce que je fuis1 mais non ce que je vais trouver2 et lorsqu'on me dit qu' l'tranger l'tat sanitaire peut tre aussi mauvais1 que les murs n'y 99 valent pas mieux que chez nous1 je rponds d'abord que c'est difficile1 tant le crime s'est multipli parmi nous 7,virgile72 puis1 qu'il y a toujours profit changer une situation mauvaise contre une autre qui est incertaine1 et que nous ne devons pas ressentir les maux qui psent sur autrui au mme degr que les ntres4 ,il aime ,paris1 n'est franais que par cette capitale2 puisse-t-elle ne pas tre en proie aux dissensions intestines1 ce serait sa ruine4--,je ne veux pas oublier que1 si courrouc que je puisse tre contre la ,france1 je ne cesse de regarder ,paris d'un bon il4 ,paris a mon cur depuis mon enfance1 et j'prouve son sujet ce qui arrive de tout ce qui est excellent2 c'est que plus j'ai vu1 depuis1 d'autres belles villes1 plus la beaut de celle-ci a grandi et gagn dans mon affection4 ,je l'aime pour elle-mme et l'aime plus1 telle qu'elle est en temps habituel1 que lorsque des ftes viennent ajouter son clat2 je l'aime tendrement jusque dans ses imperfections et ses taches2 je ne suis franais que par cette grande cit1 si peuple1 si heureusement situe2 mais surtout1 grande et incomparable par le nombre et la varit des facilits de toute nature qu'on y trouve2 elle est la gloire de la ,france et l'un des plus nobles ornements du monde4 ,dieu veuille en chasser au loin ce qui nous divise6 ,non livre aux partis1 unie1 elle est l'abri de toute violence2 mais je l'en avertis1 ce qui peut lui arriver de pis serait qu'elle soit en butte aux factions2 je ne crains pour elle qu'elle-mme1 mais crains malheureusement pour elle autant que pour toute autre partie du royaume4 ,tant qu'elle demeurera indemne1 je ne manquerai pas de lieu de retraite o je puisse aller finir mes jours1 et de nature ne m'en faire regretter aucun autre4 ,il regarde tous les hommes1 quelque nation qu'ils appartiennent1 comme ses compatriotes2 le monde entier est pour lui une patrie4--,ce n'est pas parce que ,socrate l'a dit1 mais parce qu'en vrit je pense de la sorte1 tous les hommes sont pour moi des compatriotes2 et ce sentiment1 je suis mme port l'exagrer2 j'embrasse un ,polonais comme je ferais d'un ,franais1 faisant passer le lien qui unit les individus d'une mme nation1 aprs celui qui nous est commun avec tous les habitants de l'univers4 ,je ne suis gure entich de la douceur de l'air natal2 les connaissances nouvelles que j'ai faites de moi-mme1 me semblent bien valoir les connaissances banales et d'occasion rsultant du voisinage2 les amitis franches que nous contractons l'emportent d'ordinaire sur celles que nous devons une communaut de climat ou de sang4 ,la nature nous a mis au monde libres de tout engagement1 et nous nous emprisonnons de nous-mmes dans des limites restreintes comme les rois de ,perse qui se faisaient une obligation de ne jamais boire que de l'eau du fleuve ,choaspe1 et renonaient sottement au droit qu'ils avaient d'user de toute autre eau1 semblant1 en ce qui les touchait1 considrer comme sec tout le reste du monde4--,sur sa fin1 ,socrate estimait qu'une sentence d'exil tait pire qu'une sentence de mort2 je ne suis pas de son avis et ne tomberai jamais tellement en enfance1 ni ne serai si troitement infod mon pays1 que je me range cette ide4 ,ces vies1 dignes de cratures clestes1 ont des manifestations que j'estime plus que je ne les aime2 elles en ont aussi de si hautes et de si extraordinaires1 que mon estime mme ne peut atteindre pareille lvation1 d'autant que je n'arrive seulement pas les concevoir4 ,ce sentiment1 de la part de ,socrate1 ne tmoigne-t-il pas d'une tendresse excessive chez un homme qui considrait l'univers comme sa patrie8 il est vrai qu'il n'aimait pas les voyages et n'avait gure mis le pied hors de l',attique4 ,que dire aussi de ne pas vouloir que ses amis rachtent sa vie de leurs deniers1 et de son refus1 pour ne pas dsobir aux lois une poque o leur corruption tait si grande1 de se prter l'excution d'un complot qui l'et dlivr de sa prison8 ,ces exemples1 qu'il nous donne1 rentrent mon sens dans cette premire catgorie de sentiments que j'estime plus que je ne les partage4 ,quant ceux de la seconde catgorie1 d'une lvation telle que mon estime n'arrive pas leur hauteur1 il en est des exemples que je pourrais citer de lui2 et1 dans le nombre1 il s'en trouve d'une vertu si rare1 qu'ils dpassent ce dont je suis capable2 quelques-uns mme outrepassent ce que mon jugement peut admettre4 ,avantages que ,montaigne trouve voyager2 il demeure sans peine huit dix heures conscutives cheval et1 sauf les chaleurs excessives1 ne redoute aucune intemprie4--,outre ces raisons1 voyager me semble encore un exercice profitable1 parce que l'me y est continuellement convie remarquer des choses nouvelles qu'elle ne connat pas2 et1 ainsi que je l'ai dit souvent1 je ne sais pas de meilleure cole pour la dresser1 que de lui mettre sans cesse sous les yeux la si grande diversit d'existence1 d'ides1 d'usages qui se rencontrent et de lui faire goter cette perptuelle varit de formes de notre nature4 ,le corps1 lui1 n'y est ni oisif1 ni puis par le travail2 cette agitation modre le tient en haleine4 ,tout tourment que je suis de coliques1 je reste cheval huit dix heures sans en descendre et sans que cela m'ennuie1 au del des forces et de la sant d'un vieillard 7,virgile72 aucun temps ne m'est contraire1 sauf la chaleur accablante d'un soleil torride1 car je n'use pas des ombrelles dont1 depuis les anciens ,romains1 on se sert en ,italie et qui fatiguent plus les bras qu'elles ne soulagent la tte4 ,je voudrais bien connatre le procd1 employ dans l'antiquit par les ,perses lorsque le luxe a commenc s'introduire chez eux et que mentionne ,xnophon1 pour se mnager leur convenance de l'air frais et de l'ombre4 ,j'aime la pluie et la boue autant qu'un canard4 ,je suis insensible aux changements climatriques et atmosphriques1 et qu'il fasse beau ou non1 c'est tout un pour moi2 je ne souffre que des variations qui se produisent dans mon individu et elles sont moins frquentes quand je voyage4--,je suis assez difficile mettre en mouvement2 j'hsite autant devant un petit dplacement que pour un grand1 faire mes prparatifs de dpart pour une journe d'absence pour aller visiter un voisin que pour un vrai voyage2 mais1 une fois en route1 je vais aussi longtemps qu'on veut4--,j'ai l'habitude de faire l'tape1 comme font les ,espagnols1 tout d'une traite et mes journes aussi longues qu'elles peuvent raisonnablement l'tre4 ,pendant les fortes chaleurs1 je marche de nuit1 du soleil couchant au soleil levant4 ,l'autre faon qui1 afin de se restaurer1 consiste s'arrter en route pour dner comme on peut et la hte1 est incommode1 surtout pendant les jours courts4 ,mes chevaux se trouvent beaucoup mieux de mon systme2 jamais aucun1 qui a pu faire avec moi la premire journe1 ne m'a laiss en route4 ,je les fais boire partout1 pourvu qu'il reste assez de chemin faire1 pour qu'ils aient le temps de digrer leur eau4 ,ma paresse me lever permet aux gens de ma suite de dner leur aise avant de partir2 pour moi1 il n'est jamais trop tard pour manger1 l'apptit me vient en mangeant et jamais autrement1 je n'ai faim que lorsque je me mets table4 ,on le blme de ce que1 vieux et mari1 il quitte sa maison pour voyager2 n'y laisse-t-il pas une gardienne fidle qui y maintient l'ordre8 ,sa femme n'est pas de celles qui vivent dans l'oisivet4--,quelques personnes me reprochent de me plaire encore voyager bien que je sois mari et vieux4 ,elles ont tort2 il vaut mieux ne quitter sa maison que lorsqu'on l'a mise sur le pied de pouvoir se passer de nous1 et qu'on y a tabli un ordre qui ne court pas risque de se dranger4 ,il est bien autrement imprudent de s'en loigner quand on n'a pas y laisser une garde aussi sre qu'il m'est donn de le faire1 sur laquelle on puisse autant compter qu'elle pourvoira tout ce qui vous est ncessaire4 ,la science1 l'occupation les plus honorables et les plus utiles une mre de famille1 sont celles du mnage4 ,j'en vois qui sont avares et fort peu bonnes mnagres2 c'est leur qualit matresse qui prime toute autre1 comme tant l'unique apport capable de ruiner ou de sauver nos maisons4 ,quoi qu'on puisse dire1 l'conomie domestique1 d'aprs l'exprience que j'en ai1 est la vertu que je place chez une femme marie au-dessus de n'importe quelle autre4 ,en voyageant1 je mets ma femme mme de l'exercer1 lui laissant en main durant mon absence toute l'administration de mes biens4 ,je vois avec dpit le mari1 dans quelques intrieurs1 revenant vers midi1 maussade1 soucieux du tracas des affaires1 et trouvant ,madame dans son cabinet de toilette1 encore occupe se coiffer et s'attifer2 cela est bon pour les reines1 et encore je ne sais trop4 ,il est ridicule et injuste que notre sueur et notre travail servent entretenir l'oisivet de nos femmes4 ,je ne crois pas que personne ait des affaires moins embarrasses que moi1 mes biens me donnent toute tranquillit et ne sont grevs d'aucune dette2 mais si le mari apporte les revenus1 il est dans la nature mme des choses que la femme dirige leur mise en uvre4 ,on objecte que c'est tmoigner peu d'affection sa femme que de s'en loigner1 mais l'absence momentane aiguise au contraire le dsir de se revoir2 on n'aime pas moins un ami absent que prsent4--,on dit que l'absence peut influer sur les devoirs qu'impose l'affection maritale1 je ne le crois pas2 ces devoirs peuvent au contraire se ressentir de rapports trop continus1 trop d'assiduits blessent4 ,toute femme qui nous est trangre ne nous parat-elle pas une honnte femme8 et chacun ne sait-il pas par exprience que se voir continuellement1 ne peut procurer un plaisir gal celui que l'on ressent quand on se quitte et qu'on se rejoint par intervalles8 ,ces interruptions ravivent en moi l'amour que je porte aux miens1 et me fait paratre plus doux le temps que je passe chez moi2 le foyer domestique succdant au voyage et rciproquement1 je n'en suis que plus dispos pour passer de l'un l'autre4 ,je sais que l'amiti a les bras assez longs pour se maintenir et se joindre d'un coin du monde l'autre2 surtout celle de mari femme1 o il y a un continuel change de services qui en rveillent l'obligation et le souvenir4 ,les ,stociens ne disent-ils pas qu'il y a une si grande union et liaison intime entre les sages1 que si l'un d'eux dne en ,france1 son compagnon1 qui est en gypte1 s'en trouve rassasi2 et qu'il suffit l'un d'eux d'tendre le doigt n'importe o1 pour que tous les sages sur la surface de la terre en ressentent assistance8 ,la jouissance et la possession dpendent beaucoup de l'imagination1 qui toujours embrasse avec plus d'ardeur et de persistance ce qu'elle recherche que ce que nous touchons4 ,reportez-vous vos amusements de chaque jour1 vous trouverez que c'est surtout quand il est l que vous pensez le moins votre ami2 sa prsence fait que votre attention se relche et donne votre pense loisir de s'absenter toute heure et toute occasion4--,hors de chez moi1 ,rome1 je surveille et dirige ma maison et ce qui m'y intresse2 je vois s'lever et dmolir mes murailles1 crotre et dcrotre mes arbres et mes rentes1 deux doigts prs1 comme lorsque j'y suis3 ,j'ai constamment sous les yeux ma maison et jusqu' la moindre disposition des lieux que j'ai quitts 7d'aprs ,ovide74 ,si nous ne jouissions que de ce que nous touchons1 adieu nos cus quand ils sont dans nos coffres1 et nos enfants quand ils sont la chasse4 ,les voulons-nous plus prs de nous8 s'ils sont au jardin1 estimez-vous que ce soit loin8 s'ils sont une demi-journe1 qu'en dites-vous8 dix lieues1 est-ce loin ou prs8 si c'est prs1 qu'est-ce1 suivant vous1 que onze1 douze1 treize lieues8 et ainsi de proche en proche4 ,je serais d'avis que la femme mme de dire son mari3 ,a tant de pas c'est tre prs2 partir de tant1 cela devient loin1 fixe1 entre les deux1 la limite laquelle il devra se tenir3 ,dites un chiffre pour viter toute contestation1 sinon j'use de la latitude que vous me laissez2 et1 de mme que j'arracherais crin par crin la queue d'un cheval1 je retranche une lieue1 puis une autre1 jusqu' ce qu'il ne vous en reste plus et que vous soyez vaincu par la force de mon raisonnement 7,horace74 ,qu'elle appelle hardiment la philosophie son secours1 celle qui on pourrait reprocher que ne voyant ni l'un ni l'autre des deux bouts qui constituent le point de jonction entre le trop et le pas assez1 le long et le court1 le lger et le lourd1 le prs et le loin1 ne distinguant ni le commencement ni la fin1 ne peut juger du milieu qu'avec bien de l'incertitude3 la nature ne nous permet pas de connatre la limite des choses 7,cicron74--,les femmes cessent-elles d'tre les pouses et amies des gens trpasss1 alors qu'elles-mmes sont encore de ce monde et qu'eux sont dans l'autre8 ,nous embrassons par la pense1 non seulement les absents1 mais encore ceux qui ne sont plus et ceux qui ne sont pas encore4 ,nous n'avons pas fait march1 en nous mariant1 de nous tenir souds indissolublement l'un l'autre1 comme font je ne sais quels petits insectes que nous voyons1 ou la faon des chiens1 comme les ensorcels de ,karenty2 une femme ne doit pas avoir les yeux si avidement fixs sur le devant de son mari1 qu'elle ne puisse le voir par derrire1 quand besoin en est4 ,le mot de ce pote1 qui peint si bien leur caractre1 ne serait-il pas ici sa place pour rvler le motif de leurs plaintes3 ,tardez-vous rentrer6 votre pouse s'imagine que vous en aimez une autre1 ou que vous en tes aim1 que vous buvez1 ou que vous vous amusez2 enfin que tout le bon temps est pour vous et le mauvais pour elle 7,trence72 ou bien ne serait-ce pas que l'opposition et la contradiction sont dans leur nature et constamment en veil chez elles1 et qu'elles se tiennent pour peu prs satisfaites1 du moment qu'elles vous gnent4 ,dans l'amiti vritable1 de laquelle j'ai qualit pour parler1 je me donne mon ami plus que je ne le tire moi4 ,non seulement je prfre lui faire du bien plutt que ce soit lui qui m'en fasse1 mais j'aime encore mieux qu'il s'en fasse lui-mme que de m'en faire2 c'est quand il s'en fait1 qu'il m'en fait le plus2 et si l'absence lui plat ou le sert1 elle m'est moi-mme plus douce que sa prsence4 ,il n'y a pas du reste proprement parler d'absence1 quand on a moyen de demeurer en relations4 ,avec ,la ,botie1 j'ai autrefois tir grand avantage et agrment de notre loignement3 quand nous nous sparions1 notre vie tait mieux remplie et prenait plus d'extension2 il vivait1 jouissait1 voyait pour moi et moi pour lui1 aussi compltement que si nous avions t l'un et l'autre sur place2 quand nous tions ensemble1 ne faisant qu'un1 une moiti de nous demeurait oisive2 en des lieux spars1 nos volonts s'exerant chacune de leur ct1 leur union produisait davantage4 ,cette faim insatiable de la prsence en corps1 accuse un peu de faiblesse dans la jouissance que les mes doivent ressentir l'une par l'autre4 ,pourquoi craindre de voyager quand on est vieux8 c'est alors que les voyages sont le plus profitables4 ,il peut mourir en route1 dira-ton2 qu'importe6--,on m'allgue la vieillesse2 j'estime que c'est au contraire aux jeunes gens se conformer aux opinions qui ont cours et se gner pour autrui2 ils sont mme de satisfaire la fois et le monde et eux-mmes1 tandis que nous1 nous avons dj trop ne satisfaire que nous seuls4 ,a mesure que les satisfactions naturelles viennent nous manquer1 ddommageons-nous avec celles que nous pouvons nous crer4 ,il est injuste d'excuser la jeunesse de s'adonner ses plaisirs et d'interdire la vieillesse d'en rechercher4 ,jeune1 j'tais gai et n'avais qu' modrer mes passions2 vieux1 je suis triste et il me faut recourir aux distractions4 ,les lois de ,platon interdisent de voyager avant l'ge de quarante ou cinquante ans1 pour que ces prgrinations soient plus utiles et plus instructives2 j'accepterais plus volontiers le second article de ces mmes lois1 l'interdisant aprs soixante4 ,mais1 votre ge1 vous ne reviendrez jamais d'un si long voyage8 me dira-t-on4 ,que m'importe8 je ne l'entreprends ni pour en revenir ni pour l'achever2 j'entreprends uniquement de me mouvoir pendant que le mouvement me plat1 je me promne pour me promener4 ,ceux qui courent aprs de l'argent ou aprs un livre1 ne courent pas2 ceux-l courent1 qui jouent aux barres ou pour s'exercer la course4 ,je puis m'arrter partout1 n'ayant pas de programme dtermin l'avance2 chaque journe marque le terme que je me propose et il en est de mme du cours de ma vie2 cela ne m'a pas empch de visiter beaucoup de localits loignes o j'aurais volontiers fix ma demeure4 ,pourquoi pas8 ,chrysippe1 ,clanthe1 ,diogne1 ,znon1 ,antipater et tant de sages de la secte la plus maussade1 ont bien abandonn leurs pays d'origine1 sans sujet de plainte et uniquement pour aller respirer un autre air4 ,certainement1 le plus grand dplaisir que j'prouve dans mes voyages1 c'est de ne pas les faire avec la rsolution d'tablir ma demeure o je me trouverai bien1 et d'avoir toujours le retour en perspective pour agir suivant ce qui est dans les habitudes4 ,quoiqu'il lui soit indiffrent de mourir l ou ailleurs1 il prfrerait que la mort le surprt cheval et hors de chez lui2 il y serait plus en paix4--,si je craignais de mourir autre part que l o je suis n1 si je pensais mourir moins mon aise loin des miens1 peine sortirais-je de ,france2 je ne sortirais mme pas sans effroi de ma paroisse1 car je sens la mort qui m'treint continuellement par la gorge ou les reins4 ,mais je suis autrement fait2 la mort pour moi est la mme1 n'importe o elle m'atteindra4 ,si toutefois j'avais choisir1 j'aimerais mieux1 je crois1 que ce soit cheval plutt que dans un lit1 de prfrence hors de ma maison et loin des miens4 ,on prouve plus de crve-cur que de consolation prendre cong de ses amis2 c'est un devoir de civilit que j'omettrais volontiers de remplir1 parce que des services auxquels vous engage l'amiti1 celui-l est le seul qui soit dplaisant2 aussi me passerais-je bien de dire ce grand et ternel adieu4 ,s'il y a quelque avantage l'assistance que nous prtent nos amis en la circonstance1 elle offre cent inconvnients4 ,j'ai vu des gens mourir dans de bien piteuses conditions parce qu'ils taient assigs de tout ce train1 l'empressement de chacun les touffait4 ,c'est contraire au devoir et considr mme comme une marque de peu d'affection et d'attention1 de vous laisser mourir en repos3 l'un vous tourmente les yeux1 l'autre les oreilles1 un autre la bouche2 il n'y a pas de sens1 pas de membre que l'on ne vous martyrise4 ,votre cur s'apitoie entendre les plaintes de vos amis2 parfois aussi1 c'est avec dpit qu'il vous faut en entendre d'autres1 celles-ci feintes1 dissimulant les vrais sentiments de ceux qui les exhalent4 ,celui qui a toujours eu le got sensible et dlicat1 l'a encore plus ce moment2 il lui faudrait1 en cette occurrence qu'on ne peut viter1 une main douce1 en rapport avec sa manire de sentir1 pour le gratter prcisment o cela lui cuit1 ou n'tre pas gratt du tout4 ,nous avons besoin de sage-femme pour nous mettre au monde1 nous aurions bien besoin aussi d'un homme encore plus sage pour nous aider en sortir2 un tel homme1 qui de plus serait notre ami1 serait acheter bien cher pour le service qu'il rendrait en pareille occasion4--,je ne suis point encore arriv cette force d'me1 ddaigneuse de tout ce qui peut survenir1 qui puise sa vigueur en elle-mme1 laquelle rien n'ajoute et que rien ne trouble2 je suis d'un degr au-dessous et cherche uniquement me fourrer dans un trou comme un lapin et me drober pendant ce passage de vie trpas1 non par crainte mais par calcul4 ,je ne suis pas d'avis que ce soit l le moment pour moi de faire preuve ou talage de fermet2 pour qui serait-ce1 alors que je cesse d'avoir tout droit et tout intrt une bonne rputation8 ,je me contente d'une mort accomplie dans le recueillement1 paisible1 solitaire1 o je sois compltement moi1 qui soit en rapport avec la vie retire et toute bourgeoise que j'ai mene2 et ce1 l'oppos de ce qu'admettait la superstition romaine qui tenait pour malheureux celui mourant sans parler et n'ayant pas auprs de lui ses proches pour lui fermer les yeux4 ,j'ai assez faire me consoler sans avoir consoler les autres1 assez de penses en tte sans que les circonstances m'en apportent de nouvelles1 assez de choses dont j'ai m'entretenir sans en rechercher d'autres4 ,cet acte de la pice ne comporte pas plusieurs rles2 il n'est qu' un seul personnage4 ,vivons et rions avec les ntres1 allons gmir et mourir chez des inconnus2 on trouve partout1 en payant1 quelqu'un pour vous tourner la tte1 vous frictionner les pieds1 ne s'empresser auprs de vous qu'autant que vous le voulez1 vous offrant un visage constamment indiffrent1 vous laissant agir et vous plaindre votre guise4 ,quelle fcheuse habitude que notre entourage s'apitoie sur nos maux2 cela nerve notre courage4--,je me dfais chaque jour par raison de cette humeur purile et inhumaine1 qui fait que nous dsirons que nos maux suscitent chez nos amis compassion et chagrin4 ,nous exagrons ce que nous prouvons pour provoquer leurs larmes2 et la fermet que nous louons chez les autres1 quand ils sont aux prises avec la mauvaise fortune1 nous la reprochons et en faisons un grief ceux qui nous approchent quand c'est nous qui sommes prouvs3 il ne nous suffit pas qu'ils prennent part nos maux1 il faut encore qu'ils s'en affligent4 tendons au contraire la joie et1 le plus que nous pouvons1 restreignons la tristesse4 ,qui se fait plaindre sans raison1 court risque de n'tre pas plaint quand il y aura lieu2 c'est risquer de ne l'tre jamais1 que de se plaindre toujours2 en cherchant si souvent inspirer la piti1 on finit par ne l'obtenir de personne4 ,qui se dit mort lorsqu'il est vivant1 s'expose passer pour tre encore vivant quand il viendra mourir4 ,j'en ai vu qui se fchaient de ce qu'on leur trouvait le visage repos et le pouls calme1 qui se gardaient de sourire pour ne pas paratre en voie de gurison1 qui regrettaient de se bien porter parce que cela empchait qu'on les plaignt2 et1 ce qui est bien plus fort1 c'est que ces personnes n'taient pas des femmes4 ,je ne dis jamais de mes maladies plus que je n'en ressens2 j'vite les paroles dcourageantes1 mes exclamations se bornent celles que m'arrache la douleur1 sans que je les accompagne d'aucun commentaire4 ,prs d'un malade raisonnable1 dfaut d'allgresse1 une contenance calme est convenable de la part des assistants2 de ce qu'il se voit en mauvais tat1 il n'est pas hostile la sant2 il lui plat de la voir forte et entire chez les autres et d'en jouir au moins par ceux qui lui tiennent compagnie2 de ce qu'il sent qu'il va s'effondrant1 il ne repousse pas les penses qui occupent la vie et ne fuit pas de participer aux conversations de tout le monde4 ,c'est quand je me porte bien que je veux tudier la maladie2 quand elle me tient1 j'en ressens assez les effets pour que mon imagination n'ait pas besoin d'intervenir4 ,nous nous prparons de longue main aux voyages que nous voulons entreprendre1 quand nous y sommes rsolus2 quand vient l'heure de monter cheval1 nous consacrons ce moment l'assistance1 et1 pour lui tre agrable1 nous le prolongeons4 ,a publier cette tude sur lui-mme1 ,montaigne trouve cet avantage qu'elle lui sert de rgle de conduite1 que les critiques seront moins ports dnaturer ses qualits et que sa confession pourra en partie les dsarmer4--,je tire de la publication de cette lude sur mes murs1 cet avantage inespr1 c'est qu'elle me sert en quelque sorte de rgle2 elle me porte parfois ne pas me mettre en opposition avec ce que j'ai toujours t4 ,cette dclaration publique m'oblige me contenir dans ma direction premire et ne pas dmentir les conditions sous lesquelles je me suis dpeint et qui1 ainsi dcrites1 sont1 dans leur ensemble1 plus exactement rendues qu'elles ne le seraient du fait des jugements faux et mchants d'aujourd'hui4 ,l'uniformit et la simplicit de mon caractre1 m'ont permis de le traduire aisment2 mais la forme nouvelle et inusite sous laquelle je le prsente1 donne bien beau jeu la mdisance4 ,a qui voudrait me critiquer loyalement1 je crois1 en vrit1 en avoir bien suffisamment fourni les moyens en faisant connatre et avouant mes imperfections2 il y a l de quoi s'en donner cur joie1 sans s'en prendre ce qui n'est pas4 ,si1 parce que j'ai pris l'avance en m'accusant et me rvlant1 on trouve que j'mousse les dents de la critique1 elle sera naturellement amene amplifier et tendre ses attaques1 l'offense prenant des droits qui dpassent ceux que la justice assigne2 et1 des vices dont je ne lui montre que quelques racines1 elle en fera de gros arbres4 ,si elle en vient l1 qu'elle s'exerce non seulement sur les dfauts que j'ai1 mais encore sur tous ceux que je puis avoir en germe et qui1 par leur nombre et leur nature1 font que je prte le flanc de toutes parts2 qu'elle m'attaque donc par l4 ,j'imiterais volontiers1 en ce cas1 l'exemple du philosophe 99 ,bion3 ,antigone voulant le blesser s'attaquait son origine2 ,bion lui ferma la bouche en disant3 ,je suis le fils d'un serf1 qui tait boucher et avait encouru la fltrissure1 et d'une fille publique que mon pre avait pouse1 la bassesse de sa situation ne lui permettant pas d'aspirer plus haut2 tous deux avaient commis des mfaits qui leur avaient valu des condamnations4 ,un orateur me trouvant beau et avenant1 m'acheta alors que j'tais encore enfant2 sa mort1 il m'a laiss tous ses biens2 je les ai raliss et suis venu en cette ville d',athnes1 o je me suis adonn la philosophie4 ,que les historiens ne se mettent pas en peine pour chercher des renseignements sur moi1 je leur dirai moi-mme tout ce qui est4 ,une confession franche et spontane enlve aux reproches toute porte et dsarme l'injure4 ,tout compte fait1 j'estime qu'aussi souvent qu'on me loue on m'te de ma valeur1 parce qu'on dpasse la mesure2 il m'apparat aussi que1 depuis mon enfance1 en fait de rang et d'honneur1 on m'en a prt plutt au-dessus qu'au-dessous de ce qui m'appartient4 ,je prfrerais vivre dans un pays o les questions de prminence seraient ou rgles ou mprises4 ,entre 99 hommes1 quand un diffrend s'lve propos de prrogatives1 soit pour prcder quelqu'un1 soit pour siger avant lui1 le dbat devient incivil ds qu'il dpasse l'change de trois ou quatre rpliques2 pour fuir de si importunes contestations1 je n'hsite pas cder le pas ou passer devant1 mme quand c'est tort1 et jamais homme n'a revendiqu la prsance sur moi sans que je la lui aie abandonne4 ,peut-tre aussi cette lecture fera-t-elle que quelqu'un lui convenant1 sera dsireux d'entrer en rapport d'amiti avec lui4--,outre ce profit que me procure cette tude de moi-mme1 j'en ai espr cet autre1 que s'il advenait qu'avant ma mort1 mon caractre plt et s'accordt avec celui de quelque honnte homme1 il chercherait peut-tre se lier avec moi4 ,je lui ai fait la part belle1 puisque tout ce qu'une longue connaissance et intimit lui auraient appris en plusieurs annes1 il le voit plus srement et plus exactement en trois jours en me lisant4 ,quelle singulire ide6 certaines choses que je ne voudrais dire personne en particulier1 je les dis au public1 et renvoie se renseigner dans une boutique de librairie mes amis les plus intimes1 dsireux de connatre ce que je sais et ce que je pense de plus secret1 livrant leur examen tous les replis de mon me 7,perse74 ,ce dsir de ma part est si sincre1 que si je connaissais quelqu'un qui me convnt1 je l'irais chercher bien loin parce que la douceur d'une compagnie bien assortie et agrable ne peut1 mon avis1 se payer trop cher4 99 ,oh6 un ami6 que ne donnerais-je pas pour en avoir un1 et combien est vraie cette sentence des temps jadis1 que l'usage en est plus ncessaire et plus doux que celui de l'eau et du feu6 ,c'est finir par devenir charge aux ntres que de les occuper constamment de nos maux2 du reste viendrait-il tomber malade dans un coin perdu1 il est en mesure de se soigner lui-mme1 et son habitude de mettre l'avance ordre ses affaires fait qu'il est toujours prt4--,pour revenir mon sujet1 je dis donc qu'il n'y a pas grand mal mourir loin de chez soi et dans l'isolement2 nous jugeons bien propos de nous retirer l'cart pour satisfaire des actes de la nature1 ayant moins mauvaise grce que celui-ci et qui sont moins hideux4 ,ceux qui1 pendant de longues annes1 mnent une vie languissante1 devraient bien aussi souhaiter ne pas importuner de leur misre tout leur entourage4 ,c'est ce qui faisait que les ,indiens1 dans une de leurs provinces1 estimaient juste de tuer ceux tombs en cet tat2 et que1 dans une autre1 ils les abandonnaient1 les laissant seuls se tirer d'affaire comme ils pourraient4 ,a qui de pareilles gens ne finissent-ils pas par se rendre ennuyeux et insupportables2 c'est au point que ce qui est du devoir de tous1 ne va pas jusqu' les supporter4 ,c'est inculquer de force la cruaut vos meilleurs amis1 porter votre femme et vos enfants la duret et les amener1 en les leur plaant d'une faon rpte sous les yeux1 ne plus s'mouvoir et vous plaindre des maux que vous ressentez4 ,les gmissements que m'arrachent mes coliques ne sont plus un sujet d'moi pour personne4 ,lors mme que nous tirerions quelque plaisir de la conversation de ces familiers 7ce qui n'arrive pas toujours1 en raison de l'ingalit des conditions qui amne aisment du mpris ou du dpit envers l'un ou envers l'autre71 n'est-ce pas trop que d'en abuser pendant de longues annes8 ,plus je les verrais se contraindre de bon cur pour m'tre agrable1 plus je souffrirais de la peine qu'ils se donnent4 ,il nous est permis de nous appuyer sur autrui1 mais non de nous coucher aussi lourdement sur lui2 non plus que de le ruiner pour nous tayer1 comme celui qui faisait gorger de petits enfants afin de se servir de leur sang pour se gurir1 ou cet autre qu'on fournissait de jeunesses pour1 la nuit1 rchauffer par leur contact ses membres refroidis par l'ge et temprer1 par la douceur de leur haleine1 l'cret et la lourdeur de la sienne4 ,la dcrpitude rclame la solitude3 je suis sociable l'excs1 il me parat cependant raisonnable de drober mes infirmits la vue du monde et de n'en importuner que moi seul2 il me faut me ramasser et me recueillir dans ma coquille comme les tortues2 me rsigner voir les gens1 mais sans tre constamment au milieu d'eux4 ,agir autrement serait abuser1 la situation est trop scabreuse2 il est temps pour moi de tourner le dos la compagnie4 ,mais1 dira-t-on encore1 dans ces voyages1 vous serez misrablement arrt dans quelque mauvais coin o tout vous manquera4 ,je porte avec moi presque tout ce qui m'est ncessaire2 et puis1 pouvons-nous chapper si la fortune entreprend de nous tre contraire8 ,quand je suis malade1 je n'ai besoin de rien d'extraordinaire2 ce que la nature ne peut plus pour moi1 je ne veux pas le demander des mdicaments4 ,bien avant que la fivre ou la maladie ne commence m'abattre1 quand je suis encore presque bien portant et en pleine possession de moi-mme1 je me rconcilie avec ,dieu en recevant les derniers sacrements de notre religion2 je m'en trouve plus libre1 plus dgag2 il me semble que cela me rend plus mme d'avoir raison de la maladie4 ,quant aux notaires et leurs conseils1 j'en ai encore moins besoin que de mdecins2 celles de mes affaires auxquelles je n'ai pas mis ordre quand je me portais bien1 qu'on ne s'attende pas les voir rgles une fois que je serai malade4 ,ce que je veux faire en cas de mort est toujours fait1 je n'oserais le diffrer d'un seul jour2 et qui ne sera pas fait c'est1 ou bien parce que le doute o je suis m'a empch de me dcider 7parfois ne pas se dcider est la meilleure dcision qu'on puisse prendre71 ou parce que je suis absolument rsolu ne rien faire4 ,son livre ne lui survivra que peu d'annes2 il n'en constitue pas moins une prcaution pour qu'aprs lui1 on ne le juge pas autre qu'il n'est4--,j'cris mon livre pour peu de personnes et peu d'annes2 si c'et t un ouvrage destin durer1 j'y aurais employ un langage plus relev4 tant donnes les variations par lesquelles notre langue est passe jusqu' maintenant1 qui peut dire que sa forme actuelle sera encore telle dans cinquante ans8 elle se modifie chaque jour entre nos mains et1 depuis que je vis1 elle s'est transforme de plus d' moiti4 ,nous la tenons pour parfaite l'heure actuelle1 chaque sicle en dit autant2 je n'ai garde de croire qu'elle en reste l2 plus cela ira1 plus elle continuera se transformer4 ,il appartient aux bons crivains1 ceux qui crivent des choses utiles1 de la fixer dans une certaine mesure2 quant la dure de cette transformation1 elle dpend de ce qui adviendra de notre tat politique4--,malgr le laisser-aller avec lequel j'cris cet ouvrage1 je ne crains cependant pas d'y introduire quelques articles qui sont plus particulirement de la comptence de certaines personnes de notre poque qui s'occupent de sciences dont elles ont fait leur spcialit2 par suite1 elles les comprendront mieux que ne peut le faire la gnralit de mes lecteurs4--,avant tout1 je ne veux pas qu'aprs moi on dise1 comme je le vois souvent faire1 troublant ainsi la mmoire des trpasss3 ,il jugeait1 il vivait de la sorte2--c'est l ce qu'il voulait2--s'il et parl sur la fin de sa vie1 il et dit ceci1 il et donn cela1 je puis le dire1 l'ayant connu mieux que tout autre4 ,or1 autant que la biensance me le permet1 j'indique ici le sens de mes opinions et de mes affections2 mais1 de vive voix1 je les exprime volontiers plus librement qui dsire les connatre2 si bien que1 pour peu qu'on y regarde1 on trouvera que dans ces mmoires j'ai tout dit et tout indiqu1 et que ce que je n'ai pas la possibilit d'exprimer1 je le montre du doigt2 mais ces traits1 si lgers qu'ils soient1 suffisent ton esprit pntrant pour deviner le reste 7,lucrce74 ,je ne laisse rien dsirer1 ni deviner de moi4 ,si on doit en disserter1 je veux que ce soit en toute vrit et justice2 je reviendrais plutt de l'autre monde pour dmentir quiconque me reprsenterait autrement que je n'tais1 ft-ce pour me faire honneur4 ,je sens du reste que des vivants mme on parle toujours autrement qu'ils ne sont1 et si je ne m'tais appliqu de toutes mes forces faire qu'un ami que j'ai perdu ne ft pas dfigur1 on me l'aurait taill de mille faons qui l'eussent rendu tout autre qu'il n'tait4 ,genre de mort que ,montaigne prfrerait2 toujours est-il qu'il a la satisfaction de se dire que la sienne ne sera pour les siens1 dont les intrts sont assurs1 un sujet ni de plaisir ni de dplaisir4--,pour achever d'exposer mes faiblesses d'esprit1 j'avoue que lorsque je voyage1 je n'arrive gure quelque part sans qu'il me passe dans l'ide de me demander si je ne pourrais pas mon aise y tomber malade et y mourir4 ,je voudrais y tre log de telle sorte que je sois tout fait chez moi1 que je n'entende pas de bruit1 que ce ne soit pas triste1 enfum1 qu'on n'y touffe pas4 ,par toutes ces frivoles conditions je cherche flatter la mort1 ou pour mieux dire1 me dbarrasser de tout ce qui peut me gner et m'empcher de ne penser qu' elle1 qui est d'un poids assez lourd sans qu'il soit besoin de l'accrotre encore4 ,je veux qu'elle ait sa part dans l'aisance et le bien-tre de ma vie2 elle y tient assez de place et y a assez d'importance pour qu'il en soit ainsi1 et j'espre qu'tant donns les sentiments dans lesquels je suis1 elle ne dmentira pas mon pass4--,la mort affecte des formes plus commodes les unes que les autres1 et plus ou moins apprcies suivant les ides de chacun4 ,parmi celles produites par des causes naturelles1 celle amene par l'affaiblissement et la perte de nos facults1 me parat facile et douce4 ,parmi les morts violentes1 je redouterais davantage de tomber dans un prcipice1 que d'tre cras par une ruine qui s'croulerait2 de recevoir un coup d'pe me pourfendant1 qu'un coup de feu2 j'eusse prfr boire la cigu de ,socrate1 que de me poignarder comme fit ,caton2 et1 bien que ce soit tout un1 mon imagination fait cependant une diffrence aussi grande que celle de la mort la vie1 entre me jeter dans une fournaise ardente ou dans un canal aux eaux dormantes1 tant sottement1 dans notre crainte1 nous regardons plus au moyen qu' l'effet4 ,ce n'est qu'un instant passer1 mais il est de telle importance1 que je donnerais volontiers plusieurs jours de ma vie pour le passer comme il me convient4--,puisque chacun trouve que c'est un moment plus ou moins dsagrable et a ses ides faites sur le choix qu'il ferait entre les diffrents genres de mort1 poussons plus avant pour tcher d'en trouver qui soient dgags de tout dplaisir4 ,ne pourrait-on pas1 encore de nos jours1 la rendre voluptueuse comme faisaient les ,commourants d',antoine et de ,cloptre8 ,je laisse part ces morts avidement recherches autant qu'exemplaires1 qu'ont produites les efforts de la philosophie et de la religion2 mais mme parmi les hommes peu recommandables1 il s'en est trouv comme ,rome un ,ptrone1 un ,tigellinus qui1 invits se donner la mort1 l'ont pour ainsi dire endormie par les raffinements dont ils en ont entour les apprts1 la glissant en quelque sorte1 sans qu'elle veillt l'attention1 au cours de leurs dbauches habituelles1 si bien qu'elle les surprenait en socit de filles de joie et de gais compagnons1 sans qu'ils eussent un mot de regret pour quoi que ce ft2 sans qu'il ft question de testament1 sans qu'ils affectassent la moindre prtention faire acte de fermet1 sans proccupation de ce qu'ils allaient devenir2 uniquement occups de jeux1 de festins1 de plaisanteries1 de conversations tenues comme l'ordinaire sur les faits du moment1 de musique1 de posie rotique4 ,ne saurions-nous imiter une telle rsolution1 en ayant une plus honnte contenance8 ,puisque les fous trouvent moyen de bien mourir1 et les sages aussi1 trouvons une mort qui convienne aux gens qui ne sont ni fous ni sages4 ,j'ai ide de certaines qui me semblent avoir bon air et qu'on peut souhaiter1 puisqu'il faut finir par mourir4 ,les tyrans romains pensaient donner la vie au criminel1 en lui laissant le choix de son genre de mort4 ,d'autre part ,thophraste1 ce philosophe si dlicat1 si modeste et si sage1 n'a-t-il pas t contraint par la raison d'oser dire ce vers que ,cicron a traduit en latin3 ,la vie dpend du sort plus que de notre sagesse8 ne cherchons donc pas davantage4--,la fortune a aid la facilit avec laquelle je quitterai la vie en faisant qu'aujourd'hui je ne suis pour les miens ni un besoin1 ni une gne4 ,cette situation1 je l'eusse accepte toute poque de mon existence2 mais prs de rassembler mes hardes et de plier bagage1 c'est pour moi une satisfaction toute particulire de n'tre pour eux1 en mourant1 un sujet ni de plaisir1 ni de dplaisir4 ,par une adroite et ingnieuse compensation1 ceux qui sont en droit d'attendre quelque profit matriel de ma mort1 se trouvent du mme coup en prouver d'autre part des pertes de mme nature2 souvent notre mort s'aggrave pour nous du prjudice qu'elle cause d'autres1 dont l'intrt nous touche presque autant et parfois plus que le ntre4 ,il ne recherche pas ses aises en voyage2 il va au jour le jour1 sans itinraire fixe1 aussi est-il toujours satisfait4--,dans mes logis d'occasion1 je ne recherche ni le luxe1 ni l'espace1 conditions que j'ai plutt en grippe2 je les souhaite de cette simplicit qui se rencontre plus frquemment qu'ailleurs dans les pays o l'art a peu de part et auxquels la nature communique la grce qui lui est propre3 ,je prfre un repas o rgne la propret plutt que l'abondance 7,nonius71 l'entrain plus que le luxe 7,cornlius ,nepos74 ,que ceux que leurs affaires amnent en plein hiver dans le pays des ,grisons1 ne trouvent pas sur leur route pleine satisfaction1 cela les regarde2 mais moi1 qui le plus souvent voyage pour mon plaisir1 je ne cours pas ce risque3 si la route est laide droite1 je prends gauche2 si je ne suis pas en disposition de monter cheval1 je m'arrte2 et1 en agissant de la sorte1 je ne vois rien en vrit qui ne me plaise et ne me soit aussi commode que l o je me loge2 il est vrai que toute superfluit m'est superflue1 et que j'ai reconnu que l'on se trouve dans l'embarras1 mme au sein du luxe et de l'abondance4 ,ai-je laiss derrire moi quelque chose voir1 j'y retourne2 c'est toujours mon chemin1 parce que je ne me trace pas un itinraire invariable pas plus en ligne droite qu'autrement4 ,si o je vais1 je ne trouve pas ce qu'on m'avait dit devoir y tre1 ainsi qu'il arrive souvent d'aprs les jugements des autres qui ne s'accordent pas toujours avec les miens et que la plupart du temps je trouve inexacts1 je ne regrette pas ma peine1 ayant du moins constat que ce qu'on m'avait dit y tre1 n'y est pas4 ,il sait s'accommoder de tout et rien ne lui parat trange2 il blme fort la sotte tendance qu'ont les ,franais l'tranger de tout y dnigrer1 aussi ne se joignait-il pas leur socit quand il en rencontrait4--,mon temprament s'accommode de tout2 mes gots sont ceux de tout le monde appartenant la bonne socit2 comme il convient quelqu'un qui est cosmopolite1 la diversit des procds d'une nation l'autre ne me touche que par le plaisir que me cause cette varit3 chaque usage a sa raison d'tre4 ,que l'on me serve dans des assiettes d'tain1 de bois ou de terre1 que ce soit du bouilli ou du rti1 de la cuisine au beurre ou l'huile de noix ou d'olive1 que ce soit chaud ou froid1 tout m'est gal2 tellement gal1 qu'en vieillissant1 j'incrimine cette prcieuse facult et voudrais que plus de dlicatesse et de choix s'imposassent moi pour modrer mon insatiable apptit qui parfois incommode mon estomac4--,quand je me trouve hors de ,france et que1 par courtoisie1 on me demande si je veux tre servi la franaise1 je dcline cette offre et toujours me place aux tables o les trangers sont en plus grand nombre4 ,j'ai honte de voir mes compatriotes possds de cette sotte manie de s'effaroucher des usages contraires aux leurs2 il leur semble tre hors de leur lment1 ds qu'ils sont hors de leur village2 o qu'ils aillent1 ils s'en tiennent leurs faons et abominent celles des trangers4 ,retrouvent-ils un des leurs en ,hongrie1 ils se rjouissent de ce hasard1 et les voil qui se runissent1 se frquentent et s'vertuent condamner ces murs barbares qu'ils ont sous les yeux2 pourquoi ne seraient-elles pas barbares1 puisqu'elles ne sont pas franaises8 ,et ce sont les plus habiles qui les relvent pour les critiquer6 ,la plupart ne partent que pour le retour2 ils demeurent renferms en eux-mmes et peu communicatifs2 ce sont gens qui1 prudemment1 deviennent taciturnes pour ne pas se livrer2 ils se dfendent contre la contagion d'un air qui leur est inconnu4 ,ce que je dis d'eux1 me rappelle l'attitude analogue que j'ai constate parfois chez quelques-uns de nos jeunes courtisans2 ils ne s'occupent que des gens de leur sorte et nous regardent avec ddain et piti1 comme si nous tions de l'autre monde4 ,faites qu'ils n'aient plus causer des mystres de la cour1 ils ne trouvent plus rien dire2 ils sont nos yeux aussi ignorants et gauches que nous le sommes aux leurs4 ,on a bien raison lorsqu'on dit qu'un homme de bonne socit1 est un homme qui s'accommode de tout4 ,moi1 au contraire1 dans mes voyages1 je suis trs las de nos manires2 ce n'est pas pour chercher des ,gascons en ,sicile1 que je me dplace1 j'en ai laiss assez chez moi2 ce sont plutt des ,grecs1 des ,persans que je voudrais y trouver2 quand j'en rencontre1 je les frquente et en fais cas3 c'est cela que je vise et ce dont je m'occupe4 ,je vais plus loin3 il me semble n'avoir gure1 dans mes prgrinations1 rencontr d'usages qui ne vaillent les ntres2 il est vrai que n'ayant jamais perdu beaucoup de vue mes girouettes1 je ne risque pas grand'chose en avanant ce fait4--,du reste1 la plupart des compagnies que le hasard place ainsi sur votre chemin1 causent plus de gne qu'elles ne procurent de satisfaction2 je ne m'y attache pas1 maintenant surtout que la vieillesse fait que je me tiens l'cart et ne m'astreins plus autant aux usages4 ,quand vous tes en groupe vous souffrez pour les autres1 ou les autres souffrent pour vous2 ce sont l deux graves inconvnients1 dont le second est mme celui qui m'est le plus pnible4 ,tout ce qu'il demanderait1 ce serait d'avoir un compagnon de voyage de mme humeur que lui1 car il aime communiquer ses ides4--,c'est une fortune bien rare et d'un soulagement inestimable que d'avoir pour compagnon de route un honnte homme1 auquel votre socit plat1 qui a du jugement et des habitudes conformes aux vtres2 et il m'a bien fait faute1 dans tous mes voyages1 de n'en avoir pas2 mais un tel compagnon1 il faut l'avoir choisi et se l'tre attach alors qu'on est encore chez soi4 ,aucun plaisir n'a de saveur pour moi si je ne puis m'en entretenir avec quelqu'un2 il ne me vient l'esprit aucune ide tant soit peu gaillarde1 que je ne sois contrari de l'avoir eue si je n'ai qui en faire part4 ,si la sagesse m'tait donne condition de la tenir renferme sans la communiquer personne1 je la refuserais 7,snque74 ,cicron s'exprime encore plus nettement3 ,supposez le sage dans l'abondance de toutes les choses ncessaires1 libre de contempler et d'tudier loisir tout ce qui est digne d'tre connu1 mais que sa solitude soit si grande qu'il n'ait de rapport avec personne1 il demandera sortir de la vie4 ,l'opinion d',archytas me sourit3 ,il me dplairait1 disait-il1 mme si j'tais au ciel1 de me promener parmi ces grands corps clestes domaine de la divinit1 sans quelqu'un qui me tienne compagnie2 pourtant il vaut mieux tre seul que d'tre avec quelqu'un qui soit ennuyeux et sot4 ,n'importe o il tait1 ,aristippe aimait vivre toujours comme un tranger4 ,si le destin me permettait de vivre comme je l'entends 7,virgile71 je choisirais de passer ma vie cheval1 heureux de visiter les rgions brles par le soleil et celles o se forment les nuages et les frimas 7,horace74 ,la situation qu'il a1 le bien-tre dont il jouit1 devraient1 ce semble1 le dtourner de sa passion des voyages2 mais il y trouve l'indpendance laquelle il sacrifie mme les commodits de la vie4--,n'avez-vous pas1 m'objectera-t-on1 de passe-temps plus faciles8 ,qu'est-ce qui vous manque8 ,votre maison n'a-t-elle pas une belle vue et n'est-elle pas en bon air1 suffisamment confortable et plus grande qu'il n'est ncessaire8 ,vous avez pu y recevoir1 plus d'une fois1 le roi et toute sa suite4 ,votre famille n'est-elle pas dans une position sociale telle1 que plus de gens se trouvent au-dessous d'elle qu'il n'y en a qui lui soient suprieurs8 ,le lieu veille-t-il en vous quelque souvenir extraordinaire1 qui vous ulcre et dont vous ne puissiez triompher1 qui1 cach dans votre cur1 vous consume et vous ronge 7,ennius78 ,o croyez-vous que vous ayez possibilit de vivre sans prouver ni gne1 ni embarras8 ,les faveurs de la fortune ne sont jamais sans mlange 7,quinte-,curce74 ,reconnaissez donc qu'il n'y a que vous tre une entrave vous-mme2 que partout vous vous retrouverez avec vous-mme1 et partout vos plaintes se reproduiront2 car il n'y a de satisfaction ici-bas que pour les mes dpourvues d'intelligence1 ou celles qui ont atteint la perfection4 ,qui n'prouve de contentement dans une situation aussi sortable1 o pense-t-il pouvoir en trouver8 ,combien de milliers d'hommes borneraient leurs dsirs une condition semblable la vtre4 ,travaillez seulement vous amender2 sur ce point vous pouvez tout2 tandis qu'aux effets de la fortune1 la patience est la seule chose qu'on puisse opposer3 ,il n'est de tranquillit relle que celle laquelle nous conduit la raison 7,snque74 ,je vois bien la justesse de cette observation et m'en rends parfaitement compte2 mais on aurait eu plutt fait1 et c'et t plus logique1 de me dire en un mot3 ,soyez sage4 ,une semblable rsolution outrepasse la sagesse2 elle en rsulte et en est la conclusion4 ,me tenir ce raisonnement1 c'est imiter le mdecin qui va criaillant un pauvre malade qui dprit1 qu'il se rjouisse2 son conseil serait moins sot1 s'il lui disait3 ,portez-vous bien4 ,je ne suis pas de ceux qui s'lvent au-dessus du commun2 et1 bien que ce soit un prcepte salutaire1 certain1 facile comprendre1 que de se contenter de ce que l'on a1 c'est--dire d'tre raisonnable1 de plus sages que moi ne l'appliquent pourtant pas davantage4 ,c'est un dicton populaire1 mais qu'il est profond et quoi ne s'tend-il pas8 ,il faut de la mesure en tout1 et tout est susceptible de temprament4--,je sais bien qu' le prendre la lettre1 ce plaisir de voyager tmoigne de l'inquitude et de l'irrsolution1 deux mauvaises qualits qui1 chez moi1 sont matresses et prpondrantes4 ,oui1 je le confesse1 je ne vois rien que je souhaite ou quoi je rve qui puisse me fixer2 changer1 pouvoir varier1 c'est l ce qui seul me contente si tant est que quelque chose arrive me contenter4 ,en voyage1 j'prouve de la satisfaction rien que par ce fait1 que je puis m'arrter n'importe o sans avoir intrt le faire et que je suis libre d'en partir quand bon me semble pour aller ailleurs4--,j'aime la vie de simple particulier2 je l'aime1 parce que je la prfre la vie publique qui1 cependant1 n'est pas sans me convenir et qui est tout autant dans ma nature4 ,cette indpendance fait que je n'en sers que plus gament mon prince1 parce qu'alors je le sers sans y tre oblig1 que seuls mon jugement et ma raison m'y dterminent1 que ce n'est pas faute de mieux1 que je ne suis pas contraint de me rejeter sur lui les autres me repoussant et en tant mal vu4 ,il en est de mme en tout3 je hais de passer par o la ncessit m'oblige2 toute commodit qui m'astreint quoi que ce soit m'est insupportable3 ,je veux toujours pouvoir frapper l'eau d'une rame et de l'autre toucher le rivage 7,properce72 une seule corde jamais n'est suffisante pour me maintenir quand on veut m'arrter4 ,c'est l1 dira-ton1 de la vanit2 mais o n'y en a-t-il pas8 ,les plus belles maximes philosophiques1 les plus beaux rglements de conduite sont vains parce qu'ils nous demandent plus que nous ne pouvons4--,c'est l1 direz-vous1 un jeu bien empreint de vanit6 ,o n'y en a-t-il pas8 ,tous ces beaux prceptes1 toute sagesse sont-ils autre chose que vanit8 ,le ,seigneur sait que les penses des sages ne sont que vanit 7,psalmiste74 ,ces subtilits exquises ne sont leur place qu'au prche2 ce sont des raisonnements qui tendent nous envoyer tout bts dans l'autre monde4 ,la vie consiste dans un mouvement constant et effectif du corps1 mouvement qui1 par essence1 est drgl et imparfait et auquel je m'efforce de donner une direction suivant mes aspirations3 ,nous avons chacun nos passions 7,virgile74 ,nous devons nanmoins faire en sorte que sans jamais contrevenir aux lois gnrales de la nature1 nous suivions cependant nos propres penchants 7,cicron74 ,a quoi servent ces ides leves de la philosophie qu'aucun tre humain ne peut mettre en pratique1 ces rgles qui excdent l'usage que nous avons en faire et la possibilit que nous avons de les appliquer4 ,je vois souvent qu'on nous prsente pour la conduite de notre vie1 des modles que ni celui qui les propose1 ni ceux auxquels il s'adresse n'ont aucune esprance de pouvoir suivre et1 qui plus est1 n'en ont pas envie4 ,de ce mme papier sur lequel un juge vient d'crire un arrt de condamnation pour adultre1 il dtache un morceau pour envoyer un billet doux la femme de son collgue2 et cette femme avec laquelle vous venez de cueillir le fruit dfendu1 un moment aprs et en votre prsence1 va s'lever plus durement que ne l'et fait ,porcie1 contre cette mme faute commise par une de ses connaissances4 ,il en est qui condamnent mort pour des crimes qu'ils n'estiment mme pas tre de simples fautes4 ,j'ai vu en ma jeunesse un galant homme donner d'une main au public des vers remarquables par leur beaut et leur dvergondage1 tandis qu'en mme temps1 de l'autre main il propageait sur la ,rforme une discussion thologique des plus violentes d'entre celles que1 depuis longtemps1 le monde a vues se produire4 ,les hommes sont ainsi3 on laisse les lois et les principes suivre leur chemin1 et soi-mme on en suit un autre1 non seulement par drglement de murs1 mais parce que souvent nous pensons et jugeons autrement4 coutez prononcer un discours philosophique3 l'imagination1 l'loquence1 la comptence s'y rvlent1 nous frappent sur le moment et nous meuvent2 mais il ne s'y trouve rien qui empoigne et chatouille notre conscience1 ce n'est pas elle qu'on parle2 n'est-ce pas vrai8 ,comme disait ,ariston3 une tuve1 une leon ne sont d'aucun fruit si elles ne nettoient et ne dcrassent4 ,on peut s'attacher considrer l'corce1 mais aprs seulement qu'on a retir la moelle2 de mme que ce n'est qu'aprs avoir aval le bon vin d'une belle coupe1 qu'on en examine le travail et les ciselures4 ,partout o1 dans l'antiquit1 on s'entretient de philosophie1 quelle que soit l'cole1 on trouve le mme auteur rdiger des rgles de temprance et libeller en mme temps des pages sur l'amour et la dbauche4 ,xnophon1 sur les genoux de ,clinias1 crivait contre la vertu telle que la prnait ,aristippe4 ,ce n'est pas qu'il n'y ait comme des ondes de conversion miraculeuse qui nous agitent par intervalles2 c'est ce que ,solon peint trs bien quand il se prsente comme lgislateur ou en tant qu'individu1 quand il parle pour le peuple ou qu'il ne s'agit que de lui2 dans ce dernier cas1 se sentant en parfaite sant1 ne redoutant aucune dfaillance1 il suit en toute libert les rgles traces par la nature1 tandis que le malade en danger a besoin d'tre trait par les plus habiles mdecins 7,juvnal74--,antisthne permet au sage d'aimer1 de faire ce qu'il trouve opportun et d'en user comme il l'entend1 sans tenir compte de ce que les lois peuvent dicter1 d'autant que son avis cet gard vaut mieux que ce qu'elles peuvent tablir et qu'il s'y connat davantage en fait de vertu4 ,diogne1 son disciple1 disait qu'il faut opposer la raison aux dsordres2 la fortune1 la confiance2 aux lois1 la nature4 ,pour les estomacs dlicats1 il faut des ordonnances composes avec art et qu'ils observent la lettre2 les bons estomacs n'ont qu' suivre simplement les prescriptions drivant naturellement de leur apptit2 c'est ainsi qu'agissent les mdecins3 ils mangent du melon1 boivent le vin frais1 tandis qu'ils astreignent leurs patients au sirop et la panade4 ,je ne sais1 disait la courtisane ,las1 de quels livres1 de quelle sagesse1 de quelle philosophie ces gens parlent1 mais je les vois se bousculant ma porte1 aussi souvent que les autres4 ,la licence1 qui est le propre de notre nature1 nous portant toujours au del de ce qui nous est loisible et permis1 souvent on a restreint au del de ce que1 d'une faon gnrale1 commandait la raison1 les prceptes et les lois qui rgissent notre vie3 ,l'homme ne croit jamais avoir atteint le terme assign ses passions 7,juvnal74 ,il serait dsirer qu'entre le commandement et l'obissance1 la proportion soit mieux garde2 il semble injuste de nous proposer un but auquel nous n'avons pas possibilit d'atteindre4 ,il n'est pas un homme de bien1 consacrant toutes ses actions et toutes ses penses l'tude des lois1 qui dans sa vie ne se mette dix fois dans le cas d'tre pendu2 et1 dans le nombre1 il en est qu'il serait grand dommage et trs injuste de perdre et de punir3 ,que t'importe1 ,olus1 de quelle manire celui-ci ou celle-l dispose de sa personne 7,martial78 ,il en est d'autres au contraire qui peuvent ne pas offenser les lois1 que nous ne saurions nanmoins tenir pour des gens vertueux et que la philosophie flagellerait trs bon droit1 tant1 sur ce point1 il y a trouble et inconsquence6 ,nous sommes loin d'tre des gens de bien1 selon la doctrine divine2 nous ne saurions mme l'tre1 d'aprs les rgles que nous avons nous-mmes tablies4 ,la sagesse humaine n'est jamais parvenue remplir les devoirs qu'elle s'est tracs elle-mme2 et si elle y tait arrive1 elle en dicterait d'autres plus rigoureux encore1 pour avoir toujours quoi aspirer et prtendre1 tant notre nature est ennemie de ce qui est ralisable4 ,l'homme se fait une ncessit de ne pouvoir viter d'tre en faute4 ,il n'est pas adroit de sa part de se crer des obligations que seul pourrait remplir un autre tre que celui qu'il est2 pour qui1 ces prescriptions qu'il doit s'attendre ce que personne ne satisfasse8 ,est-il mal lui de ne pas faire ce qu'il est impossible qu'il fasse8 ,les lois qui nous condamnent de telles impossibilits1 nous condamnent de ce que nous ne pouvons pas4 ,on peut la rigueur admettre que dire et faire soient dissemblables chez les gens qui professent la morale2 mais lui1 parlant de lui-mme1 est tenu tre plus consquent4 ,l'homme public doit compter avec les vices de son temps2 les affaires publiques ne se traitent pas d'aprs les mmes principes que les affaires prives2 il est frquent de ne pas trouver runies chez un mme homme les qualits ncessaires ces deux genres d'affaires4--,au pis aller1 prendre cette libert si contestable de se montrer sous deux aspects diffrents3 d'une faon quand on agit1 d'une autre quand on parle1 peut tre admis chez ceux qui traitent de sujets quelconques2 ce ne saurait l'tre chez ceux qui1 comme je le fais1 parlent d'eux-mmes1 il faut alors que tout en eux marche d'accord4 ,une vie qui n'offre rien de particulier est celle qui reste l'unisson du milieu dans lequel elle s'coule2 la vertu de ,caton tait d'ordre trop lev pour son sicle3 son esprit de justice1 chez un homme qui se mlait de gouverner les autres1 appel participer aux affaires publiques1 pouvait passer1 sinon pour de l'injustice1 du moins pour tre sans utilit et hors de saison4 ,mes murs mmes1 quoique diffrant peine de l'paisseur d'un doigt de celles qui ont cours1 me rendent pourtant1 mon ge1 un peu sauvage et peu sociable4 ,je ne sais si c'est sans raison que je me trouve dgot de la socit que je frquente1 mais ce serait bien tort que je me plaindrais qu'elle le soit de moi puisque je le suis d'elle4 ,la vertu que rclament les affaires de ce monde1 est une vertu qui prsente des plis1 des angles1 des coudes qui lui permettent de s'appliquer et de s'adapter la faiblesse humaine2 elle est mlange1 compose2 elle n'est pas droite1 nette1 constante1 d'une puret immacule4 ,les chroniques de notre temps reprochent un de nos rois de s'tre jusqu'ici1 sous l'impulsion de son confesseur1 trop compltement abandonn aux conseils que lui suggrait sa conscience2 les affaires publiques se dirigent d'aprs des rgles de conduite moins timores3 ,quitte la cour1 si tu veux rester pieux 7,lucain74 ,j'ai autrefois essay d'appliquer la gestion des affaires publiques les rgles et principes que j'apporte dans ma manire de vivre2 rgles et principes rudes1 diffrents de ceux en cours1 peu raffins1 mais irrprochables1 tels qu'ils sont inns en moi ou rsultent de mon ducation et dont j'use dans la vie ordinaire1 sinon en y trouvant commodit1 du moins sans risque de dvier dans ce que m'inspire une vertu sans exprience et purement scolastique2 or j'ai constat que1 dans le monde des affaires1 c'est la chose inepte et dangereuse4 ,il faut1 quand on se mle la foule1 se contourner1 serrer les coudes1 reculer1 avancer1 quitter parfois le grand chemin suivant le cas2 vivre non pas tant suivant ce que l'on voudrait1 que suivant ce que veulent les autres2 non selon ce qu'on se propose1 mais selon ce qu'on vous propose2 selon le temps1 les hommes1 les affaires4 ,platon dit que c'est miracle1 quand quelqu'un ml la politique en sort la conscience nette2 il dit aussi que lorsqu'il place son philosophe la tte d'un gouvernement1 il n'entend pas dire que ce soit la tte d'un gouvernement corrompu comme celui d',athnes1 et bien moins encore comme le ntre1 o la sagesse elle-mme perdrait la raison2 une bonne herbe transplante dans un terrain fort diffrent de celui qui lui convient1 se transforme beaucoup plus suivant ce terrain qu'elle ne le transforme sa convenance4 ,je sens que si j'avais refaire mon ducation en vue d'occupations de cette nature1 il faudrait oprer en moi beaucoup de changements et d'appropriations4 ,si je pouvais me transformer de la sorte 7et pourquoi n'y arriverais-je pas avec du temps et de l'attention87 je ne voudrais pas l'entreprendre4 ,le peu durant lequel je m'y suis essay1 m'en a dgot2 je sens parfois s'lever en moi des bouffes d'ambition1 je me raidis contre ces tentations et leur rsiste3 ,ferme1 ,catulle1 tiens bon jusqu' la fin 7,catulle74 ,on ne m'y sollicite gure et j'y suis tout aussi peu port2 la libert et l'oisivet1 qui sont mes deux penchants dominants1 sont des qualits diamtralement opposes ce qu'il faut dans ce mtier4 ,nous ne savons pas distinguer les facults de chacun2 elles se subdivisent et se dlimitent de telle faon qu'elles sont difficiles distinguer1 dlicates apprcier4 ,conclure de ce que quelqu'un fait preuve de capacit dans la vie prive1 qu'il est capable de grer les affaires publiques1 c'est conclure mal2 tel se dirige bien1 qui ne dirige pas bien les autres2 tel crit des ,essais1 qui est impropre l'action2 tel conduit bien un sige1 qui conduirait mal une bataille2 parle bien en petit comit1 qui haranguerait mal une foule ou un prince2 pouvoir l'un est peut-tre mme un indice qu'on ne peut l'autre1 plutt qu'on en est capable4 ,je constate que les esprits levs ne sont gure moins aptes aux choses d'ordre infrieur1 que les esprits infrieurs ne le sont pour les grandes choses4 ,aurait-on cru que ,socrate ait donn lieu aux ,athniens de rire de lui1 pour n'avoir jamais pu compter les suffrages de sa tribu et en faire rapport au conseil8 certes1 la vnration en laquelle je tiens les perfections de ce personnage1 fait que je puis bien invoquer1 comme excuse de mes imperfections1 le cas particulier que je trouve dans ce modle incomparable4 ,notre capacit se dtaille par le menu2 la mienne s'tend peu de choses et est1 en tout1 fort restreinte4 ,saturninus dit ceux qui lui avaient dfr le commandement suprme3 ,compagnons1 vous perdez un bon capitaine1 pour en faire un mauvais gnral d'arme4 ,une vertu nave et sincre ne peut tre employe la conduite d'un tat corrompu2 du reste1 sa notion s'altre dans un milieu dprav4 ,quoi qu'il en soit1 on doit toujours obissance ceux qui ont charge d'appliquer les lois1 si indignes qu'ils soient4--,celui qui1 en des temps malades comme l'est le ntre1 se vante de mettre au service des affaires de ce monde une vertu nave et sincre1 ou ne sait ce qu'est une pareille vertu1 parce que les ides se corrompent quand les murs le sont 7et1 de fait1 voyez comme on la dpeint2 comme la plupart se glorifient de leurs dbordements et y conforment les rgles qu'ils se tracent1 en son lieu et place c'est l'injustice et le vice dans toute leur ralit que l'on dcrit et qu'ainsi travestis on prsente aux princes dont on fait l'ducation72 ou bien1 s'il la connat1 se vante bien tort de l'appliquer1 car1 quoiqu'il dise1 il fait mille choses contre sa conscience4 ,je croirais volontiers ,snque1 s'il m'entretenait de l'exprience qu'il en fit dans des conditions toutes semblables1 et qu'il voult bien en parler cur ouvert4--,la marque la plus honorable de notre disposition faire le bien est1 en ces temps de contrainte1 de reconnatre loyalement ses fautes et celles d'autrui1 de prter son concours pour retarder dans la mesure o on le peut la tendance au mal1 de ne suivre qu' regret cette voie1 d'esprer et dsirer mieux4 ,dans ces divisions qui nous assaillent et qui ont fait de la ,france la proie des partis1 je vois chacun1 mme parmi les meilleurs1 avoir recours la dissimulation et au mensonge pour dfendre sa cause2 celui qui en crirait l'histoire1 se fiant aux apparences1 serait bien tmraire et absolument dans le faux4 ,le parti le plus juste n'est quand mme qu'un membre d'un corps vermoulu et vreux2 mais le membre le moins malade d'un corps en pareil tat n'en passe pas moins pour sain et cela bon droit1 parce que ce n'est que par comparaison que nos qualits se titrent2 l'innocence dans la vie politique se mesure selon les lieux et les saisons4--,j'aurais aim que ,xnophon et donn ,agsilas l'loge que lui mritait le fait suivant3 ,un prince voisin1 avec lequel il avait t autrefois en guerre1 lui ayant demand de lui laisser traverser son territoire1 il accda sa demande et lui donna passage travers le ,ploponse2 l'ayant sa merci1 non seulement il ne l'emprisonna ni ne l'empoisonna pas1 mais il l'accueillit avec courtoisie comme il s'y tait oblig par sa promesse et ne se livra vis--vis de lui aucune offense4 ,avec les ides d'aujourd'hui1 une telle promesse ne signifierait rien2 mais1 ailleurs et en d'autres temps1 la franchise et la magnanimit taient en honneur2 ces bambins d'coliers de nos jours s'en fussent moqus1 tant la vertu des ,spartiates a peu de ressemblance avec la vertu franaise4 ,ce n'est pas que nous manquions d'hommes vertueux1 mais ils le sont tels que nous les concevons4 ,celui dont les sentiments s'lvent au-dessus de ce qui est de rgle en son sicle1 doit les faire flchir ou les mousser2 ou bien1 et c'est ce que je lui conseille de prfrence1 se mettre l'cart et ne pas se mler nous1 il n'a rien y gagner3 ,si je viens rencontrer un homme intgre et vertueux1 je compare ce monstre un enfant deux ttes1 ou des poissons qu'un laboureur bahi trouverait sous le soc de sa charrue1 ou encore une mule fconde 7,juvnal74--,on peut regretter des temps meilleurs1 mais on ne peut se drober l'tat prsent2 on peut dsirer d'autres magistrats1 il n'en faut pas moins obir ceux qui sont en fonctions2 et peut-tre y a-t-il plus de mrite obir aux mauvais qu'aux bons4 ,tant que1 dans quelque coin1 demeurera un reprsentant des lois dont nous a dots notre vieille monarchie1 je ne le quitterai pas2 mais si1 par malheur1 une scission se produit1 que sous l'action des partis contraires qui entravent son existence1 elle vienne se fractionner en deux1 et que le choix entre les deux soit douteux et difficile1 je me rsoudrai probablement chapper et me drober cette tempte2 la nature pourra m'y aider1 peut-tre aussi les hasards de la guerre4 ,entre ,csar et ,pompe j'eusse franchement pris parti2 mais entre ces trois voleurs qui vinrent aprs eux1 il et fallu ou se cacher ou suivre le courant1 ce que j'estime licite1 quand la raison est devenue impuissante nous guider4 ,si ,montaigne sort aussi frquemment de son sujet1 c'est qu'il s'abandonne aux caprices de ses ides qui1 en y regardant de prs1 ne sont pas aussi dcousues qu'elles en ont l'air2 et puis1 cela oblige le lecteur plus d'attention4--,o vas-tu t'garer 7,virgile78 ,ces excursions sont la vrit un peu en dehors de mon sujet2 je m'gare1 mais plutt par licence que par mgarde2 mes penses ne cessent de tenir les unes aux autres1 bien que parfois d'assez loin2 elles ne se perdent pas de vue1 quoique quelquefois il leur faille un peu tourner la tte pour s'apercevoir4 ,j'ai eu sous les yeux un dialogue de ,platon construit de mme sorte1 prsentant deux parties conues chacune dans des genres absolument diffrents2 au commencement il n'y est question que d'amour1 tandis que la fin est uniquement consacre la rhtorique4 ,il est des auteurs qui ne craignent pas de passer ainsi d'un sujet un autre sans rapport avec le prcdent1 et qui apportent une grce merveilleuse se laisser aller au gr du vent ou sembler s'y abandonner4--,les titres de mes chapitres ne sont pas toujours en concordance avec les matires qui y sont traites2 souvent la relation ne se manifeste que par quelques mots comme dans l',andrienne et l',eunuque1 ou dans ,sylla1 ,cicron1 ,torquatus4 ,j'aime aller par bonds et par sauts1 la faon des potes1 lgre1 aile1 divine comme la qualifie ,platon4 ,il y a des ouvrages de ,plutarque o il oublie son thme1 et o l'argument qu'il traite n'apparat qu'incidemment1 perdu au milieu de sujets qui lui sont trangers2 voyez1 par exemple1 comme il procde dans son dmon de ,socrate4 ,dieu6 que ces escapades pleines de sve1 que ces variations ont de beaut6 elles en ont d'autant plus qu'elles semblent chappes la plume et le fait du hasard4--,c'est le lecteur manquant d'attention qui perd de vue mon sujet1 et non moi2 en quelque coin se trouvent toujours quelques mots qui1 si rduits qu'ils soient1 suffisent cependant pour montrer que je l'ai prsent l'esprit4 ,je passe de l'un l'autre sans rgle1 sans transition2 mon style et mon esprit vagabondent simultanment4 ,un peu de folie prvient un excs de sottise1 au dire de nos matres et plus encore d'aprs leurs exemples4--,mille potes se tranent languissamment comme s'ils crivaient en prose1 tandis que la meilleure prose des temps jadis1 et j'en donne ici indiffremment des chantillons tout comme je fais des vers1 resplendit constamment de la vigueur et de la hardiesse de la posie2 elle a quelque peu de la passion qui l'anime4 ,a celle-ci1 sans conteste1 la prminence en ce qui touche l'expression de la pense2 le pote1 dit ,platon1 assis sur le trpied des ,muses1 dverse flots tout ce qui lui vient l'ide1 comme coule l'eau de la gargouille d'une fontaine1 sans y rflchir1 sans le peser2 et il s'en chappe des choses de toutes couleurs1 contraires les unes aux autres1 formant une suite de propos interrompus4 ,platon lui-mme est constamment inspir du souffle potique2 la thologie ancienne1 disent les savants1 est toute posie1 et1 au dire des premiers philosophes1 c'tait l'origine le langage des dieux4--,j'entends que lorsqu'on crit1 les sujets se distinguent d'eux-mmes1 qu'on voie o on en change1 o on conclut2 o l'un commence1 o un autre reprend1 sans qu'il soit ncessaire de les accompagner de ces circonlocutions1 introduites pour les oreilles faibles ou inattentives1 qui les raccordent et les lient les uns aux autres2 je ne veux pas me commenter moi-mme4 ,quel est celui qui n'aime pas mieux n'tre pas lu que de l'tre en dormant1 ou au galop3 ,il n'y a rien1 si utile que ce soit1 qui soit utile si on ne fait que passer 7,snque74 ,si prendre un livre c'tait l'apprendre1 si le voir c'tait le fouiller profondment du regard1 et le parcourir s'en pntrer1 j'aurais tort de me faire en toutes choses aussi ignorant que je le dis4--,ne pouvant fixer l'attention du lecteur par la valeur de ce que j'cris1 ce ne sera pas dj si mal s'il advient que je l'arrte par le ple-mle que j'y introduis4 ,oui vraiment1 dites-vous1 mais aprs s'en tre amus1 il le regrettera8 ,sans doute1 toujours est-il qu'il n'aura pas laiss d'en prouver de la distraction4 ,et puis1 il est des caractres ainsi faits1 qui ddaignent ce qu'ils comprennent2 ils m'estimeront d'autant plus qu'ils ne sauront ce que je veux dire et concluront de la profondeur de ma pense par son obscurit1 ce qu' franchement parler1 je hais trs fort et viterais si je savais faire autrement4 ,aristote se vante quelque part de rechercher de parti pris cette obscurit2 c'est un grand tort4--,au dbut1 je multipliais les chapitres1 mais il m'a paru que cela rompait l'attention avant qu'elle ne ft veille et la faisait s'vanouir par le ddain qu'elle prouvait se recueillir et se fixer pour si peu2 je me suis mis alors les faire plus longs1 ce qui oblige apporter leur lecture une intention bien arrte et y consacrer un temps dtermin4 ,ne pas donner au moins une heure une semblable occupation1 c'est ne vouloir rien y donner2 et ce n'est pas faire1 que de ne pas se donner tout entier ce que l'on fait4 ,de plus1 il m'est personnellement commode de ne m'exprimer qu' moiti1 de parler un peu confusment et tort et travers2 et j'en veux la raison qui vient y jouer le rle de trouble-fte4 ,je trouve qu'elle est fort gnante et se paie trop cher1 quand elle s'immisce au nom de la vertu dans les projets extravagants que nous formons au cours de la vie et dans les opinions fantaisistes que nous concevons4 ,par contre1 je m'emploie tirer parti de la btise1 de la vanit1 si elles peuvent m'tre une cause de plaisir1 et je m'abandonne mes penchants naturels sans y regarder de bien prs4 ,affection particulire de ,montaigne pour la ville de ,rome1 due aux souvenirs des grands hommes qu'elle a produits2 aujourd'hui encore n'est-elle pas la ville universelle et la seule qui ait ce caractre8--,j'ai vu ailleurs1 en bien des lieux1 des ruines de monuments1 des statues1 un ciel1 des terres autres2 l'homme y est toujours le mme4 ,bien que cela soit vrai partout1 je ne puis cependant1 aussi souvent que je vois les restes de l'ancienne ,rome1 si grande1 si puissante1 me dfendre de l'admirer et de la rvrer4 ,le culte des morts nous est recommand2 or1 ds mon enfance1 j'ai t nourri des souvenirs de ceux-ci4 ,je savais ce qui se rapportait cette capitale de l'univers1 bien avant d'tre initi mes propres affaires2 je connaissais le ,capitole et sur quel plan il est construit1 avant de connatre le ,louvre2 je savais ce qu'tait le ,tibre1 avant de connatre la ,seine4 ,j'ai t plus occup1 bien qu'ils soient trpasss1 du caractre et de la fortune des ,lucullus1 des ,mtellus et des ,scipions que d'aucuns des ntres4 ,mon pre1 mort aussi1 l'est pour moi au mme degr qu'eux2 il s'est autant loign de moi depuis dix-huit ans qu'il n'est plus1 qu'eux en seize sicles1 et pourtant je ne cesse d'embrasser et de cultiver sa mmoire2 son amiti1 sa socit sont toujours aussi vivement prsentes mon esprit1 car il est dans mon temprament de mieux remplir peut-tre mes devoirs envers les morts qu'envers les vivants2 ne pouvant s'aider1 ils n'en ont1 ce me semble1 que plus de droits mon assistance2 la gratitude est l1 mme de se montrer dans tout son clat2 un bienfait perd de son mrite1 lorsqu'on peut s'attendre tre pay de retour4 ,arcsilas1 rendant visite ,ctesibius qui tait malade1 et le trouvant dnu de ressources1 glissa tout doucement sous le chevet de son lit de l'argent dont il lui faisait don1 le tenant en outre quitte de lui en savoir gr en le lui laissant ignorer4 ,ceux qui ont mrit mon amiti et ma reconnaissance1 ne les ont pas perdues pour n'tre plus2 je m'acquitte d'autant mieux et avec plus de soin vis--vis d'eux1 qu'ils ne sont plus l et qu'ils l'ignorent2 je parle encore plus affectueusement de mes amis1 quand ils n'ont plus possibilit d'apprendre ce que je dis d'eux4 ,j'ai cent fois entam des discussions pour la dfense de ,pompe et la cause de ,brutus2 la sympathie que je leur porte subsiste toujours2 mme aux choses prsentes1 nous ne nous y attachons que par un effet de notre imagination4 ,reconnaissant mon inutilit en ce sicle1 je me rejette sur cet autre1 et j'en suis si aveuglment sduit1 que ce qui touche cette vieille ,rome1 l'poque o elle tait libre1 juste et florissante 7car je n'en aime ni les dbuts1 ni le dclin71 m'intresse et me passionne2 c'est pourquoi1 aussi souvent que je revois l'emplacement de ses rues et de ses maisons1 ses ruines qui s'enfoncent sous terre jusqu'aux antipodes1 c'est toujours avec le plus grand intrt4 ,est-ce un effet de la nature ou une erreur d'imagination qui font que la vue des lieux que nous savons avoir t habits et frquents par des personnages dont la mmoire s'est conserve1 nous meut peut-tre plus que le rcit de leurs actes ou la lecture de leurs crits8 ,tant les lieux sont propres rveiller en nous des souvenirs6 ,dans cette ville1 tout arrte la pense2 partout o l'on marche1 on foule quelque histoire mmorable 7,cicron74 ,je prends plaisir me figurer leur visage1 leur attitude1 leurs vtements2 je me rpte ces grands noms et les fais retentir mes oreilles2 j'honore ces grands hommes et ne prononce jamais leurs noms qu'avec respect 7,snque74 ,des choses qui sont grandes et admirables en quelques-unes de leurs parties1 j'admire jusqu' ce qu'elles ont d'ordinaire2 que j'aurais eu du plaisir les voir deviser1 se promener1 souper6 ,il y aurait ingratitude mpriser leurs reliques et ce qui nous rappelle tant d'hommes de bien1 de si haute valeur1 que j'ai vus vivre et mourir et qui1 par leur exemple1 nous donnent tant de bons enseignements1 si nous savions les suivre4 ,et puis1 cette mme ,rome telle qu'elle est de nos jours mrite qu'on l'aime4 ,elle est depuis si longtemps l'allie1 tant de titres1 de notre couronne6 ,c'est la seule ville universelle1 elle appartient tous4 ,le souverain qui la gouverne a galement action sur le reste du monde2 elle est la mtropole de la ,chrtient2 l',espagnol comme le ,franais y sont chez eux2 pour devenir prince de cet tat1 il ne faut qu'tre chrtien quel que soit le pays qui vous ait vu natre4 ,il n'est pas de lieu ici-bas1 auquel le ciel ait octroy ses faveurs en si grande abondance et d'une faon aussi continue2 sa dcadence mme est glorieuse et son prestige demeure4 ,plus prcieuse encore par ses ruines superbes 7,sidoine ,apollinaire71 jusque dans le tombeau elle conserve l'apparence et le caractre de la capitale d'un empire3 ,c'est ici surtout qu'on dirait que la nature s'est complu dans son uvre 7,pline74 ,on peut se reprocher et se dfendre contre soi-mme d'tre sensible une aussi vaine satisfaction2 ce ne sont cependant pas des sentiments tout fait frivoles1 que ceux qui nous procurent du contentement2 et1 quels qu'ils soient1 lorsqu'un homme de bon sens y trouve constamment sujet d'tre satisfait1 je n'ai pas le cur de le plaindre4 ,il doit beaucoup la fortune pour l'avoir mnag jusqu'ici4 ,l'avenir est inquitant1 mais que lui importe ce qui adviendra quand il n'y sera plus8 il n'a pas d'enfant mle qui continuera son nom4 ,au surplus1 ne pas avoir d'enfant du tout1 ne lui semble pas chose bien regrettable4--,je dois beaucoup la fortune qui1 jusqu' prsent1 ne s'est pas dresse contre moi1 au del du moins 99 de ce que j'tais mme de supporter2 peut-tre est-ce l sa faon de laisser en paix ceux qui ne l'importunent pas3 ,plus nous nous privons1 plus les dieux nous accordent4 ,pauvre1 je ne me range pas moins du parti de ceux qui ne dsirent rien4 ,a qui demande beaucoup1 il manque toujours beaucoup 7,horace74 ,si elle continue1 je quitterai cette terre heureux et satisfait2 je ne demande rien de plus aux dieux 7,horace74 ,mais gare le choc s'il vient se produire2 c'est par milliers que se comptent ceux qui chouent au port6--,je me console aisment de ce qui surviendra ici quand je ne serai plus2 le prsent m'occupe assez1 j'abandonne le reste la fortune 7,ovide74 ,il est vrai que je n'ai pas cette cause qui rattache si fort1 dit-on1 l'homme l'avenir quand il a des enfants hritiers de son nom et de son honneur2 s'il est dsirable d'en avoir1 la situation critique que nous traversons me porte elle seule n'en pas dsirer4 ,je tiens dj trop par moi-mme au monde et la vie2 il me suffit d'tre aux prises avec la fortune1 dans les circonstances de mon existence o je ne puis l'viter1 sans souhaiter que sous d'autres rapports elle ait encore plus de prise sur moi1 et je n'ai jamais estim que n'avoir pas d'enfants soit un malheur qui rende notre vie incomplte et restreigne notre contentement2 la strilit a bien aussi ses avantages4 ,les enfants sont du nombre des choses qui ne sont pas fort dsirer1 surtout actuellement o il serait difficile qu'ils fussent bons1 rien de bon ne peut natre1 tant les germes sont corrompus 7,tertullien72 c'est cependant juste titre qu'on les regrette1 quand on les perd aprs les avoir eus4 ,il laissera aprs lui son patrimoine tel qu'il l'a reu1 la fortune ne lui ayant jamais octroy que de lgres faveurs sans consistance4--,celui qui m'a laiss la gestion de ma maison1 pronostiquait1 en considrant combien j'aime peu demeurer en place1 que je la ruinerais4 ,il s'est tromp2 j'en suis1 cet gard1 au mme point que lorsque je l'ai eue1 si mme je ne suis en un peu meilleure situation1 sans charge qui la grve1 comme sans bnfice4 ,si la fortune ne m'a caus aucun prjudice srieux qui sorte de l'ordinaire1 elle ne m'a pas fait davantage de grce2 tout ce qui est chez nous venant d'elle1 y tait avant moi et depuis plus de cent ans2 je n'ai personnellement aucun bien srieux et important que je doive sa libralit4 ,j'en ai reu quelques lgres faveurs1 mais rien de substantiel3 des titres1 des honneurs qu' la vrit elle m'a offerts d'elle-mme1 sans que je les aie demands2 car1 ,dieu le sait1 je suis positif et n'estime que ce qui est rel et1 de plus1 de gros rapport2 si j'osais1 j'avouerais que je trouve l'avarice presque aussi excusable que l'ambition1 que la douleur est viter autant que la honte1 la sant aussi dsirable que la science1 la richesse que la noblesse4 ,de ces faveurs1 il n'en est pas laquelle il ait t plus sensible qu'au titre de citoyen romain4 ,teneur du document par lequel ce titre lui a t confr2 il le reproduit pour ceux que cela intresse et aussi un peu par vanit4--,parmi ces faveurs1 toutes de vanit1 que m'a faites la fortune1 il n'y en a pas qui ait autant donn satisfaction au fond de niaiserie qui est en moi qu'une bulle authentique de bourgeoisie romaine qui m'a t confre dernirement1 alors que j'tais ,rome2 elle est pompeusement crite en lettres d'or et dment scelle1 et m'a t octroye avec la grce la plus parfaite4 ,comme le libell de ces titres varie et est plus ou moins logieux1 et qu'avant d'en avoir vu1 j'aurais t bien aise que l'on m'en montrt la formule1 je transcris ici le texte de celui qui m'a t remis pour satisfaire la curiosit de quiconque est possd de ce mme dsir3 ,sur le rapport fait au ,snat par ,orazio ,massimi1 ,marzo ,cecio1 ,alessandro ,muti1 ,conservateurs de la ville de ,rome1 touchant le droit de cit romaine accorder l',illustrissime ,michel de ,montaigne1 ,chevalier de l',ordre de ,saint-,michel et gentilhomme ordinaire de la chambre du ,roi ,trs ,chrtien1 le ,snat et le ,peuple romain ont dcrt3 ,considrant que1 par un antique usage1 ceux-l ont toujours t adopts par nous avec ardeur et empressement1 qui1 distingus en vertu et en noblesse1 avaient servi et honor notre ,rpublique1 ou pouvaient le faire un jour3 ,nous1 pleins de respect pour l'exemple et l'autorit de nos anctres1 nous croyons devoir imiter et conserver cette louable habitude4 ,a ces causes1 l',illustrissime ,michel de ,montaigne1 ,chevalier de l',ordre de ,saint-,michel et gentilhomme ordinaire de la chambre du ,roi ,trs ,chrtien1 fort zl pour le nom ,romain1 tant1 en raison de son rang1 de l'clat de sa famille et de ses qualits personnelles1 trs digne d'tre admis au droit de cit romaine par le suprme jugement et les suffrages du ,snat et du ,peuple romain2 il a plu au ,snat et au ,peuple romain que l',illustrissime ,michel de ,montaigne1 orn de tous les genres de mrite et trs cher ce noble peuple1 ft inscrit comme citoyen romain1 tant lui que sa postrit1 et appel jouir de tous les honneurs et avantages rservs ceux qui sont ns citoyens ou patriciens de ,rome ou le sont devenus au meilleur titre4 ,en quoi le ,snat et le ,peuple romain pensent qu'ils accordent moins un droit1 qu'ils ne paient une dette2 et que c'est moins un service qu'ils rendent1 qu'un service qu'ils reoivent de celui qui1 en acceptant le droit de cit1 honore et illustre la cit mme4 ,les ,conservateurs ont fait transcrire ce snatus-consulte par les secrtaires du ,snat et du ,peuple romain pour tre dpos dans les archives du ,capitole1 et ont fait dresser cet acte1 muni du sceau ordinaire de la ville4 ,l'an de la fondation de ,rome #bcca1 et de la naissance de ,jsus-,christ #aeha1 le #ac de mars4 ,,orazio ,,fosco1 secrtaire du sacr ,snat et du ,peuple romain4 ,,vincente ,,martoli1 secrtaire du sacr ,snat et du ,peuple romain4 ,n'tant bourgeois d'aucune ville1 je suis bien aise de l'tre de la plus noble qui fut et sera jamais4 ,si les autres s'examinaient avec attention comme je le fais1 ils se trouveraient1 comme je me trouve moi-mme1 vaniteux et frivoles l'excs4 ,faire qu'il n'en soit pas ainsi m'est impossible2 il faudrait1 pour cela1 me dtruire moi-mme4 ,nous sommes tous imbus de ce dfaut1 autant les uns que les autres2 il se manifeste un peu moins chez ceux qui s'en rendent compte1 et encore n'en suis-je pas certain4 ,c'est qu'en effet l'homme est tout vanit2 et c'est parce qu'il est du par ce qu'il voit en lui1 qu'il reporte constamment ses regards partout ailleurs qu'en lui-mme4--,ce sentiment et cette habitude qui existent chez tout le monde1 de regarder ailleurs qu'en soi-mme1 rpondent bien un besoin que nous prouvons4 ,nous sommes en effet1 nous-mmes1 un objet dont la vue ne peut que nous remplir de mcontentement2 nous n'y voyons que misre et vanit1 et il est fort propos1 pour que nous n'en soyons pas dcourags1 que la nature nous ait fait porter nos regards au dehors4 ,nous allons de l'avant1 nous abandonnant au courant2 quant rebrousser chemin et faire que nos penses se reportent sur nous1 c'est trop pnible2 nous en prouvons ce mme trouble1 cette mme rsistance que la mer rejete sur elle-mme4 ,chacun dit3 ,regardez les mouvements des corps clestes2 regardez votre prochain3 la querelle de celui-ci1 le pouls d'un tel1 le testament de cet autre2 en somme1 regardez toujours soit en haut1 soit en bas1 soit ct1 soit en avant1 soit derrire vous4 ,le commandement que1 dans l'antiquit1 nous faisait le dieu de ,delphes tait paradoxal3 ,regardez en vous1 disait-il1 tudiez-vous2 tenez-vous-en vous-mme2 ramenez sur vous votre esprit et votre volont que vous appliquez ailleurs2 au lieu de vous dverser1 de vous rpandre1 contenez-vous1 soutenez-vous1 car on vous trahit1 on vous rduit rien1 on vous drobe vous-mme4 ,ne vois-tu pas qu'au contraire1 tout en ce monde a les regards constamment replis sur lui-mme et n'a d'yeux que pour se contempler soi-mme8 ,toi1 que tu regardes en dedans ou en dehors de toi1 ta vanit est toujours en jeu2 tout au plus est-elle moindre quand elle s'exerce dans des conditions restreintes4 ,sauf toi1 homme1 disait encore l'oracle1 chaque chose commence par s'tudier elle-mme et1 selon ses propres besoins1 limite ses travaux et ses dsirs2 eh bien1 il n'en est pas une seule qui soit aussi dpourvue et que la ncessit presse autant que toi1 qui embrasses l'univers3 tu es un observateur auquel la science fait dfaut1 un magistrat sans juridiction1 et finalement le bouffon de la comdie4 ,,chapitre ,x4 ,en toutes choses1 il faut se modrer et savoir contenir sa volont4 ,montaigne ne se passionnait pour rien1 se gardait de prendre aucun engagement1 rsistait mme ce quoi le poussaient ses propres affections pour n'tre pas entran1 parce qu'une fois pris on ne sait plus o l'on va4--,si je me compare la gnralit des hommes1 peu de choses me touchent1 ou1 pour mieux dire1 me captivent2 car c'est avec raison qu'elles nous touchent1 mais il ne faut pas qu'elles nous accaparent4 ,j'ai grand soin d'augmenter1 par l'tude et le raisonnement1 ce privilge que j'ai d'tre insensible qui1 par nature1 est fort prononc chez moi1 et a pour consquence que peu de choses s'imposent moi et me passionnent4 ,j'ai de la perspicacit1 mais je la reporte sur peu d'objets2 je suis sensible et facile mouvoir1 mais ai la comprhension et l'application difficiles et concentres4--,je ne me dcide qu' grand'peine prendre des engagements2 autant que je le puis1 je ne m'emploie que pour moi2 et1 mme dans ce cas1 je suis port tenir en bride et contenir l'affection que je me porte1 pour que ce sentiment ne m'envahisse pas compltement1 parce qu'il me met la merci des autres et que le hasard a sur lui plus d'action que moi-mme2 c'est au point que jusqu' la sant que j'apprcie tant1 je devrais me dfendre de la dsirer et de m'attacher sa conservation avec une ardeur telle que j'en arrive trouver les maladies insupportables4 ,on doit se garder galement de trop de haine de la douleur et de trop d'amour du bien-tre2 ,platon recommande de diriger notre vie en la tenant dans un juste milieu entre ces deux extrmes4--,quant ces affections qui me distraient de moi pour m'attacher ailleurs1 je leur rsiste dans toute la mesure de mes forces4 ,j'estime qu'il faut se prter autrui et ne se donner qu' soi-mme4 ,si ma volont tait facile s'engager et entrer en action1 je n'y rsisterais pas1 parce que je suis1 par nature1 trop impressionnable1 et en fait1 ennemi des affaires et n pour la tranquillit et le repos 7,ovide74 ,des dbats contradictoires et opinitres tournant finalement l'avantage de mon adversaire1 un dnouement qui rendrait ridicules des poursuites ardentes que j'aurais entames1 me feraient cruellement souffrir4 ,si1 comme tant d'autres1 je m'y laissais entraner1 mon me n'aurait jamais la force de supporter les alarmes et les motions qu'prouvent ceux qui acceptent une telle existence2 elle serait1 ds le dbut1 disloque par cette agitation intestine4 ,si quelquefois on m'a pouss participer la gestion d'affaires autres que les miennes1 je n'ai promis que de les prendre en main et non de m'y donner corps et me2 de m'en charger1 mais non de m'y incorporer2 de m'en occuper1 oui1 et pas du tout de m'y passionner2 je les examine1 mais ne les couve pas4 ,j'ai assez faire pour mettre de l'ordre dans ce qui me touche intimement et intresse tout mon tre1 le rgler1 sans encore me mler et me fatiguer de questions qui me sont trangres2 mes propres affaires1 qui m'incombent naturellement et au premier chef1 m'absorbent assez1 sans y en joindre d'autres qui sont en dehors4 ,ceux qui savent combien ils se doivent eux-mmes et quel point ils ont d'obligations cet gard1 trouvent que la charge que la nature leur a ainsi impose est suffisamment lourde1 et ne constitue pas une sincure3 ,tu as bien assez grandement faire chez toi1 ne t'en loigne pas4 ,beaucoup se font les esclaves des autres1 se prodiguant pour s'employer ce qui ne les regarde pas2 il ne manque cependant pas sur notre route de mauvais pas dont il nous faut chercher nous garder nous-mmes4--,les hommes se donnent en location2 ce n'est pas pour eux-mmes qu'ils doivent user de leurs facults1 mais pour ceux dont ils se sont faits les esclaves2 ce sont ceux auxquels ils se sont lous qui sont en eux1 et non eux4 ,cette disposition d'esprit1 qui est fort rpandue1 ne me plat pas4 ,il faut mnager la libert de notre me et ne l'engager que dans les circonstances o il est juste de le faire2 et ces circonstances sont en petit nombre1 si nous en jugeons sainement4--,voyez les gens disposs se laisser apprhender et accaparer2 ils se laissent ainsi faire en toutes choses pour les petites comme pour les grandes1 pour ce qui les touche et ce qui ne les touche pas2 ils s'ingrent1 sans plus y regarder1 partout o il y a travailler et 99 des obligations remplir2 ils ne vivent pas s'ils ne s'agitent outrance3 ,ils ne recherchent la besogne que pour avoir de la besogne 7,snque74 ,ce n'est pas tant parce qu'ils veulent toujours aller que parce qu'ils ne peuvent se retenir1 ni plus ni moins qu'une pierre branle qui se dtache et va1 ne s'arrtant dans sa chute que parce qu'elle ne peut rouler davantage4 ,pour certaines gens1 s'occuper c'est faire preuve de capacit et de dignit2 leur esprit cherche le repos dans le mouvement1 comme font les enfants encore au berceau2 ils peuvent se rendre ce tmoignage qu'ils sont aussi serviables pour leurs amis1 qu'importuns eux-mmes4 ,personne ne distribue son argent autrui1 et chacun lui distribue son temps et sa vie1 choses dont nous sommes prodigues plus que de toutes autres et les seules cependant dont il nous serait utile et louable d'tre avares4 ,mon temprament est essentiellement diffrent3 je m'observe et1 d'ordinaire1 ne tiens pas outre mesure ce que je dsire et dsire peu2 je ne m'occupe et ne me cre de travail que dans ces conditions1 rarement et sans que cela porte atteinte ma tranquillit4 ,a tout ce que veulent et entreprennent ces gens qui se prodiguent1 ils apportent toute leur volont et leur imptuosit4 ,il y a en ce monde tant de mauvais pas1 que1 mme dans les cas prsentant le plus de scurit1 il faut poser le pied lgrement et superficiellement1 glisser et ne pas appuyer2 la volupt elle-mme est douloureuse quand on va trop fond3 ,tu marches sur un feu couvert de cendres perfides 7,horace74 lu maire de ,bordeaux1 ,montaigne n'accepte cette charge qu' son corps dfendant2 portrait qu'il fit de lui ,messieurs de ,bordeaux4--,messieurs de ,bordeaux m'lurent maire de leur ville1 alors que j'tais loign de ,france1 et plus loign encore de penser que cela pouvait arriver4 ,je m'en excusai1 mais on me dmontra que je ne pouvais refuser1 quoi vint s'ajouter un ordre du roi d'accepter4--,c'est une charge qui est d'autant plus belle qu'elle n'est ni rtribue1 ni de nature procurer de bnfice autre que l'honneur rsultant de la faon dont on s'en acquitte4 ,sa dure est de deux ans1 mais elle peut tre continue si on est lu nouveau1 ce qui arrive trs rarement3 je l'ai t2 cela ne s'tait produit auparavant que deux fois1 il y avait quelques annes pour ,m4 de ,lansac1 et rcemment pour ,m4 de ,birou1 marchal de ,france1 auquel je succdais2 j'ai t remplac par ,m4 de ,matignon1 qui tait aussi marchal de ,france1 l'un et l'autre habiles administrateurs et braves guerriers 7,virgile72 je suis fier de m'tre trouv en si noble compagnie4 ,la fortune a largement particip cet vnement et son intervention n'a pas t vaine2 mon cas1 en effet1 a t celui d',alexandre qui1 ayant reu d'abord avec ddain les ambassadeurs de ,corinthe venus pour lui offrir le droit de bourgeoisie de leur ville1 accepta ensuite en les remerciant de bonne grce1 quand ils lui eurent appris que ,bacchus et ,hercule figuraient au nombre de ceux auxquels ce titre avait t concd4 ,ds mon arrive1 je me fis connatre exactement et consciencieusement tel que je me sens tre3 sans mmoire1 sans vigilance1 sans exprience et sans nergie1 mais aussi sans haine1 sans ambition1 sans violence1 de telle sorte qu'on ft inform et instruit de ce que l'on avait attendre de moi4 ,comme je devais mon lection uniquement ce que l'on avait connu mon pre et que c'tait pour honorer sa mmoire1 j'ajoutai trs nettement que je serais fort dsol si une chose1 quelle qu'elle ft1 venait occuper ma volont au mme degr que les affaires de la ville avaient jadis accapar la sienne quand il en avait la gestion1 alors qu'il tait investi de ces mmes fonctions auxquelles je venais d'tre appel4 ,je me souvenais l'avoir vu dans sa vieillesse1 alors que j'tais enfant1 l'me cruellement agite par les tracasseries que lui causaient les affaires publiques1 oubliant et le calme dont il jouissait chez lui o les fatigues de l'ge l'avaient longtemps retenu avant ce moment1 et son mnage et sa sant2 ne comptant en vrit pour rien la vie1 qu'il avait failli y perdre1 par suite des longs et pnibles voyages auxquels ces intrts l'obligeaient4 ,il tait ainsi2 ce temprament tait un effet de la grande bont de sa nature2 jamais il n'y eut d'me plus charitable et dvoue au peuple4 ,ces dispositions que je loue chez les autres1 je ne me les approprie pas2 et1 en cela1 je ne suis pas sans excuse4 ,on enseigne que nous devons nous oublier et ne travailler qu'au bien d'autrui2 est-ce raisonnable8 ,le vrai sage qui sait bien ce qu'il se doit1 trouve par l mme ce qu'il doit aux autres4--,mon pre avait ou dire qu'il faut s'oublier pour son prochain2 que l'intrt particulier n'est pas prendre en considration1 quand l'intrt gnral est en jeu4--,la plupart des rgles et des prceptes de ce monde abondent dans ce sens1 tendant nous pousser hors de nous-mmes et y substituer ce qui importe au service de la socit4 ,cela est vraiment bien imagin de nous dtourner et de nous distraire ainsi de ce qui nous intresse directement1 par crainte que nous y trouvant dj naturellement ports1 nous n'y tenions trop2 rien n'a t pargn pour en arriver l4 ,ce n'est du reste pas une nouveaut2 les sages ne prchent-ils pas de n'avoir de considration pour les choses qu'en raison de leur utilit1 et non d'aprs ce qu'elles sont8 ,la vrit nous est souvent une cause d'empchements1 d'incompatibilits2 nous devons frquemment tromper1 pour ne pas nous tromper2 il nous faut fermer les yeux1 imposer silence notre jugement1 pour redresser et corriger les conclusions rsultant de ces difficults qu'elle nous cre3 ,ce sont des ignorants qui jugent1 et il faut souvent les tromper pour les empcher de tomber dans l'erreur 7,quintilien74 ,nous ordonner de faire passer avant nous dans notre affection1 trois1 quatre1 cinquante catgories de choses1 c'est faire comme les archers qui1 pour atteindre le but1 visent beaucoup plus haut2 pour redresser une baguette inflchie1 il faut la courber en sens inverse4 ,j'estime que dans le culte de ,pallas1 il y avait1 comme nous le voyons dans toutes les religions des mystres apparents destins tre divulgus au public et d'autres plus secrets et d'ordre plus lev1 auxquels n'taient initis que les adeptes4 ,il est vraisemblable que dans ces derniers1 tait compris le degr exact d'amiti que chacun se doit lui-mme2 non cette amiti de mauvais aloi qui nous fait rechercher d'une faon immodre la gloire1 la science1 la richesse1 etc41 et les mettre au premier rang de notre affection comme parties intgrantes de notre tre1 ni cette amiti sans consistance et indiscrte comme celle que porte le lierre aux parois auxquelles il s'attache1 qu'il pourrit et qu'il ruine2 mais une amiti saine et rgle1 non moins utile qu'agrable4 ,qui en connat les devoirs et les exerce1 est vritablement inspir des ,muses2 il atteint au sommet de la sagesse humaine et du bonheur2 sachant exactement ce qu'il se doit1 il trouve que le rle qui lui est dvolu comporte d'utiliser pour lui-mme le concours des autres hommes et du monde et que1 pour cela1 il lui faut contribuer aux devoirs et aux charges de la socit dont il fait partie4 ,celui qui ne vit en rien pour autrui1 ne vit gure non plus pour lui-mme3 ,l'ami de soi-mme est aussi1 sachez-le1 l'ami des autres 7,snque74 ,la principale charge que nous ayons1 c'est de nous conduire2 c'est pour cela que nous sommes sur terre4 ,celui qui oublierait de vivre honntement1 saintement1 et croirait tre quitte de son devoir en exhortant et disposant les autres vivre ainsi1 serait un sot2 de mme celui qui1 pour son propre compte1 nglige de vivre convenablement et gament1 se sacrifiant pour faire qu'autrui vive de la sorte1 prend mon gr un parti mauvais et qui n'est pas dans l'ordre de la nature4 ,il faut se dvouer aux charges que l'on occupe1 mais il ne faut ni qu'elles nous absorbent ni qu'elles nous passionnent1 ce qui nous conduirait manquer de prudence et d'quit4--,je ne veux pas qu'on refuse aux charges qu'on accepte son attention1 ses pas et dmarches1 son don de parole1 sa fatigue1 au besoin mme son sang3 tout prt moi-mme mourir pour mes amis et ma patrie 7,horace72 seulement ce ne doit tre qu'un prt momentan et accidentel1 l'esprit demeurant toujours au repos et en sant1 n'tre pas inactif1 mais n'agir ni malgr lui ni entran par la passion4 ,agir simplement lui cote si peu1 qu'il agit mme en dormant1 aussi faut-il ne le mettre en branle qu'avec discrtion2 car lorsque le corps que l'on charge1 semble pas en tre surcharg1 l'esprit s'imagine qu'il peut plus encore et1 n'coutant que lui-mme1 donne parfois ses exigences une extension et une augmentation souvent prjudiciables4 ,une mme chose demande parfois des efforts physiques diffrents et une force de volont qui n'est pas toujours la mme1 l'un va fort bien sans l'autre4 ,combien de gens se hasardent tous les jours dans des guerres qui leur sont indiffrentes1 et affrontent le danger dans des batailles dont la perte1 s'ils viennent tre battus1 ne troublera pas leur sommeil durant la nuit qui vient2 tel autre1 au contraire1 demeur chez lui l'abri de dangers auxquels il n'ose mme pas penser1 est plus passionn pour l'issue de cette guerre1 et en a l'me plus obsde que le soldat qui y expose son sang et sa vie4 ,je ne suis gure dispos me mler des affaires publiques s'il doit m'en coter si peu que ce soit1 ni me donner aux autres en m'arrachant moi-mme4--,apporter de l'pret et de la violence pour obtenir la ralisation de ses dsirs1 nuit plus que cela ne sert au rsultat que l'on poursuit2 nous devenons impatients si les vnements sont contraires ou se font attendre2 nous sommes aigris et le soupon nous gagne contre ceux avec lesquels nous sommes en affaire4 ,nous ne conduisons jamais bien une chose qui nous possde et nous mne3 la passion est un mauvais guide 7,stace74 ,celui qui n'y emploie que son jugement et son adresse1 agit avec plus d' propos3 il dissimule1 cde1 diffre son aise1 selon que les circonstances le comportent2 s'il choue1 c'est sans en prouver ni tourment ni affliction2 il est tout prt renouveler sa tentative1 il marche toujours matre de lui4 ,chez celui qu'enivre la violence et qui veut quand mme1 la ncessit l'amne commettre beaucoup d'imprudences et d'injustices2 l'imptuosit de son dsir l'emporte1 il devient tmraire2 et si la fortune ne lui vient beaucoup en aide1 ce qu'il obtient est peu de chose4--,la philosophie veut que nous bannissions la colre quand nous punissons ceux qui nous ont offenss2 non pour que notre vengeance soit moindre1 mais pour qu'au contraire elle n'en porte que mieux et frappe davantage1 ce quoi1 lui semble-t-il1 la violence met obstacle4 ,non seulement la colre nous trouble mais1 par elle-mme1 elle lasse le bras qui chtie2 c'est un feu qui nous tourdit et puise notre force1 comme dans la prcipitation o la hte se donne elle-mme un croc-en-jambe qui l'entrave et l'arrte3 ,trop se hter est une cause de retard2 la prcipitation retarde plus qu'elle n'avance 7,quinte ,curce74 ,comme exemple de ce que nous en voyons journellement1 l'avarice n'a pas de plus grand empchement qu'elle-mme2 plus elle est rapace et intransigeante1 moins elle rapporte2 d'ordinaire1 elle attire elle plus rapidement le bien d'autrui1 quand elle agit sous le masque de la libralit4 ,supriorit d'un prince qui savait se mettre au-dessus des accidents de la fortune4 ,mme au jeu1 il faut tre modr2 nous le serions plus1 si nous savions combien peu nous est ncessaire4--,un gentilhomme de mes amis1 trs honnte homme1 faillit compromettre sa raison pour avoir pris trop cur les affaires d'un prince son matre et y avoir apport une attention trop passionne4 ,ce prince s'est lui-mme peint ainsi qu'il suit3 ,tout comme un autre1 il ressent le poids des accidents2 pour ceux auxquels il n'y a pas de remde1 il se rsout immdiatement en supporter les consquences2 pour les autres1 aprs avoir ordonn les prcautions ncessaires pour y parer1 ce que1 grce la vivacit de son esprit1 il peut faire promptement1 il attend avec calme ce qui peut s'ensuivre4 ,de fait1 je l'ai vu l'uvre1 conservant une grande indiffrence1 toute sa libert d'action et la plus complte impassibilit dans des situations de trs haute importance et bien difficiles2 je le tiens pour plus grand et plus capable dans la mauvaise fortune que dans la bonne2 ses dfaites sont plus glorieuses que ses victoires1 ses insuccs que ses triomphes4 ,mme dans ce qui est vain et frivole1 comme au jeu d'checs1 de paume et autres1 apporter de l'pret et de l'ardeur au service d'un violent dsir de l'emporter1 fait qu'aussitt notre esprit et nos membres ne se dirigent plus et que leurs mouvements deviennent dsordonns2 on s'blouit1 on s'embarrasse soi-mme4 ,celui qui envisage avec plus de modration le gain et la perte1 est toujours matre de lui2 moins on se pique1 moins on se passionne au jeu1 plus on le conduit avantageusement et plus on augmente ses chances4 ,nous empchons l'me de prendre et de conserver1 quand nous lui donnons trop saisir2 pour certaines choses il suffit de les lui prsenter1 pour d'autres de les lui attacher1 d'autres sont lui incorporer4 ,elle peut tout voir et sentir1 mais ce n'est que d'elle-mme qu'elle doit se sustenter2 et1 pour cela1 il faut qu'elle ait t instruite de ce qui l'intresse particulirement1 lui convient et qu'elle peut s'assimiler4 ,les lois de la nature nous donnent justement cet enseignement4 ,d'aprs la nature1 disent les sages1 personne n'est indigent 7d'aprs nous1 nous le sommes tous71 et ils vont distinguant les dsirs qu'elle nous inspire de ceux qui nous viennent du drglement de notre imagination3 ceux qui peuvent se raliser viennent d'elle1 ceux qui fuient devant nous1 sans que nous puissions jamais les satisfaire1 sont de nous2 la pauvret de biens est aise gurir1 la pauvret de l'me impossible3 ,si l'homme se contentait de ce qui lui suffit1 je serais assez riche2 mais comme il n'en est rien1 quelles richesses pourraient jamais me satisfaire 7,lucilius78--,socrate voyant transporter en grande pompe1 travers la ville1 des richesses en quantit3 joyaux1 meubles de prix1 etc41 dit3 ,que de choses il y a l1 que je ne dsire pas6--,douze onces d'aliment par jour suffisaient pour vivre ,mtrodore2 picure se suffisait avec moins encore2 ,mtrocls dormait en hiver avec les moutons1 en t dans les clotres des temples3 ,la nature pourvoit ce qu'elle exige 7,snque72 ,clanthe vivait du travail de ses mains et se vantait de pouvoir1 s'il l'et voulu1 nourrir en plus un autre lui-mme4 ,les besoins que nous tenons de la nature sont faciles satisfaire2 nos habitudes1 notre position dans le monde1 notre ge1 nous portent en tendre le cercle2 c'est dans ces limites que nous devons les contenir4--,si ce que la nature1 s'en tenant aux seuls besoins que nous avions l'origine1 demande pour assurer strictement la conservation de notre existence est trop peu de chose 7et il est de fait que nous pouvons vivre bon march1 ce qui apparat bien quand on remarque qu'il nous faut si peu que1 par sa petitesse1 cela chappe l'treinte et aux coups de la fortune71 octroyons-nous quelque chose de plus2 comprenons dans ce que nous appelons la nature1 les habitudes et la situation de chacun de nous1 et d'aprs cela fixons nos besoins et nos aspirations1 tenant compte de ce que dj nous possdons4 ,il semble en effet que1 dans ces limites1 nous soyons quelque peu excusables d'agir ainsi1 car l'habitude est une seconde nature non moins puissante que la nature elle-mme4 ,ce qui me manque et dont j'ai l'habitude1 je considre que cela me fait rellement dfaut2 j'aimerais presque autant qu'on m'tt la vie1 que de me la rtrcir en restreignant notablement les conditions dans lesquelles j'ai vcu si longtemps4 ,je ne suis plus mme de supporter de grands changements1 ni de mener un train diffrent du mien1 mme si je devais y gagner4 ,il n'est plus temps de devenir autre2 et1 de mme que si quelque grande fortune venait m'choir actuellement1 je me plaindrais qu'elle ne me soit pas arrive alors que je pouvais en jouir3 ,a quoi me servent des biens dont je ne puis user 7,horace78 je me plaindrais galement de toute nouvelle acquisition morale4 ,il vaut presque mieux ne jamais devenir honnte homme et ne jamais bien comprendre la conduite de la vie1 que d'en arriver l quand on n'a plus de temps devant soi4--,moi qui m'en vais1 je cderais volontiers quelqu'un qui vient1 l'exprience que j'acquiers sur la prudence observer dans les affaires de ce monde2 c'est de la moutarde aprs dner4 ,je n'ai que faire de biens dont je n'ai pas emploi2 quoi sert la science qui n'a plus de tte8 ,la fortune nous offense et nous joue un mauvais tour1 en nous offrant des prsents1 dont nous sommes juste titre dpits de ce qu'ils nous ont manqu au bon moment4 ,je n'ai plus besoin de guide1 quand je ne puis plus marcher4 ,de toutes les qualits dont nous pouvons tre dous1 la patience me suffit maintenant4 ,a quoi bon une voix magnifique un chantre qui a les poumons perdus1 et l'loquence un ermite relgu au fond des dserts de l',arabie4 ,il n'y a pas besoin de s'ingnier faire une fin2 en chaque chose1 elle survient d'elle-mme4 ,mon monde moi est fini2 les gens de mon espce disparaissent2 j'appartiens tout entier au pass2 je ne puis faire autrement que d'approuver cet tat de choses et d'y conformer mes derniers jours4--,j'en donnerai un exemple3 ,cette innovation qui a supprim dix jours d'une anne1 introduite par le pape1 est survenue alors que j'tais dj si prs de ma fin1 que je ne puis m'y faire2 je suis d'une poque o les annes se supputaient autrement4 ,un si long et si antique usage me revendique et j'y demeure attach2 incapable d'accepter des nouveauts1 mme quand elles constituent des rectifications1 je suis dans l'obligation d'tre en cela quelque peu hrtique4 ,mon imagination1 malgr tous mes efforts1 fait que je me trouve toujours de dix jours en avance ou de dix jours en retard2 elle ne cesse de me murmurer l'oreille3 ,cette modification ne regarde que ceux dont l'existence ne touche pas son terme4--,mme la sant1 chose pourtant si douce1 si1 par intervalles1 je viens la retrouver1 j'en prouve plus de regret que de jouissance3 je n'ai plus comment en profiter4 ,le temps m'abandonne1 et1 sans lui1 nous ne possdons rien4 ,oh6 que j'attache donc peu de prix ces grandes dignits confres l'lection1 qui ne s'attribuent qu' des gens prts quitter ce monde et dont1 quand on les a1 on ne s'inquite pas tant de quelle faon on pourra les exercer1 que du peu de temps durant lequel on les dtiendra2 ds l'entre en fonctions1 on songe au moment o il faudra les quitter4 ,en rsum1 je touche ma fin et ne suis point en voie de me refaire4 ,par suite d'un long usage1 mon tat actuel est devenu partie intgrante de moi-mme2 ce que la fortune m'a fait1 constitue ma nature4 ,je dis donc que1 disposs la faiblesse comme nous le sommes1 chacun de nous est excusable de considrer comme lui revenant1 tout ce qui est dans la mesure de notre tat accoutum2 mais aller au del1 c'est tomber dans la confusion3 c'est l la plus large concession que nous puissions faire nos droits4 ,plus nous augmentons nos besoins et ce que nous possdons1 plus nous nous exposons aux coups de la fortune et de l'adversit4 ,l'tendue de nos dsirs doit tre circonscrite et restreinte de manire ne comprendre que les commodits les plus proches de nous1 celles qui nous sont contigus1 et cette zone ne pas se prolonger indfiniment en ligne droite1 mais se replier en courbe1 dont les extrmits se rejoignent en ne s'cartant de nous que le moins possible4 ,les agissements qui se produisent sans que nous les ramenions ainsi nous 7et ce mouvement rflexe1 je le tiens pour essentiel et devant se produire bref dlai pour avoir son effet utile71 comme sont ceux des avares1 des ambitieux et tant d'autres qui poursuivent avec acharnement une ide qui les emporte toujours droit devant eux1 sont des agissements errons et maladifs4 ,c'est folie de s'enorgueillir de l'emploi que l'on occupe2 notre personnalit doit demeurer indpendante des fonctions que nous remplissons4--,la plupart des fonctions publiques tiennent de la farce3 ,tout le monde joue la comdie 7,ptrone74 ,il faut jouer convenablement son rle1 mais en lui conservant le caractre d'un personnage emprunt2 il ne faut pas que le masque et l'apparence deviennent chez nous une ralit1 ni faire que ce qui nous est tranger s'incarne en nous2 nous ne savons distinguer la peau de la chemise2 c'est assez de s'enfariner le visage sans s'enfariner encore la poitrine4 ,j'en vois qui se transforment et s'identifient en autant de figures et d'tres diffrents qu'ils ont de charges remplir2 tout en eux pontifie jusqu'au foie et aux intestins1 et1 jusque dans leur garde-robe1 ils agissent comme s'ils taient dans l'exercice de leurs fonctions4 ,que ne puis-je leur apprendre distinguer parmi les salutations qu'ils reoivent1 celles qui s'adressent eux-mmes de celles qui s'adressent au mandat qu'ils ont reu1 la suite qui les accompagne1 ou la mule qui les porte3 ,ils s'abandonnent tellement leur fortune qu'ils en oublient leur nature mme 7,quinte ,curce72 ils enflent1 grossissent leur me et leur jugement naturel pour les lever hauteur du sige qu'ils occupent comme magistrats4 ,montaigne maire et ,montaigne simple particulier ont toujours t deux hommes tout fait distincts1 la sparation en tait bien nette4 ,de ce qu'on est avocat ou financier1 il ne faut pas mconnatre ce que ces professions mettent en jeu de fourberie2 un honnte homme n'est pas responsable du vice ou de la sottise de son mtier et ne doit pas pour eux dcliner de l'exercer1 c'est l'usage de son pays et il y a bnfice2 il faut vivre du monde et en tirer profit1 en en usant tel qu'on le trouve4 ,mais le jugement d'un empereur doit s'lever au-dessus de son empire qu'il lui faut voir et considrer comme chose qui lui est trangre1 s'en abstrayant1 par moments1 pour jouir de son propre fond1 et s'entretenir avec lui-mme tout autant pour le moins que font ,jacques et ,pierre4 ,si l'on embrasse un parti1 ce n'est pas un motif pour en excuser toutes les exagrations2 il faut reconnatre ce qui est mal en lui1 comme ce qui est bien dans le parti adverse4--,je ne sais pas m'engager si profondment et si compltement2 et1 quand ma volont me fait me donner un parti1 je ne me cre pas de si violentes obligations que mon jugement en soit vici4 ,dans les troubles qui agitent actuellement ce pays1 les intrts que je sers n'ont pas fait que j'aie mconnu chez nos adversaires leurs qualits dignes d'loge1 pas plus que celles qui1 chez ceux dont j'ai embrass le parti1 sont blmer4 ,on est port adorer tout ce que font les siens2 moi1 je n'excuse mme pas la plupart de ce qui se fait du ct o je suis2 un bon ouvrage ne perd pas de son mrite1 parce qu'il est crit contre moi2 hors le nud du dbat1 car je suis et demeure catholique1 je me maintiens dans une modration et une indiffrence absolues1 hors les ncessits de la guerre1 je ne veux aucun mal l'ennemi2 ce dont je me flicite d'autant plus1 que je vois communment donner dans le dfaut contraire3 99 ,que celui-l s'abandonne la passion1 qui ne peut suivre la raison 7,cicron74 ,ceux qui tendent leur colre et leur haine au del des affaires qui les motivent1 comme font la plupart des gens1 montrent que l'origine en est ailleurs et provient d'une cause personnelle1 de mme que lorsque la fivre persiste chez quelqu'un aprs qu'il est guri d'un ulcre1 c'est un indice qu'elle drive d'une autre cause que nous ne saisissons pas4 ,eux n'en veulent pas la cause contre laquelle chacun s'arme parce qu'elle blesse l'intrt gnral et celui de l'tat1 ils lui en veulent uniquement de ce qu'elle les atteint dans leurs intrts privs2 et voil pourquoi ils y apportent une animosit personnelle qui dpasse ce que comportent la justice et la raison telles qu'elles se comprennent gnralement3 ,ils ne s'accordaient pas tous blmer toutes choses1 mais chacun d'eux censurait ce qui l'intressait personnellement 7,tite-,live74 ,je veux que l'avantage nous reste1 mais je ne me mets pas hors de moi s'il en est autrement4 ,je m'attache sincrement au parti que je crois le meilleur1 mais je ne m'affecte pas de me faire particulirement remarquer comme ennemi des autres1 et n'outrepasse pas ce que1 d'une faon gnrale1 commande la raison4 ,je blme trs vertement des propos de cette sorte3 ,il est de la ,ligue1 car c'est un admirateur de la bonne grce de ,m4 le duc de ,guise4--,il s'merveille de l'activit du roi de ,navarre1 donc c'est un huguenot4--,il trouve redire aux murs du roi1 au fond du cur c'est un sditieux4 ,je ne concde mme pas un magistrat qu'il ait raison de condamner un livre1 parce qu'il s'y trouve indiqu qu'un hrtique est l'un des meilleurs potes de ce sicle4 ,se peut-il que nous n'osions dire d'un voleur qu'il a une belle jambe2 et est-il obligatoire qu'une fille publique sente mauvais8 ,dans les sicles o rgnait plus de sagesse1 a-t-on rvoqu ce superbe titre de ,capitolinus1 dcern tout d'abord ,marcus ,manlius pour avoir sauv la religion et la libert publique8 touffa-t-on le souvenir de sa libralit1 de ses faits d'armes1 des rcompenses militaires accordes son courage1 lorsque plus tard1 mettant en pril les lois de son pays1 il aspira la royaut8 ,de ce qu'on prend en haine un avocat1 s'ensuit-il que le lendemain il cesse d'tre loquent8 ,j'ai parl ailleurs du zle qui fait tomber les gens de bien dans de semblables fautes2 pour moi1 je sais fort bien dire3 ,en cela1 il se conduit en malhonnte homme1 et1 en ceci1 fait acte de vertu4 ,on voudrait que lorsque des pronostics ou des vnements fcheux viennent se produire1 chacun1 suivant le parti auquel il appartient1 soit frapp d'aveuglement ou d'imbcillit1 et qu'il les vt1 non tels qu'ils sont1 mais tels qu'on les dsire2 je pcherais plutt par l'excs oppos tant je crains que mon dsir ne m'influence1 d'autant que je me dfie un peu des choses que je souhaite4 ,facilit extraordinaire des peuples se laisser mener par les chefs de parti4--,j'ai vu1 de mon temps1 des choses extraordinaires dnotant avec quelle facilit incomprhensible1 inoue1 les peuples1 quand il s'agit de leurs croyances et de leurs esprances1 se laissent mener et endoctriner comme il plat leurs chefs1 suivant l'intrt que ceux-ci y trouvent 7cela1 malgr cent mcomptes s'ajoutant les uns aux autres71 et prtent toute crance aux fantmes et aux songes4 ,je ne m'tonne plus que les singeries d',apollonius et de ,mahomet aient sduit tant de gens4 ,la passion touffe entirement chez eux le bon sens et le jugement2 leur discernement ne distingue plus que ce qui leur rit et sert leur cause4 ,je l'avais dj remarqu d'une faon indiscutable dans le premier des partis qui se sont forms chez nous et qui s'est montr si violent2 cet autre1 venu depuis1 l'imite et le dpasse2 d'o je conclus que c'est l un dfaut insparable des erreurs populaires4 ,aprs la premire opinion dissidente qui surgit1 d'autres s'lvent2 semblables aux flots de la mer1 elles se poussent les unes les autres suivant le sens du vent2 on n'est pas du bloc1 si on peut s'en ddire1 si on ne suit pas le mouvement gnral4 ,il est certain qu'on fait tort aux partis qui ont la justice pour eux1 quand on veut employer la fourberie leur service2 c'est un procd que j'ai toujours rprouv1 c'est un moyen qui n'est bon employer qu'avec ceux qui ont la tte malade2 avec ceux qui l'ont saine1 il y a des voies non seulement plus honntes1 mais plus sres pour soutenir les curs et excuser les accidents qui nous sont contraires4 ,diffrence entre la guerre que se faisaient ,csar et ,pompe1 et celle qui eut lieu entre ,marius et ,sylla2 avertissement en tirer4--,le ciel n'a jamais vu1 et ne verra jamais1 un diffrend aussi grave que celui entre ,csar et ,pompe2 il me semble toutefois reconnatre en ces deux belles mes une grande modration de l'une vis--vis de l'autre4 ,ce fut une rivalit d'honneur et de commandement1 qui ne dgnra jamais en une haine furieuse et sans merci2 la mchancet et la diffamation y demeurrent trangres2 dans leurs actes les plus acerbes1 je trouve quelque reste de respect et de bienveillance2 et j'estime que s'il leur et t possible1 chacun d'eux et dsir triompher sans causer la ruine de l'autre1 plutt qu'en la causant4 ,combien il en est autrement de ,marius et de ,sylla1 prenez-y garde4 ,du danger qu'il y a tre l'esclave de ses affections4--,il ne faut pas nous solidariser si perdument avec nos affections et nos intrts4 ,quand j'tais jeune1 je combattais les progrs que l'amour faisait en moi lorsque je les sentais trop prononcs1 et m'tudiais faire qu'il ne me ft pas tellement agrable1 qu'il ne fint par l'emporter et que je fusse compltement sa merci4 ,j'en use de mme dans toutes les autres occasions o ma volont se prend trop violemment3 je fais effort en sens contraire de celui vers lequel elle incline1 suivant que je la vois entrane et m'enivrer de son vin2 j'vite de nourrir son plaisir un degr tel1 que je ne puisse plus en redevenir matre1 sans qu'il y ait effusion de sang4--,les mes qui1 par stupidit1 ne voient les choses qu' demi1 jouissent de cette chance1 que ce qui est nuisible les atteint moins2 c'est une sorte de lpre morale qui a des effets analogues ceux produits par la sant et que1 pour cela1 les philosophes ne ddaignent pas compltement2 ce n'est pas cependant une raison pour la qualifier de sagesse1 ainsi que nous le faisons souvent4 ,c'est pour cela que quelqu'un raillait jadis ,diogne qui1 tout nu1 en plein hiver1 pour exercer sa rsistance au mal1 tenait embrasse une statue de neige2 le rencontrant dans cette attitude1 il lui dit3 ,eh bien6 as-tu grand froid maintenant8--,mais1 pas du tout1 rpondit ,diogne4--,en ce cas1 rpliqua son interlocuteur1 que penses-tu donc faire de difficile et d'exemplaire1 en te tenant ainsi8 ,pour donner la mesure de notre fermet1 il est indispensable de connatre la souffrance laquelle elle est capable de rsister4 ,il faut s'efforcer de prvenir ce qui dans l'avenir peut nous attirer peines et difficults4--,les mes susceptibles de se trouver en face d'vnements contraires1 qui sont exposes aux coups de la fortune dans toute leur intensit et leur acuit1 qui ont les endurer et les ressentir dans la plnitude de leur poids et de leur amertume1 doivent mettre tout leur art ne pas les provoquer et viter les circonstances qui peuvent les amener4 ,ainsi fit le roi ,cotys2 on lui avait offert de la vaisselle riche et de toute beaut2 il la paya libralement2 mais1 comme elle tait d'une fragilit extrme1 il la brisa lui-mme sur-le-champ pour s'ter immdiatement une occasion trop facile de se mettre en colre contre ses serviteurs4--,je me suis de mme volontiers appliqu ce que mes affaires ne soient pas mles celles d'autrui1 et n'ai pas cherch avoir des terres contigus celles de personnes qui me soient parentes ou avec lesquelles je sois li d'troite amiti2 c'est d'ordinaire une source de discorde et de dsunion4--,j'aimais autrefois les jeux de hasard1 tels que les cartes et les ds2 j'y ai renonc1 il y a longtemps1 parce que quelque beau joueur que je me montrasse1 quand je perdais1 je n'en ressentais pas moins1 en dedans1 une vive contrarit4--,un homme d'honneur1 qu'un dmenti ou une injure atteint au cur1 qui n'est pas de ceux qui acceptent en ddommagement et que console une mauvaise excuse1 doit se garder de s'immiscer dans les affaires douteuses et les altercations qui peuvent dgnrer en conflit4--,je fuis les caractres tristes1 les gens hargneux1 autant que ceux atteints de la peste2 et1 moins que le devoir ne m'y oblige1 je ne me mle pas aux discussions portant sur des questions auxquelles je m'intresse et de nature m'mouvoir3 ,il est plus facile de ne pas commencer que de s'arrter 7,snque74 ,la plus sre faon est donc d'tre prt tout vnement1 avant qu'il ne se produise4 ,quelques mes fortement trempes affrontent les tentations2 il est plus prudent celles qui ne s'lvent pas au-dessus du commun1 de ne point s'y exposer et de matriser ses passions ds le dbut4--,je sais bien que quelques sages s'y sont pris autrement et n'ont pas craint1 dans des circonstances diverses1 de s'empoigner et de s'attaquer corps corps avec ce qu'ils rprouvaient2 ce sont l gens qui ont une force d'me dont ils sont srs et sous laquelle ils s'abritent pour rsister aux revers de toute nature qu'ils peuvent prouver1 opposant au mal une patience toute preuve3 ,tel un rocher qui s'avance dans la vaste mer et qui1 expos la furie des vents et des flots1 brave les menaces et les efforts du ciel et de la mer conjurs1 et demeure lui-mme inbranlable 7,virgile74 ,n'entreprenons pas d'imiter de tels exemples1 nous n'y arriverions pas2 ces sages ont jusqu' la force d'assister rsolument et sans se troubler la ruine de leur pays1 auquel ils ont fait le complet abandon de leur volont1 la subordonnant ses intrts2 pour nous qui sommes moins bien tremps1 un pareil effort est trop rude4 ,caton lui sacrifia la plus noble vie qui fut jamais2 nous autres1 gens de petite taille1 il nous faut fuir devant l'orage1 et agir suivant ce que nous dicte notre instinct1 au lieu de nous rsigner2 il nous faut esquiver les coups que nous ne sommes pas en tat de parer4--,znon1 voyant approcher pour s'asseoir prs de lui1 ,chrmonide1 jeune homme dont il tait pris1 quitta aussitt sa place2 ,clanthe lui en demandant la raison3 ,parce que j'entends constamment les mdecins1 lui rpondit ,znon1 quand nous avons une affection quelconque1 nous ordonner principalement le repos et nous dfendre ce qui peut causer de l'irritation l'organe dont nous souffrons4--,socrate ne dit pas3 ,ne cdez pas aux attraits de la beaut2 affrontez-la1 mais rsistez-lui4 ,il dit3 ,fuyez-la2 courez vous mettre hors de sa vue et de sa rencontre2 vitez-la comme un poison violent qui porte et frappe de loin4--,le meilleur de ses disciples1 prtant ,cyrus1 mais1 mon avis1 racontant plutt qu'il n'invente les rares perfections de ce grand prince1 nous le montre tellement en dfiance de sa force contre les charmes de la divine beaut de ,panthe son illustre captive1 qu'il charge quelqu'un1 moins indpendant qu'il ne l'tait lui-mme1 de lui faire visite et de veiller sur elle4--,le ,saint-,esprit dit de mme3 ,ne nous induisez pas en tentation 7saint ,matthieu74 ,nous ne prions pas pour que la concupiscence n'entre pas en lutte avec notre raison et ne l'emporte pas sur elle1 mais pour qu'elle ne l'essaie mme pas2 pour que nous ne nous trouvions pas en situation d'avoir endurer les approches1 les sollicitations et les tentations du pch2 nous supplions le ,seigneur de maintenir notre conscience au repos1 parfaitement et pleinement dlivre de tout commerce avec le mal4 ,ceux qui disent avoir triomph du dsir de se venger ou de toute autre passion difficile surmonter1 exposent souvent les choses telles qu'elles sont1 mais non telles qu'elles ont t2 ils nous parlent de ce qui est1 lorsque les causes de leurs erreurs sont affaiblies par le temps et bien loin d'eux2 mais revenez plus en arrire1 remontez l'origine de ces causes1 vous les prenez au dpourvu4 ,veulent-ils donc prtendre que leur faute est moindre1 parce qu'elle est plus vieille2 et1 alors que le point de dpart est une injustice1 que les faits qui en dcoulent sont justes8 ,ceux qui1 comme moi1 souhaiteront le bien de leur pays sans s'en ulcrer et en maigrir1 seront contraris1 mais non anantis1 de le voir menaant ruine ou dans cet tat prolong qui doit l'y conduire3 ,pauvre vaisseau dsempar1 sur lequel les flots1 les vents et le pilote agissent chacun avec des desseins galement contraires4--,celui qui ne soupire pas aprs la faveur des princes comme aprs quelque chose dont il ne saurait se passer1 ne se formalise pas beaucoup de la froideur de leur accueil et de leur visage1 non plus que de l'inconstance de leur volont4 ,qui n'est pas attach ses enfants ou ses dignits au point d'en tre esclave1 ne laisse pas de continuer vivre encore commodment1 aprs les avoir perdus4 ,celui qui1 en faisant le bien1 a surtout en vue sa propre satisfaction1 ne se tourmente gure s'il voit les hommes ne pas apprcier ses actes comme ils le mritent4 ,un quart d'once de patience remdie de tels inconvnients4--,c'est une recette dont je me trouve bien3 elle me permet de racheter au meilleur compte ma sensibilit passe1 par une insensibilit que je pousse aujourd'hui aussi loin que possible2 je sens que1 par l1 j'ai chapp beaucoup de peines et de difficults4 ,avec bien peu d'efforts1 je coupe court aux premires motions qui m'agitent et lche1 avant qu'elle ne m'emporte1 toute affaire qui commence me peser4 ,qui n'arrte le dpart1 ne peut arrter la course2 qui ne sait fermer la porte ses passions1 ne les chasse pas une fois qu'elles ont pntr2 qui ne vient bout du commencement1 ne vient pas bout de la fin2 celui-l ne peut non plus soutenir l'difice dans sa chute1 qui n'a pu en prvenir l'branlement3 ,car1 ds qu'on s'carte de la raison1 les passions se poussent d'elles-mmes1 la faiblesse humaine trouve plaisir ne pas rsister1 et1 insensiblement1 on se voit1 par son imprudence1 emport en pleine mer1 sans refuge o s'abriter 7,cicron74 ,je sens temps les brises avant-coureurs de la tempte1 qui viennent me tter et bruire au dedans de moi3 ,ainsi le vent1 faible encore1 agite la fort2 il frmit1 et ses sourds mugissements annoncent au nautonier la tempte prochaine 7,virgile74 ,montaigne fuyait les procs1 alors mme que ses intrts devaient en souffrir4--,combien de fois me suis-je fait un tort vident pour viter d'en recevoir un plus grand encore du fait de la justice aprs un sicle d'ennuis1 de dmarches curantes et avilissantes qui cotent mon caractre plus encore que la prison et le feu3 ,pour viter les procs1 on doit faire tout ce qu'on peut et mme un peu plus2 car il est non seulement honorable1 mais quelquefois aussi avantageux de se relcher un peu de ses droits 7,cicron74 ,si nous tions vraiment sages1 nous devrions nous rjouir et nous vanter d'un procs perdu1 comme un jour j'ai entendu le faire un enfant de grande maison1 qui faisait fte chacun de ce que sa mre venait d'en perdre un1 comme si c'et t sa toux1 sa fivre1 ou toute autre chose de dsagrable avec quoi elle ft aux prises4 ,les faveurs mmes que je tenais de la fortune1 telles que parents1 alliances et relations avec ceux qui peuvent tout en la matire1 je me suis toujours fait un rigoureux cas de conscience de ne pas les employer contre les intrts d'autrui1 pour obtenir que mon droit l'emporte par d'autres considrations que la justice de ma cause4 ,enfin1 j'ai si bien employ mon temps 7et suis heureux de pouvoir le dire7 que je suis encore vierge de procs1 quoique plusieurs fois j'eusse t trs fond en entreprendre s'il m'avait convenu d'y recourir2 de mme aussi je suis vierge de querelles4 ,me voici bientt arriv au terme d'une longue existence1 sans avoir jamais fait ou subi de grosses offenses et sans jamais avoir vu accol mon nom une pithte malsonnante2 c'est l une grce du ciel bien rare6 ,les plus grands troubles ont le plus souvent des causes futiles4 ,dans toute affaire il faut rflchir avant d'agir et1 une fois lanc1 persvrer1 dt-on prir la peine4--,les plus grands troubles qui agitent les socits humaines proviennent de causes ridicules4 ,quel effondrement que celui du dernier de nos ducs de ,bourgogne1 caus par un diffrend amen par une charrete de peaux de mouton6 ,l'exergue grave sur un cachet ne fut-elle pas la cause premire et principale du plus horrible croulement dont la ,rpublique romaine ait jamais eu souffrir8 car ,pompe et ,csar ne sont que les rejetons et les hritiers de la querelle de ,marius et de ,sylla4 ,de mon temps1 combien de fois n'ai-je pas vu les plus sages ttes du royaume assembles en grande crmonie et grands frais pour le trsor public1 afin de conclure des traits et des accords dont les clauses taient cependant dcides en ralit et en toute souverainet dans les boudoirs des dames1 suivant le caprice de quelque femme sans consistance4 ,c'est ce que les potes avaient bien saisi et qu'ils ont rendu en mettant1 pour une pomme1 la ,grce et l',asie feu et sang4 ,enqurez-vous des motifs pour lesquels cet individu va jouer son honneur et sa vie avec son pe et son poignard2 qu'il vous dise la circonstance qui a amen ce dbat3 il ne pourra le faire sans rougir1 tant elle est vaine et frivole4 ,au dbut1 il suffit d'tre un peu avis pour viter une affaire2 mais1 une fois qu'on y est embarqu1 les tiraillements se produisent de toutes parts et il faut1 pour s'en bien tirer1 tre approvisionn de nombreux moyens d'action de bien autre importance et bien autrement difficiles4 ,combien il est plus ais de n'y pas entrer que d'en sortir6 ,il faut en pareille occurrence se comporter au rebours du roseau qui1 tout d'abord1 pousse tout d'une venue une longue tige bien droite1 mais qui ensuite1 comme s'il tait harass et hors d'haleine1 produit une tige noueuse dont les nuds1 de plus en plus gros et rapprochs1 marquent comme des temps d'arrt dnotant qu'il n'a plus sa vigueur et sa persistance premires2 il vaut mieux commencer doucement et froidement1 et conserver son souffle et ses vigoureux lans pour le moment o on est au fort de la besogne et qu'il s'agit de perfectionner4 ,quand les affaires commencent1 nous les dirigeons et pouvons alors les mener comme bon nous semble2 mais aprs1 quand elles sont en train1 ce sont elles qui nous mnent et nous emportent3 nous ne pouvons que les suivre4 ,je ne puis dire cependant que ce procd m'ait pargn toute difficult et que je n'ai pas eu souvent 99 peine rprimer et brider mes passions2 elles ne se gouvernent pas toujours dans la mesure o1 suivant les circonstances1 il serait dsirable2 souvent mme1 elles interviennent avec aigreur et violence4 ,toujours est-il que son application apporte bien du soulagement et de l'avantage1 sauf ceux qui1 ms exclusivement par l'amour du bien1 ne recherchent pas un avantage qui serait de nature porter atteinte leur rputation4 ,c'est qu' la vrit il n'y a en toutes choses profit pour chacun1 que s'il l'apprcie tel2 or1 dans le cas qui nous occupe1 il revient de cette manire de faire plus de contentement mais non plus d'estime1 parce qu'on s'est retir avant que la mle ne comment1 avant d'tre en prsence du pril4 ,j'ajouterai encore qu'en ceci1 comme dans tous les autres devoirs de la vie1 la route de ceux qui ne voient que l'honneur1 est bien diffrente de celle que suivent ceux qui ont en vue l'ordre et la raison4--,il est des gens qui1 sans rflexion1 entrent en lice comme des furieux2 peu aprs leur ardeur tombe4 ,plutarque dit que ceux qui1 par mauvaise honte1 cdent et accordent aisment ce qu'on leur demande1 sont ensuite ports manquer de parole et se ddire2 il en est de mme de ceux qui prennent lgrement parti dans une querelle1 ils l'abandonnent non moins lgrement2 cette mme difficult que j'prouve m'y jeter1 me porterait y persister une fois que je me serais branl et chauff4 ,agir comme ils le font1 est mauvais2 une fois qu'on y est1 il faut marcher1 dt-on y rester3 ,dcidez-vous froidement1 disait ,bias1 mais poursuivez sans relche4 ,le manque de prudence conduit au manque de cur1 ce qui est plus grave encore4 ,la plupart des rconciliations qui suivent nos querelles1 sont honteuses2 quand on ne le fait pas de son plein gr1 dmentir ce qu'on a fait ou dit est une lchet4--,la plupart des accords qui interviennent aujourd'hui pour clore nos querelles personnelles1 sont honteux et menteurs2 nous ne cherchons qu' sauver les apparences1 et1 pour cela1 nous trahissons et dsavouons nos vritables intentions3 ce ne sont que des repltrages4 ,nous savons dans quelles conditions nous avons parl1 quel sens tait attacher ce que nous avons dit1 les assistants le savent1 et aussi nos amis auprs desquels nous avons voulu nous grandir2 aussi1 quand nous dmentons notre pense1 est-ce aux dpens de notre franchise et de l'honneur de notre courage3 nous cherchons des chappatoires dans la fausset pour arriver un accommodement2 nous nous donnons nous-mmes un dmenti pour dtruire l'effet d'un dmenti donn un autre4 ,vous ne devez pas rechercher si vos actes ou vos paroles sont susceptibles d'une autre interprtation derrire laquelle vous pourriez vous retrancher2 c'est leur sens vrai et sincre que vous avez dsormais le devoir de maintenir cote que cote4 ,on s'adresse votre vertu et votre conscience1 ce ne sont pas 99 l choses qui prtent travestissement2 laissons ces vils moyens et ces expdients la chicane du palais4 ,les excuses et les rparations que je vois faire tous les jours pour donner satisfaction d'un acte indiscret ou d'une parole inopportune1 me semblent plus laides que cet acte ou cette parole4 ,il vaudrait mieux faire son adversaire une nouvelle offense1 que de s'offenser soi-mme en s'humiliant ainsi devant lui4 ,vous l'avez brav sous l'action de la colre1 et1 de sang-froid et en pleine possession de vous-mme1 vous vous mettez l'apaiser et le flatter2 de la sorte votre soumission outrepasse l'excs que vous avez commis en premier lieu4 ,je trouve qu'un gentilhomme ne saurait rien faire qui soit plus honteux pour lui que de se ddire quand cela lui est impos2 d'autant que l'opinitret est un dfaut plus excusable que la pusillanimit4--,il m'est aussi facile d'viter de me livrer mes passions1 qu'il m'est difficile de les modrer3 ,on les arrache plus aisment de l'me1 qu'on ne les bride4 ,que celui qui ne peut atteindre cette noble impassibilit des ,stociens1 se rejette vers cette stupidit des foules qui est la mienne2 ce que ceux-l faisaient par vertu1 j'ai t amen le faire par temprament4 ,a moyenne hauteur rgnent les temptes2 plus haut et plus bas1 les philosophes et les gens de la campagne trouvent les uns et les autres la tranquillit et le bonheur3 ,heureux le sage qui parvient connatre la raison de toutes choses2 dpouill de toute crainte1 il foule aux pieds l'inexorable destin et mprise les mugissements de l'avare ,achron4 ,heureux aussi celui qui connat les divinits champtres3 ,pan1 le vieux ,sylvain et l'aimable famille des ,nymphes 7,virgile74 ,toutes les choses1 leur naissance1 sont faibles et tendres2 aussi faut-il toujours avoir les yeux ouverts sur elles ce moment1 parce que de mme que le danger qu'elles peuvent prsenter ne se dcouvre pas quand il est l'tat embryonnaire de mme lorsque1 ayant grandi1 il vient se manifester1 on n'en aperoit plus le remde4 ,si j'avais cd l'ambition1 j'eusse rencontr un million d'embarras1 de jour en jour plus malaiss surmonter qu'il ne m'a t difficile d'arrter mon penchant naturel pour cette passion3 ,c'est avec raison que j'ai toujours eu horreur d'lever la tte au-dessus des autres et d'attirer les regards 7,horace74 ,jugement que l'on a mis sur la manire dont ,montaigne s'est acquitt de sa mairie de ,bordeaux et jugement que lui-mme en porte4--,on a pu avec assez de vrit lui reprocher de ne pas y avoir apport une ardeur excessive2 mais1 en somme1 il faisait ce qu'il fallait sans bruit ni ostentation et1 de fait1 il a maintenu l'ordre et la paix4--,tous les actes publics sont sujets des interprtations diverses qu'on ne saurait prvoir2 trop de gens s'en font juges4 ,il en est qui1 parlant de ma conduite comme maire de ,bordeaux 7je suis content d'en dire un mot1 non que cela en vaille la peine1 mais pour donner un exemple de ce que je suis dans cet ordre de choses71 disent que je m'y suis comport en homme qui ne s'meut pas assez et qui ne se passionne gure2 et1 en cela1 ils ne sont pas trs loigns d'avoir raison4 ,j'essaie de tenir en repos mon me et mes penses1 toujours tranquille par nature1 et plus encore prsent par l'effet de l'ge 7,cicron72 et si parfois elles se dbauchent recevoir quelque impression rude et pntrante1 c'est en vrit sans que je le leur conseille4 ,de cette apathie naturelle il ne faudrait cependant pas conclure de l'impuissance 7dfaut d'application et dfaut de bon sens sont deux choses diffrentes71 et encore moins un manque de reconnaissance et de l'ingratitude envers cette population1 qui1 avant mme de me connatre1 puis aprs m'avoir connu1 m'a donn la plus grande marque de confiance qui tait en son pouvoir1 faisant bien plus pour moi1 en me prorogeant dans cette charge1 qu'elle n'avait fait en me la donnant la premire fois4 ,je lui veux tout le bien en mon pouvoir2 et certes1 si l'occasion s'tait prsente1 je n'eusse rien pargn pour son service4 ,je me suis dmen pour elle1 comme je me dmne pour moi4 ,c'est une bonne population1 guerrire1 gnreuse1 et nanmoins susceptible d'obissance et de discipline1 capable de bien faire sous une bonne direction4--,on dit aussi que mon administration s'est passe sans prsenter rien de marquant ni qui ait laiss trace4 ,quelle plaisanterie6 ,on critique mon inactivit une poque o l'on reprochait presque tout le monde de trop faire6 ,j'agis avec promptitude et nergie quand ma volont m'y pousse2 mais cette ardeur ne s'allie pas la persvrance4 ,qui voudra user de moi1 en tenant compte de ma nature1 me donnera des affaires ncessitant de la vigueur et de la libert d'action1 demandant de la droiture1 qui puissent se rsoudre promptement et mme pour lesquelles il faille s'en remettre un peu au hasard1 je puis y tre de quelque utilit2 mais si la chose demande du temps1 de la subtilit1 du travail1 qu'il faille ruser et biaiser1 mieux vaut qu'il s'adresse un autre4 ,toutes les charges importantes ne sont pas par elles-mmes difficiles remplir2 j'tais dispos travailler un peu plus qu' mon ordinaire si c'et t absolument ncessaire1 car il m'est possible de faire davantage que je ne fais et que je n'aime faire4--,je n'ai laiss de ct1 que je sache1 aucun des faits et gestes que le devoir rclamait effectivement4 ,j'ai facilement oubli ceux que l'ambition mle au devoir et qu'elle couvre de ce nom2 ce sont ceux qui1 le plus souvent1 captivent les regards et les oreilles et dont les hommes se contentent2 ce n'est pas de la chose1 mais de son apparence qu'ils se paient2 s'ils n'entendent pas de bruit1 il leur semble qu'on dort4 ,mon caractre n'est pas de ceux qui aiment le tapage2 je rprimerais fort bien des troubles sans en tre troubl en moi-mme1 et chtierais le dsordre sans me mettre hors de moi4 ,si j'ai besoin de me montrer en colre ou surexcit1 je fais comme si je l'tais1 c'est un masque que j'emprunte4 ,je suis port la mollesse1 de murs plutt paisibles que violentes4 ,je ne reproche pas un magistrat de dormir1 pourvu que ceux qu'il administre dorment avec lui2 c'est ce que font les lois elles-mmes4 ,je suis pour une vie facile1 obscure et muette1 galement loigne de la bassesse et d'un insolent orgueil 7,cicron72 ainsi me l'a faite la fortune4 ,je suis n d'une famille qui a pass sans clat et sans tumulte1 et qui1 de temps immmorial1 a t altre surtout de rectitude et d'honntet4 ,il n'est pas de ceux qui ont de l'ambition1 laquelle n'est pas de mise quand les questions que l'on a traiter sont affaires courantes dont il ne faut pas exagrer l'importance4--,a notre poque1 on est si enclin l'agitation et l'ostentation1 que la bont1 la modration1 l'galit d'humeur1 la constance et autres qualits paisibles et sans clat ne s'apprcient plus4 ,les corps qui prsentent des asprits se sentent1 ceux qui sont lisses se manient sans faire impression2 on ressent la maladie1 on ne ressent pas1 ou bien peu1 la sant1 pas plus que les choses notre convenance comparativement celles qui nous oppressent4 ,c'est agir dans l'intrt de sa rputation et pour son profit personnel et non pour le bien que de diffrer1 pour le faire en public1 ce qu'on et pu faire dans la chambre du conseil1 et en plein midi ce qu'on pouvait faire la nuit prcdente1 ou de tenir faire soi-mme ce que votre compagnon peut faire aussi bien que vous4 ,ainsi agissaient1 en ,grce1 certains chirurgiens qui effectuaient sur des estrades1 la vue des passants1 les oprations affrentes leur art1 pour s'attirer plus de pratiques et de clientle4 ,les rglements ne sont estims bons1 que publis son de trompe4 ,l'ambition n'est pas un vice de petites gens2 elle ncessite des efforts bien autres que ceux dont nous sommes capables4--,on disait ,alexandre3 ,votre pre vous laissera un vaste tat1 facile gouverner et pacifi2 et ce jeune homme portait envie aux victoires remportes par son pre et la justice avec laquelle il gouvernait2 il n'et pas voulu n'avoir qu' jouir mollement et paisiblement de l'empire du monde4--,alcibiade1 dans ,platon1 se donne comme prfrant mourir jeune1 beau1 riche1 noble1 savant1 ayant atteint en tout cela la perfection1 plutt que de vivre longtemps en s'en tenant1 sous le rapport de ces qualits1 dans les conditions o il tait1 sans s'exhausser encore4 ,c'est l une maladie peut-tre excusable chez une nature aussi forte et aussi complte que l'tait la sienne2 mais quand ces petites mes1 naines et chtives1 qui vont se faisant illusion dans l'ide que leur nom va devenir clbre parce qu'elles ont jug sainement une affaire ou convenablement rgl la garde de la porte d'une ville1 elles tmoignent d'autant plus leur faiblesse1 qu'elles s'imaginent davantage que cela les grandit4 ,si bien que soient ces actes insignifiants1 ils n'ont ni corps1 ni vie2 le premier qui en parle1 les attnue dj2 peine si la connaissance s'en rpand d'un carrefour de rue un autre4 ,entretenez-en hardiment votre fils et votre valet1 comme cet ancien qui1 n'ayant personne qui prtt l'oreille aux louanges qu'il se donnait et convint de son mrite1 faisait le fier auprs de sa femme de chambre1 s'criant3 ,o ,perrette1 quel galant homme1 quel homme capable tu as pour matre6 ,au pis aller1 entretenez-vous-en avec vous-mme1 comme un conseiller de ma connaissance qui1 ayant dgois force articles et commentaires de loi d'une extrme subtilit et d'une ineptie tout aussi grande1 se rendant de la chambre du conseil l'urinoir du palais1 fut entendu marmottant entre ses dents et avec la plus intime conviction3 ,ce n'est point moi1 ,seigneur1 ce n'est point moi1 mais toi-mme que la gloire doit en revenir 7,psalmiste74 ,si on ne peut recevoir des compliments des autres1 eh bien6 qu'on s'en fasse soi-mme4 ,la renomme ne s'attache qu' des actes qui sortent de l'ordinaire1 et nat d'elle-mme4--,la renomme ne se prostitue pas si bon compte2 les actes rares et exemplaires auxquels elle est due1 ne supporteraient pas la compagnie de cette foule innombrable de petits faits journaliers4 ,le marbre exaltera vos titres autant qu'il vous plaira1 pour avoir fait rparer tant bien que mal un pan de mur ou curer un gout2 mais les hommes de bon sens n'en feront rien4 ,la gloire n'est pas forcment la consquence d'une chose qui est bonne2 il faut encore qu'elle ait t hors de l'ordinaire et d'excution difficile4 ,les ,stociens n'admettaient mme pas qu'un acte ne tmoignant pas de la vertu mritt estime2 ils ne voulaient pas1 par exemple1 qu'on st gr qui1 par temprance1 s'abstenait d'une vieille aux paupires enflammes4 ,parmi ceux au fait des admirables qualits de ,scipion l',africain1 il en est qui lui refusent les loges que ,panntius lui dcerne pour son dsintressement1 cette qualit n'tant pas tant sienne1 disent-ils1 que propre au sicle o il vivait4 ,nous bnficions des volupts qui appartiennent au milieu o nous a placs la fortune1 n'usurpons pas celles de la grandeur2 les ntres sont plus naturelles et d'autant plus solides et plus sres qu'elles sont moins leves4 ,si ce n'est par conscience1 du moins par respect humain1 repoussons l'ambition2 ddaignons cette soif1 basse et honteuse1 de renomme et d'honneur qui nous pousse les mendier auprs de toutes sortes de gens1 en recourant aux moyens les plus abjects1 et qu'il nous faut payer des prix les plus vils2 il est dshonorant d'tre honor dans de pareilles conditions3 ,quels loges que ceux qu'on peut acheter au march 7,cicron76 ,apprenons n'tre pas plus avides de gloire que nous ne sommes capables de la mriter4 ,se gonfler de tout acte utile et qui ne porte atteinte personne1 est le propre des gens auxquels c'est chose rare et extraordinaire2 ils veulent lui faire attribuer le prix qu'il leur cote4 ,quand je suis tmoin d'un fait particulirement clatant1 plus il a d'clat1 plus je rabats de son mrite1 par le soupon que j'ai qu'il ait t produit plus pour l'effet devant en rsulter que du fait d'un bon sentiment de la part de son auteur2 ainsi tal en public1 il perd la moiti de son prix4 ,ces actions ont bien plus de grce1 quand elles chappent ceux qui les accomplissent1 sans qu'ils s'y prtent et sans bruit1 et que1 venant ensuite fixer l'attention de quelque honnte homme1 il les tire de l'ombre et les met en lumire pour elles-mmes3 ,pour moi1 je trouve bien plus digne d'loges ce qui se fait sans ostentation et loin des yeux du peuple 7,cicron71 a dit l'homme le plus vaniteux qu'il y ait eu en ce monde4 ,montaigne n'avait qu' maintenir l'tat de choses existant1 il l'a fait2 il n'a offens personne1 ne s'est attir aucune haine1 et1 quant tre regrett1 il ne l'a du moins jamais souhait4--,je n'avais1 comme maire1 qu' maintenir et continuer les choses dans l'tat o je les avais trouves1 ce qui se fait sans bruit et sans qu'on s'en aperoive2 l'innovation se remarque beaucoup plus1 mais elle est interdite en des temps comme ceux-ci1 o nous sommes entours de dangers et avons surtout nous dfendre des nouveauts4 ,s'abstenir de faire est souvent aussi mritoire qu'agir2 mais cela donne moins de relief1 et le peu que je vaux est peu prs en entier de cette sorte4 ,en somme1 les circonstances1 durant mon administration1 ont t en rapport avec mon caractre1 ce dont je leur sais trs bon gr4 ,est-il quelqu'un qui dsire tre malade1 pour voir comment son mdecin le traitera8 et ne faudrait-il pas fouetter un mdecin qui dsirerait que nous ayons la peste1 pour pouvoir exercer son art8 ,je n'ai pas eu ce travers coupable et assez frquent1 de dsirer que les affaires de ma cit soient troubles et en souffrance1 pour que ma gestion en ft rehausse et honore1 et je me suis prt de bon cur aider ce qu'elles se fissent aisment et facilement4--,qui ne voudra pas me savoir gr de l'ordre1 de la douce et muette tranquillit dues ma manire de l'aire1 ne pourra du moins me dnier la part que j'y ai eue1 grce ma bonne fortune2 et je suis ainsi fait que j'aime autant tre heureux que sage1 et devoir mes succs uniquement la faveur divine plutt qu' mes propres agissements4 ,j'avais assez nettement fait connatre chacun mon incapacit diriger de semblables affaires publiques2 mais ce qui aggrave encore cette insuffisance1 c'est qu'elle ne me dplat pas1 que je ne cherche pas m'en gurir1 et cela en raison du genre de vie que j'ai eu dessein de mener4 ,je ne me suis pas davantage1 en cette situation1 donn pleine satisfaction1 car je n'ai tenu qu'imparfaitement ce que je m'tais promis3 j'ai fait beaucoup plus que je ne devais pour ceux vis--vis desquels j'avais pris des engagements1 tandis que d'ordinaire je promets un peu moins que je ne puis et espre tenir4--,je suis persuad n'avoir offens personne et ne m'tre attir aucune haine2 quant tre regrett et dsir1 ce que du moins je sais bien1 c'est que je ne l'ai pas beaucoup souhait3 ,moi1 me fier ce monstre1 la tranquillit de la mer1 au calme apparent des flots 7,virgile76 ,,chapitre ,,xi4 ,des boiteux4 ,critique du changement opr dans le calendrier par la rforme grgorienne4--,il y a deux ou trois ans1 qu'en ,france1 l'anne a t rduite de dix jours4 ,que de changements devaient rsulter de cette rforme2 c'tait au fond remuer la fois le ciel et la terre6 ,et cependant tout est demeur en place3 mes voisins font leur heure leurs semailles1 leurs rcoltes1 leurs transactions commerciales2 les jours propices et les jours nfastes existent1 et tout cela exactement comme de tous temps4 ,nos habitudes ne se ressentaient pas de l'erreur1 pas plus qu'elles ne se ressentent de la correction intervenue1 tant il y a partout d'incertitude1 tant notre comprhension des choses est grossire1 obscure et obtuse6 ,on dit que la question pouvait se rgler d'une faon moins incommode1 en retranchant comme l'a fait ,auguste1 pendant quelques annes1 aux annes bissextiles1 aussi longtemps qu'il et t ncessaire pour arriver la concordance voulue1 le jour qu'elles ont en plus et qui1 maintenant comme avant1 est une gne et cause du trouble4 ,de ce qu'on n'a pas procd ainsi1 nous sommes encore de quelques jours en avance2 toutefois ce moyen demeure pour pourvoir l'avenir aux corrections faire1 en fixant qu'aprs une priode de tant et tant d'annes1 ce jour supplmentaire sera toujours supprim1 de telle sorte que l'erreur ne pourra dornavant excder vingt-quatre heures4--,nous n'avons d'autre mesure du temps que les annes1 et il y a bien des sicles que le monde en use2 cependant c'est une mesure que nous n'avons pas encore achev de dterminer1 et nous sommes encore dans le doute sur les formes diverses que les autres nations lui donnent et les raisons qui les leur ont fait adopter4 ,il est des gens qui disent qu'en vieillissant les cieux s'abaissent sur nous et empchent ainsi la dtermination exacte des jours et mme des heures6 ,plutarque va jusqu' dire des mois1 il est vrai que de son temps l'astronomie n'tait pas encore arrive dterminer le mouvement de la lune6 ,ce sont l1 n'est-ce pas1 de bonnes conditions pour l'enregistrement des vnements du pass8 ,vanit des recherches de l'esprit humain2 on veut souvent dcouvrir les causes d'un fait1 avant d'tre assur que ce fait est bien certain4--,je rvassais tout l'heure1 comme je le fais souvent1 combien la raison humaine est un instrument vague et mal rgl4 ,c'est ainsi qu'on voit ordinairement les hommes auxquels on cite des faits1 s'amuser plus volontiers en rechercher les causes qu' en vrifier la ralit4 ,ils passent par-dessus toute investigation prliminaire1 mais en examinent avec soin les consquences1 ou encore1 sans s'inquiter de la chose1 s'enquirent immdiatement des causes4 ,plaisants chercheurs de causes6 ,cette connaissance n'intresse que celui qui a la direction et non nous1 qui n'avons qu' prendre les choses telles qu'elles sont et qui en avons l'usage entier et absolu suivant ce qui convient nos besoins1 sans qu'il nous soit ncessaire d'en pntrer ni l'origine1 ni le principe2 le vin en est-il plus agrable qui sait comment il se fabrique et d'o il provient8 ,au contraire1 le corps et l'me entravent et altrent le droit qu'ils ont d'user de ce qui est et d'eux-mmes1 quand ils y mlent ce que la science en pense2 les effets nous touchent1 les moyens pas du tout4 ,fixer et rpartir est du domaine de qui est matre ou gouverne1 comme accepter est le fait du sujet et de l'apprenti4--,reprenons ce que nous disions de cette habitude4 ,a l'annonce d'une chose1 on commence d'ordinaire par dire3 ,comment cela se fait-il8 ,il faudrait dire3 ,mais1 d'abord1 cela est-il8 ,notre raisonnement est capable de reconstituer cent mondes comme le ntre et d'en trouver les principes et l'organisation2 il ne faut pour cela ni base1 ni matriaux2 laissez-le aller2 habile donner du corps la fume 7,perse71 il construit aussi bien sur le vide que sur le plein1 avec rien qu'avec quelque chose4 ,je trouve que de presque tout1 il faudrait dire3 ,cela n'est pas4 ,c'est une rponse que j'emploierais souvent si j'osais2 mais on crie aussitt que parler ainsi dnonce de l'ignorance et de la faiblesse d'esprit1 et il me faut la plupart du temps faire le bateleur de compagnie avec ceux qui m'entourent et deviser sur des sujets et des contes frivoles auxquels je n'ajoute aucune foi2 sans compter que c'est en vrit un peu rude et bien empreint de l'esprit de contradiction1 que de nier catgoriquement un fait qu'on vous nonce2 d'autant que peu de gens manquent1 surtout quand la chose est difficile croire1 d'affirmer qu'ils l'ont vue et de produire des tmoins dont l'autorit nous empche de contredire4 ,il en rsulte qu'avec cette manire de faire1 nous connaissons les causes et effets de mille choses qui n'ont jamais exist1 et que le monde discute sur mille sujets dont le pour et le contre sont aussi faux l'un que l'autre3 ,le faux approche si fort du vrai1 que le sage ne doit pas s'engager dans un dfil si dangereux 7,cicron74 ,la vrit et le mensonge ont mme physionomie2 le port1 le got1 les allures sont pareils3 nous les regardons du mme il4 ,non seulement nous sommes lches par le peu de dfense que nous imposons la tromperie1 mais nous cherchons et nous nous convions encore nous y enferrer2 par vanit nous aimons nous embrouiller1 cela semble faire partie intgrante de notre tre4 ,comment s'accrditent de prtendus miracles4 ,autorit que prend sur nous toute croyance qui a de nombreux adeptes et est close depuis un certain temps dj2 que ne va-ton au fond des choses8--,j'ai vu1 de mon temps1 natre plusieurs miracles4 ,bien qu'ils se soient touffs ds l'origine1 nous pouvons prvoir quels dveloppements ils auraient pris si1 arrivs maturit1 ils eussent vcu2 car il ne faut que trouver le bout du fil1 on en dvide alors autant qu'on veut4 ,il y a en effet beaucoup plus loin de rien la plus petite chose du monde1 que de cette petite chose la plus grande4 ,or les premiers qui sont mls aux commencements d'une chose extraordinaire1 s'apercevant1 par l'incrdulit qu'ils rencontrent lorsqu'ils se mettent conter leur histoire1 o gt la difficult de persuader1 vont tayant ce point faible de quelque preuve fausse1 d'autant1 qu'en outre de ce que les hommes ont tendance donner cours des bruits incertains 7,tite ,live71 nous nous faisons naturellement conscience de rendre avec usure ce qu'on nous a prt1 en y ajoutant quelque peu de notre cru4 ,l'erreur que nous commettons personnellement1 donne d'abord naissance celle qui se propage dans le public2 et celle-ci1 son tour1 confirme l'erreur individuelle premire4 ,ainsi la chose se forme1 allant s'affermissant par son passage de main en main1 si bien que chaque tmoin nouveau est mieux inform que celui dont il tient la nouvelle1 et que celui qui vient en dernier lieu est plus convaincu que le premier4 ,c'est une progression naturelle3 quiconque croit quelque chose1 estime que c'est faire uvre de charit que de convaincre quelque autre2 et1 pour ce faire1 il ne craint pas d'ajouter de sa propre invention1 ce qu'il raconte1 autant qu'il juge ncessaire pour triompher de la rsistance et du manque de conviction qu'il croit exister chez autrui4--,moi-mme1 qui me fais un scrupule excessif de mentir et qui ne me soucie gure d'imposer ce que je dis1 ou qu'on y croie1 je constate cependant que lorsque je parle sur une question1 si je suis chauff soit par la rsistance de mon auditoire1 soit par la chaleur mme de ma narration1 en dehors de ce que j'ai en dire je grossis1 j'enfle le sujet par mon ton de voix1 mes gestes1 l'accent et la force de mes expressions1 et mme par les amplifications et extensions que je me permets non sans dommage pour la vrit initiale4 ,je ne le fais cependant qu'avec cette restriction que1 ds que quelqu'un me rappelle moi-mme et me demande la vrit dans toute sa nudit et sa crudit1 c'en est fait aussitt de toute exagration1 je la lui donne sans emphase ni commentaires4 ,un langage vif et bruyant1 comme d'ordinaire est le mien1 se laisse volontiers aller l'hyperbole4--,il n'est rien quoi les hommes soient plus gnralement disposs qu' chercher propager leurs opinions2 quand1 cet effet1 les moyens habituels nous font dfaut1 nous y ajoutons le commandement1 la force1 le fer et le feu4 ,c'est un malheur d'en tre arriv ce que la meilleure preuve de la vrit d'une chose1 soit la multitude des gens qui y croient1 alors que cette foule comprend tant de fous et si peu de sages1 comme s'il n'y avait rien de plus commun que de ne pas avoir de bon sens 7,cicron74 ,belle autorit pour la sagesse1 qu'une multitude de fous 7,s4 ,augustin74 ,il est difficile de se former un jugement ferme1 qui soit l'encontre d'opinions gnralement admises4 ,ce sont les simples d'esprit qui1 sur le seul expos des faits1 croient tout d'abord2 puis1 par l'autorit du nombre et des tmoignages que l'on fait remonter aussi haut que possible1 cela gagne ceux qui ont l'esprit le plus ouvert4 ,pour moi1 quand je ne crois pas quelqu'un m'affirmant une chose1 je n'y croirais pas davantage fussent-ils cent me circonvenir1 et ce n'est pas par le temps depuis lequel elle rgne que je juge une ide4 ,il y a peu de temps1 un de nos princes1 en proie la goutte qui avait altr son bon sens naturel et sa vigoureuse sant1 se laissa si fortement persuader par ce qu'on disait des cures merveilleuses opres par un prtre qui1 l'aide de paroles et de gestes1 gurissait toutes les maladies1 qu'il fit un long voyage pour aller le trouver4 ,celui-ci1 par un puissant effet de suggestion1 parvint lui endormir son mal pour quelques heures1 si bien que ses jambes1 pendant ce court intervalle1 lui fournirent le service auquel elles ne satisfaisaient plus depuis longtemps4 ,si le hasard et voulu que cinq ou six aventures de ce genre se produisissent1 cela et suffi pour accrditer un miracle de cette nature4 ,on reconnut depuis que celui qui obtenait ce rsultat1 y mettait tant de simplicit et si peu d'artifice1 qu'on ne jugea pas qu'il y et lieu de le poursuivre judiciairement4 ,c'est cela qu'on arriverait dans la plupart des cas semblables1 si on les examinait fond4 ,nous admirons les choses qui trompent par leur loignement 7,snque72 notre vue nous fait ainsi souvent apercevoir au loin des images qui nous semblent tranges et qui se rduisent rien1 quand on en approche3 ,jamais la renomme ne s'en tient la vrit 7,quinte-,curce74 ,la plupart d'entre eux reposent sur des riens et on se perd leur chercher des causes srieuses2 le seul miracle que ,montaigne ait constat1 c'est lui-mme4--,c'est merveilleux comme certaines lgendes des plus rpandues tiennent des causes frivoles et ont des origines insignifiantes4 ,c'est mme l ce qui empche les informations d'aboutir3 tandis qu'on s'vertue rechercher des causes et des fins srieuses et importantes comme il convient pour des choses de si grand renom1 on perd trace des vraies qui nous chappent par leur petitesse2 pour aboutir dans ces investigations1 il est certain qu'il faut un inquisiteur bien prudent1 attentif et subtil1 qui n'ait ni parti pris1 ni proccupation4--,jusqu' prsent1 miracles et vnements tranges se cachent de moi et1 en fait de monstres et de miracles bien caractriss1 je n'ai vu que moi-mme4 ,avec l'usage et le temps1 on se familiarise avec tout ce qui est trange2 malgr cela1 plus je me tte et me connais1 plus ma difformit m'tonne et moins je me comprends4 ,histoire d'un miracle bien prs d'tre accrdit1 qui ne reposait que sur de simples plaisanteries4--,c'est surtout le hasard qui produit et fait accepter de tels accidents4--,passant avant-hier dans un village1 deux lieues de ma maison1 je trouvai la place encore toute chaude d'un miracle qui venait d'avorter2 depuis plusieurs mois il amusait le voisinage1 et1 des provinces voisines1 qui commenaient s'en mouvoir1 accouraient par grosses troupes des gens de toutes conditions4 ,un jeune homme de la localit s'tait1 pour se jouer1 mis contrefaire une nuit1 chez lui1 la voix d'un esprit1 sans penser autre malice qu' badiner un moment4 ,cela lui ayant russi mieux qu'il n'esprait1 afin de donner plus de sel sa farce1 il y associa une fille du village1 tout fait stupide et niaise1 puis finalement un troisime individu1 tous trois de mme ge et aussi simples d'esprit2 puis1 transformant leur prche domicile en prche public1 ils se cachrent sous l'autel de l'glise1 ne se rvlant que la nuit et dfendant qu'on apportt de la lumire4 ,des paroles qui tendaient la conversion du monde et menaaient du jour du jugement 7sujets qui1 par l'autorit qui s'y attache et le respect qu'ils commandent1 se prtent le plus l'imposture71 ils en vinrent produire quelques visions et apparitions1 mais si naves et absurdes1 qu' peine y a-t-il rien de si grossier dans les jeux des petits enfants4 ,qui sait cependant quel degr cette mauvaise plaisanterie et trouv crance1 si le hasard s'y ft un peu prt8 ,ces pauvres diables sont cette heure en prison et porteront probablement la peine de la sottise commune2 je ne sais si quelque juge ne se vengera pas sur eux de la sienne4 ,ici1 la supercherie ayant t dcouverte1 on y voit clair2 mais dans nombre de cas analogues1 sur lesquels nous ne sommes pas suffisamment difis1 je suis d'avis que nous rservions notre jugement1 aussi bien pour que contre4 ,tous les prjugs de ce monde viennent de ce que nous ne voulons ni douter1 ni avouer notre ignorance4--,il s'engendre beaucoup d'abus en ce monde ou1 pour tre plus catgorique1 tous les abus de ce monde s'engendrent de ce qu'on nous apprend craindre de manifester notre ignorance1 et que nous sommes tenus d'accepter tout ce que nous ne pouvons rfuter2 nous parlons de toutes choses1 comme si c'taient des prceptes indniables que nous mettons4 ,l'usage1 ,rome1 voulait que ce dont un tmoin dposait pour l'avoir vu de ses yeux et ce qu'un juge prescrivait avec toute la certitude que lui donnait sa science1 fussent noncs sous cette forme3 ,il me semble4 ,on me porte har les choses les plus vraisemblables1 quand on me les impose comme infaillibles2 j'aime ces expressions3 ,peut-tre1--,en quelque sorte1--,on dit1--,je pense1 et autres semblables qui attnuent et modrent la tmrit de nos propos2 et1 si j'avais eu lever des enfants1 je leur eusse si bien inculqu cette faon de rpondre dubitative et non tranchante3 ,qu'est-ce8--,je ne saisis pas1--,il se pourrait1--,est-il vrai8 qu'ils auraient sembl plutt des apprentis soixante ans1 que des docteurs dix1 comme cela est aujourd'hui4 ,qui veut gurir de son ignorance1 doit l'avouer4 ,iris est fille de ,thaumantis2 l'admiration est la base de toute philosophie2 l'investigation est la source du progrs1 l'ignorance l'arrte net4 ,et cependant1 il y a une certaine ignorance forte et gnreuse qui1 sous le rapport de l'honneur et du courage1 ne le cde en rien la science2 ignorance qui1 pour se produire1 n'exige pas moins de savoir que pour faire montre de science4 ,j'ai vu1 dans mon enfance1 le compte rendu d'un procs que ,corras1 conseiller au parlement de ,toulouse1 fit imprimer et qui portait sur ce fait trange de deux hommes qui se donnaient tous deux pour un mme individu4 ,il me souvient 7et je ne me souviens que de cela7 qu'il me parut avoir dmontr que l'imposture de celui qu'il dclarait coupable tait si tonnante1 dpassait tant ce que pouvait en dmler notre entendement et aussi le sien1 lui qui tait juge1 que je trouvais bien hardi l'arrt par lequel il fut condamn tre pendu4 ,nous devrions admettre des arrts rendus en cette forme3 ,la cour n'y comprend rien2 ils tmoigneraient encore plus de libert et de bon sens que les juges de l',aropage qui1 ayant prononcer dans une cause qu'ils ne parvenaient pas approfondir1 ordonnrent que les parties se reprsenteraient dans cent ans4 ,de ce que les livres saints nous relatent des miracles1 il n'en faut pas conclure qu'il doive s'en oprer de nouveaux de notre temps4--,les sorcires dans mon pays courent risque de la vie1 chaque fois que les dnonce quelqu'un qui vient attester que ce qu'elles ont rv s'est ralis4--,nos livres sacrs1 qui reproduisent la parole divine1 renferment eux aussi des prdictions semblables 7celles-ci certaines et irrcusables72 pour en faire application aux vnements modernes1 comme nous n'en distinguons pas les causes et ne savons par quels moyens ils se raliseront1 il faut une autre intelligence que la ntre1 et il n'appartient peut-tre qu' ce seul et omnipotent tmoignage de nous clairer et de nous dire3 ,c'est celui-ci1 celui-l1 et non tel autre que ceci s'applique4 ,dieu doit assurment tre cru2 mais non le premier venu qui s'tonne de son propre rcit 7et ncessairement il s'en tonne1 quand le fait dpasse la porte de nos sens71 soit qu'il parle de faits imputs autrui1 soit qu'il s'accuse lui-mme4 ,montaigne n'admet pas qu'on maltraite personne parce qu'il a des opinions contraires aux ntres4--,je suis lourd d'esprit et m'en tiens un peu ce qui a corps et est vraisemblable1 vitant sur ce point le dfaut dj signal par les anciens3 ,les hommes sont ports ajouter foi ce qu'ils ne comprennent pas2--l'esprit humain est dispos croire plus aisment ce qui est obscur 7,tacite74 ,je vois bien qu'on se courrouce et qu'on m'interdit le doute sous peine des pires injures1 c'est l un nouveau procd de persuasion4 ,mais1 ,dieu merci1 ce n'est pas coups de poing qu'on peut imprimer une direction ma manire de voir4 ,j'admets que ceux auxquels on vient reprocher qu'une opinion qu'ils mettent est entache de fausset se rvoltent contre une semblable apprciation2 pour moi1 quand je ne partage pas une opinion1 je me borne la trouver hardie et difficile admettre4 ,comme tout le monde1 je condamne les affirmations contraires aux miennes1 mais sur un ton qui n'a rien d'imprieux4 ,celui qui pour prouver ce qu'il soutient1 se montre arrogant et autoritaire1 montre que chez lui la raison ne tient pas grande place4 ,tant qu'il ne s'agit que d'une simple discussion sur les mots1 telle qu'il s'en produit dans les coles1 les arguments des uns peuvent prsenter autant d'apparence de vrit que ceux des autres pourvu qu'ils discutent la vraisemblance et n'affirment pas 7,cicron72 mais lorsqu'on en vient traiter des effets qui en sont la consquence1 ceux qui conservent leur calme ont bien de l'avantage4 ,pourquoi ter la vie aux sorciers pour se dfendre contre de prtendus actes surnaturels8 la plupart du temps les accusations portes contre eux sont sans fondement4--,pour en arriver tuer les gens accuss de sorcellerie1 il faut avoir une clart bien vive et bien nette des griefs qui leur sont imputs2 la vie humaine est une ralit trop incontestable1 pour tre prise en garantie des faits surnaturels et fantastiques qu'on leur prte4--,il n'est pas ici question de ceux qui font emploi de drogues et de poisons1 ce sont des homicides de la pire espce2 et cependant1 mme dans ce cas1 il ne faut pas1 dit-on1 toujours croire leurs aveux3 on en a vu s'accuser parfois d'avoir tu des personnes qu'on retrouvait vivantes et bien portantes4--,quant ces autres accusations extravagantes qu'on voit se produire contre ces prtendus sorciers1 je dirai volontiers que c'est dj bien assez qu'un homme1 si recommandable qu'il soit1 soit cru quand ce qu'il dit est naturel2 et que1 lorsqu'il s'agit de choses surnaturelles1 au-dessus de ce que nous pouvons comprendre1 il ne doit l'tre1 qu'autant qu'il a reu du ciel qualit cet effet4 ,ce privilge qu'il a plu ,dieu d'attacher certains de nos tmoignages1 ne doit pas tre avili en en usant la lgre4 ,j'ai eu les oreilles rebattues de mille contes tels que ceux-ci3 ,trois personnes l'ont vu tel jour au levant2 trois autres l'ont vu le lendemain l'occident2 telle heure1 en tel lieu1 il tait habill de telle sorte2 si bien que j'arriverais ne pas m'en croire moi-mme4 ,combien je trouve plus naturel et plus vraisemblable que deux hommes mentent1 que le fait d'un autre qui1 en douze heures de temps1 port par les vents1 serait pass d'orient en occident2 il est bien plus naturel que notre entendement soit dplac1 emport par le tourbillon d'ides de notre esprit dtraqu1 plutt que l'un de nous1 en chair et en os1 ne s'envole sur un balai1 le long du tuyau de sa chemine1 parce qu'un esprit tranger s'est empar de lui6 ,ne cherchons pas des illusions venant du dehors et qui nous soient inconnues1 alors que perptuellement nous sommes agits par d'autres qui nous sont propres et existent en nous4 ,il me semble qu'on est excusable de ne pas croire un miracle1 au moins quand il est possible de le dmasquer et de l'expliquer par des raisons plausibles1 et je suis de l'avis de saint ,augustin3 qu'il vaut mieux incliner vers le doute que vers l'assurance1 dans ce qui est difficile prouver et dangereux de croire4 ,il est trs port penser que ces gens ont l'imagination malade et sont fous plutt que criminels4--,il y a quelques annes1 je passais sur le territoire d'un prince souverain qui1 pour rabattre mon incrdulit1 me fit la faveur de me montrer1 en sa prsence1 enferms dans un local spcial1 dix ou douze prisonniers de ce genre1 parmi lesquels une vieille femme1 vraie sorcire par sa laideur et sa difformit et trs fameuse1 depuis longtemps1 en ce mtier4 ,je vis des preuves1 des aveux qu'elle avait faits spontanment1 et je ne sais trop quel stigmate indlbile sur cette malheureuse4 ,je m'enquis1 je questionnai tout mon aise1 y apportant toute l'attention que je pouvais1 car je ne suis pas homme dont le jugement se laisse beaucoup influencer par des prventions4 ,finalement1 je leur eusse en conscience administr de l'ellbore plutt que de la cigu1 leur cas me paraissant plus voisin de la folie que du crime 7,tite ,live74 ,pour traiter ces maladies1 la justice a des moyens qui lui sont propres4 ,quant aux objections et arguments que les gens de bonne foi m'ont prsents l et souvent ailleurs1 je n'en ai pas trouv de concluants et qui n'eussent comport des solutions autres1 chaque fois plus vraisemblables que les leurs4 ,il est vrai que les preuves et les raisonnements bass sur les faits et l'exprience1 je ne les dnoue pas2 du reste ils n'ont pas de bout3 je les tranche souvent comme ,alexandre fit du nud gordien4 ,aprs tout1 c'est mettre ses conjectures bien haut prix1 que d'y trouver raison de faire brler un homme tout vif4 ,prestantius dit de son pre 7et on cite d'autres exemples71 qu'assoupi et endormi plus lourdement que par l'effet d'un profond sommeil1 il s'imagina tre une jument et servir de bte de somme des soldats2 et ce qu'il s'imaginait tre1 il l'tait rellement4 ,si les sorciers peuvent avoir des songes qui sont des ralits1 et si parfois les songes peuvent se manifester par des effets1 je ne crois cependant pas que notre volont en soit responsable devant la justice4--,j'en parle comme quelqu'un qui n'est pas juge1 ne sige pas dans les conseils des rois et s'estime bien loin d'en tre digne1 mais en homme du peuple1 dress et vou s'en rapporter au sens commun dans ses actes et ses paroles4 ,qui tiendrait compte de mes rveries pour se mettre en opposition avec la moindre loi de son village1 avec une opinion1 une coutume existantes1 se ferait grand tort1 et m'en ferait un non moins considrable2 car de ce que je dis1 je ne garantis rien1 sinon que c'est ce que j'avais en tte1 sous une forme confuse et incertaine1 quand je l'ai crit4 ,c'est ici comme une sorte de conversation o je parle de tout1 et ce ne sont nullement des avis que j'mets3 ,je n'ai pas1 comme tant d'autres1 honte d'avouer que j'ignore ce que je ne sais pas 7,cicron72 je ne serais pas si hardi dans mes propos si j'tais de ceux que l'on doit croire1 et c'est ce que j'ai rpondu une fois un grand personnage qui se plaignait de l'pret et de l'insistance de mes conseils3 ,je vois que vous tes tout dispos prendre parti dans un sens1 je vous soumets l'autre de mon mieux pour clairer votre jugement1 mais non pour le contraindre2 ,dieu qui dispense le courage1 vous mettra mme de choisir4 ,je ne suis pas prsomptueux au point de seulement dsirer que ce que j'en pense1 puisse faire pencher d'un ct plutt que d'un autre dans des questions de cette importance2 ma situation ne m'a pas habitu aboutir de si hauts et si considrables rsultats4 ,je reconnais avoir nombre de travers d'esprit et aussi de manires de voir1 dont volontiers je chercherais dgoter mon fils si j'en avais un2 et de fait1 ce qui est vrai n'est pas toujours chez l'homme ce dont il s'accommode le mieux1 tant il est de bizarre composition4 ,rflexions sur un proverbe italien qui attribue aux boiteux des deux sexes plus d'ardeur aux plaisirs de l'amour4--,a ce propos1 et cela ne s'y rattacherait-il pas1 peu importe1 un proverbe trs rpandu en ,italie dit que celui qui n'a pas couch avec une boiteuse1 ne connat pas ,vnus dans ce qu'elle a de plus doux4 ,le hasard ou quelque fait particulier a1 il y a bien longtemps1 introduit ce dicton dans le peuple2 il s'applique aux hommes comme aux femmes1 car la reine des ,amazones rpondit un ,scythe qui la conviait l'amour3 ,ce sont les boiteux qui le font le mieux 7,thocrite74 ,dans cette rpublique fminine1 pour viter que les mles ne s'emparassent du pouvoir1 on leur estropiait ds l'enfance les bras1 les jambes et autres membres qui leur donnaient avantage sur la femme1 qui ne se servait d'eux que pour le surplus dont nous usons d'elle4 ,j'eusse mis comme raison de cette supriorit1 que le mouvement dtraqu d'une boiteuse peut procurer un plaisir nouveau dans les rapports sexuels que l'on a avec elle et accentuer la jouissance chez ceux qui en essayent2 mais je viens de trouver que les philosophes anciens ont dj lucid la question et posent que chez une boiteuse1 les jambes et les cuisses ne se nourrissant pas1 par suite de son infirmit1 comme cela devrait tre1 il en rsulte que les parties gnitales places plus haut sont mieux nourries1 se dveloppent davantage et deviennent plus vigoureuses2 ou encore que ce dfaut empchant de prendre de l'exercice1 ceux qui en sont atteints dpensent moins leur force et en sont mieux disposs pour les jeux de ,vnus4 ,c'est cette mme raison qui faisait que les ,grecs reprochaient aux tisserandes d'tre plus ardentes que les autres femmes1 parce que le mtier qu'elles font les empche1 elles aussi1 de prendre un exercice suffisant4 ,s'il en est ainsi1 de tels raisonnements peuvent nous mener loin1 et je pourrais ajouter au sujet de ces dernires que le trmoussement continu que leur occasionne leur travail quand elles sont assises1 les veille et les sollicite1 comme il arrive aux dames par suite de l'branlement et de l'agitation de leurs carrosses4 ,l'esprit humain admet comme raisons les choses les plus chimriques2 souvent on explique un mme effet par des causes opposes4--,ces exemples ne confirment-ils pas ce que je disais au commencement de ce chapitre3 que la recherche de la cause devance souvent en nous la constatation de l'effet1 et cela s'tend tellement loin1 que nous arrivons juger non ce qui est1 mais ce qui n'existe mme pas8 ,outre cette facilit trouver des interprtations tout songe quel qu'il soit1 notre imagination est encore tout aussi porte recevoir aisment de fausses impressions sur les plus frivoles apparences4 ,par la seule autorit de ce dicton ancien trs connu1 je me suis autrefois laiss aller croire que j'avais prouv plus de plaisir avec une femme parce qu'elle tait mal btie et considrer cette infirmit comme ajoutant ses grces4 ,le ,tasse1 dans la comparaison qu'il tablit entre la ,france et l',italie1 dit avoir remarqu que nous avons les jambes plus grles que les gentilshommes italiens1 et l'attribue ce que nous sommes continuellement cheval4 ,de cette cause1 ,sutone tire une conclusion tout oppose2 car1 dit-il1 celles de ,germanicus taient devenues plus fortes par la pratique continue de ce mme exercice4 ,rien n'est si souple1 si drgl que notre entendement4 ,il est comme le soulier de ,thramne1 qui s'adaptait tous les pieds2 il est double et divers1 et donne galement ce quoi il s'applique des formes multiples et varies3 ,fais-moi don d'une drachme d'argent1 disait un philosophe de l'cole des ,cyniques ,antigone4 ,ce n'est pas l un prsent digne d'un roi1 rpondit celui-ci4 ,donne-moi alors un talent1 reprit le philosophe4 ,ce n'est pas un prsent qui convienne un ,cynique1 repartit ,antigone4--,souvent il est bon de mettre le feu dans un champ strile et de brler les restes de paille1 soit que cette chaleur prpare les voies et ouvre les pores secrets par lesquels la sve monte dans les herbes nouvelles1 soit qu'elle rende la terre plus rude et resserre ses veines ouvertes aux pluies fines1 un soleil trop ardent ou aux froids pntrants de ,bore 7,virgile74 ,c'est ce qui a amen les ,acadmiciens poser en principe de douter de tout1 ne tenant rien pour absolument vrai non plus que pour absolument faux4--,toute mdaille a son revers2 c'est pourquoi ,clitomaque disait jadis que ,carnade1 en entreprenant de draciner chez l'homme la manie de tout analyser1 c'est--dire l'envie et la tmrit de juger tout ce qui s'offre lui1 avait entrepris plus que les travaux d',hercule4 ,cette pense si ose de ,carnade lui tait ne1 mon avis1 de l'impudence qu'talaient anciennement ceux qui faisaient profession de savoir et de leur outrecuidance dmesure4--sope tait expos en vente avec deux autres esclaves4 ,un acheteur s'enquit auprs de l'un d'eux de ce qu'il savait faire2 celui-ci1 pour se faire valoir1 dit monts et merveilles3 il savait ceci1 il savait cela1 etc4 ,l'autre en dit autant et plus de lui-mme4 ,quand vint le tour d'sope et qu'on lui demanda lui aussi ce qu'il savait faire3 ,rien1 rpondit-il1 ces deux-ci ont tout pris1 ils savent tout4--,la mme chose s'est produite dans les coles de philosophie4 ,l'audace de ceux qui attribuaient l'esprit humain l'aptitude tout savoir1 en a amen d'autres mettre1 par dpit et contradiction1 qu'il n'est capable de rien2 ceux-ci portent cette ignorance l'extrme1 comme ceux-l font de la science2 de telle sorte qu'on ne peut nier que l'homme ne soit immodr en toutes choses1 et qu'il ne s'arrte que lorsqu'il y est contraint par l'impuissance o il se trouve de passer outre4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la physionomie4 ,presque toutes nos opinions ne se forment que par l'autorit d'autrui2 nous admirons ,socrate sans le connatre1 sur sa rputation2 s'il vivait notre poque1 peu d'hommes feraient cas d'un enseignement donn sous la forme simple et nave qu'il emploie4--,presque toutes les opinions que nous avons1 nous sont imposes sans que nous les ayons contrles2 cela il n'y a pas de mal3 nous ne saurions1 en ce sicle si faible1 faire un plus mauvais choix1 que si nous choisissions nous-mmes4 ,les discours de ,socrate1 dont ses amis nous ont transmis la forme et le sens1 n'ont notre approbation que par respect pour l'approbation universelle qui s'y est attache de temps immmorial2 ce n'est pas par nous-mmes que nous les connaissons1 ils ne sont pas notre usage4 ,s'il se produisait cette heure quelque chose de pareil1 peu d'hommes l'apprcieraient sa valeur4 ,nous n'apercevons1 en fait de grces1 que celles qui ont du piquant1 qui sont bouffies et regorgent d'artifice2 celles qui glissent1 naves et simples1 chappent aisment des organes aussi grossiers que les ntres3 elles ont une beaut dlicate et cache1 et il faut une vue bien nette et que rien ne voile pour dcouvrir cette lumire drobe4 ,la navet n'est-elle pas du reste1 notre sens1 proche parente de la sottise et ne la tenons-nous pas pour un dfaut8--,socrate imprime son me un mouvement naturel qui est dans la manire de faire de tous2 un paysan1 une femme s'expriment comme il le fait2 il parle constamment de cochers1 de menuisiers1 de savetiers et de 99 maons2 ses inductions1 ses comparaisons sont tires des actions les plus vulgaires de l'homme1 de celles qui se rptent le plus2 chacun comprend ce dont il parle4 ,nous n'eussions jamais de nous-mmes apport sous une forme aussi triviale tant de noblesse et de splendeur dans le choix de ses admirables conceptions1 nous qui estimons plates et basses toutes celles que ne relve pas la forme sous laquelle elles s'enseignent1 qui ne distinguons la richesse que si elle s'tale en grande pompe4 ,notre monde est ptri d'ostentation1 les hommes ne s'enflent que de vent et vont par bonds1 comme les ballons4 ,socrate1 lui1 ne cherche pas faire prvaloir de chimriques ides1 son but est de nous munir de choses et de prceptes qui profitent rellement de la faon la plus immdiate la vie3 ,rgler ses actions1 observer la loi du devoir1 suivre la nature 7,lucain74 ,il fut toujours un1 et est constamment demeur semblable lui-mme2 il s'est lev l'apoge de sa vigueur1 non par boutades1 mais par temprament2 ou1 pour mieux dire1 il n'a rien surlev1 il a plutt rabaiss l'homme pour le ramener son point d'origine et tel que l'a fait la nature1 laquelle il a subordonn les aspirations1 les mcomptes et les difficults de la vie4 ,chez ,caton1 on voit bien clairement qu'il va planant sans cesse bien au-dessus des ides communes2 dans ses exploits empreints de tant de bravoure1 dans sa mort1 on le sent toujours mont sur ses grands chevaux4 ,socrate1 au contraire1 va toujours rasant la terre1 de ce mme pas lent auquel nous allons tous2 et il met ses plus utiles discours1 se conduit dans la mort et dans les moments les plus difficiles qu'il soit donn de traverser1 comme en toutes les autres choses habituelles de la vie humaine4 ,quel immense service n'a-t-il pas rendu l'homme en lui montrant1 dans un langage la porte de tous1 ce qu'il peut par lui-mme4--,il s'est bien trouv que l'homme le plus digne d'tre connu et d'tre prsent au monde comme exemple1 soit celui que nous connaissons avec le plus de certitude4 ,il nous a t dpeint par les hommes les plus aptes bien juger qui aient jamais exist2 les tmoignages qu'ils nous portent sur lui sont admirables d'exactitude et de comptence4--,c'est une merveille qu'il ait pu discipliner les ides naissantes et si pures de l'enfant1 au point que sans les altrer1 ni les tirer1 il soit arriv produire en notre me ses plus beaux effets4 ,il ne nous la reprsente ni riche1 ni ayant de hautes aspirations2 il ne nous la montre que saine1 mais d'une sant bien allgre et bien nette4 ,mettant en jeu les ressorts les plus naturels et les plus vulgaires1 par des raisonnements absolument ordinaires et communs1 sans s'mouvoir ni s'exciter1 il fait admettre non seulement les croyances1 les actions1 les murs mieux rgles1 mais aussi les plus hautes1 les plus vigoureuses qui jamais ont eu cours4 ,c'est lui qui a ramen du ciel1 o elle perdait son temps1 la sagesse humaine pour la rendre l'homme chez lequel avec raison elle trouve le plus s'employer4 ,voyez-le plaidant devant ses juges2 voyez par quelles raisons il se montre courageux quand il est aux prises avec les hasards de la guerre1 par quels arguments il fortifie sa patience contre la calomnie1 la tyrannie1 la mort et mme contre le caractre acaritre de sa femme2 il n'emprunte rien ni l'art1 ni la science2 les gens les plus simples reconnaissent chez lui les moyens et la force dont ils disposent eux-mmes4 ,il n'est pas possible de revenir en arrire1 ni de descendre plus bas4 ,il a rendu grand service la nature humaine1 en lui montrant combien elle peut par elle-mme4 ,l'homme est incapable de modration1 mme dans sa passion d'apprendre2 inanit de la science4 ,ce qui nous est vraiment utile est naturellement en nous1 mais il faut le dcouvrir1 et c'est ce que ,socrate nous enseigne4--,nous sommes chacun plus riches que nous ne pensons2 mais on nous dresse emprunter et qumander2 on nous faonne nous servir plus d'autrui que de nous-mmes4 ,l'homme ne sait en rien s'arrter ds qu'il a satisfait ce dont il a besoin2 qu'il s'agisse de volupt1 de richesse1 de puissance1 il en embrasse plus qu'il n'en peut treindre2 son avidit est incapable de modration4 ,j'estime qu'il en est de mme de la curiosit qu'il met savoir2 il se prpare plus de besogne qu'il n'en peut faire et bien plus qu'il ne lui est ncessaire1 tirant de plus en plus parti de ce savoir au fur et mesure qu'il lui fournit davantage de matire utiliser3 ,nous ne mettons pas plus de modration dans l'tude des lettres1 que dans tout le reste 7,snque72 et ,tacite a raison quand il loue la mre d',agricola de ce qu'elle contenait chez son fils le dsir trop ardent d'apprendre4 ,la science est un bien qui1 le considrer avec calme1 a1 comme tous les autres biens des hommes1 beaucoup de vanit et une faiblesse propre qu'elle tient de la nature2 de plus1 elle cote cher4 ,l'acquisition en prsente beaucoup plus de risques que celle de n'importe quel autre aliment ou boisson2 toute autre chose1 quand nous l'avons achete1 nous l'emportons au logis et la plaons dans un rcipient quelconque1 o il nous est loisible d'examiner ce qu'elle vaut1 la quantit que nous en prendrons1 et quelle heure4 ,les sciences1 nous ne pouvons1 ds l'arrive1 les mettre dans un vase autre que dans notre me2 nous les absorbons en les achetant et1 quand nous sortons du march1 nous en sommes dj ou corrompus ou amends4 ,il y en a parmi elles qui ne font gure que nous gner et nous entraver1 au lieu de nous nourrir2 et telles autres1 prsentes comme devant nous gurir1 nous empoisonnent4 ,j'ai prouv du plaisir voir que1 quelque part1 des hommes font1 par dvotion1 vu d'ignorance1 comme d'autres de chastet1 de pauvret et de pnitence2 c'est aussi chtier nos apptits dsordonns que d'mousser cette cupidit qui nous excite l'tude des livres1 et sevrer l'me de cette volupt que nous savourons avec tant de dlices1 que nous procure l'ide que nous sommes des savants2 c'est satisfaire on ne peut mieux au vu de pauvret que d'y joindre celle de l'esprit4--,nous n'avons pas besoin de beaucoup de science pour vivre notre aise1 et ,socrate nous apprend que ce qui nous en est ncessaire est en nous2 il nous donne la manire de l'y trouver et d'en tirer parti4 ,toute science1 au del de celle que nous tenons de la nature1 est peu prs vaine et superflue2 c'est dj beaucoup si elle ne nous surcharge et ne nous trouble pas plus qu'elle ne nous sert3 ,il faut peu de lettres un esprit sage 7,snque72 elle est pour notre esprit une cause de fivre qui le brouille et l'inquite4 ,recueillez-vous1 vous trouverez en vous les arguments que vous fournit la nature pour vous prparer la mort1 et ceux-ci sont vrais et les plus propres nous servir en cas de ncessit2 ce sont ceux qui aident le paysan et des peuples entiers l'affronter avec autant de fermet qu'un philosophe4 ,serais-je mort moins allgrement si cela m'tait arriv avant que j'aie connu les ,tusculanes8 je pense que non2 et1 quand je fais un retour sur moi-mme1 je sens que la connaissance de cet ouvrage a enrichi mon langage1 mais bien peu fortifi mon courage1 qui demeure tel que la nature l'a cr et ne s'arme pour ce combat que comme chacun le fait naturellement2 les livres n'ont pas tant servi mon ducation qu' exercer mon esprit4 ,on pourrait mme dire que la science1 en essayant de nous fournir de nouveaux moyens de dfense contre les accidents avec lesquels la nature nous met aux prises1 ajoute plus l'ide que nous nous faisons de la grandeur et du poids de ces accidents1 qu'elle ne nous soutient par les raisons et les subtilits qu'elle nous suggre4 ,car ce sont vraiment des subtilits1 que ce par quoi elle nous tient souvent bien vainement en veil4 ,voyez combien mme les auteurs qui possdent le mieux leur sujet et les plus sages sment autour d'un bon argument quantit d'autres secondaires et1 pour qui y regarde de prs1 vides de sens2 ce ne sont que des arguties de mots qui nous trompent2 mais1 comme cela peut avoir son utilit1 je ne veux pas en discuter autrement4 ,ici mme1 il s'en trouve assez de cette nature que j'ai insrs et l1 soit pour les avoir emprunts1 soit pour les avoir imits4 ,encore faut-il un peu se garder de ne pas appeler force ce qui n'est que gentillesse1 solide ce qui n'est que subtil1 ou bon ce qui n'est que beau3 ce qui plat au got1 ne plat pas autant l'estomac 7,cicron72 tout ce qui plat1 ne nourrit pas1 lorsqu'il s'agit de l'me et non plus de l'esprit 7,snque74 ,l'indiffrence et la rsignation avec lesquelles les pauvres supportent la mort et les autres accidents de la vie1 sont plus instructives que les enseignements de la science4--,a voir les efforts que fait ,snque pour se prparer contre la mort1 le voir s'puiser pour se raidir et garder son assurance1 se dmener contre cette obsession1 il se serait discrdit mes yeux si1 par sa mort mme1 il n'et si vaillamment soutenu sa rputation4 ,son agitation fbrile qui se renouvelle si souvent1 dnote combien il tait lui-mme nerveux et surexcit4 ,une me forte s'exprime d'une manire plus calme1 plus rassise4444 ,l'esprit a la mme teinte que l'me2 ce sont l des phrases qui lui appartiennent1 je les lui emprunte pour mieux le dpeindre1 elles montrent combien il tait proccup de ce moment4 ,la faon dont ,plutarque l'envisage est ddaigneuse et moins obsdante2 je la tiens pour tre par cela mme plus virile et plus persuasive1 et serais port croire que son me avait les mouvements plus calmes et plus rguliers4 ,le premier1 plus aigu1 nous pique et amne en nous des sursauts2 il fait surtout impression sur notre esprit4 ,le second1 plus solide1 nous renseigne1 nous prpare1 nous rconforte constamment2 il impressionne surtout notre entendement4 ,celui-l enchante notre jugement1 celui-ci le gagne4--,j'ai vu aussi d'autres crits d'auteurs plus rvrs encore qui1 lorsqu'ils nous dpeignent les luttes qu'ils ont eues soutenir contre les aiguillons de la chair1 les reprsentent si cuisants1 si puissants1 si invincibles que nous1 qui appartenons la lie du peuple1 sommes amens admirer autant l'tranget et l'acuit1 dont nous ne nous rendons pas compte1 des tentations qu'ils ont prouves1 que la rsistance qu'ils leur ont oppose4 ,a quoi peut nous conduire la rsistance que provoquent en nous les efforts de la science8 ,regardons sur terre3 ,les pauvres gens que nous y voyons dissmins1 la tte penche sur leur travail1 qui ne connaissent ni ,aristote1 ni ,caton1 ni exemples1 ni prceptes1 obissant la nature1 donnent tous les jours des marques de constance et de patience plus pures et plus grandes que ne sont celles que nous tudions dans les coles avec tant d'application4 ,combien en vois-je journellement qui se soucient peu de leur pauvret1 qui dsirent la mort1 qui la reoivent sans alarme ni affliction4 ,l'homme qui travaille en ce moment mon jardin1 a enterr ce matin son pre ou son fils4 ,les noms mmes qu'ils donnent aux maladies en adoucissent et attnuent l'pret3 la phtisie est pour eux de la toux2 la dysenterie1 un cours de ventre2 la pleursie1 un refroidissement2 et1 de mme qu'ils en temprent les dnominations1 ils les supportent sans s'en proccuper outre mesure4 ,il faut qu'elles soient bien graves pour leur faire interrompre leur labeur journalier2 ils ne s'alitent que pour mourir3 ,cette vertu simple et nave a t change en une science obscure et futile 7,snque74 ,c'est au milieu des dsordres de la guerre civile que ,montaigne crit3 excs qui se commettent1 indiscipline des armes2 les meilleurs1 en ces circonstances1 finissent par se gter4--,j'crivais ceci vers l'poque o1 pendant plusieurs mois1 fondaient directement sur moi1 de tout leur poids1 les charges rsultant des troubles auxquels nous sommes en proie4 ,j'avais1 d'une part1 les ennemis ma porte2 de l'autre1 les maraudeurs1 pires encore que les ennemis1 combattant non par les armes1 mais par le crime4 ,j'tais journellement en butte toutes sortes de dommages du fait des hostilits3 ,a droite et gauche1 un ennemi redoutable me menace2 j'ai craindre des deux cts la fois 7,ovide74 ,quelle guerre monstrueuse6 ,les autres sont diriges contre le dehors1 celle-ci contre nous-mmes2 elle se ronge1 se dtruit par son propre venin4 ,elle est d'une nature si maligne et si dsastreuse1 qu'elle se ruine en mme temps que tout le reste2 dans sa rage1 elle se dchire et se met en pices4 ,nous la voyons plutt s'teindre d'elle-mme1 que faute d'aliment qui la soutienne ou parce que l'un des partis l'emporte4 ,aucune discipline n'y rgne3 elle a pour objet de mettre fin la sdition1 elle-mme en est pleine2 de chtier la dsobissance1 elle en donne l'exemple2 employe la dfense des lois1 elle est aussi pour sa part en rvolte contre celles qui la rgissent4 ,o allons-nous8 ,le seul mdicament auquel on puisse avoir recours est infectieux3 ,notre mal s'empoisonne du secours qu'on lui donne2--il s'empire et s'aigrit par le remde qu'on y applique 7,virgile74--,le juste et l'injuste mls et confondus par nos coupables fureurs1 ont dtourn de nous la protection des dieux 7,catulle74 ,dans ces maladies des peuples1 on peut1 au dbut1 distinguer ceux qui sont bien portants de ceux qui sont malades2 mais quand elles se prolongent comme dans notre cas1 tout le corps s'en ressent de la tte aux pieds1 aucune partie n'est exempte de corruption1 car il n'y a pas d'air qui s'aspire aussi goulment1 qui se rpande et pntre comme la licence4 ,nos armes n'ont de consistance1 ne conservent de cohsion que grce au ciment qu'y introduit le concours de l'tranger2 avec des ,franais1 on n'arrive plus constituer un seul corps d'arme qui soit bien organis et ne se dbande pas4 ,quelle honte6 il n'y a chez nous de discipline que celle qui existe dans les lments trangers que nous avons appels dans nos rangs4 ,quant nous1 nous nous conduisons suivant notre bon plaisir et non d'aprs la volont de nos chefs2 chacun fait comme il l'entend2 le commandement a plus faire au dedans qu'au dehors2 il lui faut suivre ses soldats1 leur faire la cour1 se plier leurs exigences2 lui seul obit1 tout le reste est libre et ne connat aucun frein4--,il me plat de constater combien il y a de lchet et de pusillanimit dans l'ambition1 quelle abjection et quelle servitude il lui faut pour arriver son but2 mais je dplore de voir de bonnes natures1 capables de pratiquer la justice1 se corrompre tous les jours manier et commander ce milieu o rgne tant de confusion4 ,a force de souffrir1 on s'y habitue2 et l'habitude fait qu'on se rsigne et qu'on imite4 ,nous avions assez de natures mauvaises par elles-mmes1 sans que celles qui sont bonnes et gnreuses se gtent2 si cela continue1 on trouvera difficilement qui confier la sant de cet tat1 au cas o il plairait la fortune de la lui rendre3 ,n'empchez pas du moins ce jeune homme de relever un sicle qui croule 7,virgile76 ,qu'est devenu cet ancien prcepte1 que les soldats devaient plus craindre leur chef que l'ennemi8 ,et le merveilleux exemple de ce pommier compris dans les limites d'un camp de l'arme romaine1 laquelle on vit le lendemain se transporter ailleurs1 laissant au propritaire de cet arbre le compte intact de ses pommes1 bien qu'elles fussent mres point et dlicieuses8--,je prfrerais que notre jeunesse1 au lieu d'employer son temps en alles et venues moins utiles1 des apprentissages moins honorables1 en consacrt partie faire la guerre sur mer sous les ordres d'un bon capitaine commandeur de ,rhodes1 partie aller constater la discipline des armes turques si diffrente et si suprieure la ntre4 ,tandis que les expditions rendent nos soldats plus licencieux1 les leurs en deviennent plus retenus et plus craintifs1 parce que l les offenses et les vols commis envers le menu peuple1 qui en temps de paix se punissent de la bastonnade1 atteignent en guerre une importance capitale3 un uf pris sans payer1 entrane cinquante coups de bton1 c'est un prix fait l'avance2 et pour tout autre mfait si lger qu'il soit1 n'ayant pas rapport la nourriture1 on empale1 on dcapite sance tenante le coupable4 ,j'ai t tonn de lire dans l'histoire de ,slim1 le plus cruel conqurant qui fut jamais1 que lorsqu'il subjugua l'gypte1 les beaux jardins qui environnaient ,damas1 situs en plein pays conquis1 ouverts tout venant et o son arme avait mme ses campements1 demeurrent absolument intacts1 respects de ses soldats auxquels n'avait pas t donn le signal du pillage4 ,quels que soient les abus d'un gouvernement1 s'armer contre lui sous prtexte d'y remdier est inexcusable2 il faut laisser faire la ,providence4--,est-il quelque chose de si mauvais dans un gouvernement1 qui vaille d'tre combattu par une drogue aussi mortelle que la guerre civile8 ,non1 disait ,favonius1 pas mme le renversement d'un tyran qui a usurp le pouvoir dans une rpublique4 ,platon1 lui non plus1 n'admet pas qu'on violente le repos de son pays pour le gurir1 et n'accepte pas un remde qui le trouble1 qui remet tout aux mains du hasard1 fait couler le sang et cause la ruine des citoyens4 ,il pose comme du devoir1 en pareil cas1 de tout homme de bien1 de laisser aller les choses et de se borner prier ,dieu d'y porter sa main toute-puissante2 il semble mme avoir su mauvais gr ,dion1 pourtant son grand ami1 d'avoir agi quelque peu autrement4 ,j'tais cet gard dans les ides de ,platon1 avant de savoir que ,platon et exist4 ,nous ne pouvons assurment pas1 nous chrtiens1 le compter comme tant des ntres1 bien que1 par la sincrit de sa conscience1 il ait mrit de la faveur divine d'approcher si prs la lumire de l'vangile1 au travers des tnbres qui1 de son temps1 obscurcissaient le monde2 aussi je ne pense pas qu'il soit biensant que ce soit lui1 un paen1 qui nous montre combien il est impie de ne pas attendre de ,dieu1 sans y cooprer nous-mmes1 un secours qu'il n'appartient qu' lui de nous donner4 ,je me prends souvent douter que1 parmi tant de gens mls nos dsordres publics1 il s'en trouve l'entendement si faible1 qu'on ait pu les amener croire de bonne foi que par les pires excs on arriverait rformer les abus2 que le salut doit sortir de la mise en action de ces mmes moyens qui doivent indubitablement nous conduire la damnation2 qu'en renversant le gouvernement1 la magistrature1 les lois sous la tutelle desquels ,dieu nous a plac1 99 en dmembrant notre mre et en jetant les membres en pture ses anciens ennemis2 qu'en donnant lieu des frres1 arms les uns contre les autres1 de dployer leur courage dans ces luttes parricides1 o se meurt leur patrie commune2 qu'enfin en appelant l'aide le diable et les furies1 ils apportent leur concours la divine ,providence qui incarne en elle la justice et la douceur1 cette vertu par excellence4 ,l'ambition1 l'avarice1 la cruaut1 la vengeance ne se donnent pas assez tout naturellement carrire par elles-mmes3 amorons-les1 attisons-les sous le couvert de ces vertus si glorieuses1 la justice et la dvotion4 ,on ne peut imaginer un tat de choses pire que celui o la mchancet est devenue lgitime et revt1 avec la connivence du magistrat1 le manteau de la vertu3 ,rien de plus trompeur qu'une religion dprave1 qui couvre ses crimes de l'intrt des dieux 7,tite ,live72 l'extrme injustice1 dit ,platon1 est que ce qui est injuste soit tenu pour juste4 ,le peuple se trouve ruin pour de longues annes par les dprdations qui se commirent alors2 et lui1 ,montaigne1 a eu de plus souffrir des suspicions de tous les partis1 aggraves par le peu de souplesse de son caractre4--,par suite des dprdations qui se commirent alors1 tant il y avait de troubles et de dsordres dans nos campagnes 7,virgile76 le peuple a eu beaucoup souffrir non seulement dans le prsent1 mais aussi pour l'avenir2 les vivants en ont pti et1 avec eux1 ceux qui n'taient pas encore ns4 ,on le pilla1 et moi par consquent1 jusque dans ses esprances1 lui enlevant tout ce qui devait le faire vivre pendant de longues annes3 ,ce que ces bandes criminelles ne peuvent emporter ou emmener1 elles le dtruisent2 elles vont jusqu' incendier d'innocentes chaumires 7,ovide74--,nulle scurit dans les villes2 dans les campagnes1 tout est dvast 7,claudien74 ,outre cette preuve1 j'en eus bien d'autres endurer4 ,j'ai subi les inconvnients qu'entrane la modration dans ces sortes de maladies2 j'ai t dpouill par tous les partis3 j'tais ,gibelin pour les ,guelphes1 et ,guelphe pour les ,gibelins1 comme dit je ne sais o un de mes potes4 ,la situation de ma maison1 mes relations avec les personnes de mon voisinage me prsentaient sous un aspect1 ma vie et mes actes sous un autre4 ,on ne portait pas contre moi d'accusations formelles1 je n'y donnais pas prise1 ne transgressant jamais les lois 7qui et ouvert une enqute sur mon compte1 n'aurait eu que des loges me donner72 mais c'taient des soupons mis la sourdine1 qu'on se communiquait sous main et auxquels les apparences pouvaient prter1 ce qui ne manque jamais dans une confusion pareille et avec des esprits envieux ou ineptes4--,j'aide d'habitude aux prsomptions injurieuses que la fortune sme contre moi1 par la faon que j'ai toujours eue de fuir me justifier1 m'excuser et entrer en explications1 estimant que c'est exposer ma conscience quelque interprtation fcheuse que de plaider pour elle1 car la discussion affaiblit l'vidence 7,cicron72 et1 comme si chacun voyait en moi aussi clair que j'y vois moi-mme1 au lieu de chercher me soustraire l'accusation1 j'y donne plus de prise encore2 je renchris plutt sur elle1 en confessant des torts ironiques et moqueurs1 lorsque je ne m'en tais pas compltement comme d'une chose indigne de rponse4 ,aussi ceux qui jugent que mon attitude tmoigne une trop hautaine confiance dans la justice de ma cause1 ne m'en veulent gure moins que ceux qui y voient une preuve de faiblesse qui fait qu'elle ne peut se dfendre2 les grands en particulier pensent de la sorte1 parce qu' leurs yeux1 le manque de soumission est la plus grande faute qui se puisse commettre et qu'ils sont rudes pour le droit qui se connat1 qui a conscience de lui-mme et ne se montre ni soumis1 ni humble1 ni suppliant2 c'est l un obstacle auquel souvent je me suis heurt4--,un ambitieux se ft pendu de dsespoir de ce qui m'advint alors1 un avare en et fait autant2 moi1 je me borne ne pas faire d'acquisitions3 ,que je conserve seulement ce qui m'appartient1 et mme moins s'il le faut1 peu m'importe2 je ne souhaite m'occuper que de moi durant les jours que les dieux veulent bien m'accorder encore 7,horace74 ,toutefois les pertes que j'prouve du fait de la mchancet d'autrui1 lorsqu'il me vole ou qu'il me pille1 m'affectent peu prs comme quelqu'un qui serait en proie aux tortures de l'avarice2 l'offense m'irrite encore incomparablement plus que le dommage qui m'est fait4 ,mille maux de toutes sortes m'ont assailli cette poque les uns aprs les autres1 je les eusse plus virilement supports s'ils taient venus fondre sur moi tous la fois4 ,dans son infortune1 ,montaigne1 ne voyant pas d'ami qui s'adresser1 prend le parti de ne compter que sur lui-mme1 et de se dsintresser de tout ce qui ne le touche pas directement et qu'il ne considre plus que comme un sujet d'tude2 il arrive de la sorte recouvrer sa tranquillit d'esprit4--,je songeais dj auquel de mes amis je pourrais confier le soin de m'entretenir dans ma vieillesse devenue ncessiteuse et infortune4 ,les ayant tous passs en revue dans mon esprit1 je me trouvai dans un grand embarras4 ,on ne saurait tre recueilli dans une chute aussi lourde et de si haut1 que par un ami auquel vous lie une affection solide1 toute preuve1 vrai prsent de la fortune2 c'est chose rare1 si mme elle existe4 ,finalement1 je reconnus que le plus sr tait de ne m'en fier qu' moi-mme de la tche de veiller sur moi et d'assurer mes besoins2 et que1 s'il m'advenait d'tre mal venu dans les faveurs de la fortune1 je n'avais autre chose faire qu' me recommander davantage moi-mme1 de m'y attacher1 de m'en occuper plus encore que je ne l'avais fait jusqu'alors4 ,en toutes choses1 l'homme a recours l'appui des autres pour s'pargner de recourir celui qu'il a en lui1 lequel cependant est le seul sur lequel il puisse compter et soit assez puissant pour le tirer d'affaire s'il sait en user2 chacun court ailleurs pour assurer son avenir1 parce que personne ne s'est adress soi-mme4--,j'en arrivai conclure que ces preuves avaient leur utilit3 d'abord1 parce que c'est avec le fouet qu'on ramne la raison les mauvais disciples quand celle-ci ne suffit pas1 de mme qu'on emploie le feu et des coins violemment enfoncs pour redresser une pice de bois qui a gauchi4 ,quoique je me prche depuis bien longtemps de ne m'en tenir qu' moi et de ne plus m'inquiter des choses trangres1 cela n'empche que je tourne toujours encore les yeux sur ce qui se passe ct2 un signe1 un mot gracieux d'un grand personnage qui me fait bon visage me tentent2 et cependant ,dieu sait si on s'en prive en ces temps-ci et quelle porte cela a6 ,j'coute encore1 sans que mon front se ride1 les avances que l'on me fait pour que j'accepte des fonctions qui rapportent1 et m'en dfends si mollement qu'il semble que je ne demande qu' tre vaincu4 ,or1 un esprit si indocile il faut des corrections2 il faut rebattre et resserrer grands coups rpts de maillet ce vaisseau qui se disjoint1 se disloque1 qui chappe et que nous ne pouvons retenir4 ,en second lieu1 ces accidents me servaient d'exercices pour me prparer pis1 pour le cas o je viendrais tre des premiers engloutis dans cette tempte1 alors que j'avais espr tre des derniers du fait de ma bonne fortune et des conditions dans lesquelles je vis2 ils m'amenaient m'astreindre de bonne heure un genre de vie me prparant ce nouvel tat de choses4 ,la vritable libert consiste avoir1 en tout1 pouvoir sur soi-mme3 ,le plus puissant est celui qui est matre de soi 7,snque74 ,dans des temps normaux et tranquilles1 on se prpare en vue d'accidents survenant couramment et de peu d'importance2 mais dans le dsarroi dans lequel nous sommes depuis trente ans1 tout ,franais1 tant comme particulier qu'au point de vue gnral1 se voit toute heure menac d'un complet renversement de sa fortune2 aussi faut-il1 pour que son courage soit hauteur de tout vnement1 avoir pris les mesures de prcaution les plus efficaces et les plus nergiques4 ,sachons gr au sort de nous avoir fait vivre en un sicle o la mollesse1 la langueur1 l'oisivet ne sont pas de mise2 grce cela1 tel qui n'et jamais t connu autrement1 deviendra fameux par ses malheurs4--,comme je ne lis gure l'histoire des agitations qui se produisent dans les autres pays1 je n'ai pas regret de ne pas m'y tre plus adonn jusqu' prsent1 ma curiosit cet gard tant amplement satisfaite par le spectacle si particulier que j'ai sous les yeux1 de la mort de notre tat public1 des symptmes qui l'annoncent1 de la forme qu'elle revt2 ne pouvant la retarder1 je suis content d'tre appel y assister et de m'en instruire4 ,tout en tant mus de ce que nous voyons1 nous sommes 99 avides des fictions1 des reprsentations thtrales o se reproduit le jeu des tragdies dont se compose la vie humaine2 de mme nous nous plaisons1 en raison de leur raret et malgr le chagrin que nous en prouvons1 tre tmoins de ces tristes vnements4 ,nous ne sommes chatouills que par ce qui nous irrite2 c'est ainsi que les bons historiens fuient1 l'gal de l'eau dormante et d'une mer morte1 les priodes de calme1 et s'en ddommagent en racontant les sditions1 les guerres par lesquelles ils savent qu'ils nous intressent davantage4 ,je doute que je puisse honntement avouer quel prix honteux j'ai pass ma vie dans le repos et la tranquillit1 quoique pendant plus de la moiti de mon existence mon pays court sa perte4 ,j'apporte un peu trop d'indiffrence supporter les accidents qui ne me touchent pas directement2 et pour apprcier vis--vis de moi-mme dans quelle mesure je suis plaindre1 je ne considre pas tant ce qu'on m'a enlev1 que ce qui m'est laiss intact en fait de libert et de biens4 ,il y a quelque consolation esquiver tantt un mal1 tantt un autre de ceux qui nous menacent d'une faon immdiate et vont s'abattre ailleurs autour de nous4 ,ce qui contribue encore ce que je me rsigne1 c'est qu'en ce qui a trait l'intrt public1 plus mon affection a s'exercer sur une plus grande tendue1 plus elle est faible1 d'autant qu'il est bien moiti vrai que nous ne sentons des maux publics que ce qui nous touche 7,tite ,live71 et que l'tat de sant qui a prcd les dsordres actuels tait tel1 qu'il est une attnuation aux regrets que nous devrions en prouver4--,ce n'tait du reste la sant que compar aux troubles qui l'ont suivi2 et1 de fait1 nous ne sommes pas tombs de bien haut4 ,la corruption et le brigandage qui rgnent chez ceux qui dtiennent les dignits et les charges1 me semblent plus insupportables que chez n'importe quels autres2 tre vol dans un bois offense moins que de l'tre l o on devrait se trouver en sret4 ,la classe leve n'tait qu'un assemblage compos uniquement de membres tars chacun en son particulier1 et tous plus les uns que les autres2 la plupart taient affligs d'ulcres invtrs qu'on ne traitait plus et dont on ne demandait mme pas la gurison4 ,cet effondrement m'intressa donc en vrit plus qu'il ne m'atterra1 grce ma conscience qui non seulement tait tranquille1 mais dont j'tais fier1 ne trouvant aucun reproche me faire4 ,en outre1 comme ,dieu ne nous envoie jamais les maux1 pas plus que les biens1 sans attnuation1 ma sant1 contre son ordinaire1 ne laissa1 durant ce temps1 rien dsirer2 et si sans elle je ne suis bon rien1 avec elle il est peu de choses dont je ne sois capable4 ,elle me donna le moyen de faire appel toutes mes ressources et de parer en partie avec la main le coup qui m'tait port et qui et pntr plus profondment2 je constatai de plus que ma force de rsistance me permettait1 dans une certaine mesure1 de tenir bon contre la fortune et que pour me faire vider les triers il fallait un choc violent4 ,cela1 je ne le dis pas pour la provoquer me charger plus vigoureusement2 je suis entre ses mains1 et me soumets ses exigences1 qu'elle fasse donc suivant son bon plaisir2 mais dire que je ne suis pas sensible ses assauts1 cela non6 ,ceux que la tristesse dtient et accable se laissent cependant1 par intervalles1 toucher par certains plaisirs s'offrant eux1 et parfois un sourire leur chappe2 je suis de mme1 j'ai assez d'empire sur moi pour faire qu' l'ordinaire mon tat soit calme et dgag de pnibles obsessions2 pourtant1 je me laisse quelquefois surprendre et mordre par ces accs d'humeur noire1 qui m'oppressent pendant le temps que je mets m'armer pour les chasser ou lutter contre eux4 ,pour comble de malheur survint la peste2 il fut contraint d'errer l'aventure avec sa famille six mois durant et1 pendant de longues annes1 la main-d'uvre fit dfaut pour la culture4--,aprs ces dboires1 m'est survenue par surcrot cette autre calamit3 sur ma maison et aux alentours la peste s'est abattue avec une violence qu'on n'avait jamais vue4 ,les corps les plus sains sont sujets des maladies plus graves que ceux qui sont dbilits1 parce qu'ils ne peuvent tre terrasss que par elles3 il en fut de mme de l'air de mon domaine1 si salubre que de mmoire d'homme la contagion1 bien qu'ayant svi aux environs1 n'y avait jamais pris pied2 une fois contamin1 les effets les plus tranges se produisirent3 ,vieillards et jeunes gens s'entassent ple-mle dans le tombeau1 nul n'chappe la cruelle ,proserpine 7,horace74 ,je passai par ce singulier tat1 que la vue de ma maison m'horripilait2 tout ce qui y tait1 demeurant sans gardien1 fut la merci de qui en eut envie4 ,moi1 si hospitalier1 j'eus beaucoup de mal trouver un refuge pour ma famille qui1 devenue errante1 tait un objet de frayeur pour ses amis et pour elle-mme2 on la repoussait avec horreur partout o elle se prsentait2 il lui fallait changer d'asile ds que quelqu'un des siens commenait se plaindre1 fut-ce d'une douleur ressentie au petit doigt1 car toutes les maladies taient considres alors comme tant la peste1 et on ne se donnait pas la peine d'approfondir4 ,ce qu'il y a de plus fort1 c'est que d'aprs les rgles de l'art1 quand on est expos au flau1 pendant quarante jours on a craindre d'en tre atteint1 et pendant tout ce temps l'imagination1 vous tourmentant sa faon1 enfivre jusqu' votre sant4--,tout cela m'et beaucoup moins touch1 si je n'avais eu me proccuper des misres des autres et si je n'avais d pendant six mois servir1 dans des conditions aussi pnibles1 de guide cette caravane2 car pour moi-mme1 je portais avec moi mes prservatifs1 savoir la rsolution et la rsignation4 ,je n'avais pas grand'peur1 ce qui est particulirement redouter dans ce mal2 mais cependant si je m'tais trouv seul et que j'eusse voulu prendre la fuite1 je me fusse mis bien plus promptement grande distance4 ,cette mort n'est pas de celles que je redouterais le plus3 d'ordinaire1 elle est prompte1 on perd vite connaissance1 on ne souffre pas1 on se console par ce fait que tout le monde en est menac2 elle exclut toute crmonie1 tout deuil1 la foule ne se presse pas autour de vous4 ,dans la contre1 un centime des gens prit3 ,vous eussiez vu les campagnes dsertes1 les bois vides jusque dans leurs plus extrmes profondeurs 7,virgile74 ,les terres que j'y possde composent la partie la plus importante de mes revenus2 leur produit dpend essentiellement de la main-d'uvre qu'on y emploie2 une centaine d'ouvriers y travaillaient1 de longtemps la culture n'en put tre reprise4 ,rsignation des gens du peuple dans ce dsastre gnral4--,quels exemples de rsolution ne vmes-nous pas1 ce moment1 chez tous ces gens du peuple si simples6 ,gnralement1 nul ne prenait plus soin de la vie4 ,les raisins1 principale richesse du pays1 demeurrent suspendus aux ceps4 ,tous1 indiffrents la mort1 s'y prparaient et l'attendaient soit pour le soir1 soit pour le lendemain1 avec une contenance et une voix si peu effrayes1 qu'il semblait que ce ft une ncessit qu'ils acceptaient1 comme consquence d'une condamnation s'tendant tous et laquelle nul ne pouvait se soustraire4 ,la mort est toujours invitable2 mais combien peu l'attendent avec rsolution2 une diffrence de quelques heures qui nous spare du moment fatal1 la compagnie en laquelle nous allons le franchir1 diversifient la manire dont nous l'envisageons4 ,voyez ceux-ci3 quoique enfants1 jeunes gens et vieillards meurent tous dans l'espace d'un mois1 personne parmi eux ne s'en tonne1 ni ne pleure4 ,j'en ai vu qui redoutaient d'tre pargns et de demeurer seuls comme dans une horrible solitude2 j'en ai connu qui n'avaient d'autre souci que des spultures et se tourmentaient de voir les corps demeurer pars au milieu des champs1 exposs tre dvors par les btes fauves1 qui ne tardrent pas se multiplier4 ,que les ides humaines affectent donc de formes diverses6 ,les ,norites1 nation que subjugua ,alexandre1 dposent les corps des morts au plus profond de leurs forts pour qu'ils y soient mangs2 c'est la seule spulture qu'ils tiennent pour honorable4 ,parmi nos gens1 il y en eut qui1 par avance1 creusrent leur fosse2 d'autres s'y couchaient1 tant encore vivants2 un de mes manuvres y expira mme1 attirant la terre lui avec ses mains et ses pieds pour s'en recouvrir4 ,cet effort pour se crer un abri afin de s'y endormir plus l'aise1 n'est-il pas hauteur de ce que firent d'analogue ces soldats romains qu'on trouva1 aprs la bataille de ,cannes1 la tte enfouie dans des trous qu'ils avaient eux-mmes creuss1 puis combls de leurs propres mains1 en s'y touffant8 ,en somme1 tout un pays en arriva subitement s'lever par ses actes une grandeur d'me qui ne le cde en rien en nergie aucune rsolution concerte de propos dlibr4 ,les enseignements de la science dans les grands vnements de la vie1 ne font que porter atteinte notre force de rsistance2 quoi bon appeler notre attention sur les maux auxquels nous sommes exposs8 ne vaut-il pas mieux les ignorer jusqu'au moment o ils nous frappent8--,la plupart des enseignements par lesquels la science nous encourage1 ont plus d'apparence que de force2 ils ornent plus qu'ils ne portent fruit4 ,nous avons abandonn la nature et voulons lui faire la leon1 elle qui nous menait si heureusement et si srement2 et cependant1 le peu qui demeure de ce qu'elle nous a appris et dont1 grce leur ignorance1 la vie des foules l'esprit rustique et inculte garde l'empreinte1 la science est tous les jours contrainte de le lui emprunter1 pour fournir ses disciples de modles de constance1 d'innocence et de tranquillit4 ,il est trange de voir ses adeptes1 qui sont bourrs de si belles connaissances1 tre rduits imiter cette sotte simplicit1 lorsqu'ils veulent mettre en pratique les principes les plus lmentaires de la vertu2 et que notre sagesse doive apprendre des btes elles-mmes les enseignements les plus utiles aux actes les plus grands et les plus indispensables de l'existence3 comment il faut vivre et mourir1 mnager ce que nous possdons1 aimer et lever les enfants1 pratiquer la justice4 ,c'est l un singulier tmoignage de la faiblesse humaine2 et il est trange que la raison1 que nous dirigeons comme nous l'entendons1 qui toujours imagine quelque diversit ou nouveaut1 ne laisse subsister en nous aucune trace apparente de la nature4 ,de celle-ci1 les hommes ont fait ce que les parfumeurs font de l'huile3 ils l'ont tellement sophistique par leurs arguments et leurs raisonnements auxquels elle n'avait rien voir1 qu'elle revt maintenant un caractre essentiellement variable1 particulier chacun1 et a perdu celui qui lui tait propre et s'appliquait tous2 maintenant1 pour la retrouver1 il faut en appeler au tmoignage des btes1 chez lesquelles elle est reste inaccessible la faveur1 la corruption1 la versatilit d'opinions4 ,il est vrai que les btes elles-mmes ne suivent pas toujours exactement la route trace par la nature1 mais elles s'en cartent si peu que les ornires en sont toujours visibles2 ainsi font les chevaux qu'on mne en main3 ils se livrent bien des bonds et des escapades1 mais toujours dans la limite o leur longe le leur permet2 et ils suivent quand mme celui qui les conduit2 pareillement l'oiseau qu'on dresse3 lorsqu'il prend son vol1 il ne s'loigne jamais plus que de la longueur de la ficelle qui le retient4--,mditez l'exil1 les tourments1 la guerre1 les maladies1 les naufrages1 pour qu'aucun malheur ne vous surprenne 7,snque74 ,a quoi nous sert cette curiosit qui nous fait nous proccuper de toutes les misres auxquelles est sujette la nature humaine1 et de nous prparer avec tant de peine1 mme contre celles dont nous ne courons pas risque d'tre atteints8 ,l'apprhension de la douleur fait souffrir autant que la douleur elle-mme 7,snque72 non seulement le coup1 mais encore le souffle et le bruit du trait dirig contre nous1 nous frappent4 ,agir ainsi1 c'est faire comme si nous avions le dlire1 car ce ne peut tre que sous l'effet du dlire1 que vous alliez ds maintenant vous faire donner le fouet parce qu'il peut arriver qu'un jour la fortune vous expose le recevoir1 et prendre ds la ,saint-,jean vos robes fourres parce que vous en aurez besoin ,nol6 ,faites l'preuve de tous les maux qui peuvent vous arriver1 nous dit-on1 et en particulier des plus extrmes3 soumettez-vous l'preuve de celui-ci1 assurez-vous contre celui-l4 ,il serait au contraire plus facile et plus naturel d'en carter jusqu' la pense4 ,on dirait vraiment qu'ils ne viendront pas assez tt et qu'ils ne nous dureront pas assez2 on veut encore que notre esprit les tende et les allonge1 et qu'avant qu'ils ne nous tiennent1 il se les incorpore et s'en repaisse1 comme s'ils ne pesaient pas dj suffisamment sur nos sens3 ,ils nous seront assez charge quand ils s'appesantiront sur nous1 dit un de ces matres1 qui appartient non l'une des sectes philosophiques les plus tendres1 mais celle dont les principes sont le plus rigoureux2 en attendant1 sois agrable toi-mme et reporte ta pense sur ce que tu aimes le mieux4 ,a quoi te sert d'aller au-devant de l'infortune et1 lui faisant accueil1 gter le prsent par crainte de l'avenir1 te faire malheureux ds maintenant parce que tu dois1 avec le temps1 le devenir8 ,ce sont ses propres paroles4 ,peut-tre est-ce quand elle nous instruit bien exactement de l'tendue de nos maux1 clairant les mortels par une triste prvoyance 7,virgile71 que la science nous rend service2 ne serait-il pas en effet bien dommage que partie de notre mal chappe notre connaissance et que nous n'en ayons pas l'apprhension8 ,l'exprience qu'elle prtend nous donner est dj un tourment2 laissons faire la nature1 elle se charge au moment voulu de suppler tout ce que nous ne savons pas4--,il est certain qu' la plupart des hommes la prparation la mort a caus plus de tourments que le passage de vie trpas ne leur a caus de souffrance2 un auteur judicieux a fort exactement dit jadis3 ,la souffrance que nous ressentons par l'effet d'un mal1 frappe moins les sens que l'imagination 7,quintilien74 ,le sentiment d'une mort imminente provoque parfois subitement en nous la rsolution de ne plus viter une chose absolument invitable4 ,on a vu1 dans les temps passs1 des gladiateurs1 aprs s'tre lchement conduits dans le combat1 recevoir courageusement la mort1 prsentant leur gorge au fer de l'adversaire et le conviant les frapper4 ,la perspective d'une mort encore loigne comporte une fermet de plus longue dure1 par suite plus difficile entretenir4 ,si vous ne savez pas mourir1 ne vous en tourmentez pas3 la nature vous renseignera sur le moment mme d'une faon complte et suffisante2 elle fera parfaitement cette besogne votre place1 n'en prenez pas souci3 ,en vain1 mortels1 vous cherchez connatre l'heure incertaine de vos funrailles et le chemin par lequel la mort doit venir 7,properce74--,il est moins douloureux de supporter un grand malheur auquel nous ne pouvons chapper et qui nous arrive subitement1 que de vivre longtemps dans la crainte 7,pseudo-,gallus74 ,nous troublons la vie par le souci de la mort1 et la mort par le souci de la vie2 l'une nous ennuie1 l'autre nous effraie4 ,ce n'est pas contre la mort que nous nous prparons1 c'est une chose trop momentane2 un quart d'heure de souffrance1 qui est sans consquence1 qui n'a pas de suite nuisible1 ne mrite pas de prceptes particuliers2 dire vrai1 nous nous prparons contre les prparations la mort4 ,la philosophie nous ordonne de l'avoir toujours devant les yeux1 de la prvoir1 de l'envisager avant le temps2 puis elle nous donne les rgles suivre1 les prcautions prendre pour faire que cette prvoyance et cette pense continue ne nous blessent pas4 ,les mdecins ne procdent pas autrement3 ils nous accablent de maladies pour avoir occasion d'employer leur art et leurs drogues4 ,si nous n'avons pas su vivre1 c'est bien tort qu'on veut nous apprendre mourir et donner notre vie une fin qui ne soit pas conforme son ensemble2 si1 au contraire1 nous avons su vivre avec calme et fermet1 nous saurons bien mourir de mme4 ,les philosophes peuvent se vanter tant qu'ils voudront de ce que toute leur vie a t une mditation sur la mort 7,cicron71 m'est avis que la mort n'est que le bout et non le but de la vie2 elle en est la fin1 l'extrmit1 mais non l'objet4 ,ce que la vie doit avoir en vue1 ce qu'elle doit se proposer1 c'est elle-mme2 c'est se rgler1 se conduire1 se souffrir qu'elle doit exclusivement s'appliquer4 ,parmi les tches qui lui incombent et que comprend le chapitre du savoir-vivre1 qui est capital et s'tend tout1 il est sur le savoir-mourir un paragraphe qui serait des moins importants1 si nos craintes n'ajoutaient son importance4 ,a en juger par leur utilit et par la vrit qui en forme le fond1 les leons de la simplicit ne le cdent gure celles que nous prchent les doctrines philosophiques1 au contraire4 ,les hommes ne se ressemblent ni par leur faon de sentir ni par leur force morale2 pour leur faire du bien1 il faut agir suivant le temprament de chacun et1 pour cela1 suivre des voies diverses3 ,sur quelque rivage que la tempte me jette1 j'aborde 7,horace74 ,je n'ai jamais vu de paysan1 d'entre mes voisins1 qui se soit pris rflchir sur la contenance et l'assurance qu'il aurait tenir son heure dernire2 la nature ne l'invite songer la mort que lorsqu'il meurt1 et1 ce moment1 il a meilleure grce qu',aristote1 sur lequel la mort pse doublement1 et par elle-mme et par les longues mditations qu'il lui a consacres4 ,c'tait l'opinion de ,csar1 qui estimait que celle dont on a eu le moins se proccuper1 est la plus heureuse et la moins pnible3 ,s'affliger d'avance1 c'est trop s'affliger 7,snque74 ,l'ide de la mort n'est dplaisante que par le fait de notre curiosit2 c'est ainsi que toujours nous nous faisons tort1 en voulant devancer et rgenter ce que fait la nature4 ,que les docteurs1 quand ils sont bien portants1 s'en fassent du mauvais sang et qu'elle les porte la mlancolie1 passe encore2 mais le commun des mortels n'a1 sur ce point1 besoin ni de remde ni de consolation1 sauf lorsque le coup le frappe1 et il n'y songe qu'au moment mme o il en souffre4 ,c'est la confirmation de ce que nous disions que la stupidit et le dfaut de crainte chez l'homme du peuple1 lui donnent la rsignation aux maux prsents et une profonde indiffrence pour ceux que lui rserve l'avenir2 c'est parce qu'elle est plus grossire et plus obtuse1 que son me est moins pntrable et moins sujette s'agiter4 ,pour ,dieu6 s'il en est ainsi1 tenons dornavant cole de btise3 c'est la conclusion finale que la science nous fait entrevoir2 c'est aussi cela que1 tout doucement1 elle achemine ses disciples4 ,socrate1 par ses discours et ses exemples1 nous enseigne suivre purement et simplement la nature4--,sa dfense devant ses juges4--,nous ne manquerons pas de bons professeurs pour nous enseigner la simplicit naturelle4 ,socrate en sera2 car1 autant qu'il m'en souvient1 c'est peu prs dans ce sens1 qu'il parle aux juges qui vont dlibrer sur sa vie3 ,je crains1 ,messieurs1 si je vous prie de ne pas me condamner mort1 de prter le flanc aux imputations que portent contre moi mes accusateurs1 qui me reprochent de prtendre tre plus entendu que tous autres1 parce que j'aurais une connaissance qu'ils n'ont pas1 des choses qui sont au-dessus et au-dessous de nous4 ,je sais que je n'ai ni frquent ni connu la mort1 ni vu personne qui en ait constat les avantages et les inconvnients1 de manire pouvoir m'en instruire4 ,ceux qui la craignent1 prsupposent la connatre2 pour moi1 j'ignore ce qu'elle est et ce qui se passe dans l'autre monde4 ,peut-tre n'apporte-t-elle ni bien ni mal1 peut-tre est-elle dsirable4 ,il est croire pourtant qu'il y a avantage1 si c'est un passage d'un lieu dans un autre1 aller vivre avec tant de grands personnages qui ne sont plus et d'tre exempt d'avoir affaire dsormais des juges iniques et corrompus4 ,si c'est un anantissement complet de notre tre1 il y a encore avantage entrer dans une nuit longue et paisible3 nous n'avons rien en effet dans la vie qui soit plus doux qu'un repos et un sommeil tranquille et profond1 que les songes ne troublent pas4 ,les choses que je sais tre mauvaises1 telles qu'offenser son prochain1 dsobir son suprieur qu'il soit dieu ou homme1 je les vite avec soin2 quant celles que je ne sais tre bonnes ou mauvaises1 je ne saurais les redouter4--,si vous me faites mourir et que je vous laisse vivants1 les dieux seuls savent qui de vous ou de moi sera le mieux partag2 c'est pourquoi1 en ce qui me touche1 vous dciderez ce qu'il vous plaira4 ,mais1 si j'ai un conseil vous donner1 comme j'ai l'habitude de ne conseiller que des choses justes et utiles1 je vous dis bien nettement que1 pour votre conscience1 ce que vous pouvez faire de mieux1 c'est de me rendre la libert1 si vous ne voyez dans ma cause autre chose que ma personnalit4 ,et1 puisque vous voil juges de mes faits et gestes1 tant publics que privs1 accomplis jusqu'ici2 du but que je me proposais2 du profit que tant de citoyens1 jeunes et vieux1 retirent tous les jours de mes entretiens2 du bien qui en rsulte pour tous2 vous ne pouvez vous acquitter convenablement des services que j'ai rendus1 qu'en ordonnant que1 vu ma pauvret1 je sois nourri au ,prytane1 aux frais du trsor public1 ainsi que souvent je vous l'ai vu1 avec moins de raison1 accorder d'autres4--,ne prenez pas pour de l'obstination ou du ddain que je ne me mette pas1 suivant la coutume1 vous supplier et chercher mouvoir votre commisration4 ,n'ayant pas plus que les autres t engendr1 comme dit ,homre1 ni d'un bloc de bois1 ni d'un bloc de pierre1 j'ai des amis et des parents qui pourraient se prsenter vous en larmes et en deuil2 j'ai trois enfants plors1 c'est l de quoi veiller votre piti2 mais ce serait une honte pour notre ville1 qu' mon ge1 avec une rputation de sagesse telle1 qu'elle est cause de ma mise en accusation1 j'aille m'abaisser une semblable attitude4 ,que dirait-on des autres ,athniens8 ,j'ai toujours adjur ceux qui m'ont entendu parler1 de ne pas racheter leur vie par une action qui serait dshonnte4 ,dans les guerres que nous avons faites1 ,potide1 ,dlie et autres o je me suis trouv1 j'ai montr par mes actes combien j'tais loin de pourvoir ma sret au prix de la honte2 ce serait faire pis1 que de vous dtourner de votre devoir1 en vous conviant quelque chose de laid2 car ce ne sont pas mes prires qui doivent vous persuader1 mais les raisons pures et solides de la justice4 ,vous avez fait serment aux dieux de vous y tenir4 ,il semblerait1 en vous suppliant1 que je vous souponne et vous reproche de ne pas croire leur existence1 et1 du mme coup je tmoignerais contre moi-mme que je ne crois pas en eux comme je le dois2 que je me dfie de leur conduite1 au lieu de remettre purement mon affaire entre leurs mains4 ,j'ai toute confiance en eux1 et tiens pour certain qu'ils feront en ceci selon qu'il conviendra le mieux pour vous et pour moi2 les gens de bien1 qu'ils soient vivants ou morts1 n'ont rien craindre des dieux4 ,navet1 et aussi hauteur de sentiments1 de ce plaidoyer si digne de ce philosophe4--,n'est-ce pas l un plaidoyer tel qu'il viendrait l'ide d'un enfant8 ,quelle lvation d'me inimaginable1 99 quelle franchise6 combien vrai et juste1 et en quelle pressante ncessit6 ,socrate a eu vraiment bien raison de le prfrer celui que le grand orateur ,lysias avait crit pour lui et qui1 parfaitement conforme au style judiciaire1 tait indigne d'un si noble criminel4 ,et-on compris des supplications dans la bouche de ,socrate8 sa magnifique vertu et faibli1 alors que plus que jamais c'tait le moment de se montrer4 ,se pouvait-il que sa riche et puissante nature s'adresst l'art pour se dfendre1 et que dans la circonstance o elle pouvait s'lever plus haut que dans toute autre1 il renont la vrit et la simplicit qui constituaient le plus bel ornement de sa parole1 pour se parer du fard des figures de rhtorique et des artifices d'un discours appris par cur8 ,il agit trs sagement et demeura consquent avec lui-mme1 en n'altrant pas cette existence incorruptible qu'il avait toujours mene1 cette image si parfaite de l'humanit qui s'incarne en lui1 pour allonger d'une anne son tat de dcrpitude et trahir le souvenir immortel de sa fin glorieuse4 ,il devait sa vie non lui-mme1 mais au monde pour lui servir d'exemple2 et1 c'et t un dommage public qu'il l'et termine dans l'oisivet et l'obscurit4 ,certes une telle indiffrence et un aussi faible souci de la mort qui l'attendait1 mritaient que la postrit lui rendt d'autant plus justice que lui-mme ne se l'tait pas rendue en faisant si peu cas de la vie4 ,c'est ce qui est arriv2 et rien n'est plus juste que ce que fit la fortune pour honorer sa mmoire3 les ,athniens conurent une telle horreur contre ceux qui avaient t cause de cette mort1 qu'on les fuyait comme des excommunis2 on tenait pour souill tout ce qu'ils avaient touch2 personne n'entrait au bain avec eux1 personne ne les saluait1 ni ne les approchait1 si bien que ne pouvant plus se voir un sujet de haine pour tous1 ils se pendirent4 ,la mort y est prsente comme un simple incident de la vie2 pourquoi en effet la nature nous ferait-elle prendre en horreur ce passage de vie trpas1 indispensable l'accomplissement de son uvre4--,si quelqu'un estime que parmi tant d'autres exemples tirs de la vie de ,socrate1 que je pouvais citer l'appui de ma thse1 j'ai eu tort de choisir celui-ci1 parce que le discours qu'y tient ce philosophe est bien au-dessus de ce qui peut venir l'ide de la gnralit des hommes1 je rpondrai que je l'ai choisi exprs1 parce que j'en pense autrement et considre que1 par sa navet1 il est ranger bien en arrire et bien plus bas que ceux qu'on peut entendre mettre communment4 ,par sa hardiesse dpouille d'artifice1 par la confiance enfantine qu'il rvle1 il reprsente bien l'impression premire que fait natre la nature dans son ignorance et sa puret2 car il y a lieu de croire que c'est la douleur qui accompagne la mort que nous sommes naturellement ports craindre et non la mort elle-mme2 celle-ci fait partie intgrante de notre tre au mme degr que la vie4 ,pourquoi la nature nous aurait-elle inspir de la haine et de l'horreur pour elle1 qui joue un rle si essentiel en permettant la succession et le renouvellement de ses uvres8 ,dans ce concert universel1 elle sert plus la naissance et l'accroissement des cratures qu' leur perte ou leur ruine3 ,ainsi se renouvellent toutes choses 7,lucrce72--une vie qui finit procure l'existence mille autres 7,ovide74--,la nature a inspir aux btes le soin d'elles-mmes et de leur propre conservation2 elles vont mme jusqu' redouter ce qui peut leur nuire1 tel que se heurter1 se blesser1 que nous les matrisions1 que nous les battions et autres accidents qu'elles peuvent concevoir ou que l'exprience leur apprend2 mais que nous les tuions1 elles ne peuvent le craindre1 parce qu'elles n'ont pas la facult d'imaginer ce que peut tre la mort et de s'en rendre compte2 on en voit mme1 dit-on1 qui non seulement la souffrent gament 7les chevaux pour la plupart hennissent en mourant et les cygnes chantent son approche71 mais la recherchent comme un besoin qu'elles prouvent1 ainsi qu'on est port le penser1 par ce qui a t constat chez certains lphants4 ,indpendamment de cela1 la faon dont argumente ,socrate n'est-elle pas admirable par sa simplicit et son nergie8 ,il est incontestable qu'il est bien plus malais de parler et de vivre comme lui1 que de parler comme ,aristote et de vivre comme ,csar2 c'est le comble de la perfection et de la difficult1 et l'art n'y peut atteindre4 ,nos facults ne sont pas dresses cet effet2 nous n'en faisons pas l'essai1 et ne connaissons pas ce dont elles sont capables2 nous avons recours celles d'autrui et laissons les ntres inactives1 tout comme on pourrait dire de moi1 que je ne fais que composer ici un amas de fleurs trangres1 ne fournissant de mon propre cru que le fil qui sert les attacher4 ,montaigne s'excuse d'avoir introduit peu peu quantit de citations dans son ouvrage2 il y a t entran par l'occasion que cela lui procurait d'utiliser ses loisirs4--,j'ai fait il est vrai1 l'opinion publique1 la concession de me parer de ces enjolivements que j'ai emprunts2 mais je n'entends ni qu'ils me couvrent1 ni qu'ils me cachent2 ce serait le rebours de ce que je me propose2 je ne veux faire montre que de ce qui est moi et qui vient de moi du fait mme de la nature2 si le hasard m'et fait suivre ma premire inspiration1 j'eusse t seul prendre la parole4 ,malgr ce que je m'tais propos et la manire dont j'ai commenc1 je multiplie de plus en plus1 tous les jours1 mes citations2 j'y suis amen parce que c'est le got du sicle1 et aussi par les loisirs dont je dispose4 ,peut-tre et-il t mieux de n'en rien faire1 je le crois2 n'importe1 cela peut tre utile d'autres4--,il y a des gens qui mettent en avant ,platon et ,homre1 qu'ils n'ont jamais lus2 moi aussi1 je donne bien des passages d'auteurs que j'ai pris ailleurs qu' leur source4 ,comme j'ai un millier de livres autour de moi l o j'cris1 sans me donner de peine et sans grand savoir je puis emprunter1 sance tenante1 si cela me plat1 une douzaine de ravaudeurs de cette espce1 crivains que je ne feuillette gure1 de quoi mailler tout le prsent chapitre sur la ,physionomie2 elle seule1 l'introduction qui prcde n'importe quel ouvrage d'un auteur allemand suffirait pour me permettre de combler le dit chapitre de citations4 ,et c'est ainsi que nous arrivons capter cette gloire dont nous sommes si friands1 et tromper les sots de ce monde6 ,cet amalgame de lieux communs1 dont tant de gens font leur tude1 ne s'applique gure qu' des sujets communs2 ils servent faire de l'talage1 non nous conduire3 c'est l un ridicule rsultat de la science2 ,socrate le critique trs plaisamment chez ,euthydme4 ,j'ai vu faire des livres traitant de choses qui n'avaient jamais t tudies par leur auteur1 et dont il n'avait mme pas entendu parler2 il avait charg plusieurs savants de ses amis des recherches faire sur telle et telle matire y traiter et s'tait1 pour sa part1 content d'en avoir conu le projet et d'employer son talent mettre en fagot ces documents auxquels il ne connaissait rien2 l'encre et le papier employs taient seuls de lui4 ,c'est l1 99 en conscience1 acheter ou emprunter un livre mais non le composer2 c'est apprendre aux hommes non qu'on sait faire un ouvrage mais1 ce sur quoi ils pouvaient avoir des doutes1 qu'on ne le sait pas faire4 ,un prsident de parlement se vantait1 devant moi1 d'avoir amoncel1 dans un de ses arrts1 deux cents et tant de considrants tirs de jugements rendus par d'autres que par lui2 en le publiant1 il amoindrissait la gloire en laquelle on pouvait le tenir pour un pareil chef-d'uvre3 c'tait l1 mon sens1 une vantardise pusillanime et absurde en raison du sujet et de la part d'un tel personnage4 ,je procde inversement et1 parmi tant d'emprunts que je fais1 suis bien aise d'en pouvoir drober quelques-uns que je dguise et transforme pour l'usage nouveau auquel je les fais servir2 au risque de faire dire que je n'en ai pas compris le vritable sens1 je leur donne une tournure particulire de ma faon1 de telle sorte que le plagiat soit moins apparent4 ,les autres avouent leurs larcins et en font parade1 aussi leur pardonne-t-on plus qu' moi2 nous1 dans notre navet1 estimons qu' inventer1 il y a un mrite incomparablement plus grand qu' simplement reproduire4 ,il est dangereux de se mettre crire sur le tard1 l'esprit a perdu de sa verdeur2 lui-mme aurait d s'y prendre plus tt1 mais1 voulant peindre sa vie1 il a d attendre le moment o elle se droulait tout entire ses yeux4--,si j'avais voulu faire de la science1 je m'y serais pris plus tt2 j'aurais crit dans un temps plus rapproch de mes tudes1 alors que j'avais plus d'esprit et de mmoire4 ,pour faire mtier d'crire1 mieux et valu m'y livrer cet ge o j'avais toute ma vigueur1 qu' celui que j'ai actuellement2 peut-tre euss-je rencontr alors1 en une saison plus propice1 cette faveur si gracieuse que du fait de mon ouvrage la fortune m'a octroye en ces derniers temps et que1 tout la fois1 je suis heureux de possder et sur le point de perdre6 ,deux de mes connaissances1 trs bien dous sous le rapport de la littrature1 ont1 mon avis1 perdu la moiti de leur valeur1 pour s'tre refus d'crire quarante ans1 et avoir attendu pour le faire1 qu'ils en aient soixante4 ,la maturit a ses dfauts tout comme ce qui est encore vert1 ils sont mme pires2 quant la vieillesse1 elle est aussi impropre ce travail qu' tout autre chose1 et quiconque met sous presse sa dcrpitude1 fait une folie1 s'il espre en faire sortir des ides qui ne sentent pas le disgraci1 le rveur1 l'assoupi2 notre esprit se resserre et s'paissit en vieillissant4 ,j'tale avec pompe et abondance mon ignorance1 ma science n'apparat que maigre et piteuse2 celle-ci n'est qu'accessoire et accidentelle1 celle-l constitue en moi l'essentiel et le principal4 ,je ne traite de rien point nomm1 si ce n'est de bagatelles1 et ne parle de science que pour donner constater que je ne sais rien4 ,j'ai choisi pour peindre ma vie l'poque o je l'ai tout entire sous les yeux2 ce qui en reste appartient plutt la mort1 et quand celle-ci viendra1 s'il m'est donn de pouvoir1 comme d'autres l'ont fait1 en traduire les impressions1 volontiers en quittant ce monde j'en ferai part au public4 ,montaigne regrette que chez ,socrate une belle me se soit trouve dans un corps si disgraci4--,socrate fut un modle parfait de toutes les grandes qualits4 ,je regrette que1 d'aprs ce que l'on en dit1 99 par sa laideur1 son visage ait t si peu en rapport avec la beaut de son me2 la nature1 cet gard1 a t injuste envers lui qui tait si passionnment pris de la beaut4 ,il n'y a rien de plus vraisemblable que la corrlation entre les formes du corps et les qualits de l'esprit4 ,il importe beaucoup l'me dans quel corps elle est loge1 car plusieurs qualits corporelles aiguisent l'esprit1 plusieurs autres l'moussent2 mais en parlant ainsi ,cicron n'a en vue que la laideur hors nature occasionne par une difformit des membres4--,nous1 nous appelons aussi laideur1 cette mauvaise impression que nous prouvons au premier coup d'il1 principalement lorsqu'il se porte sur un visage dont certains dtails nous dgotent1 tels qu'un vilain teint1 une tache1 une expression dure ou toute autre cause dont souvent on ne se rend pas compte1 alors que cependant les membres sont entiers et tels qu'ils doivent tre4 ,la laideur qui1 chez ,la ,botie1 revtait une trs belle me1 appartenait cette catgorie2 toute superficielle1 bien qu'elle soit celle qui impressionne le plus1 elle n'est pourtant pas celle qui prjudicie le plus l'tat de l'esprit1 et elle influe peu sur l'opinion des gens notre endroit4--,cette autre laideur1 qu'il convient mieux d'appeler difformit1 est plus effective et se rpercute assez souvent davantage en nous-mmes3 toute chaussure bien ajuste fait ressortir nettement la forme du pied qu'elle renferme1 ce que ne fait pas une chaussure qui n'est lisse que par le cuir avec lequel elle est confectionne4 ,quand il parlait de sa laideur1 ,socrate disait qu'il en tait absolument de mme de son me1 mais qu'il l'avait corrige en la travaillant2 j'estime que1 suivant son habitude1 il plaisantait en parlant ainsi1 car jamais me si parfaite ne s'est faite elle-mme4 ,comme ,platon et la plupart des philosophes1 il estime singulirement la beaut2 toutefois une physionomie avantageuse n'est pas toujours fonde sur la beaut des traits du visage4--,je ne puis rpter assez combien je tiens la beaut pour une qualit puissante et avantageuse4 ,socrate l'appelait une courte tyrannie2 ,platon1 un privilge de la nature4 ,nous n'en avons pas qui ait plus grand pouvoir2 elle tient le premier rang dans les rapports des hommes entre eux2 elle saisit tout d'abord1 elle sduit et influence notre jugement par sa grande autorit et l'impression merveilleuse qu'elle produit4 ,phryn et perdu sa cause1 malgr l'excellent avocat entre les mains duquel elle l'avait remise1 si1 entr'ouvrant sa robe1 elle n'et gagn ses juges par l'clat de sa beaut4 ,je constate que chez ,cyrus1 ,alexandre et ,csar1 ces trois matres du monde1 elle est entre en ligne de compte dans leurs moyens d'action2 le premier ,scipion1 lui1 n'en a pas tir parti4 ,un mme mot1 chez les ,grecs1 dsignait le beau et le bon2 et le ,saint-,esprit appelle souvent bons ceux qu'il veut qualifier de beaux4 ,je ne serais pas loign de classer les divers dons faits l'homme1 comme ils le sont dans une chanson1 tire de quelque pote ancien1 que ,platon dit avoir t trs rpandue3 la ,sant1 la ,beaut1 la ,richesse4 ,aristote dit que le droit de commander appartient ceux qui ont la beaut en partage1 et que lorsqu'il en est chez lesquels elle approche de l'image des dieux1 ils ont1 comme eux1 droit notre vnration4 ,a quelqu'un qui lui demandait pourquoi on frquente plus souvent et plus longtemps les personnes qui sont belles1 il rpondit3 ,il n'y qu'un aveugle qui puisse faire une semblable question4 ,la plupart des philosophes1 et parmi eux les plus grands1 ont d leur beaut d'tre admis dans les coles sans avoir de redevance payer1 et doivent par suite la sagesse son entremise4 ,je la considre presque l'gal de la bont1 non seulement chez les gens qui me servent mais aussi chez les btes4 ,il ne me semble cependant pas que les traits et la forme du visage1 non plus que les lignes d'aprs lesquelles on dtermine certaines dispositions qui seraient en nous et ce que l'avenir nous rserve1 aient un rapport direct et simple avec la laideur2 pas plus que toute bonne odeur et une atmosphre sereine ne sont un gage de sant1 ni un air pais et lourd un indice d'infection en temps d'pidmie4 ,ceux qui accusent la beaut et les murs d'tre en contradiction chez la femme1 ne sont pas toujours dans le vrai2 car une physionomie laissant dsirer sous le rapport de la rgularit des traits1 peut prsenter un air de probit et inspirer confiance2 comme au contraire1 il m'est arriv parfois de lire1 entre deux beaux yeux1 des menaces dnotant une nature mauvaise et dangereuse4 ,il y a des physionomies qui prviennent en leur faveur2 et1 au milieu d'ennemis victorieux qui vous pressent de toutes parts et vous sont inconnus1 vous ferez sur-le-champ choix de l'un plutt que de l'autre1 pour vous rendre lui et lui confier votre vie1 sans que la beaut pse beaucoup sur votre dtermination4 ,c'est une faible garantie que la mine1 toutefois elle vaut d'tre prise quelque peu en considration2 et1 si j'tais charg de chtier les gens1 je me montrerais plus dur pour les pervers qui dmentent et trahissent les sentiments dont ils portent l'expression sur le front2 je svirais davantage contre la mchancet qui se prsente sous un masque bnin4--,il semble qu'il y ait des visages favoriss et d'autres malencontreux1 et crois qu'il y a un certain art distinguer1 selon ce que leur figure exprime1 les gens qui sont dbonnaires de ceux qui sont niais1 ceux qui sont svres de ceux qui sont rudes1 les malicieux de ceux qui sont chagrins1 les ddaigneux des mlancoliques1 et tels autres qui sont affects de qualits diffrant peu les unes des autres4 ,il y a des beauts qui non seulement sont fires1 mais encore peu avenantes2 il y en a de douces1 et mme de plus que douces1 des fades4--,quant au pronostic de l'avenir par l'examen de ces mmes signes1 c'est l une chose sur laquelle je ne me prononce pas4 ,en principe1 il faut suivre les indications de la nature2 les observances religieuses1 sans de bonnes murs1 ne suffisent pas au salut d'un tat4--,j'ai1 en ce qui me touche1 ainsi que je l'ai dit ailleurs bien simplement et franchement1 adopt ce prcepte ancien1 que nous ne saurions tre en dfaut1 en suivant notre nature1 et que s'y conformer1 est une rgle qui prime toutes les autres4 ,je n'ai pas1 comme ,socrate1 corrig par la puissance de la raison mes instincts naturels1 et n'ai pas eu recours l'art pour modifier mes penchants2 je me laisse aller comme je suis venu1 je ne combats rien4 ,les deux parties essentielles de moi-mme1 le corps et l'esprit1 sont naturellement disposes vivre de pair et en bon accord2 ,dieu merci1 car je suis n et ai grandi une poque o les ides saines et modres avaient peu cours4--,dirai-je1 en passant1 que je trouve qu'on fait plus de cas que cela ne vaut1 bien qu'elle soit presque seule avoir cours chez nous1 d'une apparence de sagesse scolastique1 esclave de certaines rgles et soumise la fois l'esprance et la crainte8 ,cette doctrine qu'on nous inculque1 je la voudrais non telle que les lois et les religions l'tablissent1 mais telle qu'elles la compltent et l'autorisent2 ayant par elle-mme de quoi se soutenir sans aide1 prenant naissance en nous par ses propres racines1 produite par ce que nous appelons le sens commun qui se trouve en tout homme qui n'est pas organis l'encontre des lois de la nature3 ce mme bon sens qui1 chez ,socrate1 redresse de mauvais plis1 le rend obissant aux hommes et aux dieux qui commandent dans sa ville1 et courageux vis--vis de la mort1 non parce que son me est immortelle1 mais parce que lui-mme est mortel4 ,quel ruineux enseignement pour toutes les formes de gouvernement1 et bien plus dommageable qu'ingnieux et utile1 que de persuader aux peuples que la foi religieuse suffit elle seule contenter la justice divine1 sans qu'il soit besoin de bonnes murs2 dans l'application apparat l'norme diffrence qu'il y a entre la dvotion et la conscience6 ,physionomie de ,montaigne2 son air naf lui attirait la confiance4 ,rcit de deux aventures o la bonne impression qu'il produisait et sa franchise lui ont t avantageuses4--,j'ai un visage qui plat1 et par les traits et par la bonne opinion qu' premire vue il donne de moi1 d'o une apparence toute contraire celle de ,socrate3 ,qu'ai-je dit3 j'ai8 ,c'est j'ai eu1 que je devrais dire1 ,chrms 7,trence74--,hlas1 vous ne voyez plus de moi1 que le squelette d'un corps affaibli6 ,il m'est souvent arriv que simplement1 sur le bon effet produit par ma prestance et mon air1 des personnes qui ne me connaissaient pas1 se sont pleinement confies moi soit pour leurs propres affaires soit pour les miennes1 et cela m'a procur dans les pays trangers des faveurs particulires et rarement accordes4--,les deux aventures que voici valent peut-tre que je les rapporte4 ,un quidam avait projet de nous surprendre1 ma maison et moi2 pour ce faire1 il eut l'ide de se prsenter tout seul ma porte1 en demandant l'entre avec une certaine insistance4 ,je le connaissais de nom et croyais pouvoir me fier lui1 parce qu'il tait de mes environs et qu'il y avait quelque alliance entre nous2 je lui fis ouvrir1 comme je fais chacun4 ,il entra tout effray1 son cheval hors d'haleine1 fort harass1 et me conta cette fable3 ,a une demi-lieue de l1 il venait d'tre rencontr par un de ses ennemis1 que je connaissais aussi1 de mme que j'avais entendu parler de leur querelle4 ,cet ennemi s'tait lanc toute bride sa poursuite2 et lui-mme1 mis en dsarroi par la surprise et infrieur en nombre1 s'tait prcipit chez moi pour se mettre en sret1 en grand souci de ce qu'taient devenus ses gens qu'il croyait1 disait-il1 ou morts ou prisonniers4 ,j'essayai bien navement de le rconforter1 de le rassurer et lui rendre son sang-froid4 ,bientt aprs1 voil quatre ou cinq de ses soldats qui se prsentent pour entrer1 avec cette mme contenance tmoignant mme effroi2 puis d'autres1 et aprs d'autres encore1 tous bien arms et quips1 au nombre de vingt-cinq ou trente1 feignant d'avoir leurs ennemis sur leurs talons4 ,ce mystre commenait m'inspirer du soupon2 je n'ignorais pas en quel sicle nous vivons1 combien ma maison pouvait exciter l'envie1 et connaissais plusieurs exemples de personnes de ma connaissance1 auxquelles il tait arriv malheur dans des circonstances analogues4 ,toujours est-il que1 trouvant que je n'avais pas de bnfice avoir commenc faire plaisir si je n'achevais1 et ne pouvant me dfaire de ces gens sans tout rompre1 je me laissai aller au parti le plus naturel et le plus simple comme je fais toujours1 et commandai de les faire entrer4 ,il faut ajouter qu' la vrit1 je suis peu dfiant et peu souponneux de ma nature2 je penche volontiers admettre les excuses qu'on me donne et interprter les faits dans le sens le plus favorable2 je prends les hommes comme ils sont gnralement et ne crois pas aux natures perverses et dnatures1 non plus qu'aux prodiges et aux miracles1 moins que je n'y sois forc par des tmoignages irrfutables2 en outre1 je m'en remets aisment la fortune et m'abandonne corps perdu entre ses bras1 ce dont jusqu' ce moment j'ai eu plus occasion de me louer que de me plaindre1 l'ayant trouve plus avise et plus amie de mes affaires que je ne le suis moi-mme4 ,il y a dans ma vie quelques actions dont on peut dire juste titre que la conduite en a t difficile1 ou si l'on veut prudente2 admettez que j'aie t pour un tiers dans le rsultat1 on peut largement dire que les deux autres tiers sont de son fait4 ,nous chouons1 ce me semble1 parce que nous n'avons pas assez confiance dans ce que le ,ciel fera pour nous1 et que nous prtendons faire par nous-mmes plus qu'il ne convient2 aussi combien frquemment nos projets n'aboutissent pas6 il est jaloux de l'tendue que nous attribuons aux droits de la prudence humaine au dtriment des siens1 et nous les rduit d'autant plus que nous leur donnons plus d'extension4 ,ces gens demeurrent cheval dans ma cour1 tandis que leur chef1 qui n'avait pas voulu qu'on mt sa monture l'curie1 disant qu'il fallait qu'il se retirt ds qu'il aurait des nouvelles de son monde1 tait avec moi dans ma grande salle4 ,il tait parvenu s'introduire chez moi et n'avait plus qu' mettre ses desseins excution4 ,souvent depuis1 il a rpt 7car il ne craignait pas de raconter le fait7 que ma figure et ma franchise l'avaient emport en lui sur la trahison qu'il mditait4 ,il remonta cheval2 et ses gens1 qui avaient les yeux fixs sur lui1 attendant le signal qu'il devait leur faire1 furent bien tonns de le voir sortir1 renonant profiter des avantages que1 par sa ruse1 il s'tait mnags4 ,une autre fois1 me fiant je ne sais quelle trve qui venait d'tre publie dans nos armes1 je me mis en route pour un voyage dans un pays dont la traverse prsentait beaucoup de dangers4 ,je ne fus pas plutt vent1 que trois ou quatre groupes de cavaliers se lancrent de divers points ma poursuite pour me dtrousser4 ,l'un d'eux me joignit ma troisime journe de marche et je fus assailli par quinze ou vingt gentilshommes masqus1 suivis d'une onde d'argoulets4 ,me voil pris1 oblig de me rendre et conduit au plus pais d'une fort voisine2 et l1 dmont1 dvalis1 mes caisses fouilles1 mon coffre argent saisi1 mes chevaux et tout mon quipage disperss entre de nouveaux matres4 ,nous demeurmes longtemps dans ce hallier discuter sur le montant de ma ranon qu'ils fixaient si haut qu'on voyait bien que je ne leur tais gure connu1 et la question fut grandement agite entre eux si on me laisserait ou non la vie2 de fait1 certaines circonstances faisaient que je courais un rel danger1 ce fut le cas de montrer du courage et de la fermet 7,virgile74 ,je m'en tenais toujours invoquer la trve1 ne consentant leur abandonner comme bnfice que ce dont ils m'avaient dpouill1 ce qui n'tait pas ddaigner1 sans vouloir promettre d'autre ranon4 ,nous en tions l aprs deux ou trois heures de discussion1 lorsque me faisant monter sur un cheval avec lequel je ne courais pas risque de leur chapper1 prposant spcialement ma garde quinze ou vingt arquebusiers et rpartissant mes gens entre d'autres1 nous voil emmens prisonniers par divers chemins4 ,nous avions dj march la distance de trois ou quatre portes d'arquebuse1 et j'en tais arriv m'en remettre l'assistance de ,castor et de ,pollux 7,catulle71 quand soudain il se produisit chez eux un revirement bien inattendu4 ,je vis revenir vers moi le chef de la bande1 qui me parla avec plus de courtoisie2 et1 se mettant en peine de faire rechercher dans sa troupe mes hardes disperses1 il me fit rendre ce qu'il put en retrouver1 jusqu' mon coffre argent4 ,le meilleur prsent qu'il me fit1 ce fut de me remettre enfin en libert1 le reste m'important peu pareil moment4 ,je ne connais pas encore bien la vritable cause d'un changement si peu dans les habitudes1 de cette volte-face sans motif apparent1 de ce repentir si extraordinaire dans une entreprise prmdite et excute de propos dlibr et justifie par les murs de l'poque1 car1 de prime abord1 je leur avais avou le parti auquel j'appartenais et o je me rendais4 ,celui qui occupait le premier rang se dmasqua1 me donna son nom et me dit plusieurs reprises que je devais ma dlivrance mon visage1 la libert et la fermet de mes paroles1 qui faisaient qu'un traitement semblable tait indigne de moi1 me demandant de lui donner l'assurance de lui rendre la pareille l'occasion4 ,il est possible que la bont divine voult user1 pour ma conservation1 de ce moyen si alatoire2 il me servit encore le lendemain contre des embches pires que celles auxquelles je venais d'chapper et contre lesquelles les premiers eux-mmes m'avaient mis en garde4 ,celui auquel j'eus affaire en cette dernire aventure est encore vivant et peut la confirmer2 l'auteur de la premire a t tu il n'y a pas longtemps4 ,la simplicit de ses intentions1 qu'on lisait dans son regard et dans sa voix1 empchait qu'on ne prt en mauvaise part la libert de ses discours4 ,dans la rpression des crimes1 il n'tait pas pour trop de svrit4--,si ma physionomie ne prvenait en ma faveur1 si on ne lisait dans mes yeux et dans ma voix la simplicit de mes intentions1 je ne serais pas demeur si longtemps sans qu'on me chercht querelle ou qu'on m'offenst1 tant donne la libert indiscrte que j'ai de dire tort et travers tout ce qui me vient l'ide et de juger tmrairement des choses4 ,cette faon peut1 avec raison1 paratre incivile et peu dans nos usages2 mais je n'ai rencontr personne qui l'ait juge outrageante et malintentionne1 et je n'ai pas trouv davantage qui que ce soit que ma libert ait bless1 quand c'tait de moi-mme que les propos manaient2 car pour ce qui est des paroles rapportes1 elles ont un tout autre son et prennent un sens tout diffrent4--,aussi1 je ne hais personne et suis peu enclin offenser n'importe qui2 mme quand la raison est en jeu1 je ne me dpartis pas de ce sentiment2 et1 quand l'occasion me mettait dans le cas de prononcer des condamnations criminelles1 j'ai plutt fait dfaut la justice3 ,je voudrais qu'on n'et pas commis de fautes1 mais je n'ai pas le courage de punir celles qui ont t commises 7,tite ,live74 ,on reprochait1 dit-on1 ,aristote d'avoir t trop misricordieux envers un mchant3 ,j'ai t la vrit1 rpondit-il1 misricordieux envers l'homme1 mais non envers la mchancet4 ,les jugements sont d'ordinaire d'autant plus svres dans les peines qu'ils prononcent1 que le mfait est plus horrible2 l'impression qu'il fait sur moi est inverse3 l'horreur d'un premier meurtre me fait craindre d'en commettre moi-mme un second1 la haine que je ressens pour la cruaut commise me fait abhorrer toute imitation et incliner vers la douceur4 ,a moi qui ne suis qu'un personnage de peu d'importance1 on peut appliquer ce qu'on disait de ,charille1 roi de ,sparte3 ,il ne saurait tre bon1 puisqu'il n'est pas mauvais pour les mchants2 ou bien encore1 car ,plutarque prsente une seconde interprtation de ce mot1 comme il arrive de mille autres choses qui comportent des versions diverses et contraires3 ,faut-il qu'il soit bon1 puisqu'il l'est mme pour les mchants6--,de mme que1 dans ce qui est licite1 je rpugne intervenir lorsqu'il faut m'adresser des gens auxquels cela dplat2 quand il s'agit de choses illicites1 je ne me fais pas assez de conscience1 dire vrai1 de m'employer quand ceux dont cela dpend ne s'en offensent pas4 ,,chapitre ,,xiii4 ,de l'exprience4 ,l'exprience n'est pas un moyen sr de parvenir la vrit1 parce qu'il n'y a pas d'vnements1 d'objets absolument semblables2 on ne peut1 par suite1 juger sainement par analogie4--,il n'y a pas de dsir plus naturel que celui de connatre4 ,nous essayons tous les moyens qui peuvent nous y amener et1 quand la raison n'y suffit pas1 nous faisons appel l'exprience3 ,c'est par diffrentes preuves que l'exprience a cr l'art1 nous montrant1 par l'exemple d'autrui1 la voie suivre 7,manilius74 ,ce second procd est beaucoup moins sr que le premier et moins digne2 mais la vrit est chose de si grand prix1 que nous ne devons rien ddaigner de ce qui peut nous y conduire4--,la raison a tant de formes que nous ne savons laquelle choisir1 l'exprience n'en a pas moins2 et les consquences que nous cherchons tirer de la comparaison des vnements n'offrent pas toute certitude1 d'autant qu'ils ne sont jamais identiques4 ,ce que l'on retrouve toujours dans les choses les plus ressemblantes1 c'est la diversit et la varit4 ,comme exemple le plus typique de ressemblance parfaite1 les ,grecs1 les ,latins et nous-mmes1 nous citons celle des ufs entre eux2 il s'est cependant trouv des gens1 notamment quelqu'un ,delphes1 qui y distinguaient des diffrences1 n'en prenaient jamais un pour un autre1 et qui1 en ayant de plusieurs poules1 savaient reconnatre de laquelle tait l'uf4 ,la dissemblance s'introduit d'elle-mme dans nos ouvrages2 nul art ne peut raliser une entire similitude3 ni ,perrozet1 ni un autre ne peuvent si soigneusement polir et blanchir l'envers de leurs cartes1 que certains joueurs n'arrivent les distinguer1 rien qu' les voir glisser entre les mains d'un autre4 ,la ressemblance n'unifie pas au mme degr que la diffrence ne diversifie4 ,la nature s'est fait une obligation de ne pas crer une chose qui ne soit dissemblable de toutes les autres de mme nature4 ,par cette mme raison1 la multiplicit des lois est inutile1 jamais le lgislateur ne pouvant embrasser tous les cas4--,c'est pourquoi je ne partage pas l'opinion de celui-l qui pensait1 par la multiplicit des lois1 brider l'autorit des juges en leur laissant peu dcider4 ,il ne sentait pas que leur interprtation laisse autant de libert et de champ o se mouvoir1 que leur confection4 ,c'est se moquer que de croire restreindre nos discussions et y couper court1 en nous rappelant constamment le texte prcis de la ,bible1 d'autant que notre esprit trouve pour critiquer le sens qu'un autre y attache1 autant d'arguments que pour soutenir notre propre interprtation1 et que commenter prte non moins d'animosit et de discussions acerbes qu'inventer4--,nous voyons quelle tait son erreur1 car nous avons en ,france plus de lois qu'il n'en existe dans tout le reste du monde runi et plus qu'il n'en faudrait pour en doter tous les mondes d'picure3 ,nous souffrons autant des lois1 qu'on souffrait autrefois des crimes 7,tacite72 et pourtant nous avons tant laiss nos juges sur quoi opiner et dcider1 que jamais la libert avec laquelle ils en usent n'a t plus puissante et plus scandaleuse4 ,qu'ont gagn nos lgislateurs faire choix de cent mille cas et faits particuliers et d'y attacher cent mille lois8 ce nombre n'est en aucune proportion avec la diversit infinie des actions humaines3 la multiplicit de nos inventions n'atteindra jamais la varit des exemples qu'on peut citer2 en ajouterait-on cent fois autant qu'il y en a dj1 qu'on ne ferait pas que1 dans les vnements venir1 il s'en trouve un seul dans le nombre si grand de milliers qui ont t choisis et enregistrs1 qui se puisse juxtaposer et appareiller un autre si exactement qu'il n'y ait quelque circonstance qui diffre et n'exige quelque modification dans le jugement intervenir4 ,il y a peu de corrlation entre nos actions1 qui sont en perptuelle transformation1 et nos lois1 qui sont fixes et immobiles4 ,le plus dsirable l'gard de celles-ci1 c'est qu'elles soient aussi peu nombreuses1 aussi simples que possible et conues en termes gnraux2 et encore mieux vaudrait1 je crois1 n'en pas avoir du tout1 que de les avoir en aussi grand nombre que nous les avons4 ,celles de la nature nous procurent plus de flicit que celles que nous nous donnons2 les juges les plus quitables1 ce serait peut-tre les premiers venus1 jugeant uniquement d'aprs les inspirations de leur raison4--,les lois de la nature nous procurent toujours plus de flicit que celles que nous nous donnons2 tmoin l'ge d'or que les potes nous ont dpeint1 et l'tat dans lequel nous voyons vivre des nations qui n'en connaissent pas d'autres4 ,nous en trouvons qui1 pour tous juges1 ont recours1 pour trancher leurs diffrends1 au premier passant qui traverse leurs montagnes2 d'autres qui lisent1 les jours de march1 quelqu'un d'entre eux qui1 sur-le-champ1 prononce sur tous leurs procs4 ,quel danger y aurait-il ce que les plus sages d'entre nous rglent les ntres de mme faon1 selon les circonstances et ce qui leur en semble1 sans avoir tenir compte des prcdents ni des consquences8 ,a chaque pied son soulier1 chaque cas particulier sa solution propre4 ,le roi ,ferdinand1 envoyant des colonies aux ,indes1 faisait acte de sage prvoyance1 en prescrivant qu'il n'y ft compris aucun tudiant en jurisprudence1 de peur qu'avec cette science1 porte par nature engendrer les altercations et les divisions1 le got des procs ne vnt s'implanter dans ce nouveau monde2 il jugeait1 comme ,platon1 que jurisconsultes et mdecins sont de mauvais lments dans un pays4 ,pour vouloir tre trop prcis1 les textes de loi sont conus en termes si obscurs 7obscurit laquelle ajoutent encore1 ici comme en toutes choses1 les interprtations71 qu'on n'arrive pas1 dans les contrats et testaments1 formuler ses ides d'une faon indiscutable4--,pourquoi notre langage usuel1 si commode pour tout autre usage1 devient-il obscur et inintelligible quand il est employ dans les contrats et testaments2 et que des gens qui s'expriment si clairement quand ils parlent ou qu'ils crivent1 ne trouvent pas1 lorsqu'il s'agit d'actes de cette nature1 possibilit de dire ce qu'ils veulent1 sans prter au doute et la contradiction8 ,c'est parce que les princes en cet art se sont tellement appliqus faire choix de mots qui en imposent1 de formules si artistement arranges1 ont tellement pes chaque syllabe1 pluch avec tant de subtilit tous les termes1 que l'on s'embarrasse et s'embrouille dans cette infinit de formules et de si menus dtails1 au point qu'on n'y distingue plus ni rgles1 ni prescriptions et qu'on n'y comprend absolument rien3 ,tout ce qui est divis au point de n'tre que poussire1 devient confus 7,snque74 ,qui a vu des enfants essayant de diviser en un nombre de fractions dtermin une certaine quantit de vif argent8 plus ils le pressent1 le ptrissent et s'ingnient l'obliger obir leur fantaisie1 plus ils irritent la fluidit de ce mtal rebelle1 qui chappe leurs efforts et va s'miettant en globules qui s'parpillent l'infini4 ,il en est ici de mme3 en multipliant les subtilits1 on apprend aux gens introduire de plus en plus ce qui prte au doute1 on nous incite tendre et diversifier les difficults1 on les augmente et on en met partout4 ,en semant les questions qu'il faudra lucider1 en les retaillant pour qu'elles acquirent plus de nettet1 on fait fructifier et foisonner de par le monde l'incertitude et les querelles2 telle la terre qu'on rend d'autant plus fertile qu'on l'ameublit davantage et qu'on la remue plus profondment3 ,c'est la doctrine qui produit les difficults 7,quintilien74 ,nous doutions avec ,ulpian1 nous doutons davantage encore avec ,bartholus et ,baldus4 ,il et fallu effacer les traces de cette innombrable diversit d'opinions et non point s'en parer et en rompre la tte la postrit4 ,je ne sais qu'en dire2 mais on sent par exprience que tant d'interprtations dsagrgent la vrit et la rendent insaisissable4 ,aristote a crit pour tre compris2 s'il ne l'est pas1 un autre moins habile que lui1 qui cherche saisir des ides qui ne sont pas les siennes1 y russira encore moins4 ,nous mettons nu la matire1 nous l'pandons en la dlayant2 d'un sujet nous en faisons mille et1 force de multiplier et de subdiviser1 nous en arrivons cette infinit d'atomes qu'avait imagine picure4--,jamais deux hommes n'ont jug une mme chose d'une mme faon2 et il est impossible de trouver deux opinions exactement semblables1 non seulement chez plusieurs hommes1 mais chez un mme homme des heures diffrentes4 ,ordinairement1 je trouve douter de points sur lesquels les commentaires n'ont pas daign s'exercer2 je trbuche aisment l o ne se prsente aucune difficult1 comme certains chevaux que je connais1 qui bronchent plus souvent dans des chemins sans asprits4 ,qui peut nier que les explications n'augmentent les doutes et l'ignorance1 quand on voit qu'il n'y a aucun livre soit humain1 soit divin1 sur lequel tout le monde ne s'acharne sans que les interprtations mettent fin aux difficults8 ,le centime commentateur le laisse celui qui vient aprs lui1 plus pineux et plus scabreux que ne l'avait trouv le premier qui a entrepris de l'expliquer4 ,quand avons-nous jamais dit entre nous d'un livre3 ,ce livre a t suffisamment analys1 il n'y a dsormais plus rien en dire8--,ceci apparat encore mieux dans la chicane4 ,on donne l'autorit des lois une infinit de docteurs1 une infinit d'arrts1 et autant d'interprtations3 arrivons-nous cependant mettre un terme quelconque ce besoin d'interprter2 constate-t-on quelque progrs et acheminement vers la tranquillit2 nous faut-il moins d'avocats et de juges que lorsque cette norme masse qu'est devenu le droit1 en tait encore sa premire enfance8 ,au contraire nous en obscurcissons et ensevelissons la comprhension1 que nous ne dcouvrons plus qu'au travers de quantit de cltures et de barrires4 ,les hommes mconnaissent la maladie de leur esprit3 il ne fait que fureter et tre en qute2 il va sans cesse tournoyant1 btissant1 s'emptrant dans sa besogne1 comme nos vers soie1 comme une souris dans de la poix1 et il s'y touffe4 ,de loin1 il pense remarquer je ne sais quelle apparence de clart et de vrit imaginaires2 mais1 pendant qu'il y court1 tant de difficults lui barrent la route1 soulevant des empchements1 de nouvelles enqutes faire1 qu'elles l'garent et l'enivrent2 c'est peu prs le cas des chiens d'sope qui1 croyant apercevoir un corps mort flotter sur la mer et n'en pouvant approcher1 entreprirent de boire toute l'eau pour y arriver sec et en crevrent4 ,c'est la mme ide qu'mettait un certain ,crats1 disant des crits d',hraclite1 qu'ils avaient besoin d'un lecteur qui ft bon nageur1 pour que la profondeur et le poids de sa doctrine ne l'engloutissent et ne le suffoquassent4 ,si les interprtations se multiplient ce point1 la cause en est la faiblesse de notre esprit1 qui1 en outre1 ne sait se fixer2 en ces sicles on ne compose plus1 on commente4--,c'est uniquement la faiblesse de chacun de nous1 qui fait que nous nous contentons de ce que d'autres1 ou nous-mmes1 avons trouv dans cette chasse laquelle nous nous livrons pour arriver savoir2 un plus habile ne s'en contentera pas4 ,il y a toujours place pour qui viendra aprs nous1 et mme pour nous1 en nous y prenant autrement4 ,nos investigations sont sans fin1 nous ne nous arrterons que dans l'autre monde4 ,c'est signe que notre esprit est court quand nous nous dclarons satisfaits1 ou qu'il est las4 ,nul esprit gnreux ne s'arrte de lui-mme3 il va toujours de l'avant et plus qu'il n'a de force1 il a des lans qui l'emportent au del de ce qu'il peut2 s'il n'avance1 s'il ne presse1 ne s'accule1 ne se heurte1 ne tourne sur lui-mme1 c'est qu'il n'est vif qu' moiti2 ses poursuites sont sans limite et sans forme dtermine2 il se nourrit d'admiration1 de recherches1 d'ambigut2 ce qu'indiquait assez ,apollon1 en nous parlant toujours en termes double sens1 obscurs et dtourns qui1 ne donnant jamais pleine satisfaction1 ne faisaient qu'amuser et travailler l'imagination4 ,nous sommes continuellement agits d'un mouvement qui n'a rien de rgulier1 qui ne se modle sur rien et est sans but2 nos inventions s'chauffent1 se succdent et apparaissent sans interruption aucune3 ,ainsi voit-on dans un ruisseau qui coule1 une eau roulant sans cesse aprs une autre1 dans un ordre qui est ternellement le mme4 ,l'une suit l'autre1 l'autre la fuit2 celle-ci toujours presse par celle-l et la devanant toujours4 ,toujours l'eau s'coule dans l'eau2 c'est toujours le mme ruisseau et toujours une eau nouvelle 7la ,botie74 ,interprter les interprtations donne plus de mal qu'interprter les choses elles-mmes1 nous faisons plus de livres sur des livres que sur des sujets autres2 nous ne savons que nous commenter les uns les autres4 ,tout fourmille de commentaires1 et trs rares sont les auteurs proprement dits4 ,la principale science de nos sicles1 ce qui nous vaut le plus de rputation1 n'est-ce pas de pouvoir comprendre les savants2 n'est-ce pas la fin dernire et la plus habituelle de nos tudes8 ,nos opinions se entent les unes sur les autres3 la premire sert de tige la seconde1 la seconde la troisime1 nous montons ainsi l'chelle degr par degr1 et il arrive de la sorte que le plus haut mont a souvent plus d'honneur que de mrite1 car il ne fait que s'lever d'un rien sur l'paule de l'avant-dernier4 ,combien souvent et peut-tre sottement1 ai-je fait que mon livre parle de lui-mme8 ,c'est sottise1 ne serait-ce que pour cette raison que j'eusse d me souvenir de ce que je dis des autres qui font de mme3 ,ces illades si frquentes1 adresses leur ouvrage1 tmoignent que leur cur a pour lui de tendres sentiments2 et mme lorsqu'ils le rudoient et affectent de le traiter avec ddain1 ce ne sont l que mignardises et coquetteries d'affection maternelle2 c'est ce que nous dit ,aristote1 en ajoutant que l'estime et le mpris vis--vis de soi-mme se traduisent souvent avec le mme air arrogant4 ,j'ai pourtant une excuse3 ,c'est que1 sur ce point1 j'ai plus qu'un autre le droit de prendre cette libert parce que c'est prcisment de moi1 de mes crits comme de toutes mes autres actions quelles qu'elles soient1 que traite mon livre1 et que mon sujet veut que j'y revienne souvent2 mais je ne sais trop si cette raison1 tout le monde voudra l'admettre4 ,ce qu'il y a de singulier1 c'est que les discussions ne roulent gure que sur des questions de mots2 et1 si dissemblables que soient les choses1 il se trouve toujours quelque point qui fait que chacun les interprte sa faon4--,en ,allemagne1 les doutes auxquels ont donn lieu les propres ides de ,luther ont produit autant et plus de divisions et de discussions1 que lui-mme n'en a soulev par ses interprtations des saintes critures4 ,les termes employs sont la cause de tous nos dbats2 si je demande ce que veulent dire3 nature1 volupt1 cercle1 substitution1 la question porte sur des mots1 on y rpond par des mots4 ,qu'est-ce qu'une pierre8--,c'est un corps4 ,que quelqu'un poursuive3 ,et un corps1 qu'est-ce8--,une substance4--,et qu'est-ce qu'une substance8 et ainsi de suite2 qui l'on interroge de la sorte finit par tre hors d'tat de rpondre4 ,c'est un simple change d'expressions o l'une en remplace une autre1 et o souvent la seconde est plus inconnue que la premire2 je sais mieux ce qu'est un homme1 que je ne comprends quand on me dit que c'est un animal1 un mortel1 un tre raisonnable2 pour me dlivrer d'un doute1 on m'en soumet trois2 c'est la tte de l'hydre4--,socrate demandait ,memnon ce que c'tait que la vertu3 ,il y a1 lui rpondit celui-ci1 vertu d'homme1 vertu de femme1 de magistrat1 d'homme priv1 d'enfant1 de vieillard4--,voil qui va bien1 s'cria ,socrate2 nous tions en qute d'une vertu1 tu nous en apportes un essaim4 ,nous posons une question1 on nous en donne le contenu d'une ruche4--,si aucun vnement1 aucune formation extrieure ne ressemblent entirement d'autres1 la dissemblance1 par un ingnieux mlange opr par la nature1 n'est non plus jamais complte4 ,si nos visages n'taient pas semblables1 l'homme ne pourrait tre distingu de la bte2 et s'ils se ressemblaient1 un homme ne se distinguerait pas d'un autre4 ,toutes les choses se tiennent par quelque similitude1 l'identit avec un exemple donn n'est jamais absolue2 par suite1 la relation tire de l'exprience est toujours imparfaite et en dfaut4 ,toutefois les comparaisons se joignent entre elles par quelque bout2 c'est ce qui arrive aux lois que1 par quelque interprtation dtourne1 force et indirecte1 on assortit chacun des cas qui se prsentent4 ,imperfection des lois2 exemples d'actes d'inhumanit et de forfaits judiciaires auxquels elles conduisent2 combien de condamnations plus criminelles que les crimes qui les motivent6--,les lois morales affrentes aux devoirs particuliers de chacun vis--vis de soi-mme tant1 comme nous le voyons1 si difficiles dresser1 il n'est pas tonnant que celles qui gouvernent des individus en si grand nombre le soient plus encore4 ,considrez les formes de la justice qui nous rgit3 elles constituent un vrai tmoignage de l'imbcillit humaine1 tant elles prsentent de contradictions et d'erreurs6 ,la faveur et la rigueur qu'on y trouve1 et il s'en trouve tant que je ne sais si l'impartialit y existe aussi souvent1 sont des maladies1 des difformits qui font partie intgrante de la justice et sont dans son essence4--,des paysans1 au moment mme o j'cris1 viennent m'avertir en toute hte qu'ils ont aperu l'instant1 dans une fort qui m'appartient1 un homme meurtri de cent coups1 respirant encore1 qui leur a demand de lui donner par piti de l'eau et un peu d'aide pour se soulever4 ,ils n'ont pas os l'approcher1 disent-ils1 et se sont enfuis1 de peur d'tre attraps par les gens de justice1 comme il arrive ceux rencontrs prs d'un homme assassin1 et d'avoir rendre compte de l'accident1 ce qui et t leur ruine complte1 n'ayant ni le moyen ni l'argent ncessaires pour dmontrer leur innocence4 ,que pouvais-je leur dire8 il est certain qu'en satisfaisant ce devoir d'humanit1 ils se fussent compromis4 ,combien avons-nous dcouvert d'innocents qui ont t punis sans1 veux-je dire1 qu'il y ait de la faute des juges2 et combien y en a-t-il que nous ne connaissons pas8--,voici un fait arriv de mon temps3 ,des gens sont condamns mort pour homicide2 l'arrt est sinon prononc1 du moins on est d'accord et ce qu'il doit porter est arrt4 ,l-dessus1 les juges sont informs par les officiers d'une cour voisine1 ressortissant de la leur1 que des prisonniers qu'ils dtiennent1 avouent catgoriquement cet homicide et font sur cette affaire une lumire indubitable4 ,on dlibre si1 nonobstant1 on doit suspendre et diffrer l'excution de l'arrt rendu contre les premiers2 on considre la nouveaut du cas1 ses consquences sur les entraves qui en rsulteraient pour l'excution des jugements2 on envisage que la condamnation a t juridiquement prononce1 que les juges n'ont aucun reproche se faire2 en somme1 ces pauvres diables sont immols aux formes de la justice4--,philippe de ,macdoine1 ou quelque autre1 pourvut pareille difficult de la manire suivante3 ,il avait1 par un jugement en rgle1 condamn un homme une grosse amende envers un autre2 la vrit ayant t dcouverte quelque temps aprs1 il se trouva qu'il avait jug contrairement l'quit4 ,d'un ct il y avait l'intrt de la cause qui tait juste1 de l'autre celui des formes judiciaires qui avaient t bien observes2 il satisfit aux deux1 en laissant subsister la sentence telle qu'elle tait et compensant de ses propres deniers le dommage fait au condamn4 ,mais l1 l'accident tait rparable2 mes gens1 eux1 furent irrmdiablement pendus4 ,combien ai-je vu de condamnations plus criminelles que le crime pour lequel elles avaient t prononces6 ,montaigne partage l'opinion des anciens1 qu'il est prudent1 qu'on soit accus tort ou raison1 de ne pas se mettre entre les mains de la justice4 ,puisqu'il y a des juges pour punir1 il devrait y en avoir pour rcompenser4--,tout ceci me fait souvenir de ces principes qui avaient cours jadis3 ,celui qui veut le triomphe du droit dans les questions gnrales1 est oblig de le sacrifier dans les questions de dtail2 l'injustice dans les affaires de peu d'importance1 est le seul moyen de faire que les grandes se rglent avec quit4 ,la justice humaine est comme la mdecine pour laquelle toute chose utile est1 par cela mme1 juste et honnte2 cela rpond ce qu'admettent les ,stociens3 que la nature elle-mme1 dans la plupart de ses uvres1 va l'encontre de ce qui est juste2 les ,cyrnaques1 que rien n'est juste par soi-mme2 ce sont les coutumes et les lois qui dterminent ce qui l'est et ce qui ne l'est pas2 les ,thodoriens1 que le larcin1 le sacrilge1 les actes immoraux de toute nature sont justifis aux yeux du sage1 du moment qu'il reconnat qu'il peut y avoir profit4 ,a cela1 pas de remde1 et j'en suis arriv penser1 comme ,alcibiade1 que je ne me livrerai jamais1 si j'en ai la possibilit1 un homme qui a droit de vie et de mort sur moi1 devant lequel mon honneur et ma vie dpendent du talent et de l'habilet de mon avocat plus que de mon innocence4--,je ne voudrais me risquer que devant une justice ayant qualit pour connatre de mes bonnes actions comme de mes mauvaises1 de laquelle j'aurais autant esprer qu' craindre4 ,une indemnit n'est pas suffisante l'gard d'un homme qui fait mieux encore que de ne pas commettre de faute4 ,notre justice ne nous prsente que l'une de ses mains1 encore est-ce la main gauche2 et quiconque1 quel qu'il soit1 ayant affaire elle1 s'en tire toujours avec perte4 ,en ,chine1 les institutions et les arts1 qui diffrent considrablement des ntres et que nous ne connaissons qu'imparfaitement1 l'emportent en plusieurs points1 par leur excellence1 sur ce qui se passe chez nous4 ,dans cet empire1 o ni les anciens ni nous n'avons pntr et dont1 d'aprs l'histoire1 la population est si considrable et si diverse de la ntre1 des officiers sont envoys par le prince pour inspecter l'tat des provinces2 et1 de mme qu'ils punissent ceux qui commettent des malversations dans leur charge1 ces officiers rcompensent d'autre part par de relles libralits ceux qui se sont distingus dans l'exercice de leurs fonctions et ont fait plus que leur devoir n'exigeait4 ,on se prsente eux1 non seulement pour satisfaire ce qu'on doit1 mais pour tre rmunr2 non pour tre simplement pay de ce qui vous est d1 mais 99 encore pour recevoir des gratifications4 ,il n'a jamais eu de dmls avec la justice1 et il est si pris de libert1 qu'il irait n'importe o s'il sentait la sienne menace4--,nul juge1 ,dieu merci1 ne m'a encore parl comme juge1 en quelque cause que ce soit1 nous concernant moi ou un autre1 au criminel comme au civil4 ,je ne suis jamais entr dans une prison1 pas mme pour la visiter2 mon imagination m'en rend la vue dsagrable1 mme du dehors4 ,je suis si languissant de libert1 que si l'on me dfendait l'accs de quelque coin des ,indes1 j'en vivrais en quelque sorte plus mal mon aise2 et tant que je trouverai un endroit o la terre et la mer soient libres1 je ne sjournerai pas dans un lieu o il faudrait me cacher4 ,mon ,dieu1 que je souffrirais donc de la condition o je vois tant de gens1 astreints demeurer en un point dtermin du royaume1 auxquels sont interdits l'entre des grandes villes1 des rsidences royales1 l'usage des chemins publics1 parce qu'ils ont transgress les lois6 ,si celles sous lesquelles je vis1 me menaaient seulement le bout d'un doigt1 je m'en irais immdiatement me ranger sous d'autres1 o qu'il me faille aller4 ,toute ma petite prudence1 je l'emploie1 durant les guerres civiles qui nous affligent1 ce qu'elles n'entravent pas ma libert d'aller et de venir4 ,les lois n'ont autorit que parce qu'elles sont lois1 et non parce qu'elles sont justes4 ,quant lui1 il a renonc leur tude1 c'est lui seul qu'il tudie2 pour le reste1 il s'en remet simplement la nature4--,les lois ont de l'autorit1 non parce qu'elles sont justes1 mais parce qu'elles sont lois2 c'est la base mystrieuse de leur pouvoir2 elles n'en ont pas d'autres1 celle-ci leur suffit4 ,elles sont souvent faites par des sots2 plus souvent par des gens qui1 en haine de l'galit1 manquent d'quit2 mais toujours par des hommes1 qui transportent dans leur uvre leur frivolit et leur irrsolution4 ,il n'est rien comme les lois pour commettre aussi largement et aussi couramment de si lourdes fautes2 quiconque leur obit parce qu'elles sont justes1 n'est pas dans le vrai1 c'est mme la seule raison qui ne puisse tre invoque4 ,les lois franaises prtent quelque peu la main1 par leur drglement et leur laideur1 au dsordre et la corruption qui se manifestent dans leur application et excution2 leur teneur en est si peu claire et repose sur des principes si variables1 que ceux qui leur dsobissent1 qui les interprtent1 les appliquent et les observent mal1 sont excusables4 ,quelle que soit l'exprience que nous ayons1 celle qui nous vient de ce que nous voyons l'tranger1 ne servira gure nos institutions1 tant que nous tirerons si peu de profit de celles que nous nous sommes donnes nous-mmes1 avec lesquelles nous sommes plus familiariss et qui1 certes1 suffisent bien nous instruire de ce qu'il nous faut4--,je m'tudie moi-mme plus que tout autre sujet2 cette tude constitue toute ma physique et ma mtaphysique3 ,par quel art ,dieu gouverne le monde8 par quelle route s'lve et se retire la lune8 comment1 runissant son double croissant1 se retrouve-t-elle chaque mois dans son plein8 d'o viennent les vents qui commandent la mer et quelle est l'influence de celui du midi8 quelles eaux forment continuellement les nuages8 un jour viendra-t-il qui dtruira le monde 7,properce78--,cherchez1 vous que tourmente le besoin d'approfondir les mystres de la nature 7,lucain74 ,dans ce grand tout1 je m'abandonne1 ignorant et insouciant1 la loi gnrale qui rgit le monde2 je la connatrai assez1 quand j'en sentirai les effets4 ,ma science ne peut la dtourner de sa route2 elle ne se modifiera pas pour moi1 ce serait folie de l'esprer2 folie plus grande encore de m'en tourmenter1 puisque ncessairement elle est la mme pour tous1 s'exerce au grand jour et s'applique tous4 ,la bont1 la puissance de ,celui qui le dirige1 nous dchargent de toute ingrence dans ce gouvernement4 ,les recherches1 les contemplations des philosophes ne servent d'aliment qu' notre curiosit4 ,ils ont grandement raison de nous renvoyer aux rgles de la nature4 ,mais quoi sert une si sublime connaissance8 ils falsifient ses rgles et nous la prsentent elle-mme avec un visage maquill1 si haut en couleurs et tellement sophistiqu1 qu'il en rsulte tous ces portraits si diffrents d'un sujet si constamment le mme4--,la nature nous a pourvus de pieds pour marcher2 nous lui devons aussi la prudence1 pour nous guider dans la vie4 ,cette prudence n'est pas1 comme on l'a imagin1 un compos de finesse1 de force et d'ostentation2 comme la nature elle-mme1 elle est facile1 tranquille1 salutaire et de la plus grande efficacit1 comme a dit quelqu'un1 chez celui qui a le bonheur de savoir l'employer navement et propos1 c'est--dire naturellement4 ,s'abandonner tout simplement la nature1 est la manire la plus sage de se confier elle4 ,oh6 que l'ignorance et l'absence de curiosit constituent un doux1 un moelleux et sain oreiller pour y reposer une tte bien pondre4 ,que ne prtons-nous plus d'attention cette voix intrieure qui est en nous et suffit pour nous guider8 ,quand nous constatons que nous nous sommes tromps en une circonstance1 ne devrions-nous pas tre en dfiance tout jamais dans les circonstances analogues8--,j'aimerais mieux bien saisir ce qui se passe en moi1 que de bien comprendre ,cicron4 ,par l'exprience que j'ai de moi1 j'ai assez de quoi devenir sage1 si j'tais bon colier4 ,qui se remmore les accs de colre qu'il a eus et jusqu'o cette fivre l'a emport1 voit combien cette passion est laide1 plus que ne le fait apercevoir ,aristote1 et il en conoit contre elle une haine mieux justifie4 ,qui se souvient des maux qu'il a soufferts1 de ceux dont il a t menac1 des circonstances sans gravit qui ont pu le troubler1 se prpare par l aux agitations futures et bien juger son tat4 ,la vie de ,csar ne nous est pas d'un exemple plus efficace que la ntre2 que ce soit celle d'un empereur ou celle d'un homme du peuple1 c'est toujours une vie en butte tous les accidents humains4 ,prtons l'oreille cette voix intrieure1 elle nous dira tout ce qu'il nous importe particulirement de connatre4--,celui qui se souvient de s'tre si grandement et si souvent tromp en s'en rapportant son propre jugement1 n'est-il pas un sot de n'en pas tre tout jamais en dfiance8 ,quand j'arrive tre convaincu1 par les raisons qu'on m'oppose1 que mon opinion est errone1 ce n'est pas tant ce qui vient de m'tre dit et mon ignorance dans ce cas particulier que je retiens1 ce serait de peu de profit2 c'est d'une faon plus gnrale ma dbilit1 la trahison de mon entendement que je constate1 et j'en conclus que tout l'ensemble est rformer4 ,dans toutes mes erreurs je fais de mme et je sens que cette rgle m'est de grande utilit dans la vie2 je ne regarde pas1 en l'espce1 le fait comme une pierre qui accidentellement me fait broncher2 il me rvle qu'il est craindre que mon allure ne soit1 en tout1 autre qu'il ne faut1 et me dispose la rgler4 ,savoir qu'on a dit ou fait une sottise1 n'est rien2 ce qu'il faut apprendre c'est qu'on n'est qu'un sot1 chose de bien autre consquence et bien autrement importante connatre4 ,les faux pas que ma mmoire me fait si souvent commettre1 lors mme qu'elle est le plus sre d'elle-mme1 ne sont pas inutiles4 ,maintenant1 elle a beau me jurer qu'elle est certaine d'elle-mme1 je n'y crois plus2 la premire objection qu'on fait son tmoignage me met sur mes gardes1 et je n'oserais me fier elle pour quelque chose de srieux1 ni m'en porter garant quand il s'agit de choses accomplies pour autrui2 au point que si ce que je fais faute de mmoire1 d'autres ne le faisaient plus souvent encore par mauvaise foi1 je croirais toujours sur un fait ce qu'un autre en dit1 plutt que ce que j'en dis moi-mme4--,si chacun piait de prs les effets et les circonstances des passions qui le dominent1 comme je l'ai fait moi-mme pour celles dont je suis atteint1 il les verrait venir et ralentirait un peu leur violence et leur course4 ,elles ne nous sautent pas toujours la gorge du premier coup2 elles commencent par nous menacer1 puis nous envahissent par degr3 ,ainsi l'on voit1 au premier souffle des vents1 la mer blanchir1 s'enfler peu peu1 soulever ses ondes et bientt1 du fond des abmes1 porter ses vagues jusqu'aux nues 7,virgile74 ,le jugement tient chez moi la premire place1 du moins s'y applique-t-il avec soin4 ,il laisse mes apptits aller leur train2 ni la haine1 ni l'amiti1 ni mme l'affection que je me porte moi-mme ne l'altrent et ne le corrompent2 et1 s'il ne peut modifier les autres lments de moi-mme comme il le conoit1 toujours est-il qu'il ne se laisse pas pervertir par eux3 il fait jeu part4 ,se connatre soi-mme est la science capitale2 celui qui sait1 hsite et est modeste2 l'ignorant est affirmatif1 querelleur et opinitre4--,cet avertissement de se connatre soi-mme doit tre pour chacun d'une importance capitale1 puisque le dieu de science et de lumire la fit inscrire au fronton de son temple1 comme comprenant tout ce qu'il avait nous conseiller2 ,platon dit que la prudence n'est autre que la mise en application de cette maxime et ,socrate1 dans ,xnophon1 la dveloppe avec grands dtails4 ,en toute science1 ceux-l seuls qui s'en occupent en aperoivent les difficults et les obscurits1 car il faut encore certaine connaissance pour remarquer qu'on ignore2 c'est en poussant une porte1 qu'on sait si elle nous est ferme4 ,c'est ce qui a donn naissance cet aphorisme de l'cole de ,platon qui semble n'tre qu'un simple trait d'esprit3 ,ceux qui savent n'ont pas s'enqurir1 puisqu'ils savent2 ceux qui ne savent pas1 n'ont pas davantage le faire1 puisque pour s'enqurir il faut savoir ce dont on s'enquiert4 ,ici se connatre soi-mme signifie que1 bien que chacun se montre trs affirmatif1 satisfait de lui-mme et se croit suffisamment entendu1 de fait il ne sait rien1 comme le dmontre ,socrate ,euthydme4 ,moi1 qui ne pense pas autrement1 je trouve que ces paroles ont une profondeur et sont d'une varit d'application si infinie1 que ce que j'apprends n'a d'autre rsultat que de me faire sentir combien il me reste apprendre4 ,a ma faiblesse si souvent constate1 je dois ma disposition d'esprit la modestie1 obir aux croyances qui me sont d'obligation1 apporter un calme constant et de la modration dans mes opinions1 et la haine que j'prouve pour cette arrogance importune et querelleuse1 ennemie capitale de toute discipline et de toute vrit1 de ceux qui ne croient et ne se fient qu' eux-mmes4 coutez-les professer2 les premires sottises qu'ils mettent en avant1 ils les formulent dans un langage de prophte et de lgislateur3 ,rien n'est plus honteux que d'affirmer et de dcider1 avant d'avoir compris et de savoir 7,cicron74--,aristarque disait qu'on avait peine trouv anciennement sept sages dans le monde entier et que1 de son temps1 on aurait peine trouver sept ignorants2 n'aurions-nous pas plus de raison que lui1 de le dire de notre poque8 ,l'affirmation et l'opinitret sont des signes indniables de la btise3 tel convaincu d'ignorance cent fois par jour1 se pavane nonobstant aussi affirmatif1 aussi entier dans ses dires aprs qu'avant2 vous diriez que depuis sa dernire avanie1 on lui a infus quelque me nouvelle et retremp l'entendement1 ainsi qu'il arrivait cet ancien fils de la ,terre qui reprenait une ardeur et une force nouvelles dans chacune de ses chutes3 qui1 lorsqu'il avait touch sa mre1 sentait une nouvelle vigueur renatre dans ses membres puiss 7,lucain72 cet entt imbcile pense peut-tre reprendre un nouvel esprit pour recommencer une nouvelle lutte4 ,c'est par exprience que j'accuse l'ignorance humaine d'tre1 d'aprs moi1 ce que produit de plus certain l'cole du monde4 ,ceux qui ne veulent pas reconnatre qu'il en est ainsi1 soit par mon propre exemple1 la vrit sans consquence1 soit par le leur1 qu'ils le reconnaissent par ce qu'en pensait ,socrate1 le matre des matres1 dont ,antisthne disait ses disciples3 ,allons1 vous et moi1 couter ,socrate2 l1 je serai disciple au mme degr que vous4 ,ce mme philosophe1 dissertant sur ce dogme de la secte des ,stociens laquelle il appartenait1 que la vertu suffit assurer le bonheur de la vie et que l'on n'avait besoin de rien autre1 ajoutait3 sinon de la force d'me de ,socrate4 tudiant sans cesse les autres pour se mieux connatre1 ,montaigne en tait arriv les juger avec assez de discernement4 ,quel service on rend qui sait l'entendre1 de lui dire avec franchise ce qu'on pense de lui6--,l'attention que1 depuis si longtemps1 j'apporte me considrer1 me dispose juger aussi des autres avec assez de discernement1 et il est peu de choses dont je parle avec plus de comptence et de russite4 ,il m'est arriv souvent de voir et de distinguer plus exactement qu'ils ne s'en rendaient compte eux-mmes1 les bonnes et mauvaises dispositions en lesquelles se trouvaient mes amis2 il en est que j'ai tonns par l'exactitude de mes indications et que j'ai mis en garde contre eux-mmes4 ,habitu depuis l'enfance tudier ma vie en me mirant dans celle des autres1 j'ai acquis1 sous ce rapport1 une relle aptitude les scruter2 et1 pour peu que j'y pense1 je ne laisse gure chapper rien de ce qui se produit autour de moi pouvant y aider3 contenances1 humeurs1 raisonnements4 ,j'tudie tout1 ce qu'il me faut viter comme ce qu'il me faut imiter4 ,aussi1 chez mes amis1 je reconnais1 par ce qu'ils font1 l'tat d'me dans lequel ils se trouvent2 non cependant pour classer en genres et en chapitres cette infinie varit d'actions si diverses par leur nature et leur forme1 et rattacher ensuite ces premiers groupes des classes et ordres dj dtermins1 car on ne saurait dire tous les noms1 ni distinguer toutes les espces1 tant le nombre en est grand 7,virgile74 ,aux savants de parler et mettre ce qui leur vient l'ide en bien prcisant et entrant dans le dtail2 chez moi qui ne vois que ce que l'usage m'apprend sans qu'aucune rgle me guide1 les apprciations ne prennent corps qu' la longue1 comme 99 chose qui ne peut se dire tout d'une fois et en bloc1 tout n'tant pas l'unisson et parfaitement rgl dans les mes communes et d'ordre infrieur comme sont les ntres4 ,la sagesse est un btiment solide et qui constitue un tout2 chaque pice y a sa place et porte sa marque3 ,il n'y a que la sagesse qui soit tout entire renferme en elle-mme 7,cicron74 ,je laisse aux artistes1 et ne sais s'ils en viennent bout quand il s'agit de choses si confuses1 si tnues1 o le hasard a tant de part1 de ranger par catgories ces varits infinies de physionomies1 de fixer nos indcisions et d'y introduire de l'ordre4 ,non seulement je trouve difficile de rattacher nos actions les unes aux autres1 mais1 mme pour chacune1 de lui trouver une qualit essentielle qui permette de la dsigner d'une manire qui lui soit propre1 tant elles apparaissent multiples et sous des aspects divers1 suivant le point de vue o l'on se place4--,on estime que les natures comme celle de ,perse1 roi de ,macdoine1 sont rares3 ,son esprit ne se proccupait d'aucune faon d'tre1 il menait indiffremment tous les genres de vie1 et avait des habitudes si libres en leur essor et si changeantes que ni lui-mme1 ni les autres ne pouvaient dterminer ce qu'il tait4 ,cette peinture me parat pouvoir s'appliquer peu prs tout le monde1 et1 par-dessus tout1 quelqu'un que j'ai vu taill sur le mme modle et duquel on pourrait1 je crois1 dire avec plus d'exactitude encore qu'il est mal quilibr1 allant toujours sans motif plausible d'un extrme l'autre2 sa vie1 qui se passe sans clat1 ne prsente ni revers1 ni contrarits srieuses2 il n'a aucune facult nettement caractrise2 il est vraisemblable que ce qu'on pourra en supposer un jour1 c'est qu'il affecte et s'tudie passer pour un tre qu'on ne peut pntrer4--,il faut des oreilles bien rsistantes pour s'entendre juger franchement2 et1 comme il est peu de monde qui puisse le souffrir sans mordre1 ceux qui se hasardent nous rendre ce service1 nous donnent un tmoignage d'amiti qui n'est pas ordinaire2 car c'est aimer sincrement que de risquer de nous blesser et de nous offenser pour notre bien4 ,je trouve rude de juger quelqu'un dont les mauvaises qualits l'emportent sur les bonnes2 chez celui qui veut juger l'me d'autrui1 ,platon exige trois qualits3 capacit1 bienveillance et hardiesse4 ,montaigne estime qu'il n'et t bon rien1 sauf parler librement un matre auquel il et t attach1 lui dire ses vrits et faire qu'il se connt lui-mme2 pareil censeur bnvole et discret serait chose prcieuse pour les rois1 auxquels la gent maudite des flatteurs est si pernicieuse4--,on me demandait une fois quoi je pensais que j'eusse t bon1 si on se ft avis de m'employer quand j'tais en ge de servir3 alors qu'un sang plus vif courait dans mes veines et que la vieillesse jalouse n'avait pas encore blanchi mes tempes 7,virgile74 ,a rien1 rpondis-je2 et je me pardonne volontiers de ne savoir faire quoi que ce soit qui m'et fait l'esclave de quelqu'un4 ,mais j'eusse t capable de dire ses vrits mon matre et de contrler ses murs1 s'il l'et voulu4 ,je ne l'aurais pas fait en gros1 en mettant en uvre les procds des coles de philosophie1 procds dont je ne sais pas user et que je ne vois pas avoir produit de rels changements chez ceux qui les connaissent2 mais en l'observant pas pas1 aux moments opportuns1 jugeant par moi-mme ses faits et gestes1 un un1 simplement1 naturellement1 lui faisant voir ce que communment on pensait de lui l'encontre de ce qu'auraient pu lui dire ses flatteurs4 ,il n'est pas un de nous qui ne vaudrait moins que les rois1 s'il tait continuellement corrompu1 comme ils le sont1 par cette engeance maudite4 ,comment ne le seraient-ils pas1 alors qu',alexandre1 grand roi en mme temps que grand philosophe1 ne put s'en dfendre8 ,j'aurais eu assez de fidlit1 de jugement et de libert pour cela4--,une semblable charge ne serait pas attitre1 sans quoi elle perdrait son efficacit et son mrite2 c'est un rle qui ne saurait tre dvolu indiffremment tout le monde1 car la vrit elle-mme n'a pas le privilge de pouvoir tre dite toute heure et sur toutes choses2 son usage1 si noble qu'il soit1 est circonscrit et a ses limites4 ,il arrive souvent1 tant donn le monde tel qu'il est1 que la rapporter l'oreille du prince1 non seulement ne sert de rien1 mais peut tre nuisible1 et mme constituer une injustice son gard2 car on ne me fera pas croire qu'une remontrance1 mme dicte par un sentiment pieux1 ne puisse tre une faute et que l'intrt de la chose qui la motive ne doive souvent cder celui qu'il y a respecter les convenances4 ,je voudrais1 pour un tel mtier1 un homme satisfait de son sort1 qui voult tre ce qu'il est1 et rien de plus 7,martial71 et qui soit n dans une situation sociale moyenne1 parce que d'une part1 ne redoutant pas de faire tort par l son avancement1 il n'aurait pas crainte de toucher vivement et profondment le cur du matre1 et que1 de l'autre1 tant de condition moyenne1 il lui serait plus facile d'tre en communication avec toutes sortes de gens4 ,ce soin ne devrait incomber qu' un seul2 attribuer le privilge d'une telle libert et familiarit plusieurs1 entranerait des atteintes au respect qui auraient leurs inconvnients2 surtout1 et pour cette mme raison1 je requerrais de lui le silence le plus absolu4 ,un roi n'est pas croire quand1 pour se faire gloire1 il se vante de supporter avec constance les attaques de ses ennemis1 tandis que1 pour son profit et se corriger1 il ne peut souffrir la libert de langage d'un ami qui n'a d'autre but que d'veiller son attention1 le reste dpendant de lui4 ,or1 il n'est pas de catgorie d'hommes qui1 plus qu'eux1 ait besoin de sincres avertissements mis en toute libert4 ,leur vie se passe en public2 ils ont se concilier l'opinion de tant de gens tmoins de leurs actes1 que1 la coutume tant de leur taire tout ce qui pourrait leur faire modifier leur manire d'tre1 ils se trouvent1 sans s'en apercevoir1 encourir la haine et la maldiction de leurs peuples par des circonstances qu'il leur et t souvent possible d'viter1 sans mme que ce ft au dtriment de leurs plaisirs1 s'ils avaient t avertis et redresss temps4 ,d'ordinaire leurs favoris regardent leurs propres intrts plus qu' celui de leur matre2 et cela leur russit1 car il n'est que trop vrai que la plupart des services qu'une vritable amiti peut rendre un souverain1 sont rudes et prilleux entreprendre2 aussi demandent-ils non seulement beaucoup d'affection et de franchise1 mais encore du courage4 ,ses ,essais sont1 son avis1 un cours exprimental1 fait sur lui-mme1 d'ides affrentes la sant de l'me et celle du corps2 il va donner ci-aprs un aperu du rgime qu'il a observ toute sa vie durant4--,en somme1 toutes ces boutades que j'entasse ici ple-mle1 constituent une sorte de recueil des essais auxquels je me suis livr dans le cours de ma vie2 ce qui s'y trouve1 affrent la sant de l'me1 fournit1 sur bien des points1 nombre d'exemples qui peuvent instruire1 pourvu qu'on prenne le contre-pied de ce que j'ai dit ou fait moi-mme4 ,quant ce qui est de la sant du corps1 personne n'est mme d'en parler avec plus d'exprience que moi1 car sur ce point l'exprience est chez moi dans toute sa puret1 elle n'y a t ni corrompue ni altre par les pratiques de l'art1 ou par des ides prconues2 et quand il est question de mdecine1 elle est l dans son domaine1 la raison lui cde compltement la place4 ,tibre disait que quiconque avait vcu vingt ans1 devait tre en tat de savoir ce qui lui tait nuisible ou salutaire1 et mme de se passer de mdecin4 ,c'est une manire de voir qu'il pouvait tenir de ,socrate1 lequel recommandait trs fort ses disciples1 comme une tude de premire importance1 celle de leur sant2 ajoutant qu'il tait difficile qu'un homme de jugement s'observant dans ses exercices1 son boire et son manger1 ne discernt pas mieux que tout mdecin ce qui lui tait bon ou mauvais4--,la mdecine faisant profession d'avoir toujours l'exprience pour pierre de touche dans ses oprations1 ,platon dit avec raison que pour tre de vrais mdecins1 il faudrait que ceux qui entreprennent d'exercer cet art1 aient pass par toutes les maladies qu'ils veulent gurir1 par tous les accidents et circonstances sur lesquels ils ont prononcer4 ,il serait donc rationnel qu'ils aient eu les maladies syphilitiques pour savoir les traiter2 et1 en vrit1 je m'en fierais davantage qui ce serait le cas1 parce que les autres nous guident comme celui qui peint la mer1 les cueils et les ports1 assis devant sa table1 sur laquelle il fait en toute scurit voluer l'image d'un navire2 mettez-le en prsence de la ralit1 il ne sait comment s'y prendre4 ,ils dcrivent nos maux la manire d'un tambour de ville qui publie un cheval ou un chien perdu3 il est1 dit-il1 de telle couleur1 de telle taille1 a les oreilles de telle faon2 mais prsentez-le lui1 il ne le reconnatra seulement pas4 ,pour ,dieu6 que la mdecine me soit un jour d'un secours efficace et indiscutable1 comme je crierais de bonne foi3 ,enfin1 je reconnais une science dont je vois les effets 7,horace76 ,les arts qui promettent de nous tenir le corps et l'me en sant1 nous promettent beaucoup1 mais aussi il n'y en a pas qui tiennent moins ce qu'ils promettent4 ,de notre temps ceux qui exercent ces professions sont1 de nous tous1 ceux chez lesquels on en constate le moins les effets2 tout ce qu'on peut dire d'eux1 c'est qu'ils vendent des drogues mdicinales2 mais qu'ils soient mdecins1 on ne peut en convenir4--,j'ai assez vcu pour constater quelles pratiques m'ont conduit aussi loin2 pour qui voudrait en goter1 comme j'en ai fait l'essai1 il peut me tenir pour mme de le renseigner4 ,en voici quelques-unes que je relate telles que le souvenir m'en vient2 bien que je n'aie pas de faon de faire qui n'ait vari suivant les accidents qui me sont survenus1 il est cependant certaines de ces pratiques que j'ai suivies plus que d'autres2 j'enregistre ici celles dont j'ai us le plus souvent jusqu' cette heure4 ,montaigne conservait le mme genre de vie qu'il ft malade ou bien portant2 il fuyait la chaleur manant directement du foyer4--,mon genre de vie est le mme que je sois malade ou bien portant2 je fais toujours usage du mme lit1 mes heures ne varient pas1 je mange et bois les mmes choses2 je n'ajoute rien1 seulement je me modre plus ou moins1 suivant ma force ou mon apptit4 ,ma sant1 c'est le maintien sans complication de mon tat habituel4 ,la maladie amne1 il est vrai1 une rupture d'quilibre dans un sens1 mais si j'en croyais les mdecins1 ils le dtermineraient dans l'autre1 et1 grce ma mauvaise fortune et leur art1 je serais alors compltement jet hors de ma route4--,je ne crois rien plus fermement qu' ceci3 ,que je ne saurais tre incommod par les choses auxquelles je suis depuis si longtemps accoutum2 c'est nos habitudes arranger notre vie comme cela leur plat3 elles sont toutes-puissantes cet gard1 elles sont le breuvage de ,circ qui transforme nos natures comme bon lui semble4 ,combien de nations1 trois pas de nous1 estiment ridicule notre crainte du serein1 qui nous parat nous avoir une action si nuisible2 et combien s'en moquent nos bateliers et nos paysans6 ,vous rendez un ,allemand malade en le faisant coucher sur un matelas1 comme un ,italien sur la plume1 et un ,franais sans rideau et sans feu4 ,l'estomac d'un ,espagnol ne rsiste pas la manire dont nous mangeons2 ni le ntre boire comme les ,suisses4--,a ,augsbourg1 un ,allemand m'a amus en s'levant contre l'incommodit de nos foyers1 auxquels il faisait le mme reproche que celui dont nous usons pour condamner leurs poles2 et1 en vrit1 cette chaleur lourde1 l'odeur qui1 lorsqu'ils sont chauffs1 se dgage des matriaux dont ils sont construits1 portent la tte chez la plupart de ceux qui n'y sont pas habitus2 c'est l un effet auquel j'chappe4 ,mais1 en somme1 la chaleur qu'ils donnent est gale1 constante1 pntre partout2 ils ne produisent ni flamme1 ni fume2 on ne reoit pas1 comme chez nous1 le vent qui s'introduit par le conduit de nos chemines2 tout cela fait que ce mode de chauffage supporte bien la comparaison avec le ntre4 ,que n'imitons-nous l'architecture romaine8 ,on dit qu'anciennement ,rome le feu se faisait en dehors et en contre-bas des maisons1 d'o la chaleur se communiquait dans toute l'habitation par des tuyaux qui1 logs dans l'paisseur des murs1 embrassaient tout le pourtour des locaux qu'ils devaient chauffer1 ce que j'ai vu clairement dcrit dans je ne sais quel passage de ,snque4 ,mon ,allemand m'entendant louer les commodits et les beauts de sa ville qui1 certes1 le mrite1 se mit me plaindre de ce que je devais la quitter1 et1 parmi les inconvnients que je devais rencontrer ailleurs1 plaa en premire ligne les maux de tte que les chemines m'y occasionneraient4 ,il avait entendu quelqu'un s'en plaindre et s'imaginait que cela nous tait particulier1 ne s'apercevant pas par habitude qu'il en tait de mme chez lui4--,toute chaleur produite par le feu m'affaiblit et m'alourdit2 ,evenus disait que le feu est le meilleur condiment de l'existence1 j'use de prfrence de tout autre moyen pour chapper au froid4 ,les coutumes d'un pays sont parfois le contraire de celles de quelque autre nation4 ,tendance que nous avons aller chercher ailleurs1 dans l'antiquit notamment1 des arguments que notre poque nous fournirait amplement4--,nous n'estimons pas les vins provenant du tonneau quand dj il est bas2 en ,portugal1 le fumet en est trs pris et ces vins sont servis sur la table des princes4 ,de fait1 chaque nation a des coutumes et des usages qui non seulement sont inconnus d'autres nations1 mais qui y paraissent sauvages et tonnants4 ,quelle apprciation porter sur ce peuple1 qui ne tient compte que des tmoignages imprims1 qui ne croit les hommes que dans leurs livres1 et la vrit que si elle est d'un ge respectable8 ,nos sottises1 d'aprs lui1 acquirent de la dignit quand nous les avons mises sous presse2 et dire3 je l'ai lu1 au lieu de3 je l'ai entendu dire1 a pour lui une valeur bien autrement grande4 ,moi1 qui ai mme foi dans ce qui sort de la bouche des hommes qu'en ce qui vient de leur main1 qui sais qu'on crit aussi indiscrtement que l'on parle1 et qui estime mon sicle autant qu'un autre des temps passs1 je crois aussi volontiers un ami qu',aulu-,gelle et ,macrobe1 ce que j'ai vu que ce qu'ils ont crit2 et1 de mme qu'on ne tient pas la vertu pour plus grande parce qu'elle date depuis plus longtemps1 je pense que la vrit n'est pas plus sage de ce qu'elle est plus vieille4 ,je dis souvent que c'est pure sottise de recourir aux exemples que nous trouvons l'tranger et que l'on prne tant dans les coles2 les temps actuels nous en fournissent aussi abondamment qu'aux poques d',homre et de ,platon4 ,l'ide contraire ne proviendrait-elle pas de ce que nous nous attachons plus l'honneur de reproduire une citation qu' la vrit de ce que nous exposons1 comme si1 en empruntant ses arguments la boutique de ,vascosan ou celle de ,plantin1 on prouvait davantage qu'en s'appuyant sur ce qui se voit dans son village8 ou bien encore de ce que nous n'avons pas assez d'esprit pour analyser et faire ressortir la valeur de ce qui se passe sous nos yeux et l'apprcier assez finement pour en tirer des conclusions8 ,car dire que l'autorit nous manque pour faire qu'on ajoute foi notre tmoignage1 ne se peut admettre2 d'autant que1 mon avis1 les choses les plus ordinaires1 les plus communes1 les plus connues pourraient1 si nous savions trouver la meilleure manire de nous y prendre1 nous mettre en prsence des plus grands miracles de la nature1 et nous fournir les plus merveilleux exemples1 surtout quand nos observations portent sur les actions humaines4 ,exemples de quelques singularits rsultant de l'habitude4--,laissant donc1 sur ce sujet1 les exemples que je connais par les livres1 tels que celui que cite ,aristote1 d',andron l',argien qui traversait sans boire les sables arides de la ,libye1 j'ai ou dire1 devant moi1 un gentilhomme qui a rempli honorablement plusieurs charges1 qu'il tait galement all sans boire1 de ,madrid ,lisbonne1 en plein t4 ,c'est un homme trs vigoureux pour son ge et qui n'a rien d'extraordinaire dans les habitudes courantes de la vie1 si ce n'est de demeurer1 m'a-t-il dit1 deux ou trois mois1 voire mme une anne1 sans boire4 ,il sent de l'altration1 mais il la laisse passer1 et dit que c'est un apptit qui se dissipe aisment de soi-mme1 et que1 lorsqu'il boit1 c'est plus par caprice que par besoin ou plaisir4 ,autres exemples d'autre sorte4 ,il n'y a pas longtemps1 je rencontrai l'un des hommes les plus savants de ,france1 d'entre ceux possdant une grande fortune4 ,il travaillait dans un des coins d'une salle qu'on lui avait garnie de tapisseries1 et1 autour de lui1 ses valets1 sans se gner1 faisaient un grand vacarme4 ,il me dit1 et ,snque en rapporte autant de lui-mme1 que ce tintamarre lui allait fort1 ce tapage ramenant en quelque sorte sa pense en lui1 comme si1 pour chapper au bruit1 il tait oblig de se replier sur lui-mme1 de se concentrer1 pour pouvoir mditer4 ,en tudiant ,padoue1 il avait si longtemps travaill dans un local o s'entendaient continuellement le roulement des voitures et le tumulte de la place1 qu'il s'tait habitu non seulement n'en tre pas incommod1 mais ne pouvoir mme s'en passer pour bien travailler4--,socrate rpondait ,alcibiade qui s'tonnait de ce qu'il pouvait supporter les criailleries continuelles de sa femme3 ,cela me fait comme1 ceux qui y sont habitus1 le bruit continu des norias qui servent puiser l'eau4--,je suis tout le contraire1 j'ai l'esprit impressionnable et facile distraire2 aussi quand je suis mal dispos1 le moindre bourdonnement de mouche m'est insupportable4 ,snque1 dans sa jeunesse1 s'tait fortement appliqu1 l'exemple de ,sextius1 ne rien manger qui et eu vie2 cela dura un an et il s'en trouvait bien1 nous dit-il4 ,il y renona uniquement pour qu'on ne le souponnt pas d'tre favorable certaines religions nouvelles1 en suivant cette rgle qu'elles prnaient4 ,il s'tait galement mis1 vers le mme temps1 comme le recommande ,attale1 ne plus coucher sur des matelas cdant sous le poids du corps et1 jusqu' la fin de ses jours1 il n'en employa que de rsistants2 ce que l'usage faisait considrer son poque comme acte d'austrit de sa part1 nous le tenons aujourd'hui pour du raffinement4 ,nos gots sont susceptibles de se modifier quand nous nous y appliquons2 il faut faire en sorte1 surtout quand on est jeune1 de n'en avoir aucun dont nous soyons les esclaves4--,regardez combien est diffrente ma manire de vivre de celle de mes valets de ferme2 combien les ,scythes et les ,indiens diffrent de moi comme force et comme tournure4--,j'ai retir de la mendicit1 pour les prendre mon service1 des enfants qui1 bientt aprs1 m'ont quitt1 abandonnant ma cuisine et ma livre1 pour revenir leur existence premire2 depuis1 j'en ai rencontr un qui1 pour son dner1 ramassait des moules dans la rue et que ni mes prires1 ni mes menaces n'ont pu dtourner de la saveur et de la douceur qu'il trouvait vivre ainsi dans l'indigence4 ,les gueux ont leurs magnificences et leurs volupts1 tout comme les riches2 on dit mme qu'ils ont une hirarchie et des dignitaires tout comme dans l'ordre social4--,ce sont l des effets de l'entranement1 qui peut non seulement nous amener tel genre de vie qu'il lui plat 7et1 disent les sages1 il est bon de s'arrter au meilleur qui1 de ce fait1 se trouvera facilit71 mais aussi nous prparer aux changements et aux variations qui peuvent survenir2 et c'est le plus noble et le plus utile des apprentissages que nous puissions faire4 ,les meilleures des qualits physiques qui me sont propres1 c'est de me prter tout et que rien ne me soit indispensable2 j'ai des penchants qui me sont plus personnels1 auxquels je reviens plus frquemment et qui me sont plus agrables que d'autres1 mais avec bien peu d'efforts je m'en dtourne1 et trs aisment j'en adopte qui sont tout le contraire4 ,un jeune homme doit introduire du trouble dans ce qu'il s'est impos comme rgle1 afin que sa vigueur soit toujours en veil1 ne s'altre pas et n'arrive l'nervement2 il n'y a pas de train de vie si sot et si dbile1 que celui de qui est astreint une discipline et un rglement constants3 ,veut-il se faire porter jusqu' la premire borne milliaire1 l'heure est prise dans son trait d'astrologie2 s'est-il frott le coin de l'il et lui en cuit-il1 le collyre devra tre compos d'aprs son horoscope 7,juvnal74 ,s'il m'en croit1 il ira jusqu' commettre des excs1 autrement la moindre dbauche l'abat1 et il devient gnant et dsagrable en socit4 ,ce qu'il y a de plus fcheux pour un homme du monde1 c'est d'tre d'une dlicatesse l'obligeant un mode d'existence particulier1 et c'est le cas s'il ne peut se plier et s'assujettir toutes les exigences4 ,il y a de la honte ne pas faire par impuissance1 ou ne pas oser ce qu'on voit faire ses compagnons2 les gens de ce temprament n'ont qu' rester chez eux et observer leur rgime4 ,nulle part une semblable attitude ne convient2 mais1 dans la profession des armes1 c'est un vice capital qui ne peut s'admettre1 parce que l'homme de guerre1 ainsi que le disait ,philopmen1 doit tre accoutum toutes les variations et irrgularits de la vie4 ,habitudes qu'avait contractes ,montaigne dans sa vieillesse2 passer la nuit au grand air l'incommodait1 soin qu'il mettait se tenir le ventre libre4--,quoique j'aie t dress1 autant qu'on l'a pu1 la libert et l'indiffrence1 je ne m'en suis pas moins1 en vieillissant1 arrt davantage par nonchalance certaines manires de faire 7mon ge ne me permet plus de me corriger1 je ne peux dsormais que chercher me maintenir dans mon tat actuel71 et l'habitude a dj1 sans que j'y pense1 si bien imprim en moi son caractre l'gard de certaines choses1 que c'est pour moi faire des excs1 que de m'en dpartir4--,je ne puis sans m'y entraner3 dormir la belle toile2 manger entre mes repas2 me coucher aprs djeuner ou souper1 sans mettre un assez grand intervalle1 comme qui dirait trois 99 longues heures2 m'unir la femme1 si ce n'est avant de m'endormir2 entrer en sa possession1 en restant debout2 demeurer en sueur2 boire de l'eau ou du vin purs2 rester longtemps la tte dcouverte2 me faire couper les cheveux aprs dner2 je ne me passerais pas de gants plus malaisment que de chemise2 c'est un besoin pour moi de me laver chaque fois au sortir de table et lorsque je me lve2 avoir un ciel de lit et des rideaux me semble de premire ncessit4--,je dnerais sans nappe1 mais il ne me sirait pas de me passer de serviette blanche chaque repas1 comme cela se fait chez les ,allemands2 je les salis plus qu'ils ne le font1 eux et les ,italiens1 parce que j'ai peu recours aux cuillres et aux fourchettes4 ,je regrette que l'usage n'ait pas pris de faire comme j'ai vu commencer chez les rois1 de changer de serviette1 comme d'assiette1 tous les services4--,nous savons que ,marius1 ce soldat qui a tant pein1 devint1 dans sa vieillesse1 fort dlicat sur la boisson et qu'il ne buvait que dans une coupe affecte son usage personnel2 moi1 je prfre galement certaine forme de verre1 ne bois pas volontiers dans un verre ordinaire1 et n'aime pas tre servi par le premier venu2 tout verre en mtal me dplat auprs de ceux faits d'une matire claire et transparente3 il est besoin que mes yeux1 dans la mesure o ils le peuvent1 participent la jouissance qu'prouve mon palais4--,c'est ainsi que je dois l'usage certaines habitudes effmines4 ,de son ct1 la nature m'a aussi apport les siennes1 telles que de ne pouvoir faire plus de deux repas complets en un jour1 sans surcharger mon estomac2 non plus que de me passer compltement de l'un d'eux1 sans avoir des vents1 la bouche dessche et mon apptit qui proteste4--,je suis incommod si je demeure longtemps expos au serein2 depuis quelques annes lorsque1 dans des circonstances de guerre1 j'y reste toute la nuit1 ce qui est courant1 au bout de cinq ou six heures mon estomac commence s'en trouver mal1 j'prouve de violentes douleurs de tte1 n'atteins pas le jour sans vomir1 et1 quand les autres vont djeuner1 moi je vais dormir et suis ensuite aussi dispos qu'avant4 ,j'avais toujours entendu dire que le serein ne tombe que lorsque vient la nuit2 mais un seigneur que je frquentais assez longuement et intimement en ces dernires annes1 convaincu que le serein est plus pre et plus dangereux quand le soleil dcline1 une heure ou deux avant son coucher1 ce qui fait qu'il l'vite ce moment et ne s'inquite pas de celui de la nuit1 a failli me faire partager non tant son raisonnement que ses sensations4 ,ainsi le doute mme et les recherches auxquelles nous nous livrons pour nous enqurir de ce qui est vrai ou de ce qui ne l'est pas1 agissent sur notre imagination et nous changent6--,ceux qui cdent brusquement ces opinions diverses1 marchent leur ruine complte2 aussi combien je plains quelques gentilshommes qui1 par la sottise de leurs mdecins1 se sont1 dans toute la force de leur jeunesse1 squestrs de leur propre mouvement2 mieux vaut encore contracter un rhume1 que de ne pouvoir plus jamais1 parce qu'on en a perdu l'habitude1 vivre de la vie commune1 dont nous avons faire si grand usage4 ,fcheuse science vraiment que celle qui nous gte les heures les plus douces de l'existence6 ,attachons-nous par tous les moyens ce que nous possdons2 le plus souvent on s'affermit dans la possession1 en s'y opinitrant1 et on corrige son temprament1 comme fit ,csar1 qui triompha du haut mal force de le mpriser et de lui rsister4 ,on doit adopter les rgles qui sont les meilleures mais non s'y assujettir1 sauf celles1 s'il en existe1 dont l'observation est obligatoire et utile4 ,les rois et les philosophes ont journellement vider leurs intestins2 il en est de mme des plus grandes dames4 ,ceux dont la vie se passe en public1 se doivent de garder un certain dcorum2 la mienne est obscure1 ne relve que de moi et bnficie par suite de toutes les liberts qui sont dans la nature2 en outre1 je suis soldat et gascon1 un peu sujets l'un et l'autre l'indiscrtion2 je puis donc dire de cet acte ce que j'en pense4 ,il faut s'y livrer la nuit1 des heures dtermines2 on y arrive par l'habitude en s'y astreignant ainsi que j'y suis parvenu4 ,mais il ne faut pas s'asservir1 comme je l'ai fait en vieillissant1 avoir besoin de local et de sige spcialement amnags pour cet usage1 ni s'en trouver empch parce que1 par paresse1 on aura trop diffr2 toutefois1 on est bien un peu excusable de rechercher du soin et de la propret l comme ailleurs1 mme quand il s'agit des choses les plus malpropres3 l'homme est de sa nature un animal propre et dlicat 7,snque74 ,de toutes les fonctions naturelles1 c'est celle dans laquelle il m'est le plus pnible d'tre interrompu4 ,j'ai vu beaucoup de gens de guerre incommods par le drglement de leur ventre2 le mien et moi n'avons jamais failli au moment prcis1 qui est au saut du lit1 sauf quand une pressante occupation ou une maladie nous drangent4 ,ce que les malades ont de mieux faire1 c'est de ne rien changer leur mode de vie habituel2 lui-mme ne s'est jamais abstenu de ce qui lui faisait envie2 il en a t ainsi des plaisirs de l'amour1 qu'il a commenc si jeune connatre que ses souvenirs ne remontent pas jusque-l4--,je ne juge donc pas1 comme je l'ai dit1 que les malades puissent mieux assurer leur rtablissement autrement qu'en s'en tenant au genre de vie dans lequel ils ont t nourris et levs2 tout changement1 quel qu'il soit1 nous tonne et nous blesse4 ,pouvez-vous croire que les chtaignes puissent faire mal un ,prigourdin ou un ,lucquois1 le lait et le fromage aux gens de la montagne8 ,en les leur interdisant1 non seulement vous changez leur mode d'existence1 mais vous leur en imposez un contraire au leur2 c'est une modification laquelle mme un homme bien portant ne saurait rsister4 ,ordonnez un ,breton qui a soixante-dix ans1 de ne boire que de l'eau2 enfermez un homme de mer dans une tuve2 dfendez la promenade un domestique basque1 c'est les priver de mouvement et finalement d'air et de lumire3 ,la vie est-elle d'un si grand prix1 qu'on nous force renoncer cesser de vivre pour prolonger notre existence8 car je ne pense pas qu'il faille mettre au nombre des vivants1 ceux auxquels on rend incommode l'air qu'ils respirent et la lumire qui les claire 7,pseudo-,gallus74 ,si les mdecins ne font pas d'autre bien1 ils font du moins qu'ils prparent de bonne heure les patients la mort1 en sapant peu peu et rduisant en eux l'usage de ce que nous offre la vie4 ,que je fusse bien portant ou malade1 je me suis d'ordinaire laiss aller satisfaire mes apptits2 je donne une grande autorit mes dsirs et mes penchants2 je n'aime pas gurir le mal par le mal1 et je hais les remdes qui m'importunent plus que la maladie4 tre sujet la colique et oblig de m'abstenir du plaisir de manger des hutres1 sont deux maux au lieu d'un2 le mal nous tiraille d'un ct1 le rgime de l'autre4 ,puisqu'on est expos des mcomptes1 courons plutt la chance que ce soit aprs avoir donn satisfaction ce qui nous cause du plaisir4 ,le monde fait les choses au rebours3 il s'imagine que rien ne peut tre utile1 s'il n'est en mme temps pnible2 ce qui est facile1 lui est suspect4 ,mon apptit1 en plusieurs choses1 s'est de lui-mme assez heureusement accommod de ce qui convient la sant de mon estomac2 quand j'tais jeune1 les sauces piquantes et releves m'taient agrables2 depuis1 mon estomac s'en est fatigu et mon got a aussitt fait de mme4 ,le vin nuit aux malades1 c'est la premire chose dont je me dgote et la rpugnance que j'en prouve est insurmontable4 ,tout ce que je prends de dsagrable m'est nuisible2 et rien ne me nuit1 quand j'en ai envie et que cela me sourit4--,aucun acte qui m'tait tout fait agrable ne m'a caus de dommage2 aussi m'est-il arriv de faire cder mon plaisir1 dans une large mesure1 n'importe quelle ordonnance mdicale2 et1 tout jeune1 alors que couvert d'une robe clatante1 l',amour voltigeait sans cesse autour de moi 7,catulle71 je me suis prt aussi licencieusement et inconsidrment qu'un autre aux dsirs qui m'treignaient1 et ai acquis quelque gloire dans ce genre de combat 7,horace7 plus1 toutefois1 par la persistance et la dure de mon attachement que par ma vigueur3 ,a peine si je me souviens d'y avoir triomph jusqu' six fois conscutives 7,ovide74 ,il y a certes du malheur et du miracle confesser combien j'tais jeune quand1 pour la premire fois1 je me rencontrai asservi ses lois2 ce fut bien un effet du hasard1 car c'tait longtemps avant d'tre en ge de pouvoir distinguer et choisir2 mes souvenirs sur ce qui me touche ne remontent pas si loin1 et mon cas peut marcher de pair avec celui de ,quartilla1 qui ne se souvenait pas de sa virginit3 ,aussi ai-je eu de bonne heure du poil sous l'aisselle1 et ma barbe prcoce tonna ma mre 7,martial74--,les mdecins font ployer1 le plus souvent avec utilit1 leurs prescriptions devant la violence des envies excessives qui se produisent chez leurs malades2 nul dsir intense ne peut tre imagin si trange et si pernicieux1 que la nature ne le fasse tourner notre avantage4 ,et puis1 que de contentement dans la satisfaction d'une fantaisie6 cela1 suivant moi1 importe par-dessus tout1 ou au moins plus que toute autre considration4 ,les maux les plus graves et les plus ordinaires sont ceux qui proviennent du fait de notre imagination2 et ce dicton espagnol3 ,que ,dieu me dfende contre moi-mme6 me plat divers titres4 ,je regrette quand je suis malade de ne pas avoir quelque dsir que j'aurais plaisir assouvir1 la mdecine aurait bien de la peine m'en dtourner2 du reste j'en suis maintenant l que1 mme quand je suis bien portant1 je ne fais plus gure que vouloir et esprer2 c'est piti d'tre arriv cet tat de langueur et d'affaiblissement1 que l'on ne puisse faire que souhaiter4 ,l'incertitude de la mdecine autorise toutes nos envies4--,l'art de la mdecine n'est pas tellement bien fix1 que nous ne soyons fonds faire ce qui nous convient2 il change suivant les climats et les phases de la lune1 selon ,fernel et selon l',escale4 ,si votre mdecin trouve mauvais que vous dormiez1 que vous fassiez usage de vin1 ou de telle viande1 ne vous dsolez pas2 je vous en trouverai un autre qui ne sera pas de son avis2 la varit des arguments et des opinions en matire de mdecine1 embrasse toutes sortes de formes4 ,j'ai vu un malheureux qui1 pour gurir1 se laissait torturer par la soif1 au point de tomber en pmoison1 et dont se moquait plus tard un autre mdecin qui condamnait ce rgime1 comme nuisible2 vraiment c'tait avoir bien employ sa peine6 ,tout rcemment1 est mort de la pierre un homme de cette profession3 pour combattre son mal1 il avait recours une abstinence complte2 ses confrres disent que ce jene lui tait absolument contraire1 qu'il l'avait assch et lui avait cuit le sable dans les rognons4 ,montaigne avait un timbre de voix lev2 dans la vie courante1 l'intonation de notre voix est rgler suivant l'ide qu'on veut rendre4--,j'ai constat que lorsque je suis bless ou malade1 causer m'agite et me nuit autant que tout ce que je puis faire de dsordonn2 j'ai peine parler et cela me fatigue1 parce que mon timbre de voix est lev et demande un effort1 si bien que1 souvent1 lorsqu'il m'est arriv de parler l'oreille de hauts personnages1 les entretenant d'affaires importantes1 je les ai mis dans la ncessit de me demander de baisser la voix4 ,voici une anecdote plaisante3 ,quelqu'un1 dans une cole grecque1 parlait sur un ton lev comme je fais moi-mme2 le matre de crmonies lui manda de parler moins haut3 ,qu'il m'envoie1 rpondit-il1 le ton sur lequel il veut que je parle4 ,a quoi1 l'autre lui rpliqua qu'il prt le ton des oreilles de celui auquel il s'adressait4 ,c'tait bien dit1 sous condition que cela signifit3 ,parlez suivant ce que vous avez traiter avec votre auditeur2 si au contraire il avait voulu dire3 ,il suffit qu'il vous entende1 rglez votre son de voix en consquence1 je ne trouve pas qu'il et t dans le vrai4--,le ton et le mouvement de la voix concourent en effet l'expression et la signification de ce qui se dit2 c'est celui qui parle la conduire pour lui faire exprimer ce qu'il veut4 ,il y a un ton de voix pour instruire1 un autre pour flatter1 un autre pour tancer2 non seulement il faut que la voix parvienne qui l'on s'adresse1 mais il faut parfois qu'elle le frappe1 le transperce4 ,quand je rprimande mon domestique avec une duret de ton marquant mon mcontentement1 il ferait bon qu'il vnt me dire3 ,mon matre1 je vous entends parfaitement1 parlez plus doucement4 ,il y a une sorte de voix faite pour l'oreille1 non tant par son tendue que par sa proprit 7,quintilien74 ,la parole appartient moiti celui qui parle1 moiti celui qui l'coute2 celui-ci doit se disposer la recevoir d'aprs le sens qu'elle exprime1 comme au jeu de paume o le joueur qui reoit la balle1 s'apprte et se meut dans un sens ou dans un autre1 selon qu'il voit le geste de celui qui l'envoie et suivant la forme du coup4 ,les maladies1 comme tout ce qui a vie1 ont leurs volutions dont il faut attendre patiemment la fin2 laissons faire la nature1 nous luttons en vain2 ds notre naissance1 nous sommes vous la souffrance et1 arrivs la vieillesse1 l'effondrement est forc4--,l'exprience m'a encore appris que nous nous perdons par notre peu de patience4 ,les maux ont leur vie1 des limites dtermines1 leurs maladies et leur tat de sant4 ,la constitution des maladies est forme sur le mme modle que celle des animaux3 elles ont leur volution1 leur dure fixes ds leur origine2 qui essaie de les abrger en tentant de leur imposer de force sa volont quand elles nous tiennent1 les allonge et les multiplie1 les excite au lieu de les apaiser4 ,je suis de l'avis de ,crantor3 ,qu'il ne faut pas contrecarrer les maux avec obstination et tourdiment1 ni leur laisser prendre le dessus par manque d'nergie2 mais qu'il faut leur cder naturellement1 suivant l'tat qu'ils prsentent et celui dans lequel nous sommes4 ,on doit livrer passage aux maladies1 et je trouve qu'elles s'arrtent moins chez moi1 parce que je les laisse faire2 j'ai t dbarrass de certaines qui passaient pour opinitres et tenaces1 elles se sont uses d'elles-mmes sans que j'y aide1 sans que l'art intervienne et mme contre ses rgles4 ,laissons un peu faire la nature1 elle entend mieux ses affaires que nous4 ,mais un tel en est mort6 vous dit-on4 ,c'est vrai et vous ferez de mme2 si ce n'est de ce mal1 ce sera d'un autre4 ,combien n'y ont pas chapp qui avaient trois mdecins leurs trousses6 ,l'exemple est un miroir o tout se reflte vaguement et sous tous les aspects4 ,si la mdecine qui vous est offerte est agrable1 acceptez-la1 c'est toujours autant de bien acquis pour le moment prsent2 je ne m'arrterai ni au nom ni la couleur si elle est dlicieuse et apptissante1 le plaisir est une des principales formes sous lesquelles se manifeste le profit4--,j'ai laiss vieillir et mourir en moi1 de mort naturelle1 des rhumes1 des attaques de goutte1 des relchements d'entrailles1 des battements de cur1 des migraines et autres accidents qui m'ont abandonn quand j'tais dj moiti rsign leur compagnie2 on s'en dbarrasse plus en usant de courtoisie1 qu'en les bravant4 ,il faut supporter avec rsignation les lois inhrentes notre condition2 nous sommes faits pour vieillir1 nous affaiblir1 tre malades en dpit de toute mdecine4 ,c'est la premire leon que les ,mexicains font leurs enfants quand1 au sortir du ventre de leur mre1 ils les accueillent en disant3 ,enfant1 tu es venu au monde pour endurer2 endure1 souffre et tais-toi4 ,il n'est pas juste de se plaindre de ce qu'il arrive quelqu'un1 ce qui peut arriver chacun3 ,plains-toi1 mais seulement si l'on applique toi seul une loi qui soit injuste 7,snque74 ,voyez un vieillard qui demande ,dieu de lui maintenir sa sant entire et vigoureuse1 autrement dit de lui rendre sa jeunesse2 n'est-ce pas folie8 son tat ne le comporte pas3 ,insens1 pourquoi1 dans tes vux purils1 demander des choses irralisables 7,ovide78 ,la goutte1 la gravelle1 les indigestions1 sont l'apanage d'un ge avanc1 comme la chaleur1 les pluies1 les vents1 celui des longs voyages4 ,platon ne croit pas qu',esculape se soit mis en peine de chercher1 par les rgimes qu'il prescrivait1 faire durer la vie dans un corps gt et affaibli1 inutile son pays1 hors d'tat de remplir ses fonctions et de produire des enfants sains et robustes2 et il ne trouve pas qu'un pareil rle puisse convenir la justice et la prudence divines1 qui doivent tout conduire en vue d'un but utile4 ,mon bonhomme1 c'en est fait2 on ne saurait vous redresser2 pour le reste1 on vous repltrera1 on vous tanonnera un peu1 on prolongera mme vos misres de quelques heures1 comme fait celui qui1 pour soutenir un btiment1 l'taie dans les endroits o il menace ruine2 mais un jour vient o tout l'assemblage venant se rompre1 les tais s'croulent sous l'difice 7,pseudo-,gallus74 ,il faut apprendre souffrir ce qu'on ne peut viter4 ,notre vie est compose1 comme l'harmonie des mondes1 d'lments contraires et de tons varis3 doux et stridents1 aigus et sans sonorit1 grles et graves2 le musicien qui aimerait les uns et dlaisserait les autres1 quel parti pourrait-il en tirer8 ,il faut qu'il sache user de tous simultanment et les mler4 ,nous devons faire de mme des biens et des maux1 car ils sont parties intgrantes de notre vie2 notre tre n'est possible qu'avec ce mlange1 les uns ne sont pas moins ncessaires que les autres4 ,essayer de ragir contre cette ncessit1 c'est renouveler l'acte de folie de ,ctsiphon qui entreprenait de lutter coups de pied avec sa mule4 ,je consulte peu quand je sens que ma sant s'altre1 parce que les mdecins abusent trop1 quand ils nous tiennent leur merci2 ils nous rebattent les oreilles de leurs pronostics4 ,il m'est arriv autrefois d'avoir t surpris par eux aux prises avec le mal2 ils m'ont outrageusement accabl de leur science et de leurs airs d'importance1 me menaant tantt de violentes douleurs1 tantt de mort prochaine4 ,je n'en tais ni abattu1 ni dcontenanc1 mais froiss et excit2 et si mon jugement mme ne s'en trouvait ni modifi1 ni troubl1 j'en tais cependant quelque peu gn2 puis1 il faut entrer en lutte avec eux1 et il en rsulte toujours de l'agitation4 ,dans ses maux1 ,montaigne aimait flatter son imagination3 atteint de gravelle1 il s'applaudit que ce soit sous cette forme qu'il ait payer son tribut invitable l'ge2 c'est une maladie bien porte1 qui ne le prive pas de tenir sa place dans la socit et le prpare insensiblement la mort4--,je suis aux petits soins avec mon imagination2 si je le pouvais1 je la dchargerais de toute peine et de toute contestation2 il faut la secourir et la flatter1 la tromper mme1 si on le peut4 ,c'est une tche laquelle mon esprit s'entend1 il n'est pas en peine de trouver de bonnes raisons pour toutes choses1 et s'il persuadait comme il prche1 il me serait d'un trs heureux secours4 ,en dsirez-vous un exemple8 voici le langage qu'il tient3 ,c'est pour mon plus grand bien que j'ai la gravelle4 ,des crevasses se produisent naturellement dans les difices qui ont mon ge2 ce moment1 ils sont arrivs au point o ils se disjoignent et perdent leur aplomb2 c'est une loi commune1 et il n'a pas t fait un nouveau miracle en ma faveur4 ,c'est l une redevance que je paie la vieillesse et je ne saurais m'en tirer meilleur compte4 ,l'accident qui m'arrive est celui auquel sont le plus sujets les hommes de mon temps1 et cela doit me consoler d'tre en compagnie2 partout se voient des gens affligs de ce mal1 et leur socit m'en est d'autant plus honorable qu'il s'attaque plus volontiers aux grands2 par essence1 il a de la noblesse et de la dignit4 ,parmi les hommes qui en sont frapps1 il en est peu qui s'en tirent meilleur march que moi1 car il leur en cote la peine de suivre un rgime dsagrable et l'ennui de drogues prendre chaque jour1 tandis que je dois ma bonne fortune1 grce des dames qui1 plus gracieusement que mon mal n'est douloureux1 m'avaient offert la moiti de celui dont elles taient atteintes elles-mmes1 de n'avoir jamais aval qu' deux ou trois reprises diffrentes1 quelques-unes de ces infusions de panicaut et de turquette dont l'usage est courant1 qui m'ont paru faciles prendre et ont t du reste sans effet4 ,mes compagnons de misre ont acquitter mille vux qu'ils ont faits ,esculape et payer autant d'cus leur mdecin1 pour obtenir cet coulement ais et abondant de sables1 dont je suis souvent redevable la nature4 ,la dcence de ma tenue1 quand je suis en socit1 ne s'en ressent mme pas2 je puis demeurer dix heures sans uriner1 aussi longtemps que quelqu'un bien portant4--,la crainte de ce mal1 ajoute mon esprit1 t'effrayait autrefois quand il t'tait inconnu2 les cris et le dsespoir de ceux qui l'exagrent par leur manque de rsignation te le faisaient prendre en horreur4 ,c'est un mal qui frappe les membres par lesquels tu as le plus pch1 tu es un homme de conscience3 ,le mal qu'on n'a pas mrit1 est le seul dont on ait droit de se plaindre 7,ovide74 ,regarde celui-ci comme un chtiment2 il est si doux auprs de tant d'autres qui pouvaient t'atteindre1 qu'il tmoigne d'une faveur toute paternelle2 considre combien il est tardif2 il n'incommode et n'occupe que l'poque de ta vie qui1 d'une manire ou d'une autre1 est dsormais perdue et strile2 elle remplace1 comme si c'tait une chose convenue l'avance1 la licence et les plaisirs de la jeunesse4 ,la crainte1 la piti que ce mal inspire communment est pour toi un motif de gloire1 faiblesse dont tes amis retrouvent encore quelques traces en toi1 bien que ton jugement en fasse fi et que ta raison en soit gurie4 ,il y a du plaisir entendre dire de soi3 ,quelle nergie6 ,quelle patience6 ,on te voit puis de souffrance1 plir1 rougir1 trembler1 vomir jusqu'au sang1 souffrir de contractions et de convulsions tranges1 de grosses larmes tomber parfois de tes yeux1 rendre des urines paisses1 noires1 effrayantes1 ou les avoir arrtes par quelque pierre aux artes aigus qui labourent et corchent cruellement le canal de l'urtre2 et nonobstant1 tu t'entretiens avec les assistants1 conservant ta contenance d'habitude1 plaisantant par moments avec ceux qui t'entourent1 tenant ta place dans une conversation srieuse1 dmentant tes douleurs par ta parole et triomphant de tes souffrances6 ,te souvient-il de ces gens des temps passs1 qui recherchaient les maux avec tant d'avidit1 afin de tenir leur vertu en haleine et lui donner sujet de s'exercer8 ,suppose que ce soit pour te faire prendre place dans les rangs glorieux de cette cole1 dans laquelle tu ne serais jamais entr de ton plein gr1 que la nature t'a mis en cet tat4--,si tu me dis que c'est un mal dangereux et mortel1 tous autres ne sont-ils pas dans le mme cas8 car c'est une tromperie de la mdecine que d'en excepter qui1 d'aprs elle1 ne mnent pas directement la mort2 qu'importe qu'ils y conduisent accidentellement et si1 glissant et biaisant1 ils gagnent insensiblement mais srement la voie qui y mne6 ,tu ne meurs pas de ce que tu es malade1 tu meurs de ce que tu es vivant2 la mort n'a pas besoin de l'intervention de la maladie pour te tuer4 ,chez certains1 les maladies ont loign la mort2 ils ont vcu plus longtemps1 parce qu'il leur semblait sans cesse tre mourants2 d'autant qu'il en est des maladies comme des plaies1 il y en a qui sont des remdes et sont salutaires4 ,la colique est frquemment aussi vivace que nous2 on voit des hommes chez lesquels elle a persist depuis leur enfance jusqu' leur plus extrme vieillesse2 et s'ils ne lui eussent fauss compagnie1 elle les et accompagns plus loin encore2 vous la tuez plus souvent qu'elle ne vous tue4 ,et lors mme qu'elle te serait un indice de mort prochaine1 ne rendrait-elle pas service un homme de ton ge1 en lui donnant rflchir sur sa fin dernire8--,enfin1 et c'est ce qu'il y a de pire1 rien ne peut plus te gurir4 ,arrange-toi donc comme tu voudras2 au premier jour1 la loi commune te rclamera4 ,considre avec quel art et combien doucement ta maladie te dgote de la vie et te dtache du monde1 non avec violence et tyrannie1 ainsi qu'il arrive de tant d'autres maux que tu vois aux vieillards qu'ils tiennent continuellement entravs par leur faiblesse et leurs douleurs sans leur laisser aucun rpit1 mais par des avertissements et des enseignements rpts intervalles entremls de longs moments de repos1 comme pour te donner le moyen de mditer et de repasser sa leon ton aise4 ,pour te permettre de bien juger et de prendre ton parti en homme de cur1 elle t'expose l'tat complet de la situation1 en bien comme en mal1 et dans un mme jour te fait une vie tantt allgre1 tantt insupportable4 ,si tu n'treins pas la mort1 du moins tu mets ta main dans la sienne une fois chaque mois1 ce qui te donne l'esprance qu'un jour elle t'attrapera sans menace pralable4 ,tu auras t si souvent conduit jusqu'au port que1 confiant qu'il en sera toujours ainsi1 vous vous trouverez1 toi et ta confiance1 avoir pass l'eau sans vous en apercevoir4 ,on n'est pas fond se plaindre des maladies qui partagent loyalement le temps avec la sant4 ,passant habituellement par les mmes phases1 on sait au moins avec elle quoi s'en tenir2 et1 si les crises sont particulirement pnibles1 quelle ineffable sensation quand d'un instant l'autre le bien-tre succde la douleur6--,je suis reconnaissant la fortune de ce qu'elle me livre si souvent assaut avec les mmes armes3 elle m'y faonne1 m'y dresse par l'usage1 m'y endurcit et m'y habitue2 je sais peu prs maintenant quelles conditions j'en suis quitte4 ,faute de mmoire naturelle1 je m'en cre sur le papier2 ds qu'il survient dans mon mal quelque symptme nouveau1 je le mets par crit1 de telle sorte qu' cette heure1 tant pass par peu prs tous les cas qui peuvent se produire1 si j'ai quelque doute sur ce qui me menace1 je consulte1 comme des livres sibyllins1 ces notes dcousues1 o je ne manque jamais de trouver dans mon exprience du pass1 quelque pronostic favorable qui me console4 ,l'habitude me permet aussi d'esprer mieux pour l'avenir1 car ces vacuations se produisent depuis si longtemps dj1 qu'il est croire que la nature ne modifiera pas la faon dont elles s'oprent et qu'il ne m'adviendra rien de pire que ce que je ressens4 ,en outre1 les effets de cette maladie s'accordent assez avec mon temprament vif et aimant en venir promptement au fait4 ,quand ses attaques sont peu intenses1 elle me fait peur1 parce qu'alors elles se prolongent2 si au contraire1 sans que je les aie provoqus1 ses accs sont violents et bien francs1 elle me secoue de fond en comble1 mais ce n'est l'affaire que d'un jour ou deux4--,mes reins sont demeurs quarante ans sans que j'en souffre2 depuis tantt quatorze ans cela a chang4 ,nous avons nos priodes de maladie1 comme il y a des priodes de sant1 et peut-tre cet accident touche-t-il sa fin4 ,l'ge a affaibli la chaleur de mon estomac2 la digestion s'en trouvant moins bien faite1 les matires arrivent aux reins moins bien travailles2 pourquoi ne pourrait-il pas arriver qu'un phnomne venant affaiblir la chaleur des reins au point qu'ils ne puissent plus produire ces concrtions pierreuses1 la nature doive pourvoir cette purgation par une autre voie8 ,les ans ont incontestablement tari en moi bien des rhumes2 pourquoi ne tariraient-ils pas aussi ces rsidus dont se forme le gravier8--,autre considration3 ,est-il rien de si doux que cette soudaine transformation1 quand d'une douleur excessive j'en arrive1 aprs l'vacuation de ces calculs1 recouvrer1 avec la soudainet de l'clair1 cette belle lumire qu'est la sant1 si nette1 si complte1 ainsi que cela advient la suite de mes plus soudaines et douloureuses coliques6 ,y a-t-il rien dans la douleur dont je souffrais1 qui puisse contrebalancer le plaisir que j'prouve d'un revirement aussi rapide8 ,combien la sant me semble plus belle aprs la maladie dont elle est si voisine1 si contigu1 qu'il me semble les voir en prsence l'une de l'autre1 toutes deux au plus fort de leur intensit1 s'efforant qui mieux mieux de se tenir tte et de se contrecarrer6 ,de mme que les ,stociens disent que les vices ont leur utilit et ont t introduits pour donner du prix la vertu et la mettre en relief1 avec moins de hardiesse et plus de raison nous pouvons dire que la nature nous prte la douleur pour faire honneur la volupt et la tranquillit1 et nous les faire mieux apprcier4 ,quand ,socrate eut t dbarrass de ses fers1 et qu'il prouva cette sensation agrable d'tre dlivr de l'engourdissement que leur poids lui causait dans les jambes1 il se plut constater l'troite alliance de la douleur avec la volupt1 si intimement associes l'une l'autre que tour tour elles se succdent et s'engendrent rciproquement1 ajoutant que1 pour ce bon sope1 il y aurait eu l matire une belle fable4 ,la gravelle a encore l'avantage sur d'autres maladies de ne pas entraner d'autres maux sa suite1 de laisser au patient l'usage de ses facults1 la possibilit de vaquer ses occupations1 mme ses plaisirs1 et de ne pas altrer sa tranquillit d'esprit1 s'il ne prte pas l'oreille ce que peuvent lui reprsenter les mdecins4--,ce que je vois de pire dans les autres maladies1 c'est qu'elles ne sont pas aussi graves dans leurs effets que dans leur issue2 on est un an se refaire1 sans cesser d'tre en proie la faiblesse et la crainte4 ,il y a tant de hasard1 tant de degrs franchir pour se tirer compltement d'affaire1 qu'on n'y arrive pas2 avant qu'on vous ait enlev les bandages dont vous tiez affubl1 qu'on vous ait dbarrass de votre bonnet1 qu'on vous ait rendu l'usage de l'air1 du vin1 de votre femme1 des melons1 c'est grand miracle si vous n'tes pas retomb en quelque autre misre4 ,mon mal a cet avantage qu'il disparat du coup1 alors que les autres laissent toujours quelque impression et altration qui rendent le corps susceptible de contracter une autre maladie1 toutes se prtant la main les unes aux autres4--,parmi nos maux1 ceux qui se contentent de prendre pied chez nous sans chercher s'tendre et y introduire toute leur squelle1 sont excusables2 mais ceux-ci sont courtois et gracieux1 dont le passage nous est de quelque utile consquence4 ,depuis que j'ai ma colique1 je suis1 ce me semble1 plus que par le pass1 exempt d'autres accidents2 c'est ainsi que depuis je n'ai plus de fivre1 je me figure que les vomissements excessifs et frquents que j'ai1 me purgent2 d'autre part1 les dgots que j'prouve1 les jenes extraordinaires par lesquels je passe1 font que mes humeurs malignes se rsolvent1 et que la nature vide dans ces pierres ce qu'elle a de superflu et de nuisible4 ,qu'on ne vienne pas me dire que c'est une mdecine qui m'est vendue trop cher2 qu'est-ce auprs de ces breuvages sentant si mauvais1 des cautres1 des incisions1 des sues1 des stons1 des dites et de tant d'autres modes de traitement qui1 au lieu de nous gurir1 nous apportent souvent la mort1 parce que nous ne pouvons rsister leur violence et leur importunit8 ,de la sorte1 dans mes crises1 je me dis que c'est une mdecine qui opre2 en dehors d'elles1 je me considre comme compltement et tout jamais dlivr4 ,voici encore un des avantages particuliers de mon mal3 c'est qu' peu de chose prs1 il fait son jeu part et me laisse faire le mien1 dans lequel il n'entre que si le courage vient me manquer2 alors que j'en souffrais le plus1 je suis rest dix heures cheval4 ,avec lui1 il suffit de souffrir2 pour le reste3 jouez1 soupez1 faites ceci et encore cela si vous le pouvez1 vos dbauches vous seront plus utiles que nuisibles1 dites donc quelqu'un atteint de la vrole1 de la goutte ou qui a une hernie1 de faire de mme6 ,les autres maladies nous imposent des obligations de toutes natures1 entravent bien autrement nos occupations1 troublent tout notre organisme et il nous faut en tenir compte dans tous les actes de la vie2 celle-ci ne fait que nous pincer la peau1 elle laisse notre disposition notre entendement et notre volont1 et aussi la langue1 les pieds1 les mains2 elle vous veille plus qu'elle ne vous assoupit4 ,l'me est atteinte quand nous avons la fivre2 l'pilepsie la terrasse2 une violente migraine la rduit l'impuissance2 en un mot elle est influence par toute maladie qui a action sur notre tre tout entier et sur ses parties les plus nobles4 ,dans mon cas1 elle n'est pas inquite ou1 si elle vient l'tre1 c'est de sa faute1 c'est qu'elle se trahit elle-mme1 qu'elle s'abandonne et se dmonte4 ,il n'y a que les fous pour se laisser persuader que ces corps durs et pleins1 qui se forment dans les rognons1 peuvent se dissoudre par des breuvages2 quand ils viennent se mettre en mouvement1 il n'y a rien autre faire qu' leur livrer passage1 d'autant qu'ils se l'ouvriraient bien eux-mmes4 ,je constate encore dans mon mal cette supriorit1 c'est qu'il nous laisse peu deviner2 avec lui1 nous sommes exempts du trouble dans lequel les autres maux nous jettent par l'incertitude que nous avons sur leurs causes1 leurs effets et leurs progrs1 trouble qui est infiniment pnible4 ,ici1 nous n'avons que faire des consultations des docteurs2 ce que nous en ressentons nous montre en quoi le mal consiste et o il gt4 ,par ces arguments1 les uns forts1 les autres faibles1 et agissant comme fit ,cicron propos de sa vieillesse1 cette autre maladie1 je tche d'endormir et d'amuser mon imagination1 j'essaie de graisser mes plaies4 ,si demain elles s'aggravent1 demain j'y pourvoirai par d'autres chappatoires4--,ce qu'il y a de vrai1 c'est que depuis peu de temps1 les plus lgers mouvements font que je rends par les reins du sang tout pur2 pour quelle raison8 ,cela ne m'empche pourtant pas de me mouvoir comme auparavant et de suivre mes chiens la chasse avec une ardeur toute juvnile et que rien n'arrte2 c'est avoir bien facilement raison d'un aussi grave accident1 qui ne me cause qu'une lourdeur un peu plus prononce et de l'irritation dans la partie du corps qui en est le sige4 ,cette recrudescence du mal doit provenir de quelque grosse pierre qui comprime mes rognons et se forme leurs dpens2 cet organe1 et avec lui ma vie1 se vide ainsi peu peu1 non sans que j'en prouve un soulagement naturel1 comme de l'expulsion de matires qui me sont dsormais une gne et une superfluit4 ,lorsque je sens quelque chose qui s'croule en moi1 ne vous attendez pas ce que j'aille m'amuser me tter le pouls ou analyser mes urines1 pour y chercher quelle prcaution ennuyeuse je pourrais prendre2 ce sera assez temps quand le mal se fera sentir sans que1 par peur1 j'en allonge la dure4 ,qui craint de souffrir1 souffre au del de ce qu'il craint4 ,ajoutons que le doute et l'ignorance de ceux qui se mlent d'expliquer les ressorts de la nature et ses progrs en nous1 et mettent de par leur art des pronostics si frquemment entachs d'erreur1 doivent nous convaincre que ses ressources infinies nous sont totalement inconnues2 la plus grande incertitude1 la plus grande diversit1 la plus grande obscurit rgnent dans ce que nous pouvons esprer ou redouter d'elle4 ,sauf la vieillesse qui est un signe indubitable de l'approche de la mort1 je ne vois dans tous les autres accidents que peu d'indications sur lesquelles nous puissions nous baser pour deviner l'avenir4 ,je ne me juge que par ce que je ressens rellement1 et non en en raisonnant2 quoi cela me servirait-il de faire autrement1 puisque je ne veux opposer au mal que l'attente et la patience8--,voulez-vous savoir ce que je gagne suivre cette ligne de conduite8 voyez chez ceux qui font le contraire1 qui recherchent tant d'avis et de conseils divers1 combien souvent leur imagination s'en trouve mal sans que leurs apprhensions soient justifies4 ,j'ai maintes fois pris plaisir1 dans des moments d'accalmie1 alors que tout danger tait pass1 parler de ces accidents aux mdecins1 comme si je les sentais venir2 j'tais ainsi bien l'aise pour couter les horribles conclusions dont ils me menaaient2 j'en devenais encore plus reconnaissant ,dieu de ses grces et plus convaincu de la vanit de leur art4 ,montaigne tait grand dormeur1 cependant il savait s'accommoder aux circonstances4 ,sa petite taille lui faisait prfrer aller cheval qu' pied dans les rues et quand il y avait de la boue4--,il n'est rien qu'on doive plus recommander la jeunesse que l'activit et la vigilance2 notre vie n'est que mouvement4 ,je m'branle difficilement et suis lent en toutes choses3 me lever1 me coucher1 prendre mes repas2 pour moi1 sept heures c'est matinal2 et1 l o je suis mon matre1 je ne dne pas avant onze heures et ne soupe qu'aprs six4--,j'ai autrefois attribu la lourdeur et l'assoupissement que me causait un sommeil trop prolong1 des fivres et des maladies que j'ai eues1 et j'ai toujours regrett de me rendormir le matin4 ,platon est d'avis que l'excs de sommeil est plus mauvais que les excs de boisson4 ,j'aime avoir un lit qui soit dur1 coucher seul1 sans femme1 comme font les rois1 et tre assez couvert4 ,on ne me bassine jamais mon lit2 mais depuis que la vieillesse me gagne1 on me donne1 quand besoin en est1 des draps chauds pour m'envelopper les pieds et me mettre sur l'estomac4 ,on trouvait redire ce que le grand ,scipion ft dormeur2 mon avis1 on ne lui faisait ce reproche que parce qu'on n'en avait pas d'autre lui adresser4 ,si je suis quelque peu dlicat dans mes habitudes1 c'est plutt dans mon coucher que dans toute autre chose2 mais tout comme un autre1 je me fais la ncessit et m'en accommode4 ,dormir a t et n'a cess d'tre la plus grande occupation de ma vie2 l'ge o je suis arriv1 je dors encore fort bien huit ou neuf heures tout d'un trait4 ,quand il y a utilit1 je me dgage de cette propension la paresse et j'en prouve un mieux vident2 le changement m'est un peu pnible1 mais c'est l'affaire de trois jours4--,je ne vois gure de gens qui aient moins de besoins que moi quand les circonstances l'exigent1 qui s'entranent avec plus de continuit et auxquels les corves psent moins4 ,mon corps est capable de supporter une vie agite qui se prolonge1 mais il ne s'accommode pas d'une agitation vhmente et soudaine4 ,maintenant1 cependant1 j'vite les exercices violents qui peuvent me mettre en sueur3 mes membres se fatiguent avant qu'ils ne se soient chauffs4 ,je reste facilement debout toute une journe et me promener n'est jamais un ennui pour moi2 mais je n'aime pas aller par les villes autrement qu' cheval1 et cela1 depuis ma premire enfance2 parce que lorsque je vais pied1 je me crotte jusqu' l'chine1 et que les gens qui1 comme moi1 sont de petite taille1 n'en imposant pas1 courent risque1 dans les rues1 d'tre coudoys et bousculs4 ,j'aimais aussi1 quand je me reposais1 soit assis1 soit couch1 avoir les jambes hauteur de mon sige1 ou plus haut4 ,le mtier des armes est1 de toutes les occupations1 la plus noble et la plus agrable4--,il n'est pas d'occupation plus agrable que le mtier des armes2 noble dans son excution 7car la plus forte1 la plus gnreuse1 la plus belle de toutes les vertus1 c'est la vaillance71 cette occupation est galement noble par ce qui en est le mobile1 rien n'tant en effet plus utile1 plus juste1 s'tendant davantage tout1 que la protection du repos et de la grandeur de son pays4 ,on se complat dans la compagnie de tant de gens nobles1 jeunes1 actifs1 dans ces spectacles rpts de tant de situations tragiques1 cette libert de rapports dpouills d'artifice1 ce genre de vie mle et sans crmonie2 dans cette varit de mille actions diverses1 ces accents gnreux de musique guerrire qui vous soutiennent1 vous chauffent les oreilles et surexcitent l'me2 dans l'honneur que cela vous procure1 et jusque dans les difficults et les moments pnibles qui s'y rencontrent et dont ,platon tient si peu de compte que1 dans sa ,rpublique1 il y fait participer les femmes et les enfants4 ,ce mtier1 volontairement embrass1 vous met mme de remplir des tches et de courir tels risques que vous le jugez bon1 suivant leur importance et l'clat qui doit vous en revenir2 et si mme vous venez succomber pour la cause laquelle vous vous tes consacr1 voyez combien il est beau de mourir les armes la main 7,virgile74 ,craindre les prils communs auxquels tant de gens sont exposs1 ne pas oser ce que tant d'mes de toutes natures et le peuple entier osent1 c'est le propre d'un cur lche et bas au del de toute mesure2 se trouver en compagnie rassure mme les enfants4 ,d'autres peuvent vous surpasser en science1 en grce1 en force1 en fortune1 cela tient des causes trangres auxquelles vous pouvez vous en prendre2 mais vous ne pouvez vous en prendre qu' vous1 si vous vous montrez d'une fermet d'me infrieure la leur4 ,la mort est plus abjecte1 plus languissante1 plus pnible dans un lit que dans un combat2 la fivre et les catarrhes sont aussi douloureux et mortels qu'un coup de feu4 ,celui qui est fait supporter vaillamment les accidents de la vie ordinaire1 n'a point grandir son courage pour se faire soldat3 ,vivre1 mon cher ,lucilius1 c'est combattre 7,snque74 ,montaigne tait d'excellente constitution2 chez lui les maux du corps n'avaient que peu de prise sur l'me4--,je ne me souviens pas d'avoir jamais eu la gale4 ,se gratter est une des satisfactions les plus douces que l'on puisse prouver et qui est toujours votre porte1 mais ce qui s'ensuit est par trop importun2 c'est surtout mes oreilles que je m'en prends1 les ayant sujettes par moment des dmangeaisons4 ,je suis n avec tous mes sens bien entiers1 atteignant presque la perfection4 ,mon estomac est facile et bon1 ma tte solide et1 le plus souvent1 l'un et l'autre demeurent tels quand j'ai la fivre2 j'ai de mme l'haleine bonne4 ,j'ai dpass l'ge auquel chez certains peuples1 et non sans quelque raison1 il tait tellement admis que la vie devait prendre fin aprs une dure dtermine1 qu'ils n'admettaient pas que ce terme ft dpass2 mme maintenant1 j'ai encore des moments1 bien que courts et irrguliers1 o je suis tellement en pleine possession de moi-mme1 que c'est presque la sant et le bien-tre de ma jeunesse4 ,il n'est question ici1 bien entendu1 ni de vigueur1 ni de jouissances intimes2 il n'y a pas de raison pour qu'elles se soient maintenues chez moi au del des limites qui leur sont propres1 et mes forces ne me permettent plus de braver les intempries du ciel la porte d'une matresse 7,horace74--,mon visage et mes yeux dclent immdiatement ce qui se passe en moi1 c'est par l que commencent tous les changements que j'prouve2 ils s'y manifestent mme plus violents qu'ils ne sont1 et souvent je fais piti mes amis avant d'en ressentir la cause4 ,mon miroir ne me surprend pas quand il me met mme de constater de semblables transformations2 car1 mme dans ma jeunesse1 il m'est arriv plus d'une fois d'avoir un teint1 une mine dfaite de mauvais augure1 sans que rien d'extraordinaire me ft survenu1 si bien que les mdecins ne trouvant quoi que ce soit qui justifit cette altration de ma figure1 l'attribuaient l'tat de mon esprit en butte quelque passion qui me rongeait intrieurement2 ce en quoi ils se trompaient4 ,si mon corps se comportait aussi mon gr que mon me1 nous marcherions un peu plus notre aise2 j'avais alors celle-ci1 non seulement exempte de trouble1 mais encore pleine de satisfaction et en fte1 ce qui est mon cas le plus ordinaire tant par nature que de parti pris4 ,jamais les troubles de mon me n'ont influ sur mon corps 7,ovide72 je tiens1 au contraire1 que maintes fois1 par son influence salutaire1 elle l'a relev de ses chutes2 lui1 est souvent abattu1 au lieu qu'elle1 lorsqu'elle n'est pas enjoue1 est du moins tranquille et repose4 ,j'ai eu la fivre intermittente pendant quatre ou cinq mois2 elle m'avait compltement altr la physionomie2 aussi longtemps qu'elle a dur1 mon esprit a conserv non seulement tout son calme1 mais mme toute sa gat4 ,quand je n'prouve pas de douleurs1 l'affaiblissement et la langueur que je ressens1 ne m'attristent gure4 ,que de dfaillances physiques je connais1 dont le nom seul me fait horreur et que je redouterais moins que les mille passions qui agitent l'esprit et auxquelles je vois des gens tre en proie6 ,j'ai pris le parti de ne plus courir1 j'ai dj assez de me traner1 mais je ne me plains pas de ma dcadence qui est dans l'ordre naturel des choses3 ,qui s'tonne de trouver des gotres dans les ,alpes 7,juvnal78 ,je ne regrette pas davantage de ne pas devoir durer autant et sans plus de dcrpitude qu'un chne4 ,ses proccupations n'ont pas souvent troubl son sommeil et ses songes taient rarement tristes4--,je n'ai pas me plaindre de mon imagination2 j'ai eu dans ma vie peu de proccupations qui aient seulement interrompu mon sommeil1 et1 sauf quand cela rpondait mon dsir1 j'tais toujours contrari lorsqu'elles m'veillaient4--,j'ai rarement des songes2 quand j'en ai1 je rve de choses fantastiques et chimriques1 produites d'ordinaire par des penses plaisantes1 plutt ridicules que tristes4 ,je tiens pour vrai que nos songes sont les loyaux interprtes des dispositions dans lesquelles nous sommes2 mais il faut un certain art pour en saisir la relation et les comprendre3 ,il n'est pas surprenant en effet que les hommes retrouvent en songe les choses qui les occupent dans la vie1 qu'ils mditent1 qu'ils voient1 qu'ils font lorsqu'ils sont veills 7,attius74 ,platon va plus loin et dit qu'il rentre dans les services que la prudence doit nous rendre1 de tirer des songes des indications qui nous rvlent l'avenir2 je ne vois rien l'appui de cette thse1 si ce n'est les merveilleux exemples que nous en citent ,socrate1 ,xnophon1 ,aristote1 tous personnages dont l'autorit est irrprochable4 ,les historiens disent que les ,atlantes n'ont jamais de songes et aussi qu'ils ne mangent rien qui ait eu vie2 j'associe ces deux choses1 parce que la seconde donne peut-tre la cause de la premire2 ,pythagore ne recommande-t-il pas de se nourrir d'une faon particulire1 quand on veut avoir des songes conformes ce que l'on souhaite8 ,ceux que j'ai sont bnins1 ils ne m'agitent pas et1 sous leur action1 aucune parole ne m'chappe4 ,j'ai vu1 de mon temps1 certaines personnes en tre extraordinairement agites2 ,thon le philosophe rvait en se promenant tout endormi1 et le valet de ,pricls en faisait autant sur les toits et le fate mme de sa maison4 ,il tait peu dlicat sous le rapport de la nourriture2 la dlicatesse est du reste le fait de quiconque affecte une prfrence trop marque pour quoi que ce soit4--,a table1 je n'ai gure de prfrence2 je prends le premier mets venu1 celui qui est le plus ma porte1 et n'aime pas passer d'un got un autre4 ,la multiplicit des plats et des services me dplat autant que tout autre excs en n'importe quoi4 ,je me contente facilement d'un petit nombre de mets1 et ne partage pas l'opinion de ,favorinus qui veut que1 dans un festin1 on vous retire un plat avant que vous n'en ayez pleinement satisfait votre estomac pour vous en substituer toujours un nouveau1 tient pour misrable un souper o on n'a pas servi satit aux convives des croupions d'oiseaux d'espces diverses1 et estime que seul le becfigue vaut d'tre mang tout entier4--,quand je suis en famille1 je mange beaucoup de viandes sales2 par contre1 je prfre le pain qui n'a pas de sel et1 chez moi1 mon boulanger n'en fournit pas d'autre pour ma table1 bien que ce ne soit pas l'usage du pays4--,dans mon enfance1 on a eu surtout me corriger du refus que je faisais de choses que gnralement on aime beaucoup cet ge3 les sucreries1 les confitures1 les ptisseries cuites au four4 ,mon gouverneur combattit en moi cette rpulsion pour ces mets dlicats1 comme une sorte de dlicatesse outre2 et1 de fait1 elle ne tmoigne autre chose qu'un got difficile1 quel que soit ce quoi cela s'applique4 ,qui fait passer un enfant d'aimer d'une faon trop particulire et exclusive le pain bis1 le lard ou l'ail1 combat galement chez lui un penchant la friandise4 ,il est des gens qui1 lorsqu'on leur sert des perdrix1 semblent prendre beaucoup sur eux et faire acte de rsignation1 regrettant le buf et le jambon2 ils l'ont belle1 c'est de la dlicatesse au premier chef1 c'est un got qui marque1 chez un favoris de la fortune1 une lassitude qui fait que les choses ordinaires et habituelles ont seules du piquant3 ,c'est le luxe qui voudrait chapper l'ennui des richesses 7,snque74 ,renoncer faire bonne chre avec ce qu'un autre considre comme tel1 apporter une attention particulire sa table1 ne pas savoir te contenter d'un plat de lgumes pour ton dner 7,horace71 est le caractre essentiel de ce vice4 ,il y a bien l1 la vrit1 une diffrence avec le cas que je cite2 si on a des besoins imprieux1 il vaut videmment mieux que ce soit pour des choses faciles se procurer1 mais c'est toujours un dfaut que d'avoir des manies quelles qu'elles soient4 ,jadis1 je considrais comme fort dlicat un de mes parents qui1 par suite d'un long temps pass naviguer1 avait dsappris se servir de lit et se dshabiller pour se coucher4 ,ds le berceau1 il a t habitu vivre comme les gens de la plus basse classe et se mler eux2 cette frquentation l'a rendu sympathique au sort des malheureux4--,si j'avais des enfants mles1 je leur aurais volontiers dsir la bonne fortune que j'ai eue4 ,l'excellent pre que ,dieu m'a donn1 pour lequel je n'ai rien pu faire que de lui vouer une reconnaissance1 bien vive il est vrai1 pour sa bont mon gard1 me fit lever1 ds le berceau1 dans un pauvre village qui lui appartenait et o il me laissa tant que je fus en nourrice et encore au del1 me dressant vivre dans les conditions de la plus basse classe3 ,c'est un grand pas fait vers la libert1 que de savoir rgler son estomac 7,snque74 ,ne vous chargez jamais1 et chargez encore moins vos femmes1 de l'levage de vos enfants2 laissez la fortune le soin de les former comme s'lvent les enfants du peuple1 en n'coutant que les lois de la nature2 laissez-les1 en suivant les usages1 s'habituer ainsi la frugalit et l'austrit2 qu'ils soient dans l'avenir plutt dans le cas de voir leurs privations s'adoucir1 que s'aggraver4 ,l'ide de mon pre tendait autre chose encore1 c'tait m'unir au peuple1 ces hommes qui ont besoin de notre aide2 il voulait que je fusse port regarder plutt du ct de ceux qui me tendent les bras1 que de ceux qui me tournent le dos2 ce fut pour cette mme raison qu'il me fit tenir sur les fonts baptismaux par des personnes de condition trs infrieure1 pour me crer ainsi des obligations vis--vis d'elles et faire que je m'y attache4 ,son dessein n'a pas mal russi2 je m'occupe volontiers des petits1 soit parce qu'il y a cela plus de gloire1 soit par un sentiment naturel de compassion1 vertu qui a une grande action sur moi4 ,le parti que dans nos guerres civiles je reprouve1 je le condamnerais bien plus svrement s'il tait florissant et prospre2 tandis qu'au contraire1 je me montrerais mieux dispos pour lui1 si je le voyais malheureux et cras4--,combien j'ai de considration pour le beau caractre de ,chlonis1 cette fille et femme des rois de ,sparte6 ,quand1 dans les dsordres de la ville1 ,clombrote son mari se trouva l'emporter sur ,lonidas son pre1 en excellente fille elle accompagna celui-ci en exil1 embrassant contre le vainqueur la cause de celui tomb dans le malheur4 ,lorsque la chance vint tourner1 elle changea de parti comme avait fait la fortune et prit courageusement celui de son mari qu'elle suivit partout o son infortune lui fit porter ses pas1 n'ayant1 ce semble1 d'autre prfrence que de se ranger du ct o elle faisait le plus besoin et o sa piti trouvait le plus s'exercer4--,je serais davantage port imiter l'exemple de ,flaminius qui s'employait beaucoup plus pour ceux qui avaient besoin de lui que pour ceux en situation de lui venir en aide1 qu' faire comme ,pyrrhus qui s'humiliait devant les grands et se montrait orgueilleux vis--vis des petits4 ,il n'aimait pas rester longtemps table2 les anciens ,grecs et ,romains entendaient beaucoup mieux que nous cette jouissance4--,demeurer longtemps table m'ennuie et m'est mauvais parce que1 je mange tant que j'y suis1 probablement par habitude1 ce moyen tant le seul qui1 lorsque j'tais enfant1 me permettait d'y faire bonne contenance4 ,c'est pourquoi1 chez moi1 bien qu'on s'y attarde peu1 j'y prends place d'ordinaire un peu aprs les autres1 comme faisait ,auguste2 mais je cesse de faire comme lui1 en ce que souvent aussi il en quittait avant eux1 tandis qu'aprs j'aime1 au contraire1 me livrer assez longuement au repos et entendre causer1 pourvu que je n'y prenne pas part3 parler l'estomac plein me fatiguant et me faisant mal1 autant que crier et discuter avant le repas m'est un exercice salutaire et agrable4 ,les ,grecs et les ,romains des temps anciens agissaient plus raisonnablement que nous1 en consacrant1 quand aucune autre occupation extraordinaire ne les en empchait1 plusieurs heures et la majeure partie de la nuit aux repas1 qui sont du nombre des principaux actes de la vie1 mangeant et buvant avec moins de hte que nous dont toutes les actions sont accomplies prcipitamment2 ils se livraient ce plaisir naturel tout loisir et l'utilisaient mieux que nous1 l'entremlant d'intermdes de divers genres utiles et agrables4 ,indiffrent ce qu'on lui servait1 il se laissait aller manger de tout ce qui paraissait sur la table4--,ceux qui1 table1 ont prendre soin de moi1 peuvent aisment m'empcher de manger ce qu'ils estiment m'tre nuisible2 car1 en fait de mets1 je ne dsire jamais ce que je ne vois pas et ne trouve jamais y redire4 ,par contre1 ils perdent leur temps me prcher de m'abstenir de ceux qui sont servis2 c'est au point que lorsque je veux jener1 il faut que je mange part de ceux qui soupent et qu'on ne me prsente que ce que comporte bien exactement une collation en rgle1 parce que si je me mets table1 j'oublie ma rsolution4 ,quand je demande qu'on change la manire dont certaines viandes sont apprtes1 mes gens savent que c'est signe que je n'ai pas grand apptit et que je n'y toucherai pas4--,toutes celles qui peuvent tre manges telles1 je les aime peu cuites et avances1 au point mme1 pour certaines1 que leur odeur s'en trouve altre4 ,je ne suis contrari que lorsqu'elles sont dures2 pour le reste1 elles peuvent tre n'importe comment1 ce m'est aussi indiffrent et me touche aussi peu que possible2 si bien1 qu' l'inverse de ce qu'on prouve gnralement1 il m'arrive de trouver mme le poisson trop frais et trop ferme4 ,ce n'est pas parce que j'ai de mauvaises dents1 je les ai toujours eues aussi bonnes qu'il se peut1 et ce n'est que maintenant que l'ge commence les menacer2 ds l'enfance1 j'ai pris l'habitude de me les frotter avec une serviette le matin et au commencement et la fin de chaque repas4 ,c'est une grce que ,dieu nous fait quand la mort nous gagne peu peu1 ce qui est l'effet de la vieillesse2 du reste1 indissolublement lie la vie1 on en constate en nous la prsence et les progrs durant tout le cours de notre existence4--,a ceux que ,dieu soustrait la vie par parcelle1 c'est une grce qu'il leur fait1 c'est le seul avantage de la vieillesse2 notre dernire mort en sera d'autant moins tendue et nuisible1 ne tuant plus en nous que la moiti ou le quart d'un homme4 ,voil une de mes dents qui vient de tomber sans douleur1 sans effort1 elle tait arrive au terme de sa dure2 cette partie de mon tre et plusieurs autres sont dj mortes2 d'autres1 d'entre les plus actives et qui tenaient le premier rang quand j'tais dans la force de l'ge1 le sont moiti4 ,c'est ainsi que je fonds et chappe moi-mme4 ,quelle btise ce serait de la part de mon entendement1 de s'affecter1 au mme degr1 du saut final de cette chute dj si prononce1 que si je m'effondrais tout d'une pice2 j'espre qu'il ne la commettra pas4--,a la vrit1 j'prouve une grande consolation1 quand je pense ma mort1 de m'imaginer qu'elle sera de celles qui s'accomplissent dans des conditions justes et naturelles1 et que ce que dsormais je puis demander cet gard la destine1 ne peut plus tre qu'une faveur que je ne saurais revendiquer comme un droit4 ,les hommes sont ports croire qu'autrefois1 comme leur taille1 la dure de leur existence tait plus grande2 ils se trompent1 car ,solon1 qui vivait en ces temps reculs1 indique soixante-dix ans comme en tant la limite extrme4 ,moi1 qui ai tant ador1 et en toutes choses1 cette excellente mdiocrit des temps passs1 et qui ai tant considr une juste moyenne comme la perfection1 puis-je prtendre une vieillesse dmesure et extraordinaire8 ,tout ce qui nous arrive contre l'ordre habituel de la nature peut tre fcheux1 mais nous devons toujours faire bon accueil ce qui est conforme ses lois3 ,tout ce qui se fait naturellement1 doit tre tenu pour bon 7,cicron74 ,c'est ainsi1 dit ,platon1 que la mort due des plaies ou des maladies1 est mort violente2 tandis que celle qui nous surprend1 occasionne par la vieillesse1 est de toutes la plus lgre et empreinte mme de douceur3 ,les jeunes gens meurent de mort violente1 les vieillards de maturit 7,cicron74--,partout et en tout1 la mort se mle et se confond avec la vie2 le dclin de celle-ci fait songer l'heure o viendra celle-l1 son action s'accentue mesure que nous approchons du terme fatal4 ,j'ai des portraits qui me reprsentent l'ge de vingt-cinq ans et de trente-cinq2 il m'arrive de les comparer celui d'aujourd'hui2 combien il s'en faut que ce soit encore moi6 ma physionomie actuelle diffre bien plus des prcdentes1 que de celle que j'aurai quand je viendrai trpasser4--,c'est par trop abuser de la nature1 que de la tracasser si longtemps l'avance par des soins qui l'obligent nous quitter2 elle finit par se lasser de nous suivre1 en nous voyant abandonner la direction de nous-mmes1 nos yeux1 nos dents1 nos jambes et tout le reste la merci de soins trangers que nous mendions1 et nous en remettre entirement aux mains de l'art4 ,montaigne n'a jamais acquis la certitude que certains mets lui fussent nuisibles1 mais ses gots ont subi des changements et des revirements4--,je ne suis trs amateur ni de salades1 ni de fruits1 sauf de melons4 ,mon pre n'aimait aucune sauce1 je les aime toutes4 ,trop manger me gne2 mais je ne suis pas encore certain qu'il y ait des viandes qui1 par leur nature mme1 me soient nuisibles1 pas plus que je ne constate que la lune1 quand elle est pleine ou nouvelle1 le printemps ou l'automne aient action sur moi4 ,il se produit en nous des effets qui ont lieu des moments indtermins et dont nous ne nous rendons pas compte2 ainsi les raiforts par exemple3 longtemps je n'en ai pas t incommod1 puis je m'en suis mal trouv2 prsent1 je m'en accommode nouveau trs bien4 ,pour plusieurs choses1 je sens mon estomac et mon apptit aller ainsi se modifiant2 du vin blanc je suis pass au vin clairet1 et du vin clairet me voici revenu au vin blanc4 ,je suis friand de poisson1 et les jours maigres sont pour moi des jours o je me rgale1 comme me sont ftes aussi les jours de jene2 je crois 7il en est qui le disent7 qu'il est de plus facile digestion que la viande4 ,je me fais conscience de manger de celle-ci1 les jours o le poisson est d'obligation2 mon got est de mme et se fait scrupule de mler l'un l'autre1 il y a entre eux1 ce me semble1 une trop grande diffrence4 ,circonstances dans lesquelles il lui est arriv parfois de ne pas prendre de repas2 tout rgime trop longtemps suivi cesse d'tre efficace4--,dans ma jeunesse1 il m'est arriv de me passer parfois de quelque repas pour avoir meilleur apptit le lendemain et1 de la sorte1 accrotre mon plaisir en me disposant mieux profiter et jouir plus vivement de l'abondance que je prvoyais1 agissant en cela au rebours d'picure qui jenait et faisait maigre pour accoutumer sa volupt se passer de l'abondance2 ou bien je jenais pour me conserver dispos en vue d'un travail quelconque de corps ou d'esprit1 l'un comme l'autre devenant honteusement paresseux chez moi quand je suis surcharg d'aliments2 d'autant que je dteste ce fonctionnement simultan si peu raisonnable de l'imagination1 cette desse si saine et si alerte1 et de l'estomac1 ce petit dieu alourdi et bruyant quand il est gonfl des manations des sucs qu'il procre4 ,je m'en abstenais encore1 quand j'avais cet organe fatigu1 ou enfin lorsque je n'avais pour me tenir compagnie personne qui me convint1 car je dis avec ce mme picure1 qu'il ne faut pas tant regarder ce qu'on mange1 qu'avec qui on mange2 et je loue ,chilon de n'avoir pas voulu s'engager se trouver un festin auquel le conviait ,priandre1 avant de connatre quels taient les autres convives2 il ne saurait en effet y avoir pour moi de plus grand attrait1 de sauce si apptissante1 qui vaillent ceux rsultant de la socit avec laquelle on s'y rencontre4--,je crois qu'il est plus sain de manger doucement1 moins la fois et plus souvent2 mais je tiens satisfaire pleinement mon apptit et ma faim1 et ne prendrais pas got me condamner faire par jour1 comme on l'ordonne aux malades1 trois ou quatre chtifs repas o je serais rationn2 et puis1 qui peut me donner l'assurance que les bonnes dispositions dans lesquelles je suis ce matin1 je les retrouverai encore souper8 ,profitons1 nous surtout qui sommes vieux1 du premier moment favorable qui vient2 laissons aux faiseurs d'almanachs les esprances et les pronostics4 ,le fruit essentiel que je retire de la sant1 ce sont les jouissances qu'elle nous permet2 tenons-nous-en la premire qui se prsente1 que nous avons sous la main et que nous connaissons4 ,j'vite de m'astreindre trop longtemps un mme rgime2 celui qui en suit un et veut qu'il lui profite1 ne doit pas le prolonger indfiniment2 sans cela1 nous nous y endurcissons1 notre organisme y perd de son activit2 six mois aprs1 l'estomac y est si bien acoquin que tout l'avantage que vous en retirez est d'avoir perdu la libert de faire autrement sans en prouver d'inconvnients4 ,il ne sert de rien non plus de se trop couvrir2 on s'y habitue et cela n'a plus d'effet4--,je porte de simples bas de soie1 et pas plus en hiver qu'en t je n'ai les jambes et les cuisses autrement couvertes4 ,en raison de mes rhumes1 je me suis laiss aller me tenir la tte plus chaude1 ainsi que le ventre cause de mes coliques2 en peu de jours1 ces deux maux s'y sont habitus et ont ddaign mes prcautions ordinaires2 une simple coiffe avait fait place un capuchon2 un bonnet1 un chapeau doubl2 aujourd'hui1 les fourrures de mon pourpoint ne me servent plus que d'enjolivement2 et tout cela ne me fait plus aucun effet1 si je n'y ajoute une peau de livre ou de vautour1 et sur ma tte une calotte4 ,suivez une semblable gradation1 cela vous mnera loin2 aussi n'en ferai-je rien1 et volontiers1 si j'osais1 je reviendrais sur ce que j'ai dj commenc4 ,avec cette mode1 vous survient-il quelque nouvel inconvnient1 les rformes que vous avez dj introduites ne vous sont plus d'aucune utilit3 vous vous y tes habitu1 il vous faut en chercher d'autres4 ,ainsi se ruinent ceux qui se laissent emptrer dans des rgimes particuliers1 auxquels ils s'astreignent superstitieusement2 ce qu'on fait ne suffit pas1 il faut plus encore2 et aprs1 encore davantage2 on n'en a jamais fini4 ,nos occupations et nos plaisirs nous portent donner plus d'importance au souper qu'au dner2 l'estomac1 d'aprs ,montaigne1 s'accommode mieux du contraire4--,pour mes occupations et notre plaisir1 il est beaucoup plus commode de supprimer le dner1 comme faisaient les anciens1 et de remettre faire un repas copieux l'heure o on se retire chez soi pour y prendre du repos1 et ainsi ne pas interrompre la journe2 c'est ce que je faisais autrefois4 ,au point de vue de la sant1 l'exprience m'a depuis enseign qu'au contraire il vaut mieux maintenir le dner1 la digestion se faisant mieux quand on est veill4--,je ne suis gure sujet tre altr1 pas plus quand je me porte bien que lorsque je suis malade2 dans ce dernier cas1 j'ai assez frquemment la bouche sche1 mais ce n'est pas de la soif1 et d'ordinaire je ne bois que lorsque1 en mangeant1 l'envie m'en vient1 gnralement quand dj le repas est bien avanc4 ,je bois assez copieusement pour un homme qui ne prsente rien de particulier2 en t1 dans un repas auquel j'assiste avec apptit1 non seulement j'outrepasse les limites dans lesquelles se tenait ,auguste qui ne buvait jamais que trois fois1 mais pour ne pas aller l'encontre de la rgle pose par ,dmocrite qui dfendait de s'arrter quatre1 comme nombre portant malchance1 je me laisse aller jusqu' cinq si besoin est1 ce qui fait environ trois demi-setiers1 car je me plais faire usage de verres de petite capacit et les vide chaque fois1 ce que d'autres se gardent de faire comme contraire aux convenances4 ,je trempe mon vin1 le plus souvent avec moiti1 parfois avec un tiers d'eau2 et quand je suis chez moi1 par suite d'une ancienne habitude prise sur le conseil donn mon pre par son mdecin1 qui lui aussi agissait de mme1 le mlange s'opre l'office1 deux ou trois heures avant qu'on le serve4 ,on dit que cet usage de tremper le vin avec de l'eau1 remonte ,cranas1 roi d',athnes2 pour ce qui est de son utilit1 je l'ai entendu discuter4 ,j'estime plus convenable et meilleur pour la sant1 de n'en user pour les enfants qu'aprs seize ou dix-huit ans et1 jusque-l1 de ne leur faire boire que de l'eau4 ,la manire de vivre la plus usite et communment suivie1 est celle qui est prfrable2 toute singularit me semble viter1 et j'aime aussi peu voir un ,allemand mettre de l'eau dans son vin1 qu'un ,franais qui le boirait pur2 l'usage1 auquel tout le monde se conforme1 fait loi dans les choses de cette espce4 ,il n'aimait pas l'air confin2 tait plus sensible au chaud qu'au froid2 avait bonne vue1 mais elle se fatiguait aisment2 il tait d'allure vive2 table1 il mangeait avec trop d'avidit4--,je crains un air lourd respirer et ne puis supporter la fume2 la premire rparation que je me htai de faire excuter chez moi1 fut celle des chemines et des cabinets d'aisance qui1 chose insupportable1 laissent communment dsirer dans les btiments d'ancienne construction2 et au rang des incommodits que l'on rencontre la guerre1 je place ces pais nuages de poussire dans lesquels1 pendant la chaleur1 il faut demeurer des journes entires4 ,j'ai la respiration libre et facile2 le plus souvent1 quand j'ai des refroidissements1 mes poumons demeurent indemnes et je n'ai pas de toux4 ,un t pnible m'est plus contraire que l'hiver1 parce qu'outre l'incommodit de la chaleur dont on peut moins se dfendre que du froid1 et en dehors de l'action des rayons de soleil sur la tte1 mes yeux supportent mal leur clat blouissant2 actuellement1 je ne pourrais mme pas dner1 assis devant un feu ardent dont je recevrais la rverbration4 ,quand je lisais plus que je ne le fais maintenant1 pour amortir la blancheur du papier1 je couvrais mon livre d'une feuille de verre et ma vue s'en trouvait fort soulage4 ,jusqu' prsent1 je n'emploie pas de lunettes et j'y vois aussi loin que jamais et que n'importe qui2 il est vrai que lorsque le jour tombe1 je commence1 quand je lis1 prouver du trouble et de la faiblesse2 mais tout travail1 particulirement la nuit1 m'a toujours fatigu les yeux4 ,c'est l un pas en arrire peine sensible1 auquel viendra s'en ajouter un second1 celui-ci un troisime1 puis ce dernier un quatrime2 reculant ainsi de plus en plus chaque fois1 je finirai par insensiblement tre devenu compltement aveugle1 avant que je ne m'aperoive de la dcadence et de la vieillesse de ma vue1 tant les ,parques apportent d'artifice dtordre l'cheveau de notre vie4 ,de mme1 je ne suis pas bien certain que mon oue n'ait pas tendance devenir dure2 et vous verrez que je l'aurai moiti perdue1 que je m'en prendrai encore la voix de ceux qui me parlent4 ,il faut exercer une action bien forte et bien continue sur l'me1 pour l'amener sentir comme elle s'en va peu peu4 ,ma marche est vive et assure1 et je ne sais lequel des deux1 de mon esprit ou de mon corps1 je puis le plus difficilement arrter en un point donn4 ,il faut qu'un prdicateur soit bien de mes amis1 pour captiver mon attention pendant toute la dure d'un sermon4 ,dans les crmonies1 o chacun est si guind dans son attitude1 o j'ai vu des dames ne laissant mme pas errer leurs regards1 je ne suis jamais venu bout de faire que quelque chose en moi ne battt la campagne2 j'ai beau tre assis1 je n'en demeure pas plus calme4 ,la servante de ,chrysippe le philosophe disait de son matre1 quand il buvait en compagnie de gens sur lesquels le vin agissait1 et que seul il n'en ressentait aucun effet1 qu'il n'tait ivre que des jambes que1 par habitude1 il remuait sans cesse en quelque position qu'il ft4 ,on a pu dire de mme de moi ds mon enfance1 que j'avais du vif-argent dans les pieds ou qu'ils taient atteints de folie1 tant je suis port naturellement me remuer et me dplacer n'importe o je me trouve4 ,je mange avec voracit1 ce qui est indcent et de plus nuisible la sant1 voire mme au plaisir que l'on prouve en mangeant2 dans ma hte1 je me mords souvent la langue et parfois les doigts4 ,diogne1 rencontrant un enfant qui mangeait ainsi1 donna un soufflet son prcepteur4 ,il y avait ,rome des gens qui enseignaient mcher comme on vous apprend marcher1 avec grce4 ,je ne prends pas le temps de causer1 ce qui est un si doux assaisonnement des repas1 quand les propos qui s'y tiennent sont l'avenant1 agrables et ne se prolongeant pas4 ,conditions pour un bon repas2 il est des gens qui ddaignent ce genre de plaisir1 ce ddain est le fait d'un esprit maladif et chagrin4--,nos plaisirs se jalousent et s'envient les uns les autres2 ils se heurtent et se contrarient rciproquement4 ,alcibiade1 qui s'entendait fort faire bonne chre1 allait jusqu' bannir la musique des repas1 afin qu'elle ne troublt pas la douceur des conversations1 ajoutant1 d'aprs ce que ,platon nous rapporte1 qu'appeler des musiciens et des chanteurs dans les festins1 est un usage de gens communs qui sont hors d'tat de causer et de s'entretenir entre eux d'une faon utile et agrable1 alors que les gens intelligents savent si agrablement le faire4 ,varron veut pour un bon repas des convives de mine avenante1 de conversation agrable1 qui ne soient ni muets1 ni bavards2 des mets dlicats et proprement servis1 un local appropri et aussi un beau temps4 ,c'est une fte qui ne demande pas peu d'apprts et qui ne cause pas un mdiocre plaisir qu'une bonne table bien prpare2 ni les grands chefs militaires1 ni les philosophes les plus renomms n'en ont ddaign ni l'usage ni la science4 ,ma mmoire garde le souvenir de trois repas de ce genre1 qui me furent souverainement agrables1 dont la fortune m'a gratifi diverses poques de ma vie1 alors qu'elle tait dans tout son panouissement2 dsormais1 ces ftes me sont interdites par mon tat de sant1 car chacun en est pour soi-mme le principal charme et en gote les attraits suivant les bonnes dispositions de corps et d'esprit dans lesquelles il se trouve4--,moi1 qui ne vais toujours que terre terre1 je n'aime pas cette sagesse1 contraire la nature de l'homme1 qui voudrait nous rendre ddaigneux et ennemis des attentions que nous pouvons avoir pour le corps2 j'estime qu'il est aussi injuste de repousser les plaisirs que nous offre la nature1 que de s'y trop attacher4 ,xerxs1 pouvant se donner toutes les volupts humaines1 tait un sot de proposer un prix qui lui en trouverait d'autres2 mais celui-l ne l'est gure moins qui se prive de celles que la nature nous procure4 ,il ne faut ni les poursuivre1 ni les fuir2 il faut les accepter4 ,je les prise un peu plus1 et leur fais un plus gracieux accueil que par le pass1 m'abandonnant plus volontiers maintenant ce penchant naturel4 ,il ne nous sert de rien d'exagrer leur inanit1 elle apparat et se fait assez sentir d'elle-mme4 ,grand merci notre esprit maladif et chagrin de nous dgoter d'elles1 comme il l'est de lui-mme2 il se comporte et traite tout ce qu'il reoit1 tantt d'une faon1 tantt d'une faon contraire1 selon son temprament insatiable1 vagabond et versatile3 ,dans un vase impur1 tout ce que vous y versez1 se corrompt 7,horace74 ,appliqu scruter attentivement et un point de vue tout particulier les avantages que nous offre la vie1 quand j'y regarde d'un peu prs1 je n'y trouve gure que du vent4 ,quoi d'tonnant8 tout en nous est-il autre chose que du vent8 et encore1 plus sagement que nous1 le vent se plat bruire1 s'agiter1 se contenter de ce qui lui est propre1 sans dsirer la stabilit1 la solidit qui ne sont pas du nombre des proprits qu'il possde4 ,les plaisirs de l'me sont peut-tre suprieurs ceux du corps2 les plus apprciables sont ceux auxquels l'une et l'autre participent simultanment4--,les plaisirs qui sont le fait exclusif de notre imagination1 comme du reste les dplaisirs qui ont mme origine1 l'emportent sur les autres1 au dire de certains et comme le marquait la balance de ,critolas4 ,ce n'est pas extraordinaire3 notre esprit les forge sa fantaisie et sans que rien l'entrave2 j'en vois tous les jours des exemples remarquables et probablement fort dsirables4 ,mais1 port pour ceux qui participent de notre imagination et de la ralit1 et tant de got peu raffin1 je ne puis mordre si pleinement ces seules conceptions imaginaires et me laisse tout lourdement aller aux plaisirs qui sont dans la loi gnrale qui rgit l'humanit et que notre corps et notre esprit ressentent la fois4--,les philosophes de l'cole cyrnaque veulent qu' l'instar de ce qui se produit pour la douleur1 les plaisirs qui intressent le corps aient sur nous plus d'action1 parce que l'me n'y demeure pas trangre3 c'est justice4 ,il est des gens1 dit ,aristote1 d'une stupidit farouche1 qui en sont dgots2 j'en connais d'autres qui1 par ambition1 font comme s'ils l'taient4 ,que ne renoncent-ils aussi respirer8 que ne vivent-ils d'eux-mmes et ne refusent-ils la lumire1 parce qu'elle leur est donne gratuitement et ne leur cote ni peine1 ni frais d'invention8 ,je voudrais voir ,mars1 ,pallas ou ,mercure pourvoir leur existence1 au lieu que ce soit ,vnus1 ,crs et ,bacchus4 ,chercheront-ils la quadrature du cercle1 tout en tant juchs sur leurs femmes8 ,je n'aime pas qu'on nous ordonne d'avoir l'esprit dans les nuages1 quand nous avons le corps table2 je ne veux pas que l'esprit s'y cloue et s'y vautre1 je veux qu'il y participe1 qu'il s'y asseie et non qu'il s'y couche4 ,aristippe soutenait les droits du corps1 comme si nous n'avions pas d'me2 ,znon ne considrait que l'me1 comme si nous n'avions pas de corps3 tous deux taient dans l'erreur4 ,la philosophie de ,pythagore tait1 dit-on1 toute contemplative2 celle de ,socrate a uniquement pour objet les murs et les actes1 et ,platon tient le milieu entre les deux2 ceux qui parlent ainsi1 nous en content4 ,la mesure exacte nous a t donne par ,socrate2 ,platon penche 99 bien plus de son ct que de celui de ,pythagore et cela lui convient bien mieux4 ,quand je danse1 je suis tout la danse2 quand je dors1 tout au sommeil2 et mme1 quand je me promne solitairement dans un beau verger1 si mes penses se sont un moment portes sur des choses trangres qui viennent se prsenter moi1 je les ramne l'instant d'aprs la promenade1 au verger1 la douceur de la solitude et moi-mme4 ,tout ce qui est de ncessit1 la nature1 en bonne mre1 l'a rendu agrable1 et le sage use des volupts comme de toutes autres choses4--,la nature1 en bonne mre1 a fait que les actions auxquelles elle nous incite pour nos besoins1 nous avons galement plaisir les accomplir2 elle nous y convie non seulement par la raison1 mais encore par le dsir qu'elle nous en suggre1 et c'est un tort que d'aller rencontre de ses rgles4 ,quand je vois ,csar1 et aussi ,alexandre1 aux moments les plus ardus de leurs grands travaux1 jouir si pleinement des plaisirs humains et corporels1 je ne dis pas que ce soit l amollir l'me2 je dis que c'est la fortifier que de subordonner1 grce la vigueur de leur courage1 aux pratiques de la vie ordinaire leurs violentes occupations et leurs laborieuses penses2 et sages ils eussent t1 s'ils avaient cru que celles-l constituaient la 99 partie normale de leur existence1 tandis que celles-ci en taient la phase extraordinaire6--,nous sommes de grands fous4 ,nous disons3 ,il a pass sa vie dans l'oisivet2--,je n'ai rien fait aujourd'hui4 ,eh quoi6 n'avez-vous pas vcu8 ,c'est l non seulement votre occupation essentielle1 mais celle qui fait de vous quelqu'un4 ,si on m'et mis mme1 dites-vous encore1 de conduire de grandes affaires1 j'aurais montr ce dont j'tais capable4 ,avez-vous su mditer et diriger votre vie8 ,vous avez1 dans ce cas1 accompli la plus grande des besognes qui nous incombent4 ,pour se manifester et fructifier1 la nature n'a que faire de la fortune2 son action s'exerce tous les degrs sociaux sans se rvler1 comme aussi dcouvert4 ,si vous avez su rgler vos murs1 vous avez fait bien plus que celui qui a compos des livres2 en sachant prendre du repos1 vous avez plus fait que celui qui a conquis des villes et des empires4 ,le plus grand1 le plus glorieux chef-d'uvre de l'homme1 c'est de vivre propos1 autrement dit de faire chaque chose en son temps2 tout le reste3 rgner1 thsauriser1 btir1 ne sont au plus qu'accessoires et menus dtails4 ,je prends plaisir voir un gnral d'arme1 au pied d'une brche laquelle il va donner l'assaut1 se dgager compltement de ses proccupations et recouvrer sa libert au dner1 pour deviser avec ses amis2 voir ,brutus1 ayant le ciel et la terre qui conspirent contre lui et la libert romaine1 drober la surveillance continue qu'il exerce sur ses troupes quelques heures de nuit pour1 en toute tranquillit d'esprit1 lire ,polybe et y prendre des notes4 ,c'est le fait des mes sans envergure1 crases par le poids des affaires1 de ne pouvoir s'en affranchir et ne savoir ni les laisser ni les reprendre3 ,braves compagnons qui avez souvent partag avec moi les plus rudes preuves1 noyons aujourd'hui nos soucis dans le vin2 demain1 nous nous remettrons parcourir les vastes mers 7,horace74 ,que ce soit par plaisanterie1 ou autrement1 que l'on parle du vin thologal et scolastique pass en proverbe1 et des agapes des adeptes de la ,sorbonne1 je trouve qu'ils ont bien raison de dner d'autant plus confortablement et agrablement1 qu'ils ont employ utilement et srieusement la matine aux exercices de leur cole2 la conscience d'avoir bien dpens le reste de leur temps est un juste et savoureux condiment de celui qu'ils passent table4 ,c'est ainsi que vivaient les sages2 et cette inimitable et continue propension la vertu qui nous frappe d'tonnement chez les deux ,caton1 cette humeur svre jusqu' tre importune1 se sont sans difficult soumises aux lois qui rgissent la nature humaine1 celles de ,vnus et de ,bacchus comme aux autres1 et ils se sont complu les observer1 obissant en cela aux prceptes de la secte laquelle ils appartenaient1 qui voulaient que pour tre parfait le sage soit expert et entendu dans l'usage des volupts qui sont dans l'ordre naturel des choses1 99 comme en tout autre devoir de la vie3 ,qu'il ait le palais dlicat autant que le jugement 7,cicron74 ,les dlassements sient aux mes fortes comme aux autres1 ainsi que le montre l'exemple d'paminondas1 de ,scipion et de ,socrate4--,se dtendre et se prter aisment la vie commune honore considrablement1 ce me semble1 une me forte et gnreuse et lui sied on ne peut mieux4 paminondas se mlant aux danses des jeunes gens de sa ville1 chantant1 faisant de la musique1 y apportant toute son attention1 n'estimait pas que ce ft droger l'honneur qu'il s'tait acquis par ses glorieuses victoires et l'extrme rectitude de murs qui tait en lui4--,parmi tant de traits admirables de la vie du premier ,scipion1 si recommandable qu'on le jugeait digne de descendre des dieux1 il n'en est aucun qui ajoute davantage son charme que de se le reprsenter flnant sur le bord de la mer et y jouant comme un enfant1 en compagnie de ,llius1 ramasser et collectionner des coquilles1 ou courir l'un aprs l'autre qui mieux mieux2 et1 lorsqu'il faisait mauvais temps1 s'amusant et s'vertuant crire des comdies1 o il retraait les faits et gestes les plus ordinaires des basses classes2 ou se le figurer en ,sicile1 occup qu'il tait de ces merveilleuses oprations qu'il allait entreprendre en ,afrique contre ,annibal1 visitant quand mme les coles et assistant aux leons des philosophes1 au point de fournir en cela des armes contre lui aux ennemis qu'il avait ,rome et qu'aveuglait l'envie qu'ils lui portaient4 ,y a-t-il quelque chose de plus remarquable chez ,socrate que1 vieux comme il l'tait1 il se soit mis apprendre danser1 se soit fait enseigner la musique1 et qu'il considrt comme bien employ le temps qu'il y passait8 ,nous le voyons la fois demeurer en extase1 debout1 durant une journe entire et la nuit qui suivit1 en prsence de toute l'arme grecque1 absorb et ravi par quelque profonde pense1 et tre le premier1 parmi tant de vaillants que comprenait cette arme1 voler au secours d',alcibiade que les ennemis accablaient1 le couvrir de son corps et1 par la force des armes1 le dgager de la foule2 la bataille de ,dlium1 relever et sauver ,xnophon renvers de cheval2 tre encore le premier de tout ,athnes1 indigne comme lui d'un spectacle si odieux1 s'interposer pour arracher ,thramne aux satellites des trente tyrans qui le conduisent la mort1 et1 bien que suivi uniquement de deux autres citoyens qu'a entrans son exemple1 n'y renoncer que sur les instances de ,thramne lui-mme4 ,recherch par une beaut dont lui aussi est pris1 il ne se dpart pas de la plus svre abstinence4 ,continuellement la guerre il va nu-pieds mme sur la glace1 porte le mme vtement hiver comme t1 surpasse tous ses compagnons par sa patience supporter les fatigues2 lorsqu'il assiste un festin1 il ne mange pas autrement qu' son ordinaire4 ,pendant vingt-sept ans1 sans que jamais son visage accuse la moindre motion1 il endure la faim1 la pauvret1 l'indocilit de ses enfants1 les violences de sa femme1 et finalement la calomnie1 la tyrannie1 la prison1 les fers et le poison4 ,et cependant1 si ce mme homme1 pour satisfaire un devoir de politesse1 avait tenir tte quelqu'un le verre en main1 il tait1 de toute l'arme1 celui qui s'en tirait le mieux2 il ne refusait pas aux enfants de jouer aux noisettes1 ni de courir avec eux sur un cheval de bois1 et cela il le faisait de bonne grce1 car1 dit la philosophie1 tout sied galement bien au sage1 et l'honore4 ,de tels faits abondent dans la vie de ,socrate2 et qu'on considre sa doctrine ou ses actes1 on ne saurait jamais s'empcher de le reconnatre comme un modle de perfection en tous genres4 ,il est peu d'exemples d'existence aussi remplie et aussi pure1 et on fait tort notre instruction en nous en proposant d'autres1 comme cela arrive journellement1 qui1 faibles et dfectueuses1 sont peine bonnes envisager un point de vue unique1 et nous reportent quasiment en arrire1 plus propres corrompre qu' corriger4 ,les bonnes gens du commun s'y trompent2 il est bien plus facile1 pour gagner un objectif atteindre et ne point s'garer1 de prendre des biais habilement mnags que de s'y porter naturellement1 dcouvert1 par la grande voie y conduisant directement2 mais aussi1 c'est bien moins honorable et on n'y gagne pas en recommandation4 ,l'me ne doit pas fuir les plaisirs que lui offre la nature1 mais elle doit les goter avec modration et montrer une gale fermet dans la volupt comme dans la douleur4--,la grandeur d'me ne consiste pas tant s'lever et aller de l'avant1 qu' savoir rgler sa conduite et la circonscrire dans de justes limites2 elle tient comme tant grand tout ce qui est suffisant1 et tmoigne de son lvation en prfrant les choses moyennes celles qui sont minentes4 ,il n'est rien de si beau et de si lgitime que de bien remplir son rle d'homme dans toutes ses parties4 ,il n'est pas de science si ardue que de bien savoir vivre 99 naturellement cette vie2 et de nos maladies la plus sauvage1 c'est de mpriser l'existence4 ,qui veut isoler son me1 le fasse hardiment s'il le peut1 lorsque le corps se portera mal1 afin de lui viter la contagion4 ,en dehors de cela1 au contraire1 que toujours elle l'assiste et le favorise1 qu'elle ne lui refuse pas de participer ses plaisirs naturels et de s'y complaire comme dans un bon mnage1 y apportant1 si elle est plus sage que lui1 de la modration1 de peur que l'abus ne fasse que le dplaisir s'y mle4 ,l'intemprance est la peste de la volupt2 la temprance n'en est pas le flau1 elle en est l'assaisonnement4 ,eudoxe1 qui faisait de la volupt le souverain bien1 et ses compagnons qui1 avec lui1 y attachaient un si haut prix1 la savourrent dans tout ce qu'elle a de plus doux1 grce la temprance qui chez eux fut tout particulirement exemplaire4 ,je commande mon me de considrer de mme il la douleur et la volupt3 ,la dilatation de l'me dans la joie n'est pas moins anormale que sa contraction dans la douleur 7,cicron71 de les envisager avec la mme fermet3 l'une gaiement1 l'autre svrement1 et1 selon ce qu'elle peut1 d'tre aussi soigneuse de calmer l'une1 que de ne point s'absorber dans l'autre4 ,apprcier sainement les biens qui nous choient1 a pour consquence naturelle de juger sainement nos maux3 la douleur1 tout ses dbuts1 a quelque chose qui ne se peut viter2 la volupt1 pousse l'excs1 quelque chose dont il faut se garder4 ,platon les met sur le mme rang et veut que ce soit la tche de la force d'me de combattre les treintes de la douleur1 comme les attraits excessifs et enchanteurs de la volupt4 ,ce sont deux sources3 bien heureux qui y puise o il convient1 au moment opportun et dans la mesure du ncessaire1 qu'il soit cit1 homme ou bte4 ,la premire est prendre comme une mdecine1 quand il y a ncessit et le moins possible2 l'autre1 quand on a soif1 mais sans aller jusqu' l'ivresse4 ,la douleur1 la volupt1 l'amour1 la haine sont les premires choses que ressent un enfant2 que1 lorsque la raison lui vient1 elles se subordonnent elle1 c'est l ce qui constitue la vertu4 ,pour lui1 ,montaigne1 il n'a point hte de voir passer le temps1 et1 quand il ne souffre pas1 il le savoure1 jouissant du calme qui s'est fait en lui1 sans proccupation de l'avenir1 ce poison de l'existence humaine4--,j'ai un vocabulaire moi3 je dis que je passe le temps1 quand il m'est mauvais et incommode2 lorsqu'il m'est bon1 je ne veux pas le passer1 je le savoure1 je m'y arrte4 ,il est franchir au plus vite1 quand il nous est mauvais2 faire durer le plus qu'on peut1 lorsqu'il nous est bon4 ,ces expressions banales3 passe-temps et passer le temps1 peignent bien la manire d'en user de ces gens prudents qui ne pensent pas avoir meilleur emploi de la vie1 que de la voir couler1 s'chapper2 de la passer en biaisant autant qu'il est en eux2 de l'ignorer et la fuir comme une chose ennuyeuse et ddaigner4 ,elle me fait un effet tout autre2 je trouve qu'elle est commode et qu'elle a du prix1 mme quand elle est comme chez moi en sa dcadence finale4 ,la nature nous l'a mise en main1 entoure de telles conditions favorables1 que nous n'avons nous en prendre qu' nous si elle nous est charge ou nous chappe sans avoir t employe utilement3 ,la vie de l'insens est dsagrable1 inquite2 sans cesse elle n'a que l'avenir en vue 7,snque74 ,je me prpare pourtant la perdre sans regret1 mais parce que c'est dans l'ordre des choses1 et non parce qu'elle est pnible et importune2 du reste1 il ne convient bien qu' ceux-l seuls qui se plaisent dans la vie1 de ne pas prouver de dplaisir la quitter4 ,il y a bnfice en jouir et j'en jouis deux fois autant que les autres1 parce que la jouissance s'en mesure au plus ou moins d'application que nous y apportons4 ,surtout cette heure1 o je m'aperois que la mienne touche de si prs sa fin1 je veux en accentuer le cas que j'en fais1 arrter la promptitude de sa fuite par ma promptitude la ressaisir1 et compenser la rapidit avec laquelle elle s'coule par l'intensit dont j'en use2 mesure que diminue le temps durant lequel je dois encore en avoir possession1 je m'applique davantage rendre cette possession plus profonde et plus complte4 ,les autres ressentent la douceur que produisent en nous la satisfaction et la prosprit2 je la ressens comme eux1 mais ce n'est pas seulement en passant et sans m'y attacher4 ,il faut l'tudier1 la savourer1 la ruminer1 pour bien rendre celui qui nous l'octroie1 toute la grce que nous lui en devons4 ,on jouit de tous les plaisirs comme on fait du sommeil1 sans s'en rendre compte4 ,pour que mme le bien-tre que j'prouvais dormir ne m'chappt pas ainsi stupidement1 je m'avisai jadis qu'on me troublt pendant que je reposais1 afin de n'en pas tre inconscient4--,j'analyse mes jouissances2 je ne m'en tiens pas la surface1 j'approfondis et oblige ma raison1 devenue chagrine et dgote1 y prter attention4 ,suis-je dans un moment de calme8 y a-t-il quelque plaisir qui me produise une sensation agrable8 je ne le laisse pas gaspiller par les sens1 j'y associe mon me1 non pour s'y engager1 mais pour qu'elle en prouve de l'agrment2 non pour qu'elle y demeure indiffrente1 mais pour qu'elle en soit consciente2 je l'emploie1 pour sa part1 se complaire dans cet tat satisfaisant1 peser et estimer le bonheur qu'il me cause et par l l'augmenter4 ,elle mesure ainsi combien elle est redevable ,dieu du repos de sa conscience et de celui que lui laissent les autres passions auxquelles elle est sujette1 et de ce que le corps est dans son tat naturel1 jouissant sagement et en connaissance de cause des fonctions douces et agrables que1 dans sa bont1 il a plu au ,tout-,puissant de nous attribuer pour compenser les douleurs qu' son tour sa justice nous inflige4 ,elle apprcie de la sorte de quel prix est pour elle d'tre en telle situation que1 partout o elle porte la vue1 le ciel est calme autour d'elle2 nul dsir1 nulle crainte1 nul doute ne troublent son atmosphre2 son imagination peut1 sans en souffrir1 se reprsenter toute difficult passe1 prsente ou future4 ,cet tat acquiert toute sa valeur1 quand on le compare ceux qui sont autres2 quand1 les envisageant sous les mille formes sous lesquelles ils se prsentent1 je songe aux gens que le sort ou leur propre erreur entrane et expose aux fureurs de la tempte1 et aussi ceux qui1 plus prs de moi1 accueillent si mollement et avec tant d'insouciance leur bonne fortune4 ,en voil qui vritablement passent le temps3 ils ne voient qu'au del du moment prsent et de ce qu'ils possdent1 ne vivent que d'esprances1 d'ombres et de vaines images que leur imagination place devant leurs yeux3 tels ces fantmes qu'on voit1 dit-on1 voltiger aprs la mort autour des tombeaux1 ou ces songes qui trompent nos sens endormis 7,virgile71 et qui1 en toute hte1 prennent la fuite devant qui les suit4 ,le but et le rsultat de cette poursuite c'est de toujours poursuivre1 de mme qu',alexandre n'avait1 disait-il1 d'autre but en travaillant que de travailler1 estimant n'avoir rien fait1 tant qu'il lui restait quelque chose faire 7,lucain74 ,la vie est accepter telle que ,dieu nous l'a faite2 c'est se montrer ingrat son gard1 que de repousser les satisfactions dont il l'a dote4--,donc1 quant moi1 j'aime la vie et la cultive telle qu'il a plu ,dieu de me l'octroyer4 ,je ne souhaiterais pas qu'il y manqut la ncessit o nous sommes de boire et de manger1 et me reprocherais tout autant de dsirer que ce besoin soit1 en nous1 double de ce qu'il est3 ,le sage recherche avec avidit les richesses naturelles 7,snque74 ,je ne regrette pas davantage que nous ne nous sustentions pas uniquement en nous mettant dans la bouche un peu de cette drogue par laquelle pimnide se privait d'apptit et qui suffisait le faire vivre2 que stupidement les enfants venant au monde ne nous sortent des doigts ou des talons1 en admettant mme1 pour ne pas sembler marquer du ddain pour cet acte1 que ce mode de gnration par les doigts et les talons ne le cdt point l'autre sous le rapport de la volupt2 ni que notre corps ne soit pas sans dsir et insensible aux caresses2 s'en plaindre1 c'est tre ingrat et injuste4 ,j'accepte de bon cur et avec reconnaissance ce que la nature a fait pour moi2 je m'en dclare satisfait et m'en loue4 ,on fait tort ce grand et tout-puissant donateur quand on refuse ses dons1 qu'on les annule ou qu'on les dfigure2 de sa part tout est bon1 tout ce qu'il a fait est bien fait3 ,tout ce qui est selon la nature1 est digne d'estime 7,cicron74 ,des opinions mises par la philosophie1 j'embrasse plus volontiers celles qui reposent sur les bases les plus solides1 c'est--dire qui sont plus humaines1 plus ntres4 ,raisonnant comme je vis1 en toute humilit1 sans lvation dans les ides1 je trouve bien enfantin de sa part qu'elle se dresse sur ses ergots pour nous prcher que marier le divin au terrestre1 ce qui est raisonnable ce qui ne l'est pas1 la svrit l'indulgence1 ce qui est honnte ce qui est dshonnte1 constituent autant de monstruosits2 que la volupt est une chose brutale1 indigne que le sage y gote2 que le seul plaisir tirer de la jouissance d'une jeune et belle pouse1 c'est la satisfaction qu'prouve notre conscience accomplir un acte qui est dans l'ordre1 comme de chausser ses bottes pour une course cheval qu'il nous faut entreprendre4 ,si seulement chez les adeptes d'une telle philosophie1 leur droit dpuceler leurs femmes1 la vigueur et la sve qu'ils y dpensent1 taient rduits dans la mesure que prne son enseignement1 peut-tre abandonneraient-ils ces ides6 ,vivons suivant la nature1 ce guide si doux autant que prudent et judicieux2 chez la plupart des gens dont les ides vont s'levant au-dessus du ciel1 les murs sont plus bas que terre4--,ce n'est pas ce que dit ,socrate1 son matre et le ntre2 il fait de la volupt corporelle le cas qui convient1 mais lui prfre celle de l'esprit comme ayant plus de force1 de constance1 de facilit1 de varit1 de dignit4 ,cette dernire1 selon lui1 ne va pas seule1 il n'est pas rveur ce point1 elle a seulement le pas sur l'autre2 pour lui1 la temprance est la modratrice et non l'adversaire des plaisirs4 ,la nature est un guide doux1 mais chez lequel la douceur ne prime ni la prudence1 ni la justice3 ,il faut pntrer la nature des choses et voir exactement ce qu'elle commande 7,cicron74 ,je suis toujours en qute de sa piste1 mais continuellement de fausses traces que l'art a semes sous nos pas1 nous la font perdre2 c'est pourquoi cette maxime souverainement bonne1 mise par les acadmiciens et les pripatticiens3 ,vivre selon la nature1 devient si difficile dlimiter et expliquer2 et il en est de mme de celle-ci3 ,consentir ce qu'elle demande1 proche voisine de la prcdente et qui appartient aux stociens4 ,n'est-ce pas une erreur de tenir certaines actions comme inconvenantes1 par cela seul qu'elles sont ncessaires8 ,aussi1 ne m'tera-t-on pas de la tte que l'alliance du plaisir avec la ncessit1 que les dieux1 dit un ancien1 cherchent toujours associer1 ne soit un mariage trs convenable4 ,dans quel but disjoindre d'une faon absolue ces lments d'un tout faisant si bien corps et dont l'agencement parfait justifie leur commune origine8 resserrons au contraire le lien qui les unit en faisant qu'ils se rendent mutuellement service2 que l'esprit veille et vivifie le corps si lourd par lui-mme1 et que le corps modre la lgret de l'esprit et fasse qu'il se fixe3 ,quiconque exalte l'me comme le souverain bien et condamne la chair comme chose mauvaise1 embrasse et chrit l'me avec ses sens2 c'est ses sens aussi qu'il doit ce sentiment qui lui fait fuir la chair1 et qui nat de ce nous raisonnons sous l'empire de la vanit humaine et non d'aprs la vrit divine 7,s4 ,augustin74 ,rien de ce dont ,dieu nous a fait prsent1 n'est indigne de nos soins2 nous en devons compte jusqu'au moindre dtail4 ,l'homme n'a pas reu1 par manire d'acquit1 mission de se diriger lui-mme2 cette mission lui a t donne expressment1 nettement1 comme sa fonction capitale2 le ,crateur la lui a impose de la faon la plus srieuse et la plus svre4 ,c'est seulement en ordonnant1 qu'on a action sur les esprits vulgaires2 et1 comme un langage tranger donne plus de poids ce que nous disons1 nous insisterons sur ce point par cette citation latine3 ,n'est-ce pas sottise de faire avec mollesse et en maugrant ce qu'on est oblig de faire2 de pousser le corps d'un ct1 l'me de l'autre1 et de se partager entre les mouvements les plus contraires 7,snque78 ,bien plus1 faites-vous indiquer1 un jour1 par curiosit1 les ides et les agrments que conoit dans son imagination celui qui repousse la pense d'un bon repas et se reproche le temps qu'il emploie se nourrir1 et vous verrez que parmi tous les mets de votre table il n'y en a pas d'aussi insipide que ce bel tat dans lequel il entretient son me 7le plus souvent1 mieux vaudrait que nous dormions compltement1 que de demeurer veills1 tant donne la cause qui nous fait veiller71 et vous trouverez que ses raisons et ce qu'il se propose d'obtenir1 ne valent pas votre ragot4 ,cet tat serait-il mme amen par les ravissements en lesquels tombait ,archimde1 qu'ils ne l'excuseraient pas4--,je ne vise pas ici 7ne les confondant pas avec ce tas de marmots que sont les hommes comme nous1 pas plus que je ne leur attribue les dsirs et les penses en lesquels notre vanit se complat7 ces mes vnrables que l'ardeur religieuse et la dvotion portent une constante et consciencieuse mditation des choses divines1 qui1 tout aux efforts que leur inspire l'esprance vive et profonde d'arriver gagner cette flicit ternelle1 but final et dernire tape auxquels tendent les aspirations de tous les chrtiens1 seul plaisir continu et incorruptible1 ddaignent de prter attention ces ncessits qui nous sont aussi des satisfactions1 mais passagres et ambigus1 et renoncent si facilement s'occuper de leur corps1 lui refusant l'usage de ce qui1 dans cette vie1 est l'apanage des sens2 c'est l une poursuite de l'idal qui constitue un cas tout fait privilgi4--,entre nous1 ce sont choses que j'ai toujours vues en singulier accord1 que des ides visant s'lever au-dessus du ciel et des murs avilissant plus bas que terre4 ,en somme1 dans tous les tats de la vie1 il faut jouir loyalement de ce que l'on est1 et c'est folie de vouloir s'lever au-dessus de soi-mme4--,ce grand homme qu'tait sope1 voyant son matre uriner en se promenant1 s'criait3 ,h quoi6 nous faudra-t-il donc soulager de mme notre ventre en courant8 ,mnageons le temps1 quoiqu'il nous en reste beaucoup que nous passons dans l'oisivet1 ou employons mal2 notre me1 pour la tche qui lui incombe1 ne dispose pas d'assez d'heures autres que celles qui font besoin au corps1 pour se sparer de lui durant le peu de temps qui lui est de toute ncessit4 ,les gens que hante cette ide de sacrifier le corps l'me1 de devenir autres qu'ils ne sont et cesser de n'tre que des hommes1 sont fous2 ce n'est pas en anges qu'ils se transforment1 c'est en btes2 au lieu de s'lever1 ils se rabaissent4--,ces humeurs transcendantes m'effraient1 comme font les sites levs et inaccessibles1 et je ne regrette rien tant dans la vie de ,socrate que ses extases et ce gnie familier auquel il attribuait ses inspirations4 ,rien1 chez ,platon1 ne tient tant l'humanit que ce qui passe pour lui avoir valu l'appellation de divin2 et1 parmi nos sciences1 celles qui traitent des questions suprieures sont celles qui me semblent toucher le plus la terre et tre de moindre importance4--,je ne trouve non plus rien1 dans la vie d',alexandre1 de si humble et qui tmoigne davantage qu'il est du nombre des mortels1 que ses prtentions chimriques l'immortalit1 qui lui valurent cette spirituelle raillerie de ,philotas4 ,il lui avait fait part1 dans une lettre1 en le conviant s'en rjouir avec lui1 de l'oracle de ,jupiter ,ammon qui l'avait mis au rang des dieux3 ,j'en suis bien aise1 lui rpondit ,philotas1 en raison de la considration qui t'en revient2 mais combien sont plaindre les hommes appels vivre avec un homme qui dpasse tel point et que ne contente pas la mesure de l'homme1 et qui ont lui obir6--,c'est parce que tu te soumets aux dieux1 que tu commandes aux hommes 7,horace74--,la gracieuse inscription dont les ,athniens avaient dcor leur ville1 en l'honneur de la venue de ,pompe1 rentre dans ma faon de penser3 ,tu es d'autant plus dieu1 que tu te reconnais n'tre qu'un homme 7,plutarque74 ,savoir loyalement jouir de ce que l'on est1 est la perfection absolue et pour ainsi dire divine4 ,nous ne recherchons d'autres conditions que les ntres1 que parce que nous ne savons pas faire usage de celles en lesquelles nous nous trouvons2 nous ne sortons de nous-mmes1 que faute de savoir tirer parti de ce qui est en nous4 ,mais nous avons beau monter sur des chasses1 sur ces chasses il nous faut quand mme marcher avec nos jambes1 et sur le trne le plus lev du monde nous ne sommes assis que sur notre derrire4 ,les plus belles existences sont1 mon sens1 celles qui rentrent dans le modle gnral de la vie humaine1 qui sont bien ordonnes1 et d'o surtout sont exclus le miracle et l'extravagance4--,quant la vieillesse1 elle a un peu besoin d'tre traite avec quelque tendresse2 c'est pourquoi je termine en recommandant la mienne ce dieu protecteur de la sant et de la sagesse1 de la sagesse gaie et sociable3 ,o fils de ,latone6 accorde-moi de jouir en paix du fruit de mes labeurs2 donne-moi une me saine dans un corps sain2 et1 je t'en prie1 prserve-moi d'une vieillesse languissante1 ferme au commerce des ,muses 7,horace74 ,,fin ,,ds ,,essais4 7,,traduction7 ,illustration3 ,,rien ,,trop4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,troisi,,me ,,volume4 ,,livre ,,second4 7,suite47 ,pages4 ,,chapitre ,,xxxvi4--,des plus excellens hommes4--,a quels hommes1 entre tous1 donner la prminence4 #aj ,,chapitre ,,xxxvii4--,de la ressemblance des enfans aux pres4 #bb ,,livre ,,troisi,,me4 ,,chapitre ,i4--,de l'vtile et de l'honneste4 #gh ,,chapitre ,,ii4--,du repentir4 #ajf ,,chapitre ,,iii4--,de trois commerces4--,de la socit des hommes1 des femmes et de celle des livres4 #acf ,,chapitre ,,iv4--,de la diuersion4 #aeh ,,chapitre ,v4--,sur des ,vers de ,virgile4 #agh ,,chapitre ,,vi4--,des coches4 #bhf ,,chapitre ,,vii4--,de l'incommodit de la grandeur4--,des inconvnients des grandeurs4 #cbj ,,chapitre ,,viii4--,sur l'art de conferer4--,de la conversation4 #ccj ,,chapitre ,,ix4--,de la vanit4 #cgf ,,chapitre ,x4--,de mesnager sa volont4--,en toutes choses1 il faut se modrer et savoir contenir sa volont4 #dhd ,,chapitre ,,xi4--,des boyteux4 #ebf ,,chapitre ,,xii4--,de la physionomie4 #edf ,,chapitre ,,xiii4--,de l'exprience4 #eih ,,errata ,,du ,,troisi,,me ,,volume4 ,page #he1 lig4 #cg4--;,au lieu de3 veut1 lire3 voudrait ne4 ,page #aad1 lig4 #af4--;,au lieu de3 scache1 lire3 sache4 ,page #aah1 lig4 #cb4--;,au lieu de3 ,il semble1 lire3 ,il nous semble4 ,page #afh1 lig4 #be4--;,au lieu de3 conforce lire3 consorce4 ,page #agh1 lig4 #aj4--;,au lieu de3 mourir3 ,vn frre444 fi1 ,aristodemus1 lire3 mourir1 vn frre444 fi4 ,aristodemus4 ,page #bje1 lig4 #e4--;,au lieu de3 elle1 lire3 elles4 ,page #bgi1 lig4 #f4--;,aprs3 vouloir1 ajouter3 que2--aprs3 borner1 supprimer3 que4 ,page #cdb1 lig4 #e4--;,au lieu de3 differendum1 lire3 disserendum4 ,page #cdd1 lig4 #f4--;,au lieu de3 ,euthydomus1 lire3 ,euthydemus4 ,page #cfd1 lig4 #cg4--;,au lieu de3 opinon1 lire3 opinion4 ,page #daf1 lig4 #ac4--;,au lieu de3 suis1 lire3 fuis4 ,pour ce qui est des astrisques 7997 insrs dans la traduction1 se reporter au ,nota de la page #ae du premier volume4 99 99 99 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,second ,,volume4 ,page #df1 lig4 #bi4--;,au lieu de3 sort1 lire3 fort4 ,page #agd1 lig4 #ab4--;,au lieu de3 combieu1 lire3 combien4 ,page #aig1 lig4 #ag4--;,au lieu de3 raison1 lire3 raisons4 ,page #bhj1 lig4 #bf4--;,au lieu de3 homme1 lire3 hommes4 ,pour ce qui est des astrisques 7997 insrs dans la traduction1 se reporter au ,nota de la page #ae du premier volume4 ,,addition ,,aux ,,errata ,,du ,,premier ,,volume4 ,page #bah1 lig4 #ba4--;,au lieu de3 foy1 lire3 soy4 99 99 99 99 99 ,liste des modifications3 ,texte original3 ,page #ah3 portants antant remplacs par portant autant 7et portant autant de tesmoignage7 ,page #bj3 mesme par mesmes 7,et son humanit l'endroit des ennemis mesmes7 ,page #bb3 seu par seu 7car ils ne m'en eussent seu faire7 ,page #bd3 qu'il par qui 7qui n'eust mieux aym estre7 ,page #cj3 micles par miracles 7,nous n'auons que faire d'aller trier des miracles7 ,page #fb3 insques par iusques 7qui estoit vne science iusques lors7 ,page #fd3 en par eu 7d'auoir eu recours7 ,page #id3 eharges par charges 7des charges poisantes7 ,page #ajd3 diffidio par dissidio 7etiam in dissidio publicorum7 ,page #acj3 l'impuissanee par l'impuissance 7,ie ne sauray iamais bon gr l'impuissance7 ,page #acb3 ,le par ,la 7,la sant m'aduertit7 ,page #aej3 elle par elles 7elles ne valent pas d'acquerir vn mary7 ,page #aed3 doulenr par douleur 7il emousse les pointures de la douleur7 ,page #afj3 garir par guarir 7ie n'essayay pas de le guarir7 ,page #agh3 subiets par subiects 7444 sont subiects graues7 ,page #ahf3 vicia par vitia 7,quare vitia sua nemo confitetur87 ,page #bjb3 par 7sans le rompre tout faict87 ,page #bjd3 ajout de son 7changeant de compagnie selon son besoing et son goust7 ,page #bbj3 ajout de se 7chacun se repent et se desment7 ,page #bbh3 imaination par imagination 7,si nous ne pouuons contenir leur imagination7 ,page #beb3 enfantemeut par enfantement 7et tout enfantement ensemble7 ,page #bef3 suitte par fuitte 7,pour arrester sa fuitte7 ,page #bfd3 incertine par incertaine 7rare et incertaine7 ,page #bfh3 ros par rosa 7,alba rosa7 ,page #bgb3 chois par choisi 7que i'ay choisi cette sorte de parler7 ,page #bhb3 inspide par insipide 7,o la sotte composition et insipide7 ,page #cjf3 cepit par cpit 7neque pridem exordia cpit7 ,page #cbj3 mondres par moindres 7,ils ne bastissoient point de moindres pierres7 ,page #ccj3 qui par quis 7,perdere quis velit7 ,page #cdj3 suitte par fuitte 7modeste fuitte de contention7 ,page #cgb3 qn'il par qu'il 7la matiere qu'il nous montre7 ,page #chf3 diducimus par diducimur 7,tum ver in curas animum diducimur omnes7 ,page #djh3 quelque par quelques 7il pronona quelques paroles7 ,page #daj3 piece par pieces 7la distribution des pieces de son oraison7 3 prendre par perdre 7ie crains de perdre au change7 ,page #dbf3 qne par que 7que la bont est plus belle7 ,page #dcd3 ,qnoy par ,quoy 7,quoy1 dix lieus est-ce loing7 ,page #deb3 l'ayat par l'ayant 7l'ayant loge en tel poinct7 ,page #ded3 ponr par pour 7qui les ont recognus1 pour en mesdire7 ,page #dfd3 degout par dedgout 7qu'il fust desgout de moy7 ,page #dgf3 pleindre par plaindre 7ie ne saurois auoir le cur de le plaindre47 ,page #dhf3 sont par font 7ils le font par tout7 ,page #dib3 serait par seroit 7ce seroit vn sot7 ,page #egf3 hurt par heurt 7ny de remede ny de consolation1 qu'au heurt7 ,page #fjh3 sauant par sauants 7est-ce pas sauoir entendre les sauants87 ,page #fbd3 font par sont 7comme ils sont1 de cette canaille de gens7 ,page #fcb3 souueut par souuent 7,ie dis souuent7 ,page #fgb3 lon par long 7i'ayme me reposer long temps7 ,page #fih3 coufonde par confonde 7nous l'auons confonde7 ,page #gjj3 l'essort par l'effort 7l'effort d'vne viue et vehemente esperance7 ,traduction3 ,page #fd3 des des remplacs par des 7la puret des institutions47 ,page #aaa3 prepose par propose 77 ,page #abc3 surmon par surnom 7qu'on dsigne par ce surnom7 ,page #ace3 si si par si 7si on ne la voit7 ,page #adc3 tmritt par tmrit 7qu'elle ne tourne la tmrit7 ,page #aii3 fusssent par fussent 7si expriments que fussent ceux-ci dans la partie7 ,page #bdi3 gament par galement 7que la nature nous procure galement7 ,page #bgc3 en en par en 7et1 en vrit17 ,page #cbe3 hnmilit par humilit 7que je reconnaisse hardiment son humilit7 ,page #cic3 m'meuvrait par m'mouvrait 7et la chute d'une tour m'mouvrait7 ,page #dja3 voyens par voyons 7,nous voyons par mille exemples7 ,page #daa3 changement par changements 7les changements qu'il pourrait y introduire7 ,page #dbi3 but par butte 7qu'elle soit en butte aux factions7 ,page #dce3 ajout de a 7o il y a un continuel change de services7 ,page #dfe3 avons avons par avons 7les rgles que nous avons nous-mmes tablies7 ,page #eac3 effrondrement par effondrement 7,quel effondrement que celui du dernier7 ,page #ecc3 pas par par 7on perd trace des vraies qui nous chappent par leur petitesse7 ,page #ehi3 singlirement par singulirement 7il estime singulirement la beaut7 3 la la par la 7la ,sant1 la ,beaut1 la ,richesse7