,note sur la transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,,condillac ,illustration ,,condillac ,,sa ,,vie1 ,,sa ,,philosophie ,,son ,,influence ,,par ,,le ,,comte ,,baguenault ,,de ,,puchesse ,,correspondant ,,de ,l',,institut ,illustration ,,paris ,,librairie ,,plon ,,plon-,,nourrit ,,et ,cie1 ,,imprimeurs-,,diteurs #h1 ,,rue ,,garanci,,re--#f;e #aiaj ,tous droits rservs ,droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays4 ,a ,,la ,m,,moire de ma bien-aime mre1 ,marie-,josphine ,,de ,,boisrenard1 morte ,puchesse1 le #cj octobre #ahif4 ,,pr,,face ,l'abb de ,condillac1 si populaire pendant plus d'un demi-sicle o il reprsenta presque lui seul la philosophie franaise1 mrite assurment de figurer parmi les grands crivains de notre pays4 ,on sait peu de chose sur lui en dehors de ses ouvrages qui furent longtemps clbres4 ,le hasard de son affection pour une nice lui fit acheter pour elle une terre dans l',orlanais4 ,la fille de cette nice pousa au milieu de la ,rvolution un gentilhomme du pays1 dont le pre1 ancien gouverneur de ,chambord1 avait pu passer tout le temps de la ,terreur prs de ,beaugency4 ,petit-fils de ,louis-,joseph ,bodin de ,boisrenard et de ,marie-,benote ,mtra de ,sainte-,foy1 j'ai pu recueillir sur mon grand-oncle des traditions orales1 des pices autographes1 des portraits1 des actes authentiques et nombre de livres lui ayant appartenu4 ,de cet ensemble a t compose cette notice qui1 dnue de toute prtention philosophique1 n'a d'autre but que de rappeler la mmoire d'un auteur assurment trs remarquable par sa simplicit1 sa prcision1 la puret de sa langue1 l'influence qu'il a exerce sur son poque4 ,condillac n'est point un esprit original2 il n'invente rien4 ,mais dou d'une intelligence trs observatrice et trs rflchie1 il s'assimile facilement toutes les ides de son temps3 il ne les devance pas2 mais il les expose trs clairement avant que tout le monde ne les ait comprises et acceptes4 ,au dclin du rgne de ,descartes1 il se met la tte des adversaires du grand philosophe franais1 adopte et prsente les ides de ,locke1 en pousse l'extrme les consquences4 ,trs attach la foi monarchique1 il semble marcher d'accord avec tous les ennemis de la socit d'alors4 ,diste et mme catholique1 il se dfend du matrialisme2 mais son systme philosophique y conduit les autres2 il abandonne ,paris quand il entrevoit la consquence des doctrines que professaient ses amis4 ,arrive le mouvement conomique de la fin du dix-huitime sicle1 la vogue de ,quesnay1 de ,turgot1 de ,lavoisier1 des physiocrates3 ,condillac pouse leurs doctrines1 d'autant que1 dans la solitude de la campagne1 il est devenu un passionn d'agriculture1 dont-il encourage tous les progrs2 mais en mme temps1 il laisse son frre ,mably attaquer les bases du gouvernement et prparer la ,rvolution1 qu'il aperoit non sans terreur dans un avenir prochain4 ,prcepteur d'un prince1 il avait pris sa petite part des abus de l'ancien rgime1 ayant t vingt ans titulaire d'une abbaye en ,lorraine dont il touchait les revenus et administrait les biens1 sans jamais avoir daign s'y rendre4 ,et de mme1 sa philosophie rpondait bien son temps1 par son apparence scientifique et par son absence de toute sanction morale4 ,une socit corrompue n'aime pas qu'on lui rappelle qu'elle a des devoirs4 ,et quand elle a renvers ou oubli tous les principes sous lesquels elle avait longtemps vcu1 un enseignement philosophique clair1 lgant1 facile comprendre est bien ce qui convient aux nouvelles gnrations4 ,de l1 le succs presque involontaire de la philosophie de ,condillac4 ,il fallut pour la dtrner tout le mouvement allemand venu la suite de ,kant et la raction spiritualiste qui commena sous la ,restauration avec l'clectisme de ,cousin4 ,mais ce no-cartsianisme n'eut d'autre dure que celle d'un enseignement universitaire impos aux matres et aux lves4 ,le moindre changement d'orientation devait laisser le champ libre de nouvelles doctrines1 si multiples et si diverses qu'on serait bien embarrass de dire aujourd'hui quelle est la vraie cole de philosophie franaise4 ,condillac devait gagner une nouvelle notorit ce mouvement d'ides4 ,depuis quelques annes1 on revient sinon sa philosophie1 du moins l'tude de ses ouvrages4 ,on a remis son ,trait des sensations dans le programme des examens pour les grades universitaires4 ,de nombreux travaux1 franais et trangers1 des thses de doctorat ont pris pour sujet ses thories philosophiques4 ,il est devenu en quelque sorte un classique1 et il a sa place marque dans l'histoire de la langue et de la littrature4 ,au fond1 l'esprit humain1 quelque varis que soient ses moyens1 quelques gnies qu'il produise1 ne saurait s'carter des deux grandes lignes qui depuis ,platon et ,aristote1 saint ,anselme et saint ,thomas1 ,descartes et ,bacon ont toujours t suivies par les penseurs3 le rationalisme ou l'empirisme1 le spiritualisme ou le matrialisme1 l'idal ou la ralit1 les deux principes ou les deux passions qui dominent le monde4 ,,chapitre ,,premier ,l',,homme--,,ses ,,origines--,,sa ,,vie ,nous n'avons sur l'abb de ,condillac que quelques souvenirs de famille2 mais ils sont intressants relever4 ,son histoire tient en peu de pages1 sa vie ayant t celle d'un philosophe ennemi du bruit1 modeste l'excs1 la fois novateur et respectueux des vieilles traditions1 trs imbu des ides de son sicle1 sans en pratiquer les murs4 ,la famille ,bonnot est originaire du ,brianonnais4 ,a la fin du dix-septime sicle1 deux ,bonnot figurent dans les registres de d',hozier dresss l'occasion de l'ordonnance sur le fait des armoiries1 du #a;er juillet #agja2 ce sont ,gabriel ,bonnot1 capitaine du chteau et de la ville de ,brianon1 greffier des insinuations au diocse de ,vienne1 et ,jean ,bonnot1 conseiller et procureur du roi des fermes au dpartement du ,dauphin#a4 ,leurs armoiries sont de sable1 un chevron d'or et au chef d'argent charg de trois roses de gueules4 #a ,bibliothque nationale4 ,d',,hozier1 ,pices originales1 #dac4 ,un de leurs descendants1 ,gabriel ,bonnot1 d'abord receveur des tailles1 puis cuyer1 conseiller du roi1 secrtaire de la chancellerie prs le ,parlement1 est qualifi vicomte de ,mably1 et il habitait ,grenoble ds #afhj4 ,il acquit le #bh septembre #agbj1 pour le prix de #abj #jjj livres1 d',andr ,gondoin1 les domaines de ,condillac et de ,banier prs de ,romans4 ,il est mort en #agbg4 ,de sa femme1 ,catherine de la ,coste1 il laissa cinq enfants3 ,jean ,bonnot de ,mably2 ,gabriel1 qui est connu sous le nom de l'abb de ,mably1 le clbre publiciste n en #agji1 mort en #aghe2 tienne1 qui prit le nom de ,condillac1 quand son pre eut achet cette terre2 ,franois1 appel ,bonnot de ,saint-,marcellin1 qui fut maire de ,romans de #agee #agfh1 et ,anne1 marie ,philippe de ,loulle1 seigneur d',arthemonay1 conseiller au ,parlement de ,grenoble#b4 ,l'an1 ,jean1 conseiller du roi1 prvt gnral de la marchausse du ,lyonnais1 ,forez et ,beaujolais1 avait pous1 en #agbh1 ,antoinette ,chol de ,clercy4 ,il habitait ,lyon1 place ,louis-le-,grand1 paroisse d',ainay4 ,il avait confi l'ducation de ses enfants ,jean-,jacques ,rousseau1 et nous aurons tout l'heure occasion de parler de ce singulier prcepteur4 #b ,notes historiques sur la famille ,bonnot et la succession de ,condillac4 ,valence1 #aije1 pet4 in-#d4 ,quant tienne1 il naquit ,grenoble1 paroisse ,saint-,louis1 le #cj septembre #agad4 ,son enfance fut trs maladive4 ,il avait atteint l'ge de douze ans qu'il ne savait pas encore lire1 la faiblesse de ses yeux lui ayant interdit jusque-l toute espce d'application4 ,l'tude devenant compatible avec sa sant1 on chargea un bon cur de l'instruire4 ,le jeune homme1 dou de dispositions heureuses1 fit en peu de temps des progrs trs rapides4 ,son pre tant mort de bonne heure1 en #agbg1 on l'envoya ,lyon chez son frre an4 ,l1 il recommena lui-mme son ducation1 rflchissant sur les leons qu'il avait reues1 mditant beaucoup et parlant si peu qu'on le regardait comme un esprit simple#c1 qu'il fallait laisser dans sa solitude4 #c ,on lit dans l',emile1 liv4 ,,ii3 ,j'ai vu dans un ge assez avanc un homme qui m'honorait de son amiti passer dans sa famille et chez ses amis pour un esprit born2 cette excellente tte se mrissait en silence4 ,tout coup il s'est montr philosophe1 et je ne doute pas que la postrit ne lui marque une place honorable et distingue parmi les meilleurs raisonneurs et les plus profonds mtaphysiciens de son sicle4 ,rousseau crivait cette apprciation en #agfa ou #agfb4 ,c'est alors qu'il rencontra ,jean-,jacques ,rousseau1 qui venait d'entrer comme prcepteur chez le grand-prvt de ,lyon 7#agci74 ,rousseau tait g de vingt-huit ans4 ,il avait pass neuf ou dix annes chez ,mme de ,warens1 dans cette situation douteuse dont il a rvl lui-mme toutes les turpitudes4 ,chass des ,charmettes1 une certaine dame d',eybens1 de ,grenoble1 dont le mari tait li avec ,m4 de ,mably1 lui proposa l'ducation de deux jeunes garons1 qu'il se croyait trs apte diriger4 ,il y choua radicalement2 et sa violence1 ses caprices1 ses emportements1 aussi bien que la faiblesse naturelle de son caractre1 en furent la cause4 ,il passait d'un excs l'autre avec des enfants dont l'humeur tait trs difficile4 ,l'un1 g de huit neuf ans1 appel ,sainte-,marie1 avait l'esprit ouvert et beaucoup de malice2 le cadet1 nomm ,condillac1 comme son oncle1 tait ttu1 musard et inappliqu4 ,les lves tournrent trs mal1 et ,rousseau avoua que son manque de sang-froid et de prudence leur nuisit beaucoup4 ,mais lui-mme ne tournait pas mieux4 ,il avait t recommand particulirement ,mme de ,mably1 qui essayait de le former au ton du monde2 mais gauche1 honteux et sot1 il finit par devenir--selon sa coutume--amoureux d'elle1 et1 ds que ,mme de ,mably s'en aperut1 elle ne se trouva pas d'humeur faire les avances4 ,alors1 il se mit voler4 ,il convoita un certain petit vin blanc d',arbois1 trs joli1 en prit des bouteilles la cave1 qu'il cacha dans sa chambre1 alla acheter des brioches chez un boulanger de ,lyon1 et revint faire sa petite bombance en cachette1 tout en lisant quelques pages de roman4 ,m4 de ,mably1 prvenu par un domestique1 fit retirer la clef de la cave4 ,et ,rousseau1 voyant qu'on n'avait plus confiance en lui1 s'en alla4 ,il veut bien constater que ,m4 de ,mably tait un trs galant homme1 qui1 sous un aspect un peu dur1 avait une vritable douceur de caractre et une rare bont de cur4 ,il tait judicieux1 quitable1 et1 ce qu'on n'attendrait pas d'un officier de marchausse1 trs humain#d4 #d ,confessions1 #are partie1 liv4 ,,vi4--,en outre1 deux lettres de ,rousseau1 l'une de mars ou avril #agdj ,m4 d',eybens1 l'autre du #a;er mai #agdj ,mme la baronne de ,warens1 donnent ses impressions sur le sjour chez les ,mably1 ,lyon1 rue ,saint-,dominique4 ,en voici un extrait3 ,madame ma trs chre maman1 me voici enfin arriv chez ,m4 de ,mably1 c'est un trs honnte homme1 qui un trs grand usage du monde1 de la cour et des plaisirs a appris philosopher de bonne heure1 et qui n'a pas t fch de me trouver des sentiments assez concordans aux siens4 ,jusqu'ici je n'ai qu' me louer des gards qu'il m'a tmoigns4 ,il entend que j'en agisse chez lui sans faon1 et que je ne sois gn en rien4 ,vous devez juger qu'tant livr ma discrtion1 je m'en accorderai en effet d'autant moins de liberts1 les bonnes manires pouvant tout sur moi2 et si ,m4 de ,mably ne se dment point1 il peut tre assur que mon cur lui sera sincrement attach444 ,rousseau n'tait rest qu'une anne chez les ,mably4 ,soit que ,condillac n'ait pas connu ces mdiocres histoires domestiques1 soit qu'il n'y et attach que peu d'importance1 il n'entretint jamais que de bons rapports avec ,jean-,jacques ,rousseau1 dont il parlait plus tard comme d'un homme mritant moins l'indignation que la piti4 ,il accepta mme1 lors de ses premiers crits1 comme nous le verrons tout l'heure1 que ,jean-,jacques l'aidt trouver un diteur4 ,aprs avoir pass ainsi un certain nombre d'annes1 toujours plong dans ses rflexions et incertain de son avenir1 son autre frre1 l'abb de ,mably1 qui commenait se faire un nom parmi les crivains de l'poque1 l'emmena ,paris et le plaa dans un sminaire4 ,ses tudes de thologie termines1 on lui fit embrasser1 sans vocation1 l'tat ecclsiastique4 ,condillac fut ordonn prtre2 mais on prtend qu'il ne dit qu'une seule fois la messe dans sa vie4 ,il ne cessa pourtant jamais de porter la soutane et garda toujours une tenue morale parfaite4 ,il sentait le besoin de refaire ses classes1 trouvant trs insuffisant l'enseignement tel qu'on le donnait de son temps4 ,la manire d'enseigner1 dit-il1 se ressent encore des sicles d'ignorance1 et on est oblig de recommencer ses tudes sur un nouveau plan quand on sort des coles6 ,mais il n'tait pas partisan de la table rase3 il entendait tudier mme ceux des philosophes dont il ne partageait pas les opinions1 ne serait-ce que pour viter de tomber dans leurs erreurs4 ,si nous avions prcd1 ajoutait-il1 ceux qui se sont gars1 nous nous serions gars comme eux4 ,adversaire rsolu de ,descartes1 il n'en a pas moins gard une partie de sa ,mthode2 et1 tout en combattant sa thorie sur l'origine des ides1 il se prtend aussi spiritualiste que lui4 ,les ,allemands et les ,anglais ne lui sont connus que par des traductions2 car il avoue ne pas savoir les langues trangres4 ,mais ,locke1 qu'il regarde comme son matre1 avait t traduit par ,coste1 et les lments de la philosophie de ,newton avaient t publis par ,voltaire en #agda4 ,bacon tait pour lui un sujet d'admiration2 il aimait aussi ,berkeley1 tout en rprouvant son scepticisme4 ,et quant ,leibniz1 ce fut par le latin qu'il l'aborda1 lui et ses commentateurs4 ,c'est alors qu'il fit la connaissance de ,diderot#e1 retrouvant ,paris ,rousseau1 qui n'avait que trois ans de plus que lui4 #e ,peut-tre se rencontrrent-ils chez ,suard qui runissait les littrateurs dbutants et pourvoyait le salon de ,mme ,geoffrin1 avant de devenir le plus pur des ractionnaires4 ,je m'tais li1 dit l'auteur des ,confessions1 avec l'abb de ,condillac1 qui n'tait rien1 non plus que moi1 dans la littrature1 mais qui tait fait pour devenir ce qu'il est aujourd'hui4 ,je suis le premier1 peut-tre1 qui ait vu sa porte et qui l'ait estim ce qu'il valait4 ,il paraissait aussi se plaire avec moi1 et tandis qu'enferm dans ma chambre1 rue ,saint-,denis prs l',opra1 je faisais mon acte d',hsiode1 il venait quelquefois dner avec moi1 tte--tte1 en pique-nique4 ,il travaillait l',essai sur l'origine des connaissances humaines1 qui est son premier ouvrage4 ,quand il fut achev1 l'embarras fut de trouver un libraire qui voult s'en charger4 ,les libraires de ,paris sont arrogants et durs pour tout homme qui commence2 et la mtaphysique1 alors trs peu la mode1 n'offrait pas un sujet bien attrayant4 ,je parlai ,diderot de ,condillac et de son ouvrage1 je leur fis faire connaissance4 ,ils taient faits pour se convenir2 ils se convinrent4 ,diderot engagea le libraire ,durand prendre le manuscrit de l'abb2 et ce grand mtaphysicien eut du premier livre1 et presque par grce1 cent cus qu'il n'aurait peut-tre pas trouvs sans moi4 ,comme nous demeurions dans des quartiers fort loigns les uns des autres1 nous nous rassemblions tous trois1 une fois par semaine1 au ,palais-,royal1 et nous allions dner ensemble l'htel du ,panier fleuri4 ,l',essai sur l'origine des connaissances humaines est de #agdf1 divis en deux parties1 avec pagination spare1 mais du mme millsime4 ,nous ne savons si le libraire ,durand en fut l'diteur2 mais selon l'usage du temps1 le livre porte simplement l'indication3 ,a ,amsterdam1 chez ,pierre ,mortier1 sans nom d'auteur4 ,puis vient1 le ,trait des systmes paru en #agdi1 une anne aprs l',esprit des lois1 dont coup sr ,montesquieu puisa l'inspiration en ,angleterre1 comme avait fait ,condillac4 ,l'ouvrage eut1 pour ses doctrines mtaphysiques1 tant de succs prs des philosophes que l',encyclopdie1 qui se publiait au mme moment1 lui prit1 sans y rien changer1 des pages entires qui formrent les articles ,divination et ,systmes4 ,l'abb devint la mode2 il noua des relations avec les crivains et pntra mme dans les salons4 ,sans parler de ,mlle ,ferrand et de ,mme de ,vass1 dont nous nous occuperons plus tard1 il vit ,mme d'pinay1 ,mlle de la ,chaux1 ,mlle de ,lespinasse4 ,diderot le mit en rapports avec ,duclos1 l'abb ,barthlemy1 ,cassini1 d',holbach1 l'abb ,morellet1 ,helvtius1 ,grimm1 ,voltaire enfin1 qui parle de lui souvent dans ses lettres4 ,ses crits taient cits et comments par l'abb de ,prades et l'abb ,gourdin1 qui se les renvoyaient dans leurs polmiques2 par les encyclopdistes1 qui lui firent de frquents emprunts jusque dans le clbre ,discours prliminaire4 ,il tait enfin nomm membre de l',acadmie de ,berlin ds #ageb1 en mme temps que ,fontenelle4 ,marmontel et l'abb ,morellet racontent dans leurs ,mmoires que ,condillac s'tait li avec d',alembert1 qu'il rencontrait ainsi que ,turgot chez ,mlle de ,lespinasse4 ,plus tard1 d'aprs ,ginguen1 ,cabanis le retrouva dans la socit de ,mme ,helvtius1 avec ,franklin1 ,thomas et ce mme ,turgot1 devenu un des chefs des conomistes2 et c'est ce moment que ,condillac se mit s'intresser leurs doctrines4 ,il est assez difficile de savoir quels rapports ,condillac eut avec ,mme de ,tencin4 ,quand il arriva ,paris1 elle avait quitt le ,dauphin depuis trente ans1 ayant eu1 la cour du ,rgent et ailleurs1 des succs qui tenaient de trs prs au scandale4 ,mais1 au milieu de ses dsordres1 elle n'avait cess d'aimer1 de cultiver1 de protger les lettres4 ,ses mardis taient la mode4 ,fontenelle et ,la ,motte en avaient t les premiers ornements2 et ils avaient prsent leur amie au ,palais-,royal4 ,elle avait fait promptement fortune1 obtenant du ,rgent1 pour son frre1 un vch1 une ambassade1 la pourpre romaine4 ,puis elle s'tait entoure de tout ce qu'il y avait de gens distingus par l'intelligence2 et l'poque n'en tait pas avare4 ,duclos1 l'abb ,prvost1 ,marivaux1 ,montesquieu1 ,helvtius#f1 ,marmontel taient ses htes habituels2 il s'y joignait les deux abbs frres ,mably et ,condillac1 ses compatriotes1 d'autant que ,mably avait t le rdacteur attitr du cardinal pendant son ministre4 #f ,garat a crit dans ses ,mmoires3 ,je me suis entretenu avec ,condillac dans la maison d',helvtius4 ,a la mort de la marquise de ,lambert 7#agcc71 l'htel de ,mme de ,tencin devint un vrai bureau d'esprit4 ,mme ,geoffrin y frquentait1 dans l'espoir de recueillir la succession de ce royaume4 ,a la galanterie d'antan avait succd une vritable austrit1 o1 sous l'gide de l'intelligente matresse de maison1 tout le monde trouvait sa place1 sauf ,voltaire1 qui ne lui pardonna jamais de l'avoir fait chouer une premire fois l',acadmie franaise1 et de s'tre moqu de sa passion pour ,mme du ,chtelet4 ,on parlait toujours convenablement de la religion dans ce salon et mme on n'y dtestait pas les jsuites4 ,cette attitude devait convenir ,condillac1 qui avait refus de se compromettre avec les encyclopdistes et qui rservait dans tous ses ouvrages ses convictions chrtiennes4 ,mais ,mme de ,tencin mourut en #agdi1 l'instant o le jeune philosophe commenait peine se faire connatre2 et1 si elle favorisa ses dbuts1 rien d'tonnant ce qu'il n'ait pas occup une premire place dans sa mnagerie4 ,deux ans aprs le ,trait des systmes1 en #aged1 paraissait le ,trait des sensations1 cette fois avec le nom de l'auteur1 ,londres1 il est vrai1 mais se vendant ,paris chez de ,bure4 ,un tableau du chevalier ,lemonnier1 connu sous l'appellation d',une soire chez ,madame ,geoffrin en #agee1 reproduit assez fidlement les physionomies de presque tous les personnages connus du sicle1 au nombre de cinquante-quatre1 avec une cl indicatrice1 qui rend les ressemblances plus faciles reconnatre4 ,condillac figure l1 non loin de ,buffon1 de d',alembert1 de ,diderot1 de ,mlle de ,lespinasse et du duc de ,nivernois4 ,trs choy par la reine ,marie ,leczinska1 il fut recommand par elle comme prcepteur de son petit-fils l'infant de ,parme1 et quitta la ,france pour aller remplir ses fonctions en #ageh4 ,il resta huit ou neuf ans en ,italie et revint ,paris en janvier #agfg4 ,l'anne suivante1 l'abb d',olivet tant mort1 il fut nomm membre de l',acadmie franaise et fut reu solennellement le jeudi #bg dcembre #agfh4 ,mais il n'assistait gure aux sances et prenait peu de part aux travaux de la ,compagnie1 tant il fuyait le bruit et l'clat4 ,aussi ne contracta-t-il point de relations intimes avec les illustres personnages qu'il rencontrait chez ,mme ,geoffrin ou chez le marquis de ,condorcet4 ,le duc de ,nivernois semble avoir t sa seule liaison1 d'aprs les fragments que nous avons conservs de leur correspondance4 ,on le sollicita vainement d'entreprendre l'ducation des trois fils du dauphin1 qui furent ,louis ,,xvi1 ,louis ,,xviii et ,charles ,x4 ,bientt mme1 il rsolut de quitter ,paris et de se rfugier la campagne4 ,il avait une nice qu'il affectionnait particulirement1 fille de son frre le grand-prvt1 ,antoinette-,jeanne ,bonnot de ,mably1 marie en #agee ,jean-,pierre-,marie ,mtra de ,rouville1 chevalier1 seigneur de ,sainte-,foy-l',argentire1 mousquetaire noir de la garde du roi4 ,malheureuse en mnage1 elle avait fini par se sparer judiciairement en #agga4 ,le #bh avril #aggc1 l'abb de ,condillac lui fit don d'une somme de #ge #jjj livres pour acheter le chteau et la terre de ,flux1 paroisse de ,saint-,firmin de ,lailly1 au bailliage de ,beaugency4 ,il y vcut prs d'elle les dernires annes de sa vie#g1 cherchant un refuge contre le flot montant de dsordre et d'immoralit dont il avait eu ,paris le spectacle sous les yeux4 conomiste autant que philosophe1 il s'tait affili la ,socit royale d'agriculture d',orlans1 qui comptait parmi ses membres ,le ,trosne1 ,lavoisier2 il s'intressait la terre et suivait les progrs de la culture dans ce val de ,loire que les crues du fleuve enrichissaient et ruinaient tour tour4 #g ,lettre de ,mably4--,voir l',appendice4 ,a ,flux1 il pouvait1 selon ses gots1 vivre dans la retraite4 ,toujours grave1 pensif1 proccup1 il mditait et crivait1 lisant peu1 soit pour mnager sa vue1 soit qu'il se persuadt avoir parcouru1 dans ses tudes1 tout le cycle des connaissances humaines4 ,d'un abord froid1 d'une conversation lourde et peu anime1 il tait humain et compatissant envers les pauvres1 qu'il cherchait arracher la misre par le travail4 ,son extrieur tait simple1 sans affectation3 il ne voulait chez lui que l'ameublement le moins luxueux1 ne s'accordant que le ncessaire4 ,jamais il ne parlait de la religion qu'avec respect4 ,dans la petite chapelle du chteau1 il faisait clbrer l'office divin les dimanches et jours de ftes et obligeait tous les gens de sa maison y assister1 donnant lui-mme l'exemple avec le prcepte4 ,la bibliothque assez considrable1 compose pour sa nice1 contenait les travaux de tous les publicistes du dix-huitime sicle1 y compris les uvres indispensables alors de ,voltaire et de ,rousseau4 ,mais il ne manquait pas une occasion de blmer chez ,voltaire son esprit satirique et cet odieux mpris pour toutes les choses respectables1 qui sapait1 avec la mme lgret1 la foi1 les murs1 la patrie elle-mme4 ,mais il tait beaucoup plus indulgent pour ,rousseau1 d',alembert et ,la ,harpe4 ,mme de ,sainte-,foy avait deux filles3 l'une d'elles voulait entrer en religion dans le couvent voisin des ,ursulines de ,beaugency3 son oncle chercha l'en dissuader4 ,il prvoyait la dissolution des ordres religieux et la fermeture des communauts1 mme de femmes1 et disait que les vocations ne tarderaient pas tre brusquement interrompues4 ,jeanne-,marie-,antoinette ,mtra de ,sainte-,foy1 qu'on appelait ,mlle de ,rouville1 et en religion la mre ,chantai1 dut subir le sort que ,condillac lui avait prdit4 ,elle quitta l'habit religieux et se rfugia ,flux1 chez sa sur1 qui avait pous ,louis de ,boisrenard1 ancien officier au rgiment de ,guyenne4 ,lors de la vente des biens nationaux1 elle racheta mme de ses deniers le beau couvent de ,beaugency1 qui subsiste encore1 dominant la ,loire1 et qui est rcemment revenu sa famille4 ,condillac avait coutume d'aller chaque anne passer quelque temps ,paris4 ,au printemps de #aghj1 il y fit son dernier voyage4 ,s'tant senti malade1 il voulut revenir au plus vite et partit en poste4 ,arriv ,flux le #ca juillet et se voyant perdu1 il demanda un prtre4 ,ce fut le vicaire de ,lailly1 depuis cur de cette paroisse1 qui l'administra4 ,le philosophe lui dclara qu'il tenait mourir dans la religion catholique1 et qu'il demandait tre enterr dans le cimetire du village1 comme un simple vigneron1 sans monument et sans inscription4 ,sa volont a t accomplie2 et le cimetire ayant t chang de place1 il ne reste plus aucun vestige du lieu o il repose#h4 #h ,voir1 l',appendice1 son acte de dcs tir des registres paroissiaux de ,lailly4 ,condillac devait tre rest en trs bonnes relations avec tout le clerg catholique1 voir le nombre assez inusit de prtres de ,beaugency et du voisinage qui assistrent a ses obsques4 ,il y en a jusqu' sept qui sont cits dans le registre et quelques-uns venaient d'assez loin4 ,il mourut dans la nuit du #b au #c aot #aghj d'une maladie appele alors fivre putride-bilieuse4 ,il avait racont ses nices1 en s'alitant1 qu'il connaissait son mal1 que quelques jours auparavant il avait djeun chez ,condorcet1 qui lui avait fait prendre une tasse de mauvais chocolat1 et que depuis ce temps il n'avait cess de souffrir#i4 ,il est vrai qu'il avait toujours dtest ,condorcet4 #i ,en dehors de l'loge de ,condillac par ,m4 de ,loynes d',autroche1 dont nous parlerons plus loin1 un autre de ses compatriotes orlanais1 l'abb de ,reyrac1 prieur-cur de ,saint-,maclou1 l'auteur du fameux ,hymne au soleil1 qui devait mourir l'anne suivante 7#ba dcembre #agha71 composa un ,chant funbre1 en vers1 sur l'auteur du ,trait des sensations4 ,cette uvre mdiocre se trouve conserve dans un recueil contemporain intitul3 ,esprit de ,mably et de ,condillac1 par ,m4 ,b,,ranger1 citoyen de ,toulon1 professeur mrite d'loquence au collge d',orlans1 censeur royal1 #aghi1 in-#h t4 ,,ii1 p4 #i4 ,condillac laissa en mourant des papiers manuscrits ,mme de ,sainte-,foy1 en demandant qu'ils ne soient ouverts que quelque temps aprs sa mort4 ,au moment de la ,rvolution1 craignant les perquisitions politiques1 sa nice dposa ces papiers #a hospice de ,beaugency4 ,beaucoup plus tard1 ,m4 de ,boisrenard fit ouvrir le paquet et n'y trouva que des morceaux d'ouvrages dj connus et imprims1 sauf tout un grand travail sur la langue franaise1 que le petit-neveu de l'auteur offrit en #aheb la ,bibliothque nationale et qui s'y trouve aujourd'hui sous les nos fr4 #ijij-if1 autrefois ,suppl4 fr4 #dfeg-a-e4 ,ce sont cinq beaux volumes petit in-folio intituls3 ,dictionnaire des synonimes de la ,langue franaise1 mais qui prsentent en ralit un dictionnaire franais complet1 avec dfinitions1 acceptions diverses1 exemples1 dont la copie est trs correcte et contient en marge de nombreuses notes de l'criture mme de ,condillac4 ,l'ouvrage est tout prt imprimer2 et il en serait digne1 si la science n'avait fait depuis1 en linguistique particulirement1 des progrs dont la constatation serait sans doute trop redoutable4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,premiers ,,ouvrages ,,de ,,philosophie ,l',essai sur l'origine des connaissances humaines parut en #agdh4 ,l'auteur tait g de trente-quatre ans4 ,il y avait dix annes qu'il tudait ,paris4 ,ses relations le plaaient au milieu de tout ce monde avide de nouveauts qui fut celui de l',encyclopdie4 ,un grand mouvement scientifique agissait puissamment sur l'opinion4 ,condillac le spcialisa pour lui-mme sur un point unique4 ,il avait connu par des traductions la philosophie anglaise2 il avait lu les auteurs en possession de la renomme1 dont il fera bientt une si vive critique2 il avait rflchi surtout et voulait se faire sur chaque chose une doctrine raisonne1 tout comme ,descartes dont il combattait les principes2 il mettait dans ses ides la clart1 la prcision1 la logique dont son esprit tait naturellement dou1 et il y ajoutait la prtention un peu vaniteuse de ne dpendre de personne4 ,jusqu'alors1 disait-il1 la mtaphysique a souffert des garements de ceux qui la cultivaient4 ,il est indispensable pourtant d'tudier les philosophes1 ne serait-ce que pour profiter de leurs fautes4 ,car il est essentiel pour quiconque veut faire par lui-mme des progrs dans la recherche de la vrit de connatre les mprises de ceux qui ont cru lui en ouvrir la carrire4 ,ce sont donc ceux qui semblaient le plus loigns de la vrit qui lui ont t le plus utiles4 ,a peine1 dit-il1 eus-je connu les routes peu sres qu'ils avaient suivies1 que je crus apercevoir les routes que je devais prendre4 ,il me parut qu'on pouvait raisonner en mtaphysique et en morale avec autant d'exactitude qu'en gomtrie2 se faire aussi bien que les gomtres des ides justes2 dterminer1 comme eux1 le sens des expressions d'une manire prcise et invariable2 enfin1 se prescrire1 peut-tre mieux qu'ils n'ont fait1 un ordre assez simple et assez facile pour arriver l'vidence#aj4 #aj ,essai sur l'origine des connaissances humaines1 t4 #a;er des uvres1 p4 #b4--,nous citons toujours l'dition de ,paris #agih1 en #bc volumes in-#h4 ,elle est meilleure que la rimpression en #ba volumes faite en #ahba-bb et prcde d'une trs mdiocre notice de ,m4 ,a4-,f4 ,thry4 ,les ouvrages de ,condillac1 dans le ,catalogue gnral de la ,bibliothque nationale1 #aijg1 t4 ,,xxxi1 ne comprennent pas moins de sept colonnes4 ,toute la philosophie de ,condillac est dans cette dclaration qui prcde son premier livre4 ,de ce jour1 jusqu' la fin de sa carrire1--puisque la ,logique est de #aggh-aghj et que la ,langue des calculs n'a t publie qu'aprs sa mort1--il ne fera que dvelopper la mme thse2 il sera l'homme d'une seule ide4 ,il est inutile de chercher percer tous les mystres1 il faut voir les choses comme elles sont2 toute entreprise spculative est une chimre2 l'observation et l'exprience suffisent4 ,j'ai trouv1 ajoute-t-il1 la solution de tous les problmes dans la liaison des ides1 soit avec les signes1 soit entre elles4 ,les pripatticiens ont entrevu cette vrit2 mais aucun n'a su la dvelopper4 ,bacon est peut-tre le premier qui l'ait aperue4 ,enfin1 ,locke l'a saisie et il a l'avantage d'tre le premier qui l'ait dmontre4 ,son ouvrage pourtant est gt par les longueurs1 les rptitions et le dsordre qui y rgnent et il s'est trop arrt combattre l'opinion des ides innes1 tandis qu'il suffit de dtruire indirectement cette erreur4 ,telles sont dans son ,introduction les dclarations du jeune crivain4 ,pour un dbut1 elles ne manquaient point d'audace4 ,sa doctrine paraissait s'appuyer sur le mpris de ses devanciers4 ,il ne semble pas qu'elle ait beaucoup sduit au premier moment2 mais1 force de la rpter1 il l'imposa4 ,le titre mme tait tout un manifeste1 l'auteur disant firement3 ,ouvrage o l'on rduit un seul principe tout ce qui concerne l'entendement humain4 ,quel tait ce principe nouveau1 que ,locke lui-mme n'avait pas adopt8 ,c'tait de tirer toutes les oprations de l'me d'une simple perception2 c'tait de rejeter une proposition vague1 une maxime abstraite1 une supposition gratuite1 et de s'en tenir une exprience constante1 dont toutes les consquences seront confirmes par de nouvelles expriences4 ,donc1 la perception est l'impression occasionne dans l'me par l'action des sens4 ,mais ,locke1 ajoute ,condillac1 a pass trop lgrement sur l'origine de nos connaissances1 et c'est la partie qu'il a le moins approfondie4 ,il suppose1 par exemple1 qu'aussitt que l'me reoit des ides par les sens1 elle peut son gr les rpter1 les composer1 les unir ensemble avec une varit infinie1 et se faire toutes sortes de notions compltes4 ,mais il est constant que1 dans l'enfance1 nous avons prouv des sensations longtemps avant d'en savoir tirer des ides4 ,ainsi1 l'me n'ayant pas ds le premier instant l'exercice de toutes ses oprations1 il tait essentiel1 pour dvelopper mieux l'origine de nos connaissances1 de montrer comment elle acquiert cet exercice et quel en est le progrs4 ,il ne parat pas que ,locke y ait pens1 ni que personne lui en ait fait le reproche1 ou ait essay de suppler cette partie de son ouvrage2 peut-tre mme que le dessein d'expliquer la gnration des oprations de l'me1 en les faisant natre d'une simple perception1 est si nouveau1 que le lecteur a de la peine comprendre de quelle manire je l'excuterai#aa4 #aa ,introduction l',essai1 p4 #ae4 ,l'opration par laquelle notre conscience1 par rapport certaines perceptions1 les augmente si vivement1 qu'elles paraissent les seules dont nous ayons pris connaissance1 il l'appelle attention4 ,lorsque les objets attirent notre attention1 les perceptions qu'ils occasionnent en nous se lient avec le sentiment de notre tre et avec tout ce qui peut y avoir quelque rapport4 ,de l il arrive que1 non seulement la conscience nous donne connaissance de nos perceptions1 mais encore1 si elles se rptent1 elle nous avertit souvent que nous les avons dj eues1 et nous les fait connatre comme tant nous1 ou affectant un tre qui est constamment le mme1 nous4 ,la conscience est donc le sentiment qui donne l'me la connaissance de ses perceptions et qui l'avertit du moins d'une partie de ce qui se passe en elle#ab4 #ab ,essai1 #are partie1 chap4 #a;er4 ,ce n'est point une facult spciale3 perception et conscience ne doivent tre prises que pour une seule opration sous deux noms4 ,nous sentons notre pense1 nous la distinguons de ce qui n'est pas elle4 ,mais1 pour qu'il y ait conscience1 il faut changement d'tat1 c'est--dire un contraste ou choc mental2 autrement dit1 la conscience consiste dans la perception d'une diffrence3 et c'est surtout dans l'action que se manifeste cette perception4 ,on peut observer1 comme l'a fait ,m4 ,dewaule1 que ,condillac a ici devanc les psychologues anglais du dix-neuvime sicle1 ,hamilton1 ,bain1 ,herbert ,spencer1 qui ont repris ses ides en les dveloppant#ac4 ,l'attention1 s'appuyant sur la conscience1 donne encore naissance plusieurs autres oprations3 l'imagination1 qui retrace les objets qu'on a dj vus1 et la mmoire1 qui nous donne une ide abstraite de la perception2 la liaison que l'attention met entre nos ides#ad4 ,puis1 la manire d'appliquer de nous-mmes notre attention tour tour sur divers objets1 ou aux diffrentes parties d'un seul1 est ce qu'on appelle rflchir4 ,on voit sensiblement comment la rflexion nat de l'imagination et de la mmoire#ae4 #ac ,condillac et la ,psychologie anglaise contemporaine1 par ,m4 ,lon ,,dewaule1 ,paris1 #aijd1 in-#h1 p4 #ej4 #ad ,essai1 section seconde1 chap4 ,,ii1 p4 #ee4 #ae ,essai1 p4 #gh1 chap4 ,v4 ,de la ,rflexion4 ,condillac tablit ainsi l'unit de principe qu'il avait annonce2 et toute la seconde partie de son ouvrage est consacre une thorie qui lui est propre et qu'il reproduira dans tous ses ouvrages1 celle du langage considr comme l'instrument indispensable de la pense humaine4 ,il ne se borne pas signaler les rapports gnraux de la pense et des signes1 il montre quelles oprations de l'esprit seraient impossibles sans le secours du langage3 ,aussitt qu'un homme commence attacher des ides des signes qu'il a lui-mme choisis1 on voit se former en lui la mmoire4 ,celle-ci acquise1 il commence disposer par lui-mme de son imagination et lui donner un nouvel exercice2 car1 par le secours des signes qu'il peut rappeler son gr1 il rveille1 ou du moins il peut rveiller souvent les ides qui y sont lies4 ,dans la suite1 il acquerra d'autant plus d'empire sur son imagination1 qu'il inventera davantage de signes1 parce qu'il se procurera un plus grand nombre de moyens pour l'exercer4 ,voil o l'on commence apercevoir la supriorit de notre me sur celle des btes2 car il est constant qu'il ne dpend point d'elles d'attacher leurs ides des signes arbitraires444 ,dans cette partie de son livre fort diffrente de la premire qu'il a intitule3 ,du langage et de la mthode1 ,condillac fait appel l'histoire1 l'rudition1 aux littratures mme1 pour tudier l'origine et les progrs du langage2 il examine successivement la prosodie des langues anciennes1 la dclamation1 la musique1 les mots et leur signification1 l'criture1 le gnie des langues4 ,il y a l des observations1 trs curieuses pour le temps1 et des vrits de toutes les poques4 ,le caractre des langues est selon lui une raison de la supriorit des crivains2 et1 faisant un retour sur notre grand sicle littraire1 il crit3 ,le moyen le plus simple pour juger quelle langue excelle dans un plus grand nombre de genres1 ce serait de compter les auteurs originaux de chacune4 ,je doute que la ntre et par l quelque dsavantage#af4 #af ,essai1 seconde partie1 chap4 ,,xv4 ,du gnie des langues1 p4 #a4 ,ces travaux sur le langage et sur les signes n'ont pas sans doute t trangers au style si clair1 si plein d'expressions justes1 si bref et si concis que ,condillac s'tait form4 ,rien de plus contraire notre manire de traiter un sujet que le procd habituel de ,condillac4 ,ses ouvrages sont courts1 mais diviss en livres1 chapitres1 paragraphes1 d'une ordonnance parfaite4 ,aucun dveloppement pouvant sduire l'esprit ou le cur1 aucun artifice de composition4 ,c'est une suite de thormes1 qui s'enchanent et se dmontrent les uns aprs les autres avec une prcision toute mathmatique4 ,il ne s'adresse jamais qu' la raison4 ,c'est le triomphe de la ,logique4 ,le ,trait des systmes1 qui parut en #agdi1 tait pour un jeune homme une entreprise encore plus hardie4 ,ce livre n'est autre chose qu'une critique virulente de la philosophie qui rgnait alors1 dont les chefs taient presque contemporains1 que les anciens du moins avaient personnellement pu connatre4 ,sous prtexte de combattre les systmes abstraits ou hypothtiques et d'exalter l'exprience1 l'auteur condamne tout le dix-septime sicle avec une pret souvent excessive4 ,selon lui1 il y a trois sortes de principes abstraits en usage4 ,les premiers sont des propositions gnrales1 exactement vraies dans tous les cas4 ,les seconds sont des propositions vraies par les cts les plus frappants et que pour cela on est port supposer vraies tous gards4 ,les derniers sont des rapports vagues qu'on imagine entre les choses de nature toute diffrente444 ,ainsi1 parmi ces principes1 les uns ne conduisent rien et les autres ne mnent qu' l'erreur4 ,condillac veut faire sentir que la philosophie et l'homme du peuple s'garent par les mmes causes4 ,et parmi ces causes1 celle sur laquelle il revient le plus souvent1 c'est qu'on ne s'entend pas sur la signification des mots4 ,il en donne beaucoup d'exemples ingnieux4 ,vous dites par exemple un aveugle-n que l'carlate est une couleur brillante et clatante2 et le malheureux1 aprs bien des mditations sur les couleurs1 croit apercevoir dans le son de la trompette l'ide d'carlate4 ,il avait raisonn ainsi3 ,j'ai l'ide d'une chose brillante et clatante dans le son de la trompette4 ,l'carlate est une chose brillante et clatante4 ,donc j'ai l'ide de l'carlate dans le son de la trompette4 ,sans doute il ne fallait que lui donner des yeux pour lui faire connatre combien sa confiance tait mal fonde4 ,il en est de mme de l'ide fausse qu'on se fait en utilisant pour des choses diffrentes le mot harmonie et le mot sons4 ,rien n'est plus quivoque que le langage mal employ ou les mtaphores qu'on prend la lettre et qui font tomber dans des erreurs ridicules4 ,et de mme1 si l'on veut entendre certains philosophes1 il faut mettre une grande diffrence entre concevoir et imaginer1 et se contenter d'imaginer la plupart des choses qu'ils croient avoir conues4 ,ce n'est donc pas l'abstrait2 mais c'est le concret1 l'observ1 qu'il faut envisager1 si l'on veut viter le pril1 et c'est pour avoir suivi les vieux systmes que les philosophes antrieurs au dix-huitime sicle1 antrieurs ,locke et ,condillac1 se sont tromps4 ,sans les passer tous en revue1 l'auteur en examine quelques-uns et rfute leurs doctrines avec des dveloppements tantt courts1 tantt longs4 ,les ides innes de ,descartes semblent peine mriter une rfutation4 ,aprs avoir raill sur leur nombre1 sur leur vidence1 ,condillac conclut que les philosophes1 en parlant de la supposition des ides innes1 ont trop mal commenc pour pouvoir s'lever de vritables connaissances4 ,leurs principes appliqus des expressions vagues ne peuvent enfanter que des opinions ridicules et aprs ne se dfendront de la critique que par l'obscurit qui doit les environner4 ,on doit croire que ,malebranche lui tait plus sympathique que ,descartes3 aprs avoir rfut sa vision en ,dieu1 il fait de lui une sorte de portrait littraire avec des grces de style qui ne sont pas dans sa manire ordinaire3 ,malebranche tait un des plus beaux esprits du dernier sicle3 mais malheureusement son imagination avait trop d'empire sur lui4 ,il ne voyait que par elle1 et il croyait entendre les rponses de la sagesse incre1 de la raison universelle1 du verbe4 ,a la vrit1 quand il saisit le vrai1 personne ne lui peut tre compar4 ,quelle sagesse pour dmler les erreurs des sens1 de l'imagination1 de l'esprit et du cur6 ,quelle touche1 quand il peint les diffrents caractres de ceux qui s'garent dans la recherche de la vrit6 ,se trompe-t-il lui-mme8 ,c'est d'une manire si sduisante1 qu'il parat clair jusque dans les endroits o il ne peut s'entendre4 ,la critique de ,leibniz et des ,monades est une des plus pntrantes qu'on puisse lire4 ,l'analyse de la premire partie de l'thique est de mme aussi exacte que complte2 et son jugement sur le ,spinozisme semble1 eu quelque sorte1 dfinitif1 bien qu'il soit le premier en date4 ,ce qu'il y a de remarquable1 c'est qu'ici ,condillac ne s'en tient pas la doctrine et qu'il va jusqu'aux consquences4 ,une substance unique1 indivisible1 ncessaire1 de la nature de laquelle toutes choses suivent ncessairement1 comme des modifications qui en expriment l'essence1 chacune sa manire3 voil l'univers selon ,spinoza4 ,l'objet de ce philosophe est donc de prouver qu'il n'y a qu'une seule substance1 dont tous les tres1 que nous prenons pour autant de substances1 ne sont que les modifications2 que tout ce qui arrive est une suite galement ncessaire1 et que1 par consquent1 il n'y a point de diffrence faire entre le bien et le mal moral4 ,un chapitre entier est consacr l'ouvrage1 bien oubli aujourd'hui1 intitul3 ,de la prmotion physique1 ou de l'action de ,dieu sur la cration4 ,il n'avait pas moins de deux volumes et tait d'un certain ,pre ,boursier1 que ,condillac traite assez lgrement4 ,c'est grand dommage1 dit-il1 que son systme me soit inintelligible2 c'est dommage que l'auteur ne puisse donner aucune ide de ces tres qu'il fait valoir et qu'il multiplie avec tant de prodigalit4 ,le principe dont il se sert1 que nous connaissons le fini par l'infini1 n'est-ce pas toujours l'erreur qu'a produite le prjug des ides innes8 ,le systme des ,cartsiens est peu philosophique6 ,au lieu d'expliquer les choses par des causes naturelles1 ils font chaque instant descendre ,dieu dans la machine1 et chaque effet parat produit comme par miracle4 ,et comme conclusion1 ,condillac s'crie3 ,que les thologiens ne se bornent-ils ce que la foi enseigne1 et la philosophie ce que l'exprience apprend6 ,un expos si pratique1 si clair et si brillant par moments devait plaire aux contemporains4 ,voltaire crivait dans le ,dictionnaire philosophique3 ,m4 l'abb de ,condillac rendit un trs grand service l'esprit humain1 quand il fit voir le faux de tous les systmes4 ,si on peut esprer de rencontrer un chemin vers la vrit1 ce n'est qu'aprs avoir bien reconnu tous ceux qui crurent l'erreur4 ,c'est du moins une consolation d'tre tranquille1 de ne plus chercher quand on voit que tant de savants ont discut en vain#ag4 #ag ,art4 ,chronologie1 t4 ,,xxxviii des uvres compltes1 p4 #ha4 ,diderot1 dans sa fameuse ,lettre sur les aveugles1 parue l'anne mme1 dit ,mme de ,puisieux1 en lui recommandant le ,trait des systmes1 que l'auteur vient de donner une nouvelle preuve de l'adresse avec laquelle il sait manier ses ides et de montrer combien il est redoutable pour les systmatiques4 ,d',alembert1 dans le ,discours prliminaire de l',encyclopdie1 crivait que le got des systmes1 plus propre flatter l'imagination qu' clairer la raison1 est aujourd'hui presque absolument banni de tous les ouvrages1 un de nos meilleurs philosophes1 l'abb de ,condillac1 semblant lui avoir port le dernier coup4 ,et il prenait dans le ,trait1 pour les mettre dans l',encyclopdie1 des parties tout entires4 ,de nos jours les critiques ont montr moins d'indulgence4 ,m4 ,cousin1 tout en pensant que cet ouvrage est le meilleur de ,condillac1 observe qu'on est toujours plus fort quand on attaque que quand on se dfend2 il signale un ton tranchant et dogmatique1 qui va croissant mesure que l'auteur s'enfonce davantage dans un systme troit et exclusif4 ,et il observe malicieusement qu'en attaquant avec raison les hypothses philosophiques1 ,condillac se prpare lui-mme le plus formel dmenti pour le jour o il aura recours1 pour mieux connatre l'homme rel1 l'hypothse de l'homme-statue4 ,damiron1 qui a particulirement tudi l'ouvrage#ah1 trouve qu'il n'y est pas tenu assez de compte du milieu historique o se sont formes les coles philosophiques1 subissant l'influence des lieux et des temps1 se modifiant par le mouvement des ides1 chacun profitant ainsi des travaux de ses devanciers4 ,et il ajoute que le ,trait des systmes1 qui aurait pu tre une excellente introduction l'tude de l'histoire de la philosophie1 reste un livre imparfait1 d'une rudition trop ferme et d'une critique qui n'a pas toujours elle-mme l'tendue et la justesse qu'on aurait dsires et qui en auraient fait l'autorit4 ,c'est une simple polmique1 venant aprs une exposition thorique4 ,il est temps que ,condillac se mette composer une uvre personnelle4 ,il y consacra cinq annes4 #ah ,damiron1 sances des #ba et #bh dcembre #ahfa de l',acadmie des sciences morales et politiques4 ,,chapitre ,,iii ,,le ,,trait ,,des ,,sensations ,l'esprit si clair et si prcis de ,condillac devait forcment l'amener prsenter ses thories d'une faon saisissante1 mais un peu contraire1 ce semble1 aux principes mmes de sa philosophie4 ,qu'il se soit fait en ,france le champion de la mthode exprimentale1 c'est ce qui ressort de tous ses crits4 ,bacon est son matre1 aussi bien que ,locke1 et il vient d'attaquer vivement l'cole de ,descartes et ses abstractions2 mais le jour o il veut faire clater tous les yeux la vrit de sa doctrine1 il a recours aux moyens qu'il a lui-mme combattus et se lance dans les hypothses les plus difficiles mettre d'accord avec l'exprience4 ,comment prouver que les ides ne nous viennent que par les sens8 ,comment dterminer la faon dont nous viennent les ides8 ,ce n'est pas chose facile2 car il faut nous mettre la place d'un enfant qui vient de natre et interroger une intelligence qui n'existe pas encore4 ,nous ne saurions1 dit ,condillac1 nous rappeler l'ignorance dans laquelle nous sommes ns3 c'est un tat qui ne laisse pas de trace aprs lui4 ,nous ne nous souvenons d'avoir ignor que ce que nous nous souvenons d'avoir appris2 et1 pour remarquer ce que nous apprenons1 il faut dj savoir quelque chose444 ,dire que nous avons appris voir1 entendre1 goter1 sentir1 toucher parat le paradoxe le plus trange3 il semble que la nature nous a donn l'entier usage de nos sens l'instant mme qu'elle les a forms#ai4 #ai ,trait des sensations1 t4 ,,iii des uvres compltes1 p4 #dg4 ,c'est pour essayer de se rendre compte de la gnration premire de nos ides que ,condillac a imagin sa statue4 ,ou plutt1 l'invention n'est pas de lui4 ,dans la ddicace de son ouvrage ,mme la comtesse de ,vass1 il lui rappelle dlicatement la part qu'y a prise une personne qui lui tait chre1 ajoutant qu'il invoque sa mmoire pour jouir tout la fois et du plaisir de parler d'elle et du chagrin de la regretter2 et il souhaite que ce monument perptue le souvenir de cette amiti mutuelle et de l'honneur qu'il aura eu d'avoir part l'action de l'un et de l'autre4 ,cette personne laquelle ,condillac reporte tout l'honneur de l'invention est ,mlle ,ferrand4 ,elle m'a clair1 dit-il1 sur les principes1 sur le plan et sur les moindres dtails2 et j'en dois tre d'autant plus reconnaissant1 que son projet n'tait ni de m'instruire ni de me faire faire un livre et qu'elle n'avait d'autre dessein que de s'entretenir avec moi de choses auxquelles je prenais quelque intrt444 ,si elle avait pris elle-mme la plume1 cet ouvrage prouverait mieux quelles taient ses volonts4 ,mais elle avait une dlicatesse qui ne lui permettait mme pas d'y penser4 ,contraint d'y applaudir1 quand je considrais les motifs qui en taient le principe1 je l'en blmais aussi1 parce que je voyais dans ses conseils ce qu'elle aurait pu faire elle-mme4 ,ce trait n'est donc que le rsultat de conversations que j'ai eues avec elle1 et je crains bien de n'avoir pas toujours su prsenter ses penses sous leur vrai jour444 ,la justice que je rends ,mlle ,ferrand1 je n'oserais la lui rendre si elle vivait encore4 ,uniquement jalouse de la gloire de ses amis1 elle n'aurait point reconnu la part qu'elle a eue cet ouvrage2 elle m'aurait dfendu d'en faire l'aveu1 et je lui aurais obi444#bj4 #bj ,trait des sensations1 t4 ,,iii des uvres1 p4 #ed4 ,en lisant ces sentiments un peu compliqus1 exprims dans un style harmonieusement cadenc1 on dirait une page des ,confessions de ,jean-,jacques ,rousseau4 ,ce qu'tait ,mlle ,ferrand1 l'grie des philosophes du dix-huitime sicle1 il est assez difficile de le dire1 les contemporains en ayant peu parl4 ,grimm a crit d'elle un peu ddaigneusement3 ,mlle ,ferrand tait une personne de peu d'esprit1 d'un commerce assez maussade1 mais elle savait la gomtrie4 ,le mme auteur nous apprend que ces deux dames1 dont la clbrit n'a pas gal celle des femmes du dix-huitime sicle que leurs murs trop souvent ont recommandes aux malignits de l'histoire1 vivaient ensemble au faubourg ,saint-,germain1 en un lieu appel ,saint-,joseph1 et qu'elles avaient donn asile1 pendant trois ans1 dans leur maison au ,prtendant1 chapp d',angleterre1 l'infortun ,charles-douard1 auquel le trait d',aix-la-,chapelle avait enlev le droit de rsider en ,france4 ,sa matresse1 la princesse de ,talmont1 demeurait dans la mme maison4 ,fort amoureux1 l'hritier des ,stuart se renfermait1 pendant le jour1 dans une petite garde-robe de ,mme de ,vass1 le soir1 derrire une alcve de ,mlle ,ferrand2 et il y avait fort point un escalier drob par lequel il descendait la nuit chez la princesse4 ,tout cela semblait plus anim que la statue et n'avait que des rapports loigns avec la mtaphysique et la gomtrie4 ,grimm ajoute sans mchancet que ,mlle ,ferrand laissa une partie de sa fortune l'abb de ,condillac4 ,en retour1 il a perptu son nom1 qu'on accolera longtemps l'hypothse de la statue4 ,mais c'est la preuve en mme temps que cette supposition fameuse tait bien plutt un procd d'tude qu'une thorie philosophique4 ,au reste1 l',avertissement nous prvient que1 pour que l'exprience russisse1 il est trs important de se mettre exactement la place de la statue2 qu'il faut commencer d'exister avec elle1 n'avoir qu'un seul sens1 quand elle n'en a qu'un2 n'acqurir que les ides qu'elle acquiert2 ne contracter que les habitudes qu'elle contracte3 en un mot1 il faut n'tre que ce qu'elle est4 ,elle ne jugera des choses comme nous1 que quand elle aura tous nos sens et toute notre exprience2 et nous ne jugerons comme elle1 que quand nous nous supposerons privs de tout ce qui lui manque4 ,tout cela est fort ingnieux3 son plan une fois adopt1 l'auteur le suit pas pas1 analysant trs subtilement les diffrentes connaissances qui viennent peu peu l'enfant par les sens1 commencer par l'odorat seul1 pour passer ensuite l'oue et au got1 runis l'odorat1 et arriver au toucher1--le seul sens qui juge par lui-mme des objets extrieurs1--et terminer par la vue qui1 jointe au toucher1 permet de juger la distance1 la situation1 la figure1 la grandeur des corps4 ,mais aucune de ces oprations ne serait possible si1 en dehors des sens proprement dits1 l'homme n'avait une intelligence doue de la facult de comparaison et surtout de la mmoire1 sans laquelle la liaison des ides ne se ferait jamais4 ,et puis le dfaut de l'hypothse de ,condillac est qu'il raisonne comme si sa statue n'avait d'abord qu'un seul sens1 qu'il les lui donne arbitrairement les uns aprs les autres1 tandis que l'enfant nat et grandit avec tous ses sens1 dont les diverses oprations se font souvent simultanment et servent ensemble la formation des ides comme de l'intelligence elle-mme4 ,aucune part n'est faite non plus l'ducation et au commerce de chaque jour avec nos semblables4 ,pour connatre les ides que l'homme-statue acquiert par les sens1 il faudrait non seulement que chaque sens oprt sparment1 mais aussi que le sujet ne subt aucune influence trangre4 ,or1 on est beaucoup plus pourvu des ides que les autres nous donnent que de celles que nous acqurons nous-mmes2 de mme qu'il y a beaucoup de choses que nous ne saurions pas1 si on ne nous les avait pas enseignes4 ,nous sommes donc trs riches par les biens hrditaires ou par ceux que nous avons reus de nos auteurs1 et peut-tre trs pauvres par ceux que nous avons acquis personnellement4 ,et en tout cas1 il nous est trs difficile de dmler l'origine des uns et des autres4 ,quant aux ides morales1 elles peuvent la rigueur venir aussi des sens1 condition que la statue ne soit pas un tre inanim1 et que l'on s'adresse une conscience personnelle1 un moi1 une me individuelle4 ,mais le passage de la sensation passive et accidentelle la volont active et persvrante est assurment plus difficile expliquer que ne semble le croire ,condillac1 en dpit de son analyse trs ingnieuse des diffrentes sensations1 de leur comparaison et de leurs rapports4 ,il l'a compris1 du reste1 lui-mme2 car ds la premire dition de son ,trait des sensations qui est de #aged1 ,londres et ,paris1 comme il tait d'usage1 il a eu soin d'ajouter la fin de son second volume une ,dissertation sur la libert#ba4 #ba ,trait des sensations1 t4 ,,iii des uvres1 p4 #dbc4 ,assurment c'est l1 comme il le dit1 une de ces questions sur lesquelles on a le plus crit et qui sera trs propre montrer les avantages de sa mthode4 ,comment entend-il la rsoudre8 ,c'est toujours la statue qu'il envisage3 ,lorsqu'elle a plusieurs dsirs1 elle les considre par les moyens de les satisfaire1 par les obstacles surmonter1 par les plaisirs de la jouissance et par les peines auxquelles elle est expose4 ,elle les compare sous chacun de ces gards4 ,la rflexion vient les balancer1 et au lieu de chercher l'objet qui offre le plaisir le plus vif1 elle observe celui o il y a le plus de plaisir avec le moins de peine et qui1 tant toute occasion de repentir1 peut contribuer au plus grand bonheur444 ,mais pour donner lieu la dlibration1 il faut que les passions soient dans un degr qui laisse agir les facults de l'me444 ,et il suffit de lui supposer quelque connaissance des objets parmi lesquels elle doit choisir2 il suffit que l'exprience lui ait fait voir une partie des avantages et des inconvnients qui leur sont attachs1 qu'elle lui confirme dans mille occasions qu'elle peut rsister ses dsirs1 et que lorsqu'elle a fait un choix1 il tait en son pouvoir de ne pas le faire444 ,ce pouvoir emporte deux ides3 l'une qu'on ne fait pas une chose1 l'autre qu'il ne manque rien pour la faire4 ,ds que notre statue se connat un pareil pouvoir1 elle se conoit libre444 ,si1 ayant un besoin1 elle ne connaissait encore qu'un seul objet propre la soulager et ne prvoyait aucun inconvnient en jouir1 elle s'y porterait non seulement sans dlibrer1 mais mme sans en avoir le pouvoir2 car elle n'aurait pas de quoi dlibrer4 ,elle ne serait donc pas libre4 ,l'exprience lui montre-t-elle de nouveaux objets qui peuvent aussi la satisfaire8 ,elle a1 dans les avantages et les inconvnients qu'elle y dcouvre1 de quoi dlibrer4 ,elle est libre4 ,les connaissances la dgagent donc peu peu de l'esclavage auquel ses besoins paraissaient d'abord l'assujettir2 elles brisent les chanes qui la tenaient dans la dpendance des objets444 ,et il conclut que la libert consiste dans les dterminations qui sont une suite des dlibrations que nous avons faites1 ds que nous avons eu le pouvoir de les faire4 ,c'est bien l1 selon son expression1 un exemple sensible de la faiblesse de ces raisonnements1 quand ils s'appliquent des faits d'observation morale4 ,si la libert humaine n'est qu'une perptuelle balance entre les jouissances les plus agrables et celles qui peuvent satisfaire nos sens avec le moins de danger1 en nous fournissant aussi peu de motifs que possible de repentir1 il faut avouer que notre tat n'est pas trs suprieur celui des animaux1 auxquels l'instinct1 moins que ce ne soit l'exprience1 enseigne quels sont les aliments qui peuvent leur tre profitables ou nuisibles4 ,peut-tre ,condillac ajoutera-t-il que la crainte du chtiment et la connaissance des lois rpressives est un puissant lment de dlibration pour sa statue1 qui devra bien aussi considrer les peines et les rcompenses ternelles1 si tant est qu'elle puisse en avoir seulement la notion4 ,mais il est certain qu'une semblable libert exclut toute ide de devoir1 de responsabilit morale1 de justice sociale1 et que les philosophes1 autres que ceux qu'on appelait alors les athistes1 ne pouvaient gure s'en contenter4 ,mais jamais ,condillac n'a voulu envisager les consquences de ses doctrines1 et dans ses autres enseignements il n'a cess de respecter et mme de professer les principes sur lesquels reposait la socit au milieu de laquelle il vivait4 ,ses contemporains ne s'en aperurent pas davantage4 ,il y avait alors deux grandes revues bibliographiques1--comme nous dirions aujourd'hui1--toutes les deux rdiges dans l'esprit le plus oppos2 l'une1 qui n'a t connue qu'un peu plus tard1 la ,correspondance de ,grimm et de ,diderot2 l'autre1 qui paraissait chaque mois1 le ,journal de ,trvoux1 rdig par les ,jsuites4 ,il y est rendu compte du ,trait des sensations l'anne mme de sa publication1 avec quelques critiques de dtail1 mais sans qu'il y soit fait allusion la rvolution philosophique que cet ouvrage prparait ou constatait4 ,mais ,condillac trouva des adversaires du ct o il devait le moins s'y attendre4 ,une querelle avait surgi entre lui et ,diderot l'occasion mme de la publication du ,trait des sensations4 ,dans sa ,lettre sur les aveugles 7,londres1 #agdg1 in-#h71 adresse ,mme de ,puisieux1 sa matresse d'alors1 ,diderot ne cesse de recommander1 en faisant des loges presque exagrs1 les deux premiers ouvrages de son ami3 l',essai sur l'origine des connaissances humaines et le ,trait des systmes4 ,il prtendait dans cet crit que le sens du toucher est particulirement dvelopp chez les aveugles et que la surface du corps n'a gure moins de nuances pour eux que le son de la voix2 mais la morale n'est pas la mme3 ils n'ont aucune ide de ,dieu1 ne voyant pas les merveilles de la nature4 ,peut-tre les tendances matrialistes1 qui firent que sur la dnonciation1 dit-on1 de ,mme de ,saint-,maur1 ,diderot fut poursuivi et enferm ,vincennes1 sparrent-elles un peu les deux amis4 ,de plus1 ,diderot publia bientt une ,lettre sur les sourds et muets1 dans laquelle il tait question d'un muet de convention1 sorte de statue organise suprieurement comme nous1 et aussi d'une socit de cinq personnes dont chacune n'aurait qu'un seul sens4 ,trois ans aprs1 ,condillac donnait dans son ,trait des sensations la clbre hypothse de la statue1 laquelle tous les sens successivement procurent la connaissance que peut acqurir un individu bien constitu4 ,diderot prtendit que ,condillac lui avait vol son ide4 ,on aurait pu rpondre1 mme sans invoquer la dclaration de ,condillac relative ,mlle ,ferrand1 que dans les conversations hebdomadaires de ces dners du ,panier fleuri1 il avait d tre question de ce moyen de dmontrer l'origine des ides1 et que l'invention tait pour le moins commune4 ,au reste1 cette hypothse de l'homme1--statue ou non1--sur lequel on exprimente successivement les impressions produites par les sens1 a t imagine par ,buffon et par ,bonnet aussi bien que par ,condillac et ,diderot4 ,soit cette cause1 soit une autre1 la ,correspondance de ,grimm attaqua vivement le ,trait des sensations et son auteur4 ,une premire fois1 ,grimm crivait3 ,il y aurait beaucoup dire si on remontait l'origine de la rputation de l'abb de ,condillac444 ,il n'a pas beaucoup d'ides lui444#bb4 ,et quelques mois plus tard1 dans une tude trs dveloppe1 l'auteur de la ,correspondance s'exprimait ainsi3 ,vous ne trouverez pas dans ce ,trait ces traits de gnie1 cette imagination sublime et brillante1 admirable jusque dans ses carts1 ces lueurs qui nous font entrevoir des lumires que vous ne dcouvririez jamais1 cette hardiesse enfin qui caractrisent l'uvre d'un ,buffon ou d'un ,diderot444 ,m4 l'abb de ,condillac a cit deux ou trois pages de la ,lettre sur les sourds la fin de son ,trait1 et il faut convenir qu'il y a plus de gnie dans ces quelques lignes que dans tout le ,trait des sensations4 #bb ,correspondance de ,grimm et de ,diderot4 ,edit4 ,tourneux1 t4 ,,ii1 ,paris1 #ahgg1 in-#h1 p4 #gch4 ,la passion est ici trop manifeste4 ,il perce aussi dans la suite de l'article une tendance matrialiste et athe1 que les auteurs accuseront de plus en plus et qui les sparera encore de ,condillac3 ,comme quand on est de bonne foi1 ajoute-t-il1 on ne peut pas se dissimuler que rien n'est dmontr un certain point1 je voudrais que nos philosophies n'attachassent point1 leur mthode d'appliquer la manire dont se font nos sensations1 un plus haut degr de certitude qu'elle n'en a rellement4 ,et il termine en disant3 ,le petit trait 7sur la ,libert7 que ,m4 l'abb de ,condillac a ajout son ouvrage n'est pas digne de lui1 et il n'est rien moins que philosophique4 ,ces apprciations n'tonnent point de la part de ,diderot1 qui dira en mourant3 ,le premier pas vers la philosophie1 c'est l'incrdulit#bc4 #bc ,c4 ,,avezac-,,langue1 ,diderot et la socit du baron d',holbach1 #ahge1 in-#h1 chap4 ,ier4 ,les physiologistes modernes ont fait aux dmonstrations de ,condillac des objections plus graves4 ,trs li avec les savants de l'poque1 croyant possder avec eux le dernier mot de la science1 ,condillac ne pouvait souponner que des dductions philosophiques1 reposant tout entires sur l'observation1 seraient battues en brche par la science elle-mme1 par la physiologie la plus lmentaire4 ,c'est ,flourens qui1 dans son beau livre ,de la vie et de l'intelligence1 dmontre que tous les philosophes qui ont affirm que l'intelligence tenait la sensibilit et qu'elle tait la sensibilit elle-mme1 comme ,locke1 ,condillac1 ,helvtius1 n'ont jamais rien su1 ni rien pu savoir d'exact sur ce point4 ,l'exprience seule devait nous apprendre que l'organe o rside la sensibilit--la mlle pinire et les nerfs1 n'est pas celui o rside l'intelligence1--les lobes ou hmisphres crbraux2 que l'organe de la sensibilit ne sert en rien l'intelligence et que l'organe de l'intelligence est prcisment dnu de toute sensibilit1 est impassible#bd4 #bd ,p4 ,,flourens1 ,de la vie et de l'intelligence4 ,paris1 ,garnier1 #ahei1 in-#ab1 p4 #cf et #dg4 ,l'intelligence commence par la perception2 de la perception nat l'attention2 de l'attention1 la mmoire2 de la mmoire1 le jugement2 du jugement1 la volont4 ,cela se suit et s'enchane4 ,sans la perception1 il n'y aurait pas attention2 sans l'attention1 il n'y aurait pas mmoire2 sans mmoire1 il n'y aurait pas de jugement2 sans jugement1 il n'y aurait pas de volont4 ,et tout cela1 c'est l'intelligence4 ,mais il faut sparer absolument la sensibilit de la perception4 ,ce qui le prouve1 c'est que quand on enlve un animal le cerveau proprement dit1--lobes et hmisphres crbraux1--l'animal perd la vue4 ,mais1 par rapport l'il1 rien n'est chang3 les objets continuent se peindre sur la rtine2 l'iris reste contractile2 le nerf optique est parfaitement sensible4 ,cependant l'animal ne voit plus4 ,il n'y a plus vision1 quoique tout ce qui est sensation subsiste2 il n'y a plus de vision1 parce qu'il n'y a plus de perception4 ,le percevoir1 et non le sentir1 est donc le premier lment de l'intelligence4 ,la perception est partie de l'intelligence2 car elle se perd avec l'intelligence1 et par l'ablation du mme organe2 et la sensibilit n'est point partie de l'intelligence1 puisqu'elle subsiste aprs la perte de l'intelligence et l'ablation de l'organe4 ,la volont fait partie de l'intelligence1 comme la perception4 ,comme la perception1 elle se perd avec l'intelligence1 et comme la perception par l'ablation du mme organe1--les lobes ou hmisphres crbraux#be4 #be ,,flourens1 ibid41 p4 #gg #gi4 ,ainsi1 aux diverses poques et selon la marche de ses progrs1 la science prte son appui la philosophie1 ou combat ses conclusions2 et il est aussi dangereux pour la raison de se laisser mener par la physiologie1 que de s'appuyer sur des hypothses ou des entits purement imaginatives4 ,il y aurait cependant quelque injustice reprocher ,condillac de n'avoir pas tenu compte de dcouvertes qui n'ont t faites que longtemps aprs lui4 ,au reste1 il ne faut pas s'exagrer la porte des arguments de ,flourens4 ,la sensibilit qui subsiste aprs l'ablation des hmisphres crbraux1 de quelle nature est-elle8 ,est-elle encore cette sensibilit dont parle ,condillac et de laquelle il veut faire sortir toute la vie mentale8 ,ne se rduit-elle pas une sorte d'irritabilit nerveuse1 semblable celle de la grenouille dont on a tranch la tte8 ,on peut appeler sensibilit cette irritabilit quasi mcanique2 mais la sensation proprement dite1 celle dont ,condillac entend parler1 elle ne se produit pas sans une laboration centrale qui a son sige dans le cerveau4 ,il n'y a pas1 vrai dire1 sensation visuelle1 si l'excitation n'est transmise jusqu'aux lobes occipitaux1 ni sensation auditive1 si l'branlement venu de la priphrie ne gagne les parties postrieures de la premire et de la deuxime circonvolution temporale4 ,d'ailleurs1 le systme de la sensation transforme a rencontr chez les philosophes modernes des objections plus graves4 ,la sensation1 l'tat pur1 n'est pas une ralit1 mais une abstraction4 ,condillac parlant de la sensation dtache du sujet qui la supporte et qui la produit1 part donc d'une chose morte1 d'un concept sans vie4 ,la sensation n'est donne qu'avec le sujet et par le sujet4 ,aussi1 plac ds le dbut hors du moi actif et vivant1 c'est--dire hors du rel1 le philosophe s'en loigne d'autant plus qu'il avance davantage dans son tude4 ,il veut faire l'histoire de l'me et il n'en esquisse que le roman4 ,la sensation de transformer1 dit-il1 cela n'est qu'un mot3 une sensation reste une sensation et ne devient pas autre chose parce que d'autres sensations l'accompagnent ou lui succdent4 ,la transformation est imagine1 comme le fait primitif de la sensation avait t imagin lui-mme4 ,comment ,condillac peut-il alors tirer de ce fait toutes nos facults8 ,sa construction est fantaisiste1 comme la base sur laquelle il l'a pose4 ,parti d'un fondement hypothtique1 il donne de nos facults des dfinitions arbitraires3 ainsi1 il reste d'accord avec lui-mme1 s'il ne l'est pas avec la ralit4 ,son systme pourrait1 par exemple1 expliquer la mmoire1 si cette facult n'tait que la suite de l'branlement sensitif prolong2 mais l'explication se dtruit1 quand on constate que le fait de mmoire n'est que la sensation rapparaissant et reconnue par le sujet4 ,si nous suivons dans toute sa logique le systme imagin par ,condillac1 il nous laisse en prsence d'une poussire de sensations qui viennent nous ne savons d'o1 puisqu'il n'y a plus de causes1 et qui se lient nous ne savons comment1 puisqu'il n'y a plus de substances4 ,au lieu de prendre l'esprit dans sa ralit concrte et vivante pour tcher d'en dmler les lments1 d'aller du sujet ses tats divers1 il est parti d'un phnomne abstrait1 et ne pouvant plus trouver l'tre1 il s'est enfonc dans l'abstraction4 ,c'est l'objection fondamentale que lui a faite le vigoureux penseur ,maine de ,biran1 quand1 par l'exprience intrieure1 il a retrouv le moi rel et vivant1 se faisant ainsi le chef incontest de la raction philosophique du commencement du dix-neuvime sicle4 ,ce vice de mthode a amen ,condillac une singulire contradiction4 ,il revient sans cesse dans ses crits sur l'analyse et la synthse1 proclamant que la mthode analytique est la seule bonne1 la seule fonde sur la nature et faisant de cet axiome sa principale dcouverte4 ,cependant1 comme le remarque1 aprs d'autres1 un philosophe moderne un peu oubli#bf1 il ne s'interdit pas trs souvent de faire usage de la synthse3 en particulier dans son ,trait des sensations1 il essaye de refaire l'homme de toutes pices1 en donnant successivement sa statue chacun des cinq sens par une opration minemment synthtique2 et les dfauts qu'on relve dans son ouvrage tiennent prcisment l'emploi de la synthse dans un sujet qui y rpugne4 ,une bonne synthse doit partir d'un lment vraiment primitif4 ,la sensation de ,condillac n'est pas cet lment2 elle n'est primitive que par hypothse3 il ne l'a pas observe et il n'a pas pu l'observer2 il l'a imagine a priori1 lui le partisan de la seule mthode exprimentale6 ,la sensation l'tat pur n'est pas une ralit1 mais une abstraction4 ,ce qui est donn d'abord1 c'est une ralit complexe1 une synthse vivante2 la sensation n'est qu'un point de vue abstrait pris sur cette synthse4 #bf ,essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractres de la critique philosophique1 par ,a4-,a4 ,,cournot4 ,paris1 ,hachette1 #ahea1 t4 ,,ii1 p4 #ic4 ,en essayant de faire l'histoire des ides philosophiques de ,condillac1 il tait sans doute ncessaire de s'appesantir un instant sur le plus important de ses crits1 ce ,trait des sensations1 qui a si longtemps constitu seul sa gloire dans le monde intellectuel d'une poque qui l'adopta sans le discuter4 ,peut-tre le jugement dfinitif sur cette longue controverse a-t-il t port incidemment par un des derniers disciples de ,cousin1 ,m4 ,p4 ,janet3 ,de quelque manire que l'on explique la pense1 crivait-il un jour#bg1 soit que l'on admette1 soit que l'on rejette ce que l'on a appel les ides innes1 on est forc de reconnatre qu'une trs grande partie de nos ides viennent de l'exprience externe4 ,les ides innes elles-mmes ne sont que les conditions gnrales et indispensables de la pense2 elles ne sont pas la pense elle-mme4 ,comme ,kant l'a si profondment aperu1 elles sont la forme de la pense3 elles n'en sont pas la matire4 ,cette matire est fournie par le monde extrieur4 ,il faut donc que le monde extrieur agisse sur l'me pour qu'elle devienne capable de penser4 ,il faut par consquent un intermdiaire entre le monde extrieur et l'me4 ,cet intermdiaire est le systme nerveux1 qui a pour centre le cerveau4 ,les images et les signes sont les conditions de l'exercice actuel de la pense4 ,le cerveau n'est pas seulement l'organe central des sensations2 il est l'organe de l'imagination et de la mmoire1 l'auxiliaire indispensable de l'intelligence4 #bg ,revue des ,deux ,mondes du #ae juillet #ahfe4 ,a un sicle de distance1 la forme seule tant modifie1 n'est-ce pas le langage que ,condillac aurait d tenir8 ,,chapitre ,,iv ,,le ,,trait ,,des ,,animaux ,un des ouvrages les plus originaux de ,condillac1 celui dans lequel il a rsum une fois de plus toute sa doctrine1 est son ,trait des animaux4 ,il le composa peu de temps aprs le ,trait des sensations1 et comme complment ce livre4 ,c'est une polmique dirige contre ,descartes et sa thorie du mchanisme1 qui rduit les btes au rle de simples automates1 et contre l'hypothse assez analogue de ,buffon1 qui croit que les btes n'ont pas des sensations semblables aux ntres1 parce que1 selon lui1 ce sont des tres purement matriels4 ,ce dernier distingue entre les sensations corporelles et les sensations spirituelles1 accordant les unes et les autres l'homme1 et bornant la bte aux premires4 ,condillac tient pour l'unit des sensations1 et surtout il ne peut comprendre ce qu'on appelle des sensations corporelles4 ,et1 rsumant le problme tel qu'il tait pos de son temps1 il crit3 ,il y a trois sentiments sur les btes4 ,on croit communment qu'elles sentent et qu'elles pensent2 les ,scholastiques prtendent qu'elles sentent et qu'elles ne pensent pas2 et les ,cartsiens les prennent pour des automates insensibles4 ,on dirait que ,m4 de ,b41 considrant qu'il ne pourrait se dclarer pour l'une de ces opinions sans choquer ceux qui dfendent les deux autres1 a imagin de prendre un peu de chacune1 de dire avec tout le monde que les btes sentent1 avec les ,scholastiques quelles ne pensent pas et1 avec les ,cartsiens1 que leurs actions s'oprent par des lois purement mcaniques#bh4 #bh ,premire partie1 chap4 ,,iv4 ,t4 ,,iv des uvres4 ,ce qu'il y a de plus singulier1 c'est le grand reproche fait par ,condillac ,buffon1 savoir que l'auteur des tudes sur la nature manque de la qualit essentielle un philosophe et un naturaliste1 qui est l'observation4 ,et alors il se donne le facile plaisir de le mettre en contradiction avec lui-mme4 ,la matire inanime1 dit ,buffon1 n'a ni sensation1 ni conscience d'existence1 et lui attribuer quelques-unes de ces facults1 ce serait lui donner celle de penser1 d'agir et de sentir peu prs dans le mme ordre et de la mme faon que nous pensons1 agissons1 sentons4 ,or1 il accorde ailleurs aux btes sentiment1 sensation et conscience d'existence4 ,donc elles doivent penser1 agir et sentir1 comme nous4 ,il crit encore que la sensation par laquelle nous voyons les objets simples et droits n'est qu'un jugement de notre me1 occasionn par le toucher2 et que si nous tions privs du toucher1 les yeux nous tromperaient1 non seulement sur la position1 mais encore sur le nombre des objets4 ,par consquent1 supposer que les btes n'ont point d'me1 qu'elles ne comprennent point1 qu'elles ne jugent point1 c'est supposer qu'elles voient en elles-mmes tous les objets1 qu'elles les voient doubles et renverss4 ,or1 les ides n'tant que des sensations1 comme le dclare encore ,buffon1 il est clair que tout animal qui fait ces oprations a des ides1 ou1 pour parler plus clairement 7et ici ,condillac revient son systme71 il a des ides1 parce qu'il a des sensations qui lui reprsentent les objets extrieurs et les rapports qu'ils ont lui4 ,par le mme raisonnement1 on dit que l'animal a de la mmoire1 qu'il a contract l'habitude de juger l'odorat1 la vue1 et que cela implique qu'il tablit une comparaison avec des jugements antrieurs1 qu'il est capable d'exprience2 ce qui n'est pas le fait des automates4 ,ce qui touchait particulirement ,condillac1 c'tait qu'on prtendait qu'il avait pris dans ,buffon l'ide premire de son ,trait des sensations4 ,dans la seconde partie du livre1 ,condillac expose son systme des facults des animaux1 les comparant chaque moment celles de l'homme4 ,il s'efforce d'expliquer la gnration des facults chez les btes1 le systme de leurs connaissances1 l'uniformit de leurs oprations1 l'impuissance o elles sont de se faire une langue proprement dite1 leurs intrts1 leurs passions444 ,et il ajoute3 ,le systme que je donne n'est point arbitraire3 ce n'est pas dans mon imagination que je le puise1 c'est dans l'observation4 ,et aussitt1 il commence dcrire la ,gnration des habitudes4 ,au premier instant de son existence1 un animal ne peut former le dessein de se mouvoir4 ,il ne sait seulement pas s'il a un corps2 il ne le voit pas2 il ne l'a pas encore touch4 ,cependant les objets font des impressions sur lui2 il prouve des sentiments agrables ou dsagrables3 de l naissent ses premiers mouvements4 ,il les compare ensuite et les observe2 et son me apprend rapporter son corps les impressions qu'elle reoit4 ,les mmes besoins dterminent les mmes oprations2 les habitudes de se mouvoir et de juger sont contractes4 ,c'est ainsi que les besoins produisent d'un ct une suite d'ides et de l'autre une suite de mouvements correspondants4 ,les animaux doivent donc l'exprience les habitudes qu'on leur croit tre naturelles4 ,tout occups qu'ils sont des plaisirs qu'ils recherchent et des peines qu'ils veulent viter1 l'intrt seul les conduit2 ils ne se proposent pas d'acqurir des connaissances4 ,leurs ides forment une chane dont la liaison suffit la direction de leurs actes4 ,tout y dpend d'un mme principe1 le besoin2 tout s'y excute par le mme moyen1 la liaison des ides4 ,mais les btes ont infiniment moins d'inventions que nous1 soit parce qu'elles sont plus bornes dans leurs besoins1 soit parce qu'elles n'ont pas les mmes moyens pour multiplier leurs ides et pour en faire des combinaisons de toute espce1 en un mot parce que leur intelligence est plus restreinte et incapable de tout perfectionnement1 de tout progrs4 ,de plus1 les btes n'ont point de langage1 ce grand ressort qui contribue aux progrs de l'esprit humain4 ,leur instinct n'est sr que parce qu'il est born3 il ne remarque dans les objets qu'un petit nombre de proprits2 il n'embrasse que des connaissances pratiques2 par consquent1 il ne fait point d'abstraction4 ,leur grande infriorit sur l'homme1 c'est que1 n'ayant point de raison1 les animaux ne peuvent acqurir un grand nombre de connaissances4 ,et ,condillac tient en donner deux exemples1 qu'on ne s'attend pas voir venir2 car ils ressortent difficilement de l'observation et de l'usage des sens4 ,au reste1 ces dissertations sur la manire dont l'homme acquiert la connaissance de ,dieu et la connaissance de la morale1 avaient dj t publies anonymement par l'auteur dans le recueil de l',acadmie de ,berlin4 ,la chose est assez intressante pour que l'on y apporte un instant d'attention1 puisque le grand reproche qu'on fait ,condillac est justement que son systme mtaphysique supprime toute dmonstration de l'existence de ,dieu et de la morale4 ,le philosophe1 bien entendu1 commence par une attaque contre ,descartes4 ,a quoi servent des principes mtaphysiques qui portent sur des hypothses toutes gratuites8 ,croyez-vous raisonner d'aprs une notion fort exacte1 lorsque vous parlez de l'ide d'un tre infiniment parfait comme d'une ide qui renferme une infinit de ralits8 ,n'y reconnaissez-vous pas l'ouvrage de votre imagination1 et ne voyez-vous pas que vous supposez ce que vous avez dessein de prouver8 ,quel est donc le raisonnement de ,condillac8 ,la notion la plus parfaite1 selon lui1 que nous puissions avoir de la divinit n'est pas infinie4 ,elle ne renferme1 comme toute ide complexe1 qu'un certain nombre d'ides partielles4 ,pour se former cette notion et pour dmontrer en mme temps l'existence de ,dieu1 il est un moyen bien simple3 c'est de chercher par quels progrs et par quelle suite de rflexions l'esprit peut acqurir cette sorte de connaissance4 ,le voici3 un concours de causes m'a donn la vie2 par un concours pareil1 les moments m'en sont prcieux ou charge2 par un autre1 elle me sera enleve2 je ne saurais douter non plus de ma dpendance que de mon existence4 ,les causes qui agissent sur moi seraient-elles les seules dont je dpends8 ,non6444 ,le principe qui arrange toutes choses est le mme que celui qui donne l'existence4 ,voil la cration4 ,elle n'est notre gard que l'action d'un premier principe1 par laquelle les tres de non existants deviennent existants4 ,nous ne saurions nous en faire une ide plus parfaite2 mais ce n'est pas une raison pour la nier1 comme les athes l'ont prtendu4444 ,une cause premire1 indpendante1 unique1 immense1 ternelle1 toute-puissante1 immuable1 intelligente1 libre et dont la ,providence s'tend tout3 voil la notion la plus parfaite que nous puissions1 dans cette vie1 nous former de ,dieu4 ,et allant plus loin1 ,condillac tranche en quelques lignes le redoutable problme de la toute-puissance de ,dieu et de la libert humaine1 en tablissant que notre libert renferme trois choses3 #a;e quelque connaissance de ce que nous devons ou ne devons pas faire2 #b;e la dtermination de la volont1 mais une dtermination qui soit nous et qui ne soit pas l'effet d'une cause plus puissante2 #c;e le pouvoir de faire ce que nous voulons4 ,il y a bien dans ces dmonstrations quelque analogie avec la philosophie de saint ,thomas2 mais il faut avouer que nous sommes loin de la mthode d'observation et d'exprience qui semblait tre celle du ,trait des sensations2 et c'est par un long dtour qu'il est possible d'tablir que l'ide de ,dieu vient des sens4 ,il en est de mme de l'origine de la connaissance des principes de la morale4 ,les deux ou trois pages que ,condillac consacre a cette question primordiale1 qui a suscit de si longs dbats1 se rattachent en mme temps la diffrence qu'il tablit entre l'homme et la bte4 ,l'exprience1 dit-il1 ne permet pas aux hommes d'ignorer combien ils se nuiraient si chacun voulait s'occuper de son bonheur aux dpens de celui des autres1 pensant que toute action est suffisamment bonne ds qu'elle procure un bien physique celui qui agit4 ,plus ils rflchissent1 plus ils sentent combien il est ncessaire de se donner des secours mutuels4 ,ils s'engagent donc rciproquement2 ils conviennent de ce qui sera permis ou dfendu1 et leurs conventions sont autant de lois auxquelles les actions doivent tre subordonnes2 c'est l que commence la moralit4 ,dieu nous ayant forms pour la socit1 les lois que la raison nous prescrit sont donc des lois que ,dieu nous impose lui-mme4 ,il y a aussi une loi naturelle1 qui a son fondement dans la volont de ,dieu et que nous dcouvrons par le seul usage de nos facults4 ,s'il est des hommes qui veulent la mconnatre1 ils sont en guerre avec toute la nature1 et cet tat violent prouve la vrit de la loi qu'ils rejettent4 ,on croirait lire du ,jean-,jacques ,rousseau1 tant la bont de l'homme1 son amour pour ses semblables1 son obissance aux lois de la nature forment des axiomes dont l'nonciation dispense de toute preuve6 ,la faon dont ,condillac prouve l'immortalit de l'me est plus simple encore3 ,ces principes tant tablis1 nous sommes capables de mrite et de dmrite envers ,dieu mme3 il est de sa justice de nous punir ou de nous rcompenser4 ,mais ce n'est pas dans ce monde que les biens et les maux sont proportionns au mrite et au dmrite4 ,il y a donc une autre vie1 o le juste sera rcompens1 o le mchant sera puni2 et notre me est immortelle444 ,pourquoi l'me des btes ne l'est-elle pas8 ,c'est parce qu'il n'y a point d'obligations pour des tres qui sont absolument dans l'impuissance de connatre les lois4 ,rien ne leur tant ordonn1 rien ne leur tant dfendu1 les animaux sont incapables de mrite et de dmrite2 ils n'ont aucun droit la justice divine4 ,leur me est donc mortelle4 ,et1 pour terminer1 comme il avait commenc1 par une attaque contre les rationalistes1 le philosophe ajoute qu'il ne voit pas que1 pour justifier la ,providence1 il soit ncessaire de supposer avec ,malebranche que les btes sont de purs automates4 ,sa conclusion n'est pas moins retenir3 ,ces principes1 dit-il1 sont les fondements de la morale et de la religion naturelle2 ils prparent aux vrits1 dont la rvlation peut seule nous instruire1 et ils font voir que la vraie philosophie ne saurait tre contraire la foi4 ,philosophe doubl d'un linguiste1 ,condillac cherchait expliquer l'origine des ides par les mots4 ,il prtendait que l'entendement et la volont ne sont que deux termes abstraits1 partageant en deux classes les oprations de l'esprit4 ,nous avons des sensations que nous comparons1 dont nous portons des jugements et d'o naissent nos dsirs4 ,et comme les langues ont t formes d'aprs nos besoins1 il suffit de les consulter pour reconnatre que les premiers mots sont venus d'une application aux seules facults du corps4 ,sentire1 sentir1 n'a d'abord t dit que du corps2 et ce qui le prouve1 c'est que1 quand on a voulu l'appliquer l'me1 on a dit sentire animo1 sentir par l'esprit4 ,sententia exprimait une sensation avant de s'appliquer la pense2 et sensa mentis se rapportait l'esprit1 tandis que1 dans ,quintilien1 sensus corporis voulait dire la sensation proprement dite1 ce qu'on a exprim ensuite par le seul mot sensatio4 ,l'animal n'a que des sensations2 l'homme seul a des ides4 ,ce qui spare la sensation de l'ide1 ce n'est pas seulement une transformation1 un changement de nature4 ,passer de la sensation l'ide c'est passer du physique au mtaphysique1 du corps l'esprit1 de la matire l'me4 ,le sentiment1 dit ,buffon1 ne peut quelque degr que ce soit produire le raisonnement4 ,c'est parce qu'il a cr des ides que l'homme a des signes1 qu'il a des langues4 ,l'animal n'a pas d'ides1 et n'ayant pas d'ides1 et n'ayant pas de signs1 il n'a pas de langue4 ,au fond1 le but de ,condillac en crivant son ,trait des animaux est de prouver que son systme s'applique aussi bien aux btes qu' l'homme1 s'appuyant sur le mot de son adveraire lui-mme que s'il n'existait point d'animaux1 la nature de l'homme serait encore plus incomprhensible4 ,mais cette nature des tres1 il avoue n'avoir sur elle aucune connaissance parfaite1 complte1 intuitive2 il ne la juge que par les oprations1 les facults1 leurs rapports1 remontant des effets la cause1 trouvant le principe par la consquence#bi4 #bi ,mmoires de ,trvoux1 #agee1 dcembre1 p4 #bicc4 ,c'est toujours le systme de ,locke4 ,condillac ajoute qu'il n'est passionn pour la philosophie de cet ,anglais que parce qu'on doit l'appliquer de manire que les matrialistes ne puissent en abuser4 ,et c'est justement ce qu'ils n'ont pas hsit faire6 ,ce nouvel ouvrage donna l'occasion la ,correspondance de ,grimm d'attaquer un auteur qui dcidment avait cess de lui plaire4 ,on lit la date de novembre #agee3 ,il y a un an environ que ,m4 l'abb de ,condillac donna son ,trait des sensations4 ,le public ne le jugea pas tout fait aussi favorablement que je me souviens d'avoir fait2 il eut peu de succs4 ,notre philosophe est naturellement froid1 svre1 disant peu de choses en beaucoup de paroles1 en substituant partout une triste exactitude de raisonnement au feu d'une imagination philosophique4 ,il a l'air de rpter contre-cur ce que d'autres ont rvl l'humanit avec gnie4 ,on disait dans le temps du ,trait des sensations que ,m4 l'abb de ,condillac avait noy la statue de ,m4 de ,buffon dans un tonneau d'eau froide4 ,cette critique et le peu de succs de l'ouvrage ont aigri notre auteur et bless son orgueil2 il vient de faire un livre tout entier contre ,m4 de ,buffon1 qu'il a intitul3 ,trait des animaux4 ,l'illustre auteur de l',histoire naturelle y est trait durement1 impoliment1 sans gards et sans mnagements4 ,quand il serait vrai que ,m4 de ,buffon se soit peu gn sur le ,trait des sensations et qu'il en ait dit beaucoup de mal1 la conduite de ,m4 l'abb de ,condillac n'en serait pas moins inexcusable4 ,c'est une plaisante manire de se venger d'un homme dont on a se plaindre que de faire un ouvrage contre lui et de le remplir de choses dures et malhonntes4 ,cette faon prouve seulement peu d'ducation et beaucoup d'orgueil444 ,m4 de ,buffon mettra plus de vues dans un discours que notre abb n'en mettra de sa vie dans tous ses ouvrages2 car1 n'en dplaise ,m4 l'abb de ,condillac1 quand on veut tre lu1 il faut savoir crire#cj444 #cj ,correspondance littraire du #a;er novembre #agee4 dit4 ,tourneux1 t4 ,,iii1 p4 #aaa4 ,nous n'avons donn cette apprciation que comme un exemple de la passion que quelques contemporains apportaient dans leurs jugements4 ,mais au fond1 la querelle tait beaucoup plus grave4 ,si en trois annes1 du ,trait des sensations au ,trait des animaux1 ,diderot avait absolument chang d'attitude vis--vis de ,condillac1 c'est que les dissertations sur l'existence de ,dieu et sur la loi morale taient une rponse directe sa fameuse ,lettre sur les aveugles4 ,on sait que cet crit valut l'auteur la lettre de cachet du #ai juillet #agdi1 qui l'enferma pour trois ou quatre mois au donjon de ,vincennes4 ,on l'accusait1 dit le marquis d',argenson1 dont le frre tait alors ministre1 d'avoir crit et imprim pour le disme et contre les murs4 ,plus franc ou plus fanatique que ses amis1 ,diderot avait voulu faire un vrai manifeste et il avait engag tous les encyclopdistes avec lui et tous ceux que l'on appelait les philosophes4 ,avec un grand appareil scientifique1 qui tait de mode1 il aboutissait non pas au disme1 mais l'athisme pur1 dveloppant l'argument banal3 ,si vous voulez que je croie en ,dieu1 il faut que vous me le fassiez toucher4 ,ni d',alembert1 ni ,maupertuis1 ni l'abb ,galiani ne prtendaient aller si loin4 ,voltaire1 toujours prudent1 crivit ,diderot cette occasion une lettre entortille1 dans laquelle il finissait par dfendre l'existence de ,dieu4 ,leur lutte contre les croyances religieuses fut une perptuelle hypocrisie4 ,ils auraient voulu entraner avec eux ,condillac3 et tandis que ,diderot l'injuriait1 ,voltaire l'accablait de louanges4 ,en dpit de critiques envieux1 tous ses ouvrages avaient procur ,condillac une vritable notorit2 leurs conclusions taient discutes dans les cercles philosophiques o tous les beaux esprits voulaient alors pntrer2 le grand-matre de la pense du sicle devait naturellement s'y intresser1 d'autant qu'ayant t le vritable initiateur de ce mouvement rformiste1 il tenait en rester le chef4 ,ses ,lettres philosophiques1 qui dataient dj de vingt ans1 n'avaient-elles pas ouvert la voie tous ces travaux1 aussi bien que son sjour en ,angleterre1 ses traductions de ,newton et de ,berkeley avaient mis la mode des principes dont tout le monde se recommandait l'envi4 ,mais ,voltaire n'tait pas en ,france4 ,retir prs de ,genve1 dans cette jolie proprit cre par lui1 appele par lui les ,dlices1 il tenait table ouverte1 recevait tous les voyageurs de marque3 ,palissot1 ,le ,kain1 ,mme d'pinay et du ,bocage1 le philosophe anglais ,gibbon1 le jsuite italien ,bettinelli1 son voisin de ,genve1 le conseiller ,franois ,tronchin4 ,tout ce monde dfilait au hasard sous la prsidence de ,mme ,denis4 ,condillac avait envoy ,voltaire ses ouvrages au moment de leur publication4 ,celui-ci les avait lus1 rservant son jugement4 ,au bout de quatre ans1 il veut marquer sa place dans ce mouvement philosophique1 qui semble russir2 il le fait avec son habilet1 sa bonne grce ordinaire1 ses flatteries1 mles de quelques malices2 et il crit l'abb de ,condillac1 qu'il n'a probablement jamais vu1 car il y a longtemps qu'il n'a sjourn ,paris4 ,la lettre1 bien que figurant dans les diverses ditions de la ,correspondance de ,voltaire1 mrite d'tre cite1 du moins dans ses parties principales3 _/99 ,aux ,dlices1 prs ,genve4 ,avril #agee4 ,a ,m4 l',abb de ,condillac1 ,paris4 99_/ ,vous serez tonn1 ,monsieur1 que je vous fasse si tard des remerciements que je vous dois depuis si longtemps2 plus je les ai diffrs1 plus ils vous sont dus444 ,je trouve que vous avez raison dans tout ce que j'entends1 et je suis sr que vous auriez raison encore dans les choses que j'entends le moins444 ,il me semble que personne ne pense1 ni avec tant de profondeur1 ni avec tant de justesse que vous4 ,j'ose vous communiquer une ide que je crois utile au genre humain4 ,je connais de vous trois ouvrages3 l',essai sur l'origine des connaissances humaines1 le ,trait des sensations et celui des ,animaux4 ,peut-tre quand vous ftes le premier1 ne songiez-vous pas faire le second1 et quand vous travailltes au second1 vous ne songiez pas au troisime4 ,j'imagine que depuis ce temps-l1 il vous est venu quelquefois la pense de rassembler en un corps les ides qui rgnent dans ces trois volumes et de faire un ouvrage mthodique et suivi1 qui contiendrait tout ce qu'il est permis aux hommes de savoir en mtaphysique444 ,il me semble qu'un tel ouvrage manque notre nation2 vous la rendriez vraiment philosophe444 ,je crois que la campagne est plus propre pour le recueillement d'esprit que le tumulte de ,paris4 ,je n'ose vous offrir la mienne2 je crains que l'loignement ne vous fasse peur2 mais aprs tout1 il n'y a que #hj lieues en passant par ,dijon4 ,je me chargerais d'arranger votre voyage3 vous seriez le matre chez moi1 comme chez vous2 je serais votre vieux disciple1 vous en auriez un plus jeune dans ,mme ,denis1 et nous verrions tous les trois ensemble ce que c'est que l'me4 ,s'il y a quelqu'un capable d'inventer des lunettes pour dcouvrir cet tre imperceptible1 c'est assurment vous444 ,voil bien des paroles pour un philosophe et pour un malade444 ,en un mot1 si vous pouviez venir travailler dans ma retraite un ouvrage qui vous immortaliserait1 si j'avais l'avantage de vous possder1 j'ajouterais votre livre un chapitre du bonheur444 ,je vous suis dj attach par la plus haute estime444 ,l'offre tait singulirement tentante4 ,condillac ne l'accepta pas3 ,voltaire l'aurait entran plus loin qu'il n'aurait voulu2 et il tenait ne se compromettre ni avec les ,encyclopdistes ni avec ,voltaire4 ,peut-tre comprit-il la fine critique du matre crivain qui trouvait videmment que1 dans ses premiers livres1 l'abb de ,condillac rpte souvent la mme chose sous des formes diverses et que sa doctrine demandait tre condense8 ,peut-tre aussi aurait-il t quelque peu embarrass de prouver l'immortalit de l'me ,mme ,denis8 ,mais1 au fond1 il allait bientt faire ce que demandait ,voltaire4 ,son prceptorat de ,parme lui donnera l'occasion de rdiger un ,cours d'tudes1 qui est bien un ouvrage mthodique et suivi sur tout ce qu'il est permis aux hommes de connatre4 ,entre temps1 il vivait ,paris au milieu de cette socit polie qui flattait les crivains et qui ce moment mme accueillait favorablement ,jean-,jacques ,rousseau1 auquel on pardonnait ses inconsquences4 ,condillac semble tre demeur son ami assez intime1 trs dispos lui venir en aide4 ,rousseau avait quitt l',ermitage et ,mme d pinay2 il allait se retirer ,montmorency sous l'gide des ,luxembourg4 ,c'tait en #agef ou #ageg3 ,condillac lui fait part d'une proposition assez singulire1 mais qui pouvait donner quelque profit4 ,il s'excuse d'abord de ce qu'il ne peut aller le voir dans le bois de ,montmorency et il lui envoie des observations de ,m4 de ,buffon sur ceux de ses ouvrages o il est question d'histoire naturelle2 puis il poursuit3 ,je connais une personne qui est dans le cas de faire des discours publics4 ,voudriez-vous1 dans l'occasion1 vous charger de cette besogne4 ,on vous communiquera le sujet1 le lieu des discours1 et mme peu prs ce qu'on aura dire4 ,il est bon de vous prvenir que cette personne n'est pas dans le cas de faire de longs discours3 il ne s'agira que d'une vingtaine de lignes4 ,celui dont il s'agit est un homme d'esprit qui n'est pas dans l'habitude d'crire4 ,c'est un grand admirateur de tout ce que vous avez donn au public3 il est1 d'ailleurs1 de nos amis depuis bien des annes4 ,j'ai pens que vous pourriez quelque peu vous amuser haranguer les bois4 ,cette personne tait vraisemblablement le duc de ,nivernois1 ami des philosophes1 des conomistes1 philanthrope lui-mme1 qu'avaient d sduire les utopies sociales de ,rousseau4 ,mais le projet n'eut pas de suites1 et les ressources vinrent d'ailleurs4 ,condillac ajoutait3 ,on a dit ,mme de ,chenonceaux qu'on avait fait une brochure de votre article conomie4 ,en avez-vous connaissance et savez-vous o elle se trouve8 ,c'est une question qu'elle m'a charg de vous faire4 ,adieu1 ,monsieur1 je vous embrasse2 ayez de l'amiti pour moi1 et comptez qu'il est dans la ville d'assez honntes gens pour aimer beaucoup et vos talents et votre personne #ca4 #ca ,j4-,j4 ,rousseau4 ,ses amis et ses ennemis4 ,correspondances publies par ,m4 ,,streckeisen-,,moultou1 #ahfa1 in-#h1 t4 #a;er1 p4 #eae4 ,mme de ,chenonceaux tait cette ,rochechouart qui avait pous le fils du fermier gnral ,dupin1 dont ,rousseau avait t un instant prcepteur4 ,c'est dans ce milieu un peu compromettant qu'on vint chercher l'auteur du ,trait des sensations pour l'envoyer dans une petite cour italienne4 ,blank ,page ,,chapitre ,v ,l',,ducation ,,de ,l',,infant ,,de ,,parme 7#ageh-agfg7 ,on sait par quelles laborieuses ngociations la fille ane de ,louis ,,xv1 ,louise-lisabeth de ,france1 marie quinze ans un infant d',espagne1 fils de ,philippe ,v1 devint duchesse de ,parme et de ,plaisance4 ,son mari1 dom ,philippe1 l'un des enfants d'lisabeth ,farnse1 tait indolent et peu intelligent2 il laissait volontiers sa femme prendre toutes les responsabilits et toutes les initiatives4 ,celle-ci1 au contraire1 avait l'esprit ouvert1 une grande application ses devoirs de souveraine1 des dispositions la diplomatie et un souci constant de ses intrts4 ,elle venait souvent la cour de ,france2 et ni la chasse1 ni le jeu1 ni les thtres1 ni les arts ne la dtournaient de ses proccupations personnelles4 ,elle tait ,paris en #ageg1 et assista l'anne suivante la chute du cardinal de ,bernis et aux dbuts de la faveur de ,choiseul4 ,trs anxieuse de l'avenir de son jeune fils ,ferdinand et dsirant lui mnager un tablissement plus brillant que celui de ,parme1 elle veut lui faire donner une ducation moins arrire que celle des princes espagnols4 ,ce n'est point qu'elle ne soit bonne chrtienne et qu'elle nglige ses devoirs de conscience2 mais elle n'a point la pit austre de sa mre1 ,marie ,leczinska1 et il lui arrive mme de parler assez lgrement de la prtraille italienne4 ,d'autre part1 elle n'a aucune tendresse pour les jsuites4 ,elle cherche ,paris un prcepteur qui rponde ses dsirs et elle crit son mari3 ,j'espre dans deux mois avoir un bon sujet pour notre fils4 ,ainsi il n'y a qu' laisser le pre ,fumeron#cb2 mais il ne faut pas encore lui faire rien dire l-dessus2 et j'espre que nous aurons un trs bon sujet#cc4 #cb ,le ,p4 ,fumeron tait gouverneur du jeune prince1 qui avait pour sous-gouverneur ,m4 de ,kralio1 qu'on conserva4 #cc ,lettres du #g novembre #ageg4 ,le ,gendre de ,louis ,,xv1 par ,m4 ,casimir ,,stryenski1 #aijd1 in-#h4 ,ce trs bon sujet1 qu'on mit du reste quelques mois trouver1 ce fut l'abb de ,condillac1 qui s'tait acquis depuis quelques annes dans la philosophie et la science une relle illustration4 ,il avait eu soin1 comme nous l'avons vu1 de ne froisser aucune conviction et se dclarait nettement spiritualiste2 mais1 pour succder un jsuite1 le choix de ce demi-ecclsiastique tait bien un peu audacieux4 ,l'abb de ,condillac partira lundi1 crivait lisabeth l',infant1 de ,versailles1 le #ad mars #ageh2 je suis persuade que tu en seras content1 c'est tonnant le bien que tout le monde en dit#cd4 #cd ,une ,fille de ,france1 par ,m4 ,l4 ,,de ,,beauriez1 #ahhg1 in-#ab4 ,en dehors de la faveur de la reine dont nous avons parl1 ,condillac fut singulirement recommand pour ce poste par le duc de ,nivernois1 ancien ambassadeur ,rome1 et aussi par ,duclos qui1 ,breton1 tait rest trs li avec son compatriote le sous-gouverneur du jeune prince1 ,m4 de ,kralio4 ,l'abb de ,condillac se mit donc en route dans le courant de mars #ageh pour se rendre auprs de son lve4 ,sa nomination produisit quelque scandale1 car il y avait peine quatre ans que le ,trait des sensations1 publi pourtant sans fracas1 bouleversait un peu les ides reues1 sans qu'on st encore quelle influence aurait cette rvolution philosophique4 ,malgr ce livre que l'on dit un peu mtaphysique1 crivait encore l',infante son mari#ce1 nous n'aurons1 je crois1 rien nous reprocher sur ce choix ni en ce monde1 ni en l'autre4 ,malheureusement la duchesse de ,parme ne devait pas suivre longtemps l'ducation de son fils4 ,trs fatigue par la besogne crasante qu'elle s'imposait et qui s'accrut encore la mort de son beau-frre1 le roi d',espagne1 ,ferdinand ,,vi1 quand elle s'acharna aux ngociations infructueuses du mariage de sa fille avec l'archiduc ,joseph1 la pauvre ,louise-lisabeth se sent mortellement frappe et elle adresse son fils des conseils qui sont empreints d'une lvation morale peu commune4 ,condillac dut les mditer avec d'autant plus d'admiration qu'ils taient anims d'un amour pour la ,france et pour le roi qui pouvait consoler son exil4 ,ces considrations1 qui annoncent le pacte de famille1 prcdrent de bien peu la mort de la fille bien-aime de ,louis ,,xv4 ,babet1 aprs quelques symptmes inconnus1 que les mdecins du temps soignrent par les saignes ordinaires1 fut enleve par la petite vrole ,paris le #f dcembre #agei2 et c'est le roi lui-mme qui dut annoncer la fatale nouvelle son gendre4 ,dom ,philippe resta cras par la perte de sa femme2 il n'avait jamais vcu que sous la direction assez rude de sa mre1 ou sous l'gide non moins dominante de ,louise-lisabeth2 il laissa dsormais agir son premier ministre ,guillaume du ,tillot1 marquis de ,felino1 qui1 en dpit de son obscure origine1 exera sur le duch de ,parme une influence civilisatrice que jamais n'avaient eue les ,farnse et dont leurs successeurs ne surent pas profiter4 ,imbu des ides philosophiques nouvelles1 il devait s'entendre avec l'abb de ,condillac1 qui de plus avait retrouv ,parme un de ses compatriotes dauphinois1 ,feriol1 puis ,duclos1 historiographe de ,france1 et d',argental1 le fcond romancier1 qui allait devenir l'ami de ,voltaire1 conseiller d'honneur au ,parlement de ,savoie et plnipotentiaire du duc4 ,ces prcurseurs de la ,rvolution ne ddaignaient pas les faveurs princires6 #ce ,une ,fille de ,france1 p4 #adg4 ,il y rencontra aussi1 mais plus tard1 au milieu de #agfj1 un autre ,franais1 bien oubli aujourd'hui1 un ,bordelais1 non sans valeur1 et qui eut dans son existence des vicissitudes trs diverses4 ,c'tait ,alexandre ,deleyre#cf1 d'abord lve des jsuites et ayant t sur le point d'entrer dans la compagnie1 devenu assez vite libre penseur4 ,arriv ,paris o il connut ,duclos et ,diderot1 il crivit pour l',encyclopdie le fameux article sur le ,fanatisme1 en mme temps qu'il composait les vers des romances dont ,jean-,jacques ,rousseau faisait la musique4 ,aprs avoir t secrtaire des carabiniers du comte de ,gisors1 gendre du duc de ,nivernois1 il fut nomm attach l'ambassade de ,france ,vienne1 puis dsign comme bibliothcaire de l',infant de ,parme dont ,condillac tait prcepteur en titre4 ,il s'tait mari non sans difficults1 le duc de ,nivernois ayant t oblig de faire lever l'interdiction que le cur avait mise la clbration de cette union cause de l'crit sur le ,fanatisme4 ,bien peu de temps aprs son arrive ,parme1 l'abb de ,condillac parlait de lui leur protecteur commun dans une lettre indite1 qui comportait ces pralables explications4 ,auparavant ,deleyre mandait ,rousseau3 ,il faut aller la cour du prince de ,parme4 ,vous estimez ,m4 l'abb de ,condillac1 son prcepteur4 ,vous lui direz ce que vous pensez de moi2 j'espre que cela ne nous brouillera pas ensemble#cg4 #cf ,n en #agbf1 mort en #agig4--,ses lettres adresses de ,parme ,j4-,j4 ,rousseau ont t publies par ,m4 ,,streckeisen-,,moultou1 t4 #a;er4 #cg ,j4-,j4 ,rousseau4 ,ses amis et ses ennemis1 t4 ,ier1 p4 #bja4 ,voici la lettre du #c juin #agfa au duc de ,nivernois#ch3 ,je juge bien du chagrin que vous prouvez au sujet des ,messieurs de ,mirabeau1 car je fais comme vous faites4 ,autant vous voulez leur rendre service1 autant toutes les dmarches sont difficiles et dlicates4 ,je n'ai lu que la prface du marquis2 mais les choses y sont dites avec une franchise qui ne peut manquer de rvolter les esprits4 ,ces sortes d'ouvrages produisent du bien et du mal4 ,les auteurs sont ceux qui paraissent le moins plaindre3 le courage qu'ils ont montr les console de leur disgrce4 ,je plains davantage leurs amis1 quand ils pensent comme nous4 ,en vrit1 ,monsieur le duc1 vous avez bien vous plaindre de ceux que vous aimez3 tantt ils manquent de sant1 tantt de conduite4 ,j'ai peur que cela ne prenne trop sur vous2 mais songez que vous en avez ,parme qui se portent bien et dont la besogne va toujours de mieux en mieux4 ,je fais de l'exercice tous les jours1 et le gouverneur1 qui est une mauvaise tte1 dit que je suis un fou1 parce que je me promne quand il ne fait pas de soleil4 ,m4 et ,mme ,deleyre sont plus raisonnables2 ils marchent et je marche avec eux4 ,tous vous offrent leur respect4 ,j'ai mis ,m4 ,deleyre l'histoire d',angleterre4 ,l',infant vous rpondra par l'ordinaire prochain4 ,nous sommes charms des bonnes nouvelles que vous nous donnez de ,mme la duchesse et de ,mme de ,gisors#ci et de ,rochefort4 ,adieu1 ,monsieur le duc1 songez de temps en temps votre sant et votre besogne2 et ce sera une distraction1 car vous vous y intressez444 #ch ,autogr4 ,archives de famille4 #ci ,le comte de ,gisors tait mort trs jeune en #ageh4 ,le marquis de ,mirabeau1 si connu par ses aventures judiciaires1 avait quitt la ,provence et tait venu s'tablir en #agdb ,paris o il s'tait li avec les ,encyclopdistes et surtout avec les conomistes dont ,quesnay sera le chef d'cole4 ,il frquentait les salons la mode et l'htel de ,nivernois4 ,le livre qui a fait sa rputation1 l',ami des hommes1 avait t publi secrtement en #agef1 soi-disant ,avignon2 mais l'dition qui fut surtout rpandue est celle en trois volumes in-#d1 qui parut de #ageh #agfj4 ,elle fit scandale par les attaques sans modration que prodiguait l'auteur contre le gouvernement tabli et particulirement contre les droits fodaux ou les privilges de l'ordre de la noblesse1 auquel il se piquait pourtant d'appartenir4 ,il tait la fois agriculteur1 libre-changiste1 partisan de la dcentralisation et de l'abolition des rentes4 ,condillac partageait assurment une grande partie de ses ides2 mais il trouvait qu'il les prsentait avec une violence qui dpassait les bornes4 ,il tait dans la mme situation vis--vis de ,deleyre4 ,ce dernier avait publi une ,analyse de la philosophie de ,bacon et avait collabor avec ,suard des mlanges historiques4 ,condillac voulut lui faire rdiger un cours d'histoire moderne pour l',infant2 mais ,deleyre se livra des apprciations si immodres que le prcepteur ne put utiliser le travail1 son esprit minemment judicieux1 dit un biographe de ,deleyre1 ne pouvant se rsoudre sanctionner une trop maladroite audace#dj4 ,tant que1 dans une situation modeste1 l'crivain voulut poursuivre le triomphe de la philosophie sur les prjugs1 le danger fut mdiocre2 mais la ,rvolution survenant1 ,deleyre se dchana3 il devint jacobin et se fit nommer par son pays dput la ,convention4 ,il y vota la mort du roi1 et1 plus heureux que ses amis de la ,gironde1 put chapper la tourmente1 de sorte qu'on le retrouve en #agie au ,conseil des ,cinq-,cents et mme l',acadmie des sciences morales et politiques1 alors la seconde classe de l',institut4 ,il tait rest huit ans ,parme et avait mme obtenu du duc une pension viagre de #bjj livres4 #dj ,notice sur ,alexandre ,deleyre par ,joachim ,le ,breton1 lue en #agig l',institut4 ,condillac avait quarante-huit ans2 il passa en ,italie les dix plus belles annes de sa vie4 ,et si dom ,ferdinand ne devint pas un prince clair et ressembla trop son pre1 on ne saurait s'en prendre au prcepteur4 ,rarement ducateur s'imposa pour son lve un semblable travail4 ,les seize volumes du ,cours d'tudes1 dont nous aurons parler bientt1 en tmoignent suffisamment4 ,mais l',infant tait dissimul1 faible1 timide et versatile4 ,il hassait le travail1 et s'en rapportait son pre d'abord1 ses ministres ensuite1 si bien qu'il fit peu d'honneur son matre4 ,condillac lui avait tmoign toutes les sortes de dvouement4 ,a la fin de #agfd1 le jeune prince avait t atteint de la petite vrole3 on le fit inoculer par le fameux ,genevois ,tronchin4 ,l'abb lui prodigua les soins les plus paternels et prit la maladie4 ,on le crut mort4 ,le #aj et le #aa dcembre #agfd1 ,voltaire annonce la nouvelle au comte d',argental et ,damilaville3 ,condillac est mort de la petite vrole naturelle4 ,cela voulait dire qu'il n'avait point t inocul par ces mdecins comme ,omer1 que le patriarche de ,ferney poursuivait de tous ses sarcasmes4 ,l'abb de ,condillac1 ajoute-t-il1 revenait en ,france avec une pension de #aj #jjj livres et l'assurance d'une grosse abbaye4 ,il allait jouir du repos et de la fortune4 ,il meurt1 et ,omer est en vie4 ,nous perdons l un bon philosophe#da4 ,on trouve plus de dtails dans une curieuse lettre de ,deleyre ,jean-,jacques ,rousseau1 date de ,parme mme1 le #ah fvrier #agie3 ,je vous annonais par ma dernire lettre que ,m4 l'abb de ,condillac tait attaqu de la petite vrole3 il a t prs d'un jour l'agonie1 au point qu'on avait dj commenc tendre en deuil l'glise o on devait l'enterrer4 ,mais il y a deux mois qu'il se promne4 ,je vous parle de sa maladie1 parce qu'il y a montr la plus grande force d'me4 ,dans les moments qu'il croyait les derniers1 il ne s'est occup qu' dicter une lettre vraiment philosophique pour le jeune prince qu'il instruit4 ,ensuite1 il a demand qu'on le laisst mourir tranquillement4 ,sa fermet stoque est des plus exemplaires4 ,elle a fait beaucoup d'impression sur tous les esprits4 ,mais on y aspirerait inutilement avec un caractre sensible et diffrent du sien444 ,sa petite vrole1 quoique de la pire espce1 ne lui a caus aucun fcheux accident4 ,sa vue mme1 qu'il avait trs dlicate1 comme vous savez1 n'en a point souffert#db4 #da ,correspondance de ,voltaire4 dit4 ,beuchot1 t4 ,,lxii1 p4 #abc et #abe4 #db ,deleyre ,rousseau1 ,,streckeisen-,,moultou1 t4 ,ier1 p4 #bdf4 ,voltaire prit la chose plus gaiement4 ,dtromp par d',alembert1 il dment la nouvelle qu'il avait propage1 et mande avec son esprit ordinaire son ami ,bordes1 de ,lyon3 ,vous savez prsent que l'abb de ,condillac est ressuscit2 et ce qui fait qu'il est ressuscit1 c'est qu'il n'tait pas mort4 ,dieu merci1 voil un philosophe que la nature nous a conserv4 ,il est bon d'avoir un lockiste de plus dans le monde1 lorsqu'il a tant d'asinistes1 de jansnistes444#dc4 #dc ,ferney1 #d janvier #agfe4 ,correspondance1 t4 ,,lxii1 p4 #afd4 ,rousseau avait observ cette occasion que ,condillac et mrit les honneurs rendus au mdecin1 puisqu'il s'tait expos davantage4 ,quand l'ducation fut termine1 dom ,philippe1 toujours en bons termes avec son beau-pre1 demanda ,louis ,,xv une abbaye en ,france comme rcompense pour ,condillac4 ,cette abbaye fut ,mureau1 au diocse de ,toul#dd4 ,a peine lui fut-elle accorde que l'abb remercia le roi par une lettre adresse au duc de ,praslin3 ,parme1 #af fvrier #agfede4 ,monsieur1 ,je sais que je vous dois la grce que le ,roi vient de me faire1 honteux de n'avoir point mrit par moi-mme votre protection2 ma vanit trouve un ddommagement1 lorsque je pense que je la dois l'estime dont ,m4 le duc de ,nivernois m'honore2 ce titre1 elle m'tait assure4 ,je dsire1 ,monsieur le ,duc1 que vous me permettiez de regarder vos bienfaits comme un droit votre estime1 et de rechercher les occasions de vous faire ma cour1 et de vous prouver la reconnaissance que je conserverai toute ma vie4 ,si vous me refusiez ces dernires grces1 vous ne m'auriez fait du bien qu' demi4 ,je suis avec respect1 ,monsieur1 votre trs humble et trs obissant serviteur4 ,,condillac4 #dd ,l'abbaye de ,mureau 7,mir-,vallis71 de l'ordre des ,prmontrs1 tait situe aux confins des duchs de ,bar et de ,lorraine1 prs ,neufchteau4 ,gallia ,christiana1 t4 ,,xiii1 p4 #aafa4 #de ,affaires trangres4 ,parme #bg1 f4 #bg4 ,condillac tait rest ,parme pour assister au mariage de la sur de son lve avec le prince des ,asturies4 ,il avait accompagn ,alexandrie l',infant dom ,philippe qui fut atteint subitement de la petite vrole4 ,on crut d'abord la maladie sans gravit4 ,le reprsentant de la ,france ,parme crivait ,praslin1 ministre des affaires trangres3 ,l',infant m'a appel ce matin et m'a dit3 ,ne voil-t-il pas une jolie aventure pour un homme de mon ge8 ,je lui ai rpondu que l'abb de ,condillac1 qui tait bien plus vieux que lui1 s'tait tir d'une petite vrole affreuse4 ,son ,altesse ,royale m'a dit1 en effet1 que cet exemple devait rassurer4 ,trois jours aprs1 le #ah juillet #agfe1 l',infant mourait1 comme mourut plus tard le roi ,louis ,,xv4 ,les familles royales taient singulirement frappes par ce terrible mal1 aujourd'hui disparu4 ,l'abb de ,condillac prolongea encore quelques mois1 bien qu'il n'et plus de rle jouer prs d'un jeune prince qui s'exerait assez mal son mtier de souverain4 ,voulant revenir ,paris1 pour y vivre tranquille au milieu de ses amis1 il cherchait un logement1 et il s'tait adress pour se renseigner au duc de ,nivernois1 d'autant que c'tait dans le quartier du ,luxembourg1 trs avant sur la rive gauche1 qu'il dsirait s'tablir4 ,le duc lui avait indiqu une maison que l'abb trouvait trop chre4 ,de l une correspondance dont nous avons pu retrouver deux lettres fort curieuses1 moins par ce qu'elles nous apprennent que par le ton gnral indiquant bien le caractre des personnages et leurs habitudes de vie3 _/99 #f dcembre #agff4 ,a ,monsieur le ,duc de ,nivernois4 ,monsieur1 99_/ ,quatre-vingts ou #ajj louis pour un appartement6 ,et puis vous me demandez combien de monde j'aurai avec moi4 ,quelle ide1 ,monsieur le duc1 vous vous faites d'un philosophe6 ,il me semble que je suis dj ,paris1 parlant de mes gens et de ma maison4 ,cependant j'arriverai seul avec un homme qui courra la poste devant moi et que je laisserai pour prendre deux laquais4 ,aprs y avoir bien rflchi avec l',ogre#df1 j'irai descendre dans un htel garni1 o n'tant qu'en passant1 je crois que je serai bien pour #bj cus ou trois louis par mois4 ,nous autres gens d'glise nous ne sommes pour nos aises avoir2 il ne faut pas que j'oublie le temps que je n'en avais pas1 et que1 pour vouloir aujourd'hui en avoir trop1 je me mette dans le cas de n'en avoir pas assez4 ,est-ce que1 pour #ab ou #a #cjj livres1 je ne trouverai pas un appartement non meubl et honnte1 et pour #b #jjj cus ne pourrai-je pas me meubler convenablement pour l'essentiel8 ,j'aime mieux quelques bouteilles de vin de plus dans ma cave et moins de magnificence dans mes meubles et mon logement4 ,d'ailleurs1 ,monsieur le duc1 je ne vois de clair dans mon revenu que mon abbaye1 et #a #jjj cus que j'ai d'ailleurs4 ,ce qu'on me donnera ici ne me parat pas un fond bien sr pour l'avenir1 et puis je ne sais pas ce qu'on me donnera3 car je n'ai point demand ,m4 du ,tillot comment il me tratera4 ,si l',infant don ,philippe vivait1 je pourrais avoir des prtentions et dire ce que je prtends4 ,je le ferais1 parce que la chose serait plus juste qu'intresse2 mais vous sentez qu'aujourd'hui cette corde-l est1 de toutes celles de mon clavier1 celle que je toucherai le moins2 je demanderai cependant ,m4 du ,tillot ce qu'il veut faire1 afin de savoir quoi m'en tenir2 et dans ma premire lettre j'aurai l'honneur de vous dire quelle sera ma fortune4 ,l',ogre1 qui vous offre ses regrets1 a reu votre lettre du #ba novembre et je viens de remarquer que celle laquelle je rponds est du #a;er du mme mois3 je la reois cependant aujourd'hui2 je ne sais o elle s'est arrte4 ,j'ai reu il y a huit jours celle que vous m'avez fait l'honneur de m'crire le #ad2 je m'tais bien dout que mes questions sur mon inconnue1 que je connais1 vous divertiraient4 ,nous attendons ,m4 ,duclos3 il sera certainement prvenu1 et si son arrive je suis encore ici1 j'y contribuerai de mon mieux4 ,j'en ai prvenu l',infant et je lui ai fait part de l'intrt que vous y prenez4 ,m4 de la ,house m'a dit que ,m4 de ,guer occupe dans la rue de ,cond une maison de garon1 toute boise et de #acjj livres de loyer1 et qu'il veut la quitter4 ,peut-tre pourrait-elle me convenir4 ,si vous avez l'occasion de voir ce que c'est1 je vous en serai oblig4 ,voil une longue lettre o il n'est question que de moi1 de ma maison et de mes gens4 ,si je comptais moins sur vos bonts1 je la jetterais au feu2 mais je vous l'envoye telle qu'elle est et je vous prie d'agrer mes excuses4 ,abb ,,de ,,condillac#dg4 ,parme1 #f dcembre #agff4 #df ,l',ogre1 c'est ,m4 de ,kralio4 #dg ,aut4 ,archives de famille4 ,le duc rpondit le #bf dcembre3 ,vrayment1 mon cher abb1 'auroit t un trsor pour tous que ce logement de ,m4 de ,guer dont vous a parl ,m4 de la ,house1 tout bois1 dans la rue de ,cond1 #a #ejj livres de loyer2 c'toit un trsor2 mais ne vous en rjouissez pas2 car voicy le fait3 ce n'est point un apartement1 mais une maison entire1 trs petite la vrit et propre un garon4 ,m4 de ,guer croit qu'il sera oblig de la quitter1 parce que le propritaire veut la vendre1 au lieu d'y faire des rparations convenables et urgentes dont elle a besoin4 ,enfin le prix du loyer qu'en donne ,m4 de ,guer est #b #fjj livres et non pas #a #ejj4 ,vous voys que notre ,ministre n'a rien exagr dans son rcit1 il s'en faut bien2 mais vous voys1 par le dtail exact que je viens de vous faire1 qu'il n'y a rien qui vous convienne4 ,je crois toujours vous avoir fait moy une vraie trouvaille dans ce petit appartement au ,luxembourg dont je vous ay parl et sur lequel j'attends votre rponse4 ,je suis trs intimement convaincu que vous ne sauris mieux trouver tous gards4 ,j'ai reu hier la lettre que l',ogre m'a crite le #ac de ce mois et j'y rpondray al solito1 par l'ordinaire prochain4 ,il me dit que vous devs partir vers le milieu de janvier1 et j'en infre que vous pouvs encore recevoir cecy ,parme4 ,je l'adresse pourtant l',ogre tout hasard4 ,je suis non surpris1 mais trs content et difi1 de l'arrangement utile1 honorable et distingu que le ,sully de ,parme a fait pour votre retraite4 ,nous vous en faisons1 ,mad4 de ,rochefort et moy1 notre compliment tendre et sincre en vous embrassant de tout notre cur4 ,cela nous a fait pleurer nouveau la pauvre ,mad4 du ,chatel4 ,comme elle y aurait t sensible6 ,comme elle aurait joui de votre accroissement d'honneur1 de fortune et de bonheur6 ,nos sentiments supplent bien aux siens1 mon cher abb2 ,votre minente ,grognerie doit en rester plus que persuade1 comme disent les ,italiens444 ,adieu1 mon cher abb1 nous nous portons comme de coutume1 c'est--dire trs passablement1 et nous vous aimons comme de coutume1 c'est--dire beaucoup4 ,ne manqus pas de faire mille tendres compliments l',ogre de ,mad4 de ,rochefort4 ,ports-vous bien dans vos courses1 et tachs de vous souvenir que je ne pourray pas vous crire1 si vous ne me donns pas des adresses4 ,o se logea ,condillac ,paris8 ,il nous a t impossible de le dcouvrir4 ,mais ce fut certainement dans cette partie du faubourg ,saint-,germain qui avoisinait l'htel du duc de ,nivernois1 ancienne demeure du marchal d',ancre1 restaure par l'architecte ,peyre et le sculpteur ,rameau1 situe1 comme l'on sait1 dans le commencement de ce qui est aujourd'hui la rue de ,tournon4 ,l'abb tait un assidu de cette maison si hospitalire1 dont deux crivains distingus de ce temps ont retrac agrablement le souvenir#dh4 ,il y rencontrait la comtesse de ,boufflers et son fils1 les ,choiseul1 les ,sgur1 la marchale de ,mirepoix1 le cardinal de ,bernis1 l'abb ,barthlemy1 ,saint-,lambert1 ,beaumarchais4 #dh ,le ,duc de ,nivernais1 par ,lucien ,p,,rey1 #b vol4 7#ahia7 et la ,comtesse de ,rochefort et ses amis1 par ,m4 ,,de ,,lom,,nie 7#ahgj71 in-#h4 ,a la pension que lui accorda libralement le ministre du ,tillot s'arrtrent les relations de ,condillac avec ,parme4 ,il faut pourtant observer que lui1 comme ,m4 de ,kralio1 occupaient en ,italie une situation particulire4 ,dans les instructions diplomatiques donnes par ,choiseul au baron de la ,houze1 successeur de ,rochechouart1 comme reprsentant de la ,france1 qui sont dates de ,versailles du #e octobre #agff1 on lit la phrase suivante3 ,parmi les ,franais qui rsident ,parme1 il y en a qui1 par leur naissance ou par leurs emplois1 mritent que le ,ministre du ,roi leur marque des attentions particulires1 tels sont le bailly de ,rohan1 le sieur de ,kralio et l'abb de ,condillac4 ,le baron de la ,houze tchera de se concilier leur confiance1 de manire que1 sans affecter aucune curiosit indiscrte1 il puisse tre inform par eux de ce qui pourrait se passer d'intressant dans l'intrieur de la cour de l',infant#di4 #di ,recueil des ,instructions1 etc4 ,naples et ,parme4 ,paris1 #ahgc1 in-#h1 p4 #bac4 ,la politique1 pourtant fort active1 qui voluait autour du duch de ,parme et de la ,savoie1 ne semble pas avoir jamais proccup ,condillac2 mais ,kralio1 qui avait dj t charg de diverses missions1 resta plus longtemps en ,italie2 et quand il rentra en ,france1 par une singulire rencontre1 il obtint la jouissance viagre du petit ,luxembourg1 se retrouvant la fois prs de son vieil ami et prs de son protecteur le duc de ,nivernois4 ,blank ,page ,,chapitre ,,vi ,,retour ,a ,,paris ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,le ,,cours ,d',,tudes ,a peine rinstall ,paris et tout glorieux encore de la mission qui lui avait t confie1 ,condillac fut lu l',acadmie franaise1 en remplacement de l'abb d',olivet4 ,il y avait peu de liens communs entre son prdcesseur et lui1 si ce n'est le culte de la langue franaise et peut-tre aussi les souvenirs d'un tat que l'abb d',olivet avait abandonn moins vite que lui1 aprs un noviciat de dix ans chez les ,jsuites4 ,mais l'historien de l',acadmie1 trs clbre en son temps1 avait t avant tout un classique et un homme de tradition4 ,a coup sr1 il n'avait point partag les ides de ,condillac et surtout ses relations3 son loge pouvait tre fait d'une faon plus comptente par son lve1 l'abb ,batteux#ej4 ,le nouvel acadmicien se borna sur son prdcesseur des phrases banales4 ,selon la mode d'alors1 qui avait valu un si grand succs ,buffon l'occasion de son discours sur le style1 ,condillac prit une thse personnelle qu'il dveloppa1 comme une sorte de manifeste1 dans des pages qui ne manquent pas d'loquence et dont le ton gnral indique trs clairement combien les ides qui furent celles de la ,rvolution taient dj rpandues parmi les esprits clairs de l'poque4 ,aprs quelques mots de compliments ncessaires1 ,condillac trace larges traits un tableau des progrs de l'esprit humain depuis la barbarie jusqu' nos jours1 en passant par l'poque romaine1 par le moyen ge1 les ,croisades1 la ,renaissance4 ,il y aurait beaucoup dire sur ces jugements rapides1 dont quelques-uns tonnent1 comme l'affirmation que l'rudition aveugle teignit le got qui commenait avec ,marot et que les lettres ne pouvaient pas renatre dans un sicle fait pour admirer ,ronsard4 #ej ,c'est l'abb ,batteux qui reut ,condillac au nom de l',acadmie1 le #bb dcembre #agfh4 ,son discours ne nous apprend rien de particulier4 ,naturellement1 aprs l'apothose de ,richelieu1 viennent celles de ,louis ,,xiv et de ,louis le ,bien-,aim1 avec cette restriction1 cependant1 que l'rudition n'tait pas encore sans tnbres et que la saine critique tait natre2 car on paraissait refuser aux modernes la facult de penser1 et on apercevait trop tard la lumire qui se rpandait et dont on avait besoin pour tudier avec profit4 ,c'est toujours l'ide chre au dix-huitime sicle1 que le dix-neuvime a aussi singulirement exalte1 qu'avant les philosophes ou avant les critiques on tait incapable de connatre la vrit3 ce que ,condillac avait proclam un peu navement et sans modestie au commencement de son discours3 ,aprs avoir essay de faire l'analyse des facults de l'me1 j'ai tent de suivre l'esprit humain dans ses progrs4 ,d'un ct1 j'ai observ ces temps de barbarie1 o une ignorance stupide et superstitieuse couvrait toute l',europe2 et de l'autre1 j'ai observ les circonstances qui1 dissipant l'ignorance et la superstition1 ont concouru la renaissance des lettres3 deux choses qui s'clairent mutuellement lorsqu'on les rapproche4 ,nous avons retrouv dans les papiers de ,condillac l'exemplaire de ce discours1 dit par la veuve ,regnard1 imprimeur de l',acadmie franaise1 avec les corrections que l'auteur y a faites4 ,c'est sur l'loge de ,louis ,,xv1 le ,bien-,aim1 que portent les plus importantes suppressions4 ,il y avait pourtant l quelques souvenirs particuliers dignes d'intrt4 ,j'ai t1 disait-il1 le tmoin des panchements de l'me paternelle du roi3 l'honneur que j'ai eu d'tre charg de l'instruction d'un de ses petits-fils m'en a rendu en quelque sorte le confident4 ,que j'aimerais mettre sous les yeux les dtails intressants de leur commerce6 ,vous y verriez le ,monarque sensible rpandre tour tour les plus sages conseils pour la conduite et les plus touchantes consolations dans les malheurs4 ,a la fin de cette mme anne #agfh1 l'abb de ,condillac figure parmi les dix-huit philosophes que le baron de ,gleichen prsenta au jeune roi de ,danemark#ea2 mais le #ag avril #aggj1 il ne se trouve plus parmi les dix-sept runis chez ,mme ,necker pour lever une statue ,voltaire#eb4 ,et pourtant jusqu'au bout ,voltaire avait t un de ses admirateurs2 il avait approuv hautement sa nomination l',acadmie4 ,il crivait alors ,la ,harpe3 ,nous avons perdu un trs bon acadmicien dans l'abb d',olivet3 il tait le premier homme de ,paris pour la valeur des mots2 mais je crois que son successeur1 l'abb de ,condillac1 sera le premier homme de l',europe pour la valeur des ides4 ,il aurait fait le livre de l',entendement humain1 si ,m4 ,locke ne l'avait pas fait et1 ,dieu merci1 il l'aurait fait plus court#ec4 ,et quelques jours aprs sa rception1 il disait3 ,je trouve beaucoup de philosophie dans le discours de ,m4 l'abb de ,condillac4 ,on dira peut-tre que son mrite n'est pas sa place dans une compagnie consacre uniquement l'loquence et la posie2 mais je ne vois pas pourquoi on exclurait d'un discours de rception des ides vraies et profondes1 qui sont elles-mmes la source cache de l'loquence4 #ea ,correspondance de ,grimm1 t4 ,,viii 7#ae dcembre #agfh71 p4 #bac4 #eb ,correspondance de ,grimm1 t4 ,,xi1 p4 #ae4 #ec ,lettre du #ca octobre #agfh4 uvres compltes de ,voltaire1 dit4 ,garnier1 #ahhb1 in-#h1 t4 ,,xiv de la ,correspondance1 p4 #aea4 ,peu assidu aux sances1 trs retir du monde1 ,condillac se consacra dsormais la rdaction et l'impression de son ,cours d'tudes pour l'instruction du prince de ,parme#ed1 qu'il avait obtenu la permission de publier et au sujet duquel il prouva mme quelques ennuis de la part de l'humeur changeante de la ,direction de la librairie#ee4 #ed ,le vol4 ,ital4 #aeej au dpartement des manuscrits de la ,bibliothque nationale contient 7fol4 #bch #bfj7 des variantes et corrections autographes faites par ,condillac sur les preuves de son dition du ,cours d'tudes1 imprime ,deux-,ponts4 #ee ,le ,cours d'tudes parut ,parme et ,paris de #agfi #aggc1 non sans difficult2 car un instant il fut interdit en ,france4 ,correspondance1 etc41 t4 ,,xi1 p4 #aji 7aot #agge74 ,ce ,cours d'tudes est une uvre considrable1 qui ne comprend pas moins de seize volumes1 et mme dix-sept1 si on compte le trait ,de l'tude de l'histoire1 qui est attribu l'abb de ,mably#ef4 ,un long discours prliminaire expose le plan de ,condillac et la faon dont il entend l'excuter4 ,ici encore1 le philosophe se retrouve avec son systme raisonn et ses ides personnelles4 ,la mthode que j'ai suivie1 dit-il1 paratra nouvelle1 quoique dans le fond elle soit aussi ancienne que les premires connaissances humaines4 ,il est vrai qu'elle ne ressemble pas la manire dont on enseigne2 mais elle est la manire mme dont les hommes se sont conduits pour crer les arts et les sciences4 ,pour faire usage1 dans l'ducation1 de l'unique mthode laquelle nous devons tout ce que nous avons appris1 il faut d'abord faire connatre un enfant les facults de son me et lui faire sentir le besoin de s'en servir4 ,si l'on russit l'un et l'autre1 tout deviendra facile2 car1 au lieu d'imaginer autant de principes1 autant de rgles qu'on en distingue dans les arts et dans les sciences1 on n'aura plus qu' observer avec lui#eg4 #ef ,correspondance littraire de ,grimm et ,diderot4 dit4 ,tourneux1 t4 ,x1 p4 #cca1 #ccc 7janvier #aggd74 ,le manuscrit de cet ouvrage se trouve la bibliothque de l',arsenal1 no #cbbb4 #eg ,condillac affirme que les premires leons de mtaphysique1 dbarrasses de l'ancien langage des coles1 sont accessibles l'intelligence d'un enfant de sept huit ans1 que l'on a rendu capable de quelque attention4 ,aprs qu'on lui a fait comprendre de quelle manire notre esprit acquiert des ides et comment nous les exprimons par des mots1 il n'est plus effray par ces expressions abstraites de substantif1 de genre1 de nombre1 dont il est ais de lui rendre l'acception aussi familire que celle des termes les plus communs1 et alors il peut suivre sans beaucoup de peine les procds du langage4 ,par la mme raison1 ,condillac tablit qu'il ne faut faire commencer l'tude des langues anciennes1 du latin particulirement1 qu' dix ou douze ans1 parce que avant d'entreprendre l'tude d'une nouvelle langue1 il faut savoir la sienne et surtout avoir assez de connaissance pour n'tre arrt que par les mots4 ,et il conseille ensuite d'apprendre beaucoup de mots l'enfant1 avant de l'ennuyer par la syntaxe et les rgles4 ,ces observations1 ,condillac les fit chaque jour avec son lve1 essayant de redevenir enfant pour lui4 ,quand il l'eut fait rflchir sur les moindres actes de sa vie1 il passa aux lectures des meilleurs crivains1 pour lui donner des modles du beau et les lui rendre familiers4 ,c'est alors que1 pour le soutenir dans ses recherches1 il lui composa une ,grammaire1 bientt suivie de l',art de penser1 l',art d'crire et l',art de raisonner1 qui1 dit-il1 ne sont dans le fond qu'un seul et mme art4 ,en effet1 quand on sait penser1 on sait raisonner1 et il ne reste plus1 pour bien parler et pour bien crire1 qu' parler comme on pense et crire comme on parle4 ,toutes ces tudes avaient pour but de former l'esprit du jeune prince et de le prparer d'autres connaissances2 et c'est alors qu'il lui fit tudier l'histoire4 ,je considre l'histoire1 poursuit-il1 comme un recueil d'observations qui offre aux citoyens de toutes les classes des vrits relatives eux444 ,un prince doit apprendre gouverner son peuple3 il faut donc qu'il s'instruise en observant ce que ceux qui ont gouvern ont fait de bien et ce qu'ils ont fait de mal2 et cette tude1 par consquent1 embrasse tout ce qui peut contribuer au bonheur et au malheur des peuples4442 toutes les choses qui ont concouru former les socits civiles1 les perfectionner1 les dfendre1 les corrompre1 a les dtruire4 ,aussi1 tantt il ne fait connatre que la suite des vnements1 pour en indiquer le fil2 tantt il les dveloppe avec toutes les circonstances qui se sont transmises jusqu' nous1 lorsque ce sont des germes o se prparent des rvolutions4 ,il divise l'histoire en priodes1 qui chacune se termine par une rvolution dont il expose la cause et les consquences4 ,l'enfant pouvait ainsi se porter vers l'tude avec un esprit exerc4 ,il connaissait les facults de son me2 il avait observ les socits dans leur origine3 son got s'tait form par la lecture1 et les dcouvertes des philosophes avaient achev de dvelopper sa raison4 ,tout s'tait fait avec la mme mthode et les mmes principes1 puisque tous les arts se confondent en un seul4 ,cela tant1 il semble inutile d'analyser ici les quatre volumes qui ont pour titre3 la ,grammaire1 l',art de penser1 l',art d'crire1 l',art de raisonner4 ,on y retrouverait toutes les ides que ,condillac a dveloppes dans ses autres ouvrages#eh4 #eh ,aprs les avoir rsums1 ,la ,harpe conclut en disant de leur auteur3 ,c'est l'esprit le plus juste et le plus lumineux qui ait contribu1 dans ce sicle1 aux progrs de la bonne philosophie4--,,la ,,harpe1 ,philosophie du dix-huitime sicle1 t4 ,,ii1 p4 #ahg et suiv4 ,les tudes historiques se trouvaient tout fait en dehors de ses prcdents travaux2 aussi lui ont-elles cot des recherches considrables4 ,l',histoire ancienne comprend six volumes3 elle commence l'histoire des ,hbreux et des ,grecs pour embrasser toute la longue priode qui s'tend jusqu' la chute de ,constantinople et de l'empire d',orient4 ,une grande part est faite--et c'tait une nouveaut considrable pour le temps--aux institutions1 aux lois et leur influence sur le dveloppement de la population4 ,quelques vues originales sont heureusement prsentes3 on y trouve des jugements intressants sur les grands hommes ou ceux que la tradition a regards comme tels4 ,pour n'en citer qu'un1 rsumant son opinion sur ,auguste1 qu'il appelle ,octavius1 il observe que ,csar ne dut son lvation qu' lui-mme1 tandis que l'autre dut la sienne aux circonstances1 et il les trouva si favorables1 qu'il se ft pargn bien des cruauts1 s'il et eu plus de courage ou de talents4 ,il dut ses soldats l'adoption du dictateur1 le besoin que la ,rpublique eut de lui la conduite inconsidre d',antoine444 ,octavius a rgn4 ,il fallait donc qu'il ft lou3 et nous ignorerions sa vie1 s'il et t possible de la faire oublier4 ,cruel1 perfide et lche1 il a eu encore les superstitions des petites mes4 ,ces dernires considrations taient l'adresse de son lve1 aussi bien que le livre ,x,ie intitul3 ,la ,prvoyance est ncessaire aux souverains4 ,comment elle s'acquiert4 ,mais ce qui s'adresse au public et ce qui caractrise l'uvre1 ce sont les chapitres o il est trait de la passion des ,romains pour les arts1 pour la science1 pour le spectacle2 de leurs occupations1 de l'urbanit romaine1 du got persistant pour la philosophie1 pour la jurisprudence1 etc42 toutes rflexions que nous serions tents de croire trs personnelles1 si ,condillac n'tait pas contemporain de l'auteur des ,considrations sur les causes de la grandeur des ,romains et de leur dcadence4 ,mme observation pour l',histoire moderne1 qui comprend galement six volumes et va jusqu' la paix d',utrecht1 embrassant tout ce qu'il faut savoir de l'histoire de l',europe pour bien comprendre l'histoire de la ,france4 ,mais la dernire partie de l'ouvrage est une vritable apologie de la science et de la philosophie du dix-huitime sicle1 digne de rivaliser avec le ,discours prliminaire de l',encyclopdie4 ,s'adressant au jeune prince de ,parme1 il lui disait3 ,sans vous parler de toutes les erreurs1 je vous en ai fait connatre assez pour vous faire voir comment on se trompe3 sans vous parler de toutes les vrits1 il s'agit actuellement de vous faire voir comment on doit se conduire pour tre assur d'en trouver444 ,rappelez-vous1 ,monseigneur1 le temps o vous avez vu les socits commencer et o les hommes encore sans exprience voyaient la terre comme une surface plane et les cieux comme une vote laquelle tous les astres taient attachs4 ,ce sont ces hommes ignorants qui ont su se mettre tout coup dans le chemin de la vrit3 car vous les avez vus commencer par observer la terre et les cieux4 ,tout rside dans une bonne mthode pour conduire l'esprit4 ,repoussant le scepticisme reprsent pour lui par ,bayle1 ,condillac veut bien reconnatre que les erreurs de ,descartes taient un pas vers la vrit4 ,puis1 il exalte ce qu'il appelle le commencement de la vraie philosophie2 les dcouvertes de ,kepler1 ,copernic1 ,galile1 ,newton surtout2 les progrs de l'algbre et de l'optique1 de la gomtrie1 de l'astronomie2 il compare l'avancement des sciences celui des lettres1 et termine par les progrs de la politique3 beau sujet d'tudes pour un jeune prince1 ides gnreuses qui se rpandaient dans les cours d',europe1 justement l'poque o tous les tats taient sous le pouvoir des plus mauvais rois et des pires gouvernements4 ,il ne semble pas que ,condillac1 malgr ses soins si persvrants et sa mthode nouvelle1 ait russi faire de son lve un monarque modle4 ,ds l'anne qui suivit son dpart dfinitif de ,parme1 ,voltaire crivait d',alembert3 ,j'apprends que le prince passe la journe voir des moines et que sa femme1 ,autrichienne et superstitieuse1 sera la matresse4 ,c'est cependant contre ce danger particulier que l'abb de ,condillac avait essay de le prmunir4 ,dans une page trs curieuse de son ,cours d'tudes1 il crit en parlant de la religion3 ,on est galement condamnable lorsqu'on nie les choses1 parce qu'on ne les a pas vues1 ou parce qu'on ne les comprend pas1 et lorsqu'on croit lgrement1 sans avoir examin l'autorit de ceux qui les rapportent4 ,un esprit sage vitera donc l'une et l'autre de ces extrmits4 ,tous ne sont pas obligs de raisonner sur la religion1 mais tous sont obligs de l'tudier avec humilit4 ,il faut qu'un prince soit cet gard plus instruit qu'un simple particulier1 puisqu'il est dans l'obligation de donner l'exemple4 ,vous ne sauriez tre trop pieux1 ,monseigneur2 mais si votre pit n'est pas claire1 vous oublierez vos devoirs pour ne vous occuper que de petites pratiques4 ,parce que la prire est ncessaire1 vous croirez toujours devoir prier2 et1 ne considrant pas que la vraie dvotion consiste remplir votre tat1 il ne tiendra pas vous que vous ne viviez dans votre cour comme dans un clotre4 ,les hypocrites se multiplieront autour de vous4 ,les moines sortiront de leurs cellules2 les prtres quitteront le service de l'autel pour venir s'difier la vue de vos saintes uvres444 ,vous prendrez insensiblement leur place1 pour leur cder la vtre3 vous prierez continuellement1 et vous croirez faire votre salut2 ils cesseront de prier1 et vous croirez qu'ils font le leur4 trange contradiction1 qui pervertit les ministres de l'glise1 pour donner de mauvais ministres l'tat4 ,autant que les dvots1 ,condillac redoutait les flatteurs et les incapables4 ,dans un autre passage de son ,histoire moderne1 aprs un magnifique loge de ,rosny et de ,henri ,,iv1 il disait3 ,je tremble1 ,monseigneur1 quand j'y pense3 car des tats aussi petits1 aussi tranquilles1 aussi soumis que ceux de ,parme ne donnent de puissance que ce qu'il faut prcisment pour s'endormir444 ,il y aurait encore plus d'une observation piquante faire aprs avoir lu ce ,cours d'tudes1 revu tout loisir par l'abb de ,condillac3 ce serait1 par exemple1 de noter le got du moment et les auteurs les plus en vogue chez ceux qui alors se piquaient de bel esprit2 sous ce rapport1 l'auteur de l',art d'crire tait un vrai professeur de littrature franaise4 ,parmi les crivains que recommande ,condillac1 les uns sont bien oublis aujourd'hui1 les autres gardent une gloire immortelle1 mais dont l'clat varie un peu avec le temps4 ,ainsi le pote le plus souvent cit est ,despraux1--comme on disait encore au dix-huitime sicle1--d'abord pour son ,lutrin1 et1 ce qui se comprend mieux1 pour les ptres1 les ,satyres et l',art potique2 puis viennent quelques tragdies de ,corneille1 quelques comdies de ,molire et de ,regnard1 toutes les pices de ,racine dont il importe de recommencer la lecture une douzaine de fois et qu'il faut apprendre par cur2 la ,henriade et l',essai sur la posie pique de ,voltaire4 ,a ct de ces chefs-d'uvre si connus1 ,condillac place les ,tropes de ,m4 du ,marsais1 l',origine des lois de ,goguet1 l'ouvrage de la marquise du ,chtelet sur ,newton1 la ,prface de ,cotes1 la belle ptre de ,m4 de ,voltaire sur le grand philosophe anglais1 le ,trait de la sphre de ,m4 de ,maupertuis1 la ,gomtrie de ,m4 ,le ,blond4 ,pour l'instruction religieuse1 laquelle ,condillac attache beaucoup d'importance1 il ne sort pas de trois livres3 le ,catchisme de l'abb ,fleury1 la ,bible de ,royaumont1 le ,petit ,carme de ,massillon4 ,et il faut les recommencer bien des fois4 ,fnelon1 ,bossuet surtout1 n'existaient plus alors comme crivains2 ils n'ont retrouv crdit1 avec ,bourdaloue1 qu'au milieu du sicle dernier4 ,c'tait bien l l'opinion moyenne de l'poque1 ce que devaient penser et pratiquer les honntes gens4 ,sauf en philosophie1 ,condillac n'est pas un novateur3 ce qu'il a toujours cultiv le plus1 c'est le bon sens4 ,il ne se lasse pas d'y faire appel4 ,une sorte de volume complmentaire du ,cours d'tudes est intitul3 ,de l'tude de l'histoire4 ,il forme le tome ,,xxi de l'dition complte des uvres de ,condillac2 et1 comme il n'a ni avertissement ni prface et qu'il est conu dans le mme moule1 pour ainsi dire1 que les autres1 il devrait tre attribu au mme auteur1 si le pangyriste de l'abb de ,condillac1 son ami de la dernire heure1 ,m4 d',autroche1 ne nous avait appris qu'il est de son frre l'abb de ,mably4 ,le ,cours d'tudes1 dit-il1 est termin par une savante dissertation sur l'tude de l'histoire1 bien faite pour servir de sanctuaire ce vaste monument4 ,l'illustre auteur des ,entretiens de ,phocion a voulu cooprer l'instruction de l'auguste disciple de son frre1 par ce morceau prcieux1 qui renferme1 avec les principes les plus purs de la justice et de la morale1 un tableau prcis de tous les gouvernements modernes4 ,tout y respire ce mme courage pour dire la vrit1 ce mme zle pour les murs1 ce mme amour pour les hommes4 ,l'on regrette toutefois que l'rudit auteur1 trop pris des coutumes1 des lois et de la pauvret des anciennes rpubliques de la ,grce1 s'obstine vouloir faire revivre ces temps antiques parmi nous1 sans observer que la forme de nos gouvernements presque tous monarchiques ou arbitraires1 l'tendue des divers tats de l',europe1 les nouveaux rapports1 que les progrs de la navigation ont ouverts entre les hommes pour la facilit du commerce et la multiplication de l'or et de l'argent1 rendent inapplicables de nos jours la plus grande partie des principes de ,solon et de ,lycurgue4 ,il est fcheux que ,m4 l'abb de ,mably1 plus occup de la thorie que de la pratique de la science du gouvernement1 se soit plutt attach prouver que tout citoyen doit obir au magistrat et le magistrat aux lois1 qu' indiquer l',infant les bonnes lois que ses tats avaient droit d'attendre de lui pour leur avantage et leur prosprit4 ,cette citation indique quelle tait l'opinion des contemporains sur les thories de ,mably1 accueillies du reste avec rserve et faites siennes par ,condillac non sans corrections#ei4 ,il y a pourtant1 sur la richesse et le luxe1 les consquences fatales qu'ils entranrent pour les tats depuis l'antiquit jusqu' nos jours1 des observations trs profondes1 qu'il serait singulirement utile de mditer1 et aussi un tableau de la plupart des gouvernements de l',europe au milieu du dix-huitime sicle1 d'autant plus intressant1 que les lments ne s'en trouvent qu'assez pars1 et que quelqu'un qu'on interrograit sur le rgime politique particulier de la ,suisse1 de l',italie1 des ,provinces-,unies1 de ,l'empire d',allemagne1 de l',angleterre1 de la ,sude1 de la ,pologne ou de ,venise au milieu du dix-huitime sicle serait peut-tre trs embarrass pour rpondre exactement du premier coup4 #ei ,on raconte que ,mably ayant prsent au prince de ,parme les vertus de ,lacdmone avec une rudesse toute rpublicaine1 ,condillac dut adoucir le passage1 comme il avait corrig les travaux de ,deleyre4 ,l'ouvrage tout entier traite de ce que nous appellerions aujourd'hui la politique3 on y retrouve beaucoup d'ides mises par ,montesquieu et par toute l'cole philosophique de l'poque4 ,une observation gnrale termine le ,cours d'tudes2 et bien qu'elle ait t rpte plus d'une fois par les professeurs ou les prcepteurs1 mme d'autres qu' des princes1 elle mrite d'tre signale dans les termes prcis o ,condillac l'a prsente3 ,quand nous sortons des coles1 nous avons oublier beaucoup de choses frivoles1 qu'on nous a apprises2 apprendre des choses utiles1 qu'on croit nous avoir enseignes2 et tudier les plus ncessaires1 sur lesquelles on n'a pas song nous donner de leons4 ,de tant d'hommes qui se sont distingus depuis le renouvellement des lettres1 y en a-t-il un seul qui n'ait t dans la ncessit de recommencer ses tudes sur un nouveau plan8444 ,nous passons notre enfance nous fatiguer pour ne rien apprendre que des choses qui sont inutiles2 et nous sommes condamns attendre l'ge viril pour nous instruire rellement444 ,c'est vous1 ,monseigneur1 vous instruire dsormais tout seul4 ,je vous y ai dj prpar et mme accoutum4 ,voici le temps qui va dcider de ce que vous devez tre un jour2 car la meilleure ducation est celle que nous nous donnons nous-mmes4 ,vous vous imaginez peut-tre avoir fini2 mais c'est moi1 ,monseigneur1 qui ai fini2 et tous1 tous avez recommencer#fj4 #fj ,dernier chapitre de l',histoire moderne1 t4 ,,xx1 des uvres1 p4 #edj4 ,on sait que1 les ides espagnoles ayant prvalu chez l',infant avec tous les prjugs de race1 d'aussi sages conseils restrent sans profit4 ,c'est du moins l'honneur de ,condillac de les avoir donns trs simplement et trs courageusement4 ,blank ,page ,,chapitre ,,iii ,,condillac ,,conomiste ,nul doute que le sjour de ,condillac dans l',orlanais et l'acquisition1 en #aggc1 de la terre de ,flux n'aient t l'occasion pour lui de s'intresser aux tudes d'conomie politique4 ,dans un loge trs dvelopp1 prononc aussitt aprs sa mort devant la ,socit royale d'agriculture d',orlans1 ,m4 de ,loynes d',autroche raconte la venue du philosophe dans la province4 ,pour se drober au spectacle affligeant de la corruption toujours croissante de la capitale1 ,m4 l'abb de ,condillac se choisit vers la fin de ses jours une retraite champtre dans notre pays3 c'est l que rendu la nature qu'il aimait1 il coulait des jours aussi paisibles1 aussi purs que son cur2 c'est dans cet asile1 embelli par son got1 qu'il aimait recevoir et qu'il recevait avec une cordialit si vraie1 une satisfaction si engageante de vritables amis444 ,le ,trosne1 le conseiller au sige prsidial d',orlans1--un des premiers adeptes de la secte conomiste1--son collgue dans la magistrature1 ,m4 de la ,gueule de ,coince1 l'abb de ,reyrac1 le chanoine de ,loynes de ,talcy en faisaient partie1 ainsi que ,claude d',autroche lui-mme4 ,ce dernier tait un admirateur passionn des lettres classiques1 le futur traducteur des ,odes d',horace1 grand voyageur1 que les richesses artistiques de l',italie avaient sduit et qui tait dj assez connu pour tre reu par ,voltaire ,ferney lors de son retour en ,france4 ,propritaire de vastes domaines en ,sologne et du beau chteau de la ,porte1 qui domine tout le val de ,loire1 il avait orn ses jardins de statues mythologiques1 qui s'y trouvaient encore il y a cinquante ans1 et il n'tait pas loign des ides nouvelles1 prisant la vertu des rpubliques antiques4 ,au reste1 l'intendant de la province1 ,m4 de ,cypierre1 baron de ,chevilly1 passait aussi pour un novateur1 tout comme ,turgot1 qui allait devenir ministre1 comme ,lavoisier1 qui appliquait la chimie la mthode mme de ,condillac1 comme ,dupont de ,nemours ou l'abb ,baudeau4 ,d',autroche et l'abb de ,condillac1 qui avait trente ans de plus que lui1 se firent nommer le mme jour membres ordinaires de la ,socit royale d'agriculture d',orlans1 le #e fvrier #aggf1 sous la prsidence de ,m4 ,laisn de ,sainte-,marie1 un physiocrate dtermin4 ,m4 l'abb de ,condillac remplaait ,m4 ,mannau#fa4 #fa ,manuscrits de ,dom ,grou1 la bibliothque publique d',orlans1 ,m4 #dhg1 t4 ,ier1 p4 sc,,lxxxiii_/sc4 ,cette ,socit d'agriculture avait t tablie par arrt du ,conseil d'tat du #ah juin #agfb1 en mme temps qu'un certain nombre d'autres4 ,elles devaient1 dans l'esprit du gouvernement1 former une sorte de fdration et se communiquer rciproquement leurs travaux3 il y en avait une par gnralit4 ,la plus ancienne1 celle de ,bretagne1 est de #aged4 ,elle correspondait avec ,orlans1 aussi bien que celles de ,paris1 ,rouen1 ,nantes1 ,bordeaux4 ,chacune exposait les progrs raliss dans la rgion2 et il est trs curieux de voir1 ds cette poque1 prconiser l'emploi de la marne1 l'tablissement des prairies artificielles1 les soins de la vigne4 ,mais cela ne se bornaient pas les travaux de la ,socit d',orlans4 ,elle embrassait les questions d'intrt gnral et rclamait1 pour les campagnes1 la diminution des ftes chmes1 la rpression du vagabondage1 la rforme de la taille4 ,sortant un peu de ses attributions1 elle avait rdig1 ds le mois d'aot #agfb1 un mmoire sur l'abolition de toutes les prohibitions mises l'entre et la sortie des crales1 sur la libert du commerce des grains1 mmoire que l'intendant libral1 ,m4 de ,cypierre1 devait adresser au contrleur gnral#fb4 ,elle alla plus loin et fonda en #agfe un concours pour rcompenser les meilleurs crits sur des sujets d'conomie politique qu'elle indiquerait1 et elle offrit en #aggc un prix de #fjj livres l'auteur qui aurait le mieux rpondu cette question3 ,quel serait l'avantage et le dsavantage d'une nation qui rendrait1 la premire1 une libert et une immunit compltes son commerce8 ,on voit que dans l'esprit de la ,socit1 les doctrines du libre-change n'avaient rien d'effrayant#fc4 ,il faut ajouter que ,malesherbes1 un autre ,orlanais1 et ,turgot taient alors en faveur prs du pouvoir1 et qu' la cour1 non sans opposition1 on les laissait appliquer leurs ides4 #fb ,registres de la ,socit royale d'agriculture d',orlans4 ,archives du ,loiret4 #fc ,lettre du secrtaire perptuel ,m4 de ,cypierre du #b mars #aggc4 ,m4 d',autroche1 dans sa notice sur ,condillac1 tablit d'une faon assez intressante et coup sr trs juste1--si on fait la part de la phrasologie de l'poque1--la gense des doctrines conomiques dont le mdecin du feu roi1 ,quesnay1 avait t nagure l'initiateur4 ,la philosophie1 si accoutume se passionner pour des nouveauts1 ou des erreurs1 jalouse peut-tre que cette science ne ft pas son ouvrage1 ne la regardait qu'avec mpris1 ou du moins avec indiffrence4 ,les choses en taient ce point lorsque ,louis ,,xv mourut3 la nation sembla sortir alors de son long accablement4 ,le rayon de l'esprance que parut suivre son jeune et nouveau monarque commena la ranimer et lui rendre moins trangres les questions qui touchaient au bonheur public4 ,on s'en occupa donc davantage3 on discuta1 on discuta plus2 et1 la vrit triomphant de toutes ces choses1 on vit la libert du commerce des grains1 si combattue1 cesser d'tre un fantme et marcher sans entraves1 revtue du ,sceau de l',autorit4 ,on peut juger aisment que ,m4 de ,condillac ne pouvait rester spectateur inutile de tous ces dbats444#fd4 #fd loge de ,m4 l'abb de ,condillac1 prononc le #ah janvier #agha1 p4 #gc4 ,en effet1 devenu campagnard1 ,condillac s'tait intress ces questions4 ,et comme il avait l'ide fixe de mettre toute science et toute philosophie la porte du vulgaire1 il entreprit de constituer l'conomie politique sa formule et1 comme il disait toujours1 sa langue4 ,c'est l'anne mme de son entre la ,socit d'agriculture1 en #aggf1 qu'il fit paratre le ,commerce et le ,gouvernement considrs relativement l'un l'autre1 un volume1 avec l'indication ordinaire du lieu de publication3 ,amsterdam et ,paris4 ,il se qualifiait sur le titre de membre de l',acadmie franaise et de la ,socit royale d'agriculture d',orlans4 ,et1 d'aprs la couleur du papier et les caractres typographiques1 il est peu prs certain que le livre fut imprim ,orlans1 chez un diteur trs connu cette poque1 ,couret de ,villeneuve4 ,l'exemplaire de l'dition originale1 que nous possdons1 porte le nom1 la premire page1 de ,mme de ,sainte-,foy4 ,l'ouvrage se divise en deux parties4 ,fidle son systme1 ,condillac repousse en principe toute dfinition de l'conomie politique4 ,si1 dit-il1 au dbut de son livre1 en dfinissant1 on a l'avantage de dire en une seule proposition tout ce qu'on veut dire1 c'est qu'on ne dit pas tout ce qu'il faut1 et que souvent on ferait mieux de ne rien dire#fe4 ,mais1 mettant toujours l'homme au premier rang et appliquant la psychologie aux besoins de l'homme vivant en socit1 il ne considre la richesse et l'change qu'au point de vue des services rendus et des moyens propres procurer l'abondance4 ,il se place dans le monde moderne tel qu'il est constitu2 mais il n'entend pas1 comme les physiocrates1 imposer un gouvernement de son choix4 ,tous les gouvernements sont bons qui laissent pratiquer la libert4 ,aussi ,condillac1 de mme qu'il avait fait pour la philosophie1 n'envisage l'conomie politique que relativement la satisfaction des ncessits humaines1 la dgageant des principes de morale sociale1 qui chappent son observation4 #fe ,le ,commerce et le ,gouvernement1 #are partie1 chap4 ,ier1 p4 #bd4 ,il tait donc trs son aise pour ramener la sensation l'origine de la science conomique1 qui est d'essence trs positive4 ,la sensation tant le fait gnrateur de l'action et du dveloppement de l'esprit humain1 elle donne l'individu les facults dont il use pour satisfaire ses besoins1 rechercher le plaisir1 viter la peine1 en un mot pour vivre4 ,on dit qu'une chose est utile1 lorsqu'elle sert quelques-uns de nos besoins1 et qu'elle est inutile1 lorsqu'elle ne sert aucun ou que nous n'en pouvons rien faire4 ,son utilit est donc fonde sur le besoin que nous en avons4 ,d'aprs cette utilit1 nous l'estimons plus ou moins3 c'est--dire que nous jugeons qu'elle est plus ou moins propre aux usages auxquels nous voulons l'employer4 ,or1 cette estime est ce que nous appelons valeur4 ,dire qu'une chose vaut1 c'est dire qu'elle est1 ou que nous l'estimons bonne quelque usage4 ,la valeur des choses est donc fonde sur leur utilit1 ou1 ce qui revient au mme1 sur le besoin que nous en avons1 ou1 ce qui revient encore au mme1 sur l'usage que nous en pouvons faire4 ,on donnera ainsi1 dans un sens1 de la valeur des choses auxquelles1 dans un autre1 on n'en donnait pas4 ,au milieu de l'abondance1 on sent moins le besoin1 parce qu'on ne craint pas de manquer4 ,par une raison contraire1 on le sent davantage dans la raret et dans la disette4 ,or1 puisque la valeur des choses est fonde sur le besoin1 il est naturel qu'un besoin senti donne aux choses une plus grande valeur1 et qu'un besoin moins senti leur en donne une moindre4 ,la valeur des choses crot donc par la raret et diminue par l'abondance4 ,tout cela est d'une vidence qui nous semble aujourd'hui bien primitive4 ,mais il faut observer que l'conomie politique tait alors dans l'enfance et que personne n'avait encore rdig son acte de naissance4 ,chaque science1 dit ,condillac au dbut de son livre1 demande une langue particulire1 parce que chaque science a des ides qui lui sont propres4 ,il semble qu'on devrait commencer par faire cette langue2 mais on commence par parler et par crire1 et la langue reste faire4 ,voil o en est la science conomique3 c'est quoi on se propose de suppler#ff4 #ff ,le ,commerce et le ,gouvernement1 t4 ,,xxv des uvres1 p4 #g4 ,le genre humain avait perdu ses titres3 ,m4 de ,montesquieu les lui a rendus6 ,c'tait un peu le travers du dix-huitime sicle de croire que rien n'tait connu avant lui4 ,les philosophes prtendaient rgnrer le monde2 et1 sur ce point1 l'abb de ,condillac tait bien de leur cole4 ,c'est peut-tre cette nave confiance dans son gnie qui lui a permis de rendre de vritables services la science1 en se donnant comme l'homme de deux ou trois ides1 dont il recommenait1 sans se lasser1 la trs lmentaire dmonstration4 ,le ,commerce et le ,gouvernement est l'application une science nouvelle--la science conomique--des principes qu'il a dvelopps dans tous ses autres ouvrages4 ,n'tant pas conomiste1 il a voulu se rendre compte d'une matire inconnue pour lui3 il y a appliqu sa puissance d'analyse et la clart naturelle de son esprit1 et il a crit un livre qui n'est qu'un manuel1 dans lequel est rsume toute la doctrine4 ,aucun auteur n'est cit1 aucun nom propre n'est prononc2 c'est une suite de chapitres qui traitent du prix des choses1 des marchs ou changes1 du commerce1 des salaires1 du droit de proprit1 de la monnaie1 de la circulation de l'argent1 du change1 du prt intrt1 de la vente des bls1 de l'emploi des terres1 du luxe1 de l'impt1 des richesses respectives des nations4 ,quelques morceaux sont tout fait neufs pour le temps1 comme ceux sur le prt intrt et le mcanisme du change4 ,il y a parfois des vues originales2 et1 bien qu'tant1 comme tout le monde alors1 un peu physiocrate1 ,condillac se spare de la secte sur certains points4 ,produire1 dit-il1 c'est donner de nouvelles formes la matire3 ,lorsque la terre se couvre de productions1 il n'y a pas d'autre matire que celle qui existait auparavant1 il y a seulement de nouvelles formes1 et c'est dans ces formes que consiste toute la richesse de la nature4 ,les richesses naturelles ne sont donc que diffrentes transformations#fg4 #fg ,le ,commerce1 chap4 ,,ix1 p4 #gc4 ,sans doute1 il n'est d'autre source de la matire que la terre2 mais la matire n'acquiert d'utilit que pour nous1 ne devient richesse que par une suite de modifications dues l'action combine de la nature et du travail humain1 ou bien du travail humain seul4 ,la terre abandonne elle-mme produit surtout des choses inutiles4 ,ce n'est qu' force d'observations et de travail que nous venons bout d'empcher certaines productions et d'en faciliter d'autres4 ,c'est donc principalement au travail du cultivateur que nous devons l'abondance des richesses naturelles qui satisfont nos besoins ou servent de matires premires aux arts4 ,aussi1 dans l'agriculture1 comme dans l'industrie et le commerce1 l'agent productif par excellence1 c'est le travail4 ,la nation la plus utile sera donc celle o il y aura le plus de travaux dans tous les genres#fh4 #fh ,le ,commerce1 #are partie1 chap4 ,,xxix1 p4 #cjb4 ,ces observations si vraies offensrent les physiocrates4 ,leur doctrine tait tout d'une pice2 leur prophte avait un caractre sacr2 les disciples s'empressrent de le dfendre4 ,l'un des plus acharns fut l'abb ,baudeau1 qui1 dans les ,nouvelles phmrides du citoyen1 ne consacra pas moins de deux numros combattre l'importun qui venait troubler leur domination inconteste4 ,le nom d'conomiste1 dit-il1 est1 je crois1 dans le moment prsent1 un titre qu'il ne faut pas donner ceux qui le refusent1 mais uniquement ceux qui l'acceptent4 ,en agir autrement1 c'est s'exposer calomnier les uns et les autres et par consquent commettre une lourde injustice4 ,les vrais conomistes sont faciles caractriser par un seul trait que tout le monde peut saisir4 ,ils reconnaissent un matre 7le docteur ,quesnay71 une doctrine 7celle de la ,philosophie rurale et de l',analyse conomique71des livres classiques 7la ,physiocratie71 une formule 7le ,tableau conomique71 des termes techniques1 absolument comme les antiques lettrs de la ,chine#fi4 #fi ,anne #aggf1 t4 ,,iv et ,v3 ,observations conomistes ,m4 l'abb de ,condillac sur son livre ,du commerce et du gouvernement4 ,ce corps de doctrine que nous avons adopt1 ce matre que nous suivons1 ces livres fondamentaux que nous dveloppons1 cette formule laquelle nous sommes attachs1 ce systme enfin 7car c'en est un1 puisqu'il consiste dans un enchanement mthodique de principes et de consquences71 ce systme est-il vritable1 est-il erron8 ,est-il pour le souverain et pour le peuple une source de prosprit ou de ruine8 ,c'est le temps qui le fera voir1 c'est la postrit qui le jugera4 ,il n'est pas permis de sortir de la grande maxime de ,quesnay3 ,que le souverain et la nation ne perdent jamais de vue que la terre est l'unique source des richesses et que c'est l'agriculture qui les multiplie#gj6 #gj ,maximes gnrales du gouvernement conomique d'un royaume agricole2 troisime maxime4 ,plus calme et plus raisonne fut la rfutation que tenta un collgue de ,condillac la ,socit d'agriculture d',orlans1 son ami ,le ,trosne1 devenu avocat du roi au prsidial1 l'lve du grand ,pothier4 ,il l'attaqua d'abord dans une courte brochure 7#aggf72 puis1 l'anne suivante1 il publia tout un volume intitul3 ,de l',intrt social par rapport la valeur1 la circulation et au commerce intrieur et extrieur4 ,quelques-unes des critiques qu'il prsentait semblaient assez justifies4 ,condillac avait prtendu qu'un change suppose deux choses3 production surabondante1 parce que je ne puis changer que mon surabondant1 et consommation faire1 parce que je ne fais l'change qu'avec quelqu'un qui fait le commerce4 ,le ,trosne observe que dans une socit forme1 o il y a une grande concurrence de vendeurs et d'acheteurs1 toutes les marchandises obtiennent une valeur qui est assez constante pour ne point dpendre du besoin particulier d'un contractant2 et que1 d'autre part1 le surabondant est trs ncessaire pour rpondre aux besoins de la socit1 l'entrepreneur de culture qui produit plus de bl qu'il n'en faut pour sa consommation tant trs assimilable au marchand qui achte de la marchandise pour la revendre1 l'horloger1 par exemple1 qui a des montres surabondantes pour ses clients#ga4 ,puis1 une longue discussion s'lve entre eux pour savoir si les changes se font valeur gale pour valeur gale1 ou si l'change est la source d'un avantage rciproque pour chacun des contractants4 ,on invoque l'opinion de ,turgot2 et ,condillac finit par admettre que1 dans une socit o l'change est la condition de la vie commune1 la valeur est la fois l'estime particulire que chacun fait des choses et l'estime gnrale que la socit en fait elle-mme dans les marchs4 #ga ,nous avons beaucoup utilis pour ce chapitre un ouvrage rcent intitul justement3 ,condillac conomiste 7,paris1 ,guillaumin1 #aijc1 in-#h74 ,l'auteur1 ,m4 ,auguste ,,lebeau1 a trait le sujet avec comptence et en ne ngligeant aucune source d'information4 ,enfin1 ,le ,trosne reproche ,condillac d'tre partisan de l'impt unique sur la proprit foncire1 d'aprs cette ide que tous les citoyens sont salaris les uns des autres1 l'exception des propritaires1 et que si l'industrie et le commerce augmentaient rellement la masse des richesses1 on pourrait admettre d'autre part que le commerce rduirait le salaire et le profit#gb4 #gb ,le ,commerce1 #are partie1 chap4 ,,xxviii1 p4 #bia1 #cid1 #bii4 ,a quoi le physiocrate1 qui aurait d cependant1 selon ,quesnay1 soutenir que la terre est la seule source de la richesse1 objecte que l'artisan1 dont l'industrie est autant productive que celle du colon1 doit contribuer lui aussi la dpense publique#gc4 ,et ,m4 d',autroche ajoute qu'il y a une injustice criante taxer le laboureur propritaire en le forant abandonner un hritage qu'il aurait tant d'intrt et de moyens d'amliorer au profit de sa famille#gd4 #gc ,,le ,,trosne1 ,de l'intrt social1 etc41 dition des ,physiocrates1 #ahdf1 in-#h1 chap4 ,v3 ,examen de la doctrine de ,m4 l'abb de ,condillac4444 #gd loge de ,m4 l'abb de ,condillac1 p4 #gi4 ,toute la seconde partie de l'ouvrage de ,condillac est consacre dmontrer la ncessit de la libert commerciale4 ,nous avons vu1 dit-il1 comment les richesses1 lorsque le commerce jouit d'une libert entire et permanente1 se rpandent partout4 ,elles se versent continuellement d'une province dans une autre4 ,l'agriculture est florissante3 on cultive les arts jusque dans les hameaux2 chaque citoyen trouve l'aisance dans un travail de son choix2 tout est mis en valeur1 et on ne voit pas de ces fortunes disproportionnes qui amnent le luxe et la misre4 ,tout change mesure que diffrentes causes portent atteinte la libert du commerce4 ,nous avons parcouru ces causes3 ce sont les guerres1 les pages1 les douanes1 les matrises1 les privilges exclusifs1 les impts sur la consommation1 les variations des monnaies1 l'augmentation des mines1 les emprunts de toutes espces de la part du gouvernement1 la police des grains1 le luxe d'une grande capitale1 la jalousie des nations1 enfin l'esprit de finance qui influe dans toutes les parties de l'administration4 ,alors1 le dsordre est au comble4 ,la misre crot avec le luxe2 les villes se remplissent de mendiants2 les campagnes se dpeuplent1 et l'tat1 qui a contract des dettes immenses1 ne semble avoir encore de ressources que pour achever sa ruine#ge4 #ge ,le ,commerce et le ,gouvernement2 conclusion1 p4 #ebg-ebh4 ,toutes ces considrations1 prsentes comme des suppositions1 sont en ralit la peinture fort exacte de l'tat des choses l'poque mme et de l'influence que le commerce et le gouvernement peuvent avoir l'un sur l'autre4 ,une troisime partie1 annonce par l'auteur1 n'avait plus de raison d'tre3 son livre prsentait un tout complet1 digne de retenir l'attention par la diversit des sujets traits4 ,peut-tre aprs avoir constat la valeur des travaux de ,condillac sur ces questions nouvelles pour lui1 comme elles l'taient alors pour la plupart1 trouvera-t-on exagr le jugement de ,j4-,b4 ,say dans son ,trait d'conomie politique3 ,condillac a cherch se faire un systme particulier sur une matire qu'il n'entendait pas2 mais il y a quelques bonnes ides recueillir parmi le babil ingnieux de son livre4 ,il y avait mieux que cela2 car1 sur certains points1 le systme particulier de ,condillac tait singulirement en avance sur son temps1 puisque son ouvrage parut en ,france avant celui d',adam ,smith1 en ,angleterre1 la ,recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations1 qui devint le vritable vangile de l'conomie politique4 ,j4-,b4 ,say dclare1 du reste1 que depuis ,adam ,smith1 les autres conomistes1 physiocrates ou non1 n'existaient pas4 ,il ne faut plus parler de ,quesnay1 ,le ,trosne1 ,mercier de la ,rivire1 ,cantillon1 ,graslin1 ,condillac3 ,leurs erreurs ne sont pas ce qu'il s'agit d'apprendre1 mais ce qu'il faut oublier4 ,les contemporains ne furent pas toujours plus quitables4 ,grimm1 qui n'a pas oubli ses rancunes ou celles de ,diderot1 crivait1 non sans ironie1 dans sa ,correspondance3 ,ce livre a fait grand bruit d'abord pour avoir t arrt par la ,chambre syndicale des libraires et imprimeurs4 ,la confrrie doit se fliciter que les lumires du gouvernement agricole aient trouv enfin un vengeur plus illustre que les ,rouland1 les ,baudeau et toute leur triste cohorte4 ,l'ouvrage de ,m4 de ,condillac peut tre regard comme le catchisme de la science3 il a le grand mrite d'expliquer avec une nettet1 avec une prcision merveilleuse ce que tout le monde sait1 et rien n'est plus sduisant dans une discussion de ce genre4 ,les hommes du monde qui ont le moins rflchi sur la matire s'applaudiront intrieurement de saisir avec tant de sagacit le principe d'un systme qu'ils croyaient si suprieur la capacit de leurs ides444#gf4 #gf ,correspondance littraire1 philosophique et critique de ,grimm et de ,diderot4 ,edit4 ,tourneux1 t4 ,,xi1 p4 #ec et suiv4 ,beaucoup plus bienveillante est l'apprciation de ,la ,harpe3 ,le livre de l'abb de ,condillac est l'ouvrage d'un bon esprit qui a voulu se rendre compte lui-mme des matires dont il entendait parler sans cesse4 ,on peut l'appeler le livre lmentaire de la science conomique4 ,ce n'est pas que les disciples de cette science soient d'accord avec lui en tout et que les matres n'y aient relev mme ce qu'ils appellent des mprises et des erreurs2 mais tous conviennent qu'il a pos les mmes principes gnraux et qu'il est arriv aux mmes rsultats4 ,il a sur eux l'avantage d'une marche trs mthodique et de la clart la plus lumineuse4 ,mais le jugement le plus intressant1 parce qu'il semble dfinitif1 et qu'un long espace de temps coul lui donne plus de prix1 est celui port par un publiciste anglais en #ahfb1 que ,michel ,chevalier accusa plaisamment d'avoir dcouvert ,condillac1 ,m4 ,henry ,dunning ,macleod#gg4 #gg ,the history of economics1 ,london1 #ahij1 p4 #fib4 ,l'ouvrage de ,condillac1 dit-il1 est trs remarquable et mrite d'attirer l'attention4 ,il est entach en quelques endroits des erreurs des conomistes2 mais il repousse leur classement des artisans1 des manufacturiers1 des marchands comme travailleurs improductifs4 ,il s'lve ainsi contre la doctrine affirmant que dans l'change1 aucune des parties ne perd ni ne gagne444 ,les ouvrages de ,smith et de ,condillac furent publis la mme anne3 celui de ,smith1 en peu de temps1 obtint une clbrit universelle3 celui de ,condillac fut compltement oubli2 cependant1 au point de vue scientifique1 il est infiniment suprieur ,smith4 ,c'est incontestablement le plus remarquable livre qui ait t crit sur l'conomie politique jusqu' cette poque et il joue un rle trs important dans l'histoire de la science4 ,la girouette des temps lui apporte maintenant sa revanche1 car tous les meilleurs conomistes d',europe et d',amrique gravitent aujourd'hui autour de cette opinion que la conception de ,condillac fut la vraie conception de l'conomie politique#gh4 ,il recevra justice aprs un oubli de cent vingt ans444 #gh ,l'diteur estim des physiocrates1 ,m4 ,eug4 ,daire1 tait bien de cet avis ds #ahdg1 quand dans ses ,mlanges d'conomie politique1 il reproduisait le ,commerce et le ,gouvernement comme un livre classique1 en le faisant prcder d'une remarquable notice1 t4 ,i1 p4 #bdb #bdh4 ,ce que nous pouvons conclure de cet examen rtrospectif1 c'est que ,condillac1 contrairement la majorit des crivains de son temps1 appartient l'cole librale3 il est partisan de la libert absolue d'importation et d'exportation1 source pour une nation de la prosprit de l'industrie1 du commerce1 de l'agriculture mme4 ,a l'encontre de son frre1 l'abb de ,mably1 il regarde le droit de proprit comme sacr1 soit qu'il provienne de la premire occupation1 du partage ou de l'hritage3 il combat ainsi par avance ,fourier1 ,babeuf ou ,saint-,simon2 il se dclare enfin de l'cole de ,turgot plus que de celle de ,rousseau4 ,il tait assez sagace pour prvoir la ,rvolution2 mais1 s'il avait pu1 il aurait t au-devant par des rformes1 que tout le monde demandait alors et que personne ne voulut faire4 ,blank ,page ,,chapitre ,,viii ,,les ,,derni,,res ,,uvres ,,philosophiques ,,la ,,logique ,,la ,,langue ,,des ,,calculs ,l'anne mme qui suivit la mort de l'abb de ,condillac1 ,m4 d',autroche publiait les deux lettres suivantes qu'on avait trouves dans ses papiers3 ,le comte ,ignace ,potocki1 grand notaire de ,lithuanie1 ,m4 l'abb de ,condillac4 _/99 ,de ,varsovie1 le #g septembre #aggg4 ,monsieur1 99_/ ,vous jouissez du privilge des hommes clbres3 connu dans les pays les plus loigns1 vous ignorez ceux qui vous lisent et que vous clairez4 ,on a toujours cherch1 consult et quelquefois ennuy les philosophes4 ,souffrez ce titre le dsagrment de votre tat4 ,le ,conseil prpos l'ducation nationale m'a charg1 ,monsieur1 de suppler aux livres lmentaires pour lesquels il n'a plus jug propos de publier la concurrence2 de ce nombre est la ,logique4 ,comme je connais vos ouvrages1 et que le ,conseil a suivi vos principes dans le systme de l'instruction publique pour les coles palatines1 personne ne saurait mieux remplir que vous cette importante tche4 ,vous avez travaill pour un prince souverain3 refuseriez-vous d'appliquer votre ouvrage l'usage d'une nation qui devrait l'tre8 ,je vous fais part1 ,monsieur1 du prospectus que nous avons publi4 ,nous ne demandons la confection du ,livre lmentaire de ,logique franais que pour le mois de dcembre #aggi4 ,le ,conseil d'ducation vous assure1 ,monsieur1 qu'il saura galement priser et rcompenser votre travail4 ,si vos occupations ne vous permettaient pas d'entreprendre cet ouvrage1 vous me feriez un plaisir bien sensible de m'indiquer la personne que vous croiriez en ,france1 aide de vos lumires1 en tat de rpondre nos vues4 ,ce ne sera toujours qu'un de vos lves3 il est souhaiter pour l'humanit que vous en ayez dans toutes les nations4 ,je suis avec une parfaite considration1 etc444 ,condillac rpondit sans retard3 _/99 ,monsieur1 99_/ ,le succs de mes ouvrages passe aujourd'hui mes esprances1 et la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'crire sera une poque bien glorieuse pour moi1 si mes talents rpondent l'estime que vous me tmoignez et la confiance dont le ,conseil m'honore4 ,certainement1 je ne me refuserai pas aux vux d'une nation dont le sort intresse tout homme qui dans ce sicle peut avoir encore l'me d'un citoyen4 ,quant la rcompense1 je l'ai dj reue2 c'est l'invitation du ,conseil1 c'est votre lettre4 ,on dira1 si j'ai russi1 que vous m'avez demand cet ouvrage1 que vous l'avez approuv et qu'il a t utile2 et les nations libres ne savent-elles pas que la plus belle des rcompenses1 c'est la gloire de les avoir bien servies8 ,ce n'est pas1 ,monsieur1 que je veuille me refuser toute autre rcompense2 par un refus qui serait plus vain que gnreux1 je croirais manquer au ,conseil1 et je vous dclare que je recevrai avec reconnaissance le prix offert dans le programme4 ,je voudrais1 ,monsieur1 pouvoir ds prsent vous dire avec quelques dtails comment je traiterai la ,logique4 ,il s'agit surtout de bien dterminer l'objet que je dois me proposer2 d'y rapporter toutes les parties de l'ouvrage et de tracer un chemin court1 dans lequel des obstacles1 faciles surmonter1 donneront la confiance d'en surmonter de plus grands4 ,il faut encore que les jeunes gens qui liront cette ,logique paraissent plutt la faire eux-mmes que de l'apprendre de moi4 ,les choses qu'on fait le mieux sont toujours celles qu'on a cherches soi-mme et trouves1 et la mthode d'invention devrait tre employe exclusivement dans les coles4 ,je travaillerai d'aprs ces vues gnrales1 et je finirai cet ouvrage avant le temps pour lequel vous me le demandez1 afin d'avoir celui d'y faire les corrections et les changements que vous jugerez ncessaires4 ,je suis1 etc444 ,c'tait le moment o la ,pologne demandait ,jean-,jacques ,rousseau et l'abb de ,mably de lui donner une constitution4 ,condillac1 retir dans sa terre de ,flux1 se mit aussitt l'uvre1 et il avait termin sa tche la fin de #aggi4 ,la ,logique parut l'anne suivante#gi4 ,c'tait1 d'ailleurs1 le rsum de tous ses enseignements1 le dernier mot de sa mthode applicable toutes les sciences4 ,le caractre de l'uvre a t trs exactement dtermin par une phrase de ,littr3 ,la philosophie de ,condillac est encore au fond le guide philosophique de plus d'un savant qui prtend s'enfermer dans le cercle de ses tudes spciales4 #gi ,son titre exact tait3 ,la ,logique1 ou les premiers dveloppements de l'art de penser1 ouvrage lmentaire1 que le ,conseil prpos aux coles palatines avait demand et qu'il a honor de son approbation4 ,paris1 ,l',esprit et ,debure1 #aghj1 in-#h4 ,avant lui1 ,taine avait dfini d'une faon familire1 mais trs saisissante toute l'entreprise des philosophes du dix-huitime sicle1 dont ,condillac est rest le matre incontest3 ,ils supposent l'esprit de l'homme plein et combl d'ides de toutes sortes1 entres par cent sortes de voies1 obscures1 confuses1 perverties par les mots1 telles que nous les avons lorsque nous commenons rflchir sur nous-mmes1 aprs avoir pens longtemps au hasard4 ,ils dbrouillent ces choses2 et d'un monceau de matriaux entasss1 ils forment un difice4 ,ils s'en tiennent l et ne prtendent point aller plus loin4 ,on les nomme idologues1 et avec justice3 ils oprent sur des ides et non sur des faits2 ils sont moins psychologues que logiciens4 ,leur science aboutit ds l'abord la pratique2 et ce qu'ils enseignent1 c'est l'art de penser1 de raisonner1 de s'exprimer#hj4 #hj ,les ,philosophes franais du dix-neuvime sicle4 ,paris1 ,hachette1 #ahfi1 p4 #ag4 ,il suffira donc d'analyser brivement cet ouvrage trs court1 que ,laromiguire1 dit-on1 lut huit fois de suite1 et qui peut se rsumer en quelques pages2 car ,condillac1 sr de lui1 ne discute pas et se contente de procder par une suite d'affirmations#ha4 ,ds la premire page1 l'auteur dclare qu'il ne commencera pas cette logique par des dfinitions1 des axiomes1 des principes4 ,il commencera par observer les leons que la nature nous donne4 ,si nous pouvions retrouver chez les enfants le premier dveloppement de nos facults1 ce serait le meilleur moyen d'tudier l'action de la nature4 ,mais1 n'tant plus des enfants1 il faut bien examiner comment nous nous conduisons nous-mmes pour acqurir des connaissances certaines4 ,pour connatre les choses1 un premier coup d'il ne suffit pas2 il importe de les observer l'une aprs l'autre4 ,l'ordre successif dans lequel on les considre doit ressembler l'ordre simultan qui est entre elles4 ,cela constitue l'analyse1 cette opration qui dcompose les choses pour les recomposer4 #ha ,nous renvoyons pour cette analyse1 comme pour la discussion du systme entier du philosophe1 un livre qui date dj de plus de quarante ans3 les ,thories ,logiques de ,condillac1 par ,m4 ,l4 ,,robert1 agrg de philosophie1 #ahfi1 in-#h4 ,et ,condillac1 qui aime beaucoup se servir d'exemples pris dans la nature elle-mme1 imagine cette description d'un chteau qui domine une vaste campagne et dont le paysage1 confus d'abord1 ne peut apparatre exactement un voyageur que quand il examine successivement toutes les parties4 ,puis1 pour faire juger de la simplicit de sa mthode1 il ajoute qu'il n'y a pas jusqu'aux petites couturires qui n'en soient convaincues4 ,car si1 leur donnant pour modle une robe d'une forme singulire1 vous leur proposez d'en faire une semblable1 elles imagineront naturellement de dfaire et de refaire ce modle1 pour apprendre faire la robe que vous demandez4 ,elles savent donc l'analyse aussi bien que les philosophes4 ,la nature nous apprend aller du connu l'inconnu4 ,ainsi1 lorsqu'un homme qui n'a point tudi veut me faire comprendre une chose1 il prend une comparaison dans une autre que je connais4 ,il en est de mme quand nous voulons essayer la classification des tres4 ,l'enfant1 aprs avoir eu l'ide d'un arbre1 trouve commode de se servir de ce nom qu'il connat et de l'appliquer toutes les plantes qui paraissent avoir quelque ressemblance avec cet arbre4 ,sans qu'il et dessein de gnraliser1 son ide devient tout coup gnrale2 car il forme1 presque naturellement1 des classes d'aprs ses besoins1 c'est--dire d'aprs sa manire de concevoir1 bien mieux que d'aprs la nature des choses4 ,mais les genres et les espces sont dans notre esprit beaucoup plus que dans la nature1 o tout est distinct1 et nous ne les multiplions que pour nous rgler dans l'usage des choses relatives nos besoins#hb4 #hb ,logique1 chap4 ,,xxii1 p4 #dc4 ,en observant les objets sensibles1 nous nous levons naturellement des objets qui ne tombent pas sous les sens4 ,ainsi1 le mouvement est un effet que je vois1 et cet effet a une cause que je nomme force4 ,pour tendre la sphre de nos connaissances1 il nous faut savoir conduire notre esprit4 ,et pour apprendre le conduire1 il faut le connatre parfaitement4 ,condillac est ainsi amen analyser les facults de l'me2 il le fait en deux chapitres1 dans lesquels il dploie toutes les ressources de son talent et mme une lgance de style plus remarquable que celle qu'il montre d'ordinaire4 ,dans la seconde partie de la ,logique1 l'auteur considre l'analyse dans ses moyens1 dans ses effets1 ou l'art de raisonner rduit une langue bien faite4 ,nos erreurs1 dit-il1 ont toutes la mme origine1 et viennent de l'habitude de nous servir des mots avant d'en avoir dtermin la signification4 ,il n'y a donc qu'un moyen de remettre de l'ordre dans la facult de penser1 c'est d'oublier ce que nous avons appris1 de reprendre nos ides leur origine et de refaire1 comme ,bacon1 l'entendement humain#hc4 #hc ,chap4 ,,xxii1 p4 #ajj et #ajg4 ,le langage est ainsi le vrai moyen de bien raisonner4 ,non seulement toute langue est une mthode analytique1 mais toute mthode analytique est une langue4 ,puis1 vient l'numration du langage d'action ou la sensation analyse1 du langage articul1 qui analyse la pense4 ,et ces premires langues les plus bornes sont naturellement les plus exactes4 ,plus tard1 quand on se mit parler pour parler1 les langues se remplirent d'imperfections2 et1 l'analyse disparaissant1 l'art de raisonner s'est perdu4 ,il faut donc refaire sa langue4 ,comment8 ,par l'analyse4 ,c'est l'analyse qui fait les langues2 c'est l'analyse dterminer les ides#hd4 ,c'est l'analyse qui nous montre d'o viennent les ides simples et quelles sont les ides partielles qui entrent dans une ide compare4 ,il est inutile de recourir aux dfinitions4 ,la synthse est une mthode tnbreuse2 et1 quoiqu'en disent ,messieurs de ,port-,royal1 la seule diffrence qu'il y ait entre elle et l'analyse1 c'est qu'elle commence toujours mal1 tandis que l'analyse commence toujours bien4 #hd uvres1 t4 ,,xxii1 p4 #acg et #adg4 ,pour dmontrer combien le raisonnement est simple1 quand la langue est simple1 ,condillac prend l'exemple de l'algbre4 ,tout l'artifice du raisonnement algbrique consiste en deux choses3 tablir l'tat de la question1 c'est--dire traduire les donnes dans l'expression la plus simple et dgager les inconnues4 ,en mtaphysique1 quand on demande quelle est l'origine de la gnration des facults de l'me1 la sensation est l'inconnue que nous avons dgager pour dcouvrir comment elle devient successivement attention1 comparaison1 jugement4 ,c'est ce que nous avons fait1 quand nous avons cherch les diffrentes transformations par lesquelles passe la sensation pour devenir l'entendement4 ,nos raisonnements1 faits avec des mots1 sont aussi rigoureusement dmontrs que pourraient l'tre des raisonnements faits avec des lettres#he4 #he ,t4 ,,xxii1 p4 #afj4 ,et cet artifice est le mme dans toutes les sciences4 ,la thorie une fois expose1 on est conduit tout droit au dernier livre de l'auteur4 ,la ,langue des calculs est un des ouvrages les moins connus de ,condillac1 ce qui s'explique par sa forme peu attrayante et coup sr trange pour ceux qui ne sont pas initis4 ,de plus1 il est inachev1 et il faut bien connatre toute l'uvre du philosophe pour en comprendre la porte4 ,sa premire dition eut peu de succs#hf4 ,son introducteur1 ,laromiguire1 au commencement de l'crit qu'il a intitul3 ,paradoxes de ,condillac1 se demande assez ingnument si le talent de l'auteur1 lorsqu'il exprime ses dernires penses1 tait affaibli par l'ge ou s'il avait acquis ce degr de perfection qui ne laisse subsister aucune trace de l'art qui le produit2 si la doctrine qu'il professe n'est qu'une dduction brillante de paradoxes1 ou bien la thorie la plus vraie1 le modle le plus parfait du raisonnement4 ,et il s'en rapporte au lecteur1 disant que s'il avait su rpondre ces questions1 il n'aurait jamais song publier cette uvre du matre#hg4 #hf ,la ,langue des calculs1 ouvrage posthume et lmentaire1 imprim sur les manuscrits autographes de l'auteur4 ,paris1 ,ch4 ,houel1 an ,,vi1 in-#h4 #hg ,paradoxes de ,condillac et ,discours sur la langue du raisonnement1 par ,m4 ,,laromigui,,re1 professeur de philosophie la ,facult des lettres de ,paris 7nouv4 dit41 #ahbe74 ,c'est cependant son analyse que nous suivrons1 car c'est encore la plus claire qui ait t faite4 ,condillac n'avait jamais t mathmaticien1 comme ,descartes et ,pascal2 mais il ne s'en est pas moins propos le problme de faire sortir la science tout entire des mathmatiques de la logique4 ,il a remarqu1 dans les divers genres de connaissances1 que la nature elle-mme nous donne les premires leons et que toutes les autres sont dues l'analogie4 ,fort de cette observation1 il prtend enseigner l'algbre sans avoir aucune connaissance de l'algbre1 assur qu'il est que l'analogie lui indiquera les dveloppements successifs1 et qu' l'aide de dductions il trouvera l'algbre et toutes ses mthodes4 ,il lui faut d'abord constituer la langue de cette science1 puisque selon son ternel adage une science se rduit une langue bien faite4 ,il l'appellera la ,langue des calculs3 et il la fera1 ou la trouvera par la nature et l'analogie4 ,la langue des calculs admet cinq dialectes3 celui des doigts1 celui du langage ordinaire1 celui des chiffres et celui des lettres de l'alphabet1 qui en comprennent deux4 ,le dialecte des doigts1 quand il est seul1 est un calcul d'action2 et c'est dans ce calcul avec les doigts que ,condillac voit le premier calcul1 comme dans le langage d'action il avait vu le premier langage4 ,mais si les doigts excutent le calcul1 les mots le notent et le traduisent4 ,en ouvrant successivement1 l'un aprs l'autre1 les doigts des deux mains1 nous nous reprsentons une suite d'units depuis un jusqu' dix2 c'est la numration4 ,si aprs avoir compt jusqu' dix1 nous fermons successivement les doigts1 les nombres dcrotront successivement d'une unit4 ,cette opration inverse peut s'appeler dnumration4 ,pour porter au del de dix la numration par les doigts1 il n'y a qu' prendre dix pour unit2 et alors1 en rouvrant successivement les doigts1 on forme une suite1 qui s'tend jusqu' dix fois dix1 ou cent4 ,de la mme manire1 on formera des suites1 qui s'tendront jusqu' dix fois cent1 ou mille2 et c'est la noter que servent les mots4 ,l'habitude de la numration doit la rendre plus facile et plus rapide4 ,pour compter jusqu' cinq par exemple1 au lieu d'ouvrir successivement tous les doigts d'une main1 on en pourra ouvrir deux tout d'un coup1 puis deux encore1 et puis un4 ,cette manire de numrer prend un nom particulier2 c'est l'addition1 qui a son opration inverse1 comme la numration2 et cette opration inverse est la soustraction4 ,on ne saurait faire beaucoup d'additions qu'on ne rencontre des nombres gaux ajouter4 ,cette espce d'addition est encore susceptible d'tre abrge1 et alors elle prend le nom de multiplication1 dont l'inverse est la division4 ,le germe de la science du calcul tant dans nos doigts1 c'est la nature qui nous donne les premires leons1 puisque l'addition et la multiplication ne sont qu'une numration1 drivant de la numration primitive4 ,mais le dialecte des doigts ne peut suffire excuter les oprations compliques qui se prsentent2 ,condillac l'abandonne1 pour ne conserver que les noms des nombres2 et1 par une opration moins simple1 il traite avec ces signes de la formation des puissances1 de l'extraction des racines1 des fractions1 des proportions et progressions4 ,il rattache d'ailleurs toutes ces oprations celles qu'il a excutes avec les doigts4 ,allant plus loin1 il trouve que les noms sont embarrassants et expriment trop longuement les connaissances acquises1 et qu'il serait plus simple de se servir des signes2 de l les chiffres et les lettres de l'algbre4 ,c'est donc l'analogie qui nous fait trouver ces nouveaux dialectes2 mais il faut en faire usage peu peu1 comme lorsqu'on doit apprendre une langue nouvelle1 et traduire d'abord dans les deux dialectes qu'on veut tudier ce qu'on a appris avec les deux premiers4 ,le raisonnement dpend ainsi du choix des signes2 et les oprations qui demandent la plus grande contraction d'esprit se font d'elles-mmes4 ,tel est le travail de mthode pouss jusqu' sa dernire puissance qui a fait l'objet des mditations de ,condillac dans ses dernires annes4 ,chemin faisant1 il critique nombre de termes peine franais1 qui taient encore employs de son temps et qui sortaient absolument des rgles de l'analogie qu'il avait poses1 comme des quantits complexes ou incomplexes1 des parties aliquates1 ou des parties aliquantes1 des fractions exponentielles1 des quantits imaginaires1 etc444 ,il a sur le systme dcimal et sa notation des observations d'une simplicit admirable4 ,il tablit qu'un dixime1 un centime tant l'inverse de dix et de cent1 leurs expressions doivent tre galement inverses1 et puisque dix s'crit #aj1 cent #ajj1 un dixime doit s'crire #ja1 un centime #jja4 ,mais pourquoi dix s'crit-il par l'unit suivie d'un zro1 soit3 #aj8 ,il rpond en interrogeant l'analogie et en s'adressant aux doigts4 ,dans ce premier dialecte1 pour exprimer #aj1 il faut fermer le petit doigt et tenir ouvert le doigt suivant4 ,pour exprimer le mme nombre avec des caractres1 il suffit de copier ceux que la main nous offre3 #a reprsentera un doigt ouvert2 #j1 que nous appelons zro1 reprsentera le petit doigt ferm2 et ces deux caractres accols1 #aj1 signifieront dix4 ,si cette remarque est vraie pour les chiffres arabes1 elle est encore plus frappante pour les chiffres romains1 qu'il suffit de regarder pour voir que c'est l'analogie qui les a forms4 ,un1 deux1 trois1 quatre sont reprsents par ,i1 ,,ii1 ,,iii1 ,,iiii1 images visibles des doigts levs4 ,cinq est reprsent par le caractre ,v1 copie du pouce et de l'index levs4 ,et l'on sait qu'anciennement les ,romains1 ou les peuples dont ils avaient emprunt les caractres1 avaient adopt la progression quintuple1 puisque1 aprs avoir compt jusqu' cinq1 ils recommenaient1 et disaient cinq et un1 cinq et deux1 ,,vi1 ,,vii1 jusqu' dix1 dont la forme ,x exprime deux cinq4 ,quant l'origine de l'algbre1 ,condillac l'attribue l'emploi des cailloux1--calculus1 caillou1--qui sont venus en aide aux doigts4 ,quand on a voulu placer les units simples dans un tas1 les dizaines dans un autre1 il a t naturel de disposer ces tas sur une mme ligne pour en faire plus facilement le compte1 et ds lors l'habitude ne tarda pas lier les centaines avec le troisime rang1 les dizaines avec le second1 et les units simples avec le premier4 ,et1 aprs avoir invent les caractres1 on a commenc dire1 par exemple1 #d centaines1 #c dizaines1 #e units1 et pour abrger on a crit3 #d;c #c;d #eu4 ,l'habitude faisant mettre les centaines les premires1 les dizaines ensuite et enfin les units1 on aura bientt supprim l'annotation et mis simplement3 #dce4 ,mais1 lorsqu'il fallut faire des calculs plus compliqus et qu'on eut sa disposition les caractres d'un alphabet1 on se servit probablement de ces caractres pour distinguer les cailloux3 on les plaa sur chacun et on dit le caillou a1 le caillou b1 le caillou c1 ou pour abrger a b c1 substituant de la sorte tout naturellement la lettre aux cailloux1 et formant ainsi un nouveau dialecte4 ,et1 aprs ces ingnieuses dmonstrations1 le philosophe se croit en droit de dire que tout se dcouvre1 tout s'explique1 quand on est docile aux leons de la nature et de l'analogie4 ,c'est en rtrogradant vers les ides fondamentales qui sont le germe de la science qu'on peut la parcourir tout entire4 ,si les inventeurs crivaient comment ils font des dcouvertes1 ils sauraient comment ils peuvent en faire encore4 ,mais alors1 que devient le gnie1 ou cette facult cratrice laquelle les hommes crurent tant devoir8 ,le gnie1 rpond ,condillac1 est un esprit simple qui trouve ce que personne n'a su trouver avant lui4 ,la nature1 qui nous met tous dans le chemin des dcouvertes1 semble veiller sur lui1 pour qu'il ne s'en carte jamais2 il commence par le commencement2 et il va devant lui3 voil tout son art4 ,on trouve ce qu'on ne sait pas dans ce qu'on sait2 car l'inconnu est dans le connu1 et il n'y est que parce qu'il est la mme chose que le connu4 ,aller du connu l'inconnu1 c'est donc aller du mme au mme1 d'identit en identit4 ,une science entire n'est qu'une longue suite de propositions identiques1 appuyes successivement les unes sur les autres1 et toutes ensemble sur une proposition fondamentale1 qui est l'expression d'une ide double4 ,le gnie le plus puissant est oblig de parcourir1 une une1 toute la srie des propositions identiques1 sans jamais franchir aucun intervalle4 ,le passage d'une proposition identique une autre1 c'est le raisonnement4 ,le raisonnement n'est qu'un calcul2 donc les mthodes du calcul s'appliquent toute espce de raisonnement2 et il n'y a qu'une mthode pour toutes les sciences4 ,or les oprations du calcul tant mcaniques1 le raisonnement l'est aussi4 ,et dire que le raisonnement est mcanique1 c'est dire qu'il porte sur les mots1 sur les signes2 donc1 une suite de raisonnements1 ou une science1 n'est qu'une langue4 ,elle se compose d'ides gnrales1 qui sont reprsentes par des signes1 des mots1 des noms2 et il importe que toutes ces dmonstrations soient justes4 ,telle est1 en substance1 la thorie de la ,langue des calculs4 ,bien que ces ides soient contenues en germe dans tous ses ouvrages1 jamais ,condillac n'a t plus hardi dans l'affirmation1 plus certain de son systme1 plus ddaigneux des observations1 jusqu' effrayer son plus fidle disciple par des paradoxes4 ,peut-tre les parties de ce livre qui n'ont pu tre acheves contenaient-elles les dveloppements ncessaires pour dmontrer et faire accepter une doctrine si nouvelle4 ,en tout cas1 l'auteur s'tait efforc de raliser le plan que quarante ans plus tt il avait indiqu ds les premires pages qu'il ait crites3 ,il me parut qu'on pouvait raisonner en mtaphysique et en morale avec autant d'exactitude qu'en gomtrie2 se faire aussi bien que les gomtres des ides justes2 dterminer1 comme eux1 le sens des expressions d'une manire prcise et invariable#hh4 #hh ,introduction de l',essai sur l'origine des connaissances humaines4 ,il et t intressant de lui voir tenir parole jusqu'au bout et appliquer son systme la morale4 ,,chapitre ,,ix ,l',,influence ,,de ,,condillac ,,sur ,,la ,,philosophie ,,fran,,aise4--,l',,apog,e ,,et ,,le ,d,,clin ,,de ,,son ,,cole4 ,quand1 en #aghj1 ,condillac mourut1 retir la campagne et presque ignor de ses contemporains1 sa philosophie tait dj devenue classique4 ,on avait oubli ,descartes1 dont les doctrines1 magnifiquement dveloppes par un ,bossuet1 un ,fnelon ou un ,malebranche semblaient cadrer merveille avec la thologie chrtienne2 mais les catholiques ne s'en taient jamais montrs trs enthousiastes4 ,au contraire1 personne ne songeait dcouvrir1 dans la philosophie de l'auteur du ,trait des sensations1 des consquences perverses1 la morale et la religion ayant t toujours respectes par lui et ne semblant alors aucunement intresses dans ses thories mtaphysiques4 ,tous les collges enseignaient cette doctrine simple1 facile comprendre1 bien adapte la clart de l'esprit franais et dveloppe dans une langue correcte et lgante qui s'adressait au bon sens1 bien plus qu' l'imagination4 ,et comme l'instruction publique tait alors1 sans exception1 confie des mains ecclsiastiques1 tous les disciples de ,condillac sortirent des collges de jsuites1 d'oratoriens1 de doctrinaires1 qui faisaient en mme temps l'ducation1 sans le savoir1 des futurs auteurs de la ,rvolution4 ,qu'on prenne au hasard les noms des hommes politiques qui avaient trente ans en #aghi1 on ne trouvera parmi eux que des sensualistes ou plutt1 comme on disait alors1 des idologues4 ,c'est ce qu'on a appel d'un terme plus vague la philosophie du dix-huitime sicle4 ,sans l'avoir jamais cherch1 ,condillac en fut le chef2 et il l'est rest dans l'histoire1 parce que tous les penseurs de ce temps ont commenc par se rclamer de lui4 ,l'extraordinaire succs de son systme ne laisse pas que d'tonner aujourd'hui4 ,cette philosophie1 qui devait aboutir bientt au matrialisme avec ,condorcet1 ,helvtius et tant d'autres1 n'tait pas seulement en vogue en ,angleterre1 o ,locke l'avait mise au jour3 l'archidiacre portugais ,louis-,antoine ,vernei la faisait agrer ,combre et dans les coles de ,castille2 et deux jsuites espagnols1 victimes du comte d',aranda1 rfugis en ,italie1 ,antoine ,eximeno et ,arteaga1 la dfendaient dans des livres imprims ,madrid en #aghi1 comme les fameux ,investigaciones filosoficas1 sobre la ,belleza ,ideal considerada como objeto de todas las artes de imitacion1 d',arteaga4 ,eximeno dveloppe ces ides dans son livre3 ,del origen y reglas de la ,musica4 ,il y attribue le sentiment des beaux-arts un instinct ou sensation inne1 imprim en nous originellement par l'auteur de la nature4 ,cet instinct se dveloppe par la rptition d'impressions venues du dehors#hi4 #hi ,franois ,,rousseau1 ,rgne de ,charles ,,iii d',espagne1 #b vol4 in-#h1 #aijg1 t4 ,,ii1 p4 #cca4 ,de mme1 ,mme de ,dino nous apprend1 dans ses ,souvenirs1 que sa mre1 la duchesse de ,courlande1 lui avait donn pour prcepteur l'abb ,piattoli1 laque1 malgr son titre1 un peu libertin et tout fait incrdule4 ,il estimait ,condillac un guide plus sr que l'vangile1 et sans attaquer en rien le dogme catholique1 il enseignait la mtaphysique encyclopdiste#ij4 ,c'tait l'habitude alors dans toutes les familles aristocratiques et jusque dans les cours d',europe de goter cette philosophie facile1 qui se recommandait de la nature et de l'humanit pour excuser la corruption croissante des murs4 #ij ,duchesse de ,,dino1 ,chronique1 #aijh1 in-#h1 t4 ,ier1 p4 #aci1 et ,appendice ,,iii2 ,correspondance de ,piattoli4 ,l'influence de ,condillac fut donc trs grande sur ses contemporains2 non seulement ,rousseau lui emprunta beaucoup d'ides2 mais ,diderot1 d',alembert1 tous les encyclopdistes3 ,helvtius et ,broussais1 dont il repoussait le matrialisme1 d',holbach1 dont il rpudiait l'athisme1 ,cabanis et ,condorcet1 dont il ne partageait point les doctrines1 prirent comme base sa psychologie et sa logique1 que tout le monde acceptait comme des vrits qui ne se discutaient plus4 ,non moins utiles furent ces enseignements pour les savants1 qui ne se sparaient pas beaucoup alors des philosophes4 ,lavoisier1 pour crer la chimie moderne1 employa la mthode fconde de l'analyse et1 pour en rpandre l'enseignement1 il s'appliqua en bien dterminer le langage et en simplifier les dfinitions et les nomenclatures4 ,vicq-d',azyr1 le successeur de ,buffon l',acadmie franaise1 n'hsite pas rapporter la mthode condillacienne une grande part des progrs qu'il fit faire l'anatomie4 ,condillac avait t longuement et justement apprci dans le ,cours de littrature compos pour les sances du ,lyce qui fut tabli ,paris quelques annes avant la ,rvolution4 ,voulant faire ensuite un plan sommaire d'ducation publique1 ,m4 de ,la ,harpe publia son projet dans le ,mercure de ,france de janvier #agia4 ,arrivant aux deux annes de philosophie1 il dclare sans hsitation qu'il en changera entirement le systme et le langage3 ,plus de cahiers de logique1 de mtaphysique1 de morale en mauvais latin2 ce malheureux latin1 mal appliqu1 a perptu dans les coles la funeste habitude de parler sans s'entendre4 ,parlons franais2 nous serons forcs d'avoir du sens4 ,un extrait bien fait de la ,logique de ,port-,royal et de l',art de penser du ,p4 ,lamy suffirait pour mettre les jeunes gens au fait des procds et des rgles du raisonnement2 pour la mtaphysique1 ,locke et ,condillac1 les deux seuls philosophes chez qui l'on trouve ce qu'il nous est possible de savoir sur l'entendement humain et ce qu'il y a de plus probable sur les gnrations intellectuelles2 pour la morale1 le ,trait des devoirs de ,cicron3 il contient tout4 ,quant ,descartes1 ajoute-t-il1 il n'est plus permis d'en revenir ses rveries2 et ce qu'il y a de bon dans ce philosophe est assez connu pour que tout professeur instruit puisse apprendre son disciple le sparer de la mauvaise physique4 ,dans la rorganisation de l'enseignement public la fin de la fin de la ,rvolution1 ,lakanal1 ,volney1 ,deleyre1 ,garat ne connaissent pas d'autre philosophie4 ,la ,harpe1 plus littrateur que mtaphysicien et devenu l'adversaire fougueux des ides rvolutionnaires1 fait grce ,condillac1 sur le compte duquel il n'a pas chang d'opinion1 regardant ses ouvrages comme ncessaires#ia4 #ia ,c'est1 dit-il1 un philosophe bien suprieur la plupart des collaborateurs de l',encyclopdie4 ,la saine mtaphysique ne date en ,france que des ouvrages de ,condillac4--,philosophie du dix-huitime sicle1 t4 ,ier1 p4 #abb4 ,destutt de ,tracy n'tait pas un philosophe3 il avait commenc par porter l'pe en servant sous le gnral ,la ,fayette4 ,dput l',assemble ,constituante1 emprisonn aux ,carmes par la ,terreur1 il se consola de la politique en lisant les ouvrages de ,locke et de ,condillac4 ,entr dans l',institut reconstitu1 il se mit tudier la formation et la gnration des ides3 de l1 ses lments d'idologie4 ,dans ce livre1 il tablit que la facult de penser consiste prouver une foule d'impressions1 de modifications1 auxquelles on donne le nom gnral d'ides ou de perceptions4 ,toutes ces perceptions pourraient tre nommes sensations4 ,et ainsi1 penser1 c'est sentir4 ,mais ces penses ou perceptions peuvent tre divises en quatre classes1 qui se rapportent nos quatre facults lmentaires3 la sensibilit proprement dite1 la mmoire1 le jugement et la volont4 ,le souvenir1 le jugement et les dsirs drivent de la sensation et ne sont que les divers modes de la sensibilit4 ,nos ides composes ou gnrales se forment l'aide de ces facults et nous permettent en mme temps d'avoir connaissance de notre propre existence4 ,et ce systme philosophique s'alliait chez ,destutt de ,tracy aux ides politiques les plus modres1 les plus librales1 les plus contraires au dsordre moral1 qui rgnait alors et qu'il a courageusement combattu4 ,garat professait les mmes opinions2 mais il se laissa toujours guider par les vnements4 ,suard1 quand il arriva ,paris1 lui avait fait connatre d',alembert1 ,rousseau1 ,condillac1 ,buffon1 ,diderot4 ,le mouvement des ides le mena la ,rvolution1 dont il accepta tout et excusa tout1 jusqu' faciliter le coup d'tat parlementaire du #ca mai contre ses propres amis de la ,gironde4 ,la tourmente passe1 il reprit tranquillement l'enseignement de la philosophie de ,condillac1 ayant de plus accept de l',empire charges et honneurs4 ,c'est lui auquel ,napolon disait toutes les fois qu'il le rencontrait sa cour3 ,eh bien1 monsieur ,garat1 comment va l'idologie8 ,trs analogue comme caractre fut ,alexandre ,deleyre1 qui se souvenant de ses annes de collaboration intime ,parme avec le prcepteur de l',infant1 et ne voulant plus tenir compte de ses propres erreurs pendant la ,rvolution1 vint augmenter encore le nombre de ces adeptes de ,condillac qui lui avaient t plus compromettants que profitables4 ,cabanis tait reprsentant de ,paris aux ,cinq-,cents2 c'est en cette qualit qu'en l'an ,,vii il rclama l'rection de monuments pour ,descartes et ,montesquieu1 pour ,mably et ,condillac4 ,dans son mmoire la seconde classe de l',institut sur l',histoire physiologique des sensations1 il continue la tradition1 qu'il reproduit encore dans son ouvrage sur les ,rapports du physique et du moral4 ,un autre disciple convaincu et raisonn de ,condillac fut ,franois ,thurot4 ,celui-l est un vrai universitaire1 professeur la ,facult des lettres ,paris jusqu'en #ahbc4 ,son dernier ouvrage3 ,de l'entendement et de la raison1 ou ,introduction la philosophie1 est de #ahcj4 ,c'est lui qui s'lve avec indignation contre le mot de sensualisme qui1 appliqu la doctrine philosophique1 n'est pas mme franais4 ,les femmes et les gens du monde1 dit-il1 trangers ces sortes de spculations1 jugent de la signification de ce terme par son analogie avec les mots sensuel et sensualit1 s'imaginant que les auteurs qu'on appelle sensualistes ont compos des ouvrages obscnes ou licencieux444 ,avec tant de soutiens1 les habitudes et les traditions sont difficiles dtruire4 ,tous les livres classiques taient faits par des disciples de ,condillac4 ,en #ahcd1 s'imprimait chez ,brunot-,labb1 libraire de l',universit1 un livre intitul la ,logique complte de ,condillac1 suivie de celle de ,dumarsais1 l'usage des jeunes gens4 ,en #ahdb1 le ,trait des systmes1 l',art de penser et la ,logique taient encore compris dans les livres dsigns pour l'enseignement de la philosophie4 ,il fallut tous les efforts et toute l'loquence de ,cousin pour en triompher3 et le mot sensualisme1 qu'il fit adopter1 lui fut en effet trs utile1 comme principal argument4 ,pierre ,laromiguire1 n en ,rouergue1 tait non seulement lve des jsuites1 mais il entra dans la congrgation1 o on l'employa comme rgent de quatrime et de troisime1 ,moissac et ,lavaur2 puis1 en #aggg1 il professe la philosophie ,toulouse et va de l ,carcassonne et au collge militaire de la ,flche4 ,ayant mme autrefois correspondu avec ,condillac1 il adopta et conserva ses mthodes4 ,si ,condillac avait voulu se choisir un disciple1 il n'aurait pu en trouver un plus capable de le comprendre et de le goter4 ,celui-l tait beaucoup plus philosophe et1 si l'on veut1 beaucoup plus amoureux de philosophie4 ,muni de fortes tudes ecclsiastiques que la ,rvolution lui fit abandonner1 il avait t un des brillants disciples de ,garat4 ,entr de bonne heure dans l',universit impriale et dj membre de l',acadmie des sciences morales et politiques1 il professa la philosophie la ,facult des lettres de ,paris de #ahaa #ahac4 ,il avait commenc par se faire l'diteur trs enthousiaste de la ,langue des calculs et il avait publi en #ahaj le petit volume intitul les ,paradoxes de ,condillac4 ,un de ses premiers crits1 le ,discours sur la langue du raisonnement1 fut justement compos propos de la ,langue des calculs4 ,personne plus que ,laromiguire ne s'est appliqu dfendre les opinions spiritualistes de ,condillac4 ,deux chapitres entiers de ses ,leons de philosophie sont consacrs cette dmonstration et ont pour titre3 ,le ,systme de ,condillac1 loin de favoriser le matrialisme1 l'anantit#ib4 ,son raisonnement est1 d'ailleurs1 assez solidement tabli4 ,il y a bien peu de philosophie1 dit-il1 dans ceux qui refusent l'existence tout ce qui n'est pas matire1 opinion fonde uniquement sur le principe superficiel qu'imaginer et concevoir sont une mme chose4 ,on ne peut imaginer1 il est vrai1 que des tres tendus2 mais on peut concevoir des tres intendus1 immatriels2 en tout cas1 on n'a pas le droit d'en nier la ralit4 ,la ralit des choses est indpendante de ce que peuvent ou ne peuvent pas notre imagination et notre intelligence4 ,et il donne1 sous forme d'anecdote1 l'exemple de ce roi de ,siam auquel un ,hollandais1 dans lequel il avait toute confiance1 racontait un jour que dans son pays en hiver on marchait sur l'eau4 ,cet ,oriental1 qui ne savait pas ce que c'tait que la glace1 le chassa comme un imposteur4 ,son esprit se refusait concevoir la conglation1 que connaissent si bien les habitants du ,nord4 #ib ,leons de philosophie1 #f;e dit41 t4 ,ier1 neuvime et dixime leons4 ,au reste1 trs imbu des doctrines sensualistes1 ,laromiguire commena par vouloir rduire le raisonnement n'tre qu'une opration purement grammaticale1 autrement dit faire driver la pense des mots1 tandis que c'est elle qui les cre et que le langage n'a que le devoir de les traduire4 ,il ne suivit cependant pas ,condillac jusqu'au bout et affirma que la pense existait antrieurement tout signe et indpendamment de tout langage4 ,aussi1 toutes les facults premires gnrales1 au lieu de les faire driver de la sensation1 ,laromiguire les attribue l'attention qui1 avec la comparaison et le raisonnement1 constitue1 selon lui1 l'entendement4 ,l'entendement et la volont sont runis par lui sous le nom de penses4 ,mais1 dans la gnration des ides1 les facults de l'me jouent un rle que ne leur reconnat pas ,condillac4 ,et c'est ainsi qu'il fut conduit1 par la mthode exprimentale1 applique par ,reid et ,dugald-,stewart1 l'tude de l'esprit humain et devint un adepte de la philosophie cossaise4 ,son enthousiasme se communiqua un de ses jeunes auditeurs1 ,victor ,cousin1 qui raconte que ce fut lui qui l'enleva ses premires tudes1 qui lui promettaient des succs paisibles1 pour le jeter dans une carrire o les contrarits et les orages ne lui ont pas manqu4 ,on pourrait en dire autant de ,royer-,collard1 qui avait commenc aussi par la philosophie de ,condillac1 et qui1 selon la lgende bien connue1 se promenant sur les quais la recherche d'un matre moins us1 le trouva un jour dans l'talage d'un bouquiniste1 en achetant un volume dpareill des ,essais de philosophie de ,thomas ,reid#ic4 #ic ,jules ,,simon1 ,victor ,cousin1 #ahia1 in-#ab4 ,quoi qu'il en soit1 ce qui aux yeux d'honntes gens comme ,laromiguire1 ,royer-,collard ou ,m4 ,cousin lui-mme1 fit le plus de tort ,condillac1 c'est que ses contemporains1 comme ses successeurs1 regardaient l'idologie1 ou la science des ides considres en elles-mmes comme de simples phnomnes de l'esprit humain1 et que l'idologie1 allie de la ,rvolution franaise1 tait ne et avait grandi avec elle4 ,leurs reprsentants se trouvaient tre les mmes hommes la ,convention et l',institut1 tous faisant partie de la socit d',auteuil1 chez ,mme ,hlvtius4 ,sous ce rapport1 ,condillac1 rest spiritualiste et chrtien1 a pu sans doute partager les ides de ses propres adversaires4 ,mais il n'est pas juste de dire1 avec le ,dictionnaire des sciences philosophiques1 qu'il n'y a plus aujourd'hui de partisans avous de la doctrine de ,condillac et que son dernier reprsentant est descendu dans la tombe avec ,m4 ,destutt de ,tracy#id4 #id ,art4 ,condillac et art4 ,destutt de ,tracy4 ,sans parler des ,suisses qui restrent fidles1 avec ,bonnet1 la philosophie du dix-huitime sicle#ie1 l',universit de ,strasbourg1 comme l',acadmie de ,berlin1 au dbut du dix-neuvime sicle1 on tudiait encore ,bossuet et ,maupertuis1 ,hume et ,condillac4 ,en ,angleterre mme1 en dpit des cossais1 la philosophie nouvelle se rclamait aussi des thories de la sensation4 ,stuart-,mill#if remarque qu'en ,france1 pendant presque tout le dernier sicle o l',universit enseignait la philosophie toutes les classes aises1 la doctrine officielle tait la philosophie suranne de ,royer-,collard1 de ,jouffroy et de ,cousin1 ignorant presque entirement les travaux trangers1 enseigne par de simples mdiocrits dont le grand matre avait peupl toutes les chaires de l'tat4 ,la culture scientifique1 personnifie alors par ,comte1 se dtournait de ces doctrines trangres la philosophie1 et vritablement indignes des dcouvertes nouvelles4 ,le mrite de ,taine1 dans son livre sur l',intelligence1 est d'avoir voulu renouveler la psychologie en prsentant le premier essai srieux pour remplacer par quelque chose de mieux la philosophie officielle#ig4 #ie ,art4 ,bonnet1 par ,m4 ,,picavet1 dans la ,nouvelle ,encyclopdie4 #if ,dissertation and ,discussion1 t4 ,,iv1 p4 #aag4 #ig ,th4 ,,ribot1 ,revue philosophique1 t4 ,,vi1 #ahgg1 p4 #de4 ,m4 ,taine reprit donc la tradition de ,locke et de ,condillac2 il se proposa d'analyser les ides et les signes1 d'tudier les phnomnes avant les facults1 de rentrer dans les faits1 en ddaignant les dveloppements littraires et les descriptions de fantaisie4 ,il montra1 non sans verve et sans malice1 combien l'cole spiritualiste tait reste sans influence et sans autorit prs des savants4 ,aussi revint-il au dix-huitime sicle1 faisant sa part l'idologie1 l'analyse verbale1 la psychologie empirique1 repoussant les hypothses sur l'me et sa nature2 ce qui est purement la mtaphysique1 avec laquelle la psychologie1 science naturelle1 n'a rien de commun4 ,un de ses chapitres ne traite-t-il pas ,de l'acquisition du langage chez les enfants#ih8 ,c'est ce qu'il avait dj tabli dans son spirituel pamphlet sur les ,philosophes franais1 qui fit scandale en #aheg4 ,rien d'tonnant si nous avons depuis vu quelques jeunes philosophes prendre ,condillac pour sujet de thses et d'tudes1 sans se laisser arrter par la forme assurment vieillie de ses travaux4 #ih ,revue philosophique de janvier #ahgf1 p4 #c4 ,de nos jours encore1 des savants comme ,littr ont dit trs haut les services que la philosophie de ,condillac leur a rendus2 et on a crit un livre entier pour tablir l'influence du ,trait des sensations sur la psychologie anglaise contemporaine1 celle de ,herbert ,spencer1 de ,bain1 de ,hamilton et de ,stuart ,mill#ii4 #ii ,condillac et la psychologie anglaise contemporaine1 par ,m4 ,lon ,,dewaule1 ,paris1 ,flix ,alcan1 #ahia1 in-#h4 ,m4 ,dewaule a observ trs justement que la philosophie de ,condillac est beaucoup moins systmatique que l'on a voulu le prtendre et qu'elle a embrass tout l'ensemble des connaissances de l'esprit humain4 ,ce qui a donn prise contre lui une critique trop facile1 c'est le procd extrieur1 l'artifice de l'crivain qui1 pour rendre plus sensibles et plus attrayantes les dductions du philosophe1 a eu recours la fiction de la statue4 ,on a vu l une hypothse qui n'avait rien de scientifique1 tandis que ce n'tait en ralit qu'une allgorie analogue la caverne de ,platon1 propre frapper l'imagination4 ,on lui a retourn le reproche qu'il avait fait lui-mme aux philosophes qui abusent des comparaisons et des mtaphores1 et on en a conclu qu'il ne tenait pas un compte suffisant de la pense4 ,au contraire1 aprs avoir attach la gense1 au fait primordial1 qui est selon lui la sensation1 une importance que personne n'avait tablie aussi nettement1 il a ramen l'esprit et ses oprations1 son activit spontane1 l'origine successive de toutes nos facults4 ,la loi de l'association et de l'habitude dveloppe ensuite ce germe1 qui est l'tat de conscience au del duquel on ne peut remonter4 ,mais sans l'esprit1 sans l'me1 la sensation serait sans effet1 et ,condillac peut ainsi tre regard comme un idaliste4 7,conclusion1 p4 #cje #cjg47 ,d'o est donc venue la dcadence de cette hgmonie inconteste8 ,il est certain que lorsque ,royer-,collard eut dcouvert ,reid et les cossais1 que ,laromiguire eut tent une volution1--que ,cousin avec son ardeur et son loquence transformera en une cole toute nouvelle1 sduisante par son clectisme mme et rpondant trs heureusement aux ides politiques du moment1--il fallut renoncer cette philosophie dont on attaquait beaucoup plus les consquences que les principes4 ,maine de ,biran1 d'abord condillacien1 ne commena abandonner la philosophie sensualiste qu'en #ahje2 il souleva alors le joug et se forma une thorie trs personnelle1 tout entire fonde sur l'observation interne et l'tude trs dlicate et trs leve de la conscience4 ,cousin lui-mme dbuta par faire une thse toute pntre de la doctrine condillacienne4 ,l'tude de la philosophie allemande de ,kant et de ,hegel l'inclina un moment au panthisme2 et c'est par la politique qu'il arriva l'clectisme1 sorte de juste milieu sauvegardant tous les intrts4 ,aussi est-ce au nom de ces principes qu'il a combattu la ,philosophie sensualiste au dix-huitime sicle1 par son cours de #ahai1 souvent rimprim4 ,dans la prface de #ahee1 il crivait3 ,ds qu'en mtaphysique on n'admet pas d'autre principe que la sensation1 on est condamn n'admettre aussi d'autre principe de morale que la fuite de la peine ou la recherche du plaisir2 il n'y a plus ni bien ni mal en soi2 point d'obligation1 point de devoir1 partant point de droit444 ,et les nations1 comme les individus1 s'agitent en vain1 roulant sans cesse de l'anarchie au despotisme et du despotisme l'anarchie444 ,le sage1 l'honnte1 mais trop sceptique ,locke amne sa suite le systmatique et tmraire ,condillac3 celui-ci son tour fraye la route au fougueux et licencieux ,helvtius1 l'lgant et froid ,saint-,lambert1 auxquels succdent les thoriciens de l'anarchie4 ,et il se plat rappeler le srieux succs de ses leons1 parce que1 dit-il1 ce succs venait bien moins du mrite du professeur que des favorables dispositions du temps et de l'auditoire4 ,cela est si vrai que la raction fut plus politique que philosophique4 ,on rendit le sensualisme de ,condillac responsable des erreurs et des excs de la ,rvolution2 les pires dmagogues passrent pour ses disciples4 ,il y a plus3 quelques-uns de ceux qui l'avaient pris pour chef le rpudirent1 comme ils rpudiaient la ,terreur4 ,on eut peur des consquences et on rejeta les doctrines en bloc1 sans s'inquiter de la part de vrit qu'elles contenaient4 ,et puis1 il y eut l'enthousiasme pour les ides spiritualistes1 que suscita ,mme de ,stal1 et bientt aprs l'cole religieuse de ,chateaubriand1 illustre par ,m4 de ,bonald1 ,joseph de ,maistre1 ,lamennais2 de telle sorte que1 comme l'a dit trs justement ,m4 ,p4 ,janet1 la philosophie franaise resta associe aux lettres plutt qu'aux sciences pendant toute la premire moiti du dix-neuvime sicle4 ,durant prs de cinquante ans1 elle se personnifia dans ,m4 ,cousin1 dont la doctrine devint un dogme1 presque une royaut1 son inventeur1 selon l'heureuse expression de ,jules ,simon1 ayant fait de l',universit un rgiment1 qui subissait ses inspirations despotiques et lui obissait comme un grand matre1 d'autant qu'il tenait en mains les destines de tous4 ,philosophie et religion taient pour ,m4 ,cousin un instrument de rgne1 une ncessit politique1 une assurance1 si l'on veut1 l'usage des conservateurs4 ,il s'en servit avec une habilet suprieure4 ,mais quand1 son tour1 il quitta le pouvoir1 ses doctrines autocratiques sombrrent avec lui2 on leur fit payer la sorte de compression avec laquelle il les avait imposes4 ,la royaut de ,m4 ,cousin renverse1 c'est le positivisme1 le kantisme1 la thorie nouvelle de l'volution qui prirent sa place2 mais1 par des chemins dtourns1 on ne tarda pas revenir aux vieilles mthodes qui cadraient si bien avec tout l'appareil scientifique dont on ne peut plus se passer4 ,taine fut le premier qui osa se rclamer hautement de ,condillac4 ,non pas qu'en dpit de son originalit il n'et pris beaucoup dans ,spinoza et ,auguste ,comte2 mais il est la fois observateur consciencieux et pote imaginatif4 ,en philosophie1 il admet le dveloppement progressif des ides1 il accepte sans objection la doctrine volutionniste4 ,en histoire1 il dduit du principe de la souverainet du peuple1 compare l'tat social de la ,france1 toute la thorie de l'tat centre et moteur unique1 aboutissant aux institutions rvolutionnaires et despotiques4 ,mais il donne proprement la formule de l'idalisme quand il crit3 ,ramener toutes nos connaissances la sensation1 c'est bien ramener tous les objets la conscience du sujet sentant1 et ainsi ne leur accorder d'autre existence que celle que leur confre cette conscience4 ,en lisant l'uvre considrable qu'il a laisse1 il est facile de voir que l'instrument qu'il manie avec le plus d'aisance et de bonheur1 c'est cette puissance de recherches minutieuses et dlicates1 qui fait le charme et aussi la monotonie de sa manire1 et qu'il a puise en grande partie dans un commerce assidu avec l'auteur du ,trait des sensations4 ,il ne s'en cache point1 du reste2 et on en trouverait l'aveu dans la plupart de ses crits4 ,a chaque page1 le nom de ,condillac apparat1 et ,taine ne le nomme qu'avec une condescendance et une admiration qu'il accorde ses seuls amis4 ,mais1 la suite des positivistes1 il affecte d'ignorer les questions religieuses ou morales2 et sur ce point il se spare de ,condillac1 dont il ne semble pas avoir pris au srieux les dclarations4 ,d'autres1 au contraire1 reprochaient l'abb d'avoir pactis avec les incrdules4 ,double injustice3 car il avait tout d'abord tent d'tablir entre la philosophie et la religion une sparation qui aurait d le mettre l'abri d'attaques passionnes1 comme celles d'un ,joseph de ,maistre1 crivant sans prambule3 ,condillac est un sot4 ,son ide cependant n'tait pas si fausse1 de faire une part la rvlation1 ou au dogme1 une autre l'exprience1 laissant les philosophes poursuivre leurs dcouvertes1 tandis que les thologiens se bornaient dvelopper ce que la foi enseigne4 ,et cette thorie1 qui lui tait propre1 provenait encore d'une raction contre ,descartes4 ,en tablissant la suprmatie absolue de la raison humaine1 le cartsianisme renversait1 par une consquence force1 tout difice religieux4 ,condillac le constate1 mais il ne s'en proccupe pas4 ,c'est une question qu'il laisse en dehors de sa mtaphysique1 comme ne tombant pas sous les sens et chappant absolument l'exprience4 ,le christianisme propose des mystres la foi de ses adeptes2 il affirme l'existence historique d'un grand nombre de miracles2 il enseigne que le gouvernement de la ,providence s'tend au dtail infini des choses et demeure toujours libre dans ses dcisions1 sans pour cela gner la libert humaine4 ,condillac accepte ces donnes2 mais il ne les discute1 ni ne les prouve3 elles sont en dehors de sa philosophie1 au-dessus1 si l'on veut4 ,au contraire1 l'essence du cartsianisme consistait professer la doctrine de l'intelligibilit absolue des choses4 ,si donc tout est essentiellement intelligible1 il ne saurait y avoir dans le monde de vritable mystre4 ,il peut se trouver des obscurits1 des tnbres2 mais c'est le propre de la science et de la philosophie d'y promener la lumire1 et rien ne doit se drober leurs investigations1 pourvu qu'elles soient mthodiquement conduites4 ,le miracle est une drogation aux lois gnrales qui ne peut se comprendre4 ,il faut affirmer que les lois naturelles sont rationnelles1 immuables par consquent1 et parfaitement intelligibles4 ,aussi ,malebranche1 presque plus cartsien que catholique1 ne veut-il voir que des apparences de mystres et des apparences de miracles1 ramenant tout au ,verbe1 c'est--dire l'intelligence4 ,bossuet1 soucieux du danger1 a toujours combattu les consquences d'une doctrine dans laquelle il avait t cependant nourri1 apercevant en elle le germe du libertinage1 c'est--dire de l'incrdulit1 et prvoyant toutes les rvoltes de l'esprit moderne contre le catholicisme1 de mme qu'il avait si bien dcrit et annonc dans l',histoire des variations le libre examen protestant aboutissant la ngation de toute foi religieuse4 ,n'est-ce pas une trange faiblesse1 disait-il1 que de ne pouvoir s'assujettir aux rgles exactes de la logique et de ne savoir dcouvrir par del l'intelligibilit abstraite de la raison mathmatique la mystrieuse puissance de la volont et de l'amour1 le lien cach qui unit les choses une synthse admirable1 que l'analyse ne peut rsoudre sans y supprimer le mouvement et la vie6 ,condillac n'habitait pas sur ces sommets4 ,sa philosophie ne s'lve pas au-dessus de la terre4 ,que pense-t-il de la ,providence1 ce dogme qui renferme presque toute la doctrine de ,bossuet et sur lequel la controverse venait de s'exercer pendant un demi-sicle8 ,ce n'est point un sujet qui tombe sous ses sens1 ni qui puisse donner matire son observation4 ,il l'carte de sa mtaphysique4 ,mais il laisse chacun libre d'y croire au point de vue religieux2 et il y croit lui-mme4 ,en cela encore1 il a t quelque peu un prcurseur4 ,un mouvement considrable s'est fait1 depuis quelques annes1 chez les savants et chez les philosophes1 pour sparer la mtaphysique1 qui prtend ne s'appuyer que sur la science1 et la doctrine religieuse qui se fonde sur le sentiment ou la rvlation4 ,le conflit sculaire de la science et de la religion commence compter autant de dfaites que de victoires4 ,m4 ,alfred ,fouille a consacr tout un livre ce sujet et il crit dans l'introduction3 ,les connaissances scientifiques et philosophiques tant toujours bornes1 il restera toujours au del une sphre ouverte des croyances fondes tout ensemble sur des apprciations intellectuelles et sur des sentiments4 ,de l ce qu'on appelle la loi morale1 qui elle-mme est le fondement de toute foi religieuse#ajj4 #ajj ,le mouvement idaliste2 ,sciences positives1 par ,a4 ,,fouill,e1 #ahif1 in-#h1 p4 ,,vi4 ,m4 ,f4 ,brunetire a dit de mme3 ,la physique ne peut rien contre la morale et l'exgse2 elle ne peut rien contre la rvlation4 ,l'absolue ncessit des lois de la nature n'est aprs tout qu'un postulat dont nous avons besoin pour tablir le fondement de la science1 et rien ne prouve que ce postulat soit autre chose que l'expression d'une loi toute relative de notre intelligence4--,la ,science et la ,religion1 #ahie1 in-#ab4 ,des penseurs trs indpendants n'hsitent pas dclarer que les plus parfaites thories scientifiques nous laissent aussi loin d'une explication dernire et dfinitive de l'univers que le peuvent faire les notions les plus grossires et les moins claires2 les sciences n'atteignant pas l'absolu ne font que poser le problme mtaphysique avec plus d'acuit pour le savant que pour l'ignorant#aja4 #aja ,,lalande1 ,lectures sur la philosophie des sciences4 ,hachette1 #aijh4--,,ragot1 les ,savants et les ,philosophes1 ,alcan1 #aijh4 ,m4 ,boutroux observe que le besoin mtaphysique se confond avec le besoin religieux chez les ,auguste ,comte1 les ,spencer1 les ,hkel1 qui cherchent rendre la science religieuse et la religion scientifique4 ,il faut alors opter entre la cration et l'volution1 aussi incomprhensibles scientifiquement l'une que l'autre1 entre le dterminisme et le libre arbitre1 entre la doctrine de la vie future et celle du progrs terrestre indfini#ajb4 #ajb ,science et religion4 ,paris1 ,flammarion1 #aijh4 ,le plus grand savant de notre poque1 ,m4 ,poincar1 distingue soigneusement entre la science1 qui ne saurait s'aventurer au del de ses mthodes et de ses expriences1 et l'hypothse toujours sujette rvision2 et puis1 ajoute-t-il1 l'exprience ne s'applique-t-elle pas aussi bien aux faits extrieurs qu' la vie intrieure8 ,les croyances1 selon d'autres savants1 sont des hypothses qui peuvent parfaitement tre vraies et qui1 en tout cas1 sont salutaires et nous arment contre les maux de l'existence4 ,d'aprs ,m4 ,bergson1 les ides peuvent se comprendre par l'action autant que par la logique1 par l'intuition autant que par l'analyse4 ,l'enthousiasme religieux qui a transform le monde est un fait indniable1 qui a sa source dans la conscience et est inspir par des forces qui nous dpassent4 ,rien ne s'oppose donc la cxistence de la science et de la religion4 ,souvent mme les savants ne se dvouent la science que par esprit religieux1 par amour dsintress de la vrit1 par zle pour le bien public2 et alors on comprend la foi d'un ,christophe ,colomb ou la religion d'un ,pasteur4 ,c'est la ncessit de vivre dans le monde matriel qui nous force attribuer plus d'importance ce que nous observons avec nos sens4 ,il n'est gure de philosophie qui n'admette aujourd'hui qu'un certain nombre de vrits primordiales1 tout en n'tant pas susceptibles d'tre dmontres par l'exprience scientifique ou l'exprience psychologique1 n'en prsentent pas moins une certitude morale que la raison peut admettre4 ,les vrits scientifiques qui semblent le plus dmontres n'offrant pas une certitude absolue1 il est aussi raisonnable d'admettre des preuves morales qui satisfont la conscience et dont la fausset ne peut pas tre tablie4 ,toutes les hypothses sont acceptables3 elles n'entranent pas forcment les consquences qu'on pourrait leur imposer4 ,les dcouvertes les plus satisfaisantes pour la raison ne sauraient donc tre un obstacle aux ncessits de la culture intuitive et sentimentale1 que rclament les besoins de l'esprit et que les plus minents philosophes d'aujourd'hui dfendent loquemment4 ,depuis que la science s'est reconnu des limites1 on n'a plus le droit de la mettre en perptuelle contradiction avec la foi ou avec la religion4 ,elles peuvent continuer vivre l'une ct de l'autre4 ,la science n'exclut pas plus la religion qu'elle n'exclut l'art4 ,le mot de ,pascal redevient vrai3 ,la dernire dmarche de la raison1 c'est de reconnatre qu'il y a une infinit de choses qui la surpassent4 ,les lois qu'enseigne la science sont et demeurent1 non des affirmations absolues1 mais des questions que l'exprimentation pose la nature et dont il faut tre prt modifier l'nonc1 si la nature refuse de s'y accommoder4 ,pourquoi ds lors1 dit encore ,m4 ,boutroux1 l'homme n'aurait-il pas le droit de dvelopper pour elles-mmes celles de ses facults que la science n'emploie qu' titre accessoire ou mme qu'elle laisse plus ou moins inoccupes8 ,telle est prcisment la fonction de l'esprit religieux4 ,elle est la fois lgitime et ncessaire2 car la vie a des postulats comme la science4 ,ainsi l'esprit scientifique ne devrait admettre que de l'inexpliqu et non de l'inexplicable1 que de l'inconnu et non de l'inconnaissable4 ,cette distinction1 ,condillac l'avait faite1 et c'est ce qui spare absolument sa doctrine de celle des philosophes du dix-huitime sicle1 si imbus de la toute-puissance de la science2 et il a rpt souvent que la seule chance que l'on avait de ne pas se tromper1 c'tait de suivre en tout sa mthode d'observation4 ,le pch originel1 dit-il dans son premier ouvrage#ajc1 a rendu l'me si dpendante du corps1 que bien des philosophes ont confondu ces deux substances444 ,avant le pch1 elle tait dans un systme tout diffrent de celui o elle se trouve aujourd'hui4 ,exempte d'ignorance et de concupiscence1 elle commandait ses sens1 en suspendait l'action et la modifiait son gr444 ,dieu lui a t tout cet empire444 ,de l1 l'ignorance et la concupiscence4 ,c'est cet tat de l'me que je me propose d'tudier1 le seul qui puisse tre l'objet de la philosophie1 puisque c'est le seul que l'exprience fait connatre4 ,d'ailleurs1 il nous importe beaucoup de connatre les facults dont ,dieu nous a conserv l'usage2 il est inutile de vouloir deviner celles qu'il nous a enleves et qu'il doit nous rendre aprs cette vie4 #ajc ,essai sur l'origine des connaissances humaines1 chap4 ,ier1 p4 #bd4 ,tome ,ier des uvres compltes 7dit4 de #agih74 ,il crit ailleurs3 ,il semble qu'il tait temps de souponner qu'on s'tait engag dans une route qui ne conduit pas au vrai2 que trop curieux de savoir comment tout a t form1 nous nous sommes aussi trop persuads que nous tions faits pour le deviner1 et que1 par consquent1 au lieu de commencer par les causes pour descendre aux effets1 il seroit peut-tre mieux de commencer par les effets pour remonter aux causes2 alors1 rglant notre curiosit ou nos facults1 nous irions de phnomnes en phnomnes2 et1 ne pouvant pas connotre tout le systme de l'univers1 nous nous contenterions d'en dcouvrir quelques parties#ajd4 #ajd ,histoire moderne1 t4 ,,xx des uvres1 p4 #ccd4 ,condillac ne croit pas l'infaillibilit de la raison humaine4 ,il borne ses connaissances4 ,surtout il ne se fait pas une arme des dcouvertes de la science au profit de tel parti ou de telle doctrine4 ,il dfend l'indpendance de la philosophie en quelque sorte contre elle-mme4 ,contrairement la plupart des crivains de son poque1 il ne s'est jamais souci de l'effet produit2 il n'a jamais travaill pour la gloire ni pour le profit4 ,pour emprunter une expression toute moderne1 il n'avait l'me ni d'un politicien ni d'un homme de lettres4 ,ses crits une fois publis1 il ne s'en occupait plus4 ,si l'ouvrage est mauvais1 disait-il souvent1 j'aurais beau me tourmenter pour lui procurer un succs phmre1 il finira toujours par tomber2 s'il est bon1 au contraire1 tt ou tard il prendra sa place#aje4 #aje loge de ,condillac1 par ,m4 ,d',,autroche1 p4 #ajc4 ,son pangyriste et ami a dit aussi#ajf3 ,si quelque chose pouvait troubler la tranquillit de notre philosophe1 c'tait l'aspect des dsordres publics2 c'tait la vue du luxe insolent des fripons4 ,sa franchise alors ne lui permettait aucun mnagement2 et comme il louait franchement ce qu'il trouvait louable1 il blmait non moins hardiment tout ce qui lui semblait blmable4 ,avec un tel caractre1 il ne devait pas avoir de flatteurs3 aussi n'tait-il point entour1 ainsi que quelques philosophes jaloux de faire parler d'eux1 d'une jeune milice bourdonnante1 toujours prte combattre pour les intrts du chef qui la dirige4 #ajf ,ibid41 p4 #ajh4 ,il ne faut donc le juger que sur ce qu'il a t4 ,on pourra discuter longuement et passionnment ses doctrines et leurs effets4 ,l'apprciation la plus quitable et la plus complte qui ait t donne sur lui en quelques lignes est encore celle ,m4 ,villemain dans sa ,littrature au dix-huitime sicle#ajg3 ,condillac parat moins vouloir servir une cause que fonder une science2 l'objet de cette science tant grand3 l'analyse de l'esprit humain4 ,il y consacra toute sa vie4 #ajg ,cours de littrature au dix-huitime sicle1 nouv4 dit4 ,paris1 #ahhb1 vingtime leon1 t4 ,,ii1 p4 #aaf #aea4 ,,fin ,,appendice ,i ,,iconographie ,,de ,,condillac ,le dpartement des ,estampes de la ,bibliothque nationale1 dans son recueil in-fol4 no #b1 contient treize portraits de l'abb de ,condillac1 dont deux en habit de cour4 ,il y en a un en couleur1 reproduisant un portrait peint ,parme par ,baldrighi2 une gravure1 d'aprs le mme artiste1 faite par ,jo4 ,volpate2 enfin un mdaillon d'aprs le buste de ,e4-,g4 ,lardy4 ,voir3 ,g4 ,,duplessis1 ,catalogue de la collection des portraits conservs au dpartement des ,estampes1 t4 ,,iii1 #ahih1 p4 #ae4 ,le portrait que nous donnons au frontispice de ce volume1 d'aprs une preuve avant la lettre1 est indiqu comme suit dans la collection du cabinet des ,estampes3 ,no #d4 ,en buste1 #c_/d droite dans un mdaillon rond1 grav par ,r4 ,delvaux4 ,,ii ,,bibliographie ,notice sur ,m4 l'abb de ,condillac1 prcepteur de l'infant duc de ,parme1 membre de l',acadmie franaise et de celle de ,berlin4 ,sans lieu ni date4 loge de ,m4 l'abb de ,condillac1 prononc dans la ,socit royale d'agriculture d',orlans1 le #ah janvier #agha 7par ,m4 ,,de ,,loynes ,d',,autroche74 ,amsterdam1 #agha1 in-#ab4 ,esprit de ,mably et de ,condillac1 par ,m4 ,b,,ranger1 #aghi1 #b vol4 in-#h4 ,lettre de ,m4 l'abb de ,condillac l'auteur des ,lettres un ,amricain4 ,s4 l4 n4 d41 in-#ab de #ab pages 7extrait du ,mercure de ,france1 avril #agef74 ,la ,logique complte de ,condillac1 suivie de celle de ,dumarsais1 l'usage des jeunes gens4 ,paris1 #ahcd1 ,brunot-,labb1 libraire de l',universit1 in-#ah4 ,thorie des calculs1 ouvrage extrait de celui de ,condillac1 par ,c4 ,,chelle1 #ahcg1 in-#d4 ,leons de philosophie sur les principes de l'intelligence et sur les causes et les origines des ides1 par ,m4 ,,laromigui,,re1 professeur de philosophie la ,facult des lettres de ,paris1 #ahbf1 #c vol4 in-#ab4 ,p4 ,,laromigui,,re1 ,leons de philosophie1 #ahdd1 #f;e dit4 #b vol4 in-#h4 ,mmoire sur ,condillac1 par ,m4 ,,damiron1 lu l',acadmie des sciences morales en #ahfa4--,mmoires de l',acadmie1 t4 ,,xi1 #ahfb1 p4 #bja #bed4 ,,la ,,harpe1 ,philosophie du dix-huitime sicle1 #ahbe1 #c vol4 in-#h4 ,victor ,,cousin1 ,philosophie sensualiste au dix-huitime sicle1 nouvelle dition4 ,mmoires de ,garat1 prface de ,m4 ,e4 ,marron1 #ahfb1 in-#ab4 ,dictionnaire philosophique sous la direction de ,m4 ,ad4 ,franck1 #ahhe1 in-#d4 ,nouveau dictionnaire d'conomie politique1 par ,,mm4 ,lon ,,say et ,g4 ,,chailley4 ,paris1 #ahia1 #b vol4 in-#h4 ,correspondance de ,grimm et de ,diderot1 publie par ,m4 ,maurice ,tourneux1 #ahgg1 in-#h4 ,la philosophie de saint ,thomas d',aquin1 par le ,p4 ,,maumus1 des ,frres prcheurs4 ,paris1 ,bray1 #ahhe1 in-#h4 ,f4 ,r,,thor1 ,condillac ou l',empirisme et le ,rationalisme4 ,paris1 ,a4 ,durand1 #ahfd1 in-#h4 ,louis ,,robert1 les ,thories logiques de ,condillac1 #ahfi1 in-#h4 ,l',intellect actif ou ,du rle de l'activit mentale dans la formation des ides1 par ,m4 l'abb ,c4 ,,piat1 agrg de philosophie4 ,paris1 ,e4 ,leroux1 #ahij1 in-#h4 ,lon ,,dewaule1 ,condillac et la ,psychologie anglaise contemporaine4 ,paris1 ,alcan1 #ahia1 in-#h4 ,l'ducation selon la doctrine pdagogique de ,condillac1 thse pour le doctorat1 prsente l',universit de ,grenoble par ,,james-,l4 ,,mann4--,grenoble1 ,allier1 #aijc1 in-#h4 ,condillac conomiste1 thse pour le doctorat1 prsente la ,facult de droit de ,poitiers1 le #bj mai #aijc1 par ,auguste ,,lebeau4 ,paris1 ,guillaume1 #aijb1 in-#h4 ,p4 ,,picavet1 les ,idologues4 ,paris1 ,alcan1 #ahia1 in-#h4--,trait des sensations1 publi avec notes4 ,paris1 ,delagrave1 #g;e dition1 #aije1 in-#ab4 ,,iii ,,lettre ,,in,,dite ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably#ajh ,a ,monsieur de ,bonnot ,brianon 7,dauphin74 ,paris1 le #f janvier #aghj4 ,je ne puis trop vous dire1 ,monsieur mon cher cousin1 combien je suis reconnaissant de la marque de souvenir ou plutt d'amiti dont vous m'avez honor dans ce renouvellement d'anne4 ,les vux que je fais pour vous et pour ,monsieur votre frre sont trs sincres et trs ardens4 ,je m'estois flatt de faire encore un voyage en ,dauphin et d'avoir le plaisir de vous embrasser2 mais il faut renoncer cette douce esprance3 les annes se sont accumules2 un voyage ,,mably4 #ajh ,autogr4441--,archives de famille4--,cette lettre banale n'a d'autre intrt que de permettre de constater les relations intimes qui existrent jusqu'au bout entre les deux frres4 me fait peur1 et aprs cinquante-quatre ans de sjour ,paris1 il faut le regarder comme mon pays natal4 ,mon frre est toujours dans ses terres1 ne vient que trs rarement ici1 et n'y passe que peu de jours2 je ne lui laisserai point ignorer vos bonts1 et je puis vous rpondre d'avance qu'il y sera trs sensible4 ,je vous prie1 mon cher cousin1 de me conserver votre amiti et d'tre persuad que celle que j'ai pour vous durera autant que moi4 ,,iv ,,acte ,,de ,d,c,s ,,de ,,condillac ,extrait des registres de baptmes1 mariages et spultures de la paroisse de ,lailly pour l'anne #aghj4 ,,inhumation ,,de ,m4 ,,tienne ,,bonnot ,,de ,,condillac ,l'an mil sept cent quatre-vingt1 le quatre aot1 a t inhum par moi1 prieur cur1 soussign1 le corps de tienne ,bonnot de ,condillac1 prtre1 abb commandataire de l'abbaye de ,mureau1 membre de l',acadmie franaise1 mort le deux1 g de soixante-six ans4 ,l'inhumation faite en prsence de ,joseph ,gombault1 cur de ,saint-,laurent-des-,eaux1 de ,henri ,gourdineau de ,montournois1 cur de ,monay1 de ,simon-,joseph ,cahouet1 prieur de l'abbaye de ,beaugency1 de ,mathieu ,cosson1 prieur cur de ,saint-,nicolas de ,beaugency1 qui ont tous sign avec nous4 ,le registre est sign3 ,cahouet1 ,h4 ,gourdineau de ,montournois1 ,gombault1 cur de ,saint-,laurent-des-,eaux1 ,cosson1 prieur de ,saint-,nicolas1 ,hutteau1 vicaire de ,josnes1 ,le ,gaingneulx1 prieur cur de ,lailly4 ,pour copie conforme3 ,mairie de ,lailly1 le #bh novembre #ahia4 ,le maire3 ,f4 ,,de ,,geffrieb4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,,pr,,face ,i ,,chapitre ,ier4--,l'homme4--,ses origines4--,sa vie #a -- ,,ii4--,premiers ouvrages de philosophie #bg -- ,,iii4--,le ,trait des sensations #di -- ,,iv4--,le ,trait des animaux #gi -- ,v4--,l'ducation de l',infant de ,parme #aji -- ,,vi4--,retour ,paris4--,l',acadmie4--,le ,cours d'tudes #acg -- ,,vii4--,condillac conomiste #afe -- ,,viii4--,dernires uvres philosophiques #aie -- ,,ix4--,l'influence de ,condillac sur la philosophie franaise4-- ,apoge et dclin de son cole #bba ,,appendice3 ,i4 ,,iconographie ,,de ,,condillac #bfg ,,ii4 ,,bibliographie #bfi ,,iii4 ,,lettre ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably #bgc ,,iv4 ,,acte ,,de ,d,c,s ,,de ,,condillac #bge ,,paris ,,typographie ,,plon-,,nourrit ,,et ,cie #h1 rue ,garancire