,au lecteur4 ,ce livre lectronique reproduit intgralement le texte original1 et l'orthographe d'origine a t conserve4 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,la liste de ces corrections se trouve la fin du texte4 ,ont galement t corriges les confusions entre ,dmosthne1 gnral athnien mort en -#dac1 et ,dmosthnes1 orateur n en -#chd1 mort en -#cbb4 ,la ponctuation1 les erreurs u_/n et les erreurs _/ en latin ont t tacitement corriges certains endroits4 ,la ,table des matires concernant les ,observations sur l',histoire de la ,grce a t ajoute4 ,,collection ,,complete ,,des ,,uvres ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably4 ,,tome ,,quatrieme4 ,,collection ,,complete ,,des ,,uvres ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably1 ,,tome ,,quatrieme1 ,contenant les ,observations sur l'histoire des ,grecs et des ,romains4 ,a ,,paris1 ,de l'imprimerie de ,ch4 ,,desbriere1 rue et place ,croix1 chausse du ,montblanc1 ci-devant d',antin4 ,l'an ,,iii de la ,rpublique1 7#agid #agie47 ,a ,,monsieur ,l',,abb ,,de ,r9999994 ,il y a dj plusieurs annes1 mon cher abb1 que je vous ai offert la premire bauche de mon travail sur l',histoire de l'ancienne ,grce2 mais je me suis aperu depuis combien ce prsent toit peu digne de vous4 ,horace toit un grand matre2 et j'ai appris par mon exprience qu'il est dangereux de ne pas laisser mrir pendant plusieurs annes ses crits dans son porte-feuille3 nonum prematur in annum4 ,il est impossible de juger avec justice un ouvrage qu'on vient de finir2 il faut l'oublier2 on le revoit alors de sang-froid et avec les nouvelles connoissances qu'on a acquises2 notre amour-propre d'auteur ne nous drobe plus nos erreurs et nos fautes2 il nous les prsente1 au contraire1 comme autant de preuves des progrs que nous avons faits4 ,l'ouvrage que je vous adresse aujourd'hui n'est encore qu'une suite de rflexions sur les murs1 le gouvernement et la politique de la ,grce2 j'y recherche les causes gnrales et particulires de sa prosprit et de ses malheurs4 ,il m'arrive souvent aujourd'hui de louer ce que j'ai blm dans mes premires observations1 et de blmer les mmes choses que j'ai loues2 c'est qu'il y a eu un temps o je regardois de certaines maximes sur la grandeur1 la puissance et la fortune des tats1 comme autant de vrits incontestables2 et qu'aprs quinze ans de mditations sur les mmes objets1 je suis parvenu ne les voir que comme des erreurs que nos passions et l'habitude ont consacres4 ,laissez vos ,grecs1 m'a-t-on dit plusieurs fois1 leur histoire est use4 ,qui ne connot pas ,lacdmone1 ,lycurgue1 ,athnes1 ,solon1 ,thbes1 ,epaminondas1 la ligue des ,achens et ,aratus8 ,on est las d'entendre parler de la bataille de ,salamine et de la guerre du ,ploponse4 ,pouvois-je1 mon cher abb1 me rendre ces conseils8 ,quand on a mal russi en traitant un beau sujet1 est-il possible de ne pas recommencer son ouvrage8 ,j'aurois pu laisser mes ,observations sur les ,grecs1 telles qu'elles toient1 s'il n'avoit t question que de corriger des fautes d'crivain2 mais il falloit ne pas laisser subsister une doctrine dangereuse3 des maximes fausses en politique intressent trop le bonheur des hommes pour qu'un auteur ne doive pas se rtracter quand il parvient connotre la vrit4 ,ce seroit un grand malheur1 si on se lassoit d'tudier les ,grecs et les ,romains2 l'histoire de ces deux peuples est une grande cole de morale et de politique3 on n'y voit pas seulement jusqu'o peuvent s'lever les vertus et les talens des hommes sous les lois d'un sage gouvernement1 leurs fautes mmes serviront ternellement de leons aux hommes4 ,puissent les princes1 en voyant les suites funestes de l'ambition de ,sparte et d',athnes1 et des divisions des ,grecs1 connotre et aimer les devoirs de la socit6 ,je sais que la plupart des faits intressans de ces deux nations sont connus de tout le monde1 et qu'on fatiguera son lecteur1 quand on les racontera aprs les historiens anciens3 mais fera-t-on un ouvrage dsagrable et inutile aux personnes qui aiment penser1 quand on cherchera dvelopper les causes de ces grands vnemens8 ,cette matire est inpuisable et sera toujours nouvelle4 ,je ne vous prsente1 mon cher abb1 qu'un foible essai1 et je ne doute point que des crivains plus habiles que moi ne trouvent encore dans l'histoire de la ,grce une abondante moisson de rflexions nouvelles1 et galement utiles la morale et la politique4 ,en vous donnant une marque publique des sentimens d'estime et de tendresse que j'ai pour vous1 pourquoi ne voulez-vous pas1 mon cher abb1 que j'aie le plaisir de parler des bonnes qualits de mon ami8 ,il faut me taire1 puisque vous le dsirez1 et je sacrifie votre dlicatesse tous les loges que vous mritez4 ,si l'ouvrage nouveau que j'ai fait sur les ,grecs est digne de l'attention du public1 je serai d'autant plus charm d'avoir corrig mes fautes1 que rien ne peut tre plus agrable pour moi que de penser que ce monument que j'lve notre amiti1 tant li un ouvrage digne de vivre1 perptuera le souvenir des sentimens inviolables qui nous unissent4 ,,sommaires4 ,,livre ,,premier4 ,murs et gouvernement des premiers ,grecs4 ,des causes qui contriburent ne faire de toute la ,grce qu'une rpublique fdrative1 dont ,lacdmone devient la capitale4 ,rflexions sur cette forme de gouvernement4 ,de la guerre de ,xercs4 page #a ,,livre ,,ii4 ,rivalit entre ,athnes et ,lacdmone4 ,examen de l'administration de ,cimon et de ,pricls4 ,de la guerre du ,ploponse4 ,dcadence des ,spartiates4 ,l'empire qu'ils ont acquis sur la ,grce est dtruit par les ,thbains4 #fc ,,livre ,,iii4 ,des causes qui1 aprs la dcadence d',athnes et de ,sparte1 empchrent que la ,grce ne rtablt son gouvernement fdratif4 ,situation de la ,macdoine4 ,examen de la conduite de ,philippe4 ,rflexions sur ,alexandre4 #abc ,,livre ,,iv4 ,situation des ,grecs aprs la mort d',alexandre et sous ses successeurs4 ,de l'origine1 des murs et des lois de la ligue des ,achens4 ,les affaires des ,romains commencent tre mles celles des ,grecs2 la ,grce devient une province ,romaine4 #ahf ,,observations ,,sur ,l',,histoire ,,de ,,la ,,grece4 ,,livre ,,premier4 ,l'histoire nous reprsente les premiers ,grecs1 comme des hommes errans de contres en contres4 ,ils ne cultivoient point la terre1 ils n'avoient aucune demeure fixe1 et1 n'tant lis par aucun commerce1 aucune police1 aucune loi1 ne marchoient qu'arms1 et ne connoissoient d'autre droit que celui de la force3 tels ont t tous les peuples leur naissance1 tels sont encore les sauvages d',amrique1 que la frquentation des ,europens n'a pas civiliss4 ,quelques maux que se fissent les diffrentes hordes des ,grecs1 ils n'toient pas cependant eux-mmes leurs plus grands ennemis2 les habitans des les voisines1 encore plus barbares1 faisoient1 s'il en faut croire les historiens1 des descentes frquentes sur les ctes de la ,grce2 souvent la passion de piller1 ou plutt de faire le dgt1 les portoit jusques dans l'intrieur du pays1 et ils croyoient par leurs ravages1 y laisser des monumens honorables de leur valeur4 ,quelques crivains ont voulu remonter au-del de ces sicles de barbarie1 et ,dicarque1 qui selon ,porphyre1 est de tous les philosophes celui qui a peint les premires murs des ,grecs avec le plus de fidlit1 en fait des sages qui menoient une vie tranquille et innocente1 tandis que la terre1 attentive leurs besoins1 prodiguoit ses fruits sans culture4 ,cet ge d'or1 qui n'auroit jamais d tre qu'une rverie des potes1 toit un dogme de l'ancienne philosophie4 ,platon tablit l'empire de la justice et du bonheur chez les premiers hommes2 mais on sait aujourd'hui ce qu'il faut penser de ces lits de verdure1 de ces concerts1 de ce doux loisir qui faisoit le charme d'une socit o les passions toient inconnues4 ,depuis que ,minos1 prince assez recommandable par sa justice1 pour que la fable en ait fait le juge des enfers1 avoit appris aux ,crtois tre heureux en obissant des lois dont toute l'antiquit a admir la sagesse2 la ,crte enorgueillie n'avoit pu se dfendre de mpriser ses voisins1 et le sentiment de sa supriorit lui avoit inspir l'envie de les asservir4 ,le petit-fils de ce prince1 nomm aussi ,minos1 mit profit l'ambition naissante de ses sujets pour tendre son empire2 il construisit des barques1 exera les ,crtois au pilotage et la discipline militaire1 conquit les les voisines de son royaume1 et fit respecter ses lois en y tablissant des colonies4 ,intress entretenir la communication libre entre les parties spares de ses tats1 il purgea la mer des pirates qui l'infestoient2 et en affermissant ainsi sa domination1 devint1 sans le savoir1 le bienfaiteur des ,grecs1 dont les ctes ne furent pas insultes4 ,ce peuple1 dlivr d'une partie de ses maux1 n'eut plus craindre que sa propre frocit1 et la jouissance d'un premier bien lui donna le dsir de l'accrotre4 ,l',attique1 pays ingrat et strile1 fut moins expose que les autres provinces de la ,grce aux incursions de ses ennemis2 les familles qui s'y rfugirent ne subsistoient qu'avec peine des productions naturelles de la terre2 mais leur pauvret1 dit ,thucydide1 leur valut un repos favorable aux progrs de la socit2 leur industrie fut aiguise1 et elles renoncrent les premires la vie errante4 ,leur exemple instruisit de proche en proche le reste de la ,grce2 et mesure que les peuples cultivateurs se multiplirent et formrent des espces de rpubliques capables de dfendre leurs cabanes et leurs moissons1 le pillage devint un exercice plus difficile et plus dangereux4 ,les brigands1 tromps dans leurs esprances1 comptrent moins sur leurs forces2 ils ne rapportrent souvent aucun butin de leurs courses2 et la ncessit les obligea enfin de pourvoir leur subsistance en cultivant la terre3 ils s'attachrent aux contres qu'ils dfrichoient1 et tous les ,grecs eurent des demeures et des possessions fixes4 ,je passe rapidement sur des sicles1 o la ,grce encore plonge dans la plus profonde ignorance des devoirs de l'humanit1 possdoit cependant ces hros et ces demi-dieux1 si clbres dans ses traditions fabuleuses4 ,l'homme le plus digne de la reconnoissance et de l'hommage des ,grecs1 ce fut celui qui leur apprit qu'ils avoient une origine commune4 ,cette doctrine apprivoisa les esprits2 les hameaux1 qui formoient autant de socits indpendantes et ennemies les unes des autres1 cessrent de se har1 et commencrent contracter des alliances4 ,des bienfaits mutuels leur persuadrent qu'ils ne formoient qu'un mme peuple2 et l'on vit bientt que la ,grce entire1 se croyant offense par l'injure que ,pris fit ,mnlas1 se ligua pour en tirer vengeance4 ,les esprits1 cette poque1 avoient dj fait des progrs considrables2 et quoique les hros d',homre conservassent encore des murs barbares1 les ,grecs cultivoient dj des arts qui demandent du gnie4 ,au retour de l'expdition de ,troye1 on auroit dit que les dieux protecteurs du royaume et de la famille de ,priam1 en vouloient venger les malheurs en ruinant la ,grce4 ,elle prouva en effet diffrentes rvolutions capables d'touffer les principes grossiers du gouvernement1 de morale1 d'ordre et de subordination qu'elle avoit adopts1 et que la paix seule pouvoit perfectionner4 ,la discorde arma tous les ,grecs les uns contre les autres2 la guerre fit prir plusieurs peuples1 ou les fora d'abandonner les contres qu'ils commenoient nommer leur patrie4 ,c'est ainsi que les ,botiens1 chasss d',arne par les ,thessaliens1 s'tablirent dans la ,calmede1 laquelle ils donnrent leur nom4 ,le ,ploponse changea de face par le rappel des ,hraclides2 les peuples de cette province1 vaincus ou effrays1 abandonnrent leur pays2 et ces hommes1 qui n'avoient pu dfendre leurs possessions1 furent assez forts ou assez braves pour en conqurir de nouvelles4 ,la ,grce1 incapable en quelque sorte de suffire ses habitans1 se trouva encore pleine de peuples exils et errans qui cherchoient une retraite1 et qui1 ne pouvant subsister que par le pillage1 avoient repris les anciennes murs de leurs pres4 ,les vaincus furent souvent dtruits2 des victoires1 toujours achetes par beaucoup de sang1 affoiblirent les vainqueurs mmes1 et les peuples puiss reprirent enfin des demeures fixes3 mais le souvenir des injures et des maux qu'ils s'toient faits1 multiplirent entre eux les causes de haine et de division1 et deux bourgades ne furent point voisines sans tre ennemies4 ,heureusement pour les ,grecs1 que ne faisant encore la guerre que par brutalit et par emportement1 aucune vue d'ambition ne leur mettoit les armes la main2 s'ils avoient voulu faire des conqutes les uns sur les autres1 leurs querelles se seroient perptues4 ,la haine et la vengeance1 plus promptes et moins rflchies que l'ambition1 sont moins durables dans le cur humain2 et la plupart des villes1 lasses de leurs divisions qui diminuoient leur fortune au lieu de l'accrotre1 renouvellrent leurs anciennes alliances4 ,on cultiva ses hritages avec moins de trouble1 une tranquillit passagre fit connotre le prix d'une paix durable2 on tudia les moyens de l'affermir2 l'intrt apprit aux diffrens peuples tre moins injustes2 et pendant qu'il s'tablissoit entr'eux des ftes1 des solennits1 des sacrifices communs et un droit des gens1 les lois se perfectionnoient dans chaque ville2 et les ,grecs1 plus instruits de leurs devoirs1 se prparoient insensiblement former des socits plus rgulires4 ,la ,grce n'avoit connu jusqu'alors qu'un gouvernement militaire2 c'est--dire1 que le capitaine d'une rpublique en toit le magistrat1 parce que tous les ,grecs n'toient que soldats2 mais commenant avec la paix devenir citoyens1 ils eurent de nouveaux besoins1 ils craignirent de nouveaux dangers1 et il fallut substituer de nouvelles lois aux anciennes qui ne suffisoient plus4 ,les capitaines qui1 sous le nom de rois1 avoient joui d'un pouvoir continuel et trs-tendu pendant les temps de guerre et de trouble1 le virent diminuer pendant la paix1 et leurs fonctions cessrent en quelque sorte4 ,ils voulurent sans doute rparer la perte qu'ils faisoient1 et retrouver dans les citoyens l'obissance laquelle ils avoient accoutum les soldats2 mais les peuples de leur ct apprenant sentir le prix de la libert civile1 par l'abus mme que les chefs faisoient dj de leur autorit1 craignirent d'tre esclaves dans les villes o les lois ne seroient pas suprieures au magistrat4 ,plus l'inquitude dont les esprits toient agits annonoit une rvolution prochaine1 plus les rois faisoient des efforts pour retenir le pouvoir prt s'chapper de leurs mains2 mais la rusticit de leurs murs ne leur ayant pas permis de se faonner aux secrets de la dissimulation et de la tyrannie1 leur ambition souleva des hommes pauvres1 courageux1 et dont la fiert n'toit point mousse par cette foule de besoins inutiles et de passions timides qui asservirent leurs descendans4 ,a peine quelques villes eurent-elles secou le joug de leurs capitaines1 que toute la ,grce voulut tre libre4 ,un peuple ne se contenta pas de se gouverner par ses lois1 soit qu'il crt sa libert intresse ne pas souffrir chez ses voisins l'exemple contagieux de la tyrannie2 soit1 comme il est plus vraisemblable1 qu'il ne suivt que cette sorte d'enthousiasme auquel on s'abandonne dans la premire chaleur d'une rvolution1 il offrit ses secours quiconque voulut se dfaire de ses rois4 ,l'amour de l'indpendance devint ds-lors le caractre distinctif des ,grecs2 le nom mme de la royaut leur fut odieux2 et une ville opprime par un tyran1 auroit1 en quelque sorte1 t un affront pour toute la ,grce4 ,sans cette rvolution1 qui fit prendre aux ,grecs un gnie tout nouveau1 il est vraisemblable qu'ils auroient eu le sort de tous ces peuples obscurs1 dont nous ignorons l'histoire et mme le nom4 ,quelque roi d',argos1 de ,micne1 de ,corinthe1 de ,thbes ou de quelqu'autre ville1 auroit subjugu ses voisins1 et affermi son autorit sur ses sujets4 ,la ,grce1 despotiquement gouverne1 n'auroit produit1 ni les lois1 ni les talens1 ni les vertus que la libert et l'mulation y firent natre2 rampant dans sa foiblesse1 ou ignorant l'art de se servir de ses forces1 elle auroit langui dans la servitude1 et attendu avec nonchalance qu'un tranger en ft une province de son empire4 ,les services mutuels que les ,grecs se rendirent1 dans le cours de ces rvolutions1 achevrent d'amortir les haines qui avoient divis leurs rpubliques2 et ds qu'ils cessoient de se har1 leur foiblesse et leur amour de la patrie1 les invitoient de concert s'unir par une alliance gnrale1 comme les peuples de plusieurs de leurs provinces1 toient dj unis par des alliances particulires4 ,sans parler des villes qui envoyoient des dputs au jeux d',olimpie1 de ,corinthe et de ,nme1 pour offrir les mmes sacrifices aux mmes divinits1 et resserrer les nuds de leur amiti2 on toit tmoin depuis long-temps du bonheur des diffrens peuples qu',amphictyon1 troisime roi d',athnes1 avoit unis par une confdration troite4 ,leurs dputs se rendoient tous les ans ,delphes et aux ,thermopyles pour y dlibrer sur leurs affaires gnrales et particulires2 et ces allis1 fidles au serment par lequel ils s'engagoient de ne se jamais faire aucun tort1 d'embrasser au contraire leur dfense1 et de venger de concert les injures faites au temple de ,delphes1 voyoient prosprer de jour en jour leurs affaires domestiques1 et toient craints1 aims et respects au-dehors4 ,les nouvelles rpubliques demandrent l'envi s'associer cette ligue pour jouir de sa protection2 et les assembles amphictyoniques devinrent1 si je puis parler ainsi1 les tats-gnraux de la ,grce2 cent villes libres et indpendantes ne formrent enfin qu'une mme rpublique fdrative1 et dont le corps ,helvtique nous retrace aujourd'hui une image assez ressemblante4 ,quelqu'avantage que les ,grecs retirassent de leur confdration1 quelque bien qu'ils s'en promissent pour l'avenir1 il s'en falloit cependant beaucoup que leur nouveau gouvernement pt suffire tous leurs besoins1 et carter tous les dangers que devoit craindre une politique prvoyante et claire4 ,si le conseil des amphictyons communiqua une partie de sa sagesse1 de sa justice et de son dsintressement ses nouveaux associs1 il prit sans doute son tour quelques-uns de leurs vices4 ,born l'exercice d'une simple mdiation1 n'ayant ni le droit de dicter des lois gnrales la ,grce1 ni les forces ncessaires pour faire obir ses dcrets1 il avoit pu autrefois tenir troitement unies quelques villes gales en rputation1 qui aimoient la paix1 et qui avoient le mme gouvernement1 les mmes craintes et les mmes ennemis2 mais il ne devoit plus avoir le mme succs1 ds qu'on en eut ouvert l'entre aux ministres d'une foule de rpubliques ingales en forces1 et qui se gouvernoient par des principes opposs4 ,il y a mille institutions politiques1 dont on perd tout le fruit ds qu'on veut les tendre au-del de certaines bornes3 n'est-il pas vraisemblable que si les provinces voisines de la ,suisse se cantonnoient1 l'alliance helvtique en seroit affoiblie8 ,si les ,grecs continurent cultiver la paix1 ou du moins s'il ne s'leva entre eux que des querelles passagres et peu importantes1 ce ne fut pas l'ouvrage seul du gouvernement amphictyonique4 ,l'ancienne habitude qu'ils avoient contracte d'envoyer des colonies au-dehors1 et leurs dissentions domestiques depuis l'tablissement de la libert sur les ruines de la monarchie1 y contriburent galement2 et toutes ces causes la fois concoururent entretenir l'union4 ,pausanias rapporte que le plus jeune des fils de ,lycaon1 ,onotrus1 prince audacieux1 entreprenant1 et plein de cette esprance qui fait les hros1 ayant obtenu de ,nyctimus son frre1 des vaisseaux et des soldats1 imagina1 le premier d'entre les ,grecs1 d'aller jeter les fondemens d'un nouvel tat dans une terre trangre4 ,les vents le portrent en ,italie1 et il y rgna avec gloire4 ,le succs de ces aventuriers fut admir2 leur fortune fit natre une mulation gnrale2 et tout ce que la ,grce eut de citoyens inquiets et ambitieux1 qui auroient communiqu leur inquitude et leur ambition leur patrie1 ne songea1 aprs mme que la royaut eut t dtruite1 qu' former des colonies que leur loignement1 de nouveaux intrts et l'esprit d'indpendance qu'elles avoient apport de leur premire patrie1 rendoient bientt trangres leurs mtropoles4 ,tandis que les ,grecs peuploient l'envi l',italie et les ctes d',afrique et d',asie1 leurs villes1 qui n'toient jamais surcharges de citoyens1 ne sentoient point la ncessit d'acqurir de nouveaux domaines pour fournir leur subsistance2 et cette foiblesse1 qui les rendoit incapables de faire longues guerres1 ne leur permettoit pas de s'accoutumer insensiblement l'ambition1 et de porter dans leurs entreprises cette constance opinitre1 sans laquelle un peuple n'est jamais ambitieux et conqurant4 ,chaque ville1 nouvellement associe au conseil amphictyonique1 toit d'ailleurs trop occupe de son administration intrieure pour songer inquiter ses voisins4 ,le hasard seul avoit dcid du gouvernement1 quand elles s'affranchirent de la tyrannie de leurs capitaines2 et les lois s'toient faites la hte1 sans rgle et sans principe4 ,chacun avoit tch de profiter de la rvolution pour s'emparer de l'autorit2 et quand le calme commena se rtablir dans les esprits1 tout le monde fut mcontent en examinant sa situation4 ,il s'levoit de tout ct des querelles entre les nobles et le peuple1 les riches et les pauvres1 les magistrats et les citoyens2 il n'toit continuellement question que de rgler leurs droits et leur fortune4 ,des prtentions opposes1 des plaintes1 des craintes ou des esprances toujours nouvelles empchoient que les rpubliques ne prissent une forme stable2 peine avoit-on fait une loi1 qu'on sentoit la ncessit de la rvoquer ou de la modifier2 les nouvelles lois avoient bientt le mme sort que celles qu'elles avoient dtruites2 et la faveur de ces troubles1 dont toutes les villes toient agites1 les amphictyons russissoient sans peine entretenir la paix entr'elles4 ,cependant il toit impossible que1 de ce grand nombre de rpubliques1 il n'y en et enfin quelqu'une qui ne parvnt prendre une forme sage et fixe de gouvernement2 et ne devoit-on pas craindre qu'elle n'abust de la rgularit de ses lois1 de ses forces et des dsordres des autres peuples1 pour avoir de l'ambition8 ,quel auroit t alors le pouvoir du conseil amphictyonique2 puisqu'il ne put prvenir les funestes effets de la rivalit d',athnes et de ,lacdmone1 dans un temps que la rpublique fdrative des ,grecs paroissoit solidement affermie par une habitude de plusieurs sicles8 ,il pouvoit encore arriver que le parti qui dominoit dans une ville se ft un systme de distraire le peuple de ses intrts domestiques1 en l'occupant par des entreprises au-dehors3 ce fut le sort des ,romains1 qui inquitrent leurs voisins par des guerres continuelles1 pour avoir la paix chez eux4 ,d'ailleurs1 si la ,grce toit attaque par une puissance trangre1 n'est-il pas vraisemblable1 qu'en voulant runir pour la dfense commune1 des peuples libres1 indpendans et jaloux de leur dignit1 jamais les amphictyons n'auroient russi les plier une certaine subordination1 sans laquelle les ,grecs n'auroient cependant oppos leurs ennemis que la moiti de leurs forces1 ou des soldats diviss8 ,dans la crainte de se donner un matre1 aucune rpublique n'auroit voulu reconnotre un chef2 toutes auroient aspir au commandement2 aucune n'auroit consenti obir2 et faute d'un ressort principal qui les unt1 qui rglt leur conduite1 et tour--tour en rallentt ou en prcipitt les mouvemens1 elles seroient devenues la proie des trangers4 ,ce qui manquoit aux ,grecs1 ce fut ,lycurgue qui le leur procura2 et le gouvernement qu'il tablit ,sparte1 le rendit en quelque sorte le lgislateur de la ,grce entire4 ,quand cet homme clbre se vit la tte des affaires de sa patrie1 depuis la mort de ,polydecte son frre jusqu' la naissance de ,charilas son neveu1 ,lacdmone n'toit pas dans une situation moins fcheuse que les autres rpubliques de la ,grce4 ,les deux rois1 qu'elle n'avoit pas dtruits1 parce que leur autorit partage les avoit rendus moins entreprenans que les autres princes1 prtendoient tre les tyrans des lois2 et leurs sujets1 confondant la libert avec la licence1 ne vouloient reconnotre aucune autorit4 ,chaque faction s'emparoit tour--tour de la puissance souveraine1 et le gouvernement1 toujours abandonn la tyrannie ou l'anarchie1 passoit tour--tour avec violence d'un excs l'autre4 ,ce ne fut qu' son retour de ,crte et d',egypte1 pays alors les plus clbres dans le monde1 et dont ,lycurgue toit all tudier les murs et les loix1 qu'il mdita la rforme des ,spartiates4 ,il ne pensa point comme les autres lgislateurs qui parurent aprs lui dans la ,grce1 et qui1 ne cherchant par des mnagemens timides qu' contenter la fois tous les citoyens1 ne satisfirent personne1 laissrent subsister le germe de toutes les divisions1 ou ne corrigrent un abus1 que pour en favoriser un autre4 ,la politique doit sans doute consulter la disposition des esprits1 et ne pas offenser les murs publiques1 quand elle donne des lois un grand tat2 parce que le gnie de la nation y est ncessairement plus fort que le lgislateur3 mais lorsqu'il ne s'agit que d'une poigne de citoyens1 qui ne compose1 pour ainsi dire1 qu'une famille dans les murs d'une mme ville1 elle n'a pas besoin de la mme condescendance4 ,lycurgue opposa son gnie celui des ,spartiates1 et osa former le projet hardi d'en faire un peuple nouveau4 ,il ne crut pas impossible de les intresser tous1 par l'esprance ou par la crainte1 la rvolution qu'il mditoit4 ,il trouva quelques amis dignes de se rendre avec leurs armes dans la place publique o il devoit publier ses lois2 et1 sans autre droit que celui que donnent l'amour du bien et le salut de la patrie1 il contraignit les ,lacdmoniens devenir sages et heureux4 ,lycurgue laissa subsister la double royaut en usage ,lacdmone1 et dont deux branches de la famille d',hercule toient en possession4 ,en mme temps qu'il donnoit ces princes1 comme gnraux1 un pouvoir absolu la tte des armes1 il les rduisit1 comme magistrats1 n'tre avec le snat que les instrumens ou les ministres des lois4 ,ce fut au corps mme de la nation que ce lgislateur remit l'autorit souveraine1 c'est--dire1 le droit de faire des lois1 d'ordonner la paix et la guerre1 et de crer les magistrats auxquels elle devoit obir4 ,mais afin que le peuple ft plus tranquille sur sa situation1 et que1 sous prtexte de conserver sa libert1 il ne se livrt point une dfiance inquite et orageuse1 ,lycurgue tablit en sa faveur cinq phores ou inspecteurs2 ils toient spcialement chargs d'empcher que les rois et les snateurs1 en abusant du pouvoir excutif1 ne parvinssent se mettre au-dessus des lois ou les violer2 leur magistrature toit annuelle1 pour qu'ils fussent en mme temps plus attentifs leurs devoirs1 et moins entreprenans2 et ils entretenoient ainsi la rpublique dans cette scurit qui ne donne tous les citoyens qu'un mme intrt4 ,le snat1 compos de vingt-huit citoyens choisis par le peuple1 et qui devoient avoir soixante ans accomplis1 exeroit les magistratures civiles1 servoit de conseil aux deux rois1 qui il n'toit permis de rien entreprendre sans son consentement2 et portoit seul aux assembles publiques les matires sur lesquelles le peuple devoit dlibrer et rsoudre4 ,la rpublique de ,lycurgue1 ainsi que ,polybe l'a dit depuis de la rpublique romaine1 runissant tous les avantages dont l'aristocratie1 la royaut et la dmocratie ne peuvent jamais possder qu'une foible partie1 quand elles ne se confondent pas pour ne former qu'un seul gouvernement1 n'eut aucun des vices qui leur sont naturels4 ,la souverainet dont le peuple jouissoit le portoit sans effort tout ce que l'amour de la libert et de la patrie peut produire de grand et de magnanime dans un tat purement populaire4 ,mais1 par une suite de l'quilibre tabli entre les diffrens pouvoirs1 ds que la partie dmocratique du gouvernement vouloit abuser de son autorit1 elle se trouvoit sans force1 et contrainte par la puissance des magistrats4 ,aussi ne vit-on point dans ,lacdmone ces caprices1 ces emportemens1 ces terreurs paniques1 ces violences qui dshonoroient la plupart des rpubliques de la ,grce4 ,par une suite de ce mme quilibre des pouvoirs1 les magistrats leur tour tout-puissans1 quand la loi marchoit devant eux1 se trouvoient sous la main imprieuse du peuple ds qu'ils s'cartoient de la rgle4 ,tous les ordres de l'tat s'aidoient1 s'clairoient1 se perfectionnoient mutuellement par la censure qu'ils exeroient les uns sur les autres4 ,les grands abus toient impossibles1 parce qu'on avoit prvu les plus petits4 ,le snat1 qui devoit la vigilance des phores sa modration et sa sagesse dans l'exercice de la puissance excutrice1 rendoit son tour la multitude capable de discuter et de connotre ses vrais intrts1 de se fixer des principes1 et de conserver le mme esprit4 ,les rois n'avoient aucun pouvoir s'ils n'toient pas les organes du snat1 et donnoient cependant aux armes cette action prompte et diligente1 qui est l'ame des oprations et des succs militaires1 mais presque toujours inconnue chez les peuples libres4 ,quelque sage que ft ce systme1 dont ,lycurgue avoit pris la premire ide chez les ,crtois1 il n'en espra rien si les anciennes murs subsistoient4 ,quel et t en effet le fruit de l'ordre qu'il avoit tabli pour rendre les lois seules puissantes et seules souveraines1 si les richesses et le luxe1 toujours lis ensemble1 et toujours suivis de la dpravation des murs1 de l'ingalit des citoyens1 et par consquent de la tyrannie et de la servitude1 eussent encore appris aux ,spartiates mpriser ou luder leurs nouvelles lois8 ,le peuple1 avili par la misre1 auroit bientt t incapable de conserver sa dignit2 il et vendu ses suffrages1 ses droits et sa libert au plus offrant4 ,le snat1 dont les places n'toient destines qu' honorer les hommes les plus vertueux1 n'auroit t ouvert qu'aux plus riches4 ,on auroit achet les magistratures pour satisfaire sa vanit1 ou pour faire un trafic honteux de son pouvoir4 ,les rois1 en favorisant la corruption1 pour ne trouver que des esclaves soumis leurs caprices1 auroient sacrifi impunment la patrie leurs intrts particuliers4 ,c'est en ,egypte que ,lycurgue s'instruisit du pouvoir des murs dans la socit2 et c'est pour n'avoir pas connu1 comme ce lgislateur1 l'action rciproque des lois sur les murs1 et des murs sur les lois1 que plusieurs peuples n'ont tir qu'un mdiocre avantage des soins qu'ils ont pris de balancer diffrens pouvoirs dans l'tat1 et de les tenir en quilibre4 ,pour rendre les citoyens dignes d'tre vritablement libres1 ,lycurgue tablit une parfaite galit dans leur fortune2 mais il ne se borna point faire un nouveau partage des terres4 ,la nature ne donnant pas sans doute tous les ,lacdmoniens les mmes passions1 ni la mme industrie faire valoir leurs hritages1 il craignit que l'avarice n'accumult bientt les possessions2 et pour que ,sparte ne jout pas d'une rforme passagre1 il descendit1 pour ainsi dire1 jusque dans le fond du cur des citoyens1 et y touffa le germe de l'amour des richesses4 ,lycurgue proscrivit l'usage de l'or et de l'argent1 et donna cours une monnoie de fer4 ,il tablit des repas publics1 o chaque citoyen fut contraint de donner un exemple continuel de temprance et d'austrit4 ,il voulut que les meubles des ,spartiates ne fussent travaills qu'avec la coigne et la scie2 il borna1 en un mot1 tous leurs besoins ceux que la nature exige indispensablement4 ,ds-lors les arts qui servent au luxe abandonnrent la ,laconie2 les richesses devenues inutiles parurent mprisables1 et ,sparte devint une forteresse inaccessible la corruption4 ,les enfans1 forms par une ducation publique1 se faisoient en naissant une habitude de la vertu de leurs pres4 ,les femmes que les lois ont toujours dgrades en mnageant trop leur foiblesse1 et par qui le relchement des murs s'est introduit dans presque tous les tats1 toient faites ,sparte pour animer et soutenir la vertu des hommes4 ,les exercices les plus violens1 en leur donnant un temprament fort et robuste1 les levoient au-dessus de leur sexe1 et prparoient leur ame la patience1 au courage et la fermet des hros4 ,l'amour de la pauvret devoit rendre les ,spartiates indiffrens sur les dpouilles et les tributs des vaincus2 ne vivant que du produit de leurs terres1 ne possdant qu'une monnoie inconnue hors de chez eux1 et n'ayant aucuns fonds de rserve1 il leur toit impossible de porter la guerre loin de leur territoire4 ,la loi qui leur dfendoit de donner le droit de citoyens des trangers1 les empchoit de rparer les pertes que leur causoit la victoire mme2 tout les invitoit donc regarder la paix comme le bien le plus prcieux pour les hommes4 ,lycurgue cependant ne s'en reposa point sur des motifs si propres retenir sa patrie dans les bornes de la justice et de la modration4 ,il connoissoit trop bien le cur humain et ce qui fait la prosprit constante des tats1 pour ne pas se dfier des prestiges sducteurs de l'ambition1 passion toujours fconde en esprances et en promesses1 mais qui dtruit en peu de temps un peuple1 si elle est malheureuse2 et qui ne peut avoir des succs1 sans dgnrer en avarice et en brigandage1 changer les murs et la condition des citoyens1 et ruiner les principes du gouvernement4 ,le lgislateur fit une loi expresse1 par laquelle il n'toit permis aux ,lacdmoniens de faire la guerre que pour leur dfense1 et leur enjoignoit de ne jamais profiter de la victoire1 en poursuivant une arme mise en droute4 ,cette prcaution1 en apparence outre1 toit cependant ncessaire2 car pour rendre ,lacdmone aussi forte qu'elle pouvoit l'tre1 ,lycurgue en avoit fait plutt un camp qu'une ville4 ,on s'y formoit continuellement tous les exercices de la guerre2 toute autre occupation y toit mprise4 ,tout citoyen toit soldat4 tre incapable de supporter la faim1 l'intemprie des saisons et les fatigues les plus longues2 ne pas savoir mourir pour la patrie1 et vendre cher sa vie aux ennemis1 c'et t une infamie4 ,il pouvoit aisment arriver que les ,spartiates1 emports et tromps par leur courage1 abusassent pour s'agrandir des qualits qu'on ne leur avoit donnes que pour se dfendre4 ,plus une nation brave et guerrire est naturellement dispose ne pas chercher la gloire dans la pratique de la justice et de la modration1 plus ,lycurgue devoit recommander la paix en faisant des soldats4 ,quoique le portrait que je viens de faire de ,lacdmone ne soit qu'bauch1 il est cependant ais de juger du respect1 ou plutt de l'admiration que les ,spartiates durent inspirer toute la ,grce4 ,on oublia la duret avec laquelle ils avoient autrefois trait les citoyens d',hlos1 dont ils retenoient encore les descendans dans l'esclavage4 ,les deux guerres mmes qu'ils firent aux ,messniens1 depuis la rforme de ,lycurgue1 et qui ne finirent que par la ruine entire d',ithome et d',ira1 et par la fuite ou la servitude de tous les habitans de la ,messnie1 ne furent regardes que comme des momens de distraction1 qu'un long exercice de vertu avoit rpars4 ,hercule1 dit ,plutarque1 parcouroit le monde1 et avec sa seule massue il y exterminoit les tyrans et les brigands2 et ,sparte avec sa pauvret exeroit un pareil empire sur la ,grce4 ,sa justice1 sa modration et son courage y toient si bien connus1 que sans avoir besoin d'armer ses citoyens1 ni de les mettre en campagne1 elle calmoit souvent par le ministre d'un seul envoy les sditions domestiques des ,grecs1 contraignoit les tyrans abandonner l'autorit qu'ils avoient usurpe1 et terminoit les querelles leves entre deux villes4 ,cette espce de mdiation1 toujours favorable l'ordre1 valut d'autant plus ,lacdmone une supriorit marque sur les autres rpubliques1 qu'elles toient continuellement obliges de recourir sa protection4 ,heureuses tour--tour par ses bienfaits1 aucune d'elles ne refusa de se conduire par ses conseils4 ,il est beau pour l'humanit1 et c'est une grande leon de morale et de politique1 de voir un peuple qui ne doit sa fortune qu' son amour pour la justice et sa bienfaisance4 ,lacdmone acquit dans la ,grce l'autorit qui manquoit au conseil amphictyonique pour en tenir unies toutes les parties4 ,tandis qu'on s'accoutumoit obir aux ,spartiates1 parce qu'il et t insens de ne pas respecter leur sagesse et leur courage1 la subordination s'tablissoit de toutes parts2 leur ville devenoit insensiblement la capitale de la ,grce2 et jouissant sans contestation du commandement de ses armes runies1 pouvoit donner la rpublique fdrative des ,grecs toute la force dont elle toit susceptible4 ,aujourd'hui qu'on juge faussement en ,europe de la force des tats1 plus par l'tendue du territoire et le nombre des citoyens que par la sagesse des lois1 on croira sans doute que les ,grecs1 qui n'occupoient qu'une petite province1 ne pouvoient conserver leur libert qu'autant qu'il ne se formeroit dans leur voisinage aucune puissance assez considrable pour les subjuguer2 et on en conclura qu'ils devoient s'accrotre et faire des conqutes4 ,aprs avoir lou la modration des ,spartiates1 parce qu'elle leur valut l'empire de la ,grce1 on blmera cette mme modration1 parce qu'elle retenoit les ,grecs dans leur premire foiblesse1 tandis que par une suite de ces rvolutions ternelles qui changent la face du monde1 leurs voisins tendoient continuellement s'agrandir4 ,mais1 sans examiner ce qui fait la puissance relle d'un tat1 qu'on fasse d'abord attention que les ressorts d'une rpublique fdrative sont si nombreux1 si compliqus1 si lens dans leurs mouvemens1 qu'elle ne peut s'occuper avec succs que d'elle-mme4 ,falloit-il que les ,spartiates invitassent la ,grce faire des conqutes1 qui1 sans enrichir aucune de ses villes en particulier1 auroient rendu leur communaut plus puissante8 ,la prudence ne permettoit pas de le tenter2 tout le monde le sait1 un intrt loign ne frappe jamais la multitude2 un intrt gnral ne la remue que foiblement4 ,quand on seroit parvenu dans une assemble gnrale des amphictyons donner aux ,grecs la passion de faire des conqutes en commun1 les obstacles sans nombre1 attachs cette entreprise1 les en auroient bientt dgots4 ,une rpublique fdrative se dfend avec succs1 parce que le grand objet de sa conservation1 lorsqu'on attaque sa libert1 ne donne toutes ses parties qu'un mme intrt4 ,la guerre dfensive n'exige qu'une sorte de sagesse lente1 dont une ligue est capable2 d'ailleurs le danger prcipite alors ses dmarches en lui donnant un zle plus ardent pour le bien public1 et l'oblige de passer par-dessus bien des formalits1 dont elle ne se dpart jamais dans d'autres circonstances4 ,la guerre offensive1 loin d'unir plus troitement des confdrs1 les divise au contraire presque toujours4 ,en commenant une entreprise1 chacun tche d'y contribuer le moins qu'il lui est possible1 et veut cependant en retirer le principal avantage4 ,on se fait un mrite de tromper avec adresse ses allis1 et de remplir mal ses engagemens4 ,soit qu'on russisse1 soit qu'on choue1 personne ne se rend justice2 personne ne veut tre la cause des disgraces qu'on a essuyes2 tout le monde veut tre l'auteur des succs heureux1 et des confdrs finissent par se har4 ,les ,grecs pouvoient-ils former des projets d'agrandissement au-dehors1 sans que leurs rpubliques n'eussent commenc se diviser1 concevoir les uns contre les autres des haines implacables8 ,chaque ville auroit eu des ennemis ses portes1 et n'auroit acquis que des sujets qui l'auroient mal servie4 ,loin de blmer1 ne faut-il donc pas louer la modration des ,spartiates et des autres ,grecs1 s'ils pouvoient trouver en eux-mmes les ressources ncessaires contre les efforts des puissances les plus considrables8 ,la ,grce toit assez tendue pour qu'elle ne manqut pas de soldats1 et ses terres assez sagement distribues entre diffrens tats1 pour que les lois pussent y tre religieusement observes2 voil ce qui devoit faire sa force4 ,imaginez cette province pleine de rpubliques sans faste et sans luxe1 et peuple de citoyens soldats qui n'aiment que la justice1 la gloire1 leur libert et leur patrie3 que lui importe qu'il se forme de grandes puissances dans son voisinage8 ,rpterai-je ici ce qu'on trouve dans d'autres ouvrages politiques1 que le luxe1 invitable dans les grands tats1 les nerve2 que les lois doivent y languir1 que leurs forces sont ncessairement engourdies8 ,elle se forma enfin1 cette grande puissance4 ,au milieu de toutes ces nations d',asie1 qui n'toient recommandables que par leurs richesses1 il toit un peuple peu nombreux1 mais dont le pays ferm l'avarice1 au luxe1 la mollesse1 servoit d'asyle aux talens1 au courage et aux autres vertus que le despotisme avoit bannies de chez ses voisins4 ,cyrus en toit le roi2 mais tromp par son ambition1 il ne connut pas le bonheur de rgner sur les ,perses seuls4 ,la conqute du royaume des ,lydiens rendit ce prince matre des richesses de ,crsus1 et lui soumit l',asie mineure4 ,il porta la guerre contre la ,syrie1 la rduisit en province1 de mme que l',arabie1 dtruisit la puissance des ,assyriens1 s'empara de ,babylone2 et son empire1 qui s'tendit enfin sur tous ces vastes pays qui sont compris entre l',inde1 la mer ,caspienne1 le ,pont-,euxin1 la mer ,ege1 l',ethiopie et la mer d',arabie1 ne fut spar de la ,grce que par un bras de mer qui n'toit qu'une foible barrire4 ,l'histoire de ,cyrus ne nous est parvenue que dfigure par les contes puriles dont ,hrodote a cru l'orner1 ou embellie par le pinceau d'un historien philosophe1 qui a peut-tre moins song nous instruire de la vrit qu' donner des leons aux rois pour leur apprendre1 s'il se peut1 d'tre dignes de leur fortune4 ,quoi qu'il en soit1 on voit que ce prince1 ayant rempli l',asie entire du bruit de ses exploits1 a eu le sort des hommes extraordinaires1 dont l'histoire est plus mle de fictions et de merveilleux1 mesure que la grandeur de leurs actions a moins besoin de ces ridicules ornemens pour intresser4 ,cyrus a certainement t un des personnages de l'antiquit les plus illustres par ses talens2 et quand il eut form son vaste empire1 quels dangers les ,grecs auroient-ils t exposs1 si toutes les villes eussent profit de l'exemple que leur donnoit ,lacdmone pour perfectionner leur gouvernement8 ,cyrus1 quoique matre de l',asie1 n'avoit de force vritable que les ,perses2 le reste de ses sujets doit n'tre compt pour rien4 ,plus la domination de ce prince toit tendue1 moins sa puissance devoit tre formidable2 il laissa ,cambyse1 son fils et son successeur1 une trop grande fortune pour qu'il n'en ft pas accabl4 ,il ne faut point imposer un homme des devoirs qui passent les forces de l'humanit2 et ,cyrus lui-mme n'auroit pu empcher les ressorts du gouvernement de se relcher4 ,plus la rupture entre les ,perses et les ,grecs toit diffre1 moins elle devoit tre dangereuse pour ces derniers2 peut-tre que les successeurs de ,cyrus1 crass sous le poids de leur grandeur1 de leurs vices et de leurs entreprises1 auroient renonc l'ambition de faire des conqutes1 avant que de pouvoir porter la guerre dans la ,grce1 si elle et eu la sagesse de ne s'occuper que d'elle-mme4 ,la rupture clata l'occasion des colonies tablies sur les ctes de l',asie mineure4 ,elles ne formoient point un mme corps de rpublique avec leurs mtropoles1 dont elles avoient nglig l'alliance2 et quoiqu'elles n'eussent aucune des qualits que doit avoir un peuple libre1 elles souffroient impatiemment la domination des rois de ,perse4 ,aristagoras1 homme aussi tmraire qu'ambitieux1 ne cessoit d'exciter les habitans de ,milet la rvolte2 et ses missaires1 dont il avoit rempli la ,grce1 obtinrent sans peine des ,athniens les secours qu'ils demandoient en faveur des ,grecs d',asie1 qui1 pour la plupart1 tiroient leur origine de l',attique4 ,athnes venoit de secouer le joug des ,pisistrates2 elle toit encore dans l'ivresse d'une libert naissante1 et son dernier tyran1 ,hippias1 avoit trouv un asyle et mme une protection marque chez ,artapherne1 gouverneur de ,lydie4 ,cette rpublique promit sa protection aux colonies1 et leur rvolte clata par la prise de ,sardis1 qui fut rduite en cendres4 ,darius1 qui occupoit alors le trne de ,perse1 se vengea aisment de cette injure2 ,milet1 abandonn la colre et l'avarice des soldats1 fut trait avec la dernire rigueur4 ,le vainqueur1 aprs avoir soumis l',yonie1 et s'tre empar de toutes les les voisines1 voulut tendre la punition sur la ,grce mme2 il y dpcha des hrauts pour demander la terre et l'eau1 c'est--dire1 pour lui ordonner de se soumettre son empire4 ,loin de se repentir1 les ,athniens se prparrent la guerre1 et marchant jusqu' ,marathon1 o les ,perses s'toient dj avancs1 les dfirent sous la conduite de ,miltiade4 ,darius frmit de colre en apprenant l'affront que ses troupes venoient de recevoir2 il se prparoit fondre une seconde fois sur la ,grce avec des forces plus considrables1 lorsqu'il fut surpris par la mort2 et ,xercs1 en montant sur le trne1 ne vit que l'injure que les ,athniens avoient faite son pre4 ,un de ses principaux officiers fut charg de lui en rappeler tous les jours le souvenir4 ,si j'oublie1 disoit le prince1 l'embrasement de ,sardis1 les courses que les ,grecs d',europe ont eu la tmrit de faire en ,asie1 et la bataille de ,marathon1 ne croyez pas qu'ils soient touchs de ma modration2 leur orgueil1 qui voit sans frayeur ma puissance1 en seroit plus hardi m'insulter4 ,ma gnrosit passeroit pour crainte ou pour impuissance2 et ces peuples1 que je ngligerois de chtier1 entreroient encore main arme dans l',asie4 ,il n'est plus possible1 ni aux ,perses ni aux ,grecs1 de se regarder d'un il indiffrent2 trop de haine les divise2 trop de soupons les empchent de se rconcilier3 la ,perse doit obir la ,grce1 ou la ,grce devenir une province de ,perse4 ,quelqu'impatient que ft ,xercs de porter la guerre dans la ,grce1 il employa encore quatre ans aux prparatifs de son expdition2 et rassembla1 pour ainsi dire1 toutes les forces de l',asie4 ,son arme de terre1 selon ,hrodote1 toit compose de dix-sept cent mille combattans2 et son arme navale1 qui montoit cinq cent mille hommes1 toit porte sur douze cens vaisseaux1 suivis de trois mille btimens de transport4 ,il y a apparence que ce dnombrement des forces de ,xercs est exagr3 mais en s'en rapportant au rcit des autres historiens1 ce prince avoit une arme encore assez considrable pour devoir aspirer la conqute de l',europe entire1 s'il suffisoit de pouvoir rassembler une grande multitude d'hommes pour tre conqurant et faire de grandes choses4 ,sparte toit toujours religieusement attache aux institutions les plus rigides de ,lycurgue1 et tous ses citoyens ressembloient ces trois cens hros qui se dvourent la dfense des ,thermopyles4 ,athnes tenoit le second rang parmi les ,grecs1 et n'avoit jamais t dans un tat si florissant4 ,occupe du soin de recouvrer sa libert et de laver la honte de son esclavage1 elle avoit acquis sous la tyrannie des ,pisistrates toutes les vertus qui peuvent illustrer une ville libre1 et dont il est si difficile aujourd'hui de nous faire une ide fidelle4 ,ses citoyens1 pris l'envi d'un redoublement d'amour-propre pour la patrie1 se conduisirent avec une magnanimit qui leur tint lieu du gouvernement et des lois qui leur manquoient4 ,les cabales1 les partis se turent2 il n'y eut de rcompense1 d'honneur1 de gloire1 que pour les vertus et les talens4 ,la bataille de ,marathon augmenta encore leur courage2 et quand ,xercs descendit dans la ,grce1 rien n'toit impossible aux ,athniens pour conserver leur rputation4 ,si toutes les rpubliques de la ,grce1 sans ressembler ,lacdmone et ,athnes1 eussent seulement t capables d'obir leurs ordres1 ou mme de ne les pas trahir1 le projet du roi de ,perse et sans doute t tmraire et insens4 ,mais il s'en falloit bien que tous les ,grecs pussent voir l'orage dont ils toient menacs1 et n'en tre pas intimids4 ,sparte n'avoit pas profit de son crdit pour faire adopter par ses voisins les vertus et les tablissemens qui lui toient particuliers2 elle pouvoit corriger la plupart des lois injustes et des coutumes pernicieuses qui s'toient tablies chez les ,grecs2 mais peine sa sagesse lui eut-elle acquis l'empire1 qu'elle songea le conserver par les moyens ordinaires de l'ambition3 et sans doute il ne peut point y avoir de vertu pure chez les hommes1 puisque celle des ,spartiates ne le fut pas4 ,leur rpublique prouvoit tous les jours que l'administration dfectueuse des villes de la ,grce laissoit les unes dans une extrme mdiocrit1 obligeoit les autres de lui demander des secours1 et les tenoit toutes son gard dans une vraie subordination2 elle craignit de parotre moins ncessaire qu'elle ne l'toit1 et de voir anantir son autorit1 si le gouvernement des ,grecs devenoit aussi sage qu'il pouvoit l'tre4 ,elle voulut qu'on ne pt point se passer de sa protection2 jamais elle ne chercha tarir la source des divisions qui troubloient les ,athniens2 et quand ils parurent acqurir trop de rputation1 aprs avoir secou le joug des ,pisistrates1 elle en fut assez jalouse pour tenter de leur donner un matre en rtablissant ,hippias4 ,je ne puis m'empcher de le remarquer2 il est malheureux que ,lycurgue1 en donnant ses citoyens les lois les plus sages1 ne leur en ait pas dvelopp les consquences les plus loignes4 ,pratiquez religieusement1 devoit-il leur dire1 les lois dont vous venez de jurer l'observation en prsence des dieux2 elles seront votre sret1 et vous ne serez exposs aucun des revers qu'prouvent les autres peuples4 ,je vous promets mme qu'en vous rendant dignes de la confiance de la ,grce1 elles vous en mriteront l'empire2 mais alors1 craignez de vous laisser corrompre par ce commencement de prosprit4 ,les vices des ,grecs les subordonneront votre autorit2 mais gardez-vous de croire que ces vices soient ncessaires votre grandeur4 ,vous formez une rpublique trop excellente pour que vos voisins puissent vous galer2 et quand tous les ,grecs deviendroient des ,spartiates1 votre bonheur n'en seroit-il pas plus affermi1 puisque vous vous trouveriez entours de peuples qui1 sans avarice et sans ambition1 se feroient une loi de respecter et de dfendre votre libert8 ,si vous craignez de voir natre de nouvelles vertus dans la ,grce1 soyez srs que1 vous dfiant de votre vertu mme1 vous aurez bientt recours cette politique frauduleuse1 dont les ressources et les moyens sont d'abord quivoques1 incertains et la fin ruineux4 ,soyez srs que plus vous ferez d'efforts pour corriger les murs des ,grecs1 et faire rgner la justice dans leurs villes1 plus vous les trouverez dociles votre empire1 parce qu'aucun soupon1 aucune crainte ne les empchera de se livrer sans rserve leur reconnoissance et votre gnrosit4 ,je vous ordonne1 devoit ajouter ,lycurgue1 de travailler rendre tous les ,grecs vertueux2 et ce n'est que par-l que vous pourrez vous-mmes ne vous pas lasser de votre vertu4 ,je veux qu'on regarde comme tratre la patrie commune1 et ,lacdmone en particulier1 quiconque voudroit vous persuader qu'il vous importe que les ,grecs ne soient ni aussi courageux1 ni aussi justes que vous l'tes4 ,si les vices de vos voisins peuvent vous donner de la considration1 elle sera passagre2 et dans mille occasions1 ces vices vous inquiteront et vous gneront4 ,si pour dominer dans la ,grce1 vous l'empchez de devenir aussi forte qu'elle peut l'tre1 vous ressemblerez un despote imbcille1 qui1 pour opprimer plus aisment ses sujets1 les met dans l'impuissance de le servir4 ,votre empire sera mal affermi1 et vous le perdrez1 si un ennemi tranger vous attaque avec des forces considrables4 ,quelques villes avoient profit de l'exemple que leur donnoit ,lacdmone1 pour inspirer leurs citoyens l'amour de la libert et du bien public2 mais quand la guerre ,mdique commena1 la plupart n'toient point encore parvenues fixer leurs lois et se faire un gouvernement rgulier4 ,les unes1 toujours jalouses de leurs voisins1 ou gouvernes depuis leur naissance par les intrigues de leurs magistrats et des principaux citoyens1 devoient tout sacrifier aux intrts de leurs passions ou de leurs cabales2 les autres1 engourdies par une longue paix1 et livres au commerce et aux arts1 ne doutoient pas que le moment fatal pour la ,grce ne ft arriv2 et ces rpubliques se ligurent avec les ,perses pour prendre un parti oppos celui de leurs ennemis1 ou pour prvenir leur ruine4 ,tels furent les habitans de la ,thessalie et de l',etolie1 les ,dolopes1 les ,eniens1 les ,perbes1 les ,locriens1 les ,magntes1 les ,mliens1 les ,phtiotes1 les ,thbains1 et tous ceux de la ,botie1 l'exception des ,thespiens et des ,platens4 ,dans le ,ploponse mme1 les ,argiens et les ,achens se dclarrent en faveur de ,xercs4 ,la confdration des ,grecs fut dissoute par la dfection des peuples que je viens de nommer2 et l'effroi qui devoit naturellement en rsulter1 auroit d perdre toutes les rpubliques4 ,il le faut avouer1 quelque magnanimit qu'on suppose aux ,spartiates1 aux ,athniens1 et leurs allis1 toit-il vraisemblable qu'avec des intelligences dans toute la ,grce1 et pouvant vaincre les ,grecs par les ,grecs mmes1 ,xercs chout dans son entreprise8 ,je sais ce que plusieurs historiens ont imagin pour donner l'explication de l'issue extraordinaire qu'eut la guerre ,mdique4 ,ils reprsentent les soldats de l',asie moins comme des hommes1 que comme des femmes abmes dans le luxe et la mollesse4 ,mais si la ,perse n'toit plus ce qu'elle avoit t sous le rgne de ,cyrus1 elle n'toit pas cependant tombe dans cet tat de lthargie et de mort1 o ,alexandre la trouva depuis4 ,xnophon reproche aux successeurs de ,xercs plusieurs vices que n'avoient point eu ses prdcesseurs4 ,si le faste1 la foiblesse et l'orgueil de ,cambyse n'avoient t propres qu' dshonorer le trne de son pre1 ,darius1 qui lui succda1 avoit aim la gloire4 ,la ,perse1 il est vrai1 avoit perdu l'lite de ses troupes dans ses guerres malheureuses contre les ,ammoniens et les ,scythes3 mais ne restoit-il1 sous le rgne de ,xercs1 aucune des milices que ,cyrus avoit formes8 ,l'esprit de ce prince1 qui avoit vivifi l',asie1 toit-il entirement teint8 ,une nation qui avoit toujours fait la guerre devoit au moins conserver une tradition de son ancienne discipline1 et avoir quelques soldats aguerris4 ,hrodote lui-mme ne dit-il pas que la vertu toit encore estime chez les ,perses1 et que le courage et les talens y servoient de degrs pour parvenir aux honneurs8 ,plusieurs soldats se distingurent encore dans la guerre ,mdique par des actions d'une rare valeur1 et des corps entiers de milice suivirent leur exemple4 ,nous ne connoissons plus aujourd'hui ce que c'est que subjuguer une nation libre4 ,depuis que la monarchie est le gouvernement gnral de l',europe1 que tout est sujet et non citoyen1 et que les esprits sont galement nervs par l'avarice et la mollesse1 on ne porte la guerre que dans des provinces accoutumes obir1 et dfendues par des mercenaires4 ,les rpubliques mme qui sont sous nos yeux n'offrent qu'un amas de bourgeois attachs des fonctions civiles2 le dsespoir ne peut plus y enfanter des prodiges1 et on ne doit pas s'attendre trouver des peuples qui prfrent leur ruine la perte de leur libert4 ,les ,spartiates et les ,athniens vouloient mourir libres2 mais quel pouvoit tre le fruit de leur hrosme8 ,a force de sacrifier des hommes pour s'emparer des ,thermopyles1 ,xercs s'en rendit le matre2 en suivant la mme mthode1 il devoit avoir par-tout le mme succs4 ,plus on examine la situation de la ,grce divise1 plus on est convaincu qu'il lui toit impossible d'chapper la ruine dont elle toit menace4 ,ce qui sauva les ,grecs1 c'est la supriorit seule de ,thmistocle sur ,xercs1 et de ,pausanias sur ,mardonius2 et ce n'est qu'en comparant ces hommes clbres qu'on expliquera le dnouement peu vraisemblable de la guerre ,mdique4 ,thmistocle toit n avec une passion extrme pour la gloire2 impatient de se signaler1 la bataille que ,miltiade avoit gagne ,marathon l'empchoit1 dit-on1 de dormir4 ,il runit en lui toutes les qualits qui font un grand homme2 et personne1 c'est l'loge que lui donne ,thucydide1 n'a mieux mrit l'admiration de la postrit4 ,une espce d'instinct sr1 le plus rare des talens1 lui faisoit toujours prendre le meilleur parti2 son courage n'toit jamais tonn1 parce que sa prudence1 qui avoit remdi tous les obstacles en les prvoyant1 le rendoit suprieur tous les vnemens4 ,tandis qu',athnes se livroit la joie d'avoir humili ,darius1 ,thmistocle ne regarda la victoire de ,marathon que comme le pronostic d'un orage prochain2 mais il se garda bien de troubler l'ivresse de ses concitoyens1 en les menaant de la vengeance du roi de ,perse2 ils vouloient tre flatts1 et ne pas prvoir des malheurs4 ,on lui auroit fait un crime ou un ridicule de sa prvoyance2 il profite du crdit qu'il a sur le peuple et de l'orgueil qu'augmentoit sa prosprit1 pour l'irriter contre ,egine1 rpublique alors puissante sur mer4 ,il conduit pas pas les ,athniens lui dclarer la guerre1 et les oblige par ce moyen se faire une marine qui fera leur salut et celui de la ,grce4 ,en effet1 si ,xercs1 matre de la mer1 eut pu tenter son gr des descentes sur les ctes du ,ploponse et de l',attique1 dans le temps que son arme de terre pntroit dans la ,phocide1 les ,grecs n'auroient su ni o rassembler1 ni o porter leurs forces2 et chaque peuple1 menac d'une invasion1 se seroit tenu sur ses terres pour les dfendre4 ,chaque peuple1 ainsi spar des autres1 n'et senti que sa foiblesse1 et n'auroit espr aucun secours4 ,une consternation gnrale auroit glac les esprits2 et il ne faut point douter que plusieurs villes qui restrent fidelles la ,grce1 n'eussent alors sacrifi l'intrt commun de la patrie leur salut particulier1 en suivant l'exemple des rpubliques qui s'toient allies aux ,perses4 ,un moins grand homme que ,thmistocle se seroit content de pourvoir la dfense d',athnes2 ses fortifications1 son port1 ses arsenaux1 ses vivres l'auroient entirement occup4 ,lui1 au contraire1 toujours plein des principes qui font la force d'une rpublique fdrative1 regarda la ,grce comme le boulevart des ,athniens4 ,si elle est subjugue1 il sent qu',athnes seule ne subsistera pas4 ,en paroissant sacrifier sa patrie1 il la sert utilement1 parce qu'il met les ,grecs en tat de se dfendre1 et que s'ils ne succombent pas1 ,athnes victorieuse sera couverte de gloire4 ,je ne sais si on a fait assez attention la magnanimit que durent avoir les ,athniens pour transporter leurs femmes1 leurs enfans et leurs vieillards ,salamine et ,tresne1 tandis qu'eux-mmes restant sans patrie1 ou plutt la livrant la fureur des ,barbares1 se rfugioient dans des vaisseaux construits de la charpente de leurs maisons4 ,cette rsolution1 dont peu de personnes toient capables de pntrer la sagesse1 n'offroit tout le reste que l'image humiliante et terrible d'une fuite1 ou plutt d'une ruine entire4 ,il faut se transporter ces temps reculs et en connotre les prjugs1 si on veut juger des obstacles puissans et sans nombre que ,thmistocle dt rencontrer1 pour engager ses concitoyens abandonner leurs maisons1 leurs temples1 leurs dieux et les tombeaux de leurs pres4 ,la ,grce n'avoit rien esprer1 si ce gnral n'et eu tous les talens et toutes les sortes d'esprit4 ,il falloit qu'occup des ides les plus releves1 et des combinaisons les plus difficiles de la politique et de la guerre1 il et recours aux adresses de l'insinuation et de l'intrigue pour persuader des hommes incapables de l'entendre4 ,ne pouvant lever la multitude penser comme lui1 il falloit la subjuguer par l'autorit1 intresser sa religion1 faire parler les dieux1 et remplir la ,grce d'oracles favorables ses desseins4 ,aprs avoir forc le passage des ,thermopyles1 les ,perses se rpandirent dans la ,grce1 qu'ils ravagrent4 ,delphes ne dut son salut qu' un orage subit que les ,barbares effrays regardrent comme un signe de la colre du dieu qui protgeoit cette ville1 et qu'ils offensoient4 ,ils rduisirent en cendres ,thespie et ,plate2 la citadelle d',athnes fut emporte l'pe la main1 malgr les prodiges de valeur que firent quelques ,athniens qui n'avoient pu se rsoudre abandonner leur patrie1 et il n'y eut plus que le ,ploponse qui ft ferm aux ,perses4 ,les ,grecs n'avoient opposer la flotte innombrable de ,xercs que trois cent quatre-vingt voiles1 commandes1 au nom de ,lacdmone1 par un gnral incapable d'en faire les fonctions4 ,soit qu',euribiade1 frapp de la foiblesse de ses forces1 et n'coutant que sa crainte2 se crt trop prs des ennemis2 soit qu'il penst follement que pour mettre le ,ploponse en sret1 il falloit croiser sur ses ctes1 ou se placer en station prs de ,pylos et de ,phre1 pour tre porte de protger galement toutes les parties de cette province1 il voulut abandonner le dtroit de ,salamine4 ,thmistocle s'y opposa avec une extrme vigueur4 ,il reprsenta aux ,grecs que ce n'toit que dans ces bras de mer que le petit nombre de leurs vaisseaux dfieroit avec succs la supriorit des ,perses4 ,il fit voir que les ,barbares ne pouvoient se porter sur les ctes de la ,messnie1 de l',elide ou de l',achae1 sans s'exposer voir enlever leurs convois1 tant que la flotte des ,grecs resteroit ,salamine4 ,il dmontra qu'il toit de la plus grande importance d'intimider ceux d',argos1 dont la trahison n'toit que trop connue2 et qu'il valoit autant abandonner la ,grce aux ,perses1 que de s'loigner de l'isthme de ,corinthe1 tandis que ,xercs portoit toute son arme de ce ct-l pour s'ouvrir l'entre du ,ploponse4 ,en effet1 si ,euribiade et abandonn le golfe de ,salamine1 les ,barbares s'y seroient placs2 ils auroient en mme temps assig ,corinthe par terre et par mer2 et quelque dfense opinitre que les ,grecs eussent faite1 ,xercs auroit enfin triomph1 comme aux ,thermopyles1 de leur habilet et de leur dsespoir4 ,les remontrances de ,thmistocle toient inutiles2 et il ne parvint faire chouer le projet d',euribiade1 qu'en faisant auprs de ,xercs le personnage d'un tratre2 dernier effort o peut se porter l'amour de la patrie dans un grand homme4 ,il donna avis ce prince que les ,grecs cherchoient se retirer1 et qu'il se htt de les attaquer s'il vouloit empcher leur retraite2 que la division qui rgnoit sur la flotte des ,grecs lui prparoit une victoire aise1 et qu'il y trouveroit mme des amis ardens le servir4 ,xercs donna dans le pige1 et ,euribiade fut oblig de combattre4 ,tandis que les ,grecs1 qui ne pouvoient tre envelopps dans ce dtroit1 agissoient tous la fois1 les ,barbares1 trop resserrs pour dployer leurs forces1 n'en mettoient en mouvement qu'une petite partie4 ,la dfaite de leur premire ligne porta le dsordre dans le reste de la flotte1 qui fut bientt mise en fuite et disperse4 ,ce qui rendit la journe de ,salamine dcisive1 ce fut l'imbcillit de ,xercs4 ,la perte qu'il venoit de faire toit considrable2 mais en ramassant les dbris de sa flotte1 ne lui restoit-il pas assez de vaisseaux pour tre encore le matre de la mer8 ,pourquoi pense-t-il que tout est perdu8 ,son arme de terre n'avoit reu aucun chec1 et presque toute la ,grce toit soumise4 ,si ce prince n'et pas t le plus lche et le plus stupide des hommes1 seroit-il tomb dans le second pige que lui tendit ,thmistocle1 en l'avertissant que les ,grecs se prparoient rompre le pont qu'il avoit jet sur le ,bosphore8 ,il toit vident qu'ils ne seroient pas assez mal habiles pour retenir chez eux un ennemi puissant1 aprs l'avoir mis dans la ncessit de vaincre ou de prir4 ,quelques armes qu'ait un prince tel que ,xercs1 il est destin tre vaincu par un ,thmistocle4 ,les forces les plus redoutables sont entre ses mains1 comme la massue d',hercule dans celles d'un enfant qui ne peut la soulever4 ,xercs prit la fuite2 et laissant ,mardonius dans la ,grce avec trois cent mille hommes1 sans y comprendre les allis1 il songea moins la soumettre qu' l'occuper pendant sa retraite1 et l'empcher de porter ses armes en ,asie4 ,l'arme de ,mardonius1 encore si capable d'effrayer les ,grecs1 s'ils n'eussent pas chapp un plus grand danger1 leur parut mprisable aprs que ,xercs eut repass la mer avec ses principales forces4 ,ils ne doutrent plus de la victoire2 et les ,perses consterns commenoient au contraire dsesprer du succs4 ,cependant la ,grce toit toujours pleine de tratres1 qui1 n'osant se repentir de leur infidlit1 continuoient servir les ,barbares4 ,les ,spartiates et les ,athniens avoient besoin d'une sagesse extrme pour ne pas abuser de leur courage4 ,une imprudence de leur part pouvoit redonner de la confiance leurs ennemis1 et leur faire retrouver en eux-mmes des forces et des ressources que ,mardonius sembloit ignorer4 ,le salut des ,grecs ne dpendoit donc plus que de l'habilet dans la guerre2 et de ce ct1 ,pausanias1 qui commandoit leur arme1 toit bien suprieur au gnral des ,perses4 ,je sais que ce capitaine1 bloui dans la suite par les prsens et les promesses de ,xercs1 trahit les intrts de la ,grce1 et aspira mme se rendre le tyran de sa patrie4 ,j'ajouterai1 qu'intimid1 non par ses remords1 mais par les difficults de son entreprise1 il se repentit quelquefois des projets qu'il avoit forms1 sans avoir jamais la sagesse d'y renoncer4 ,tour--tour entran par son ambition1 et retenu par sa crainte1 il ne montra dans sa conduite que cette foiblesse et cette irrsolution qui mettent le comble la honte d'un conjur1 et le rendent aussi mprisable qu'odieux4 ,tel toit ,pausanias1 comme homme d'tat2 mais il n'est que trop ordinaire de trouver des hommes qui1 grands et petits diffrens gards1 mritent la fois l'admiration et le mpris4 ,si la nature lui avoit refus les talens ncessaires un citoyen qui mdite et prpare une rvolution dans sa rpublique1 elle lui avoit prodigu ceux d'un grand capitaine4 ,tandis que ,mardonius1 toujours incertain1 ne sait prendre aucun parti1 qu'il ngocie lorsqu'il faut combattre1 et qu'en un mot il ignore l'art d'employer ses forces1 ,pausanias est actif1 vigilant et intrpide la tte de son arme4 ,il pntre les vues de ,mardonius1 l'entoure de piges1 le presse de tout ct1 et le rduit enfin combattre ,plate1 lieu troit1 o ses forces1 qui ne peuvent agir1 lui deviennent inutiles2 et d'o il n'chappa que quarante mille ,perses sous la conduite d',arthabase1 tout le reste ayant t taill en pices4 ,le mme jour que ,pausanias triomphoit ,plate1 ,lotichides1 roi de ,sparte1 et ,xantippe1 ,athnien1 remportrent ,micale une victoire complte sur les ,perses4 ,le gnral ,lacdmonien1 qui ignoroit ce qui se passoit dans la ,grce1 fit publier sur les ctes d',asie que ,mardonius toit dfait2 et que les ,grecs tant dlivrs du joug dont la ,perse les avoit menacs1 les colonies devoient leur tour songer recouvrer leur libert4 ,diodore remarque que ce ne fut ni la valeur des ,grecs1 ni leur habilet dans la guerre qui les firent vaincre en cette occasion4 ,la victoire toit douteuse2 les ,samiens et les ,milsiens la dcidrent en se tournant du ct des ,grecs4 ,les ,perses effrays par cette dfection imprvue1 s'branlrent1 et sur le champ tous les ,grecs d',asie se joignirent ceux d',europe pour accabler leurs ennemis communs4 ,xercs1 qui s'toit arrt ,sardis1 n'eut pas plutt appris la dfaite entire de ses armes1 qu'il ne s'y crut plus en sret2 et se rfugiant avec prcipitation ,ecbatane1 sema dans ses provinces l'effroi qui l'accompagnoit4 ,plus ce prince avoit joui avec complaisance du spectacle de sa puissance et de sa grandeur1 la vue des forces qu'il avoit rassembles contre les ,grecs1 plus ils se sentit humili par ses disgraces4 ,il avoit aspir conqurir le monde entier2 et croyant dj voir les ,spartiates et les ,athniens au milieu de ses tats1 il n'osoit presque plus esprer de conserver l'hritage de son pre2 ,salamine1 ,plate1 ,micale1 noms effrayans1 rappelrent le souvenir des malheurs que la ,perse avoit prouvs en faisant la guerre contre l'thiopie1 les ,ammoniens et les ,scythes4 ,les ides d'ambition et de conqute que ,cyrus avoit donnes ses successeurs s'effacrent de tous les esprits2 et ,xercs ne laissa ses hritiers que sa lchet et son dcouragement4 ,la ,grce ne pouvoit se dguiser le danger auquel l'avoit expose l'infidlit de quelques-unes de ses villes2 elle venoit d'prouver ce que peuvent les vertus et les talens1 fruits de la libert3 pour affermir et perptuer son bonheur1 elle devoit donc s'attacher avec plus de force ses anciens principes1 et ne songer qu' rtablir l'alliance presque dtruite de tous ses peuples4 ,elle eut la sagesse de temprer la loi par laquelle elle avoit condamn une amende de la dixime partie de leurs biens1 tous ceux qui se rendroient aux ,perses1 ou qui leur accorderoient leur amiti4 ,l'excution de ce dcret n'auroit t propre qu' renouveler et multiplier les anciennes divisions1 en allumant une guerre civile dans la ,grce4 ,les vainqueurs des ,perses furent indulgens2 ils pargnrent les peuples1 et ne traitrent en coupables que les magistrats qui les avoient gags trahir leur devoir4 ,les ,grecs eurent encore la modration de ne pas approuver les ,lacdmoniens1 qui1 par une politique indigne d'eux1 demandoient que les ,amphictyons chassassent de leur assemble les dputs des villes qui s'toient ligues avec les ,perses4 ,faire des mcontens dans la ,grce1 c'toit rompre les liens de sa confdration1 et conserver dans son sein des allis aux trangers4 ,malgr cette sagesse1 si digne d'un peuple libre1 la rpublique fdrative des ,grecs toit prte se dissoudre4 ,les ,perses1 si je puis parler ainsi1 avoient infect l'air de la ,grce2 et on auroit dit que ,xercs1 pour se venger de ses dfaites1 avoit souffl1 en fuyant1 l'esprit de discorde sur ,athnes et ,lacdmone4 ,les dpouilles de ,plate donnrent aux ,grecs l'amour des richesses2 les ,spartiates eux-mmes osrent prendre une part dans le butin1 et profaner leur ville par l'or des ,perses1 tandis que les ,athniens1 ne se doutant pas qu'une trop grande prosprit annonce presque toujours aux tats une dcadence prochaine1 se livroient une prsomption insense4 ,leur rpublique1 toujours ardente s'agiter1 et que le repos fatiguoit1 se croyoit ds sa naissance destine gouverner le monde entier2 et pensant jouir d'avance de cet empire qu'elle ambitionnoit1 engageoit par serment ses citoyens regarder comme leur domaine tous les pays o il crot des vignes1 des oliviers et du froment4 ,cette ambition purile ouvroit l'ame des ,athniens aux plus grandes esprances2 et aprs les prodiges de sagesse et de courage qu'ils avoient faits pendant la guerre ,mdique1 s'ils n'aspirrent pas ouvertement vouloir dominer dans la ,grce1 ils paroissoient mcontens de n'y occuper qu'une place subalterne4 ,quand avec leurs femmes1 leurs vieillards et leurs enfans1 ils revinrent prendre possession de leurs demeures ruines1 ,lacdmone1 d'autant plus jalouse de son autorit1 qu'ils avoient acquis plus de gloire1 voulut les empcher de rtablir les murailles et les dfenses de leur ville4 ,si ,xercs1 disoient les ,spartiates1 en cachant leurs vrais sentimens sous le voile du bien public1 nous fait encore la guerre pour se venger de ses dfaites1 les ,athniens seront encore obligs d'abandonner leur ville2 mais ne croyez pas que les ,perses se contentent alors d'en dtruire les fortifications4 ,instruits par l'exprience1 ils les augmenteront au contraire1 et se feront parmi nous une place d'armes qu'il sera impossible de leur arracher1 et d'o ils tiendront toute la ,grce en chec4 ,athnes1 pour fruit de la gnrosit avec laquelle elle s'toit dvoue au salut des ,grecs1 n'auroit t qu'une ville ouverte et incapable de se dfendre et de protger l',attique1 si ,thmistocle n'et russi1 en trompant les ,lacdmoniens1 la rtablir dans son premier tat4 ,il se rendit chez eux en qualit d'ambassadeur2 et tandis qu'il les amusoit par les longueurs affectes de sa ngociation1 les ,athniens travaillrent sans relche relever leurs murailles4 ,la nouvelle en fut porte ,lacdmone2 ,thmistocle accusa d'abord des esprits jaloux et mal-intentionns de rpandre des bruits propres troubler la tranquillit de la ,grce4 ,quand il apprit enfin que les travaux de sa patrie toient assez avancs pour qu'on n'ost plus demander de les dtruire ou de les abandonner3 ,pourquoi1 dit-il aux ,lacdmoniens1 tant de plaintes inutiles8 ,si vous pensez que je vous trompe1 par un rcit infidelle1 que ne faites-vous partir pour l',attique quelques-uns de vos citoyens8 ils s'instruiront de la vrit sur les lieux1 et leur rapport terminera enfin nos contestations4 ,on crut ,thmistocle1 et ,athnes reut les commissaires ,spartiates comme autant d'otages qui rpondroient du traitement qu'on feroit son ambassadeur4 ,aucune des deux rpubliques n'osa se plaindre2 mais l'injustice et la mauvaise foi de leurs procds commencrent changer leur jalousie en haine1 et leur apprirent tout ce qu'elles avoient craindre l'une de l'autre4 ,les ,spartiates1 toujours attachs aux institutions de ,lycurgue1 trouvoient dans leurs lois mmes1 un frein leur jalousie1 leur haine et leur ambition naissantes2 mais il n'en toit pas ainsi des ,athniens4 ,polybe compare avec raison leur rpublique un vaisseau que personne ne commande1 ou dans lequel tout le monde est le matre de la manuvre4 ,les uns1 dit cet historien1 veulent continuer leur route1 les autres veulent aborder au prochain rivage2 ceux-ci resserrent les voiles1 ceux-l les dploient2 et dans cette confusion1 le vaisseau qui vogue sans destination1 au gr des vents1 est toujours prt chouer contre quelqu'cueil4 ,en effet1 ,athnes1 toujours emporte par les vnemens et ses passions1 n'toit point encore parvenue fixer les principes de son gouvernement4 ,a sa naissance mme1 ses citoyens avoient commenc tre diviss2 tandis que les habitans de la montagne vouloient remettre toute l'autorit entre les mains de la multitude1 ceux de la plaine n'aspiroient1 au contraire1 qu' tablir une aristocratie rigoureuse2 et les citoyens qui habitoient la cte1 plus sages que les autres1 demandoient qu'on partaget le pouvoir entre les riches et le peuple2 et qu' la faveur d'un gouvernement mixte1 dont tous les pouvoirs se temproient mutuellement1 on prvnt la tyrannie des magistrats et la licence des citoyens4 ,aucun parti n'ayant eu assez de force ou d'adresse pour triompher des autres1 les ,athniens1 toujours ennemis de leurs lois incertaines1 semblrent n'avoir d'autre rgle de conduite que par l'exemple des caprices de leurs pres2 et au milieu des rvolutions continuelles dont ils furent agits1 ils s'toient accoutums tre vains1 imptueux1 inconsidrs1 ambitieux1 volages1 aussi extrmes dans leurs vices que dans leurs vertus1 ou plutt n'avoir aucun caractre4 ,lasss enfin de leurs dsordres domestiques1 ils avoient eu recours ,solon1 et le chargrent de leur donner des lois2 mais en tentant de remdier aux maux de la rpublique1 ce lgislateur imprudent ne fit que les pallier1 ou plutt donna une nouvelle force aux anciens vices du gouvernement4 ,en laissant aux assembles du peuple le droit de faire les lois1 d'lire les magistrats1 et de rgler les affaires gnrales1 telles que la paix1 la guerre1 les alliances1 c4 il distribua les citoyens en diffrentes classes1 suivant la diffrence de leur fortune1 et ordonna que les magistratures ne fussent confres qu' ceux qui recueilloient au moins de leurs terres deux cent mesures de froment1 d'huile ou de vin4 ,tandis que ,solon sembloit loigner prudemment de l'administration des affaires ceux qui devoient prendre le moins d'intrt au bien public1 et que1 par diffrentes lois il affectoit de rtablir l'aropage dans sa premire dignit1 et de donner aux magistrats la force et le crdit ncessaires pour maintenir la subordination et l'ordre2 il accorda1 en effet1 au peuple1 la permission de mpriser et ses lois et ses magistrats4 ,autoriser les appels des sentences1 des dcrets et des ordres de tous les juges1 aux assembles toujours tumultueuses de la place publique1 n'toit-ce pas confrer une magistrature toute-puissante une multitude ignorante1 volage1 jalouse de la fortune des riches1 toujours dupe de quelque intrigant1 et toujours gouverne par les citoyens les plus inquiets ou les plus adroits flatter ses vices8 ,n'toit-ce pas1 sous le nom de la dmocratie1 tablir une vritable anarchie8 ,quand le lgislateur auroit publi1 relativement tous les objets particuliers de la socit1 les lois les plus propres la rendre heureuse1 c'et t sans succs2 parce qu'il toit impossible que la haine1 la faveur1 l'ignorance et l'emportement qui agiteroient les assembles publiques1 laissassent tablir et subsister des rgles constantes de jurisprudence4 ,a l'autorit des lois1 on devoit bientt opposer l'autorit des jugemens du peuple1 et la porte toit ouverte tous les abus4 ,solon cra un snat compos de cent citoyens de chaque tribu2 et cette compagnie1 charge de l'administration des affaires1 de prparer les matires qu'on devoit porter l'assemble publique1 et d'clairer et de guider le peuple dans les dlibrations1 auroit en effet procur de grands avantages au gouvernement1 si le lgislateur avoit eu l'art d'en combiner de telle faon l'autorit avec celle du peuple1 qu'elles se balanassent sans se dtruire4 ,solon auroit d avoir l'attention de rendre les assembles de la place moins frquentes qu'elles ne l'avoient t jusqu'alors4 ,un snat1 qui1 sans compter les convocations extraordinaires que tout magistrat et tout gnral d'arme pouvoit demander1 toit oblig d'assembler quatre fois le peuple dans une pritonie1 c'est--dire1 dans l'espace de trente-six jours1 n'toit gure propre se faire respecter2 le peuple le voyoit de trop prs1 et le jugeoit trop souvent4 ,solon l'avoit encore dgrad et rendu inutile1 en permettant tout citoyen1 g de cinquante ans1 de haranguer dans la place publique4 ,l'loquence devoit se former une magistrature suprieure celle du snat2 et la faveur d'une transition familire son art1 garer les esprits sur des objets trangers1 et soumettre la sagesse du magistrat aux caprices du peuple4 ,solon eut la honte de voir lui-mme la tyrannie des ,pisistrates s'lever sur les ruines de son foible gouvernement4 ,si des causes particulires1 depuis qu',athnes avoit recouvr sa libert1 lui firent excuter des entreprises dont le peuple le plus sagement gouvern est peine capable1 ce ne devoit tre qu'un avantage passager4 ,cette ville1 idoltre et ennemie des talens et des vertus1 n'avoit imagin aucun autre moyen pour conserver sa libert sans nuire l'mulation1 que d'accorder les plus grands honneurs qui serviroit la patrie d'une manire distingue1 et de punir cependant par le ban de l'ostracisme1 ou un exil de dix ans1 quiconque en auroit trop bien mrit4 ,aristide1 depuis la dfaite de ,xercs1 avoit fait porter une loi1 par laquelle tout citoyen1 quelle que ft sa fortune1 pouvoit aspirer aux magistratures4 ,ainsi le gouvernement1 encore plus vicieux qu'il ne l'toit en sortant des mains de ,solon1 devoit reproduire encore de plus grands maux1 quand l'engouement qui portoit les ,athniens au bien1 seroit dissip4 ,,livre ,,second4 ,les ,grecs1 autrefois borns eux-mmes1 et qui ne s'toient jamais servi dans leurs querelles particulires que de leurs forces de terre1 faisoient peu de cas des vaisseaux et des matelots1 qu'on n'avoit employs qu'aux affaires de commerce2 mais la guerre ,mdique leur donna de nouveaux intrts et une nouvelle politique4 ,ils craignirent le ressentiment de la cour de ,perse2 ils regardrent comme un affront l'espce de servitude o ,xercs tenoit leurs colonies2 et soit pour se faire une barrire plus forte1 soit pour s'ouvrir l'entre de l',asie1 ils contractrent avec elles une alliance troite4 ,quand la ,grce n'auroit pas d son salut la bataille de ,salamine1 elle auroit dsormais considr ses flottes comme le rempart le plus sr contre les barbares1 et comme un lien ncessaire pour unir une foule de peuples spars par la mer1 les rapprocher en quelque sorte les uns des autres1 et les mettre porte de se secourir4 ,cette nouvelle manire de penser porta atteinte l'autorit dont ,sparte avoit joui jusque-l4 ,quelque gloire que cette rpublique et acquise dans la guerre ,mdique1 quelqu'ancienne et bien fonde que ft sa rputation1 elle se trouvoit dgrade par la seule raison qu'elle n'avoit ni vaisseaux1 ni fonds ncessaires pour l'entretien d'une marine4 ,on commenoit ngliger sa protection1 tandis qu',athnes1 la faveur de ses flottes nombreuses1 attiroit au contraire tous les regards sur elle1 et sembloit avoir dj usurp la prminence dont l'autre toit encore en possession4 ,athnes n'auroit joui que d'une considration peu durable1 si les ,spartiates n'avoient oppos son ambition que leurs anciennes vertus4 ,cette rpublique imprudente1 qui devoit perdre sa puissance par l'abus qu'elle en feroit1 auroit t bientt contrainte par les vnemens de reprendre la place subalterne qu'elle avoit occupe dans la ligue de la ,grce4 ,la crainte qu'on avoit de la vengeance de ,xercs1 toit une terreur panique1 et ne pouvoit subsister long-temps4 ,les colonies d',asie1 accoutumes la paix1 et jalouses de leur libert1 devoient se lasser de la protection inquite et tyrannique des ,athniens4 ,les ,grecs dtromps auroient bientt ouvert les yeux sur la faute qu'ils faisoient1 de ngliger une rpublique qui les gouvernoit depuis six cens ans avec sagesse1 pour se livrer la conduite d'une ville dont le peuple1 accoutum par le vice de ses lois n'agir que par caprice et par passion1 toit incapable d'tre la tte de leurs affaires4 ,plus les ,spartiates auroient souffert patiemment l'espce de tort que leur faisoit le crdit naissant d',athnes1 plus on seroit revenu eux avec confiance et avec empressement4 ,ils ne surent pas qu'il faut supporter des maux passagers1 et se garder de les aigrir par des remdes imprudens2 ils ignorrent que1 quelque rvolution que paroisse prouver un tat1 il n'est point dchu quand il conserve religieusement les institutions auxquelles il a d sa puissance4 ,leur jalousie contre les ,athniens les prpara commettre une injustice contre la ,grce entire4 ,au lieu de ne confier le commandement de l'arme destine porter la guerre en ,asie et rendre la libert aux colonies1 qu' un gnral propre faire aimer et respecter le pouvoir de sa patrie1 ils en chargrent ,pausanias1 que le butin fait ,plate avoit dj corrompu1 et qui1 se vendant aux lieutenans de ,xercs1 se comporta avec autant de hauteur et de duret l'gard des ,grecs1 que de foiblesse et de mnagement envers les ,perses4 ,il clata un soulvement universel2 et ,lacdmone1 voulant en quelque sorte punir tous les ,grecs de l'ambition qu'elle craignoit dans les seuls ,athniens1 refusa d'couter les plaintes qu'on lui portoit contre son gnral3 elle crut qu'il falloit appesantir le joug1 parce qu'elle craignit qu'on ne voult le secouer4 ,cette conduite fut compare celle d',athnes1 o ,aristide et ,cimon1 aprs que ,thmistocle eut t condamn subir la peine de l'ostracisme1 avoient acquis le plus grand crdit4 ,tous les ,grecs1 l'exception de ceux du ,ploponse1 implorrent sa protection2 et pour se dlivrer de la tyrannie de ,pausanias1 ils offrirent un peuple qui vraisemblablement se seroit content de commander les armes sur mer1 comme ,sparte les commandoit sur terre1 de ne plus aller la guerre que sous ses ordres4 ,quoique les ,lacdmoniens ne songeassent plus conserver l'empire de la ,grce par les mmes moyens qu'ils l'avoient autrefois acquis1 et que les ,athniens fussent assez enivrs de leur fortune pour se livrer aux plus vastes esprances1 la ,grce continuoit jouir de la paix4 ,l'ancien esprit du gouvernement fdratif faisoit faire encore par habitude ces deux peuples mille efforts pour n'en pas venir une rupture ouverte4 ,quelqu'attachs que fussent les ,grecs la ville dont ils toient citoyens1 ils ne croyoient point encore qu'il leur ft permis de sacrifier ses intrts ceux de la ,grce entire1 qui toit la patrie commune4 ,athnes et ,sparte1 quoique rivales et dj ennemies1 se bornoient cependant s'observer et s'inquiter2 si elles se faisoient une injure1 elles se htoient de la rparer moiti4 ,a l'exemple des autres villes1 elles toient accoutumes s'appeler elles-mmes les deux mains1 les deux bras ou les deux yeux de la ,grce2 elles en concluoient que si l'une ou l'autre prissoit1 la ,grce seroit boiteuse1 manchote ou borgne2 et leur imagination effraye par cette image1 temproit la fougue de leur ambition et de leur jalousie4 ,lacdmone1 d'ailleurs1 toujours lente se dcider par la forme mme de ses dlibrations1 se conduisoit depuis trop long-temps par des principes de modration et de justice1 pour s'abandonner lgrement son ambition4 ,elle ne pouvoit se dguiser qu'elle toit trop foible pour humilier un ennemi dont les succs avoient augment la confiance et le courage1 et qui1 disposant de presque toutes les forces de la ,grce1 pouvoit1 avec le secours de ses vaisseaux1 faire des descentes dans toutes les parties du ,ploponse1 et toit gouverne dans ce moment par des hommes du mrite le plus minent4 ,les ,athniens1 de leur ct1 devoient voir avec une sorte de frayeur la rputation de ,lacdmone4 ,si1 par la nature de leur gouvernement1 un caprice devoit souvent dcider de leurs rsolutions1 le caprice alors la mode dans leur place publique1 toit d'obir aveuglment aux magistrats qui ils avoient donn leur confiance2 et aprs toutes les grandes choses qu'ils avoient faites depuis l'exil des ,pisistrates1 ils se connoissoient trop bien en mrite1 pour se laisser gouverner par des hommes qui n'auroient pas prvu dans quels malheurs une guerre contre ,lacdmone auroit jet leur patrie et la ,grce entire4 ,quoique ,thmistocle hat les ,lacdmoniens1 et vit avec plaisir que sa patrie qu'il gouvernoit devnt la puissance dominante de la ,grce1 il ne l'invita point repousser par les armes les premires injures que lui firent les ,spartiates4 ,l'lvation de son ame ne lui permit pas de songer se rendre ncessaire par une trahison4 ,il connoissoit les ,athniens1 peuple incapable d'tre heureux sans abuser de son bonheur2 et il sentit que ce seroit servir leurs passions et non pas leurs vrais intrts1 que de les mettre la tte d'une rpublique fdrative1 dont tous les mouvemens ne peuvent tre mnags avec trop de circonspection4 ,aristide1 encore plus vertueux que ,thmistocle qui il succdoit1 n'eut point d'autre principe de politique que les rgles de la plus exacte morale1 et respecta l'ancienne autorit de ,lacdmone4 ,cimon1 aussi bon citoyen qu',aristide1 fit tous ses efforts pour touffer dans sa naissance la rivalit ruineuse des deux rpubliques1 et conserver l'ancien systme de la ,grce4 ,il combattit avec succs l'ambition de ses citoyens1 en les occupant en ,asie contre les ,perses4 ,il loua publiquement la simplicit1 la temprance et la modration des ,spartiates dont il avoit les murs4 ,la ,laconie essuya un tremblement de terre qui y fit prir plus de vingt mille hommes1 et il ne travailla qu' l'aider rparer ses pertes4 ,les ,ilotes et les ,messniens se rvoltrent2 et tandis que l'orateur ,ephialte vouloit qu'on laisst succomber ,lacdmone1 ,cimon s'en dclara le protecteur1 pour la rconcilier avec sa patrie4 ,il engagea les ,athniens lui donner des secours1 et lui pardonner mme l'injure dont elle paya leur gnrosit1 en les souponnant d'tre les amis secrets de ses esclaves rvolts4 ,matre d'une fortune considrable1 conome dans sa maison1 prodigue au-dehors1 il joignoit l'intgrit et aux lumires d'un grand magistrat1 les talens les plus rares et les plus ncessaires la guerre4 ,il eut l'avantage singulier de remporter le mme jour deux victoires1 l'une sur mer et l'autre sur terre4 ,des succs trop brillans en ,asie lui firent enfin des ennemis dans l',attique2 on rendit ses vertus suspectes1 on craignit ses talens2 et ,athnes donna sa confiance l'homme qui avoit tram et conduit l'intrigue qui perdoit ,cimon4 ,c'toit ,pricls1 qui une justesse exquise d'esprit fournissoit toujours les plus srs moyens pour parvenir son but4 ,capable d'emprunter les sentimens qui lui toient les plus trangers1 d'embrasser la fois plusieurs objets1 et de les combiner avec une prcision extrme2 grand capitaine1 plus grand orateur encore1 ,athnes n'avoit point eu de citoyen qui et runi plus de talens propres gouverner la multitude4 ,mais toutes ces grandes qualits1 employes servir l'ambition encore plus grande de ,pricls1 devinrent le flau de sa patrie et de la ,grce4 ,il avoit remarqu que1 par un mlange de dsintressement et d'avarice1 de fermet et de condescendance1 la plupart des magistrats qui l'avoient prcd dans l'administration des affaires1 n'avoient joui que d'une faveur incertaine2 et que ceux qui s'toient constamment occups du bien public dans leur rgence1 avoient toujours prouv une disgrace clatante4 ,au lieu d'tre demi-vertueux et demi-mchant1 d'irriter le peuple dans une occasion1 et de lui faire dans l'autre une cour servile1 il se fit une rgle constante de tout sacrifier la passion qu'il avoit de gouverner sa rpublique4 ,il s'agissoit de faire oublier les prodigalits de ,cimon2 et ,pricls1 qui ne jouissoit que d'un patrimoine mdiocre1 imagina d'tre prodigue des richesses de l'tat4 ,il fit donner au peuple des rtributions pour assister aux jugemens4 ,la multitude1 dont la fureur de juger s'empara1 ne quitta plus la place publique que pour courir aux thtres4 ,solon vouloit que le peuple ft laborieux2 il avoit charg l',aropage de s'informer des occupations de chaque citoyen1 et de punir ceux qui ne travailleroient pas4 ,le pre qui n'avoit pas fait apprendre un mtier son fils1 toit priv par les lois de ses droits naturels sur lui1 et ne pouvoit en exiger aucun secours dans sa vieillesse4 ,le lgislateur avoit sans doute espr que le peuple1 occup par quelque profession1 seroit moins empress de se trouver sur la place publique1 et laisseroit ainsi une plus grande autorit au snat et aux magistrats4 ,ces vues ne touchrent pas ,pricls4 ,il lui importoit peu qu'aprs avoir dtruit le got et l'habitude du travail1 l'oisivet du peuple dt un jour multiplier les vices de la dmocratie1 pourvu que sa reconnoissance prsente l'attacht plus fortement son bienfaiteur4 ,la multitude1 toujours aveugle et toujours passionne dans ses jugemens1 devoit avilir tous les tribunaux1 et ne s'occuper dsormais sur la place qu' commenter1 expliquer1 modifier et luder les lois1 qui par-l resteroient sans forces2 et c'est ce que dsiroit ,pricls1 qui parotroit plus grand quand l'autorit de tous les magistrats seroit avilie1 et qui vouloit n'tre gn dans son administration par aucune loi4 ,il prvoyoit avec plaisir qu',athnes1 au milieu des ftes1 des spectacles1 des plaisirs1 perdroit les murs convenables un tat libre2 que les arts inutiles seroient bientt les plus estims1 et que les ,athniens1 distraits de leurs devoirs1 n'aspireroient enfin qu' la gloire purile et dangereuse d'tre le peuple le plus poli et le plus aimable de la ,grce2 moins la rpublique seroit attentive l'administration des affaires1 plus son premier magistrat devoit avoir d'autorit4 ,cet adroit tyran d',athnes toit cependant trop habile pour compter sur la faveur du peuple1 s'il ne travailloit continuellement s'affermir4 ,son grand art consista caresser la multitude pour imposer silence ses rivaux1 et n'embarquer la rpublique que dans des entreprises dont le succs lui parut certain4 ,quelque puissante que fut son loquence1 un revers qui auroit interrompu les ftes d',athnes1 tari les sources de son luxe1 ou port l'ennemi dans l',attique1 auroit dconcert l'orateur2 et le peuple1 qui ne voit que le moment prsent1 et ne juge que par les vnemens1 auroit t capable1 dans une agitation convulsive de sa colre ou de sa crainte1 de renverser l'idole qu'il adoroit4 ,ds-lors ,pricls ne vit pas avec moins de chagrin que ,cimon1 mais par d'autres motifs1 la rivalit qui s'toit forme entre sa patrie et ,lacdmone4 ,il jugea que si les ,spartiates1 seconds des forces du ,ploponse1 en venoient une rupture ouverte1 la qualit de chef d',athnes deviendroit un fardeau trop pesant1 et qu'il succomberoit peut-tre sous le poids d'une guerre entreprise contre un peuple qu'on croyoit invincible4 ,a l'exemple de ,cimon1 il russit d'abord se rendre matre de la haine des ,athniens contre ,lacdmone1 en les occupant par des expditions contre les ,perses2 mais ces succs mmes1 plus ils toient brillans1 plus ils aigrissoient la jalousie des ,spartiates4 ,leur patience se lassoit enfin de voir triompher leurs ennemis en ,asie2 ils toient fatigus du bruit de leurs exploits et des loges que leur donnoit la ,grce2 et il n'y avoit plus ,sparte qu'un petit nombre de citoyens attachs aux anciennes lois de ,lycurgue1 et clairs sur les vrais intrts de la ,grce et de leur patrie1 qui conservt de la modration4 ,ce parti trop foible n'auroit pu empcher que la rpublique ne comment la guerre1 si ,pricls n'et adroitement profit du commencement de corruption que le butin fait ,plate avoit fait natre ,lacdmone2 il y envoya tous les ans dix talens1 qu'il distribua tous ceux qui voulurent se laisser corrompre1 et qui il ordonna de penser et de parler comme les gens de bien4 ,mais cette paix1 d'abord favorable aux vues de ,pricls1 devint enfin elle-mme un nouvel embarras pour lui4 ,d'un ct1 la guerre contre les ,perses commenoit passer de mode1 quoiqu'elle offrt des victoires faciles et un butin considrable2 ce qui sembloit devoir satisfaire -la-fois le double got des ,athniens pour la gloire de leurs armes et la magnificence de leurs spectacles4 ,de l'autre1 il toit dangereux de laisser la rpublique dans une trop grande oisivet4 ,applaudir ou critiquer une pice de thtre1 un tableau1 une statue1 un difice2 contredire l'aropage1 juger quelques procs particuliers1 ce n'toit pas assez pour occuper des esprits volages et accoutums l'agitation4 ,il falloit aux ,athniens des armes en campagne1 des succs1 des dfaites1 des esprances et des craintes1 ou leur inquitude naturelle les rendoit trop difficiles conduire4 ,heureusement pour ,pricls1 les allis d',athnes n'toient pas aussi contens de son administration que les ,athniens4 ,les colonies d',asie ne blmoient ni le luxe1 ni les plaisirs auxquels la rpublique se livroit2 mais elles trouvoient mauvais de payer les frais de ses ftes et de ses spectacles1 et que ,pricls leur demandt plus de six cent talens de contribution pour ne procurer que des amusemens frivoles des citoyens1 tandis que ,cimon s'toit content de soixante pour faire la guerre aux ,barbares4 ,pricls se fit un art de rduire au dsespoir des peuples qui ne pouvoient se soulever contre ,athnes sans se perdre4 ,outre qu'il n'y avoit aucune liaison entr'eux1 et qu'il leur toit par consquent impossible d'agir de concert1 ils n'avoient jamais eu d'ambition2 et contens de recouvrer leur libert1 ils avoient obtenu de ,cimon de ne contribuer qu'en argent et en vaisseaux la guerre que la ,grce avoit faite en leur faveur au roi de ,perse4 ,les colonies1 accoutumes par-l au repos et toutes les douceurs d'une vie tranquille1 avoient perdu l'usage de manier les armes1 et1 selon la judicieuse remarque de ,thucydide1 se trouvant mme puises par les contributions auxquelles elles s'toient soumises1 ne pouvoient se drober au joug des ,athniens1 s'ils vouloient les traiter plutt en sujets qu'en allis4 ,en reprsentant les justes plaintes de ces peuples malheureux1 comme un attentat intolrable1 et propre ruiner toute espce de subordination1 ,pricls les rendit facilement odieux4 ,il engagea les ,athniens dans une guerre qui devoit affermir son crdit1 parce qu'elle devoit leur procurer sans cesse des succs certains1 et leur promettoit un grand empire4 ,en effet1 leur rpublique1 contente de gagner des batailles et de prendre des villes1 n'importe quel prix1 ignoroit trop ses intrts pour s'apercevoir que les avantages qu'elle remportoit sur ses allis1 annonoient sa dcadence1 et que leur rvolte la ramenoit au mme point de foiblesse o elle s'toit vue avant la guerre ,mdique4 ,athnes auroit repris sans s'en apercevoir la seconde place qu'elle occupoit autrefois dans la ligue fdrative des ,grecs1 si cette guerre qui la rendoit odieuse et dur assez long-temps pour que ses allis1 se dtachant successivement de son alliance1 l'eussent prive de tout secours tranger4 ,mais les ,athniens avoient des succs continuels1 et la crainte retenoit encore la plupart des colonies sous le joug1 lorsque ,pricls eut besoin de donner sa rpublique une occupation plus importante4 ,le temps arriva o il devoit rendre compte de son administration1 et cette opration toit dlicate4 ,ce n'est pas qu'il se ft enrichi aux dpens de l'tat2 mais soit ngligence de sa part1 soit infidlit dans les subalternes qu'il avoit employs au maniement des deniers publics1 on ne trouvoit point l'emploi de plusieurs sommes considrables1 et les revenus de la rpublique toient diminus4 ,il toit humiliant pour ,pricls de montrer aux ,athniens que leurs finances toient en mauvais ordre2 et c'toit prodigieusement dcrier la prodigalit1 les ftes1 les jeux1 et les spectacles1 que d'avouer qu'ils n'avoient enfin abouti qu' ruiner la rpublique et ses allis4 ,tout le monde se rappelle le mot d',alcibiade ce sujet4 ,il s'toit prsent chez ,pricls pour le voir2 et on lui dit qu'il ne recevoit personne1 tant accabl d'affaires1 et occup penser comment il rendroit ses comptes4 ,s'il m'en croyoit1 rpondit ,alcibiade1 il songeroit bien plutt comment il n'en rendroit point4 ,cette plaisanterie servit de conseil ,pricls1 et il ne pensa qu' distraire les ,athniens de leurs affaires domestiques par quelqu'entreprise importante au-dehors4 ,malheureusement aucune ville voisine n'osoit remuer2 les unes intimides par les exemples de svrit qu',athnes avoit donns1 les autres retenues par le peu d'intrt que ,lacdmone sembloit prendre leurs affaires1 et par la lenteur avec laquelle cette rpublique agissoit1 renfermoient leur ressentiment1 en attendant des circonstances plus favorables2 et ,pricls fut rduit la dure extrmit d'irriter la jalousie des ,spartiates mmes qu'il redoutoit4 ,il savoit que les ,corinthiens n'avoient pas oubli les torts qu',athnes leur avoit fait dans la guerre de ,corcyre1 qui toit peine termine2 et il espra qu'en faisant le sige de ,potipe1 place de la plus grande importance pour eux1 il les forceroit prendre les armes4 ,en mme temps qu'il insulte un des peuples les plus puissans du ,ploponse1 il ne fait plus passer d'argent ,lacdmone2 et ses pensionnaires1 qui se seroient vengs1 en continuant parler d'une manire propre conserver la paix1 se turent mal-habilement1 et servirent ,pricls4 ,les ,spartiates1 qu'aucun obstacle n'empchoit plus de se livrer leur haine1 convoqurent une assemble gnrale de leurs allis1 pour dlibrer sur la situation du ,ploponse1 et les dangers dont la ,grce entire toit menace4 ,les ,corinthiens parlrent avec plus de chaleur que tous les autres1 ,spartiates1 dirent-ils1 vous tes les librateurs de la ,grce1 vous en tes les protecteurs2 mais renoncez ces titres1 ou htez-vous de rparer les maux que nous souffrons1 et que vous auriez d prvenir4 ,il est temps que votre bonne foi ne soit plus la dupe de l'ambition des ,athniens2 n'attendez pas pour nous venger que vos ennemis aient dtruit votre puissance4 ,connoissez ces ,athniens qui ne veulent de libert que pour eux1 et qui sont les plus grands ennemis de la ,grce4 ,toujours hardis1 toujours entreprenans1 toujours presss d'agir2 un succs1 un revers1 tout augmente galement leur confiance et leur ambition4 ,ils croient que leur rpublique dcheoit quand elle ne s'agrandit pas2 ils se regardent ds aujourd'hui comme les matres des villes qui sont leur biensance1 et qu'ils esprent de subjuguer4 ,a cette ambition impatiente1 qu'opposez-vous1 ,spartiates8 une lenteur extrme4 ,quel en sera le fruit8 la dfection de vos allis et l'lvation de vos ennemis4 ,rduits enfin vos seules forces1 vous tenterez1 mais trop tard1 d'chapper au sort que plusieurs peuples ont dj subi4 ,les villes qui vous implorent aujourd'hui1 soumises alors aux ,athniens1 serviront elles-mmes vous opprimer4 ,les dieux auroient-ils donn inutilement aux hommes le talent de prvoir l'avenir1 en tudiant le pass8 ,pour tre modrs envers des ennemis qui ne cessent de vous insulter1 ne soyez pas injustes l'gard de vos allis1 qui ne veulent que vous servir4 ,vous nous devez votre protection2 la foi des traits1 la religion des sermens vous y obligent1 et nous en rclamons aujourd'hui les effets pour votre propre avantage4 ,les ambassadeurs qu',athnes avoit envoys cette assemble1 agirent conformment aux vues de ,pricls4 ,se contentant de parler vaguement de leur dsir de la paix1 pour ne pas parotre1 s'il toit possible1 les auteurs de la guerre1 ils ne firent aucune proposition qui tendt faire voir qu'ils toient prts entrer en ngociation1 qu'ils dsiroient de rparer leurs injustices1 et de rassurer les esprits sur l'avenir4 ,toujours pleins des journes de ,marathon et de ,salamine1 ils ne dissimulrent pas qu'il toit juste qu'une rpublique1 qui avoit sauv deux fois la ,grce1 en et l'empire4 ,c'est de tout temps1 dirent-ils1 que les plus forts sont les matres2 nous ne sommes pas les auteurs de cette loi1 elle est fonde dans la nature4 ,a les en croire1 on et dit que la majest du commandement s'avilissoit par la modration1 la justice et la bienfaisance4 ,ce discours sauvage1 et digne d'un satrape de ,perse1 qui parle des esclaves1 indigna des hommes qui vouloient tre libres2 et ,lacdmone porta un dcret1 par lequel elle prenoit sous sa protection ,corinthe1 ,potide1 ,egine et ,mgare4 ,pricls1 qui tout russissoit1 profita de cette dmarche de ,lacdmone pour faire prendre aux ,athniens une rsolution extrme4 ,aprs avoir reprsent sous de fausses couleurs sa conduite et celles des villes du ,ploponse3 ,il ne s'agit point1 dit-il au peuple le plus orgueilleux de la ,grce1 de montrer une lche condescendance aux volonts des ,lacdmoniens4 ,s'ils ne nous enjoignoient pas de quitter ,potide1 d'affranchir ,egine1 et de rvoquer le dcret que nous avons port contre ,mgare1 nous pourrions peut-tre1 sans nous faire tort1 ne consulter que notre modration2 mais puisque ,lacdmone croit encore jouir de son ancien empire1 et donne des ordres1 ,athnes doit dsobir pour ne pas se dshonorer4 ,si vous cdez aux menaces de la guerre1 on croira que vous vous tes rendus la crainte2 on vous fera de nouvelles demandes1 qu'il faudra rejeter pour ne pas plier sous le joug4 ,vous pouvez aujourd'hui carter le pril qui vous menace1 en donnant un exemple de vigueur qui intimidera vos allis1 et instruira pour toujours les ,lacdmoniens du succs qu'ils doivent se promettre de leur orgueil2 mais peut-tre que demain il n'en sera plus temps4 ,ds qu',athnes et ,lacdmone en toient venues une rupture ouverte1 il ne falloit plus esprer que1 sans la ruine entire de l'une ou de l'autre de ces rpubliques1 l'ancien gouvernement fdratif des ,grecs pt se rtablir et subsister4 ,quoique les intrts particuliers de ,pricls et de ,corinthe eussent fait prendre les armes1 cette guerre toit1 en effet1 une guerre de rivalit entre ,sparte et ,athnes2 elle devoit ranimer une jalousie qui avoit t retenue et non pas teinte2 et plus les ,spartiates et les ,athniens toient braves1 plus leur haine en s'aigrissant devoit tre implacable4 ,la premire hostilit devenoit une source ternelle de divisions4 ,les monarchies peuvent oublier les injures qu'elles ont reues1 parce que le prince imprime son caractre sa nation1 et qu'il peut n'tre ni vindicatif1 ni ambitieux1 ni jaloux2 mais dans des rpubliques telles que celles de la ,grce1 o la multitude gouverne1 quel magistrat pouvoit rsister au torrent de l'opinion publique1 et le dtourner8 ,les ,grecs ne devoient plus avoir d'autre politique que celle de leurs passions4 ,c'est sous ce point de vue que ,pricls auroit d commencer et conduire ses oprations4 ,il falloit pntrer quel alloit tre l'objet1 l'ame et le dbut de la guerre4 ,n'en faire supporter les maux qu' ,mgare1 ,egine et ,potide1 c'toit une dmarche fausse4 ,brler les vaisseaux et les moissons de ,corinthe1 c'toit ne point dcider qui appartiendroit l'empire de la ,grce1 et cependant c'toit pour cet empire qu'on alloit combattre4 ,athnes devoit donc adresser directement tous ses coups sa rivale1 dont la chte auroit t suivie de l'obissance de ses allis2 mais ,pricls1 gouvern par la seule passion de dominer dans sa patrie1 craignit de se jeter dans de trop grands embarras1 ou de se mettre dans des entraves1 s'il proposoit le dessein d'humilier les ,spartiates au point de les rduire reconnotre la supriorit des ,athniens4 ,s'il et une fois fait concevoir cette esprance tmraire1 il n'auroit plus t le matre d'y renoncer1 sans se dshonorer et perdre son crdit4 ,il ne forma qu'un plan vague1 pour se laisser la libert de changer de vue selon les vnemens1 d'avancer ou de reculer son gr1 et de prendre chaque jour1 le parti le plus favorable ses intrts4 ,les ,lacdmoniens ne se rendirent pas de leur ct un compte plus sage de la guerre qu'ils avoient entreprise4 ,quand ils devoient se hter de commencer les hostilits pour prvenir leurs ennemis1 ils perdirent un temps prcieux en ngociations inutiles4 ,les ambassadeurs qu'ils envoyrent ,athnes1 tantt demandrent qu'elle rpart je ne sais quel sacrilge1 dont les prtres de ,delphes se plaignoient2 tantt l'invitrent lever le sige de ,potide1 rendre la libert aux ,egintes et aux ,mgariens1 ou proposrent seulement de faire un trait1 par lequel on s'engageroit ne faire aucune entreprise prjudiciable la libert de la ,grce4 ,au lieu de ne traiter en ennemis que les allis d',athnes qui s'opinitreroient rester fidelles leurs premiers engagemens1 ils tendirent galement leur svrit sur ceux qui n'attendoient qu'une invitation et des secours pour secouer le joug des ,athniens4 ,cette faute toit norme2 ce ne fut pas cependant la plus considrable que firent les ,spartiates4 ,tandis qu'ils devoient parotre ne combattre que pour la libert des ,grecs1 ils recherchrent scandaleusement l'amiti de la cour de ,perse1 et lui abandonnrent les colonies d',asie1 que ,cimon avoit rendues libres4 ,n'toit-ce pas mriter la haine1 et peut-tre mme le mpris de la ,grce8 ,sans doute que dans le dtail des oprations particulires de cette guerre1 les gnraux de ,lacdmone et d',athnes firent ce que la plus grande habilet exigeoit d'eux1 et il ne m'appartient pas de les juger2 mais il est vrai que l'histoire offre peu de guerres dont les vues gnrales aient t prpares et conduites avec moins d'intelligence4 ,dmosthnes reprocha dans la suite aux ,athniens de faire la guerre ,philippe1 de la mme manire que les barbares se battent au pugilat4 ,un de ces athltes grossiers1 disoit-il1 est-il atteint en quelqu'endroit8 il est tout occup du coup qu'il reoit4 ,le frappe-t-on ailleurs8 il y porte la main4 ,mais parer1 mais regarder fixement son ennemi ou le prvenir1 il ne le sait ni ne l'ose4 ,vous de mme1 ,athniens1 si on vous annonce ,philippe dans la ,chersonse1 vous formez un dcret pour secourir la ,chersonse4 ,si vous apprenez qu'il occupe les ,thermopyles1 pareil dcret en faveur des ,thermopyles4 ,s'il tourne de quelqu'autre ct que ce puisse tre1 vous le suivez en gens qui sont sa solde et ses ordres4 ,mais apprenez que si un gnral d'arme marche la tte des troupes1 un politique doit marcher la tte des affaires4 ,athnes et ,lacdmone commencrent mriter les mmes reproches pendant la guerre du ,ploponse4 ,elles se perdent continuellement de vue1 et n'entreprennent rien de dcisif4 ,l'une attend pour former un projet que l'autre soit entre en campagne4 ,on fait des courses dans l',attique ou dans la ,laconie2 et toutes les entreprises ne sont en quelque sorte que des diversions1 sans qu'il y ait d'attaque principale4 ,tandis qu',archidamus se porte chez les ,platens1 et se jette sur l',acarnanie1 les ,athniens font une irruption dans la ,calcide et dans la ,botie4 ,si quelqu'un de leurs allis se rvolte1 toute leur attention est porte de ce ct-l4 ,tantt le thtre de la guerre est dans l'le de ,lesbos1 sur le territoire de ,mgare1 dans l'le de ,corcyre2 tantt chez les ,etoliens1 dans la ,botie ou dans la ,thrace4 ,a force d'entamer des entreprises diffrentes1 chaque rpublique divise trop ses armes1 et se met dans l'impuissance de profiter de ses avantages4 ,on est heureux d'un ct1 malheureux de l'autre2 on n'a que des succs balancs par des pertes -peu-prs gales4 ,athnes et ,lacdmone1 affoiblies1 ne peuvent s'imposer la loi l'une l'autre2 cependant1 leur haine augmente et s'irrite par les efforts impuissans qu'elles font pour la satisfaire2 et leur ambition infructueuse rompt enfin1 d'une manire sensible1 tous les ressorts du gouvernement de la ,grce4 ,si ,pricls avoit vcu1 ,athnes vraisemblablement ne seroit point tombe dans l'avilissement o ses successeurs la prcipitrent4 ,quelque contraires que fussent ses entreprises aux intrts de sa patrie1 il les excutoit avec une sorte d'clat et de courage capable d'blouir la multitude4 ,peut-tre que cet homme1 dont la ,grce admiroit avec justice les talens suprieurs1 se seroit enhardi peu--peu1 en voyant les fautes1 la lenteur et les irrsolutions des ,spartiates2 peut-tre auroit-il cru enfin ne pas se compromettre1 en formant des plans de campagne propres dterminer dcisivement la querelle des deux rpubliques1 qui s'toient fait trop de mal pour cesser de se har4 ,sa rgence avoit fait une plaie mortelle la ,grce2 et sa mort1 qui survint au commencement de la troisime anne de la guerre1 ne laissa aucune esprance d'y voir appliquer un remde efficace4 ,il ne se prsenta pour succder ,pricls1 qu'une foule de petits ambitieux1 qui1 sans talens1 sans connoissances1 sans droiture dans le cur1 sans lvation dans l'esprit1 crurent qu'il suffisoit de savoir tre intrigant1 d'avilir le mrite et de flatter les gots de la multitude1 pour tre en tat de gouverner une rpublique4 ,pricls avoit toujours soigneusement cart le mrite1 pour n'appeler sous lui1 l'administration des affaires1 que des personnes dvoues ses volonts et incapables de lui faire ombrage2 mais ce n'toit pas-l la seule cause qui et touff le gnie dans ,athnes1 ou du moins qui l'et cart du gouvernement de la rpublique4 ,la loi de l'ostracisme ne produisit d'abord aucun mauvais effet1 parce que l'habitude toit prise de n'aimer que la gloire et la libert2 et tant qu'il avoit fallu tre homme d'tat ,athnes1 pour y avoir de la considration1 on s'toit expos sans crainte l'exil et l'ingratitude de ses concitoyens4 ,mais depuis que les ,athniens s'toient passionns1 sous la rgence de ,pricls1 pour la philosophie et les beaux arts1 jusqu'au point d'accorder ceux qui s'y distinguoient la mme estime qu'aux plus grands capitaines et aux plus grands magistrats1 les gens senss1 qui on avoit ouvert une voie moins dangereuse pour acqurir de la gloire1 pensrent comme le pre de ,thmistocle1 qui voyoit avec chagrin que son fils aspirt aux emplois d'une rpublique ingrate1 qui n'encourageoit le mrite que par des rcompenses trompeuses4 ,il menoit quelquefois son fils1 dit ,plutarque1 sur le rivage de la mer2 et lui faisant remarquer les vieilles galres qu'on y laissoit pourrir1 les comparoit aux hommes d'tat1 qui sont toujours ngligs1 ds qu'ils ne sont plus utiles4 ,tout homme de bien dt penser de mme dans un ville o l'ambition avilie par les intrigans n'toit plus associe l'amour de la gloire4 ,il auroit t d'ailleurs bien difficile que les ,athniens1 occups de plaisirs1 de jeux1 de ftes et de spectacles1 depuis que leur avarice et leur prodigalit mettoient les allis contribution1 se fussent encore forms aux grandes choses4 ,leur puissance sur mer1 qui devoit servir de rempart la ,grce1 servoit1 dit ,xnophon1 raffiner leur got pour les volupts2 on trouvoit sur leurs tables tout ce que la ,sicile1 l',italie1 l'le de ,chypre1 l',egypte1 la ,lydie et les ctes de l',hellespont ont de plus rare et de plus exquis3 les murs d'une ville1 abandonne au luxe1 peuvent produire des hommes aimables1 mais non pas de grands hommes4 ,quoi qu'il en soit1 ,clon1 dont tous les historiens parlent avec un extrme mpris1 prit une espce d'ascendant sur tous ceux1 qui1 comme lui1 voulurent s'emparer de l'autorit que ,pricls avoit possde4 ,sa fortune donna de la confiance tous les intrigans2 et pour s'lever ou pour ruiner son adversaire1 on n'employa plus que la ruse1 la flatterie1 le mensonge1 la calomnie1 et tous ces moyens bas qui peuvent conduire aux honneurs dans une rpublique corrompue1 mais qui ne peuvent y maintenir1 moins qu'elle ne soit parvenue au comble de la corruption4 ,le peuple1 agit par les cabales et les partis forms pour le tromper1 se dfit de cette sorte de paresse avec laquelle il s'toit livr jusque-l au citoyen qui avoit gagn sa confiance4 ,il se dfia de tout le monde1 se tint sur ses gardes1 devint intraitable1 et ne put ni gouverner ni tre gouvern4 ,clon toit prt perdre la rpublique1 lorsque les citoyens les plus considrables1 dont il s'toit dclar l'ennemi1 pour gagner la faveur de la multitude1 lui suscitrent un concurrent2 mais ils n'eurent rien de mieux lui opposer que ,nicias1 qui une timidit excessive faisoit craindre la prsence du peuple4 ,on peut juger par-l1 combien il toit propre au rle qu'on lui destinoit4 ,il avoit des vertus1 des talens1 de l'loquence2 mais1 par je ne sais quelle dfiance pusillanime de lui-mme1 il n'osoit se montrer tel qu'il toit4 ,avec son insolence bruyante1 ,clon crasoit la modestie de ,nicias2 on pardonne l'un ses rapines1 on ne s'aperoit pas du dsintressement de l'autre4 ,brave soldat1 mais capitaine irrsolu1 toute entreprise paroissoit impossible ,nicias2 quand il commenoit enfin agir1 le moment le plus favorable toit dj pass4 ,il ne sait que douter1 dlibrer1 et peine a-t-il fait l'effort de se dcider1 qu'il croit dj entrevoir un meilleur parti1 qu'il abandonne encore pour un autre4 ,clon1 au contraire1 ne doutoit de rien2 entreprise sage ou tmraire1 moyens prudents ou insenss1 tout lui est gal4 ,enfin1 toute ,athnes1 indcise ou partage entre les vertus et les talens timides de ,nicias1 et les vices et l'ineptie effronte de ,clon1 n'ose prendre une rsolution1 ou prend un mauvais parti si elle agit4 ,alcibiade se mit bientt sur les rangs4 ,ce n'toit pas un ambitieux1 mais un homme vain qui vouloit faire du bruit et occuper les ,athniens4 ,sa valeur1 son loquence1 tout dans lui toit embelli par des graces4 ,abandonn aux volupts de la table et de l'amour1 jaloux des agrments et d'une certaine lgance de murs qui en annonce presque toujours la ruine1 il sembloit ne se mler des affaires de la rpublique1 que pour se dlasser des plaisirs4 ,il avoit l'esprit d'un grand homme2 mais son ame1 dont les ressorts toient devenus incapables d'une application constante1 ne pouvoit s'lever au grand que par boutade4 ,j'ai bien de la peine croire qu'un homme assez souple pour tre ,sparte aussi dur et aussi svre qu'un ,spartiate1 dans l',ionie aussi recherch dans les plaisirs qu'un ,ionien1 qui donnoit en ,thrace des exemples de rusticit1 et qui dans l',asie faisoit envier son luxe lgant par les satrapes du roi de ,perse1 ft propre faire un grand homme4 ,quoiqu'il et frquent l'cole de ,socrate1 il n'toit gure persuad qu'il y et dans le monde d'autre bien ni d'autre mal que ses plaisirs et ses chagrins4 ,on sait le mot de ,timon le misanthrope3 ,courage1 mon cher ami1 lui dit-il en lui touchant la main1 je te sais gr du crdit que tu acquiers2 deviens l'homme la mode1 tu me feras raison de nos insenss d',athniens4 ,tout est perdu1 en effet1 quand un homme du caractre d',alcibiade parvient la tte des affaires4 ,les grces accrditent les vices2 la dcadence des murs entrane celle des lois2 les talens agrables sont seuls honors et protgs1 et le gouvernement sans principes ne se conduit que par saillies4 ,avec de pareils administrateurs1 les ,athniens ne tentrent plus que des projets informes et mal conus4 ,ils prouvrent la dfection de plusieurs de leurs allis1 craignirent la rvolte des autres2 et aprs dix campagnes infructueuses1 la malheureuse journe d',amphipolis auroit d leur faire perdre l'esprance chimrique de dominer dans la ,grce4 ,les ,lacdmoniens1 de leur ct1 sans renoncer leur ambition1 toient las de la guerre1 qui avoit ruin leurs affaires4 ,leurs esclaves dsertoient chaque jour1 et ils n'avoient plus la mme autorit qu'autrefois sur leurs allis4 ,clon et ,brasidas1 ces ennemis ternels de la paix1 toient morts4 ,nicias1 que les prils et les rvolutions de la guerre alarmoient1 dsiroit de jouir sans trouble du crdit qu'il avoit acquis2 et ,plistianax1 roi de ,sparte1 avoit mille raisons particulires pour travailler la pacification de la ,grce4 ,les ,spartiates et les ,athniens ne conclurent qu'une trve2 et cependant le trait de paix le plus solennellement jur n'auroit t qu'un foible garant de la tranquillit publique4 ,ces deux peuples1 toujours pleins d'ambition et de dfiance1 loin de runir leurs forces1 ainsi qu'ils en toient convenus1 pour hter l'excution de leur trait1 auquel les allis refusoient de souscrire1 ne cherchrent au contraire eux-mmes que des prtextes pour luder leurs engagements4 ,ils se firent un art de se nuire en secret2 et malgr leur alliance1 toujours la veille de reprendre les armes1 ils ne jouissoient que d'une paix trompeuse2 lorsqu',athnes1 frappe d'une espce de vertige1 fit tout coup un effort1 et leva une arme formidable pour s'emparer de la ,sicile4 ,il y avoit dj long-temps que cette conqute flattoit l'ambition des ,athniens2 et ,pricls avoit eu besoin de toute son autorit pour les dtourner de cette entreprise4 ,que vous importe1 disoit ,nicias1 des affaires de ,sicile8 ,nous prouvons depuis long-temps que la rpublique est fatigue par la multitude de ses allis4 ,les ,lontins et les ,egestins sont1 il est vrai1 inquits chez eux2 et leurs ambassadeurs nous font de justes plaintes de la tyrannie de ,syracuse2 mais cette tyrannie1 de quel malheur menace-t-elle ,athnes8 ,est-il temps de songer faire des conqutes loignes1 quand tout nous avertit de pourvoir notre propre sret8 ,pouvons-nous croire que nous jouissons de la paix1 pendant que toute la ,grce est en feu8 ,toujours la veille de prendre part la guerre qui subsiste entre nos allis et ceux de ,lacdmone1 soit parce que nous ne savons pas nous faire obir1 soit parce que nous ne voulons pas qu'on nous obisse1 nous sommes certains que les ,spartiates nous dtestent2 par quelle inconsquence voulons-nous donc transporter nos forces hors de l',attique1 tandis que nous devrions les y rappeler si elles en toient loignes8 ,voulons-nous par notre foiblesse inviter nos ennemis rompre un trait qui les gne8 ,voulons-nous nous mettre hors d'tat de repousser les armes du ,ploponse1 quand elles entreront dans l',attique8 ,les ,athniens n'toient plus capables de goter ces sages rflexions2 ,alcibiade les avoit enivrs de ses folles esprances4 ,prvoir les obstacles et les prils de cette expdition tmraire1 c'toit tre mauvais citoyen4 ,la rpublique1 aussi ennuye de sa trve avec ,lacdmone qu'elle avoit t fatigue de la guerre1 se flattoit de se ddommager aux dpens des ,syracusains1 des pertes que les ,spartiates lui avoient fait faire4 ,elle ne doutoit point que la conqute de la ,sicile ne ft l'ouvrage d'une campagne2 et regardant ,syracuse comme une place d'armes d'o elle devoit tendre son empire sur l',italie et sur l',afrique1 elle se prparoit dj retomber sur le ,ploponse avec les forces de ces provinces soumises4 ,autant que le projet de cette guerre toit insens en lui-mme1 autant les moyens qu'on choisit pour l'excuter furent-ils extravagants4 ,avant le dpart de leur flotte1 les ,athniens portrent un dcret par lequel il toit ordonn1 qu'aprs avoir dtruit ,syracuse et ,slinunte1 on en vendroit les habitants1 et qu'on exigeroit un tribut de toutes les autres villes de ,sicile4 ,c'toit inviter les ,syracusains et les ,slinuntins se dfendre jusqu' la dernire extrmit2 et en les rduisant au dsespoir1 les rendre invincibles1 s'il leur restoit quelque moyen de l'tre4 ,c'toit aliner le cur des ,siciliens1 se priver de leurs secours contre ,slinunte et ,syracuse1 et ne leur donner avec ces deux villes qu'un mme intrt et une mme cause dfendre4 ,puisque les ,athniens n'avoient point un ,thmistocle qui pt1 force de sagesse et de talents1 faire russir une entreprise commence sous de si mauvais auspices1 cette guerre ne pouvoit laisser quelque foible esprance de succs1 qu'autant qu'elle seroit conduite par ,alcibiade1 dont le courage et le gnie toient propres faire natre de ces vnements bizarres1 de ces rvolutions extraordinaires1 de ces coups inattendus de la fortune1 qui confondent quelquefois la raison et changent la nature des choses4 ,mais peine ce gnral toit-il abord en ,sicile1 que ses ennemis1 qui avoient conjur sa perte1 et mis dans leurs intrts les prtres et la religion1 russirent le faire rappeler1 en lui intentant une action criminelle devant le peuple4 ,nicias1 qui avoit regard cette guerre comme une espce de dlire de la part de ses concitoyens1 partagea le commandement avec ,lamachus1 soldat entreprenant1 qui croyoit qu'un courage opinitre vient bout de tout1 et que la circonstance la plus favorable pour agir1 toit toujours celle o il se trouvoit4 ,ce capitaine ayant t tu1 ,nicias fut effray de se trouver seul la tte de l'arme2 toujours oppos un collgue aussi ardent que ,lamachus1 il avoit t oblig d'avoir un sentiment2 il n'en eut plus quand tout roula sur lui4 ,il demande des secours et des collgues2 et en les attendant il demeure dans l'inaction1 ou ne s'occupe que de projets de retraite4 ,dmosthne et ,eurimdon lui furent envoys2 et ces gnraux1 d'un caractre trop oppos pour tre unis et penser de concert1 auroient fait avorter une entreprise aise4 ,les ,syracusains1 secourus par les ,corinthiens et les ,spartiates1 et commands par ,gylippe1 firent lever le sige de leur ville4 ,les ,athniens1 dfaits diffrentes reprises sur mer et sur terre1 et en quelque sorte prisonniers dans la ,sicile1 o ils ne pouvoient recevoir aucune subsistance1 et d'o toute retraite leur toit ferme1 se virent obligs de se livrer la discrtion des ennemis4 ,les soldats furent vendus comme des esclaves ou envoys aux carrires1 et les deux gnraux1 ,nicias et ,dmosthne1 n'chapprent au supplice qu'on leur prparoit1 qu'en se donnant eux-mmes la mort4 ,cependant1 la trve entre ,athnes et ,lacdmone ne subsistoit plus2 et la premire de ces rpubliques1 pousse1 pour ainsi dire1 sa ruine par une fatalit aveugle1 n'avoit consult que sa haine et sa tmrit1 dans le temps qu'elle avoit le plus d'intrt de mnager ses anciens ennemis4 ,les ,spartiates ne donnoient encore que de foibles secours ,syracuse1 dont les ambassadeurs sollicitoient une diversion puissante2 ils rsistoient encore leur haine et aux intrigues d',alcibiade1 qui1 pour se venger de sa patrie1 ne travailloit qu' lui susciter des ennemis4 ,au lieu de profiter de ces dispositions pour changer la trve en une paix durable1 les ,athniens1 dont les affaires commenoient aller mal en ,sicile1 commirent eux-mmes les premires hostilits1 en faisant une descente dans la ,laconie4 ,aprs les dpenses et les pertes normes qu'ils avoient faites en ,sicile1 il toit impossible que leur rpublique ft en tat de se dfendre contre les ,lacdmoniens4 ,ses finances toient puises2 elle manquoit d'hommes propres porter les armes4 ,sans vaisseaux1 sans matelots1 peine pouvoit-elle tirer quelques subsistances par mer2 et l',attique cependant n'toit point cultive1 depuis que les ,lacdmoniens1 suivant le conseil d',alcibiade1 qui s'toit rfugi chez eux1 avoit fortifi ,dcalie1 d'o ils ravageoient impunment tout le pays4 ,les ,athniens1 mpriss de leurs allis1 furent abandonns de ceux qui1 jusque-l1 avoient eu la constance de leur rester attachs4 ,sparte1 qui les ,syracusains prtrent1 pour se venger1 une nombreuse flotte1 avoit son tour l'empire de la mer1 et les ambassadeurs de ,tyssapherne1 satrape de l',asie mineure1 lui offroient des secours1 et la sollicitoient de ruiner ,athnes de fond en comble4 ,au milieu de tant de maux1 la division la plus cruelle clata entre les ,athniens4 ,le peuple accusoit les riches de tous les dsastres que souffroit la rpublique2 les riches en accusoient l'insolence du peuple1 et publioient qu'il n'y avoit plus de salut esprer1 si on ne lui enlevoit une autorit1 dont il ne cesseroit jamais d'abuser4 ,pisandre se mit leur tte1 abolit le gouvernement populaire1 et confia le pouvoir souverain un conseil dont il fut le chef1 et qui1 pour confirmer la servitude du peuple1 employa inutilement tout ce que la tyrannie a de plus dur4 ,les esprits irrits et non pas soumis se rvoltrent avec une violence nouvelle2 et si les ,spartiates avoient attaqu le ,pyre1 pendant que la fureur des factions se signaloit par les plus grands excs1 les ,athniens1 dit ,thucydide1 auroient succomb avant que d'avoir pu se runir et prendre un parti3 mais1 poursuit le mme historien1 ce n'est pas la premire fois que la lenteur naturelle de ,lacdmone lui a fait perdre ses avantages4 ,sa supriorit s'vanouit bientt4 ,les ,syracusains rappelrent leurs troupes pour se dfendre contre les ,carthaginois2 et ,alcibiade1 qui avoit prouv des mpris depuis l'abaissement de sa patrie1 craignit d'tre cras sous ses ruines1 si elle succomboit1 et claira ,tyssapherne sur les intrts de la ,perse4 ,il lui fit sentir que1 bien loin de mettre fin la guerre qui dsolait la ,grce1 et de prter des secours trop abondans aux ,spartiates contre les ,athniens1 il devoit nourrir la rivalit des deux rpubliques2 les tenir en quilibre1 balancer leurs avantages1 et les consumer l'une par l'autre pour les obliger rechercher l'envi la protection du roi de ,perse1 qui deviendroit le mdiateur1 ou plutt l'arbitre de la ,grce4 ,alcibiade revint ,athnes dans ces circonstances2 et le peuple1 qui ne savoit qui donner sa confiance1 vola au-devant de lui1 et en fit son idole1 parce qu'il l'avoit perscut4 ,le courage succde aussitt l'abattement2 le gnral a dj fait passer ses esprances dans tous les esprits2 on fait un dernier effort2 tout s'arme2 on cherche l'ennemi2 on est impatient de vaincre ou de mourir1 et les ,athniens remportent une victoire assez considrable pour obliger leurs ennemis demander la paix4 ,il est temps1 ,athniens6 dirent les ambassadeurs de ,sparte1 que nous terminions nos longues querelles2 la guerre nous est galement funeste2 elle a diminu notre crdit dans la ,grce2 et quand elle vous fait perdre vos allis1 n'esprez pas qu'elle vous donne l'empire que vous affectez2 les dieux veulent sans doute que l'une de nos deux villes n'obisse pas l'autre4 ,que votre dernier avantage ne ferme pas vos curs la paix2 il seroit imprudent de compter sur la fortune1 et les uns et les autres nous n'avons que trop prouv son inconstance4 ,jugez-nous1 mais jugez-vous en mme temps avec quit4 ,nous cultivons les terres abondantes du ,ploponse1 et vous ne possdez que le territoire strile de l',attique4 ,la guerre vous a fait perdre plusieurs de vos allis qui ont recherch notre amiti4 ,le roi le plus riche et le plus puissant de la terre vous avance les frais ce la guerre2 et vous n'avez plus pour tributaires que quelques peuples que vos besoins ont appauvris4 ,telle est notre situation respective1 et cependant nous vous demandons la paix1 sans prtendre abuser de nos avantages4 ,de part et d'autre1 restons les matres des villes que nous possdions avant la guerre2 rendons-nous nos prisonniers en nombre gal1 et retirons les garnisons que nous avons mises dans quelques places qui ne nous appartiennent pas4 ,athnes rejeta les propositions des ,spartiates1 non pas parce que1 ne remontant point la source des divisions1 elles toient incapables d'tablir une paix solide entre les deux peuples1 mais par une confiance et une ambition galement prsomptueuses4 ,cette rpublique croyoit ne pouvoir essuyer aucun revers sous les ordres d',alcibiade1 et ce gnral1 en effet1 fut heureux dans ses entreprises2 mais elle ne connoissoit pas sa propre inconstance4 ,alcibiade1 qui1 par une conduite inconsidre1 fournissoit toujours ses ennemis des moyens de le perdre1 fut disgraci une seconde fois2 et prcisment1 dans le temps que ,cyrus le jeune1 gouverneur de la ,basse-,asie1 mditant une rvolte contre son frre ,artaxercs ,mnemon1 donna une flotte considrable aux ,lacdmoniens1 pour attirer son service les peuples du ,ploponse1 et que ,lysandre commenoit gouverner les affaires de ,lacdmone4 ,ce gnral fit enfin comprendre sa patrie l'erreur de la conduite qu'elle avoit tenue jusque-l4 ,il jugeoit que dans une guerre qui duroit depuis si long-temps1 et soutenue avec tant de haine et d'opinitret1 il n'y avoit plus qu'un parti extrme qui ft prudent2 et que ,lacdmone et ,athnes s'tant fait trop d'injures pour se rconcilier sincrement1 il falloit que l'une ft immole l'autre4 ,il publioit qu'il ne s'agissoit point des intrts de quelques allis1 mais de l'empire de la ,grce3 que les ,athniens n'y renonceroient pas s'ils n'toient qu'humilis2 qu'il toit indispensable de leur ter toute esprance en les ruinant entirement2 et que la paix1 toute autre condition1 ne seroit qu'une trve passagre1 et vraisemblablement viole dans des circonstances o ,lacdmone ne seroit peut-tre pas en tat de se dfendre4 ,lysandre ne regarda donc chaque succs que comme un pas qui le conduisoit se rendre le matre d',athnes4 ,s'il dfait le reste de ses forces maritimes1 c'est dans la vue de la bloquer par mer1 tandis qu',agis et ,pausanias l'assigeront par terre4 ,le moment fatal pour ,athnes arriva4 ,rduite aux abois1 elle n'a plus le courage de s'ensevelir sous ses ruines1 ressource unique qui lui restoit pour retrouver la victoire4 ,elle mendia la paix1 consentit dmolir ses fortifications et les murailles du ,pyre1 affranchit les villes qui lui payoient tribut1 rappela ses bannis1 livra toutes ses galres1 la rserve de douze1 et s'engagea ne plus faire la guerre que sous les ordres des ,lacdmoniens4 ,enfin1 ,lysandre mit le dernier sceau l'abaissement de cette rpublique1 en confiant toute l'autorit trente citoyens1 qui ne pouvoient la conserver qu'en obissant servilement ses ordres4 ,athnes servit de thtre la fureur de trente tyrans qui firent prir tous ceux dont ils craignoient le courage1 ou dont ils vouloient confisquer les biens4 ,cette ville1 pleine de trophes levs la valeur et l'amour de la libert1 ne renferma plus qu'une vile populace2 on ne voyoit1 de tout ct1 que des misrables accabls de besoins1 qui la rgence de ,pricls avoit fait perdre l'habitude du travail et donn le got des plaisirs1 et qui regrettoient leur oisivet et leurs spectacles1 et non pas leur libert4 ,trasybule1 que ,pausanias appelle le plus sage et le plus courageux des ,athniens1 conjura pour le salut de sa patrie4 ,a la tte de soixante exils comme lui1 il dtruisit la tyrannie1 et rendit la libert aux ,athniens4 ,mais pouvoit-il rendre des hommes familiariss avec les affronts et la honte1 les murs et le courage convenables un peuple libre8 ,la dmocratie va devenir l'empire d'une multitude insolente1 et qui ne sera plus touche de la gloire de ses pres4 ,tout mrite va tre dgrad4 ,les talens militaires1 les vertus civiles ne seront compts pour rien4 ,les potes1 les musiciens1 les comdiens1 les dcorateurs de thtre deviendront les matres de la rpublique4 ,m'est-il permis d'anticiper sur les temps8 ,eubule fera bientt passer ce dcret infame1 par lequel les fonds destins la guerre furent appliqus l'usage des spectacles1 et qui portoit peine de mort contre quiconque oseroit seulement en proposer la rvocation4 ,cette indiffrence lthargique pour le bien public1 que ,dmosthnes reproche aux ,athniens1 est devenue l'esprit gnral de la rpublique4 ,vos ,panathnes et ,bacchanales1 leur dira bientt cet orateur1 se clbrent toujours avec magnificence1 et le jour mme qui leur est destin4 ,vous avez tout prvu2 aucune difficult ne vous arrte4 ,s'agit-il de vos spectacles8 la distribution des rles est une affaire discute avec une attention extrme1 et personne de vous n'ignore le nom du citoyen que chaque tribu a choisi pour prsider aux rptitions de ses musiciens et de ses athltes4 ,est-il question de votre sret1 et de prvenir un ennemi qui menace ouvertement votre libert8 ,vous cessez d'tre attentifs2 les dlibrations vous fatiguent2 vous ne prvoyez rien2 et si vous portez enfin un dcret1 il ne s'excute jamais qu'en partie et trop tard4 ,pendant que les ,spartiates se livroient la joie1 et croyoient rgner dsormais sans contestation sur la ,grce3 ,dfions-nous de nos triomphes1 auroit d leur dire un snateur digne de la place qu'il occupoit dans sa patrie4 ,une confiance immodre accompagne toujours la prosprit2 et c'est pour s'y tre livrs aveuglment aprs la guerre ,mdique1 que les ,athniens ont voulu vous enlever l'empire de la ,grce4 ,vous voyez quel est aujourd'hui le fruit de leur ambition2 craignons que la ntre n'ait pas un succs plus heureux4 ,nous venons de vaincre1 et nous touchons peut-tre au moment de notre ruine4 ,que nous sommes dj loin de la prosprit1 si nous pensons que nos passions soient plus sages que les lois de ,lycurgue6 ,si l'ambition n'eut pu contribuer au bonheur de la rpublique1 nous auroit-il ordonn de ne songer qu' notre conservation8 ,dans un gouvernement tel que celui de la ,grce1 o toutes les villes sont galement jalouses de leur libert1 il n'y a que l'estime et la confiance qui puissent vous les soumettre aujourd'hui1 comme elles les ont autrefois soumises vos pres4 ,qu'attendez-vous de la ruse8 avec quelque art qu'elle soit apprte1 elle sera bientt dmasque4 ,aurez-vous recours la force8 elle chouera ncessairement2 votre triomphe mme en est la preuve4 ,dans quel puisement n'tes-vous pas tombs pour humilier ,athnes8 ,a quels travaux1 quels revers ne vous exposez-vous pas1 si la conqute de chaque ville vous cote aussi cher que celle d',athnes8 ,pourquoi vous flattez-vous que l'asservissement des ,athniens prpare celui de la ,grce entire8 ,nous avons vu les ,grecs1 alarms de nos divisions et de nos projets1 former des ligues et pourvoir leur sret2 s'ils sont consterns dans ce moment1 soyez srs qu' cette consternation succdera bientt une juste indignation3 elle est dj dans leur cur4 ,mais je veux que les dieux1 aussi injustes que nous1 favorisent nos ambitieuses entreprises2 vous dominerez sur la ,grce par la terreur2 mais vous devez prvoir1 ds ce moment1 que vous ne pourrez conserver votre empire qu'en humiliant assez les esprits1 pour qu'ils n'aient plus le courage ncessaire pour oser secouer votre joug4 ,dans quelle foiblesse ne jetterez-vous donc pas la ,grce1 qui n'est puissante que parce qu'elle est libre8 ,si le roi de ,perse tente une seconde fois de l'asservir1 s'il se prsente un autre ennemi sur nos frontires1 quelles forces leur opposerez-vous8 ,avec vos esclaves1 retrouverez-vous ,salamine1 ,plate et ,micale8 ,je ne vous prdis point des malheurs imaginaires2 ce que vous venez d'prouver dans la guerre du ,ploponse suffit pour vous instruire de vos intrts4 ,tant que nous avons t fidellement attachs aux lois de ,lycurgue1 et que nous n'avons travaill qu' tenir la ,grce unie1 rien n'a t capable d'altrer notre bonheur2 et1 malgr le petit nombre de nos citoyens1 et le territoire born que nous possdons1 nos forces ont t insurmontables4 ,ds que vous n'avez voulu consulter que votre jalousie1 votre ambition et votre haine1 vous avez t obligs de mendier la protection de la ,perse que vous aviez vaincue2 vous vous tes vus rduits rechercher la paix en combattant pour l'empire1 et vous n'avez pu contraindre vos allis observer la trve que vous avez conclue avec les ,athniens4 ,ouvrons les yeux sur notre situation2 htons-nous1 ,spartiates1 de jurer sur les autels des ,dieux que nous observerons les lois de ,lycurgue2 et que1 renonant une ambition funeste1 qui nous donneroit bientt tous les vices des autres peuples1 nous allons respecter la libert de la ,grce1 et affermir son gouvernement branl4 ,htons-nous d'assembler les ,grecs2 et loin de parotre devant eux avec la joie insultante d'un vainqueur1 n'y paroissons qu'en habits de deuil1 et honteux de l'tat dplorable o la ncessit nous a forcs de rduire les ,athniens4 ,en avouant nos torts avec ce peuple1 dont nous n'aurions pas d irriter l'ambition par notre jalousie1 publions1 qu'aprs les fatales divisions qui avoient clat1 il toit ncessaire de sacrifier l'implacable ,athnes au repos public4 ,en condamnant gnreusement notre injustice l'gard de la ,grce entire1 sur laquelle nous n'avons aucun droit1 regagnons par notre repentir la confiance que nous avons perdue par notre imprudente ambition4 ,prouvons que nous sommes incapables de commettre une seconde fois les mmes fautes4 ,que tous les ,grecs soient libres1 et qu'ils n'en puissent douter1 en nous voyant nous-mmes travailler rparer les ruines d',athnes4 ,lacdmone1 quoiqu'enivre de ses succs1 auroit encore t capable de suivre ces conseils1 s'ils lui eussent t donns par le gnral qui venoit de la faire triompher2 mais jamais ,spartiate n'eut moins les murs de sa patrie que ,lysandre4 ,sermens1 traits1 honneur1 vertu1 perfidie1 tout ce que les hommes ont de plus saint ou de plus odieux1 n'toient que des vains noms pour lui4 ,la qualit de citoyen lui parut trop basse1 et il aspiroit la couronne1 non pas en tyran qui veut l'usurper par la force1 mais en intrigant adroit1 et sous prtexte de corriger le gouvernement de ses abus4 ,son projet1 disent les historiens1 toit de dcrier l'hrdit au trne1 comme une loi grossire et barbare qui confioit souvent les rnes de l'tat un enfant1 un vieillard1 ou un homme capable peine d'tre citoyen2 tandis que le bonheur de la socit exige que la royaut soit le prix du mrite4 ,pour prparer les esprit une rvolution si importante1 il falloit donner du got pour les nouveauts1 affoiblir le pouvoir des lois de ,lycurgue1 corrompre les murs et faire agir toutes les passions4 ,dans le moment qu'aprs tant de travaux1 les ,spartiates triomphoient de leurs ennemis1 et que leur prosprit les rendoit moins attentifs sur eux-mmes1 il fut ais ,lysandre de les tromper4 ,bien loin de les ramener leurs anciens principes1 il leur persuada1 au contraire1 que d'autres temps et d'autres circonstances exigeoient d'eux un nouveau gnie et une nouvelle politique4 ,ils transportrent dans leur ville les dpouilles de leurs ennemis2 ils levrent des tributs sur leurs allis2 et commenant penser que ceux qui possdent l'autorit doivent en retirer le principal avantage1 ils se prparoient exercer sur la ,grce un empire aussi dur que celui des ,athniens4 ,tandis qu'en amassant un trsor1 ils croyoient1 sur la foi de ,lysandre1 se mettre seulement en tat d'avoir une marine puissante1 de porter la guerre loin de leur territoire1 et d'tendre leur puissance1 ils ne faisoient en effet que servir les vues d'un ambitieux qui n'avoit rien esprer1 tant que ses concitoyens pauvres et contens de leur pauvret1 n'auroient aucun intrt de ruiner les lois et de sacrifier l'tat leurs fortunes domestiques4 ,lysandre persuada aux ,lacdmoniens que tous les maux de la ,grce toient ns de la trop grande libert des ,grecs2 que pour empcher leurs villes de trahir dsormais leur devoir1 il falloit y dtruire le gouvernement populaire1 et confier des magistrats1 qu'il seroit facile de gagner ou d'intimider1 l'autorit dont le peuple ne peut jamais jouir avec sagesse4 ,il fit esprer aux ,spartiates que les rpubliques consternes par la chte d',athnes1 dont elles avoient craint et admir la puissance1 subiroient1 sans oser se plaindre1 le sort auquel on les destineroit4 ,il les condamna perdre leurs lois et leur gouvernement2 et les rgens qu'il y tablit furent autant d'instrumens de son ambition1 qui devoient donner la ,grce les mouvemens qu'il dsireroit4 ,la mort de ,lysandre prserva les ,spartiates des malheurs dont sa tyrannie les menaoit2 mais ils se trouvrent avec un empire qu'il leur toit impossible de conserver4 ,ils avoient au-dehors des ennemis nombreux1 et au-dedans des vices encore plus dangereux4 ,quoiqu'on ft convenu1 dit ,plutarque1 que les richesses qu'on avoit apportes ,lacdmone seroient destines aux seuls besoins de l'tat1 et qu'un citoyen convaincu de possder quelque pice d'or ou d'argent seroit puni de mort1 l'or et l'argent se rpandirent promptement du trsor public chez les citoyens1 et avec l'avarice portrent la dpravation des murs dans leurs maisons4 ,comment pouvoit-on esprer1 ajoute sagement cet historien1 que le particulier mprist des richesses que le public estimoit8 ,que servoit-il que la loi veillt la porte des ,spartiates pour fermer l'or l'entre de leurs maisons1 pendant qu'on ouvroit leur ame la cupidit8 ,on se feroit cependant une peinture infidelle des dsordres auxquels la rpublique de ,sparte se livra dans ces commencemens de corruption1 si on en jugeoit par ceux que l'avarice et le luxe ont produits dans d'autres tats4 ,l'austrit des ,lacdmoniens ne se faonnoit que lentement cette lgance recherche des plaisirs et des volupts1 qui accompagne l'oisivet et l'abondance4 ,les richesses ne ruinrent d'abord que quelques lois de ,lycurgue2 et l'habitude des bonnes murs laissoit encore des vices nouveaux une sorte de timidit qui en retardoit les progrs4 ,de sorte que ,lacdmone auroit prsent dans sa corruption mme un spectacle digne de l'admiration des ,grecs1 s'ils eussent moins fait attention aux vertus qu'elle avoit abandonnes1 qu' celles qui lui restoient4 ,quoiqu'on n'ost pas encore jouir1 on amassoit sourdement2 et le citoyen1 en attendant1 pour taler une fortune scandaleuse1 que le nombre des coupables pt braver et opprimer la loi1 toit dj plus attach son trsor qu' la rpublique4 ,on ne voyoit qu'avec nonchalance le bien public2 un peuple qui commence se rformer est capable d'excuter de grandes choses1 malgr les vices dont il n'a pu encore se corriger2 mais un peuple qui dgnre et se corrompt1 ne retire presqu'aucun avantage des vertus qu'il n'a pas encore perdues4 ,quand ,lacdmone n'auroit eu d'autre vice que cette ambition qui lui faisoit affecter ouvertement l'empire de la ,grce1 je sais qu'entoure de peuples inquiets1 jaloux et courageux1 qui souffroient impatiemment son despotisme1 elle devoit perdre son autorit4 ,je ne la blme pas d'avoir enfin succomb1 puisque sa perte toit invitable2 mais je la blme de n'avoir pris aucune des prcautions que lui prescrivoit la prudence la plus commune1 pour prvenir1 ou du moins reculer les dangers dont elle toit menace4 ,puisque les ,spartiates toient trop fortement attachs leur ambition et leur avarice pour rtablir l'ancien gouvernement2 puisque leurs intrts toient dsormais contraires ceux du reste de la ,grce1 et qu'ils ne pouvoient point s'en faire un rempart contre les ,barbares1 ils devoient donc recourir cette politique de ruse et d'adresse1 dont l'histoire offre tant de modles1 et qui est la seule que nous connoissons aujourd'hui en ,europe2 ils devoient donc diviser leurs voisins1 et former des ligues et des alliances avec les trangers4 ,sans parler des ,thraces et des ,macdoniens1 il falloit que ,lacdmone dsavout l'entretien du jeune ,cyrus1 et les ,grecs qui l'avoient suivi dans son expdition2 il falloit gagner les satrapes de l',asie mineure1 rechercher l'amiti d',artaxercs1 et consentir de dpendre et de relever1 pour ainsi dire1 de sa couronne1 pour rgner sur la ,grce4 ,dans un ordre de choses tout nouveau1 les ,spartiates conservrent leurs anciens principes l'gard des trangers et en faisant la guerre aux ,perses1 ils branlrent et firent mpriser leur autorit dans la ,grce4 ,ds qu',agsilas commena se rendre redoutable en ,asie1 ,artaxercs arma une flotte dont il donna le commandement ,conon1 ,athnien1 qui s'toit rfugi dans ses tats4 ,il dpcha en mme temps le ,rhodien ,timocrate dans la ,grce1 pour y exciter un soulvement contre ,lacdmone4 ,cet missaire1 charg d'y rpandre des sommes considrables1 mit les ,athniens en tat de relever leurs murailles1 et engagea sans peine les principaux citoyens de ,thbes1 de ,corinthe1 d',argos1 c4 faire une diversion dans le ,ploponse1 en faveur de la cour de ,perse4 ,la victoire que les allis remportrent ,haliarte causa un tel effroi aux ,spartiates1 qu'ils ordonnrent ,agsilas d'abandonner ses conqutes pour venir leur secours4 ,les allis1 battus leur tour ,nme et ,corone1 ne demandrent pas la paix2 et malgr ces deux avantages1 l'empire des ,lacdmoniens toit tellement branl1 que le roi de ,perse1 qui avoit craint qu',agsilas ne les chasst de ses tats1 fit dans la ,grce divise1 le rle que leur rpublique y auroit fait si elle et continu aimer la justice1 c'est--dire1 qu'il en ft l'arbitre4 ,il ordonna que toutes les villes fussent libres et se gouvernassent par leurs lois2 les allis1 qui ne pouvoient se livrer leur ressentiment1 et continuer la guerre sans recevoir des subsides de la ,perse1 et les ,spartiates qui toient puiss1 souscrivirent galement aux conditions qu'on leur imposoit3 tel toit l'avilissement o les vices et les divisions des ,grecs les avoient jets4 ,en cdant la ncessit1 ,lacdmone1 toujours ambitieuse1 et que ses disgraces n'avoient point claire sur ses intrts1 ne posa les armes que dans le dessein de les reprendre la premire occasion favorable4 ,elle se prsenta bientt3 la cour de ,perse ayant cess de s'occuper des ,grecs qu'elle ne craignoit plus1 ,olynthe1 ,philionte1 la ,corinthie1 l',attique1 l',argolide1 la ,botie1 toute la ,grce1 en un mot1 prouva la supriorit des ,spartiates2 et c'est de la forteresse de ,cadme1 o ils avoient tabli les tyrans qui rgnoient en leur nom sur la ville de ,thbes1 que partit enfin le coup fatal qui devoit dtruire leur puissance4 ,on peut voir dans les historiens quels excs les tyrans de ,cadme se portrent1 et avec combien de courage et d'habilet ,plopidas les fit prir1 et reprit cette citadelle avant que les ,lacdmoniens pussent la secourir4 ,cet acte d'hostilit fut l'origine d'une petite guerre1 dans laquelle les ,thbains eurent de frquens avantages4 ,la manire dont ,agsilas se conduisit feroit conjecturer que les succs qu'il avoit eus en ,asie toient moins l'ouvrage de sa capacit que de l'ascendant des ,grecs sur les ,perses1 si on ne pouvoit accuser son grand ge d'avoir teint ce feu1 cette activit1 cette prvoyance1 dont ,xnophon nous a laiss un bel loge4 ,ce prince n'entreprit rien de grand ni de dcisif2 on lui reproche avec raison que ses courses sur les terres des ,thbains n'toient propres qu' essayer leur courage1 et leur apprendre la guerre4 ,thbes fut alors gouverne par ,plopidas et ,epaminondas4 ,il toit naturel que dans une ville corrompue1 ou plutt qui n'avoit jamais eu de sages lois1 et qui toit divise par des factions1 ces deux grands hommes fussent rivaux1 et que leur jalousie nuist aux affaires de leur patrie2 mais leur vertu1 gale leurs talens1 ne leur donna qu'un mme intrt1 et les unit par les liens de la plus troite amiti4 ,plopidas mprisoit les richesses1 au milieu desquelles il toit n2 ,epaminondas et craint que la fortune ne troublt par ses faveurs la pauvret philosophique dont il jouissoit4 ,le premier1 imptueux1 actif1 ardent la guerre1 et savant dans toutes ses parties1 aimoit moins sa rputation que sa patrie2 loge rare3 il sut gr son ami d'tre plus utile que lui aux ,thbains4 ,epaminondas1 de son ct1 sembloit ignorer la supriorit de ses talens4 ,il avoit pass1 malgr lui1 des coles de la philosophie au gouvernement de l'tat1 et joignoit les vertus de ,socrate au courage1 aux lumires et aux talens de ,thmistocle4 ,plopidas gagna la bataille de ,tegyre2 et ce fut1 dit ,plutarque1 un essai de cette fameuse journe de ,leuctres qui dcida de la fortune des ,lacdmoniens4 ,jusqu'alors un citoyen qui auroit fui devant l'ennemi1 ou perdu ses armes1 devoit tre not d'infamie4 ,exclu des magistratures1 des assembles publiques1 et1 pour ainsi dire1 du commerce des hommes1 une famille auroit cru partager sa honte en s'alliant avec lui par le mariage4 ,il toit permis tous les citoyens qui le rencontroient de le frapper1 et la loi lui refusoit le droit de se dfendre4 ,le nombre des citoyens qui se deshonorrent ,leuctres effraya ,agsilas4 ,voyant la rpublique puise d'hommes1 il ouvrit l'avis de laisser pour cette fois sans excution la loi qui fltrissoit la lchet2 et pour conserver quelques dfenseurs inutiles la patrie1 acheva de perdre un gouvernement1 dont les vertus militaires devoient tre le principal ressort1 depuis que les ,spartiates n'avoient plus le mpris des richesses1 l'amour de la pauvret et la modration que ,lycurgue leur avoit donns4 ,on ne peut lire l'histoire de ce peuple1 clbre et le plus vertueux de l'antiquit1 et voir sa fin malheureuse1 quand il se croit parvenu au fate de la puissance1 sans se sentir attendri sur le sort de l'humanit et la fragilit de nos vertus4 ,c'est aux hommes destins gouverner les tats qu'il appartient de puiser dans ces grands vnemens les lumires ncessaires pour rendre les peuples vraiment heureux et puissans4 ,epaminondas confirma l'abaissement de ,sparte1 en btissant1 sur la frontire de la ,laconie1 ,mgalopolis1 qu'il peupla des ,arcadiens1 auparavant distribus en petites bourgades1 et qui1 aprs leur runion1 connurent leurs forces1 et furent en tat de se venger des injures que ,lacdmone leur avoit faites4 ,il rappela dans le ,ploponse les ,messniens1 qui1 disperss depuis prs de trois sicles dans la ,grce ou dans les provinces voisines1 conservoient1 par une espce de prodige1 leurs murs1 le souvenir des grandes actions d',aristomne1 leur haine contre les ,spartiates1 et l'esprance de se venger et de les accabler4 ,les ,lacdmoniens1 encore dfaits ,mantine par les ,thbains1 tombrent dans l'avilissement le plus honteux1 ds que l'phore ,epitadeus1 ouvrant une libre carrire l'avarice1 et port une loi par laquelle il toit permis de vendre ses possessions1 et d'en disposer par testament4 ,l'avidit des riches envahit toute la ,laconie1 et les citoyens sans patrimoine mendirent servilement leur faveur1 ou excitrent des sditions pour recouvrer les biens qu'ils avoient perdus4 ,les mains des ,spartiates que ,lycurgue avoit destines ne manier que l'pe1 la lance et le bouclier1 se deshonorrent parmi les instrumens des arts que le luxe introduisit dans la ,laconie tonne4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,thbes1 aprs ses victoires1 auroit rform son gouvernement et ses lois2 elle auroit eu une arme de terre comme ,lacdmone1 et une flotte comme ,athnes2 elle auroit pris subitement les murs et la politique que doit avoir une puissance dominante1 qu'elle n'auroit pu conserver l'empire de la ,grce4 ,cette rpublique1 trop long-temps dcrie par la pesanteur d'esprit de ses citoyens1 ses divisions domestiques et son alliance avec ,xercs1 n'avoit point prpar les ,grecs avoir pour elle ce respect1 ouvrage du temps1 qui doit servir de base l'lvation d'un tat1 et dont rien ne tient la place4 ,epaminondas1 toujours juste et matre de lui-mme dans ses plus grands succs1 ne fut jamais tent d'en abuser4 ,condamnant la duret des ,athniens et des ,spartiates l'gard de leurs allis et de leurs ennemis1 il traita avec la plus grande humanit ,orchomne et les villes de la ,phocide1 de la ,locride et de l',etolie2 il laissa chaque peuple ses lois1 ses magistrats et son gouvernement2 il ne chercha qu' rendre chre et prcieuse l'alliance de sa patrie1 et cependant personne ne tint compte aux ,thbains des vertus de leur gnral4 ,athnes a t humilie1 disoit aux ,thessaliens1 ,jason1 tyran de ,phres2 la grandeur de ,sparte n'est plus2 les ,thbains s'lvent1 et je prvois leur dcadence3 songez donc votre tour vous emparer de l'autorit qu'ils vont perdre4 ,ce que ,jason disoit imprudemment aux ,thessaliens1 il n'y avoit point de magistrat dans la ,grce qui ne le dt sa rpublique2 il n'y avoit point de ville qui ne crt devoir aspirer la mme fortune que les ,thbains2 aucune n'toit assez sage pour tre effraye de l'abaissement des ,athniens et des ,spartiates1 et toutes se flattoient follement d'affermir leur empire par une ambition plus habile4 ,c'est ce que vouloit dire ,dmosthnes1 quand il se plaignoit qu'il s'levt de toutes parts des puissances qui se vantoient de prendre la ,grce sous leur protection1 et qui ne cherchoient en effet qu' opprimer1 ou du moins subjuguer leurs voisins4 ,les ,grecs1 disoit-il1 sont actuellement leurs plus grands ennemis4 ,argos1 ,thbes1 ,corinthe1 ,lacdmone1 l',arcadie1 l',attique1 chaque contre1 je n'en excepte aucune1 se fait des intrts part4 ,cette anarchie1 ainsi que le remarque ,diodore1 toit l'ouvrage du trait qu',athnes et ,lacdmone avoient conclu la dixime anne de la guerre du ,ploponse1 et par lequel elles avoient sacrifi une avidit mal-entendue les intrts de leurs allis4 ,en convenant de rester saisies des places qu'elles occupoient1 elles se rservrent1 par une clause expresse1 la facult de changer leurs conventions1 ou de dresser de nouveaux articles suivant que le bien de leurs affaires l'exigeoit4 ,il n'en avoit pas fallu d'avantage1 ajoute le mme historien1 pour rpandre l'alarme dans toute la ,grce4 ,l'abus que ces deux rpubliques faisoient depuis long-temps de leur puissance1 fit croire qu'elles ne se rconcilioient que pour opprimer de concert leurs allis1 ou en partager les dpouilles2 et on ne songea qu' former des ligues contre la tyrannie qu'on craignoit4 ,argos1 ,thbes1 ,corinthe et ,elis toient la tte de ces ngociations1 et cent alliances particulires que firent les ,grecs1 achevrent de ruiner leur alliance gnrale4 ,le conseil des amphictyons ne conserva aucun crdit2 les peuples les plus puissans ddaignrent d'y envoyer leurs dputs2 les autres n'y parurent que pour faire des plaintes inutiles2 et on ne vit de tout ct que des assembles particulires qui toient autant de conjurations contre la ,grce4 ,il toit d'autant plus difficile de voir rtablir l'ordre dtruit par tant d'intrts opposs1 et une longue suite d'injustices1 que les factions qui s'toient formes dans la plupart des rpubliques ne laissoient plus aucune autorit aux lois4 ,ds les premires annes de la guerre du ,ploponse1 dit ,thucydide1 il avoit clat des querelles funestes entre les ,corcyrens4 ,sous prtexte d'tendre et de conserver les droits du peuple1 ou de n'lever que les plus honntes gens aux charges de la rpublique1 les magistrats et les citoyens les plus accrdits1 qui ne songeoient en effet qu' se rendre plus puissans et plus riches1 n'eurent point d'autre rgle de conduite que leur intrt particulier4 ,l'avarice et l'ambition formrent des partis1 qui1 s'accrditant peu--peu sous la protection d',athnes et de ,lacdmone1 devinrent bientt incapables de se rconcilier4 ,les ,spartiates favorisoient l'aristocratie1 c'est--dire1 le pouvoir des magistrats1 et vouloient que le snat et la principale part aux affaires de ,corcyre1 parce qu'une longue exprience leur avoit appris qu'on ne peut jamais compter sur les engagemens d'une rpublique o la multitude gouverne4 ,les ,athniens1 au contraire1 appuyoient de tout leur crdit les prtentions du peuple1 et les tablissemens les plus favorables la dmocratie2 soit parce qu'ils avoient eux-mmes ce gouvernement1 soit simplement pour contrarier les ,lacdmoniens leurs ennemis4 ,cette maladie des ,corcyrens1 continue ,thucydide1 toit devenue une sorte de contagion qui infecta rapidement toute la ,grce4 ,la crainte que les nobles1 les riches et le peuple avoient toujours eue les uns des autres1 depuis qu'ils avoient secou le joug de leurs capitaines1 avoit1 dans tous les temps1 excit quelques sditions2 mais ces troubles n'eurent presque jamais des suites fcheuses1 tant que ,lacdmone1 attache ses devoirs1 n'interposa sa mdiation que pour rapprocher les esprits et favoriser la justice2 et qu',athnes1 occupe de ses propres rvolutions1 ngligeoit les affaires de ses voisins4 ,tout changea de face1 ds que ces deux rpubliques regardrent les diffrens partis qui divisoient ,corcyre1 comme des moyens dont leur ambition pouvoit se servir pour se faire des partisans4 ,il n'y eut plus d'intrigant ni d'ambitieux dans la ,grce qui ne comptt sur la protection des ,spartiates ou des ,athniens1 s'il excitoit des troubles dans sa patrie2 cette esprance les enhardit1 et toutes les villes tombrent dans une extrme anarchie4 ,on se fit des prtentions excessives1 et on les soutint avec opinitret4 ,aux raisons de ses adversaires1 le parti qui avoit tort n'opposoit que des clameurs insolentes et tumultueuses1 et rduisoit ses ennemis au dsespoir4 ,on prit des armes pour se rendre aux assembles1 et on s'y porta aux dernires extrmits1 parce que la faction qui avoit l'avantage1 ne se bornant pas affermir son pouvoir1 vouloit encore goter le plaisir de se venger des injures qu'elle avoit reues4 ,les vices et les vertus changrent subitement de nom2 l'emportement fut appel courage1 et la fourberie prudence4 ,l'homme modr passa pour un lche1 l'effront pour un ami zl1 et la politique devint l'art de faire et non de repousser le mal4 ,il n'toit permis aucun citoyen d'tre neutre et homme de bien2 et les sermens ne furent que des piges tendus la crdulit4 ,enfin1 selon le rapport du mme historien1 s'il y avoit quelque consolation dans ces malheurs1 c'est que les esprits les plus grossiers avoient souvent l'avantage2 se dfiant de leur capacit1 ils recouroient des remdes prompts et violents1 tandis que leurs ennemis toient les dupes de leur finesse et de leurs artifices4 ,ces dsordres1 dit ,diodore1 s'accrurent encore quand les ,thbains1 aprs la mort d',epaminondas1 dchurent subitement de l'lvation o ce capitaine les avoit ports4 ,tous les jours quelque ville bannissoit une partie de ses citoyens2 et ces proscrits1 errans de contres en contres1 cherchoient des ennemis leur patrie4 ,dans le moment qu'ils s'y attendoient le moins1 ils toient rappels par une faction qui avoit besoin de leur secours pour se maintenir la tte du gouvernement1 et qui bientt aprs succomboit elle-mme dans une nouvelle rvolution4 ,chaque rpublique avoit autant d'intrts diffrens que de partis qui la divisoient4 ,ces intrts1 multiplis l'infini1 se croisoient1 se choquoient1 se dtruisoient continuellement4 ,vous tiez aujourd'hui l'alli d'une ville1 et demain elle toit votre ennemie4 ,vos partisans ont t bannis ou massacrs1 et une faction contraire gouverne dj les affaires par des principes opposs4 ,chaque jour voit entamer quelques nouvelles ngociations2 chaque nouvelle ngociation1 en donnant de nouvelles craintes et de nouvelles esprances1 prpare une nouvelle rvolution qui en produira mille2 et la politique1 toujours incertaine1 ne peut donner aucun conseil ni prendre aucune rsolution salutaire4 ,les ,grecs1 ramens ces temps de troubles dont j'ai parl au commencement de cet ouvrage1 toient trop pleins de haine et de dfiance les uns pour les autres1 pour former une seconde fois les nuds de cette confdration qui avoit fait leur force4 ,ds qu'un peuple libre est assez corrompu pour ne vouloir plus obir ses lois1 il se familiarise avec ses vices2 il les aime1 et il est rare qu'un citoyen ou qu'un magistrat ait assez de courage pour lutter contre les prjugs1 les coutumes et les passions qui rgnent imprieusement sur une multitude indocile1 et assez de crdit pour persuader ses concitoyens de remonter1 en faisant un effort sur eux-mmes1 au point dont ils sont dchus4 ,si une seule rpublique est1 en quelque sorte1 incapable de rforme1 que pourroit-on esprer de la ,grce1 qui renfermoit autant de rpubliques que de villes8 ,l'histoire entire offre peine trois ou quatre exemples de peuples libres qui aient souffert qu'un lgislateur les privt de leurs erreurs et de leurs abus4 ,il falloit que les ,grecs apprissent1 par des expriences multiplies1 se dsabuser de leur ambition1 de leur avarice1 de leur politique frauduleuse1 et force de malheurs1 recommenassent se lasser de leur situation prsente4 ,en attendant cette rvolution1 qui devoit tre d'autant plus lente1 qu'ils avoient t plus vertueux et qu'ils toient plus clairs sur les devoirs de la socit1 ils devoient se dchirer eux-mmes par leurs guerres domestiques2 et leur foiblesse1 suite ncessaire de leurs divisions1 les exposoit devenir la proie des trangers4 ,heureusement pour la ,grce1 il ne restoit pour l',asie aucune tincelle du gnie ambitieux de ,cyrus2 les rois de ,perse s'toient livrs depuis long-temps une oisivet voluptueuse4 ,ils se renfermoient dans leurs palais1 et laissoient rgner sous leur nom des ministres avares1 cruels1 ignorans1 infidelles et occups retenir dans l'esclavage des provinces qui y toient accoutumes4 ,artaxercs1 surnomm ,longuemain1 ayant t invit par les ,grecs mmes de prendre part leurs querelles1 se contenta de les armer les uns contre les autres1 de balancer leurs avantages et de nourrir leur rivalit4 ,il pouvoit les subjuguer1 et il ne voulut que les occuper chez eux et les empcher de passer en ,asie2 ce ne fut point sa modration1 ce fut sa crainte qui lui inspira cette politique4 ,xercs ,,ii et ,sogdian ne firent que parotre sur le trne1 qu'ils dshonorrent par leurs dbauches et leurs cruauts4 ,a ces deux monstres avoit succd ,darius-,nothus2 c'toit un esclave couvert des ornemens royaux4 ,fait pour obir1 chacun voulut le gouverner1 et il ne secoua le joug de quelques eunuques qui en avoient fait l'instrument de leurs injustices1 que pour passer sous celui de sa femme4 ,artaxercs-,memnon auroit pu venger la ,perse2 mais mesure que les vices d'une libert mal rgle se multiplioient dans la ,grce1 l',asie de son ct paroissoit de jour en jour plus dgrade par les vices du despotisme4 ,ce prince toit d'ailleurs incapable de former un projet hardi2 la retraite des dix mille1 aprs la dfaite de ,cyrus le jeune1 et les victoires d',agsilas1 l'avoient accoutum trembler au seul nom des ,grecs4 ,l',illyrie1 l',epire et la ,thrace toient toujours occupes faire la guerre leurs anciens ennemis1 sans pouvoir obtenir des avantages dcisifs4 ,enfin1 la ,macdoine1 qui n'avoit encore joui d'aucune considration1 se trouvoit dans la situation la plus fcheuse1 lorsque les nuds de l'ancien gouvernement des ,grecs furent rompus4 ,amyntas1 pre de ,philippe1 avoit t un prince foible3 accabl par la puissance des ,illyriens1 et prt perdre sa couronne1 il ne lui resta d'autre ressource pour se venger de ses dfaites et faire des ennemis ses vainqueurs1 que de cder ses tats aux ,olynthiens4 ,aprs avoir prouv les plus cruels revers1 il fut rtabli sur le trne par les ,thessaliens2 il continua rgner avec la molle timidit d'un homme qui a vu de prs sa ruine1 et qui n'a d son salut qu' des secours trangers4 ,alexandre1 son fils an1 lui succda1 et ses sujets ne surent pas obir un roi qui ne savoit pas commander4 ,en mme temps qu'il prouvoit l'ascendant des ,illyriens1 une partie de la ,macdoine se rvolta1 et ses tats toient presqu'entirement envahis par ses ennemis quand il mourut4 ,moins digne encore de son rang que le prince auquel il succdoit1 ,perdiccas n'avoit aucun talent propre le faire respecter1 mme dans les circonstances o il n'auroit eu gouverner qu'un peuple heureux et soumis4 ,ptolome1 fils naturel d',amyntas1 se cantonna dans une province de la ,macdoine1 et s'y rendit indpendant4 ,pausanias1 prince du sang1 qui avoit t banni1 rentra dans le royaume la faveur des troubles qui le divisoient1 et se fit un parti considrable des mcontens et de cette foule d'hommes obscurs et inquiets qui ont tout esprer et rien perdre dans une rvolution4 ,perdiccas fut tu dans une bataille qu'il livra aux ,illyriens2 et la ,macdoine toit assez malheureuse pour regarder sa mort comme un malheur1 parce que sa couronne passoit sur la tte d'un enfant4 ,pausanias1 que tout favorisoit1 aspira alors ouvertement au trne2 et ,arge1 autre prince du sang1 et qui avoit la mme ambition1 leva une arme pour prvenir son rival4 ,les trangers profitrent de ces divisions domestiques1 et ils avoient dj pntr dans le cur de l'tat1 lorsque ,philippe1 le dernier des fils d',amyntas1 et qui toit en otage ,thbes1 s'chappa pour aller au secours du royaume de ses pres4 ,qui croiroit1 en jetant les yeux sur ce pays malheureux1 qu'on y dt bientt forger les chanes qui devoient asservir la ,grce et l',asie entire8 ,a peine ,philippe parut-il en ,macdoine1 qu'on s'y ressentit de sa prsence4 ,il fut fait rgent du royaume pendant la minorit du jeune ,amyntas1 son neveu2 mais les ,macdoniens prouvant bientt combien il leur importoit d'obir un prince tel que ,philippe1 lui dfrrent la couronne4 ,quelque que fut la situation de la ,macdoine1 ses maux n'toient point incurables comme ceux de la ,grce4 ,les prdcesseurs de ,philippe n'avoient pas exerc sur leurs sujets cette autorit aveugle et absolue qui dgradoit l'humanit dans la ,perse2 et quand les monarchies ne sont pas encore dgnres en ce despotisme qui te l'ame tous ses ressorts1 le citoyen conserve le sentiment de la vertu et du courage1 et le prince se cre1 lorsqu'il le veut1 une nation nouvelle4 ,le peuple1 accoutum obir sans lchet1 et qui n'est point son propre lgislateur1 ne rsiste jamais aux exemples de ses matres4 ,il sort de son assoupissement1 quitte ses vices1 et1 sans qu'il s'en aperoive1 prend un nouveau caractre et la vertu qu'on veut lui donner4 ,jamais prince ne fut plus propre que ,philippe produire de ces heureuses rvolutions4 ,loin que les talens avec lesquels il toit n eussent t touffs par une mauvaise ducation1 les malheurs de sa famille avoient servi les dvelopper et les tendre4 ,elev dans une rpublique o le peuple1 jaloux de sa libert1 mprise la monarchie1 il n'y vit rien de cet orgueil1 de ce faste1 de cette flatterie qui assigent les cours1 enivrent les princes de leur puissance1 et leur persuadent qu'ils sont assez grands par leur place1 pour n'avoir pas besoin d'une autre sorte de grandeur4 ,tmoin des mnagemens avec lesquels le magistrat d'une dmocratie exerce l'autorit qui lui est confie1 insinue ses sentimens1 et subjugue avec art une multitude qui est son matre1 il feignit sur le trne cette modration1 cette patience1 cette douceur et ce respect pour les lois1 qui donneront toujours une puissance sans bornes un prince qui ne voudra parotre que le ministre de la justice4 ,tandis que ,philippe fait la guerre ,arge1 homme opinitre1 ambitieux et brave1 qu'on ne peut rduire qu'en l'accablant1 c'est par des ngociations qu'il travaille ruiner ,pausanias4 ,en mme temps qu'il prodigue l'argent et les promesses pour dtacher la ,thrace des intrts de ce rebelle1 il le flatte1 lui donne des esprances1 et le retient dans l'inaction jusqu' ce qu'il puisse le menacer de ses forces runies4 ,oblig de conqurir son royaume1 ,philippe commence par prparer la victoire des soldats accoutums fuir2 il leur donne du courage1 en mettant en honneur dans son arme la patience1 la frugalit1 l'obissance et les exercices du corps4 ,pour leur inspirer de la confiance et leur apprendre se respecter eux-mmes1 il leur tmoigne d'avance une estime qu'ils ne mritent pas encore3 il essaie peu peu leur bravoure1 et les faonne l'art de vaincre1 en combattant lui-mme leur tte4 ,form1 en un mot1 la guerre sous ,epaminondas1 il transporta en ,macdoine la discipline que les ,thbains devoient ce grand homme1 et il inventa la phalange4 ,cet ordre de bataille1 qui parut si redoutable ,paul ,emile1 dans un temps cependant qu'on l'avoit affoibli en voulant le perfectionner1 ne formoit sa naissance qu'une masse de six sept mille hommes rangs sur seize de profondeur4 ,tous les phalangistes1 serrs les uns contre les autres1 toient arms de longues piques2 celles de la dernire ligne dbordoient de deux pieds la premire1 et les autres proportion2 de sorte que la phalange1 offrant un front hriss d'armes sans nombre1 paroissoit inaccessible ses ennemis1 et devoit accabler par son poids tout ce qui se prsentoit devant elle4 ,polybe a compar cette ordonnance celle des ,romains2 et il prfre celle-ci1 parce que la phalange devoit rarement trouver un terrein qui lui convnt pour combattre4 ,une hauteur1 un foss1 une fondrire1 une haie1 un ruisseau1 tout en rompoit l'ordre4 ,sans aucun obstacle tranger1 il toit mme trs-difficile1 soit qu'elle se mt en mouvement pour attaquer1 soit qu'elle recult elle-mme devant l'ennemi1 qu'elle ne souffrt pas quelque flottement dans sa marche2 et ds qu'elle cessoit d'tre unie1 elle toit vaincue4 ,il toit ais de pntrer dans les intervalles qu'elle laissoit en se rompant2 et le soldat phalangiste1 qui ne pouvoit faire aucune volution1 se rallier en ordre1 ni combattre corps corps avec avantage1 cause de la longueur de ses armes1 devoit fuir ou se laisser tuer sans se dfendre4 ,cette critique de ,polybe toit trs-judicieuse dans le temps qu'il la fit4 ,les successeurs de ,philippe1 en portant la phalange seize mille hommes1 avoient infiniment multipli les obstacles qui s'opposoient sa marche et ses manuvres4 ,il est vrai mme que la manire des ,romains1 de ranger leurs armes sur trois lignes1 et par corps spars galement1 propres combattre sur tous les terreins1 faire toutes les volutions1 se protger rciproquement1 agir sparment ou ensemble1 selon les besoins1 et se transporter avec clrit d'un lieu un autre1 toit sans doute plus simple1 plus savante1 et leur donnoit un grand avantage4 ,mais cette ordonnance ne convient qu' des troupes extrmement exerces1 et accoutumes la discipline la plus exacte4 ,les ,macdoniens n'toient point tels quand ,philippe parvint la couronne2 il falloit leur faire un ordre de bataille qui1 par sa nature1 leur inspirt de la confiance1 et n'exiget presqu'aucune exprience dans le maniement des armes et les manuvres de la guerre4 ,ds que la tranquillit fut rtablie dans l'intrieur de la ,macdoine1 ,philippe s'appliqua en faire valoir toutes les parties2 il craignit de donner des forces un abus1 s'il l'attaquoit sans tre sr de le ruiner4 ,il feint de ne pas voir le vice dont il ne peut extirper la racine1 et ne songe tablir un ordre utile1 qu'aprs avoir trouv le moyen de l'affermir4 ,il fait des lois1 et a dj prpar les esprits leur obir2 il imprime un nouveau mouvement la ,macdoine1 et rien n'y demeure oisif et inutile3 telle est la marche d'une ambition claire qui se prpare des succs certains2 avant que d'lever l'difice1 elle en a jet les fondemens4 ,philippe avoit russi ruiner les plus grands ennemis de la ,macdoine1 je veux dire1 la paresse de ses sujets1 leur timidit et leur indiffrence pour le bien public2 mais il n'avoit point tent ces grandes entreprises en philosophe politique qui ne cherche que la prosprit de l'tat et le bonheur des citoyens3 c'toit un ambitieux qui ne vouloit qu'associer les ,macdoniens son ambition pour en faire les instrumens de sa fortune1 et ds-lors il se prsenta un cueil bien dangereux pour lui4 ,ce prince avoit visit les principales rpubliques de la ,grce2 il en avoit tudi par lui-mme le gnie1 les intrts1 les forces1 la foiblesse et les ressources4 ,il connoissoit la situation d',athnes2 il avoit t tmoin de la dcadence de ,sparte2 il voyoit que ,thbes ne conservoit1 aprs la mort d',epaminondas1 que l'orgueil d'une grande fortune4 ,toute la ,grce1 ainsi qu'on l'a vu1 divise par les passions funestes qu'avoit fait natre la guerre du ,ploponse1 sembloit se prcipiter au-devant du joug1 et ne demander qu'un matre4 ,en y entrant1 on toit sr d'y trouver des allis4 ,quelles esprances ne pouvoit pas concevoir ,philippe8 ,aprs avoir subjugu la nation la plus clbre de la terre1 il devoit se flatter qu'aucun de ses ennemis n'oseroit lui rsister4 ,qu'on me permette de le remarquer1 l'histoire offre mille exemples d'tats1 qui1 malgr les avantages trs-considrables qu'ils ont obtenus la guerre1 sont rests dans leur premire obscurit1 et se sont mme ruins1 pour avoir ignor qu'il y a dans la politique un art suprieur celui de gagner des batailles1 une science plus utile que les forces1 la science de les employer4 ,c'est cet art1 que savoient si bien les ,romains1 de mnager leurs forces1 de les dployer propos1 et de ne se jamais faire un nouvel ennemi avant que d'avoir accabl celui qui les avoit offenss4 ,philippe sut1 comme eux1 qu'il faut observer un ordre pour ne point avoir de succs infructueux2 que telle opration1 difficile et inutile par elle-mme1 en l'entreprenant la premire1 deviendroit aise1 confirmeroit les avantages prcdens1 et en assureroit de nouveaux1 si on la faisoit prcder par une autre entreprise4 ,que1 si ce prince en effet et d'abord attaqu les ,grecs1 les anciens ennemis de la ,macdoine n'auroient pas manqu de recommencer leurs hostilits4 ,poniens1 ,thraces1 ,illyriens1 eussent t autant d'auxiliaires de la ,grce2 et ,philippe1 oblig de suspendre ses efforts d'un ct pour marcher de l'autre1 se seroit mis dans la ncessit de diviser ses forces4 ,allant sans cesse des ,grecs aux ,barbares et des ,barbares aux ,grecs1 sans pouvoir rien finir1 il et multipli les obstacles qui s'opposoient son ambition4 ,s'il n'et pas chou1 il auroit fallu du moins vaincre la fois et avec beaucoup de peine1 des ennemis qu'on pouvoit plus aisment accabler les uns aprs les autres4 ,philippe tourne d'abord ses forces contre les ,poniens1 et les subjugue4 ,il attaque ensuite les ,illyriens1 dfait leur tour les ,thraces1 enlve aux uns et aux autres les conqutes qu'ils avoient faites sur la ,macdoine1 dtruit leurs principales forteresses1 en construit sur ses frontires2 et ce n'est qu'aprs avoir humili les ,barbares1 et mis ses provinces en sret1 qu'il mdita la conqute de la ,grce4 ,la plupart des entreprises chouent parce qu'on commence les excuter dans le moment mme qu'on en conoit le projet2 n'ayant pas prvu d'avance les obstacles1 rien ne se trouve prpar pour les vaincre4 ,on se hte de faire des dispositions1 et cependant on ne voit encore les objets que confusment1 et travers la passion dont on est tromp4 ,hors d'tat de rsister aux premiers accidens qui surviennent1 on s'en trouve accabl2 on obit aux vnemens1 au lieu d'en tre le matre2 et la politique1 aussi incertaine que la fortune1 n'a plus de rgle4 ,plus communment encore1 les tats n'ont qu'un but vague et indtermin de s'agrandir1 et ds-lors1 une puissance sans allis et suspecte tous ses voisins1 ne sait jamais prcisment quel peuple elle aura affaire2 elle ne peut diriger ses vues au mme point1 prparer par des ngociations le progrs de ses armes1 ni jouir de tous les avantages qui lui sont naturels4 ,il est rare1 enfin1 qu'un peuple sache profiter de tous les vices de ses ennemis1 et en les attaquant par leur foible1 ait l'habilet de n'opposer que le ct par lequel il leur est suprieur4 ,philippe mdita long-temps son entreprise contre les ,grecs4 ,il se dispose les attaquer1 et il veut qu'on le croie occup d'ides trangres la guerre4 ,sous prtexte que ses finances sont puises1 et qu'il veut btir des palais et les orner de tout ce que les arts ont de plus prcieux1 il fait dans toutes les villes de la ,grce des emprunts considrables gros intrt1 et tient par-l entre ses mains1 la fortune des principaux citoyens de chaque rpublique4 ,il se fait des pensionnaires1 en ne paroissant avoir que des cranciers2 il cherche multiplier les vices des ,grecs1 pour les affoiblir1 et croit tre dj matre d'une ville1 quand il y a corrompu quelques magistrats4 ,avec quelque soin qu'il et exerc les ,macdoniens la guerre1 il ne voulut jamais vaincre par la force1 que les difficults que sa prudence ne pouvoit lever4 ,dans la crainte qu'il ne se forme quelque ligue contre lui1 il s'tudie aigrir les jalousies et les haines qui divisoient les ,grecs4 ,pour leur donner de nouvelles esprances1 de nouvelles craintes1 de nouveaux intrts1 il flatte l'orgueil d'une rpublique1 promet sa protection celle-ci1 recherche l'amiti de l'autre1 refuse1 accorde ou retire ses secours1 suivant qu'il lui importe de hter ou de retarder les mouvemens de ses allis et de ses ennemis4 ,tantt il soumet un peuple par ses bienfaits2 c'est le sort des ,thessaliens qu'il dlivre de leurs tyrans1 et qu'il fait rtablir dans le conseil des ,amphictyons4 ,tantt il semble ne se prter qu' regret l'excution des desseins qu'il a lui-mme inspirs4 ,s'il porte la guerre dans une province de la ,grce1 il s'y est fait appeler2 c'est ainsi qu'il n'entre dans le ,ploponse qu' la prire de ,messne et de ,mgalopolis1 que les ,lacdmoniens inquitoient4 ,sent-il l'importance de s'emparer d'une ville8 ,il ne cherche point l'irriter2 il lui offre1 au contraire1 son amiti1 et chatouille adroitement son ambition pour la brouiller avec ses voisins4 ,mais peine cette malheureuse rpublique1 trop fire de l'alliance de la ,macdoine1 a-t-elle donn dans le pige qu'on lui a tendu1 que ,philippe1 faisant jouer les ressorts qu'il a prpars pour se mnager une rupture1 ou feignant de prendre la dfense des opprims1 dtruit son ennemi sans se rendre odieux4 ,les ,olynthiens furent les dupes de cette politique1 lorsque comptant trop sur sa protection1 ils indisposrent contr'eux ceux de ,potide4 ,jamais prince1 pour se rendre impntrable1 ne sut mieux que ,philippe l'art de varier sa conduite1 sans abandonner ses principes3 ngociations1 alliances1 paix1 trves1 hostilits1 retraites1 inaction2 tout est employ tour--tour1 et tout le conduit galement au but1 duquel il parot toujours s'loigner4 ,habile manier les passions1 faire natre des lueurs1 des doutes1 des craintes1 des esprances1 confondre ou sparer les objets1 ses ennemis sont toujours des ambitieux1 et ses allis des ingrats2 et il recueille seul tout le fruit des guerres o il n'toit qu'auxiliaire4 ,le plus grand pas que ,philippe fit pour parvenir la domination de la ,grce1 ce fut de se faire charger par les ,thbains de venger le temple de ,delphes1 du sacrilge des ,phocens qui labouroient leur profit une partie du territoire de ,cirre1 consacr ,apollon1 et qui1 persistant dans leur impit1 refusoient de payer l'amende laquelle ils avoient t condamns par les ,amphictyons4 ,la guerre sacre duroit depuis dix ans2 presque tous les peuples de la ,grce y avoient dj pris part1 et des succs partags sembloient devoir l'terniser1 lorsque les ,thbains puiss eurent enfin recours ,philippe4 ,ce prince entra dans la ,locride la tte d'une arme considrable2 et ,phalcus1 gnral des ,phocens1 n'tant pas en tat de livrer bataille un ennemi qui le serroit de prs1 fit des propositions d'accommodement4 ,on lui permit de se retirer de la ,phocide avec les soldats qu'il soudoyoit aux dpens des richesses qu'il avoit pilles dans le temple de ,delphes2 et les ,phocens1 aprs sa retraite1 furent obligs de recevoir la loi de ,philippe et des ,thbains4 ,le droit de dputer au conseil ,amphictionique1 que perdirent les vaincus1 fut annex pour toujours la ,macdoine1 qui partagea encore avec les ,botiens et les ,thessaliens la prrogative de prsider aux jeux pythiques1 dont les ,corinthiens furent privs en punition des secours qu'ils avoient prts aux ,phocens4 ,ces deux avantages par eux-mmes paroissoient peu considrables2 mais ils changeoient en quelque sorte de nature entre les mains de ,philippe4 ,les jeux pythiques1 de mme que les autres solennits de la ,grce1 ne se passoient plus1 il est vrai1 qu'en spectacles et en ftes inutiles2 mais1 puisque les ,grecs toient devenus assez frivoles pour en faire un objet important1 il n'toit pas indiffrent un prince aussi adroit que ,philippe d'y prsider1 et d'avoir en quelque sorte l'intendance de leurs plaisirs4 ,quoique l'assemble des ,amphictyons ne conservt quelqu'autorit qu'autant que ses dcrets intressoient la religion1 et que les coupables envers les dieux avoient des ennemis puissans parmi les hommes1 ,philippe gagnoit beaucoup y tre agrg4 ,quel prince toit plus propre profiter des superstitions populaires8 ,il n'toit plus1 pour ainsi dire1 tranger la ,grce2 sans se rendre suspect1 il pouvoit prendre part toutes ses affaires1 relever peu peu la dignit des ,amphictyons1 et leur rendre leurs anciennes prrogatives pour en faire un instrument utile son ambition4 ,les prtres et toutes les personnes dvoues au culte du temple de ,delphes avoient dj commenc exalter le respect et le zle de ,philippe pour les dieux2 ses pensionnaires vantrent alors sa modration et sa justice1 et il ne fut plus question dans la ,grce que du retour du sicle d'or4 ,les citoyens1 lasss de leurs troubles domestiques1 se flattrent de voir affermir la paix1 tandis que les ambitieux1 les intrigans1 les chefs de parti1 se flicitant en secret du crdit qu'avoit acquis leur protecteur1 prvoyoient une rvolution prochaine1 et contribuoient par leurs loges tromper tous les esprits4 ,en un mot1 tel toit1 si je puis parler ainsi1 l'engouement des ,grecs pour ,philippe1 que ,dmosthnes1 son plus grand ennemi1 et qui1 pendant la guerre sacre1 avoit dclam contre lui en faveur des ,phocens1 changea subitement de langage4 ,au lieu de pousser encore les ,athniens la guerre1 il parla de paix2 il pronona un discours pour les engager reconnotre la nouvelle dignit de ,philippe1 et le dcret par lequel les ,amphictyons l'avoient reu dans leur assemble4 ,jusqu'alors il n'y avoit eu dans la ,grce que cet orateur1 qui1 dmlant les projets ambitieux de la ,macdoine1 apert les dangers dont la libert de sa patrie toit menace4 ,si un homme et t capable de retirer les ,athniens de l'avilissement o le got des plaisirs les avoit jets1 de rendre aux ,grecs leur ancien courage1 et de ne leur redonner qu'un mme intrt1 c'et t ,dmosthnes1 dont les discours embrass chauffent encore aujourd'hui le lecteur4 ,mais il parloit des sourds1 et graces aux libralits plus loquentes de ,philippe1 ds que l'orateur proposoit en tonnant de faire des alliances1 de former des ligues1 de lever des armes et d'quiper des galres1 mille voix s'crioient que la paix est le plus grand des biens1 et qu'il ne falloit pas sacrifier le moment prsent des craintes imaginaires sur l'avenir4 ,dmosthnes parloit l'amour de la gloire1 l'amour de la patrie1 l'amour de la libert1 et ces vertus n'existoient plus dans la ,grce3 les pensionnaires de ,philippe remuoient1 au contraire1 et intressoient en sa faveur la paresse1 l'avarice et la mollesse4 ,quand ce prince s'y seroit pris avec moins d'habilet pour cacher les projets de son ambition1 falloit-il esprer de runir encore les ,grecs1 et de former contre la ,macdoine une ligue gnrale1 comme on avoit fait autrefois contre la ,perse8 ,quelqu'estimable1 dit ,polybe1 que soit ,dmosthnes par beaucoup d'endroits1 on ne peut l'excuser d'avoir prodigu le nom infame de tratre aux citoyens les plus accrdits de plusieurs rpubliques1 parce qu'ils toient unis d'intrt avec ,philippe4 ,tous ces magistrats1 dont ,dmosthnes a voulu fltrir la rputation1 pouvoient aisment justifier une conduite1 qui1 aprs les changemens survenus dans le systme politique de la ,grce1 a augment les forces et la puissance de leur patrie1 ou qui l'a sauv de sa ruine4 ,si les ,messniens et les ,arcadiens ont pens que leurs intrts n'toient pas les mmes que ceux d',athnes2 s'ils ont prfr d'implorer la protection de ,philippe1 se laisser asservir par les ,lacdmoniens2 s'ils ont nglig un mal loign pour chercher un remde celui qui les pressoit2 ,dmosthnes devoit-il leur en faire un crime8 ,cet orateur se trompoit grossirement1 s'il a voulu que tous les ,grecs consultassent les intrts des ,athniens en mnageant ceux de leur ville4 ,si chaque rpublique1 aprs la ruine du gouvernement fdratif1 ne devoit plus compter que sur elle-mme1 et n'avoit pour voisins que des ennemis1 pourquoi ,dmosthnes se croyoit-il en droit d'exiger que les ,thessaliens1 placs sur la frontire de la ,macdoine1 et que ,philippe avoit dlivrs de leurs tyrans1 fussent ingrats1 et s'exposassent les premiers tous les maux de la guerre1 pour donner inutilement la ,grce un exemple de courage1 et parotre attachs des principes d'union qui ne subsistoient plus8 ,si les ,argiens implorrent la protection de ,philippe1 c'est que ,lacdmone vouloit tre encore le tyran du ,ploponse2 et que ne pouvant former d'alliance sre avec aucune rpublique de la ,grce1 la ,macdoine seule devoit leur donner d'utiles secours4 ,si les ,thbains se lirent avec ,philippe1 c'est qu'ils virent que les ,grecs ne vouloient plus tre libres1 que tous aspiroient la tyrannie1 et qu'ils crurent prudent de ne pas offenser l'ennemi le plus puissant de la libert publique4 ,comment ,dmosthnes ne sentoit-il pas que les injures dont il accabloit les principaux magistrats de ,messne1 de ,mgalopolis1 de ,thbes1 d',argos1 de ,thessalie1 etc4 loin de prparer les esprits aux alliances qu'il mditoit1 n'toient propres qu' multiplier les haines et les querelles domestiques de la ,grce8 ,aprs avoir fait l'preuve de la foiblesse1 de l'irrsolution et de la lchet des ,athniens1 pourquoi vouloit-il que les autres villes fissent pour eux ce qu'ils ne faisoient pas pour eux-mmes8 ,aprs avoir connu par exprience l'inutilit des ambassades dont il fatiguoit la ,grce1 que ne changeoit-il de vues8 ,et peut-on ne le pas mpriser comme politique et comme citoyen1 dans le moment mme qu'on l'admire comme orateur6 ,il osa proposer aux ,athniens de lever deux mille hommes d'infanterie et deux cents cavaliers1 dont un tiers seroit compos de citoyens1 et d'quiper dix galres lgrement armes4 ,je ne forme pas1 disoit-il1 de plus grandes demandes1 car notre situation prsente ne nous permet pas d'avoir des forces capables d'attaquer ,philippe en rase campagne4 ,quel toit donc le dessein de ,dmosthnes8 ,nous devons1 continue-t-il1 nous borner faire de simples courses4 ,etrange projet6 qui1 au lieu de courage1 ne devoit donner aux ,athniens qu'une inquitude ridicule2 qui1 loin d'inspirer de la crainte un ennemi dont on avouoit la supriorit1 n'toit capable que de l'irriter1 et auroit justifi son ambition4 ,dmosthnes esproit-il que ce foible effort ranimeroit le courage de la ,grce1 et lui donneroit de la confiance et de l'mulation8 ,il n'attendoit rien lui-mme de ses entreprises2 puisque dans le grand nombre d'exordes qu'il composoit d'avance1 et dont il se servoit ensuite dans l'occasion1 on en trouve peine deux ou trois qu'il et prpars en cas d'un vnement heureux4 ,polybe lui reproche de n'avoir eu pour politique qu'un emportement tmraire4 ,les ,athniens1 dit cet historien1 cdant enfin aux sollicitations de leur orateur1 se roidirent contre ,philippe2 ils furent battus ,chrone1 et n'auroient conserv ni leurs maisons1 ni leurs temples1 ni leur qualit de citoyens1 si le vainqueur n'et consult sa gnrosit4 ,j'aime mieux le sens admirable de ,phocion1 qui1 aussi grand capitaine que ,dmosthnes toit mauvais soldat1 se mettoit la porte de ses concitoyens1 et leur conseilloit la paix1 quoique la guerre dt le placer la tte des affaires de la rpublique4 ,je suis d'avis1 disoit-il un jour aux ,athniens1 que vous fassiez en sorte d'tre les plus forts1 ou que vous sachiez gagner l'amiti de ceux qui le sont4 ,ne vous plaignez pas de vos allis1 mais de vous-mmes1 dont la mollesse accrdite tous les abus2 mais de vos gnraux1 dont le brigandage soulve contre vous les peuples mmes qui priront si vous succombez4 ,je vous conseillerai la guerre1 disoit-il une autre fois1 quand vous serez capables de la faire2 quand je verrai les jeunes gens disposs obir et bien rsolus ne pas abandonner leur rang1 les riches contribuer volontairement aux besoins de la rpublique1 et les orateurs ne pas piller le public4 ,voil toute la politique de ce grand homme1 qui ne jugeoit point des forces et des ressources d'un tat par ces accs momentans de courage et de confiance qu'un caprice donne et dtruit1 mais par ses murs ordinaires et les habitudes que des loix constantes lui ont fait contracter4 ,phocion regardoit sa rpublique et la ,grce entire comme des malades auxquels il ne s'agit pas de rendre brusquement la sant2 mais dont il faut prolonger la vie et rtablir peu--peu le temprament par un rgime sage et circonspect4 ,affoiblies en effet par une longue suite de maux1 elles devoient ncessairement succomber dans une crise occasionne par des remdes violents4 ,phocion auroit permis un peuple vertueux de se livrer au dsespoir1 parce qu'il est en droit d'en attendre son salut2 mais il savoit qu'une rpublique corrompue est tmraire1 si elle ose seulement tenter une entreprise difficile4 ,quoique par sa conduite inconsidre1 ,dmosthnes augmentt les divisions des ,grecs1 et par consquent servt ainsi lui-mme l'ambition de ,philippe2 ce prince1 qui toit sr de remuer la ,grce par le moyen de ses pensionnaires et de ses allis1 et d'y susciter des troubles son gr1 n'oublia rien pour attacher cet orateur ses intrts1 ou du moins pour lui fermer la bouche4 ,il pouvoit se passer des services que lui rendoit ,dmosthnes1 et il craignoit cette loquence imptueuse qui le reprsentoit comme un tyran4 ,il ne vouloit pas qu'on entretnt l'orgueil des ,grecs1 en leur rappelant le souvenir des grandes actions de leurs pres4 ,leur parler du prix de la libert1 c'toit le contraindre n'agir qu'avec une circonspection incommode pour un ambitieux4 ,plus ,philippe s'appliquoit lasser la ,grce de sa libert1 et lui inspirer une certaine indolence qui la prpart obir quand elle seroit vaincue1 plus il voyoit avec chagrin que l'orateur ,athnien dvoilt ses projets1 apprt d'avance aux ,grecs rougir un jour de la servitude qu'ils ne pouvoient viter1 et rendt en quelque sorte incertain le fruit de ses victoires1 en les prparant tre inquiets et sditieux4 ,d'ailleurs1 ce prince avoit vu dans les dernires guerres1 que ,sparte1 ,athnes1 ,thbes et d'autres rpubliques avoient tour--tour implor la protection de la ,perse1 et s'toient servies de ses forces pour perdre leurs ennemis4 ,cette politique n'avoit plus rien d'odieux2 et il toit naturel qu'aprs avoir cherch inutilement dans la ,grce des ressources contre la ,macdoine1 ,dmosthnes se jett entre les bras des satrapes d',asie4 ,philippe avoit d'autant plus lieu d'apprhender une pareille dmarche de la part de cet orateur1 qu'il passoit pour avoir des liaisons troites avec la cour de ,perse1 et mme pour tre son pensionnaire4 ,si cette puissance venoit se mler des affaires de la ,grce1 les projets de ,philippe toient renverss1 ou du moins l'excution en devenoit beaucoup plus difficile4 ,les richesses immenses de l',asie auroient aisment runi toutes les rpubliques divises1 parce que leurs magistrats avoient la mme passion de s'enrichir4 ,au lieu de vaincre les ,grecs par les ,grecs mmes1 ,philippe auroit t oblig de les attaquer runis2 et pour les asservir1 il et mme fallu triompher des ,perses4 ,l'vnement justifia les craintes de ,philippe4 ,dmosthnes ouvrit l'avis d'envoyer des ambassadeurs au roi de ,perse1 pour lui reprsenter combien il lui importoit de ne pas souffrir l'agrandissement de la ,macdoine1 et le presser de donner des secours aux ,athniens4 ,l'orateur1 qui n'avoit d'abord que tt la disposition des esprits1 insista dans un autre discours sur la ncessit de cette rsolution1 qui fut enfin approuve par la rpublique4 ,la ngociation des ,athniens russit2 et ,philippe ayant form les siges importans de ,printhe et de ,bisance1 se vit troubler dans ces oprations par les secours que la ,perse et la rpublique d',athnes envoyrent aux assigs4 ,c'est alors que ce prince fit voir toute la sagesse dont il toit capable4 ,il jugea qu'en s'opinitrant son entreprise1 il irriteroit ses ennemis1 les uniroit plus troitement1 et les forceroit faire par passion ce que leur courage ni leur prudence ne leur feroient jamais entreprendre4 ,pour conjurer l'orage qu'il voyoit se former1 il lve le sige des places qu'il serroit dj de prs1 et tourna ses armes contre les ,scythes4 ,les ,athniens1 d'autant plus vains qu'ils toient plus lches1 ne doutrent point que la nouvelle expdition de ,philippe ne ft un coup de dsespoir2 ils crurent qu'humili de sa disgrace1 il alloit cacher sa honte dans la ,scythie2 en voyant entreprendre la guerre contre un peuple qui ne cultive point la terre1 qui n'a aucune habitation fixe1 qui chasse devant lui ses troupeaux1 et n'abandonne ses ennemis que des dserts o ils ne peuvent subsister1 on se flatta que la ,macdoine toit perdue4 ,si ,philippe cependant ne veut pas s'engager dans une entreprise srieuse contre les ,scythes1 et commencer des hostilits inutiles qui l'auroient empch de se porter son gr dans la ,grce1 les ,athniens prennent sa prudence pour une preuve de sa consternation1 et s'applaudissent dj de son embarras4 ,la cour de ,perse1 de son ct1 toit trop accoutume la flatterie la plus servile pour ne pas persuader l'imbcille ,ochus qu'il avoit triomph de ,philippe4 ,moins ce prtendu triomphe avoit cot de peine1 plus le monarque orgueilleux crut qu'il toit inutile de dployer de plus grandes forces1 et que la terreur de son nom suffisoit pour suspendre l'ambition de ,philippe4 ,l'orgueil des allis et leur joie les empchrent de prendre des mesures pour l'avenir2 et1 comme l'avoit prvu leur ennemi1 le lien qui les unissoit1 se relcha4 ,philippe cependant qui les observoit de la ,scythie1 mdite sa vengeance2 mais afin de faire une diversion plus prompte dans les esprits1 et de mieux sparer ,athnes de la ,perse1 il voulut occuper les ,grecs d'une affaire laquelle il sembloit lui-mme ne prendre aucun intrt4 ,se servant du crdit qu'il a sur les ,amphictyons1 il fait dclarer la guerre aux ,locriens d',amphysse1 qui s'toient empars de quelques champs consacrs au temple de ,delphes1 et engage le conseil donner le commandement de l'arme ,cottyphe1 homme vendu aux volonts de la ,macdoine4 ,ce courtisan1 docile ses instructions1 trane la guerre en longueur1 ne se permet aucun succs1 et laisse mme prendre assez d'avantages aux ,locriens1 pour que les gens religieux craignent un scandale1 et que la majest du ,dieu de ,delphes ne soit pas venge4 ,les esprits s'chauffent aux clameurs des partisans d',apollon et de ,philippe2 on ne parle dans toute la ,grce que de faire un effort gnral pour exterminer des sacrilges4 ,les ,locriens rappellent le souvenir des ,phocens2 ,philippe a vaincu ceux-ci1 il peut seul rduire les autres2 le vu public lui dfre le commandement1 ses ennemis n'osent s'y opposer dans la crainte d'y tre accuss d'impit1 et les ,amphictyons ont enfin recours lui4 ,autant que ce prince avoit fui jusque-l l'clat1 autant chercha-t-il intimider ses ennemis par l'appareil de son expdition1 ds qu'avou par les tats de la ,grce1 et comme vengeur de l'injure faite au temple de ,delphes1 il put se livrer son ambition4 ,a peine eut-il dfait les ,locriens1 que1 sous prtexte de forcer les ,athniens se dtacher de l'alliance des rebelles1 il entra avec toutes ses forces dans la ,phocide1 et s'empara d',elate1 avant qu'on et pntr ses vritables desseins4 ,cette nouvelle1 et celle de sa marche du ct de l',attique1 furent portes ,athnes au milieu de la nuit2 et les magistrats consterns la firent sur le champ publier par les crieurs publics3 tout s'meut1 tout s'agite dans la ville2 et sans attendre de convocation1 les citoyens se rendent au lieu des assembles1 o rgne d'abord un morne silence4 ,aucun des orateurs n'avoit le courage de monter dans la tribune1 lorsque ,dmosthnes1 enhardi par le peuple qui fixoit ses regards sur lui1 prit la parole1 exhorta ses concitoyens ne pas dsesprer du salut de la patrie1 et proposa d'envoyer une ambassade aux ,thbains pour leur demander des secours contre un ennemi qui ne daignoit plus cacher son ambition1 et dont la nouvelle entreprise ne menaoit pas moins leur libert que celle de l',attique4 ,le peuple approuva ce projet par ses acclamations2 et ,dmosthnes russit sans peine former une ligue avec une rpublique que ,philippe commenoit maltraiter1 depuis qu'il l'avoit rendue odieuse au reste de la ,botie4 ,les deux allis semblrent reprendre le gnie qu'ils avoient eu sous ,thmistocle et ,epaminondas2 ils combattirent avec une valeur hroque ,chrone1 mais la fortune se dclara contr'eux4 ,philippe1 toujours attentif diviser ses ennemis1 et temprer par sa clmence la svrit laquelle le bien de ses affaires le contraignoit quelquefois1 prvint les ,athniens par des bienfaits1 leur renvoya leurs prisonniers sans ranon1 et leur offrit un accommodement avantageux1 tandis qu'il poursuivit les ,thbains avec une extrme chaleur1 et ne leur accorda la paix1 qu'aprs avoir mis garnison dans leur ville4 ,ce prince occupoit les postes les plus avantageux de la ,grce1 ses troupes toient accoutumes vaincre1 toutes les rpubliques trembloient au nom du vainqueur1 ou louoient sa modration4 ,il s'en falloit bien cependant que cet empire de la ,macdoine ft solidement affermi2 et il toit plus difficile de rendre les ,grecs patiens sous le joug1 que de les avoir vaincus4 ,leurs vices et leurs divisions les avoient conduits la servitude1 sans qu'ils s'en aperussent2 mais la prsence d'un matre pouvoit leur rendre leur ancien gnie1 en les clairant sur leur sort2 et un peuple n'est jamais plus redoutable1 que quand il combat pour recouvrer sa libert perdue1 avant que de s'tre accoutum obir4 ,au milieu d'une nation volage1 inquite1 orgueilleuse1 tmraire et aguerrie1 le moindre vnement toit capable de causer une rvolution1 ou du moins des rvoltes toujours nouvelles qui auroient enfin puis les forces de la ,macdoine1 ou qui l'auroient mise dans la ncessit de combattre encore long-temps avant que de pouvoir profiter de ses victoires4 ,philippe ne se laissa point enivrer par ses succs2 semblable ces ,romains si savans dans l'art de manier leur gr les nations1 et qui1 quelques sicles aprs1 asservirent les ,grecs1 il connoissoit tous les milieux par lesquels un peuple doit passer de la libert la servitude1 et la lenteur avec laquelle il faut le conduire pour l'accoutumer tre docile4 ,il tempra l'orgueil de sa victoire2 il rappela lui les esprits que sa prosprit sembloit effaroucher2 il tcha de persuader aux ,grecs qu'il n'avoit fait jusque-l la guerre1 et n'avoit vaincu1 que pour les dlivrer de leurs tyrans1 et protger leur indpendance4 ,le chef-d'uvre de sa politique1 ce fut de les brouiller avec la cour de ,perse4 ,en rallumant leur ancienne haine contre cette puissance1 en les conduisant la conqute de l',asie1 il flattoit leur orgueil1 les distrayoit de la perte de leur libert1 donnoit un aliment leur inquitude naturelle1 et s'emparoit de toutes les forces que la ,grce auroit pu tourner contre lui4 ,aprs la conqute des ,satrapies de l',asie mineure1 la ,grce1 place dans le centre de la puissance ,macdonienne1 sans allis1 sans voisins1 sans esprance de secours trangers1 devoit se voir dans l'impuissance de recouvrer sa libert3 elle auroit bientt prouv1 sous la main de ,philippe1 cette servitude pesante laquelle les ,romains la condamnrent4 ,la rpublique la plus considrable n'auroit pu exciter qu'une meute1 et tous les ,grecs auroient bientt connu le danger et les inconvniens de ces commotions passagres dont la tyrannie se sert toujours pour tendre ses droits et les affermir4 ,en rcompensant d'une main1 en chtiant de l'autre1 ,philippe auroit lass la constance de ses ennemis1 et augment le nombre de ses partisans4 ,il lui auroit suffi d'loigner les uns des magistratures1 et d'y porter les autres par son crdit1 pour jouir enfin de cette autorit absolue dont les ambitieux sont si jaloux1 et qui est cependant l'avant-coureur de leur foiblesse1 de leur dcadence et de leur ruine4 ,je ne sais si jamais l'ambition d'un homme a prsent un spectacle aussi intressant que le rgne de ,philippe4 ,que de prudence1 que de courage dans tout le dtail de la conduite de ce prince6 ,quelle justesse dans le plan d'lvation qu'il s'toit propos6 ,on ne peut trop admirer sa constance le suivre4 ,quelle connoissance du cur humain6 ,quelle habilet le remuer et profiter des passions6 ,tout prince qui1 avec le mme gnie1 se conduira par les mmes principes1 aura sans doute les mmes succs2 il sera la terreur de ses voisins3 il vaincra ses ennemis2 il fera des conqutes4 ,et je m'attacherois dmler1 autant qu'il m'est possible1 les ressorts de cette politique malheureuse1 si l'objet qu'elle se propose ne paroissoit petit1 mprisable1 et mme condamnable aux yeux de cette politique suprieure1 qui ne s'occupe point servir les passions du monarque1 mais rendre les tats heureux4 ,en effet1 qu'a fait ,philippe pour le bonheur de la ,macdoine et de sa maison8 ,ne songeant qu' sa fortune particulire1 ne travaillant qu' satisfaire son ambition1 il ne s'est servi des plus grands talens et des ressources les plus rares du gnie1 que pour lever un difice qui devoit s'crouler bientt aprs lui4 ,les hommes entendent mal les intrts de l'humanit1 lorsqu'admirant imprudemment des difficults surmontes1 ils louent sans restriction des talens dont l'emploi a t pernicieux4 ,importoit-il la famille de ,philippe ou son royaume1 qu'il tablt un grand empire8 ,en se rendant puissant1 il n'a fait que jeter le germe d'une foule de guerres1 et prparer dans le monde des rvolutions et des dvastations4 ,s'il n'et eu pour successeur qu'un homme ordinaire1 tout le fruit de ses travaux et t perdu en un jour4 ,il laissa sa couronne un hros1 et l'avoit rendu assez puissant pour conqurir l',asie2 mais ces conqutes n'ont pas t possdes par les enfans d',alexandre et par la ,macdoine4 ,les hritiers de ce prince ont pri misrablement2 et leur tat1 renferm une seconde fois dans ses premires limites ne conserva de son ancienne fortune qu'une ambition dmesure qui l'affoiblissoit1 et il devint enfin la proie des ,romains4 ,si ,philippe et eu un successeur digne de lui1 c'est--dire1 qui et affermi sa domination sur la ,grce1 au lieu d'aspirer la conqute du monde entier1 il faudroit donc le louer d'avoir eu l'art d'avilir les ,grecs1 et dtruit ce reste de courage qu'ils devoient leur libert4 ,enfin1 pourquoi ne blmeroit-on pas l'usage que ,philippe a fait de ses talens1 puisque la fortune laquelle il aspiroit n'toit propre qu' corrompre ses successeurs1 et rendre les devoirs de la royaut plus pnibles8 ,que la gloire de ce prince auroit t grande1 si aprs s'tre fait naturaliser dans la ,grce par son entre au conseil des ,amphictyons1 il n'et ambitionn que la sorte d'empire que ,lacdmone avoit eue1 et n'et travaill1 faisant revivre l'esprit d'union1 qu' rtablir l'ancienne confdration des ,grecs6 ,il toit temps de songer cette rforme2 les rpubliques1 assez puissantes pour avoir eu de l'ambition1 avoient dj prouv assez de malheurs pour juger qu'elles n'avoient form que des projets chimriques4 ,toutes sentoient la ncessit de faire des alliances2 de-l leurs ngociations perptuelles2 et si leurs liaisons toient incertaines1 c'est qu'aucune ville n'avoit ni assez de force ni assez de sagesse pour inspirer de la confiance aux autres1 et les protger efficacement4 ,quelles louanges ,philippe n'auroit-il pas mrites1 si1 aprs avoir eu l'habilet de corriger son royaume de ses vices1 il et affermi ses tablissemens1 en donnant aux lois cette autorit dont il toit si jaloux2 s'il et empch que ses successeurs n'abusassent un jour de la fortune qu'il leur laissoit1 et que devenant1 pour ainsi dire1 l'auteur de tout le bien qu'ils feroient1 il n'et compos qu'un seul peuple de ses anciens sujets1 et des ,grecs6 ,ce prince auroit t gal ,lycurgue4 ,la ,macdoine1 heureuse au-dedans1 auroit t en sret contre les trangers2 ses forces unies celles de la ,grce auroient suffi pour repousser leurs injures1 et vraisemblablement la grandeur romaine se seroit brise contre cette masse d'tats libres et florissans4 ,philippe nomm gnral des ,grecs1 pour porter la guerre en ,asie1 y avoit dj fait passer quelques-uns de ses gnraux1 et se prparoit les suivre avec une arme formidable1 lorsqu'il fut assassin4 ,en apprenant cette nouvelle1 les ,thraces1 les ,poniens1 les ,illyriens1 et les ,taulentiens prirent l'envi les armes1 et auroient dtruit la puissance mal affermie des ,macdoniens1 si ,philippe n'et eu ,alexandre pour successeur4 ,les ,grecs1 de leur ct1 crurent avoir dj recouvr leur libert4 ,les ,athniens1 anims par ,dmosthnes1 ne vouloient plus obir un gnral tranger2 et en se liguant avec ,attalus1 frre de la seconde femme de ,philippe1 et ennemi d',alexandre1 se flattoient de susciter assez de troubles en ,macdoine1 pour que la ,grce pt aisment rtablir son indpendance4 ,les ,etoliens se htrent de rappeler dans l',acarnanie les citoyens que ,philippe en avoit bannis4 ,les ,ambraciotes chassrent la garnison que ce prince tenoit chez eux4 ,ceux d',argos et d',elis1 les ,spartiates et les ,arcadiens donnrent dans le ,ploponse l'exemple de la rvolte2 et les ,thbains1 refusant ,alexandre le titre de gnral qu'ils avoient accord son pre1 portrent un dcret par lequel il toit ordonn aux ,macdoniens qui occupoient ,cadme1 de sortir de cette forteresse4 ,les ,grecs se livroient ainsi l'esprance que le jeune successeur de ,philippe seroit retenu dans ses tats par la guerre que lui faisoient les ,barbares2 mais rien ne lui rsiste1 ,thraces1 ,illyriens1 ,poniens1 ,taulentiens1 tout est dj chti1 tout est rentr dans le devoir4 ,alexandre parot dans la ,grce1 et les ,thbains1 son approche1 ne lvent point le sige qu'ils avoient mis devant ,cadme4 ,ils insultent ce prince1 et sont eux-mmes assigs dans leur ville4 ,malgr tous les prodiges de valeur que peut inspirer le dsespoir1 ils furent emports l'pe la main1 et leur malheureuse patrie servit de thtre toutes les horreurs de la guerre4 ,le soldat fut pass au fil de l'pe4 ,on arracha les femmes1 les enfans1 les vieillards1 des temples qui leur servoient d'asyle1 pour tre vendus l'encan4 ,aucun ,grec ne put1 sous peine de la vie1 recevoir chez lui un ,thbain fugitif1 et ,thbes rduite en cendres1 ne fut plus qu'un monceau de ruines4 ,la libert de la ,grce paroissoit dtruite2 et ,alexandre1 profitant de la consternation qu'il avoit rpandue1 se fait donner le titre de gnral qu'avoit eu son pre1 et marche la conqute de la ,perse4 ,s'il suffit souvent d'un prince imbcille ou mchant pour perdre la monarchie la plus solidement affermie1 comment l'empire de ,cyrus auroit-il pu rsister aux forces avec lesquelles ,philippe s'toit prpar l'attaquer8 ,a des princes mprisables1 dont j'ai dj eu occasion de parler1 avoit succd ,ochus4 ,son avnement au trne offrit un spectacle effrayant la ,perse4 ,ce monstre fit prir ceux de ses frres qui toient moins indignes que lui de rgner1 et tendit ensuite ses proscriptions sur le reste de sa famille4 ,tout dgotant du sang de ses parens et de ses sujets1 il s'abandonna aux volupts4 ,il n'y avoit dans toute la ,perse qu'un homme aussi abominable qu',ochus1 c'toit l'eunuque ,bagoas son favori4 ,l'inhumanit et la sclratesse avec lesquelles il fit prir son matre1 excitent un frmissement d'horreur2 mais on se rassure1 en voyant qu'il n'en falloit pas moins pour venger dignement les ,perses des maux qu'ils avoient soufferts4 ,arss monta en tremblant sur le trne de ses pres2 et ,bagoas1 qui le fit bientt prir1 donna la couronne ,darius-,codoman1 destin voir la ruine de l'empire des ,perses4 ,il s'en faut beaucoup que les historiens parlent de ,darius avec le mme mpris que de ses prdcesseurs4 ,c'toit au contraire un prince brave1 gnreux1 et mme capable de consulter la justice et de respecter les droits de l'humanit en possdant un pouvoir sans bornes4 ,mais irrsolu et peu clair1 il manquoit des qualits ncessaires pour gouverner dans des temps difficiles4 ,darius monta sur le trne presqu'en mme temps qu',alexandre succda ,philippe2 et quand 'auroit t un grand homme1 comment auroit-il pu conjurer l'orage dont il toit menac8 ,par quel art auroit-il corrig subitement les vices invtrs de la ,perse1 intress des esclaves au bien de l'tat1 et donn1 en un mot1 l'empire des ressorts capables de le mouvoir8 ,il ne pouvoit opposer son ennemi que des armes sans courage1 sans discipline1 accoutumes fuir devant les ,grecs1 et des courtisans empresss profiter des foiblesses de leur matre1 et des malheurs publics pour satisfaire leur avarice et la jalousie qui les divisoit2 en un mot1 des hommes sans patrie1 qui savoient1 par une longue exprience1 qu'ils ne partageroient jamais la prosprit du prince4 ,alexandre passa en ,asie avec trente mille hommes d'infanterie et cinq mille chevaux4 ,darius fut vaincu1 la ,perse conquise par les armes des ,macdoniens1 et cependant le projet de ,philippe ne fut pas excut4 ,ce prince1 je l'ai dj dit1 mditoit des conqutes en ,asie pour affermir son autorit dans la ,grce2 et c'est en conqurant qui ne songe au contraire qu' tout renverser1 sans vouloir rien tablir1 qu',alexandre entra dans les tats de ,darius4 ,il soumet des provinces sans penser comment il les conservera2 il se contente de les opprimer par la terreur de son nom2 il forme un empire1 dont toutes les parties sont prtes se sparer4 ,philippe avoit projet son expdition1 en joignant ses propres forces deux cent trente mille ,grecs2 et par cette politique1 non-seulement il toit sr d'accabler ,darius1 mais il enlevoit encore la ,grce des soldats qui toient suspects la ,macdoine1 y prvenoit toute rvolte1 et1 en l'affoiblissant1 l'accoutumoit insensiblement obir4 ,son fils1 au contraire1 ne laisse dans ses tats que douze mille hommes sous le commandement d',antipater1 pour retenir dans l'obissance un pays dont il connoissoit le penchant la sdition1 et qui1 plein de citoyens jaloux de leur libert et de soldats aguerris1 devoit tenter par son exemple d'exciter la ,thrace1 l',illyrie1 c4 secouer le joug4 ,cependant un de nos plus illustres crivains le loue d'avoir mis peu de choses au hasard dans le commencement de son entreprise1 et de n'avoir employ que tard la tmrit comme un moyen de russir4 ,quand sera-t-on donc tmraire1 s'il est prudent de vouloir conqurir l',asie avec trente-cinq mille hommes1 et d'envahir les provinces trangres1 sans avoir mis les siennes en sret8 ,les ,grecs qui opposrent ,xercs des forces quatre fois plus considrables1 les prodiguoient donc inutilement2 toient-ils moins braves1 moins disciplins que les soldats d',alexandre8 avoient-ils besoin de lever des armes plus nombreuses8 ,si ,darius1 en effet1 et eu assez de courage pour ne point se laisser intimider par la tmrit imposante d',alexandre1 et que docile au sage conseil de ,memnon1 il et1 l'exemple d'un de ses prdcesseurs1 rpandu de l'argent dans la ,grce pour l'engager faire une diversion en faveur de l',asie1 et arm pour la dfense de la ,perse des soldats que son ennemi avoit eu l'imprudence de ne pas prendre son service2 il est vraisemblable que l'expdition tmraire d',alexandre n'auroit pas eu un sort plus heureux que celle d',agsilas4 ,celui-ci fut oblig d'abandonner ses conqutes pour aller au secours de ,sparte1 et l'autre auroit t forc de courir la dfense de son royaume1 et se seroit puis pour subjuguer la ,grce1 que l'argent de ,darius auroit tenue unie4 ,qu',alexandre ait t un grand capitaine1 personne n'en doute2 mais il pourroit avoir t un guerrier trs-sage dans le dtail de chacune de ses oprations1 et un politique trs-imprudent dans le plan gnral de ses entreprises4 ,on loue1 par exemple1 ce prince d'avoir profit de la bataille d',issus pour s'emparer de l',egypte1 que ,darius avoit laisse dgarnie de troupes1 pendant qu'il assembloit des armes innombrables dans un autre univers4 ,mais il me semble que c'est louer une faute4 ,pourquoi se jeter sur un pays ouvert1 et qui sans effort devoit appartenir aux ,macdoniens1 si ,darius toit vaincu8 ,pourquoi laisser son ennemi le temps de respirer1 de rparer et de rassembler ses forces8 ,alexandre devoit poursuivre ,darius aprs la bataille d',issus1 avec la mme chaleur et la mme clrit qu'il le poursuivit aprs la bataille d',arbelles4 ,pendant qu'il fait le sige inutile de ,tyr1 qu'il perd un temps prcieux en ,egypte et dans le temple de ,jupiter ,hammon1 ,darius lve huit cent mille hommes de pied et deux cent mille hommes de cavalerie1 les arme1 les exerce1 et reparoissant dans les plaines d',arbelles beaucoup plus fort que dans celle d',issus1 force son ennemi exposer sa fortune et sa rputation aux hasards d'une seconde bataille1 tandis qu'il avoit pu rendre la premire dcisive4 ,alexandre peut avoir montr dans le cours de ses exploits tous les talens qui forment le plus grand des capitaines2 mais il n'en est pas moins vrai1 que n'tre pas satisfait de la monarchie de ,cyrus1 pntrer dans les ,indes1 mditer la conqute de l',afrique1 vouloir asservir l',espagne et les ,gaules1 traverser les ,alpes1 et rentrer dans la ,macdoine par l',italie vaincue1 c'toit s'loigner prodigieusement des vues de ,philippe1 et n'y rien substituer de raisonnable4 ,qu'est-ce que des conqutes dont l'unique objet est de ravager la terre8 ,quel nom assez odieux donnera-t-on un conqurant1 qui regarde toujours en avant1 et ne jette jamais les yeux derrire lui1 qui marchant avec le bruit et l'imptuosit d'un torrent dbord1 s'coule1 disparot de mme1 et ne laisse aprs lui que des ruines8 ,qu'esproit ,alexandre8 ,ne sentoit-il pas que des conqutes si rapides1 si tendues et si disproportionnes aux forces des ,macdoniens1 ne pouvoient se conserver8 ,s'il ignoroit une vrit si triviale1 s'il ne dmla point les ressorts et le but de la politique de son pre1 ce hros devoit avoir des lumires bien bornes2 si rien de tout cela1 au contraire1 n'chappoit sa pntration1 et ne pt cependant modrer ses dsirs2 ce n'est qu'un furieux que les hommes doivent har4 ,darius ayant offert ,alexandre dix mille talens et la moiti de son empire1 ,parmnion pensoit qu'il toit sage de ne pas rejeter ces offres4 ,je les accepterois1 dit-il1 si j'tois ,alexandre2 et moi aussi1 rpliqua ,alexandre1 si j'tois ,parmnion4 ,cette rponse peu sense a t admire1 parce qu'elle dploie1 en quelque sorte1 tout le caractre d',alexandre1 et porte notre esprit l'ide d'une ambition et d'un courage sans bornes4 ,philippe auroit pens comme ,parmnion2 et faisant la paix avec ,darius1 auroit du moins tent de former une monarchie1 dont la trop grande tendue n'et pas t un obstacle insurmontable sa prosprit et sa conservation4 ,si on rapproche sous un mme point de vue les deux princes dont je parle1 qu'on remarque entr'eux une trange disproportion6 ,dans ,philippe1 je vois un homme suprieur tous les vnemens4 ,la fortune ne peut lui opposer d'obstacle qu'il n'ait prvu1 et qu'il ne surmonte par sa sagesse1 sa patience1 son courage ou son activit4 ,je dcouvre un gnie vaste1 dont toutes les entreprises sont lies et se prtent une force mutuelle4 ,ce qu'il excute1 prpare toujours le succs de l'entreprise qu'il va commencer4 ,dans ,alexandre1 je ne vois qu'un guerrier extraordinaire1 qui n'a qu'une manire1 et dont le courage tmraire et impatient 7qu'on me permette cette expression7 tranche par-tout le nud gordien que ,philippe et dnou4 ,l'excs de toutes ses qualits surprend notre imagination1 et le fait parotre grand1 parce qu'il fait sentir ceux qui le considrent1 la foiblesse de leur caractre3 au lieu de ne donner que de la surprise ce phnomne rare1 nous lui donnons de l'admiration4 ,qu'on suppose ,philippe dans l',asie la tte des forces de la ,grce4 ,si sa sagesse parot d'abord moins capable d'imposer ,darius1 que l'enthousiasme d',alexandre1 elle le conduira cependant au mme but4 ,l'audace d',alexandre lui russit1 parce qu'elle excita dans son ennemi la crainte1 passion qui resserre l'esprit1 glace l'imagination1 et engourdit toutes les facults de l'ame4 ,philippe et entour ,darius de piges et de prcipices4 ,il et profit des divisions qui rgnoient dans l',asie1 dont les provinces dsunies par leurs murs1 leurs lois1 leur religion1 n'avoient aucune relation entr'elles4 ,il et tent l'ambition et l'avarice de ces satrapes orgueilleux et avides qui gouvernoient les provinces de l'empire sans tre attachs son gouvernement2 il et marchand leurs villes1 et1 comme on l'a dit1 faisant autant la guerre en marchand qu'en capitaine1 il et peut-tre ruin la monarchie de ,perse1 sans vaincre ,darius les armes la main4 ,placez ,alexandre dans les mmes circonstances o s'est trouv son pre1 et la ,macdoine1 qui n'avoit pas entirement succomb sous l'imbcillit de ses derniers rois1 sera crase par le courage d',alexandre4 ,qu'un de ses amis veuille profiter de sa foiblesse et de la confusion de ses affaires1 il courra la vengeance avant que de l'avoir prpare4 ,il seroit inutile de parcourir ici toutes les conjonctures dlicates o ,philippe s'est trouv2 je me borne rappeler la leve des siges de ,printhe et de ,bisance3 ,alexandre toit-il capable d'une pareille conduite8 ,il abandonna enfin les murs des ,grecs ou des ,macdoniens1 et prit celles des ,perses4 ,quelques crivains1 pour sauver la gloire de ce hros1 ont imagin que ce changement fut l'ouvrage de sa politique1 et qu'il ne songeoit qu' gagner la confiance des ,barbares pour affermir son empire4 ,mais1 quand ce seroient-l en effet les vues secrtes qui produisirent cette rvolution1 l'erreur d',alexandre seroit-elle moins grossire8 ,pour plaire aux ,perses1 toit-il prudent de choquer les ,macdoniens8 ,donner aux vainqueurs les murs des vaincus1 c'est prparer leur ruine1 c'est la rendre certaine2 et l'on veut qu',alexandre1 ignorant cette vrit commune1 ait regard la corruption et l'avilissement des ,macdoniens comme le fondement de sa puissance4 ,les ,asiatiques1 accoutums ramper sous le despotisme1 devoient porter leurs chanes avec docilit4 ,les ,grecs seuls mritoient des mnagemens4 ,braves1 aguerris et jaloux de leur libert1 ils tentrent de secouer le joug de la ,macdoine dans le temps mme qu',alexandre remplissoit l',asie de la terreur de son nom2 et les ,perses1 patiens et dociles sous la main qui les opprimoit1 ne songrent jamais se rvolter3 que leur importoit le sort de leur matre8 ,la rvolution qui faisoit passer la couronne de ,darius sur la tte d',alexandre n'toit point une rvolution pour l'tat1 il restoit dans la mme situation4 ,quel avantage1 dit un politique clbre1 les ,perses auroient-ils trouv obir plutt la famille de ,darius1 qu' celle d',alexandre8 ,pourquoi auroient-ils voulu venger la ruine d'un matre qu'ils ne devoient pas aimer8 ,qui russit1 continue ,machiavel1 dtrner un prince despotique1 ne craint point1 en occupant sa place1 de se voir enlever sa proie4 ,le vaincu n'avoit command qu' des hommes timides qui n'auront point le courage de le venger4 ,il avoit seul possd toute l'autorit2 et personne1 aprs sa chte1 n'aura assez de crdit pour armer le peuple1 se mettre sa tte1 et tenter de renverser la fortune du vainqueur4 ,en effet1 ce fut l'ambition des gnraux ,macdoniens1 et non l'indocilit des ,perses1 qui produisit1 sous les successeurs d',alexandre1 une longue suite de rvolutions4 ,le changement de ce prince fut une vraie corruption1 ouvrage d'une fortune trop grande pour un homme4 ,il venoit de gagner la bataille d',issus2 et n'ayant encore l'ame ouverte qu' la passion de conqurir1 il ne put cependant s'empcher d'tre bloui des richesses que lui offroit la tente de ,darius1 et de dire ceux qui l'accompagnoient1 que c'toit-l ce qu'on devoit appeler rgner4 ,qu'aprs ce mot1 le hros me parot un homme ordinaire6 ,la prosprit dveloppa le germe de corruption qu'il portoit dans le cur4 ,matre de tout1 ,alexandre voulut enfin jouir4 ,ce n'est point par politique qu'il brla ,perspolis1 se livra aux volupts de la table1 rassembla dans son palais trois ou quatre cens des plus belles femmes de son empire1 qui1 tous les soirs1 venoient essayer sur lui le pouvoir de leurs charmes2 et que ne se croyant plus un homme1 il voulut exiger de ses courtisans le culte qu'on rendoit ,bacchus et ,hercule4 ,malgr ce que dit ,plutarque1 qu'on ne pense pas que ce hros songet lier troitement les diffrentes provinces de son empire1 pour n'en former qu'un seul corps qui dt ternellement subsister2 ,diodore nous fait connotre les mmoires qu',alexandre a laisss1 et qui contenoient les projets qu'il devoit excuter4 ,il s'agissoit de rendre de nouveaux honneurs funbres la mmoire d',ephestion1 d'lever ,philippe un tombeau qui galt en grandeur les pyramides d',egypte1 de btir diffrens temples1 de porter la guerre en ,afrique1 en ,espagne1 en ,sicile2 et1 pour l'excution de ce dessein1 de construire mille vaisseaux plus grands que les galres ordinaires1 et de prparer des ports cette flotte1 qui devoit se rendre matresse de la ,mditerrane4 ,alexandre indiquoit les moyens de peupler les nouvelles villes qu'il avoit bties1 et projetoit de faire passer en ,asie des peuplades d',europens1 et en ,europe des colonies d',asiatiques4 ,rien n'indique dans ces mmoires les vues du fondateur d'une monarchie durable2 ils ne contiennent que les projets d'un homme vain qui veut tonner les hommes1 et d'un ambitieux qui ne peut se lasser de faire des conqutes4 ,est-ce en subjuguant une nouvelle province1 qu'on affermit un empire dj trop tendu8 ,quel respect ,alexandre a-t-il marqu pour la justice et les lois8 ,quels soins a-t-il pris pour former un gouvernement8 ,a quelle marque reconnot-on en lui le gnie d'un lgislateur8 ,alexandre1 rpond un crivain clbre1 laissa aux vaincus leurs lois civiles1 et quelquefois leur gouvernement2 il respecta les traditions anciennes et tous les monumens de la gloire ou de la vanit des peuples4 ,et de-l est-il permis de conclure qu',alexandre ait t un lgislateur8 ,suffit-il de ne pas dtruire toutes les lois et les gouvernemens des peuples qu'on asservit1 pour acqurir la rputation d'un lgislateur8 ,alexandre auroit t insens1 s'il n'et pas senti l'impossibilit de donner en un jour de nouvelles lois la moiti du monde4 ,faut-il lui prodiguer des loges1 parce qu'il n'a pas eu la brutalit absurde de quelques conqurans1 qui ont cru que ce n'toit pas rgner que de ne pas faire taire toutes les lois en leur prsence8 ,cette sagesse qu'on veut admirer dans ,alexandre1 est commune2 et les ,barbares1 qui ont envahi l'empire romain1 l'ont eue4 ,alexandre1 toujours press de faire de nouvelles conqutes1 n'avoit pas eu le temps de faire des lois4 ,pourquoi auroit-il dtruit les monumens de la gloire ou de la vanit des peuples8 ,c'et t avilir la rputation des vaincus1 et ternir la gloire de ses triomphes4 ,alexandre1 il est vrai1 a bti des villes et tabli des colonies grecques dans ses conqutes2 mais pourquoi fait-on honneur sa politique des ouvrages de sa vanit8 ,ses conqutes toient-elles faites sur des peuples inquiets1 indociles et belliqueux1 qu'il fallt contenir dans le devoir par des garnisons et des forteresses8 ,ces ,grecs et ces ,macdoniens1 transplants dans la ,perse et dans l',egypte1 n'toient-ils pas plus propres y donner des exemples de rvolte que de soumission8 ,alexandre ne songeoit en effet qu' lever des monumens sa gloire4 ,ces villes qu'il btissoit1 ces colonies qu'il formoit1 il ne les regardoit que comme les trophes que les ,grecs avoient coutume d'lever dans les lieux o ils avoient gagn une bataille4 ,comment pourroit-on trouver le gnie et les vues d'un lgislateur ou d'un politique qui embrasse un long avenir1 dans un prince qui1 loin de rgler la succession de son empire1 et de remdier aux maux que lui prsageoit l'ambition de ses lieutenans1 prvoyoit1 au contraire1 avec une sorte de joie leurs divisions1 et regardoit leurs guerres civiles comme les jeux funbres dont on devoit honorer ses funrailles8 ,n'toit-ce pas en donner le signal1 que d'appeler vaguement sa succession le plus digne de lui succder8 ,il est bien vraisemblable qu',alexandre crut qu'il importoit sa gloire que son successeur ft moins puissant que lui1 et qu'il se formt plusieurs monarchies considrables des dbris de son seul empire4 ,,livre ,,quatri,,me4 ,la terreur que rpandit le nom d',alexandre1 l'admiration que mille qualits hroques avoient inspire pour sa personne1 et l'espce d'enthousiasme qui chauffoit son arme1 toient les seuls liens qui tinssent unies en un seul corps toutes les parties de l'empire de ,macdoine4 ,ce prince rgna peu de temps2 et quand il mourut1 sa monarchie toit encore trop nouvelle pour avoir des coutumes qui eussent acquis force de lois4 ,tout le monde sait que ,perdiccas1 qui ,alexandre avoit remis en mourant son anneau1 fut charg de la rgence de l'tat4 ,on plaa la fois sur le trne ,aride1 fils de ,philippe1 et l'enfant encore au berceau qu',alexandre avoit eu de ,roxane1 et le gouvernement des satrapies fut confi aux principaux officiers4 ,il toit impossible qu'il n'arrivt pas bientt quelque rvolution dans ce gouvernement4 ,le camp d',alexandre n'avoit pas t une cole o l'on et appris tre juste et modr1 et les lieutenans d'un hros qui regardoit le courage et la force comme des titres lgitimes pour rgner par-tout o il y avoit des hommes1 devoient tre ivres d'ambition4 ,pouvoient-ils reconnotre long-temps l'autorit d'un enfant ou de l'imbcille ,aride1 qui leur paroissoit aussi mprisable qu',alexandre leur avoit paru grand8 ,borner leur pouvoir dans leurs satrapies1 c'et t relcher les ressorts du gouvernement4 ,on n'avoit eu vraisemblablement sous le rgne d',alexandre1 aucune ide de ces sages tablissements1 par lesquels on tempre l'autorit pour en prvenir les abus2 et quand cette politique auroit t connue1 par quelle voie le rgent auroit-il russi la mettre en pratique8 ,c'toit dans ,perdiccas un dfaut que rien ne pouvoit rparer1 que d'avoir t l'gal des gouverneurs de province2 on devoit tre jaloux de sa puissance et tent de s'en affranchir1 si on la craignoit2 et on devoit la mpriser1 si on ne la redoutoit pas4 ,les menaces de ,perdiccas toient vaines contre des hommes qui toient les matres de lever des armes dans leurs provinces2 et ses promesses les touchoient peu1 parce qu'ils attendoient de leur ambition une plus grande fortune1 que de leur fidlit au gouvernement4 ,si les gouverneurs de province1 dans la crainte de se rendre odieux1 n'osoient se soulever contre une autorit lgitime1 chacun cependant se faisoit dans sa satrapie1 des rgles d'administration1 suivant qu'il importoit ses intrts particuliers4 ,chacun et ses armes et ses forteresses1 et refusa de rendre compte des tributs et des impts qu'il faisoit lever par ses officiers4 ,on ne se borne point tre sujet1 quand on possde les forces et les richesses d'un roi4 ,les satrapes firent entr'eux des traits d'alliance et de ligue1 et ,perdiccas de son ct fut oblig de ngocier pour conserver quelqu'ombre de crdit la rgence3 en un mot1 la monarchie des ,macdoniens1 quoiqu'unie encore en apparence2 et ne formant qu'un corps1 toit dj rellement partage en diffrens tats indpendans et jaloux les uns des autres4 ,antigone1 qui avoit en partage la ,pamphylie1 la ,lycie1 et la province appele la ,grande-,phrygie1 toit1 de tous les grands de l'empire1 celui dont l'ambition souffroit le plus impatiemment la paix4 ,il ne cessoit de reprsenter ,perdiccas comme un tyran qui1 sous de vains prtextes1 ne cherchoit qu' dpouiller les grands de leurs gouvernemens1 et y placer ses cratures1 pour se dfaire ensuite sans obstacle des deux rois1 et usurper leur couronne4 ,les soupons1 la haine1 l'esprit de rvolte et d'indpendance avoient fait de tels progrs1 que ,perdiccas ne pouvoit conserver l'autorit dont il toit revtu1 s'il ne l'augmentoit en humiliant ses rivaux2 il falloit faire un exemple2 il rassembla ses forces et marcha avec une arme considrable pour soumettre l',egypte4 ,sa duret et son orgueil l'avoient rendu odieux ses propres soldats2 et les mauvais succs qu'il eut au commencement de son expdition1 achevrent de les soulever contre lui4 ,on compara sa conduite celle de ,ptolome1 qui1 par sa prudence1 son courage1 sa justice et son humanit1 se faisoit galement aimer et respecter dans son gouvernement4 ,les principaux officiers excitrent une sdition gnrale2 et ,perdiccas ayant t assassin1 l'arme offrit la rgence ,ptolome mme qui elle faisoit la guerre4 ,ce prince1 car on peut commencer lui donner ce nom1 quoiqu'il ne le prt pas encore1 refusa prudemment une dignit dont il ne pouvoit soutenir les prrogatives1 sans se rendre l'ennemi de tous les gouverneurs de province2 et qui1 en ne lui donnant qu'un pouvoir imaginaire et contest sur l'empire entier d',alexandre1 l'auroit vraisemblablement expos perdre l',egypte4 ,la rgence fut dfre ,aride et ,pithon1 chefs de la conjuration qui avoit fait prir ,perdiccas2 mais1 soit que des affaires particulires appelassent ces deux hommes ailleurs1 soit qu'ils fussent accabls du poids de leur dignit1 ils s'en dmirent entre les mains d',antipater1 gouverneur de ,macdoine1 et qui toit pass d',europe en ,asie la tte d'une arme1 pour faire une diversion en faveur de ,ptolome1 et attaquer ,eumnes et les autres gnraux qui toient rests attachs ,perdiccas4 ,antipater1 aussi habile que ,ptolome1 ne sacrifia point la fortune dont il jouissoit aux intrts de la rgence4 ,instruit des projets des rebelles par les relations qu'il entretenoit avec eux1 il jugea que le dmembrement de la monarchie d',alexandre toit invitable4 ,il vit du danger renoncer d'anciennes liaisons1 pour former des alliances nouvelles et douteuses avec les amis de ,perdiccas2 et ne balanant point abandonner les affaires gnrales de l'empire1 il parut ne vouloir rgner que sur la ,macdoine4 ,bien loin de pacifier les troubles de l',asie1 il les crut favorables l'affermissement de son autorit en ,europe2 il les augmenta en dpouillant ,eumnes1 ,alctas et les autres gnraux de ce parti des provinces qu'ils possdoient1 pour les donner aux ennemis les plus dclars de ,perdiccas3 les uns n'toient pas dans la disposition d'abandonner leurs gouvernemens sur un simple ordre du rgent1 et les autres devoient tout tenter pour s'en mettre en possession4 ,antigone avoit t fait gnral de l'arme que les deux rois tenoient en ,asie1 moins pour faire respecter leur pouvoir que pour le dtruire2 et ,cassandre1 fils d',antipater1 toit son lieutenant4 ,tandis que l'ambition de ces deux hommes n'annonoit que de nouvelles divisions1 des guerres et un dmembrement prochain des conqutes d',alexandre1 le rgent repassa en ,europe avec les deux rois qu'il avoit sous sa garde1 et qui toient en quelque sorte ses prisonniers4 ,les ,grecs se seroient conduits avec prudence1 s'ils eussent attendu vouloir recouvrer leur libert1 que les premiers diffrents dont je viens de parler1 et qu'il toit ais de prvoir1 eussent clat en ,asie4 ,phocion ne ngligea rien pour rprimer l'ardeur avec laquelle les ,athniens se portrent prendre les armes1 lorsqu'ils reurent les premires nouvelles de la mort d',alexandre4 ,si ,alexandre1 leur disoit-il1 est mort aujourd'hui1 il le sera encore demain et aprs demain4 ,mais on toit las de la domination des ,macdoniens2 les ,grecs sentoient la faute qu'ils avoient faite de laisser accabler ,darius1 et ils vouloient rparer une ngligence par une tmrit4 ,dmosthnes1 qui avoit t rappel de son exil1 fit valoir1 avec son loquence ordinaire1 les maux et la honte de la servitude2 et les ,athniens1 qui se reprochoient comme une lchet de n'avoir pas second quelques annes auparavant les ,spartiates et leur roi ,agis1 quand ils avoient succomb en faisant la guerre pour la libert de la ,grce1 se livrrent l'emportement de leur orateur4 ,la rpublique dclare la guerre aux ,macdoniens1 elle ordonne1 par un dcret que toutes les villes soient affranchies des garnisons trangres qui les occupoient2 elle construit une flotte1 fait prendre les armes tous les citoyens qui n'avoient pas quarante ans passs1 et envoye des ambassadeurs dans toute la ,grce pour l'inviter secouer le joug en faisant un effort gnral4 ,les ,athniens eurent pour allis les ,etoliens1 les ,thessaliens1 les ,phtiotes1 les ,mlens1 ceux de la ,doride1 de la ,phocide et de la ,locride1 les nians1 les ,alissiens1 les ,dolopes1 les ,athamantes1 les ,leucadiens1 les ,molosses1 quelques cantons de l',illyrie et de la ,thrace2 et dans le ,ploponse1 les ,argiens1 les ,sycioniens1 les ,elens1 les ,messniens et ceux d',act4 ,losthne1 gnral de cette ligue1 remporta une victoire complte sur ,antipater1 qui n'eut point d'autre ressource que de se retirer avec les dbris de son arme dans ,lamia1 o les confdrs allrent l'assiger4 ,tandis que les ,grecs se livroient la joie1 ,phocion n'avoit-il pas raison de dire qu'il auroit voulu avoir gagn cette bataille qui couvroit de gloire ,losthne1 mais qu'il seroit honteux de l'avoir conseille4 ,qu'esproient les allis8 ,leur rvolte contre l'empire de ,macdoine1 dont toutes les parties toient encore unies et gouvernes par des hommes dignes de succder ,philippe et ,alexandre1 ne pouvoit tre qu'une meute dont ils seroient svrement chtis4 ,en effet1 la nouvelle du succs de ,losthne fut peine porte en ,asie1 que ,lonatus1 gouverneur de la ,phrygie ,hellespontique1 se hta de passer en ,europe avec une arme de vingt-deux mille hommes4 ,ce secours fut encore battu par ,antiphile1 qui avoit pris le commandement des ,grecs aprs la mort de ,losthne1 tu au sige de ,lamia2 mais ,clytus armoit dj une flotte considrable1 et ,cratre1 gouverneur de ,cilicie1 amenoit ,antipater mille ,perses aguerris1 quinze cents chevaux1 et dix mille ,macdoniens1 dont plus de la moiti avoit suivi ,alexandre dans toutes ses expditions4 ,la ,macdoine se vengea d'autant plus aisment de ses premires disgraces1 que les confdrs1 aussi prsomptueux aprs leurs deux victoires qu'ils avoient t tmraires en commenant la guerre1 crurent avoir recouvr leur libert avant que d'avoir travaill l'affermir4 ,leur arme fut entirement dfaite1 et la consternation succda l'audace1 quand ,antipater eut dclar qu'il ne traiteroit point d'une paix gnrale1 mais qu'il couteroit en particulier les ambassadeurs que chaque ville lui enverroit3 celles qui firent les premires des propositions1 prouvrent la clmence du vainqueur1 et il n'en fallut pas davantage pour dissoudre la ligue des ,grecs4 ,chaque rpublique se hta de traiter aux dpens des autres2 et les ,athniens1 qui quittrent les derniers les armes1 furent contraints de laisser ,antipater l'arbitre des conditions de la paix4 ,il fit transporter en ,thrace vingt-deux mille citoyens1 qui1 n'ayant aucune fortune1 toient toujours prts se soulever contre l'administration prsente4 ,il substitua l'aristocratie au gouvernement populaire1 et mit une garnison ,macdonienne dans le fort de ,munychie4 ,mais quand ce gnral et les secours que ,lonatus1 ,clytus et ,cratre lui donnrent1 auroient encore t battus plusieurs reprises1 il n'est pas douteux qu'on ne lui et envoy d',asie de nouvelles armes2 et que la ,grce1 affoiblie par ses propres victoires1 et qui n'avoit plus aucune de ses anciennes vertus1 n'et enfin t oblige de recevoir la loi du vainqueur4 ,si les ,athniens1 au contraire1 avoient attendu1 pour se soulever1 que les querelles des lieutenans d',alexandre eussent clat1 ils auroient pu esprer d'attirer dans leur alliance plusieurs rpubliques1 qui1 prvoyant les suites malheureuses de la guerre ,lamiaque1 furent neutres1 ou restrent attaches la ,macdoine4 ,antipater n'auroit reu aucun secours d',asie1 parce que tous les gouverneurs de province y auroient eu besoin de leurs forces4 ,les ,grecs auroient eu l'avantage d'attaquer la ,macdoine dans le moment qu'elle auroit t dgarnie de ses troupes2 car il ne faut point douter qu',antipater1 intress s'opposer l'ambition de ,perdiccas1 et favoriser la rvolte de ,ptolome et d',antigone1 dont le succs importoit tous les ambitieux de l'empire1 ne ft pass en ,asie aux premiers bruits de guerre qui se seroient rpandus4 ,la ,grce entire auroit alors jou le rle important que firent les ,etoliens1 dont ,antipater et ,perdiccas sollicitrent l'envi l'amiti et l'alliance1 ds que les premiers troubles eurent commenc4 ,un succs1 dans ces circonstances1 n'auroit pas t infructueux2 et les ,grecs1 favoriss et soutenus contre la ,macdoine par le parti attach l'empire1 auroient pu recouvrer et affermir leur libert4 ,consterns1 au contraire1 par le vain effort qu'ils avoient fait pour secouer le joug1 et affoiblis par le chtiment dont on avoit puni leur rvolte1 ils ne trouvrent en eux-mmes aucune ressource1 quand la guerre fut allume entre les successeurs d',alexandre4 ,ils toient trop humilis pour qu'on et quelque raison de les mnager2 et si quelques-unes de leurs rpubliques furent souponnes d'aspirer l'indpendance1 on ne manqua point de les accabler4 ,la ,grce servit de thtre la guerre2 et quels que fussent les vnemens1 elle en fut toujours la victime4 ,les villes qui avoient conserv jusques-l une apparence de libert avec la forme ordinaire de leur gouvernement1 furent la proie de mille tyrans qui s'emparrent de l'autorit souveraine1 la faveur des troubles qui agitrent l'empire d',alexandre1 et dont je ne parlerai qu'autant qu'il est ncessaire pour faire connotre la situation des ,grecs4 ,antipater ne survcut pas long-temps son lvation2 et au lieu de remettre en mourant la rgence gnrale de l'empire et le gouvernement particulier de la ,macdoine son fils1 il y appela ,polypercon4 ,cassandre1 indign de la prtendue injustice de son pre1 brloit de se venger1 et de s'emparer d'un royaume qu'il regardoit comme son patrimoine2 mais n'ayant encore rempli que des postes subalternes1 argent1 vaisseaux1 soldats1 tout lui manquoit4 ,en mme temps qu'il cachoit son ambition1 en paroissant content de sa fortune1 il ngocioit secrtement en ,egypte avec ,ptolome1 tchoit de gagner ,slucus1 gouverneur de ,babylone1 et demandoit des secours ,antigone1 qui s'toit en quelque sorte rendu le matre de l',asie par les avantages qu'il avoit eus sur ,alctas1 ,eumnes et ,attalus4 ,ces princes1 ne cherchant qu' entretenir des troubles qui les rendoient indpendans1 devoient voir avec d'autant plus de plaisir l'ambition de ,cassandre1 que ,polypercon avoit renonc la politique d',antipater4 ,soit que le nouveau rgent ft la dupe du pouvoir imaginaire de sa dignit1 soit qu'il ft attach par principe de devoir aux intrts des deux rois1 il se dclara l'ami du parti de ,perdiccas2 et les usurpateurs1 pour se venger1 donnrent une arme ,cassandre1 et le mirent en tat de faire une entreprise sur la ,macdoine4 ,polypercon prvit la guerre dont il toit menac2 et craignant que les garnisons qu',antipater avoit mises dans les postes les plus avantageux de la ,grce ne favorisassent ,cassandre1 porta un dcret1 par lequel il substituoit le gouvernement populaire l'aristocratie tablie dans la plupart des rpubliques depuis la guerre ,lamiaque4 ,il leur ordonnoit de rappeler leurs exils1 de bannir leurs magistrats1 et de s'engager par serment ne jamais rien entreprendre contre les intrts de la ,macdoine4 ,le rgent se flattoit que la ,grce1 reconnoissante de la libert qu'il lui rendoit1 alloit tre attache son sort1 et deviendroit le boulevart de la ,macdoine2 mais son dcret ne servit qu' multiplier les dsordres1 en renouvellant l'usage des proscriptions et des bannissemens4 ,les villes1 agites par de nouvelles dissentions1 ne purent prendre aucune forme de gouvernement1 et l'anarchie devint gnrale chez les ,grecs4 ,cependant ,polypercon1 mal affermi dans son gouvernement1 fut oblig de l'abandonner l'approche de ,cassandre1 et il se retira dans le ,ploponse avec les troupes qu'il s'toit attaches1 et les richesses qu'il put enlever du trsor des rois de ,macdoine4 ,il appela son service tout ce qu'il y avoit de ,grecs1 qui1 par une suite de leurs rvolutions1 n'ayant ni patrie1 ni fortune1 n'avoient d'autre ressource que de vendre leurs services quelque gnral1 et pour lesquels ,philippe avoit dit que la guerre toit un temps de paix4 ,tandis que le rgent de l'empire ne faisoit1 dans le ,ploponse1 que le rle d'un aventurier1 et que la ,macdoine prouvoit chaque jour de nouvelles rvolutions dans lesquelles toute la famille d',alexandre prit enfin de la manire la plus tragique1 ,antigone dfit ,eumnes1 ,alctas et ,attalus1 et dissipa jusqu'aux derniers restes des partisans de ,perdiccas et du gouvernement4 ,aprs tant de succs1 ce capitaine se trouvoit le matre de l',asie2 la monarchie seule pouvoit satisfaire son ambition4 ,cassandre1 ,ptolome1 ,slucus et ,lysimaque toient autant de rivaux incommodes1 dont il ne voyoit la fortune qu'avec chagrin4 ,soit que la ,macdoine lui offrt une carrire plus brillante par la rputation qu'elle avoit acquise sous ,philippe et ,alexandre1 soit qu'il crt que ce royaume donneroit ses rois un droit sur les provinces qui en avoient t dmembres1 ce fut ,cassandre qu',antigone rsolut de dclarer d'abord la guerre4 ,il rechercha l'alliance de ,polypercon1 lui fournit des secours pour l'aider se soutenir dans le ,ploponse2 mais afin d'attirer en mme temps dans son parti les villes de la ,grce1 il leur ordonna1 par un dcret1 d'tre libres1 et les affranchit des garnisons trangres dont elles toient opprimes4 ,son fils ,dmtrius1 surnomm ,poliorcte1 passa deux reprises dans la ,grce pour y mettre ce dcret en excution4 ,ce jeune hros enleva1 il est vrai1 ,ptolome la plupart des places o il tenoit garnison1 et chassa ,cassandre de celles qu'il occupoit2 mais les ,grecs n'en toient pas moins malheureux2 les armes1 qui ravageoient leur pays1 leur toient la libert que d'inutiles dcrets leur attribuoient2 et tout leur avantage1 si c'en est un1 toit de changer de joug et de voir leurs ennemis se dchirer tour tour1 et se punir de leur ambition4 ,cassandre1 prt se voir chasser de la ,macdoine1 retira ,ptolome1 ,slucus et ,lysimaque1 de l'espce d'aveuglement dans lequel ils toient1 et leur fit sentir que le danger dont il toit menac leur toit commun1 et que sa chte entraneroit la leur4 ,il leur reprsenta qu',antigone toit trop ambitieux pour que la ,macdoine servt de terme ses conqutes1 et qu'il toit temps ou jamais de se runir contre cet oppresseur4 ,ces quatre princes se ligurent1 et la clbre bataille d',ipsus dcida enfin de la succession d',alexandre d'une manire fixe3 ,antigone dfait1 perdit la vie dans le combat1 et ses ennemis partagrent sa dpouille4 ,la ,grce se seroit vu dlivre de cette foule de tyrans qui l'opprimoient la fois1 ou du moins elle auroit commenc se ressentir de quelques avantages de la paix1 sous la protection des rois de ,macdoine qui elle toit chue en partage1 si elle n'eut t destine servir de thtre aux aventures singulires d'un prince sur qui la fortune sembloit vouloir puiser tous ses caprices4 ,dmtrius ,poliorcte n'avoit recueilli1 des dbris de la fortune de son pre1 que ,tyr1 l'le de ,chypre et quelques domaines trs-borns sur les ctes d',asie2 mais son ambition1 son courage et l'esprance lui restoient2 et depuis le rgne d',alexandre1 c'toient autant de titres pour aspirer se faire des royaumes4 ,il entra dans la ,grce1 o il avoit des amis et des intelligences2 et tandis qu' la tte d'une arme d'aventuriers dignes de lui1 il toit occup y faire des conqutes1 il perdit ses autres tats4 ,la fortune l'en ddommagea2 les fils de ,cassandre1 au sujet de sa succession1 lui ouvrirent le chemin du trne de ,macdoine4 ,chass de ce royaume1 aprs y avoir rgn sept ans1 son inquitude le vit passer en ,asie pour y conqurir un nouvel tablissement1 et il laissa son fils ,antigone ,gonatas des forces avec lesquelles il se maintint dans la ,grce4 ,c'est ce prince qui1 au rapport des historiens1 ne se contentant pas de substituer l'aristocratie au gouvernement populaire1 tablit des tyrans dans la plupart des villes1 ou se dclara le protecteur de tous ceux qui voulurent usurper l'autorit souveraine dans leur patrie4 ,avec leur secours1 il se rendit assez puissant pour s'emparer de la ,macdoine aprs la mort de ,sosthne1 s'y affermir1 et laisser enfin ce royaume ses descendans4 ,la ,grce1 qui n'avoit point encore renonc l'esprance d'tre libre1 mais toujours agite par de nouvelles rvolutions1 sembloit n'avoir craindre que l'ambition et la tyrannie des successeurs d',alexandre1 lorsqu'elle vit fondre sur elle un orage form l'autre extrmit de l',europe4 ,il parut sur les frontires de la ,thessalie deux cens mille ,gaulois que ,brennus commandoit4 ,ces ,barbares n'avoient point d'autre objet que de vivre de pillage1 et de mettre1 pour ainsi dire1 la terre entire contribution4 ,de tout temps l'inquitude naturelle des ,gaulois les avoit fait sortir de leur pays1 et la ,grce se rappeloit avec terreur les ravages qu'ils avoient faits autrefois dans la ,thrace1 l',illyrie et la ,macdoine4 ,le danger toit commun pour tous les ,grecs1 un intrt commun devoit les runir2 mais la situation dplorable de plusieurs rpubliques leur lioit les mains1 et il n'y eut que les ,botiens1 les ,locriens1 les ,etoliens1 ceux de ,mgare et de la ,phocide1 et les ,athniens qui prirent les armes pour repousser de concert ces nouveaux ennemis4 ,les ,gaulois1 ayant pass sans obstacle le ,sperchius1 vinrent camper prs d',hracle2 et dans la bataille qu'ils livrrent aux ,grecs1 on vit tout l'avantage que la discipline1 l'exercice et l'art donnent sur un courage farouche qui ne sait que braver la mort4 ,les ,gaulois1 dit ,pausanias1 combattirent avec fureur2 l'audace toit peinte sur le visage des mourans1 et plusieurs arrachoient de leurs plaies le trait dont ils toient mortellement blesss1 pour le lancer encore contre leurs ennemis4 ,cette disgrace et celle qu'ils prouvrent quelques jours aprs1 en voulant forcer le passage des ,thermopyles1 que les ,etoliens dfendoient1 ne les dgotrent point de leur entreprise4 ,brennus dtacha de son arme un corps de quarante mille hommes1 qui se porta dans l',etolie pour la contraindre rappeler ses soldats2 mais cette diversion ne lui auroit point ouvert l'intrieur de la ,grce1 si les ,hraclotes1 lasss de voir leur pays servir de thtre la guerre1 n'eussent conduit eux-mmes les ,gaulois par le chemin que les ,perses avoient pris autrefois dans la guerre de ,xercs4 ,un brouillard pais favorisoit la marche des ,barbares1 et ils fondirent inopinment sur les ,phocens1 qui occupoient aux ,thermopyles le mme poste que le courage de ,lonidas et de trois cens ,spartiates a rendu si fameux4 ,les ,phocens1 quoique surpris1 se dfendirent d'abord avec beaucoup de bravoure2 mais obligs enfin de cder au nombre qui les accabloit1 ils portrent en fuyant l'alarme dans le camp des ,grecs1 qui sur le champ se dispersrent honteusement sans oser attendre l'ennemi4 ,les ,gaulois s'avancrent sous les murailles de ,delphes1 et la ,grce ne dut son salut qu'aux prtres d',apollon4 ,ils ranimrent le courage des ,delphiens1 en promettant que leur dieu les secourroit par des prodiges1 et la fortune acquitta leurs promesses4 ,il s'leva une tempte terrible pendant la nuit2 la foudre tomba plusieurs reprises dans le camp des ,gaulois1 et le terrein o il toit assis prouva un tremblement de terre4 ,les ,etoliens et les ,phocens1 qui ne doutrent point qu',apollon ne combattt pour eux1 attaqurent les ,gaulois effrays la pointe du jour4 ,brennus fut bless1 ses soldats fuirent1 la nuit les arrta enfin2 et saisis d'une terreur panique1 ils s'gorgrent les uns les autres1 en croyant se dfendre contre les ,grecs4 ,poursuivis par la faim1 ils n'osrent s'arrter leur camp d',hracle1 et ils furent dfaits une seconde fois par les ,etoliens et les ,phocens en repassant le ,sperchius4 ,brennus1 ne consultant alors que son dsespoir1 s'empoisonna1 et les restes de son arme prirent dans les embuscades que les ,thessaliens et les ,maliens leur dressrent4 ,peut-tre que les ,grecs1 toujours jaloux de leur libert1 et clairs sur leurs intrts par une longue suite de calamits1 auroient t capables de faire un retour sur eux-mmes1 de reprendre leur ancienne politique et de se runir1 si quelque peuple recommandable par sa rputation et rendu la ,grce entire les mmes services que les ,etoliens lui rendirent pendant la guerre des ,gaulois4 ,le moment paroissoit favorable4 ,les forces des successeurs d',alexandre toient bien moins redoutables que ne l'avoient t celles d',alexandre et de son pre3 le mme esprit d'ambition et de conqute ne les animoit plus1 depuis que la bataille d',ipsus avoit fait succder le got de la paix leurs anciennes divisions4 ,les princes1 qui avoient partag l',asie entr'eux1 s'occupoient dj plus jouir de leur fortune qu' l'agrandir2 et la ,macdoine1 rduite ses premires possessions1 et fatigue des malheurs que lui avoient valu les prosprits d',alexandre1 n'toit pas gouverne par un ,philippe4 ,les tyrans1 qui s'toient levs dans plusieurs cantons de la ,grce1 craignoient leurs concitoyens1 et n'attendoient du dehors qu'une foible protection4 ,enfin il toit naturel que la dfaite des ,gaulois rendt la ,grce une extrme confiance1 et que la rpublique qui l'avoit sauve1 profitt de son courage pour former une nouvelle confdration2 mais les murs des ,etoliens toient trop atroces1 pour que les ,grecs pussent se fier ce peuple1 et le regarder comme le protecteur de la libert4 ,plus les ,etoliens firent de grandes choses1 plus ils se firent redouter de leurs voisins2 on les hassoit presqu'autant que les ,gaulois2 ils avoient conserv cet esprit de piraterie et de brigandage1 que les autres ,grecs avoient perdu en formant des socits rgulires4 ,les ,etoliens1 dit ,polybe1 sont plutt des btes froces que des hommes4 ,justice1 droit1 alliances1 traits1 sermens1 ce sont de vains noms1 l'objet de leur mpris4 ,accoutums ne vivre que de butin1 ils ne font grace leurs allis que quand ils trouvent contenter leur avarice chez leurs ennemis4 ,tant que la ,grce ne forma qu'une seule rpublique sous l'administration de ,sparte1 ces brigands1 qui occupoient un terrein ingrat entre l',acarnanie et la ,locride1 n'exercrent leurs violences que dans la ,macdoine1 l',illyrie et les les qui avoient le moins de relation avec le continent4 ,ils s'enhardirent quand les ,grecs furent affoiblis par leurs guerres domestiques2 et mettant d'abord contribution quelques quartiers du ,ploponse1 tels que l',achae et l',elide1 ils dsolrent bientt toute cette province2 et la faveur des alliances qu'ils eurent toujours dans la suite avec quelqu'un des successeurs d',alexandre1 ils firent enfin des courses dans toute la ,grce1 et y commirent les plus grands excs4 ,etrange effet de ce caprice bizarre qui enchane les vnemens humains1 ou plutt de l'aveuglement des hommes1 qui ont besoin que le malheur les instruise de leur devoir1 et les pousse malgr eux vers le bonheur4 ,c'est par leurs injustices et leurs violences mmes que les ,etoliens servirent la ,grce1 puisque ce fut pour n'en tre pas les victimes1 que les villes les plus considrables de l',achae jetrent entr'elles les fondemens d'une ligue qui sembla faire revivre l'ancien gouvernement des ,grecs4 tant parvenue remplir dans le ,ploponse la place que ,lacdmone et ,athnes avoient autrefois occupe dans la ,grce entire1 il est ncessaire d'en faire connotre les murs1 les lois et les progrs4 ,ainsi que toutes les autres contres de la ,grce1 l',achae eut d'abord des capitaines ou des rois4 ,ces princes descendoient d',oreste1 et leur famille conserva la couronne jusqu'aux fils d',ogygs1 qui1 s'tant rendus odieux1 furent chasss de leurs tats4 ,les ,achens commencrent alors tre libres4 ,leurs villes avoient les mmes poids1 les mmes mesures1 les mmes lois1 le mme esprit et les mmes intrts3 chacune d'elles forma cependant une rpublique indpendante1 qui eut son gouvernement1 son territoire et ses magistrats particuliers4 ,les distinctions que la monarchie avoit introduites entre les citoyens disparurent2 il n'y eut plus de nobles qui prtendissent avoir des privilges1 et dans chaque ville l'assemble gnrale du peuple possda la souverainet4 ,cette dmocratie1 toujours si orageuse dans le reste de la ,grce1 ne causa aucun dsordre dans l',achae1 soit parce que les lois toient tablies sur de sages proportions1 et qu'en donnant aux magistrats assez d'autorit pour se faire obir1 on ne leur en avoit pas assez laiss pour en pouvoir abuser2 soit parce que les ,achens1 toujours exposs aux injures des ,etoliens leurs voisins1 n'avoient pas le loisir de s'occuper de querelles domestiques1 et que le conseil gnral de leur association apportoit un soin extrme les prvenir ou les touffer dans leur naissance4 ,chacune de ces rpubliques renona au privilge de contracter des alliances particulires avec les trangers1 et toutes convinrent qu'une extrme galit serviroit de fondement leur union1 et que la puissance ou l'anciennet d'une ville ne lui donneroit aucune prrogative sur les autres4 ,on cra un snat commun de la nation2 il s'assembloit deux fois l'an ,egium1 au commencement du printemps et de l'automne1 et il toit compos des dputs de chaque rpublique en nombre gal4 ,cette assemble ordonnoit la guerre ou la paix1 contractoit seule les alliances1 faisoit des lois pour administrer sa police particulire1 envoyoit des ambassadeurs ou recevoit ceux qui toient adresss aux ,achens4 ,s'il survenoit quelqu'affaire importante et imprvue dans le temps que le snat ne tenoit pas ses sances1 les deux prteurs le convoquoient extraordinairement4 ,ces magistrats1 dont l'autorit toit annuelle1 commandoient les armes2 et quoiqu'ils ne pussent rien entreprendre sans la participation de dix commissaires qui formoient leur conseil1 ils paroissoient en quelque sorte dpositaires de toute la puissance publique1 ds que le snat auquel ils prsidoient n'toit pas assembl4 ,les ,achens ne vouloient ni acqurir de grandes richesses1 ni se rendre redoutables par leurs exploits2 ils n'aspiroient qu' un bonheur obscur1 le seul vraisemblablement pour lequel les hommes soient faits4 ,leur snat1 oblig de conformer sa conduite l'esprit gnral de la nation1 fut sans ambition1 et par consquent juste sans effort4 ,c'est son attachement la justice qui le fit respecter1 et lui valut souvent l'honneur d'tre l'arbitre des querelles qui s'levoient dans le ,ploponse1 dans les autres provinces de la ,grce1 et mme chez les trangers4 ,ce peuple ne s'tant rendu suspect ni ,philippe1 ni son fils1 ces princes lui laissrent ses lois1 son gouvernement1 je dirois presque sa libert2 mais il n'chappa pas aux malheurs que la ,grce prouva sous leurs successeurs4 ,les villes d',achae sentirent le contre-coup des rvolutions frquentes qui agitrent la ,macdoine3 les unes reurent garnison de ,polypercon1 de ,dmtrius1 de ,cassandre1 et depuis d',antigone ,gonatas2 les autres virent natre des tyrans dans leur sein4 ,la diversit de leur fortune leur donna des intrts diffrens2 leurs matres en eurent souvent d'opposs1 et tout lien fut rompu entr'elles4 ,dyme1 cependant1 ,patras1 ,trite et ,phare ayant trouv des conjonctures heureuses pour secouer le joug1 renouvellrent leur alliance2 et1 en se mettant en tat de repousser les insultes des ,etoliens1 jetrent les fondemens d'une seconde ligue1 qui1 malgr les vices actuels des ,grecs1 se proposa pour modle la premire1 et en prit les murs1 les lois et la politique4 ,les ,egens s'tant dlivrs1 cinq ans aprs1 de la garnison qui les opprimoit1 se joignirent cette rpublique naissante1 qui s'agrandit encore par l'association des ,caryniens et des ,bouriens1 qui avoient massacr leurs tyrans4 ,quelques villes du ,ploponse demandrent1 comme une faveur1 tre reues dans la ligue2 d'autres attendirent qu'on leur et ouvert les yeux sur leurs intrts1 ou qu'on leur ft mme une sorte de violence dont elles eurent bientt lieu de s'applaudir4 ,tandis que la ,macdoine1 occupe de ses affaires domestiques1 ne pouvoit donner qu'une attention lgre celles de la ,grce1 la ligue des ,achens1 dit ,polybe1 auroit fait des progrs plus considrables1 si ses magistrats avoient profit de ces circonstances avec plus d'habilet et de courage4 ,soit que l'abaissement des ,grecs et leurs divisions fissent croire aux deux prteurs qu'il seroit tmraire1 ou du moins inutile de vouloir rappeler les anciens principes1 soit que1 jaloux les uns des autres1 ils ne pussent excuter aucun projet important1 ils restrent dans une inaction infructueuse4 ,la ligue ne s'associa aucun nouveau peuple1 et elle ne prit une face nouvelle1 en acqurant des allis1 que quand elle fit la faute heureuse de ne confier qu' un seul prteur l'administration de toutes ses affaires4 ,ce fut quatre ans aprs cette rforme dans le gouvernement1 qu',aratus dlivra ,sycione1 sa patrie1 du tyran ,nicocls qui s'en toit rendu le matre1 et l'unit la ligue des ,achens4 ,les talens de ce grand homme l'levrent la prture4 ,les ,achens1 convaincus de sa probit1 crurent ne pas manquer aux rgles de la prudence1 en rendant1 pour ainsi dire1 sa magistrature perptuelle2 et il offrit la ,grce un spectacle tout fait extraordinaire4 ,sans ambition1 sans dsir de faire des conqutes1 les ,achens dclarrent une sorte de guerre tous les tyrans du ,ploponse4 ,ils surprirent plusieurs villes1 les affranchirent1 et se crurent assez pays des frais et des prils de leurs entreprises1 en les unissant une socit dans laquelle elles jouissoient de la mme indpendance et des mmes prrogatives que les villes les plus anciennement allies4 ,plusieurs tyrans ne se trouvant plus en sret1 sur-tout aprs la mort de ,dmtrius1 roi de ,macdoine1 qui les protgeoit1 se dmirent eux-mmes de leur autorit4 ,au changement subit qui se fit dans le ,ploponse1 au rle important que commenoient faire les ,achens1 on et dit que les peuples de la ,grce1 pris d'une nouvelle passion pour la libert1 et instruits par l'exprience1 touchoient au moment heureux de ne plus former qu'une seule rpublique4 ,la jalousie et les intrigues de ,lacdmone et d',athnes s'y opposrent2 quoiqu'avilies et dgrades par leurs vices1 ces deux villes conservoient tout leur ancien orgueil1 et souffroient impatiemment que l',achae1 autrefois si infrieure la ,laconie et l',attique1 voult occuper une place qu'elles esproient vainement de reprendre4 ,la modration des ,achens1 si capable de gagner l'estime et la confiance des ,grecs1 auroit enfin triomph de tous les obstacles1 si ce peuple1 l'exemple des anciens ,spartiates1 avoit eu l'art de se faire des gnraux et une discipline savante et rigide4 ,jamais il n'avoit t plus ncessaire une rpublique qui vouloit prendre l'ascendant dans la ,grce1 et devenir le point de ralliement de tous ses peuples1 de faire fleurir les talens et les vertus militaires2 mais l'amour des ,achens pour la paix1 les portoit cultiver avec plus de soin les fonctions civiles du citoyen1 que les qualits propres faire des hommes de guerre4 ,une sorte d'indolence les empchoit de former des entreprises hardies2 et1 en paroissant se dfier de leurs forces1 ils n'inspiroient aux autres qu'une mdiocre confiance4 ,borns excuter des projets plus srs que brillans1 ils ne faisoient point natre cette admiration dont les ,grecs avoient besoin pour renoncer leurs petites jalousies1 et secouer une timidit et un dcouragement auxquels les malheurs des temps1 les exploits d',alexandre et la puissance de ses successeurs les avoient accoutums4 ,aratus1 qu'on peut regarder comme l'auteur de la seconde association des ,achens1 contribua beaucoup entretenir cet esprit4 ,c'toit1 dit ,polybe1 l'homme le plus propre conduire les affaires d'une rpublique4 ,une justesse exquise de jugement le portoit toujours prendre le parti le plus convenable dans des dissentions civiles4 ,habile mnager les passions diffrentes des personnes avec lesquelles il traitoit1 il parloit avec grce1 savoit se taire1 et possdoit l'art de se faire des amis et de se les attacher4 ,savant former des partis1 tendre des piges un ennemi et le prendre au dpourvu1 rien n'galoit son activit et son courage dans la conduite et l'excution de ces sortes de projets4 ,aratus1 si suprieur par toutes ces parties1 n'toit plus qu'un homme mdiocre la tte d'une arme4 ,irrsolu quand il falloit agir force ouverte1 une timidit subite suspendoit en quelque sorte l'action de son esprit1 et quoiqu'il ait rempli le ,ploponse de ses trophes1 peu de capitaines ont eu cependant moins de talens que lui pour la guerre4 ,polybe auroit d ajouter qu',aratus se rendoit justice1 et sentoit son embarras la tte d'une arme4 ,il l'avouoit lui-mme2 l'histoire en fait foi2 et il toit naturel que1 pour se mettre son aise1 toutes ses vues se tournassent vers la paix1 et qu'il nourrt dans les ,achens les sentimens de crainte auxquels leur ligue devoit sa naissance4 ,pour prvenir les dangers que les institutions trop peu militaires des ,achens leur prparoient1 tandis qu'ils avoient leurs portes1 dans la personne des rois de ,macdoine1 un ennemi redoutable qui n'pioit qu'une occasion favorable de les asservir1 ,aratus mit habilement profit la rivalit qui rgnoit entre les successeurs d',alexandre4 ,quoique l'ambition de ces princes part satisfaite du partage dont ils toient convenus aprs la bataille d',ipsus1 ils se dfioient continuellement les uns des autres4 ,ils s'observoient mutuellement avec cette politique inquite qui agite aujourd'hui l',europe2 chacun d'eux aspiroit tendre son empire1 et vouloit empcher que les autres ne fissent de nouvelles acquisitions3 on avoit dj notre politique de l'quilibre4 ,les cours d',egypte et de ,syrie toient principalement attentives aux dmarches des rois de ,macdoine1 qui1 se regardant comme les vrais successeurs d',alexandre1 croyoient avoir des droits sur les provinces dmembres de son empire1 et se promettoient de les faire rentrer sous leur domination1 ds que l'asservissement de la ,grce entire les mettroit en tat d'en rassembler les forces1 et de reprendre le projet form par ,philippe et excut par ,alexandre4 ,ces puissances voyoient donc avec plaisir que1 loin de flchir sous le joug1 le ,ploponse formt encore des ligues favorables sa libert1 et qu'en se dfendant contre la ,macdoine1 il leur servt de rempart2 elles devoient protger les ,achens1 ,aratus le comprit2 et par les alliances qu'il contracta avec les rois d',egypte et de ,syrie1 il se fit craindre et respecter par ,antigone ,gonatas et son fils ,dmtrius4 ,quelque sage que ft cette politique1 il s'en falloit beaucoup qu'elle rassurt entirement ,aratus sur le sort de l',achae4 ,il pouvoir arriver que les protecteurs ou les allis de la ligue ,achenne se brouillassent1 ou1 qu'occups chez eux par quelques affaires importantes1 ils se vissent forcs ngliger celles de la ,grce1 dans le temps que le ,ploponse auroit le plus grand besoin de leur secours4 ,les peuples libres1 quand leur gouvernement n'est pas une pure dmocratie1 ont une sorte de constance dans leurs principes et dans leur conduite1 qui sert de rgle et de boussole leurs allis et leurs ennemis1 et qui en fixe jusqu' un certain point les craintes et les esprances2 mais les princes absolus n'coutent souvent que leur volont1 et leur volont est toujours incertaine2 ils prennent quelquefois pour l'intrt de leur tat l'intrt de leurs passions1 et leurs passions varient et changent au gr des circonstances et des personnes qui les entourent4 ,le hasard pouvoit donner aux ,macdoniens un roi actif1 guerrier et entreprenant1 tandis que l',egypte et l',asie obiroient des monarques paresseux et timides2 et de quels malheurs n'auroit pas alors t menace la rpublique des ,achens8 ,il n'toit pas impossible que1 par des ngociations adroites1 un roi de ,macdoine trompt les allis de la ,grce sur leurs intrts1 corrompt et achett1 par des prsens1 les ministres et les gnraux d',egypte et de ,syrie1 et se prpart ainsi la conqute du ,ploponse4 ,qui peut prvoir tous les caprices de la fortune et tous les dangers des tats8 ,il arriva1 en effet1 dans le ,ploponse1 un vnement imprvu qui fora ,aratus changer de politique3 je veux parler de la rvolution qui se fit ,lacdmone1 sous le rgne de ,clomne4 ,on ne retrouvoit1 depuis long-temps1 dans cette ville1 aucun vestige des anciennes murs4 ,le roi ,agis ayant voulu y faire revivre les lois de ,lycurgue1 avoit excit contre lui un soulvement gnral2 et la mort tragique dont les ,spartiates punirent sa vertu1 sembloit avoir mis le dernier sceau leur avilissement4 ,clomne cependant ne se laissa point dcourager1 et son ambition lui fit entreprendre une rforme qu',agis n'avoit mdite que par amour du bien public4 ,il abolit les dettes1 fit un nouveau partage des terres2 et les citoyens qu'il avoit retirs de la misre1 et qui il faisoit esprer une fortune considrable1 en leur promettant les dpouilles des peuples voisins1 furent subitement frapps d'une espce d'enthousiasme4 ,lacdmone prit une face nouvelle2 elle parut une seconde fois peuple de soldats1 dont le courage et la confiance mirent leur chef en tat de faire une entreprise digne de son ambition et de ses talens2 et ,clomne tourna toutes ses forces contre les ,achens1 qui s'toient empars de l'empire du ,ploponse4 ,aratus sentit sur le champ que les rois de ,syrie et d',egypte1 avec lesquels il toit li1 n'avoient pas le mme intrt de dfendre la confdration ,achenne contre la rpublique de ,sparte1 que contre la ,macdoine4 ,il importoit peu en effet ces princes que chaque ville du ,ploponse prt tour tour l'ascendant sur les autres1 pourvu que la ,macdoine restt toujours dans son premier tat3 peut-tre mme devoient-ils favoriser une rpublique qui1 aprs avoir recouvr sa rputation1 parotroit bien plus propre que la ligue des ,achens runir les ,grecs contre la ,macdoine1 et favoriser leur indpendance4 ,quand ,aratus auroit d'ailleurs compt sur la protection de ses allis1 il se seroit perdu un temps considrable envoyer des ambassadeurs et ngocier1 pendant que ,clomne1 actif1 diligent1 infatigable1 poussoit la guerre avec vigueur1 et ne perdoit pas un instant4 ,en supposant mme1 contre toute apparence1 que les cours de ,syrie et d',alexandrie se fussent htes de secourir les ,achens1 il me semble qu'il y auroit eu beaucoup d'imprudence de la part d',aratus1 d'appeler leurs armes dans le ,ploponse4 ,il est vident1 si je ne me trompe1 que la ,macdoine n'auroit pas vu sans inquitude l'arrive de ses ennemis dans la ,grce2 montrer en cette occasion de la crainte ou une indiffrence imbcille sur le sort du ,ploponse1 c'et t inviter les trangers y faire des tablissemens1 et mme porter leurs armes jusque dans le cur de la ,macdoine4 ,quand ,antigone ,doson auroit dsir sincrement la paix1 il n'auroit donc pu se dispenser de venir au secours des ,spartiates2 la guerre particulire des ,lacdmoniens et des ,achens seroit devenue ncessairement une guerre gnrale entre les successeurs d',alexandre2 et quelque puissance qui et eu l'avantage1 elle en auroit srement abus pour opprimer la fois la rpublique de ,sparte1 la ligue des ,achens et tout le ,ploponse4 ,on ne peut1 je crois1 donner trop de louanges ,aratus pour avoir recouru la protection de la ,macdoine mme1 dans une conjoncture fcheuse o il s'agissoit du salut des ,achens4 ,plutarque ne pense pas ainsi4 ,aratus1 dit-il1 devoit plutt tout cder ,clomne1 que de remplir une seconde fois le ,ploponse de ,macdoniens4 ,quel que ft ce prince1 ajoute-t-il1 il descendoit d',hercule2 il toit n ,lacdmone1 et il auroit t plus glorieux pour les ,ploponsiens d'obir au dernier des ,spartiates qu' un roi de ,macdoine4 ,plutarque1 grand peintre des hommes clbres1 dont il nous a trac la vie1 mais quelquefois politique mdiocre1 ne se persuade-t-il pas trop aisment qu'il toit possible d'engager les ,achens reconnotre le pouvoir de ,clomne8 ,il faut s'en rapporter ,polybe1 historien presque contemporain1 et consomm dans les affaires de la guerre et de la paix4 ,il nous apprend que ce prince1 devenu odieux toute la ,grce1 toit regard avec raison comme le tyran de sa patrie et l'ennemi de ses voisins3 en vain ses partisans prtendoient-ils le justifier par l'exemple de ,lycurgue1 qui autrefois avoit fait une sainte violence aux ,spartiates pour rformer leurs lois et leurs murs4 ,dans ce lgislateur on reconnoissoit un pre de la patrie1 parce qu'il s'toit oubli lui-mme dans son entreprise1 pour ne s'occuper que du bien public et du soin de rendre ses concitoyens aussi vertueux que lui-mme4 ,clomne1 au contraire1 commena sa rforme par empoisonner ,euridamas1 son collgue la royaut4 ,il dpouilla tyranniquement les snateurs de leur pouvoir1 et en cra d'autres qui il ne laissa qu'un vain titre2 il se dfit des phores2 et profitant1 comme auteur de la rvolution1 du crdit qu'elle lui donnoit1 pour se rendre absolu dans sa patrie1 s'il fit quelques lois sages1 ce fut en tyran injuste1 dissimul et sans foi4 ,si ce prince1 semblable au portrait infidelle qu'en fait ,plutarque1 avoit en effet rtabli le gouvernement de ,lycurgue1 ,lacdmone1 bien loin de vouloir asservir les ,achens1 n'auroit demand qu' s'associer leur ligue1 et c'et t le plus grand bonheur de la ,grce4 ,mais ds que ,clomne1 avare1 ambitieux1 empoisonneur1 paroissoit aux yeux des ,grecs souill de tant de vices1 je voudrois que ,plutarque nous apprt par quel secret1 la place d',aratus1 il et persuad aux villes de la confdration achenne de renoncer leur libert4 ,qu'importoit aux peuples du ,ploponse que les ,spartiates eussent repris leur ancien courage et leur discipline militaire1 si ces vertus nouvelles ne devoient servir que d'instrumens l'ambition de ,clomne8 ,lacdmone n'en devoit parotre que plus odieuse ses voisins4 ,plutarque ignoroit-il qu'un peuple ne se dpouille jamais volontairement de son indpendance1 et que plutt que de se soumettre un matre qui veut l'envahir par la force1 il se fera lui-mme un tyran8 ,tel est le cours des passions dans le cur des hommes4 ,d'ailleurs la ligue des ,achens toit compose de plusieurs villes qui auroient prfr de s'ensevelir sous leurs ruines1 au chagrin de renoncer la haine invtre qu'elles avoient contre les ,spartiates3 peut-tre n'auroient-elles perdu qu'avec peine leur ressentiment1 quand ,lacdmone1 sous la main d'un second ,lycurgue1 auroit repris la fois toutes ses anciennes vertus4 ,polybe nous avertit que si ,aratus n'et pas recherch la protection des ,macdoniens1 ,messne et ,mgalopolis alloient y recourir1 en se sparant de la ligue4 ,toutes les autres villes du ,ploponse ne devoient-elles pas avoir peu prs la mme politique2 puisque ,clomne1 en promettant d'abolir les dettes et de faire un nouveau partage des terres dans ses conqutes1 avoit soulev contre lui les citoyens qui jouissoient de la principale autorit dans le ,ploponse8 ,ce qui a le plus vivement frapp ,plutarque1 c'est qu'aprs la dfaite entire de ,clomne et des ,spartiates ,slasie1 ,antigone1 surnomm ,doson1 et rgent de la ,macdoine pendant la minorit de ,philippe1 fils de ,dmtrius1 mit en quelque sorte des entraves au ,ploponse4 ,sans doute que les peuples de la ligue ,achenne drent voir avec inquitude les garnisons que ,philippe tenoit ,corinthe et ,orchomne2 sans doute que leur libert en souffrit2 mais est-ce un motif suffisant pour condamner ,aratus8 ,les ,ploponsiens auroient-ils t plus libres et plus heureux en se livrant la foi de ,lacdmone8 ,la cour de ,macdoine respecta leur gouvernement1 leurs lois1 leurs coutumes et leurs magistrats2 l'ambitieux ,clomne n'auroit-il pas au contraire abus insolemment de ses avantages8 ,aratus a t un des plus grands personnages de l'antiquit2 mais tel est le sort des hommes d'tat1 qu'on les juge souvent sans considrer que la politique1 soumise la fatalit des circonstances qui l'enchanent1 ne voit quelquefois autour d'elle que des cueils1 et n'a de choix faire qu'entre des malheurs4 ,aratus fait prendre sa rpublique1 trop foible pour rsister ,clomne1 le seul parti qui pouvoit prvenir sa ruine2 il la retient sur le bord du prcipice1 il l'empche d'y tomber2 et on le blme1 parce que les ,achens1 en conservant leur libert1 se trouvent forcs d'avoir des mnagemens pour la cour de ,macdoine4 ,puisqu'enfin les vices avec lesquels la ,grce s'toit familiarise ne lui permettoient plus de reprendre ce sage gouvernement qui l'avoit rendue autrefois heureuse et puissante1 on regardera l'alliance que les ,achens contractrent avec ,antigone ,doson comme l'vnement le plus heureux pour les ,grecs et les ,macdoniens1 si on fait attention la guerre qui s'leva bientt entre les deux peuples les plus puissans du monde1 et qui1 prparant un matre aux nations1 devoit leur donner de nouveaux intrts4 ,tandis que la ,grce s'occupoit du spectacle que lui prsentoit la descente des ,carthaginois en ,italie1 et qu'incertaine entre le gnie d',annibal et le gnie de la rpublique ,romaine1 elle ne prvoyoit point encore qu'elle seroit un jour la victime de cette guerre3 qu'il seroit souhaiter1 disoit ,agelas de ,naupacte1 que les ,dieux commenassent nous inspirer des sentimens d'union et de concorde1 afin que1 runissant nos forces1 notre patrie se trouve couvert des insultes des ,barbares6 ,il n'est pas besoin1 ajoutoit-il1 de beaucoup de politique pour prvoir que le vainqueur1 quel qu'il soit1 ,carthaginois ou ,romain1 ne se bornera point l'empire de l',italie et de la ,sicile4 ,son ambition s'y trouveroit trop l'troit2 il portera ses armes dans notre patrie4 ,si la nue qui nous menace du ct de l'occident vient fondre sur nous1 craignons de ne pouvoir rsister l'orage4 ,nous ne serons plus les matres de faire la guerre1 ni de traiter de la paix notre gr2 nous serons condamns obir4 ,pour justifier les justes alarmes d',agelas1 il suffiroit de faire connotre ici le gnie des ,romains1 de rechercher les causes de la grandeur de ce peuple ambitieux1 qui1 tant parvenu de l'tat le plus bas la plus haute lvation1 et pouss par les ressorts de son gouvernement s'tendre1 ne pouvoit cesser de vaincre qu'aprs avoir tout soumis1 ou qu'aprs avoir t lui-mme vaincu par sa prosprit4 ,les ,romains en effet marchoient la monarchie universelle2 toutes leurs institutions en faisoient une nation guerrire qui devoit har le repos1 parce que la guerre1 loin de l'puiser1 multiplioit1 par une espce de prodige1 ses forces et ses ressources4 ,ils avoient contract depuis leur naissance l'habitude de se mler dans les affaires qui devoient en apparence leur parotre indiffrentes2 il toit impossible d'tre leurs voisins1 sans devenir leurs ennemis1 ou leurs sujets sous le nom d'allis2 et leur ambition extrme toit toujours cache sous le voile de la justice1 de la modration et de la magnanimit3 la manire dont ils avoient subjugu l',italie1 la ,sicile et la ,sardaigne1 apprenoit ce qu'ils feroient en s'agrandissant1 et qu'ils retomberoient sur la ,grce ou sur la ,macdoine ds qu'ils auroient vaincu l',afrique4 ,la ,grce ni la ,macdoine1 disoit ,agelas1 ne pourront jamais rsister sparment aux forces du vainqueur4 ,nous avons besoin de votre secours1 continuoit-il1 en adressant la parole ,philippe1 pour nous soutenir contre les barbares4 ,les ,dieux vous ont mis en tat de protger notre libert1 profitez de cette faveur2 mais en dfendant les ,grecs1 songez que vous travaillez pour vous-mme2 songez que votre royaume trouvera son tour dans leur amiti toutes les ressources ncessaires sa grandeur4 ,la bonne-foi doit tre votre seule politique4 ,si les ,grecs souponnent que vous ne dfendiez l'entre de leur pays aux trangers que pour vous en rserver la conqute1 je vous annonce que tout est perdu4 ,nos villes alarmes ne craindront point de s'allier aux ,barbares2 et la douceur de se venger de vous1 les fera courir leur ruine1 pourvu qu'elles vous perdent4 ,c'toit ,philippe1 instruit par le conseil d',agelas1 qui ses lumires dcouvroient l'avenir1 qu'il appartenoit de faire le rle de ,thmistocle dans une conjoncture si critique3 quoiqu'il ne dt pas avoir affaire des ,xercs1 des ,mardonius1 ni des soldats d',asie1 il auroit encore oppos aux lgions romaines des hommes capables de les tonner1 et peut-tre mme de mettre des bornes leurs conqutes1 s'il et continu se conduire les principes sages et modrs qui illustrrent le commencement de son rgne1 et qu',antigone ,doson lui avoit donns4 ,la nature1 disent les historiens1 avoit runi dans ,philippe toutes les qualits qui honorent le trne4 ,il avoit l'esprit vif1 tendu et pntrant4 ,une valeur hroque toit d'autant plus propre lui gagner les curs1 qu'il possdoit en mme temps cet art enchanteur de plaire1 fruit de l'affabilit1 jointe la puissance et aux talens4 ,il aimoit la gloire avec passion1 et ne pensoit pas qu'elle pt tre unie l'injustice4 ,une sage modration cartoit tous les soupons qui auroient pu tenir les ,grecs en garde contre lui4 ,tant de vertus disparurent en un jour2 phnomne1 si je puis parler ainsi1 d'autant plus surprenant1 que ce prince1 entour depuis long-temps de ces hommes vils qui ne peuvent s'lever la fortune1 qu'en rendant leur matre aussi mprisable qu'eux1 sembloit avoir un caractre prouv4 ,dmtrius de ,phare chatouilla l'ambition de ,philippe1 en lui faisant envisager la conqute de l',italie comme une entreprise aise aprs la bataille de ,cannes4 ,les ,romains1 s'il falloit l'en croire1 ne pouvoient se relever de leurs pertes2 et il toit impossible une rpublique aussi mal gouverne que ,carthage1 d'affermir son empire sur les vaincus1 et de conserver sa proie1 si ,philippe tentoit de la lui enlever4 ,ce prince1 enivr des esprances que lui donnoit ,dmtrius1 ngligea sur-le-champ ses vrais intrts1 pour faire autant de fautes qu'il fit de dmarches4 ,au lieu de profiter de ses avantages sur les ,etoliens1 et de les rduire ne pouvoir plus troubler la paix de la ,grce1 et la bonne intelligence qui rgnoit entre le ,ploponse et la ,macdoine1 il rechercha leur amiti1 et se rendit suspect1 en faisant alliance avec un peuple qui toit odieux tous les ,grecs3 trange conduite6 de se brouiller avec ses voisins1 parce qu'on mdite la conqute d'une province loigne4 ,si ,philippe croyoit que le gnie puissant d',annibal dt dtruire la rpublique ,romaine1 il devoit attendre1 pour se livrer son ambition1 que l',italie ft soumise des marchands1 qu',annibal mourt1 et que les ,carthaginois cessassent d'tre redoutables4 ,s'il se dfioit au contraire des succs de ce gnral1 et que par une connoissance plus profonde du gouvernement1 des murs et de la politique des ,romains1 il juget que leurs ressources toient plus grandes que leurs pertes1 et qu'il falloit les dtruire pour les empcher de devenir les matres du monde2 il devoit sans doute1 en se liguant avec ,annibal1 l'aider de toutes ses forces1 et faire en sa faveur les efforts que ,carthage elle-mme auroit d faire4 ,cependant1 il se laissa effrayer par les premires menaces que lui firent les ,romains1 en apprenant son trait1 et passa d'une extrme confiance une crainte extrme1 quand il vit qu'ils conservoient les plus grandes esprances dans les plus grands malheurs1 et qu' demi vaincus1 ils avoient le courage d'insulter les ctes de son royaume4 ,il se repentit de son entreprise2 et n'y renonant qu' moiti1 ne fit encore que de nouvelles fautes pour rparer celles qu'il avoit dj faites4 ,juge-t-il qu'il doit se prparer la guerre et se mettre en tat de dfense contre les ,romains8 ,il oublie les sages conseils d',agelas1 croit que pour augmenter ses forces1 il faut commencer par asservir la ,grce1 et se fait follement un nouvel ennemi4 ,chaque dmarche de ,philippe ne sert qu' multiplier ses embarras et ses dangers4 ,il ne cherche que des prtextes pour subjuguer la ,grce2 il s'indigne de la paix qui y rgne1 fait natre des troubles et ranime les anciennes divisions4 ,si les ,messniens ont dans leur ville des querelles domestiques1 n'avez-vous pas1 dit-il aux riches1 des lois pour rprimer l'insolence de la multitude8 ,manquez-vous de bras1 dit-il au peuple1 pour vous faire justice de vos tyrans8 ,il fait empoisonner ,aratus1 ,euryclide et ,micon2 ces attentats le rendirent infme1 et ses allis devinrent ses ennemis4 ,les ,achens1 malgr leur patience1 se soulevrent2 et sous la conduite d'un aussi grand capitaine que ,philopemen1 qu'on a appel le dernier des ,grecs1 et qui avoit pris ,epaminondas pour modle1 ils dfendirent leur libert avec plus de courage que les ,grecs n'auroient os l'esprer4 ,philippe1 dont toutes les esprances toient vanouies1 voyoit que l',italie chappoit aux ,carthaginois2 il ne pouvoit rduire les ,achens1 il redoutoit la vengeance des ,romains3 ses revers l'aigrirent1 et ne consultant que sa colre et sa crainte1 il devint enfin par dsespoir le plus odieux des tyrans4 ,la rpublique romaine conservoit encore cette austrit de murs qui l'a rendue si puissante1 quand les ,etoliens1 l',achae et ,athnes l'invitrent les venger des violences de ,philippe4 ,rome1 enrichie des dpouilles de ,carthage1 pouvoit suffire aux frais des guerres les plus dispendieuses4 ,ses richesses renfermes dans le trsor public1 n'avoient pas encore port la corruption dans les maisons des citoyens4 ,l'union la plus intime subsistoit entr'eux2 et les dangers dont ,annibal les avoit menacs1 n'avoient fait que donner une nouvelle force aux ressorts du gouvernement4 ,les ,romains1 enfin1 toient plus persuads que jamais que tout toit possible leur patience1 leur amour pour la gloire1 et au courage de leurs lgions4 ,quelque lgre connoissance qu'on ait1 de la seconde guerre punique1 on doit sentir quelle trange disproportion il y avoit entre les forces de la ,macdoine et celles de la rpublique ,romaine1 seconde par une partie des ,grecs3 aussi ,philippe fut-il vaincu et oblig de souscrire aux conditions d'une paix humiliante1 qui lui fit perdre les places qu'il occupoit dans la ,grce1 le laissa sans vaisseaux et puisa ses finances4 ,les ,romains essayrent ds-lors1 sur les ,grecs1 cette politique adroite et savante qui avoit dj tromp et asservi tant de nations4 ,sous prtexte de rendre chaque ville sa libert1 ses lois et son gouvernement1 ils dfendirent toute alliance1 et mirent par-l la ,grce dans l'impuissance d'avoir un mme intrt et de se runir4 ,la rpublique ,romaine commena dominer les ,grecs par les ,grecs mmes2 ce fut par leurs vices qu'elle voulut d'abord les avilir et les affoiblir1 afin de les opprimer plus aisment par la force des armes4 ,elle se fit des partisans zls1 dans chaque ville1 en comblant de bienfaits les citoyens qui lui furent les plus attachs4 ,l'histoire a conserv les noms de plusieurs de ces hommes infmes1 qui1 tour--tour dlateurs de leurs concitoyens ,rome1 et artisans de la tyrannie dans leur patrie1 prtendoient qu'il n'y avoit plus dans la ,grce d'autre droit1 d'autres lois1 d'autres murs1 d'autres usages que la volont des ,romains4 ,au moindre diffrend qui s'levoit1 la rpublique offroit sa mdiation pour accoutumer les ,grecs la reconnotre pour juge2 ne parloit que de paix1 parce qu'elle vouloit avoir seule le privilge de faire la guerre2 donnoit des conseils1 hasardoit quelquefois des ordres1 mais toujours dans des circonstances favorables1 et en cachant son ambition sous le voile spcieux du bien public4 ,les ,etoliens s'toient promis de grands avantages en favorisant les armes des ,romains contre ,philippe2 et pour toute rcompense1 ils se virent forcs ne plus troubler la ,grce par leurs brigandages1 et prir de misre s'ils ne s'accoutumoient au travail1 et ne rparoient par une industrie honnte les maux que leur faisoit la paix4 ,ils se crurent accabls sous une tyrannie insupportable2 ils mditrent une rvolte2 mais n'esprant pas de secouer le joug des ,romains sans un secours tranger1 ils firent passer quelques-uns de leurs citoyens la cour de ,syrie1 pour engager ,antiochus prendre les armes contre la rpublique ,romaine4 ,la dfaite de ce prince1 lui fit perdre l',asie mineure2 et les ,grecs1 dsormais sans ressources1 se trouvrent envelopps de toutes parts de la puissance des ,romains4 ,le premier fruit que les vainqueurs retirrent de cet avantage1 ce fut la ruine des ,etoliens4 ,la rpublique ,romaine leur accorda la paix1 mais condition que toujours prts marcher sous ses ordres1 ils ne donneroient jamais aucun secours ses ennemis ni ceux de ses allis4 ,la ligue ,etolienne paya deux cens talens aux ,romains1 et s'obligea de leur en donner encore trois cens dans l'espace de six annes4 ,elle livra quarante de ses principaux citoyens qui furent envoys ,rome1 et il ne lui fut permis de choisir ses magistrats que parmi ses otages4 ,les villes de la confdration qui avoient dsapprouv son alliance avec ,antiochus1 furent dclares libres4 ,enfin1 les ,romains donnrent aux ,acarnaniens1 pour prix de leur fidlit1 la ville et le territoire des ,eniades4 ,ne pouvant plus offenser leurs voisins1 les ,etoliens1 dit ,polybe1 tournrent leur fureur contr'eux-mmes2 et leurs discordes domestiques les portrent aux violences les plus atroces4 ,ce peuple acheva de venger les ,grecs de son inhumanit1 et on ne vit1 dans toute l',etolie1 qu'injustices1 confusion1 meurtres et assassinats4 ,les ,grecs1 toujours jaloux de leur libert1 et cependant de jour en jour moins libres1 connurent la faute qu'ils avoient faite d'implorer la protection de la rpublique ,romaine contre ,philippe3 pour se venger d'un ennemi auquel ils pouvoient rsister1 ils s'toient donn un matre auquel il falloit obir4 ,ils virent avec joie que ,perse tentt de sortir de l'abaissement o les ,romains le tenoient2 mais ce prince tmraire et timide fut vaincu comme ,philippe son pre1 et trait avec plus de rigueur4 ,il orna le triomphe de ,paul ,emile2 le trne de ,philippe et d',alexandre ne subsista plus2 la ,macdoine1 qui avoit subjugu l',asie entire1 devint une province romaine3 les vainqueurs en transportrent les habitans d'une contre dans l'autre pour la rendre docile et obissante2 et la ,grce vit avec frayeur une image du sort qui l'attendoit1 si elle essayoit de se soulever contre une rpublique1 qui1 commenant perdre ses murs1 commenoit ne plus respecter ses lois2 et que l'excs de sa prosprit invitoit dj abuser de son pouvoir4 ,le snat ,romain prit l'habitude de citer devant lui les villes entre lesquelles il s'levoit quelque diffrend2 il ne proposoit que des conseils1 il ne parloit que comme arbitre2 mais les ,grecs prouvrent que c'toit un crime que de ne pas obir4 ,au milieu de cet assujetissement gnral1 la ligue seule des ,achens se piquoit d'un reste de libert3 elle rgloit encore ses affaires domestiques1 et faisoit des alliances1 sans consulter le snat2 elle croyoit avoir des droits2 elle en parloit sans cesse1 et cependant toit assez prudente pour n'oser presque pas en jouir4 ,si ce que les ,romains exigent de nous1 disoient d'aprs ,philopemen les ,achens les plus accrdits dans leur nation1 est conforme aux lois1 la justice et aux traits que nous avons passs avec eux1 ne balanons point leur montrer une sage dfrence2 mais si leurs prtentions blessent notre libert et nos usages1 faisons-leur connotre les raisons que nous avons de ne pas nous y soumettre4 ,remontrances1 prires1 bon droit1 tout est-il inutile2 prenons les dieux tmoins de l'injustice qu'on nous fait1 mais obissons encore1 et cdons la violence1 ou plutt la ncessit4 ,ce mlange de soumission et de fermet1 de crainte et de courage1 rendoit les ,achens suspects2 et c'toit par sa sagesse prvenir les plus petits dangers que la rpublique ,romaine cimentoit chaque jour la grandeur de sa fortune4 ,elle craignit donc que l'orgueil des ,achens1 s'il n'toit rprim1 ne devnt contagieux dans la ,grce1 et n'y rveillt le souvenir de son ancienne indpendance4 ,d'ailleurs elle toit parvenue une trop haute lvation1 et tous les peuples toient trop humilis devant elle1 pour qu'elle ne confondt pas les remontrances et la rebellion4 ,se plaindre1 c'toit lui manquer de respect2 et tout ce que l',achae avoit d'honntes gens et de bons citoyens fut condamn par un dcret de bannissement abandonner sa patrie4 ,cet exemple de svrit auroit d touffer jusqu' l'esprance de la libert dans le ,ploponse2 il y aigrit au contraire les esprits4 ,on se plaignit1 on murmura sans retenue2 et comme si on et voulu s'essayer la rvolte1 en s'accoutumant mpriser les ,romains1 on publia que leur empire n'toit que l'ouvrage de la fortune4 ,quelqu'insense que fut cette manire de penser1 elle devoit s'accrditer chez un peuple vain1 et qui1 traitant les trangers de barbares1 se flattoit de possder seul tous les talents4 ,les ,achens ne tardrent pas tre les victimes de leur vanit4 ,la rpublique ,romaine1 qui ne cherchoit qu'une occasion de les humilier1 profita du diffrent qui s'toit lev entr'eux et les ,spartiates1 pour nommer des commissaires qui1 sous prtexte de les juger1 toient chargs d'affoiblir la confdration ,achenne1 et de dtacher de son alliance le plus de villes qu'il seroit possible1 mais sur-tout ,sparte1 ,argos1 ,corinthe1 ,orchomne et ,hracle4 ,les ,achens osrent donner des marques de mpris aux dputs de ,rome2 mais cette rpublique1 dont la politique savoit si bien pousser sa ruine un peuple assez sage pour s'en loigner1 et feindre de prter une main secourable celui qui s'y prcipitoit de lui-mme1 dissimula l'injure qu'on avoit faite ses ministres4 ,le snat nomma de nouveaux commissaires1 qu'il chargea de se conduire avec beaucoup de douceur1 et d'inviter seulement les ,achens rappeler leurs troupes1 et cesser les hostilits qu'ils avoient commences sur le territoire de ,sparte4 ,par cette conduite1 en apparence si modre1 les ,romains ne cherchoient qu' mettre l',achae dans son tort1 et justifier l'extrme svrit dont ils vouloient user son gard4 ,plus ils affectoient de mnagemens et de modration1 plus les ,achens enhardis montrrent de fiert et d'insolence4 ,dius et ,critolas gouvernoient alors la ligue2 et ,polybe nous les dpeint comme deux sclrats1 dont l'empire toit absolu sur tout ce qu'il y avoit de citoyens dshonors ou assez ruins pour n'avoir rien perdre dans la ruine de leur patrie4 ,on crut1 sur la foi de ces deux hommes1 que la douceur affecte de la rpublique romaine n'toit que le fruit de sa crainte4 ,ils persuadrent aux ,achens1 qu'occupe par une troisime guerre contre un peuple aussi puissant que les ,carthaginois1 elle avoit d'abord tch d'intimider les ,grecs par une ambassade fastueuse2 mais que cette voye ne lui ayant pas russi1 elle avoit envoy de nouveaux ambassadeurs1 dont la conduite plus modre faisoit voir que les ,romains n'osoient se faire de nouveaux ennemis1 et se repentoient d'avoir branl par leur tyrannie l'empire qu'ils avoient pris sur la ,grce1 et dont il toit temps qu'elle s'affranchit4 ,puisque ,rome tremble1 disoient-ils1 il faut renoncer aujourd'hui et sans retour la libert1 ou profiter de cette dernire occasion pour la dfendre et l'affermir4 ,ces sentimens passrent dans tous les curs1 et les seconds dputs des ,romains n'eurent pas un succs plus heureux que les premiers4 ,mtellus qui commandoit en ,macdoine1 n'oublia rien pour dissiper l'erreur des ,achens1 et les porter obir2 mais tous ses efforts tant infructueux1 il fit enfin marcher contr'eux les lgions4 ,l',achae de son ct s'toit prpare la guerre2 les armes se joignirent dans la ,locride2 et malgr l'chec considrable que les ,achens y reurent1 ils ne dsesprrent pas encore de leur salut4 ,critolas avoit t tu2 ,dius1 son collgue1 rassembla la hte les dbris de l'arme battue2 et armant jusqu'aux esclaves1 se crut en tat de dfier encore une fois la fortune des ,romains4 ,mtellus1 qui s'toit avanc prs de ,corinthe1 ne se lassoit point de faire de nouvelles propositions de paix1 lorsque ,mummius prit le commandement de l'arme4 ,ce consul1 aussi fameux dans la ,grce par la rusticit de ses murs et son ignorance pour les arts qui la charmoient1 que par la duret dont il usa son gard1 dfit entirement les ,achens2 et leur consternation gala aprs la bataille la confiance tmraire avec laquelle ils s'y toient prsents4 ,il toit naturel que ce qui avoit chapp l'pe des romains1 se rfugit dans ,corinthe2 et en dfendant une place qui toit la clef du ,ploponse1 fit une rsistance assez vigoureuse pour obtenir une capitulation honorable1 ou justifier la tmrit qui lui avoit mis les armes la main4 ,mais les soldats consterns s'y crurent trop prs de leurs vainqueurs2 ils fuirent en se dbandant dans l'intrieur du ,ploponse1 et la plupart des ,corinthiens1 qui l'effroi de l'arme s'toit communiqu1 abandonnrent eux-mmes leur ville4 ,mummius la livra au pillage4 ,tout citoyen qui n'avoit pas fui fut pass au fil de l'pe2 femmes1 filles1 enfans1 tout fut vendu4 ,la superbe ,corinthe fut rduite en cendres1 et la libert des ,grecs ensevelie sous ses ruines4 ,on abattit les murailles de toutes les villes qui avoient eu part la rvolte4 ,le gouvernement populaire fut aboli par-tout4 ,en un mot1 la ,grce perdit ses lois et ses magistrats1 et1 gouverne par un prteur1 devint une province ,romaine1 sous le nom de province d',achae4 ,tel fut le sort de la nation peut-tre la plus illustre de l'antiquit1 et dont la rputation1 dans sa dcadence mme1 donna de la jalousie aux ,romains4 ,est-il un peuple dont l'histoire offre aux mditations de la politique des maximes plus sres et en plus grand nombre sur tout ce qui peut faire le bonheur ou le malheur des socits8 ,depuis ,lycurgue1 jusqu'au temps malheureux que l'ambition alluma la guerre du ,ploponse1 s'il s'leva quelques querelles entre les ,grecs1 les haines et les vengeances ne furent point implacables2 leurs institutions toient telles1 que la raison reprenant promptement son empire sur les passions1 la paix toit rtablie avant qu'on et prouv l'impuissance de continuer la guerre1 ou conu l'esprance de faire des conqutes4 ,l'amour de la paix1 toujours uni l'amour de la gloire1 ne dgnra point pendant ces temps heureux en une indolence molle et oisive1 qui1 en rendant la ,grce mprisable ses voisins1 lui auroit fait des ennemis4 ,les ,grecs1 prpars par leurs jeux aux exercices de la guerre1 toient toujours prts dfendre leur patrie2 ils auroient plutt pri que de souffrir un affront2 et par une espce de prodige1 ces citoyens soldats n'abusoient cependant1 ni de leur courage1 ni de leur discipline1 ni de leurs avantages contre leurs voisins1 et ne songeoient point les dpouiller de leurs biens4 ,la ,grce n'a eu presqu'aucune rpublique qui ne se soit rendue clbre4 ,je ne parlerai point d',athnes1 de ,corinthe1 de l',arcadie1 de la ,botie1 etc4 ,mais quelle socit offrit jamais la raison un spectacle plus noble1 plus sublime que ,lacdmone8 ,pendant prs de six cents ans les lois de ,lycurgue1 les plus sages qui aient t donnes aux hommes1 y furent observes avec la fidlit la plus religieuse4 ,quel peuple aussi attach toutes les vertus que les ,spartiates1 donna jamais des exemples si grands1 si continuels de modration1 de patience1 de courage1 de magnanimit1 de temprance1 de justice1 de mpris des richesses1 et d'amour de la libert et de la patrie8 ,en lisant leur histoire1 nous nous sentons chauffer2 si nous portons encore dans le cur quelque germe de vertu1 notre ame s'lve1 et semble vouloir franchir les limites troites dans lesquelles la corruption de notre sicle nous retient4 ,quoi qu'en dise un des plus judicieux crivains de l'antiquit1 qui cherche diminuer la gloire des ,grecs1 leur histoire ne tire point son principal lustre du gnie et de l'art des grands hommes qui l'ont crite4 ,peut-on jeter les yeux sur tout le corps de la nation ,grecque1 et ne pas avouer qu'elle s'lve quelquefois au-dessus des forces de l'humanit8 ,on voit quelquefois tout un peuple tre magnanime comme ,thmistocle1 et juste comme ,aristide4 ,salluste nieroit-il que ,marathon1 les ,thermopyles1 ,salamine1 ,plate1 ,micale1 la retraite des dix mille1 et tant d'autres exploits excuts dans le sein mme de la ,grce pendant le cours de ses guerres domestiques1 ne soient au-dessus des louanges que leur ont donnes les historiens8 ,les ,romains n'ont vaincu les ,grecs que par les ,grecs mmes4 ,mais quelle auroit t la fortune de ces conqurants1 si au lieu de porter la guerre dans la ,grce corrompue par mille vices1 et affoiblie par ses haines et ses divisions intestines1 ils y avoient trouv ces capitaines1 ces soldats1 ces magistrats1 ces citoyens qui avoient triomph des armes de ,xercs8 ,le courage auroit alors t oppos au courage2 la discipline la discipline2 la temprance la temprance2 les lumires aux lumires2 l'amour de la libert1 de la patrie et de la gloire1 l'amour de la libert1 de la patrie et de la gloire4 ,un loge particulier que mrite la ,grce1 c'est d'avoir produit les plus grands hommes dont l'histoire doive conserver le souvenir4 ,je n'en excepte pas la rpublique ,romaine1 dont le gouvernement toit toutefois si propre chauffer les esprits1 exciter les talents1 et les produire dans tout leur jour4 ,qu'opposera-t-elle un ,lycurgue1 un ,thmistocle1 un ,cimon1 un ,epaminondas1 etc8 ,on peut dire que la grandeur des ,romains est l'ouvrage de toute la rpublique2 aucun citoyen de ,rome ne s'lve au-dessus de son sicle et de la sagesse de l'tat1 pour prendre un nouvel essor et lui donner une face nouvelle4 ,chaque ,romain n'est sage1 n'est grand que par la sagesse et le courage du gouvernement2 il suit la route trace1 et le plus grand homme ne fait qu'y avancer de quelques pas plus que les autres4 ,dans la ,grce1 au contraire1 je vois souvent de ces gnies vastes1 puissans et crateurs1 qui rsistent au torrent de l'habitude1 qui se prtent tous les besoins diffrens de l'tat1 qui s'ouvrent un chemin nouveau1 et qui1 en se portant dans l'avenir1 se rendent les matres des vnemens4 ,la ,grce n'a prouv aucun malheur qui n'ait t prvu long-temps d'avance par quelqu'un de ses magistrats2 et plusieurs citoyens ont retir leur patrie du mpris o elle toit tombe1 et l'ont fait parotre avec le plus grand clat4 ,quel est au contraire le ,romain qui ait dit sa rpublique1 que ses conqutes devoient la mener sa ruine8 ,quand le gouvernement se dformoit1 quand on abandonnoit aux proconsuls une autorit qui devoit les affranchir du joug des lois1 quel ,romain a prdit que la rpublique seroit vaincue par ses propres armes4 ,quand ,rome chanceloit dans sa dcadence1 quel citoyen est venu son secours1 et a oppos sa sagesse la fatalit qui sembloit l'entraner8 ,ds que les ,romains cessrent d'tre libres1 ils devinrent les plus lches des esclaves4 ,les ,grecs1 asservis par ,philippe et ,alexandre1 ne dsesprrent pas de recouvrer leur libert2 ils surent en effet se rendre indpendans sous les successeurs de ces princes4 ,s'il s'leva mille tyrans dans la ,grce1 il s'leva aussi mille ,trasibule4 ,ecrase enfin sous le poids de ses propres divisions et de la puissance ,romaine1 la ,grce conserva une sorte d'empire1 mais bien honorable sur ses vainqueurs4 ,ses lumires et son got pour les lettres1 la philosophie et les arts la vengrent1 pour ainsi dire1 de sa dfaite1 et soumirent leur tour l'orgueil des ,romains4 ,les vainqueurs devinrent les disciples des vaincus1 et apprirent une langue que les ,homre1 les ,pindare1 les ,thucydide1 les ,xenophon1 les ,dmosthnes1 les ,platon1 les ,euripide1 etc4 avoient embellie de toutes les graces de leur esprit4 ,des orateurs qui charmoient dj ,rome allrent puiser chez les ,grecs ce got fin et dlicat1 peut-tre le plus rare des talens1 et ces secrets de l'art qui donnent au gnie une nouvelle force2 ils allrent1 en un mot1 se former au talent enchanteur de tout embellir4 ,dans les coles de philosophie1 o les romains les plus distingus se dpouilloient de leurs prjugs1 ils apprenoient respecter les ,grecs2 ils rapportoient dans leur patrie leur reconnoissance et leur admiration1 et ,rome rendoit son joug plus lger2 elle craignoit d'abuser des droits de la victoire1 et par ses bienfaits distinguoit la ,grce des autres provinces qu'elle avoit soumises4 ,quelle gloire pour les lettres d'avoir pargn au pays qui les a cultives des maux dont ses lgislateurs1 ses magistrats et ses capitaines n'avoient pu le garantir8 ,elles sont venges du mpris que leur tmoigne l'ignorance2 et sres d'tre respectes quand il se trouvera d'aussi justes apprciateurs du mrite que les ,romains4 ,,fin des ,observations sur l'histoire de la ,grce4 ,,table ,des ,observations sur l',histoire de la ,grce ,a ,monsieur l'abb de ,r9999994 pag4 ,i ,sommaires4 ,,vii ,livre premier4 #a ,livre second4 #fc ,livre troisime4 #abc ,livre quatrime4 #ahg ,,fin ,,de ,,la ,,table4 99 99 99 99 99 ,,observations ,,sur ,,les ,,romains4 ,,avertissement4 ,il y a dix ans que je fis imprimer des rflexions sur l',histoire ,romaine et sur l',histoire de ,france1 sous le titre de ,parallle des ,romains et des ,franais4 ,le public1 qui se plat quelquefois encourager les jeunes crivains1 fit mon ouvrage un accueil favorable2 mais je ne fus pas long-temps m'apercevoir que ce que je prenois pour une justice de sa part n'toit qu'une grce4 ,quelques personnes1 dont je respecte infiniment les lumires1 me firent l'honneur de me croire digne de leurs critiques1 et quand1 avec ce secours1 je vins revoir mon ouvrage de sang-froid1 je trouvai qu'un plan que j'avois jug trs-judicieux1 n'toit en aucune faon raisonnable4 ,nul ordre1 nulle liaison dans les ides1 des rptitions sans nombre1 des objets prsents sous un faux jour2 ce n'toit pas l les seuls dfauts o m'avoit fait tomber la manie du parallle4 ,je m'tois vu forc passer sous silence plusieurs choses ncessaires1 pour faire connotre les peuples dont j'examinois l'histoire1 et ce qui est un bien plus grand mal1 d'en dire plusieurs que je n'aurois pas d penser4 ,au lieu de vouloir corriger mon parallle incorrigible1 pour en faire une nouvelle dition1 j'ai cru qu'il falloit composer deux ouvrages tout nouveaux4 ,je donne aujourd'hui ce qui regarde les ,romains2 heureux1 si en voulant rparer une premire faute je n'en fais pas une seconde6 ,qualis status urbis1 qu mens exercituum1 quis habitus provinciarum1 quid in toto terrarum orbe validum1 quid grum fuerit1 ut non modo casus eventusque rerum1 sed ratio etiam causque noscantur4 7,tac4 ,hist4 ,liv4 ,i47 ,,sommaires4 ,,livre ,,premier4 ,du gouvernement des ,romains sous leurs rois4 ,comment le gouvernement de la rpublique se forme et se perfectionne4 ,ce qui en altre les principes4 ,des causes qui doivent ruiner la libert4 ,,livre ,,ii4 ,affaires des ,gracques1 de ,marius1 de ,sylla4 ,le premier ,triumvirat4 ,guerre civile de ,csar4 ,de la situation et de la conduite de la rpublique aprs sa mort4 ,second ,triumvirat4 ,auguste s'empare de toute la puissance publique4 ,,livre ,,iii4 ,pourquoi le gouvernement des empereurs doit tre despotique4 ,de l'indpendance qu'affectent les armes4 ,elles disposent de l'empire4 ,pourquoi elles perdent leur autorit4 ,nouvelle forme de gouvernement par ,diocltien4 ,,livre ,,iv4 ,du gnie militaire des ,romains4 ,leur discipline4 ,leurs guerres contre les peuples d',italie4 ,par quelle politique la rpublique met ses victoires profit4 ,comment elle peut suffire une guerre continuelle4 ,progrs de ses gnraux dans la science des armes4 ,,livre ,v4 ,de ,carthage4 ,ses guerres contre les ,romains4 ,situation des diffrentes puissances aprs la seconde guerre ,punique4 ,leur politique4 ,celle des ,romains pour les asservir4 ,rflexions particulires sur ,antiochus4 ,,livre ,,vi4 ,abus que les ,romains font de leur puissance4 ,leur norme avarice4 ,comment ils perdent ce qui avoit fait la sret et la grandeur de la rpublique4 ,etat de l'empire sous ,constantin4 ,ruine de l'empire d',occident4 ,foiblesse et ruine de l'empire d',orient4 ,,observations ,,sur ,,les ,,romains4 ,,livre ,,premier4 ,quand ,romulus jeta les fondemens de ,rome1 l',italie1 compose de presqu'autant d'tats diffrens qu'il y avoit de villes1 offroit une image de la socit naissante4 ,chaque rpublique n'y possdoit gure que les terres ncessaires pour nourrir ses habitans2 ils vivoient du travail de leurs mains1 et la pauvret ne permettant encore qu' peu de passions d'agir1 tenoit lieu de cette foule d'institutions1 par lesquelles la politique a d rprimer depuis les vices qui sont une suite ncessaire de la politesse et du luxe des grands tats4 ,une valeur brutale fut la seule vertu des esclaves fugitifs et des brigands qui ,rome servit d'asyle2 ce n'toit pas des citoyens1 mais des soldats unis par le dsir commun de piller4 ,plus ils avoient besoin d'apprendre obir1 moins il toit ais de les accoutumer au joug des lois1 et ,romulus qui craignoit leur indocilit1 ne parut lgislateur que pour se dmettre de l'autorit qui sembloit lui appartenir4 ,aprs avoir distribu ,rome1 selon ses diffrens quartiers1 en tribus#a et en curies1 dont chacune devoit1 la pluralit des voix1 former un suffrage dans les assembles du champ de ,mars et de la place publique2 il laissa aux ,romains tout ce qui constitue en effet l'autorit souveraine1 c'est--dire1 le droit d'ordonner de la guerre et de la paix1 de faire ou de changer les lois1 et de choisir les magistrats4 ,mais ce prince ambitieux toit trop jaloux du commandement1 pour ne pas retirer d'une main ce qu'il accordoit de l'autre ses sujets2 et tandis que cdant la ncessit1 il feignoit de n'tre que l'organe de leur volont1 il aspiroit en secret tre l'ame de leurs mouvemens4 #a ,romulus partagea les ,romains en trois tribus4 ,tribus ,ramnensium1 ,tatientium1 ,lucerum2 et chaque tribu en dix curies4 ,les comices1 ou assembles de la nation1 toient convoques par tribus ou par curies1 comicia tributa1 comicia curiata4 ,chaque tribu et chaque curie avoit sa place marque dans le champ de ,mars et dans la place publique4 ,tarquin l'ancien doubla le nombre des tribus4 ,rome continuant de jour en jour s'tendre1 ,servius ,tullius fit une nouvelle distribution des citoyens4 ,il partagea la ville en quatre quartiers1 et son territoire en quinze ou dix-sept4 ,les tribus de la ville furent d'abord les plus considrables2 mais l'an de ,rome #dej1 le censeur ,fabius y incorpora les affranchis1 les gens du march1 c4 ce qui les avilit1 et l'on transporta les familles considrables dans les tribus de la campagne4 ,les tribus furent successivement multiplies jusqu'au nombre de trente-cinq2 celui des curies demeura toujours fix trente4 ,la cration d'un snat et les prrogatives qui lui furent accordes1 telle que de servir de conseil au prince1 de porter aux assembles de la nation les matires sur lesquelles elle devoit dlibrer1 d'tre charg d'en excuter les ordres1 ou d'en faire observer les lois1 loin de porter atteinte la libert publique1 auroient affermi ses fondemens1 si le peuple et dispos des places du snat4 ,mais comme ,romulus avoit lui-mme choisi les premiers snateurs1 il se rserva le droit de nommer son gr leurs successeurs2 et l'on imagine sans peine combien ce nouveau privilge dut augmenter le crdit d'un prince qui toit dj le premier juge de ses citoyens1 gnral d'arme et chef de la religion4 ,on briguoit sa faveur pour obtenir une place dans le snat2 ,romulus1 qui ne devoit tre qu'un magistrat1 eut des courtisans2 et plus leur nombre se multiplia1 plus son autorit fut grande dans les comices4 ,sans doute que ce prince1 qui voyoit avec plaisir l'orgueil des nouveaux snateurs1 et avec quel soin ils cherchoient former un corps spar du peuple1 sentit que s'il russissoit tablir une distinction entre les familles ,romaines1 et former une noblesse dont la qualit propre est dans tous les temps et dans tous les lieux de mpriser le peuple1 il en rsulteroit des haines et une diversit d'intrts avantageuse son autorit4 ,il affecta donc pendant tout son rgne de n'lever la dignit de snateurs que les fils de ceux qui en avoient t honors4 ,numa suivit cet exemple sans avoir les mmes vues2 et sous ses successeurs1 les familles qui descendoient des deux cents snateurs que ,romulus avoit crs1 abusant d'un usage qui leur toit favorable1 se crurent seules en droit d'entrer dans le snat4 ,ces prtentions choqurent le peuple1 et quand il en murmura1 ,tarquin l'ancien1 qui ne songeoit qu' faire disparotre l'galit1 le seul principe solide de la libert1 cra cent nouveaux snateurs#b dans l'ordre des plbens2 et satisfaisant par cette politique les familles puissantes du peuple1 qui souffroient impatiemment l'orgueil et les distinctions des patriciens1 il assura l'tat encore douteux de la noblesse#c4 #b ,romulus n'avoit d'abord fait que cent snateurs1 il en cra encore cent nouveaux aprs que les ,sabins se furent incorpors sa nation4 ,on les nommoit par respect pour leur ge1 patres1 d'o leurs descendans prirent le nom de patricii1 patriciens4 ,patres cert ab honore1 patriciique progenies eorum appellati4 ,tit4 ,liv4 #c ,les ,romains mettoient une diffrence entre les familles des premiers snateurs1 et celles qui ,tarquin l'ancien ouvrit le snat2 ces dernires toient appeles1 ,nobiles minorum gentium4 ,ds-lors un prince habile profiter des passions des ,romains1 ne fut plus rduit n'tre que le ministre de la rpublique2 il dominoit les nobles par l'ambition qu'ils avoient d'entrer dans le snat1 et tour--tour1 il pouvoit1 suivant les circonstances1 se servir de son crdit auprs des snateurs pour tendre son empire sur les plbens1 et de l'autorit de ceux-ci pour intimider le snat et lui en imposer4 ,quelque considrables que fussent ces progrs de l'autorit royale1 ils ne nuisoient point encore au bien public4 ,le peuple gouvern sans qu'il s'en aperut1 conservoit cette dignit1 qui seule est capable de le rendre bon citoyen3 la noblesse1 toujours contenue dans le devoir par le prince et par le peuple1 n'osoit1 malgr son orgueil et sa puissance1 s'abandonner des prtentions immodres2 et le prince oblig de mesurer toutes ses dmarches1 et de n'agir que par insinuation1 ne laissoit craindre de sa part ni injustice ni violence4 ,en un mot1 toutes les parties de l'tat toient contraintes de se respecter les unes les autres1 et de cet intrt particulier de chaque ordre de la nation1 naissoit naturellement le remde des maux passagers que produisoient les passions4 ,ce ne devoit tre qu'un prince mchant qui tentt d'altrer cette constitution2 sa ruine cependant fut l'ouvrage d'un prince modr1 de ,servius ,tullius mme1 qui1 au rapport des historiens1 avoit song abdiquer la couronne1 pour ne laisser au-dessus de ses sujets que les lois1 dont deux magistrats annuels devoient tre les ministres4 ,soit que sans en prvoir les suites fcheuses1 il ft entran par le projet de ses prdcesseurs d'agrandir le pouvoir des patriciens2 soit que fatigu des mouvemens et des dbats de la place publique1 il craignt qu'ils ne dgnrassent en sditions1 ou qu'il crt juste de confier toute l'administration de la rpublique ceux qui1 par leur fortune1 y devoient prendre un plus grand intrt2 il ne travailla qu' abaisser les plbens1 et il y russit sous prtexte de faire un tablissement qui leur fut avantageux4 ,il faut se rappeler que dans le partage que ,romulus fit du territoire de ,rome1 chaque citoyen eut deux arpens de terre1 et que les fortunes tant gales1 chacun contribua galement aux charges de l'tat4 ,depuis il s'toit fait de grands changemens dans les possessions2 et quoique plusieurs familles ne jouissent d'aucun domaine1 tandis que d'autres avoient considrablement augment le leur1 on suivoit toujours la mme mthode l'gard des subsides4 ,tullius en fit aisment sentir l'injustice2 le peuple demanda un remde ce dsordre1 qui lui paroissoit intolrable2 et la noblesse1 peut-tre instruite des desseins secrets du prince1 ou qui craignoit d'engager par sa rsistance les plbens demander un nouveau partage des terres1 consentit payer les impositions d'une manire proportionne ses richesses4 ,tullius fit le cens1 c'est--dire1 le dnombrement des citoyens1 et chacun donna une dclaration fidelle de ses biens4 ,aprs cette opration1 rien n'toit plus ais que d'asseoir les impts avec galit1 sans rien changer l'ancienne distribution des ,romains en tribus et en curies3 mais ,tullius1 qui se proposoit un autre but1 imagina de partager ses sujets en six classes raison de leurs richesses1 et subdivisa ensuite ces six classes en cent quatre-vingt-treize centuries1 qui paieroient chacune la mme imposition4 ,la noblesse1 enrichie par ses usures#d1 et qui s'toit empare de la plupart des terres conquises1 composa donc elle seule un plus grand nombre de centuries que le peuple entier2 et elle devoit par consquent tre matresse des dlibrations du champ de ,mars et de la place publique1 ds que ,tullius1 profitant de la faveur qu'avoit acquis sa politique artificieuse1 auroit introduit l'usage de convoquer les comices par centuries#e4 ,cette pernicieuse nouveaut fut tablie1 et les plbens1 qui jusque-l avoient possd toute l'autorit1 parce qu'ils avoient dans chaque tribu ou dans chaque curie un nombre de voix beaucoup suprieur celui des patriciens1 se trouvrent mme privs du droit de suffrage2 car il arriva trs-rarement depuis1 que pour former les dcrets des assembles publiques1 on fut oblig de consulter quelqu'une des quatre-vingt-treize dernires centuries qui comprenoient les plbens#f4 #d ,tous les historiens nous parlent de l'excessive duret des riches l'gard de leurs dbiteurs4 ,les emprunts se faisoient chez les ,romains un pour cent d'intrt par mois4 ,on sent aisment qu'une usure aussi forte dans un tat aussi pauvre que le leur1 devoit faire passer toutes les richesses entre les mains de quelques citoyens4 #e ,comicia centuriata1 dont il est si souvent parl dans l'histoire ,romaine4 #f ,toutes les affaires se dcidant la pluralit des suffrages1 il toit inutile de recueillir les voix des dernires centuries1 ds que les cent premires toient d'accord sur un objet4 ,un changement si considrable dans la constitution des ,romains devoit causer leur perte4 ,si le peuple1 las de comparotre inutilement dans les comices1 se portoit quelqu'entreprise violente pour recouvrer son autorit1 il toit craindre qu'il n'branlt l'tat encore mal affermi4 ,s'il se soumettoit patiemment sa nouvelle servitude1 il falloit qu'il tombt dans cette espce d'engourdissement qui rend le citoyen inutile sa patrie4 ,la noblesse1 de son ct1 n'avoit acquis le frivole avantage de faire un corps spar des plbens1 et d'opiner seule dans les affaires de la rpublique1 que pour se mettre dans la ncessit d'obir servilement ses rois4 ,vouloit-elle se servir de son pouvoir et s'opposer leur volont8 la simple menace de convoquer les comices par tribus ou par curies1 c'est--dire1 de la confondre avec le peuple1 servoit d'entrave son ambition4 ,l'autorit royale acqurant donc de jour en jour de nouvelles forces1 toit prte tout envahir2 et cependant la politique ne dcouvre point ce qui auroit rendu les ,romains suprieurs leurs voisins1 ni pu soumettre enfin le monde leur domination1 s'ils eussent continu d'obir des rois qui n'auroient pas t les simples magistrats d'un tat libre4 ,le gouvernement monarchique est ncessaire un peuple trop corrompu par l'avarice1 le luxe et le got des plaisirs pour aimer sa patrie2 mais il n'est point fait pour une nation pauvre1 foible1 grossire et dont les citoyens n'ont encore ni art1 ni industrie1 ni fortune qui les occupent dans le sein de leur famille4 ,d'ailleurs ,rome1 prenant les passions de ses matres1 et gouverne par des princes d'un caractre diffrent1 n'auroit eu aucune maxime constante ni aucune vue suivie4 ,elle auroit pass au hasard de la guerre la paix4 ,sans parler des rois mchans1 imbcilles ou voluptueux qui auroient avili leur trne et dshonor leurs sujets1 les ,romains auroient eu craindre jusqu'aux vertus de quelques-uns de leurs rois2 de nouveaux ,numa auroient ferm le temple de ,janus1 quand il et fallu accabler un ennemi4 ,un prince et eu un courage hroque dans des circonstances o il n'eut fallu qu'tre prudent1 et l'autre n'et montr que de la prudence quand il auroit fallu tre audacieux4 ,en un mot1 les ,romains1 sans caractre1 sans vertus1 mais heureux ou malheureux suivant qu'on les et bien ou mal gouverns1 c'est--dire1 n'ayant que rarement des succs1 auroient enfin subi eux-mmes le sort des peuples qu'ils soumirent4 ,le mpris par lequel les grands se vengrent de la haine que leur montroit le peuple1 et leur indiffrence commune pour le bien public1 suites ncessaires des changemens survenus dans le gouvernement1 donnrent ,tarquin l'audace d'usurper la couronne#g1 et l'esprance d'asservir sa patrie4 ,il eut la politique d'un usurpateur2 il flatta les soldats et les enrichit pour les attacher ses intrts2 et tandis qu'il amusoit la multitude par des ftes et en levant des difices publics1 il fit prir les patriciens qui lui portoient ombrage1 et n'pargna que ceux qui1 n'ayant ni le courage de venger leur patrie1 ni la lchet d'tre les tmoins tranquilles de sa servitude1 s'toient eux-mmes exils de ,rome4 ,on ne peut refuser ce prince des talens suprieurs4 ,il avoit presqu'accoutum les ,romains au pouvoir arbitraire2 l'usage des comices toit oubli1 et il est vraisemblable qu'il auroit affermi sa domination1 si son fils1 se bornant faire un ordre de citoyens des injures qui auroient flatt le ressentiment et la jalousie de l'autre1 n'et commis une action infme qui fut un affront commun pour tous les ,romains1 et souleva la fois tous les esprits4 #g ,la couronne de ,rome toit lective4 ,voyez ,tite-,live et ,denys d',halicarnasse4 ,les ,tarquins furent chasss de ,rome par un dcret public#h2 le peuple pilla leur palais2 la haine qu'on portoit au roi1 s'tendit sur la royaut mme1 et on dvoua aux ,dieux infernaux quiconque entreprendroit de la rtablir4 ,tant d'emportement sembloit annoncer le retour de la libert2 mais la ruine d'un tyran n'est presque jamais la ruine de la tyrannie2 et les causes qui avoient prpar ,rome le despotisme de ,tarquin1 empchoient qu'on ne pt y rtablir les principes d'une sage rpublique4 ,la rvolution1 il est vrai1 ne donna d'abord qu'un mme esprit aux nobles et aux plbens2 mais c'est que leur pril fut d'abord le mme4 ,ils montreront le mme zle et le mme courage1 tant qu'il s'agira de dfendre leur ville et de repousser le tyran2 mais ds que le calme sera rtabli1 les anciennes jalousies renatront2 et tandis que le snat voudra gouverner1 les plbens prtendront tre libres4 #h ,cet vnement arriva l'an de ,rome #bdd4 ,brutus auroit fait une faute norme1 si dans le moment que tous les yeux toient fixs sur lui1 il et tent1 pour tablir une vraie libert dans ,rome1 de ramener entre les citoyens l'galit qui avoit fait leur bonheur avant la distinction des ,romains en familles nobles et en familles plbennes1 et l'tablissement des centuries4 ,laisser entrevoir aux patriciens qu'il falloit renoncer leurs prrogatives1 tandis qu'ils se flattoient de possder tout le pouvoir dont les rois avoient joui2 ou faire souponner au peuple que les comices ne se convoqueroient plus par tribus et par curies1 dans le temps qu'il s'armoit pour conqurir sa libert1 c'et t distraire les deux ordres de la rpublique de l'objet qui devoit les occuper entirement1 les aigrir l'un contre l'autre1 et faire1 en un mot1 une diversion en faveur de ,tarquin et de la tyrannie4 ,brutus prit sagement le parti contradictoire de satisfaire la fois les prtentions du snat1 et de persuader aux plbens qu'ils n'obiront plus qu'aux lois qu'ils auront faites4 ,je conois que par cette conduite les lois et les prjugs des ,romains doivent se trouver en opposition1 et que des droits que ,brutus donne au snat1 et des esprances dont il enivre le peuple1 il rsultera des dissentions domestiques4 ,n'importe1 ,brutus est justifi1 parce que ,tarquin est aux portes de ,rome1 qu'il rassemble des forces formidables1 et que les querelles des ,romains ne sont qu'un mal loign4 ,le temps1 des circonstances heureuses1 mille vnemens imprvus pourront remdier au vice du gouvernement2 mais l'union seule des citoyens de ,rome peut triompher de ,tarquin4 ,quelque puissance qu'eussent acquis le snat et la noblesse1 le peuple crut d'abord tre libre1 parce qu'il toit heureux4 ,on le mnagea avec un soin extrme tant qu'on craignit ,tarquin2 mais tout changea de face quand on apprit sa mort#i4 ,le vice commun des hommes c'est de ne juger de leur autorit que par l'abus qu'ils en font1 et les grands auroient cru n'avoir rien gagn par l'exil des rois1 s'ils n'avoient gouvern aussi despotiquement qu'eux4 ,les consuls ne convoqurent les comices que par centuries1 et dans ces assembles o la noblesse dominoit1 elle souscrivoit toutes les propositions du snat1 qui1 pour la rcompenser de sa complaisance1 lui permettoit son tour d'exercer toutes sortes de violences sur les plbens4 ,on les chassoit de leur hritage1 on les condamnoit l'esclavage ou des peines ignominieuses2 chaque patricien toit un nouveau ,tarquin2 mais le peuple1 encore tout plein des promesses de ,brutus et de l'orgueil que lui avoient inspir les bienfaits de ,publicola#aj1 n'avoit pas achet sa libert par une guerre qui fit clater tant d'hrosme1 pour porter avec lchet le joug d'une foule de tyrans4 #i ,eo nuncio erecti patres2 erecta plebs2 sed patribus nimis luxuriosa ea fuit ltitia3 plebi1 cui ad eam diem summ ope insueritum erat1 injuri primoribus fieri cpere4 ,tit4 ,liv4 ,l4 #b4 ,dum metus ,tarquinio1 quo et modesto jure agitatum4 ,dein1 servili imperio patres plebem exercere1 de vita atque tergo1 regio more consulere2 agro pellere et cteris ex partibus soli in imperio agere1 quibus svitiis1 et maxim fnoris onere oppressa plebs1 c4 ,sal4 in ,frag4 #aj ,le consul ,valerius toit fort attach aux intrts du peuple1 ce qui lui mrita le surnom glorieux de ,publicola4 ,pendant la guerre de ,tarquin1 il se tint plusieurs comices par tribus1 et c'est dans une de ces assembles que ,valerius fit un jour baisser ses faisceaux pour faire entendre que c'toit dans l'assemble du peuple que rsidoit la puissance publique4 ,il porta aussi une loi par laquelle il toit permis d'interjeter appel devant le peuple des sentences des magistrats2 cette loi s'appela la loi ,valeria4 ,rome paroissoit en quelque sorte entoure d'cueils1 et il toit bien difficile qu'elle pt tous les viter4 ,si le snat et la noblesse se conduisoient avec assez d'adresse et de courage pour conserver l'autorit qu'ils avoient usurpe1 le peuple devoit tomber dans une servitude encore plus fcheuse que celle qu'il avoit prouve sous les ,tarquins3 car l'aristocratie1 si elle n'est tempre par de sages institutions1 est toujours plus dure que la monarchie4 ,les plbens mpriss1 accabls1 et par consquent mauvais citoyens d'une patrie qu'ils n'auroient point aime1 n'auroient senti aucun avantage obir plutt au snat et aux patriciens qu'aux ennemis mme de ,rome4 ,les ,volsques1 les ,hernites1 les ,fidenates auroient t des voisins dangereux2 ils se seroient servis1 pour ruiner la rpublique1 du vice intrieur du gouvernement qui auroit dtach de ses intrts la plus grande partie des citoyens4 ,l'tat qui1 dans des commencemens encore si foibles1 avoit besoin de chaque citoyen1 et de multiplier ses forces et ses talens par l'mulation qu'inspire la libert1 n'auroit arm que des esclaves pour sa dfense2 mais des esclaves n'ont jamais bien dfendu leur patrie4 ,ainsi le snat sans ressources dans les dangers1 et enfin perdu la rpublique1 et vu passer dans les mains de quelqu'un de ses ennemis cette puissance qu'il n'auroit pas voulu partager avec les plbens4 ,que le peuple1 au contraire1 aigri par les injures qu'il recevoit de la noblesse1 et presque toujours extrme1 ds qu'une fois il est ambitieux1 et accabl le snat pour en secouer le joug1 le sort des ,romains n'auroit pas t plus heureux4 ,le gouvernement et t chang en une pure dmocratie1 et tous les ouvrages des politiques ne respirent que le mpris pour cette police1 toujours voisine de l'anarchie1 et o la multitude1 abusant son gr de l'autorit souveraine1 a tantt toutes les fureurs et tous les caprices d'un tyran1 et tantt toute la foiblesse d'un prince imbcille4 ,il toit encore plus craindre que la rpublique romaine n'prouvt les mmes rvolutions qui causrent tant de maux dans la plupart des villes de la ,grce1 aprs que la royaut y eut t dtruite4 ,le gouvernement n'y prit aucune forme assure1 et les nobles et le peuple1 tour--tour matres de l'tat1 ne s'appliquoient qu' se ruiner rciproquement4 ,si les ,romains avoient t exposs aux mmes dsordres1 toujours esclaves ou tyrans1 et entirement occups de leurs haines domestiques1 ils auroient1 comme les ,grecs1 sacrifi leur patrie aux intrts particuliers des factions et des partis qui l'auroient dchire4 ,heureusement l'horreur que les violences de ,tarquin avoient inspire contre la royaut1 subsistoit encore dans toute sa force1 quand le peuple commena se plaindre des injures qu'il prouvoit des patriciens4 ,il ne se trouva par consquent dans la rpublique ni un ,sp4 ,cassius#aa1 ni aucun de ces ambitieux1 qui1 se faisant dans la suite un art d'envenimer les esprits1 ne cherchoient1 la faveur des dissentions1 qu' se faire un parti qui les mt en tat d'usurper la souverainet4 ,peut-tre et-il t facile dans la naissance des troubles1 de surprendre le peuple1 et de l'engager dans quelque dmarche qui l'auroit ncessairement port aux plus grands excs2 mais il en toit incapable tant qu'il se conduiroit par son propre sentiment4 ,les plbens1 sans qu'ils s'en dfiassent1 toient accoutums respecter le snat#ab4 ,ils estimoient l'avantage d'une naissance illustre1 en hassant ceux qui le possdoient2 et la pompe des magistratures et du commandement en imposoit1 malgr eux1 leur imagination4 ,d'ailleurs1 aprs avoir dfendu ,rome aux dpens de tout son sang1 chaque citoyen l'aimoit comme l'ouvrage de ses mains1 la regardoit comme un trophe lev sa valeur1 et se croyoit en quelque sorte comptable de l'lvation laquelle elle toit destine sur la foi de plusieurs oracles4 #aa ,c'est le premier des ,romains qui ait aspir la tyrannie4 ,ayant t fait consul avec ,proculus ,virginius1 l'an de ,rome #bfh1 il proposa la loi agraire1 c'est--dire1 une loi par laquelle il toit ordonn qu'aprs avoir fait un dnombrement des terres conquises dont les nobles s'toient empars1 ou qu'ils s'toient fait adjuger vil prix1 on les partageroit galement entre tous les citoyens4 ,en portant une loi1 disent les historiens1 qui devoit causer tant de troubles1 ,cassius n'avoit d'autre objet que de se rendre le matre de ,rome4 ,le peuple1 qui pntra ses intentions1 non-seulement ne le seconda pas1 mais l'abandonna mme au ressentiment de la noblesse qui le fit prir1 sans avoir l'attention de dtourner avec adresse sur la loi de ,cassius la haine qu'on portoit son auteur4 #ab ,il faut principalement attribuer ce respect l'usage des cliens tabli par ,romulus4 ,aprs que ce prince eut cr un snat1 il voulut que chaque plben s'y choist un patron qui toit oblig de lui accorder sa protection4 ,les cliens rendoient de grands honneurs leur protecteur2 ils l'accompagnoient dans les rues1 et ne pouvoient lui refuser leur suffrage quand il se mettoit sur les rangs pour quelque magistrature4 ,si le patron toit pauvre1 ses cliens s'imposoient eux-mmes une taxe pour marier ses filles1 acquitter ses dettes1 ou payer sa ranon lorsqu'il avoit t fait prisonnier de guerre4 ,un patron et son client ne pouvoient comparotre en justice pour dposer l'un contre l'autre4 ,ces devoirs toient sacrs chez les ,romains et l'usage n'en fut pas mme entirement aboli depuis la cration des tribuns4 ,le peuple1 las de demander et d'esprer quelque soulagement1 se contenta donc de s'exiler de sa patrie1 lorsqu'il ne tenoit qu' lui de se venger de la duret de ses tyrans et de les punir4 ,cette conduite n'annonoit pas des vues ambitieuses de la part de la multitude2 mais c'toit n'chapper un danger que pour tomber dans un autre4 ,il toit naturel que la noblesse abust de la modration des plbens pour cimenter sa puissance2 et elle y et russi sans peine1 en feignant d'en abandonner une partie4 ,heureusement les snateurs ne virent pas du mme il la retraite du peuple sur le ,mont-,sacr#ac4 ,les uns1 qui avoient pour chef ,appius ,claudius1 homme dur et inflexible1 vouloient follement qu'on punt1 ou du moins qu'on mprist les rvoltes2 les autres1 qui ,menenius1 ,agrippa et la famille des ,valriens inspirrent leurs sentimens1 n'avoient que de la crainte et tchoient en vain de la dguiser sous le dehors de la prudence4 ,il se prsentoit un milieu entre la rigueur indiscrette d',appius et la foiblesse timide des ,valriens1 et c'toit de prvenir les demandes du peuple par quelque bienfait1 tel qu'une loi qui et aboli une partie des dettes1 diminu l'usure1 ou donn aux plus pauvres citoyens quelques domaines de la rpublique4 ,la fermentation des esprits ne permit pas de prendre ce parti1 et le snat s'carta de ses intrts pour se livrer de longs dbats4 ,plus un parti mit de chaleur dfendre son sentiment1 plus l'autre s'opinitra ne se pas rendre4 ,tandis qu'on dlibre1 qu'on s'offense1 et que de deux avis opposs il s'en forme enfin un troisime1 qui dcle la fois la crainte du snat et son extrme rpugnance rendre justice aux mcontens1 les plbens ont eu le temps de rflchir sur leur situation et de connotre leurs forces4 ,ils se rappellent les promesses vaines par lesquelles on les a tromps si souvent2 ils se sont donns des chefs2 ils ne se plaignent plus seulement du pass1 ils s'occupent de l'avenir2 il faut calmer leurs alarmes1 assurer leur sort1 et le snat est enfin forc de traiter avec eux1 et en leur accordant des magistrats1 de leur donner un pouvoir qui leur inspirera ncessairement de l'ambition4 #ac ,ce fut l'an #bei1 c'est--dire1 quinze ans aprs l'exil des ,tarquins1 que le peuple se retira sur le ,mont-,sacr4 ,les dputs du snat s'imaginrent gagner beaucoup1 en profitant de l'empressement indiscret que le peuple tmoignoit de rentrer dans ,rome1 pour ne stipuler que d'une manire vague les privilges et les droits des tribuns qu'il venoit d'lire4 ,mais si la noblesse1 par cette politique1 croyoit ne rien donner ou se rserver un prtexte de revenir contre ses engagemens dans des circonstances plus favorables1 le peuple1 de son ct1 pensoit avoir obtenu beaucoup plus qu'on ne lui avoit accord4 ,chaque parti devoit tendre ses prtentions la faveur de l'obscurit ou de l'indcision des articles qu'on avoit arrts2 et la rpublique1 dont les maux n'toient que pallis1 alloit tre encore trouble par les entreprises des mcontens4 ,les tribuns n'avoient ni marque extrieure de magistrature1 ni mme de tribunal4 ,assis humblement la porte du snat1 il ne leur toit permis d'y entrer que quand les consuls les y appeloient1 et toute leur fonction consistoit s'opposer aux dcrets de ce corps1 lorsqu'ils les croyoient nuisibles aux intrts des plbens4 ,peut-tre toit-il encore temps de faire oublier le tribunal4 ,que les grands n'eussent pas continu vouloir dominer imprieusement1 et le peuple n'auroit pas senti le besoin d'avoir un protecteur4 ,ce fut l'orgueil de la noblesse qui irrita l'ambition des tribuns1 et leur fit imaginer les prrogatives dont ils devoient jouir en qualit de dfenseurs du peuple4 ,marcius ,coriolan toit un des plus honntes hommes de la rpublique2 cependant il ouvrit l'avis odieux1 pendant une famine dont ,rome toit afflige1 de ne secourir le peuple qu' condition qu'il renont aux droits qu'il avoit usurps sur le ,mont-,sacr3 ce trait1 qu'on juge de l'esprit des grands2 mais plus ils travailloient avilir et ruiner les tribuns1 plus ces magistrats sentirent que la dfensive laquelle ils toient rduits ne mettoit pas leur ordre en sret2 et que1 pour se dfendre avec avantage1 il falloit oser attaquer4 ,ils firent un effort1 et bientt ils s'arrogrent le privilge de convoquer les comices1 et de les assembler par tribus dans les affaires qui intressoient directement le peuple1 tels que l'lection des magistrats ou les procs qui leur toient intents1 les appels autoriss par la loi ,valeria1 et l'tablissement des lois gnrales4 ,ces succs des tribuns changrent toute la forme du gouvernement1 et ds que le peuple fut rentr dans l'exercice de la souverainet dont il avoit joui avant la cration des centuries1 ,rome commena offrir le spectacle d'une rpublique parfaite4 ,j'ai tch de dvelopper1 dans un autre ouvrage1#ad l'art avec lequel ,lycurgue1 en confiant au peuple de ,sparte toute l'autorit publique1 avoit cependant purg cette dmocratie des vices qui lui sont naturels1 et l'enrichit mme de tous les avantages qui paroissent les plus propres l'aristocratie et au gouvernement monarchique4 ,je dois remarquer1 dans celui-ci1 que le hasard produisit ,rome ce que le plus sage des lgislateurs avoit fait dans sa patrie4 ,lycurgue voulut que le peuple ft l'arbitre de toutes les oprations de la rpublique1 afin qu'il et les vertus que l'amour de la libert et de la patrie donne des hommes libres2 mais les diffrentes branches de l'autorit publique1 dont un peuple entier est incapable de faire usage avec sagesse1 il les confia diffrens magistrats1 et composa ainsi un gouvernement mixte1 dont les parties tempres les unes par les autres1 ne pouvoient ni ngliger leurs devoirs1 ni abuser de leur crdit4 ,sparte avoit deux rois1 ,rome eut deux consuls2 et ces rois et ces consuls1 sous des noms diffrens1 n'exeroient que la mme magistrature4 ,sujets pendant la paix1 et soumis aux lois dont ils devoient faire respecter l'empire1 le peuple toit leur juge2 et ce n'toit qu' la tte des armes que la rpublique leur confioit cette puissance suprme1 sans laquelle un gnral ne peut avoir de grands succs2 et elle possdoit ainsi ce que la monarchie a de plus avantageux4 ,quelles que fussent les prrogatives du snat de ,lacdmone1 celles du snat ,romain n'toient pas moins considrables4 ,il toit charg du soin de manier les deniers publics1 de reprsenter toute la majest de l'tat1 de recevoir les ambassadeurs et d'en envoyer1 d'baucher les affaires1 de les poursuivre aprs qu'elles avoient t approuves dans la place publique1 et enfin1 de porter par provision des dcrets qui avoient force de loi1 moins qu'on n'en appelt devant le peuple4 ,ces deux compagnies respectables toient l'ame de leur nation2 elles la conduisoient et la conservoient au milieu des cueils dont la dmocratie est environne4 ,elles rendoient le peuple capable de discuter ses intrts1 de se fixer des principes certains1 et de conserver le mme esprit4 ,polybe a dit que si on considre le pouvoir des consuls1 celui du snat et l'autorit du peuple1 on croira tour tour que le gouvernement des ,romains est monarchique1 aristocratique et populaire4 ,il en runissoit en effet tous les avantages1 et la rpublique trouvoit la fois en elle-mme cette action prompte#ae et diligente qui caractrise la monarchie1 cette perptuit du mme esprit qui n'est connue que dans l'aristocratie1 et ce zle1 ce feu1 cet enthousiasme que produit la seule dmocratie4 #ad ,les ,observations sur l'histoire de la ,grce4 ,voyez le premier livre4 #ae ,reges non liberi solum impedimentis omnibus1 sed domini rerum temporumque1 trahunt conciliis cuncta non sequuntur4 ,tit4-,liv4 l4 #i4 ,si tout concouroit chez les ,spartiates affermir de jour en jour le gouvernement dont je viens de faire l'loge1 il n'en toit pas de mme chez les ,romains2 et la manire dont il s'toit form1 sembloit annoncer sa ruine4 ,une rvolution aussi importante que le rtablissement des comices par tribus1 n'avoit pu se faire sans exciter de grands mouvemens dans la place publique4 ,le snat opposa une extrme rsistance aux entreprises des tribuns2 et ces magistrats1 qui ne pouvoient russir qu'en franchissant toutes les bornes1 poussrent l'attentat jusqu' violer la majest des consuls#af4 ,les injures faites et souffertes de part et d'autre dans cette occasion1 toient trop atroces pour ne devoir pas tre suivies de nouvelles violences4 ,il toit naturel que le peuple1 emport par sa haine et ses succs1 abust de sa victoire1 et ne voult souffrir dans la rpublique d'autre pouvoir que le sien4 ,il auroit certainement ruin le gouvernement1 en anantissant le snat1 si un autre objet n'avoit fait une diversion favorable cette compagnie1 et mis couvert ses privilges et ceux des consuls4 #af ,concitati homines1 veluti ad prlium se expediunt3 apparebatque omne discrimen adesse1 nihil cuiquam sanctum1 non publici fore1 non privati juris4 ,huic tant tempestati cum se consules obtulissent1 facile experti sunt parum tutam majestatem sine viribus esse4 ,violatis lictoribus1 fascibus fractis2 foro in curiam compelluntur1 incerti quatenus volere exerceret victoriam4 ,tit4-,liv4 l4 #b4 ,comme le rtablissement des comices par tribus faisoit beaucoup moins de tort aux snateurs qu'aux simples patriciens1 qu'il laissoit aux uns la pompe et les ornemens de l'empire avec une part considrable dans l'administration des affaires1 et qu'il enlevoit aux autres toute l'autorit qu'ils avoient eue dans les assembles du champ de ,mars ou de la place publique1 leur conduite devoit tre diffrente4 ,le snat1 compos des hommes les plus graves de la rpublique1 avoit d'ailleurs de la modration1 parce qu'il pouvoit faire parler en faveur de ses prrogatives des usages anciens et des lois respectes4 ,mais la noblesse1 qui ne devoit son origine qu' un abus1 et dont toute la grandeur1 si je puis m'exprimer ainsi1 avoit t acquise furtivement1 n'avoit que la force1 au dfaut de titres1 pour dfendre ses prtendus droits4 ,elle agit donc avec tant d'emportement1 que les snateurs1 malgr leur rsistance aux demandes du peuple1 ne parurent faire que l'office de mdiateurs entre les patriciens et les tribuns4 ,cette conduite1 diffrente de la part des grands1 dcida de celle du peuple4 ,il cessa d'attaquer le snat1 pour se livrer tout entier au plaisir d'humilier la noblesse4 ,les patriciens s'toient attribus plusieurs prrogatives particulires1 et pouvoient seuls tre revtus de la dignit de snateur1 des magistratures curules et des sacerdoces2 les tribuns furent occups dtruire successivement tous ces privilges1 et malgr les querelles qui continurent dans la place publique1 et mme avec tant d'animosit que la plupart des historiens ne doutent pas que la rpublique ne ft toujours la veille de prir par une guerre civile1 les principes du gouvernement acquirent de jour en jour plus de solidit4 ,les pertes que faisoit la noblesse1 devoient en quelque sorte affermir les droits des consuls et du snat2 car plus le peuple se flattoit de partager avec les patriciens les magistratures et les autres places distingues de l'tat1 plus il devoit tre attentif ne les pas avilir4 ,les ,romains n'avoient pas pris les armes les uns contre les autres1 dans un temps que les plbens n'avoient d'autre voie que la violence pour secouer le joug qu'on leur imposoit1 ou quand les tribuns1 borns mettre opposition aux dcrets du snat1 suspendoient l'action du gouvernement et faisoient tomber la rpublique dans une espce d'anarchie2 comment dans la suite en seroit-on donc venu cette extrmit8 ,le peuple ne devoit pas commencer la guerre civile1 parce qu'il avoit un tribunal o il pouvoit citer ses ennemis1 et se venger juridiquement des injures qu'il en avoit reues2 et la manire dont il attaquoit les patriciens empchoit que1 de leur ct1 ceux-ci ne commissent les premires hostilits4 ,quoique les plbens eussent des forces suffisantes pour accabler en un moment la noblesse1 il toit impossible1 malgr la haine qu'ils lui portoient1 qu'ils osassent en concevoir le projet4 ,le cur ne s'ouvre l'ambition que par degrs2 c'est un premier avantage qui invite en obtenir un second1 et quelle monstrueuse contradiction ne trouveroit-on pas entre un dcret violent1 par lequel les tribuns auroient demand qu'on abolt la fois tous les privilges des patriciens1 et la modration extrme que le peuple fit voir dans sa retraite sur le ,mont-,sacr8 ,ce peuple1 au contraire1 aprs avoir remport un avantage1 paroissoit souvent honteux de son triomphe4 ,quelquefois il rparoit le tort qu'il faisoit la noblesse1 et choisissoit ses tribuns dans son corps4 ,on peut se rappeler qu'il n'leva au tribunal militaire que des patriciens#ag1 malgr la vivacit avec laquelle il avoit voulu partager avec eux les honneurs des faisceaux2 et pour ne pas l'effaroucher1 les tribuns toient obligs de lui cacher une partie de leur ambition4 ,la noblesse ne se trouvant donc jamais menace de perdre subitement et la fois tous ses privilges1 n'eut jamais intrt de prendre un parti dsespr4 ,chaque vnement prpare celui qui doit le suivre2 c'est ainsi que la loi qui permit aux plbens d'aspirer au tribunat militaire1 annonce qu'ils seront un jour consuls1 et console d'avance la noblesse de cette rvolution4 #ag ,sous le consulat de ,genucius et de ,c4 ,curtius1 l'an de ,rome #cji1 le peuple demanda une loi qui l'autorist concourir avec les nobles pour le consulat4 ,on convint par accommodement que les plbens pourroient jouir de tous les honneurs de cette magistrature sous le nom de tribuns militaires1 et non pas sous celui de consuls4 ,en lisant l'histoire ,romaine1 on ne fait pas assez attention que les ,romains avoient les mains lies par la forme mme de leur gouvernement1 depuis que les tribuns avoient rtabli l'usage de convoquer les comices par tribus4 ,la voix de chaque citoyen se comptoit dans les dlibrations de la place publique4 ,la libert qu'il avoit de se plaindre1 de murmurer1 de donner et d'expliquer ses raisons1 toit une sorte de transpiration salutaire tout le corps de la rpublique1 et qui empchoit que les humeurs ne s'y amassassent4 ,on juge mal de la situation des ,romains par celle des peuples qui sont aujourd'hui sous nos yeux4 ,on ne voit pas qu'une fermentation utile chez un peuple pauvre et qui n'est pas corrompu1 perdra ncessairement une nation o l'avarice et le luxe ont touff l'amour du bien public4 ,aujourd'hui des provinces entires ne composent qu'une seule socit2 une petite partie des citoyens y engloutit toutes les richesses de l'tat1 tandis que le reste1 avili par sa misre ou par ses emplois1 ne subsiste que par les vices des riches1 n'obit que parce qu'on l'opprime1 et ne possde qu'une industrie qui ne l'attache aucune patrie ni aucun gouvernement2 s'il se formoit dans un pareil tat les mmes dissensions que dans la rpublique ,romaine1 comment s'y trouveroit-il cette relation1 ce commerce1 ces liaisons qui unissoient les ,romains1 et qui ouvroient mille voies la conciliation1 tant que l'tat fut pour ainsi dire renferm dans les murs d'une mme ville8 ,les querelles des ,romains dgnreroient en guerres civiles dans la plupart des tats de l',europe1 parce qu'on n'y est pas libre1 et que1 trouvant des murs dj corrompues1 elles les rendroient encore plus vicieuses4 ,les ,romains1 au contraire1 toient vertueux1 et leurs dissentions en ruinant les prrogatives de la naissance1 qui ne peuvent jamais tre considres qu'aux dpens de l'honneur1 du mrite et des talents#ah1 ne leur donnrent qu'un got plus vif pour la vertu4 #ah ,machiavel a prouv dans ses discours politiques sur ,tite-,live1 que la libert ne peut subsister long-temps dans une rpublique o il y a des nobles4 ,la noblesse se croit destine gouverner4 ,c'est une vermine1 dit-il1 qui carie insensiblement la libert4 ,lorsque le peuple1 disent les historiens1 voulut partager avec la noblesse l'honneur des magistratures1 il travailla s'en rendre digne1 et les patriciens de leur ct cherchrent loigner les plbens1 en tchant de les surpasser autant par l'clat de leurs vertus que par celui de la naissance4 ,plus il y avoit de dignits pour lesquelles il toit permis aux plbens de concourir avec les nobles1 plus les talents toient excits2 et de cette mulation gnrale sortit cette foule de grands hommes qui firent la grandeur de la rpublique4 ,l'attention scrupuleuse avec laquelle les deux ordres de citoyens s'examinoient rciproquement1 tendit tous les ressorts du gouvernement4 ,les grands1 n'osant plus usurper les terres conquises1 s'accoutumrent une mdiocrit de fortune1 qui1 pendant long-temps carta le luxe4 ,on acquit de la gloire et de la considration sans avoir besoin de richesses4 ,la pauvret fut mme honorable2 et les citoyens1 toujours occups d'affaires publiques1 virent avec plus d'indiffrence leurs intrts domestiques1 et sans effort contractrent l'habitude d'y prfrer le bien public4 ,la vengeance1 la haine1 l'orgueil1 la jalousie1 l'avarice et d'autres passions1 dont on doit1 ce semble1 n'attendre que des effets funestes1 en se heurtant les unes les autres1 multiplirent les lois et en affermirent l'empire4 ,de bonnes lois auroient rendu les ,romains simplement sages et libres2 mais l'espce de commotion dans laquelle le bon ordre fut tabli leva leur caractre et en fit des hros4 ,des lois sagement combines entr'elles suffisoient pour retenir les magistrats dans les bornes du devoir et des biensances2 mais il falloit quelque chose de plus pour faire ces consuls1 qui se dvouoient au salut de la patrie1 ou qui sacrifioient la vie de leurs fils au maintien de la discipline4 ,il s'tablissoit de nouvelles magistratures1 qui ne furent d'abord cres que pour servir de ddommagement la noblesse qu'on privoit de quelque privilge1 et qui devinrent d'une utilit infinie tout le corps de la rpublique2 parce qu'elles affermissoient la libert1 en tablissant une sorte d'quilibre entre les magistratures4 ,je ne dois pas passer lgrement sur l'tablissement des censeurs1 qui1 n'tant destins qu' faire le cens ou le dnombrement des citoyens dans l'absence des consuls1 s'attriburent bientt la rformation des murs4 ,les deux ordres de la rpublique leur furent galement soumis4 ,ils ouvroient l'entre du snat au citoyen qui mritoit cette distinction1 et en chassoient un snateur qui se rendoit indigne de sa place4 ,ils toient aux chevaliers les marques de leur dignit1 et faisoient descendre un simple plben dans une tribu moins honorable que celle o il avoit t inscrit4 ,la vigilance de ces magistrats combattit utilement l'inconstance naturelle des hommes1 et cette espce de lassitude et d'assoupissement1 d'autant plus dangereuse dans un tat1 que sans violer ouvertement les lois1 elle commence par en diminuer la force1 les laisse tomber peu peu dans l'oubli1 et les abroge enfin entirement1 sans qu'on puisse assigner l'poque de leur chte4 ,les censeurs ne punissoient pas des fautes1 mais ce qui pouvoit conduire la licence1 et ils formoient comme une large barrire entre les ,romains et la corruption4 ,aussi la rpublique se fit-elle une habitude de cette austrit de murs qui lui a valu encore plus de succs sur ses ennemis que d'loges de la part de la postrit4 ,qu'on me permette encore quelques rflexions sur un objet aussi intressant que le prtendu danger que coururent les ,romains pendant le cours de leurs dissentions4 ,comme ils avoient plusieurs besoins galement pressants1 qu'il toit ncessaire d'tablir une jurisprudence certaine1 et des lois fixes1 car jusqu'aux dcemvirs#ai les magistrats n'avoient suivi d'autres rgles dans leurs jugements que celles que semble prescrire l'quit naturelle2 qu'il falloit pourvoir la subsistance d'une foule de citoyens sans patrimoine2 que tantt on toit occup d'un rglement gnral de police1 ou d'une accusation intente contre quelque magistrat qui s'toit rendu dsagrable aux tribuns2 une affaire servoit de diversion l'autre1 et le peuple paroissoit quelquefois oublier son grand projet d'humilier les patriciens4 ,d'ailleurs il s'en falloit beaucoup que les tribuns se conduisissent avec une prudence propre dsesprer la noblesse et lui faire prendre un parti violent2 si1 pour augmenter leurs forces1 ils augmentent le nombre de leurs collgues1 ils ne font au contraire que s'affoiblir1 et ouvrent la noblesse une voie plus sre et plus facile d'arrter leurs progrs par eux-mmes#bj4 ,proscrivent-ils la loi odieuse#ba qui ne permettoit pas au peuple de contracter des alliances avec les familles patriciennes8 ,ils le font avant que d'avoir dpouill leurs ennemis de leurs prrogatives1 et par-l ils se mettent dans le cas de les attaquer ensuite avec moins de succs4 ,dans une rpublique en effet o tout avoit concouru pendant long-temps faire respecter la noblesse1 l'avantage de s'allier avec elle devoit lui faire un grand nombre de cratures1 et retirer du parti du peuple les plus puissants plbens3 aussi remarque-t-on que les querelles des ,romains commenrent ds-lors tre moins vives4 ,il seroit trop long de relever en dtail toutes les fautes que firent les tribuns1 et qui s'opposoient au succs de leur entreprise#bb4 #ai ,ce fut l'an #cjj de ,rome1 c'est--dire1 #ef ans aprs l'exil des ,tarquins1 que les dcemvirs publirent les lois des douze tables4 ,c'est le premier code que les ,romains aient eu4 #bj ,l'opposition d'un tribun la demande de son collgue1 en suspendoit l'activit1 et l'empchoit d'aller plus avant4 ,la noblesse eut quelquefois l'habilet de mettre quelqu'un de ces magistrats populaires dans ses intrts4 #ba ,les dcemvirs portrent cette loi dans leur dernire table1 et leur intention avoit t d'tablir plus facilement leur tyrannie1 en empchant que les deux ordres de la rpublique ne se rapprochassent l'un de l'autre4 ,denys d',halicarnasse dit judicieusement qu'il falloit abolir cette loi tyrannique et injurieuse au peuple pour assurer le repos public4 ,mais ce repos n'est point ce que dsiroient les tribuns2 il toit de leur intrt de tenir toujours le peuple galement anim contre les patriciens4 ,c'toit donc une imprudence de leur part de proscrire la loi des dcemvirs1 avant que d'avoir t la noblesse tous ses privilges4 ,je remarquerai en passant1 que la noblesse n'aperut point dans cette occasion la faute des magistrats du peuple4 ,lorsqu'elle auroit d cacher sa joie et ne se dfendre que par politique1 et prcisment autant qu'il falloit pour faire croire au peuple qu'elle lui accordoit une grce1 son orgueil s'effaroucha4 ,s'il en faut croire les paroles que ,tite-,live met dans la bouche du ,tribun ,canulius1 les patriciens trouvoient trange que la nature et donn la populace les mmes organes qu' eux2 quod spiratis1 quod vocem mittitis1 quod formas hominum habetis1 indignantur4 ,cette sotte vanit de la noblesse fut cause qu'un rglement qui lui toit si avantageux1 commena par lui tre extrmement funeste2 car le peuple1 pour se venger du mpris qu'on lui marquoit1 osa aspirer au consulat1 et fit porter une loi par laquelle il lui toit permis de possder cette magistrature sous le nom de tribunat militaire4 #bb ,un certain ,volscius accusa ,ceson ,quintius d'avoir assassin son frre4 ,cette calomnie1 que les tribuns avoient un grand intrt de ne point laisser dvoiler1 parce qu'elle toit leur ouvrage1 devint une espce de bouclier pour les patriciens4 ,ds que les tribuns proposoient une loi nouvelle1 les consuls1 dit ,tite-,live1 demandoient la condamnation de ,volscius1 et chaque partie se tenoit en chec2 eodem modo consules legem1 tribuni judicium de ,volscio impediebant4 l4 #c4 ,les patriciens eurent encore la mal-adresse de faire punir ,volscius pendant la dictature de ,quintius ,cincinnatus4 ,les mouvemens de la place1 malgr tout ce que je viens de dire1 toient-ils trop vifs ou trop opinitres8 ,quelque vnement imprvu y remdioit4 ,les voisins de ,rome1 qui croyoient cette circonstance favorable leur ambition ou leur vengeance1 se jetoient sur ses terres2 mais il s'agit pour chaque ,romain de dfendre son patrimoine1 ses champs1 sa rcolte1 le peuple n'coute plus ses tribuns1 et son retour de la guerre ne reprend pas avec la mme chaleur l'affaire qu'il a abandonne4 ,dans les cas encore plus pressans1 le snat avoit la ressource de crer un dictateur#bc1 c'est--dire un roi plutt qu'un magistrat1 qui1 n'tant oblig de consulter ni le snat1 ni le peuple1 ni les magistrats dont toutes les fonctions cessoient1 se servoit de son autorit suprme pour suspendre le cours des querelles de la place1 et tourner les esprits vers un autre objet4 #bc ,ce fut l'an de ,rome #bee1 quatre ans avant la retraite du peuple sur le ,mont-,sacr1 que fut fait le premier dictateur4 ,la lenteur mme avec laquelle les tribuns firent leurs progrs1 est encore une preuve que la rpublique ,romaine ne fut point expose prir par une guerre civile4 ,en effet1 il s'coula prs d'un sicle et demi#bd depuis l'tablissement de ces magistrats jusqu'au tribunat de ,licinius ,stolon et de ,sextius1 poque o les plbens obtinrent de partager avec la noblesse le consulat et toutes les magistratures2 encore fallut-il que la fortune elle-mme htt la conclusion de ce grand ouvrage4 #bd ,le peuple se retira sur le ,mont-,sacr l'an de ,rome #bei1 et parvint au consulat l'an #chh4 ,tite-,live rapporte que ,fabius ,ambustus1 chef de la maison ,fabienne1 avoit mari une de ses filles un patricien nomm ,ser4 ,sulpicius1 et l'autre ,c4 ,licinius ,stolon1 simple plben4 ,un jour que celle-ci se trouvoit chez sa sur dans le moment que ,sulpicius1 alors tribun militaire1 revenoit du snat1 les licteurs frapprent la porte avec leurs faisceaux pour annoncer son retour4 ,la jeune ,fabia parut effraye de ce bruit1 auquel elle n'toit pas accoutume1 et sa sur la rassura d'un air malin qui lui fit sentir tout l'intervalle qu'il y avoit entr'elles deux4 ,la femme de ,stolon1 vivement pique1 n'eut le courage ni de mpriser la vanit de sa sur1 ni de cacher son chagrin1 quoiqu'elle et honte d'en laisser pntrer les motifs4 ,son pre et son mari1 force de prires1 lui arrachrent enfin son secret2 elle avoua qu'elle ne pouvoit penser1 sans un dpit mortel1 qu'tant ne du mme sang que la femme de ,sulpicius1 les premires magistratures de la rpublique fussent interdites son mari4 ,fabius entra par foiblesse dans tous les projets de son gendre1 que son amour pour ,fabia rendit ambitieux4 ,stolon s'associe ,l4 ,sextius1 que son courage et son loquence mettoient en tat de tout entreprendre4 ,ils briguent ensemble le tribunat2 et peine se virent-ils la tte du peuple1 qu'ils proposrent et firent passer une loi qui ordonnoit que la rpublique ne seroit dsormais gouverne que par des consuls1 et que l'un des deux seroit ncessairement tir du corps du peuple4 ,ds-lors le snat fut ouvert sans nulle diffrence aux plbens et aux patriciens4 ,censeurs1 pontifes1 prteurs#be1 il n'y eut plus de magistratures qu'ils ne possdassent1 et ils jouirent mme des honneurs de la dictature4 ,la naissance ne donnant plus de privilge particulier1 la distinction tablie entre la noblesse et le peuple disparut1 et fit place la plus parfaite galit4 ,leurs droits furent confondus et les mmes3 ils ne purent plus avoir des intrts diffrens2 et c'est cette poque que les dissentions de la place cessrent1 et que ,rome jouit enfin d'un calme heureux4 #be ,l4 ,sextius fut le premier plben qui parvint au consulat4 ,c4 ,martius ,rutilus1 aussi plben1 fut fait dictateur l'an de ,rome #cig1 et nomma pour son gnral de la cavalerie1 un autre plben1 appel ,c4 ,plantius4 ,le mme ,rutilus fut censeur4 ,l4 ,philo fut le premier plben lev la prture4 ,les tribuns n'avoient jamais attaqu la dignit du snat et des consuls1 que pour abaisser plus srement la noblesse2 et loin de continuer les avilir1 la vanit des successeurs de ,stolon et des plbens les plus considrables toit intresse en augmenter le crdit4 ,s'il subsistoit encore quelque sujet de contestation dans la rpublique1 ce ne pouvoit tre qu'au sujet des lois agraires4 ,mais ces lois1 proposes d'abord par le consul ,sp4 ,cassius1 et qui1 jusqu'au tribunat de ,licinius ,stolon1 n'avoient eu aucun succs1 toient tombes dans le dcri1 soit parce qu'on s'toit accoutum les voir rejeter1 soit parce que l'excution en toit impratiquable4 ,en effet1 dans un temps aussi grossier que les premiers sicles de la rpublique ,romaine1 o l'on ne connoissoit point encore les titres de possession1 ni les dpts publics des engagemens des citoyens1 il toit impossible d'tablir une juste distinction entre le lgitime patrimoine de chaque particulier1 et ce qu'il avoit acquis par des voies illicites4 ,d'ailleurs1 ,licinius avoit mis fin cette affaire en portant deux lois1 dont l'une ordonnoit aux cranciers de dduire du principal de leurs crances les intrts qu'ils avoient touchs2 et l'autre dfendoit de possder plus de cinq cents arpens de terre4 ,les ,romains avoient dj subjugu une partie considrable de l',italie1 quand le tribunat de ,licinius expira2 et quelques puissans que fussent les peuples auxquels ils feroient dsormais la guerre1 ils devoient encore les soumettre4 ,la sagesse de leur gouvernement leur donnoit une supriorit infinie sur leurs ennemis2 et jusqu' la seconde guerre ,punique1 ,rome n'prouva que quelques revers contre lesquels elle trouva en elle-mme des ressources aussi sres que promptes4 ,annibal lui-mme1 aprs plusieurs victoires1 fut enfin contraint d'abandonner le projet de brler le capitole pour aller dfendre les murs de ,carthage4 ,vaincu ,zama1 il porta inutilement en ,asie sa haine contre les ,romains4 ,philippe1 dfait la journe de ,cynoscphale1 eut recours leur clmence2 et quand ,perse voulut relever la ,macdoine de l'abaissement o elle toit tombe1 il fut vaincu et orna avec ses enfans le triomphe de ,paul ,emile4 ,antiochus1 trop heureux d'obtenir la paix1 ne rgna plus en-de du mont ,taurus4 ,popilius fit trembler son fils au milieu d'une arme victorieuse1 et le traita en vaincu4 ,carthage n'toit plus qu'un amas de ruines4 ,rome enfin rgnoit presque sur tout l'univers2 mais elle-mme toit chancelante dans sa haute fortune2 et tandis qu'elle effrayoit les nations1 un philosophe qui auroit examin les fondemens de sa grandeur1 auroit lui-mme t effray du sort qui attendoit les ,romains4 ,si la rpublique de ,lacdmone1 malgr les lois austres et sages de ,lycurgue1 auxquelles elle obissoit religieusement depuis sept sicles1 ne put asservir la ,grce1 et rsister en mme temps l'attrait d'imposer des tributs#bf1 et de s'enrichir des dpouilles de ses ennemis1 comment seroit-il possible que les ,romains1 chez qui l'amour de la pauvret n'avoit jamais t une vraie passion1 comme dans les ,spartiates1 n'eussent pas abus de mme de leurs victoires8 ,sparte se flattoit de pouvoir tre riche et d'avoir un trsor qu'elle destinoit faire des entreprises considrables contre ses ennemis1 sans que ses citoyens renonassent leur ancien mpris pour les richesses3 elle se trompoit2 et la loi svre qu'elle porta1 et qui sous peine de la vie dfendoit aux particuliers de possder aucune pice d'or ou d'argent1 fut bientt viole impunment4 #bf ,voyez dans mes ,observations sur l'histoire de la ,grce ce que j'ai dit du gouvernement de ,lycurgue1 des prcautions que ce lgislateur prit pour faire aimer la pauvret aux ,spartiates1 et comment ,lysandre les corrompit la fin de la guerre du ,ploponse4 ,les ,romains1 beaucoup moins attentifs se prcautionner contre les charmes de l'avarice1 devoient donc agrandir leur fortune domestique mesure que leur rpublique agrandiroit son empire et ses richesses4 ,tant que les ,romains ne vainquirent que des peuples aussi pauvres qu'eux1 leur gouvernement mrita tous les loges que je lui ai donns2 mais les principes en furent dtruits1 ds qu'ils eurent port la guerre en ,afrique et en ,asie3 les vices de ces riches provinces passrent ,rome avec leurs dpouilles4 ,il se dveloppa dans le cur des ,romains de nouvelles passions2 les besoins s'accrurent et se multiplirent2 les gots se raffinrent1 les superfluits devinrent ncessaires1 et l'ancienne austrit des murs ne fut plus qu'une rusticit brutale4 ,quand cette contagion eut gagn le peuple1 qu'il eut appris des grands vouloir tre voluptueux1 et qu'il regarda sa pauvret comme le dernier des opprobres1 il fut prt faire toutes sortes de lchets pour acqurir de ces richesses que la cupidit des citoyens faisoit regarder comme le premier des biens4 ,l'autorit dont il jouissoit ne servit plus que d'instrument ses passions4 ,la puissance publique passa bientt entre les mains des riches1 qui1 marchandant et achetant les magistratures et les suffrages dans les comices1 se virent les arbitres de l'tat2 et sous les apparences trompeuses de l'ancien gouvernement1 les ,romains obirent en effet une vritable aristocratie4 ,d'un ct1 une foule de particuliers se sont empars des richesses des vaincus et des contributions des provinces2 de l'autre1 la loi ,licinia1 qui ne permet de possder que cinq cents arpens de terre1 n'a point t abroge par une loi contraire4 ,ici1 on lit les rglemens les plus sages contre le luxe2 l1 des citoyens plus riches que des rois forcent1 par un faste imposant1 les lois se taire4 ,la rpublique avoit t autrefois partage en patriciens et en plbens2 elle le fut alors en citoyens riches et en citoyens pauvres4 ,l'esprance d'tre libres1 que ,brutus avoit donne aux plbens1 fut le titre dont ils se servirent pour reprendre leur premire dignit1 et forcer la noblesse renoncer ses prrogatives4 ,la loi ,licinia devenoit un titre aussi fort en faveur des pauvres1 ds que1 las d'acheter par des complaisances les bienfaits des riches1 ils concevroient le dessein de partager leur fortune4 ,il s'est donc form une nouvelle source de dissentions dans la rpublique ,romaine2 les lois et les murs sont une seconde fois en opposition3 les ,romains doivent donc tre agits sur le partage des richesses comme ils l'ont t sur leur partage de l'autorit4 ,mais le gouvernement ne met plus de frein leur passion1 et il faudroit bien peu connotre le cur humain et la sympathie que les vices ont les uns pour les autres pour penser que ces nouveaux troubles ne fussent pas aussi funestes aux ,romains corrompus1 que les premiers avoient t avantageux aux ,romains vertueux4 ,ce n'toit pas cependant de ce ct-l seul que la rpublique toit menace de sa ruine4 ,la vaste tendue de sa domination l'exposoit encore de plus grands dangers2 elle lui avoit fait perdre l'autorit quelle avoit sur les magistrats2 et si les ,romains ne succomboient pas sous leurs mauvaises murs1 ils devoient se voir opprimer par leurs proconsuls4 ,quelqu'tendu1 dit ,polybe1 que ft le pouvoir d'un consul la tte de son arme1 il lui toit impossible d'en abuser1 tant que l'empire des ,romains fut renferm dans l',italie4 ,le snat1 sous les yeux duquel il est1 et qui l'observe1 n'a qu' retirer les secours qu'il donne l'arme1 pour faire chouer un gnral dont il souponneroit la fidlit4 ,la sret publique1 cet gard1 naissoit donc de ce que l',italie ne mettoit pas les consuls en tat d'y subsister par eux-mmes1 ni de cacher pendant long-temps leurs entreprises4 ,voil ce qui tenoit leur autorit en quilibre avec la puissance de la rpublique1 ou plutt ce qui les rendoit toujours sujets4 ,mais ce contre-poids du pouvoir consulaire s'affoiblit quand les armes passrent les mers4 ,les consuls1 qui n'avoient t que consuls en ,italie1 furent dans les provinces loignes1 consuls1 prteurs1 censeurs1 diles1 le snat et le peuple4 ,ils traitoient avec les nations voisines1 de leur commandement1 disposoient de leurs conqutes1 distribuoient leur gr les couronnes1 et rgloient l'tat des tributs et de contributions4 ,ils commandoient dans de riches provinces1 qui les mirent en tat de pourvoir par eux-mmes tous les besoins de leur arme2 aussi ,csar et ,crassus1 avec les seules forces de leur gouvernement1 firent-ils la guerre sans le consentement de la rpublique dont les secours leur toient devenus inutiles4 ,la puissance norme que les consuls s'attribuoient ne causa aucune alarme aux ,romains1 parce qu'elle toit favorable aux progrs de leurs armes et l'agrandissement de leur empire1 et qu'emports par leur ambition1 ils ne jugeoient de leurs intrts que par les succs de leurs lgions4 ,l'aveuglement de la rpublique alla si loin1 qu'au lieu d'tablir quelque nouvelle proportion qui lui conservt sa supriorit sur les consuls1 elle ne fut bientt frappe que des inconvniens attachs la dure annuelle de leur magistrature4 ,n'est-il pas insens1 disoit-on ,rome1 qu'esclaves d'une misrable habitude1 nous nous comportions aujourd'hui de mme que si nous avions encore faire avec les ,sabins1 les ,volsques ou les ,fidenates8 ,nos pres avoient raison de changer tous les ans de gnraux1 puisque leurs guerres les plus difficiles se terminoient dans une seule campagne4 ,nos ennemis actuellement ne peuvent tre vaincus que par une longue suite de succs4 ,pourquoi rappelons-nous donc la fin de sa magistrature un consul qui n'a eu que le temps d'baucher son entreprise1 de s'instruire du pays o il fait la guerre1 de connotre le fort et le foible des armes qui lui sont opposes1 et qui va mettre profit ses connoissances8 ,nous lui donnons un successeur dont les vues sont souvent opposes aux siennes1 qui perdra une partie de son anne prparer ses succs1 et qui sera rappel son tour avant que d'avoir rien excut4 ,ces discours frapprent les tribuns2 et ces magistrats s'opposrent ce qu'on rappelt ,flaminius de la ,grce4 ,sulpicius1 dirent-ils1 a consum presque tout le temps de son consulat chercher les ennemis3 ,villius1 son successeur1 n'a pas eu le temps d'en venir aux mains2 la veille de combattre1 il a t oblig de cder le commandement un nouveau consul qui auroit cru se dshonorer1 s'il n'et qu'excut les projets de son prdcesseur4 ,enfin1 ajoutoient-ils1 la ,macdoine1 prte subir le joug1 va se relever1 et peut-tre devenir invincible la faveur de nos caprices1 et tous les succs passs de ,flaminius sont perdus pour nous1 si on ne le continue dans sa magistrature4 ,l'usage des proconsuls fut tabli1 et des magistrats qui possdoient dj une puissance formidable la rpublique1 en furent revtus assez long-temps pour qu'il leur ft enfin ais de la retenir1 de braver les lois et d'opprimer leurs concitoyens4 ,malgr tant de vices runis qui prcipitoient la chte de la rpublique ,romaine1 elle fut encore tranquille et mme florissante pendant quelque temps2 et il faut l'attribuer plusieurs causes particulires4 ,telle est la probit que l'ancien gouvernement avoit fait natre1 et qui ne fut pas subitement touffe par la dcadence des lois4 ,l'habitude d'avoir de bonnes murs fit succder leur ruine une hypocrisie qui les imitoit4 ,vicieux chez soi1 on empruntoit en public le masque de la vertu4 ,avant que la multitude conut le dessein de dpouiller les riches1 il falloit qu'elle et secou l'espce d'tonnement et d'admiration que leurs richesses lui inspiroient4 ,l'ambition ne devoit point tre la premire passion des riches4 ,il est un certain ordre dans les passions1 et la monstrueuse avidit des grands piller galement la rpublique1 ses ennemis et ses allis1 les prparoit aux volupts et non pas la tyrannie4 ,il falloit un certain temps pour que le luxe appauvrt ces voluptueux1 qui possdoient toutes les richesses du monde4 ,quand ce moment fatal sera arriv1 il faudra faire des violences pour avoir encore de quoi tre voluptueux1 et ce sera alors que parmi une multitude de citoyens qui trouveront dans la confusion et les troubles de l'tat1 plus d'honneurs et de richesses que la rpublique ne leur en offrira pour les attacher ses intrts1 l'ambition commencera se dvelopper4 ,pour qu'il se forme des tyrans dans ,rome1 il faut qu'on y puisse se flatter d'usurper la souverainet1 et il ne sera permis de l'esprer que quand ,rome sera remplie d'une vile populace1 chasse de ses hritages et honteuse de sa pauvret1 et que les armes1 composes de ces citoyens mprisables1 aimeront autant piller ,rome que ,carthage ou ,numance4 ,ce qui empcha les ,romains de prvenir1 lorsqu'il en toit encore temps1 les maux dont la rpublique toit menace1 c'est que ce fut sa prosprit mme qui ruina les principes de son gouvernement2 et rarement un peuple est-il assez sage pour se dfier de sa prosprit1 et la regarder comme un commencement de dcadence4 ,quand le premier ,scipion eut soumis l',afrique1 les ,romains devoient souponner qu'ils prouveroient bientt quelque rvolution4 ,mais la dfaite d',annibal et de ,carthage laissoit-elle d'autre sentiment que celui de la joie8 ,tandis que toute la rpublique1 enivre de ses succs1 croyoit toucher cette monarchie universelle promise par les ,dieux1 auroit-on entendu les remontrances d'un citoyen1 qui1 lisant dans l'avenir travers la prosprit prsente1 et annonc que ,rome toit prte prir8 ,parmi tant de causes de leur ruine1 les ,romains n'aperurent que la corruption des murs2 et ce torrent1 qui s'enfloit de jour en jour1 quelques honntes gens n'opposrent pour toute digue que l'exemple impuissant1 je dirois presque ridicule de leurs vertus1 et quelques anciennes lois que les ,romains regardoient dj comme des tmoignages de la grossiret de leurs pres4 ,que servoit-il ,caton le censeur de s'crier continuellement3 ,nos anctres1 nos anctres6 temps6 murs6 et de dclamer contre le luxe en faveur de la loi ,oppia8 ,on pardonne au chagrin d'un pote#bg de conseiller aux ,romains de jeter leurs trsors dans la mer1 ou d'en orner le capitole2 mais un censeur1 un homme d'tat1 peut-il penser que la jouissance des richesses et des volupts sera moins persuasive que son loquence8 ,il ne s'agissoit pas d'empcher la rvolution des murs et du gouvernement1 elle toit invitable2 mais il falloit la rendre moins fcheuse et la retarder4 #bg 444 ,nos in capitolium1 ,qu clamor vocat et turba faventium3 ,vel nos in mare proximum ,gemmas1 et lapides1 aurum et inutile1 ,summi materiam mali1 ,mittamus4 7,hor4 ,ode #bd1 l4 #c47 ,aprs la seconde guerre ,punique1 il se prsentoit une voie bien simple pour conserver la rpublique son ancien gouvernement1 ou du moins pour empcher que les changemens qu'il devoit prouver ne produisissent ces dsordres effrayans qui firent succder la libert la tyrannie la plus accablante4 ,au lieu de ces commissaires que les ,romains envoyoient quelquefois dans leurs nouvelles conqutes pour en rgler les affaires1 ils auroient d tenir constamment dans les provinces o ils avoient des armes un certain nombre de snateurs pour y reprsenter la majest de leur corps4 ,ces dputs1 en jouissant dans l'tendue de leur dpartement de la mme autorit que le snat de ,rome avoit en ,italie1 n'auraient laiss aux proconsuls que le mme degr de pouvoir qu'avoient eu les premiers consuls qui soumirent les peuples voisins de ,rome4 ,ces snateurs auroient t les matres du gouvernement civil dans les provinces vaincues2 ils auroient trait avec les allis et les trangers1 et reu les impts1 les contributions et les tributs4 ,ils auroient t chargs de la paie des soldats1 et de leur fournir des armes et des subsistances2 les proconsuls leur auroient par consquent t soumis4 ,il n'toit pas moins ais de retenir ce snat provincial dans son devoir1 et de le rendre dpendant du snat de ,rome4 ,la famille de ces snateurs auroit t un otage de leur fidlit4 ,on et rappel tous les ans les trois plus anciens commissaires2 on en et substitu trois nouveaux leur place1 et1 en supposant ce snat provincial compos de douze snateurs1 chacun d'eux n'auroit t en fonction que pendant quatre ans1 et toujours avec de nouveaux collgues2 ce qui les auroit empch de rien entreprendre contre la rpublique1 laquelle ils seroient demeurs soumis1 malgr la supriorit qu'ils auroient eue sur les gnraux d'arme4 ,on devine sans peine tout ce qu'un tablissement1 si propre rprimer l'ambition des proconsuls1 sans rien retrancher du pouvoir que doit avoir un gnral d'arme1 auroit produit d'avantageux mille autres gards4 ,les provinces n'auroient point t exposes aux concussions normes de leurs gouverneurs et des proconsuls4 ,les richesses1 transportes peu--peu ,rome1 n'y auroient pas fait cette irruption violente et subite1 qui ne laissa le temps1 ni de prvoir le danger1 ni de rflchir sur la situation o l'on se trouvoit1 ni de faire des lois4 ,le changement des murs se ft fait d'une manire insensible2 les usages nouveaux que l'lvation des ,romains et leurs nouvelles passions rendoient ncessaires1 se seroient tablis sans rvolter les esprits1 et les lois auroient t oublies1 et non pas violes avec emportement4 ,non-seulement on et prvenu les guerres civiles1 que l'indpendance des gnraux alluma1 mais1 si quelque tribun ambitieux avoit tent de remuer1 et1 sous prtexte de faire revivre les anciennes lois1 de s'emparer du gouvernement et d'tablir sa tyrannie1 le snat1 qui auroit t rellement le matre de toute l'autorit1 en ayant les armes sa disposition1 l'auroit arrt ds le premier pas4 ,,livre ,,second4 ,les troubles pouvoient d'abord clater par quelqu'entreprise des armes sur la libert publique2 et vraisemblablement la seule raison qui s'y opposa1 c'est que cette conduite toit trop ouvertement criminelle1 trop contraire la manire de penser des ,romains1 en un mot1 trop nouvelle4 ,cette espce d'tonnement1 qui prcde toujours les actions injustes1 inusites et importantes1 et qui fit balancer l'ambitieux ,csar1 lui-mme1 sur les bords du ,rubicon1 quoiqu'il fut enhardi par l'exemple d'une guerre civile et les vux d'une partie de la rpublique1 retint sans doute beaucoup de gnraux dans le devoir1 depuis le premier ,scipion jusqu' ,sylla4 ,il subsistoit1 au contraire1 parmi les ,romains1 une tradition avantageuse des anciennes querelles de la noblesse et du peuple2 et non-seulement elle toit propre rendre excusable un tribun sditieux1 mais le faire mme regarder comme le vengeur de la justice et des lois4 ,l'ambition pouvoit donc se montrer avec moins de danger et plus de dcence1 en excitant des motions populaires2 et ds-lors1 il toit naturel que les dsordres qui devoient perdre la rpublique ,romaine1 et dont je vais tcher de dmler l'enchanement1 commenassent par les tribuns4 ,quelques historiens disent que ,cornlie reprochoit souvent ,tibrius ,gracchus1 son fils1 son indiffrence pour le bien public1 tandis que sa patrie avoit besoin d'un rformateur2 et qu'en retirant de l'oubli les rglemens qui avoient fait la grandeur des ,romains1 il pouvoit se rendre aussi illustre que les plus grands capitaines4 ,d'autres prtendent qu'en voyageant dans l',italie1 il fut touch de l'tat dplorable o il vit les campagnes4 ,elles toient dsertes1 ou cultives seulement par des esclaves4 ,tibrius1 tmoin des suites funestes du luxe1 crut1 dit-on1 qu'il ne falloit pas diffrer d'un moment rtablir l'autorit des lois4 ,il est plus juste de penser que l'ambition seule l'inspira4 ,s'il se couvrit du masque de rformateur1 ce fut pour se concilier la faveur de la multitude1 et par-l se rendre le matre d'une rpublique dont le gouvernement n'toit plus susceptible d'aucune rforme avantageuse1 et qui sa libert commenoit d'tre charge4 ,c'est avec le tmraire projet d'arracher aux riches leur fortune1 et de les rduire ne possder encore que cinq cens arpens de terre1 que ,tibrius brigua et obtint le tribunat4 ,cette entreprise toit sage de la part d'un ambitieux qui avoit besoin de prsenter un grand intrt pour mouvoir de grandes passions2 mais elle toit insense dans un magistrat qui n'auroit voulu que soulager la misre du peuple1 et pourvoir sa subsistance4 ,tout ce que ,rome renfermoit de citoyens1 que la loi ,licinia offensoit1 se souleva contre ,tibrius1 qui toit devenu l'idole de la multitude4 ,pour les uns1 c'est un sditieux qu'il faut faire prir1 et ils l'accusent d'aspirer la tyrannie2 pour les autres1 c'est le pre de la patrie1 c'est l'ennemi des tyrans et le dfenseur de la libert4 ,si le tribun n'et eu que de bonnes intentions1 il auroit ds-lors renonc son entreprise4 ,pouvoit-il tre assez peu clair pour ne pas voir que les riches consentiroient plutt perdre l'tat1 qu' se dpouiller de leurs richesses8 ,les injures de ses ennemis lui donnrent de la colre1 les loges de ses partisans augmentrent sa confiance2 et ,tibrius1 la fois aigri et flatt1 devint plus entreprenant4 ,content jusqu'alors de gmir sur les maux des ,romains1 de tendre en apparence une main secourable aux malheureux1 de peindre avec adresse la cupidit des grands1 ou de faire voir combien il toit injuste que tant de citoyens d'une rpublique qui toit matresse du monde fussent plongs dans la misre1 il avoit plutt paru se laisser emporter par les sentimens du peuple1 que lui inspirrent les siens2 actuellement il l'invite lui-mme tout oser4 ,la cuirasse dont il est couvert1 et qu'il fait adroitement apercevoir1 en feignant de la cacher1 avertit continuellement la multitude que les grands sont capables d'un assassinat1 et que l'occasion de ramener l'galit est arrive1 mais qu'un moment peut la faire disparotre4 ,il faut que les lois se plient aux volonts de ,tibrius2 il viole en tyran celles qui lui sont contraires4 ,si ,marcus-,octavius1 son collgue1 met opposition ses dcrets1 il le prend partie1 l'accuse de trahir les intrts du peuple1 et le fait dposer4 ,la loi ,licinia fut rtablie1 et des triumvirs1 chargs de la mettre en excution1 toient mme nomms4 ,il s'en falloit bien1 cependant1 que le triomphe du tribun ft assur2 il croyoit avoir vaincu les riches1 et il n'avoit fait que les rduire au dsespoir2 il devoit craindre quelque violence de leur part1 et il n'avoit pris aucune mesure pour la prvenir ou la repousser4 ,c'est dans ces circonstances qu',attale1 roi de ,pergame1 nomma1 en mourant1 le peuple romain son hritier4 ,tibrius1 enhardi par ses premiers succs1 et pour achever de se rendre le tyran de ,rome1 se proposa aussitt de partager cette succession entre les plus pauvres citoyens2 mais le seul projet de cette loi trouvant les esprits dans une extrme fermentation1 excita de si grands mouvemens1 que le tribun connut enfin le pril dont il toit menac4 ,son tribunal mme lui parot un asyle peu sr contre ses ennemis1 et le tumulte de la place1 ne lui permettant pas de se faire entendre1 il porta plusieurs reprises ses mains la tte1 pour avertir le peuple qu'on en veut sa vie1 et qu'il faut prendre les armes et le dfendre4 ,a ce geste1 les riches croient rencontrer le prtexte heureux qu'ils cherchoient depuis long-temps1 d'accabler ,tibrius force ouverte4 ,ils publient qu'il s'est empar du diadme d',attale1 et feignent d'tre persuads qu'il demande la multitude de le couronner roi de ,rome4 ,il n'est plus question que de sauver la libert prte prir2 et ,scipion ,nasica1 accompagn de tous les prtendus ennemis de la royaut1 fond les armes la main1 sur la populace qui entouroit le tribunal de ,tibrius4 ,elle est dissipe sans peine2 et son magistrat1 oblig de cder l'orage et de prendre la fuite1 est assassin par un de ses collgues4#bh #bh ,l'an de ,rome #fba1 c'est--dire1 #bcc ans aprs que les ,plbens furent parvenus au consulat4 ,caus ,gracchus ne sollicita le tribunat que quand il se crut en tat de venger son frre2 mais il trouva cette magistrature prodigieusement avilie entre ses mains4 ,il devoit tre le magistrat du peuple1 et il n'toit que le chef d'une populace chasse de ses hritages1 accable de besoins1 timide lorsqu'elle n'toit pas emporte1 et qui n'avoit plus aucune part l'administration publique4 ,les tribuns1 successeurs de ,tibrius1 avoient t des hommes riches1 mais avares et non pas ambitieux2 ainsi1 bien loin de proposer encore le rtablissement de la loi ,licinia1 de flatter la cupidit de la multitude1 et d'entretenir l'esprit d'audace et de rvolte1 auquel elle commenoit s'accoutumer1 ils entrrent dans la ligue que les riches avoient forme pour rsister plus efficacement aux lois qui les condamnoient1 et avoient contribu de tout leur pouvoir affermir l'empire absolu auquel elle aspiroit4 ,caus1 qui le gouvernement actuel de la rpublique ne fournissoit aucune ressource propre rendre sa magistrature son ancien lustre1 et le crdit dont son ambition avoit besoin1 imagina de donner le droit de bourgeoisie ,romaine plusieurs peuples considrables du voisinage de ,rome4 ,ds-lors1 le tribun1 second de ses nouveaux partisans1 releva le courage du peuple1 menaa les riches des principales forces de l',italie1 et fut en tat de les accabler4 ,il se seroit rendu aussi puissant que ,sylla et ,csar le furent dans la suite1 si1 instruit par la fin tragique de son frre1 de ses intrts1 de la situation des ,romains1 et de ce qu'il avoit craindre de la part des grands1 il et jug que tout temprament ruineroit une entreprise aussi audacieuse que la sienne1 et que la force seule1 pouvoit le faire russir4 ,mais1 soit que les esprits ne lui parussent pas d'abord assez prpars la guerre civile1 ou qu'il et plus l'ambition d'un magistrat que d'un homme de guerre2 soit qu'il se flattt d'intimider les riches1 par son alliance avec les ,italiens1 et de les dominer sans se couvrir de l'opprobre de les avoir vaincus par les armes2 il voulut procder dans les formes usites1 et laissa ses ennemis une ressource contre les coups qu'il vouloit leur porter4 ,ils se gardrent bien de lui susciter un ,octavius qui s'oppost la publication de ses rglemens4 ,au contraire1 ds que ,caus proposoit une loi favorable la multitude ou aux trangers1 ,livius ,drusus1 son collgue1 se faisoit une rgle d'enchrir sur ses demandes1 et de publier en mme temps qu'il n'toit que l'organe du snat4 ,dupe de cette politique1 la populace ne savoit qui elle devoit s'attacher1 et elle ne put agir1 parce qu'elle avoit trop de protecteurs4 ,caus1 dont la considration diminuoit proportion que celle de son rival augmentoit1 se vit rduit franchir toutes les bornes4 ,il se proposoit de porter dans son troisime tribunat1 des lois1 qui1 en ruinant entirement le snat et les riches1 devoient lui rendre toute la confiance du peuple et confondre ,drusus2 mais on pntra ses intentions2 ses collgues supprimrent une partie des bulletins qui le continuoient dans sa magistrature1 et ds-lors1 sa perte fut jure4 ,quoique sans caractre1 ,caus continua le rle dangereux de protecteur du peuple2 et ce ne fut plus qu'un perturbateur du repos public qu'il toit ais d'accabler4 ,pour se soutenir1 il appela1 mais trop tard1 les ,italiens son secours4 ,on prit les armes1 et la dfaite de son parti auroit assur1 pour toujours1 le triomphe des riches1 si les excs auxquels on venoit de se porter1 n'avoient dvoil toute la foiblesse de la rpublique1 et fait connotre que ce n'toit plus par les lois1 mais par la force que tout devoit s'y dcider4 ,avant le tribunat de ,caus1 le peuple murmuroit contre l'injustice des citoyens qui avoient envahi les richesses de l'tat2 mais ses plaintes toient toujours tempres par les sentimens pusillanimes que lui inspiroit sa pauvret4 ,il avoit1 malgr lui1 de la dfrence pour les riches1 et peu--peu il se seroit accoutum les respecter1 et croire que tous les avantages de la socit doivent tre faits pour eux4 ,depuis les derniers troubles1 il ne regardoit plus les grands que comme des voleurs publics dont la fortune toit leve sur ses ruines4 ,autrefois il auroit t touch du dcret que porta le snat1 et par lequel il toit ordonn qu'on n'inquiteroit plus les propritaires des terres1 condition qu'ils paieroient une certaine redevance qui seroit partage entre les plus pauvres citoyens2 aujourd'hui il ddaigne les bienfaits1 ne veut rien tenir que de lui-mme2 et ce n'est plus de leurs richesses seulement1 qu'il veut dpouiller les riches1 il songe leur enlever l'autorit qu'ils ont usurpe4 ,la multitude parot indomptable1 parce qu'elle espre de retrouver un ,gracchus dans cette foule de patriciens ruins par leurs dbauches1 et qui1 rduits n'avoir que les mmes intrts1 que les plus vils plbens1 ont besoin comme eux d'une rvolution1 et les invitent ne pas perdre l'esprance4 ,cette populace ne craint point de reprendre une seconde fois les armes2 elle prsume de ses forces1 et compte sur le mcontentement et les secours des ,italiens1 qu'on venoit de priver du droit de bourgeoisie ,romaine4 ,en effet1 ces peuples toient indignes de l'injure qu'ils avoient reue2 et leur ressentiment1 qui croissoit mesure que les ,romains paroissoient plus diviss1 en fomentoit les divisions4 ,les riches1 cependant1 loin d'opposer la multitude cette union qui fait seule toute la sret de l'aristocratie1 formoient mille partis diffrens2 et le snat1 sous la protection duquel ils gouvernoient la rpublique1 n'tant compos que d'hommes amollis par les dlices1 et occups de leurs affaires domestiques1 n'osoit avoir une conduite digne de lui et du danger dont il toit menac4 ,tour tour1 sage1 emport et imprudent1 il sentoit chapper de ses mains un pouvoir dont il ne savoit pas faire usage1 et le peuple s'en saisissoit sans avoir l'art de le retenir4 ,il se fait donc de l'un l'autre un flux et reflux perptuels de tyrannie et de servitude2 et cette confusion subsistera jusqu' ce que quelque citoyen1 sous prtexte de dfendre et de venger le snat ou le peuple#bi1 s'empare de cette puissance qui est comme suspendue entre eux1 et que ni l'un ni l'autre ne peut conserver4 #bi ,alii sicuti jura populi defenderent1 pars quo senatus auctoritas maxima foret1 bonum publicum simulantes1 pro su quisque potenti certabant4 7,sal4 in ,bel4 ,cat47 ,c'est dans ces circonstances que ,marius commena se rendre illustre4 ,quoique d'une naissance obscure1 il portoit dans le cur une ambition qui ne devoit pas tre satisfaite par sept consulats4 ,il s'toit fait soldat2 et passant successivement par tous les grades de la milice1 il en avoit rempli les fonctions avec la supriorit d'un homme n pour tre le plus grand capitaine de la rpublique4 ,ennemi de tout plaisir par une sorte de frocit qui le rendoit encore plus dur pour lui-mme que pour les autres2 infatigable dans le travail1 diligent1 actif1 parce que le repos lui paroissoit insupportable2 son courage1 quoique extrme1 toit la qualit qu'on remarquoit le moins4 ,la rputation de ,marius passa des armes ,rome1 et le peuple fut d'autant plus flatt de la gloire qu'acquroit un citoyen de son ordre1 qu'prouvant dans la fortune une vicissitude continuelle1 il avoit besoin d'un chef qui pt le protger4 ,ce capitaine dtestoit les grands1 comme autant de comptiteurs dont le crdit et les intrigues devoient lui fermer l'entre des magistratures qu'il mritoit mieux qu'eux4 ,ils mprisent1 disoit-il1 ma naissance et ma fortune1 et moi je mprise leurs personnes4 ,l'emportement de ,marius le servit utilement2 le peuple l'leva au tribunat2 et il ne cessa de dclamer contre l'avidit et l'orgueil des riches avec cette loquence grossire1 mais persuasive1 que donnent les seules passions4 ,si la rpublique ne fut pas ds-lors opprime1 ce n'est pas qu'elle et en elle-mme quelque principe capable de la conserver contre les attaques d'un tyran qui auroit joint les talens militaires de ,marius la politique des ,gracques2 mais ,marius n'avoit pas cette sorte d'ambition qui fait aspirer la tyrannie4 ,il toit ambitieux en citoyen2 il vouloit que la rpublique subsistt1 qu'elle ft bien servie1 et qu'elle triompht de ses ennemis2 mais il vouloit que toute la gloire lui en ft due1 et il n'auroit pas permis un autre de la servir aussi bien que lui4 ,avec ces vues1 il n'entreprit point de rtablir les lois des ,gracques2 il lui toit inutile d'exciter des troubles qui1 ne laissant aucune voie de conciliation entre les partis opposs1 eussent oblig le peuple et les ,italiens lui dfrer la puissance souveraine2 il se borna servir assez bien la multitude pour se concilier sa faveur et tre sr de ses suffrages quand il aspireroit aux plus hautes magistratures4 ,marius fut fait consul1 et on lui donna en mme temps le commandement de l'arme de ,numidie4 ,aprs avoir pacifi l',afrique1 il fut cr consul une seconde fois1 et charg de s'opposer l'irruption des ,cimbres et des ,teutons4 ,marius s'toit accoutum au commandement2 et ses triomphes1 ne servant qu' le rendre plus avide de gloire1 il eut toujours besoin du peuple2 et pour conserver son affection1 il fut la tte du snat plus tribun que consul4 ,on doit me pardonner les dtails dans lesquels je vais entrer4 ,avant que les ,romains fussent corrompus1 c'toit dans les principes mmes de leur gouvernement qu'il falloit chercher les causes de leurs rvolutions4 ,dsormais que ,rome est menace de sa ruine par mille cts diffrens1 que ses citoyens sont plus forts que les lois1 et qu'au lieu d'imprimer son caractre aux vnemens1 elle reoit l'empreinte de celui des hommes qui la gouvernent1 c'est dans les passions de ces hommes1 et dans les circonstances o ils se sont trouvs1 qu'on doit tudier les ressorts qui font mouvoir la rpublique4 ,les grands1 qui le caractre farouche et inquiet de ,marius toit insupportable1 s'attachrent ridiculement plutt le mortifier qu' ruiner son parti2 et pour l'attaquer par l'endroit le plus sensible1 ils attriburent ,sylla tout le succs de la guerre de ,numidie4 ,c'toit lui1 en effet1 qui1 n'tant encore que questeur de l'arme que commandoit ,marius1 avoit engag ,bocchus livrer ,jugurtha aux ,romains4 ,le peuple se crut offens de l'injure qu'on faisoit son protecteur2 et pour le venger1 il publia que1 sans lui1 les armes ,romaines n'auroient eu que des revers en ,afrique4 ,cette dispute frivole1 mais propre faire connotre combien les ,romains toient diffrens de leurs anctres1 devint l'affaire la plus importante de la rpublique2 il n'est question que de la gloire et des services de ,marius et de ,sylla2 et ces deux hommes1 acharns se perdre l'un l'autre1 se trouvent par-l les matres de ,rome4 ,sylla toit recommandable par une naissance illustre1 et avec des talens pour la guerre1 peut-tre gaux ceux de ,marius1 il toit d'un caractre tout oppos4 ,sans tre amolli par les plaisirs auxquels il s'toit abandonn dans sa premire jeunesse1 il n'avoit rapport de leur commerce que ces grces qui s'associent rarement au grand mrite1 et pour lesquelles ,marius avoit un mpris#cj qui l'loigna d'abord de ,sylla4 ,l'un transportoit son gnie par-tout1 et n'avoit qu'une manire de conduire ses intrts4 ,l'autre1 dou d'une souplesse naturelle qui le rendoit propre passer sans effort d'un caractre1 ou plutt d'un personnage l'autre1 prenoit l'esprit des conjonctures o il se trouvoit1 et il sembloit qu'elles ne dveloppassent que successivement ses passions4 ,marius n'avoit d'amis que par intrt1 et il les abandonnoit sans pudeur1 et sans avoir su les forcer adroitement mriter leur disgrace4 ,sylla1 au contraire1 se piquoit envers les siens d'une fidlit inviolable4 ,marius eut les vices que les chefs de factions se permettent quelquefois2 il fut jaloux1 envieux1 ingrat1 perfide1 cruel2 mais ces vices naissoient du fond de son cur2 au lieu de partir1 comme dans ,sylla1 de l'esprit seulement1 et suivant le besoin des circonstances1 ils firent la perte de l'un1 et tablirent la fortune de l'autre4 #cj ,c4 ,marium consulem moleste tulisse traditur1 quod sibi asperimum in ,africa bellum gerenti1 tam delicatus qustor sorte obvenisset4 7,sal4 in ,bel4 ,jug47 ,tandis que ,marius continuoit dcrier grossirement les grands1 ,sylla ne songea point les dfendre aux dpens du peuple2 sa conduite fut plus habile4 ,etant le seul homme de la rpublique qu'ils pussent opposer ,marius1 il jugea inutile de leur faire sa cour4 ,sentant mme que son ennemi profiteroit de son dvouement au snat1 pour accrotre sa faveur auprs du peuple1 il rechercha lui-mme l'amiti de la multitude4 ,il lui prodigua ses richesses1 flatta ses gots1 sembla favoriser ses prtentions1 et fut1 en un mot1 le courtisan des citoyens dont il devoit tre bientt le tyran4 ,par cette politique adroite1 ,sylla1 toujours sr de l'affection des grands1 grossissoit le nombre de ses cratures des partisans qu'il dbauchoit ,marius1 et se mettoit en tat d'craser son ennemi1 en runissant tous les esprits en sa faveur4 ,sur ces entrefaites1 ,bocchus consacra ,jupiter ,capitolin une statue de la victoire1 et quelques tableaux qui reprsentoient la manire dont il avoit remis ,jugurtha entre les mains de ,sylla4 ,marius1 dj indign que son ennemi et fait graver cet vnement sur une pierre1 qui lui servoit de cachet1 voulut faire enlever ces monumens du capitole4 ,sylla s'y opposa2 et cette contestation purile1 tant l'esprit de parti est propre rabaisser les hommes1 auroit allum la guerre civile1 si les peuples d',italie1 qui croyoient cette conjoncture favorable leur ambition et leur vengeance1 n'eussent pris1 de concert1 les armes pour se faire rendre le droit de bourgeoisie ,romaine dont on les avoit privs4 ,cette affaire fit diversion aux querelles de ,marius et de ,sylla1 parce que ni l'un ni l'autre n'osa encore parotre plus occup de ses intrts personnels que de ceux de la rpublique4 ,sylla1 qui donna dans la guerre sociale les preuves les plus compltes de sa capacit et de son bonheur1 fut lev au consulat1 et charg de commander l'arme destine contre ,mithridate4 ,a ce coup imprvu1 ,marius croit n'tre plus qu'un soldat4 ,il se ligue avec un tribun du peuple1 nomm ,p4 ,sulpitius1 homme sans honneur1 hardi1 violent1 mais habile1 et ils complotent ensemble d'enlever ,sylla le commandement qu'on venoit de lui dcerner4 ,le succs d'une pareille entreprise ne pouvoit tre que l'ouvrage de la violence1 et il falloit ncessairement troubler la rpublique1 afin que1 sous prtexte d'y rtablir ensuite l'ordre1 ,marius et son complice fissent de nouveaux arrangemens et disposassent leur gr des emplois4 ,heureusement pour eux les mmes causes qui avoient arm les ,romains les uns contre les autres sous les ,gracques1 subsistoient encore2 et sans parler de la loi ,licinia ni du partage des terres1 sujets ternels de discorde1 on pouvoit toujours compter sur les ,italiens1 qui on venoit d'accorder le titre de citoyens ,romains1 mais non pas de la manire qu'ils le dsiroient4 ,les articles de la paix portoient qu'on feroit huit nouvelles tribus de ces nouveaux citoyens2 c'toit ne leur accorder qu'un honneur inutile1 puisque les ,romains1 qui composoient trente-cinq tribus1 restoient absolument les matres du gouvernement#ca4 ,les peuples d',italie demandoient donc tre distribus dans les anciennes tribus2 mais comme leur nombre y auroit t beaucoup plus considrable que celui des ,romains naturels1 et qu'ainsi ils auroient eu la principale influence dans les affaires1 et se seroient mme empars de toute l'autorit1 les ,romains ne pouvoient se prter leurs vux2 et plutt que de consentir devenir les sujets des peuples qu'ils avoient vaincus1 ils auroient prfr de les subjuguer une seconde fois4 #ca ,pour entendre ceci1 il faut se rappeler ce que j'ai dit dans mon premier livre1 que dans les assembles du champ de ,mars et de la place publique1 chaque tribu formoit un suffrage1 et que c'toit la pluralit des suffrages que tout se dcidoit4 ,c'est sur cette contrarit d'intrts1 qui1 n'tant susceptible d'aucun accommodement1 devoit se dcider par la force1 que ,sulpitius fonda ses esprances4 ,il publie qu'il doit proposer la loi que dsiroient les allis2 il les invite se rendre ,rome1 pour favoriser sa proposition1 et leur ordonne de se rendre arms dans la place2 et au premier murmure qu'excitera la loi1 de fondre sur les mcontens4 ,la rpublique ne s'toit point encore trouve dans une si monstrueuse confusion4 ,les ,romains n'osoient parotre1 et les allis croyoient affermir leurs droits en se portant aux plus grands excs4 ,au milieu de ce tumulte1 ,sulpitius oublia la fin pour laquelle il l'avoit fait natre4 ,le point dcisif1 c'toit de se saisir de la personne de ,sylla2 il le laissa s'chapper1 et ce gnral alla se mettre la tte de l'arme qu'il avoit forme1 et qui toit prte s'embarquer1 tandis que le tribun abusoit en tyran d'une victoire qu'il n'avoit pas encore remporte4 ,sulpitius1 aprs avoir rtabli quelqu'apparence de calme dans la rpublique1 fit enfin donner ,marius la commission de porter la guerre contre ,mithridate2 mais la joie de ce gnral fut courte4 ,il apprit en frmissant de colre1 que les officiers qu'il avoit envoys l'arme pour y prendre en son nom le commandement1 avoient t massacrs par les soldats de ,sylla4 ,il s'en venge sur les parens et les cratures de son ennemi2 c'toit commencer la guerre civile en soldat1 et non en politique4 ,marius devoit-il s'attendre que ,sylla1 la tte d'une arme1 laisseroit gorger tous ses amis8 ,content de se venger sans songer se dfendre1 il ne voit point l'abme auquel il touche1 et il ne lui reste d'autre ressource que la fuite1 quand son ennemi se prsente aux portes de ,rome4 ,sylla s'y comporta avec toute la hauteur d'un souverain qui chtie une ville rvolte4 ,il proscrit ,marius1 ,sulpitius et leurs partisans1 les dclare ennemis de la patrie1 et met leur tte prix2 il casse la loi qui incorporoit les allis dans les anciennes tribus2 et pour ter au peuple un pouvoir dont il n'toit plus digne1 il avilit les tribuns1 en leur interdisant l'entre de toute autre magistrature1 leur dfend de rien proposer dans la place publique sans l'aveu du snat1 et ordonne que les lections ne se fassent dsormais que par centuries4 ,le despotisme de ,sylla toit un prodige encore trop nouveau aux yeux des ,romains1 accoutums l'anarchie1 pour qu'ils ne passassent pas promptement de la surprise l'indignation4 ,le peuple murmuroit en tremblant2 et le snat1 qui sentit toute sa foiblesse1 laissa voir qu'il auroit mieux aim craindre des tribuns1 que remercier ,sylla des faveurs accablantes qu'il en recevoit4 ,ce gnral eut peur son tour de la consternation qu'il avoit rpandue2 il craignit qu'on ne soulevt contre lui des soldats citoyens qui n'toient pas encore familiariss avec les excs de la guerre civile2 et profitant de la lenteur de ses concitoyens le punir1 il abandonna ,rome pour porter la guerre contre ,mithridate4 ,je ne m'tendrai pas davantage sur ce morceau de l'histoire ,romaine4 ,ce que j'ai dit dveloppe assez la situation de la rpublique4 ,tout le monde sait qu'aprs le dpart de ,sylla1 elle fut gouverne par le consul ,cornelius ,cinna1 homme qui avoit toutes les passions qui font aspirer la tyrannie1 et aucun des talens qui peuvent y conduire4 ,je ne sais s'il est une passion plus avilissante que l'ambition1 quand elle n'est soutenue ni par un grand gnie1 ni par l'amour de la gloire4 ,cinna bauchoit par tourderie des entreprises dont le poids l'accabloit2 ce n'toit1 pour le dire en un mot1 qu'un intrigant destin1 malgr sa qualit de consul1 n'avoir jamais dans un parti qu'une place subalterne4 ,ayant vu que ,marius et ,sylla s'toient rendus les matres de la rpublique la faveur des troubles1 il crut qu'il ne falloit qu'en exciter de nouveaux pour jouir de la mme autorit4 ,mais peine se faisoit-il craindre1 qu'il fut oblig de sortir de ,rome pour mettre ses jours couvert1 et de confier le soin de sa vengeance ,marius1 qui s'empara une seconde fois du gouvernement de la rpublique1 et dont le parti fut enfin extermin par ,sylla son retour d',asie4 ,rien n'est plus affreux que le tableau que commence prsenter l'histoire ,romaine1 et l'on se sent encore frissonner d'horreur au dtail des proscriptions abominables de ,sylla#cb4 #cb ,id quoque accessit ut sviti causam avaritia prberet1 et modus culp ex pecuni modo constitueretur1 et qui locuples fuisset1 fieret nocens1 suique quisque periculi merces foret4 7,vell4 ,pat4 ,l4 #b47 ,namque uti quisque domum aut villam1 postrem aut vas1 aut vestimentum alicujus concupiverat1 dabat operam ut is in proscriptorum numero esset1 neque pris finis jugulandi fuit1 qum ,sylla omnes suos divitiis implevit4 7,sal4 in ,bel4 ,cat47 ,ce fut l'an de ,rome #fga que ,sylla fut fait dictateur perptuel1 cinquante ans aprs la mort de ,tibrius ,gracchus1 et quarante aprs celle de ,caus4 ,ce capitaine1 aprs avoir exerc la vengeance la plus cruelle sur ses gaux1 eut l'audace d'abdiquer la puissance souveraine dont il avoit joui sous le titre de dictateur perptuel4 ,ce dernier trait de la vie de ,sylla prouve1 si je ne me trompe1 qu'avec une ambition mdiocre1 il fit la plus haute fortune o un homme puisse aspirer4 ,si la soif de dominer l'et rendu le matre du monde1 cette passion1 qui auroit t extrme1 n'et pu tre satisfaite par aucune grandeur humaine4 ,plus on cherche pntrer le caractre de ,sylla1 plus on est port croire que s'il et t libre de se livrer son penchant naturel1 il n'auroit recherch1 comme ,lucullus1 acqurir de la gloire1 que pour rendre respectable ses concitoyens l'oisivet d'une vie voluptueuse4 ,ce fut la haine de ,marius qui dcida du sort de ,sylla4 ,moins d'emportement dans le premier1 pour se faire donner le commandement de la guerre contre ,mithridate1 et laiss au second toute la gloire d'tre un bon citoyen4 ,pour se venger des cruauts de son ennemi1 il les surpasse2 et ne trouvant plus de sret que dans l'autorit suprme1 il s'en saisit2 c'est un port o il se rfugie pour chapper l'orage1 et il ne l'abandonne que quand il croit le calme rtabli4 ,la dictature perptuelle de ,sylla forme une poque remarquable chez les ,romains4 ,souvent ce qui est capable d'arrter le plus grand courage1 parot facile des hommes mdiocres1 aprs que l'exemple les a instruits et enhardis4 ,c'est1 pousss malgr eux par les vnemens1 sans avoir d'objet dtermin et sans savoir mme o ils arriveroient1 que ,marius et ,sylla se firent la guerre1 et se trouvrent revtus de la puissance publique4 ,mais tous les ,romains voudront dsormais marcher sur leurs traces4 ,la fortune de ,sylla donna une vaste ambition tous les ambitieux qui le suivirent1 et qui se seroient auparavant contents de la prture ou du consulat4 ,de nouveaux ,cinna aspireront la dictature perptuelle1 et les consuls ,lutatius ,catulus et ,m4 ,emilius ,lepidus auroient t des tyrans despotiques1 si l'un ou l'autre et eu quelqu'un des talens de ,marius ou de ,sylla4 ,on peut dj appliquer ce temps ce que ,cicron dit de celui qui suivit la mort de ,csar3 ,nous prouvons#cc1 crit-il ,atticus1 ce qui n'est jamais arriv aucun autre peuple2 la libert nous est rendue1 et la rpublique est cependant dtruite2 l'esprit de tyrannie survit le tyran4 #cc ,doleo1 quod nunquam in ull civitate accidit1 non un cum libertate rempublicam recuperatam444 ,o dii boni6 vivit tyrannis1 tyrnnus occidit4 7,l4 #ad4 ,epist4 #d4 et #i47 ,quand l'exemple funeste que donna ,sylla n'auroit point t contagieux1 les vices avec lesquels les ,romains s'toient familiariss1 pendant le cours des proscriptions1 leur auroient bientt donn un nouveau matre4 ,les magistrats ne regardoient leur magistrature1 qu'ils avoient achete1 que comme l'instrument de leur fortune domestique4 ,les censeurs n'osoient exercer leur ministre#cd2 les lois se taisoient1 et rien ne se dcidoit que par les passions de quelques femmes dshonores4 ,tout le monde connot ,claudia1 cette clbre intrigante1 que ses dbauches auroient rendue infme dans un sicle moins corrompu1 et qui trouva cependant le secret de vendre ses faveurs1 et de gagner par leur secours1 des amis son frre1 avec qui elle toit accuse d'avoir un commerce incestueux4 ,l'histoire n'a point ddaign de conserver les noms d'une ,prcia et de mille autres courtisannes qui gouvernoient imprieusement la rpublique par leurs amans4 ,les citoyens les moins dangereux1 toient ceux qui1 occups de leurs seuls plaisirs1 sans songer que leur fortune toit attache celle de l'tat1 croyoient1 selon l'expression de ,cicron#ce1 tre des demi-dieux1 si les poissons qu'ils nourrissoient grands frais dans leurs viviers1 toient assez apprivoiss pour leur venir en quelque sorte manger dans la main4 ,le reste toit des hommes1 abms de dettes et de dbauches1 et qui1 regardant ,rome comme une ville abandonne au pillage1 enhardirent ,catilina former sa conjuration1 ou furent ses complices4 ,caton seul avoit de l'honneur2 mais se conduisant en citoyen de la rpublique de ,platon#cf parmi des brigands1 sa vertu ne lui fournissoit que des ressources impuissantes1 et contrarioit mme ses bonnes intentions4 ,le peuple1 impatient de recouvrer son autorit1 pour en faire un trafic scandaleux1 ne pouvoit s'accoutumer l'aristocratie de ,sylla4 ,depuis que ce dictateur1 son retour d',asie1 avoit distribu les terres des citoyens ses soldats1 il n'y avoit plus d'arme qui ne regardt la guerre civile comme un avantage2 et les lgions n'auroient pas souffert qu'on et limit le pouvoir des gnraux4 ,aux secousses qui branloient le gouvernement1 le snat jugea qu'il devoit s'lever mille nouveaux tyrans2 et cette compagnie1 qui ne sentoit que sa foiblesse1 crut qu'elle devoit se faire un protecteur1 et opposer un nom considrable aux citoyens remuans et ambitieux4 #cd ,claudius porta une loi par laquelle il n'toit permis aux censeurs de retrancher du snat ou de l'ordre des chevaliers1 que les personnes qui seroient accuses devant leur tribunal1 encore ne pouvoient-ils les juger et les condamner que conjointement4 ,l'an de ,rome #ffg1 les tribuns s'opposrent l'lection des censeurs1 et la rpublique fut prive de ces magistrats jusqu'en #fhc4 #ce ,nostri autem principes digito se clum putant attingere1 si mulli barbati in piscinis sint1 qui ad manum accedant4 7,ad ,att4 ,epist4 #a1 l4 #b47 ,ita sunt stulti ut amiss republic1 piscinas suas fore salvas sperare videantur4 7,epist4 #ah4 l4 #a47 #cf ,ille 7,cato7 optimo animo utens et summ fide1 nocet interdm reipublic4 ,dicit enim tanquam in ,platonis republic1 non tanquam in ,romuli fce sententiam4 7,ad ,att4 ,epist4 #a1 l4 #b47 ,unus est qui curet constanti magis et integritate quam1 ut mihi videtur1 consilio aut ingenio1 ,cato4 7,ad ,att4 ,epist4 #ah1 l4 #a47 ,crassus et ,pompe toient alors les deux personnages les plus importans de ,rome4 ,le premier calculoit le produit des magistratures1 et les remplissoit plutt en banquier qu'en homme d'tat4 ,quelques talens qu'il et d'ailleurs1 on sent que son avance devoit le rendre aussi incapable de dfendre les intrts du snat1 que d'tre l'auteur d'une rvolution4 ,pompe1 au contraire1 qui ses concitoyens donnrent le surnom de grand1 avoit dj surpris leur admiration4 ,quelques actions1 qui dans sa jeunesse annonoient de grandes qualits1 une physionomie noble1 o l'on prtendoit dmler des traits d',alexandre1 la faveur de ,sylla1 un esprit vif et souple1 des manires insinuantes et fastueuses1 quoique populaires1 du courage1 beaucoup de libralit1 une attention singulire tre partout1 mais principalement l'imbcillit du peuple1 dont la haine ou l'amour est toujours extrme dans les temps difficiles2 voil ce qui avoit rendu ,pompe l'idole des ,romains4 ,il s'toit fait la plus haute rputation la guerre1 en se prsentant toujours propos pour consommer les entreprises de la rpublique1 et recueillir le fruit des succs que d'autres avoient prpars4 ,les ,romains crurent qu'il avoit ruin le parti de ,sertorius1 quoique ce grand homme ne le regardt que comme un colier1#cg qu'il vouloit1 disoit-il1 renvoyer ses parens bien corrig de sa prsomption4 ,aprs la guerre des pirates1 la reconnoissance du peuple confondit l'importance du service que lui avoit rendu ,pompe avec sa capacit1 il jugea#ch de la difficult de la guerre que ce gnral avoit termine1 par l'tendue du pouvoir qu'il lui avoit accord4 ,tygranes toit vaincu1 ses tats toient ouverts aux armes ,romaines1 ,mithridate n'avoit plus de ressources2 et ,pompe1 drobant ,lucullus la gloire qu'il alloit acqurir1 prolonge la guerre par des fautes4 ,il oublie ,mithridate1 pour s'arrter chez de petits rois qui implorent sa protection2 et sa vanit1 satisfaite de leurs respects1 s'occupe gravement 7qu'on me permette cette expression7 de leurs tracasseries1 lorsqu'il falloit poursuivre ,mithridate4 ,il ne termine enfin cette guerre que quand son ennemi1 trahi par sa famille1 se donne la mort par dsespoir4 ,l'appareil extraordinaire du triomphe de ,pompe 7car jamais on n'avoit tant vu de dpouilles ni de captifs7 cacha ses fautes aux yeux des ,romains2 et comme on dcerna dix jours d'actions de graces publiques1 le double de ce qu'on avoit pratiqu jusqu'alors1 le peuple crut que ,pompe surpassoit du double tous les gnraux prcdens4 #cg ,voyez dans ,plutarque les dtails de la guerre que ,pompe fit en ,espagne2 et comment ,sertorius prit par la trahison des siens4 #ch ,les pirates causoient de grands maux aux ,romains2 mais rien n'toit plus ais que d'exterminer ces brigands4 ,voyez dans les historiens quelle vaste puissance on donna ,pompe4 ,il fut aussi mauvais citoyen qu'il le pouvoit tre1 mais non pas aussi mauvais que le permettoit la situation malheureuse de la rpublique4 ,on lui sut gr1 aprs ce qu'on avoit prouv de la part des autres gnraux1 de ce qu'il licencia ses soldats en entrant en ,italie1 et ne vint point ,rome pour y dominer par la force4 ,parce qu'il ne fut ni un ,sylla1 ni un ,marius1 quoiqu'il et des intentions plus criminelles1 on l'rigea en pre de la patrie4 ,il souhaitoit la dictature1 mais il n'osoit l'usurper4 ,sa lente ambition1 ou plutt sa vanit1 se repaissoit de l'esprance d'y parvenir un jour1 et ne laissoit craindre aucune violence1 pourvu qu'on lui permt1 en attendant1 d'tre le premier citoyen de la rpublique4 ,soit que ,pompe1 enhardi par tant de faveur1 ddaignt l'empire que lui avoit donn le snat1 et ne voult tenir son autorit que de lui-mme2 soit qu'il craignt qu'une trop grande tranquillit n'altrt son crdit1 ou qu'il crt que les anciennes dissentions des ,romains le rendroient plus ncessaire1 il cassa les lois de ,sylla2 et en rendant aux tribuns leur premire dignit1 invita le peuple reprendre son orgueil1 son indocilit et son ambition4 ,cette conduite1 si blme par ,cicron1 et en effet1 si contraire aux intrts actuels des ,romains1 toit sage dans les principes de son auteur4 ,vain et prsomptueux1 il devoit se flatter d'asservir les deux ordres de l'tat l'un par l'autre1 ds que leurs anciennes querelles recommenceroient1 de balancer leurs avantages1 et d'en tre l'arbitre4 ,quelques historiens l'ont mme souponn d'avoir eu des vues plus criminelles2 ils ont cru qu'il avoit voulu exciter des troubles pour faire sentir aux ,romains les inconvniens de leur libert2 et en les lassant de leur condition1 les forcer lui offrir la dictature perptuelle4 ,quoi qu'il en soit1 si ,pompe avoit eu autant de gnie que de prsomption1 il auroit eu le succs dont il se flattoit2 mais loin d'tre l'ame des mouvemens de la place publique1 il ne sut pas mme en prvoir le cours4 ,toujours embarrass au milieu des dbats du snat et du peuple1 il n'en impose aucun parti2 tandis que ,csar1 qui travaille sourdement dominer1 profite seul de sa politique4 ,sylla avoit dcouvert en ,csar plusieurs ,marius4 ,a peine toit-il connu ,rome1 qu'il l'avoit dj remplie de ses intrigues4 ,il tenoit par des liaisons secrtes tous les partis1 multiplioit les vices des ,romains3 jusqu' ses foiblesses1 avoit l'art de se rendre tout utile1 et dirigeoit les complots dont peine il paroissoit le complice4 ,c'est un objet digne d'occuper un philosophe1 que de dmler1 travers l'obscurit dont ,csar s'enveloppe1 et les moyens bas auxquels il a recours pour s'lever la dictature1 ce courage hroque et cette lvation d'ame qui ne parurent que quand il y parvint4 ,il eut ds sa jeunesse la mme audace1 la mme ambition et la mme ardeur de se signaler et de dominer qu',alexandre2 mais dans le prince1 ces passions sont libres1 et elles sont captives dans le citoyen4 ,o l'un commande1 il faut que l'autre insinue4 ,le premier doit se montrer tout entier aux ,macdoniens1 pour les rendre dignes d'excuter ses projets2 le second doit respecter les prjugs de ses concitoyens1 mnager leurs vices1 et les rassurer contre son mrite et ses talens1 pour les prparer lui obir4 ,quelqu'habile que ft ,csar1 il sentit combien il auroit de peine1 dans une rpublique o les affaires changeoient chaque jour de face1 former un parti qui pt contre-balancer ceux de ,pompe et de ,crassus4 ,il jugea1 et c'est le chef-d'uvre de sa politique1 qu'il falloit runir ces deux hommes1 et qu'en qualit de mdiateur1 il lui seroit ais de profiter de leurs anciens soupons de dbaucher leurs amis1 et de se rendre1 en un mot1 le matre de la ligue1 ds qu'il serviroit de point de runion ses chefs4 ,crassus se prta aux ouvertures de ,csar1 avec tout l'empressement d'un homme1 qui1 n'ayant encore jou qu'un second rle1 se trouve associ au premier4 ,pompe devoit voir qu'il n'y avoit qu' perdre pour lui dans cette association2 de suprieur qu'il toit ,crassus et ,csar1 il se rendoit leur gal2 mais sa prsomption ordinaire et sa timidit ne lui reprsentrent ces deux collgues que comme deux instrumens ou deux appuis de sa fortune4 ,le triumvirat fut form1 ,crassus1 ,pompe et ,csar s'obligrent n'avoir qu'un mme intrt1 ne former que les mmes entreprises1 et se soutenir mutuellement de tout leur crdit4 ,ds-lors toute la puissance du snat et du peuple passa dans les mains des triumvirs2 et le gouvernement1 tantt aristocratique1 tantt populaire1 ou plutt l'anarchie fut change en une vraie oligarchie4 ,pompe s'aperut enfin du pige dans lequel il toit tomb#ci4 ,il voulut rompre avec ,csar1 dont le pouvoir lui faisoit ombrage2 mais il n'en toit plus temps3 et en se dgageant du triumvirat1 il n'et occup dans la rpublique qu'une place subalterne4 ,le grand ,pompe n'est plus que l'instrument de la fortune de ,csar4 ,il est content de remuer sans agir2 il cabale1 il intrigue1 mais sans succs4 ,bientt il jouit avec une espce de stupidit de la puissance qu'il ne peut retenir4 ,il craint de s'en apercevoir2 et l'on diroit que sa vanit1 venant au secours de son ambition alarme1 lui persuade qu'il a fait la fortune de ,csar1 parce que ,csar a ruin la sienne4 #ci ,nihil prtermisi1 quantum facere nitique potui1 quin ,pompeium ,csaris conjunctione avocarem1 in quo ,csar felicior fuit3 ipse enim ,pompeium me familiaritate disjunxit444 ,illud te scire volo1 ,sampsiceranum nostrum amicum1 vehementer status sui pnitere1 restituique in eum locum cupere ex quo decidit4 7,ad ,att4 ,epist4 #bc4 l4 #b47 ,ce dernier s'toit rendu trop puissant dans son gouvernement des ,gaules1 pour que la rpublique pt lui donner un successeur1 ou rejeter impunment ses demandes1 quelque contraires qu'elles fussent aux usages les plus respects4 ,les amis de ,crassus1 qui avoit pri dans son expdition contre les ,parthes1 lui toient troitement attachs4 ,il avoit fait passer ,rome des sommes immenses1 avec lesquelles ses partisans corrompoient les magistrats ou achetoient les magistratures2 son arme lui toit aveuglment dvoue2 il remuoit son gr tous ces citoyens1 dont la fortune toit sans ressource1 si la rpublique n'toit pas ruine2 toute sa conduite1 en un mot1 dvoiloit ses projets ambitieux4 ,plus on craignit de voir usurper par ,csar la puissance souveraine1 plus le parti de ,pompe1 qui s'toit enfin dclar son ennemi1 parut se rtablir et prendre de nouvelles forces4 ,il devint mme le parti de la rpublique2 car les citoyens qui vouloient se soustraire la tyrannie1 n'tant pas en tat de se dfendre par eux-mmes1 se trouvrent contraints de s'unir ,pompe1 comme au protecteur des lois1 ou du moins comme l'ennemi le moins dclar et le moins dangereux du bien public4 ,ce gnral1 enivr d'un accroissement de crdit qui ne devoit que lui faire sentir combien il toit dchu1 crut1 au contraire1 qu'il ne tenoit enfin qu' lui de perdre son rival1 et d'asservir ensuite ses concitoyens#dj1 en s'emparant de la dictature perptuelle qu'ils diffroient trop de lui donner4 ,plein de ces ides1 il ne dsiroit pas la guerre avec moins de passion que ,csar1 dont la fortune ne pouvoit plus crotre ni se soutenir par les mmes moyens qui l'avoient forme4 ,l'un et l'autre sont persuads que les armes doivent les dpouiller de toute leur grandeur1 ou les rendre les matres absolus de ,rome3 et si la rpublique est encore tranquille1 c'est qu'aucun d'eux ne veut passer pour l'auteur de la rupture4 #dj ,tanta erat in illis crudelitas1 tanta cum barbaris conjunctio1 ut non nominatim1 sed generatim proscriptio esset informata2 ut jam omnium judicio constitutum esset1 omnium vestrum bona prdam esse illius victori4 7,ad ,att4 ,epist4 #f4 l4 #aa47 ,pompe1 voyant qu'il s'toit tromp quand il avoit espr que les ,romains lui dfreroient la dictature perptuelle1 toit rsolu ne plus rien mnager4 ,s'il et vaincu ,csar1 il et t un tyran4 ,csar demanda dans ces circonstances qu'on lui conservt son gouvernement1 ou qu'il lui ft permis de se mettre sur les rangs pour le consulat1 sans se rendre ,rome1 ni abandonner le commandement de son arme1 chose jusqu'alors inoue1 et qu'il ne feignoit de souhaiter qu'afin qu'on lui fournt quelque prtexte de faire la guerre4 ,c'toit le desservir que de consentir l'une ou l'autre de ces propositions2 car le consulat1 s'il l'et obtenu1 ne l'auroit point ddommag de ce qu'il et perdu en quittant les ,gaules2 et las de cette province1 il s'y seroit cru exil1 ds qu'oblig d'tre tranquille1 il n'en auroit pas regard le gouvernement comme un passage la souverainet4 ,en portant le snat tout refuser1 ,pompe se flatta de rduire son ennemi mener une vie prive1 ou s'il dsobissoit1 de rejeter sur lui tout ce que la guerre civile auroit d'odieux4 ,il se trompoit3 ,csar1 plus habile1 ne prend le parti ni d'obir1 ni de dsobir au snat2 il offre d'abandonner les ,gaules et de licencier ses troupes1 pourvu que ,pompe dsarme de son ct et se dmette de son gouvernement d',espagne4 ,cette proposition artificieuse produisit l'effet qu'en attendoit son auteur4 ,les gens bien intentionns pour la rpublique la trouvrent raisonnable2 et ,pompe1 trop peu clair pour oser y souscrire1 fut rduit laisser voir ses mauvaises intentions1 et se charger du blme de sacrifier le repos public ses intrts personnels4 ,que ne consentoit-il tout8 ,croire que ,csar parlt sincrement1 c'est une stupidit2 il se seroit srement rtract4 ,les esprits s'chauffent1 les affaires se brouillent1 le snat porte un dcret contre ,csar1 le tribun ,marc-,antoine s'y oppose1 la guerre est allume4 ,pompe voit approcher ,csar de ,rome sans daigner le craindre3 ,quand je le voudrai1 disoit-il au snat1 qui toit assez sage pour tre constern1 je le rendrai plus petit que je ne l'ai fait grand4 ,toujours persuad qu'il gouverne la rpublique1 il n'aperoit pas que ,rome va avoir un matre4 ,la veille mme que son ennemi doit le chasser d',italie1 il imagine encore qu'il n'a qu' se montrer pour que ,csar soit abandonn de son arme1 ou que la terre enfantera des lgions quand il la frappera avec le pied4 ,ne trouvant point alors un ennemi plus qu' demi-vaincu1 ,pompe parut vritablement tel qu'il toit4 ,tandis que ,csar voit tout1 prvient tout1 excute avec diligence1 et croit n'avoir rien fait tant qu'il lui reste quelque chose faire1 ,pompe#da1 dans la crainte de prendre un mauvais parti n'en prend aucun1 et se laisse emporter par le cours des vnemens4 ,son arme est compose de citoyens et non de soldats4 ,elle ne songeoit pas au combat1 mais l'emploi des richesses que la victoire alloit lui donner4 ,on s'y disputoit les dpouilles de ,csar4 ,les uns vouloient sa charge de grand pontife1 les autres son gouvernement des ,gaules2 ceux-ci ses jardins1 ceux-l sa maison dlicieuse de ,bayes2 et on n'attendoit que la bataille pour se mettre en possession de tous les biens que possdoient les ennemis4 ,l'arme de ,csar ne vouloit que vaincre2 elle est forme de ces lgions qui ont subjugu les ,gaules1 intimid les ,germains et les ,bretons4 #da ,adhuc certe1 nisi ego insanio1 stulte omnia et incaute ,ad ,att4 7,epist4 #aj4 l4 #g47 ,quid ,pompeius agat1 ne ipsum quidem scire puto2 nostrum quidem nemo4 7,epist4 #ab4 l4 #g47 ,cnus autem noster2 rem miseram et incredibilem1 ut totus jacet6 ,non animus est1 non consilium1 non copi1 non diligentia4 7,epist4 #ba4 l4 #g47 ,malas causas semper obtinuit1 in optima concidit1 quid dicam1 nisi illud eum scisse6 ,neque enim erat difficile hoc nescisse2 erat enim ars difficilis recte rempublicam regere4 7,epist4 #bc4 l4 #g47 ,il n'appartient qu' un homme consomm dans le mtier de la guerre de faire remarquer toute la sagesse des oprations de ,csar4 ,il n'est pas besoin des mmes connoissances pour juger ,pompe2 ses fautes sont grossires2 mais la plus grossire sans doute1 ce fut1 lorsqu'il devoit rester sur la dfensive1 de cder aux plaintes et aux murmures de ses soldats1 qui l'accusoient de timidit et d'irrsolution1 et de les mener malgr lui au combat4 ,la journe de ,pharsale#db1 en soumettant la rpublique ,romaine ,csar1 le rendit matre du monde entier1 qu'elle avoit soumis sa domination4 ,sous le titre de dictateur perptuel1 ce gnral fut un monarque absolu1 et les ,romains n'eurent d'autre voie qu'un assassinat pour le punir de sa tyrannie et se venger4 #db ,l'an de ,rome #gjf1 c'est--dire1 #dea ans aprs la cration des tribuns1 #cah ans aprs le tribunat de ,licinius ,stolon1 #ie ans aprs le meurtre de ,tibrius ,gracchus1 #ce ans aprs que ,sylla eut t fait dictateur perptuel4 ,cicron se plaint amrement dans plusieurs de ses lettres1 de la manire dont ,brutus et ,cassius avoient projet1 conduit et excut leur conjuration contre ,csar4 ,tant que nous voudrons consulter la clmence1 crit-il au premier#dc1 nous verrons renatre des guerres civiles et des ennemis de la libert4 ,vous le savez1 je voulois que vous fussiez dlivrs du tyran et de la tyrannie2 pour vous1 vous avez eu une modration dangereuse dans des conjonctures o tout devoit tre tranchant et dcisif2 et notre situation prsente fait voir qui avoit raison de vous ou de moi4 ,nos conjurs1 marque-t-il ,atticus1 ont excut un projet d'enfant avec un courage hroque2 pourquoi n'ont-ils pas port la coigne jusqu'aux racines mme de l'arbre8 #dc ,scis mihi semper placuisse1 non rege solum1 sed regno liberari rempublicam1 tu ,lenius2 sed quid melius fuerit1 magno dolore sentimus1 magno periculo sentimus4 7,cic4 ad ,brut4 ,epist4 #g47 ,quod si clementes esse volumus1 nunquam deerunt bella civilia4 7,epist4 #af47 ,post interitum ,csaris quid ego prtermissum vobis1 quantumque impendere reipublic tempestatem dixerim1 non es oblitus4 ,magna pestis erat depulsa per vos1 magna populi romani macula deleta2 vobis vero parta divina gloria4 ,sed instrumentum regni delatum ad ,lepidum et ,antonium4 7,epist4 #bc47 ,acta enim illa res est animo virili1 consilio puerili4 ,quis enim hoc non vidit1 regni heredem relectum6 ,quid autem absurdius hoc metuere1 alterum in metu non ponere4 7,cic4 ad ,att4 ,epist4 #ba4 l4 #ad47 ,animis enim usi sumus virilibus1 consiliis1 crede mihi1 puerilibus4 ,excisa enim est arbor1 non evulsa1 itaque quam fruticetur vides4 7,ad ,att4 ,epist4 #d4 l4 #af47 ,en effet1 s'ils se fussent conduits en hommes d'tat1 il n'est pas douteux qu'ils n'eussent compris dans leur projet les favoris de ,csar1 les instrumens de sa tyrannie1 et tout ce qui devoit aspirer lui succder4 ,mais ,brutus1 le vengeur des lois1 ne croyoit pas qu'il lui ft permis de les violer1 en punissant comme des tyrans des citoyens qui ne l'toient pas encore#dd4 ,le snat devoit oser davantage4 ,il est malheureusement des conjonctures dsespres1 o la politique ordonne de punir les intentions1 et jusqu'au pouvoir de faire le mal2 le snat1 en proscrivant la mmoire de ,csar1 auroit d faire prir ,antoine et touffer les esprances du jeune ,octave4 #dd ,statuo nil nisi hoc1 senats aut populi romani judicium esse de iis civibus qui pugnantes non interierint4 ,at hoc ipsum1 inquies1 inique facis1 qui hostilis animi in rempublicam homines1 cives appelles4 ,imo justissim1 quid enim nondum senatus censuit2 nec populus romanus jussit1 id arroganter non prjudico1 neque revoco ad arbitrium meum4 7,epist4 ,brut4 ad ,cic47 ,brutus rend raison de toute sa politique par ces paroles4 ,ce principe doit tre la rgle de tout citoyen qui vit dans une rpublique2 mais malheureusement la rpublique ,romaine ne subsistoit plus1 quand ,brutus parloit ainsi4 ,quelque prudente qu'et t cette conduite1 il faut cependant en convenir1 elle et t incapable de rtablir la rpublique4 ,les ,romains toient trop vicieux pour se passer d'un matre#de4 ,on ne pouvoit leur rendre que cette ombre de libert1 dont ils abusoient de la manire la plus funeste depuis les troubles des ,gracques2 et leur rendre cette ombre de libert1 c'toit les exposer repasser1 aprs de nouveaux dsordres et de nouvelles proscriptions1 sous le joug du nouveau tyran4 ,si ,csar et ,pompe1 dit un des plus grands gnies qu'ait produit notre nation#df avoient pens comme ,caton1 d'autres auroient pens comme ,csar et ,pompe4 ,on peut faire le mme raisonnement au sujet d',antoine et d',octave3 si on les et fait prir1 ou qu'ils eussent t citoyens1 d'autres auroient tabli la monarchie sur les ruines de la rpublique4 ,il n'y avoit plus de libert esprer pour les ,romains1 moins que quelque citoyen1 aprs s'tre rendu le matre de tout1 ne changet entirement la forme de l'tat1 et en abandonnant toutes les conqutes1 ne les contraignt reprendre les murs et la pauvret de leurs anctres4 ,mais quand cette rforme et t praticable1 devoit-il se trouver quelque ,romain assez vertueux pour se donner la peine d'usurper le pouvoir souverain1 et n'en faire qu'un pareil usage8 #de ,non aliud discordantis patri remedium fuisse quam ab uno regeretur4 7,tac4 ,ann4 ,i4 #b47 ,tous les historiens anciens parlent le mme langage2 je me contenterai d'ajouter ici ce que dit ,florus en parlant d',auguste4 ,sapientia sua atque solertia perculsum undique et perturbatum ordinavit imperii corpus1 quod ita haud dubio nunquam coire et consentire potuisset1 nisi unius prsidis nutu1 quasi anima et mente regeretur4 l4 #d4 #df ,le prsident de ,montesquieu1 dans ses considrations sur les causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains4 ,je n'aurois qu' rapporter ici les honneurs singuliers qu'on accorda ,csar1 pour faire voir qu'il ne restoit plus dans la rpublique la moindre tincelle de gnie qui doit animer des rpublicains4 ,csar est le tyran de sa patrie1 et on l'en appelle le pre2 par la constitution mme du gouvernement1 chaque citoyen est oblig le punir de son attentat1 et sa personne est dclare sacre et inviolable4 ,on veut qu'il assiste aux spectacles dans une chaise dore1 et une couronne d'or sur la tte4 ,ce n'est l encore qu'une lgre bauche de ce que fait faire la flatterie4 ,dans une ville o la violence faite ,lucrce avoit autrefois soulev tous les esprits contre ,tarquin1 on dlibre actuellement de donner ,csar un empire absolu sur la pudeur de toutes les femmes ,romaines4 ,on mle dans les crmonies publiques ses images celles des ,dieux2 on lui tablit un temple1 des autels et des prtres4 ,je sais que quelques crivains ont cru dcouvrir dans ces bassesses abominables une politique adroite1 qui ne cherchoit qu' rendre ,csar odieux2 mais c'est1 je crois1 se tromper1 puisque le peuple pleura sa mort1 et que le snat conserva sa mmoire les mmes honneurs qu'il avoit prodigus sa personne1 et porta ce dcret absurde#dg1 par lequel il approuve et condamne la fois ,csar et ses meurtriers1 ses lois et les vengeurs de la libert4 #dg ,nihil enim tam absurdum quam tyrannicidas in clo esse1 tyranni facta defendi4 ,sed vides consules1 vides reliquos magistratus si isti magistratus2 vides languorem bonorum4 7,cic4 ad ,att4 ,epist4 #ac4 l4 #ad47 ,l'imbcillit des conjurs et la mollesse du snat mirent entre les mains d',antoine toute la puissance de ,csar4 ,dpositaire de son testament et revtu du consulat1 rien ne put lui rsister4 ,sous prtexte de remplir les volonts du dictateur1 il se rend le matre de la populace et des lgions1 et fait trembler le snat4 ,il excute ce que ,csar lui-mme n'auroit os entreprendre ni penser#dh1 et dispose enfin de tout si souverainement1 que les conjurs ne trouvant plus de sret dans ,rome1 sont obligs de chercher un asyle dans leur gouvernement4 #dh ,omnia facta1 scripta1 dicta1 promissa1 cogitata ,csaris plus valent1 quam si ipse viveret4 7,ad ,att4 ,epist4 #aj l4 #ad47 ,qu enim ,csar nunquam neque fecisset1 neque passus esset1 ea nunc ex falsis ejus commentariis proferuntur4 ,epist4 #ad l4 #ad4 ,cicron1 qui dans ces circonstances commena gouverner le snat1 trouva les affaires dans un chaos norme#di4 ,sans principes1 sans rgle1 sans objet2 tous les jours on prenoit un nouveau parti sans en prendre jamais un plus sage1 et tous les jours les maux de la rpublique se multiplioient4 ,quelqu'insens que lui et paru ce dcret plein de contradictions dont je viens de parler1 il ne laissa pas que d'y conformer sa conduite4 ,il fait charger ,octave de porter la guerre contre ,antoine1 et engage le snat lui accorder les distinctions les plus flatteuses1 quoiqu'il sente que par cette politique il affoiblit les conjurs1 c'est--dire1 le parti de la libert#ej1 et qu'il prvoie mme qu',octave ne se verra pas plutt en tat de se faire craindre d',antoine1 qu'il sera de son intrt de se rconcilier avec lui1 pour accabler de concert ,brutus et ,cassius1 leurs vritables ennemis1 et se rendre les matres du peuple ,romain en rtablissant la tyrannie de ,csar4 #di ,prorsus dissolutum offendi navigium 7,rempublicam7 vel potius dissipatum1 nihil consilio1 nihil ratione1 nihil ordine4 7,ad ,att4 ,epist4 #aa l4 #ae47 #ej ,si multum possit ,octavianus1 multo firmius acta tyranni comprobatum iri1 quam in telluris3 atque id contra ,brutum fore3 sin autem vincitur1 vides intolerabilem ,antonium1 ut quem velis1 nescias4 7,ad ,att4 ,epist4 #ad4 l4 #af47 ,il seroit assez difficile d'expliquer une conduite aussi extraordinaire que celle de ,cicron1 si d'ailleurs on ne connoissoit son caractre1 et les intrts particuliers qui devoient le faire agir dans cette occasion4 ,cicron devoit sa vanit et sa philosophie les qualits qui font les bons citoyens dans un tat tranquille2 mais sa timidit naturelle le privoit de celles qui peuvent rendre un citoyen dangereux ou utile sa patrie dans des temps orageux1 o il faut avoir plus de courage que de prudence4 ,les prils de la rpublique se grossissoient ou se diminuoient ses yeux1 suivant qu'il y toit plus ou moins intress personnellement4 ,de-l vient qu'il n'eut jamais une rgle fixe pour distinguer la timidit de la prudence1 ni le courage de la tmrit4 ,tantt conduit par les lumires de son esprit1 et tantt entran par les foiblesses de son cur1 il n'eut qu'une politique propre prendre des demi-partis1 et pallier les maux de la rpublique4 ,il montra de la fermet contre ,catilina2 mais outre qu'il n'ignoroit ni les projets1 ni les penses mmes de ce conjur1 il toit soutenu par l'clat de son action et de sa magistrature1 par le snat et les vux de tout le peuple4 ,il eut cependant besoin de faire un effort sur lui-mme2 et c'est cet effort de courage qui1 lui paroissant hroque1 lui inspira sans doute pour son consulat cette admiration purile dont il fatiguoit ses amis4 ,aprs son exil il se livra naturellement son caractre1 et sa conduite#ea fut d'autant plus foible que sa disgrace avoit fait une impression trs-forte sur son esprit1 et que ne pouvant par vanit se rsoudre mener une vie prive1 l'ingratitude de ses concitoyens lui avoit cependant donn du dgot pour l'administration des affaires publiques4 #ea ,non recordor unde ceciderim1 sed unde surrexerim1 fratrem mecum et te si habebo1 per me ista pedibus trahantur4 ,vobis simul philosophari possum4 ,locus ille animi nostri1 stomachus ubi habitabat1 olim1 concalluit4 ,privata modo et domestica nos delectant4 7,ad ,att4 ,epist4 #af l4 #d47 ,dans le commencement de la guerre civile de ,csar et de ,pompe1 il cherche contenter tout le monde1 ne satisfait personne1 et craint et souhaite en mme temps de jouer le rle qu'exigeoit de lui sa dignit de consulaire4 ,il veut tre neutre2 il se repent de ne pas suivre ,pompe1 n'ose se dclarer en faveur de ,csar1 et croit toujours avoir pris le plus mauvais parti4 ,dans les troubles qui suivirent la mort de ,csar1 il ne lui fut pas possible de se conduire d'une manire plus digne de lui et plus avantageuse pour la rpublique4 ,entour d'hommes jaloux1 envieux1 qui n'osoient rien esprer1 et presqu'accoutums l'esclavage1 la crainte publique augmenta sa timidit#eb4 ,plein de mpris pour la conjuration de ,brutus et de ,cassius1 et ne les regardant que comme des dserteurs depuis qu'ils s'toient retirs dans leur gouvernement1 ,cicron ne les jugea plus capables de dfendre avec succs les intrts publics contre un homme aussi entreprenant et aussi habile qu',antoine1 son ennemi personnel2 et il favorise ,octave dans le dessein de s'en faire un protecteur1 si les conjurs sont opprims4 ,brutus dveloppe habilement tous les ressorts de cette politique1 lorsqu'il accuse ,cicron de regarder la mort#ec1 l'exil et la pauvret comme les plus grands des maux2 de craindre moins la ruine de la libert que l'lvation d',antoine1 et de pouvoir s'accommoder d'un matre qui auroit des complaisances pour lui1 qui le distingueroit1 qui le flatteroit1 et lui tmoigneroit quelque considration en le chargeant de chanes4 #eb ,ita temperata tota ratio est1 ut ,reipublic constantiam prstem1 privatis rebus meis1 propter infirmitatem bonorum1 iniquitatem malivolorum1 odium in me improborum1 adhibeam quandam cautionem4 7,ad ,att4 ,epist4 #ai4 l4 #a47 ,ecrivant ,atticus1 aprs la mort de ,csar1 sur le parti qu'il jugeoit propos de prendre1 il dit3 assentior tibi1 ut nec duces simus1 nec agmen cogamus1 faveamus tamen4 7,epist4 #ac4 l4 #ae47 #ec ,qu facit1 non dominationem1 non1 sed dominum ,antonium1 timentis sunt444 magnam stultitiam timoris1 id ipsum quod verearis1 ita cavere1 ut cum vitare fortasse potueris1 ultro arcesses et attrahas3 nimium timemus mortem1 et exilium1 et paupertatem1 hc videntur ,ciceroni ultima esse in malis1 et dum habeat quibus impetret qu velit1 et quibus colatur et laudetur2 servitutem1 honorificam modo1 non aspernatur4 ,eo tendit1 id agit1 ad eum exitum properat vir optimus1 ut sit illi ,octavius propitius4 7,epist4 ,brut4 ad ,att47 ,cicron mritoit ces reproches offensans1 puisqu'il avoue lui-mme ,atticus qu'il ne se trouvoit point mal de la domination de ,csar4 ,il crivoit peu de temps aprs la mort du dictateur2 ita graciosi eramus apud illum1 7,csarem7 quem dii mortum perduint1 ut nostr tati1 quoniam interfecto domino1 liberi non sumus1 non fuerit dominus1 ille fugiendus4 ,rubor1 mihi crede1 sed jam scripseram1 delere nolui4 7,epist4 #d4 l4 #ae47 ,la situation des ,romains devint telle1 que ,cicron1 en crivant ,brutus1 fut enfin forc de convenir que cette guerre toit accompagne de symptmes plus fcheux que toutes celles qui l'avoient prcd4 ,quel que ft1 dit-il1 l'vnement des troubles domestiques dont notre sicle a t tmoin#ed1 on pouvoit toujours esprer de voir subsister quelque ombre de rpublique2 aujourd'hui1 tout est chang4 ,si nous sommes vainqueurs1 je ne devine point quel sera notre sort2 mais si nous sommes vaincus1 il n'est plus question de libert4 #ed ,nullum enim1 bellum civile fuit in nostr ,republic omnium qu memori nostr fuerunt1 in quo bello non1 utracumque pars vicisset1 tamen aliqua forma esset futura ,reipublic2 hoc bello victores1 quam ,rempublicam sumus habituri1 non facile affirmarim1 victis certe nulla unquam erit4 7,epist4 ad ,brut47 ,ce fut ,lepidus qui1 aprs la dfaite d',antoine ,modne1 forma le projet de le rconcilier avec ,octave4 ,cette ngociation ne devoit pas prouver de grandes difficults4 ,l'un chappoit par-l sa ruine entire pour gouverner l'univers avec deux collgues dont il mprisoit l'incapacit ou la jeunesse2 et l'autre savoit qu'en continuant dfendre le parti de la libert contre les vengeurs de ,csar1 sa fortune resteroit borne celle de citoyen4 ,le second triumvirat fut form2 ,antoine1 ,octave et ,lepidus partagrent entr'eux les provinces de la rpublique1 l'exception de celles que possdoient les conjurs4 ,lepidus joignit la ,gaule ,narbonnoise son gouvernement d',espagne4 ,antoine eut dans son partage le reste des ,gaules2 l',afrique et les isles de la ,mditerrane churent ,octave4 ,lepidus1 qui avoit t fait consul1 se rendit ,rome pour gouverner l',italie1 tandis que ses collgues portrent la guerre contre ,brutus et ,cassius4 ,lepidus prouva bientt que ce sont les armes1 et non pas les magistratures qui donnent du crdit pendant les guerres civiles4 ,dans le nouveau partage des provinces qui se fit aprs la dfaite des conjurs1 il fut trop heureux de conserver l',espagne1 et ,octave le dpouilla mme de ce gouvernement1 sans lui faire la guerre4 ,pour perdre un homme qui devoit sa fortune au hasard et non son mrite1 il ne fallut employer que la ruse et l'intrigue4 ,l'abaissement de ,lepidus dvoiloit les projets d',octave2 ,antoine en auroit d tre inquiet2 mais cet lve de ,csar avoit oubli son ambition et sa gloire4 ,enivr de plaisirs1 esclave de ,clopatre1 il ne connoissoit plus d'autre bonheur que de lui plaire et de l'aimer4 ,matre du destin de l',orient1 et au milieu du faste asiatique1 il n'imaginoit point qu'il dt songer sa sret4 ,son rival1 cependant1 mditoit sa ruine1 et la bataille d',actium soumit l'univers un seul homme4 ,la conduite d',octave1 qui tablit irrvocablement la monarchie sur les ruines de la rpublique1 et qui ses sujets donnrent depuis le nom d',auguste1 mrite une attention particulire4 ,il toit d'une naissance peu releve1 et la raison est confondue1 en pensant qu'il n'avoit que dix-huit ans1 lorsqu'il quitta ,apollonie1 o il faisoit ses tudes1 pour se rendre ,rome1 et y recueillir la succession de ,csar1 son pre adoptif4 ,on lui reprsente que cette ville ne doit tre qu'un prcipice pour lui2 on lui met sous les yeux la fin tragique du dictateur et la haine des conjurs2 on le menace de l'ambition mme des amis de ,csar4 ,j'ai tout prvu1 rpondit-il froidement1 et les dieux dfendront la justice de ma cause4 ,comment ce jeune homme peut-il se flatter de former un troisime parti en sa faveur1 tandis que toute la rpublique est partage entre ,antoine et ,brutus8 ,est-il vraisemblable qu'il puisse lutter contre ,antoine1 qui1 sous prtexte d'excuter les volonts de ,csar1 dispose son gr de sa succession1 et attache sa fortune tous ceux qui aiment la leur8 ,son nom1 ses droits1 ne sont-ce pas autant de titres qui doivent le rendre odieux aux partisans de ,brutus et de la libert8 ,n'auroit-il pas t insens de compter sur la protection de ,cicron1 et d'attendre de la part d'un consulaire si illustre la conduite molle et peu raisonne dont j'ai parl8 ,personne dans ,rome n'tant attach aux lois de ,csar ni la rpublique par le mme motif1 ceux qui tendoient en apparence au mme but vouloient secrtement y arriver par des chemins diffrens4 ,octave1 si je puis m'exprimer ainsi1 saisit le joint des diffrentes cabales1 dont les deux partis toient composs4 ,il sme des soupons1 forme des liaisons1 fait natre des haines1 promet1 flatte1 menace1 persuade1 divise1 unit1 et parvient enfin par son habilet partager la considration des premiers magistrats1 balancer le crdit de ,brutus1 et se faire craindre d',antoine4 ,c'est un spectacle bien surprenant de voir conqurir l'univers un homme qui n'a pas le courage de se trouver une bataille1 aprs avoir affront avec intrpidit de plus grands dangers au milieu de ,rome4 ,sa lchet ne nuisit point sa fortune1 parce qu',hirtius1 ,pansa1 ,antoine et ,agrippa furent braves1 surent vaincre1 et qu'il eut l'art de profiter seul de leurs victoires4 ,sa prudence1 qui1 dans un jour de combat1 ne lui prsentoit aucun secours contre l'pe ou les dards de l'ennemi1 l'abandonnoit tout entier la crainte2 mais dans les autres espces de dangers1 sa timidit naturelle disparoissoit devant la foule infinie de ressources et d'expdiens que lui prodiguoit le gnie le plus heureusement form pour l'intrigue et le commandement4 ,n avec une ambition qui occupoit toutes ses penses1 il ne fut point partag par d'autres passions2 du moins elles obissoient toutes celle-l1 d'o elles sembloient natre4 ,en le dlivrant de ces fougues1 souvent trop familires aux grands hommes1 et souvent si dangereuses1 sa timidit l'entretenoit dans cette espce de calme si utile un ambitieux1 pour tracer et faire excuter propos les plus grands projets4 ,il prit1 sans effort1 et par l'effet naturel d'une lumire suprieure1 toutes les formes qu'exigeoit l'tat de ses affaires4 ,il n'avoit aucune des vertus qui font l'honnte homme2 il n'avoit aucun des vices qui le dgradent2 toujours prt se revtir de la vertu ou du vice que le temps et les circonstances lui rendent utile1 il est tour--tour l'ami et l'ennemi d',antoine1 de ,cicron1 de ,lepidus et des conjurs4 ,sans har ni aimer ,agrippa1 dont le mrite trop clatant lui devenoit suspect1 il lui est indiffrent de le faire prir1 ou de se l'attacher par le mariage de sa fille4 ,il est cruel sans aimer le sang2 il ne fait cesser de le rpandre ni par lassitude ni par remords1 et il pardonne quand il juge qu'il lui est aussi utile de pardonner1 qu'il auroit t auparavant dangereux pour lui de ne pas purger la rpublique des citoyens inquiets1 jaloux de leur libert1 vertueux1 prudens ou courageux1 que son usurpation et sa puissance devoient offenser4 ,l'autorit souveraine1 entre les mains d',auguste1 toit forme par l'assemblage de toutes les magistratures de l'ancienne rpublique4 ,en qualit d'empereur1 il avoit droit de faire la guerre et la paix1 toit le gnral de toutes les armes1 levoit des contributions pour leur entretien1 disposoit de tous les grades militaires1 avoit seul les honneurs du triomphe#ee1 et jouissoit enfin de toutes les prrogatives de la dictature1 dont le nom toit devenu odieux4 ,revtu de la dignit de prince du snat1 et souvent consul1 il toit l'ame de cette compagnie1 et possdoit toute son autorit4 ,comme censeur1 il n'y avoit aucun citoyen qui ne lui ft soumis3 il toit aussi puissant sur la noblesse que sur le peuple1 n'toit gn par aucune loi1 et chtioit arbitrairement4 ,initi tous les sacerdoces1 il avoit l'intendance de la religion2 et dpositaire de tout le pouvoir du peuple1 par son titre de tribun1 sa personne toit sacre et inviolable4 ,de-l1 il rsultoit la puissance la plus tendue que jamais monarque ait possde2 et comme les ,romains n'avoient pu agir autrefois que par le ministre de leurs magistrats1 ils ne devoient dsormais avoir de mouvement que par leurs empereurs4 #ee ,dans le temps de la rpublique1 il n'toit pas ncessaire1 pour obtenir le triomphe1 de battre les ennemis2 il suffisoit d'tre gnral de l'arme victorieuse2 de sorte qu'on a vu des consuls triompher pour des victoires que leurs lieutenans avoient remportes pendant leur absence4 ,c'est par une suite de cet usage1 que les empereurs1 sous les auspices desquels toutes les armes combattoient1 triomphrent seuls1 ou du moins n'accordrent que trs-rarement le triomphe leurs gnraux4 ,auguste rpandit ses bienfaits sur les armes et sur le peuple2 il ramena l'abondance2 il fit de grandes fortunes quelques particuliers1 et en fit esprer tous4 ,la paix fut publie1 le temple de ,janus ferm1 et les citoyens1 occups des ftes et des spectacles qu'on leur prodiguoit1 ne se rappelrent le souvenir de la rpublique1 qu'avec les ides de proscriptions1 de massacres1 de guerres civiles1 de brigandages et concussions4 ,un peuple heureux ne se demande point s'il est libre1 ou si son bonheur durera2 et les ,romains1 bien loin de trembler en voyant la puissance sans bornes que possdoit ,auguste1 la regardrent comme le principe de la sret publique4 ,ce prince saisit avec adresse le moment o ses sujets comparoient leurs maux passs la prosprit prsente2 et en feignant de dlibrer srieusement s'il devoit conserver l'empire ou rtablir la rpublique1 il leur tendit un pige1 fit regarder sa fortune sans jalousie1 et cessa en quelque sorte d'tre un usurpateur4 ,csar eut l'audace purile de dire que la rpublique ne subsistoit plus1 et que sa volont devoit servir de loi4 ,matre de tout1 il avoit la foiblesse de vouloir que les ,romains en fussent persuads4 ,la conduite d',auguste me parot bien plus habile4 ,comme si ses forces eussent succomb sous un poids que son ambition trouvoit lger1 il ne se charge du gouvernement que pour dix ans4 ,il refuse la dictature que le peuple lui dfre#ef1 et ne veut point tre appel du nom de seigneur#eg4 ,il ne se conduit en apparence que par les conseils du snat1 lui renvoie les ambassadeurs de quelques rois et de quelques nations libres1 et lui laisse l'administration des provinces du centre de l'empire4 ,il rend au peuple ses assembles1 feint de le consulter sur les lois qu'il veut porter1 et lui permet d'lire ses magistrats4 ,affectant1 en un mot1 de ne parotre que le ministre des lois et de la rpublique1 il tche de persuader ses sujets qu'elles subsistent toujours4 ,il respecte les coutumes anciennes1 et cache son pouvoir jusqu' comparotre devant les juges en qualit de tmoin1 et ne ddaigne pas de plaider lui-mme pour des accuss qu'il pouvoit absoudre par un seul mot4 #ef ,dictaturam magn vi offerente populo1 genu nixus1 dejecta ab humeris toga1 nudo pectore1 deprecatus est4 7,suet4 in vit4 ,aug47 #eg ,domini appellationem ut maledictum et opprobrium1 semper exhorruit4 7,suet4 in vit4 ,aug47 ,csar agit consquemment au projet odieux qu'il avoit form d'asservir sa patrie1 lorsqu'il travaille en multiplier les vices4 ,un usurpateur doit en effet tout avilir pour s'lever2 mais pour se soutenir aprs son usurpation1 il doit intresser les hommes son sort2 et ce n'est jamais en les rendant mchans et mprisables qu'il y russit4 ,pourquoi ne veut-il laisser aux ,romains que les qualits ncessaires aux plus vils esclaves8 ,c'toit armer contre lui tout citoyen qui conservoit quelque sentiment de sa dignit4 ,pourquoi continuer remplir le snat d'hommes obscurs1 trangers et dshonors1 et ne pas opposer des lois sages la licence qu'avoient produite les guerres civiles8 ,c'toit laisser subsister des dsordres capables de le ruiner1 puisqu'ils avoient ruin la rpublique dont il possdoit tout le pouvoir4 ,auguste affermit son empire1 en redonnant de la dignit aux ,romains2 il invite plusieurs snateurs se faire eux-mmes justice1 et se bannir du snat4 ,ces citoyens1 dcris par leurs dbauches1 ruins de dettes1 et qui ,csar avoit coutume de dire qu'il n'y avoit qu'une guerre civile qui pt rtablir leur fortune1 s'accoutumrent peu--peu leur situation1 et finirent par l'aimer4 ,rome enfin donna des larmes la mort d',auguste2 et d'un prince qui n'auroit jamais d natre1 on dit qu'il n'auroit jamais d mourir4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,on a vu des peuples libres perdre le privilge de se gouverner par eux-mmes1 et cependant ne pas prouver les ravages du despotisme2 c'est que la perte de leur libert n'a pas t l'ouvrage d'une rvolution subite et orageuse1 mais de plusieurs sicles1 pendant lesquels il y a eu entre le prince et ses sujets un balancement de puissance qui empchoit que les esprits1 en s'irritant1 ne se portassent des extrmits fcheuses4 ,il se faisoit1 si je puis parler ainsi1 un mlange des usages anciens et des usages nouveaux1 et ils se temproient rciproquement4 ,quand une loi commenoit tre oublie1 les murs qu'elle avoit fait natre en tenoient encore la place4 ,comme le gouvernement s'altroit d'une manire insensible1 les sujets conservoient une certaine dignit qui les faisoit respecter1 et le prince toit suprme lgislateur1 sans pouvoir abuser de toute sa puissance4 ,il se trouvoit li par les lois fondamentales de sa nation2 il craignoit de choquer les usages anciens2 ses sujets avoient des droits et des privilges lui opposer2 en un mot1 il n'y eut point de tyran1 quoiqu'il n'y et plus de libert4 ,tel a t le sort de plusieurs nations3 mais chez les ,romains la libert fut dtruite par trois batailles sanglantes#eh1 et on passa si brusquement de l'anarchie sous la domination du vainqueur1 que toutes les passions furent la fois effarouches2 toutes les lois1 tous les usages1 en mme temps tous les prjugs renverss2 et on ne put trouver dans les murs aucune barrire contre le despotisme4 ,c'est un simple citoyen1 qui1 sans autre droit que la force et son audace1 se rend le matre de ses gaux4 ,il devoit donc soulever contre lui tous les esprits2 et pour chapper au chtiment qu'il mrite1 il faut qu'il s'empare de toute l'autorit4 ,auguste fut forc ne laisser aux ,romains qu'une image trompeuse de l'ancienne libert4 ,si le snat ou le peuple et encore joui de quelque pouvoir rel1 il s'en seroit servi pour dpouiller le prince des prrogatives qu'il affectoit4 ,de nouvelles dissentions auroient troubl le repos public1 et pour n'en tre pas la victime1 ,auguste auroit enfin senti la ncessit de possder une puissance sans bornes4 #eh ,pharsale1 ,philippe1 ,actium4 ,les vertus et les vices d'un peuple1 sont1 dans le moment qu'il prouve une rvolution1 la mesure de la libert ou de la servitude qu'il en doit attendre4 ,c'est l'amour hroque du bien public1 le respect pour les lois1 le mpris des richesses et la fiert de l'ame1 qui sont les fondemens du gouvernement libre4 ,c'est l'indiffrence pour le bien public1 la crainte des lois qu'on hait1 l'amour des richesses et la bassesse des sentimens1 qui sont comme autant de chanes qui garrottent un peuple1 et le rendent esclave4 ,qu'on y rflchisse1 c'est du point diffrent o ces vertus et ces vices sont ports1 que rsultent les murs convenables chaque espce de gouvernement4 ,les vertus nobles1 austres et rigides1 du rpublicain1 rduiroient le monarque n'tre qu'un simple magistrat2 les vices bas et lches de l'esclave le rendroient despotique4 ,aprs ce que j'ai rapport jusqu'ici de la corruption infme de ,rome1 et de ses proscriptions qui avoient fait prir tout ce qui restoit d'honntes gens dans la rpublique1 on jugera sans peine1 que les murs1 loin de favoriser un reste de libert1 et de seconder la modration qu'affectoit ,auguste1 prcipitoient au contraire les ,romains au-devant du joug4 ,peu contens1 en effet1 que le prince1 ainsi que je l'ai dit1 et runi en sa personne le pouvoir de toutes les magistratures2 ce qui supposoit au moins1 que1 malgr sa vaste autorit1 il toit le ministre de la rpublique et devoit gouverner conformment aux lois1 ils voulurent que son autorit lui ft propre et qu'il ne la tnt point de ses magistratures4 ,il fut rgl que1 dans le temps o ,auguste ne seroit pas revtu du consulat1 il auroit toujours douze licteurs1 et seroit assis entre deux consuls4 ,on l'autorise convoquer extraordinairement le snat#ei1 et il lui est permis1 sans avoir gard aux lois1 de faire tout ce qu'il croira avantageux la rpublique1 et convenable la majest des choses divines et humaines1 publiques et particulires4 #ei ,fdusve1 cum quibus volet1 facere liceat1 ita uti licuit ,d4 ,augusto1 ,tiberioque et ,claudio4 ,utique1 ei senatum habere1 relationem facere1 remittere senatus consulta per relationem discessionemque facere liceat2 ita uti licuit ,d4 ,augusto1 ,tiberioque et ,claudio4 ,utique1 cum ex voluntate1 autoritateve1 jussu1 mandatuve ejus1 prsenteve eo1 senatus habebitur2 omnium rerum jus perinde habeatur1 servetur1 ac si lege senatus edictus esset habereturque4 ,utique1 qucumque ex usu ,reipublic1 majestate divinarum1 humanarum1 publicarum1 privatarumque rerum esse censebit1 ei agere facere jus potestasque sit1 ita uti ,d4 ,augusto1 ,tiberioque et ,claudio fuit4 ,utique quibus legibus1 plebeive scitis scriptum fuit1 ne ,d4 ,augustus1 ,tiberius et ,claudius tenerentur2 iis legibus plebisque scitis1 imperator ,csar1 ,vespasianus ,augustus solutus sit4 ,c'est par un dcret que le snat revtissoit les empereurs de la puissance impriale4 ,de toutes ces pices1 qu'il seroit si curieux de connotre1 il ne nous reste qu'un fragment de celle qui fut faite pour ,vespasien2 mais il suffit pour nous apprendre quelle toit l'tendue et la nature du pouvoir d',auguste et de ses successeurs4 ,peut-tre que si ,auguste avoit eu plusieurs successeurs dignes de lui1 et qui1 son exemple1 eussent compris que l'excs du pouvoir en prpare la ruine#fj1 il se seroit form peu--peu dans l'empire des usages1 des rgles1 des biensances1 qui1 en tablissant une confiance rciproque entre le prince et les sujets1 auroient servi de frein aux passions4 ,mais plus on admire la sagesse avec laquelle ,auguste se prescrivit des bornes dans l'administration d'une puissance1 qui1 par elle-mme1 n'en connoissoit point1 moins on doit esprer de la retrouver dans ses successeurs4 ,croyons-en ,marc-,aurle1 dont les vertus ont honor le trne et l'humanit3 il regardoit comme un prodige de pouvoir tout1 et de ne vouloir que le bien4 ,cependant1 si les successeurs d',auguste abusent de leur pouvoir1 ils seront ncessairement des monstres qui effraieront la nature4 ,ce despotisme raffin et artificieux qui se dguise1 qui craint de se montrer1 qui flatte avant que d'accabler2 ce despotisme1 en un mot1 qui ressemble ces poisons lents dont on sent les effets sans en pntrer la cause1 n'toit point fait pour eux4 ,les proscriptions de ,sylla et les cruauts du second triumvirat sont des modles justifis par le succs1 et qui les prparent se porter aux violences les plus ouvertes et les plus odieuses4 ,les ,romains1 quoique voluptueux1 toient cruels2 et les matres d'un peuple qui aimoit le sang#fa1 passion heureusement inconnue aujourd'hui chez les nations civilises1 ne se lasseront jamais d'en rpandre4 #fj ,nec unquam satis fida potentia1 ubi nimia est4 7,tac4 ,hist4 l4 #b47 #fa ,tout le monde connot le got effrn des ,romains pour les spectacles de l'amphithtre4 ,tibre avoit assez de talens pour rgner avec gloire1 s'il et hrit d'un trne occup lgitimement par ses pres2 mais ne succdant qu'aux droits usurps par ,auguste1 il se crut lui-mme un usurpateur4 ,bien loin de remarquer que les ,romains1 accoutums obir par une servitude de #dj ans1 se disputoient l'envi le dtestable avantage de servir d'instrument la tyrannie1 il ne vit autour de lui qu'un peuple farouche qui avoit refus le diadme ,csar1 et contraint ,auguste parotre au snat et en public1 couvert d'une cuirasse2 il n'entendit que quelques voix qui osoient encore appeler ,brutus et ,cassius les derniers ,romains1 et il craignit de trouver des citoyens qui se crussent lis par le serment#fb que le premier ,brutus avoit fait prter de ne jamais souffrir de matre dans ,rome4 ,tibre ne voyoit de tous cts que des dangers1 et la timidit avec laquelle il toit n1 devenant par-l aussi forte que son ambition1 il donna aux ,romains le spectacle ridicule d'un ambitieux qui ne pouvoit se passer de la souverainet1 et qui n'osoit s'en emparer4 #fb ,omnium primum avidum nov libertatis populum1 ne post modum flecti precibus aut donis regiis posset1 jurejurando adegit neminem ,rom passuros regnare4 7,t4 ,l4 l4 #b47 ,il a dj fait mourir ,agrippa1 petit-fils d',auguste1 comme un rival2 par des menes sourdes1 il dispose de toutes les forces de l'tat1 et cependant il feint encore de refuser l'empire#fc4 ,auguste1 dit-il1 au snat1 toit seul capable de le gouverner sans secours1 et en travaillant sous ses yeux et sous ses ordres aux affaires de la rpublique1 je n'ai appris qu' connotre ma foiblesse4 ,dans une ville aussi fconde que la ntre en grands hommes1 un seul citoyen ne doit point tre charg de toute l'administration publique1 et j'attends d'apprendre du snat quel dpartement il me destine4 ,c'toit la crainte de passer pour un tyran1 et d'en subir le sort qui dictoit ce discours ,tibre3 mais peine l'a-t-il prononc1 que son ambition en est alarme4 ,il craint de s'tre compromis2 il craint d'en avoir trop dit2 il revient sur ses pas2 mais en demandant l'empire1 il ne s'exprime que d'une manire ambigu#fd1 captieuse1 nigmatique2 et cet homme1 capable de faire prir le snat1 s'il ne l'et devin1 n'accepte enfin le pouvoir absolu que pour un temps4 ,il se garde bien d'en fixer le terme cinq ou dix ans comme ,auguste3 il croiroit donner un titre contre lui aux ,romains4 ,je ne consens1 dit-il1 me charger de ce fardeau#fe1 que jusqu'au temps o vous jugerez vous-mmes qu'il est juste d'accorder ma vieillesse quelque repos4 #fc ,principatum quamvis neque occupare confestim1 neque agere dubitasset1 et statione militum1 hoc est1 vi et specie dominationis assumpta1 diu tamen recusavit impudentissimo animo4 7,suet4 in vit4 ,tib47 #fd ,tiberio etiam in rebus quas non occuleret1 seu natura1 sive adsuetudine1 suspensa semper et obscura verba3 tunc ver1 nitenti ut sensus suos penitus abderet1 in incertum et ambiguum magis implicabantur4 7,tac4 ,ann4 l4 #a47 #fe ,tandem quasi coactus1 et qurens miseram et onerosam injungi sibi servitutem1 recepit imperium1 nec tamen aliter1 quam ut depositurum se quandoque spem faceret4 ,ipsius verba sunt hc3 dum veniam ad id tempus quo vobis quum possit videri1 dare vos aliquam senectuti me requiem4 7,suet4 in vit4 ,tib47 ,tibre1 toujours persuad qu'il n'toit pas assez puissant1 et qu'il le paroissoit trop1 fut en perptuelle contradiction avec lui-mme4 ,il ne parle que de la dignit de la rpublique1 flatte le snat1 et tale avec loquence les devoirs d'un prince#ff1 tandis qu'il ne travaille secrtement qu' tout opprimer4 ,fait-il quelqu'injustice1 qu'il croit ncessaire l'agrandissement de son pouvoir8 c'est la faveur de quelque loi qu'il dtourne de son sens naturel4 ,il laisse aux consuls1 aux prteurs et aux magistrats subalternes l'exercice de leurs fonctions2 mais il s'indigne s'ils ne sont pas des instruments aveugles de sa volont4 ,il craint galement la vertu#fg et le vice dans les personnes qu'il destine aux emplois2 et ne les trouvant jamais telles qu'il les dsireroit1 il ne leur permet pas quelquefois de prendre possession des charges qu'il leur a donnes4 #ff ,dixi et nunc1 et spe alias1 ,patres ,conscripti1 bonum et salutarem principem1 quem vos tanta et tam libera potestate instruxistis1 senatui servire debere1 et universis civibus spe1 et plerumque etiam singulis3 neque id dixisse me pnitet1 et bonos1 et quos1 et faventes vos habui dominos et adhuc habeo4 7,suet4 in vit4 ,tib47 #fg ,neque enim eminentes virtutes sectabatur1 et rursum vitia oderat4 ,ex optimis periculum sibi2 pessimis dedecus publicum metuebat4 ,qu hsitatione postremo eo provectus est1 ut mandaverit quibusdam provincias quos egredi urbe non erat passurus4 7,tac4 ,ann4 l4 #a47 ,libertatem metuebat1 adulationem oderat4 7,l4 #b47 ,illum qui libertatem publicam nosset1 tam project servientium patienti tdebat4 7,l4 #b47 ,tibre1 toujours dchir par des passions opposes1 se flatta de calmer ses alarmes en sacrifiant sa sret quelques hommes qui lui toient suspects2 mais ses craintes1 au contraire1 se multiplirent4 ,plus il sentit qu'il devenoit odieux1 moins son inquitude sanguinaire connut de bornes1 et ,rome devint enfin le thtre de toutes les horreurs o se peut abandonner le despotisme produit par la timidit4 ,croyant arrter les progrs de la haine publique1 il porta cette loi insense qui dfendoit aux parents des personnes condamnes mort de les pleurer4 ,pour tenir les hommes attachs la vertu1 la morale leur interdit souvent des actions en elles-mmes indiffrentes1 mais qui les prparoient au vice2 la politique de ,tibre abusa de ces principes de prvoyance2 il crut rendre sa personne plus sacre en faisant rvrer ses images mmes et celles de son prdcesseur4 ,on punit de mort deux citoyens1 dont l'un1 en vendant ses jardins1 avoit aussi vendu la statue d',auguste qui y toit place2 le crime de l'autre fut d'avoir battu un esclave qui avoit par hasard sur lui une monnoie o toit grave la tte de ,tibre4 ,ce prince fit un crime capital un pote d'avoir maltrait ,agamemnon dans une tragdie1 tant il vouloit sans doute qu'on respectt la qualit de prince1 ou craignoit qu'on ne s'accoutumt par degrs le mpriser lui-mme4 ,la rpublique avoit eu une loi de lse-majest contre ceux qui auroient trahi ses armes1 excit des sditions1 ou avili le nom ,romain par une administration infidelle4 ,dans ces temps heureux1 dit ,tacite1 on ne punissoit que les actions et non pas les paroles2 mais la satire1 qui n'est jamais odieuse chez un peuple vertueux1 et qui sert souvent de barrire contre les mauvaises murs1 ayant paru intolrable des hommes corrompus1 qui ne vouloient point tre troubls dans la jouissance de leurs vices1 ,auguste1 plus intress que tout autre la proscrire1 mit les libelles au nombre des crimes compris dans la loi de lse-majest4 ,tibre1 enhardi par cet exemple1 tendit le sens de cette loi terrible1 et tout ce qui le choqua devint crime de lse-majest4 ,rien ne fut innocent aux yeux de ce tyran1 entour de dlateurs qui flattoient ses soupons4 ,ces misrables1 favoriss1 protgs et enrichis par la part qu'ils obtenoient dans la confiscation des biens des accuss1 firent envier leur sort force de se faire craindre4 ,ils cessrent en quelque sorte d'tre infmes2 et plus leur nombre se multiplia1 plus il fallut trouver de coupables4 ,les paroles les plus innocentes devinrent des crimes2 on voulut pntrer jusques dans le fond des penses1 et le citoyen ne fut point sr de n'tre pas criminel1 quoiqu'il n'et ni agi ni parl4 ,caligula monta sur le trne1 et ce serpent1 pour me servir des expressions de ,tibre#fh1 qui devoit dvorer les ,romains1 et tre un ,phaton pour le monde entier1 poursuivit l'innocence sans faire semblant de la respecter1 comme son prdcesseur qui la calomnioit avant de l'opprimer4 ,il souhaitoit que le peuple ,romain n'et qu'une tte pour l'abattre d'un seul coup d'pe1 et que son rgne ft signal par quelque calamit publique3 n'en toit-ce pas une assez grande que le monde ft gouvern par cette bte froce8 ,cet insens prtendoit avoir un commerce de galanterie avec la lune2 et se croyant tour tour ,jupiter1 ,junon1 ,diane ou ,vnus1 il se fit prtre de lui-mme1 et se sacrifioit tous les jours les plus rares animaux4 ,on vit parotre un nouveau crime d'tat1 ce fut d'tre riche2 on enleva aux citoyens toutes leurs richesses2 mais la violence n'tant plus enfin d'un assez grand rapport1 ,caligula fit de son palais un lieu de prostitution1 et vendit la canaille de ,rome de jeunes filles et de jeunes garons de la naissance la plus distingue4 #fh ,aliquoties prdicabat 7,tiberius7 exitio suo omniumque ,caium vivere3 et se natricem1 serpentis id genus1 populo romano1 phaetontem orbi terrarum educere4 7,suet4 in vit4 ,cal47 ,je passe rapidement sur ces rgnes abominables4 ,claudius monta sur le trne3 ce n'toit qu'un homme bauch1 disoit ,antonia2 jamais prince ne fut plus mprisable2 le sang coula2 il fallut servir ,messaline et punir les infidlits1 l'impuissance ou le mpris de ses amants4 ,esclave plutt qu'poux de l'ambitieuse ,agrippine1 il devint tyran par foiblesse1 et parce qu'elle en avoit tous les vices2 ou1 pour mieux m'exprimer1 cette princesse et les affranchis qui la dominoient1 se servirent de sa main et de sa puissance pour contenter leurs passions4 ,rome respira pendant les premires annes du rgne de ,nron4 ,ce prince prit ,auguste pour modle2 il est clment1 libral1 populaire2 il respecte les lois2 il connot qu'il est fait pour travailler au bonheur des ,romains4 ,mais bientt il est corrompu par les flatteries de ses courtisans3 ces hommes pervers1 qui ne sont rien1 si leur matre n'est vicieux1 enhardissent ,nron au crime2 ils lui montrent l'exemple contagieux de ses prdcesseurs1 et en commenant tre mchant1 il ne juge dj de l'tendue de sa puissance que par l'normit des attentats qu'il mdite4 ,tout fut dgrad3 ,caligula n'avoit que projet de faire son cheval consul1 et ,nron fit ses chevaux snateurs#fi4 ,les consulaires servoient le premier en habit d'esclaves2 mais cette ignominie toit renferme dans les murs du palais4 ,nron1 au contraire1 les immole la rise publique1 en les obligeant de faire avec lui sur le thtre ou dans le cirque un mtier dshonorant parmi les ,romains4 ,quelle indignit1 s'crie ,dion ,cassius1 que le matre du monde1 des snateurs et leurs femmes ne soient que des vils histrions6 ,les trangers tonns1 continue-t-il1 se montroient au doigt les descendans des grands hommes qui les avoient vaincus4 ,voil le petit-fils de ,paul-,emile1 disoit le ,macdonien1 et le ,grec ne lui rpondoit qu'en montrant un fils de ,mummius4 ,tandis que le ,sicilien siffloit un ,claudius1 et l',epirote un ,appius1 les ,asiatiques1 les ,espagnols et les ,carthaginois se croyoient vengs de leur dfaite1 en voyant un ,lucius1 un ,publius1 un ,scipion rduits jouer les rles de quelques misrables farceurs4 #fi ,nron faisoit promener dans les rues de ,rome ses chevaux couverts d'une robe de snateur4 ,il arriva de-l que le peuple ne regarda plus ce vtement auguste1 que comme un caparaon de cheval4 ,tous ces empereurs furent cruels2 mais il y a cependant diffrentes nuances dans ce point principal de leur caractre1 et je dois les faire remarquer2 la cruaut de ,tibre1 force de parotre mystrieuse et rflchie1 avoit quelque chose de politique2 celle de ,caligula partoit plus d'un cur qui aime se repatre de sang4 ,tous deux font frmir1 celui-ci par sa hardiesse assassiner1 l'autre par l'adresse avec laquelle il cherchoit dguiser ses noirceurs4 ,nron1 cruel comme ,caligula par temprament1 et par rflexion comme ,tibre1 avoit rduit sa fureur en art et en principes2 tandis que ,claudius1 entran par l'exemple1 et mchant par les vices d'autrui1 avoit rpandu le sang dont il ne connoissoit pas de prix4 ,il n'est pas possible de tracer un tableau de la situation malheureuse o se trouvoit l'empire4 ,toutes les richesses toient devenues le butin des dlateurs1 des pantomimes et des courtisanes4 ,le titre de citoyen ,romain toit mprisable1 parce qu'il n'toit plus port que par des affranchis ou des fils d'affranchis1 et que les provinces1 selon l'expression de ,dion1 avoient achet le droit de bourgeoisie romaine pour un tt de pot cass4 ,le peuple de ,rome toit une populace effrne1 accable de besoins1 qui ne subsistoit que par les bienfaits1 c'est--dire1 par les crimes des empereurs#gj1 et qui trouvoit tout juste1 pourvu qu'on respectt sa paresse1 qu'on lui donnt du pain1 et qu'on lui prodigut les ftes et les spectacles4 ,le snat toit rempli de barbares et d'hommes peine sortis de l'esclavage1 qui portoient encore sur leurs paules les cicatrices des coups de fouet qu'ils avoient reus de leurs matres4 ,les empereurs1 ne voyant personne qui ne ft plus digne qu'eux de rgner1 craignirent tous leurs sujets1 comme autant de comptiteurs l'empire1 et les punirent1 s'ils furent assez audacieux pour laisser voir quelque vertu ou quelque talent4 ,les emplois1 les magistratures1 les commandemens devinrent autant de piges dans lesquels il fallut perdre ou son honneur ou sa vie4 ,le sort malheureux de ,germanicus apprit tout ce qui auroit voulu tre honnte homme1 que le plus grand crime toit de faire trop bien son devoir4 ,les magistrats le ngligrent par politique4 ,les gnraux1 pour mnager la jalousie et la timidit des empereurs1 se htrent de corrompre eux-mmes la discipline militaire1 et les rassurrent en faisant voir qu'ils n'avoient aucune autorit sur les soldats4 #gj ,dans le temps de la rpublique1 le peuple croyoit que les arts ne devoient occuper que des esclaves4 ,en perdant sa libert1 il conserva cette manire de penser1 parce que les citoyens qui aspiroient la tyrannie1 lui faisant de grandes libralits pour l'attacher leur intrts1 il ne sentit ni sa misre1 ni la ncessit de travailler4 ,les empereurs suivirent cet usage1 et ils employrent une partie de leurs rapines lui donner des spectacles et des gratifications4 ,on est peut-tre dj surpris que l'empire1 en proie tous les vices que produit le despotisme le plus intolrable1 et qui portoit par consquent en lui-mme mille causes de destruction1 ne se prcipite pas aussi promptement vers sa ruine que plusieurs tats moins corrompus1 dont l'histoire nous a appris les malheurs4 ,mais il faut faire attention que ,rome reprit en quelque sorte toute sa grandeur sous le rgne d',auguste4 ,ce prince pacifia l',espagne et les ,gaules1 et soumit la ,pannonie et l',illirie4 ,il dompta l'inquitude des peuples des ,alpes1 fora les ,daces ne plus faire d'incursions sur les terres de l'empire1 et porta ses armes jusqu' l',elbe4 ,les ,parthes oublirent leur haine contre les ,romains1 et leur donnrent mme des marques de crainte et de respect4 ,les ,indiens et les ,scythes1 peuples dont le nom toit peine connu ,rome1 y vinrent demander l'amiti d',auguste4 ,les ,germains1 moins terribles qu'ils ne le furent dans la suite1 n'toient point encore pousss sur les provinces ,romaines par les peuples du ,nord1 qui tombrent dans la ,germanie4 ,en un mot1 les premiers successeurs d',auguste1 profitant de la rputation de sagesse#ga et de dsintressement que ce prince avoit acquise aux ,romains1 n'avoient redouter aucun ennemi tranger4 #ga ,nec ulli genti sine justis et necessariis causis bellum intulit 7,augustus7 tantumque abfuit cupiditate quoquo modo imperium vel bellicam gloriam augendi1 ut quorumdam barbarorum principes in de ,martis ultoris jurare coegerit1 mansuros se in fide ac pace quam peterent4 ,a quibusdam ver novum obsidum genus1 fminas exigere tentaverit2 quod negligere ,marium pignora sentiebat4 7,suet4 in vit4 ,aug47 ,addideratque consilium coercendi intr terminos imperii4 7,tac4 ,ann4 l4 #a47 ,a l'gard des maux domestiques qui devoient perdre l'empire1 il faut descendre dans quelques dtails plus particuliers pour comprendre comment1 au lieu de se diviser en plusieurs parties indpendantes1 il continuoit ne former qu'un seul corps4 ,rome ayant pris de chaque peuple qu'elle avoit vaincu le vice qui le distinguoit1 toit devenue une cole dangereuse o toutes les provinces toient alles perdre les murs4 ,c'est ainsi que les vices des ,asiatiques et des ,africains avoient corrompu les ,gaules1 l',espagne et tous les pays qui se seroient srement affranchis de la domination ,romaine1 si on n'et amolli leur courage par les volupts4 ,le mme despotisme1 dont les empereurs accabloient l',italie1 leurs officiers l'exeroient dans les provinces4 ,elles toient au pillage#gb1 et il ne leur restoit d'autre passion qu'une crainte abrutissante1 parce que leurs maux toient ports cet excs qui ne permet pas mme de se livrer au dsespoir4 ,dans cette situation1 elles n'auroient pu secouer le joug et se dmembrer de l'empire1 qu'avec le secours des gnraux qui y commandoient1 et qui auroient voulu s'y former un tat2 mais ce projet ne devoit pas se prsenter l'esprit de ces officiers4 ,outre que la plupart toient des esclaves aussi lches que le matre qui les employoit1 et qu'une avarice sordide toit leur seule passion1 la manire de penser de leurs armes s'y opposoit4 #gb ,tous les historiens anciens sont pleins des vexations que les officiers des empereurs faisoient dans les provinces1 d'o ils rapportoient des fortunes immenses4 ,dion ,cassius parle d'un certain ,licinius1 affranchi de ,csar et gouverneur des ,gaules sous le rgne d',auguste1 qui imagina de partager l'anne en quatorze mois1 au lieu de douze1 parce que les ,gaulois payoient un certain tribut par mois4 ,c'toit une maxime de la politique de ce temps-l1 qu'un peuple heureux est indocile1 et que pour tenir la multitude dans la soumission1 il falloit l'appauvrir4 ,quoique les soldats en effet regrettassent le temps des guerres civiles o ils s'toient enrichis des dpouilles des citoyens2 qu'ils ne pussent souffrir de n'tre employs contre les trangers qu' des entreprises qui ne leur valoient aucun butin1 et qu'ils eussent voulu avoir leur tte un ,sylla1 un ,marius1 un ,csar2 un usurpateur1 en un mot1 qui ft oblig d'acheter leurs bras1 et non pas obir un prince qui jouissoit voluptueusement de sa fortune1 ils conservoient quelque reste de l'ancien esprit de la rpublique1 parce que le despotisme ne s'toit point tendu jusque sur eux1 et qu'on les mnageoit4 ,les lgions pensoient ne rien devoir aux empereurs1 mais elles se croyoient destines conserver l'empire4 ,qu'on leur et propos de marcher ,rome pour dtrner ,tibre1 ,caligula1 ,claudius ou ,nron1 on n'et trouv que des hommes empresss obir2 mais elles auroient regard et puni comme un tratre un gnral qui auroit voulu s'emparer de quelque province2 et la mme arme qui offrit l'empire ,germanicus1 n'auroit pas consenti le ruiner par des dmembremens4 ,en parlant de ce qui concourut tenir unies toutes les parties de l'empire1 j'ai dvelopp1 si je ne me trompe1 un vice nouveau dans sa constitution1 et ce vice1 c'est l'esprit de brigandage joint l'indpendance dont les lgions se flattoient1 et l'orgueil qui leur persuadoit qu'elles toient en droit de disposer de la dignit impriale#gc1 puisque la fortune de l'empire toit entre leurs mains2 le premier exemple de la rvolte des armes contre des empereurs dtests et mpriss1 devoit tre contagieux1 et tous les gnraux ne devoient pas avoir la modration de ,germanicus et de ,blesus#gd4 ,il falloit donc s'attendre voir allumer de toutes parts des guerres cruelles1 qui1 sans rien changer la tyrannie des empereurs1 exposeroient encore les citoyens celle des lgions altres de sang et de butin4 #gc ,multa seditionis ora vocesque2 su in manu sitam rem romanam1 suis victoriis augeri ,rempublicam in suum cognomentum adcisci imperatores44444 fuere etiam qui legatam divo ,augusto pecuniam reposcerent1 faustis in ,germanicum omnibus1 et si vellet imperium promtos ostentavere4 7,tac4 ,ann4 l4 #a47 #gd ,voyez dans ,tacite comment ces gnraux se comportrent pour appaiser la rvolte de leurs armes1 tandis qu'ils pouvoient en profiter pour usurper l'empire4 ,tibre1 instruit par la sdition des soldats1 de l'esprit dont ils toient anims1 leur laissa voir sa crainte1 les caressa1 les flatta1 tandis qu'il ne devoit travailler qu' les rendre dociles1 en leur imposant le joug que portoit le reste de l'empire4 ,je sais combien une pareille entreprise toit difficile2 mais ,tibre ne devoit-il pas au moins tenter de prendre quelques mesures pour prvenir les maux dont lui et ses successeurs toient menacs4 ,au lieu de ne faire qu'une arme de toutes les milices qui toient sur une mme frontire1 il auroit d les partager en deux ou trois corps indpendans1 dont chacun auroit eu son gnral1 et mme des privilges particuliers qui les auroient rendus jaloux et ennemis les uns des autres4 ,les armes1 retenues ainsi par la crainte qu'elles se seroient rciproquement inspire1 auroient appris peu--peu obir4 ,il et t impossible que deux ou trois gnraux1 entre lesquels il toit ais d'tablir une rivalit constante1 eussent conspir au mme dessein4 ,si l'un d'eux n'et cout que son ambition1 et et voulu usurper l'empire1 il auroit d'abord trouv dans sa province mme des ennemis combattre4 ,l'empereur1 en voyant de loin l'orage se former1 auroit eu le temps de songer sa sret1 de fortifier les armes attaches son service1 ou de faire passer en ,italie une partie des forces de quelqu'autre province4 ,tacite rapporte que sous le rgne de ,tibre1 ,svrus ,cecinna proposa au snat de faire une loi1 par laquelle il ft ordonn aux gnraux et aux gouverneurs de province de laisser leurs femmes ,rome4 ,elles portent avec elles1 disoit-il1 ce luxe1 cette mollesse1 cette avarice qui les rendent si dangereuses parmi nous2 mais ces passions1 plus libres dans les provinces que sous nos yeux1 y nervent galement la discipline militaire et le gouvernement civil4 ,chaque femme y fait un trafic honteux de la puissance de son mari1 et du crdit qu'elle a sur son esprit3 aprs avoir vendu les emplois1 elle vend encore des dispenses d'en remplir les fonctions4 ,bien loin de rejeter un projet pareil1 ,tibre auroit d ajouter la loi de ,cecinna1 qu'un gnral d'arme ne seroit mme jamais suivi de ses enfans4 ,sa famille auroit t ,rome un otage de sa fidlit4 ,la gloire des armes et les commandemens n'auroient pas t hrditaires2 les fils ensevelis dans l'obscurit et les dbauches de ,rome auroient servi de contrepoids la rputation du pre4 ,la noblesse et t dgrade1 il n'y et plus eu dans l'empire d'autre distinction que la faveur du prince2 et les capitaines1 levs au commandement par la fortune1 auroient moins song s'lever plus haut4 ,je n'ose entrer dans les dtails de cette monstrueuse politique1 si connue aujourd'hui chez les puissances d',asie1 et qui toit ncessaire des hommes aussi incapables que ,tibre et ses successeurs1 de gouverner avec quelqu'apparence de justice et de modration3 l'art dont ils avoient besoin est odieux1 et je souillerois mes crits1 si j'en dveloppois les principes4 ,tibre ngligea par timidit d'affermir la fortune des empereurs2 et ,caligula et ,claudius n'tant que des monstres aussi stupides que furieux1 crurent assez pourvoir leur sret s'ils crasoient tout ce qui les approchoit4 ,ni l'un ni l'autre n'prouva le sort de ,nron1 les armes obirent2 et il est surprenant que ,caus ,julius ,vindex ait cru le premier devoir venger le genre humain opprim4 ,cet illustre ,gaulois gmissoit depuis long-temps des maux de sa patrie4 ,brave1 fier1 entreprenant1 il rassembla tout ce que les ,gaules avoient encore d'honntes gens1 et leur proposa la perte de ,nron4 ,mes compagnons1 leur dit-il1 ce monstre a pill toute la terre dont il est le tyran4 ,la plus grande partie du snat ,romain a pri par ses ordres1 et il a fait mourir sa mre aprs s'tre souill d'un inceste avec elle4 ,je ne vous parlerai pas des meurtres1 des concussions et des rapines de ,nron2 qui pourroit compter ses attentats8 ,mais j'en suis tmoin moi-mme1 et vous devez le croire3 j'ai vu cet homme 7si on peut donner ce nom la femme de ,pythagore7 j'ai vu cet homme infme en habit d'histrion1 chanter des vers sur le thtre1 faire le rle d'un esclave et d'une courtisanne1 tre charg de fers1 devenir enceinte et accoucher4 ,il a fait tout ce que les fables nous racontent de plus pouvantable4 ,qui de vous donnera les noms de ,csar et d',auguste ce ,thieste1 cet dipe1 cet ,alcmon1 cet ,oreste8 sortez de votre assoupissement1 mes compagnons1 par votre patience souffrir les crimes de ,nron1 vous deviendrez enfin ses complices2 ayez piti de vous-mmes4 ,rome attend que vous la secouriez1 et justifiez la sagesse des dieux en dlivrant toute la terre d'esclavage4 ,vindex donna l'empire ,galba1 et cet homme foible1 irrsolu et mou dans sa conduite1 quoiqu'il se ft acquis assez de rputation dans le commandement des armes1 fit voir combien la fortune des empereurs toit mal affermie2 il et manqu la sienne1 s'il et t possible de n'tre pas heureux en attaquant ,nron#ge4 ,ds qu'il n'est plus soutenu par les conseils et le courage de ,vindex1 qui malheureusement avoit t tu dans le commencement de son entreprise1 il ne sait prendre aucun parti4 ,il faut que les ,romains l'encouragent eux-mmes consommer sa rvolte1 et l'appellent leur secours4 ,il n'ose poursuivre sa marche et s'approcher de ,rome que quand il apprend que le snat1 plus courageux que lui1 a condamn le tyran mort1 et que ,nron fugitif est abandonn de tout le monde4 #ge ,nron ne fit aucune attention aux nouvelles qui lui apprirent la rvolte de son arme2 il se contenta de mettre prix la tte de ,vindex4 ,il assembla dans ces circonstances le snat1 et ne lui fit part que d'une dcouverte qu'il avoit faite1 et qui devoit faire rendre l'hydraule des sons plus forts et plus harmonieux4 ,voyant ensuite que les lgions de ,germanie se joignoient celles des ,gaules1 il dsespra de conserver l'empire1 et mdita1 dit-on1 de se retirer en ,egypte1 esprant d'y gagner sa vie1 en montrant jouer de la lyre4 ,galba fut dans l'empire ce que ,sylla avoit t dans la rpublique2 celui-ci fit connotre aux ,romains qu'ils n'toient plus dignes d'tre libres1 et donna le premier exemple de la tyrannie4 ,l'autre donna le premier exemple de la rvolte et de la chte d'un empereur2 et en montant sans droit sur le trne1 il avertit toute la terre qu'il ne falloit qu'oser l'imiter4 ,il rendit plus vif dans les armes le got qu'elles avoient pour la guerre civile1 et dvoila un secret funeste aux ,romains1 en leur apprenant qu'un empereur pouvoit tre proclam hors de ,rome#gf1 ce sans le consentement du snat4 #gf ,evulgato imperii arcano1 posse principem alibi quam ,rom fieri4 7,tac4 ,hist4 l4 #a47 ,quoique moins affermi sur le trne qu'aucun de ses prdcesseurs1 ,galba ne prit aucune prcaution pour sa sret4 ,il se livra1 au contraire1 trois hommes obscurs que les ,romains appeloient ses pdagogues1 et qui tous trois1 le gouvernant tour--tour avec des vices diffrens1 firent voir le prince dans le passage continuel d'un vice un autre4 ,mpris des citoyens1 il se rendit odieux aux soldats1 par son avarice4 ,depuis qu'ils avoient fait un empereur1 ils exigeoient des mnagemens extrmes2 et ils firent un crime ,galba1 d'une certaine dignit dans le commandement1 dont il avoit contract l'habitude la tte des lgions d',espagne4 ,othon1 prodigue1 avare1 ambitieux1 adroit1 capable de tout entreprendre1 quand il ne falloit que des crimes pour russir1 voulut rgner4 ,il gagna par les flatteries les plus basses la garde prtorienne1 et se fit proclamer empereur2 mais le moment de son lvation fut presque celui de sa chte4 ,ds que ,vitellius apprit la mort de ,galba1 il demanda l'empire l'arme qu'il commandoit en ,germanie4 ,othon1 voyant approcher son ennemi1 eut recours au snat1 et tenta en quelque sorte de s'en faire un protecteur2 mais que pouvoit ce corps dans l'avilissement o il toit tomb8 ,vitellius toit d'une naissance honteuse ou du moins obscure4 ,vendu par son pre1 le plus insigne flatteur de ,rome1 pour servir aux plaisirs d'un prince dont il attendoit sa fortune1 c'est dans la cour de ,capre qu'il se faonna cette sclratesse qui devoit lui mriter la confiance et le mpris de ,caligula et de ,nron4 ,son lvation fit soulever les lgions qui toient ,mosie et en ,pannonie2 et ,vespasien1 qui commandoit dans la ,jude1 fut salu empereur4 ,vitellius ne lui fit pas acheter chrement l'empire4 ,la dbauche qui l'avoit abruti lui fit voir sa ruine avec stupidit2 il ne sut point1 l'exemple d',othon1 sortir pour un moment de son ivresse2 et cachant son dsespoir sous une apparence de courage et de fermet1 laisser douter la postrit s'il n'toit point mort en grand homme4 ,tant de rvolutions conscutives1 toujours heureuses1 et dans lesquelles les lgions avoient toujours dispos leur gr de l'empire1 assurrent en quelque sorte aux soldats le droit qu'ils croyoient dj avoir de faire des empereurs4 ,ils disoient1 en faveur de leur prtention1 que la dignit d'empereur toit purement militaire2 et que dans le temps de la rpublique1 les armes1 de leur propre mouvement1 la confroient ou la refusoient leurs gnraux4 ,ils se rappeloient qu'aprs la mort de ,caligula quelques gardes des cohortes prtoriennes qui toient entres dans le palais pour piller1 rencontrrent ,claudius1 et le salurent empereur1 tandis que les snateurs toient inutilement assembls pour tablir une nouvelle forme de gouvernement4 ,nron leur fournissoit un titre encore plus fort2 il s'toit fait proclamer par les troupes avant que de se rendre au snat#gg2 et quand ,galba avoit voulu s'associer ,pison1 ce ne fut ni aux magistrats ni aux snateurs qu'il eut recours2 il se transporta dans le camp des gardes prtoriennes pour faire autoriser son dcret4 #gg ,sententiam militum secuta patrum consulta4 7,tac4 ,ann4 l4 #ab47 ,ind raptim appellatis militibus ad curiam delatus est4 7,suet4 in vit4 ,ner47 ,dans un tat o depuis long-temps on ne connoissoit point d'autre droit que celui de la force1 et o le pouvoir arbitraire n'avoit fait de tous les citoyens que des esclaves timides1 toutes les entreprises des armes devoient parotre lgitimes1 et rien ne pouvoit leur rsister4 ,les gens de guerre auroient commenc gouverner tyranniquement1 ds qu'ils eurent dispos de l'empire en faveur de quelques-uns de leurs gnraux1 si la sagesse de ,vespasien et de ses successeurs n'et mis un frein ce dsordre naissant4 ,vespasien ne rpandit point de sang2 il s'appliqua rparer1 par son conomie1 les maux qu'avoient caus les profusions et les rapines de ses prdcesseurs2 il corrigea plusieurs abus1 respecta le snat1 fit revivre les loix ananties2 et par sa vigilance et son adresse1 contint les armes dans le devoir4 ,titus son fils chassa de ,rome tous les dlateurs2 il ne suffit plus d'tre calomni pour tre trait en coupable4 ,un prince qui croyoit avoir perdu les journes o il n'avoit pas fait quelque heureux1 ne crut point qu'on pt se rendre criminel de lse-majest4 ,plein de respect pour ses sujets1 ses vertus et le bonheur public firent sa sret2 les lgions furent dociles1 parce qu'une rvolte les et rendu odieuses4 ,l'empire commenoit tre heureux1 et ,domitien le replongea dans toutes les horreurs qu'il avoit prouves sous ,nron4 ,on vit renatre les proscriptions1 les dlateurs1 les concussions et les crimes de lse-majest4 ,on ne put avoir la rputation de philosophe sans prir4 ,on punit de mort une femme pour s'tre dshabille devant la statue de l'empereur4 ,nouveau genre de tyrannie6 ,domitien1 entour d'astrologues1 faisoit tirer l'horoscope de tous les grands de l'empire1 et ces charlatans ne leur sauvoient la vie qu'en leur prdisant des humiliations et des calamits4 ,ce monstre se seroit vu enfin enlever l'empire par la rvolte des armes1 quoiqu'en augmentant leur paie il partaget avec elles le fruit de ses violences1 si ses domestiques1 las de le craindre malgr les bienfaits qu'ils en recevoient1 n'en eussent purg la terre4 ,nerva1 qui lui succda1 gouverna avec une extrme modration2 il savoit qu'un peuple libre fait la grandeur d'un prince qui s'en fait aimer4 ,il invita chaque citoyen aller reprendre dans le palais ce que ,domitien lui avoit vol4 ,il diminua le nombre des ftes1 des spectacles et des dpenses inutiles4 ,il ne souffrit point que la flatterie lui levt de statue ni d'arc de triomphe1 et il avoit raison de dire qu'il ne craindroit point d'abdiquer l'empire1 et de rendre compte comme simple citoyen1 de la conduite qu'il avoit tenue comme empereur4 ,mais ce qui met le comble l'loge de ,nerva1 c'est qu'il adopta ,trajan1 prince qui doit servir de modle tous les rois1 et tel que la providence le donne un peuple1 quand elle veut le rendre heureux4 ,il unissoit tous les talens de l'homme d'tat et du grand capitaine1 aux vertus du philosophe4 ,il se fit respecter et aimer des armes2 il les occupa par des entreprises importantes2 et au bruit de leurs victoires1 on auroit dit que les ,romains se trouvoient transports au temps des ,scipions et des ,emile4 ,adrien profita du bon ordre que ,trajan avoit tabli dans les affaires2 et quoiqu'il abandonnt les conqutes de son prdcesseur1 et qu'on lui ait reproch la mort de quelques personnes considrables1 son rgne fut tranquille et florissant4 ,brave1 libral1 prudent1 il parcourt sans cesse les provinces de l'empire1 et est prsent partout o sa prsence est utile4 ,il btit de nouvelles villes1 ou rpare les anciennes1 met les frontires couvert des incursions des ,barbares1 oblige les gouverneurs de province rparer leurs injustices1 veille la discipline1 la conserve1 la fait aimer1 et contient les gnraux dans le devoir4 ,antonin1 qu'il avoit adopt1 fut le pre de ses sujets1 et mritoit d'avoir pour successeur ,marc-,aurle1 qui1 dans le calme des passions que lui avoit procur la philosophie stocienne1 ne connut d'autre bonheur que le bonheur public4 ,nerva1 ,trajan1 ,antonin et ,marc-,aurle toient persuads que les lois sont au-dessus du prince1 et que qui ne sait pas leur obir1 est indigne de gouverner des hommes4 ,ne se proposant d'autre objet que celui mme qui a form les socits1 ils ne se regardoient 7pour me servir de l'expression de l'un d'eux7 que comme les hommes d'affaires de la rpublique4 ,je vous donne cette pe1 disoit ,marc-,aurle1 au chef du prtoire1 pour me dfendre tant que je m'acquitterai fidellement de mon devoir2 mais elle doit servir me punir1 si j'oublie que ma fonction est de faire le bonheur des ,romains4 ,on voit dans ,dion que le mme prince tant prt de partir de ,rome pour porter la guerre en ,scythie1 demanda permission au snat de prendre de l'argent dans l'pargne3 car1 disoit-il1 tant s'en faut que rien m'appartienne en propre1 que la maison mme que j'habite est vous4 ,ce que ces princes faisoient par principe d'quit1 des ambitieux ou des hommes timides auroient d le faire par politique4 ,pour touffer l'esprit d'indpendance et de rvolte rpandu dans les armes1 il falloit redonner au snat cette majest imposante qui l'avoit autrefois rendu l'ame de la rpublique1 et intresser le peuple par sa propre libert1 respecter les lois1 et conserver les droits du chef de l'empire#gh4 ,la fortune des empereurs auroit eu alors un double rempart4 ,une rvolte contre eux seroit devenue un attentat contre tous les ,romains1 et le prince auroit tenu dans ses mains toutes les forces des citoyens pour dfendre sa dignit4 #gh ,nunc demum redit animus1 et quanquam primo statm beatissimi sculi ortu ,nerva ,csar res olim dissociabiles miscuerit1 principatum ac libertatem1 augeatque quotidi facilitatem imperii ,nerva ,trajanus4 7,tac4 in vit4 ,agric47 ,aprs la mort de ,trajan1 qui ne s'toit point dsign de successeur1 les ,romains recueillirent encore le fruit de sa sagesse2 et la modration que les armes firent voir1 fut l'ouvrage de la sienne4 ,elles n'entreprirent rien contre l'autorit publique2 et le snat1 que le prince leur avoit appris respecter1 lut librement un empereur4 ,ce succs augmenta sa confiance2 il crut pouvoir montrer impunment quelque vertu2 il parla avec excration de la tyrannie2 et cette compagnie1 qui avoit ador ,caligula et ,nron comme des dieux1 refusa d'abord l'apothose ,adrien1 et ne consentit lui en accorder les honneurs qu'aprs avoir rsist plusieurs fois aux sollicitations d',antonin4 ,il s'en falloit bien cependant que le snat repart avec la mme dignit qu'il avoit conserve sous ,auguste4 ,l'habitude de ramper toit prise2 et son courage1 ne partant point d'un sentiment intrieur et vif pour le bien1 ne paroissoit1 si je puis m'exprimer ainsi1 qu'une qualit d'emprunt4 ,les ,antonins1 l'exemple de ,nerva et de ,trajan1 avoient beau encourager les snateurs tre libres et oser se faire respecter1 il toit impossible de soutenir pendant long-temps1 dans un certain degr d'lvation#gi1 des ames avilies par le despotisme des prdcesseurs de ,vespasien4 ,a peine le snat avoit-il commenc quelqu'action gnreuse1 que1 fatigu par l'effort qu'il avoit fait1 il retomboit dans une sorte d'anantissement qui lui paroissoit doux1 parce qu'il y toit accoutum1 et qu'il n'en pouvoit sortir que par la pratique des vertus qui lui toient les plus trangres4 #gi ,natur infirmitatis human1 tardiora sunt remedia quam mala1 et ut corpora lente augescunt1 cit extinguuntur4 ,sic ingenia studiaque oppresseris facilius1 quam revocaveris4 ,subit quippe etiam ipsius inerti dulcedo3 et invisa primo desidia postrem amatur4 7,tac4 in vit4 ,agric47 ,les esprits n'ayant plus cette vigueur qui fait saisir et conserver avec force les impressions qu'on leur donne1 les ,romains1 sans caractre1 devoient cesser d'tre heureux ds qu'ils cesseroient d'tre gouverns par des philosophes4 ,par quel moyen ,trajan et ,marc-,aurle auroient-ils pu donner quelque consistance aux affaires de l'empire8 ,ils auroient inutilement port les lois les plus solennelles pour fixer les prrogatives du snat1 et tablir1 en un mot1 une telle forme de gouvernement1 qu'un empereur1 loin d'tre tent d'abuser de sa puissance1 ft toujours retenu dans son devoir3 leurs lois n'auroient pas produit un effet plus salutaire que leurs exemples4 ,marc-,aurle sentit cette vrit2 et jugeant par la lchet des ,romains des vices qu'auroient ses successeurs1 et du pouvoir qu'acquerroient les armes1 ce fut aux lgions et non au snat1 qu'il recommanda en mourant son fils et sa fortune4 ,commode eut tous les vices1 parce qu'il prit tous ceux de ses favoris2 et les snateurs ne furent que des esclaves sous ce nouveau ,nron4 ,il n'eut d'autre art1 pour se soutenir pendant prs de treize ans1 que d'augmenter les privilges des troupes1 et de les enrichir des dpouilles de l'empire4 ,mais ce qui fit son salut devoit faire la perte de ses successeurs4 ,les soldats sentirent mieux que jamais combien ils toient puissans1 et de quel intrt il toit pour un prince de les mnager4 ,accoutums aux profusions de ,commode1 s'tant fait de nouveaux besoins1 et n'tant retenus par aucune crainte1 il toit naturel qu'ils vendissent l'empire aprs sa mort4 ,pertinax le mrita par ses libralits2 mais il voulut tre un empereur plutt qu'un chef de brigands1 et il fut massacr par sa garde1 aprs trois mois de rgne4 ,l'empire fut alors mis l'encan4 ,sulpitianus1 disoient les soldats du prtoire ,didius ,julien1 nous offre tant1 que voulez-vous y ajouter8 ,allant ensuite ,sulpitianus3 ,julien1 lui disoient-ils1 est plus libral que vous2 voil la somme qu'il nous prsente2 de combien prtendez-vous enchrir sur lui8 ,la couronne impriale appartiendra au plus offrant et dernier enchrisseur4 ,c'est ainsi que ,julien parvint l'empire2 et le chemin1 ds ce moment1 en fut ouvert tout homme qui se flatta de pouvoir faire assez de concussions pour s'acquitter de la dette qu'il contractoit avec une arme4 ,othon avoit d son lvation aux intrigues de deux soldats#hj3 les soldats travailleront actuellement pour eux-mmes1 et une meute les portera sur le trne4 ,la majest en fut bientt dgrade par l'avilissement qu'y rpandirent des hommes tout la fois les plus lches et de la naissance la plus basse4 ,la superstition donna une nouvelle force ces dsordres1 et les rveries des devins et des astrologues servirent de titres pour usurper l'empire4 ,il parut mille sditieux qui seroient morts inconnus dans leur oisive obscurit1 s'ils ne s'toient crus obligs de justifier1 par des sditions et des rvoltes1 les vaines promesses qui leur avoient donn de l'ambition4 #hj ,suscepere duo manipulares imperium populi romani transferendum1 et transtulerunt4 7,tac4 ,hist4 l4 #a47 ,comme les empereurs s'toient empars de toute l'autorit du snat et du peuple opprim1 et qu'ils n'toient cependant eux-mmes que les esclaves des lgions1 depuis qu'elles disposoient leur gr de l'empire1 toute la puissance souveraine se trouva entre les mains des soldats1 et l'empereur ne fut que le premier magistrat de cette dmocratie monstrueuse4 ,si le gouvernement o le peuple est matre de tout1 est sujet tant d'abus que les politiques les plus sages n'ont point craint de dire que la dmocratie1 abandonne elle-mme1 est presque toujours la plus intolrable des tyrannies1 que doit-on penser d'un gouvernement militaire1 o le soldat plus brutal1 aussi ignorant et plus inconstant que le peuple1 jouit de la souveraine puissance8 ,la milice ,romaine1 depuis le rgne de ,tibre1 n'toit compose que de la portion la plus mprisable des citoyens4 ,encourage au mal par les mauvais empereurs et par le pouvoir qu'elle avoit acquis1 ce ne fut plus qu'une multitude de brigands qui se crut tout permis4 ,la rputation que conservoit ,rome fit penser que1 pour tre empereur1 il falloit en tre le matre2 ainsi une arme avoit peine confr un de ses chefs la dignit impriale1 qu'il marchoit en ,italie dans le dessein d'y faire reconnotre son autorit1 et ,rome ne fut plus la capitale de l'empire que pour voir fondre sur elle tous les orages qui se formoient dans les provinces4 ,la tyrannie d'un ,caligula1 d'un ,nron1 d'un ,domitien avoit eu ses bornes2 maintenant des armes entires1 hritires de leur fureur et de leur pouvoir1 qui ont des intrts opposs1 et qui croient avoir le mme droit de faire des empereurs1 ravagent toutes les provinces1 et combattent entre elles pour soutenir le matre que chacune d'elles s'est donn1 et que chacune sacrifiera dans une autre occasion son avarice ou aux murmures d'un simple tribun4 ,une foule de princes ne fait que parotre sur le trne2 d'autres ont peine le temps de se revtir des ornemens impriaux2 et sous le rgne de ,gallien1 on compta jusqu' trente tyrans1 qui1 pendant l'espace de sept huit ans1 se disputrent l'empire4 ,il seroit inutile de donner une ide du gnie et de la conduite des empereurs qui rgnrent dans ces temps orageux4 ,puisque ,titus1 ,trajan1 ,antonin et ,marc-,aurle ne purent1 malgr leurs talens et leurs bonnes intentions1 purger le gouvernement ,romain de ses vices1 on doit juger que leurs successeurs les plus sages1 toujours la veille d'prouver quelque violence ou quelque trahison1 et qui ne jouissoient que d'une autorit prcaire1 n'auroient tent qu'infructueusement de travailler au bonheur de l'empire4 ,occups de leurs dangers personnels1 leur politique et leur courage se bornrent veiller leur propre sret4 ,les gens de guerre auroient conserv l'autorit qu'ils avoient usurpe1 si1 ne formant dans l'empire qu'un mme corps1 ils n'eussent eu qu'un mme intrt2 mais comme la vaste tendue de la domination des ,romains ne permettoit pas de transporter les lgions d'une frontire l'autre1 on les avoit rendues sdentaires dans diffrentes provinces1 et elles formrent ainsi des armes entre lesquelles il n'y eut aucune liaison4 ,ds que l'une eut fait un empereur1 les autres prtendirent avoir le mme droit2 et leurs divisions continuelles empchrent qu'elles n'acquissent des privilges fixes et certains1 ou du moins qu'il ne s'tablt quelque espce de rgle et d'ordre dans leur brigandage4 ,a force de ravager l',italie et les provinces1 les soldats n'y trouvrent plus rien piller2 et les ambitieux1 de leur ct1 eurent de jour en jour plus de peine amasser l'argent ncessaire pour corrompre les lgions4 ,l'esprance d'un grand butin n'animant plus les uns1 et les autres ne pouvant plus marchander l'empire avec la mme facilit1 les armes furent moins portes troubler l'tat4 ,les empereurs profitrent de ces dispositions pour les accoutumer obir1 et ils consentirent mme se dpouiller d'une partie de leur puissance1 afin de mieux conserver l'autre4 ,marc-,aurle1 en prenant ,lucius ,verus pour collgue1 avoit donn l'exemple des associations4 ,cet usage fut suivi par plusieurs de ses successeurs1 et ,diocltien rgla enfin qu'il y auroit dsormais deux empereurs#ha qui gouverneroient l'empire en commun1 et deux ,csars qui seroient leurs lieutenans et leurs hritiers prsomptifs4 ,par-l1 les armes les plus considrables toient commandes par des princes intresss maintenir le gouvernement1 et ces armes contenoient les autres dans le devoir4 #ha ,diocltien s'associa ,maximien1 depuis surnomm ,hercule4 ,ces deux empereurs partagrent l'empire2 l'un eut l',orient1 et l'autre l',occident2 mais ils gouvernoient ensemble1 et aucun d'eux ne se regarda comme le matre particulier des provinces dont il avoit l'administration4 ,sentant ensuite combien il leur toit encore difficile d'avoir l'il sur toutes les armes1 et de garantir la fois l'empire contre les incursions des ,barbares1 et leur personne contre les entreprises des armes1 ils se crrent chacun un ,csar4 ,diocltien choisit ,maximien ,galre1 qui il confia le gouvernement de la ,thrace et de l',illyrie4 ,maximien lut ,constance ,chlore1 et lui abandonna l',espagne1 les ,gaules et la ,bretagne4 ,l'empire ne cessa d'tre le jouet des passions de la milice1 que pour se voir opprimer par celles des empereurs4 ,le sang1 il est vrai1 ne fut pas prodigu comme sous les premiers successeurs d',auguste2 mais si le despotisme parut moins terrible1 parce qu'il n'osoit se servir des gens de guerre pour ses ministres1 il n'en fut pas moins destructif3 il portoit partout la misre1 la faim1 la honte et l'anantissement4 ,les empereurs1 plus affermis sur le trne1 ne songrent rformer aucun abus1 et se livrrent tout entiers au faste1 la mollesse1 l'orgueil et au got de tous les plaisirs4 ,il fallut que l'empire1 puis par une longue suite de calamits domestiques1 et dont les provinces toient tour tour ravages par les courses des ,barbares1 rassasit l'avidit insatiable de plusieurs princes qui rgnoient la fois4 ,ces empereurs ne furent bientt que des idoles ridicules1 pares des ornemens impriaux4 ,tout leur pouvoir passa entre les mains de leurs ministres1 des femmes de leurs palais et de leurs favoris2 et chacun d'eux en abusa pour contenter une passion diffrente4 ,je ne sais si je dois m'tendre en rflexions sur la nouvelle forme qu'avoit prise le gouvernement sous le rgne de ,diocltien4 ,tout le monde sait que le partage de la puissance souveraine1 entre les princes gaux1 n'est propre1 dans tous les temps et dans tous les pays1 qu' causer des soupons et des jalousies1 prparer et faire natre des rvolutions1 et donner1 en un mot1 une carrire plus libre aux passions1 en relchant les ressorts du commandement4 ,diocltien fut le premier la victime de sa politique2 ,galre1 dont la dignit de ,csar n'avoit fait qu'irriter l'ambition1 ne put attendre sa mort ni celle de ,maximien pour rgner2 il les contraignit abdiquer l'empire1 et se fit proclamer empereur avec ,constance son collgue4 ,l'injustice de ces princes les rendit suspects l'un l'autre2 il n'y eut aucune communication entr'eux2 l'un gouverna l',orient et l'autre l',occident1 et ces deux parties de l'empire commencrent former deux puissances1 en quelque sorte indpendantes4 ,si ,constance et eu autant de courage1 de fermet et d'ambition que ,galre1 les ,romains auroient ds-lors t en proie aux guerres civiles qui s'allumrent immdiatement aprs sa mort1 et qui causrent de grands ravages sous les rgnes suivans4 ,les divisions des empereurs firent connotre leur foiblesse1 et en donnant de la confiance aux armes1 leur rendirent leur ancien gnie4 ,elles recommencrent disposer de l'empire2 et jusqu'au rgne d',augustule1 dernier empereur d',occident1 on vit plusieurs rebelles soutenir par les armes le titre que les lgions leur avoient donn4 ,les dsordres ne se succdrent plus dans l'empire1 ils y rgnrent tous la fois4 ,on y prouva en mme temps les ravages du despotisme et de l'anarchie4 ,ce qui met le comble aux maux que cause le despotisme1 c'est que tout en annonce la dure dans une nation1 ds qu'une fois elle est tombe dans l'esclavage4 ,plus le matre qui l'opprime sent qu'elle est en droit de rclamer contre l'autorit qu'il exerce1 plus il cherche l'humilier2 et quand la crainte s'est empare des esprits1 une stupidit gnrale devient un obstacle insurmontable toute rforme avantageuse4 ,on a vu la preuve de cette triste vrit lorsque j'ai parl des efforts inutiles que firent ,nerva1 ,trajan et les deux ,antonins pour diminuer leur pouvoir3 le snat et le peuple n'avoient pas le courage de conserver la partie de l'autorit que ces princes leur remettoient4 ,ce n'est que dans les mouvemens convulsifs d'une rvolte qu'un peuple pourroit recouvrer son courage et sa libert2 mais c'est le dsespoir seul qui peut les exciter1 et le dsespoir est toujours une passion trop aveugle et trop passagre pour en rien esprer4 ,le tyran est quelquefois accabl1 mais la tyrannie subsiste4 ,c'est ainsi que les ,romains ne font prir souvent un empereur que pour lui donner un successeur plus vicieux2 et ce qui est arriv dans l'empire1 arrivera ternellement dans les pays qui obissent au mme gouvernement4 ,le despotisme a sans doute ses rvolutions1 mais elles n'en changent jamais que la forme4 ,tout se termine faire passer du despote aux ministres de ses volonts la puissance qu'il possdoit3 l'instrument dont il se sert pour tout opprimer doit l'opprimer son tour4 ,toute l'histoire des empereurs ,romains atteste cette vrit2 et pour la dmontrer1 il suffiroit d'examiner quelles passions subsistent ou s'teignent sous le pouvoir arbitraire1 leur jeu1 et par consquent les effets qu'elles doivent produire4 ,,livre ,,quatri,,me4 ,ce seroit vouloir ne connotre que bien imparfaitement un peuple tabli par la force des armes1 et accru par des guerres continuelles1 que de s'arrter ce que j'ai dit jusqu'ici4 ,je tcherai dans la suite de cet ouvrage de dvelopper la politique de la rpublique ,romaine1 de faire connotre ses ennemis1 et de dmler les causes de son agrandissement4 ,les ,grecs avoient tort de penser que les ,romains ne dussent leur lvation qu'aux caprices de la fortune4 ,un particulier peut tout devoir au hasard1 une seule circonstance heureuse dcidant quelquefois de son sort2 mais ds qu'une nation a combattu pendant plusieurs sicles contre des peuples diffrens par leur gouvernement1 leur caractre1 leurs forces et leur discipline1 et qu'elle les a successivement soumis1 ses progrs sont ncessairement l'ouvrage de son mrite4 ,les ,romains ont vaincu l'univers1 parce qu'ils ont trouv par-tout des hommes moins sagement gouverns qu'eux4 ,qu'on suppose autant de vertus ,carthage qu' ,rome1 et dans l'une et l'autre ville les mmes ressources et la mme discipline2 jamais la fortune n'auroit pench d'aucun ct2 l'univers et t partag entre ces deux rpubliques1 jusqu' ce qu'elles se fussent mutuellement ruines3 c'est le courage et la gnrosit des ,romains qui triomphrent de la timidit et de l'avarice des ,carthaginois4 ,rome devoit former une socit guerrire2 les brigands qui vinrent la peupler manquoient de tout1 et il falloit qu'ils conquissent des terres et des femmes4 ,plus ils toient odieux leurs voisins1 plus ils sentirent la ncessit d'tre soldats4 ,a l'exception de ,numa1 tous les successeurs de ,romulus aimrent la guerre2 et bientt l'exil de ,tarquin1 et les efforts que fit ce prince pour soumettre ses sujets rvolts1 rendirent la rpublique de ,brutus absolument militaire4 ,les rcompenses1 les honneurs1 les distinctions ne furent accords qu'aux qualits guerrires2 et parce que1 dans le danger dont ,rome toit menace1 on n'avoit besoin que de soldats1 tout le reste devint mprisable4 ,il n'est point de peuple1 quelque modration qu'il affecte1 qui ne voult s'tendre et subjuguer ses voisins2 car rien ne flatte plus agrablement toutes les passions du cur humain que des conqutes3 plus forte raison une ambition agissante doit-elle accompagner un gouvernement o le citoyen est soldat et le magistrat capitaine1 moins qu'elle n'y soit rprime avec autant d'habilet qu'elle le fut ,lacdmone par les institutions de ,lycurgue4 ,les ,spartiates1 quoique soldats1 ne devoient prendre les armes que pour se dfendre2 et leurs lois toient telles1 qu'il leur importoit peu de subjuguer la ,grce#hb1 et de se faire des sujets4 ,les ,romains1 au contraire1 regardoient leurs voisins comme des hommes destins leur obir2 et l'on se rappelle sans doute qu'ils ne possdoient encore que quelques arpens de terre au-del de leurs murailles1 et subsistoient en partie du butin pris sur leurs ennemis1 qu'ils se repaissoient dj de l'ide de parvenir la monarchie universelle4 #hb ,voyez les ,observations sur l'histoire de la ,grce4 ,le snat s'tant dfait de ,romulus1 craignit une rvolte de la part du peuple2 et pour la prvenir1 il publia que ce prince avoit t enlev au ciel4 ,un tmoin apost assura mme par serment que ,romulus lui avoit apparu avec tous les attributs d'une divinit1 et prdit que sa ville deviendroit la matresse du monde4 ,ce qui n'toit qu'une esprance flatteuse pour les ,romains devint un article fondamental de leur religion1 aprs que ,tarquin le superbe eut jet les fondemens du ,capitole4 ,il y trouva les statues de plusieurs ,dieux2 et craignant de leur dplaire s'il les enlevoit1 sans leur consentement1 du lieu qu'elles occupoient1 il consulta les augures4 ,ces prtres traitrent cette affaire avec une extrme gravit2 ils firent plusieurs crmonies1 et demandrent enfin ces divinits si elles trouveroient bon de cder leur demeure ,jupiter4 ,mars1 la jeunesse et le ,dieu ,terme1 dit-on1 ne voulurent point abandonner le capitole4 ,ce procd1 peu respectueux de la part de ces ,dieux subalternes envers ,jupiter1 tonna1 et peut-tre scandalisa les ,romains2 il fallut l'expliquer1 et les raisonnemens des augures formrent une espce de prdiction qui annonoit que le peuple de ,romulus1 dont ,mars toit le pre1 ne cderoit jamais une place qu'il auroit occupe2 que la jeunesse ,romaine seroit invincible1 et que le ,dieu ,terme1 protgeant les frontires de l'tat1 ne permettroit jamais qu'elles fussent envahies4 ,c'est sur la foi de ces prsages ridicules1 mais respects1 que les ,romains regardrent toute la terre comme leur domaine1 et se prparrent triompher de tous les peuples4 ,heureusement1 pour l'honneur des augures1 ,rome se trouva dans des circonstances toujours propres nourrir son ambition1 et qui ne lui permirent pas de s'amollir par la paix4 ,ces dissentions de la noblesse et du peuple1 qui perfectionnrent le gouvernement de la rpublique1 ne contriburent pas moins la rendre conqurante4 ,les peuples voisins1 tromps sur la nature des querelles qui agitoient les ,romains1 et se flattant toujours de toucher au moment favorable leur vengeance1 se jetoient souvent sur leurs terres1 et empchoient qu'ils ne prissent l'habitude de ngliger leurs ennemis pour ne s'occuper que de leurs affaires domestiques4 ,d'ailleurs1 les patriciens1 presque toujours humilis dans la place publique1 et qui ne conservoient leur ancienne supriorit sur le peuple que dans les armes1 s'appliqurent le distraire par des guerres continuelles1 de l'ambition que lui inspiroient la paix et les tribuns4 ,on se fit une habitude de ne souffrir impunment aucune injure2 il fallut que le territoire des allis ft aussi respect que celui de la rpublique mme2 et les ,romains accordrent gnreusement leur protection toutes les villes qui leur demandoient quelques secours4 ,le collge des prtres ,fcialiens1 que ,numa avoit tabli pour juger de la justice de la guerre1 tablit un droit des gens1 austre et rigoureux4 ,si la rpublique conserva les sages formalits qu',ancus ,marcius avoit prescrites#hc pour les dclarations de guerre1 elle en fit usage d'une manire si imprieuse et si arrogante1 qu'elles furent plutt un obstacle la conciliation qu'un moyen de prvenir les ruptures4 ,la bonne foi des ,romains devint fire1 et ils ne se piqurent que d'une fermet inbranlable4 #hc ,voyez dans ,tite-,live1 l4 #a4 les rglemens de ce prince1 au sujet des dclarations de guerre4 ,l'esprit de ces rglemens tendoit rendre les guerres plus rares1 en les faisant prcder d'une espce de ngociation1 et de certaines formalits qui empchoient qu'on ne se livrt ses premiers mouvemens4 ,la rpublique1 occupe par des guerres continuelles1 devoit naturellement faire une tude particulire de tout ce qui pouvoit contribuer lui former de bonnes armes4 ,peut-tre que les querelles de la place publique et du champ de ,mars furent encore aussi utiles aux progrs de la discipline militaire chez les ,romains1 que les mditations mmes de leurs consuls4 ,pour faire sentir au peuple qu'il toit toujours soumis en quelque chose1 les patriciens rendirent la discipline plus svre1 veillrent avec une exactitude scrupuleuse ce qu'elle ft observe1 et en punirent la moindre infraction avec d'autant plus de rigueur qu'ils se vengeoient par-l secrtement dans les camps de quelque injure qu'ils avoient reue dans ,rome4 ,c'est l'ordre merveilleux que les ,romains tablirent dans leurs armes1 que ,vegce attribue la conqute de l'univers4 ,ce n'est1 dit-il1 ni la multitude des soldats1 ni mme le courage1 qui donnent la victoire1 mais l'art et l'exercice3 et c'est par leur discipline que les ,romains dissiprent les nombreuses armes des ,gaulois1 qu'ils vainquirent les ,espagnols1 dont le temprament est plus propre la guerre que celui des peuples d',italie2 soumirent les ,africains1 auxquels ils furent toujours infrieurs en ruses et en richesses2 et les ,grecs mmes1 dont les lumires toient bien suprieures aux leurs4 ,vegce auroit d ajouter que c'est cette mme discipline que la rpublique fut redevable de faire quelquefois des fautes impunment1 parce que la victoire les rparoit toutes2 et de conserver dans les revers cette confiance qui ne lui permit jamais de consentir une paix honteuse4 ,la discipline militaire des ,romains mrite donc toute l'attention des politiques2 elle est si sage1 je dis mme si philosophique1 qu'il suffit d'entrer dans quelque dtail sur la mthode que la rpublique ,romaine employoit se former des soldats1 pour voir d'un coup-d'il tout ce qu'on peut imaginer de plus parfait sur cette matire4 ,quelque pressant que ft l'intrt qui portoit chaque citoyen se sacrifier au bien#hd public1 la rpublique ne s'en reposa point sur ces motifs gnraux1 qui1 pour tre remarqus1 demandent des rflexions qu'un danger minent peut faire perdre de vue4 ,elle sembla ne pas faire attention aux principes de son gouvernement1 qui rendoient propres tous les citoyens la gloire et la honte1 les avantages et les pertes de l'tat2 il fut expressment ordonn au soldat de vaincre ou de mourir1 et il lui fut impossible d'luder la force de cette loi4 ,un lche qui fuit et qui perd ses armes1 ne craint que la mort2 et c'est par la crainte d'une mort certaine et honteuse qu'il faut le forcer ne pas craindre une mort glorieuse1 et en le rduisant au dsespoir1 l'accoutumer ne trouver son salut que dans les efforts d'un grand courage4 ,il seroit insens de vouloir tirer des sons justes et harmonieux d'un instrument qui n'est pas accord2 de mme la rpublique ,romaine n'tablit cet ordre svre dans ses armes qu'aprs y avoir prpar ses citoyens1 et leur avoir rendu facile l'excution de ses lois4 #hd ,il ne suffisoit pas d'tre citoyen ,romain pour avoir l'honneur d'tre soldat4 ,ceux qui n'avoient pas quatre cents dragmes de bien1 et que pour cette raison1 on nommoit capite censi1 qui ne faisoient que nombre dans le cens1 ne servoient que dans les extrmes ncessits4 ,on les employa sur mer l'an #dhi de ,rome que la rpublique commena avoir des flottes4 ,quand le luxe eut avili la profession de soldat1 on remplit les armes de ces citoyens2 ,marius en donna l'exemple1 en allant faire la guerre ,jugurtha4 ,etant tous destins aux armes par leur naissance1 leurs pres les formoient ds le berceau aux qualits qui font le soldat1 et sans lesquelles on ne pouvoit mme parvenir aux magistratures les plus subalternes#he4 ,la frugalit1 la temprance et des travaux continuels leur formoient un temprament sain et robuste4 ,la duret de la vie domestique les prparoit aux fatigues de la guerre4 ,les dlassemens et les plaisirs de la paix toient des jeux militaires4 ,tout le monde connot les exercices du champ de ,mars4 ,on s'y exeroit au saut1 la course1 au pugilat4 ,on s'y accoutumoit porter des fardeaux2 on s'y formoit l'escrime et lancer un javelot2 et les jeunes ,romains1 couverts de sueur1 se dlassoient de leur fatigue en traversant deux ou trois fois le ,tibre la nage4 ,tout respiroit la guerre ,rome pendant la paix2 on n'y toit citoyen que pour tre soldat4 ,on formoit les jeunes gens faire vingt ou vingt-quatre mille en cinq heures2 et si on mettoit une diffrence entre la paix et la guerre1 ce n'toit que pour faire trouver le temps de celle-ci plus doux2 aussi les ,romains faisoient-ils dans la paix leurs exercices militaires avec des armes une fois plus pesantes que celles dont ils se servoient la guerre4 #he ,on ne pouvoit demander une magistrature1 qu'aprs avoir servi dix ans4 ,avec de pareils citoyens1 il semble que la rpublique auroit pu1 sans examen1 composer ses armes des premiers volontaires qui s'y seroient prsents2 mais elle voulut que l'honneur d'tre choisi pour la milice ft une rcompense des talents qu'on avoit montrs dans le champ de ,mars2 que le soldat et une rputation conserver1 et que l'estime qu'on lui tmoignoit ft un gage de sa fidlit et de son zle remplir ses devoirs4 ,tous les ans1 ds que les consuls toient crs1 ils nommoient vingt-quatre tribuns militaires1 dont les uns devoient avoir servi au moins cinq ans et les autres onze4 ,aprs qu'ils avoient partag entr'eux le commandement des quatre lgions qu'on alloit former1 les consuls convoquoient au capitole ou au champ de ,mars tous les citoyens qui1 par leur ge#hf1 toient obligs de porter les armes4 ,ils se rangeoient par tribus1 et on tiroit au sort l'ordre dans lequel chaque tribu prsenteroit ses soldats4 ,celle qui se trouvoit la premire en rang choisissoit elle-mme les quatre citoyens qu'elle croyoit les plus propres la guerre2 et les six tribuns qui devoient commander la premire lgion1 prenoient de ces quatre soldats celui qu'ils estimoient davantage4 ,les tribuns de la seconde et de la troisime lgion faisoient successivement leur choix1 et le citoyen qui n'avoit pas t prfr ses compagnons entroit dans la quatrime lgion4 ,une nouvelle tribu prsentoit quatre soldats2 la seconde lgion choisissoit la premire4 ,la troisime et la quatrime lgion avoient le mme avantage leur tour2 et jusqu' ce que les lgions fussent compltes#hg1 chaque tribu nommoit successivement quatre soldats4 ,on procdoit ensuite la cration des officiers subalternes2 et les tribuns les choisissoient eux-mmes parmi les soldats qui avoient le plus de rputation4 #hf ,on commenoit servir l'ge de #ag ans jusqu' #de4 ,aprs qu'on avoit fait quinze campagnes1 on toit vtran1 c'est--dire1 qu'on n'toit oblig de prendre les armes que pour la dfense de la ville1 et dans les occasions o la rpublique auroit t en danger4 #hg ,le nombre des soldats d'une lgion a vari1 mme dans le temps de la rpublique4 ,il a t1 suivant les circonstances1 de trois mille1 de quatre mille1 de cinq mille et mme de six mille hommes4 ,sous les empereurs1 la lgion toit compose de dix onze mille hommes4 ,aprs avoir mis tant de soin former ses armes1 la rpublique ,romaine fut en tat d'tablir la discipline la plus austre4 ,pour tre servie1 elle n'eut pas besoin d'avoir de ces lches condescendances qui ont perdu tant d'tats4 ,trouvant dans ses citoyens des soldats tout exercs1 elle ne se relcha sur aucune des prcautions qu'elle jugeoit ncessaires leur salut4 ,qu'on lise dans les historiens le dtail des fonctions auxquelles le snat ,romain toit assujetti1 et l'on verra que la rpublique regarda constamment le repos et l'oisivet comme ses plus redoutables ennemis4 ,les consuls ne prparoient les lgions la victoire qu'en les rendant infatigables2 et plutt que de les laisser sans agir1 ils leur auroient fait entreprendre des ouvrages inutiles#hh4 ,un exercice continuel fait les bons soldats1 parce qu'il les remplit d'ides relatives leur mtier1 et leur apprend mpriser les dangers en les familiarisant avec la peine4 ,le passage de la fatigue au repos les nerve2 il offre des objets de comparaison qu'il est difficile de rapprocher1 sans que la paresse1 cette passion si commune et si puissante dans les hommes1 ne s'accroisse1 n'apprenne murmurer1 et n'amollisse l'ame aprs avoir amolli le corps4 #hh ,l'histoire ,romaine en offre plusieurs exemples1 et l'on voit entr'autres que ,marius1 pour occuper son arme1 dtourna une rivire1 et lui fit creuser un nouveau lit4 ,je place ici un passage remarquable des ,tusculanes de ,cicron2 il est trs-propre donner une ide juste des lgions1 et faire connotre toute l'utilit des exercices militaires4 ,nostri exercitus primum unde nomen habeant1 vides1 deinde qui labor1 quantus agminis3 ferre plus dimidiatis mensis cibaria4 ,ferre si quid ad usum velint3 ferre vallum4 ,nam scutum1 gladium1 galeam1 in onere nostri milites non plus numerant1 quam humeros1 lacertos1 manus2 arma enim membra militis esse dicunt4 ,qu quidem ita geruntur apte1 ut1 si usus foret1 abjectis oneribus1 expeditis armis1 ut membris pugnare possint4 ,quid exercitatio legionum8 ,quid ille cursus1 concursus2 clamor1 quanti laboris est6 ,ex hoc ille animus in prliis paratus ad vulnera1 adhuc pari animo inexercitatum militem1 mulier videtur4 ,cur8 ,tantum interest inter novum et veterem exercitum1 quantum experti sumus4 tas tironum plerumque melior3 sed ferre laborem1 contemnere vulnus1 consuetudo docet4 ,quin etiam videmus ex acie afferri spe saucios1 et quidem rudem illum1 et inexercitatum1 quamvis levi ictu1 ploratus turpissimos edere4 ,at vero ille exercitatus et vtus1 ob eamque rem fortior1 ,medicum modo requirens quo obligatur4 ,voyez sur le mme sujet ce que dit ,polybe1 l4 #f1 ch4 #d1 #e1 #f et #g4 ,voyez aussi ,vegce1 l4 #b1 ch4 ,les hommes ne sont braves que par art2 et vouloir qu'ils se fassent un jeu insens de courir la mort1 c'est aller au-del du but que doit se proposer la politique1 ou n'exciter qu'un courage d'enthousiasme qui ne peut durer4 ,loin de songer dtruire cet loignement que la nature inspire pour le danger et la douleur1 la rpublique ,romaine sembloit le respecter4 ,c'est en donnant ses soldats d'excellentes pes1 et en les mettant1 pour ainsi dire1 en sret sous leur bouclier1 leur casque et leur cuirasse#hi1 qu'elle animoit leur confiance contre des ennemis moins prcautionns qu'eux4 ,ds-lors1 il toit plus ais d'unir et d'chauffer dans leur cur les passions qui1 pour me servir de ce terme1 entrent dans la composition du courage4 #hi ,la rpublique fournissoit des armes aux soldats4 ,leur bouclier toit haut de quatre pieds4 ,leur casque et leur cuirasse toient l'preuve de l'pe1 du javelot et de la pique4 ,un soldat ,romain se seroit dshonor1 qui1 sous prtexte de bravoure1 et combattu sans quelqu'une de ses armes dfensives4 ,les ,romains y intressoient la religion1 et le serment que chaque soldat prtoit entre les mains du consul1 de ne point fuir1 de ne point abandonner ses armes1 et d'obir tous les ordres des ses suprieurs#ij1 ajoutoit l'infamie de la lchet le sceau de l'impit4 ,la rpublique prodiguoit les rcompenses1 mais avec discernement4 ,elles n'toient point arbitraires2 c'et t les rendre mprisables4 ,la loi mme rcompensoit1 et l'on n'avoit ni souponner l'indulgence des gnraux1 ni craindre leurs caprices4 ,ce n'toit point par des largesses en argent1 ou par une distribution plus abondante en vivres qu'on rcompensoit le soldat1 c'et t exciter son avarice et son intemprance1 et pour animer le courage1 rveiller des passions qui doivent l'amortir4 ,le soldat qui sauve dans le combat un citoyen prt prir1 obtient une autre couronne que celui qui est mont le premier sur le mur d'une ville assige1 ou qui a le premier forc le camp des ennemis4 ,les lances1 les boucliers1 les harnois1 les coupes1 les colliers sont autant de prix diffrens pour diffrentes actions4 ,les escarmouches1 les batailles1 les siges ont les leurs2 et le courage du soldat ,romain1 toujours excit par un nouvel objet1 ne peut jamais se relcher4 #ij ,ce serment se prtoit avant que les lgions sortissent de ,rome4 ,quand elles toient venues leur premier rendez-vous1 le soldat faisoit un second serment entre les mains des tribuns1 par lequel il promettoit de ne rien drober1 de ne rien s'approprier du butin pris sur les ennemis1 et de porter aux tribuns tout ce qu'il trouveroit4 ,ceux qui avoient t honors de quelque marque de valeur assistoient aux jeux et aux spectacles avec un habit particulier1 et exposoient dans leurs maisons1 avec les dpouilles qu'ils avoient remportes sur les ennemis1 les prix que les consuls leur avoient donns4 ,ces espces de monumens domestiques nourrissoient une noble mulation entre tous les citoyens2 et les fils1 levs au milieu des tmoins de la gloire de leurs pres1 apprenoient promptement leur devoir et ce que la rpublique attendoit d'eux4 ,les rcompenses toient d'autant plus propres porter les ,romains aux grandes choses1 qu'ils ne pouvoient subir un chtiment militaire sans tre deshonors4 ,il y avoit peu de cas pour lesquels le consul pronont peine de mort2 mais le soldat que les tribuns avoient condamn la bastonnade pour avoir manqu une de ses fonctions#ia1 ou pour quelqu'autre faute plus lgre1 toit chass de l'arme1 et n'osoit retourner ,rome1 o un parent et cru partager son infamie en lui ouvrant sa maison4 ,les ,romains ignoroient cette mthode pernicieuse de rhabiliter un coupable en le faisant passer sous le drapeau2 l'esprance du pardon rend ngligent sur les devoirs1 si elle n'invite mme les mpriser2 et la honte dont on est lav par une simple crmonie1 n'est point un affront4 ,on diroit que les peuples modernes n'ont song qu' avoir beaucoup de soldats2 les ,romains n'en vouloient que de parfaits4 ,si toute une cohorte ,romaine est coupable1 on la dcime1 ou bien on la fait camper hors des retranchemens2 elle n'est nourrie que d'orge1 et c'est elle de se rhabiliter par quelqu'action clatante4 #ia ,le consul avoit seul droit de punir de mort4 ,les tribuns condamnoient la bastonnade1 et ils prononoient leur jugement1 en touchant d'un bton le coupable4 ,alors tous les soldats le frappoient1 et souvent il en mouroit4 ,on subissoit ce chtiment1 non-seulement1 comme je l'ai dit1 pour avoir manqu une fonction militaire1 mais pour s'tre attribu la gloire d'une action dont un autre toit auteur1 pour avoir abandonn ou perdu ses armes1 ou fait quelque larcin4 ,il n'est pas surprenant qu'en commandant de pareils soldats1 les consuls aient fait souvent des fautes impunment4 ,sylla avouoit que le courage seul et l'intelligence de son arme l'avoient fait vaincre dans des occasions o il n'osoit presque esprer de n'tre pas dfait4 ,combien de fois n'est-il point arriv parmi nous qu'un gnral auroit pay moins chrement un moment de distraction1 et tir mme un parti avantageux d'une mprise1 s'il avoit eu sous ses ordres ces lgions1 que les marches les plus longues et les plus prcipites ne fatiguoient point1 qui pouvoient se suffire elles-mmes1 qu'aucun obstacle n'arrtoit1 et qui1 pendant l'abondance et le calme de la paix1 s'toient endurcies contre la faim1 la soif et l'intemprie des saisons8 ,les vertus des soldats ,romains inspiroient leurs consuls cette confiance qui tend les vues et qui fait entreprendre de grandes choses4 ,le gnie de nos gnraux modernes est1 au contraire1 rtrci par l'impuissance o sont leurs armes de rien excuter de difficile2 notre luxe1 nos mauvaises murs1 en un mot1 sont des entraves pour eux4 ,aujourd'hui que les milices1 par une suite ncessaire du gouvernement tabli en ,europe1 sont composes de la partie la plus vile des citoyens1 on auroit plus besoin que jamais de l'art de la rpublique ,romaine1 pour donner nos soldats les sentimens qui toient comme naturels aux siens4 ,sous prtexte que depuis l'invention des armes feu le soldat a moins besoin de force et d'agilit1 les modernes ont en quelque sorte laiss dgrader la nature4 ,on n'a pas fait attention que les qualits qui accompagnent ces dispositions du corps1 et qu'on ne trouve qu'avec elles1 servent de ressort l'ame1 et sont toujours galement ncessaires4 ,comme nos soldats recruts dans les villes1 et que la dbauche ou leur profession ont souvent amollis#ib1 ne pourroient ni porter tout l'quipage d'un soldat ,romain1 ni faire les mmes exercices2 ils ne doivent avoir ni les qualits de l'ame ni celles du corps qu'exige toujours la guerre2 aussi arrive-t-il tous les jours qu'une arme soit ruine sans avoir reu d'chec1 ou1 si elle se comporte vaillamment un jour de combat1 qu'elle ne sache pas l'attendre avec patience4 #ib ,piscatores1 aucupes1 dulciarios1 linteones1 omnesque qui aliquid tractasse videbuntur ad ,gynecea pertinens1 longe arbitror pellendos castris1 fabros ferrarios1 carpentarios1 macellarios1 et cervorum aprorumque venatores convenit sociare militi4 7,veg4 l4 #a1 ch4 #g47 ,c'est en ne se dpartant jamais des maximes que je viens d'exposer1 que la rpublique ,romaine assura ses triomphes4 ,aprs les pertes les plus considrables1 elle redoubla de svrit4 ,les soldats que ,pyrrhus avoit fait prisonniers descendirent dans un ordre infrieur2 les chevaliers servirent dans l'infanterie2 les lgionnaires passrent au rang des ,velites1 et chacun d'eux n'eut d'autre voie pour remonter son premier grade que de tuer deux ennemis1 et de s'emparer de leurs dpouilles4 ,la rpublique1 plus puise encore aprs la journe de ,cannes1 exila en ,sicile ceux qui avoient fui4 ,elle toit oblige d'avoir sur pied vingt-trois lgions2 et quoiqu'elle n'et plus de citoyens1 et se vt abandonne de presque tous ses allis1 elle ne voulut point traiter du rachat des soldats qui s'toient rendus prisonniers4 ,on pourroit peut-tre m'objecter que les ,romains n'ignoroient pas qu',annibal en toit embarrass1 et avoit d'ailleurs un extrme besoin d'argent2 mais le reste de leurs conduite dmontre que c'est par un autre sentiment qu'ils furent inflexibles4 ,rome1 dans les malheurs1 n'toit pas capable de droger aux rglemens qu'elle avoit cru ncessaires pour les prvenir#ic1 au contraire1 elle en sentoit davantage l'utilit4 ,elle jugea avec raison qu'aprs cette premire grce1 les prisonniers d',annibal pourroient esprer qu'une seconde lchet seroit une seconde fois pardonne4 ,elle aima mieux armer ses esclaves1 que cet exemple de svrit1 le don de la libert1 et le dcret qu'elle fit de vaincre ou de mourir devoient rendre invincibles4 #ic ,auro repensus scilicet acrior ,miles redibit8 ,flagitio additi ,damnum3 neque amissos colores ,lana refert medicata fuco2 ,nec vera virtus1 quum semel excidit1 ,curat reponi deterioribus4 ,si pugnat extricata densis ,cerva plagis1 erit ille fortis1 ,qui perfidis se credidit hostibus2 ,et ,marte pnos proteret altero1 ,qui lora restrictis lacertis ,sensit iners1 timuitque mortem8 7,hor4 ,ode #e1 l4 #c47 ,les ,romains1 dit ,salluste1 punirent plus souvent des excs de valeur que des lchets1 et la rpublique1 pendant long-temps1 dut plutt ses victoires cette rigidit austre qu' l'intelligence de ses consuls4 ,si elle y perdit quelques avantages particuliers1 elle y gagna d'tablir dans ses armes une subordination extrme1 et plus prcieuse encore par les maux qu'elle fit viter que par les biens qu'elle produisit4 ,la rigueur de ,manlius1 qui punit de mort la victoire de son propre fils1 fut aussi utile la conservation de la discipline militaire1 que la vertu farouche du premier ,brutus l'avoit t l'tablissement du gouvernement politique4 ,aprs plusieurs succs1 il se forma naturellement dans l'esprit des soldats ,romains une certaine confiance qui leur persuada que la victoire leur appartenoit1 et que les augures et la religion ne leur promettoient pas en vain l'empire du monde4 ,ce sentiment lev de l'ame est la disposition la plus favorable la guerre2 il donne l'ardeur propre attaquer1 ou la fermet ncessaire pour soutenir un choc2 et il est suivi dans la dfaite d'un dpit qui rallie avec courage des soldats qu'une force suprieure avoit branls4 ,sans doute que si l'histoire nous instruisoit dans un certain dtail des murs1 de la discipline et du gouvernement des petits peuples que la rpublique ,romaine soumit dans l',italie1 nous y dcouvririons les causes de leur ruine4 ,les ,volsques1 les ,eques1 les ,fidenates1 les ,latins1 les ,sabins1 les ,falisques furent les premiers ennemis des ,romains2 c'toient des peuples aguerris1 vaillans1 et qui dfendirent1 il est vrai1 leur libert avec une extrme opinitret2 mais ils n'avoient pas vraisemblablement une discipline militaire aussi sage que celle des ,romains4 ,les querelles qui rgnoient ,rome entre la noblesse et le peuple y multiplioient1 ainsi que je l'ai fait voir1 les talens1 et donnoient aux vertus l'activit des passions2 les ,romains1 en un mot1 se comportoient avec toute la chaleur d'un peuple qui se forme1 et leurs ennemis avec le flegme d'un peuple qui suit par habitude une route qui lui est trace depuis long-temps4 ,tandis que le gouvernement de la rpublique ,romaine fait de nouveaux progrs1 et devient de jour en jour plus capable de former et de conduire des entreprises avec sagesse1 combien de ses ennemis furent les victimes de leurs caprices1 s'ils obissoient aux lois d'une pure dmocratie2 ou virent sacrifier leur libert aux passions et aux intrts particuliers de leurs magistrats1 si leur gouvernement toit aristocratique8 ,ces peuples sembloient se relever pour faire la guerre la rpublique ,romaine1 et c'est l une des principales causes de leur perte4 ,les ,romains devoient tre suprieurs1 parce qu'ils opposoient des armes toujours nouvelles1 ou nerves par la paix1 des soldats qu'un exercice continuel des armes rendoit invincibles4 ,au couchant1 le territoire de ,rome confinoit celui des ,toscans1 dont la rpublique toit compose de plusieurs villes libres1 indpendantes1 qui se gouvernoient chacune par des lois et des magistrats particuliers1 mais qui avoient un conseil commun1 charg des affaires gnrales de la ligue4 ,les ,toscans avoient possd autrefois toute l',insubrie2 mais1 abusant de leurs avantages1 peine furent-ils heureux1 que leurs murs s'amollirent1 et leur gouvernement se relcha4 ,les ,gaulois1 qui dans ces circonstances firent une irruption en ,italie sous la conduite de ,bellovse#id1 s'emparrent de cette partie de l',insubrie1 que les ,romains nommrent depuis la ,gaule cisalpine4 ,les mmes raisons qui avoient donn de la supriorit aux ,gaulois sur les ,toscans1 devoient en donner aux ,romains2 c'est--dire1 que les ,toscans ne pouvoient agir avec assez de clrit pour prvenir leurs ennemis1 et les faire chouer4 ,ils perdoient ncessairement rgler leurs intrts et convenir de leurs oprations un temps o il auroit fallu agir4 ,les ,toscans dlibroient encore que les consuls avoient dj remport quelqu'avantage2 tant donc toujours sur la dfensive contre un peuple qui attaquoit toujours1 ils devoient enfin tre vaincus4 #id ,cet vnement arriva sous le rgne de ,tarquin4 ,a l'exception des ,samnites1 les ,romains ne rencontrrent point dans l',italie de plus redoutables ennemis que les ,gaulois4 ,ce fut l'an #cfe de ,rome que ces barbares dfirent son arme la bataille d',allia1 ravagrent son territoire1 et rduisirent un peuple qui devoit vaincre l'univers dfendre le capitole4 ,ces vnemens malheureux1 dont ,camille vengea sa patrie1 avoient fait une impression si profonde dans l'esprit des ,romains1 que pendant long-temps ils ne firent la guerre aux ,gaulois que par des dictateurs4 ,la rpublique1 dit ,tite-,live#ie1 eut plus de peine les dompter qu' subjuguer le reste de l'univers2 aussi1 ordonna-t-elle que les pontifes1 les prtres1 les vtrans1 et gnralement tous les citoyens qui1 par leur ge1 toient dispenss de faire la guerre1 prendroient les armes quand on seroit menac des ,gaulois2 et ,salluste dit que les ,romains combattirent contre eux pour leur salut1 et non pour la gloire#if4 #ie ,plures prope de ,gallis triumphi quam toto orbe terrarum acti sunt4 7,l4 #ch47 #if ,cum ,gallis pro salute1 non pro gloria certare4 7,in ,bel4 ,jug47 ,c'est la bont de leurs armes offensives1 dont toutes les blessures toient mortelles#ig1 leur casque1 leur cuirasse1 leur bouclier1 que les ,romains1 revenus de la premire terreur que leur avoit inspir la bataille d',allia1 durent les avantages frquens qu'ils remportrent depuis sur des ennemis qui alloient nuds au combat#ih1 et dont les pes toient d'une si mauvaise trempe1 qu'il falloit les redresser chaque coup qu'elles portoient4 ,rsister au premier choc des ,gaulois1 dont le courage toit aussi peu constant qu'il toit d'abord imptueux1 ou savoir se rallier aprs avoir t enfonc1 c'toit les vaincre4 ,se dbandant dans la victoire1 leurs premiers avantages leur devenoient inutiles2 et toutes leurs dfaites devoient tre des droutes extrmement sanglantes1 parce qu'ils toient incapables de cesser de combattre avant que d'avoir t mis entirement en fuite4 #ig ,la lame de l'pe romaine toit courte et extrmement large4 ,vgce dit que les ,romains ne frappoient jamais que d'estoc1 parce qu'en frappant de taille on ne fait que des blessures lgres4 ,non de pugn1 sed de fug cogitant1 qui in acie nudi exponuntur ad vulnera444444 ,necesse est enim ut dimicandi acriorem sumat audaciam1 qui munito capite1 vel pectore non timet vulnus4 7,veg4 l4 #a1 ch4 #bj47 #ih ,les ,gaulois qui combattirent ,cannes sous les ordres d',annibal1 toient nuds4 ,il falloit que les ,gaulois fussent des hommes bien inconsidrs1 puisque leurs dfaites1 l'exemple des ,romains et les conseils d',annibal ne les avoient pas corrigs4 ,les ,samnites1 fiers1 opinitres1 ambitieux1 braves et mmes froces1 toient vaincus1 et jamais dompts4 ,leurs plus grandes pertes sembloient ne point diminuer leurs forces1 et accrotre1 au contraire1 leur courage4 ,ils courent toujours avec la mme fureur leurs ennemis pour leur enlever une victoire qu'ils croient toujours quivoque1 et qui ne passe que rarement de leur ct4 ,rome avoit dj fait des conqutes considrables hors de l',italie1 qu'ils n'avoient pas encore dsespr de recouvrer leur libert2 mais leur gouvernement1 semblable celui des ,toscans1 les exposoit aux mmes inconvniens4 ,d'ailleurs1 les ,samnites employoient le temps qu'ils ne faisoient pas la guerre aux ,romains rparer simplement leurs armes1 tandis que ceux-ci se faisoient de nouveaux sujets et de nouveaux allis4 ,la rpublique ,romaine1 qui reprenoit les armes avec des forces toujours plus considrables1 devoit donc enfin craser un peuple qui n'avoit tout au plus que rtabli les siennes4 ,je ne dois pas parler de ,tarente1 de ,capoue1 ni des autres villes de la ,campanie et de la partie orientale de l',italie1 qu'on appeloit alors la ,grande-,grce4 ,ces peuples1 d'abord recommandables par leur sagesse et leur courage1 n'avoient pas conserv long-temps l'esprit des rpubliques dont ils tiroient leur origine1 et quand les ,romains leur firent la guerre1 ils les trouvrent abandonns tous les vices qui avoient soumis la ,grce ,philippe1 pre d',alexandre4 ,c'toit la mme dpravation dans les murs1 le mme luxe1 la mme passion pour les ftes et les spectacles1 le mme mpris pour les lois1 la mme indiffrence pour le bien public1 et les mmes divisions domestiques4 ,il ne suffisoit pas pour l'agrandissement des ,romains qu'ils gagnassent des batailles1 et prissent des villes2 il pouvoit1 au contraire1 arriver qu'ils se ruinassent par ces succs4 ,l'art de devenir puissant par la guerre est autre que celui de vaincre2 et la rpublique ,romaine1 en subjuguant ses premiers ennemis1 seroit tombe dans l'impuissance d'asservir des peuples plus considrables1 si elle n'et mis profit ses victoires par une politique savante1 et qui n'a presque jamais t connue des conqurans4 ,tacite remarque qu',athnes et ,lacdmone#ii1 dont les gnraux toient si savans1 et les soldats si braves1 si bien disciplins et si accoutums vaincre1 loin de se former un grand empire1 ont t les victimes de leur ambition4 ,ces deux rpubliques1 dit-il1 ont pri1 parce qu'elles ont voulu faire des sujets1 et non pas des citoyens des peuples qu'elles avoient vaincus4 ,mais ,romulus1 ajoute-t-il1 n'ayant1 au contraire1 fait la guerre que pour conqurir des soldats#ajj1 ,rome devenoit la patrie des peuples qu'elle avoit soumis2 chaque guerre augmentoit donc ses forces1 au lieu que les ,athniens et les ,spartiates1 qui ne rparoient point les pertes que leur causoit la victoire1 s'affoiblissoient par leurs triomphes mmes4 #ii ,quid aliud exitio ,lacedemoniis et ,atheniensibus fuit1 quamquam armis pollerent1 nisi quod victos pro alienigenis arcebant8 ,at conditor noster ,romulus tantum sapientia valuit1 ut plerosque populos eodem die hostes dein cives habuerit4 7,ann4 l4 #b47 #ajj ,romulus porta une loi1 par laquelle il toit dfendu de tuer1 ou mme de vendre un ennemi qui se rendoit4 ,les ,sabins vaincus devinrent ,romains1 et ce prince admit dans le snat cent des plus nobles citoyens de cette nation4 ,tullus ,hostilius ayant ruin la ville d',albe1 en transporta les habitans ,rome1 et ils y jouirent de tous les droits des anciens ,romains4 ,ancus ,martius1 aprs avoir dtruit quelques bourgades des ,latins1 eut la mme politique4 ,ainsi1 il ne faut point tre surpris que ,rome1 d'abord si foible1 et sous ses derniers rois plus de quatre-vingt mille hommes en tat de porter les armes4 ,il toit naturel que ,romulus ust de la victoire avec modration2 la foiblesse et les besoins des ,romains l'avertissoient continuellement qu'il lui toit plus utile d'incorporer les vaincus sa nation1 et d'en faire des citoyens1 que de les exterminer1 ou de s'en faire des ennemis secrets en leur tant leur libert4 ,ses successeurs devoient aussi se conduire par la mme politique1 et soit qu'ils songeassent se rendre plus redoutables leurs voisins1 soit qu'ils ne voulussent qu'agrandir leur pouvoir dans ,rome1 elle leur toit galement avantageuse4 ,mais aprs l'exil des ,tarquins1 les ,romains devoient voir les intrts de ,rome d'un autre il que ,romulus et ses successeurs4 ,aucun citoyen n'ayant dans la rpublique la mme puissance ni la mme supriorit dont les rois y avoient joui1 aucun citoyen ne devoit trouver un avantage personnel communiquer aux vaincus le droit de bourgeoisie ,romaine4 ,en faisant des ,romains1 les rois se faisoient des sujets2 mais les citoyens de ,rome ne pouvoient se faire que des concitoyens qui seroient entrs en partage de la souverainet mme2 et rien ne devoit parotre moins sage des vainqueurs1 toujours durs1 fiers et imprieux1 que de soutenir des guerres longues et sanglantes pour se faire des concitoyens1 qui1 devenant de jour en jour plus nombreux1 s'empareroient enfin de toute l'autorit4 ,ces motifs1 qui avoient t le principe de la duret des ,athniens et des ,spartiates envers leurs ennemis1 devoient d'autant plus influer dans la conduite des ,romains1 que le snat1 toujours inquit par les entreprises des plbens1 ne devoit pas songer augmenter leurs forces par de nouvelles incorporations4 ,si les ,romains1 en renonant la politique prudente de ,romulus1 avoient pris le parti de traiter leurs ennemis avec rigueur1 ils n'auroient acquis que des sujets inquiets1 toujours prts se rvolter1 et tels1 en un mot1 que ceux des ,athniens et des ,spartiates4 ,pour ne les pas craindre1 il et fallu les affoiblir1 et leur foiblesse n'auroit pas aid leurs matres faire de nouvelles conqutes4 ,malgr les avantages de la rpublique sur ses voisins1 malgr la sagesse de son gouvernement1 de ses lois1 de sa discipline et de ses murs1 il est fort douteux qu'elle ft parvenue rgner sur l',italie2 car des peuples qui auroient senti qu'il s'agissoit de devenir esclaves1 n'auroient pas combattu avec courage1 mais avec dsespoir4 ,les ,romains auroient-ils enfin russi subjuguer l',italie8 ,il est vraisemblable que leur empire1 toujours chancelant1 y et t born4 ,pouvant peine suffire contenir cette grande province dans l'obissance1 comment leur et-il t possible de porter leurs armes au-dehors8 ,n'auroient-ils pas mme d craindre que quelque puissance voisine ne se servt1 pour les ruiner1 de la haine que les ,italiens leur auroient porte8 ,rome1 il faut l'avouer1 alloit se perdre1 lorsque ,camille1 qui venoit de soumettre les ,latins1 la retint sur le bord du prcipice o son orgueil et son emportement la conduisoient4 ,romains1 dit-il1 si1 pour ne plus craindre les ,latins1 vous prenez le parti odieux de les traiter en esclaves1 votre victoire vous devient inutile et mme pernicieuse4 ,elle fera1 au contraire1 la grandeur de la rpublique1 si1 l'exemple de vos anctres1 toujours modrs et justes dans la prosprit1 vous cherchez vous faire des amis et des allis de vos ennemis4 ,ferez-vous prir un peuple1 parce qu'il a dfendu courageusement sa patrie8 ,vous ne me pardonneriez pas de vous en croire capables4 ,cachez sous vos bienfaits le joug que vous voulez imposer aux vaincus4 ,forons-les partager leur amour entre leur patrie et la ntre2 nous acquerrons des amis par notre clmence2 laissons leur reconnoissance le soin d'en faire nos sujets4 ,la rpublique ,romaine contracta l'habitude de former des alliances avec les peuples qu'elle subjuguoit4 ,elle leur laissa leur gouvernement1 leurs magistrats1 leurs lois1 leurs usages1 s'engagea de les protger contre leurs ennemis1 et n'en exigea que quelques secours quand elle feroit la guerre4 ,cette modration#aja1 soutenue d'une politique si sage et si adroite que1 dans les occasions mme1 dit ,polybe1 o les ,romains ne songeoient qu' leurs intrts1 leurs allis croyoient leur devoir quelque reconnoissance1 tablit entr'eux une certaine confiance qui ne leur donna qu'un mme intrt4 ,en mnageant ainsi la vanit des vaincus1 la rpublique ,romaine disposa de leurs forces#ajb1 et son ambition ne causa aucun effroi4 ,il arriva de-l que tous les peuples d',italie1 bien loin de se liguer pour dfendre leur libert1 s'effrayrent et se vainquirent mutuellement sous les drapeaux de ,rome2 et que combattant toujours comme auxiliaires dans ses armes1 ils ne triomphrent en effet que pour lui faire de nouveaux allis1 et se rendre eux-mmes plus dpendans4 #aja ,qui beneficio quam metu obligare homines malit1 exterasque gentes fide ac societate junctas habere quam tristi subjectas servitio4 7,tit4 ,liv4 l4 #bf47 ,plus pene parcendo victis1 quam vincendo imperium auxisse4 7,l4 #cj47 #ajb ,en mme temps que les consuls formoient ,rome quatre lgions pour servir pendant leur magistrature1 ils mandoient aux villes allies de la rpublique1 dont c'toit le tour de fournir un contingent1 de prparer leurs milices1 et de les tenir prtes marcher au premier ordre4 ,ces auxiliaires formoient quatre lgions2 d'o il faut conclure que les ,italiens ont contribu pour la moiti tous les succs des ,romains4 ,nous voyons aujourd'hui les puissances se troubler et s'agiter au moindre mouvement d'ambition qu'elles aperoivent dans l'une d'elles4 ,un grand prince n'a point de voisin qu'il puisse accabler impunment1 parce que la politique gnrale1 qui lie toutes les nations entre elles1 communique aux plus petits tats les forces de l',europe entire1 et les soutient malgr leur foiblesse ou les dfauts de leur gouvernement4 ,la maxime qu'il faut embrasser le parti plus fort1 est une maxime dcrie2 on fait des ligues1 des associations2 et quoique chaque puissance regarde son voisin comme son ennemi1 on diroit qu'elle se rserve le droit de le subjuguer2 elle le dfendra s'il est foible1 parce que c'est une barrire qui la couvre4 ,quelque simple et naturelle que nous paroisse aujourd'hui cette politique1 qu'on remarque avec quelle lenteur elle a fait ses progrs parmi nous1 et on ne reprochera point aux peuples d',italie de ne l'avoir pas connue4 ,pour y parvenir1 il a fallu que nos tats modernes1 lis pendant long-temps par un commerce de ngociations continuelles1 aient eu ensemble les mmes craintes et les mmes esprances4 ,lorsque la rpublique ,romaine commena faire ses conqutes1 les ,italiens n'avoient1 au contraire1 aucune liaison entre eux4 ,chaque ville se bornoit examiner ce qui se passoit dans les villes qui l'entouroient1 et chaque tat n'avoit pour ennemis que ses voisins4 ,les puissances1 qu'on accuse parmi nous d'avoir aspir la monarchie universelle1 ont montr leur ambition avec effronterie2 force d'insultes1 de bruit1 de menaces1 elles ont elles-mmes ligu et arm l',europe contre elles2 mais les ,romains1 loigns de cette avidit mal entendue1 cachoient1 au contraire1 avec un soin extrme leur ambition1 et sembloient faire la guerre moins pour leur propre avantage que pour celui de leurs allis4 ,il ne faut donc pas tre tonn s'il ne se forma point de ligue contre eux1 et qu'ils aient mme toujours t les matres de n'avoir qu'une guerre la fois#ajc4 ,quand leur ambition se seroit montre avec assez d'clat pour devoir runir les peuples d',italie1 et ne leur donner qu'un mme intrt1 peut-tre mme qu'on n'auroit os prendre des mesures efficaces pour s'opposer aux progrs des ,romains4 ,qu'il s'lve aujourd'hui en ,europe une puissance dont les forces soient suprieures celles de chaque tat en particulier1 et qui les surpasse tous par la bont de sa discipline militaire et par son exprience la guerre2 que cette puissance1 toujours conduite par les mmes principes1 ne se laissant blouir par ses succs ni abattre par ses revers1 ait la constance de ne jamais renoncer ses entreprises1 et la sagesse hardie de prfrer une ruine entire une paix qui ne seroit pas glorieuse1 et l'on verra bientt disparotre ces ligues1 ces confdrations1 ces alliances qui conservent chaque tat son indpendance4 ,qu'on le remarque avec soin2 notre politique moderne est l'ouvrage de deux passions2 l'une est la crainte qu'inspire l'inquitude de quelque peuple qui veut dominer2 l'autre est l'esprance de lui rsister1 parce qu'il n'a en lui-mme ni les qualits ni les ressources ncessaires pour tout subjuguer4 ,dtruisez1 force de sagesse et de courage1 cette esprance1 il ne restera que la crainte1 et ds-lors l',europe ne tardera pas perdre sa libert4 #ajc ,les ,romains soumirent successivement les ,sabins1 les ,eques1 les ,volsques1 les ,fidenates1 les ,falisques1 c4 ,ils n'eurent jamais affaire la fois deux de ces peuples4 ,ils toient tous subjugus et allis des ,romains1 quand la premire guerre contre les ,samnites commena4 ,ceux-ci tant puiss et contraints de demander la paix1 les ,latins prirent les armes et furent vaincus4 ,les ,samnites essayrent alors de se venger1 mais leur dfaite donna le temps aux ,romains de soumettre les ,toscans2 aprs quoi recommena la troisime guerre contre les ,samnites4 ,l'effet que produiroit parmi nous la puissance dont je parle1 la rpublique ,romaine le produisit autrefois dans l',italie4 ,ce n'toit qu' la dernire extrmit qu'on devoit se rsoudre rompre avec un peuple1 dont tous les jours quelque ville prouvoit la supriorit1 qui ne recevoit un chec que pour s'en venger avec plus d'clat1 et qu'on auroit plutt extermin que contraint faire une dmarche indigne de son courage et contraire ses principes4 ,on voit un exemple remarquable de cette fermet singulire des ,romains1 dans la guerre que leur fit ,coriolan4 ,aprs plusieurs succs1 ce capitaine s'toit approch jusqu'aux portes de ,rome1 dont il forma le sige4 ,une terreur gnrale glace les esprits4 ,chaque citoyen croit que le moment fatal de la rpublique est arriv4 ,on court en foule dans les temples2 on fait des processions et des sacrifices4 ,le snat voit sa perte certaine1 et il ne lui vient cependant pas dans la pense de sauver ,rome en accordant ,coriolan ses demandes1 c'est--dire1 la restitution des terres conquises sur les ,volsques4 ,il dsespre de son salut1 et il s'en tient firement la rponse qu'il avoit d'abord faite3 ,que les ,romains ne pouvoient rien accorder la force sans violer leurs maximes et leurs usages2 qu'ils ne traiteroient point avec un rebelle tant qu'il auroit les armes la main2 qu'il se retirt sur les terres des ,volsques1 et que la rpublique verroit alors ce que la justice exige d'elle4 ,ce qui doit nous parotre le plus surprenant dans la fortune des ,romains1 c'est qu'ils aient suffi faire une guerre continuelle depuis le rgne de ,numa jusqu' la fin de la premire guerre ,punique#ajd1 qu'ils fermrent pour la seconde fois le temple de ,janus4 ,c'est une espce de prodige qu'une ville qui n'a jamais besoin de repos1 tandis qu'aucune de nos nations modernes ne pourroit soutenir une guerre mme heureuse pendant trente ans1 sans tre oblige de faire la paix pour rparer ses forces puises4 ,mais je viens de remarquer que ,rome ne chercha d'abord qu' conqurir des citoyens1 et la guerre les multiplia en effet tel point1 que1 dans le cens de ,servius ,tullius1 on y compta plus de quatre-vingt mille hommes en tat de porter les armes4 ,si les ,romains1 aprs l'tablissement de la rpublique1 prirent l'usage de se faire des allis1 et non pas des concitoyens1 des peuples qu'ils soumettoient1 cette nouvelle politique ne leur fit aucun tort1 parce que ces allis eux-mmes supportoient une partie des pertes que la guerre causoit4 ,d'ailleurs1 les institutions de la rpublique toient extrmement favorables la propagation1 et les ,romains donnrent assez souvent des familles trangres le droit de bourgeoisie1 pour que le nombre des citoyens augmentt chaque cens4 #ajd ,elle finit l'an de ,rome #eaj4 ,on voit par-l que les ,romains firent continuellement la guerre pendant prs de cinq sicles4 ,la guerre exige aujourd'hui des dpenses normes1 et les conqutes d'un peuple ne le ddommagent presque jamais de ce qu'elles lui ont cot4 ,la rpublique ,romaine faisoit1 au contraire1 la guerre sans frais jusqu'au sige de ,vies#aje2 elle ne donna point de paie ses soldats1 parce que ces expditions toient courtes4 ,il n'toit question que de sortir de ,rome1 d'aller au-devant de l'ennemi1 de le combattre2 et si on prenoit une ville1 c'toit par escalade4 ,le citoyen portoit avec lui les vivres qui lui toient ncessaires1 et il revenoit charg de butin4 ,quand les vues des ,romains s'agrandirent1 que leurs campagnes devinrent plus longues et plus difficiles1 et qu'il fallut donner une paie au soldat qui abandonnoit la culture de ses terres et le soin de ses affaires domestiques1 la guerre1 pour me servir de l'expression de ,caton1 nourrissoit encore alors la guerre4 ,les armes1 accoutumes une extrme frugalit1 vivoient aux dpens des ennemis2 et comme les entreprises toient plus importantes1 le butin fut aussi plus considrable4 ,la rpublique en laissoit une assez grande partie aux soldats pour qu'ils souhaitassent toujours la guerre2 elle se ddommageoit de ses avances en vendant le reste2 et1 aprs avoir rpar ses fonds1 il lui restoit encore beaucoup de terres conquises qu'elle partageoit entre ses plus pauvres citoyens1 ou dont elle formoit le domaine d'une colonie4 #aje ,l'an de ,rome #cdg4 ,ce sige dura dix ans4 ,la guerre tenoit donc lieu chez les ,romains de cette industrie1 de ce commerce1 de ces arts1 de cette conomie qui sont les seules sources de la richesse des peuples modernes4 ,le citoyen trouvoit un avantage particulier tre soldat1 et les soldats seuls entretenoient l'abondance ,rome par leurs victoires2 la rpublique ne devoit donc faire la paix avec un de ses voisins1 que pour tourner l'effort de ses armes contre un autre4 ,aujourd'hui que1 par une suite de l'administration tablie chez les puissances de l',europe1 toutes les richesses de l'tat sont entre les mains d'un petit nombre d'hommes1 que le reste ne subsiste que par industrie1 et que les citoyens1 nobles1 magistrats1 soldats1 commerans1 laboureurs1 ou artisans forment des classes diffrentes dont les intrts sont opposs1 ou du moins diffrens1 comment seroit-il possible de leur rendre la guerre galement avantageuse8 ,elle doit tre un flau pour toutes les nations2 sans enrichir les armes mmes1 elle appauvrit tous les citoyens dont elle ruine l'industrie et suspend le commerce1 tandis qu'ils sont obligs de payer des subsides plus considrables4 ,le gouvernement1 retenu par les murmures du peuple1 et qui1 de jour en jour peroit les impositions avec plus de difficult1 se trouve donc enfin dans l'impuissance de poursuivre ses entreprises2 et les sujets1 accabls des maux de la guerre1 n'aiment et ne dsirent que la paix4 ,aprs ce que j'ai dit jusqu'ici des diffrentes causes qui concouroient l'agrandissement des ,romains1 si on se rappelle combien la conqute seule de l',italie leur cota de peines1 de soins1 de travaux1 l'ambition de nos tats modernes doit parotre une inquitude purile4 ,qu'on y rflchisse1 ce n'est qu'une nation de soldats qui peut subjuguer ses voisins1 parce qu'elle seule peut avoir cette discipline excellente qui prpare les succs1 cette fermet qui rend inbranlable dans le malheur1 cette avidit insatiable pour la gloire1 qui ne se lasse jamais de vaincre1 et sur-tout ces sages institutions qui1 en proscrivant tout ce qui n'est pas utile la guerre1 ne lui laissent de passion que pour la libert et les combats1 et lui fournissent naturellement les moyens de profiter d'une premire conqute pour en faire plus aisment une seconde4 ,quel spectacle nous prsente aujourd'hui une nation6 ,on voit quelques hommes riches1 oisifs et voluptueux qui font leur bonheur aux dpens d'une multitude qui flatte leurs passions1 et qui ne peut subsister qu'en leur prparant sans cesse de nouvelles volupts4 ,cet assemblage d'hommes1 oppresseurs et opprims1 forme ce qu'on appelle la socit1 et cette socit rassemble ce qu'elle a de plus vil et de plus mprisable1 et en fait ses soldats2 ce n'est point avec de pareilles murs1 ni avec de pareils bras que les ,romains ont vaincu l'univers4 ,je ne crains point de me tromper en avanant que l'ambition parmi les ,europens1 loin de conduire un peuple la monarchie universelle1 doit hter sa dcadence4 ,quel tat en effet n'est pas accabl du poids des dettes que la guerre l'a oblig de contracter8 ,le plus obr1 c'est celui qui a fait les plus grandes entreprises4 ,quelques princes ont recul leurs frontires2 mais ont-ils accru leurs forces en agrandissant leur territoire8 ,il n'y a point de nation en ,europe qui ne trouve son vritable avantage cultiver soigneusement la paix2 si elle fait la guerre pour un autre objet que sa dfense1 elle va contre ses intrts2 et un peuple qui ne les consulte pas dans chacune de ses entreprises1 quel bonheur peut-il se promettre8 ,malgr tous les avantages que la rpublique ,romaine avoit sur ses ennemis1 jamais elle ne seroit parvenue les asservir1 si1 par la forme mme de son gouvernement1 elle n'et t force se conduire par des principes et des maximes invariables1 qui devinrent le ressort de tous ses mouvemens1 et qui la poussoient au but qu'elle ne perdit jamais de vue4 ,qu'on jette les yeux sur les traits1 les alliances1 les ligues que nos peuples ont faits depuis le commencement de ce sicle2 et l'on croira qu'aucun tat n'a d'intrt fixe et certain1 que l'intrigue a pris la place de la politique1 qu'au lieu de gouverner les affaires1 on leur obit1 et qu'on est ami ou ennemi au hasard4 ,chez les ,romains1 le magistrat toit oblig de prendre l'esprit de sa nation1 et de la conduire selon ses intrts4 ,aujourd'hui l'intrt d'un peuple1 c'est l'intrt personnel de ceux qui le gouvernent4 ,l'homme timide ou modr ne voit point les objets du mme il que l'homme courageux ou ambitieux4 ,de-l dans tous les tats1 cette conduite tour--tour foible1 intrpide1 ambitieuse1 dsintresse1 parce qu'ils obissent successivement des matres qui ont des lumires1 et sur-tout des passions diffrentes4 ,il arrive trs-rarement qu'un prince suive la route que son prdcesseur lui a trace2 il change mme souvent de caractre et de politique en changeant de ministre3 ainsi une nation ne fait jamais qu'baucher des entreprises4 ,l'histoire de nos pres nous instruit d'avance de l'histoire de nos neveux4 ,comme il s'est fait jusqu' prsent1 il se fera encore dans la suite un balancement de fortune entre tous les peuples de l',europe4 ,un tat gouvern par un prince habile et ambitieux sera prt tout envahir1 et il deviendra subitement le jouet de ses voisins4 ,a un ,charlemagne succdera un ,louis-le-,dbonnaire2 l'difice lev par le hros s'croulera sous le prince imbcille4 ,l'un avoit communiqu son gnie sa nation2 il voyoit tout1 il remdioit tout2 l'autre ne verra que sa cour1 ses favoris et ses domestiques2 embarrass de sa puissance1 il ne saura pas employer ses forces1 et sera humili par un ennemi beaucoup moins puissant que lui1 mais courageux1 sage et clair4 ,ces jeux bizarres1 mais ordinaires de la fortune1 contribueront1 si je ne me trompe1 plus efficacement que notre politique de l'quilibre1 conserver chaque peuple son indpendance4 ,les premires guerres des ,romains ne furent que des courses o la bravoure dcidoit de tout4 ,il auroit fallu peu de science leurs ennemis pour les vaincre2 mais aussi ignorans qu'eux1 ils ne leur opposoient ni ruses ni manuvres habiles4 ,les consuls1 toujours heureux1 ne savoient pas qu'il y a des circonstances o il faut vaincre par la force1 et d'autres o il faut chercher la victoire1 en feignant d'y renoncer4 ,les ,romains vouloient toujours combattre1 et la confiance qu'ils avoient en leur courage exigeoit qu'on chasst l'ennemi par la force2 le vaincre sans l'accabler du poids des lgions1 ce n'et t pour eux qu'une demi-victoire#ajf4 #ajf ,voyez la diffrence que les ,romains mettoient entre le triomphe et l'ovation4 ,caus ovationis h traduntur1 si non penitus debellati essent hostes4444 si fusi essent1 fugati1 percussi1 consternati1 non tamen magnis cladibus affecti44444 denique si incruento prlio pugnatum esset4 ,il falloit que les ennemis eussent perdu au moins cinq mille hommes dans un combat1 pour que le consul obtnt les honneurs du grand triomphe4 ,quelle grossiret6 ,ces prjugs1 ns avec la rpublique1 flattoient si agrablement son orgueil1 qu'ils y subsistrent long-temps encore aprs que ses gnraux eurent port la science de la guerre son plus haut point de perfection4 ,l'adresse que ,marcius et ,attilius employrent pour tromper ,perse1 et l'empcher de commencer les hostilits avant que la rpublique et envoy ses lgions dans la ,grce1 fut condamne ,rome par une partie du snat qui se piquoit1 ainsi que le rapporte ,tite-,live1 de conserver les sentimens des anciens ,romains4 ,rome1 disoient ces snateurs1 ddaigne de se servir de ruses1 et de tendre des piges2 le jour doit clairer ses armes et ses exploits4 ,elle ne sait ce que c'est que de donner1 par une fuite simule1 une fausse confiance ses ennemis pour se jetter sur eux1 et les accabler dans leur scurit4 ,nos pres aimoient la gloire2 ils ne ternissoient point leur courage en y associant des finesses2 et aprs avoir dclar la guerre1 ils assignoient mme le jour et le lieu du combat4 ,l'affront des ,fourches ,caudines rendit les consuls plus attentifs sur eux-mmes#ajg4 ,ils commencrent ds-lors se conduire avec une certaine intelligence1 et faire la guerre par principes4 ,craignant les embuscades et les piges1 ils apprirent en dresser4 ,leurs marches devinrent plus savantes1 et ds qu'ils surent qu'une arme pouvoit tre coupe et comme assige en pleine campagne1 ils voulurent connotre un pays avant que de s'y engager4 ,le point le plus difficile pour les ,romains1 c'toit de les accoutumer regarder la guerre comme un art qui avoit besoin d'autre chose que du courage1 et d'une discipline rigide2 ds qu'ils commencrent mditer1 leurs progrs furent rapides4 #ajg ,une arme ,romaine passa sous le joug1 l'an de ,rome #dca4 ,ils prirent toujours chez leurs ennemis ce qu'ils y trouvrent d'avantageux#ajh4 ,leurs succs1 leurs dfaites1 ils mettoient tout profit2 et chaque peuple qu'ils vainquirent leur donna en quelque sorte une leon de guerre4 ,les ,samnites sur-tout leur firent faire des efforts extraordinaires1 tendirent par-l leurs vues et leurs connoissances1 et les mirent en tat de repousser d',italie un prince qui avoit fait ses premires armes sous les lieutenans d',alexandre4 ,pyrrhus ne trouve rien de barbare dans leur manire d'asseoir un camp1 et de disposer une arme4 ,avec les forces que ce prince avoit amenes au secours des ,tarentins1 et les allis qu'un politique plus habile que lui se seroit faits en ,italie1 il devoit peut-tre ruiner la rpublique ,romaine1 et il lui apprit seulement vaincre les ,carthaginois4 #ajh ,neque superbia obstabat quominus instituta aliena1 si modo proba erant1 imitarentur ,majores nostri4 ,arma atque tela militaria ab ,samnitibus1 insignia magistratuum ab ,tuscis pleraque sumpserunt2 postrem quod utique apud socios aut hostes idoneum videbatur1 cum summo studio domi exsequebantur1 imitare quam invidere bonis malebant4 ,sall4 in ,bel4 ,cat4 ,l'ambition de ce prince inquiet et avide devanoit la rapidit de ses armes4 ,en entrant dans l',italie1 il lui tardoit de conqurir la ,sicile1 et peine a-t-il mis le pied dans cette le1 qu'il dvore l',afrique1 et voudroit dj avoir vaincu ,carthage4 ,il savoit vaincre2 mais son impatience le dgotoit de ses entreprises avant que de les avoir consommes4 ,les ,romains ne se soutinrent contre ,pyrrhus que par ,pyrrhus mme4 ,leurs armes avoient t entirement dfaites prs de ,syris1 et mises en droute ,asculum4 ,une troisime action pouvoit rduire les ,romains1 qui n'toient pas encore accoutums de combattre contre des lphants1 dfendre leur propre ville2 mais au lieu de poursuivre son avantage1 ,pyrrhus entame une ngociation mal-entendue1 et quand il ne devoit inspirer que de la crainte ses ennemis1 il leur redonne de la confiance4 ,etonn par le rcit de ,cynas1 qui1 disoit-il1 avoit vu dans le snat de ,rome une assemble de rois1 et dj ennuy de la constance que les ,romains lui opposoient1 il abandonne les ,tarentins leurs allis1 et l',italie1 pour voler au secours de ,syracuse et d',agrigente1 que les ,carthaginois vouloient soumettre leur domination4 ,la rpublique ,romaine mit profit l'absence de ce prince2 et quand il repassa en ,italie pour relever les affaires dsespres de ,tarente1 il fut battu ,bnvent1 et forc de chercher un asyle dans ses tats4 ,c'est peu de temps aprs la retraite de ,pyrrhus que les ,romains inventrent cet ordre de bataille1 auquel ,polybe attribue les avantages qu'ils continurent remporter sur leurs ennemis4 ,ils se rangeoient sur trois lignes1 et chaque ligne1 au lieu de former une masse pesante d'infanterie1 qui n'auroit eu que des mouvemens lents et difficiles1 toit compose de diffrens corps spars les uns des autres1 et par-l capables des volutions les plus rapides4 ,les princes qui formoient la seconde ligne toient placs vis--vis les intervalles que laissoient entre elles les cohortes des hastaires1 qui formoient le premier rang1 et les corps des triaires1 c'est--dire1 des soldats les plus braves et les plus expriments1 placs en troisime ligne1 rpondoient aux intervalles des princes1 et faisoient la rserve de l'arme4 ,outre que cette disposition est plus propre que la phalange des ,grecs1 et l'ordonnance des ,barbares1 viter l'effort des lphants1 car il suffisoit de faire un mouvement lger pour que l'arme ,romaine s'ouvrt et se formt en colonne1 elle offroit un moindre front aux armes de jet des ,velites4 ,il falloit vaincre pour ainsi dire trois fois les ,romains dans la mme action4 ,si les hastaires toient enfoncs1 les princes s'avanoient1 les soutenoient et leur donnoient le temps de se rallier derrire eux pour fondre une seconde fois sur l'ennemi1 auquel les triaires enlevoient encore quelquefois la double victoire qu'il avoit dj remporte4 ,les ,grecs et les successeurs d',alexandre ne connoissoient qu'un mme ordre de bataille1 c'est celui de la phalange1 compose de seize mille hommes1 rangs sur seize de profondeur4 ,on peut voir dans les historiens quelles toient les armes de ces soldats1 et l'on ne sera point tonn que ,paul ,emile en ft effray la premire fois qu'il combattit contre ,perse4 ,la phalange paroissoit invincible1 et elle l'toit en effet1 dit ,polybe1 tant qu'elle demeuroit unie2 mais ajoute-t-il1 il toit rare qu'occupant vingt stades1 elle trouvt un terrein qui lui convnt4 ,une hauteur1 un foss1 une fondrire1 une haie1 un ruisseau en rompoient l'ordonnance1 et ses ennemis pouvoient alors la ruiner d'autant plus aisment1 et pntrer dans les intervalles qu'elle laissoit en se rompant1 que tel est l'ordre de la phalange1 continue le mme historien1 que le soldat ne peut faire aucune volution1 ni combattre corps corps1 cause de la longueur de ses armes4 ,sans aucun obstacle tranger1 il toit mme impossible que la phalange ne souffrt pas quelque flottement ds qu'elle se mettoit en mouvement4 ,les cohortes ,romaines1 aussi capables de toutes sortes d'volutions1 que la pesante ordonnance des ,grecs l'toit peu1 avoient donc un avantage considrable sur la phalange4 ,pour la vaincre1 il ne s'agissoit que de la forcer combattre sur un terrain ingal1 ou avant que de l'attaquer1 de la rompre par le secours des ,velites1 ou de la forcer marcher4 ,ce que ,polybe dit1 en comparant l'ordonnance lgre des ,romains celle des ,macdoniens1 il faut1 plus forte raison1 l'appliquer l'ordre de bataille des autres peuples1 dont l'infanterie1 toute presse en un corps1 avoit les inconvniens de la phalange1 sans en avoir les avantages4 ,deux et mme trois phalanges places les unes derrire les autres ne fortifioient point une arme1 parce qu'elles ne se donnoient aucun secours4 ,annibal en fit l'preuve ,zama4 ,il composa sa premire phalange de tout ce qu'il avoit de plus mdiocre dans ses troupes1 se flattant qu'aprs que les ,romains se seroient fatigus la tailler en pices1 il fondroit sur eux avec la seconde phalange1 et les mettroit aisment en fuite4 ,ce grand homme fut tromp dans ses esprances4 ,sa premire phalange1 qui fut rompue et enfonce1 se jeta sur la seconde1 y porta le dsordre1 et l'entrana dans sa droute avant mme que les ,romains l'eussent approche4 ,,livre ,,cinqui,,me4 ,tandis que ,rome toit occupe subjuguer l',italie1 ,carthage1 qui rgnoit depuis long-temps sur l',afrique1 tendoit sa domination hors de son continent4 ,elle avoit fait des conqutes considrables en ,espagne2 la ,sardaigne toit soumise1 et la ,sicile sembloit ne pouvoir viter le mme sort4 ,des richesses immenses1 produit du commerce le plus florissant1 enfloient l'orgueil des ,carthaginois2 et parce qu'ils toient le peuple le plus riche du monde1 ils se croyoient destins le gouverner4 ,mais les ,romains pensoient que cet empire devoit tre le prix de leur courage1 de leur patience et de leur amour pour la gloire4 ,ces deux nations1 force de vaincre leurs ennemis1 soumirent tous les peuples qui les sparoient2 elles se firent la guerre1 et peut-tre que l'histoire n'offre point de spectacle plus beau1 plus intressant1 et la fois plus instructif que la rivalit de ces deux rpubliques4 ,carthage1 fonde par ,didon plusieurs sicles avant ,romulus1 obit d'abord des rois2 mais elle ne tarda pas en secouer le joug pour se gouverner en ville libre4 ,deux sufftes1 dont la magistrature toit annuelle1 prsidoient un snat nombreux qui les avoit lus2 ils en convoquoient les assembles1 et y proposoient les matires qui devoient tre l'objet des dlibrations4 ,tant que les avis toient unanimes dans le snat1 ce corps rgloit tout1 ordonnoit tout1 et le gouvernement toit absolument aristocratique4 ,mais au dfaut d'unanimit1 les affaires toient portes devant le peuple1 que ses magistrats assembloient dans la place publique#aji2 il dcidoit la pluralit des suffrages1 et le gouvernement devenoit alors purement dmocratique2 ainsi la souverainet toute entire1 appartenant tour tour chacun des deux ordres de l'tat1 ,carthage1 alternativement gouverne par le snat ou par le peuple1 n'avoit aucune rgle constante de conduite4 ,aristote et ,polybe1 tromps par ses deux sufftes1 son snat et ses assembles du peuple1 ont donc eu tort de comparer cette rpublique1 l'un celle des ,spartiates1 l'autre celle des ,romains1 o l'aristocratie1 la royaut et la dmocratie unies1 fondues ensemble1 et toujours tempres les unes par les autres1 formoient une police mixte qui rassembloit les avantages de tous les autres gouvernemens4 #aji ,ces magistrats du peuple toient au nombre de #aje4 ,les auteurs latins les appellent centum-viri1 centum-virs2 ils toient les juges de toutes les affaires civiles4 ,a peine les ,carthaginois se furent-ils form un tablissement solide1 qu'occups1 l'exemple des ,tyriens dont ils descendoient1 de la seule passion d'tendre leur commerce1 d'acqurir et d'amasser des richesses#aaj1 ils durent avoir tous les vices que produit l'avarice4 ,si ces vices ruinrent le sage gouvernement des ,romains1 quels ravages ne durent-ils pas causer chez les ,carthaginois1 dont les lois n'toient propres ni prvenir1 ni rprimer les abus8 ,la probit et les talens ne furent compts pour rien2 c'est aux seuls citoyens riches qu'on dfroit les magistratures1 et il leur toit mme permis d'en possder plusieurs la fois4 ,n'y ayant plus d'galit entre les magistrats1 et leurs fonctions n'tant pas spares1 les haines et les jalousies prirent la place de l'mulation2 et de-l naquirent ces cabales1 ces partis presqu'aussi anciens que la rpublique1 et auxquels ses intrts furent continuellement sacrifis4 ,on ne concevroit point que les ,carthaginois eussent conserv leur libert jusqu'au temps o ils firent la guerre aux ,romains1 si on ne faisoit attention que leur esprit1 plus occup de leurs banques et de leurs comptoirs que de tout autre objet1 et rtrci par l'intrigue1 ne s'ouvroit point aux grandes choses comme celui des ,romains4 ,tandis que les uns1 naturellement lches et timides1 s'insultoient en citoyens1 et ne cherchoient dominer que par des voies sourdes et dtournes1 les autres1 fiers et courageux comme leur rpublique1 avoient son ambition et dcidoient leurs querelles par les armes4 ,la modration mme que les ,carthaginois conservoient au milieu de tous leurs vices1 donne une ide dsavantageuse de leur caractre1 et la foiblesse qui les empche d'tre aussi mchans que les ,romains1 ne les rend que plus mprisables4 #aaj ,l'avarice des ,carthaginois toit une passion basse et sordide2 ils ne savoient pas jouir de leur fortune4 ,huet1 dans son histoire du commerce1 et de la navigation des anciens1 ,chap4 #ae1 dit que les ,romains appeloient par drision les ,carthaginois1 mangeur de bouillie4 ,carthage soumit cependant ses voisins2 c'toient sans doute des peuples incapables de conserver leur indpendance4 ,ses premiers succs1 les contributions qu'elle exigea de ses ennemis1 et les dpouilles des vaincus1 lui inspirrent une confiance qui ne fut qu'un vice de plus dans sa constitution4 ,quoique marchands1 les ,carthaginois voulurent tre conqurans1 et s'ils ne continuoient pas trouver des peuples aussi mal gouverns qu'eux1 aussi corrompus1 plus foibles et diviss d'intrt1 ils devoient ncessairement prir2 car il est impossible qu'une rpublique1 telle que ,carthage1 qui n'a que des soldats mercenaires1 et dont les magistrats ne sont pas les capitaines#aaa1 ait le gnie propre commencer1 suivre et consommer de grandes entreprises de guerre4 ,accoutume voir ses intrts sous un autre point de vue qu'une nation militaire1 et travers d'autres prjugs1 elle aime la paix qui fait fleurir son commerce1 et doit par consquent faire mal la guerre4 ,ses projets1 toujours trop grands ou trop petits1 ne seront jamais concerts avec sagesse1 et elle ne les excutera qu'en se dfiant d'elle-mme1 ou en prsumant trop de ses forces4 ,elle aura de l'esprance1 ou la perdra mal propos2 arrogante dans la prosprit1 elle n'aura aucune fermet dans les revers2 ne pouvant donc faire la guerre avec avantage1 il faut qu'elle y trouve enfin sa perte4 #aaa ,chez les ,carthaginois1 le commandement des armes n'toit attach aucune magistrature4 ,le snat ou le peuple faisoit gnral un officier qui s'toit distingu1 ou qui savoit mieux briguer la faveur publique4 ,si on rapproche ces rflexions gnrales de ce que j'ai dit jusqu'ici des institutions politiques des ,romains1 il parotra sans doute surprenant que la premire guerre ,punique ait dur vingt-un ans et n'ait pas fini par la ruine entire de ,carthage4 ,mais il faut faire attention que la rpublique ,romaine1 se trouvant transporte dans un ordre de choses tout nouveau1 ne put pas d'abord profiter de toute la supriorit que son gouvernement1 ses murs et sa discipline militaire lui donnoient sur les ,carthaginois4 ,il ne s'agissoit plus de faire la guerre comme elle l'avoit faite jusqu'alors dans l',italie1 de s'tendre de proche en proche1 et d'armer seulement quatre lgions2 il falloit se faire de nouvelles maximes1 et une politique en quelque sorte toute nouvelle2 et ce moment est presque toujours fatal un peuple1 parce qu'il n'est point clair par l'exprience2 et qu'entran par la force de l'habitude1 il veut encore imiter quand il doit imaginer4 ,les ,carthaginois1 au contraire1 qui1 depuis long-temps1 faisoient la guerre dans les provinces loignes et avec des armes nombreuses1 devoient encore avoir un avantage considrable sur les ,romains1 par l'exprience qu'ils avoient de la mer4 ,je sais que la navigation toit un art aussi born chez les anciens qu'il est tendu chez nous2 que tout se rduisoit1 de la part des matelots1 connotre de certains prsages#aab du beau et du mauvais temps1 manier avec adresse le gouvernail1 et ramer de concert1 et que le courage du soldat dcidoit du sort des batailles navales4 ,mais les ,romains1 qui n'avoient jamais vu que des barques de pcheurs1 toient trop sages pour n'tre pas intimids par leur ignorance4 ,les honneurs extraordinaires qu'ils accordrent au consul ,duilius1 qui dfit le premier une flotte ,carthaginoise1 prouvent combien cette victoire toit inattendue4 #aab ,voyez ,vegce1 l4 #e1 ch4 #aj1 #aa et #ac4 ,aprs avoir vaincu1 les ,romains s'essayoient encore1 et ils avoient besoin de plusieurs succs conscutifs pour avoir sur mer la mme confiance qu'ils avoient sur terre4 ,d'ailleurs1 l'empire des ,carthaginois se soutenoit par son propre poids contre des checs lgers1 et ne pouvoit tre branl que par de grands ,revers2 mais la pauvret de la rpublique romaine ne lui permettoit pas de former de grandes entreprises4 ,elle ne connoissoit l'usage des monnoies d'argent que depuis peu d'annes#aac1 et quelques secours qu'elle ret de la gnrosit des citoyens1 ils toient beaucoup moins considrables que les fonds ordinaires qu'une rpublique aussi riche que ,carthage destinoit la guerre4 #aac ,l'an de ,rome #dha1 la rpublique commena avoir quelque monnoie d'argent1 et la premire guerre ,punique commena l'an #dhi4 ,ces causes particulires rendirent en quelque sorte les ,romains infrieurs eux-mmes dans le cours de la premire guerre ,punique4 ,ils n'ignoroient pas sans doute la fameuse diversion d',agathocles#aad1 et ils toient instruits de la duret avec laquelle ,carthage rgnoit sur l',afrique1 et quelque avantage qu'ils dussent se permettre en y transportant le thtre de la guerre1 ils ne se dterminrent que tard y faire passer une arme4 ,la bataille d',ecnome ayant enfin mis ,rgulus en tat d'assiger ,carthage1 ce gnral pouvoit ds-lors excuter ce que firent depuis les ,scipions2 mais sa rpublique se dfia de ses propres forces et de ses lumires1 et se trouvant en quelque sorte embarrasse par la grandeur de son entreprise1 rappela en ,italie un consul et une partie des lgions4 ,les ,romains1 aprs la dfaite de ,rgulus1 parurent vouloir se venger avec clat2 ils remirent en mer une flotte de trois cents vaisseaux1 et au lieu de porter une seconde fois la guerre en ,afrique1 o ils n'auroient plus trouv un ,xantippe#aae2 ils se contentrent de retirer d',aspis les soldats de ,rgulus qui s'y toient rfugis4 #aad ,agathocles1 tyran de ,syracuse1 tant vivement press par les ,carthaginois qui assigeoient sa ville1 s'embarqua avec ses principales forces1 et fit une descente en ,afrique4 ,il s'approcha de ,carthage mme1 la menaa d'en former le sige1 et par cette heureuse diversion1 la contraignit rappeler les troupes qu'elle avoit en ,sicile4 #aae ,xantippe1 ,lacdmonien1 toit venu au secours de ,carthage1 et ayant pris le commandement de son arme1 battit ,rgulus4 ,les ,carthaginois le firent prir1 pour s'pargner le soin de lui tmoigner leur reconnoissance4 ,depuis que la rpublique ,romaine1 claire par ses fautes mmes1 et familiarise avec les grandes entreprises par une guerre de vingt-un ans1 toit aussi exerce combattre sur mer que sur terre1 et s'toit enrichie par la possession de la ,sicile et des autres pays qui lui avoient t cds1 il semble que ,carthage ne pourra viter sa ruine1 si elle recommence la guerre contre les ,romains4 ,elle devroit mme n'avoir aucun succs important2 mais les tats ne font pas toujours ce qu'ils doivent naturellement faire4 ,la fortune se plat quelquefois confondre la sagesse des hommes1 pour leur montrer qu'ils ne sont jamais assez sages4 ,rome1 faite pour tout conqurir1 est prte tre subjugue par les ,carthaginois2 c'est l un de ces phnomnes irrguliers que prsente l'histoire1 et dont la politique ne peut trop tudier les causes4 ,l'application successive d',amilcar1 d',asdrubal et d',annibal1 former les armes une excellente discipline1 avoit suppl tout ce qui manquoit au gouvernement de ,carthage1 pour avoir des soldats aussi braves que ceux de la rpublique ,romaine4 ,ces hommes rares1 qui devoient tout leurs talens et rien aux institutions de leur patrie1 eurent presque l'art d'inspirer une milice mercenaire et compose de diffrentes nations1 le mme zle1 la mme fidlit et la mme obissance que les consuls trouvoient naturellement dans leurs concitoyens4 ,tandis que ,rome1 qui avoit ferm le temple de ,janus aprs la premire guerre ,punique1 se relchoit vraisemblablement de ses exercices1 et gotoit trop de douceurs#aaf d'une paix qui fut peine trouble par quelques expditions contre des peuples dont elle chtia trop aisment l'indocilit#aag2 les armes de ,carthage s'aguerrissoient en ,espagne1 et y faisoient tous les jours de nouvelles conqutes4 ,malgr les intrigues et les cabales par lesquelles les ,carthaginois toient dsunis1 et dont le propre est de faire ngliger le mrite1 de le craindre mme1 et de l'touffer pour substituer sa place l'ignorance et l'incapacit1 ils donnent ,annibal le commandement de leur arme4 ,par le caprice d'un hasard contraire1 les ,romains1 malgr un gouvernement plus capable que tout autre de produire des talens1 et o le mrite toit sr d'tre rcompens1 lvent au consulat un ,flaminius et un ,varron4 #aaf ,l'intervalle de la premire la seconde guerre ,punique1 est de vingt-cinq ans3 l'une finit l'an de ,rome #eaj1 et l'autre commena en #ece4 #aag ,neque hostem acriorem bellicosioremque secum congressum1 nec rem romanam tam desidem unquam fuisse atque imbellem4 ,sardos1 ,corsosque1 et ,istros atque ,illyrios1 lacessisse magis quam exercuisse romana arma2 et cum ,gallis tumultuatum verius quam belligeratum4 ,pnum1 hostem veteranum1 trium et vigenti annorum militi durissim inter ,hispanas gentes semper victorem1 primum ,amilcare1 deind ,asdrubale1 nunc ,annibale duce acerrimo assuetum1 recentem ab excidio opulentissim urbis ,iberum transire3 trahere secum tot excitos ,hispanorum populos3 conciturum avidas semper armorum ,gallicas gentes3 cum orbe terrarum bellum gerendum in ,italia ac pro mnibus romanis esse4 7,tit4 ,liv4 l4 #ba47 ,ce n'est point proprement contre la rpublique de ,carthage que ,rome va faire la guerre1 c'est contre ,annibal seul1 qui1 avec les ressources que lui prsente une arme bien discipline1 et ce qu'il avoit pu amasser de richesses en ,espagne1 se sentant en tat de se passer des secours de sa patrie1 mdite tout1 projette tout1 excute tout4 ,si le snat de ,carthage eut rgl les oprations de cette guerre1 les ,romains auroient pu faire des fautes impunment2 mais un homme qui n'en fait point1 les observe1 les entoure de piges1 et leur fera payer chrement la plus petite mprise et la plus lgre distraction4 ,rome avoit fait trop de mal aux ,carthaginois pendant la premire guerre ,punique1 et les avoit trop grivement offenss depuis1 en s'emparant1 contre la foi des traits1 de l'le de ,sardaigne1 pour ne devoir pas tre inquite de leurs progrs en ,espagne4 ,voir sortir son ennemi de l'humiliation o on l'a mis1 et ne pas lui faire la guerre1 c'est une imprudence extrme4 ,il falloit clairer toutes les dmarches d',annibal et s'opposer ses premires entreprises2 ds qu'il offense ,sagunte1 la guerre est dclare aux ,romains2 il n'est plus temps de dlibrer1 et il ne reste qu' transporter promptement les lgions en ,afrique ou en ,espagne4 ,en laissant opprimer un alli fidelle1 ,rome toit tous les autres la confiance o ils toient qu'ils n'avoient rien craindre sous sa protection1 et c'toit branler les fondemens de son empire4 ,un peuple pacifique attend la guerre sur ses frontires2 un peuple conqurant doit la porter dans les provinces de ses ennemis4 ,si les armes ,romaines sont heureuses en ,afrique ou en ,espagne1 la rpublique y fera des conqutes2 si elle est battue1 elle ne sera point accable de ses pertes1 et il lui reste des ressources pour rtablir ses affaires4 ,qui ne sent pas que1 quand ,annibal auroit obtenu en ,espagne les mmes avantages qu'il remporta en ,italie1 et qui mirent les ,romains deux doigts de leur ruine1 il ne leur auroit cependant caus que de mdiocres alarmes8 ,la lenteur et l'indcision des ,romains firent concevoir ,annibal le projet de passer d',espagne en ,italie4 ,cette entreprise a souvent t accuse de tmrit2 c'est le sort des grands hommes de parotre plus audacieux que prudens1 parce qu'on les juge sans avoir leurs lumires ni leurs ressources4 ,jamais projet ne fut cependant form avec plus de sagesse4 ,annibal connoissoit toute la supriorit de ,rome sur sa patrie2 et sachant que ce n'toit qu' la faveur de ses talens et de quelques circonstances passagres que ,carthage pouvoit se flatter d'avoir des succs1 il et t insens de se faire un plan qu'il n'et pu lui-mme excuter4 ,s'il eut entrepris de chasser les ,romains pied pied de leurs conqutes1 et de les dtruire par une longue suite de succs1 il toit sr de mourir avant que d'avoir termin cette guerre1 et il auroit laiss sa patrie abandonne elle-mme et dans l'impuissance de se dfendre4 ,en portant1 au contraire1 ses armes dans le cur de l',italie1 il rduisoit1 ds la premire campagne1 une rpublique conqurante combattre pour ses propres foyers1 et il ne lui falloit qu'une ou deux victoires pour tre en tat d'assiger ,rome mme1 la prendre1 la brler1 et vendre ses citoyens4 ,ce qui acheva de dterminer ,annibal1 c'est qu'en faisant la guerre dans quelque province loigne1 il auroit eu combattre les lgions ,romaines1 et ces armes1 toujours nouvelles d'auxiliaires que les ,italiens fournissoient aux ,romains1 et avec lesquelles ils devoient tout envahir4 ,en se transportant dans l',italie1 il se flattoit1 avec raison1 de dissiper l'espce de charme qui la tenoit asservie aux volonts des ,romains1 de l'armer mme contre ses matres1 et de ramener1 par consquent1 la rivale de ,carthage cet tat de foiblesse o elle s'toit vue avant ses conqutes4 ,en effet1 si quelques villes d',italie1 se souvenant encore de leur ancienne indpendance1 voyoient avec jalousie l'empire de la rpublique ,romaine1 et n'toient plus les dupes de cette politique adroite1 par laquelle elle asservissoit les peuples en les menaant les uns des autres1 ne devoient-elles pas regarder les ,carthaginois comme des librateurs1 et sous leur protection tcher de recouvrer la libert8 ,que ne pouvoit pas se promettre un aussi grand politique qu',annibal1 en remuant tour tour les ,italiens par la crainte des chtimens ou par l'esprance des bienfaits8 ,les colonies mmes de ,rome ne devoient pas tre fidelles leur mtropole1 si les ,carthaginois1 aprs avoir obtenu quelque avantage considrable1 tournoient leurs forces contre elles1 et en les menaant de les ruiner1 les invitoient1 par des faveurs1 se lier eux4 ,les citoyens ,romains1 qui avoient t transports dans une nouvelle ville1 devoient regarder1 aprs un certain temps1 l'habitation o ils toient ns comme leur vritable patrie4 ,c'est l qu'toient leur famille1 leurs dieux1 leurs amis1 leur fortune1 et tout ce qui est capable d'intresser et d'attacher le cur humain2 toit-il naturel que ces colonies1 esclaves du respect qu'elles conservoient pour la ville laquelle elles devoient leur origine1 sacrifiassent au salut du capitole leurs femmes1 leurs enfans1 leur libert1 leurs temples1 leurs maisons et leurs spultures8 ,quelque sage que fut le projet d',annibal1 il falloit1 pour l'excuter1 que son auteur et la fois tous les talens du plus grand homme d'tat et du plus grand capitaine4 ,quelle foule de difficults1 toujours nouvelles1 ne devoit-il pas rencontrer pendant une marche de trois cents lieues dans des pays inconnus1 coups par des rivires rapides et profondes1 remplis de dfils1 et o il faudroit continuellement vaincre par la force des peuples barbares1 ou les tromper par des artifices8 ,il lve d'avance tous les obstacles en les prvoyant2 et tandis qu'il commence son entreprise1 et la poursuit avec succs1 la rpublique ,romaine1 toujours aveugle sur ses intrts1 agit sans courage et sans prudence4 ,elle semble ne pas pntrer le dessein de son ennemi2 et1 au lieu de songer dfendre l'entre de l',italie par la force1 ressource unique aprs ses lenteurs et ses irrsolutions1 elle entame des ngociations frivoles4 ,comme elle avoit oubli qu'on ne doit traiter de satisfaction et de paix qu'en se prparant la guerre1 les ambassadeurs qu'elle envoya ,carthage1 en ,espagne et dans les ,gaules1 ne reurent que des rponses insultantes ou des railleries encore plus humiliantes pour leur orgueil4 ,je n'oserois assurer que c'et t vaincre ,annibal que de l'empcher de combattre1 quand il fut descendu en ,italie4 ,il se trouvoit1 il est vrai1 dans une province pleine du nom ,romain1 et o rien n'osoit encore s'branler en sa faveur3 il toit sans allis1 sans subsistances1 sans machines de guerre1 et tout autre gnral sa place auroit pri1 s'il n'et promptement gagn quelque bataille4 ,mais comme ,annibal avoit sans doute pens que les ,romains pouvoient demeurer opinitrment sur la dfensive1 il avoit certainement form un plan de guerre en consquence1 et il lui auroit vraisemblablement russi4 ,quoi qu'il en soit1 les ,romains n'avoient point de parti plus sage prendre1 que d'viter le combat1 et sans rien hasarder1 de resserrer les ,carthaginois4 ,tout le monde sait quelle extrmit ,fabius les rduisit depuis en temporisant1 quoique leurs victoires eussent dj branl la fidlit des peuples d',italie1 et que quelques-uns mme leur eussent ouvert leurs villes4 ,mais plus les ,romains1 irrits par la prsence d',annibal1 et honteux de la conduite molle qui avoit caus la perte de ,sagunte1 se reprochoient de ngligence et de lenteur1 plus il toit naturel qu'ils n'coutassent que leur orgueil et s'abandonnassent toute l'imptuosit de leur courage4 ,d'ailleurs1 leur rpublique n'avoit aucune ide de la guerre dfensive1 parce qu'elle ne l'avoit jamais faite4 ,soit foiblesse de la part des ennemis qu'elle avoit jusqu'alors combattus1 soit parce que les consuls1 dont la magistrature toit annuelle1 s'toient toujours hts de terminer la guerre1 ou du moins de remporter quelqu'avantage qui leur valt les honneurs du triomphe1 les lgions toient accoutumes chercher l'ennemi1 et ne croyoient avoir fait une campagne heureuse que quand elles l'avoient taill en pices4 ,des succs qui avoient toujours accompagn cette mthode de faire la guerre1 les ,romains avoient conclu qu'elle toit la plus sage2 et c'est ce prjug qu',annibal dut les avantages qu'il remporta sur les bords du ,tsin1 ,trbie1 et prs du lac de ,trasimne4 ,cornelius ,scipion et ,flaminius se seroient crus dshonors1 s'ils n'avoient pas saisi la premire occasion de combattre4 ,l'un toit brave1 mais inconsidr1 et force de compter sur le courage et l'intelligence de ses soldats1 il n'toit pas assez attentif remplir les devoirs de gnral4 ,l'autre n'avoit qu'une tmrit orgueilleuse1 qui lui faisoit ddaigner toutes sortes de prcautions3 tous les deux furent vaincus4 ,fabius1 qui1 dans des circonstances si fcheuses1 fut fait dictateur1 voulut enfin accoutumer sa rpublique la dfensive1 et ruiner son ennemi1 en ne combattant pas4 ,mais ,annibal1 qui sentoit sa supriorit sur les gnraux de ,rome1 dans un jour d'action1 et d'ailleurs1 oblig de vaincre encore pour achever de dterminer en sa faveur les peuples d',italie1 dj branls et incertains sur le sort de la guerre1 attaqua1 non pas en capitaine1 mais en politique1 un gnral qui1 promenant ses lgions du sommet d'une montagne l'autre1 avoit l'art de n'occuper que des camps inaccessibles4 ,tantt il cherche le rendre suspect ses concitoyens2 il mnage ses possessions et celles de la noblesse1 et ravage les terres des plbens2 tantt il le rend mprisable en feignant de le braver1 en mme temps qu'il parot craindre ,minutius1 gnral de la cavalerie1 et lui laisse mme prendre quelques avantages4 ,les ,romains ne purent viter le pige qu',annibal leur avoit tendu2 indigns contre la circonspection de ,fabius1 ils donnent ,minutius un pouvoir gal celui du dictateur4 ,rien n'toit plus imprudent que cette conduite2 elle divisa les forces de la rpublique dans les conjonctures o elles ne pouvoient tre trop unies1 ,fabius et ,minutius partagrent les lgions1 et au lieu d'une arme formidable1 les ,romains n'eurent que deux armes incapables de rsister sparment aux efforts des ,carthaginois4 ,annibal1 attentif profiter de cette msintelligence1 fut prt envelopper ,minutius et le tailler en pices4 ,par bonheur pour les ,romains1 l'amour de la patrie toit encore leur premire vertu2 le dictateur fut plus vivement frapp de la perte qu'alloit faire la rpublique1 que touch du plaisir malheureux1 mais trop naturel1 de voir succomber un rival qu'on avoit l'injustice de lui prfrer4 ,il vole son secours1 le dgage1 et le force couter la reconnoissance qui le fit rentrer dans le degr de subordination o il devoit tre4 ,annibal1 toujours instruit du caractre des gnraux qui lui toient opposs1 et pour ainsi dire1 prsent leurs conseils#aah1 n'eut plus besoin de la mme politique1 quand les consuls ,p4 ,emilius et ,t4 ,varron prirent le commandement de l'arme4 ,le premier avoit toujours approuv ,fabius1 et fortement attach ses principes1 il toit capable de rsister aux murmures de ses soldats et aux plaintes des citoyens renferms dans ,rome4 ,persuad que la postrit les vengeroit des calomnies de ses contemporains1 ou plutt content de faire son devoir1 et d'tre vertueux ses propres yeux1 il avoit le courage de vouloir servir sa patrie malgr elle4 ,varron1 le plus prsomptueux de tous les hommes1 et par consquent sans talent1 toit emport par cette confiance fanatique qu'un capitaine doit inspirer ses troupes1 mais qu'il se garde bien lui-mme d'avoir1 s'il veut assurer ses succs1 ou se prparer des ressources dans un malheur4 ,sous deux gnraux d'un caractre si oppos1 qui commandoient alternativement en chef avec un pouvoir gal1 et dont toutes les dispositions toient relatives des objets contraires1 il toit impossible que l'arme ,romaine pt ni rester sur la dfensive1 ni attaquer avec avantage2 et ,varron fut entirement dfait la fameuse bataille de ,cannes4 #aah ,nec quidquam eorum1 qu apud hostes agebantur1 eum fallebat4444 omnia ei hostium haud secus quam sua nota erant4 7,tit4 ,liv4 l4 #bb47 ,jamais journe ne parut plus dcisive2 tous les anciens ont cru que ,rome ne se seroit jamais releve de la perte qu'elle venoit de faire1 si ,annibal se ft prsent ses portes aprs sa victoire2 et il semble que les paroles1 si connues de ,maharbal aient fix leur jugement4 ,le sort des armes1 dit ce capitaine son gnral1 t'a ouvert le chemin du capitole1 et dans cinq jours nous y souperons1 si tu veux qu' la tte de ma cavalerie1 j'aille annoncer aux ,romains que tu viens les assiger dans leur ville2 mais les dieux n'ont pas donn au mme homme tous les talens#aai1 tu sais vaincre1 et tu ne sais pas profiter de la victoire4 ,plusieurs historiens1 en effet1 sont persuads que dans la consternation o ,rome toit plonge1 elle n'auroit point song se dfendre4 #aai ,maharbal prfectus equitum minime cessandum ratus1 imo1 ut quid hac pugna sis actum scias1 die quinto1 inquit1 victor in capitolio epulaberis3 sequere1 cum equite1 ut prius venisse1 quam venturum sciant1 prcedam4 ,annibali nimis lta res est visa1 majorque1 quam ut eam statim animo capere posset4 ,itaque voluntatem se laudare ,maharbalis ait3 ad consilium pensandum1 temporis opus esse4 ,tum ,maharbal1 non omnia nimirum eidem ,dii dedere2 vincere scis1 ,annibal2 victoria uti nescis4 ,mora ejus diei satis creditur saluti fuisse urbi atque imperio4 7,tit4 ,liv4 l4 #bb47 ,si dans la suite ,annibal lui-mme ne dissimuloit point qu'il n'et fait une faute capitale#abj1 en ne s'approchant pas de ,rome1 ce n'est pas qu'il crt que cinq jours aprs il s'en seroit empar2 il connoissoit trop bien le courage de ses ennemis pour se promettre un succs si facile4 ,il est certain1 selon la remarque des crivains qui ont cherch le justifier1 qu'en conduisant son arme des champs de ,cannes sous les murailles de ,rome1 il n'auroit pas eu le mme bonheur que les ,gaulois aprs la bataille d',allia#aba4 ,les disgraces conscutives que les ,romains avoient prouves n'toient point produites par un commencement de corruption dans leur gouvernement ou dans leurs murs1 mais par la supriorit d',annibal sur leurs gnraux1 et par l'activit d'un courage trop ardent qui les empchoit de connotre leur situation1 et de se conduire suivant leurs vrais intrts4 ,leurs malheurs1 loin de les accabler ou de les engourdir1 ne devoient donc1 au contraire1 que donner plus de force aux ressorts du gouvernement1 et changer leur crainte en dsespoir4 ,le snat1 qui flicite ,varron de n'avoir pas dsespr du salut de la rpublique1 n'a pas lui-mme perdu toute esprance4 ,rome enfin1 toit une place forte1 dont l'arme ,carthaginoise auroit peine form l'enceinte4 ,elle n'toit point vide d'habitans1 ni par consquent de soldats2 et ,annibal manquant de toutes les machines ncessaires un sige1 avoit chou devant une place de peu d'importance aprs la bataille de ,trasimne4 #abj ,audita vox ,annibalis fertur1 potiund sibi urbis ,rom modo mentem non dari modo fortunam4 7,tit4 ,liv4 l4 #bf47 ,ferunt ,annibalem respexisse spe ,itali littora1 deos1 homines1 accusantem1 in se quoque ac suum ipsius caput execratum1 quod non cruentum ab ,cannensi victoria militem ,romam duxisset4 7l4 #ej47 #aba ,la terreur des ,romains fut si grande en apprenant cette droute1 qu'ils abandonnrent leur ville4 ,les ,gaulois y entrrent sans trouver aucune rsistance1 et toute l'esprance des ,romains fut rduite dfendre le capitole4 ,je ne puis cependant m'empcher de blmer ce capitaine de n'avoir pas dcouvert1 travers les expressions exagres de ,maharbal1 la sagesse que renfermoit son conseil4 ,il n'est pas douteux que le sige de ,rome n'et t long et laborieux2 mais une entreprise de cet clat auroit srement attir tous les ,italiens dans l'alliance de ,carthage4 ,ces peuples1 aussi consterns par la dfensive laquelle la rpublique ,romaine avoit t rduite1 que par ses dfaites1 quand elle avoit voulu combattre1 croyoient tout possible ,annibal4 ,soit crainte ou mauvaise volont dans les uns1 esprance de recouvrer leur libert ou envie de se mnager la protection du vainqueur dans les autres1 ils se seroient tous hts d'aller dans son camp1 de lui rendre hommage1 et de lui offrir les secours dont il avoit besoin pour consommer son ouvrage4 ,dans cette dfection gnrale des peuples d',italie1 il n'toit plus libre aux ,romains de s'lever au-dessus de leurs malheurs1 d'tonner leurs ennemis par leur fermet1 d'inspirer leur confiance leurs allis1 ni de trouver1 en un mot1 leur salut dans cet esprit de ressource qui embrasse la fois la ,sicile1 la ,sardaigne1 l',espagne1 la ,mer1 l',afrique et la ,macdoine1 tandis qu'on leur arrachoit l',italie mme4 ,qu'importoit-il aux ,romains de se roidir contre la fortune1 et d'avoir des succs dans les provinces trangres1 si leur ville1 assige par une arme toujours victorieuse1 toit dtruite1 ses habitans passs au fil de l'pe1 ou vendus comme des esclaves8 ,quelqu'intrpidit que la dfense de ,rome et inspire ses citoyens1 ils n'auroient pas t plus braves que les ,saguntins1 qui1 ne pouvant survivre leur patrie1 s'ensevelirent avec elle1 et ne laissrent au vainqueur qu'un amas de cendres et de ruines4 ,il falloit craindre la famine avec une si grande multitude d'habitans2 il falloit craindre la fois les surprises1 la ruse et la force4 ,une ville assige par ,annibal1 et qui ne reoit point de secours1 succombe ncessairement4 ,les ,romains1 pour viter leur ruine1 auroient donc t forcs de rappeler toutes leurs forces en ,italie1 au lieu de recruter les armes qui toient en ,espagne et en ,sicile1 d'quiper des flottes1 et de songer punir la ,macdoine de son alliance avec les ,carthaginois4 ,j'ose cependant le dire1 cette conduite1 la plus sage1 ou plutt la seule raisonnable que pt tenir la rpublique ,romaine1 n'auroit que retard sa chte4 ,c'est sans doute en pensant aux suites ncessaires du sige de ,rome1 et que je viens de dtailler1 qu',annibal se repentoit de ne s'tre pas approch de cette place immdiatement aprs la journe de ,cannes4 ,le salut des ,romains et alors dpendu d'une ou de deux batailles2 si les ,carthaginois les avoient gagnes1 ,rome toit absolument perdue2 et il est encore certain que dans ces circonstances1 tout paroissoit plus favorable aux ,carthaginois qu'aux ,romains4 ,ceux-ci auroient eu1 il est vrai1 l'avantage de sentir animer leur valeur par le grand intrt de leur propre conservation1 de leur fortune domestique1 de leur patrie1 de leurs dieux1 de leurs femmes1 de leurs enfans1 pour lesquels ils auroient combattu2 mais ces armes1 rappeles des provinces1 se seroient trouves en quelque sorte trangres dans le milieu mme de l',italie2 et ,annibal1 matre des principales villes1 leur auroit fait1 en temporisant son tour1 plus de mal que ,fabius ne lui en avoit caus4 ,si on suppose qu'on en ft venu aux mains1 les ,carthaginois1 dont l'infanterie arme la ,romaine obissoit encore la discipline la plus rigide1 et dont la cavalerie numide toit invincible1 auroient port au combat la confiance que donnent le gain de quatre batailles et l'esprance de dtruire ,rome par un dernier effort4 ,cet intrt1 moins puissant par lui-mme que celui des ,romains1 auroit t amplement compens par la supriorit d',annibal sur les gnraux de la rpublique ,romaine4 ,scipion1 ,marcellus1 et les autres grands hommes qui se distingurent dans la suite de cette guerre1 n'toient point encore parvenus aux magistratures1 ou du moins une assez longue exprience n'avoit pas dvelopp leurs talens4 ,fabius mme1 qui les ,romains devoient tant1 les et alors mal servis4 ,la prudence si vante de ce gnral toit plutt le fruit d'un caractre timide et dfiant que d'un gnie suprieur1 qui1 empruntant tour tour diffrentes formes1 sut se prter aux diffrens besoins de la rpublique4 ,il falloit qu'il y et un ,annibal dans le sein de l',italie pour tablir la rputation de ,fabius4 ,plus frapp des suites funestes d'une dfaite que des avantages de la victoire1 ce fut un politique et un guerrier ordinaire1 mais assez heureux pour rencontrer des circonstances1 o une irrsolution1 par elle-mme blmable1 servit l'tat et devint un talent4 ,n'tant plus question de temporiser1 mais de faire des entreprises vigoureuses1 hardies1 frquentes1 ritres1 et de forcer les ,carthaginois lever le sige de ,rome1 il est vraisemblable que ,fabius et avanc la ruine de sa patrie4 ,dans un temps o il fut depuis permis la rpublique d'agir offensivement1 ce gnral continua se conduire par ses anciens principes4 ,tite-,live nous le reprsente toujours camp sur des hauteurs1 toujours press de se retirer l'approche de l'ennemi1 et cantonn au-del du ,vultur avec une attention extrme consulter les devins1 les augures1 les poulets sacrs1 les entrailles des victimes1 et faire autant de sacrifices expiatoires qu'on lui rapporte de contes puriles et ridicules4 ,plutarque nous apprend mme qu'tant prt donner dans un pige d',annibal1 lui et son arme ne durent leur salut qu'aux auspices qui lui annoncrent propos que son entreprise seroit malheureuse4 ,les circonstances eurent beau changer1 il les vit toujours les mmes4 ,il s'opposa constamment la sage diversion que les ,romains firent en ,afrique1 et qui arracha ,annibal d',italie4 ,accoutum tout craindre1 il n'et jamais os combattre ,zama2 et malgr les rgles de cette prudence claire1 qui dfendit ,scipion d'couter les propositions de paix que son ennemi lui offroit1 il auroit fait un trait1 et expos les ,romains avoir contre ,carthage une troisime guerre1 peut-tre aussi dangereuse que la seconde1 ou du moins aussi pnible que la premire4 ,autant que le sige de ,rome1 aprs la bataille de ,cannes1 et t avantageux aux ,carthaginois1 autant l'inaction d',annibal leur devint-elle fatale4 ,ds ce moment il se forma une chane de circonstances et d'vnemens sinistres qui suspendirent le cours des prosprits de ce grand homme4 ,je ne sais si je dois parler ici des fameuses dlices de ,capoue2 peut-tre contriburent-elles altrer la vigueur de la discipline dans l'arme ,carthaginoise2 peine cependant doit-on y faire attention1 tant il y eut d'autres causes qui contriburent plus efficacement relever les esprances et la fortune des ,romains6 ,tandis qu',annibal prend ses quartiers ,capoue1 la rpublique ,romaine fit des efforts d'autant plus grands pour se venger1 qu'elle avoit t plus humilie1 et elle trouva en elle-mme des forces et des ressources qui lui auroient t inconnues dans un danger moins pressant4 ,chaque citoyen veut se sacrifier au bien public2 chaque soldat est un hros2 l'esclave1 lev la dignit de citoyen1 est digne de cet honneur et veut vaincre ou mourir pour sa nouvelle patrie4 ,rome1 anime par un mme esprit de vengeance1 ne fait plus aucune de ces fautes qui avoient contribu aux premiers succs d',annibal4 ,sa sagesse est gale son courage2 non-seulement elle est en tat d'avoir une arme considrable en ,italie1 mais sa politique s'agrandit avec sa confiance2 elle quipe des flottes nombreuses1 recrute les lgions qui sont dans les provinces trangres1 et semble son tour mditer la ruine de ,carthage4 ,a cette peinture lgre des grandes choses que les ,romains excutrent1 et qui paroissent en quelque sorte incroyables1 on commence sans doute s'apercevoir qu',annibal ne conservoit plus cette supriorit d'intelligence1 de politique et de gnie qu'il avoit eue jusque-l sur eux4 ,ces qualits sont dj gales entre ,rome et son ennemi1 mais leurs ressources ne le sont plus4 ,qu'on fasse attention qu'une arme s'affoiblit par la prosprit mme1 et que si le vainqueur ne rpare continuellement les pertes que lui cause la victoire1 il lui est bientt impossible de poursuivre ses avantages4 ,annibal1 qui venoit de forcer les ,romains d'armer jusqu' leurs esclaves1 avoit lui-mme besoin de recruter son arme4 ,mais il n'ose recourir aux ,italiens1 parce que ces peuples1 tonns de la fiert de la rpublique ,romaine1 commencent craindre d'avoir trop tt trahi leur devoir1 et songent dj mriter leur grce4 ,bien loin de les armer1 le gnral ,carthaginois est oblig de mettre des garnisons dans leurs principales villes1 pour s'assurer de leur fidlit4 ,il s'affoiblit donc de jour en jour1 et n'est plus en tat de tenir la campagne avec le mme avantage4 ,si ,annibal remplit son arme d',espagnols1 de ,gaulois1 de ,barbares et d'aventuriers pris au hasard1 ce sont des soldats sans discipline1 qui combattent sans rgle1 qu'il faudra mnager1 et qui1 par consquent1 ne le laisseront plus le matre d'excuter ce qui lui toit facile avec les soldats qu'il avoit amens d',espagne4 ,s'il est oblig de demander des recrues et des subsistances ,carthage1 il n'est plus indpendant de cette rpublique1 comme il l'avoit t jusqu' la bataille de ,cannes4 ,tantt les secours seront refuss1 tantt ils arriveront trop tard1 et seront toujours insuffisans4 ,annibal n'est plus que le gnral d'une rpublique corrompue2 il a les mains lies par les vices de sa patrie1 et il doit tre vaincu par les ,romains1 parce qu'ils combattent ds-lors autant contre ,carthage que contre lui4 ,qu'on se rappelle la conduite des ,carthaginois1 quand ,annibal leur exposa ses besoins2 tandis que ,magon et les chefs de la faction ,barcine exhortoient le peuple faire un effort1 ,hannon et ses partisans s'y opposoient4 ,ne vous livrez point1 disoient ces derniers1 une joie insense2 on vous trompe4 ,magon ne nous annonce avec tant de faste que des triomphes imaginaires4 ,s'il faut l'en croire1 ,annibal a taill en pices les armes ,romaines2 pourquoi nous demande-t-il donc des soldats8 ,il a pris et pill deux fois le camp des ,romains1 il est charg de butin2 pourquoi donc lui enverrions-nous des subsistances et de l'argent8 ,qu'on cesse de faire valoir ,trbie1 ,trasimne et ,cannes1 puisque nos affaires ne sont pas plus avances aujourd'hui qu'elles l'toient quand ,annibal entra en ,italie4 ,les ,romains ne recherchent pas la paix2 ils ne sont donc point aussi humilis qu'on veut nous le persuader4 ,il n'y a qu'un parti sage pour nous1 faisons la paix1 puisque la guerre nous ruine malgr nos avantages2 mais ne nous puisons pas pour satisfaire l'orgueil d',annibal4 ,des secours seroient inutiles ce conqurant redoutable qui a su excuter de si grandes choses2 et il ne les mrite pas1 s'il nous trompe par de fausses relations de ses succs4 ,c'est ainsi qu' ,carthage on trompoit le peuple ignorant1 et port juger des produits et des succs de la guerre par ceux de son commerce4 ,tous les citoyens1 opposs la faction ,barcine1 souhaitoient qu',annibal ft vaincu2 tous travailloient le faire chouer1 tant ils craignoient qu'il ne se servt de la considration que lui vaudroient ses victoires pour ruiner leur crdit6 ,annibal1 entour d'allis qui le trahissent1 sans secours du ct de sa patrie1 et la tte d'une arme qui se lasse d'une guerre qui ne lui offre plus de butin1 et dont la cavalerie1 d'abord si redoutable aux ,romains1 dserte continuellement chez eux1 se surpasse inutilement lui-mme4 ,quoique les gnraux de ,rome ne puissent encore le vaincre1 on voit cependant que l',italie doit lui chapper des mains4 ,il sent le contre-coup de toutes les pertes que sa patrie fait en ,espagne1 en ,sicile1 c4 ,et les ,romains doivent tous les jours remporter quelque nouvel avantage dans les provinces1 parce qu'ils n'y font en effet la guerre que contre ,carthage1 et qu'elle ne leur oppose que des armes sans discipline1 qui manquent de tout1 et des gnraux incapables de rparer ses fautes1 et de se suffire eux-mmes4 ,ces avantages ritrs dcideront enfin du sort d',annibal2 car la rpublique ,romaine1 instruite par les vnemens mme de la premire guerre ,punique1 de la foiblesse des ,carthaginois en ,afrique#abb1 ne manquera point d'y porter ses armes1 ds qu'elle aura runi ses forces en pacifiant les provinces4 ,en effet1 ,scipion y passa2 et tout le monde sait que par la dfaite d',asdrubal et de ,siphax1 les ,carthaginois ayant prouv leur tour une journe de ,cannes1 ,annibal fut rappel au secours de sa patrie4 ,il en frmit d'indignation2 et c'est1 vaincu par l'avarice1 la lchet1 les partis1 les cabales1 les divisions de ,carthage1 et non par les armes de ,rome1 qu'il abandonna l',italie4 #abb ,ils exeroient sur leurs sujets un empire trs-dur1 et en tiroient des contributions trs-considrables2 aussi les villes soumises aux ,carthaginois toient-elles toujours prtes se rvolter4 ,scipion battit ,annibal ,zama1 et cette bataille clbre ne fut pas seulement le terme de la grandeur des ,carthaginois#abc2 on diroit que toutes les nations y furent vaincues1 tant elle rendit facile aux ,romains la conqute du monde entier4 ,leur rpublique1 qui voyoit dans son alliance tous les pays qui avoient obi ,carthage1 et qui s'toit empare de toutes ses richesses1 devint une puissance norme dont le poids devoit tout craser4 ,elle n'avoit fait jusque-l que des guerres laborieuses1 prsent toutes ses entreprises seront au-dessous de ses forces4 #abc ,ils s'engagrent payer aux ,romains dix mille talens dans l'espace de cinquante annes1 somme immense6 car le talent pesoit #ij marcs de notre poids4 ,ils livrrent leurs vaisseaux1 et renoncrent au droit de faire la guerre1 en consentant de n'armer qu'avec la permission de la rpublique ,romaine4 ,les tats forms des dbris de l'empire d',alexandre1 devoient tre le principal objet de l'ambition des ,romains1 et aucune de ces puissances n'toit en tat de se faire respecter4 ,la ,grce n'toit plus ce qu'elle avoit t autrefois sous la conduite de ,miltiade#abd1 de ,thmistocle1 de ,pausanias1 c4 ,la jalousie de ,sparte1 l'ambition d',athnes1 la guerre funeste du ,ploponse avoient rompu tous les liens qui unissoient les ,grecs4 ,leurs villes toient pleines de partis1 de cabales et de factions4 ,en un mot1 la ,grce sans libert1 sans amour de la patrie1 sans confiance en ses forces1 ne pouvoit plus tre le boulevard de l',asie contre les ,romains1 comme elle l'avoit t de l',europe contre les ,perses4 ,la ,macdoine toit presque retombe1 depuis la mort d',alexandre1 dans le mme tat de foiblesse d'o la politique de ,philippe l'avoit tire4 ,le souvenir de son ancienne grandeur lui donnoit de l'ambition2 elle se flattoit toujours de reconqurir l',asie avec le secours des ,grecs2 mais au lieu de les assujettir1 elle ne savoit que les inquiter et les tyranniser4 ,les rois de ,syrie1 qui possdoient la plus grande partie des conqutes d',alexandre1 auroient pu se dfendre contre les ,romains1 s'ils avoient connu leurs forces et su s'en servir3 mais ce vaste empire ressembloit ces gans normes qui sont plus foibles que les autres hommes1 parce que le cur ne peut envoyer avec assez d'imptuosit le sang et les esprits jusqu'aux extrmits de leur corps pour y entretenir la vie4 ,on retrouvoit dans les successeurs d',alexandre tous les vices qui avoient rendu si facile la ruine des successeurs de ,cyrus4 ,l',asie1 ternellement livre l'oisivet1 au luxe et la mollesse1 n'avoit point de soldats4 ,les ,grecs qui s'y toient tablis1 avoient perdu leur courage2 et le despotisme le plus pesant y accabloit des esclaves1 auxquels il avoit t tout sentiment de crainte1 d'esprance et d'mulation4 ,l',egypte1 aussi dmembre que l'empire de ,macdoine1 ne se trouvoit pas dans une situation moins dplorable4 ,jamais princes ne furent moins dignes de rgner que les successeurs de ,ptolome4 ,loin de concevoir le projet de s'opposer aux entreprises des ,romains1 ils en achetrent1 au contraire1 par des complaisances serviles1 le privilge de vivre dans la mollesse la plus honteuse1 et de fouler des sujets qui1 malgr leur lchet naturelle1 toient toujours prts se rvolter4 ,pour mieux juger de la foiblesse de leur gouvernement1 il suffit de remarquer l'ascendant que les rois de ,syrie avoient pris sur eux2 et que se laissant entraner par une habitude d'obir et de ramper1 ils devinrent sujets des ,romains avant mme que d'avoir t vaincus par les armes comme ,philippe1 ou par les bienfaits comme ,massinissa4 #abd ,je passe lgrement sur la situation o se trouvoit la ,grce quand la seconde guerre ,punique fut termine4 ,je ne pourrois que rpter ici ce que j'ai expos avec beaucoup de dtail dans mes ,observations sur l'histoire de la ,grce4 ,on y verra aussi ce qui regarde les intrts des successeurs d',alexandre1 les uns l'gard des autres4 ,quelque rare qu'il soit de voir un tat changer de politique1 quand ses intrts commencent changer1 peut-tre que la puissance des ,romains auroit inspir assez de dfiance la ,grce1 la ,macdoine1 et aux cours de ,syrie et d',egypte1 pour les forcer sacrifier leurs anciennes haines leur sret commune1 et se runir1 si elles n'avoient point t rassures par cette politique savante et pleine de modration qui avoit dj tromp et asservi les ,italiens4 ,les ,grecs et les successeurs d',alexandre ne connoissoient qu'une manire de s'agrandir1 c'toit d'tablir une domination directe sur les vaincus2 mais voyant que la rpublique ,romaine ne conquroit que des allis1 et ne mettoit point de garnison ni de prteur dans les villes de ses ennemis humilis1 ils crurent qu'elle toit sans ambition1 et qu'au lieu de songer se dfendre contre elle1 il suffisoit1 pour ne la pas craindre1 de ne pas l'offenser4 ,cette scurit laissa subsister leurs divisions1 et les ,romains en profitrent pour les vaincre successivement1 et mme les uns par les autres4 ,il faut cependant le remarquer2 peu s'en fallut que la prosprit de la rpublique ,romaine ne la ft renoncer cette modration qui avoit prpar sa grandeur1 et qui pouvoit seule tendre encore et affermir son empire4 ,depuis qu'elle avoit port ses armes hors de l',italie1 elle paroissoit moins attache ses principes2 et l'on peut voir dans ,polybe comment les ,romains1 jusque l si religieux observateurs des rgles de l'quit1 s'emparrent de l'le de ,sardaigne peu de temps aprs la premire guerre ,punique1 et par la seule raison que ,carthage1 occupe rduire ses armes rvoltes1 n'toit pas en tat de se dfendre contre les trangers4 ,une sorte de prsomption qui accompagne toujours de longs succs1 commenoit persuader aux ,romains qu'ils n'avoient plus besoin des mmes mnagemens que leurs pres1 et qu'il toit temps de profiter de tous les droits que donne la guerre1 et de se faire des sujets4 ,pour satisfaire leur vengeance et l'orgueil que leur inspiroit la dfaite d',annibal1 il auroit fallu ruiner entirement la ville de ,carthage1 et tablir une domination directe sur l',afrique4 ,certainement les nouvelles passions des ,romains auroient fait tenter cette entreprise pernicieuse1 si l'intrt personnel du gnral qui commandoit leur arme en ,afrique ne s'y ft oppos4 ,scipion savoit que rien n'est plus difficile que de porter le dernier coup une nation#abe4 ,quelqu'humilie qu'elle soit1 elle trouve en elle-mme1 ds qu'elle est prte prir1 des ressources qu'elle ne connoissoit pas4 ,le vainqueur d',annibal ne devoit pas hasarder de ternir sa gloire2 il craignoit d'ailleurs que le peuple ne se lasst de prolonger le temps de sa magistrature1 et il avoua depuis lui-mme que les ,carthaginois n'avoient d le salut de leur ville qu'aux efforts des consuls ,t4 ,claudius et ,cn4 ,cornelius#abf1 pour lui enlever le commandement de l'arme et la gloire de terminer la guerre4 #abe ,sciat ,regum majestatem difficilius ab summo fastigio ad medium detrahi1 quam mediis ad ima prcipitari4 7,tit4 ,liv4 l4 #cg47 ,si ,scipion l',africain tint en effet ce discours aux ambassadeurs d',antiochus1 il ne le donnoit sans doute que pour un sophisme4 ,ce grand homme savoit que le dsespoir d'un peuple qu'on veut ensevelir sous ses ruines1 renferme tout ce que les vertus ont de plus sublime4 ,en se rappelant la situation malheureuse des ,carthaginois pendant la troisime guerre ,punique1 et tout ce qu'ils firent d'hroque et de merveilleux pour chapper leur perte1 qu'on juge s'il et t ais ,scipion de les dtruire dans le temps qu'ils avoient encore ,annibal parmi eux4 #abf ,spe postea ferunt ,scipionem dixisse1 ,tit4 ,claudii primum cupiditatem1 deinde ,cn4 ,cornelii fuisse in mora1 quo minus id bellum exitio ,carthaginis finiret4 7,tit4 ,liv4 l4 #cj47 ,les mmes motifs qui portrent ,scipion ne pas dtruire les ,carthaginois vaincus1 dterminrent dans la suite les autres gnraux suivre son exemple4 ,flaminius refusa de se rendre aux dsirs de la ,grce1 qui demandoit qu'on traitt la ,macdoine avec la dernire rigueur4 ,il laissa subsister ,philippe et son royaume2 et les ,romains dont l'avidit fut ainsi rprime1 non-seulement continurent user de la victoire dans les provinces loignes1 de la mme manire qu'ils avoient fait en ,italie1 mais donnrent mme de nouvelles preuves de modration4 ,s'ils se virent contraints d'affoiblir extrmement leurs ennemis pour n'en rien craindre1 cette duret ne les rendit point odieux1 parce qu'ils ne faisoient jamais tout le mal qu'ils toient les matres de faire1 qu'ils laissoient aux vaincus leurs usages1 leurs lois1 leurs magistrats1 leur gouvernement1 et qu'ils sembloient ne faire la guerre que pour l'avantage seul de leurs allis4 ,la rpublique en effet prit l'habitude de ne rien retenir de ses conqutes2 elle les partageoit entre ceux qui l'avoient aide vaincre2 et cette nouvelle politique fut encore l'ouvrage de l'intrt personnel de ses gnraux4 ,ne songeant qu' ce qui pouvoit assurer le succs de leurs entreprises1 peine avoient-ils commenc la guerre contre quelque puissance1 que pour la rduire ne se dfendre qu'avec ses seules forces1 et pour augmenter les leurs1 ils recherchoient l'alliance de tous ses voisins1 et leur offroient pour prix de leur amiti et de leurs secours1 les provinces qu'ils alloient conqurir4 ,un peuple qui se conduisoit par des principes en apparences si contraires ceux de l'ambition1 vit tous les princes avares1 timides ou ambitieux1 lui demander avec empressement son amiti pour avoir part ses bienfaits4 ,a peine la rpublique avoit-elle dclar la guerre1 qu'elle avoit pour allis la plupart des voisins de son ennemi4 ,cette mthode d'enrichir les allis aux dpens des vaincus1 multiplia les jalousies qui divisoient les peuples1 et fit natre des haines irrconciliables entre eux4 ,nous ne devrions har que ceux qui nous dpouillent2 nous hassons encore par foiblesse ceux qu'on lve sur nos ruines4 ,cette lchet injuste du cur humain servit plus utilement les ,romains que n'auroit fait la politique la plus adroite de leur snat2 la rpublique n'avoit qu' s'abandonner aux passions mmes de ses allis et de ses ennemis pour tendre et voir affermir de jour en jour son empire4 ,toutes les puissances s'observoient rciproquement2 elles dsiroient toutes de trouver leurs voisins coupables de quelque faute1 et par-l se tenoient toutes galement asservies4 ,les princes1 enrichis des conqutes des ,romains1 toient tonns de se trouver aussi humilis que l'tat mme l'abaissement du quel ils avoient contribu2 plus ils furent puissants1 plus ils furent soumis2 parce que l'importance de leurs dpouilles n'auroit rendu leur perte que plus certaine4 ,ils s'accoutumrent ne se regarder dans leurs propres royaumes que comme des officiers des ,romains2 les sujets de ces rois esclaves virent sans tonnement disparotre ces fantmes de la royaut1 et occuper leur place par un prteur3 leur chte ne fut pas une rvolution4 ,il faut m'arrter un moment faire connotre d'une manire plus dtaille la conduite que tinrent les allis et les voisins de la rpublique ,romaine4 ,massinissa n'entra dans son alliance qu'aprs que ,scipion eut chass d',espagne les ,carthaginois2 mais ce n'toit pas alors qu'il devoit prendre ce parti4 ,il auroit agi en grand politique1 s'il et d'abord contre-balanc la fortune de ,carthage1 et fait une diversion en faveur de la rpublique ,romaine1 dans le temps qu',annibal paroissoit prt l'accabler2 car les ,carthaginois ne pouvoient triompher de ,rome1 sans devenir beaucoup plus puissants qu'ils ne l'toient en ,afrique1 et causer par consquent de justes alarmes la ,numidie4 ,mais comme ,massinissa s'toit ligu avec eux lorsqu'il auroit d secourir les ,romains1 il devint l'ami de ces derniers quand il auroit d renoncer leur alliance1 soutenir les ,carthaginois1 et assurer sa propre libert en dfendant la leur4 ,siphax suivit cet exemple2 d'abord uni aux ,carthaginois1 il s'allia ensuite avec les ,romains dans le temps qu'ils commenoient n'avoir plus besoin d'alliance4 ,ce n'est pas par politique qu'il les abandonna2 il ne sentit point qu'il toit de son intrt de ne pas laisser accabler les ,carthaginois2 son amour pour ,sophonisbe lui fit faire trop tard une dmarche qui toit sage dans ses principes1 mais qui n'toit plus qu'une imprudence depuis que ,carthage1 moiti vaincue1 devoit ncessairement succomber1 malgr les secours qu'il lui donnoit4 ,philippe se comporta avec sagesse1 si l'alliance qu'il fit avec ,annibal1 aprs la bataille de ,cannes1 fut le fruit de ses mditations sur le gouvernement1 le gnie et la politique de ,rome et de ,carthage4 ,il lui importoit de dtruire la rpublique ,romaine1 parce que c'toit une nation guerrire1 conqurante1 et dont il toit impossible d'tre le voisin sans en devenir l'ennemi4 ,les ,carthaginois1 au contraire1 toient un peuple beaucoup moins entreprenant2 et ds qu'ils n'auroient plus un ,annibal leur tte1 ils cesseroient de se faire craindre4 ,philippe ne soutint point sa dmarche2 il trembla en voyant ce que les ,romains firent pour rparer leurs pertes2 leurs menaces le consternrent1 et elles n'auroient d que lui faire mieux sentir la ncessit o il toit d'aider ,annibal1 et de faire tout ce que ,carthage elle-mme auroit d faire4 ,ds-lors toute la conduite de ce prince ne fut qu'un tissu de fautes grossires#abg4 #abg ,voyez mes ,observations sur l'histoire de la ,grce4 ,il semble que la mauvaise politique qu'on avoit eue l'gard de la rpublique ,romaine pendant la seconde guerre ,punique1 fut le modle que se proposrent tous les tats quand elle entreprit de nouvelles conqutes4 ,a peine les ,grecs1 assez aveugles sur leurs intrts pour prfrer le voisinage des ,romains celui de ,philippe1 les eurent-ils engag faire la guerre la ,macdoine#abh1 que ce royaume vit armer contre lui tous ses voisins4 ,attale devoit le secourir2 sa situation toit la mme pendant cette guerre que celle de ,massinissa pendant la guerre d',annibal1 et il ne fut pas plus prudent4 ,philippe ne trouva qu'un seul alli1 ce fut ,antiochus4 ,mais soit que ce prince ne st prendre aucune rsolution ou ne persister dans aucun parti2 soit qu'entran par cette ancienne jalousie qui divisoit les successeurs d',alexandre1 il ne put s'empcher de voir avec quelque plaisir l'humiliation de ,philippe2 il avoit peine commenc une foible diversion en attaquant ,attale1 qu'il fit sa paix aux premiers ordres des ,romains4 #abh ,cette guerre commena l'an de ,rome #eec1 deux ans aprs que celle d',annibal eut t termine4 ,les ,macdoniens1 vaincus ,cynocphale1 ne se furent pas plutt soumis aux conditions humiliantes que ,flaminius leur imposa1 que les ,romains1 toujours impatiens de s'agrandir1 songrent se venger des hostilits qu',antiochus avoit commises sur les terres d',attale4 ,ils lui ordonnrent d'vacuer les villes d',asie qui avoient appartenu aux rois de ,macdoine1 et de se garder de troubler le repos des ,grecs en faisant passer des troupes en ,europe4 ,antiochus1 encourag par les ,etoliens prendre les armes1 commena la guerre1 et eut le mme sort que ,philippe4 ,personne ne le secourut dans ses disgraces1 et pour me servir de l'expression de ,tite-,live1 il fut accabl du poids du monde entier4 ,cette guerre mrite une attention particulire#abi1 non pas par les vnements qu'elle produisit1 mais par ceux qu'elle auroit pu produire1 si ,antiochus et eu le courage de s'lever au-dessus des prjugs de son temps1 et de suivre les conseils d',annibal4 ,ce grand homme1 oblig d'abandonner sa patrie1 et de chercher un asyle chez les ennemis des ,romains1 s'toit retir la cour de ,syrie4 ,c'est un spectacle bien singulier1 que le simple citoyen d'une rpublique presque dtruite1 et lui-mme fugitif1 proscrit1 sans fortune1 sans soldats1 dont le gnie en impose celui de ,rome1 et qui tente de soulever toute la terre contre une puissance que les plus grands rois ne pourroient regarder sans frayeur4 #abi ,elle commena l'an de ,rome #efc4 ,que les princes1 disoit-il ,antiochus1 oublient leurs diffrends particuliers2 qu'ils sachent qu'il est une grandeur pour eux prfrable l'augmentation de leur territoire2 et ,rome1 qui n'est puissante que par leurs divisions et leur avarice1 cessera de triompher4 ,graces aux haines aveugles et invtres de tous les peuples les uns contre les autres1 les ,romains trouvent plus d'allis qu'ils n'en souhaitent1 et toutes les forces de la terre sont leur disposition4 ,ils ne veulent vaincre1 dit-on1 que pour l'avantage de leurs allis2 c'est une erreur grossire4 ,on ne supporte point les maux1 les fatigues1 les dangers de la guerre sans avoir la passion de dominer2 et si les ,romains comblent de bienfaits leurs allis1 ce n'est que par intrt4 ,ils sentent combien il leur importe d'avoir des amis1 et pour ne pas soulever la fois contre eux l'orgueil de toutes les nations1 de dguiser1 de cacher la tyrannie laquelle ils aspirent4 ,mais ces allis1 dont ils exigent les complaisances les plus serviles1 sont dj des sujets qui seront bientt des esclaves4 ,j'en rponds1 toutes ces fortunes de ,massinissa1 d',attale1 d',eumnes seront renverses leur tour4 ,les ,romains regardent dj l',asie comme une proie qui les attend2 vous ne ferez que de vains efforts pour viter une rupture avec eux1 ils sauroient se faire un prtexte honnte de guerre4 ,dans ce danger nouveau pour le trne de ,syrie1 il faut renoncer aux desseins de vos prdcesseurs1 et vous faire une nouvelle politique4 ,il n'est plus question de vous regarder comme le lgitime et le seul successeur d',alexandre1 ni de vouloir recouvrer les parties dmembres de sa monarchie4 ,ne songez aujourd'hui qu' soutenir vos anciens ennemis2 vous les accablerez1 si vous voulez1 aprs vous tre aid de leurs forces pour affoiblir la rpublique ,romaine qui vous menace4 ,quand ,philippe1 irrit de l'orgueil de ses vainqueurs1 frmit secrtement d'indignation1 n'attend qu'une conjoncture favorable de secouer le joug1 et n'a avec vous qu'une mme cause dfendre1 pourquoi le ngligez-vous8 ,vous-mme1 vous avez en quelque sorte t vaincu ,cynocphale2 la ,macdoine n'est plus le rempart de l',asie4 ,philippe1 de son ct1 va voir confirmer tous ses malheurs2 et il sera envelopp de toutes parts de la puissance des ,romains1 s'ils pntrent dans vos tats4 ,malgr la haine qui vous divise1 ,philippe est moins votre ennemi que la rpublique ,romaine2 relevez-le pour affermir votre trne1 et que le plus grand roi de l',europe s'unisse au plus grand monarque de l',asie4 ,mais1 continuoit ,annibal1 les ennemis de ,rome n'ont trouv jusqu' prsent aucun alli1 parce qu'ils ont paru effrays de la guerre en la commenant2 leur timidit a dtourn tout le monde de s'associer leurs prils4 ,n'attendez pas que les ,romains tablissent le thtre de la guerre dans le sein de vos tats3 leur rpublique1 qui chancelle dans l',italie1 vous accableroit ici sans peine avec les forces de toutes les nations qu'ils ont vaincues1 qui craignent de l'tre1 ou qui espreroient de s'enrichir de vos dpouilles2 ,espagnols1 ,africains1 ,italiens1 ,grecs1 ,macdoniens1 tout contribueroit vous accabler4 ,quand la fortune d'ailleurs vous rserveroit les succs les plus complets et les plus constans1 combien ne vous faudroit-il pas de batailles pour chasser les ,romains de vos domaines8 ,il faudra les poursuivre dans la ,grce et la ,macdoine1 et conqurir sur eux ces provinces1 avant que de les repousser dans leur pays1 et de pouvoir les entamer4 ,deux victoires1 au contraire1 remportes en ,italie1 rduiront ces hommes si fiers trembler pour le capitole4 ,confiez la haine que je leur porte des vaisseaux et des soldats2 je reverrai une seconde fois l',italie1 j'y trouverai des peuples lasss de la grandeur de leurs matres1 et auxquels j'ai appris dsirer d'tre libres4 ,si je retrouve ,trasimne ou ,cannes1 ,rome succombera sous vos armes4 ,je vous ferai des allis et des amis de tous les tats qui sont jaloux de la puissance ,romaine1 ou qui n'ont d'autre politique que de s'attacher au parti le plus fort2 ils vous craindront comme ils craignent les ,romains2 ils seront attachs vos intrts comme ils sont attachs aux intrts des ,romains1 si vous osez faire trembler ces tyrans des nations4 ,malgr la servitude o tous les peuples se prcipitoient1 jamais conjoncture ne fut plus favorable pour faire craindre une seconde fois aux ,romains tous les dangers qu'ils coururent pendant la seconde guerre ,punique4 ,si quelques-uns de leurs allis leur toient sincrement attachs1 la plupart commenoient s'apercevoir qu'ils avoient achet trop chrement leur fortune4 ,accabls de la protection de la rpublique ,romaine par l'excessive reconnoissance qu'elle exigeoit1 ils ne lui donnoient des secours pour faire de nouvelles conqutes1 qu'en lui souhaitant des disgraces4 ,les ,italiens mmes ne confondoient plus leurs intrts avec ceux des ,romains2 ils sentoient qu'ils toient sujets2 ils murmuroient1 ils se plaignoient1 et n'attendoient qu'un nouvel ,annibal pour oser se rvolter4 ,ces dispositions toient si peu caches1 que le consul ,sulpicius reprochoit avec chagrin au snat la lenteur avec laquelle on faisoit passer les lgions dans la ,grce aprs avoir dclar la guerre ,philippe4 ,htons-nous1 disoit-il2 si ,philippe nous prvient1 et porte la guerre en ,italie1 tandis que nous le menaons imprudemment avant que de le frapper1 nous courons risque d'prouver de plus grands malheurs que pendant la seconde guerre ,punique1 et de voir anantir notre puissance2 car nos voisins ne nous sont attachs qu'autant qu'il ne se prsentera aucun de nos ennemis#acj1 dont ils puissent avec sret embrasser et dfendre les intrts4 #acj ,nunquam isti populi1 nisi cum deerit ad quem desciscant1 nobis non deficient4 7,tit4 ,liv4 l4 #ca47 ,il est bien surprenant que les ,romains1 instruits du changement que la seconde guerre ,punique avoit produit dans la manire de penser des ,italiens1 n'aient pas song y remdier2 rien n'toit plus facile aprs qu',annibal eut abandonn l',italie1 il ne s'agissoit que d'imaginer en leur faveur quelque titre et quelque distinction particulire4 ,j'ajoute mme que rien n'toit plus important1 et on n'en doutera pas aprs avoir lu l'entreprise qu',annibal proposoit ,antiochus1 et dont les suites pouvoient tre si dangereuses4 ,il faut encore se rappeler ce que j'ai dit au commencement de cet ouvrage1 au sujet des dsordres que causa dans la rpublique ,romaine l'ambition qu'eurent les peuples d',italie1 de se faire donner le titre de citoyens ,romains4 ,tout cela devoit se prvoir1 et c'est une faute que de ne l'avoir pas fait4 ,les ,etoliens1 qui s'toient flatts que l'empire de la ,grce seroit la rcompense des efforts qu'ils avoient faits en faveur des ,romains contre la ,macdoine1 ne se voyoient frustrs de leurs esprances qu'avec un dpit extrme4 ,leur politique agissante remuoit toutes les puissances voisines et vouloit les associer leur vengeance4 ,les autres peuples de la ,grce n'toient plus la dupe des bienfaits de la rpublique ,romaine2 le charme commenoit se dissiper1 et ils sentoient que ,flaminius avoit empoisonn le don qu'il leur avoit fait de la libert1 en dfendant leurs villes toute association4 ,la ,gaule ,cisalpine n'toit pas entirement soumise2 quelques contres de l',espagne dfendoient encore leur libert avec un extrme courage4 ,annibal1 en un mot1 dont le nom seul inspiroit de l'effroi aux ,romains#aca1 et toit capable de faire renatre la confiance chez tous les peuples1 entretenoit des relations en ,afrique1 dans la ,grce1 et dans les ,gaules mmes4 ,si on l'et vu descendre une seconde fois en ,italie1 la tte de toutes les forces de l',asie1 ,rome auroit perdu en un jour l'empire qu'elle exeroit sur ses allis4 ,on lui auroit dsobi1 parce qu'on l'auroit pu faire impunment1 et elle se seroit vue abandonne ses seules forces4 #aca ,les ,romains se servoient dans leurs discours familiers du nom d',annibal1 comme d'un mot proverbial1 pour exprimer un homme mchant1 dangereux et terrible2 il est employ de la sorte dans ,plaute1 et dans quelques autres auteurs anciens4 ,voyez chez les historiens avec quelle lchet les ,romains poursuivirent la perte d',annibal4 ,ce grand homme1 voyant que ,prusias1 chez qui il s'toit retir en abandonnant la cour d',antiochus1 ne pouvoit se dispenser de le livrer ses ennemis1 prit le parti de s'empoisonner lui-mme4 ,dlivrons1 dit-il1 les ,romains de la terreur que je leur inspire2 ils eurent autrefois la gnrosit d'avertir ,pyrrhus de se prcautionner contre un tratre qui vouloit l'empoisonner2 et les lches sollicitent aujourd'hui ,prusias trahir les droits de l'hospitalit1 et me faire prir4 ,antiochus1 qui il appartenoit de dcider du sort de la terre1 pensoit trop bassement pour goter la sagesse hardie des conseils d',annibal4 ,les promesses de ce grand homme lui parurent vagues et confuses1 parce qu'il ne pouvoit en comprendre la justesse2 et ce qui n'toit que grand et courageux1 il le crut tmraire4 ,de petites passions le dcidrent2 il se livra la jalousie de ses courtisans et l'imbcillit de ses ministres4 ,ivre de sa grandeur1 comme tous les princes d',orient1 et rabaiss par sa timidit naturelle1 il ne put ni croire qu'il s'agissoit de sa ruine entire en faisant la guerre contre les ,romains1 ni se persuader qu'il lui seroit possible de renverser cette puissance norme1 devant laquelle tout toit humili4 ,jamais prince ne fit mieux voir tout ce que l'orgueil et la lchet peuvent rassembler de foiblesse et de contradiction dans un mme caractre4 ,toujours plein des projets de ses prdcesseurs sur la ,grce et la ,macdoine1 ses anciennes ennemies1 il ne put se rsoudre les relever pour s'aider de leurs forces contre la rpublique ,romaine4 ,il commence1 au contraire1 la guerre par insulter ,philippe2 et tandis qu'il oblige ce prince se dclarer contre lui en faveur des ,romains1 il est saisi de crainte1 se repent dj de son entreprise1 et consent cder une partie de ses tats pour conserver l'autre4 ,que ,mithridate et occup le trne d',antiochus1 et les ,romains toient ruins4 ,qu'il et t beau de voir ce prince et ,annibal unis d'intrt et dployer de concert toutes les ressources de leur gnie contre un peuple puissant qu'il falloit dtruire ou reconnotre pour son matre6 ,la rpublique ,romaine ne craignit jamais que ces deux hommes2 mais l'un naquit simple citoyen d'une rpublique qui trahit ses esprances1 et il ne trouva dans la suite aucun prince qui ost le seconder4 ,l'autre toit roi1 mais il ne rgna que dans un temps o toutes les provinces1 gouvernes par des officiers ,romains1 toient dj accoutumes obir4 ,il concevoit dans sa colre les plus vastes desseins2 ses esprances et ses ressources toient toujours plus grandes que ses malheurs4 ,il combattit pendant quarante ans contre ,sylla1 ,cotta1 ,lucullus et ,pompe2 mais il puisa sa fortune dans la ,grce et dans l',asie4 ,quelle qu'en soit la cause1 il ne profita point de la circonstance favorable que la rvolte des ,samnites et de leurs allis lui offroit de porter ses armes dans le cur de l',italie1 et il ne songea vritablement marcher sur les traces d',annibal1 que quand il lui fut impossible d'excuter les mmes desseins4 ,la dfaite d',antiochus confirma toutes les nations dans la foible politique qui htoit la perte de leur libert4 ,c'est dans ces circonstances que ,perse entreprit follement de relever la ,macdoine2 et toute la terre se souleva contre lui4 ,prusias ne voulut tre que spectateur de cette guerre4 ,s'il craignit d'offenser galement les deux partis par sa neutralit1 il espra de flchir les ,romains vainqueurs force de bassesses et en se disant leur affranchi1 ou de trouver grce auprs de ,perse1 dont il avoit pous la sur4 ,gentius1 roi d',illyrie1 et les ,rhodiens1 embrassrent un parti quivoque et mitoyen1 qui ne fait que des ennemis1 que la politique condamnera ternellement1 et que des hommes timides regarderont toujours comme le comble de la sagesse et de l'art de gouverner4 ,sans aider efficacement ,perse1 qu'il toit de leur intrt de favoriser de toutes leurs forces ou de ngliger entirement1 ils firent seulement tout ce qu'il falloit pour irriter les ,romains contre eux4 ,on retrouve constamment cette mme conduite dans tous les ennemis de la rpublique4 ,bocchus secourut ,jugurtha aprs que ce prince eut perdu ses tats2 ,tigranes se comporta de mme l'gard de ,mithridate2 et l'un et l'autre1 disent bien sensment tous les historiens1 devoient prendre plutt ce parti1 ou ne le prendre jamais4 ,,livre ,,sixi,,me4 ,dans cette espce de stupidit o j'ai reprsent tous les peuples1 la rpublique ,romaine auroit manqu d'ennemis1 et cess de faire la guerre1 si elle et attendu1 pour prendre les armes1 qu'on et os l'offenser4 ,de tout temps elle s'toit fait une loi d'accorder sa protection ou sa mdiation tous ceux qui l'imploroient2 mais quand elle fut parvenue ce degr de puissance qui en imposoit tous ses voisins1 leur docilit obir lui persuada qu'elle toit dpositaire de tous les droits des hommes1 et qu'il toit de sa dignit de former une sorte de tribunal qui jugeroit des querelles des nations4 ,ce n'est plus comme ennemis1 mais comme arbitres1 que les ,romains firent la guerre4 ,s'levoit-il un diffrend entre deux peuples encore libres8 le snat prononoit quelquefois un jugement sans les consulter1 et son ambassadeur1 suivi des lgions et charg d'excuter son dcret1 arrachoit au vainqueur sa proie1 rtablissoit le vaincu dans ses possessions1 et apprenoit l'un et l'autre qu'ils avoient un matre4 ,rome dcida du sort de toute la terre2 les rois1 les princes1 les ambassadeurs de toutes les nations y parurent en supplians1 tantt pour se justifier1 tantt pour mendier des grces4 ,les ,romains se seroient contents de cet empire1 et n'en auroient pas abus1 s'ils eussent conserv leurs anciennes murs2 mais leurs conqutes1 ainsi que je l'ai dit1 les enrichirent1 et ds que les richesses leur eurent donn du got pour les volupts1 l'or du monde entier ne leur suffit plus4 ,l'avarice ayant pris dans le cur du citoyen la place de l'amour de la gloire1 l'ambition de la rpublique devint une avidit insatiable de tout piller et de tout opprimer2 et sa politique1 destine servir de nouvelles passions1 dut agir par des principes nouveaux4 ,les ,romains1 jaloux de la fortune de leurs allis1 la regardrent comme un vol fait la leur4 ,il fallut tablir une domination directe sur les provinces1 pour les piller plus commodment4 ,les royaumes de ,numidie1 de ,pergame1 de ,cappadoce1 de ,bithinie1 dont la faveur de la rpublique avoit fait des puissances considrables1 furent dtruits4 ,le snat fit une espce de trafic des trnes qui subsistoient encore1 crant ou dposant les rois son gr3 les tats n'eurent plus de rgle fixe de succession4 ,cette politique abominable1 qui dtruit pour conserver1 fut seule mise en usage4 ,on peut se rappeler dans quelle situation la dfaite de ,perse fit tomber la ,macdoine4 ,les citoyens les plus distingus en furent exils2 et on la partagea en quatre provinces1 entre lesquelles toute sorte de communication fut interdite4 ,le sort qu'prouva la ,grce aprs la prise de ,corinthe par ,mummius1 fut le sort gnral des allis4 ,on tablit dans les provinces des prteurs qui se crurent tout permis1 parce que rien ne pouvoit leur rsister2 et ,rome ne retentit plus que du bruit des concussions que ses officiers exeroient de toutes parts4 ,tout pays qui offrit quelque butin l'avidit des ,romains1 devint un pays ennemi4 ,quelques princes assurrent la tranquillit de leurs sujets1 et leur pargnrent les soins et les fatigues d'une dfense inutile1 en appelant la succession de leurs tats une rpublique assez puissante et assez corrompue pour faire des injustices sans crainte et sans remords4 ,florus rapporte que1 sous le bruit des richesses de ,ptoleme1 roi de ,chypre1 les ,romains portrent un dcret par lequel ils s'attribuoient sa succession#acb4 ,n'importe de vos droits1 disoit ,sylla ,mithridate2 obissez sans rsistance aux lois qu'on vous impose1 ou rendez-vous plus fort que nous4 ,brennus1 qui avoit paru autrefois si barbare aux ,romains1 en disant que tout appartient aux vainqueurs1 auroit-il tenu un autre langage8 #acb ,divitiarum tanta fama erat1 ut victor gentium populus1 et donare regna consuetus1 socii vivique ,regis confiscationem mandaverit4 7l4 #c4 c4 #i47 ,aucun peuple ne put se mettre couvert des entreprises et des vexations de la rpublique4 ,quelqu'attentif qu'il fut ne fournir aucun prtexte de rupture1 on lui trouvoit quelque crime dont il falloit le chtier4 ,qu'on lise dans ,tite-,live la harangue que pronona ,manlius au retour de son expdition contre les ,gallo-,grecs4 ,furius et ,emilius1 ses ennemis1 vouloient lui faire refuser le triomphe1 sous prtexte que la guerre qu'il avoit faite toit injuste2 mais ,manlius les confondit aisment1 en reprsentant que les ,gaulois avoient autrefois pill le temple de ,delphes1 et que cette impit n'avoit point encore t punie#acc4 ,si ce trait seul ne peignoit pas assez navement le caractre des ,romains1 on pourroit voir dans ,justin qu'ils n'eurent point de honte d'allguer1 comme une raison srieuse de ce qu'ils prenoient la dfense des ,acarnaniens contre les ,etoliens1 que les anctres des premiers toient les seuls peuples de la ,grce qui n'eussent point envoy de troupes au sige de ,troye#acd3 c'toit joindre la raillerie la violence4 #acc ,delphos1 quondam commune humani generis oraculum1 umbilicum orbis terrarum1 ,galli spoliaverunt3 nec ideo populus romanus his bellum indixit aut intulit4 7,tit4 ,liv4 l4 #ch47 #acd ,acarnanes adversus tolos auxilium ,romanorum implorantes1 obtinuerunt romano senatu1 ut legati mitterentur1 qui denonciarent tolis1 prsidia ab urbibus ,acarnani deducerent1 paterenturque esse liberos1 qui soli quondam adversus ,trojanos auctores originis su1 auxilia ,grcis non miserint4 7l4 #bh47 ,on peut tre injuste1 odieux mme toute la terre par sa tyrannie1 et cependant continuer d'tre heureux dans ses entreprises quand on peut accabler ses ennemis par des forces suprieures3 l'histoire n'est que trop souvent une preuve de cette triste vrit4 ,aprs avoir fait des conqutes par ses vertus1 la rpublique ,romaine s'agrandit encore malgr ses vices4 ,c'est dans le temps mme qu'elle ne pouvoit dfendre ses lois contre l'ambition des citoyens1 et que son avarice toit redoute de tous ses voisins1 qu'elle repoussa les efforts de ,mithridate et le vainquit1 qu'elle fit sa conqute la plus difficile1 c'est--dire1 qu'elle soumit les ,gaules1 en imposa aux ,germains1 et pntra jusque dans la ,bretagne4 ,rome ne cessa point de triompher1 parce que ses lgions toient toujours mieux disciplines et plus aguerries que les armes de ses ennemis2 et si ses gnraux n'avoient plus de vertus1 ils avoient de grands talens4 ,les factieux1 qui aspiroient la tyrannie1 ayant besoin de se faire de la rputation dans la rpublique1 et de l'blouir par des succs pour l'opprimer1 ne souffroient point qu'elle ft avilie dans leurs gouvernemens1 et la faisoient respecter chez les trangers4 ,les ,romains1 en effet1 pleins des passions orgueilleuses que leur donnoient la libert et leurs conqutes1 conservoient1 au milieu de leurs vices1 assez de fiert pour vouloir estimer le matre qui les domineroit1 et ils ne savoient plus estimer que les talens et les succs militaires4 ,qu'un magistrat1 par les voies sourdes de l'intrigue1 et voulu s'emparer du gouvernement1 ce n'et t qu'un conjur qu'il toit ais de perdre3 tels furent les ,gracques et ,catilina4 ,que ,sylla1 afin de se rendre plutt en ,italie1 et de se venger du parti de ,marius1 et fait un trait honteux avec ,mithridate1 ses soldats auroient vraisemblablement refus de le suivre1 et il n'auroit trouv ,rome et dans l',italie que des ennemis qui l'auroient mpris4 ,csar avoit besoin de conqurir les ,gaules pour s'ouvrir le chemin de l'empire4 ,cette sorte de besoin qu'avoient les gnraux de faire de grandes choses1 et qui soutint la rputation des armes pendant les troubles de la rpublique1 disparut entirement quand ,auguste tablit enfin la monarchie4 ,j'ai rendu compte ailleurs#ace pourquoi l'empire n'avoit pas t dtruit par la tyrannie de ,tibre1 de ,claudius1 de ,caligula et de ,nron3 je prie maintenant de remarquer que si la servitude o ces monstres prcipitrent le snat et le peuple ,romain1 s'toit tendue jusque sur les lgions1 l'empire1 qui n'auroit plus rien conserv de ce qui avoit fait la supriorit de la rpublique sur ses ennemis1 seroit all sa ruine sans avoir jamais de ces momens heureux1 o il parut encore anim par le gnie des ,scipions et des ,emiles4 #ace ,dans le troisime livre4 ,les armes se firent craindre des premiers successeurs d',auguste2 et les mnagemens auxquels ces princes se virent contraints leur gard1 laissrent subsister dans les camps un reste de l'ancien esprit rpublicain4 ,le soldat1 qui n'toit pas opprim1 se crut citoyen2 et c'toit-l le seul boulevard de l'empire contre les trangers4 ,comme les lgions1 toujours places sur les frontires1 conservoient l'habitude de la guerre1 malgr le relchement de la discipline1 et en venoient souvent aux mains contre les ,barbares1 elles cultivoient encore plusieurs vertus militaires4 ,le luxe et le repos ne les nervoient point4 ,les soldats1 en un mot1 attachs leurs exercices1 n'avoient besoin que d'obir un gnral habile pour faire encore de grandes choses4 ,aussi ,agricola rduisit-il la ,bretagne en province ,romaine2 et ,trajan1 vainqueur des ,daces1 de l',armnie et des ,parthes1 porta ses armes jusque sur les frontires des ,indes1 aprs avoir subjugu les royaumes d',assyrie et de ,calde4 ,les conqutes mmes de ,trajan dvoilrent la foiblesse de l'empire2 il et fallu1 pour les conserver1 plus de talens que pour les faire2 et quelque capacit qu'et ,adrien1 il les abandonna1 pouvant peine suffire la multitude d'affaires1 dont les vices et la vaste tendue de son empire l'accabloient4 ,tandis que les peuples du ,danube et du ,rhin devenoient de jour en jour plus redoutables1 comment et-il t possible de contenir dans le devoir des nations loignes et puissantes1 qui1 n'ayant t vaincues qu'une fois1 conservoient le dsir et l'esprance de secouer le joug8 ,les ,romains regardrent la ncessit o se trouvoit ,adrien1 comme l'poque fatale de leur dcadence1 et crurent que le dieu ,terme1 qui veilloit sur leurs frontires1 retiroit enfin la protection qu'il leur avoit accorde jusque-l4 ,l'empire ne jouit pas long-temps du bonheur de voir rgner dans ses armes l'ordre1 le courage et la discipline qu'elles devoient la sagesse de ,trajan1 d',adrien et de ,marc-,aurle4 ,a peine les lgions disposrent-elles du trne imprial1 que les empereurs1 qui ne furent plus que leurs esclaves1 ne songrent qu' flatter leurs caprices4 ,les soldats consumrent en dbauches le fruit de leurs rapines et les gratifications abondantes qu'on toit oblig de leur faire4 ,amollis par les plaisirs1 ou devenus insolens par l'habitude de cabaler et de former des sditions1 il ne fut plus possible de les assujettir aux exercices anciens1 ni aux travaux de la milice#acf4 ,les camps1 qui toient autrefois des places fortes1 ne furent plus entours de fosss ni de retranchemens4 ,les armes parurent trop pesantes1 et il fallut permettre de quitter la cuirasse et le casque4 ,dans ce relchement gnral de la discipline1 les vertus militaires ne furent comptes pour rien4 ,les soldats les plus ports la mutinerie et les plus propres cabaler1 obtinrent les rcompenses destines au seul mrite2 et ds que l'intrigue tint lieu de courage1 la lchet fut impunie4 #acf ,caracalla recherchoit l'amiti des soldats par les flatteries les plus basses4 ,ce fut le premier des empereurs qui autorisa par des lois expresses le relchement de la discipline4 ,c'est alors qu'il se fit une rvolution dans la ,scandinavie1 la ,scythie europenne et la ,sarmatie4 ,la terre sembla y enfanter des hommes4 ,soit que les ,barbares1 qui habitoient ces vastes rgions1 eussent appris qu'il y avoit dans le midi des terres plus fertiles et un ciel moins sauvage2 soit que ce caractre inquiet et martial1 qui1 dans tous les temps1 avoit transport leurs colonies dans les pays les plus loigns1 et fait des progrs et ft devenu l'esprit dominant et gnral de leurs nations2 tous les jours il sortoit de ces climats de nouveaux peuples1 qui1 ravageant tout sur leur passage1 vinrent fondre sur les terres de l'empire4 ,goths1 ,gepides1 ,alains1 ,messagettes1 ,vandales1 ,sarmates1 ,scythes1 etc4 rien ne pouvoit rsister ces ,barbares1 qu'aucun pril n'tonnoit1 et qui sembloient se reproduire aprs leurs dfaites4 ,la gloire laquelle ils aspiroient1 c'toit de se charger de butin4 ,ce qu'ils rapportoient chez eux1 y excitoit une mulation gnrale2 ainsi les ravages qu'une province ,romaine avoit soufferts n'en annonoient que de plus grands encore4 ,domitien avoit achet honteusement la paix des ,daces4 ,adrien1 dj vieux quand les ,alains et les ,messagettes firent une irruption dans la ,mdie1 l',armnie et la ,cappadoce1 et n'osant peut-tre confier aucun de ses gnraux les forces ncessaires pour chasser ces ,barbares1 les engagea par des prsens sortir des provinces qu'ils avoient pilles4 ,ces exemples pernicieux ne furent que trop suivis par des princes1 plus occups perdre un rvolt qui leur disputoit la couronne1 que de la gloire et du salut de l'empire4 ,ds que les peuples du ,nord virent qu'il suffisoit de menacer les ,romains pour s'enrichir1 ils firent tous les jours de nouvelles entreprises4 ,tous les jours on apprenoit qu'ils toient entrs dans quelques provinces de l'empire1 et tous les jours il falloit traiter avec eux pour les renvoyer4 ,a ces ,barbares1 appaiss par des prsens1 il succdoit d'autres ,barbares aussi avides que les premiers2 et on ne pouvoit compter sur la foi des traits1 parce que ces peuples formoient des nations ou des tribus indpendantes4 ,ce qu'on traitoit avec les unes n'engageoit point les autres1 et puisque toutes les richesses de l'empire n'auroient pas suffi en contenter une partie1 et qu'il toit impossible de faire des conventions avec toutes1 il falloit faire un effort1 et1 s'il se pouvoit1 les intimider en exterminant la premire qui auroit ravag une province4 ,les ,romains auroient transport leurs principales forces sur le ,danube et le ,rhin1 et mis couvert les pays exposs aux insultes des ,barbares1 si1 dans le mme temps1 il ne s'toit lev en ,asie un ennemi assez puissant pour empcher de dgarnir ses frontires de ce ct-l4 ,le royaume des ,parthes1 autrefois si redoutable1 mme pour les armes ,romaines#acg1 avoit commenc dcheoir de sa rputation depuis la bataille clbre1 o les troupes d',orodes1 sous le commandement de ,pacorus1 furent entirement dfaites par ,ventidius4 ,phrahate1 qui1 peu de temps aprs1 monta sur le trne1 n'toit pas propre relever le courage de ses sujets2 ce prince1 timide et cruel1 vit ses tats se partager en diffrens partis1 et les rvolutions qu'il prouva l'avoient tellement accoutum se dfier de sa fortune1 qu',auguste1 s'tant transport en ,asie pour en rgler le sort1 le contraignit par de simples menaces lui rendre les enseignes ,romaines prises sur ,crassus et sur ,antoine#ach1 et lui donner ses propres fils pour otages de la paix4 #acg ,a ,romanis quoque1 trinis bellis1 per maximos ,duces1 florentissimis temporibus1 soli ex omnibus gentibus non pares solum1 verum etiam victores fuere4 7,just4 l4 #da47 #ach ,finito ,hispaniensi bello1 cum in ,syriam ad componendum ,orientis statum venisset 7,augustus71 metum ,phrahati incussit1 ne bellum ,parthi vellet inferre4 ,itaque tota ,parthia captivi ex ,crassiano sive ,antonii exercitu recollecti1 signaque cum is militaria ,augusto remissa sed et filii nepotesque ,phrahatis obsides ,augusto dati3 plusque ,csar magnitudine nominis sui fecit1 quam armis alius imperator facere potuisset4 7,just4 l4 #db47 ,un peuple tel que les ,parthes1 qui doit moins son courage la sagesse de ses institutions politiques qu' la barbarie de ses murs#aci1 ne pouvoit commencer dcheoir sans se ruiner entirement4 ,passant des vices qui rendent froces ceux qui amollissent1 les ,parthes furent vaincus par ,trajan2 ils ne reconquirent point leur indpendance1 elle leur fut rendue par ,adrien1 et leur monarchie se trouva enfin rduite un tel point de foiblesse1 qu'il suffit d'une meute pour la renverser4 ,un ,perse1 nomm ,artaxerce1 qui jouissoit dans sa nation d'un grand crdit1 excita quelques mouvemens de rvolte1 qui1 n'tant pas rprims assez promptement#adj donnrent l'esprance aux sditieux de secouer le joug des ,parthes4 ,artaban fut vaincu et tu dans une bataille qu'il livra aux rebelles1 et cet vnement produisit une rvolution singulire dans l'esprit des ,perses4 ,leur victoire leva leur courage1 ils se crurent destins faire de grandes choses2 et leur nouvelle monarchie1 aussi redoutable que celle des ,parthes l'toit peu1 reprit sous ses nouveaux rois la mme ambition qu'avoient eu les successeurs de ,cyrus4 ,elle regarda l',asie comme son ancien domaine1 et traitant les ,romains d'usurpateurs1 forma le plan de les repousser en ,europe4 #aci ,exercitum non ut ali gentes liberorum1 sed majorem partem servorum habent4444 ,hos equitare et sagittare magna industria docent4444 nec pugnare di possunt3 cterum intolerandi forent1 si quantus his impetus est1 vis tanta et perseverentia esset4444 carne non nisi ,venatibus qusita vescuntur4444 ingenia genti tumida1 seditiosa1 fraudulenta1 procacia444 semper aut in externos1 aut in domesticos motus inquieti4 ,principibus metu non pudore parent4 7,just4 l4 #da47 #adj ,cette rvolution arriva sous le rgne de l'empereur ,alexandre ,svre1 l'an de ,j4 ,c4 #bbf4 ,si l',empire1 aprs avoir t gouvern par des hommes aussi mprisables que ,caracalla1 ,macrin1 ,hliogabale1 ,maximin1 ,pupien1 ,balbin1 ,gallus1 etc4 ne succomba pas sous ,gallien1 prince imbcille et voluptueux1 dont le rgne fut troubl par la rvolte de toutes les armes1 c'est que les ,perses1 voulant conserver les pays dont ils s'empareroient1 ne s'tendoient que de proche en proche1 et que les peuples du ,nord1 sans ide de conqutes et d'tablissemens1 ne songeoient encore1 en faisant la guerre1 qu' rapporter dans leurs forts les dpouilles des provinces ,romaines4 ,sous la conduite des empereurs ,claude1 ,aurlien et ,probus1 l'empire sembla reprendre quelque vigueur4 ,le premier remporta de grands avantages sur les ,goths et les ,germains4 ,le second se transporta par-tout o les besoins de l'empire demandoient sa prsence1 vainqueur sur les bords du ,danube et du ,rhin1 la fortune l'accompagna en ,asie et en ,egypte4 ,probus triompha des ,barbares en ,dalmatie et dans la ,thrace1 les fora de se retirer au-del du ,neker et de l',elbe1 et contraignit les ,perses ne pas troubler le repos de l',orient4 ,deux causes contriburent aux succs de ces empereurs3 l'une que l'empire1 quelqu'puis qu'il ft par les dsastres qu'il avoit prouvs1 pouvoit cependant encore fournir aux frais de la guerre2 et l'autre1 qu'il toit ais ces princes de lever des armes nombreuses4 ,comme la condition des soldats toit la seule heureuse depuis que les armes disposoient de la dignit impriale1 et que prendre le parti des armes1 c'toit changer sa qualit d'esclave en celle d'oppresseur et de tyran1 l'empire trouvoit toujours sa disposition plus de milice qu'il n'en avoit besoin4 ,mais tout devoit bientt changer de face1 et quand l'empire auroit continu d'obir des princes aussi habiles que ceux dont je viens de parler1 la chte n'auroit pas t moins invitable4 ,ce que firent ces empereurs1 ils n'auroient pu l'excuter s'ils fussent monts sur le trne un sicle plus tard1 c'est--dire1 aprs que ,diocltien1 en rglant que l'empire seroit dsormais gouvern par deux empereurs et deux ,csars1 et accoutum les lgions obir4 ,les armes n'tant plus en tat de dposer les empereurs1 de piller les peuples1 et de se faire donner arbitrairement des gratifications1 le sort des soldats ne fut plus envi1 et personne ne voulut porter les armes4 ,les citoyens les plus distingus par leur naissance n'ambitionnrent que les magistratures1 ou ne voulurent tre que courtisans sous des empereurs qui s'amollirent sur le trne ds qu'ils ne craignirent plus de le perdre1 et qui consommrent en peu de temps les richesses chappes l'avidit des ,barbares4 ,a l'gard du peuple1 quoiqu'accabl sous le poids des impositions et des charges publiques1 il prfroit l'oisivet et la pauvret de ses maisons aux prils laborieux de la guerre4 ,les lgions n'toient plus composes que d'hommes enlevs avec violence de leur famille2 et1 sans que j'en avertisse1 on doit sentir que les armes perdirent ce reste de courage qu'elles avoient conserv jusque-l4 ,dans cette extrmit1 les empereurs1 pour ne pas laisser l'empire ouvert aux incursions de ses ennemis1 traitrent avec quelques tribus de ,barbares1 qui1 de leur ct1 ne subsistoient qu'avec peine1 depuis que les provinces ,romaines1 puises et presque dsertes1 n'offroient plus qu'un butin mdiocre leur avarice4 ,ces princes les prirent d'abord leur solde pour quelqu'expdition particulire1 et les reurent ensuite sur les terres de leur domination comme auxiliaires1 et s'en firent un boulevard contre les autres ,barbares4 ,ce n'est qu'avec le secours des ,goths que ,diocltien mme pacifia l',egypte1 et que ,maximien battit les ,perses1 pntra dans les tats de ,sapor1 et rduisit ce prince demander la paix4 ,il est certain1 dit ,jornands1 que sans les ,barbares1 qui combattirent pour les ,romains1 jamais les empereurs n'auroient1 depuis ,diocltien1 pu former d'entreprises considrables2 mais il est encore plus certain que cette ressource devoit enfin tre fatale l'empire4 ,ces auxiliaires conservoient leurs coutumes1 leurs lois1 leur indpendance2 et plus ils sentirent de quelle importance toient leurs services1 plus ils durent mpriser les empereurs4 ,l'indocilit des uns1 la fiert des autres nourrissoient entr'eux des dfiances continuelles4 ,les diffrends toient frquens1 et si l'on en venoit une rupture1 quels redoutables ennemis ne devoient-ce pas tre pour l'empire1 que ces ,barbares dgots de la vie errante1 qui connoissoient l'avantage d'un tablissement solide1 et qui1 ne faisant plus la guerre comme leurs pres1 avoient appris des gnraux ,romains mme l'art de les vaincre8 ,telle toit la situation de l'empire lorsque ,constantin parvint au trne4 ,avec quelques talens pour la guerre1 qu'il n'employa qu' perdre ses ennemis particuliers1 et non pas ceux des ,romains1 il n'eut aucune qualit propre au gouvernement4 ,dupe de ses ministres et de ses favoris1 qui abusoient de sa foiblesse1 il ne vit que par leurs yeux4 ,une inquitude naturelle le faisoit continuellement agir1 mais souvent sans fruit4 ,s'il paroissoit occup par de grands projets1 il les avoit conus en homme prsomptueux et vain1 et les excutoit en politique mdiocre4 ,quoique plusieurs crivains aient prodigu ce prince les plus grands loges1 il contribua cependant plus que tout autre avancer la ruine de l'empire4 ,il augmenta1 il est vrai1 les armes de dix lgions1 et fit construire quelques forts sur les frontires2 mais il anantit ce qui restoit de discipline et de courage dans les armes4 ,comme on avoit tenu jusque-l les soldats dans des camps en prsence de l'ennemi1 l'habitude du danger et de combattre avoit entretenu une sorte d'habitude d'tre brave2 quand ,constantin les retira des frontires pour les mettre en garnison dans les villes et dans le cur des provinces1 ils y furent mauvais citoyens1 et par les vices nouveaux qu'ils y contractrent1 devinrent incapables de porter les armes4 ,c'toit bien mal connotre les intrts de l'empire que de construire une nouvelle capitale1 tandis qu'il toit si difficile de conserver l'ancienne1 de perdre des sommes immenses btir une ville superbe1 tandis que l'empire1 puis par tous les flaux qu'il prouvoit1 pouvoit peine entretenir des armes4 ,bisance1 laquelle ,constantin donna son nom1 devint la rivale de ,rome1 ou plutt lui enleva tout son clat et ses forces1 et l',italie tomba dans le dernier abaissement4 ,la misre la plus affreuse y rgna au milieu des maisons de plaisance et des palais demi-ruins que les matres du monde y avoient autrefois levs4 ,toutes les richesses passrent en ,orient2 les peuples y portrent leurs tribus et leur commerce4 ,l',occident cependant supportoit tout le poids des ,barbares2 au lieu de l'affoiblir ainsi1 il eut1 au contraire1 fallu lui donner de nouvelles forces4 ,une suite encore plus fcheuse du projet de ,constantin1 ce fut de diviser l'empire d'une manire plus marque qu'il n'avoit t jusque-l4 ,ses successeurs1 d'abord jaloux les uns des autres1 s'accoutumrent croire qu'ils avoient des intrts diffrens1 et bientt il y eut des guerres entr'eux4 ,les empereurs d',orient1 dans la crainte d'irriter les ,barbares1 et de les attirer sur leurs domaines1 n'osrent donner aucun secours l',occident4 ,ils lui suscitrent mme quelquefois des ennemis2 ils donnrent une partie de leurs richesses aux ,vandales1 aux ,goths1 etc4 pour acqurir le droit de consumer l'autre dans les plaisirs1 tandis que ces peuples portoient leurs armes jusque dans le sein de l',italie4 ,si on a eu raison de dire que les hommes seroient heureux quand ils seroient gouverns par des philosophes1 quelle prosprit ne devoit pas rpandre sur l'empire la nouvelle religion que professa ,constantin1 si la grce1 qui claira son esprit sur les erreurs du paganisme1 et triomph des vices de son cur8 ,mais ,constantin1 chrtien1 fut bien infrieur en vertus ,marc-,aurle1 paen4 ,ce que les lgislateurs les plus profonds et les philosophes les plus sages n'avoient pu faire1 la publication de l'vangile l'avoit produit2 et les chrtiens1 levs au-dessus de toutes les foiblesses de l'humanit1 pratiqurent sans effort ce que l'impuissant stocisme se contentoit de conseiller4 ,une religion aussi pure que le christianisme1 et qui1 en ordonnant la pratique de toutes les vertus1 donnoit aux ames les plus foibles la force d'obir ses prceptes1 devoit purger l'empire de tous les vices qui htoient sa ruine4 ,on ne devoit plus voir que de bons citoyens2 et les empereurs1 dsabuss de ces apothoses absurdes1 qui n'avoient servi qu' les rendre plus mchans1 apprenoient qu'il y a un tre suprme1 devant qui la subordination des choses politiques disparot2 que les hommes de la condition la plus vile toient leurs frres2 qu'ils devoient se sacrifier au bien de la socit1 et qu'il n'y a de grand et de sage que ce qui est juste4 ,malheureusement les chrtiens commenoient ne plus conserver leur premier caractre1 depuis que leur doctrine s'toit prodigieusement tendue2 et ils furent moins attentifs encore sur eux-mmes1 en voyant leur religion devenir le culte dominant et favoris4 ,le repos dont ils jouirent leur fit croire qu'ils avoient moins besoin de courage1 et ds lors les bienfaits de ,constantin devinrent plus funestes que les perscutions de ses prdcesseurs4 ,les ministres de l'vangile retenoient l'ancienne austrit des murs2 mais1 par je ne sais quel prjug1 ils voulurent prter l'ouvrage de ,dieu les secours d'une prudence toute humaine2 pour tendre plus promptement la religion1 ils en adoucirent le joug4 ,cette condescendance les rendit incapables de porter toute entire dans la cour des empereurs cette morale divine1 dont ils devoient tre les aptres4 ,en dguisant aux autres ses prceptes1 ils s'aveuglrent eux-mmes1 et les vices qu'ils mnageoient1 les infectrent enfin4 ,l'orgueil prit la place de l'humilit2 on oublia que l'vangile ne prche que la douceur1 la patience et la charit4 ,au lieu de continuer remercier ,dieu d'avoir t choisi pour l'honorer suivant le culte qu'il exigeoit1 et le prier de dessiller les yeux de ceux qui toient encore dans l'erreur1 les chrtiens1 arms du pouvoir du prince1 semblent vouloir rendre l'idoltrie une partie des maux qu'elle leur a fait souffrir4 ,constantin fit abattre les temples les plus clbres des faux dieux1 dfendit les sacrifices1 et abolit les solennits des ftes paennes4 ,bientt on expose les idoles la drision publique4 ,on les mutile1 et le zle imprudent que les crivains ecclsiastiques reprochent l'vque ,thophile1 l'gard des ,egyptiens et de la fameuse statue de leur dieu ,srapis1 ne fut que trop commun2 et en aigrissant les esprits1 leur fit oublier jusqu'aux lois les plus communes de l'humanit4 ,il seroit difficile de peindre tous les maux que produisit dans l'empire la rivalit de deux religions1 dont les sectateurs se regardoient rciproquement comme des impies et des sacrilges4 ,les injustices et les violences auxquelles on n'toit que trop accoutum par un gouvernement arbitraire1 devinrent d'autant plus frquentes1 qu'en ne travaillant qu' satisfaire ses haines1 son avance et son ambition1 on croyoit ne dfendre que les intrts de sa religion4 ,batailles perdues1 provinces ravages par les ,barbares1 ou quelqu'autre flau1 tel que la peste ou la famine2 les paens triomphoient de toutes ces calamits publiques1 parce qu'ils les reprochoient aux chrtiens1 ou qu'ils les regardoient comme autant d'avertissemens salutaires qui frapperoient enfin les empereurs1 et les rameneroient au culte des dieux qui avoient rendu les ,romains matres du monde4 ,pour comble de maux1 ,dieu permit que la vrit ne ft pas le partage de tous ceux qui adoroient sa croix4 ,les chrtiens furent partags sur les dogmes les plus essentiels2 et chaque parti1 tour--tour favoris par un prince de sa communion#ada1 fit ses ennemis une guerre cruelle1 et aussi funeste au bien temporel de l'empire1 que contraire aux principes de la religion4 #ada ,je ne parle pas de ,julien1 qui1 pour rtablir l'idoltrie et ruiner le christianisme1 fit tout ce que peut imaginer la politique la plus adroite4 ,constante favorisa l'arianisme1 et ,jovien la doctrine du concile de ,nice4 ,valens fait la guerre aux catholiques2 et ,gratien1 de mme que ,valentinien1 aux hrtiques1 c4 ,ce qui retarda encore1 dans ces circonstances1 la ruine entire des empereurs1 c'est que les ,barbares tournrent leurs armes les uns contre les autres4 ,en effet1 ,ermaneric1 roi des ,goths1 auroit subjugu l'empire1 s'il y et remport les avantages qu'il obtint en ,germanie4 ,plusieurs historiens l'ont compar ,alexandre4 ,il soumit une foule de peuples1 dont la plupart n'ont plus t connus4 ,il tendit ses conqutes depuis le ,danube1 jusqu' la mer ,baltique1 et rgna ainsi sur la ,germanie1 la ,scythie d',europe et la ,sarmatie4 ,ce prince toit prt fondre sur les provinces de l'empire avec les forces runies des ,barbares1 lorsqu'il fut arrt dans son entreprise par un vnement imprvu4 ,jornands rapporte que quelques jeunes ,huns1 chassant prs des ,palus ,motides1 poursuivirent une biche qui se lana dans l'eau1 et leur enseigna un gu travers des marais qu'ils regardoient comme une mer immense et impraticable4 ,ces chasseurs1 tonns de trouver une nouvelle terre o ils croyoient que le monde finissoit1 retournrent dans leur pays2 ils y racontrent leur aventure1 qui piqua la curiosit des ,huns2 et ce gu1 dont on avoit fait l'preuve1 devint bientt un chemin par lequel toute leur nation fondit de l',asie dans l',europe4 ,ces peuples toient horribles voir1 et portoient1 sous des traits peine humains1 toute la frocit des ours et des tigres4 ,dans un temps mme o toutes les nations toient souilles par les cruauts les plus atroces1 les ,huns furent regards comme des monstres4 ,pour l'honneur de l'humanit1 on refusa ce peuple exterminateur une origine commune aux autres hommes2 on publia qu'il toit n des embrassemens des dmons et de ces magiciennes que ,filimer1 cinquime roi des ,goths1 avoit chasses de ses tats1 et qui s'toient retires dans les dserts du ,caucase4 ,alipzures1 ,alcizures1 ,itamares1 ,toncasses1 ,bosques1 ,alains1 tous les peuples de la ,scythie ,europenne1 furent vaincus4 ,les ravages des ,huns produisent d'abord un effet favorable l'empire1 parce qu'ils ruinrent la puissance norme des ,goths1 et que1 dans la consternation o se trouvoit la ,germanie1 elle songeoit moins envahir et piller les provinces ,romaines1 qu' se dfendre contre ses nouveaux ennemis4 ,mais quand des succs1 toujours nouveaux1 firent enfin regarder les ,huns comme une nation invincible1 les ,barbares abandonnrent leurs habitations pour viter le joug dont ils toient menacs1 et se virent pousss sur les terres de l'empire4 ,les ,visigoths demandrent l'empereur ,valens#adb1 et obtinrent la ,mosie infrieure pour leur servir de retraite2 et les ,vandales1 les ,suves et une tribu d',alains1 passrent le ,rhin1 et s'tablirent dans les ,gaules par droit de conqute4 #adb ,les ,goths ne formrent qu'une nation jusqu'au temps de l'irruption des ,huns en ,europe4 ,ceux qui habitoient les provinces ,orientales de leur domination s'appelrent ,ostrogoths1 c'est--dire1 ,goths d',orient4 ,ceux des provinces ,occidentales se nommoient ,visigoths1 c'est--dire1 ,goths d',occident4 ,ils composrent deux nations spares et indpendantes1 depuis que les premiers furent subjugus par les ,huns1 et que les seconds se furent rfugis dans la ,mosie2 mais se souvenant toujours de leur origine commune1 ils se regardrent comme frres et allis4 ,les historiens rapportent que ,stilicon1 favori et ministre1 et par consquent tyran d',honorius1 las de rgner sous le nom de ce prince imbcille1 aspiroit s'emparer de l'empire1 et que1 pour y russir1 il invita les ,vandales1 les ,alains et les ,suves entrer dans les ,gaules1 aprs avoir tout dispos de faon que ces ,barbares pussent s'y tablir sans obstacle4 ,ce ministre infidelle1 ajoutent les historiens1 se flattoit que dans la confusion o cet vnement jetteroit l'empire1 les ,romains lui dfreroient1 ou son fils ,eucherius1 le trne d',honorius4 ,si ,stilicon forma ce projet1 c'toit un homme1 s'il est possible1 encore plus mprisable par l'esprit que par le cur1 et l'histoire ne le dit point4 ,pouvoit-il penser que les ,romains fussent assez insenss pour punir ,honorius seul des succs des ,barbares1 tandis qu'il toit notoire que ce prince n'toit qu'un automate par des ornemens impriaux8 ,l'empereur n'toit coupable que des fautes de son ministre2 personne n'en doutoit dans l'empire1 et en le punissant1 on et rcompens le ministre3 quelle absurdit6 ,je ne saurois me prter aux vues politiques qu'on suppose ,stilicon2 pour usurper l'empire1 il devoit1 au contraire1 le faire triompher de ses ennemis4 ,pourquoi ne pas croire que les ,barbares1 qui entrrent dans les ,gaules sous son ministre1 prirent ce parti#adc1 parce qu'ils craignoient moins les ,romains que les ,huns2 et qu'ils s'tablirent dans leur conqute1 parce que les ,gaules valoient mieux que la ,germanie1 et qu'en repassant le ,rhin1 ils auroient retrouv les ,huns qu'ils avoient voulu viter8 #adc ,j'aurois pu faire ici cent argumens pour justifier ,stilicon2 mais ce que j'ai dit suffit1 si je ne me trompe1 pour les personnes senses4 ,cette fameuse irruption des ,vandales dans les ,gaules arriva l'an de ,j4 ,c4 #djf4 ,tandis que les ,vandales commenoient tablir leur domination sur l',espagne1 il se forma dans la ,mosie un orage qui menaoit la capitale mme de l'empire2 les ,visigoths1 qui ,valens avoit ouvert un asyle1 conservrent leurs murs1 leurs usages1 leurs lois1 et il n'en fallut pas davantage pour les rendre suspects des princes accoutums tout craindre1 et d'autant plus jaloux des respects dus leur dignit1 qu'ils voyoient sensiblement diminuer leur puissance4 ,tous les jours on se faisoit de part et d'autre quelqu'injure1 et les esprits toient dj extrmement aigris1 lorsqu'il survint une famine dans la ,mosie4 ,les ministres de l'empire crurent qu'il falloit profiter d'une occasion si favorable1 pour faire prir la nation entire des ,visigoths4 ,les officiers ,romains1 dit ,jornands1 abusant indignement de la situation malheureuse de ces ,barbares1 leur vendoient un prix excessif1 non pas des alimens ordinaires1 mais les chairs infectes des chiens et des chevaux4 ,la duret fut pousse un tel point1 qu'il fallut donner un esclave pour avoir un pain1 et dix livres d'or pour un agneau4 ,on exigea enfin des ,visigoths qu'ils changeassent leurs propres enfans contre des alimens2 et tant d'horreurs1 on joignit celle de vouloir assassiner tous les chefs de leur nation en les rassemblant par un festin4 ,les ,visigoths1 indigns1 se choisirent un roi pour se mettre en tat de se venger4 ,ils alloient ravager l',orient1 comme les ,vandales1 les ,alains et les ,suves ravageoient l',occident2 mais ,rufin1 qui gouvernoit ,arcadius1 eut recours une politique bien diffrente de celle qu'on reproche au ministre d',honorius2 il appaisa les ,visigoths par des prsens2 et soit qu'il voult se dbarrasser pour toujours de ces htes dangereux1 soit qu'il ne chercht qu' inquiter ,stilicon1 son ennemi personnel#add1 il les invita se tourner du ct de l',italie1 o ils trouveroient un butin immense4 ,ils pntrrent jusqu' ,ravenne1 sous la conduite de leur roi ,alaric1 et ce prince proposa ,honorius de confondre ses sujets avec les ,romains1 pour ne former qu'un seul peuple1 ou de dcider1 par un combat1 du sort des deux nations4 ,l'empereur1 instruit par l'exprience de ses prdcesseurs du danger attach l'alliance des ,barbares1 ou qui ne cherchoit peut-tre qu' tromper ses ennemis1 luda la proposition d',alaric1 en lui offrant de lui abandonner en propre les ,gaules et l',espagne4 #add ,stilicon1 au rapport des historiens1 prtendoit que ,thodose1 surnomm le ,grand1 l'avoit nomm rgent des deux empires3 il avoit dessein1 dit-on1 d'aller en ,orient pour y faire reconnotre ses droits et dpossder ,rufin4 ,quoique ,honorius dt s'estimer heureux de chasser les ,visigoths d',italie1 par la cession de deux provinces dmembres de l'empire1 depuis que les ,vandales1 les ,suves et les ,alains s'y toient tablis1 ,stilicon les suivit1 et1 croyant les surprendre1 les attaqua au pied des ,alpes ,cociennes4 ,les ,barbares1 rsolus prir plutt qu' laisser impunie la perfidie du gnral ,romain1 combattirent avec fureur4 ,ils taillrent en pices leurs ennemis1 et revenant sur leurs pas1 se rpandirent dans l',italie1 s'approchrent de ,rome1 l'attaqurent et la prirent d'assaut4 ,ces succs des ,visigoths1 des ,vandales1 des ,suves1 des ,alains1 etc4 quelque grands qu'ils fussent1 n'toient pas cependant comparables ceux qu'avoient faits les ,huns1 quand ,attila se trouva seul matre de leur monarchie#ade4 ,ce prince1 digne par ses talens d'tre l'admiration du monde1 s'il n'en et t l'effroi par les ravages qu'il y fit1 avoit toutes les qualits d'un grand homme1 mais la manire d'un ,barbare1 n dans une nation farouche et sans murs4 ,son courage1 sa prudence1 sa cruaut1 sa perfidie1 sa confiance1 tout avoit galement russi son ambition4 ,jusqu'alors les ,barbares n'avoient paru que comme des aventuriers qui agissoient par inquitude1 qui faisoient la guerre sans objet1 qui renonoient une entreprise sans motif1 qui se servoient sans choix des premiers moyens que la fortune leur offroit1 qui commenoient tout et ne finissoient rien4 ,attila se fit un plan suivi d'agrandissement1 et devint d'autant plus redoutable1 qu'en combattant la tte d'un peuple tmraire1 froce et temprant1 il employoit contre ses ennemis la ruse et l'adresse la plus subtile4 ,il tranoit sa suite toutes les nations barbares soumises sa domination4 ,les rois des ,gepides et des ,ostrogoths toient ses ministres2 pour les rois des peuples moins clbres1 ils toient confondus dans la foule de ses courtisans1 composoient sa garde1 ou toient destins porter ses ordres4 ,nul faste1 nulle mollesse1 nul de ces vices qui nervent l'ame1 n'avoient corrompu cette cour sauvage1 parce que son matre1 laborieux et infatigable1 croyoit n'avoir rien fait pour sa gloire1 tant qu'il lui restoit quelque nation subjuguer4 ,une cabane toit son palais2 il y recevoit les ambassadeurs de ,thodose et de ,valentinien1 qu'il traitoit en sujets sans les avoir vaincus#adf4 #ade ,attila partagea d'abord la couronne avec son frre ,bleda2 il se dfit de ce prince en #ddd pour rgner seul4 #adf ,votre matre et le mien1 disoient les ambassadeurs d',attila1 en parlant aux empereurs4 ,thodose ,,ii1 s'engagea payer ,attila un tribut de mille livres d'or par an4 ,ce prince se seroit vu le matre du monde1 s'il n'et t dfait cette clbre bataille o les ,romains et les ,visigoths unis1 combattirent dans les plaines ,catalauniques1 seconds de plusieurs autres nations qui n'avoient qu'un mme intrt#adg4 ,les vainqueurs ne profitrent pas de leur victoire pour accabler ,attila1 peut-tre ne le purent-ils pas1 quoique plusieurs historiens prtendent qu',atius le mnagea1 dans la crainte que s'il succomboit entirement1 les ,visigoths ne devinssent trop entreprenans1 et ne voulussent asservir l'empire pour rcompense de l'avoir dlivr des ,huns4 ,quoiqu'il en soit1 ,attila rpara promptement ses forces1 et quand on le croyoit vaincu1 il reparut plus redoutable que ne l'auroient t les ,visigoths1 aprs sa ruine entire4 ,il pntre en ,italie1 ravage tout sur son passage1 et ,rome ne dut son salut qu' une sorte de prjug1 par lequel les ,barbares regardoient cette ville comme sacre1 et aux larmes du pape ,lon1 dont l'loquence toucha le cur d',attila4 #adg ,jornands met au nombre de ces allis plusieurs tribus de ,francs et de ,sarmates3 les ,armoritains1 les ,litiens1 les ,bourguignons1 les ,saxons1 les ,riparioles1 les ,ibrions1 les ,celtes1 les ,allemands4 ,je ne m'tendrai pas davantage sur les calamits de l'empire d',occident2 tous les jours1 il perdit quelqu'une de ses provinces4 ,l',italie1 dj ravage deux fois1 prouva encore la fureur de ,genseric1 roi des ,vandales2 et ,rome elle-mme devint enfin la proie d',odoacre1 roi des ,erules1 qui dtrna ,augustule1 le dernier des empereurs d',occident#adh1 le relgua dans un fort de la ,campanie1 et qui lui-mme se vit bientt enlever sa conqute par ,thodoric1 roi des ,ostrogoths#adi4 ,il ne faut pas douter que l'empire d',orient n'et subi promptement le mme sort que l'empire d',occident1 si1 la mort d',attila1 la formidable monarchie des ,huns ne se ft divise en plusieurs parties indpendantes les unes des autres4 ,les peuples qui avoient perdu leur libert1 la recouvrrent2 ils se firent la guerre1 et1 entrans par l'exemple des ,barbares qui les avoient prcds1 ils se portoient plus volontiers sur le ,rhin que sur le bas ,danube4 ,d'ailleurs1 le ,nord et les deux ,scythies se trouvoient puiss4 ,aprs tant de guerres qui avoient fait prir des milliers innombrables d'hommes1 les ,barbares ne se foulant plus les uns les autres1 commenrent bientt se trouver plus leur aise2 leurs conqutes adoucirent leurs murs1 et ils prirent une situation plus tranquille4 ,a l'gard du royaume de ,perse1 dont j'ai parl au commencement de ce livre1 et qui fut d'abord une puissance formidable aux ,romains1 ce n'toit plus qu'une monarchie mprise de ses voisins1 ou du moins qui ne pouvoit leur causer aucune alarme4 ,ce que la rvolution avoit inspir de courage1 de force1 de vertus aux ,perses1 avoit disparu ds que leurs rois1 affermis sur le trne1 devinrent despotiques et voluptueux4 #adh ,on compte #ejc ans de l'poque o ,octave fut reconnu ,auguste1 jusqu'au temps qu',augustule perdit l'empire444 ,cet vnement arriva l'an de ,j4 ,c4 #dgf4 #adi ,la monarchie des ,erules ne subsista que quatorze ans4 ,thodoric fonda la monarchie des ,goths en ,italie4 ,ces ,goths avoient recouvr leur indpendance la mort d',attila4 ,l'empire d',orient avoit besoin d'avoir des ennemis si foibles pour ne pas succomber4 ,epuis par les tributs immenses qu'il avoit pays aux ,barbares1 il n'toit pas en tat d'entretenir cinquante mille hommes de troupes1 et ses armes avoient toujours t encore moins braves1 et moins disciplines que celles d',occident4 ,zenon1 livr toutes sortes de vices et de dbauches1 cruel1 avare1 lche1 mpris de ses sujets1 et exerant une proscription terrible sur les grands de l'empire1 dans l'esprance insense de faire prir son successeur1 toit-il plus capable qu',augustule de conserver sa couronne8 ,anastase1 son successeur1 eut les mmes vices1 et son rgne fut continuellement agit par les sditions et les rvoltes des ,eutichiens qu'il favorisoit1 et des ,orthodoxes dont il cherchoit corrompre la doctrine4 ,justin1 qui lui succda1 n'eut aucun talent1 et porta sur le trne la bassesse d'ame que lui avoit donn une ducation digne de la naissance la plus vile4 ,on juge sans peine quelle devoit tre la situation de l'empire1 quand ,justinien parvint au trne1 dont il s'toit ouvert le chemin par l'assassinat infame de ,vitalien4 ,ce prince1 aussi mprisable que ceux que je viens de nommer1 se laissa gouverner par sa femme ,thodora1 qu'il avoit prise sur le thtre1 o elle s'toit long-temps prostitue1 et qui conserva sous la pourpre tous les vices d'une courtisanne4 ,il vendit les lois#aej1 la justice et les magistratures4 ,tel toit ,justinien1 et c'est cependant sous son rgne que l'empire parut en quelque faon sortir de son nant1 et reconquit l',afrique sur les ,vandales1 et l',italie sur les ,goths4 #aej ,c'est avec ces couleurs que ,procope peint ,justinien dans son histoire secrte1 tandis qu'il lui donne ailleurs de grands loges4 ,le prsident de ,montesquieu1 dans ses considrations sur les causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains1 chap4 #bj1 se dclare en faveur de l'histoire secrte de ,procope1 que quelques crivains ne regardent que comme un recueil de calomnies4 ,aprs avoir lu les rflexions de ce critique1 dont le gnie claire et guide toujours l'rudition1 on ne peut s'empcher de croire avec lui que la lgislation de ,justinien ne ft un vrai brigandage1 et que pour de l'argent1 il ne vendt des lois tous ceux qui en avoient besoin4 ,ces conqutes furent l'ouvrage de ,blisaire et de ,narss4 ,tous deux toient grands hommes de guerre2 tous deux avoient les qualits propres se faire respecter1 craindre et aimer de leurs soldats2 tous deux1 quoique sous un rgne o la vertu toit mprise1 aimoient la gloire1 leur patrie et le bien public4 ,narss1 en un mot1 seroit peut-tre gal ,blisaire1 si1 au lieu d'appeler les ,lombards en ,italie1 pour se venger de la disgrace o il tomba sous le rgne de ,justin ,,ii1 il et su vaincre son ressentiment1 mpriser ses ennemis1 plaindre l'aveuglement ou l'ingratitude de son matre1 et se contenter de le rendre odieux1 en sachant tre malheureux4 ,c'est un trange spectacle que prsente l'empire6 ,a ne juger que par les vnemens1 on le croiroit la fois prs de sa ruine1 et au comble de la gloire4 ,il triomphe en ,afrique et en ,italie1 parce que ,blisaire et ,narss y commandent4 ,en ,asie1 o rien ne remdie sa foiblesse et ne supple ce qui lui manque1 il consent payer aux ,perses un tribut annuel de cinquante livres d'or4 ,quelques talens1 cependant1 qu'eussent ces deux capitaines clbres1 jamais avec les seules ressources que leur fournissoit l'empire1 ils n'auroient conquis l',afrique et l',italie1 si les ,vandales et les ,goths1 terribles quand ils avoient fait leurs conqutes1 avoient t assez sages pour s'y affermir4 ,procope nous reprsente les ,vandales tablis en ,afrique1 comme un peuple1 qui1 aprs la mort de ,genseric1 s'toit abandonn toutes les volupts4 ,ils passoient les journes entires dans des bains parfums ou au thtre4 ,leurs habits toient tissus d'or et de soie2 ils taloient sur leurs tables le luxe le plus lgant et le plus recherch2 ils n'habitoient que des palais somptueux1 des jardins dlicieux4 ,sans avoir des murs aussi effmines1 les ,goths avoient beaucoup perdu de leur courage4 ,l',italie les avoit amollis1 comme les ,gaules avoient corrompu les ,visigoths1 que vainquirent les ,franais2 et l'on sait avec quel mpris en parlent les historiens#aea4 #aea ,grgoire de ,tours nous peint les ,goths comme des lches4 ,ut ,gotthorum pavor mos est444 ,cum secundum consuetudinem ,gotthi terga vertissent4 ,ils n'toient point tels quand ils s'tablirent dans les provinces de l'empire4 ,bien loin que les ,barbares songeassent ne faire qu'une seule nation avec les peuples chez lesquels ils s'tablissoient1 ils les dpouilloient d'une partie considrable de leurs biens#aeb1 et ruinoient la forme de leur gouvernement#aec4 #aeb ,procope dit que ,genseric enleva aux principaux citoyens d',afrique leurs terres et leurs esclaves1 que les biens des ,vandales furent exempts de toute charge1 et qu'il exigea1 au contraire1 des contributions si fortes des naturels du pays1 que ces malheureux1 en travaillant beaucoup1 pouvoient peine les acquitter4 ,les ,ostrogoths s'toient empars en ,italie d'un tiers des terres4 ,dans les ,gaules1 les ,visigoths prirent deux tiers des terres1 et les ,bourguignons la moiti1 avec un tiers des esclaves4 #aec ,les ,barbares1 en s'tablissant sur les terres de l'empire1 dtruisoient la forme de gouvernement tablie par les empereurs4 ,elle toit trop complique pour des hommes qui n'avoient presque point encore d'ides de politique4 ,il n'y a au monde que l'abb du ,bos qui ait pu se persuader que ,clovis1 en s'emparant des ,gaules1 ne fit que se mettre au lieu et place des empereurs1 sans rien changer la forme du gouvernement1 et que les ,gaulois conservrent leurs snats1 leurs officiers1 leur administration2 que les cits eurent le droit de se faire la guerre1 qu'on y leva toujours les mmes impositions que sous les empereurs1 etc42 mais ne n'est pas ici le lieu de rfuter cet auteur4 ,s'ils leur laissoient leurs lois civiles1 c'toit par mpris pour les lois ou par ignorance1 et ils tablissoient une diffrence choquante entre les vainqueurs et les vaincus#aed4 ,par cette politique1 le vainqueur se trouvoit toujours dans ses tats comme dans un pays ennemi1 et ses sujets devenoient les allis et les amis de toute puissance qui vouloit le dtruire4 ,voil la principale cause de la chte prcipite de tant de monarchies tablies par les ,barbares1 et qui ne subsistrent que pendant quelques annes4 ,c'est par-l que ,blisaire1 avec une poigne de soldats1 se vit en tat d'arracher l',afrique aux ,vandales3 les ,africains1 au lieu de s'opposer ses desseins1 l'aidoient de tout leur pouvoir2 ils portoient des vivres dans son camp1 et le regardoient comme un librateur qui venoit briser leur joug4 #aed ,par les lois des ,visigoths1 il leur toit dfendu de contracter des alliances par le mariage avec les ,romains4 ,on peut se rappeler comment les ,franais traitrent les peuples des ,gaules4 ,si quis ingenus ,francum aut hominem ,barbarum occiderit qui lege ,salica vivit1 sol4 #bjj1 culpabilis judicetur4 ,si ,romanus homo possessor1 id est qui res in pago ubi commanet proprias possidet1 occisus fuerit1 is qui eum occidisse convincitur1 sol4 #cj culpabilis judicetur4 ,si autem ,francus ,romanum ligaverit sine causa1 sol4 #ae4 culpabilis judicetur4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #cd47 ,si quis ,ripuarius advenam ,francum interfecerit1 sol4 #bjj4 culpabilis judicetur4 ,si advenam ,burgundionem1 #afj4 sol4 advenam ,romanum1 #ajj4 sol4 advenam ,alamanum1 seu ,fresionem1 vel ,bajuvarium1 aut ,saxonem1 #afj sol4 culpabilis judicetur4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #cf47 ,avec des forces encore moins considrables1 le mme gnral1 et ,narss qui lui succda dans le commandement de l',italie1 y remportrent d'assez grands avantages pour ruiner l'empire des ,goths4 ,ces barbares traitoient l',italie comme une province ennemie1 o ils ne seroient entrs que pour faire du butin4 ,ils trouvoient beau de rgner dans un pays dvast1 et ne se doutrent pas que1 pour le conserver1 il falloit qu'ils leur fournissent des subsistances1 et qu'ils se ruinoient1 en ruinant la culture des terres1 obligs de tirer du dehors les bleds et les autres choses les plus ncessaires la vie1 ils restoient la merci de la premire puissance qui auroit une marine1 et qui intercepteroit leurs convois4 ,blisaire commena son expdition contre l',italie par la conqute de la ,sicile1 qui en toit le grenier4 ,ses vaisseaux croisrent sur les ctes d',italie1 et1 se saisissant des vivres qu'on portoit aux ,goths1 il les obligea d'abandonner les places maritimes qu'ils occupoient1 et leur enleva ainsi une partie de l',italie1 avant mme que d'y tre entr4 ,profitant de la crainte qu'il avoit inspire aux ,goths1 ils les rduisit bientt demander une paix1 par laquelle ils se soumettoient payer l'empereur un tribut annuel de cent livres d'or1 et lui prter des troupes toutes les fois qu'il en auroit besoin4 ,on ajoute mme que le roi ,thodat offroit de renoncer sa couronne1 et de mener une vie prive4 ,rien n'est plus misrable que le tableau que commence prsenter l'empire d',orient4 ,on voit une nation qui a rassembl tous les vices que le despotisme tour--tour1 cruel1 avare1 superstitieux1 timide1 emport et voluptueux1 peut donner des hommes qui1 dans tous les temps1 avoient t amis du mensonge1 de la fourberie et de la nouveaut4 ,constantinople est divise par des factions ternelles2 nulle rgle1 nul principe2 le trne appartient qui veut l'usurper1 et il est presque toujours la rcompense de quelqu'assassinat4 ,les rvolutions se succdent rapidement les unes aux autres1 et n'ont souvent d'autre cause que cette inquitude qui se lasse de l'tat prsent des choses1 et qui le regrette ds qu'il est chang4 ,l'ancien got des ,grecs pour la philosophie avoit dgnr dans leur dcadence en une manie ridicule de sophistiquer4 ,ils portrent cet esprit dans la thologie chrtienne1 et puisrent toutes les erreurs o l'esprit humain peut tomber1 quand1 voulant franchir les bornes qui lui sont prescrites1 il ose sonder les profondeurs infinies de la sagesse de ,dieu4 ,on peut donc se reprsenter la nation ,grecque comme une nation de thologiens4 ,chaque parti ne crut jamais mettre assez de chaleur dans les controverses1 ni d'art pour faire triompher la vrit dont il se flattoit de possder le dpt4 ,ce zle dgnra en emportement1 en meutes1 en sdition4 ,etrange aveuglement de l'esprit humain6 ,chaque secte1 pour ramener ses ennemis sa communion1 s'en faisoit dtester par ses injustices et ses violences4 ,c'toit pour les convertir et les empcher de se damner qu'on les rendoit malheureux dans ce monde2 et les hommes qui exeroient cette monstrueuse charit ne voyoient pas qu'ils se damnoient eux-mmes en violant les premires lois de l'vangile et de l'humanit4 ,les questions thologiques tant devenues des affaires d'tat par les dsordres qu'elles causoient1 furent bientt les seules importantes2 il n'est plus question de repousser les ennemis de l'empire1 mais de rpondre un argument2 de faire des prparatifs de guerre1 mais de dresser une formule de foi4 ,tout fut confondu4 ,comme les empereurs vouloient se mler d'tre les juges de la foi1 de prononcer des anathmes1 d'ordonner des excommunications1 et de rgler la discipline de l'glise1 les ecclsiastiques voulurent gouverner les affaires politiques2 et quand on refusa de les entendre1 ils causrent des rvolutions l'exemple des armes1 du snat1 du peuple et des provinces1 qui1 tour--tour1 faisoient leur empereur4 ,chaque parti levoit successivement sur le trne un prince de sa communion1 et se servoit de son crdit pour accabler des ennemis1 qui1 en recouvrant la faveur1 ne mettoient plus de bornes leur zle pour la gloire de ,dieu1 c'est--dire1 leur vengeance4 ,tandis que les ,grecs toient en proie ces dsordres1 il se formoit contre eux un nouvel ennemi1 et aussi redoutable que les peuples qui avoient dtruit l'empire d',occident4 ,mahomet1 au commencement du septime sicle#aee1 avoit tabli une nouvelle religion chez les ,arabes4 ,aptre et conqurant1 il persuada et vainquit2 et1 runissant les deux pouvoirs de prince et de pontife1 il ordonna aux califes1 ses successeurs1 d'tendre sa religion et son empire par les mmes voies qui leur avoient donn naissance4 ,le prophte promit des rcompenses ternelles ceux qui perdroient la vie en combattant contre les infidelles1 et menaa de l'enfer ceux qui resteroient oisifs dans leurs maisons1 moins que par des tributs ils ne contribuassent aux frais et aux succs de la guerre4 ,les ,arabes ou ,sarrasins1 naturellement braves et propres supporter les fatigues de la guerre#aef1 avoient une religion et un gouvernement politique qui tendoient de concert n'en faire qu'une nation militaire4 ,ils se prcipitoient avec d'autant plus de confiance au milieu des plus grands dangers1 qu'ils se croyoient martyrs de leur religion1 et que les califes leur avoient persuad qu'une fatalit aveugle rgle le sort des hommes1 sans que leur prudence puisse rien changer des vnemens rsolus de toute ternit4 #aee ,mahomet mourut en #fcb4 ,hraclius rgnoit alors ,constantinople depuis vingt ans4 ,abubcre1 beau-pre de ,mahomet1 lui succda2 son rgne ne dura que deux ans1 et il eut pour successeur ,omar1 calife1 dont le courage et l'habilet tendirent la rputation des ,arabes4 #aef ,les ,arabes sont nomms sarrasins d'une contre de l',arabie heureuse1 appele ,saraca ou ,saracne4 ,les conqutes des ,sarrasins sont une de ces rvolutions les plus extraordinaires que prsente l'histoire4 ,aprs s'tre empars de l',egypte et de la ,palestine1 et avoir subjugu l',afrique1 ils se rpandent dans l',asie1 enlvent l'empire des provinces encore plus importantes que celles que je viens de nommer1 et renversent la monarchie des ,perses4 ,rien ne sembloit pouvoir s'opposer ce torrent dbord2 l',europe mme n'toit pas en sret4 ,tout le monde sait comment les ,sarrasins s'tablirent en ,espagne sur les ruines des ,visigoths1 et de-l pntrrent jusque dans le cur de la ,france2 comment ils conquirent la ,sicile1 et combien ils se rendirent redoutables sur la mditerrane4 ,la rapidit et la continuit de ces succs seroient un prodige1 dont la thologie des ,mahomtans pourroit se servir pour prouver la mission de ,mahomet1 si la foiblesse de l'empire de ,constantinople et de la plupart des monarchies tablies par les ,barbares n'avoit rendu tout facile des hommes aussi braves et aussi entreprenans que les ,sarrasins4 ,ils eurent l'audace1 sous les rgnes de ,constantin ,pogonat et de ,lon l',isaurien1 d'attaquer la capitale mme de l'empire2 ce qui la sauva dans ces circonstances1 c'est le feu ,grgeois1 dont l'invention toit due au clbre ,callinique4 ,ce feu brloit au milieu des eaux1 et les ,grecs en firent usage pour dtruire les flottes de leurs ennemis4 ,la consternation des ,arabes fut gale leur surprise2 et n'osant plus se mettre en mer1 ils se contentrent de faire la guerre dans les provinces loignes de la capitale4 ,ils ne cessrent d'tre heureux que quand ils cessrent d'tre unis4 ,les califes1 en se multipliant1 perdirent une partie de leur crdit2 et comme leur gouvernement toit militaire1 ils furent mpriss ds qu'ils cessrent de parotre la tte de leurs armes et de les commander1 les ,sultans1 leurs lieutenans1 ne leur laissrent que le titre et les fonctions de chefs de la religion1 et les divisions domestiques de ces nouveaux monarques firent le salut de leurs voisins4 ,l'empire commenoit respirer lorsqu'il se forma en ,asie une nouvelle puissance1 dont les premiers succs devoient faire trembler les empereurs4 ,les ,turcs1 peuple qui tiroit son origine du mme pays que les ,huns1 et qui1 aprs avoir rendu diffrens services aux ,grecs1 s'toit tabli sur les frontires orientales de l'empire1 se soulevrent vers la fin du dixime sicle1 contre ,mahomet1 sultan de ,perse1 qui les traitoit avec duret4 ,ds que cette nation eut connu ses forces1 elle se rpandit dans toute l',asie4 ,elle ne cherchoit d'abord qu' piller2 et sous le rgne de ,constantin ,moomaque1 les ,turcs firent des courses jusqu'au ,bosphore4 ,la foiblesse des empereurs les enhardit1 et quand ils se furent fait un tablissement solide1 ils ne songrent qu' s'agrandir4 ,si les empereurs avoient su se faire une politique conforme l'tat dplorable de leurs affaires2 s'ils avoient pu dpouiller cet orgueil que ,constantin avoit laiss ses successeurs1 comme aux hritiers de la grandeur des ,romains1 et renoncer aux ides d'une monarchie universelle1 quand il ne s'agissoit que de n'tre pas dtruits par les infidelles1 ils auroient peut-tre profit de ce zle indiscret qui arma tout l',occident pour la dlivrance des saints lieux4 ,mais ces princes se comportrent comme des hommes foibles1 qui le danger le plus voisin parot toujours le plus grand4 ,les infidelles les alarmoient2 et quand ils virent approcher de ,constantinople ces armes nombreuses qui mditoient la conqute de la ,terre-,sainte1 ils ne regardrent plus les croiss que comme leurs ennemis4 ,il en faut convenir1 il sembloit que les ,occidentaux1 lasss d'avoir une patrie1 eussent repris cet esprit d'inquitude et de brigandage qu'avoient eu leurs pres4 ,les croiss1 assez peu senss pour croire que leur expdition seroit agrable ,dieu1 ne se doutrent pas des obstacles sans nombre qui s'y opposoient2 ou comme s'ils eussent compt que la providence rpareroit leurs fautes par des miracles continuels1 ils ne songrent pas mme aux moyens d'arriver dans la ,palestine1 qu'ils vouloient conqurir4 ,ces plerins guerriers1 toujours sans subsistance et la veille de prir1 se voyoient rduits piller les provinces o ils passoient4 ,de pareils htes devoient tre fort incommodes2 mais puisque les empereurs n'toient pas en tat de leur fermer l'entre de la ,grce1 il n'y avoit pour eux d'autre parti prendre que celui de la douceur et de la conciliation4 ,au lieu de chicaner les ,occidentaux#aeg sur des conqutes qu'ils ne feroient vraisemblablement pas1 il falloit n'avoir avec eux qu'un mme intrt4 ,les empereurs ne purent s'y rsoudre4 ,je ne sais quelle dignit qu'ils affectoient ne parut que de l'orgueil et les rendit ridicules4 ,au dfaut de la force ils eurent recours aux ruses1 la finesse1 aux subtilits2 et c'toit prcisment le moyen le plus infaillible de se faire mpriser des ,occidentaux1 dont une certaine franchise1 qu'ils devoient l'esprit de chevalerie1 toit peut-tre la seule vertu4 #aeg ,les empereurs prtendoient que les croiss leur prtassent hommage pour les terres qu'ils se prparoient conqurir sur les infidelles4 ,nos chroniques sont pleines des perfidies que les croiss prouvrent de la part des empereurs2 ils s'en vengrent en les chassant de leur capitale4 ,il toit naturel qu'ils crussent gagner dans la ,grce les indulgences qui les attendoient dans la ,palestine#aeh1 s'ils s'emparoient de ,constantinople pour y tablir le rit des ,latins1 et faire cesser un schisme qui rendoit les ,grecs peut-tre aussi odieux que les infidelles4 ,la domination des ,latins dans la ,grce ne fut pas longue1 mais les empereurs ,grecs1 en recouvrant leur capitale1 virent de jour en jour leur ruine plus certaine4 ,ces guerres d'outre-mer1 dont les ,occidentaux toient enfin dsabuss1 n'avoient servi qu' inspirer plus de haines aux infidelles contre les chrtiens4 ,ils toient impatiens de se venger1 et c'toit sur l'empire que devoient tomber tous leurs coups4 ,conformment notre sainte foi1 disoit ,osman ,i1 sultan des ,turcs1 invitons d'abord avec douceur les princes chrtiens recevoir la religion du prophte de ,dieu4 ,s'ils rsistent nos invitations1 il faut les dclarer ennemis de ,dieu et de la vrit2 et1 le fer et le feu la main vaincre leur incrdulit1 les soumettre notre culte1 ou les punir de leur endurcissement4 ,les infidelles1 faisant sans cesse de nouveaux progrs en ,asie1 tendirent leur domination jusqu'au ,bosphore4 ,les empereurs mendirent inutilement des secours dans la chrtient2 ils furent obligs de permettre aux ,turcs de btir des forts dans la ,grce2 et ,constantinople1 dj soumise ses ennemis avant que d'tre devenue leur proie1 succomba enfin sous les armes de ,mahomet ,,iii4 #aeh ,il ne faut pas douter que la religion ne soit entre pour beaucoup dans l'entreprise des croiss sur l'empire4 ,voyez les lettres que ,beaudoin1 comte de ,flandres1 et lu empereur1 adresse1 l'une tous les chrtiens1 et l'autre au pape4 ,manus domini hc operatur1 dit-il dans la premire2 mais il prend un ton plus emphatique dans la seconde4 ,amantissime pater1 vocate ctum1 congregate populum1 coadunate senes et sugentes ubera1 sanctificate diem acceptabilem domino1 diem stabiliend unitatis et pacis4 ,fin du ,tome quatrime4 ,,table ,de ce que contiennent les ,observations sur les ,romains4 ,,avertissement4 pag4 #bec ,,sommaires4 #bee ,,livre ,,premier4 #beh ,,livre ,,second4 #cad ,,livre ,,troisi,,me4 #cgc ,,livre ,,quatri,,me4 #dbb ,,livre ,,cinqui,,me4 #dge ,,livre ,,sixi,,me4 #ecd ,,fin ,,de ,,la ,,table4 99 99 99 99 99 ,corrections et notes3 ,page #b3 voulut remplac par voulu 7,quelques crivains ont voulu remonter74 ,page #e3 ,troyes remplac par ,troye 7l'expdition de ,troye74 ,page #ad3 un remplac par une 7 peine avoit-on fait une loi74 ,page #ae3 systme3 orthographe de l'auteur4 ,page #ag3 lorqu'il remplac par lorsqu'il 7lorsqu'il ne s'agit que d'une poigne de citoyens74 ,page #bg3 foiblessse remplac par foiblesse 7les ,grecs dans leur premire foiblesse74 ,page #ce3 l'auteur crit indiffremment cents et cens 7douze cens vaisseaux74 ,page #db3 ,scytes remplac par ,scythes 7contre les ,ammoniens et les ,scythes74 ,page #dc3 chaper remplac par chapper 7impossible d'chapper la ruine74 ,page #eg3 travailrent remplac par travaillrent 7les ,athniens travaillrent sans relche74 ,page #eh3 commencs remplac par commenc 7ses citoyens avoient commenc tre diviss74 ,page #gb3 orces remplac par forces 7qui par-l resteroient sans forces74 ,page #gc3 consistat remplac par consista 7,son grand art consista74 ,page #hc3 orgeuil remplac par orgueil 7qu'ils doivent se promettre de leur orgueil74 ,page #hd3 chte3 othographe de l'auteur 7dont la chte auroit t suivie74 ,pag e #he3 ct remplac par et 7et peut-tre mme le mpris74 ,page #hf3 ,athne remplac par ,athnes 7les gnraux de ,lacdmone et d',athnes74 ,page #hf3 ,dmosthne remplac par ,dmosthnes 7,dmosthnes reprocha dans la suite aux ,athniens74 ,page #hg3 ,trace remplac par ,thrace 7dans la ,botie ou dans la ,thrace74 ,page #ij3 qu'il sne remplac par qu'ils ne 7ds qu'ils ne sont plus utiles74 ,page #ij3 rafiner remplac par raffiner 7 raffiner leur got74 ,page #ij3 ont remplac par on 7on trouvoit sur leurs tables74 ,page #ii3 ,dmosthnes remplac par ,dmosthne 7,dmosthne et ,eurimdon lui furent envoys74 ,page #ajg3 ,dmosthne remplac par ,dmosthnes 7que ,dmosthnes reproche aux ,athniens74 ,page #abe3 ,dmosthne remplac par ,dmosthnes 7,c'est ce que vouloit dire ,dmosthnes74 ,page #abf3 oprimer remplac par opprimer 7ne se rconcilioient que pour opprimer74 ,page #abf3 ,tucydide remplac par ,thucydide 7dit ,thucydide74 ,page #acc3 ,gre remplac par ,grce 7se multiplioient dans la ,grce74 ,page #ach3 terrein3 ailleurs l'auteur crit terrain 7un terrein qui lui convnt pour combattre74 ,page #adf3 inpntrable remplac par impntrable 7pour se rendre impntrable74 ,page #afi3 ,arcananie remplac par ,acarnanie 7rappeler dans l',acarnanie74 ,page #age3 subuguer remplac par subjuguer 7pour subjuguer la ,grce74 ,page #bjb3 ,cypre remplac par ,chypre 7l'le de ,chypre74 ,page #bah3 eratus remplac par ,aratus 7qu'elle rassurt entirement ,aratus74 ,page #bah3 allies remplac par allis 7les allis de la ligue ,achenne74 ,page #bah3 ,aux remplac par eux 7occups chez eux par quelques affaires74 ,page #bba3 chenne ,acontre remplac par ,achenne contre 7dfendre la confdration ,achenne contre la rpublique74 ,page #bcb3 revenir remplac par devenir 7devenir les matres du monde74 ,page #bce3 tyrannnie remplac par tyrannie 7la tyrannie dans leur patrie74 ,page #bdg3 cour remplac par cours 7le cours de ses guerres74 ,page #bdi3 ,dmosthne remplac par ,dmosthnes 7les ,dmosthnes1 les ,platon1 les ,euripide74 ,page #bgb note #aa3 plebs remplac par plebes 7,eo nuncio erecti patres2 erecta plebes274 ,page #bgb note #aa3 inservitum remplac par insueritum 7summ ope insueritum erat74 ,page #bgb note #ab3 clien remplac par client 7,un patron et son client74 ,page #bgh3 rappelent remplac par rappellent 7,ils se rappellent74 ,page #bhc note #af3 temp stati remplac par tempestati 7,huic tant tempestati74 ,page #bhg3 ambitionr remplac par ambition 7une partie de leur ambition74 ,page #bib3 liccnee remplac par licence 7pouvoit conduire la licence74 ,page #cah3 ils remplac par il 7il s'est empar du diadme74 ,page #ccf note #cb3 pecunini remplac par pecuni 7ex pecuni modo74 ,page #cfj3 cahos remplac par chaos 7dans un chaos norme74 ,page #cfd note #ec3 velti remplac par velit 7impetret qu velit74 ,page #cfd note #ec3 graciost remplac par graciosi 7ita graciosi eramus apud illum74 ,page #chj3 rafin remplac par raffin 7,ce despotisme raffin74 ,page #cha3 ,agripa remplac par ,agrippa 7,agrippa1 petit-fils d',auguste74 ,page #chc3 viellesse remplac par vieillesse 7d'accorder ma vieillesse quelque repos74 ,page #che3 satyre remplac par satire 7la satire1 qui n'est jamais odieuse74 ,page #chg3 abbatre remplac par abattre 7pour l'abattre d'un seul coup d'pe74 ,page #cii3 ils remplac par les 7les armes obirent74 ,page #dce3 amolisse remplac par amollisse 7et n'amollisse l'ame74 ,page #djc3 flateur remplac par flatteur 7le plus insigne flatteur74 ,page #dce note #hh3 oute remplac par toute 7toute l'utilit des exercices74 ,page #dce note #hh3 le numro de chapitre manque 7,vegce1 l4 #b1 ch474 ,page #dch3 estlav remplac par est lav 7la honte dont on est lav74 ,page #dci note #ia3 conssul remplac par consul 7,le consul avoit seul74 ,page #ddh3 raillier remplac par rallier 7savoir se rallier74 ,page #dec3 ,ita- remplac par ,italiens 7la haine que les ,italiens74 ,page #dec3 ,camile remplac par ,camille 7,camille1 qui venoit de soumettre74 ,page #dfc3 rappele remplac par rappelle 7si on se rappelle combien74 ,page #dfg3 bisarres remplac par bizarres 7,ces jeux bizarres74 ,page #dgj3 lieutenant remplac par lieutenans 7les lieutenans d',alexandre74 ,page #dgj3 ,phyrrhus remplac par ,pyrrhus 7,pyrrhus ne trouve rien de barbare74 ,page #dgf3 ,chartage remplac par ,carthage 7,carthage1 fonde par ,didon74 ,page #dgi note #aaj3 ,cartaginois remplac par ,carthaginois 7,carthaginois1 mangeur de bouillie74 ,page #dhi3 auxilires remplac par auxiliaires 7toujours nouvelles d'auxiliaires74 ,page #dic3 elle remplac par elles 7quand elles l'avoient taill en pice74 ,page #ejd3 aruspices remplac par auspices 7auspices qui lui annoncrent propos74 ,page #eaf3 humili remplac par humilie 7,quelqu'humilie qu'elle soit74 ,page #eba3 insr firent 7ce que les ,romains firent74 ,page #eba3 ,macdoinne remplac par ,macdoine 7faire la guerre la ,macdoine74 ,page #ebc3 diffrents remplac par diffrends 7oublient leurs diffrends particuliers74 ,page #ecc note #acc3 ,gali remplac par ,galli 7,galli spoliaverunt74 ,page #edg3 amolissent remplac par amollissent 7 ceux qui amollissent74 ,page #eeb3 ,tel remplac par ,telle 7,telle toit la situation74 ,page #eec3 superde remplac par superbe 7une ville superbe74 ,page #eed3 richessesses remplac par richesses 7une partie de leurs richesses74 ,page #eee3 stoscisme remplac par stocisme 7l'impuissant stocisme74 ,page #egf3 despostisme remplac par despotisme 7tous les vices que le despotisme74 ,page #egh3 des remplac par de 7quand on refusa de les entendre74 ,page #ehj3 avoit remplac par avoient 7les califes leur avoient persuad74 ,page #ehj3 ses remplac par ces 7la continuit de ces succs74 ,page #ehc3 reprit remplac par repris 7eussent repris cet esprit74 ,page #ehd note #aeh3 ccum remplac par ctum 7,amantissime pater1 vocate ctum74