,,ducation ,,et ,,sociologie ,,par ,,mile ,,durkheim ,professeur la ,sorbonne4 ,,introduction ,,de ,,paul ,,fauconnet ,matre de confrences la ,sorbonne4 ,l',,ducation3 ,,sa ,,nature1 ,,son ,r,,le4 ,,nature ,,et ,m,,thode ,,de ,,la ,p,,dagogie4 ,p,,dagogie ,,et ,,sociologie4 ,l',,enseignement ,,secondaire ,,en ,,france4 ,,biblioth,,que ,,de ,,philosophie ,,contemporaine ,,paris ,,librairie ,f,,lix ,,alcan #ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 ,v,ie #aibb ,,ducation ,,et ,,sociologie ,,introduction ,l'uvre pdagogique de ,durkheim4 ,durkheim a enseign toute sa vie la pdagogie1 en mme temps que la sociologie4 la ,facult des lettres de ,bordeaux1 de #ahhg #aijb1 il a toujours donn1 hebdomadairement1 une heure de cours la pdagogie4 ,ses auditeurs taient surtout des membres de renseignement primaire4 la ,sorbonne1 c'est dans la chaire de ,science de l'ducation qu'en #aijb il suppla1 qu'en #aijf il remplaa ,m4 ,ferdinand ,buisson4 ,jusqu' sa mort1 il y a rserv1 la pdagogie1 un tiers au moins1 et souvent les deux tiers de son enseignement3 cours publics1 confrences pour les membres de l',enseignement primaire1 cours aux lves de l'cole ,normale ,suprieure4 ,cette uvre pdagogique est presque entirement indite4 ,nul de ses auditeurs1 sans doute1 ne l'a embrasse dans toute son tendue4 ,nous voudrions ici la prsenter en raccourci4 ,i ,durkheim n'a pas partag son temps ni sa pense entre deux activits distinctes1 coordonnes l'une l'autre d'une manire accidentelle4 ,c'est par le ct o elle est un fait social qu'il aborde l'ducation3 sa doctrine de l'ducation est un lment essentiel de sa sociologie4 ,sociologue1 dit-il1 c'est surtout en sociologue que je vous parlerai d'ducation4 ,d'ailleurs1 bien loin qu' procder ainsi on s'expose voir et montrer les choses par un biais qui les dforme1 je suis1 au contraire1 convaincu qu'il n'est pas de mthode plus apte mettre en vidence leur vritable nature4 ,l'ducation est chose minemment sociale4 ,l'observation le prouve4 ,d'abord1 dans chaque socit1 il y a autant d'ducations spciales qu'il y a de milieux sociaux diffrents4 ,et1 mme dans des socits galitaires comme les ntres1 qui tendent liminer les diffrences injustes1 l'ducation varie et doit ncessairement varier1 selon les professions4 ,sans doute1 toutes ces ducations spciales reposent sur une base commune4 ,mais cette ducation commune varie d'une socit l'autre4 ,chaque socit se fait un certain idal de l'homme4 ,c'est cet idal qui est le ple de l'ducation4 ,pour chaque socit1 l'ducation est le moyen par lequel elle prpare dans le cur des enfants les conditions essentielles de sa propre existence4 ,ainsi1 chaque type de peuple a son ducation qui lui est propre et qui peut servir le dfinir au mme titre que son organisation morale1 politique et religieuse4 ,l'observation des faits conduit donc la dfinition suivante3 ,l'ducation est l'action exerce par les gnrations adultes sur celles qui ne sont pas encore mres pour la vie sociale4 ,elle a pour objet de susciter et de dvelopper chez l'enfant un certain nombre d'tats physiques1 intellectuels et moraux que rclament de lui et la socit politique dans son ensemble et le milieu spcial auquel il est particulirement destin4 ,plus brivement1 l'ducation est une socialisation444 de la jeune gnration4 ,mais pourquoi en est-il ncessairement ainsi8 ,c'est qu'en chacun de nous1 peut-on dire1 il existe deux tres qui1 pour tre insparables autrement que par abstraction1 ne laissent pas d'tre distincts4 ,l'un est fait de tous les tats mentaux qui ne se rapportent qu' nous-mmes et aux vnements de notre vie personnelle3 c'est ce qu'on pourrait appeler l'tre individuel4 ,l'autre est un systme d'ides1 de sentiments et d'habitudes1 qui expriment en nous1 non pas notre personnalit1 mais le groupe ou les groupes diffrents dont nous faisons partie2 telles sont les croyances religieuses1 les croyances et les pratiques morales1 les traditions nationales ou professionnelles1 les opinions collectives de toutes sortes4 ,leur ensemble forme l'tre social4 ,constituer cet tre en chacun de nous1 telle est la fin de l'ducation4 ,sans la civilisation1 l'homme ne serait qu'un animal4 ,c'est par la coopration et par la tradition sociales que l'homme s'est fait homme4 ,moralits1 langages1 religions1 sciences sont des uvres collectives1 des choses sociales4 ,or1 c'est par la moralit que l'homme forme en lui la volont1 qui dpasse le dsir2 c'est le langage qui l'lve au-dessus de la pure sensation2 c'est dans les religions d'abord1 puis dans les sciences1 que s'laborent les notions cardinales dont est faite l'intelligence proprement humaine4 ,cet tre social n'est pas donn tout fait dans la constitution primitive de l'homme444 ,c'est la socit elle-mme qui1 mesure qu'elle s'est forme et consolide1 a tir de son propre sein ces grandes forces morales444 ,l'enfant1 en entrant dans la vie1 n'y apporte que sa nature d'individu4 ,la socit se trouve donc1 chaque gnration nouvelle1 en prsence d'une table presque rase sur laquelle il lui faut construire nouveaux frais4 ,il faut que1 par les voies les plus rapides1 l'tre goste et asocial qui vient de natre1 elle en surajoute un autre1 capable de mener une vie morale et sociale4 ,voil quelle est l'uvre de l'ducation4 ,l'hrdit transmet les mcanismes instinctifs qui assurent la vie organique et1 chez les animaux qui vivent en socits1 une vie sociale assez simple4 ,mais elle ne suffit pas transmettre les aptitudes que suppose la vie sociale de l'homme1 aptitudes trop complexes pour pouvoir se matrialiser sous la forme de prdispositions organiques4 ,la transmission des attributs spcifiques qui distinguent l'homme se fait par une voie qui est sociale1 comme ils sont sociaux3 c'est l'ducation4 ,pour l'esprit exerc regarder les choses de ce biais1 cette conception sociologique de la nature et du rle de l'ducation s'impose avec la force de l'vidence4 ,durkheim l'appelle3 un axiome fondamental4 ,disons plus exactement3 une vrit d'exprience4 ,nous voyons clairement1 quand nous pensons en historien1 que l'ducation ,sparte1 c'est la civilisation lacdmonienne faisant des ,spartiates pour la cit lacdmonienne2---que l'ducation athnienne1 au temps de ,pricles1 c'est la civilisation athnienne faisant des hommes conformes au type idal de l'homme1 tel que le conoit ,athnes cette poque1 pour la cit athnienne et1 en mme temps1 pour l'humanit1 telle qu',athnes se la reprsente dans ses rapports avec elle4 ,il nous suffit d'anticiper sur l'avenir pour comprendre comment les historiens interprteront l'ducation franaise au ,x,xe sicle3 mme dans ses tentatives les plus audacieusement idalistes et humanitaires1 elle est un produit de la civilisation franaise2 elle consiste la transmettre2 bref1 elle cherche faire des hommes1 conformes au type idal de l'homme qu'implique cette civilisation1 faire des hommes pour la ,france1 et aussi pour l'humanit1 telle que la ,france se la reprsente dans ses rapports avec elle4 ,pourtant1 cette vrit d'vidence a t gnralement mconnue1 surtout au cours des derniers sicles4 ,philosophes et pdagogues sont d'accord pour voir1 dans l'ducation1 une chose minemment individuelle4 ,pour ,kant1 crit ,durkheim1 pour ,kant comme pour ,mill1 pour ,herbart comme pour ,spencer1 l'ducation aurait avant tout pour objet de raliser1 en chaque individu1 mais en les portant leur plus haut point de perfection possible1 les attributs constitutifs de l'espce humaine en gnral4 ,mais cet accord n'est pas une prsomption de vrit4 ,car nous savons que la philosophie classique a presque toujours oubli de considrer l'homme rel d'un temps et d'un pays1 le seul qui soit observable1 pour spculer sur une nature humaine universelle1 produit arbitraire d'une abstraction faite1 sans mthode1 sur un nombre trs restreint d'chantillons humains4 ,on admet gnralement aujourd'hui que son caractre abstrait a fauss1 dans une large mesure1 la spculation politique du ,x,v,i,i,ie sicle1 par exemple3 individualiste l'excs1 trop dtache de l'histoire1 elle lgifre souvent pour un homme de convention1 indpendant de tout milieu social dfini4 ,les progrs qu'ont accompli1 au ,x,i,xe sicle1 les sciences politiques1 sous l'influence de l'histoire et des philosophies inspires de l'histoire1 progrs vers lequel s'orientent1 la fin du sicle1 toutes les sciences morales1 la philosophie de l'ducation doit l'accomplir son tour4 ,l'ducation est chose sociale3 c'est--dire qu'elle met en contact l'enfant avec une socit dtermine1 et non avec la socit in genere4 ,si cette proposition est vraie1 elle ne commande pas seulement la rflexion spculative sur l'ducation1 elle doit faire sentir son influence sur l'activit ducative elle-mme4 ,en fait1 cette influence est incontestable2 en droit1 elle est souvent conteste4 ,examinons quelques-unes des rsistances que soulve1 quand il l'nonce1 la proposition de ,durkheim4 ,on entend d'abord la protestation qu'on peut appeler universaliste ou humaniste4 ,elle fera grief la sociologie d'encourager un nationalisme troit1 voire d'immoler les intrts de l'humanit ceux de l'tat1 bien plus mme1 aux intrts d'un rgime politique4 ,au cours de la guerre1 on a souvent oppos l'ducation germanique l'ducation latine1 celle-l purement nationale et tout au bnfice de l'tat1 celle-ci librale et humaine4 ,sans doute1 a-t-on dit1 l'ducation lve l'enfant pour la ,patrie1 mais aussi pour l',humanit4 ,bref1 de diverses manires1 on tablit un antagonisme entre ces termes3 ducation sociale1 ducation humaine1 socit et humanit4 ,or la pense de ,durkheim plane bien au-dessus d'objections de ce genre4 ,il n'a jamais eu l'intention1 comme ducateur1 de faire prvaloir les fins nationales sur les fins humaines4 ,dire que l'ducation est chose sociale1 ce n'est pas formuler un programme d'ducation2 c'est constater un fait4 ,durkheim tient ce fait pour vrai1 partout1 quelle que soit la tendance qui prvaut1 ici ou l4 ,le cosmopolitisme n'est pas moins social que le nationalisme4 ,il y a des civilisations qui poussent l'ducateur mettre sa ,patrie au-dessus de tout1 d'autres qui le poussent subordonner les fins nationales aux fins humaines1 ou mieux1 les harmoniser4 ,l'idal universaliste est li une civilisation synthtique qui tend combiner toutes les autres4 ,d'ailleurs1 dans le monde contemporain1 chaque nation a son cosmopolitisme1 son humanisme propre1 o se reconnat son gnie4 ,quelle est1 en fait1 pour nous1 ,franais du ,x,xe sicle1 la valeur relative des devoirs envers l',humanit et des devoirs envers la ,patrie2 comment peuvent-ils entrer en conflit2 comment peut-on les concilier8 ,nobles et difficiles questions1 que le sociologue ne rsout pas1 au profit du nationalisme1 en dfinissant1 comme il le fait1 l'ducation4 ,quand il abordera ces problmes1 il aura les mains libres4 ,reconnatre le caractre social qui appartient rellement l'ducation1 ne prjuge rien de la manire dont on analysera les forces morales1 qui sollicitent l'ducateur dans des directions diverses ou opposes4 ,la mme rponse vaudra contre les objections individualistes4 ,durkheim dfinit l'ducation une socialisation de l'enfant4 ,mais alors1 pensent quelques-uns1 que deviennent la valeur de la personne humaine1 l'initiative1 la responsabilit1 le perfectionnement propres de l'individu4 ,on est si accoutum opposer la socit l'individu1 que toute doctrine1 qui fait du mot socit un usage frquent1 semble sacrifier l'individu4 ,ici encore1 on se mprend4 ,si un homme a t un individu1 une personne1 dans tout ce que le terme implique d'originalit cratrice et de rsistance aux entranements collectifs1 c'est ,durkheim4 ,et sa doctrine morale correspond si bien son propre caractre qu'on n'avancerait pas un paradoxe1 en donnant cette doctrine le nom d'individualisme4 ,son premier ouvrge1 la ,division du ,travail social1 propose toute une philosophie de l'histoire1 o la gense1 la diffrenciation1 l'affranchissement de l'individu apparaissent comme le trait dominant du progrs de la civilisation1 l'exaltation de la personne humaine1 comme son terme actuel4 ,et cette philosophie de l'histoire aboutit cette rgle morale3 distingue-toi1 sois une personne4 ,comment donc une pareille doctrine verrait-elle1 dans l'ducation1 je ne sais quel procd de dpersonnalisation8 ,si faire une personne est actuellement le but de l'ducation1 et si duquer1 c'est socialiser1 concluons donc que1 selon ,durkheim1 il est possible d'individualiser en socialisant4 ,telle est bien sa pense4 ,on pourra discuter la manire dont il conoit l'ducation de l'individualit4 ,mais sa dfinition de l'ducation est d'un penseur qui1 pas un instant1 ne mconnat ou ne sous-estime le rle ni la valuer de l'individu4 ,et il faut signaler aux sociologues que c'est dans son analyse de l'ducation qu'ils apercevront le mieux le fond de la pense de ,durkheim1 sur les rapports de la socit et de l'individu et sur le rle des individus d'lite dans le progrs social4 ,au nom de l'idal1 enfin1 il arrive qu'on rsiste au ralisme de ,durkheim4 ,on lui reprochera d'humilier la raison et de dcourger l'effort1 comme s'il se faisait l'apologiste systmatique de ce qui est1 et restait indiffrent ce qui doit tre4 ,pour comprendre comment1 au contraire1 ce ralisme sociologique lui parait apte diriger l'action1 voyons quelle ide il s'est faite de la pdagogie4 ,,ii ,tout l'enseignement de ,durkheim rpond un besoin profond de son esprit1 qui est l'exigence essentielle de l'esprit scientifique lui-mme4 ,durkheim prouve une vritable rpulsion pour les constructions arbitraires1 pour les programmes d'action qui traduisent seulement les tendances de leur auteur4 ,il a besoin de rflchir sur un donn1 sur une ralit observable1 sur ce qu'il appelle une chose4 ,considrer les faits sociaux comme des choses1 telle est la premire rgle de sa mthode4 ,quand il prenait la parole sur des sujets de morale1 on le voyait d'abord prsenter des faits1 des choses2 et sa mimique mme marquait que1 bien qu'il s'agt de choses spirituelles1 non matrielles1 il ne se bornait pas analyser des concepts1 mais qu'il saisissait1 montrait1 maniait des ralits4 ,l'ducation est une chose1 ou1 d'un autre mot1 un fait4 ,en fait1 dans toutes les socits1 il se donne une ducation4 ,conformment des traditions1 des habitudes1 des rgles explicites ou implicites1 dans un cadre dtermin d'institutions1 avec un outillge propre1 sous l'influence d'ides et de sentiments collectifs1 en ,france1 au ,x,xe sicle1 des ducateurs duquent1 des enfants sont duqus4 ,tout cela peut tre dcrit1 analys1 expliqu4 ,la notion d'une science de l'ducation est donc une ide parfaitement claire4 ,elle a pour rle unique de connatre1 de comprendre ce qui est4 ,elle ne se confond ni avec l'activit effective de l'ducateur1 ni mme avec la pdagogie1 qui vise diriger cette activit4 ,l'ducation est son objet3 entendons par l1 non pas qu'elle tend aux mmes fins que l'ducation1 mais au contraire qu'elle la suppose1 puisqu'elle l'observe4 ,cette science1 ,durkheim ne conteste nullement qu'elle soit1 dans une large mesure1 d'ordre psychologique4 ,seule1 la psychologie1 appuye sur la biologie1 largie par la pathologie1 permet de comprendre pourquoi l'enfant humain a besoin d'ducation1 en quoi il diffre de l'adulte1 comment se forment et voluent ses sens1 sa mmoire1 ses facults d'association1 d'attention1 son imagination1 sa pense abstraite1 son langage1 ses sentiments1 son caractre1 sa volont4 ,la psychologie de l'enfant1 rattache celle de l'homme adulte1 complte par la psychologie propre de l'ducateur1 telle est l'une des voies par o la science peut aborder l'tude de l'ducation4 ,l'ide est universellement reue4 ,mais la psychologie n'est qu'une des deux voies d'accs possibles4 ,qui la suit exclusivement s'expose n'aborder le fait ducation que par l'une de ses deux faces4 ,car la psychologie est videmment incomptente1 quand il s'agit de dire1 non plus ce qu'est l'enfant1 qui reoit l'ducation1 sa manire propre de l'assimiler et d'y ragir1 mais la nature mme de la civilisation que l'ducation transmet et de l'outillge qu'elle emploie pour le transmettre4 ,la ,france du ,x,xe sicle a quatre enseignements3 primaire1 secondaire1 suprieur1 technique1 dont les rapports ne sont pas du tout ce qu'ils sont en ,allemagne1 en ,angleterre ou aux tats-,unis4 ,son enseignement secondaire porte sur le franais1 les langues classiques1 les langues vivantes1 l'histoire1 les sciences2 vers #afjj1 il portait exclusivement sur le latin et le grec2 au moyen ge1 sur la dialectique4 ,notre enseignement fait une part la mthode intuitive et exprimentale2 celui des tats-,unis une part bien plus grande2 l'ducation mdivale et humaniste tait exclusivement livresque4 ,or1 il est clair que les institutions scolaires1 les disciplines1 les mthodes sont des faits sociaux4 ,le livre lui-mme est un fait social2 le culte du livre1 le dclin de ce culte dpendent de causes sociales4 ,on ne voit pas comment la psychologie pourrait en connatre4 ,l'ducation physique1 morale1 intellectuelle1 que donne une socit1 un moment de son histoire1 est manifestement du ressort de la sociologie4 ,pour tudier scientifiquement l'ducation1 comme un fait donn l'observation1 la sociologie doit collaborer avec la psychologie4 ,sous l'un de ses deux aspects1 la science de l'ducation est une science sociologique4 ,c'est de ce biais que ,durkheim l'abordait4 ,ce faisant1 il frayait une voie nouvelle1 pouss par la logique interne de sa propre pense1 prcurseur1 et non imitateur1 de doctrines aujourd'hui fort en vogue1 que la sienne dpasse en nettet et en fcondit4 ,l',allemagne a cr le terme ,sozialpdagogik1 les tats-,unis1 le terme ,educational ,sociology1 qui marquent assurment la mme tendance#a4 ,mais1 sous ces mots1 se mlent encore souvent des choses bien distinctes1 par exemple1 d'une part1 une orientation plus ou moins incertaine vers l'tude sociologique de l'ducation1 telle que ,durkheim la conoit1 et1 d'autre part1 un systme d'ducation qui se proccupe plus particulirement de prparer l'homme la vie sociale1 de former le citoyen3 ,staatsbrgerliche ,erziehung1 comme l'appelle ,kerschensteiner#b4 ,l'ide amricaine d',educational ,sociology s'applique confusment l'tude sociologique de l'ducation et1 en mme temps1 l'introduction de la sociologie dans les classes1 comme matire d'enseignement4 ,la science de l'ducation1 dfinie par ,durkheim1 est sociologique1 dans une acception beaucoup plus claire du terme4 ,quant ce qu'il entend par ,pdagogie1 ce n'est ni l'activit ducative elle-mme1 ni la science spculative de l'ducation4 ,c'est la raction systmatique de la seconde sur la premire1 l'uvre de la rflexion qui cherche1 dans les rsultats de la psychologie et de la sociologie1 des principes pour la conduite ou pour la rforme de l'ducation4 ,ainsi conue1 la pdagogie peut tre idaliste1 sans verser dans l'utopie4 ,que bon nombre de pdagogues illustres aient cd l'esprit de systme1 assign l'ducation un but inaccessible ou arbitrairement choisi1 propos des procds artificiels1 non seulement ,durkheim ne le nie pas1 mais il met mieux en garde que quiconque contre leur exemple4 ,la sociologie combat ici l'ennemi qu'elle a l'habitude de trouver en face d'elle3 dans tous les domaines1 en morale1 en politique1 mme en conomie politique1 l'tude scientifique des institutions a t prcde par une philosophie essentiellement artificialiste1 qui prtendait formuler des recettes pour assurer aux individus ou aux peuples le maximum de bonheur1 sans connatre d'abord suffisamment leurs conditions d'existence4 ,rien n'est plus contraire aux habitudes intellectuelles du sociologue que de dire d'emble3 voici comme il faut lever l'enfant1 en faisant table rase de l'ducation qu'on lui donne rellement4 ,cadres scolaires1 programmes d'enseignement1 mthodes1 traditions1 habitudes1 tendances1 ides1 idaux des matres1 ce sont l des faits1 dont elle cherche dcouvrir pourquoi ils sont ce qu'ils sont1 bien loin de prtendre d'abord les changer4 ,si l'ducation franaise est largement traditionnelle1 peu dispose se couler dans les formes techniques de mthodes concertes2 si elle fait largement crdit aux facults d'intuition1 de tact1 d'initiative des matres2 si elle est respectueuse de l'volution libre de l'enfant2 si mme elle rsulte1 pour la majeure partie1 non de l'action systmatique des matres1 mais de l'action diffuse et non volontaire du milieu1 c'est l un fait1 qui a ses causes1 et qui rpond1 en gros1 aux conditions d'existence de la socit franaise4 ,la pdagogie1 inspire par la sociologie1 ne risque donc pas de se faire l'apologiste d'un systme aventureux1 ou de conseiller une mcanisation de l'enfant1 qui contrarierait son dveloppement spontan4 ,ainsi1 tombent les objections de penseurs minents1 qui s'obstinent opposer ducation et ,pdagogie1 comme si rflchir sur l'action qu'on exerce1 c'tait ncessairement se condamner fausser cette action4 ,mais ce n'est pas dire que la rflexion scientifique soit pratiquement strile1 et que le ralisme soit le fait de l'esprit conservateur1 qui accepte paresseusement tout ce qui est ,savoir1 pour prvoir et pourvoir1 disait ,auguste ,comte1 de la science positive4 ,en fait1 mieux on connat la nature des choses1 mieux on a chance de l'utiliser efficacement4 ,l'ducateur est oblig1 par exemple1 de manier l'attention de l'enfant4 ,personne ne niera qu'il la maniera mieux1 s'il en connat plus exactement la nature4 ,la psychologie comporte donc des applications pratiques1 dont la pdagogie formule les rgles pour l'ducation4 ,de la mme faon1 la science sociologique de l'ducation peut comporter des applications pratiques4 ,en quoi consiste la lacisation de la moralit8 ,quelles sont ses causes8 ,d'o proviennent les rsistances qu'elle soulve8 ,quelles difficults l'ducation morale a-t-elle vaincre1 quand elle se dissocie de l'ducation religieuse8 ,problme manifestement social1 problme d'actualit pour les socits contemporaines3 comment contester que son tude dsintresse puisse conduire formuler des rgles pdagogiques1 dont l'instituteur franais du ,x,xe sicle aurait avantage s'inspirer1 dans sa pratique ducative8 ,les crises sociales1 les conflits sociaux ont des causes3 cela ne veut pas dire qu'il soit interdit de leur chercher des issues et des remdes4 ,les institutions ne sont ni absolument plastiques1 ni absolument rfractaires toute modification dlibre4 ,les adapter prudemment leur rle respectif1 les adapter les unes aux autres et chacune d'elles la civilisation o elles s'incorporent3 il y a l un beau champ d'action pour une politique rationnelle1 et1 s'il s'agit des institutions de l'ducation1 pour une pdagogie rationnelle1 ni conservatrice ni rvolutionnaire1 efficace dans les limites o l'action dlibre de l'homme peut tre efficace4 ,ainsi peuvent se concilier le ralisme et l'idalisme4 ,les idaux sont des ralits4 ,en fait1 par exemple1 la ,france contemporaine a un idal intellectuel2 elle conoit un type idal d'intelligence qu'elle propose l'enfant4 ,mais cet idal est complexe et confus4 ,les publicistes1 qui prtendent l'exprimer1 n'en montrent gnralement chacun qu'une des faces1 un des lments3 lments de provenance1 d'ge et1 pour ainsi dire1 d'orientation divers1 solidaires1 les uns de certaines tendances sociales1 les autres de tendances diffrentes ou opposes4 ,il n'est pas impossible de traiter cet idal complexe comme une chose1 c'est--dire d'en analyser les composants1 de dterminer leur gense1 leurs causes et les besoins auxquels ils correspondent4 ,mais cette tude1 d'abord toute dsintresse1 est la meilleure prparation au choix qu'une volont raisonnable peut se proposer de faire entre les divers programmes d'enseignement concevables1 entre les rgles suivre pour l'application du programme choisi4 ,on pourrait rpter la mme chose1 mutatis mutandis1 de l'ducation morale1 et des questions de dtail1 aussi bien que des problmes les plus gnraux4 ,bref1 l'opinion1 le lgislateur1 l'administration1 les parents1 les matres ont1 tout instant1 des choix faire1 qu'il s'agisse de rformer profondment les institutions ou de les faire fonctionner au jour le jour4 ,or1 ils travaillent sur une matire rsistante qui ne se laisse pas manier arbitrairement3 milieu social1 institutions1 habitudes1 traditions1 tendances collectives4 ,la pdagogie1 en tant qu'elle dpend de la sociologie1 est la prparation rationnelle de ces choix4 ,durkheim attachait la plus haute importance1 non seulement comme savant1 mais comme citoyen1 cette conception rationaliste de l'action4 ,hostile l'agitation rformiste1 qui trouble sans amliorer1 surtout aux rformes ngatives1 qui dtruisent sans remplacer1 il avait cependant le sens et le got de l'action4 ,mais1 pour que l'action ft fconde1 il voulait qu'elle portt sur ce qui est possible1 limit1 dfini1 dtermin dans les conditions sociales o elle s'exerce4 ,son enseignement pdagogique1 s'adressant des ducateurs1 a toujours eu un caractre immdiatement pratique4 ,absorb par ses autres travaux1 il n'a pas eu le temps de s'appliquer des recherches purement spculatives sur l'ducation4 ,dans ses cours1 les sujets sont abords selon la mthode scientifique dfinie tout l'heure4 ,mais le choix des sujets est dict par les difficults pratiques que rencontre l'ducateur public dans la ,france contemporaine1 et c'est des conclusions pdagogiques que le professeur aboutit4 ,,iii ,durkheim a laiss le manuscrit1 compltement rdig1 d'un cours en dix-huit leons sur l'ducation morale l'cole primaire4 ,en voici l'conomie gnrale4 ,la premire leon est une introduction sur la morale laque4 ,durkheim y dfinit la tche morale qui1 dans la ,france contemporaine1 incombe l'instituteur3 il s'agit1 pour lui1 de donner une ducation morale laque1 rationaliste4 ,cette lacisation de la moralit est commande par tout le dveloppement historique4 ,mais elle est difficile4 ,la religion et la moralit ont t1 dans l'histoire de la civilisation1 si intimement unies1 que leur dissociation ncessaire ne saurait tre une opration simple4 ,si l'on se contente de vider la moralit de tout contenu religieux1 on la mutile4 ,car la religion exprime1 sa manire1 dans un langage symbolique1 des choses vraies4 ,ces vrits1 il ne faut pas les laisser perdre1 avec les symboles qu'on limine2 il faut les retrouver1 en les projetant sur le plan de la pense laque4 ,les systmes rationalistes1 surtout les systmes non-mtaphysiques1 ont gnralement prsent1 de la moralit1 une imge beaucoup trop simplifie4 ,en se faisant sociologique1 l'analyse morale peut donner un fondement rationnel1 ni religieux ni mtaphysique1 une moralit aussi complexe1 plus riche mme1 sous certains rapports1 que la moralit religieuse traditionnelle1 et remonter jusqu'aux sources d'o jaillissent les forces morales les plus nergiques4 ,les leons qui suivent se groupent en deux parties bien distinctes1 et ce plan illustre ce que nous avons dit de la contribution qu'apportent respectivement1 la pdagogie1 la sociologie d'une part1 la psychologie de l'autre4 ,la premire partie tudie la moralit en elle-mme1 c'est--dire la civilisation morale que l'ducation transmet l'enfant3 c'est une analyse sociologique4 ,la seconde tudie la nature de l'enfant qui devra s'assimiler cette moralit3 ici la psychologie est au premier plan4 ,les huit leons que ,durkheim a consacres l'analyse de la moralit sont ce qu'il a laiss de plus achev sur ce sujet1 puisque la mort l'a interrompu au moment o il rdigeait1 pour la publication1 les prolgomnes de sa ,morale4 ,elles sont rapprocher des pages qui ont paru dans le ,bulletin de la ,socit franaise de philosophie sur ,la dtermination du fait moral4 ,il n'y traite pas des divers devoirs1 mais des caractres gnraux de la moralit4 ,c'est l'quivalent1 chez lui1 de ce que les philosophes appellent la ,morale thorique4 ,mais la mthode qu'il applique renouvelle le sujet4 ,on conoit aisment comment la sociologie peut tudier ce que sont1 en fait1 la famille1 l'tat1 la proprit1 le contrat4 ,mais1 quand il s'agit du ,bien et du ,devoir1 il semble qu'on ait affaire de purs concepts1 non des institutions1 et qu'une mthode d'analyse abstraite s'impose ici1 dfaut d'une observation inapplicable4 ,voici le biais par o ,durkheim aborde son sujet4 ,l'ducation morale a1 sans doute1 pour rle d'initier l'enfant aux divers devoirs1 de susciter en lui les vertus particulires1 prises une une4 ,mais elle a aussi pour rle de dvelopper en lui l'aptitude gnrale la moralit1 les dispositions fondamentales qui sont la racine de la vie morale1 de constituer en lui l'agent moral1 prt aux initiatives qui sont la condition du progrs4 ,quels sont1 en fait1 dans la socit franaise contemporaine1 les lments du temprament moral1 dont la ralisation est le but vers lequel doit tendre l'ducation morale gnrale8 ,ces lments1 on peut les dcrire1 comprendre leur nature et leur rle4 ,et c'est1 en somme1 cette description qui forme le contenu des morales dites thoriques4 ,chaque philosophe dfinit1 sa manire1 ces lments fondamentaux4 ,mais il construit1 plutt qu'il ne dcrit4 ,nous pouvons refaire le mme travail1 en prenant pour objet1 non plus notre idal personnel1 mais l'idal qui est1 en fait1 celui de notre civilisation4 ,ainsi l'tude de l'ducation morale nous permet de saisir1 dans les faits1 les ralits auxquelles correspondent les concepts trs abstraits que manient les philosophes4 ,elle met la science des murs en mesure d'observer ce qu'est la moralit1 dans ses caractres les plus gnraux1 parce que1 dans l'ducation1 nous apercevons la moralit au moment o elle se transmet1 au moment o1 par consquent1 elle se distingue le plus nettement des consciences individuelles1 dans la complexit desquelles elle est1 habituellement1 enveloppe4 ,durkheim ramne trois ces lments fondamentaux de notre moralit4 ,ce sont l'esprit de discipline1 l'esprit d'abngation et l'esprit d'autonomie4 ,indiquons1 titre d'exemple1 quel plan suit ,durkheim dans l'analyse du premier lment4 ,l'esprit de discipline est1 la fois1 le sens et le got de la rgularit1 le sens et le got de la limitation des dsirs1 le respect de la rgle1 qui impose l'individu l'inhibition des impulsions et l'effort4 ,pourquoi la vie sociale exige-t-elle rgularit1 limitation et effort8 ,puis1 comment l'individu trouve-t-il1 finalement1 accepter ces exigences pnibles1 les conditions de son propre bonheur8 ,rpondre ces questions1 c'est dire quelle est la fonction de la discipline4 ,comment la socit est-elle apte imposer la discipline et1 notamment1 veiller dans l'individu le sentiment du respect d l'autorit d'un impratif catgorique1 qui apparat comme transcendant8 ,rpondre cette question1 c'est traiter de la nature de la discipline et de son fondement rationnel4 ,pourquoi1 enfin1 la rgle peut-elle et doit-elle tre conue comme indpendante de tout symbolisme religieux et mme mtaphysique8 ,en quoi cette lacisation de la discipline modifie-t-elle le contenu mme de l'ide de discipline1 ce qu'elle exige et ce qu'elle permet8 ,ici1 nous rattachons la nature et la fonction de la discipline1 non plus aux conditions de la civilisation en gnral1 mais aux conditions particulires d'existence de la civilisation o nous vivons4 ,et nous recherchons si notre esprit de discipline1 nous1 ,franais1 est bien tout ce qu'il doit tre1 s'il n'est pas pathologiquement affaibli1 et comment l'ducation1 tout en respectant ses caractres propres1 peut amliorer notre moralit nationale4 ,une analyse symtrique s'applique l'esprit d'abngation4 ,qu'est-il1 quoi sert-il1 du point de vue de la socit1 comme du point de vue de l'individu8 ,quelles sont les fins auxquelles nous1 ,franais du ,x,i,xe sicle1 nous devons nous dvouer8 ,quelle est la hirarchie de ces fins1 et d'o proviennent1 comment peuvent se concilier leurs antagonismes partiels8--,mmes questions pour l'esprit d'autonomie4 ,l'analyse de ce dernier lment est particulirement fconde1 parce qu'il s'agit ici d'un des traits les plus rcents de la moralit1 du trait le plus caractristique de la moralit laque et rationaliste de nos socits dmocratiques4 ,ces indications sommaires suffisent marquer l'une des principales supriorits de la mthode suivie par ,durkheim4 ,il russit montrer toute la complexit1 toute la richesse de la vie morale1 richesse faite d'oppositions qui ne peuvent jamais tre que partiellement fondues dans une synthse harmonieuse1 richesse telle qu'aucun individu1 si grand soit-il1 ne peut jamais aspirer porter en lui1 leur plus haut degr de dveloppement1 tous ces lments et1 ainsi1 raliser1 intgralement1 en lui seul1 la moralit tout entire4 ,personnellement1 ,durkheim1 comme l'avait t ,kant1 fut avant tout un homme de volont et de discipline4 ,de la moralit1 c'est l'aspect kantien qu'il voit d'abord et le plus nettement4 ,et l'on a parfois voulu faire1 de la contrainte1 la seule action qu'exerait1 selon lui1 la socit sur l'individu4 ,sa vritable doctrine est infiniment plus comprhensive1 et il n'y a peut-tre pas de philosophie morale qui le soit au mme degr4 ,il a bien montr1 par exemple1 que les forces morales1 qui contraignent et mme violentent la nature animale de l'homme1 exercent aussi1 sur l'homme1 une attraction1 une sduction1 et que c'est ces deux aspects du fait moral que rpondent les deux notions du devoir et du bien4 ,et il a montr que1 vers ces deux ples1 s'orientaient deux activits morales distinctes1 dont ni l'une ni l'autre n'est trangre l'agent moral bien constitu1 mais qui1 selon que prvaut l'une ou l'autre1 distinguent les agents moraux en deux types diffrents1 l'homme du sentiment1 de l'enthousiasme1 chez qui domine l'aptitude se donner1 et l'homme de volont1 plus froid et plus austre1 chez qui domine le sens de la rgle4 ,l'eudmonisme1 l'hdonisme ont eux-mmes leur place dans la vie morale3 il faut1 disait un jour ,durkheim1 qu'il y ait des picuriens4 ,ainsi1 des disparates1 mme des contraires1 se fondent dans la richesse de la civilisation morale1 richesse que l'analyse abstraite des philosophes se condamne gnralement appauvrir1 parce qu'elle veut1 par exemple1 dduire l'ide du bien de celle du devoir1 concilier les concepts d'obligation et d'autonomie1 et rduire ainsi au jeu logique de quelques ides simples une ralit trs complique4 ,les neuf leons qui forment la deuxime partie du cours abordent le problme proprement pdagogique4 ,on vient de dnombrer et de dfinir les lments de la moralit qu'il s'agit1 pour nous1 de constituer chez l'enfant4 ,comment la nature de l'enfant se prte-t-elle la recevoir1 quelles ressources1 quels ressorts1 mais aussi quels obstacles y rencontre l'ducateur8 ,les titres des leons suffisent indiquer la marche de la pense3 la discipline et la psychologie de l'enfant d'abord1 la discipline scolaire1 la pnalit et les rcompenses scolaires2 puis l'altruisme chez l'enfant et l'influence du milieu scolaire sur la formation du sens social2 enfin l'influence gnrale de l'enseignement des sciences1 des lettres1 de l'histoire1 de la morale elle-mme1 et aussi de la culture esthtique1 sur la formation de l'esprit d'autonomie4 ,l'autonomie est l'attitude d'une volont qui accepte la rgle1 parce qu'elle la reconnat rationnellement fonde4 ,elle suppose l'application1 libre mais mthodique1 de l'intelligence l'examen des rgles que l'enfant reoit d'abord1 toutes faites1 de la socit dans laquelle il grandit1 mais que1 bien loin de les accepter passivement1 il doit1 peu peu1 apprendre vivifier1 concilier1 purer de leurs lments caducs1 rformer1 pour les adapter aux conditions d'existence1 changeantes1 de la socit dont il devient un membre actif4 ,c'est1 dit ,durkheim1 la science qui confre l'autonomie4 ,elle seule apprend reconnatre ce qui est fond dans la nature des choses1 nature physique1 mais aussi nature morale1 ce qui est inluctable1 ce qui est modifiable1 ce qui est normal1 quelles sont donc les limites de l'action efficace pour amliorer la nature1 nature physique1 nature morale4 ,tout l'enseignement a1 de ce point de vue1 une destination morale1 celui des sciences cosmologiques1 mais surtout l'enseignement de l'homme lui-mme1 par l'histoire et par la sociologie4 ,et c'est ainsi que l'ducation morale complte rclame1 aujourd'hui1 un enseignement de la morale3 deux choses que ,durkheim distingue nettement1 bien que la seconde serve achever la premire4 ,il lui parat indispensable1 mme l'cole primaire1 que le matre enseigne l'enfant ce que sont les socits o il est appel vivre3 famille1 corporation1 nation1 communaut de civilisation qui tend incorporer l'humanit tout entire2 comment elles se sont formes et transformes2 quelle action elles exercent sur l'individu et quel rle il y joue4 ,du cours qu'il a fait plusieurs fois sur cet ,enseignement de la morale l'cole primaire1 nous n'avons que des bauches de rdaction ou des plans de leons4 ,durkheim y montre1 aux instituteurs1 comment il est possible de traduire1 pour les mettre la porte des intelligences enfantines1 les rsultats de ce qu'il appelait la ,physiologie du droit et des murs4 ,c'est la vulgarisation de la science des murs1 laquelle il a1 par ailleurs1 consacr la majeure partie de ses ouvrages et de ses cours4 ,,iv ,l'ducation intellectuelle l'cole primaire fait l'objet d'un cours1 compltement rdig1 lui aussi1 parallle celui qui concerne l'ducation morale et construit peu prs sur le mme plan4 ,durkheim en tait moins satisfait3 il sentait la difficult de mettre au point son travail4 ,c'est que l'idal intellectuel de notre dmocratie est moins dfini que son idal moral1 son tude scientifique a t moins prpare1 la matire est plus nouvelle4 ,ici encore1 deux parties d'orientations diffrentes3 l'une regarde le but vis1 l'autre les moyens employs2 la premire demande la sociologie de dfinir le type intellectuel que notre socit s'efforce de raliser2 l'autre demande la logique et la psychologie quel apport chaque discipline fournit1 quelles ressources1 quels ressorts1 quelles rsistances l'esprit de l'enfant prsente l'ducateur qui travaille la ralisation de ce type4 ,parmi les leons purement psychologiques1 signalons seulement celles qui traitent de l'attention3 elles tmoignent de ce que ,durkheim pouvait faire1 quand il s'appliquait la psychologie4 ,pour assigner l'ducation intellectuelle primaire un but dtermin1 ,durkheim tudie les origines de l',enseignement primaire et recherche comment il a1 en fait1 pris conscience de sa nature et de son rle propres4 ,il s'est dvelopp postrieurement l'enseignement secondaire1 et s'est dfini1 dans quelque mesure1 par opposition avec lui4 ,c'est chez deux de ses principaux initiateurs1 ,comenius et ,pestalozzi1 que ,durkheim cherche saisir son idal en formation4 ,tous deux se sont demand comment un enseignement pouvait tre la fois encyclopdique et lmentaire1--donner une ide du tout1 former un esprit juste et quilibr1 c'est--dire capable d'apprhender le rel tout entier1 sans en mconnatre aucun lment essentiel1--mais aussi s'adresser tous les enfants sans exception1 dont le plus grand nombre devra se contenter de notions sommaires1 faciles assimiler rapidement4 ,par l'interprtation critique des tentatives de ,comenius et de ,pestalozzi1 ,durkheim labore sa dtermination de l'idal raliser4 ,comme la moralit1 l'intellectualit requise chez le ,franais contemporain exige la constitution1 dans l'esprit1 d'un certain nombre d'aptitudes fondamentales4 ,durkheim les appelle des catgories1 notions-mres1 centres d'intelligibilit1 qui sont les cadres et les outils de la pense logique4 ,entendez1 par catgories1 non pas seulement les formes les plus abstraites de la pense1 la notion de cause ou celle de substance1 mais les ides1 plus riches de contenu1 qui prsident notre interprtation du rel1 notre interprtation actuelle3 notre ide du monde physique1 notre ide de la vie1 notre ide de l'homme1 par exemple4 ,ces catgories1 on ne voit pas qu'elles soient innes l'esprit humain4 ,elles ont une histoire2 elles se sont1 peu peu1 construites au cours de l'volution de la civilisation et1 dans notre civilisation1 par le dveloppement des sciences physiques et morales4 ,un bon esprit est un esprit dont les ides matresses1 qui rglent l'exercice de la pense1 sont en harmonie avec les sciences fondamentales1 telles qu'elles sont actuellement constitues3 ainsi arm1 cet esprit peut se mouvoir dans la vrit1 telle que nous la concevons4 ,il faut donc enseigner l'enfant les lments des sciences fondamentales1 disons mieux1 des disciplines fondamentales1 pour bien marquer que la grammaire ou l'histoire1 par exemple1 cooprent1 elles aussi1 et au plus haut degr1 la formation de l'entendement4 ,avec tant de grands pdagogues1 ,durkheim s'accorde donc demander ce qu'on appelle1 d'un terme barbare1 la culture formelle3 former l'esprit1 non le remplir2 ce n'est pas pour l'utilit qu'elles procurent que valent surtout les connaissances4 ,rien de moins utilitaire que cette conception de l'instruction4 ,mais son formalisme est original et s'oppose nettement celui d'un ,montaigne1 celui des humanistes4 ,en effet1 la transmission1 par le matre l'lve1 d'un savoir positif1 l'assimilation par l'enfant d'une matire lui parat tre la condition d'une vritable formation intellectuelle4 ,on en voit la raison3 l'analyse sociologique de l'entendement entrane des consquences pdagogiques4 ,la mmoire1 l'attention1 la facult d'association sont des dispositions congnitales chez l'enfant1 que l'exercice dveloppe1 dans le champ de la seule exprience individuelle1 quel que soit l'objet auquel ces facults s'appliquent4 ,les ides directrices labores par notre civilisation sont1 au contraire1 des ides collectives qu'il faut transmettre l'enfant1 parce qu'il ne saurait les laborer seul4 ,on ne refait pas la science1 par son exprience propre1 parce qu'elle est sociale et non individuelle2 on l'apprend4 ,sans doute1 elle ne se transvase pas d'un esprit dans un autre3 c'est le vase mme1 c'est--dire l'intelligence1 qu'il s'agit1 par et sur la science1 de modeler4 ,ainsi1 quoique les ides directrices soient des formes1 il n'est pas possible de les transmettre vides4 ,auguste ,comte disait dj qu'on ne peut tudier la logique sans la science1 la mthode des sciences sans leur doctrine1 s'initier leur esprit sans s'assimiler quelques-uns de leurs rsultats4 ,durkheim pense avec lui qu'il faut apprendre des choses1 acqurir du savoir1 abstraction faite mme de la valeur propre des connaissances1 parce que des connaissances sont ncessairement impliques dans les formes constitutives de l'entendement4 ,pour apercevoir tout ce que ,durkheim tire de ces principes1 il faudrait entrer dans le dtail de la seconde partie du cours4 ,il y tudie successivement la didactique de quelques enseignements fondamentaux3 les mathmatiques et les catgories de nombre et de forme2 la physique et la notion de ralit2 la gographie et la notion de milieu plantaire2 l'histoire et les notions de dure et de dveloppement historiques4 ,l'numration est incomplte4 ,ailleurs1 ,durkheim a trait de l'ducation logique par les langues4 ,il donne seulement des exemples4 ,la collaboration des spcialistes serait d'ailleurs ncessaire pour suivre1 dans le dtail1 toutes les consquences didactiques des principes poss4 ,boit1 par exemple1 la notion de dure historique4 ,l'histoire est le dveloppement1 dans le temps1 des socits humaines4 ,mais ce temps dpasse infiniment les dures que connat l'individu1 dont il a l'exprience directe4 ,l'histoire ne peut avoir de sens pour un esprit qui ne possde pas une certaine reprsentation de cette dure historique2 un bon esprit est1 notamment1 un esprit qui la possde4 ,or l'enfant ne peut pas construire seul cette reprsentation1 dont les lments ne lui sont pas fournis par la sensation1 ni par la mmoire individuelle4 ,il faut donc l'aider la construire4 ,en fait1 c'est l'une des fonctions que remplit l'enseignement historique4 ,mais il la remplit1 peut-on dire1 sans le vouloir expressment4 ,il est remarquable que le matre sente rarement l'inanit des dates et la ncessit de travailler systmatiquement leur donner une signification4 ,on apprend l'enfant3 bataille de ,tolbiac1 #dif4 ,comment l'enfant attacherait-il cette date un sens prcis1 alors que la reprsentation d'un pass1 mme prochain1 lui est si difficile8 ,tout un travail est ncessaire1 dont les tapes pourraient tre les suivantes3 donner l'ide d'un sicle1 en ajoutant1 l'une l'autre1 la dure de trois ou quatre gnrations2 celle de l're chrtienne1 en expliquant pourquoi la naissance du ,christ a t choisie comme origine4 ,entre le point de dpart et l'poque actuelle1 jalonner la dure par des points de repre concrets1 biographies de personnages ou vnements symboliques4 ,constituer ainsi un premier canevas1 dont on serrera peu peu la trame4 ,puis1 faire sentir que le point initial de l're est conventionnel1 qu'il y a d'autres res1 d'autres histoires que la ntre1 que ces res flottent elles-mmes dans une dure laquelle la chronologie humaine ne s'applique plus1 que les premiers commencements nous chappent1 etc4 ,combien peu1 parmi nous1 se rappellent avoir reu1 de leurs professeurs d'histoire1 des leons inspires de pareils principes4 ,nous avons bien acquis1 la longue1 les notions dont il s'agit2 on ne peut pas dire que1 sauf exception1 elles aient t mthodiquement constitues4 ,l'un des rsultats essentiels de l'enseignement historique est donc peu prs obtenu1 en fait1 sans tre clairement aperu ni voulu4 ,or la brivet de l'ducation primaire exige qu'on marche tout droit au but1 si cette ducation veut donner sa pleine efficacit4 ,on peut dire que1 jusqu' nos jours1 l'enseignement grammatical et littraire est le seul qui ait eu pleinement conscience de son rle logique3 il apprend pour former2 les connaissances qu'il transmet sont volontairement utilises la constitution de l'entendement4 ,dans quelque mesure1 l'enseignement mathmatique s'assigne le mme rle3 ici dj1 pourtant1 la fonction ducative1 cratrice des connaissances est souvent perdue de vue1 et les connaissances apprcies en elles-mmes4 ,on le voit1 la didactique de ,durkheim s'apparente1 en la renouvelant1 celle de ,herbart4 ,mise sa place dans l'histoire des doctrines pdagogiques1 elle parat trancher le conflit du formalisme et de son contraire1 l'opposition du savoir et de la culture4 ,elle fournit le principe qui permettra seul de rsoudre les difficults o se dbattent nos enseignements primaire et secondaire1 pris entre les aspirations encyclopdiques et le juste sentiment des dangers qu'elles font natre4 ,chacune des disciplines fondamentales implique une philosophie latente1 c'est--dire un systme de notions cardinales1 qui rsument les caractres les plus gnraux des choses1 telles que nous les concevons1 et qui commandent leur interprtation4 ,c'est cette philosophie1 fruit du travail accumul des gnrations1 qu'il faut transmettre l'enfant1 parce qu'elle constitue l'ossature mme de l'intelligence4 ,philosophique et lmentaire ne sont pas des termes qui s'excluent4 ,bien au contraire3 l'enseignement le plus lmentaire doit tre le plus philosophique4 ,mais il va de soi que ce qu'on appelle ici philosophie ne doit pas tre expos sous forme abstraite4 ,elle doit se dgager de l'enseignement le plus familier1 sans jamais se formuler4 ,mais1 pour s'en dgager ainsi1 il faut d'abord qu'elle l'inspire4 ,v ,l'ducation intellectuelle lmentaire ressortit deux types1 l'enseignement primaire pour la masse1 l'enseignement secondaire pour l'lite4 ,c'est l'ducation de l'lite qui soulve1 dans la ,france contemporaine1 les problmes les plus embarrassants4 ,depuis plus d'un sicle1 notre enseignement secondaire traverse une crise1 dont l'issue est encore incertaine4 ,on peut parler1 sans exagration1 de la question sociale de l'enseignement secondaire4 ,quelle est exactement sa nature1 et quel est son rle8 ,quelles causes ont dtermin la crise1 en quoi consiste-t-elle au juste1 comment peut-on prvoir qu'elle se dnouera8 ,c'est traiter ces questions que ,durkheim a consacr un de ses plus beaux cours1 sur l'volution et le ,rle de l',enseignement secondaire en ,france3 cours qu'il a profess plusieurs fois et dont il a laiss deux rdactions acheves4 ,il l'avait entrepris la demande du recteur ,liard1 quand celui-ci voulut organiser1 pour la premire fois1 un enseignement pdagogique l'usage des futurs professeurs de renseignement secondaire4 ,destin aux candidats toutes les agrgations1 tant scientifiques que littraires1 il avait pour but1 dans la pense de ,durkheim1 d'veiller1 en mme temps1 chez tous1 le sentiment de la tache commune3 sentiment indispensable1 si l'on veut que des disciplines diverses concourent un enseignement qui1 comme l'esprit qu'il forme1 doit avoir son unit4 ,il est vraisemblable que les futurs professeurs de l'enseignement secondaire sentiront un jour1 d'eux-mmes1 le besoin de rflchir mthodiquement1 sous la direction d'un matre1 la nature et la fonction propres de l'institution qu'ils ont faire vivre4 ,et ce jour-l1 le cours de ,durkheim apparatra comme le guide le plus sr pour cette rflexion4 ,son auteur estimait insuffisantes1 sur plusieurs points1 les recherches qu'il avait entreprises1 la documentation sur laquelle il s'tait appuy4 ,qu'on n'oublie pas1 avant de juger l'uvre1 qu'il n'a gure consacr1 ce sujet immense1 qu'une ou deux annes de travail4 ,tel quel1 ce cours est un modle incomparable de ce que peut donner l'application1 aux choses de l'ducation1 de la mthode sociologique4 ,c'est le seul exemple achev qu'ait pu laisser ,durkheim de l'analyse historique d'un systme d'institutions scolaires4 ,pour savoir ce qu'est l'enseignement secondaire actuel de la ,france1 ,durkheim observe comment il s'est form4 ,les cadres datent d moyen ge1 qui a vu natre les ,universits4 ,c'est au sein de l',universit1 par l'internement progressif1 dans les collges1 de renseignement donn la ,facult des arts1 que l'enseignement secondaire a pris naissance1 en se diffrenciant de l'enseignement suprieur4 ,ainsi s'expliquent leurs affinits3 l'un prpare l'autre4 ,l'enseignement dialectique est1 au moyen ge1 la propdeutique gnrale1 parce que la dialectique est alors la mthode universelle2 enseignement formel1 culture gnrale donne l'aide d'une discipline trs spciale1 il a dj les caractres que gardera1 dans tout le cours de son histoire1 l'enseignement secondaire4 ,mais1 si les cadres sont constitus ds le moyen ge1 la discipline ducative change au ,x,v,ie sicle3 la logique se substituent les humanits grco-latines4 ,originaire de la ,renaissance1 l'humanisme1 en ,france1 a t mis en uvre surtout par les ,jsuites4 ,ils lui ont imprim leur marque propre2 et1 bien que leurs rivaux1 ,oratoire1 ,port-,royal1 ,universit1 aient tempr leur systme1 c'est l'humanisme1 tel que l'ont compris les ,jsuites1 qui a t l'ducateur par excellence de l'esprit classique franais4 ,dans aucune socit europenne1 l'influence de l'humanisme n'a t aussi exclusive3 notre esprit national1 par quelques-uns de ses caractres dominateurs1 s'y exprime et1 la fois1 en rsulte1 avec ses qualits et ses dfauts4 ,mais1 partir du ,x,v,i,i,ie sicle surtout1 d'autres tendances se manifestent3 la pdagogie1 dite raliste1 bat l'humanisme en brche4 ,elle produit d'abord des doctrines1 sans action immdiate sur les institutions scolaires4 ,puis elle cre1 avec les coles ,centrales de la ,convention1 un systme scolaire compltement nouveau1 dont la dure est phmre4 ,et le ,x,i,xe sicle met aux prises1 sana russir liminer l'un ni l'autre1 ni1 non plus1 les concilier dfinitivement1 l'ancien systme et le nouveau4 ,et c'est encore de ce conflit que nous cherchons sortir4 ,en nous permettant de le comprendre1 l'histoire nous arme pour le rsoudre4 ,,vi ,l'enseignement pdagogique fait1 en gnral1 une large part l'histoire critique des doctrines de l'ducation4 ,durkheim reconnat l'intrt de cette tude4 ,il s'y est longuement appliqu4 ,dans les deux cours sur l'ducation intellectuelle1 primaire et secondaire1 une place est faite l'histoire des doctrines3 celle de ,comenius1 entre autres1 a retenu son attention4 ,il a laiss des plans de leons et des notes de cours qui forment une histoire des principales doctrines pdagogiques1 en ,france1 depuis la ,renaissance4 ,la ,revue de ,mtaphysique et de ,morale a publi le plan dvelopp de ses leons sur ,jean-,jacques ,rousseau4 ,enfin il a rdig intgralement un ,cours1 d'une anne entire1 sur ,pestalozzi et ,herbart4 ,disons seulement ici quelle mthode il a suivie4 ,d'abord1 il distingue nettement l'histoire des thories de l'ducation de l'histoire de l'ducation elle-mme4 ,la confusion est souvent faite4 ,il y a l pourtant deux choses aussi distinctes que l'histoire de la philosophie politique et l'histoire des institutions politiques4 ,il serait souhaiter que nos ducateurs connussent mieux l'histoire de nos institutions scolaires et ne crussent pas1 comme il arrive1 l'apercevoir travers ,rousseau ou ,montaigne4 ,puis1 ,durkheim traite surtout les doctrines comme des faits1 et c est l'ducation de l'esprit historique qu'il entend poursuivre1 en les tudiant4 ,c'est tout autrement1 d'habitude1 qu'on les aborde4 ,qu'on prenne1 par exemple1 les livres de ,gabriel ,compayr1 manuels classiques d'histoire de la ,pdagogie1 familiers tous nos instituteurs4 ,malgr leur nom1 ce ne sont pas1 proprement parler1 des histoires4 ,sans doute1 ils rendent des services4 ,mais ils rappellent fcheusement une certaine conception de l'histoire de la philosophie1 heureusement dsute4 ,il semble que les grands pdagogues1 un ,rabelais1 un ,montaigne1 un ,rollin1 un ,rousseau1 y apparaissent comme les collaborateurs du thoricien qui1 actuellement1 cherche fixer la doctrine pdagogique4 ,on dirait qu'il y a une vrit pdagogique ternelle1 universellement valable1 dont ils ont propos des approximations4 ,dans leur doctrine1 on cherche sparer l'ivraie et le bon grain1 retenir les prceptes utilisables actuellement pour les matres1 rejeter leurs paradoxes et leurs erreurs4 ,la critique dogmatique prend le pas sur l'histoire1 l'loge ou le blme sur l'explication des ides4 ,le rsidu et le profit intellectuels sont assez minces4 ,ce n'est pas par la confrontation dialectique des thories du pass1 thories plutt riches d'intuitions confuses que scientifiquement construites1 qu'on a chance d'laborer une doctrine solide et pratiquement fconde4 ,il arrive communment que les pdagogues de second ordre1 clectiques1 modrs et assez platement raisonnables1 rsistent beaucoup mieux cette critique que les esprits de premier ordre4 ,la sagesse d'un ,rollin s'oppose avec avantage aux extravagances d'un ,rousseau4 ,si la pdagogie tait une science1 son histoire aurait ce caractre trange que le gnie l'aurait le plus souvent conduite l'erreur1 et la mdiocrit1 maintenue dans le chemin du vrai4 ,assurment1 ,durkheim conoit qu'on puisse chercher dgager1 par une discussion critique1 les lments de vrit contenus dans une doctrine4 ,dans la ,prface qu'il a crite pour le livre posthume d',hamelin1 ,le ,systme de ,descartes1 il a donn la formule d'une mthode d'interprtation1 la fois historique et critique4 ,et il a lui-mme appliqu cette mthode l'tude de ,pestalozzi et de ,herbart4 ,il aimait la forte et riche pense de ces grands initiateurs1 et1 loin d'en mconnatre la fcondit1 il se demandait mme s'il ne leur prtait pas quelqu'une des ides dont il croyait reconnatre chez eux les premires bauches4 ,mais1 quelle que puisse tre leur valeur dogmatique1 ,durkheim demande surtout aux doctrines de rvler les forces sociales qui animent un systme d'ducation ou travaillent le modifier4 ,l'histoire de la ,pdagogie n'est pas l'histoire de l'ducation1 car les thoriciens n'expriment pas exactement ce qui se passe en fait1 et n'annoncent pas exactement ce qui se ralisera en fait4 ,mais les ides sont aussi des faits1 et1 quand elles ont du retentissement1 des faits sociaux4 ,le prodigieux succs de l'mile a d'autres causes que le gnie de ,j4-,j4 ,rousseau3 il manifeste des tendances confuses1 mais nergiques1 de la socit europenne du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,il y a des pdagogues conservateurs1 tels un ,jouvency1 un ,rollin1 qui refltent l'idal pdagogique des ,jsuites ou de l',universit du ,x,v,i,ie sicle4 ,et surtout1 puisqu'on voit les grandes doctrines foisonner aux heures de crise1 il y a des pdagogues rvolutionnaires qui traduisent des choses collectives qu'il est essentiel l'observateur d'atteindre1 qu'il est presque impossible d'atteindre directement3 aspirations1 idaux en voie de formation1 rbellions contre des institutions devenues caduques4 ,durkheim a1 par exemple1 tudi de ce point de vue les ides pdagogiques de la ,renaissance et distingu1 mieux qu'on ne l'avait fait avant lui1 les deux grands courants qui les emportent1 celui qui traverse l'uvre de ,rabelais1 l'autre1 tout diffrent1 malgr leur mlange partiel1 qui traverse celle d'rasme4 ,telle est1 dans ses grandes lignes1 l'uvre pdagogique de ,durkheim4 ,ce bref expos suffit marquer quelle est son tendue et les rapports troits qu'elle soutient avec l'ensemble de son uvre sociologique4 ,aux ducateurs1 elle apporte1 sur les principaux problmes pdagogiques1 une doctrine originale et vigoureuse4 ,pour les sociologues1 elle claire1 sur quelques points essentiels1 les conceptions que ,durkheim a exposes ailleurs3 rapports de l'individu et de la socit1 rapports de la science et de la pratique1 nature de la moralit1 nature de l'entendement4 ducateurs ou sociologues1 nombreux sont ceux qui demandent que cette uvre pdagogique ne reste pas indite4 ,on s'efforcera de publier les principaux ,cours4 ,le petit volume que nous donnons aujourd'hui leur servira d'introduction4 ,nous y rimprimons les seules tudes pdagogiques que ,durkheim ait publies lui-mme#c4 ,les deux premires reproduisent les articles ducation et ,pdagogie du ,nouveau ,dictionnaire de ,pdagogie et d',instruction primaire1 publi sous la direction de ,f4 ,buisson1 ,paris1 ,hachette1 #aiaa2 la troisime est la leon d'ouverture1 faite par ,durkheim1 lorsqu'il prit possession de sa chaire1 la ,sorbonne1 en #aijb2 elle a paru dans la ,revue de ,mtaphysique et de morale1 numro de janvier #aijc2 la dernire est la leon d'ouverture du ,cours organis pour les candidats aux agrgations de l'enseignement secondaire2 faite en novembre #aije1 cette leon a paru dans la ,revue ,politique et ,littraire 7,revue ,bleue71 numro du #bj janvier #aijf4 ,quelques pages font double emploi2 il y a mme1 dans les deux premiers morceaux1 des emprunts textuels au troisime4 ,nous avons pens que des remaniements auraient eu plus d'inconvnients que quelques rptitions4 ,p4 ,f4 ,footnote #a3 ,,paul ,,natorp1 ,sozialpdagogik1 ,theorie der ,willenserziehung auf der ,grundlage der ,gemeinschaft1 #c4 ,aufl41 ,stuttgart1 #aiji 7la #are d4 est de #ahii74--,voir les dfinitions de l',educational ,sociology dans ,,monroe1 ,a ,cyclopedia of ,education1 t4 ,v p4 #cfa4 ,footnote #b3 ,der ,begriff der staatsbrgerlichen ,erziehung1 #dte ,aufl4 ,berlin et ,leipzig1 #aiha7874 ,footnote #c3 ,mentionnons cependant3 #a l'article ,enfance1 dans le ,dictionnaire de ,pdagogie1 que ,durkheim a sign1 en collaboration avec ,m4 ,buisson2 #b la communication sur l'ducation sexuelle1 faite la ,socit franaise de philosophie 7,bulletin71 qui s'apparente surtout aux travaux de ,durkheim sur la famille et le mariage4 ,l'tude posthume sur l'mile1 parue dans la ,revue de ,mtaphysique et de ,morale1 t4 ,,xxvi1 #aiai1 p4 #aec1 ne peut pas tre spare de l'tude sur ,le ,contrat social 7mme ,revue1 t4 ,,xxv1 #aiah74 ,l',,ducation ,,sa ,,nature ,,et ,,son ,r,,le #a ,les dfinitions de l'ducation4 ,examen critique4 ,le mot d'ducation a t parfois employ dans un sens trs tendu pour dsigner l'ensemble des influences que la nature ou les autres hommes peuvent exercer soit sur notre intelligence1 soit sur notre volont4 ,elle comprend1 dit ,stuart ,mill1 tout ce que nous faisons par nous-mme et tout ce que les autres font pour nous dans le but de nous rapprocher de la perfection de notre nature4 ,dans son acception la plus large1 elle comprend mme les effets indirects produits sur le caractre et sur les facults de l'homme par des choses dont le but est tout diffrent3 par les lois1 par les formes du gouvernement1 les arts industriels1 et mme encore par des faits physiques1 indpendants de la volont de l'homme1 tels que le climat1 le sol et la position locale4 ,mais cette dfinition comprend des faits tout fait disparates et que l'on ne peut runir sous un mme vocable sans s'exposer des confusions4 ,l'action des choses sur les hommes est trs diffrente1 par ses procds et ses rsultats1 de celle qui vient des hommes eux-mmes2 et l'action des contemporains sur leurs contemporains diffre de celle que les adultes exercent sur les plus jeunes4 ,c'est cette dernire seule qui nous intresse ici et1 par consquent1 c'est elle qu'il convient de rserver le mot d'ducation4 ,mais en quoi consiste cette action sui generis8 ,des rponses trs diffrentes ont t faites cette question2 elles peuvent se ramener deux types principaux4 ,suivant ,kant1 le but de l'ducation est de dvelopper dans chaque individu toute la perfection dont il est susceptible4 ,mais que faut-il entendre par perfection8 ,c'est1 a-t-on dit bien souvent1 le dveloppement harmonique de toutes les facults humaines4 ,porter au point le plus lev qui puisse tre atteint toutes les puissances qui sont en nous1 les raliser aussi compltement que possible1 mais sans qu'elles se nuisent les unes aux autres1 n'est-ce pas un idal au-dessus duquel il ne saurait y en avoir un autre8 ,mais si1 dans certaine mesure1 ce dveloppement harmonique est1 en effet1 ncessaire et dsirable1 il n'est pas intgralement ralisable2 car il se trouve en contradiction avec une autre rgle de la conduite humaine qui n'est pas moins imprieuse3 c'est celle qui nous ordonne de nous consacrer une tche spciale et restreinte4 ,nous ne pouvons pas et nous ne devons pas nous vouer tous au mme genre de vie2 nous avons1 suivant nos aptitudes1 des fonctions diffrentes remplir1 et il faut nous mettre en harmonie avec celle qui nous incombe4 ,nous ne sommes pas tous faits pour rflchir2 il faut des hommes de sensation et d'action4 ,inversement1 il en faut qui aient pour tche de penser4 ,or1 la pense ne peut se dvelopper qu'en se dtachant du mouvement1 qu'en se repliant sur elle-mme1 qu'en dtournant de l'action extrieure le sujet qui s'y donne tout entier4 ,de l une premire diffrenciation qui ne va pas sans une rupture d'quilibre4 ,et l'action1 de son ct1 comme la pense1 est susceptible de prendre une multitude de formes diffrentes et spciales4 ,sans doute1 cette spcialisation n'exclut pas un certain fond commun1 et1 par suite1 un certain balancement des fonctions tant organiques que psychiques1 sans lequel la sant de l'individu serait compromise1 en mme temps que la cohsion sociale4 ,il n'en reste pas moins qu'une harmonie parfaite ne peut tre prsente comme la fin dernire de la conduite et de l'ducation4 ,moins satisfaisante encore est la dfinition utilitaire d'aprs laquelle l'ducation aurait pour objet de faire de l'individu un instrument de bonheur pour lui-mme et pour ses semblables 7,james ,mill72 car le bonheur est une chose essentiellement subjective que chacun apprcie sa faon4 ,une telle formule laisse donc indtermin le but de l'ducation1 et1 par suite1 l'ducation elle-mme1 puisqu'elle l'abandonne l'arbitraire individuel4 ,spencer1 il est vrai1 a essay de dfinir objectivement le bonheur4 ,pour lui1 les conditions du bonheur sont celles de la vie4 ,le bonheur complet1 c'est la vie complte4 ,mais que faut-il entendre par la vie8 ,s'il s'agit uniquement de la vie physique1 on peut bien dire ce sans quoi elle serait impossible2 elle implique1 en effet1 un certain quilibre entre l'organisme et son milieu1 et1 puisque les deux termes en rapport sont des donnes dfinissables1 il en doit tre de mme de leur rapport4 ,mais on ne peut exprimer ainsi que les ncessits vitales les plus immdiates4 ,or1 pour l'homme1 et surtout pour l'homme d'aujourd'hui1 cette vie-l n'est pas la vie4 ,nous demandons autre chose la vie que le fonctionnement peu prs normal de nos organes4 ,un esprit cultiv aime mieux ne pas vivre que de renoncer aux joies de l'intelligence4 ,mme au seul point de vue matriel1 tout ce qui dpasse le strict ncessaire chappe toute dtermination4 ,le standard of life1 l'talon de vie1 comme disent les ,anglais1 le minimum au-dessous duquel il ne nous semble pas qu'on puisse consentir descendre1 varie infiniment suivant les conditions1 les milieux et les temps4 ,ce que nous trouvions hier suffisant nous parat aujourd'hui au-dessous de la dignit de l'homme1 telle que nous la sentons prsentement1 et tout fait croire que nos exigences sur ce point iront en croissant4 ,nous touchons ici au reproche gnral qu'encourent toutes ces dfinitions4 ,elles partent de ce postulat qu'il y a une ducation idale1 parfaite1 qui vaut pour tous les hommes indistinctement2 et c'est cette ducation universelle et unique que le thoricien s'efforce de dfinir4 ,mais d'abord1 si l'on considre l'histoire1 on n'y trouve rien qui confirme une pareille hypothse4 ,l'ducation a infiniment vari selon les temps et selon les pays4 ,dans les cits grecques et latines1 l'ducation dressait l'individu se subordonner aveuglment la collectivit1 devenir la chose de la socit4 ,aujourd'hui1 elle s'efforce d'en faire une personnalit autonome4 ,athnes1 on cherchait former des esprits dlicats1 aviss1 subtils1 pris de mesure et d'harmonie1 capables de goter le beau et les joies de la pure spculation2 ,rome1 on voulait avant tout que les enfants devinssent des hommes d'action1 passionns pour la gloire militaire1 indiffrents ce qui concerne les lettres et les arts4 ,au moyen ge1 l'ducation tait avant tout chrtienne2 la ,renaissance1 elle prend un caractre plus lac et plus littraire2 aujourd'hui1 la science tend y prendre la place que l'art y occupait autrefois4--,dira-t-on que le fait n'est pas l'idal2 que si l'ducation a vari1 c'est que les hommes se sont mpris sur ce qu'elle devait tre8 ,mais si l'ducation romaine avait t empreinte d'un individualisme comparable au ntre1 la cit romaine n'aurait pu se maintenir2 la civilisation latine n'aurait pu se constituer ni1 par suite1 notre civilisation moderne1 qui en est1 pour partie1 descendue4 ,les socits chrtiennes du moyen ge n'auraient pu vivre si elles avaient fait au libre examen la place que nous lui accordons aujourd'hui4 ,il y a donc l des ncessits inluctables dont il est impossible de faire abstraction4 quoi peut servir d'imaginer une ducation qui serait mortelle pour la socit qui la mettrait en pratique8 ,ce postulat si contestable tient lui-mme une erreur plus gnrale4 ,si l'on commence par se demander ainsi quelle doit tre l'ducation idale1 abstraction faite de toute condition de temps et de lieu1 c'est qu'on admet implicitement qu'un systme ducatif n'a rien de rel par lui-mme4 ,on n'y voit pas un ensemble de pratiques et d'institutions qui se sont organises lentement au cours du temps1 qui sont solidaires de toutes les autres institutions sociales et qui les expriment1 qui1 par consquent1 ne peuvent pas plus tre changes volont que la structure mme de la socit4 ,mais il semble que ce soit un pur systme de concepts raliss2 ce titre1 il parat relever de la seule logique4 ,on imagine que les hommes de chaque temps l'organisent volontairement pour raliser une fin dtermine2 que1 si cette organisation n'est pas partout la mme1 c'est que l'on s'est tromp sur la nature soit du but qu'il convient de poursuivre1 soit des moyens qui permettent de l'atteindre4 ,de ce point de vue1 les ducations du pass apparaissent comme autant d'erreurs1 totales ou partielles4 ,il n'y a donc pas en tenir compte2 nous n'avons pas nous solidariser avec les fautes d'observation ou de logique qu'ont pu faire nos devanciers2 mais nous pouvons et nous devons nous poser le problme1 sans nous occuper des solutions qui en ont t donnes1 c'est--dire que1 laissant de ct tout ce qui a t1 nous n'avons qu' nous demander ce qui doit tre4 ,les enseignements de l'histoire peuvent tout au plus servir nous pargner la rcidive des erreurs qui ont t commises4 ,mais1 en fait1 chaque socit1 considre un moment dtermin de son dveloppement1 a un systme d'ducation qui s'impose aux individus avec une force gnralement irrsistible4 ,il est vain de croire que nous pouvons lever nos enfants comme nous voulons4 ,il y a des coutumes auxquelles nous sommes tenus de nous conformer2 si nous y drogeons trop gravement1 elles se vengent sur nos enfants4 ,ceux-ci1 une fois adultes1 ne se trouvent pas en tat de vivre au milieu de leurs contemporains1 avec lesquels ils ne sont pas en harmonie4 ,qu'ils aient t levs d'aprs des ides ou trop archaques ou trop prmatures1 il n'importe2 dans un cas comme dans l'autre1 ils ne sont pas de leur temps et1 par consquent1 ils ne sont pas dans des conditions de vie normale4 ,il y a donc1 chaque moment du temps1 un type rgulateur d'ducation dont nous ne pouvons pas nous carter sans nous heurter de vives rsistances qui contiennent les vellits de dissidences4 ,or1 les coutumes et les ides qui dterminent ce type1 ce n'est pas nous1 individuellement1 qui les avons faites4 ,elles sont le produit de la vie en commun et elles en expriment les ncessits4 ,elles sont mme1 en majeure partie1 l'uvre des gnrations antrieures4 ,tout le pass de l'humanit a contribu faire cet ensemble de maximes qui dirigent l'ducation d'aujourd'hui2 toute notre histoire y a laiss des traces et mme l'histoire des peuples qui nous ont prcds4 ,c'est ainsi que les organismes suprieurs portent en eux comme l'cho de toute rvolution biologique dont ils sont l'aboutissement4 ,lorsqu'on tudie historiquement la manire dont se sont forms et dvelopps les systmes d'ducation1 on s'aperoit qu'ils dpendent de la religion1 de l'organisation politique1 du degr de dveloppement des sciences1 de l'tat de l'industrie1 etc4 ,si on les dtache de toutes ces causes historiques1 ils deviennent incomprhensibles4 ,comment1 ds lors1 l'individu peut-il prtendre reconstruire1 par le seul effort de sa rflexion prive1 ce qui n'est pas une uvre de la pense individuelle8 ,il n'est pas en face d'une table rase sur laquelle il petit difier ce qu'il veut1 mais de ralits existantes qu'il ne peut ni crer1 ni dtruire1 ni transformer volont4 ,il ne peut agir sur elles que dans la mesure o il a appris les connatre1 o il sait quelle est leur nature et les conditions dont elles dpendent2 et il ne peut arriver le savoir que s'il se met leur cole1 que s'il commence par les observer1 comme le physicien observe la matire brute et le biologiste les corps vivants4 ,comment1 d'ailleurs1 procder autrement8 ,quand on veut dterminer par la seule dialectique ce que doit tre l'ducation1 il faut commencer par poser quelles fins elle doit avoir4 ,mais qu'est-ce qui nous permet de dire que l'ducation a telles fins plutt que telles autres8 ,nous ne savons pas a priori quelle est la fonction de la respiration ou de la circulation chez l'tre vivant4 ,par quel privilge serions-nous mieux renseigns en ce qui concerne la fonction ducative8 ,on rpondra que1 de toute vidence1 elle a pour objet d'lever les enfants4 ,mais c'est poser le problme dans des termes peine diffrents2 ce n'est pas le rsoudre4 ,il faudrait dire en quoi consiste cet levage1 quoi il tend1 quelles ncessits humaines il rpond4 ,or1 on ne peut rpondre ces questions qu'en commenant par observer en quoi il a consist1 quelles ncessits il a rpondu dans le pass4 ,ainsi1 ne serait-ce que pour constituer la notion prliminaire de l'ducation1 pour dterminer la chose que l'on dnomme ainsi1 l'observation historique apparat comme indispensable4 #b ,dfinition de l'ducation4 ,pour dfinir l'ducation1 il nous faut donc considrer les systmes ducatifs qui existent ou qui ont exist1 les rapprocher1 dgager les caractres qui leur sont communs4 ,la runion de ces caractres constituera la dfinition que nous cherchons4 ,nous avons dj dtermin1 chemin faisant1 deux lments4 ,pour qu'il y ait ducation1 il faut qu'il y ait en prsence une gnration d'adultes et une gnration de jeunes1 et une action exerce par les premiers sur les seconds4 ,il nous reste dfinir la nature de cette action4 ,il n'est1 pour ainsi dire1 pas de socit o le systme d'ducation ne prsente un double aspect3 il est1 la fois1 un et multiple4 ,il est multiple4 ,en effet1 en un sens1 on peut dire qu'il y a autant de sortes diffrentes d'ducation qu'il y a de milieux diffrents dans cette socit4 ,celle-ci est-elle forme de castes8 ,l'ducation varie d'une caste l'autre2 celle des patriciens n'tait pas celle des plbiens2 celle du ,brahmane n'tait pas celle du udra4 ,de mme1 au moyen ge1 quel cart entre la culture que recevait le jeune page1 instruit dans tous les arts de la chevalerie1 et celle du vilain qui s'en allait apprendre l'cole de sa paroisse quelques maigres lments de comput1 de chant et de grammaire6 ,aujourd'hui encore1 ne voyons-nous pas l'ducation varier avec les classes sociales1 ou mme avec les habitats8 ,celle de la ville n'est pas celle de la campagne1 celle du bourgeois n'est pas celle de l'ouvrier4 ,on dira que cette organisation n'est pas moralement justifiable1 qu'on ne peut y voir qu'une survivance destine disparatre8 ,la thse est aise dfendre4 ,il est vident que l'ducation de nos enfants ne devrait pas dpendre du hasard qui les fait natre ici ou l1 de tels parents plutt que de tels autres4 ,mais alors mme que la conscience morale de notre temps aurait reu sur ce point la satisfaction qu'elle attend1 l'ducation ne deviendrait pas pour cela plus uniforme4 ,alors mme que la carrire de chaque enfant ne serait plus1 en grande partie1 prdtermine par une aveugle hrdit1 la diversit morale des professions ne laisserait pas d'entraner sa suite une grande diversit pdagogique4 ,chaque profession1 en effet1 constitue un milieu sui generis qui rclame des aptitudes particulires et des connaissances spciales1 o rgnent certaines ides1 certains usages1 de certaines manires de voir les choses2 et comme l'enfant doit tre prpar en vue de la fonction qu'il sera appel remplir1 l'ducation1 partir d'un certain ge1 ne peut plus rester la mme pour tous les sujets auxquels elle s'applique4 ,c'est pourquoi nous la voyons1 dans tous les pays civiliss1 qui tend de plus en plus se diversifier et se spcialiser2 et cette spcialisation devient tous les jours plus prcoce4 ,l'htrognit qui se produit ainsi ne repose pas1 comme celle dont nous constations tout l'heure l'existence1 sur d'injustes ingalits2 mais elle n'est pas moindre4 ,pour trouver une ducation absolument homogne et galitaire1 il faudrait remonter jusqu'aux socits prhistoriques au sein desquelles il n'existe aucune diffrenciation2 et encore ces sortes de socits ne reprsentent-elles gure qu'un moment logique dans l'histoire de l'humanit4 ,mais1 quelle que soit l'importance de ces ducations spciales1 elles ne sont pas toute l'ducation4 ,on peut mme dire qu'elles ne se suffisent pas elles-mmes2 partout o on les observe1 elles ne divergent les unes des autres qu' partir d'un certain point en de duquel elles se confondent4 ,elles reposent toutes sur une base commune4 ,il n'y a pas de peuple o il n'existe un certain nombre d'ides1 de sentiments et de pratiques que l'ducation doit inculquer tous les enfants indistinctement1 quelque catgorie sociale qu'ils appartiennent4 ,l mme o la socit est divise en castes fermes les unes aux autres1 il y a toujours une religion commune tous1 et1 par suite1 les principes de la culture religieuse1 qui est alors fondamentale1 sont les mmes dans toute l'tendue de la population4 ,si chaque caste1 chaque famille a ses dieux spciaux1 il y a des divinits gnrales qui sont reconnues de tout le monde et que tous les enfants apprennent adorer4 ,et comme ces divinits incarnent et personnifient certains sentiments1 certaines manires de concevoir le monde et la vie1 on ne peut tre initi leur culte sans contracter1 du mme coup1 toutes sortes d'habitudes mentales qui dpassent la sphre de la vie purement religieuse4 ,de mme1 au moyen ge1 serfs1 vilains1 bourgeois et nobles recevaient galement une mme ducation chrtienne4 ,s'il en est ainsi de socits o la diversit intellectuelle et morale atteint ce degr de contraste1 combien plus forte raison en est-il de mme des peuples plus avancs o les classes1 tout en restant distinctes1 sont pourtant spares par un abme moins profond6 ,l o ces lments communs de toute ducation ne s'expriment pas sous forme de symboles religieux1 ils ne laissent pas cependant d'exister4 ,au cours de notre histoire1 il s'est constitu tout un ensemble d'ides sur la nature humaine1 sur l'importance respective de nos diffrentes facults1 sur le droit et sur le devoir1 sur la socit1 sur l'individu1 sur le progrs1 sur la science1 sur l'art1 etc41 qui sont la base mme de notre esprit national2 toute ducation1 celle du riche comme celle du pauvre1 celle qui conduit aux carrires librales comme celle qui prpare aux fonctions industrielles1 a pour objet de les fixer dans les consciences4 ,il rsulte de ces faits que chaque socit se fait un certain idal de l'homme1 de ce qu'il doit tre tant au point de vue intellectuel que physique et moral2 que cet idal est1 dans une certaine mesure1 le mme pour tous les citoyens2 qu' partir d'un certain point il se diffrencie suivant les milieux particuliers que toute socit comprend dans son sein4 ,c'est cet idal1 la fois un et divers1 qui est le ple de l'ducation4 ,elle a donc pour fonction de susciter chez l'enfant3 #a un certain nombre d'tats physiques et mentaux que la socit laquelle il appartient considre comme ne devant tre absents d'aucun de ses membres2 #b;certains tats physiques et mentaux que le groupe social particulier 7caste1 classe1 famille1 profession7 considre galement comme devant se retrouver chez tous ceux qui le forment4 ,ainsi1 c'est la socit1 dans son ensemble1 et chaque milieu social particulier1 qui dterminent cet idal que l'ducation ralise4 ,la socit ne peut vivre que s'il existe entre ses membres une suffisante homognit3 l'ducation perptue et renforce cette homognit en fixant d'avance dans l'me de l'enfant les similitudes essentielles que rclame la vie collective4 ,mais1 d'un autre ct1 sans une certaine diversit1 toute coopration serait impossible3 l'ducation assure la persistance de cette diversit ncessaire en se diversifiant elle-mme et en se spcialisant4 ,si la socit est arrive ce degr de dveloppement o les anciennes divisions en castes et en classes ne peuvent plus se maintenir1 elle prescrira une ducation plus une sa base4 ,si1 au mme moment1 le travail est plus divis1 elle provoquera chez les enfants1 sur un premier fonds d'ides et de sentiments communs1 une plus riche diversit d'aptitudes professionnelles4 ,si elle vit en tat de guerre avec les socits ambiantes1 elle s'efforce de former les esprits sur un modle fortement national2 si la concurrence internationale prend une forme plus pacifique1 le type qu'elle cherche raliser est plus gnral et plus humain4 ,l'ducation n'est donc pour elle que le moyen par lequel elle prpare dans le cur des enfants les conditions essentielles de sa propre existence4 ,nous verrons plus loin comment l'individu lui-mme a intrt se soumettre ces exigences4 ,nous arrivons donc la formule suivante3 ,l'ducation est l'action exerce par les gnrations adultes sur celles qui ne sont pas encore mres pour la vie sociale4 ,elle a pour objet de susciter et de dvelopper chez l'enfant un certain nombre d'tats physiques1 intellectuels et moraux que rclament de lui et la socit politique dans son ensemble et le milieu spcial auquel il est particulirement destin4 #c ,consquence de la dfinition prcdente3 caractre social de l'ducation4 ,il rsulte de la dfinition qui prcde que l'ducation consiste en une socialisation mthodique de la jeune gnration4 ,en chacun de nous1 peut-on dire1 il existe deux tres qui1 pour tre insparables autrement que par abstraction1 ne laissent pas d'tre distincts4 ,l'un est fait de tous les tats mentaux qui ne se rapportent qu' nous-mme et aux vnements de notre vie personnelle3 c'est ce qu'on pourrait appeler l'tre individuel4 ,l'autre est un systme d'ides1 de sentiments et d'habitudes qui expriment en nous1 non pas notre personnalit1 mais le groupe ou les groupes diffrents dont nous faisons partie2 telles sont les croyances religieuses1 les croyances et les pratiques morales1 les traditions nationales ou professionnelles1 les opinions collectives de toute sorte4 ,leur ensemble forme l'tre social4 ,constituer cet tre en chacun de nous1 telle est la fin de l'ducation4 ,c'est par l1 d'ailleurs1 que se montre le mieux l'importance de son rle et la fcondit de son action4 ,en effet1 non seulement cet tre social n'est pas donn tout fait dans la constitution primitive de l'homme2 mais il n'en est pas rsult par un dveloppement spontan4 ,spontanment1 l'homme n'tait pas enclin se soumettre une autorit politique1 respecter une discipline morale1 se dvouer et se sacrifier4 ,il n'y avait rien dans notre nature congnitale qui nous prdispost ncessairement devenir les serviteurs de divinits1 emblmes symboliques de la socit1 leur rendre un culte1 nous priver pour leur faire honneur4 ,c'est la socit elle-mme qui1 mesure qu'elle s'est forme et consolide1 a tir de son propre sein ces grandes forces morales devant lesquelles l'homme a senti son infriorit4 ,or1 si l'on fait abstraction des vagues et incertaines tendances qui peuvent tre dues l'hrdit1 l'enfant1 en entrant dans la vie1 n'y apporte que sa nature d'individu4 ,la socit se trouve donc1 chaque gnration nouvelle1 en prsence d'une table presque rase sur laquelle il lui faut construire nouveaux frais4 ,il faut que1 par les voies les plus rapides1 l'tre goste et asocial qui vient de natre1 elle en surajoute un autre1 capable de mener une vie morale et sociale4 ,voil quelle est l'uvre de l'ducation1 et l'on en aperoit toute la grandeur4 ,elle ne se borne pas dvelopper l'organisme individuel dans le sens marqu par sa nature1 rendre apparentes des puissances caches qui ne demandaient qu' se rvler4 ,elle cre dans l'homme un tre nouveau4 ,cette vertu cratrice est1 d'ailleurs1 un privilge spcial de l'ducation humaine4 ,tout autre est celle que reoivent les animaux1 si l'on peut appeler de ce nom l'entranement progressif auquel ils sont soumis de la part de leurs parents4 ,elle peut bien presser le dveloppement de certains instincts qui sommeillent dans l'animal1 mais elle ne l'initie pas une vie nouvelle4 ,elle facilite le jeu des fonctions naturelles1 mais elle ne cre rien4 ,instruit par sa mre1 le petit sait plus vite voler ou faire son nid2 mais il n'apprend presque rien qu'il n'et pu dcouvrir par son exprience personnelle4 ,c'est que les animaux ou vivent en dehors de tout tat social ou forment des socits assez simples1 qui fonctionnent grce des mcanismes instinctifs que chaque individu porte en soi1 tout constitus1 ds sa naissance4 ,l'ducation ne peut donc rien ajouter d'essentiel la nature1 puisque celle-ci suffit tout1 la vie du groupe comme celle de l'individu4 ,au contraire1 chez l'homme1 les aptitudes de toute sorte que suppose la vie sociale sont beaucoup trop complexes pour pouvoir s'incarner1 en quelque sorte1 dans nos tissus et se matrialiser sous la forme de prdispositions organiques4 ,il s'ensuit qu'elles ne peuvent se transmettre d'une gnration l'autre par la voie de l'hrdit4 ,c'est par l'ducation que se fait la transmission4 ,cependant1 dira-t-on1 si l'on peut concevoir1 en effet1 que les qualits proprement morales1 parce qu'elles imposent l'individu des privations1 parce qu'elles gnent ses mouvements naturels1 ne peuvent tre suscites en nous que sous une action venue du dehors1 n'y en a-t-il pas d'autres que tout homme est intress acqurir et recherche spontanment8 ,telles sont les qualits diverses de l'intelligence qui lui permettent de mieux approprier sa conduite la nature des choses4 ,telles sont aussi les qualits physiques1 et tout ce qui contribue la vigueur et la sant de l'organisme4 ,pour celles-l1 tout au moins1 il semble que l'ducation1 en les dveloppant1 ne fasse qu'aller au-devant du dveloppement mme de la nature1 que mener l'individu un tat de perfection relative vers laquelle il tend de lui-mme1 bien qu'il puisse y atteindre plus rapidement grce au concours de la socit4 ,mais ce qui montre bien1 malgr les apparences1 qu'ici comme ailleurs l'ducation rpond avant tout des ncessits sociales1 c'est qu'il est des socits o ces qualits n'ont pas t cultives du tout1 et qu'en tout cas elles ont t entendues trs diffremment selon les socits4 ,il s'en faut que les avantages d'une solide culture intellectuelle aient t reconnus par tous les peuples4 ,la science1 l'esprit critique1 que nous mettons aujourd'hui si haut1 ont t pendant longtemps tenus en suspicion4 ,ne connaissons-nous pas une grande doctrine qui proclame heureux les pauvres d'esprit8 ,il faut se garder de croire que cette indiffrence pour le savoir ait t artificiellement impose aux hommes en violation de leur nature4 ,ils n'ont pas par eux-mmes l'apptit instinctif de science qu'on leur a souvent et arbitrairement prt4 ,ils ne dsirent la science que dans la mesure o l'exprience leur a appris qu'ils ne peuvent pas s'en passer4 ,or1 pour ce qui concerne l'amnagement de leur vie individuelle1 ils n'en avaient que faire4 ,comme le disait dj ,rousseau1 pour satisfaire les ncessits vitales1 la sensation1 l'exprience et l'instinct pouvaient suffire comme ils suffisent l'animal4 ,si l'homme n'avait connu d'autres besoins que ceux1 trs simples1 qui ont leurs racines dans sa constitution individuelle1 il ne se serait pas mis en qute de la science1 d'autant plus qu'elle n'a pas t acquise sans laborieux et douloureux efforts4 ,il n'a connu la soif du savoir que quand la socit l'a veille en lui1 et la socit ne l'a veille que quand elle-mme en a senti le besoin4 ,ce moment arriva quand la vie sociale1 sous toutes ses formes1 fut devenue trop complexe pour pouvoir fonctionner autrement que grce au concours de la pense rflchie1 c'est--dire de la pense claire par la science4 ,alors la culture scientifique devint indispensable1 et c'est pourquoi la socit la rclame de ses membres et la leur impose comme un devoir4 ,mais1 l'origine1 tant que l'organisation sociale est trs simple1 trs peu varie1 toujours gale elle-mme1 l'aveugle tradition suffit1 comme l'instinct l'animal4 ,ds lors1 la pense et le libre examen sont inutiles et mme dangereux1 puisqu'ils ne peuvent que menacer la tradition4 ,c'est pourquoi ils sont proscrits4 ,il n'en est pas autrement des qualits physiques4 ,que l'tat du milieu social incline la conscience publique vers l'asctisme1 et l'ducation physique sera rejete au second plan4 ,c'est un peu ce qui s'est produit dans les coles du moyen ge2 et cet asctisme tait ncessaire1 car la seule manire de s'adapter la rudesse de ces temps difficiles tait de l'aimer4 ,de mme1 suivant le courant de l'opinion1 cette mme ducation sera entendue dans les sens les plus diffrents4 ,sparte1 elle avait surtout pour objet d'endurcir les membres la fatigue2 ,athnes1 elle tait un moyen de faire des corps beaux la vue2 au temps de la chevalerie1 on lui demandait de former des guerriers agiles et souples2 de nos jours1 elle n'a plus qu'un but hyginique1 et se proccupe surtout de contenir les dangereux effets d'une culture intellectuelle trop intense4 ,ainsi1 mme les qualits qui paraissent1 au premier abord1 si spontanment dsirables1 l'individu ne les recherche que quand la socit l'y invite1 et il les recherche de la faon qu'elle lui prescrit4 ,nous sommes ainsi en mesure de rpondre une question que soulevait tout ce qui prcde4 ,tandis que nous montrions la socit faonnant1 suivant ses besoins1 les individus1 il pouvait sembler que ceux-ci subissaient de ce fait une insupportable tyrannie4 ,mais1 en ralit1 ils sont eux-mmes intresss cette soumission2 car l'tre nouveau que l'action collective1 par la voie de l'ducation1 difie ainsi en chacun de nous1 reprsente ce qu'il y a de meilleur en nous1 ce qu'il y a en nous de proprement humain4 ,l'homme1 en effet1 n'est un homme que parce qu'il vit en socit4 ,il est difficile1 au cours d'un article1 de dmontrer avec rigueur une proposition aussi gnrale et aussi importante1 et qui rsume les travaux de la sociologie contemporaine4 ,mais1 d'abord1 on peut dire qu'elle est de moins en moins conteste4 ,de plus1 il n'est pas impossible de rappeler sommairement les faits les plus essentiels qui la justifient4 ,tout d'abord1 s'il est aujourd'hui un fait historiquement tabli1 c'est que la morale est troitement en rapports avec la nature des socits1 puisque1 comme nous l'avons montr chemin faisant1 elle change quand les socits changent4 ,c'est donc qu'elle rsulte de la vie en commun4 ,c'est la socit1 en effet1 qui nous tire hors de nous-mme1 qui nous oblige compter avec d'autres intrts que les ntres1 c'est elle qui nous a appris dominer nos passions1 nos instincts1 leur faire la loi1 nous gner1 nous priver1 nous sacrifier1 subordonner nos fins personnelles des fins plus hautes4 ,tout le systme de reprsentation qui entretient en nous l'ide et le sentiment de la rgle1 de la discipline1 tant interne qu'externe1 c'est la socit qui l'a institu dans nos consciences4 ,c'est ainsi que nous avons acquis cette puissance de nous rsister nous-mme1 cette matrise sur nos penchants qui est un des traits distinctifs de la physionomie humaine et qui est d'autant plus dveloppe que nous sommes plus pleinement des hommes4 ,nous ne devons pas moins la socit au point de vue intellectuel4 ,c'est la science qui labore les notions cardinales qui dominent notre pense3 notions de cause1 de lois1 d'espace1 de nombre1 notions des corps1 de la vie1 de la conscience1 de la socit1 etc4 ,toutes ces ides fondamentales sont perptuellement en volution3 c'est qu'elles sont le rsum1 la rsultante de tout le travail scientifique1 loin qu'elles en soient le point de dpart comme le croyait ,pestalozzi4 ,nous ne nous reprsentons pas l'homme1 la nature1 les causes1 l'espace mme1 comme on se les reprsentait au moyen ge2 c'est que nos connaissances et nos mthodes scientifiques ne sont plus les mmes4 ,or la science est une uvre collective1 puisqu'elle suppose une vaste coopration de tous les savants non seulement d'un mme temps1 mais de toutes les poques successives de l'histoire4--,avant que les sciences ne fussent constitues1 la religion remplissait le mme office2 car toute mythologie consiste en une reprsentation1 dj trs labore1 de l'homme et de l'univers4 ,la science1 d'ailleurs1 a t l'hritire de la religion4 ,or une religion est une institution sociale4--,en apprenant une langue1 nous apprenons tout un systme d'ides1 distingues et classes1 et nous hritons de tout le travail d'o sont sorties ces classifications qui rsument des sicles d'expriences4 ,il y a plus3 sans le langage1 nous n'aurions pour ainsi dire pas d'ides gnrales2 car c'est le mot qui1 en les fixant1 donne aux concepts une consistance suffisante pour qu'ils puissent tre manis commodment par l'esprit4 ,c'est donc le langage qui nous a permis de nous lever au-dessus de la pure sensation2 et il n'est pas ncessaire de dmontrer que le langage est1 au premier chef1 une chose sociale4 ,on voit par ces quelques exemples quoi se rduirait l'homme1 si l'on en retirait tout ce qu'il tient de la socit3 il tomberait au rang de l'animal4 ,s'il a pu dpasser le stade auquel les animaux se sont arrts1 c'est d'abord qu'il n'est pas rduit au seul fruit de ses efforts personnels1 mais coopre rgulirement avec ses semblables2 ce qui renforce le rendement de l'activit de chacun4 ,c'est ensuite et surtout que les produits du travail d'une gnration ne sont pas perdus pour celle qui suit4 ,de ce qu'un animal a pu apprendre au cours de sort existence individuelle1 presque rien ne peut lui survivre4 ,au contraire1 les rsultats de l'exprience humaine se conservent presque intgralement et jusque dans le dtail1 grce aux livres1 aux monuments figurs1 aux outils1 aux instruments de toute sorte qui se transmettent de gnration en gnration1 la tradition orale1 etc4 ,le sol de la nature se recouvre ainsi d'une riche alluvion qui va sans cesse en croissant4 ,au lieu de se dissiper toutes les fois qu'une gnration s'teint et est remplace par une autre1 la sagesse humaine s'accumule sans terme1 et c'est cette accumulation indfinie qui lve l'homme au-dessus de la bte et au-dessus de lui-mme4 ,mais1 tout comme la coopration dont il tait d'abord question1 cette accumulation n'est possible que dans et par la socit4 ,car1 pour que le legs de chaque gnration puisse tre conserv et ajout aux autres1 il faut qu'il y ait une personnalit morale qui dure par-dessus les gnrations qui passent1 qui les relie les unes aux autres3 c'est la socit4 ,ainsi1 l'antagonisme que l'on a trop souvent admis entre la socit et l'individu ne correspond rien dans les faits4 ,bien loin que ces deux termes s'opposent et ne puissent se dvelopper qu'en sens inverse l'un de l'autre1 ils s'impliquent4 ,l'individu1 en voulant la socit1 se veut lui-mme4 ,l'action qu'elle exerce sur lui1 par la voie de l'ducation notamment1 n'a nullement pour objet et pour effet de le comprimer1 de le diminuer1 de le dnaturer1 mais1 au contraire1 de le grandir et d'en faire un tre vraiment humain4 ,sans doute il ne peut se grandir ainsi qu'en faisant effort4 ,mais c'est que prcisment le pouvoir de faire volontairement effort est une des caractristiques les plus essentielles de l'homme4 #d ,le rle de l'tat en matire d'ducation4 ,cette dfinition de l'ducation permet de rsoudre aisment la question1 si controverse1 des devoirs et des droits de l'tat en matire d'ducation4 ,on leur oppose les droits del famille4 ,l'enfant1 dit-on1 est d'abord ses parents3 c'est donc eux qu'il appartient de diriger1 comme ils l'entendent1 son dveloppement intellectuel et moral4 ,l'ducation est alors conue comme une chose essentiellement prive et domestique4 ,quand on se place ce point de vue1 on tend naturellement rduire au minimum possible l'intervention de l'tat en la matire4 ,il devrait1 dit-on1 se borner servir d'auxiliaire et de substitut aux familles4 ,quand elles sont hors d'tat de s'acquitter de leurs devoirs1 il est naturel qu'il s'en charge4 ,il est naturel mme qu'il leur rende la tche le plus facile possible1 en mettant leur disposition des coles o elles puissent1 si elles le veulent1 envoyer leurs enfants4 ,mais il doit se renfermer strictement dans ces limites1 et s'interdire toute action positive destine imprimer une orientation dtermine l'esprit de la jeunesse4 ,mais il s'en faut que son rle doive rester aussi ngatif4 ,si1 comme nous avons essay de l'tablir1 l'ducation a1 avant tout1 une fonction collective1 si elle a pour objet d'adapter l'enfant au milieu social o il est destin vivre1 il est impossible que la socit se dsintresse d'une telle opration4 ,comment pourrait-elle en tre absente1 puisqu'elle est le point de repre d'aprs lequel l'ducation doit diriger son action8 ,c'est donc elle qu'il appartient de rappeler sans cesse au matre quelles sont les ides1 les sentiments qu'il faut imprimer l'enfant pour le mettre en harmonie avec le milieu dans lequel il doit vivre4 ,si elle n'tait pas toujours prsente et vigilante pour obliger l'action pdagogique s'exercer dans un sens social1 celle-ci se mettrait ncessairement au service de croyances particulires1 et la grande me de la patrie se diviserait et se rsoudrait en une multitude incohrente de petites mes fragmentaires en conflit les unes avec les autres4 ,on ne peut pas aller plus compltement contre le but fondamental de toute ducation4 ,il faut choisir3 si l'on attache quelque prix l'existence de la socit1--et nous venons de voir ce qu'elle est pour nous1--il faut que l'ducation assure entre les citoyens une suffisante communaut d'ides et de sentiments sans laquelle toute socit est impossible2 et pour qu'elle puisse produire ce rsultat1 encore faut-il qu'elle ne soit pas abandonne totalement l'arbitraire des particuliers4 ,du moment que l'ducation est une fonction essentiellement sociale1 l'tat ne peut s'en dsintresser4 ,au contraire1 tout ce qui est ducation doit tre1 en quelque mesure1 soumis son action4 ,ce n'est pas dire pour cela qu'il doive ncessairement monopoliser l'enseignement4 ,la question est trop complexe pour qu'il soit possible de la traiter ainsi en passant3 nous entendons la rserver4 ,on peut croire que les progrs scolaires sont plus faciles et plus prompts l o une certaine marge est laisse aux initiatives individuelles2 car l'individu est plus volontiers novateur que l'tat4 ,mais de ce que l'tat doive1 dans l'intrt public1 laisser s'ouvrir d'autres coles que celles dont il a plus directement la responsabilit1 il ne suit pas qu'il doive rester tranger ce qui s'y passe4 ,au contraire1 l'ducation qui s'y donne doit y rester soumise son contrle4 ,il n'est mme pas admissible que la fonction d'ducateur puisse tre remplie par quelqu'un qui ne prsente pas des garanties spciales dont l'tat seul peut tre juge4 ,sans doute1 les limites dans lesquelles doit se renfermer son intervention peuvent tre assez malaises dterminer une fois pour toutes1 mais le principe de l'intervention ne saurait tre contest4 ,il n'y a pas d'cole qui puisse rclamer le droit de donner1 en toute libert1 une ducation anti-sociale4 ,il est toutefois ncessaire de reconnatre que l'tat de division o sont actuellement les esprits1 dans notre pays1 rend ce devoir de l'tat particulirement dlicat1 en mme temps1 d'ailleurs1 que plus important4 ,il n'appartient pas1 en effet1 l'tat de crer cette communaut d'ides et de sentiments sans laquelle il if y a pas de socit2 elle doit se constituer d'elle-mme1 et il ne peut que la consacrer1 la maintenir1 la rendre plus consciente aux particuliers4 ,or1 il est malheureusement incontestable que1 chez nous1 cette unit morale n'est pas1 sur tous les points1 ce qu'il faudrait qu'elle ft4 ,nous sommes partags entre des conceptions divergentes et mme parfois contradictoires4 ,il y a dans ces divergences un fait qu'il est impossible de nier et dont il faut tenir compte4 ,il ne saurait tre question de reconnatre la majorit le droit d'imposer ses ides aux enfants de la minorit4 ,l'cole ne saurait tre la chose d'un parti1 et le matre manque ses devoirs quand il use de l'autorit dont il dispose pour entraner ses lves dans l'ornire de ses partis-pris personnels1 si justifis qu'ils puissent lui paratre4 ,mais1 en dpit de toutes les dissidences1 il y a ds prsent1 la base de notre civilisation1 un certain nombre de principes qui1 implicitement ou explicitement1 sont communs tous1 que bien peu1 en tous cas1 osent nier ouvertement et en face3 respect de la raison1 de la science1 des ides et des sentiments qui sont la base de la morale dmocratique4 ,le rle de l'tat est de dgager ces principes essentiels1 de les faire enseigner dans ses coles1 de veiller ce que nulle part on ne les laisse ignors des enfants1 ce que partout il en soit parl avec le respect qui leur est d4 ,il y a1 sous ce rapport1 une action exercer qui sera peut-tre d'autant plus efficace qu'elle sera moins agressive et moins violente et qu'elle saura mieux se contenir dans de sages limites4 #e ,pouvoir de l'ducation4 ,les moyens d'action4 ,aprs avoir dtermin le but de l'ducation1 il nous faut chercher dterminer comment et dans quelle mesure il est possible d'atteindre ce but1 c'est--dire comment et dans quelle mesure l'ducation peut tre efficace4 ,la question a t1 de tout temps1 trs controverse4 ,pour ,fontenelle1 ni la bonne ducation ne fait le bon caractre1 ni la mauvaise ne le dtruit4 ,au contraire1 pour ,locke1 pour ,helvtius1 l'ducation est toute-puissante4 ,d'aprs ce dernier1 tous les hommes naissent gaux et avec des aptitudes gales2 l'ducation seule fait les diffrences4 ,la thorie de ,jacotot se rapproche de la prcdente4--,la solution que l'on donne au problme dpend de l'ide qu'on se fait de l'importance et de la nature des prdispositions innes1 d'une part2 et1 de l'autre1 de la puissance des moyens d'action dont dispose l'ducateur4 ,l'ducation ne fait pas l'homme de rien1 comme le croyaient ,locke et ,helvtius2 elle s'applique des dispositions qu'elle trouve toutes faites4 ,d'un autre ct1 on peut concder d'une manire gnrale que ces tendances congnitales sont trs fortes1 trs difficiles dtruire ou transformer radicalement2 car elles dpendent de conditions organiques sur lesquelles l'ducateur a peu de prise4 ,par consquent1 dans la mesure o elles ont un objet dfini1 o elles inclinent l'esprit et le caractre des manires d'agir et de penser troitement dtermines1 tout l'avenir de l'individu se trouve fix par avance1 et il ne reste pas beaucoup faire l'ducation4 ,mais heureusement1 une des caractristiques de l'homme1 c'est que les prdispositions innes sont chez lui trs gnrales et trs vagues4 ,en effet1 le type de la prdisposition arrte1 rigide1 invariable1 qui ne laisse gure de place l'action des causes extrieures1 c'est l'instinct4 ,or1 on peut se demander s'il existe chez l'homme un seul instinct proprement dit4 ,on parle quelquefois de l'instinct de conservation2 mais l'expression est impropre4 ,car un instinct c'est un systme de mouvements dtermins1 toujours les mmes1 qui1 une fois qu'ils sont dclanchs par la sensation1 s'enchanent automatiquement les uns aux autres jusqu' ce qu'ils arrivent leur terme naturel1 sans que la rflexion ait nulle part intervenir2 or1 les mouvements que nous faisons quand notre vie est en danger n'ont nullement cette dtermination et cette invariabilit automatique4 ,ils changent suivant les situations2 nous les approprions aux circonstances3 c'est donc qu'ils ne vont pas sans un certain choix conscient1 quoique rapide4 ,ce qu'on nomme instinct de conservation n'est1 en dfinitive1 qu'une impulsion gnrale fuir la mort1 sans que les moyens par lesquels nous cherchons l'viter soient prdtermins une fois pour toutes4 ,on en peut dire autant de ce qu'on appelle parfois1 non moins inexactement1 l'instinct maternel1 l'instinct paternel1 et mme l'instinct sexuel4 ,ce sont des pousses dans une direction2 mais les moyens par lesquels ces pousses s'actualisent changent d'un individu l'autre1 d'une occasion l'autre4 ,une large place reste donc rserve aux ttonnements1 aux accommodations personnelles1 et1 par consquent1 l'action de causes qui ne peuvent faire sentir leur influence qu'aprs la naissance4 ,or1 l'ducation est une de ces causes4 ,on a prtendu1 il est vrai1 que l'enfant hritait parfois d'une tendance trs forte vers un acte dfini1 comme le suicide1 le vol1 le meurtre1 la fraude1 etc4 ,mais ces assertions ne sont nullement d'accord avec les faits4 ,quoi qu'on en ait dit1 on ne nat pas criminel2 encore moins est-on vou1 ds la naissance1 tel ou tel genre de crime2 le paradoxe des criminologistes italiens ne compte plus aujourd'hui beaucoup de dfenseurs4 ,ce qui est hrit1 c'est un certain manque d'quilibre mental1 qui rend l'individu plus rfractaire une conduite suivie et discipline4 ,mais un tel temprament ne prdestine pas plus un homme tre un criminel qu'un explorateur amoureux d'aventures1 un prophte1 un novateur politique1 un inventeur1 etc4 ,on en peut dire autant de toutes les aptitudes professionnelles4 ,comme le remarque ,bain1 le fils d'un grand philologue n'hrite pas d'un seul vocable2 le fils d'un grand voyageur peut1 l'cole1 tre surpass en gographie par le fils d'un mineur4 ,ce que l'enfant reoit de ses parents1 ce sont des facults trs gnrales2 c'est quelque force d'attention1 une certaine dose de persvrance1 un jugement sain1 de l'imagination1 etc4 ,mais chacune de ces facults peut servir toute sorte de fins diffrentes4 ,un enfant dou d'une assez vive imagination pourra1 selon les circonstances1 selon les influences qui se feront sentir sur lui1 devenir un peintre ou un pote1 ou un ingnieur l'esprit inventif1 ou un hardi financier4 ,l'cart est donc considrable entre les qualits naturelles et la forme spciale qu'elles doivent prendre pour tre utilises dans la vie4 ,c'est dire que l'avenir n'est pas troitement prdtermin par notre constitution congnitale4 ,la ,raison en est facile comprendre4 ,les seules formes d'activit qui puissent se transmettre hrditairement sont celles qui se rptent toujours d'une manire assez identique pour pouvoir se fixer sous une forme rigide dans les tissus de l'organisme4 ,or l vie humaine dpend de conditions multiples1 complexes1 et1 par consquent1 changeantes2 il faut donc qu'elle-mme change et se modifie sans cesse4 ,par suite1 il est impossible qu'elle se cristallise sous une forme dfinie et dfinitive4 ,mais seules des dispositions trs gnrales1 trs vagues1 exprimant les caractres communs toutes les expriences particulires1 peuvent survivre et passer d'une gnration l'autre4 ,dire que les caractres inns sont1 pour la plupart1 trs gnraux1 c'est dire qu'ils sont trs mallables1 trs souples1 puisqu'ils peuvent recevoir des dterminations trs diffrentes4 ,entre les virtualits indcises qui constituent l'homme au moment o il vient de natre1 et le personnage trs dfini qu'il doit devenir pour jouer dans la socit un rle utile1 la distance est donc considrable4 ,c'est celle distance que l'ducation doit faire parcourir l'enfant4 ,on voit qu'un vaste champ est ouvert son action4 ,mais1 pour exercer cette action1 a-t-elle des moyens d'une suffisante nergie8 ,pour donner une ide de ce qui constitue l'action ducative et en montrer la puissance1 un psychologue contemporain1 ,guyau1 l'a compar la suggestion hypnotique2 et le rapprochement n'est pas sans fondement4 ,la suggestion hypnotique suppose1 en effet1 les deux conditions suivantes3 #a ,l'tat o se trouve le sujet hypnotis se caractrise par son exceptionnelle passivit4 ,l'esprit est presque rduit l'tat de table rase2 une sorte de vide a t ralis dans la conscience2 la volont est comme paralyse4 ,par suite1 l'ide suggre1 ne rencontrant point d'ide contraire1 peut s'installer avec un minimum de rsistance2 #b ,cependant1 comme le vide n'est jamais complet1 il faut de plus que l'ide tienne de la suggestion elle-mme une puissance d'action particulire4 ,pour cela1 il est ncessaire que le magntiseur parle sur un ton de commandement1 avec autorit4 ,il faut qu'il dise3 ,je veux2 qu'il indique que le refus d'obir n'est mme pas concevable1 que l'acte doit tre accompli1 que la chose doit tre vue telle qu'il la montre1 qu'il ne peut en tre autrement4 ,s'il faiblit1 on voit le sujet hsiter1 rsister1 parfois mme se refuser obir4 ,si seulement il entre en discussion1 c'en est fait de son pouvoir4 ,plus la suggestion va contre le temprament naturel de l'hypnotis1 plus le ton impratif sera indispensable4 ,or ces deux conditions se trouvent ralises dans les rapports que soutient l'ducateur avec l'enfant soumis son action3 #a ,l'enfant est naturellement dans un tat de passivit tout fait comparable celui o l'hypnotis se trouve artificiellement plac4 ,sa conscience ne contient encore qu'un petit nombre de reprsentations capables de lutter contre celles qui lui sont suggres2 sa volont est encore rudimentaire4 ,aussi est-il trs facilement suggestionnable4 ,pour la mme raison1 il est trs accessible la contagion de l'exemple1 trs enclin l'imitation2 #b ,l'ascendant que le matre a naturellement sur son lve1 par suite de la supriorit de son exprience et de sa culture1 donnera naturellement son action la puissance efficace qui lui est ncessaire4 ,ce rapprochement montre combien il s'en faut que l'ducateur soit dsarm2 car on sait toute la puissance de la suggestion hypnotique4 ,si donc l'action ducative a1 mme un moindre degr1 une efficacit analogue1 il est permis d'en attendre beaucoup pourvu qu'on sache s'en servir4 ,bien loin que nous devions nous dcourager de notre impuissance1 nous avons plutt lieu d'tre effrays par l'tendue de notre pouvoir4 ,si matres et parents sentaient1 d'une manire plus constante1 que rien ne peut se passer devant l'enfant qui ne laisse en lui quelque trace1 que la tournure de son esprit et de son caractre dpend de ces milliers de petites actions insensibles qui se produisent chaque instant et auxquelles nous ne faisons pas attention cause de leur insignifiance apparente1 comme ils surveilleraient davantage leur langage et leur conduite6 ,assurment1 l'ducation ne peut arriver de grands rsultats quand elle procde par -coups brusques et intermittents4 ,comme le dit ,herbart1 ce n'est pas en admonestant l'enfant avec vhmence de loin en loin que l'on peut agir fortement sur lui4 ,mais quand l'ducation est patiente et continue1 quand elle ne recherche pas les succs immdiats et apparents1 mais se poursuit avec lenteur dans un sens bien dtermin1 sans se laisser dtourner parles incidents extrieurs et les circonstances adventices1 elle dispose de tous les moyens ncessaires pour marquer profondment les mes4 ,en mme temps on voit quel est le ressort essentiel de l'action ducative4 ,ce qui fait l'influence du magntiseur1 c'est l'autorit qu'il tient des circonstances4 ,par analogie dj1 on peut dire que l'ducation doit tre essentiellement chose d'autorit4 ,cette importante proposition peut1 d'ailleurs1 tre tablie directement4 ,en effet1 nous avons vu que l'ducation a pour objet de superposer1 l'tre individuel et asocial que nous sommes en naissant1 un tre entirement nouveau4 ,elle doit nous amener dpasser notre nature initiale2 c'est cette condition que l'enfant deviendra un homme4 ,or1 nous ne pouvons nous lever au-dessus de nous-mme que par un effort plus ou moins pnible4 ,rien n'est faux et dcevant comme la conception picurienne de l'ducation1 la conception d'un ,montaigne1 par exemple1 d'aprs laquelle l'homme peut se former en se jouant et sans autre aiguillon que l'attrait du plaisir4 ,si la vie n'a rien de sombre et s'il est criminel de l'assombrir artificiellement sous le regard de l'enfant1 elle est cependant srieuse et grave1 et l'ducation1 qui prpare la vie1 doit participer de cette gravit4 ,pour apprendre contenir son gosme naturel1 se subordonner des fins plus hautes1 soumettre ses dsirs l'empire de sa volont1 les renfermer dans de justes bornes1 il faut que l'enfant exerce sur lui-mme une forte contention4 ,or1 nous ne nous contraignons1 nous ne nous faisons violence que pour l'une ou l'autre des deux raisons suivantes3 c'est parce qu'il le faut d'une ncessit physique1 ou parce que nous le devons moralement4 ,mais l'enfant ne peut pas sentir la ncessit qui nous impose physiquement ces efforts1 car il n'est pas immdiatement en contact avec les dures ralits de la vie qui rendent cette attitude indispensable4 ,il n'est pas encore engag dans la lutte2 quoi qu'en ait dit ,spencer1 nous ne pouvons pas le laisser expos aux trop rudes ractions des choses4 ,il faut dj qu'il soit1 en grande partie1 form quand il les abordera pour de bon4 ,ce n'est donc pas sur leur pression que l'on peut compter pour le dterminer tendre sa volont et acqurir sur lui-mme la matrise ncessaire4 ,reste le devoir4 ,le sentiment du devoir1 voil1 en effet1 quel est1 pour l'enfant et mme pour l'adulte1 le stimulant par excellence de l'effort4 ,l'amour-propre lui-mme le suppose4 ,car1 pour tre sensible1 comme il convient1 aux punitions et aux rcompenses1 il faut dj avoir conscience de sa dignit et1 par consquent1 de son devoir4 ,mais l'enfant ne peut connatre le devoir que par ses matres ou ses parents2 il ne peut savoir ce que c'est que par la manire dont ils le lui rvlent1 par leur langage et par leur conduite4 ,il faut donc qu'ils soient1 pour lui1 le devoir incarn et personnifi4 ,c'est dire que l'autorit morale est la qualit matresse de l'ducateur4 ,car c'est par l'autorit qui est en lui que le devoir est le devoir4 ,ce qu'il a de tout fait sui generis1 c'est le ton impratif dont il parle aux consciences1 le respect qu'il inspire aux volonts et qui les fait s'incliner ds qu'il a prononc4 ,par suite1 il est indispensable qu'une impression du mme genre se dgage de la personne du matre4 ,il n'est pas ncessaire de montrer que l'autorit ainsi entendue n'a rien de violent ni de compressif3 elle consiste tout entire dans un certain ascendant moral4 ,elle suppose ralises chez le matre deux conditions principales4 ,il faut d'abord qu'il ait de la volont4 ,car l'autorit implique la confiance1 et l'enfant ne peut donner sa confiance quelqu'un qu'il voit hsiter1 tergiverser1 revenir sur ses dcisions4 ,mais cette premire condition n'est pas la plus essentielle4 ,ce qui importe avant tout1 c'est que l'autorit dont il doit donner le sentiment1 le matre la sente rellement en lui4 ,elle constitue une force qu'il ne peut manifester que s'il la possde effectivement4 ,or d'o peut-elle lui venir8 ,serait-ce du pouvoir matriel dont il est arm1 du droit qu'il a de punir et de rcompenser8 ,mais la crainte du chtiment est tout autre chose que le respect de l'autorit4 ,elle n'a de valeur morale que si le chtiment est reconnu comme juste par celui-l mme qui le subit3 ce qui implique que l'autorit qui punit est dj reconnue comme lgitime4 ,ce qui est en question4 ,ce n'est pas du dehors que le matre peut tenir son autorit1 c'est de lui-mme2 elle ne peut lui venir que d'une foi intrieure4 ,il faut qu'il croie1 non en lui1 sans doute1 non aux qualits suprieures de son intelligence ou de son cur1 mais sa tche et la grandeur de sa tche4 ,ce qui fait l'autorit dont se colore si aisment la parole du prtre1 c'est la haute ide qu'il a de sa mission2 car il parle au nom d'un dieu dont il se croit1 dont il se sent plus proche que la foule des profanes4 ,le matre lac peut et doit avoir quelque chose de ce sentiment4 ,lui aussi1 il est l'organe d'une grande personne morale qui le dpasse3 c'est la socit4 ,de mme que le prtre est l'interprte de son dieu1 lui1 il est l'interprte des grandes ides morales de son temps et de son pays4 ,qu'il soit attach ces ides1 qu'il en sente toute la grandeur1 et l'autorit qui est en elles et dont il a conscience ne peut manquer de se communiquer sa personne et tout ce qui en mane4 ,dans une autorit qui dcoule d'une source aussi impersonnelle1 il ne saurait entrer ni orgueil1 ni vanit1 ni pdanterie4 ,elle est faite tout entire du respect qu'il a de ses fonctions et1 si l'on peut ainsi parler1 de son ministre4 ,c'est ce respect qui1 par le canal de la parole1 du geste1 passe de sa conscience dans la conscience de l'enfant4 ,on a quelquefois oppos la libert et l'autorit1 comme si ces deux facteurs de l'ducation se contredisaient et se limitaient l'un l'autre4 ,mais cette opposition est factice4 ,en ralit1 ces deux termes s'impliquent loin de s'exclure4 ,la libert est fille de l'autorit bien entendue4 ,car tre libre1 ce n'est pas faire ce qui plat2 c'est tre matre de soi1 c'est savoir agir par raison et faire son devoir4 ,or c'est justement doter l'enfant de cette matrise de soi que l'autorit du matre doit tre employe4 ,l'autorit du matre n'est qu'un aspect de l'autorit du devoir et de la raison4 ,l'enfant doit donc tre exerc la reconnatre dans la parole de l'ducateur et en subir l'ascendant2 c'est cette condition qu'il saura plus tard la retrouver dans sa conscience et y dfrer4 ,,ii ,,nature ,,et ,m,,thode ,,de ,,la ,p,,dagogie ,on a souvent confondu les deux mots d'ducation et de pdagogie1 qui demandent pourtant tre soigneusement distingus4 ,l'ducation1 c'est l'action exerce sur les enfants par les parents et les matres4 ,cette action est de tous les instants1 et elle est gnrale4 ,il n'y a pas de priode dans la vie sociale1 il n'y a mme1 pour ainsi dire1 pas de moment dans la journe o les jeunes gnrations ne soient pas en contact avec leurs ans1 et o1 par suite1 elles ne reoivent de ces derniers l'influence ducatrice4 ,car cette influence ne se fait pas seulement sentir aux instants trs courts o parents ou matres communiquent consciemment1 et par la voie d'un enseignement proprement dit1 les rsultats de leur exprience ceux qui viennent aprs eux4 ,il y a une ducation inconsciente qui ne cesse jamais4 ,par notre exemple1 par les paroles que nous prononons1 par les actes que nous accomplissons1 nous faonnons d'une manire continue l'me de nos enfants4 ,il en est tout autrement de la pdagogie4 ,celle-ci consiste1 non en actions1 mais en thories4 ,ces thories sont des manires de concevoir l'ducation1 non des manires de la pratiquer4 ,parfois elles se distinguent des pratiques en usage au point de s'y opposer4 ,la pdagogie de ,rabelais1 celle de ,rousseau ou de ,pestalozzi1 sont en opposition avec l'ducation de leur temps4 ,l'ducation n'est donc que la matire de la pdagogie4 ,celle-ci consiste dans une certaine manire de rflchir aux choses de l'ducation4 ,c'est ce qui fait que la pdagogie1 au moins dans le pass1 est intermittente1 tandis que l'ducation est continue4 ,il y a des peuples qui n'ont pas eu de pdagogie proprement dite2 elle n'apparat mme qu' une poque relativement avance de l'histoire4 ,on ne la rencontre en ,grce qu'aprs l'poque de ,pricls1 avec ,platon1 ,xnophon1 ,aristote4 ,c'est peine si elle a exist ,rome4 ,dans les socits chrtiennes1 ce n'est gure qu'au seizime sicle qu'elle produit des uvres importantes2 et l'essor qu'elle prit alors se ralentit au sicle suivant1 pour ne reprendre toute sa vigueur qu'au cours du dix-huitime sicle4 ,c'est que l'homme ne rflchit pas toujours1 mais seulement quand il est ncessit rflchir1 et que les conditions de la rflexion ne sont pas toujours et partout donnes4 ,ceci pos1 il nous faut rechercher quels sont les caractres de la rflexion pdagogique et de ses produits4 ,faut-il y voir des doctrines proprement scientifiques et doit-on dire de la pdagogie qu'elle est une science1 la science de l'ducation8 ,ou convient-il de lui donner un autre nom1 et lequel8 ,la nature de la mthode pdagogique sera entendue trs diffremment1 suivant la rponse qu'on donnera cette question4 ,i4 ,que les choses de l'ducation1 considres d'un certain point de vue1 puissent tre l'objet d'une discipline qui prsente tous les caractres des autres disciplines scientifiques1 c'est1 tout d'abord1 ce qu'il est facile de dmontrer4 ,en effet1 pour qu'on puisse appeler science un ensemble d'tudes1 il faut et il suffit qu'elles prsentent les caractres suivants3 #a ,il faut qu'elles portent sur des faits acquis1 raliss1 donns l'observation4 ,une science1 en effet1 se dfinit par son objet2 elle suppose par consquent que cet objet existe1 qu'on peut le dsigner du doigt1 en quelque sorte1 marquer la place qu'il occupe dans l'ensemble de la ralit2 #b ,il faut que ces faits prsentent entre eux une homognit suffisante pour pouvoir tre classs dans une mme catgorie4 ,s'ils taient irrductibles les uns aux autres1 il y aurait1 non pas une science1 mais autant de sciences diffrentes que d'espces distinctes de choses tudier4 ,il arrive bien souvent aux sciences en train de natre et de se constituer d'embrasser assez confusment une pluralit d'objets diffrents2 c'est le cas1 par exemple1 de la gographie1 de l'anthropologie1 etc4 ,mais ce n'est jamais l qu'une phase transitoire dans le dveloppement des sciences2 #c ,enfin1 ces faits1 la science les tudie pour les connatre1 et seulement pour les connatre1 d'une manire absolument dsintresse4 ,nous nous servons dessein de ce mot un peu gnral et vague de connatre1 sans prciser autrement en quoi peut consister la connaissance dite scientifique4 ,peu importe1 en effet1 que le savant s'attache constituer des types plutt qu' dcouvrir des lois1 qu'il se borne dcrire ou bien qu'il cherche expliquer4 ,la science commence ds que le savoir1 quel qu'il soit1 est recherch pour lui-mme4 ,sans doute1 le savant sait bien que ses dcouvertes seront vraisemblablement susceptibles d'tre utilises4 ,il peut mme se faire qu'il dirige de prfrence ses recherches sur tel ou tel point parce qu'il pressent qu'elles seront ainsi plus profitables1 qu'elles permettront de satisfaire des besoins urgents4 ,mais en tant qu'il se livre l'investigation scientifique1 il se dsintresse des consquences pratiques4 ,il dit ce qui est2 il constate ce que sont les choses1 et il s'en tient l4 ,il ne se proccupe pas de savoir si les vrits qu'il dcouvre seront agrables ou dconcertantes2 s'il est bon que les rapports qu'il tablit restent ce qu'ils sont1 ou s'il vaudrait mieux qu'ils fussent autrement4 ,son rle est d'exprimer le rel1 non de le juger4 ,ceci pos1 il n'y a pas de raison pour que l'ducation ne devienne pas l'objet d'une recherche qui satisfasse toutes ces conditions et qui1 par consquent1 prsente tous les caractres d'une science4 ,en effet1 l'ducation1 en usage dans une socit dtermine et considre un moment dtermin de son volution1 est un ensemble de pratiques1 de manires de faire1 de coutumes qui constituent des faits parfaitement dfinis et qui ont la mme ralit que les autres faits sociaux4 ,ce ne sont pas1 comme on l'a cru pendant longtemps1 des combinaisons plus ou moins arbitraires et artificielles1 qui ne doivent l'existence qu' l'influence capricieuse de volonts toujours contingentes4 ,elles constituent1 au contraire1 de vritables institutions sociales4 ,il n'est pas d'homme qui puisse faire qu'une socit ait1 un moment donn1 un autre systme d'ducation que celui qui est impliqu dans sa structure1 de mme qu'il est impossible un organisme vivant d'avoir d'autres organes et d'autres fonctions que ceux qui sont impliqus dans sa constitution4 ,si1 toutes les raisons qui ont t donnes l'appui de cette conception1 il est ncessaire d'en ajouter de nouvelles1 il suffit de prendre conscience de la force imprative avec laquelle ces pratiques s'imposent nous4 ,il est vain de croire que nous levons nos enfants comme nous voulons4 ,nous sommes forcs de suivre les rgles qui rgnent dans le milieu social o nous vivons4 ,l'opinion nous les impose1 et l'opinion est une force morale dont le pouvoir contraignant n'est pas moindre que celui des forces physiques4 ,des usages auxquels elle prte son autorit sont par cela mme soustraits1 dans une large mesure1 l'action des individus4 ,nous pouvons bien y contrevenir1 mais alors les forces morales contre lesquelles nous nous insurgeons ainsi ragissent contre nous1 et il est difficile que1 en raison de leur supriorit1 nous ne soyons pas vaincus4 ,c'est ainsi que nous pouvons bien nous rvolter contre les forces matrielles dont nous dpendons2 nous pouvons tenter de vivre autrement que ne l'implique la nature de notre milieu physique2 mais1 alors1 la mort ou la maladie sont la sanction de notre rvolte4 ,de mme1 nous sommes plongs dans une atmosphre d'ides et de sentiments collectifs que nous ne pouvons pas modifier volont2 et c'est sur des ides et des sentiments de ce genre que reposent les pratiques ducatives4 ,elles sont donc des choses distinctes de nous1 puisqu'elles nous rsistent1 des ralits qui ont par elles-mmes une nature dfinie1 acquise1 qui s'impose nous2 par consquent1 il peut y avoir lieu de l'observer1 de chercher la connatre dans le seul but de la connatre4 ,d'autre part1 toutes les pratiques ducatives1 quelles qu'elles puissent tre1 quelque diffrence qu'il y ait entre elles1 ont en commun un caractre essentiel3 elles rsultent toutes de l'action exerce par une gnration sur la gnration suivante en vue d'adapter celle-ci au milieu social dans lequel elle est appele vivre4 ,elles sont donc toutes des modalits diverses de cette relation fondamentale4 ,par consquent1 elles sont des faits d'une mme espce1 elles ressortissent une mme catgorie logique2 elles peuvent donc servir d'objet une seule et mme science1 qui serait la science de l'ducation4 ,il n'est pas impossible d'indiquer ds maintenant1 dans le seul but de prciser les ides1 quelques-uns des principaux problmes que cette science aurait traiter4 ,les pratiques ducatives ne sont pas des faits isols les uns des autres2 mais1 pour une mme socit1 elles sont lies en un mme systme dont toutes les parties concourent une mme fin3 c'est le systme d'ducation propre ce pays et ce temps4 ,chaque peuple ale sien1 comme il a son systme moral1 religieux1 conomique1 etc4 ,mais1 d'un autre ct1 des peuples de mme espce1 c'est--dire des peuples qui se ressemblent par des caractres essentiels de leur constitution1 doivent pratiquer des systmes d'ducation comparables entre eux4 ,les similitudes que prsente leur organisation gnrale doivent ncessairement en entraner d'autres1 de mme importance1 dans leur organisation ducative4 ,par consquent1 on peut certainement1 par comparaison1 en dgageant les ressemblances et en liminant les diffrences1 constituer les types gnriques d'ducation qui correspondent aux diffrentes espces de socits4 ,par exemple1 sous le rgime de la tribu1 l'ducation a pour caractristique essentielle qu'elle est diffuse2 elle est donne pour tous les membres du clan indistinctement4 ,il n'y a pas de matres dtermins1 pas de surveillants spciaux prposs la formation de la jeunesse2 c'est tous les anciens1 c'est l'ensemble des gnrations antrieures qui joue ce rle4 ,tout au plus arrive-t-il que1 pour certains enseignements particulirement fondamentaux1 certains anciens sont plus spcialement dsigns4 ,dans d'autres socits1 plus avances1 cette diffusion prend fin1 ou1 du moins1 elle s'attnue4 ,l'ducation se concentre entre les mains de fonctionnaires spciaux4 ,dans l',inde1 en gypte1 ce sont les prtres qui sont chargs de cette fonction4 ,l'ducation est un attribut du pouvoir sacerdotal4 ,or cette premire caractristique diffrentielle en entrane d'autres4 ,quand la vie religieuse1 au lieu de rester elle-mme compltement diffuse comme elle l'est l'origine1 se cre un organe spcial charg de la diriger et de l'administrer1 c'est--dire quand il se forme une classe ou une caste sacerdotale1 ce qu'il y a de proprement spculatif et intellectuel dans la religion prend un dveloppement jusqu'alors inconnu4 ,c'est dans ces milieux sacerdotaux que sont apparus les premiers prodromes1 les formes premires et rudimentaires de la science3 astronomie1 mathmatique1 cosmologie4 ,c'est un fait que ,comte avait remarqu depuis longtemps et qui s'explique aisment4 ,il est tout naturel qu'une organisation qui a pour effet de concentrer dans un groupe restreint tout ce qui existe alors de vie spculative stimule et dveloppe cette dernire4 ,par suite1 l'ducation ne se borne plus1 comme dans le principe1 inculquer l'enfant des pratiques1 le dresser certaines manires d'agir4 ,il y a ds lors de la matire pour une certaine instruction4 ,le prtre enseigne les lments de ces sciences qui sont en train de se former4 ,seulement1 cette instruction1 ces connaissances spculatives ne sont pas enseignes pour elles-mmes1 mais en raison des rapports qu'elles soutiennent avec les croyances religieuses2 elles ont un caractre sacr1 elles sont toutes pleines d'lments proprement religieux1 parce qu'elles se sont formes au sein mme de la religion et en sont insparables4--,dans d'autres pays1 comme dans les cits grecques et latines1 l'ducation reste partage suivant une proportion1 variable avec les cits1 entre l'tat et la famille4 ,point de caste sacerdotale4 ,c'est l'tat qui est prpos la vie religieuse4 ,par suite1 comme il n'a pas de besoins spculatifs1 comme il est avant tout orient vers l'action et la pratique1 c'est en dehors de lui1 par consquent aussi en dehors de la religion1 que la science prend naissance quand le besoin s'en fait sentir4 ,les philosophes1 les savants de la ,grce1 sont des particuliers et des lacs4 ,la science mme y a trs vite une tendance antireligieuse4 ,il en rsulte1 au point de vue qui nous intresse1 que l'instruction1 elle aussi1 ds qu'elle apparat1 a un caractre lac et priv4 ,le grammateus d',athnes est un simple citoyen1 sans attaches officielles et sans caractre religieux4 ,il est inutile de multiplier ces exemples1 qui n'ont qu'un intrt d'illustration4 ,ils suffisent montrer comment1 en comparant des socits de mme espce1 on pourrait constituer des types d'ducation1 de mme que l'on constitue des types de famille1 d'tat ou de religion4 ,cette classification n'puiserait pas1 d'ailleurs1 les problmes scientifiques qui peuvent se poser au sujet de l'ducation2 elle ne fait que fournir les lments ncessaires pour en rsoudre un autre1 plus important4 ,une fois les types tablis1 il y aurait les expliquer1 c'est--dire chercher de quelles conditions dpendent les proprits caractristiques de chacun d'eux1 et comment ils sont sortis les uns des autres4 ,on obtiendrait ainsi les lois qui dominent l'volution des systmes d'ducation4 ,on pourrait apercevoir alors et dans quel sens l'ducation s'est dveloppe et quelles sont les causes qui ont dtermin ce dveloppement et qui en rendent compte4 ,question toute thorique assurment1 mais dont la solution1 on l'entrevoit sans peine1 serait fconde en applications pratiques4 ,voil dj un vaste champ d'tudes ouvert la spculation scientifique4 ,et pourtant1 il est d'autres problmes encore qui pourraient tre abords dans le mme esprit4 ,tout ce que nous venons de dire se rapporte au pass2 de telles recherches auraient pour rsultat de nous faire comprendre de quelle manire se sont constitues nos institutions pdagogiques4 ,mais elles peuvent tre considres sous un autre point de vue4 ,une fois formes1 elles fonctionnent1 et l'on pourrait rechercher de quelle manire elles fonctionnent1 c'est--dire quels rsultats elles produisent et quelles sont les conditions qui font varier ces rsultats4 ,pour cela1 il faudrait une bonne statistique scolaire4 ,il y a dans chaque cole une discipline1 un systme de peines et de rcompenses4 ,combien il serait intressant de savoir1 non pas seulement sur la foi d'impressions empiriques1 mais par des observations mthodiques1 de quelle faon ce systme fonctionne dans les diffrentes coles d'une mme localit1 dans les diffrentes rgions1 aux diffrents moments de l'anne1 aux diffrents moments de la journe2 quels sont les dlits scolaires les plus frquents2 comment leur proportion varie sur l'ensemble du territoire ou suivant les pays1 comment elle dpend de l'ge de l'enfant1 de son tat de famille1 etc46 ,toutes les questions qui se posent propos des dlits de l'adulte peuvent se poser ici non moins utilement4 ,il y a une criminologie de l'enfant1 comme il y a une criminologie de l'homme fait4 ,et la discipline n'est pas la seule institution ducative qui pourrait tre tudie d'aprs cette mthode4 ,il n'est pas de mthode pdagogique dont les effets ne pourraient tre mesurs de la mme manire1 supposer1 bien entendu1 que l'instrument ncessaire pour une telle tude1 c'est--dire une bonne statistique1 ait t institu4 ,,ii4 ,voil donc deux groupes de problmes dont le caractre purement scientifique ne peut tre contest4 ,les uns sont relatifs la gense1 les autres au fonctionnement des systmes d'ducation4 ,dans toutes ces recherches1 il s'agit simplement ou de dcrire des choses prsentes ou passes1 ou d'en rechercher les causes1 ou d'en dterminer les effets4 ,elles constituent une science2 voil ce qu'est1 ou plutt voil ce que serait la science de l'ducation4 ,mais de l'esquisse mme que nous venons d'en tracer1 il ressort avec vidence que les thories que l'on appelle pdagogiques sont des spculations d'une tout autre sorte4 ,en effet1 ni elles ne poursuivent le mme but1 ni elles n'emploient les mmes mthodes4 ,leur objectif n'est pas de dcrire ou d'expliquer ce qui est ou ce qui a t1 mais de dterminer ce qui doit tre4 ,elles ne sont orientes ni vers le prsent1 ni vers le pass1 mais vers l'avenir4 ,elles ne se proposent pas d'exprimer fidlement des ralits donnes1 mais d'dicter des prceptes de conduite4 ,elles ne nous disent pas3 voil ce qui existe et quel en est le pourquoi1 mais voil ce qu'il faut faire4 ,mme1 les thoriciens de l'ducation ne parlent gnralement des pratiques traditionnelles du prsent et du pass qu'avec un ddain presque systmatique4 ,ils en signalent surtout les imperfections4 ,presque tous les grands pdagogues1 ,rabelais1 ,montaigne1 ,rousseau1 ,pestalozzi1 sont des esprits rvolutionnaires1 insurgs contre les usages de leurs contemporains4 ,ils ne mentionnent les systmes anciens ou existants que pour les condamner1 pour dclarer qu'ils sont sans fondement dans la nature4 ,ils en font plus ou moins compltement table rase et entreprennent de construire la place quelque chose d'entirement nouveau4 ,si donc on veut s'entendre soi-mme1 il faut distinguer avec soin deux sortes de spculations aussi diffrentes4 ,la pdagogie est autre chose que la science de l'ducation4 ,mais alors qu'est-ce donc8 ,pour faire un choix motiv1 il ne nous suffit pas de savoir ce qu'elle n'est pas2 il nous faut indiquer en quoi elle consiste4 ,dirons-nous que c'est un art8 ,la conclusion parat s'imposer2 car d'ordinaire on ne voit pas d'intermdiaire entre ces deux extrmes et l'on donne le nom d'art tout produit de la rflexion qui n'est pas la science4 ,mais c'est tendre le sens du mot art au point d'y faire rentrer des choses trs diffrentes4 ,en effet1 on appelle galement art l'exprience pratique acquise par l'instituteur au contact des enfants et dans l'exercice de sa profession4 ,or cette exprience est manifestement une chose trs diffrente des thories du pdagogue4 ,un fait d'observation courante rend trs sensible cette diffrence4 ,on peut tre un parfait ducateur et pourtant tre tout fait impropre aux spculations de la pdagogie4 ,le matre habile sait faire ce qu'il faut1 sans pouvoir toujours dire les raisons qui justifient les procds qu'il emploie2 inversement le pdagogue peut manquer de toute habilet pratique2 nous n'aurions pas confi une classe ni ,rousseau ni ,montaigne4 ,mme de ,pestalozzi1 qui pourtant tait un homme du mtier1 on peut dire qu'il ne devait possder que trs incompltement l'art de l'ducateur1 comme le prouvent ses checs rpts4 ,la mme confusion se retrouve dans d'autres domaines4 ,on appelle art le savoir-faire de l'homme d'tat1 expert au maniement des affaires publiques4 ,mais on dit aussi que les crits de ,platon1 d',aristote1 de ,rousseau1 sont des traits d'art politique2 et il est certain qu'on ne peut y voir des uvres vraiment scientifiques1 puisqu'elles ont pour objet non d'tudier le rel1 mais de construire un idal4 ,et pourtant1 il y a un abme entre les dmarches de l'esprit qu'implique un livre comme le ,contrat social et celles que suppose l'administration de l'tat2 ,rousseau et t vraisemblablement aussi mauvais ministre que mauvais ducateur4 ,c'est ainsi encore que les meilleurs thoriciens des choses mdicales ne sont pas1 il s'en faut1 les meilleurs cliniciens4 ,il y a donc intrt ne pas dsigner par un mme mot deux formes d'activit aussi diffrentes4 ,il faut1 croyons-nous1 rserver le nom d'art tout ce qui est pratique pure sans thorie4 ,c'est 'ainsi que tout le monde s'entend quand on parle de l'art du soldat1 de l'art de l'avocat1 de l'art de l'instituteur4 ,un art est un systme de manires de faire qui sont ajustes des fins spciales et qui sont le produit soit d'une exprience traditionnelle communique par l'ducation1 soit de l'exprience personnelle de l'individu4 ,on ne peut les acqurir qu'en se mettant en rapport avec les choses sur lesquelles doit s'exercer l'action et en agissant soi-mme4 ,sans doute1 il peut se faire que l'art soit clair par la rflexion1 mais la rflexion n'en est pas un lment essentiel1 puisqu'il peut exister sans elle4 ,mme il n'existe pas un seul art o tout soit rflchi4 ,mais entre l'art ainsi dfini et la science proprement dite1 il y a place pour une attitude mentale intermdiaire4 ,au lieu d'agir sur les choses ou sur les tres suivant des modes dtermins1 on rflchit sur les procds d'action qui sont ainsi employs1 en vue non de les connatre et de les expliquer1 mais d'apprcier ce qu'ils valent1 s'ils sont ce qu'ils doivent tre1 s'il n'est pas utile de les modifier et de quelle manire1 voire mme de les remplacer totalement par des procds nouveaux4 ,ces rflexions prennent la forme de thories2 ce sont des combinaisons d'ides1 non des combinaisons d'actes1 et1 par l1 elles se rapprochent de la science4 ,mais les ides qui sont ainsi combines ont pour objet1 non d'exprimer la nature des choses donnes1 mais de diriger l'action4 ,elles ne sont pas des mouvements1 mais sont toutes proches du mouvement1 qu'elles ont pour fonction d'orienter4 ,si ce ne sont pas des actions1 ce sont1 du moins1 des programmes d'action1 et1 par l1 elles se rapprochent de l'art4 ,telles sont les thories mdicales1 politiques1 stratgiques1 etc4 ,pour exprimer le caractre mixte de ces sortes de spculations1 nous proposons de les appeler des thories pratiques4 ,la pdagogie est une thorie pratique de ce genre4 ,elle n'tudie pas scientifiquement les systmes d'ducation1 mais elle y rflchit en vue de fournir l'activit de l'ducateur des ides qui le dirigent4 ,,iii4 ,mais la pdagogie ainsi entendue est expose une objection dont on ne peut se dissimuler la gravit4 ,sans doute1 dit-on1 une thorie pratique est possible et lgitime quand elle peut s'appuyer sur une science constitue et inconteste dont elle n'est que l'application4 ,dans ce cas1 en effet1 les notions thoriques d'o sont dduites les consquences pratiques ont une valeur scientifique qui se communique aux conclusions qu'on en tire4 ,c'est ainsi que la chimie applique est une thorie pratique qui n'est que la mise en uvre des thories de la chimie pure4 ,mais une thorie pratique ne vaut que ce que valent les sciences auxquelles elle emprunte ses notions fondamentales4 ,or1 sur quelles sciences la pdagogie peut-elle s'appuyer8 ,il devrait d'abord y avoir la science de l'ducation4 ,car1 pour savoir ce que l'ducation doit tre1 il faudrait avant tout savoir quelle en est la nature1 quelles sont les conditions diverses dont elle dpend1 les lois suivant lesquelles elle a volu dans l'histoire4 ,mais la science de l'ducation n'existe gure qu' l'tat de projet4 ,restent1 d'une part1 les autres branches de la sociologie qui pourraient aider la pdagogie fixer le but de l'ducation avec l'orientation gnrale des mthodes2 de l'autre1 la psychologie dont les enseignements pourraient tre trs utiles pour la dtermination1 dans le dtail1 des procds pdagogiques4 ,mais la sociologie est une science peine naissante2 elle ne compte que bien peu de propositions tablies1 si tant est qu'il y en ait4 ,la psychologie elle-mme1 bien qu'elle se soit constitue plus tt que les sciences sociales1 est l'objet de toutes sortes de controverses2 il n'est pas de questions psychologiques sur lesquelles on ne soutienne encore les thses les plus opposes4 ,ds lors1 que peuvent valoir des conclusions pratiques qui reposent sur des donnes scientifiques la fois aussi incertaines et aussi incompltes8 ,que peut valoir une spculation pdagogique qui manque de toutes bases1 ou dont les bases1 quand elles ne font pas totalement dfaut1 manquent ce point de solidit8 ,le fait que l'on invoque ainsi pour dnier tout crdit la pdagogie est1 en lui-mme1 incontestable4 ,il est certain que la science de l'ducation est tout entire faire1 que la sociologie et la psychologie sont encore bien peu avances4 ,si donc il nous tait permis d'attendre1 il serait prudent et mthodique de patienter jusqu' ce que ces sciences eussent fait des progrs et pussent tre utilises avec plus d'assurance4 ,mais c'est que1 justement1 la patience ne nous est pas permise4 ,nous ne sommes pas libres de nous poser ou d'ajourner le problme3 il nous est pos1 ou plutt impos par les choses elles-mmes1 par les faits1 par la ncessit de vivre4 ,la question n'est pas entire4 ,nous sommes embarqus et il faut suivre4 ,sur bien des points1 notre systme traditionnel d'ducation n'est plus en harmonie avec nos ides et nos besoins4 ,nous n'avons donc de choix qu'entre les deux partis suivants3 ,ou bien essayer de maintenir quand mme les pratiques que nous a lgues le pass1 bien qu'elles ne rpondent plus aux exigences de la situation1 ou bien entreprendre rsolument de rtablir l'harmonie trouble en cherchant quelles sont les modifications ncessaires4 ,de ces deux partis1 le premier est irralisable et ne peut aboutir4 ,rien n'est vain comme ces tentatives pour donner une vie artificielle et une autorit d'apparence des institutions vieillies et discrdites4 ,l'chec est invitable4 ,on ne peut pas touffer les ides que ces institutions contredisent3 on ne peut pas faire taire les besoins qu'elles froissent4 ,les forces contre lesquelles on entreprend ainsi de lutter ne peuvent pas ne pas avoir le dessus4 ,il n'y a donc qu' se mettre courageusement l'uvre1 qu' rechercher les changements qui s'imposent et les raliser4 ,mais comment les dcouvrir si ce n'est par la rflexion8 ,seule1 la conscience rflchie peut suppler aux lacunes de la tradition1 quand celle-ci vient faire dfaut4 ,or qu'est-ce que la pdagogie1 sinon la rflexion applique le plus mthodiquement possible aux choses de l'ducation en vue d'en rgler le dveloppement8 ,sans doute1 nous n'avons pas entre les mains tous les lments qui seraient dsirables pour rsoudre le problme2 mais ce n'est pas une raison pour ne pas chercher le rsoudre puisqu'il faut qu'il soit rsolu4 ,nous n'avons donc rien d'autre faire qu' faire pour le mieux1 qu' rassembler le plus de faits instructifs qu'il nous est possible1 qu' les interprter avec le plus de mthode que nous pouvons y mettre1 afin de rduire au minimum les chances d'erreur4 ,tel est le rle du pdagogue4 ,rien n'est vain et strile comme ce puritanisme scientifique qui1 sous prtexte que la science n'est pas faite1 conseille l'abstention et recommande aux hommes d'assister en tmoins indiffrents1 ou tout au moins rsigns1 la marche des vnements4 ,a ct du sophisme d'ignorance1 il y a le sophisme de science qui n'est pas moins dangereux4 ,sans doute1 agir dans ces conditions1 on court des risques4 ,mais l'action ne va jamais sans risques2 la science1 si avance qu'elle puisse tre1 ne saurait les supprimer4 ,tout ce qu'on peut nous demander1 c'est de mettre tout ce que nous avons de science1 si imparfaite qu'elle soit1 et tout ce que nous avons de conscience1 prvenir ces risques autant qu'il est en nous4 ,et c'est prcisment en cela que consiste le rle de la pdagogie4 ,mais la pdagogie ne sera pas seulement utile dans ces priodes critiques o il faut1 en toute urgence1 remettre un systme scolaire en harmonie avec les besoins du temps2 aujourd'hui1 tout au moins1 elle est devenue un auxiliaire constamment indispensable de l'ducation4 ,c'est que1 en effet1 si l'art de l'ducateur est fait1 avant tout1 d'instincts et d'habitudes devenues presque instinctives1 il est cependant ncessaire que l'intelligence ne s'en retire pas4 ,la rflexion ne saurait en tenir lieu1 mais il ne saurait se passer de la rflexion1 du moins partir du moment o les peuples ont atteint un certain degr de civilisation4 ,en effet1 une fois que la personnalit individuelle est devenue un lment essentiel de la culture intellectuelle et morale de l'humanit1 l'ducateur doit tenir compte du germe d'individualit qui est en chaque enfant4 ,il doit1 par tous les moyens possibles1 chercher en favoriser le dveloppement4 ,au lieu d'appliquer tous1 d'une manire invariable1 la mme rglementation impersonnelle et uniforme1 il devra1 au contraire1 varier1 diversifier les mthodes suivant les tempraments et la tournure de chaque intelligence4 ,mais1 pour pouvoir accommoder avec discernement les pratiques ducatives la varit des cas particuliers1 il faut savoir quoi elles tendent1 quelles sont les raisons des diffrents procds qui les constituent1 les effets qu'elles produisent dans les diffrentes circonstances2 il faut1 en un mot1 les avoir soumises la rflexion pdagogique4 ,une ducation empirique1 machinale1 ne peut pas ne pas tre compressive et niveleuse4 ,d'autre part1 mesure qu'on avance dans l'histoire1 l'volution sociale devient plus rapide2 une poque ne ressemble pas celle qui prcde2 chaque temps a sa physionomie4 ,des besoins nouveaux et de nouvelles ides surgissent sans cesse2 pour pouvoir rpondre aux changements incessants qui surviennent ainsi dans les opinions et dans les murs1 il faut que l'ducation elle-mme change1 et1 par consquent1 reste dans un tat de mallabilit qui permette le changement4 ,or1 le seul moyen de l'empcher de tomber sous le joug de l'habitude et de dgnrer en automatisme machinal et immuable1 c'est de la tenir perptuellement en haleine par la rflexion4 ,quand l'ducateur se rend compte des mthodes qu'il emploie1 de leur but et de leur raison d'tre1 il est en tat de les juger et1 par suite1 il se tient prt les modifier s'il arrive se convaincre que le but poursuivre n'est plus le mme ou que les moyens employer doivent tre diffrents4 ,la rflexion est1 par excellence1 la force antagoniste de la routine1 et la routine est l'obstacle aux progrs ncessaires4 ,c'est pourquoi1 s'il est vrai1 comme nous le disions en commenant1 que la pdagogie n'apparat dans l'histoire que d'une manire intermittente1 il faut cependant ajouter qu'elle tend de plus en plus devenir une fonction continue de la vie sociale4 ,le moyen ge n'en avait pas besoin4 ,c'tait une poque de conformisme o tout le monde pensait et sentait de la mme manire1 o tous les esprits taient comme couls dans le mme moule1 o les dissidences individuelles taient rares1 et d'ailleurs proscrites4 ,aussi l'ducation tait-elle impersonnelle2 le matre1 dans les coles mdivales1 s'adressait collectivement tous ses lves sans qu'il et l'ide d'approprier son action la nature de chacun4 ,en mme temps1 l'immutabilit des croyances fondamentales s'opposait ce que le systme ducatif volut trs rapidement4 ,pour ces deux raisons1 il avait donc moins besoin d'tre guid par la pense pdagogique4 ,mais1 la ,renaissance1 tout change3 les personnalits individuelles se dgagent de la masse sociale o elles taient1 jusque-l1 absorbes et confondues2 les esprits se diversifient2 en mme temps le dveloppement historique s'acclre2 une nouvelle civilisation se constitue4 ,pour rpondre tous ces changements1 la rflexion pdagogique s'veille1 et1 bien qu'elle n'ait pas toujours brill d'un mme clat1 cependant1 elle ne devait plus s'teindre compltement4 ,,iv4 ,mais1 pour que la rflexion pdagogique puisse produire les effets utiles qu'on est en droit d'attendre d'elle1 il faut qu'elle soit soumise une culture approprie4 #a ,nous avons vu que la pdagogie n'est pas l'ducation et ne saurait en tenir lieu4 ,son rle n'est pas de se substituer la pratique1 mais de la guider1 de l'clairer1 de l'aider1 au besoin1 combler les lacunes qui viennent s'y produire1 remdier aux insuffisances qui y sont constates4 ,le pdagogue n'a donc pas construire de toutes pices un systme d'enseignement1 comme s'il n'en existait pas avant lui2 mais il faut1 au contraire1 qu'il s'applique1 avant tout1 connatre et comprendre le systme de son temps2 c'est cette condition qu'il sera en mesure de s'en servir avec discernement et de juger ce qu'il peut s'y trouver de dfectueux4 ,mais1 pour pouvoir le comprendre1 il ne suffit pas de le considrer tel qu'il est aujourd'hui1 car ce systme d'ducation est un produit de l'histoire que l'histoire seule peut expliquer4 ,c'est une vritable institution sociale4 ,mme il n'en est gure o toute l'histoire du pays vienne aussi intgralement retentir4 ,les coles franaises traduisent1 expriment l'esprit franais4 ,on ne peut donc rien entendre ce qu'elles sont1 au but qu'elles poursuivent1 si l'on ne sait pas ce qui constitue notre esprit national1 quels en sont les divers lments1 quels sont ceux qui dpendent de causes permanentes et profondes1 ceux1 au contraire1 qui sont dus l'action de facteurs plus ou moins accidentels et passagers3 toutes questions que1 seule1 l'analyse historique peut rsoudre4 ,on discute souvent pour savoir quelle place doit revenir l'cole primaire dans l'ensemble de notre organisation scolaire et dans la vie gnrale de la socit4 ,mais le problme est insoluble si l'on ignore comment s'est forme notre organisation scolaire1 d'o viennent ses caractres distinctifs1 ce qui a dtermin1 dans le pass1 la place qui y a t faite h l'cole lmentaire1 quelles sont les causes qui en ont favoris ou entrav le dveloppement1 etc4 ,ainsi1 l'histoire de l'enseignement1 au moins de l'enseignement national1 est la premire des propdeutiques une culture pdagogique4 ,naturellement1 si c'est de pdagogie primaire qu'il s'agit1 c'est l'histoire de l'enseignement primaire que l'on s'attache de prfrence connatre4 ,mais1 pour la raison que nous venons d'indiquer1 il ne saurait tre dtach compltement du systme scolaire plus vaste dont il n'est qu'une partie4 #b ,mais ce systme scolaire n'est pas fait uniquement de pratiques tablies1 de mthodes consacres par l'usage1 hritage du pass4 ,il s'y trouve1 de plus1 des tendances vers l'avenir1 des aspirations vers un idal nouveau1 plus ou moins clairement entrevu4 ,ces aspirations1 il importe de les bien connatre pour pouvoir apprcier quelle place il convient de leur faire dans la ralit scolaire4 ,or1 elles viennent s'exprimer dans les doctrines pdagogiques2 l'histoire de ces doctrines doit donc complter celle de l'enseignement4 ,on pourrait croire1 il est vrai1 que1 pour remplir sa fin utile1 cette histoire n'a pas besoin de remonter trs loin dans le pass et peut1 sans inconvnient1 tre trs courte4 ,ne suffit-il pas de connatre les thories entre lesquelles se partagent les esprits des contemporains8 ,toutes les autres1 celles des sicles1 antrieurs1 sont aujourd'hui primes et n'ont plus1 semble-t-il1 qu'un intrt d'rudition4 ,mais ce modernisme ne peut1 croyons-nous1 que rarfier une des principales sources auxquelles doit s'alimenter la rflexion pdagogique4 ,en effet1 les doctrines les plus rcentes ne sont pas nes d'hier2 elles sont la suite de celles qui ont prcd1 sans lesquelles1 par consquent1 elles ne peuvent tre comprises2 et ainsi1 de proche en proche1 pour dcouvrir les causes dterminantes d'un courant pdagogique de quelque importance1 il faut gnralement revenir assez loin en arrire4 ,c'est mme cette condition que l'on aura quelque assurance que les vues nouvelles qui passionnent le plus les esprits ne sont pas de brillantes improvisations1 destines sombrer rapidement dans l'oubli4 ,par exemple1 pour pouvoir comprendre la tendance actuelle l'enseignement par les choses1 ce qu'on peut appeler le ralisme pdagogique1 il ne faut pas se borner voir comment elle s'exprime chez tel ou tel contemporain2 il faut remonter jusqu'au moment o elle prend naissance1 c'est--dire au milieu du dix-huitime sicle en ,france1 et vers la fin du dix-septime dans certains pays protestants4 ,par cela seul quelle se trouvera ainsi rattache ses origines premires1 la pdagogie raliste se prsentera sous un tout autre aspect2 on se rendra mieux compte qu'elle tient des causes profondes1 impersonnelles1 agissantes chez tous les peuples de l',europe4 ,et en mme temps1 on sera dans de meilleures conditions pour apercevoir quelles sont ces causes1 et1 par consquent1 pour juger de la porte vritable de ce mouvement4 ,mais1 d'un autre ct1 ce courant pdagogique s'est constitu en opposition avec un courant contraire1 celui de l'enseignement humaniste et livresque4 ,on ne pourra donc apprcier sainement le premier qu' condition de connatre aussi le second2 et nous voil obligs de remonter bien plus haut encore dans l'histoire4 ,cette histoire de la pdagogie1 pour porter tous ses fruits1 ne doit pas1 d'ailleurs1 tre spare de l'histoire de l'enseignement4 ,bien que nous les ayons distingues dans l'exposition1 elles sont1 en ralit1 solidaires l'une de l'autre4 ,car1 chaque moment du temps1 les doctrines dpendent de l'tat de l'enseignement1 qu'elles refltent alors mme qu'elles ragissent contre lui1 et1 d'autre part1 dans la mesure o elles exercent une action efficace1 elles contribuent le dterminer4 ,la culture pdagogique doit donc avoir une base largement historique4 ,c'est cette condition que la pdagogie pourra chapper un reproche qu'on lui a souvent adress et qui a fortement nui son crdit4 ,trop de pdagogues1 et parmi les plus illustres1 ont entrepris d'difier leurs systmes en faisant abstraction de ce qui avait exist avant eux4 ,le traitement auquel ,ponocrates soumet ,gargantua avant de l'initier aux mthodes nouvelles est1 sur ce point1 significatif3 il lui purge le cerveau avec lbore d',anticyre de manire lui faire oublier tout ce qu'il auoit apprins soubz ses anticques precepteurs4 ,c'tait dire1 sous une forme allgorique1 que la pdagogie nouvelle ne devait rien avoir de commun avec celle qui avait prcd4 ,mais c'tait du mme coup se placer en dehors des conditions du rel4 ,l'avenir ne peut tre voqu du nant3 nous ne pouvons le construire qu'avec les matriaux que nous a lgus le pass4 ,un idal que l'on construit en prenant le contre-pied de l'tat de choses existant n'est pas ralisable puisqu'il n'a pas de racines dans la ralit4 ,d'ailleurs1 il est clair que le pass avait ses raisons d'tre2 il n'aurait pu durer s'il n'avait rpondu des besoins lgitimes qui ne sauraient disparatre totalement du jour au lendemain2 on ne peut donc en faire aussi radicalement table rase sans mconnatre des ncessits vitales4 ,voil comment il se fait que la pdagogie n'a trop souvent t qu'une forme de littrature utopique4 ,nous plaindrions des enfants auxquels on appliquerait rigoureusement la mthode de ,rousseau ou celle de ,pestalozzi4 ,sans doute1 ces utopies ont pu jouer un rle utile dans l'histoire4 ,leur simplisme mme leur a permis de frapper plus vivement les esprits et de les stimuler l'action4 ,mais1 d'abord1 ces avantages ne sont pas sans inconvnients2 de plus1 pour cette pdagogie de tous les jours1 dont chaque matre a besoin en vue d'clairer et de guider sa pratique quotidienne1 il faut moins d'entranement passionnel et unilatral1 et1 au contraire1 plus de mthode1 un sentiment plus prsent de la ralit et des difficults multiples auxquelles il est ncessaire de faire face4 ,c'est ce sentiment que donnera une culture historique bien entendue4 #c ,seule1 l'histoire de l'enseignement et de la pdagogie permet de dterminer les fins que doit poursuivre l'ducation chaque moment du temps4 ,mais1 pour ce qui regarde les moyens ncessaires la ralisation de ces fins1 c'est la psychologie qu'il faut les demander4 ,en effet1 l'idal pdagogique d'une poque exprime avant tout l'tat de la socit l'poque considre4 ,mais1 pour que cet idal devienne une ralit1 encore faut-il y conformer la conscience de l'enfant4 ,or1 la conscience a ses lois propres qu'il faut connatre pour pouvoir les modifier1 si1 du moins1 on veut s'pargner1 autant que possible1 les ttonnements empiriques que la pdagogie a prcisment pour objet de rduire au minimum4 ,pour pouvoir exciter l'activit se dvelopper dans une certaine direction1 encore faut-il savoir quels sont les ressorts qui la meuvent et quelle est leur nature2 car c'est cette condition qu'il sera possible d'y appliquer1 en connaissance de cause1 l'action qui convient4 ,s'agit-il1 par exemple1 d'veiller ou l'amour de la patrie ou le sens de l'humanit8 ,nous saurons d'autant mieux tourner la sensibilit morale des lves dans l'un ou l'autre sens1 que nous aurons des notions plus compltes et plus prcises sur l'ensemble des phnomnes que l'on appelle tendances1 habitudes1 dsirs1 motions1 etc41 sur les conditions diverses dont ils dpendent1 sur la forme qu'ils prsentent chez l'enfant4 ,suivant qu'on voit dans les tendances un produit des expriences agrables ou dsagrables qu'a pu faire l'espce1 ou bien1 au contraire1 un fait primitif antrieur aux tats affectifs qui en accompagnent le fonctionnement1 on devra s'y prendre de manires trs diffrentes pour en rgler le fonctionnement4 ,or1 c'est la psychologie et1 plus spcialement1 la psychologie infantile qu'il appartient d rsoudre ces questions4 ,si donc elle est incomptente pour fixer la fin1---puisque la fin varie suivant les tats sociaux1--il n'est pas douteux qu'elle n'ait un rle utile jouer dans la constitution des mthodes4 ,mme1 comme aucune mthode ne peut s'appliquer de la mme manire aux diffrents enfants1 c'est encore la psychologie qui devrait nous aider nous reconnatre au milieu de la diversit des intelligences et des caractres4 ,on sait malheureusement que nous sommes encore loin du moment o elle sera vraiment en tat de satisfaire ce desideratum4 ,il y a une forme spciale de la psychologie qui a pour le pdagogue une importance toute particulire3 c'est la psychologie collective4 ,une classe1 en effet1 est une petite socit1 et il ne faut pas la conduire comme si elle n'tait qu'une simple agglomration de sujets indpendants les uns des autres4 ,les enfants en classe pensent1 sentent et agissent autrement que quand ils sont isols4 ,il se produit dans une classe des phnomnes de contagion1 de dmoralisation collective1 de surexcitation mutuelle1 d'effervescence salutaire1 qu'il faut savoir discerner afin de prvenir ou de combattre les uns1 d'utiliser les autres4 ,assurment1 cette science est encore tout fait dans l'enfance4 ,cependant1 il y a1 ds prsent1 un certain nombre de propositions qu'il importe de ne pas ignorer4 ,telles sont les principales disciplines qui peuvent veiller et cultiver la rflexion pdagogique4 ,au lieu de chercher dicter1 pour la pdagogie1 un code abstrait de rgles mthodologiques1--entreprise qui1 en un mode de spculation aussi composite et aussi complexe1 n'est gure ralisable d'une manire satisfaisante1--il nous a paru prfrable d'indiquer de quelle manire le pdagogue nous parat devoir tre form4 ,une certaine attitude de l'esprit en face des problmes qu'il lui appartient de traiter se trouve1 par cela mme1 dtermine4 ,,iii ,p,,dagogie ,,et ,,sociologie ,messieurs1 ,c'est pour moi un trs grand honneur1 et dont je sens vivement tout le prix1 d'avoir suppler dans cette chaire l'homme de haute raison et de ferme volont qui la ,france doit1 pour une si large part1 la rnovation de son enseignement primaire4 ,en contact intime avec les matres de nos coles depuis quinze ans que je professe la pdagogie l',universit de ,bordeaux1 j'ai pu voir de prs l'uvre laquelle le nom de ,m4 ,buisson restera dfinitivement attach1 et j'en connais1 par suite1 toute la grandeur4 ,surtout quand on se reporte par la pense l'tat dans lequel se trouvait cet enseignement au moment o la rforme en fut entreprise1 il est impossible de ne pas admirer l'importance des rsultats obtenus et la rapidit des progrs accomplis4 ,les coles multiplies et matriellement transformes1 des mthodes rationnelles substitues aux vieilles routines d'autrefois1 un vritable essor donn la rflexion pdagogique1 une stimulation gnrale de toutes les initiatives1 tout cela constitue certainement une des plus grandes et des plus heureuses rvolutions qui se soient produites dans l'histoire de notre ducation nationale4 ,ce fut donc pour la science une vritable bonne fortune quand ,m4 ,buisson1 jugeant sa tche acheve1 renona ses absorbantes fonctions pour communiquer au public1 par la voie de l'enseignement1 les rsultats de son incomparable exprience4 ,une pratique aussi tendue des choses1 claire d'ailleurs par une large philosophie1 la fois prudente et curieuse de toutes les nouveauts1 devait ncessairement donner sa parole une autorit que venaient rehausser encore le prestige moral attach sa personne et le souvenir des services rendus dans toutes les grandes causes auxquelles ,m4 ,buisson a consacr sa vie4 ,je ne vous apporte rien qui ressemble une comptence aussi particulire4 ,aussi aurais-je lieu de me sentir singulirement effray devant les difficults de ma tche1 si je ne me rassurais un peu la pense que des problmes aussi complexes peuvent tre utilement tudis par des esprits divers et de points de vue diffrents4 ,sociologue1 c'est surtout en sociologue que je vous parlerai d'ducation4 ,d'ailleurs1 bien loin qu' procder ainsi on s'expose voir et montrer les choses par un biais qui les dforme1 je suis1 au contraire1 convaincu qu'il n'est pas de mthode plus apte mettre en vidence leur vritable nature4 ,je considre1 en effet1 comme le postulat mme de toute spculation pdagogique que l'ducation est chose minemment sociale1 par ses origines comme par ses fonctions1 et que1 par suite1 la pdagogie dpend de la sociologie plus troitement que de toute autre science4 ,et puisque cette ide est appele dominer tout mon enseignement1 comme elle dominait dj l'enseignement similaire que je donnais nagure dans une autre ,universit1 il m'a paru qu'il convenait d'employer ce premier entretien la dgager et la prciser afin que vous puissiez mieux en suivre les applications ultrieures4 ,ce n'est pas qu'il puisse tre question d'en faire une dmonstration expresse au cours d'une seule et unique leon4 ,un principe aussi gnral et dont les rpercussions sont aussi tendues ne peut se vrifier que progressivement1 au fur et mesure que l'on avance dans le dtail des faits et qu'on voit comment il s'y applique4 ,mais ce qui est possible ds maintenant1 c'est de vous en donner un aperu d'ensemble2 c'est de vous indiquer les principales raisons qui doivent le faire accepter1 ds le dbut de la recherche1 titre de prsomption provisoire et sous rserve des vrifications ncessaires2 c'est1 enfin1 d'en marquer la porte en mme temps que les limites1 et ce sera l'objet de cette premire leon4 ,i ,il est d'autant plus ncessaire d'appeler tout de suite votre attention sur cet axiome fondamental qu'il est plus gnralement mconnu4 ,jusqu' ces dernires annes--et encore les exceptions peuvent-elles se compter#d--les pdagogues modernes taient presque unanimement d'accord pour voir dans l'ducation une chose minemment individuelle et pour faire1 par consquent1 de la pdagogie un corollaire immdiat et direct de la seule psychologie4 ,pour ,kant comme pour ,mill1 pour ,herbart comme pour ,spencer1 l'ducation aurait avant tout pour objet de raliser en chaque individu1 mais en les portant leur plus haut point de perfection possible1 les attributs constitutifs de l'espce humaine en gnral4 ,on posait comme une vrit d'vidence qu'il y a une ducation1 et une seule1 qui1 l'exclusion de toute autre1 convient indiffremment tous les hommes1 quelles que soient les conditions historiques et sociales dont ils dpendent1 et c'est cet idal abstrait et unique que les thoriciens de l'ducation se proposaient de dterminer4 ,on admettait qu'il y a une nature humaine1 dont les formes et les proprits sont dterminables une fois pour toutes1 et le problme pdagogique consistait rechercher de quelle manire l'action ducatrice doit s'exercer sur la nature humaine ainsi dfinie4 ,sans doute1 nul n'a jamais pens que l'homme soit d'emble1 ds qu'il entre dans la vie1 tout ce qu'il peut et doit tre4 ,il est trop manifeste que l'tre humain ne se constitue que progressivement1 au cours d'un lent devenir qui commence la naissance pour ne s'achever qu' la maturit4 ,mais on supposait que ce devenir ne fait qu'actualiser des virtualits1 que mettre au jour des nergies latentes qui existaient1 toutes prformes1 dans l'organisme physique et mental de l'enfant4 ,l'ducateur n'aurait donc rien d'essentiel ajouter l'uvre de la nature4 ,il ne crerait rien de nouveau4 ,son rle se bornerait empcher que ces virtualits existantes ne s'atrophient par inaction1 ou ne dvient de leur direction normale1 ou ne se dveloppent avec trop de lenteur4 ,ds lors1 les conditions de temps et de lieu1 l'tat o se trouve le milieu social perdent tout intrt pour la pdagogie4 ,puisque l'homme porte en lui-mme tous les germes de son dveloppement1 c'est lui et lui seul qu'il faut observer quand on entreprend de dterminer dans quel sens et de quelle manire ce dveloppement doit tre dirig4 ,ce qui importe1 c'est de savoir quelles sont ses facults natives et quelle est leur nature4 ,or la science qui a pour objet de dcrire et d'expliquer l'homme individuel1 c'est la psychologie4 ,il semble donc qu'elle doive suffire tous les besoins du pdagogue4 ,malheureusement1 cette conception de l'ducation se trouve en contradiction formelle avec tout ce que nous apprend l'histoire3 il n'est pas un peuple1 en effet1 o elle ait jamais t mise en pratique4 ,tout d'abord1 bien loin qu'il y ait une ducation universellement valable pour tout le genre humain1 il n'y a1 pour ainsi dire1 pas de socit o des systmes pdagogiques diffrents ne coexistent et ne fonctionnent paralllement4 ,la socit est-elle forme de castes8 ,l'ducation varie d'une caste l'autre2 celle des patriciens n'tait pas celle des plbiens1 celle du ,brahmane n'tait pas celle du udra4 ,de mme1 au moyen ge1 quel cart entre la culture que recevait le jeune page1 instruit dans tous les arts de la chevalerie1 et celle du vilain qui s'en allait apprendre l'cole de sa paroisse quelques maigres lments de comput1 de chant et de grammaire6 ,aujourd'hui encore ne voyons-nous pas l'ducation varier avec les classes sociales ou bien mme avec les habitats8 ,celle de la ville n'est pas celle de la campagne1 celle du bourgeois n'est pas celle de l'ouvrier4 ,on dira que cette organisation n'est pas moralement justifiable1 qu'on ne peut y voir qu'une survivance destine disparatre8 ,la thse est aise dfendre4 ,il est vident que l'ducation de nos enfants ne devrait pas dpendre du hasard qui les fait natre ici plutt que l1 de tels parents et non de tels autres4 ,mais alors mme que la conscience morale de notre temps aurait reu sur ce point la satisfaction qu'elle attend1 l'ducation ne deviendrait pas pour cela plus uniforme4 ,alors mme que la carrire de chaque enfant ne serait plus prdtermine1 au moins en grande partie1 par une aveugle hrdit1 la diversit morale des professions ne laisserait pas d'entraner sa suite une grande diversit pdagogique4 ,chaque profession1 en effet1 constitue un milieu sui generis qui rclame des aptitudes particulires et des connaissances spciales1 o rgnent certaines ides1 certains usages1 certaines manires de voir les choses2 et comme l'enfant doit tre prpar en vue de la fonction qu'il sera appel remplir1 l'ducation1 partir d'un certain ge1 ne peut plus rester la mme pour tous les sujets auxquels elle s'applique4 ,c'est pourquoi nous la voyons1 dans tous les pays civiliss1 qui tend de plus en plus se diversifier et se spcialiser3 et cette spcialisation devient tous les jours plus prcoce4 ,l'htrognit qui se produit ainsi ne repose pas1 comme celle dont nous constations tout l'heure l'existence1 sur d'injustes ingalits2 mais elle n'est pas moindre4 ,pour trouver une ducation absolument homogne et galitaire1 il faudrait remonter jusqu'aux socits pr-historiques au sein desquelles il n'existe aucune diffrenciation1 et encore ces sortes de socits ne reprsentent-elles gure qu'un moment logique dans l'histoire de l'humanit4 ,or il est vident que ces ducations spciales ne sont nullement organises en vue de fins individuelles4 ,sans doute1 il arrive parfois qu'elles ont pour effet de dvelopper chez l'individu des aptitudes particulires qui y taient immanentes et qui ne demandaient qu' entrer en acte3 en ce sens1 on peut dire qu'elles l'aident raliser sa nature4 ,mais nous savons combien ces vocations troitement dfinies sont exceptionnelles4 ,le plus gnralement1 nous ne sommes pas prdestin par notre temprament intellectuel ou moral aune fonction bien dtermine4 ,l'homme moyen est minemment plastique2 il peut tre galement utilis dans des emplois trs varis4 ,si donc il se spcialise et s'il se spcialise sous telle forme plutt que sous telle autre1 ce n'est pas pour des raisons qui lui sont intrieures2 il n'y est pas pouss par les ncessits de sa nature4 ,mais c'est la socit qui1 pour pouvoir se maintenir1 a besoin que le travail se divise entre ses membres et se divise entre eux de telle faon plutt que de telle autre4 ,c'est pourquoi elle se prpare de ses propres mains1 par la voie de l'ducation1 les travailleurs spciaux dont elle a besoin4 ,c'est donc pour elle et c'est aussi par elle que l'ducation s'est ainsi diversifie4 ,il y a plus4 ,bien loin que cette culture spciale nous rapproche ncessairement de la perfection humaine1 elle ne va pas sans une dchance partielle1 et cela alors mme qu'elle se trouve en harmonie avec les prdispositions naturelles de l'individu4 ,car nous ne pouvons dvelopper avec l'intensit ncessaire les facults qu'implique spcialement notre fonction1 sans laisser les autres s'engourdir dans l'inaction1 sans abdiquer1 par consquent1 toute une partie de notre nature4 ,par exemple1 l'homme1 en tant qu'individu1 n'est pas moins fait pour agir que pour penser4 ,mme1 puisqu'il est avant tout un tre vivant et que la vie c'est l'action1 les facults actives lui sont peut-tre plus essentielles que les autres4 ,et cependant1 partir du moment o la vie intellectuelle des socits a atteint un certain degr de dveloppement1 il y a et il doit ncessairement y avoir des hommes qui s'y consacrent exclusivement1 qui ne fassent que penser4 ,or la pense ne peut se dvelopper qu'en se dtachant du mouvement1 qu'en se repliant sur elle-mme1 qu'en dtournant de l'action le sujet qui s'y donne4 ,ainsi se forment ces natures incompltes o toutes les nergies de l'activit se sont1 pour ainsi dire1 converties en rflexion1 et qui1 pourtant1 quelque tronques qu'elles soient par certains cts1 constituent les agents indispensables du progrs scientifique4 ,jamais l'analyse abstraite de la constitution humaine n'aurait permis de prvoir que l'homme tait susceptible d'altrer ainsi ce qui passe pour tre son essence1 ni qu'une ducation tait ncessaire qui prpart ces utiles altrations4 ,cependant1 quelle que soit l'importance de ces ducations spciales1 on ne saurait contester qu'elles ne sont pas toute l'ducation4 ,mme on peut dire qu'elles ne se suffisent pas elles-mmes2 partout o on les rencontre1 elles ne divergent les unes des autres qu' partir d'un certain point en de duquel elles se confondent4 ,elles reposent toutes sur une base commune4 ,il n'y a pas de peuple1 en effet1 o il n'existe un certain nombre d'ides1 de sentiments et de pratiques que l'ducation doit inculquer tous les enfants indistinctement1 quelque catgorie sociale qu'ils appartiennent4 ,c'est mme cette ducation commune qui passe gnralement pour tre la vritable ducation4 ,elle seule semble pleinement mriter d'tre appele de ce nom4 ,on lui accorde sur toutes les autres une sorte de prminence4 ,c'est donc d'elle surtout qu'il importe de savoir si1 comme on le prtend1 elle est implique tout entire dans la notion de l'homme et si elle en peut tre dduite4 vrai dire1 la question ne se pose mme pas pour tout ce qui concerne les systmes d'ducation que nous fait connatre l'histoire4 ,ils sont si videmment lis des systmes sociaux dtermins qu'ils en sont insparables4 ,si1 en dpit des diffrences qui sparaient le patriciat de la plbe1 il y avait pourtant ,rome une ducation commune tous les ,romains1 cette ducation avait pour caractristique d'tre essentiellement romaine4 ,elle impliquait toute l'organisation de la cit en mme temps qu'elle en tait la base4 ,et ce que nous disons de ,rome pourrait se rpter de toutes les socits historiques4 ,chaque type de peuple a son ducation qui lui est propre et qui peut servir le dfinir au mme titre que son organisation morale1 politique et religieuse4 ,c'est un des lments de sa physionomie4 ,voil pourquoi l'ducation a si prodigieusement vari suivant les temps et les pays2 pourquoi1 ici1 elle habitue l'individu abdiquer compltement sa personnalit entre les mains de l'tat1 alors qu'ailleurs1 au contraire1 elle s'attache en faire un tre autonome1 lgislateur de sa propre conduite2 pourquoi elle tait asctique au moyen ge1 librale la renaissance1 littraire au ,x,v,i,ie sicle1 scientifique de nos jours4 ,ce n'est pas que1 par une suite d'aberrations1 les hommes se soient mpris sur leur nature d'hommes et sur leurs besoins1 mais c'est que leurs besoins ont vari1 et ils ont vari parce que les conditions sociales dont dpendent les besoins humains ne sont pas restes les mmes4 ,mais1 par une inconsciente contradiction1 ce que l'on accorde facilement pour le pass1 on se refuse l'admettre pour le prsent et1 plus encore1 pour l'avenir4 ,tout le monde reconnat sans peine qu' ,rome1 en ,grce1 l'ducation avait pour unique objet de faire des ,grecs et des ,romains et1 par consquent1 se trouvait solidaire de tout un ensemble d'institutions politiques1 morales1 conomiques et religieuses4 ,mais nous nous plaisons croire que notre ducation moderne chappe la loi commune1 que1 ds prsent1 elle est moins directement dpendante des contingences sociales et qu'elle est appele s'en affranchir compltement dans l'avenir4 ,ne rptons-nous pas sans cesse que nous voulons faire de nos enfants des hommes avant mme que d'en faire des citoyens1 et ne semble-t-il pas que notre qualit d'homme soit naturellement soustraite aux influences collectives puisqu'elle leur est logiquement antrieure8 ,et pourtant1 ne serait-ce pas une sorte de miracle que l'ducation1 aprs avoir eu pendant des sicles et dans toutes les ,socits connues tous les caractres d'une institution sociale1 ait pu changer aussi compltement de nature8 ,une pareille transformation paratra plus surprenante encore si l'on songe que le moment o elle se serait accomplie se trouve tre prcisment celui ou l'ducation a commenc devenir un vritable service public3 car c'est depuis la fin du sicle dernier qu'on la voit1 non seulement en ,france1 mais dans toute l',europe1 tendre se placer de plus en plus directement sous le contrle et la direction de l'tat4 ,sans doute1 les fins qu'elle poursuit se dtachent tous les jours davantage des conditions locales ou ethniques qui les particularisaient autrefois2 elles deviennent plus gnrales et plus abstraites4 ,mais elles n'en restent pas moins essentiellement collectives4 ,n'est-ce pas1 en effet1 la collectivit qui nous les impose8 ,n'est-ce pas elle qui nous commande de dvelopper avant tout chez nos enfants les qualits qui leur sont communes avec tous les hommes8 ,il y a plus4 ,non seulement elle exerce sur nous par la voie de l'opinion une pression morale pour que nous entendions ainsi nos devoirs d'ducateur1 mais elle y attache un tel prix que1 comme je viens de le rappeler1 elle se charge elle-mme de la tche4 ,il est ais de prvoir que1 si elle y tient ce point1 c'est qu'elle s'y sent intresse4 ,et1 en effet1 seule1 une culture largement humaine peut donner aux socits modernes les citoyens dont elle a besoin4 ,parce que chacun des grands peuples europens couvre un immense habitat1 parce qu'il se recrute dans les races les plus diverses1 parce que le travail y est divis l'infini1 les individus qui le composent sont tellement diffrents les uns des autres qu'il n'y a presque plus rien de commun entre eux1 sauf leur qualit d'homme en gnral4 ,ils ne peuvent donc garder l'homognit indispensable tout consensus social qu' condition d'tre aussi semblables que possible par le seul ct o ils se ressemblent tous1 c'est--dire en tant qu'ils sont tous des tres humains4 ,en d'autres termes1 dans des socits aussi diffrencies1 il ne peut gure y avoir d'autre type collectif que le type gnrique de l'homme4 ,qu'il vienne perdre quelque chose de sa gnralit1 qu'il se laisse entamer par quelque retour de l'ancien particularisme1 et l'on verra ces grands tats se rsoudre en une multitude de petits groupes parcellaires et se dcomposer4 ,ainsi notre idal pdagogique s'explique par notre structure sociale1 tout comme celui des ,grecs et des ,romains ne pouvait se comprendre que par l'organisation de la cit4 ,si notre ducation moderne n'est plus troitement nationale1 c'est dans la constitution des nations modernes qu'il faut en aller chercher la raison4 ,ce n'est pas tout4 ,non seulement c'est la socit qui a lev le type humain la dignit de modle que l'ducateur doit s'efforcer de reproduire1 mais c'est elle encore qui le construit et elle le construit suivant ses besoins4 ,car c'est une erreur de penser qu'il soit tout entier donn dans la constitution naturelle de l'homme1 qu'il n'y ait qu' l'y dcouvrir par une observation mthodique1 sauf l'embellir ensuite par l'imagination en portant par la pense leur plus haut dveloppement tous les germes qui s'y trouvent4 ,l'homme que l'ducation doit raliser en nous1 ce n'est pas l'homme tel que la nature l'a fait1 mais tel que la socit veut qu'il soit2 et elle le veut tel que le rclame son conomie intrieure4 ,ce qui le prouve1 c'est la manire dont notre conception de l'homme a vari suivant les socits4 ,car les anciens1 eux aussi1 croyaient faire de leurs enfants des hommes1 tout comme nous4 ,s'ils se refusaient voir leur semblable dans l'tranger1 c'est prcisment parce qu' leurs yeux l'ducation de la cit pouvait seule faire des tres vraiment et proprement humains4 ,seulement ils concevaient l'humanit leur manire qui n'est plus la ntre4 ,tout changement un peu important dans l'organisation d'une socit a pour contre-coup un changement de mme importance dans l'ide que l'homme se fait de lui-mme4 ,que1 sous la pression de la concurrence accrue1 le travail social se divise davantage1 que la spcialisation de chaque travailleur soit1 la fois1 plus marque et plus prcoce1 le cercle des choses que comprend l'ducation commune devra ncessairement se restreindre et1 par suite1 le type humain s'appauvrira en caractres4 ,nagure1 la culture littraire tait considre comme un lment essentiel de toute culture humaine2 et voil que nous approchons d'un temps o elle ne sera peut-tre plus elle-mme qu'une spcialit4 ,de mme1 s'il existe une hirarchie reconnue entre nos facults1 s'il en est auxquelles nous attribuons une sorte de prcellence et que nous devons1 pour cette raison1 dvelopper plus que les autres1 ce n'est pas que cette dignit leur soit intrinsque2 ce n'est pas que la nature elle-mme leur ait1 de toute ternit1 assign ce rang minent2 mais c'est qu'elles ont pour la socit une plus haute valeur4 ,aussi1 comme l'chelle de ces valeurs change ncessairement avec les socits1 cette hirarchie n'est jamais reste la mme deux moments diffrents de l'histoire4 ,hier1 c'tait le courage qui tait au premier plan1 avec toutes les facults qu'implique la vertu militaire2 aujourd'hui1 c'est la pense et c'est la rflexion2 demain1 ce sera peut-tre la finesse du got1 la sensibilit aux choses de l'art4 ,ainsi1 dans le prsent comme dans le pass1 notre idal pdagogique est1 jusque dans ses dtails1 l'uvre de la socit4 ,c'est elle qui nous trace le portrait de l'homme que nous devons tre1 et dans ce portrait viennent se reflter toutes les particularits de son organisation4 ,,ii ,en rsum1 bien loin que l'ducation ait pour objet unique ou principal l'individu et ses intrts1 elle est avant tout le moyen par lequel la socit renouvelle perptuellement les conditions do sa propre existence4 ,la socit ne peut vivre que s'il existe entre ses membres une suffisante homognit8 ,l'ducation perptue et renforce cette homognit en fixant d'avance dans l'me de l'enfant les similitudes essentielles que suppose la vie collective4 ,mais1 d'un autre ct1 sans une certaine diversit1 toute coopration serait impossible8 ,l'ducation assure la persistance de cette diversit ncessaire en se diversifiant elle-mme et en se spcialisant4 ,elle consiste donc1 sous l'un ou l'autre de ses aspects1 en une socialisation mthodique de la jeune gnration4 ,en chacun de nous1 peut-on dire1 il existe deux tres1 qui1 pour tre insparables autrement que par abstraction1 ne laissent pas d'tre distincts4 ,l'un est fait de tous les tats mentaux qui ne se rapportent qu' nous-mme et aux vnements de notre vie personnelle4 ,c'est ce qu'on pourrait appeler l'tre individuel4 ,l'autre est un systme d'ides1 de sentiments1 d'habitudes qui expriment en nous1 non pas notre personnalit1 mais le groupe ou les groupes diffrents dont nous faisons partie2 telles sont les croyances religieuses1 les croyances et les pratiques morales1 les traditions nationales ou professionnelles1 les opinions collectives de toute sorte4 ,leur ensemble forme l'tre social4 ,constituer cet tre en chacun de nous1 telle est la fin de l'ducation4 ,c'est par l1 d'ailleurs1 que se montre le mieux l'importance de son rle et la fcondit de son action4 ,en effet1 non seulement cet tre social n'est pas donn tout fait dans la constitution primitive de l'homme1 mais il n'en est pas rsult par un dveloppement spontan4 ,spontanment1 l'homme n'tait pas enclin se soumettre une autorit politique1 respecter une discipline morale1 se dvouer1 se sacrifier4 ,il n'y avait rien dans notre nature congnitale qui nous prdispost devenir les serviteurs de divinits1 emblmes symboliques de la socit1 leur rendre un culte1 nous priver pour leur faire honneur4 ,c'est la socit elle-mme qui1 mesure qu'elle s'est forme et consolide1 a tir de son propre sein ces grandes forces morales devant lesquelles l'homme a senti son infriorit4 ,or1 si l'on fait abstraction des vagues et incertaines tendances qui peuvent tre dues l'hrdit1 l'enfant1 en entrant dans la vie1 n'y apporte que sa nature d'individu4 ,la socit se trouve donc1 pour ainsi dire1 chaque gnration nouvelle1 en prsence d'une table presque rase sur laquelle il lui faut construire nouveaux frais4 ,il faut que1 par les voies les plus rapides1 l'tre goste et social qui vient de natre1 elle en surajoute un autre1 capable de mener une vie sociale et morale4 ,voil quelle est l'uvre de l'ducation et vous en apercevez toute la grandeur4 ,elle ne se borne pas dvelopper l'organisme individuel dans le sens marqu par la nature1 rendre apparentes des puissances caches qui ne demandaient qu' se rvler4 ,elle cre dans l'homme un homme nouveau et cet homme est fait de tout ce qu'il y a de meilleur en nous1 de tout ce qui donne du prix et de la dignit la vie4 ,cette vertu cratrice est1 d'ailleurs1 un privilge spcial de l'ducation humaine4 ,tout autre est celle que reoivent les animaux1 si l'on peut appeler de ce nom l'entranement progressif auquel ils sont soumis de la part de leurs parents4 ,elle peut bien presser le dveloppement de certains instincts qui sommeillent dans l'animal2 mais elle ne l'initie pas une vie nouvelle4 ,elle facilite le jeu des fonctions naturelles2 mais elle ne cre rien4 ,instruit par sa mre1 le petit sait plus vite voler ou faire son nid2 mais il n'apprend presque rien de ses parents qu'il n'et pu dcouvrir par son exprience personnelle4 ,c'est que les animaux ou vivent en dehors de tout tat social ou forment des socits assez simples qui fonctionnent grce des mcanismes instinctifs que chaque individu porte en lui1 tout constitus1 ds sa naissance4 ,l'ducation ne peut donc rien ajouter d'essentiel la nature1 puisque celle-ci suffit tout1 la vie du groupe comme celle de l'individu4 ,au contraire1 chez l'homme1 les aptitudes de toute sorte que suppose la vie sociale sont beaucoup trop complexes pour pouvoir s'incarner1 en quelque sorte1 dans nos tissus1 se matrialiser sous la forme de prdispositions organiques4 ,il s'ensuit qu'elles ne peuvent se transmettre d'une gnration l'autre par la voie de l'hrdit4 ,c'est par l'ducation que se fait la transmission4 ,une crmonie que l'on rencontre dans une multitude de socits met bien en vidence ce trait distinctif de l'ducation humaine et montre mme que l'homme en a eu trs tt le sentiment4 ,c'est la crmonie de l'initiation4 ,elle a lieu une fois l'ducation termine2 gnralement mme1 elle clt une dernire priode o les anciens parachvent l'instruction du jeune homme en lui rvlant les croyances les plus fondamentales et les rites les plus sacrs de la tribu4 ,une fois qu'elle est accomplie1 le sujet qui l'a subie prend rang dans la socit2 il quitte les femmes au milieu desquelles s'tait passe toute son enfance2 il a dsormais sa place marque parmi les guerriers2 en mme temps1 il prend conscience de son sexe dont il a ds lors tous les droits et tous les devoirs4 ,il est devenu un homme et un citoyen4 ,or1 c'est une croyance universellement rpandue chez tous ces peuples que l'initi1 par le fait mme de l'initiation1 est devenu un homme entirement nouveau2 il change de personnalit1 il prend un autre nom1 et l'on sait que le nom n'est pas alors considr comme un simple signe verbal1 mais comme un lment essentiel de la personne4 ,l'initiation est considre comme une seconde naissance4 ,cette transformation1 l'esprit primitif se la reprsente symboliquement en imaginant qu'un principe spirituel1 une sorte de nouvelle me1 est venu s'incarner dans l'individu4 ,mais si l'on carte de cette croyance les formes mythiques dans lesquelles elle s'enveloppe1 ne trouve-t-on pas sous le symbole cette ide1 obscurment entrevue1 que l'ducation a eu pour effet de crer dans l'homme un tre nouveau8 ,c'est l'tre social4 ,cependant1 dira-t-on1 si l'on peut concevoir en effet que les qualits proprement morales1 parce qu'elles imposent l'individu des privations1 parce qu'elles gnent ses mouvements naturels1 ne peuvent tre suscites en nous que sous une action venue du dehors1 n'y en a-t-il pas d'autres que tout homme est intress acqurir et recherche spontanment8 ,telles sont les qualits diverses de l'intelligence qui lui permettent de mieux approprier sa conduite la nature des choses4 ,telles sont aussi les qualits physiques1 et tout ce qui contribue la vigueur et la sant de l'organisme4 ,pour celles-l1 tout au moins1 il semble que l'ducation1 en les dveloppant1 ne fasse qu'aller au-devant du dveloppement mme de la nature1 que mener l'individu un tat de perfection relative vers laquelle il tend de lui-mme1 bien qu'il y atteigne plus rapidement grce au concours de la socit4--,mais ce qui montre bien1 malgr les apparences1 qu'ici comme ailleurs l'ducation rpond avant tout des ncessits externes1 c'est--dire sociales1 c'est qu'il est des socits o ces qualits n'ont pas t cultives du tout et qu'en tout cas elles ont t entendues trs diffremment selon les socits4 ,il s'en faut que les avantage d'une solide culture intellectuelle aient t reconnus par tous les peuples4 ,la science1 l'esprit critique1 que nous mettons aujourd'hui si haut1 ont t pendant longtemps tenus en suspicion4 ,ne connaissons-nous pas une grande doctrine qui proclame heureux les pauvres d'esprit8 ,et il faut se garder de croire que cette indiffrence pour le savoir ait t artificiellement impose aux hommes en violation de leur nature4 ,d'eux-mmes1 ils n'avaient alors aucun dsir de la science1 tout simplement parce que les socits dont ils faisaient partie n'en sentaient aucunement la ncessit4 ,pour pouvoir vivre1 elles avaient avant tout besoin de traditions fortes et respectes4 ,or la tradition n'veille pas1 mais tend plutt exclure1 la pense et la rflexion4 ,il n'en est pas autrement des qualits physiques4 ,que l'tat du milieu social incline la conscience publique vers l'asctisme1 et l'ducation physique sera spontanment rejete au dernier plan4 ,c'est un peu ce qui s'est produit dans les coles du moyen ge4 ,de mme1 suivant les courants de l'opinion1 cette mme ducation sera entendue dans les sens les plus diffrents4 ,sparte1 elle avait surtout pour objet d'endurcir les membres la fatigue2 ,athnes1 elle tait un moyen de faire des corps beaux la vue2 au temps de la chevalerie1 on lui demandait de former des guerriers agiles et souples2 de nos jours1 elle n'a plus qu'un but hyginique et se proccupe surtout de contenir les dangereux effets d'une culture intellectuelle trop intense4 ,ainsi1 mme ces qualits qui paraissent1 au premier abord1 si spontanment dsirables1 l'individu ne les recherche que quand la socit l'y invite1 et il les recherche de la faon qu'elle lui prescrit4 ,vous voyez quel point la psychologie toute seule est une ressource insuffisante pour le pdagogue4 ,non seulement1 comme je vous le montrais tout d'abord1 c'est la socit qui trace l'individu l'idal qu'il doit raliser par l'ducation1 mais encore1 dans la nature individuelle1 il n'y a pas de tendances dtermines1 pas d'tats dfinis qui soient comme une premire aspiration vers cet idal1 qui en puissent tre regards comme la forme intrieure et anticipe4 ,ce n'est pas sans doute qu'il n'existe en nous des aptitudes trs gnrales sans lesquelles il serait videmment irralisable4 ,si l'homme peut apprendre se sacrifier1 c'est qu'il n'est pas incapable de sacrifice2 s'il a pu se soumettre la discipline de la science1 c'est qu'il n'y tait pas impropre4 ,par cela seul que nous faisons partie intgrante de l'univers1 nous tenons autre chose que nous-mme2 il y a ainsi en nous une premire impersonnalit qui prpare au dsintressement4 ,de mme1 par cela seul que nous pensons1 nous avons une certaine inclination connatre4 ,mais entre ces vagues et confuses prdispositions1 mles d'ailleurs toute sorte de prdispositions contraires1 et la forme si dfinie et si particulire qu'elles prennent sous l'action de la socit1 il y a un abme4 ,il est impossible l'analyse mme la plus pntrante de percevoir par avance dans ces germes indistincts ce qu'ils sont appels devenir une fois que la collectivit les a fconds4 ,car celle-ci ne se borne pas leur donner un relief qui leur manquait2 elle leur ajoute quelque chose4 ,elle leur ajoute son nergie propre et1 par cela mme1 elle les transforme et en tire des effets qui n'y taient pas primitivement contenus4 ,ainsi1 quand mme la conscience individuelle n'aurait plus pour nous de mystre1 quand mme la psychologie serait une science acheve1 elle ne saurait renseigner l'ducateur sur le but qu'il doit poursuivre4 ,seule1 la sociologie peut1 soit nous aider le comprendre1 en le rattachant aux tats sociaux dont il dpend et qu'il exprime1 soit nous aider le dcouvrir1 quand la conscience publique1 trouble et incertaine1 ne sait plus quel il doit tre4 ,,iii ,mais1 si le rle de la sociologie est prpondrant dans la dtermination des fins que l'ducation doit poursuivre1 a-t-elle la mme importance pour ce qui regarde le choix des moyens8 ,ici il est incontestable que la psychologie reprend ses droits4 ,si l'idal pdagogique exprime avant tout des ncessits sociales1 ils ne peut cependant se raliser que dans et par des individus4 ,pour qu'il soit autre chose qu'une simple conception de l'esprit1 une vaine injonction de la socit ses membres1 il faut trouver le moyen d'y conformer la conscience de l'enfant4 ,or la conscience a ses lois propres qu'il faut connatre pour pouvoir la modifier1 si du moins on veut s'pargner les ttonnements empiriques que la pdagogie a prcisment pour objet de rduire au minimum4 ,pour pouvoir exciter l'activit se dvelopper dans une direction dtermine1 encore faut-il savoir quels sont les ressorts qui la meuvent et quelle est leur nature2 car c'est cette condition qu'il sera possible d'y appliquer1 en connaissance de cause1 l'action qui convient4 ,s'agit-il1 par exemple1 d'veiller ou l'amour de la patrie1 ou le sens de l'humanit8 ,nous saurons d'autant mieux tourner la sensibilit morale de nos lves dans l'un ou l'autre sens que nous aurons des notions plus compltes et plus prcises sur l'ensemble de phnomnes que l'on appelle tendances1 habitudes1 dsirs1 motions1 etc41 sur les conditions diverses dont ils dpendent1 sur la forme qu'ils prsentent chez l'enfant4 ,suivant que l'on voit dans les tendances un produit des expriences agrables ou dsagrables qu'a pu faire l'espce1 ou bien1 au contraire1 un fait primitif1 antrieur aux tats affectifs qui en accompagnent le fonctionnement1 on devra s'y prendre de manires trs diffrentes pour en rgler le dveloppement4 ,or c'est la psychologie et1 plus spcialement1 la psychologie infantile qu'il appartient de rsoudre ces questions4 ,si donc elle est incomptente pour fixer la fin1 ou plutt les fins de l'ducation1 il n'est pas douteux qu'elle n'ait un rle utile jouer dans la constitution des mthodes4 ,mme1 comme aucune mthode ne peut s'appliquer de la mme manire aux diffrents enfants1 c'est encore la psychologie qui devrait nous aider nous reconnatre au milieu de la diversit des intelligences et des caractres4 ,on sait malheureusement que nous sommes encore loin du moment o elle sera vraiment en tat de satisfaire ce desideratum4 ,il ne saurait donc tre question de mconnatre les services que peut rendre la pdagogie la science de l'individu1 et nous saurons lui faire sa part4 ,et cependant1 mme dans ce cercle de problmes o elle peut utilement clairer le pdagogue1 il s'en faut qu'elle puisse se passer du concours de la sociologie4 ,d'abord1 parce que les fins de l'ducation sont sociales1 les moyens par lesquels ces fins peuvent tre atteintes doivent ncessairement avoir le mme caractre4 ,et1 en effet1 parmi toutes les institutions pdagogiques1 il n'en est peut-tre pas une qui ne soit l'analogue d'une institution sociale dont elle reproduit1 sous une forme rduite et comme en raccourci1 les traits principaux4 ,il y a une discipline l'cole comme dans la cit4 ,les rgles qui fixent l'colier ses devoirs sont comparables celles qui prescrivent l'homme fait sa conduite4 ,les peines et les rcompenses qui sont attaches aux premires ne sont pas sans ressembler aux peines et aux rcompenses qui sanctionnent les secondes4 ,nous enseignons aux enfants la science faite8 ,mais la science qui se fait s'enseigne elle aussi4 ,elle ne reste pas renferme dans le cerveau de ceux qui la conoivent1 mais elle ne devient vraiment agissante qu' condition de se communiquer aux autres hommes4 ,or cette communication1 qui met en uvre tout un rseau de mcanismes sociaux1 constitue un enseignement qui1 pour s'adresser l'adulte1 ne diffre pas en nature de celui que l'lve reoit de son matre4 ,ne dit-on pas d'ailleurs que les savants sont des matres pour leurs contemporains et ne donne-t-on pas le nom d'coles aux groupes qui se forment autour d'eux#e8 ,on pourrait multiplier les exemples4 ,c'est qu'en effet1 comme la vie scolaire n'est que le germe de la vie sociale1 comme celle-ci n'est que la suite et l'panouissement de celle-l1 il est impossible que les principaux procds par lesquels l'une fonctionne ne se retrouvent pas dans l'autre4 ,on peut donc s'attendre ce que la sociologie1 science des institutions sociales1 nous aide comprendre ce que sont ou conjecturer ce que doivent tre les institutions pdagogiques4 ,mieux nous connatrons la socit1 mieux nous pourrons nous rendre compte de tout ce qui se passe dans ce microcosme social qu'est l'cole4 ,au contraire1 vous voyez avec quelle prudence et quelle mesure1 mme quand il s'agit de la dtermination des mthodes1 il convient d'utiliser les donnes de la psychologie4 elle seule1 elle ne saurait nous fournir les lments ncessaires la construction d'une technique qui1 par dfinition1 a son prototype1 non dans l'individu1 mais dans la collectivit4 ,d'ailleurs1 les tats sociaux dont dpendent les fins pdagogiques ne bornent pas l leur action4 ,ils affectent aussi la conception des mthodes3 car la nature du but implique en partie celle des moyens4 ,que la socit1 par exemple1 s'oriente dans un sens individualiste1 et tous les procds d'ducation qui peuvent avoir pour effet de faire violence l'individu1 de mconnatre sa spontanit interne1 apparatront comme intolrables et seront rprouvs4 ,au contraire1 que1 sous la pression de circonstances durables ou passagres1 elle ressente le besoin d'imposer tous un conformisme plus rigoureux1 tout ce qui peut provoquer outre mesure l'initiative de l'intelligence sera proscrit4 ,en fait1 toutes les fois o le systme des mthodes ducatives a t profondment transform1 c'est sous l'influence de quelqu'un de ces grands courants sociaux dont l'action s'est fait sentir sur toute l'tendue de la vie collective4 ,ce n'est pas la suite de dcouvertes psychologiques que la ,renaissance a oppos tout un ensemble de mthodes nouvelles celles que pratiquait le ,moyen ge4 ,mais c'est que1 par suite des changements survenus dans la structure des socits europennes1 une nouvelle conception de l'homme et de sa place dans le monde avait fini par se faire jour4 ,de mme1 les pdagogues qui1 la fin du ,x,v,i,i,ie sicle ou au commencement du ,x,i,xe1 entreprirent de substituer la mthode intuitive la mthode abstraite1 taient avant tout l'cho des aspirations de leur temps4 ,ni ,basedow1 ni ,pestalozzi1 ni ,frbel n'taient de bien grands psychologues4 ,ce qu'exprime surtout leur doctrine1 c'est ce respect pour la libert intrieure1 cette horreur pour toute compression1 cet amour de l'homme et1 par suite1 de l'enfant qui sont la base de notre individualisme moderne4 ,ainsi1 sous quelque aspect que l'on considre l'ducation1 elle se prsente partout nous avec le mme caractre4 ,qu'il s'agisse des fins qu'elle poursuit ou des moyens qu'elle emploie1 c'est des ncessits sociales qu'elle rpond2 ce sont des ides et des sentiments collectifs qu'elle exprime4 ,sans doute1 l'individu lui-mme y trouve son profit4 ,n'avons-nous pas expressment reconnu que nous devons l'ducation le meilleur de nous-mme8 ,mais c'est que ce meilleur de nous-mme est d'origine sociale4 ,c'est donc toujours l'tude de la socit qu'il en faut revenir2 c'est l seulement que le pdagogue peut trouver les principes de sa spculation4 ,la psychologie pourra bien lui indiquer quelle est la meilleure manire de s'y prendre pour appliquer l'enfant ces principes une fois poss1 elle ne pourra gure nous les faire dcouvrir4 ,j'ajoute en terminant que s'il fut jamais un temps et un pays o le point de vue sociologique se soit impos d'une faon particulirement urgente aux pdagogues1 c'est certainement notre pays et notre temps4 ,quand une socit se trouve dans un tat de stabilit relative1 d'quilibre temporaire1 comme1 par exemple1 la socit franaise au ,x,v,i,ie sicle2 quand1 par suite1 un systme d'ducation s'est tabli qui1 pour un temps galement1 n'est contest de personne1 les seules questions pressantes qui se posent sont des questions d'application4 ,aucun doute grave ne s'lve ni sur le but atteindre1 ni sur l'orientation gnrale des mthodes2 il ne peut donc y avoir de controverse que sur la meilleure manire de les mettre en pratique1 et ce sont des difficults que la psychologie peut rsoudre4 ,je n'ai pas vous apprendre que cette scurit intellectuelle et morale n'est pas de notre sicle2 c'est la fois sa misre et sa grandeur4 ,les transformations profondes qu'ont subies ou que sont en train de subir les socits contemporaines ncessitent des transformations correspondantes dans l'ducation nationale4 ,mais si nous sentons bien que des changements sont ncessaires1 nous savons mal ce qu'ils doivent tre4 ,quelles que puissent tre les convictions particulires des individus ou des partis1 l'opinion publique reste indcise et anxieuse4 ,le problme pdagogique ne se pose donc pas pour nous avec la mme srnit que pour les hommes du ,x,v,i,ie sicle4 ,il ne s'agit plus de mettre en uvre des ides acquises1 mais de trouver des ides qui nous guident4 ,comment les dcouvrir si nous ne remontons pas jusqu' la source mme de la vie ducative1 c'est--dire jusqu' la socit8 ,c'est donc la socit qu'il faut interroger1 ce sont ses besoins qu'il faut connatre1 puisque ce sont ses besoins qu'il faut satisfaire4 ,se borner regarder au dedans de nous-mme1 ce serait dtourner nos regards de la ralit mme qu'il nous faut atteindre2 ce serait nous mettre dans l'impossibilit de rien comprendre au mouvement qui entrane le monde autour de nous et nous-mme avec lui4 ,je ne crois donc pas obir un simple prjug ni cder un amour immodr pour une science que j'ai cultive toute ma vie1 en disant que jamais une culture sociologique n'a t plus ncessaire l'ducateur4 ,ce n'est pas que la sociologie puisse nous mettre en main des procds tout faits et dont il n'y ait plus qu' se servir4 ,en est-il1 d'ailleurs1 de cette sorte8 ,mais elle peut plus et elle peut mieux4 ,elle peut nous donner ce dont nous avons le plus instamment besoin1 je veux dire un corps d'ides directrices qui soient l'me de notre pratique et qui la soutiennent1 qui donnent un sens notre action1 et qui nous y attachent2 ce qui est la condition ncessaire pour que cette action soit fconde4 ,footnote #d3 ,l'ide fut dj exprime par ,lange1 dans une leon d'ouverture publie dans les ,monatshefte der ,comeniusgesellschaft1 ,bd4 ,,iii1 p4 #ajg4 ,elle fut reprise par ,lorenz von ,stein dans sa ,verwaltungslehre1 ,bd4 ,v4 la mme tendance se rattachent ,willmann1 ,didaktik als ,bildungslehre1 #b vol41 #ahid2 ,natorp1 ,social-pdagogik1 #ahii2 ,bergemann1 ,soziale ,pdagogik1 #aijj4 ,nous signalerons galement ,g4 ,edgard ,vincent1 ,the social mind and ducation2 ,elslander1 ,l'ducation au point de vue sociologique1 #ahii4 ,footnote #e3 ,v4 ,willmann1 op4 cit41 ,i1 p4 #dj4 ,,iv ,l',,volution ,,et ,,le ,r,,le ,,de ,l',,enseignement ,,secondaire ,,en ,,france#f #a4 ,mon rle1 ,messieurs1 n'est pas de vous enseigner la technique de votre mtier3 elle ne peut s'apprendre que par l'usge et c'est par l'usge que vous l'apprendrez l'an prochain#g4 ,mais une technique1 quelle qu'elle soit1 dgnr vite en un vulgaire empirisme1 si celui qui s'en sert n'a jamais t mis mme de rflchir au but qu'elle poursuit et aux moyens qu'elle emploie4 ,tourner votre rflexion vers les choses de l'enseignement et vous apprendre l'y appliquer avec mthode1 voil prcisment quelle sera ma tche4 ,un enseignement pdagogique doit1 en effet1 se proposer1 non de communiquer au futur praticien un certain nombre de procds et de recettes1 mais de lui donner une pleine conscience de sa function4 ,mais1 prcisment parce que cet enseignement a ncessairement un caractre thorique1 certains doutent qu'il puisse tre utile4 ,ce n'est pas qu'on aille jusqu' soutenir que la routine puisse se suffire et que la tradition n'ait pas besoin d'tre guide par une rflexion informe et avertie4 ,en un temps o1 dans toutes les sphres de l'activit humaine1 on voit la science1 la thorie1 la spculation1 c'est--dire en somme la rflexion1 pntrer de plus en plus la pratique et l'clairer1 il serait par trop trange que1 seule1 l'activit de l'ducateur ft exception4 ,sans doute1 il est permis de critiquer svrement l'emploi que trop de pdagogues ont fait de leur raison2 on peut lgitimement trouver que leurs systmes1 si artificiels1 si abstraits1 si pauvres au regard de la ralit1 sont sans grande utilit pratique4 ,pourtant1 ce n'est pas un motif suffisant pour proscrire tout jamais la rflexion pdagogique et la dclarer sans raison d'tre2 et on reconnat en effet volontiers que la conclusion serait excessive4 ,seulement on estime que1 par une vritable grce d'tat1 le professeur de lyce n'a pas besoin d'tre spcialement entran et exerc cette forme particulire de rflexion4 ,passe encore1 dit-on1 pour les matres de nos coles primaires6 ,en raison de la culture plus limite qu'ils ont reue1 il peut tre ncessaire de les provoquer mditer sur leur profession1 de leur expliquer les raisons des mthodes qu'ils emploient1 afin qu'ils puissent s'en servir avec discernement4 ,mais avec un matre de l'enseignement secondaire dont l'esprit a t1 au lyce d'abord1 puis l',universit1 aiguis de toutes les manires1 rompu toutes les hautes disciplines1 toutes ces prcautions ne sont que du temps perdu4 ,qu'on le mette en face de ses lves1 et aussitt la puissance de rflexion qu'il a acquise au cours de ses tudes s'appliquera naturellement sa classe1 alors mme qu'elle n'aurait t soumise aucune ducation pralable4 ,il y a pourtant un fait qui ne parat gure tmoigner en faveur de cette aptitude native que l'on prte au professeur de lyce pour la rflexion professionnelle4 ,dans toutes les formes de la conduite humaine o la rflexion s'introduit1 on voit1 au fur et mesure qu'elle s'y dveloppe1 la tradition devenir plus mallable et plus accessible aux nouveauts4 ,la rflexion1 en effet1 est l'antagoniste naturelle1 l'ennemie ne de la routine4 ,elle seule peut empcher les habitudes de se prendre sous une forme immuable1 rigide1 qui les soustraie au changement2 elle seule peut les tenir en haleine1 les entretenir dans l'tat de souplesse et de flexibilit ncessaires pour qu'elles puissent varier1 voluer1 s'adapter la diversit et la mobilit des circonstances et des milieux4 ,inversement1 moindre est la part de la rflexion1 plus grande est celle de l'immobilisme4 ,or il se trouve que l'enseignement secondaire se fait remarquer1 non par un apptit immodr de nouveauts1 mais par un vritable misonisme4 ,nous verrons1 en effet1 comment en ,france1 alors que tout a chang1 alors que le rgime politique1 conomique1 moral1 s'est transform1 il y a eu cependant quelque chose qui est rest relativement immuable3 ce sont les conceptions pdagogiques qui sont la base de ce qu'on est convenu d'appeler l'enseignement classique4 ,sauf quelques additions qui ne touchaient pas au fond des choses1 les hommes de ma gnration ont encore t levs d'aprs un idal qui ne diffrait pas sensiblement de celui dont s'inspiraient les collges de ,jsuites au temps du grand ,roi4 ,il n'y a vraiment rien l qui permette de penser que l'esprit de critique et d'examen ait jou dans notre vie scolaire un rle bien considrable4 ,c'est qu'en effet il n'est pas vrai qu'on soit apte rflchir sur un ordre dtermin de faits1 par cela seul qu'on a l'occasion d'exercer sa rflexion dans un cercle de choses diffrentes4 ,nombreux sont les grands savants1 qui ont illustr leur science1 et qui pourtant1 pour tout ce qui est en dehors de leur spcialit1 sont comme des enfants4 ,ces hardis novateurs se comportent1 par ailleurs1 comme de simples routiniers qui ne pensent ni n'agissent autrement que le vulgaire ignorant4 ,la raison en est que les prjugs qui entravent l'essor de la rflexion diffrent selon l'ordre de choses auquel ils se rapportent2 il peut donc se faire que les uns aient cd1 alors que les autres gardent toute leur force de rsistance1 qu'un mme esprit se soit libr sur un point1 alors que sur l'autre il reste en servitude4 ,j'ai connu un trs grand historien1 dont je garde fidlement et respectueusement le souvenir1 et qui1 en matire d'enseignement1 en tait rest1 ou peu s'en faut1 l'idal de ,rollin4 ,d'ailleurs1 chaque catgorie de faits demande tre rflchie sa faon1 d'aprs les mthodes qui lui sont propres2 et ces mthodes ne s'improvisent pas1 mais doivent s'apprendre4 ,il ne suffit donc pas d'avoir rflchi aux finesses des langues mortes1 ou aux lois des mathmatiques1 ou aux vnements de l'histoire soit ancienne1 soit moderne1 pour tre ipso facto en tat et en disposition de rflchir mthodiquement aux choses de l'enseignement4 ,mais cette forme dtermine de rflexion constitue une spcialit qui rclame une initiation pralable2 la suite de ce cours en sera la preuve4 #b4 ,non seulement rien ne justifie le privilge que l'on entend confrer ainsi aux matres de l'enseignement secondaire2 non seulement on ne voit pas pourquoi il serait inutile d'veiller chez eux la rflexion pdagogique par une culture approprie1 mais1 sous certains rapports1 elle leur est plus indispensable qu' d'autres4 ,en premier lieu1 l'enseignement secondaire est un organisme autrement complexe que ne l'est l'enseignement primaire4 ,or1 plus un tre est complexe et vit une vie complexe1 plus il a besoin de rflexion pour pouvoir se conduire4 ,dans une cole lmentaire1 chaque classe1 au moins en principe1 est entre les mains d'un seul et unique matre2 par suite1 l'enseignement qu'il donne se trouve avoir une unit toute naturelle et trs simple2 c'est l'unit mme de la personne qui enseigne4 ,comme elle a sous les yeux la totalit de l'enseignement1 il lui est relativement facile de faire chaque discipline sa part1 de les ajuster les unes aux autres et de les faire toutes concourir une mme fin4 ,mais il en est tout autrement au lyce1 o les divers enseignements1 reus simultanment par un mme lve1 sont gnralement donns par des matres diffrents4 ,ici1 il existe une vritable division du travail pdagogique et qui crot tous les jours davantage1 modifiant la vieille physionomie de nos lyces et soulevant une grave question dont nous aurons nous occuper un jour4 ,par quel miracle l'unit pourrait-elle rsulter de cette diversit8 ,comment ces enseignements pourraient-ils s'accorder les uns avec les autres1 se complter de manire former un tout1 si ceux qui les donnent n'ont pas le sentiment de ce tout et de la manire dont chacun y doit concourir4 ,bien que nous ne soyons pas actuellement en tat de dfinir le but de renseignement secondaire--question qui ne pourra venir utilement qu' la fin du cours--cependant nous pouvons bien dire qu'au lyce il ne s'agit de faire ni un mathmaticien1 ni un littrateur1 ni un naturaliste1 ni un historien1 mais de former un esprit au moyen des lettres1 de l'histoire1 des mathmatiques1 etc4 ,mais comment chaque matre pourra-t-il s'acquitter de sa fonction1 de la part qui lui revient dans l'uvre totale1 s'il ne sait pas quelle est cette uvre1 comment ses divers collaborateurs y concourent avec lui1 de manire que ses efforts rejoignent les leurs8 ,trs souvent1 il est vrai1 on raisonne comme si tout cela allait de soi1 comme si cette fin commune n'avait rien d'obscur1 comme si tout le monde savait ce que c'est que former un esprit4 ,mais1 en ralit1 cette vague formule est vide de tout contenu positif2 et c'est pourquoi je pouvais l'employer tout l'heure sans rien prjuger des rsultats que donneront nos recherches ultrieures4 ,tout ce qu'elle nonce1 c'est qu'il ne faut pas spcialiser les esprits2 mais elle ne nous apprend pas pour autant sur quel modle il faut les former4 ,la manire dont on formait un esprit au ,x,v,i,ie sicle ne saurait convenir aujourd'hui2 on forme aussi un esprit l'cole primaire1 mais autrement qu'au lyce4 ,tant donc que les matres n'auront pour centre de ralliement que des adages aussi imprcis1 il est invitable que leurs efforts se dispersent et se paralysent par suite de cette dispersion4 ,et c'est trop souvent ce spectacle que nous donne l'enseignement de nos lyces4 ,chacun y professe sa spcialit comme si elle tait une fin en soi1 alors qu'elle n'est qu'un moyen en vue d'une fin laquelle elle devrait tre1 tout moment1 rapporte4 ,au temps o j'enseignais dans les lyces1 un ministre1 pour lutter contre ce morcellement anarchique1 institua des assembles mensuelles o tous les professeurs d'un mme tablissement devaient venir s'entretenir des questions qui leur sont communes4 ,hlas6 ces assembles ne furent jamais que de vaines formalits4 ,nous nous y rendions avec dfrence1 mais nous pmes constater bien vite que nous n'avions rien nous dire1 parce que tout objectif commun nous faisait dfaut4 ,comment en serait-il autrement tant que1 l',universit1 chaque groupe d'tudiants reoit son enseignement prfr dans une sorte de compartiment tanche8 ,le seul moyen de prvenir cet tat de division1 c'est d'amener tous ces collaborateurs de demain se runir et penser en commun leur tche commune4 ,il faut qu' un moment donn de leur prparation1 ils soient mis mme d'embrasser du regard1 dans toute son tendue1 le systme scolaire la vie duquel ils seront appels participer2 il faut qu'ils voient ce qui en fait l'unit1 c'est--dire quel idal il a pour fonction de raliser1 et comment toutes les parties qui le composent doivent concourir ce but final4 ,or1 cette initiation ne peut se faire qu'au moyen d'un enseignement1 dont je dterminerai tout l'heure le plan et la mthode4 #c4 ,mais il y a plus4 ,l'enseignement secondaire se trouve aujourd'hui dans des conditions trs spciales qui rendent cette culture exceptionnellement urgente4 ,depuis la seconde moiti du ,x,v,i,i,ie sicle1 il traverse une crise trs grave qui n'est pas encore parvenue son dnouement4 ,tout le monde se rend compte qu'il ne peut pas rester ce qu'il a t dans le pass3 mais on ne voit pas avec la mme clart ce qu'il est appel devenir4 ,de l ces rformes qui1 depuis prs d'un sicle1 se succdent priodiquement1 attestant1 la fois1 la difficult et l'urgence du problme4 ,certes1 on ne pourrait1 sans injustice1 mconnatre l'importance des rsultats obtenus3 l'ancien systme s'est ouvert des ides nouvelles2 un systme nouveau est en train de se constituer qui parat plein de jeunesse et d'ardeur4 ,mais est-il excessif de dire qu'il se cherche encore1 qu'il n'a de lui-mme qu'une conscience encore incertaine1 et que le premier s'est tempr par d'heureuses concessions beaucoup plus qu'il ne s'est renouvel8 ,un fait rend particulirement sensible le dsarroi o sont1 sur ce point1 nos ides4 toutes les priodes antrieures de notre histoire1 on pouvait dfinir d'un mot l'idal que les ducateurs se proposaient de raliser chez les enfants4 ,au ,moyen ge1 le matre de la ,facult des arts voulait avant tout faire de ses lves des dialecticiens4 ,aprs la ,renaissance1 les ,jsuites et les rgents de nos collges universitaires se donnrent comme but de faire des humanistes4 ,aujourd'hui1 toute expression manque pour caractriser l'objectif que doit poursuivre l'enseignement de nos lyces2 c'est que cet objectif1 nous ne voyons que bien confusment quel il doit tre4 ,et qu'on ne croie pas rsoudre la difficult1 en disant que notre devoir est tout simplement de faire de nos lves des hommes6 ,la solution est toute verbale2 car il s'agit prcisment de savoir quelle ide nous devons nous faire de l'homme1 nous4 ,europens1 ou1 plus spcialement encore1 nous1 ,franais du ,x,xe sicle4 ,chaque peuple a1 chaque moment de son histoire1 sa conception propre de l'homme2 le ,moyen ge a eu la sienne1 la ,renaissance a eu la sienne1 et la question est de savoir quelle doit tre la notre4 ,cette question1 d'ailleurs1 n'est pas spciale notre pays4 ,il n'est pas de grand tat europen o elle ne se pose et dans des termes presque identiques4 ,partout1 pdagogues et hommes d'tat ont conscience que les changements survenus dans l'organisation matrielle et morale des socits contemporaines ncessitent des transformations parallles et non moins profondes dans cette partie spciale de notre organisme scolaire4--,pourquoi est-ce surtout dans l'enseignement secondaire que la crise svit avec cette intensit8 ,c'est une question que nous aurons examiner un jour2 pour l'instant1 je me borne constater le fait1 qui n'est pas contestable4 ,or1 pour sortir de cette re de trouble et d'incertitude1 on ne saurait compter sur la seule efficacit des arrts et des rglements4 ,quelle qu'en soit l'autorit1 rglements et arrts ne sont jamais que des mots qui ne peuvent devenir des ralits qu'avec le concours de ceux qui sont chargs de les appliquer4 ,si donc vous1 qui aurez pour fonction de les faire vivre1 vous ne les acceptez qu' contre-cur1 si vous les subissez sans y adhrer1 ils resteront lettre morte et sans rsultats utiles2 et1 suivant la manire dont vous les entendrez1 ils pourront produire des effets tout fait diffrents ou mme opposs4 ,ce ne sont gure que des projets dont le sort finalement dpendra toujours de vous et de votre tat d'opinion4 ,combien il importe1 par consquent1 de vous mettre en mesure de vous faire une opinion claire6 ,tant que l'indcision sera dans les esprits1 il n'est pas de dcision administrative qui puisse y mettre un terme4 ,on ne dcrte pas l'idal1 il faut qu'il soit compris1 aim1 voulu par tous ceux qui ont le devoir de le raliser4 ,il faut1 en un mot1 que le grand travail de rfection et de rorganisation qui s'impose soit l'uvre du corps mme qui est appel se refaire et se rorganiser4 ,il faut donc lui fournir tous les moyens ncessaires pour qu'il puisse prendre conscience de lui-mme1 de ce qu'il est1 des causes qui le sollicitent changer1 de ce qu'il doit vouloir devenir4 ,on entend sans peine que1 pour obtenir un tel rsultat1 il ne suffit pas de dresser les futurs matres la pratique de leur mtier2 il faut1 avant tout1 provoquer de leur part un nergique effort de rflexion1 qu'ils devront poursuivre dans toute la suite de leur carrire1 mais qui doit commencer ici1 l',universit2 car1 ici seulement1 ils trouveront les lments d'information sans lesquels leurs rflexions sur la matire ne seraient que des constructions idologiques et des rveries sans efficacit4 ,et c'est cette condition qu'il sera possible de rveiller1 sans aucun procd artificiel1 la vie un peu languissante de notre enseignement secondaire4 ,car1 il est impossible de se le dissimuler1 par suite du dsarroi intellectuel o il se trouve1 incertain1 entre un pass qui meurt et un avenir encore indtermin1 l'enseignement secondaire ne manifeste plus la mme vitalit ni la mme ardeur vivre qu'autrefois4 ,la remarque en peut tre faite librement1 car elle n'implique aucune critique qui s'adresse aux personnes2 le fait qu'elle constate est le produit de causes impersonnelles4 ,d'une part1 l'ancien enthousiasme pour les lettres classiques1 la foi qu'elles inspiraient sont irrmdiablement branls4 ,certes1 il ne saurait tre question d'oublier le glorieux pass de l'humanisme1 les services qu'il a rendus et continue mme rendre2 cependant1 il est difficile de se soustraire l'impression qu'il se survit en partie lui-mme4 ,mais1 d'un autre ct1 aucune foi nouvelle n'est encore venue remplacer celle qui disparat4 ,il en rsulte que le matre se demande souvent avec inquitude quoi il sert et o tendent ses efforts2 il ne voit pas clairement comment ses fonctions se relient aux fonctions vitales de la socit4 ,de l une certaine tendance au scepticisme1 une sorte de dsenchantement1 un vritable malaise moral1 en un mot1 qui ne peut pas se dvelopper sans danger4 ,un corps enseignant sans foi pdagogique1 c'est un corps sans me4 ,votre premier devoir et votre premier intrt sont donc de refaire une me au corps dans lequel vous devez entrer2 et vous seuls le pouvez4 ,assurment1 pour vous mettre en tat de remplir cette tche1 ce ne sera pas assez d'un cours de quelques mois4 ,ce sera vous d'y travailler toute votre vie4 ,mais encore faut-il commencer par veiller chez vous la volont de l'entreprendre et par vous mettre entre les mains les moyens les plus ncessaires pour vous en acquitter4 ,tel l'objet de l'enseignement que j'inaugure aujourd'hui4 #d4 ,vous connaissez maintenant le but que je voudrais poursuivre de concert avec vous4 ,je voudrais poser devant vous le problme de l'enseignement secondaire dans sa totalit et cela pour deux raisons3 d'abord1 pour que vous puissiez vous faire une opinion sur ce que cette culture doit devenir2 puis1 pour que1 de cette recherche faite en commun1 se dgage un sentiment commun qui facilite votre coopration de demain4 ,et maintenant1 le but ainsi pos1 cherchons par quelle mthode il peut tre atteint4 ,un systme scolaire1 quel qu'il soit1 est form de deux sortes d'lments4 ,il y a1 d'une part1 tout un ensemble d'arrangements dfinis et stables1 de mthodes tablies1 en un mot d'institutions2 car il y a des institutions pdagogiques1 comme il y a des institutions juridiques1 religieuses ou politiques4 ,mais1 en mme temps1 l'intrieur de la machine ainsi constitue1 il y a des ides qui la travaillent et qui la sollicitent changer4 ,sauf peut-tre de rares moments d'apoge et de stationnement1 il y a toujours1 mme dans le systme le plus arrt et le mieux dfini1 un mouvement vers autre chose que ce qui existe1 une tendance vers un idal plus ou moins clairement entrevu4 ,vu du dehors1 l'enseignement secondaire se prsente nous comme un ensemble d'tablissements dont l'organisation matrielle et morale est dtermine2 mais1 d'un autre ct1 cette mme organisation abrite en elle des aspirations qui se cherchent4 ,sous cette vie fixe1 consolide1 il y a une vie en mouvement qui1 pour tre plus cache1 n'est point ngligeable4 ,sous le pass qui dure1 il y a toujours du nouveau qui se fait et qui tend tre4 ,vis--vis de ces deux aspects de la ralit scolaire1 quelle sera notre attitude8 ,du premier1 les pdagogues se dsintressent d'ordinaire4 ,peu leur importent ces arrangements divers que le pass nous a lgus3 le problme1 tel qu'ils se le posent1 les dispense d'y attacher aucune importance4 ,esprits minemment rvolutionnaires1 au moins pour la plupart1 la ralit prsente est sans intrt leurs yeux2 ils ne la supportent qu'avec impatience et rvent de s'en affranchir1 pour difier de toutes pices un systme scolaire entirement nouveau o se ralise adquatement l'idal auquel ils aspirent4 ,ds lors1 que peuvent leur faire les pratiques1 les mthodes1 les institutions qui existaient avant eux8 ,c'est vers l'avenir qu'ils ont les yeux fixs1 et ils croient pouvoir l'voquer du nant4 ,mais nous savons aujourd'hui tout ce qu'il y a de chimrique et mme de dangereux dans ces ardeurs d'iconoclastes4 ,il n'est ni possible ni dsirable que l'organisation prsente s'effondre en un instant2 vous aurez y vivre et la faire vivre4 ,mais1 pour cela1 il faut la connatre4--,et il faut la connatre aussi pour pouvoir la changer4 ,caries crations ex nihilo sont tout aussi impossibles dans l'ordre social que dans l'ordre physique4 ,l'avenir ne s'improvise pas2 on ne peut le construire qu'avec les matriaux que nous tenons du pass4 ,nos innovations les plus fcondes consistent bien souvent couler des ides nouvelles dans des moules antiques1 qu'il suffit de modifier partiellement pour les mettre en harmonie avec leur nouveau contenu4 ,de mme1 le meilleur moyen de raliser un nouvel idal pdagogique est d'utiliser l'organisation tablie1 sauf la retoucher secondairement1 si c'est utile1 pour la plier aux fins nouvelles auxquelles elle doit servir4 ,que de rformes sont faciles1 sans qu'il soit ncessaire de bouleverser les programmes et les cours d'tudes6 ,il suffit de savoir mettre profit ceux qui sont en vigueur1 en les animant d'un esprit nouveau4 ,mais1 pour pouvoir se servir ainsi des institutions pdagogiques qui existent1 encore faut-il ne pas ignorer en quoi elles consistent4 ,on n'agit efficacement sur les choses que dans la mesure o l'on connat leur nature4 ,on ne peut bien diriger l'volution d'un systme scolaire que si l'on commence par savoir ce qu'il est1 de quoi il est fait1 quelles sont les conceptions qui sont sa base1 les besoins auxquels il rpond1 les causes qui l'ont suscit4 ,et ainsi toute une tude1 scientifique et objective1 mais dont les consquences pratiques ne sont pas difficiles apercevoir1 apparat comme indispensable4 ,il est vrai que1 d'ordinaire1 cette tude ne semble pas devoir tre trs complexe4 ,comme une longue pratique nous a familiariss avec les choses de la vie scolaire1 elles nous paraissent toutes simples et de nature ne soulever aucune question qui rclame1 pour tre rsolue1 un grand appareil de recherches4 ,depuis de longues annes1 nous avons connu1 sous nom de secondaire1 un enseignement intermdiaire entre l'cole primaire et l',universit2 nous avons toujours vu1 autour do nous1 des collges et1 dans les collges1 des classes1 et1 par suite1 nous sommes ports croire que tous ces arrangements vont de soi et qu'il n'est pas besoin de les tudier longuement pour savoir d'o ils viennent et quelles ncessits ils rpondent4 ,mais ds qu'au lieu de regarder les choses dans le prsent1 on les considre dans l'histoire1 l'illusion se dissipe4 ,cette hirarchie scolaire trois degrs n'a pas exist de tout temps1 mme chez nous2 elle date d'hier2 jusqu' des temps tout rcents1 l'enseignement secondaire tait indistinct de l'enseignement suprieur2 aujourd'hui1 la solution de continuit qui le sparait de l'enseignement primaire tend s'effacer4 ,les collges1 avec leur systme dclasss1 ne remontent pas au del du ,x,v,ie sicle et nous verrons qu' l'poque rvolutionnaire il y eut un moment o ce systme disparut4 ,tant s'en faut qu'elles correspondent une sorte de ncessit ternelle6 ,c'est donc que ces institutions tiennent1 non des besoins universels de l'homme parvenu un certain degr de civilisation1 mais des causes dfinies1 des tats sociaux trs particuliers que1 seule1 l'analyse historique peut nous dceler4 ,or1 c'est seulement dans la mesure o nous serons parvenus les dterminer1 que nous saurons vraiment ce qu'est cet enseignement4 ,car savoir ce qu'il est1 ce n'est pas simplement en connatre la forme extrieure et superficielle2 c'est savoir quelle en est la signification1 quelle place il tient1 quel rle il joue dans l'ensemble de la vie nationale4 ,gardons-nous donc de croire qu'il suffit d'un peu de sens et de culture pour rsoudre au pied lev des questions comme celle-ci3 ,qu'est-ce que l'enseignement secondaire1 qu'est-ce qu'un collge1 qu'est-ce qu'une classe8 ,nous pouvons bien1 par une analyse mentale1 dgager assez facilement la notion que nous nous faisons personnellement de l'une ou de l'autre de ces ralits4 ,mais de quel intrt peut tre cette conception toute subjective8 ,ce qu'il nous faut arriver dmler1 c'est la nature objective de l'enseignement secondaire1 les courants d'ides d'o il est rsult1 les besoins sociaux qui l'ont appel l'existence4 ,or1 pour les connatre1 il ne sufft pas de regarder en nous-mmes2 puisque c'est dans le pass qu'ils ont produit leurs effets1 c'est dans le pass qu'il nous faut les voir agir4 ,bien loin que nous soyons fonds poser comme vidente la notion que nous en portons en nous1 il faut1 au contraire1 la tenir pour suspecte2 car1 produit de notre exprience restreinte d'individu1 fonction de notre temprament personnel1 elle ne peut tre que tronque et trompeuse4 ,il faut en faire table rase1 nous obliger un doute mthodique1 et traiter ce monde scolaire1 qu'il s'agit d'explorer1 comme une terre inconnue o il y a de vritables dcouvertes faire4--,la mme mthode s'impose pour tous les problmes1 mme les plus spciaux1 que peut soulever l'organisation de l'enseignement4 ,d'o vient notre systme d'mulation 7car il est vraiment trop simple d'en imputer toute la responsabilit aux jsuites78 ,d'o vient notre systme de discipline 7car nous savons qu'il a vari selon les temps78 ,d'o viennent nos principaux exercices scolaires8 ,autant de questions ct desquelles on passe sans mme les souponner1 tant qu'on se renferme dans le prsent1 et dont la complexit n'apparat que quand on les tudie dans l'histoire4 ,nous verrons1 par exemple1 comment la place prise et garde dans nos classes par l'exgse des textes1 soit anciens1 soit modernes1 tient un des traits essentiels de notre mentalit et de notre civilisation2 et c'est en tudiant l'enseignement mdival que nous serons amens faire cette constatation4 #e4 ,mais il ne suffit pas de connatre et de comprendre notre machine scolaire1 telle qu'elle est prsentement organise4 ,puisqu'elle est appele voluer sans cesse1 il faut pouvoir apprcier les tendances au changement qui la travaillent2 il faut pouvoir dcider1 en connaissance de cause1 ce qu'elle doit tre dans l'avenir4 ,pour rsoudre cette seconde partie du problme1 la mthode historique et comparative est-elle galement indispensable8 ,elle peut1 au premier abord1 paratre superflue4 ,toute rforme pdagogique n'a-t-elle pas finalement pour objet de faire en sorte que les lves soient davantage des hommes de leur temps8 ,or1 pour savoir ce que doit tre un homme de notre temps1 que peut nous apprendre1 dit-on1 l'tude du pass8 ,ce n'est ni au ,moyen ge1 ni la ,renaissance1 ni au ,x,v,i,ie1 ni au ,x,v,i,i,ie sicle que nous emprunterons le modle humain que l'enseignement d'aujourd'hui doit avoir pour but de raliser4 ,ce sont les hommes d'aujourd'hui qu'il faut considrer2 c'est de nous-mmes qu'il faut prendre conscience2 et1 en nous1 c'est surtout l'homme de demain qu'il faut tcher d'apercevoir et de dgager4 ,mais1 tout d'abord1 il s'en faut qu'il soit si facile de savoir quelles sont les exigences de l'heure prsente4 ,les besoins qu'prouve une grande socit comme la ntre sont infiniment multiples et complexes1 et un regard1 mme attentif1 jet en nous et autour de nous1 ne saurait suffire nous les faire dcouvrir dans leur intgralit4 ,du petit milieu o chacun de nous est plac1 nous ne pouvons apercevoir que ceux qui nous touchent de trs prs1 ceux que notre temprament et notre ducation nous prparent le mieux comprendre4 ,quant aux autres1 ne les voyant que de loin et confusment1 nous n'en avons que des sensations faibles et nous sommes ports1 par suite1 n'en tenir aucun compte4 ,sommes-nous hommes d'action1 vivons-nous dans un milieu d'affaires8 ,nous sommes enclins faire de nos enfants des hommes pratiques4 ,sommes-nous pris de spculation8 ,nous vanterons les bienfaits de la culture scientifique1 etc4 ,quand donc on pratique cette mthode1 on aboutit fatalement des conceptions unilatrales et exclusives qui se nient mutuellement4 ,si nous voulons chapper cet exclusivisme1 si nous voulons nous faire de notre temps une notion un peu plus complte1 il nous faut sortir de nous-mmes1 il faut largir notre point de vue et entreprendre tout un ensemble de recherches en vue de saisir ces aspirations si diverses que ressent la socit4 ,heureusement1 elles viennent1 pour peu qu'elles soient intenses1 se traduire au dehors sous une forme qui les rend observables4 ,elles prennent corps dans ces projets de rformes1 ces plans de reconstruction qu'elles inspirent4 ,c'est l qu'il faut aller les atteindre4 ,voil notamment quoi peuvent nous servir les doctrines difies par les pdagogues4 ,elles sont instructives1 non comme thories1 mais comme faits historiques4 ,chaque cole pdagogique correspond l'un de ces courants d'opinion que nous avons tant intrt connatre1 et nous le rvle4 ,toute une tude se trouve donc ncessaire qui aura pour objet de les comparer1 de les classer et de les interprter4 ,mais ce n'est pas assez de connatre ces courants2 il faut pouvoir les apprcier2 il faut pouvoir dcider s'il y a lieu de les suivre ou de leur rsister1 et1 au cas o il convient de leur faire une place dans la ralit1 sous quelle forme4 ,or1 il est clair que nous ne serons pas en tat d'estimer leur valeur par cela seul que nous les connatrons dans la lettre de leur expression la plus rcente4 ,on ne peut les juger que par rapport aux besoins rels1 objectifs1 qui les ont provoqus1 et aux causes qui ont veill ces besoins4 ,suivant ce que seront ces causes1 suivant que nous aurons ou non des raisons de les croire lies l'volution normale de notre socit1 nous devrons cder leur impulsion ou leur faire obstacle4 ,ce sont donc ces causes qu'il nous faut atteindre4 ,mais comment y arriver1 sinon en reconstituant l'histoire de ces courants1 en remontant jusqu' leurs origines1 en cherchant de quelle manire et en fonction de quels facteurs ils se sont dvelopps8 ,ainsi1 pour pouvoir anticiper ce que le prsent doit devenir1 tout comme pour pouvoir le comprendre1 il nous faut en sortir et nous retourner vers le pass4 ,vous verrez1 par exemple1 comment1 pour nous rendre compte de la tendance qui nous porte aujourd'hui constituer un type scolaire diffrent du type classique1 nous devrons remonter1 par-dessus les controverses rcentes1 jusqu'au ,x,v,i,i,ie et mme jusqu'au ,x,v,i,ie sicle4 ,et dj le seul fait d'tablir que ce mouvement d'ides dure depuis prs de deux sicles1 que1 depuis le moment o il est apparu1 il a pris toujours plus de force1 en dmontrera mieux la ncessit que ne pourraient le faire toutes les controverses dialectiques du monde4 ,d'ailleurs1 pour pouvoir conjecturer l'avenir avec un minimum de risques1 ce n'est pas assez de s'ouvrir aux tendances rformatrices et d'en prendre mthodiquement conscience4 ,car1 en dpit des illusions que nourrissent trop souvent les rformateurs1 il n'est pas possible que l'idal de demain soit original de toutes pices2 mais il y entrera certainement beaucoup de notre idal d'hier1 qu'il importe1 par consquent1 de connatre4 ,notre mentalit ne va pas changer totalement du jour au lendemain2 il faut donc savoir ce qu'elle a t dans l'histoire1 et1 parmi les causes qui ont contribu la faire1 quelles sont celles qui continuent agir4 ,il est d'autant plus ncessaire de procder avec cette prudence1 qu'un idal nouveau se prsente toujours comme dans un tat d'antagonisme naturel avec l'idal ancien qu'il aspire remplacer1 bien qu'il n'en soit1 en fait1 que la suite et le dveloppement4 ,et1 au cours de cet antagonisme1 il est toujours craindre que l'idal d'autrefois ne sombre compltement2 car les ides neuves1 ayant la force et la vitalit de la jeunesse1 crasent aisment les conceptions anciennes4 ,nous verrons comment une destruction de ce genre s'est produite la ,renaissance1 au moment o s'est constitu l'enseignement humaniste3 de renseignement mdival1 il n'est presque rien rest1 et il est fort possible que cette abolition totale ait laiss une grave lacune dans notre ducation nationale4 ,il importe que nous prenions toutes les prcautions possibles pour ne pas retomber dans la mme erreur1 et que si1 demain1 nous devons clore l're de l'humanisme1 nous sachions en garder ce qui en doit tre retenu4--,ainsi1 quelque point de vue qu'on se place1 nous ne pouvons connatre avec quelque assurance la route qui nous reste parcourir1 que si nous commenons par considrer attentivement celle qui s'tend derrire nous4 #f4 ,vous vous expliquez maintenant ce que signifie le titre que j'ai donn ce cours4 ,si je me propose d'tudier avec vous la manire dont s'est form et dvelopp notre enseignement secondaire1 ce n'est pas pour me livrer des recherches de pure rudition2 c'est pour aboutir des rsultats pratiques4 ,assurment1 la mthode que je suivrai sera exclusivement scientifique2 c'est celle qu'emploient les sciences historiques et sociales4 ,si j'ai pu parler tout l'heure de foi pdagogique1 ce n'est pas que j'aie l'intention d'en prcher aucune2 je resterai ici un homme de science4 ,seulement1 je crois que la science des choses humaines peut servir guider utilement la conduite humaine4 ,pour se bien conduire1 dit un vieil adage1 il faut se bien connatre4 ,mais nous savons aujourd'hui que1 pour se bien connatre1 il ne suffit pas de tourner notre attention sur la partie superficielle de notre conscience2 car les sentiments1 les ides qui viennent y affleurer ne sont pas1 il s'en faut1 celles qui ont le plus d'efficacit sur notre conduite4 ,ce qu'il faut atteindre1 ce sont les habitudes1 les tendances qui se sont constitues peu peu au cours de notre vie passe1 ou que nous a lgues l'hrdit2 ce sont l les vraies forces qui nous mnent4 ,or elles se dissimulent dans l'inconscient4 ,nous ne pouvons donc arriver les dcouvrir qu'en reconstituant notre histoire personnelle et l'histoire de notre famille4 ,de mme1 pour pouvoir remplir1 comme il convient1 notre fonction dans un systme scolaire1 quel qu'il soit1 il faut le connatre1 non du dehors1 mais du dedans1 c'est--dire par l'histoire4 ,car1 seule1 l'histoire peut pntrer au del du revtement superficiel qui le recouvre dans le prsent2 seule1 elle en peut faire l'analyse2 seule1 elle peut nous montrer de quels lments il est form1 de quelles conditions dpend chacun d'eux1 de quelle manire ils se sont composs les uns avec les autres2 seule1 en un mot1 elle peut nous faire assister au long enchanement de causes et d'effets dont il est la rsultante4 ,tel sera1 ,messieurs1 l'enseignement que vous receviez ici4 ,ce sera1 au sens propre du mot1 un enseignement pdagogique1 mais qui1 par la mthode employe1 diffrera singulirement de ce qu'on appelle ordinairement de ce nom1 puisque les travaux des pdagogues seront pour nous1 non des modles imiter1 non des sources d'inspiration1 mais des documents sur l'esprit du temps4 ,j'espre donc que la pdagogie1 ainsi renouvele1 russira enfin se relever du discrdit1 injuste en partie1 o elle est tombe2 j'espre que vous saurez vous affranchir d'un prjug qui a trop dur1 que vous comprendrez l'intrt et la nouveaut de l'entreprise1 et que vous me prterez1 par suite1 le concours actif que je vous demande et sans lequel je ne saurais faire uvre utile4 ,footnote #f3 ,cette leon d'ouverture avait t prcde d'une premire sance o ,m4 le ,recteur ,liard1 ,m4 ,lavisse1 ,m4 ,langlois1 directeur du ,muse pdagogique1 avaient mis les tudiants au courant des mesures prises pour organiser leur prparation professionnelle4 ,l'allocution de ,m4 ,langlois a paru dans la ,revue ,bleue1 n du #be novembre #aije4 ,footnote #g3 ,pendant leur seconde anne de prparation1 les candidats l'agrgation font un stage dans les lyces de ,paris4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,introduction ,l'uvre pdagogique de ,durkheim ,i ,l'ducation1 sa nature1 son rle ,,ii ,nature et ,mthode de la ,pdagogie ,,iii ,pdagogie et ,sociologie ,,iv ,l'volution et le rle de l',enseignement secondaire en ,france