,,introduction ,a ,,la ,,vie ,d,,vote1 ,,de ,,saint ,,fran,,ois ,,de ,,sales1 ,v,,que ,,et ,,prince ,,de ,,gen,,ve1 ,,instituteur ,,de ,l',,ordre ,,de ,,la ,,visitation ,,de ,,sainte ,,marie4 dition corrige ,a4 ,m4 ,d4 ,g4 ,a ,,lyon1 ,,chez ,,perisse ,,fr,,res1 ,,libraires1 rue ,mercire1 n #cc4 ,a ,,paris1 ,,au ,d,p,t ,,de ,,librairie ,,de ,,perisse ,,fr,,res1 place ,saint-,andr-des ,arts1 n #aa4 #ahcb4 ,,sentiment ,d',,alexandre ,,vii ,sur cet ouvrage1 et les autres crits de saint ,franois de ,sales4 ,mon cher neveu1 c'est avec regret que j'ai souffert votre absence et notre sparation2 mais il nous faut rejoindre par le commerce des lettres2 et pour le commencer par un sujet digne de vous et de moi1 je ne saurois1 ce me semble1 mieux faire que de vous continuer le discours que je vous faisois sur le point de votre dpart4 ,je vous conjure donc1 encore une fois1 de faire vos dlices et plus chres tudes des uvres de ,m4 de ,sales1 d'tre son lecteur assidu1 son fils obissant1 et son imitateur fidle4 ,c'est sa ,philothe1 qui est la meilleure guide qu'on puisse prendre pour se conduire dans le chemin de la vertu1 que je dois depuis vingt ans1 aprs ,dieu1 la correction de mes murs2 et s'il y a quelque chose en moi exempt de vice1 je lui en ai obligation4 ,je l'ai lue une infinit de fois1 et je ne saurois me passer de la relire2 elle ne perd jamais pour moi la grce de la nouveaut1 et toutes les fois qu'elle repasse sous mes yeux1 il me semble qu'elle me dit toujours quelque chose de plus que ce qu'elle m'avoit dit auparavant4 ,si vous m'en croyez1 ce livre sera le miroir de votre vie1 et la rgle sur quoi vous prendrez la mesure de toutes vos actions1 et de toutes vos penses4 ,il ne vous oblige pas l'austrit et la solitude d'un ermite2 il ne vous persuade pas d'entreprendre un genre de vie extraordinaire2 son dessein est de vous mener au bout de la perfection chrtienne1 et de vous instruire dans la solide pit1 par une voie douce et facile1 qui s'accommode admirablement toutes les diffrentes conditions des hommes1 quelque basses ou releves qu'elles puissent tre4 ,si la vertu1 disoit un ancien1 pouvoit nous tre reprsente avec des couleurs assez vives1 et des traits dignes de son mrite1 elle attireroit tous les mortels son amour1 avec une ardeur et une passion extrmes4 ,il me semble1 certes1 que le grand ,franois de ,sales a russi parfaitement dans ce dessein2 en effet1 il nous l'a reprsente au vif avec tout l'clat de sa majest1 et tous les attraits de ses beauts et de ses grces4 ,mais ce qui est le plus digne de louange1 et le plus agrable en cet excellent crivain1 c'est que se proposant ,notre-,seigneur pour son modle1 il a commenc bien faire avant que de bien dire1 et que son premier soin a t d'excuter lui-mme ce qu'il devoit enseigner aux autres4 ,de sorte qu'on peut dire avec raison1 que ceux qui tudient ses livres1 tudient encore sa vie1 et que ses prceptes et ses avis sont d'autant plus faciles pratiquer1 qu'ils sont prvenus et autoriss de son exemple4 ,cet homme1 n dans une famille noble et riche1 lev dans la vertu et les belles-lettres1 de la manire dont on a accoutum d'instruire les enfans de bonne maison1 a paru dans la cour des rois1 et les palais des princes1 dans les maisons des particuliers1 dans les compagnies de ses amis1 dans les affaires du monde1 dans les exercices de dvotion3 bref1 dans tous les emplois de sa charge piscopale1 avec une conduite et une saintet merveilleuses2 tellement que nous avons bien sujet de nous couvrir de rougeur et de honte1 et de condamner notre lchet1 nous1 qui le prtexte1 ou de la coutume du monde1 ou de l'occupation des grandes affaires1 ou de la condition de notre naissance1 sert d'excuse ordinaire pour nous dispenser de vivre dans les rgles exactes de la pit chrtienne4 ,or ce que je dis de la ,philothe1 je le dis encore du ,thotime3 je veux dire1 de ce livre tout d'or de l'amour divin2 bref1 de tous les autres ouvrages de ce grand homme1 je vous avoue que les lisant souvent1 et de nuit1 je me suis fait comme une ide en moi-mme1 et un recueil de ses plus beaux sentimens1 et des points principaux de sa doctrine1 que je rumine puis aprs mon loisir1 que je gote et que je fais passer1 pour ainsi dire1 dans mon estomac1 afin de le transformer en mon sang et en ma substance4 ,voil mon sentiment touchant ce saint homme1 mon cher neveu1 dont je vous fais part1 vous exhortant de tout mon cur le suivre3 car en vrit1 si vous le prenez pour le censeur et le guide de votre vie1 si vous pratiquez en sa personne ce que ,snque mme nous enseigne1 qu'il nous faut choisir l'exemple de quelque homme illustre1 qui serve de patron notre conduite1 et en prsence de qui nous nous imaginions d'tre et d'agir en toutes occasions1 ni je n'aurai sujet de me repentir du conseil que je vous donne1 ni vous de l'avoir mis en excution4 ,je finis1 mon cher neveu1 en vous disant avec ,horace3 ,adieu1 vivez content1 et si vous savez quelque chose de meilleur que ces avis1 je vous prie de m'en faire part en toute sincrit2 sinon1 servez-vous comme moi de ceux-ci1 et faites-en votre profit4 ,,oraison ,d,,dicatoire4 ,o doux ,jsus6 mon ,seigneur1 mon ,sauveur et mon ,dieu1 me voici prostern devant votre ,majest1 vouant et consacrant cet crit votre gloire4 ,animez-en les paroles de votre sainte bndiction1 afin que les ames pour lesquelles je l'ai fait1 en puissent recevoir les inspirations que je leur dsire1 et particulirement celle d'implorer sur moi votre immense misricorde1 afin qu'en montrant aux autres le chemin de la dvotion en ce monde1 je ne sois pas rprouv et confondu ternellement dans l'autre2 mais qu' jamais je chante avec eux pour cantique de triomphe le mot que de tout mon cur je prononce maintenant en tmoignage de fidlit parmi les hasards de cette vie mortelle3 ,vive ,jsus6 vive ,jsus6 ,oui1 ,seigneur ,jsus1 vivez et rgnez en nos curs par tous les sicles des sicles4 ,ainsi soit-il4 ,,pr,,face4 ,mon cher lecteur1 je vous prie de lire cette ,prface pour votre satisfaction et la mienne4 ,la bouquetire ,glycera savoit si bien diversifier la disposition et le mlange des fleurs1 qu'avec les mmes fleurs elle faisoit une grande varit de bouquets3 de sorte que le peintre ,pausias demeura court quand il voulut imiter cette diversit d'ouvrages2 car il ne put changer sa peinture en autant de manires que ,glycera faisoit ses bouquets4 ,ainsi le ,saint-,esprit dispose et arrange avec tant de varit les enseignemens qu'il nous donne sur la dvotion par la plume et la bouche de ses serviteurs1 que la doctrine restant toujours la mme1 les discours nanmoins qui s'en font sont bien diffrens1 selon les diverses formes qu'ils reoivent4 ,je ne puis certes ni ne veux crire en cette ,introduction que ce qui a dj t dit avant moi sur ce sujet4 ,ce sont les mmes fleurs que je prsente mon lecteur1 mais le bouquet que j'en ai fait sera diffrent des autres1 cause de la forme que je lui ai donne4 ,ceux qui ont trait de la dvotion ont presque tous regard l'instruction des personnes retires du monde3 on du moins ils ont enseign une sorte de dvotion qui conduit cette entire retraite4 ,pour moi j'ai l'intention d'instruire ceux qui vivent dans les villes1 dans leur mnage1 la cour1 et qui par leur condition sont obligs de mener une vie commune quant l'extrieur1 lesquels bien souvent1 sous le prtexte d'une prtendue impossibilit1 ne veulent pas mme penser l'entreprise de la vie dvote1 s'imaginant que1 comme aucun animal n'ose goter de la graine du ,palma ,christi1 nul homme aussi ne doit prtendre la palme de la pit chrtienne1 tandis qu'il vit parmi les embarras des affaires temporelles4 ,or je leur montre ici le contraire2 car1 de mme que les mres-perles vivent au sein de la mer sans prendre une seule goutte d'eau marine2 que vers les les ,chlidoines il y a des fontaines d'eau douce au milieu des eaux sales de l'ocan1 et que les pyraustes volent travers les flammes sans se brler les ailes2 de mme aussi une ame vigoureuse et constante peut vivre dans le monde sans prendre l'humeur mondaine1 trouver les sources d'une douce pit parmi les ondes amres du sicle1 et voler entre les flammes des convoitises terrestres sans brler les ailes des saints dsirs de la vie dvote4 ,il est vrai que cela est malais2 aussi voudrois-je que plusieurs y employassent leur soin avec plus d'ardeur qu'on ne l'a fait jusqu' prsent2 et c'est pourquoi1 tout foible que je suis1 je vais essayer par cet crit de soutenir les curs gnreux qui feront cette digne entreprise4 ,toutefois si cette ,introduction voit le jour1 ce n'a pas t de mon choix et de mon propre mouvement4 ,il y a quelque temps qu'une ame vraiment pleine d'honneur et de vertu1 se sentant presse par la grce de ,dieu d'entrer dans la vie dvote1 me pria de l'assister en ce bon dessein2 et moi qui lui tois fort dvou par toutes sortes de devoirs1 et qui avois depuis long-temps remarqu en elle de grandes dispositions la pit1 je me rendis fort soigneux la bien instruire2 et l'ayant conduite par tous les exercices convenables ses dsirs et sa condition1 je lui en laissai des mmoires par crit1 afin qu'elle pt y recourir en cas de besoin4 ,depuis elle les communiqua un docte et dvot religieux1 qui1 croyant que plusieurs personnes en pourroient profiter1 m'exhorta fort les rendre publics2 ce qu'il n'eut pas de peine me persuader1 parce que son amiti avoit beaucoup d'empire sur ma volont1 et son jugement un grand ascendant sur le mien4 ,or1 afin de rendre cet ouvrage plus utile et plus agrable1 je l'ai revu1 j'y ai mis quelque ordre1 et j'y ai ajout plusieurs instructions qui alloient mon but3 mais tout cela1 je l'ai fait presque sans en avoir le loisir4 ,c'est pourquoi l'on ne verra rien ici que de trs-imparfait1 qu'un amas d'avertissemens que je donne de bonne foi1 en tchant de les expliquer le plus clairement que je puis4 ,et quant aux ornemens du style1 je n'y ai pas seulement voulu penser1 comme ayant assez d'autres choses faire sans cela4 ,j'adresse mes paroles ,philothe1 parce que1 voulant rapporter l'utilit commune des ames ce que j'avois d'abord crit pour une seule1 je dois me servir d'un nom commun tous ceux qui aspirent la dvotion2 et ce nom1 c'est ,philothe1 qui veut dire celui ou celle qui aime ,dieu4 ,considrant donc en tout ceci une ame qui1 par le dsir de la dvotion1 aspire l'amour de ,dieu1 j'ai partag cette ,introduction en cinq parties4 ,dans la premire1 je tche1 par les considrations et les exercices convenables1 de changer le simple dsir de ,philothe en une rsolution formelle d'embrasser la dvotion2 ce qu'elle fait1 aprs sa confession gnrale1 par une solide protestation qui est suivie de la trs-sainte communion1 dans laquelle recevant son ,sauveur et se donnant lui1 elle entre heureusement dans son saint amour4 ,aprs cela1 pour la conduire plus avant1 je lui montre deux grands moyens de s'unir de plus en plus la divine ,majest3 savoir1 l'usage des sacremens1 par lesquels ce bon ,dieu vient nous2 et la sainte oraison1 par laquelle il nous tire lui3 c'est ce qui compose la seconde partie4 ,dans la troisime1 je montre ,philothe comment elle doit s'exercer en plusieurs vertus trs-propres son avancement2 ce que je fais par certains avis particuliers qu'elle auroit peine trouver ailleurs1 ou par elle-mme4 ,dans la quatrime1 je lui dcouvre quelques embches de ses ennemis1 et lui montre comme elle doit s'en dmler et passer outre4 ,enfin1 dans la cinquime partie1 je la conduis l'cart pour se rafrachir un peu1 reprendre haleine et rparer ses forces1 de manire pouvoir ensuite plus heureusement gagner pays1 et s'avancer en la vie dvote4 ,notre sicle est fort bizarre2 et je prvois bien que plusieurs diront qu'il n'appartient qu'aux religieux1 et aux gens de dvotion1 de donner ainsi des rgles particulires la pit2 que cela requiert plus de loisir que n'en peut avoir un vque charg d'un diocse aussi pesant que le mien1 et que cela dtourne trop l'entendement qui doit tre occup de choses importantes4 ,mais1 mon cher lecteur1 je rpons1 avec le grand saint ,denis1 qu'il appartient principalement aux vques de perfectionner les ames2 parce qu'tant de l'ordre suprme parmi les hommes1 comme les sraphins parmi les anges1 leur loisir ne peut tre mieux employ qu' cela4 ,les anciens vques et les ,pres de l',eglise toient pour le moins aussi affectionns leurs charges que nous2 et cependant ils ne laissoient pas de vaquer la conduite particulire de plusieurs ames qui recouroient eux1 comme on le voit par leurs ptres2 imitant en cela les aptres1 qui1 tout occups qu'ils toient de la moisson gnrale de l'univers1 recueilloient nanmoins trs-soigneusement et avec une affection spciale certains pis plus remarquables que les autres4 ,qui ne sait que ,timothe1 ,tite1 ,philmon1 ,onsime1 sainte ,thcle1 ,appia1 toient les chers enfans du grand saint ,paul1 comme saint ,marc et sainte ,ptronille de saint ,pierre8 ,je dis sainte ,ptronille1 car elle ne fut pas sa fille selon la chair1 mais bien selon l'esprit1 ainsi que le prouvent trs-savamment ,baronius et ,galonius2 et saint ,jean n'crit-il pas une de ses ptres canoniques la dvote dame ,electa8 ,c'est une peine1 je le confesse1 de conduire les ames en particulier2 mais une peine qui soulage1 pareille en ce point celle des moissonneurs et des vendangeurs1 qui ne sont jamais plus contens que lorsqu'ils sont fort occups et chargs4 ,c'est un travail qui dlasse et avise le cur par la consolation qui en revient ceux qui l'entreprennent1 comme fait le cinamome ceux qui le portent travers l',arabie ,heureuse4 ,on dit que lorsque la tigresse retrouve un de ses petits que le chasseur lui laisse exprs sur le chemin pour l'amuser tandis qu'il emporte les autres1 elle s'en charge aussitt1 tel gros qu'il soit1 et1 loin d'en tre plus pesante1 n'en est au contraire que plus prompte le sauver dans sa tanire1 l'amour naturel l'allgeant par ce fardeau4 ,or1 combien plus volontiers un cur paternel se chargera-t-il d'une ame qu'il aura trouve dans un vrai dsir de la sainte perfection1 la portant en son sein comme une mre porte son petit enfant1 sans nullement se ressentir de ce faix bien-aim6 ,mais il faut sans doute que ce soit un cur paternel3 et c'est pourquoi les aptres et les hommes apostoliques appellent leurs disciples non-seulement leurs enfans1 mais encore plus tendrement leurs petits enfans4 ,au demeurant1 mon cher lecteur1 il est vrai que j'cris de la vie dvote sans tre dvot1 mais non pas certes sans dsir de le devenir4 ,et c'est encore ce qui me porte avec plus d'affection vouloir vous en instruire4 ,car1 comme disoit un savant homme1 la bonne faon d'apprendre1 c'est d'tudier2 une meilleure1 c'est d'couter2 mais la trs-bonne1 c'est d'enseigner2 et il arrive souvent1 dit saint ,augustin en crivant la pieuse ,florentine1 que l'office de donner sert de titre pour recevoir1 et que la charge d'enseigner sert de fondement pour apprendre4 ,alexandre fit peindre la belle ,compasp1 qui lui toit si chre1 par la main du clbre ,apelles4 ,apelles1 forc de considrer longuement ,compasp1 en imprima l'amour en son cur mesure qu'il en exprimoit les traits sur le tableau2 si bien qu',alexandre s'en tant aperu1 en eut piti1 et la lui donna gnreusement en mariage1 se privant pour l'amour de lui de la plus chre amie qu'il et au monde4 ,en quoi1 dit ,pline1 il montra sa grandeur d'ame1 plus qu'il n'et fait par le gain d'une bataille4 ,or il me semble1 mon lecteur mon ami1 qu'tant vque1 ,dieu veut que je peigne sur les curs non-seulement les vertus communes1 mais encore sa trs-chre et bien-aime dvotion2 et moi je l'entreprends volontiers1 tant pour obir et faire mon devoir1 que pour l'esprance que j'ai qu'en la gravant dans l'esprit des autres1 le mien l'aventure en deviendra saintement amoureux4 ,or1 si jamais ,dieu m'en voit vivement pris1 il me la donnera en mariage ternel4 ,la belle et chaste ,rebecca1 abreuvant les chameaux d',isaac1 fut choisie pour tre son pouse1 et reut de sa part des pendans d'oreilles et des bracelets d'or4 ,ainsi je me promets de l'immense bont de mon ,dieu que1 conduisant ses chres brebis aux eaux salutaires de la dvotion1 il rendra mon ame son pouse1 mettant en mes oreilles les paroles dores de son saint amour1 et en mes bras la force de les bien pratiquer2 en quoi consiste essentiellement la vraie dvotion1 que je supplie sa divine ,majest de vouloir bien m'accorder1 moi et tous les enfans de son ,eglise1 laquelle je veux jamais soumettre mes crits1 mes actions1 mes paroles1 mes volonts et mes penses4 ,a ,annecy1 le jour de sainte ,magdeleine1 #afjh4 ,,introduction ,a ,,la ,,vie ,d,,vote4 ,,premi,,re ,,partie4 ,,contenant ,,les ,,avis ,,et ,,les ,,exercices ,,propres ,a ,,conduire ,l',,ame1 ,,depuis ,,son ,,premier ,d,,sir ,,de ,,la ,,vie ,d,,vote1 ,,jusqu',a ,,une ,,ferme ,r,,solution ,,de ,l',,embrasser4 ,,chapitre ,,premier4 ,description de la vraie dvotion4 ,vous aspirez la dvotion1 trs-chre ,philote1 parce qu'tant chrtienne1 vous savez que c'est une vertu extrmement agrable la divine ,majest4 ,mais1 comme il arrive que les petites fautes que l'on commet au commencement d'une affaire s'agrandissent beaucoup mesure qu'on avance1 et deviennent la fin presque irrparables1 il faut1 avant toutes choses1 que vous sachiez bien ce que c'est que la vertu de dvotion2 car il n'y en a qu'une de vraie1 et il y en a beaucoup de fausses et de vaines2 en sorte que1 sans ce discernement1 vous pourriez vous tromper1 et perdre le temps suivre quelque dvotion imprudente et superstitieuse4 ,le peintre ,arlius donnoit tous ses personnages la figure des personnes qu'il aimoit2 et chacun peint la dvotion selon sa passion et son humeur4 ,celui qui est adonn au jene se tiendra pour bien dvot pourvu qu'il jene1 quoique son cur soit plein de rancune2 et n'osant pas tremper sa langue dans le vin1 ni mme dans l'eau1 par sobrit1 il ne se fera pas scrupule de la plonger dans le sang du prochain1 par la mdisance et la calomnie4 ,un autre s'estimera dvot parce qu'il dit une grande multitude d'oraisons tous les jours1 quoiqu'aprs cela il se rpande en paroles fcheuses1 fires et injurieuses contre ses domestiques et ses voisins4 ,tel autre tire volontiers l'aumne de sa bourse pour la donner aux pauvres1 mais il ne peut tirer la douceur de son cur pour pardonner ses ennemis4 ,celui-ci pardonne aisment1 mais de payer ses cranciers1 c'est ce qu'il ne fait qu' vive force de justice4 ,tous ces gens-l passent pour dvots1 et ne le sont en aucune manire4 ,les officiers de ,sal tant alls chez ,david pour l'arrter1 ,michol mit une statue dans son lit1 et l'ayant couverte des habits de ,david1 elle leur fit accroire que c'toit ,david lui-mme qui dormoit malade4 ,ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines pratiques extrieures qui appartiennent la dvotion1 et le monde croit que ce sont vraiment des gens dvots et spirituels1 et dans le fait ce ne sont que des statues et des fantmes de dvotion4 ,la vraie et solide dvotion1 ,philothe1 prsuppose l'amour de ,dieu1 ou plutt elle n'est autre chose qu'un vrai amour de ,dieu2 je dis un vrai amour1 et non pas un amour tel quel2 car en tant que l'amour divin embellit notre ame1 il s'appelle grce1 comme nous rendant agrables aux yeux de ,dieu2 en tant qu'il nous donne la force de faire le bien1 il s'appelle charit2 mais quand il en est venu ce degr de perfection1 de nous porter non-seulement faire le bien1 mais encore le faire soigneusement1 frquemment et promptement1 alors il s'appelle dvotion1 et j'explique ceci par une comparaison4 ,les autruches ne volent jamais1 bien qu'elles aient des ailes4 ,les poules volent1 mais pesamment1 rarement1 et fort bas4 ,au contraire1 les aigles1 les colombes1 les hirondelles ont le vol vif1 lev et presque continuel4 ,ainsi les pcheurs ne volent pas en ,dieu1 mais font toutes leurs courses sur la terre et pour la terre3 les gens de bien1 qui n'ont pas encore atteint la dvotion1 volent en ,dieu par leurs bonnes actions1 mais rarement1 lentement et pesamment3 et il n'y a que les personnes dvotes qui s'lvent en ,dieu d'un vol prompt1 frquent et lev4 ,en un mot1 la dvotion n'est autre chose qu'une certaine agilit et vivacit spirituelle1 par laquelle la charit fait ses uvres en nous1 ou nous par elle1 promptement et affectionnment2 et comme il appartient la charit de nous faire pratiquer universellement tous les commandemens de ,dieu1 il appartient la dvotion de nous les faire observer avec toute la diligence et toute la ferveur possibles4 ,ainsi celui qui n'observe pas tous les commandemens de ,dieu1 n'est ni juste ni dvot3 il n'est pas juste1 puisqu'il lui manque la charit2 il n'est pas dvot1 puisque1 outre la charit1 il lui manque le zle et la promptitude aux actions charitables1 qui est le propre de la dvotion4 ,et parce que la dvotion consiste dans la perfection de la charit1 elle nous rend prompts1 actifs et diligens1 non-seulement observer tous les commandemens de ,dieu1 mais encore faire le plus de bonnes uvres que nous pouvons1 encore qu'elles ne soient pas de prcepte1 mais simplement de conseil ou d'inspiration4 ,un homme qui relve nouvellement de maladie marche autant qu'il lui est ncessaire1 mais lentement et pesamment3 il en est de mme d'un pcheur nouvellement guri de son iniquit2 il marche autant que ,dieu le lui commande2 mais posment et lentement2 et ce n'est que lorsqu'il a atteint la dvotion1 que1 comme un homme sain et robuste1 non-seulement il chemine1 mais il court et il saute en la voie des commandemens de ,dieu1 et de plus1 il s'lance dans les sentiers des conseils et des inspirations clestes4 ,enfin la charit et la dvotion ne sont pas plus diffrentes l'une de l'autre que la flamme ne l'est du feu2 puisque la charit1 qui est le feu spirituel de l'ame1 s'appelle dvotion quand elle est fort enflamme4 ,en sorte que la dvotion n'ajoute rien au feu de la charit1 sinon la flamme qui rend la charit prompte1 active et diligente non-seulement dans l'observation des commandemens de ,dieu1 mais aussi dans la pratique des conseils et des inspirations clestes4 ,,chapitre ,,ii4 ,proprits et excellence de la dvotion4 ,ceux qui vouloient dtourner les ,isralites d'entrer en la terre promise leur disoient que c'toit un pays qui dvoroit ses habitans1 c'est--dire1 que l'air y toit si mauvais qu'on ne pouvoit y vivre long-temps2 et qu'en outre les habitans toient des gens si prodigieux qu'ils mangeoient les autres hommes comme des sauterelles4 ,c'est ainsi1 chre ,philothe1 que le monde diffame tant qu'il peut la sainte dvotion1 peignant les personnes dvotes avec un visage fcheux1 triste et chagrin1 publiant partout que la dvotion rend l'humeur mlancolique et le caractre insupportable4 ,mais1 comme ,josu et ,caleb assuroient que1 non-seulement la terre promise toit bonne et belle1 mais encore que la possession en seroit douce et agrable1 de mme le ,saint-,esprit nous enseigne par la bouche de tous les saints1 et notre ,seigneur lui-mme nous assure que la vie dvote est une vie heureuse1 aimable et douce4 ,le monde voit que les dvots jenent1 prient1 souffrent les injures1 servent les malades1 donnent aux pauvres1 veillent1 rpriment leur colre1 font violence leurs passions1 se privent des plaisirs sensuels1 et font mille autres choses qui de leur nature sont pnibles et rigoureuses2 mais le monde ne voit pas la dvotion intrieure qui rend toutes ces pratiques agrables1 douces et faciles4 ,regardez les abeilles sur le thym3 elles y trouvent un suc fort amer2 mais en le suant elles le convertissent en miel3 parce que telle est leur proprit4 ,o mondains6 il est vrai que les ames dvotes trouvent beaucoup d'amertume dans leurs mortifications2 mais en les faisant1 elles les convertissent en douceurs et en consolations3 les feux1 les flammes1 les roues1 les pes1 sembloient des fleurs et des parfums aux ,martyrs1 parce qu'ils toient dvots4 ,que si la dvotion peut donner de la douceur aux plus cruels tourmens1 et la mort mme1 que ne fera-t-elle pas pour les actions de vertu8 le sucre adoucit les fruits qui ne sont pas murs1 et corrige dans ceux qui sont murs l'effet souvent nuisible de leur crudit3 il en est de mme de la dvotion2 elle est le vrai sucre spirituel qui fait perdre aux mortifications leur amertume1 et aux consolations leur danger3 elle te le chagrin aux pauvres1 et l'empressement aux riches2 la dsolation l'oppress1 et l'insolence au favoris2 la tristesse aux solitaires1 et la dissolution l'homme du monde2 elle sert de feu en hiver1 et de rose en t2 elle rend galement utiles l'honneur et le mpris2 elle reoit le plaisir et la peine avec un cur presque toujours gal1 et nous remplit d'une suavit merveilleuse4 ,contemplez l'chelle de ,jacob1 car c'est le vrai portrait de la vie dvote4 ,les deux montans de cette chelle reprsentent l'oraison qui demande l'amour de ,dieu1 et l'usage des sacremens qui le donne2 les chelons ne sont autre chose que les divers degrs de charit1 par lesquels on va de vertu en vertu1 en descendant par l'action au secours et support du prochain1 ou montant1 par la contemplation1 jusqu' l'union amoureuse de ,dieu4 ,or1 voyez1 je vous prie1 quels sont ceux qui sont sur l'chelle2 ce sont des hommes qui ont des curs angliques1 ou des anges qui ont des corps humains4 ,ils ne sont pas jeunes1 mais ils le paroissent1 parce qu'ils sont pleins de vigueur et d'agilit4 ,ils ont des ailes pour voler et s'lancer en ,dieu par la sainte oraison1 mais ils ont aussi des pieds pour marcher avec les hommes et s'entretenir avec eux dans un saint et aimable commerce4 ,la beaut et la joie brillent sur leurs visages1 pour indiquer qu'ils reoivent toutes choses avec une douceur et une paix parfaites4 ,ils ont la tte nue1 aussi-bien que les bras et les pieds1 parce que leurs penses1 leurs affections et leurs uvres n'ont d'autre but que de plaire ,dieu4 ,le reste de leur corps est couvert1 mais d'une belle et lgre tunique1 qui nous montre que1 s'ils usent de ce monde et des choses mondaines1 c'est en toute puret et simplicit de cur1 n'en prenant que lgrement et autant seulement que leur condition l'exige4 ,telles sont les personnes dvotes4 ,croyez-moi1 chre ,philothe1 la dvotion est la douceur des douceurs1 et la reine des vertus2 c'est la perfection de la charit4 ,si la charit est un lait1 la dvotion en est la crme2 si elle est une plante1 la dvotion en est la fleur2 si elle est une pierre prcieuse1 la dvotion en est l'clat2 si elle est un baume1 la dvotion en est l'odeur1 et l'odeur pleine de suavit qui conforte les hommes et rjouit les anges4 ,,chapitre ,,iii4 ,que la dvotion convient toutes sortes de vocations et de professions4 ,dieu1 en crant le monde1 commanda aux plantes de porter leurs fruits1 chacune selon son espce4 ,ainsi commande-t-il aux chrtiens1 qui sont les plantes vivantes de son glise1 de produire des fruits de dvotion1 chacun selon sa qualit et son tat4 ,la dvotion doit tre diffremment pratique par le gentilhomme1 par l'artisan1 par le valet1 par le prince1 par la veuve1 par la fille1 par la femme marie2 et non-seulement cela1 mais il faut encore accommoder la pratique de la dvotion aux forces1 aux affaires et aux devoirs de chaque particulier4 ,je vous le demande1 ,philothe1 seroit-il convenable que l'vque voult tre solitaire comme les chartreux8 et si les gens maris ne vouloient pas plus amasser que les capucins1 et si l'artisan toit tout le jour l'glise comme le religieux1 et le religieux expos toutes sortes de rencontres pour le service du prochain1 comme l'vque2 cette dvotion ne seroit-elle pas ridicule1 drgle et insupportable8 ,cette faute cependant arrive trs-souvent2 et le monde1 qui ne distingue pas1 ou qui ne veut pas distinguer entre la dvotion et l'indiscrtion de ceux qui se croient dvots1 murmure et crie contre la dvotion1 qui n'est pour rien dans ces dsordres4 ,non1 ,philothe1 la dvotion ne gte rien quand elle est vraie1 ou plutt il n'est rien qu'elle ne perfectionne2 et si elle nuit la vocation lgitime de quelqu'un1 c'est une preuve qu'elle est fausse4 ,l'abeille1 dit ,aristote1 tire son miel des fleurs1 sans les endommager aucunement1 les laissant fraches et entires comme elle les a trouves4 ,mais la vraie dvotion fait encore mieux1 car non-seulement elle ne gte en rien les vocations et les affaires1 o l'on se trouve1 mais au contraire elle les orne et les embellit4 ,toutes sortes de pierreries1 tant jetes dans le miel1 en deviennent plus clatantes1 chacune selon sa couleur3 de mme aussi chacun devient plus agrable dans sa vocation1 quand il y joint la dvotion3 le soin de la famille en est plus paisible1 l'amour des poux plus sincre1 le service du prince plus fidle1 et toutes sortes d'occupations plus douces et plus aimables4 ,c'est une erreur1 et mme une hrsie1 de vouloir bannir la vie dvote de la compagnie des soldats1 de la boutique des artisans1 de la cour des princes1 du mnage des gens maris4 ,il est vrai1 ,philothe1 que la dvotion purement contemplative1 monastique et religieuse1 est impraticable en ces sortes de vacations2 mais aussi1 outre ces trois dvotions1 il y en a plusieurs autres1 trs-propres perfectionner ceux qui vivent dans le monde4 ,abraham1 ,isaac1 ,jacob1 ,david1 ,job1 ,tobie1 ,sara1 ,rbecca et ,judith en sont la preuve dans l',ancien ,testament3 et quant au ,nouveau1 saint ,joseph1 ,lydia et saint ,crpin furent srement trs-dvots dans leurs boutiques3 sainte ,anne1 sainte ,marthe1 sainte ,monique1 ,aquila1 ,priscille trs-dvotes en leur mnage2 ,cornlius1 saint ,sbastien1 saint ,maurice trs-dvots parmi les armes2 ,constantin1 ,hlne1 saint ,louis1 le bienheureux ,am1 saint ,edouard trs-dvots sur leurs trnes4 ,il est mme arriv que plusieurs ont perdu la perfection dans la solitude1 qui est cependant si favorable la vie parfaite1 et l'ont conserve dans le monde1 qui semble y tre si contraire4 ,loth1 dit saint ,grgoire1 qui fut si chaste dans la ville1 se souilla dans la solitude4 ,ainsi1 quelque tat que nous ayons1 nous pouvons et nous devons aspirer la vie parfaite4 ,,chapitre ,,iv4 ,de la ncessit d'un directeur pour entrer et pour avancer dans la dvotion4 ,le jeune ,tobie1 se disposant partir pour ,ragez3 ,je ne sais nullement le chemin1 dit-il son pre4 ,va donc1 rpliqua le vieillard1 et cherche quelque homme qui te conduise4 ,je vous en dis autant1 chre ,philothe3 voulez-vous sincrement vous acheminer vers la dvotion8 cherchez quelque homme de bien qui vous guide et vous conduise4 ,c'est ici l'avertissement des avertissemens3 quoi que vous fassiez1 dit le dvot ,avila1 vous ne trouverez jamais si srement la volont de ,dieu qu'en prenant le chemin de cette humble obissance que les saints ont toujours tant recommande et pratique4 ,la bienheureuse ,thrse1 voyant que ,catherine de ,carderec faisoit de grandes austrits1 dsira d'en faire autant1 contre l'avis de son confesseur qui le lui dfendoit1 et auquel elle fut tente de dsobir en ce point2 mais ayant enfin choisi le parti de l'obissance1 ,dieu lui dit3 ,ma fille1 tu marches par une voie bonne et sre3 tu estimois beaucoup cette pnitence1 et moi j'estime davantage ton obissance4 ,depuis lors elle aima tant cette vertu1 qu'outre l'obissance qu'elle devoit ses suprieurs1 elle s'engagea par un vu particulier suivre la conduite et les avis de son directeur2 ce qui fut pour elle la source de trs-grandes consolations1 ainsi que l'ont prouv plusieurs autres bonnes ames1 qui pour mieux s'assujettir ,dieu1 ont soumis leur volont celle de ses serviteurs4 ,sainte ,catherine de ,sienne loue extrmement cette pratique dans ses dialogues3 la dvote princesse sainte ,elisabeth se soumit avec une parfaite obissance la conduite du savant ,conrard3 et voici le conseil que le grand saint ,louis donna son fils avant de mourir3 ,confessez-vous souvent1 et choisissez un confesseur qui ait assez de science et de sagesse pour vous aider de ses lumires dans les choses ncessaires au bien de votre ame4 ,un ami fidle1 dit l',ecriture-,sainte1 est une forte protection3 celui qui l'a trouv a trouv un trsor4 ,un ami fidle est un remde qui donne la vie et l'immortalit3 ceux qui craignent ,dieu le trouvent4 ,ces divines paroles1 comme vous voyez1 regardent principalement l'immortalit1 pour laquelle il faut avant tout avoir cet ami fidle1 qui guide nos actions par ses avis et ses conseils1 et qui nous garantisse des piges et des tromperies du dmon4 ,un tel ami nous sera comme un trsor de patience dans nos afflictions et dans nos chutes2 il nous sera un baume salutaire dans nos tristesses de cur et autres maladies spirituelles2 il nous gardera du mal1 et rendra notre bien meilleur2 et quand il nous arrivera quelque infirmit1 il empchera qu'elle ne soit mortelle force de soins et de bons secours4 ,mais qui trouvera cet ami8 le ,sage rpond3 ceux qui craignent ,dieu2 c'est--dire les humbles1 qui dsirent ardemment leur avancement spirituel4 ,puisqu'il est donc si important1 ,philothe1 d'entreprendre avec un bon guide ce saint voyage de dvotion1 priez ,dieu trs-instamment qu'il vous en envoie un selon son cur1 et ne doutez pas qu'il ne le fasse2 car quand il devroit vous donner un ange du ,ciel1 comme il fit pour le jeune ,tobie1 il vous le donneroit plutt que de vous laisser manquer d'un conducteur fidle4 ,or1 quand vous l'aurez trouv1 pensez effectivement que c'est un ange pour vous4 ,ne le considrez pas comme un simple homme1 et ne mettez pas votre confiance en lui cause de son grand savoir1 mais bien cause de ,dieu1 qui vous secourra et vous parlera par son entremise1 mettant dans son cur et sur ses lvres tout ce dont vous aurez besoin3 en sorte que vous devez l'couter comme un ange qui descend du ,ciel pour vous y mener4 ,traitez avec lui cur ouvert1 en toute simplicit1 lui manifestant clairement votre bien et votre mal1 sans aucune espce de dguisement ni de dtour4 ,par ce moyen1 le bien sera plus sr1 et le mal plus promptement rpar4 ,votre ame en sera aussi plus forte dans ses peines1 et plus modre dans ses consolations4 ,ayez en lui une extrme confiance1 mle d'un saint respect2 de telle sorte que le respect ne diminue pas la confiance1 et que la confiance n'empche pas le respect4 ,confiez-vous en lui avec le respect d'une fille pour son pre1 et respectez-le avec la confiance d'un fils pour sa mre4 ,en un mot1 que cette amiti soit forte et douce1 toute sainte1 toute sacre1 toute divine1 toute spirituelle4 ,pour cela choisissez-en un entre mille1 dit ,avila2 et moi1 je dis entre dix mille2 car il s'en trouve moins qu'on ne pense qui soient capables de ce ministre4 ,il faut qu'un directeur soit plein de charit1 de science et de prudence3 que si l'une de ces trois qualits lui manque1 il y a du danger4 ,mais1 je vous le rpte1 demandez-le ,dieu1 et quand vous l'aurez obtenu1 bnissez-en la divine ,majest4 ,tenez-vous ferme votre choix1 n'en cherchez point d'autres2 allez simplement1 humblement1 et en toute confiance2 je rponds que vous ferez un trs-heureux voyage4 ,,chapitre ,v4 ,qu'il faut commencer par purifier l'ame4 ,les fleurs1 dit l'poux sacr1 apparoissent en notre terre2 le temps d'monder et de tailler est venu4 ,quelles sont les fleurs de nos curs1 ,philothe6 sinon les bons dsirs8 ,or1 sitt qu'ils paroissent1 il faut mettre la main la serpe pour retrancher de notre conscience toutes les uvres mortes et superflues4 ,sous la loi de ,mose1 une fille trangre qui vouloit pouser un ,isralite1 devoit quitter la robe de sa captivit1 se couper les ongles et se raser les cheveux3 de mme l'ame qui aspire l'honneur d'tre l'pouse du ,fils de ,dieu doit se dpouiller du vieil homme et se revtir du nouveau1 en quittant le pch2 puis elle doit retrancher de sa vie toutes les superfluits qui la dtournent de l'amour de ,dieu3 c'est le commencement de la sant de notre ame que d'tre dlivre des humeurs du pch4 ,dans saint ,paul1 cela se fit en un instant et d'une manire parfaite2 de mme aussi dans sainte ,catherine de ,gnes1 sainte ,magdeleine1 sainte ,plagie1 et quelques autres2 mais cette sorte de gurison est une cure miraculeuse et extraordinaire dans l'ordre de la grce1 comme la rsurrection des morts dans l'ordre de la nature1 en sorte que nous ne devons pas y prtendre4 ,la gurison ordinaire1 soit des corps1 soit des esprits1 ne se fait que petit petit1 par degrs1 avec peine et patience4 ,les anges ont des ailes sur l'chelle de ,jacob1 et cependant ils ne volent pas2 mais ils montent et descendent avec ordre1 d'chelon en chelon4 ,ainsi va notre ame du pch la dvotion2 elle s'lve peu peu1 semblable l'aube du jour qui ne chasse pas tout d'un coup les tnbres1 mais lentement et par degrs4 ,cette marche est au reste la plus sre1 car1 comme dit l'aphorisme1 la gurison qui se fait doucement est toujours plus certaine4 ,que s'il est vrai1 chre ,philothe1 que le mal arrive cheval et en poste1 et s'en retourne pied et au petit pas1 il faut donc bien s'armer de force et de patience dans l'entreprise de la vie dvote4 ,hlas6 quelle piti de voir des ames engages depuis peu dans la dvotion1 s'inquiter cause de leurs fautes1 se troubler1 se dcourager1 presque jusqu' vouloir tout quitter et retourner en arrire6 ,et d'un autre ct1 quelle dangereuse tentation pour une ame de se croire gurie de ses moindres imperfections ds le premier jour de sa conversion1 se regardant comme parfaite presqu'avant d'tre faite1 et se mettant voler sans ailes6 ,o ,philothe1 que la rechute est craindre1 quand on veut ainsi se tirer trop tt des mains du mdecin6 ,ne vous levez pas avant la lumire1 dit le ,prophte2 levez-vous aprs tre demeur assis2 et lui-mme1 pratiquant ce qu'il enseigne1 ayant t lav et purifi de ses fautes1 demande de l'tre encore davantage4 ,l'exercice qui consiste purifier notre ame de plus en plus1 ne peut et ne doit se terminer qu'avec notre vie2 ne nous troublons donc point dans nos imperfections2 car notre perfection consiste les combattre1 et nous ne saurions les combattre sans les voir1 ni les vaincre sans les rencontrer2 et notre victoire ne consiste pas ne les pas sentir1 mais bien n'y pas consentir4 ,ce n'est pas y consentir que d'en tre incommod4 ,il faut bien que1 pour l'exercice de notre humilit1 nous soyons quelquefois blesss dans ce combat spirituel4 ,mais nous ne sommes jamais vaincus1 que quand nous venons perdre ou la vie1 ou le courage2 or1 les imperfections et les pchs vniels ne sauroient nous ter la vie spirituelle1 puisqu'elle ne se perd que par le pch mortel2 il reste donc seulement qu'elles ne nous fassent point perdre le courage4 ,dlivrez-moi1 ,seigneur1 disoit ,david1 du dcouragement et de la lchet2 disons de mme1 et regardons-nous comme trs-heureux dans cette guerre1 de n'avoir d'autre condition remplir pour tre toujours vainqueurs1 que de vouloir toujours combattre4 ,,chapitre ,,vi4 ,du premier retranchement1 qui est celui des pchs mortels4 ,le premier retranchement faire est celui du pch4 ,pour cela1 il faut avoir recours au sacrement de pnitence4 ,cherchez le plus digne confesseur que vous pourrez2 ayez un de ces petits livres qui ont t faits pour aider les consciences se bien confesser1 comme ,grenade1 ,bruno1 ,arias1 ,auger et autres3 lisez-les bien1 et remarquez de point en point en quoi vous avez offens ,dieu1 depuis que vous avez atteint l'ge de la raison jusqu' prsent2 que si vous vous dfiez de votre mmoire1 mettez par crit ce que vous aurez remarqu4 ,ayant ainsi prpar et runi tout ce qui charge votre conscience1 rejetez-le par une contrition aussi vive et aussi parfaite que votre cur pourra la concevoir1 considrant ces quatre choses3 que par le pch vous avez perdu la grce de ,dieu1 abandonn votre part de paradis1 mrit les peines ternelles de l'enfer1 et renonc l'amour ternel de ,dieu4 ,vous voyez bien1 ,philothe1 que je parle d'une confession gnrale de toute la vie2 une telle confession1 je l'avoue1 n'est pas toujours absolument ncessaire1 mais elle est cependant extrmement bonne et utile dans ces commencemens2 aussi je vous conseille fort d'y recourir4 ,souvent les confessions ordinaires de ceux qui vivent d'une vie tide et commune1 sont remplies de grands dfauts3 on ne se prpare point1 ou fort peu3 on n'a point la contrition requise3 on va se confesser avec la volont tacite de retourner au pch3 on ne veut pas viter les occasions dangereuses1 ni prendre les moyens ncessaires pour rformer sa vie2 en tous ces cas1 la confession gnrale est indispensable pour assurer le salut4 ,mais de plus1 la confession gnrale nous appelle la connoissance de nous-mmes1 nous provoque une salutaire confusion pour notre vie passe1 nous fait admirer la misricorde de ,dieu1 qui nous a attendus si patiemment2 elle apaise nos curs1 dlasse nos esprits1 excite en nous de bonnes rsolutions1 donne sujet notre pre spirituel de nous dire les choses convenables notre position1 et enfin nous ouvre le cur pour confesser nos pchs l'avenir avec plus de confiance et de sincrit4 ,ainsi1 puisqu'il s'agit d'un renouvellement gnral de notre cur1 et d'une conversion universelle de notre ame ,dieu1 c'est avec raison1 ce me semble1 ,philothe1 que je vous conseille cette confession gnrale4 ,,chapitre ,,vii4 ,du second retranchement1 qui est celui des affections au pch4 ,tous les ,isralites sortirent de la terre d',egypte2 mais tous n'en sortirent pas de cur et d'affection4 ,aussi1 quand ils furent dans le dsert1 plusieurs regrettrent les ognons et les viandes d',egypte4 ,ainsi il y a des pcheurs qui sortent effectivement du pch et qui n'en perdent pas pourtant l'affection4 ,ils se proposent bien de ne plus pcher1 mais c'est avec une certaine rpugnance se priver des plaisirs du pch2 leur cur y renonce et s'en loigne1 mais il ne laisse pas nanmoins de se retourner souvent de ce ct-l1 comme la femme de ,loth se retournoit vers ,sodome4 ,ils s'abstiennent du pch comme les malades s'abstiennent du melon3 ils n'en mangent pas1 parce que le mdecin les menace de mort s'ils en mangent2 mais ils se tourmentent de cette privation3 ils en parlent1 ils hsitent sur ce qu'il faut faire1 ils veulent au moins le sentir1 et estiment fort heureux ceux qui peuvent en manger4 ,de mme ces foibles et lches pnitens s'abstiennent pour quelque temps du pch1 mais c'est regret3 ils voudroient bien pouvoir pcher sans tre damns1 ils parlent du pch avec got1 et estiment heureux ceux qui s'y livrent4 ,un homme rsolu de se venger changera de volont en se confessant2 mais bientt aprs1 on le trouvera au milieu de ses amis1 prenant plaisir parler de sa querelle1 disant que1 sans la crainte de ,dieu1 il et fait ceci et cela2 que la loi divine est bien gnante2 que le pardon des injures est bien difficile2 que plt ,dieu qu'il ft permis de se venger6 ,ah6 qui ne voit que1 bien que ce pauvre homme soit hors du pch1 il est nanmoins tout embarrass de l'affection du pch1 et qu'tant hors d',egypte par l'effet1 il y est encore par le dsir1 ne laissant pas d'aimer toujours et de regretter les ognons qu'il y mangeoit8 ,comme fait aussi cette femme qui1 aprs avoir dtest son inconduite1 se plat encore nanmoins tre flatte et recherche4 ,hlas6 que de telles gens sont en danger de se perdre6 ,philothe1 puisque vous voulez entreprendre la vie dvote1 il ne faut pas seulement vous contenter de quitter le pch1 mais il faut encore dlivrer tout--fait votre cur des actions qui dpendent du pch4 ,car1 outre le danger de la rechute1 ces misrables affections amolliroient perptuellement votre esprit1 et l'appesantiroient de telle sorte qu'il ne pourroit plus faire de bonnes uvres avec cette promptitude1 cette persvrance et ce zle1 qui sont de l'essence de la vraie dvotion4 ,les ames qui1 aprs avoir quitt le pch1 ont encore ces affections et ces langueurs1 ressemblent1 mon avis1 aux personnes qui ont les ples couleurs3 elles ne sont pas absolument malades1 mais toutes leurs actions sont malades3 elles mangent sans got1 dorment sans repos1 rient sans joie1 et se tranent plutt qu'elles ne marchent4 ,de mme ces ames font le bien avec des lassitudes spirituelles si grandes1 que leurs bonnes uvres1 dj fort petites en nombre et en effet1 cessent d'avoir la moindre grce4 ,,chapitre ,,viii4 ,du moyen de faire ce second retranchement4 ,il faut pour cela se former une vive et forte ide de tout le mal que le pch nous apporte1 et entrer ainsi dans de profonds sentimens de contrition4 ,car si la contrition1 toute foible qu'elle est1 pourvu qu'elle soit vraie1 suffit pour nous purifier du pch1 surtout quand elle est jointe la vertu des sacremens3 quand elle est grande et vhmente1 elle va jusqu' dlivrer le cur de toutes les affections qui dpendent du pch4 ,remarquez ceci3 une simple antipathie nous donne de l'aversion pour la personne qui nous dplat1 et nous fait fuir sa compagnie2 mais si c'est une haine mortelle et violente1 non-seulement nous fuyons et dtestons celui qui en est l'objet1 mais encore nous ne pouvons souffrir ni ses parens ni ses amis1 ni la vue de son portrait1 ni rien qui lui appartienne4 ,de mme quand le pnitent ne hait le pch que d'une contrition foible et lgre1 quoique vritable1 il se rsout seulement ne plus pcher2 au lieu que1 s'il ressent une contrition forte et profonde1 il dteste et le pch1 et tout ce qui en dpend1 et tout ce qui y conduit4 ,il faut donc1 ,philothe1 agrandir tant qu'il nous sera possible notre contrition1 afin qu'elle s'tende jusqu'aux moindres circonstances du pch4 ,c'est ainsi que ,magdeleine convertie perdit tellement le got de ses pchs1 que jamais elle n'y pensa2 c'est ainsi que ,david protestoit1 non-seulement qu'il hassoit le pch1 mais encore qu'il hassoit les voies et les sentiers qui y mnent1 et voil prcisment en quoi consiste ce rajeunissement de l'ame1 qui est compar par le mme prophte au renouvellement de l'aigle4 ,or1 pour parvenir cette vive contrition1 il faut que vous vous exerciez soigneusement aux mditations suivantes1 trs-propres draciner de votre cur1 moyennant la grce de ,dieu1 le pch1 et les principales affections du pch2 aussi les ai-je composes exprs pour cela2 vous les ferez l'une aprs l'autre1 dans l'ordre que j'ai marqu1 n'en prenant qu'une pour chaque jour1 et vous y employant le matin1 autant que possible1 parce que c'est le temps le plus favorable aux fonctions de l'esprit4 ,aprs cela1 vous en repasserez ce que vous pourrez en vous-mme dans le courant de la journe2 que si votre esprit n'est pas encore fait la mditation1 voyez ce qui est dit ce sujet dans la seconde partie de cet ouvrage4 ,,chapitre ,,ix4 ,premire mditation4--,de la cration4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,suppliez-le qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,considrez qu'il n'y a que tant d'annes que vous n'tiez pas au monde1 et que votre tre toit un vrai rien4 ,o tions-nous1 mon ame1 en ce temps8 ,le monde avoit dj bien dur1 et de nous1 il n'toit nulle nouvelle4 #b4 ,dieu vous a tire de ce rien1 pour vous faire ce que vous tes2 et cela1 sans qu'il et besoin de vous1 mais par un pur effet de sa bont4 #c4 ,considrez avec respect l'tre que ,dieu vous a donn2 vous tes le premier et le plus parfait de tous les tres de ce monde visible1 capable de vivre ternellement1 et de vous unir parfaitement la divine ,majest4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,humiliez-vous profondment devant ,dieu1 lui disant de tout votre cur avec le ,psalmiste3 ,o ,seigneur1 je suis devant vous comme un vrai nant2 d'o vient que vous avez pens moi pour me crer8 ,hlas6 mon ame1 tu tois perdue dans cet ancien abme1 et tu y serois encore si ,dieu ne t'en et tire2 qu'y ferois-tu maintenant sans cette bont de ton ,dieu8 #b4 ,rendez grces ,dieu4 ,o mon grand et bon ,crateur1 combien vous suis-je redevable1 puisque vous avez t me prendre dans mon nant pour me rendre par votre misricorde ce que je suis8 ,que ferois-je jamais pour bnir dignement votre saint nom et remercier votre immense bont8 #c4 ,confondez-vous4 ,mais hlas6 mon ,crateur1 au lieu de m'unir vous par mon amour et par mes services1 je me suis rendue rebelle par les drglemens de mon cur1 je me suis spare de vous1 pour me joindre au pch1 je vous ai fui1 j'ai mconnu votre bont1 comme si vous n'tiez pas mon ,crateur4 #d4 ,abaissez-vous devant ,dieu4 ,o mon ame1 souviens-toi que le ,seigneur est ton ,dieu1 c'est lui qui t'a faite1 et tu ne t'es pas faite toi-mme3 ,dieu6 je suis l'ouvrage de vos mains4 ,je ne veux donc plus me complaire en moi-mme1 puisque de moi-mme je ne suis rien4 ,de quoi te glorifies-tu1 cendre et poussire8 pourquoi t'lves-tu1 nant8 ,oui1 dsormais je veux pour m'humilier faire telle et telle chose1 supporter tel et tel mpris3 je veux changer de vie1 et suivre fidlement mon crateur3 je m'honorerai de la condition de crature1 laquelle il m'a appele2 j'immolerai entirement toutes mes volonts aux siennes2 et pour cela j'aurai recours aux moyens qui me seront indiqus1 et dont je me ferai bien instruire par mon pre spirituel4 ,,conclusion4 #a4 ,remerciez ,dieu4 ,o mon ame1 bnis le ,seigneur1 et que tout ce qui est en toi exalte son saint nom2 car sa bont t'a tire du nant1 et sa misricorde t'a cre4 #b4 ,offrez4 ,o mon ,dieu1 je vous offre l'tre que vous m'avez donn1 avec tout mon cur4 ,je vous le consacre entirement4 #c4 ,priez4 ,o ,dieu1 fortifiez en moi ces affections et ces rsolutions4 ,o sainte ,vierge1 recommandez-les la misricorde de votre ,fils1 avec toutes les personnes pour qui je dois prier1 etc4 ,pater noster1 ,ave1 ,maria4 ,aprs l'oraison1 faites-vous comme un bouquet spirituel des considrations qui vous ont le plus touche1 afin d'en respirer de temps en temps la bonne odeur dans le courant de la journe4 ,,chapitre ,x4 ,deuxime mditation4--,de la fin pour laquelle nous sommes crs4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous devant ,dieu4 #b4 ,priez-le qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,si ,dieu vous a mise dans ce monde1 ce n'est pas qu'il et besoin de vous2 car vous lui tes compltement inutile4 ,mais il a voulu seulement exercer sur vous sa bont en vous faisant part de sa grce et de sa gloire4 ,pour cela1 il vous a donn l'entendement pour le connotre1 la mmoire pour vous souvenir de lui1 la volont pour l'aimer1 l'imagination pour vous reprsenter ses bienfaits1 les yeux pour voir les merveilles de ses ouvrages1 la langue pour le louer1 et ainsi des autres facults4 #b4 ,etant cre et mise au monde cette intention1 vous devez viter et rejeter soigneusement toute action qui y seroit contraire2 et pour celles qui ne peuvent pas vous servir1 il faut les mpriser comme vaines et superflues4 #c4 ,considrez le malheur du monde1 qui ne pense point cela1 et qui vit comme s'il croyoit n'tre n que pour btir des maisons1 planter des arbres1 amasser des richesses et s'occuper de frivoles amusemens4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,confondez-vous1 en reprochant votre ame la misre o elle a vcu jusqu' prsent2 misre si grande1 qu'elle n'a que peu ou point pens tout ceci4 ,hlas6 devez-vous dire1 quoi pensois-je1 mon ,dieu1 quand je ne pensois pas vous8 ,de quoi me ressouvenois-je1 lorsque je vous oubliois8 qu'aimois-je1 lorsque je ne vous aimois pas8 ,hlas6 je devois me nourrir de vrit1 et je me remplissois de vanit2 je servois le monde1 et le monde n'est fait que pour me servir4 #b4 ,dtestez la vie passe4 ,je vous renonce1 penses vaines et inutiles2 je vous abjure1 souvenirs dtestables et frivoles2 je vous dteste1 amitis fausses et perfides1 services perdus1 reconnoissance aveugle1 misrables complaisances4 #c4 ,convertissez-vous ,dieu4 ,et vous1 mon ,dieu1 mon ,sauveur1 vous serez dornavant le seul objet de mes penses2 non1 jamais je n'appliquerai mon esprit ce qui pourroit vous dplaire4 ,ma mmoire se remplira tous les jours de l'immense et infinie bont1 que vous avez si complaisamment exerce envers moi4 ,vous serez les dlices de mon cur1 le charme et le bonheur de ma vie4 ,ah6 c'en est fait3 tels et tels amusemens auxquels je m'appliquois1 tels et tels vains exercices qui occupoient tout mon temps1 telles et telles affections qui captivoient mon cur1 tout cela me sera maintenant en horreur2 et pour me conserver dans ces dispositions1 je ferai usage de tels et tels remdes4 ,,conclusion4 #a4 ,remerciez ,dieu1 qui vous a cre pour une fin si excellente4 ,vous m'avez faite1 ,seigneur1 pour vous1 afin que je jouisse ternellement de l'immensit de votre gloire3 quand sera-ce que j'en serai digne8 quand vous bnirai-je comme je le dois8 #b4 ,offrez4 ,je vous offre1 mon cher crateur1 toutes ces mmes affections et rsolutions que vous m'avez inspires2 je vous offre aussi toute mon ame et tout mon cur4 #c4 ,priez4 ,je vous supplie1 ,dieu1 d'avoir pour agrables mes vux et mes souhaits1 et de donner votre bndiction mon ame1 afin qu'elle puisse les accomplir par le mrite du sang que votre ,fils a rpandu sur la croix1 etc4 ,faites le petit bouquet spirituel4 ,,chapitre ,,xi4 ,troisime mditation4--,des bienfaits de ,dieu4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,priez-le qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,considrez les grces corporelles que ,dieu vous a dparties3 quel corps il vous a donn1 quelle facilit pour l'entretenir1 quelle sant1 quelles consolations1 quels amis1 quelle assistance dans vos besoins2 et cela1 considrez-le en vous comparant tant d'autres personnes1 qui valent mieux que vous1 et qui sont nanmoins prives de ces avantages3 les unes sont contrefaites1 malades1 estropies2 les autres abreuves d'opprobres1 de dshonneur et de mpris2 d'autres accables par la pauvret1 tandis que ,dieu n'a pas voulu que vous fussiez si misrable4 #b4 ,considrez les dons de l'esprit3 combien y a-t-il dans le monde de gens hbts1 furieux1 insenss6 ,et pourquoi n'tes-vous pas du nombre8 n'est-ce pas un effet de la bont de ,dieu8 ,combien y en a-t-il encore qui ont t grossirement levs1 et dans une extrme ignorance1 tandis que la ,providence divine vous a procur une ducation honorable et soigne6 #c4 ,considrez les grces spirituelles3 ,philothe1 vous tes enfant de l'glise1 ,dieu vous a appris le connotre1 ds votre jeunesse4 ,combien de fois vous a-t-il donn ses sacremens6 combien de fois des inspirations1 des lumires intrieures1 des reproches de conscience pour votre amendement6 ,combien de fois vous a-t-il pardonn vos fautes6 combien de fois vous a-t-il dlivre des occasions de vous perdre1 auxquelles vous tiez expose6 et tant d'annes que ,dieu vous a laisse vivre1 n'est-ce pas un moyen que vous avez eu d'avancer le salut de votre ame8 ,considrez toutes ces grces en dtail1 et voyez combien ,dieu vous a t bon et secourable4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,admirez la bont de ,dieu4 ,oh6 que mon ,dieu est bon pour moi6 oh6 qu'il est bon6 que votre cur1 ,seigneur1 est riche en misricorde1 et gnreux en bont6 mon ame1 racontons jamais combien de grces il nous a faites6 #b4 ,admirez votre ingratitude4 ,mais que suis-je1 ,seigneur1 pour que vous ayez pens moi8 oh6 que mon indignit est grande6 hlas6 j'ai foul aux pieds vos bienfaits1 j'ai dshonor vos grces1 en les tournant au mpris et l'abus de votre souveraine bont2 j'ai oppos un abme d'ingratitude l'abme de votre misricorde et de vos faveurs4 #c4 ,excitez-vous la reconnoissance4 ,allons donc1 mon cur1 ne sois plus infidle et ingrat envers ce grand bienfaiteur4 ,et comment mon ame ne seroit-elle pas dsormais soumise ,dieu1 lui qui a fait tant de grces et de merveilles en moi et pour moi8 #d4 ,courage donc1 ,philothe1 retirez votre corps de telles et telles sensualits2 soumettez-le au service de ,dieu1 qui a tant fait pour lui2 appliquez votre ame le connotre et l'aimer de plus en plus1 recourant pour cela aux moyens convenables4 ,employez enfin gnreusement tous les secours qui sont dans l'glise1 pour vous sauver et pour glorifier ,dieu4 ,oui1 je pratiquerai l'oraison1 je frquenterai les sacremens1 j'couterai la sainte parole1 je suivrai fidlement et les inspirations et les conseils4 ,,conclusion4 #a4 ,remerciez ,dieu de la connoissance qu'il vous a donne de votre devoir et de ses bienfaits4 #b4 ,offrez-lui votre cur avec toutes vos rsolutions4 #c4 ,priez-le qu'il vous donne la force de les accomplir fidlement1 par le mrite de la mort de son ,fils4 ,implorez l'intercession de la sainte ,vierge et des saints4 ,pater noster1 etc4 ,faites le petit bouquet spirituel4 ,,chapitre ,,xii4 ,quatrime mditation4--,des pchs4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,priez-le qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,pensez combien il y a que vous avez commenc pcher1 et voyez combien depuis lors les pchs se sont multiplis dans votre cur2 comme tous les jours ils se sont levs davantage contre ,dieu1 contre le prochain1 contre vous-mme1 par actions1 par paroles1 par dsirs et par penses4 #b4 ,considrez vos mauvaises inclinations1 et comme vous les avez suivies2 cela seul suffira pour vous convaincre que vos pchs sont en plus grand nombre que les cheveux de votre tte1 ou que les grains de sable de la mer4 #c4 ,considrez en particulier le pch d'ingratitude envers ,dieu2 pch gnral qui se rpand sur tous les autres1 et qui en augmente infiniment l'normit4 ,ainsi1 comptez tous les bienfaits que ,dieu vous a accords1 et que vous avez tourns contre le bienfaiteur lui-mme4 ,que d'inspirations mprises6 que de bons mouvemens rendus inutiles6 et plus que tout cela encore1 que de sacremens reus1 et reus peut-tre sans prparation6 et le fruit1 o est-il8 ,que sont devenus ces prcieux joyaux1 dont votre cher poux vous avoit orne8 ,tout cela a disparu sous vos iniquits1 et tandis que ,dieu a tant couru aprs vous pour vous sauver1 vous1 vous l'avez toujours fui1 pour vous perdre3 voyez un peu quelle ingratitude6 ,affections et rsolutions4 #a4 ,confondez-vous la vue de votre misre4 ,o mon ,dieu6 comment os-je parotre devant vos yeux8 ,hlas6 je le vois bien1 je suis le rebut du monde2 mon cur est un abme d'ingratitude et d'iniquit4 ,est-il possible que j'aie pouss la malice ce point1 de ne laisser aucun de mes sens1 aucune des puissances de mon ame1 sans les souiller et les profaner1 que pas un des jours de ma vie ne se soit coul sans produire quelque mauvais fruit8 ,est-ce ainsi que je devois payer les bienfaits de mon ,crateur et le sang de mon ,rdempteur8 #b4 ,demandez pardon et jetez-vous aux pieds du ,seigneur1 comme un enfant prodigue1 comme une ,magdeleine1 comme une pouse ingrate et perfide3 ,o ,seigneur6 misricorde sur cette pcheresse4 ,o cur de ,jsus1 source vive de compassion et de douceur6 ayez piti de cette misrable4 #c4 ,proposez-vous de mieux vivre4 ,o ,seigneur6 non jamais plus1 moyennant votre sainte grce1 non jamais plus je ne m'abandonnerai au pch4 ,hlas6 je ne l'ai que trop aim6 mais maintenant je le dteste2 et c'est vous1 ,pre de misricorde1 que j'aime et que j'embrasse4 ,je veux vivre et mourir pour vous4 #d4 ,pour effacer les pchs passs1 je m'en accuserai courageusement sans en laisser un seul par devers moi4 #e4 ,je ferai tout ce que je pourrai pour en arracher jusqu'aux dernires racines1 particulirement de tels et tels qui me psent davantage4 #f4 ,pour cela1 j'embrasserai gnreusement tous les moyens qui me seront fournis1 et je ne croirai jamais avoir assez fait pour rparer de si grandes fautes4 ,,conclusion4 #a4 ,remerciez ,dieu qui vous a attendue jusqu' prsent1 et qui vous a inspir ces bonnes dispositions4 #b4 ,faites-lui offrande de votre cur1 pour les mettre excution4 #c4 ,priez-le qu'il vous fortifie1 etc4 ,,chapitre ,,xiii4 ,cinquime mditation4--,de la mort4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,demandez-lui sa grce4 #c4 ,supposez-vous dans l'tat d'un malade au lit de la mort1 sans aucun espoir d'en chapper4 ,,consid,,rations4 #a4 ,considrez l'incertitude du jour de votre mort3 ,o mon ame6 vous sortirez un jour de ce corps4 ,quand sera-ce8 ,sera-ce en hiver ou en t1 la ville ou la campagne1 le jour ou la nuit8 ,sera-ce l'improviste ou y tant prpare8 ,sera-ce de maladie ou par accident8 ,aurez-vous le loisir de vous confesser8 ,serez-vous assiste de votre confesseur8 ,hlas6 de tout cela nous n'en savons absolument rien4 ,mais une chose est bien sre1 c'est que nous mourrons1 et toujours plutt que nous ne pensons4 #b4 ,considrez qu'alors le monde sera fini en ce qui vous regarde2 il n'y en aura plus pour vous3 il sera comme renvers sous vos yeux3 car alors les plaisirs1 les vanits1 les joies mondaines1 les folles amitis vous sembleront des fantmes et des nuages4 ,ah6 malheureuse1 direz-vous1 pour quelles bagatelles et pour quelles chimres ai-je offens mon ,dieu8 ,n'est-ce pas avoir perdu tout pour rien8 ,au contraire1 la dvotion et les bonnes uvres vous sembleront les choses du monde les plus douces et les plus dsirables1 et vous direz3 ,pourquoi donc n'ai-je pas suivi ce beau et gracieux chemin8 ,alors les pchs qui vous sembloient bien petits1 vous parotront gros comme des montagnes2 et votre dvotion vous semblera presque nulle4 #c4 ,considrez les longs et douloureux adieux que votre ame dira ce bas monde3 elle dira adieu aux richesses1 aux vanits1 aux plaisirs1 aux passe-temps1 aux amis et aux voisins1 aux parens1 aux enfans1 au mari1 la femme1 en un mot toute crature2 et puis enfin son corps1 qu'elle laissera ple1 dfait1 dcharn1 hideux et infect4 #d4 ,considrez l'empressement qu'on aura enlever ce corps1 et le cacher en terre2 et cela fait1 le monde ne pensera plus gure vous1 pas plus que vous n'avez pens aux autres4 ,dieu lui fasse paix1 dira-t-on2 et puis c'est tout4 ,o mort6 que tu es cruelle6 mort6 que tu es impitoyable6 #e4 ,considrez qu'au sortir du corps l'ame prend droite ou gauche4 ,hlas6 o ira la vtre1 quel chemin suivra-t-elle8 le mme qu'elle aura commenc en ce monde4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,priez ,dieu1 et jetez-vous entre ses bras4 ,ah6 ,seigneur1 recevez-moi sous votre protection pour ce jour effroyable4 ,rendez-moi cette heure heureuse et favorable1 et que plutt toutes les autres de ma vie me soient tristes et affligeantes4 #b4 ,mprisez le monde4 ,puisque je ne sais pas l'heure o il faudra te quitter1 monde6 je ne veux pas m'attacher toi4 ,o mes chers amis6 mes parens6 permettez-moi de ne vous plus aimer que d'une amiti sainte1 qui puisse durer ternellement2 car pourquoi m'unir vous par des liens qu'il faudroit ensuite rompre et quitter8 ,je veux me prparer cette heure1 et prendre toutes les prcautions ncessaires pour faire heureusement ce passage4 ,je veux assurer l'tat de ma conscience1 et mettre ordre tel et tel manquement avec tout le zle dont je suis capable4 ,,conclusion4 ,remerciez ,dieu de ces rsolutions qu'il vous a inspires1 offrez-les sa majest1 suppliez-le de nouveau qu'il rende votre mort heureuse par les mrites de la mort de son ,fils4 ,implorez la protection de la sainte ,vierge et des saints4 ,pater noster4 ,ave1 ,maria4 ,faites un bouquet de myrrhe4 ,,chapitre ,,xiv4 ,sixime mditation4--,du jugement4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous devant ,dieu4 #b4 ,priez-le qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,enfin1 aprs le temps que ,dieu a marqu pour la dure du monde1 et aprs une multitude de signes et de prsages horribles qui feront scher les hommes d'effroi1 le feu1 venant comme un dluge1 brlera et rduira en cendres toute la surface de la terre1 sans que rien de ce que nous voyons soit pargn4 #b4 ,aprs ce dluge de flammes et de foudres1 tous les hommes ressusciteront de la terre 7except ceux qui sont dj ressuscits71 et la voix de l'archange1 ils comparotront en la valle de ,josaphat4 ,mais hlas6 avec quelle diffrence6 car les uns y seront avec un corps glorieux et resplendissant1 et les autres avec un corps hideux et horrible4 #c4 ,considrez la majest avec laquelle le souverain juge comparotra1 environn de ses anges et de ses saints1 ayant devant lui sa croix1 plus brillante que le soleil1 signe de grce pour les bons1 et de rigueur pour les mchans4 #d4 ,ce souverain juge1 par un ordre qui sera de suite excut1 sparera les bons d'avec les mauvais1 mettant les premiers sa droite et les seconds sa gauche2 sparation ternelle1 aprs laquelle jamais ces deux troupes ne se retrouveront ensemble4 #e4 ,la sparation une fois faite1 et les livres des consciences tant ouverts1 on verra clairement1 d'un ct la malice des mchans1 et le mpris qu'ils ont fait de ,dieu2 et de l'autre ct1 la pnitence des bons1 et les heureux fruits qu'ils ont tirs de la grce4 ,alors rien ne sera cach4 ,o ,dieu6 quelle confusion pour les uns1 et quelle consolation pour les autres6 #f4 ,considrez la dernire sentence prononce sur les mchans3 ,allez1 maudits1 au feu ternel1 qui a t prpar au diable et ses compagnons4 ,pesez cet paroles accablantes4 ,allez1 dit-il2 c'est un mot qui marque l'abandonnement perptuel que ,dieu fait de ces malheureux1 les bannissant pour jamais de sa face4 ,il les appelle maudits4 ,o mon ame6 quelle maldiction6 maldiction gnrale1 qui comprend tous les maux2 maldiction irrvocable1 qui comprend tous les temps et l'ternit4 ,il ajoute1 au feu ternel4 ,regarde1 mon cur1 cette grande ternit6 ,o ternelle ternit des peines1 que tu es effroyable6 #g4 ,considrez ensuite la sentence des bons4 ,venez1 dit le juge 7ah6 c'est la douce parole de salut1 par laquelle ,dieu nous appelle lui1 et nous reoit dans le sein de sa bont71 bnis de mon ,pre 7 chre bndiction1 qui comprend toute bndiction71 possdez le royaume qui vous est prpar ds le commencement du monde4 ,o ,dieu6 quelle grce6 car ce royaume n'aura jamais de fin4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,tremble1 mon ame6 la pense de ce dernier jour4 ,o ,dieu6 quelle sret pourrai-je y trouver1 puisque les colonnes du ,ciel y trembleront de frayeur6 #b4 ,dtestez vos pchs1 qui seuls peuvent vous perdre dans cette journe formidable4 ,ah6 je veux me juger moi-mme ds prsent1 afin de n'tre pas juge alors4 ,je veux examiner ma conscience1 et me condamner1 m'accuser et me corriger1 afin que mon juge ne me condamne pas en cette journe terrible4 ,je me confesserai donc1 j'accepterai les avis ncessaires1 etc4 ,,conclusion4 ,remerciez ,dieu1 qui vous a donn les moyens de prendre vos prcautions contre ce jour1 et le temps de faire pnitence4 ,offrez-lui votre cur pour qu'il le dispose la pnitence4 ,priez-le qu'il vous fasse la grce de vous en bien acquitter4 ,pater noster4 ,ave1 ,maria4 ,faites un bouquet de dvotion4 ,,chapitre ,,xv4 ,septime mditation4--,de l',enfer4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,humiliez-vous1 et demandez-lui son assistance4 #c4 ,imaginez-vous une ville tnbreuse1 toute brlante de souffre et de bitume1 et pleine de citoyens qui ne peuvent en sortir4 ,,consid,,rations4 #a4 ,les damns sont dans l'abme infernal comme dans une ville infortune1 o ils souffrent d'inexprimables tourmens et dans tous leurs sens et dans tous leurs membres2 car1 comme ils ont fait servir tous leurs sens et tous leurs membres au pch1 il est juste qu'ils supportent aussi dans tous leurs sens et dans tous leurs membres les peines dues au pch3 leurs yeux1 pour s'tre permis de mauvais regards1 souffriront l'horrible vue des dmons et de l'enfer2 leurs oreilles1 pour avoir pris plaisir de mauvais discours1 n'entendront plus jamais que pleurs1 lamentations et dsespoir1 et ainsi du reste4 #b4 ,outre tous ces tourmens1 il y en a encore un plus grand1 qui est la privation et la perte de la gloire de ,dieu1 que les damns ne verront jamais4 ,certes1 si ,absalon se trouva plus malheureux de ne pas voir son pre ,david que de toutes les autres peines de son exil1 ,dieu6 que sera-ce d'tre jamais priv de voir votre doux et gracieux visage8 #c4 ,considrez surtout l'ternit de ces peines1 laquelle seule rend l'enfer insupportable4 ,hlas6 si la piqre d'un insecte1 si la chaleur d'une petite fivre nous rend une courte nuit si longue et si fatigante1 combien sera pouvantable la nuit de l'ternit avec tant de tourmens6 de cette ternit naissent le dsespoir ternel1 le blasphme et la rage sans fin4 ,affections et rsolutions4 ,mettez la frayeur dans votre ame par ces paroles d',isae3 ,o mon ame6 pourrois-tu bien vivre ternellement dans ces ardeurs perptuelles1 et habiter au milieu de ce feu dvorant8 ,veux-tu donc quitter ton ,dieu pour jamais8 ,reconnoissez que vous avez mrit ce chtiment2 et combien de fois encore6 ,dsormais donc je veux suivre une voie toute contraire2 car pourquoi me prcipiter dans cet abme8 ,ainsi1 je ferai tel et tel effort pour viter le pch1 qui seul peut me donner cette mort ternelle4 ,remerciez1 offrez1 priez4 ,,chapitre ,,xvi4 ,huitime mditation4--,du paradis4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,faites l'invocation4 ,,consid,,rations4 #a4 ,considrez une belle nuit bien sereine1 et pensez combien il est agrable de voir le ciel avec cette multitude et cette varit d'toiles4 ,or1 ajoutez maintenant cette beaut celle d'un beau jour1 en sorte que la clart du soleil n'empche point la claire vue des toiles et de la lune2 et puis aprs dites hardiment que toute cette beaut runie n'est rien auprs des merveilles du paradis4 ,oh6 que ce lieu est donc aimable et dsirable6 oh6 que cette cit est prcieuse6 #b4 ,considrez la noblesse1 la beaut et la multitude des habitans de cet heureux pays2 ces millions de millions d'anges1 de chrubins et de sraphins2 cette foule d'aptres1 de martyrs1 de confesseurs1 de vierges1 de saintes femmes3 leur troupe est innombrable4 ,oh6 que cette compagnie est heureuse6 ,le moindre de tous est mille fois plus beau que le monde entier3 que sera-ce donc de les voir tous8 ,mais1 mon ,dieu1 qu'ils sont heureux6 toujours ils chantent le doux cantique de l'amour ternel3 toujours ils jouissent d'une parfaite allgresse3 toujours ils se communiquent les uns aux autres d'ineffables contentemens1 et vivent sans nuages dans les liens d'une heureuse et indissoluble amiti4 #c4 ,considrez enfin quel bien ils ont tous de jouir de ,dieu1 qui les honore incessamment de son regard1 et rpand ainsi dans leurs curs des torrens de dlices4 ,quel bien d'tre jamais uni son principe6 ,c'est l qu'environns et pntrs de ,dieu1 comme les oiseaux le sont de l'air1 ils sont inonds de toutes parts de consolations incroyables2 l1 chacun qui mieux mieux chante les louanges du ,crateur3 soyez jamais bni1 s'crient-ils1 vous qui tes notre ,crateur et notre ,sauveur1 vous qui nous tes si bon1 et qui nous communiquez si libralement votre gloire4 ,et pareillement ,dieu bnit tous ses saints d'une bndiction perptuelle3 soyez jamais bnies1 dit-il1 mes chres cratures1 vous qui m'avez si bien servi1 et qui me louerez ternellement avec un si grand zle et un amour si parfait4 ,affections et rsolutions4 #a4 ,admirez et louez cette patrie cleste4 ,oh6 que vous tes belle1 ma chre ,jrusalem1 et que bienheureux sont vos habitans6 #b4 ,reprochez votre cur la lchet qui l'a jusqu' prsent dtourn du chemin de cette glorieuse demeure4 ,pourquoi me suis-je tant loign de mon souverain bien8 ,ah6 misrable que je suis6 pour quelques mchans plaisirs d'un instant1 j'ai mille et mille fois quitt ces ternelles et infinies dlices6 o donc avois-je l'esprit de mpriser des biens si dsirables1 et de dsirer des choses si mprisables8 #c4 ,aspirez maintenant avec ardeur aprs ce sjour si dlicieux4 ,oh6 puisqu'il vous a plu1 mon bon et souverain ,seigneur1 de me faire entrer dans vos voies1 non1 jamais plus je ne retournerai en arrire4 ,allons1 ma chre ame1 allons en ce repos infini3 cheminons vers cette terre bnie qui nous est promise3 que faisons-nous dans cette ,egypte8 ,je me priverai donc de telles et telles choses qui me dtournent ou me retardent en chemin4 ,je ferai donc telles et telles choses qui peuvent me conduire mon but4 ,remerciez1 offrez1 priez4 ,,chapitre ,,xvii4 ,neuvime mditation4--,sur le choix du paradis4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,humiliez-vous devant lui1 en le priant qu'il vous inspire4 ,,consid,,rations4 #a4 ,imaginez-vous que vous tes en rase campagne1 toute seule avec votre bon ange1 comme toit le jeune ,tobie en allant ,rags4 ,l1 votre conducteur vous fait voir en haut le paradis ouvert1 avec toutes les joies et toutes les dlices qui ont fait le sujet de votre mditation prcdente4 ,puis il vous montre vos pieds l'enfer ouvert avec tous les tourmens sur lesquels vous avez mdit4 ,vous pntrant bien l'esprit de cette imagination1 et vous mettant genoux par la pense devant votre bon ange4 #a4 ,considrez qu'il est trs-vrai que vous tes place entre le paradis et l'enfer1 et que l'un et l'autre sont ouverts pour vous recevoir1 selon le choix que vous en ferez4 #b4 ,considrez que le choix que l'on fait de l'un ou de l'autre dans ce monde durera ternellement dans l'autre4 #c4 ,considrez que1 bien que l'un et l'autre vous soit ouvert selon que vous le choisirez1 ,dieu1 qui est prt vous donner1 ou l'un1 par sa justice1 ou l'autre1 par sa misricorde1 dsire cependant d'un dsir sans gal que vous donniez la prfrence au paradis2 et votre bon ange est l qui vous en presse de tout son pouvoir1 vous offrant de la part de ,dieu mille grces et mille secours pour vous aider la monte4 #d4 ,considrez aussi ,jsus-,christ au haut du ,ciel1 vous regardant avec bont1 et vous invitant par ces douces paroles3 ,viens1 ma chre ame6 viens au repos ternel3 viens entre les bras de ton pre qui t'a prpar d'immortelles dlices dans l'abondance de son amour4 ,voyez de vos yeux intrieur la sainte ,vierge qui vous convie tout maternellement3 ,courage6 vous dit-elle2 garde-toi1 ma fille6 de mpriser les dsirs de mon ,fils1 non plus que les soupirs de sa ,mre1 qui respire avec lui ton salut ternel4 ,voyez les saints qui vous appellent1 et un million de saintes ames qui vous conjurent de venir les rejoindre1 afin de n'avoir avec elles qu'une seule voix pour louer ,dieu et qu'un seul cur pour l'aimer jamais3 ,venez1 vous disent-elles1 notre sur et notre amie6 prenez courage3 le chemin du ,ciel n'est pas si difficile que le monde le fait4 ,entrez-y seulement1 et vous verrez que la dvotion qui nous a menes aux dlices ternelles1 a elle-mme des dlices incomparablement plus grande que toutes les joies du monde4 ,,lection4 #a4 ,o enfer6 je te dteste maintenant et toujours4 ,je dteste tes tourmens et tes peines3 je dteste ta malheureuse ternit1 et surtout ces ternels blasphmes et ces maldictions sans fin que tu vomis perptuellement contre mon ,dieu4 ,mais1 au contraire1 gloire et flicit ternelle toi1 beau paradis1 vers lequel s'lancent mon cur et mon ame6 oui1 je choisis jamais mon sjour dans tes sacrs palais1 et dans tes aimables tabernacles4 ,je bnis1 mon ,dieu6 votre misricorde1 j'accepte l'offre qu'il vous plat de m'en faire4 ,o ,jsus6 mon ,sauveur1 j'accepte votre amour ternel4 ,je reconnois et je confirme l'acquisition que vous avez faite pour moi d'une place et d'une retraite dans cette bienheureuse ,jrusalem1 o je ne veux faire autre chose que vous aimer et vous bnir jamais4 #b4 ,acceptez les faveurs que la sainte ,vierge et les saints vous prsentent2 promettez-leur que vous en profiterez pour aller les rejoindre2 tendez la main votre bon ange1 afin qu'il vous conduise1 et encouragez votre ame bien persvrer dans ce choix4 ,,chapitre ,,xviii4 ,dixime mditation4--,sur le choix de la vie dvote4 ,,pr,,paration4 #a4 ,mettez-vous en la prsence de ,dieu4 #b4 ,abaissez-vous devant sa face1 et implorez son secours4 ,,consid,,rations4 #a4 ,imaginez-vous encore une fois que vous tes avec votre bon ange au milieu d'une vaste campagne4 ,a votre gauche1 vous voyez le dmon assis sur un trne lev1 ayant ses cts plusieurs esprits infernaux1 et tout autour de lui une grande troupe de mondains1 qui tous1 la tte nue1 le saluent et lui font hommage1 les uns par un pch1 les autres par un autre4 ,voyez la contenance de tous les infortuns courtisans de ce misrable3 voyez les uns furieux de haine1 d'envie et de colre2 les autres qui s'entretuent2 les autres hves1 pensifs et empresss amasser des richesses2 les autres livrs la vanit et ne recherchant que des plaisirs frivoles2 les autres perdus et abrutis par leurs indignes passions4 ,voyez comme ils sont tous sans repos et sans ordre1 voyez comme ils se mprisent les uns les autres1 et comme ils se hassent1 en faisant semblant de s'aimer4 ,voil donc cette malheureuse rpublique du monde1 telle qu'elle est tyrannise par son roi maudit4 ,oh6 qu'elle vous fera compassion4 #b4 ,voyez maintenant votre droite ,jsus-,christ crucifi1 qui avec un amour sans gal1 prie pour ces pauvres esclaves1 afin qu'ils brisent leurs chanes1 et qui les conjure de venir lui4 ,voyez une multitude de dvots qui l'environnent de tous cts1 chacun avec son ange4 ,contemplez la beaut de ce royaume de dvotion4 ,qu'il fait beau voir cette troupe de vierges1 toutes plus blanches que le lis6 cette assemble de veuves pleines de mortifications et d'humilit3 ces poux et ces pouses1 vivant doucement ensemble avec un grand respect et une mutuelle charit4 ,voyez comme ces dvotes ames accordent bien ensemble le soin de la maison extrieure avec le soin de l'intrieure1 l'amour du mari avec l'amour de l'poux cleste4 ,regardez partout o vous voudrez1 vous les verrez tous dans une contenance sainte1 douce1 aimable1 coutant ,notre-,seigneur1 et aspirant le planter dans leur cur4 ,ils se rjouissent1 mais d'une joie gracieuse1 charitable et bien rgle3 ils s'entr'aiment1 mais d'un amour pur et saint4 ,ceux mmes qui sont affligs parmi eux ne se tourmentent pas beaucoup1 et ne perdent rien de la paix intrieure4 ,en un mot1 voyez les yeux du ,sauveur porter dans leur ame d'ineffables consolations1 et les remplir du dsir de le possder4 #c4 ,vous avez dj quitt ,satan avec sa triste et malheureuse troupe1 par les bonnes rsolutions que vous avez prises2 mais vous n'tes pas encore arrive au roi ,jsus1 ni runie cette heureuse et sainte compagnie qui l'environne3 vous avez t toujours entre l'un et l'autre4 #d4 ,ah6 c'est maintenant qu'il faut se dcider6 la sainte ,vierge et saint ,joseph1 saint ,louis1 sainte ,monique1 et cent mille autres qui ont vcu dans le monde1 vous pressent et vous invitent4 #e4 ,le roi crucifi vous appelle par votre nom3 ,venez1 ma bien-aime6 venez1 ,philothe1 afin que je vous couronne6 ,,lection4 #a4 ,o monde6 troupe abominable6 non jamais vous ne me verrez sous vos drapeaux4 ,j'ai quitt pour toujours vos vanits et vos folies4 ,o roi d'orgueil6 roi de malheur6 esprit infernal1 je te renonce avec toutes tes pompes1 je te dteste avec toutes tes uvres4 #b4 ,et vous1 mon doux ,jsus1 roi de bonheur et de gloire ternelle1 c'est vers vous que je me tourne4 ,je vous embrasse de toutes les forces de mon ame1 je vous adore de tout mon cur1 je vous choisis maintenant et toujours pour mon roi et pour mon unique prince2 je vous offre mon inviolable fidlit1 je vous fais un hommage irrvocable2 enfin je me soumets ternellement l'obissance de vos saintes lois et de vos divins prceptes4 #c4 ,o vierge sainte6 ma bonne mre1 je vous choisis pour mon guide1 je me range sous votre bannire1 je vous offre un respect et un amour tout spcial4 ,o mon saint ange6 prsentez-moi cette bnie assemble1 ne m'abandonnez pas jusqu' ce que j'arrive cette heureuse compagnie1 avec laquelle je dis et dirai toujours en tmoignage de mon choix3 ,vive ,jsus6 vive ,jsus6 ,,chapitre ,,xix4 ,comment il faut faire la confession gnrale4 ,voil donc1 chre ,philothe1 les mditations ncessaires la fin que nous nous proposons4 ,quand vous les aurez faites1 allez avec courage et humilit faire votre confession gnrale2 mais1 je vous en prie1 ne vous laissez troubler par aucune vaine frayeur4 ,le scorpion n'est dangereux que lorsqu'il nous pique3 mais tant rduit en huile1 il devient un grand remde contre sa propre piqre3 de mme le pch n'est honteux que quand nous le faisons2 mais tant converti en confession et en pnitence1 il est honorable et salutaire4 ,la contrition et la confession sont comme des fleurs belles et suaves1 qui effacent la laideur du pch et en dissipent la mauvaise odeur4 ,simon le ,lpreux disoit que ,magdeleine toit une pcheresse2 mais ,notre-,seigneur disoit que non1 et ne parloit plus que des parfums qu'elle avoit rpandus1 et de la grandeur de sa charit4 ,si nous sommes bien humbles1 ,philothe1 notre pch nous dplaira infiniment1 parce que ,dieu en est offens2 mais l'accusation de notre pch nous sera douce et agrable1 parce que ,dieu en est honor2 c'est au reste pour nous une sorte d'allgement de bien dire au mdecin le mal qui nous tourmente4 ,quand vous serez arrive devant votre pre spirituel1 imaginez-vous tre la montagne du ,calvaire1 sous les pieds de ,jsus-,christ crucifi1 dont le prcieux sang coule de toutes parts pour vous laver de vos iniquits2 car1 bien que ce ne soit pas le propre sang du ,sauveur1 c'est nanmoins le mrite de son sang rpandu qui arrose abondamment les pnitens dans le confessionnal4 ,ouvrez donc bien votre cur pour en faire sortir les pchs par la confession2 car mesure qu'ils en sortiront1 le prcieux mrite de la passion divine y entrera pour le remplir de bndictions4 ,je vous recommande surtout de bien dire toutes vos fautes1 simplement et navement4 ,contentez bien en cela votre conscience une bonne fois dans votre vie4 ,cela fait1 coutez les avis et la pnitence que vous donnera le serviteur de ,dieu1 et dites en votre cur3 ,parlez1 ,seigneur1 car votre servante coute4 ,oui1 c'est ,dieu1 ,philothe1 que vous coutez1 puisqu'il a dit ses ministres3 ,celui qui vous coute1 m'coute4 ,prenez ensuite en main la protestation suivante1 que vous devez auparavant avoir lue et mdite1 et qui terminera tout ce qui regarde la pnitence4 ,lisez-la attentivement1 et en tchant d'exciter dans votre ame le plus de componction qu'il vous sera possible4 ,,chapitre ,,xx4 ,protestation authentique1 pour graver dans l'ame la rsolution de servir ,dieu1 et pour conclure les actes de pnitence4 ,je soussigne1 trs-indigne et chtive crature1 fais la protestation suivante1 en la prsence du ,dieu ternel et de toute la cour cleste4 ,considrant l'immense misricorde de mon ,dieu1 d'avoir bien voulu me crer de rien1 me conserver1 me soutenir1 me dlivrer de tant de prils1 et me combler de tant de bienfaits2 considrant surtout cette incomprhensible douceur et clmence avec laquelle ce trs-bon ,pre m'a si long-temps supporte au milieu de mes crimes1 si souvent inspire de revenir lui1 et si patiemment attendue jusqu' cette ,n4 anne de ma vie1 sans se laisser rebuter1 ni de mes ingratitudes et de mes infidlits sans nombre1 ni de mes dlais sans fin1 ni de l'abus de ses grces1 ni de toutes mes autres offenses2 ,considrant encore qu'au jour de mon sacr baptme1 je fus si heureusement et si saintement ddie ,dieu1 pour tre sa fille1 et que1 malgr cette conscration qui fut alors faite en mon nom1 j'ai mille et mille fois indignement profan mon esprit1 en l'employant contre la divine ,majest2 ,maintenant revenue moi-mme1 et prosterne de cur et d'esprit devant le trne de la justice divine1 je me reconnois et me tiens pour lgitimement atteinte et convaincue du crime de lse-majest divine1 et vritablement coupable de la mort et passion de ,jsus-,christ1 raison des pchs que j'ai commis1 pour lesquels il est mort et a souffert le supplice de la croix4 ,ainsi je suis digne d'tre jamais perdue et damne4 ,toutefois1 me tournant vers le trne de l'infinie misricorde de ce mme ,dieu vivant et ternel1 et dtestant de tout mon cur et de toutes mes forces les iniquits de ma vie passe1 je demande trs-humblement pardon1 grce et merci avec entire absolution de mon crime2 j'offre cet effet la mort et passion de ce mme ,seigneur et ,rdempteur de mon ame1 et y jetant l'unique fondement de mon esprance1 je renouvelle et ratifie la sainte profession de fidlit qu'on a faite pour moi ,dieu le jour de mon baptme3 je renonce au dmon1 au monde et la chair2 je dteste leurs malheureuses suggestions1 leurs pompes et leurs uvres1 pour tout le temps de ma vie prsente1 et pour toute l'ternit4 ,je me tourne en mme temps vers mon ,dieu si bon et si clment1 et je m'engage envers lui par une rsolution irrvocable le servir et l'aimer1 maintenant et toujours4 ,a ces fins je lui donne et lui consacre mon esprit1 avec toutes ses facults2 mon ame1 avec toutes ses puissances2 mon cur1 avec toutes ses affections2 mon corps1 avec tous ses sens2 je proteste que je ne veux plus jamais abuser de quoi que ce soit qui m'appartienne contre sa divine volont et sa souveraine majest1 et je lui fais ds ce moment de tout moi-mme un plein et entier sacrifice1 pour tre jamais sa trs-loyale1 trs-obissante et trs-fidle crature1 sans que je veuille jamais m'en ddire ni repentir4 ,que si par la malice de mon ennemi1 ou par suite de l'infirmit humaine1 il m'arrivoit de contrevenir en quelque chose ces bonnes rsolutions1 je proteste ds maintenant1 et me propose moyennant la grce du ,saint-,esprit1 de m'en relever sitt que je m'en apercevrai1 et de m'abandonner tout de nouveau entre les mains de la divine misricorde1 sans la moindre hsitation et le moindre retard4 ,ceci est mon intention1 ma volont et ma rsolution ferme et irrvocable1 que je reconnois et confirme sans nulle rserve ni exception1 en la prsence de ,dieu1 la vue de l'glise triomphante1 et la face de l'glise militante ma mre1 qui entend et reoit la prsente dclaration1 en la personne de son ministre1 dput par elle cet effet4 ,daignez1 ,dieu ternel1 tout-puissant et tout bon1 ,pre1 ,fils et ,saint-,esprit1 confirmer en moi cette salutaire rsolution2 daignez accepter en odeur de suavit ce sacrifice que mon cur vous offre2 et comme il vous a plu m'inspirer la volont de le faire1 donnez-moi aussi la force et la grce ncessaire pour l'achever et le consommer parfaitement4 ,o mon ,dieu6 vous tes le ,dieu de mon cur1 le ,dieu de mon ame1 le ,dieu de mon esprit2 ainsi je vous reconnois et vous adore maintenant et pour l'ternit4 ,vive ,jsus6 ,,chapitre ,,xxi4 ,conclusion de ce qui a t dit du premier degr de puret de l'ame4 ,cette protestation faite1 soyez attentive1 ouvrez les oreilles de votre cur pour entendre la sentence d'absolution1 que ,jsus-,christ votre aimable ,sauveur prononcera sur vous dans le ,ciel1 en prsence des anges et des saints1 dans le mme temps que le prtre vous absoudra ici-bas sur la terre1 en son nom4 ,c'est alors que toute la troupe des bienheureux se rjouira de votre bonheur3 c'est alors qu'au milieu des saints cantiques d'une allgresse sans gale1 tous donneront votre cur guri et rconcili le doux baiser de l'amiti et de la paix4 ,o ,dieu6 ,philothe1 qu'il est admirable ce contrat par lequel vous donnant la divine ,majest1 elle se donne vous et vous rend la vie ternelle6 ,il ne reste plus maintenant qu' prendre la plume en main1 et signer de bon cur l'acte de votre protestation3 aprs quoi allez l'autel1 o ,dieu son tour signera et scellera votre grce1 et la promesse qu'il vous a faite de son paradis1 en se mettant lui-mme sur votre cur par la communion1 comme un cachet et sceau divin4 ,c'est ainsi1 ce me semble1 ,philothe1 que votre ame sera dlivre du pch1 et de toutes les affections du pch4 ,mais comme ces affections renaissent aisment dans l'ame1 cause de notre infirmit naturelle et de nos passions1 qui peuvent bien tre enchanes ici-bas1 mais qui ne sont jamais entirement dtruites1 je vous donnerai quelques avis1 avec lesquels vous vous prserverez dsormais du pch mortel et de toutes affections ce pch1 de manire ce qu'il ne puisse jamais entrer en votre cur4 ,or1 ces mmes avis vous serviront encore une purification plus parfaite2 c'est pourquoi1 avant de vous les donner1 je veux vous dire quelque chose de cette plus absolue puret1 laquelle je dsire vous conduire4 ,,chapitre ,,xxii4 ,qu'il faut se dlivrer de toute affection aux pchs vniels4 ,a mesure que le jour crot1 nous voyons plus clairement dans le miroir les taches et les souillures de notre visage3 de mme1 mesure que la lumire intrieure du ,saint-,esprit claire nos consciences1 nous voyons plus distinctement les pchs1 les inclinations et les imperfections qui peuvent nous empcher d'atteindre la vraie dvotion2 et cette mme lumire1 en nous faisant voir nos dfauts1 nous anime du saint dsir de nous en corriger4 ,vous dcouvrirez donc1 ma chre ,philothe1 qu'outre les pchs mortels et l'affection aux pchs mortels1 dont vous avez t dlivre par les pratiques ci-dessus indiques1 vous avez encore dans votre ame beaucoup d'inclination et d'affection aux pchs vniels3 je ne dis pas que vous dcouvrirez des pchs vniels1 mais je dis que vous dcouvrirez de l'inclination et de l'affection ces sortes de pchs4 ,or1 l'un est bien diffrent de l'autre3 car nous ne pouvons jamais tre entirement purs de pchs vniels1 ou du moins nous ne pouvons pas persvrer long-temps dans cet tat2 au lieu que nous pouvons bien n'avoir aucune affection aux pchs vniels4 ,ainsi autre chose est de mentir une fois ou deux de gat de cur en matire peu importante1 autre chose de se plaire mentir1 et d'tre affectionn cette sorte de pch4 ,et je dis maintenant qu'il faut nettoyer son ame de toutes les affections qu'elle peut avoir au pch vniel2 c'est--dire qu'il ne faut point nourrir volontairement le dessein de persvrer dans tel ou tel pch vniel1 car aussi ce seroit une trop grande lchet que de garder sciemment dans sa conscience une chose aussi capable de dplaire ,dieu que la volont de lui dplaire4 ,le pch vniel1 quelque petit qu'il soit1 dplat ,dieu1 bien qu'il ne lui dplaise pas jusqu' nous attirer sa maldiction ternelle4 ,mais si le pch vniel lui dplat1 il en rsulte que l'affection du pch vniel est une rsolution de vouloir toujours lui dplaire3 et seroit-il possible qu'une ame bien ne1 non-seulement dplt son ,dieu1 mais encore mt son plaisir lui dplaire toujours8 ,de telles affections1 ,philothe1 sont directement opposes la dvotion1 comme les affections au pch mortel le sont la charit4 ,elles nervent les forces de l'esprit1 empchent les consolations divines1 et ouvrent la porte aux tentations2 et bien qu'elles ne tuent pas l'ame1 elles la rendent extrmement malade4 ,les mouches mourantes1 dit le ,sage1 font perdre au baume son odeur et sa vertu4 ,il veut dire que si les mouches s'arrtent peu sur le baume1 et y gotent seulement en passant1 elles ne gtent que ce qu'elles prennent1 et le reste demeure intgre3 au lieu que si elles meurent au beau milieu du baume1 elles le gtent beaucoup et lui tent de son prix4 ,de mme les pchs vniels arrivant en une ame dvote et ne s'y arrtant pas long-temps1 ne l'endommagent qu'assez peu2 mais si ces mmes pchs demeurent dans l'ame par l'affection qu'elle y met1 ils lui feront perdre comme au baume sa suavit1 c'est--dire la sainte dvotion4 ,les araignes ne tuent pas les abeilles2 mais elles gtent et corrompent leur miel1 et quand elles s'attachent la ruche1 elles en embarrassent si fort les rayons avec leurs toiles que les abeilles ne peuvent plus y faire leur mnage4 ,ainsi le pch vniel ne tue pas notre ame1 mais il gte la dvotion2 et quand il s'y attache par l'habitude et par l'affection que nous y mettons1 il embarrasse tellement les puissances de l'ame1 qu'elle ne peut plus agir avec cette ferveur et cette promptitude de charit1 qui est le propre de la vraie dvotion4 ,ce n'est rien1 ,philothe1 de dire un petit mensonge1 de se dissiper lgrement en paroles ou en actions1 d'avoir un peu de curiosit dans les regards1 un peu de vanit dans les habits2 de se plaire tel jeu1 telle frivolit1 telle danse1 pourvu que1 ds que les araignes spirituelles seront entres dans notre ame1 nous les en chassions aussitt1 comme les abeilles s'efforcent de chasser les araignes corporelles2 mais si nous les laissons s'arrter dans notre cur1 et non-seulement cela1 si nous nous plaisons les y retenir et les y multiplier1 bientt nous verrons notre miel perdu1 et la ruche de notre conscience empeste et dtruite4 ,or1 je le dis encore une fois1 ce ne sera jamais une ame gnreuse qui se plaira ainsi dplaire son ,dieu1 et qui mettra son affection ce qu'elle sait lui tre dsagrable4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,qu'il se faut dfaire de l'affection aux choses inutiles et dangereuses4 ,les jeux1 les bals1 les festins1 les parures1 les comdies1 en soi ne sont pas de mauvaises choses1 mais bien des choses indiffrentes1 dont on peut faire un bon ou un mauvais usage4 ,toutefois il s'y trouve toujours plus ou moins de danger1 et le danger devient encore bien plus grand1 lorsqu'on s'y affectionne4 ,ainsi1 ,philothe1 encore qu'il soit permis de jouer1 de danser1 de se parer1 d'entendre d'honntes comdies1 d'assister un festin1 je dis que de mettre cela son affection1 c'est faire une chose contraire la dvotion1 une chose trs-nuisible et prilleuse4 ,ce n'est pas mal de le faire1 mais c'est mal de s'y affectionner4 ,et vraiment c'est grand dommage de semer en la terre de notre cur des affections si frivoles3 car elles prennent la place du bon grain1 et empchent que notre ame ne porte de bonnes inclinations4 ,ainsi les anciens ,nazarens s'abstenoient1 non-seulement de tout ce qui peut enivrer1 mais encore de raisin et mme de verjus4 ,non pas que le raisin et le verjus enivrent2 mais ils craignoient que le verjus ne leur donnt le got du raisin1 et le raisin le got du vin4 ,or1 je ne dis pas que nous ne puissions jamais user des choses dangereuses1 mais je dis que nous ne pouvons jamais y mettre notre affection sans compromettre la dvotion4 ,les cerfs qui sont trop en venaison se retirent et se cachent dans leurs buissons1 sentant bien que leur graisse les charge1 et qu'ainsi ils ne pourroient courir1 s'ils venoient tre attaqus2 de mme le cur de l'homme1 charg d'affections inutiles et dangereuses1 ne peut courir aprs son ,dieu avec cette promptitude1 cette aisance et cette ardeur qui sont le vrai point de la solide dvotion4 ,que de petits enfans s'attachent et s'chauffent la poursuite des papillons1 personne ne le trouvera mauvais1 parce que ce sont des enfans2 mais1 n'est-ce pas une chose ridicule1 ou plutt lamentable1 de voir des hommes faits se proccuper et se passionner pour des bagatelles aussi petites que celles que j'ai nommes1 lesquelles1 outre leur inutilit1 ont encore le danger de drgler et de perdre ceux qui les poursuivent8 ,j'ai donc raison de dire1 ma chre ,philothe1 qu'il se faut dfaire de telles affections2 car bien que les actes n'en soient pas toujours contraires la dvotion1 nanmoins l'affection qu'on y met lui cause toujours un grand prjudice4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,qu'il se faut dfaire des mauvaises inclinations4 ,nous avons encore1 ,philothe1 certaines inclinations naturelles qui1 n'ayant point leur source dans nos pchs particuliers1 ne sont pas proprement pchs1 ni mortels1 ni vniels1 mais s'appellent seulement imperfections2 et leurs actes1 dfauts ou manquemens4 ,par exemple1 sainte ,paule1 comme le rapporte saint ,jrme1 avoit une grande inclination la tristesse et aux larmes1 ce point1 qu' la mort de son mari et de ses enfans1 elle faillit mourir de chagrin4 ,cela toit une imperfection1 et non un pch1 puisque c'toit contre son gr et sa volont4 ,il y a des caractres qui sont naturellement lgers1 d'autres qui sont rbarbatifs1 d'autres qui ne peuvent se plier l'opinion d'autrui2 ceux-ci sont enclins la colre1 ceux-l l'amour des cratures2 bref1 il n'est gure de personnes en qui l'on ne puisse remarquer quelque sorte d'imperfection2 or1 quoique ces imperfections soient comme propres et naturelles chacun de nous1 il n'est pas cependant impossible1 avec du soin et de l'attention1 de les affoiblir et de les corriger1 et mme de s'en dlivrer entirement2 et je vous dis1 ,philothe1 que c'est l ce qu'il faut faire4 ,on a bien trouv le moyen de changer les amandiers amers en amandiers doux1 en les perant simplement au pied1 pour en faire sortir le suc2 pourquoi donc ne pourrions-nous pas aussi faire sortir nos mauvaises inclinations1 pour devenir meilleurs8 ,il n'y a point de si bon naturel qui ne puisse devenir mauvais par les habitudes vicieuses3 et de mme aussi il n'y en a point de si mchant qui1 premirement par la grce de ,dieu1 secondement par le zle et l'application1 ne puisse tre dompt et surmont4 ,je m'en vais donc maintenant vous donner les avis1 et vous proposer les remdes au moyen desquels vous purgerez votre ame de l'attache au pch vniel1 des affections dangereuses et des imperfections1 et par l vous assurerez d'autant plus votre conscience contre tout pch mortel4 ,dieu vous fasse la grce de les bien pratiquer6 ,,seconde ,,partie ,,contenant ,,divers ,,avis ,,pour ,l',l,,vation ,,de ,l',,ame ,a ,,dieu ,,par ,l',,oraison ,,et ,,les ,,sacremens4 ,,chapitre ,,premier4 ,de la ncessit de l',oraison4 #a4 ,l'oraison mettant notre esprit en face de la lumire divine1 et exposant notre volont la chaleur de l'amour cleste1 il n'y a rien d'aussi propre purger notre entendement de ses ignorances1 et notre volont de ses affections mauvaises4 ,c'est l'eau de bndiction1 qui1 par sa douce fracheur1 fait reverdir et fleurir les plantes de nos bons dsirs1 lave nos ames de leurs imperfections1 et dsaltre nos curs brls par les passions4 #b4 ,mais surtout je vous conseille l'oraison mentale et d'affection1 particulirement celle qui a pour objet la vie et la passion de ,notre-,seigneur4 ,en le regardant souvent par la mditation1 toute votre ame se remplira de lui1 vous apprendrez le connotre1 et vos actions se formeront sur le modle des siennes4 ,il est la lumire du monde3 c'est donc en lui1 par lui1 et pour lui que nous devons tre clairs4 ,il est l'arbre du dsir2 c'est donc son ombre que nous devons nous rafrachir2 il est la vraie fontaine de ,jacob1 c'est donc dans ses eaux que nous devons nous laver de toutes nos souillures2 enfin1 les enfans1 force d'entendre leurs mres1 et de bgayer avec elles1 apprennent parler leur langage2 et nous aussi1 demeurant auprs du ,sauveur par la mditation1 et observant avec soin ses paroles1 ses actions et ses sentimens1 nous apprendrons1 moyennant sa sainte grce1 parler1 agir et vouloir comme lui4 ,il faut s'arrter l1 ,philothe2 et1 croyez-moi1 nous ne saurions aller ,dieu le ,pre que par cette porte2 car1 de mme que la glace d'un miroir ne sauroit arrter notre vue1 si elle n'toit enduite par derrire de plomb ou d'tain2 de mme la ,divinit n'auroit pu jamais tre bien contemple par nous en ce bas monde1 si elle ne se ft jointe l'humanit sacre du ,sauveur2 or1 puisqu'il en est ainsi1 il est visible que la vie et la mort de ,jsus sont l'objet le plus proportionn notre foiblesse1 le plus doux1 le plus dlicieux1 le plus profitable que nous puissions choisir pour nos mditations ordinaires4 ,ce n'est pas pour rien que le ,sauveur s'appelle le pain descendu du ,ciel2 car1 comme le pain doit tre mang avec toutes sortes de viandes1 de mme aussi le ,sauveur doit tre mdit1 considr et recherch dans toutes nos prires et dans toutes nos actions4 ,quelques auteurs1 pour rendre cet exercice plus facile1 ont imagin de distribuer sa vie et sa mort en divers points de mditations4 ,ceux que je vous conseille le plus1 sont saint ,bonaventure1 ,bellintami1 ,bruno1 ,capilia1 ,grenade et ,dupont4 #c4 ,employez-y chaque jour une heure avant le dner1 et1 s'il se peut1 ds le matin1 parce que vous aurez l'esprit moins embarrass et plus frais aprs le repos de la nuit4 ,n'y mettez pas aussi plus d'une heure1 moins que votre pre spirituel ne vous l'ait dit expressment4 #d4 ,si vous pouvez faire cet exercice tranquillement dans une glise1 je crois que ce sera le meilleur2 parce que ni pre1 ni mre1 ni femme1 ni mari1 ni personne autre ne pourra raisonnablement vous troubler durant cette heure de dvotion3 au lieu que dans votre maison1 vous ne pourrez peut-tre pas vous la promettre tout entire1 ni si libre1 cause de la sujtion o vous tes4 #e4 ,commencez toujours vos oraisons1 soit mentales1 soit vocales1 par vous mettre en la prsence de ,dieu2 ne vous relchez jamais de cette rgle1 et vous verrez en peu de temps combien elle vous sera profitable4 #f4 ,si vous m'en croyez1 vous direz le ,pater1 l',ave et le ,credo en latin2 mais vous apprendrez aussi en bien entendre les paroles dans votre langue1 afin qu'en les rcitant dans le langage usit par l'glise1 vous puissiez nanmoins savourer le sens dlicieux et admirable de ces saintes prires4 ,il les faut dire avec une profonde attention de votre esprit1 en excitant votre cur aux sentimens qu'elles expriment1 ne vous htant nullement pour en dire beaucoup1 mais vous tudiant plutt dire de grand cur ce que vous dites2 car un seul ,pater dit avec sentiment1 vaut mieux que plusieurs rcits en courant4 #g4 ,le chapelet est une trs-bonne manire de prier1 pourvu que vous sachiez le dire comme il faut4 ,et pour cela1 ayez quelqu'un des petits livres qui enseignent la faon de le rciter4 ,il est bon aussi de dire les litanies de ,notre-,seigneur1 de ,notre-,dame1 et des saints1 et toutes les autres prires vocales qui sont dans les ,manuels et ,heures approuves1 sous la condition nanmoins que1 si vous avez le don de l'oraison mentale1 vous lui gardiez toujours la principale place4 ,si donc aprs l'avoir faite1 la multitude des occupations1 ou quelque autre raison vous empche de faire votre prire vocale1 ne vous en troublez pas1 mais dites simplement1 avant ou aprs la mditation1 l',oraison dominicale1 la ,salutation anglique et le ,symbole des aptres4 #h4 ,si pendant l'oraison vocale vous sentez votre cur attir vers l'oraison intrieure et mentale1 ne rsistez pas cet attrait1 mais laissez tout doucement couler votre esprit de ce ct-l1 et ne vous chagrinez point de n'avoir pas achev les prires vocales que vous vous tiez proposes2 car la mentale que vous aurez faite en leur place est plus agrable ,dieu1 et plus utile votre ame4 ,j'excepte l'office ecclsiastique1 si vous tes oblige de le dire2 car dans ce cas1 le devoir passe avant tout4 #i4 ,s'il arrivoit que toute votre matine se passt sans ce saint exercice de l'oraison mentale1 soit cause du grand nombre d'affaires1 soit pour autre chose1 ce qu'il faut viter autant que possible1 tchez de rparer cette perte dans l'aprs-dne1 l'heure la plus loigne du repas que vous pourrez1 parce que1 si la digestion n'toit pas encore faite1 vous pourriez tomber dans l'assoupissement et nuire votre sant4 ,que si enfin vous ne pouvez la faire de toute la journe1 il faut y suppler par beaucoup d'oraisons jaculatoires1 et par la lecture de quelque livre de dvotion1 avec une pnitence qui empche les suites de cette perte2 et en outre1 prenez une forte rsolution de vous remettre en train le jour suivant4 ,,chapitre ,,ii4 ,courte mthode pour bien mditer4 ,et d'abord de la prsence de ,dieu2 premier point de la prparation4 ,mais vous ne savez peut-tre pas1 ,philothe1 comment il faut faire l'oraison mentale3 car c'est l malheureusement une chose bien peu connue des gens de notre sicle4 ,voici donc une simple et courte mthode que je vous prsente pour cela1 en attendant que par la lecture de plusieurs excellens livres qui ont t composs sur ce sujet1 et surtout par votre propre exprience1 vous puissiez en tre plus amplement instruite4 ,je vous parle premirement de la prparation1 qui consiste en deux points1 savoir3 se mettre en la prsence de ,dieu1 et ensuite invoquer son secours4 ,or1 pour vous mettre en la prsence de ,dieu1 je vous propose quatre moyens principaux1 dont vous pourrez utilement vous servir dans les commencemens4 ,le premier consiste se bien pntrer de l'immensit de ,dieu1 c'est--dire se bien remplir de cette pense1 que ,dieu est en tout et partout1 et qu'il n'y a lieu ni chose au monde o il ne soit d'une trs-vritable prsence2 en sorte que1 comme les oiseaux trouvent partout l'air de quelque ct qu'ils se tournent1 de mme nous trouvons partout ,dieu1 en quelque lieu que nous allions ou que nous soyons4 ,c'est l une vrit que tout le monde sait1 mais laquelle on ne fait pas assez d'attention4 ,les aveugles ne voyant pas un prince qui leur est prsent1 ne laissent pas de se tenir dans le respect1 s'ils sont avertis de sa prsence2 mais la vrit est que parce qu'ils ne le voient pas1 ils oublient aisment qu'il est prsent1 et l'ayant oubli1 ils perdent plus aisment encore le respect qui lui est d4 ,hlas6 ,philothe1 nous ne voyons pas ,dieu qui est prsent1 et bien que la foi nous avertisse de sa prsence1 comme nos yeux ne le voient pas1 nous nous en oublions bien souvent1 et nous nous comportons comme s'il toit bien loin de nous4 ,car1 encore que nous sachions qu'il est prsent partout1 si de fait nous n'y pensons pas1 c'est comme si nous ne le savions pas4 ,c'est pourquoi1 toujours avant l'oraison1 il faut exciter notre ame la pense forte et attentive de cette prsence de ,dieu4 ,c'toit bien l ce qui occupoit ,david1 lorsqu'il s'crioit3 ,si je monte au ,ciel1 mon ,dieu1 vous y tes2 si je descends aux enfers1 vous y tes encore4 ,nous pouvons aussi faire usage des paroles de ,jacob1 qui1 aprs avoir vu l'chelle sacre3 ,que ce lieu est terrible6 disoit-il2 vraiment ,dieu est ici1 et je n'en savois rien4 ,il veut dire qu'il n'y pensoit pas3 car il ne pouvoit ignorer que ,dieu ft en tout et partout4 ,venant donc faire oraison1 il vous faut dire de tout votre cur et votre cur3 ,o mon cur6 mon cur6 ,dieu est vraiment ici4 ,le second moyen de se mettre en cette sainte prsence1 c'est de penser que non-seulement ,dieu est dans le lieu o vous tes1 mais qu'il est encore trs-particulirement dans votre cur1 et au fond de votre esprit1 qu'il anime et vivifie de sa divine prsence1 tant l comme le cur de votre cur1 et l'esprit de votre esprit4 ,car comme l'ame tant rpandue par tout le corps1 se trouve prsente sur tous les points1 et rside cependant dans le cur d'une manire spciale2 de mme1 ,dieu tant trs-prsent toutes choses1 remplit nanmoins notre esprit d'une prsence plus parfaite4 ,c'est pour cela que ,david appeloit ,dieu1 le ,dieu de son cur1 et que saint ,paul1 en parlant aussi de ,dieu1 disoit1 qu'en lui nous avons la vie1 le mouvement et l'tre4 ,ayant donc bien en vue cette vrit1 vous exciterez dans votre cur un grand respect pour ,dieu1 qui lui est si intimement prsent4 ,le troisime moyen1 c'est de considrer notre ,sauveur en son humanit sainte1 regardant du haut du ,ciel toutes les personnes du monde2 mais plus particulirement les chrtiens1 qui sont ses enfans1 et plus particulirement encore ceux qui sont en prire et dont il observe toutes les actions et tous les manquemens4 ,or1 ceci n'est pas une simple imagination de ma part1 mais une vrit positive2 car bien que nous ne le voyions pas comme saint tienne au temps de son martyre1 il n'en est pas moins certain que du haut de sa gloire il a constamment les yeux fixs sur nous4 ,nous pouvons donc dire avec l'pouse du ,cantique3 ,c'est lui-mme qui est derrire notre muraille1 regardant par la fentre et travers le treillis4 ,la quatrime manire consiste simplement s'imaginer que le ,sauveur est prsent ct de nous dans son humanit sainte1 comme nous avons coutume de nous reprsenter nos amis1 et de dire3 ,je m'imagine voir un tel faire ceci et cela1 il me semble que je le vois1 ou autre chose semblable4 ,mais si le trs-saint ,sacrement de l'autel toit prsent1 alors cette prsence seroit relle et non purement imaginaire3 car les espces et apparences du pain sont comme une tapisserie derrire laquelle notre ,seigneur se cache1 et d'o il nous voit et nous considre trs-bien1 quoique nous ne le voyions pas en sa propre forme4 ,vous userez donc de l'un de ces quatre moyens1 pour mettre votre ame en la prsence de ,dieu avant l'oraison2 et ne songez pas les vouloir employer tous ensemble1 mais un seulement la fois1 et cela encore brivement et simplement4 ,,chapitre ,,iii4 ,de l'invocation2 second point de la prparation4 ,l'invocation se fait en cette manire3 votre ame se sentant en la prsence de ,dieu1 se pntre d'un grand respect la vue d'une si souveraine ,majest1 et se reconnot trs-indigne de demeurer devant elle4 ,puis faisant rflexion que la divine bont le permet ainsi1 elle lui demande la grce de la bien servir et adorer dans cette mditation4 ,que si vous le voulez1 vous pourrez user de quelques paroles courtes et enflammes1 comme sont celles-ci de ,david3 ,ne me rejetez pas1 mon ,dieu6 de devant votre face1 et ne m'tez pas votre ,saint-,esprit3 faites briller votre face sur votre servante1 et je considrerai vos merveilles4 ,donnez-moi l'intelligence1 et je scruterai votre loi1 et je la garderai de tout mon cur4 ,je suis votre servante1 rpandez sur moi votre esprit4 ,il vous sera bon aussi d'invoquer votre ange gardien1 et les saintes personnes qui auront eu quelque part au mystre que vous mditez4 ,si1 par exemple1 vous faites votre oraison sur la mort de ,notre-,seigneur1 vous pourrez invoquer la sainte ,vierge1 saint ,jean1 sainte ,magdeleine1 le bon larron1 afin que les sentimens et les mouvemens intrieurs qu'ils reurent alors vous soient communiqus3 si c'est sur votre mort que vous mditez1 vous pourrez invoquer votre bon ange qui y sera prsent1 afin qu'il vous inspire les rsolutions convenables1 et de mme pour les autres sujets de mditation4 ,,chapitre ,,iv4 ,de la proposition du mystre2 troisime point de la prparation4 ,aprs ces deux points ordinaires de la prparation1 il en est un troisime1 qui n'est pas commun toutes sortes de mditations1 et qu'on appelle soit composition du lieu1 soit reprsentation intrieure4 ,ce n'est pas autre chose qu'un certain exercice de l'imagination1 par lequel on se fait un tableau du mystre ou du fait que l'on mdite1 comme s'il se passoit rellement sous nos yeux4 ,par exemple1 si vous voulez mditer sur ,notre-,seigneur en croix1 vous vous imaginerez que vous tes au mont ,calvaire1 et que vous assistez tout ce qui fut dit et fait le jour de la passion2 ou bien encore1 ce qui est tout un1 vous vous imaginerez qu'au lieu mme o vous tes1 se fait le crucifiement de ,notre-,seigneur1 avec toutes les circonstances dcrites par les vanglistes4 ,j'en dis autant1 quand vous mditerez sur la mort1 ainsi que je l'ai indiqu dans la mditation qui y a trait1 comme aussi quand vous mditerez sur l'enfer1 ou sur tout autre semblable sujet o il s'agira de choses visibles et sensibles3 car pour les autres qui traitent de choses invisibles1 comme sont ceux de la grandeur de ,dieu1 de l'excellence des vertus1 de la fin de notre cration1 il n'est pas question de vouloir employer cette mthode4 ,il est vrai qu'on peut encore se servir de quelques comparaisons pour rendre les considrations plus faciles1 mais cela mme a ses difficults1 et je ne veux traiter avec vous que fort simplement1 et en sorte que votre esprit ne se fatigue pas trop en inventions4 ,or1 par le moyen de l'imagination1 nous enfermons notre esprit dans le mystre que nous voulons mditer1 et nous l'empchons ainsi de courir et l1 peu prs comme on fait pour un oiseau que l'on enferme dans une cage1 ou pour un pervier que l'on attache ses longes1 afin qu'il demeure sur le poing4 ,quelques-uns vous diront nanmoins qu'il vaut mieux dans la reprsentation des mystres user de la simple pense de la foi1 et de la simple vue de l'esprit1 ou bien encore considrer que les choses se passent dans votre esprit4 ,mais cela est trop subtil pour le commencement1 et jusqu' ce que ,dieu vous lve plus haut1 je vous conseille1 ,philothe1 de vous tenir bonnement dans la basse valle que je vous indique4 ,,chapitre ,v4 ,des considrations2 seconde partie de la mditation4 ,aprs l'action de l'imagination1 vient l'action de l'entendement1 que nous appelons mditation1 et qui consiste faire une ou plusieurs considrations capables d'lever notre cur en ,dieu1 et de nous faire prendre got aux choses saintes et divines4 ,or1 c'est en cela que la mditation est fort diffrente de l'tude1 car la fin de l'tude est de devenir savant1 habile crire ou disputer2 au lieu que la fin de la mditation est d'acqurir la vertu et le saint amour de ,dieu4 ,aprs donc que vous aurez renferm votre esprit dans le sujet de mditation1 soit par l'imagination1 si le sujet est sensible1 soit par la simple proposition1 s'il ne l'est pas1 ainsi que je l'ai dit plus haut1 vous commencerez faire sur ce sujet quelques considrations1 comme vous en trouvez des exemples dans les mditations que je vous ai donnes4 ,que si votre esprit trouve assez de got1 de lumire et de fruit dans l'une de ces considrations1 il faut vous y arrter1 sans passer outre1 faisant en cela comme les abeilles1 qui ne quittent point une fleur1 tant qu'elles y trouvent du miel cueillir4 ,mais si vous ne trouvez pas votre nourriture en l'une de ces considrations1 aprs en avoir quelque temps essay1 vous passerez une autre2 et cela simplement1 sans empressement et sans trouble4 ,,chapitre ,,vi4 ,des affections et des rsolutions2 troisime partie de la mditation4 ,la mditation excite de bons mouvemens dans la volont ou partie affective de notre ame1 comme font l'amour de ,dieu et du prochain1 le dsir du ,paradis et de la gloire1 le zle du salut des ames1 l'imitation de la vie de ,notre-,seigneur1 la compassion1 l'admiration1 la joie1 la crainte de la disgrce de ,dieu1 du jugement et de l'enfer1 la haine du pch1 la confiance en la bont et la misricorde divine1 la confusion et le regret de notre mauvaise vie passe4 ,c'est dans ces affections ou autres semblables que votre esprit doit s'pancher et s'tendre le plus qu'il lui sera possible4 ,que si vous voulez tre aide pour cela1 prenez le premier tome des ,mditations de dom ,andr ,lapilia1 et voyez sa prface2 car il y donne la manire de bien dilater les affections4 ,vous trouverez cela encore1 et plus amplement1 dans la seconde partie du ,trait de l'oraison par le ,pre ,arias4 ,il ne faut pas cependant1 ,philothe1 vous tant arrter ces affections gnrales1 que vous ne les convertissiez en rsolutions particulires et spciales pour l'amendement de votre vie4 ,par exemple1 la premire parole que ,notre-,seigneur dit sur la croix1 rpandra1 je suppose1 dans votre ame le dsir de l'imiter en ce qui concerne le pardon des injures et l'amour des ennemis4 ,or1 je dis que cela est peu de chose1 si vous n'y ajoutez encore une rsolution particulire1 peu prs de cette manire3 ,eh bien donc6 je ne me piquerai plus de telles paroles fcheuses qu'un tel ou une telle1 mon voisin ou ma voisine1 mon domestique ou ma servante1 disent de moi2 ni de tel et tel mpris que je reois de celui-ci ou de celui-l3 au contraire1 je dirai et ferai telle ou telle chose1 pour adoucir l'esprit de l'un1 ou pour gagner le cur de l'autre4 ,c'est ainsi1 ,philothe1 que vous vous corrigerez de vos fautes en peu de temps2 au lieu que par des affections gnrales1 vous ne le feriez que lentement et difficilement4 ,,chapitre ,,vii4 ,de la conclusion et du bouquet spirituel4 ,enfin1 il faut terminer la mditation par trois actes1 qu'il faut faire avec le plus d'humilit possible4 ,le premier de ces actes est un acte de remercment1 par lequel nous rendons grces ,dieu des affections et des rsolutions qu'il nous a inspires1 et de la grande misricorde qu'il a dploye dans le mystre qui a fait le sujet de notre mditation4 ,le second acte est un acte d'offrande1 par lequel nous offrons ,dieu sa bont mme et sa misricorde1 les mrites de la mort et du sang de ,jsus-,christ et aussi nos affections et nos rsolutions en union des vertus de son divin ,fils4 ,le troisime acte est un acte de supplication1 par lequel nous demandons ,dieu1 et nous le conjurons de nous communiquer les grces et les vertus de son ,fils1 et de bnir nos affections et nos rsolutions1 en sorte que nous puissions les excuter fidlement3 ensuite nous prions pour l',eglise1 pour nos pasteurs1 nos parens1 nos amis et autres personnes1 employant pour cela l'intercession de la sainte ,vierge1 des anges et des saints4 ,enfin1 j'ai marqu qu'il falloit dire le ,pater noster et l',ave1 ,maria1 qui sont les prires communes et ncessaires tous les fidles4 ,a tout cela1 j'ai ajout qu'il falloit cueillir un petit bouquet de dvotion4 ,ceux qui se sont promens dans un beau jardin n'en sortent pas volontiers sans prendre quatre ou cinq fleurs1 pour les garder et les sentir le long de la journe2 de mme1 notre esprit ayant parcouru quelque mystre par la mditation1 nous devons choisir une1 deux ou trois penses1 que nous aurons trouves le plus notre got et les plus utiles notre avancement1 pour nous en ressouvenir le reste du jour et jouir spirituellement de leur bonne odeur4 ,or1 cela se fait sur le lieu mme de la mditation1 en s'y promenant ou en l'y entretenant quelque temps aprs1 dans le silence et dans le recueillement4 ,,chapitre ,,viii4 ,quelques avis trs-utiles1 au sujet de la mditation4 ,il faut surtout1 ,philothe1 qu'au sortir de votre oraison1 vous reteniez les rsolutions que vous avez prises1 afin de les pratiquer soigneusement l'occasion dans le cours de la journe4 ,rappelez-vous que le grand fruit de la mditation1 est de nous faire produire des actes de vertus2 sans cela cet exercice devient inutile et souvent mme dangereux4 ,la considration spculative des vertus1 spare de la pratique1 peut nous enfler l'esprit et le cur au point de nous faire croire que nous sommes tels que nous avons rsolu d'tre1 mais nous ne sommes tels en effet que lorsque nos rsolutions sont fortes et efficaces4 ,toutes les fois qu'elles sont foibles1 elles sont vaines1 et parce qu'elles sont sans effet1 elles sont dangereuses4 ,il faut donc par tous les moyens possibles s'efforcer de les pratiquer1 et en rechercher les occasions1 grandes ou petites4 ,par exemple1 si j'ai rsolu de gagner par douceur l'esprit de ceux qui m'offensent1 je chercherai ce jour-l les rencontrer1 afin de pouvoir les saluer gracieusement2 que si je ne puis les rencontrer1 je tcherai au moins d'en dire tout le bien possible1 et je prierai ,dieu en leur faveur4 ,au sortir de l'oraison1 il faut prendre garde de ne point donner de secousse votre cur1 car vous pancheriez le baume que vous avez reu dans l'oraison2 je veux dire qu'il faut garder1 s'il est possible1 encore un peu de silence1 et remuer tout doucement votre cur1 pour le faire passer de l'oraison aux affaires1 conservant1 tant que vous pourrez1 les sentimens et les affections que vous avez conus4 ,un homme qui auroit reu dans un beau vase de porcelaine quelque liqueur de grand prix pour l'apporter dans sa maison1 marcheroit tout doucement1 ne regardant ni droite1 ni gauche1 mais tantt devant soi1 de peur de heurter quelque pierre et de faire un faux pas1 tantt son vase1 pour voir s'il ne penche pas trop2 vous devez en faire de mme au sortir de la mditation3 ne pas vous distraire tout--coup1 mais regarder simplement devant vous4 ,que si vous rencontrez quelqu'un que vous soyez oblige d'entretenir ou d'entendre1 il n'y a remde1 il faut bien en passer par l2 mais alors faites-le de telle sorte1 que vous regardiez aussi votre cur1 afin que la liqueur de la sainte oraison ne s'panche que le moins possible4 ,il faut mme que vous vous accoutumiez passer de l'oraison tous les devoirs que votre vocation et votre tat exigent de vous1 quoiqu'ils paroissent fort loigns des affections que vous aurez reues dans l'oraison4 ,ainsi1 un avocat doit savoir passer de l'oraison la plaidoirie1 un marchand son commerce1 une femme marie au devoir de son mariage et au tracas de la maison2 et tout cela avec tant de douceur et de tranquillit1 que l'esprit n'en soit aucunement troubl2 car1 puisque l'un et l'autre sont galement de la volont de ,dieu1 il faut passer de l'un l'autre avec un grand esprit d'humilit et de dvotion4 ,sachez encore qu'il vous arrivera quelquefois1 qu'aussitt aprs la prparation1 votre affection se trouvera tout mue en ,dieu3 alors1 ,philothe1 il lui faut lcher la bride1 sans vouloir suivre la mthode que je vous ai donne2 car1 bien que pour l'ordinaire la considration doive prcder les affections et les rsolutions1 s'il arrive cependant que le ,saint-,esprit vous donne les affections avant les considrations1 vous ne devez pas rechercher les considrations1 puisque celles-ci ne sont faites que pour mouvoir les affections4 ,ainsi1 toujours quand les affections se prsenteront vous1 il faut les recevoir1 et leur faire place1 soit qu'elles prcdent1 soit qu'elles suivent les considrations2 et quoique j'aie mis les affections aprs toutes les considrations1 je ne l'ai fait que pour mieux distinguer les parties de l'oraison2 car du reste1 c'est une rgle gnrale qu'il ne faut jamais retenir les affections1 mais leur donner un libre cours sitt qu'elles se prsentent4 ,ce que je dis l pour les affections1 je le dis aussi pour l'action de grces1 l'offrande et la prire1 qui peuvent se faire parmi les considrations1 lorsqu'on s'y sent port2 car il ne faut pas plus les retenir que les autres affections1 sauf aprs les reprendre et les rpter pour terminer la mditation4 ,quant aux rsolutions1 c'est aprs les affections qu'il les faut faire et avant la conclusion4 ,car1 ayant besoin pour cela de nous reprsenter des objets particuliers et familiers1 ce seroit ouvrir la voie aux distractions1 que de prendre des rsolutions dans le temps consacr aux affections4 ,pour les affections et les rsolutions dont je viens de parler1 il est bon de les faire en forme de colloque1 adressant la parole tantt ,notre-,seigneur1 tantt aux anges1 ou aux personnes qui ont eu part au mystre mdit1 aux saints1 soi-mme1 son propre cur1 aux pcheurs1 et mme aux cratures insensibles1 comme l'on voit que ,david fait dans ses psaumes1 et d'autres saints dans leurs mditations et leurs prires4 ,,chapitre ,,ix4 ,des scheresses d'esprit qui arrivent dans la mditation4 ,s'il vous arrive1 ,philothe1 de n'avoir point de got ni de consolation en mditant1 je vous conjure de ne pas vous en troubler1 mais de recourir simplement aux remdes que je vais vous indiquer4 ,quelquefois ouvrez la porte aux paroles vocales1 plaignez-vous amoureusement ,notre-,seigneur1 confessez-lui votre indignit1 priez-le qu'il vous aide1 baisez son image1 si vous l'avez2 dites-lui ces paroles de ,jacob3 ,je ne vous quitterai jamais1 ,seigneur1 que vous ne m'ayez donn votre bndiction2 ou bien celles-ci de la ,cananenne3 ,oui1 ,seigneur1 je suis une chienne2 mais les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs matres4 ,une autre fois1 prenez un livre1 et lisez-le avec attention1 jusqu' ce que votre esprit soit rveill et dispos2 ou bien excitez votre cur par quelque acte de dvotion extrieure1 vous prosternant en terre1 croisant les mains sur la poitrine1 embrassant un crucifix3 tout cela s'entend1 si vous tes seule et hors de tout regard4 ,que si aprs cela vous n'tes pas console1 quelque grande que soit votre scheresse1 ne vous troublez pas1 mais continuez vous tenir en une contenance dvote devant ,dieu4 ,combien y a-t-il de courtisans qui vont cent fois l'anne au lever du prince1 sans esprance de lui parler1 mais seulement pour tre vus de lui1 et pour lui rendre leurs devoirs6 ,ainsi devons-nous venir1 ,philothe1 la sainte oraison1 purement et simplement pour rendre notre devoir et tmoigner notre fidlit4 ,que s'il plat la divine ,majest de s'approcher de nous1 et de nous entretenir par ses saintes inspirations et ses consolations intrieures1 ce nous sera sans doute un grand honneur et un plaisir trs-dlicieux2 mais s'il ne lui plat pas de nous faire cette grce1 nous laissant l sans nous parler1 comme si elle ne nous voyoit pas1 et que nous ne fussions pas en sa prsence1 nous ne devons pas pour cela en sortir2 mais au contraire1 il nous faut demeurer l devant cette souveraine bont1 dans un maintien respectueux et paisible1 qui lui fera au moins agrer notre patience1 et qui nous donnera le mrite de l'assiduit et de la persvrance4 ,par l nous pouvons esprer qu'une autre fois quand nous reviendrons devant ,dieu1 il voudra bien nous favoriser de ses divins entretiens1 et nous faire goter les douceurs de la sainte oraison4 ,que si au reste il ne le faisoit pas1 nous devrions encore nous estimer trop honors et trop heureux d'tre auprs de lui1 et en sa prsence4 ,,chapitre ,x4 ,de quelques autres exercices1 et premirement de l'exercice du matin4 ,outre cette oraison mentale1 et les prires vocales que vous devez faire une fois le jour1 il y a cinq autres sortes d'oraison plus courtes1 qui sont comme les accessoires et les rejetons de l'autre grande oraison4 ,de ce nombre se trouve d'abord la prire du matin1 qui sert de prparation gnrale toutes les uvres de la journe4 ,or1 voici comme vous la ferez4 #a4 ,remerciez ,dieu et adorez-le profondment pour la grce qu'il vous a faite de vous avoir conserve durant la nuit2 et si vous avez quelque chose vous reprocher depuis votre examen du soir1 demandez-lui-en pardon4 #b4 ,considrez que le jour prsent vous est donn pour vous faire gagner le jour venir de l'ternit1 et ainsi prenez la ferme rsolution de bien employer la journe cette intention4 #c4 ,prvoyez quelles affaires vous aurez traiter ce jour-l1 quelles occasions vous pourrez avoir de servir ,dieu1 quelles tentations vous pourront survenir de l'offenser1 soit par colre1 soit par vanit1 soit de quelque autre manire1 et par une sainte rsolution prparez-vous bien employer tous les moyens que ,dieu vous donnera de le servir et d'avancer votre perfection4 ,comme aussi disposez-vous viter soigneusement1 ou bien combattre et vaincre tout ce qui pourrait s'opposer votre salut et la gloire de ,dieu4 ,or1 ce n'est pas encore tout que d'avoir pris cette rsolution1 il faut de plus aviser aux moyens de la bien excuter4 ,par exemple1 si je prvois que j'aurai traiter de quelque affaire avec une personne passionne et prompte la colre1 non-seulement je prendrai la rsolution de ne point la fcher1 mais encore je prparerai d'avance des paroles de douceur qui puissent la prvenir et la gagner1 ou bien je ferai choix de quelque personne grave dont la prsence puisse la contenir4 ,si je prvois que j'aurai visiter un malade1 je songerai l'heure qu'il faudra prendre pour cela1 aux secours et aux consolations que je devrai lui donner1 et ainsi du reste4 #d4 ,cela fait1 humiliez-vous devant ,dieu1 reconnoissant que de vous-mme vous ne sauriez rien faire de ce que vous avez rsolu1 soit pour fuir le mal1 soit pour excuter le bien4 ,et comme si vous teniez votre cur entre vos mains1 offrez-le avec tous vos bons desseins la divine ,majest1 la suppliant de le prendre sous sa protection1 et de le fortifier son service4 ,vous pouvez user pour cela de telles ou semblables paroles intrieures3 ,o ,seigneur6 voil ce pauvre et misrable cur1 qui1 par votre bont1 a conu plusieurs bonnes affections2 mais hlas6 il est trop foible et trop chtif pour effectuer le bien qu'il dsire1 si vous ne lui donnez votre cleste bndiction4 ,je vous la demande donc1 ,pre des misricordes6 par les mrites de la passion de votre ,fils1 la gloire duquel je consacre cette journe et le reste de ma vie4 ,invoquez ensuite la sainte ,vierge1 votre bon ange et les saints1 afin qu'ils appuient votre demande4 ,mais souvenez-vous1 ,philothe1 que tout ceci doit se faire brivement et vivement1 et1 s'il se peut1 avant qu'on sorte de la chambre1 afin que cet exercice influe sur le reste de la journe1 et y attire les bndictions de ,dieu4 ,or1 je vous prie de ne jamais y manquer4 ,,chapitre ,,xi4 ,de l'exercice du soir et de l'examen de conscience3 second exercice4 ,comme avant votre dner vous aurez nourri votre ame du pain cleste de la mditation1 de mme aussi avant votre souper1 il vous faudra faire un petit souper ou collation spirituelle de recueillement et de prire4 ,prenez donc quelques instans un peu avant l'heure du souper1 et1 prosterne devant ,dieu1 runissant toutes vos puissances auprs de ,jsus crucifi1 que vous vous reprsenterez par une simple vue intrieure1 efforcez-vous de rallumer en votre cur le feu de la mditation du matin4 ,pour cela il vous faut une douzaine de vives aspirations et d'lancemens de votre ame que vous adresserez ce divin ,sauveur1 soit en repassant les choses que vous avez le plus savoures le matin1 soit en vous occupant de quelqu'autre sujet de mditation1 selon que vous l'aimerez mieux4 ,quant l'examen de conscience que l'on doit toujours faire avant d'aller se coucher1 chacun sait comment il faut s'y prendre4 #a4 ,on remercie ,dieu de la protection qu'il nous a accorde durant toute la journe4 #b4 ,on examine comment on s'est comport toutes les heures du jour2 et pour faire cela plus aisment1 on se rappelle o1 avec qui1 et dans quelles circonstances on s'est trouv4 #c4 ,si l'on trouve qu'on a fait quelque bien1 on en rend grces ,dieu3 si au contraire on a fait quelque mal en penses1 en paroles ou en uvres1 on en demande pardon sa divine ,majest1 avec rsolution de s'en confesser la premire occasion et de s'en corriger au plus tt4 #d4 ,aprs cela1 on recommande la divine providence son corps1 son ame1 ses amis1 ses parens et toute l',eglise3 on prie la sainte ,vierge1 le bon ange et les saints de veiller sur nous et pour nous2 et avec la bndiction de ,dieu1 on va prendre le repos qu'il a voulu nous rendre ncessaire4 ,cet exercice ne doit pas plus tre omis que l'exercice du matin2 car1 si par l'exercice du matin vous ouvrez votre ame au soleil de justice1 par celui du soir vous la fermez aux tnbres de l'enfer4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la retraite spirituelle3 troisime exercice4 ,c'est ici1 chre ,philothe1 que je vous dsire une grande ardeur suivre mon conseil2 car il s'agit de l'un des plus grands moyens qui existent pour s'avancer dans la vie spirituelle4 ,ce moyen consiste se remettre le plus souvent possible en la sainte prsence de ,dieu1 par l'une des quatre mthodes que je vous ai indiques4 ,regardez ce que ,dieu fait1 et ce que vous faites1 vous verrez ses yeux tourns de votre ct1 et perptuellement fixs sur vous par un amour incomparable3 ,o ,dieu6 direz-vous alors1 pourquoi ne vous regard-je pas toujours1 comme toujours vous me regardez8 ,pourquoi pensez-vous tant moi1 mon ,seigneur6 et pourquoi pense-je si peu vous8 ,o mon ame6 o sommes-nous8 ,notre vraie place est en ,dieu1 et o nous trouvons-nous8 ,comme les oiseaux ont des nids sur les arbres pour s'y retirer quand ils en ont besoin2 et comme les cerfs ont leurs buissons et leurs forts pour s'y mettre l'abri des ardeurs de l't2 de mme1 ,philothe1 nos curs doivent choisir chaque jour quelque place1 soit sur le mont ,calvaire1 soit dans les plaies de ,notre-,seigneur1 soit dans quelqu'autre lieu prs de lui1 pour s'y retirer en toute rencontre et s'y faire comme un fort et un buisson o ils puissent se reposer des affaires extrieures1 et se mettre l'abri des tentations4 ,bienheureuse sera l'ame qui pourra dire ainsi en vrit ,notre-,seigneur3 ,vous tes ma maison de refuge1 mon rempart contre mes ennemis1 mon toit contre la pluie et mon ombre contre la chaleur4 ,souvenez-vous donc1 ,philote1 de faire tous les jours quelques petites retraites dans la solitude de votre cur1 pendant que vous tes extrieurement au milieu des conversations et des affaires4 ,cette solitude mentale ne peut nullement tre empche par ceux qui vous environnent3 car ils ne sont pas autour de votre cur1 mais bien autour de votre corps2 et ainsi1 quel que soit leur nombre1 votre cur n'en est pas moins seul en prsence de ,dieu seul4 ,c'est cela que s'exeroit le roi ,david parmi toutes ses occupations1 et nous en voyons mille traits dans ses psaumes2 comme quand il dit3 ,o ,seigneur6 je suis toujours avec vous3 je vous vois toujours devant moi4 ,j'ai lev les yeux vers vous1 mon ,dieu6 qui habitez le ,ciel4 ,mes yeux sont toujours tourns vers ,dieu4 ,et en effet les conversations ne sont pas ordinairement si srieuses1 qu'on ne puisse de temps en temps en retirer son cur1 pour le remettre en cette divine solitude4 ,les pre et mre de sainte ,catherine de ,sienne lui ayant t toute facilit de prier et de mditer1 soit pour le temps1 soit pour le lieu1 ,notre-,seigneur lui inspira de se faire intrieurement un petit oratoire spirituel1 o1 se retirant loisir1 elle pt vaquer la sainte solitude du cur1 mme au milieu des affaires sans nombre qui l'occupoient l'extrieur2 et depuis1 quand le monde l'attaquoit1 elle n'en recevoit aucun trouble1 parce que1 disoit-elle1 elle s'enfermoit dans son cabinet intrieur1 et s'y consoloit en la compagnie de son divin ,matre4 ,aussi ds lors elle ne conseilloit rien tant ses compagnes que de se faire ainsi une petite cellule dans le cur1 et de s'y enfermer avec ,jsus4 ,retirez-vous donc quelquefois en vous-mme1 ,philothe2 et l1 spare du monde1 traitez cur cur avec ,dieu des intrts de votre ame1 disant comme ,david3 ,j'ai veill1 et j'ai t semblable au plican du dsert4 ,j'ai t comme le hibou dans les masures1 et comme le passereau solitaire sur le toit des maisons4 ,ces paroles1 dans leur sens littral1 nous montrent que ce grand roi prenoit tous les jours quelques heures pour mditer en silence les choses spirituelles4 ,mais dans leur sens mystique ces mmes paroles nous dcouvrent trois excellentes retraites1 et comme trois ermitages1 o nous pouvons imiter et suivre ,notre-,seigneur dans ses diffrentes solitudes4 ,sur le mont ,calvaire1 il fut comme le plican du dsert1 qui de son propre sang ravive ses petits poussins2 dans l'table de ,bethlem1 o il prit naissance1 il fut comme le hibou dans une masure pleurant et gmissant sur nos pchs2 enfin1 au jour de son ascension1 il fut comme le passereau solitaire1 se retirant et s'envolant au ,ciel1 qui est comme le toit du monde4 ,ces trois lieux peuvent trs-bien nous servir de retraite1 quel que soit d'ailleurs le tracas des affaires4 ,le bienheureux ,elzar1 comte d',arian en ,provence1 tant depuis long-temps absent1 son pouse1 la pieuse et chaste ,delphine1 lui envoya un courrier exprs pour avoir des nouvelles de sa sant3 ,je me porte bien1 lui rpondit ce saint homme2 et si vous voulez me voir1 cherchez-moi dans la plaie du ct de notre doux ,jsus3 car c'est l que j'habite et que vous me trouverez3 partout ailleurs vous me chercheriez en vain4 ,c'toit un chevalier chrtien1 celui-l6 ,,chapitre ,,xiii4 ,des aspirations ou oraisons jaculatoires1 et des bonnes penses2 quatrime exercice4 ,on se retire en ,dieu1 parce qu'on aspire lui1 et on y aspire pour s'y retirer2 ainsi la retraite intrieure et l'aspiration en ,dieu s'attirent et s'entretiennent l'une l'autre1 et toutes deux proviennent des bonnes penses4 ,aspirez donc bien souvent ,dieu1 ,philothe1 par de courts1 mais vifs lancemens de votre cur3 admirez sa beaut2 invoquez son secours2 jetez-vous en esprit aux pieds de la croix2 adorez sa misricorde2 interrogez-le souvent au sujet de votre salut2 donnez-lui mille fois le jour votre ame2 fixez sur lui vos yeux pour vous pntrer de sa douceur2 tendez-lui la main1 comme un petit enfant son pre1 afin qu'il vous conduise2 mettez-le sur votre poitrine comme un bouquet dlicieux2 plantez-le dans votre ame comme un tendard sacr2 enfin1 donnez mille mouvemens votre cur1 pour l'exciter l'amour de ,dieu et aux doux entretiens de ce cleste poux4 ,c'est ainsi que se font ces oraisons jaculatoires1 que saint ,augustin conseilloit si soigneusement la dvote dame ,proba4 ,soyez sre1 ,philothe1 que si notre esprit s'accoutume entrer de la sorte en de familires communications avec son ,dieu1 il se trouvera bientt comme tout parfum de ses perfections2 et ce n'est pas l une chose fort difficile3 car on peut trs-bien entremler cet exercice aux affaires et aux occupations du sicle1 sans que celles-ci en souffrent aucunement4 ,il ne faut1 en effet1 soit dans la retraite spirituelle1 soit dans les oraisons jaculatoires1 que quelques petits et cours lancemens du cur2 et certes1 loin qu'un tel exercice entrave et gne notre action1 il n'est propre au contraire qu' l'avancer et l'aider beaucoup4 ,le plerin qui prend un peu de vin pour se rjouir le cur et se rafrachir la bouche1 s'arrte1 il est vrai1 quelque peu1 mais il ne perd pas pour cela son temps2 car il prend des forces pour continuer sa route1 et ne s'arrte que pour mieux aller4 ,il existe plusieurs recueils d'aspirations vocales1 qui vraiment sont fort utiles2 mais1 si vous m'en croyez3 vous ne vous astreindrez pas ces sortes de paroles1 et vous prononcerez simplement de cur ou de bouche celles que l'amour divin vous suggrera sur-le-champ1 car il vous en fournira tant que vous voudrez4 ,je reconnois toutefois qu'il y a certains mots qui ont une force toute particulire pour toucher le cur1 et ainsi vous ferez trs-bien de vous en servir3 tels sont les lancemens sacrs dont les psaumes sont remplis1 les diverses invocations du saint nom de ,jsus1 ou bien les paroles enflammes du ,cantique des cantiques4 ,on peut aussi se servir utilement de quelques cantiques spirituels1 mais il faut pour cela qu'ils soient chants avec attention4 ,lorsqu'un homme est pris d'un amour humain et naturel1 il a presque toujours ses penses occupes de la personne qu'il aime1 son cur n'a d'affection que pour elle1 sa bouche en fait continuellement l'loge2 s'il en est spar1 il ne manque pas de lui crire les choses les plus tendres2 et il ne rencontre pas un arbre sur l'corce duquel il ne grave son nom4 ,de mme aussi1 ceux qui aiment ,dieu ne peuvent cesser de penser lui1 de respirer pour lui1 d'aspirer lui1 de parler de lui1 et voudroient1 s'il toit possible1 graver sur la poitrine de tous les hommes le saint et sacr nom de ,jsus4 ,il semble mme que toutes les cratures les y invitent1 et qu'il n'y en ait aucune qui ne leur annonce la louange de leur bien-aim4 ,oui1 dit saint ,augustin aprs saint ,antoine1 tout ce qui est au monde leur en parle3 le langage de la nature la vrit est un langage1 mais il ne laisse pas d'tre trs-intelligible pour leur amour2 tout les provoque de bonnes penses1 et ces penses1 leur tour1 leur fournissent mille bons mouvemens et saintes aspirations qui les lvent ,dieu4 ,en voici quelques exemples4 ,saint ,grgoire1 vque de ,nazianze1 se promenant un jour au bord de la mer1 ainsi qu'il le raconta lui-mme son peuple1 remarqua que les flots1 en s'avanant sur la grve1 laissoient des coquilles et de petits cornets1 des tiges d'herbes1 de petites hutres et autres semblables broutilles1 que la mer rejetoit de son sein1 et que d'autres vagues venoient ensuite reprendre et abmer dans les eaux1 tandis que les rochers des environs demeuroient fermes et immobiles1 quoique les flots vinssent rudement fondre sur eux4 ,l-dessus il fit cette belle rflexion3 que les ames foibles1 semblables aux coquilles et aux tiges d'herbes1 se laissent emporter1 tantt l'affliction1 tantt la consolation par le flux et le reflux de la fortune2 mais que les grands courages demeurent fermes et inbranlables par tous les temps et contre tous les orages1 et de cette pense il prit occasion de s'crier avec ,david3 ,o ,seigneur6 sauvez-moi1 car les eaux ont pntr jusqu' mon ame4 ,o ,seigneur6 dlivrez-moi de cet abme3 je suis emport au fond des mers1 et la tempte m'a submerg4 ,effectivement alors il toit afflig par la malheureuse usurpation que ,maxime vouloit faire de son sige4 ,saint ,fulgence1 vque de ,ruspa1 se trouvant une assemble gnrale de la noblesse romaine1 prside par ,thodoric1 roi des ,goths1 et voyant la splendeur de tant d'illustres seigneurs rangs chacun selon sa dignit3 ,o ,dieu1 dit-il1 combien doit tre belle la ,jrusalem cleste1 puisqu'ici-bas ,rome la terrestre est dj si pompeuse6 et si en ce monde on accorde tant d'honneurs aux amis de la vanit1 quelle gloire ne sera-ce pas dans l'autre pour les amis de la vrit6 ,on dit que saint ,anselme1 archevque de ,cantorbri1 et que nos montagnes s'honorent d'avoir vu natre1 toit admirable pour cette pratique des bonnes penses4 ,un jour qu'il toit en voyage1 un levreau press par des chiens courut se mettre sous son cheval1 pour y trouver refuge contre la mort qui le menaoit2 ce que voyant les chiens1 ils clabaudoient tout autour1 sans toutefois oser approcher1 comme s'ils eussent craint de violer l'asile auquel leur proie avoit eu recours4 ,un spectacle si singulier fit rire beaucoup toute la troupe des chasseurs1 mais pour saint ,anselme1 pleurant au contraire et gmissant3 ,vous riez1 s'cria-t-il1 mais le pauvre animal ne rit pas4 ,eh6 n'est-ce pas ainsi que1 lorsqu'une ame a t poursuivie et mene par mille dtours toutes sortes de pchs1 ses ennemis l'attendent au passage de la mort pour s'en saisir et la dvorer8 que si alors cette pauvre ame tout perdue1 cherche quelque part un refuge1 et n'en trouve pas1 ses ennemis lui insultent et s'en rient1 et elle devient leur proie ternelle4 ,ce qu'ayant dit1 il s'loigna en soupirant4 ,constantin-le-,grand ayant crit une lettre fort honorable saint ,antoine1 les religieux qui se trouvoient autour du saint en parurent tout surpris4 ,sur quoi il leur dit ces paroles3 ,comment admirez-vous qu'un roi crive un homme8 ,admirez plutt que ,dieu ait crit sa loi aux hommes1 et qu'il leur ait mme parl par la bouche de son propre ,fils4 ,saint ,franois voyant un jour une brebis seule au milieu d'un troupeau de btes cornes3 ,voyez1 dit-il son compagnon1 comme cette pauvre petite brebis est douce parmi ces boucs4 ,c'est ainsi que ,notre-,seigneur toit doux et humble parmi les ,pharisiens4 ,et une autre fois voyant un petit agneau mang par un pourceau3 ,eh6 petit agneau1 dit-il tout en pleurant1 que tu reprsentes bien la mort de mon ,sauveur6 ,franois de ,borgia1 ce grand et saint personnage de notre sicle1 tant encore duc de ,gandie1 ne pouvoit aller la chasse1 sans y faire mille pieuses rflexions4 ,j'admirois1 disoit-il lui-mme dans la suite1 de quelle manire les faucons reviennent sur le poing1 se laissent couvrir les yeux1 et attacher la perche1 tandis que les hommes se montrent si sourds et si indociles la voix de ,dieu4 ,le grand saint ,basile dit que la rose entoure de ses pines fait cette belle instruction aux hommes3 ce qu'il y a de plus agrable dans ce monde1 mortels6 est ml d'amertume et de tristesse2 rien n'y est pur3 le regret est accol la joie1 le veuvage au mariage1 le travail et la peine au bonheur d'tre mre1 l'ignominie la gloire1 la dpense aux honneurs1 le dgot aux dlices1 et la maladie la sant4 ,c'est une belle fleur que la rose1 dit encore ce saint personnage1 mais elle me donne une grande tristesse1 en m'avertissant du pch1 pour lequel la terre a t condamne porter des ronces et des pines4 ,une ame dvote1 regardant une fois un beau ruisseau o le ciel avec ses toiles se peignoit comme dans un miroir3 ,mon ,dieu6 dit-elle1 ces mmes toiles seront pourtant un jour sous mes pieds1 quand vous m'aurez reue dans vos saints tabernacles2 et comme les toiles du ciel sont reprsentes sur la terre1 de mme les hommes de la terre sont reprsents au ciel en la belle et claire fontaine de la charit divine4 ,une autre disoit en considrant le cours d'un fleuve3 ,mon ame n'aura jamais de repos1 jusqu' ce qu'elle soit abme en ,dieu1 son principe et sa fin1 comme ce fleuve va s'abmer dans l'ocan4 ,sainte ,franoise1 regardant un agrable ruisseau au bord duquel elle s'toit agenouille pour prier1 fut ravie en extase1 et rpta plusieurs fois ces paroles3 ,voil l'image de la grce de ,dieu3 c'est ainsi qu'elle coule tout doucement dans les curs4 ,une autre disoit en voyant des arbres en fleurs3 ,hlas6 faut-il que je sois la seule qui ne porte pas de fleurs dans le jardin de l',eglise8 ,une autre1 voyant de petits poussins ramasss sous leur mre1 se mit dire3 ,o ,seigneur6 conservez-nous ainsi sous l'ombre de vos ailes2 et une autre1 en voyant le tournesol1 fit cette rflexion3 ,quand sera-ce1 mon ,dieu6 que mon ame suivra ainsi les attraits de votre grce8 ,puis apercevant ces petites fleurs qu'on appelle penses1 assez belles voir1 mais sans odeur3 ,eh6 que voil bien mes penses6 se dit-elle2 belles dire1 et bonnes rien4 ,c'est ainsi1 ,philothe1 que l'on tire de bonnes penses et de saintes aspirations de ce qui se prsente nous dans l'usage commun de cette vie mortelle4 ,malheureux sont ceux qui dtournent les cratures du ,crateur1 pour les faire servir au pch2 mais bienheureux sont ceux qui rapportent les cratures la gloire du ,crateur1 et qui emploient leur vanit l'honneur de la vrit4 ,certes1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 je regarde comme une bonne habitude de rapporter toutes choses au profit de son ame4 ,vous pouvez lire ce propos l'pitaphe que saint ,jrme composa pour sainte ,paule1 et vous y verrez avec plaisir de combien d'aspirations et de saintes affections cette belle ame faisoit usage en toutes sortes de rencontres4 ,c'est en cet exercice de la retraite spirituelle et des oraisons jaculatoires1 que consiste la grande uvre de la dvotion4 ,il est si utile qu'il peut la rigueur remplacer les autres espces d'oraisons1 tandis que si on le nglige1 il n'y a presque pas moyen d'y suppler4 ,sans lui1 l'on n'entend rien la vie contemplative1 et l'on ne s'acquitte que fort mal des devoirs de la vie active3 car alors le repos n'est qu'oisivet1 et le travail qu'empressement4 ,c'est pourquoi je vous conjure de l'embrasser de tout votre cur1 et de ne jamais l'abandonner4 ,,chapitre ,,xiv4 ,de la trs-sainte ,messe1 et de la manire de l'entendre2 cinquime exercice4 #a4 ,je ne vous ai point encore parl du soleil des exercices spirituels1 qui est le trs-saint1 trs-sacr1 et trs-adorable sacrifice et sacrement de l'autel1 centre de la religion chrtienne1 cur de la dvotion1 ame de la pit1 mystre ineffable1 et profond abme de la charit divine par lequel ,dieu1 en se donnant rellement nous1 nous communique magnifiquement ses grces et ses faveurs4 #b4 ,la prire faite en union de ce divin sacrifice a une force merveilleuse2 car l'ame se trouvant alors comme appuye sur son bien-aim1 abonde en faveurs clestes1 et reoit tant de consolations et de suavits spirituelles1 qu'elle ressemble1 pour me servir de l'expression du ,cantique1 ces colonnes de fume qui s'chappent de la myrrhe et de l'encens et des bois aromatiques les plus exquis4 #c4 ,faites donc tous vos efforts pour assister tous les jours la sainte messe1 afin d'offrir avec le prtre le sacrifice que votre ,sauveur offre continuellement ,dieu son ,pre pour vous et pour toute l',eglise4 ,toujours les anges s'y trouvent en grand nombre1 dit saint ,jean ,chrysostme1 pour honorer par leur prsence ce saint et redoutable mystre2 et nous y trouvant avec eux1 nous ne pouvons que recevoir une trs-heureuse influence d'une telle socit4 ,les churs de l',eglise triomphante et ceux de l',eglise militante se tiennent unis ,notre-,seigneur pendant cette divine action1 pour nous gagner par lui1 avec lui1 et en lui1 le cur de ,dieu son ,pre1 et attirer sur nous toute sa misricorde4 ,quel bonheur donc pour une ame dvote de contribuer par ses propres affections un bien si prcieux et si dsirable6 #d4 ,si par quelque force majeure vous ne pouvez assister d'une prsence relle ce souverain sacrifice1 au moins faut-il que vous y portiez votre cur pour y assister spirituellement4 ,prenez donc un moment le matin pour aller en esprit l'glise1 si vous ne pouvez y aller autrement2 unissez votre intention celle de tous les chrtiens1 et faites au lieu o vous tes les mmes actes intrieurs que vous feriez si vous tiez rellement prsente la sainte messe dans quelque glise4 #e4 ,or1 pour bien entendre la sainte messe1 soit rellement1 soit mentalement1 voici une mthode que je vous propose3 #a4 ,depuis le commencement jusqu' ce que le prtre soit mont l'autel1 faites avec lui la prparation1 qui consiste vous mettre en la prsence de ,dieu1 reconnotre votre indignit et demander pardon de vos fautes4 #b4 ,depuis que le prtre est mont l'autel1 jusqu' l',evangile1 considrez la venue et la vie de ,notre-,seigneur en ce monde par une considration simple et gnrale4 #c4 ,depuis l',evangile jusqu'au ,credo1 considrez la prdication de ,notre-,seigneur2 protestez-lui que vous voulez vivre et mourir dans la foi et l'obissance de sa sainte parole1 et dans l'union de la sainte ,eglise catholique4 #d4 ,depuis le ,credo jusqu'au ,pater1 appliquez votre cur aux mystres de la passion et de la mort de notre ,rdempteur1 qui vous sera alors rellement et essentiellement reprsente2 et vous unissant d'intention au prtre et au reste du peuple1 offrez le saint sacrifice ,dieu le ,pre pour son honneur et pour votre salut4 #e4 ,depuis le ,pater jusqu' la communion1 efforcez-vous de faire natre en votre cur mille ardens dsirs d'tre jamais unie notre ,sauveur par les liens d'un amour ternel4 #f4 ,depuis la communion jusqu' la fin1 remerciez la divine ,majest de son incarnation1 de sa vie1 de sa passion1 de sa mort1 et de l'amour immense qu'il nous tmoigne dans le saint sacrifice1 le conjurant par tous ses mrites de vous tre jamais propice1 vos parens1 vos amis et toute l',eglise4 ,puis1 vous humiliant de tout votre cur1 recevez dvotement la bndiction divine que ,notre-,seigneur vous donne par la main de son ministre4 ,que si1 pendant la messe1 vous voulez faire votre mditation sur les mystres que vous prenez pour chaque jour1 il ne sera pas besoin d'en venir ces actes particuliers1 mais il suffira d'avoir1 en commenant1 l'intention d'adorer et d'offrir le saint sacrifice par l'exercice de votre mditation2 puisque dans toute mditation ces actes se trouvent compris soit expressment1 soit tacitement et virtuellement4 ,,chapitre ,,xv4 ,des autres exercices de dvotion publics et communs4 ,outre ce que nous venons de dire1 ,philothe1 il faut encore1 les dimanches et les ftes1 assister l'office des heures et des vpres1 tant que votre commodit vous le permettra3 car ces jours-l sont ddis ,dieu1 et il faut bien y faire plus d'actions en son honneur et gloire1 qu'on n'en fait les autres jours4 ,par l vous sentirez mille douceurs de dvotion1 comme l'prouvoit saint ,augustin1 qui nous assure dans ses ,confessions1 que lorsqu'il entendoit le divin office au commencement de sa conversion1 son cur se fondoit en suavit1 et ses yeux en larmes de pit4 ,de plus1 rappelez-vous une fois pour toutes1 qu'il y a toujours plus d'avantage et de consolation aux offices publics de l',eglise1 qu'aux pratiques particulires2 ,dieu ayant voulu1 pour ce qui concerne son culte1 que la communion des fidles ft prfre toute sorte de particularits4 ,entrez volontiers dans les confrries du lieu o vous tes1 surtout dans celle o vous pourrez trouver le plus d'dification4 ,vous ferez en cela une chose fort agrable ,dieu2 car1 bien que l',eglise ne commande pas les confrries1 elle les recommande nanmoins1 et1 pour tmoigner quel dsir elle a qu'on s'y enrle1 elle accorde des indulgences et autres privilges aux confrres4 ,d'ailleurs1 c'est une pratique trs-favorable la charit chrtienne de s'associer ainsi plusieurs personnes1 pour contribuer leurs bons desseins3 et quoiqu'il puisse arriver qu'on fasse d'aussi bonnes uvres part soi1 qu'on en fait en commun dans les confrries1 et peut-tre mme avec plus de got1 toujours est-il que ,dieu est plus glorifi par ces sortes de runions1 o les mrites de chacun se trouvent lis et unis ceux de ses frres4 ,j'en dis autant de toutes les prires et dvotions publiques1 auxquelles1 tant que nous le pouvons1 nous devons contribuer par notre bon exemple1 pour la gloire de ,dieu1 pour l'dification du prochain1 et pour la fin commune qu'on s'y propose4 ,,chapitre ,,xvi4 ,qu'il faut honorer et invoquer les saints4 ,puisque c'est par le ministre des anges que nous recevons souvent les bonnes inspirations de ,dieu1 c'est aussi par eux que nous devons lui adresser nos aspirations1 aussi-bien que par les saints et les saintes qui1 tant prsentement semblables aux anges1 dans la gloire de ,dieu1 comme le dit ,notre-,seigneur1 lui prsentent constamment leurs dsirs et leurs prires en notre faveur4 ,joignons-nous donc1 ,philothe1 ces esprits clestes1 et ces ames bienheureuses2 faisons comme les petits rossignols1 qui apprennent chanter avec les grands3 entretenons un pieux commerce avec les saints1 et nous saurons bien mieux prier et chanter les louanges divines4 ,a la vue des anges1 disoit ,david1 j'entonnerai les louanges de ,dieu4 ,honorez1 rvrez et respectez d'un amour spcial la sainte et glorieuse ,vierge ,marie2 elle est mre de notre souverain ,pre1 et par consquent notre grand'mre4 ,recourons donc elle1 et1 comme ses petits enfans1 jetons-nous dans son giron avec une confiance parfaite1 tous momens et en toutes rencontres4 ,appelons nous cette douce mre1 invoquons son amour maternel1 et tchant d'imiter ses vertus1 ayons pour elle un cur vraiment filial4 ,rendez-vous fort familire avec les anges3 regardez-les comme rellement prsens toutes vos actions1 quoique d'une manire invisible4 ,aimez surtout et respectez l'ange du diocse o vous tes1 les anges des personnes avec lesquelles vous vivez1 et spcialement le vtre3 priez-les souvent1 offrez-leur de frquentes louanges1 et employez leur bon secours dans toutes vos affaires1 soit spirituelles1 soit temporelles1 afin qu'ils cooprent vos intentions4 ,le clbre ,pierre ,lefvre1 premier prtre1 premier prdicateur1 premier professeur de thologie de la sainte compagnie de ,jsus1 et premier compagnon du bienheureux ,ignace1 qui fut le fondateur de cette socit1 revenant un jour d',allemagne1 o il avoit beaucoup travaill pour la gloire de ,dieu1 et passant par ce diocse1 o il toit n1 racontoit qu'ayant travers plusieurs pays hrtiques1 il s'toit toujours trs-bien trouv de saluer en arrivant dans une paroisse les anges qui la protgeoient1 et qu'il devoit visiblement cette pratique d'avoir chapp aux embches des hrtiques1 et d'avoir trouv les ames si douces et si dociles recevoir la doctrine du salut3 ce qu'il disoit d'un air si pntr1 qu'une demoiselle alors fort jeune1 l'ayant entendu lui-mme raconter ce fait1 le rptoit il n'y a que quatre ans1 c'est--dire plus de soixante ans aprs1 avec un extrme sentiment de pit4 ,pour moi1 je fus bien consol l'anne passe1 de consacrer un autel au lieu mme o ,dieu fit natre ce saint homme1 dans le petit village de ,villaret1 au milieu de nos montagnes les plus inaccessibles4 ,choisissez quelques saints dont la vie vous plaise davantage mditer et imiter1 et en qui vous placiez plus particulirement votre confiance4 ,celui dont vous portez le nom vous est dj tout assign par votre baptme4 ,,chapitre ,,xvii4 ,comment il faut entendre et lire la parole de ,dieu4 ,aimez entendre la parole de ,dieu1 soit que vous l'coutiez dans les conversations familires de vos amis spirituels1 soit que vous l'coutiez au sermon3 recevez-la toujours avec attention et respect3 faites-en bien votre profit1 et ne permettez pas qu'elle tombe terre2 mais conservez-la dans votre cur1 comme un baume prcieux1 l'imitation de la trs-sainte ,vierge1 qui gardoit soigneusement dans le sien toutes les paroles que l'on disoit la louange de son fils4 ,souvenez-vous que ,notre-,seigneur ne recueille les paroles que nous lui disons dans nos prires1 qu'autant que nous recueillons celles qu'il nous dit par la prdication4 ,ayez toujours auprs de vous quelque bon livre de pit1 comme sont ceux de saint ,bonaventure1 de ,gerson1 de ,denis le ,chartreux1 de ,louis ,blosius1 de ,grenade1 de ,stella1 d',arias1 de ,pinelli1 de ,dupont1 d',avila1 le ,combat spirituel1 les ,confessions de saint ,augustin1 les ,eptres de saint ,jrme1 et autres semblables2 lisez-en tous les jours un peu avec une grande dvotion1 comme si ces saints auteurs vous les eussent envoys du ,ciel pour vous en montrer le chemin1 et vous donner le courage d'y aller4 ,lisez aussi les histoires et vies des saints1 o vous verrez1 comme dans un miroir1 le portrait de la vie chrtienne4 ,accommodez leurs actions au profit de votre ame1 en ayant gard aux devoirs de votre vocation2 car1 bien que beaucoup d'actions des saints ne soient pas imitables pour ceux qui vivent dans le monde1 toujours est-il qu'elles peuvent toutes tre suivies ou de prs ou de loin4 ,ainsi vous pouvez imiter la solitude de saint ,paul1 premier ermite1 dans les retraites spirituelles et relles dont je vous ai parl1 et auxquelles je reviendrai plus tard4 ,vous pouvez imiter la pauvret de saint ,franois1 par les pratiques de pauvret dont je compte vous entretenir1 et ainsi des autres4 ,mais je conviens qu'il y a certaines histoires qui donnent encore plus de lumires pour la conduite de la vie3 comme sont1 la ,vie de la bienheureuse mre ,thrse1 vraiment admirable pour cela2 les ,vies des premiers jsuites2 celles de saint ,charles ,borrome1 archevque de ,milan1 de saint ,louis1 de saint ,bernard2 les ,chroniques de saint ,franois1 et autres pareilles4 ,d'autres prsentent plus de sujets d'admiration que d'imitation1 comme sont celles de sainte ,marie gyptienne1 de saint ,simon ,stylite1 de sainte ,catherine de ,sienne1 de sainte ,catherine de ,gnes1 de sainte ,angle1 et plusieurs autres1 qui ne laissent pas nanmoins de donner un got gnral du saint amour de ,dieu4 ,,chapitre ,,xviii4 ,comment il faut recevoir les inspirations4 ,nous appelons inspirations tous les attraits de la grce1 les bons mouvemens1 les reproches et remords de conscience1 les lumires intrieures1 et gnralement toutes les bndictions dont ,dieu prvient notre cur par un pur effet de sa bont paternelle1 soit afin de nous rveiller de notre assoupissement1 soit pour nous engager la pratique des vertus1 exciter en nous son saint amour1 et en un mot nous faire rechercher tout ce qui peut nous conduire aux biens ternels4 ,c'est ce que l'poux des ,cantiques appelle frapper la porte de son pouse1 lui parler au cur1 la rveiller quand elle dort1 l'appeler quand elle est absente1 l'inviter goter de son miel1 cueillir des fruits et des fleurs en son jardin1 chanter et faire raisonner sa douce voix ses oreilles4 ,j'ai besoin d'une comparaison pour me bien faire comprendre4 ,pour l'entire conclusion d'un mariage1 trois choses doivent intervenir quant la personne que l'on veut marier3 premirement1 on lui propose le parti2 secondement1 elle agre la proposition2 troisimement1 elle consent4 ,ainsi1 lorsque ,dieu veut faire en nous1 par nous et pour nous quelques actions de grand prix1 premirement1 il nous la propose par son inspiration2 secondement1 cette proposition nous agre2 troisimement1 nous y consentons4 ,car1 comme pour descendre au pch il y a trois degrs3 la tentation1 la dlectation et le consentement2 de mme aussi il y en a trois pour monter la vertu3 l'inspiration1 qui correspond la tentation2 la complaisance en l'inspiration1 qui correspond la dlectation en la tentation2 et le consentement l'inspiration1 qui correspond au consentement que l'on donne la tentation4 ,quand l'inspiration dureroit tout le temps de notre vie1 nous ne serions pourtant nullement agrables ,dieu1 si nous n'y prenions plaisir2 et au contraire1 ,dieu en seroit offens1 comme il le fut par la conduite des ,isralites1 auprs desquels il fut pendant quarante ans1 ainsi qu'il le dit1 les pressant de se convertir1 sans que jamais ils y voulussent entendre2 ce qui lui fit jurer contre eux avec serment que jamais ils n'entreroient dans son repos4 ,le plaisir qu'on prend aux inspirations est un grand acheminement la gloire de ,dieu1 et c'est dj commencer plaire sa divine ,majest2 car1 si ce plaisir n'est pas encore un parfait consentement1 c'est du moins une certaine disposition consentir2 et1 comme c'est un trs-bon signe1 et une chose fort utile de se plaire entendre la parole de ,dieu1 qui est comme une inspiration extrieure1 c'est aussi une chose trs-bonne et trs-agrable ,dieu1 de se plaire aux inspirations intrieures4 ,c'est de ce plaisir que parle l'pouse sacre1 quand elle dit3 ,mon ame s'est fondue de joie1 quand mon bien-aim m'a parl4 ,enfin1 pour que l'acte soit parfait1 il faut le consentement2 car1 si ayant reu l'inspiration1 et l'ayant mme agre1 nous refusons nanmoins d'y consentir1 il est clair que nous mconnoissons trangement ,dieu1 et que nous offensons beaucoup sa divine ,majest2 car il semble bien qu'il y a plus de mpris agir de la sorte1 que si nous avions tout de suite rejet ses inspirations4 ,c'est ce qui arriva l'pouse des ,cantiques2 la voix de son bien-aim avoit touch son cur d'une sainte joie2 elle ne voulut pas nanmoins lui ouvrir la porte1 et s'en excusa sous de frivoles prtextes2 ce que voyant l'poux avec une juste indignation1 il passa outre et la quitta4 ,soyez donc rsolue1 ,philothe1 accepter de bon cur toutes les inspirations qu'il plaira ,dieu de vous envoyer2 et quand elles arriveront1 recevez-les comme les ambassadeurs du roi cleste1 qui dsire contracter alliance avec vous4 ,ecoutez paisiblement leurs propositions1 considrez l'amour de celui qui vous les envoie1 accueillez-les affectueusement4 ,aprs quoi1 consentez1 mais d'un consentement plein1 empress et constant2 de cette sorte1 ,dieu1 qui ne peut vous avoir aucune obligation1 ne laissera pas nanmoins d'agrer votre correspondance son amour4 ,mais si l'inspiration porte sur quelque chose d'important ou d'extraordinaire1 suspendez votre consentement jusqu' ce que vous ayez consult votre directeur1 et qu'il ait examin si elle est vraie ou fausse4 ,car souvent il arrive que l'ennemi1 voyant une ame prompte consentir aux inspirations1 lui en propose de fausses pour la tromper3 ce qu'il ne peut jamais faire1 tant que cette ame obit son directeur avec humilit4 ,le consentement une fois donn1 il faut mettre tout son soin en procurer les effets1 et rduire l'inspiration en acte1 ce qui est la perfection de la vraie vertu4 ,car d'avoir le consentement dans le cur1 sans jamais en venir l'effet1 ce seroit comme de planter une vigne1 sans vouloir qu'elle fructifit4 ,or1 pour-tout ceci1 il est trs-avantageux de pratiquer l'exercice du matin1 ainsi que les retraites spirituelles dont j'ai parl plus haut2 car par ce moyen nous nous prparons faire le bien par une prparation non-seulement gnrale1 mais encore particulire4 ,,chapitre ,,xix4 ,de la sainte confession4 ,notre ,sauveur a laiss son ,eglise le sacrement de pnitence ou de confession1 pour nous laver de toutes nos souillures1 autant de fois que nous en aurions contract4 ,ne permettez donc jamais1 ,philothe1 que votre cur demeure long-temps infect du pch1 puisque vous avez un remde si sr et si facile4 ,une ame qui a consenti au pch doit avoir horreur d'elle-mme1 et se purifier au plus tt1 par respect pour la divine ,majest1 qui la regarde4 ,hlas6 ne seroit-ce pas le comble de la folie de nous laisser mourir de la mort spirituelle tandis que nous avons entre les mains un remde si souverain pour nous gurir8 ,confessez-vous humblement et dvotement tous les huit jours1 et toujours1 s'il se peut1 quand vous communierez1 encore que vous n'ayez sur la conscience aucun pch mortel1 car par la confession vous ne recevrez pas seulement l'absolution des pchs vniels que vous confesserez1 mais vous recevrez encore une grande force pour les viter l'avenir1 une grande lumire pour les bien discerner1 et une grce abondante pour rparer tout le dommage qu'ils vous ont caus4 ,vous pratiquerez en outre la vertu d'humilit1 d'obissance1 de simplicit et de charit1 en sorte que par cette seule action vous pratiquerez plus de vertus que par aucune autre4 ,ayez toujours une vraie douleur des pchs que vous confesserez1 quelque petits qu'ils soient1 et soyez bien rsolue de vous en corriger l'avenir4 ,plusieurs se confessant par coutume des pchs vniels1 et en faisant comme l'assaisonnement oblig de toutes leurs confessions1 sans penser nullement s'en corriger1 en demeurent chargs toute leur vie1 et perdent par ce moyen beaucoup de biens et de profits spirituels4 ,si donc vous vous confessez d'avoir menti1 mme sans prjudice pour le prochain1 ou bien d'avoir dit quelque parole lgre1 ou d'avoir trop jou1 repentez-vous-en1 et faites le ferme propos de vous en amender4 ,car c'est un abus de se confesser de quelque sorte de pch1 soit mortel1 soit vniel1 sans vouloir s'en dlivrer1 puisque la confession n'est institue que pour cela4 ,retranchez de votre confession ces accusations superflues que plusieurs font par routine3 ,je n'ai pas aim ,dieu comme je le devois2 je n'ai pas pri avec autant de dvotion que je le devois2 je n'ai pas aim le prochain comme je le devois2 je n'ai pas reu les sacremens avec le respect que je devois1 et autres semblables4 ,la raison est1 qu'en disant cela1 vous ne dites rien de particulier1 qui puisse faire connotre au confesseur l'tat de votre conscience2 d'autant que tous les saints du ,paradis1 et tous les hommes de la terre pourroient dire les mmes choses1 s'ils se confessoient4 ,examinez donc quel motif particulier vous avez pour faire ces sortes d'accusations2 et lorsque vous l'aurez dcouvert1 accusez-vous de votre faute tout simplement et navement4 ,par exemple1 vous vous accusez de n'avoir pas aim le prochain1 comme vous le deviez2 c'est peut-tre parce qu'ayant vu quelque pauvre fort ncessiteux que vous pouviez facilement secourir et soulager1 vous n'en avez eu nul soin4 ,eh bien1 accusez-vous de cette particularit1 et dites3 ayant vu un pauvre ncessiteux1 je ne l'ai pas secouru comme je pouvois1 par ngligence1 ou par duret de cur1 ou par mpris1 selon que vous connotrez quel motif a donn lieu votre faute4 ,de mme1 ne vous accusez pas de n'avoir pas pri ,dieu avec toute la dvotion que vous deviez2 mais si vous avez eu des distractions volontaires1 ou que vous ayez nglig de prendre le lieu1 le temps1 et la posture convenables pour faire votre prire avec attention1 accusez-vous-en tout simplement1 selon que vous trouverez y avoir manqu1 sans parler de ces choses gnrales qui ne font ni froid ni chaud dans la confession4 ,ne vous contentez pas de dire vos pchs vniels quant au fait1 mais accusez-vous encore du motif qui vous a induite les commettre4 ,par exemple1 ne vous contentez pas de dire que vous avez menti sans nuire personne2 mais dites si 'a t ou par vaine gloire1 afin de vous louer ou de vous excuser1 ou par vaine joie1 ou par opinitret3 si vous avez pch l'occasion du jeu1 dites si 'a t par le dsir du gain1 ou par le plaisir de la conversation1 et ainsi des autres4 ,dites en outre si vous vous tes long-temps arrte dans votre pch2 car la longueur du temps accrot pour l'ordinaire beaucoup la faute1 y ayant bien de la diffrence entre une vanit passagre1 qui aura travers notre esprit pendant un quart d'heure1 et celle o notre cur se sera dlect un jour1 deux jours1 trois jours4 ,il faut donc dire le fait1 le motif et la dure de nos pchs4 ,ce n'est pas que toujours on soit oblig d'tre si exact dans la dclaration des pchs vniels2 on n'est pas mme tenu absolument de les confesser2 mais ceux qui veulent bien purifier leur ame pour mieux atteindre la sainte dvotion1 doivent tre trs-soigneux faire connotre exactement au mdecin spirituel toutes leurs plaies1 jusqu'aux plus petites1 afin d'tre guris de toutes4 ,ne manquez point de dire ce qui est ncessaire pour bien faire comprendre la qualit de votre offense1 comme le sujet que vous avez eu de vous mettre en colre1 ou de vous montrer indulgente pour tel vice4 ,par exemple1 un homme qui me dplat1 me dira quelque lgre parole pour rire2 je la prendrai en mauvaise part1 et me mettrai en colre4 ,que si un autre qui m'et t agrable en et dit autant et mme davantage1 je l'eusse pris en bonne part1 et ne me serois aucunement fch4 ,je dirai donc en m'accusant1 que je me suis chapp en des paroles d'aigreur1 ayant pris en mauvaise part quelque chose que l'on me disoit1 non point cause des paroles en elles-mmes1 mais cause de celui qui me les disoit1 et qui m'toit dsagrable2 et s'il est encore besoin de particulariser les paroles pour vous bien faire connotre1 je pense qu'il faudroit les dire4 ,car en s'accusant ainsi navement1 on ne dcouvre pas seulement les pchs que l'on a faits1 mais encore les mauvaises inclinations1 les coutumes1 les occasions et autres racines du pch2 au moyen de quoi le pre spirituel juge mieux de l'tat du cur qu'il traite1 et des remdes y appliquer4 ,il faut cependant mettre toujours couvert les personnes qui auraient pris part votre pch1 autant du moins qu'il vous sera possible4 ,prenez garde une quantit de pchs qui vivent et rgnent souvent dans la conscience1 sans qu'on s'en aperoive4 ,ils sont matire de confession1 et il faut avoir soin de s'en dbarrasser4 ,pour cela1 lisez attentivement les chapitres ,,vi1 ,,xxvii1 ,,xxviii1 ,,xxix1 ,,xxxv et ,,xxxvi de la troisime partie1 et le chapitre ,,viii de la quatrime4 ,ne changez pas aisment de confesseur2 mais1 aprs en avoir choisi un1 continuez lui rendre compte de votre conscience aux jours fixs pour cela1 lui disant navement et franchement les pchs que vous avez commis2 et de temps en temps1 comme seroit de mois en mois1 ou de deux mois en deux mois1 faites-lui connotre l'tat de vos inclinations1 lors mme qu'il n'y aurait aucun pch de votre part1 comme si vous tiez tourmente de tristesse ou de chagrin1 ou que vous fussiez porte la joie ou aux dsirs d'amasser du bien1 et ainsi du reste4 ,,chapitre ,,xx4 ,de la frquente communion4 ,on dit de ,mithridate1 roi de ,pont1 qu'ayant invent un certain breuvage appel de son nom ,mithridate1 il devint si fort par l'usage qu'il en fit1 que voulant ensuite s'empoisonner pour viter la servitude des ,romains1 il ne put jamais y russir4 ,le ,sauveur a institu de mme le trs-auguste sacrement de l',eucharistie1 qui contient rellement sa chair et son sang1 afin que qui le mange vive ternellement4 ,c'est pourquoi quiconque en use souvent avec dvotion affermit tellement la sant et la vie de son ame1 qu'il est presque impossible qu'il soit empoisonn d'aucune sorte de mauvaise affection4 ,on ne peut tre nourri de cette chair divine et vivre dans des affections mortelles2 en sorte que1 comme les hommes dans le ,paradis terrestre pouvoient se prserver de la mort corporelle1 en mangeant du fruit de l'arbre de vie que ,dieu y avoit plant1 ainsi peuvent-ils le prserver de la mort spirituelle en faisant usage de ce sacrement de vie4 ,que si les fruits les plus tendres et les plus sujets la corruption1 comme sont les cerises1 les abricots et les fraises1 se conservent aisment toute l'anne1 tant confits au sucre ou au miel2 quelle merveille y a-t-il que nos curs1 tout foibles et tout chtifs qu'ils sont1 chappent la corruption du pch1 lorsqu'ils sont pntrs de la vertu et de l'incorruptibilit de la chair et du sang du ,fils de ,dieu8 ,o ,philothe6 les chrtiens qui seront damns n'auront rien rpondre1 lorsque le juste ,juge leur fera voir le tort qu'ils ont eu de se laisser mourir spirituellement1 puisqu'il leur toit si facile d'entretenir leur sant et leur vie1 en se nourrissant de son corps qu'il leur a laiss pour cela4 ,misrables6 leur dira-t-il1 pourquoi tes-vous morts1 vous qui aviez votre disposition le fruit et le principe de la vie8 ,recevoir la communion tous les jours1 c'est ce que je ne veux ni louer ni blmer4 ,mais communier tous les dimanches1 c'est ce que j'approuve1 et ce que je conseille chacun1 pourvu que l'esprit soit sans aucune affection de pcher4 ,telles sont les propres paroles de saint ,augustin1 et avec lui je ne blme ni n'approuve absolument que l'on communie tous les jours3 mais sur ce point je renvoie chaque fidle un directeur3 car les dispositions requises pour une communion si frquente doivent tre si parfaites qu'il n'est pas bon d'en donner le conseil d'une manire gnrale2 et parce que ces dispositions-l1 quoique exquises1 peuvent se trouver en plusieurs bonnes ames1 il n'est pas bon non plus d'en dtourner gnralement tout le monde4 ,c'est l une affaire qui doit se traiter d'aprs l'tat intrieur de chacun en particulier4 ,ce seroit imprudence de conseiller indistinctement tous un usage aussi frquent de l',eucharistie2 mais ce seroit aussi imprudence de le blmer dans ceux qui le pratiquent1 surtout s'ils suivent en cela l'avis de quelque digne directeur4 ,sainte ,catherine de ,sienne fit ce sujet une rponse trs-convenable3 comme on lui opposoit1 pour la dtourner de ces frquentes communions1 que saint ,augustin ne blmoit ni ne louoit l'usage de communier tous les jours3 ,eh6 dit-elle1 puisque saint ,augustin ne le blme pas1 je vous prie de ne pas le blmer non plus1 et avec cela je serai contente4 ,mais1 ,philothe1 vous voyez que saint ,augustin exhorte et conseille bien fort que l'on communie tous les dimanches2 faites-le donc tant qu'il vous sera possible4 ,si1 comme je le suppose1 vous n'avez aucune sorte d'affection au pch mortel1 ni aucune affection au pch vniel1 vous tes dans la vraie disposition que saint ,augustin demande1 et mme dans une disposition encore plus excellente1 puisque non-seulement vous n'avez pas la volont de pcher1 mais que vous n'avez pas mme l'affection du pch2 en sorte que1 si votre pre spirituel le trouvoit bon1 vous pourriez utilement communier plus souvent encore que tous les dimanches4 ,il pourroit nanmoins y avoir plusieurs empchemens lgitimes1 sinon de votre ct1 du moins de la part des personnes avec lesquelles vous vivez1 qui donneroient occasion votre directeur de diminuer le nombre de vos communions4 ,par exemple1 si vous tes dans la dpendance d'autrui1 et que ceux qui vous devez l'obissance ou le respect soient si mal instruits de leur religion1 ou d'une humeur si bizarre1 qu'ils s'inquitent et se troublent de vous voir communier si souvent1 alors1 toute choses bien considres1 il sera peut-tre bon de condescendre en quelque chose leur infirmit1 et de ne communier que de quinze en quinze jours2 mais cela s'entend en cas qu'on ne puisse absolument vaincre leur rsistance4 ,du reste1 il seroit difficile d'arrter ceci d'une manire gnrale4 ,il faut faire ce que le pre spirituel dira1 bien que je puisse assurer que la plus grande distance entre les communion est celle de mois en mois pour ceux qui veulent servir ,dieu dvotement4 ,si vous tes bien prudente1 il n'y aura ni pre1 ni mre1 ni mari1 ni femme qui vous empche de communier souvent4 ,car1 puisque le jour de votre communion vous ne laisserez pas d'avoir le soin qui est convenable votre condition2 que vous en serez plus douce et plus gracieuse envers ceux qui vous approchent2 que vous ne leur refuserez aucune espce de devoirs2 il n'y a pas d'apparence qu'ils veuillent vous dtourner d'une pratique qui ne leur cause aucun prjudice1 moins qu'ils ne soient d'un esprit tout--fait fcheux et draisonnable2 auquel cas1 comme je l'ai dit1 votre directeur voudra bien que vous usiez de condescendance4 ,a l'gard des gens maris1 il suffit de leur dire que sous l'ancienne loi c'toit une chose dsagrable ,dieu que les cranciers exigeassent1 pendant les jours de ftes1 le paiement de ce qu'on leur devoit1 mais ce n'toit point une chose mauvaise pour le dbiteur de payer des dettes ces jours-l si on l'exigeoit2 de mme dans l'tat du mariage exiger le devoir nuptial le jour de la communion1 c'est manquer une sainte biensance1 quoique ce ne soit pas un pch grave2 mais s'acquitter ces jours-l de ce devoir si on l'exige1 c'est se conformer la religion4 ,il est donc vrai que cette sujtion du mariage ne doit priver de la communion aucun de ceux qui sont anims du dsir d'y participer4 ,certes1 dans la primitive ,eglise1 les chrtiens ne laissoient pas de communier tous les jours1 quoiqu'ils fussent maris et qu'ils eussent un grand nombre d'enfans4 ,c'est pourquoi j'ai dit que la frquente communion ne donnoit aucune sorte d'incommodit ni au pres1 ni aux femmes1 ni aux maris1 pourvu que l'ame qui communie soit prudente et discrte4 ,quant aux maladies corporelles1 il n'y en a point qui soit un empchement lgitime cette sainte participation1 si ce n'est celle qui provoqueroit frquemment au vomissement4 ,ainsi1 pour communier tous les huit jours1 il est ncessaire de n'avoir ni pch mortel1 ni aucune affection au pch vniel1 et de plus il faut avoir un grand dsir de la communion4 ,mais pour communier tous les jours1 il faut en outre avoir surmont la plupart des mauvaise inclinations1 et que ce soit avec l'avis du pre spirituel4 ,,chapitre ,,xxi4 ,comment il faut communier4 ,commencez le soir prcdent vous prparer la sainte communion par plusieurs aspirations et lancemens de cur1 vous retirant un peu de meilleure heure1 afin de pouvoir aussi vous lever plus matin3 si la nuit vous vous rveillez1 sanctifiez ces momens-l par quelques dvotes paroles ou par quelque doux sentiment1 de manire que votre ame en soit comme parfume pour recevoir l'poux1 qui veillant pendant que vous dormez1 se prpare vous apporter mille grces et mille faveurs1 si de votre ct vous tes prte les recevoir4 ,le matin levez-vous avec grande joie pour le bonheur auquel vous aspirez2 et vous tant bien confesse1 allez avec grande confiance1 mais aussi avec grande humilit1 prendre cette viande cleste qui vous nourrit pour l'immortalit4 ,ds que vous aurez dit les paroles sacres3 ,seigneur1 je ne suis pas digne1 etc41 ne remuez plus votre tte ni vos lvres1 soit pour prier1 soit pour soupirer2 mais ouvrant doucement et mdiocrement la bouche1 et levant la tte autant qu'il le faut pour que le prtre puisse voir ce qu'il fait1 recevez1 pleine de foi1 d'esprance et de charit1 celui qui est le principe1 l'objet1 le motif et la fin de toute chose4 ,o ,philothe6 imaginez-vous alors que1 comme l'abeille1 aprs avoir recueilli sur les fleur la rose du ciel et le suc le plus exquis de la terre1 le rduit en miel1 et le porte dans sa ruche2 de mme le prtre1 aprs avoir pris sur l'autel le ,sauveur du monde1 vrai fils de ,dieu1 descendu du ,ciel comme une rose1 et vrai ,fils de la ,vierge1 sorti de la terre comme une fleur1 il le met dans votre bouche et dans votre poitrine1 pour vous tre une douce nourriture4 ,l'ayant reu1 excitez votre cur venir faire hommage ce roi de salut2 traitez avec lui de vos affaires intrieures2 contemplez-le au dedans de vous-mme1 o il s'est mis pour votre bonheur2 enfin1 faites-lui tout l'accueil qu'il vous sera possible1 et comportez-vous de cette sorte que l'on reconnoisse par toutes vos actions que ,dieu est avec vous4 ,mais quand vous ne pourrez pas avoir cette consolation de communier rellement la sainte messe1 communiez au moins de cur et d'esprit1 vous unissant par un ardent dsir cette chair vivifiante du ,sauveur4 ,votre grande intention en communiant1 doit tre de vous avancer1 de vous fortifier et de vous consoler en l'amour de ,dieu2 car c'est pour l'amour que vous devez recevoir ce que l'amour daigne vous donner4 ,non1 le ,sauveur ne donne nulle part une plus grande preuve de sa bont et de sa tendresse que dans ce sacrement1 o il s'anantit1 pour ainsi dire1 et se rduit en nourriture1 afin de pntrer nos ames1 et de s'unir intimement au cur et au corps de ses fidles4 ,si les mondains vous demandent pourquoi vous communiez si souvent1 dites-leur que c'est pour apprendre aimer ,dieu1 pour vous purifier de vos imperfections1 pour vous dlivrer de vos misres1 pour vous consoler en vos afflictions1 pour vous soutenir en vos faiblesses4 ,dites-leur que deux sortes de gens doivent souvent communier3 les parfaits1 parce qu'tant bien disposs1 ils auroient grand tort de ne point s'approcher de la source de la perfection2 et les imparfaits1 afin de pouvoir justement prtendre la perfection2 les forts1 de peur de s'affoiblir2 et les foibles1 afin de se fortifier2 les malades1 afin de gurir2 les sains1 afin de ne pas tomber en maladie2 et que quant vous1 tant imparfaite1 foible et malade1 vous avez besoin de souvent communiquer avec la perfection1 la force et le mdecin4 ,dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires doivent souvent communier1 parce qu'ils en ont le loisir2 et que ceux qui sont trs-occups doivent aussi communier souvent1 parce qu'ils en ont particulirement besoin4 ,c'est en effet aux gens qui travaillent beaucoup1 et qui sont chargs de peine1 qu'il convient de prendre une nourriture forte et abondante4 ,dites-leur que vous recevez le saint ,sacrement pour apprendre le bien recevoir1 parce qu'on ne fait gure bien une action laquelle on ne s'exerce pas souvent4 ,communiez donc souvent1 ,philothe1 et le plus souvent que vous pourrez1 avec l'avis de votre pre spirituel2 car1 s'il est vrai que les livres de nos montagnes deviennent blancs en hiver1 parce qu'ils ne voient et ne mangent que de la neige1 croyez aussi qu' force de contempler et de manger la beaut1 la bont et la puret mme en ce divin sacrement1 vous deviendrez toute belle1 toute bonne et toute pure4 ,,troisi,,me ,,partie ,,contenant ,,plusieurs ,,avis ,,touchant ,l',,exercice ,,des ,,vertus4 ,,chapitre ,,premier4 ,du choix que l'on doit faire quant l'exercice des vertus4 ,le roi des abeilles ne se met point aux champs qu'il ne soit environn de tout son petit peuple1 et la charit n'entre jamais dans un cur qu'elle n'y loge avec soi tout le cortge des autres vertus1 les exerant et les rglant comme un capitaine fait ses soldats2 mais elle ne les met pas tout de suite l'ouvrage1 ni toujours galement1 ni en tout temps1 ni en tout lieu4 ,le juste est comme l'arbre qui est plant au bord des eaux1 et qui porte son fruit en son temps3 la charit arrosant son ame1 y produit des uvres vertueuses1 chacune en sa saison4 ,la musique1 qui est si douce par elle-mme1 est importune dans un deuil1 dit le ,proverbe4 ,aussi est-ce un grand dfaut dans ceux qui entreprennent l'exercice de quelque vertu particulire1 de vouloir en produire les actes en toutes sortes de rencontres2 semblables en cela ces anciens philosophes1 dont l'un vouloit toujours rire1 et l'autre toujours pleurer1 et plus draisonnables encore1 en ce qu'ils blment et censurent ceux qui comme eux n'exercent pas toujours les mmes vertus4 ,il faut se rjouir avec la joyeux1 dit l',aptre1 et pleurer avec ceux qui pleurent2 et il ajoute3 la charit est patiente1 bnigne1 librale1 prudente et condescendante4 ,il y a nanmoins des vertus qui sont d'un usage presque universel1 et qui ne doivent pas se borner leur action propre1 mais encore rpandre leur esprit sur les actes de toutes les autres vertus4 ,il ne se prsente pas souvent des occasions de pratiquer la force1 la magnanimit1 la magnificence2 mais la douceur1 la temprance1 l'honntet et l'humilit sont des vertus dont toutes les actions de notre vie doivent porter l'empreinte4 ,s'il y a des vertus plus excellentes qu'elles1 il n'y en a pas dont l'usage soit plus ncessaire4 ,le sucre est meilleur que le sel2 mais le sel est d'un usage plus frquent et plus indispensable4 ,c'est pourquoi il faut toujours avoir bonne et ample provision de ces vertus gnrales1 afin de pouvoir s'en servir presque continuellement4 ,dans la pratique des vertus1 nous devons prfrer celles qui sont plus conformes notre devoir1 et non celles qui sont plus conformes notre got4 ,c'toit le got de sainte ,paule d'exercer sur elle-mme de rudes mortifications corporelles1 afin de jouir plus aisment des douceurs spirituelles2 mais il toit plus de son devoir de pratiquer l'obissance envers ses suprieurs3 c'est pourquoi saint ,jrme avoue qu'elle toit rprhensible1 en ce que1 contre l'avis de son vque1 elle faisoit des abstinences immodres4 ,les aptres1 au contraire1 chargs de prcher l',evangile1 et de distribuer le pain cleste aux ames1 jugrent avec beaucoup de sagesse qu'ils ne devoient pas ngliger ce saint exercice1 pour pratiquer la vertu du soin des pauvres1 quelque excellente qu'elle soit4 ,chaque tat a besoin de pratiquer quelque vertu particulire3 autres sont les vertus d'un prlat1 autres celles d'un prince1 autres celles d'un militaire1 autres celles d'une femme marie1 autres celles d'une veuve2 et bien que tous doivent avoir toutes les vertus1 tous nanmoins ne les doivent pas pratiquer galement1 chacun doit particulirement s'adonner celles qui sont propres au genre de vie auquel il est appel4 ,entre les vertus qui ne regardent pas notre devoir particulier1 il faut prfrer les plus excellentes1 et non pas les plus apparentes4 ,les comtes paroissent ordinairement plus grandes que les toiles1 et tiennent beaucoup plus de place nos yeux3 toutefois elles ne sont comparables ni en grandeur ni en beaut aux toiles1 et ne paraissent plus grandes que parce qu'elles sont plus prs de nous1 et d'une substance plus grossire4 ,il y a de mme certaines vertus qui1 parce qu'elles sont prs de nous1 sensibles1 et pour ainsi dire matrielles1 sont grandement estimes du vulgaire1 et prfrs toutes les autres4 ,ainsi prfre-t-on communment l'aumne temporelle la spirituelle2 la haire1 le jene1 la discipline et les mortifications du corps1 la douceur1 la bont1 la modestie1 et aux autres mortifications du cur1 qui nanmoins sont bien plus excellentes4 ,choisissez donc1 ,philothe1 les meilleures vertus1 et non les plus estimes2 les plus excellentes et non les plus apparentes2 les plus relles1 et non les plus belles4 ,il est utile que chacun s'attache particulirement la pratique de quelque vertu1 non point pour abandonner les autres1 mais pour occuper son esprit d'une manire plus rgle4 ,une jeune fille plus brillante que le soleil1 orne et pare comme une reine1 et couronne d'une couronne d'olives1 apparut un jour saint ,jean vque d',alexandrie1 et lui dit3 ,je suis la fille ane du roi2 si tu peux gagner mon amiti1 je te conduirai devant sa face4 ,le saint comprit par cette vision que c'toit la misricorde envers les pauvres que ,dieu lui commandoit2 et depuis lors il s'adonna tellement l'exercice de cette vertu1 qu'il mrita d'tre partout appel saint ,jean l'aumnier4 ,euloge d',alexandrie1 dsirant faire quelque chose de particulier pour le service de ,dieu1 et n'ayant pas assez de force1 soit pour embrasser la vie solitaire1 soit pour se ranger sous l'obissance d'un autre1 imagina de retirer dans sa maison un malheureux tout rong et perdu de lpres1 afin d'exercer auprs de lui la charit et la mortification2 et voulant rendre la chose encore plus mritoire1 il fit vu d'honorer son malade1 de le traiter et de le servir1 comme un valet sert son matre et son seigneur4 ,or1 la tentation de se quitter tant survenue au lpreux et ,euloge1 ils s'adressrent au grand saint ,antoine1 qui leur fit cette rponse3 ,gardez-vous bien1 mes enfans1 de vouloir vous sparer2 car tant tout les deux proches de votre fin1 si l'ange ne vous trouve pas ensemble1 vous courez grand pril de perdre vos couronnes4 ,le roi saint ,louis se faisoit comme un devoir de visiter les hpitaux1 et de servir les malades de ses propres mains4 ,saint ,franois aimoit par-dessus tout la pauvret1 qu'il appeloit sa dame2 et saint ,dominique1 la prdication1 d'o est venu son ordre le nom qu'il porte4 ,saint ,grgoire-le-,grand se plaisoit recevoir les plerins1 l'exemple du grand ,abraham1 et comme lui1 il reut le ,roi de gloire sous la forme d'un voyageur4 ,tobie exeroit sa charit ensevelir les morts4 ,sainte ,elizabeth1 toute grande princesse qu'elle toit1 aimoit surtout l'abjection de soi-mme4 ,sainte ,catherine de ,gnes1 tant devenue veuve1 se consacra au service d'un hpital2 et ,cassien rapporte qu'une pieuse dame1 voulant s'exercer la vertu de patience1 eut recours saint ,athanase1 qui1 pour rpondre son dsir1 mit auprs d'elle une pauvre veuve1 chagrine1 colre1 fcheuse1 et vraiment insupportable1 laquelle1 gourmandant sans cesse cette dvote fille1 lui donna bon sujet de pratiquer amplement la douceur et la condescendance4 ,c'est ainsi qu'entre les serviteurs de ,dieu1 les uns se consacrent servir les malades1 les autres secourir les pauvres1 les autres enseigner la doctrine chrtienne aux petits enfans1 les autres recueillir les ames perdues et gares1 les autres parer les glises et orner les autels1 les autres enfin rtablir la paix et l'union parmi les hommes4 ,en quoi ils imitent les brodeurs1 qui1 sur un certain fond1 couchent une grande varit de soie1 d'or et d'argent1 de manire former toutes sortes de fleurs4 ,car ainsi ces ames pieuses1 entreprenant l'exercice de quelque vertu particulire1 s'en servent comme d'un fond pour leur broderie spirituelle1 et elles appliquent sur ce fond la varit de toutes les autres vertus2 en sorte que leurs actions et leurs affections se rapportant toutes la mme fin1 s'en trouvent mieux unies1 mieux arranges1 et font ainsi parotre la dvotion1 ,en son beau vtement1 d'un tissu d'or form ,et d'ouvrages divers l'aiguille sem4 ,quand nous sommes combattus de quelque vice1 il faut1 tant qu'il nous est possible1 embrasser la vertu contraire1 et y rapporter la pratique des autres2 car par ce moyen nous vaincrons notre ennemi1 et ne laisserons pas de nous avancer dans toutes les vertus4 ,si je suis combattu par l'orgueil ou par la colre1 il faut qu'en toutes choses je me penche et me plie du ct de l'humilit et de la douceur1 et qu' cela je fasse servir les autres exercices de l'oraison1 des sacremens1 de la prudence1 de la constance1 de la sobrit2 car1 comme les sangliers1 pour aiguiser leurs dfenses1 les frottent et les usent contre leurs autres dents1 lesquelles rciproquement en deviennent fort affiles et tranchantes1 ainsi l'homme vertueux1 ayant entrepris de se perfectionner dans la vertu dont il sent avoir le plus de besoin pour son salut1 doit la limer et l'affiler par l'exercice des autres vertus qui1 en perfectionnant celle-l1 n'en deviennent1 leur tour1 que plus excellentes et mieux polies4 ,c'est ce qui arriva ,job1 lorsque1 s'exerant particulirement la patience contre tant de tentations qui l'agitoient1 il devint parfaitement saint et vertueux dans toutes sortes de vertus4 ,et mme il est arriv1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 que pour un seul acte de vertu1 pratiqu avec une grande perfection1 une personne a de suite atteint le comble des vertus2 ce qu'il prouve par l'exemple de ,rahab1 qui1 ayant excellemment pratiqu les devoirs de l'hospitalit1 parvint une gloire immense3 mais pour cela il faut que l'action soit faite avec une extrme ferveur et une trs grande charit4 ,,chapitre ,,ii4 ,suite du mme sujet4 ,saint ,augustin dit excellemment que ceux qui commencent en la dvotion commettent certaines fautes1 qui sont blmables selon toute la rigueur des lois de la perfection1 mais qui sont louables par le bon prsage qu'elles donnent de la pit venir1 laquelle mme elles servent de dispositions4 ,cette crainte basse et grossire1 qui engendre des scrupules excessifs dans ceux qui sortent nouvellement des voies du pch1 est une vertu recommandable dans ce commencement1 et un prsage certain d'une grande puret de conscience2 mais cette mme crainte seroit blmable en ceux qui sont fort avancs1 l'amour divin devant petit petit chasser cette crainte servile1 et rgner souverainement dans leur cur4 ,saint ,bernard au commencement de son ministre toit plein de rigueur et d'pret envers ceux qui se rangeoient sous sa conduite4 ,il leur annonoit tout d'abord qu'il falloit quitter le corps1 et venir lui avec le seul esprit2 en recevant leurs confessions1 il montroit une svrit extraordinaire pour toutes sortes de fautes1 quelque petites qu'elles fussent1 et il troubloit tellement ces pauvres novices dans la perfection qu' force de les y pousser il les en loignoit1 leur faisant perdre cur et haleine en les pressant trop vivement dans cette monte si roide et si escarpe4 ,vous voyez1 ,philothe1 c'toit le zle ardent d'une parfaite puret qui engageoit ce grand saint une telle mthode2 et ce zle toit une grande vertu1 mais vertu nanmoins qui ne laissoit pas d'tre rprhensible4 ,aussi ,dieu l'en corrigea lui-mme par une sainte apparition qui laissa dans son ame un esprit doux1 suave1 aimable et tendre1 au moyen duquel s'tant rendu tout autre1 il s'accusa grandement d'avoir t si rude1 et devint si gracieux et indulgent pour chacun1 qu'il se fit vraiment tout tous pour les gagner tous ,jsus-,christ4 ,saint ,jrme raconte que sainte ,paule1 sa chre fille1 toit non-seulement excessive1 mais encore opinitre dans l'exercice des mortifications corporelles1 jusqu' ne pas vouloir cder l'avis contraire1 que saint ,epiphane1 son vque1 lui avoit donn ce sujet2 puis1 ajoutant qu'elle se laissoit tellement emporter au regret de la mort des siens1 que toujours elle toit en danger de mourir1 il termine de cette manire3 ,on dira qu'au lieu de faire l'loge de cette sainte1 j'en fais la censure et la critique2 mais j'atteste ,jsus qu'elle a servi et que je dsire servir1 que je ne m'loigne de la vrit ni d'un ct ni de l'autre1 et que je rapporte tout simplement l'histoire de sa vie1 comme un chrtien doit le faire en parlant d'une chrtienne1 pouvant dire du reste1 en toute vrit1 que ses vices auroient t des vertus chez beaucoup d'autres4 ,or vous entendez fort bien1 ,philothe1 qu'il veut dire par l que ce qui toit regard comme des dfauts en sainte ,paule auroit pass pour des vertus en des ames moins parfaites1 car il y a telles actions qui sont regardes comme des imperfections dans ceux qui sont parfaits1 et qui passeroient pour de grandes perfections dans ceux qui sont imparfaits4 ,c'est bon signe en un malade1 quand1 au sortir de sa maladie1 les jambes lui enflent2 car cela dnote que la nature1 dj fortifie1 rejette les humeurs superflues2 mais ce mme signe seroit mauvais en celui qui ne seroit pas malade2 car cela prouveroit que la nature n'est pas assez forte pour dissiper et rsoudre les humeurs4 ,ayons bonne opinion1 ,philothe1 de ceux en qui nous voyons la pratique des vertus1 quoiqu'il s'y joigne quelques imperfections2 car les saints eux-mmes ont souvent pratiqu la vertu de cette sorte4 ,mais quant nous1 il faut avoir soin de nous y exercer1 non-seulement fidlement1 mais prudemment1 et pour cela1 observer troitement l'avis du ,sage1 qui est de ne point nous appuyer sur notre propre prudence1 mais sur ceux que ,dieu nous a donns pour tre nos conducteurs4 ,il y a certaines choses que plusieurs estiment vertus1 et qui ne le sont aucunement3 il faut que je vous en dise un mot4 ,ce sont les extases ou ravissemens1 les insensibilits1 impassibilits1 unions difiques1 lvations1 transformations1 et autres semblables perfections dont traitent quelques livres1 en promettant d'lever l'ame jusqu' la contemplation purement intellectuelle1 l'application essentielle de l'esprit1 et la vie surminente4 ,prenez-y garde1 ,philothe1 ces perfections ne sont pas des vertus1 mais plutt des rcompenses que ,dieu donne la vertu1 ou bien encore des communications anticipes de la flicit ternelle dont ,dieu donne quelquefois l'homme un avant-got afin de lui en faire dsirer la pleine et entire jouissance4 ,il ne faut nullement prtendre de pareilles grces1 puisqu'elles ne sont pas ncessaires pour bien servir et aimer ,dieu1 qui doit tre notre unique prtention4 ,aussi1 bien souvent ne sont-ce pas des grces qui puissent tre acquises par le travail et l'application1 mais bien des tats purement passifs1 o nous n'avons qu' recevoir1 sans pouvoir rien faire par nous-mmes4 ,j'ajoute que n'ayant ici point d'autre intention que de devenir des gens de bien1 des hommes pieux1 des femmes pieuses2 c'est cela seul qu'il faut nous attacher4 ,que s'il plat ensuite ,dieu de nous lever jusqu' ces perfections angliques1 nous serons alors de bons anges2 mais en attendant1 exerons-nous simplement1 humblement et dvotement aux petites vertus que ,notre-,seigneur propose notre soin et notre travail1 comme sont la patience1 la dbonnairet1 la mortification du cur1 l'humilit1 l'obissance1 la pauvret1 la modestie1 la condescendance pour le prochain1 le support de ses imperfections1 la diligence et la sainte ferveur4 ,laissons volontiers les surminences aux ames surleves2 nous ne mritons pas un rang si haut au service de ,dieu3 trop heureux serons-nous de le servir dans les postes les plus bas1 et d'tre compts au nombre de ses plus humbles serviteurs2 quant aux places d'honneur et l'intimit de son conseil1 c'est lui de nous y appeler1 si bon lui semble4 ,rappelons-nous1 ,philothe1 que ce roi de gloire ne rcompense pas ses serviteurs selon la dignit des offices qu'ils exercent1 mais selon l'amour et l'humilit avec lesquels ils les exercent4 ,sal1 cherchant les nes de son pre1 trouva le royaume d',isral2 ,rebecca1 abreuvant les chameaux d',abraham1 devint l'pouse de son fils2 ,ruth1 glanant aprs les moissonneurs de ,booz1 et se mettant ses pieds1 fut choisie pour tre son pouse4 ,certes1 les prtentions aux choses extraordinaires sont grandement sujettes aux illusions et aux tromperies2 et quelquefois il arrive que ceux qui pensent tre des anges ne sont pas mme des hommes bons1 et que rellement il y a plus de grandeur dans leurs paroles que dans leurs sentimens et dans leurs uvres4 ,il ne faut cependant rien mpriser ni censurer tmrairement2 mais1 en bnissant ,dieu de l'lvation des autres1 restons humblement dans notre condition moins leve1 mais plus sre1 moins brillante1 mais plus proportionne notre foiblesse1 et soyons convaincus que si nous y persvrons avec fidlit1 ,dieu nous lvera des grandeurs qui surpasseront de beaucoup toutes nos esprances4 ,,chapitre ,,iii4 ,de la patience4 ,la patience1 dit l',aptre1 vous est ncessaire1 afin qu'accomplissant la volont de ,dieu1 vous en obteniez la rcompense qu'il nous a promise4 ,oui1 nous a dit ,jsus-,christ1 vous possderez vos ames par la patience4 ,c'est le grand bonheur de l'homme1 ,philothe1 que de possder son ame2 et mesure que la patience est plus parfaite1 nous possdons plus parfaitement nos ames4 ,rappelez-vous souvent que ,notre-,seigneur nous ayant sauvs par la souffrance et la patience1 nous devons aussi faire notre salut par les souffrances et les afflictions1 endurant les injures1 les contradictions et les peines avec le plus de douceur qu'il nous est possible4 ,ne bornez pas votre patience telle et telle sorte d'injures et d'afflictions1 mais tendez-la universellement tout ce que ,dieu vous enverra ou permettra qu'il vous arrive4 ,il y en a qui ne veulent souffrir que les tribulations honorables1 comme1 par exemple1 d'tre bless la guerre1 d'tre prisonnier de guerre1 d'tre maltrait pour la religion1 d'tre ruin par quelque procs o ils sont demeurs matres2 ceux-l n'aiment pas la tribulation1 mais l'honneur qu'elle rapporte4 ,le vrai patient et bon serviteur de ,dieu supporte galement les tribulations jointes l'ignominie1 et celles qui sont honorables4 ,d'tre mpris1 repris et accus par les mchans1 ce n'est que douceur un homme de courage2 mais d'tre repris1 accus et maltrait par les gens de bien1 par les amis1 par les parens1 c'est l le fait d'une patience hroque4 ,j'estime plus la douceur avec laquelle le grand saint ,charles ,borrome souffrit long-temps les censures publiques qu'un grand prdicateur1 d'un ordre extrmement rform1 faisoit de lui en chaire1 que toutes les attaques qu'il reut des autres2 car1 comme les piqres des abeilles sont plus cuisantes que celles des autres mouches1 de mme le mal qu'on reoit des gens de bien et les contradictions qu'ils nous suscitent1 sont bien plus insupportables que les autres4 ,et cela cependant arrive fort souvent1 que deux hommes de bien ayant tous deux de bonnes intentions1 chacun dans son opinion1 se font de grandes peines l'un l'autre4 ,soyez patiente1 non-seulement pour le mal mme que vous souffrez1 mais encore pour toutes ses circonstances et ses suites4 ,plusieurs voudroient bien avoir du mal1 pourvu qu'ils n'en fussent pas incommods4 ,je ne me fcherois point1 dira l'un1 d'tre pauvre1 si ce n'toit que cela m'empchera de servir mes amis1 d'lever mes enfans1 et de vivre honorablement comme je dsirerois2 et l'autre dira3 ,je ne m'en soucierois pas1 si ce n'est que le monde pensera que cela m'est arriv par ma faute4 ,un autre seroit bien aise que l'on mdt de lui1 et le souffriroit fort patiemment1 pourvu que personne ne crt le mdisant4 ,il y en a d'autres qui veulent bien avoir quelque incommodit du mal1 ce qui leur semble1 mais non l'avoir toute2 ils ne s'impatientent pas1 disent-ils1 d'tre malades1 mais de ce qu'ils n'ont pas d'argent pour se faire panser1 ou bien de ce que ceux qui sont autour d'eux en sont importuns4 ,or je dis1 ,philothe1 qu'il faut avoir patience1 non-seulement d'tre malade1 mais encore de l'tre de la maladie que ,dieu veut1 au lieu o il veut1 et parmi les personnes qu'il veut1 et avec les incommodits qu'il veut2 et ainsi des autres tribulations4 ,quand il vous arrivera du mal1 apportez-y les remdes qui vous seront possibles1 et selon ,dieu2 car de faire autrement1 ce seroit tenter la divine ,providence2 mais aussi cela tant fait1 attendez avec une entire rsignation l'effet de la volont de ,dieu1 et si les remdes chassent le mal1 remerciez-le avec humilit2 si le mal est plus fort que la remdes1 bnissez-le avec patience4 ,je suis de l'avis de saint ,grgoire3 quand vous serez accuse justement pour quelque faute que vous aurez commise2 humiliez-vous bien fort1 et confessez que vous mritez quelque chose de plus que cette confusion4 ,que si l'accusation est fausse1 excusez-vous doucement1 niant d'tre coupable2 car vous devez cela la vrit et l'dification du prochain4 ,mais aussi si aprs votre sincre et lgitime excuse on continue de vous accuser1 ne vous troublez nullement1 et ne tchez point de faire recevoir votre excuse2 car aprs avoir rendu votre devoir la vrit1 vous devez le rendre aussi l'humilit4 ,et de cette manire vous ne manquerez ni au soin que vous devez prendre de votre renomme1 ni l'affection que vous devez avoir pour la paix1 la douceur de cur et l'humilit4 ,plaignez-vous le moins que vous pourrez des torts qui vous seront faits2 car c'est une chose certaine1 que1 pour l'ordinaire1 qui se plaint pche1 l'amour-propre nous faisant toujours trouver les injures plus grandes qu'elles ne sont4 ,mais surtout ne faites pas vos plaintes des personnes faciles s'indigner et mal penser4 ,que s'il est ncessaire de vous plaindre quelqu'un pour remdier l'offense1 ou pour calmer votre esprit1 il faut que ce soit des ames tranquilles et qui aiment bien ,dieu2 car autrement1 au lieu d'allger votre cur1 elles le provoqueroient de plus grandes inquitudes1 et au lieu d'ter l'pine qui vous pique1 elles l'enfonceroient plus avant4 ,il y a bien des gens qui tant malades ou affligs de quelque manire que ce soit1 se gardent bien de se plaindre et de faire les dlicats1 parce qu'ils pensent avec raison que cela seroit une foiblesse et une lchet1 mais en mme temps ils dsirent trs-vivement1 et font en sorte que chacun les plaigne1 qu'on ait grande compassion de leur sort1 et qu'on les regarde1 non-seulement comme affligs1 mais encore comme patiens et courageux4 ,or1 je l'avoue1 c'est l une patience1 mais une patience fausse1 qui en effet n'est autre chose qu'une trs-fine et trs-dlicate ambition et une vanit trs-subtile3 ,ils ont de la gloire dit l',aptre1 mais non pas aux yeux de ,dieu4 ,le vrai patient ne se plaint point de son mal1 et ne dsire pas non plus qu'on le plaigne3 il en parle navement1 vritablement et simplement1 sans se lamenter1 sans s'irriter1 sans se faire plus malade qu'il ne l'est4 ,que si on le plaint1 il souffre patiemment qu'on le plaigne1 moins qu'on ne le plaigne de quelque mal qu'il n'a pas2 car alors il dclare modestement qu'il n'a pas ce mal-l1 et demeure ainsi paisible entre la vrit et la patience1 disant son mal et ne s'en plaignant point4 ,parmi les contradictions qui vous arriveront dans l'exercice de la dvotion 7car cela ne manquera pas71 souvenez-vous de cette parole de ,notre-,seigneur3 ,lorsqu'une femme enfante1 elle est dans les angoisses2 mais aprs que son enfant est n1 elle ne se rappelle plus ses douleurs1 tant elle a de joie d'avoir mis un homme au monde4 ,vous avez conu dans votre ame le plus digne enfant du monde1 qui est ,jsus-,christ3 avant qu'il soit tout--fait produit et enfant1 il est impossible que vous ne vous ressentiez pas du travail2 mais ayez bon courage3 ces douleurs passeront et il vous restera la joie ternelle d'avoir enfant un tel homme au monde4 ,or1 il sera entirement enfant pour vous1 lorsque vous l'aurez entirement form dans votre cur et dans vos uvres par l'imitation de sa vie4 ,quand vous serez malade1 offrez toutes vos douleurs1 vos langueurs et vos peines au ,seigneur1 et suppliez-le de les joindre aux tourmens qu'il a endurs pour vous4 ,obissez au mdecin2 prenez les mdecines1 les alimens et autres remdes pour l'amour de ,dieu1 vous ressouvenant du fiel qu'il a pris pour l'amour de nous3 dsirez de gurir pour le servir3 ne refusez pas de languir pour lui obir1 et disposez-vous mourir1 s'il le veut ainsi1 pour le louer et jouir de lui4 ,souvenez-vous que les abeilles1 dans le temps o elles font le miel1 vivent et mangent d'une nourriture fort amre1 et qu'ainsi nous ne pouvons jamais faire de plus grands actes de douceur et de patience1 ni mieux composer le miel des excellentes vertus1 que lorsque nous mangeons le pain amer des tribulations1 et vivons parmi les angoisses4 ,et comme le miel qui est fait des fleurs du thym1 herbe petite et amre1 est le meilleur de tous2 ainsi la vertu qui se forme dans l'amertume des humiliations et des peines1 est la plus excellente de toutes4 ,regardez souvent des yeux intrieurs de votre ame ,jsus-,christ crucifi1 nu1 blasphm1 calomni1 abandonn1 accabl enfin de toutes sortes d'ennuis1 de tristesse et de travaux2 et considrez que toutes vos souffrances ne sont aucunement comparables aux siennes1 ni en qualits ni en quantit1 et que jamais vous ne souffrirez rien pour lui auprs de ce qu'il a souffert pour vous4 ,considrez les peines que les martyrs souffrirent autrefois1 et celles que tant de personnes endurent encore aujourd'hui1 plus grandes sans aucune proportion que celles qui vous affligent1 et dites3 ,hlas6 mes travaux sont des consolations1 et mes peines des roses1 si je me compare ceux qui1 sans secours1 sans assistance1 sans allgement quelconque1 vivent en une mort continuelle1 accabls d'afflictions mille fois plus grandes que les miennes4 ,,chapitre ,,iv4 ,de l'humilit pour l'extrieur4 ,l'criture sainte rapporte qu'une pauvre veuve ayant fait connotre sa misre au prophte lise1 cet homme de ,dieu lui ordonna d'emprunter autant de vases vides qu'elle pourrait1 d'y verser le peu d'huile qui lui restoit1 l'assurant que l'huile ne cesserait de couler que lorsque tous les vases seroient pleins4 ,apprenons de l que ,dieu demande des curs bien vides pour y faire couler sa grce1 et songeons vider les ntres de tout sentiment de notre propre gloire1 si nous voulons qu'ils soient remplis de la divine onction4 ,on dit que la cresserelle1 en criant et en regardant les oiseaux de proie1 a la vertu secrte de les pouvanter et de les faire fuir4 ,c'est pourquoi les colombes l'aiment plus que tous les autres oiseaux1 et vivent en assurance auprs d'elle3 ainsi l'humilit repousse ,satan1 et conserve en nous les grces et les dons du ,saint-,esprit1 et pour cela tous les saints1 mais particulirement le ,roi des saints et sa mre1 ont toujours honor et chri cette digne vertu plus qu'aucune autre4 ,nous appelons vaine la gloire qu'on se donne1 soit pour les choses qui ne sont pas en nous1 soit pour celles qui sont en nous1 mais non pas nous2 soit pour celles qui sont en nous et nous1 mais qui ne mritent pas qu'on s'en glorifie4 ,la noblesse de la naissance1 l'amiti des grands1 la faveur populaire1 sont des choses qui ne sont pas en nous1 mais ou en nos prdcesseurs1 ou en l'estime d'autrui4 ,il y en a qui sont tout fiers et tout glorieux parce qu'ils ont un beau cheval1 parce qu'ils ont un panache leur chapeau1 ou quelque riche vtement3 mais qui n'aperoit leur folie8 s'il y a de la gloire en cela1 n'appartient-elle pas plutt au cheval qu'on admire1 l'oiseau qui a fourni les plumes1 au tailleur qui a fait l'habit8 ,et quelle lchet n'est-ce pas d'emprunter ainsi son mrite d'un animal1 ou d'un vain ajustement4 ,d'autres se regardent et s'admirent pour des moustaches releves1 pour une barbe bien peigne1 pour des cheveux crps1 pour des mains douillettes1 pour savoir danser1 jouer1 chanter2 mais encore quelle petitesse d'esprit de vouloir enchrir de valeur1 et crotre en rputation par des choses si frivoles6 ,d'autres pour un peu de science1 veulent tre honors et respects dans le monde1 comme si chacun devoit aller l'cole chez eux1 et les regarder comme des docteurs3 mais qu'arrive-t-il2 on leur donne le titre de pdans1 et l'on a raison4 ,d'autres se pavanent cause de leur beaut1 et croient que tout le monde les courtise4 ,tout cela est extrmement vain1 sot et impertinent2 et la gloire qu'on retire de si foibles sujets s'appelle vaine1 sotte1 et frivole4 ,on connot le vrai bien comme le vrai baume2 on prouve le baume en le distillant dans l'eau3 s'il va au fond1 l'on juge qu'il est fin et prcieux2 mais s'il surnage1 l'on juge qu'il ne vaut rien4 ,de mme pour connotre si un homme est vraiment sage1 savant1 gnreux1 noble1 il faut voir si ses bonnes qualits tendent l'humilit1 la modestie et la soumission3 car alors ce sont de vraies bonnes qualits2 mais si au contraire elles surnagent et veulent parotre1 ce sont des biens d'autant moins vritables qu'ils sont plus apparens4 ,les perles qui ont t formes dans un temps de vent et de tonnerres n'ont que l'corce de perles1 et sont vides de substances2 ainsi les vertus et les belles qualits des hommes1 qui sont reues et nourries dans l'orgueil1 la jactance et la vanit1 n'ont que la simple apparence du bien1 sans sucre1 sans moelle et sans solidit4 ,la honneurs1 les rangs1 les dignits sont comme le safran1 qui se porte mieux et vient plus abondamment quand il est foul aux pieds4 ,ce n'est plus un honneur d'tre beau1 quand on en tire vanit4 ,la beaut1 pour avoir bonne grce1 doit tre nglige2 et la science nous dshonore1 quand elle nous enfle de pdanterie4 ,si nous sommes pointilleux pour les rangs1 les prsances et les titres1 outre que nous exposons nos qualits l'examen et la contradiction1 nous les rendons viles et abjectes2 car l'honneur qui est si beau lorsqu'il est reu en prsent1 devient mprisable lorsqu'il est exig1 recherch et demand4 ,quand le paon fait sa roue pour se voir en levant ses belles plumes1 il se hrisse tout le corps1 en sorte qu'il montre ce qu'il a de plus laid4 ,quand une fleur est cueillie et manie1 elle perd bien vite tout son clat2 et comme ceux qui sentent la mandragore de loin1 et en passant en reoivent une odeur trs-suave1 tandis que ceux qui la sentent de prs et long-temps tombent dans l'assoupissement et le malaise1 de mme les honneurs consolent agrablement ceux qui les reoivent comme ils se prsentent1 sans s'y attacher trop fortement1 mais ils sont trs-funestes ceux qui les recherchent avec empressement4 ,l'amour et la recherche de la vertu commencent nous rendre vertueux2 mais l'amour et la recherche des honneurs commencent nous rendre vils et blmables4 ,les grandes ames ne s'amusent pas tout ce fatras de rang1 d'honneur1 de salutations2 elles ont d'autres occupations1 et cela ne convient qu'aux esprits fainans4 ,qui peut avoir des perles1 ne se charge pas de coquilles1 et ceux qui aspirent la vertu recherchent peu les honneurs4 ,il faut convenir cependant que chacun peut se placer son rang et s'y tenir1 sans violer l'humilit1 pourvu que cela se fasse ngligemment et sans prtention2 car comme ceux qui viennent du ,prou1 outre l'or et l'argent qu'ils rapportent1 prennent aussi avec eux des singes et des perroquets1 parce que cela ne leur cote gure1 et que le navire n'en est pas beaucoup plus charg2 de mme ceux qui aspirent la vertu ne laissent pas de prendre le rang et les honneurs qui leur sont dus1 pourvu que cela ne leur cote pas beaucoup de soin et d'attention1 et que ce soit sans tre charg de trouble1 d'inquitude1 de disputes et de contentions4 ,je ne parle pas ici de ceux dont la dignit regarde le public1 ni de certaines occasions particulires qui tirent fort consquence2 car alors il faut que chacun conserve soigneusement ce qui lui appartient1 avec une prudence et une discrtion qui soit accompagne de beaucoup de courtoisie et de charit4 ,,chapitre ,v4 ,de l'humilit plus intrieure4 ,mais vous dsirez1 ,philothe1 que je vous conduise plus avant dans l'humilit2 car faire comme j'ai dit1 il y a presque plus de sagesse que d'humilit4 ,je vais donc vous satisfaire4 ,plusieurs n'osent point penser aux grces particulires que ,dieu leur a faites1 de peur d'en prendre de la vaine gloire2 en quoi certes ils se trompent grandement2 car puisque1 comme l'enseigne le ,docteur anglique1 le vrai moyen d'atteindre l'amour de ,dieu1 c'est de considrer les bienfaits qu'on en a reus1 plus nous connotrons ces bienfaits1 et plus nous aimerons celui de qui nous les tenons2 et comme les grces particulires touchent plus puissamment que les grces communes1 aussi doivent-elles tre considres plus attentivement4 ,certes1 rien ne peut tant nous humilier devant la misricorde de ,dieu1 que la multitude de ses bienfaits1 et rien ne peut tant nous humilier devant sa justice1 que la multitude de nos pchs4 ,considrons ce qu'il a fait pour nous1 et ce que nous avons fait contre lui2 et comme nous considrons nos pchs en dtail1 considrons aussi en dtail ses grces4 ,il ne faut pas craindre que la connoissance de ce qu'il a mis en nous nous enfle1 pourvu que nous soyons attentifs cette vrit1 que ce qu'il y a de bon en nous1 n'est pas de nous4 ,hlas6 les mulets ne sont-ils pas toujours des btes lourdes et infectes1 quoiqu'ils soient chargs des meubles prcieux et parfums du prince8 ,qu'avons-nous de bon que nous n'ayons reu8 dit l',aptre2 et si nous l'avons reu1 pourquoi nous en glorifier1 comme si nous ne l'avions pas reu8 ,au contraire1 la vive considration des grces reues doit nous servir devenir humbles2 car la connoissance produit la reconnoissance4 ,mais si1 voyant les grces que ,dieu nous a faites1 quelque sotte vanit venoit nous chatouiller le cur1 le remde infaillible seroit de recourir la considration de nos ingratitudes1 de nos imperfections et de nos misres3 en considrant ce que nous avons fait quand ,dieu n'a pas t avec nous1 nous connotrons que ce que nous faisons quand il est avec nous n'est pas de notre faon ni de notre cru4 ,nous en jouirons nanmoins1 et nous nous en rjouirons1 mais nous en glorifierons ,dieu seul1 parce qu'il en est l'auteur4 ,ainsi la sainte ,vierge confesse que ,dieu a fait en elle de grandes choses2 mais ce n'est que pour s'en humilier et glorifier ,dieu3 ,mon ame1 dit-elle1 glorifie le ,seigneur1 parce qu'il a fait en moi de grandes choses4 ,nous disons souvent que nous ne sommes rien1 que nous sommes la misre mme et la rebut du monde2 mais nous serions bien fchs qu'on nous prt au mot1 et que l'on parlt ainsi de nous4 ,au contraire1 nous faisons semblant de fuir et de nous cacher1 afin que l'on coure aprs nous et qu'on nous cherche3 nous affectons de prendre la dernire place pour arriver avec plus d'honneur la premire4 ,la vraie humilit ne fait pas semblant de l'tre1 et ne dit gure de paroles d'humilit2 car elle ne dsire pas seulement de cacher les autres vertus1 mais encore et principalement elle souhaite de se cacher elle-mme2 et s'il lui toit possible de mentir1 de feindre ou de scandaliser le prochain1 elle feroit des actes d'arrogance et de fiert1 afin de s'y cacher et d'y vivre entirement inconnue et secrte4 ,voici donc mon avis1 ,philothe3 ou ne disons point de paroles d'humilit1 ou disons-les avec un vrai sentiment intrieur1 conforme ce que nous prononons extrieurement2 ne baissons jamais les yeux qu'en humiliant aussi nos curs2 ne faisons pas semblant de vouloir tre les derniers1 moins que de bon cur nous ne voulions l'tre4 ,et je tiens cette rgle pour si gnrale1 que je n'y apporte aucune exception2 seulement j'ajoute que l'honntet demande quelquefois que nous prsentions l'avantage ceux qui manifestement ne le prendront pas2 ce qui n'est ni duplicit ni fausse humilit2 car alors la seule offre de l'avantage est un commencement d'honneur2 et puisqu'on ne peut le leur donner tout entier1 on ne fait pas mal de leur en donner le commencement4 ,j'en dis autant de quelques expressions d'honneur ou de respect1 qui1 la rigueur1 ne semblent pas vritables1 et qui le sont nanmoins assez1 pourvu que le cur de celui qui les prononce ait vraiment l'intention d'honorer1 et de respecter celui qui il les dit2 car bien que les mots exagrent un peu les penses1 nous ne faisons pas mal de les employer quand l'usage commun le demande2 et encore voudrois-je que les paroles fussent ajustes nos sentimens du plus prs qu'il nous seroit possible1 afin de suivre en tout et partout la simplicit et la candeur4 ,l'homme vraiment humble aimeroit mieux qu'un autre dt de lui qu'il est misrable1 qu'il n'est rien1 qu'il ne vaut rien1 que de le dire lui-mme3 ou du moins1 s'il sait qu'on le dit1 il ne contredit pas1 mais acquiesce de bon cur1 au sentiment des autres2 car croyant fermement que cela est vrai1 il est bien aise qu'on suive son opinion4 ,plusieurs disent qu'ils laissent l'oraison mentale pour les parfaits1 et que pour eux ils ne sont pas dignes de la faire2 d'autres protestent qu'il n'osent pas communier souvent1 parce qu'ils ne se sentent pas assez purs2 ceux-ci prtendent qu'ils craignent de faire honte la dvotion1 en s'en mlant1 cause de leur grande misre et fragilit2 ceux-l refusent d'employer leur talent au service de ,dieu et du prochain1 parce que1 disent-ils1 connoissant bien leur misre1 ils ont peur de s'enorgueillir s'ils sont l'instrument de quelque bien1 et redoutent de se consumer en voulant clairer les autres4 ,tout cela n'est qu'un artifice et une sorte d'humilit non-seulement fausse1 mais maligne1 par laquelle on veut tacitement et subtilement blmer les choses de ,dieu1 ou du moins couvrir du manteau de l'humilit l'amour de sa propre opinion1 de son humeur et de sa paresse4 ,demandez ,dieu un miracle1 soit en haut dans le ,ciel1 soit en bas au profond de l'abme1 dit le prophte au malheureux ,achab3 et celui-ci rpond3 ,non1 je ne le demanderai point1 et je ne tenterai point le ,seigneur4 ,o le mchant6 il fait semblant de porter un grand respect ,dieu1 et sous prtexte d'humilit s'excuse d'aspirer une grce que la divine bont lui offre4 ,mais ne voit-il pas que quand ,dieu nous veut favoriser1 c'est orgueil que de refuser2 que la nature des dons de ,dieu nous oblige de les recevoir1 et qu'il est de l'humilit d'obir et de suivre ses dsirs du plus prs que nous pouvons8 ,or1 le dsir de ,dieu est que nous soyons parfaits1 nous unissant lui1 et l'imitant de notre mieux4 ,le superbe qui se fie en lui-mme a bien raison de n'oser rien entreprendre2 mais l'humble est d'autant plus courageux qu'il se connot plus foible2 et mesure qu'il dcouvre davantage son nant1 il devient plus hardi1 parce qu'il met toute sa confiance en ,dieu1 qui se plat faire clater sa puissance dans notre foiblesse1 et lever les uvres de sa misricorde sur le fondement de notre misre4 ,il faut donc entreprendre humblement et saintement tout ce que les directeurs de nos ames jugent convenable notre avancement spirituel4 ,penser savoir ce qu'on ne sait pas1 c'est une sottise extrme2 vouloir faire le savant sur ce qu'on ignore1 c'est une vanit insupportable3 pour moi1 je ne voudrois pas mme faire le savant de ce que je saurois1 comme aussi je n'en voudrois pas faire l'ignorant4 ,quand la charit le demande1 il faut communiquer franchement et bonnement au prochain1 non-seulement ce qui lui est ncessaire pour son instruction1 mais encore ce qui lui est utile pour sa consolation2 car l'humilit qui cache et couvre les vertus pour les conserver1 les fait nanmoins parotre1 lorsque la charit le commande1 pour les accrotre1 les embellir et les perfectionner4 ,en quoi l'humilit ressemble cet arbre des les de ,tylos1 qui la nuit resserre et tient closes ses belles fleurs incarnates1 et ne les ouvre que le matin au soleil levant1 en sorte que les habitans du pays disent que ces fleurs dorment la nuit4 ,de mme l'humilit couvre et cache tout ce qui est vertu et perfection humaine2 et ne les fait jamais parotre que pour la charit1 qui1 n'tant pas une vertu humaine1 mais cleste1 non pas morale1 mais divine1 est vritablement le soleil des vertus1 sur lesquelles elle doit toujours dominer3 et s'il arrive que l'humilit prjudicie la charit1 c'est une preuve indubitable que cette humilit est fausse et mauvaise4 ,je ne voudrois non plus ni faire le fou ni faire le sage2 car si l'humilit m'empche de faire le sage1 la simplicit et la franchise m'empcheront aussi de faire le fou2 et si la vanit est contraire l'humilit1 l'artifice1 l'affterie et la ruse sont contraires la franchise et la simplicit4 ,que si quelques grands serviteurs de ,dieu ont fait semblant d'tre fous1 il les faut admirer1 mais non pas imiter2 car ils ont eu pour cela des motifs si particuliers et si extraordinaires1 que personne n'en doit tirer aucune consquence pour soi3 et quant ,david qui dansa et sauta devant l'arche un peu plus que l'usage et la biensance ne demandoient1 ce n'toit pas qu'il voult faire le fou2 mais c'toit tout simplement pour satisfaire par ces mouvemens extrieurs l'extrme et inconcevable allgresse qu'il ressentoit dans son cur4 ,il est vrai que quand ,michol sa femme lui en fit reproche comme d'une folie1 il ne fut pas chagrin de se voir avili1 mais1 continuant au contraire les naves dmonstrations de sa joie1 il tmoigna tre bien aise de recevoir un peu de confusion pour son ,dieu4 ,sur quoi je vous dirai que1 si pour les actes d'une vraie et sincre dvotion1 on vous accuse de bassesse1 de sottise ou de folie1 l'humilit devra vous faire trouver douce cette bienheureuse humiliation dont la cause ne sera pas en vous1 mais en ceux qui vous la donneront4 ,,chapitre ,,vi4 ,que l'humilit nous fait aimer notre propre abjection4 ,je passe plus avant1 ,philothe1 et je dis qu'en tout et partout vous devez aimer votre propre abjection4 ,mais que veut dire cela1 me demandez-vous3 aimer sa propre abjection8 ,en latin abjection veut dire humilit1 et humilit veut dire abjection2 en sorte que quand la sainte ,vierge nous dit en son divin cantique que1 parce que le ,seigneur a vu l'humilit de sa servante1 toutes les gnrations la diront bienheureuse1 elle veut dire que le ,seigneur a daign regarder favorablement son abjection1 son nant1 sa bassesse1 pour la combler de grces et de faveurs4 ,il y a nanmoins de la diffrence entre la vertu d'humilit et l'abjection4 ,car l'abjection1 c'est la petitesse1 la bassesse et la foiblesse qui est en nous1 sans que nous y pensions3 mais la vertu d'humilit1 c'est la connoissance vritable et volontaire de notre abjection4 ,or1 le haut point de cette humilit consiste1 non-seulement vouloir bien reconnotre qu'on est abject1 mais encore aimer cette abjection et s'y complaire1 non point par dfaut de courage et de gnrosit1 mais en vue d'exalter davantage la divine ,majest1 et d'estimer beaucoup plus le prochain que nous-mmes4 ,et c'est cela que je vous exhorte1 ,philothe2 et pour mieux l'entendre1 sachez que parmi les maux que nous souffrons1 les uns sont abjects et les autres honorables3 plusieurs personnes s'accommodent assez des honorables1 mais presque nul ne veut s'accommoder des abjects4 ,voyez ce bon ermite tout dchir et transi de froid2 chacun honore son habit us1 et porte compassion sa souffrance2 mais qu'un pauvre artisan1 un pauvre gentilhomme1 une pauvre demoiselle soit dans le mme tat1 on s'en moque et on s'en rit2 voil comme la pauvret est abjecte4 ,une religieuse reoit dvotement une pre rprimande de son suprieur1 et un enfant de son pre3 chacun appellera cela mortification1 obissance1 sagesse2 mais un cavalier ou une dame en souffrira autant de quelqu'un1 et quoique ce soit pour l'amour de ,dieu1 on dira que c'est de la bassesse et de la lchet2 voil donc encore un autre mal abject4 ,une personne a un ulcre au bras1 et une autre en a un au visage1 celle-l n'a que le mal2 mais celle-ci1 avec le mal1 a le mpris1 l'abjection et le ddain4 ,or1 je dis maintenant qu'il ne faut pas seulement aimer le mal1 ce qui se fait par la vertu de patience1 mais qu'il faut encore chrir l'abjection1 ce qui se fait par la vertu d'humilit4 ,de plus1 il y a des vertus abjectes et des vertus honorables4 ,la patience1 la douceur1 la simplicit et l'humilit mme1 sont des vertus que les mondains tiennent pour viles et abjectes4 ,au contraire1 ils estiment beaucoup la prudence1 la vaillance et la gnrosit4 ,il y a encore des actions d'une mme vertu1 dont les unes sont mprises1 et les autres honores2 donner l'aumne et pardonner une offense1 sont deux actions de charit3 la premire est honore de tout le monde1 et l'autre au contraire est regarde avec mpris4 ,un jeune gentilhomme1 ou une jeune dame1 qui fuira la socit de ces personnes frivoles qui ne savent que parler1 jouer1 danser1 boire et se parer1 sera l'objet du sarcasme et de la raillerie1 et sa retenue passera pour affectation et bigoterie3 aimer cela1 c'est aimer son abjection4 ,en voici d'une autre sorte3 nous allons visiter les malades2 si on m'envoie au plus pauvre1 ce me sera une abjection selon le monde2 c'est pourquoi je l'aimerai4 ,si on m'envoie au plus qualifi1 ce me sera une abjection selon l'esprit2 car il n'y a pas tant de vertu et de mrite1 j'aimerai encore cette abjection4 ,je tombe dans la rue1 et1 outre le mal que je me fais1 j'en ai encore de la confusion3 il faut aimer cette abjection4 ,il y a mme des fautes o il n'y a aucun mal1 si ce n'est l'abjection qui en rsulte1 et l'humilit n'exige pas qu'on les fasse expressment1 mais bien qu'on ne s'en trouble point quand on les a commises4 ,telles sont certaines sottises1 incivilits ou maladresses qu'il faut viter soigneusement pour obir la civilit et la prudence2 mais aussi1 quand elles sont faites1 il faut acquiescer l'abjection qui nous en revient1 et l'accepter de bon cur pour suivre la sainte humilit4 ,bien plus1 si je me suis laiss aller par colre ou autrement dire de mauvaises paroles1 dont ,dieu et le prochain ont t offenss1 je me repentirai vivement de cette offense1 et je tcherai de la rparer le mieux qu'il me sera possible2 mais je ne laisserai pas d'agrer l'abjection qui m'en arrive2 et si l'un pouvoit se sparer de l'autre1 je rejeterois ardemment le pch1 et je garderois humblement l'abjection qui l'accompagne4 ,mais quoique nous aimions l'abjection qui provient du mal1 encore ne faut-il pas laisser de remdier au mal qui l'a cause1 par des moyens convenables et lgitimes1 surtout si le mal est de consquence4 ,si j'ai un mal abject au visage1 j'en chercherai la gurison1 mais sans renoncer l'abjection que j'en ai reue4 ,si j'ai fait une faute qui n'offense personne1 je ne m'en excuserai pas1 parce qu'encore que ce soit une faute1 comme elle n'a d'autre suite que la honte qui y est attache1 je ne pourrois m'en excuser que pour fuir l'abjection qu'elle m'apporte2 et c'est ce que l'humilit ne permet pas4 ,mais si par mgarde ou par sottise j'ai offens ou scandalis quelqu'un1 je rparerai ma faute par quelque sincre excuse1 d'autant que le mal est toujours subsistant1 et que la charit m'oblige de l'effacer4 ,enfin1 il arrive quelquefois que la charit demande que nous remdiions l'abjection1 dans l'intrt du prochain auquel notre rputation est ncessaire2 mais1 dans ce cas-l1 tout en tant notre abjection de devant les yeux du prochain pour empcher qu'il ne s'en scandalise1 il faut la serrer et la cacher dans notre cur1 afin qu'il s'en difie4 ,si aprs cela vous voulez savoir1 ,philothe1 quelles sont les meilleures abjections1 je vous dirai tout clairement que les plus profitables l'ame et les plus agrables ,dieu1 sont celles que nous avons par accident1 ou qui sont attaches notre tat1 parce que nous ne les tenons pas de nous-mmes1 mais de la main de ,dieu1 dont le choix est toujours meilleur que le ntre4 ,que s'il en falloit choisir1 les plus grandes sont les meilleures2 et celles-l sont estimes les plus grandes1 qui sont plus contraires nos inclinations1 pourvu qu'elles soient conformes notre vocation2 car1 pour le dire une fois pour toutes1 notre choix et notre volont propre gtent et diminuent presque toutes nos vertus4 ,ah6 qui nous fera la grce de pouvoir dire avec le roi ,prophte3 ,j'ai choisi d'tre abject en la maison de mon ,dieu1 plutt que d'habiter sous les tentes des pcheurs6 ,nul ne le peut1 chre ,philothe1 si ce n'est celui qui1 pour relever notre nature1 a t en sa vie et en sa mort l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple4 ,en tout ceci je vous ai dit beaucoup de choses qui vous sembleront dures au premier aperu2 mais1 croyez-moi1 elle seront plus douces que le sucre et le miel quand vous les pratiquerez4 ,,chapitre ,,vii4 ,comment il faut conserver la bonne renomme en pratiquant l'humilit4 ,la louange1 l'honneur et la gloire ne se donnent pas aux hommes pour une vertu commune1 mais pour une vertu rare et excellente4 ,car par la louange1 nous voulons persuader aux autres d'estimer l'excellence de quelqu'un2 par l'honneur1 nous protestons que nous l'estimons nous-mmes2 et la gloire n'est autre chose1 mon avis1 qu'un clat de rputation1 qui se compose de la runion de beaucoup de louanges et d'honneurs2 en sorte que si la gloire est une couronne1 les honneurs et les louanges en sont les pierres prcieuses et les perles4 ,or1 l'humilit ne pouvant souffrir que nous ayons aucune bonne opinion de nous-mmes1 ni aucune prtention d'tre prfrs aux autres1 elle ne peut permettre aussi que nous recherchions la louange1 l'honneur ou la gloire1 qui ne sont dus qu' la seule excellence4 ,toutefois elle consent que1 selon l'avertissement du ,sage1 nous prenions soin de notre rputation1 parce que la bonne renomme n'est pas une estime qui repose sur aucune excellence1 mais bien sur cette simple honntet et cette intgrit de vie que l'humilit ne nous empche pas de reconnotre en nous-mmes1 et dont elle nous permet par consquent de dsirer la rputation4 ,il est vrai que l'humilit mpriseroit la renomme1 si la charit n'en avoit besoin2 mais parce qu'elle est un des fondemens de la socit humaine1 et que sans elle nous sommes non-seulement inutiles1 mais nuisibles au public1 cause du scandale qu'il en reoit1 la charit demande1 et l'humilit permet que nous la dsirions et que nous la conservions prcieusement4 ,outre cela1 comme les feuilles des arbres1 qui d'elles-mmes ne sont pas trs-prcieuses1 servent nanmoins beaucoup1 soit pour les embellir1 soit pour conserver les fruits tant qu'ils sont encore tendres2 de mme1 la bonne renomme1 qui d'elle-mme n'est pas une chose fort dsirable1 ne laisse pas d'tre trs-utile1 non-seulement pour l'ornement de notre vie1 mais encore pour la conservation de nos vertus1 et principalement des vertus encore tendres et foibles4 ,l'obligation de maintenir notre rputation et d'tre tels qu'on nous estime1 fait notre lchet naturelle une puissante et douce violence4 ,conservons nos vertus1 ,philothe1 parce qu'elles sont agrables ,dieu1 grand et souverain objet de toutes nos actions4 ,mais comme ceux qui veulent garder des fruits ne se contentent pas de les confire1 mais les mettent encore dans des vases propres les conserver2 de mme1 bien que l'amour divin soit le principal conservateur de nos vertus1 toujours est-il que nous pouvons encore employer la bonne renomme1 comme trs-propre et utile cela4 ,il ne faut pas pourtant que nous soyons trop ardens et trop susceptibles sur le point d'honneur1 car ceux qui sont si dlicats et si sensibles pour leur rputation1 ressemblent ceux qui1 pour toutes sortes de petites incommodits1 prennent des mdecines3 ceux-ci1 pensant conserver leur sant1 la gtent tout--fait2 et ceux-l1 voulant maintenir si dlicatement leur rputation1 la perdent entirement4 ,car par cette susceptibilit si grande1 ils se rendent bizarres1 ombrageux et insupportables1 et provoquent la malice des mdisans4 ,la dissimulation1 le mpris des injures et des calomnies1 est pour l'ordinaire un remde beaucoup plus salutaire que le ressentiment1 la dispute et la vengeance4 ,le mpris les fait vanouir2 au lieu que1 si l'on s'en fche1 il semble qu'on les avoue4 ,le crocodile ne fait mal1 dit-on1 qu' ceux qui le craignent2 et moi je dis que la mdisance ne fait tort qu' ceux qui s'en mettent en peine4 ,la crainte excessive de perdre sa rputation annonce qu'on ne la croit pas trop bien fonde sur la ralit d'une bonne vie4 ,les villes qui ont des ponts de bois sur de grands fleuves1 craignent qu'ils ne soient emports par les moindres crues d'eau2 mais celles qui ont des ponts de pierre1 n'en sont en peine que dans les grandes inondations4 ,ainsi ceux qui ont une ame solidement chrtienne mprisent ordinairement le dbordement des mauvaises langues2 mais ceux qui se sentent foibles s'inquitent tout propos4 ,oui1 ,philothe1 celui qui veut tre en rputation auprs de tous1 se discrdite souvent auprs de tous2 et l'on mrite de perdre l'honneur1 quand on le demande ceux mmes que leurs vices rendent vraiment mprisables et infmes4 ,la rputation n'est que comme une enseigne qui fait connotre o la vertu loge3 la vertu doit donc tre prfre en tout et partout4 ,c'est pourquoi1 si l'on vous dit que vous tes un hypocrite1 parce que vous vivez dvotement2 ou que vous tes un lche1 parce que vous avez pardonn une injure1 moquez-vous de tout cela2 car outre que de tels jugemens ne peuvent gure venir que de gens sots et mprisables1 il est certain que quand votre rputation y seroit attache1 vous ne devriez pas1 pour vous les rendre favorables1 abandonner la vertu ni quitter le droit chemin3 prfrons toujours le fruit aux feuilles1 c'est--dire les biens intrieurs et spirituels tous les biens extrieurs et sensibles4 ,il faut tre jaloux1 mais non pas idoltre de notre renomme2 et comme il ne faut pas offenser l'il des bons1 aussi ne faut-il pas chercher plaire aux mchans4 ,la barbe contribue l'ornement de l'homme1 et les cheveux l'ornement de la femme2 si on arrache le poil du menton et les cheveux de la tte1 difficilement ils reviendront2 mais si on ne fait que les couper ou que les raser1 ils repousseront bientt aprs1 et n'en seront que plus forts et plus touffus2 de mme1 encore que la rputation soit coupe1 ou mme tout--fait rase par la langue des mdisans1 qui1 selon ,david1 est comme un rasoir affil1 il ne faut pas s'en inquiter2 car bientt elle renatra1 non-seulement aussi belle qu'elle toit1 mais encore plus solide4 ,mais si ce sont nos vices1 nos lchets1 notre mauvaise vie qui nous tent la rputation1 il sera bien difficile que jamais elle revienne1 parce que la racine mme en est arrache4 ,or1 la racine de la renomme1 c'est la bont et la probit1 qui1 tant qu'elles sont en nous1 peuvent toujours nous rendre l'honneur que la mdisance nous auroit ravi4 ,il faut quitter cette vaine conversation1 cette socit inutile1 cette amiti frivole1 ce foltre amusement1 si la rputation en souffre4 ,car la rputation vaut mieux que toutes sortes de vaines satisfactions4 ,mais si1 cause de nos exercices de pit1 de notre avancement dans la vertu1 et de notre acheminement vers les biens ternels1 on murmure1 on gronde1 on calomnie1 laissons1 comme l'on dit1 aboyer les mtins contre la lune2 car s'ils parviennent donner mauvaise opinion de nous1 et couper pour ainsi dire les cheveux et la barbe de notre renomme1 bientt il en repoussera d'autres1 et le rasoir de la mdisance servira notre honneur1 comme la serpe la vigne1 qu'elle fait crotre et abonder en fruits4 ,ayons toujours les yeux sur ,jsus-,christ crucifi3 marchons dans son service avec confiance et simplicit1 mais sagement et discrtement3 il sera le protecteur de notre renomme2 et s'il permet qu'elle nous soit te1 ce sera pour nous en rendre une meilleure1 ou pour nous faire profiter en la sainte humilit1 dont une seule once vaut mieux que mille livres d'honneurs4 ,si on nous blme injustement1 opposons paisiblement la vrit la calomnie4 ,si elle persvre1 persvrons nous humilier2 remettant ainsi notre rputation avec notre ame entre les mains de ,dieu1 nous ne saurions la mieux assurer4 ,servons ,dieu dans la bonne et dans la mauvaise renomme1 l'exemple de saint ,paul1 afin que nous puissions dire avec ,david3 ,o mon ,dieu6 c'est pour vous que j'ai support cet opprobre1 et que la confusion a couvert mon visage4 ,j'excepte nanmoins certains crimes si atroces et si infmes1 que nul n'en doit souffrir la calomnie1 quand il s'en peut justement dcharger4 ,j'excepte aussi certaines personnes de la rputation desquelles dpend l'dification de plusieurs2 car en ce cas1 il faut tranquillement poursuivre la rparation du tort reu1 suivant l'avis des thologiens4 ,,chapitre ,,viii4 ,de la douceur envers le prochain1 et du remde contre la colre4 ,le saint chrme1 dont1 suivant la tradition des aptres1 on se sert dans l'glise de ,dieu pour les confirmations et bndictions1 est un compos d'huile d'olive et de baume1 qui reprsente entre autres choses1 les deux chres et bien-aimes vertus qui reluisoient en la sacre personne de ,notre-,seigneur1 et qu'il nous a recommandes d'une manire toute spciale1 lorsqu'il nous a dit3 ,apprenez de moi que je suis doux et humble de cur1 nous indiquant que c'est l le plus sr moyen de l'imiter et de lui consacrer notre cur4 ,l'humilit perfectionne l'homme dans ses devoirs envers ,dieu1 et la douceur le perfectionne dans les devoirs envers le prochain4 ,la baume1 qui1 comme je l'ai dj dit1 prend toujours le dessous parmi les autres liqueurs1 reprsente l'humilit2 et l'huile d'olive qui prend toujours le dessus1 reprsente la douceur et la bont1 qui surmonte toutes choses1 et excelle entre toutes les vertus1 tant vritablement la fleur de la charit1 laquelle1 dit saint ,bernard1 est arrive sa perfection1 quand non-seulement elle est patiente1 mais qu'en outre elle est douce et dbonnaire2 mais prenez garde1 ,philothe1 que ce chrme mystique1 compos de douceur et d'humilit1 soit bien dans votre cur2 car c'est l un des grands artifices de l'ennemi1 de faire que plusieurs s'amusent aux paroles et aux manires extrieures de ces deux vertus1 en sorte que1 n'examinant pas bien leurs affections intrieures1 ils pensent tre doux et humbles1 et ne le sont nanmoins nullement en effet4 ,or1 ceci se connot1 parce que nonobstant leur douceur crmonieuse et leur humilit affecte1 on les voit s'lever avec une chaleur et un orgueil incroyables ds qu'on leur fait la plus petite injure ou qu'on leur dit la moindre parole de travers4 ,on dit que ceux qui sont piqus ou mordus par des vipres1 n'enflent jamais lorsqu'ils ont pris le remde qu'on appelle communment ,grce-de-,st-,paul1 pourvu toutefois que ce remde soit de bonne qualit3 de mme1 quand l'humilit et la douceur sont bonnes et vraies1 elles nous garantissent de l'enflure et de l'ardeur que les injures ont coutume d'occasioner dans notre cur4 ,si1 tant piqus et mordus par les mdisans1 nous devenons fiers1 enfls et irrits1 n'en doutons pas1 c'est un signe que notre humilit et notre douceur ne sont pas vritables et franches1 mais fausses et apparentes4 ,le saint et illustre patriarche ,joseph1 renvoyant ses frres d',egypte en la maison de son pre1 ne leur donna que ce seul avis3 ,ne vous fchez pas en chemin4 ,je vous le dis aussi1 ,philothe1 cette misrable vie n'est qu'un voyage que nous avons faire pour aller au ,ciel2 ne nous fchons donc point en chemin les uns contre les autres2 marchons avec la troupe de nos frres et de nos compagnons1 doucement1 paisiblement1 en bons amis4 ,je le dis nettement et sans exception quelconque3 ne vous fchez point du tout1 s'il est possible1 et1 sous quelque prtexte que ce soit1 n'ouvrez point la porte de votre cur la colre2 car saint ,jacques dit que la colre de l'homme n'opre point la justice de ,dieu4 ,il est vrai qu'il faut rsister au mal1 et rprimer les vices de ceux dont nous sommes chargs1 avec constance et avec force1 mais aussi avec douceur et avec calme4 ,rien n'apaise tant l'lphant irrit que la vue d'un petit agneau2 et rien n'amortit mieux les coups de canon que la laine4 ,la correction que fait la raison toute seule est toujours mieux reue que celle o la passion entre avec la raison1 parce que l'homme se laisse aisment conduire par la raison laquelle il est naturellement assujetti1 au lieu qu'il ne peut souffrir qu'on le domine par passion3 or1 c'est de l que quand la raison veut se fortifier par la passion1 elle se rend odieuse et elle perd1 ou du moins elle affoiblit sa propre autorit1 en appelant son secours la tyrannie de la passion4 ,lorsque les princes visitent leurs tats en temps de paix avec leur maison1 les peuples en sont honors et consols2 mais quand ils sont la tte de leurs armes1 quoique ce soit pour le bien public1 leur passage est toujours fcheux et dommageable1 parce que1 bien qu'ils fassent exactement observer la discipline militaire leurs soldats1 il est impossible qu'il n'arrive pas quelque dsordre1 dont le bon habitant est la victime4 ,ainsi1 tant que la raison rgne et distribue paisiblement le chtiment et le blme1 quoique ce soit rigoureusement et exactement1 chacun l'aime et l'approuve4 ,mais quand elle conduit avec soi la colre1 l'emportement et la violence1 qui sont1 dit saint ,augustin1 ses soldats1 elle se fait plus craindre qu'aimer1 et son propre cur en demeure tout foul et maltrait4 ,il vaut mieux1 dit le mme saint ,augustin crivant ,profuturus1 refuser l'entre la colre1 mme juste et quitable1 que de la recevoir1 quelque petite qu'elle soit2 parce qu'tant reue1 il est malais de la faire sortir1 et qu'aprs s'tre insinue comme un petit rejeton1 elle grossit en moins de rien et devient comme un grand arbre4 ,que si une fois elle peut gagner la nuit1 et que le soleil se couche sur notre colre1 ce que l',aptre dfend1 elle se convertit en haine1 et il n'y a presque plus moyen de s'en dfaire1 parce qu'elle se nourrit de mille fausses prventions1 dont il est bien rare que l'homme courrouc reconnoisse l'injustice4 ,il vaut donc mieux apprendre vivre sans colre que de chercher en user modrment et sagement2 et quand1 par imperfection et foiblesse1 nous nous trouvons surpris par elle1 il vaut mieux la repousser promptement1 que de vouloir marchander avec elle2 car1 pour peu qu'on lui donne de loisir1 elle se rend matresse de la place1 et fait comme le serpent qui tire aisment tout son corps o il a pu passer sa tte4 ,mais comment la repousserai-je8 me direz-vous4 ,il faut1 ma ,philothe1 qu' la premire atteinte que vous en aurez1 vous ramassiez promptement vos forces1 non brusquement ni imptueusement1 mais doucement et gravement2 car1 comme on voit souvent dans les audiences des parlemens et des snats1 que les huissiers en criant1 ,paix l6 font plus de bruit que ceux qu'ils veulent faire taire2 ainsi arrive-t-il maintes fois qu'en voulant brusquement rprimer notre colre1 nous excitons plus de trouble dans notre cur qu'elle n'en avoit fait2 et le cur tant ainsi troubl1 ne peut plus tre matre de lui-mme4 ,aprs ce doux effort1 pratiquez le conseil que saint ,augustin1 dj vieux1 donnoit au jeune vque ,auxilius3 ,faites1 dit-il1 ce qu'un homme doit faire2 et si dans quelque occasion vous avez sujet de dire comme ,david3 ,mon il est troubl d'une grande colre1 recourez aussitt ,dieu1 en criant3 ,seigneur1 ayez piti de moi1 afin qu'il tende sur vous sa droite1 et qu'il rprime votre courroux4 ,je veux dire qu'il faut invoquer le secours de ,dieu1 quand nous nous voyons agits par la colre1 l'exemple des aptres battus du vent et de l'orage au milieu des eaux2 car il commandera nos passions de s'arrter1 et l'instant il se fera un grand calme4 ,mais toujours je vous dis que la prire qu'on oppose la colre prsente et pressante doit se faire doucement1 tranquillement1 et non point violemment3 ce qu'il faut observer dans tous les remdes que l'on applique ce mal4 ,avec cela1 sitt que vous vous apercevrez avoir fait quelque acte de colre1 rparez promptement cette faute par un acte de douceur envers la personne contre laquelle vous vous serez irrite2 car comme c'est un excellent remde contre le mensonge que de s'en ddire sur-le-champ1 aussitt qu'on s'en aperoit1 aussi est-ce un bon remde contre la colre de la rparer tout de suite par un acte contraire de douceur2 les plaies fraches sont toujours les plus faciles gurir4 ,au surplus1 lorsque vous tes tranquille et sans aucun sujet de colre1 faites grande provision de douceur et de dbonnairet3 disant toutes vos paroles1 faisant toutes vos actions de la plus douce manire qu'il vous sera possible2 vous ressouvenant que l'pouse du ,cantique n'a pas seulement le miel sur les lvres et au bout de la langue1 mais encore sous la langue1 c'est--dire1 dans la poitrine2 et non-seulement du miel1 mais encore du lait2 car aussi ne faut-il pas seulement avoir la parole douce l'gard du prochain1 mais encore toute la poitrine1 c'est--dire1 tout l'intrieur de notre ame2 et non-seulement il faut avoir la douceur du miel1 qui est aromatique et parfum1 c'est--dire1 une conversation douce et aimable avec les trangers1 mais encore il faut avoir la douceur du lait avec la famille et les voisins1 en quoi manquent grandement ceux qui dans la rue semblent des anges1 et la maison sont des diables4 ,,chapitre ,,ix4 ,de la douceur envers nous-mmes4 ,l'un des meilleurs usages que nous puissions faire de la douceur1 c'est de nous l'appliquer nous-mmes4 ,ne nous dpitons jamais contre nous-mmes ni contre nos imperfections2 car bien que la raison demande que1 quand nous faisons des fautes1 nous en soyons contrits et fchs1 encore faut-il que nous vitions d'en avoir une douleur aigre et chagrine1 dpiteuse et violente4 ,en quoi pchent beaucoup de gens qui1 s'tant mis en colre1 se courroucent de s'tre courroucs1 se chagrinent de s'tre chagrins1 et se dpitent de s'tre dpits4 ,d'o il arrive qu'ils tiennent leur cur toujours enfl et dtremp de colre1 et que la seconde colre1 en paroissant ruiner la premire1 sert nanmoins d'ouverture et de passage toutes celles qui se prsenteront4 ,ajoutez cela que ces colres et ces aigreurs que l'on a contre soi-mme tendent l'orgueil1 et n'ont d'autre origine que l'amour-propre1 par lequel on se trouble et on s'inquite de se voir imparfait4 ,il faut donc avoir un dplaisir de nos fautes2 mais un dplaisir calme1 paisible et ferme3 car1 de mme qu'un juge1 en rendant ses sentences1 par raison et de sang-froid1 chtie bien mieux les mchans que s'il agissoit par emportement et par passion1 puisqu'en jugeant avec passion1 il ne chtie pas les fautes selon ce qu'elles sont1 mais selon ce qu'il est lui-mme2 de mme nous nous chtions bien mieux nous-mmes par un repentir calme et constant1 que par des reproches pleins d'aigreur et de colre1 puisque ces reproches si violens ne se font pas selon la gravit de nos fautes1 mais selon nos propres inclinations4 ,par exemple1 celui qui affectionne la chastet1 se dpitera avec une amertume non pareille de la moindre faute qu'il commettra contre cette vertu1 tandis qu'il ne fera que rire d'une grosse mdisance qu'il aura commise2 au contraire1 celui qui hait la mdisance se tourmentera d'une lgre parole qui lui sera chappe1 et ne tiendra nul compte d'une grosse faute commise contre la chastet2 et ainsi des autres4 ,or1 d'o vient-cela8 de ce qu'on ne forme pas le jugement de sa conscience par raison1 mais par passion4 ,croyez-moi1 ,philothe1 comme les remontrances d'un pre1 faites doucement et cordialement1 ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger1 que les colres et les courroux1 ainsi quand notre cur aura fait quelque faute1 si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles1 ayant plus de compassion de lui que de passion contre lui et l'encourageant mieux faire l'avenir1 le regret qu'il en concevra entrera bien plus avant et le pntrera bien mieux que ne feroit une correction aigre1 injurieuse et emporte4 ,pour moi1 si j'avois1 par exemple1 rsolu de ne point tomber dans la vanit1 et que j'y fusse nanmoins tomb d'une grande chute1 je ne voudrois pas reprendre mon cur de cette sorte3 ,n'es-tu pas bien misrable et abominable1 aprs tant de rsolutions1 de t'tre laiss emporter la vanit8 ,meurs de honte1 ne lve plus les yeux au ciel1 aveugle que tu es1 impudent1 tratre1 dloyal ton ,dieu6 et autres choses semblables4 ,mais je voudrois le corriger raisonnablement et par manire de compassion3 ,eh bien6 mon pauvre cur1 nous voil donc tombs dans la fosse que nous avions tant rsolu d'viter6 ,ah6 relevons-nous1 et sortons-en pour jamais2 rclamons la misricorde de ,dieu1 et esprons qu'elle nous assistera1 pour dsormais tre plus fermes4 ,remettons-nous dans le chemin de l'humilit4 ,courage6 soyons maintenant sur nos gardes3 ,dieu nous aidera1 nous ferons quelque chose de bon4 ,sur quoi je voudrois btir une bonne et ferme rsolution de ne plus retomber dans ma faute1 prenant pour cela les moyens convenables1 et surtout l'avis de mon directeur4 ,que si nanmoins quelqu'un ne trouve pas que son cur puisse tre assez mu par cette douce correction1 il pourra employer le reproche1 et une rprimande dure et forte pour l'exciter une profonde confusion1 pourvu qu'aprs avoir rudement gourmand et corrig son cur1 il le soulage un peu en terminant tous ses regrets par une douce et sainte confiance en ,dieu1 l'imitation de ce grand pnitent qui1 voyant son ame afflige1 la relevoit de cette sorte3 ,pourquoi es-tu triste1 mon ame6 et pourquoi me troubles-tu8 ,espre en ,dieu1 car je le bnirai encore comme le salut et la lumire de mon visage et mon vrai ,dieu4 ,relevez donc votre cur quand il tombera1 tout doucement1 vous humiliant beaucoup devant ,dieu par l'exprience de votre misre1 sans nullement vous tonner de votre chute1 puisque ce n'est pas chose surprenante que l'infirmit soit infirme1 que la foiblesse soit foible1 et que la misre soit chtive4 ,dtestez nanmoins de toutes vos forces l'offense que ,dieu a reue de vous1 et avec un grand courage et une ferme confiance en sa misricorde1 remettez-vous au train de la vertu que vous avez abandonne4 ,,chapitre ,x4 ,qu'il faut s'appliquer aux affaires avec soin1 sans empressement ni trouble4 ,le soin et la diligence que nous devons mettre en nos affaires sont des choses bien diffrentes de l'inquitude1 du trouble et de l'empressement4 ,les anges prennent soin de notre salut1 et s'y appliquent avec diligence1 mais ils n'en ont pour cela ni inquitude1 ni trouble1 ni empressement2 car le soin et la diligence appartiennent leur charit2 mais l'inquitude1 le trouble et l'empressement seroient totalement contraires leur flicit1 puisque le soin et la diligence peuvent tre accompagns de la tranquillit et de la paix de l'ame1 mais non pas l'inquitude1 le souci1 et encore moins l'empressement4 ,soyez donc soigneuse et diligente en toutes les affaires dont vous serez charge1 ma ,philote2 car ,dieu vous les ayant confies1 veut que vous en ayez un grand soin2 mais1 s'il est possible1 n'en prenez ni inquitude1 ni souci1 c'est--dire ne les entreprenez pas avec trouble1 anxit et ardeur1 ne vous empressez pas la besogne1 car toute sorte d'empressement trouble la raison et le jugement1 et nous empche mme de bien faire la chose laquelle nous nous empressons4 ,quand ,notre-,seigneur reprend sainte ,marthe1 il lui dit3 ,marthe1 ,marthe1 vous vous inquitez et vous vous troublez pour beaucoup de choses4 ,si elle et t simplement soigneuse1 elle ne se ft pas trouble2 mais parce qu'elle avoit de l'inquitude et du souci1 elle s'empresse et se trouble2 et c'est de quoi ,notre-,seigneur la reprend4 ,les fleuves qui vont doucement coulant dans la plaine1 portent les grands bateaux et les riches marchandises1 et les pluies qui tombent doucement dans la campagne y font crotre les herbes et les fruits4 ,mais les torrens et les rivires1 qui grands flots courent sur la terre1 minent tout sur leur passage1 et sont inutiles au commerce1 comme les pluies violentes et orageuses ravagent les champs et les prairies4 ,jamais besogne faite avec imptuosit et empressement ne fut bien faite4 ,il faut se hter lentement1 comme dit l'ancien proverbe4 ,qui va avec prcipitation1 dit ,salomon1 court risque de tomber chaque pas4 ,nous faisons toujours assez tt1 quand nous faisons bien2 les bourdons font bien plus de bruit et sont bien plus empresss que les abeilles2 mais ils ne font que la cire1 et non point le miel2 de mme ceux qui s'empressent d'une manire si bruyante et si affaire1 ne font jamais ni beaucoup ni bien4 ,les mouches ne nous inquitent pas par leur force1 mais par leur multitude4 ,ainsi les grandes affaires ne nous troublent pas tant par leur importance que les petites par leur nombre4 ,recevez donc les affaires qui vous arriveront1 en paix1 et tachez de les faire par ordre1 l'une aprs l'autre2 car si vous les voulez faire tout d'un coup1 ou en dsordre1 vous ferez des efforts qui vous consumeront l'esprit1 et pour l'ordinaire vous demeurerez accable sous le poids et sans effet4 ,en toutes vos affaires appuyez-vous totalement sur la providence de ,dieu1 par laquelle seule vos desseins doivent russir3 travaillez nanmoins de votre ct tout doucement pour cooprer ses uvres2 et puis croyez que si vous vous tes bien confie en ,dieu1 le rsultat que vous obtiendrez sera toujours le plus profitable pour vous1 soit qu'il paroisse bon1 soit qu'il paroisse mauvais votre jugement particulier4 ,dans le maniement et l'acquisition des biens temporels1 faites comme un petit enfant1 qui d'une main tenant son pre1 cueille de l'autre les fraises et les mres le long des haies2 servez-vous aussi d'une de vos mains pour amasser les biens de la terre2 mais tenez toujours de l'autre la main de votre ,pre cleste1 vous retournant de temps en temps vers lui1 pour voir s'il a pour agrable votre travail et vos occupations1 et prenez garde surtout de ne point quitter sa main et sa conduite1 dans l'ide d'amasser et de recueillir davantage2 car s'il vous abandonne1 vous ne ferez point de pas sans donner du nez en terre4 ,je veux dire1 ma ,philothe1 que1 quand vous serez parmi des affaires et des occupations communes1 qui ne requirent pas une attention si forte et si soutenue1 vous regardiez plus ,dieu que les affaires2 et quand les affaires sont de si grande importance1 qu'elles demandent toute votre attention pour tre bien faites1 de temps en temps regardez ,dieu1 comme font ceux qui sont sur mer1 lesquels1 pour arriver la terre qu'ils dsirent1 regardent plus le ciel que la mer4 ,ainsi ,dieu travaillera avec vous1 en vous et pour vous1 et votre travail sera bni de mille consolations4 ,,chapitre ,,xi4 ,de l'obissance4 ,la seule charit constitue la perfection1 mais l'obissance1 la chastet et la pauvret sont les trois grands moyens que nous avons pour l'acqurir3 l'obissance consacre notre cur1 la chastet notre corps1 et la pauvret nos biens l'amour et au service de ,dieu4 ,ce sont les trois branches de la croix spirituelle1 toutes trois nanmoins fondes sur la quatrime qui est l'humilit4 ,je ne prtends pas vous parler de ces trois vertus par rapport aux vux solennels qu'en font les personnes qui entrent en religion1 ni par rapport aux vux simples qu'on en peut faire dans le monde1 je les considrerai seulement en elles-mmes1 attendu que quoique le vu y attache un surcrot de grce et de mrite1 elles suffisent nanmoins sans le vu pour conduire la perfection1 pourvu qu'elles soient bien pratiques4 ,il est vrai que les vux qu'on en fait tablissent une personne dans l'tat de perfection1 mais il y a une grande diffrence entre l'tat de perfection et la perfection1 puisque tous les vques et les religieux sont dans l'tat de perfection1 et que tous nanmoins ne sont pas dans la perfection1 ainsi qu'il ne se voit que trop4 ,tchons donc1 ,philothe1 de bien pratiquer ces trois vertus1 chacun selon notre vocation2 car1 encore qu'elles ne nous mettent pas dans l'tat de perfection1 elles nous donneront nanmoins la perfection mme2 et c'est pourquoi nous sommes tous obligs la pratique de ces trois vertus1 quoique nous ne soyons pas tous obligs de les pratiquer de la mme manire4 ,il y a deux sortes d'obissance3 l'une ncessaire1 et l'autre volontaire4 ,par la ncessaire1 vous devez humblement obir vos suprieurs ecclsiastiques1 comme au pape et l'vque1 au cur et ceux qui les reprsentent4 ,vous devez obir vos suprieurs politiques1 c'est--dire votre prince et aux magistrats qu'il a tablis sur votre pays2 vous devez enfin obir vos suprieurs domestiques1 c'est--dire votre pre1 votre mre1 votre mari1 votre matre et votre matresse4 ,or1 cette obissance s'appelle ncessaire1 parce que nul ne peut s'exempter d'obir ces suprieurs-l1 ,dieu les ayant chargs de nous commander et de nous gouverner1 chacun selon l'autorit qu'il a sur nous4 ,obissez donc leurs commandemens1 cela est de ncessit2 mais de plus1 si vous voulez tre parfaite1 suivez encore leurs conseils1 et mme leurs dsirs et leurs inclinations1 en tant que la charit et la prudence vous le permettront3 obissez quand ils vous ordonneront une chose agrable1 comme de manger ou de prendre la rcration2 car1 encore qu'il paroisse qu'il n'y a pas grand mrite obir en ce cas1 ce seroit nanmoins un grand vice que de dsobir4 ,obissez dans les choses indiffrentes1 comme de porter tel ou tel habit1 d'aller par un chemin ou par un autre1 de chanter ou de se taire1 et ce sera dj une obissance fort recommandable4 ,obissez dans les choses difficiles1 pres et dures1 et ce sera une obissance parfaite4 ,obissez enfin doucement sans rplique1 promptement1 sans retard1 gament1 sans chagrin1 et surtout obissez amoureusement pour l'amour de celui qui pour l'amour de nous s'est fait obissant jusqu' la mort1 et la mort de la croix2 et qui1 comme dit saint ,bernard1 aima mieux perdre la vie que l'obissance4 ,pour apprendre obir aisment vos suprieurs1 condescendez aisment la volont de vos gaux1 cdant leurs opinions en ce qui n'est pas mauvais1 sans tre contentieuse1 ni revche3 accommodez-vous volontiers aux dsirs de vos infrieurs1 autant que la raison le permettra1 sans exercer sur eux aucune autorit imprieuse tant qu'ils se tiendront dans leur devoir4 ,c'est un abus de croire que si l'on toit religieux ou religieuse on obirait aisment1 si l'on sent de la difficult et de la rpugnance obir aux personnes que ,dieu a mises au-dessus de nous4 ,nous appelons obissance volontaire celle laquelle nous nous obligeons par notre propre choix et qui ne nous est impose par personne4 ,on ne choisit pas pour l'ordinaire son prince ou son vque1 son pre et sa mre1 ni mme souvent son mari1 mais l'on choisit bien son confesseur1 son directeur4 ,or1 soit qu'en le choisissant on fasse vu de lui obir1 comme fit la mre ,thrse1 qui1 outre l'obissance voue solennellement au suprieur de son ordre1 s'obligea encore par un vu simple obir au pre ,gratian2 soit que1 sans vu1 l'on se soumette l'obissance de quelqu'un1 toujours cette obissance s'appelle volontaire1 raison de son fondement qui dpend de notre volont et de notre choix4 ,il faut obir tous les suprieurs1 et chacun en particulier1 selon l'espce d'autorit qu'il a sur nous3 aux princes1 en ce qui regarde la police et les choses publiques2 aux prlats1 en ce qui regarde la discipline ecclsiastique2 dans les choses domestiques1 au pre1 au matre1 au mari2 et quant la conduite particulire de l'ame1 au confesseur et au directeur particulier4 ,faites-vous ordonner par votre pre spirituel les pratiques de pit que vous devez observer1 parce qu'elles en seront meilleures et auront double grce et bont2 l'une tire d'elles-mmes1 puisqu'elles sont pieuses1 et l'autre tire de l'obissance en vertu de laquelle elles auront t prescrites et accomplies4 ,bienheureux sont les obissans1 car ,dieu ne permettra jamais qu'ils s'garent4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la ncessit de la chastet4 ,la chastet est le lis des vertus1 et ds cette vie elle nous rend presque semblables aux anges4 ,partout rien n'est beau que par la puret1 et la puret des hommes est la chastet4 ,on appelle cette vertu honntet1 et sa pratique honneur2 on la nomme encore intgrit1 et le vice qui lui est contraire1 corruption4 ,en un mot1 elle a cette gloire1 entre toutes les vertus1 qu'elle est tout ensemble la vertu de l'ame et du corps4 ,il n'est jamais permis de faire servir ses sens un plaisir voluptueux1 en quelque manire que ce soit1 hors d'un lgitime mariage1 dont la saintet puisse par une juste compensation rparer la perte que l'ame y peut souffrir de ce commerce sensuel2 encore faut-il y donner tant d'honntet l'intention1 que la volont n'en puisse recevoir aucune tache4 ,le cur chaste est semblable la mre perle1 laquelle ne reoit aucune goutte d'eau qui ne vienne du ciel2 car il ne souffre aucun plaisir1 que celui du mariage tabli par le ,ciel3 hors de l1 la seule pense mme ne lui est pas permise2 j'entends une pense laquelle la volupt porte et attache l'esprit volontairement4 ,pour le premier degr de cette vertu1 jamais1 ,philothe1 ne souffrez volontairement rien de tout ce qui est dfendu dans toute l'tendue de la volupt1 comme universellement parlant1 tout ce que l'on en cherche hors de l'tat du mariage1 ou mme ce qui est contraire aux rgles de cet tat4 ,pour le second degr1 retranchez1 autant que vous pourrez1 toutes les dlectations des sens superflues et inutiles1 quoiqu'elles soient honntes et permises4 ,pour le troisime degr1 n'attachez point votre affection celles qui sont ncessaires et ordonnes2 car bien qu'il faille s'assujettir celles qui sont de l'institution et la fin du saint mariage1 il ne faut jamais y attacher l'esprit et le cur4 ,au reste1 cette vertu est incroyablement ncessaire tous les tats4 ,dans celui de la viduit1 la chastet doit tre extrmement gnreuse pour le dfendre du plaisir1 non-seulement l'gard du prsent et de l'avenir1 mais encore l'gard du pass1 dont les ides1 toujours dangereuses1 rendent l'imagination plus susceptible de mauvaises impressions4 ,c'est pourquoi saint ,augustin admirait en son cher ,alypius cette admirable puret d'ame qui l'avoit entirement affranchi des sentimens1 et mme des souvenirs de tous ses drglemens passs4 ,en effet1 chacun sait bien qu'il est facile de conserver long-temps les fruits qui sont encore en leur entier2 mais pour peu qu'ils aient t fltris ou entams1 l'unique moyen de les bien garder1 c'est de les confire au sucre ou au miel4 ,je dis aussi que l'on a plusieurs moyens de conserver avec sret la chastet1 tandis qu'elle a toute son intgrit3 mais quand elle l'a une fois perdue1 rien ne peut plus la conserver qu'une solide dvotion1 dont j'ai souvent compar la douceur avec celle du miel4 ,dans l'tat de la virginit1 la chastet demande une grande simplicit d'ame1 et une grande dlicatesse de conscience pour loigner toutes sortes de penses curieuses1 et pour s'lever au-dessus de tous les plaisirs sensuels1 par un mpris absolu et entier de tout ce que l'homme a de commun avec les btes1 et qu'elles ont mme plus que lui4 ,que jamais donc ces ames pures ne doutent en aucune manire que la chastet ne leur soit incomparablement meilleure que tout ce qui est incompatible avec sa perfection3 car1 comme dit saint ,jrme1 le dmon ne pouvant souffrir cette salutaire ignorance du plaisir1 tche du moins d'en exciter le dsir dans ces ames1 et leur en donne pour cela des ides si attirantes1 quoique trs-fausses1 qu'elles en demeurent fort troubles1 parce qu'elles se laissent imprudemment aller1 ajoute ce saint ,pre1 estimer ce qu'elles ignorent4 ,c'est ainsi que tant de jeunes gens1 surpris par une fausse et folle estime des plaisirs voluptueux1 et par une curiosit sensuelle et inquite1 s'y livrent avec la perte entire de leurs intrts temporels et ternels2 semblables des papillons qui s'imaginant que la flamme est aussi douce qu'elle leur parot belle1 vont tourdiment s'y brler4 ,a l'gard de l'tat du mariage1 c'est une erreur vulgaire et trs-grande1 de penser que la chastet n'y soit pas ncessaire2 car elle l'est absolument et mme beaucoup1 non pas pour s'y priver des droits de la foi conjugale1 mais pour se contenir dans les bornes4 ,or1 comme l'observation de ce commandement3 ,fchez-vous1 et ne pchez point1 porte plus de difficult que la pratique de celui-ci1 ne vous fchez point1 par la raison qu'il est plus ais d'viter la colre que de la rgler2 de mme il est plus facile de se priver de tous les plaisirs de la chair1 que de les modrer4 ,il est vrai que la licence du mariage1 sanctifi par la grce de ,jsus-,christ1 peut beaucoup servir teindre la passion naturelle2 mais l'infirmit de plusieurs personnes qui s'en servent1 les font passer aisment de la permission l'usurpation1 et de l'usage l'abus4 ,et comme l'on voit beaucoup de riches s'accommoder injustement du bien de leur prochain1 non pas par indigence1 mais par avarice2 l'on voit aussi beaucoup de personnes maries1 qui pouvant et devant fixer leur cur un objet lgitime1 s'emportent encore des plaisirs trangers1 par une incontinence effrne4 ,il est toujours dangereux de prendre des mdicamens violens1 parce que si l'on en prend plus qu'il ne faut1 ou qu'ils ne soient pas bien prpars1 la sant en souffre beaucoup4 ,le mariage a t institu et sanctifi en partie pour servir de remde la cupidit naturelle1 et si on doit dire que ce remde est salutaire1 on peut dire qu'il est violent et par consquent dangereux1 si l'on s'en sert sans modration et sans les prcautions ncessaires de la pit chrtienne4 ,j'ajoute que la varit des affaires de la vie1 et les longues maladies sparent souvent deux personnes que l'amour conjugal a unies2 c'est pourquoi cet tat a besoin d'une double chastet3 de l'une pour s'abstenir de tout plaisir dans les temps d'absence2 et de l'autre1 pour se modrer dans les temps de prsence4 ,sainte ,catherine de ,sienne vit entre les damns plusieurs ames excessivement tourmentes pour avoir profan la saintet du mariage2 non pas prcisment par la raison de l'normit de leurs pchs1 puisque les meurtres et les blasphmes sont plus normes2 mais par cette raison1 que ceux qui les commettent ne s'en font aucun scrupule1 et que par consquent ils y persvrent durant toute leur vie4 ,vous voyez donc combien la chastet est ncessaire tous les tats4 ,cherchez la paix avec tous1 dit l',aptre1 et la saintet1 sans laquelle personne ne verra ,dieu4 ,or1 remarquez que par la saintet1 il entend la chastet1 selon l'observation de saint ,jrme et de saint ,chrysostme4 ,non1 ,philothe1 personne ne verra ,dieu sans la chastet2 personne n'habitera en ces saints tabernacles qu'il n'ait le cur pur2 et comme dit le ,sauveur mme1 les chiens et les impudiques en seront bannis4 ,aussi1 bienheureux sont1 nous a-t-il dit1 ceux qui auront le cur pur1 parce qu'ils verront ,dieu6 ,,chapitre ,,xiii4 ,avis pour conserver la chastet4 ,ayez toujours une grande attention sur vous1 pour loigner promptement tout ce qui peut porter quelque attrait la volupt1 car c'est un mal qui se prend insensiblement1 et qui par de petits commencemens1 fait de grands progrs4 ,en un mot1 il est plus ais de le fuir1 que de le gurir4 ,la chastet est ce trsor que saint ,paul dit que nous possdons dans des vases bien fragiles2 et vritablement elle tient beaucoup de la fragilit de ces vases qui1 pour peu qu'ils se heurtent les uns contre les autres1 courent risque de se casser4 ,l'eau la plus frache que l'on veut conserver dans un vase1 y perd bientt la fracheur1 si quelque animal y a tant soit peu touch4 ,ne permettez donc jamais1 ,philothe1 et dfendez-vous vous-mme tous ces badinages extrieurs des mains1 galement contraires la modestie chrtienne1 et au respect que l'on doit la qualit ou la vertu d'une personne3 car bien que peut-tre on puisse absolument conserver un cur chaste parmi ces actions qui viennent plutt de lgret que de malice1 et qui ne sont pas ordinaires1 cependant la chastet en reoit toujours quelque mauvaise atteinte4 ,au reste1 vous jugez assez que je ne parle pas de ces attouchemens malhonntes qui ruinent entirement la chastet4 ,la chastet dpend du cur comme de son origine1 et sa pratique extrieure consiste rgler et purifier les sens2 c'est pourquoi elle se perd par tous les sens extrieurs1 comme par les penses de l'esprit et par les dsirs du cur4 ,ainsi toute sensation que l'on se permet sur un objet dshonnte et avec esprit de dshonntet1 est vritablement une impudicit2 jusque l que l',aptre disoit aux premiers chrtiens3 mes frres1 que la fornication ne se nomme pas mme entre vous4 ,les abeilles1 non-seulement ne touchent pas un cadavre pourri1 mais fuient encore la mauvaise vapeur qui en exhale4 ,observez1 je vous prie1 ce que la ,sainte-,ecriture nous dit de l',epouse des ,cantiques2 tout y est mystrieux3 ,la myrrhe distille de ses mains1 et vous savez que cette liqueur prserve de la corruption2 ses lvres sont bandes d'un ruban vermeil1 et cela nous apprend que la pudeur rougit des paroles tant soit peu malhonntes2 ses yeux sont compars aux yeux de la colombe1 cause de leur nettet2 elle a des pendans d'oreilles qui sont d'or1 et ce prcieux mtal nous marque la puret2 son nez est compar un cdre du ,liban1 dont l'odeur est exquise et le bois incorruptible4 ,que veut dire tout cela8 telle doit tre l'ame dvote1 chaste1 nette1 pure et honnte en tous ses sens extrieurs4 ,a ce propos1 je veux vous apprendre un mot bien remarquable1 que ,jean ,cassien1 un ancien ,pre1 assure tre sorti de la bouche de saint ,basile1 qui parlant de soi-mme1 dit un jour avec beaucoup d'humilit3 je ne sais ce que sont les femmes1 cependant je ne suis pas vierge4 ,certes la chastet se peut perdre en autant de manires qu'il y a de sortes d'impudicits1 lesquelles1 proportion qu'elles sont grandes ou petites1 l'affoiblissent ou la blessent dangereusement1 ou la font entirement prir4 ,il y a de certaines liberts indiscrtes1 badines et sensuelles1 qui1 proprement parler1 ne violent pas la chastet1 mais qui l'affoiblissent1 qui l'amollissent et qui en ternissent l'clat4 ,il y a d'autres liberts non-seulement indiscrtes1 mais vicieuses2 non-seulement badines1 mais dshonntes2 non-seulement sensuelles1 mais charnelles1 qui du moins blessent mortellement la chastet3 je dis du moins1 parce qu'elle prit entirement1 si cela va jusqu'au dernier effet du plaisir voluptueux4 ,alors la chastet prit d'une manire plus indigne que mchante1 et plus malheureuse que quand elle se perd par la fornication1 mme par l'adultre et par l'inceste2 car1 quoique ces dernires espces de la brutale volupt soient de grands pchs1 les autres1 comme dit ,tertullien dans son livre de la pudicit1 sont des monstres d'iniquit et de pch4 ,or ,cassien ne croit pas1 ni moi non plus1 que saint ,basile ait voulu s'accuser d'un drglement pareil1 quand il dit qu'il n'toit pas vierge2 et je crois avec raison qu'il n'entendoit parler que des seules penses voluptueuses qui ne font que salir l'imagination1 l'esprit et le cur3 donc la chastet a toujours t si chre aux ames gnreuses1 qu'elles en ont t extrmement jalouses4 ,n'ayez jamais de commerce avec des personnes dont vous connotrez que les murs soient gtes par la volupt1 surtout quand l'impudence est jointe l'impuret1 ce qui arrive presque toujours4 ,l'on prtend que les boucs touchant seulement de la langue les amandiers1 qui sont doux de leur espce1 en rendent le fruit amer2 et ces ames brutales et infectes ne parlent gure personne1 ni de mme sexe1 ni de sexe diffrent1 qu'elles ne fassent un grand tort la pudeur3 semblables aux basilics qui portent leur venin dans leurs yeux et dans leur haleine4 ,au contraire1 faites une bonne liaison avec les personnes chastes et vertueuses2 occupez-vous souvent de la lecture des ,livres sacrs1 car la parole de ,dieu est chaste1 et rend chastes ceux qui l'aiment4 ,c'est pourquoi ,david la compare cette pierre prcieuse qu'on appelle topaze1 et dont la proprit spciale est d'amortir le cur de la concupiscence4 ,tenez-vous toujours auprs de ,jsus-,christ crucifi1 soit spirituellement par la mditation1 soit rellement et corporellement par la sainte communion4 ,vous savez que ceux qui couchent sur l'herbe nomme ,agnus-castus1 prennent insensiblement des dispositions favorables la chastet2 pensez donc que1 reposant votre cur sur ,notre-,seigneur1 qui est vritablement l'agneau immacul1 vous trouverez bientt votre ame1 votre cur et vos sens entirement purifis de tous les plaisirs sensuels4 ,,chapitre ,,xiv4 ,de la pauvret d'esprit au milieu des richesses4 ,bienheureux sont les pauvres d'esprit6 car le royaume des cieux est eux4 ,malheureux donc sont les riches d'esprit1 car la misre de l'enfer est eux4 ,celui-l est riche d'esprit1 qui a les richesses dans son esprit1 ou son esprit dans les richesses4 ,celui-l au contraire est pauvre d'esprit1 qui n'a ni les richesses dans son esprit1 ni son esprit dans les richesses4 ,les alcions font leurs nids comme une pomme1 et n'y laissent qu'une trs-petite ouverture par en haut3 ils les placent sur le bord de la mer1 et les font si fermes et si impntrables1 que l'eau1 venant les surprendre1 ne peut y entrer2 mais tenant toujours le dessus1 ils demeurent au milieu de la mer1 sur la mer1 et matres de la mer4 ,votre cur1 chre ,philothe1 doit tre comme cela1 ouvert seulement au ,ciel1 et impntrable aux richesses et aux biens prissables de ce monde4 ,si vous en avez1 gardez-vous d'y attacher votre cur3 qu'il tienne toujours le dessus1 et que parmi les richesses il soit sans richesses et matre des richesses4 ,non1 ne mettez pas cet esprit cleste dans les biens terrestres2 faites qu'il les domine toujours1 qu'il soit sur eux et non pas dans eux4 ,il y a bien de la diffrence entre avoir du poison et tre empoisonn4 ,les apothicaires ont presque tous des poisons pour s'en servir en diverses occurrences2 mais ils ne sont pas pour cela empoisonns1 parce qu'ils n'ont pas ces poisons dans leur corps1 mais dans leur boutique4 ,ainsi pouvez-vous avoir des richesses sans tre empoisonne par elles3 ce sera si vous les avez dans votre maison ou dans votre bourse1 et non dans votre cur4 ,etre riche en effet et pauvre en affection1 c'est le grand bonheur du chrtien2 car par ce moyen il a les avantages de la richesse pour ce monde1 et le mrite de la pauvret pour l'autre4 ,hlas6 ,philote1 jamais personne ne confessera qu'il soit avare2 chacun dsavoue cette bassesse d'ame3 on s'excuse sur le nombre des enfans1 sur la prudence qui exige qu'on prenne les moyens de s'tablir3 jamais on n'en a trop4 ,il se trouve toujours quelque bon motif d'en avoir davantage2 et mme les plus avares1 non-seulement n'avouent pas qu'ils le soient1 mais encore en conscience ils ne pensent pas l'tre3 non1 ils n'y songent pas2 car l'avarice est une fivre qui tient du prodige2 on la sent d'autant moins qu'elle est plus violente et plus ardente4 ,mose vit le feu sacr brler un buisson sans le consumer2 mais1 au contraire1 le feu profane de l'avarice consume et dvore l'avare1 sans le brler aucunement4 ,au moins il se vante1 parmi les plus grandes ardeurs1 qu'il respire la plus douce fracheur du monde1 et tient que son altration insatiable est une soif toute naturelle et toute bonne4 ,si vous dsirez continuellement1 fortement et d'une manire inquite les biens que vous n'avez pas1 vous avez beau dire que vous ne voulez pas les avoir injustement1 vous ne laisserez pas pour cela d'tre vraiment avare4 ,celui qui dsire continuellement1 avidement et avec inquitude de boire1 encore qu'il ne veuille boire que de l'eau1 tmoigne suffisamment qu'il a la fivre4 ,o ,philote6 je ne sais si c'est un dsir juste de dsirer avoir justement ce qu'un autre possde justement2 car il semble que par ce dsir nous voulons nous accommoder en incommodant les autres4 ,celui qui possde un bien justement n'a-t-il pas plus de raison de le garder justement que nous de l'avoir justement8 ,et pourquoi donc tendons-nous notre dsir sur son bien pour l'en priver8 ,assurment1 quand ce dsir seroit juste1 il ne seroit pas charitable2 car nous ne voudrions pas que quelqu'un dsirt1 mme justement1 ce que nous voulons garder justement4 ,ce fut le pch d',achab1 qui voulut avoir justement la vigne de ,naboth1 que celui-ci voulut encore plus justement garder2 il la dsira ardemment1 long-temps1 avec inquitude2 et partant il offensa ,dieu4 ,attendez1 chre ,philote1 pour dsirer le bien du prochain1 qu'il commence dsirer de s'en dfaire2 car alors son dsir rendra le vtre non-seulement juste1 mais charitable3 oui1 car je veux bien que vous ayez soin d'accrotre vos moyens et vos facults1 pourvu que ce soit1 non-seulement justement1 mais encore doucement et charitablement4 ,si vous affectionnez beaucoup les biens que vous avez1 si vous en tes fort proccupe1 y attachant votre cur et vos penses1 et craignant d'une crainte vive et inquite de les perdre1 croyez-moi1 vous avez encore quelque sorte de fivre2 car les fivreux boivent l'eau qu'on leur donne avec un certain empressement et une sorte d'attention et de joie que ceux qui sont sains n'ont pas accoutum d'avoir4 ,il n'est pas possible de se plaire beaucoup une chose1 et de ne pas y mettre beaucoup d'affection4 ,s'il vous arrive de perdre des biens1 et que vous sentiez que votre cur s'en dsole beaucoup1 croyez1 ,philote1 que vous y avez beaucoup d'affection2 car rien ne tmoigne tant l'affection que l'on a pour la chose perdue1 que l'affliction que cause la perte4 ,ne dsirez donc pas d'un dsir dtermin le bien que vous n'avez pas2 ne mettez pas fort avant votre cur dans celui que vous avez2 ne vous dsolez pas des pertes qui vous arriveront1 et alors vous aurez quelque sujet de croire qu'tant riche en effet1 vous ne l'tes pas d'affection2 mais que vous tes pauvre d'esprit1 et par consquent bienheureuse1 puisque le royaume des ,cieux vous appartient4 ,,chapitre ,,xv4 ,comment il faut pratiquer la pauvret relle au milieu des richesses4 ,le peintre ,parrhasius peignit le peuple athnien d'une manire fort ingnieuse1 le reprsentant avec son caractre changeant1 frivole1 colre1 injuste1 inconstant1 courtois1 clment1 gnreux1 hautain1 fier et humble1 brave et timide1 tout cela ensemble4 ,pour moi1 chre ,philote1 je voudrois aussi faire entrer dans votre cur la richesse et la pauvret tout ensemble1 un grand soin et un grand mpris des choses temporelles4 ,ayez beaucoup plus de soin de rendre vos biens utiles et fructueux que n'en ont mme les mondains4 ,dites-moi1 les jardiniers des grands princes ne sont-ils pas plus appliqus et plus diligens cultiver et embellir les jardins dont ils sont chargs1 que s'ils en avoient la proprit8 ,pourquoi cela8 parce que sans doute1 ils considrent ces jardins-l comme les jardins des princes et des rois1 auxquels ils veulent plaire par leurs bons services4 ,philothe1 les biens que nous avons ne sont pas nous2 ,dieu nous les a donns cultiver2 il veut que nous les fassions valoir2 et partant1 c'est lui rendre notre service agrable que d'en avoir toujours bien soin4 ,mais il faut que ce soit un soin plus grand et plus solide que celui que les mondains ont de leur fortune2 car ils ne travaillent que pour l'amour d'eux-mmes1 et nous1 nous devons travailler pour l'amour de ,dieu4 ,or1 comme l'amour de soi-mme est un amour violent1 soucieux1 empress1 le soin qui en rsulte est aussi un soin plein de trouble1 d'inquitude et de peine2 et comme l'amour de ,dieu est doux1 paisible et tranquille1 le soin qu'il donne1 mme quand il s'applique aux biens du monde1 est un soin aimable1 doux et gracieux4 ,ayons donc ce soin gracieux de la conservation1 et je dirai aussi de l'accroissement de nos biens temporels1 lorsque quelque juste occasion s'en prsentera1 et que notre condition le demandera2 car ,dieu veut que nous en usions ainsi pour son amour4 ,mais prenez garde que l'amour-propre ne vous abuse2 car quelquefois il contrefait si bien l'amour de ,dieu1 qu'on diroit que c'est lui4 ,or1 pour empcher qu'il ne vous trompe1 et que ce soin des biens temporels ne se convertisse en avarice1 outre ce que j'ai dit au chapitre prcdent1 il est ncessaire de pratiquer trs-souvent la pauvret relle et effective au milieu de tous les biens et de toutes les richesses que ,dieu nous a donns4 ,renoncez donc toujours quelque partie de vos biens1 en les donnant de bon cur aux pauvres2 car donner ce qu'on a1 c'est s'appauvrir d'autant1 et plus vous donnerez1 plus vous vous appauvrirez4 ,il est vrai que ,dieu vous le rendra1 non-seulement en l'autre monde1 mais encore en celui-ci1 puisqu'il n'y a rien qui fasse tant prosprer temporellement que l'aumne2 mais en attendant que ,dieu vous le rende1 vous serez toujours appauvrie de cela4 ,o le saint et riche appauvrissement que celui qui se fait par l'aumne6 ,aimez les pauvres et la pauvret2 et par cet amour vous deviendrez vraiment pauvre1 car il est dit dans l',ecriture que nous devenons semblables aux choses que nous aimons4 ,l'amiti rend tout gal entre les amis4 ,qui est infirme1 disoit saint ,paul1 avec qui je ne sois infirme8 ,il pouvoit dire aussi1 qui est pauvre1 avec qui je ne sois pauvre8 parce que l'affection qu'il portoit au prochain le faisoit tel que ceux qu'il aimoit4 ,si donc vous aimez les pauvres1 vous participerez vraiment leur pauvret1 et serez pauvre comme eux4 ,or1 si vous aimez les pauvres1 mettez-vous souvent parmi eux1 prenez plaisir les voir chez vous et les visiter chez eux4 ,conversez volontiers avec eux1 soyez bien aise qu'ils vous approchent dans les glises1 dans les rues et ailleurs4 ,soyez pauvre de la langue avec eux1 leur parlant comme leur gale4 ,mais soyez riche des mains1 leur donnant de votre fortune1 comme plus abondante que la leur4 ,voulez-vous faire encore davantage1 chre ,philothe8 ne vous contentez pas d'tre pauvre comme les pauvres1 mais soyez plus pauvre que les pauvres4 ,et comment cela8 ,le serviteur est moindre que son matre2 rendez-vous donc servante des pauvres1 allez les servir dans leurs lits quand ils sont malades1 je dis de vos propres mains2 soyez leur cuisinire1 et vos propres dpens2 soyez leur lingre et leur blanchisseuse ,o ,philothe6 ce service vaut mieux qu'une couronne4 ,je ne puis assez admirer l'ardeur avec laquelle ce conseil fut pratiqu par saint ,louis1 l'un des plus grands rois que le soleil ait vus2 mais je dis grand roi en toute sorte de grandeur3 il avoit une table o des pauvres toient nourris et servis de sa main2 il en faisoit venir presque tous les jours trois la sienne1 et souvent il mangeoit leurs restes avec un plaisir extrme1 par affection pour eux4 ,quand il visitoit les hpitaux des malades 7ce qu'il faisoit trs-souvent71 il se mettait ordinairement servir ceux qui avoient les maux les plus horribles1 les lpreux1 les hommes rongs d'ulcres et autres semblables1 et il leur rendait tous ces services nu-tte et genoux en terre1 respectant en leur personne le ,sauveur du monde1 et les chrissant d'un amour aussi tendre qu'auroit fait une douce mre envers son enfant4 ,sainte ,elisabeth1 fille du roi de ,hongrie se mloit ordinairement avec les pauvres1 et pour se rcrer s'habilloit quelquefois en pauvre femme parmi ses dames1 leur disant3 ,si j'tois pauvre1 je m'habillerois ainsi4 ,o mon ,dieu6 ,philothe1 que ce prince et cette princesse toient pauvres en leurs richesses1 et qu'ils toient riches en leur pauvret6 ,bienheureux sont ceux qui sont ainsi pauvres1 car le royaume du ,ciel leur appartient4 ,j'ai eu faim1 et vous m'avez nourri2 j'ai eu froid1 et vous m'avez vtu3 possdez le royaume qui vous a t prpar ds le commencement du monde3 tel sera le langage que leur tiendra le roi des pauvres et des rois au jour de son grand jugement4 ,il n'est personne qui n'prouve de temps en temps quelque privation et quelque dsagrment4 ,c'est un hte qui arrivera et qu'on voudroit bien traiter1 et il n'y aura pas moyen pour l'heure4 ,ce sont de beaux habits qu'on voudra avoir dans un lieu pour y parotre convenablement1 et ils se trouveront dans un autre4 ,ou bien il arrive que tous les vins de la cave tournent et se gtent1 et qu'il n'en reste plus que de mauvais et de verts4 ,on se trouve aux champs dans une bicoque1 o tout manque2 on n'a ni lit1 ni chambre1 ni table1 ni service4 ,enfin1 tout riche qu'on soit1 il est facile d'avoir souvent besoin de quelque chose4 ,or1 c'est l vritablement tre pauvre de ce qui nous manque4 ,philothe1 soyez bien aise de ces rencontres1 acceptez-les de bon cur1 souffrez-les gament4 ,quand il arrivera quelque accident qui vous appauvrira1 soit de beaucoup1 soit de peu1 comme font les temptes1 les incendies1 les inondations1 les scheresses1 les vols1 les procs2 oh6 ce sera alors le vritable temps de pratiquer la pauvret1 recevant avec douceur ces diminutions de revenus1 et vous accommodant avec patience et courage cet appauvrissement4 ,esa se prsenta son pre avec ses mains couvertes de poil1 et ,jacob en fit autant3 mais parce que le poil qui couvroit les mains de ,jacob ne tenoit pas sa peau1 mais ses gants1 on pouvoit le lui ter1 sans aucunement l'corcher1 ni le faire souffrir2 au contraire1 parce que le poil des mains d',esa tenoit sa peau1 naturellement toute velue1 quiconque et voulu l'en dpouiller1 lui et caus beaucoup de douleur1 et et prouv de sa part une vive rsistance4 ,quand notre fortune nous tient au cur1 si la tempte1 si les larrons1 si les chicaneurs nous en arrachent une partie1 quel trouble1 quelle impatience n'en avons-nous pas6 ,mais quand nos biens ne tiennent qu'aux soins que ,dieu veut que nous en ayons1 et non notre cur1 alors si on nous les arrache1 nous n'en perdons pas pour cela le calme et la raison4 ,c'est la mme diffrence qu'entre les btes et les hommes par rapport leurs robes2 car les robes des animaux tiennent leur chair1 mais celles des hommes y sont seulement appliques1 en sorte qu'ils peuvent les mettre et les ter quand il leur plat4 ,,chapitre ,,xvi4 ,comment il faut pratiquer la richesse d'esprit au milieu de la pauvret relle4 ,mais si vous tes vraiment pauvre1 trs-chre ,philothe1 ,dieu6 tchez de l'tre encore d'esprit3 faites de ncessit vertu1 et employez cette pierre prcieuse de la pauvret pour ce qu'elle vaut4 ,elle parot obscure aux yeux du monde1 et il n'en sait pas la valeur2 cependant l'clat en est admirable1 et elle est d'un grand prix4 ,ayez courage1 vous tes en bonne compagnie3 ,notre-,seigneur1 la sainte ,vierge1 les aptres1 tant de saints et de saintes ont t pauvres2 et pouvant tre riches1 ils ont ddaign de l'tre4 ,combien y a-t-il de grands du monde1 qui1 travers mille difficults1 sont alls chercher avec empressement la sainte pauvret dans les clotres et les hpitaux6 ,ils ont pris beaucoup de peine pour la trouver2 tmoins saint ,alexis1 sainte ,paule1 saint ,paulin1 sainte ,angle1 et tant d'autres4 ,et voil1 ,philothe1 que plus gracieuse et plus prvenante1 elle vient d'elle-mme se prsenter chez vous2 vous la rencontrez sans la chercher1 vous l'obtenez sans aucune peine2 oh6 embrassez-la donc comme la chre amie de ,jsus-,christ1 qui naquit1 vcut et mourut avec la pauvret qui fut sa nourrice toute sa vie4 ,votre pauvret1 ,philothe1 a deux grands avantages1 par le moyen desquels elle peut vous faire beaucoup mriter4 ,le premier est qu'elle ne vous est point arrive par votre choix1 mais par la seule volont de ,dieu1 qui vous a faite pauvre1 sans que votre volont propre y ait aucunement contribu4 ,or1 ce que nous recevons purement de la volont de ,dieu lui est toujours trs-agrable1 pourvu que nous le recevions de bon cur1 et pour l'amour de sa sainte volont2 o il y a moins du ntre1 il y a plus de ,dieu4 ,la simple et pure acceptation de la volont de ,dieu rend un tat trs-mritoire4 ,le second avantage de cette pauvret1 c'est qu'elle est une pauvret vraiment pauvre4 ,une pauvret loue1 caresse1 estime1 secourue et assiste tient de la richesse1 ou du moins cesse d'tre pauvre2 mais une pauvret mprise1 rejete1 reproche et dlaisse est vraiment une pauvret pauvre4 ,or1 telle est pour l'ordinaire la pauvret des sculiers2 car1 parce qu'ils ne sont pas pauvres par choix1 mais par ncessit1 on n'en tient pas grand compte4 ,et par cela mme qu'on n'en tient pas grand compte1 leur pauvret est plus pauvre que celle des religieux1 bien que celle-ci ait une grande excellence et se rende trs-recommandable cause du vu et de l'intention qui l'a fait choisir4 ,ne vous plaignez donc pas1 ma chre ,philothe1 de votre pauvret2 car on ne se plaint que de ce qui dplat1 et si la pauvret vous dplat1 vous n'tes plus pauvre d'esprit1 mais riche d'affection4 ,ne vous dsolez pas de n'tre pas si bien secourue qu'il seroit ncessaire2 car en cela consiste l'excellence de la pauvret4 ,vouloir tre pauvre1 et ne pas vouloir en recevoir d'incommodit1 c'est une trop grande ambition1 car c'est vouloir l'honneur de la pauvret et la commodit des richesses4 ,n'ayez point de honte d'tre pauvre1 ni de demander l'aumne titre de charit4 ,recevez avec humilit ce qu'on vous donnera2 supportez le refus avec douceur4 ,rappelez-vous souvent le voyage que la sainte ,vierge fit en ,egypte pour y porter son cher enfant1 et combien de mpris1 de fatigues et de misre il lui fallut endurer4 ,si vous vivez comme cela1 vous serez trs-riche dans votre pauvret4 ,,chapitre ,,xvii4 ,de l'amiti1 et premirement de la mauvaise4 ,entre toutes les passions de l'ame1 l'amour tient le premier rang2 c'est le roi de tous les mouvemens du cur3 il attire tout le reste soi1 et nous rend tels que ce qu'il aime4 ,prenez donc bien garde1 ,philothe1 de n'en point avoir de mauvais2 car tout aussitt vous seriez toute mauvaise4 ,or1 l'amiti est le plus dangereux amour de tous1 parce que les autres amours peuvent subsister sans qu'il y ait communication des curs2 au lieu que l'amiti tant totalement fonde sur cette communication1 il est presque impossible d'tre l'ami d'une personne1 sans participer ses qualits4 ,tout amour n'est pas amiti2 car on peut aimer quelqu'un sans en tre aim1 et pour lors il y a de l'amour1 mais non de l'amiti2 puisque l'amiti est un amour mutuel1 et que1 s'il n'est pas mutuel1 ce n'est pas de l'amiti4 ,et il ne suffit pas encore qu'il soit mutuel1 mais il faut de plus que ceux qui s'aiment connoissent leur mutuelle affection2 autrement ils auroient de l'amour1 mais non de l'amiti4 ,il faut enfin qu'il y ait entre eux quelque sorte de communication qui soit le fondement de l'amiti4 ,selon la diversit des communications1 l'amiti est aussi diverse2 et les communications sont diffrentes1 selon la diffrence des biens qu'on se communique4 ,si ce sont des biens faux et vains1 l'amiti est fausse et vaine2 si ce sont de vrais biens1 l'amiti est vraie2 et plus les biens sont excellens1 plus aussi l'amiti est excellente4 ,car1 comme le meilleur miel est celui qui est cueilli sur les fleurs les plus exquises1 de mme aussi la meilleure amiti est celle qui rsulte des communications les plus parfaites4 ,et comme il y a une sorte de miel ,hracle de ,pont1 qui est un poison vritable1 et qui fait devenir insenss ceux qui en mangent1 parce qu'il est recueilli sur l'aconit1 plante vnneuse trs-abondante en ces rgions1 ainsi l'amiti fonde sur la communication des biens faux et vicieux est toute fausse et mauvaise4 ,l'amiti qui est fonde sur la communication des biens extrieurs et sensibles est toute grossire et indigne du nom d'amiti2 comme aussi celle qui est fonde sur certaines vertus vaines et frivoles qui n'ont galement pour but que la satisfaction des sens4 ,j'appelle biens extrieurs et sensibles1 ceux qui s'attachent immdiatement et principalement aux sens extrieurs1 comme le plaisir de voir la beaut1 d'entendre une douce voix1 d'entretenir une agrable conversation4 ,j'appelle vertus frivoles1 certaines habilets et qualits vaines1 que les esprits foibles appellent vertus et perfections4 ,entendez parler la plupart des filles1 des femmes et des jeunes gens2 ils ne se gneront pas pour vous dire3 ,monsieur un tel a beaucoup de mrite1 c'est un homme parfait1 car il danse ravir1 il possde merveille toutes sortes de jeux1 il est toujours habill dans le meilleur got1 il chante admirablement bien1 il a le plus excellent ton1 les manires les plus agrables4 ,ah6 ,philothe1 quel jugement6 n'est-ce pas ainsi que les charlatans se jugent entre eux1 estimant pour plus parfait celui qui excelle en boufonneries4 ,or1 comme tout cela regarde les sens1 les amitis qui en proviennent s'appellent sensuelles1 vaines et frivoles1 et mritent plutt le nom de foltrerie que d'amiti4 ,ce sont ordinairement les amitis des jeunes gens qui se laissent enchanter par des moustaches1 des cheveux1 un regard1 un habit1 une tournure et du babil4 ,amitis dignes de l'ge o il n'y a encore de vertu qu'en herbe et de jugement qu'en bouton2 aussi de telles amitis ne sont que passagres1 et fondent comme la neige au soleil4 ,,chapitre ,,xviii4 ,des amitis sensuelles4 ,quand ces amitis vaines et badines se rencontrent entre des personnes de diffrent sexe1 sans aucune vue de mariage1 elles ne mritent pas le nom ni d'amiti ni d'amour1 cause de leur incroyable vanit et de leurs grandes imperfections2 et l'on ne peut les nommer autrement que sensuelles1 ainsi que je l'ai dit dans le chapitre prcdent3 cependant les curs de ces personnes s'y trouvent pris1 engags et comme enchans par de vaines et folles affections1 qui ne sont fondes que sur ces frivoles communications et misrables agrmens dont j'ai parl3 et bien que ces sortes d'amours dgnrent ordinairement en volupts les plus grossires1 ce n'est pas nanmoins la premire vue que l'on ait eue2 autrement tout ce que je viens de dire seroit une impuret dclare et fort criminelle4 ,il se passera mme quelquefois plusieurs annes1 sans que les personnes qui sont frappes de cette folie1 fassent rien qui soit formellement et directement contraire la chastet1 ne se repaissant l'esprit et le cur que de souhaits1 de soupirs1 d'assiduits1 d'enjouemens1 et d'autres semblables vanits et badineries1 pour parvenir aux fins que chacun s'y propose4 ,les uns n'ont point d'autre dessein que de satisfaire une certaine inclination naturelle qu'ils ont donner de l'amour et en recevoir1 et ceux-l ne font aucun choix et n'ont aucun discernement1 mais suivent seulement leur got et leur instinct3 de sorte qu' la premire occasion imprvue ils se laissent prendre un objet qui leur parot agrable1 sans en examiner le mrite2 et c'est toujours un pige pour eux1 dans lequel ayant donn l'aveugle1 ils s'embarrassent si fort1 qu'ils ne peuvent plus en sortir4 ,les autres se laissent aller cela par vanit1 persuads qu'ils veulent tre1 qu'il y a de la gloire s'assujettir un cur2 et ceux-ci font un grand discernement des personnes1 voulant entreprendre celles dont l'attachement leur peut faire plus d'honneur4 ,dans plusieurs1 l'inclination naturelle et la vanit conspirent galement cette folle conduite2 car bien qu'ils aient du penchant aimer et vouloir tre aims1 ils prtendent cependant l'accorder avec le dsir de cette vaine gloire4 ,ces amitis1 ,philothe1 sont toutes mauvaises1 folles et vaines2 elles sont mauvaises1 parce qu'elles se terminent ordinairement par les plus grands pchs de la chair1 et qu'elles drobent et ,dieu et une femme1 ou bien un mari1 un cur et un amour qui leur appartiennent3 elles sont folles1 parce qu'elles n'ont ni fondement ni raison3 elles sont vaines1 parce qu'il n'en revient ni utilit1 ni honneur1 ni joie2 au contraire on y perd le temps1 on y expose beaucoup son honneur1 puisque la rputation en souffre2 et l'on n'en reoit point d'autre plaisir que celui d'un empressement de prtendre et d'esprer1 sans savoir ce que l'on prtend ni ce qu'on espre4 ,ces foibles esprits s'enttent toujours de la crance qu'il y a je ne sais quoi dsirer en ce tmoignage qu'on se donne1 d'un amour rciproque1 et ils ne peuvent dire ce que c'est4 ,malheureux qu'ils sont encore en ce point-l1 que ce dsir bien loin de s'teindre1 agite leur cur par de perptuelles dfiances1 jalousies et inquitudes6 ,saint ,grgoire de ,nazianze1 crivant sur cela contre ces femmes si vaines1 en parle excellement bien1 et voici un petit fragment de son discours1 lequel peut tre galement utile aux deux sexes4 ,c'est assez1 dit-il une femme1 que votre beaut vous rende agrable aux yeux de votre mari3 si pour vous attirer une estime trangre1 vous en exposez les attraits d'autres yeux1 comme l'on tend des filets des oiseaux qui s'y laissent prendre1 que croyez-vous qu'il en doive arriver8 indubitablement celui qui votre beaut plaira1 vous plaira lui-mme3 vous rendrez regard pour regard1 illade pour illade2 les doux souris suivront les regards1 et ils seront eux-mmes suivis de ces demi-mots qu'une passion naissante arrache la pudeur4 ,aprs cela on se verra bientt librement2 la libert tournera en une mauvaise familiarit d'enjouemens indiscrets1 et puis444 ,mais taisez-vous ici1 ma langue1 qui en voulez trop dire1 et ne parlez pas de la suite4 ,cependant je dirai encore une vrit gnrale3 jamais rien de toutes ces folles complaisances entre les jeunes gens et les femmes1 soit pour les actions1 soit pour les paroles1 n'est exempt de plusieurs atteintes que les sens et le cur souffrent2 parce que tout ce qui fait le commerce des amitis sensuelles se tient l'un l'autre1 et s'entre-suit par une manire d'enchanement1 comme un anneau de fer attir par l'aimant en attire plusieurs autres4 ,o que ce grand vque en parle bien6 car enfin1 que pensez-vous faire8 donner de l'amour seulement2 vous vous trompez3 jamais personne n'en donne volontairement sans en prendre ncessairement2 ce mauvais jeu1 qui prend est toujours pris4 ,le cur n'est que trop semblable l'herbe nomme aproxis1 laquelle de loin prend feu aussitt qu'on le lui prsente4 ,mais1 dira quelqu'un1 j'en veux bien prendre1 pourvu que ce ne soit pas beaucoup4 ,hlas1 que vous vous abusez6 ce feu d'amour est plus actif et plus pntrant que vous ne pensez4 ,si vous croyez n'en recevoir qu'une tincelle1 vous vous tonnerez d'en avoir tout d'un coup votre cur embras4 ,le ,sage s'crie3 qui aura compassion de l'enchanteur1 qui s'est laiss piquer par un serpent8 ,et je m'crie aprs lui3 aveugles et insenss1 pensez-vous donc enchanter l'amour1 pour en disposer votre gr8 ,vous voulez vous divertir avec lui1 comme avec un serpent2 il fera couler tout son poison en votre cur1 par les atteintes les plus piquantes qu'il lui donnera2 alors chacun vous blmera de ce que par une tmraire confiance vous aurez voulu recevoir et nourrir en votre cur cette mchante passion qui vous aura fait perdre vos biens1 votre honneur et votre ame4 ,o ,dieu6 quel aveuglement que de risquer comme au jeu1 sur des gages si frivoles1 ce que notre ame a de plus cher6 oui1 ,philothe1 car ,dieu ne veut l'homme que pour son ame1 et il ne veut l'ame que pour son amour4 ,hlas6 nous sommes bien loigns d'avoir autant d'amour que nous en avons besoin3 je veux dire qu'il s'en faut infiniment que nous en ayons assez pour aimer ,dieu4 ,et cependant1 misrables que nous sommes1 nous le prodiguons avec un panchement entier de notre cur sur mille choses sottes1 vaines et frivoles1 comme si nous en avions de reste4 ,ah6 ce grand ,dieu qui s'toit rserv le seul amour de nos ames1 en reconnoissance de leur cration1 de leur conservation1 de leur rdemption1 exigera un compte bien rigoureux de l'usage et de l'emploi que nous en aurons fait4 ,que s'il doit faire une recherche si exacte des paroles oiseuses1 que sera-ce des amitis oiseuses1 imprudentes1 folles et pernicieuses8 ,le noyer nuit beaucoup aux champs et aux vignes1 parce qu'tant fort gros et fort grand1 il tire tout le suc de la terre2 qu'il lui fait perdre l'air et la chaleur du soleil1 par son feuillage extrmement tendu et touffu1 et qu'il attire encore les passans1 qui pour avoir de son fruit1 y font un grand dgt4 ,c'est le symbole des amitis sensuelles3 elles occupent si fort une ame1 et puisent tellement ses forces1 qu'il ne lui en reste plus pour la pratique de la religion2 elles offusquent entirement la raison par tant de rflexions1 d'imaginations1 d'entretiens et d'amusemens1 qu'elle n'a presque plus d'attention1 ni ses propres lumires ni celles du ,ciel2 elles attirent tant de tentations1 d'inquitudes1 de soupons et de sentimens contraires son vrai bien1 que le cur en souffre un dommage incroyable4 ,en un mot1 elles bannissent non-seulement l'amour cleste1 mais encore la crainte de ,dieu2 elles nervent l'esprit1 elles fltrissent la rputation2 elles font les divertissemens des cours1 mais elles sont la peste des curs4 ,,chapitre ,,xix4 ,des vraies amitis4 ,o ,philothe6 aimez tout le monde d'un grand amour de charit2 mais n'ayez d'amiti particulire qu'avec ceux qui pourront s'associer vous pour des choses vertueuses2 et plus les vertus que vous mettrez en commun seront exquises1 plus votre amiti sera parfaite4 ,que s'il s'agit de sciences1 assurment votre amiti sera fort louable2 mais elle le sera bien davantage encore s'il s'agit de vertus1 comme de prudence1 de discrtion1 de force ou de justice3 et si c'est la charit1 la dvotion1 le dsir de la perfection chrtienne qui font la base de toutes vos communications1 ,dieu6 qu'alors votre amiti sera prcieuse6 qu'elle sera excellente6 excellente1 parce qu'elle viendra de ,dieu2 excellente1 parce qu'elle se rapportera ,dieu2 excellente1 parce que son lien sera ,dieu2 excellente1 parce qu'elle durera ternellement en ,dieu4 ,oh6 qu'il fait bon aimer sur la terre comme l'on aime dans le ,ciel1 et apprendre s'entre-chrir dans ce monde1 comme nous le ferons ternellement en l'autre6 ,je ne parle pas ici du simple amour de charit qui doit s'tendre tous les hommes2 mais je parle de l'amiti spirituelle par laquelle deux ou trois ames ou un plus grand nombre se communiquent leur dvotion1 leurs affections spirituelles1 et ne font elles toutes qu'un seul et mme esprit4 ,qu' bon droit elles peuvent chanter1 ces bnites ames3 ,oh6 qu'il est doux et agrable pour des frres de vivre et d'habiter ensemble6 ,oui1 car le baume dlicieux de la dvotion s'panche continuellement du cur des uns dans le cur des autres1 en sorte que l'on peut dire que ,dieu a rpandu sa bndiction sur cette amiti1 et que la vie lui est assure jusqu' la fin des sicles4 ,toutes les autres amitis ne sont que des ombres auprs de celle-ci1 et leurs liens ne sont que des chanes de verre ou de jais en comparaison de ce grand lien de la sainte dvotion qui est tout d'or4 ,ne faites jamais d'amiti que de cette espce2 je veux dire d'amiti que vous soyez dans le cas de faire2 car il ne faut ni quitter ni mpriser pour cela les amitis que la nature et le devoir vous obligent de cultiver2 comme sont les amitis des parens1 des allis1 des bienfaiteurs1 des voisins et autres4 ,je ne parle ici que de celles que vous choisissez vous-mme4 ,plusieurs vous diront peut-tre qu'il ne faut pas avoir d'amiti particulire1 parce que cela occupe le cur1 distrait l'esprit1 et engendre de jalousies2 mais ils se trompent en leurs conseils3 ils ont vu dans les crits de plusieurs saints auteurs que les amitis particulires nuisoient extrmement aux religieux1 et ils ont cru qu'il en toit de mme pour le reste du monde2 mais il y a bien dire cela2 car1 comme dans un monastre bien rgl tous conspirent au mme but2 qui est la vraie dvotion1 il n'est pas besoin d'y faire d'amiti particulire1 et au contraire il seroit craindre qu'en cherchant en particulier ce qui est commun1 on ne passt des particularits aux partialits2 mais pour ceux qui vivent parmi les mondains1 et qui veulent nanmoins embrasser la vraie et solide vertu1 il leur est ncessaire de s'unir les uns aux autres par une sainte et sacre amiti1 afin que par elle ils puissent s'animer1 s'aimer1 s'entre-porter au bien4 ,et comme ceux qui cheminent dans la plaine n'ont que faire de se prter la main1 tandis que ceux qui vont par des sentiers scabreux et glissans doivent se soutenir les uns les autres pour marcher en assurance2 de mme1 ceux qui vivent en religion n'ont pas besoin d'amitis particulires1 mais ceux qui vivent dans le monde en ont besoin pour s'encourager et se secourir les uns les autres parmi tant de mauvais passages qu'il leur faut franchir4 ,dans le monde1 tous ne conspirent pas la mme fin1 tous n'ont pas le mme esprit3 il faut donc ncessairement se retirer part1 et faire des amitis qui rentrent dans nos gots2 et il est vrai que cette particularit fera une partialit1 mais ce sera une partialit sainte1 une partialit qui ne causera aucune division1 si ce n'est la division du bien et du mal1 des brebis et des chvres1 des abeilles et des frelons2 sparation absolument ncessaire4 ,certes1 on ne sauroit nier que ,notre-,seigneur n'ait aim d'une tendre et spciale amiti saint ,jean1 le ,lazare1 ,marthe et ,magdeleine1 puisque l',ecriture en fait foi4 ,on sait que saint ,pierre chrissoit tendrement saint ,marc et sainte ,ptronille1 comme saint ,paul son ,timothe et sainte ,thcle4 ,saint ,grgoire de ,nazianze se vante en mille occasions de l'amiti sans gale qui l'unissoit au grand saint ,basile1 et il la dcrit peu prs en ces termes3 ,il sembloit qu'il n'y et en nous qu'une seule ame pour animer deux corps4 ,il ne faut donc pas croire ceux qui disent que chaque chose est en elle-mme tout ce qu'elle est et non pas dans une autre2 car nous tions tous deux en l'un de nous et l'un toit en l'autre4 ,nous avions tous deux une seule et mme prtention1 qui toit de cultiver la vertu1 et de rgler notre vie conformment aux esprances futures1 en sorte que nous tions hors de cette terre mortelle avant que d'y mourir4 ,nous voyons aussi par le tmoignage de saint ,augustin1 que saint ,ambroise aimoit particulirement sainte ,monique1 cause des rares vertus qu'il voyoit en elle1 et qu'elle rciproquement le chrissoit comme un ange de ,dieu4 ,mais j'ai tort de m'arrter des choses si claires4 ,saint ,jrme1 saint ,augustin1 saint ,grgoire1 saint ,bernard1 et tous les plus grands serviteurs de ,dieu1 ont eu de trs-particulires amitis1 sans que leur perfection en ait aucunement souffert4 ,saint ,paul reprochant aux gentils leurs dfauts1 les accuse d'avoir t des gens sans affection1 c'est--dire qui n'avoient aucune amiti2 et saint ,thomas1 comme tous les bons philosophes1 reconnot que l'amiti est une vertu4 ,or1 il parle de l'amiti particulire1 puisqu'il dit que l'amiti ne peut s'tendre beaucoup de personnes4 ,la perfection ne consiste donc pas n'avoir pas d'amiti1 mais n'en avoir que de bonnes1 de saintes et de sacres4 ,,chapitre ,,xx4 ,de la diffrence qu'il y a entre les vraies et les vaines amitis4 ,c'est ici1 ,philothe1 le grand avertissement3 le miel d',hracle1 qui est si vnneux1 ressemble l'autre qui est si salutaire3 il y a grand danger de prendre l'un pour l'autre1 ou de les prendre mls ensemble2 car la bont de l'un ne corrigeroit pas la malignit de l'autre4 ,il faut donc tre sur ses gardes pour n'tre point tromp en amiti1 car bien souvent ,satan donne le change4 ,on commence par l'amiti vertueuse2 mais bientt1 si on n'est prudent1 l'amiti frivole s'y mle1 puis l'amiti fausse1 puis l'amiti coupable4 ,oui1 mme dans l'amiti spirituelle1 il y a du danger1 si on n'est fort sur ses gardes1 bien qu'il soit plus difficile d'y prendre le change1 cause de sa puret et de sa blancheur1 qui rendent plus reconnoissables les souillures que ,satan veut y mler4 ,c'est pourquoi quand le dmon veut en venir l1 il s'y prend plus finement1 et tche de glisser le poison presque sans qu'on s'en aperoive4 ,vous distinguerez l'amiti mondaine de la sainte et vertueuse1 comme l'on distingue le miel d',hracle d'avec l'autre3 le miel d',hracle est plus doux la langue que le miel ordinaire1 raison de l'aconit qui lui donne ce surcrot de douceur4 ,de mme l'amiti mondaine produit ordinairement une multitude de paroles doucereuses1 de flatteries1 de petits mots d'admiration sur la beaut1 la bonne grce et les autres avantages extrieurs2 au lieu que l'amiti sainte a un langage simple et franc1 et ne peut louer que la vertu et la grce de ,dieu1 unique fondement sur lequel elle repose4 ,le miel d',hracle excite dans ceux qui en mangent de grands tournoiemens de tte2 et la fausse amiti provoque aussi des espces de vertiges1 qui font chanceler la personne qui en est atteinte dans la voie de la vertu et de la dvotion1 la portant des manires affectes1 de folles dmonstrations1 de petites plaintes1 de petits soupons1 des empressemens outrs1 des prtentions ridicules1 et mille autres choses qui prsagent certainement la ruine prochaine de la vertu4 ,l'amiti sainte agit bien diffremment3 elle n'a que des regards simples et modestes1 que des dmonstrations pures et franches2 toute son ambition est pour le ,ciel1 tous ses regrets1 tout son chagrin est que ,dieu ne soit pas assez aim3 marques infaillibles d'une honntet parfaite4 ,le miel d',hracle trouble la vue1 et l'amiti mondaine trouble si fort le jugement que l'on ne distingue plus le bien et le mal1 et que l'on prend pour de vraies raisons les prtextes les plus mal fonds1 que l'on craint la lumire et qu'on aime les tnbres4 ,l'amiti sainte1 au contraire a les yeux clairvoyans1 et loin de se cacher1 elle se plat parotre devant les gens de bien4 ,enfin le miel d',hracle laisse dans la bouche une grande amertume3 ainsi les fausses amitis se terminent ordinairement par des brouilleries1 des injures1 des impostures1 des tristesses1 des confusions et des jalousies qui vont souvent jusqu' l'emportement et le dsespoir4 ,mais la bonne amiti est toujours galement douce1 polie et aimable2 elle ne connot pas le changement1 si ce n'est pour devenir une plus pure et plus parfaite union des esprits et des curs2 image vive de l'amiti bienheureuse que l'on gote au ,ciel4 ,,chapitre ,,xxi4 ,avis et remdes contre les mauvaises amitis4 ,mais quel remde toute cette engeance de folles et mauvaises amitis8 ,sitt que vous en ressentirez les premires atteintes1 tournez vite votre cur de l'autre ct1 et avec une dtestation absolue de cette vanit1 courez la croix du ,sauveur1 et prenez sa couronne d'pines pour en environner votre cur1 afin que ces petits renardeaux n'en approchent pas4 ,gardez-vous bien d'en venir aucune composition avec cet ennemi2 ne dites pas3 ,je l'couterai1 mais je ne ferai rien de ce qu'il me dira2 je lui prterai l'oreille1 mais je lui refuserai le cur4 ,o ma ,philothe6 au nom de ,dieu1 soyez inflexible en de telles occasions3 le cur et l'oreille tiennent l'un l'autre2 et comme il est impossible d'arrter un torrent qui a pris sa descente par le penchant d'une montagne1 aussi est-il bien difficile d'empcher que le poison qui est tomb dans l'oreille ne fasse aussitt sa chute jusqu'au fond du cur4 ,les chvres1 selon ,alcmon1 respirent par les oreilles1 et non par les naseaux2 il est vrai qu',aristote le nie2 mais1 quoi qu'il en soit1 je sais bien que notre cur a cette proprit1 et que1 comme il aspire et exhale ses penses par la langue1 il respire par l'oreille1 par laquelle il reoit les penses des autres4 ,gardons donc soigneusement nos oreilles de l'air des folles paroles2 car autrement notre cur en seroit de suite infect4 ,que si l'on prend plaisir les couter et s'y entretenir1 ,dieu6 ,philothe1 combien ne doit-on pas craindre la perte prochaine du cur6 ,marie la vue de l'ange qui vient la saluer1 se trouble1 parce qu'elle est seule et qu'elle entend ses louanges dans la bouche du messager cleste4 ,o ,sauveur du monde6 la puret craint un ange sous la forme humaine1 et nous1 la fragilit mme1 nous ne serions pas effrays la voix d'un homme1 encore qu'il et la forme d'un ange1 quand il nous donne des louanges excessives et grossires6 ,n'hsitez pas1 ,philothe1 repoussez promptement toutes ces sortes de discours4 ,en pareil cas il ne faut pas craindre de parotre incivile et revche4 ,souvenez-vous que vous avez donn votre cur ,dieu1 et que votre amour lui tant consacr1 ce seroit un sacrilge de lui en ravir la moindre part4 ,sacrifiez-le-lui plutt de nouveau par mille rsolutions et protestations1 et vous tenant l comme un cerf dans son fort1 rclamez l'assistance de ,dieu2 il vous secourra1 et son amour prenant le vtre sous sa protection1 le fera vivre uniquement pour lui4 ,que si vous tes dj dans les liens de ces folles amitis1 hlas6 ,philothe j'avoue que la difficult est grande4 ,toutefois prenez courage4 ,prosternez-vous devant la divine ,majest3 reconnoissez en sa prsence l'excs de votre misre1 de votre foiblesse et de votre vanit3 puis1 avec le plus grand effort de cur qu'il vous sera possible1 dtestez ces amitis commences1 abjurez toutes les marques que vous en avez donnes1 renoncez toutes les promesses que vous pourriez avoir acceptes1 et d'une volont forte et courageuse1 arrtez dans votre cur que jamais plus vous ne rentrerez en de tels engagemens4 ,si vous pouviez vous loigner1 je l'approuverois fort2 car le changement de lieu sert beaucoup pour apaiser ces sortes d'inquitudes1 comme il sert calmer la douleur4 ,ce fut par ce motif que saint ,augustin quitta ,tagaste1 o toit mort son ami1 et s'en alla ,carthage1 dans l'esprance que l'loignement allgeroit un peu sa peine4 ,mais qui ne peut s'loigner1 que doit-il faire8 ,il doit absolument retrancher toute conversation particulire1 toute assiduit1 toute vaine dmonstration1 et gnralement tout ce qui pourroit entretenir cette mauvaise amiti4 ,je crie tout haut quiconque est tomb dans ce pige3 ,taillez1 tranchez1 rompez3 il ne faut pas s'amuser dcoudre ces folles amitis1 il les faut dchirer2 il n'en faut pas dnouer les liaisons1 il les faut rompre ou couper2 car aussi bien les cordons et les liens n'en valent rien4 ,il ne faut point mnager un amour qui est si contraire l'amour de ,dieu4 ,mais1 direz-vous1 aprs que j'aurai ainsi secou le joug de cette amiti1 ne m'en restera-t-il pas encore quelque ressentiment1 et la marque de mes fers ne demeurera-t-elle pas toujours imprime sur mes pieds1 c'est--dire en mes affections8 ,non1 ,philothe1 si vous avez conu de votre faute tout le regret qu'elle mrite4 ,car si cela est1 vous n'aurez plus que de l'horreur pour de tels attachemens1 et vous serez libre de toute affection1 hormis celle d'une trs-pure charit pour ,dieu4 ,mais si1 par l'imperfection de votre repentir1 il vous reste encore quelque mauvaise inclination1 prenez les moyens suivans3 procurez votre ame une solitude mentale1 conformment ce que je vous ai enseign ce sujet2 retirez-vous-y le plus qu'il vous sera possible2 et par mille lancemens de votre cur1 renoncez toutes vos inclinations1 et reniez-les de toutes vos forces2 lisez plus qu' l'ordinaire de bons livres2 confessez-vous plus souvent que de coutume1 et faites aussi de plus frquentes communions4 ,enfin1 dcouvrez humblement et navement toutes vos tentations votre directeur1 si vous le pouvez1 ou au moins quelque personne prudente et discrte2 et ne doutez pas qu'en persvrant fidlement en ces exercices1 ,dieu ne vous affranchisse de toutes vos misres4 ,mais1 me direz-vous encore1 ne sera-ce point une ingratitude de rompre si brusquement une amiti8 ,oh6 que bienheureuse est l'ingratitude qui nous rend agrables ,dieu6 ,non1 je vous en rponds1 ,philothe1 ce ne sera pas une ingratitude1 mais un grand service que vous rendrez votre ami4 ,car1 en rompant vos liens1 vous romprez les siens1 puisqu'ils vous toient communs2 et bien que pour le moment il ne sente pas son bonheur1 il le reconnotra bientt aprs1 et chantera comme vous ce beau cantique d'action de grce3 ,o ,seigneur6 vous avez rompu mes liens1 je vous offrirai un sacrifice de louange1 et j'invoquerai votre saint nom4 ,,chapitre ,,xxii4 ,quelques autres avis sur les amitis4 ,j'ai encore un avis important vous donner sur ce sujet4 ,l'amiti demande une grande communication entre les ames2 autrement elle ne pourroit ni natre1 ni subsister4 ,c'est pourquoi il arrive souvent qu'avec ces communications de l'amiti1 plusieurs autres se glissent insensiblement1 et font passer dans le cur des amis les mmes affections1 les mmes inclinations et les mmes gots4 ,mais surtout cela arrive quand nous estimons beaucoup celui que nous aimons2 car alors nous ouvrons tellement notre cur son amiti1 qu'avec elle ses inclinations et ses qualits y entrent aisment tout entires1 soit qu'elles soient bonnes1 ou qu'elles soient mauvaises4 ,certes1 les abeilles qui font le miel d',hracle ne cherchent que le miel2 cependant avec le miel elles sucent insensiblement les qualits vnneuses de l'aconit1 sur lequel elles font leur cueillette4 ,o ,dieu6 ,philothe1 c'est ici qu'il faut bien pratiquer la parole que le ,sauveur de nos ames avoit coutume de dire1 ainsi que nous l'ont appris les anciens3 ,soyez de bons changeurs et de bons monnoyeurs2 c'est--dire1 ne recevez pas la fausse monnoie avec la bonne1 ni le bas or avec l'or fin2 sparez ce qu'il y a de prcieux d'avec ce qu'il y a de vil4 ,oui1 car il n'y a presque personne qui n'ait quelque imperfection2 et quelle raison y a-t-il de recevoir les dfauts et les imperfections d'un ami avec son amiti8 ,il le faut certes aimer1 nonobstant son imperfection1 mais il ne faut ni aimer ni recevoir son imperfection2 car l'amiti demande la communication du bien1 et non pas du mal4 ,comme donc ceux qui tirent le gravier du ,tage en sparent l'or qu'ils y trouvent pour l'emporter1 et laissent le sable sur le rivage2 de mme ceux qui jouissent des communications d'une bonne et sainte amiti doivent en sparer le sable des imperfections1 et ne point le laisser entrer dans leur ame4 ,saint ,grgoire de ,nazianze assure que plusieurs des amis et des admirateurs de saint ,bazile s'toient laiss porter l'imiter jusque dans ses imperfections extrieures1 son parler lent1 son air abstrait et pensif1 et mme en la forme de sa barbe et en sa dmarche2 et nous voyons des maris1 des femmes1 des enfans1 des amis1 qui ayant en grande estime leurs amis1 leurs pres1 leurs maris et leurs femmes1 contractent par condescendance ou par imitation mille mauvaises petites habitudes dans le commerce d'amiti qu'ils ont ensemble4 ,or1 cela ne doit aucunement se faire2 chacun a bien assez de ses mauvaises inclinations1 sans se surcharger encore de celles des autres2 et non-seulement l'amiti ne demande point cela1 mais1 au contraire1 elle nous oblige nous entr'aider pour nous affranchir rciproquement de toutes sortes d'imperfections4 ,il faut bien supporter doucement l'ami en ses imperfections1 mais il ne faut pas l'y entretenir1 et encore moins les transporter en nous4 ,je ne parle ici que des imperfections2 car1 quant aux pchs1 il ne faut pas mme les supporter dans un ami4 ,c'est une amiti foible ou mchante de voir prir un ami1 et de ne point le secourir2 de le voir mourir d'une apostme1 sans oser lui donner le coup de lancette qui pourroit le sauver4 ,la vraie et vivante amiti ne peut exister parmi les pchs4 ,on dit que la salamandre teint le feu dans lequel elle se couche3 ,eh bien6 de mme1 le pch ruine l'amiti en laquelle il se loge4 ,que si c'est un pch passager1 l'amiti le met soudain en fuite par une sage correction2 mais si c'est un pch qui sjourne et demeure1 tout aussitt l'amiti prit2 car elle ne peut subsister que par la vertu4 ,combien plus forte raison doit-on craindre de pcher par amiti8 ,un ami devient notre ennemi quand il veut nous conduire au pch1 et il mrite de perdre notre amiti1 ds-lors qu'il veut nous perdre et nous damner2 or l'attachement une personne vicieuse est la marque la plus certaine d'une fausse amiti4 ,si celui que nous aimons est vicieux1 assurment notre amiti est vicieuse2 car puisqu'elle ne peut s'appuyer sur la vraie vertu1 il faut bien qu'elle s'appuie sur quelque vertu foltre1 ou quelque qualit sensuelle4 ,quant aux socits de marchands pour intrt de commerce1 elles ne sont que l'image de la vritable amiti1 car elles se font1 non pour l'amour des personnes1 mais pour l'amour du gain4 ,enfin rappelez-vous ces deux divines paroles1 qui sont comme les deux grandes colonnes de la vie chrtienne2 l'une est du ,sage3 ,qui a la crainte de ,dieu1 aura aussi une bonne amiti2 l'autre est de saint ,jacques3 ,l'amiti de ce monde est ennemie de ,dieu4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,des exercices de mortification extrieure4 ,les naturalistes nous assurent que si on crit quelque mot sur une amande bien entire1 et qu'on la remette dans son noyau1 le pliant et serrant bien proprement et le plantant ainsi1 tout le fruit de l'arbre qui en viendra se trouvera crit et grav du mme mot4 ,pour moi1 ,philothe1 je n'ai jamais pu approuver la mthode de ceux qui1 pour rformer l'homme1 commencent par l'extrieur1 par les contenances1 par les habits1 par les cheveux4 ,il me semble au contraire qu'il faut commencer par l'intrieur3 ,convertissez-vous moi1 dit ,dieu1 de tout votre cur4 ,mon fils1 donnez-moi votre cur4 ,car en effet1 le cur tant la source des actions1 elles sont telles qu'il est lui-mme4 ,le divin poux invitant l'ame1 lui adresse ces paroles3 ,mettez-moi comme un cachet sur votre cur1 comme un cachet sur votre bras4 ,oui vraiment2 car quiconque a ,jsus-,christ dans son cur1 l'a bientt aprs dans toutes ses actions extrieures4 ,c'est pourquoi1 chre ,philothe1 j'ai voulu avant toutes choses graver sur votre cur ce mot saint et sacr3 vive ,jsus6 assur que je suis1 qu'aprs cela votre vie1 qui vient du cur comme l'amandier vient de son noyau1 produira tous ses fruits1 c'est--dire toutes ses actions empreintes et graves du mme mot de salut2 et que1 comme ce doux ,jsus vivra dans votre cur1 il vivra aussi dans toute votre conduite1 et parotra en vos yeux1 en votre bouche1 en vos mains1 voire mme en vos cheveux1 en sorte que vous pourrez dire1 l'exemple de saint ,paul3 ,je vis1 ou plutt ce n'est plus moi qui vis1 c'est ,jsus-,christ qui vit en moi4 ,bref1 qui a gagn le cur de l'homme a gagn tout l'homme4 ,mais ce cur mme1 par lequel nous voulons commencer1 a besoin qu'on lui apprenne rgler tout l'extrieur1 afin que non-seulement on y voie la sainte dvotion1 mais encore une grande discrtion et sagesse4 ,pour cela1 je vais vous donner en peu de mots plusieurs avis4 ,si vous pouvez supporter le jene1 vous ferez bien de jener quelques jours1 outre les jenes que l'glise commande2 car1 outre l'effet ordinaire du jene1 qui est d'lever l'esprit1 de rprimer la chair1 de faciliter la vertu1 et d'acqurir une plus grande rcompense dans le ,ciel1 c'est encore un trs-grand bien que de se maintenir en la possession de gourmander la gourmandise mme1 et de tenir le corps et les sens soumis la loi de l'esprit3 et bien qu'on ne jene pas beaucoup1 l'ennemi nanmoins nous craint davantage quand il voit que nous savons jener4 ,les mercredi1 vendredi et samedi1 sont les jours auxquels les anciens chrtiens s'exeroient le plus l'abstinence4 ,prenez-en donc de ceux-l pour jener1 selon votre dvotion et les sages avis de votre directeur4 ,je dirois volontiers comme saint ,jrme la bonne dame ,lta3 ,les jenes longs et immodrs me dplaisent fort1 surtout dans ceux qui sont encore d'un ge tendre4 ,j'ai appris par exprience que les petits nons tant las en chemin1 cherchent s'en carter1 c'est--dire que les jeunes gens devenus infirmes par l'excs du jene1 en viennent aisment aux dlicatesses4 ,les cerfs courent mal en deux temps3 quand ils sont trop chargs de venaison1 et quand ils sont trop maigres4 ,de mme nous sommes grandement exposs aux tentations quand notre corps est trop nourri1 et quand il est trop abattu2 car dans le premier tat il devient insolent et rebelle1 et dans le second il devient lche et dsespr2 et comme nous ne pouvons le porter quand il est trop gras1 aussi ne peut-il nous porter quand il est trop maigre4 ,ce dfaut de modration dans le jene1 la discipline et les autres exercices de pnitence1 rend inutiles aux uvres de la charit les meilleures annes de plusieurs2 comme il arriva mme saint ,bernard1 qui se repentit d'avoir us de trop d'austrit4 ,en sorte qu'aprs avoir maltrait leur chair au commencement1 ils sont contraints de la flatter la fin4 ,n'eussent-ils pas beaucoup mieux fait de s'imposer ds le principe des mortifications modres1 gales et proportionnes aux travaux et aux devoirs que leurs conditions leur imposoient8 ,le jene et le travail matent et abattent la chair4 ,si le travail que vous faites vous est ncessaire1 ou est fort utile la gloire de ,dieu1 j'aime mieux que vous souffriez la peine du travail que celle du jene4 ,c'est le sentiment de l'glise1 qui1 pour les travaux utiles au service de ,dieu et du prochain1 dcharge ceux qui les font du jene mme command4 ,l'un a de la peine jener1 l'autre en a servir les malades1 visiter les prisonniers1 confesser1 prcher1 soulager les pauvres1 prier et autres choses semblables2 cette peine vaut mieux que l'autre2 car1 outre qu'elle mate galement la chair1 elle a des fruits beaucoup plus dsirables2 et ainsi il vaut mieux1 gnralement parlant1 garder plus de forces corporelles qu'il n'en faut1 que de les trop diminuer2 car on peut toujours les abattre si on le veut1 mais on ne peut pas toujours les rparer quand on en a besoin4 ,il me semble que nous devons avoir en grande considration la parole que notre ,sauveur et ,rdempteur ,jsus-,christ a dit ses disciples3 ,mangez ce que l'on vous servira4 ,c'est1 je crois1 une plus grande vertu de manger sans choix ce qu'on vous prsente1 soit que vous l'aimiez1 soit que vous ne l'aimiez pas1 que de choisir toujours le pire2 car encore que cette dernire faon de vivre semble plus austre1 l'autre nanmoins a plus de rsignation2 car1 par elle on ne renonce pas seulement son got1 mais encore son choix2 et assurment ce n'est pas une petite austrit de tourner son got toute main1 et de le plier en toutes rencontres4 ,ajoutez que cette sorte de mortification ne parot point1 n'incommode personne1 et convient tout--fait aux usages de la vie civile4 ,repousser un plat pour en prendre un autre1 regarder de prs et tter toutes les viandes1 ne trouver jamais rien de bien apprt ni d'assez propre1 faire des mystres a chaque morceau1 tout cela ressent un cur mou et esclave de sa bouche4 ,j'estime plus saint ,bernard d'avoir bu de l'huile pour de l'eau et du vin1 que s'il et bu de l'eau d'absinthe avec intention2 car c'toit signe qu'il ne pensoit pas ce qu'il buvoit4 ,et en cette indiffrence du boire et du manger consiste vritablement la perfection de cette parole3 ,mangez ce que l'on vous servira4 ,j'excepte nanmoins les viandes qui nuisent la sant1 ou mme aux fonctions de l'esprit1 comme sont1 l'gard de plusieurs personnes1 les viandes chaudes et pices2 et je n'entends pas non plus parler de certaines occasions o la nature a besoin d'tre aide et remonte pour pouvoir soutenir quelque travail la gloire de ,dieu4 ,en un mot1 une sobrit modre et continuelle vaut mieux que des abstinences violentes faites diverses reprises1 et entremles de grands relchemens4 ,la discipline prise modrment est merveilleuse pour ranimer la dvotion4 ,la haire mate puissamment le corps2 mais l'usage en est ordinairement peu propre aux gens maris1 aux complexions dlicates1 et ceux qui ont supporter d'autres grandes peines4 ,on peut cependant s'en servir1 avec l'aide d'un sage confesseur1 les jours qui sont plus spcialement consacrs la pnitence4 ,il faut prendre la nuit autant de sommeil qu'il en faut1 chacun selon sa complexion1 pour pouvoir bien et utilement veiller le jour2 et puisque l',ecriture ,sainte en cent faons1 l'exemple des saints1 la raison et l'exprience nous recommandent grandement les matines comme le temps le plus prcieux et le plus fructueux de nos jours2 puisque ,notre-,seigneur mme est appel soleil levant1 et sa sainte ,mre aube du jour1 je pense que c'est une habitude louable de prendre son sommeil le soir de bonne heure1 pour pouvoir ensuite se rveiller et se lever de bon matin4 ,assurment c'est bien l le temps le plus agrable1 le plus doux1 et o il y a le moins d'embarras2 les oiseaux eux-mmes semblent nous y inviter bnir et louer ,dieu4 ,le lever matin est donc tout--fait favorable et la sant et la saintet4 ,balaam1 mont sur son nesse1 alloit trouver ,balac2 mais1 parce que son intention n'toit pas droite1 un ange l'attendit sur le chemin avec une pe en main pour le tuer4 ,l'nesse1 qui voyoit l'ange1 s'arrta par trois fois et fit la rtive2 et chaque fois ,balaam la frappa cruellement de son bton pour la faire avancer1 jusqu' ce qu'enfin1 s'tant couche tout--fait sous le prophte1 elle lui dit1 par un grand miracle3 ,que t'ai-je fait8 ,pourquoi m'as tu dj frappe trois fois8 ,et aussitt les yeux de ,balaam s'tant ouverts1 il vit l'ange qui lui dit3 ,pourquoi as-tu battu ton nesse8 ,si elle ne se ft dtourne de devant moi1 je t'eusse tu1 et je l'eusse pargne4 ,alors ,balaam dit l'ange3 ,seigneur1 j'ai pch2 je ne savois pas que vous vous opposassiez mon voyage4 ,voyez-vous ,philothe1 ,balaam est la cause du mal2 et il frappe nanmoins la pauvre nesse qui n'y a nulle part4 ,c'est ce qui arrive bien souvent en nos affaires3 cette femme voit son mari ou son enfant malade1 et aussitt elle court au jene1 la haire1 la discipline1 comme fit ,david en pareille occasion4 ,hlas6 chre amie1 vous battez le pauvre ne1 vous affligez votre corps1 et cependant il n'est pas cause de votre mal1 et de ce que ,dieu a tir son pe contre vous4 ,corrigez votre cur qui est idoltre de ce mari1 qui passe tout cet enfant1 et qui le destine mille projets d'orgueil et d'ambition3 c'est l la vraie source du mal4 ,cet homme voit que souvent il retombe lourdement dans le pch3 aussitt sa conscience vient lui percer le cur par des reproches intrieurs qu'il redoute1 alors revenant lui3 ,ah6 maudite chair1 s'crie-t-il1 ah6 corps dloyal1 tu m'as trahi6 ,et le voil aussitt grands coups sur cette chair1 des jenes immodrs1 des disciplines sans fin1 des haires insupportables4 ,o pauvre ame6 si ta chair pouvoit parler comme l'nesse de ,balaam1 elle te diroit3 ,pourquoi me frappes-tu1 misrable8 ,c'est contre toi1 mon ame6 que ,dieu arme sa vengeance2 c'est toi qui es la criminelle4 ,pourquoi me conduis-tu en de mauvaises runions8 ,pourquoi m'exposes-tu de rudes tentations8 ,sois sobre en tes penses1 et je serai sobre dans mes sens4 ,ne vois que des gens honntes1 et j'ignorerai de tels excs4 ,hlas6 c'est toi qui me jettes dans le feu1 et tu ne veux pas que je brle6 ,tu me remplis les yeux de fume1 et tu ne veux pas qu'ils s'enflamment6 ,et ,dieu sans doute vous dit alors3 ,battez1 rompez1 fendez1 brisez vos curs principalement2 car c'est contre eux que ma colre est allume4 ,certes1 pour gurir la dmangeaison1 il ne faut pas tant se baigner et le laver1 que se purifier le sang et se rafrachir la bile2 ainsi1 pour nous gurir de nos vices1 s'il est bon de mortifier notre chair1 il est surtout bon de bien purifier nos affections et de rafrachir nos curs4 ,souvenez-vous1 au reste1 qu'en tout et partout il ne faut entreprendre d'austrit corporelle qu'avec l'avis de votre directeur4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,des compagnies et de la solitude4 ,rechercher les compagnies1 et les fuir1 ce sont deux excs blmables dans la dvotion des gens du monde1 qui est celle dont je parle ici4 ,car fuir les compagnies1 c'est marquer du ddain et du mpris pour le prochain2 et les rechercher1 c'est donner dans l'inutilit et l'oisivet4 ,il faut aimer le prochain comme soi-mme2 pour montrer qu'on l'aime1 il ne faut pas viter d'tre avec lui2 et pour tmoigner qu'on s'aime soi-mme1 il faut se plaire avec soi-mme3 ,or on y est quand on est seul3 ,pense toi1 dit saint ,bernard1 et puis aux autres4 ,si donc rien ne vous presse de faire des visites1 ou d'en recevoir chez vous1 demeurez en vous-mme1 et entretenez-vous avec votre cur4 ,mais si quelque visite vous arrive1 ou que vous ayez de bons motifs pour en faire1 allez au nom de ,dieu1 ,philothe1 et voyez votre prochain de bon cur et de bon il4 ,on appelle mauvaises compagnies celles qui sont animes de quelque mauvaise intention1 ou bien quand ceux qui s'y trouvent sont vicieux1 libres et dissolus4 ,pour celles-l1 il faut s'en dtourner tout--fait1 comme les abeilles se dtournent d'un amas de frelons et de taons4 ,car1 comme ceux qui ont t mordus par des chiens enrags ont la sueur1 l'haleine et la salive dangereuses1 principalement pour les enfans et les personnes dlicates2 de mme le commerce des gens vicieux et libres en paroles ne peut avoir que de grands dangers1 surtout pour ceux dont la dvotion est encore tendre et dlicate4 ,il y a des compagnies qui ne sont aucunement utiles1 si ce n'est pour se rcrer et se reposer un peu des occupations srieuses4 ,quant celles-l1 comme il ne faut pas y donner trop de temps1 aussi peut-on y consacrer le loisir destin la rcration4 ,il en est d'autres qui ne sont que d'honntet1 comme sont les visites mutuelles2 et certaines assembles qui se font pour honorer le prochain2 et quant celles-l1 s'il ne faut pas y mettre trop d'importance1 aussi ne faut-il pas les mpriser d'une manire incivile2 mais y satisfaire avec modestie et prudence1 afin d'viter galement l'impolitesse et la lgret4 ,restent les compagnies utiles1 comme sont celles des personnes vertueuses et dvotes4 ,o ,philothe6 ce vous sera toujours un grand bien d'en rencontrer souvent de pareilles4 ,la vigne plante parmi les oliviers porte des raisins onctueux1 et qui ont le got de l'olive2 de mme1 une ame qui se trouve souvent parmi des gens de bien ne peut faire autrement que de participer leurs vertus4 ,les bourdons seuls ne peuvent point faire de miel1 mais avec les abeilles ils aident le faire3 c'est donc un grand moyen de nous bien exercer la dvotion que de converser souvent avec les ames dvotes4 ,en toute compagnie et conversation1 la navet1 la simplicit1 la douceur1 la retenue1 sont ce qu'il y a de prfrable4 ,il est des gens qui mettent tant d'artifice la moindre parole et au moindre mouvement1 que chacun en est ennuy2 et comme celui qui ne voudroit jamais se promener qu'en comptant ses pas1 ni parler qu'en chantant1 seroit insupportable tout le monde2 de mme ceux qui prennent une contenance affecte1 et qui ne font rien qu'en cadence1 sont extrmement fcheux dans le monde2 et l'on peut assurer qu'il y a toujours en eux plus ou moins de prsomption4 ,il faut pour l'ordinaire qu'une douce joie domine dans nos rapports avec le prochain4 ,aussi louoit-on beaucoup saint ,romuald et saint ,antoine de ce que1 nonobstant toutes leurs austrits1 ils avoient toujours sur la physionomie et dans leurs discours l'expression de la joie1 de la gat et de la politesse4 ,riez avec ceux qui rient1 rjouissez-vous avec ceux qui se rjouissent2 je vous le dis encore une fois avec l',aptre3 ,rjouissez-vous toujours1 mais en ,notre-,seigneur1 et que votre modestie paroisse aux yeux de tous4 ,pour vous rjouir en ,notre-,seigneur1 il faut que le sujet soit non-seulement licite1 mais convenable2 ce que je dis1 parce qu'il y a des choses licites qui pourtant ne conviennent pas2 et afin que votre modestie paroisse1 gardez-vous des mchancets1 qui bien certainement sont toujours rprhensibles4 ,faire tomber l'un1 noircir l'autre1 piquer celui-ci1 faire du mal un fou1 ce sont des rises et des joies sottes et mchantes4 ,mais toujours1 outre la solitude intrieure en laquelle vous pouvez vous retirer au milieu mme des plus grandes conversations1 ainsi que je l'ai dit au chapitre douze de la seconde partie1 vous devez beaucoup aimer la solitude extrieure et relle2 non pas pour aller dans les dserts comme sainte ,marie gyptienne1 saint ,paul1 saint ,antoine1 saint ,arsne et tant d'autres solitaires2 mais pour demeurer un peu dans votre chambre1 dans votre jardin1 ou ailleurs1 et pouvoir plus librement recueillir votre esprit en vous-mme1 et rcrer votre ame par de bonnes mditations et de saintes penses1 ou bien par un peu de bonne lecture2 c'est ce que faisoit le grand saint ,grgoire1 vque de ,nazianze1 ainsi que nous le voyons par ses crits3 ,je me promenois1 dit-il1 seul avec moi-mme vers l'heure o le soleil se couche1 et je passois doucement le temps sur les rivages de la mer2 car j'ai coutume de prendre cette petite rcration pour me reposer et me distraire des ennuis ordinaires de la vie4 ,et l-dessus il rapporte la bonne pense qu'il eut1 et que je vous ai cite ailleurs4 ,c'toit aussi la pratique de saint ,ambroise3 ,souvent1 dit saint ,augustin1 tant entr dans sa chambre1 dont on ne refusoit l'entre personne1 je me plaisois le regarder lire2 et aprs avoir attendu quelque temps1 je m'en retournois sans mot dire1 pour ne pas le dranger1 pensant que le peu de temps qui restoit ce grand pasteur pour dlasser et rcrer son esprit ne devoit pas lui tre t4 ,aussi1 aprs que les aptres eurent un jour racont ,notre-,seigneur les succs qu'ils avoient eus dans une mission3 ,venez1 leur dit le ,sauveur1 retirons-nous dans la solitude1 et prenez-y un peu de repos4 ,,chapitre ,,xxv4 ,de la biensance des habits4 ,saint ,paul veut que les femmes chrtiennes 7il en faut dire autant des hommes7 soient revtues d'habits convenables1 se parant avec modestie et retenue4 ,or1 la biensance des habits et des autres ornemens dpend de la matire1 de la forme et de la propret4 ,quant la propret1 elle doit presque toujours tre la mme dans nos habits1 sur lesquels1 autant qu'il est possible1 il ne faut laisser aucune sorte de souillure et de tache4 ,la propret extrieure reprsente en quelque faon la puret intrieure1 c'est pour cela que ,dieu exige une grande puret corporelle en ceux qui approchent de ses autels1 et dans ceux qui sont plus particulirement consacrs son service4 ,quant la matire et la forme des habits1 la biensance rsulte de plusieurs circonstances3 du temps1 de l'ge1 des qualits1 des compagnies et des occasions4 ,on se pare ordinairement mieux les jours de fte1 selon la grandeur du jour qu'on clbre2 dans les temps consacrs la pnitence1 comme le carme1 l'on se nglige beaucoup2 dans les noces1 on porte des robes nuptiales2 dans les assembles funbres1 des robes de deuil2 auprs des princes on rehausse son tat2 dans l'intrieur de la famille on doit l'oublier2 la femme marie peut et doit se parer1 quand elle est avec son mari et qu'elle sait qu'il le dsire2 mais si elle fait de mme pendant son absence1 on lui demandera quoi bon tant de soin et de recherche4 ,on permet plus d'ajustement aux filles1 parce qu'il leur est permis de vouloir plaire plusieurs1 quoique ce ne soit qu'afin d'en gagner un par un saint mariage4 ,on ne trouve pas non plus mauvais que les veuves marier se parent un peu1 pourvu qu'elles ne se donnent point les airs de la premire jeunesse3 d'autant qu'ayant dj pass par l'tat du mariage1 et les regrets du veuvage1 on s'attend les trouver d'un esprit mr et rassis4 ,mais quant aux vraies veuves1 c'est--dire celles qui le sont vraiment de cur1 nul ornement ne leur est convenable1 sinon l'humilit1 la modestie et la dvotion4 ,car si elles veulent tre recherches1 elles ne sont pas de vraies veuves2 et si elles ne le veulent pas1 pourquoi tant de prtentions8 ,qui ne veut point recevoir d'htes1 n'a qu' ter l'enseigne de son logis4 ,on se moque toujours des vieilles gens qui veulent faire les jolis2 c'est une folie qui n'est supportable tout au plus que dans la jeunesse4 ,soyez propre1 ,philothe1 qu'il n'y ait rien sur vous de tranant et de mal rang4 ,c'est mpriser ceux avec qui l'on est que de les aller voir en habit dsagrable2 mais gardez-vous surtout des affteries1 vanits1 curiosits et sottes recherches2 tenez-vous toujours1 tant qu'il vous sera possible1 du ct de la simplicit et de la modestie3 c'est le plus grand ornement de la beaut1 et la meilleure excuse de la laideur4 ,saint ,pierre avertit principalement les jeunes femmes de ne point porter leurs cheveux si crps1 friss1 boucls et apprts4 ,les hommes qui sont assez lches pour s'amuser de telles sottises1 sont partout dcris comme tant moins hommes que femmes2 et les femmes elles-mmes que la vanit entte1 sont tenues pour foibles en vertu2 du moins1 si elles en ont1 il n'y parot gure parmi tant de fatras et de bagatelles4 ,on dit qu'on n'y pense pas mal2 mais je rplique1 comme je l'ai fait ailleurs1 que le diable y en pense toujours4 ,pour moi1 je voudrais qu'un dvot et une dvote fussent toujours les mieux habills de la compagnie1 mais les moins pompeux et affects2 et qu'ils fussent1 comme il est dit dans le ,proverbe1 pars de grces1 de biensance et de dignit4 ,saint ,louis dit d'un seul mot1 qu'on doit se vtir selon son tat1 en sorte que les sages et les prudens ne puissent pas dire1 vous en faites trop1 et les jeunes gens1 vous en faites trop peu4 ,que si les jeunes ne veulent point se contenter de la biensance1 alors il faut s'en tenir l'avis des sages4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,de parler1 et premirement comment il faut parler de ,dieu4 ,les mdecins prennent une grande connoissance de la sant ou de la maladie d'une personne par l'inspection de sa langue2 et nos paroles sont aussi de vrais indices des qualits de notre ame4 ,par tes paroles1 dit le ,sauveur1 tu seras justifi1 et par tes paroles tu seras condamn4 ,nous portons soudain la main sur la douleur que nous sentons1 et la langue sur l'amour que nous avons4 ,si donc1 ,philothe1 vous avez bien l'amour de ,dieu1 vous parlerez souvent de ,dieu dans les conversations particulires que vous aurez avec vos parens1 vos amis et vos voisins4 ,oui1 car la bouche du juste mditera la sagesse1 et sa langue parlera de justice4 ,et comme les abeilles ont toujours dans leur petite trompe quelque peu du miel qu'elles distillent1 de mme aussi votre bouche conservera le got des bonnes penses qu'elle aura exprimes2 votre plus douce jouissance sera de faire couler sur vos lvres les louanges de ,dieu1 et vous prouverez quelque chose de cette douceur dlicieuse que saint ,franois avoit1 dit-on1 la bouche toutes les fois qu'il prononoit le nom du ,seigneur4 ,mais parlez toujours de ,dieu comme de ,dieu1 c'est--dire avec respect et dvotion2 non point en faisant la suffisante et la prcheuse1 mais avec un grand esprit de douceur1 de charit et d'humilit2 distillant1 comme l'pouse des ,cantiques1 le miel dlicieux de la dvotion1 et le versant goutte goutte1 tantt dans l'oreille de l'un1 tantt dans l'oreille de l'autre1 priant ,dieu au fond de votre ame qu'il lui plaise de faire passer cette sainte rose jusque dans le cur de ceux qui vous coutent4 ,surtout il faut faire cet office anglique doucement et agrablement1 non par manire de correction1 mais par manire d'inspiration2 car c'est merveille1 comme la douceur est une bonne manire de proposer les choses et une puissante amorce pour attirer les curs4 ,ne parlez donc jamais de ,dieu1 ni de la dvotion1 par manire d'acquit et d'entretien1 mais toujours avec attention et dvotion4 ,ce que je dis pour vous garantir d'une dangereuse vanit qui se trouve en plusieurs personnes faisant profession de pit1 lesquelles disent tout propos des paroles saintes et ferventes par forme de discours1 et sans y penser nullement2 et qui1 aprs les avoir dites1 se croient telles que leurs paroles semblent l'indiquer1 ce qui malheureusement n'est pas4 ,,chapitre ,,xxvii4 ,de l'honntet des paroles1 et du respect que l'on doit aux personnes4 ,si quelqu'un ne pche point en paroles1 dit l'aptre saint ,jacques1 il est un homme parfait4 ,gardez-vous soigneusement de toute parole dshonnte2 car encore que vous ne les disiez pas avec mauvaise intention1 toujours est-il que ceux qui les entendent peuvent les prendre d'une autre manire4 ,la parole dshonnte tombant dans un cur foible1 s'tend et se dilate comme une goutte d'huile sur du drap2 et quelquefois elle saisit tellement le cur1 qu'elle le remplit de mille penses et tentations coupables4 ,car si le poison du corps entre par la bouche1 le poison du cur entre par l'oreille2 et la langue qui le produit est vraiment meurtrire1 puisque bien qu' l'aventure le venin qu'elle a jet n'ait pas produit son effet1 cause du contre-poison qui se sera trouv dans les curs1 toujours est-il qu'il n'a pas tenu sa malice qu'elle ne les ait fait mourir4 ,et qu'on ne dise pas qu'on n'y a pas pens2 car ,notre-,seigneur1 qui connot les penses1 a dit1 que la bouche parle de l'abondance du cur4 ,et si nous n'y pensons pas mal1 le dmon nanmoins y en pense beaucoup1 et se sert toujours secrtement de ces mauvais mots pour en transpercer le cur de quelqu'un4 ,on dit que ceux qui ont mang de l'herbe qu'on nomme anglique ont toujours l'haleine douce et agrable2 et ceux qui ont bien dans le cur l'honntet et la chastet1 qui est par excellence la vertu anglique1 ont toujours la bouche des paroles pures1 chastes et honntes4 ,quant aux choses grossires et folles1 l',aptre ne veut pas seulement qu'on les nomme1 nous assurant que rien ne corrompt tant les bonnes murs que les mauvais discours4 ,que si ces paroles dshonntes sont dites couvert1 avec finesse et subtilit1 elles sont encore infiniment plus dangereuses2 car1 comme plus un dard est pointu1 plus il entre aisment dans nos corps1 de mme plus un mauvais mot est aigu1 plus il pntre dans nos curs2 et ceux qui pensent tre fort aimables en disant de telles paroles en compagnie1 ne savent pas pourquoi les compagnies sont faites2 car elles doivent tre comme des essaims d'abeilles runies pour faire le miel de quelque doux et vertueux entretien1 et non comme un tas de gupes attaches quelque pourriture4 ,si donc quelque fat vient vous dire des paroles messantes1 tmoignez que vos oreilles en sont offenses1 soit en vous dtournant1 soit en usant de quelqu'autre moyen1 selon que la prudence vous le suggrera4 ,c'est une des plus mauvaises qualits qu'un esprit puisse avoir que d'tre moqueur4 ,dieu hait extrmement ce vice et en a fait autrefois des chtimens exemplaires4 ,rien n'est si contraire la charit1 et encore plus la dvotion1 que le mpris du prochain2 or1 la drision et la moquerie n'ont jamais lieu sans ce mpris4 ,aussi est-ce un fort grand pch2 et les docteurs ont raison de dire que la moquerie est la plus grande offense que l'on puisse faire au prochain en paroles1 parce que les autres offenses n'empchent pas toujours d'estimer celui qui est offens1 tandis que celle-ci est toujours accompagne de ddain et de mpris4 ,quant aux jeux de paroles qui se font entre honntes gens avec une gat douce et modeste1 ils appartiennent la vertu que les ,grecs appellent eutraplie1 et que nous pouvons nommer bonne conversation3 c'est une manire aimable de se rcrer l'occasion des travers et des petites imperfections humaines dont personne n'est exempt4 ,il se faut garder seulement de passer de la plaisanterie la moquerie2 car la moquerie provoque rire par mpris du prochain1 au lieu que la plaisanterie provoque rire par la libert1 l'enjoment et la franchise de cur1 joints la gentillesse de quelques mots4 ,il est rapport de saint ,louis1 que1 quand les religieux qu'il avoit sa cour vouloient parler de choses srieuses aprs dner1 ,ce n'est pas le moment1 leur disoit-il1 de raisonner de la sorte1 mais bien de se rcrer de quelques bons mots3 que chacun dise donc librement et honntement ce qu'il voudra4 ,et en cela il vouloit donner occasion la noblesse qui toit autour de lui de recevoir quelque marque de sa bont4 ,du reste1 ,philothe1 passons tellement le temps par rcration1 que nous nous assurions toujours la sainte ternit par dvotion4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,des jugemens tmraires4 ,ne jugez point1 et vous ne serez point jugs1 dit le ,sauveur de nos ames2 ne condamnez point1 et vous ne serez point condamns4 ,non1 dit le saint aptre1 ne jugez point avant le temps1 jusqu' ce que le ,seigneur vienne rvler le secret des tnbres1 et manifester les conseils des curs4 ,oh6 que les jugemens tmraires sont dsagrables ,dieu6 ,les jugemens des enfans des hommes sont tmraires1 parce qu'ils ne sont pas juges les uns des autres1 et qu'en jugeant ils usurpent l'office de ,notre-,seigneur4 ,ils sont tmraires1 parce que la principale malice du pch vient de l'intention et de la disposition du cur1 qui est pour nous le secret des tnbres4 ,ils sont tmraires1 parce que chacun a bien assez faire de se juger soi-mme1 sans entreprendre encore de juger son prochain4 ,c'est une chose galement ncessaire pour n'tre point jug1 de ne point juger les autres et de se juger soi-mme2 car1 comme ,notre-,seigneur nous dfend l'un1 l',aptre nous ordonne l'autre1 en disant3 ,si nous nous jugions nous-mmes1 nous ne serions pas jugs4 ,mais1 ,dieu6 nous faisons tout le contraire2 car1 ce qui nous est dfendu1 nous ne cessons de le faire1 jugeant tout propos le prochain2 et ce qui nous est command1 qui est de nous juger nous-mmes1 nous ne le faisons jamais4 ,selon les diverses causes des jugemens tmraires1 il y faut apporter divers remdes4 ,il y a des curs aigres1 amers et pres de leur nature qui rendent pareillement aigre et amer tout ce qu'ils reoivent1 et qui1 selon l'exprience du ,prophte1 convertissent le jugement en absynthe1 ne jugeant jamais du prochain qu'en toute rigueur et pret4 ,ceux-ci ont grandement besoin de tomber entre les mains d'un bon mdecin spirituel2 car cette amertume de cur leur tant naturelle1 elle est difficile vaincre2 et bien qu'en soi elle ne soit pas pch1 mais seulement une imperfection1 elle est nanmoins dangereuse1 parce qu'elle introduit et fait rgner dans l'ame le jugement tmraire et la mdisance4 ,quelques-uns jugent tmrairement1 non par aigreur1 mais par orgueil1 s'imaginant que plus ils rabaissent l'honneur d'autrui1 plus ils relvent le leur2 esprits arrogans ou prsomptueux1 qui s'admirent eux-mmes1 et se placent si haut dans leur propre estime1 qu'ils voient tout le reste comme chose petite et basse4 ,je ne suis pas comme le reste des hommes1 disoit le sot pharisien4 ,d'autres n'ont pas cet orgueil manifeste1 mais seulement une certaine petite complaisance considrer le mal d'autrui1 pour savourer et faire savourer plus doucement le bien contraire dont ils se croient dous2 et cette complaisance est si secrte et imperceptible1 que1 si on n'a bonne vue1 on ne peut la discerner1 et ceux mmes qui en sont atteints ne la connoissent pas1 moins qu'on ne la leur montre4 ,d'autres1 pour se flatter et s'excuser eux-mmes1 et pour adoucir les remords de leur conscience1 jugent fort volontiers que les autres sont vicieux du vice qu'ils ont contract1 ou de quelque autre aussi grand1 se persuadant que la multitude des criminels rend leur pch moins blmable4 ,plusieurs s'adonnent au jugement tmraire pour le seul plaisir de philosopher et de gloser sans fin sur l'humeur1 la conduite et les murs des personnes1 se faisant de cela comme un exercice et un jeu d'esprit4 ,que si par malheur ils rencontrent quelquefois juste en leurs conjectures1 alors l'audace et la manie de juger s'accrot tellement en eux1 que l'on a bien de la peine les retenir4 ,beaucoup jugent par passion1 pensant toujours bien de ce qu'ils aiment1 et toujours mal de ce qu'ils hassent1 sinon en un cas tout--fait tonnant1 et nanmoins vritable1 o l'excs de l'amour porte mal juger de ce qu'on aime3 effet monstrueux d'un amour grossier1 imparfait1 troubl et malade2 maudite jalousie1 qui1 comme chacun sait1 sur un simple regard1 sur le moindre geste1 condamne les personnes de trahison et de parjure4 ,enfin1 la crainte1 l'ambition et mille autres foiblesses d'esprit1 contribuent souvent ces vains soupons et ces jugemens tmraires4 ,mais quels remdes tant de maux8 ,on dit que ceux qui ont bu du suc d'une herbe d',ethiopie1 appele ophiusa1 croient voir partout des serpens et autres choses effroyables1 et que pour les gurir il faut leur faire prendre du vin de palmier2 de mme ceux qui ont aval l'orgueil1 l'envie1 l'ambition1 la haine1 ne voient rien qu'ils ne trouvent mauvais et blmable2 et pour les gurir je leur dis3 ,buvez le plus que vous pourrez du vin sacr de la charit2 elle vous dlivrera de ces mauvaises humeurs qui vous font faire tant de jugemens bizarres4 ,la charit craint de rencontrer le mal2 tant s'en faut-il qu'elle l'aille chercher4 ,et quand elle le rencontre1 elle s'en dtourne et le dissimule3 ainsi1 au premier bruit qui lui en vient1 elle ferme les yeux pour ne pas le voir2 et puis elle croit par une sainte simplicit que ce n'toit pas le mal1 mais seulement l'ombre et comme le fantme du mal4 ,que si nanmoins elle est force de reconnotre que c'est lui-mme1 elle s'en distrait aussitt1 et tche d'en oublier la figure4 ,la charit est le grand remde tous les maux1 mais spcialement celui-ci4 ,toutes choses paroissent jaunes ceux qui ont la jaunisse1 et l'on dit que pour les gurir de ce mal1 il leur faut faire porter de la feuille de pavot sous la plante des pieds4 ,certes1 ce pch de jugement tmraire est une jaunisse spirituelle1 qui fait parotre toutes choses mauvaises aux yeux de ceux qui en sont atteints2 mais qui en veut gurir1 doit appliquer le remde non aux yeux1 mais aux pieds de l'ame1 c'est--dire non l'entendement1 mais aux affections4 ,si donc vous avez de la douceur et de la charit dans le cur1 tous vos jugemens seront doux et charitables2 et en voici trois exemples admirables que je vous prsente4 ,isaac avoit dit que ,rebecca toit sa sur1 et ,abimlech qui s'aperut de quelques dmonstrations d'amiti entre eux1 fort tendres et trs-familires1 jugea que c'toit sa femme3 un il malin et jug que c'toit sa matresse1 ou que si elle toit sa sur1 il toit lui-mme un incestueux2 mais ,abimlech prit le parti charitable qu'il pouvoit prendre sur un tel fait4 ,voil comme l'on doit juger favorablement du prochain autant que l'on peut2 et si une action avoit cent aspects diffrens1 il faudroit la regarder uniquement par le plus bel endroit4 ,saint ,joseph ne pouvoit douter que la sainte ,vierge ne ft enceinte2 mais parce qu'il connoissoit son minente saintet1 et sa vie toute pure1 toute anglique1 il ne se permit pas le plus lger soupon contre elle1 quelque violens que fussent ses prjugs3 ainsi il prit la rsolution1 en la quittant1 d'en laisser tout le jugement ,dieu4 ,l',esprit divin nous fait remarquer dans l',evangile1 qu'il en usa de la sorte parce qu'il toit un homme juste4 ,or l'homme juste1 qui ne peut absolument excuser ni le fait1 ni l'intention d'une personne dont il connot la probit1 n'en veut pas juger et tche mme d'ter cela de son esprit1 et en laisse le jugement ,dieu4 ,le ,sauveur crucifi1 ne pouvant excuser entirement le pch de ceux qui l'avoient attach la croix1 voulut au moins en diminuer la malice par la raison de leur ignorance3 de mme quand nous ne pouvons excuser le pch1 rendons-le au moins digne de compassion1 en l'attribuant la cause la plus supportable qu'il puisse avoir1 comme l'ignorance ou la foiblesse4 ,mais ne peut-on donc jamais juger le prochain8 ,non certes1 jamais3 c'est ,dieu1 ,philothe1 qui juge les criminels1 dans les jugemens de la justice humaine4 ,toutefois il se sert de la voix des magistrats pour se rendre intelligible nos oreilles2 ils sont comme ses interprtes et ses oracles1 et ne doivent rien prononcer que ce qu'ils ont appris de lui4 ,que s'ils font autrement1 et suivent leurs propres passions1 alors c'est vraiment eux qui jugent1 et qui par consquent seront jugs2 car il est dfendu aux hommes1 en tant qu'hommes1 de juger les autres4 ,voir ou connotre une chose1 ce n'est pas en juger2 car tout jugement1 au moins selon la phrase de l',ecriture1 prsuppose quelque difficult1 grande ou petite1 vraie ou apparente1 qu'il faut dcider4 ,c'est pourquoi elle dit que ceux qui n'ont pas la foi sont dj jugs1 parce qu'il n'y a point de doute sur leur condamnation4 ,ce n'est donc pas mal fait de douter du prochain8 ,non1 car il n'est pas dfendu de douter1 mais de juger4 ,toutefois1 il n'est permis ni de douter ni de souponner1 qu'autant que de bonnes raisons nous y contraignent2 autrement les doutes et les soupons sont tmraires4 ,si quelque il mchant et vu ,jacob1 quand il embrassa ,rachel auprs du puits1 ou qu'il et vu ,rebecca recevoir des bracelets et des pendans d'oreilles d',elizer1 homme inconnu dans ce pays-l1 il et sans doute mal pens de ces deux modles de vertu1 mais c'et t bien tort2 car quand une action est de soi-mme indiffrente1 c'est faire un soupon tmraire que d'en tirer une mauvaise consquence1 moins que plusieurs circonstances ne donnent crdit ce soupon4 ,c'est aussi un jugement tmraire que de prendre occasion d'un acte pour blmer la personne qui en est l'auteur2 mais ceci1 je le dirai bientt plus clairement4 ,enfin1 ceux qui ont bien soin de leur conscience ne sont gure sujets aux jugemens tmraires2 car1 comme les abeilles1 en voyant les brouillards et les temps nbuleux1 se retirent dans leurs ruches et y prparent leur miel1 de mme les bonnes ames ne laissent pas courir leurs penses sur les sujets embrouills et parmi les actions quivoques du prochain2 mais pour ne pas les rencontrer1 elles se renferment au dedans d'elles-mmes1 et prennent au fond de leur cur de bonnes rsolutions pour leur propre amendement4 ,c'est le fait d'une ame inutile de s'amuser examiner la vie d'autrui3 j'excepte ceux qui sont chargs de la conduite des autres1 soit dans la famille1 soit dans l'tat2 car une bonne partie de leur conscience consiste surveiller celle d'autrui4 ,qu'ils fassent donc leur devoir avec amour3 pass cela1 qu'ils se tiennent en repos et ne s'occupent que d'eux-mmes4 ,,chapitre ,,xxix4 ,de la mdisance4 ,le jugement tmraire produit l'inquitude1 le mpris du prochain1 l'orgueil et la complaisance en soi-mme1 et cent autres effets trs-pernicieux1 parmi lesquels la mdisance est au premier rang1 comme la vraie peste des conversations4 ,oh6 que n'ai-je un des charbons du saint autel pour toucher les lvres des hommes et les purifier de leurs pchs1 comme un sraphin purifia jadis les lvres du prophte ,isae6 ,qui teroit la mdisance du monde1 en teroit une des plus grandes causes de pchs qui existent4 ,si quelqu'un enlve injustement au prochain sa bonne rputation1 outre le pch qu'il commet1 il est oblig d'en faire rparation1 selon la nature de la mdisance2 car nul ne peut entrer au ,ciel avec le bien d'autrui2 et de tous les biens extrieurs la renomme est le plus prcieux4 ,la mdisance est une espce de meurtre2 car nous avons trois vies3 la spirituelle1 qui se trouve en la grce de ,dieu2 la corporelle1 dont l'ame est le principe2 et la civile1 qui consiste en la renomme4 ,le pch nous te la premire1 la mort nous te la seconde1 et la mdisance nous te la troisime4 ,mais le mdisant a cela de particulier1 que par un seul coup de langue il fait ordinairement trois meurtres3 il tue son ame et l'ame de celui qui l'coute1 par un homicide spirituel1 et il t la vie civile celui dont il mdit2 car1 comme disoit saint ,bernard1 et celui qui mdit1 et celui qui coute le mdisant1 ont tous deux le diable sur eux2 mais l'un l'a sur la langue1 et l'autre en son oreille4 ,david dit en parlant des mdisans1 qu'ils ont aiguis leur langue comme la langue d'un serpent4 ,or1 le serpent a la langue fourchue et deux pointes1 selon la remarque d',aristote2 et telle est en effet la langue du mdisant1 qui d'un seul coup pique et empoisonne l'oreille de celui qui coute1 et la rputation de celui dont il parle4 ,je vous conjure donc1 chre ,philothe1 de ne jamais mdire de personne1 ni directement1 ni indirectement3 gardez-vous d'attribuer de faux crimes au prochain1 ou de dcouvrir ceux qui sont secrets1 ou d'augmenter ceux qui sont connus1 ou de mal interprter ses bonnes uvres1 ou de nier le bien que vous savez tre en quelqu'un1 ou de le cacher malignement1 ou de le diminuer par vos paroles2 car en tout cela vous offenseriez grandement ,dieu1 surtout si c'toit en accusant faussement le prochain1 ou en niant la vrit son prjudice2 car alors il y auroit le double pch de mentir et de nuire au prochain4 ,ceux qui prparent la mdisance par des prliminaires honorables1 ou qui entremlent leurs mdisances de petites gentillesses et de bons mots1 sont les plus fins et les plus dangereux mdisans de tous4 ,je proteste1 disent-ils1 que je l'aime1 et qu'au reste c'est un galant homme2 mais cependant il faut dire la vrit3 il eut tort de faire cette perfidie4 ,c'est une fort vertueuse fille1 mais elle fut surprise2 et autres semblables tournures4 ,ne voyez-vous pas l'artifice8 ,celui qui veut tirer de l'arc1 tire tant qu'il peut la flche soi2 mais ce n'est que pour la lancer plus fortement2 il semble aussi que ceux-ci retirent leur mdisance eux1 mais ce n'est que pour la dcocher plus roide1 afin qu'elle pntre plus avant dans le cur des assistans4 ,la mdisance dite en forme de plaisanterie est plus cruelle encore que toutes les autres4 ,car1 comme la cigu n'est pas en soi un poison trs-violent1 mais au contraire assez lent en ses effets1 et facile calmer1 tandis qu'tant prise avec du vin1 elle est irrmdiable2 de mme1 la mdisance1 qui par elle-mme passeroit lgrement par une oreille et sortiroit par l'autre1 s'arrte fermement en l'esprit des auditeurs1 quand elle est accompagne de quelque mot subtil et joyeux4 ,a ceux qui mdisent de la sorte1 on peut appliquer ces paroles de ,david3 ,ils ont sous leurs lvres le venin de l'aspic4 ,en effet1 l'aspic fait sa piqre presque imperceptible1 et son venin excite d'abord une dmangeaison agrable1 au moyen de laquelle le cur et les entrailles se dilatent et reoivent le poison1 en sorte qu'on ne peut plus ensuite y porter remde4 ,ne dites pas1 un tel est un ivrogne1 parce que vous l'avez vu ivre1 ni un tel est un voleur1 parce que vous l'avez surpris une fois voler2 car un seul acte ne constitue pas une habitude4 ,le soleil s'arrta une fois en faveur de la victoire de ,josu1 et s'obscurcit une autre fois en faveur de celle du ,sauveur3 nul ne dira pourtant qu'il soit immobile ou obscur4 ,no s'enivra une fois1 et ,loth une autre fois2 ils ne furent pourtant ivrognes ni l'un ni l'autre1 non plus que saint ,pierre ne fut sanguinaire1 pour avoir une fois rpandu du sang1 ni un blasphmateur1 pour avoir une fois blasphm4 ,le nom de vicieux ou de vertueux suppose l'habitude du vice1 ou de la vertu3 c'est donc une imposture de dire qu'un homme est colre ou fripon1 pour l'avoir vu une fois s'emporter ou drober4 ,et lors mme qu'un homme et t long-temps vicieux1 on s'exposeroit encore mentir en le nommant ainsi4 ,simon le ,lpreux appeloit ,magdeleine une pcheresse1 parce qu'elle l'avoit t autrefois3 il mentoit nanmoins2 car elle ne l'toit plus1 mais une trs-sainte pnitente3 aussi ,notre-,seigneur la prit-il sous sa protection4 ,le pharisien regardoit le publicain comme un grand pcheur1 souill peut-tre d'injustice1 d'adultre et de vol2 mais il se trompoit grandement2 car l'instant mme il venoit d'tre justifi4 ,hlas6 puisque la bont de ,dieu est si grande1 qu'un seul moment suffit pour obtenir et recevoir sa grce1 quelle assurance pouvons-nous avoir qu'un homme qui toit hier pcheur le soit encore aujourd'hui8 ,le jour prcdent ne doit point juger le jour prsent1 ni le jour prsent juger le jour prcdent3 il n'y a que le dernier jour qui doive juger tous les autres4 ,nous ne pouvons donc jamais dire qu'un homme soit mchant1 sans danger de mentir4 ,ce que nous pouvons dire1 en cas qu'il en faille parler1 c'est qu'il fit telle action mauvaise3 qu'il a mal vcu en tel temps1 que maintenant il fait mal4 ,mais on ne peut tirer aucune consquence d'hier aujourd'hui1 ni d'aujourd'hui hier1 et moins encore d'aujourd'hui demain4 ,bien qu'on doive tre extrmement dlicat pour ne point mdire du prochain1 encore faut-il se garder d'un autre excs o plusieurs se laissent aller1 qui est1 pour viter la mdisance1 de donner des louanges au vice4 ,s'il se trouve une personne vraiment mdisante1 ne dites pas pour l'excuser qu'elle est libre et franche2 s'il s'en trouve une manifestement vaine1 ne dites pas qu'elle est noble et gnreuse2 les familiarits dangereuses1 ne les appelez pas simplicits ou navets2 ne fardez pas la dsobissance du nom de zle1 ni l'arrogance du nom de franchise1 ni l'impuret du nom d'amiti4 ,non1 chre ,philothe1 il ne faut pas1 pour fuir le vice de mdisance1 favoriser1 flatter1 ou nourrir les autres vices1 mais il faut dire rondement et franchement mal du mal1 et blmer les choses blmables2 ce qui ne tournera qu' la gloire de ,dieu1 moyennant les conditions suivantes3 ,premirement1 pour pouvoir blmer les vices d'autrui1 il faut que l'utilit1 ou de celui dont on parle1 on de celui qui l'on parle1 le require4 ,par exemple1 on raconte devant de jeunes personnes les inconsquences de tels et de telles1 qui sont manifestement prilleuses2 le drglement d'un tel ou d'une telle1 en paroles ou en actions manifestement mauvaises2 si je ne blme pas ouvertement ce mal1 et que je veuille l'excuser1 ces tendres ames1 qui coutent1 en prendront occasion de se porter quelque chose de semblable2 leur utilit demande donc que tout franchement et sans retard je blme ces choses-l1 moins que je ne puisse le faire en un temps plus opportun1 et o la rputation de ceux dont on parle aura moins souffrir4 ,en second lieu1 que j'aie quelque obligation de parler sur ce sujet2 comme si je suis des premiers de la compagnie1 que mon silence dt passer pour une approbation3 que si je suis des moindres1 je ne dois point entreprendre de rien censurer1 mais je dois tre parfaitement mesur dans mes expressions1 pour ne pas dire un seul mot de trop4 ,si1 par exemple1 je blme les familiarits de ce jeune homme et de cette jeune fille1 ,dieu6 ,philothe1 il faut que je tienne la balance bien juste pour ne pas augmenter la chose1 pas mme d'un seul brin3 s'il n'y a qu'une foible apparence1 je ne dirai que cela2 s'il n'y a qu'une simple imprudence1 je n'en dirai pas davantage2 s'il n'y a ni imprudence1 ni vraie apparence du mal1 mais seulement de quoi donner un esprit malin occasion de mdire1 ou je n'en dirai rien du tout1 ou je dirai cela mme4 ,ma langue1 tandis que je parle du prochain1 est dans ma bouche comme un rasoir dans la main du chirurgien qui veut trancher entre les nerfs et les tendons4 ,il faut que le coup que je porterai soit si juste1 que je ne dise ni plus ni moins que ce qui est4 ,enfin1 il faut observer1 en blmant le vice1 d'pargner le plus que l'on peut la personne en qui il se trouve4 ,on peut nanmoins parler librement des pcheurs infmes1 publics et notoires1 pourvu que ce soit avec esprit de charit et de compassion1 et non avec arrogance et prsomption1 et en prenant plaisir au mal d'autrui2 car1 pour ce dernier1 c'est le fait d'un cur vil et abject4 ,j'excepte de cette rgle les ennemis dclars de ,dieu et de son ,eglise2 car1 pour ceux-l1 ils les faut dcrier tant qu'on peut1 comme sont les chefs d'hrsies et de schismes2 c'est charit de crier au loup quand il est entre les brebis1 quelque part qu'il soit4 ,chacun se permet de juger et de censurer les princes1 et de mdire de nations entires1 selon les divers sentimens dont on est affect leur gard4 ,philothe1 ne faites pas cette faute2 car1 outre l'offense de ,dieu1 vous pourriez vous attirer mille dsagrmens4 ,quand vous entendez mal parler du prochain1 rendez l'accusation douteuse1 si vous le pouvez justement2 si vous ne le pouvez pas1 excusez l'intention de l'accus2 que si cela ne se peut1 tmoignez de la compassion de son tat2 dtournez le trait1 en vous souvenant et faisant souvenir la compagnie que ceux qui ne tombent pas en faute le doivent uniquement la grce de ,dieu2 rappelez le mdisant lui-mme par quelques douces manires1 et dites de la personne offense tout le bien que vous en savez4 ,,chapitre ,,xxx4 ,quelques autres avis touchant le parler4 ,que votre langage soit doux1 franc1 sincre1 rond1 naf et fidle4 ,gardez-vous des duplicits et des ruses2 car1 bien qu'il ne soit pas bon de dire toujours toutes espces de vrits1 encore ne faut-il jamais parler contre la vrit3 accoutumez-vous ne jamais mentir sciemment1 soit pour vous excuser1 soit autrement1 vous ressouvenant que ,dieu est le ,dieu de vrit4 ,que si vous mentez par mgarde1 et que vous puissiez de suite rparer votre faute par quelque explication1 n'y manquez pas2 une excuse vritable a bien plus de grce et de force pour excuser1 qu'un mensonge4 ,bien que l'on puisse quelquefois avec prudence et discrtion dguiser et couvrir la vrit par quelque artifice de paroles1 encore ne faut-il pratiquer cela que dans les choses importantes1 et quand la gloire et le service de ,dieu le requirent videmment2 hors de l les artifices sont dangereux3 car1 comme dit l',ecriture-,sainte1 le ,saint-,esprit n'habite pas dans un cur dissimul et double4 ,il n'y a point de meilleure et de plus dsirable finesse que la simplicit4 ,la prudence mondaine et les artifices de la chair appartiennent aux enfans du sicle2 mais les enfans de ,dieu cheminent sans dtour1 et ont le cur sans replis3 ,qui marche simplement1 dit le ,sage1 marche srement2 le mensonge1 la duplicit et la feinte annoncent toujours un esprit foible et vil4 ,saint ,augustin avoit dit1 au quatrime livre de ses ,confessions1 que son ame et celle de son ami n'toient qu'une seule ame1 et que la vie lui toit en horreur depuis la mort de son ami1 parce qu'il ne vouloit pas vivre moiti1 et que cependant pour cela mme il craignoit de mourir1 de peur que son ami ne mourt tout entier4 ,ces paroles lui semblrent dans la suite trop recherches et affectes1 si bien qu'il les rvoqua au livre de ses ,rtractations1 et les appela une ineptie4 ,voyez-vous1 ,philothe1 combien cette sainte et belle ame est sensible l'affterie des paroles6 ,certes1 c'est un grand ornement de la vie chrtienne1 que la fidlit1 la rondeur et la sincrit du langage3 ,je l'ai rsolu1 disoit ,david1 je prendrai garde mes voies1 pour ne point pcher par ma langue4 ,eh6 ,seigneur1 mettez une garde ma bouche1 et une porte de circonspection mes lvres4 ,c'est un principe du roi saint ,louis1 qu'il ne faut jamais contredire personne1 moins qu'il n'y ait pch ou quelque grand dommage tre du mme avis4 ,c'est le moyen d'viter une foule de contestations et de disputes4 ,or1 quand il importe de contredire les autres et d'opposer son opinion la leur1 il faut user d'une grande douceur et prcaution1 sans vouloir aucunement violenter leur esprit2 car aussi-bien ne gagne-t-on rien prendre les choses prement4 ,la rgle de parler peu1 si recommande par les anciens sages1 ne se prend pas en ce sens qu'il faille dire peu de paroles1 mais qu'il n'en faut pas dire beaucoup d'inutiles2 car1 pour ce qui est des paroles1 on ne regarde pas la quantit1 mais la qualit2 et il me semble qu'il faut ici viter deux excs3 le premier est de faire trop l'entendu et le svre1 refusant de contribuer aux propos familiers qui se tiennent en la conversation1 parce qu'il semble alors qu'il y ait manque de confiance1 ou quelque sorte de mpris2 le second est de plaisanter et de babiller toujours1 sans laisser aux autres ni le temps ni le moyen de dire ce qu'ils veulent1 parce que cela sent un esprit vent et lger4 ,saint ,louis n'aimoit pas qu'tant en compagnie on parlt en secret et en conseil1 surtout table1 parce que cela faisoit supposer qu'on parloit mal des autres3 ,celui1 disoit-il1 qui est table en bonne compagnie1 et qui a quelque plaisanterie dire1 la doit dire pour tout le monde2 que si c'est une chose peu importante1 il la doit taire1 et n'en parler personne4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,des passe-temps et des jeux2 et premirement de ceux qui sont permis et louables4 ,il est ncessaire de donner quelquefois notre esprit et mme notre corps quelque sorte de rcration4 ,cassien rapporte qu'un chasseur trouva un jour saint ,jean l',evangliste tenant une perdrix sur son poing1 et s'amusant la caresser4 ,le chasseur lui demanda pourquoi un homme de son caractre passoit le temps une chose si vile et si basse2 et saint ,jean lui dit3 ,pourquoi ne portez-vous pas votre arc toujours tendu8 ,de peur1 rpondit le chasseur1 que1 demeurant toujours courb1 il n'ait plus la force de s'tendre quand il en sera besoin4 ,ne vous tonnez donc pas1 rpliqua l'aptre1 si je donne quelque relche mon esprit1 et prends un peu de rcration2 car c'est le moyen de pouvoir ensuite m'appliquer plus vivement la contemplation4 ,assurment c'est un travers que d'tre si rigoureux et si sauvage1 qu'on ne veuille prendre pour soi et ne permettre aux autres aucune espce de rcration4 ,prendre l'air1 se promener1 s'entretenir de choses gaies et aimables1 jouer du luth1 ou de quelque autre instrument1 chanter en musique1 aller la chasse1 ce sont des rcrations si honntes1 que1 pour en bien user1 il ne faut que cette prudence commune qui donne toutes choses le rang1 le temps1 le lieu et la mesure convenables4 ,les jeux o le gain sert de prix et de rcompense l'habilet du corps ou de l'esprit1 comme les jeux de paume1 de ballon1 de mail1 les courses de bague1 les checs et les dames1 sont des rcrations par elles-mmes bonnes et permises4 ,seulement il faut se garder de l'excs1 soit quant au temps qu'on y emploie1 soit quant au prix qu'on y met4 ,car si l'on y emploie trop de temps1 ce n'est plus une rcration1 mais une occupation2 on ne dlasse ni l'esprit ni le corps1 et au contraire on tourdit et on accable l'un et l'autre2 comme il arrive ceux qui1 ayant jou cinq ou six heures aux checs1 en sortent la tte brise1 ou qui1 aprs avoir long-temps jou la paume1 en sont accabls de fatigue4 ,que si le prix1 c'est--dire1 ce qu'on joue1 est trop considrable1 les affections des joueurs se drglent2 de plus1 il y a une sorte d'injustice mettre de grands prix des choses aussi peu importantes et aussi inutiles que sont les adresses et les habilets du jeu4 ,mais surtout prenez garde1 ,philothe1 ne point vous passionner pour tout cela2 car1 quelque honnte que soit une rcration1 c'est un vice d'y attacher son cur et son affection4 ,je ne dis pas qu'il ne faille pas prendre plaisir au jeu pendant qu'on joue3 car autrement on ne se rcreroit pas2 mais je dis qu'il ne faut pas y mettre trop de dsir1 d'empressement et de feu4 ,,chapitre ,,xxxii4 ,des jeux dfendus4 ,les jeux de ds1 de cartes et autres semblables1 o le gain dpend principalement du hasard1 ne sont pas seulement des rcrations dangereuses1 comme sont les danses1 mais ce sont encore des jeux absolument mauvais et blmables de leur nature4 ,c'est pourquoi ils sont dfendus par les lois1 tant civiles qu'ecclsiastiques4 ,mais quel grand mal y a-t-il8 me direz-vous4 ,je vous rponds que le gain ne se fait pas en ces jeux selon la raison1 mais selon le sort1 qui favorise bien souvent celui dont l'adresse et l'habilet ne mritoient rien4 ,la raison est donc offense en cela4 ,mais nous sommes ainsi convenus1 me direz-vous8 cela est bon pour montrer que celui qui gagne ne fait pas tort aux autres2 mais cela n'empche pas que la convention ne soit draisonnable1 et le jeu aussi2 car le gain1 qui doit tre le prix de l'industrie1 devient le prix du sort1 qui ne mrite aucun prix1 puisqu'il ne dpend nullement de nous4 ,outre cela1 ces jeux portent le nom de rcration1 et sont faits pour cela2 et nanmoins ils ne le sont nullement1 mais de violentes occupations2 car n'est-ce pas une occupation que d'avoir l'esprit tendu par une application continuelle1 et perptuellement agit d'inquitude1 de crainte et d'empressement8 ,y a-t-il attention au monde plus triste1 plus sombre et plus mlancolique que celle des joueurs8 il ne faut ni parler sur le jeu1 ni rire1 ni tousser1 autrement les voil hors d'eux-mmes4 ,enfin1 il n'y a de joie ces jeux qu'en gagnant2 et cette joie n'est-elle pas coupable1 puisqu'elle suppose la perte et le dplaisir d'autrui8 ,un tel plaisir est assurment indigne4 ,voil les trois raisons pour lesquelles les mauvais jeux sont dfendus4 ,le grand roi saint ,louis1 sachant que le comte d',anjou son frre1 et messire ,gautier de ,nemours1 jouoient ensemble1 se leva1 quoique malade1 et alla tout chancelant en leur chambre1 et l prit les tables1 les ds et une partie de l'argent1 et jeta tout dans la mer1 en s'indignant beaucoup contre eux4 ,la vertueuse et chaste ,sara1 parlant ,dieu de son innocence3 ,vous le savez1 dit-elle1 ,seigneur6 jamais je ne me suis trouve dans la socit des joueurs4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,des bals et autres passe-temps permis1 mais dangereux4 ,les danses et les bals sont choses indiffrentes de leur nature2 mais les circonstances qui accompagnent ordinairement cet exercice l'inclinent beaucoup du ct du mal1 et le rendent par consquent trs-nuisible et trs-dangereux4 ,d'abord c'est la nuit que l'on prend pour cela2 et parmi les tnbres et l'obscurit1 il est difficile qu'il ne se glisse beaucoup de choses mauvaises dans un divertissement qui est dj par lui-mme trs-susceptible de mal3 ensuite on y fait de longues veilles1 qui font perdre la matine du jour suivant1 et par cela mme le moyen d'y servir ,dieu4 ,or1 n'est-ce pas une grande folie de changer ainsi le jour en la nuit1 la lumire en tnbres1 et les bonnes uvres en foltres plaisirs8 ,de plus1 chacun porte au bal de la vanit qui mieux mieux1 et la vanit est une si grande disposition aux mauvaises affections et aux amitis dangereuses1 que tout cela est la suite presque ncessaire de ces sortes de runions4 ,je dis de la danse et des bals1 ,philothe1 ce que les mdecins disent des champignons3 les meilleurs n'en valent rien1 disent-ils2 et je vous dis aussi que les meilleurs bals ne sont gure bons4 ,si cependant il vous faut manger des champignons1 ayez soin qu'ils soient bien apprts2 et si1 par quelque occasion dont vous ne puissiez absolument vous dgager1 il vous faut aller au bal1 prenez garde que votre danse soit bien apprte4 ,or1 comment le sera-t-elle8 par la modestie1 la gravit et la bonne intention4 ,mangez-en peu et rarement1 disent les mdecins en parlant des champignons2 car1 quelque bien apprts qu'ils soient1 la grande quantit les rend mortels3 de mme1 je vous le dis1 ,philothe1 dansez peu et rarement2 car1 autrement1 vous seriez en danger de vous y affectionner4 ,les champignons1 selon ,pline1 tant spongieux et poreux1 attirent aisment toute l'infection qui est autour d'eux1 en sorte que s'ils sont prs des serpens1 ils en reoivent le venin4 ,les bals1 les danses1 et autres assembles de ce genre1 attirent aussi les vices et les pchs qui sont en un lieu3 les querelles1 les jalousies1 les moqueries1 les folles amours4 ,et comme ces exercices ouvrent les pores du corps de ceux qui s'y livrent1 aussi ouvrent-ils les pores de leur cur4 ,au moyen de quoi1 si quelque serpent vient souffler l'oreille une parole de flatterie ou de galanterie1 si l'on est surpris du regard sducteur de quelque basilic1 les curs sont trs-faciles se laisser prendre et empoisonner4 ,o ,philothe6 que ces rcrations sont ordinairement dangereuses6 ,elles dissipent l'esprit de dvotion1 elles nervent l'ame1 elles refroidissent la charit1 elles veillent dans le cur mille sortes de mauvaises affections4 ,il faut donc en user avec une extrme prudence4 ,on dit que c'est surtout aprs avoir mang des champignons qu'il est prudent de boire du bon vin4 ,de mme je dis qu'aprs les danses1 il faut user de quelques saintes et bonnes considrations1 qui empchent les dangereuses impressions que ce vain plaisir pourrait faire en nos esprits4 ,mais quelles sont ces considrations8 voici celles que je vous conseille4 #a4 ,pendant que vous tiez au bal1 plusieurs ames brloient en enfer pour les pchs commis la danse1 ou cause de la danse4 #b4 ,plusieurs religieux et autres personnes pieuses toient la mme heure devant ,dieu1 chantant ses louanges1 et contemplant sa beaut4 ,oh6 que leur temps a t bien plus heureusement employ que le vtre6 #c4 ,tandis que vous avez dans1 plusieurs personnes sont mortes en des angoisses cruelles2 mille milliers d'hommes et de femmes en proie des maladies violentes1 ont souffert des douleurs affreuses dans leurs lits1 dans les hpitaux et dans les rues4 ,hlas6 ils n'ont pas eu le moindre repos3 n'aurez-vous pas compassion d'eux8 et ne pensez-vous pas qu'un jour vous gmirez comme eux1 tandis que d'autres danseront comme vous avez fait8 #d4 ,notre-,seigneur1 la sainte ,vierge1 les anges et les saints vous ont vue au bal4 ,ah6 que vous leur avez fait piti1 avec votre cur amus de pareilles niaiseries et occup de telles fadaises6 #e4 ,hlas6 tandis que vous tiez l1 le temps s'est pass1 la mort s'est approche2 dj elle vous appelle1 bientt l'ternit va commencer pour vous3 sera-ce l'ternit des biens1 sera-ce l'ternit des peines8 votre vie1 bonne ou mauvaise1 en aura dcid pour toujours4 ,telles sont les considrations que vous pouvez faire2 mais ,dieu vous en suggrera bien d'autres sur le mme sujet1 si vous avez sa crainte4 ,,chapitre ,,xxxiv4 ,quand on peut jouer ou danser4 ,pour jouer et danser licitement1 il faut que ce soit par rcration1 et non par passion2 pour peu de temps1 et non jusqu' en tre tourdi et fatigu2 et que ce soit rarement2 car qui s'en fait une habitude1 changera bientt la rcration en occupation4 ,mais en quelles occasions peut-on jouer et danser8 ,les justes occasions de la danse et d'un jeu indiffrent sont plus frquentes2 celles des jeux dfendus sont plus rares1 comme aussi tels jeux sont plus blmables et plus dangereux que tels autres4 ,mais1 pour le dire en un mot1 dansez et jouez sous les conditions que je vous ai marques1 lorsque la prudence et la discrtion vous conseilleront cette honnte condescendance pour les personnes avec lesquelles vous vous trouvez en compagnie2 car la condescendance1 qui est fille de la charit1 rend les choses indiffrentes bonnes1 et les dangereuses permises4 ,elle te mme la malice celles qui jusqu' un certain point sont mauvaises3 ainsi les jeux de hasard1 qui autrement seroient blmables1 ne le sont pas1 quand une juste condescendance nous y porte4 ,j'ai lu avec bien de la consolation dans la vie de saint ,charles ,borrome1 qu'il usoit de cette condescendance avec les ,suisses en de certaines choses1 pour lesquelles il toit d'ailleurs trs-svre2 et que le bienheureux ,ignace de ,loyola1 tant un jour invit jouer1 accepta bonnement la partie4 ,quant sainte ,elisabeth de ,hongrie1 elle jouoit et dansoit quelquefois lorsqu'elle se trouvoit dans les assembles o l'on prenoit ce plaisir2 ce qui ne nuisoit aucunement sa dvotion2 car elle l'avoit si fort enracine dans son ame1 que1 comme les rochers du lac de ,riette croissent parmi les flots et les vagues1 de mme aussi sa dvotion croissoit parmi les pompes et les vanits auxquelles sa condition l'exposoit4 ,ce sont les grands feux qui s'enflamment au vent1 mais les petits s'teignent si on ne les porte couvert4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,qu'il faut tre fidle dans les petites choses aussi bien que dans les grandes4 ,l'poux sacr des ,cantiques dit que son pouse lui a ravi le cur par un de ses yeux et par un de ses cheveux4 ,or1 de toutes les parties extrieures du corps humain1 il n'en est point de plus admirable que l'il1 soit pour la conformation1 soit pour l'activit1 ni de plus vile que le cheveu4 ,c'est pourquoi le divin poux veut faire entendre qu'il n'a pas seulement pour agrables les grandes uvres des personnes dvotes1 mais encore les moindres et les plus basses2 et que1 pour le servir son got1 il faut avoir soin de le bien servir1 et dans les choses importantes et releves1 et dans les choses petites et abjectes1 puisque nous pouvons galement par les unes et par les autres ravir son cur d'amour4 ,prparez-vous donc1 ,philothe1 souffrir beaucoup de grandes afflictions pour ,notre-,seigneur1 et mme le martyre2 soyez bien rsolue lui donner tout ce que vous avez de plus prcieux1 s'il lui plaisoit de le prendre3 pre1 mre1 frre1 mari1 femme1 enfans1 vos yeux mmes1 et votre vie2 car votre cur doit tre prt tous ces sacrifices2 mais tandis que la divine ,providence ne vous envoie pas des afflictions si grandes et si sensibles1 et qu'elle ne vous demande pas vos yeux1 donnez-lui pour le moins vos cheveux4 ,je veux dire1 supportez tout doucement ces injures1 ces petites contrarits1 ces pertes de peu d'importance qui vous sont journalires3 car en usant de ces petites occasions avec beaucoup d'amour et de charit1 vous gagnerez entirement son cur1 et le rendrez tout vtre4 ,ces petits devoirs de tous les jours1 ce mal de tte1 ce mal de dents1 cette fluxion1 cette bizarrerie du mari ou de la femme1 ce verre bris1 ce mpris ou cette moue1 cette perte de gants1 d'une bague1 d'un mouchoir1 cette petite incommodit d'aller se coucher de bonne heure1 et de se lever matin pour prier1 pour communier1 cette petite honte que l'on a de faire publiquement certaines pratiques de dvotion2 bref1 toutes ces petites misres tant prises et embrasses avec amour1 seront trs-agrables la bont divine1 qui1 pour un seul verre d'eau donn en son nom1 a promis ses fidles des torrens de flicit2 et comme ces occasions se prsentent tout moment1 voyez quels fonds de richesses spirituelles nous pouvons amasser en sachant bien en profiter4 ,quand j'ai vu dans la vie de sainte ,catherine de ,sienne tant de ravissement et d'extases1 tant de paroles d'une sublime sagesse1 et mme des prdications faites par elle1 je n'ai point dout qu'avec cet il de contemplation elle n'et ravi le cur de son cleste poux2 mais j'ai eu aussi bien de la consolation quand je l'ai vue en la cuisine de son pre1 tourner humblement la broche1 attiser le feu1 apprter la viande1 ptrir le pain1 et faire tous les plus bas offices de la maison avec un courage plein d'amour pour son ,dieu2 et je n'estime pas moins les petites et simples mditations qu'elle faisoit parmi des occupations si basses1 que les extases et les ravissemens qu'elle eut si souvent1 et qui ne furent peut-tre que la rcompense de son humilit et de son abjection4 ,or1 voici comme elle mditoit3 ,elle s'imaginoit qu'en apprtant le dner pour son pre1 elle l'apprtoit pour ,notre-,seigneur comme une autre sainte ,marthe2 que sa mre tenoit la place de la sainte ,vierge1 et ses frres1 la place des aptres2 par l elle s'excitoit servir en esprit toute la cour cleste1 et s'employoit ces humbles fonctions avec une grande consolation1 parce qu'elle savoit que telle toit la volont de ,dieu4 ,j'ai cit cet exemple1 ,philothe1 afin que vous sachiez comment il est important de faire toutes nos actions1 quelque petites et basses qu'elles soient1 en vue de servir et d'honorer la divine ,majest4 ,pour cela je vous conseille autant que je le puis1 d'imiter cette femme forte1 que ,salomon a tant loue1 laquelle1 en s'occupant de choses grandes1 fortes et gnreuses1 ne laissoit pas nanmoins de filer et de tourner le fuseau3 ,elle a mis la main des choses fortes1 et ses doigts ont pris le fuseau4 ,mettez aussi la main des choses fortes1 en vous exerant la prire et la mditation1 l'usage des sacremens1 inspirer l'amour de ,dieu au prochain1 rpandre dans les curs de bonnes inspirations1 et enfin faire des uvres grandes et importantes1 selon votre vocation4 ,mais en mme temps n'oubliez pas votre fuseau et votre quenouille1 c'est--dire pratiquez les petites et humbles vertus1 qui1 comme de simples fleurs1 croissent au pied de la croix3 le service des pauvres1 la visite des malades1 le soin de la famille avec les uvres qui en dpendent1 et cette activit prcieuse qui ne vous laissera pas un seul instant oisive2 et au milieu de tout cela1 occupez-vous de temps en temps de considrations semblables celles de sainte ,catherine de ,sienne1 dont je viens de vous parler4 ,les grandes occasions de servir ,dieu se prsentent rarement2 mais les petites sont trs-communes4 ,or1 qui sera fidle dans les petites choses1 dit le ,sauveur lui-mme1 on l'tablira sur de grandes4 ,faites donc toutes choses au nom de ,dieu1 et toutes choses seront bien faites1 soit que vous mangiez1 soit que vous buviez1 soit que vous dormiez1 soit que vous jouiez1 soit que vous tourniez la broche3 pourvu que vous sachiez bien mnager vos affaires1 vous profiterez beaucoup devant ,dieu1 faisant toutes ces choses parce que ,dieu veut que vous les fassiez4 ,,chapitre ,,xxxvi4 ,qu'il faut avoir l'esprit juste et raisonnable4 ,nous ne sommes hommes que par la raison1 et c'est pourtant une chose rare de trouver des hommes vraiment raisonnables1 l'amour-propre nous troublant presque toujours l'esprit1 et nous conduisant mille sortes de petites mais trs-dangereuses injustices1 qui ressemblent beaucoup ces petits renardeaux dont il est parl dans le ,cantique3 car1 parce qu'ils sont petits1 on n'y prend pas garde2 mais parce qu'ils sont en quantit1 ils ne laissent pas de nuire beaucoup1 et de faire un grand dgt dans les vignes4 ,vous allez juger1 ,philothe1 si les traits que je vais vous citer ne sont pas autant d'injustices et de draisons8 ,nous accusons le prochain pour de petites choses1 et nous nous excusons nos fautes les plus grossires2 nous voulons vendre fort cher1 et acheter bon march2 nous voulons qu'on fasse justice des autres1 et que pour nous l'on use de misricorde et de clmence2 nous voulons que l'on prenne nos paroles en bonne part1 et nous sommes chatouilleux l'excs pour celles des autres2 nous voudrions que notre voisin nous cdt son bien en le payant1 et n'est-il pas plus juste qu'il le garde1 si bon lui semble1 en nous laissant notre argent8 nous lui savons mauvais gr de ce qu'il ne veut pas nous accommoder1 et n'a-t-il pas bien plus raison de se plaindre que nous le voulons incommoder8 ,si nous affectionnons un exercice1 nous mprisons tout le reste1 et contrlons tout ce qui ne vient pas notre got4 ,s'il y a quelqu'un de nos infrieurs qui n'ait pas bonne grce1 ou que nous ayons pris une fois en aversion1 quoi qu'il fasse1 nous le trouvons mauvais2 nous ne cessons de le contrister1 et sommes toujours le quereller4 ,au contraire1 si quelqu'un nous plat par ses manires extrieures1 il ne fait rien que nous n'excusions4 ,il y a des enfans vertueux que leurs pres et mres ne peuvent presque pas voir1 cause de quelque imperfection corporelle2 et il y en a de vicieux qui sont les favoris cause qu'ils ont bonne mine4 ,en tout nous prfrons les riches aux pauvres1 quoiqu'ils ne soient ni de meilleure condition1 ni si vertueux3 nous prfrons mme les mieux vtus4 ,nous exigeons nos droits en toute rigueur1 et nous voulons que les autres soient dsintresss quand il s'agit des leurs2 nous sommes pointilleux garder notre rang1 et nous voulons que les autres soient humbles et condescendans2 nous nous plaignons volontiers du prochain1 et nous ne voulons pas que personne se plaigne de nous2 nous estimons beaucoup ce que nous faisons pour autrui1 et nous comptons pour rien tout ce qu'on fait pour nous4 ,bref1 nous sommes comme les perdrix de ,paphlagonie1 qui ont deux curs2 car nous en avons un doux1 gracieux et indulgent pour nous-mmes2 et un autre dur1 svre et rigoureux pour le prochain4 ,nous avons deux poids3 l'un pour peser nos intrts avec le plus d'avantage que nous pouvons1 et l'autre pour peser les intrts d'autrui avec le plus de dsavantage possible4 ,or1 parler ainsi avec un cur et un cur1 comme dit l',ecriture1 c'est--dire avoir deux curs1 et avoir deux poids1 l'un fort pour recevoir1 et l'autre foible pour dlivrer1 c'est une chose abominable devant ,dieu4 ,en toutes vos actions1 ,philothe1 soyez gale et juste4 ,mettez-vous toujours en la place du prochain1 et mettez-le en la vtre1 et comme cela vous jugerez bien4 ,supposez-vous vendeuse quand vous achetez1 et acheteuse quand vous vendez1 et vous vendrez et achterez justement4 ,toutes ces injustices sont petites et n'obligent pas restitution1 parce que je suppose que nous demeurons seulement dans les termes de la rigueur en ce qui nous est favorable2 mais elles nous obligent au moins nous amender1 parce que ce sont de grands dfauts de raison et de charit1 et qu'au bout de cela se trouvent presque toujours de vraies tricheries4 ,d'ailleurs on ne perd jamais rien vivre gnreusement1 noblement1 courtoisement1 et avec un cur loyal1 juste et raisonnable4 ,souvenez-vous donc1 ,philothe1 d'examiner souvent votre cur1 pour voir s'il est pour le prochain ce que vous voudriez que le sien ft pour vous1 en supposant que vous fussiez en sa place2 car voil le point de la vraie et droite raison4 ,trajan tant repris par ses confidens de ce qu'il rendoit1 leur avis1 la majest impriale trop accessible3 ,quoi donc1 leur dit-il1 ne dois-je pas tre empereur pour mes sujets1 comme je voudrois que ft l'empereur si j'tois sujet moi-mme8 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,des dsirs4 ,chacun sait qu'il faut se garder du dsir des choses vicieuses2 car le dsir du mal rend mauvais4 ,mais je vous dis de plus1 ,philothe1 ne dsirez point les choses qui sont dangereuses pour votre ame1 comme les bals1 les jeux et autres divertissemens1 les honneurs et les charges1 les visions et les extases2 car il y a dans tout cela beaucoup de pril1 de vanit et de tromperie4 ,ne dsirez pas non plus les choses fort loignes1 c'est--dire qui ne peuvent arriver de long-temps1 comme font plusieurs1 qui1 par ce moyen1 lassent et dissipent leur cur inutilement1 et s'exposent de grandes inquitudes4 ,si un jeune homme dsire fort d'tre pourvu d'une charge avant que le temps en soit venu1 quoi1 je vous prie1 lui sert ce dsir8 ,si une femme marie dsire tre religieuse1 quel propos8 ,si je dsire acheter le bien de mon voisin avant qu'il soit prt le vendre1 mon temps ne se trouve-t-il pas perdu en ce dsir8 ,si1 tant malade1 je dsire prcher1 dire la sainte messe1 visiter les autres malades1 faire enfin ce que font les gens qui se portent bien1 ces dsirs ne sont-ils pas vains1 puisqu'il n'est pas en mon pouvoir de les effectuer8 ,et cependant ces dsirs inutiles occupent la place des autres que je devrais avoir1 comme sont les dsirs d'tre bien patient1 bien rsign1 bien mortifi1 bien obissant1 bien doux en mes souffrances3 toutes choses que ,dieu me demande en l'tat o je suis2 souvent nos dsirs ressemblent ceux des femmes grosses1 qui veulent des cerises fraches en automne1 et des raisins frais au printemps4 ,je n'approuve nullement qu'une personne attache une vocation quelconque s'amuse dsirer une autre sorte de vie que celle qui lui appartient1 et des exercices incompatibles avec sa condition prsente2 car cela dissipe le cur1 et le refroidit pour les choses ncessaires4 ,si je dsire la solitude des ,chartreux1 je perds mon temps1 et ce dsir tient la place de celui que je dois avoir de me bien acquitter de mon emploi4 ,non1 je ne voudrois pas mme qu'on dsirt d'avoir meilleur esprit ni meilleur jugement2 car ces dsirs sont frivoles1 et tiennent la place de celui que chacun doit avoir de cultiver son esprit tel qu'il est2 ni enfin que l'on dsirt les moyens de servir ,dieu que l'on n'a pas1 au lieu d'employer fidlement ceux que l'on a entre les mains4 ,or1 tout cela s'entend des dsirs qui amusent le cur2 car1 quant aux simples souhaits1 ils ne causent aucun dommage1 pourvu qu'ils ne soient pas frquens4 ,ne dsirez pas les croix1 sinon mesure que vous aurez bien support celles qui se seront prsentes2 car c'est un abus de dsirer le martyre et de n'avoir pas la force de supporter une injure4 ,l'ennemi nous donne souvent de grands dsirs pour des objets absens1 et qui ne se prsenteront jamais1 afin de dtourner notre esprit des objets prsens1 et qui1 tout petits qu'ils sont1 nous pourroient tre d'un grand profit4 ,nous combattons les monstres d',afrique en imagination1 et nous nous faisons tuer en effet par les petits serpens qui sont en notre chemin2 cela faute d'attention4 ,ne dsirez point les tentations1 car ce seroit tmrit3 mais exercez votre cur les attendre courageusement1 et vous en dfendre quand elles arriveront4 ,la varit des viandes1 surtout si la quantit y est jointe1 charge toujours l'estomac1 et s'il est foible1 elle le ruine4 ,ne remplissez pas votre ame de beaucoup de dsirs1 les dsirs mondains vous gteroient entirement1 et la multitude de dsirs spirituels vous embarrasseroit4 ,quand notre ame est purge1 se sentant dcharge des mauvaises humeurs1 elle a un grand apptit des choses spirituelles2 elle en est comme affame1 elle se met dsirer mille sortes d'exercices de pit1 de mortification1 de pnitence1 d'humilit1 de charit et d'oraison4 ,c'est bon signe1 ,philothe1 d'avoir ainsi apptit2 mais regardez si vous pourrez bien digrer tout ce que vous voulez manger4 ,choisissez donc1 selon l'avis de votre pre spirituel1 entre tant de dsirs1 ceux qui peuvent tre pratiqus et excuts de suite1 arrtez-vous ceux-l3 quand vous les aurez raliss1 ,dieu vous en enverra d'autres1 que vous pratiquerez aussi en leur saison3 et ainsi vous ne perdrez pas le temps en dsirs inutiles4 ,je ne dis pas qu'il faille touffer et perdre aucune sorte de bons dsirs2 mais je dis qu'il les faut produire avec ordre3 ceux qui ne peuvent tre effectus prsentement1 il les faut serrer en quelque coin du cur1 jusqu' ce que leur temps soit venu1 et en attendant il faut donner suite ceux qui sont mrs et de saison2 ce que je ne dis pas seulement pour les dsirs spirituels1 mais encore pour les mondains4 ,autrement nous ne saurions vivre qu'avec trouble1 inquitude et empressement4 ,,chapitre ,,xxxviii4 ,avis pour les gens maris4 ,le mariage est un grand sacrement1 je dis en ,jsus-,christ et en son ,eglise4 ,il est honorable pour tous1 en tous1 et en tout1 c'est--dire en toutes ses parties4 ,pour tous2 car les vierges mmes le doivent honorer avec humilit4 ,en tous2 car il est galement saint et entre les pauvres et entre les riches4 ,en tout2 car son origine1 sa fin1 son utilit1 sa matire et sa forme sont saintes4 ,c'est la ppinire du christianisme1 qui remplit la terre de fidles1 pour accomplir dans le ,ciel le nombre des lus2 en sorte que la conservation de l'honntet et de la saintet du mariage est extrmement importante au bien de la socit1 dont elle est en quelque sorte la racine et la source4 ,plt ,dieu que son ,fils bien-aim ft appel toutes les noces1 comme il le fut celles de ,cana6 le vin des consolations et des bndictions n'y manqueroit jamais4 ,car ce qui fait qu'il y en a si peu ordinairement1 c'est qu'en place de ,notre-,seigneur et de la sainte ,vierge1 on n'y invite que la licence et le scandale4 ,qui veut tre heureux dans le mariage doit en commenant se bien pntrer de la saintet et de la dignit de ce sacrement2 mais au lieu de cela1 c'est alors qu'on se livre mille excs en jeux1 en festins et en paroles4 ,ce n'est donc pas merveille1 si les suites en sont si funestes4 ,j'exhorte surtout les personnes maries l'amour mutuel que le ,saint-,esprit leur recommande tant dans l',ecriture4 ,ce n'est rien de leur dire3 aimez-vous d'un amour naturel1 car c'est ainsi que s'aiment les animaux2 ce n'est rien non plus de leur dire3 aimez-vous d'un amour humain1 car les paens ont pratiqu cet amour-l2 mais je vous dis aprs le grand ,aptre3 ,maris1 aimez vos femmes comme ,jsus-,christ aime son ,eglise4 ,femmes1 aimez vos maris comme l',eglise aime son ,sauveur4 ,ce fut ,dieu qui amena ,eve notre premier pre ,adam1 et qui la lui donna pour femme4 ,c'est ,dieu aussi1 mes amis1 qui de sa main invisible a form les nuds sacrs de votre mariage1 et qui vous a donns les uns aux autres4 ,pourquoi donc ne vous aimeriez-vous pas d'un amour tout saint1 tout sacr1 tout divin8 ,le premier effet de cet amour1 c'est l'union indissoluble des poux1 laquelle est rendue si forte par l'application des mrites du sang de ,jsus-,christ1 que leur ame doit se sparer de leur corps plutt que le mari de sa femme4 ,or cette union est moins celle des corps que celle des curs et des affections4 ,le second effet de cet amour doit tre la fidlit inviolable des poux4 ,anciennement les cachets toient gravs sur des anneaux que l'on portoit au doigt1 ainsi que le tmoigne la ,sainte-,ecriture elle-mme4 ,voici donc le secret de la crmonie qui se fait au mariage3 l',eglise1 par la main du prtre1 bnit un anneau1 et le donne premirement l'homme comme le sceau du sacrement qui ferme son cur tout autre amour qu' celui de l'pouse qui lui a t donne1 au moins1 tant qu'elle vivra4 ,aprs cela l'poux remet l'anneau en la main de son pouse1 afin que rciproquement elle sache que1 tant qu'il vivra sur la terre1 elle ne doit recevoir aucune autre affection en son cur que celle que ,notre-,seigneur vient de bnir4 ,le troisime fruit du mariage1 c'est la naissance et la bonne ducation des enfans2 poux6 combien est grand l'honneur que ,dieu vous fait1 lorsque voulant multiplier les hommes qui puissent le louer et le bnir ternellement1 il se sert de vous pour un si grand dessein2 unissant aux tres que vous formez les ames qu'il leur destine1 et qu'il rpand en eux comme des gouttes clestes1 au mme instant o il les cre6 ,conservez donc1 maris6 un tendre1 constant et cordial attachement pour vos femmes4 ,car si la premire de toutes fut tire du ct d',adam le plus proche du cur1 ce fut pour tre aime de lui cordialement et tendrement4 ,bien loin donc que les foiblesses et les infirmits1 soit du corps1 soit de l'esprit1 vous doivent inspirer pour vos femmes aucune sorte de mpris1 vous devez au contraire n'en avoir pour elles qu'une plus douce et plus amoureuse compassion1 puisque ,dieu les a cres telles1 afin que1 dpendant de vous1 vous en reussiez plus d'honneur et de respect1 et que vous en fussiez les suprieurs et les chefs1 en mme temps que vous les avez pour compagnes4 ,et vous1 femmes6 aimez tendrement et cordialement1 mais en mme temps d'un amour trs-respectueux1 les maris que ,dieu vous a choisis4 ,car vraiment ,dieu a donn l'homme plus de force et de courage1 afin que la femme lui ft soumise comme l'os de ses os1 et la chair de sa chair2 et la premire de votre sexe fut forme d'une cte d',adam1 et tire de dessous son bras1 afin que toutes apprissent se tenir sous la main et sous la conduite de leurs maris4 ,que si l',ecriture vous recommande troitement cette sujtion1 elle ne laisse pas nanmoins de vous la rendre douce2 car non-seulement elle veut que vous vous y accommodiez avec amour1 mais encore elle ordonne vos maris de l'exercer avec une grande tendresse1 douceur et suavit3 ,maris1 dit saint ,pierre1 comportez-vous envers vos femmes avec respect et discrtion1 les considrant comme des vases fragiles1 qui doivent partager avec vous l'hritage de la grce et de la vie4 ,mais tandis que je vous exhorte faire crotre de plus en plus cette affection mutuelle que vous vous devez1 prenez garde qu'elle ne se convertisse en jalousie2 car il arrive souvent que comme le ver s'engendre de la pomme la plus dlicate et la plus mre1 la jalousie aussi se forme de l'affection la plus vive entre les poux2 ce qui en gte et en corrompt tellement la nature1 que bientt il n'y a plus dans le mnage que querelles1 dissensions et divorces4 ,certes la jalousie n'arrive jamais quand l'amiti est fonde de part et d'autre sur la vraie vertu3 c'est pourquoi elle est une marque indubitable d'un amour imparfait1 grossier et sensuel1 qui s'est adress une vertu foible1 inconstante et suspecte4 ,c'est donc une sotte prtention que de vouloir exalter l'amiti par la jalousie2 car si la jalousie prouve la grandeur et la vhmence de l'amiti1 elle n'en prouve ni la puret1 ni la perfection2 puisque la perfection de l'amiti prsuppose l'assurance de la vertu de la personne aime1 et que la jalousie en prsuppose l'incertitude4 ,hommes1 si vous attendez de vos femmes grande fidlit1 donnez-leur-en vous-mmes un grand exemple4 ,avec quel front1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 voulez-vous que vos femmes soient sujettes aux lois de la pudicit1 si vous vous laissez aller la licence de la volupt8 ,pourquoi leur demandez-vous ce qu'elles ne trouvent pas en vous8 ,voulez-vous qu'elles soient chastes8 commencez par rendre bien pure la socit que vous avez contracte avec elles2 et1 comme dit saint ,paul1 que chacun sache possder son vase en esprit de sanctification3 si au contraire vos mauvaises manires corrompent en elles l'honntet des murs1 ne vous tonnez pas qu'aprs cela votre honneur souffre de leur infidlit3 mais vous1 femmes1 en qui l'honneur est insparable de la pudeur1 soyez extrmement jalouses de votre gloire1 et ne permettez jamais qu'aucune libert mal rgle en ternisse l'clat4 ,craignez toutes choses autour de tous1 pour petites qu'elles soient2 ne souffrez jamais aucune cajolerie ni sotte flatterie3 quiconque veut louer les avantages naturels que le ,ciel vous a donns1 vous doit tre suspect2 car l'on dit communment1 que celui qui loue avec chaleur une marchandise qu'il ne peut pas acheter1 est ordinairement fort tent de la drober4 ,mais si l'on veut joindre vos louanges le mpris de votre mari1 l'on vous offense infiniment1 parce qu'il est vident que non-seulement l'on veut vous perdre1 mais que l'on vous tient dj pour demi-perdue2 et vritablement le march est demi-fait avec le second marchand1 quand on est dgot du premier4 ,lorsque j'ai fait rflexion qu'on donna la chaste ,rebecca de riches pendans d'oreilles de la part d',isaac1 son poux1 comme les premiers gages de son amour1 j'ai pens que cet ornement1 dont l'usage est de tout temps tabli parmi les femmes1 toit plus mystrieux qu'on ne croit1 et que n'a cru ,pline1 qui n'en marque pas d'autre raison1 que le plaisir d'un certain bruit qui se fait leurs oreilles1 et qui flatte agrablement leur vanit4 ,pour moi je crois1 selon cette observation de l',ecriture1 que c'est pour marquer le premier droit de l'poux sur le cur de son pouse1 qui doit fermer l'oreille tout autre voix qu' la sienne2 car enfin1 il faut toujours se souvenir que c'est par l'oreille qu'on empoisonne le cur4 ,l'amour et la fidlit produisent ensemble une douce et familire confiance1 qui se manifeste par des dmonstrations tendres et amoureuses1 mais chastes et sincres3 c'est ainsi que les saints et les saintes en ont us dans leurs mariages4 ,c'est ce que l',ecriture a remarqu dans la conduite d',isaac et de ,rebecca1 et par o ,abimelech reconnut ce qu'ils toient l'un l'autre3 c'est ce qui fit presque blmer le grand saint ,louis1 qui tout dur qu'il toit sa propre chair1 avoit une tendre amiti pour la reine son pouse1 qui il en donnoit souvent des marques extrmement dmonstratives3 mais on auroit d plutt le louer de ce qu'il savoit si bien1 quand il vouloit1 se dfaire de son esprit guerrier1 pour s'accommoder ces menus devoirs si ncessaires la conservation de l'amour conjugal2 car bien que ces petites dmonstrations d'amiti ne lient pas les curs1 elles les approchent1 et servent faire l'agrment d'une douce socit4 ,sainte ,monique tant grosse de saint ,augustin1 le consacra plusieurs fois la religion chrtienne et au service de la gloire de ,dieu1 ainsi qu'il le tmoigne lui-mme1 disant que1 dj ds le sein de sa mre1 il avoit got le sel de ,dieu4 ,c'est l une grande instruction pour les femmes chrtiennes d'offrir la divine ,majest le fruit de leurs entrailles1 mme avant qu'il soit n4 ,car ,dieu1 qui accepte les oblations d'un cur humble et gnreux1 bnit ordinairement les bonnes dispositions d'une mre en ce temps-l1 tmoin ,samul1 saint ,thomas d',aquin1 saint ,andr de ,fisole1 et plusieurs autres4 ,la mre de saint ,bernard1 digne mre d'un tel fils1 prenoit ses enfans dans ses bras aussitt qu'ils toient ns1 et les offroit ,jsus-,christ1 aprs quoi elle les aimoit avec respect comme un dpt sacr que ,dieu lui avoit confi2 ce qui lui russit si heureusement1 qu'enfin ils furent tous sept trs-saints4 ,les enfans tant venus au monde1 et commenant faire usage de la raison1 les pres et mres doivent avoir grand soin d'imprimer la crainte de ,dieu en leur cur4 ,c'est ce que fit excellemment la bonne reine ,blanche l'gard du roi saint ,louis son fils2 car souvent elle lui disoit3 ,mon cher enfant1 j'aimerois bien mieux vous voir mourir sous mes yeux1 que de vous voir commettre un seul pch mortel4 ,ce qui demeura tellement grav dans l'ame de ce saint fils1 que jamais depuis lors1 ainsi qu'il l'a racont lui-mme1 il n'y eut jour de sa vie o cette parole ne lui revnt2 s'efforant1 tant qu'il lui toit possible1 d'en bien observer la divine instruction4 ,on appelle dans notre langue les races et les gnrations1 des maisons2 et les ,hbreux eux-mmes1 pour signifier l'accroissement d'une famille et la bonne ducation des enfans1 se servoient de cette expression3 construire une maison1 faire une maison4 ,c'est en ce sens qu'il est dit que ,dieu difia des maisons aux sages femmes d',egypte4 ,or1 ceci nous montre que ce n'est pas faire une bonne maison que d'y entasser beaucoup de biens et de richesses2 mais qu'il faut par-dessus tout bien lever les enfans dans la vertu et la crainte de ,dieu4 ,en quoi on ne doit pargner ni peine ni travail1 puisque les enfans sont la couronne du pre et de la mre4 ,aussi voyons-nous que sainte ,monique combattit sans relche les mauvaises inclinations de son fils1 jusque l que1 l'ayant suivi par terre et par mer1 elle le rendit enfin plus heureusement enfant de ses larmes par la conversion de son ame1 qu'il n'avoit t enfant de son sang par la formation de son corps4 ,saint ,paul laisse en partage aux femmes le soin de la maison2 c'est pourquoi plusieurs pensent1 et juste titre1 que leur dvotion est plus utile la famille que celle des maris2 parce que ceux-ci tant presque toujours occups dehors1 ne peuvent pas aussi aisment enseigner la vertu4 ,c'est pour cela que ,salomon en ses ,proverbes fait dpendre le bonheur de toute la maison du soin et de l'autorit de cette femme forte dont il trace si bien le caractre4 ,il est dit en la ,gense1 qu',isaac1 voyant sa femme ,rebecca strile1 pria le ,seigneur pour elle2 ou1 comme il est dit dans le texte hbreu1 pria le ,seigneur vis--vis d'elle1 parce que l'un prioit d'un ct de l'oratoire1 et l'autre de l'autre2 aussi leur prire fut-elle exauce4 ,voil justement la plus excellente et la plus utile union qui puisse exister entre un mari et une femme2 c'est celle de la dvotion laquelle les poux doivent se porter l'un et l'autre avec une sainte mulation4 ,il y a des fruits comme le coing1 qui1 cause de l'pret de leur suc1 ne sont gure agrables qu'en confitures2 et il y en a d'autres aussi1 qui1 cause de leur grande dlicatesse1 ne peuvent se conserver s'ils ne sont confits1 comme sont les abricots et les cerises4 ,de mme les femmes doivent dsirer que leurs maris soient confits au sucre de la dvotion2 car1 sans la dvotion1 l'homme est naturellement fcheux1 violent et emport2 et les maris doivent dsirer que leurs femmes soient dvotes2 car1 sans la dvotion1 la femme est extrmement fragile1 et sa vertu trs en danger de se perdre4 ,saint ,paul a dit1 que l'homme infidle est sanctifi par la femme fidle1 et la femme infidle par l'homme fidle2 parce qu'en cette troite alliance du mariage l'un peut aisment attirer l'autre la vertu2 mais quelle bndiction n'est-ce pas1 lorsque l'homme et la femme1 tous deux fidles1 se sanctifient l'un l'autre par une vritable crainte du ,seigneur6 ,au demeurant1 le support mutuel doit tre tel entre les poux1 qu'ils ne soient jamais fchs tous deux la fois1 c'est le moyen qu'il n'y ait entre eux ni division1 ni dispute4 ,les mouches miel ne peuvent s'arrter dans les lieux o l'cho double l'effet des sons et fait retentir la voix1 de mme aussi le ,saint-,esprit ne peut habiter dans une maison o il y a du trouble1 du tumulte des altercations et des cris4 ,saint ,grgoire de ,nazianze rapporte que de son temps les chrtiens faisoient une fte du jour anniversaire de leur mariage4 ,assurment j'approuverois fort que cette coutume s'introduisit parmi nous1 pourvu que ce ne ft pas avec l'appareil des joies mondaines et frivoles1 mais que les poux1 bien confesss et communis ce jour-l1 recommandassent ,dieu leur mariage plus instamment encore qu' l'ordinaire1 renouvelant le bon propos de le sanctifier de plus en plus par une amiti et une fidlit rciproques2 par l1 ils reprendroient haleine en ,notre-,seigneur1 et seroient plus mme de supporter les peines et les charges invitables de leur vocation4 ,,chapitre ,,xxxix4 ,de l'honntet du lit nuptial4 ,l'aptre appelle le lit nuptial1 immacul1 c'est--dire1 exempt de toute sorte d'impuret2 et c'est peut-tre pour cette raison que ,dieu voulut instituer le premier mariage dans le paradis terrestre1 o il n'y avoit encore eu aucun drglement de la cupidit4 ,or pour vous expliquer la perfection que l',aptre exige des personnes maries sur cet article1 je me sers d'une comparaison assez naturelle2 c'est celle de la nourriture et de la temprance4 #a4 ,la nourriture est ncessaire la conservation de la vie2 et pour cela l'usage en est bon1 sain et command4 #b4 ,cependant1 manger non pas prcisment pour cette fin1 mais pour s'acquitter des devoirs auxquels la socit humaine nous oblige les uns envers les autres1 c'est une chose juste et honnte4 #c4 ,si l'on mange par la raison de ses devoirs1 il faut que ce soit avec une douce libert1 et en marquant qu'on y prend plaisir4 #d4 ,manger simplement pour contenter son apptit1 c'est une chose supportable1 mais nullement louable2 car le simple plaisir de l'apptit sensuel ne peut rendre une action honnte2 et c'est bien assez si elle est supportable4 #e4 ,manger au del de son apptit et par excs1 cela est plus ou moins blmable proportion de l'excs2 et cet excs ne consiste pas seulement en la qualit1 mais aussi en la manire4 #f4 ,c'est une marque d'une ame basse1 grossire et tout animale1 de faire tant de rflexions et de s'pancher en paroles sur les viandes avant le repas1 et encore plus aprs1 comme plusieurs sortes de gens qui ont toujours l'esprit dans les plats1 qui prviennent sans cesse ou rappellent le plaisir de la bonne chre1 et qui1 en un mot1 font comme dit saint ,paul1 un dieu de leur ventre2 au lieu que les honntes gens ne pensent la table qu'en s'y mettant1 et se lavent les mains et la bouche aprs le repas1 pour n'avoir plus ni le got1 ni l'odeur des viandes4 ,voil les rgles qui sont communes la temprance et l'honntet du lit conjugal4 #a4 ,l'usage des droits du sacrement tant ncessaire la propagation de la socit humaine1 il est indubitablement honnte et louable1 et spcialement saint dans le christianisme4 #b4 ,cet usage est appel par l',aptre un devoir rciproque1 un devoir si grand1 que bien qu'on puisse ne pas l'exiger1 l'on est indispensablement oblig de le rendre2 de manire que l'un n'y puisse manquer sans le libre consentement de l'autre3 non pas mme pour les exercices de la dvotion1 beaucoup moins pour des prtentions capricieuses de vertu1 pour des aigreurs et pour des mpris4 #c4 ,l'on doit considrer que ce n'est pas assez de s'acquitter de ce devoir d'une manire chagrine1 et avec une patience indiffrente3 ce doit tre avec toute la fidlit et la correspondance entire que demande cet amour1 comme s'il toit accompagn de l'esprance d'avoir des enfans1 encore que pour la raison de quelque conjoncture on ne l'et pas4 #d4 ,ici1 comme partout ailleurs1 le simple contentement de l'apptit sensuel ne peut rendre une chose honnte et louable par lui-mme2 c'est beaucoup si l'on dit qu'elle soit tolrable4 #e4 ,tout juste que soit l'usage des droits du mariage1 tout ncessaire qu'on le sache dans la socit humaine1 tout saint qu'on le croie dans le christianisme1 il porte des dangers de salut que l'on doit y viter trs-soigneusement1 pour ne se rendre coupable ni d'aucun pch vniel1 comme il arrive dans les simples excs de cet tat1 ni d'aucun pch mortel1 comme il arrive quand l'ordre naturel et ncessaire pour la procration des enfans est interverti4 ,or dans cette supposition1 selon que l'on s'carte plus on moins de cet ordre1 les pchs sont plus on moins excrables1 mais toujours mortels3 car la propagation de la socit humaine tant la premire et la principale fin du mariage1 jamais on ne peut licitement se dpartir de l'ordre qu'elle vous demande4 ,cependant quoique cette fin ne puisse pas avoir son effet par la raison de quelque empchement1 comme la strilit ou la grossesse1 le commerce de l'amour conjugal ne laisse pas de pouvoir tre juste et saint1 si l'on suit les rgles que demande la procration des enfans3 aucun accident ne pouvant jamais prjudicier la loi que la fin principale du mariage a impose4 ,certes1 l'infme et excrable action d',onan contre les lois du mariage1 toit dtestable devant ,dieu1 ainsi que l',ecriture-,sainte nous l'apprend4 ,et bien que quelques hrtiques de notre temps1 cent fois plus blmables que les cyniques dont parle saint ,jrme1 sur l',eptre aux ,ephsiens1 aient voulu dire que c'toit l'intention perverse de ce mchant homme qui dplaisoit ,dieu2 l',ecriture en parle autrement et assure en particulier que son action mme toit dtestable et abominable devant ,dieu4 #f4 ,l'honntet naturelle et chrtienne demande qu'on ne laisse pas engager son esprit dans tout ce commerce sensuel1 et qu'on tache mme de l'en purifier promptement1 pour qu'il conserve toute la libert ncessaire aux obligations plus honntes et plus nobles de cette vocation4 ,en vrit1 l'on seroit surpris des exemples de l'honntet naturelle que le ,seigneur a donns aux hommes1 en de certains animaux qui serviront un jour confondre la brutale grossiret de plusieurs personnes4 ,cet avis comprend la parfaite pratique de l'excellence de la doctrine que saint ,paul enseigne aux ,corinthiens en ces termes3 le temps est court3 que ceux donc qui ont des femmes1 vivent comme s'ils n'en avoient pas4 ,car selon la pense de saint ,grgoire1 vivre dans le mariage1 comme si l'on n'y toit pas1 c'est accorder tout ce que cet tat a de naturel avec tout le spirituel du christianisme4 ,que ceux qui se servent du monde1 ajoute saint ,paul1 s'en servent comme s'ils ne s'en servoient pas4 ,c'est dire tous de se servir du monde1 chacun selon sa vocation2 mais avec un si grand dtachement du monde1 que l'on puisse conserver pour le service de ,dieu autant de libert et de ferveur que si l'on ne se servoit pas du monde4 ,en effet1 c'est le grand mal de l'homme1 dit saint ,augustin1 que de vouloir jouir des choses dont il doit seulement se servir1 et de vouloir seulement se servir de celles dont il doit jouir avec plaisir3 cela s'entend de tout ce qui a rapport aux sens et l'esprit4 ,ainsi quand on pervertit cet ordre1 et que l'on change l'usage en jouissance1 l'ame1 toute spirituelle qu'elle est1 devient toute animale4 ,je crois avoir dit tout ce que je voulois dire1 et avoir fait entendre sans le dire1 ce que je ne voulois pas dire4 ,,chapitre ,,xl4 ,avis pour les veuves4 ,saint ,paul instruit tous les prlats en la personne de son cher ,timothe1 lorsqu'il lui dit3 ,honorez les veuves qui sont vraiment veuves4 ,or1 pour tre vraiment veuve1 plusieurs choses sont requises4 #a4 ,il faut que la veuve soit veuve de cur1 c'est--dire qu'elle soit rsolue d'une rsolution inviolable de se conserver en l'tat d'une chaste et perptuelle viduit2 car les veuves qui ne le sont qu'en attendant l'occasion de se remarier1 ont dj le cur tout entier dans le mariage4 ,que si la vraie veuve1 pour se confirmer en l'tat de viduit1 veut se consacrer ,dieu par un vu de chastet1 elle ajoutera un grand ornement sa viduit1 et mettra en grande assurance sa sainte rsolution2 car voyant que par son vu il n'est plus en son pouvoir de quitter l'tat de veuve sans quitter le paradis1 elle sera si jalouse de son dessein1 qu'elle ne permettra pas seulement aux plus simples penses de mariage de s'arrter un instant dans son esprit2 d'o il arrivera que ce vu mettra comme une barrire insurmontable entre son ame et toutes sortes de projets contraires sa rsolution4 ,saint ,augustin conseille extrmement ce vu la veuve chrtienne2 et l'ancien et savant ,origne va bien plus loin3 car il le conseille mme aux femmes maries pour le cas o elles deviendroient veuves2 afin1 dit-il1 qu'au milieu des obligations du mariage1 elles puissent avoir1 comme par anticipation1 tout le mrite d'une sainte viduit4 ,il est certain que le vu procure de grands avantages3 il rend les uvres qui en sont la suite bien plus agrables ,dieu2 il fortifie le courage pour les faire1 et non-seulement il donne ,dieu les uvres qui sont comme les fruits de notre volont1 mais il lui donne encore la volont elle-mme1 qui est comme l'arbre et la tige de nos actions4 ,par la simple chastet nous soumettons nos corps l'esprit de ,dieu1 sans nous ter la libert d'en disposer pour les engagemens du mariage2 mais par le vu de chastet1 nous nous donnons lui d'une manire absolue et irrvocable1 sans nous rserver aucun pouvoir de nous en jamais ddire1 nous rendant ainsi heureusement esclaves de celui dont le service vaut mieux que toute royaut4 ,or1 comme j'approuve infiniment la pense de ces deux grands personnages dont j'ai parl plus haut1 je souhaiterois aussi que les ames qui seront si heureuses que de vouloir suivre leur conseil1 le fissent prudemment1 saintement et srement1 aprs avoir bien consult leur courage1 invoqu l'inspiration cleste1 et pris conseil de quelque sage et pieux directeur2 car de cette manire tout se fera avec plus de fruit4 #b4 ,de plus1 il faut que ce renoncement de secondes noces se fasse purement et simplement1 dans l'intention de concentrer toutes ses affections en ,dieu1 et de s'unir lui plus parfaitement2 car si le dsir de laisser plus de fortune ses enfans1 ou quelqu'autre vue mondaine1 dtermine la veuve rester veuve1 elle en aura peut-tre de la louange2 mais non pas certes devant ,dieu1 puisque devant ,dieu rien n'est vritablement digne de louange que ce qui est fait pour lui4 #c4 ,il faut encore que la veuve1 pour tre vraiment veuve1 se spare et se prive volontairement des amusemens profanes4 ,la veuve qui vit dans les dlices1 dit saint ,paul1 est morte en paroissant vivante4 ,vouloir tre veuve1 et se plaire nanmoins tre courtise1 flatte1 recherche2 vouloir se trouver aux bals1 aux danses et aux festins2 vouloir tre pare1 parfume et coiffe avec prtention1 c'est tre une veuve vivante quant au corps1 mais morte quant l'ame4 ,qu'importe1 je vous prie1 que l'enseigne du logis de l'amour profane soit faite d'aigrettes blanches releves en forme de panache1 ou bien de crpe noir tendu comme un rseau tout autour du visage8 ,ne sait-on pas mme que le noir n'est souvent qu'un nouvel artifice et un nouveau calcul de la vanit1 pour rehausser la blancheur naturelle et la beaut du teint8 artifice d'autant plus dangereux1 que la veuve a l'exprience de tous les moyens que les femmes ont de plaire aux hommes1 et de les sduire en charmant leurs yeux4 ,celle donc qui vit en ces folles dlices1 n'est pas vivante2 elle est morte1 et ce n'est proprement parler qu'une idole de viduit4 ,le temps est venu d'monder les arbres1 dit le ,cantique1 la voix de la tourterelle s'est fait entendre en notre terre4 ,ces paroles nous indiquent que si le retranchement des superfluits mondaines est ncessaire quiconque veut vivre pieusement1 il l'est surtout la vraie veuve1 qui1 comme une chaste tourterelle1 pleure et gmit sur la perte de son poux4 ,quand ,nomi revint de ,moab ,bethlem1 les femmes de la ville qui l'avoient connue au commencement de son mariage se disoient les unes aux autres3 ,n'est-ce point l ,nomi8 ,mais elle rpondit3 ,ne m'appelez pas1 je vous prie1 ,nomi2 car ,nomi veut dire gracieuse et belle3 mais appelez-moi ,mara1 car le ,seigneur a rempli mon ame d'amertume4 ,ce qu'elle disoit parce qu'elle avoit perdu son mari4 ,ainsi la veuve chrtienne ne veut jamais qu'on l'appelle ni belle1 ni gracieuse2 mais elle se contente d'tre ce que ,dieu veut qu'elle soit1 c'est--dire1 humble et abjecte ses yeux4 ,les lampes dont l'huile est aromatique jettent une plus douce odeur quand on teint leurs flammes2 ainsi les veuves dont le cur a t pur durant le mariage1 rpandent un plus grand parfum de vertu et de chastet1 quand leur lumire1 c'est--dire leur mari1 vient s'teindre par la mort4 ,aimer un mari tandis qu'il est en vie1 c'est chose assez commune parmi les femmes2 mais l'aimer ce point qu'aprs sa mort on n'en veuille point d'autre1 c'est un degr de fidlit qui n'appartient qu'aux vraies veuves4 ,esprer en ,dieu tandis que le mari sert de soutien1 ce n'est pas chose si rare2 mais esprer en ,dieu quand on est priv de cet appui1 c'est un acte vraiment digne de grande louange4 ,c'est pourquoi l'on reconnot plus aisment dans la viduit la perfection des vertus que l'on a eues durant le mariage4 ,la veuve qui est ncessaire ses enfans1 principalement en ce qui regarde leur ame et leur bonne ducation1 ne doit en aucune faon les abandonner2 car l'aptre saint ,paul dit clairement qu'elles sont tenues ce soin-l en acquit des soins qu'elles ont reus de leurs pres et mres2 d'autant que si quelqu'un n'a pas soin des siens1 et principalement de ceux de sa famille1 il est pire qu'un infidle4 ,mais si les enfans sont en tat de se conduire par eux-mmes1 la veuve alors doit ramasser toutes ses affections et toutes ses penses1 pour les appliquer plus parfaitement son avancement en l'amour de ,dieu4 ,a moins donc que quelque force majeure n'oblige en conscience la vraie veuve se jeter dans les embarras extrieurs1 tels que sont les procs1 je lui conseille de s'en abstenir entirement1 et de prfrer toujours dans la conduite de ses affaires la voie la plus paisible et la plus tranquille1 encore qu'elle ne paroisse pas la plus avantageuse2 car il faut que les fruits de ces soins fatigans soient bien grands pour tre comparables au bien d'une sainte tranquillit4 ,joignez cela que les procs et autres semblables brouilleries dissipent le cur et ouvrent souvent la porte aux ennemis du salut1 tandis que pour plaire ceux dont on croit avoir besoin1 on se porte mille manires inconvenantes et fort dsagrables ,dieu4 ,l'oraison doit tre le continuel exercice de la veuve2 or ne devant plus avoir d'amour que pour ,dieu1 elle ne doit presque plus aussi avoir de paroles que pour ,dieu2 et comme le fer qu'un diamant empche de s'attacher l'aimant1 s'lance vers cet aimant aussitt que le diamant est loign1 de mme le cur de la veuve1 qui ne pouvoit s'lancer vers ,dieu1 ni suivre les attraits du divin amour pendant la vie de son mari1 doit1 soudain aprs sa mort1 courir ardemment l'odeur des parfums clestes1 et dire comme l'pouse sacre3 ,o ,seigneur6 maintenant que je suis toute moi1 recevez-moi pour tre toute vous1 attirez-moi aprs vous1 et je courrai l'odeur de vos parfums4 ,les vertus propres la veuve chrtienne sont la parfaite modestie1 le renoncement aux honneurs1 aux rangs1 aux assembles1 aux titres et aux autres vanits de cette espce1 le service des pauvres et des malades1 la consolation des affligs1 le zle instruire les filles en la dvotion1 et se rendre auprs des jeunes femmes un parfait modle de toutes les vertus2 la ncessit et la simplicit doivent tre les deux ornemens de leurs habits2 l'humilit et la charit les deux ornemens de leurs actions2 l'honntet et la bont les deux ornemens de leurs paroles2 la modestie et la rserve les deux ornemens de leurs yeux2 et ,jsus-,christ crucifi l'unique amour de leur cur4 ,bref1 la vraie veuve est dans l',eglise une petite violette de mars1 qui parfume l'air d'une odeur dlicieuse par le charme de sa dvotion1 et qui se tient presque toujours cache sous les larges feuilles de son abjection4 ,sa couleur peu clatante est le symbole de la mortification2 elle vient dans les lieux frais et solitaires1 c'est--dire qu'elle vite la compagnie des mondains1 pour mieux conserver la fracheur de son cur contre toutes les ardeurs que le dsir des biens1 des honneurs et des plaisirs pourroit lui apporter4 ,elle sera bienheureuse1 dit le saint ,aptre1 si elle persvre en cet tat4 ,j'aurois encore beaucoup d'autres choses dire sur ce sujet2 mais j'aurai tout dit quand j'aurai dit la veuve chrtienne vraiment jalouse de sa perfection1 qu'elle lise attentivement les belles ptres de saint ,jrme ,furia et ,salvia1 et toutes les autres dames1 qui furent assez heureuses pour tre les filles spirituelles d'un si bon pre2 car il ne se peut rien ajouter ce qu'il leur dit1 sinon cet avertissement1 que la vraie veuve ne doit jamais ni blmer1 ni mpriser celles qui passent de secondes1 ou mme de troisimes et de quatrimes noces2 car en certains cas ,dieu en dispose ainsi pour sa plus grande gloire2 et il faut toujours avoir devant les yeux cette doctrine des anciens1 que ni la viduit ni la virginit n'ont de rang au ,ciel1 si ce n'est celui qui leur est assign par l'humilit4 ,,chapitre ,,xli4 ,deux mots aux vierges4 ,o vierges6 je ne veux vous dire que ces deux mots1 car pour le reste vous le trouverez ailleurs2 si vous prtendez au mariage temporel1 gardez soigneusement votre premier amour pour votre premier mari4 ,je pense que c'est une grande tromperie de prsenter1 au lieu d'un cur pur et intgre1 un cur tout us1 frelat et gt4 ,mais si votre bonheur vous appelle aux chastes et virginales noces de l',agneau1 et qu' jamais vous vouliez demeurer vierges1 ,dieu6 conservez votre cur le plus dlicatement que vous pourrez pour cet poux divin1 qui1 tant la puret mme1 n'aime rien tant que la puret1 et qui les prmices de toutes choses sont dues1 mais surtout les prmices du cur4 ,les ptres de saint ,jrme vous fourniront tous les avis qui vous sont ncessaires2 et puisque votre condition vous oblige l'obissance1 choisissez un guide sous la conduite duquel vous puissiez plus saintement conserver votre cur et votre corps la divine ,majest4 ,,quatri,,me ,,partie ,,contenant ,,les ,,avis ,n,,cessaires ,,contre ,,les ,,tentations ,,les ,,plus ,,ordinaires4 ,,chapitre ,,premier4 ,qu'il ne faut point s'amuser aux paroles des enfans du sicle4 ,sitt que les mondains s'apercevront que vous voulez suivre la vie dvote1 ils dcocheront contre vous mille traits de satire et de mdisance4 ,les plus malins traiteront votre changement d'hypocrisie1 de bigoterie et d'artifice3 ils diront que le monde vous a fait mauvais visage1 et qu' son refus vous recourez ,dieu2 vos amis s'empresseront de vous faire mille remontrances1 leur avis1 trs-prudentes et charitables4 ,en prenant cette voie1 vous diront-ils1 vous tomberez en quelque humeur mlancolique1 vous perdrez tout crdit dans le monde1 vous deviendrez insupportable1 vous vieillirez avant le temps1 vos affaires domestiques en souffriront2 il faut vivre dans le monde comme dans le monde2 on peut bien faire son salut sans tant de mystres1 et mille autres bagatelles4 ,tout cela1 ,philothe1 n'est qu'un vain et sot babil2 au fond1 ces gens-l ne sont nullement occups ni de votre sant ni de vos affaires3 ,si vous tiez du monde1 dit le ,sauveur1 le monde vous aimeroit comme tant lui2 mais parce que vous n'tes pas du monde1 cause de cela il vous hait4 ,nous avons vu des gentilshommes et des dames passer la nuit entire1 et mme plusieurs nuits de suite1 jouer aux checs et aux cartes3 y a-t-il une attention plus fatigante1 plus mlancolique et plus sombre que celle-l8 ,cependant les mondains ne disoient mot1 les amis ne se mettoient pas en peine2 et pour la mditation d'une heure1 ou pour nous voir lever un peu plus matin qu' l'ordinaire1 afin de nous prparer la communion1 chacun court au mdecin pour nous faire gurir de l'humeur hypocondriaque et de la jaunisse4 ,on passera trente nuits danser1 sans que nul s'en plaigne2 et pour la seule nuit de ,nol1 chacun tousse et crie la tte le jour suivant4 ,qui ne voit que le monde est un juge inique3 indulgent et favorable pour ses enfans1 mais dur et svre pour les enfans de ,dieu8 ,pour tre bien avec le monde1 il faudroit se perdre avec lui4 ,il n'est pas possible de le contenter1 tant il est bizarre2 ,jean est venu1 dit le ,sauveur1 ne mangeant ni ne buvant1 et vous dites qu'il est possd2 le ,fils de l'homme est venu mangeant et buvant1 et vous dites qu'il est samaritain4 ,c'est la vrit1 ,philothe3 si par condescendance nous nous relchons rire1 jouer1 danser avec le monde1 il s'en scandalisera2 si nous ne le faisons pas1 il nous accusera d'hypocrisie ou d'humeur sombre2 si nous nous parons1 il l'interprtera mal2 si nous nous ngligeons1 ce sera selon lui bassesse d'ame2 nos gats seront appeles dissolutions1 et nos mortifications tristesses2 et comme il nous regarde toujours de mauvais il1 jamais nous ne pourrons lui plaire4 ,il agrandit nos imperfections1 et publie que ce sont des pchs2 de nos pchs vniels il en fait des mortels2 de nos pchs de fragilit1 il en fait des pchs de malice2 taudis que1 comme dit saint ,paul1 la charit est bnigne1 le monde au contraire est malin2 tandis que la charit ne pense pas de mal1 le monde au contraire en pense toujours2 et quand il ne peut accuser nos actions1 il accuse nos intentions4 ,enfin1 soit que les moutons aient des cornes1 ou qu'ils n'en aient point1 qu'ils soient blancs ou qu'ils soient noirs1 le loup ne laissera pas de les manger1 s'il peut2 ainsi1 quoi que nous fassions1 le monde nous fera toujours la guerre3 si nous sommes long-temps nous confesser1 il demandera ce que nous pouvons tant avoir dire2 si nous y sommes peu de temps1 il dira que nous ne disons pas tout2 il piera tous nos mouvemens3 pour une seule petite parole d'aigreur1 il protestera que nous sommes insupportables2 le soin de nos affaires lui semblera avarice1 et notre douceur il l'appellera niaiserie2 au lieu que pour les enfans du sicle1 leurs colres seront gnrosits2 leur avarice1 conomie2 leur licence1 noble libert2 il n'est rien de tel que les araignes pour gter l'ouvrage des abeilles4 ,laissons l ce monde aveugle1 ,philothe2 qu'il crie tant qu'il voudra comme un chat-huant pour inquiter les oiseaux du jour3 soyons fermes en nos desseins1 invariables en nos rsolutions2 la persvrance fera bien voir si c'est vraiment tout de bon que nous sommes dvous ,dieu1 et engags dans la vie dvote4 ,les comtes et les plantes sont presque galement lumineuses en apparence2 mais les comtes disparoissent en peu de temps1 n'tant que de certains feux passagers2 au lieu que les plantes ont une clart perptuelle4 ,ainsi l'hypocrisie et la vraie vertu ont beaucoup de ressemblance l'extrieur2 mais on les distingue facilement l'une de l'autre1 en ce que l'hypocrisie n'a point de dure1 et se dissipe comme la fume1 tandis que la vraie vertu est toujours ferme et constante4 ,ce ne nous est pas un petit avantage pour bien assurer le commencement de notre dvotion1 que d'en recevoir de l'opprobre et de la calomnie2 car nous vitons par ce moyen le pril de la vanit et de l'orgueil1 qui sont comme les sages-femmes d',egypte1 auxquelles le ,pharaon infernal a ordonn de tuer les enfans mles d',isral le jour mme de leur naissance4 ,nous sommes crucifis au monde1 le monde nous doit tre crucifi3 il nous tient pour fous1 tenons-le pour insens4 ,,chapitre ,,ii4 ,qu'il faut avoir bon courage4 ,la lumire1 quoique belle et dsirable nos yeux1 les blouit nanmoins aprs qu'ils ont t en de longues tnbres2 et avant que l'on soit accoutum aux habitans d'un pays1 quelque courtois et gracieux qu'ils soient d'ailleurs1 on s'y trouve un peu embarrass4 ,il se pourra donc faire1 ma chre ,philothe1 qu' ce changement de vie plusieurs soulvemens se fassent en votre intrieur1 et que ce grand et gnral adieu que vous avez dit aux folies et aux niaiseries du monde1 vous donne quelque ressentiment de tristesse et de dcouragement4 ,si cela vous arrive1 ayez un peu de patience1 je vous prie1 car ce ne sera rien2 ce n'est qu'un peu d'tonnement que la nouveaut vous apporte3 attendez1 les consolations arriveront bientt1 vous regretterez peut-tre d'abord de quitter la gloire que les fous et les moqueurs vous donnoient en vos vanits2 mais1 ,dieu6 voudriez-vous perdre la gloire ternelle que ,dieu vous donnera en vrit8 ,les vains amusemens et les passe-temps dans lesquels vous avez employ les annes passes1 se reprsenteront votre cur pour l'amorcer1 et le faire retourner de leur ct2 mais auriez-vous bien le courage de renoncer aux dlices du ,ciel pour de si trompeuses lgrets8 ,croyez-moi1 si vous persvrez1 vous ne tarderez pas recevoir tant et de si douces consolations1 que vous reconnotrez que le monde n'a que du fiel en comparaison de ce miel1 et qu'un seul jour de dvotion vaut mieux que mille annes de la vie mondaine4 ,mais vous voyez que la montagne de la perfection chrtienne est extrmement haute1 et vous dites3 ,hlas6 mon ,dieu1 comment ferai-je pour y monter8 ,courage ,philothe3 quand les petits moucherons des abeilles commencent se former1 on les appelle nymphes1 et alors ils ne sauroient encore voler sur les fleurs1 ni sur les monts1 ni sur les collines voisines pour amasser le miel2 mais petit petit1 se nourrissant du miel que leurs mres ont prpar1 ces petites nymphes prennent des ailes et se fortifient2 si bien qu'enfin elles prennent leur essor et volent jusqu'aux lieux les plus levs4 ,il est vrai1 nous sommes encore de petits moucherons en la dvotion2 nous ne saurions monter selon notre dessein1 qui n'est rien moindre que d'atteindre la cime de la perfection chrtienne2 mais si nous commenons nous former par nos dsirs et nos rsolutions1 bientt les ailes commenceront nous venir1 en sorte qu'un jour nous serons abeilles spirituelles1 et volerons tout notre aise4 ,en attendant1 vivons du miel de tant d'enseignemens que les saints nous ont laisss1 et prions ,dieu de nous donner des ailes comme la colombe1 afin que non-seulement nous puissions voler au temps de la vie prsente1 mais encore nous reposer en l'ternit de la vie future4 ,,chapitre ,,iii4 ,de la nature des tentations1 et de la diffrence qu'il y a entre sentir la tentation et y consentir4 ,imaginez-vous1 ,philothe1 une jeune princesse extrmement aime de son poux1 et dont quelque libertin prtend corrompre la fidlit par un infme confident qu'il lui envoie pour traiter avec elle d'un si dtestable dessein4 ,premirement1 ce messager fait part la princesse des intentions de son matre2 secondement1 la princesse se plat ou se dplat en la proposition2 en troisime lieu1 ou elle consent1 ou elle refuse4 ,ainsi1 ,satan1 le monde et la chair voyant une ame unie au ,fils de ,dieu1 lui envoient des tentations et des suggestions1 par lesquelles1 #a4 le pch lui est propos2 #b4 l'ame se plat ou se dplat en la proposition2 #c4 enfin1 elle consent ou elle refuse2 ce qui fait en somme trois degrs pour descendre l'iniquit1 la tentation1 la dlectation et le consentement2 et bien que ces trois degrs ne se montrent pas aussi clairement en toutes sortes de fautes1 toujours est-il qu'on les voit trs-distinctement dans les grands et normes pchs4 ,quand la tentation de quelque pch que ce soit dureroit toute notre vie1 elle ne sauroit nous rendre dsagrables la divine ,majest1 pourvu qu'elle ne nous plaise pas1 et que nous n'y consentions pas4 ,la raison est1 que dans la tentation nous ne sommes pas actifs1 mais passifs2 et puisque nous n'y prenons pas de plaisir1 nous ne pouvons aussi en avoir de faute4 ,saint ,paul souffrit long-temps de violentes tentations1 et tant s'en faut que pour cela il ft dsagrable ,dieu1 qu'au contraire ,dieu en toit glorifi4 ,la bienheureuse ,angle de ,foligny sentoit des tentations si cruelles1 qu'elle fait piti quand elle les raconte3 grandes furent aussi les tentations de saint ,franois et de saint ,benot1 lorsque l'un se jeta dans les pines1 et l'autre dans la neige pour les apaiser2 et nanmoins ils ne perdirent rien de la grce de ,dieu pour cela1 mais l'augmentrent de beaucoup4 ,il faut donc tre courageuse1 chre ,philothe1 dans les tentations1 et ne vous tenir jamais pour vaincue tant qu'elles vous dplaisent2 car observez bien cette diffrence qu'il y a entre sentir et consentir1 qui est qu'on peut les sentir encore qu'elles nous dplaisent2 mais qu'on ne peut y consentir sans qu'elles nous plaisent1 puisque le plaisir pour l'ordinaire sert de degr pour venir au consentement4 ,que les ennemis de notre salut nous prsentent donc tant qu'ils voudront des amorces et des piges1 qu'ils demeurent toujours la porte de notre cur pour y entrer1 qu'ils nous fassent toutes les propositions imaginables2 tant que nous serons rsolus ne point nous plaire en tout cela1 il sera bien impossible que ,dieu en soit offens1 non plus que le prince dont j'ai parl plus haut ne peut savoir mauvais gr la princesse du message qui lui est envoy1 si elle n'y a pris aucune sorte de plaisir4 ,il y a nanmoins cette diffrence entre l'ame et la princesse1 que la princesse1 aprs avoir entendu la proposition1 peut1 si bon lui semble1 chasser le messager1 et ne le plus entendre2 au lieu qu'il n'est pas toujours au pouvoir de l'ame de ne point sentir la tentation1 bien qu'il soit toujours en son pouvoir de n'y point consentir3 c'est pourquoi1 encore que la tentation dure long-temps1 elle ne peut nous nuire1 tant qu'elle nous est dsagrable4 ,mais1 quant la dlectation qui peut suivre la tentation1 il est remarquer que nous avons deux parties en notre ame1 l'une infrieure et l'autre suprieure1 et que l'infrieure ne suit pas toujours la suprieure1 mais fait des oprations part3 d'o il arrive maintes fois que la partie infrieure se plat la tentation2 sans le consentement1 et mme contre le gr de la suprieure3 c'est la dispute et la guerre que l'aptre saint ,paul dcrit1 quand il dit que sa chair convoite contre son esprit1 qu'il y a une loi des membres et une loi de l'esprit1 et autres choses semblables4 ,avez-vous jamais vu1 ,philothe1 un grand brasier de feu couvert de cendres8 ,quand on vient dix ou douze heures aprs pour y chercher du feu1 on n'en trouve qu'un peu au milieu du foyer1 et encore on a peine le trouver4 ,il y toit nanmoins puisqu'on l'y trouve1 et l'on peut s'en servir rallumer les autres charbons dj teints4 ,il en est de mme de la charit1 qui est notre vie spirituelle1 parmi les grandes et violentes tentations2 car la tentation jetant sa dlectation dans la partie infrieure1 couvre1 ce semble1 toute l'ame de cendre1 et rduit l'amour de ,dieu presque rien2 car il ne parot plus nulle part1 sinon au milieu du cur1 et au fin fond de l'esprit2 encore semble-t-il qu'il n'y soit pas1 tant on a de peine le trouver4 ,il y est nanmoins en vrit1 puisque1 quoique tout soit en trouble en notre ame et en notre corps1 nous avons la rsolution de ne point consentir au pch ni la tentation1 et que la dlectation qui plat notre homme extrieur dplat notre homme intrieur2 en sorte qu'tant autour de notre volont1 elle n'est cependant pas dans notre volont2 en quoi l'on voit qu'une telle dlectation est involontaire1 et partant ne peut tre pch4 ,,chapitre ,,iv4 ,deux exemples remarquables sur ce sujet4 ,il vous importe si fort1 ,philothe1 de bien entendre ceci1 que je ne ferai nulle difficult de m'y tendre davantage4 ,le jeune homme dont parle saint ,jrme1 qui1 couch et attach avec des charpes de soie1 sur un lit mollet1 toit provoqu par tout ce que l'on peut penser de l'impudence d'une femme1 dont on se servoit pour branler sa constance1 dut sans doute tre tent d'une manire bien violente2 et qu'est-ce que ses sens et son imagination n'prouvrent pas alors8 ,cependant au milieu d'un si terrible orage de tentations sensuelles1 il tmoigne que son cur n'est point vaincu1 et que sa volont n'y consent en aucune manire3 car son ame voyant tout rvolt contre elle1 et n'ayant rien son commandement1 de tout son corps1 si ce n'est la langue1 il se la coupe avec les dents1 et la crache au visage de cette vilaine1 qui lui toit plus cruelle que les bourreaux les plus furieux4 ,de sorte que le tyran qui avoit dsespr de vaincre cette belle ame par les douleurs1 essaya vainement de la vaincre par les plaisirs4 ,l'histoire du combat de sainte ,catherine de ,sienne n'est pas moins admirable1 la voici en abrg4 ,le malin esprit obtint un jour de ,dieu la permission d'prouver la vertu de cette sainte vierge1 et d'user cet effet de la plus grande rage qu'il pourroit1 pourvu toutefois qu'il pargnt sa personne4 ,en consquence il vint lui suggrer toutes sortes de mauvaises penses1 et pour l'mouvoir encore davantage1 prenant avec lui plusieurs de ses compagnons auxquels il avoit donn diverses formes2 il fit avec eux mille et mille reprsentations dshonntes1 qu'il accompagna encore de paroles et d'invitations les plus grossires2 or1 bien que toutes ces choses fussent extrieures1 elles ne laissoient pas toutefois1 par le moyen des sens1 de pntrer bien avant dans le cur de la vierge1 lequel1 comme elle l'avouait elle-mme1 en toit tout plein1 ne lui restant plus que la fine pure volont suprieure qui ne ft pas agite par cette tempte et ce dbordement de vilenies4 ,tout cela dura fort long-temps1 jusqu' ce qu'un jour1 ,notre-,seigneur lui ayant apparu3 ,o tiez-vous1 dit-elle1 mon doux ,seigneur6 pendant que mon cur toit plein de tant de tnbres et d'ordures8 ,a quoi il rpondit3 ,ma fille1 j'tois au dedans de votre cur4 ,et comment1 rpliqua-t-elle1 pouviez-vous habiter mon cur1 tandis qu'il y avoit tant de vilenies8 habitez-vous donc en des lieux si dshonntes8 ,et ,notre-,seigneur lui dit3 ,dites-moi1 ma chre fille1 toutes ces sales penses qui toient en votre cur1 vous donnoient-elles du plaisir ou de la tristesse1 de l'amertume ou de la joie8 ,et elle rpondit3 ,une extrme amertume et tristesse4 ,et qui donc1 reprit le ,sauveur1 mettoit cette grande amertume et tristesse au dedans de votre cur1 sinon moi qui demeurois cach au milieu de votre ame8 ,soyez sre1 ma fille1 que si je n'eusse pas t prsent1 ces penses qui toient autour de votre volont1 sans pouvoir s'en saisir1 l'eussent bien vite surmonte1 et seroient entres dedans1 et eussent t bien reues par votre libre arbitre1 et ainsi eussent donn la mort votre ame4 ,mais parce que j'tois au milieu de vous1 j'ai mis en votre cur une tristesse et une rsistance par laquelle vous avez rejet la tentation autant que vous avez pu2 et comme vous ne l'avez pu faire autant que vous l'auriez voulu1 vous en avez ressenti un grand dplaisir et une grande haine et contre la tentation et contre vous-mme4 ,ainsi ces peines ont t pour vous un grand mrite et un grand gain1 et votre vertu n'en a pris que plus de force et d'accroissement4 ,voyez-vous1 ,philothe1 comme ce feu toit couvert de cendres8 et comme la tentation et la dlectation mme1 tant entres dans le cur1 en avoient environn la volont1 laquelle nanmoins1 uniquement assiste de son ,sauveur1 rsistoit par des amertumes1 des dplaisirs et des dtestations du mal qui lui toit suggr1 refusant perptuellement son consentement au pch qui l'environnoit de toutes parts8 ,o ,dieu6 quelle dtresse pour une ame qui aime ,dieu1 de ne savoir seulement pas s'il est en elle ou non1 et si l'amour divin1 pour lequel elle combat1 est entirement teint en elle ou non6 ,mais c'est la fine fleur de la perfection de l'amour cleste1 que de faire souffrir et combattre l'amant pour l'amour1 sans mme qu'il sache s'il a l'amour pour lequel et par lequel il combat4 ,,chapitre ,v4 ,encouragement l'ame qui est dans la tentation4 ,ces grands assauts et ces tentations si puissantes1 ,philothe1 ne sont jamais permises de ,dieu que contre les ames qu'il veut lever son pur et excellent amour2 mais il ne s'ensuit pas pourtant qu'aprs cela elles soient assures d'y parvenir2 car il est arriv maintes fois que ceux qui avoient t constans en de si violentes attaques ne correspondant pas aprs fidlement la faveur divine1 se sont trouvs vaincus en de bien petites tentations4 ,ce que je dis1 afin que s'il vous arrive jamais d'tre afflige de si grandes tentations1 vous sachiez que ,dieu vous accorde une faveur extraordinaire1 par laquelle il dclare qu'il veut vous agrandir ses yeux1 et que nanmoins vous soyez toujours humble et craintive1 ne vous promettant de pouvoir vaincre les menues tentations1 aprs avoir surmont les grandes1 que par une fidlit continuelle aux mouvemens de la grce4 ,cela pos1 quelques tentations qui vous arrivent1 et quelque dlectation qui s'ensuive1 tant que votre volont refusera son consentement1 non-seulement la tentation1 mais encore la dlectation1 ne vous troublez aucunement2 car ,dieu n'en est point offens4 ,quand un homme est pm1 et qu'il ne donne plus aucun signe de vie1 on lui met la main sur la cur2 et pour peu qu'on y sente de mouvement1 on juge qu'il est en vie1 et qu'au moyen de quelque liqueur forte et subtile on peut lui faire retrouver le sentiment4 ,ainsi arrive-t-il quelquefois que par la violence des tentations il semble que notre ame est tombe en une dfaillance totale de ses forces1 et que1 comme pme1 elle n'a plus ni mouvement1 ni vie spirituelle2 mais si nous voulons connotre ce qui en est1 mettons la main sur le cur4 ,considrons si le cur et la volont ont encore leur mouvement spirituel1 c'est--dire s'ils font bien leur devoir en refusant de consentir la tentation et la dlectation2 car tant que le mouvement du refus est dans notre cur1 nous sommes assurs que la charit1 vraie vie de notre ame1 est en nous1 et que ,jsus-,christ1 notre ,sauveur1 se trouve en notre cur1 bien qu'il y soit couvert et cach2 de sorte que par l'usage continuel de l'oraison1 des sacremens1 et de la confiance en ,dieu1 les forces nous reviendront1 et nous vivrons d'une vie trs-douce et trs-parfaite4 ,,chapitre ,,vi4 ,comment la tentation et la dlectation peuvent tre pchs4 ,la princesse dont nous avons parl1 ne peut tre blme de la proposition qui lui est faite1 puisque1 comme nous l'avons suppos1 elle lui arrive contre son gr4 ,mais si au contraire elle se l'toit attire par quelques manires qui eussent pu en faire natre la pense1 ayant voulu1 par exemple1 plaire celui qui la recherche1 indubitablement elle seroit coupable de la recherche elle-mme2 et encore qu'elle en ft la dlicate1 elle ne laisseroit pas d'en mriter le blme et la peine4 ,ainsi arrive-t-il quelquefois que la seule tentation nous met en pch1 parce que nous sommes cause qu'elle nous arrive4 ,par exemple1 je sais qu'en jouant je suis expos la colre et au blasphme1 et que le jeu me sert de tentation cela2 ds lors je pche toutes les fois que je joue1 et je suis coupable de toutes les tentations qui m'arrivent au jeu4 ,de mme je sais qu'une certaine compagnie est pour moi une occasion de tentation et de chute1 et nanmoins j'y vais volontairement2 il est indubitable que je suis coupable de toutes les tentations que j'y aurai4 ,quand la dlectation qui arrive de la tentation peut tre vite1 c'est toujours un pch de la recevoir2 et le pch est plus ou moins grand1 selon que le plaisir qu'on y prend1 et le consentement qu'on y donne1 est grand ou petit1 de longue ou de courte dure4 ,si cette princesse dont nous avons parl1 coute non-seulement la proposition dshonnte qui lui est faite1 mais y prend plaisir et en occupe son cur avec joie1 elle est fort blmable2 car bien qu'elle ne veuille pas l'excution de ce qu'on lui demande1 elle consent nanmoins y appliquer son cur par le plaisir qu'elle y prend3 or appliquer volontairement son cur une chose dshonnte est toujours une chose blmable2 et c'est tellement dans l'application du cur que consiste la faute1 que1 sans elle1 l'application des sens ne peut tre un pch4 ,quand donc vous serez tente de quelque pch1 considrez si vous avez donn volontairement sujet d'tre tente2 car pour lors la tentation mme vous met en tat de pch1 cause du danger dans lequel vous vous tes jete2 et cela s'entend si vous avez pu viter commodment l'occasion1 et que vous avez prvu ou d prvoir l'arrive de la tentation4 ,mais si vous n'avez donn nul sujet la tentation1 elle ne peut aucunement vous tre impute pch4 ,quand la dlectation qui suit la tentation a pu tre vite1 et que nanmoins on ne l'a point vite1 il y a toujours quelque sorte de pch1 selon que l'on s'y est plus on moins arrt1 et selon la cause du plaisir qu'en y a pris4 ,une femme qui n'ayant donn aucun sujet la cajolerie1 y prend pourtant plaisir1 ne laisse pas d'tre blmable1 si le plaisir qu'elle y prend n'a point d'autre cause que la cajolerie mme mais si celui qui veut lui inspirer de l'amour jouoit en perfection du luth1 et qu'elle prt plaisir1 non pas sa mauvaise recherche1 mais l'harmonie et la douceur du luth1 il n'y aurait point de pch pour elle2 nanmoins elle ne devrait pas prendre long-temps ce plaisir1 de peur de passer celui d'tre recherche4 ,de mme encore1 si quelqu'un me propose un stratagme plein d'invention et d'artifice pour me venger de mon ennemi1 et que je ne prenne aucun plaisir ni ne donne aucun consentement la vengeance qui m'est propose1 mais seulement la subtilit de l'artifice1 il est certain que je ne pche point2 toutefois il n'est pas expdient que je m'amuse beaucoup ce plaisir1 de peur que petit petit il ne me porte la dlectation de la vengeance elle-mme4 ,on se surprend quelquefois prenant plaisir la tentation1 et cela ne peut tre tout au plus qu'un bien lger pch vniel1 lequel devient plus grand1 si1 aprs que l'on s'est aperu du mal o l'on est1 on demeure quelque temps1 par ngligence1 marchander avec la dlectation1 ne sachant si on doit l'accepter ou la refuser2 et le pch est encore plus grand1 si1 en s'en apercevant1 on y demeure quelque temps par vraie ngligence1 et sans nul propos de la rejeter2 mais lorsque volontairement et de propos dlibr nous sommes rsolus de nous plaire en de telles dlectations1 ce propos dlibr est par lui-mme un grand pch1 si l'objet auquel nous nous plaisons est notablement mauvais4 ,c'est un grand vice une femme1 de vouloir entretenir de mauvaises amours1 quoiqu'elle ne veuille jamais s'y abandonner4 ,,chapitre ,,vii4 ,remde aux grandes tentations4 ,sitt que vous sentez en vous quelque tentation1 faites comme les petits enfans quand ils voient le loup ou l'ours dans la campagne3 tout aussitt ils courent entre les bras de leur pre et de leur mre1 ou du moins ils les appellent leur secours4 ,recourez de mme ,dieu1 invoquant sa misricorde et son secours3 c'est le remde que ,notre-,seigneur enseigne3 ,priez1 nous dit-il1 afin que vous n'entriez pas en tentation4 ,si vous voyez nanmoins que la tentation continue ou augmente1 courez en esprit embrasser la sainte croix1 comme si vous aviez devant vous ,jsus-,christ crucifi4 ,protestez-lui que vous ne consentirez point la tentation1 et demandez-lui sa sainte protection2 et persvrez ainsi dsavouer ce qui se passe en vous1 tout le temps que durera la tentation4 ,mais en faisant ces protestations et ces refus de consentement1 ne regardez pas la tentation en face1 mais regardez seulement ,notre-,seigneur2 car si vous regardez la tentation1 surtout quand elle est forte1 elle pourra branler votre courage4 ,vous ferez bien aussi de distraire votre esprit par quelque occupation bonne et louable2 car cette occupation entrant dans votre cur1 y prendra place et teindra le sentiment de la tentation4 ,mais le grand remde contre toutes tentations1 grandes ou petites1 c'est d'ouvrir son cur son directeur1 en lui faisant connatre les suggestions de l'ennemi et les impressions qu'elles font4 ,car1 observez que le silence est toujours la premire condition que le dmon impose celui qu'il veut sduire2 semblable en cela un libertin qui voulant dbaucher une femme1 commence par lui recommander le secret sur tous ses rapports avec elle3 conduite assurment bien oppose celle de ,dieu1 puisque ,dieu1 en ses inspirations1 demande par-dessus tout que nous les fassions connotre nos suprieurs et nos guides4 ,que si1 aprs tout cela1 la tentation s'opinitre nous travailler et nous tourmenter1 nous n'avons rien faire1 sinon de nous opinitrer notre tour en la protestation de ne vouloir pas y consentir2 car1 comme les filles ne peuvent tre maries pendant qu'elles disent non1 de mme1 l'ame1 quoique trouble1 ne peut jamais tre offense pendant qu'elle dit non4 ,ne disputez point avec votre ennemi1 et ne lui rpondez jamais une seule parole1 sinon celle que ,notre-,seigneur lui rpondit1 et avec laquelle il le confondit3 ,retire-toi1 ,satan6 il est crit3 ,tu adoreras le ,seigneur ton ,dieu1 et tu ne serviras que lui seul4 ,une chaste pouse ne rpond pas un mot1 et n'accorde pas mme un regard celui qui veut la sduire2 mais1 le quittant tout court1 elle tourne aussitt son cur du ct de son poux1 et renouvelle intrieurement la foi qu'elle lui a promise2 ainsi l'ame dvote1 se voyant assaillie de quelque tentation1 ne doit nullement s'amuser disputer ni rpondre2 mais tout simplement se tourner du ct de ,jsus-,christ son poux1 et lui protester de rechef qu'elle veut lui tre fidle1 et n'appartenir uniquement qu' lui4 ,,chapitre ,,viii4 ,qu'il faut rsister aux petites tentations4 ,quoiqu'il faille combattre les grandes tentations avec un courage invincible1 et que la victoire que nous en remportons nous soit extrmement utile1 il y a peut-tre plus d'avantage encore bien combattre les petites2 car si les grandes l'emportent en qualit1 les petites l'emportent si dmesurment en nombre1 que la victoire en peut tre comparable celles des plus grandes4 ,les loups et les ours sont sans doute plus dangereux que les mouches2 mais ils ne nous causent pas autant d'importunit et d'ennui1 et n'exercent pas non plus autant notre patience4 ,c'est chose bien aise que de s'abstenir du meurtre2 mais c'est chose difficile d'viter les menues colres1 dont les occasions se prsentent tout moment ,c'est chose bien aise de n'tre pas adultre2 mais ce n'est pas chose si facile de conserver la puret des yeux1 de ne rien dire ou de ne rien entendre avec plaisir de tout ce qu'on appelle cajolerie1 de ne pas donner1 ou de ne pas recevoir de l'amour1 ni de menues faveurs d'amiti4 ,ce n'est pas une chose difficile de ne point donner visiblement et extrieurement un rival un mari ou une rivale une pouse2 mais il est assez difficile de ne lui en point donner au fond du cur4 ,il est bien ais de ne point drober le bien d'autrui1 mais malais de ne point le convoiter2 bien ais de ne point dire de faux tmoignages en justice1 mais malais de ne point mentir en conversation2 bien ais de ne point s'enivrer1 mais malais d'tre toujours sobre2 bien ais de ne point dsirer la mort du prochain1 mais malais de ne point dsirer son incommodit2 bien ais de ne le point diffamer1 mais malais de ne le point mpriser4 ,bref1 ces menues tentations de colre1 de soupons1 de jalousie1 d'envie1 de foltreries1 de vanit1 de duplicit1 d'affterie1 d'artifice1 de penses dshonntes1 sont l'exercice continuel de ceux mmes qui sont les plus dvots et les plus dtermins bien vivre2 c'est pourquoi1 ma chre ,philothe1 il faut avec grand soin nous prparer ce combat2 et soyez sre qu'autant de victoires nous remporterons sur ces petits ennemis1 autant de pierres prcieuses nous ajouterons la couronne de gloire que ,dieu nous prpare en son paradis4 ,c'est pourquoi je dis qu'en nous disposant bien et vaillamment combattre les grandes tentations1 si elles nous viennent1 il faut nous bien et diligemment dfendre des menues et foibles attaques des petites4 ,,chapitre ,,ix4 ,comment il faut remdier aux petites tentations4 ,or donc1 quant ces petites tentations de vanit1 de soupons1 de chagrin1 de jalousie1 d'envie1 de foltrerie1 et autres semblables1 qui1 comme de petites mouches1 viennent passer devant nos yeux1 et nous piquer tantt sur la joue1 et tantt sur le nez1 comme il est impossible d'en tre tout--fait exempt1 le meilleur parti prendre est de ne s'en pas tourmenter2 car tout cela ne peut nuire1 quelqu'ennui que cela cause1 pourvu que l'on soit bien rsolu de toujours servir ,dieu4 ,mprisez donc ces foibles attaques1 et ne daignez pas mme penser ce qu'elles veulent dire2 laissez-les bourdonner vos oreilles tant qu'elles voudront1 et courir et l autour de vous comme font les mouches2 et quand elles viendront pour vous piquer1 et que vous les verrez tant soit peu s'arrter en votre cur1 ne faites autre chose sinon simplement de les ter2 ne combattez pas contre elles1 et ne leur rpondez pas1 mais occupez votre cur de quelque chose de bon1 et spcialement de l'amour de ,dieu2 car1 si vous m'en croyez1 vous ne vous obstinerez pas opposer la tentation la vertu qui lui est contraire1 parce que ce seroit presque vouloir disputer avec elle2 mais aprs avoir fait un acte de la vertu qui lui est directement contraire1 en supposant que vous ayez pu reconnotre la nature de la tentation1 faites un simple retour de votre cur vers ,jsus-,christ crucifi1 et1 vous tenant en esprit ses pieds1 baisez-les avec le plus d'amour qu'il vous sera possible4 ,c'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi1 tant dans les petites que dans les grandes tentations2 car l'amour de ,dieu contenant en soi toutes les perfections de toutes les vertus1 et plus excellemment que les vertus mmes1 il est aussi un plus souverain remde tous les vices2 et votre esprit1 s'accoutumant dans toutes les tentations recourir ce rendez-vous gnral1 ne sera point oblig de regarder et d'examiner quelles tentations il a2 mais simplement1 se sentant troubl1 il ira chercher la paix dans ce grand remde1 dont le dmon a une telle peur1 que1 quand il voit que ses tentations nous provoquent ce divin amour1 il cesse de nous en faire4 ,voil donc ce qui concerne les menues tentations1 avec lesquelles1 si l'on vouloit les prendre en dtail1 on se morfondroit et on ne feroit rien4 ,,chapitre ,x4 ,comment il faut fortifier son cur contre les tentations4 ,considrez de temps en temps quelles passions dominent le plus en votre ame1 et1 les ayant dcouvertes1 prenez une faon de vie qui leur soit toute contraire1 en penses1 en paroles et en uvres4 ,par exemple1 si vous vous sentez porte la passion de la vanit1 considrez de temps en temps les misres de la vie humaine1 combien ces vanits seront fcheuses la conscience au jour de la mort1 combien elles sont indignes d'un cur gnreux1 que ce ne sont que badineries1 amusemens d'enfans1 et choses semblables4 ,parlez souvent contre la vanit1 et encore qu'il vous semble que ce soit contre-cur1 ne laissez pas de la bien mpriser2 car par ce moyen vous vous engagerez1 mme de rputation1 dans le parti contraire2 et force de dire du mal de quelque chose1 nous nous excitons la har1 bien que d'abord nous y fussions attachs4 ,faites des uvres d'abjection et d'humilit le plus que vous pourrez1 encore qu'il vous semble que ce soit regret2 car par ce moyen vous vous habituez l'humilit1 et vous affoiblissez la vanit1 en sorte que quand la tentation viendra1 votre inclination ne pourra plus la favoriser autant1 et vous aurez plus de force pour la combattre4 ,si vous tes porte l'avarice1 pensez souvent la folie de ce pch1 qui nous rend esclaves de ce qui n'est cr que pour nous servir2 songez qu'aussi-bien il faudra tout quitter la mort1 et que nos biens passeront alors entre les mains de tel qui les dissipera1 ou auquel ils serviront de ruine et de damnation1 et autres semblables penses4 ,parlez fort contre l'avarice1 louez fort le mpris du monde1 efforcez-vous de faire souvent l'aumne et de ngliger quelques occasions d'amasser du bien4 ,si vous avez du penchant inspirer ou recevoir de l'amour1 pensez souvent combien cet amusement est dangereux1 tant pour vous que pour les autres3 combien c'est une chose malheureuse de dissiper ainsi la plus noble partie de notre ame3 combien cela expose la rputation d'esprit vain et lger4 ,parlez souvent en faveur de la simplicit et de la puret du cur1 et faites aussi le plus qu'il vous sera possible des actes de ces vertus1 vitant toute espce d'affteries de recherches4 ,en somme1 en temps de paix1 c'est--dire lorsque les tentations du pch auquel vous tes sujette ne vous presseront pas1 faites force actions de la vertu contraire2 et si les occasions ne viennent pas vous1 allez au-devant d'elles pour les rencontrer2 car par ce moyen vous fortifierez votre cur contre les tentations futures4 ,,chapitre ,,xi4 ,de l'inquitude4 ,l'inquitude n'est pas une simple tentation1 mais une source d'o proviennent plusieurs tentations4 ,j'en dirai donc quelque chose4 ,la tristesse n'est autre chose qu'une douleur d'esprit que nous ressentons du mal qui est en nous malgr nous1 soit que le mal soit extrieur1 comme la pauvret1 la maladie1 le mpris2 soit qu'il soit intrieur1 comme l'ignorance1 la scheresse de cur1 la rpugnance au bien1 et les tentations4 ,lors donc que l'ame sent qu'elle a quelque mal1 elle a du dplaisir de l'avoir1 et voil la tristesse2 le dsir d'tre affranchi du mal1 et d'avoir les moyens de s'en dlivrer1 suit immdiatement la tristesse1 et jusque l nous avons raison2 car naturellement chacun dsire le bien1 et fuit ce qu'il pense tre mal4 ,si l'ame cherche les moyens d'tre dlivre de son mal pour l'amour de ,dieu1 elle les cherchera avec patience1 douceur1 humilit et calme1 attendant sa dlivrance plus de la bont et de la providence de ,dieu1 que de sa peine1 de son industrie et de ses soins4 ,si elle cherche sa dlivrance pour l'amour d'elle-mme1 elle s'empresse et s'chauffe la recherche des moyens1 comme si ce bien dpendoit plus d'elle que de ,dieu4 ,je ne dis pas qu'elle pense cela1 mais je dis qu'elle s'empresse comme si elle le pensoit4 ,que si elle ne rencontre pas de suite ce qu'elle dsire1 elle entre en de grandes inquitudes et impatiences1 qui1 loin d'ter le mal1 ne font au contraire que l'empirer2 et l'ame1 entrant alors en des angoisses et des tristesses dmesures1 prouve une telle dfaillance de force et de courage1 qu'il lui semble que son mal n'a plus de remde4 ,vous voyez donc que la tristesse1 qui au commencement est juste1 engendre l'inquitude2 et l'inquitude engendre ensuite un surcrot de tristesse qui est extrmement dangereux4 ,l'inquitude est le plus grand mal qui puisse1 arriver l'ame1 aprs le pch2 car1 comme1 les sditions et les troubles intrieurs ruinent entirement un tat1 et l'empchent de pouvoir rsister ses ennemis1 de mme notre cur tant troubl et inquit au dedans1 n'a plus la force1 ni de conserver les vertus qu'il avoit acquises1 ni mme de rsister aux tentations de l'ennemi1 qui alors fait tous ses efforts pour pcher1 comme l'on dit1 en eau trouble4 ,l'inquitude provient d'un dsir drgl d'tre dlivr du mal que l'on sent1 ou d'acqurir le bien que l'on espre2 et nanmoins il n'y a rien qui empire plus le mal1 et qui loigne plus le bien1 que l'inquitude et l'empressement4 ,les oiseaux demeurent pris dans les filets et les lacs1 parce que1 s'y trouvant engags1 ils se dbattent et se remuent beaucoup pour en sortir1 en quoi ils ne font que s'y envelopper de plus en plus4 ,quand donc vous serez presse du dsir d'tre dlivre de quelque mal1 ou de parvenir quelque bien1 avant toutes choses mettez votre esprit en repos1 faites rasseoir votre jugement et votre volont2 et puis1 tout bellement et doucement1 suivez le mouvement de votre dsir1 prenant par ordre les moyens qui seront convenables2 et quand je dis tout bellement1 je ne veux pas dire ngligemment1 mais sans empressement1 sans trouble ni inquitude3 autrement1 au lieu d'obtenir tout l'effet de votre dsir1 vous gterez tout1 et ne ferez que vous embarrasser davantage4 ,o ,seigneur6 disoit ,david1 mon ame est toujours entre mes mains1 et je n'ai point oubli votre loi4 ,examinez plus d'une fois le jour1 ,philothe1 mais au moins le matin et le soir1 si vous avez votre ame entre vos mains1 ou si quelque passion ou quelque inquitude ne vous l'a pas ravie4 ,considrez si vous avez votre cur votre commandement1 ou bien s'il ne s'est point chapp de vos mains pour s'engager en quelque affection drgle d'amour1 de haine1 d'envie1 de convoitise1 de crainte1 de tristesse ou de joie4 ,que s'il s'est gar1 avant toutes choses cherchez-le1 et le ramenez tout doucement en la prsence de ,dieu1 remettant vos affections et vos dsirs sous l'obissance et conduite de sa divine volont2 car1 comme ceux qui craignent de perdre une chose prcieuse la tiennent bien serre dans leur main1 ainsi et l'exemple de ,david1 nous devons toujours dire3 ,o mon ,dieu6 mon ame est en danger de se perdre2 c'est pourquoi je la porte toujours entre mes mains1 et c'est ce qui fait que je n'ai pas oubli votre loi4 ,ne permettez jamais vos dsirs de vous inquiter1 quelque petits ou quelque peu importans qu'ils soient2 car1 aprs les petits1 les grands et les plus importans trouveroient votre cur plus dispos au trouble et au drglement4 ,quand vous sentirez arriver l'inquitude1 recommandez-vous ,dieu1 et rsolvez-vous de ne rien faire du tout de ce que votre dsir vous demande1 jusqu' ce que l'inquitude soit totalement passe1 moins que la chose ne puisse se diffrer2 et alors il faut1 avec un doux et tranquille effort1 retenir l'imptuosit de votre dsir1 le modrant et le calmant le mieux qu'il vous sera possible2 et sur cela faire la chose1 non selon votre dsir1 mais selon la raison4 ,si vous pouvez dcouvrir votre inquitude celui qui conduit votre ame1 ou au moins quelque prudent et sage ami1 ne doutez point que tout aussitt vous serez soulage2 car la communication des douleurs du cur fait le mme effet sur l'ame que la saigne fait sur le corps de celui qui a la fivre continue2 c'est le remde des remdes4 ,aussi le roi saint ,louis donna-t-il cet avis son fils3 ,lorsque vous aurez quelque chose sur le cur1 dites-le aussitt votre confesseur1 ou quelque personne de confiance1 et la consolation que vous en recevrez vous aidera porter lgrement votre peine4 ,,chapitre ,,xii4 ,de la tristesse4 ,la tristesse qui est selon ,dieu1 dit saint ,paul1 opre la pnitence pour le salut2 et la tristesse du monde opre la mort4 ,la tristesse peut donc tre bonne et mauvaise1 selon les divers effets qu'elle produit en nous4 ,il est vrai qu'elle en a plus de mauvais que de bons2 car elle n'en a que deux bons1 savoir1 la misricorde et la pnitence2 au lieu qu'il y en a six mauvais1 savoir1 l'angoisse1 la paresse1 l'indignation1 la jalousie1 l'envie et l'impatience3 ce qui fait dire au ,sage1 que la tristesse tue beaucoup de gens1 et qu'il n'y a rien gagner avec elle2 parce que pour deux bons ruisseaux qui proviennent de la source de la tristesse1 il y en a six qui sont trs-mauvais4 ,l'ennemi se sert de la tristesse pour exercer la persvrance des bons2 car1 comme il tche de rjouir les mchans en leur pch1 aussi tche-t-il d'attrister les bons en leurs bonnes uvres2 et comme il ne peut attirer au mal qu'en le faisant trouver agrable1 aussi ne peut-il dtourner du bien qu'en le faisant trouver ennuyeux4 ,le dmon ne demande que tristesse et que mlancolie1 et comme il est lui-mme triste et mlancolique1 et qu'il le sera ternellement1 il voudroit que chacun ft comme lui4 ,la mauvaise tristesse trouble l'ame1 la met en inquitude1 lui donne des craintes drgles1 la dgote de l'oraison2 elle assoupit et accable le cerveau2 elle prive l'ame de conseil1 de rsolution1 de jugement et de courage1 et abat entirement les forces4 ,bref1 elle est comme un dur hiver qui efface toute la beaut de la terre1 et engourdit tous les animaux2 car elle prive l'ame de toute consolation1 et la frappe d'impuissance en toutes ses facults4 ,si jamais il vous arrivoit1 ,philothe1 d'tre atteinte de cette mauvaise tristesse1 pratiquez les remdes suivans4 ,quelqu'un est-il triste8 dit saint ,jacques1 qu'il prie4 ,la prire est un remde souverain1 car elle lve l'esprit ,dieu1 qui est notre unique joie et seule consolation2 mais en priant1 usez d'affections et de paroles1 soit intrieures1 soit extrieures1 qui tendent la confiance et l'amour de ,dieu1 comme3 ,dieu de misricorde6 mon trs-bon matre6 mon doux ,sauveur1 ma vie1 ma joie1 mon esprance2 le cher poux et le bien-aim de mon ame6 et autres semblables4 ,combattez vivement les inclinations de la tristesse1 et bien qu'il vous semble que tout ce que vous ferez en ce temps-l se fasse froidement1 tristement et lchement1 ne laissez pourtant pas de le faire2 car l'ennemi qui prtend nous dgoter des bonnes uvres par la tristesse1 voyant que nous ne laissons pas de les faire1 et qu'tant faites avec rpugnance elles n'en valent que mieux1 cessera de nous affliger4 ,chantez des cantiques spirituels2 car le dmon a souvent cess ses oprations par ce moyen3 tmoin le malin esprit qui tourmentoit ,sal1 et dont la violence fut rprime par les doux accords de la harpe de ,david4 ,il est bon de s'employer aux uvres extrieures1 et de les varier le plus que l'on peut1 pour distraire l'ame du sujet qui l'attriste1 et pour purifier et chauffer les esprits2 car la tristesse est une passion de la complexion froide et sche4 ,faites des actions extrieures de ferveur1 encore que vous les fassiez sans got1 embrassant l'image du crucifix1 la serrant sur votre poitrine1 lui baisant les pieds et les mains1 levant vos mains et vos yeux au ciel1 lanant votre voix vers ,dieu par des paroles d'amour et de confiance1 comme sont celles-ci3 ,mon bien-aim est moi1 et je suis lui2 mon bien-aim est comme un bouquet de myrrhe sur mon cur2 mes yeux s'puisent vous regarder1 mon ,dieu6 je ne cesse de dire3 ,quand me consolerez-vous8 ,o ,jsus6 soyez-moi ,jsus1 vive ,jsus6 et mon ame vivra4 ,qui me sparera de l'amour de mon ,dieu8 et autres choses semblables4 ,l'usage modr de la discipline est un bon remde contre la tristesse1 parce que cette peine extrieure1 prise volontairement1 obtient la consolation intrieure1 et l'ame1 sentant les douleurs du dehors1 ne pense plus celles qui sont au dedans4 ,la frquente communion est aussi un moyen excellent2 car ce pain cleste affermit le cur et rjouit l'esprit4 ,dcouvrez humblement et fidlement votre directeur tous les ressentimens et toutes les suggestions qui vous viennent de la tristesse2 recherchez la socit des personnes gaies et spirituelles1 et frquentez-les le plus que vous pourrez pendant ce temps-l4 ,enfin remettez-vous entre les mains de ,dieu1 vous prparant souffrir patiemment cette ennuyeuse tristesse comme une juste punition de vos vaines joies1 et ne doutez nullement que ,dieu1 aprs vous avoir prouve1 ne vous dlivre de votre mal4 ,,chapitre ,,xiii4 ,des consolations spirituelles et sensibles1 et comment il faut s'en servir4 ,dieu fait passer ce grand monde par une suite de vicissitudes perptuelles1 et l'on voit tour--tour le jour se changer en nuit1 le printemps en t1 l't en automne1 l'automne en hiver1 et l'hiver en printemps2 un jour ne ressemble jamais parfaitement l'autre3 il y en a de nbuleux1 de pluvieux1 de secs et d'orageux1 varit qui donne une grande beaut cet univers4 ,il en est de mme de l'homme1 qui est1 selon la parole des anciens1 un abrg du monde2 car jamais il n'est dans le mme tat1 et sa vie s'coule sur cette terre comme les eaux d'un fleuve1 entran sans cesse une foule de mouvemens divers1 qui tantt l'lvent par l'esprance1 tantt l'abaissent par la crainte1 tantt le plient droite par la consolation1 tantt gauche par l'affliction2 et jamais une seule de ses journes1 ni mme une seule de ses heures1 n'est entirement pareille l'autre4 ,or1 au milieu d'une si grande ingalit d'vnemens et d'accidens1 il est extrmement important pour nous de conserver une inaltrable galit de cur2 et quoique toutes choses tournent et se combinent diversement autour de nous1 il faut que nous ayons toujours nos regards dirigs vers le ,ciel1 et que nous soyons invariables dans notre rsolution de tendre sans cesse ,dieu pour arriver lui4 ,que le navire prenne telle route qu'on voudra1 qu'il cingle au levant ou au couchant1 au nord ou au sud1 quel que soit le vent qui le porte1 jamais son aiguille marine ne regardera autre chose que la belle toile du ple4 ,de mme1 que tout se renverse sens dessus dessous1 je ne dis pas seulement autour de nous1 mais en nous2 c'est--dire que notre ame soit triste1 joyeuse1 en douceur1 en amertume1 en paix1 en trouble1 en clart1 en tnbres1 en tentations1 en repos1 en got1 en dgot1 en scheresse1 ou en suavit3 que le soleil la brle1 ou que la rose la rafrachisse1 ah6 toujours faut-il que la pointe de notre cur1 de notre esprit1 de notre volont suprieure qui est notre boussole1 regarde invariablement1 et tende perptuellement l'amour de ,dieu son crateur1 son sauveur1 son unique et souverain bien4 ,soit que nous vivions1 soit que nous mourions1 dit l',aptre1 nous sommes ,dieu2 et qui nous sparera de la charit de ,jsus-,christ8 ,non1 jamais rien ne nous sparera de cet amour1 ni la tribulation1 ni l'angoisse1 ni la mort1 ni la vie1 ni le mal prsent1 ni la crainte des maux venir1 ni les artifices des malins esprits1 ni la hauteur des consolations1 ni la profondeur des afflictions1 ni la douceur1 ni la scheresse1 ni aucune crature au monde ne nous doit jamais sparer de cette sainte charit qui est fonde en ,jsus-,christ4 ,cette rsolution si absolue1 de ne jamais abandonner ,dieu ni son doux amour1 sert de contre-poids nos ames pour les tenir en une sainte et parfaite galit parmi toutes les ingalits et tous les mouvemens que la condition de cette vie lui procure4 ,car1 comme les abeilles surprises par le vent en pleine campagne1 prennent de petites pierres pour se pouvoir balancer en l'air1 et n'tre pas si aisment agites par l'orage2 de mme notre ame1 ayant vivement embrass la rsolution de toujours aimer son ,dieu1 demeure constante parmi l'inconstance et la varit des consolations et des afflictions1 soit spirituelles1 soit temporelles1 soit extrieures1 soit intrieures4 ,mais outre ces rgles gnrales1 nous avons besoin de quelques documens particuliers4 #a4 ,je dis donc que la dvotion ne consiste pas en toutes ces douceurs1 suavits et consolations sensibles1 qui nous provoquant aux larmes et aux soupirs1 et qui nous donnent une certaine satisfaction agrable en quelques exercices de pit4 ,non1 ,philothe1 la dvotion et cela ne sont pas une mme chose2 car il y a beaucoup d'ames qui ont ces consolations1 et qui nanmoins sont vicieuses1 d'o il suit qu'elles n'ont aucun vrai amour de ,dieu1 et encore moins aucune vraie dvotion4 ,sal1 poursuivant mort le pauvre ,david dans le dsert d',engaddi1 entra tout seul en une caverne o ,david se trouvoit cach avec ses gens4 ,david1 qui en cette occasion auroit pu mille fois le tuer1 lui donna la vie1 et ne voulut pas mme lui faire peur2 mais l'ayant laiss sortir son aise1 il l'appela pour lui remontrer son innocence1 et lui faire connotre qu'il l'avoit eu en son pouvoir4 ,que ne fit point alors ,sal pour tmoigner ,david que son cur toit attendri8 il le nomma son enfant1 il se mit pleurer tout haut1 le louer1 bnir sa gnrosit1 prier ,dieu pour lui1 prsager sa future grandeur1 et lui recommander le soin de sa propre famille4 ,quelle plus grande douceur et sensibilit pouvoit-il faire parotre8 nanmoins1 au milieu de tout cela1 son cur n'toit point chang1 et il continua de perscuter ,david aussi cruellement qu'auparavant4 ,ainsi se trouve-t-il des personnes qui1 la vue des bonts de ,dieu et de la passion du ,sauveur1 sentent de grands attendrissemens de cur qui leur font jeter des soupirs1 verser des larmes1 accompagnes de prires et d'actions de grces si sensibles1 qu'on les croiroit saisies d'une trs-grande dvotion2 mais quand on en vient l'preuve1 on trouve que1 comme les pluies passagres d'un t bien chaud1 tombent grosses gouttes sur la terre sans la pntrer1 et ne servent qu' la production des champignons2 de mme ces larmes de tendresse1 tombant sur un cur vicieux1 ne le pntrent point1 et lui sont tout--fait inutiles2 car avec tout cela ces pauvres gens ne voudroient pas lcher un seul liard du bien mal acquis qu'ils possdent1 ils ne renonceroient pas une seule de leurs mauvaises inclinations1 et ne voudroient pas se donner la plus petite peine du monde pour le service de ce ,sauveur qu'ils ont tant pleur2 en sorte que les bons mouvemens qu'ils ont eus ne sont que des champignons spirituels1 qui non-seulement ne sont pas la vraie dvotion1 mais bien souvent mme sont de grandes ruses de l'ennemi par lesquelles1 amusant les ames ces petites consolations1 il les rend contentes et satisfaites d'elles-mmes1 et leur fait par l ngliger la vraie et solide dvotion1 qui consiste en une volont constante1 rsolue1 prompte et active d'excuter ce que l'on sait tre agrable ,dieu4 ,un enfant pleurera tendrement s'il voit le mdecin donner un coup de lancette sa mre2 mais si en mme temps sa mre1 pour laquelle il pleuroit1 lui demande une pomme ou un cornet de drages qu'il tient en sa main1 il ne voudra nullement lcher prise4 ,telles sont la plupart de nos tendres dvotions3 voyant donner ,jsus-,christ crucifi un coup de lance qui lui perce le cur1 nous pleurons tendrement4 ,hlas6 ,philothe1 c'est bien fait de pleurer sur la mort et sur la passion douloureuse de notre pre et de notre ,rdempteur2 mais pourquoi donc ne lui donnons-nous pas avec empressement la pomme que nous avons en nos mains1 et qu'il nous demande si instamment8 savoir1 notre cur1 unique pomme d'amour que ce cher ,sauveur requiert de nous4 ,que ne lui sacrifions-nous tant de petites affections1 de satisfactions1 de complaisances qu'il veut arracher de notre cur1 sans pouvoir jamais en venir bout1 parce que c'est notre drage favorite1 dont nous sommes plus friands que des biens de sa divine grce8 ah6 ce sont des amitis de petits enfans que tout cela2 tendres1 mais foibles1 mais fantasques1 mais sans effet4 ,la dvotion ne consiste donc pas en ces sortes d'affections sensibles1 qui quelquefois proviennent d'une nature molle et facile recevoir les impressions qu'on lui veut donner1 et quelquefois aussi sont une manuvre de l'ennemi1 par laquelle1 pour nous mieux donner le change1 il monte ainsi notre imagination4 #b4 ,ces douceurs tendres et affectueuses sont cependant quelquefois trs-utiles2 car elles excitent l'apptit de l'ame1 elles fortifient l'esprit1 et ajoutent la promptitude de la dvotion une sainte et vive allgresse qui rend nos actions trs-belles et trs-agrables1 mme l'extrieur4 ,c'est de l que vient ce got pour les choses divines1 qui faisoit dire ,david3 ,o ,seigneur6 que vos paroles sont douces mon palais6 elles sont plus douces mon cur que le miel ma bouche4 ,et certes il est bien vrai que la moindre petite consolation que nous donne la dvotion vaut mieux de toute manire que les plus excellentes rcrations du monde4 ,c'est le lait dont nous parle l',ecriture1 lequel est prfrable au vin le plus exquis2 celui qui en a got1 regarde toutes les autres consolations humaines comme du fiel et de l'absynthe2 et comme ceux qui ont de l'herbe scitique en la bouche en reoivent une si grande douceur qu'ils ne sentent plus ni la faim ni la soif1 de mme ceux qui ,dieu a donn la manne cleste des consolations intrieures ne peuvent plus dsirer ni recevoir les consolations du monde1 du moins pour y prendre got et en occuper leur cur4 ,ce sont de petits avant-gots des suavits immortelles que ,dieu donne aux ames qui le cherchent2 ce sont des grains sucrs qu'il donne ses petits enfans pour les amorcer2 ce sont des eaux cordiales qu'il leur prsente pour les conforter2 ce sont aussi quelquefois des arrhes de la rcompense ternelle qui les attend4 ,on dit qu',alexandre-le-,grand1 tant sur mer1 jugea qu'il n'toit pas loign de l',arabie heureuse par la douce odeur dont l'air toit pntr2 ce qui lui servit beaucoup encourager sa flotte3 et voil comme les suavits de la grce1 parmi les orages de cette vie mortelle1 nous font pressentir les dlices ineffables de la cleste patrie laquelle nous aspirons4 #c4 ,mais1 me direz-vous1 puisqu'il y a des consolations sensibles qui sont bonnes et qui viennent de ,dieu1 et que nanmoins il y en a d'inutiles1 de dangereuses1 et mme de pernicieuses1 qui viennent ou de la nature1 ou du dmon1 comment pourrai-je les reconnotre1 et discerner les mauvaises ou inutiles d'avec les bonnes8 ,c'est une rgle gnrale1 ,philothe1 pour les affections et les passions de notre ame1 que nous devons les connotre par leurs fruits3 nos curs sont les arbres1 nos affections et nos passions en sont les branches1 et nos uvres les fruits4 ,le cur est bon1 s'il a de bonnes affections1 et les affections sont bonnes1 si elles produisent en nous de bons effets et de saintes actions4 ,si donc les douceurs et les consolations nous rendent plus humbles1 plus patiens1 plus traitables1 plus charitables et plus indulgens pour le prochain1 plus fervens mortifier nos passions1 plus appliqus nos devoirs1 plus soumis et plus souples l'gard de nos suprieurs1 plus simples en notre vie1 sans doute1 ,philothe1 qu'elles sont de ,dieu2 mais si ces douceurs ne sont douces que pour nous1 qu'elles nous rendent curieux1 aigres1 pointilleux1 impatiens1 opinitres1 fiers1 prsomptueux1 durs envers le prochain1 et que1 pensant dj tre de petits saints1 nous ne voulions plus souffrir ni correction1 ni conseil2 indubitablement ce sont des consolations fausses et pernicieuses4 ,un bon arbre ne produit que de bons fruits4 #d4 ,quand nous aurons des douceurs et des consolations1 #a4 humilions-nous beaucoup devant ,dieu2 gardons-nous bien de dire pour ces douceurs3 oh6 que je suis bon6 non1 ,philothe1 ce sont des biens qui ne nous rendent pas meilleurs2 car1 comme j'ai dit1 la dvotion ne consiste pas en cela2 mais disons3 oh6 que ,dieu est bon ceux qui esprent en lui1 et l'ame qui le recherche6 ,qui a du sucre dans la bouche ne peut pas dire que sa bouche soit douce1 mais bien que le sucre est doux2 ainsi1 encore que cette douceur spirituelle soit fort bonne1 et que ,dieu qui la donne soit trs-bon1 il ne s'ensuit pas que celui qui la reoit soit bon4 #b4 ,reconnoissons que nous sommes encore de petits enfans qui avons besoin de lait1 et que ces friandises ne nous sont donnes1 que parce que nous avons encore l'esprit tendre et dlicat1 et qu'il nous faut de telles amorces pour nous attirer l'amour de ,dieu4 #c4 ,mais aprs cela1 parlant en gnral1 recevons trs-humblement ces grces et ces faveurs1 et regardons-les comme trs-prcieuses1 non pas tant parce qu'elles le sont en elles-mmes1 que parce que c'est la main de ,dieu qui les opre dans notre cur1 comme feroit une mre1 qui1 pour faire plaisir son petit enfant1 lui mettroit de petites drages dans la bouche1 les unes aprs les autres2 car si l'enfant avoit du discernement1 il priseroit bien plus la douceur des caresses que sa mre lui fait1 que la douceur de la drage elle-mme2 et ainsi1 c'est beaucoup1 ,philothe1 d'avoir les douceurs2 mais c'est la douceur des douceurs de considrer que c'est ,dieu qui de sa main amoureuse et maternelle les met dans notre cur1 dans notre esprit et dans notre ame4 #d4 ,les ayant reues ainsi humblement1 employons-les soigneusement selon l'intention de celui qui nous les donne4 ,pourquoi ,dieu nous donne-t-il ces douceurs8 n'est-ce pas pour exciter notre amour envers lui et nous rendre plus doux envers le prochain8 ,la mre donne des drages son enfant afin d'obtenir de lui quelques caresses2 de mme ,dieu1 en retour de ses consolations1 attend de nous des tmoignages d'affection et de reconnoissance4 ,or1 nous n'avons pas de plus sr moyen de lui prouver l'une et l'autre1 que de nous humilier devant lui1 de garder ses commandemens et de suivre ses dsirs4 #e4 ,il faut1 outre cela1 renoncer de temps en temps ces sortes de consolations et de douceurs1 en en dtachant notre cur et en protestant qu'encore que nous les acceptions humblement1 et que nous les aimions comme choses venant de ,dieu et qui nous portent l'aimer1 ce ne sont nanmoins pas elles que nous cherchons1 mais ,dieu et son saint amour2 non la consolation1 mais le consolateur2 non la douceur1 mais le doux ,sauveur2 non le got sensible1 mais celui qui est la suavit du ,ciel et de la terre4 ,cette disposition doit tre telle que nous soyons bien rsolus demeurer fermes dans le saint amour de ,dieu1 lors mme que de notre vie nous ne devrions avoir aucune sorte de consolation1 nous tenant galement prts dire sur le ,calvaire et sur le ,thabor3 ,o ,seigneur1 il m'est bon d'tre avec vous1 soit que vous soyez en croix1 soit que vous soyez en gloire4 #f4 ,enfin1 je vous avertis que si vous receviez avec quelque abondance ces sortes de consolations sensibles1 ou bien si vous prouviez en cela quelque chose d'extraordinaire1 il faudroit en confrer sincrement avec votre directeur1 afin d'apprendre avec quelle modration et quelle prudence il faut en faire usage2 car il est crit3 ,avez-vous trouv du miel8 mangez-en ce qui suffit4 ,,chapitre ,,xiv4 ,des scheresses et des strilits spirituelles4 ,quand vous aurez des consolations1 ma chre ,philothe1 conduisez-vous comme je viens de vous dire4 ,mais ce beau temps si agrable ne durera pas toujours4 ,quelquefois vous serez tellement prive de tout sentiment de dvotion1 qu'il vous parotra que votre ame est comme une terre dserte1 infructueuse1 strile1 o il n'y a ni sentier1 ni chemin pour aller ,dieu1 ni aucune eau de la grce qui la puisse arroser parmi les scheresses qui la consument1 et qui1 ce semble1 la rduisent totalement en friche4 ,hlas6 que l'ame qui est en cet tat est digne de compassion1 surtout quand ce mal est violent6 car alors1 l'exemple de ,david1 elle se nourrit de larmes et le jour et la nuit1 tandis que par mille suggestions1 l'ennemi1 pour la dsesprer1 se moque d'elle1 et lui dit3 ,ah6 pauvrette1 o est ton ,dieu8 par quel chemin le pourras-tu trouver8 qui te pourra jamais rendre la joie de sa sainte grce8 ,que ferez-vous donc en ce temps-l1 ,philothe8 ,examinez d'o vient le mal3 nous sommes souvent nous-mmes la cause de nos strilits et de nos scheresses4 #a4 ,comme une mre refuse le sucre son enfant qui est sujet aux vers1 de mme ,dieu nous te ses consolations quand nous y prenons quelque vaine complaisance1 et que nous sommes sujets au ver de la prsomption4 ,il m'est bon1 mon ,dieu6 que vous m'ayez humili1 disoit ,david2 car avant que je fusse humili1 je vous avois offens4 #b4 ,quand nous ngligeons de recueillir les suavits et les dlices de l'amour de ,dieu1 dans le temps par lui marqu1 il nous les retire en punition de notre paresse4 ,l',isralite qui ne ramassoit point la manne de bon matin1 ne le pouvoit plus faire aprs le soleil lev1 car elle se trouvoit toute fondue4 #c4 ,nous reposons quelquefois mollement parmi les contentemens sensuels et les consolations prissables de ce monde1 comme faisoit l'pouse des ,cantiques4 ,l'poux de nos ames vient heurter la porte de notre cur2 il nous inspire de nous remettre nos exercices spirituels2 mais nous marchandons avec lui1 parce qu'il nous fche de quitter ces vains amusemens1 et de renoncer ces faux biens2 c'est pourquoi il passe outre1 et nous laisse croupir2 puis1 quand nous voulons le chercher1 nous avons beaucoup de peine le trouver3 ce qui est une punition bien juste1 puisque nous avons t si rebelles son amour que d'en rejeter l'attrait pour suivre celui des choses du monde4 ,ah6 pauvre ame1 vous avez fait provision de farine d',egypte1 vous n'aurez pas la manne du ,ciel4 ,les abeilles hassent toutes les odeurs artificielles2 et les suavits du ,saint-,esprit sont incompatibles avec les dlices artificieuses du monde4 #d4 ,la duplicit et la finesse d'esprit que l'on apporte dans les confessions et autres communications spirituelles que l'on a avec son directeur1 attirent les scheresses et les strilits2 car1 puisque vous mentez au ,saint-,esprit1 ce n'est pas merveille s'il vous refuse ses consolations2 vous ne voulez pas tre simple et nave comme un petit enfant1 vous n'aurez donc pas la drage des petits enfans4 #e4 ,notre cur s'est rassasi des plaisirs du monde2 faut-il s'tonner1 aprs cela1 si vous avez du dgot pour les dlices spirituelles8 ,les colombes bien rassasies1 dit l'ancien proverbe1 trouvent les cerises amres4 ,dieu a combl de biens ceux qui toient affams1 dit la sainte ,vierge1 et il a renvoy dnus de tout ceux qui toient riches4 ,ceux donc qui sont riches des plaisirs du monde1 ne sont pas capables des joies du ,saint-,esprit4 #f4 ,avez-vous bien conserv le fruit des consolations reues8 vous en aurez de nouvelles2 car qui a1 on donnera davantage2 mais celui qui n'a pas ce qu'on lui a donn1 et qui l'a perdu par sa faute1 on lui tera mme ce qu'il n'a pas1 c'est--dire qu'on le privera des grces qui lui toient prpares4 ,la pluie vivifie les plantes qui ont de la verdeur2 mais celles qui n'en ont pas1 elle te encore le peu de vie qu'elles semblent avoir1 et les dtruit tout--fait4 ,c'est pour ces raisons et autres semblables que nous perdons les consolations de ,dieu1 et que nous tombons en mille scheresses et strilits d'esprit4 ,examinons donc notre conscience1 pour voir s'il n'y a pas en nous quelques-uns de ces dfauts4 ,mais souvenons-nous1 ,philothe1 de faire cet examen sans inquitude1 ni curiosit4 ,que si aprs avoir fidlement considr nos dispositions1 nous trouvons en nous-mmes la cause du mal1 il en faut remercier ,dieu2 car le mal est moiti guri quand on en a dcouvert la cause4 ,si au contraire vous ne voyez rien en particulier qui vous semble avoir caus cette scheresse1 ne vous amusez point une plus curieuse recherche2 mais avec toute simplicit1 faites ce que je vais vous dire4 #a4 ,humiliez-vous grandement devant ,dieu en la connoissance de votre nant et de votre misre4 ,dites du fond du cur3 hlas6 que suis-je1 quand je suis abandonne moi-mme8 rien1 ,seigneur1 qu'une terre dessche et ouverte de toute part1 qui a un extrme besoin de pluie1 et que le vent rduit en poussire4 #b4 ,invoquez ,dieu1 et demandez-lui la suavit de sa grce3 ,rendez-moi1 ,seigneur6 la joie salutaire de votre esprit4 ,mon ,pre1 s'il est possible1 loignez de moi ce calice4 ,o ,sauveur ,jsus6 arrtez ce vent brlant qui dessche mon cur2 et vous1 prcieux vent des consolations1 venez1 soufflez sur moi1 et les plantes de mon jardin rpandront une odeur douce et agrable4 #c4 ,allez votre confesseur1 ouvrez-lui votre cur1 faites-lui bien voir tous les replis de votre ame1 prenez tous les avis qu'il vous donnera1 avec grande simplicit et humilit2 car ,dieu1 qui aime infiniment l'obissance1 rend souvent utiles les conseils que l'on reoit d'autrui et surtout de ceux qu'il a tablis pour conduire les ames1 lors mme qu'il y a peu apparence d'un heureux succs2 c'est ainsi qu'il rendit profitables ,naaman les eaux du ,jourdain1 dont ,elize1 sans aucune apparence de raison humaine1 lui avoit ordonn l'usage4 #d4 ,mais aprs tout cela1 rien n'est si utile en de telles scheresses et strilits1 que de ne pas dsirer avec trop d'empressement d'en tre dlivr4 ,je ne dis pas qu'on ne doive faire de simples souhaits de dlivrance1 mais je dis qu'on ne doit pas trop s'y attacher et qu'il faut s'abandonner la ,providence pour qu'elle mette notre peine le terme qui lui plaira4 ,disons donc ,dieu en ce temps-l3 disons donc avec ces dsirs que nous pouvons nous permettre et au milieu de ces pines que nous devons supporter3 mon ,pre6 s'il est possible1 loignez de moi ce calice2 mais ajoutons aussi de grand courage3 ,toutefois que votre volont soit faite1 et non la mienne2 et arrtons-nous cela avec le plus de tranquillit que nous pourrons2 car ,dieu1 nous voyant en cette sainte indiffrence1 nous favorisera de plusieurs grces et consolations3 comme quand il vit ,abraham dtermin lui sacrifier son fils1 il se contenta de cet acte de rsignation et le rcompensa par une vision trs-agrable et par la bndiction qu'il lui donna ainsi qu' sa postrit4 ,nous devons donc1 en toutes sortes d'afflictions1 tant corporelles que spirituelles1 et parmi les distractions ou les privations de la dvotion sensible qui nous arrivent1 dire de tout notre cur et avec une profonde soumission3 le ,seigneur m'a donn les consolations2 le ,seigneur me les a tes2 que ton saint nom soit bni2 car1 persvrant en cette pratique d'humilit1 il nous rendra ses dlicieuses faveurs1 comme il fit ,job1 qui usa constamment de ces mmes paroles en toutes ses dsolations4 #e4 ,enfin1 ,philothe1 parmi toutes nos scheresses et nos strilits ne perdons point courage4 ,mais1 attendant avec patience le retour des consolations1 allons toujours notre train4 ,ne ngligeons pour cela aucun exercice de pit2 au contraire1 multiplions1 s'il est possible1 nos bonnes uvres2 et ne pouvant rien prsenter de mieux notre poux1 offrons-lui notre cur tout sec qu'il est2 cet hommage ne lui sera pas moins agrable1 pourvu que nous soyons bien dtermins l'aimer toujours4 ,quand le printemps est beau1 les abeilles font plus de miel et moins de moucherons2 parce qu' la faveur du beau temps elles s'amusent tant faire leur cueillette sur les fleurs1 qu'elles en oublient la production de leurs nymphes2 mais quand le printemps est pre et nbuleux1 elles font plus de nymphes et moins de miel2 car ne pouvant pas sortir pour faire la cueillette du miel1 elles s'occupent davantage multiplier leur race4 ,il arrive aussi maintes fois1 ,philothe1 que l'ame1 se voyant au beau printemps des consolations spirituelles1 s'amuse tant les amasser et les sucer1 que par l'abondance de ces douces dlices elle fait beaucoup moins de bonnes uvres1 tandis que parmi les prets et strilits spirituelles1 mesure qu'elle se voit prive des sentimens agrables de la dvotion1 elle en multiplie d'autant plus les uvres solides1 et abonde en la gnration intrieure des vraies vertus de patience1 d'humilit1 de mpris de soi-mme1 de rsignation et de dtachement4 ,c'est donc un grand abus en plusieurs personnes1 et notamment parmi les femmes1 de croire que le service de ,dieu1 sans got1 sans douceur1 sans attrait sensible1 en soit pour cela moins agrable sa divine majest2 puisqu'au contraire nos actions sont comme les roses1 qui tant fraches ont plus de grce1 mais tant sches ont plus de force et d'odeur3 car1 bien que nos uvres faites avec got nous soient plus agrables1 nous qui ne regardons que notre propre consolation1 toujours est-il qu'tant faites avec scheresse et dgot1 elles ont plus d'odeur et de valeur devant ,dieu4 ,oui1 chre ,philothe1 en temps de scheresse1 notre volont nous porte au service de ,dieu comme de vive force2 et par consquent il faut qu'elle soit plus vigoureuse et plus constante qu'au temps des consolations2 ce n'est pas grand'chose de servir un prince parmi les douceurs de la paix1 et les dlices de la cour2 mais de le servir au milieu des fatigues de la guerre1 parmi les troubles et les perscutions1 c'est une vraie marque de fidlit et de constance4 ,la bienheureuse ,angle de ,foligny dit que l'oraison la plus agrable ,dieu est celle qui se fait par force et contrainte1 c'est--dire celle que nous faisons1 non par got et par inclination1 mais purement pour plaire ,dieu1 notre volont ne s'y portant que comme contre-cur1 et devant toujours forcer et violenter les rpugnances et les ennuis qu'elle y rencontre4 ,j'en dis de mme de toutes sortes de bonnes uvres2 car plus nous y trouvons de contradictions1 soit extrieures1 soit intrieures1 plus elles sont estimes et prises de ,dieu4 ,moins il y a de notre intrt particulier en la poursuite des vertus1 plus la puret de l'amour divin y reluit2 l'enfant baise aisment sa mre quand elle lui donne du sucre2 mais c'est signe qu'il l'aime beaucoup1 s'il la baise aprs qu'elle lui aura donn de l'absynthe ou du chicotin4 ,,chapitre ,,xv4 ,confirmation et claircissement de ce qui a t dit1 par un exemple remarquable4 ,mais pour rendre toute cette instruction plus vidente1 je veux rapporter ici un fort bel endroit de la vie de saint ,bernard1 tel que je l'ai trouv en un docte et judicieux crivain4 ,il dit donc1 que c'est une chose ordinaire parmi ceux qui commencent servir ,dieu1 et qui n'ont pas encore l'exprience des soustractions de la grce et des vicissitudes spirituelles1 que lorsqu'ils viennent manquer du got de la dvotion sensible1 et de cette aimable lumire qui les invitait courir dans les voies de ,dieu1 aussitt ils perdent haleine1 et tombent dans une grande tristesse et pusillanimit de cur4 ,les gens bien entendus en donnent cette raison1 que la nature raisonnable ne peut long-temps demeurer affame1 et sans aucune dlectation1 soit cleste1 soit terrestre3 or1 comme les ames leves au-dessus d'elles-mmes par l'essai des plaisirs suprieurs1 renoncent facilement aux objets visibles2 aussi1 quand par une disposition divine1 cette joie spirituelle leur est te1 se trouvant d'ailleurs prives des consolations corporelles1 et n'tant point encore accoutumes attendre patiemment le retour du vrai soleil1 il leur semble qu'elles ne sont ni au ,ciel ni sur la terre1 et qu'elles vont demeurer ensevelies en une nuit perptuelle2 en sorte que1 devenues semblables de petits enfans qu'on svre et qui cherchent le sein de leur nourrice1 elles ne savent que languir et que gmir1 et que se rendre importunes tout le monde1 et principalement elles-mmes4 ,c'est justement ce qui arriva dans un voyage de saint ,bernard un de ses religieux nomm ,geoffroi de ,pronne1 nouvellement consacr au service de ,dieu4 ,ce bon frre s'tant trouv soudainement aride1 priv de toutes consolations1 et rempli de tnbres intrieures1 commena se rappeler ses amis du monde1 ses parens1 sa fortune qu'il venoit de laisser1 et ce souvenir lui procura une si violente tentation qu'un des religieux de la maison s'en aperut son extrieur1 et ne put s'empcher de lui dire3 ,qu'est-ce donc que cela1 ,geoffroi8 d'o vient que contre l'ordinaire vous avez un air si sombre et si afflig8 ,ah6 mon frre1 rpondit ,geoffroi1 c'en est fait1 jamais de ma vie je ne serai joyeux4 ,emu de compassion a ces paroles1 le bon religieux s'empressa de les rapporter saint ,bernard1 qui voyant le danger1 se rendit aussitt l'glise1 et pendant que ,geoffroi accabl de tristesse1 s'toit endormi sur une pierre1 il se mit prier pour lui4 ,bientt la prire du saint fut exauce1 et ,geoffroi se rveilla avec un visage si riant et si serein1 que son ami ne pouvant concevoir un changement si grand et si prompt1 lui adressa quelques reproches sur la rponse qu'il lui avoit faite un peu auparavant4 ,alors ,geoffroi lui rpliqua3 ,si tout--l'heure je vous ai dit que jamais de ma vie je ne serois gai1 maintenant je vous assure que jamais je ne serai triste4 ,ainsi se termina la tentation de ce dvot personnage4 ,mais remarquez en ce rcit1 ,philothe1 #a4 ,que ,dieu donne ordinairement quelque avant-got des dlices clestes ceux qui entrent son service1 afin de les retirer des plaisirs du monde1 et de les encourager la poursuite du divin amour1 comme une mre1 qui1 pour accoutumer son petit enfant la mamelle1 y met d'abord un peu de miel4 #b4 ,que c'est nanmoins ce bon ,dieu1 qui quelquefois par une disposition de sa sagesse1 nous te le lait et le miel des consolations1 afin qu'ainsi sevrs1 nous apprenions manger le pain sec et substantiel d'une dvotion vigoureuse1 exerce par l'preuve des tentations et des dgots4 #c4 ,que quelquefois de bien grandes tentations s'lvent parmi les scheresses et les aridits1 et alors il faut constamment combattre les tentations2 car elles ne sont pas de ,dieu2 mais il faut souffrir patiemment les scheresses1 puisque ,dieu les a ordonnes pour notre exercice4 #d4 ,que nous ne devons jamais perdre courage au milieu de nos peines intrieures1 ni dire comme le bon ,geoffroi1 jamais je ne serai joyeux3 car durant la nuit nous devons attendre la lumire2 et rciproquement au plus beau temps spirituel que nous puissions avoir1 il ne faut pas dire1 jamais je ne serai triste3 non1 car1 comme dit le ,sage1 dans les jours heureux il faut se souvenir du malheur2 il faut esprer parmi les peines1 et craindre parmi les prosprits2 et soit dans l'un1 soit dans l'autre tat1 il faut toujours s'humilier4 #e4 ,que c'est un souverain remde de dcouvrir son mal quelque sage ami qui nous puisse soulager4 ,enfin1 pour conclure un avertissement qui est si ncessaire1 je remarquerai qu'en fait de peines intrieures1 comme en toutes autres choses1 notre bon ,dieu et notre ennemi ont des prtentions bien contraires2 car ,dieu se sert de ces preuves pour nous conduire une grande puret de cur1 un entier renoncement de notre propre intrt dans ce qui est de son service1 et un parfait dpouillement de nous-mmes4 ,au lieu que le dmon tche par toutes ces peines de nous faire perdre courage1 de nous faire retourner du ct des plaisirs sensuels1 et enfin de nous rendre ennuyeux nous-mmes et aux autres1 afin que l'on dcrie et que l'on diffame la sainte dvotion4 ,mais si vous observez les enseignemens que je vous ai donns1 vous crotrez beaucoup en perfection par l'exercice des afflictions intrieures1 dont1 avant de terminer1 il faut encore que je vous dise un petit mot4 ,quelquefois les dgots1 les strilits et les scheresses viennent de la mauvaise disposition du corps1 comme quand1 par l'excs des veilles1 des travaux et des jenes1 on se trouve accabl de fatigue1 d'assoupissement1 de pesanteurs de tte et autres semblables infirmits1 qui1 bien qu'elles dpendent du corps1 ne laissent pas d'incommoder l'esprit1 cause de l'troite liaison qu'il y a entre eux4 ,or1 en cet tat1 il faut toujours avoir soin de faire plusieurs actes de vertu avec la pointe de notre esprit et notre volont suprieure4 ,car1 encore que notre ame semble endormie et tout accable d'assoupissement et de fatigue1 cela n'empche pas que les oprations de notre esprit ne soient trs-agrables ,dieu1 et que nous ne puissions dire alors avec l'pouse sacre3 ,je dors1 mais mon cur veille4 ,enfin1 comme je l'ai dj dit1 s'il y a moins de got travailler de la sorte1 il y a aussi plus de mrite et de vertu4 ,quant au remde employer1 c'est de fortifier le corps1 en lui accordant quelque allgement1 et quelque honnte rcration4 ,ainsi saint ,franois ordonnoit ses religieux de modrer si bien leurs travaux1 que la ferveur de l'esprit n'en ft pas accable4 ,et propos de ce glorieux ,pre1 il fut une fois attaqu et agit d'une si profonde mlancolie1 qu'il ne pouvoit s'empcher de le faire parotre au dehors2 car1 s'il vouloit converser avec ses religieux1 il ne pouvoit1 s'il s'en sparoit1 c'toit encore pis2 l'abstinence et les macrations l'accabloient1 et l'oraison ne le soulageoit nullement4 ,il fut deux ans en cet tat1 tellement qu'il sembloit tre tout--fait abandonn de ,dieu4 ,mais enfin1 aprs qu'il eut humblement souffert cette rude tempte1 le ,sauveur lui rendit en un moment une pleine et heureuse tranquillit4 ,c'est pour dire que les plus grands serviteurs de ,dieu sont sujets ces secousses1 et que les autres ne doivent point s'tonner s'il leur en arrive quelques-unes4 ,,cinqui,,me ,,partie ,,contenant ,,des ,,exercices ,,et ,,des ,,avis ,,propres ,a ,,renouveler ,l',,ame1 ,,et ,a ,,la ,,confirmer ,,dans ,,la ,d,,votion4 ,,chapitre ,,premier4 ,qu'il faut chaque anne renouveler ses bons propos par les exercices suivans4 ,le premier point de ces exercices consiste bien reconnotre leur importance4 ,notre nature humaine dchoit aisment de ses bonnes dispositions1 cause de la fragilit et du mauvais penchant de notre chair1 qui appesantit l'ame1 et l'entrane toujours vers les choses terrestres1 moins que1 par de continuels efforts1 elle ne tende et ne s'lve aux choses d'en haut2 comme on voit les oiseaux retomber de suite terre1 ds qu'ils cessent de s'lancer et de battre des ailes pour soutenir leur vol4 ,c'est pour cela1 chre ,philothe1 que vous avez besoin de renouveler souvent les bonnes rsolutions que vous avez prises de servir ,dieu1 de peur qu'en ne le faisant pas1 vous ne retombiez dans votre premier tat1 ou plutt dans un tat plus fcheux2 car les chutes spirituelles ont cela de particulier1 qu'elles nous prcipitent toujours plus bas que nous n'tions avant d'aspirer la dvotion4 ,il n'y a point d'horloge1 toute bonne qu'elle soit1 qu'il ne faille remonter et rgler deux fois le jour1 matin et soir2 et de plus1 il faut qu'au moins une fois l'anne on en dmonte toutes les pices1 pour ter la rouille qui s'y est mise1 pour redresser les pices forces1 et remplacer celles qui sont uses4 ,ainsi1 celui qui a un vrai soin de son cur1 doit le remonter en ,dieu soir et matin par les exercices marqus ci-dessus2 et1 outre cela1 il doit frquemment observer son tat1 le redresser et le rparer2 et enfin1 au moins une fois l'anne1 il doit le dmonter et en examiner sparment chaque pice1 c'est--dire1 toutes les passions1 toutes les affections1 afin de remdier aux dfauts qui s'y trouvent2 et comme l'horloger met une huile fine aux roues1 aux ressorts et tous les mouvemens de son horloge1 afin que le jeu s'en fasse plus doucement1 et que la rouille n'y vienne pas2 ainsi la personne dvote1 aprs avoir dmont son cur pour le bien renouveler1 le doit munir des sacremens de pnitence et d'eucharistie4 ,cet exercice1 ,philothe1 rparera vos forces abattues par le temps1 chauffera votre cur1 fera revivre vos bons propos1 et refleurir les vertus en votre ame4 ,les anciens chrtiens le pratiquoient fidlement au jour anniversaire du baptme de ,notre-,seigneur2 alors1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 ils renouveloient solennellement la profession de foi et les promesses qui se font en ce sacrement4 ,faisons-en de mme1 ,philothe1 mais que ce soit de grand cur1 et en y mettant toute notre application4 ,ayant donc choisi le temps convenable1 d'aprs l'avis de votre pre spirituel1 et vous tant retire un peu plus qu' l'ordinaire en la solitude spirituelle et relle1 vous ferez une ou deux1 ou trois mditations sur les points suivans1 selon la mthode que je vous ai donne en la seconde partie4 ,,chapitre ,,ii4 ,considration sur la grce que ,dieu nous a faite en nous appelant son service1 conformment la protestation indique en premire partie4 #a4 ,considrez les points de votre protestation4 ,le premier est d'avoir quitt1 rejet1 dtest et renonc pour jamais tout pch mortel4 ,le second est d'avoir ddi et consacr votre ame1 votre cur1 votre corps avec tout ce qui en dpend l'amour et au service de ,dieu4 ,le troisime est que s'il vous arrivoit de faire quelque chute1 vous vous en releviez aussitt moyennant la grce de ,dieu2 mais ne sont-ce pas l1 je vous le demande1 de belles1 justes1 dignes et gnreuses rsolutions8 ,pensez bien en votre ame combien cette protestation est raisonnable1 sainte et aimable6 #b4 ,considrez qui vous avez fait cette protestation2 c'est ,dieu3 or si les paroles raisonnables donnes aux hommes nous obligent si troitement1 combien plus celles que nous avons donnes ,dieu6 ,ah6 ,seigneur1 disoit ,david1 c'est vous que mon cur l'a dit3 mon cur a form cette bonne rsolution1 jamais je ne l'oublierai4 #c4 ,considrez en prsence de qui vous vous tes engage1 car c'est la vue de toute la cour cleste4 ,hlas6 la sainte ,vierge1 saint ,joseph1 votre bon ange1 saint ,louis1 toute cette troupe bnie de saints et de saintes1 attentive vos paroles1 vous voyoit avec une joie indicible prosterne aux pieds du ,sauveur lui qui vous consacriez votre cur4 ,on fit alors pour vous une fte d'allgresse en la ,jrusalem cleste1 et maintenant on en fera la mmoire1 si de bon cur vous renouvelez vos rsolutions4 #d4 ,considrez par quels moyens vous ftes votre protestation3 hlas6 combien la conduite de ,dieu sur vous fut alors douce et misricordieuse6 dites-le sincrement1 le ,saint-,esprit ne fit-il pas sentir tous ses attraits votre cur8 ,dieu ne vous attira-t-il pas lui avec les liens de son amour1 pour vous conduire parmi les orages du sicle ce port salutaire8 ,o combien vous faisoit-il goter de dlicieuses douceurs de sa grce1 dans les sacremens1 dans l'oraison1 dans la lecture6 ,hlas6 chre ,philothe1 vous dormiez1 et ,dieu veilloit sur vous1 et il pensoit sur votre cur des penses de paix1 et il mditoit pour vous des mditations d'amour4 #e4 ,considrez en quel temps ,dieu vous inspira ces grandes rsolutions2 car ce fut la fleur de votre ge4 ,ah6 quel bonheur d'apprendre tt ce qu'on ne peut savoir que trop tard4 ,saint ,augustin1 tir de ses tnbres l'ge de trente ans1 s'crioit3 ,o beaut ancienne6 comment vous ai-je connue si tard8 ,hlas6 vous tiez prsente mes yeux1 et je ne vous regardois pas4 ,et vous pourrez dire aussi3 ,o douceur ancienne6 pourquoi ne vous ai-je pas gote plus tt8 ,hlas6 ,philothe1 c'est que vous ne le mritiez pas encore4 ,reconnoissant donc quelle grce ,dieu vous a faite de vous appeler lui en votre jeunesse1 dites avec ,david3 ,mon ,dieu6 vous m'avez claire et touche ds ma jeunesse3 aussi ne cesserai-je jamais d'en bnir votre misricorde4 ,que si ce n'a t qu'en votre vieillesse1 ah6 quelle grce1 ,philothe1 qu'aprs tant d'annes mal employes1 ,dieu vous ait appele avant la mort1 et qu'il ait arrt le cours de votre misre dans le temps o1 si elle et continu1 vous fussiez demeure ternellement misrable6 #f4 ,considrez les effets de cette vocation3 vous trouverez1 je pense1 en vous d'heureux changemens1 en comparant ce que vous tes avec ce que vous tiez4 ,ne regardez-vous pas comme un grand bonheur de savoir parler ,dieu par l'oraison1 de le vouloir sincrement aimer1 d'avoir calm et pacifi beaucoup de passions qui vous inquitoient1 d'avoir vit plusieurs pchs et embarras de conscience1 et enfin d'avoir si souvent communi plus que vous ne l'auriez fait1 unissant ainsi votre cur cette souveraine source des grces ternelles4 ,ah6 que ces grces sont grandes6 ,il faut1 chre ,philothe1 les peser au poids du sanctuaire2 c'est la droite de ,dieu qui a fait tout cela4 ,la main du ,seigneur1 dit ,david1 a opr ce prodige1 sa droite m'a relev4 ,ah6 je ne mourrai pas1 mais je vivrai1 et je raconterai de cur1 de bouche et d'uvres1 les merveilles de sa bont4 ,aprs toutes ces considrations1 qui1 comme vous voyez1 fournissent beaucoup de bonnes affections1 terminez simplement en remerciant ,dieu des grces que vous en avez reues1 et en le priant de vous en faire bien profiter4 ,ensuite retirez-vous avec humilit et grande confiance1 remettant prendre de fortes rsolutions aprs le second point de cet exercice4 ,,chapitre ,,iii4 ,de l'examen de notre ame sur son avancement dans la vie dvote4 ,ce second point de l'exercice est un peu long1 et pour le pratiquer1 je vous dirai qu'il n'est pas ncessaire que vous le fassiez tout d'une traite1 mais que vous pouvez le prendre par parties3 examinant d'abord1 je suppose1 votre conduite envers ,dieu2 ensuite votre conduite envers le prochain2 une autre fois votre conduite envers vous-mme2 et enfin vos passions et vos inclinations4 ,il n'est pas non plus ncessaire1 pour vous prsenter ,dieu1 que vous soyez genoux1 si ce n'est au commencement1 et la fin1 qui comprend les affections4 ,quant aux autres points de l'examen1 vous pouvez les faire utilement1 soit en vous promenant1 soit encore mieux tant au lit1 si toutefois vous y pouvez tre quelque temps sans assoupissement1 et bien veille2 mais pour cela1 il faut les avoir bien lus auparavant4 ,il est nanmoins requis de faire tout ce second point en trois jours et deux nuits au plus1 prenant chaque jour et chaque nuit quelque heure1 je veux dire quelque temps pour y vaquer selon votre pouvoir2 car si cet exercice ne se faisoit qu' de grands intervalles1 il perdroit sa force1 et ne feroit qu'une lgre impression4 ,aprs chaque point de l'examen1 vous remarquerez en quoi vous avez manqu1 et ce qui a t la cause de tous vos dtraquemens1 afin de vous en confesser1 de prendre conseil et de retremper votre esprit dans de bonnes rsolutions4 ,bien que durant les jours consacrs cet exercice et aux autres1 il ne soit ncessaire de vous retirer entirement du monde1 encore faut-il vous en priver un peu1 surtout vers le soir1 afin que vous puissiez gagner le lit de meilleure heure1 et prendre le repos de corps et d'esprit ncessaire la mditation du lendemain4 ,le jour1 il faut faire de frquentes aspirations ,dieu1 la sainte ,vierge1 aux anges et toute la cour cleste2 mais il faut que tout cela se fasse d'un cur rempli de ,dieu1 et du dsir de la perfection4 ,pour donc bien commencer cet examen1 #a4 mettez-vous en la prsence de ,dieu2 #b4 invoquez le ,saint-,esprit1 lui demandant ses lumires1 afin que vous puissiez vous bien connotre2 disant avec saint ,augustin1 en grand esprit d'humilit3 ,o ,seigneur6 faites que je vous connoisse1 et que je me connoisse1 et avec saint ,franois3 ,qui tes-vous1 mon ,dieu6 et qui suis-je8 ,protestez que vous ne voulez point remarquer votre avancement dans la vertu pour vous en rjouir en vous-mme1 mais pour vous en rjouir en ,dieu2 ni pour vous en glorifier1 mais pour en glorifier ,dieu et l'en remercier4 ,protestez encore1 que si1 comme il est probable1 vous dcouvrez avoir peu profit1 ou mme avoir recul1 vous ne voulez nullement pour cela ni vous abattre1 ni vous refroidir par aucune sorte de dcouragement et de dgot2 mais qu'au contraire vous voulez en prendre plus de courage et d'ardeur1 vous humilier plus que jamais1 et porter remde au mal moyennant la grce de ,dieu4 ,cela fait1 considrez doucement et tranquillement comment jusqu' l'heure prsente vous vous tes comporte envers ,dieu1 envers le prochain1 et envers vous-mme4 ,,chapitre ,,iv4 ,examen de l'tat de notre ame envers ,dieu4 #a4 ,o en est votre cur touchant le pch mortel8 ,etes-vous dans la rsolution forte de ne le jamais commettre pour quelque chose qui puisse arriver8 et cette rsolution a-t-elle persvr1 depuis votre protestation jusqu' prsent8 ,en cette rsolution consiste tout le fondement de la vie spirituelle4 #b4 ,o en est votre cur touchant les commandemens de ,dieu8 ,les trouvez-vous bons1 doux et agrables8 ,ah6 ma fille1 quiconque a le got en bon tat et l'estomac sain1 aime les bonnes viandes1 et rejette les mauvaises4 #c4 ,o en est votre cur touchant les pchs vniels8 ,on ne sauroit viter d'en faire quelqu'un par-ci1 par-l2 mais n'y en a-t-il point qui soit en vous un pch d'habitude8 ,et1 ce qui seroit le pis1 n'y en a-t-il point pour lequel vous ayez de l'attachement et du got8 #d4 ,o en est votre cur touchant les exercices spirituels8 ,les aimez-vous1 les estimez-vous1 ne vous fchent-ils pas1 n'en tes-vous pas ennuye8 ,auquel vous sentez-vous plus ou moins incline8 ,entendre la parole de ,dieu1 la lire1 en parler1 mditer1 faire des aspirations1 se confesser1 consulter son directeur1 s'apprter la communion1 communier1 restreindre ses affections3 qu'y a-t-il en tout cela qui rpugne votre cur8 ,et si vous trouvez quelque chose quoi ce cur soit moins port1 examinez d'o vient ce dgot1 quelle peut en tre la cause4 #e4 ,o en est votre cur relativement ,dieu mme8 se plat-il au souvenir de ,dieu8 ,ne lui en reste-t-il pas une douceur agrable8 ,ah6 dit ,david1 je me suis ressouvenu de ,dieu1 et je m'en suis dlect4 ,sentez-vous en votre cur une certaine facilit l'aimer1 et un got particulier savourer cet amour8 ,votre cur n'est-il pas consol de penser l'immensit de ,dieu1 sa bont1 sa tendresse8 ,si le souvenir de ,dieu vous arrive parmi les occupations du monde et les frivolits1 ne se fait-il pas faire place1 ne saisit-il pas votre cur8 ne vous semble-t-il pas que votre cur se tourne de son ct1 et en quelque faon va au-devant de lui8 ,il y a certes des ames comme cela4 ,lorsqu'une femme apprend que son mari1 aprs une longue absence1 est enfin de retour1 lorsque dj elle entend sa voix1 ne s'empresse-t-elle pas de tout quitter pour courir se jeter dans ses bras8 il en est de mme des ames qui aiment bien ,dieu3 quelque occupes qu'elles soient1 si le souvenir de ,dieu se prsente elles1 elles perdent presque mmoire de tout le reste1 par la joie qu'elles prouvent de voir ce cher souvenir revenu2 et c'est un trs-bon signe4 #f4 ,o en est votre cur touchant ,jsus-,christ1 ,dieu et homme8 ,vous plaisez-vous autour de lui8 ,les mouches miel se plaisent autour de leur miel1 et les gupes autour de la fange2 ainsi les bonnes ames prennent leur plaisir autour de ,jsus-,christ1 et ont pour lui une extrme tendresse d'amour2 mais les mauvaises se plaisent autour des vanits4 #g4 ,o en est votre cur touchant la sainte ,vierge1 les saints et votre bon ange8 ,les aimez-vous fort8 ,avez-vous une confiance particulire en leur protection8 ,leurs images1 leurs vies1 leurs louanges vous plaisent-elles8 #h4 ,quant votre langue1 comment parlez-vous de ,dieu8 ,vous plaisez-vous en dire du bien selon votre condition et votre porte8 ,aimez-vous chanter ses cantiques8 #i4 ,quant aux uvres1 pensez-vous avoir cur la gloire de ,dieu8 et dsirez-vous faire quelque chose en son honneur8 car ceux qui aiment ,dieu1 aiment avec ,dieu l'ornement de sa maison4 #aj4 ,enfin remarquez-vous que vous ayez retranch quelque affection1 ou renonc quelque chose pour ,dieu8 car c'est un bon signe d'amour1 que de se priver de quelque chose en faveur de celui qu'on aime4 ,qu'avez-vous donc quitt jusqu' prsent pour l'amour de ,dieu8 ,,chapitre ,v4 ,examen de l'tat de notre ame envers nous-mmes4 #a4 ,comment vous aimez-vous vous-mme8 ,ne vous aimez-vous point trop pour ce monde8 ,si cela est1 vous dsirerez de toujours demeurer ici1 et vous aurez un extrme soin de vous bien tablir en cette terre2 mais si vous vous aimez pour le ,ciel1 vous dsirerez1 ou du moins vous consentirez1 volontiers sortir d'ici-bas l'heure qu'il plaira ,notre-,seigneur4 #b4 ,rglerez-vous bien l'amour que vous avez pour vous-mme8 car il n'y a que l'amour dsordonn de nous-mmes qui nous ruine4 ,or1 l'amour bien ordonn veut que nous aimions plus l'ame que le corps1 que nous ayons plus de soin d'acqurir les vertus que tout autre chose2 que nous fassions plus de cas de l'honneur cleste que de l'honneur terrestre4 ,le cur bien ordonn dit plus souvent en lui-mme3 que diront les anges1 si je pense telle chose8 que non pas3 que diront les hommes8 #c4 ,quel amour avez-vous pour votre propre cur8 ne vous fchez-vous pas de le servir en ses maladies8 ,hlas6 vous lui devez ce soin de le secourir1 ou faire secourir quand ses passions le tourmentent1 et de laisser toutes choses pour cela4 #d4 ,que vous estimez-vous devant ,dieu8 rien sans doute3 or1 il n'y a pas grande humilit une mouche de ne s'estimer rien au prix d'une montagne1 ni une goutte d'eau de se tenir pour rien en comparaison de la mer1 ni une tincelle de se tenir pour rien en prsence du soleil2 mais l'humilit consiste et ne point nous prfrer aux autres1 et ne vouloir pas tre prfr par eux4 ,a quoi en tes-vous sur cet article8 #e4 ,quant la langue1 ne vous vantez-vous point d'une manire ou d'une autre8 ne vous flattez-vous pas en parlant de vous8 #f4 ,quant aux uvres1 ne prenez-vous point de plaisir contraire votre sant1 je veux dire de plaisir vain1 inutile1 trop de veille sans sujet1 et autres semblables8 ,,chapitre ,,vi4 ,examen de l'tat de notre ame envers le prochain4 ,il faut bien aimer un mari1 une femme d'un amour doux et tranquille1 ferme et continuel1 et qui passe avant tout autre1 car ,dieu l'ordonne ainsi3 il faut avoir galement un grand amour pour les enfans et pour les proches1 et encore pour les amis1 chacun selon son rang4 ,mais pour parler en gnral1 o en est votre cur l'gard du prochain8 ,l'aimez-vous bien cordialement et pour l'amour de ,dieu8 ,pour bien discerner cela1 il faut vous reprsenter certaines gens maussades et ennuyeux2 car c'est l surtout que l'on peut exercer l'amour de ,dieu envers le prochain1 et particulirement envers ceux qui nous font du mal ou par paroles ou par actions4 ,examinez bien si votre cur n'a rien contre eux1 et si vous avez grande peine les aimer4 ,n'tes-vous point facile parler du prochain en mauvaise part1 surtout de ceux qui ne vous aiment pas8 ,ne faites-vous de mal personne1 soit directement1 soit indirectement8 ,pour peu que vous soyez raisonnable1 vous vous en apercevrez aisment4 ,,chapitre ,,vii4 ,examen sur les affections de notre ame4 ,j'ai cru devoir m'tendre un peu sur les points de l'examen qui a pour but de faire connotre les progrs que l'on a faits dans la vie spirituelle2 car quant l'examen des pchs1 cela est pour la confession de ceux qui ne cherchent pas avancer4 ,nanmoins1 il est bon de ne pas trop se travailler sur chacun de ces articles1 mais d'y aller tout doucement1 considrant quel usage notre cur a fait de ses affections depuis les rsolutions que nous avions prises1 et dans quelles fautes notables nous sommes tombs4 ,pour abrger cette besogne1 il faut rduire l'examen la recherche de nos passions2 et s'il nous fche d'entrer si fort dans le dtail1 considrons simplement ce que nous avons t1 et comment nous nous sommes comports3 ,en notre amour pour ,dieu1 pour le prochain1 pour nous-mmes2 ,en notre haine pour le pch qui se trouve en nous1 et aussi pour le pch qui se trouve chez autrui2 car nous devons dsirer l'extermination de l'un et de l'autre2 ,en nos dsirs touchant les richesses1 touchant les plaisirs1 touchant les honneurs2 ,en la crainte des occasions de pcher1 et des pertes des biens de ce monde2 on craint trop l'un1 et trop peu l'autre2 ,en notre esprance1 trop occupe peut-tre du monde et des cratures1 et pas assez de ,dieu et des choses ternelles2 ,en la tristesse2 si elle n'est pas excessive1 et pour des choses vaines2 ,en la joie2 si elle n'est pas immodre1 et pour des choses indignes4 ,quelles affections enfin embarrassent notre cur1 quelles passions le possdent1 et en quoi principalement il s'est dtraqu4 ,c'est ainsi que par les passions de l'ame on reconnot son vritable tat2 mais il faut pour cela les tter l'une aprs l'autre2 car1 comme un joueur de luth pince toutes les cordes1 et celles qu'il trouve dissonantes1 il les accorde1 soit en les tirant1 soit en les lchant2 de mme1 aprs avoir tt l'amour1 la haine1 le dsir1 la crainte1 l'esprance1 la tristesse et la joie de notre ame1 si nous ne les trouvons pas avec l'intention o nous devons tre de rendre gloire ,dieu1 nous pourrons les accorder moyennant sa sainte grce et l'avis de notre pre spirituel4 ,,chapitre ,,viii4 ,affections qui doivent suivre l'examen4 ,aprs avoir doucement considr chaque point de l'examen1 et avoir vu quoi vous en tes1 vous viendrez aux affections ainsi qu'il suit3 ,remerciez ,dieu de ce peu d'amendement que vous aurez trouv en votre vie depuis votre rsolution1 et reconnoissez que c'est sa seule misricorde qui l'a fait en vous et pour vous4 ,humiliez-vous bien fort devant ,dieu1 reconnoissant que si vous n'avez pas beaucoup avanc1 c'est de votre faute2 parce que vous n'avez pas fidlement1 courageusement et constamment correspondu aux inspirations1 aux mouvemens et aux lumires dont il vous a favorise en l'oraison et ailleurs4 ,promettez-lui de le louer jamais pour les grces qu'il vous a faites1 et qui ont opr en vous ce petit amendement4 ,demandez-lui pardon de l'infidlit et de la dloyaut avec lesquelles vous avez correspondu ses bonts4 ,offrez-lui votre cur1 afin qu'il s'en rende tout--fait le matre4 ,suppliez-le qu'il vous rende parfaitement fidle4 ,invoquez les saints1 la sainte ,vierge1 votre ange1 votre patron1 saint ,joseph1 et ainsi des autres4 ,,chapitre ,,ix4 ,des considrations propres renouveler nos bons propos4 ,aprs avoir fait l'examen1 et avoir bien confr avec un sage directeur sur vos dfauts et les remdes y appliquer1 vous prendrez chaque jour une des considrations suivantes1 pour vous en faire un sujet de mditation1 y employant le temps de votre oraison1 et cela toujours selon la mme mthode de prparations et d'affections que je vous ai donne dans la premire partie2 vous mettant1 avant toutes choses1 en la prsence de ,dieu1 et implorant sa grce pour vous bien tablir dans son amour et son saint service4 ,,chapitre ,x4 ,premire considration4 ,sur l'excellence de nos ames4 ,considrez la noblesse et l'excellence de votre ame1 qui a un entendement avec lequel non-seulement elle connot tout le monde visible1 mais encore elle connot qu'il y a des anges et un paradis1 qu'il y a un ,dieu trs-souverain1 trs-bon et ineffable2 elle connot qu'il y a une ternit2 et de plus1 elle connot ce qui est ncessaire pour bien vivre en ce monde visible1 pour s'associer aux anges dans le paradis1 et pour jouir ternellement de ,dieu4 ,votre ame a en outre une volont toute noble1 qui peut aimer ,dieu1 et ne peut le har en lui-mme4 ,voyez votre cur comme il est gnreux3 semblable aux abeilles que rien de ce qui est corrompu ne peut satisfaire1 mais qui ne s'arrtent que sur les fleurs2 ainsi ce cur ne peut tre en repos qu'en ,dieu seul1 et nulle crature ne le peut assouvir4 ,rappelez hardiment votre souvenir les plus chers et les plus vifs amusemens qui ont autrefois occup votre cur1 et jugez s'ils n'toient pas pleins d'inquitudes fatigantes1 de penses cuisantes1 de soucis importuns1 parmi lesquels vous tiez vritablement au supplice4 ,hlas6 quand notre cur va courant aprs les cratures1 il s'y porte avec un empressement extrme1 pensant y pouvoir apaiser ses dsirs2 mais sitt qu'il les a rencontres1 il voit que c'est refaire1 et que rien ne peut le contenter2 ,dieu ne voulant pas qu'il trouve nulle part o se reposer1 afin que1 semblable la colombe sortie de l'arche1 il retourne son premier gte1 c'est--dire son ,dieu1 dont il toit sorti4 ,ah6 de quelle excellence n'est donc pas notre cur6 et pourquoi le retiendrions-nous contre son gr au service des cratures8 ,o mon ame6 devez-vous dire1 vous pouvez connotre et aimer ,dieu2 pourquoi donc vous amuser ce qui est infiniment au-dessous8 ,vous pouvez prtendre l'ternit1 pourquoi donc vous amuser des momens si courts8 ,ce fut un des regrets de l'enfant prodigue1 qu'ayant pu vivre dlicieusement la table de son pre1 il toit rduit partager la nourriture des btes4 ,o ame6 tu es capable de ,dieu3 malheur toi1 si tu te contentes de moins que de ,dieu6 ,elevez fort votre ame par cette considration2 remontrez-lui qu'elle est ternelle et digne de l'ternit2 cela lui enflera le courage4 ,,chapitre ,,xi4 ,seconde considration4 ,sur l'excellence des vertus4 ,considrez que les vertus et la dvotion peuvent seules rendre notre ame heureuse en ce monde4 ,voyez combien elles sont belles2 comparez ensemble les vertus et les vices qui leur sont contraires2 quelle diffrence de la patience la vengeance1 de la douceur la colre1 de l'humilit l'arrogance1 de la gnrosit l'avarice1 de la charit l'envie1 de la sobrit la dbauche8 ,n'est-ce pas une chose admirable comme les vertus remplissent l'ame de dlices et de suavits non pareilles1 aprs qu'on les a pratiques1 tandis que les vices ne laissent aprs eux qu'amertume et que dgot6 ,or donc1 pourquoi n'entreprendrions-nous pas d'acqurir ces douceurs8 ,des vices1 qui n'en a qu'un peu n'est pas content1 et qui en a beaucoup est mcontent3 mais des vertus1 qui n'en a qu'un peu est dj satisfait1 et ensuite plus il en a1 plus son bonheur augmente4 ,o vie dvote6 que vous tes belle1 douce1 agrable et heureuse6 vous adoucissez les tribulations1 et donnez de la suavit aux consolations3 sans vous le bien est mal1 le plaisir est amer1 le repos est inquiet3 ah6 qui vous connotroit pourroit bien dire avec la ,samaritaine3 ,domine1 da mihi hanc aquam1 ,seigneur1 donnez-moi cette eau4 ,aspiration fort ordinaire la mre ,thrse1 et sainte ,catherine de ,gnes1 quoique pour diffrens sujets4 ,,chapitre ,,xii4 ,troisime considration4 ,sur l'exemple des saints4 ,considrez l'exemple des saints de toutes le conditions3 qu'est-ce qu'ils n'ont pas fait pour aimer ,dieu1 et lui demeurer fidles8 ,voyez ces martyrs invincibles en leurs rsolutions3 quels tourmens n'ont-ils pas soufferts pour s'y maintenir8 ,voyez ces personnes si belles1 si florissantes1 l'ornement de leur sexe1 plus blanches que le lis en puret1 plus vermeilles que la rose en charit1 les unes douze1 les autres treize1 quinze1 vingt et vingt-cinq ans1 souffrant mille sortes de martyres plutt que de renoncer leurs rsolutions1 non-seulement en ce qui toit de la foi1 mais encore en ce qui toit de la dvotion2 les unes mourant plutt que de quitter la virginit1 les autres plutt que de cesser de servir les pauvres1 de consoler les affligs1 d'ensevelir les morts4 ,o ,dieu6 quelle constance a montre ce sexe fragile en de telles occasions6 ,regardez tant de saints confesseurs3 avec quelle force ils ont mpris le monde6 comme ils ont tenu ferme leurs rsolutions6 ,rien n'a pu les branler2 ils les ont embrasss sans rserve1 et les ont maintenues sans exception4 ,mon ,dieu6 que ne dit pas saint ,augustin de sa sainte mre8 ,avec quelle persvrance n'a-t-elle pas poursuivi son dessein de servir ,dieu durant le mariage1 et durant le veuvage8 ,et saint ,jrme1 comment parle-t-il de sa chre fille ,paule1 parmi tant de traverses et tant de divers accidens qu'elle eut soutenir8 ,mais que ne ferons-nous pas nous-mmes sur de si excellens modles8 ,ils toient ce que nous sommes2 ils travailloient pour le mme ,dieu1 pour les mmes vertus3 pourquoi n'en ferions-nous pas autant en notre condition et selon notre vocation1 pour soutenir victorieusement la sainte protestation que nous avons faite d'tre ,dieu8 ,,chapitre ,,xiii4 ,quatrime considration4 ,sur l'amour que ,jsus-,christ nous porte4 ,considrez l'amour avec lequel ,jsus-,christ notre ,seigneur a tant souffert en ce monde1 et particulirement au jardin des ,olives et sur le mont ,calvaire4 ,cet amour vous regardoit1 et par toutes ces peines et ces fatigues il obtenoit de ,dieu le ,pre de bonnes rsolutions et de saintes protestations pour votre cur1 et il obtenoit aussi tout ce qui vous est ncessaire pour maintenir1 nourrir1 fortifier et consommer ces rsolutions4 ,o rsolutions6 que vous tes prcieuses1 puisque vous tes le fruit de la passion de mon ,sauveur6 ,oh6 combien mon ame doit vous chrir1 puisque vous tes si chres mon ,jsus6 ,hlas6 ,sauveur de mon ame6 vous mourtes pour m'acqurir mes rsolutions3 faites-moi donc la grce que je meure plutt que de les perdre4 ,pensez-y-bien1 ma ,philothe3 il est certain que de l'arbre de la croix1 le cur de notre ,seigneur ,jsus voyoit le vtre1 et qu'il l'aimoit2 et que par cet amour il lui obtenoit tous les biens que vous avez eus1 et que vous aurez jamais1 entre autres vos rsolutions4 ,oui1 chre ,philothe1 nous pouvons tous dire comme ,jrmie3 ,o ,seigneur1 avant que je fusse vous me regardiez1 et vous m'appeliez par mon nom2 ainsi c'est donc bien lui qui dans son amour et sa misricorde nous a prpar tous les moyens gnraux et particuliers que nous avons de nous sauver1 et par consquent nos chres rsolutions4 ,oui1 comme une femme enceinte prpare le berceau1 les langes et bandelettes1 et mme une nourrice pour l'enfant qu'elle espre avoir1 encore qu'il ne soit pas au monde2 ainsi ,notre-,seigneur1 vous ayant conue en sa bont1 et prtendant vous enfanter au salut et vous rendre sa fille1 prpara sur l'arbre de la croix tout ce qu'il vous falloit3 votre berceau spirituel1 vos langes et bandelettes1 votre nourrice1 et tout ce qui convenoit pour votre bonheur4 ,ce sont tous les moyens1 tous les attraits1 toutes les grces1 avec lesquels il conduit votre ame1 et l'attire la perfection4 ,ah6 mon ,dieu1 que nous devrions profondment graver ceci en notre mmoire3 ,est-il possible que j'aie t aim1 et si tendrement aim de mon ,sauveur1 qu'il ait bien voulu penser moi en particulier1 et dans toutes ces petites circonstances1 par lesquelles il m'a attir lui8 ,combien donc ne devons-nous pas aimer1 chrir et employer tout cela notre profit8 ,quoi de plus doux que cette pense3 le cur aimable de mon ,dieu pensoit ,philothe1 l'aimoit et lui procuroit mille moyens de salut1 comme s'il n'eut pas eu d'autre ame penser dans le monde3 ainsi que le soleil clairant un endroit de la terre1 ne l'claire pas moins que s'il n'clairoit que celui-l2 de mme ,notre-,seigneur pensoit et travailloit pour tous ses chers enfans1 en sorte qu'il pensoit chacun d'eux1 comme s'il n'et point pens aux autres4 ,il m'a aim1 dit saint ,paul1 et s'est donn pour moi1 comme s'il disoit1 pour moi seul1 et tout autant que s'il n'et rien fait pour le reste des hommes4 ,ceci1 ,philothe1 doit tre grav dans votre ame1 pour bien chrir et nourrir votre rsolution1 qui a t si prcieuse au cur du ,sauveur4 ,,chapitre ,,xiv4 ,cinquime considration4 ,sur l'amour ternel de ,dieu pour nous4 ,considrez l'amour ternel que ,dieu vous a port2 car dj bien avant que ,jsus-,christ souffrt pour vous sur la croix en tant qu'homme1 sa divine ,majest vous destinoit la vie1 et vous aimoit extrmement4 ,mais quand commena-t-il vous aimer8 ,quand il commena tre ,dieu2 et quand commena-t-il tre ,dieu8 ,jamais3 il l'a toujours t sans commencement et sans fin2 et ainsi il vous a toujours aime2 et ainsi c'est de toute ternit que son amour vous a prpar les grces et les faveurs qu'il vous a faites4 ,il dit par le ,prophte3 ,je t'ai aim 7il parle vous comme tout autre7 d'une charit perptuelle1 et je t'ai misricordieusement attir moi4 ,il a donc pens1 entre autres choses1 vous faire prendre les bonnes rsolutions de l'aimer et de le servir4 ,o ,dieu6 quelles rsolutions que celles que ,dieu a penses1 mdites1 projetes de toute ternit6 ,combien ne doivent-elles pas nous tre chres et prcieuses8 que ne faudroit-il pas souffrir plutt que d'en rien perdre8 ,non1 certes1 il n'en faudroit rien perdre1 quand le monde entier devrait prir2 car tout le monde ensemble ne vaut pas une ame1 et une ame ne vaut rien sans nos rsolutions4 ,,chapitre ,,xv4 ,affections gnrales sur les considrations prcdentes1 et conclusion de l'exercice4 ,o chres rsolutions6 vous tes le bel arbre de vie que ,dieu a plant de sa main au milieu de mon cur1 et que mon ,sauveur veut arroser de son sang pour le faire fructifier3 plutt mille morts que de permettre qu'aucun vent ne le dracine4 ,non1 ni la vanit1 ni les dlices1 ni les richesses1 ni les tribulations ne me feront jamais changer de dessein4 ,hlas6 ,seigneur1 c'est vous qui l'avez plant ce bel arbre1 et qui l'avez ternellement gard en votre sein paternel pour ensuite le mettre en mon jardin3 ah6 combien y a-t-il d'ames qui n'ont pas t favorises de la sorte2 et comment donc pourrois-je jamais assez m'humilier sous votre misricorde8 ,o belles et saintes rsolutions6 si je vous conserve1 vous me conserverez3 si vous vivez en mon ame1 mon ame vivra en vous4 ,vivez donc jamais1 rsolutions qui tes ternelles en la misricorde de ,dieu6 soyez et vivez ternellement en moi1 et que toujours je vous sois fidle4 ,aprs ces affections1 il faut que vous particularisiez les moyens propres vous maintenir en vos chres rsolutions1 et que vous protestiez vouloir vous en servir constamment4 ,ces moyens sont l'habitude de l'oraison1 le frquent usage des sacremens1 les bonnes uvres1 l'amendement de vos fautes telles que vous les avez reconnues au second point1 la fuite des mauvaises occasions1 et la fidlit suivre les avis que l'on vous donnera4 ,cela fait1 reprenant encore haleine et ranimant vos forces1 protestez mille fois que vous persvrerez en vos rsolutions2 puis1 comme si vous teniez votre cur1 votre ame1 et votre volont dans vos mains1 ddiez-les1 consacrez-les1 sacrifiez-les1 et les immolez gnreusement ,dieu1 protestant que vous ne les reprendrez plus1 mais les laisserez en la main de sa divine ,majest1 pour suivre en tout et partout ses saintes ordonnances4 ,priez ,dieu qu'il vous renouvelle entirement1 qu'il bnisse et qu'il soutienne par la force de son esprit cette rnovation4 ,invoquez la sainte ,vierge1 votre ange1 saint ,louis et autres saints4 ,dans cette disposition d'un cur mu par la grce1 allez ensuite aux pieds de votre pre spirituel2 accusez-vous des fautes principales que vous aurez remarqu avoir commises depuis votre confession gnrale1 et recevez l'absolution comme vous ftes la premire fois4 ,aprs quoi1 prononcez devant lui votre protestation1 et signez-la2 et enfin allez unir votre cur ainsi renouvel son principe et son ,sauveur1 en recevant le trs-saint sacrement de l'eucharistie4 ,,chapitre ,,xvi4 ,des sentimens qu'il faut conserver aprs cet exercice4 ,le jour o vous aurez fait ce renouvellement1 et les jours suivans1 vous devez fort souvent redire de cur et de bouche ces ardentes paroles de saint ,paul1 de saint ,augustin1 de sainte ,catherine de ,gnes et autres3 ,non1 je ne suis plus moi2 soit que je vive1 soit que je meure1 je suis mon ,sauveur4 ,je n'ai plus de moi ni de mien3 mon moi c'est ,jsus1 mon mien c'est d'tre sienne4 ,o monde6 vous tes toujours vous-mme1 et moi j'ai toujours t moi-mme2 mais dornavant je ne serai plus moi-mme4 ,non1 nous ne serons plus nous-mmes1 car nous aurons le cur chang2 et le monde1 qui nous a tant tromps1 sera tromp en nous2 car ne s'apercevant de notre changement que petit petit1 il nous croira toujours des ,esa1 et nous nous trouverons tre des ,jacob4 ,il faut que tous ces exercices demeurent bien en notre cur1 et que1 laissant nos considrations et nos oraisons1 nous passions tout doucement nos affaires1 de peur que la liqueur de nos rsolutions ne s'panche et ne se perde2 car il faut qu'elle dtrempe et pntre toutes les parties de notre ame3 le tout nanmoins sans effort ni d'esprit ni de corps4 ,,chapitre ,,xvii4 ,rponses deux objections qui peuvent tre faites sur cette ,introduction4 ,le monde vous dira1 ma ,philothe1 que ces exercices et ces avis sont en si grand nombre1 que qui voudra les observer1 il ne faudra pas qu'il pense autre chose4 ,hlas6 chre ,philothe1 quand nous ne ferions autre chose1 nous ferions bien assez1 puisque nous ferions ce que nous devrions faire en ce monde2 mais ne voyez-vous pas la ruse8 ,s'il falloit faire tous ces exercices tous les jours1 il est vrai qu'ils nous occuperoient totalement2 mais ils ne faut les faire qu'en temps et lieu1 et chacun selon l'occurrence4 ,combien y a-t-il de lois civiles au digeste et au code lesquelles doivent tre fidlement observes6 mais cela s'entend selon les occurrences1 et non dans le sens qu'il les faut toutes pratiquer tous les jours4 ,au demeurant1 ,david1 tout roi qu'il toit1 et malgr toutes ses affaires1 pratiquoit bien plus d'exercices que je ne vous en ai marqu4 ,saint ,louis1 roi si admirable et dans la paix et dans la guerre1 prince si appliqu et rendre la justice1 et gouverner son royaume1 saint ,louis entendoit tout les jours deux messes1 disoit vpres et complies avec son chapelain1 faisoit sa mditation1 visitoit les hpitaux tous les vendredis1 se confessoit1 prenoit la discipline1 assistoit trs-souvent au sermon1 faisoit fort souvent des confrences spirituelles1 et avec tout cela1 ds qu'une occasion se prsentoit de pourvoir au bien de l',etat1 il s'en saisissoit aussitt1 et en tiroit bon parti2 et sa cour toit plus belle et plus florissante qu'on ne l'a voit jamais vue sous ses prdcesseurs4 ,faites donc hardiment ces exercices1 ,philothe1 ainsi que je vous les ai marqus1 et ,dieu vous donnera encore et assez de temps et assez de force pour faire tout le reste de vos affaires3 oui1 quand mme il devroit pour cela arrter le soleil1 comme il fit au temps de ,josu4 ,nous faisons toujours assez quand ,dieu travaille avec nous4 ,le monde dira encore que je suppose presque partout que ma ,philothe a le don de l'oraison mentale1 et que nanmoins chacun ne l'a pas2 en sorte que cette ,introduction ne pourra pas servir tous4 ,il est vrai1 sans doute1 j'ai suppos cela2 et il est vrai encore que chacun n'a pas le don de l'oraison mentale2 mais il est vrai aussi que presque chacun le peut avoir1 mme les plus grossiers1 pourvu qu'ils aient de bons conducteurs1 et qu'ils veuillent travailler pour cela autant que la chose le mrite4 ,et s'il s'en trouve qui n'aient ce don en aucune sorte de degr1 ce que je ne pense pas pouvoir arriver que fort rarement1 leur directeur supplera facilement ce dfaut1 en leur prescrivant de lire ou d'entendre lire avec une grande attention les mmes considrations qui sont dans les mditations4 ,,chapitre ,,xviii4 ,trois derniers et principaux avis pour cette ,introduction4 ,refaites tous les premiers jours du mois1 aprs votre mditation1 la protestation qui se trouve en la premire partie1 et durant ce jour renouvelez-la souvent1 disant avec ,david3 ,non1 jamais je n'oublierai votre loi1 mon ,dieu2 car c'est par elle que vous m'avez rendu la vie4 ,et quand vous sentirez quelque dtraquement en votre ame1 prenez votre protestation en main1 et prosterne en esprit d'humilit1 prononcez-la de tout votre cur3 vous y trouverez un grand soulagement4 ,faites ouvertement profession de vouloir tre dvote2 je ne dis pas d'tre dvote1 mais de le vouloir tre2 et n'ayez pas honte de faire les actions simples et communes qui doivent vous conduire l'amour de ,dieu3 avouez hardiment que vous vous essayez mditer1 que vous aimeriez mieux mourir que de pcher mortellement1 que vous voulez frquenter les sacremens1 et suivre les conseils de votre directeur 7bien que souvent il ne soit point ncessaire de le nommer pour plusieurs raisons74 ,cette franchise confesser qu'on veut servir ,dieu1 et qu'on s'est consacr son amour d'une manire particulire1 est fort agrable sa divine ,majest1 qui ne veut point qu'on ait honte de lui ni de sa croix2 c'est de plus un moyen de couper court beaucoup de propos du monde1 et de nous lier de rputation la poursuite de notre entreprise4 ,les philosophes se publioient hautement philosophes1 afin qu'on les laisst vivre philosophiquement2 et nous1 montrons-nous franchement dsireux de la dvotion1 afin qu'on nous laisse vivre dvotement4 ,que si quelqu'un vous dit qu'on peut vivre dvotement sans la pratique de ces avis et de ces exercices1 ne le niez pas2 mais rpondez bonnement que votre foiblesse est si grande qu'elle a besoin de plus d'aide et de secours qu'il n'en faut aux autres4 ,enfin1 trs-chre ,philothe1 je vous conjure par tout ce qu'il y a de sacr au ciel et en la terre1 par le baptme que vous avez reu1 par les mamelles qui ont nourri ,jsus-,christ1 par le cur charitable dont il vous aima1 et par les entrailles de la misricorde en laquelle vous esprez1 continuez et persvrez en cette bienheureuse entreprise de la vie dvote3 nos jours s'coulent1 la mort est la porte2 ,la trompette1 dit saint ,grgoire de ,nazianze1 sonne la retraite3 que chacun se prpare2 car le jugement approche4 ,la mre de saint ,symphorien1 voyant qu'on le conduisoit au martyre1 crioit en le suivant3 ,mon fils1 mon fils1 souviens-toi de la vie ternelle1 regarde le ,ciel1 et contemple celui qui y rgne3 la mort terminera bientt les courts momens de cette vie4 ,ma ,philothe1 vous le dirai-je aussi3 regardez le ,ciel1 et ne le quittez pas pour la terre2 regardez l'enfer1 et ne vous y jetez pas pour des plaisirs d'un instant2 regardez ,jsus-,christ1 et ne le reniez pas pour le monde3 et quand la pratique de la vie dvote vous semblera pnible1 chantez avec saint ,franois3 ,a cause des biens que j'attends1 ,les travaux me sont passe-temps4 ,vive ,jsus6 auquel1 avec le ,pre et le ,saint-,esprit1 soit honneur et gloire1 maintenant et toujours1 et dans les sicles des sicles4 ,ainsi soit-il4 ,manire de rciter devotement le chapelet1 et de bien servir la ,vierge ,marie4 ,vous prendrez votre chapelet par la croix1 que vous baiserez aprs vous en tre servie pour faire sur vous le signe du chrtien1 et vous mettant en la prsence de ,dieu1 vous rciterez le ,credo tout entier4 ,sur le premier grain1 vous invoquerez ,dieu1 lui demandant d'agrer votre prire1 et de vous aider de sa grce pour la bien dire4 ,sur les trois premiers petits grains1 vous rclamerez l'intercession de la trs-sainte ,vierge1 la saluant1 au premier grain1 comme la plus chre fille de ,dieu le ,pre2 au second1 comme la mre de ,dieu le ,fils1 et au troisime1 comme l'pouse bien-aime de ,dieu le ,saint-,esprit4 ,sur chaque dizaine1 vous penserez un des mystres du rosaire1 selon le loisir que vous en aurez1 vous rappelant le mystre propos1 surtout lorsque vous prononcerez les trs-saints noms de ,jsus et de ,marie1 ayant soin de ne profrer ces noms sacrs qu'avec un grand respect intrieur et extrieur4 ,que s'il vous vient quelque autre sentiment1 comme seroit la douleur de vos pchs1 ou le dsir de vous amender1 vous pouvez vous entretenir dans ce sentiment tout le long du chapelet1 et principalement lorsque vous prononcerez les deux trs-saints noms de ,jsus et de ,marie4 ,au gros grain1 qui est au bout de la dernire dizaine1 vous remercierez ,dieu de la grce qu'il vous a faite en la rcitation du chapelet2 et1 passant aux trois petits grains qui suivent1 vous saluerez la sacre ,vierge ,marie1 la suppliant1 au premier1 d'offrir votre entendement au ,pre ternel1 afin que vous puissiez jamais considrer ses misricordes2 au second1 vous la supplierez d'offrir votre mmoire au ,fils1 afin d'avoir continuellement la pense sa passion et sa mort2 au troisime1 vous la supplierez d'offrir votre volont au ,saint-,esprit1 afin que vous puissiez tre jamais enflamme de son saint amour4 ,au gros grain qui termine1 vous supplierez la divine ,majest d'agrer tout cela pour sa gloire1 et pour le bien de son ,eglise1 dans le sein de laquelle vous lui demanderez de vouloir bien vous garder1 et de ramener tous ceux qui s'en sont loigns4 ,vous prierez ensuite pour tous vos amis1 et vous finirez comme vous avez commenc1 par la profession de foi1 disant le ,credo1 et faisant le signe de la croix4 ,vous porterez le chapelet votre ceinture1 ou en quelqu'autre endroit apparent1 comme une sainte marque par laquelle vous protestez que vous dsirez tre serviteur de ,dieu notre ,sauveur1 et de sa trs-sainte pouse1 vierge et mre1 et que vous voulez vivre en vrai enfant de la sainte ,eglise catholique1 apostolique et romaine4 ,amen4 ,oraison de l',eglise pour le jour de la fte de saint ,franois de ,sales1 compose par le pape ,alexandre ,,vii4 ,o ,dieu6 qui avez voulu que1 pour le salut des ames1 saint ,franois1 votre confesseur et pontife1 se soit fait tout tous1 faites-nous la grce qu'tant pntrs de la douceur de votre divine charit1 nous puissions1 sous la direction de ses avis1 et par les suffrages de ses mrites1 arriver la jouissance ternelle de votre gloire4 ,nous vous en supplions par notre ,seigneur ,jsus-,christ ,ainsi soit-il4 ,,fin4 ,,table ,,des ,,chapitres4 ,sentiment d',alexandre ,,vii sur cet ouvrage4 pag4 ,oraison ddicatoire4 v ,prface4 vij ,,premi,,re ,,partie1 ,contenant les avis et les exercices propres conduire l'ame1 depuis son premier dsir de la vie dvote1 jusqu' une ferme rsolution de l'embrasser4 ,chap4 ,i4 ,description de la vraie dvotion4 #a ,,ii4 ,proprits et excellence de la dvotion4 #f ,,iii4 ,que la dvotion convient toutes sortes de vocations et de professions4 #i ,,iv4 ,de la ncessit d'un directeur pour entrer et pour avancer dans la dvotion4 #aa ,v4 ,qu'il faut commencer par purifier l'ame4 #af ,,vi4 ,du premier retranchement1 qui est celui des pchs mortels4 #bj ,,vii4 ,du second retranchement1 qui est celui des affections au pch4 #bb ,,viii4 ,du moyen de faire ce second retranchement4 #bd ,,ix4 ,premire mditation4--,de la cration4 #bf ,x4 ,deuxime mditation4--,de la fin pour laquelle nous sommes crs4 #bi ,,xi4 ,troisime mditation4--,des bienfaits de ,dieu4 #cb ,,xii4 ,quatrime mditation4--,des pchs4 #cf ,chap4 ,,xiii4 ,cinquime mditation4--,de la mort4 p4 #ci ,,xiv4 ,sixime mditation4--,du jugement4 #db ,,xv4 ,septime mditation4--,de l'enfer4 #de ,,xvi4 ,huitime mditation4--,du paradis4 #dg ,,xvii4 ,neuvime mditation4--,sur le choix du paradis4 #ej ,,xviii4 ,dixime mditation4--,sur le choix de la vie dvote4 #ed ,,xix4 ,comment il faut faire la confession gnrale4 #eg ,,xx4 ,protestation authentique pour graver dans l'ame la rsolution de servir ,dieu1 et pour conclure les actes de pnitence4 #fj ,,xxi4 ,conclusion de ce qui a t dit du premier degr de puret de l'ame4 #fc ,,xxii4 ,qu'il faut se dlivrer de toute affection aux pchs vniels4 #fe ,,xxiii4 ,qu'il se faut dfaire de l'affection aux choses inutiles et dangereuses4 #fi ,,xxiv4 ,qu'il se faut dfaire des mauvaises inclinations4 #ga ,,seconde ,,partie1 ,contenant divers avis pour l'lvation de l'ame ,dieu par l'oraison et les sacremens4 ,chap4 ,i4 ,de la ncessit de l'oraison4 #gc ,,ii4 ,courte mthode pour bien mditer2 et d'abord de la prsence de ,dieu2 premier point de la prparation4 #gh ,,iii4 ,de l'invocation2 second point de la prparation4 #hb ,,iv4 ,de la proposition du mystre2 troisime point de la prparation4 #hd ,v4 ,des considrations2 seconde partie de la mditation4 #hf ,,vi4 ,des affections et des rsolutions2 troisime partie de la mditation4 #hg ,chap4 ,,vii4 ,de la conclusion et du bouquet spirituel4 p4 #hi ,,viii4 ,quelques avis trs-utiles au sujet de la mditation4 #ij ,,ix4 ,des scheresses d'esprit qui arrivent dans la mditation4 #id ,x4 ,de quelques autres exercices1 et premirement de l'exercice du matin4 #ig ,,xi4 ,de l'exercice du soir et de l'examen de conscience2 second exercice4 #ii ,,xii4 ,de la retraite spirituelle1 troisime exercice4 #aja ,,xiii4 ,des aspirations ou oraisons jaculatoires1 et des bonnes penses2 quatrime exercice4 #aje ,,xiv4 ,de la trs-sainte messe1 et de la manire de l'entendre2 cinquime exercice4 #aad ,,xv4 ,des autres exercices de dvotion publics et communs4 #aah ,,xvi4 ,qu'il faut honorer et invoquer les saints4 #abj ,,xvii4 ,comment il faut entendre et lire la parole de ,dieu4 #abb ,,xviii4 ,comment il faut recevoir les inspirations4 #abe ,,xix4 ,de la sainte confession4 #abi ,,xx4 ,de la frquente communion4 #ace ,,xxi4 ,comment il faut communier4 #ada ,,troisi,,me ,,partie1 ,contenant plusieurs avis touchant l'exercice des vertus4 ,chap4 ,i4 ,du choix que l'on doit faire quant l'exercice des vertus4 #ade ,,ii4 ,suite du mme sujet4 #aec ,,iii4 ,de la patience4 #aeh ,,iv4 ,de l'humilit pour l'extrieur4 #aff ,v4 ,de l'humilit plus intrieure4 #aga ,,vi4 ,que l'humilit nous fait aimer notre propre abjection4 #agi ,,vii4 ,comment il faut conserver la bonne renomme en pratiquant l'humilit4 #ahd ,chap4 ,,viii4 ,de la douceur envers le prochain1 et du remde contre la colre4 pag4 #aia ,,ix4 ,de la douceur envers nous-mmes4 #aih ,x4 ,qu'il faut s'appliquer aux affaires avec soin1 sans empressement ni trouble4 #bjb ,,xi4 ,de l'obissance4 #bjf ,,xii4 ,de la chastet4 #baj ,,xiii4 ,avis pour conserver la chastet4 #baf ,,xiv4 ,de la pauvret d'esprit au milieu des richesses4 #bba ,,xv4 ,comment il faut pratiquer la pauvret relle au milieu des richesses4 #bbe ,,xvi4 ,comment il faut pratiquer la richesse d'esprit au milieu de la pauvret relle4 #bcb ,,xvii4 ,de l'amiti1 et premirement de la mauvaise4 #bce ,,xviii4 ,des amitis sensuelles4 #bch ,,xix4 ,des vraies amitis4 #bdd ,,xx4 ,de la diffrence qu'il y a entre les vraies et les vaines amitis4 #bdi ,,xxi4 ,avis et remdes contre les mauvaises amitis4 #beb ,,xxii4 ,quelques autres avis sur les amitis4 #beg ,,xxiii4 ,des exercices de la mortification extrieure4 #bfj ,,xxiv4 ,des compagnies et de la solitude4 #bfi ,,xxv4 ,de la biensance des habits4 #bgd ,,xxvi4 ,du parler1 et premirement comment il faut parler de ,dieu4 #bgh ,,xxvii4 ,de l'honntet des paroles1 et du respect que l'on doit aux personnes4 #bhj ,,xxviii4 ,des jugemens tmraires4 #bhc ,,xxix4 ,de la mdisance4 #bib ,,xxx4 ,quelques autres avis touchant le parler4 #cjj ,,xxxi4 ,des passe-temps et des jeux2 et premirement de ceux qui sont permis et louables4 #cjc ,,xxxii4 ,des jeux dfendus4 #cjf ,chap4 ,,xxxiii4 ,des bals et autres passe-temps permis1 mais dangereux4 ,pag4 #cjh ,,xxxiv4 ,quand on peut jouer ou danser4 #cab ,,xxxv4 ,qu'il faut tre fidle dans les petites choses aussi-bien que dans les grandes4 #cac ,,xxxvi4 ,qu'il faut avoir l'esprit juste et raisonnable4 #cah ,,xxxvii4 ,des dsirs4 #cba ,,xxxviii4 ,avis pour les gens maris4 #cbe ,,xxxix4 ,de l'honntet du lit nuptial4 #ccg ,,xl4 ,avis pour les veuves4 #cdc ,,xli4 ,deux mots aux vierges4 #cea ,,quatri,,me ,,partie1 ,contenant les avis ncessaires contre les tentations les plus ordinaires4 ,chap4 ,i4 ,qu'il ne faut point s'amuser aux paroles des enfans du sicle4 #cec ,,ii4 ,qu'il faut avoir bon courage4 #ceg ,,iii4 ,de la nature des tentations1 et de la diffrence qu'il y a entre sentir la tentation et y consentir4 #cfj ,,iv4 ,deux exemples remarquables sur ce sujet4 #cfd ,v4 ,encouragement l'ame qui est dans le feu des tentations4 #cfg ,,vi4 ,comment la tentation et la dlectation peuvent tre pchs4 #cfi ,,vii4 ,remde aux grandes tentations4 #cgc ,,viii4 ,qu'il faut rsister aux petites tentations4 #cgf ,,ix4 ,comment il faut remdier aux petites tentations4 #cgh ,x4 ,comment il faut fortifier son cur contre les tentations4 #chj ,,xi4 ,de l'inquitude4 #chb ,,xii4 ,de la tristesse4 #chg ,,xiii4 ,des consolations spirituelles et sensibles1 et comment il faut s'en servir4 #cia ,chap4 ,,xiv4 ,des scheresses et des strilits spirituelles4 ,pag4 #djb ,,xv4 ,confirmation et claircissement de ce qui a t dit par un exemple remarquable4 #daa ,,cinqui,,me ,,partie1 ,contenant des exercices et des avis propres renouveler l'ame1 et la confirmer dans la dvotion4 ,chap4 ,i4 ,qu'il faut chaque anne renouveler ses bons propos par les exercices suivans4 #dah ,,ii4 ,considration sur la grce que ,dieu nous a faite en nous appelant son service1 conformment la protestation indique en la premire partie4 #dbj ,,iii4 ,de l'examen de notre ame sur son avancement en la vie dvote4 #dbd ,,iv4 ,examen de l'tat de notre ame envers ,dieu4 #dbg ,v4 ,examen de l'tat de notre ame envers nous-mmes4 #dcj ,,vi4 ,examen de l'tat de notre ame envers le prochain4 #dcb ,,vii4 ,examen sur les affections de notre ame4 #dcc ,,viii4 ,affections qui doivent suivre l'examen4 #dce ,,ix4 ,des considrations propres renouveler nos bons propos4 #dcf ,x4 ,premire considration sur l'excellence de nos ames4 #dcg ,,xi4 ,seconde considration sur l'excellence des vertus4 #dci ,,xii4 ,troisime considration sur l'exemple des saints4 #ddj ,,xiii4 ,quatrime considration sur l'amour que ,jsus-,christ nous porte4 #ddb ,,xiv4 ,cinquime considration sur l'amour ternel de ,dieu pour nous4 #ddd ,chap4 ,,xv4 ,affections gnrales sur les considrations prcdentes1 et conclusion de l'exercice4 ,p4 #ddf ,,xvi4 ,des sentiments qu'il faut conserver aprs cet exercice4 #ddh ,,xvii4 ,rponses deux objections qui peuvent tre faites sur cette ,introduction4 #ddi ,,xviii4 ,trois derniers et principaux avis pour cette ,introduction4 #ddi ,manire de rciter dvotement le chapelet1 et de bien servir la ,vierge ,marie4 #dee ,oraison de l'glise pour le jour de la fte de saint ,franois de ,sales1 compose par le pape ,alexandre ,,vii4 #deg ,,fin ,,de ,,la ,,table4