,au lecteur4 ,ce livre lectronique reproduit intgralement le texte original1 et l'orthographe d'origine a t conserve4 ,seules quelques erreurs typographiques videntes ont t corriges4 ,la liste de ces corrections se trouve la fin du texte4 ,la ponctuation a galement fait l'objet de quelques corrections mineures4 ,,un ,,hollandais ,a ,,paris ,,en #ahia ,w4 ,g4 ,c4 ,,byvanck ,,un ,,hollandais ,a ,,paris ,,en #ahia ,,sensations ,,de ,,litt,,rature ,,et ,d',,art ,,pr,,face ,d',,anatole ,,france ,logo ,,paris ,,librairie ,,acad,,mique ,,didier ,,perrin ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,grands-,,augustins1 #ce #ahib ,tous droits rservs ,,pr,,face ,il faut bien qu'il soit dans la petite ville d',hilversum1 o l'on tisse la laine et le coton1 un de ces poles de ,hollande1 dans lesquels le sage1 comme au temps de ,descartes1 s'enferme pour mditer4 ,car ,m4 ,byvanck qui vit l1 sous un ciel humide et doux1 est un savant pensif1 que la pratique des livres n'a point dtourn de l'tude des hommes et qui1 tout philologue qu'il est1 s'intresse au mouvement des ides4 ,il promne sa pense bien au del des prairies1 des canaux et des moulins qui l'entourent2 et son esprit1 dans ses veilles1 va par les pays et remonte les ges4 ,m4 ,byvanck a publi sur ,franois ,villon des tudes critiques dont nos villonistes font grand cas et qui tmoignent d'une profonde connaissance de notre vieille langue et de notre vieille littrature4 ,on trouve la premire page d'une de ces tudes le nom de ,jean ,richepin rapproch de celui de ,franois ,villon1 et cette association n'a rien d'affect chez ,m4 ,byvanck1 qui connat aussi bien les potes franais de notre temps que ceux qui vivaient sous les rois ,charles ,,vii et ,louis ,,xi4 ,en un bel ouvrage qui s'appelle la ,posie et la vie au ,x,i,xe sicle1 ,m4 ,byvanck a tudi l'action de la socit et des murs sur la littrature europenne1 dans une priode de temps qui embrasse la vie et l'uvre de ,henri ,heine1 de ,carlyle1 du cardinal ,newman1 de ,balzac1 de ,baudelaire1 de ,hebbel et ,clough1 d',emerson1 de ,walt ,whitman et de ,henrik ,ibsen4 ,il achve en ce moment un livre sur le mouvement social et religieux de la ,hollande au commencement de ce sicle2 il prpare une dition critique de deux pices de ,shakespeare1 ,hamlet et ,juliette et ,romo2 et il met la main des tudes sur la posie franaise au ,x,ve sicle et sur le jargon chez les peuples romans4 ,un tel esprit1 contemporain de tous les sicles1 concitoyen de tous les potes et de tous les savants1 n'est tranger dans aucun pays de gloire4 ,et il ne faut point tre surpris que ,m4 ,byvanck1 durant quelques mois passs ,paris1 soit entr si avant dans l'intimit des choses et dans le secret des mes4 ,je dirai1 si l'on en veut croire un ,parisien qui aime ,paris comme un ,italien du moyen ge ou du bienheureux quinzime sicle aimait sa ville1 je dirai que ,m4 ,byvanck1 dou de ce sens hrditaire du vrai qui anime tout l'art hollandais1 dcouvre et dpeint avec l'exactitude d'un ,tniers les coins littraires de la capitale1 cafs1 brasseries1 et la maisonnette rustique du chansonnier et le grenier du savant pote1 o les in-folios montent sur les chaises semblables ces monstres1 tmoins des antiques aventures de la terre1 qui devraient fuir la lumire du jour4 ,vous pensez bien qu'un ,tniers philologue est peu curieux d'tudier les belles-lettres dans les salons et l'loquence l',acadmie4 ,le commentateur du ,grant testament se plat mieux sur le boulevard ,saint-,michel1 dans le caf o il rencontrera un nouveau ,villon4 ,m4 ,byvanck a pass une bonne soire au ,chat-,noir1 en coutant ,alphonse ,allais1 ,georges ,courteline et ,maurice ,donnay1 qui y rpandaient leur esprit subtil et leur divine fantaisie4 ,ils y tiennent cole de sagesse1 nous enseignant1 avec une grce renouvele d',aristophane1 mpriser la fausse vertu et le faux gnie des heureux de ce monde et sourire des sots1 des mchants1 des hypocrites4 ,ce cabaret est une grande et belle cole de morale4 ,les potes charmants du ,chat-,noir professent l'ironie et la piti1 qui de toutes les vertus humaines sont1 y bien regarder1 les seules innocentes et les seules exquises4 ,ils ne respectent point les ministres et les snateurs2 mais ils respectent les pauvres1 et ils sont socialistes sans violence et sans haine4 ,m4 ,byvanck a trop d'esprit pour ne pas se plaire au ,chat-,noir4 ,le ,mirliton1 plus rude et plus pre1 l'a charm4 ,le ,mirliton est ce caf du boulevard ,rochechouart o l'on entend ,aristide ,bruant1 le chansonnier qui le premier exprima le pathtique de la crapule4 ,ce chantre terrible des filles1 des souteneurs et des voleurs a merveill le philologue d',hilversum1 comme il a depuis tonn ,m4 ,oscar ,wilde1 qui fait profession de ne s'tonner de rien4 ,c'est aussi qu',aristide ,bruant a su donner sa posie et sa personne un caractre soutenu1 une physionomie originale et se composer tout entier corps et me1 en grand style canaille1 avec une perfection qu'atteignirent seuls avant lui quelques cyniques grecs et1 mieux que tout autre1 ce ,diogne qui fut1 vivant1 la plus amusante des uvres d'art4 ,pendant son sjour ,paris1 ,m4 ,byvanck semble avoir eu constamment cette bonne fortune qui favorise les compres de revues et les fait se trouver propos aux spectacles les plus intressants4 ,a peine le docte ,hollandais a-t-il fait quelques pas sur le boulevard des ,italiens1 qu'il y rencontre ,catulle ,mends4 ,et le pote aussitt se rpand en propos ingnieux1 et1 comme ,alcibiade avec les joueuses de fltes1 anime le banquet des lettres par des discours subtils et savants sur les lois du rythme et sur les troubles de la chair6 ,m4 ,byvanck s'assied-il la table d'un caf1 ,paul ,verlaine y prend place auprs de lui1 si las1 si mystrieux et l'il plein de telles lueurs1 qu'il semble revenir de contres o nul autre n'est all4 ,et si1 vers minuit1 remontant le boulevard ,saint-,michel et laissant derrire lui le palais ruin du pieux empereur ,julien1 il s'achemine vers un caf trs nocturne1 il ne manquera pas d'y rencontrer ,jean ,moras1 tranquille et superbe1 et de recueillir les paroles lapidaires du pote pindarique4 ,manifeste loquent1 auquel il convient d'ajouter les illustrations ardentes de ,charles ,maurras1 si l'on veut connatre toute l'esthtique de la jeune cole romane4 ,et toujours le hasard ou quelque bon gnie favorise ,m4 ,byvanck3 dne-t-il chez des amis3 ,maurice ,barrs est l'un des convives1 ,maurice ,barrs1 le plus fin1 le plus rare1 le plus exquis des causeurs et le plus habile manier la douce ironie4 ,c'est aussi une heureuse inspiration qui conduisit notre ,hollandais chez ,m4 ,marcel ,schwob1 qui fait de si beaux contes1 qui sait si bien la vieille langue franaise et qui a tant d'humour et de philosophie4 ,m4 ,byvanck a recueilli avec soin les propos de ,m4 ,marcel ,schwob1 et il a su les mettre sur le papier dans leur force et leur chaleur1 avec tout leur mouvement4 ,on trouve dans le livre du ,hollandais ,paris d'autres conversations bien intressantes1 entre autres celle de ,jules ,renard1 le plus sincre des naturalistes1 sur ,flaubert et sur le style4 ,m4 ,jules ,renard ne veut pas que la phrase chante et il en donne pour raison qu'il faut tre naturel4 ,il oublie de prouver qu'il est plus naturel de parler que de chanter1 ce qui ne pourrait s'tablir par l'exemple des oiseaux et des potes lyriques4 ,notons aussi une consultation de ,jean ,richepin sur ,j4-,k4 ,huysmans et sur ,j4-,h4 ,rosny1 et un intermde de ,m4 ,lon ,cahun sur les janissaires et sur les soldats mongols du ,x,i,i,ie sicle4 ,ce divertissement interrompt tout coup1 avec des chocs et des clairs d'armes blanches1 le cours paisible du drame littraire4 ,c'est le ballet des sabres4 ,quant au thtre1 ,m4 ,byvanck1 qui suffit la comdie humaine1 ne va gure entendre des drames4 ,mais1 pour une fois qu'il est all l',odon1 il y a vu ,amoureuse de ,m4 de ,porto-,riche1 et certes on peut dire que cette fois encore il ne tomba pas mal4 ,m4 de ,porto-,riche a l'accent profond et vrai2 il porte au thtre une sincrit inconnue4 ,il est sensuel et triste2 il est tendre et dsabus1 il est violent et dlicat1 et il donne ses personnages une me vivante et des paroles qui vont au cur et le dchirent4 ,je veux1 comme ,m4 ,byvanck1 aller au thtre les jours de ,porto-,riche4 ,il est intressant aussi de faire avec lui une visite aux ateliers du peintre ,carrire1 du peintre ,claude ,monet1 du sculpteur ,rodin1 et l1 parmi les toiles impressionnistes et les maquettes mouvementes1 de disputer des lois de l'art et de l'idal nouveau4 ,querelles amusantes et vaines1 qui ne cesseront jamais6 ,frivolits sublimes6 ,nous n'en savons pas plus long aujourd'hui sur les lois de l'art que les troglodytes de la ,vezre qui dessinaient la pointe du silex le mammouth et le renne sur l'os et l'ivoire4 ,en rapportant tous ces propos de lettres et d'art1 ,m4 ,byvanck y a mis son me1 une me douce et bienveillante1 pieuse et morale1 candide et savante1 d'un invincible optimisme4 ,anatole ,,france4 ,,avant-,,propos ,ce doit tre dans une de mes dlicieuses flneries de l'aprs-midi1 le long des quais de la ,seine1 que m'est venue l'ide de faire un livre avec les souvenirs de ces aventures intellectuelles4 ,livre de rflexions plutt que de notes prises au jour le jour2 car j'ai cruellement souffert parfois devant l'effrayant problme de quelques existences dsquilibres1 et parfois je me suis indign4 ,mais1 avec le temps1 j'ai trouv pour toutes ces choses des justifications morales4 ,sans doute1 j'ai t tmraire en cherchant des ides gnrales sous des expriences passagres4 ,nous ne savons pas1 dans le ,nord1 rester indiffrents la vie extrieure ou ne la prendre que pour ce qu'elle est4 ,nous voulons de l'immuable sous nos illusions4 ,toutefois1 ce qui me chagrine davantage1 c'est que je crains d'avoir transform toutes ces conversations vives en les interprtant4 ,on voudra bien tre indulgent1 je l'espre1 quoique le bavardage d'un voyageur soit sans excuse4 ,d'ailleurs1 aprs cette confession1 lisez si vous osez4 ,et si vous n'osez pas je tcherai de m'en consoler un jour en reprenant ma promenade au bord de la ,seine1 l'heure o le soleil se couche et o vous entre au cur le grand apaisement dont a parl le pote4 ,menton1 fvrier #ahib4 ,,un ,,hollandais ,a ,,paris ,,en #ahia ,,une ,,causerie ,en parlant des romans de ,rosny1 qu'il apprciait fort1 ,richepin nous dit3 ,leur grand dfaut1 c'est que l'auteur veut nous y apprendre trop de choses4 ,a ,paris1 on se comprend demi mot2 quelquefois mme avant4 ,pourvu que la pense des autres soit peine indique1 nous la compltons4 ,si on nous fait des confrences1 nous nous en allons4 --,je ne conois pas qu'on attache de l'importance une explication thorique1 remarqua l'auteur de ,sourires pincs4 ,une thorie1 en soi1 peut tre trs belle comme fantaisie1 mais d'ordinaire elle n'a rien de commun avec les faits dont elle veut donner l'interprtation4 ,et l'homme qui l'applique ce qu'il a observ me fait l'effet d'un pre1 qui1 par vanit1 fait promener son fils dans des habits trop larges pour son ge4 ,un autre observa3 ,toutes ces considrations1 o se complat un auteur1 me semblent superflues pour cette seule raison que l'auditoire a d'ordinaire plus d'esprit que l'orateur1 et que le public des lecteurs vaut mieux que l'crivain4 ,le sonneur de cloches est un juge moins sr des sons qu'il produit que les gens qui coutent distance4 --,du moins c'est ce que pensent les gens qui coutent distance1 s'empressa d'ajouter le quatrime4 ,pour moi1 on n'a jamais flatt plus dlicieusement mon amour-propre qu'en me disant3 ,il y a dans ce que vous avez crit l bien plus que vous ne souponnez vous-mme4 ,le sujet tait puis4 ,l'entretien qui suivit offrit aux interlocuteurs plus d'une occasion de pratiquer le contraire de ce qu'ils venaient de dire4 ,c'est l'issue fatale de ces sortes de conversations4 ,,une ,,exposition ,,de ,,tableaux ,c'est le dimanche de la ,pentecte4 ,j'aurais aim rafrachir mon esprit mortifi par l'tude des manuscrits1 en prenant un petit bain d'air et de verdure2 mais le temps est au froid et le vent souffle brutalement sur mes projets4 ,je suis contraint1 aujourd'hui1 de remplacer la nature par l'exposition de tableaux au ,champ-de-,mars4 ,dans les salles1 le vrai public du dimanche4 ,on se bouscule devant les tableaux effet4 ,deux agents se promnent devant la toile o ,jean ,braud a reprsent le ,christ au milieu de gens qui viennent de dner2 une actrice du ,thtre-,franais1 qui1 par l'clat de sa toilette1 relve d'une note gaie la tristesse des habits noirs1 est tendue1 perdue et pnitente comme ,madeleine1 aux pieds du ,consolateur2 un des convives s'attache avec un soin minutieux et une infinie prcaution bien allumer un ,havane1 dont il hume avec volupt les premires bouffes4 ,l'impression que laisse le tableau est trop complique pour qu'on puisse la rsumer banalement2 aussi la foule rserve-t-elle son jugement sur les uvres d'art1 jusqu' ce qu'elle soit arrive devant de l'imagerie moins troublante4 ,c'est du papier peint6 ,on pousse ce cri devant le portrait d'une personne qui1 grce une faute de perspective1 semble rentrer dans le mur de son boudoir4 ,jamais une vache n'a t ainsi faite2 ce n'est pas la couleur d'un visage4 ,telles sont les exclamations que j'entends autour de moi4 ,par-ci1 par l1 une protestation de connaisseur1 plus ou moins indigne3 ,la peinture n'est pas une photographie2 en voil un qui nous montre ce qu'il a vu6 ,quelques farces et quelques curiosits innocentes propos des nudits exposes4 ,comme cette promenade travers des salles bien remplies1 le regard pris par ces interminables murailles voyantes1 lve mon esprit au-dessus de tous les minces soucis6 ,le sentiment de la ralit des choses d'art s'infiltre peu peu en moi4 ,enfin je respire1 disons-nous lorsqu'arrivs aux dernires dunes de sable1 la mer1 bonne grondeuse1 s'pand devant nous4 ,ici je respire1 dit mon me4 ,certes1 la socit nous donne la libert4 ,ah6 quelle pauvre part pour ma libert personnelle1 touffe par toutes les liberts que les autres s'arrogent4 ,l'art nous donne l'affranchissement de l'me4 ,quelques impressions de dtail bien dfinies se greffent sur le sentiment vague que me suggre l'aspect gnral4 ,une ouverture dans la masse des spectateurs me donne soudain1 de loin1 la vision d'une campagne idale de ,puvis de ,chavannes ou d'un de ses lves2 les figures1 les arbres1 la prairie seulement indiques par des lignes sommaires1 les couleurs transparentes et lumineuses4 ,et c'est comme l'illusion d'une vie grandiose distance1 qui tout d'un coup se rapproche de notre il4 ,il me semble que c'est bien l un caractre distinctif de l'art1 cette facult de transporter les objets loin de nous de faon que l'attouchement direct soit remplac par un rapprochement idal4 ,la distance entre le spectateur et les choses qui l'affecteront diffrera au gr des sicles divers et de l'esprit du sicle4 ,plus nous deviendrons sensibles1 et moins nous pourrons supporter que les choses soient trop voisines de nous4 ,un groupe de portraits et de tableaux1 peints par ,carrire1--quoique sa manire de traiter les sujets soit tout autre que celle de ,puvis de ,chavannes1--donne cette mme sensation de vie1 incapable d'exprimer son charme inhrent1 si on ne l'te de l'horizon ordinaire de l'il humain4 ,je suis all voir1 rcemment1 son exposition particulire4 ,a dire vrai1 ma sympathie pour le talent de ,carrire ne s'est veille qu'aprs avoir quitt les salles de ,boussod et ,valadon2 le brouillard dans lequel le peintre noie ses figures ne permet gure de vision nette que lorsqu'on a tourn le dos ses tableaux4 ,mais aussi alors1 comme elles occupent notre imagination1 ces ttes d'enfants1 ces mres qui tiennent leur nourrisson sur leurs genoux6 ,elle continuait hanter mon imagination1 la ple fillette qui1 sortant des tnbres de la toile1 darde sur nous son regard pntrant et qui1 je ne sais pourquoi1 vous serre le cur d'une tristesse et d'une angoisse infinies4 ,l'esprit et la navet en mme temps y sont affins jusqu' la douleur4 ,non pas que l'expression soit force3 au contraire1 la physionomie1 flottant dans le vague du brouillard1 se drobe plutt notre vue2 elle nous contraint et nous dit d'aller sa recherche et l'motion est partage entre le spectateur et le portrait mme4 ,ici1 devant l'exposition de ,carrire au ,champ-de-,mars1 cette sensation se renouvelle4 ,la petite sur1 qui ne peut se retenir de baiser la joue du bb1 tout en craignant de l'veiller1 la mre1 qui presse1 ah6 si doucement1 contre son cur le tendre enfant de ses rves1 ne nous disent rien la manire d'une anecdote1 mais elles suggrent l'motion chez le spectateur par la perspective lointaine o se rfugie cet attouchement frle du corps corps4 ,la vie1 dans ces tableaux1 ne fait que nous effleurer2 peine sensible1 elle semble ne s'adresser qu'au cercle extrme de notre conscience1 et pourtant elle met une vibration qui1 pntrant jusqu'aux parties intimes du ,moi1 l'meut tout entier4 ,sensation bienfaisante ou pnible8 ,comme le peintre a mis1 ct de ses mres et de leurs enfants1 le portrait d',alphonse ,daudet1 dont les traits amaigris disent l'angoisse d'un homme luttant contre une maladie fatale1 il m'est impossible d'interprter le choc que je ressens devant ces sombres tableaux de bonheur domestique1 autrement que par un sentiment de douloureuse piti4 ,carrire nous donne l'impression de la vie en dehors de nous1 et nanmoins de la vie qui tient intimement notre conscience2 il touche une corde qui rend un son plaintif2 et cette plainte mme largit la peine que nous enfermons au fond de notre cur4 ,l'artiste presse les choses qu'il veut reprsenter1 jusqu' ce qu'il en ait exprim la goutte de douleur qu'elles enserrent4 ,il montre ainsi qu'elles sont bien vivantes1 et cette vie mme nous console de la misre qui y est attache4 ,lui et cet autre grand peintre avec ses tableaux riants grand traits lumineux nous offrent ce que nous possdons dj et ce que nous aurons toujours3 une ralit qui se drobe notre regard et que nous ne pouvons atteindre qu'au moyen de notre sympathie4 ,,un ,,atelier ,,de ,,sculpteur ,rodin nous reut dans son atelier4 ,sa personne me faisait penser un mot qu'on me disait l'autre jour4 ,de notre temps1 tout le monde1 sauf l'artiste1 ressemble un artiste4 ,l'homme qui1 crant sans cesse1 s'adonne tout entier son uvre1 n'a gure le loisir de penser son extrieur3 il amasse son capital de talent2 et le monde lui en emprunte quelques bribes4 ,rodin nous montra ses uvres en cours d'excution1 ou qu'il venait d'achever3 un monument consacr ,victor ,hugo3--le pote est au bord de la mer et coute l'cho de ses chants1 une vierge guerrire1 casque en tte1 un groupe de deux amants1 plus grands que nature4 ,il nous ramenait avec persistance sa grande ,porte de l',enfer1 couronne par la figure de ,satan1 dcor monumental1 qui rivaliserait avec les portes de ,ghiberti1 au ,battisterio de ,florence4 ,que de pense1 combien de jours d'tude accablante n'y a-t-il pas l6 nous dit-il2 toute la vie a pass devant mon esprit1 tandis que j'tudiais cette uvre4 ,souvent j'ai excut part et seulement pour moi les ides qui me venaient en travaillant4 ,voyez ces amants1 condamns aux peines ternelles2 ils m'ont donn l'inspiration de reprsenter l'amour dans les phases et les poses diffrentes o il apparat notre imagination4 ,je veux dire la passion1 car1 avant tout1 l'uvre doit tre vivante4 ,et continuant parler1 tandis qu'il sortait de tous les coins de la salle des maquettes en terre glaise1 qu'il posait sur des trteaux3 ,avant tout1 il faut qu'ils vivent1 mes bonshommes1 naturellement2 parce que1 comme on dit1 un chien vivant vaut mieux qu'un vque mort4 ,l'expression dfinie1 dont nous voulons doter la vie1 ne vient qu'aprs2 la beaut des formes ne vient qu'en troisime lieu3 c'est le couronnement final4 ,mais le principal1 c'est la vie4 ,et poursuivant mentalement le train de ses ides1 tandis qu'il les reportait son exprience personnelle1 il ajouta3 ,comme nous pouvons nous tromper sur nous-mmes6 ,savez-vous quel est le plus grand ennemi de l'artiste8 ,le talent1 qu'il apporte en naissant4 ,l'habilet1 l'adresse des mains1 le chic1 en un mot1 nous gte et nous perd4 ,nous croyons tre parvenus au sommet de notre art1 aussitt que nous avons produit1 et nous ne cherchons pas plus loin4 ,ce n'est pas cela seulement2 mais nous mprisons ceux qui n'ont pas la mme adresse4 ,figurez-vous1 quand j'tais jeune garon1 pas plus haut que cela1 je travaillais l'atelier de ,barye2 j'aurais pu devenir son lve1 mais je l'ai quitt1 parce que l'homme ne me semblait pas grand'chose4 ,il tait si simple dans ses discours et ses manires2 il ne pensait pas la rclame2 il cherchait1 cherchait toujours2 je croyais que jamais je ne pourrais rien apprendre de lui4 ,vingt ans aprs1 derrire une vitrine1 je remarque deux lvriers models en bronze4 ,ils couraient4 ,ils taient ici1 ils taient l1 pas un seul instant ils ne restaient en place4 ,je les voyais courir3 c'tait sign3 ,barye4 ,l'ide1 soudain1 illumina mon esprit3 voil l'art1 voil la rvlation du grand mystre2 exprimer le mouvement par le repos4 ,la sculpture antique le savait bien2 nous ne faisons que balbutier4 ,barye avait trouv le secret4 ,il est le grand homme de notre sicle4 ,et ,rodin rpta encore3 ,c'est l'homme du sicle4 ,nous tions groups autour des petites figures1 dans lesquelles l'artiste avait ralis ses ides sur l'amour4 ,c'tait d'abord une bacchante lascive1 qui perdment1 d'une folle treinte1 enlace le corps d'un vieux satyre4 ,le visage du satyre est dur et triste4 ,c'est la sve dbordante de la jeunesse1 qui veut communiquer son trop plein d'ardeur la sagesse1 fille de la tristesse et de l'impuissance4 ,venait ensuite le groupe d'un jeune hros et d'une femme1 le ,printemps ou l',amour1 qui se met en travers de son chemin4 ,elle s'offre lui1 s'il se donne seulement la peine de la dsirer1 avec tous les trsors de sa beaut4 ,et c'est l'quilibre entre la virilit et le charme fminin4 ,le troisime groupe symbolise l'extase de la passion3 un jeune homme genoux1 qui effleure de ses lvres le ventre de la bien-aime1 debout devant lui4 ,cette suite de figurines m'affecte un peu de la mme manire que les tableaux de ,carrire4 ,elle rvle la distance1 ici de la jeunesse la satit1 l de la fiert de l'homme l'ensorcellement de la femme1--qui1 avec ce petit groupe de la nymphe et du jeune faune en adoration devant elle1 se rsout en un tendre attouchement1 levant l'me jusqu'au ravissement4 ,l'expression du sculpteur est bien diffrente de celle du peintre1 mais la signification est la mme4 ,le sculpteur doit s'attacher au corps matriel et ses formes3 ,rodin parle directement aux sens4 ,il n'a d'il que pour les gestes et les articulations des membres du corps humain1 et tche de donner ces mouvements leur expression la plus intense4 ,il reprsente la terreur qui dtruit toute pudeur1 par une femme nue1 se pressant dans son dsespoir les pieds contre le visage2 et le spectateur ne voit que le bas du corps1 dans la tension violente de toutes ses parties4 ,rodin poursuit le pome de la beaut fminine jusqu' la limite extrme4 ,je ne connais rien de plus saisissant dans son uvre que le bronze d'une vieille1 qui regarde d'un il sec sa nudit dcharne et fltrie4 ,ah6 pour de l'expression1 en voil2 mais la beaut de la forme n'y est pas oublie2 elle ressort de la puissance de la charpente1 qui se dessine fortement sous la chair dessche1 de l'orgueil du crne chauve et de la ligne du nez1 que la fatalit n'a pu dfigurer4 ,l'artiste a bien le droit de dire une fois sa pense tout entire4 ,,sur ,,le ,,boulevard ,la conversation tomba sur la valeur qu'on devait attacher aux ides de ,rodin sur l'art4 --,il y a l plus d'une chose qui me frappe par sa justesse1 dit ,catulle ,mends1 et sa doctrine pourrait s'appliquer la posie aussi bien qu' la sculpture4 ,le pote1--et il pronona ce mot non seulement avec l'autorit d'un connaisseur en littrature1 qui avait affin son jugement par la frquentation journalire des grands potes de son temps1 mais encore l'orgueil d'un matre en posie1--le pote ne fait pas des mosaques1 et quoique1 suivant ,banville1 la rime soit tout le vers1 on serait bien loin de la vrit si on disait que les vers franais sont des bouts rims4 ,la rime est comme l'expression de ce que nous voulons dire2 mais il y a une chose dans la cration du pome1 qui prcde toute expression3 c'est la vie du pome1 un sentiment presque inconscient1 qui monte et descend sourdement en moi1 un rhythme vague sans csure dfinie1 un mouvement comme celui de la mer quand elle arrive dans une nuit d't jusqu' vos pieds1 puis se retire avec son clapotis tendre4 ,soudain1 sur cette mer1 se lvent des pointes lumineuses4 ,ce sont les mots expressifs1 qui rsument notre sentiment1 la terminaison de nos vers1 le point vers lequel tend notre pense4 ,et chacune de ces pointes en voque une autre1 sa compagne1 avec laquelle elle est lie intimement soit par contraste1 soit par harmonie4 ,ce sont les couples de rimes4 ,elles attirent naturellement vers elles toute la file des mots1 qui compltent le vers4 ,ce qui dans ,victor ,hugo passe ma comprhension1 c'est la force et la justesse de ses rimes4 ,prenez simplement un passage bien connu des ,feuilles d'automne3 ,va prier pour ton pre6--afin que je sois digne ,de voir passer en rve un ange au vol de cygne1 ,pour que mon me brle avec les encensoirs6 ,efface nos pchs sous ton souffle candide4 ,afin que mon cur soit innocent et splendide ,comme un pav d'autel qu'on lave tous les soirs6 ,et remarquez comme le mot encensoirs ne prend toute sa valeur pour l'imagination que par l'obscurit qu'apporte la rime soirs1 qui le suit4 ,quand ailleurs la pense de ,victor ,hugo rencontre l'image du sommet de la ,jungfrau1 comme le symbole de la puret d'me absolue1 il y a l une pointe lumineuse qui en attire une autre1 et la rime taureau surgit dans son esprit4 ,non seulement parce que la syllabe finale avec sa consonne d'appui donne une rsonnance pleine1 mais aussi parce que le mot veille en nous l'ide de force virile en contraste avec la montagne vierge4 ,ainsi la pense et la forme se tiennent indissolublement4 ,il semble presque que la langue ait cr ce mot justement sous cette forme pour que le pote pt l'employer en cet instant prcis4 ,cette parfaite aisance trouver le mot ncessaire est signe de matrise4 ,la posie lyrique1 qui ne demande qu'un nombre restreint de lignes pour exprimer nos sentiments1 nous rvle cette gense du vers de la manire la plus probante4 ,une uvre de longue haleine exige naturellement1 en dehors de l'inspiration1 la connaissance profonde du mtier4 ,mais cette exprience du mtier1--nous parlons d'un matre1 n'est-ce pas8--qu'est-elle donc1 sinon l'inspiration1 laquelle il a appris lui obir au premier mot8 --,ces dernires paroles donnrent un autre tour la conversation et la portrent sur ,baudelaire et sur la facult qu'il exigeait du pote3 commander la posie4 --,je n'aime pas ,baudelaire1 dit un des convives2 je ne crois pas qu'il ait eu bon cur4 --,il ne l'avait probablement ni bon ni mauvais1 lui rpondit ,catulle ,mends4 ,il y a eu un temps de ma vie o je le voyais presque journellement et il se peut qu'alors j'aie parfois t peu satisfait de ses procds1 que mme j'aie cru y dcouvrir quelque fausset2 mais prsent1 tout bien pes1 je n'y vois que de la sincrit et de la bienveillance4 ,c'tait un camlon1 que ,baudelaire1 et quoiqu'il proclamt bien haut son indpendance de tout lien et de toute personne1 aussitt qu'il avait parl quelqu'un il se laissait impressionner par son individualit4 ,avec un fat1 il tait fat1 avec un savant1 il tait savant1 en causant avec un ouvrier il tait homme du peuple4 ,ceux qui le frquentaient ne savaient jamais quoi s'en tenir4 ,thophile ,gautier lui-mme1 qui a crit sa notice biographique1 ne l'a jamais compris4 --,et ,banville8 demanda quelqu'un4 --,banville1 reprit ,catulle ,mends1 a fait de son mieux et a un peu exagr comme toujours2 mais il n'a pas saisi le caractre de ,baudelaire4 ,voulez-vous savoir ce que c'tait que ,baudelaire8 ,et ici1 on vit percer le boulevardier1 qui croit bien connatre les gens1 quand il a trouv le dfaut de la cuirasse4 ,c'tait un grand pote1 qui faisait difficilement ses vers4 a ne coulait pas chez lui4 ,vraiment4 ,il n'tait pas abondant4 ,vous vous rappelez bien1 parmi ses pomes1 les sonnets irrguliers qui s'y trouvent en assez grand nombre8 ,gautier a cherch excuser leur irrgularit1 en disant que ce n'est que dans sa seconde priode que ,baudelaire a appris1 et appris de lui1 btir un sonnet suivant toutes les rgles4 ,je n'en crois rien4 ,baudelaire avait beaucoup trop de got et d'instinct des formes4 ,la raison est toute diffrente3 c'est qu'il n'avait jamais eu l'intention d'en faire des sonnets4 ,le soir1 il rentrait chez lui avec le projet d'crire un grand pome1 dont le commencement seul lui venait l'instant3 deux strophes tout au plus4 ,le matin suivant1 l'inspiration lui manquait2 il se htait alors d'y ajouter quelques vers pour terminer1 et cela devenait peu prs un sonnet4 ,il ne trouvait qu'avec difficult ce qu'il voulait dire4 ,il changeait et modifiait sans cesse jusqu' la publication dfinitive2 la dernire preuve apportait souvent les plus grandes transformations1 et quelquefois il ne restait pas un mot de ce qu'il avait crit en commenant4 ,la premire version de la traduction des nouvelles de ,po tait assez mauvaise2 peu peu1 pendant qu'elle passait sous la main des imprimeurs1 elle a reu la forme dfinitive et lucide que nous lui connaissons4 ,crer tait pour lui un chagrin et une peine4 ,ce n'est pas1--loin de l1--que le talent de ,baudelaire manqut de puissance et de vigueur2 mais il n'tait pas abondant4 ,c'est l que le bt le blessait4 ,ce m'est un grand charme d'couter d'authentiques rcits sur la manire d'tre et de travailler des grands hommes4 ,surtout lorsqu'il s'agit de potes2 parce que1 dans leur continuel retour sur eux-mmes1 ils ont dvelopp jusqu' l'extrme limite les facults qu'ils ont apportes en naissant1 et que1 hors de la gangue des circonstances accessoires1 ils ont fondu leur propre type1 pur de tout alliage4 ,un artiste ne peut pas mentir2 il donne ce qu'il a2 il montre ce qu'il y a au fond de la gnration de ses contemporains1 et ce que la gnration suivante seulement commencera rvler au jour4 ,a ce point de vue1 on peut dire que le pote est un prophte3 en nous dvoilant son propre secret1 il nous annonce ce qui1 dans un avenir prochain1 sera une publique vrit4 ,mais le pass convient peu une conversation anime4 ,les causeurs prfrent saisir des figures momentanes qu' leur plaisir ils se jettent et se renvoient3 le prsent seul les intresse4 ,aussi le petit groupe dont ,catulle ,mends tait le guide1 s'tant rendu1 aprs la fin du dner1 dans un caf du boulevard1 changea bientt de sujet de conversation et remplaa la dissertation littraire par des propos qui taient mieux en accord avec la vie environnante4 ,on parlait de la femme4 ,un artiste comme ,catulle ,mends1 qui de plus est un homme du monde et du boulevard1 devait srement pouvoir raconter de charmantes anecdotes4 ,beaucoup de gens se rappellent encore le succs qu'il remportait dans sa jeunesse1 simplement par le prestige de sa personne4 ,lorsqu'au thtre de ,toulouse1 o demeuraient ses parents1 il entrait dans la loge de sa mre1 une beaut clbre1 les spectateurs souvent se retournaient pour admirer l'arrive de ce jeune homme1 dont les cheveux blonds cendrs encadraient langoureusement la noble et sensuelle figure judo-hellnique4 ,le talent lui tait venu de mme source que la beaut4 ,le nom de ,catulle1 qu'il a reu sa naissance1 montre les gots littraires de la famille4 ,son grand-pre1 un banquier1 aimait passionnment la posie4 ,j'tais trop jeune pour l'avoir connu avant que la catastrophe de #dh mt fin ses affaires et sa vie1 m'a dit ,catulle ,mends un jour1 mais je me suis toujours senti avec lui dans un rapport intime4 ,un jour1 je ne sais plus quelle occasion1 je visitai1 encore enfant1 son tombeau avec ma famille3 je fus pouss irrsistiblement et1 tombant genoux1 j'embrassai la pierre avec ferveur1 comme si la meilleure partie de mon tre y tait ensevelie4 ,bien plus tard1 un livre de sa bibliothque me tomba entre les mains4 ,c'tait un recueil de posies1 dont il avait not les vers faibles1 et1--remarquez bien que c'tait en #ahdj1 personne ne pensait encore aux ,parnassiens1--il condamnait les vers mmes que je n'aurais pas laiss passer4 ,l'heureux possesseur de dons si prcieux1 qu'une fe bienfaisante a placs dans son berceau1 peut marcher d'un pas agile et sr travers la vie4 ,et cette sret du talent1 qu'on ne doit pas confondre avec l'adresse1 n'exclut pas les soins mticuleux donns au style et l'observation2 au contraire1 elle est prcisment la condition de cette exactitude1 parce que c'est elle qui forme la conscience de l'artiste4 ,cependant il y a une ombre au tableau d'un artiste aussi choy des ,muses4 ,le talent exclusif le place part et hors du monde2 il regarde ce qui se passe autour de lui1 comme une matire de livres futurs2 il ne vit jamais compltement en unisson avec son entourage4 ,ne lui reprochons pas1 pour notre part1 de prendre la vie en spectateur1 nous qui sommes les premiers en profiter4 ,s'il n'apportait pas avec lui dans le monde l'bauche du roman dont son esprit est plein1 il ne l'achverait jamais pour notre plaisir4 ,les observations de ,catulle ,mends sur les murs contemporaines taient moins plaisantes que srieuses1 quoiqu'elles ne fussent pas plus difiantes pour cela4 ,il peignit grands traits l'tat de la socit3 l'amour devenu une convention1 comme toutes les autres aspirations de l'humanit1 la licence rgle comme un apptit banal et le jour de l'adultre suivant strictement le jour de thtre ou le jour de rception1 sans jamais enjamber4 ,aux temps d',hrodote1--il est permis de citer le vieux conteur ternellement jeune1 mme sur le boulevard1--les femmes ne perdaient la pudeur qu'en quittant leur chemise1 et la retrouvaient videmment en reprenant ce vtement4 ,aujourd'hui elles peuvent tre en grande toilette sans en garder la moindre trace4 ,quelques anecdotes compltaient ce tableau en donnant un aperu des sentiments du demi-monde4 ,la recherche des raffinements sensuels n'y connaissait plus de frein4 ,et c'tait un renversement de tous les rapports naturels et une exploitation de la bte humaine au profit d'une curiosit insatiable de jouissances4 ,je ne connais rien de plus vil et de plus lche1 dit ,catulle ,mends1 en citant le cas d'une actrice1 qui1 en vacances1 s'tait donn une petite orgie presque maternelle dans une ville d'eaux4 ,il y a l un manque d'quilibre mental1 une dsorganisation de tous les sentiments affectifs1 qui vous ferait reculer d'horreur1 si l'on n'avait pas dj fait quelque chemin dans le monde4 ,nous ne nous motionnons plus facilement4 ,mais voulez-vous que je vous raconte une chose qui m'a mu et m'a fait rflchir longtemps8 ,et la voix du pote1 quittant le ton un peu mlodramatique qui convenait la conversation1 devint naturelle et enveloppante3 c'est une histoire arrive qu'un de mes amis me racontait rcemment4 ,l'artiste puisait-il dans sa fantaisie1 ou nous disait-il une histoire de sa propre vie8 --,c'tait une jeune femme1 dont me parlait mon ami--jeune8--en tout cas elle n'avait pas plus de vingt-cinq ans1--charmante1 spirituelle et presque jolie4 ,elle vivait spare de sa famille et avait quelque fortune1 ou du moins elle en avait eu4 ,elle frquentait les cafs des deux rives de la ,seine et tait admise1 ou presque1 dans des cercles d'artistes1 d'tudiants et d'acteurs4 ,jusqu'ici rien pour nous tonner3 nous connaissons assez de dtraques1 qui courent les cabotins4 ,mais l'trange douceur de ses yeux de bte craintive2 l'humble dsir de plaire qui caractrisait toutes ses dmarches1 sans jamais dsirer un retour2 ce besoin de rendre service1 de se sacrifier1 qui lui faisait vider sa bourse pour le premier venu1 sans qu'il lui restt un sou pour le lendemain1--tout cela avait frapp mon ami au vif4 ,ils devinrent intimes2 il prenait plaisir causer avec elle1 et toujours il la trouvait prte1 exacte au rendez-vous1 enjoue et amie fidle1 mais toujours aussi il retrouvait sur son visage cette impression d'humilit et de soumission1 comme si elle lui demandait pardon d'exister en rpandant le bonheur autour d'elle4 ,on lui raconta de tristes histoires sur son compte1 et elle ne s'en cacha gure4 ,elle avait habit une maison meuble1 refuge de la bohme des thtres et du monde des artistes4 ,tous avaient spcul sur sa compassion1 et l'un aprs l'autre1--pour parler convenablement1--ils l'avaient possde4 ,elle avait pay leurs dettes et mme la fin elle s'tait charge du dficit du propritaire de la maison4 ,en un mot1 elle y avait perdu tout1 mais tout1 fortune et rputation4 ,j'ai souffert horriblement de la familiarit de ces gens-l1 dit-elle1 mais comment refuser de leur rendre service8 ,j'tais plus que dgote de leurs caresses et je les laissais venir moi4 ,pourtant1 au milieu de ce dnment1 elle ne pensait jamais elle-mme4 ,lui arrivait-il par hasard un peu d'argent1 en un clin d'il tout disparaissait dans la poche d'un plus misrable qu'elle4 ,et gaie1 menant la conversation avec une autorit rare1 mais toujours lisant dans les yeux des gens s'il y avait quelque service leur rendre ou quelque plaisir leur faire4 ,un soir1 mon ami en la conduisant chez elle lui demanda la permission d'y passer la nuit4 ,elle consentit2 mais soudain il remarqua sur son visage l'expression habituelle de timidit renforce par une sorte de terreur plaintive1 et il se rappela le mot qu'elle lui avait dit un jour3 je souffrais horriblement4 ,touch au cur1 il murmura quelques paroles3 il lui dit qu'il resterait son ami1 puisqu'elle n'avait pas hsit lui accorder le droit d'un amant1 et se prpara sortir de la chambre4 ,alors1 dans l'motion de sa reconnaissance1 elle tomba ses pieds1 et lui embrassa les mains et les genoux avec un abandon si perdu de toute sa personne1 que ce journaliste endurci pleura des larmes d'une piti infinie4 --,cela fait songer la ,madeleine repentante du tableau de ,jean ,braud1 dit un des ntres4 ,l'entourage tait plus modeste1 et ce n'tait nullement une scne effet1 dit ,catulle ,mends en se levant3 une seule bougie clairait la chambrette1 et la figure genoux dans son costume de mrinos noir tait demi voile par les tnbres2 mais le simple attouchement1 par ce visage dfait de pauvre femme1 de la main qu'elle avait saisie en son extase1 exprimait un mystrieux trsor de passion1 de douleur et de ravissement tel que l'me humaine ne le peut rvler une autre me que dans un seul instant et par un geste fugitif4 ,catulle ,mends me prit le bras et nous nous promenmes le long du boulevard4 ,la nuit tait venue2 les lumires disparaissaient une une1 seule la lueur de quelques lanternes clairait l'asphalte glissant1 mouill par une pluie de printemps4 --,o s'en va notre civilisation8 me dit le pote1 qui voyait tout en noir1 non pas tant cause du rcit qu'il venait de faire1 mais plutt troubl par la nouvelle d'un conflit entre les soldats et les ouvriers pendant la grve du #a;er mai4 ,notre socit1 nous1 ne peut plus offrir de rsistance4 ,et quelle vigueur pourrons-nous attendre de la gnration future1 des enfants de ces mres dont je vous ai parl8 ,nous sommes arrivs au bout2 nous avons dit notre dernier mot2 nous ne mritons plus d'tre la tte du mouvement social4 ,quel principe 7je parle d'un principe rel et vivant7 pourrons-nous opposer la foule1 qui croit son tour venu de jouir8 ,nous n'avons d'autre rponse leur offrir que la bayonnette ou l'pe4 ,et il n'y en a pas un de nous1 ajouta-t-il avec une sorte de fiert pre1 qui ne saisisse l'pe1 dans ces jours qui viendront1 pour se dfendre contre la domination brutale de la populace4 ,non pas par conviction1 mais pour montrer qu'il y a une seule chose qui de nos traditions nous est reste entire et intacte3 l'honneur4 ,que rpondre ces pressentiments6 ,quelle contenance tenir devant ces sombres visions de l'avenir6 ,je me mfie toujours des inspirations d'un esprit qui1 exalt par le labeur intense d'une journe1 se met vaticiner au milieu de la nuit noire1 sur l'avenir de notre socit4 ,quand on parle de sa fragilit1 je me souviens des efforts dsesprs que je fis un jour pour dmolir une vieille caisse1 qui n'tait plus bonne rien4 ,les clous taient rouills dans les planches1 que sais-je8 bref1 toute ma vigueur ne valut gure contre la force de rsistance que m'opposait cette carcasse informe4 ,je ne pense pas que notre socit se laisse dsagrger facilement2 mais je prfrais ne rien rpondre l'apostrophe passionne du pote3 c'est un argument un peu prosaque qu'une vieille caisse de bois4 ,,au ,,th,,atre ,a l',odon on donne ,amoureuse1 de ,porto ,riche1 drame trois personnages marquants3 le mari1 la femme et l'ami de la maison4 ,ceci nous promet une farce1 une satire ou une tragdie4 ,l'volution de l'intrigue nous fait passer successivement par ces manires diffrentes d'envisager la vie4 ,y a-t-il quelque chose de plus comique que l'embarras d'un homme qui1 rfugi dans le port du mariage aprs une jeunesse agite1 et croyant y trouver le repos1 se voit du1 parce que sa femme l'aime trop passionnment1 et le lui prouve et le lui fait sentir8 ,le ct satirique du drame repose sur le contraste entre ce mariage qui enchane la libert d'esprit de l'poux1 et sa liaison prcdente1 dans laquelle sa matresse1 femme range s'il en fut1 avait dploy ses meilleurs soins pour lui procurer1 en rglant sa vie1 toutes les occasions de contenter son ambition4 ,ainsi1 d'une part1 la nervosit moderne des gens comme il faut1 de l'autre1 la pose et la prose du demi-monde4 ,la tragdie nat d'une crise dans les rapports conjugaux1 au moment o le mari reproche sa femme l'esclavage des sens o elle l'a tenu pendant huit annes de mariage4 ,tous deux1 alors1 s'oubliant dans leurs paroles et dans leurs actes1 jettent leur bonheur dans l'abme qui s'ouvre entre eux1 lui1 en conseillant l'pouse d'assouvir ses besoins d'amour dans les bras de l'ami de la maison1 et elle444 ,ah6 la femme blesse jusqu'au plus profond de sa personnalit1 exaspre par le mpris qu'elle prouve1 ne suit que trop facilement le conseil qu'on lui a donn4 ,c'est ici que le drame de l'ancienne cole aurait pris son point de dpart3 une femme qui a commis une faute dans un moment de dsespoir1 un ami de la maison qui a transgress les droits sacrs de l'hospitalit1 un mari1 agit par des soupons1 qui cherche se rapprocher de l'pouse avec laquelle il vit en froideur4 ,n'est-ce pas l que sont rassembls les vritables lments d'un drame qui1 par ses complications et ses conflits1 nous mettra les larmes aux yeux et la mort dans l'me8 ,et c'est prcisment ici que finit la pice moderne4 ,elle donne seulement des indications sur le dnouement possible2 elle montre en quelques traits la femme confessant sa faute l'poux1 l'ami dloyal s'loignant honteusement de la maison1 le mari1 plein de repentir1 tchant de regagner le cur de son pouse1 et vlan6 le rideau tombe4 ,parce que l'action est acheve8 ,non pas1 mais parce qu'elle est arrive au point o sa reprsentation sur la scne risquerait de devenir tout fait conventionnelle2 nous ne pouvons l'achever vritablement que dans notre esprit seul et pour nous-mmes4 ,mais tu seras toujours obsd par la pense de ma faute et tu te sentiras malheureux6 dit la femme1 lorsqu'aprs avoir entendu sa confession son mari lui tend la main et veut la reprendre4 ,qu'est-ce que a fait8 rpond le mari4 ,c'est le mot final du drame2 et nous en emportons la conviction que1 ds ce moment1 l'homme goste1 grce son propre malheur1 a trouv de la sympathie pour celle qui est lie son sort4 ,pour lui devenir plus prcieux1 l'objet de son amour devait avoir perdu de sa valeur1 et il lui fallait1 lui aussi1 se sentir amoindri4 ,jusqu'alors la femme n'a t ses yeux qu'un jouet rare1 auquel il ne demandait que de ne le point gner dans ses projets2 mais ds qu'elle souffre et fait souffrir1 il apprend qu'elle a une me et en acquiert la conscience4 ,mais tu seras malheureux6 lui dit-elle4 ,qu'est-ce que a fait8 ,il accepte dsormais son sort des mains de sa femme4 ,,au ,,chat-,,noir ,marcel ,schwob1 le profond connaisseur de l'argot1 l'auteur de ,cur double1 me mne voir le ,chat-,noir1 auguste domaine o ,rodolphe ,salis1 gentilhomme et aubergiste1 impose ses vassaux1 potes et artistes1 la corve d'amuser le ,paris cosmopolite4 ,la faon d'amuser lui importe peu4 ,chacun donne1 sa guise1 une chanson quivoque1 quelques caricatures1 des ombres chinoises mme1 tout est bienvenu4 ,ils ont des bocks pour rcompense4 ,l'aubergiste et son auberge prosprent4 ,en route1 ,marcel ,schwob me donne quelques renseignements sur les gens que j'y rencontrerai4 ,je ne vous ai pas encore nomm le plus original d'entre eux1 me dit-il4 ,c'est ,alphonse ,allais4 ,il a publi ces jours-ci un recueil de contes intitul3 ,a se tordre1 histoires anthumes4 ,une trouvaille impayable que ce titre1 n'est-ce pas8 ,il est comique de nature4 ,georges ,courteline et lui sont presque les seuls qui aient la gaiet native4 ,les autres gardent tous au fond de leur cur ce que ,paul ,bourget1 qui son tour a pris le mot d'un autre1 appelle3 un cochon triste4 ,qui donc a jamais peint avec un srieux plus foltre la fin d'une soire d'automne1 pntrante jusqu' la douleur1 qu',alphonse ,allais dans ces simples mots3 ,il tait six heures2 la nuit tombait et personne pour la relever4 ,ou bien cette description pique d'un suicide3 ,il jeta un regard par la fentre et le suivit sur-le-champ4 ,voil tout runi dans une seule ligne1 l'motion et l'action4 ,et ses farces pratiques dans la vie ordinaire6 ,il a obtenu un sursis dfinitif dans l'arme de rserve parce que personne au rgiment ne comprenait plus rien sa conduite4 ,lorsqu'il arriva devant le major on lui demanda s'il tait mari ou non4 ,d'un air ingnu il se dclara bigame4 ,mais c'est srieux1 lui dit le lieutenant4 ,vous savez bien qu'il y a un article de loi contre la bigamie4 ,toutes mes excuses1 ,monsieur1 rpondit ,allais4 ,puis1 voyant le regard svre du lieutenant ce mot ,monsieur1 il poursuivit en s'adressant avec un lger salut aux autres rservistes3 ,pardon1 ,mesdames et ,messieurs1 ce n'est pas bien grave2 au contraire1 j'ai tout lieu de croire que ,monsieur 7et ici il regarda le lieutenant d'un air contrit et bnin7 m'accordera quelques passe-droits ce titre4 ,j'ai remarqu avec plaisir qu'on accordait beaucoup plus de libert et la permission de la nuit aux hommes maris4 ,ils n'ont qu'une femme4 ,moi1 j'en ai deux et je compte en profiter pour demander1 en faveur de la premire1 la permission de la nuit2 pour la seconde1 la permission du jour4 ,on le fit comparatre la salle des rapports4 ,avec sa dmarche nonchalante1 il entra dans la salle1 o s'taient assembls les officiers et le secrtaire du colonel1 qui m'a racont l'histoire4 ,il salua profondment la socit3 ,mesdames1 ,messieurs1 puis tout coup s'lana vers un coin de la salle1 o se trouvait le drapeau du rgiment4 ,oh6 l'ombre6 s'cria-t-il en tournant autour de la hampe4 ,je cherche l'ombre1 mais o est l'ombre1 l'ombre du drapeau8 ,les assistants taient ahuris2 les capitaines1 intrigus par l'tranget de la scne1 se demandaient ce qu'il voulait dire2 le colonel saisit de ses deux mains son front vnrable et se creusa longtemps la tte pour deviner l'nigme4 ,pendant des journes entires ils ont cherch la solution sans oser comprendre l'allusion la chanson patriotique3 ,l'ombre du drapeau4 ,le secrtaire1 un ami d',allais1 dit l'oreille de l'officier assis ct de lui1 qu'il le connaissait de longue date3 ,un excellent garon1 dit-il1 seulement un peu toqu2 c'est un journaliste parisien4 ,a ce double titre on laissa partir ,allais ce jour-l sans lui faire d'autres observations4 ,le lendemain matin il ne parut l'appel que quand tous les autres rservistes taient depuis longtemps en rang1 sous l'il du sergent4 ,il arriva1 le kpi de travers sur sa tte1 une main dans la poche de son pantalon1 tenant son fusil par la pointe de la baonnette4 ,belle journe aujourd'hui1 ,monsieur le sergent1 dit-il1 le soleil brille1 les oiseaux chantent1 je m'en vais faire un petit tour la campagne4 ,sur ces mots1 il tourna les talons1 tranant son fusil aprs lui1 et le faisant retentir sur les dalles4 ,le sergent bahi de cette audace ne souffla mot4 ,allais naturellement n'alla pas la campagne1 mais se rendit au ,chat-,noir1 o il rdigea un article sur ses aventures au rgiment4 ,il se garda bien d'y oublier le colonel3 ,brave homme1 crivit-il1 un peu bte peut-tre1 mais si dcoratif6 ,depuis ce moment on passe son nom sous silence au rgiment1 et on lui donne des sursis illimits4 ,avec toutes ces facties il a pourtant bon cur et au fond une grande simplicit d'esprit4 ,cependant pour tout l'argent du monde je ne voudrais pas tre dans la peau de celui qu'il aurait pris en grippe4 ,nous approchions du ,chat-,noir4 ,le premier qui vint notre rencontre fut ,alphonse ,allais en personne3 un garon blond bien dcoupl4 ,oh6 normment de talent et d'avenir6 dit-il de lui-mme1 aux premiers compliments d'usage que je lui fis1 comme s'il avait prononc les paroles de rigueur qu'on adresse un jeune auteur ou un pote dbutant4 ,nous regardmes un moment les curiosits de la salle1 les fresques de ,steinlen et de ,willette1 le portrait authentique de ,franois ,villon1 les cocottes surannes qui1 visses sur les banquettes devant leur verre de bire vente1 attendaient la proie et le butin1 puis nous montmes au premier o se trouve le vrai spectacle4 ,un public hybride tait runi1 dans la salle troite et basse2 des commis-voyageurs en goguette1 des ,amricains la recherche de distractions1 des boulevardiers qui s'ennuyaient1 des gens du monde qui avaient dn1 d'autres qui avaient faim2 en un mot on y voyait un monde ml1 des artistes peut-tre en qute d'inspiration1 et des dames qui compensaient leur manque de charmes par un excdent de fard et d'insolence4 ,le spectacle commena par des ombres chinoises1 et c'tait le conte touchant de la pudeur de la gardeuse d'oies attaque par un vieux clibataire entreprenant4 ,quand il prendra un bain dans la petite rivire qui coule travers la prairie1 pour refroidir l'ardeur qui le dvore1 les ,oies-,eumnides1 protectrices de l'innocence menace1 lui dvoileront leur pouvoir fatal4 ,et elles s'emparent des vtements du baigneur ahuri1 et elles s'en vont nageant en pleine eau1 chacune portant un dtail de son costume au bec4 ,les bottes elles-mmes1 et1 horreur6 le vtement indispensable que je n'oserais nommer1 elles les lui prennent en ricanant de leur bouche plate et stupide4 ,puis voici apparatre au moment psychologique le garde1 qui veille aux abords de la morale3 il dresse procs-verbal au misrable qui1 de par sa nudit naturelle1 soufflte la pudeur publique4 ,je ne m'tendrai pas en longue digression sur la morale de l'histoire2 on la touche des mains et des yeux4 ,aussi vous laisse-t-on fort peu de temps pour la rflexion1 car peine le rideau du petit thtre est-il tomb que ,rodolphe ,salis1 l'hte du lieu1 nous annonce de sa voix claire et mordante qu'il demande le silence pour notre cher confrre le pote chaste4 ,le pote chaste1 un jeune homme vtu de gris1 cheveux roux et visage de satyre1 traverse la petite salle en deux pas1 se plante devant le public et dit un pome dont les passages quivoques sont souligns par les sourires de l'auditoire4 ,un militaire mes cts1 qui passe sa soire de permission au ,chat-,noir1 rougit jusque au-dessus des oreilles4 ,le rideau du thtre se lve de nouveau1--toujours pas de temps pour rflchir--et c'est une vraie scne qui se montre nos yeux avec des petites coulisses qui reprsentent un palais4 ,tout l'heure le dcor changera et nous serons dans un dfil sombre des ,pyrnes4 ,c'est la tragdie de ,roland et de sa mort ,roncevaux4 ,un monsieur et une dame1 debout auprs du piano1 prtent leur voix au paladin et sa chre ,aude1 les petits fantoches de la scne1 qui se dclarent leur amour mutuel dans le langage ardent qui caractrisait les passions au moyen ge4 ,pour rendre la jouissance de l'il plus intense1 ces voix se taisent1 quand l'arme de ,charlemagne passe1 superbe1 parmi les montagnes couvertes de neige4 ,ici1 un effet grandiose a t atteint par des moyens infimes3 donnez-moi un peu de carton peint et quelques fils de fer1 dit l'artiste1 et je bouleverserai votre me de fond en comble par l'image de rochers1 d'abmes et de troupes de guerriers1 marchant la mort sous le regard de leur empereur4 ,ou je me trompe fort1 ou l aussi il doit y avoir matire moraliser4 ,mais de nouveau ,rodolphe ,salis annonce un de ses confrres potes4 ,un petit homme mine chtive s'avance devant le public4 ,il a l'air d'un fonctionnaire mal pay qui tromperait sa faim en avalant la bire que le gentilhomme aubergiste met gratuitement sa disposition4 ,la voix du pote1 faible d'abord1 se raffermit bientt2 il nous dit d'une faon infiniment tendre et spirituelle la fte de la bndiction des cloches ,rome1 au moment o toutes ces bouches de mtal dans une envole de sons s'agitent au dessus de la ville ternelle4 ,et les sons retentissent nos oreilles1 puis s'vanouissent avec le mouvement net et lgant que le langage choisi d'un artiste a su leur communiquer4 ,encore des ombres chinoises6 ,ce sont les aventures de ,phryn1 la fameuse htare de l'antiquit1 qui attira sur elle la vengeance des dieux et l'indignation des hommes en divulguant les mystres divins au ,chat-,noir d',athnes1 le bien connu des archologues4 ,une mlope tranante1 qui sait tre spirituelle sans jamais perdre le comique srieux qui convient un sujet aussi ancien1 accompagne les divers tableaux de la reprsentation4 ,le pote se tait lorsque l'avocat ,hypride1 qui dfendra ,phryn devant le tribunal o elle comparatra accuse de blasphme1 lui rend visite afin d'tablir les arguments de son plaidoyer4 ,le thtre est plong dans les tnbres1 et l'on ne saurait apercevoir les savantes recherches du jurisconsulte athnien4 ,on en est d'autant plus bloui la scne suivante par le magnifique dcor qui imite le tableau de ,grme3 ,phryn devant ses juges2 imitation parfaite1 avec cette seule diffrence qu'ici la belle accuse apparat au prtoire enveloppe d'un large peplum4 ,elle coute en silence les reproches que lui adresse l'accusateur public1 en attendant--oh6 avec quelle patience pudique6--que le tour de son avocat soit venu4 ,enfin1 ,hypride prend la parole1 et convaincu de l'excellence de sa cause1 se borne pour toute argumentation dvoiler la figure divine de l'htare4 ,phryn1 surgissant soudain hors de ses vtements pars dans toute la splendeur de sa nudit1 frappe les yeux de ses juges et attendrit leurs curs4 ,grme1 le peintre1 n'a pu traiter qu'un seul moment de l'action2 le pote1 qui parle l'imagination1 nous initie aux diffrentes phases que retrace son rcit1 mais il ne saurait nous donner une reprsentation plastique des faits3 les ombres chinoises unissent la reproduction exacte des circonstances leur dveloppement4 ,ce que les plus grands gnies ont cherch avec angoisse1 depuis que ,lessing1 dans son ,laocoon1 en a pos le problme3 la liaison intime entre le verbe et la plastique1 s'accomplit nos yeux2 ou1 pour citer l'pilogue sublime du second ,faust de ,gthe1 qui seul est applicable ces hauteurs de l'abstraction3 ,hier wird's ,ereignisz4 ,cependant un autre pote a dj pris place au bout de la salle et en vers pleins de distinction nous conte ce qu'il pense de l'me1 de la socit et autres choses appropries au local o nous sommes et l'heure qu'il est4 ,faut-il l'avouer8 ,cette varit de divertissements me fatigue l'esprit2 nous ne tenons pas ce qu'on nous amuse1 quand on en montre trop clairement l'intention4 ,de plus1 il y a dans l'atmosphre un relent de bire et de fume1 qui me rappelle les jours d'antan1 o j'entrais dans la vie et o je croyais srieusement aux divertissements des cafs-chantants4 ,et ce souvenir donne au spectacle que je contemple quelque chose de dj vu1 qui me rend curieux d'aller voir autre chose4 ,,au ,,mirliton ,marcel ,schwob me propose de nous mener la salle du boulevard ,rochechouart1 emplacement de l'ancien ,chat-,noir4 ,aristide ,bruant y a aujourd'hui install le ,mirliton4 ,l'ide de faire connaissance avec ce caf et son propritaire me sduit fort4 ,est-ce par hasard simplement que la srie des numros du ,mirliton1 le journal illustr de ,bruant1 est parvenue jusqu'au solitaire village hollandais o se passe ma vie8 ,je ne le crois pas4 ,l'explication en est plus facile4 ,la vie de ,paris est d'une importance si prpondrante pour toute l',europe que chaque trait de sa physionomie est relev et not1 pour tre port la connaissance du monde entier4 ,ce qui1 dans une autre ville1 passerait inaperu du public1 ou tout au plus ne vivrait qu' l'tat de souvenir curieux dans la mmoire de quelques vieux bourgeois1 y prend tout de suite du relief et y acquiert de la notorit4 ,on voit dans ces mmes vnements une rvlation de l'esprit du sicle1 on les considre comme des phnomnes intressants de l'histoire du jour1 jusqu' ce qu'ils disparaissent pour faire place de nouveaux phnomnes4 ,pour le moment tout au moins ils ont particip la vie gnrale du monde4 ,carlyle s'est souvent moqu d'un mot qu'il rencontrait sans cesse dans les pages des auteurs franais3 un homme alors clbre4 ,mais aujourd'hui encore on parle couramment des clbrits du jour sans penser le moins du monde l'ironie de ce contraste4 ,il y a pourtant des gens qui souponnent l'tat rel des choses4 ,on me l'exposait ainsi tout rcemment3 ,d'ordinaire1 les trangers quittent ,paris sous le coup d'une fausse impression4 ,ce qu'on leur a vant comme quelque chose d'excessivement remarquable1 ce dont ils parleront plus tard dans leurs souvenirs1 n'existe pas en ralit pour nous autres ,parisiens4 ,retenez bien ce que je vous dis3 vous rencontrerez un grand nombre d'hommes clbres1 mais au fond tout cela n'existe pas4 ,croyez-moi3 notre point de vue diffre radicalement de celui des trangers2 pour eux1 l'impression qu'ils reoivent de ,paris n'est qu'une question de trains4 ,arrivs quinze jours plus tt ou plus tard1 ils auraient eu noter sur leurs tablettes une tout autre varit de grands hommes4 ,ce recueil du ,mirliton1 ce petit volume de vers1 illustr d'une si drle de faon1 avec son titre frappant3 ,dans la rue1 par ,aristide ,bruant1 que la rclame d'un grand journal m'avait mis entre les mains1 taient-ils donc destins aussi ne vivre qu'un jour8 ,ou y avait-il quelque chose l8 ,je demandai l'opinion de mon compagnon de route2 mais il avait appris la prudence1 ou peut-tre me trouvait-il trop curieux4 ,bruant1 me dit ,marcel ,schwob1 a dcouvert une nouvelle veine de posie1 et il est arriv son jour et son heure2 la fortune est venue lui et il est rest artiste srieux2 voil qui promet un succs durable4 ,mais1 d'autre part1 presque tout dpend des circonstances4 ,on n'a pas compter qu'avec soi2 il ne s'agit pas seulement de savoir si1 un moment donn1 on possde l'nergie ncessaire pour persvrer2 mais ce sont les autres1 les amis1 les ennemis1 les lves et les imitateurs1 qui trompent les prvisions4 ,on parle toujours des circonstances2 eh bien6 les circonstances1 ce sont ces autres-l6 ,la concurrence est une excellente chose pour tenir l'artiste en haleine4 ,mais trop d'imitation gte le march1 comme on dit1 elle corrompt le got du public1--ce n'est pas bien important1 je vous l'accorde1--mais elle corrompt aussi le got de l'artiste mme1 ce qui est d'un tout autre intrt4 ,toutefois1 le talent de ,bruant est encore en pleine priode de croissance et jusqu'ici il n'y a pas de mal4 ,pourtant je ne voudrais pas courir le risque de prdictions hasardes1 et j'aime mieux jouir de l'originalit1 partout o je la trouve4 ,or1 ,bruant est vraiment original4 ,croyez-moi1 ce n'est pas le premier venu qui1 comme lui1 arriv de sa province ,paris1 petit employ de chemin de fer1 puis dbutant dans un caf-concert1 sait conqurir son coin de la vie parisienne et y maintient son droit d'tre pote4 ,vous me direz que le domaine de sa muse est assez mal fam3 des vagabonds1 des filles et leurs souteneurs1 la rue1 comme l'indique le titre de son volume1 si l'on entend par l le rebut de la socit dont les maisons ne veulent plus4 ,mais la question est prcisment de nous rendre intressante cette lie du peuple4 ,zola1 honnte bourgeois s'il en fut1 n'a jamais os s'attaquer cette dernire couche de la socit4 ,dans le ,sublime1 ce livre bien connu sur la question sociale1 qui est l'origine de l',assommoir1 on ne trouve que du ddain pour les ouvriers qui quittent le travail et cherchent leurs moyens d'existence dans le crime ou la prostitution3 ,zola a chastement dtourn les yeux de cet abme4 ,arrive ,bruant1 quinze annes plus tard4 ,il a commenc par dire le contraste entre les pauvres et les riches1 la rue et la chambre bien close1 la brutalit et la convention3 en un mot1 il a jou des variations1 avec une diction qui lui appartient en propre1 sur le thme que ,richepin dans sa ,chanson des ,gueux et ,andr ,gill dans sa ,muse ,bibi avaient dj entrepris1 sans parler encore d',auguste de ,chtillon et de la fameuse complainte de la ,levrette en paletot1 qui est la mre du genre4 ,vous vous la rappelez3 ,y'a-t-y rien qui vous agace ,comm'un'levrette en pal'tot6 ,quand y'a tant d'gens sur la place ,qui n'ont rien s'mett'su'l'dos4446 ,mais ,bruant ne s'est pas arrt l4 ,il a pntr dans ce monde de souteneurs et de filles et s'est pris l'aimer pour son propre compte4 ,oui1 aimer c'est bien le mot1 car qui ne ressent de la sympathie pour ce qu'il connat fond8 ,tout dans ce monde n'est qu'une question de nuances et de masques4 et l ce sont des tres humains et une socit que l'on a devant soi4 et l on trouve de l'honneur et de l'honntet1 du courage et de la lchet1 de la fraude aussi4 ,il faut y aller voir pour le croire1 mais ds qu'on l'a vu1 on peut y croire1 et mme on peut le chanter4 ,et cette lie du peuple a trouv une voix qui prend sa dfense1 et qui parle pour elle4 ,mais nous y voil1 au ,mirliton4 ,une troupe de curieux stationnait devant une porte ferme4 ,mon compagnon frappa1 se nomma1 et ce fut ,bruant lui-mme qui nous introduisit dans la salle4 ,il est matre chez lui et regarde attentivement les gens qu'il y admet4 ,il nous indiqua notre place1 nous promit de venir bientt faire un bout de causette avec nous et s'en retourna son poste pour recevoir de nouveaux htes4 --,messieurs1 voil du linge6 ,de la gerce1 et de la belle6 ,c'est ainsi qu'il annona d'une voix retentissante deux couples1 qui venaient d'entrer successivement4 ,puis il chanta la premire mesure d'une chanson bachique et le chur bruyant du public1 assis devant les petites tables charges de verres de bire1 la continua en saluant sa manire les nouveaux arrivs4 ,un farceur les suivit4 ,comme il voulait sauver son entre en prenant une attitude comique1 ou en dbitant une drlerie de son fonds1 ,bruant le malmena durement4 ,un chur d'indignation du public appuyait le chansonnier chri1 qui n'aime pas les farces1 quand il ne les fait pas lui-mme4 ,que deviendrait donc une pareille maison si on oubliait le respect qu'on doit au matre6 ,bruant chante ses vers en marchant par grandes enjambes travers la salle4 ,un piano1 qui toussote au fond du ,mirliton1 l'accompagne discrtement4 ,la porte de l'tablissement reste alors ferme4 ,la voix aigre et dominante de ,bruant rsonne avec intensit au milieu de la petite salle1 comme s'il se croyait encore au grand air devant son public des ,champs-lyses4 ,parfois une inflexion tendre vient varier l'expression d'nergie qu'il sait donner ses paroles1 et quelques phrases sentimentales1 comme le peuple en dsire1 donnent une surprise douce4 ,bruant a une figure nerveuse1 fine en mme temps et vigoureuse2 sa physionomie vous sduit tout en vous matrisant4 ,il y a srement l le rapport qu'il doit y avoir entre le chanteur et son auditoire4 ,dans ses faons d'agir et de s'habiller1 veston de velours1 chemise rouge flamboyante1 ,bruant fait parade de la brutalit qui veut s'emparer de la foule et s'en empare1 tandis que le regard ptillant et ptulant la charme et la dompte4 ,scne curieuse que ce ,mirliton6 ,la petite salle1 profusment claire1 avec ses rangs de tables de bois o des gens de toute sorte prennent leur chope de bire mdiocre2 l'unique garon1 majestueux comme un marchal de ,napolon1 qui tient l'il ce que tout le monde prenne des consommations et les paie2 l'humble assistant physionomie de matre d'cole1 qui vend la chanson que vient de chanter le matre et qui remplit les pauses en rcitant des vers que personne n'coute2--enfin1 les dominant tous1 le matre lui-mme1 soit qu'il enfle sa voix de stentor jusqu' sa puissance extrme pour rappeler l'ordre un rcalcitrant1 soit qu'il conte fleurette une belle1 laquelle il persuade de lui confier la clef de sa chambre1--les yeux partout et sur tous1 afin que rien ne se passe en son domaine en dehors de lui4 ,a notre demande1 il nous rcite une de ses dernires chansons3 ,a ,saint-,ouen4 ,ds le dbut1 c'est l'existence d'un membre utile de la socit3 le chiffonnier de ,saint-,ouen4 ,un jour qu'i faisait pas beau1 ,pas ben loin du bord de l'eau1 ,prs d'la ,seine2 ,l o qu'i pouss'des moissons ,de culs d'bouteille et d'tessons1 ,dans la plaine1 ,ma mr' m'a fait dans un coin1 ,a ,saint-,ouen4 ,on souffre de la faim l-bas4 ,qu'y faire1 quand on ne sait pas de mtier et qu'on veut rester honnte8 ,on devient biffin1 ses huit ans peine sonns et l'on parcourt tout ,paris1 la grand'ville1 pour ramasser des chiffons4 ,la vie est dure6 ,dame on nag'pas dans l'benjoin1 ,a ,saint-,ouen4 ,faut trottiner tout'la nuit ,et quand l'amour vous poursuit1 ,on s'arrte444 ,on embrasse444 et sous les yeux ,du bon ,dieu qu'est dans les cieux444 ,comm'un'bte1 ,on r'produit dans un racoin1 ,a ,saint-,ouen4 ,enfin je n'sais pas comment ,on peut y vivre honnt'ment4 ,c'est un rve4 ,mais on est rcompens1 ,car1 comme on est harass1 ,quand on crve444 ,el'cimetire est pas ben loin1 ,a ,saint-,ouen4 ,achetez la chanson3 ,a ,saint-,ouen1 clame l'humble assistant1 et il agite la petite urne o il qute1 tandis que de l'autre main il pousse sous le nez des visiteurs la chanson note avec sa couverture illustre3 deux enfants1 courbs sous leurs hottes1 allant tous deux leur chemin1 la petite fille causant gament1 le garon tirant la langue4 ,les vers de ,bruant ont un timbre original1 qui les grave dans la mmoire1 grce leur refrain qui est d'ordinaire le nom d'un quartier ou d'un faubourg de ,paris4 ,c'est la localit1 o l'historiette se passe1 ou plutt le cercle au milieu duquel se dveloppe la vie du hros ou de l'hrone1 ou encore c'est le sort qui leur est jet ds leur naissance et qui les avertit toute heure3 ,montrouge1 ,saint-,lazare1 la ,roquette4 ,il y a bien d'autres chansons populaires qui tirent leur effet d'une phrase qui frappe l'imagination1 et qui revient chaque fin de strophe4 ,mais la diffrence est sensible entre ces sortes de posies1--comme la ballade de ,brger avec son refrain3 ,les morts vont vite1--et les vers de ,bruant1 diffrence dans la faon de rimer d'abord1 dans l'intention et dans l'effet ensuite4 ,car les noms propres qui ont leur particularit de forme la transmettent en quelque sorte au vers correspondant de la rime1 et la fin de chaque strophe y prend une teinte lgrement grotesque4 ,mme le simple mot loin devient presque comique1 quand il faut le prononcer la vraie manire parisienne pour le faire rimer avec ,saint ,ouen4 ,bruant ne prodigue pas ces effets grotesques4 ,dans sa chanson3 ,a ,montrouge1 il a montr une fois les horribles images qu'il serait capable d'voquer notre imagination1 en utilisant simplement la syllabe finale du refrain2 mais d'ordinaire il ne tire d'autre emploi des noms propres que pour temprer l'motion trop intense des paroles par le comique involontaire des rimes4 ,et il ne faut pas considrer le refrain chez lui comme un simple appendice de la chanson2 il appartient la structure intime du pome4 ,en effet1 les vers brefs1 qui dans chaque strophe alternent avec les vers ordinaires1 l'annoncent de loin1 et comme il est le repos final de la strophe1 ces vers reprsentent une pause de la pense et de la voix au milieu du groupe4 ,on peut y vivre honnt'ment ,c'est un rve2 ,car comme on est harass ,quand on crve4444 ,la dclamation des chansons repose principalement sur cette alternance de vers longs et brefs4 ,ces derniers nous montrent l'intention et la physionomie du rcit2 ils forment l'lment lyrique de la petite pope que l'on nous raconte4 ,parfois1 ,bruant1 en y appuyant la voix d'une manire un peu sentimentale1 montre toute l'motion qu'ils renferment2 d'autres fois1 il les jette brusquement et amrement1 mais toujours sous l'influence du sentiment d'harmonie qu'une composition artistique bien ordonne doit laisser dans l'esprit des auditeurs4 ,je me trompe2 ce n'est pas l'artiste seul qui s'y dcle1 c'est l'homme aussi avec sa fiert tout ensemble et sa grande piti pour les humbles1 qui apparat dans cette faon de dire les vers4 --,un goncier et sa gonzesse6 ,c'est la voix brutale de ,bruant qui retentit soudain dans la petite salle et qui annonce de nouveaux visiteurs dsorients par le tapage qui accueille leur entre4 ,cependant1 le matre de la maison prend place auprs d'une jolie horizontale4 ,il met le pied sur la chaise qui est devant elle1 et1 dans cette posture1 la dominant du regard1 il se moque de ses clients avec la belle rieuse1 qui1 les yeux rivs aux yeux du matre1 prend part la jouissance que donne ,bruant le sentiment de son empire et de son triomphe4 ,,sur ,,la ,,butte ,,montmartre ,le rti est-il prt8 demanda ,bruant devant la porte de son salon1 qui s'ouvrait sur le jardin4 ,encore cinq minutes6 ,bien1 juste le temps pour faire le tour de mon domaine4 ,en avant1 marche6 ,dcouvrir la maison d',aristide ,bruant n'est pas chose facile4 ,je me rappelle vaguement que nous passmes l'glise du ,sacr-,cur1 qui couronne le sommet de ,montmartre1 que nous descendmes ensuite1 puis que nous montmes pour descendre encore4442 enfin la voiture1 aprs mille dtours1 s'arrta devant un groupe de maisons de chtive apparence l'extrme limite de la partie habite de ,paris4 ,le corridor d'une de ces maisons nous conduisit vers une grande cour extrieure1 ouverte au midi1 o il y avait seulement quelques arbres1 des petites dpendances et des barrires3 c'tait le vestibule en plein air du chteau de ,bruant4 ,et cela me rappelait les jardins mornes des bguinages hollandais1 traverss par des haies coupes ras1 o fleurit le linge des familles3 l'existence terre terre et en miniature4 ,le poteau d'un treillis vert portait le nom d',aristide ,bruant avec son titre de chansonnier populaire4 ,je sonnai1 et tout au loin1 derrire un second ou troisime treillis1 apparut la figure du chansonnier dans le cadre d'une fentre ouverte4 ,mais la voix retentissante1 comme si ,bruant donnait des ordres au milieu d'une tempte1 parvint nettement jusqu' mes oreilles4 --,franois1 voil des visites4 ,allons1 cours6 ,ouvre la grille extrieure1 demande le nom de ces ,messieurs1 et annonce6 ,franois1 un garon roux mal bti1 tomba1 plutt qu'il ne marcha1 vers la barrire4 ,il cherchait en vain ses mots1 y renona aprs quelques efforts1 et se contenta de sourire1 de ce sourire timide et niais1 dont les victimes de l'esprit d'autrui font leur dfense4 --,demande donc le nom de ,monsieur1 animal6 rpta ,bruant4 ,des sons confus sortirent comme d'une bouche d'enfant4 --,maintenant1 annonce6 ,nouveau bredouillement des grosses lvres de ,franois4 --,bien2 dis que je recevrai ,monsieur2 ouvre la grille intrieure et avertis ,monsieur qu'on n'entre ici qu'aprs avoir essuy ses pieds4 ,bonjour6 ,je vous demande bien pardon1 mais je ne peux pas perdre un instant de vue l'ducation donner ,franois4 ,l'il du matre1 il n'y a que a1 n'est-ce pas1 crtin8 --,oui 7avec une nuance de dpit74 --,comment1 oui8 hurla la voix furieuse4 ,oui1 quoi8 --,oui1 chansonnier populaire1 et la mine piteuse de l'esclave parut demander grce4 --,bien1 prpare le djeuner4--,ah6 que d'embarras6 continua-t-il d'un ton comique4 ,voil6 ,il m'a t impossible jusqu'ici de garder mes domestiques4 ,quand j'en avais un d'intelligence moyenne1 il ne passait pas un mois mon service1 avant de se croire le droit d'imiter mes faons et d'tre tent d'offrir au public des petits cafs du ,bruant authentique4 ,j'ai dcouvert cet idiot1 mais je me mfie4 ,il faut que je le tienne dans un tat perptuel d'ahurissement2 autrement1 il deviendrait1 lui aussi1 un rival4--,allons voir mon domaine6 ,qu'en dites-vous8 ,vous tiez-vous dout qu' ,paris on trouverait une campagne comme celle-l8 ,voici l',alle des ,saules1 o je compose mes chansons et ma musique4 ,voil un ravin2 remarquez-le bien1 s'il vous plat3 il donne une note sauvage au paysage4--,un parterre de violettes1--on en fait des bouquets pour les jolies femmes qui viennent me voir4 ,car il vient ici des dames1 mme du vrai monde3 je ne vous garantis pas que ce soit celles que je prfre4 ,voici un hangar1 qu'on est en train de me btir1 et mon charpentier1 qui remplit en mme temps l'office de jardinier et d'architecte1 un trs brave homme4 ,h l'ami6 on m'a vol encore un pigeon4 ,je crois1 ma parole1 que c'est ton gueux de fils4 ,tu me feras le plaisir de m'envoyer ce garnement tout l'heure4 ,puis1 reprenant l'inventaire de son domaine1 ,bruant continua la promenade et poursuivit3 --,un tuyau d'irrigation2 des fagots1 l-bas1 produit de la proprit2 encore un tuyau d'irrigation3 bis repetita placent4 ,mais que diable6 vous ne dites rien de ma maison de campagne4 ,regardez un peu par l4 ,croyez-vous qu'il y en ait une autre dans ,paris avec une vue pareille la mienne8 ,bruant indiqua de la main la perspective qui s'ouvrait devant nous4 ,la ville immense tait nos pieds1 traverse par le ruban argent de la ,seine et grimpant peu peu sur les hauteurs4 ,toutes les collines des environs venaient se ranger en demi-cercle sous nos yeux2 ici1 riant des pointes blanches de leurs maisons parmi la verdure sombre2 l1 menaant par l'armement des forteresses3 l'enceinte entire de ,paris avec ses alentours1 embrasse d'un seul coup d'il4 --,une vue libre comme celle-l veille les ides qui dorment en vous1 dit ,bruant4 ,venez par ici et regardez juste en face et au-dessous de nous4 ,il s'appuya sur la haie vive1 clture du domaine4 ,voici le chemin creux1 qui est le thtre des amours du voisinage4 ,j'en ai vu de belles d'ici4 ,tenez1 regardez le dessin grav dans le poteau l-bas3 deux curs percs d'une flche et deux noms accols4 ,en voil1 de la sensiblerie de souteneurs6 --,si l'on est en sret ici8 reprit-il sur une question que je lui adressai4 ,ils volent comme des pies2 je m'en aperois bien mes pigeons4 ,d'ailleurs ils me laissent tranquille1 quoiqu'il y ait ici des gaillards de la pire espce et que le ,caf des ,assassins soit ct4 ,ils n'osent pas4 ,quand je rentre la nuit1 trois heures ou plus tard1 vous pouvez tre sr que je ne me tais pas3 je gueule tout le long du chemin1 je fais claquer mon fouet et je salue tous ceux qui passent de ma voix la plus formidable4 ,la butte entire sait que je reviens du ,mirliton4 ,et puis1 au fond1 ils croient que je suis un des leurs1 les brigands4 ,il y a une lgende sur moi dans leurs bandes4 ,ils croient que je suis souteneur comme eux et je le leur laisse croire4 ,pourtant la nuit1 dans ces parages1 j'ai toujours un revolver charg sur moi4 ,peut-tre aussi qu'ils n'ignorent pas ce dtail-l4 ,aprs le djeuner nous irons voir ma campagne d't avec ses diffrents pavillons2 elle est deux pas d'ici2 mais prsent j'ai faim et je crois que le rti est prt4 --,ah1 j'ai le cur lger1 maintenant1 dit ,bruant1 en dpliant sa serviette1 plus lger que depuis longtemps4 ,figurez-vous que pendant six mois j'ai eu dans la tte une chanson1 qui ne voulait pas en sortir dans la forme que je voulais4 ,mais1 nom de ,dieu6 ,franois1 o sont les assiettes chaudes8 ,dpche-toi1 cours1 vole6 ,ne ris pas1 grand bta1 mais vole1 quand je te le dis4 ,m'entends-tu8 --,oui1 bafouille ,franois avec l'air de dire3 voil qu'il recommence4 --,oui1 quoi8 tonne ,bruant4 --,oui1 chansonnier populaire1 supplie l'esclave4 --,dis papa1 dis maman6 commande le matre de la maison4 ,franois lve un il timide vers le plafond4 --,a l'instant6 rugit le despote4 ,et le lourdaud1 rouge de honte1 piaille1 comme un enfant qu'il est3 ,papa1 maman4 --,bien2 maintenant apporte-nous les assiettes1 mais avec la rapidit de l'clair4 --,je suis paresseux1 poursuivit ,bruant4 ,sept mois pour une simple chanson4 ,a ,biribi6 ,et si vous saviez combien de temps il y a que cette ide d'ajouter ma collection les compagnies de discipline d',afrique m'obsde4 ,car c'est le complment de la canaille d'ici1 ceux qui sont envoys l-bas en ,algrie1 ,biribi1 comme ils disent1 pour avoir t de fortes ttes au rgiment4 ,en ,afrique1 il y a deux lgions1 en dehors du cadre rgulier de l'arme3 la lgion trangre compose de dserteurs et de malheureux de toutes les nations du monde1 et les compagnies de discipline1 qui reprsentent le niveau le plus bas auquel un homme puisse arriver4 ,pour apprendre ce qu'ils chantaient1 j'ai fait demander un sergent de consigne de l-bas de me noter leurs airs populaires4 ,mais les gredins ne chantaient que des chansons de ,paris4 ,au contraire1 la lgion trangre a des mlodies trs belles et trs originales2 c'est tout naturel1 puisqu'il s'y trouve nombre d',autrichiens1 qui ont apport en ,afrique leurs chansons populaires4 ,celles-l m'ont inspir la composition d'un air la fois anim et tranant1 qui s'adapte autant aux paroles fires d'un homme qui a brl ses vaisseaux qu' la tristesse morne de ses jours de dsespoir4 ,mais ces paroles3 ah6 qu'elles m'ont cot de peine avant d'avoir trouv la disposition d'esprit qu'on a dans l'existence de ,biribi4 ,tenez1 voil mes archives particulires1 et ,bruant sortit d'un tiroir une liasse de papiers4 ,ce sont des lettres envoyes par les soldats d',afrique leurs marmites1 qui font le trottoir sur les boulevards extrieurs2 des lettres authentiques1 vous pouvez m'en croire2 je les ai prises moi-mme dans les tables de nuit de ces demoiselles4 ,que ne fait-on pas par amour de l'art6 ,parcourez-les1 si vous voulez bien1 tandis que ,franois donnera des cigares4 ,nom de ,dieu6 imbcile1 o sont les cendriers8 --,je n'ai pas pu les trouver6 ronronne ,franois frapp dans sa dignit4 --,ne pas trouver8 ,qui1 quoi8 demande le tyran furieux4 --,je ne les vois nulle part1 chansonnier populaire1 se corrige le pauvre homme4 --,eh bien6 prends ce que tu voudras1 brute6 ,n'est-ce pas8 ce sont de vraies scnes de comdie1 ces lettres6 ,ils se plaignent1 les malheureux2 ils voudraient revoir la maison1 ils se rappellent les bons jours d'autrefois4--,et puis1 la fin1 le pot aux roses3 ils demandent qu'on leur envoie de l'argent4 ,et pourtant1 mme l1 il y a quelque chose de touchant3 avez-vous remarqu qu'ils prient ces filles d'aller voir leurs parents3 ils veulent avoir par elles des nouvelles de la famille et qu'elles racontent aux vieux ce qui se passe l-bas1 en ,afrique8 ,toujours avec l'arrire-pense de leur soutirer de l'argent6 ,naturellement1 pourquoi criraient-ils des lettres si ce n'tait pour cela6 ,ah6 elles ne se font pas d'illusions l-dessus1 celles qui les reoivent1 je vous l'assure6 ,je connais bien cette espce de femelles1 et elles me connaissent4 ,elles savent le plaisir qu'elles me font en me communiquant les dernires crations de leur argot4 ,un mot nouveau1 frachement fabriqu pour le besoin de la cause1 se propage d'une faon tonnamment rapide dans ce monde4 ,chacune d'elles est fire de le connatre et veut passer pour la premire qui l'a appris4 ,et elles ont raison1 nom de ,dieu6 ,cette langue est trs belle4 ,quand le gueux dit3 ma fesse au lieu de3 ma femme1 c'est bien parce que cette nouvelle forme du mot rend mieux la figure1 la ligne typique1 si vous voulez1 du sexe4 ,mais il faut avoir en soi le sentiment de cette beaut4 ,il y a aussi un ct spirituel de l'argot4 ,la signification des mots s'largit dans ce langage-l4 ,qu'est-ce que3 la courante8 ,naturellement1 c'tait d'abord l'aiguille de la montre2 puis c'est devenu la montre elle-mme1 enfin l'heure et le temps4 ,la courante6 a suppose pourtant de la fantaisie1 cette expression1 hein6 ,j'ai du cur pour ces gens et je me sens tout prs d'eux4 ,je ne vais pas me gner1 si je veux vivre dans leur socit3 pourquoi me gnerais-je8 ,je me suis fait moi-mme ce que je suis1 et je veux tre comme je suis4 ,cette bouffe d'orgueil volontaire passe1 ,bruant1 aprs une courte pause1 continua3 --,richepin1 dans sa ,chanson des ,gueux1 a voulu chanter l'existence de ces misrables1 mais il en est une trop grande distance2 c'est un littrateur4 ,son livre1 somme toute1 est manqu4 ,il y a de bonnes pages1 mais au fond elles ne sont peut-tre pas de lui4 ,tout ce qui dans son livre est venu1 directement ou indirectement1 de ,raoul ,ponchon est bon4 ,voil le vrai1 l'inimitable bohme1 l'homme qui ne connat rien au-dessus de sa chre bouteille1 et qui seul parmi tous sait crire des vers d'ivrogne1 ivres2 c'est un des trs rares gens que je lis2 quand un numro du ,courrier franais parat1 je cherche d'abord la pice de ,ponchon4 ,il y a toujours un peu de dlayage1 naturellement2 quand il faut1 toutes les semaines1 remplir une colonne1 on ne peut gure donner le meilleur de ce qu'on a2 mais j'y rencontre toujours un passage qui est du vrai ,ponchon1 et c'est excellent4 --,nom de ,dieu6 qu'est-ce qu'on me veut encore8 ,est-ce qu'on ne peut pas nous laisser causer tranquilles6 et le regard de ,bruant se tourna vers la porte o parut un grand gamin assez peu timide4 --,monsieur ,bruant1 papa m'a dit que vous aviez me parler1 dit-il1 tandis que son il parcourait curieusement l'appartement o il venait d'entrer4 --,ah6 c'est donc toi le voleur de pigeons8 tonna le chansonnier populaire4 ,qu'est-ce que tu as me dire8 --,je viens vous dire que je n'ai pas pris le pigeon et que je ne me laisserai pas appeler voleur par vous1 ,monsieur ,bruant4 --,tu n'as pas honte8 reprit l'artiste offens1 mais sur un ton plus bas4 --,quand on n'a pas fait de mal1 on n'a pas rougir1 dit le gamin1 comme s'il ne redoutait pas l'explosion de colre de l'artiste4 --,bon1 c'est fini3 en avant1 marche6 dit ,bruant d'une voix svre pour soutenir sa dignit de chtelain4 ,puis il commanda3 ,franois6 du cognac6 ,mais cours donc1 malheureux6 --,oui1 chansonnier populaire1 murmura l'humble esclave2 mais un commencement de sourire narquois ridait son visage joufflu1 et ses petits yeux clignotaient de satisfaction3 le patron avait trouv quelqu'un pour lui tenir tte4 --,au fond1 ce sont de braves gens1 ici1 dit ,bruant en distribuant le cognac dans les petits verres1 et pourtant d'ordinaire tous les enfants qu'ils font deviennent voleurs et assassins4 ,je ne rpondrais de personne4 ,mme pas de mon propre fils4 ,pour sr1 je ferais pour lui ce qu'il est de mon devoir de faire1--mais parce que je le voudrais et non pour une autre raison4 ,mais l'adopter8 en faire mon hritier6 ,je n'y penserais mme pas1 avant qu'il n'et vingt ou trente ans bien sonns et avant de savoir ce qu'il y a en lui4 ,il pourrait tre destin ternuer dans le sac sous le couteau de la guillotine4 ,chacun de nous porte toutes les mauvaises dispositions en lui4 ,oui1 c'est l le cadeau que la vie met dans notre berceau4 ,et les gens qui auraient d vous aider lutter contre le sort444 ,ah bien oui6 ils se mettent contre vous4 ,on parle toujours de l'enfance1 de la jeunesse6 ,vilaine chose6 ,c'est de la misre1 presque toujours4 ,oh1 la vie a t dure pour moi2 mais prsent je veux tre dur1 moi1 pour la vie2 je le veux4 ,visiblement1 ,bruant treignait cet instant des fantmes de souvenirs qui l'obsdaient4 ,car rien ne justifie prsentement son accusation contre l'existence4 ,lui1 victime8 ,avec son orgueil d'artiste et la conscience du pouvoir qu'il exerce sur son public8 ,sur ces entrefaites la porte s'ouvrit et laissa entrer le vrai vaincu du sort4 ,c'tait le pianiste du ,mirliton4 ,non pas qu'il nous entretnt de la srie d'vnements qui l'avaient amen derrire l'instrument de musique d'un caf chantant4 ,on ne lui demandait pas de confidences et il ne les offrait pas2 il tait devenu piano et les cordes branlantes de son existence ne sonnaient que l o on frappait les touches4 ,pour lui1 vraiment1 ,bruant y mit des faons4 --,ah6 vous venez tudier avec moi la nouvelle chanson6 ,parcourez un peu la musique6 ,les premires mesures du prlude doivent tre attaques avec vigueur2 ensuite il faut les rpter comme si elles venaient de loin4 ,c'est le rveil qui sonne au camp4 ,le soldat sous sa tente se secoue1 endormi1 et voit poindre le jour4 ,il sait ce que cela veut dire1 il va falloir reprendre le fardeau4 ,et la pense de ce faix sous lequel il succombe1 toute la misre de son sjour sur le sol africain lui revient3 ,y en a qui font la mauvais'tte1 ,au rgiment1 ,i's tir'au cul1 i's font la bte ,inutil'ment ,quand i's veul'nt pus fair' l'exercice ,et tout l'fourbi1 ,on les envoi'fair'leur service ,a ,biribi1 ,a ,biribi4 ,je ne chanterai pas la suite2 c'est seulement pour vous indiquer le mouvement et je voudrais d'abord que vous transposiez la musique4 ,a prsent en route1 n'est-ce pas8 pour ma campagne d't444 ,bientt la belle saison viendra et je quitterai mon chteau d'hiver1 mon domaine patriarcal1 pour aller me prlasser l-bas4 ,ah6 ce sera la bonne vie1 alors3 dner en plein air1 dormir sous la vrandah et paresser partout4 ,vous serez tonn de voir combien de petits pavillons j'ai flanqus auprs de l'habitation principale1 et c'est une cuisine d't1 une salle manger d't1 quand il fait mauvais1 un garde-manger d't2 tout y est l't4 ,et ma volire1 donc6 ,vous verrez1 elles me connaissent toutes1 mes btes4 ,personne au monde n'a des pigeons comme j'en ai4 ,en avant1 marche au colombier6 ,,po,,te ,,populaire ,les ,parisiens6 me dit un jour ,bruant2 mais a existe donc1 des ,parisiens8 ,s'il y en a quelque part1 ils sont en train de moisir dans un coin de l'le ,saint-,louis2 ils ne voient rien1 ils n'entendent rien et ils ne font pas de bruit4 ,nous1 qui de toutes les provinces de la ,france sommes venus vers la capitale1 c'est nous les vrais ,parisiens6 ,c'est peut-tre l ce qui explique l'amour de la campagne1 que chaque ,parisien garde au fond du cur3 souvenir des contres qu'on a quittes ds sa premire jeunesse4 ,allez voir le savant dans son appartement1 et la premire chose qu'il vous montrera ce sera le parc1 qui rafrachit ses yeux par un bain de verdure4 ,richepin est fier de la vue dont il jouit par les deux baies de son cabinet de travail2 ,rodin vous parle avec extase de l'alle de peupliers qui borde son atelier2 ,catulle ,mends demeure hors des fortifications4 ,mais aucun d'eux n'a su se crer un domaine rustique ,paris mme1 comme celui que ,bruant peut se vanter d'avoir4 ,il y a fallu de la tnacit et de la suite dans les ides1 mais surtout et d'abord de la fantaisie1--de la fantaisie comme celle d'un marin qui1 dans les longues nuits passes sur le pont1 s'est cr en rve un home expressment construit pour lui2 et le voil qui soudain se voit en tat de raliser son idal4 ,bruant est ,bourguignon d'origine1 mais l'expression de l'il trahit l'homme accoutum tenir le regard fix sur le flux et le reflux infini de ses vagues penses4 ,c'est un solitaire1 comme le pilote bord de son vaisseau1 et il est indisciplin comme un matelot terre4 ,si jamais il a t riv quelque besogne1 ce doit avoir t contre-cur1 consum de dpit1 en voyant ses talents1 son imagination1 sa chre paresse briss sous la routine de la vie brutale4 ,on peut lire cet absolu sentiment d'indpendance1 cette conviction d'tre sur le pied de guerre avec la socit rgulire1 presque chaque page des posies de sa premire priode4 ,en effet1 pour dramatique que soit leur forme1 ces pomes dclent plus directement la disposition d'esprit de leur auteur1 que les vers plus rcents4 ,quand1 dans le monologue ,grviste1 l'homme refuse de travailler1 respec' aux abattis1 parce qu'il craint d'y laisser sa peau1 ou tout au moins un de ses membres1 il ne s'agit pas1 selon l'intention originale1 d'une satire sur les grves4 ,j'tiens ma peau1 moi1 mes brave homme1 ,tous les matins j'en jette un coup ,dans les journal et j'y vois comme ,les turbineurs i's s'cass' el cou444 ,moi4446 j'm'en irais grossir la liste ,ed'ceux qu'on rapporte aplatis4446 ,pus souvent444 ej'suis fataliste444 ,respec'aux abattis4 ,ce n'est pas l de la satire1 mais c'est un sentiment vrai1 et ,bruant nous regarde sous le masque qu'il s'est appliqu au visage4 ,sa dernire chanson exprime la mme ide4 ,ce qui rpugne le plus au soldat envoy en ,afrique1 c'est le travail continuel sous une discipline de fer1 l'exclusion de toute possibilit de rsistance4 ,a ,biribi1 c'est l qu'on crve ,de soif et d'faim1 ,pourtant faut turbiner sans trve ,jusqu' la fin4 ,telle tait la version originale de la strophe4 ,mais le mot turbiner ne contentait pas l'artiste2 sa forme lui semblait trop faible et trop tranante2 il a corrig et recorrig1 choisi et rejet1 jusqu' ce qu'il trouvt un terme1 dont le son mat pt exprimer le travail rude et attristant o on essaye de soulever un poids presque inbranlable4 ,voici les vers actuels3 ,c'est l qu'i faut marner sans trve ,jusqu' la fin4 ,les soins donns l'expression de la pense sur ce point-l prcisment caractrisent bien l'homme4 ,des natures comme celle de ,bruant1 qui peuvent rester absorbes pendant longtemps dans le monde imaginaire qu'elles se sont cr1 ont en mme temps la facult de sortir tout coup de leur isolement et de dborder4 ,et l'artiste emploie cette imptuosit qui l'anime produire son effet4 ,les gens nafs aiment d'ordinaire les coups de thtre2 c'est leur manire de montrer le plaisir qu'ils prouvent dans leurs propres inventions4 ,a cet gard1 ,bruant est acteur1 ou plutt encore il est rgisseur2 il sait rgler la scne et faire accepter son point de vue par le public4 ,et je ne dis pas ceci pour soulever un doute sur la sincrit de l'artiste3 au contraire1 c'est sur cette qualit de caractre que repose non pas le principe1 mais bien la puissance de son talent4 ,l'art est toujours une exagration3 il dramatise les sentiments2 il complte les donnes isoles pour en faire un tout4 ,voil comment l'artiste chez ,bruant gagne l o l'intgrit de l'homme souffrirait peut-tre la longue un amoindrissement4 ,et c'est ainsi que ,bruant ne s'est pas content d'avoir exprim le sentiment d'indpendance et les besoins sensuels qui l'attachaient au monde infme des souteneurs et des filles2 il est all plus loin2 il a voulu se reprsenter cette vie de gueux dans son image complte4 ,les documents de ses archives1 comme il les appelle1 les lettres prises dans les tables de nuit de ces demoiselles nous montrent dj cette disposition de son esprit4 ,mais il y a d'autres faits plus probants4 ,pour qui a jet un coup d'il dans l'atelier de l'artiste1--c'est--dire dans les brouillons de ses vers1--le procd par lequel l'imagination du pote travaille pour crer ses chansons devient clair4 ,ce n'est d'abord tout au plus qu'une couple d'impressions1--deux pointes1 pour ainsi dire1--qui forment un thme1 vari en quatre ou cinq strophes4 ,puis autour de ce noyau se dveloppe toute une srie de petits tableaux1 qui comprennent la vie entire du personnage principal4 ,et1--ce qui est trs curieux1--ce dveloppement est tout l'intrieur des strophes1 car le pote n'en ajoute pas4 ,son seul travail consiste rendre chacune d'elles plus expressive et plus pittoresque1 dramatique en un mot4 ,le thme de ,a ,biribi est trs simple4 ,c'est le ressentiment contre la vie dure qu'on y mne et qui vous rend encore plus mchant par la rage qu'il faut renfermer en soi4 ,a ,biribi c'est l qu'on crve et ,a ,biribi on d'vient froce4 ,voil la donne originale4 ,d'abord1 ,bruant ne s'en est inspir que pour broder des variations sur le thme4 ,l'un aprs l'autre1 ses vers disent la contrainte sous laquelle est courb le lgionnaire4 ,mais alors il reprend son uvre1 et par un changement heureux1 ce qui avait t par exemple3 ,et pour que la plainte se perde ,sous le gourbi1 ,quand on dit grc'on vous cri'merde ,a ,biribi1 devient ceci3 ,le soir on rve la famille1 ,sous le gourbi1 ,on souffre encor quand on roupille ,a ,biribi4 ,les penses qui1 dans l'tat nerveux de la rverie du soir s'en vont au loin vers le pays natal1 cette misre1 qui poursuit l'exil jusque dans le sommeil1 ajoutent des traits nouveaux la physionomie1 qui la compltent sans la fausser4 ,la mme remarque peut s'appliquer la strophe finale4 ,on s'dit1 quand on s'rappelle ,c'qu'on a subi1 ,vaut mieux aller la ,nouvelle ,qu' ,biribi4 ,le pote n'a chang que deux ou trois mots dans ces quatre vers1 et voici comment on lit la strophe dfinitive3 ,a ,biribi on d'vient froce4 ,quand on en r'vient1 ,si1 par hasard1 on fait un gosse ,on se souvient444 ,on aim'rait mieux1 quand on s'rappelle ,c'qu'on a subi1-- ,voir son enfant la ,nouvelle ,qu' ,biribi4 ,l'intensit de l'effet obtenue par la modification lgre des derniers vers saute aux yeux4 ,l'homme qui1 dans son dsespoir sauvage1 ne pense qu' lui et ses peines se transforme1 grce la perspective d'une paternit de hasard3 il devient membre de la socit des misrables1 qui lguent leur honte la gnration prochaine et l'avenir4 ,si l'art fait ainsi son profit de la pente thtrale o se laisse aller l'esprit du pote1 comment condamner sa prdilection pour les effets vigoureux1 mme brutaux8 ,c'est le cas de parler d'une purification des passions1 pour les transposer dans l'art4 ,et j'aimerais m'imaginer qu'il existe vraiment une ducation mutuelle du talent par le caractre et du caractre par le talent1 et qu'un jour ce pote du peuple sortira du cadre restreint de ses chansons1--si je n'avais pas une grande dfiance pour tout ce qui ressemble aux prdictions et aux prdications1 genre larmoyant1 dont je ne voudrais ternir1 pour nulle chose au monde1 les bons souvenirs que m'ont laisss mes entretiens avec ,aristide ,bruant4 ,,po,,te ,,moderne ,le caf ,franois ,ier au boulevard ,saint-,michel1 est le rendez-vous des potes4 ,quand on n'y trouve pas ,verlaine absorb devant son absinthe ou son rhum l'eau1 on a au moins la chance d'y voir entrer ,jean ,moras1 fier comme le spadassin qu'il dcrit dans ses vers3 ,sa main de noir gante la hanche campe1 ,avec sa toque plume1 avec sa longue pe1 ,il passe sous les hauts balcons indolemment4 ,la moustache retrousse1 le monocle viss l'il1 il arrive avec sa figure sombre d'oiseau de proie1 sachant que tout le monde le regarde1 mais ddaigneux de s'en apercevoir4 ,il commande au garon un rhum l'eau4 ,il n'y a que ,verlaine et moi qui prenions cette consommation ici1 explique-t-il1 et1 tant l'un de ses gants1 il couve d'un il admirateur sa main fine et blanche1 qu'il tend devant lui sur le marbre de la petite table4 --,moras1 lui dit un des amis rassembls autour de lui en souriant malicieusement1 vous n'avez pas encore vu le nouveau numro du ,messager franais8 ,cazals y a fait votre caricature4 ,on s'empresse de lui passer le journal illustr4 ,a la premire page1 on voit ,verlaine furieux1 debout1 qui d'un geste terrible foudroye ,moras4 ,celui-ci1 tranquillement assis1 lve la tte en coutant les paroles de son an et se dfend d'un mouvement peine esquiss de la main gante4 ,et c'est une allusion la publication rcente du volume de ,verlaine1 ,bonheur1 o le pote critique les essais des jeunes4 --,trs bien russi1 le dessin6 dit ,moras1 d'une main tenant le journal1 de l'autre frisant sa moustache4 ,seulement il me semble que la physionomie de ,verlaine est exprime par des lignes trop grossires1 et1 passant le ,messager franais son voisin1 il ajoute3 ,de telles caricatures sont pour la postrit de prcieuses indications de la date laquelle l'influence de mes posies a pntr dans le public4 ,d'ailleurs1 me poser en adversaire de ,verlaine1 quelle folie6 ,a prsent1 ,verlaine fait un peu la grimace1 mais tout bien compt1 c'est le seul pote franais de ces temps-ci jusqu' moi4 ,a ces mots il regarda son auditoire travers son monocle rigide comme pour dfier toute contradiction4 ,un des assistants1 avec quelque hsitation1 nomma ,leconte de ,lisle4 --,leconte de ,lisle6 dit ,moras1 plein de courtoisie1 mais il n'a pas t mal1 pas mal du tout1 pour son temps4 ,a prsent1 nous en avons fini avec lui4 ,non1 parmi les anciens1 avec la seule exception de ,verlaine1 il n'y a pas de potes1 et parmi les jeunes dont on loue les vers1--et pour ma part je ne leur envie pas ces louanges1--il n'y a pas de force vritable4 ,ce sont des potes de salon4 ,ils produisent leurs vers petit pas compts3 ils ne les tirent pas d'une source pleine et abondante4 ,celui qui veut tre appel du nom de pote doit disposer d'une provision inpuisable de mots et de formes2 il doit tre si riche et si prodigue que chacun se dise3 aprs avoir dissip ce qui est une fortune pour les autres1 il lui reste pourtant encore tout un trsor4 ,il pronona ces mots avec la mine d'un grand seigneur1 qui possderait des richesses immenses4 ,ses paroles n'taient pas exemptes d'une certaine vanit2 et pourtant le pote n'tait pas ridicule4 ,quelqu'un1 dans le petit groupe1 parla de ,pindare et exalta son talent conserver l'unit de ton1 tout en chargeant son dessin d'arabesques et en le noyant dans une mer de termes grandiloquents4 --,c'est cela1 dit ,moras1 dominant l'auditoire du haut de son monocle4 --,vous semblez tout indiqu pour nous donner une adaptation de ,pindare1 observa l'un des assistants4 ,est-ce que vous n'avez jamais eu l'ide de traduire ses odes8 --,je suis jaloux de ,pindare1 dit ,moras en frisant des deux mains les bouts de ses moustaches4 ,je ne lui pardonne que parce que c'est un ,grec1 un compatriote4 ,qu'il reste ,grec2 est-ce qu'on ne m'a pas1 moi6 ,pour ,platon1 c'est autre chose2 depuis longtemps1 c'est un de mes rves de traduire son ,banquet3 le chef-d'uvre de l'antiquit4 --,en prose8 --,en vers6--et c'tait dit avec la conviction que seule sa posie manquait l'uvre de ,platon1 pour lui donner l'extrme sanction4 --,le dialogue m'attire1 continua-t-il4 ,j'ai souvent eu l'ide d'crire pour le thtre1 et mme nous tions convenus1 ,verlaine et moi1 de traduire ensemble quelques drames espagnols4 ,ce dessein n'a eu aucune suite parce que ,verlaine a l'horreur du travail4 ,je crois que je le poursuivrai pour mon propre compte4 ,savez-vous bien qu'il y a une mine de sujets peine entame dans l'histoire de l'empire byzantin8 ,par exemple1 que dites-vous de ceci8 ,l'intrigue de la pice repose sur la jalousie de la femme d'un gnral la cour de ,constantinople pour l'impratrice rgnante1 qu'elle croit amoureuse de son mari4 ,elle en trouve la preuve directe4 ,non seulement l'impratrice veut obtenir le divorce du mari2 mais ensuite elle veut l'pouser elle-mme1 le faire proclamer empereur et raffermir la monarchie4 ,la femme1 qui aime son mari au del de tout1 voit une grande carrire ouverte aux talents qu'elle lui connat2 et elle va chercher la mort1 pour pargner au gnral1 qui l'aime aussi profondment1 la peine d'un choix troublant pour sa conscience4 ,telle est l'exposition du drame4 ,il ne doit avoir qu'un seul acte1 et le nombre de personnages le plus restreint possible3 le gnral1 sa femme1 l'impratrice2 les passions trs compliques1 mais ne se rvlant que par de simples traits typiques2 il faut encore que l'volution des sentiments nous frappe par surprise1 et que la solution de la crise soit extrmement rapide et inattendue4 ,je crois que mon explication ne vaut pas grand'chose1 continua ,moras2 il m'est impossible de la faire plus claire1 et c'est bon signe1 car j'ai observ que les gens qui savaient parfaitement exposer leurs projets manquaient ordinairement l'excution de leur uvre1 tandis que les gens qui bredouillent en dtaillant leur plan1 si bien que l'on est convaincu de son insuffisance1 russissent en gnral dans la mise en uvre4 --,mais1 ,moras1 dclara un des littrateurs de la petite socit1 votre exposition est tout fait satisfaisante4 ,c'est un thme comme on en trouve chez le pote anglais ,browning4 ,et savez-vous bien qu'il y a une certaine analogie entre vous et quelques-uns des potes de l-bas4 ,je ne veux pas dire spcialement ,browning1 mais surtout ,rossetti4 ,le ct fantastique de vos lgendes1 la hauteur mtaphysique de vos sonnets1 le choix de vos mots444 --,je ne sais pas l'anglais1 interrompit ,moras d'un ton bref4 --,et je le regrette d'autant plus1 continua-t-il aprs une pause presque imperceptible1 avec la bonne humeur d'un grand seigneur qui fait l'aimable1 que j'en suis rduit lire ,shakespeare dans une traduction1 ,shakespeare1 que je tiens pour le plus grand pote du monde4 ,ah6 pour celui-l1 on peut lui emprunter sans s'amoindrir4 ,je lui ai pris le nom de mon ,plerin passionn4 ,mais non6 ce titre-l n'appartenait pas au pote2 c'tait une tiquette commune que l'on employait pour dsigner les recueils de posies1 tout comme d'autres titres en vogue dans ce temps-l3 le ,calendrier pastoral1 la ,guirlande d'amour1 etc4 ,et je vous avouerai franchement que 'a t une petite malice de ma part1 qui m'a fait prfrer le nom du ,plerin passionn pour mes vers4 ,il semble trange1 et pourtant de son temps il a eu cours comme une simple pice de monnaie4 ,les ignorants s'en tonnent1 mais les initis sont heureux de rencontrer une ancienne connaissance4 ,et ,moras pronona ce mot d'ignorants avec l'orgueil qui lui a inspir le vers bien connu3 ,je ne suis pas un ignorant dont les ,muses ont ri4 ,sur ces entrefaites le petit groupe d'amis se dispersa2 ,jean ,moras se leva avec les autres4 --,vraiment1 me dit-il1 je ne me sens encore aucune envie d'aller me coucher2 il est peine minuit4 ,voulez-vous me tenir compagnie pendant quelques instants1 au caf de l',universit8 ,nous y trouverons de l'animation1 et du mouvement4 ,la lumire crue du gaz se rpandait sur le trottoir sombre par toutes les portes et les fentres du caf1 o la gaiet de la jeunesse se traduisait par une bruyante agitation4 ,des tudiants en goguette1 des femmes aux bras1 entraient et sortaient et c'tait comme les vagues d'une mer houleuse4 ,avec un flegme imperturbable1 ,moras1 le chapeau haute-forme un peu de travers sur ses cheveux aile de corbeau1 guida son compagnon travers la foule remuante et au fond du salon nous trouva des places1 qu'on lui cda avec un certain respect4 --,voyez-vous1 dit-il1 notre tche consistera apporter un sang plus riche la langue4 ,il faut que le verbe reparaisse dans toute sa splendeur ancienne2 aprs cela1 tout est dit pour le pote puisqu'il ne connat point d'autre sphre que le verbe seul4 ,et dans ce domaine-l je me sens suprieur tous parce que je connais les richesses caches de notre langue4 ,il se peut qu'on soit pote1 mme sans possder le pouvoir d'voquer tous les trsors du langage1 mais alors il en reste toujours notre art quelque chose d'triqu et de rtrci4 ,un vrai pote comme ,villon1 qui a t condamn crer de la posie au milieu d'une priode de torpeur et d'appauvrissement du langage1 en garde1 malgr ses dons1 une lgre scheresse2 les vers1 chez lui1 ne coulent pas d'une source abondante4 ,son talent est born par une certaine conomie1 qui ne va pas son individualit4 ,pendant ce discours1 le tapage des visiteurs du caf devenait de plus en plus fort4 ,des jeunes gens se bousculaient prs de l'entre3 d'autres chantaient tue-tte2 les femmes qui n'avaient pas pu trouver de places s'taient assises sur les genoux d'amis entreprenants2 une d'entre elles1 la coiffure dfaite1 fut enleve par quatre bras vigoureux et complaisants et porte devant une glace2 d'un bout l'autre de la salle se croisaient les interpellations joyeuses1 et sur tous ces tableaux foltres le gaz versait ses rayons1 heureux de prendre part la gaiet universelle4 ,moras1 lui1 ne voyait que son art4 --,et ,racine6 ,ah6 je ne serai jamais un dtracteur de ,racine4 ,quelle passion dans ses vers1 n'est-ce pas8 et il en rcitait4--,mais il ne savait pas soutenir dans sa vigueur le ton sur lequel il avait commenc4 ,prenez au contraire un pome du moyen ge1--du bon moyen ge1 je veux dire1--et de nouveau les vers1 sonnants comme des coups de clairon cette fois1 roulaient de ses lvres4 --,qu'en pensez-vous8 ,cela n'est-il pas magnifique et sonore8 dit-il1 en s'excitant aux sonneries de paroles qu'il avait fait retentir dans la salle4 ,je vous accorde qu' la longue c'est un peu monotone et que la syntaxe est plus que nave4 ,aussi ce ne sont l que nos matriaux1 et c'est seulement un certain point de vue que je regarde cette langue comme notre modle4 ,a nous de rendre cette matire la vie moderne et complexe4 ,eh bien6 je crois qu'il est temps de rentrer4 ,sur ces mots ,moras se leva4 ,d'une dmarche nonchalante il se dirigea vers la sortie travers les flots toujours croissants des jeunes gens1 le monocle inbranlable dans l'il1 le regard charmeur malgr son srieux et sa fiert4 --,h1 ,moras6 et une petite femme l'accosta4 ,souriant1 il changea quelques paroles avec elle pendant une seconde ou deux4 --,h6 ,moras6 lui clama une autre nymphe1 et1 rassemblant tout le bagage d'esprit dont elle disposait1 elle ajouta d'une voix provocante3 ,h1 ,moras6 ,et tes vers6 ,majestueux1 mais plein de condescendance1 comme s'il et reu un hommage involontaire1 le pote poursuivit son chemin1--seul pote dans le monde civilis qui1 sans crainte du ridicule1 ose parler de sa ,lyre et de sa ,muse4 ,,critiques ,,amicales ,aprs le dner1 confortablement assis dans le salon1 nous parlions de ,moras4 --,il y a des centaines d'anecdotes sur sa vanit1 dit le jeune d',e444 et il en dbita quelques-unes avec sa verve mridionale4 ,je n'oserais affirmer que ,moras1 comme on l'a racont1 faisait autrefois son entre dans les cafs avec un cortge de cinquante disciples et acolytes2 le nombre me parat exagr2 mais je sais trs bien qu'il y a eu une priode dans mon existence o je le suivais1 comme un page son seigneur4 ,je nous vois encore entrant au caf3 lui marchant1 tout droit1 superbe1 sans regarder1 sans saluer personne2 et moi derrire lui1 comme son petit chien2 il se plantait debout devant une glace et s'y contemplait pendant de longues minutes comme en extase4 ,moi1 imbcile1 je restais en arrire1 plong dans une mditation profonde et ne pensant rien1 comme vous pouvez croire4 ,alors ,moras1 frisant firement sa moustache1 disait soudain de sa voix funbre3 ,je suis beau6 je suis beau6 ,puis il prenait sa place ordinaire et se faisait apporter un rhum l'eau4 ,b4441 dont la conversation brillante est maille de traits anecdotiques1 qu'il s'abstient consciencieusement d'introduire dans ses livres1 qui traitent de morale abstraite1 nous raconta ses souvenirs sur le banquet offert au pote pour fter l'apparition du ,plerin passionn4 --,moras1 dit ,b4441 est1 en prenant le mot dans son sens gnreux et lev1 un tre tout fait naf et1 pour cette raison mme1 il lui manque absolument le sens des situations1 le tact des hommes et des choses4 ,lorsque nous organismes le dner du #b fvrier pour saluer la publication de ses vers1 notre but tait de faire plaisir notre camarade et de proclamer sous l'il des barbares notre foi en l'art4 ,notre invitation trouva un accueil de beaucoup suprieur ce que nous aurions jamais os croire4 ,la salle que nous avions choisie tait assez petite2 les commandes pour le dner taient fort restreintes1 parce que nous ne comptions que sur la prsence d'un petit nombre d'amis4 ,mais voil qu'arrivrent les journalistes des grands boulevards1 les dilettantes qui voulaient voir les symbolistes de prs1 en un mot des gens qui s'attendaient tre amuss par les excentricits sur lesquelles ils comptaient4 ,un moment1 la chose risqua de tourner en une confusion inextricable3 il n'y eut pas assez de places1 et il n'y eut pas dner pour tant d'htes4 ,mais je ne sais quel courant d'humeur joviale traversa tout coup la salle1 qui fit prendre en bonne part tous ces petits incidents4 ,alors arrivrent des dpches de tous les pays du monde1--j'ignore qui avait imagin cela1 c'tait un coup de gnie1--des flicitations venant d',espagne1 d',italie1 de ,grce1 mme de ,norwge1--cette dernire dpche du ple ,nord confondit les sceptiques les plus endurcis1--et la bienveillance se transforma en enthousiasme4 ,on ne comprit que la moiti du speech par lequel le prsident ,stphane ,mallarm ouvrit le banquet2 quant ,moras1 on n'entendit rien de ce qu'il dit cause de l'motion qui trangla sa voix2 mais on applaudit avec fureur le toast port par l'un des assistants qui1 gravement1 leva son verre et dit3 ,je bois ceux qui ne mangent pas4 ,c'tait parfaitement ridicule1 et cela a t un parfait succs4 ,moras d'ailleurs n'en a pas eu une vision nette4 ,il est artiste et rien qu'artiste1 continua ,b4442 jamais je n'ai vu un aussi complet dsintressement de tout ce qui n'est pas littrature 7et littrature trs particulire72 jamais non plus je n'ai vu un tel sentiment de la sonorit des mots et de leurs harmonies4 --,est-ce que vraiment il n'a pas plus d'esprit que ses amis ne veulent bien lui en donner8 demanda quelqu'un4 ,de l'esprit8 dit ,b4441 peut-tre1 car il a du trait1 mais ce n'est pas un intellectuel au sens gthien4 --,pourtant1 rpondit l'autre qui ne voulait pas lcher prise1 il sait trs bien sentir et exprimer les nuances du talent et du caractre de ses confrres4 ,vous rappelez-vous le mdaillon ddi ,paul ,verlaine dans son dernier volume8 ,on peut hardiment1 il me semble1 le comparer aux meilleures pigrammes de l'antiquit et des ,anglais1 qui sont passs matres du genre1 sans qu'il perde rien de sa propre valeur4 ,il aurait sa place marque dans les recueils d'pigrammes par la lgret de touche et la puissance du relief4 ,je veux parler de l'glogue ,paul ,verlaine et des vers de la fin3 ,divin ,tityre1 me lgre comm'houppe ,de mimalloniques tymbons1 ,divin ,tityre1 me lgre comm'troupe ,de satyreaux ballant par bonds4 --,je lui accorderai volontiers l'honneur de le classer dans l'cole d',alexandrie3 je suis fch seulement pour lui qu'il soit n quelques dizaines de sicles plus tard4 --,mais non1 dit ,x444 avec la voix aigre qu'il a quand il veut imposer son autorit1 il y a un autre ct du talent de ,moras1 un autre trait de sa physionomie qui me frappe4 ,c'est un moderne4 ,partout il est la recherche de la source qui tanchera sa soif infinie de sensations2 la perversit nave des chansons de ,verlaine l'attire1 mais il n'en croit pas moins aux terreurs des ballades des vieilles femmes cossaises2 il entre en ravissement la contemplation des splendeurs du ,paradis moyen ge et avec la mme conviction il adore le monde antique ou suit l'extase de sa pense lorsqu'elle pntre dans l'empyre mtaphysique incolore o se meuvent les concepts purs4 ,dans son cerveau c'est une danse fantastique3 les chevaliers y donnent la main aux nrides1 les reines porte-couronnes d'or et de rubis sont enlaces par des formules abstraites tte de sphinx2 des grisettes1 des nains1 des bandits1 entrent dans la ronde3 les statues mmes de marbre blanc s'animent et descendent de leur pidestal4 ,dans chacune de ces formes de vie relle ou idale1 il a retrouv quelque chose de son individualit1 et en les faisant revivre il n'a pu s'empcher de leur en donner une part4 ,certes je ne prtendrai pas que ses vers expriment ce besoin moderne de ne pas rester en place1 ce dsir de l'infini1 avec toute l'intensit qu'on pourrait demander un pote de premier ordre2 le large souffle lyrique lui manque2 mais ,moras a ceci1 et c'est bien quelque chose3 il possde dans un tat complet et trs rare la collection des lments htrognes auxquels nous nous dlectons d'ordinaire et dans lesquels nous mirons notre esprit4 ,il me rappelle un chapitre d'un roman anglais1 dont l'auteur1 voulant dcrire la vie intellectuelle contemporaine1 a plac les vnements au ,i,ie ou au ,i,i,ie sicle de notre re4 ,il y est parl d'un jeune pote1 pris des sons enfantins de la posie populaire et en mme temps artiste raffin jusqu' l'excs1 entran par ses passions et guid par la sagesse des anciens philosophes2 en un mot1 tous les contrastes se donnent carrire dans son esprit2 et pourtant il se sent un et dans sa conscience de pote il saisit le lien intime qui relie les qualits disparates de son me1 comme un mme terrain produit des fleurs de formes diverses4 ,quand je lis ce chapitre-l1 ,moras se dresse devant moi4 --,admirables1 ces littrateurs6 dit ,r4441 notre hte1 de son ton sarcastique1 en s'tendant dans un easy chair4 ,avec quelles dlices je les entends1 quand1 pour notre plaisir1 ils vont la recherche de tout et d'autre chose4 ,parfois1 dire vrai1 quand leur argumentation est de longue haleine1 on prouve quelques craintes de les voir s'garer en route et nous avec eux1 mais la longue je les vois revenir rgulirement leur point de dpart1 comme de bonnes btes qu'ils sont1 qui retournent bravement leur table et leur fumier4 ,si j'ai bien compris votre conclusion1 ,moras1 s'il n'est pas de l'cole d',alexandrie1 n'en est pourtant pas bien loign4 ,d'ailleurs1 tout cela 7vous me croirez71 m'est parfaitement indiffrent4 ,seulement1 aprs dner1 j'aime assez entendre une discussion suivie1 peut-tre parce que moi-mme je m'en sens absolument incapable4 --,mais il y a pourtant une distance norme entre un ,anglais du ,x,i,xe sicle1 un ,romain du second et un disciple des ,alexandrins1 reprit ,x4441 qui tait quelque peu piqu4 --,peuh6 dit ,r444 en le taquinant parce qu'il avait pris plaisir entendre le son de sa propre voix4 ,ainsi vous voulez enlever ,moras sa prtention d'appartenir la noble ligne des ,grecs1 prtention qui du moins lui tait garantie de par son ,alexandrinisme4 --,vous avez tous raison1 dit ,s4441 qui s'tait tu jusqu' prsent et ses yeux tincelrent du plaisir qu'il avait nous apporter la solution au problme psychologique qui nous occupait4 --,tous raison6 ,mais c'est phnomnal1 s'cria ,r444 ,voil la vritable rpublique des lettres3 tout le monde a raison4 --,oui1 dit ,s444 ,n'avez-vous pas remarqu que ,moras a reu directement de la nature et des circonstances ce que nous autres nous n'acqurons que lentement1 pniblement et toujours un peu l'aventure3 je veux dire la personnalit double1 l'me double1 si vous voulez1 qui seule nous permet de comprendre quelque chose l'nigme du monde8 --,deux mes1 soupira ,r4441 mais je proteste6 ,dans le temps j'ai d faire de mon mieux pour oublier que j'en avais une seule4 ,continuez donc3 rien n'est aussi calmant pour les nerfs qu'un conte de fes4 --,moras1 poursuivit ,s4441 appartient par sa naissance une race vigoureuse et nave1 cre pour goter la beaut2 d'autre part1 il s'est trouv plac ds sa jeunesse et a achev son ducation au milieu de notre civilisation un peu mre4 ,il s'est assimil les lments trangers de cette culture raffine grce la facult d'imitation qui est propre aux peuples jeunes4 ,nanmoins1 la diversit fondamentale de sa nature n'est pas oblitre4 ,quand il vante les immenses trsors de mots dont il possde la clef1 l'ide qu'il se fait de son pouvoir linguistique ne vient gure1 comme il le croit lui-mme1 de sa connaissance absolue du domaine du langage1 mais de l'nergie avec laquelle cet tranger aux forces vierges sait manier la langue4 ,elle est une puissance hors de lui qu'il contraint lui obir4 ,et voil ce qui fait ressembler son uvre au but que nous poursuivons4 ,nous aussi1 nous avons pour idal d'objectiver la langue en dehors de nous1 afin de pouvoir nous en servir notre gr4 --,je commence me rconcilier avec votre ide de l'me double1 dit ,r4441 qui pensait ses affres d'crivain4 ,racontez-nous donc la fin de votre lgende4 --,mais je ne pourrais que me rpter1 en creusant plus avant l'ide que je vous ai propose1 dit ,s4444 ,il est facile de voir que la conduite de ,moras1 avec son mlange de vanit maladroite et de finesse1 s'explique par l'amalgame de deux natures1 tout comme son effort continuel pour harmoniser deux mondes d'ides diffrents1 le ,moyen ,age et la ,renaissance1 doit s'interprter par les mmes causes4 ,quant au ct sentimental de ses posies1 vous y entendrez trs distinctement1 en coutant bien1 la plainte d'un homme qui ne sait pas se retrouver dans le monde qui l'environne4 ,dans ses trennes ,doulce je trouve qu'il y a un pome trs remarquable et trs caractristique1 o il dit sa faon la diversit des deux natures qui se partagent le fond de son me4 ,il y parle1 avec une fiert de palikare1 de ses cheveux noirs1 de son il ardent1 de la force de son esprit1 du pouvoir de ses chants4 ,peut-tre que les hommes1 merveills de tant de dons1 le croiront capable de lutter contre la fatalit4 ,mais une seule a vu clair dans son cur3 ,mais toi1 sororale1 toi1 sre ,amante au grand cur dvoil1 ,tu sus connatre la blessure ,d'o mon sang flots a coul4 --,tout bien pes1 la posie me semble en gnral encore prfrable au pote1 dit ,r4441 au moment o ,s4441 ayant termin sa harangue par la citation d'une strophe1 attendait un compliment sur son excellente mmoire4 ,souvent on ne peut viter l'un sans se rendre coupable d'impolitesse1 tandis que les vers1 avec le chantonnement vague et berant de leurs paroles insignifiantes1 vous invitent d'eux-mmes une promenade au royaume des rves4 ,mais dites donc1 psychologue6 vous nous aviez promis de nous mettre tous d'accord1 et j'avais compt que dans un mythe quelconque vous nous auriez prouv qu'un ,alexandrin1 un ,romain et une personne du ,x,i,xe sicle sont le mme homme3 et voil que vous avez rendu la confusion encore plus grande en introduisant ce nom incongru de palikare4 --,l'homme qui a deux mes a les mes de tous les temps et de tous les peuples1 dit ,s4441 avec toute la gravit que sa bonne humeur lui permettait4 ,a cet instant1 on servit le th1 et quelques-uns en profitrent pour se retirer4 ,,po,,sie ,,romane ,comme ,moras tait prsent1 il me parat superflu de nommer les deux ou trois autres personnes qui1 quelques jours aprs cette soire1 assistrent un petit dner entre hommes dans un restaurant de la rive gauche4 ,mais il est bon de noter que ,r444 tait des ntres4 ,il avait t condamn accepter cette invitation pour expier son manque de respect envers les potes et la posie4 ,moras chercha tout de suite l'lment o il vit et respire3 l'art4 --,vous savez la grande nouvelle8 nous annona-t-il4 ,nous ne sommes plus symbolistes2 j'ai trouv un autre nom pour notre cole1 et notre posie sera de la posie ,romane4 ,symboliste1--c'est moi qui ai invent et appliqu le terme1 et qui l'ai dfendu aussi dans une brochure qui n'est pas encore tout fait oublie4--,symboliste n'tait pas mal pour commencer2 le mot exprimait assez bien la qualit de notre art et de tout art en gnral2 mais l'abus que nous en avons fait l'avait la longue transform3 c'tait devenu la dnomination d'une secte et il valait coup sr mieux que cela4 ,il ne faut pas trop mettre en vidence un seul des caractres de l'art1 parce que la mode s'en empare4 ,tout le monde allait la recherche des symboles1 ce qui est le moyen unique de ne pas en rencontrer4 ,le pote est symboliste1 mais il ne se le dit pas4 ,des symbolistes6 ,ah6 vraiment1 tout comme on voit ici des mystiques sur les boulevards et dans la rue1 de braves gens qui1 toute la journe1 plume l'oreille1 restent assis derrire un bureau de ministre ou d'picerie4 ,je ne conois gure un mystique qu'au sommet d'une colonne1 nu1 lav par la pluie1 brl par le soleil des tropiques1 et mon imagination franchit difficilement la distance qu'il y a entre cet ascte et le rond-de-cuir qui s'arroge son titre4 ,non pas que je veuille dnier des tendances de mysticisme l'individu en question6 ,en aucune faon2 mais qu'il montre de mme son respect pour le nom de mystique en le laissant ceux auxquels il convient4 ,je ne dirai pas autre chose du symboliste4 ,figurez-vous un homme pour qui l'univers visible ne soit qu'une suite d'images projetes par les sentiments de son me1 pour qui1 d'autre part1 le cur avec ses passions prendra la forme d'un paysage changeant aux reflets divers de la lumire1--ne marchera-t-il pas travers cette vie1 aurol d'une royaut plus noble que celle des hommes8 ,et le premier venu qui1 par hasard1 aurait attrap un symbole boiteux dans ses filets voudrait s'appliquer ce nom d'honneur6 ,le geste qui accompagna les paroles de ,moras tait significatif4 --,au contraire1 poursuivit le pote1 le nom de posie ,romane dit clairement notre intention4 ,il suppose l'unit de l'art du ,midi de l',europe1 qui a trouv sa plus haute expression dans la littrature franaise4 ,unit non pas seulement des formes suprieures par o l'art s'est manifest dans ces contres diffrentes1 mais aussi des poques diverses qu'il a traverses dans chaque pays4 ,l'histoire nous montre que c'est tantt ce genre-ci1 tantt ce genre-l qui a prdomin4 ,aujourd'hui1 la culture est parvenue un point assez lev pour nous permettre de comprendre la marche entire du dveloppement de l'art4 ,nous n'avons plus choisir telle ou telle poque privilgie2 pour nous1 l'difice de l'art est form de la runion de toutes les formes3 il n'y a plus de ligne de dmarcation entre le ,moyen ge et la ,renaissance1 tout aussi peu qu'entre la ,grce et ,rome1 entre la chanson populaire et la posie d'art4 ,notez bien1 je ne dis pas qu'il n'y ait point de diffrence entre ces groupes3 ce serait nier la lumire du jour2 mais je veux dire que la lutte qui a accompagn la transition de l'une de ces priodes l'autre est efface aujourd'hui1 que leur htrognit pour lors n'a d'autre valeur que n'en ont les diffrences individuelles dans notre socit4 ,nous croyons cette unit et nous mettons tous nos efforts la raliser4 ,combien immense ce champ qui s'ouvre alors devant notre nergie potique et combien pauvre la figure que fait notre misrable ,moi devant les symboles grandioses1 que nous apporte l'immense empire de l'art1 ininterrompu depuis les premiers sicles jusqu' nous6 ,ce que j'ai fait auparavant n'tait qu'un balbutiement4 ,je ne parle pas de mes premires uvres en prose que moi-mme je n'ai jamais prises au srieux1 mais de mes posies1 les ,syrtes1 les ,cantilnes4 ,au point o je me trouve aujourd'hui1 je ne les reconnais plus comme une expression vritable de mon talent2 tout cela est fragmentaire4 ,mme la premire partie de mon ,plerin passionn ne me plat plus3 pour moi le livre ne commence qu' la page o l'influence ,romane se fait sentir nettement4 ,n'est-ce pas qu'il y a du merveilleux1 reprit ,moras aprs une petite pause1 dans la faon dont j'ai cherch ds ma premire enfance l'idal qu' prsent je vois devant moi1 quoiqu'il ft en contradiction avec tout ce qui m'environnait8 ,oui1 j'ai t toujours un rebelle4 ,il coule du sang de klephte dans mes veines4 ,je ne suis pas de vraie race grecque2 et je crois d'ailleurs qu'il n'en existe plus de reprsentants4 ,notre famille1 illustre dans le pays1 est originaire d'pire2 elle s'appelle ,papadiamantopoulos1 nom dmesurment1 presque comiquement long1 qui signifie simplement diamant1--papa indiquant qu'il y a eu un prtre parmi nos aeux1 et poulos n'tant autre chose que le ski ou vitch des peuples slaves4 ,avant les perscutions des ,turcs1 nous avons migr avec un grand nombre de familles de notre pays vers le commencement du sicle au ,ploponnse1 ,mora1 comme nous disons2 de l le nom de ,moras que nous avons adopt ct de l'autre4 ,mon aeul1 mon grand-oncle se sont illustrs dans la guerre pour l'indpendance2 je ne vanterai point leurs exploits2 il vous suffira de savoir que notre famille a engendr des hros4 ,mon pre vivait ,athnes1 la cour du roi ,othon1 le prince bavarois que nous avons reu des mains des grandes puissances4 ,et ici commence l'histoire de ma rbellion4 ,mes parents avaient conu une haute ide de mon avenir et voulaient m'envoyer en ,allemagne pour m'y faire donner une ducation soigne1--l'influence allemande1 comme de juste1 tant alors prdominante la cour4 ,mais je m'y refusai absolument3 j'avais appris en mme temps le grec et le franais et je ne sparais pas les deux langues2 je voulais voir la ,france2 enfant1 dj1 j'avais la nostalgie de ,paris4 ,ils crurent pouvoir forcer ma rsistance en m'envoyant en ,allemagne3 j'en suis revenu jusqu' deux fois4 ,enfin je me suis enfui ,marseille1 de l ,paris4 ,c'tait le destin qui me montrait ma route2 car j'tais trop jeune pour me rendre compte de mes actions4 ,j'ai souffert horriblement1 mais je ne me suis pas laiss abattre et j'ai tenu la tte haute4 ,ma famille me reprochait ma paresse1 comme on l'appelait1 et faisait miroiter devant mes yeux l'emploi suprieur que j'aurais pu obtenir ,athnes4 ,mais assez de cela4 ,on est touch au vif quand les gens qu'on aime ne vous comprennent pas et vous blessent4 ,je n'ai jamais parl de ceci personne3 il m'tait impossible d'en rien dire4 ,maintenant1 aprs tant d'preuves et tant de confusion1 ma conviction en est sortie mrie et pure4 ,le temps de la jeunesse et de la folie est pass2 le temps est venu de se faire une conception grandiose de l'art et de la vie4 ,demandez mes lves si je ne leur prche pas la morale par mes paroles et par mon exemple8 ,mais ils sont chastes comme des demoiselles6 --,et l'uvre8 demanda un des convives1 qui portait plus grand intrt au travail du pote qu' la conduite des jeunes gens4 --,jugez vous-mme1 rpondit ,moras2 je vous dirai le dernier pome que j'ai fait4 ,il a pour titre le ,retour4 ,c'est un jeune hros qui revient de la guerre et cherche gagner le cur de sa bien-aime4 ,diane ne fait pas encore ses ravages sanglants dans la fort1 ce qui signifie que la chasse n'est pas ouverte4 ,remarquez1 je vous prie1 la manire dont j'emploie le vers quatorze syllabes4 ,les alexandrins ordinaires du commencement lui cdent la place dans le corps du pome pour revenir de nouveau et se briser la fin en vers plus brefs4 ,et c'est un mlange de sduction et de vigueur1 d'orgueil et de tendresse4 ,mais coutez3 ,,le ,,retour ,ptre1 chre tte1 ,pareille au blond pi que la faucille guette2 ,o ,petra1 gnisse indocile au servage1 ,moins douce est la saveur de la pomme sauvage ,que ta bouche4 ,contre des hommes belliqueux que la trompette enivre1 ,mes bras tendirent l'arc d'aubier o la sagette vibre1 ,mais ils sauront aussi s'illustrer d'une lutte ,plus bnigne1 o ,ptre1 et j'appris les secrets ,des pertuiss roseaux et de la curve flte4 ,c'est temps nouveau quand de ses traits ,diane n'ensanglante les forts2 ,c'est quand ,jouvence fait a ,dion service4 ,o gracieuse enfant que clairs et simples sont tes yeux6 ,dj l'astre de ,brnice ,guide vers l',occident le ,bouvier paresseux4 ,pour que tu cdes mes pleurs1 ,ma main a dvid des fils de sept couleurs4 ,chantant l'air redout ,j'ai rpandu la cendre ,des herbes de bont4 ,la voix du rossignol fait ton me plus tendre ,et le favone agace1 comblant mes vux1 ,la couronne de pin qui mle tes cheveux4 ,il se passa1 la rcitation de ce pome1 ce qui arrive toujours quand on coute des vers qui ne sont pas faits pour tre gots immdiatement3 et l on remarqua un trait et on l'apprcia sa juste valeur1 mais on ne put juger de la beaut totale du pome4 ,le rhythme anim et populaire d'un vers comme3 ,mes bras tendirent l'arc d'aubier444 l'impression troublante de la mesure brise de l'avant-dernier vers3 ,et le favone agace1 comblant mes vux1 furent peut-tre compris et gots1 mais l'entrelacement savant des modes et des motifs1 avec sa mobilit et son relief tonnants1 n'apparut gure de prime abord4 ,aussi fut-ce une observation banale que fit l'un des auditeurs pour marquer la jouissance que lui avait cause la dclamation du pote4 --,j'admire1 ,moras1 dit-il1 la faon dont vous savez faire rendre vos vers la sensation pntrante et vibrante de la vie2 vraiment1 c'est comme si l'on entendait toucher les cordes de l'arc quand vous dites3 ,c'est temps nouveau1 quand de ses traits ,diane n'ensanglante les forts4 ,cela rappelle les vers du ,plerin passionn3 ,pour couronner ta tte1 je voudrais ,des fleurs que personne ne nomma jamais4 ,l on a plutt une impression de tendresse douloureuse2 mais le principe de la vibration de la voix et des cordes est le mme4 ,c'est d'un effet trs heureux4 --,je ne recherche pas pniblement ces effets1 rpondit le pote4 ,je les trouve o j'en ai besoin et au passage des vers o ils sont ncessaires4 ,mes posies ne sont pas un produit de serre chaude2 elles sont faites en plein air4 ,je me les rcite moi-mme pendant mes promenades et je ne les cris que lorsqu'elles sont compltement acheves dans ma tte4 ,un pote ne saurait travailler autrement2 il ne se laisse pas guider par les syllabes qu'il voit alignes devant lui sur le papier2 mais il obit l'inspiration des images qu'il a contemples et des sons qu'il a entendu rsonner ses oreilles4 --,le dtour me semble un peu long1 dit ,r444 assez schement1 lorsqu'aprs le dpart de ,moras nous parlmes du pome que nous venions d'entendre4 ,prendre la route de la ,grce et de ,rome1 traverser la fort des symboles et de la posie ,romane1 pour arriver une chose aussi simple qu'un militaire qui se promne au bois avec sa bonne amie au bras1--voil qui dpasse ma comprhension4 ,une seule ligne suffit1 je crois1 pour exprimer toutes les beauts de la situation4 ,des pomes semblables me paraissent compltement inutiles4 --,mais on pourrait soutenir que l'art tout entier est inutile1 comme vous dites8 ,c'est la faon de reprsenter le sujet qui vous dplat2 l'ter tout entire1 ce serait dtruire l'art mme4 ,que le mode de la reprsentation1 le style1 pour dire son vrai nom1 soit barbare ou raffin1 qu'il soit raffin et barbare en mme temps1 pourvu qu'il soit vritablement individuel1 le but de l'art est atteint et sa reprsentation est devenue ncessaire4 ,or je reconnais coup sr cette sincrit dans la manire dont ,moras traite ses sujets4 ,je n'en voudrais d'autre preuve que l'air de parent1--une trange parent1 je vous l'accorde1--que je dcouvre entre ses pomes et l'art contemporain4--,j'entends dans sa posie deux voix qui se cherchent et qui veulent se confondre1 mais qui ne trouvent leur point de runion que dans l'motion de celui qui coute leurs sons enchanteurs4 --,hum6 dit ,r4441 ne croyez-vous pas que l'heure soit un peu tardive pour se livrer des rveries mtaphysiques8 ,moi1 du moins1 l'ide d'aller retrouver de vrais rves dans un lit authentique me tente davantage4 ,,album ,d',,artiste ,de la posie1 encore de la posie6 ,me voici occup feuilleter les ,cornes du ,faune1 d',ernest ,raynaud4 ,depuis que ,stphane ,mallarm a chant le premier rveil de la pubert dans l',aprs-midi d'un ,faune1 le jeune sylvain aux pieds de bouc est devenu l'emblme de l'autre homme qui se dissimule sous l'habit compass de la civilisation4 ,dans le recueil de posies d',ernest ,raynaud1 le faune montre ses cornes4 ,prenez garde1 il frappe6 mais plutt lui que nous4 ,ce charmant petit livre est la confession fort curieuse d'une me4 ,oui1 l'me de ,paris y dit ses secrets2 non l'me la plus profonde1--car1 comme l'enfer et le paradis1 elle a ses tages1--mais bien la vie qui court sous l'piderme1 vie tisse de passions inapaises et de souvenirs qui cherchent en vain jaillir1 une sorte d'me infrieure1 anima sensitiva1 comme l'appelaient les ,scolastiques au moyen ge4 ,et certes cette me-ci est plutt sensitive que sensuelle4 ,elle s'est incarne ,paris et ne connat rien hors la ville4 ,des dsirs vagues l'obsdent parfois1 qui lui font regretter la mer et la campagne1 mais elle n'a jamais vu la mer que sur la scne1--une danseuse 7jupe courte et maillot rose7 jouait la nride2--et les fleurs dont elle voudrait rafrachir les ardeurs de fivre qui la consument1 elle ne les connat que par les plantes maladives qui poussent dans des pots rangs sur la fentre2 son monde1 c'est le boulevard et les habitues pltres de ses cafs1 c'est la rue banale des boutiquiers1 et son air de niaiserie et d'affectation2 c'est encore1 le dimanche1 le parc o l'officier astiqu enfile1 aux pointes cires de ses moustaches1 les curs des admiratrices assises l'ombre du feuillage clairsem1 et qui attendent un de ses regards4 ,tout comme son me de sensitive1 le ,faune est1 lui aussi1 de ,paris4 ,il n'est pas sorti des grandes forts1 il a son home dans un des jardins de la capitale4 ,il est de la famille des statues de marbre1 qui dans les temps de leur splendeur1 caches en un coin sombre du parc1 ont pi du haut de leur pidestal les secrets des amoureux4 ,peut-tre que maintenant encore1 casses et moisies par l'ge et l'humidit1 ces statues1 debout dans le vieux jardin1 attendent une seconde gnration1 qui renouvellera leurs pieds les plaisirs foltres du bon vieux temps pervers4 ,le soir arrive et1 avec la fin de la journe et du travail journalier1 une mlancolie cre se rpand comme un voile de tristesse sur la ville4 ,la nuit va tomber2 les vapeurs montent du sol et le jardin avec son faune solitaire1 ses ruines artificielles1 disparat comme un fantme au milieu de nuages lgers4 ,mais je laisse la parole aux vers parfaits du pote4 ,,cr,,puscule ,a cette heure o le ciel qui va mourir se teinte ,d'or lger1 le vieux parc aux siges vermoulus1 ,n'a d'moi1 dans le flux dolent et le reflux ,des choses1 que le bruit d'une heure1 au loin1 qui tinte4 ,au bord du lac exsangue1 en des fleurs d'hyacinthe1 ,un ,temple grec1 o l'amour de pltre n'est plus1 ,s'attriste1 lui dont la pure gloire est teinte1 ,que les temps aient t si vite rvolus4 ,tout prs1 sous un massif bas qui se dcolore1 ,un faune enfant tout dlabr s'accoude encore1 ,baissant la lvre o fut sa flte de roseaux4 ,et voyant que le jour tout fait le dlaisse1 ,le ,temple1 avec sa froide image dans les eaux1 ,s'enfonce plus profondment dans sa tristesse4 ,l'image du pass se lve l'horizon douloureux du soir et remplit l'me d'un dsir morbide pour des jouissances en alles4 ,un parfum troublant se dgage de toutes les choses mourantes dans la nuit et pousse l'me chercher des volupts hors de sa porte et qui jamais ne pourront la rassasier4 ,les cornes du faune se dressent1 elles percent avec un pre plaisir la couche lgre de convention sociale1 qui cache le courant formidable de l'animalit bruissant dans les veines de l'humanit4 ,l'odor di femina l'tourdit1 le met hors de lui1--l'odeur de la femme et de cette chose mystrieuse qui du sexe mle n'a que l'apparence4 ,tout coup1 comme un accompagnement agaant cette furia de dsirs qui cherchent se surpasser l'un l'autre1 la vie ordinaire se fait entendre dans sa plus dsolante banalit3 ,comme c'est aujourd'hui le quatorze juillet1 ,et que l'on dansera pour sr devant l'glise1 ,la fille de ,monsieur ,ballandard1 ,hlose1 ,a mis sa belle robe en velours violet1 ,son vis--vis sera ,monsieur ,paul1 s'il vous plat1 ,le fils du quincaillier444 ,pour de la prostitution1 en voil bien aussi1 aux yeux de qui veut tenir compte du don de noblesse nerveuse que comprend ce seul mot3 l'humanit4 ,le pauvre faune6 ,balanc entre des apptences opposes1 entran1 las1 toujours inapais1 le vide au cur1 dans sa fureur il se brise les cornes1--et puis1--il ne lui reste plus qu' souhaiter le retour au milieu de la solitude des choses vanouies1 quoique cet isolement lui soit devenu plus amer que la mort444 ,mon pauvre cur n'est plus vivant que pour souffrir4 ,les soirs exquis n'ont plus d'oreillers pour mes rves4 ,la belle fleur que j'ai cueillie tait trop brve1 ,o quand1--simplement comme un qui s'endort1--mourir6 ,ainsi les divers tats d'me1--de l'anima sensitiva1--de la jeunesse parisienne passent devant notre esprit1 comme des tableaux de paysages1 trs purs de lignes1 et frappants par leur ton et leur excution3 ils nous font connatre une contre trangre4 ,nous parcourons cet album d'artiste1 en mditant sur ce qu'il nous laisse voir1 jusqu' ce que nous entendions de loin quelqu'un venir nous4 ,ah6 depuis bien longtemps j'ai attendu le son de ces pas1 qui se rapprochent enfin4 ,il vient1 ,,le ,,po,,te1 ,paul ,verlaine1 et nous fermons le livre que nous tions occups feuilleter1 les ,cornes du ,faune4 ,,pr,,lude ,permettez-moi de commencer par un conte4 ,il y avait une fois un faune1 trs jeune et un peu sauvage1 mais si peu6 c'tait plutt un faune doux1 timide et presque humain1 quand il vint vivre parmi les hommes4 ,vite bless par un mot dur1 il revenait nanmoins parmi ses frres parce qu'il avait besoin d'tre aim et d'aimer son tour4 ,ce besoin tait si grand qu'il se sentait brler les entrailles1 comme par un feu vritable4 ,je dis les entrailles1 car ce que nous nommons le cur1 chez les faunes est plac un peu plus bas4 ,les gens avec qui il vivait1 gens gais et chantant presque toujours1 s'amusaient de la gentillesse foltre du petit faune4 ,et faune il l'tait vraiment1 quoique craintif de sa nature1 plutt mlancolique mme1 cause du dsir infini qui le consumait4 ,mais il tait toujours prt faire d'tranges gambades4 ,cependant un jour ses htes furent extrmement surpris4 ,on donnait1 dans un immense jardin1 l'un des banquets auxquels ils assistaient tous d'habitude1 et ils demandrent au faune une chanson4 ,il les tonna tous en modulant dans la perfection une mlodie d'ordre composite1 triste d'abord1 puis hardie et espigle comme un page malin et se terminant par un finale tant soit peu grandiose4 ,les convives se regardrent gaiement et se dirent3 ,encore trop de souvenirs des grands matres6 mais bien du talent6 et si jeune6 ,pendant ce temps1 le chanteur avait disparu3 pour se drober aux applaudissements8 ,ah6 que non6 les alles du grand parc l'avaient attir et soudain de loin on entendit les sons d'une flte magique4 ,c'tait le faune qui jouait un air pour son propre plaisir1 un air libre et original1 mais d'un charme si pntrant1 qu'on ne pouvait se soustraire l'enchantement4 ,et c'taient des sons coquets et tendres1 extatiques1 malicieux et mourants et d'une langueur si ravie qu'on prouvait aux oreilles le chatouillement d'un mystrieux attouchement4 ,lorsqu'on revit le faune1 il avait subi une mtamorphose4 ,ce n'tait plus un faune2 il tait devenu semblable aux autres hommes3 une jolie fille l'avait ensorcel4 ,il avait pris les allures d'un amant trs pris et presque d'un bon pre de famille4 ,et il chantonnait des ariettes la manire de ,coppe4 ,ensuite survinrent des malheurs graves pour tout le monde2 le pays et la petite famille en furent accabls4 ,adieu la raison raisonnante et raisonnable6 ,le faune fit des siennes2 il se prit vagabonder1 gambader1 sauter par-dessus toutes les bornes du respect qu'on doit aux choses1 aux hommes1 et soi-mme4 ,et plus ses excs se multipliaient1 plus il s'enttait dans sa fiert de ,titan escaladeur du ciel1 jusqu' ce qu'un beau jour la police vnt s'en mler et l'enserra derrire une grille forte4 ,oui1 on le mit sous les verrous1 le pauvre faune2 on voulut lui rendre la raison en le condamnant regarder du mauvais ct de hautes murailles blanches4 ,peut-tre qu'elles lui apportrent plus que de la raison4 ,car cette ardeur infinie1 qui le consumait1 ne trouvant plus d'issue1 s'amassait au fond de son me et y bouleversait tous les sentiments1 comme le soc lourd de la charrue laboure la terre dure pour prparer la croissance du bon grain4 ,oui1 ce temps-l fut une prparation douloureuse pour la germination d'un grain trange4 ,quand la leon eut assez dur1 la porte s'ouvrit et le faune s'enfuit dans la solitude3 nouvelle mtamorphose1 il se fit ermite4 ,et au fond de cette retraite la fleur de la foi s'panouit dans son me1 une fleur splendide1 la corolle blanche1 dentele1 au cur d'un jaune ardent1 d'o se dgageait un parfum troublant4 ,le faune resta plong en extase devant ce spectacle2 un feu sacr courut dans ses veines et il sentit que tout son corps allait s'panouir comme la fleur merveilleuse4 ,des annes passrent ainsi4 ,un jour1 un bruit lointain interrompit ses mditations4 ,la rumeur de la grande ville avait frapp son oreille4 ,il hsita444 et il partit4 ,il esprait pouvoir garder la fleur intacte2 il l'esprait1 mais il ne le croyait gure4 ,cela dpendait des autres1 des circonstances1 des gens1--des autres en un mot4 ,il n'avait pas la force ncessaire pour la protger1 si on ne lui venait pas en aide du dehors4 ,je vous ai dit que c'tait un faune2 il se savait enfant de la nature1 et malgr cela1 il partit2 il partit mme cause de cela1 parce que c'tait un faune4 ,dans les rues de la mchante ville1 il oublia de soigner la fleur splendide4 ,je crois mme qu'elle fut un peu souille et qu'elle se fana4 ,car1 dans son extravagance1 le faune1 fou de libert1 ne croyait avoir retrouv son indpendance que s'il se roulait dans la fange1 et il tomba1 et il tomba4446 ,mais1 miracle6 les couleurs de la fleur taient si troitement unies son me intime que sa splendeur ne pouvait compltement se ternir4 ,quoi que ft le faune1 la fleur de la foi vivait en lui4 ,et auprs de l'clat qui manait de ses couleurs1 sa vie drgle1--ah6 combien de fois dj vcue et revcue6--commenait lui donner du dgot4 ,puis ce dgot l'attirait1 il y trouvait mme une nouvelle jouissance3 il n'avait point appris le ddain2 et ce que le monde tenait pour vil1 au contraire avait pour lui un certain charme4 ,il tait autre1 puisque c'tait un faune4 ,cependant la fleur s'panouissait et lui rvlait sa bassesse4 ,il se sentait balanc par deux forces opposes4 ,et ce bercement la longue ne lui causait point de dplaisir4 ,c'tait comme un jeu d'escarpolette1--hip1 houp1 houp1 hip1--les excs sensuels qui blessaient profondment son me lui apportaient ensuite la douce pnitence1--hip1 houp1--et la sainte extase1 l'entranant dans ses ravissements jusqu'au sanctuaire du ciel1 le conduisait aprs tout--il savait bien o--houp1 hip6 ,finalement1 il rsolut de rester tel qu'il tait2 il ne se sentait pas l'nergie d'tre autre4 ,et le faune1 devenu vieux1 mais toujours le mme1 devint un sage4 ,il voila sa figure sous le masque de ,silne de ,socrate1--encore une mtamorphose2 il devint un qui savait et qui connaissait l'unit de la vie depuis sa souillure ultime jusqu' l'extase suprme4 ,il brisa tout de bon avec les conventions d'un monde qui s'arroge le droit de diviser les gens en castes et de leur distribuer des proprits exclusives4 ,ils taient devenus deux1 qui vivaient part1--la socit et le faune4 ,et si le monde se permettait d'avoir son opinion sur le faune1 le faune1 lui1 se croyait justifi juger le monde4 99 99 99 99 99 ,ce conte n'a ni sens1 ni morale1 ni logique1 et cependant on peut en tirer une vague sagesse1 comme on pourrait en tirer de la vie de ,paul ,verlaine1 qui1 en somme1 ressemble un peu cette lgende4 ,voil pourquoi je la prends comme texte pour mes mditations de ce matin1 avant de voir le pote4 ,on cherche bien parfois conseil auprs d'une fable de ,la ,fontaine1 pour vaincre quelque difficult de la vie relle4 ,mais c'est une vie humaine qui est en cause maintenant3 nous ne pouvons pas en rester la fable4 ,autant que j'en puis juger1 ,verlaine a une certaine prdilection pour deux mots3 comme figure de style et comme image1 il aime employer tout ce qui se rapporte l'exil et il s'appelle de prfrence un veuf4 ,de quelle patrie le pote a-t-il t exil8 ,de quel objet aim est-il priv8 ,dans une nouvelle d'une beaut parfaite1 ,louise ,leclercq1 ,verlaine nous a peint1 sa faon1 la socit bourgeoise de ,paris4 ,au premier abord1 tout parat trs banal3 il nous dcrit un magasin quelconque de nouveauts1 les bonnes gens qui en dirigent les affaires1 avec une honntet et une exactitude irrprochables1 leur fille saine1 belle et bonne1 l'enfant chrie de la maison4 ,mais on s'aperoit bientt que dans ce cercle restreint circule un large courant de vie profonde4 ,et par l'ingnuit de sa conception cette simple nouvelle prend les proportions d'un rcit pique4 ,chaque personnage vit et respire dans son atmosphre personnelle1 indpendant des autres2 les sentiments et les actions correspondantes atteignent leur maturit complte2 ce qui est vieilli se dtache de son milieu sans laisser de lacune4 ,tout contact de la vie gnrale et de l'individualit1 tout choc des individus entre eux est supprim4 ,quand ,louise1 la jeune fille1 quitte sa famille pour suivre son amant1 le pote crit simplement3 ,elle avait quitt ses parents sans un mot d'adieu1 rien1 rien et rien6 ,ce n'tait ni une fuite ni un dpart4 ,c'tait une destine qui allait o elle devait aller4 ,tout sentiment autre que l'amour tait aboli pour elle4 ,son action n'tait pas de la rvolte1 mme instinctive1 mais bel et bien la vie qui passait1 la tirant sa suite4 ,cependant l'amour filial ne nous est point propos comme une quantit ngligeable dans ce monde-l4 ,seulement1 il n'entre dans le cur de la jeune femme qu' son temps et sans tre accompagn de repentirs superflus4 ,le sentiment du devoir nous apparat comme un fruit1 qui crot et mrit d'aprs ses propres lois4 ,c'est l une conception toute paenne de la vie4 ,la vie1 suivant le pote1 est bonne en soi2 elle aide chacun son tour conqurir sa place au soleil1 et elle rejette comme une chose inutile le conflit des devoirs4 ,a nous de lui laisser poursuivre sa route et de ne pas lui opposer une rsistance folle4 ,alors l'existence marchera d'un pas sr et rhythmique3 elle sera complte en soi4 ,c'est de cette vie-l que le pote se sent exil2 il peut la reconstruire1 il peut essayer1 grce son imagination1 de modeler d'aprs cette conception ce qui l'environne3 mais tout cela ne ressemble en rien au monde qu'il voit devant lui4 ,et ce qu'il chrit dans cette patrie de son esprit et de ses vagues souvenirs prhistoriques1 c'est qu'on y laisse libre jeu la personnalit humaine1 tandis que le cours gnral des choses y est fix suivant une loi certaine4 ,car le pote sent vivement le besoin d'une loi et mme d'une loi svre2 mais il ne veut pas se laisser forcer la main par elle1 il veut l'accepter librement4 ,il est d'abord et avant tout un homme de l'ge d'or1 un homme semblable ceux dont parle ,gthe dans son lgie romaine3 ,dans les temps hroques1 quand les dieux et les desses aimaient encore aux cieux comme sur terre1 le dsir succdait au premier regard1 et la jouissance au dsir4 ,mais il est prt faire lgitimer cet tat de choses pour lui si naturel1 condition toutefois que la nature aura fait d'abord valoir ses droits4 ,il n'y a pas d'opposition pour lui entre la loi et la nature de l'homme2 l'une aide l'autre1 mais la nature doit toujours aller devant4 ,cette figure idale de femme1 qu'il nous a montre dans ,louise ,leclercq1 c'est pour le pote l'incarnation nave de cette rgle fixe de la vie1 qu'il accepterait loyalement de tout cur4 ,elle1 c'est la bonne chrtienne1 la mre par excellence1 l'pouse aimante et la femme forte1 en un mot l'unime sur mille4 ,verlaine ne l'a pas trouve4 ,il est veuf4 ,il ne comprend rien notre socit qui donne droit de prsance aux lois1 et qui ne connat point d'autre libert que celle acquise par l'observation de ces lois4 ,d'aprs lui1 c'est le monde renvers1 et voil pourquoi l'opinion du monde lui est indiffrente2 il est mille lieues d'elle1 il la trompe et il la mprise4 ,il y a eu dans son existence un moment o il crut dcouvrir pourtant une certaine harmonie entre la socit et sa nature4 ,c'tait dans les premiers temps de son mariage4 ,l'amour d'une vierge l'avait fait rflchir sur sa vie4 ,jusque-l il avait vcu l'aventure4 ,qui donc1 tant qu'il est jeune1 irait penser des rapports avec la socit et le monde8 ,et s'il a eu des parents attentifs son bien-tre1 s'il a t entour de la sollicitude d'une mre1 il n'a gure eu besoin de se prmunir contre les attaques dans cette bataille de la vie4 prouve-t-on du chagrin1--et une nature comme celle de ,verlaine1 ouverte toutes les impressions1 vibrante chaque attouchement1 a d ds son enfance beaucoup souffrir1--on les considre comme une injustice du sort1 et c'est un motif faire des vers3 on n'est pas encore parvenu la triste exprience qui vous apprend que la fatalit n'existe pas en dehors de nous et que notre caractre lui-mme est notre destine4 ,cependant cette vie insouciante ne saurait durer4 ,un honnte homme1 qui aime sincrement1 se pose d'instinct quelques questions au moment o il va entrer dans le mariage4 ,il ne peut s'empcher d'avoir le sentiment de sa responsabilit1 l'ide que le bonheur de sa vie dsormais ne dpendra plus de lui seul4 ,et ,verlaine1 qui dans son extase croyait voir les sept cieux que lui ouvrait la petite main de la femme adore1 a certainement fait de son mieux et avec toute la probit possible pour se plier ce que ce nouveau monde des amours lgitimes exigeait de lui4 ,alors1--pour la premire fois peut-tre1--lui est venue la conscience de sa diversit d'avec la socit ordinaire et de son isolement spirituel4 ,c'est de l que date ma blessure1 dit-il de son mariage dans son autobiographie 7en citant ,baudelaire74 ,il espra pendant quelque temps que la femme qui lui avait donn l'avant-got du ciel puiserait dans son amour assez d'nergie pour le conduire srement travers la vie4 ,mais cette conviction s'branla et soudain il eut le pressentiment d'un pril qui s'approchait4 ,a la veille de rompre irrvocablement avec la socit1 il crivit les chansons qui se trouvent au commencement des ,romances sans paroles4 ,ce ne sont pas les plus beaux vers qu'il ait faits1 mais ils sont uniques dans son uvre1 uniques aussi peut-tre dans la littrature franaise par le charme immdiat qu'ils exercent sur l'auditeur1 sans qu'ils lui laissent le temps de s'en rendre pleinement compte4 ,c'est le vrai ,verlaine1 et le pote entier qui parle dans ces crations exquises2 il ne pense qu' lui et ses sensations confuses2 rien1 mais rien absolument1 ne vient se placer entre le pote et nous4 ,c'est du ,verlaine d'avant la chute4 ,je le vois d'ici1 ce moment dcisif de sa vie1 comme s'il tait devant moi1 berant sa rverie voluptueusement triste au souvenir de la musique qu'il vient d'entendre4 ,la petite femme1 encore chrie un peu1 vient djouer quelques-uns de ses airs favoris2 elle a quitt la chambre1 mais le piano reste ouvert4 ,il semble que des ombres de sons voltigent dans l'appartement1 et ces fantmes vagues se dessinent devant l'esprit du pote et prennent une voix1 ah6 bien silencieuse1 mais plus pntrante que la musique entendue4 ,et c'est comme si cette voix en alle1 qui parle encore1 tait l'emblme du pass1 qui est rest pour bercer dans ses bras son me endolorie4 ,pourquoi ne saurait-il durer1 ce pass irrvocable8 ,ah6 mourir au balancement de ces sons vanouis en ples visions1 sur l'escarpolette des heures fugitives1 berceuses ailes du repos ternel6 ,mais voici qu'arrive dj l'avenir2 il le touche presque de la main1 et le pote n'ose pas regarder devant lui3 ,il pleure dans mon cur ,comme il pleut sur la ville4 ,quelle est cette langueur ,qui pntre mon cur8 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,c'est bien la pire peine ,de ne savoir pourquoi1 ,sans amour et sans haine1 ,mon cur a tant de peine4 ,il m'est presque impossible de m'arracher cette priode de la vie du pote4 ,comment affirmer qu'il n'aurait pu y avoir un dveloppement graduel et harmonieux de son talent et de son caractre8 ,mais les circonstances s'y opposaient1 les fatales circonstances2 elles brisrent impitoyablement les liens qui l'attachaient une vie rgulire et le poussrent de toutes leurs influences malignes dans une direction extrme4 ,la guerre de #ahgj et la ,commune troublrent dfinitivement le calme dans la petite famille du pote1 et le forcrent se rfugier l'tranger4 ,sa femme ne l'y suivit pas2 elle avait spar son sort du sien4 ,un jeune homme1 d'un gnie violent1 qui touchait presqu' la folie1--j'ai nomm ,arthur ,rimbaud1--avait pris dans le cur du pote la place qui avait appartenu l'pouse et l'enfant4 ,et ces deux natures exagres1 ,verlaine et ,rimbaud1 rivalisaient qui surpasserait l'autre dans les excs d'une vie drgle444 ,la fin de cette liaison fut marque dans l'existence du pote par une terrible dception et une humiliation profonde4 ,il faut dtourner son regard de ces misres inhrentes l'humanit et qui s'attaquent toujours aux plus faibles1 aux meilleurs peut-tre d'entre nous444 ,faible1 ,verlaine l'tait1 mais il avait aussi cette force de rsistance qui parat tre donne aux faibles2 il y avait en lui un principe indomptable de vie vivante et cratrice1 et ce principe le sauva au milieu de la honte o il tait plong4 ,il se rfugia dans la foi catholique3 il dposa aux pieds du ,sauveur toutes les passions qui le tourmentaient4 ,son cur agit et meurtri avait donc trouv le repos qu'il cherchait8 ,plus encore1 l'idal dont il avait port jusque-l en lui l'image confuse1 l'idal d'une rgle parfaite1 se rvlait lui sous les traits de la ,mre des croyants3 une loi d'amour qui1 dans sa grande harmonie1 absorbe toutes les dissonances de l'individualit1 pourvu qu'elle veuille se livrer sa direction4 ,on dirait presque que1 pour des natures sensuelles comme celle de ,verlaine1 l'glise catholique incarne le mieux l'idal de la vie paenne1 si elle n'avait un petit dfaut3 son manque de ralit4 ,dans la solitude1 o chacun se btit le monde sa guise1 ,verlaine pouvait tre bon catholique1 mais mme l1 si je ne me trompe1 sous le srieux de la pit vritable se mlait dj soit quelque emphase1 soit un grain de gaminerie1 qui ni l'une ni l'autre ne pouvaient passer tout fait pour des ingnuits4 ,lorsqu'il revint ,paris1 ce qu'il y avait d'artificiel se dmasqua4 ,il lui tait impossible de tenir la longue son me dans cet quilibre instable et comme il avait cherch son salut dans un renoncement absolu tous les dsirs1 il lui fallut bien tomber et retomber parfois dans l'extrme oppos4 ,et ,verlaine1 pauvre ,saturnien1 gotant au fruit dfendu1 se dbattant contre la tentation1 mais toujours ressaisi malgr lui1 donna au monde1 se donna lui-mme1 le spectacle des plus terrifiantes secousses morales4 ,et ce fut une fureur de se perdre dans l'assouvissement de ses dsirs brutaux1--oh6 l'orgueil et le triomphe d'oser tre ainsi devant les regards des hommes6--,et en mme temps ce fut un effort profondment sincre1 qui voulait tre cru sincre1 pour atteindre les hauteurs du renoncement au sein de la volont divine4 ,son caractre avait divorc d'avec lui-mme4 ,est-ce que l'unit1 cependant1 n'existerait pas1 grce la conscience mme qu'il a du divorce de sa personnalit8 ,mais elle y est1 l'unit de pense6 proclame le pote dans un des rares passages o il parle de lui en prose1 d'une manire directe2 elle y est au titre humain1 au titre catholique1 ce qui est la mme chose nos yeux4 ,l'homme1 en ces lignes1 prend le pas sur le catholique2 gardons-lui sa place4 ,son dernier volume de vers1 ,bonheur1 me parat tre un essai pour runir les lments discordants de son caractre4 ,est-ce que je vois juste8 ,est-il possible que cette blessure se ferme1 que cette existence rpare le tissu rompu1 grce la force de gurison et de renouveau que donne la vritable vie6 ,mais d'o me vient cette sollicitude8 ,et les vers seuls du pote ne me suffisent-ils pas8 ,comme si dans le pote on pouvait jamais oublier l'homme6 tre pote1 c'est tre une puissance1 et cette puissance vient de l'me4 ,tandis que l'artiste nous promne dans des dcors de la vie1 le pote se donne exclusivement lui-mme et dans le cours de son existence il devient lui4 ,mais quelle va tre mon impression sur l'homme1 sur ,verlaine1 quand je vais me trouver devant lui8 ,j'ai tch de me prparer cette entrevue en me le reprsentant d'abord comme guid par l'instinct plutt que par la raison2 ensuite1 je me suis efforc de compenser la faute commise en cherchant une intention rationnelle ce que le pote a voulu faire sans pouvoir y parvenir jusqu'ici4 ,la ralit sera diffrente1 coup sr1 de l'image que je me suis faite1 mais c'est seulement en corrigeant continuellement ses impressions que l'on se rapproche de quelque chose qui ressemble la vrit4 ,,interview ,l4441 qui devait donner au ,figaro un article sur ,verlaine1 me permit d'assister son entretien avec le pote4 ,nous le trouvmes au caf ,franois ,ier1 vers les dix heures du matin1 au moment o les cafs ont encore leur air de prosaque propret4 ,la lumire tamise1 qui filtrait dans la salle oblongue1 clairait faiblement la figure hve du pote qui nous attendait1 le regard fix sur l'invisible4 ,le visage tait fltri et fatigu4 ,son long carrick lui donnait l'air d'un pauvre vieux chanteur des rues1 expos depuis des annes au vent et la pluie2 un chapeau mou us couvrait son crne chauve4 ,toute cette mise donnait l'impression d'une physionomie de bohme qui vit dans son rve sans se soucier de ce qui se passe en dehors de lui4 ,seul1 un foulard de soie jaune au cou clatait comme une note gaie et troublante de gaiet dans la gamme grise de son extrieur morne4 ,un vague sourire de bienvenue passa sur ses traits vieillis lorsqu'il nous vit arriver4 ,oh l'trange mobilit de cette physionomie6 ,cinq minutes ne s'taient pas coules qu'une varit tonnante de sentiments taient dj venus y marquer leur empreinte1 tout en lui laissant son ton dominant de tristesse vague2 tel l'effet sombre d'un paysage mis en relief par des ombres de nuages qui fuyent sous la pluie et le vent4 ,tantt le front du pote se renflait1 les narines palpitaient et le malin satyre apparaissait1 avec des yeux tirs aux coins1 qui appellent la jouissance4 ,tantt ses sourcils se fronaient1 le regard indiquait la colre1 la main frappait la table1 la voix avait des clats de tonnerre--pour se changer en un rire franc qui se modrait tout coup et passait1 par une transition subtile1 au sourire timide d'un enfant qui craint la punition4 ,car il y avait un ct enfantin dans ce visage de vieux pcheur1 et ses gestes nerveux taient ceux d'un gamin qui ne se sent pas son aise et tire ses habits4 ,puis c'tait un tantinet d'affectation qui perait dans ses manires1 ou une teinte lgre de blague1 qui se figeait dans l'expression d'ennui d'un homme qui ne se soucie plus de rien au monde4 ,et cette duret des traits se fondait dans les brouillards d'une mine distraite qui regarde l'espace sans rien voir4 ,la faon dont ,verlaine accueillit les nouveaux venus fut d'une parfaite bonhomie3 c'tait la bienveillance affectueuse avec laquelle on caresse un chien tranger4 ,il n'y avait1 coup sr1 rien d'apprt ni de conventionnel dans cet homme1 soit dans ses paroles1 soit dans ses manires4 ,il se laissait aller4 ,je ne sais pourquoi le premier sentiment que cet accueil fit natre en moi fut un mouvement de rpulsion1 ou plutt une sorte de dception4 ,n'en est-il pas presque toujours ainsi quand on arrive pour la premire fois devant un chef-d'uvre clbre8 ,on est vex qu'il n'ait pas quitt pour nous sa mise nglige de tous les jours1 et qu'il ne nous reoive pas avec un franc sourire de bienvenue4 ,or1 le chef-d'uvre est sa place1 au muse1 depuis des sicles dj1 et la longue il est devenu assez indiffrent aux hommages2 peut-tre mme qu'il est lass de toutes ces admirations passagres4 --,je suis gai1 dit ,verlaine1 comme vous voyez1 et je peux rire de bon cur4 ,pourquoi le ,figaro a-t-il dit rcemment que j'avais la mine renfrogne8 ,dans mon enfance1 oui1 j'tais sombre et ne me mlais gure aux jeux de mes camarades2 ,albert ,millaud a d probablement se rappeler ses souvenirs du collge o nous avons t ensemble4 ,mais maintenant tout cela a chang4 ,qu'y a-t-il de meilleur au monde que la gaiet8 ,ceci tait dit avec une intonation de voix si indcise qu'il semblait tenir aussi peu son grief contre le journal qu' sa rputation de gaiet4 ,l'interviewer profita d'une petite lacune dans la conversation pour sortir son carnet4 ,vous m'excuserez1 n'est-ce pas8 dit ,l444 ,j'ai not quelques points sur mes tablettes4 ,dans vos vers1 il est souvent question de loups4 ,ce sont probablement des souvenirs d'enfance de la ,lorraine8 --,non1 dit ,verlaine d'un ton trs bref 7sa jeunesse ne semblait pas tre un sujet qu'il aimt aborder74 ,si je ne me trompe1 je n'ai vu des loups que bien plus tard1 pendant mes voyages dans les ,ardennes1 un ou deux loups tout au plus4 ,pour des loups1 ce qu'on peut appeler des loups1 j'en ai vu de toute espce et en grand nombre durant toute ma vie4 ,il n'y avait aucune amertume dans ces paroles3 il semblait plutt qu'il excust la faon d'agir des loups4 --,et les circonstances au milieu desquelles vous avez t lev8 --,excellentes4 ,le pote tira ces mots d'une distance infinie4 ,mes parents avaient quelque fortune2 elle n'a pas dur longtemps entre mes mains4 ,peuh6 --,et de quoi avez-vous donc vcu1 alors8 --,j'ai donn des leons4 --,qu'est-ce que vous avez enseign8 --,aprs la ,commune j'ai donn des leons de dessin en ,angleterre4 ,plus tard1 j'ai enseign toute sorte de choses dans un pensionnat tenu par des prtres4 --,et votre femme1 o tait-elle pendant ce temps8 --,elle s'est remarie2 je n'ai plus rien faire avec elle4 ,mon seul dsir est de revoir mon fils4 --,il ne peut pas tre indiscret de vous faire une question propos d'une chose sur laquelle vous vous tes prononc vous-mme dans vos pomes1 sans la moindre rticence4 ,votre condamnation444 ,verlaine tambourinait trs doucement de la main sur le marbre de la petite table4 ,soudain1 la demande propose1 le pote leva la tte2 un clair passa dans ses yeux2 mais ce ne fut qu'un instant3 son visage reprit presque aussitt son impassibilit1 et l'on sentait que derrire cette expression vague des traits il cachait la blessure de son me toujours saignante4 --,ah6 l'histoire fatale2 nous nous tions querells4441 j'tais furieux et4441--alors il alla chercher du secours2--laiss seul1 je bus verre sur verre1 je me solai jusqu' en devenir fou de rage4 ,lorsqu'il revint1 hors de moi1 je le menaai de nouveau444--,des gens vagues s'emparrent de moi444 ,pendant le rcit de ses malheurs1 les doigts du pote allaient et venaient1 dessinant des gestes en l'air1 nerveusement1 pour suppler aux lacunes4 ,le chteau o l'on m'enferma fut un vritable asile1 aprs toutes les souffrances des anciens temps4 ,le directeur vit bien que j'avais agi par folie1 et me traita d'une faon convenable4 ,il me prtait des livres1 un ,racine1 un ,shakespeare2 j'ai pu y travailler et mme refaire mon ducation1 qui avait t un peu nglige par ma propre faute4 ,voulant rparer l'indiscrtion de sa dernire question1 en montrant son respect pour le grand talent de l'artiste1 ,l444 continua3 --,je crois que le fait est unique dans l'histoire littraire4 ,on n'a jamais vu un pote1 comme vous1 arriv un certain point de sa carrire1 se poser un programme de travail1 le communiquer au public1 puis l'excuter fidlement4 ,n'est-ce pas8 ,vous avez dit3 dsormais mon uvre se divisera en deux parties2 je publierai une suite de posies qui glorifieront la foi et tout ce qu'il y a de meilleur dans l'homme1 et en mme temps1 paralllement cette srie de pomes1 j'en donnerai une autre qui peindra dans toute leur vrit les excs des passions humaines4 ,vous avez ralis ce que vous vous tes propos en crivant ,amour1 puis ,paralllement1 qui donne la face oppose2 enfin vous venez de publier ,bonheur1 o1 en rtablissant l'quilibre rompu par ,paralllement1 vous avez de nouveau cherch donner une saine et bonne thorie de la vie4 ,une persvrance de programme aussi caractrise tmoigne d'une grande nergie morale4 --,c'est de la sincrit1 pas autre chose1 dit ,verlaine2 et il parut chasser de la main un brouillard qui flotterait devant ses yeux4 ,j'ai eu vraiment la foi1 pendant les annes passes loin de ,paris1 aprs mon malheur2 je me sentais pur1 j'tais chaste2 j'avais le bonheur et la sant4 ,nulle mauvaise pense ne me venait4 ,mon esprit tait calme et c'tait une sensation presque physique4 ,il me semblait que je portais sans cesse du linge propre et neuf4 ,je m'tais attach un de mes lves1 il me remplaait mon fils2 j'tais pour lui un pre et un frre an4 ,pourquoi tout cela n'a-t-il pas dur8 ,il parat que la fatalit ne l'a pas voulu2 tout a tourn contre moi2 ce que j'aimais me fut enlev par la mort1 ce qui me retenait la vertu s'est rompu comme un lien qui casse4--,cette allusion la mort de sa mre et de son jeune ami fut faite rapidement2 tel quelqu'un qui se hte de passer sur une surface fragile qu'il entend craquer sous ses pas4--,ensuite il y eut des dbats mesquins1 soulevs je ne sais par qui1 propos d'intrts qui me touchaient4 ,il me fallut venir ,paris pour trouver de quoi vivre1 et1 arriv l1 j'ai fait le plongeon4 'a t la grande dgringolade6 ,ces derniers mots furent prononcs d'un ton trs doux1 lgrement ironique2 pas un grain de mlancolie dans l'inflexion de la voix2 c'tait le satyre plutt qui apparaissait aux coins de la bouche et au retroussis des lvres2 et en mme temps on ne pouvait se dfaire de l'impression que des ombres de souvenirs1 mais des ombres seulement1 glissaient sur les traits fltris du visage impassible4 ,l444 ouvrit de nouveau son carnet4 --,il y a encore une question que je voudrais bien vous faire1 dit-il4 ,vous avez renouvel le vers franais1 n'est-ce pas8 en variant la dimension des vers1 en dplaant leur csure1 en remplaant parfois la rime par la simple assonance4 ,qu'est-ce que vous pensez maintenant de toutes ces rformes8 ,est-ce que vous leur donnez une grande valeur8 --,ah6 je ne l'ai pas fait exprs1--et souvent oui1 je l'ai fait exprs1 dit ,verlaine en se reprenant avec l'ingnuit d'un grand artiste qui livre ses secrets4 ,j'ai voulu faire comme dans les livrets d'opras1 o des vers longs alternent avec des vers brefs1 suivant que la musique et la dclamation l'exigent4 ,je dois aussi beaucoup l'exemple de ,mme ,desbordes-,valmore2 sa posie1 un peu nave sous le rapport de la forme1 je l'avoue1 a eu une grande influence sur mes faons de penser et d'exprimer mes sentiments dans ma seconde priode4 ,car j'attache trs peu d'importance tous ces petits artifices de style et de versification4 ,c'est bon pour les commenants4 ,eh6 je ne veux pas dire que1 prsent encore1 je ne les emploie pas de temps en temps1 mais au fond ce ne sont que de petites canailleries4 ,comme je l'ai dit dans ,bonheur1 et comme je le rpte qui veut l'entendre3 il n'y a rien au-dessus du bon vers franais classique1 qui est bien plus expressif et bien plus souple qu'on ne le croit d'ordinaire4 ,je suis pour la tradition saine et virile1 moi4--,le pote s'tait tout fait tir de sa torpeur2 il frappa le marbre fortement pour donner de l'accent ses paroles4 --,bonheur n'est pas un livre facile lire3 c'est un livre dur1 mais on sent que la vie a pass par l4 ,il n'y a pas une page de ce livre qui n'ait t vcue4 ,c'est l que je termine la confession que j'avais faire au monde3 j'ai soulag mon cur et je me sens libre1 prsent1 d'agir ma guise4 ,je vais entreprendre une uvre nouvelle4 ,que sera-ce8 ,du thtre8 ,ce n'est pas impossible4 ,ah6 si je pouvais compter sur quelques annes de bonne sant6 ,mais je suis malade1 et puis j'ai mes passions qui ne m'abandonnent pas4 ,puis il ajouta3 ,je vous demande pardon1 mais permettez-moi de prendre cong de vous pour aujourd'hui4 ,au revoir4 ,et le pote s'en alla1 tranant sa jambe malade1 en homme bris par la vie4 --,j'ai mon article1 je le vois complet devant moi1 dit ,l444 en prenant mon bras pour quitter le caf4 ,savez-vous1 je n'ai pas os faire toutes les questions qui me brlaient les lvres4 ,il y a des vers normes dans ces posies de ,verlaine1 qu'avec toute mon exprience de boulevardier je n'arrive pas comprendre4 ,il y a l des abmes de perversit1 dont j'aurais t bien curieux de l'entendre parler4 ,par exemple1 que dites-vous de ce vers444 ,mais non1 ne creusons pas ces choses-l en plein midi1--il est vrai que le soir ce serait encore plus dangereux1 n'est-ce pas8 ,laissons-les donc simplement de ct4 ,voir un pote se soumettre aux tortures de l'interview1 l'entendre avouer ses secrets intimes1 comme des affaires de tous les jours3 voil une espce d'humiliation1 mme pour celui qui ne fait qu'assister au spectacle1 parce que tous1 quelque petits que nous soyons1 nous avons part cette humanit torture pour le plus grand plaisir du public4 ,et pourtant je sentais confusment que sous cette humiliation de l'homme il se cachait quelque chose de trs grand qui passait les bornes de mon esprit4 ,oh6 l'humble rsignation du pote6 ,tmoin de cette scne1 avais-je prouv quelque dception8 ,oui2 et1 cependant1 j'eus plutt le sentiment d'tre port par un pouvoir mystrieux4 ,,bonheur ,je vais relire ,bonheur1 ce livre dur1 comme dit le pote4 ,je sais maintenant que c'est le dernier mot de sa sagesse et qu'on y trouve la clef de sa personnalit4 ,il me semble voir au seuil du livre ce mme mot o se rsumait mon impression de l'entretien auquel j'avais assist3 ,rsignation4 ,l'ordre de la nature inspire de la confiance au pote4 ,laissez la faire1 la nature1 et elle fera bien4 ,or la nature est simple444 ,elle procde avec douceur1 calme et lenteur4 ,ne demandons pas trop la vie6 ,qui sommes-nous donc pour poser des conditions8 ,nous n'arrivons notre valeur qu'en nous soumettant au grand tout4 ,n'attachons pas trop d'importance nos vues particulires1 nos haines1 nos amours4 ,dposons le fardeau de nos griefs1 laissons-les l1 et livrons-nous aux flots de la mer du ,renoncement suprme4 ,toutefois1 il ne faut pas oublier les symboles1 qui nous consolent parmi les preuves de la voie douloureuse que nous suivons sur terre3 le symbole de l'incarnation de ,dieu1 le symbole de la ,cne1 par lequel nous participons son corps divin4 ,ce ne sont pas les symboles seuls qui nous maintiennent dans la bonne route1 mais aussi toutes les penses pieuses qu'ils suggrent en nous4 ,en sanctifiant notre corps1 ils assujettissent les passions de la chair notre volont4 ,oui1 ils font de notre chair l'armure par laquelle nous nous dfendons contre les coups du ,malin2 peut-tre que nous sentons encore les blessures1 mme travers cette cuirasse1 mais nous ne craignons plus les attaques2 et nous marchons d'un pied sr1 pleins d'une respectueuse pit1 sur la route que nous avons choisie de notre plein gr4 ,avant tout1 soyons simples dans nos actions et dans nos penses2 qu'il n'y ait en nous que pardon et amour4 ,et1 port par ce courant1 le fleuve des vers de ,verlaine se perd au sein de l'ternit4 ,on se tromperait fort1 en croyant n'avoir affaire l qu' des lieux communs de morale facile1 et qui coulent mollement des lvres d'un prdicateur populaire4 ,c'est la confession d'une me que nous entendons1 et tout ceci a pour le pote un sens tout fait personnel4 ,ce livre de la rsignation a t pour lui1 qui l'a vcu1 un livre dur faire2 sa vie a pass par ces feuillets intimes1 et il en est rest quelque chose leurs marges4 ,que le fleuve est calme dans sa marche majestueuse6 ,mais regardez de plus prs3 voyez les tourbillons de ses flots1 ses gouffres peine entrans dans le mouvement gnral1 ses courants profonds en sens inverse6 ,ce livre a une vie individuelle1 comme tout ce qui est vivant4 ,les paroles de pardon ne sortent pas naturellement du cur du pote2 loin de l1 elles lui sont arraches par une force qui le contraint et qui le fait souffrir3 ,le pardon des offenses ,comme un dchirement4 ,il aimerait bien se venger1 quand il pense ce que son existence aurait pu tre1 si1 l'heure du pril1 une main amie s'tait tendue vers lui pour le sauver1 quand il se souvient que celle dont la place tait ses cts l'a perscut1 l'a trahi1 l'a pouss du pied dans l'abme4 ,srement le temps de la vengeance arrivera2 et cet espoir seul le soutient encore4 ,mais il prfre renoncer cet appui des heures mauvaises1 il se dpouille de sa haine et de sa fiert3 ,l'abandon des vengeances1 ,comme un dlaissement4 ,alors seulement il flotte en plein courant sur les eaux de la piti et du sacrifice3 ,boire la bonne honte1 tre toujours plus doux4 ,jusqu' ce qu'un nouvel cueil lui barre sa route et que le pote s'agite et rsiste pour1 la fin1 courber la tte en reconnaissant dans la main mme qui lui envoie des preuves le pouvoir divin qui veut son salut4 ,puis encore444 ,car ce bonheur-ci est troublant et il finit par nous inquiter1 nous les spectateurs qui aurions voulu en tre tmoins4 ,soudain vient la rafale qui met nu les profondeurs de l'me et qui fait dborder les flots tumultueux des passions4 ,on croirait que la tempte s'est empare de ce cur et souffle des quatre coins3 puis tout coup le calme complet2 encore quelque lger frisson peut-tre la surface2 mais ce sont des vagues qui ne sont pas encore rentres dans l'ordre1 et c'est fini4 ,partout de ces contrastes dans ce livre4 ,voici quel avenir il ouvre un jeune ami3 ,soyons tout l'un l'autre enfin6 et l'un pour l'autre ,en dpit des jaloux1 et de nos vains soupons ,a nous et cette fois1 pour de bon1 renonons ,au vil respect humain o la foule se vautre1 ,afin qu'enfin ce ,jsus-,christ qui nous cra ,nous fasse grce et fasse grce au monde immonde2 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,qu'ils entrent dans ma joie1 et gotent mes louanges2 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,et voil pourquoi les anges et les archanges ,s'carteront de devant ,moi pour avoir admis1 ,purifis de tous pchs invitables ,et des traverses quelquefois pouvantables1 ,ce couple infiniment bnissable d',amis4 ,ainsi dans l'extase d'avoir dcouvert enfin le compagnon qui prend part son me1 il dispose d'avance des places d'honneur au ,paradis1 et elles semblent peine leur suffire4 ,tournons le feuillet1 et propos du mme jeune homme nous lisons3 ,rompons6444 444 ,amitis d'ennuis et de dbats444 ,o pour l'affection toute simple et si douce ,o l'me se blottit comme en un nid de mousse6 ,et fi donc de la sale me parisienne6 ,on dirait presque que1 dans l'uvre de ,verlaine1 les pomes qui vont le plus loin en perversit1 sont encore rassurants en comparaison de l'quilibre d'me que ,bonheur prconise4 ,on sait que l l'extrme limite est atteinte2 et voici qu'au milieu de la tranquillit on craint un bouleversement4 ,un livre trs dur1 ce ,bonheur6 ,dans sa navet apparente1 il est bourr d'nigmes et de trahisons1 comme les abmes de la mer1 comme le cur d'un enfant4 ,et dans tout cela1 au milieu de cette confusion1 je ne sais quelle impression rsigne2 elle est dans ce livre1 le visage troubl1 les yeux hagards1 vrai dire1 mais elle y est1 la ,rsignation6 ,,un ,,dieu ,,en ,,exil ,sur l'asphalte du trottoir1 ,verlaine marchait pniblement et la lumire diffuse du soir clairait en haut relief sa figure douloureuse4 ,au milieu du boulevard dsert1 on le reconnaissait de loin4 ,les yeux demi ferms1 la jambe tranante1 ttonnant du bton1 qu'il tenait d'une main tremblante1 comme un aveugle la recherche de son chemin1 il ressemblait un vaincu de la vie1 qui poursuit sa route solitaire1 ddaign du monde et le ddaignant son tour4 ,soudain1 il s'arrta2 d'une main il fit son geste coutumier de saisir ses vtements1 de l'autre il dessina vaguement avec sa canne un demi-cercle sur le trottoir4 ,ses yeux s'ouvrirent2 sa bouche pronona quelques paroles inarticules1 et c'tait comme s'il prparait une allocution un auditoire invisible4 --,cher matre1 voulez-vous dner avec nous8 ,nous serons dans un endroit tranquille avec ,marcel ,schwob et ,cazals1 et nous pourrons causer tout notre aise4 --,c'est convenu2 mais je me sens assez mal dispos aujourd'hui1 rpondit ,verlaine en sortant de son rve3 ,j'ai eu des chagrins ce matin4 ,gueuse inepte1 lche bourreau4 ,horrible1 horrible1 horrible femme6 ,tristes querelles6 ,j'ai cherch me distraire3 ,ah1 si je bois c'est pour me soler1 non pour boire#a6 #a ,ici je me permets d'abrger l'entretien4 ,le pote a trop de tact et de savoir-vivre pour citer ses propres vers au cours de sa conversation4 ,oui1 sans doute1 j'irai avec vous4 ,nous tcherons d'tre bons amis1 et de nous amuser4 ,car1 hors l'amiti1 il n'y a point d'amusement4 ,le regard qui accompagnait ces paroles tait affectueux1 mais les paroles elles-mmes sonnaient un peu creux comme un vieux souvenir vaguement rappel pour le besoin de la cause4 --,vous savez que je suis hant ces jours-ci par une image terrible4 ,je ne peux pas m'empcher de penser aux personnages du roman de ,huysmans1 ,l-bas4 ,la messe noire1 la souillure de l'hostie1 et puis le chanoine ,docre1 qui dit la messe de ,satan pour les fidles du ,diable6 ,quel homme1 ce chanoine ,docre6 ,verlaine ne faisait que rpter ce mot2 videmment l'trange sonorit du nom l'attirait4 ,le chanoine ,docre6 ,il s'arrtait pour jouir plus son aise de toutes les images que cette combinaison de sons voquait4 ,et la scne nocturne de la messe diabolique avec sa liturgie sacrilge se droulait devant son imagination4 ,le pote s'amusait comme un enfant qui regarde des estampes pleines d'horreurs4 ,le chanoine ,docre6 et il frappait le pav du bton pour exprimer sa joie4 ,tout coup1 le visage changea d'expression2 les traits sur lesquels une lueur de volupt avait gliss l'instant d'auparavant devinrent rigides2 la main1 qui venait de caresser sa moustache1 se dressa en un geste svre4 --,la messe6 ,penser que durant les sicles passs le mme culte a t clbr1 toujours invariable1 et qu'il se maintiendra sans changement jusqu'au dernier jour6 ,tout passe2 seule1 cette parole restera1 comme elle a t institue ds le commencement4 ,de toutes les parties du monde cette voix s'lve1 partout la mme1 avec son sens inexhaustible1 que tous les sicles venir sont incapables d'approfondir4 ,ceci restera2 ceci est inbranlable4 ,les paroles de la messe sont graves sur un airain que l'ternit mme ne saurait entamer4 ,nous tions arrivs prs du ,panthon2 de rares passants troublaient l'aspect inanim de la rue et nous ne perdions rien des paroles que le pote murmurait1 comme une litanie rcite pour se confirmer dans de bonnes penses4 ,mais1 secouant la tte1 il poursuivit d'un autre ton1 en reprenant le fil de ses ides premires3 --,la messe noire6 ,mais la vraie messe de ,satan est la messe dite par un prtre qui n'y croit point4 ,le chanoine ,docre prouve prcisment sa croyance la vertu de la messe par la peine qu'il prend pour rendre les paroles de l'office sacrilges4 ,le chanoine ,docre6 ,et le jeu subtil de l'imagination du pote lui suggrait de changer de rle avec le serviteur de ,satan4 --,il n'existe pas de pch que je n'aie commis1 dit-il firement1 et sa tte se releva4 ,tous les pchs capitaux1 je les ai commis en pense et en action6 ,un vritable damn4 ,seulement1 et un vague sourire illumina ses traits qui ne pouvaient garder longtemps leur expression tragique1 seulement je ne crois gure qu'on puisse m'accuser de simonie4 ,il jouait avec cette nouvelle ide4 ,cela aurait t gentil1 n'est-ce pas8 si j'tais devenu prtre et si j'tais mont de degr en degr jusqu' tre archevque de ,paris1 grce la simonie1 s'entend1 point pour mes vertus1 naturellement4 ,ah6 je n'aurais pas eu de repos que tous les quartiers de la ville n'eussent leurs vques2 ,paris vaut bien cela6 ,la bonne ide1 hein8 et les beaux noms6 vque de ,grenelle1 vque de la ,villette1 vque de ,batignolles1 vque du quartier ,latin6 ,quelle drle de ,table ,ronde et comme elle serait anime6 ,vous verrez1 cela se fera4 ,et le pote riait encore1 en entrant dans la petite salle isole du restaurant1 o quelques-uns de ses amis s'taient rassembls4 ,mais ses penses s'en retournrent bientt la clbration de la messe4 --,tout est sublime dans cette liturgie1 dit-il2 pas le moindre acte qui n'ait sa raison mystique4 ,le prtre lve la coupe des deux mains et par ce geste il veut runir tous les hommes pour les faire participer l'acte sacr3 il n'exclut personne4 ,le protestant ne fait usage que de la main droite pour porter la coupe ses lvres1 comme s'il voulait dire3 ,allez-vous en1 pcheurs1 vous n'avez rien faire ici4 ,au contraire1 le prtre de ,satan prend la coupe de la main gauche2 il ne remplit son ministre que pour les pcheurs1 le chanoine ,docre6 ,mais ,verlaine1 cette fois-ci1 ne donna pas dans la diversion1 que ce nom semblait gnralement provoquer chez lui4 --,comme je hais tout ce qui est jansniste1 ou protestant1 mesquin1 en un mot6 ,vouloir rapetisser la nature humaine1 m'enlever1 moi1 la suprme jouissance de la communion6 de la communion par laquelle je participe au corps de ,dieu6 ,quiconque croit que ma foi n'est pas sincre ne connat pas l'extase de recueillir dans son corps la chair mme du ,seigneur4 ,pour moi1 c'est un bonheur qui m'tourdit3 c'est une motion physique4 ,je sais trop bien que j'en suis indigne3 il y a plus d'un an que je n'ose plus aller recevoir l'hostie4 ,la dernire fois que j'ai communi1 je me suis senti un instant pur et lav de tous mes pchs1 et le soir mme444 ,non1 non1 j'en suis indigne4 ,un sourire voluptueux illumina la tristesse du visage2 mais ,verlaine1 d'un mouvement de la tte1 rejeta la tentation et de nouveau les traits reprirent leur expression srieuse et vague4 --,si ,jsus avait t un homme1 il ne pourrait rien pour moi4 ,comment me le reprsenter ainsi8 ,comme un ,boulanger en mieux8 ,mais de quelle valeur ce fait-l serait-il pour moi8 ,pour me sauver de ma misre1 j'ai besoin d'un ,dieu1 non d'une personne qui un jour a vcu sur la terre1 et dont la vie peut se reconstruire l'aide de documents vieux ou nouveaux4 ,ah6 niais1 qui croyez que la figure de ,jsus est renferme dans le cadre de quelques mchants petits livres6 ,croyez-vous donc que le christianisme est sorti des vangiles8 ,que c'est ,jean1 ce brave homme tourment par ses curieuses visions dans l'le de ,patmos1 qui a essay de le lancer1 ou ,mathieu1 cet honnte employ de douane8 ,non1 non1 ce sont les pauvres femmelettes du peuple qui ont gard fidlement les souvenirs de la ,passion et de la ,croix2 c'est ,nron1 faiseur de martyrs1 qui a sauv la foi au ,christ et qui en a fait une chose de douleur et de sang4 ,car pour moi ,jsus est le crucifi2 il est mon ,dieu parce qu'il a souffert1 parce qu'il souffre4 ,je le vois devant mes yeux1 couvert d'horribles blessures1 suant l'angoisse suprme comme les petites femmes de ,jude l'ont vu dans leurs jours4 ,agenouillons-nous donc et croyons avec ces pauvres d'esprit4 ,le peuple sent simple et vrai4 ,l se trouve le sens commun4 ,il y a des gens qui rvent rvolutions et horreurs parce que le peuple de plus en plus devient le matre4 ,btise que celle-l4 ,aussitt que le peuple sera en tat de dire son opinion vraie1 il se montrera vritable conservateur4 ,il y a dans le peuple une grande force conservatrice et rgnratrice1 qui rattache le pass l'avenir4 ,les gens vraiment sont ports pour la tradition4 ,nous assistons dj au commencement d'une nouvelle priode1 qui tiendra les traditions en honneur4 ,n'est-ce pas intressant de remarquer que nous avons pour prsident de la rpublique un ,carnot1 l'hritier d'un nom clbre au temps de la grande rvolution8 ,aprs ,napolon ,ier vient ,napolon ,,iii et le grand ,carnot engendre l'honnte ingnieur qui nous gouverne4 ,dans la vie1 il n'y a rien d'autre que transmission1 qu'hrdit1 que tradition4 ,c'est pourquoi1 moi aussi je suis pour la tradition4 ,sur ces mots1 la tte incline du pote se redressa3 les yeux regardrent firement l'entour1 les veines du front s'emplirent4 ,l'artiste1 qui condamnait la posie la mode de nos temps et sa recherche de modles tranges et trangers1 s'tait rveill en ,verlaine1 et l'homme qui ne voulait pas tre une chose morte du pass pour la gnration nouvelle parla en lui d'une voix haute et claire2 le philosophe1 qui ne voulait pas qu'on ngliget ses leons1 entra en colre1 et c'tait le ,jupiter tonnant comme ,cazals l'avait dessin quelques jours avant1 dardant son regard terrible sur ,moras4 ,seulement c'tait un dieu fulgurant1 sur le visage duquel on lisait que1 bon homme au fond1 l'instant d'aprs il se chaufferait les mains la chaleur qui se dgagerait de ses propres foudres4 --,je soutiens1 dit-il1 que ,racine est le premier pote du monde4 ,quel gnie comique dans ses ,plaideurs6 ,vous pouvez tre assur qu'il s'tait nourri de la molle de ,villon1 de ,rabelais et mme d',aristophane1 si vous y tenez4 ,parlez donc d'un dveloppement littraire1 qui1 travers le moyen-ge1 va rejoindre le monde antique6 ,allez voir d'abord chez ,racine6 ,est-ce que ses tragdies bibliques ne comptent donc pas8 ,l'esprit chrtien et l'art antique n'y sont-ils pas fondus8 ,et quel grand souffle passionn1 mme dans ,esther6 ,la petite ,juive1 perdue parmi les dtours de l'immense palais1 dans l'auguste prsence du ,roi des ,rois1 inaccessible au commun des mortels1 ,dans un palais1 soie et or1 dans ,ecbatane444 ,comme c'est dlicieux6 ,ah6 j'en suis triste jusqu'aux larmes6 ,cet homme unique n'a dispos que d'un nombre restreint d'expressions4 ,il est un peu maigre1 ,racine1 pour l'oreille qui demande des sons pleins et fournis4 ,s'il avait eu notre provision et notre choix de mots1 que n'aurait-il pas fait8 ,shakespeare6 ,pourquoi me lancer toujours ce nom6 ,il a du talent1 certainement2 qui dirait le contraire8 ,mais ce ,shake-pear1 ce secoueur de poires1 n'a pas attrap le fruit d'or1 le fruit unique qui l'aurait marqu pour tre le premier gnie du monde4 ,auprs de ,racine1 c'est un pdant1 un jansniste6 --,mais cher matre4446 --,je n'exagre rien1 reprit ,verlaine avec vhmence4 ,je ne veux rien dire de mal de son ,othello1 ni1 pour ma part1 de son ,henri ,,viii2 mais le nommer en mme temps que ,racine1 lui1 le cuistre1 le sale gredin6 ,je dis m4446 ,et ,verlaine firement passa les mains sur ses moustaches et sa barbe1 comme s'il provoquait un ennemi invisible2 puis un sourire ironique trs doux tira les coins de sa bouche et de ses yeux1 et ce sourire1 par une transition imperceptible1 se figea dans l'abstraction morne de son visage douloureux4 --,cher matre1 lui dit ,cazals pour l'amener un autre sujet de conversation1 vous devriez nous lire de vos vers pour notre dessert4 ,et il lui tendit le livre de ,jules ,tellier1 ,nos ,potes1 qui contient quelques fragments de l'uvre de ,verlaine4 ,le pote feuilleta le volume sans mot dire4 ,puis il se mit lire la prire1 tire de ,sagesse1 dans laquelle il offre son corps et sa vie au ,seigneur4 ,o mon ,dieu6 vous m'avez bless d'amour ,et la blessure est encore vibrante1 ,o mon ,dieu6 vous m'avez bless d'amour4 ,o mon ,dieu6 votre crainte m'a frapp ,et la brlure est encore l qui tonne1 ,o mon ,dieu6 votre crainte m'a frapp444 ,noyez mon me aux flots de votre vin1 ,fondez ma vie au pain de votre table1 ,noyez mon me aux flots de votre vin4 ,voici mon sang que je n'ai pas vers1 ,voici ma chair indigne de souffrance1 ,voici mon sang que je n'ai pas vers4 ,voici mon front qui n'a pu que rougir1 ,pour l'escabeau de vos pieds adorables1 ,voici mon front qui n'a pu que rougir4 ,voici mes mains qui n'ont pas travaill1 ,pour les charbons ardents et l'encens rare1 ,voici mes mains qui n'ont pas travaill4 ,nous coutions dans un profond silence les paroles du pote4 ,le geste de sa main exsangue suivait doucement la mesure lente du rhythme1 mais qui vibrait d'une passion extatique1 et le regard immobile restait fix sur la page ouverte3 ,voici mon cur qui n'a battu qu'en vain1 ,pour palpiter aux ronces du calvaire1 ,voici mon cur qui n'a battu qu'en vain4 ,voici mes pieds1 frivoles voyageurs1 ,pour accourir au cri de votre grce1 ,voici mes pieds1 frivoles voyageurs1 ,dieu de terreur et ,dieu de saintet1 ,hlas6 ce noir abme de mon crime1 ,dieu de terreur et ,dieu de saintet1 ,vous1 ,dieu de paix1 de joie et de bonheur1 ,toutes mes peurs1 toutes mes ignorances1 ,vous1 ,dieu de paix1 de joie et de bonheur1 ,vous connaissez tout cela1 tout cela1 ,et que je suis plus pauvre que personne4 ,le ton de la voix baissait1 baissait4 ,la petite salle du restaurant1 bien banale et toute nue1 avec sa boiserie de chne peint1 comprimait les sons des paroles qu'on aurait voulu s'imaginer chantes en prire sous les votes d'une cathdrale4 ,et pourtant4441 oh6 le sentiment mlancolique pars dans l'atmosphre de la chambre1 aurolant la simple table du restaurant1 couverte des restes du repas1 avec une lueur attendrissante1 tandis que le pote assis disait sa confession de pauvre me en peine4 ,vous connaissez tout cela1 tout cela1 ,et que je suis plus pauvre que personne1 ,vous connaissez tout cela1 tout cela4 ,mais ce que j'ai1 mon ,dieu1 je vous le donne4 ,tout coup une voix aigre cria3 ,h6 ,verlaine1 qu'est-ce que tu fais1 l-bas8 ,attends un peu1 je vais apporter ma chaise et mon verre pour me mettre avec vous4 ,un petit homme1 haut en couleur1 les yeux tincelants1 entra dans la chambre en titubant lgrement1 et quoique les autres convives ne le connussent gure1 il se trouva son aise en un instant1 faisant mille questions1 grenant tout un chapelet d'anecdotes et se montrant bon camarade1 quoique fcheux4 ,verlaine rpondait aux panchements de cur du nouvel arriv par une sorte de gaiet factice2 bientt cependant il se tut et pour de bon4 ,son esprit tait ailleurs2 il tomba dans une rverie confuse1 et ses penses s'envelopprent de brouillards pais4 ,son voisin seul l'entendit murmurer3 ,quand on mne une chienne de vie comme la mienne1 il faut avoir des amis partout et des amis bien tranges1 ne ft-ce que pour couvrir ses derrires4 ,et ce mot1 avec sa perspective infinie de misre1 ne fut que la transition ces dernires paroles3 ,si j'avais assez d'argent pour pouvoir vivre1 je ne sortirais plus de mon fauteuil1 mais je rvasserais tout le temps1 les jambes tendues devant le feu4 ,travailler1 causer avec les gens1 je dteste a444--,m4446--,mais je suis pauvre1 voyez-vous6 ,la voix du pote se perdit dans cette plainte3 ,et que je suis plus pauvre que personne1 ,vous connaissez tout cela1 tout cela4 ,,tristesse ,cette nuit1 aprs avoir pris cong de ,verlaine1 j'ai eu des ides noires4 ,je me suis promen sur les quais de la ,seine2 le ciel tait sombre1 la rafale me cinglait le visage2 de temps en temps on ne voyait rien devant soi1 mais c'tait l le moindre de mes soucis4 ,j'tais poursuivi par le titre que ,henri ,heine a donn un de ses livres3 les ,dieux en exil1 un nom trange1 hautement significatif4 ,nous savons tous que les dieux1 lors de la ruine du paganisme1 se rfugirent sous terre pour y habiter avec les gnomes et les dmons4 ,on dit aussi que dans cette socit ils prirent quelques traits de caractre leurs nouveaux camarades4 ,figurez-vous qu',apollon1 le dieu de la lumire et de la posie1--car lui aussi a d subir cette humiliation1--revoit par une grce spciale1 aprs des sicles d'absence1 la splendeur du ciel olympien4 ,est-ce que le dieu1 boiteux depuis sa chute1 montera1 comme avant1 sur le char du soleil8 ,est-ce qu'il prendra les rnes avec la fiert vigoureuse des jeunes annes8 ,fera-t-il chanter les cordes de sa lyre comme jadis1 ou hsitera-t-il veiller des sons qu'il a dsappris peut-tre8 ,est-ce que parfois mme il n'prouvera pas le dsir de retourner vers les marais qui croupissent sous terre1 ce pauvre dieu fltri et dfait1 qui se sent un peu confus devant le rayonnement insolent de l'ther immacul4448 ,ah6 je ne cherche pas m'abuser sur mon motion1 en imaginant des figures de rhtorique3 je suis triste2 je ne puis pas ne pas penser cette parole si humble qui m'a serr le cur3 ,je suis pauvre1 voyez-vous6 ,et il y a encore autre chose qui m'oppresse sans que je puisse donner un nom prcis ma peine4 ,pauvret est vertu1 mais non pour celui qui n'aurait pas d l'tre1 et qui ne sait pas tre pauvre4 ,alors1 tout comme la servitude1 d'aprs les anciens1 elle te la moiti de l'me1 et laisse l'autre moiti en butte aux moqueries des indiffrents4 ,l'existence d'un grand pote1--non d'un pote1 car il n'y a pas de degrs--ne devrait pas tre ouverte aux regards de tout le monde2 il y a je ne sais quoi de sacr en elle1 le principe mme de l'individualit humaine1 qui est chose ineffable4 ,et voil que je me surprends chercher sous toutes les paroles qui sont sorties de sa bouche un sens strictement personnel4 ,je me demande3 pourquoi cette querelle cherche ,shakespeare8 ,est-ce qu'il sent l'affinit de leurs deux natures et se mprise-t-il en lui8 ,pourquoi cette prdilection pour ,othello8 ,parce qu'il est jaloux1 jaloux comme un enfant1 qui veut toute force qu'on lui fasse raison et que cette scne de jalousie l'attire8 ,jusqu' sa mise nglige avec cette petite recherche d'une couleur voyante1 excite ma curiosit4 ,je cherche la mettre en rapport avec le mot3 ,il faut garder ses derrires4 ,est-ce que cette mise n'est pas une sorte de livre1 qui le protge en le rendant connu de tous1 une sauvegarde1 qui lui assure sa libert d'aller et de venir1 dans des endroits qui ne sont pas sans prils pour les autres8 ,ces questions et leurs solutions indiquent d'elles-mmes le sentiment pnible qu'excite en moi tout ce qui se rattache l'existence du pote4 ,tout homme isol1--et un vritable artiste ne marche jamais en bande1--a besoin de protection et instinctivement il se cre un organe de dfense personnelle4 ,l'un s'enveloppe de mystres1 l'autre d'orgueil1 un troisime d'insolence4 ,leur excentricit est l'arme par laquelle ils tiennent la foule distance4 ,le rugissement du lion1--le lion marche seul dans le dsert1--me semble une sorte de blague par laquelle il soutient le renom de son indpendance4 ,verlaine1 lui1 n'a d'autre arme dfensive que sa pauvret1 sa misre1 sa blessure profonde4 ,il est l1 devant l'entre de la cathdrale de l'humanit1 sur une des marches de l'escalier1 et il excite la piti curieuse des passants par la bndiction qu'il prononce en montrant sa hideuse plaie saignante4 ,je ne puis pas passer comme les autres devant lui2 pas maintenant4 ,il m'est impossible de m'arracher ce spectacle4 ,il me gte le monde1 il me gte l'humanit1 il me gte l'art4 ,cette blessure terrible1 je la vois dans mon propre cur1 je la sens chez les autres4 ,mais pourquoi le pote a-t-il pris plaisir dchirer jusqu'au cur de l'art8 99 99 99 99 99 ,est-il une puissance aux cieux ou sur terre qui puisse renouer la trame brise1 rparer les ruines1 cicatriser la dchirure8 ,la ,compassion8 ,une voix trs douce et lointaine1 timide un peu1 mais fire aussi un peu1 rpond3 la ,rsignation4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,la ,g,n,,ration ,d',,hier --,venez donc fumer une cigarette3 il y a trop longtemps que j'en ai envie6 dit ,lon ,cahun en me faisant passer du salon o les convives s'taient runis aprs dner1 dans son cabinet de travail4 ,deux ,tatares arms de pied en cap1--,tatares en effigie toutefois1--y montaient la garde4 ,des yatagans1 des sabres recourbs et de vieux fusils formaient des trophes contre la muraille2 un sheikh de l',arabie ,ptre1 aux traits nergiques1 saillissant du cadre de sa photographie avec toute la vigueur de ses yeux sombres1 dardait un regard svre4 ,lon ,cahun s'assit1 les jambes croises sous lui1 la faon orientale1 et roula une cigarette4 ,maintenant que les traits de son visage taient en repos1 il y avait peut-tre quelque ressemblance entre sa physionomie et le portrait arabe1 pendu au mur au-dessus de sa tte4 ,mais ce repos ne durait jamais plus que l'espace d'une seconde1 le temps de rouler un peu de tabac grenu dans une feuille de papier4 --,je suis sr que cela vous intressera d'apprendre1 dit-il en allumant sa cigarette1 que cet appartement a t habit autrefois par ,jules ,sandeau4 --,sont-ce donc l deux ,mongols qui lui sont rests dans son bagage littraire et qu'il n'a su placer dans aucun de ses romans8 --,pardon2 ce sont deux gredins que j'ai recruts moi-mme en ,asie ,mineure4 ,sandeau n'a rien laiss ici1 sauf les quatre murs et la vue4 ,mais elle est admirable1 la vue qu'on a ici4 ,regardez6 ,et cet homme1 qui n'aurait su rester en place un seul instant1 s'tait lanc vers la grande fentre1 qu'il ouvrit d'un seul mouvement4 --,quel air frais1 n'est-ce pas8 ,voyez donc toutes ces lumires sur la ,seine et le long des quais6 ,quelle admirable ide a eue l'tat de me loger ici dans l',institut de ,france1 l'endroit le plus beau et le plus anim de ,paris4446 --,et o l'esprit de ,sandeau vous excite vous mesurer avec lui en crivant des romans1 tmoin ,hassan le ,janissaire#b6 #b ,lon ,cahun1 ,hassan le ,janissaire1 #aeaf4 ,bibliothque de romans historiques4 ,armand ,colin et ,cie1 diteurs4 --,oh6 ,jules n'a rien y voir1 ,hassan1 je vous le certifie4 ,l'avez-vous lu1 mon ,janissaire8 --,hlas6 jusqu'ici je n'ai pu trouver le loisir ncessaire1 mais je compte m'y mettre la premire matine que j'aurai de libre4 --,peuh6 vous avez autre chose faire2 je ne voulais pas vous demander de lire mon roman1 mais vous prvenir seulement qu'il y a dans ce livre des choses dont je ne suis pas entirement satisfait4 ,d'abord il y a une question trs difficile de l'histoire de la tactique que je n'ai pu rsoudre compltement4 ,tout ce qui a rapport la tactique de l'arme turque dans ,hassan est emprunt un livre qui est postrieur de #be ans aux aventures que j'ai attribues mon janissaire4 ,a vrai dire1 il n'existe pas de raison pour nous faire supposer que dans cet espace de temps il y ait eu un changement significatif dans l'art de faire la guerre2 mais on ne saurait atteindre la sret complte4 ,ensuite444 ,il ne faut pas penser que tous ces dtails importent peu3 quand on a vcu avec son hros1 comme je l'ai fait1 on ne peut souffrir l'ide qu'il y aura peut-tre par ci par l quelques inexactitudes4 ,j'ai tudi moi-mme jusque dans ses moindres particularits la route de marche que suit dans mon livre l'arme du ,sultan travers l',asie ,mineure et la ,syrie4 ,chaque hameau1 chaque dtour du chemin est l1 devant mes yeux2 j'ai log dans les maisons que ,hassan a habites et j'ai caus avec les soldats du padishah1 des identiques sujets1 qui formaient sans doute la matire des conversations dans le rgiment de ,hassan4 ,les formes de l'existence et la faon de vivre ne changent gure en ,orient4 ,c'est plus fort que moi3 partout o je vois des gens1 je suis pouss aller nouer conversation4 ,connatre les hommes1 c'est l ma curiosit1 mais comprenez-moi bien1 des hommes vivants2 la psychologie1 la morale et toutes ces abstractions ne sont ni de mon got1 ni de mon mtier4 ,j'aime causer avec les gens1 pour lire leurs penses1 je veux savoir leur condition et leur race4 ,ce n'est pas pour rien que je suis ethnologue1 quoique je ne croie gure aux caractres spciaux d'une race1 considre simplement en tant que race4 ,la race1 voil encore une abstraction4 ,non1 chez l'homme il y a des facults d'adaptation et d'imitation1 des influences religieuses et sociales qui1 avec la race1 rglent et dterminent les variations dans sa faon de vivre1 dans sa stature et dans sa physionomie4 ,il ne faut jamais1 pour indiquer la nature d'un peuple1 parler exclusivement de la race2 il faut toujours y ajouter la date exacte et les circonstances environnantes4 ,il est encore plus facile de faire cette observation en ,orient1 o la vie elle-mme gnralise et produit des types1 que dans une ville moderne1 o les diffrences d'individu individu servent introduire de la confusion dans nos thories4 ,ceci est pour moi une vrit incontestable3 sous la race1 sous la religion1 sous la socit politique et certains gards indpendant de ces facteurs de l'humanit1 il y a l'homme4 ,ah6 tre mme de les saisir leur origine1 ces forces vives de l'humanit1 simples comme ce que nous voyons tous les jours1 mais les seules relles qui existent1 dit ,lon ,cahun qui semblait de son regard perant vouloir sonder les profondeurs de mon me4 ,une fois entr dans le cercle o se mouvaient les penses et la personnalit de cette nature originale1 on s'apercevait trs vite qu'on avait affaire un homme dont le cerveau1 sous le coup d'une tension continuelle1 mettait vers tous les cts des ides et des hypothses4 ,il y avait encore chez lui un apport incessant de vie intrieure1 qui recueillait les impressions du dehors1 les classait et se les appropriait4 ,son esprit tait un instrument en mme temps trs sensible et trs solide1 ne s'arrtant rien1 sans perdre pour cela son quilibre1 et l'homme lui-mme1 nerveux l'excs et impressionnable1 mais se redressant toujours comme un ressort1 tait un exemple frappant d'une nature ardente1 recherchant les aventures de toute sorte1 mais retenue et mene par la discipline de l'ducation ou de la tradition4 --,vous comprenez1 poursuivit-il1 que ce ,janissaire1 pour moi1 appartient dj au pass4 ,je m'occupe maintenant d'un tout autre genre d'hommes1 qui au point de vue o je me place ont un intrt encore plus grand pour mes tudes sur l'humanit4 ,vous avez certainement entendu parler des invasions mongoles en ,europe au ,x,i,i,ime sicle1 et vous savez que leurs khans ont fond l'empire le plus grand qui ait jamais exist1 depuis les frontires occidentales de la ,russie jusqu' la mer ,pacifique1 et du ,ple ,nord jusqu' la mer des ,indes4 ,eh bien6 nous n'avons jamais rien appris sur ces hordes que par leurs ennemis ou par des trangers1 qui avaient voyag dans les contres soumises leur puissance4 ,je veux faire connatre ces ,mongols l'aide des sources mongoles elles-mmes4 ,et alors vous verrez quelque chose d'un trs haut intrt4 ,pourquoi ces bandes de guerriers se battaient-ils8 ,pour leur patrie8 ,mais c'tait un mlange de toutes les nations4 ,pour la foi8 ,mais toutes les religions taient tolres2 et je pourrais citer des exemples fort curieux1 pour vous montrer que1 mme pour les chrtiens1 le christianisme ne venait qu'au second rang auprs de l'honneur d'appartenir l'arme mongole4 ,pour le butin alors8 ,mais pour le vritable soldat le pillage est toujours une exception et la discipline svre est la rgle4 ,non1 le seul lien qui les unissait1 c'tait l'attachement du militaire son drapeau et son rgiment1 la camaraderie1 le besoin de marcher ensemble1 que sais-je8 ce sentiment si simple qui fait du soldat un soldat1 et qui est le vritable motif de tous les mouvements des masses4 ,je puis en parler1 moi qui ai l'esprit militaire3 oui1 j'ai le caractre du vritable troupier1 c'est un hritage de famille4 ,aussitt qu'on a bien voulu nous prendre comme soldats1 nous avons fait la guerre4 ,mon aeul a combattu la bataille de ,valmy1 et peine ,napolon ,,iii fut-il tomb1 que je m'engageai comme volontaire4 ,vous comprenez1--j'tais rpublicain-ultr1--cela aurait t un peu fort d'aller se battre au profit de ,badinguet4 ,aprs sa chute1 j'ai fait de mon mieux4 ,on m'a nomm officier et mes hommes m'adoraient4 ,a la proclamation de la ,commune1 ils me pressrent de me mettre leur tte2 je crus qu'il tait plus sage de n'en rien faire2 je n'avais pas grande confiance en moi-mme2 ils m'auraient persuad et entran2 je me serais laiss aller1 et qui sait ce qu'en aurait t la fin8 ,ma nature est trop impressionnable4 ,j'ai choisi le parti le plus prudent1 naturellement1 mais je vous avouerai qu'il m'a beaucoup cot de quitter mes hommes4 ,la vie en commun exerce une influence trs prononce sur l'esprit4 ,croiriez-vous qu'aprs la campagne je me sentais le cerveau envahi d'une douce btise8 ,il m'a fallu plus d'un an et demi pour me soustraire la contagion4 ,cependant j'y ai gagn quelque chose3 j'ai compris ce que c'tait qu'un soldat2 non pas seulement l'aventurier1 mais le soldat1 l'homme qui marche parce que les autres se mettent en marche4 ,et ce fut la base de mes tudes sur l'esprit militaire pendant le cours des sicles4 ,j'ai commenc par les ,phniciens4 ,sachez1 en effet1 qu'il y a aussi un marin en moi4 ,quels dlicieux voyages j'ai faits dans la ,mditerrane et la mer ,polaire6 ,et de quels tranges personnages n'y ai-je pas fait connaissance6 ,j'ai des amis tant parmi les capitaines de vaisseaux que parmi les matelots4 ,l'un d'eux qui commandait un paquebot de la ,mditerrane1 un ,marseillais1 tait bien l'homme le plus sans-gne que j'aie jamais vu4 ,il jouait avec les lments2 le vent et les flots semblaient lui obir4 ,cur d'or1 mais caractre extrmement difficile6 ,personne1 ni de ses suprieurs1 ni de ses infrieurs1 n'a jamais os lui rsister4 ,quand les passagers l'ennuyaient il avait une faon fort originale de les renvoyer dormir dans leurs cabines4 ,il leur affirmait qu'il comptait sur vingt-quatre heures au moins de temps favorable1 mais c'tait avec une mine si soucieuse qu'il paraissait craindre une tempte violente4 ,et en continuant leur assurer que ce ne serait rien1 il leur faisait une peur atroce2 ils se sentaient pris du mal de mer et s'clipsaient l'un aprs l'autre4 ,rien n'tait plus drle pour ceux qui taient dans le secret que cette subite dbandade devant un danger imaginaire suggr par une malicieuse antithse4 ,et quel plaisir c'tait de causer longtemps sur le pont solitaire aprs une excution ainsi termine suivant toutes les rgles de la politesse franaise6 ,ces rcits de vieux loups de mer ont veill en moi le dsir de raconter les aventures des ,phniciens et les expditions presque oublies de nos anciens voyageurs normands4 ,puis1 viendront vos ,gueux de mer2 mais je ne pourrai pas y penser avant d'avoir achev l'tude de mes ,mongols4 ,il me reste encore bien des choses faire1 avant de pouvoir me mettre ce livre-l4 ,je vais prendre un soldat qui a fait partie de l'expdition contre la ,hongrie1 en #abda1 et je ne connais pas encore de vue la contre qu'il doit traverser4 ,je sais seulement qu'aujourd'hui la physionomie du pays est entirement diffrente de celle qu'il prsentait au ,x,i,i,ie sicle4 ,par consquent1 avant de faire mon voyage en ,hongrie1--et je compte bien y aller1--il me faut avoir termin toutes mes tudes prparatoires d'aprs les textes1 afin de pouvoir me figurer exactement ce qu'tait la contre du temps de mon hros4 ,j'prouve un trs grand plaisir penser d'avance ce voyage2 je me sentirai de nouveau soldat1 comme en #ahgj1 quand j'tais au milieu de mes hommes1--je puis bien dire de mes camarades--car nous nous adorions4 ,on a racont bien des choses sur l'esprit des troupes d'alors et sur les sentiments des gens de la ,commune4 ,mais le jour viendra1--il est dj venu1 je crois1--o on jugera plus quitablement les personnes qui furent mles ce mouvement4 ,il y avait l1 comme dans chaque rvolution1 quelques criminels et quelques fous qui se mettaient en avant1 avec une majorit de niais derrire eux2 mais il y avait l aussi la minorit des bons et des modrs1 qui la longue fait entendre sa voix et domine les autres4 ,malheureusement1 son pouvoir de rsistance tait amoindri par la misre du sige4 ,vous ne pouvez gure vous imaginer jusqu' quel point l'exhaustion nerveuse tait arrive3 un seul verre de vin suffisait pour faire perdre la tte mes hommes4 ,ainsi il n'y a point de raison d'tre surpris que1 sous la ,commune1 il se soit commis des violences jamais inexcusables2 peut-tre y a-t-il plutt lieu de s'tonner qu'il n'y en ait pas eu un plus grand nombre4 ,et voici ce que je voudrais encore vous dire3 pendant la ,commune la proprit a t respecte bien davantage que durant les premiers jours de l'entre des troupes versaillaises4 ,alors1 c'tait la cruaut insolente qui triomphait4 ,mais ne vous y trompez pas3 ce n'tait pas l'arme rgulire qui agissait ainsi3 c'taient les hommes de recrue1 les nouveaux arrivs des quatre coins de la ,france1 qui jetaient leur gourme en tuant les misrables et en dtruisant les maisons4 ,les vieux militaires se mordaient les lvres d'assister ces scnes de soldatesque ivre de sang1 des scnes que rien ne rendait1 aprs tout1 ncessaires4 ,il y a beaucoup plus de vritable humanit dans un vieux soldat qu'on ne le croit d'ordinaire4 ,mais les jeunes1 a perd la tte2 peine se trouvent-ils en prsence de ce qu'ils ne voient pas tous les jours qu'ils croient ne pouvoir combattre l'extraordinaire qu'en exagrant leurs forces jusqu' la plus sauvage brutalit4 ,un vrai soldat garde sa prsence d'esprit partout4 --,et voil pourquoi cet ge est sans piti1 dit ,lon ,cahun en souriant de son enthousiasme pour l'tat militaire4 ,mais j'entends de la musique au salon4 ,si vous m'en croyez1 nous n'allons pas rester ici perdre notre temps en philosophant de choses et d'autres4 ,toutefois1 attendez un instant2 je tiens vous donner d'abord un exemplaire de ,hassan1 un exemplaire authentique2 car le pudique diteur m'a ray un mot que ,hassan et ,molire ont employ dans leur temps sans y rien voir de mal1 mais qui1 dans les pensionnats de jeunes filles1 semble-t-il1 n'est pas d'un usage journalier4 ,et ,hassan n'aurait pas t un vrai janissaire s'il n'avait parfois exhal son mpris pour son ennemi en le traitant de cocu4 ,aussi1 je vais rtablir pour vous le texte original4 ,et de son criture large et simple1 ,lon ,cahun rintgra le terme exil sur la page immacule1 toute fire maintenant d'avoir perdu sa virginit4 ,,hassan ,hassan le ,janissaire n'est pas un livre troublant4 ,il a t crit par un savant qui1--et c'est une exception rare1--a le sens commun4 ,vraiment1 un rudit qui entend l'art de penser simplement n'est pas chose qu'on rencontre tous les jours4 ,la plupart des gens restent confus1 quand on leur montre de l'extraordinaire1 mais le sage sait trouver le point de vue1 parce que1 mme en prsence de l'trange et du merveilleux1 il se borne ce qu'il sait1 o il est pass matre4 ,les aventures de ,hassan se droulent dans une priode de la plus grande importance2 c'est l'histoire d'un soldat qui prend part l'expdition contre les ,mamelouks1 par laquelle le sultan allait prendre possession de l'gypte4 ,et c'est un moment dcisif de l'histoire du monde4 ,l'quilibre politique se dplace en faveur du pouvoir des ,osmanlis2 leur empire est raffermi1 et la suprmatie sur les pays de la ,mditerrane semble devoir leur donner brve chance la domination de l',asie1 de l',afrique et de l',europe en mme temps4 ,hassan ne s'aperoit gure de toutes ces ventualits qui rendent probable dans un avenir rapproch la solution du grand problme du pouvoir universel4 ,il est pouss par des puissances qui ne s'occupent que du banal terre terre4 ,un officier charg de recruter des soldats pour les armes du ,sultan l'enlve la maison paternelle1 et il part avec lui2 son rgiment reoit l'ordre de s'embarquer et il s'embarque avec les autres2 il tombe bout de forces sur le champ de bataille1 aprs avoir distribu des coups droite et gauche1 et il apprend de ses camarades que la victoire est de leur ct4 ,entre temps1 toute sorte d'aventures particulires2 et il s'y conduit avec plus ou moins de bonheur et d'adresse4 ,en un mot1 les ides qui gouvernent le monde de son temps passent inaperues de lui2 il n'a pas trop de tout son esprit pour se tirer sain et sauf des nombreuses bagarres o il est ml4 ,cependant par l mme il nous donne l'explication de l'histoire extraordinaire de l'empire ottoman4 ,n'a-t-on pas dit que c'tait le sous-officier allemand qui a remport la victoire de #ahgj8 ,et n'est-il pas certain que cette victoire me serait rendue bien plus claire1 si je pouvais me figurer exactement comment un soldat prussien tait disciplin lui-mme et savait discipliner ses subordonns1 que si l'on me faisait connatre une foule de donnes gographiques1 stratgiques et diplomatiques dont la connexit passerait ma comprhension8 ,c'est cette explication-l que me donne ,hassan pour le temps o il vivait1 parce que des hommes comme lui taient les instruments au moyen desquels se poursuivait l'extension du pouvoir des ,osmanlis4 ,il fait partie d'un tout qui s'appuie sur lui l o il a sa place4 ,la manire dont ce tout fonctionne est une abstraction que nous ne pourrons jamais nous reprsenter d'une manire adquate et satisfaisante4 ,il faut se contenter d'un peu prs4 ,l'existence de ,hassan nous fait approcher de la connexion des vnements par en-dessous1 si l'on me permet cette expression vulgaire4 ,il ne voit que ce qui lui arrive1 et il ne voit pas loin3 et cependant il nous donne l'impression trs vive d'tre attach une grande communaut d'intrts et de sentiments indpendants de lui en apparence1 mais reposant sur lui en ralit4 ,le charme du livre consiste en ce que le rcit va droit son but4 ,hassan ne fait pas de phrases4 ,il aime avec passion tous les dtails du service militaire2 mais comment lui en faire un reproche puisqu'il ne nous ennuie jamais1 en parlant de son mtier8 ,la vie l'amuse et il ne regarde pas en arrire4 ,le sort le secoue parfois d'une faon terrible2 la discipline est extrmement svre1 les coups de bton ne manquent pas2 une seule fois mme la punition est presque trop forte pour tre supporte4 ,mais en revanche l'existence a de bons moments2 il y a d'excellents camarades au rgiment et les amis peuvent compter les uns sur les autres jusqu' la mort2 puis les yeux des femmes qui regardent les militaires sont bien doux et les capitaines sont indulgents pour les petites escapades2 mme les officiers suprieurs sont moins bourrus qu'on ne le croirait leur extrieur4 ,et la discipline mme a son bon ct4 ,hassan1 qui n'est que trop enclin se laisser entraner par la premire sottise qui lui passe par la tte1 en sait quelque chose4 ,une fois mme une enjleuse lui a persuad de charger son me du plus grand crime qu'on puisse s'imaginer ici-bas3 la dsertion4 ,heureusement que la vie nous procure l'occasion de rparer les fautes commises1 mme les plus graves4 ,l'essentiel1 partout et toujours1 c'est d'avoir le cur bien plac4 ,et puis il y a quelque chose qui peut nous consoler au milieu des risques extrmes de l'existence3 personne n'chappe sa destine4 ,a la lecture de ce livre1 il m'est bien venu parfois le soupon que ,hassan donnait un peu dans l'exagration romanesque en contant ses amours avec la belle ,vnitienne1 qui l'entranera un jour vers sa perte4 ,mais d'autre part l'existence du soldat n'est pas complte sans quelques aventures o la fantaisie joue un plus grand rle que la vrit1 et cette lgre pointe de fanfaronnade est compense par une foule de petits traits1 qui montrent que1 dans ces souvenirs d'un janissaire nous avons affaire un homme vritable et vridique4 ,avec quelle finesse ,hassan se dpeint dans une remarque passagre au moment o il s'est rfugi1 en compagnie de sa chre ,vnitienne1 la belle ,lorenza1 dans la maison d'une amie qui l'aime1 elle aussi6 ,en musulman qu'il est1 il ne voit pas d'inconvnient avoir deux femmes la fois2 mais comme il veut faire pnitence pour les pchs qu'il a commis1 il prononce le vu de ne point toucher son htesse1 ,nazmi1 la ,musulmane1 avant que le ,kadi n'ait lgitim leur union4 ,pour ,lorenza1 poursuit-il1 je ne pus en venir une rsolution dfinitive4 ,je le crois bien3 ,lorenza1 c'est le pch1 c'est--dire ce dont on ne peut pas s'abstenir4 ,nazmi1 c'est la vertu1 que l'on chrit et que l'on respecte4 ,nazmi est la figure la plus aimable et la plus vivante du livre1 quoiqu'elle reste l'arrire-plan1 ce qui d'ailleurs est la place de la femme2 indulgente sans faiblesse1 gaie sans extravagance1 pleine de bon sens sans pruderie1 une vraie femme de soldat4 ,elle sait diriger son entourage1 sans qu'on s'aperoive que c'est elle qui tient les rnes4 ,je pense qu'elle a ses ides elle sur le caractre et l'intelligence de ,hassan1 mais jamais un doute ne lui viendra sur la bont de son cur4 ,et le sort traite ,hassan un peu la manire de sa ,nazmi1 mais plus brusquement4 ,par moments il lche la bride et ,hassan se sent libre comme un poulain foltre2 puis il la resserre vivement et ,hassan comprend qu'il lui faut recueillir toutes ses forces pour ne pas rester en arrire4 ,et il s'amuse toujours en marchant sur la grande ou la petite route que le destin lui ouvre4 ,je regrette vraiment que l'me de ,hassan soit alle1 depuis si longtemps1 rejoindre celle de ses aeux4 ,comme j'aurais aim lui rendre visite dans sa maison d',alep1 o il s'est retir avec sa ,nazmi1 aprs avoir quitt le service6 ,je le vois l1 devant mes yeux1 assis sur le divan1 les jambes croises sous lui1 un trophe de poignards et d'arquebuses suspendu au-dessus de sa tte1 l'armure complte des janissaires appuye contre le mur4 ,au fond1 peut-tre qu'il ne saurait m'apprendre sur les problmes de la vie rien que d'autres ne pussent m'enseigner aussi bien4 ,mais c'est la simplicit et la faon presque antique dont il me communiquerait sa sagesse44444444 ,un ancien soldat n'est pas cruel4 ,il peut secouer un peu brusquement la vie et tout ce qui touche l'existence2 mais il ne la mettra pas en pices3 il ne la dchirera pas3 il ne l'oserait jamais4 ,,la ,g,n,,ration ,d',,aujourd',,hui ,je voulus savoir quelle tait l'opinion de ,jules ,renard sur ,hassan le ,janissaire4 --,un beau livre6 dit ,renard4 ,comme l'auteur s'est donn de la peine pour nous intresser ce qu'il avait nous raconter6 ,il y en a1 l1 des choses6 ,du ,turc1 de la tactique1 de l'archologie6 ,moralement1 ,jules ,renard demeure aux antipodes4 ,sa renomme littraire est tablie sur la publication d'un petit volume qui a paru chez ,lemerre1 et de ce volume mme ce ne sont que les vingt premires pages qui ont attir l'attention4 ,il est l'ennemi dclar de tout ce qui n'est pas rel4 ,il n'arrive gure sur notre bonne vieille maman de terre le plus simple accident que les commres1--et les compres aussi1 hlas6--du voisinage ne se prennent bavarder sur son importance2 elles ressuscitent des histoires anciennes et se hasardent faire des prdictions sur les suites probables de l'affaire4 ,toutefois1 la plus mchante de ces commres habite dans notre propre cur1 et toute occasion elle cherche donner de l'air ses griefs1 ses sentimentalits et autre littrature4 ,en attendant1 le pauvre fait1 dans son enveloppe de phrases sans signification prcise1 mne une vie latente1 comme le papillon dans son cocon4 ,la littrature nous reprsente vivement cette particularit de la gent bavarde de ne pouvoir laisser tranquille un vnement qui se passe en dehors ou au dedans de nous2 et elle est devenue l'art d'ensevelir une seule exprience de l'auteur dans un tombeau fragile de trois cent cinquante pages4 ,chacun a fait cette observation son tour2 chacun1 avec toute l'loquence dont il pouvait disposer1 a prch aux autres3 soyez vous-mme2 que votre uvre ne nous fasse voir ni du mysticisme moyen-ge1 ni de la posie la ,byron1 ni du pessimisme la ,flaubert1 mais votre personnalit seule1 qui est bien vous3 ce que vous avez vu et senti vous-mme sous le coup de votre motion2 et surtout soyez bref2 nous savons mieux que vous les ornements de votre rcit et son cadre4 ,et cependant on a continu laborer des volumes de trois cent cinquante pages4 ,agissez d'aprs mes paroles4 ,jules ,renard a eu l'originalit de suivre le prcepte qu'on lui criait de toutes parts1 et comme la fortune aime venir en aide aux ingnus1 il a obtenu ds le commencement de sa carrire sa place lui dans le monde des lettres1 ce qui ne veut pas dire peu de chose4 ,qu'est-ce donc qui lui a fray la route8 ,renard a racont l'histoire d'un petit garon aux cheveux roux4 ,poil-de-,carotte1 un soir1 a reu l'ordre de fermer le poulailler1 et il a eu peur dans l'obscurit2 il lui est arriv un petit malheur au lit1 et il a d en porter la peine2 son frre l'a bless et c'est lui qui a subi la punition2 il ronfle et on le rveille brusquement2 il veut se rendre agrable ses parents2 et c'est le contraire qui est le rsultat de ses efforts4 ,l'histoire de ,csar vous intresse davantage8 ,je le pense1 si vous croyez utile de vous enthousiasmer pour des ides qui sont au-dessus de votre comprhension1 ou plutt1 dont vous ne saurez contrler l'exactitude4 ,pour moi1 au contraire1 ces expriences comptent seules qui m'ont mis mme de dcouvrir ce que je vaux en ralit4 ,notez bien1 je ne nie point qu'on ne puisse voquer dans mon imagination des sensations dlicieuses et de belles images1 en me donnant le contact vague et momentan d'ides qui traversent ma conscience comme les arolithes sillonnent notre systme plantaire3 mais je maintiens que tout cela n'a gure de rapport srieux avec la vritable nature de mon caractre4 ,je creuse plus profondment4 ,qui donc jugerait de la valeur d'un terrain sans avoir pntr jusqu' l'argile rouge et dure du sous-sol8 ,la terre fine et friable qui le recouvre peut produire des plantes charmantes1 mais elle n'est pas le terrain2 du moins elle ne l'est point aux yeux du paysan et du connaisseur4 ,c'est ainsi que je crois entendre raisonner l'auteur de ,sourires ,pincs4 ,toutefois sa manire de traiter un sujet n'est pas aussi simple qu'elle le parat au premier coup d'il4 ,arrtons-nous un instant une de ces scnes d'enfance de son livre et prenons par exemple celle o l'auteur raconte comment un soir son petit hros1 ,poil-de-,carotte1 reoit l'ordre d'aller fermer le poulailler4 ,le soir est venu et la petite famille est rassemble autour de la lampe4 ,tout coup1 la mre se souvient qu'on a oubli les poules2 les deux ans1 sous quelque prtexte futile1 ne bougent pas1 parce qu'ils ont peur2 c'est affaire au plus jeune1 qui passe pour un vaurien4 ,poil-de-,carotte s'aventure au milieu des tnbres1 plein de frayeur1 et voit des monstres sans nom le menacer dans l'obscurit4 ,quand il retourne la lumire1 aprs avoir accompli sa tche1 il se sent hros1 et croit fermement que les autres l'admireront pour sa vaillance4 ,quelle est la dsillusion qui l'attend1 lorsqu'il cherche l'expression de cette admiration sur leurs visages6 ,les deux ans continuent leur travail sans lever les yeux et la mre dit de sa voix sche3 ,poil-de-,carotte1 tu iras les fermer tous les soirs4 ,l'incident1 pour petit qu'il soit1 est devenu tout un drame4 ,poil-de-,carotte a prouv un choc dans sa conscience de gamin4 ,d'abord humili comme le plus petit qui semble cr pour faire les besognes dsagrables1 il prend joliment sa revanche en se donnant la sensation exquise d'une fiert de hros triomphateur des ombres de la nuit4 ,mais le sens qu'il attribue cette petite comdie hroque a t fauss par l'attitude que le monde1 je veux dire sa famille1 a prise envers lui3 tous l'ont pouss vers l'obscurit et le danger1 lorsqu'il a eu peur2 personne ne l'a remarqu1 lorsqu'il a donn la preuve suprme de son courage4 ,et cet accompagnement en sens inverse1 enflant la voix quand on se sent dprim1 baissant le ton et jouant la nonchalance1 quand on est exalt par l'accomplissement de son devoir1 indique bien le chassez-croisez perptuel que font l'individu et son entourage4 ,c'est l'exprience la plus pnible et la plus commune de l'existence et c'est l'exprience fondamentale de la personnalit pendant sa priode de croissance4 ,les rcits suivants ajoutent des traits nouveaux la physionomie morale du petit garon4 ,poil-de-,carotte entrera en conflit avec le prcepte3 tu ne seras pas cruel1 tu ne mentiras pas2 le pauvre martyr de sa propre bonne volont sera pouss mme violer la premire rgle de l'humanit3 tu aimeras tes parents4 ,et le sermon que le monde1 se fondant sur ces grandes lois morales1 ne manquera pas de lui faire aura toujours pour base une fausse opinion sur ce qui se passe au fond de son cur4 ,le cur de ,poil-de-,carotte ne rpond gure l'vnement tel que les autres l'ont vu4 ,c'est ainsi que le petit garon marche la dcouverte de lui-mme et de ce qui est en dehors de lui4 ,cependant l'auteur se restreint aux faits seuls de son rcit2 avec un pouvoir rare sur son talent il sait faire tenir le rcit1--et naturellement1 sans l'ombre d'intention1--dans les bornes d'une conscience d'enfant4 ,par l'nergie simple et l'intgrit de son langage il empoigne le lecteur et le contraint comprendre ce que ,poil-de-,carotte ne distingue encore que vaguement4 ,on voit la figure du pre bienveillant1 mais un peu nonchalant pour les choses du mnage2 on sent l'esprit de domination et le cur exclusif plutt que dur de la mre4 ,or ,poil-de-,carotte voit seulement le dtail des actes qui le touchent1 tandis que ses sentiments ne sont que le reflet direct de ces actes sur sa conscience d'enfant4 ,renard atteint1 grce l'incroyable puret de son dessin1 l'effet que tout grand artiste se propose3 veiller une motion intense par les moyens les plus simples2 son style1 je ne dirai pas son stylet1 dcoupe avec une sret tonnante le contour des choses1 sans rien faire crier ni craquer4 ,rarement ce talent succinct montre qu'il n'est pas encore parvenu sa pleine maturit soit par un peu de scheresse1 soit par une certaine recherche de l'esprit force de vouloir tre bref4 ,ce sont l les excs de ses qualits1 mais le genre de talent de ,renard ne comporte point d'excs4 ,il va droit comme la flche2 tout ce qui la fait dvier lui fait manquer son but4 ,il n'est pas question ici de se laisser aller l'aventure4 ,tout concourt tenir l'action du rcit sur la ligne stricte qui doit nous conduire o l'auteur veut nous mener4 ,il n'y a pas marchander avec lui2 il nous donnera ce qui est ncessaire1 rien de plus1 rien de moins4 ,et par contre-coup nous nous figurons le conteur1 comme fait l'image de son travail1 ngligeant tout ce qui n'est pas de son domaine exactement limit1 ayant rduit son individualit l'expression la plus simple et la plus personnelle4 ,a ce propos j'entends un dialogue de deux adversaires1 qui discutent dans quelque compartiment de mon cerveau4 --,n'est-ce pas ter le charme de l'art et de la vie que de lui enlever le terrain libre et vague par lequel l'homme entre en communion avec ses semblables8 ,les plus nobles sentiments sont clos au contact du monde extrieur1 ds que l'homme a appris sortir de lui-mme4 --,mon exprience est tout autre1 dit ,poil-de-,carotte2 quand j'ai voulu me rapprocher des autres1 mon contact avec le monde1 comme vous l'appelez1 n'a produit que des malentendus1 pour ne pas employer de gros mots4 --,mais alors c'est l'gosme pur que vous prchez8 ,quelle cruaut envers la vie6 --8 ,ce point d'interrogation1 qui1 selon l'intention de l'interlocuteur1 veut dire tout simplement qu'il se soucie fort peu du nom qu'on voudra donner ses sentiments1--je le maintiens dans ma pense1 mais j'y attache un sens diffrent4 ,il signifie que j'hsite vraiment me prononcer pour l'un des deux adversaires jusqu' ce qu'une uvre nouvelle1 dfinitive1 celle-l1 me permette de me ranger du ct de l'artiste qui1 en crant des types ternels1 rsout les problmes que les autres hommes posent4 ,,ou ,,allons-,,nous8 ,jules ,renard1 bien qu' l'entre de sa carrire d'auteur1 a laiss loin derrire lui les souvenirs de sa vie libre d'tudiant4 ,il demeure sur la rive droite1 mme moralement4 ,il reoit ses amis avec le mme empressement dont ceux-ci usent de son hospitalit cordiale4 ,il ne diffre pas d'aspect des gens comme vous ou un autre et en dehors de ses autres bonnes qualits il a l'avantage d'tre encore jeune4 --,non6 me dit ,jules ,renard1 quand j'cris je veille uniquement ce que mes phrases se tiennent bien4 ,je ne me soucie nullement de ce que les autres ont fait dans leur temps4 ,je n'appartiens aucune cole2 ce que je sais du moins1 je n'ai appris le mtier de personne4--,flaubert8--,je l'admire profondment2 ,flaubert a une faon honnte et nette de dire les choses qui me va droit au cur2 seulement son langage est trop rhythmique mon avis1 et il a une manire de lier ses phrases1 comme s'il en voulait faire des strophes1 qui me dplat1 parce que je crois que si on veut crire de la prose il ne faut faire absolument que de la prose4 ,la moindre apparence de chantonnement y sonne faux4 ,la forme doit revtir le sens1 sans le moindre pli2 petite pense1 petite phrase4 ,mais ce sont l les principes de l'art4 ,puis le reste va de soi4 ,je ne saurais faire un plan d'avance2 je l'ai fait quelquefois1 mais sans le moindre succs4 ,ou bien pendant le travail je l'oubliais compltement1 ou bien1 en m'y tenant je faisais fausse route4 ,j'cris ce que je sens en crivant4 ,cela ne russit presque jamais au premier abord2 je passe des journes ma table de travail sans avancer d'une ligne2 enfin1 aprs cette priode d'incubation1 vient un moment o ma nouvelle s'achve en un clin d'il4 --,avez-vous quelque ide sur la route que vous suivrez dornavant8 ,chacun a son rve1 qu'il veut raliser4 --,je vous assure que non1 dit ,renard avec le ton fort accentu d'une conviction profonde4 ,j'ignore o j'aboutirai et je n'y pense jamais4 ,seulement je suis convaincu d'tre sur la bonne voie1 et cela me suffit4 ,je me sens comme un voyageur dans une contre trangre2 il sait qu'il suit la direction qui le mnera o il doit aller1 mais chaque dtail du chemin est pour lui une nouveaut et une dcouverte1 tout comme la halte o il arrivera au bout de sa journe4--,mais pourquoi restons-nous debout8 ,la voix de ,renard1 trs fire tandis qu'il m'assurait qu'il se savait sur le bon chemin1 reprit le ton habituel de la conversation4 ,l'aimable hte1 donnant le bon exemple1 se laissa tomber dans un fauteuil tout son aise1 et1 poursuivant le sujet entam1 il le traita de sa faon ordinaire1 o un grain d'ironie se mlait une certaine expression nonchalante de supriorit intellectuelle4 --,je suis trs reconnaissant aux gens de chercher une thorie philosophique sous l'histoire de ,poil-de-,carotte4 ,cela montre qu'ils s'occupent de mon livre et cela ne peut qu'tre agrable un auteur4 ,peut-tre mme s'y mle-t-il un peu d'envie2 car je ne m'en sens point capable1 moi qui n'ai eu d'autre ide en tte1 quand j'crivais ,poil-de-,carotte1 qu' bien rendre la figure de ,poil-de-,carotte4 ,pour moi un rcit doit s'expliquer lui-mme4 ,une interprtation en dehors ou ct du livre est une chose qui me confond4 ,maurice ,barrs me disait ces jours-ci qu'il tait en train d'crire un commentaire sur sa propre uvre4 ,j'ai risqu la timide observation qu'il pouvait employer plus utilement son temps1 puisque son commentaire n'expliquerait rien qui ne ft dj clair auparavant4 ,il me regarda avec quelque tonnement2 mais comme je lui affirmais qu'en tout cas ces pages seraient intressantes1 puisqu'elles venaient de lui1 nous nous sommes spars bons amis4 ,ce besoin de chercher anguille sous roche dans nos livres indique pourtant qu'on nous lit4 ,mais qui donc nous achte8--je parle de nos livres1 naturellement4--,c'est l ce qui excite ma curiosit4 ,faiblesse dont j'ai honte vraiment1 mais j'avoue de bon cur que j'aimerais1 un jour1 voir le succs de mon livre ralis devant moi sous forme d'un homme en chair et en os qui emporterait mes ,sourires ,pincs sous son bras aprs avoir dment vers ses trois francs sur le comptoir du libraire4 ,j'ai cru rencontrer dernirement un spcimen de cette espce peu prs disparue4 ,c'tait prs du ,panthon4 ,un monsieur trs bien1 ma foi1 fouillait dans un talage de bouquins4 ,parmi tous ces livres1 il choisit le fruit de mes veilles et de mes rves4 ,de loin ce choix attira mon regard4 ,quel auteur ne reconnatrait son livre entre mille1 mme une lieue8 ,je restais l1 le guetter2 oui1 j'tais tomb assez bas pour attendre l'issue4 ,cet homme a mis ma patience une forte preuve4 ,il faut bien que le bouquin l'ait intress1 puisqu'il continuait lire1 et tchait mme1 le misrable6 de voir ce qu'il y avait entre les pages4 ,il lisait avec une telle ardeur que je croyais fermement voir arriver le miracle3 cet homme-l avait le dsir d'emporter mon livre4 ,et je le guettais toujours4 ,enfin il le dposa parmi les autres volumes qui attendaient leurs acheteurs1 et s'en alla1 le tratre6 ,et mon dsir restait inassouvi3 encore un qui le sera toujours4 ,car jusqu'ici je ne crois pas l'existence de gens qui achtent des livres1 mes livres4 ,cependant on vous demande de continuer en faire4 ,on pousse mme l'exigence jusqu' vous imposer une certaine contrainte4 ,poil-de-,carotte6 ,c'est toujours ,poil-de-,carotte4 ,je suis sr qu'on ne sera nullement satisfait1 si dans mon prochain recueil ce gamin ne montre pas sa tte aux poils roux2 et si je l'y fais figurer je puis prdire en toute sret qu'on me dira3 ce n'est pas l l'original des ,sourires ,pincs4 ,voil une perspective plaisante pour un auteur3 quoi qu'il fasse ou crive1 il sait que ce sera une dception pour le monde et pour lui4 ,faites donc des plans1 quand la mauvaise russite est certaine1 mais surtout occupez-vous donc du problme qu'agitent en ce moment tant de ttes vides1 pour dterminer la forme future du roman4 ,eh6 mon roman n'aura pas de succs1 c'est la seule chose que contienne ma provision d'ides sur ce point4 ,pour le reste1 adressez-vous mon voisin ou mon voisin d'en face ou un autre3 ils vous donneront leur thorie sur la littrature de demain4 ,moi1 je ne tiens pas de thories dans ma boutique4 ,et sous tous ces sarcasmes1 moqueurs la bonne faon plutt qu'amers1 j'entendais rsonner ces fires paroles3 je ne sais qu'une chose3 je suis dans la bonne voie4 ,,une ,,impression ,j'avoue qu'au premier instant je me sentis assez dpays en entrant dans la salle o taient exposs les tableaux de ,claude ,monet4 ,j'y tais venu sur une invitation gnrale du peintre1 que je pouvais considrer un peu comme une invitation personnelle3 et mon premier mouvement fut de m'en aller1 aussitt arriv4 ,ces couleurs voyantes1 ces lignes zigzagantes1 bleues1 jaunes1 vertes1 rouges et brunes1 qui dansaient une sarabande folle sur les toiles firent violence mes yeux habitus aux grisailles de la peinture nationale4 ,la salle tait encore vide4 ,j'eus donc le temps de rflchir et de choisir mon aise une place qui me permt de bien voir4 ,il y avait l quinze tableaux reprsentant tous la mme meule prise des heures diffrentes du jour et aux diffrentes saisons de l'anne4 ,l'artiste1 aprs avoir peint des paysages normands et l'agitation des grandes capitales1 avait vou une anne de sa vie observer l'existence d'une meule au milieu des reflets changeants de la lumire3 il avait choisi une chose trs simple1 tout prs de sa maison1 et qu' chaque instant il avait sous la main4 ,un de ces tableaux montrait la meule en pleine gloire4 ,un soleil d'aprs-midi y brlait la paille de ses rayons pourpre et or et les brindilles allumes flamboyaient d'un clat blouissant4 ,l'atmosphre chaude vibrait visiblement et baignait les objets dans une transparence de vapeur bleutre4 ,vraiment ce tableau triomphait de tous les doutes qu'on aurait pu opposer l'art du matre et l'il du spectateur tait forc irrsistiblement recrer au moyen de ce bariolage de couleurs la vision du peintre4 ,cette toile m'apprit voir les autres2 elle les veillait la vie et la vrit4 ,aprs avoir hsit d'abord jeter les yeux autour de moi1 je sentais maintenant une jouissance rare parcourir la srie des tableaux exposs et la gamme des couleurs qu'ils me montraient1 depuis le pourpre carlate de l't jusqu' la froideur grise du pourpre mourant d'une soire d'hiver4 ,a cet instant1 ,claude ,monet entra dans la salle2 je lui donnai mon impression pour ce qu'elle valait4 --,vous avez raison1 dit-il avec la belle franchise d'un grand artiste qui sait apprcier la sincrit des paroles qu'on lui adresse4 ,voici ce que je me suis propos3 avant tout j'ai voulu tre vrai et exact4 ,un paysage1 pour moi1 n'existe point en tant que paysage1 puisque l'aspect en change chaque moment2 mais il vit par ses alentours1 par l'air et la lumire1 qui varient continuellement4 ,avez-vous remarqu ces deux portraits de femmes au-dessus de mes meules8 ,c'est la mme jeune femme1 mais peinte au milieu d'une atmosphre diffrente2 j'aurais pu faire quinze portraits d'elle1 tout comme de la meule4 ,pour moi1 ce ne sont que les alentours qui donnent la vritable valeur aux sujets4 ,quand on veut tre trs exact on prouve de grandes dceptions en travaillant4 ,il faut savoir saisir le moment du paysage l'instant juste1 car ce moment-l ne reviendra jamais et on se demande toujours si l'impression qu'on a reue a t la vraie4 ,et le rsultat8 ,voyez ce tableau-l1 au milieu des autres1 qui ds le premier abord a attir votre attention1 celui-l seul est parfaitement russi1--peut-tre parce que le paysage alors donnait tout ce qu'il tait capable de donner4 ,et les autres8--il y en a quelques-uns vraiment qui ne sont pas mal2 mais ils n'acquirent toute leur valeur que par la comparaison et la succession de la srie entire4 ,pour qui voudrait chercher l'analogie entre la littrature et la peinture d'une poque1 il y aurait peut-tre dire quelque chose sur la tendance1 commune aux deux arts1 d'observer et d'exprimer le fait dans son propre milieu aussi fidlement que possible3 analyse exacte qui ne prend sa pleine signification qu'en se rattachant des impressions du mme genre4 ,et cette analyse-l ne vaut que par la synthse que l'artiste nous fait faire nous-mmes4 ,ide fertile1 si je ne me trompe1 et que je tcherai de vrifier4 ,,intermezzo ,j'aurais aim la discuter avec ,marcel ,schwob2 c'est l'ami de ,renard1 auquel celui-ci faisait allusion1 lorsqu'il en appelait aux amateurs de thories littraires4 ,malheureusement je le trouve en proie deux jeunes potes1 dont le premier volume de vers vient de paratre1 et ils ont absorb toute la conversation4 --,il faut exalter ses sentiments1 disait l'un4 --,il faut donner une conscration symbolique ses impressions1 disait l'autre4 --,pour mes rendez-vous1 je choisis toujours une glise1 reprenait le premier2 l'encens1 les cierges1 l'autel1 la vote majestueuse1 rehaussent de leur clat sombre ma sensualit4 --,quand je pense la femme aime1 soupirait le second1 je vois monter l'horizon de mes penses l'image d'un lys1 qui dploie sa corolle immacule au milieu du silence sacr d'un lac perdu dans la solitude des forts immenses4 ,dj1 un doux sommeil commenait me presser les paupires1 et il tait berc par l'alternance idyllique de ces chants enfantins1 lorsque le nom de ,stphane ,mallarm1 prononc par un des interlocuteurs1 me rveilla tout coup et pour de bon4 ,a mon grand regret j'avais manqu l'occasion de faire la connaissance personnelle de l'artiste si clbr par les potes1 si nglig par le public1 qu'il tient distance par la manire dont il leur prsente ses ides1 d'un bloc1 nimbes d'une clart complexe1 tel un cristal taill angles rentrants4 ,il demande un effort trop grand l'intelligence moyenne de notre temps4 ,mme on pourrait se demander si jamais quelqu'un voudra se donner la peine de goter son uvre4 ,le temps nous l'apprendra2 pour l'heure prsente1 c'est un dtail ngliger4 ,ce qui me frappait surtout1 c'est qu'tant venu pour changer des ides sur l'influence de l'tat social sur la littrature j'entendais sans cesse prononcer le nom de l'homme qui place l'art comme une chose absolue1 en dehors et au-dessus de toutes les variations que la succession des sicles peut apporter4 ,c'est ainsi que ,sal1 fils de ,kis1 sortait de la maison paternelle pour aller la recherche du btail perdu1 et qu'il trouvait un royaume4 ,seulement1 les royauts de ce temps-ci me semblent encore moins solides qu'elles ne l'taient dans ce pass vnrable4 --,mallarm1 disait-on1 est avant tout un charmant homme et un charmeur4 ,il sait communiquer aux autres l'inspiration de gnrosit qui prside ses paroles1 et ses actes4 ,toute ide troite se tait devant lui4 ,on prtend mme que1 grce au charme irrsistible de sa personnalit1 il a su persuader l'diteur ,lon ,vanier de lui donner pour l',aprs-midi d'un ,faune une somme suffisante pour acheter un quipage4 ,figurez-vous un cheval et une voiture pour un simple pome lyrique6 ,c'est incroyable6 ,aussi ajoute-t-on pour rendre vraisemblable ce rcit miraculeux qu'il ne s'agirait au fond que d'une charrette ne pour ,mlle ,mallarm2 mais1 mme rduite ces dimensions plus modestes1 la chose confine au fabuleux4 ,pourtant il n'y a plus l rien d'incomprhensible ds que l'on entend causer le pote4 ,oh6 le causeur puissant et entranant6 ,quelle mine inpuisable d'anecdotes6 ,le hasard ou la moindre allusion excite sa verve tincelante et elle se rpand en une profusion de saillies ingnieuses et humoristiques4 --,oui1 oui1 dit ,b444 entre ses dents1--il venait de rejoindre notre petit groupe et tait ce soir-l d'humeur dmolir tout ce qu'il rencontrait sur son chemin4 ,mallarm a en effet les saillies les plus ingnieuses3 il soigne son langage1 et serait capable de prparer un accident pour le plaisir seul d'en mailler sa conversation4 ,l'autre ne se laissa pas dconcerter4 --,l'esprit de ,mallarm se montre surtout quand le pote est pris l'imprvu4 ,le directeur d'un grand journal1 qui avait assist une de ses improvisations1--si je me rappelle bien1 c'tait propos d'un vase fleurs1--tout mu de ce qu'il venait d'entendre1 pria le pote d'en faire une chronique pour son journal et lui promit monts et merveilles4 ,mallarm ne put refuser et1 quoiqu'il ait horreur d'crire pour les journaux1 il rdigea l'article dsir4 ,mais1 rflchissant ce qu'il avait dit et mettant sur le papier ses souvenirs1 il composa un essai entirement diffrent4 ,quand il l'apporta la rdaction1 le directeur n'y reconnut plus rien de ce qu'il avait admir et l'article ne fut pas reu4 --,quelle singulire manie de vouloir clairer tout ce qui vous passe par la tte la lumire de trente-six chandelles quand une pauvre petite flamme aurait suffi pour nous le faire voir1 dit ,b444 ,mais l'autre continua1 comme s'il n'et pas remarqu l'interruption3 --crire1 pour ,mallarm1 c'est pontifier4 ,quand1 debout devant l'autel de l'art1 il adresse la parole ses fidles1 il n'emploie pas le langage de tous les jours4 ,il a rendu au verbe son pouvoir antique d'voquer la vision des choses et la ralit des sentiments4 ,et comme la prire est en mme temps un cri de l'me et la rponse entendue au fond du cur1 ses posies ne contiennent pas l'expression d'un dsir qu'elles n'apaisent aussitt4 ,seulement il faut tre initi pour savoir les lire1 ces pomes2 mais combien peu ont pntr jusqu' leur centre mystique d'o une haute volupt rayonne sur les adeptes6 --,pauvres profanes que nous sommes1 pour qui ces plaisirs divins et autres divertissements littraires resteront lettre close6 dit ,b4444 --,dites croyants1 si vous ne voulez pas du mot d'initis1 dit l'autre de plus en plus anim4 ,mallarm1 lui1 aime employer l'image de la messe1 quand il veut nous donner une ide du chef-d'uvre parfait1 qui sera le couronnement de l'art1 comme le sacrifice de la messe est l'expression la plus haute du culte chrtien4 ,ce chef-d'uvre-l ne peut tre qu'unique et suffira seul aux communiants1 car il rsumera toutes les crations potiques existantes et leur donnera l'achvement final et suprme4 ,avec des gestes solennels1 liturgiques1 il sera rcit des jours dtermins de l'anne et ainsi sera satisfait le besoin qu'prouve l'humanit de participer l'infini par le seul moyen du verbe pur4 --,tout ce qui promet des miracles en dehors de l'glise me semble tenir du charlatanisme1 dit ,b444 d'un ton ddaigneux4 --,moi1 rpondit schement le philosophe de la petite runion1 je tiens ,mallarm pour un de ces talents striles1 qui cherchent une compensation leur manque de facult cratrice en construisant des thories pleines d'esprit4 ,et plus ces projets semblent beaux1 moins on a de chance de les voir excuter4 --,mais vous oubliez entirement1 dit celui qui avait parl le premier1 que le ,matre a consacr toute sa vie prparer le pome parfait4 ,quiconque a pass le seuil de son cabinet de travail a pu y voir ces cartons remplis de papiers1 dont je ne me suis jamais approch sans prouver une motion intense4 --,mais qui donc a jamais vu ce que contiennent ces papiers-l8 demanda ,b444 sur un ton taquin4 --,dites plutt3 qui serait assez prsomptueux d'y jeter les yeux6 observa l'autre4 --,je sais positivement1 dit le philosophe1 que ces cartons ne contiennent444 ,au moment o il allait nous rvler le secret des cartons du pote1 de nouveaux arrivs se joignirent notre petit cercle2 le bruit qu'ils firent en remuant les chaises interrompit l'entretien commenc et la conversation gnrale ne se renoua plus4 ,ainsi l'nigme1 dont j'avais t sur le point d'entendre la solution1 devait rester mystrieuse pour moi1 et ce soir-l je quittai mes htes sous l'impression1 que je retrouve chaque lecture du pome de ,schiller1 la ,statue voile de ,sas3 je sens qu'on me cache une chose que j'ai le droit de savoir4 ,,efforts ,,et ,,tendances ,le jugement que portait ,richepin sur l'uvre de ses confrres tait imprgn d'une bonhomie que certes l'on n'aurait pas cherche chez le pote de la ,chanson des ,gueux et des ,blasphmes4 ,et l'entretien dans son cabinet de travail1 ouvert des deux cts au soleil1 tait une vritable rcration de l'esprit1 fatigu par les rcriminations haineuses de la bataille littraire qui ailleurs allait son train de sarcasmes en dnigrements et de dnigrements en injures personnelles4 ,jules ,renard mit la conversation sur le ,cadet1 de ,richepin4 ,ce roman1 comme l'on sait1 est l'histoire d'un gnie rat1 qui se venge de l'injustice du sort en prenant d'abord l'honneur1 puis la vie son frre an1 dont il n'a reu que des bienfaits2 il meurt son tour1 abhorr des hommes1 en fauve solitaire4 ,rcit saisissant1 qui n'a qu'un seul dfaut1 c'est qu'il y a manque d'unit dans le ton gnral de l'ouvrage3 parce que la passion du ,cadet pour la terre1--et c'est une influence de la ,terre de ,zola1--y apporte un lment lyrique qui aurait pu aussi bien rester hors de la trame du rcit et de l'action des personnages4 ,d'ailleurs1 le drame vous empoigne par la vrit psychologique de ses situations4 --,on en parle rarement1 dit ,renard1 et il me semble pourtant que c'est le plus fort de vos livres4 --,le livre est dur1 dit ,richepin1 et il se carra dans son fauteuil comme pour s'aider surmonter intrieurement cette duret dont il s'accusait4 ,il a t dur faire1 et il est rest dur lire4 ,on n'a plus le temps de s'occuper d'un livre pareil4 ,nous ne lisons plus1 parce que nous ne pouvons pas tout lire4 ,je fais de mon mieux3 mais voyez o j'en suis rest dans le roman de ,huysmans1 ,l-,bas1 un livre pourtant qui mrite bien d'tre tudi4 ,combien de choses neuves il nous apporte et quelle application immense au sujet que l'auteur s'est propos6 ,le ,cadet aussi m'a cot une peine infinie2 c'est un livre tout en dedans1 qui a mis du temps sortir4 ,mais qui donc1 je vous le demande1 peut y prendre got8 ,on s'attend autre chose de ma part4 ,ils veulent que je reste pote4 ,on me pardonne un roman comme ,miarka1 parce que le rcit est potique1 comme ils disent1 et qu'il faut bien passer quelque chose la fantaisie d'un pote4 ,pour le reste1 non4 ,ds qu'on a perc1 les ,parisiens mettent une tiquette votre nom1 et ils ne souffrent pas que l'on s'carte du rle pour lequel ils vous ont dsign4 ,a prsent1 comme je frappe trois portes la fois1 ils m'en tiennent deux fermes4 ,et ils ont raison peut-tre1 poursuivit-il de sa voix douce4 a console toujours les autres de pouvoir se dire3 ,pote1 oui1 nous l'admettons1 mais il n'a eu que des checs au thtre ou dans le roman quand il a essay de rivaliser avec ,zola et ,daudet4 tre pote1 a suffit bien1 je pense4 ,il y a des hommes de grand talent1 qui ne peuvent pas se faire l'ide que leurs uvres soient relativement impopulaires2 ,rosny1 par exemple4 ,celui-l n'a jamais pu comprendre pourquoi ses romans n'ont pas eu autant d'ditions que ceux d',ohnet4 ,il a crit expressment son roman clef le ,termite1 parce qu'il croyait qu'en y introduisant des personnes vivantes il donnerait de l'actualit ses livres et le peu de succs que le ,termite a obtenu auprs du public ordinaire lui a caus une grande dception4 --,c'est la faon embarrasse dont ,rosny exprime sa pense1 qui lui barre la route du vrai succs1 dit ,renard4 ,il ne sait pas dire simplement et prcisment ce qu'il veut4 ,pour moi1 il y a une ligne trs prononce1 qui spare les esprits nets de ceux qui ttonnent et qui ne sauront jamais trouver qu'un quivalent peu prs suffisant leur pense4 ,quiconque est n en-de de cette ligne ne parviendra jamais1 quoi qu'il fasse1 vaincre la difficult inhrente son talent4 ,il est vraiment regrettable qu' notre poque le nombre des auteurs qui sont ns du mauvais ct aille toujours en croissant4 --,il ne faut pas exagrer le cas de ,rosny1 dit ,richepin4 ,il a fait certainement un progrs norme1 surtout dans ce sens-l1 avec son dernier roman1 ,daniel ,valgraive1 et le livre me plat de plus en plus4 ,il s'y trouve encore bien des passages qui1 au premier abord1 ne me semblent pas clairs4 ,mais en revanche j'y ai remarqu des choses1 qui sont vraiment d'un artiste1 et d'un grand artiste4 ,non1 je crois que l'obscurit des phrases que l'on reproche ,rosny vient d'une tout autre cause4 ,rosny continue encore s'instruire2 il apprend toujours2 la science l'attire et il recueille partout de nouveaux matriaux4 ,de l vient qu'une moiti de ses notions est mal digre1 tandis que l'autre moiti a pris sa forme dfinitive et mrie4 ,il pense qu'on peut aller toujours en avant2 pour moi1 au contraire1 pass la trentaine1 l'homme a sa provision d'ides complte2 il doit savoir marcher sur ses propres pieds et ne pas s'emptrer aux lisires des manuels scientifiques1 qu'on renouvelle tous les jours4 ,c'est l le vritable moyen de faire entrer la confusion dans le cerveau le mieux quilibr4 ,y a-t-il donc encore tant de choses apprendre8 ,mais tout est dj dit et trouv1--je parle naturellement pour nous1 littrateurs et romanciers4 ,l'volution entire de la prose de notre sicle est renferme dans ce grand modle de style1 que ,chateaubriand nous a laiss en ses ,mmoires d'outre-tombe4 ,plus je relis ce livre1 et plus je vois que tout est l4 ,tous les raffinements dans le choix des mots et dans la construction des phrases y sont dj appliqus en tant que le gnie de la langue les admet4 ,le procd que nous croyons avoir invent1 de figurer par une image vivante une action abstraite et de caractriser un mouvement gnral1 nous le rencontrons dj chez ,chateaubriand et mis en uvre par un matre du mtier4 ,nous n'avons qu' le suivre et nous inspirer de lui4 ,cette dernire observation ne me satisfait qu' demi4 ,non pas que je doute de sa justesse1 mais mon esprit se refuse admettre toutes les consquences qui en dcoulent1 d'aprs l'opinion de ,richepin4 ,aussi1 je ne vois pas ces choses-l du mme il que l'artiste qui sent le besoin d'une base solide pour y construire l'difice parfait de son uvre et qui1 pour atteindre le sommet auquel il aspire1 doit forcment circonscrire le champ de son travail4 ,l'art1 tel que le critique le considre1 n'est pas exclusivement la proprit de l'artiste individuel3 c'est l'uvre d'ensemble d'une priode o tous concourent pour leur part1 et il me parat tre l'exprience qu'entreprend la socit entire pour humaniser la vie4 ,alors la marche en avant et les tentatives diverses deviennent d'un intrt prpondrant3 et l'art absolu1 quelle que puisse tre sa signification pour l'artiste et pour celui qui cherche des jouissances immdiates1 ne vient qu'aprs4 ,l'artiste ne peut ngliger compltement ce principe de progrs sous peine de ne produire que de l'art mort4 ,aussi le vritable artiste1 quelle que soit la doctrine qu'il soutienne1 ne court gure le risque de se momifier3 son esprit est toujours en tension1 il guette les impressions de toutes parts1 et1 s'il se clotre dans sa tour d'ivoire1 il prend bien soin d'riger un observatoire tout en haut4 ,richepin lui-mme en est la meilleure preuve4 ,qu'est-ce donc que le ,cadet1 ce livre dur1--notez bien que c'est le mme terme qu'employait ,verlaine pour caractriser ,bonheur1--ce livre dur qui n'avait pas donn son auteur de plaisir pendant l'excution1 ni aprs qu'il l'avait termin8 ,par sa conception1 ce roman sort du cadre o se limite d'ordinaire le rcit des romans4 ,l'volution des vnements est absolument transpose de l'extrieur l'intrieur de l'me mme du personnage principal4 ,il vit sa vie lui2 les choses du dehors n'ont point de prise sur son cur1 si ce n'est qu'elles y veillent des sentiments opposs ceux que l'on attendrait4 ,tous les vnements extrieurs qui le touchent ont un retentissement faux2 si l'on est aimable pour lui1 il en conoit de l'humiliation2 si une femme lui donne son amour1 il se livre cette passion1 mais avec l'arrire-pense d'assouvir sa haine contre son bienfaiteur2 tout ce qui lui arrive se transforme et se dnature1 et c'est une fatalit rebours qui le dirige en sens contraire de ce que les vnements semblaient vouloir4 ,le ,cadet est un esprit aigri1 ce qui ne veut pas dire qu'il soit mchant2 peut-tre mme qu'au fond les bonnes inclinations l'emportent sur les mauvaises2 mais ces bons mouvements1 les premiers1 sont souvent les plus dangereux1 parce qu'ils lui montrent que1 quoi qu'il fasse1 il ne sera jamais d'accord avec son entourage4 ,en un mot1 ,richepin nous a montr dans ce roman l'isolement de plus en plus marqu d'une me humaine au milieu de son monde4 ,le ,cadet1--et c'est ici que nous remarquons l'influence des ides ambiantes sur l'esprit de l'artiste1--prsente quelque analogie dans le sujet avec ,daniel ,valgraive1 de ,rosny4 ,rosny est fait d'autre matire et bti d'autre faon que ,richepin4 ,il peut sembler maladroit1 pdant1 grotesque et exagr1 mais il est pouss par une force qui jaillit du fond de sa personnalit4 ,le mouvement est sa devise2 et il marche en avant1 travers dictionnaires et encyclopdies1 pour saisir le secret de la vie tel qu'il se dvoile aussi bien dans l'existence individuelle que dans le groupement des masses4 ,dans un de ses premiers livres1 le ,bilatral1 il a donn ce qu'il y avait de meilleur en lui4 ,la langue en est trouble2 mais chaque instant1 hors de l'arrire-fond obscur du livre1 se dgagent des scnes d'une telle puissance et d'une telle intimit de sentiments1 que l'esprit qui anime le tout se rvle notre conscience travers la confusion des mots4 ,le ,bilatral est le centre de l'uvre entire de ,rosny2 c'est de l que rayonnent ses autres livres o il essaye de comprendre l'existence en l'envisageant bilatralement1 des deux cts4 ,daniel ,valgraive1 comme le ,cadet1 est l'histoire d'un solitaire2 c'est la confession d'un rat de la vie4 ,l'existence n'a pas voulu de lui2 grce sa constitution maladive1 il a t condamn mourir de bonne heure et il le sait4 ,le monde autour de lui s'agite1 intrigue1 se fait des mchancets et des mamours2 lui1 il souffre4 ,il observe avec la sensibilit propre aux malades ce qui se passe dans son entourage1 et il est forc de se tenir en dehors de tout1 parce qu'il n'a point le droit d'exister4 ,ses nerfs exasprent chaque sensation jusqu' la souffrance1 et sa mort prochaine1 dont le secret reste enferm dans son cur1 lui interdit de se plaindre4 ,la fatalit semblerait l'obliger prendre sa revanche1 en le vouant un gosme froce1 tout comme elle paraissait devoir amener le ,cadet la franchise et la bonhomie4 ,mais ici comme l1 les circonstances poussent le caractre dans une direction oppose leur courant4 ,daniel ,valgraive apprend vaincre sa sensibilit2 il oublie ses griefs et finit par se convaincre que ce qui est vou la mort ne compte gure1 si on le compare la vie4 ,tout plein de ces penses1 il arrange ses affaires de faon que ceux qu'il aime trouvent la route aplanie devant eux1 et1 longtemps avant que la mort vienne le saisir1 il dnoue d'une main dlicate les liens qui le rattachent sa famille et ses amis4 ,il ne le fait point d'un cur lger et les circonstances ne lui viennent nullement en aide4 ,il est loin d'tre un ange1 et jusqu' la fin les passions mauvaises l'obsdent2 mais dans ses moments les plus noirs une voix intime lui crie que malgr ses fureurs secrtes la bont en lui aura gain de cause sur l'gosme1 parce que bont cela veut dire droiture et vrit4 ,c'est un bilatral4 ,quand la balance semble pencher du ct de l'troitesse de cur1 il met en contrepoids les ides qui le rattachent tout ce qui est impersonnel et ternel1 et l'quilibre est rtabli4 ,non pas que cet quilibre rappel de toute force dans son me lui rende la belle harmonie perdue dans ses relations avec le monde3 non1 trois fois non4 ,tout ce qu'il entreprend pour se mettre sur le pied de justice avec son entourage le repousse de plus en plus vers sa solitude morale2 il se sent spar de sa famille1 de son amour1 de son amiti1 par un pouvoir malin1 d'autant plus rel qu'il a fait les derniers sacrifices pour l'apaiser4 ,il n'y a pas de raison1 dirions-nous1 pour qu'un faible rayon de bonheur ne vnt se glisser au chevet du lit de mort de ,daniel ,valgraive1 et pourtant c'est seulement dans cet instant suprme qu'il s'aperoit de toute l'tendue de son malheur et de son isolement3 pauvre victime de son mauvais sort6 ,la conclusion du livre est cruelle1 mais elle ne blesse pas les fibres du cur3 elle les irrite plutt en nous faisant prouver ce fouettement du sang que l'on ressent quand on est port soudainement sur une grande hauteur4 ,et l'impression totale du livre est plus complte et plus simple la fois que celle du ,cadet de ,richepin4 ,tout en tant plus vague et moins bien encadr1 le roman de ,rosny nous touche plus directement4 ,envelopps dans leur brouillard1 les personnages semblent reculer une grande distance de ma vue1 et pourtant ils sont prs de mon cur4 videmment le rle que remplit le livre n'est pas le mme aux yeux des deux auteurs4 ,pour ,richepin le livre n'est fini que lorsqu'il est complet en soi1 achev et orn dans tous ses dtails1 tandis que ,rosny1 plein de son sujet et convaincu de l'intrt qu'il nous inspire1 se fie nous pour suppler aux lacunes de son rcit4 ,il compte sur nous comme ses collaborateurs4 ,et l'motion que nous ressentons la lecture de son roman provient pour une grande part de ce qu'il nous a suggr d'y ajouter nous-mmes4 ,le livre1 comme l'auteur1 a pour devise le mouvement1 et il force notre esprit se mettre en marche4 ,vers quel but8 ,est-ce que l'auteur le sait lui-mme8 ,comme sa prface nous l'assure1 la direction de son esprit se montrera plus clairement dans un livre prochain qu'il prpare4 ,avertissement superflu peut-tre4 ,nous croyons volontiers qu'il ne s'arrtera pas au milieu de sa route2 et nous sommes prts le suivre4 ,,concordance ,ce rle du livre d' prsent1 si diffrent de la place qu'il occupait dans l'apprciation d'une gnration antrieure1 je veux tcher de le formuler aussi clairement que possible en mon esprit4 ,pour cela j'utiliserai ce phnomne assez frquent1 que deux auteurs d'ge et de caractre diffrents s'attaquent en mme temps au mme sujet4 ,tout comme il y a des ides en l'air1 il semble que dans l'atmosphre intellectuelle d'une socit soient rpandus des germes de situations morales analogues1 qui1 fconds par les esprits en qute de matires artistiques1 se modifient suivant les personnalits o ils sont tombs4 ,catulle ,mends1--car c'est lui et ,barrs que je prendrai pour sujets de cette mditation littraire1--a choisi l'hrone de son dernier roman1 la ,femme-enfant1 dans le monde pervers o l'on s'ennuie force de trop vouloir s'amuser4 ,ds son enfance1 la jeune fille a t souille par les attentats monstrueux d'un vieux dbauch rfugi en province pour ses murs infmes4 ,quand plus tard elle arrive ,paris1 entre dans l'arme du plaisir1 elle ne recule devant aucune besogne4 ,cela lui cote si peu3 le sens moral est compltement teint chez elle2 mais cela ne lui fait aucun plaisir2 elle ne fait que rciter 7et c'est une mtaphore qu'on excusera ici7 un rle appris par cur4 ,elle est reste enfant1 non pas quant aux sens1 mais par tout ce qui regarde l'esprit4 ,sa croissance morale et intellectuelle1 humaine en un mot1 a t retarde2 et cette disproportion sa conduite emprunte un caractre d'tranget qui allume les dsirs et exacerbe la volupt4 ,sur son chemin elle rencontre l'amour vrai d'un artiste4 ,cependant l'amant ne peut la sauver de sa misre morale3 la passion1 pour gnreuse qu'elle soit1 c'est l'adversaire pour elle4 ,mais une main amie lui vient en aide1 la main d'une femme1 qui a t la providence de l'artiste et qui veut tre aussi la sienne4 ,l'amie1 ou plutt la mre1 sait rendre la vie aux sentiments amortis dans son cur par le malheur4 ,grce un miracle de dvouement exquis1 elle rtablit le dveloppement arrt de son me1 et de cette fille sans pudeur renat une femme pure1 enleve et comme consacre par la mort l'instant o la passion destructrice allait venir se mler encore sa destine4 ,la mme fatalit a prsid l'existence de l'hrone de ,maurice ,barrs1 ,petite-,secousse du ,jardin de ,brnice4 ,si l'on ne regarde que les grandes lignes de son histoire1 on est frapp de l'analogie des circonstances au milieu desquelles ces deux personnes ont pass leur vie4 ,et pourtant il est difficile de se figurer une divergence plus complte de la forme qu'une mme ide gnrale a revtue chez ces deux auteurs4 ,maurice ,barrs donne la parole non pas l'amant de la jeune fille1 mais l'ami1 au confident1 j'allais dire au confesseur de ,petite-,secousse4 ,tout ce qui est passion a t relgu l'arrire-plan4 ,ainsi le rcit1 ds l'abord1 descend de son pidestal d'anecdote piquante1 sort du cercle exclusif rserv aux faits divers1 et entre de plain-pied dans la vie courante4 ,l'ami du ,jardin de ,brnice ne s'intresse cette existence insouciante et pervertie de petite femme-fille1 ni par amour de la vertu1--il en est peu question dans le livre1--ni par amour du vice1 mais simplement pour l'amour de l'humanit suivant l'vangile de ,molire et des honntes gens4 ,il subit le charme qui se rpand autour d'elle et il cherche entrer avec elle en communion de sentiments4 ,il n'a pas1 tant s'en faut1 l'ide de tcher de la comprendre ou d'influencer sa conduite1--comprend-on jamais quelqu'un1 ou a-t-on de l'influence sur lui8--mais il veut qu'elle lui donne une conception nouvelle de la vie1 et tandis qu'il lui prte sa sympathie1 elle lui suggre en retour une comprhension plus largie de l'existence humaine4 ,donc1 ce qu'il nous raconte d'elle est moins un rcit qu'une srie d'impressions qui1 tout en se compltant1 montrent un but loign encore4 ,au contraire1 ,catulle ,mends se met au point de vue de l'amant1 et ce que son livre y gagne en fini est compens par la perte de l'intrt direct qu'il aurait veill en vous et en moi4 ,l'histoire que l'on nous montre est devenue une affaire entre l'amant et sa matresse2 la prsence d'un tiers1 comme vous ou moi1 est superflue et1 de plus1 indiscrte4 ,cependant l'artiste qu'est avant tout ,catulle ,mends ne s'est pas content de cette mise en scne2 il a fait un pas de plus1 il a voulu intensifier l'impression d'tranget que nous cause son rcit1 en donnant l'amant des aventures aussi extraordinaires qu' sa femme-enfant4 ,lui aussi a jou de malheur ds son enfance4 ,l'infamie de son pre1 tratre tous ses devoirs1 pse sur sa jeunesse2 son nom est maudit1 et le ressort de sa vie est bris4 ,ainsi ces deux existences de honte qui se rejoignent portent coup double notre sentiment d'horreur4 ,tout ceci nous est racont de faon de matre2 des pauses savantes coupent le rcit quand il menace de nous emporter trop loin1 des scnes d'idylle relvent par leur contraste la brutalit des tableaux de demi-monde et un style merveilleux1 enveloppant sans mollesse1 suit l'volution des vnements jusque dans leurs derniers replis1 sans rien perdre de sa limpidit sereine4 ,et ce serait une uvre parfaite si la forme en et t compltement individualise1 et si elle ne trahissait parfois1 par des rappels aux autres romans du matre1 le savoir-faire du mtier4 ,mais en tout tat de cause1 combien la marche alerte du rcit diffre du train-train que vont les choses dans le ,jardin de ,brnice6 ,a chaque instant le fil de l'histoire y semble perdu1 le dessin des personnages y est lch et les ides n'y sortent que lentement du brouillard qui les enveloppe leur naissance4 ,et pourtant1 quel charme exquis quand1 ds sa premire page1 le livre vient nous tout palpitant de vie1 se drobant juste au moment o nous croyons le saisir1 puis se livrant quand nous n'y pensons gure2 se moquant de notre crdulit et nous flattant de ses caresses l'instant d'aprs2 jouant cache-cache1 ou parlant de haut1 et une autre fois nous rvlant tous ses secrets1 ou sollicitant humblement notre sympathie4 ,l'action peut-tre n'existe pas dans le livre3 mais au premier abord il y a de l'action entre le livre et moi4 ,je ne saurais mieux caractriser la manire diffrente des deux auteurs qu'en disant que ,catulle ,mends traite son sujet comme si c'tait une histoire du pass1 tandis que ,barrs me raconte des choses qui sont en train d'voluer et qui m'intressent directement4 ,catulle ,mends est un artiste suprieur1 qui sait donner ses crations une forme transparente et absolue4 ,mais qu'est-ce que ,barrs8 ,la dfinition de son talent m'chappe encore4 ,srement ce n'est pas un artiste pur-sang4 ,il lui manque le don de faire marcher ses personnages et de raconter simplement leurs faits et gestes4 ,ses premires nouvelles1 qu'il a publies dans les ,taches d'encre1 sont mal venues1 puisqu'elles ne savent point dire1 mme confusment1 tout ce qu'il a voulu y mettre2 quant ses derniers romans il s'y trouve des parties qui semblent incompltes parce que l'auteur aurait arrach son manuscrit une dizaine de pages1 qu'il lui aurait dplu de montrer au public4 ,moraliste donc8 ,mais il ne l'est pas du tout1 mme au sens de ,labruyre4 ,il a la touche trop lgre2 sa sensibilit ne lui permet d'appuyer nulle part2 mobile comme l'onde1 il n'a ni le fonds de pessimisme satisfait1 ni mme celui de scepticisme solide1 dont chaque moraliste doit avoir fait provision avant de pouvoir penser exercer son mtier4 ,mais enfin qu'est-ce que ,barrs8 ,que si je ne me suis point fait une ide de l'homme1 qui plus qu'un autre reprsente la pense intime de sa gnration1 tout ce que j'entreprends pour me figurer les tendances de l'esprit contemporain ne sera qu'un ttonnement dans le vide4 ,un entretien avec ,barrs fixera-t-il mes ides flottantes8 ,j'en doute4 ,mais en tout cas l'intonation de la voix1 les manires de l'homme1 la pense surprise en nglig pourront me donner quelques indications4 ,je vais demander ,jules ,renard de me conduire chez lui4 ,,un ,,philosophe --,non1 c'est une autre raison qui me fait agir1 rpondit ,barrs ,jules ,renard1 qui essayait de lui dmontrer que c'tait besogne inutile d'crire le commentaire d'un livre qu'on avait publi4 ,si je veux expliquer la route que mon esprit a suivie1 route dont ,sous l'il des ,barbares et ,un ,homme libre sont les tapes tandis que le ,jardin de ,brnice en reprsente la station finale1 ce n'est point par amour-propre d'auteur qui veut forcment occuper le public de lui1 mais pour venir en aide la gnration qui nous suit et qui a le droit de savoir notre pense entire4 ,je veux indiquer la direction gnrale laquelle a obi l'volution de mes ides2 sans quoi on s'attache trop aux dtails ou quelques expressions plus ou moins singulires4 ,et c'est la vue d'ensemble qui importe avant tout4 ,telles furent les premires paroles que j'entendis prononcer ,barrs aprs les politesses banales de l'introduction et elles me frapprent non seulement par leur srieux1 mais aussi par le contraste avec l'air jeune et le ton de voix trs jeune de l'homme qui parlait4 ,il tait l1 assis nonchalamment devant sa table de travail1 jouant avec sa cigarette1 sa figure un peu maladive d'adolescent illumine par un sourire d'enfant gt et volontaire1 domine par deux beaux yeux tendres1 qui vous imploraient et vous captivaient4 ,le premier sentiment qu'on prouvait pour lui tait un mouvement de sympathie2 puis venait la conviction qu'on avait devant soi une puissance intellectuelle d'une souplesse et d'une agilit remarquables et comme acquises par une gymnastique perptuelle de l'esprit1 mais une puissance qui se faisait respecter1 dsireuse1 impatiente mme de se faire respecter4 ,un tout compos de simplicit et de vigueur avec une petite1 mais trs petite pointe de fatuit4 --,c'est naturellement un dfaut de l'crivain1 s'il a besoin d'expliquer aprs coup ce qu'il a voulu faire1 dit ,barrs en continuant4 ,on n'a pas t matre absolu de sa pense et de toutes les consquences qui en dcoulent1 au moment d'crire1 et on en a manqu le point saillant4 ,voil pourquoi j'admire tant les gens qui ont la facult d'exprimer compltement leur ide avec toutes ses circonstances et toutes ses nuances4 ,daudet surtout me parat avoir ce gnie-l4 ,peut-tre aussi ce que j'ai voulu dire est-il plus compliqu qu'un rcit de romancier1 mais1 tout bien pes1 puisque je ne suis pas clair1 je reste en dfaut4 ,l'obscurit est toujours signe de faiblesse4 ,on ne le comprend gure1 quand on est jeune et qu'on cherche la formule de l'univers4 ,on essaye d'exprimer ses ides force de symboles1 qui rendent peut-tre un certain tat moral momentan1 mais qui ne peuvent servir exprimer une conception nette de la vie4 ,il faut tre mieux prpar pour cela1 et c'est l'outillage qui nous fait dfaut4 ,pour moi j'ai toujours fait de mon mieux pour donner chaque phrase le degr de clart qu'elle comportait1 et je crois bien y avoir russi4 ,quant poursuivre exactement la ligne logique de ma pense par la liaison des phrases1 voil o j'ai failli4 ,la raison en est trs claire pour moi4 ,aussitt que je me mets rdiger ma pense1 elle fait une volution dans un sens ou dans l'autre et tout ce qui sur le papier se trouve fix dans sa forme dfinitive pousse l'esprit vers une direction qui n'tait pas dans l'intention originale4 ,ainsi1 chaque instant il y a un tournant dans le raisonnement et la conclusion ne correspond plus au dbut4 ,celui qui a pris la peine de suivre l'ide travers cette transformation successive ne se rcriera pas contre ce manque de logique1 mais les autres jetteront le livre2 et de notre ct nous n'avons pas le droit de leur demander un effort srieux qui consisterait suivre notre pense dans tous ses dtours4 ,un livre qui n'est pas clair est condamn d'avance1 car pour obtenir du succs1 il faut qu'on puisse formuler le contenu du livre en peu de mots4 ,il ne faut pas que le journaliste1 qui en crira la critique1 hsite un seul instant sur la position qu'il prendra son gard1 et surtout il ne doit pas douter que le livre surpasse sa facult de comprhension3 si tel est le cas1 le livre est perdu4 ,une chose encore peut sauver un ouvrage3 c'est s'il prsente quelque trait saillant qu'on puisse dtacher1 mettre en lumire1 ou quelque fait personnel1 suppos ou vritable1 auquel on puisse s'attaquer4 ,cela explique1 comme vous savez1 la vogue des posies de ,byron1 dans leur temps4 ,lorsqu'il posait devant le public un de ses pirates solitaires dans un accs de mlancolie1 comme il vous en arrive dans tous les mtiers honntes1 chaque lecteur faisait l'entendu4 ,on tait assur dans son for intrieur de bien comprendre la cause de ce chagrin2 on reconnaissait dans le personnage le noble lord lui-mme1 et on savait de source certaine que ,byron tait vou au dsespoir depuis qu'il avait tu sa matresse ou viol sa sur1--les versions diffraient1 mais cela n'tait rien la conviction du public4 ,et voil des motifs puissants qui vous mettent un livre dans la main4 ,il ne devrait pas tre question de ces commrages propos de l'uvre d'un artiste2 aussi lord ,byron aurait perc sans cela2 pour lui1 ce fut quelque chose d'accidentel que je cite seulement pour souligner ma pense4 ,l'artiste s'empare du succs et de la gloire1 grce la vigueur de son talent et du plaisir intellectuel qu'il vient apporter4 ,mais1 hlas6 moi1 je ne suis pas artiste2 je n'ai pas mme ce sens exclusif de l'art1 qui est la premire condition d'existence pour un artiste4 ,je ne dirai pas non plus que je suis philosophe3 c'est un titre trop haut que je ne veux nullement rclamer2 ce que j'avoue seulement c'est une grande prdilection pour la philosophie4 ,rien ne me charme davantage que de vagabonder dans l'espace libre des concepts4 ,croyez qu'il n'existe pas de passe-temps plus dlicieux que de btir des systmes en l'air4 ,on se lance dans les nuages mtaphysiques et on se grise la contemplation des ides pures4 ,oui1 c'est une espce d'enivrement intellectuel4 ,on ne comprend plus parfaitement ce que l'on pense ou ce que l'on voit2 mais qu'est-ce que cela fait8 ,plus les ides sont vagues et plus nous nous sentons libres au milieu de l'atmosphre immense que nous respirons avec une volupt quasi-divine4 ,et voil un exercice digne de l'esprit4 ,c'est comme l'extase religieuse4 ,tout le reste en comparaison de ces jouissances du paradis des philosophes garde un arrire-got terrestre de besogne servile et de curiosit malsaine4 ,je n'ai pas su rsister toujours certain penchant qui me portait m'occuper du ct passager et anecdotique de la vie de tous les jours1 mais j'ai aussi eu toujours la conviction qu'il ne m'tait pas loisible de me livrer cette inclination4 ,en publiant ,huit jours chez ,m4 ,renan1 j'ai pch1 j'en conviens1 et je ne le ferai plus1 quoique444 ,ah6 j'ai encore dans mes cartons une petite collection de portraits que je me suis amus croquer1 et de temps en temps il me vient la tentation de les donner au public1 mais je n'en ferai rien4 ,si je voulais pourtant6 ,je pourrais crire l'histoire anecdotique du mouvement littraire de ces dernires annes et j'aurais relever des mots piques4 ,en a-t-on dit des paroles1 splendides de niaiserie convaincue6 ,je me souviens d'un mot prononc par un des coryphes de l'cole symboliste1 et qui pourrait servir de devise l'histoire d'un parti4 ,c'tait dans les premiers temps de l'enthousiasme excit par les ides nouvelles d'art4 ,charles ,morice1 ,vignier et quelques autres taient convenus de s'assembler rgulirement une fois par mois pour traiter des intrts de la jeune cole symboliste4 ,a l'ouverture de notre premire runion il y eut ncessairement quelque froid dans l'assemble4 ,personne ne savait qui en prendrait la direction1 ni par quoi commencer4 ,tout coup1 j'entends une voix qui dit3 ,messieurs1 le seul homme de notre sicle qui1 par la concentration de sa pense rappelle ,pascal1 je veux dire ,thodore de ,banville444 ,a ces mots1 je ne pus retenir un sourire1 trs discret je vous l'assure1 mais enfin il y avait de quoi4 ,sur ce ,hennequin1 qui se tenait aux cts de l'orateur et qui me regardait tout le temps1 parce qu'il craignait quelque opposition de ma part1 me lana un coup d'il furieux et interrompant le discours de son voisin il dit solennellement3 ,messieurs1 si nous ne nous prenons pas au srieux1 il vaut mieux ne pas continuer4 ,rester srieux1 oui1 voil bien l'attitude assez pnible en somme que nous avons garde pendant quelques annes l'encontre du public et de nous-mmes4 ,et ,barrs rpta encore une fois le mot caractristique3 ,messieurs1 si nous ne nous prenons pas au srieux1 comme s'il voulait en faire goter ses auditeurs toute la dlicieuse sottise4 ,pour lui1 videmment1 l'anecdote avait dj perdu sa saveur humoristique1 si elle l'avait jamais eue ses yeux1 car il la racontait avec une nuance de mpris pour la duperie ncessaire et ternelle qui est au fond de toutes les relations humaines4 ,et sans cesse sur son visage revenait cette petite moue ddaigneuse1 pour tre corrige aussitt par le sourire charmeur d'une grce adolescente dont il soulignait les petites malices qui se glissaient dans la conversation4 ,habitude qui tait devenue une seconde nature1 sans tre tout fait naturelle pour cela4 ,l'entretien quitta bientt le terrain des anecdotes1 et ,barrs nous parla du nouveau livre qu'il allait crire4--,un roman6 ,oui1 si vous voulez1 disons plutt1 pour rester dans la vrit1 un volume de trois francs cinquante couverture jaune4 ,vraiment1 je ne sais pas encore quelle forme donner mes ides4 ,je sais parfaitement ce que j'ai dire3 tout est l devant mon esprit1 rang nettement1 je n'ai qu' commencer l'crire4 ,mais c'est cela justement qui m'intrigue3 j'ignore absolument ce que cela deviendra et j'ai l'impression que tout dpendra du ton de la premire page4 ,sera-ce un trait moral8 ,les anciens dj considraient la sobrit comme une vertu4 ,ou verra-t-on l'ternel couple de deux cavaliers1 chevauchant ensemble sur la route solitaire au coucher du soleil8 ,je ne saurais vous le dire4 ,mais non1 le roman est dmod2 c'est un cadre de convention qu'il faut remplir toute force1 et444 ,et pourquoi donc chaque livre n'aurait-il pas sa forme lui8 dit ,barrs soudain avec vivacit1 comme si la question l'intressait4 ,est-ce que vraiment notre temps est assez peu spontan pour que nous ne possdions qu'une seule faon d'exprimer nos sentiments8 ,voyez donc les crivains du dix-huitime6 ,quelle tonnante varit de genres pour y communiquer leurs ides4 ,laissons de ct les contes philosophiques de ,voltaire et les dialogues de ,diderot2 arrtons-nous seulement ,rousseau et remarquez la grande diversit des moules o il jetait ses penses3 ses ,discours1 le ,contrat social1 la ,nouvelle ,hlose1 l'mile1 les ,confessions1 les ,rveries3 tous des sujets de roman et tous diffrents4 ,tout livre qui a exerc une influence sur le mouvement de la socit a eu son allure propre1 qui ne permet gure de le classer4 ,qu'est-ce que ,don ,quichotte8 ,et ,pantagruel8 ,et ,faust8 ,certes1 des rflexions de ce genre1 faites par un auteur qui cherche une forme littraire pour son uvre1 dnotent une ambition qu'on ne peut pas appeler commune4 ,et tout cela fut dit sur un ton de bonhomie ingnue1 qu'on pourrait tout aussi bien appeler discrtion1--l-bas1 dans le cabinet de travail lgant o ,maurice ,barrs nous faisait l'honneur de nous recevoir4 ,,dandy ,,et ,,po,,te ,en toute franchise1 je dois m'avouer que mon entretien avec ,barrs m'a peu appris sur lui4 ,par-ci par-l pourtant1 il y a quelques lueurs nouvelles dans mon esprit4 ,tchons de rassembler ces traits insignifiants premire vue1 et donnons-nous le plaisir d'une mditation son sujet4 ,prenons notre point de dpart dans une observation aussi terre terre que possible4 ,l'accueil de ,barrs tait empreint d'une simplicit parfaitement naturelle4 ,point d'apprts apparents chez lui1 rien de conventionnel4 ,nature impressionnable et fort ingnieuse1 mais au fond trs simple1 grce un afflux continuel de vie nerveuse4 ,oui1 ce ton naturel et sincre du langage doit sortir d'une rserve de force morale qui se cache sous l'extrieur frle de l'homme4 ,de temps en temps1 cette nergie latente se fait jour travers le jeu de la conversation2 mais d'ordinaire elle reste dissimule4 ,et ce n'est qu'au premier abord qu'on peut la confondre avec la morgue du dandy ou du dilettante2 bientt on y reconnat la facult principale et native de cet esprit4 ,barrs a formul quelque part1 propos de ,renan1 dans un de ses romans1 la proposition suivante4 ,ce qu'on nomme grand vnement1 dans l'existence d'un homme1 n'est1 en ralit1 qu'une provocation du sort1 qui nous invite mesurer nos forces contre lui4 ,il jette la tte du premier un tas de traits de dogmatique ou d'histoire ecclsiastique2 lui maintenant de se dptrer au milieu de ce fatras et de communiquer son me cette matire indigeste1 de faon que ces tudes arides seront considres comme la condition ncessaire de sa gloire et de son existence individuelle4 ,un second444 ,un second1 comme ,barrs1 trouvera le gnral ,boulanger sur son chemin et il ne pourra se soustraire la contagion d'enthousiasme fivreux que le monde prouvait au commencement de #ahhh4 ,aprs avoir travers cette jeunesse mcontente et mystique dont souffrent tant d'mes en ce sicle1 voici donc qu'enfin s'panouit pour nous un champ d'action4 ,nous avons souffert sans qu'aucune sympathie vnt nous relever4 ,bnie soit l'heure4441 etc41 etc4#c4 #c ,la ,jeunesse contemporaine et le gnral ,boulanger1 ,maurice ,barrs4 ,revue indpendante4 ,hosannah6 le matre1 le consolateur parat6 ,couvrons de palmes la route qu'il va parcourir6 ,ah6 la dure besogne1 vraiment1 pour un dandy1 de tenir sans se rendre ridicule la gageure du sort1 accepte dans un moment d'ivresse6 ,l'homme1 qui a du nerf1 au contraire1 saisit l'occasion et achve l'impossible4 ,barrs s'est fait lire dput et a acquis une position politique4 ,une position n'est jamais ridicule4 ,mme elle nous inspire un respect immense1 quand elle est le fruit d'un seul petit article1 publi dans une petite revue4 ,stphane ,mallarm1 avec sa voiture ne1 prix d'un pome hiroglyphique1 fait pauvre figure ct4 ,cependant1 mme un dandy aurait peut-tre russi conqurir un sige de dput4 ,du moins je veux bien le croire4 ,mais ne pas rester sur ce triomphe-l1 transformer l'exprience acquise en une conception largie de la vie1 user du choc des vnements comme d'un moyen pour sa propre dlivrance morale1 voil le fait d'un homme qui abrite une nergie originale au fond de son cur4 ,qu'est-ce qu'un dandy8 ,et il ne peut tre question ici que du fat intellectuel1 tel que nous le montrent les pages de ,maurice ,barrs4 ,c'est l'homme qui veut jouir de l'existence sans se soumettre aux conditions qu'elle pose4 ,il demande la socit de ne lui rpondre que l o il lui plat de toucher ses cordes4 ,cet isolement de la vie1 il l'appelle sa libert et il ne parvient cette indpendance qu'en supprimant dans son esprit1 toute force1 le registre moyen1 c'est--dire ce mlange d'habitudes et de sens commun que nous nommons le cur4 ,il ne connat que ses sens et les besoins de son esprit4 ,aprs leur avoir permis quelques excs raisonnables1 il traite ses sens comme le cavalier traite un cheval qu'il cherche prendre en main aprs l'avoir fatigu d'abord par une course dsordonne4 ,son esprit1 il le dompte en opposant l'ironie ses carts d'enthousiasme1 et il se gurit de son ennui intellectuel en le dosant1 mais toujours avec modration1 d'une sensualit raffine et qui n'puise pas trop le temprament4 ,il ne craint qu'une chose1 son instinct4 ,mfiez-vous de votre premier mouvement1 c'est sa maxime favorite et1 pour tre assur qu'il ne se trompera pas1 il ne choisit que ce qui lui vient1 aprs que le premier mouvement et le deuxime1 mme le troisime sont passs4 ,que si en dehors de tout cela il est encore parvenu douter des talents et des facults qu'il s'attribuait 7cinq ou six doutes trs vifs sur l'importance des meilleures parties de mon ,moi71 il se sentira suprieur lui-mme1 comme il l'tait dj aux autres1 et il aura trouv la clef de vote de son indpendance2 il ne reposera plus sur rien4 ,la vie de ,barrs jusqu'ici a t un effort pour chapper cette fatuit intellectuelle1 qui voulait s'imposer son esprit4 ,un penchant trs caractris de son individualit l'entrane vers elle2 mais une autre facult le retient1 mystrieuse celle-l1 et qui d'abord n'a pas voulu rvler son essence4 ,maurice ,barrs parle dans ,sous l'il des barbares de cette lutte de sa raison raisonnante et des sens contre le dmon secret1 qui leur logique ne sait rien opposer que des pressentiments et la nostalgie de l'au-del4 ,le titre du livre fait allusion la sensation douloureuse d'un enfant qui1 boudant l'heure de la rcration contre un poteau de la cour de l'cole1 le poteau de martyrs des ,peaux-,rouges1 se sent livr aux sarcasmes de son prcepteur et de ses petits camarades2 mais le vritable conflit moral se passe loin du regard des ,barbares1 puisqu'il est dans l'me mme3 et c'est la lutte de la posie sous l'treinte de la morgue desschante4 ,barrs est pote2 pote-philosophe1 je veux bien1 pote-artiste1 non pas2 mais sans aucun doute il est pote4 ,partout1 sous la surface un peu morne et morose de son livre1 on entend bruire les eaux vives de la posie2 et1 enserr dans les profondeurs1 un courant passionn de lyrisme cherche pniblement une issue1 jusqu' ce que la voix plaintive du fleuve prisonnier arrive se faire jour dans l'exclamation finale3 ,toi seul1 matre1 si tu existes quelque part1 axiome1 religion ou prince des hommes4 ,chez ,barrs1 ce ne fut pas le pote seul qui tressaillit d'enthousiasme l'appel du gnral ,boulanger4 ,le dandy aussi demandait faire valoir ses droits4 ,une politique fonde sur la suppression du gouvernement des partis devait ncessairement exercer un attrait sur l'esprit du dilettante qui avait en horreur la convention sociale et le sens commun partout o ils montraient leur face4 ,mais ce fut pourtant le pote chez lui qui tira l'avantage principal du mouvement4 ,car1 en comparaison du trsor inapprciable que ,barrs gagna comme prix de l'enthousiasme auquel il se livra1 la position de dput perd toute sa valeur1 et ce prix ce fut la dcouverte de l'me du peuple4 ,l'me populaire est une abstraction1 que l'on ne peut comprendre sous une forme exactement dfinie3 il en est d'elle comme de la source cache des motions confuses du cur de ,barrs4 ,ce qui ne veut nullement dire que la conscience humaine ne puisse avoir une perception sensible de l'une comme de l'autre4 ,tout au contraire1 le dmon mystrieux qui s'agite au fond du cur du pote et le pousse une cration perptuelle et un renouvellement continu1 ce dmon mme se sent uni l'nergie originale1 moteur essentiel de la vie du peuple4 ,cependant1 pour ,barrs1 cette notion mal dtermine ne suffisait gure4 ,dans la nature de cet homme1 pleine de contrastes1 les sentiments vagues confinent sans transition un besoin trs prononc de prcision formelle4 ,il lui parat compltement inutile de se rappeler ou de rappeler au lecteur pourquoi l'enfant se trouvait l pleurant sous l'il des barbares2 mais d'autre part son esprit d'exactitude rappelle son regard que c'tait contre le poteau de gauche qu'il s'appuyait1 sous le hangar1 au fond de la cour des petits4 ,c'est ainsi que l'me du peuple aussi devait avoir pour son imagination un ct par o il pt la saisir et1 en allant sa recherche1 il trouva en mme temps1--et il ne put en tre autrement1--le secret de sa propre personnalit4 ,vif1 comme s'il datait d'hier1 m'est rest le souvenir du jour o j'eus le bonheur de lire pour la premire fois la partie d',un ,homme libre1 qui est consacre l'analyse de l'histoire de la ,lorraine1 terre natale de l'auteur1--car c'est ces pages-l que ,barrs a confi ses premires impressions de voyage autour du sentiment populaire4 ,la personnalit d'un peuple1 ingnieux plutt que dou d'un sang riche1 s'affirmant au milieu de la lutte contre les barbares1--cherchant un appui moral auprs de nations plus privilgies du sort1 pour pouvoir donner tout ce qui tait en elle1--condamne1 de par sa faiblesse d'origine1 se perdre dans un tout plus puissant1 mais fire nanmoins en se rappelant l'instant o elle avait eu l'occasion de se faire valoir et de dire son mot elle1--cette personnalit du peuple lorrain se dgage de ces feuillets1 simples jusqu' en devenir presque secs1 avec une telle puissance d'intimit et de mlancolie voile que nous la sentons palpiter tout prs de nous4 ,et grce la magie vocatrice du talent1 qui sait communiquer une vie personnelle l'aride chronique locale1 nous entendons comme un accompagnement direct ce rcit des sicles passs1 la confession du pote lui-mme1 qui y a retrouv l'histoire de son propre cur1 de ses faiblesses1 de ses humiliations et de sa fiert intime4 ,ainsi ,barrs1 d'abord1 a gagn la gageure que lui avait offerte la vie3 il est devenu dput de son peuple dans le vrai sens du mot et il a soutenu l'honneur de ce peuple devant la nation4 ,il a mesur ses forces contre le destin et il est rest matre du terrain4 ,et tout ceci l'individualit emprunte un sentiment d'indpendance bien diffrent de celui que donnent les dix ou douze doutes trs fonds sur la supriorit des autres et les cinq ou six doutes trs vifs sur l'importance de mon ,moi4 ,donc ce qui manque au fat intellectuel1 le registre moyen des motions humaines1 ,barrs l'a acquis par un dtour4 ,le dandy hait son semblable4 ,un chapitre de ,sous l'il des ,barbares m'apprend mme qu'il est capable de prendre au collet l'homme qui aurait les ides les plus semblables aux siennes parce que1 en les rendant banales1 il ose empiter sur le domaine sacr de mon originalit4 ,barrs1 au contraire1 de par sa sympathie de pote1 a dcouvert dans l'enceinte troite de son ,moi une issue qui donne sur l'humanit4 ,hors de son cercle social1 qui le meurtrit1 il entre en communication avec les lments vritables de l'me humaine4 ,ce n'est pas pour compatir avec elles1 mais pour se fortifier en prouvant l'appui des autres dont il sent le besoin1 et en leur prtant1 de par son don de pote crateur1 l'appui dont ils ont besoin leur tour4 ,barrs n'appartient pas une race riche2 il ne saurait garder son autonomie morale qu'en rassemblant toutes ses forces et qu'en les gouvernant avec conomie4 ,quand1 dans la conversation courante1 il prononce quelque jugement sur des camarades1 son refrain ordinaire est3 ,il n'a pas de sve4 ,certes il a de bonnes raisons pour reconnatre cette faiblesse chez les autres2 car si le sort l'avait pourvu lui mme avec prodigalit il n'aurait pas eu passer par un dtour pour arriver au cur de l'humanit4 ,il n'a pas de sve4 ,je me rappelle le mot de ,catulle ,mends sur ,baudelaire3 ,il n'tait pas abondant4 ,bien certainement1 ,barrs est de la famille1 et c'est un vrai fils de ,baudelaire comme pote et aussi en ce sens-l4 ,seulement1 la veine potique de ,baudelaire1 dj dissimule sous la prose dans les derniers temps de sa vie1 chez ,barrs s'est drobe dans les profondeurs de son tre4 ,jamais je n'ai fait de vers1 ai-je entendu dire ,barrs ddaigneusement1 un peu2 et ce ddain n'est pas surprenant2 de nos jours1 o la posie est mprise1 on ne saurait lui faire courir les rues sans la vtir4 ,au fond1 je suis philosophe1 me disait ,barrs avec son sourire discret4 ,pas un homme aujourd'hui1 si ce n'est ,moras1 n'osera avouer1 dans la conversation familire1 qu'il est pote4 ,les mots seuls ne font rien l'affaire4 ,cherchons plus avant1 et nous verrons que ce que ,barrs a de commun avec ,baudelaire c'est la veine pure du mysticisme qui forme l'lment indestructible de leur personnalit4 ,oui1 le mysticisme1 qui s'ignore parfois et se renferme dans une morgue inabordable1 comme le mtal dans les profondeurs du rocher1--mais qui se dcouvre aussi lui-mme sa puissance1 et se rpandra dans le monde pour exercer la bonne fraternit humaine et la douce piti pour tout ce qui est afflig et bris sur cette terre4 ,il est si vident qu'au fond de son cur cet homme est pote que1 pour achever sa physionomie dans mon esprit1 il faut que je m'aide de la comparaison avec un autre grand pote1 plus rapproch de lui que ,baudelaire1 avec ,verlaine4 ,cet adage que les vnements de la vie sont une provocation du sort1 qui veut mesurer nos forces1 cet adage1 comme nous l'apprend l'exemple du pote contemporain1 demande une rectification qui le complte4 ,dans l'existence de ,verlaine1 nous voyons se dvelopper aussi1 au milieu du conflit avec les circonstances1 des facults qui s'taient tenues caches jusque-l2 mais en le sauvant1 parce qu'elles lui permettent d'opposer le dploiement de toutes ses forces au choc des choses1 elles apportent une perturbation morale par la prpondrance des lments nouveaux4 ,en d'autres termes1 la bataille gagne au dehors se poursuit au dedans2 les qualits de date rcente s'efforcent de supprimer les autres1 et le fonds ancien de l'homme cherche transformer les nouvelles venues en instrument de son bon plaisir4 ,et bien que le contraste du cur et de l'esprit n'ait gure les mmes suites que la lutte entre les deux mes qui se sont partag l'existence de ,verlaine1 pourtant1 la raison chez ,barrs1 avec tout son appareil de logique et d'ironie1 n'a pas quitt et ne quittera point sa position acquise1 sans livrer bataille au dmon envahisseur qui veut l'envelopper4 ,dans le roman d',un ,homme libre1 les deux parties du ,moi1 l'motion et l'intellect1 trs distinctes encore l'une de l'autre1 gardent chacune la dfensive3 elles se voient1 mais elles ne se parlent pas4 ,le ,jardin de ,brnice inaugure leur union intime3 le dandy1 infatu de la culture de son ,moi1 descend de son pidestal pour entrer en relation avec l'me du peuple2 mais de temps en temps il parat dispos faire la niche au pote et il ne semble goter ses fantaisies sentimentales que pour leur qualit de jouissances raffines de l'esprit4 ,on peut encore douter de la sincrit du rapprochement4 ,barrs le sent mieux que nous1 peut-tre2 il ne saurait se cacher ni cacher que l'harmonie est loin d'tre complte1 et forcment il lui faut parfois noyer son rcit dans le vague1 parce qu'il n'y a pas chez lui de notion arrte et dfinitive1 ou plutt parce que dj ces notions lui sont impossibles4 ,mais c'est cette indcision justement qui rend son livre vraiment humain2 il fait appel nous1 lecteurs1 notre cur et notre aide1 dont il a besoin1 et le brouillard o elles aiment se perdre nous invite attirer plus prs de nous les belles choses qu'il nous montre4 ,le ,jardin de ,brnice444 ,mais vraiment1 en sjournant trop longtemps dans le mme groupe d'ides1 l'esprit court le risque de tourner en cercle sans faire un pas4 ,qu'il me suffise pour aujourd'hui d'avoir oppos l'un l'autre ces deux personnages du dandy et du pote1 infiniment respectables tous deux1 mais un degr diffrent1 pour moi du moins1 qui aime passionnment la posie et qui ne connais rien de suprieur dans ce monde-ci un pote4 ,,un ,,autre ,,philosophe --,enfin nous allons pouvoir causer cur ouvert1 me dit ,marcel ,schwob1 et son visage de ,bndictin aux yeux fureteurs et mondains s'illumina d'un bon sourire de bienvenue4 ,attendez3 je vais vous faire de la place1 et tout en dbarrassant la chaise longue du tas de livres qui s'y tait amoncel1 comme partout ailleurs o s'offrait une surface peu prs plane1 dans sa petite cellule3 ,c'est ici comme dans les grands fonds sous-marins2 on y voit des monstres qui devraient jamais fuir la lumire du jour2 il poussa du pied dans un coin un gros in-folio2 mais en revanche on y trouve des perles4 ,regardez bien ceci4 ,il tira d'un monceau de paperasses une enveloppe bourre4 ,devinez ce que c'est8 ,le manuscrit original de la ,physiologie de l'amour moderne1 de ,paul ,bourget8 ,non1--allez1--c'est peu vraisemblable6--,voil1 cher ami1 une chose vraiment authentique et vivante1 et qui n'a besoin pour rveiller notre intrt blas d'aucune tiquette1 moderne ou antique4 ,triomphalement1 il agita devant moi la liasse des papiers1 comme si c'tait l'appt d'un de ces requins des grands fonds dont il venait de parler2 puis il dposa l'enveloppe sur la table1 et d'une voix solennellement comique qui cachait mal la satisfaction qu'il prouvait1 il me dit3 --,ce sont les pices du procs des ,coquillards1 une bande de malfaiteurs qui a t juge ,dijon au milieu du ,x,ve sicle3 des interrogatoires1 des confessions1 des dlations et de plus1 notez bien1 une liste des mots de leur jargon1 rdige d'aprs la dposition d'un membre de l'association4 ,quel trsor1 n'est-ce pas8 ,a l'aide de ces documents et d'autres donnes que j'ai recueillies aux ,archives ,nationales1 je vais pouvoir me faire une ide exacte de la faon de vivre des classes dangereuses1 au moment o s'tablissait dfinitivement en ,france un pouvoir central1 l'heure prcise o venait de natre l'tat politique et social des temps modernes4 ,on trouvait dans ces bas-fonds des gens de tous les ordres de la socit4 ,des soldats sans moyens d'existence avouables1 puisque la grande guerre de ,cent ans allait finir2 des nobles1 des fermiers1 des ouvriers ruins par la misre effroyable qui avait svi2 des jeunes gens qui avaient commis un crime dans un moment de folie1 des ecclsiastiques en rupture de froc et des tudiants en rupture d'cole4 ,voil tout ce qu'on trouve dans ces couches infrieures4 ,et c'est une image en miniature de la socit2 une nouvelle socit en vrit1 mais qui tend ses ramifications dans le grand tout dont elle est bannie1 parce qu'elle sait y pntrer avec ses baladins1 ses artistes1 ses filles et ses escrocs de haute marque4 ,n'est-ce pas1 voil qui est intressant1 et ce serait une charmante occupation de l'esprit1 d'essayer de saisir ce mouvement de descente et d'ascension de la bohme1 si l'on pouvait suivre ces diffrents personnages dans leurs mtamorphoses1 si l'on tchait de comprendre leur langage et de connatre les penses que leur suggrait cette existence accidente444 ,on s'y livrerait de cur et d'me4 ,car1 entendez-moi bien1 ce sont ces couches infrieures de la socit qui1 pour une grande part au moins1 ont rapproch instinctivement les diverses nations de l',europe4 ,c'tait la premire ,internationale en dehors de l'glise4 ,je trouve dans ma bande des cossais1 des ,espagnols1 des ,allemands1 etc4 ,mais il me semble que ma dcouverte vous laisse froid et pourtant elle doit vous intresser8 ,tandis que ,marcel ,schwob droulait son catalogue de professions et de nations1 mon imagination un peu lente et mon savoir dfectueux allaient qurir le roman de ,walter ,scott1 ,quentin ,durward1 afin de se reprsenter le tableau historique du temps dont parlait mon ami4 ,la mention des cossais me rappelait aussitt le vieil archer de la garde royale1 payant son cot avec un anneau de la chane d'or qui pendait son cou4 ,ds mon enfance1 ce porte-monnaie primitif a exerc un grand attrait sur mon esprit1 et ma pense tait si absorbe dans ces beaux souvenirs romanesques que je ne trouvais plus rien dire4 ,marcel ,schwob1 tout plein de son sujet1 poursuivit3 ,savez-vous pourquoi j'attache autant d'importance la connaissance prcise de l'tat des classes criminelles durant cette priode du ,x,ve sicle8 ,c'est que je crois tre sur la trace d'un fait moral qui me semble d'une valeur capitale pour la science historique et pour l'histoire de l'humanit4 ,c'est alors pour la premire fois que ces classes dangereuses ont acquis la conscience d'une vie autonome et situe hors des limites de la socit rgulire4 ,elles faisaient contrepoids la bourgeoisie1 qui se groupait autour de la royaut4 ,c'tait la substance dont allait s'alimenter le mouvement contre l'autorit de l'glise et de l'tat qui commence se manifester au dbut du ,x,v,ie sicle4 ,je vous exprime mon ide en deux mots1 mais vous voyez bien clairement ce que je veux dire1 n'est-ce pas8 ,jusqu'au milieu du ,x,ve sicle1 l'tat avait eu lutter contre ses ennemis au dehors1 les ,anglais et les grands vassaux de la couronne2 puis vient l'instant o la monarchie acquiert sa suprmatie inconteste et o les petites dynasties vont disparatre4 ,la lutte1 extrieure jusque-l1 se transforme en mouvement intrieur et c'est par cette guerre latente prcisment que les lments constitutifs de la socit parviennent la conscience de la vie propre qui les anime4 ,les ennemis de l'ordre rgulier cherchent se connatre1 et de leur ct leurs adversaires essayent de se rendre compte du caractre des classes dangereuses4 ,vraiment1 ce ne peut tre par l'effet d'un pur hasard qu'en cette seconde moiti du sicle1 dans des contres diffrentes1 on ait fait des enqutes officielles sur la vie des gueux2 or1 ces enqutes se produisent un peu partout1 et cette vie elle-mme s'infiltre dans la littrature non seulement par la publication du ,liber vagatorum1 le livre des tours et des termes techniques de vagabonds1 mais aussi par les ballades en jargon et les scnes ralistes des mystres1 o on reproduit sur le vif les murs et le langage des voleurs de grande route1 jusqu' ce qu'enfin ,rabelais et les grands matres du ,x,v,ie sicle1 les chefs de la grande rvolution intellectuelle1 recueillent dans leur uvre la vie vagabonde avec toutes ses manifestations et lui donnent par leurs crations une forme immortelle4 ,vous comprenez mon motion1 en voyant devant moi1 encore vierge1 une des sources de ce large fleuve qui nous abreuve tous1 en saisissant presque de mes mains1 dans cette bande des ,coquillards1 les conditions relles de la vie de bohme au ,x,ve sicle4 ,et entran par le courant de ses penses1 qui jamais n'apparaissent plus blouissantes aux yeux du chercheur qu'au commencement de sa route1 ,marcel ,schwob poursuivait sur le chapitre des gueux3 --,avez-vous remarqu qu' toute poque il y a dans les ides et les sentiments une sorte d'arrire-pense1 inconsciente souvent et ne se trahissant qu' des intervalles1 mais sans la connaissance de laquelle on ne s'explique jamais d'une faon complte le caractre du temps8 ,il est vrai que cet arrire-plan de l'esprit humain1 de par sa nature mme1 ne revt jamais une forme distincte1 mais on peut se le reprsenter soit par un symbole1 soit par un mythe1 qu'on accepte comme sa manifestation relle et c'est la vritable rgle qu'il faut appliquer tout ce qu'un sicle pense1 dit ou fait4 ,pour le ,x,ve sicle1 je crois que c'est la parabole de l',enfant prodigue qui exprime le mieux le sentiment confus de toutes les mes2 oui1 c'est bien l le type que le ,x,ve sicle ralise de prfrence dans toutes ses crations4 ,cherchez bien et c'est ce vagabond que vous retrouverez dans ses aspirations srieusement comiques et navement perverses4 ,vraiment cette fin de sicle est dignement reprsente par le gueux qui a follement dpens l'hritage des grands sicles du ,moyen ,age4 ,le voil qui se trane sur la grand'route laissant chaque buisson un lambeau de sa cotte1 avec le sentiment profond de son humiliation1 plein de repentir1 mais plein du souvenir aussi de ce bon temps pass o il festoyait avec ses amis et ses amies2 ne voyant aucune issue sa misre1 mais persuad1 au fond de son me1 qu'il doit y avoir au ciel ou sur terre1 quelque part enfin1 une maison hospitalire1 o l'attendra un pre clment une table bien servie4 ,oh6 ce rve de l'affam qui erre sur la grand'route6 ,voyez1 dans cette sphre d'ides1 comme mes ,coquillards1 mes vrais gueux1 prennent leur relief4 ,ils sont leur manire une des incarnations de la pense intime de l'poque4 ,n'est-ce pas toujours ainsi8 ,est-ce que les classes dangereuses n'offrent pas une image1 force peut-tre1 mais non fausse de la grande socit sur la lisire de laquelle elles se meuvent8 ,le clerg qui vit avec le peuple le sait bien4 ,et ce propos vous vous rappellerez la singulire prdilection des prdicateurs libres du ,x,ve sicle pour cette mme parabole de l',enfant prodigue4 ,dans leurs sermons444 ,j'aime extraordinairement la lecture de ces bons sermons d'autrefois4 ,et vous8 --,hlas6 dis-je l'loquent dfenseur des gueux1 vous mettez la main sur une des lacunes de mon ducation2 je sens trs vivement aujourd'hui que j'ai lu trop peu de sermons4 ,mais dites-moi donc quel est le symbole qui se cache sous le mouvement des ides de notre poque nous8 ,la parabole de l',enfant prodigue me semblerait assez convenir notre temps1 si ce n'est que de nos jours il n'est point question du veau gras que tous attendent pour prix de leurs pchs et de leurs faiblesses1 mais bien d'un autre veau1 symbolique lui aussi1 et qu'on a ador ds les premiers temps de l'histoire1 je veux dire le veau d'or4 ,mais laissons l cet intressant problme4 ,permettez-moi d'user de franchise avec vous et de vous dire que vos ,coquillards ont jet quelque dsarroi dans mon esprit4 ,j'tais venu pour vous entendre dire autre chose1 je voulais vous parler des difficults que j'prouve porter un jugement sur le roman psychologique contemporain444 ,a peine ces paroles m'avaient-elles chapp que ,marcel ,schwob s'emporta1 et sans me permettre la moindre explication1 se mit tonner3 --,vous osez prononcer devant moi ces mots nfastes6 ,ne savez-vous donc pas que je les hais1 et ne sentez-vous donc pas que je dois les har1 ces rcits falots1 o1 sous prtexte de nous dvoiler les secrets de l'me1 un monsieur nous raconte une aventure banale de petit salon1 enjolive de bribes mal digres de ,spinoza ou de ,herbert ,spencer8 ,de la psychologie8 ,mais1 cher ,monsieur1 il n'y a pas plus de prdictions psychologiques dans votre livre que dans ce simple fait3 je sors avec mon parapluie1 quand le temps est couvert4 ,quiconque ignore1 aux premires pages de ces rcits1 o l'auteur veut en venir1 mriterait d'tre renvoy sur les bancs de l'cole pour y apprendre lire4 ,voil ce qu'on appelle noblement des problmes de l'me4 ,enfin1 ceci n'est rien2 puisqu'il y a des amateurs de ce genre1 ils ont le droit de s'amuser comme il leur plat1--nous sommes tous gaux4 ,ce que je ne puis supporter1 c'est que le monsieur qui vend ces portions frelates peut-tre1 mais inoffensives au fond1 prenne en les distribuant des airs d'importance1 ou tire les ficelles de ces pantins avec l'onction d'un pasteur brevet d'mes et d'un confesseur de consciences endolories4 ,voil qui ne se peut souffrir et je protesterai de toutes mes forces chaque fois que l'occasion s'en offrira4 ,vous voyez d'ici la faon dont ces gens mettent leur sujet en uvre4 ,ils vont raconter le cas de ,mme ,a444 ou de ,mme ,b4441 histoire vieille comme ,boccace ou ,brantme1 et par cela mme ternellement jeune et intressante1 pourvu qu'on n'aille pas dmembrer une anecdote claire et simple pour la bourrer de motifs psychologiques ou la farder d'une philosophie mauvais teint4 ,allez1 je les vois venir4 ,a peine tiennent-ils leur anecdote qu'ils s'empressent1 ces psychologues1 de la dhancher pour la faire entrer dans le cadre romanesque la mode du jour4 ,ils font venir les robes de l'hrone de chez ,worth ou ,redfern et ils la parfument des odeurs et des ides en vogue4 ,ils n'ont garde d'omettre que le linge du hros sera blanchi et repass ,londres1--puisque c'est l seulement qu'on sait lui donner le lustre auquel il a droit 7c'est du linge que je parle72 ensuite ils lui mettent ngligemment dans la cervelle les deux ou trois doutes fashionables du jour1 et l'initient avant tout aux mystres du tub et des dessous de ces dames4 ,je ne dirai point qu'on ait besoin d'une science profonde pour crire un roman psychologique2 mais il faut pourtant une dose de connaissances diverses trs respectable et je ne m'tonne gure de l'air ple et fatigu que prennent nos romanciers quand1 le soir1 leur travail termin1 ils se laissent admirer avec quelque bienveillance et1 adosss la chemine du salon1 passant la main fivreusement sur leur front1 murmurent d'une voix mourante3 ,j'ai mal l'me4 ,vous me demandez le mythe qui interprte d'une faon typique les choses de notre temps8--,eh bien6 avec tous ces psychologues qui encombrent le champ de ma vision1 je ne puis penser qu'au ,livre des snobs du grand ,thackeray4 ,ces snobs viennent se mettre entre moi et la lumire qui mane des faits simples et clairs2 ils font violence la science que j'aime et ils rendent fade la religion que je ne puis imaginer que svre et haute4 ,le torrent cessa un instant et je pus placer quelques mots4 --,je vous jure que vous vous trompez et que je ne m'occupe gure de tout ce qui nonne dans ce bas monde2 mme ,ohnet me laisse froid1 et 7dois-je l'avouer87 dans l'uvre de ,bourget il y a des parties pour lesquelles je n'prouve pas plus de sympathie que cet auteur clairvoyant n'en a lui-mme4 ,je crois que ma langue a fourch1 quand j'ai nomm le roman psychologique1 et je voulais simplement amener la conversation sur l'uvre de ,barrs4 --,barrs6 ,ici ,marcel ,schwob fit une pause4 videmment il ne s'tait pas encore form une opinion nette sur l'crivain4 ,voyez-vous1 me dit-il1 je me tiens sur mes gardes4 ,est-ce chez moi un phnomne morbide1 ai-je hrit de la maladie de ,thackeray1 peut-tre1 mais je sens partout des snobs et du snobism4 ,barrs est mille lieues des gens dont je parlais2 et pourtant il se dgage de lui un certain parfum1 je ne dirai pas de snob1 mais de ,saint du snobism4 ,je me mfie quand je vois l'analyse des motions de l'me prendre le pas sur le reste1 comme si elle seule elle tait capable de crer une uvre d'art4 ,et encore si c'tait l'analyse scientifique et impassible2 mais l'analyse littraire1 est-ce autre chose1 dire vrai1 qu'une promenade1 agrmente de jolis dtails1 que l'esprit fait de temps en temps sous prtexte d'exercice hyginique1 afin de pouvoir rentrer bientt au paisible pays des prjugs chris4 ,zola donne sa promenade le nom dcoratif de physiologie1 et les autres s'intitulent psychologues2 mais au fond ce ne sont1 attifes au hasard de la rencontre avec quelques lambeaux de phrases scientifiques1 que des ides sentimentales1 vieilles comme le monde1 et qu'on agite pendant un temps aux yeux des badauds pour les oublier ensuite au magasin des choses surannes4 ,croyez-vous que la difficile question de l'hrdit physiologique se pose aujourd'hui1 devant l'esprit de ,zola1 en d'autres termes qu'il y a vingt ans au dbut de l'histoire des ,rougon-,macquart8 ,il en est rest son point de vue primitif4 ,et pourtant la science n'a tudi exactement ce problme que depuis la publication des premiers livres de ,zola4 ,trouverait-on une seule trace de ces thories nouvelles dans l'uvre du matre8 ,ils donnent cette uvre le nom de science1 et tout au plus est-ce de la casuistique4 ,barrs1 qui a un dlicieux flair des courants de l'opinion1 a peut-tre senti qu'il courait risque d'chouer dans un genre dmod1 et il a fait prendre ses thories un bain d'inconscient4 ,elles en sont sorties rgnres1 je le crois2 mais il me reste un doute3 l'homme qui est parti d'un systme acquerra-t-il jamais la largeur de vue qui lui permettra de nous donner la reprsentation complte d'un fait8 ,se dfera-t-il jamais de ce je ne sais quoi de factice qui nuira l'intgrit de la sensation8 ,l'intelligence qui btit les systmes et l'exprience qui les prouve sont du domaine de la science4 ,l'art est une manifestation de l'homme tout entier4 ,vous vous souvenez de la dfinition que donne ,ribot de la volont8 ,c'est1 dit-il1 la raction propre de l'individu4 ,la dfinition de l'art que j'essayais d'indiquer n'a pas d'autre sens et voil bien la preuve de l'troit rapport qu'il y a entre l'art et la volont4 ,l'art et la volont ont leur source dans ce qu'il y a de plus individuel en nous1 dans le centre de toutes nos facults4 ,aussi l'essence de l'art c'est la libert1 tandis que la science cherche la dtermination4 ,celui qui fait prdominer dans notre personnalit un lment au dsavantage des autres amoindrit l'art parce qu'il restreint le libre mouvement de l'individu4 ,unit veut dire simplicit4--,mais je m'aperois que notre conversation prend un tour de dissertation philosophique1 me dit ,marcel ,schwob1 qui1 le front appuy dans les mains1 avait prononc la dernire partie de son discours1 comme s'il lisait dans un livre invisible4 ,je dois vous avouer que ces jours-ci mon esprit est assez proccup d'une prface que je vais crire pour un recueil de nouvelles1 qui parat le mois prochain4 ,je veux dire1 dans cette introduction1 mon opinion sur la littrature de l'avenir1 aussi bien que sur celle du pass1 en un mot sur l'art en gnral4 --,cependant vous me semblez matre de votre sujet4 --,ah1 quelle diffrence entre les thories exposes btons rompus dans l'entretien familier et la solennelle inauguration1 dans un trait d'esthtique1 d'un dogme qui1 pour le moment1 est encore un peu en l'air6 ,savez-vous que la critique est plus difficile que l'art1 parce qu'on ne sait jamais qui on parle et quel niveau il faut se mettre1 tandis que l'artiste n'a qu' s'occuper de lui8 ,je sais ce que vous allez me rpondre1 mais laissons cette controverse444 ,quant ma prface1 puisque j'ai commenc vous en parler1 je ne connais vraiment point d'entre en matire plus simple que l'axiome suivant3 pour tout homme le monde est double2 il a conscience de soi et des autres4 tendez le cercle qui l'entoure autant que vous voudrez1 ou bornez-le strictement son voisinage immdiat1 vous n'chapperez jamais cette conception primordiale du ,moi et des autres4 ,deux sentiments en nous y rpondent3 l'gosme et la sympathie2 dites1 si vous le prfrez1 esprit de conservation et esprit de sacrifice1 voil les deux ples de notre existence4 ,je vous demande pardon de cette comparaison banale2 de plus elle n'est pas juste et j'en cherche une meilleure4 ,voil6 ,que vous semblerait de l'image d'un pendule qui oscille entre les deux sentiments opposs8 ,en dfinitive1 la vie intrieure de l'individu consiste en une srie de ces oscillations qui seront plus ou moins grandes suivant que son organisation sera plus complexe et plus indpendante4 ,elles partiront de l'gosme extrme qui se manifeste par la plus goste de nos passions1 la peur1 pour arriver l'abandon suprme de la personnalit2 puis elles retourneront en arrire4 ,je vous propose d'appeler ces moments d'arrt1 o le balancement intrieur atteint sa limite1 les crises de l'existence individuelle4 ,alors l'histoire de l'homme se marquera par la succession plus ou moins espace des crises qu'il prouvera et dont l'intensit diffrera d'aprs son temprament4 ,puisque nous en sommes venus l1 laissez-moi complter ma pense en disant que cette vie intrieure1 telle que je vous en ai dcrit la marche de crise en crise1 est la seule qui compte directement pour l'homme1 quoiqu'il dpende toujours plus ou moins des circonstances ambiantes1 comme tous les organismes4 ,claude ,bernard1 le premier1 ce que je crois1 dans ses leons sur la physiologie gnrale1 a distingu entre le milieu extrieur et le milieu intrieur1 o se meuvent les organismes4 ,il a montr que l'existence ne dpend nullement des influences extrieures1 de l'atmosphre et de la temprature gnrale par exemple1 mais du milieu intrieur1 c'est--dire du sang et des autres liquides qui pntrent dans les tissus et les nourrissent4 ,le milieu extrieur n'exerce qu'une action indirecte4 ,ainsi l'homme1 d'abord et avant tout1 vit intrieurement1 et c'est ensuite seulement que se manifeste l'action du milieu extrieur1 ou1 pour rentrer dans mon sujet1 qu'apparat l'influence de ce que nous nommons les accidents de la vie4 ,cependant ces circonstances extrieures1 que nous avons ngliges jusqu'ici1 ont leur vie elles4 ,la liaison des faits1 qui constitue le milieu extrieur de l'homme1 suit1 elle aussi1 son cours normal2 elle dveloppe et accumule ses forces jusqu' un point d'arrt1 que j'appellerais volontiers la crise des vnements2 puis elle retourne en arrire pour recommencer de nouveau quand elle aura parcouru le demi-cercle de l'oscillation4 ,ainsi l'homme se meut au milieu de circonstances qui voluent vers une crise quelconque1 et cette crise peut le toucher fortement ou faiblement1 sitt qu'elle correspond au moment d'une crise intrieure chez lui4 ,cette concidence d'une crise intrieure avec la crise extrieure1 je l'appellerai une aventure1 et c'est de la vie humaine1 conue comme une succession d'aventures1 que doit s'occuper l'art4 ,le roman d'aventures1 prises dans le sens que je vous ai indiqu1 est le roman de l'avenir4 ,de l'avenir6 ,entendons-nous bien1 il a l'avenir devant lui1 parce qu'il est d'hier et de tous les temps4 ,le chef-d'uvre de la littrature moderne1 ,hamlet1 est un roman d'aventures4 ,vous voyez1 au dbut de la tragdie1 la misanthropie du jeune prince ,danois1 son affolement devant la ralit cruelle de la vie1 atteindre son apoge et clater en crise intrieure2 alors le spectre de son pre lui apparat et amne une crise des vnements extrieurs4 ,et c'est1 dans le drame de ,shakespeare1 un va-et-vient d'motions ascendantes et descendantes qui correspond exactement au dveloppement des choses extrieures1 mais toujours de faon que les mouvements de l'me chez ,hamlet gardent leur priorit et leur suprmatie4 ,rappelez-vous sa crise d'irrsolution au moment o le roi de ,norvge demande passage sur le territoire de ,danemark1 ou ses mditations au cimetire avant qu'il sache encore que c'est l'enterrement d',ophlie qui se prpare4 ,la crise de l'motion semble appeler la crise des faits1 et une explosion en est la consquence inexorable4 ,cette tragdie-l est bourre de crises intrieures et la vie de ,hamlet est une succession d'aventures4 ,voil l'exemple suivre4 --,ce pauvre ,hamlet1 me disais-je1 est donc une sorte de paratonnerre1 sur lequel se dchargeait toute la tension tragique de l'atmosphre de son temps4 ,tout tombait sur lui ou dans son voisinage4 ,alas1 poor ,yorick1 preuves en main1 on vient vous dmontrer1 archischlemihl que vous tes1 que ce sont vos nerfs qui ont caus les malheurs de votre famille et de votre pays1 sans oublier les graves msaventures de la raison sociale ,polonius1 fils et fille4 --,mais quelle est la forme que revtira l'uvre d'art8 se demanda ,marcel ,schwob1 qui videmment voulait rcompenser l'intrt que je portais l'explication de ses thories par une dissertation finale4 --,retournons1 si vous le voulez1 aux leons de ,ribot sur la volont4 ,suivant lui1 la facult de vouloir se manifeste de deux manires2 c'est une porte ouverte au courant des dsirs1 qui1 instinctivement1 cherchent une issue1 mais c'est aussi une facult d'inhibition1 qui repousse ce fleuve tumultueux1 le rgle ou le dtourne4 ,il y a des esprits et aussi des poques de l'existence o le caractre instinctif de la volont est prdominant2 d'autres poques et chez d'autres esprits1 le ct rgulateur de la volont ou la facult d'inhibition prend le dessus4 ,en gnral l'histoire d'un peuple montre les mmes aspects divers de la volont nationale4 ,une priode d'instinct1 o chaque recrue voit en rve le bton de marchal1 est suivie d'une priode de recueillement1 o chacun hsite sur ce qu'il doit dsirer4 ,ainsi l'histoire de l'humanit prouve des oscillations rgulires et la facult de la reprsentation par l'art1 si intimement lie la facult de vouloir1 suit pas pas cette marche ascendante ou descendante4 ,nous sommes maintenant dans une priode de recueillement et non de dsirs1 et l'art1 au lieu d'tre dsordonn et individuel1 sera symtrique et ralisera des types4 --,voil ce que j'avais cur de vous dire1 fit ,marcel ,schwob1 aprs une petite pause1 tandis que son visiteur restait plong dans un silence mditatif4 ,le reste1 ce ne sont que des consquences que vous pourrez tirer vous-mme et je ne vois pas d'utilit proclamer dogmatiquement ma conviction que l'art sera plutt sculptural qu'exclusivement pittoresque1 comme il l'a t dans ces derniers temps1 qu'il sera symbolique et non pas naf1 qu'il tchera plutt d'veiller le sentiment individuel chez les auditeurs que de montrer dans ses productions le ct personnel de l'artiste1 etc41 etc4 --,mais1 dis-je aprs une seconde d'hsitation1 est-ce que vos considrations sur le caractre de l'poque ne sont pas en contradiction avec le jugement que vous avez port sur l'uvre de ,barrs4 ,vous vous tes lev contre l'analyse qui y domine1 et1 si je vois bien1 ce serait1 d'aprs vos ides1 tout fait dans le mouvement gnral du temps raisonneur plutt que crateur1 o nous vivons4 --,c'est une question de plus ou de moins1 comme pour tout ce qui se rapporte l'art1 rpondit ,marcel ,schwob4 ,et ne vous mprenez pas sur le fond de ma pense1 qui certes est loin de refuser ,maurice ,barrs l'honneur d'tre au premier rang des reprsentants de notre poque2 je ne faisais mes rserves que sur le tic de dandysme et d'ingniosit que la vie ne reconnatra jamais comme une de ses vertus lgitimes4 ,car avant tout et au-dessus de tout1 l'art est une reproduction et une reprsentation de la vie1 rduite ses proportions vritables4 ,vous rencontrerai-je demain soir chez ,renard8 ,il a termin sa nouvelle pour le ,mercure de ,france et il nous verra certainement avec plaisir4 ,je ne sais pas si l'amiti que je lui porte me trompe2 mais1 parmi nous1 les jeunes1 il me parat celui qui a le plus de chances d'arriver tre le premier3 condition toutefois que la vie lui donne la forte secousse morale dont le talent a besoin pour se dlivrer des entraves qu'il se forge lui-mme4 ,,terreur ,,et ,,piti#d #d ,marcel ,schwob1 ,cur double1 avec une prface4 ,paris1 ,paul ,ollendorf1 #ahia4 ,j'ai lu quelque part sur ,marcel ,schwob une notice o on le comparait rasme4 ,un ami peut accepter cette comparaison1 si l'on veut indiquer par l son esprit ouvert et son cur franc qui lui ont cr des relations dans tous les camps littraires et dans toutes les parties du monde4 ,d'autres1 et ce sont les fakirs de l'art1 ne s'occupent qu' regarder fixement leur nombril ou bouder dans leur coin2 lui1 au contraire1 va allgrement la chasse de tout ce qui se passe au monde4 ,un pre de l'glise du ,i,i,ie sicle lui inspirera de l'intrt tout aussi bien que le meurtrier qu'on va condamner et qu'il ira visiter dans sa cellule pour tudier l'me de l'assassin4 ,il gotera1 dans le texte original1 le ton grandiose et le mlange unique du tendre et du martial1 qui font du ,lucifer de notre ,vondel le drame lyrique par excellence2 mais en mme temps il marquera sa prfrence secrte pour le ,bateau ivre de ,rimbaud1 o la folle posie sort libre des liens qui essaient de l'enchaner dans le cercle des conceptions claires et bien ordonnes4 ,son cur et son esprit sont en mouvement perptuel1 et s'il voit s'agiter la personnalit humaine dans son milieu intrieur sous la figure d'un balancier qui va d'un sentiment l'autre1 certes il n'a eu qu' observer l'oscillation continuelle de sa propre me4 ,il ressent le besoin imprieux d'tre lui et chez lui1 mais il ne saurait se passer pour tout cela ni de l'attachement des autres1 ni des rumeurs bruyantes d'une capitale qui font diversion au va-et-vient de sa pense2 et s'il poursuit avec ardeur l'tude d'un problme scientifique jusqu' sa solution dfinitive1 il n'en recueille pas avec une moindre avidit toutes les impressions qui viennent du dehors et qui lui permettront de crer dans ses contes fantastiques une reprsentation originale de la vie4 ,nature complexe1 impulsive et rflchie la fois6 ,et cependant1 malgr cette contradiction intime de son individualit1 elle trouve sa rgle et sa belle ordonnance dans je ne sais quelle facult hrditaire de derrire la tte et de derrire toute pense consciente1 qui le met mme de distinguer entre les diffrentes phases de sa personnalit1 et de les retenir exactement dans leurs domaines respectifs4 ,par l s'explique la tche que l'auteur s'est propose dans l'introduction de son recueil de nouvelles1 et il a voulu justifier devant le tribunal de son esprit le chemin qu'il avait parcouru en artiste1 ou plutt il a prouv la ncessit morale de faire ressortir ses petits rcits sur l'arrire-plan des grandes penses qui l'occupent continuellement4 ,tous les auteurs1 aujourd'hui1 ont le dsir de revenir dans l'introduction de leur livre sur ce qu'ils craignent que le livre mme n'ait pas expliqu avec une clart suffisante4 ,mais certainement1 en ce qui concerne l'auteur de ,cur ,double1 nous avons affaire d'autres motifs4 ,en crivant sa prface1 ,marcel ,schwob n'a fait qu'obir au double courant de sa personnalit qui le pousse nous montrer d'abord ses sensations vtues d'un habit de haute fantaisie1 puis1 l'instant d'aprs1 nous dire1 d'une faon aussi prcise que possible1 la teneur de sa pense4 ,je ne saurais donc sparer de son livre1 considr comme un tout1 l'introduction dont j'avais eu le privilge d'entendre le rsum sous la forme simple et expressive de l'entretien familier4 ,elle est la transposition1 dans un langage autre que celui de l'art1 des intentions que renferme l'uvre d'art1 et c'est comme l'inscription au fronton d'un temple qui donne le sens exact des bas-reliefs de sa dcoration4 ,oui1 c'est bien ainsi que je me figure ce livre curieux de ,marcel ,schwob2 il m'apparat comme la frise d'un temple qui nous montre dans son puissant relief la progression1 j'allais dire la procession1 d'un sentiment travers l'histoire de l'humanit1 et c'est le passage de la terreur la piti qui en fait le sujet4 ,vague d'abord1 et cause de ce vague mme plus oppressive parce qu'on ignore de quel ct le mal surviendra1 la terreur s'assimile la superstition la plus abjecte pour trouver des moyens de conjurer le sort menaant on ne sait qui ni quoi4 ,mais cette calamit indfinie1 qu'on redoute1 exerce en mme temps une domination attirante sur l'me faible1 qui se livre l'inconnu parce que c'est l'inconnu4 ,et c'est le vaisseau-fantme1 disparaissant dans le brouillard matinal1 qui entrane les marins1 ou le tentateur ,satan1 qui attire l'me d'une fillette nave1 dgote de la rude besogne de son existence pnible4 ,a un degr plus haut de l'chelle sociale1 la peur ne nous parat plus produite par la malignit d'un pouvoir mystrieux au-dessus de nous1 mais elle est cause par nos propres sentiments confus et tyranniques4 ,la vie1 un autre sphinx1 offre des problmes auxquels nous ne savons rpondre que par notre dsespoir1 et la conscience1 avec sa tte de ,mduse1 nous glace le sang dans les veines4 ,et de nouveau1 ct de l'effort de lutte que provoque en nous l'image effrayante des choses1 se montre le charme secret du mal qui nous entrane irrvocablement4 ,nous cherchons secouer ce joug1 soit en opposant au pouvoir ensorceleur l'ironie de nos sens1 qui malgr tout cherchent leur assouvissement1 soit en nous prmunissant par l'ironie de notre intelligence qui nous donne un semblant d'impassibilit2 mais nous n'y russissons gure4 ,il n'y a d'autre remde contre l'angoisse envahissante que l'abandon complet de la personnalit dans la piti absolue2 il n'y a d'autre moyen pour se soustraire aux restrictions imposes par le seul fait d'exister que la rsignation entire et l'amortissement de tous nos dsirs1 ainsi que les sages de l',inde nous le prchent comme le premier des devoirs4 ,alors1--et c'est le rcit du ,maharajah se vendant de pleine volont comme esclave au plus misrable de ses sujets1--la procession du sentiment de la peur travers l'me s'arrte1 puisqu'elle a atteint la limite extrme1 oppose son point de dpart4 ,elle se met en mouvement pour une seconde fois1 puisque ,marcel ,schwob n'a pas voulu se contenter de nous montrer la transformation progressive de la peur en piti par des exemples pris dans la vie individuelle4 ,il a fait davantage4 ,il a essay de nous dpeindre1 en parcourant les ges de l'humanit1 les tats divers de la socit1 o le sentiment de terreur1 flottant dans le cur de l'homme1 s'est prcipit en formes typiques4 ,et il nous montre1 travers l'histoire1 la vie des gueux1 s'arrtant devant chaque groupe qui reprsente une tape sur cette voie douloureuse du crime et de la misre1 jusqu' ce que l'ombre de la guillotine1 la guillotine elle-mme1 apparaisse au bout de l'horizon1 comme le point de repre et de repos final4 ,puis il conclut la srie de ses nouvelles en rsumant le sujet dans un rcit symbolique o la terreur et la piti suprmes1 se heurtant face face1 nous font prouver la sensation immdiate du motif gren parmi les pages de l'uvre4 ,j'ai nomm dessein cette marche processionnelle des contes de ,cur double une succession de groupes figurs4 ,en effet1 chaque rcit forme un groupe4 ,comme la disposition de l'uvre entire rappelle le dcor sculptural d'un temple1 les nouvelles1 une une1 leur tour ont un caractre plastique trs marqu4 ,l'action y est resserre en un seul moment et l'exposition mme renferme la crise4 ,la clart de l'ensemble1 ni la prcision des dtails n'en souffrent pourtant4 ,l'auteur semble nouer le nud du rcit1 tandis qu'en ralit il en prpare la solution4 ,tout est fini en un clin d'il4 ,on se croirait en prsence d'un escamoteur et c'est bien vraiment d'un artiste qu'il s'agit1 car il a observ le moment prcis o la crise vient de natre dans l'me de ses personnages1 et o1 en se manifestant1 elle appelle l'aventure qui amnera la catastrophe4 ,a cet instant exactement il clairera vivement le groupe de figures qu'il a choisi1 et1 le faisant ressortir en haut relief1 il nous permet d'en embrasser tous les dtails d'un seul regard4 ,il a su entasser ainsi dans l'espace le plus resserr une multitude de traits tout dbordants de vie palpitante4 ,la nouvelle du ,sabot en est un bon exemple4 ,c'est le conte de la fillette qui livre son me au diable4 ,en un moment1 toute l'existence monotone d'une femme de pcheur se droule devant nous dans la srie de ses phases caractristiques3 l'enfance laborieuse1 la dure vie de la marie1 les craintes de l'pouse et de la mre1 la dsolation de la veuve1--tout cela passe sous vos yeux et se prcipite dans une succession rapide de tableaux pour se rsoudre en l'extase de l'esprit1 qui1 planant haut et loin des viles besognes de la terre se livre la contemplation pure de l'infini4 ,une autre nouvelle1 les ,sans-gueule1 saisissante par un mlange unique du tendre et du grotesque1 dcrit l'angoisse d'un cur simple devant la cruaut du sort1 qui crase ce que nous aimons et efface jusqu' la raison d'aimer4 ,quelques gestes1 arrivant peine une expression dfinie de leurs intentions1 et voil tout ce qui burine ineffaablement ce petit groupe de personnages capricieux dans notre souvenir4 ,car on serait mal venu croire que cet artiste n'a sculpt ses curieuses figurines que pour nous amuser un instant en nous causant une peur atroce4 ,au contraire1 il leur a souffl sa propre vie et il entre en communion avec la ntre par cette espce de confession fragmentaire qu'il nous fait dans les pages de son livre4 ,il a pris sa lanterne1--une lanterne sourde de voleur1--et l'a promene dans les angles obscurs de sa conscience2 il a projet les sensations prouves dans cette course nocturne sur la toile de son imagination1 et il leur a donn un air trange1 comme s'il ne comptait gure sur notre sympathie pour des sujets qui viennent de si loin4 ,mais ici se renouvelle le cas du peintre qui1 dfiant notre il de suivre ses figures dans la brume o il les plonge1 provoque notre besoin de voir et de sentir1 et nous force chercher4 ,et nous devinons1 si nous ne l'avons su ds le premier abord1 que ces nouvelles de ,cur double1 quoi qu'elles fassent pour se tenir distance1 vivent vraiment de notre vie nous4 ,disons mieux3 aprs que l'impression d'tonnement qu'elles causent s'est dissipe1 nous nous apercevons qu'elles viennent notre rencontre1 et qu'elles essaient de mettre la main sur nos penses et nos sentiments4 ,choisissons pour preuve de ce que nous avanons1 dans la seconde partie du livre1 l'trange rcit qui a pour titre3 le ,loup4 ,dans la rase campagne1 la tombe du soir1 erre un couple sinistre1 fuyant la capitale o ils ont mont un coup3 lui1 un gars bien dcoupl1 elle1 fille des boulevards extrieurs1 d'une quinzaine1 peut-tre d'une vingtaine d'annes plus ge que son homme1 mais le teint frais1 l'il vif1 fine pour deux4 ,la nuit va venir2 les chiens des fermes aboient aux vagabonds hagards et affams qui sentent peser sur eux la solitude de la plaine4 ,ils cherchent un gte et se dirigent vers une carrire qu'ils reconnaissent de loin la lueur rouge des lanternes au ras du sol4 ,des forats librs y travaillent2 le propritaire n'est pas difficile et prend les gens qui s'offrent sans s'enqurir de leur pass4 ,un des premiers carriers que le couple de vagabonds rencontre est un vieux1 solide et nerveux1 dont le visage est couvert d'un loup en fil de fer qui le protge contre les clats de pierres4 ,l'homme au loup raille grossirement le gars sur sa matresse4 ,une querelle s'engage2 ils en viennent aux mains4 ,la femme1 craignant un malheur1 cherche les sparer1 mais en s'approchant du vieux1 elle se fait reconnatre par lui et il retrouve en elle la fille pour qui il a commis le crime qui l'a conduit en ,nouvelle-,caldonie4 ,furieux1 il veut tuer le gars1 malgr les cris perants de la femme1 et le cercle des travailleurs de la carrire se ferme autour des combattants4 ,la victoire reste au plus jeune4 ,d'un pic1 qu'il a trouv ses pieds1 il enfonce le crne du vieux1 qui tombe mort la renverse tandis que le masque glisse de son visage ensanglant4 ,tous les travailleurs crirent3 ,hol6 ,la femme se roula vers le bruit1 et1 rampante1 vint regarder l'homme dmasqu4 ,quand elle eut vu le profil maigre1 elle pleura3 ,t'as tu ton daron1 mon homme1 t'as tu ton daron6 ,dans la minute1 ils furent sur leurs pieds et s'enfuirent vers la nuit1 laissant derrire eux la ligne sanglante de la carrire4 ,je ne parlerai pas du talent suprieur qui se manifeste dans la faon de prsenter cette tragdie resserre en quatre ou cinq pages tout au plus1 tous les acteurs du drame caractriss individuellement1 l'entourage prcis en quelques lignes1 le pressentiment du malheur futur indiqu en deux ou trois traits significatifs1 le tout formant un groupe qui se dissout dans la nuit de la mort et dans la nuit plus sombre encore du crime irrparable1--mais je me demande quelle impression les faits mmes qui me sont conts laissent dans mon esprit4 ,je veux lutter contre la sensation d'tonnement que me cause l'tranget du rcit en me rappelant l'histoire de ,rustem1 le hros persan qui provoque son pre inconnu en combat singulier1 ou encore l'histoire d'dipe qui tue son daron dans une rixe banale et pouse sa propre mre4 ,combien ces souvenirs de l'ancienne mythologie sont loin de moi1 aussi loin que ce qui se passe l-bas1 la nuit tombante1 dans la carrire inconnue6 ,mais au contraire1 plus j'y pense1 plus ces rcits classiques revivent dans ma mmoire1 et1 si je ne me trompe1 d'une vie autrement intense qu'auparavant1 maintenant que mon imagination voit transport dans le prsent ce qu'il me plaisait autrefois de considrer comme un cas prhistorique4 ,et toutes les thories morales1--comme d'une lutte pour la vie entre deux gnrations qui se succdent1--par lesquelles j'avais accoutum de justifier devant mon imagination l'horreur de ces vieux mythes1 me reviennent maintenant l'esprit1 mais accentues d'une autre faon et claires de la lumire crue que projette sur leur classicit le rcit moderne de ,cur double4 ,oui1 l'enfant tue le pre1 ou du moins il cherche le tuer1 s'il n'est pas tu par lui4 ,c'est la dure loi qui lie indissolublement l'amour la mort1 tant dans le monde physique que dans le monde moral4 ,les faits se montrent rarement dans leur franchise brutale au niveau de la socit o nous nous trouvons4 ,mais la lisire extrme du monde dont je fais partie1 un drame de sang et d'inceste1 comme dans la nouvelle de ,cur double1 se construit avec les mmes vnements1 qui de notre ct de la socit1 du ct clair par le soleil de la morale conventionnelle1 auraient tout au plus occasionn la comdie banale d'un pre harass de travail1 et exploit par sa femme et le fils prfr avant tout4 ,c'est ainsi que les phnomnes morbides du corps humain ne prsentent pas un caractre diffrent de ceux que l'on observe dans son tat de sant4 ,seulement1 quelques-unes des conditions parmi lesquelles ils ont lieu se sont modifies1 et le physiologiste observe ces dviations pour en tirer ses conclusions sur la direction des forces actives du corps humain1 livres leur impulsion propre et sans contrepoids4 ,car les malades ont un genre de sincrit que n'ont pas les gens bien portants4 ,ainsi1 ne reculons pas devant la confession de notre misre morale et osons reconnatre le lien qui nous rattache au mal3 avant tout1 soyons sincres6 ,,souffrances ,d',,artiste ,quand ,jules ,renard nous eut lu sa nouvelle1 qu'il avait termine pour le ,mercure de ,france1 il rgna pendant quelques instants dans la chambre un silence profond4 ,d'une main s'appuyant sur sa table de travail1 tenant le manuscrit de l'autre1 ,renard1 debout1 attendait le jugement qu'un de ses deux visiteurs allait prononcer4 ,c'tait un conte minuscule qu'il nous avait rcit de sa voix grave et nette1 une dcoupure1 comme il disait4 ,cela s'appelait les ,chardonnerets1 et c'tait l'histoire d'un chasseur dilettante qui1 avec son costume tout neuf et son arme perfectionne1 part en guerre contre tous les habitants de l'air et de la campagne4 ,m4 ,sud1 le chasseur1 n'est pas un homme terrifiant2 au contraire1 il lui faut dj toute une rsolution pour dcharger son fusil4 ,quel triomphe1 quand1 aid par le hasard1 il a atteint d'un coup heureux toute une petite bande de chardonnerets perchs sur une branche6 ,que diront ses amis8 ,quelle contenance gardera-t-il sous leurs flicitations8 ,il ramasse ceux des petits oiseaux que son chien ,pyrame n'a pas encore mordus1 les met dans sa gibecire1 et comme il en sent un qui remue encore1 il les reprend tous dans la main4 ,il les regarde et se sent tout perplexe devant les palpitations de ces petits corps1 fragiles comme une uvre d'art1 qui1 par son fini1 donne l'illusion de la vie4 ,un des chardonnerets1 plutt bloui que touch par le coup du chasseur1 profite de l'occasion qui s'offre et s'envole de sa main4 ,m4 ,sud s'en rjouit comme d'une chose heureuse qui lui arrive2 il trouve vraiment que c'est un bon tour que lui a jou le petit chardonneret2 les autres1 hlas6 ne sauront plus regagner la libert qu'il voudrait leur rendre4 ,il regarde autour de lui s'il n'y a personne pour l'pier1 puis il range les pauvres oiseaux demi morts sur le bord du ruisseau et le courant emporte les petites victimes4 ,m4 ,sud a honte d'avoir tir un coup de son beau fusil2 et quand il aperoit les gouttes de sang qui tachent son pantalon gris perle1 sa conscience le point comme s'il tait assassin4 ,voil tout2 le rcit en lui-mme n'a point d'importance1 si ce n'est par le fini merveilleux qui donne l'illusion de la vie aux uvres d'art4 ,un tout petit filet d'motion traverse l'historiette en un rseau de veinules qui apparaissent la surface par-ci1 qui se cachent par-l2 mais cette motion est contrebalance par le srieux comique du chasseur dilettante1 glorieux et repentant4 ,le jeu entier des sentiments qui se rencontrent dans cette petite fable se trouve en quilibre complet4 ,ce n'est point de la compassion qui meut ,m4 ,sud et qui le fait agir comme il le fait1 mais c'est plutt l'embarras secret qu'prouve l'homme du monde devant un objet tranger dou d'une vie mystrieuse1 ou encore le dilettantisme surpris devant les choses de la nature4 ,il y a de la sensibilit dans son action1 mais rien qu'un soupon de sentiment1 et s'il y a de la maladresse dans ses poses1 il vite le ridicule tout juste par l'honntet parfaite de son esprit4 ,oui1 vraiment1 de par l'agencement subtil des faits qu'il raconte1 le rcit1 sitt qu'on veut se livrer aux sensations qu'il vous cause1 prend les proportions d'un drame trs serr4 ,l'action1 c'est la succession des mouvements de l'me qui portent le tueur d'oiseaux regretter son crime2 ils clatent en crise finale1 quand il voit les gouttes de sang sur son habit vierge1 et qu'il se baisse pour laver son pantalon dans l'eau claire du ruisseau1 comme un vritable criminel qui cherche effacer les traces de son assassinat4 ,tout cela est dit en une langue transparente1 sans lacune comme sans ornements1 qui fait apercevoir toutes les palpitations des vnements et leur nervure dlicate1 un petit chef-d'uvre qui rivalise en finesse et en fragilit avec les ,chardonnerets eux-mmes qui en sont le titre4 ,quel contraste avec la faon dont ,marcel ,schwob regarde les choses6 ,ici la vie en miniature1 la tragdie du minuscule2 l1 dans le monde des gueux1 la recherche de l'extraordinaire1 la terreur du monstre dans l'homme4 ,l'admiration que manifestait ,marcel ,schwob pour la nouvelle de son ami1 en tait d'autant plus sincre4 ,jules ,renard ne se montrait pas insensible aux louanges qu'on donnait son rcit2 l'uvre rcente ne s'tait pas encore spare de l'esprit qui l'avait enfante1 l'auteur y vivait encore avec une partie de son me4 ,et le ton de sa voix tait plus chaud que d'ordinaire lorsqu'il nous dit3 --,pendant que j'tais occup crire ce conte1 j'ai pu observer trs prcisment l'instant o mon esprit a fait le mouvement tournant dont nous parlions nagure4 ,au dbut1 la nouvelle tait conue dans un sens plus satirique qu' prsent4 ,j'avais d'abord l'intention de rendre ridicule ,m4 ,sud2 mais pour un bourgeois qu'il est1 il s'en tire encore assez bien1 je trouve4 ,je ne sais quel sentiment s'empara de moi1 tandis que j'crivais4 tait-ce le souvenir d'une aventure semblable1 qui m'est arrive1 moi8 tait-ce cette espce d'attendrissement que porte avec soi tout ce qui est du pass8 ,je me suis laiss entraner par mon motion1--oh bien peu1--et je suis trs heureux de vous entendre dire que j'ai russi communiquer ce sentiment au sujet4 ,car1--n'est-ce pas1--il y a quelque chose de suprieur l'uvre d'art1 c'est l'motion qui s'en dgage4 --,a condition toutefois1 se reprit-il1 comme s'il craignait d'avoir t trop loin1 condition que l'motion reste pure1 c'est--dire qu'elle ait t veille par le sujet mme et non point par quelques dtails factices4 ,mais ici je crois que je me suis tenu strictement dans les bornes que prescrit l'art4 ,quelle peine vraiment1 s'cria ,jules ,renard d'un ton amer en s'asseyant et en prenant sa pose habituelle de nonchalance1 quelle grande peine de forcer son motion1 sitt qu'on en a ressenti le moindre grain et de souffler de toute la vigueur de ses poumons dans la grande trompette des sentiments6 ,cette peine ne vaut pas un liard4 ,cependant1 il parat qu'il est d'un grand charme1 pour le public1 de voir ce bariolage de couleurs criardes1 ou d'entendre cette symphonie instrumentation violente avec ses basses ronflantes et le roulement final de ses tambours forcens4 ,mais tout cela1 mes bonnes gens1 et mon bon ogre de public1 ce n'est pas de la chair saignante qu'on vous offre1 ce n'est que du carton4 ,et pourtant il aime a1 le bourgeois1 et il paie son prix d'entre pour voir1 pour entendre1 pour goter6 ,ai-je dit que cette exaltation artificielle de l'motion ne valait pas un liard8 ,je me suis tromp4 ,le succs du livre1 le succs financier en dpend6 ,ah je sais trs bien que c'est ignoble d'y revenir toujours1 continua-t-il aprs une courte pause1 en parlant d'une voix srieuse et sombre et en regardant un point noir l'horizon de sa pense1 mais je ne puis me dgager de ce cauchemar qui me poursuit4 ,je voudrais bien que mon uvre1 moi aussi1 rapportt de l'argent2 de l'argent1 que je pourrais tter et manier1 comme une preuve sensible qu'il existe des gens qui apprcient mon travail4 ,quelque chose que je pourrais jeter aux pieds de l'homme qui se moque de mes labeurs1--oui1 quelque chose qui me rconfortt dans mes moments d'humeur noire4 ,voyez-vous1 dit-il1 c'est un martyre que ce mtier d'crivain4 ,a ces mots1 ,jules ,renard s'tait lev4 ,il traversa l'appartement d'une enjambe1 puis s'arrta tout prs de la table1 o il prit une brochure qu'il feuilleta sans penser ce qu'il faisait4 --,le langage ne veut pas ce que nous voulons1 dit-il4 ,les mots ordinaires sont mous comme des fruits trop mrs4 ,mettez-les dans une phrase et ils y font des trous2 elle sonne creux1 comme si notre pense n'avait ni vigueur ni consistance4 ,ne me parlez pas des termes orns1 c'est l'affaire du pharmacien qui dore les pilules1 non de l'auteur qui se respecte et qui respecte son public4 ,les mots extraordinaires donc1 qui ne se trouvent dans aucun lexique8 ,comme ce serait puril de faire de la gymnastique et des sauts prilleux l o il n'en faut pas6--,mais pourquoi cote-t-il tant de peine de dire simplement ce qu'on veut8 ,je reste assis toute la journe devant ma table de travail1 me rongeant de dpit1 et quand enfin j'ai achev une page qui me satisfait1--alors1 quoi8 ,qui la lit8 ,nous sommes trop grande distance l'un de l'autre1 le monde et nous4 ,nous ne nous comprenons plus4 ,et le pis1 c'est que dans notre pays de libert on n'ose pas dire franchement ce qu'il y a de mieux en soi4 ,non1 on craint la vrit1 ds qu'elle blesse les trois ou quatre prjugs populaires1 qui nous sont rests comme hritage de la gnration prcdente4 ,on gne ces messieurs de la presse1 en touchant ce qu'ils nomment religion1 science1 ou patriotisme1 parce que dans ces sujets-l ils trouvent matire dclamation toute prpare2 et on scandalise les politiciens qui par ce commerce d'ides rances gagnent leur pain de tous les jours4 ,on vous dit de toutes parts3 personne ne pense ainsi1 personne ne parle ainsi1 et cela au moment juste o l'on s'est appliqu formuler de la faon la plus claire ce qui est au fond de tous nos curs1 nous4 ,oh6 nous avons pleine libert de tout faire2 nous pouvons exposer des dessins o des messieurs et des dames s'exhibent dans toute la brutalit de leurs dsirs2 nous pouvons remplir les colonnes de nos journaux de contes qui jouent le rle d'entremetteurs pour maisons de tolrance3 mais faites mine seulement de vous attaquer aux deux ou trois devises de la socit1 auxquelles personne ne croit plus et qui font crier tout le monde6 ,et vous verrez ce qui arrivera4 ,peut-tre qu'il en est autrement quand on a acquis une grande notorit pour avoir flatt l'instinct secret de l'opinion publique2 on vous pardonne alors de lcher de temps en temps une vrit ou de montrer ce qui se passe au fin fond de votre pense4 ,et mme alors combien de tact diplomatique ne faut-il pas dployer6 ,jules ,renard s'emporta4 ,en tout artiste il y a un enfant gt qui se plaint de ne pouvoir dcrocher la lune avec ses mains4 ,certainement cet enfant gt doit exister chez ,renard3 mais ce n'tait pas lui qui lanait cette invective contre une socit qui1 de par sa btise1 restera ternellement incorrigible4 ,cette boutade tait ne de quelques incidents du jour qui dcelaient l'envie des classes officielles pour la gnration nouvelle d'artistes1 mais qui n'avaient nullement atteint la position personnelle de ,renard4 ,il donnait de l'air ses sentiments1 comme on prouve le besoin d'ouvrir la fentre pour se dbarrasser des miasmes de l'atmosphre4 ,convaincu du srieux qui le guidait1 il faisait valoir ses droits et ceux de ses confrres tre pris au srieux par la socit4 ,c'est bien l la cause intime du diffrend entre le monde et les gens du mtier1 comme ,renard1 qui ont foi en leur uvre4 ,les gens du monde ne croient jamais la sincrit complte de l'artiste1 parce qu'ils la voient souvent accompagne d'un dsir morbide des honneurs qu'il se croit dus4 ,on ne comprend gure qu'un seul cur puisse loger en mme temps l'me d'un enfant et d'un homme4 ,chez ,renard1 ce fut ce moment l'homme qui parlait et qui maintenait les droits sacrs de son mtier4 ,sa vie jusqu'ici a t une lutte pour la saintet de sa cause4 ,le secret des souffrances de ,poil-de-,carotte est que chacun le prend pour autre qu'il n'est4 ,ce malentendu existe aussi pour ,renard4 lev dans un milieu rustique1 au centre de la ,france1 au ,morvan1 il s'est senti perdu parmi ses semblables2 au fond peut-tre ses sensations n'ont pas t diffrentes de celles du ,cadet de ,richepin1 quand il se trouvait dplac au milieu de son entourage4 ,et plus tard1 quand ,renard se fut fix dans la capitale1 la lutte commena de nouveau4 ,renard faisait des vers qui trouvaient des admirateurs2 dans les salons o il tait reu1 on le pressait de rciter ses pomes mme avant des potes de grand renom1 parce qu'on croyait aux promesses de son talent2 et cependant il savait que pour faire des vers on n'a gure besoin d'tre pote4 ,il publia ses premires nouvelles1 un recueil de scnes champtres runies sous le titre ,crime de village et1 quoique pour nous il se retrouve tout entier dans l'un ou l'autre de ces rcits1 son intelligence lui disait1--et l'intelligence chez ,renard est le porte-paroles de son instinct littraire1--qu'il risquait de tomber dans un genre o le chic pourrait remplacer le vritable talent4 ,et il se moquait de ses premiers succs1 il ne voulait pas que sa renomme vct aux frais d'un style et de formes que d'autres avaient prpars pour lui4 ,en un mot1 il tait possd du dsir d'tre soi1--folie aux yeux du monde4 ,l'esprit solide1 hrditaire chez lui1 mais fortifi encore au milieu de la nature sobre du ,morvan1 lui avait appris que tout ce qui n'est pas tir du fonds personnel n'a pas pour nous de raison d'tre4 ,mais1 d'autre part1 cette mme vue nette des choses lui montre aussi que c'est temps perdu de vouloir tre original1 si personne ne reconnat votre originalit4 --,ce que je veux8 dit ,jules ,renard comme nous le taquinions un peu sur sa boutade contre les journalistes et les politiciens4 ,je voudrais tre tantt le premier homme de lettres de ,france et tantt le dernier homme des bois4 ,oui1 le premier6 mais non par des chemins de traverse1 non pas en forant mes motions dire plus qu'elles ne valent en ralit1 non pas en prenant quelque dada du jour pour me porter la gloire4 ,je veux aller droit au but1 sans m'occuper de ce qui est inutile ou factice1 et si je ne puis parler1 comme les grands romanciers1 de la vie du monde sans courir le risque d'exagrer les faits cause de mon ignorance1 au moins je saurai dire mes propres sentiments et ceux de mon entourage immdiat4 ,quoique1 l aussi1 il soit difficile de tomber juste toujours et de ne pas faire de l'ironie quand on veut viter la sentimentalit6 ,mais l'preuve est tenter4 ,et pourtant4446 que sera-ce alors1 sinon consumer son propre fonds1 et se manger le cur4 ,et pourquoi8 ,dans quel but8 ,on aurait envie parfois de se faire romanesque et populaire comme les autres6 ,quel attrait dans cette facilit se laisser porter par ses motions et crer une intention l o on aimerait pouvoir la dcouvrir6 ,mais la vrit ne l'admet pas4 ,et c'est assez2 n'en parlons plus4 ,savez-vous sous quelle image se prsentent mon esprit les vnements de ce monde8 ,on se trouve la campagne et on est surpris par un orage1 n'est-ce pas8 ,la foudre clate tout prs de vous2 vous n'osez pas regarder1 vous tes sr qu'elle va tomber2 le bruit augmente1 le malheur s'approche1 vos nerfs deviennent de plus en plus sensibles au coup qui va fondre sur vous1--puis tout coup un silence profond4 ,vous croyez que l'orage rassemble toutes ses forces pour vous atteindre et vous tes l1 dans un paroxysme de peur ou de rsignation1 tout comme vous voudrez1 devant le sort qui vous frappera4 ,mais c'est alors justement que l'orage est pass4 ,ainsi il en va de nous3 quand nous avons fait tous nos prparatifs pour recevoir le coup qui nous menace1 il ne viendra point4 ,et elles ne se rencontreront jamais3 d'un ct l'motion et de l'autre l'aventure qui l'amnera son dveloppement complet4 ,jules ,renard tait redevenu matre de lui1 la crise venait de passer2 de nouveau il se mit l'aise dans son fauteuil1 tira ses jambes1 et avec le ton de supriorit nonchalante qu'on aimait lui voir prendre il dit3 --,vous1 ,schwob1 j'en suis sr1 vous me montreriez les ruines faites par l'orage1 vous me peindriez les fermes brles1 les corps carboniss1 et aprs m'avoir rempli de terreur1 vous veilleriez en mon cur la noble vertu de la douce piti4 ,vous oublieriez peut-tre que nos paysans sont assez fins pour ne pas se laisser frapper par l'orage sans y gagner quelque chose dans les compagnies d'assurances444 ,mais j'oublie de remplir vos verres4 ,servez-vous donc4 ,,un ,,peuple ,,ancien ,combien je dsirerais parler de toutes ces choses littraires avec un homme comme ,lon ,cahun qui me les expliquerait peut-tre son point de vue4 ,est-ce que les conversations de ces derniers jours ne sont que des propos en l'air1 ou donnent-elles vraiment une indication sur des forces sociales caches qui sont sur le point de s'mouvoir8 ,le rapprochement avec le monde de ,barrs1 qui lui fait prsenter son livre au public comme un catchisme qui enseignerait l'dification du ,moi2 l'isolement de ,renard1 qui ne veut ni ne peut combler la distance qui spare l'artiste de la socit2 l'effort curieux de ,marcel ,schwob1 qui1 comme un enfant perdu de la bataille littraire1 essaie de pntrer au cur de la civilisation en enjambant la muraille que les classes honntes ont leve contre l'invasion des criminels1 toutes ces tendances diverses que je viens d'observer1 vers quoi se dirigent-elles et qu'est-ce qu'elles signifient8 ,lorsque je me retrouvai dans le cabinet de travail de ,lon ,cahun et qu'une pause de la conversation me permit de l'interroger1 je n'en profitai pourtant pas pour mettre en question ces problmes4 ,je ne me hasardai pas entamer un sujet si grave1 et ce fut toute autre chose que je lui demandai4 --,je ne vous ai rien dit encore de votre beau livre1 ,hassan le ,janissaire4 ,voulez-vous savoir ce qui m'y a le plus frapp8 ,ce ne sont ni les prils au milieu desquels volue le personnage1 ni les actions hroques qu'il accomplit si simplement1 mais c'est la premire scne du rcit1 o la jeune recrue est arrache sa maison paternelle par les soldats du ,sultan4 ,j'ai ressenti une motion trs vive en assistant aux adieux du pre et du fils1 quoique vous n'ayez exprim ces traits de la vie de famille qu'en deux ou trois phrases rudes et presque brutales4 ,mais dans cette scne chaque mot porte et touche le cur4 --,c'est parce qu'il partait du cur1 me dit ,lon ,cahun de ce ton simple et enjou qui caractrisait sa conversation4 ,pour moi1 il n'y a pas de lien plus fort que la famille1 que la relation du pre et du fils4--,et en vrai fils d',isral je suis pay pour le savoir4 ,qui donc1 pensez-vous1 a gard intactes travers les sicles notre religion et notre nationalit8 ,croyez-moi1 de tout temps le peuple lu a t expos la sduction de renier la foi de ses pres4 ,ce n'taient pas seulement les greniers d'abondance d'gypte qui nous attiraient1 mais les belles aussi et les honneurs1 tout en un mot ce qu'un peuple vaniteux1--et nous avons de la vanit revendre1--dsire ardemment4 ,pourquoi n'avons-nous pas courb la tte devant les perscutions8 ,pourquoi1 au moyen ge1 n'avons-nous pas suivi1 tous1 l'exemple des ,lvy1 qui se sont convertis8 ,car ces ducs de ,lvis1 qui aujourd'hui sont la tte de la noblesse franaise1 sont bien les descendants de ces mmes ,lvis1 qui se croyaient honors1 lorsqu' la fte de la ,purification1 ils prsentaient l'aiguire aux membres de la famille des ,cahunim1 l'ancienne aristocratie de l',idume6 ,pourquoi n'avons-nous pas fait comme eux8 ,parce que les souvenirs de la maison paternelle avaient trop de puissance sur nos curs4 ,la religion1 sortie du culte de la famille1 est retourne1 aprs la perte de notre pays et de notre capitale1 au foyer o elle avait pris son origine4 ,et la foi ne se laisse pas expulser de ce petit coin intime de notre personnalit4 ,voyez-vous1 il y a un sentiment plus fort que tous ceux qui naissent de la race1 ou de la religion1 ou de l'histoire nationale1 et c'est la nostalgie du petit cercle o s'est passe notre enfance1 et ce sont les souvenirs des ftes domestiques attendues1 et avec quelle impatience6 ,les joies que l'on y a gotes1 les visages riants des membres de la famille1 le geste du pre qui donne la bndiction1 tout cela reste grav dans l'esprit4 ,l'amour filial a remplac pour nous la patrie2 c'est lui seul qui a conserv nos traditions4 ,il n'y a rien au-dessus de ces souvenirs1--du moins pour un peuple nerveux tel que nous le sommes4 ,oui1 c'est bien l la clef du cur de notre nation4 ,qui donc a dit que nous aimons l'argent6 ,nous aimons briller1 tant par notre faste et notre gnrosit que par notre esprit1--car nous sommes vaniteux jusqu' la molle des os1 comme des femmes2--mais l'argent1 en tant qu'argent1 n'a pas de valeur pour nous4 ,qu'est-ce qu'un habitant du dsert ferait avec de l'argent monnay8 ,croyez-moi1 le mot de l'vangile3 ,ne rassemblez point des trsors6 est un cri parti du fond de nos curs4 ,il tmoigne du mpris de l'homme des montagnes pour l'homme des villes4 ,oh6 je sais bien que dans notre histoire le citadin a jou aussi un rle1 mais c'est surtout dans notre nation qu'il a exist un contraste profond entre le campagnard et la tourbe des villes4 ,et l'on fera toujours bien de juger un peuple sur ses vritables reprsentants4 ,en effet1 ce qui m'tonne1 dit ,lon ,cahun en s'asseyant devant sa table de travail1 o la lumire d'une petite lampe tombait sur la page ouverte d'un manuscrit mongol1 ce qui m'tonne1 dit-il d'une voix hsitante1 comme s'il voulait rpondre toute sorte d'objections qu'il s'tait faites lui-mme en parlant1 c'est que les ,juifs n'aient pas t absorbs ds longtemps par les nations au milieu desquelles ils ont vcu4 ,un peuple nerveux rsiste difficilement l'influence d'un entourage qui est plus constant que lui en quilibre moral4 ,malgr son sentiment de supriorit il se laissera mener docilement par la main nergique qui s'impose lui4 ,il a une grande admiration pour le sang-froid et les vertus mles des autres et se soumettra volontairement1 quoique ce soit avec l'arrire-pense de dominer son tour son dominateur1 grce son intelligence plus vive4 ,et en dernier lieu1 par la mobilit de son esprit1 le ,juif possde une telle facult d'imitation et d'adaptation que toutes les diffrences de race ou de civilisation s'effaceraient bientt4 ,je puis vous assurer qu'il n'prouve pour sa part aucune aversion pour tout ce que la socit moderne peut lui offrir d'utile ou d'agrable2 au contraire1 tout a pour lui le vritable attrait de la nouveaut4 ,et pourtant1 quoique ni lois1 ni convictions profondes ne s'y opposent plus1 on ne peut pas dire que l'esprit d'union entre ,juifs et chrtiens aille en croissant2 on remarque plutt un certain recul des deux cts2 de la part de la civilisation chrtienne comme de celle du peuple ancien1 il y a hsitation et mme mfiance4 ,et notez bien ceci3 la ligne de dmarcation entre les deux peuples est devenue plus prononce depuis que notre pass national a commenc disparatre de nos souvenirs4 ,je vous ai dit que nos traditions se sont gardes intactes2 mais je n'oserais pas rpondre pour l'avenir4 ,l'ancienne socit juive1 telle que je l'ai connue dans mon enfance1 parce que mon pre en tait1 cette socit n'a plus devant elle une longue existence4 ,je ne dis pas ,paris1 cela va de soi1 mais mme en province4 ,autrefois peut-tre la province tait la gardienne fidle des vieilles coutumes1 mais aujourd'hui que les grandes villes absorbent toute la sve virile du pays1 ce qui ne doit vivre que par la province est condamn mourir fatalement4 ,ce que j'ai remarqu propos des ,juifs peut tout aussi bien se dire des chrtiens4 ,chez eux aussi la civilisation perd sa marque distinctive1 son empreinte chrtienne4 ,et en gnral1 n'est-ce pas8 la distribution des ides et des sentiments dans le monde se fait avec la plus grande galit2 ce qui est dans un groupe est aussi dans l'autre4 ,mais ce qui me droute1 c'est que cette conformit cause de l'loignement entre les parties1 plutt que de la bonne harmonie4 ,d'o cela peut-il venir8 ,et ,lon ,cahun se leva1 puis parcourant la chambre pour mettre en mouvement ses ides comme s'il n'avait qu' les agiter pour trouver la solution juste du problme1 il se planta devant moi1 me domina de son regard vif et me dit3 --,il ne peut pas y avoir d'autre raison cela que cette modification mme que notre socit est en train de subir4 ,cette dernire quinzaine d'annes nous a fait beaucoup plus dmocratiques3 c'est--dire qu'il y a une classe infrieure montante qui donne le ton gnral la civilisation4 ,et ce mouvement de bas en haut ne fait que commencer4 ,on ne respecte plus les formes anciennes ni les conventions d'autrefois4 ,chaque civilisation repose sur quelques ides universellement acceptes1 mais tandis qu'on a aboli les formes conventionnelles qui avaient cours nagure1 on ne les a pas encore remplaces par d'autres4 ,et quoique ces ides fondamentales reconnues par le public fassent souvent obstacle au dveloppement des opinions individuelles1 elles offrent pourtant cet avantage que chacun sait prcisment jusqu'o il peut aller4 ,ainsi je me rappelle fort bien avoir entendu dans mon enfance de vieux ,juifs qui condamnaient la grande rvolution quoiqu'elle nous ait apport l'galit et la libert4 ,ils se plaignaient de ce que la socit nouvelle expost les ,juifs des tentations qui au temps des perscutions leur avaient t caches2 et dans leur petit cercle de coreligionnaires ils vivaient en plus grande sret qu'au milieu des ventualits du grand monde4 ,les gens ne se livrent jamais entirement vous1 quand ils ne peuvent calculer o cela les mnera4 ,vous avez vu que je n'ai gure de prjugs1--qui a t militaire une fois a appris se ranger volontairement avec les autres1--mais savez-vous o vont mes penses quand je roule ma cigarette le vendredi soir8 ,elles cherchent parmi les vieux souvenirs l'image de mon pre1 incorrigible fumeur4 ,combien devait lui coter l'observation stricte de la veille du ,sabbat6 ,mais il se tenait religieusement au prcepte qui lui dfendait la pipe4--,en revanche1 je ne vous garantirais pas qu'il ne chiquait pas ce jour-l2 son oncle1 qui avait servi sous ,klber au sige de ,mayence1 lui avait enseign cette manire d'viter les rigueurs de la loi4--,oui1 je crois que sa chique ne le quittait pas mme au moment o il faisait l'allocution du sabbat aux fidles runis la synagogue4--,et toutes ces particularits me rendent la mmoire de mon excellent pre encore plus chrie1 si c'est possible2 je garde ces souvenirs comme une partie de ma personnalit4--,non1 je n'ai point de prjugs1 mais si quelqu'un devant moi voulait se moquer de ce pass1 vnrable tout jamais1 je ne le souffrirais pas2 je n'en pourrais parler mme avec une personne qui n'entendrait pas mon langage4 ,c'est bien cela1 voyez-vous3 la civilisation1 c'est la langue qui exprime1--pour le moment1--nos ides1 notre foi1 notre morale4 ,la langue nouvelle est encore natre et aujourd'hui il y a partout de la confusion parce qu'on se sert de langues diffrentes4 ,ceci donn1 il n'y a rien d'trange dans le fait que chacun se retire dans son moi4 ,moi aussi qui me trouve entre les deux priodes1 appartenant par mes sentiments au pass1 apprciant l'avenir en ide1--je dcouvre au fond de mon cur des voix qui me disent de m'isoler dans l'orgueil de ma race4 ,a ces mots1 une expression vague d'ironie glissa sur les traits de son visage1 et ,lon ,cahun continua trs bas1 comme s'il se parlait lui-mme4 --,oui1 oui1 j'entends parfois1 moi aussi1 retentir au loin les chants des vierges d',idume1 quand1 enveloppes dans leurs longs voiles blancs1 elles nous accueillaient sous les palmiers notre retour de la chasse au lion ou de la razzia contre le ,philistin4 ,le bon temps1 quand nous revenions pour clbrer la ,pascha sous nos tentes1 le bouclier au dos1 la lance la main et l'pe au ct6 ,car nous sommes de la maison d',esdras1 nous appartenons la race noble des ,cohanim3 l'arbre gnalogique de la famille qui est conserv ,strasbourg vous l'attestera1 me dit mon aimable hte1 en fixant les yeux devant lui et en se frottant nerveusement les mains4 ,je ne le dis vraiment pas pour me glorifier1 quoique1 bien sr1 il y ait quelque vanit dans mon fait1--nous sommes tous si vaniteux1--mais pour vous montrer le sentiment qui m'anime4 ,non1 non1 ce n'est pas de la vanit1 c'est le type de la vieille race qui vient se manifester en moi de la manire la plus marquante4 ,chacun est aristocrate sa faon1 dit ,lon ,cahun1 aprs une petite pause donne des rflexions multiples et silencieuses4 ,chacun porte en soi sa marque spciale laquelle il s'attache d'autant plus qu'il est repouss de la communaut des hommes4 ,ceci n'est pas dit pour moi1 ,dieu merci1 non4 ,je suis du bon vieux temps1 un vtran de l'arme qui a combattu pour la fraternit et la libert1 un rpublicain de la veille et de l'avant-veille4 ,je parle pour la gnration d'aujourd'hui1 qui ne nous comprend plus1 et qui ne sait pas ce qu'elle veut1 ni ce qu'elle doit vouloir4 ,regardez l'tat de la littrature1--car j'ai bien le droit d'en parler1 moi aussi4 ,a ces mots1 mon attention redoubla1 parce que ma curiosit tait veille2 je ne compris gure au premier moment quel lien direct rattachait dans son esprit le problme littraire aux questions de race qu'il venait de traiter4 --,a combien de rvolutions du got n'ai-je pas assist dj6 dit ,lon ,cahun4 ,le croiriez-vous8 ,enfant1 j'ai connu des gens1 dans notre petite ville d',alsace1 qui vivaient encore en pense dans le monde idal des romans de ,mlle de ,scudry4 ,mon pre1 un homme de progrs1 lisait les livres de ,mme de ,genlis4 ,c'est par eux que mon ducation littraire a commenc1--pour tre acheve par les romans de ,mme ,sand8--,eh bien6 oui1 si vous le voulez4 ,je l'ai connue dans la dernire partie de sa vie et je vous dirai mes impressions sur elle4 ,pas maintenant1 car je perdrais le fil de ma conversation et je reviens mon argument4 ,les lettres1 ces troupes irrgulires de l'arme de la civilisation1 sont peut-tre l'lment social le plus vivement affect par la confusion du langage1 qui caractrise une nouvelle socit son point de dpart4 ,on croirait un ge d'or pour les artistes1 parce qu'avec l'abolition des vieilles formules le temps semble venu pour eux de puiser directement aux sources de la vie1 tandis que rien de conventionnel ne s'oppose plus ce qu'ils parlent immdiatement au cur de leurs contemporains4 ,mais en ralit c'est le contraire qui a lieu2 il arrive ce que je vous ai fait observer propos de l'entre des ,juifs dans la socit bourgeoise du pays4 ,la premire chose qu'on remarque est un mouvement de recul1--et l'expression artistique recourt des symboles ou la reprsentation typique de ce qu'il y a de plus individuel au fond des mes4 ,au moment mme o tous les obstacles qui gnaient la libert de l'art ont t enlevs1 les artistes au lieu d'aller en avant1 s'aperoivent qu'il y a un abme qui les spare du public4 --,et son tour le public a conscience de la distance que les artistes mettent entre eux et lui1 me permis-je de suppler l'argumentation4 --,assurment1 rpondit ,lon ,cahun1 et suivant le courant de ses ides il dit3 ,naturellement1 il ne faut point pousser trop loin la comparaison entre le peuple nerveux dont je suis et la race nerveuse des artistes qui leur ressemble sous quelques rapports4 ,ici1 ,paris1 dans un grand centre de la civilisation o les artistes forment une nation eux1 cette ressemblance s'accentue davantage et je crois avoir le droit de parler comme je l'ai fait4 ,j'y ajoute ceci pour tre mieux compris4 ,il ne faut pas se figurer la socit comme une masse continue1 qui forme un tout2 c'est plutt un groupement de petits mondes qui chacun ont leur vie et leur but particulier4 ,ils dsirent l'union complte1 condition toutefois qu'ils imposeront leur volont au grand tout4 ,comme ceci est impossible1 il s'tablit un ordre social qui rgit les relations entre ces mondes divers2 tant que cette harmonie dure1 chacun prend l'autre pour ce qu'il dsire tre2 tout le monde est dupe de la convention et personne ne l'est4 ,mais ds que l'ordre est rompu1 il rgne de par le monde1 selon les circonstances ou les caractres1 soit une ambition exagre1 soit un renoncement nerveux toute communaut d'ides ou de sentiments4 ,l'artiste qui est nerveux perd l'quilibre de son me4 ,trop sensible1 il se retire dans son ,moi ou s'amuse des fadaises qui n'ont d'importance que pour lui seul2 trop expansif1 il montre1 par la faon fbrile dont il veut s'emparer des choses1 toute l'incertitude de son esprit et de sa main4 ,sensibilit extrme et manque d'quilibre moral1 voil1 mes yeux1 le caractre de l'tat prsent de la littrature4 ,non1 la nouvelle langue1 qui exprimera le nouvel tat des choses1 n'est pas encore invente4 ,je crois que ces observations sur un ct bien diffrent de la vie sociale d'aujourd'hui justifieront ce que je vous ai dit de l'attitude garde par les ,isralites4 ,nous traversons une crise4 --,mais qu'en dites-vous1 si nous passions au salon o on nous jouera une sonate1 de la bonne vieille cole1 s'entend8 --,un moment1 s'il vous plat6 ,il y a une question que je voudrais vous soumettre4 ,il y a un motif favori dans la littrature contemporaine1 sur lequel tous les auteurs de haut ou de bas tage jouent aujourd'hui leurs variations2 et ce motif c'est la piti4 ,ne vous semble-t-il point que c'est l pour les artistes le moyen de se mettre en harmonie avec le nouvel ordre de choses8 --,la piti6 dit ,lon ,cahun en passant sa main sur ses cheveux4 ,hum6 ,pour moi il s'y mle un peu trop de peur et trop d'affectation1 notre compassion contemporaine4 ,vous savez qu'involontairement nous imitons les gens qui frappent notre imagination4 ,notre piti n'est1 pour la plus grande part1 qu'une reprsentation que nous nous donnons nous-mmes sur la scne de notre me3 ce ne sont que des sensations mimes1 qui mnent une vie factice grce la peur morose qui a touch notre esprit4 ,le vrai sentiment part d'une autre origine1 il vient du cur1 directement2 et le vritable artiste n'atteint son but qu'en marchant sur la grand'route4 ,mais la sonate de ,beethoven nous attend4 ,parlez-moi de piti6 ,c'est l1 chez ,beethoven1 que nous nous trouvons la source vive des motions humaines2 les autres ne sont qu'un miroir qui rflchit avec plus ou moins de fidlit ces images de sentiments4 ,,temps ,,nouveaux ,ce fut un vritable plaisir d'entendre ,maurice ,barrs mener la conversation au bon dner que donnait notre hte1 un peu en son honneur4 ,d'autres hommes clbres1--du jour1--une fois qu'ils ont pris la parole1 ne permettent point un autre de la prendre son tour1 et pleins de leur sujet ils n'en dmordent jusqu' la fin et jusqu'aprs la fin du repas4 ,mais celui-ci1 avec cette agilit suprieure d'esprit1 qui le mettait en contact avec chacun de ses interlocuteurs1 accueillait gracieusement toute objection1 l'analysait en trois temps avec sa prestesse habituelle1 et y trouvait l'occasion soit de choisir un nouveau point de dpart1 soit d'entamer un autre sujet4 ,il y avait l1 autour de la table1 des gens d'esprit et des esprits superbes1 des gens tenaces et des tempraments flegmatiques1--pour ne pas parler des femmes dans ces notes puritaines1 o l'antique prcepte garde ses droits3 mulier taceat in ecclesi1--mais aucun d'eux qui ne prtt son attention entire et exclusive aux paroles du causeur1 les femmes aussi1--ce qu'on peut bien signaler4 ,et il y avait un ton de simplicit presque juvnile1 qui prdominait dans l'entretien1 malgr l'importance et le poids que ,barrs savait lui donner4 --,le thtre contemporain1 dit ,barrs1 n'a plus de raison d'tre2 il ne nous prsente gure l'image de notre temps ou de notre socit4 ,on peut l'admettre encore comme amusement1 quoique1 pour moi1 il soit assez difficile de concevoir comment il y a encore des gens dous de leurs cinq sens1 qui trouvent du plaisir voir toujours sortir le mme uf du mme sac4 ,le thtre qui aura de l'intrt pour nous devra traiter d'autres sujets et sous une forme diffrente4 ,je me figure qu'il sera plus pratique et plus fantastique la fois4 ,et d'abord il y serait question des problmes qui nous tiennent au cur4 ,un parvenu qui veut aller dans le monde et qui se rend ridicule1 une femme qui dconsidre son mari par le plaisir qu'elle laisse prendre ses amis1 un fils prodigue qui fait pousser les cheveux gris sur le vnrable chef de son pre1--voil des choses qui1 reprsentes sur les planches1 semblent dans leur temps avoir exerc un grand attrait sur le public1 d'autant plus grand1 je le crois1 que ces histoires le touchaient moins personnellement4 ,mais ds que les journaux s'appliquent avec une ardeur louable nous dire d'une faon complte et pittoresque tous les faits divers qui arrivent dans une socit qui se respecte1 depuis l'accident du chien cras par une voiture jusqu'au suicide le plus rcent1 je ne vois gure d'utilit aller chercher le soir1 au milieu de risques de divers genres1 ce que l'on vous a apport dj domicile le matin1 l'heure du djeuner1 au moment o on a l'esprit frais et dispos entendre des horreurs4 ,pourquoi1--car je retourne mon thtre idal1--ne me dirait-on pas sur la scne des choses qui s'adressent ma conscience et qui serviraient de plus veiller un courant d'opinion publique1 parce que des gens comme moi1 assis sur les mmes bancs1 les entendraient en mme temps8 ,il n'est pas besoin pour toucher ma conscience et ma personnalit de traiter de faits personnels moi1 et c'est ce que je voulais dire en imaginant que la vrit pratique mettrait des vtements de fantaisie4 ,oui1 la fantaisie devrait venir en aide ceux qui s'occuperaient du thtre moderne2 j'attends une grande imagination la faon d',aristophane1 ou plutt encore de ,platon1 qui animera d'une vie suprieure les symboles qu'elle voudrait nous reprsenter la scne4 ,nous devrions aller l'cole de ,platon pour apprendre formuler nos penses les plus profondes par des mythes lgants et sublimes4 ,aristophane ne serait pas ddaigner2 de la posie aile et sale de sel attique1 s'entend1 ne nuirait pas l'affaire4 ,ah6 si nous avions seulement quelque ,aristophane pour traiter dignement et comiquement le grand problme religieux et social qui agite le fond de nos curs6 ,vous me direz peut-tre que l'entreprise sombrerait fatalement1 parce qu'il y aurait un public restreint4 ,ce serait l'lite de la nation4 ,de tous cts viendraient les gens qui s'intressent aux grandes questions sociales ou humaines4 ,aurait-on une seule reprsentation ou dix1 c'est savoir1 mais je suis peu inquiet de la question financire4 ,sur ce point-l1 je rencontre partout un prjug dans les esprits1 comme si ce qui est vraiment bon en soi n'tait jamais apprci par la socit sa juste valeur4 ,a cet gard1 je suis optimiste4 ,il se peut bien qu'on ne nous paye pas toujours notre travail honnte en espces sonnantes1 mais alors c'est d'une autre faon que nous sommes rtribus1 par la considration qui s'attache notre personne ou par l'influence que nous exerons4 ,de faon ou d'autre1 le public rend toujours la valeur exacte de la jouissance ou de l'motion qu'il a reue4 ,assurment il faut tcher de ne pas irriter le monde4 ,il y a des choses pour lesquelles il est chatouilleux et qu'il n'aime pas voir traites en plaisanterie4 ,avec du tact1 on peut tout dire1 mais c'est une grave erreur de croire que ce qui est sa place dans un cercle restreint d'artistes peut tre transport devant le grand public1 qui ne comprend pas les nuances de nos opinions1 ni le srieux qui est au fond de nos sarcasmes4 ,souvenons-nous toujours de la qualit intellectuelle ou sociale de notre public1 et lors mme que nous aurions dire des vrits dsagrables ou des choses abstruses1 la victoire sera avec nous la longue1 du moment que nous prendrons soin de ne pas envenimer le dbat4 ,la preuve de la justesse de ce que j'avance c'est le sort qu'ont eu les ides de ,m4 ,renan4 ,lorsqu'il commena appliquer la critique aux origines du christianisme1 le public ne comprit rien son vritable sentiment4 ,ce n'est que lentement1 mais srement aussi1 que la socit les a adoptes1 ces ides qu'elle avait commenc par croire destructives4 ,on le tenait d'abord pour un adversaire de la religion2 et c'est justement lui qui a ramen le sentiment religieux dans la conscience des classes civilises4 ,il a inaugur ce mouvement de respect qu'on ressent aujourd'hui l'gard des questions religieuses4 ,personne1 si ce n'est des gens mal levs1 n'oserait railler aujourd'hui la pit dans la conversation ordinaire4 ,c'est au scepticisme de ,renan que nous devons ce changement dans la faon de penser4 ,et je ne sais pas s'il n'apparatra pas la fin que le monde a mieux compris ,renan1 que ,renan ne s'est parfois compris lui-mme4 ,car au fond1 n'est-ce pas8 ,renan n'est qu'un nom1 et il ne signifie pour moi que ce que je vois en lui4 ,j'y ai vu beaucoup et j'ai beaucoup appris de lui sur moi-mme4 ,ah6 ces deux articles du ,journal des ,dbats sur le journal d',amiel1 quelle rvlation6 ,et son dernier livre1 je veux dire1 son premier1 qui a t publi rcemment1 l',avenir de la science1 livre admirable de puissance1 d'abondant enthousiasme1 quelle joie d'y voir la physionomie avec toute cette prcision que le frottement de la vie efface de si bonne heure6 ,ce ,renan-l1 le ,renan de #dh1 aurait d nous donner le thtre dont nous avons besoin4 ,ses drames philosophiques plus rcents1 son ,caliban1 etc41 n'ont peut-tre ni le relief1 ni la sret de dessin que demande la perspective de la scne1 mais l encore il me remplit d'aise1 quand j'y vois comment1 avec toutes ses timidits1 il prpare l'avenir4 ,oui1 voil bien l'homme avec lequel aura compter la fin de notre sicle4 ,j'ai pu lui dplaire et en subir des inconvnients disproportionns2 mais cela ne nuit gure l'amiti intime qui nous unit4 ,par amiti1 je ne veux pas dire que je connaisse l'homme2 pour moi il n'est qu'un nom1 un rayon de bibliothque4 ,l'homme lui-mme est un vieillard1 gn par sa corpulence1 qui parle toujours et ne s'intresse qu' ce qu'il trouve en remuant le magasin de ses propres ides4 ,mais je le possde dans ses livres et dans son influence sur la socit contemporaine4 ,oui1 je sais l'image que je me fais de lui en tudiant son uvre1 et de plus je crois savoir l'impression qu'il produit sur la socit parisienne1 o il est assez rpandu4 ,je me suis appliqu l'observer4 ,il y a une action mutuelle entre le monde et l'artiste4 ,ces rapports sont entretenus de part et d'autre par des filires singulires2 mais n'est-ce pas par les chemins secrets que sont transportes les marchandises les plus prcieuses8 ,au fond l'artiste et le monde ont le mme idal4 ,les uns et les autres cherchent cultiver leur personnalit4 ,le but des gens du monde est d'tendre le cercle de leurs plaisirs1 mais en dernier lieu ils s'efforcent de mettre en harmonie toutes ces diffrentes facults qu'ils ont dveloppes dans leur esprit4 ,pour arriver ce rsultat1 ils appellent l'artiste leur aide4 ,pour l'artiste1 le monde aussi est le champ de l'exprimentation1 et c'est encore sur le monde qu'il vrifie la valeur communicative de ses conceptions4 ,en ralit1 il n'existe donc point d'opposition4 ,c'est un prt-rendu de part et d'autre4 ,et que si l'on ne regarde qu'au rsultat1 je crois qu' certains gards l'artiste est infrieur l'homme de la socit4 ,en chaque artiste1 il y a de l'ouvrier1 et le mtier n'ennoblit jamais2 au contraire1 il restreint l'intelligence dans les limites du cercle o l'on se meut journellement2 la noblesse est acquise par ceux qui profitent de son travail4 ,je veux qu'on m'entende bien4 ,tout art est une forme de l'existence et l'artiste est un reprsentant du peuple aux tats gnraux de la vie humaine2 lu par la nature mme1 il puise la source directe et il possde en soi ce que d'autres n'acquirent que par son exemple3 en un mot1 il est plant plus solidement en terre1 mais en revanche1 et j'y reviens toujours1 sa vue est limite parce que son esprit est sans cesse occup du mtier4 ,voil pourquoi dans l'chelle de l'humanit nous mettrons au degr le plus haut un gnie dilettante comme ,lonard de ,vinci4 ,car1 n'est-ce pas8 pour nous1 hommes1 il importe avant tout d'tre hommes dans le sens le plus complet du mot4 ,l'art doit concourir ce but4 ,je ne voudrais pas confondre l'art avec la religion3--cette religion-l aurait des saints vraiment trop tranges1--mais il me semble bien que l'impression que laisse en notre me la contemplation de l'art doit toucher de prs au sentiment religieux3 un acte de foi1 pour employer l'expression la plus forte1 qui nous aide passer les mauvais moments1 les instants de faiblesse de notre vie1 en ranimant notre cur4 ,ainsi1 nous avons besoin les uns des autres4 ,sur ce point on commence s'entendre4 ,je connais une socit de jeunes gens1 des dilettantes convaincus et qui ne dsirent pas passer pour autre chose4 ,ils suivent avec une attention soutenue tous les mouvements qui se manifestent dans le domaine entier de l'art1 et1 en agrant ce qui leur semble convenir leur pente d'esprit1 ils cherchent cultiver toutes les parties de leur ,moi4 ,ils se tiennent modestement en dehors de la lutte des partis et des thories gnrales sur l'art4 ,pour indiquer1--comment dirai-je8--la discrtion suprme de leurs tendances1 ils ont pris pour devise de leur club l'ancienne maxime3 ,toutes proportions gardes4 ,ce n'est pas un titre que se seraient donn des gens glorieux ou tmraires1 n'est-ce pas8 ,de temps en temps j'assiste leurs runions1 et ils m'coutent volontiers4 --,je ne m'en tonne gure1 dit un des convives1 lorsque ,barrs fut parti4 ,voil des jeunes gens modestes qui ne se privent pas de plaisirs4 ,je crois que ,barrs enchanterait un auditoire de tigres4 --,de tigres8 ,c'est peut-tre un peu fort1 dit un autre1 qui dj n'tait plus sous le charme des paroles de ,barrs4 ,il est trop prudent pour s'attaquer la force brutale ou la sant puissante4 ,il me rappelle plutt ces directeurs de consciences1 qui s'informent d'abord des blessures de l'me1 avant de se charger du salut des personnes qui viennent eux4 ,il recherche l'intimit de ,brnice1 mais seulement aprs s'tre initi ses malheurs et ses faiblesses4 ,et il n'a recueilli ,marie ,bashkirtseff au nombre de ses saintes que lorsqu'il fut convaincu qu'elle tait morte1 ce qui est le degr suprme de l'innocuit4 --,mais pourquoi cherchons-nous donc toujours arracher son milieu la personne que nous voulons juger8 dit notre hte1 honnte homme et homme de tact avant tout4 ,trve de commrages1 quand l'crivain que nous respectons tous vient de tourner le dos4 ,barrs ne se donne pas pour autre chose qu'il n'est4 ,il a voulu chercher les conditions dans lesquelles il serait possible une nature d'une sensibilit extrme de tirer quelque plaisir du monde contemporain1 si rude pour tous ceux qui aiment l'art et pour tous ceux qui souffrent des nerfs4 ,pour arriver ce but1 il a besoin de quelque espace o il puisse donner libre jeu sa personnalit sans se heurter aux autres2 il lui faut une couche d'air entre son ,moi et le monde pour amortir les chocs4 ,du haut de son optimisme1 il sourit la socit1 parce que c'est une ncessit pour lui de voir des visages gais et contents dans son entourage et par son ironie il tient le public distance1 parce qu'il ne se fie pas en lui4 ,j'aime me le figurer dans une socit analogue celle qui se rassemblait autour de ,laurent de ,mdicis1 prince lgant si je m'en souviens1 mais qui lui aussi ne souffrait pas d'un surcrot de sant4 ,comme ,barrs se serait senti chez lui au milieu de ces hommes de la ,renaissance1 disputant subtilement avec eux sur les hautes questions de philosophie et de morale1 mais comme eux aussi s'intressant d'autres choses encore qu' ces arguties-l6 ,n'avaient-ils pas1 au fond de leur cur1 des pressentiments de cette religion sublime1 que les esprits de notre temps cherchent avec tant d'ardeur8 ,et l'me du peuple tait-elle inconnue ceux mme qui tchaient de transporter les grces naves de la chanson populaire dans leurs posies pleines d'entrain et de malices8 ,ah6 quelle socit distingue de dilettantes de gnie que celle-l6 ,mais je me trompe2 non1 ,barrs est nous1 il est de notre monde et de nos jours4 ,ses livres n'ont pas t faits pour tre rcits dans un club1 si distingu qu'il soit2 ils s'adressent nous tous2 parce qu'avant tout ils sont sincres et prennent les choses telles qu'elles sont4 ,avez-vous jamais remarqu tout le courage moral qu'il a montr en introduisant le personnage de l'ingnieur1 ,charles ,martin1 dans un livre d'extrme dlicatesse comme le ,jardin de ,brnice8 ,prenez cet honnte ingnieur1 qui va tablir ses chausses travers les tangs pittoresques1 ce brave homme qui croit vraiment tout ce qu'il dit1 l',adversaire en un mot1 et transportez-le1 si vous l'osez1 dans ce milieu langoureux d',aigues-,mortes qui exhale la monotonie poignante de ses landes immenses embrumes des lueurs sanglantes du couchant6 ,barrs l'a os2 fort simplement il s'est attaqu cette individualit si difficile saisir1 qui tombe tout d'un bloc dans le jardin de ,brnice4 ,il nous le montre1 ce rustre amoureux1 et il sait prendre ce gant passionn par les sens4 ,et c'est le combat de l'ingniosit et de la sensualit1 de ,david et de ,goliath qui s'engage4 ,mais ce ,david gnreux1 allant jusqu'au bout1 donne au ,philistin tous les avantages de la bataille4 ,il veut l'enjeu du duel1 ,brnice elle-mme8 ,l',adversaire l'aura1 il l'aura en toutes formes1 nul ne pourra le lui contester lgalement4 ,cependant1 le logicien subtil1 l'amant de l'esprit1 le pote1 possdera l'me de ,brnice de faon inalinable1 il l'aura contre et malgr tous1 malgr la jeune femme aime elle-mme1 malgr la ,mort6 ,mais l'affabulation de ce livre est digne d',aristophane6 ,et voil bien le sujet du drame moderne dont nous parlait ,barrs4 ,n'y a-t-il pas quelque part1 dans une comdie ancienne1 une scne o deux personnages qutent la faveur du ,peuple1 ,dmos8 --,oui sans doute1 dit ,s444 toujours joyeux quand il entend le nom d',aristophane4 ,c'est dans les ,chevaliers4 --,ma mmoire1 alors1 ne me trompait pas1 poursuivit l'autre4 ,eh bien6 si l'on voulait exagrer un peu les traits du roman de ,barrs1 on aurait une personnification excellente du peuple dans la figure de ,brnice3 jeune fille prcoce1 ayant beaucoup souffert et en revanche ayant beaucoup aim1 pcheresse indigne sans trop savoir pourquoi ni comment1 et malgr tout ayant gard parmi toutes les preuves de sa vertu facile le grand charme de la bont nave du cur4 ,l'ne gris et le canard timide1 ses compagnons habituels1 donneraient des motifs de premier ordre au drame symbolique3 ce sont les attributs de la dame1 c'est--dire ses qualits essentielles dans leur perspective d'animalit4 ,ils constitueraient la note dominante de la guirlande fantastique qui s'enroulerait autour de l'image de ,notre-,dame l'me du peuple4 ,vous parlerai-je encore des deux amis de ,brnice1 le pote et l'ingnieur1 dans leur rle tragi-comique de candidats la dputation et au titre d'amants de cur de la belle dame sans vertu8 ,l'un la tue force de caresses1 sitt qu'elle est devenue sa femme lgitime2 l'autre ne la possde qu'aprs sa mort4 ,ici1 des considrations diverses d'ordre politique se pressent dans ma tte1 mais laissons la politique aux politiciens et occupons-nous de posie4 ,ne pourrait-on pas appliquer ,brnice les beaux vers que ,faust adresse ,hlne1 quand elle se dissipe en nuage sous son treinte passionne444 ,allons1--voil que je ne les retrouve plus1 je ne suis mme plus bien sr qu'ils existent4 ,nous nous regardions les uns les autres2 chacun se rappelait qu'il devait y avoir quelque chose l2 mais personne ne se souvint des vers4 ,notre hte continua3 --,je ne veux point dire par l1 croyez-moi1 que je pense un seul instant mettre le ,jardin de ,brnice au mme rang qu'un drame d'un intrt universel comme le ,faust de ,gthe3 le ciel m'en prserve4 ,c'est une nouvelle dont il est question ici1 dans un cadre restreint1 et le sujet de la conscience populaire n'est sans doute pas puis par l'histoire de ,brnice4 ,elle me semble plutt tre une me-sur1 plus frle1 du ,faune de ,raynaud1 mais elle vit d'une vie vritable et c'est l le principal4 ,puis1 et pour finir1 elle me parat tre un motif suprieur de comdie pour le thtre de l'avenir6 ,l'allusion au thtre moderne fit natre une discussion passionne4 ,il me fut impossible de suivre exactement l'argumentation de part et d'autre au milieu de la confusion et de l'ardeur de l'entretien4 ,,retour ,,dans ,,la ,,nuit ,il tait fort tard dj quand nous prmes cong de notre aimable hte4 ,marcel ,schwob m'accompagnait dans mon interminable voyage par les rues noires2 et je remarquai de nouveau que les heures de la nuit1 sombres et silencieuses1 tournent l'esprit vers les hautes abstractions et les grands problmes de l'humanit1 comme si nous pouvions les saisir plus facilement dans le vide matriel qui s'tend autour de nous4 ,naturellement1 nos penses retournaient aux sujets qu'avait touchs ,barrs dans son ingnieuse conversation4 --,je suis curieux d'avoir votre opinion sur ce point1 dis-je mon compagnon4 ,croyez-vous que ces investigations1 auxquelles nous assistons dans la plupart des livres qu'on publie1 indiquent un courant srieux des sentiments contemporains8 ,est-ce un voyage de dcouvertes qu'entreprend l'esprit1 ou n'est-ce qu'une fantaisie de dilettante qui se promne dans le vague et le bizarre8 ,pour une fois1 permettez-moi de parler en ,jansniste rprouv1 mais sincre2 cette agitation de l'me1 curieuse d'expriences morales1 est-elle le signe prcurseur d'une rgnration de l'esprit8 --,comme il est difficile de rpondre votre question d'une manire satisfaisante6 dit ,marcel ,schwob4 ,pour moi1 il me semble incontestable qu'il se prpare quelque chose4 ,l'tat d'esprit des jeunes a subi un choc qui l'a fait changer de direction4 ,les jeunes gens de mon ge1 et je ne fais pas allusion seulement aux membres du club1 dont parlait ,barrs1 mais les tudiants de l',universit1 se sont mis rflchir sur les principes qui rglent l'existence de l'homme4 ,ils veulent se rendre un compte exact de la foi 7voil pour vous1 ,jansniste7 qui devra guider leurs actes1 lorsqu'ils seront appels remplir leurs fonctions sociales2 ils recherchent un idal et l'union de tous ceux qui peuvent les aider le raliser4 ,et cette gnrosit de leurs mes ne les prdispose pas un certain vague dans les penses2 au contraire1 ils sont trs srieux et trs nergiques1 et ils ne se livreront pas au premier venu qui fera mine de les conduire#e4 #e ,marcel ,schwob fait allusion dans ces mots au mouvement des esprits de l',universit1 tel qu'il se manifeste dans les articles publis la ,revue ,bleue et ailleurs1 par ,m4 ,henry ,brenger1 le sympathique prsident de l',association gnrale des tudiants de ,paris4 ,avec cette sensibilit extrme pour tous les courants de l'atmosphre intellectuelle qui le caractrise1 ,maurice ,barrs a pressenti ce changement de direction de l'opinion et il est venu elle4 ,ou plutt1--parce que supposer chez lui de la prmditation serait chose purile1--il a obi cette mme influence qui s'exerait sur les autres1 et sortant de sa tour d'ivoire1 d'o il regardait le monde comme un joujou1 il s'est converti une conception plus humaine de la vie4 ,ce mouvement sera-t-il constant8 ,qui pourrait le dire8 ,je ne puis constater que le dveloppement rgulier et naturel des ides4 ,lorsque plusieurs forces diverses doivent concourir mettre l'opinion publique en mouvement1 on remarque toujours la naissance de l'volution une certaine incertitude de sens4 ,et c'est le cas ici1 parce que1 pour ne prendre que cet exemple de deux forces diffrentes1 il faut que l'individualisme de l'artiste fusionne avec le sens pratique des gens du monde pour constituer le courant4 ,mais c'est cette hsitation mme du dbut qui pour moi est une preuve de sincrit et de ralit4 ,ce qui est factice se manifeste sous forme de rclame2 et d'ordinaire les sentiments profonds se dissimulent4 ,non1 je ne doute pas que nous ne soyons la veille d'une nouvelle alliance entre l'art et la vie4 ,quelle en sera l'influence sur la marche de notre socit8 ,je l'ignore4 ,que chacun de nous fasse de son mieux et cherche son chemin4 ,quant moi1 j'ai choisi le mien et j'irai jusqu'au bout4 ,marcel ,schwob1 l'homme le plus affectueux que je connaisse au monde1 sait assumer un certain ton d'importance au moment o il le juge ncessaire4 ,il a cette espce d'orgueil1 particulire l'homme qui a conscience de sa supriorit future4 ,tant qu'on se sent jeune1--vient-il jamais un temps o on ne le sent plus8--tant qu'on reste persuad que le monde ne sait pas encore ce que vous tes1 on remplace par sa fiert la gloire qu'on attend2 c'est un quivalent4 ,puis l'heure appelait la confiance intime4 --,il m'est impossible de m'entendre avec les psychologues1 me dit ,marcel ,schwob4 ,la vie ne me parat pas un thme de compositions de classe4 ,partout o je cherche la saisir1 elle fait explosion sous mes mains4 ,j'y vois une succession de crises causes par un mouvement ascendant vers l'organisation et l'individualisation d'une part1 et par un mouvement en sens contraire vers la dgnration et la dsintgration de l'autre4 ,et c'est un ensemble de phnomnes ports leur tension la plus haute1 puis ramens un tat d'indiffrence complte4 ,je ne saurais rattacher un conte banal toute cette histoire vraie de la socit4 ,pour en comprendre tant soit peu la marche1 j'ai besoin d'une collection de faits exactement observs dans un domaine strictement limit4 ,alors seulement je me fais une ide de ce qu'est en ralit la vie sociale4 ,vous avez peut-tre raill1 comme d'autres1 mon affection pour les recherches sur l'argot et le langage populaire4 ,voulez-vous que je vous dise nettement ce que j'en pense8 ,c'est dans ces jargons mpriss que je crois tenir la clef du mystre4 ,avez-vous jamais suivi l'histoire d'un mot travers les ges8 ,depuis le sens vague et quivoque que l'on y a attach son origine1 jusqu' ce qu'il soit devenu un concept clair1 individuel1 net de forme et mme de son8 ,c'est alors qu'il se trouve sa place prcise dans le corps de la langue2 rien ne rappelle plus ses origines obscures et il semble indpendant des lments informes qui l'ont constitu4 ,il est le matre2 il est mme notre matre1 puisque nous ne pouvons plus le manier comme nous voudrions1 puisqu'il nous force de nous soumettre aux lois qu'il nous prescrit4 ,on croirait que rien ne peut le chasser de la place autonome qu'il occupe4 ,et c'est justement alors que commence pour lui le retour vers en bas4 ,oh6 on ne s'en aperoit gure2 on croit qu'un mot reste stationnaire1 beau reste beau et bon reste bon1 jamais4 ,pour moi1 c'est autre chose2 je le vois descendre aprs sa monte1 je le vois dgnrer1 c'est--dire devenir banal1 d'individualis qu'il tait2 je le vois tomber plus bas encore dans une existence obscure1 jusqu' ce que des mains brutales s'y attaquent1 lui brisent les membres et en fassent une chose sans me et sans nom1 comme le monstre bath#f qui dsigne ce qu'autrefois on appelait beau et bon4 ,mais aprs ces transformations1--si toutefois la vie du langage ne l'limine pas comme inutile1--je vois monter ce reste mutil1 je le vois conqurir sa place discrte1 et1 si sa bonne fortune s'en mle1--car il y a des mots qui ont du guignon1--je le vois s'exalter et triompher4 #f ,bath ou bate1 qui en argot signifie beau et bon1 est form artificiellement1 suivant l'opinion de ,marcel ,schwob4 ,on a gard seulement la lettre b du mot original et on y a ajout la terminaison ate assez frquente en argot4 ,ainsi moche dans le jargon des voleurs ne serait autre que mal 7m-oche74 ,dans son tude sur l'argot franais1 ,marcel ,schwob part du principe que les termes de jargon sont des mots dforms du langage ordinaire1 et non des mtaphores1 comme on croyait jusqu'ici4 ,pour donner un exemple1 selon lui il ne faut point considrer le mot argotique tronche 7tte7 comme un driv de trancher ou de trunca1 comme l'a fait ,victor ,hugo--qui y voyait une dsignation de la tte coupe1--mais simplement une dformation de trogne4 ,marcel ,schwob parlait avec une telle conviction que si mme on avait eu peine suivre ses arguments on aurait ressenti le choc qui mettait en mouvement ces phnomnes1 ordinairement si tranquilles1 du langage4 --,vous me direz peut-tre1 continua-t-il1 que vous n'avez jamais rien remarqu de pareil et vous m'affirmerez que ces mots dforms appartiennent la socit bien distincte et heureusement bien dlimite de messieurs les voleurs et les assassins1 de sorte que mme s'ils rappellent de loin un mot qu'on emploie ailleurs1 il n'y a pourtant aucun rapport entre ce qui se trouve sur les hauteurs de la civilisation et ce qui grouille dans ses bas-fonds4 ,vous vous trompez444 ,il y eut un moment de silence2 videmment1 ,marcel ,schwob passait la revue des arguments qu'il pouvait apporter l'appui de sa thse2 il fit rapidement un choix et me dit3 --,vous vous trompez et je vais vous dire pourquoi4 ,vous pensez probablement que ce mouvement de dformation du langage1 pour l'appeler ainsi1 part exclusivement du monde des gueux et vous oubliez que les classes suprieures de la socit1 le cercle du sport1 celui des artistes et des dilettantes du high life y sont aussi pour leur bonne part4 ,des deux cts on attaque le mot tabli et reconnu2 dans la rue1 frondeuse et anarchiste1 qui cre les termes nouveaux1 et dans les runions des gens du monde1 qui aiment recueillir les nouveauts qui courent la rue1--parce qu'il y a plus de causes de liaison entre la rue et le high life qu'on ne le croit d'ordinaire1--pour ne pas parler des artistes en qui il y a toujours du gamin1 et je le dis leur honneur4 ,je ne voudrais pas prtendre que cette attaque russisse habituellement1 en apparence du moins4 ,mais je ne regarde pas l'extrieur des choses et je ne m'occupe nullement du rsultat apparent4 ,ce qui m'intresse1 c'est la connaissance de l'action des forces qui agissent un moment donn sur cet tat social que nous appelons le langage2 je cherche saisir1 sous la surface tranquille1 l'uvre des puissances destructrices1 qui minent l'difice pour en construire un autre1 fatalement4 ,qu'une catastrophe survienne1--une rvolution ou une migration gnrale des peuples1 qui abolirait pour un temps l'autorit de la tradition crite1--et vous verrez bientt quels sont les mots qui vivent en ralit et quels sont ceux qui ne mnent qu'une existence de fantmes4 ,la chute de l'empire romain nous a montr ce qui pourrait arriver de nouveau4 ,vous n'ignorez pas qu'un des mots les plus nobles de notre langue1 la tte1 est sorti de la rue4 ,dans les temps troubls1 o notre civilisation est ne1 le chef1 caput1 n'a pu maintenir sa position contre l'attaque du pot1 testa2 un beau jour il s'est trouv remplac par son rival ignoble#g4 ,c'est que1 voyez-vous1 il tait mort1 longtemps dj avant que personne ne le st4 #g ,pour des formations analogues testa1 pot1 avec le sens de tte1 voir3 ,marcel ,schwob et ,g4 ,guieysse1 tude sur l'argot franais1 p4 #bb4 ,il vous sera difficile peut-tre de vous placer au point de vue d'o je contemple cette bataille des mots qui se heurtent1 se blessent1 se poussent dans l'obscurit1 dit ,marcel ,schwob qui de son ct1 probablement1 ne trouvait point son argumentation tout fait probante4 ,du moins il s'empressa d'ajouter3 --,ce qui me prouve que je suis sur la bonne voie1 c'est que dans l'histoire des institutions sociales je rencontre la mme succession de faits que dans celle des mots4 ,prenons la chevalerie1 par exemple3 ne de la simple ncessit de dfendre le sol contre les invasions hostiles1 elle se dveloppe en systme d'obligations morales pour devenir dans sa mtamorphose suprme le rsum de tout ce qui dans la nature humaine parat noble et l'est4 ,a ce moment prcis elle entre dans sa priode de dcadence2 la chevalerie devient une caricature et les chevaliers sont des aventuriers ou pis encore4 ,sans doute1 pendant ce temps de dchance relle1 le nom reste en honneur2 mais la vie qui l'avait anime est ailleurs2 l'esprit d'aventures militaires1 l'esprit de dcouvertes l'avant-garde de l'humanit1 est all se rfugier dans des classes sociales diffrentes3 il va se dvelopper1 se dgager de ses nouvelles origines quivoques et obscures1 et se btir des institutions nouvelles4 ,la perspective de l'histoire nous permet facilement de voir cette marche ascendante et descendante des choses dans le pass4 ,cependant pour moi l'intrt n'est pas l4 ,c'est l'tat prsent de la socit qui m'occupe1 et j'y vois1 comme dans les phnomnes du langage dont je vous entretenais1 un mouvement qui part d'en bas pour arriver en haut1 et qui retourne ensuite son point de dpart4 ,chaque trait de la nature humaine parvenu son apoge et fig dans quelque institution sociale m'apparat menac par ce qu'il y a en bas d'informe et de dsorganis2 et en revanche cet tat difforme semble idalis mes yeux par le dveloppement qu'il contient en puissance4 ,oui1 l'immoralit pour moi est un prcipit de la convention morale suprieure et les murs de l'avenir sont en germe dans l'action brutale des classes infrieures2 je vois l'individu se perdant dans la masse et la masse se diffrenciant en individus1 tout ordre ncessairement dtruit et se reconstruisant de ses ruines mmes4 ,mais1 je le rpte1 mon point de vue1 tout ceci se passe simultanment1 et c'est non seulement dans la succession du temps que les vnements produisent leurs effets1 mais aussi bien ils sont accompagns en ligne parallle d'effets analogues1 qui manifestent leur dgradation ou leur exaltation1 et reprsentent toutes les forces l'uvre dans la socit3 de sorte que l'tat social nous offre tout moment l'image du pass et de l'avenir1 sur une chelle mouvante444 ,j'ai peur que vous me preniez en flagrant dlit de mysticisme4 ,je n'y puis rien1 je vois comme cela1 d'instinct4 ,il n'y a pas pour moi de ligne qui spare ce qui est en bas de ce qui est en haut4 ,comment appeler ce sentiment8 ,faut-il lui donner le beau nom de la piti8 ,n'est-ce que la curiosit intellectuelle qui me mne sonder les profondeurs du monde moral8 ,non1 vous dire vrai1 ni ceci ni cela4 ,je vous l'avoue franchement1 le mal a un attrait pour moi2 la perversit me charme4 ,nous passions par l',avenue de l',opra1 pour gagner la rive gauche4 ,certes1 la grande rue fastueuse a d entendre de singulires causeries2 mais je doute qu'elle ait t souvent le thtre d'une confession la fois si simple et si profonde que celle de mon compagnon4 ,en elle-mme1 elle ne m'tonnait gure4 ,tout homme dou d'un esprit potique doit avoir ressenti l'attrait des choses basses4 ,quiconque se croit capable de crer soit une religion1 soit un tat1 soit une reprsentation de la vie1 s'adresse aux humbles et aux misrables1 parce que l il peut donner la preuve de la force qui est en lui4 ,ce qui est organis compltement ne fait point appel sa sympathie2 les organisations parfaites ont atteint leur pleine croissance selon leur loi propre et l'avenir ne leur appartient plus4 ,c'est vers les pauvres et les maudits du sort que le pote se sent attir1 puisque voil pour lui la matire humaine qu'il peut animer de son souffle4 ,et qu'on ne prtende point que de telles ides ne puissent natre qu'au contact du mouvement dsordonn d'une capitale o la misre et la grandeur se coudoient4 ,pour arriver ce sentiment1 il ne faut que ceci3 tre pote4 ,balzac l'a eue1 enfant1 au collge de ,vendme1 cette vision mystique de la socit1 et il y a subi l'attirance inquitante du mal4 ,browning nous a racont1 dans un de ses pomes grotesques1 que le cant anglais lui a pardonns parce qu'il n'y a rien compris1 comment il a reu la rvlation du mystre humain dans un petit village de la cte bretonne2 et il y a dans un coin de la nave ,souabe un pote ignor qui a chant le charme de la perversit sur un mode lyrique d'une grce1 d'une chastet et d'une mlancolie infinies#h4 #h ,christian ,wagner von ,warmbronn1 ,maerchenerzaehler1 ,brahmine und ,seher4 ,stuttgart1 #ahhe4 ,mais cette conception potique devient bien autrement importante quand elle acquiert1 comme chez ,marcel ,schwob1 l'autorit d'un principe scientifique1 qui contient en germe un systme vrai de la socit humaine4 ,et c'est l'tude exacte d'une des manifestations les plus dlicates de l'existence1 du langage1 qui donnera cette signification prcise la thorie mystique de l'harmonie sociale4 ,ici1 il n'est plus question d'une belle inspiration du moment1 mais d'une vritable dcouverte4 ,ne vous semble-t-il pas parfois que l'humanit1 aprs combien de ttonnements6 est parvenue enfin dchiffrer quelques mots nouveaux du livre de son me1--et ces mots la troublaient auparavant parce qu'elle ne savait pas en distinguer le sens8 ,et n'est-il pas possible que nous assistions bientt quelque conqute dfinitive sur le domaine de l'inconscient1 qui enferme l'espace si restreint de la terre connue de notre esprit8 ,et ce pressentiment de l'avenir d'une ide nouvelle donna pour moi une importance exceptionnelle l'heure o je reus la confession intellectuelle de mon compagnon de route4 ,nous longions le ,louvre pour aller au boulevard ,saint-,michel4 ,marcel ,schwob poursuivit le cours de ses explications2 mais ce qui avait commenc par tre une thorie gnrale1 insensiblement finissait en une confidence tout intime et toute personnelle4 ,il me raconta combien ds son enfance sa nature inquite et vagabonde l'avait fait souffrir jusqu'au moment o1 ne sachant plus sa route1 il avait trouv un guide sr qui avait dompt son humeur fantasque1 en lui faisant apprcier le haut intrt de l'tude scientifique exacte4 ,ses leons lui avaient indiqu une immense carrire libre1 o sa curiosit pouvait s'assouvir4 --,c'est l'homme dont je vous ai fait faire la connaissance1 me dit ,marcel ,schwob2 et si vous l'estimez dj profondment pour son intelligence ouverte et enjoue1 quel ne serait pas votre sentiment pour lui1 si vous aviez prouv comme moi les effets de sa bont lucide1 qui part du cur1 laquelle je dois l'indpendance de mon esprit et ma fiert lgitime4 ,ma fiert6 ne riez pas de cette expression2 c'est encore le seul sentiment qui puisse nous faire supporter les cahots de la vie4 ,mon pauvre ami ,guieysse6 vous ne l'avez point connu4441 vous ne pouvez savoir quel noble reprsentant de l'humanit la socit a perdu en lui4 ,au moment mme o il allait entrer dans la carrire qui offrait le plus d'avenir son talent exceptionnel pour les recherches linguistiques1 il n'a plus eu la force de rsister la pression de la vie1 et il est mort avant la gloire4 ,quelle triste ide que de ne pouvoir honorer que la mmoire de l'ami1 dont c'tait ma plus haute ambition de devenir le collaborateur dans le champ de dcouvertes infinies qui s'ouvrait devant lui4 ,mais peut-tre que l'esprit ne mrit que par le chagrin1 et que l'imagination aussi a besoin de l'excitation de la douleur pour se dployer4 ,car j'y tiens1 mon imagination1 et je ne changerais contre rien au monde ce qui me reste de mon humeur fantasque4 ,combien de ressources une ville comme ,paris offre ceux qui veulent exercer la mobilit de leur esprit en cherchant l'unit sous toutes les manifestations diverses de l'existence6 ,verlaine6 ,oui1 ,verlaine1 ce nom me revient toujours la bouche1 parce que l'homme est toujours devant moi4 ,sa figure est un des grands problmes de ma vie1 ou plutt non1 c'est un des grands faits de mon existence spirituelle de ce moment4 ,vous qui tes imbu des souvenirs classiques de l'cole1 vous serez peut-tre tonn2--mais sous quelle image pensez-vous que je le voie8 ,pour moi1 non seulement il a le masque de ,socrate2 mais c'est ,socrate lui-mme4 ,ah6 ne vous rcriez pas6 ,bien des choses qui vous rebutent peut-tre chez ,verlaine ne nous choquent pas1 nous1 habitus que nous sommes toutes les excentricits6 ,et puis je ne parle pas du ,socrate vulgaire1 de cette espce de professeur bonhomme et bonasse1 fort en rhtorique et en philosophie1 que l'on nous prne dans les manuels4 ,non1 ,verlaine me fait comprendre le vrai ,socrate1 celui que les ,athniens devaient condamner1 mais dont ,platon pouvait concevoir l'image idale2 l'homme que sa femme ne pouvait souffrir1 mais que recherchait le raffin ,alcibiade1 le vrai ,socrate en dshabill1 celui que raillaient les gamins d',athnes et leurs confrres les potes comiques1 quand il restait debout pendant plusieurs heures en extase intellectuelle sur la place publique1 mais dont l'extase a t la pture d'esprit des gnrations suivantes jusqu' nous1 jusqu'aprs nous1 et pour longtemps encore4 ,ainsi1 pour moi1 un seul mot de ,verlaine1 un de ces mots profondment nafs dont il possde le secret1 m'claire les abmes du cur humain et de la foi1 ce qui est la mme chose4 ,ceci n'est pas une mtaphore1 car cet abme attire comme l'autre et1 tout en vous tentant1 cherche vous anantir en vous soufflant l'orgueil de la destruction4 ,ah6 quelle chose misrable et impuissante que l'homme6 ,vous rappelez-vous que ,jules ,renard un jour nous avouait sa prdilection pour le ,cadet de ,richepin8 ,cette disposition d'esprit1 volontaire jusqu' la frocit1 se retrouve chez nous tous4 ,voil pourquoi j'ai pens quelquefois que la parabole de l',enfant prodigue se prterait peut-tre aussi bien symboliser la pense intime de notre temps que celle du ,x,ve sicle avant la renaissance de l'esprit humain4 ,l',enfant prodigue6 lui aussi un cadet1 n'est-ce pas8 ,le plus jeune des deux6 ,nous avions pass la rivire4 ,l'eau n'tait qu'une tache sombre2 une ligne vague dessinait les fates des maisons du quai contre l'obscurit du ciel2 l'glise ,notre-,dame tait une masse informe1 montant confusment dans le gouffre noir de la nuit4 ,sur le boulevard ,saint-,michel1 on voyait encore les lumires parses des cafs qu'on allait fermer et sur le trottoir se formaient de petits groupes de gens qui se disaient bonsoir pour rentrer chez eux4 --,mais non6 dit ,marcel ,schwob1 aprs une pause de quelques secondes1 qu'il donna la rflexion4 ,le fils prodigue sur sa route pnible voyait devant lui la maison paternelle1 et nous1 agits par des dsirs aveugles1 nous marchons vers l'inconnu4 ,c'est un autre symbole qui nous convient3 la figure d',ahasvrus1 du ,juif-,errant1 du voyageur sans trve1 qui a rencontr l',idal sur son chemin1 mais qui lui a tourn le dos1 parce qu'il ne le reconnaissait point dans la forme o il se prsentait lui2 et il s'est mis marcher1 furieux contre lui-mme1 pouss par la folie de l'esprance vaine et il marche toujours4 ,et excit par la perspective sous laquelle les uvres d'art se montraient lui il poursuivit3 ,voyez combien la comparaison est juste4 ,tout pome1--et je prends le mot dans son acception la plus tendue1--qui contient une parcelle de vraie vie a pour refrain ce3 ,marche6 marche6 comme si c'tait sa qualification ncessairement sous-entendue et sans laquelle il perd tout sens rel4 ,vous rappelez-vous les ,terres vierges de ,tourgunieff avec leur conclusion d'une motion poignante3 le hros et l'hrone se donnant la main pour aller parmi le peuple1 c'est--dire vers l'inconnu6 ,et la ,nora d',ibsen6 ,on s'est demand souvent pourquoi cette petite poupe quitte sa maison chaude et son mari qui1 aprs tout1 n'est pas absolument insupportable1 pour partir dans la nuit vers un avenir incertain4 ,c'est que pour elle aussi a retenti la parole mystrieuse3 ,marche6 et elle s'en va au loin1 laissant derrire elle sa maison1 ses enfants1 tout ce qu'elle ne reconnat plus comme l'idal de l'existence1--en route vers l'inconnu6 ,je ne parle pas des posies de ,verlaine1 qui mettent nu cette palpitation perptuelle du cur s'puisant en rves tranges2 mais ce qui est tout prs de nous1 l'uvre de ,barrs1 elle aussi1 ne trahit-elle pas cet tat d'agitation incessant de l'me1 inassouvie jamais8 ,oui1 le marcheur ternel erre dans ces pages de son pas inquiet4 ,et le livre aujourd'hui qui touche nos curs ne commence en vrit que l o son rcit finit1--pour tre continu par nous1 en nous4 ,ici j'interrompis mon compagnon en lui montrant un homme qui marchait pniblement quelque distance4 ,il tranait la jambe gauche et s'appuyait faiblement sur le bton que tenait sa main tremblante4 ,la lumire d'une des rares lanternes claira un instant sa forme douloureuse et grise3 il hsita et retourna la tte1 comme incertain de la route qu'il allait prendre4 --,verlaine6 dit ,marcel ,schwob4 ,est-ce que le ,franois ,ier serait dj ferm8 ,nous allons le rejoindre1 n'est-ce pas8 ,je retins mon ami par le bras4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,pr,,face ,,vii ,,avant-,,propos ,,xv ,,premi,,re ,,partie ,une ,causerie #a ,,eug,,ne ,,carri,,re ,une ,exposition de ,tableaux #b ,,auguste ,,rodin ,un ,atelier de ,sculpteur #g ,,catulle ,,mend,s ,sur le ,boulevard #aa ,,georges ,,de ,,porto-,,riche ,au ,thtre #bd ,,alphonse ,,allais ,,et ,,maurice ,,donnay ,au ,chat-,noir #bg ,,aristide ,,bruant ,au ,mirliton #cf ,sur la butte ,montmartre #dg ,pote populaire #ei ,,jean ,,mor,,as ,pote moderne #ff ,critiques amicales #ge ,posie romane #hd ,,ernest ,,raynaud ,album d'artiste #id ,,paul ,,verlaine ,prlude #ii ,interview #aad ,bonheur #abc ,un ,dieu en ,exil #abh ,tristesse #adj ,,deuxi,,me ,,partie ,l,,on ,,cahun ,la ,gnration d'hier #adg ,hassan #aeg ,,jules ,,renard ,la ,gnration d'aujourd'hui #afc ,o allons-nous8 #agj ,,claude ,,monet ,une ,impression #age ,,st,,phane ,,mallarm ,intermezzo #agh ,,jean ,,richepin ,,et ,j4-,h4 ,,rosny ,efforts et ,tendances #ahd ,,maurice ,,barr,s ,concordance #aid ,un ,philosophe #bjj ,dandy et ,pote #bjh ,,marcel ,,schwob ,un autre ,philosophe #bbj ,terreur et ,piti #bci ,,jules ,,renard ,souffrances d',artiste #bej ,l,,on ,,cahun ,un ,peuple ancien #bfb ,,maurice ,,barr,s ,temps nouveaux #bge ,,marcel ,,schwob ,retour dans la ,nuit #bhh ,poitiers4--,imp4 ,,blais1 ,,roy et ,cie1 rue ,victor-,hugo1 #g4 99 99 99 99 99 ,corrections4 ,page #cc3 defer remplac par de fer 7et quelques fils de fer74 ,page #ce3 ,gothe remplac par ,gthe 7l'pilogue sublime du second ,faust de ,gthe74 ,page #eb3 dela remplac par de la 7,car c'est le complment de la canaille d'ici74 ,page #fb3 nfi remplac par fin 7,jusqu' la fin74 ,page #hh3 ,ploponse remplac par ,ploponnse 7vers le commencement du sicle au ,ploponnse74 ,page #aee3 d'a-rades1 vance remplac par d'avance 7,j'prouve un trs grand plaisir penser d'avance ce voyage74 ,page #afb3 inplan remplac par plan 7quoiqu'elle reste l'arrire-plan74 ,page #afb3 dulgente remplac par indulgente 7indulgente sans faiblesse1 gaie sans extravagance74 ,page #ahe3 ilveut remplac par il veut 7,il ne sait pas dire simplement et prcisment ce qu'il veut74 ,page #ahe3 il il remplac par il 7,pour moi1 il y a une ligne trs prononce74 ,page #ahh3 ,chateaubriant remplac par ,chateaubriand 7ce grand modle de style1 que ,chateaubriand nous a laiss74 ,page #aif3 plein remplac par plain 7et entre de plain-pied dans la vie courante74 ,page #bag3 fraterni remplac par fraternit 7pour exercer la bonne fraternit humaine74 ,page #bbb3 ,quantin remplac par ,quentin 7le roman de ,walter ,scott1 ,quentin ,durward74 ,page #bec3 satyrique remplac par satirique 7la nouvelle tait conue dans un sens plus satirique qu' prsent74 ,page #bee3 pose remplac par pause 7continua-t-il aprs une courte pause74 ,page #bfc3 presques remplac par presque 7en deux ou trois phrases rudes et presque brutales74 ,page #cjj3 distingner remplac par distinguer 7parce qu'elle ne savait pas en distinguer le sens74