,,la ,,psychologie ,,comme ,,science ,,naturelle 99 99 99 99 99 ,,bruxelles ,typographie de ,m4 ,weissenbruch ,,imprimeur ,,du ,,roi #de1 ,,rue ,,du ,,poin,,on1 #de 99 99 99 99 99 ,,la ,,psychologie ,,comme ,,science ,,naturelle ,,son ,,pr,,sent ,,son ,,avenir ,,par ,j4 ,,delb,,uf ,,application ,,de ,,la ,m,,thode ,,exp,,rimentale ,,aux ,,ph,,nom,,nes ,,de ,l',,ame4 ,,paris ,,librairie ,,germer ,,bailli,,re ,cie #ag1 ,,rue ,,de ,l',,cole ,,de ,m,,decine #ahgf 99 99 99 99 99 ,,la ,,psychologie ,,comme ,,science ,,naturelle ,,son ,,pr,,sent ,,son ,,avenir ,i ,,notions ,,de ,l',,ame ,,du ,,corps ,connais-toi toi-mme avait dit le plus sage des oracles au plus sage des hommes4 ,en donnant ,socrate ce prcepte1 ,apollon n'avait fait que traduire en formule le besoin instinctif qui1 du premier jour o l'homme intelligent apparut sur cette terre1 l'a pouss s'tudier lui-mme pour se rendre compte de sa place dans l'univers4 ,cette tche quotidienne1 l'humanit l'a accomplie jusqu'aujourd'hui avec une conscience de plus en plus sre d'elle-mme2 dans ce sicle surtout1 elle semble enfin avoir trouv la vritable voie qui mne la vrit4 ,dpassant de beaucoup la pense socratique1 l'homme ne se contente plus de s'adresser lui-mme pour avoir l'explication de sa nature1 mais il interroge les annales de son pass1 en remontant aussi loin que possible dans la nuit des temps mme prhistoriques1 et1 pour s'clairer1 il demande l'univers1 dont il fait partie1 les lments qu'il recle et qui peuvent conduire la solution du problme4 ,langues1 mythologies1 religions1 murs1 institutions politiques1 littratures1 lgislations1 histoire2 astronomie1 gologie1 physique1 chimie2 botanique1 zoologie1 anatomie humaine et compare1 physiologie1 embryognie1 nosologie3 voil le rapide aperu de toutes les branches de l'activit humaine dont chacune tend jeter un peu de lumire dans l'obscurit mystrieuse qui nous enveloppe4 ,la mise contribution de toutes les sciences est videmment le seul moyen rationnel pour aboutir dans ces recherches2 car1 si elles partent toutes de l'homme1 elles ont l'homme pour objet1 et la connaissance de nous-mmes ne peut progresser qu'avec la connaissance du monde qui nous entoure4 ,cependant1 aujourd'hui encore1 peu de philosophes de profession l'entendent de cette faon4 ,beaucoup s'en tiennent souvent l'empirisme1 la mthode pure et simple de l'observation extrieure1 contre laquelle ,socrate avait dj ragi2 d'autres1 au contraire1 interprtant dans un sens troit la pense de l'oracle1 comme d'ailleurs ,socrate aussi l'avait fait1 s'en rapportent uniquement l'intuition ou la mthode spculative4 ,les premiers arborent1 en gnral1 la bannire du matrialisme2 les seconds1 celle du spiritualisme4 ,la lutte entre les deux systmes est plus ardente que jamais et engage de part et d'autre avec toutes les armes dont on peut disposer4 ,l'un appelle son secours toutes les dcouvertes des sciences naturelles et en fait un grand talage2 l'appareil de ses forces augmente de jour en jour2 l'autre se retranche dans sa vieille forteresse et compte sur la valeur de ses vieux soldats1 se contentant tout au plus d'attaquer directement les auxiliaires les plus rcents de son ternel ennemi1 parmi lesquels il range1 comme le plus redoutable1 le darwinisme4 ,la tactique des uns et des autres est assez curieuse4 ,les matrialistes voient des arguments en faveur de leur thse dans chaque progrs des sciences physiques et biologiques4 ,les spiritualistes1 agissant en cela souvent l'tourdie1 commencent toujours par repousser avec indignation et colre les rsultats nouveaux de la science1 mais ils finissent par s'en accommoder1 et essayent mme de les faire tourner leur avantage4 ,ainsi les avons-nous encore vus se conduire dans ces derniers temps4 ,darwin venait d'assurer la prpondrance de la doctrine de l'volution1 en dmontrant que la variabilit des types spcifiques est une consquence ncessaire de faits scientifiques indiscutables3 la slection naturelle et la concurrence vitale4 ,des esprits clairvoyants1 plus hardis que ne le fut d'abord ,darwin dans l'expression complte de leur pense1 avaient indiqu nettement la question de l'origine de l'homme comme devant recevoir une solution conforme au principe du transformisme4 ,le spiritualisme attaqua l'uvre de ,darwin et les travaux de ses disciples2 il dfendit avec acharnement la notion de l'espce invariable et1 par consquent1 cre tout d'une pice4 ,mais on ne peut nier que le darwinisme ne fasse des progrs de plus en plus marqus1 et que le jour n'est pas loign o il faudra admettre1 sinon toutes1 du moins une grande partie des ides du naturaliste anglais4 ,le spiritualisme pressent ce moment et se montre ds maintenant dispos sacrifier ses notions et ses convictions antrieures sur l'espce1 rservant toutes ses forces pour dfendre l'origine particulire de l'homme4 ,et plus tard1 sans aucun doute1 ft-il dmontr l'vidence que l'homme est frre ou cousin du singe1 qu'il descend comme l'orang-outang ou le gorille d'un primate anthropomorphe1 le spiritualisme reprendra sa thse favorite et pourra soutenir1 non sans raison1 que cette origine reconnue ne dtruit en rien le caractre distinctif de l'homme2 que1 parmi toutes les formes animales1 la forme humaine a t choisie par ,dieu pour tre le tabernacle d'une me raisonnable et immortelle4 ,c'est ainsi que nous voyons le texte de la ,gense recevoir une interprtation d'abord littrale1 puis insensiblement une explication de plus en plus lastique qui permette de l'accommoder aux dcouvertes inbranlables de l'astronomie et de la gologie#a4 ,depuis des milliers d'annes ces deux doctrines sont en prsence1 se combattent opinitrement1 essayent de se terrasser1 chantent victoire1 sans qu'on puisse dire avec quelque raison que l'une ou l'autre ait dfinitivement triomph4 ,quand on se demande quelle est la cause de l'inanit de leurs efforts1 on s'aperoit bientt que les deux champions choisissent sparment le terrain du combat1 qu'ils se dfient de loin1 luttent parfois contre une ombre1 en croyant attaquer le vritable adversaire1 et que jamais ils ne se rencontrent srieusement4 ,un large fleuve les spare2 ce fleuve1 c'est la diffrence de la mthode1 du point de dpart1 des faits primordiaux observs et d'o l'on tire les consquences4 ,les matrialistes partent de la nature sensible1 des minraux1 des plantes1 des animaux1 dcouvrent des lois gomtriques1 physiques1 chimiques1 physiologiques2 ils ne se proccupent en aucune faon des faits intellectuels et moraux4 ,la grammaire1 les littratures1 les lgislations1 les religions ne les touchent gure et1 s'ils en parlent1 c'est pour affirmer gratuitement que ces faits doivent s'expliquer de mme par la chimie et la physique1 car hors de l il n'y a pas de salut4 ,le spiritualiste1 au contraire1 le philosophe1 spculatif1 part des phnomnes qu'il observe dans sa pense1 constate en lui les notions du vrai1 du beau1 du bien1 de la libert1 du droit1 du devoir1 de ,dieu1 toutes notions qui1 jusqu' preuve du contraire 7et cette preuve n'a pas encore t donne71 ont des caractres1 semble-t-il1 incompatibles avec ceux des phnomnes matriels4 ,il y a donc lieu de dterminer le champ du dbat1 de poser nettement la question1 de critiquer les rponses qui y sont prmaturment donnes1 d'indiquer la voie suivre pour en faciliter la solution1 et l'on arrivera cette conviction que ce problme1 le plus redoutable de tous1 laisse tout au plus soulever un des coins du voile qui le recouvre1 et tout juste assez pour nous en faire entrevoir la mystrieuse profondeur4 ,nous essayerons de dmontrer1 par l'analyse mme de ses termes1 que1 pour tre abord avec fruit1 non seulement il rclame l'alliance des deux procds1 mais encore qu'il doit emprunter de ses donnes aux autres sciences1 et qu'il exige en outre l'emploi d'une mthode propre4 ,avant tout1 nous voulons adresser une prire nos lecteurs3 s'ils appartiennent dj une cole philosophique dtermine1 qu'ils veuillent bien lire sans parti pris les pages suivantes4 ,nous y parlons de l'me et du corps1 et nous tentons de les dfinir4 ,il ne faut donc pas que le matrialiste ou le spiritualiste jette le livre1 parce que1 ds l'abord1 nous choquerons peut-tre les ides qu'ils caressent4 ,nous demanderons encore qu'on ne s'offense pas a priori des termes mtaphoriques auxquels nous sommes oblig d'avoir recours1 parce que1 l'homme1 quand il parle des animaux1 ne peut que se servir de son propre langage4 ,nous n'avons pas l'intention de profiter d'une mtaphore pour faire des paralogismes4 ,si1 en parlant de l'animal en gnral1 nous lui attribuons l'intelligence1 la volont1 la conscience1 la facult de distinguer le moi du non-moi1 nous n'entendons nullement1 sans preuve1 les assimiler l'homme4 ,nous nous servons de ces expressions1 faute d'autres2 mais elles ne sont1 en tout cas1 susceptibles que d'un sens restreint dtermin par le texte4 ,une application fera saisir notre pense4 ,l'tat actuel d'un tre quelconque est dans une dpendance absolue l'gard des circonstances dans lesquelles il est plac4 ,ainsi1 la temprature d'un corps s'lvera1 si celle du milieu ambiant s'lve4 ,c'est ce qui arrive tout tre1 qu'il soit sensible ou non4 ,mais1 s'il est sensible1 il se passera en outre en lui un autre phnomne que l'lvation de temprature2 il ressentira l'impression reue1 il aura chaud1 ou encore1 il se dira3 j'ai chaud2 il portera un jugement sur son tat1 il aura la conscience d'une modification dans sa nature2 son sens intime l'avertira d'un changement survenu en lui4 ,je viens de me servir1 pour rendre ma pense1 des mots jugement1 conscience1 sens intime1 faute d'autres2 car il m'est impossible de me soustraire au langage analogique lorsque je veux analyser chez autrui les phnomnes psychiques de la sensibilit1 vu que je ne connais intimement que ceux qui se passent en moi1 et ne puis que les supposer chez les autres4 ,mais1 dis-je1 en employant ces expressions1 je ne veux en aucune faon leur donner un sens qui aille au del du texte4 ,mon intention n'est pas d'assimiler subrepticement et ds maintenant1 grce une mtaphore1 ce jugement3 j'ai chaud1 que l'embryon et l'infusoire peuvent noncer1 avec un jugement rflchi tel que celui-ci3 j'cris4 ,le lecteur doit y voir uniquement la description d'un fait1 rendue sensible par l'emploi de mtaphores analogiques4 ,i4 ,la distinction entre l'me et le corps est universelle1 et s'applique tous les tres sensibles4 ,ces termes veillent dans l'esprit de tout homme une ide prcise4 ,un problme ds lors se prsente3 ,quels sont les rapports de l'me et du corps8 ,pour le rsoudre1 il faut d'abord en dfinir les termes1 et1 par suite1 remonter au principe de la distinction4 ,dans tous les temps1 dans tous les pays1 et sous tous les degrs de civilisation1 les hommes ont toujours distingu en eux l'esprit et le corps4 ,toutes les langues1 depuis les plus informes1 celles des sauvages1 jusqu' celles des peuples vous au matrialisme le plus raffin1 ont des mots rpondant plus ou moins ceux d'me et d'esprit1 et puisqu'ils ont le mot1 ils ont ncessairement l'ide correspondante4 ,on peut crer un mot pour dsigner une chose imaginaire1 une chose impossible mme1 mais non pour dsigner une chose dont on n'aurait aucune ide4 ,voil le fait2 et ce fait a en soi une porte incontestable4 ,de l rsulte un autre fait tout aussi significatif4 ,c'est que tous les hommes se comprennent quand ils parlent de l'me ou de l'esprit1 quelle que soit d'ailleurs l'opinion qu'ils professent touchant sa nature4 ,la langue des philosophes matrialistes comprend le mot me comme celle des philosophes spiritualistes4 ,cette proposition3 ,nous avons une me distincte du corps1 est tout aussi claire pour ceux qui la nient que pour ceux qui l'admettent4 ,de plus1 tout tre sensible1 en gnral1 nous apparat1 premire vue1 comme renfermant une double nature1 une nature corporelle se manifestant par des phnomnes corporels1 une nature psychique se manifestant par des phnomnes psychiques2 en d'autres termes1 il se prsente nous comme compos1 lui aussi1 d'une me et d'un corps4 ,la ,fontaine comprenait ,descartes1 et ,descartes se comprenait lui-mme quand il niait que les btes eussent de l'esprit4 ,c'est assez le dire3 en dpit des thories diverses souvent opposes ou contradictoires qu'on met sur la nature et mme sur l'existence de l'me ou du corps1 ces mots ont une signification suffisamment nette et accessible tout esprit4 ,un problme1 ds lors1 s'impose la rflexion3 ,quels sont les rapports de l'me et du corps8 ,c'est dire1 sont-ils identiques ou diffrents substantiellement8 ou bien l'un des deux seulement est-il une ralit et l'autre un mot8 ou bien encore n'y a-t-il l que deux mots destins grouper les phnomnes manant d'un seul et mme tre8 ,voil la question4 ,mais1 pour la rsoudre1 il faut1 au pralable1 en dfinir les termes1 c'est dire trouver pour l'me et le corps une dfinition acceptable par tous et qui exprime rellement l'ide que l'on a en vue quand on prononce ces mots4 ,mais cette dfinition1 son tour1 n'est possible que si nous remontons au principe de la distinction4 ,la marche suivre est1 ds lors1 tout indique4 ,la distinction est-elle primitive8 ,si elle ne l'est pas1 quelle est la distinction primitive ou le premier acte de la connaissance8 ,comment est-elle possible1 ou quelle est la condition fondamentale de la connaissance8 ,si nous russissons traiter convenablement ces points1 nous aurons en mme temps1 outre la dfinition des termes du problme1 une rponse cette question3 ,qu'est-ce qu'un animal8 acheminement vers cette autre question3 ,qu'est-ce que l'homme8 puis une rponse cette troisime question3 ,comment le connatre8 ,,ii4 ,la distinction entre l'me et le corps n'est pas primitive4 ,le premier acte de la connaissance est la distinction du moi et du non-moi4 ,pour que cette distinction soit possible1 il faut que l'tre puisse1 par un effort volontaire et senti1 se donner des sensations lui-mme1 c'est dire1 qu'il ait le sentiment de la motilit4 ,la distinction entre l'me et le corps n'est pas primitive4 ,l'enfant--ni probablement l'animal--ne distingue pas en lui une double nature4 ,il se sent un et s'oppose comme tel ce qui n'est pas lui4 ,c'est ce qui ressortira davantage mesure que nous avancerons dans notre tude4 ,la distinction primitive est celle du moi et du non-moi4 ,la distinction entre l'me et le corps est conscutive4 ,sur quoi repose cette distinction premire8 ,on la fait dpendre quelquefois1 mais tort1 d'une proprit caractristique du sens du toucher4 ,tout corps que je touche ou qui me touche provoque en moi1 dit-on1 une sensation toute particulire4 ,or1 lorsque je me touche moi-mme1 lorsque ma main1 par exemple1 presse mon bras1 comme il y a la fois deux parties en contact1 j'prouve dans ma main et dans mon bras deux sensations rciproques1 le bras et la main donnant et recevant la fois l'impression4 ,le jeune chien qui veut jouer avec sa queue1 comme si c'tait un corps tranger1 ne tarde pas s'apercevoir que c'est une partie de lui-mme et qu'il ne peut la blesser sans qu'il prouve de la douleur2 mais si une main hostile vient la saisir1 il mordra cette main1 sans que la chose mordue lui fasse ressentir aucune souffrance4 ,cette proprit contribue coup sr me faire connatre l'tendue de mon tre4 ,mais si le corps humain tait construit de manire ne pouvoir se toucher1 comme le corps de certains mammifres1 celui d'un grand nombre de lzards1 de la plupart des poissons et des espces animales infrieures1 si l'on naissait sans bras ni jambes1 serait-on incapable de distinguer le moi du non-moi8 ,on ne pourrait srieusement le soutenir4 ,de plus1 il y a l une ptition de principe2 car il ne nous a pas t dit quoi je reconnais que la partie que je touche est moi-mme1 et c'est pourtant par l qu'on doit commencer4 ,enfin1 nous verrons plus tard que cette explication est inexacte1 et que l'tre sensible doit parfois1 dans certaines conditions1 regarder comme tant lui1 ce qui est autre que lui4 ,nous allons tablir que l'animal distingue le moi du non-moi1 la seule et unique condition qu'il puisse1 par un effort volontaire et senti1 se donner des sensations lui-mme4 ,l'tre sensible est plac en prsence du monde extrieur1 et l'altration des rapports dans lesquels il se trouve son gard se traduit chez lui par des sensations4 ,la sensation est donc le produit de deux facteurs1 de deux causes1 de deux composantes1 savoir l'tre et le reste de l'univers4 ,mais comment cet tre peut-il dmler dans sa sensation la part du moi et celle du non-moi8 comment mme peut-il souponner que ce n'est pas un phnomne simple1 non susceptible d'analyse8 ,il s'agit de rsoudre une quation deux inconnues2 il faut videmment en liminer une4 ,nous avons une rsultante de deux composantes2 il est ncessaire d'isoler l'une des deux pour connatre l'autre3 ,la sensation est comme un corps binaire2 pour en connatre la composition1 il faut dgager au moins l'un des lments4 ,il faut donc que l'tre puisse se rendre compte d'un tat dont lui seul soit la cause2 il faut1 en un mot1 qu'il puisse se donner des sensations lui-mme1 volontairement1 c'est dire en sachant que c'est lui qui se les donne#b4 ,avant de dvelopper cette proposition1 expliquons-la par un exemple sur lequel nous devrons revenir1 parce que1 clair et simple en apparence1 il est au fond assez compliqu4 ,l'enfant crie et il a le sentiment des efforts qu'il fait pour crier2 en mme temps1 il a une sensation auditive4 ,comme celle-ci vient toujours la suite de ces mmes efforts1 il ne tarde pas s'apercevoir qu'il a le pouvoir de se donner une sensation auditive d'une nature particulire1 et il pourra en venir s'amuser de ses propres cris4 ,ce premier pas de fait1 il avance rapidement dans la voie de ses dcouvertes2 il apprend qu'en remuant les bras et les jambes1 il peut se donner des sensations tactiles1 des sensations visuelles4 ,mais en mme temps il s'aperoit qu'une seconde srie de sensations de toute nature n'a pas une source identique et dpend d'autre chose que de lui4 ,c'est malgr lui qu'il entend la voix de sa mre2 si elle se tait et qu'il dsire l'entendre1 il ne peut de lui-mme reproduire les sons agrables qui frappaient son oreille4 ,il voit autour de lui des mouvements qui ne sont pas accompagns en lui des sensations musculaires qu'il prouve quand il remue1 par exemple1 ses bras devant ses yeux4 ,en mme temps donc qu'il vient se connatre1 qu'il acquiert la conscience de son existence1 il constate qu'il n'est pas lui seul tout ce qui existe2 qu'il y a en dehors de lui des choses qui ne sont pas lui1 il arrive la conviction que son existence est coordonne d'autres existences4 ,alors seulement il peut songer s'enqurir de l'tendue de son propre individu4 ,maintenant que nous avons clairci le sens de notre proposition1 nous avons la reprendre dans toute sa gnralit4 ,un tre1 avons-nous dit1 n'arrive la distinction du moi et du non-moi1 en d'autres termes1 n'est capable de connaissance qu' la seule condition de pouvoir se donner des sensations lui-mme4 ,or quelles sont les sensations fondamentales que tout animal peut se procurer8 ,l'exprience nous apprend que ce sont des sensations motiles1 ou1 pour nous servir d'une expression plus claire1 mais moins exacte et moins gnrale1 des sensations musculaires4 ,on n'a pas encore1 en effet1 rencontr d'animal1 si simple qu'il soit1 qui n'ait au moins la facult d'excuter des mouvements4 ,la position des diffrentes parties de mon corps peut tre due ma volont ou des causes extrieures2 en d'autres termes1 le mouvement peut tre actif ou passif4 ,de mme qu'on peut mouvoir les membres d'un cadavre1 de mme on peut dplacer ceux d'un tre vivant et sensible4 ,c'est l ce qu'on peut appeler un mouvement passif4 ,la secousse procurera1 en gnral1 au patient une sensation sui generis1 qui l'informera d'un changement dans sa manire d'tre4 ,tel n'est pas le mouvement actif dont le principe est dans l'tre lui-mme1 et qui est provoqu par une cause quelconque4 ,ce mouvement puise son origine dans un acte volontaire du sujet1 prendre le mot volont dans un sens trs large4 ,cet acte volontaire1 ce dploiement d'nergie interne est accompagn d'une certaine sensation4 ,l'individu se sent autre quand il veut et quand il ne veut pas4 ,le mouvement suit la volont2 et il est son tour accompagn d'une modification soit uniquement du sens musculaire1 ou plus gnralement du sens de la motilit1 soit aussi d'un autre sens2 et le sujet1 la suite d'une srie plus ou moins longue d'expriences de cette nature1 finit par s'apercevoir qu'il peut se donner lui-mme des sensations4 ,c'est un fait universellement constat1 tous les animaux que nous connaissons ont la facult de changer volontairement de forme1 en ce sens qu'ils peuvent modifier la position respective de leurs organes1 et la plupart peuvent se transporter d'un lieu un autre4 ,ils sont avertis de ce changement de forme par un changement dans leur sensibilit1 et d'un autre ct1 ils savent que l'tat diffrent de leur sensibilit s'est montr la suite d'un dploiement d'effort qu'ils ont galement senti4 ,aprs un plus ou moins grand nombre d'expriences1 ils en viennent reconnatre qu'ils ont un certain domaine en leur puissance4 ,mais en mme temps ils s'aperoivent que cette puissance est limite4 ,parfois1 la suite de l'effort1 le changement qu'ils avaient en vue n'arrive pas1 ils n'prouvent pas la sensation motile correspondante1 parce qu'un obstacle extrieur est venu s'opposer l'effet attendu du dploiement d'nergie interne4 ,l'animal reconnat alors qu'il y a en dehors de lui une autre chose qui circonscrit son pouvoir1 qui lutte avec lui et qui lui rsiste victorieusement4 ,c'est l chez lui le premier acte de connaissance4 ,je me suis servi tantt des mots3 sens musculaire1 effort musculaire4 ,on conoit maintenant en quoi ces expressions sont trop restreintes4 ,nous ne voulons pas dire qu'un animal n'est tel qu' condition d'avoir un appareil musculaire comme celui des animaux suprieurs2 nous entendons uniquement par l que l'animal doit avoir la facult de se mouvoir et de sentir son effort4 ,et1 notons-le bien1 ce sentiment est1 proprement parler1 la condition sine qua non et caractristique sans laquelle il ne peut tre rang dans la classe des animaux1 c'est dire1 des tres dous de connaissance3 ,les plantes se meuvent1 puisqu'au moins elles croissent et qu'elles cherchent par leurs feuilles1 la lumire1 par leurs racines1 l'humidit4 ,mais si nous admettons qu'elles ne s'aperoivent pas de leurs mouvements1 nous ne pouvons dire qu'elles appartiennent au rgne animal#c4 ,nous ne voudrions pas affirmer1 au surplus1 qu'on ne puisse concevoir thoriquement l'existence d'tres sensibles qui seraient tels1 grce une autre sensibilit fondamentale4 ,les vers luisants se donnent certainement eux-mmes des sensations lumineuses2 peut-tre la torpille et le gymnote peuvent-ils se donner des secousses lectriques4 ,il peut se faire qu'il existe des animaux absolument incapables de se mouvoir4 ,j'entends le mot dans le sens de changer de lieu4 ,mais1 dans tous les cas1 la qualit fondamentale1 essentielle1 qui fera d'eux des tres sensibles et connaissants1 c'est celle de pouvoir se donner volontairement1 par un dploiement senti d'nergie1 des sensations analogues celles qu'ils peuvent recevoir du monde o ils sont placs4 ,et1 parler d'une faon absolue1 tout dveloppement d'nergie est1 au fond1 un mouvement2 seulement1 il peut ne pas se manifester dans l'espace et tre simplement molculaire4 ,on voit maintenant pourquoi1 en donnant l'exemple de l'enfant qui crie et qui entend ses propres cris1 nous avons annonc que nous devions y revenir parce que1 au fond1 il est plus compliqu qu'en apparence4 ,car le cri1 en supposant que l'enfant ft sourd1 n'en serait pas moins pour lui une occasion de se douter de l'empire qu'il a sur lui-mme4 ,l'mission de la voix1 en effet1 est prcde d'un dploiement de force provoqu par la faim1 la soif1 la douleur1 peu importe1 et ce dploiement de force1 il le sent1 et il sent en mme temps une modification de son individu produite par les contractions de son larynx1 sensation qu'il apprend bientt reconnatre comme ayant sa cause immdiate dans sa volont4 ,enfin1 dernire observation1 il n'est pas ncessaire que ce soit l'individu lui-mme qui fasse ces expriences et commence son ducation4 ,l'exprience1 transmise par les parents1 peut se manifester chez lui sous forme d'instinct4 ,c'est ainsi que nous voyons les poulets1 au sortir de l'uf1 se conduire et chercher dj par eux-mmes leur nourriture4 ,comme toute gnration se rduit1 en dernire analyse1 une division1 on conoit sans peine que la partie possde en ralit ou virtuellement les proprits du tout4 ,,iii4 ,connaissance de l'tendue du moi4 ,le moi est pour l'tre sensible ce qui lui procure toujours une mme sensation1 chaque fois que sa volont est la mme4 ,le non-moi est pour lui l'ensemble des autres causes4 ,cela tabli1 voyons comment l'animal obtient la connaissance de l'tendue de son propre individu4 ,il rsulte de ce que nous avons dit1 que l'animal regarde comme tant lui1 comme faisant partie intgrante de son tre1 tout ce qui lui procure1 du moment o il le veut1 une sensation dtermine et attendue4 ,l'hutre regarde videmment comme une portion d'elle-mme ses deux valves1 et probablement la roche sur laquelle elle s'attache4 ,supposons un zoophyte qui est fix sur une pierre dans l'excavation d'un rocher4 ,chaque fois qu'il tend ses bras1 il en touche les parois2 celles-ci doivent1 son sens1 faire partie de lui-mme et sont pour lui ce que sa coquille est au colimaon4 ,le polype qui1 chaque fois qu'il sort de sa demeure1 voit toujours autour de lui les mmes objets immobiles1 s'identifie avec eux4 ,ainsi1 l'enfant qui ne sortirait jamais de son berceau pourrait croire que ce berceau est une partie de son tre2 et si nous venions au monde avec des vtements qui ne nous quitteraient pas1 ils nous apparatraient comme appartenant notre personne1 au mme titre que les poils1 les cheveux1 les ongles1 l'piderme4 ,en un mot1 l'animal regarde comme n'tant pas diffrent de lui ce qui lui procure toujours une mme sensation1 chaque fois que sa volont est la mme4 ,le non-moi1 c'est pour lui tout le reste2 ce qui agit sur lui sans la participation de sa volont et malgr sa volont4 ,c'est la source de l'imprvu1 de l'inattendu1 des surprises4 ,il peut se tromper sur son tendue comme sur celle du moi4 ,il peut la juger ou moindre ou plus grande que la ralit4 ,si1 avant toute exprience postrieure1 l'homme avait la possibilit de regarder ce qui se passe en lui1 s'il pouvait voir son cur battre1 son sang circuler1 certes1 il considrerait au premier abord ces organes comme tant trangers son tre1 parce que leurs mouvements ne sont pas et ne peuvent tre voulus4 ,il finirait nanmoins par les attribuer au moi1 la suite d'une tude plus complte1 comme nous venons de le faire voir4 ,une observation curieuse que me signale mon collgue1 douard ,van ,beneden1 justifie pleinement cette manire de voir#d4 ,on sait que les tres les plus lmentaires connus1 ceux dont l'organisation est plus simple que la cellule mme1 et qui1 tant privs de toute partie diffrencie n'ont1 proprement parler1 pas d'organisation1 sont les monres4 ,ce sont de petits amas d'un liquide albuminode dous de mouvement4 ,ces espces de gouttelettes se remuent dans le fluide qu'elles habitent1 en changeant leur forme1 en projetant de leur propre substance des prolongements en guise de bras4 ,or1 si par suite d'une cause quelconque deux bras d'une mme monre viennent se toucher1 il arrive qu'ils se soudent par leurs extrmits et ils forment ainsi un anneau de substance albuminode2 puis1 sous l'influence des contractions de la matire qui les constitue1 le diamtre de l'anneau diminue progressivement1 et le vide central finit par s'effacer4 ,si1 au contraire1 deux bras appartenant deux monres se rencontrent1 jamais il n'y a confusion1 jamais la substance de l'une ne coule dans l'autre4 ,admettons que la monre soit un animal1 et analysons le fait4 ,la monre1 en projetant ses bras1 se heurte parfois des corps trangers4 ,la sensation qu'elle prouve lui a t donne1 ce quelle croit d'abord1 par elle-mme2 mais lorsque1 la suite d'un pareil mouvement1 la barrire n'tant plus l1 l'impression ne s'est pas produite1 elle a fini par reconnatre que cet obstacle n'tait pas elle4 ,il n'en est pas de mme quand deux de ses bras s'arrtent mutuellement4 ,la sensation qu'elle prouve dans ce cas1 elle peut la reproduire tant qu'elle veut1 et elle acquiert ainsi peu peu une connaissance suffisante de l'tendue de son tre4 ,on voit maintenant que si deux monres se mettent en contact1 elles ne peuvent1 en tant qu'individus distincts1 se mlanger en aucune faon1 car chacune d'elles est trangre l'autre1 et leurs volonts se contrarient4 ,on conoit du reste1 sans qu'il soit ncessaire d'en dire davantage1 quelle exprience l'animal doit acqurir comme individu1 ou possder comme issu de l'espce1 avant d'tre renseign plus ou moins approximativement sur l'tendue de son moi1 combien de fois il doit rformer des jugements errons1 et que de choses sont par lui attribues souvent tort au moi ou au non-moi4 ,d'ailleurs1 cette question1 facile rsoudre en thorie1 est presque insoluble en pratique4 ,qui oserait fixer1 par exemple1 le moment o l'hutre avale par le gourmet cesse d'tre elle pour devenir lui8 ,et1 l'inverse1 quel instant une scrtion cesse-t-elle de faire partie de l'animal d'o elle sort8 ,heureusement1 l'explication de ces difficults n'est pas ncessaire au but que nous avons en vue4 ,,iv4 ,le moi1 en tant que connu directement et par un acte intuitif1 apparat primitivement comme un et indivisible4 ,mais quand on a recours au procd par lequel on discerne le non-moi1 savoir le sens externe1 on constate qu'une partie du moi peut tre connue par ce procd1 c'est le corps2 l'autre partie1 qui n'est connue que par le sens interne1 est l'me ou l'esprit1 ou le moi dans le sens restreint et abusif de ce dernier mot4 ,rapprochons-nous maintenant du point qui nous intresse principalement1 la distinction de l'me et du corps1 qui doit1 avons-nous dit1 rsulter de celle du moi et du non-moi4 ,l'enfant est donc parvenu distinguer son moi du non-moi4 ,il est averti directement de l'existence du moi1 il conclut l'existence du non-moi4 ,le moi1 c'est ce qui lui obit1 le non-moi1 c'est ce qui ne lui obit pas4 ,il domine l'un et subit l'autre4 ,mais1 s'il fait cette diffrence1 il ne faut pas croire qu'il distingue dj en lui une me et un corps4 ,il dira alors1 comme du reste il le dira plus tard et toujours3 ,j'ai deux bras1 j'ai deux jambes1 une mouche est sur moi1 le chien m'a mordu2 et d'un autre ct3 ,je souffre1 j'ai du plaisir1 je veux1 j'ai peur1 j'aime1 je me souviens4 ,sous ce rapport1 sa langue est tout aussi correcte que celle des hommes faits1 et il ne faudrait pas croire1 avec beaucoup de penseurs1 quelle en deviendrait plus philosophique parce qu'il dirait3 ,mon me pense1 et mon corps grandit1 au lieu de3 ,je pense1 je grandis4 ,car mon me et mon corps signifient l'me de moi1 le corps de moi1 c'est dire que le moi se place au dessus de l'me et du corps1 comme possdant l'un et l'autre1 et comme tant plus1 par consquent1 que chacun d'eux pris sparment4 ,d'ailleurs encore--et cet argument est sans rplique--si1 le terme moi et le terme me taient identiques1 quand je dis mon bras ou mon corps1 cela signifierait le bras de mon me1 le corps de mon me1 puis1 le bras de l'me de mon me1 etc4 ,et pour faire disparatre la prtendue mtaphore renferme dans des expressions comme celle-ci3 certaines parties de mon corps obissent ma volont1 on tomberait dans un langage ridiculement compliqu1 sans mme atteindre le but qu'on se propose4 ,le moi1 c'est donc l'individu1 corps et me1 considr dans son unit indivisible4 ,on dit3 je grandis1 je maigris1 je perds mes dents1 je grisonne1 je deviens chauve1 je suis corch1 j'ai des engelures1 j'ai la peau noire etc41 aussi lgitimement que l'on dit3 je pense1 je sens1 je me rappelle1 je rflchis1 je raisonne1 je rve1 je calcule1 je dsire1 je crains4 ,ainsi sont donc parfaitement corrects1 quoi qu'en dise ,jouffroy1 le mot suicide et la phrase3 je me tue4 ,d'un autre ct1 nous accordons que l'on peut donner au terme moi le sens restreint d'me ou esprit4 ,nous userons nous-mme souvent de cette facult4 ,seulement1 il ne faut pas perdre de vue que cet emploi du mot est abusif et contraire au langage ordinaire1 si l'on ne veut pas s'exposer commettre des raisonnements vicieux4 ,de la distinction premire entre le moi et le non-moi va dcouler la distinction de l'me et du corps4 ,pour le dmontrer1 il nous faut rechercher comment nous parvenons la connaissance de ce que nous appellerons plus tard notre corps4 ,nous avons vu l'enfant en arriver la conclusion de l'existence d'un non-moi1 c'est dire d'une collection d'tres plus ou moins semblables lui-mme1 mais indpendants de lui-mme4 ,il ne voit ni n'entend sa mre quand il le veut2 il ne voit pas la lumire quand il le veut2 en un mot1 il pressent qu'il y a en dehors de lui d'autres volonts que la sienne4 ,c'est de cette faon qu'il exerce peu peu ses sens et qu'il finit par reconnatre1 d'aprs ses sensations visuelles1 auditives1 tactiles1 les objets qui sont en dehors de lui4 ,or1 il remarque avec le temps qu'il y a des choses en lui1 et des actes produits par lui1 qu'il peroit comme il peroit les choses en dehors de lui4 ,il se voit1 en partie du moins1 comme il voit les choses extrieures4 ,il y a1 en outre1 des choses en lui et des actes mans de lui qu'il peroit d'une autre faon1 au moyen d'une facult particulire qui ne se laisse pas appliquer aux choses du dehors4 ,il s'assure1 par exemple1 qu'il a deux bras1 deux jambes1 qu'il est grand ou petit1 qu'il a la peau noire1 de la mme manire qu'il s'assure que les autres hommes ont des bras et des jambes1 qu'ils sont grands ou petits1 qu'ils ont la peau noire ou blanche4 ,ses moyens de connaissance l'gard des objets extrieurs1 il peut les appliquer certaines choses qui sont en lui4 ,sans doute1 il sait qu'il a des membres par d'autres voies encore que la vue et le toucher1 mais la vue et le toucher les lui font remarquer comme ils lui font remarquer les membres des autres animaux4 ,ainsi encore1 quand il marche et quand il court1 des modifications intrieures l'avertissent sans doute qu'il n'est pas en repos2 mais il peut1 en outre1 constater sa course et sa marche par les moyens dont il use pour juger de la marche et de la course d'autrui4 ,en deux mots1 il y a lieu de distinguer dans le moi des faits externes et des faits internes1 des faits qui me sont rvls l'aide des sens externes et des faits qui me sont rvls par le sens interne1 le sens intime1 ou la conscience1 dans le sens large de ces deux derniers mots et en tant qu'on peut les appliquer tous les animaux4 ,un exemple va faire comprendre cette distinction4 ,j'ai une blessure et je souffre4 ,le mdecin voit la modification organique1 mais il ne voit pas ma souffrance2 il la devine1 il y croit1 mais il ne la connat pas2 il ne peut mme s'en faire une ide1 moins qu'il n'ait souffert autrefois du mme mal1 et encore6 ,moi1 au contraire1 je sens ma souffrance1 elle m'est immdiatement connue et prsente2 mais je ne vois pas la modification survenue dans mes organes1 ou1 si je la vois1 c'est la faon du mdecin qui la voit en autrui1 et je ne la perois pas directement comme la cause1 de ma souffrance4 ,la blessure1 voil une modification externe du moi2 la souffrance1 voil la modification interne correspondante4 ,de mme1 quand je remue le bras1 il se passe en moi un phnomne rsultant d'une dpense de force vitale dans un certain sens1 phnomne dont je suis averti par le sens interne2 mais c'est par les sens externes que je connais le mouvement opr1 et c'est indirectement que je vois dans le dploiement de ma force vitale la raison du mouvement extrieur de mon bras4 ,cela est tellement vrai que si1 par une cause quelconque1 le phnomne interne se reproduit1 si je crois sentir en moi une dpense d'nergie1 je m'imaginerai1 par la force de l'habitude1 que l'acte externe a suivi1 bien qu'il puisse se faire qu'il ne se produise pas4 ,c'est1 entre autres1 ce qui se passe parfois dans les rves1 et ce qui a toujours lieu quand on vient d'tre amput d'un membre4 ,vous croyez le mouvoir1 et le sens externe seul vient vous avertir de votre erreur4 ,il est facile d'appliquer les mmes observations aux cas suivants3 je suis pinc1 je suis brl1 je marche1 je cours1 je me remue1 je suis tomb1 je suis immobile1 je suis frapp1 etc4 ,inutile de faire observer ici le grand rle que vient jouer le miroir dans la vie de l'homme4 ,il ddouble pour ainsi dire mon individu et m'apprend1 sur ce qui me concerne1 une foule de choses que je ne connatrais pas sans lui4 ,l'tre sensible puise donc la connaissance de lui-mme deux sources diffrentes1 n'ayant aucun point de commun entre elles1 le sens intime et les sens externes4 ,or1 nous rapportons l'me ou l'esprit1 comme un principe distinct1 tous les faits internes1 et au corps tous les phnomnes externes du moi4 ,nous pouvons donc dfinir l'me ou l'esprit1 le support des faits internes1 et le corps1 le support des faits externes4 ,tout ce que nous observons en nous la faon d'un fait externe1 nous l'attribuons au corps2 par exemple1 le dplacement dans l'espace4 ,tout le reste appartient l'me2 par exemple1 la fatigue4 ,telles sont les dfinitions cherches de l'me et du corps2 elles ne prjugent rien quant la nature de l'me1 ni quant ses rapports avec le corps2 elles sont en concordance avec le langage de tous les temps et de tous les peuples1 et enfin elles rendent aussi fidlement que possible l'ide qu'veillent en nous ces mots tels qu'on les emploie ordinairement4 ,on le voit1 ds prsent1 le problme capital de la psychologie1 ou pour employer un mot nouveau1 mais qui pour nous a un sens scientifique trs prcis1 de la psychophysique1 sera de rechercher les rapports de l'me et du corps1 de ramener la dualit des deux principes l'unit1 de rtablir1 si possible1 l'harmonie entre ces deux termes opposs4 ,v4 ,le sens intime et les sens externes appliqus directement nous-mme ne nous donnent de nous-mme qu'une connaissance fragmentaire2 d'o la ncessit de la mthode inductive4 ,toutes les sciences ont directement ou indirectement l'homme pour objet4 ,l'tre sensible1 avons-nous dit1 puise la connaissance de lui-mme deux sources diffrentes1 n'ayant aucun point de commun entre elles3 le sens intime et les sens externes4 ,l'animal s'en contente peut-tre2 pour l'homme1 elles sont insuffisantes4 ,il y a1 en effet1 des proprits externes du moi qui chappent aux sens externes1 et des faits internes qui chappent au sens intime4 ,une grande partie de notre organisation intrieure nous est totalement inconnue4 ,nous ne savons comment est fait notre corps1 ni comment y fonctionnent nos organes4 ,nous ne savons pas que nous avons un systme circulatoire1 un systme de nutrition1 un systme respiratoire1 un systme nerveux1 etc4 ,nous ne connaissons ni le cur1 ni le foie1 ni l'estomac1 ni le cerveau4 ,pour avoir la notion de ces organes et de leurs fonctions1 nous avons recours forcment l'observation des autres hommes4 ,c'est en eux que nous voyons se passer les phnomnes physiologiques2 et des ressemblances extrieures qui existent entre eux et nous1 nous concluons que nous leur ressemblons aussi intrieurement4 ,toutefois1 nous pouvons nous tromper cet gard4 ,en #ahfd1 nous avons perdu ,lige un professeur d'anatomie1 ,dresse1 qui1 ayant le cur droite et renvers1 et le foie gauche1 ne s'en tait jamais dout4 ,bichat1 si ma mmoire ne me trompe pas1 attribuait la folie l'ingalit des hmisphres du cerveau1 et il prsentait lui-mme cette dernire particularit un haut degr4 ,enfin1 il est remarquer que nous ne connaissons pas directement nos yeux1 qui sont des organes1 sans contredit1 des plus utiles4 ,nous ne les avons jamais vus1 nous ne les verrons jamais4 ,le miroir nous en fournit une image1 et cette image seule1 plus ou moins fidle1 et1 dans tous les cas1 renverse de droite gauche nous en donne une connaissance indirecte et assez imparfaite4 ,le sens intime a1 lui aussi1 besoin d'tre complt par les observations auxquelles nous soumettons les autres hommes4 ,les phnomnes internes de notre vie dans le sein d'o nous sommes sortis1 et ceux de notre premire enfance1 ce qui se passe en nous pendant un sommeil profond1 un vanouissement1 pendant la fivre ou la folie1 sont compltement soustraits l'il de la conscience4 ,mais nous admettons que nous vivons1 agissons1 sentons dans tous ces tats1 parce que nous voyons dans les mmes circonstances les autres vivre1 agir1 sentir1 ou1 pour parler plus exactement1 donner les signes extrieurs qui accompagnent chez nous la vie1 l'activit1 la sensibilit4 ,comme nous nous sommes vus agir extrieurement d'une certaine manire1 la suite de certains actes internes1 nous croyons que chez les autres tres qui reproduisent les mmes actes extrieurs1 prside une activit interne semblable la ntre4 ,je les entends parler1 par exemple2 comme la parole est chez moi l'expression extrieure de la pense intrieure1 j'admets que chez eux aussi la parole correspond la pense4 ,c'est ce jugement d'analogie qu'il faut attribuer l'admiration nave des sauvages pour les singes et les perroquets4 ,il rsulte de l que la science de l'homme ne peut uniquement se fonder sur l'observation interne--sans quoi le philosophe en serait rduit faire la description1 et encore incomplte1 de sa propre individualit1 un moment dtermin de son existence--ni s'appuyer exclusivement sur l'observation extrieure--sans quoi les phnomnes observs ne pourraient tre interprts psychiquement1 c'est dire regards comme l'expression extrieure d'un tat intrieur chappant l'observation4 ,la psychophysique rclame la fois et l'observation interne et l'observation externe1 elle doit s'appuyer la fois et sur les donnes du sens interne et sur celles de l'exprience4 ,mais elle rclame1 en outre1 le concours de toutes les sciences1 tant de celles qui tudient l'homme dans son pass embryognique1 phylognique1 historique1 zoologique1 que de celles qui tudient l'univers dont il fait partie et dont il reoit l'empreinte4 ,ces sciences dcouvrent la vrit par fragments1 et toute vrit conquise fait pntrer un rayon de lumire dans les profondeurs de notre tre4 ,mais1 en outre1 toutes les sciences1 partant de l'homme1 manifestent sa nature sous un certain aspect2 filles de l'esprit humain1 elles en expriment la puissance gnratrice4 ,si donc nous recherchons comment elles poursuivent et atteignent la vrit1 nous saurons comment l'esprit doit s'y prendre en gnral pour rsoudre un problme1 nous aurons la pleine conscience des moyens qui sont notre disposition et de la mthode que nous devons suivre pour l'aborder avec fruit4 ,une fois en pleine possession de cette mthode1 nous examinerons comment il faut l'appliquer aux recherches directes sur les rapports de l'me et du corps1 aprs nous tre assur auparavant de l'inefficacit absolue des mthodes jusqu'ici employes4 ,nous voil ainsi ramen notre point de dpart4 ,l'homme n'a jamais failli la mission que lui rappelait l'oracle de ,delphes4 ,seulement1 cette mission est indfinie1 et ceux-l seuls sont dans l'erreur qui1 se fondant sur une mthode exclusive et imparfaite1 croient l'avoir accomplie4 ,rsumons-nous4 ,la connaissance suppose chez l'animal la facult de se modifier lui-mme volontairement4 ,comme les choses extrieures le modifient aussi de leur ct1 il conclut l'existence en dehors de lui d'une puissance analogue la sienne4 ,il distingue le non-moi du moi1 l'un qui ne lui obit pas1 l'autre qui lui obit4 ,il connat le moi d'une faon directe et immdiate1 le non-moi d'une faon indirecte et par raisonnement4 ,il puise deux sources de connaissances1 le sens interne et les sens externes4 ,la partie de son tre phnomnal qu'il peut dcouvrir par les moyens dont il use l'gard du non-moi1 c'est son corps2 l'autre partie1 c'est son me4 ,le corps est donc ce qui peut tre connu la faon du non-moi1 et1 par consquent1 par tous les tres connaissants2 l'me n'est connue que par l'tre en qui elle est4 ,la contemplation interne et externe de l'tre par l'tre lui-mme aboutit des rsultats ncessairement incomplets2 de l1 ncessit de complter les donnes du sens interne et des sens externes1 non seulement par les donnes qui dcoulent de l'observation directe des autres hommes1 mais encore par celles que nous fournit leur exprience actuelle et passe4 ,toutes les sciences1 en tant qu'elles manent de l'homme1 sont des objets ncessaires de cette observation1 et1 ce titre1 elles expriment la nature humaine et tendent la dfinir4 ,mais l'observation ne suffit pas4 ,il faut rechercher comment les autres sciences parviennent1 en partant du mme point1 dcouvrir et accumuler des propositions vraies4 ,il faut1 une fois en pleine possession de cette mthode1 l'appliquer rigoureusement au problme de la psychophysique4 #a ,j'ai lu rcemment1 dans la ,revue catholique1 je crois1 le compte-rendu d'un ouvrage de je ne sais plus quel abb franais qui dmontre que ,mose1 dans sa ,gense1 est darwiniste4 ,on m'affirme1 d'un autre ct1 que le discours prononc par ,m4 d',omalius d',halloy1 le #af dcembre #ahgc1 l',acadmie de ,belgique1 et reproduit par la ,revue scientifique1 quoique compltement favorable la doctrine du transformisme1 a t approuv dans les hautes sphres catholiques1 comme ne renfermant rien de contraire la plus stricte orthodoxie4 #b ,voir dans notre ,essai de logique scientifique1 ,lige #ahfe1 une dduction analogue1 mais plus gnrale 7p4 #ajd et suiv474 ,un phnomne rel1 ,a1 y disons-nous1 ne nous est pas connu en lui mme1 mais seulement dans son rapport avec nous1 ou sous la forme de l'ide a que nous en avons4 ,on peut donc poser que ,a est fonction de a et de ,x1 ,x reprsentant la nature de notre facult connaissante4 ,on a ainsi l'quation3 ,a f7a1 ,x74 ,or1 on voit que ,a ne peut tre connu que si ,x est connu1 c'est dire1 que si l'esprit se connat lui-mme4 ,nous y disons encore 7prf4 p4 xvi et suiv473 ,la forme de l'objet1 la forme du miroir1 la forme de l'image1 voil trois termes indissolublement unis4 ,changez l'un1 les autres seront altrs4 ,l'image1 c'est l'ide qui est connue sans intermdiaire4 ,la forme du miroir1 c'est la nature particulire de ma facult connaissante4 ,si je ne la connais pas1 il m'est interdit jamais de dgager l'objet2 et si je la connaissais compltement1 rien ne serait plus certain que la possibilit d'acqurir des notions exactes touchant l'objet4 ,mais je ne la connais qu'imparfaitement2 de l mes ides imparfaites concernant les choses4 ,seulement1 l'homme fait tous les jours des progrs de plus en plus marqus dans la connaissance de lui-mme1 et toutes les sciences viennent tour tour jeter un rayon de lumire sur les mystres de notre nature4 ,de manire que la connaissance de l'univers et la connaissance de nous-mmes progressent de concert1 et que l'une entrane l'autre4 #c ,en disant cela1 je choque peut-tre certaines ides qui ont gnralement cours parmi les transformistes4 ,pour eux1 les animaux et les plantes sont deux rameaux sortis d'une mme souche1 les protozoaires1 et ne se distinguent qu'au point de vue morphologique et physiologique4 ,je ne sais ce qui en est de cette descendance4 ,pour moi1 je ne suis pas actuellement dispos croire1 pour des raisons que j'exposerai plus tard1 que la sensibilit et l'intelligence puissent apparatre l o elles ne sont pas en germe4 ,en consquence1 vu certains faits prsents notamment par la sensitive et les plantes carnivores1 je n'hsite pas accorder aux plantes la sensibilit tout en leur refusant le sentiment de la motilit4 #d ,la monre chez laquelle ,m4 ,van ,beneden a fait cette observation est la ,pelomyxa palustris1 rcemment dcrite par ,r4 ,greeff4 ,le corps ne mesure pas moins de deux trois millimtres de diamtre1 circonstance trs favorable l'observateur4 ,si deux ou trois individus se meuvent sur un porte-objet1 ils en arriveront ncessairement1 au bout de quelques instants1 se toucher par les bras qu'ils projettent au dehors4 ,une observation semblable sur les ,arcelles a t faite1 il y a longtemps dj1 par ,m4 ,peltier2 elle a t confirme depuis par ,dujardin4 ,ces savants avaient remarqu que les expansions filiformes des ,difflugies ou des ,amibes se soudent1 quand elles sont projetes par un mme individu1 tandis qu'elles se touchent sans se souder1 si elles manent d'individus diffrents4 ,je ne voudrais pas1 ajoute ce propos ,dujardin1 entrer dans une discussion srieuse sur la volont1 sur le moi des ,infusoires1 comme l'ont fait pourtant des philosophes clbres4 7,,dujardin4 ,infusoires1 dans les ,suites ,buffon1 p4 #bh474 ,je regrette de ne pas connatre ces discussions4 ,voir aussi dans le mme auteur1 rapportes avec plus de dtails1 des observations analogues faites sur la ,gromie oviforme4 99 99 99 99 99 ,,ii ,,mat,,rialisme1 ,,spiritualisme1 ,,psychophysique ,nous croyons avoir pos nettement le problme de la psychologie1 et avoir tabli1 par l'analyse mme de ses termes1 l'impuissance radicale de toute mthode exclusive1 c'est dire fonde uniquement ou sur l'observation externe ou sur l'observation interne1 en donner une solution satisfaisante4 ,cependant1 cette impuissance est bien loin d'tre avoue4 ,au contraire1 c'est un prjug universellement rpandu que l'observation seule peut nous faire connatre tous les faits psychologiques4 ,aussi1 du moment o l'homme s'est proccup de sa propre nature et du but de son existence1 du moment1 en un mot1 o s'est rvle la ncessit d'une science des rapports de l'me et du corps1 deux systmes opposs ont t mis en prsence2 ces systmes se partagent actuellement encore le champ de la philosophie4 ,il existe1 en effet1 d'une part1 toute une classe de philosophes qui prtend trouver l'explication de ces rapports dans l'analyse de la nature physique2 et1 de l'autre1 des penseurs qui1 se plaant un point de vue tout oppos1 la cherchent dans l'me elle-mme4 ,nous avons une psychologie matrialiste et une psychologie spiritualiste4 ,l'existence de ces deux doctrines rivales est un fait considrable qui nous montre l'esprit humain sous l'un de ses aspects les plus intressants4 ,comment se fait-il que cette question1 si clairement dfinie pourtant1 soit tudie par des mthodes si opposes et s'accusant mutuellement de ne pas tre scientifiques8 ,pourquoi y a-t-il des matrialistes et des spiritualistes8 ,pourquoi les uns et les autres se croient-ils seuls dans la bonne voie8 ,pourquoi croient-ils leurs adversaires dans la mauvaise et restent-ils obstinment sourds leur argumentation8 ,or1 ici nous touchons l'une des particularits les plus curieuses de la science de l'me4 ,en gnral1 les sciences commencent par tre entaches d'erreurs considrables que le travail des gnrations savantes tend faire disparatre2 mais l'erreur une fois dtruite1 on n'a plus s'en occuper4 ,du moment que ,copernic eut tabli le vrai systme du monde et que ses propositions eurent t admises1 on n'eut plus parler que pour mmoire des systmes astronomiques des anciens4 ,les fausses ides en histoire1 en philologie1 en gographie1 dans les sciences naturelles1 une fois redresses1 sont dfinitivement cartes et juges tout au plus dignes de figurer dans l'histoire des sciences4 ,il n'en est pas de mme en psychologie4 ,la science de l'homme a pour objet aussi bien ses erreurs que ses dcouvertes1 et quel que soit l'avenir rserv cette science1 quelque degr de perfection qu'elle doive arriver un jour1 il faudra toujours rserver une place importante l'tude des faux systmes non seulement scientifiques1 mais surtout psychologiques4 ,ils sont1 en effet1 une manifestation de notre intelligence tout aussi significative que la connaissance de la vrit4 ,enfin1 lorsqu'on aborde une de ces questions qui se prsentent obstinment l'esprit et dont les solutions semblent peu satisfaisantes1 on doit avant tout se rendre compte de l'inefficacit des mthodes suivies antrieurement et viter d'entrer dans la voie qui en a gar tant d'autres4 ,si l'on tente un nouvel essai1 c'est pour faire mieux ou tout au moins pour faire autrement4 ,nous devons donc commencer par exposer l'origine psychologique de ces deux systmes et en faire la critique4 ,i4 ,origine psychologique du matrialisme1 du spiritualisme et de l'harmonisme4 ,le point de dpart de ces systmes implique des consquences exclusives qui modifient a priori profondment l'nonc et la porte du problme4 ,le matrialisme a pour lui l'anciennet historique3 c'est par l que dbute toute philosophie4 ,c'est aussi le systme qui se prsente le premier notre esprit ds que nous recherchons la cause de ce qui se passe en nous4 ,il a t dit que la chose immdiatement connue est le moi1 ce mot tant pris dans le sens restreint d'me ou d'esprit1 et que les qualits du non-moi sont conclues1 en comprenant par non-moi la phnomnalit externe4 ,mais l'exprience ne tarde pas nous apprendre que les divers tats du moi1 ses sensations agrables ou dsagrables1 son bien-tre ou son malaise dpendent surtout du non-moi2 et1 comme ce qui est en dehors de nous est inconnu et imprvu1 nous tendons le connatre et le prvoir4 ,c'est ainsi que1 peu peu1 notre activit se dirige toute vers l'extrieur1 vers le ct objectif des phnomnes sensibles1 et en vient ngliger le ct subjectif4 ,nous arrivons mme sentir en dehors de nous les objets1 les voir en dehors de nous1 les entendre en dehors de nous1 c'est dire projeter au dehors toutes nos sensations et relguer dans l'ombre l'tre qui les prouve4 ,tous nos sens agissent de cette faon1 ils sont exercs connatre le monde extrieur et non les impressions qu'ils reoivent4 ,l'il juge que le bleu est diffrent du rouge1 mais il ne s'enquiert pas de savoir en quoi prcisment le rouge diffre du bleu1 ni quel signe il les distingue4 ,il ne sait pas qu'il est insensible en une portion notable de sa surface2 il ne sait pas comment il juge du relief1 de l'loignement1 de la direction1 de la forme4 ,de mme1 l'oreille ne dcompose pas en ses lments partiels le timbre1 ou la tonalit1 parce que la connaissance de ces lments n'a pas pour nous un intrt pratique immdiat2 mais elle distingue les diffrents tons1 les diffrents timbres1 parce que cette distinction lui fait connatre l'objet4 ,il lui suffit de constater que les sons diffrent entre eux1 mais elle n'a aucun souci d'analyser leur diffrence1 ni de rechercher en quoi elle consiste1 car cette recherche ne lui est d'aucune utilit4 ,nos sens sont tellement accoutums reporter l'extrieur ce qui se passe en eux que frquemment des phnomnes tout subjectifs sont objectivs1 notamment dans certaines maladies4 ,tels sont les phnomnes des mouches volantes1 des couleurs accidentelles1 des bourdonnements1 les hallucinations de toute espce4 ,nous finissons ainsi par oublier que tout phnomne sensible est le produit de deux facteurs d'gale importance1 l'tre sentant et l'objet senti2 nous accordons une valeur exagre ce qui agit sur nous1 et nous attribuons1 au contraire1 un rle de moins en moins grand notre activit sensible au point de l'annuler2 et1 en dernire analyse1 nous croyons recevoir de l'extrieur purement et simplement1 sans altration aucune1 tout ce qui se trouve en nous1 comme un bassin reoit de la source qui l'alimente toute l'eau qu'il contient4 ,la doctrine psychologique1 d'aprs laquelle tout ce qui est en nous nous vient du dehors et nous est donn par les choses mmes1 se prsente dans l'histoire sous le nom d'empirisme et de sensualisme2 elle aboutit au matrialisme2 on pourrait l'appeler ralisme#a4 ,ds lors1 le problme des rapports de l'me et du corps est notablement simplifi1 puisque l'me n'est plus qu'une espce de reflet de la nature extrieure4 ,l'tude de la nature doit nous fournir tous les lments dont nous avons besoin pour claircir les mystres de notre tre4 ,la physique1 la chimie1 la physiologie nous en donneront la clef4 ,de l faire de l'me un produit fortuit de la combinaison de certaines forces matrielles1 il n'y a qu'un pas4 ,le ralisme1 comme doctrine psychologique1 conduit directement au matrialisme1 comme doctrine mtaphysique4 ,le matrialisme assimile l'me un produit matriel 7matrialisme des anciens7 ou une proprit matrielle 7matrialisme des modernes72 il n'y a plus en nous de double nature1 et le problme est modifi dans son nonc et sa porte4 ,la psychologie n'est plus qu'un appendice des sciences naturelles2 elle cherche rpondre cette question3 ,comment les phnomnes psychiques naissent-ils des phnomnes corporels8 ,presque en mme temps que le ralisme btit ses divers systmes1 en talant un grand luxe d'arguments1 une doctrine psychologique oppose1 l'idalisme1 se manifeste et se dveloppe4 ,il ne lui est pas difficile de s'apercevoir que le ralisme1 qui croit prendre les choses pour origine de ses ides1 part1 au contraire1 des ides pour remonter aux choses4 ,comme il arrive dans toute raction1 ce dogme a1 de son ct1 une tendance exagrer le rle de l'me dans l'acquisition de nos connaissances1 et insensiblement1 force de rduire la part de l'extrieur1 il ne laisse plus subsister que l'intrieur4 ,pour cette doctrine1 tout ce qui est actuellement dans le moi appartient constitutivement au moi1 toutes ses dterminations lui sont donnes avec l'existence1 et le rle de l'extrieur se borne tout au plus lui donner les occasions de les dcouvrir successivement4 ,le ralisme aboutit faire de l'esprit un produit du non-moi1 c'est dire des forces extrieures2 l'idalisme1 son tour1 va jusqu' faire du non-moi un produit de l'esprit et de sa libre activit4 ,d'un ct1 l'esprit est comme un miroir ou l'cran de la chambre noire qui se borne reflter le monde extrieur2 de l'autre1 c'est une puissance cratrice qui s'agite au milieu d'un monde enfant par elle2 dans le drame de son existence1 l'esprit est la fois pote et acteur4 ,le ralisme simplifie et transforme le problme en supprimant l'me2 l'idalisme aboutit au mme rsultat et supprime la nature4 ,tandis que l'un finit par affirmer que tout est matire1 selon l'autre1 tout est esprit4 ,le monisme1 c'est dire l'affirmation de l'existence d'un principe unique1 est au bout de ces deux systmes4 ,ils ont encore un autre point de contact4 ,ils partent tous deux de l'hypothse que les ides prexistent la connaissance4 ,pour le raliste1 elles sont dans les choses extrieures qui nous les envoient4 ,c'est ainsi que l'air tient suspendus les germes de moisissures et d'animaux microscopiques qu'il rpand partout o il pntre et qui se dveloppent l o ils rencontrent des circonstances favorables4 ,l'idaliste admet qu'elles sont en nous2 seulement1 elles y sont plus ou moins caches1 et il s'agit de les mettre au jour4 ,c'est le papillon renferm dans sa chrysalide qui attend l'occasion propice de la fendre et d'tendre ses ailes la lumire2 c'est le tableau que le temps a couvert d'une couche norme de poussire et qu'un artiste habile viendra dbarrasser de son voile4 ,le gland1 plant dans un terrain propice1 devient le chne puissant au feuillage touffu4 ,d'o lui viennent ses feuilles8 ,la terre1 dit le matrialiste1 les contenait et les a transmises au gland1 qui en a fait sa parure4 ,analysez la terre1 l'air et l'eau2 dgagez leurs lments1 combinez-les d'une autre faon1 prenez des creusets et des cornues1 vous y trouverez les feuilles du chne4 ,le gland les renfermait en lui-mme1 rpond le spiritualiste2 donnez-moi un microscope1 je vous les y ferai voir4 ,la terre a seulement fourni au gland l'occasion de les dvelopper et de les panouir4 ,enfin1 ces deux systmes ont ceci de particulier1 c'est qu'ils s'amnent rciproquement et qu'ils rentrent l'un dans l'autre4 ,le ralisme conduit l'idalisme1 parce que l'impression faite sur nos organes varie suivant leur nature et leur disposition1 de sorte que le monde qui nous apparat est bien le monde pour nous1 mais non le monde rel4 ,berkeley1 le disciple direct de ,locke1 du plus puissant des dfenseurs modernes du sensualisme1 dfinit la nature la succession de nos ides1 et la phrase3 ,le soleil m'chauffe1 substitue celle-ci3 ,par la sensation de lumire que j'prouve1 je suis averti que j'prouverai bientt une sensation de chaleur4 ,condillac dit que l'homme ne peut sortir de lui-mme2 et les matrialistes du ,x,v,i,i,ie sicle affirment que chacun de nous parle une langue propre et incommunicable4 ,de son ct1 l'idalisme conduit un rsultat oppos4 ,la nature n'tant que l'esprit objectiv1 autant vaut1 pour tudier l'esprit1 de scruter la nature qui en est la manifestation la plus complte1 puis le corps humain qui est l'uvre la plus parfaite de la nature1 et dont la connaissance donne la clef de toutes les connaissances#b4 ,le paralllisme entre les deux systmes serait complet si l'nonc du problme subissait une transformation analogue4 ,pour le ralisme1 les phnomnes psychiques sont des effets des phnomnes physiques1 et l'uvre du psychologiste consiste mettre en vidence cette relation de cause effet4 ,par contre1 l'idalisme1 pouss ses dernires consquences1 conduit regarder le phnomne corporel comme un effet du phnomne spirituel4 ,mais1 en gnral1 il n'en est cependant pas ainsi4 ,le philosophe idaliste reconnat dans l'ordre physique des caractres et des causes propres1 et il n'a pas une ide bien nette des relations de l'ordre physique avec l'ordre psychique4 ,aussi1 pour lui1 le problme se pose-t-il dans ces termes vagues3 ,quelle est la nature de la correspondance entre les phnomnes du corps et ceux de l'me8 ,de l un troisime systme qui prtend concilier l'antithse du ralisme et de l'idalisme absolus1 maintenir en face l'un de l'autre et indpendamment l'un de l'autre l'esprit et la nature4 ,ce systme est dualiste4 ,comment raisonnent les deux coles prcdentes pour expliquer la prsence en nous d'une ide quelconque1 celle d'tendue1 par exemple8 ,l'esprit est une chose intendue1 dit le ralisme1 il ne peut donc trouver en lui la notion d'tendue2 il doit la tirer du dehors2 c'est par son commerce avec les choses tendues que vient en lui une ide que sans cela il n'aurait jamais eue4 ,au contraire1 rpond l'idalisme1 l'esprit possde en lui-mme l'ide de l'tendue2 c'est une forme lui1 qui lui est constitutive1 et il l'applique aux choses du dehors qui en soi sont intendues2 si donc celles-ci nous apparaissent avec cette qualit1 ce n'est pas qu'elles la possdent1 c est nous qui la leur donnons en la tirant de notre propre fond4 ,nous avons en nous l'ide de couleur3 c'est que nous voyons des objets colors1 disent les uns2 c'est que nous avons des yeux coloristes1 disent les autres4 ,l'harmonisme qui1 dans l'histoire de la philosophie1 correspond au cartsianisme et compte parmi ses plus brillants apologistes des philosophes comme ,descartes1 ,malebranche1 ,leibnitz1 runit ces deux affirmations opposes4 ,pour lui1 l'esprit et les choses extrieures sont forms sur un mme type1 il y a entre elles et lui harmonie complte4 ,a la qualit extrieure1 dite sensible1 correspond l'ide intrieure ou la qualit intelligible4 ,les objets extrieurs sont tendus et notre esprit trouve en lui l'ide d'tendue qui leur correspond4 ,comment pourrions-nous1 en effet1 selon lui1 reconnatre que les objets sont tendus1 si nous n'avions en nous l'ide d'tendue8 ,et comment cette ide s'appliquerait-elle aux objets1 si ceux-ci n'taient pas tendus8 ,cette hypothse1 en apparence conciliante1 ne fait1 en ralit1 que donner prise aux objections auxquelles sont exposes sparment les hypothses extrmes4 ,l'idalisme est embarrass pour expliquer notre ignorance temporaire l'gard de certaines notions que nous sommes censs possder en nous4 ,le dualisme est dans le mme embarras4 ,le ralisme ne sait nous faire comprendre le passage de la qualit relle la qualit conue4 ,l'harmonisme ne saurait davantage nous montrer comment l'esprit peut reconnatre en dehors de lui le type qui est en lui1 comment il peut appliquer la qualit intelligible la qualit sensible1 qu'il ne connat pas4 ,cette doctrine1 enfin1 prsente des difficults qui lui sont propres4 ,l'accord entre l'esprit et la nature s'explique trs bien dans les deux hypothses prcdentes1 puisque c'est ou l'esprit qui se modle sur la nature1 ou la nature sur l'esprit4 ,mais ici l'esprit et la nature ne se fournissent plus rien l'un l'autre4 ,si1 la vue d'un carr1 j'ai l'ide du carr1 il y a entre la chose et l'ide un abme qui ne peut s'tre combl naturellement4 ,l'accord est un fait dont l'explication manque absolument4 ,force est bien de l'attribuer un tre qui n'est ni l'esprit ni la nature1 ,dieu4 ,le monde corporel et le monde spirituel sont comme deux horloges qui marchent toujours d'accord sans agir l'une sur l'autre1 parce que ,dieu veille ce que la correspondance subsiste1 ou parce qu'il les a construites parfaites4 ,l'esprit est une de ces horloges1 le monde corporel est l'autre4 ,la premire sonne l'heure quand la seconde l'annonce1 sans qu'il y ait entre elles le moindre rouage de commun4 ,tel est le systme de l'harmonisme4 ,inutile d'insister sur ce que cette hypothse prsente d'artificiel4 ,cela devient vident quand on circonscrit le problme pour en faire1 non celui des rapports de l'esprit et de la nature1 mais celui des rapports de l'me et du corps4 ,cette hypothse est sans doute difficile rfuter sur le terrain de la spculation pure4 ,mais le simple fait que mon bras se meut quand je le veux en dit plus que des volumes d'arguments4 ,ce n'est pas tout4 ,quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse1 l'harmonie dont on parle n'est pas l'harmonie elle-mme1 mais la conception de l'harmonie4 ,par le mot nature l'esprit n'entend et ne peut entendre que la nature intelligible4 ,il a beau parler de ralit1 de non-moi1 d'tendue sensible1 c'est toujours la ralit intelligible1 le non-moi intelligible1 l'tendue intelligible4 ,la nature sensible1 la nature extrieure existe-t-elle8 ,il n'en sait rien1 et n'en peut rien savoir4 ,en somme1 pour lui1 tout reste dans le mme tat1 soit qu'on la supprime1 soit qu'on la laisse subsister2 son monde intelligible lui suffit2 il n'est pas ncessaire qu'il en suppose un autre4 ,ce systme1 par consquent1 se ramne et a d'ailleurs abouti historiquement l'idalisme4 ,sa mthode est aussi toute spculative4 ,c'est1 du reste1 un rsultat prvoir4 ,au fur et mesure que l'homme rflchit sur lui-mme1 il se voit forc de plus en plus de reconnatre que la seule chose qui lui est immdiatement connue est son propre esprit4 ,,ii4 ,point de dpart de la psychophysique2 elle se classe parmi les sciences naturelles4 ,elle tche de remonter aux faits primitifs et de pntrer jusque dans le domaine de l'inconscience4 ,critique des systmes ralistes et idalistes4 ,qu'ils l'avouent ou qu'ils le nient1 les systmes que nous venons d'exposer sont le produit de la spculation pure2 car ceux mmes qui ont l'air de s'appuyer sur des faits matriels partent d'une ide toute spculative1 savoir de la possibilit de connatre l'essence de la pense en tudiant la nature4 ,aussi l'histoire de la philosophie met nu l'impuissance radicale de toutes ces coles4 ,dit-on aujourd'hui quelque chose de plus que ,socrate1 ,platon1 ,aristote8 ,de quelle utilit positive ont t la psychologie les rformes de ,bacon1 de ,descartes1 de ,kant8 ,nous sommes peut-tre plus clairs1 plus mthodiques que les anciens1 mais o sont les vrits dcouvertes8 ,les mmes systmes renaissent de leurs cendres tout aussi faux1 tout aussi vrais1 c'est dire tout aussi peu satisfaisants pour les gens qui ne se paient pas de mots4 ,quelle diffrence sous ce rapport entre la philosophie et les sciences naturelles6 ,ici1 il n'est pas une erreur qui1 une fois mise en vidence1 ne soit limine sans retour2 pas une proposition qui1 une fois dmontre vraie1 ne soit dfinitivement acquise la science4 ,la mthode est si sre que la somme du savoir ne peut que s'accrotre4 ,au livre de son avoir intellectuel1 l'homme n'inscrit que des bnfices1 jamais de pertes4 ,il faut donc prendre une position d'attente1 reconnatre la difficult du problme1 et en aborder lentement et courageusement l'tude1 sans se flatter orgueilleusement de dnouer ds aujourd'hui le nud de la question4 ,seulement1 comme il est utile d'avoir une ide prconue1 vraie ou fausse1 mais admise provisoirement comme probable1 on peut partir de la supposition que l'esprit humain forme ses ides en laborant la matire sensible1 de mme que le corps cre et rpare ses organes en laborant la matire corporelle4 ,en dehors de ces deux hypothses1 dont l'une soutient que le chne futur est dans le gland1 et dont l'autre prtend qu'il est dans la terre o germe la semence1 il y a place pour une troisime conjecture1 plus modeste parce qu'elle est moins affirmative1 plus scientifique parce qu'elle ne donne pas de prime abord une solution1 mais tend la prparer3 c'est celle qui admet que le gland travaille en vertu de sa force propre la nourriture qui lui est fournie par la terre1 et la convertit en organes1 en feuilles1 en fleurs1 en fruits de chne4 ,changez ses conditions de dveloppement1 et vous aurez d'autres feuilles1 d'autres fleurs et d'autres fruits1 quoique forms sur le mme type4 ,la terre fournit la matire1 le gland fournit la forme4 ,l'une est la force gnrale1 l'autre1 la force individualisante3 un autre gland et produit un autre chne4 ,mais1 cette hypothse admise1 le problme est loin d'tre rsolu4 ,il s'agit maintenant de savoir comment le gland transforme en feuilles1 en fleurs et en fruits les lments terrestres4 ,nous n'avons plus ici des feuilles toutes formes1 mais des feuilles former4 ,au lieu de rpondre la question unde8 nous sommes mis en demeure de rpondre la question quomodo8 et ici commencent les difficults srieuses4 ,voil la position caractristique1 en dehors du ralisme et de l'idalisme1 que prend la psychologie naturelle1 ou1 comme nous l'appellerons dsormais pour viter toute quivoque1 la psychophysique4 ,elle regarde les ides comme le produit de deux facteurs1 le moi et le non-moi4 ,pour elle le non-moi est la matire gnrale1 le moi la force individualisante1 la force qui s'assimile cette matire et se la rend propre1 en vertu de lois propres4 ,a premire vue1 on s'explique par l cette infinit d'organisations individuelles1 ces faons indfiniment varies de saisir le mme objet4 ,pour marcher vers ce but1 elle s'attache surtout saisir la premire manifestation de l'ide pour la poursuivre jusqu' son complet dveloppement4 ,elle la suit1 ds l'instant o on peut l'observer1 note avec tout le soin possible les divers lments qui viennent la composer et la nourrir2 alors seulement1 si elle est contente de son travail1 elle peut se hasarder noncer une opinion sur l'origine possible de l'ide1 sur l'tat lmentaire des deux facteurs au moment de sa naissance4 ,c'est ainsi qu'en palontologie on vise surtout saisir la premire apparition de la vie sur ce globe et reconstruire la srie des tres dans l'ordre o ils ont apparu1 et dans le milieu qui les a vus natre4 ,c'est ainsi encore que les tudes biologiques1 que la zoologie ne font plus un pas sans le secours de l'embryognie1 et que le naturaliste1 arm de son microscope1 prend l'tre vivant au moment o l'on n'observe encore en lui aucune diffrence1 et le suit dans tout le cours de son dveloppement embryonnaire1 persuad que l'tude d'un seul de ces phnomnes en apprend plus que la dissection de milliers d'tres adultes4 ,tout phnomne1 pour tre compltement lucid1 doit tre pris au moment o il apparat4 ,c'est alors qu'il porte l'empreinte la plus reconnaissable de la cause qui le produit4 ,or1 nous n'avons pas toujours eu nos ides1 nos sentiments actuels4 ,remontons donc vers notre pass1 et essayons de saisir en l'homme la premire lueur de la pense et du sentiment4 ,si je constate prsentement en moi les ides de ,dieu1 du juste1 du beau1 du bien1 comme je sais que ces ides n'ont pas toujours t en moi sous leur forme actuelle1 je puis hardiment assurer qu'elles ont leur origine dans un tat intellectuel antrieur1 et momentanment les oublier pour y revenir plus tard4 ,les pages les plus anciennes et les plus altres de la tradition1 dit ,max ,mller1 nous sont quelquefois plus chres que les documents les plus explicites de l'histoire moderne4 ,ici on saisit sur le vif la diffrence du point de dpart entre le ralisme empiriste d'un ct et l'idalisme spculatif et dialectique de l'autre4 ,les ralistes1 qu'ils s'appellent physiologistes ou matrialistes1 partent d'une ide prconue et non dmontre1 et anticipant la solution1 abandonnent le phnomne en question de la pense1 et vont l'tudier1 ou plutt prtendent l'tudier dans des phnomnes connexes4 ,la physique1 la chimie1 la physiologie doivent1 selon eux1 nous donner la clef de la psychologie4 ,or1 combien est anti scientifique ce procd qui consiste tudier la pense1 par exemple1 dans le cerveau1 c'est dire dans un organe qui peut avoir chez les animaux vertbrs1 et notamment chez l'homme1 une certaine relation avec la pense1 mais qui n'a certainement avec elle qu'un rapport vague et loign6 ,ainsi1 ne voyons-nous pas un grand nombre d'tres privs de cerveau proprement dit1 et qui nous tonnent pourtant par leur sagacit8 ,dois-je citer les abeilles et les fourmis8 ,ajoutons que la physiologie du cerveau est la plus obscure de toutes les parties de cette science4 ,disons le mot1 on ne connat pour ainsi dire rien de cet organe4 ,admettons cependant que l'anatomie du cerveau n'ait plus de progrs faire1 admettons que le physiologiste1 la loupe et le scalpel la main1 puisse suivre pas pas la marche du sang dans les vaisseaux qui le sillonnent1 la dcomposition de la substance nerveuse des moindres fibres qui le composent2 admettons enfin qu'aucun des changements qui se passent en lui ne reste inaperu1 y constateront-ils la prsence de la pense8 y verront-ils les folies d'un insens1 les rveries d'un ,swedenborg1 les dcouvertes sublimes d'un ,newton1 les combinaisons stratgiques d'un ,napolon1 les extases clestes d'un ,lamartine8 ,quel abme entre une volont1 par exemple1 et la production d'un courant nerveux8 ,s'il tait avr que chaque fois la volont est accompagne d'un courant nerveux 7notons que l'exprience ne peut aujourd'hui tenter une vrification mme approximative d'une pareille concidence71 de quel droit pourrait-on affirmer qu'il y a entre la volont et le courant une relation directe de cause effet8 ,et1 en supposant mme qu'on pt le soutenir1 o serait le cause1 o serait l'effet8 ,et si la cause est la volont--ce qui est au moins aussi probable--quelle est1 en dernire analyse1 la valeur du rsultat obtenu par rapport l'origine de la volont8 ,rien ou bien peu de chose4 ,l'idalisme procde au rebours4 ,sa mthode est tout intuitive4 ,pour connatre l'essence de la pense1 rien ne lui parat plus naturel que de s'adresser la pense elle-mme4 ,tandis que le raliste tient les yeux ouverts et regarde tout autour de lui1 l'idaliste ferme tous ses sens la fois et en appelle la seule puissance de la rflexion4 ,l'un cherche dans le dehors1 qu'il soumet des investigations minutieuses1 la source de ce qui est en lui2 l'autre la cherche en lui-mme et jusqu'au plus profond de son me4 ,le premier interroge le monde tout entier1 le prsent et le pass1 le sauvage et l'homme civilis1 les fous et les sages2 le second n'a de confiance qu'en lui-mme1 et1 faisant le silence autour de lui1 il adresse du fond de son cur des invocations intimes la vrit4 ,il commence par dresser le catalogue de nos ides et par les classer4 ,quelques unes d'entre elles ne viennent pas de l'exprience1 parce qu'elles sont gnrales2 elles existaient donc1 conclut-il1 avant l'exprience1 elles forment le fond de notre tre intellectuel1 elles sont innes et renferment en elles tout le monde intelligible4 ,en ralit1 nous n'apprenons rien1 nous ne faisons que dvelopper ce que nous avons en nous4 ,il ne s'agit plus que de penser1 de penser encore1 de penser toujours1 et notre pense1 en combinant entre elles les notions innes et en passant du gnral au particulier1 tirera d'elle-mme tout ce qui existe1 y compris la pense4 ,le philosophe accouche alors d'un systme4 ,le plus beau des systmes est celui qui repose sur le moindre nombre d'ides gnrales1 et qui reconstruit le plus d'ides particulires4 ,la palme sous ce rapport appartient sans contredit ,hegel1 qui a tir de l'ide d'tre tout l'univers4 ,et1 en effet1 l'ide d'tre renferme les ides de tous les tres4 ,on la combine avec celle de nant1 et l'on a deux nouvelles ides1 celles du devenir et du prir1 puis de ces quatre ides1 on en dduit de nouvelles1 et ainsi de suite1 jusqu' ce qu'on forme celles des plantes et des animaux1 celles des maladies et des religions4 ,voil la base de la spculation4 ,l'difice qu'elle construit est splendide2 seulement1 comme dit quelque part ,wundt1 on a pris pour btir les fondements les tuiles qui devaient tre employes en recouvrir le toit4 ,il ne faut pas confondre les notions primitives avec les notions gnrales4 ,les notions gnrales appartiennent aux derniers produits et aux produits les plus compliqus de notre puissance intellectuelle4 ,nous avons les notions de chien1 d'oiseau1 de poisson1 avant d'avoir celle d'animal1 et nous avons celle-ci et celle de plante avant d'avoir celles d'tre vivant et de corps inerte4 ,l'laboration des ides gnrales est ce qu'il y a pour nous de plus ardu1 et les progrs de la science ont le plus souvent pour effet d'en modifier le contenu4 ,je n'en veux pour preuve que les profonds changements que depuis quelque temps les notions de matire et de force ont eu subir4 ,de mme qu'au point de vue physique nous avons commenc par tre renferms dans un uf fcond1 que cet uf est identique en apparence pour tous les tres sensibles1 que peu peu les diffrences se sont manifestes1 et que1 dans les derniers temps de notre vie embryonnaire seulement1 le caractre humain s'est dessin dans nos membres et sur notre visage1 de mme1 au point de vue intellectuel1 nous avons commenc par avoir les ides communes tous les tres connaissants1 puis nous nous sommes levs des ides plus compliques1 qui sont pourtant encore le partage d'autres espces animales de moins en moins nombreuses1 jusqu' ce que nous ayons cr les ides qui nous sont propres ainsi qu' tous les hommes et qui nous caractrisent comme tels4 ,enfin1 chacun de nous a ses ides particulires qui lui impriment son caractre individuel4 ,ceux qui vont le plus loin cet gard1 et qui instruisent leurs semblables1 relvent le niveau de la race entire4 ,nous devons notre supriorit sur les sauvages1 les ,grecs1 les ,romains1 le moyen ge1 aux ,thals1 aux ,aristote1 aux ,galile1 aux ,newton4 ,or1 nous ne pouvons savoir comment l'on est homme et l'on pense en homme1 si1 pralablement1 nous ne recherchons comment l'on est en tant qu'animal1 et comment l'on1 pense en tant qu'animal4 ,nous aboutirions1 pour ainsi dire1 coup sr1 si nous pouvions saisir le premier symptme de pense ou de sensibilit dans l'embryon4 ,on voit donc que la psychophysique ne s'arrte pas au contenu de la conscience1 elle tend notablement le champ de l'investigation4 ,de mme que l'histoire crite de l'homme a ses racines dans son pass prhistorique1 et que nous devons avant tout reconstituer ce pass si nous voulons savoir ce qu'est l'homme1 de mme la psychophysique remonte au del de toute pense consciente et pntre dans le monde de l'inconscience4 ,sous ce rapport1 elle sort du domaine commun de l'idalisme et du ralisme4 ,elle ne fait donc pas comme les sciences dites descriptives1 aujourd'hui dtrnes peu prs partout1 qui s'intitulaient botanique ou zoologie1 etc41 et qui donnaient la nomenclature plus ou moins exacte de toutes les fleurs1 de tous les animaux ou autres tres de la cration1 objets qu'elles classaient ensuite en genres et en familles4 ,les ides qui se rvlent actuellement l'il de la conscience sont les fleurs panouies de la pense1 et il ne faut pas croire qu'on pourra saisir le secret de leur naissance en s'installant au milieu du jardin de l'me et en dressant l'inventaire plus ou moins systmatique de ses productions4 ,c'est l un travail peu prs strile2 et1 si l'on est dans l'intention de remonter l'origine des ides1 c'est prendre le point de dpart le plus loign et choisir la route la plus pnible et la plus incertaine4 ,le savant doit tudier dans sa nature intime le germe mme qui chappe ses regards1 s'il veut arriver avec quelque probabilit un rsultat significatif4 ,or1 la psychologie1 peu d'exceptions prs1 a-t-elle t jusqu' prsent autre chose qu'une science purement descriptive8 ,l'empirisme et l'idalisme ne peuvent donc aboutir1 parce qu'ils mconnaissent volontairement tout un ct des phnomnes intellectuels dont ils ont la prtention de rechercher les lois et les causes4 ,mais ici se montre une diffrence saisissante entre l'idalisme et le ralisme4 ,l'idalisme au moins s'affirme comme tant le produit de la pense1 et1 vrai ou faux1 il manifeste sa faon l'existence de cette force mystrieuse qui il reconnat la facult de se tromper4 ,le ralisme1 au contraire1 ne peut tre vrai2 car1 s'il tait vrai1 il tablirait au mme titre l'exactitude des systmes qui le nient1 puisque1 eux aussi1 dans cette hypothse1 seraient le produit du jeu rgulier des forces organiques de notre cerveau4 ,pour lui1 il n'y a pas d'erreur possible1 et partant il se dtruit lui-mme dans son principe#c4 ,,iii4 ,la psychophysique a recours la mthode exprimentale4 ,cette mthode consiste dans la production artificielle de phnomnes1 et appelle son aide la mesure et le calcul4 ,la comparaison des phnomnes corporels et des phnomnes psychiques n'est pas toujours possible directement4 ,la mesure de ces derniers n'est pas donne dans le sens intime et ne peut s'obtenir qu'artificiellement4 ,l'observation seule des phnomnes ne suffit pas la psychophysique4 ,en supposant mme qu'elle pt atteindre les phnomnes absolument primitifs1 ce qui est impossible1 parce que1 proprement parler1 le primitif n'existe pas et est toujours au fond un conscutif1 il s'agit de les tudier1 d'en rechercher les lois1 de remonter leurs causes4 ,la psychophysique complte donc l'observation par l'exprience1 c'est dire par la production artificielle de phnomnes psychiques dans des circonstances donnes4 ,il est ncessaire que nous disions ce sujet quelques mots pour qu'on soit mme de se rendre compte de la nature de l'exprience en gnral1 et du rle qu'elle vient jouer dans la science4 ,nous l'avons dj dit1 toute tude et1 par consquent1 toute exprience1 suppose toujours une opinion prconue de la part de l'exprimentateur4 ,quand1 pour trouver les lois de la chute des corps1 on laisse tomber un poids pendant qu'une pendule marque le temps1 c'est dans la supposition qu'il pourrait bien y avoir une relation entre l'espace parcouru et le temps coul4 ,si1 pour trouver les lois de la lumire1 on lui fait traverser des milieux diaphanes1 ou si on la rflchit la surface de corps polis1 c'est qu'on souponne a priori qu'il y a une certaine influence de la part de ces milieux ou de ces corps sur la marche des rayons lumineux4 ,si l'on multiplie le nombre des bougies en augmentant la distance o on les place de l'cran1 c'est qu'on devine qu'il peut exister une certaine relation entre la distance et l'intensit de la lumire manant d'une source donne4 ,les physiciens modernes1 en un mot1 ne procdent pas comme les alchimistes du moyen ge1 leurs expriences sont de nature fournir tout au moins un rsultat nettement ngatif1 ce qui est toujours une conqute4 ,or1 toute exprience se ramne1 en dfinitive1 au trac de deux ou de plusieurs chelles parallles o sont notes les circonstances qui doivent1 au jugement de l'oprateur1 exercer une certaine influence sur le phnomne tudi4 ,c'est ainsi que la mtorologie dresse une suite de tableaux o l'on a1 dans une colonne1 not l'tat du ciel de chaque jour1 et dans des colonnes parallles1 l'indication du vent1 la temprature1 la pression de l'air1 l'tat hygromtrique et lectrique de l'atmosphre1 etc42 il s'agit de voir1 en effet1 s'il n'y a pas une corrlation quelconque entre l'tat du ciel et les autres phnomnes qui l'accompagnent4 ,reprenons les exemples cits plus haut4 ,on suppose1 disons-nous1 qu'il pourrait bien exister une certaine relation entre le temps et l'espace parcourus par un corps qui tombe4 ,on prpare une double chelle4 ,dans l'une1 on marque l'espace parcouru aprs une seconde1 aprs deux secondes1 aprs trois secondes1 et ainsi de suite2 dans l'autre1 on note le temps1 une seconde1 deux secondes1 trois secondes4 ,l'on cherche si une loi ne relie pas entre eux ces nombres respectifs2 et l'on voit1 en effet1 que l'espace parcouru est proportionnel au carr des temps qu'il faut pour le parcourir4 ,on aurait pu de mme souponner une certaine relation entre la vitesse du corps et sa masse4 ,si l'on dresse la double chelle1 on constatera que la masse n'a aucune influence sur la vitesse4 ,en inscrivant de mme1 dans deux colonnes parallles1 l'intensit de la lumire et la distance et en comparant les nombres obtenus1 on trouve que l'intensit dcrot en raison du carr de la distance4 ,ces comparaisons ont pour but de dcouvrir la loi qui rattache l'un l'autre deux ordres de phnomnes4 ,la loi trouve1 on peut alors1 et alors seulement1 remonter la cause hypothtique du phnomne1 et encore ne faut-il pas se hter de conclure3 c'est ainsi que la chimie est en possession d'un grand nombre de lois remarquables1 mais qui ne laissent pas encore apercevoir les causes prcises des combinaisons4 ,cette mthode est la seule rationnelle ou1 du moins1 c'est la seule qui ait fait faire aux sciences naturelles de srieux et notables progrs4 ,c'est elle que la psychophysique doit donc1 autant que possible1 demander la solution de ses problmes4 ,ainsi1 comme son but est de trouver les rapports de l'me et du corps1 elle doit tenir deux registres o elle consignera1 d'une part1 les phnomnes corporels1 de l'autre1 les phnomnes spirituels1 et1 de plus1 elle accompagnera chaque ordre de phnomnes d'une colonne o seront indiques les intensits respectives des manifestations4 ,a la vrit1 la psychophysique prsente sur les autres sciences naturelles cet avantage qu'un grand nombre de faits internes sont soumis directement l'observation et perus tels qu'ils sont en eux-mmes1 sans altration1 sans erreur possible4 ,il est cependant remarquer que l'observation interne1 comme nous l'avons dj dit1 ne nous fait pas connatre tous les faits de cette nature1 et que1 prcisment1 elle ne nous claire pas sur ceux qu'il nous serait le plus important de juger1 savoir sur les faits internes primitifs4 ,mais il en est ici comme en beaucoup de sciences o l'on saisit avec peine les premiers indices d'une formation nouvelle4 ,quant aux faits externes correspondants1 c'est l'affaire de la physique et de la physiologie4 ,ces sciences ne sont gure arrives un degr d'achvement dsirable1 surtout la dernire1 qui en est encore1 on peut le dire1 ses dbuts4 ,mais ce qui fait la difficult propre de la psychophysique1 c'est l'impossibilit presque complte o nous sommes d'tablir le paralllisme requis entre les faits internes et les faits externes4 ,je connais directement ce qui se passe en moi1 je connais mes penses1 mes sentiments1 mes volitions1 mais je ne puis saisir les faits corporels correspondant ces faits psychiques4 ,et1 d'un autre ct1 si j'tudie les faits corporels en autrui1 je puis tout au plus avoir une connaissance triplement rflchie des faits internes correspondant ces faits corporels4 ,triplement rflchie1 disons-nous4 ,car1 le fait interne saisi1 le patient le traduit par la parole qui n'en est qu'une image imparfaite4 ,cette parole est entendue par moi et veille en moi une ide correspondante1 mais non identique celle qu'elle est cense exprimer4 ,enfin1 cette ide correspondante n'est qu'un souvenir et non une sensation1 c'est dire une image trs affaiblie d'une sensation vritable4 ,or1 les expriences faire dans ces conditions sont excessivement rares4 ,on ne peut1 le plus souvent1 exprimenter que sur le cadavre sur l'animal1 ou sur l'homme dans certains tats pathologiques4 ,appliquons ces rflexions au problme auquel nous faisions tantt allusion1 du rapport entre le cerveau et la pense4 ,quelle est la nature de ce rapport8 ,ncessairement1 il faut1 d'aprs ce qui a t dit1 dresser la double chelle des modifications organiques correspondant aux modifications de la pense4 ,admettons que je pense la srie des nombres1 et qu' cette suite de penses correspondent certaines modifications organiques4 ,or1 voici les difficults1 pour le dire1 insurmontables que le psychophysicien va rencontrer4 ,il ne peut travailler sur le cerveau vivant1 par consquent1 sur le cerveau pensant4 ,supposons qu'il puisse le faire1 que la bote crnienne soit de pur cristal1 et que rien ne lui chappe4 ,ce n'est pas son propre cerveau qui sera soumis l'exprience1 ce sera le cerveau d'un autre1 et la pense de cet autre1 il ne peut la connatre4 ,faisons encore une concession3 le patient parlera et sa parole sera l'image exacte de sa pense4 ,l'exprimentateur percevra alors le fait interne en lui-mme1 le fait externe chez un autre2 par suite1 la comparaison est sujette des erreurs invitables et inapprciables4 ,allons plus loin3 accordons enfin que l'analogie existe parfaite entre la pense de l'exprimentateur et celle du sujet2 il y a des modifications de la pense extrmement importantes1 qui ne peuvent se traduire par la parole4 ,n'en citons qu'une4 ,le sujet pense la srie des nombres2 mais il fait plus ou moins attention ce qu'il pense1 et le degr d'attention n'est mme pas en sa puissance4 ,l'attention est un phnomne considrable accompagnant l'exercice de la pense4 ,comment en mesurer la force8 ,un peu1 beaucoup sont des termes vagues qui ne sont pas d'usage dans les laboratoires1 o l'on s'exprime par nombres1 poids ou volumes4 ,par ce peu de mots on peut juger de combien de difficults inextricables est entoure la question des rapports de la pense et du cerveau4 ,nous avons pris pourtant l'exemple le plus simple que l'on puisse choisir4 ,que serait-ce s'il s'agissait de dterminer la loi des modifications organiques correspondant aux diffrentes espces de dsirs1 de souffrances1 de joies vagues ou dtermines1 sans objet ou ayant un objet distinct et prcis1 accompagnant l'inspiration du pote1 de l'artiste1 les rflexions profondes du savant1 du gomtre1 du mtaphysicien8 ,l'esprit s'arrte effray devant cette quantit d'inconnues dont chacune est fonction d'une infinit d'autres inconnues4 ,en prsence des difficults qui entourent invitablement les recherches de la psychophysique1 faut-il dsesprer du problme de la psychologie8 ,non certes4 ,il est heureusement des phnomnes psychiques--et ce sont prcisment ceux qui se rapprochent des faits primitifs--dont les phnomnes physiques correspondants peuvent tre apprcis par la mme personne4 ,la plupart des phnomnes sensibles sont dans ce cas4 ,si1 par exemple1 je monte une montagne1 il y a un certain phnomne corporel qui consiste en une dpense de force1 et un certain phnomne interne qui y correspond1 la fatigue4 ,plus la dpense de force augmente1 plus aussi s'augmente la fatigue4 ,nous sommes en droit de souponner entre ces deux phnomnes une certaine relation et nous pouvons nous occuper de la trouver4 ,il est assez facile d'valuer la dpense de force4 ,on peut sans trop d'inconvnient la regarder comme quivalente au travail extrieur produit4 ,ce travail est proportionnel au poids du corps et la hauteur4 ,il faut exactement la mme force pour lever d'un mtre un poids donn1 quelle que soit d'ailleurs la hauteur laquelle se trouve le poids4 ,le millime mtre gravir ne demande pas plus de force que le premier4 ,le travail effectu et1 par consquent1 la force dpense1 crot donc avec la hauteur2 il est dix fois aussi grand aprs le millime mtre qu'aprs le centime4 ,la fatigue croit-elle dans le mme rapport8 videmment non4 ,il est certain1 par exemple1 que la fatigue prouve par nous pour gravir le millime mtre peut tre beaucoup plus grande que celle que nous avons ressentie en gravissant le premier1 et elle peut mme prendre un tel degr d'intensit que nous ne puissions pas atteindre le deux-millime mtre4 ,la fatigue est-elle proportionnelle la hauteur8 ,est-elle mille fois plus grande pour le millime mtre que pour le premier8 videmment non encore4 ,pour obtenir la vraie relation entre le travail effectu et la fatigue1 il faut pouvoir appliquer celle-ci une mesure1 il faut mesurer la fatigue4 ,ce que nous disons de la fatigue1 nous pourrions le dire de la sensation de lumire qui n'est pas proportionnelle non plus l'intensit de la lumire1 ou de la sensation auditive qui ne crot pas davantage avec la force du son1 et1 en gnral1 de toutes les sensations4 ,il faut donc avant tout arriver appliquer la mesure aux faits internes1 car1 sans le nombre1 il n'y a pas de comparaison possible1 pas de loi formuler4 ,cette condition prliminaire n'est pas facile remplir4 ,elle prsente1 elle aussi1 des difficults trs grandes4 ,nous verrons comment on a cherch1 soit les rsoudre1 soit les tourner4 ,rsumons-nous4 ,la science des rapports de l'me et du corps doit s'appuyer sur les faits tant psychiques que physiques1 et non uniquement sur les faits corporels2 la mthode matrialiste ou physiologique est par cela mme carte4 ,elle doit sortir du domaine de la conscience et remonter aux faits primitifs2 la mthode d'observation1 la psychologie descriptive et classificative est donc insuffisante1 et mme impuissante1 puisqu'elle regarde comme des phnomnes simples prcisment les produits les plus complexes de la pense4 ,enfin1 elle doit faire appel l'exprience1 n'noncer des lois1 ne remonter aux causes qu' bon escient2 elle se tient1 par consquent1 en garde contre la spculation1 l'intuition ou la dialectique1 tous procds qui consistent substituer le rve la ralit1 un systme idologique bas sur des vues a priori l'enchanement des choses rsultant de forces naturelles4 ,mais si elle est persuade que ni la physiologie1 ni les psychologies des coles1 ni la spculation1 n'attaquent pas directement la question1 elle ne repousse cependant pas systmatiquement les services indirects que ces sciences peuvent lui rendre4 ,elle accueille les lumires de quelque part qu'elles viennent4 #a ,il rgne1 en gnral1 beaucoup d'arbitraire et de confusion dans les dnominations des systmes1 et il serait vraiment dsirable que l'on rformt1 sous ce rapport1 le langage philosophique4 ,voici un exemple de terminologie qu'on pourrait adopter1 sous rserve1 naturellement1 de dsignations plus justes4 ,les systmes philosophiques qui conduisent la ngation de l'un des deux principes appartiendraient au monisme1 les autres au dualisme ou l'unicisme 7panthisme sous toutes ses formes74 ,le monisme se diviserait en deux classes3 les systmes matrialistes qui1 n'admettant que la matire ou lui attribuant un rle prpondrant1 expliquent tout par elle 7en faisant de l'esprit une tabula rasa7--et les systmes spiritualistes1 qui n'admettent que l'esprit1 ou lui donnent une importance considrable 7en regardant la matire comme inerte74 ,ceux qui mettent peu prs sur la mme ligne l'esprit et le corps pourraient porter le nom d'harmonistes4 ,au point de vue de l'origine de nos connaissances1 ceux qui soutiennent qu'elles nous viennent des choses s'appelleraient ralistes1 et ceux qui pensent que nous les tirons de nous-mmes 7ides innes7 seraient dits idalistes2 ceux qui admettent pour nos ides une double origine seraient appels synthtistes4 ,enfin1 au point de vue de la mthode1 il y aurait des empiristes1 se contentant de l'observation1 soit externe1 soit interne2 des spculatifs1 s'adressant uniquement la raison1 l'intuition intellectuelle 7,fichte1 ,schelling1 ,hegel1 etc472 des dialectistes1 classant les faits fournis par l'observation1 remontant des faits plus gnraux1 puis aux principes et aux causes 7la plupart des psychologistes franais du commencement du sicle1 ainsi que ,socrate1 ,platon1 ,aristote lui-mme74 ,actuellement1 on appelle spiritualisme la doctrine qui admet l'existence de l'esprit2 mais il n'existe pas de nom pour dsigner celle qui nie l'existence des corps4 ,et puis1 au fond1 qui nie l'existence de l'esprit8 ,ce n'est ni ,aristote1 ni ,locke1 ni ,condillac1 ni d',holbach1 ni ,vogt1 ni ,bchner4 ,si donc1 on veut des noms gnriques1 il faut avant tout s'entendre sur leur signification4 #b ,cette consquence est rigoureuse1 et l'idalisme de ,hegel l'a amene autant comme contenue dans le systme que comme effet de raction4 ,il y a des savants1 parmi les plus illustres1 qui soutiennent que le corps de l'homme et celui des animaux sont des appareils de physique et de chimie1 mais que notre me libre habite dans notre corps1 sans tre soumise aux lois qui le rgissent4 ,ils croient par cette hypothse sauvegarder le principe spiritualiste4 ,erreur6 ,les malades dans le dlire1 les insenss1 les idiots ont-ils cette me libre8 ,oui1 disent-ils1 mais elle ne peut se manifester1 parce que les organes sont dans un tat morbide ou imparfait4 ,soit2 mais alors1 qui me rpond que les animaux n'ont pas1 eux aussi1 une me raisonnable1 et que1 s'ils ne font pas acte de raison1 c'est parce que leurs organes imparfaits s'y opposent8 ,et de l1 faire de l'me un produit de l'organisme1 il n'y a qu'un pas1 si mme il est besoin d'un pas3 question de mots4 #c ,on peut rapprocher ce raisonnement de ce que nous disons propos du principe de contradiction1 p4 #ahe et suiv4 de notre ,essai de logique scientifique4 ,nous y tablissons que tout jugement qui se nie lui-mme est ncessairement faux1 et nous y faisons remarquer qu'il existe un grand nombre de pareils jugements accepts cependant comme des espces d'axiomes1 par exemple3 ,pas de thorie1 rien que des faits6--,il ne faut avoir d'opinion arrte sur rien4--,la vrit est relative aux temps et aux lieux4--,toute connaissance objective est impossible1--c'est dire1 les propositions fondamentales des positivistes1 des sceptiques1 des clectiques1 des idalistes4 ,on peut donc y ajouter la formule du matrialisme4 99 99 99 99 99 ,,iii ,,de ,l',,origine ,,des ,,jugements ,,conscients ,dans les pages prcdentes1 nous croyons avoir dgag la mthode suivre pour procder la recherche des lois et des causes des phnomnes internes4 ,pour cela nous devons remonter la source de ces phnomnes en pntrant le plus profondment que nous pourrons dans le domaine de l'inconscience1 complter et contrler les faits que nous recueillerons sur la route1 en recourant dans ce but une production artificielle de phnomnes psychiques1 enfin1 nous aider1 autant que possible1 de la mesure et du calcul4 ,nous allons essayer de donner une ide seulement de la manire dont on peut remplir ce programme4 ,il est impossible1 en effet1 de faire connatre dans un simple rsum tous les rsultats des travaux considrables entrepris dans cette direction par d'illustres savants tels que les ,weber1 les ,fechner1 les ,helmholtz4 ,nous n'aurons pas non plus la prtention de prsenter ces rsultats comme incontestables1 mais1 nous les appuierons sur des preuves exprimentales4 ,pour les repousser1 il faudra donc aussi des arguments de mme nature et non des phrases mtaphysiques1 si spcieuses1 d'ailleurs1 qu'elles puissent tre4 ,i4 ,dcomposition des jugements conscients4 ,la plupart des jugements conscients sont des synthses de jugements antrieurs et1 en dernire analyse1 d'un certain nombre de jugements qui semblent primitifs1 parce que la conscience ne pntre pas au del4 ,attributs esthtiques1 attributs cinmatiques4 ,si nous ne voulons pas nous garer dans la recherche de l'origine des phnomnes psychiques et notamment de la pense1 nous ne devons certes pas1 ainsi que nous l'avons dj dit1 commencer par les ides qui se prsentent les dernires dans l'ordre du dveloppement intellectuel4 ,le meilleur sujet d'observation est donc l'enfant1 arriv cependant l'ge o il est dj en tat de se rendre compte de ses jugements et de ses raisonnements2 car toute pense1 comme on le verra de mieux en mieux1 mesure que nous avancerons dans notre tude1 est une affirmation1 un jugement plus ou moins implicite4 ,cherchons donc analyser les actes de sa jeune intelligence4 ,dans une de nos promenades1 nous rencontrons un paon4 ,l'enfant n'en a pas encore vu4 ,le bel oiseau6 s'crie-t-il4 ,voil une exclamation qui implique ce jugement3 ce que je vois est un oiseau4 ,mais ce jugement1 en apparence instantan1 n'est pas primitif4 ,pour nous en assurer1 il suffit de le faire s'expliquer4--,comment sais-tu que c'est un animal1 que ce n'est pas une plante ou une pierre8--,parce qu'il se meut1 parce qu'il est sensible#a4--;,d'o juges-tu qu'il se meut8--,parce que je le vois bien4--,pourquoi dis-tu qu'il est sensible8--,parce qu'il tourne ses yeux vers nous1 qu'il nous coute quand nous parlons2 puis1 parce qu'il mange4--,d'o sais-tu qu'il tourne ses yeux vers nous8--,je le vois bien4--,mais est-ce ncessairement un oiseau8 n'est-ce pas un quadrupde1 un poisson8--,non1 parce que je vois qu'il a deux pattes1 qu'il a des plumes1 des ailes1 un bec4--,est-ce une poule8--,non1 parce qu'il est vert et bleu1 et que les poules ne sont ni vertes1 ni bleues2 parce qu'il a un cri diffrent de celui de la poule1 etc4--,qu'en sais-tu8--,parce que je le vois1 parce que je l'entends4 ,d'aprs cette analyse1 nous pouvons nous convaincre que le jugement3 le paon est un oiseau1 est une synthse1 une conclusion1 parfaitement consciente1 d'un nombre notable de jugements antrieurs1--que ceux-ci1 leur tour1 ont t raisonns plus ou moins rapidement et qu'ils reposent1 en dfinitive1 sur des jugements en apparence primitifs4 ,l'enfant a reconnu au mouvement que le paon est un animal2 sa forme1 que c'tait un oiseau2 sa forme encore et1 en outre1 sa couleur1 son cri1 que ce n'tait ni une poule1 ni un canard1 ni aucun oiseau lui connu4 ,si on lui avait prsent d'autres objets1 des fleurs ou des fruits1 il aurait fait intervenir l'odeur1 le got1 puis1 la temprature1 la compressibilit1 etc4 ,mais si nous demandons l'enfant pourquoi il dit d'un objet qu'il se meut ou qu'il est vert1 il sera parfaitement hors d'tat de donner une rponse qui signifie autre chose que ceci3 parce qu'il se meut1 parce qu'il est vert4 ,il a rpondu1 autant qu'il l'a pu1 aux pourquoi2 il a trouv dans sa conscience les parce que qu'on lui demandait2 mais on finira toujours par lui poser des pourquoi dont il ne pourra donner les parce que4 ,en d'autres termes1 on arrive des jugements lmentaires qui1 dans la conscience1 servent de bases d'autres jugements subsquents1 mais qui semblent ne pas avoir de raison eux-mmes4 ,ils forment la limite du domaine de notre conscience actuelle4 ,mais1 videmment1 on ne doit pas s'arrter l4 ,quand je dis d'un objet qu'il est vert1 j'entends par l qu'il n'est ni bleu1 ni rouge1 ni jaune2 il y a des raisons qui m'ont fait lui attribuer cette couleur et non une autre4 ,le bleu1 le rouge1 le vert ont pour moi certains caractres qui me dterminent1 d'un ct1 ranger ces attributs parmi les couleurs1 et1 d'un autre ct1 les distinguer l'un de l'autre4 ,mais ne me demandez pas en quoi le vert ressemble au rouge1 ni en quoi il ne lui ressemble pas4 ,je ne saurais vous rpondre4 ,je ne vous satisferai pas davantage si vous voulez savoir de moi en quoi une couleur1 diffre d'un son ou d'une odeur4 ,ce sont ces jugements lmentaires que le psychophysicien doit spcialement tudier2 c'est eux qu'il doit s'adresser pour obtenir quelques renseignements sur la nature de la pense4 ,il ne parviendra peut-tre pas compltement lucider l'origine de ces jugements2 mais il sait l'avance que1 s'il n'y russit pas1 il n'expliquera pas davantage les autres jugements que tout tre sensible ou raisonnable peut former4 ,en effet1 s'il ne m'apprend pas comment j'ai la notion du mouvement1 de la forme1 des couleurs1 des odeurs1 des sons1 il sera bien plus impuissant me dire comment je possde les notions abstraites ou morales1 puisqu'elles m'ont apparu aprs les premires4 ,il sait encore que s'il rend compte de l'existence en moi de ces ides lmentaires1 il aura pos un premier jalon1 il aura jet les fondements de la science4 ,les jugements lmentaires portent sur les qualits des objets4 ,ces qualits sont de deux espces3 les unes apparaissent comme appartenant ncessairement tout objet1 quelle que soit d'ailleurs la manire dont il affecte notre sensibilit2 telles sont la mobilit1 la dure1 l'tendue1 la forme2 les autres sont ondoyantes et dpendent essentiellement de notre manire de sentir2 tels sont le got1 l'odeur1 la couleur1 la temprature1 la sonorit4 ,le nombre des premires est dtermin en soi2 celui des secondes1 en nous1 car chaque sens correspond une qualit sensible4 ,une fleur n'a de couleur que pour l'tre dou du sens des couleurs1 et elle n'a d'odeur que pour l'tre dou d'odorat4 ,appelons esthtiques les attributs relatifs notre constitution sensible1 pour les distinguer de ces attributs inhrents tout objet et indpendants de notre sensibilit1 et auxquels nous donnerons le nom de cinmatiques1 parce qu'ils drivent tous du mouvement1 comme on le verra ensuite1 et que nous en acqurons la notion grce au sentiment de la motilit4444 ,maintenant il s'agit de procder l'analyse des jugements esthtiques et des jugements cinmatiques1 de tcher d'en poursuivre la formation jusque dans l'inconscience4 ,,ii4 ,analyse de la sensibilit4 ,analyse de la sensation de couleur4 ,les jugements sur les qualits sensibles des objets ne sont pas primitifs3 ils reposent sur un raisonnement dont on n'a pas conscience et dont les prmisses se trouvent en grande partie dans l'habitude et l'instinct4 ,nous commencerons par les jugements esthtiques4 ,nous allons rechercher d'o dpend le jugement que nous portons sur les phnomnes de lumire1 de son1 etc41 jugement renferm dans la sensation et qui peut s'exprimer par les mots3 je vois1 j'entends1 etc4 ,nous dmontrerons qu'il n'est pas primitif1 bien qu'il apparaisse la conscience comme tel4 ,naturellement1 on ne peut ici passer en revue toutes les espces de sensations et les soumettre l'analyse4 ,la dmonstration portera uniquement sur les sensations de couleur qui possdent d'ailleurs au plus haut degr les caractres du primitif apparent3 ,nous esprons montrer que ce jugement3 je vois du vert1 est la conclusion d'une srie indfinie de jugements antrieurs ensevelis dans l'inconscience4 ,le lecteur admettra facilement que toute autre sensation est susceptible d'une dcomposition analogue4 ,du reste1 nous le croyons du moins1 la science n'est encore parvenue analyser suffisamment que les sensations sonores et lumineuses2 le got et l'odorat surtout n'ont pas1 que nous sachions1 t l'objet de recherches approfondies4 ,mais les rsultats obtenus en optique et en acoustique psychologiques font assez pressentir la nature de ceux qui restent obtenir4 ,la question rsoudre se pose en ces termes3 ,a quoi reconnais-je le vert1 et pourquoi est-ce que je ne le confonds pas avec le rouge8 ,je pourrais de mme me demander3 ,a quoi reconnais-je l'odeur de la rose1 et pourquoi est-ce que je ne la confonds pas avec celle de la violette8 ,qu'est-ce qui me fait distinguer le son de la trompette de celui de la flte8 ,il semble1 en effet1 que ce jugement3 je vois le vert1 comme ceux-ci3 je sens l'odeur de la rose et j'entends le son de la trompette1 est immdiat1 primitif4 ,tout d'abord1 prmunissons le lecteur contre une mprise possible4 ,il ne faut pas qu'on s'imagine avoir rsolu la difficult en rpondant que le vert a une longueur d'ondulation plus petite que le rouge2 pas plus que1 pour employer un exemple familier la gnralit des lecteurs1 on ne donnerait une rponse satisfaisante la question3 ,a quoi distinguons-nous une note de sa quinte ou de son octave8 en disant que la quinte1 l'octave1 renferme une demi-fois1 une fois autant de vibrations dans le mme temps4 ,en effet1 il ne s'agit pas ici d'une analyse physique1 mais d'une analyse psychologique4 ,que l'octave ait deux fois plus de vibrations que le ton fondamental1 je n'y contredis pas1 mais mon me n'en sait rien2 elle juge le ton fondamental distinct de l'octave et de la quinte1 sans qu'elle ait le moins du monde besoin de savoir que le son est produit par les vibrations d'un corps lastique et que le nombre de ces vibrations en dtermine la qualit4 ,d'ailleurs1 quel rapport y a-t-il entre les vibrations et l'audition1 entre les vibrations et la vision8 ,c'est l prcisment ce qu'il faudrait dire2 et rpondre comme on serait tent de le faire1 c'est prjuger la question1 c'est tomber dans le mme vice de raisonnement que celui que nous avons signal propos des rapports du cerveau et de la pense3 ,quelle relation1 disions-nous1 existe-t-il entre une pense et la dcomposition chimique d'une certaine quantit de substance nerveuse8 ,mais du moins1 dira-t-on encore1 la sensation correspond toujours une impression organique4 ,c'est une erreur4 ,voici une exprience qui prouve premptoirement que la sensation de couleur peut reposer uniquement sur un acte de la pense4 ,reprsentez-vous une chambre obscure dans le volet de laquelle sont pratiques deux ouvertures2 l'une d'elles1 ,b1 laisse pntrer la lumire blanche1 l'autre1 ,r1 grce une vitre colore1 ne laisse pntrer que la lumire rouge4 ,l'intrieur de la chambre1 et notamment la paroi oppose que nous supposons tre blanche1 sont donc clairs par un mlange de lumire blanche et de lumire rouge1 c'est dire1 en somme1 par de la lumire rouge un peu affaiblie4 ,imaginez qu'on place un corps opaque ,c1 un bton par exemple1 sur le passage des rayons lumineux4 ,deux ombres1 b et r1 seront projetes sur la paroi4 ,l'ombre b ne recevra aucun rayon rouge2 elle sera uniquement claire par la lumire blanche mane de l'ouverture ,b2 elle sera donc1 en ralit1 blanche ou plutt grise--car nous appelons gris un blanc moins clair4 ,de son ct1 l'ombre r ne sera aucunement claire par la lumire blanche2 mais1 en revanche1 elle le sera par la lumire rouge manant de l'ouverture ,r4 ,et1 en effet1 elle vous paratra d'un rouge vif4 ,mais la paroi vous semblera d'un rouge trs ple1 et l'ombre b1 vous la jugerez d'un vert intense4 ,illustration ,cette apparence ne repose sur aucune raison physique ou physiologique2 car la partie de la rtine sur laquelle tombe l'image de l'ombre b n'est objectivement ni subjectivement affecte en vert4 ,cependant1 vous souponnez sans peine que c'est la prsence de la vitre rouge place en ,r qu'est due cette illusion4 ,en effet1 si nous tons cette vitre1 bien que l'ombre b continue recevoir exactement la mme lumire qu'auparavant1 tant en qualit qu'en quantit1 elle vous apparatra grise2 et si nous substituons la vitre rouge une vitre verte1 elle vous apparatra rouge4 ,vous pourrez donc1 avec raison d'ailleurs1 souponner que c'est dans la couleur de la lumire rpandue dans la chambre que rside la cause de l'erreur4 ,poussons l'exprience plus loin4 ,rtablissons les choses dans leur tat primitif1 et considrez l'ombre b1 que vous voyez verte1 travers un tube troit qui vous permette de voir l'ombre sans en voir les bords4 ,elle persiste vous paratre verte4 ,supprimons la vitre rouge1 pendant que vous continuez regarder l'ombre travers le tube1 vous la voyez toujours verte4 ,remplaons la vitre rouge par une vitre verte1 bleue1 jaune1 de n'importe quelle couleur1 l'ombre ne change pas d'aspect4 ,faisons l'exprience en sens inverse4 ,supprimons le verre color et cartez le tube de votre il4 ,vous le savez1 l'ombre vous apparatra grise1 comme elle l'est en effet4 ,reprenez votre tube et considrez de nouveau l'ombre1 vous la jugerez grise4 ,pendant que vous tes dans cette position1 nous replaons la vitre rouge1 puis nous lui en substituons une verte1 une bleue1 une jaune2 votre jugement ne varie pas3 l'ombre est grise4 ,combinons les deux expriences2 et cette ombre b1 qui en fait est grise1 passera coup sur coup par toutes les couleurs1 sans que l'on puisse assigner aucune cause physique ou physiologique au phnomne4 ,remettons encore une fois tout dans son premier tat3 la vitre rouge est place l'ouverture ,r1 l'ombre b est juge verte4 ,vous mettez ensuite le tube l'il de manire ne voir que l'ombre4 ,vous savez que celle-ci vous apparat du mme vert4 ,enlevons la vitre rouge2 votre jugement ne varie pas4 ,mais supprimez votre tube ou1 ce qui revient au mme1 cartez-le lgrement de sa position premire1 de manire voir un des bords de l'ombre1 celle-ci vous apparatra immdiatement grise4 ,reprenez le tube de manire ne voir que l'ombre4 ,vous vous attendez revoir celle-ci verte4 ,pas le moins du monde2 vous la voyez grise4 ,nous allons replacer la vitre rouge4 ,cette fois-ci1 vous en tes certain1 vous reverrez votre ombre verte4 ,erreur6 vous la voyez encore grise4 ,mais si vous cartez de nouveau le tube de manire voir un bord de l'ombre1 la couleur verte reparat4 ,si vous remettez ensuite le tube dans sa premire position1 vous la verrez verte comme auparavant1 et nous pourrons recommencer le cercle de nos expriences4 ,si l'on varie la couleur de la vitre place l'ouverture ,r1 on pourra1 en procdant de la mme faon1 faire passer l'ombre b par toutes les couleurs du spectre1 en cartant ou en redisposant le tube au moment voulu4 ,cette exprience ne laisse pas de place au doute4 ,les erreurs rsident uniquement dans le jugement4 ,or1 le jugement1 dans ce cas1 est immdiat1 ou du moins est tel aux yeux du sens intime2 et vous avez beau savoir que l'ombre est grise1 que vous devriez la voir grise1 vous la verrez immanquablement verte ou grise1 suivant la phase de l'exprience dans laquelle vous vous trouverez4 ,la cause de l'erreur n'tant ni physique1 ni physiologique1 est donc psychologique et gt dans l'inconscience4 ,nous allons la dgager4 ,on sait que l'on nomme complmentaires deux couleurs qui1 par leur runion1 produisent le blanc4 ,ainsi1 le rouge et le vert sont complmentaires1 de mme que le jaune et l'indigo1 le bleu et l'orange1 etc4 ,il rsulte de l que si l'on fait passer de la lumire blanche travers une vitre rouge1 celle-ci1 ne laissant traverser que les rayons rouges1 arrte les rayons verts4 ,quand nous disons que la vitre rouge ne laisse passer que les rayons rouges1 nous allons trop loin4 ,en ralit1 une certaine quantit1 plus ou moins considrable1 de lumire blanche1 traverse aussi la vitre1 de sorte que le rouge que nous voyons est1 au fond1 un mlange de lumire blanche et de lumire rouge4 ,supposons pour un instant cependant que cette vitre ne laisse passer que les rayons rouges4 ,supposons aussi que nous regardions travers ce verre une feuille de papier blanc1 sur laquelle on a plac un pain cacheter vert2 et1 enfin1 admettons que ce pain cacheter soit d'un vert absolu1 d'un vert ne contenant aucune autre couleur4 ,comme les rayons verts ne peuvent traverser la vitre rouge1 il est clair que nous verrons travers celui-ci un papier rouge1 sur lequel se trouve coll un pain cacheter noir4 ,mais il n'y a pas dans la nature de vert absolu2 en ralit1 tous les verts sont mlangs1 entre autres1 de couleur blanche2 et1 comme notre vitre rouge1 nous l'avons dit1 laisse aussi passer de la couleur blanche1 notre papier nous devrait faire l'effet d'un papier rouge sur lequel se trouverait plac un pain cacheter gris4 ,il n'en est pourtant pas ainsi2 nous jugerons le papier comme plus ou moins blanc et le pain cacheter comme plus ou moins vert4 ,d'o cela provient-il8 ,de l'exercice auquel nous avons soumis nos sens4 ,nous l'avons dit prcdemment1 tous nos sens sont dirigs vers la connaissance de l'extrieur1 et nullement vers celle de leurs modifications subjectives4 ,car1 dans la lutte pour l'existence1 c'est de cette connaissance plus ou moins parfaite que dpendent nos plus ou moins grands avantages4 ,or1 un de nos moyens de connaissance l'gard des objets1 c'est leur couleur4 ,nous nous sommes donc exercs reconnatre les couleurs travers les modifications de la lumire ambiante4 ,celle-ci est extrmement variable1 suivant l'aspect et la disposition des nuages1 l'tat de l'atmosphre1 la couleur des objets qui rflchissent ou rfractent la lumire solaire1 enfin1 pour mille raisons4 ,nous savons1 par exemple1 que la lumire du soleil levant est rose1 que celle du soleil couchant est rouge2 que1 par un temps d'orage1 elle prend une teinte sinistre toute particulire4 ,ces variations1 nous nous sommes habitus en faire abstraction4 ,nous dgageons la lumire rfracte de la couleur particulire du milieu rfringent4 ,de mme1 nous reconnaissons la couleur rflchie des objets en faisant abstraction de la couleur propre de la substance rflchissante4 ,ainsi1 nous reconnatrons les diffrentes couleurs d'une tasse en porcelaine dans son image rflchie par une table d'acajou poli4 ,de l1 nous avons fini par savoir juger du vert travers le rouge4 ,physiquement parlant1 le vert vu travers du rouge doit paratre gristre2 mais notre jugement redresse cet effet2 comme nous voyons que le gris qui frappe notre il est peru travers le rouge1 nous en concluons que ce gris provient ncessairement du vert1 car le vert seul est vu gris travers le rouge4 ,c'est pour cela que nous voyons ce pain cacheter non gris1 mais vert4 ,ici1 comme on le voit1 l'exercice1 l'habitude a rectifi l'impression faite sur nos sens4 ,mais dans l'exprience que nous avons institue1 cette mme habitude engendre l'erreur4 ,en effet1 qui ne voit maintenant que nous jugeons verte l'ombre b qui1 en ralit1 est grise1 uniquement parce que nous nous figurons la voir travers la lumire rouge1 puisque le rouge est la lumire ambiante4 ,une fois que nous l'avons juge verte1 si nous plaons notre tube1 il n'y a pour nous aucune raison de changer d'avis2 et il n'existe pas davantage de raison quand on supprime la vitre rouge1 puisque nous n'prouvons aucun changement d'tat4 ,mais la vitre rouge tant supprime et notre tube cart1 nous jugeons tout de suite que la tache est grise1 parce que nous croyons l'apercevoir travers la lumire blanche2 et quand nous replaons notre tube devant l'il1 nous persistons la juger grise1 quelque changement que l'on fasse la lumire venant de l'ouverture ,r1 parce que1 encore une fois1 nous n'prouvons aucune variation d'tat de nature modifier notre jugement4 ,cette exprience si saisissante1 on l'a varie de mille faons4 ,en voici une qui est la porte de tout le monde4 ,qu'on prenne un carr de papier rouge de la grandeur d'une feuille de papier de poste ordinaire2 qu'on pose par dessus une feuille de papier blanc assez transparent pour laisser passer la couleur rouge travers son tissu--il faut que ce papier ait les dimensions du papier rouge et qu'il le recouvre exactement4 ,qu'on introduise entre les deux feuilles un morceau de papier gris de la grandeur d'un pain cacheter2 nous le jugerons immdiatement vert2 tandis que si nous le plaons au dessus1 nous le verrons effectivement gris4 ,on comprend sans peine la raison de ces deux jugements en apparence contradictoires4 ,le papier transparent1 bien que blanc1 nous fait l'effet d'tre un papier rouge1 et1 ds lors1 le papier gris1 que nous apercevons en dessous1 nous croyons le voir travers du rouge1 et nous en concluons immdiatement qu'il doit tre vert4 ,il n'en est plus de mme quand nous le voyons au dessus du papier transparent et nous n'avons pas de raison de porter un jugement erron4 ,chose remarquable et qui confirme l'explication que nous venons de donner1 c'est que1 si pendant que le papier gris est plac en dessous du papier transparent et jug vert1 on place par dessus et qu'on tienne la main un autre petit morceau de papier gris exactement de la mme nuance1 l'illusion disparat pour reparatre aussitt qu'on le lche4 ,la sensation de couleur1 qui est un jugement1 peut donc tre modifie par les jugements ports antrieurement4 ,le mme rouge sera vu diffremment suivant la couleur qu'on aura regarde avant lui4 ,il paratra gris si notre regard vient de tomber sur un rouge vif2 rouge trs vif1 au contraire1 si l'il s'est longtemps arrt sur du vert4 ,c'est cet ensemble d'observations qui constitue l'art d'assortir les couleurs que les femmes possdent un si haut degr4 ,ce genre d'analyse s'applique tous les ordres de sensation4 ,en musique1 une note est juste ou fausse suivant celles qui la prcdent4 ,le got d'une chose est influenc par le got des choses qu'on a savoures auparavant4 ,c'est un fait qui est parfaitement la connaissance des gourmets4 ,si l'on plonge une main dans l'eau chaude1 l'autre dans l'eau froide1 puis qu'on les trempe toutes les deux dans la mme eau tide1 la premire jugera que cette eau est froide1 la seconde qu'elle est chaude4 ,il est donc maintenant prouv1 croyons-nous1 que le jugement sur la couleur repose1 sans doute1 sur une proprit spciale de la substance sensoriale optique1 mais aussi sur des jugements antrieurs inconscients1 et qui sont devenus tels par un effet de l'habitude ou parce qu'ils reposent sur l'instinct4 ,quant ces deux facults1 nous ne tarderons pas les dfinir4 ,,iii4 ,analyse de la motilit4 ,origine des notions de distance1 de direction1 de situation et de forme4 ,les jugements sur la position et la forme des objets reposent aussi sur un raisonnement inconscient1 fond lui-mme sur l'habitude et l'instinct4 ,l'il1 en tant qu'organe du sens de l'tendue1 ne doit tre envisag que comme appareil musculaire4 ,passons maintenant l'analyse de la manire dont se forment en nous les ides qui se rapportent aux proprits du mouvement et de l'tendue1 et1 pour le moment1 attachons-nous aux plus complexes d'entre elles3 la grandeur et la forme4 ,il semble aussi1 premire vue1 que la connaissance de la grandeur et surtout de la forme des objets nous est fournie directement et immdiatement par les sens2 que si nous jugeons d'une figure qu'elle est carre1 c'est parce qu'elle l'est en effet4 ,cependant1 il suffit d'un peu de rflexion pour voir qu'il n'en est pas toujours ainsi4 ,dans un tableau1 nous reconnatrons une table carre l o le peintre a dessin un quadrilatre trs souvent irrgulier4 ,le tableau ne nous fait illusion que parce qu'il reproduit fidlement l'effet que les objets font sur nos sens4 ,on va voir que le jugement sur la forme dcoule1 comme les autres1 d'une srie indfinie de jugements antrieurs1 la plupart inconscients1 et qu'il se fonde en dernire analyse sur la motilit1 c'est dire sur la facult de se mouvoir1 tout en ayant le sentiment de l'effort que l'on dploie pour effectuer le mouvement4 ,cette proposition pourrait premire vue se passer de dmonstration1 si nous parlions des aveugles1 dont la main seule dirige le sens musculaire2 mais elle est moins vidente pour des clairvoyants1 qui croient naturellement que l'il immobile leur fait connatre les figures et autres proprits de l'espace4 ,or1 l'il1 dans ce cas1 n'agit que comme directeur du sens musculaire1 de la mme faon qu'agit le nez du chien1 qui lui permet de suivre la piste du gibier1 de la mme faon que le bton de l'aveugle1 qui l'avertit des obstacles qui se trouvent sur sa route4 ,l'il1 on le sait1 est un globe qui tourne autour de son centre4 ,il est m par quatre muscles 7nous ne faisons pas mention des muscles obliques pour ne pas compliquer la dmonstration7 placs en haut et en bas1 droite et gauche1 et appels suprieur1 infrieur1 interne et externe1 l'interne tant le muscle plac du ct du nez1 l'externe1 le muscle oppos4 ,le fond de l'il est tapiss par une membrane sensible la lumire1 nomme la rtine1 et un point de cette membrane1 la tache jaune1 est tout particulirement dou cet gard d'une sensibilit extrme4 ,c'est proprement la tache jaune qui est l'organe dirigeant1 en ce sens que nous amenons sur elle l'image du point lumineux que nous voulons fixer4 ,on peut donc momentanment ne considrer qu'elle4 ,notre il peut ainsi s'assimiler l'il plac au bout des cornes du colimaon et que l'animal dirige vers les points lumineux de l'espace4 ,il n'est plus ncessaire maintenant de tenir compte de la facult qu'a l'il de percevoir les couleurs4 ,cette proprit est devenue indiffrente2 il suffit qu'il distingue la lumire4 ,commenons par la notion de distance1 ou celle de longueur qui s'identifie avec elle4 ,l'il1 comme les bras ou les jambes1 l'apprcie d'aprs l'effort qu'il doit faire pour la parcourir2 s'il s'agit de l'apprciation de l'loignement par la vue au moyen des deux yeux1 d'aprs l'effort de convergence des deux yeux vers le point fix2 pour l'apprciation par un il1 d'aprs l'effort dit d'accommodation4 ,donc toute cause qui tend augmenter l'effort doit faire paratre la distance plus longue1 et c'est ce que nous pouvons vrifier tous les jours1 pour les jambes1 du moins4 ,en dehors de tout autre moyen de contrle1 la fatigue1 la paralysie1 la vieillesse augmentent les distances2 la dernire lieue d'une journe de marche parat plus longue que la premire4 ,en est-il de mme pour l'il8 ,on a fait des expriences dlicates qui mettent ce point hors de doute4 ,si l'on essaie de diviser une droite horizontale perpendiculaire aux rayons visuels en deux parties gales1 on placera en moyenne le point de division au milieu4 ,nous disons en moyenne1 car si l'on rpte plusieurs fois l'opration1 les erreurs se trouveront tantt droite1 tantt gauche1 de manire se compenser et s'annuler4 ,supposons que sur la moiti de gauche de cette ligne on marque de distance en distance quelques points et qu'on fasse ensuite rpter l'exprience#b1 le point de division sera en moyenne vers la gauche4 ,d'o provient donc que maintenant la portion de gauche lui parat aussi longue que la portion de droite1 bien qu'elle soit plus petite8 ,cela provient videmment des points que l'on a marqus sur cette partie et qui ont eu pour effet d'interrompre l'il dans sa marche et d'augmenter sa fatigue4 ,c'est comme le piton qui voyage avec un ami qui l'arrte chaque pas pour lui communiquer une observation4 ,quant la cause de ce surcrot de fatigue1 elle est toute mcanique4 ,il y a force perdue pour le mouvement#c chaque fois qu'un corps passe du repos au mouvement1 ou rciproquement1 ou mme quand il y a simplement changement de vitesse4 ,c'est ainsi qu'un cheval doit faire plus d'effort pour mettre en branle une lourde charrette que pour la traner ds qu'elle est en marche4 ,il suit de l que l'effort que doit faire l'il pour mesurer une ligne se compose de plusieurs efforts conscutifs3 le premier pour se mettre en mouvement1 le second pour parcourir cette ligne1 le troisime pour s'arrter4 ,le premier et le dernier interviennent dans la mesure de toute ligne1 quelle qu'en soit la longueur4 ,et1 par suite1 si l'on compare deux lignes de grandeurs diffrentes1 la plus petite sera comparativement plus augmente que la plus grande4 ,supposons1 par exemple1 que cet effort perdu corresponde une longueur d'un millimtre2 une ligne d'un centimtre sera vue comme si elle avait onze millimtres1 et une ligne de deux centimtres1 double1 par consquent1 paratra comme une ligne de vingt et un millimtres1 ce qui n'est pas le double de onze millimtres4 ,de mme1 si l'on divise une ligne verticale1 on placera en gnral le point de division trop haut4 ,cela provient de ce que le muscle qui tire l'il en haut pour lui faire apprcier la moiti suprieure1 est plus faible que celui qui l'abaisse pour lui faire apprcier la moiti infrieure4 ,la mme exprience peut subir une petite modification qui la rend saisissante4 ,si l'on examine un #h imprim1 ou une ,s1 un ,z1 un ,x1 on trouvera la partie suprieure un peu plus petite que la partie infrieure4 ,cela existe en fait4 ,mais si l'on retourne le chiffre ou la lettre1 on trouvera que cette diffrence est norme4 ,dans la position ordinaire1 la diffrence relle est amoindrie1 elle est agrandie1 au contraire1 quand le chiffre ou la lettre est renvers4 ,la notion que nous avons de la grandeur respective des deux parties du #h ne dpend donc pas uniquement de leur rapport rel1 mais encore de nos organes4 ,il suit de l que si l'on est borgne ou si l'on ferme volontairement un il1 on divisera inexactement1 en dehors de tout exercice pralable1 une ligne horizontale1 moins d'avoir le muscle qui tire l'il en dehors exactement de la mme force que celui qui tire l'il en dedans4 ,si le muscle externe d'un il vient tre atteint de paralysie1 le malade pendant quelque temps verra les objets plus loigns de cet il qu'ils ne le seront en ralit4 ,peu peu cependant il s'habituera juger plus sainement de la position des objets4 ,gurissez-le1 il prouvera encore le mme inconvnient1 mais en sens contraire4 ,on commettrait des erreurs semblables1 si l'on avait diviser une ligne place dans la direction de l'axe optique2 on placerait le point de division beaucoup trop prs de l'il4 ,on pourrait multiplier ces exemples1 mais nous passons immdiatement la notion de direction4 ,on voit sans peine comment nous avons la notion de haut et de bas1 de droite et de gauche4 ,pour suivre un point qui se meut de bas en haut1 nous devons faire tourner l'il sur lui-mme en le tirant par le muscle suprieur4 ,si le point se meut de haut en bas1 l'il sera tir par le muscle infrieur4 ,pour apprcier la direction d'un point qui se meut vers la droite1 on tire l'il droit avec le muscle externe1 l'il gauche avec le muscle interne1 et l'inverse a lieu quand le point se dirige vers la gauche4 ,par parenthse1 comme l'il tourne autour de son centre il rsulte de l que la tache jaune est anime d'un mouvement oppos celui de la pupille2 et cette considration rduit nant toutes les difficults que l'on trouve dans le fait que l'image peinte sur la rtine est renverse1 c'est dire que dans l'image1 par exemple1 d'un jardin public1 tous les promeneurs marchent comme les antipodes1 la tte en bas4 ,l'esprit n'a1 en aucune faon1 connaissance de l'image peinte sur la rtine4 ,quant la direction en avant ou en arrire1 nous l'apprcions par les variations de l'effort que nous devons faire pour diriger nos deux yeux vers le point de l'espace que nous considrons1 et dans la vision monoculaire1 par la variation de l'effort dit d'accommodation4 ,toute direction intermdiaire entre ces directions cardinales exige une combinaison d'actions des diffrents muscles de l'il4 ,et la notion correspondante suit le sentiment de la varit des efforts4 ,la notion de la situation dans l'espace implique celles de distance et de direction4 ,la notion de forme implique aussi celles de distance et de direction1 et1 en outre1 celle de variation de direction1 ou d'angle4 ,l'angle est1 en effet1 la diffrence de deux directions#d4 ,comment apprcierons-nous cette diffrence8 ,par l'effort qu'il faut faire pour passer de l'une l'autre4 ,ici1 comme pour les distances1 cet effort se compose d'un effort variable proportionnellement la grandeur de l'angle et d'un effort fixe ncessaire pour le passage du repos au mouvement et du mouvement au repos4 ,il suit de l que deux angles gaux1 dont l'un est divis par des droites en plusieurs angles plus petits1 paratront ingaux4 ,et c'est ce qui a lieu en effet1 l'angle divis est jug plus grand4 ,une autre consquence1 c'est que l'angle obtus paratra comparativement moins ouvert que l'angle aigu2 ou encore que deux angles dans le rapport rel de #ej #ajj sont vus dans le rapport apparent1 par exemple1 de #ea #aja4 ,c'est ce que prouve la figure ci-jointe1 o le prolongement de la ligne ,a ,b semble tre en ,e1 tandis qu'il est en ,d1 exactement comme si l'angle ,,abc s'tait rtrci ou l'angle ,,bcd agrandi4 ,en fait1 ils apparaissent agrandis tous les deux de la mme quantit1 mais cela suffit pour produire l'cart4 ,illustration ,voici une autre illusion frappante reposant sur la mme cause4 ,illustration ,en dpit de l'apparence1 les droites ,,ab et ,,cd de la figure ci-dessus sont parallles1 et ce sont les lignes obliques qui leur donnent l'air de converger vers la droite4 ,le jugement que nous portons sur le paralllisme ou l'obliquit n'est donc pas le rsultat du paralllisme ou de l'obliquit relle2 il n'est pas non plus le rsultat de la forme de l'image trace sur la rtine1 puisque les lignes ,,ab1 ,,cd taient juges parallles avant le trac des obliques et que ce trac n'a modifi en rien l'image des droites sur la rtine4 ,ce phnomne1 comme on peut le dmontrer d'un grand nombre de faons diverses1 provient de ce que notre il agrandit en somme les angles aigus2 et cet agrandissement comparatif des angles aigus forms par les parallles ,,ab et ,,cd et les obliques fait en apparence converger celles-l vers la droite4 ,cette proprit reconnue1 on peut crer volont des illusions d'optique4 ,on peut donner une ligne droite les apparences d'une ligne brise1 d'une ligne courbe ou sinueuse1 on peut dvier des verticales1 en un mot1 faire porter sur la forme des jugements errons4 ,ces jugements1 qui seuls apparaissent la conscience et semblent tre des affirmations directes des sens1 sont1 comme on le voit1 des conclusions fondes sur certains tats internes et sur d'autres jugements antrieurs4 ,ainsi1 reprenons l'exemple de nos parallles qui paraissent converger vers la droite4 ,nous affirmons de deux droites qu'elles sont parallles lorsqu'elles prsentent certains caractres qui sollicitent nos sens d'une certaine faon2 nous jugeons qu'elles sont convergentes quand elles prsentent d'autres caractres4 ,or1 si je vois converger deux droites qui pourtant en fait sont parallles1 et si cette vue s'impose moi1 c'est que je reconnais en elles les caractres de la convergence2 ces caractres sont donc en moi1 sont subjectifs2 et d'o proviennent-ils8 ,encore une fois de l'habitude ou de l'instinct4 ,j'ai exerc mes sens juger du paralllisme ou de la convergence de deux lignes1 malgr les lois de la perspective qui en altrent la direction4 ,je me suis cr cet gard certaines rgles2 j'ai appris reconnatre la ralit d'aprs les caractres subjectifs de mes sensations4 ,lorsque ces caractres se prsentent moi1 et quelle que soit la cause qui les produise1 qu'elle soit ordinaire ou extraordinaire1 mon jugement est command par l'habitude acquise#e4 ,le jugement que je porte est donc la conclusion d'un raisonnement inductif inconscient qu'on pourrait noncer comme suit3 jusqu' prsent1 quand j'ai prouv telles sensations musculaires en considrant des lignes droites1 j'ai trouv qu'elles taient convergentes2 comme j'prouve ces mmes sensations musculaires1 les lignes prsentes sont convergentes4 ,cela est si vrai que1 si nous plaons la figure devant l'il1 peu prs suivant l'axe visuel1 de manire voir fuir les parallles1 le paralllisme reparat1 bien que1 en fait1 l'image peinte sur la rtine soit maintenant celle de lignes convergentes4 ,dans cette position1 l'effet des hachures est affaibli et elles se rduisent une ombre2 il ne reste que les lignes non altres1 et rien ne nous empche ds lors d'en apprcier le paralllisme#f4 ,c'est de cette faon qu'on s'explique que nous ayons appris juger de la forme des objets1 malgr les illusions de la perspective2 un tang circulaire devrait nous paratre ovale2 et pourtant notre esprit s'habitue si bien redresser l'affirmation de nos sens que1 mme dans un tableau1 dans un dessin1 nous voyons bien un cercle l o il n'y a qu'un ovale de trac4 ,de mme nous jugeons de la grandeur d'un objet d'aprs la distance o nous croyons qu'il est plac4 ,c'est ainsi que chacun se fait une ide diffrente des dimensions de la lune4 ,pour les uns1 elle est de la grandeur d'une table2 pour d'autres1 d'une assiette2 pour d'autres encore1 d'une soucoupe1 suivant qu'on se la figure plus ou moins loigne de nous4 ,regarde travers un tube1 elle parat tout au plus avoir le diamtre d'une pice de cinq francs4 ,a l'inverse1 une mouche nous fait quelquefois l'effet d'un norme oiseau volant dans les airs4 ,nous ne nous faisons aucune ide de la grandeur du cadran d'une cathdrale ou du coq qui surmonte un clocher1 de l'lvation d'une montagne et1 en gnral1 des objets qui sont en dehors du cercle de notre exprience journalire4 ,en revanche1 quand nous connaissons les proportions d'un objet1 nous sommes tromps1 pour ainsi dire1 en sens contraire4 ,ainsi1 nous sommes familiariss avec la taille ordinaire de l'homme2 de l il suit qu'un homme qui nous apparat au loin dans la plaine ou au sommet d'un clocher ou d'une colline1 n'est pas soumis aux rgles de la perspective2 nous le voyons tel qu'il est4 ,par contre1 les statues colossales1 places hauteur convenable1 nous paraissent de grandeur naturelle4 ,il en est de mme des personnages des tableaux peints1 par exemple1 au plafond des glises1 bien que leurs dimensions soient parfois considrables4 ,on me dira peut-tre que tous ces mouvements de l'il1 on ne les sent pas1 qu'on juge de la forme des objets sans les faire mouvoir1 que le jugement est instantan4 ,sans doute4 ,voici l'explication de ce fait4 ,la rtine est une surface sensible la lumire1 mais elle ne l'est pas galement dans toute son tendue4 ,cette sensibilit s'affaiblit en rayonnant partir de la tache jaune4 ,primitivement1 l'il1 pour juger d'un contour1 promne la tache jaune sur tous ses points4 ,pendant qu'il est attach sur un point1 le reste du contour affecte diversement d'autres parties de la rtine et1 par exprience1 l'il sait quels mouvements il devrait faire pour amener successivement sur la tache jaune les autres points de la figure2 et en consquence il peut se dispenser d'excuter ces mouvements4 ,je sais aujourd'hui1 sans que j'aie besoin pour cela de recourir l'exprience1 comment je devrais m'y prendre pour toucher du doigt un lieu dtermin4 ,je saisis immdiatement la distance de deux pointes de compas qu'on appuierait sur la paume de ma main4 ,il en est de mme pour l'il4 ,la rtine permet donc d'avoir d'emble la connaissance du contour et de la surface1 tandis que1 rduite la tache jaune1 elle nous mettrait seulement en tat d'acqurir successivement cette mme connaissance1 la faon de la main de l'aveugle se promenant sur les objets#g4 ,c'est la facult de diriger volontairement et en le sachant la force dont nous disposons1 c'est le sentiment de la motilit1 en un mot1 qui nous met en tat de connatre l'existence des objets extrieurs et leurs formes4 ,ce sens agit avec d'autant plus de perfection qu'il a ses ordres un instrument plus prcis4 ,de longues tiges1 antennes ou bras1 termines par des points sensibles bien dtermins et mus par des muscles dlicats1 sont cet gard d'excellents organes4 ,nos mains remplissent ces conditions4 ,on sait quelle rare perfection atteint le sens1 dit improprement1 du toucher1 ou plutt le sens musculaire chez les aveugles ns4 ,les clairvoyants peuvent avec un peu d'exercice acqurir une dlicatesse aussi grande4 ,marmontel1 dans ses ,mmoires1 parle d'un certain ,hubert1 qui1 les mains derrire le dos1 avec du papier et des ciseaux1 dcoupait le portrait des personnes prsentes1 dans n'importe quelle attitude#h4 ,mais1 quelque habiles que soient nos mains1 elles ne peuvent se comparer l'il4 ,les mains1 en effet1 ne peuvent juger des grandeurs ou des contours que par contact1 l'il les juge distance4 ,il suit les formes des objets avec une prcision admirable1 grce la sensibilit varie des points de la rtine autour de la tache jaune1 et il est servi par des muscles symtriques et dlicats qui transmettent immdiatement et nettement l'me les moindres sinuosits des surfaces4 ,il faut donc distinguer les proprits optiques de l'il de ses proprits musculaires4 ,comme instrument d'optique1 il nous fournit les notions de lumire et de couleur2 comme instrument du sens de la motilit1 il nous fournit la notion de forme1 et1 sous ce rapport1 sa mobilit et la sensibilit particulire de la tache jaune sont ses qualits essentielles2 peu importe la forme de l'image qui se peint sur la rtine et les couleurs qu'elle reflte4 #a ,inutile de faire remarquer que l'enfant se servira plutt du terme vivant1 le mot sensible lui tant inconnu4 ,mais pour lui vie est synonyme de sensibilit2 et1 au fond1 n'est-ce pas la mme chose8 #b ,il est de toute ncessit1 quand on fait cette exprience1 que l'exprimentateur ne soit pas prvenu de ce qui va se produire4 #c ,cette force perdue pour le mouvement produit un changement d'tat du mobile4 #d ,ainsi1 un triangle est connu quand on connat la longueur de ses cts et leurs directions4 #e ,on sait que dans les monuments grecs1 il y a fort peu de lignes exactement droites1 verticales ou parallles4 ,ainsi1 les colonnes angulaires d'un temple convergent vers un point idal situ dans le ciel4 ,c'est que l'architecte a senti qu'il devait agrandir l'angle obtus form par elles et les obliques du fronton4 #f ,ceux qui voudraient avoir plus de dtails sur ce sujet peuvent lire1 dans les ,bulletins de l',acadmie royale de ,belgique1 #b;e srie1 t4 ,,xix1 n #b1 et t4 ,,xx1 n #f1 les deux notes que nous y avons insres sur certaines illusions d'optique4 #g ,,spencer est donc dans l'erreur1 ce nous semble1 quand il croit trouver dans des proprits--un peu mystrieuses--du tissu de la rtine1 la cause de la vivacit des impressions visuelles et de la facilit avec laquelle elles sont renouveles par le souvenir4 ,l'il se rappelle assez facilement les contours parce qu'il se meut avec une prcision obtenue de longue date4 ,mais nous croyons que les impressions de l'oue sont encore bien autrement susceptibles d'tre reproduites avec vivacit et fidlit4 ,quelle diffrence entre la manire1 toujours plus ou moins confuse1 dont on se reprsente un paysage ou les traits d'une personne1 et la nettet avec laquelle on se remmore les paroles1 le son de la voix1 le chant6 ,c'est qu'ici l'appareil reproducteur est essentiellement le larynx1 qui1 dans l'acte du souvenir1 refait1 d'une manire affaiblie la vrit1 tous les mouvements qui caractrisent l'acte rel4 7,cf4 ,,herbert ,,spencer1 ,principes de psychologie1 #fh1 #ig1 #aah2 pages #aga1 #bcc1 #bfd de la traduction franaise47 #h ,livre ,,vii4 ,on et dit1 ajoute ,marmontel1 qu'il avait les yeux au bout des doigts4 99 99 99 99 99 ,,iv ,,la ,,sensation ,il est jusqu' prsent tabli que tout jugement conscient est la conclusion d'une srie de jugements enfouis dans l'inconscience1 et qu'ainsi1 pour leur tude1 le sens intime ne peut nous tre d'aucun secours4 ,les jugements inconscients appartiennent au pass de notre individu1 et comme ce pass se perd son tour dans celui de l'espce1 nous voil conduit rechercher les prmisses d'un jugement actuel dans les actes intellectuels des premiers tres sensibles4 ,or1 l'on est port croire1 par une srie d'inductions fondes sur la gologie1 que les premiers tres apparus sur le globe taient d'une simplicit tout fait lmentaire2 et la palontologie1 dont les dcouvertes sont confirmes par l'embryognie1 nous montre que les organes des sens n'ont pas toujours t aussi perfectionns qu'ils le sont maintenant4 ,aujourd'hui encore1 il y a des tres sensibles1 comme les monres1 sans aucune espce d'organisation1 et tout animal nat d'un uf qui en soi n'est gure plus compliqu qu'une monre4 ,le problme consisterait tirer d'une sensibilit rudimentaire et primitive les sensibilits spcifiques1 sensibilits pour la lumire1 la pression1 le son1 la chaleur1 etc41 qui n'en seraient ainsi que des modes4 ,cette manire de concevoir les phnomnes psychiques est justifie par les ides que l'on a aujourd'hui sur les phnomnes physiques4 ,i4 ,la sensibilit lmentaire et ses modes compars au mouvement et ses transformations4 ,la mesure des sensations4 ,la loi de ,weber3 tout accroissement de la sensation correspond un accroissement d'excitation constamment proportionnel celle-ci4 ,critique de cette loi4 ,les trois lois de la sensation4 ,dductions et consquences4 ,actuellement1 en effet1 la science tend ramener tous les phnomnes de la nature matrielle des mouvements soit de transport dans l'espace1 soit molculaires4 ,le mouvement est l'expression de la force2 quand la force n'engendre pas de transport visible1 elle produit un mouvement molculaire4 ,ainsi1 lorsqu'une force cartant une corde de violon de sa position de repos1 lui en a donn une autre o un obstacle la maintient1 cette force se traduit en mouvements molculaires vibratoires tant de la corde que de l'obstacle4 ,si l'on fait cesser cet arrt1 ces mouvements molculaires se transforment en mouvement de transport1 puis1 la position de repos dpasse1 ce mouvement de transport se convertit son tour graduellement en mouvements molculaires4 ,le mouvement de va-et-vient se continue jusqu' ce qu'il soit amorti par la rsistance de l'air et des points d'attache et par la roideur de la corde4 ,quant aux qualits des corps1 on les attribue au mouvement soit des molcules1 soit des atomes qui les constituent4 ,c'est la nature particulire du mouvement molculaire qui fait qu'un corps est solide1 liquide ou gazeux1 sonore ou lumineux1 et c'est du mouvement des atomes que drivent ses proprits chimiques4 ,sans doute1 on ne peut gure actuellement souponner quelle diffrence dans les mouvements constitutifs est due1 par exemple1 la diffrence de l'or et de l'argent2 mais l'ide que c'est dans ces mouvements qu'il faut la chercher n'en est pas moins universellement admise4 ,le mouvement molculaire ou atomique est interne4 ,il diffre du mouvement visible ou du transport dans l'espace1 en ce qu'il ne fait pas sortir le corps du lieu qu'il occupe4 ,l'exemple de la corde de violon peut nous donner une ide de cette diffrence4 ,chaque partie de la corde change de place et manifeste un mouvement sensible4 ,la corde1 elle1 ne se transporte pas dans l'espace2 elle reste attache au violon2 elle oscille seulement autour d'une position moyenne4 ,c'est sous cette dernire forme qu'on doit se reprsenter le mouvement molculaire ou atomique4 ,si cette conception moderne est vraie1 il en rsulte que l'univers matriel apparatrait notre intelligence1 suppos qu'elle ft parfaite1 comme compos de groupes diffrents d'atomes1 groupes mobiles dans l'espace1 pendant que tous les atomes oscillent autour dun centre d'quilibre4 ,elle n'y verrait pas d'autre varit que celle dpendant de la vitesse et de la direction des groupes1 de la rapidit et du sens de la vibration des atomes4 ,mais il y a plus4 ,la science actuelle1 depuis la dcouverte de l'quivalent mcanique de la chaleur et du principe de la conservation de la force1 regarde avec raison le mouvement de transport et le mouvement molculaire comme pouvant se transformer l'un dans l'autre1 et nos muscles1 ainsi que nos machines vapeur1 ne sont pas autre chose que des appareils appropris oprer cette transformation4 ,de l1 une consquence importante3 c'est que1 idalement1 les phnomnes les plus divers en apparence1 comme la chaleur1 la lumire1 le bruit1 que l'admiration qu'on prouve devant un beau tableau de ,rubens ou le plaisir que nous procure un opra de ,rossini1 sont dus des causes extrieures rductibles l'une l'autre et1 par consquent1 au fond1 identiques4 ,elles se ramnent1 en effet1 toutes au mouvement et leurs diffrences tiennent la diversit des appareils sensoriels qui les peroivent4 ,une semblable rduction est-elle possible pour les phnomnes de la sensibilit8 ,essayons d'y arriver4 ,il nous faut pour cela tudier la sensation1 abstraction faite de sa qualit1 et rechercher d'aprs quelles lois elle crot ou elle diminue1 sous l'influence de l'excitation4 ,nous savons que1 dans ce but1 nous devons dresser une double chelle3 d'un ct1 on doit inscrire les intensits successives de la cause physique que l'on fait crotre ou dcrotre uniformment2 de l'autre1 les grandeurs respectives du phnomne psychique de la sensation qui y correspond4 ,mais pour cela1 il faut mesurer la sensation1 arriver la reprsenter en nombres1 pouvoir dire que telle sensation est le double ou la moiti de telle autre4 ,le sens intime nous apprend seulement si elle est gale1 plus forte ou plus faible1 mais ne nous fait pas connatre exactement le degr4 ,c'est l une grande difficult1 qu'on est parvenu heureusement tourner et vaincre4 ,la question de la mesure des sensations avait dj t en quelque sorte entrevue par des savants du sicle dernier ou du commencement de ce sicle2 mais ce fut un ,allemand1 ,weber1 qui1 par des recherches tendues1 prpara un travail d'ensemble et qui formula le premier une loi laquelle ,fechner a donn le nom de son inventeur4 ,enfin1 c'est ,fechner que revient la gloire d'avoir coordonn les travaux de ses devanciers et de ses contemporains1 et de les avoir complts par ses propres dcouvertes4 ,trois mthodes ont t employes par ces savants pour arriver la mesure des sensations4 ,comme le but de ce travail n'est pas d'entrer dans le dtail de ces investigations1 nous nous contenterons de donner un exemple de l'emploi de la premire mthode4 ,soient ,a et ,b deux poids comparer4 ,la diffrence entre eux peut tre assez faible pour qu'on ne la peroive pas et qu'on les juge gaux4 ,par contre1 si cette diffrence est considrable1 elle n'chappera pas au sentiment4 ,si donc on fait crotre la diffrence d'abord presque nulle des poids ,a et ,b1 en augmentant1 par exemple1 le poids ,b1 il arrivera un moment o1 d'imperceptible qu'elle tait1 la diffrence deviendra perceptible4 ,a ce moment1 on peut dire que la sensation de poids a cr d'une certaine quantit1 qui1 dans le cas prsent1 est la quantit la plus petite possible qui soit apprciable4 ,si maintenant je compare le poids ,b ainsi obtenu avec un poids ,c1 que l'on va faire crotre de la mme faon jusqu'au moment o je juge que ,c est plus lourd que ,b1 on pourra dire que la sensation de poids a cr chez moi d'une nouvelle quantit gale la premire1 puisque c'est encore la plus petite quantit possible qui s'ajoute la sensation4 ,on conoit sans peine qu'on puisse ainsi1 d'un ct1 obtenir une srie de poids ,a1 ,b1 ,c1 ,d1 qui nous procurent1 de l'autre ct1 des sensations diffrant d'une mme quantit apprciable4 ,on peut appliquer cette mme mthode la sensation de lumire4 ,qu'on imagine une srie de bandes parallles de mme paisseur et teintes par diffrents tons de gris1 allant du plus fonc au plus clair et choisis de telle faon que les contrastes sensibles entre deux teintes voisines soient partout jugs gaux2 on pourra dire que la sensation de lumire crot de l'une l'autre de quantits quivalentes4 ,ce procd1 comme on le voit1 est applicable aux sensations de son1 de chaleur1 de pression4 ,il n'est pas irrprochable au point de vue de l'exactitude2 mais les deux autres mthodes viennent le corriger dans ce qu'il peut prsenter de dfectueux4 ,nous ne les exposons pas1 parce que1 pour les bien saisir1 il faut tre initi aux mathmatiques4 ,ces trois mthodes conduisent des rsultats sensiblement concordants1 d'o ressort une loi d'une exactitude suffisante entre certaines limites et qui porte le nom de loi de ,weber4 ,en voici la formule3 ,tout accroissement constant de la sensation correspond un accroissement d'excitation constamment proportionnel celle-ci4 ,ainsi l'exprience nous apprend que la diffrence de deux poids n'est perceptible que si l'un dpasse l'autre de #a_/ag4 ,ce qui veut dire que je m'apercevrai de la diffrence d'un gramme1 si je compare des poids de #ag et de #ah grammes2 d'un hectogramme1 si je compar des poids de #ag et de #ah hectogrammes2 d'un kilogramme1 si je compare des poids de #ag et de #ah kilogrammes4 ,mais je ne m'apercevrai pas d'une diffrence d'un gramme ajout un poids d'un hectogramme1 et la diffrence d'un hectogramme1 parfaitement saisissable sur des poids d'environ #ag hectogrammes1 cesse de l'tre pour des poids de plusieurs kilogrammes4 ,pour qu'une lumire donne subisse un accroissement perceptible1 il faut que cet accroissement soit du #a_/ajj4 ,le son doit crotre par tiers1 ainsi que la pression1 la temprature4 ,la loi de ,weber peut encore s'exprimer comme suit3 ,pour que la sensation croisse en progression arithmtique1 il faut que l'excitation croisse suivant une progression gomtrique4 ,on sait qu'une progression arithmtique est une srie de termes diffrant tous de la mme quantit2 et que1 dans une progression gomtrique1 un terme quelconque est gal au terme prcdent multipli par le mme nombre4 ,ainsi1 pour que la sensation croisse comme les termes de la progression arithmtique #a1 #b1 #c1 #d 4441 il faut que l'excitation croisse soit comme #a1 #b1 #d1 #h 4441 soit comme #a1 #c1 #i1 #bg 4441 soit selon toute autre progression gomtrique#a4 ,cette loi de ,weber est conforme des faits pour ainsi dire habituels4 ,la lumire d'une bougie1 brillante dans l'obscurit1 est faible au jour1 nulle en plein soleil4 ,le rayonnement de cet astre teint les toiles2 celui de la lune n'teint que les moins clatantes4 ,on distingue difficilement du dehors ce qui se passe dans un appartement1 parce que la lumire de l'intrieur est trs faible par rapport celle de l'extrieur4 ,le tic-tac de la pendule s'entendra parfaitement dans le silence de la nuit et sera touff par les bruits de la journe4 ,on se trompera de quelques millimtres1 si l'on essaie de tracer l'il une ligne d'un dcimtre1 et de quelques centimtres1 si la ligne doit tre d'un mtre4 ,enfin1 cette loi se trouve confirme par une loi musicale trs anciennement connue2 elle est prcisment de mme nature3 ,le ton crot d'une octave si le nombre des vibrations est doubl2 de deux octaves1 si ce nombre est quadrupl2 de trois octaves1 s'il est octupl1 et ainsi de suite4 ,cependant1 cette loi de ,weber1 dans les limites les plus favorables1 n'est qu'approximative1 ainsi que l'ont dmontr des expriences dlicates que nous avons faites#b2 elle est tout fait insuffisante en dehors de ces limites1 c'est dire quand l'excitation est trs faible ou trs forte4 ,prise la lettre1 elle est sujette des critiques de toute espce qui ne permettent en aucune faon d'y voir l'expression de la vrit absolue4 ,si la loi de ,weber tait absolument vraie1 on pourrait dire que la lecture d'un crit1 par exemple1 devrait tre galement facile1 quelque lumire qu'elle se fasse4 ,sans doute1 entre certaines limites1 trs loignes d'ailleurs1 on peut lire distinctement2 mais tout le monde sait que la lumire peut tre assez faible pour que la lecture devienne pnible et mme impossible2 et1 d'un autre ct1 on peut supposer une clart assez forte pour que le lecteur soit bloui et devienne incapable de rien dchiffrer4 ,weber1 dans sa formule1 ne tient non plus aucun compte de l'tat de l'organe4 ,or1 c'est un fait bien connu encore1 que si1 en plein jour1 on entre dans une cave1 on commence par ne rien voir2 puis1 peu peu on s'accoutume si bien l'obscurit que tous les objets y deviennent distincts4 ,l'exprience inverse est tout aussi concluante4 ,sortez de la cave1 et la lumire d'une simple bougie vous blouira au premier instant1 de manire paralyser compltement votre il1 et peu peu l'blouissement disparatra4 ,une autre remarque fondamentale1 c'est que toute excitation trop forte a pour effet de diminuer le caractre propre de la sensation en lui donnant le caractre plus gnral du malaise ou de la douleur4 ,le trop grand chaud n'est plus peru comme chaleur1 mais comme douleur4 ,il en est de mme du trop grand froid1 d'une pression trop considrable1 d'un bruit trop intense1 d'une lumire trop clatante4 ,la langue gotera l'acidit du vitriol fortement tendu d'eau2 elle ne gotera pas celle du vitriol pur1 parce que l'impression qu'elle en recevrait ressemblerait celle qu'prouve la main soumise la mme action4 ,c'est que l'organe s'puise vite sous des actions si puissantes et devient bientt incapable de remplir ses fonctions4 ,la sensation prsente donc trois caractres4 ,en premier lieu1 elle va en s'affaiblissant ds l'instant o elle apparat2 en second lieu1 pour crotre1 elle doit tre provoque par des excitations de plus en plus fortes2 en troisime lieu1 mesure qu'elle crot1 elle s'altre sensiblement et se transforme en malaise1 puis en douleur1 et l'excitation peut mme amener la dsorganisation1 la destruction de la sensibilit4 ,de ces trois lois1 la premire1 comme il a t dit1 est confirme par des faits d'observation journalire4 ,entrez dans un bain ou trop chaud ou trop froid1 la premire sensation que vous prouverez sera trs vive1 et elle diminuera bientt4 ,l'exprience n'en a pas encore dtermin la formule1 mais il est prsumer que cet affaiblissement suit une marche progressive1 analogue la manire dont un corps chaud plac dans un milieu plus froid perd son calorique3 cette perte est d'autant plus sensible que la diffrence de sa temprature avec celle des milieux est plus grande4 ,la seconde loi est amplement dtermine par l'exprience entre des limites suffisamment tendues2 elle est conforme celle qui exprime le travail ncessaire pour diminuer par la pression le volume d'un gaz4 ,on conoit mme sans l'aide du calcul que la rduction progressive de ce volume exige des quantits de travail de plus en plus considrables2 en d'autres termes1 qu'il soit plus difficile1 par exemple1 de lui faire1 par la compression1 perdre un litre quand il n'en a plus que deux1 que quand il en a encore dix4 ,enfin1 de la troisime loi1 confirme par l'observation1 vrifie1 mais imparfaitement1 par l'exprience1 il ressort que l'organisme peut tre assimil une corde lastique qui vibre naturellement autour d'une position d'quilibre1 qui peut tre carte plus ou moins de cette position et qui se rompt si l'cart est trop considrable4 ,si ces analogies sont exactes--et rien n'empche actuellement de le croire--on peut en conclure que la sensation est produite par une diffrence d'quilibre entre la force propre l'organisme et la force du milieu ambiant2 qu'elle est proportionnelle au travail que produit la chute d'une force sur l'autre1 et que1 par cette chute1 l'organisme est loign ou rapproch de sa position d'quilibre1 ce qui1 dans le premier cas1 cause peine1 et dans le second cas1 plaisir4 ,un exemple mettra le lecteur en tat de comprendre cette explication4 ,on a chaud ou l'on a froid quand la temprature de la peau est infrieure ou suprieure celle du milieu ambiant2 voil la rupture d'quilibre4 ,si elle est infrieure1 il y a chute de chaleur sur le corps2 si elle est suprieure1 la chute se fait du corps sur le milieu ambiant4 ,l'impression est le travail de cette chute1 tout fait semblable au travail d'une machine vapeur4 ,enfin1 le chaud ou le froid nous seront agrables si le rsultat de cet change rciproque de temprature nous rapproche de la temprature normale habituelle2 ils seront dsagrables dans la supposition contraire#c4 ,la sensation n'est donc que le fait psychique interne correspondant au fait physique externe de l'impression4 ,mais le paralllisme exclut l'identit4 ,c'est dire que nous ne concevons pas le passage de l'insensible au sensible2 nous ne concevons pas de premier terme l'insensibilit4 ,c'est ainsi que nous ne pouvons concevoir la cration de la matire1 ni la cration du mouvement4 ,notre esprit ne peut se reprsenter un tat initial de l'univers que comme contenant dj en lui-mme la matire1 le mouvement et la sensibilit4 ,un philosophe a dit3 ,donnez-moi de la matire et du mouvement et je crerai le monde6 ,le monde physique1 oui2 mais le monde psychique1 non6 ,pour cela1 il lui faudrait la matire sensible4 ,,ii4 ,l'organisme homogne4 ,l'organe de sens adventice4 ,l'organe de sens permanent4 ,l'organisme complexe4 ,spcificit des organes de sens4 ,l'tre sensible le plus lmentaire qui se puisse concevoir peut tre compar une sphre dont les parois1 de texture homogne1 renferment une substance lastique qui les tend4 ,le degr de tension intrieure y est en proportion de la pression extrieure4 ,supposez cette sphre sensible1 elle ressentira les changements du dehors sous la forme d'une augmentation ou d'une diminution de tension1 comme malaise ou comme bien-tre1 suivant que la variation l'loignera ou la rapprochera de son tat normal4 ,d'ailleurs1 tant que les modifications du milieu o elle se trouve place ont lieu uniformment autour d'elle1 sa forme sphrique ne sera pas altre2 elle n'prouvera pas de sensation proprement dite1 car elle ne ressent que son tat prsent1 et non pas le changement4 ,a proprement parler1 cette sphre n'est pas encore un animal1 elle n'est pas organise2 mais il faut peu de chose pour quelle le devienne4 ,admettons1 en effet1 que le milieu ne change pas galement partout autour de la sphre1 mais commence par changer en un endroit circonscrit en dehors de celle-ci4 ,pour se reprsenter la chose1 on peut imaginer que le changement provienne d'un foyer de chaleur1 par exemple4 ,la sphre va s'chauffer du ct tourn vers le foyer4 ,pendant quelques instants1 c'est de ce ct seulement que se fera la rupture d'quilibre1 que la tension se fera sentir4 ,ce ct sera1 pendant ces instants1 un organe1 mais un organe adventice et instantan de sensation4 ,les parois de la sphre n'auront plus partout la mme composition et1 comme la modification affectera1 suivant les cas1 tantt un point1 tantt un autre1 on peut dire que cette sphre sera un champ perptuel d'organes instantans de sensations4 ,a partir de ce moment1 la sphre est organise1 elle est un animal dans le sens propre de ce mot4 ,en effet1 partir de ce moment1 il y a en elle diffrenciation2 car dans l'organe elle sent le prsent1 tandis que dans le reste de son corps elle continue sentir le pass4 ,elle peut donc apprcier le changement1 puisque le changement fait pour ainsi dire deux parts de son individu2 et comme tous les instants de la dure vont1 par la formation successive d'organes adventices1 se relier l'un l'autre1 l'animal sera dou d'une individualit psychique permanente4 ,l'organe ainsi form aidera1 en outre1 l'animal se conserver2 car la tension ou le relchement local et circonscrit de l'organe l'avertira1 avant qu'il prouve l'effet gnral1 si le changement qui se produit lui procurera peine ou plaisir4 ,enfin1 il lui servira d'instrument temporaire d'exprience1 puisqu'il pourra1 par son moyen1 explorer le milieu o il se trouve et s'arrter temps devant le danger4 ,l'enveloppe de l'animal a donc en un de ses points subi un changement momentan et plus ou moins profond4 ,si le milieu reprend son tat primitif1 ce point tendra revenir1 lui aussi1 sa forme premire4 ,mais1 en gnral1 on peut affirmer qu'il lui restera une trace ineffaable1 si faible qu'elle soit1 de l'action qu'il a subie4 ,si1 par exemple1 il est pour une seconde fois soumis la mme action1 il reprendra plus facilement son rle d'organe adventice4 ,en effet1 le changement extrieur1 quand il a affect cette partie de l'enveloppe1 y a rencontr certaines rsistances et il les a vaincues2 par l1 les forces qui unissaient entre elles les molcules de cette partie ont t1 sinon dtruites1 tout au moins affaiblies2 et si ce mme changement se reproduit souvent sur ce mme endroit1 celui-ci finira par acqurir une aptitude spciale se mettre rapidement l'unisson avec l'extrieur4 ,c'est ainsi que le contact souvent rpt d'un aimant finit par aimanter un barreau d'acier1 parce que les molcules de celui-ci1 souvent dranges1 finissent par rester dans la position qu'on leur fait prendre4 ,si donc1 pour une raison ou pour une autre1 un endroit de l'tre sensible est expos subir1 de prfrence tout autre1 une action spciale de la part de l'extrieur1 il devient de plus en plus apte rpondre cette action1 et l'organe adventice se transforme en organe permanent4 ,l'organe permanent jouit de toutes les proprits de l'organe adventice1 mais il en possde qui lui appartiennent lui seul4 ,son rle termin1 l'organe adventice disparat et cde sa place un autre2 mais l'organe permanent joue constamment le rle d'avertisseur1 les expriences passes font son ducation1 de manire qu'il devient le lien de l'association des expriences1 l'origine du perfectionnement intellectuel de l'animal1 la source premire de l'volution de l'espce4 ,l'organe adventice est une sentinelle qui sait crier3 ,qui vive6 quand quelqu'un passe la porte de ses regards2 l'organe permanent est un claireur qui bat le terrain pour s'assurer de la prsence d'un butin ou d'une proie et vient rendre compte son chef du rsultat de ses investigations4 ,jusqu' prsent1 nous n'avons considr dans la nature que la force abstraite et nous n'avons fait entrer en nulle ligne de compte les mouvements varis sous la forme desquels elle peut se manifester4 ,or1 on conoit qu'il peut natre chez l'animal autant d'organes qu'il y a d'espces de mouvements naturels4 ,ainsi1 par exemple1 du ct du corps tourn vers la lumire1 on admettra sans peine qu'il se forme un organe spcialement sensible aux ondes lumineuses2 et il se formera de mme des organes sensibles aux ondes sonores1 aux vibrations chimiques des atomes 7odeurs et saveurs71 aux rayons de chaleur1 etc42 et de ces organes1 les uns deviendront permanents 7il1 oreille1 narines1 etc471 les autres resteront adventices 7chaleur1 pression1 etc474 ,cette spcialisation des organes s'explique par les mmes principes4 ,pour fixer les ides1 imaginons que nous assistions la formation d'un organe auditif et qu'une onde sonore dont les molcules excutent mille vibrations par seconde vienne frapper les molcules du corps4 ,de celles-ci1 les unes ont1 par supposition1 un mouvement naturel de #a1jjj la seconde1 les autres de #gjj1 les autres de #iej4 ,voici ce qui se produira4 ,l'onde branlera celles de la premire espce1 ne parviendra pas branler les secondes et modifiera la constitution des troisimes4 ,elle n'branlera pas les secondes1 non qu'elle soit sans action sur elles1 mais parce que le mouvement commenc sera chaque instant arrt1 comme quand un sonneur maladroit essaie de mettre une cloche en branle4 ,et1 quant aux molcules de la troisime espce1 elle finira par leur imprimer un mouvement vibratoire gal au sien1 parce que leur mouvement qui1 par nature1 serait un peu en avance ou un peu en retard1 sera un peu arrt ou acclr par celui des particules sonores4 ,les rsistances vaincues sont en partie brises1 de sorte que cette mme onde se propagera de plus en plus facilement le long de la ligne qu'elle aura choisie1 et qu' la fin1 cette ligne elle-mme finira par prendre naturellement ce mouvement vibratoire ds que la premire molcule sera mise en branle4 ,c'est de cette faon que s'explique cette particularit dont sont dous nos organes de sens1 de nous fournir toujours la mme sensation1 quelle que soit la cause qui les irrite4 ,par ce qui prcde on comprend aussi comment il se fait qu'il y ait des lacunes dans notre sensibilit1 c'est dire que nous n'ayons pas autant de sens qu'il y a de forces naturelles4 ,si1 par exemple1 nous n'avons pas de sens magntique1 c'est que le mode vibratoire des molcules d'un aimant ne rencontre pas dans notre organisme des molcules dont le mouvement naturel soit susceptible de se modifier de manire se mettre l'unisson avec l'aimant4 ,mais si nous n'avons pas ce sens1 il n'en faut pas conclure que nous sommes l'abri des influences magntiques2 seulement1 nous les subissons sans pouvoir ni les prvoir1 ni les reconnatre1 ni les viter4 ,ces considrations1 en mme temps que les lois de la slection naturelle en vertu desquelles le plus apte est appel survivre1 expliquent la position des organes de sens dans le corps1 leur accumulation vers la tte1 l'aspect bilatralement symtrique de la plupart des animaux1 et ce fait que les organes destins surtout pressentir les chocs sont gnralement placs l'extrmit de bras1 d'antennes ou de pdoncules quelconques4 #a ,pour les mathmaticiens1 la loi de ,weber se formule comme suit3 ,la sensation est proportionnelle au logarithme de l'excitation4 #b ,voir notre ouvrage intitul3 tude psychophysique4 ,recherches thoriques et exprimentales sur la mesure des sensations4 ,bruxelles1 ,muquardt1 #ahgc4 7,extrait du t4 ,,xxiii des ,mmoires de l',acadmie de ,belgique47 #c ,dans un mmoire prsent l',acadmie royale de ,belgique en juin #ahge1 imprim dans le tome ,,xxvi du ,recueil in-#h1 et portant pour titre ,thorie gnrale de la sensibilit 7,bruxelles1 ,muquardt1 #ahgf71 nous avons dmontr toutes les propositions qu'ici et dans ce qui va suivre nous nous contentons d'noncer4 99 99 99 99 99 ,v ,l',,effort ,l'animal a maintenant des sensations diffrant qualitativement et quantitativement1 mais nous n'avons pas encore trait en dtail de ses perceptions4 ,nous savons seulement que ses perceptions lui viennent par l'intermdiaire du sentiment de la motilit4 ,i4 ,le jugement primitif4 ,la matire et l'esprit4 ,notion du mouvement et notions drives4 ,rle de l'organe adventice ou permanent dans l'acquisition de ces notions4 ,pour aborder ce sujet1 reprenons l'hypothse d'un animal tout lmentaire1 et dans l'univers ne considrons qu'un corpuscule matriel4 ,imaginons1 pour fixer les ides1 que ce corpuscule agisse par contact sur l'animal en un point dtermin de son corps4 ,ce point touch est un organe adventice de pression1 et l'animal y ressent une pression diffrencie des autres pressions qu'il subit4 ,l'animal n'a pourtant pas pour cela de sensation1 car si la pression dure depuis un certain temps1 l'animal s'y est accommod et il s'identifie avec le corpuscule4 ,mais comme il est dou de mouvement1 il vient le presser davantage 7la supposition inverse1 qu'il le presserait moins1 comporte la mme analyse72 il sent cette fois-ci une pression1 et il sait en mme temps que sa sensation est venue la suite de son effort4 ,mais le corpuscule1 de son ct1 s'est mis en mouvement2 mouvement qui est la rsultante tant de sa propre figuration que de l'nergie de l'animal et de la nature des obstacles qu'il rencontrera sur sa route4 ,admettons qu'il vienne se dtacher4 ,l'animal va prouver une diminution de pression laquelle il ne pouvait pas s'attendre4 ,au premier instant donc1 il a ressenti une pression1 voulue certains gards2 mais au second instant1 il ressent une diminution de pression qui n'est pas un effet de sa volont4 ,admettons que1 par un nouvel effort voulu1 il rejoigne le corpuscule et rtablisse l'galit de pression1 il s'apercevra que cette galit a t obtenue par lui1 mais qu'elle est venue la suite d'une diminution qu'il n'avait pas voulue4 ,c'est la comparaison entre les effets voulus et les mmes effets non voulus qui lui donne l'ide de l'extrieur4 ,il arrive de cette faon reconnatre qu'il y a en dehors de lui des causes semblables lui1 mais qui1 certains gards1 sont indpendantes de lui4 ,c'est le premier jugement3 il y a quelque chose en dehors de moi4 ,mais ce jugement lui-mme1 on le sent1 est une conclusion raisonne4 ,pour le porter1 il faut1 en effet1 que l'tre sensible ait compris que cette rsistance1 cet arrt dans son mouvement n'tait pas voulu1 ce qui suppose qu'il sait ce que c'est qu'un mouvement voulu2 et1 d'un autre ct1 il ne peut comprendre ce que c'est que la volont s'il n'a prouv des sensations involontaires4 ,pour tre averti de son existence1 il faut qu'il prouve un changement d'tat et1 pour juger qu'il y a changement d'tat1 il faut que son tat antrieur lui soit connu4 ,nous tournons donc dans un cercle vicieux2 c'est dire que nous ne pouvons comprendre comment se forme le premier jugement4 ,ds que nous avons ce premier jugement1 nous nous rendons fort bien compte de la formation du second2 mais l'origine du premier nous chappe tout fait4 ,comme le jugement primitif implique volont1 conscience1 raisonnement1 intelligence1 nous voil amen dire de ces facults ce que nous avons dit de la sensibilit3 que nous ne pouvons les faire natre d'autre chose1 quelles sont irrductibles1 cres ou ternelles au mme titre que la matire et le mouvement#a4 ,l'animal s'est donc reconnu comme force1 en mme temps qu'il admet qu'il y a en dehors de lui quelque chose capable de rsister sa force1 de contrecarrer sa volont4 ,cette chose1 c'est1 pour lui comme pour nous1 la matire4 ,la matire1 c'est le nom commun que nous donnons toutes les forces qui arrtent la volont2 c'est ce qui est oppos au moi conscient1 au moi esprit4 ,poussons plus loin notre hypothse4 ,imaginons que le corpuscule se meuve de lui-mme1 que ce soit comme une proie vivante et que l'animal le poursuive4 ,il est inutile1 pensons-nous1 de faire remarquer qu'on peut renverser les termes de la supposition1 et que le raisonnement reste le mme4 ,pour le suivre1 l'animal doit maintenir l'galit de la pression1 et pour cela il doit chaque instant faire de nouveaux efforts2 ces efforts sont voulus1 mais ils sont commands par autre chose2 il sent qu'il se meut1 mais il se dit que le corps se meut de mme4 ,il acquiert de cette faon la notion du mouvement continu1 et le mouvement n'est pour lui que la manifestation sensible du dploiement de sa force4 ,la notion du mouvement rsulte donc d'une suite de comparaisons entre des sentiments d'efforts et des sensations de pressions voulus sous un certain rapport1 non voulus sous un autre rapport4 ,et l'on remarquera ce sujet que cette comparaison n'est possible que grce l'opposition toujours actuelle entre l'tat sensible de l'organe adventice et l'tat sensible du reste de la priphrie1 le premier tat se rapportant au prsent1 le second au pass4 ,tels sont les jugements subsquents4 ,nous avons suppos que le corpuscule agissait par contact2 le raisonnement et t identique si nous avions suppos qu'il agissait distance4 ,qu'il soit un point lumineux ou sonore1 une substance odorante1 un foyer de chaleur1 du moment qu'il dtermine la formation d'un organe1 l'animal pourra son gr augmenter ou diminuer la sensation qu'il prouve ou se donner pour tche de la maintenir gale4 ,dans ce dernier cas1 si le corpuscule est mobile1 l'animal devra le suivre1 et son mouvement sera voulu dans son principe1 mais non voulu quant la direction4 ,une fois que l'animal a la notion du mouvement1 il a par l mme1 d'une faon plus ou moins obscure1 les autres notions cinmatiques4 ,la dure1 c'est le mouvement abstrait2 le temps1 un mouvement uniforme pris pour unit2 la vitesse1 le rapport du mouvement au temps4 ,la distance est apprcie par la quantit d'effort ncessaire pour la parcourir2 la direction1 par la position du point affect par l'objet relativement au corps de l'animal 7voir plus loin74 ,la situation ou le lieu est le produit de la combinaison des notions de distance et de direction2 l'espace1 c'est la synthse des lieux possibles4 ,enfin1 la forme est une synthse de distances et de directions#b4 ,savoir o est un objet1 c'est savoir quel mouvement il faut faire pour en recevoir telle ou telle sensation4 ,il ne s'agit pas ici1 bien entendu1 de la position dans le sens mathmatique du mot4 ,on est cens connatre le lieu d'une chose quand on sait comment il faudrait se mouvoir pour s'en rapprocher1 s'en loigner ou s'en garer4 ,peu importe d'ailleurs que cette chose existe ou n'existe pas 7lumire rflchie71 ou qu'elle apparaisse l o elle n'est pas 7lumire rfracte74 ,cette connaissance ne pourrait se produire sans la formation de l'organe adventice4 ,si1 quand le vent souffle1 nous prouvions un effet gnral1 c'est le hasard seul qui pourrait nous en prserver4 ,mais comme le vent donne lieu la formation d'un organe adventice du ct o il souffle1 nous devinons d'o il vient et nous pouvons ou lui tourner le dos1 ou interposer entre lui et nous des obstacles qui l'arrtent4 ,l'organe adventice produit donc chez l'animal une orientation adventice4 ,a son dfaut1 il serait dconcert et ne pourrait suivre l'objet2 avec son aide1 il peut s'orienter4 ,l'organe le dirige1 c'est un pilote qui le guide1 qui lui fait viter les cueils et le conduit au port4 ,son rle termin1 l'organe1 s'il est adventice1 disparat1 et l'exprience momentanment acquise est perdue pour l'avenir4 ,s'il est permanent1 l'orientation de l'animal est permanente1 il possde un axe naturel1 passant1 par exemple1 par l'organe et le centre de gravit4 ,ds lors1 il possde1 titre perptuel1 une rgle et un compas pour apprcier la position et la forme des objets1 il peut acqurir une exprience qui lui reste1 et il est perfectible en ce sens qu'il peut de plus en plus vite former son jugement sur la position des corps ou sur la route qu'ils suivent4 ,appelons directeur l'organe de sens qui guide la motilit4 ,le jugement sur la forme et la position des objets est d'autant plus exact que1 d'un ct1 cet organe est plus prcis et que1 de l'autre ct1 nous savons mieux apprcier les diffrences d'effort4 ,si nous voulons dterminer la direction du vent1 nous pouvons tourner la tte vers le point de l'horizon d'o il semble venir1 et par la position que nous devons prendre nous trouvons le lieu d'origine4 ,mais cette dtermination est assez vague1 parce que l'organe par lequel nous nous mettons en rapport avec le vent1 savoir la peau du visage1 occupe une grande tendue sans prsenter des parties plus restreintes et notablement plus sensibles4 ,nous serons mieux servis par la main1 qui1 se trouvant au bout du bras1 peut se placer plus nettement encore dans la direction vraie4 ,tout le monde sait enfin que si l'on expose l'air un doigt humect1 l'vaporation prcisera davantage encore le point d'origine4 ,mais coup sr1 si nous tions insensibles au mouvement de l'air sur toute la surface du corps et que nous eussions un organe mobile en forme de tube1 dont le fond serait seul sensible au vent1 nous dterminerions la direction d'autant plus exactement que le tube serait plus long et plus troit4 ,ce que nous disons de la direction peut se dire des distances ou grandeurs4 ,il est clair que les notions de l'animal cet gard seront plus ou moins nettes suivant ses aptitudes apprcier et comparer les efforts qu'il fait en les parcourant4 ,nous nous rendons1 en effet1 d'autant mieux compte de la forme dun objet que nous en suivons les contours avec un instrument plus exact2 par exemple avec le corps en marchant1 ou avec la main1 ou avec l'il qui1 tous gards1 peut tre assimil ce tube dont nous parlions tantt4 ,car on conoit sans peine qu'il n'est pas ncessaire que l'animal entier se meuve1 du moment qu'il a la facult de mouvoir volontairement son organe autour de lui-mme4 ,l'organe fait l'office de la main que l'aveugle immobile promne sur le contour des objets qu'il tte4 ,les diffrents replis de la peau1 les bras1 les tentacules1 les antennes1 les oreilles1 le nez1 l'il1 peuvent servir tour tour de sens directeur4 ,la peau de la chauve-souris1 le nez du chien1 l'oreille du chat sont pour ces animaux ce qu'est la main pour l'aveugle1 l'il pour l'oiseau4 ,et le bras que projette la monre n'est qu'un tentacule adventice qui sert diriger ses mouvements et la renseigner sur les objets de l'espace qu'elle occupe4 ,l'animal a maintenant1 d'une manire plus ou moins confuse1 la notion de l'existence du corpuscule et de ses volutions dans l'espace4 ,telle est en germe la notion de l'univers3 multipliez les corpuscules1 multipliez les sens1 l'objet d'un ct sera d'autant plus vaste1 l'exprience de l'autre d'autant plus complte et plus rapide4 ,,ii4 ,l'effort et la rsistance4 ,la rptition de l'acte le rend de plus en plus facile4 ,le mouvement volontaire1 habituel1 instinctif1 rflexe4 ,intelligence et automatisme4 ,dans ce qui prcde nous avons fait jouer le principal rle au sentiment de l'effort4 ,ce sentiment nat la suite des rsistances qui s'opposent au mouvement voulu4 ,l'animal1 par exemple1 veut fuir ou poursuivre un objet1 mais le mouvement ne suit pas immdiatement sa volont2 il doit pour cela dployer un effort et vaincre certaines rsistances qui proviennent d'un arrangement des molcules peu favorable au mouvement4 ,le mouvement cependant finit par se propager suivant la ligne des molcules dont la vibration naturelle prsente avec lui le moins de divergence1 et1 en se propageant1 il diminue encore cette divergence4 ,de l rsulte que le mme mouvement1 quand il est voulu une seconde fois1 prouve moins de rsistance2 et1 la longue1 force de rptitions1 il finit par se faire avec le plus petit effort possible1 avec un effort tellement faible qu'il n'est plus senti4 ,comment l'enfant apprend-il lire8 ,il doit d'abord se pntrer de la forme des lettres4 ,dans les premiers temps1 il confond les a et les o1 les n et les u1 les b1 les d1 les p et les q2 il doit se livrer beaucoup de comparaisons pour reconnatre leurs caractres distinctifs2 chaque fois qu'il porte un jugement1 qu'il dit d'un a que c'est un a et d'un o que c'est un o1 il a d se raisonner lui-mme le pourquoi de ce jugement4 ,mais par l'exercice1 ce jugement devient de plus en plus rapide1 de manire que1 ce premier pas fait1 on peut procder avec lui l'tude des syllabes4 ,il faut maintenant qu'il apprenne distinguer na de an1 ou de uo1 ie de ei2 nouvelles comparaisons1 nouveaux raisonnements1 nouveaux exercices2 puis1 ces difficults sont leur tour surmontes4 ,on aborde alors la connaissance des mots1 puis des phrases4 ,que de temps1 que d'efforts1 que d'tudes sont ncessaires avant qu'il en arrive lire couramment6 ,il y parvient cependant et1 la fin1 il saisit immdiatement le sens d'une phrase par la simple inspection du texte1 comme certains joueurs font d'un coup d'il l'addition de cinq ou six ds de dominos tals devant eux4 ,arriv ce point1 il n'a plus mme conscience des actes prliminaires par lesquels il doit passer pour avoir l'intelligence de la phrase4 ,il ne s'aperoit plus qu'il pelle1 qu'il juge de la forme des lettres et de leur position respective dans les syllabes1 etc42 il lui semble qu'il comprend d'emble ce qu'il lit4 ,et comment apprend-il tracer les lettres avec sa plume1 les assembler pour en former des mots1 soigner l'orthographe8 ,tous les premiers mouvements sont voulus1 sont faits avec pleine conscience1--il est inutile que nous refassions notre analyse--et la fin1 il en arrivera crire sous la dicte1 sans mme faire attention aux paroles qu'on prononce4 ,la main obira d'elle-mme au son qui frappera l'oreille4 ,l'exercice porte ici sur le sens musculaire4 ,l'enfant n'a pas procd autrement pour apprendre marcher3 tous ses pas ont d'abord t voulus1 avant d'tre naturels2 c'est ainsi qu'il apprend voir ou plutt regarder1 qu'il apprend entendre1 odorer1 goter4 ,dans ces perfectionnements successifs du mouvement1 on peut distinguer quatre moments principaux relis entre eux par un trs grand nombre de moments intermdiaires3 le mouvement volontaire1 habituel1 instinctif1 rflexe ou automatique4 ,on peut dire1 d'une manire gnrale1 que le mouvement est volontaire quand on sait comment et pourquoi on le fait2 qu'il est habituel quand on le fait sans savoir comment2 instinctif quand on le fait sans savoir pourquoi2 rflexe quand on le fait sans le savoir4 ,l'habitude s'acquiert par l'exercice1 et elle modifie l'organisme jusque dans les ovules et les spermatozodes4 ,la modification des parents se retrouve donc un degr plus ou moins marqu chez les descendants1 sous forme d'aptitude ou de besoin d'abord1 d'instinct ensuite4 ,enfin1 l'instinct lui-mme finit par se transformer en automatisme lorsque les mouvements se produisent la suite d'une impression non sentie4 ,ils s'excutent alors sans connaissance1 mais la connaissance a prsid leur naissance4 ,telle est l'explication de l'admirable finalit des mouvements rflexes1 de leur appropriation au but4 ,si l'on extirpe d'une manire convenable les hmisphres crbraux de la grenouille1 elle ne voit plus rien1 n'entend plus rien1 ne cherche plus sa nourriture4 ,mais si on la jette l'eau1 elle nage2 si on lui met de la nourriture dans la bouche1 elle l'avale2 si on l'excite1 elle sautera en vitant les obstacles auxquels elle pourrait se heurter4 ,coupez la grenouille en deux et laissez tomber une goutte d'acide sur l'une de ses pattes postrieures1 l'autre patte cherchera l'enlever4 ,l'homme1 dans certains tats pathologiques1 peut prsenter des phnomnes identiques#c4 ,ce sont les mouvements rflexes qui faisaient dire ,descartes que les animaux sont des automates1 et qui ont fait dire ,huxley que ce sont des machines1 mais des machines conscientes#d4 ,c'est l'habitude ou l'instinct1 suivant les cas1 qui fait que nous nous reprsentons comme doues d'existence matrielle les figures refltes dans un miroir2 c'est une habitude plus profonde et plus invtre qui nous fait attribuer un corps aux images de nos rves ou de notre dlire4 ,l'habitude nous explique un grand nombre d'illusions comme celles dont nous nous sommes occup4 ,c'est par l'habitude enfin1 par un exercice rpt1 que nous dressons les animaux notre usage4 ,le premier chien qui on a appris arrter le gibier a d comprendre que c'tait un moyen de s'attirer les caresses et les bons soins de son matre2 sa volont consciente a t primitivement ncessaire pour cet acte4 ,peu peu1 l'acte est devenu habituel4 ,puis l'habitude1 transmise aux descendants1 a donn la race des chiens d'arrt qui aujourd'hui restent immobiles devant le gibier1 sans savoir pourquoi4 ,si le poulet1 peine sorti de l'uf1 se prcipite sur le grain qu'on lui jette1 si le veau ou le chevreau1 immdiatement aprs leur naissance1 savent se conduire dans leur table1 si l'oiseau construit son nid avec un art admirable1 n'en doutez pas1 chacun des dtails de ces actes ont t autrefois voulus1 excuts avec conscience successivement et progressivement par leurs anctres4 ,comme on le voit1 l'explication que nous donnons de la transformation du mouvement voulu en mouvement rflexe est fond sur les mmes principes que celle de la formation des organes adventices1 permanents1 puis spcifiques4 ,a mesure que l'effort est moindre1 le sentiment de l'effort1 qui n'est autre que la conscience1 est moins prononc4 ,l'tat de conscience passe insensiblement l'tat d'inconscience4 ,la conscience accompagne toujours la volont1 elle n'accompagne jamais la rflexivit4 ,l'explication donne ici des phnomnes psychiques est l'inverse de celle que l'on soutient ordinairement4 ,on dit gnralement que l'intelligence passe de l'tat d'inconscience celui de conscience4 ,nous pensons le contraire4 ,tous nos actes intellectuels ont commenc par tre conscients1 sinon en nous1 du moins en nos anctres4 ,le domaine de l'inconscience a t form par les dpts des ges passs1 par l'accumulation des traces fixes des impressions reues1 et il a son expression physique variable dans le caractre spcifique de l'individu1 caractre obtenu par une action lente et qui peut tre galement dtruit la longue4 ,la vie consciente de l'individu favorise ses progrs personnels dont quelques uns passeront sa descendance sous forme d'aptitudes d'abord1 d'instinct ensuite et1 en dernier lieu1 de connexions rflexes4 ,l'intelligence progresse donc vers l'instinct et l'automatisme4 ,l'intelligence consciente est l'bauche embryonnaire d'une facult dont l'instinct constitue une forme plus leve et l'automatisme l'expression parfaite4 ,cette proposition peut paratre paradoxale4 ,mais1 en fait1 l'ouvrier oblig de rflchir continuellement la manire dont il doit manier son outil et au but de chacun de ses mouvements1 n'est-il pas au dessous de celui qui1 matre de sa main et de son art1 excute son travail machinalement et peut1 tout en travaillant1 chanter1 causer ou penser son aise8 ,l'intelligence aboutit donc sa ngation1 l'automatisme qui n'en est1 pour ainsi dire1 que la cristallisation4 ,n'oublions pas toutefois que l'instinct et l'automatisme sont imperfectibles par cela mme qu'ils sont parfaits ou peu prs1 tandis que l'intelligence est l'instrument indispensable des progrs1 tant de l'individu que de l'espce4 #a ,la mme conclusion est formule par ,j4 ,tyndall1 dans un article serr et profond sur le ,matrialisme et ses adversaires en ,angleterre1 publi dans la ,fortnightly ,review1 et reproduit par la ,revue scientifique du #f novembre #ahge4 #b ,dans notre ,essai de logique scientifique1 nous avons justifi la plupart de ces dfinitions1 p4 #bga sqq4 #c ,on peut lire1 dans la ,revue scientifique du #bd octobre #ahgd1 p4 #chi1 le cas d'un soldat franais atteint1 ,bazeilles1 d'une balle la tte1 et qui prsente priodiquement des phnomnes de rflexivit vraiment merveilleux4 ,si ,huxley ne les admettait pas comme vrais1 nous aurions nous-mme de la peine y croire4 #d ,revue scientifique1 loc4 cit41 p4 #cia4 99 99 99 99 99 ,,vi ,,conclusion ,i4 ,rapports de la conscience et de l'inconscience4 ,l'homme et l'animal4 ,le langage et le sentiment religieux4 ,le transformisme4 ,il n'y a donc pas de diffrence essentielle entre les actes conscients et les actes inconscients4 ,la conscience ne peut par suite servir de base la distinction entre l'homme et les animaux4 ,d'ailleurs1 qui a jamais compris d'une manire bien nette les qualits magiques accordes par les psychologistes de profession ces mots3 conscience de soi8 ,quand nat cette prtendue facult8 ,comment disparat-elle parfois en nous8 ,dans le passage de la veille au sommeil ou du sommeil la veille1 quel moment sort-on de la conscience pour tomber dans l'inconscience1 et rciproquement8 ,et le chien1 qui on a lanc une pierre1 qui jette des regards autour de lui pour reconnatre le provocateur1 qui se demande quel peut tre le but de l'agression1 dans l'incertitude si on veut le chasser ou le rappeler1 ce chien ne pose-t-il pas des actes aussi conscients que les ntres1 en pareil cas8 ,tout bien considr1 ce mot1 pour les psychologistes1 n'a pas et ne peut avoir de dfinition prcise2 il dsigne plus ou moins vaguement une certaine qualit de la pense ou de la volont un certain degr de dveloppement4 ,ce vague est tellement inhrent cette ide que des philosophes ont t jusqu' distinguer des degrs de conscience l'infini1 une conscience de la conscience de soi1 puis une conscience de la conscience de la conscience de soi4 ,et en fait1 il n'y a pas moyen de s'arrter dans la voie de ces subtilits oiseuses4 ,ainsi doit tomber cette barrire que l'on veut tablir entre l'homme et l'animal4 ,au dbut de notre travail1 nous avons dit que nous aurions rpondre cette question3 ,qu'est-ce qu'un animal8 acheminement vers cette autre question3 ,qu'est-ce que l'homme8 ,nous avons accompli notre promesse4 ,l'me animale est une somme d'instinct et de conscience4 ,suivant les espces1 cette somme varie et par la quantit absolue et par le rapport des deux parties qui la composent4 ,l'homme--celui de certaines races du moins--est un animal chez qui la somme des actes conscients est notable et l'emporte peut-tre sur celle des actes inconscients instinctifs1 qui sont au surplus beaucoup plus nombreux qu'on ne s'imagine gnralement4 ,citons l'instinct de conservation1 de propagation1 de pudeur1 d'amour maternel4 ,on peut en dire autant du chien1 de cet intelligent animal qui comprend notre langage et nos gestes1 devine nos intentions et nos penses1 partage nos joies et nos douleurs1 s'attache et se dvoue avec le plus complet dsintressement1 dont le regard enfin1 suivant l'expression de ,mme de ,stael1 semble dceler une me humaine4 ,seulement1 compar l'homme des races perfectionnes1 il lui est infrieur de beaucoup sous le rapport de la quantit absolue d'intelligence4 ,cette infriorit cependant ne parat pas tablir une diffrence plus grande entre l',australien et lui que celle qui spare l',australien et l',europen1 ou mme peut-tre la plupart de nous et le grand ,newton4 ,chez certaines espces d'animaux1 au contraire1 la somme des actes instinctifs l'emporte sur celle des actes conscients4 ,les insectes notamment semblent1 aux yeux de bien des gens1 avoir perdu la facult de faire des actions rflchies4 ,c'est l une erreur d'apprciation4 ,elle provient de ce que les actes mme qui dnotent chez les abeilles et les fourmis1 par exemple1 une intelligence consciente trs dveloppe1 disparaissent1 pour ainsi dire1 devant la complication merveilleuse des actes instinctifs auxquels elles se livrent4 ,mais quand on compare la quantit microscopique de la substance nerveuse de ces petits animaux celle dont nous sommes gratifis1 nous n'avons1 ce semble1 gure le droit de nous targuer de notre supriorit4 ,sans doute1 le sujet ne laisse pas que de renfermer de grandes difficults2 nous ne voulons signaler que l'origine du langage1 entre autres1 et celle du sentiment religieux4 ,c'est la philologie compare et l'ethnographie qu'incombe surtout la tche de les rsoudre4 ,quels sont les premiers rudiments du langage8 ,sous quelle forme s'est produite pour la premire fois l'ide de ,dieu dans l'esprit de l'tre intelligent8 ,voil comment1 si l'on nous a bien compris1 la science doit se poser la question pour tre le plus srement mme d'y faire une rponse4 ,s'il est dmontr que ni le langage ni le sentiment religieux ne peuvent se ramener des actes psychiques communs l'homme et aux animaux1 alors seulement on pourra revendiquer pour l'homme une origine distincte4 ,il a t dit plus haut que nous ne savons en quoi l'or et l'argent diffrent1 attribuant cependant cette diffrence au mouvement et au groupement des atomes1 parce que1 dans le monde matriel1 nous sommes pousss et1 pouvons-nous dire1 autoriss ramener tous les phnomnes l'unit4 ,de mme1 dans le monde des esprits1 la science1 malgr l'obscurit profonde qui entoure encore de nombreux points1 tend ramener tous les actes intellectuels un type primordial4 ,le transformisme reoit par l une confirmation nouvelle4 ,la grande conception de ,lamark1 qui fait de tous les tres sensibles une chane continue dont les anneaux se sont engendrs l'un l'autre et ramne l'unit de vie les types spcifiques les plus diffrents1 cette conception s'applique aux actes intellectuels les plus varis1 qui drivent ainsi l'un de l'autre et1 en dernire analyse1 d'un premier acte de conscience ou d'effort senti et voulu1 suscit par une premire sensation4 ,,ii4 ,de la rdaction des phnomnes psychiques aux phnomnes physiques4 ,la pense peut-elle tre conue comme la transformation du mouvement8 ,dplacement du problme4 ,considrations finales4 ,jusqu'ici1 notre tude a mis en vidence l'incommensurabilit des phnomnes psychiques avec les phnomnes physiques4 ,nous concevons la rigueur comment1 par une suite de perfectionnements successifs1 l'intelligence de la monre peut en arriver galer celle de ,newton ou mme une intelligence infinie pour qui l'univers n'a plus de secret1 et qui voit du mme coup d'il le pass et l'avenir4 ,cette conception nous est d'autant plus facile que nous savons que ,newton est sorti d'un uf qui1 certes1 au moment de sa fcondation1 n'avait pas une intelligence gale celle d'un infusoire4 ,et cependant nous ne pouvons comprendre en aucune faon par quelle srie de transformations il faudrait faire passer une portion de substance semblable celle du corps de la monre1 l'tat insensible1 pour la convertir en une substance doue de sensibilit#a4 ,un savant minent1 ,dubois-,reymond1 dans une confrence tenue ,leipzig1 s'occupant de cette question de l'origine de la pense ou de la sensibilit1 dit que l'esprit humain doit renoncer la sonder4 ,voici ce passage3 ,vis vis des nigmes du monde matriel1 le philosophe ds longtemps est habitu rendre avec une mle rsignation l'ancien verdict cossais3 ,ignoramus4 ,il puise dans la carrire victorieuse qu'il a dj fournie la conviction tacite que ce qu'il ignore encore aujourd'hui1 il pourrait au moins1 dans certaines conditions1 le savoir1 et qu'il le saura peut-tre un jour4 ,mais vis vis de la question1 ce que c'est que force et matire et comment elles donnent naissance la pense1 il faut qu'une fois pour toutes1 il se rsigne ce verdict beaucoup plus difficile prononcer3 ,ignorabimus#b4 ,nous sommes1 nous1 de notre ct1 arriv la conclusion de l'irrductibilit du psychique au physique4 ,cependant1 notre esprit demande1 pour ainsi dire avec instance1 qu'on ne le spare pas par un abme du monde matriel o il habite1 qu'on rtablisse l'unit entre le physique et le psychique4 ,la chose est dsire et dsirable4 ,pour nous1 nous l'avons dit plusieurs fois1 nous croyons qu' sa naissance le monde renfermait dj l'intelligence aussi bien que la matire et le mouvement4 ,examinons toutefois comment devraient procder ceux qui voudraient tablir l'identit de la pense et du mouvement4 ,allons hypothtiquement le plus loin qu'il nous est possible4 ,une force extrieure a1 sous forme de mouvement1 agi sur un appareil sensoriel4 ,elle va se transformer en chaleur1 courants lectriques1 dcompositions chimiques1 changement de constitutions dans les liquides ou les solides de l'organisme4 ,nous savons1 en tout cas1 une chose avec certitude1 c'est que cette force ne se perd pas4 ,poursuivons idalement cette force jusqu'au bout4 ,imaginons que le physiologiste1 chimiste et physicien1 suive cette force extrieure partir du moment de son entre dans l'organisme2 qu'il note avec une exactitude absolue toutes les transformations qu'elle prouve jusqu' ce qu'il se manifeste un tat d'quilibre momentan4 ,s'il constate une somme gale d'effets produits par cette force1 la sensation n'est pas le rsultat d'une transformation de la force physique4 ,mais si la somme des effets est infrieure1 s'il peut affirmer avec certitude1 sans aucune chance de se tromper1 qu'il y a l une portion de force qui ne se retrouve pas1 alors il pourra souponner que cette portion de force a pu se convertir en sensation4 ,et si la force perdue est proportionnelle la sensation1 il pourra conclure rigoureusement qu'elle en est la cause tout au moins indirecte4 ,or1 un pas a t fait dans cette voie4 ,des savants d'dimbourg1 ,dewar et ,mac ,kendrick ont par des expriences dlicates faites sur l'il en vue de vrifier physiologiquement la loi de ,weber1 tabli que la sensation est proportionnelle l'intensit du courant nerveux transmis au cerveau1 car celui-ci est proportionnel au logarithme de l'excitation#c4 ,s'il tait donc possible d'tablir que ce courant nerveux parvenu dans le cerveau ne se retrouve pas1 l'abme serait combl dans une certaine mesure1 la conciliation entre les thses opposes du matrialisme et du spiritualisme s'effectuerait dans le sens indiqu par ,herbert ,spencer#d1 la pense serait une transformation du mouvement4 ,cette thse est d'ailleurs en conformit avec certains faits de l'exprience journalire4 ,la force dont nous disposons1 avons-nous dit ailleurs#e1 a la facult de se transporter d'un point un autre de l'organisme et de se mettre au service d'organes diffrents4 ,c'est ainsi que je puis la dpenser en effets musculaires1 soit en me transportant d'un point un autre1 soit en soulevant des poids1 ou en sensations visuelles1 auditives1 etc41 ou en pense4 ,tout le monde peut remarquer que1 pendant un effort musculaire violent1 marche rapide1 saut1 danse1 exercices gymnastiques1 la sensibilit auditive1 visuelle1 olfactive1 tactile1 de mme que la pense1 l'attention est mousse et inerte4 ,or1 si la mme force peut1 d'une faon absolue1 se manifester sous forme de mouvement et sous forme de pense1 cela revient dire que la pense peut se transformer en mouvement et rciproquement4 ,ce point mis hors de doute1 la question des rapports du physique et du psychique aurait fait un grand pas1 mais elle ne serait pourtant pas encore rsolue4 ,il nous faudrait1 en effet1 savoir1 en outre1 comment s'opre cette transformation4 ,nous voyons tous les jours des transformations de mouvements2 mais ici il s'agirait d'une mtamorphose du mouvement en quelque chose qui n'est plus mouvement4 ,car1 rptons-le1 tant que l'on constate l'existence du mouvement1 si la pense se produit1 elle n'a pas de cause1 et elle n'a pour cause le mouvement que si celui-ci disparat4 ,je n'aurai plus sans doute l'antithse du mouvement et de la pense1 mais je lui aurai substitu une autre antithse3 celle du mouvement et de la substance de l'appareil qui a pu laborer le mouvement en pense1 dtruire l'un et en faire sortir l'autre4 ,l qualit de cette substance est-elle mouvement ou pense8 ,on le voit1 l'antithse subsiste4 ,le cerveau est-il l'appareil transformant le mouvement en sensation8 ,c'est possible1 mais rien ne nous autorise l'affirmer avec certitude1 et puissions-nous le faire1 le comment nous chapperait encore et nous chappera probablement toujours4 ,une seule chose est certaine1 c'est que si nous pouvons comme entrevoir que dans l'avenir on puisse tenter de donner une solution quelconque l'un ou l'autre des problmes que nous venons de poser1 nous n'en voyons que d'une manire plus claire combien actuellement nous sommes impuissants les trancher et combien peu de valeur scientifique ont les solutions prmatures qu'on imagine4 ,on ne doit pas cependant le dissimuler4 ,les rsultats auxquels nous sommes parvenu ne sont pas dmontrs comme les vrits mathmatiques ou certaines lois physiques4 ,il faudrait pour cela que les mthodes suivies fussent de tout point irrprochables1 que les expriences sur lesquelles on se base ne fussent point susceptibles d'une autre interprtation1 que les faits recueillis dans les sciences naturelles ne fussent pas mlangs d'erreurs4 ,mais ces mthodes1 ces expriences1 ces observations prsentent quelque chose de saisissable l'esprit2 elles ont des caractres prcis et positifs1 et l'on ne peut avoir la prtention de les renverser ou de les contredire par un simple raisonnement mtaphysique4 ,sans doute1 on doit recourir la gnralisation1 l'hypothse pour interprter les faits et en tirer des conclusions admissibles1 mais il faut tout au moins que l'hypothse et la gnralisation portent sur des ralits et non sur des matires de spculation pure4 ,l se trouve la diffrence entre la psychophysique naissante et les vieilles psychologies d'cole matrialistes1 ou sensualistes1 ou spiritualistes4 ,elle prend son bien partout o elle le trouve et met en uvre les travaux des physiciens1 des gologues1 des physiologistes1 des naturalistes1 des philologues1 en un mot1 de tous les savants3 les ,plateau1 les ,quetelet1 les ,lyell1 les ,helmholtz1 les ,weber1 les ,fechner1 les ,wundt1 les ,darwin1 les ,haeckel1 les ,herbart1 les ,maine de ,biran1 les ,bain1 les ,spencer1 les uns directement1 les autres indirectement1 ont contribu ou contribuent encore consolider ses bases et fournir les matriaux du monument qu'elle se propose d'lever4 #a ,il est vrai de dire1 toutefois1 que si elle tait tout fait semblable1 elle serait sensible4 #b ,voir ,revue scientifique1 #aj octobre #ahgd4 #c ,voir le ,journal ,nature1 du #aj juillet #ahgc1 et ,revue scientifique du #bg mars #ahge4 ,voir aussi la note p4 #hb4 #d ,principes de psychologie1 nouv4 d41 p4 #bga4 #e tude psychophysique1 p4 #dg4 ,,fin 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,mati,,res ,i4--,notions de l'me et du corps4 ,i4 ,la distinction entre l'me et le corps est universelle et s'applique tous les tres sensibles4 ,ces termes veillent dans l'esprit de tout homme une ide prcise4 ,un problme ds lors se prsente3 ,quels sont les rapports de l'me et du corps8 ,pour le rsoudre1 il faut d'abord en dfinir les termes et1 par suite1 remonter au principe de la distinction4 ,,ii4 ,la distinction entre l'me et le corps n'est pas primitive4 ,le premier acte de la connaissance est la distinction du moi et du non-moi4 ,pour que cette distinction soit possible1 il faut que l'tre puisse1 par un effort volontaire et senti1 se donner des sensations lui-mme1 c'est dire qu'il ait le sentiment de la motilit4 ,,iii4 ,connaissance de l'tendue du moi4 ,le moi est pour l'tre sensible ce qui lui procure toujours une mme sensation1 chaque fois que sa volont est la mme4 ,le non-moi est pour lui l'ensemble des autres causes4 ,,iv4 ,le moi1 en tant que connu directement et par un acte intuitif1 apparat primitivement comme un et indivisible4 ,mais quand on a recours au procd par lequel on discerne le non-moi1 savoir les sens externes1 on constate qu'une partie du moi peut tre connue par ce procd1 c'est le corps2 l'autre partie1 qui n'est connue que par le sens interne1 c'est l'me ou l'esprit1 ou le moi dans le sens restreint et abusif de ce dernier mot4 ,v4 ,le sens intime et les sens externes appliqus directement nous-mme ne nous donnent de nous-mme qu'une connaissance fragmentaire2 d'o la ncessit de la mthode inductive4 ,toutes les sciences ont directement ou indirectement l'homme pour objet4 ,,ii4--,matrialisme1 spiritualisme1 psychophysique4 ,i4 ,origine psychologique du matrialisme1 du spiritualisme et de l'harmonisme4 ,le point de dpart de ces systmes implique des consquences exclusives qui modifient a priori profondment l'nonc et la porte du problme4 ,,ii4 ,point de dpart de la psychophysique2 elle se classe parmi les sciences naturelles4 ,elle tche de remonter aux faits primitifs et de pntrer jusque dans le domaine de l'inconscience4 ,critique des systmes ralistes et idalistes4 ,,iii4 ,la psychophysique a recours la mthode exprimentale4 ,cette mthode consiste dans la production artificielle de phnomnes et appelle son aide la mesure et le calcul4 ,la comparaison des phnomnes corporels et des phnomnes psychiques n'est pas toujours possible directement4 ,la mesure de ces derniers n'est pas donne dans le sens intime et ne peut s'obtenir qu'artificiellement4 ,,iii4--,de l'origine des jugements conscients4 ,i4 ,dcomposition des jugements conscients4 ,la plupart des jugements conscients sont des synthses de jugements antrieurs et1 en dernire analyse1 d'un certain nombre de jugements qui semblent primitifs1 parce que la conscience ne pntre pas au del4 ,attributs esthtiques1 attributs cinmatiques4 ,,ii4 ,analyse de la sensibilit4 ,analyse de la sensation de couleur4 ,les jugements sur les qualits sensibles des objets ne sont pas primitifs3 ils reposent sur un raisonnement dont on n'a pas conscience et dont les prmisses se trouvent en grande partie dans l'habitude et l'instinct4 ,,iii4 ,analyse de la motilit4 ,origine des notions de distance1 de direction1 de situation et de forme4 ,les jugements sur la position et la forme des objets reposent aussi sur un raisonnement inconscient1 fond lui-mme sur l'habitude et l'instinct4 ,l'il1 en tant qu'organe du sens de l'tendue1 ne doit tre envisag que comme appareil musculaire4 ,,iv4--,la sensation4 ,i4 ,la sensibilit lmentaire et ses modes compars au mouvement et ses transformations4 ,la mesure des sensations4 ,la loi de ,weber3 tout accroissement de la sensation correspond un accroissement d'excitation constamment proportionnel celle-ci4 ,critique de cette loi4 ,les trois lois de la sensation4 ,dductions et consquences4 ,,ii4 ,l'organisme homogne4 ,l'organe de sens adventice4 ,l'organe de sens permanent4 ,l'organisme complexe4 ,spcificit des organes de sens4 ,v4--,l'effort4 ,i4 ,le jugement primitif4 ,la matire et l'esprit4 ,notion du mouvement et notions drives4 ,rle de l'organe adventice ou permanent dans l'acquisition de ces notions4 ,,ii4 ,l'effort et la rsistance4 ,la rptition de l'acte le rend de plus en plus facile4 ,le mouvement volontaire1 habituel1 instinctif1 rflexe4 ,intelligence et automatisme4 ,,vi4--,conclusion4 ,i4 ,rapports de la conscience et de l'inconscience4 ,l'homme et l'animal4 ,le langage et le sentiment religieux4 ,le transformisme4 ,,ii4 ,de la rdaction des phnomnes psychiques aux phnomnes physiques4 ,la pense peut-elle tre conue comme la transformation du mouvement8 ,dplacement du problme4 ,considrations finales4