,au lecteur4 ,ce livre lectronique reproduit intgralement le texte original1 et l'orthographe d'origine a t conserve4 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,la liste de ces corrections se trouve la fin du texte4 ,cependant la ponctuation1 les erreurs u_/n et les erreurs _/ en latin ont t tacitement corriges certains endroits4 ,les notes ont t renumrotes de a n1 les ,remarques et ,preuves de #a #ig4 ,,collection ,,complete ,,des ,,uvres ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably4 ,,tome ,,premier4 ,,collection ,,complete ,,des ,,uvres ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably4 ,,tome ,,premier1 ,contenant les ,observations sur l'histoire de ,france4 ,a ,,paris1 ,de l'imprimerie de ,ch4 ,,desbriere1 rue et place ,croix1 chausse du ,montblanc1 ci-devant d',antin4 ,l',an ,,iii de la ,rpublique1 7#agid #agie47 ,,avis ,,sur ,,cette ,,dition4 ,voici enfin tous les ouvrages de ,mably1 tels qu'ils sont sortis de sa plume4 ,l'diteur ne s'est pas permis d'y rien ajouter1 ni d'en rien retrancher4 ,il en est un auquel il mettoit la dernire main1 quand la mort vint l'enlever ses amis1 aux lettres1 la philosophie et toutes les socits politiques2 c'est le ,cours et la ,marche des passions dans la socit4 ,le lecteur n'oubliera pas cette circonstance1 en lisant ce trait4 ,les lumires rpandues dans ces ouvrages sur les gouvernemens1 sur les lois1 sur la morale1 en rendent la lecture ncessaire tous ceux qui sont appels l'administration des affaires publiques4 ,pour gouverner les hommes1 et les conduire au bonheur que leur nature comporte1 il faut les connotre1 il faut avoir port le flambeau dans les profondeurs du cur humain2 il faut des talens1 des connoissances et des vertus4 ,mably nous prsente cette heureuse runion2 il a mdit pour nous1 il a crit pour nous2 ses crits sont l'hritage qu'il nous a lgu1 c'est nous le faire valoir4 ,notre flicit a t l'objet de ses longs travaux2 il nous a trac la marche qui y conduit1 c'est nous la suivre2 pour parvenir ce but1 garantissons-nous de l'erreur et du vice qui nous en loigneroient4 ,quand les destines d'une nation sont entre les mains de l'ignorance et de la corruption1 le peuple est en proie tous les maux2 il n'a alors d'autre ressource que d'appeler son secours1 la sagesse du philosophe1 les lumires du lgislateur1 la prudence et la vertu de l'administrateur4 ,les maladies politiques ne sont pas l'ouvrage de la nature ni du peuple1 elles sont celui des lgislateurs et des administrateurs2 leur gurison demande des remdes efficaces2 des palliatifs ne feroient qu'empirer le mal4 ,les ouvrages de ,mably contiennent ces remdes4 ,heureux les peuples1 dont les gouverneurs auront la prudence1 la sagesse et le courage de les employer6 ,les peuples aiment autant la vrit1 que les gouverneurs la craignent2 la cacher1 est une trahison1 la crainte de la dire1 une lchet4 ,les rvolutions qui entranent tant de maux aprs elles1 ne sont que l'effet d'une injuste et odieuse administration4 ,quand les peuples sont gouverns avec justice1 ils sont tranquilles et heureux2 ils aiment le gouvernement1 ils aiment les lois1 ils respectent les magistrats1 ils leur obissent1 et les magistrats obissent aux lois4 ,si les magistrats flattent le peuple1 c'est qu'ils veulent le corrompre et l'asservir4 ,un peuple tromp1 peut tout bouleverser1 et du sein de la libert1 il passe aux horreurs du despotisme4 ,toutes ces tristes vrits se trouvent consignes1 avec une effrayante vidence1 dans les ouvrages de ,mably4 ,que les magistrats en fassent le sujet de leurs srieuses mditations2 le bonheur ou le malheur des peuples sont dans leurs mains1 ils rpondent au temps prsent et la postrit1 de tous les maux qu'ils auroient pu viter4 ,la nature a donn l'homme1 des besoins1 le sentiment du juste et de l'injuste1 le dsir du bonheur2 ces premiers lmens de la socit1 mis en uvre par les lumires et la sagesse1 feront la gloire des magistrats et la flicit publique1 qui est le but de toute bonne politique4 ,je devois la mmoire de ,mably1 je devois l'amiti qu'il avoit pour moi1 et comme un de ses excuteurs testamentaires1 je devois toutes les socits politiques1 la publication de tous ses ouvrages2 en remplissant ce devoir1 j'ai encore vers des larmes sur la perte de ce grand homme4 ,,arnoux4 ,,loge ,,historique ,,de ,l',,abb ,,de ,,mably1 ,discours qui a partag le prix au jugement de l',acadmie des inscriptions et belles lettres1 en #aghg4 ,,par ,l',,abb ,,brizard4 ,non ego1 ,te1 meis ,chartis1 inornatum silebo4 ,,horace1 lib4 ,,iv1 ,ode ,,viii4 ,les anciens croyoient que la politique n'toit que l'art de rendre les peuples heureux1 et qu'un peuple ne peut tre heureux qu'autant qu'il a des murs3 ils n'ont jamais spar la morale de la politique1 et leurs lgislateurs croyoient assez faire pour le bonheur des hommes1 que de les former libres et vertueux4 ,voil ce qui a rendu la ,grce si florissante1 et ,rome matresse du monde4 ,platon1 ,cicron1 tous ceux qui se sont occups des lois et de la flicit publique1 ont tenu le mme langage3 cette doctrine respire dans tous leurs crits2 la ,grce et ,rome ne sont tombes que pour s'en tre cartes3 avec les murs a pri la libert4 ,le dbordement et les ravages des barbares nous avoient fait perdre jusqu' la trace de cette grande vrit4 ,pendant quinze sicles une paisse nuit tendit son voile sur la nature entire2 toutes les lumires furent teintes3 on corrompit les sources de la morale2 on honora du nom de politique l'art d'asservir et de tromper les hommes2 on rduisit en maximes cet art funeste1 et des crivains pervers enseignrent aux ambitieux tre injustes par principe1 et perfides avec mthode4 ,si quelques hommes1 par la force de leur gnie1 s'levrent au-dessus de la corruption gnrale1 ils ne purent rformer leur sicle1 et tous leurs projets prirent avec eux4 ,l'ambition continua de nous garer4 ,la dcouverte d'un nouveau monde1 le commerce1 les arts nous donnrent1 avec de nouvelles richesses1 de plus grands besoins et des vices nouveaux4 ,les peuples1 aprs avoir plac leur gloire dans l'ambition et dans les conqutes1 mirent leur flicit dans l'avarice et dans les jouissances du luxe3 on ne connut plus de frein2 l'or devint le dieu de l',europe2 la vertu ne fut plus qu'un vain nom1 et les murs1 tombes dans l'oubli1 parurent un sujet de mpris et de ridicule4 ,un homme est venu1 qui1 nourri de la lecture des anciens1 retrouva dans leurs crits les traces de ce type cleste1 de ce beau dont nous avions perdu tout sentiment3 il en tudia les lmens1 et l'un des premiers parmi les modernes1 nous dvoila l'alliance intime de la morale et de la politique1 et dmontra que les murs sont la source et la base de la flicit publique3 il rappela tous les hommes et toutes les socits cette ide simple et sublime par sa simplicit mme4 ,toute sa vie1 tous ses crits1 publis dans l'espace de quarante ans1 furent employs dvelopper cette utile et fconde vrit4 ,l'exemple de tous les ges et de tous les peuples vint sous sa plume l'appui de ses maximes3 il y a dans tout ce qu'il a crit une unit1 je ne dirai pas de systme1 mais de doctrine1 dont il ne s'est jamais cart4 ,ses principes toient srs2 il s'y tint opinitrment attach3 on ne le vit jamais ni varier ni flotter au gr des opinions vulgaires4 ,il dit des vrits svres2 il les dit avec force1 avec nergie1 et quelquefois avec une certaine brusquerie1 qui n'est que l'indignation de la vertu qu'irrite l'aspect du vice et de l'injustice2 et dans un sicle essentiellement frivole et corrompu1 il trouva pourtant des amis et des lecteurs4 ,tel fut l'homme sage et vertueux que nous regrettons3 son loge est le premier qui se fasse entendre dans ce ,lyce1 sans que l'crivain y ait pris place pendant sa vie1 et peut-tre on devoit cet honorable exemple aux lettres1 aux murs et la vertu4 ,l'auteur de tant d'crits profonds et lumineux appartenoit naturellement cette acadmie1 et toit digne d'y recevoir le premier1 le prix public de ses travaux et l'hommage de la nation4 ,il s'y toit drob pendant sa vie2 il toit juste du moins qu'aprs sa mort son nom retentt dans ces murs1 au milieu de ceux qui furent les mules de ses travaux et de sa gloire3 recevoir un laurier de leurs mains1 c'est tre couronn par ses pairs4 ,puisqu'on a choisi cette compagnie savante pour juge1 on a voulu sans doute carter de cet loge l'exagration1 les faux ornemens1 et tout cet chafaudage d'loquence qui a un peu dcrdit ce genre d'crire4 ,pour moi1 interprte de la voix publique1 mes paroles seront simples et modestes1 comme celui qui en est le sujet2 l'austre vrit formera toute mon loquence1 comme elle formoit son caractre2 et dans cet examen que je vais faire de sa personne et de ses crits1 je n'oublierai pas que c'est un sage que je loue1 et que c'est devant des sages que je parle4 ,gabriel ,bonnot de ,mably naquit vers le commencement du sicle4#a ,le vu de sa famille le portoit la fortune2 on lui fit prendre des engagemens qui1 pour l'ordinaire1 y mnent4 ,un parent1 cardinal et ministre1 sembloit lui ouvrir et lui tracer sa carrire2 il y fit un premier pas1 et ce fut un sacrifice2 mais bientt1 impatient du joug1 il ddaigna cette brillante servitude2 il ne savoit ni flatter1 ni ramper1 ni flchir2 il se dgagea de tous ces liens importuns1 et reprit sa libert4 ,les lettres lui offroient un asyle1 il se rfugia dans leur sein2 il prfra l'tude1 son cabinet1 ses livres1 une pauvret noble et libre1 toutes les sductions de la fortune1 et aussi tt qu'il eut pris son parti1 on ne le vit jamais jeter un regard en arrire4 ,n'ayant rien prtendre ni rien perdre1 ses sentimens toient lui3 il ne fut point oblig d'enchaner ses ides aux ides des autres1 d'adopter leurs opinions1 et de recevoir1 pour ainsi dire1 ses penses toutes faonnes de leurs mains3 il crut qu'il falloit tre soi4 ,il se spara de la multitude1 et marcha presque seul dans l'troit sentier qu'il s'toit trac4 ,ses principes et son caractre1 ses crits et sa conduite tranchrent toujours avec le got dominant et le ton gnral de son sicle4 ,dans ses principes austres1 il ne regardoit point les lettres comme un simple amusement1 mais comme un instrument donn l'homme pour perfectionner sa raison et contribuer son bonheur4 ,aussi rechercha-t-il moins1 dans la culture des lettres1 ce qu'elles offrent d'agrable et de sduisant1 que ce qu'elles ont de solide et d'utile4 ,il y cherchoit1 non pas seulement des modles de style et de langage1 mais des leons et des exemples de morale et de vertu4 ,en se pntrant des beauts mles des anciens et des grands modles1#b il passoit des mots aux choses1 et1 suivant l'expression de ,montaigne1 de l'corce la moelle1 et se nourrissoit de vrits plus substantielles1 et de ces sentimens sublimes qui chauffent leurs crits4 ,il ne croyoit pas que les rares talens1 l'loquence1 les beaux vers fussent uniquement destins flatter l'oreille par des sons harmonieux1 mais parler au cur1 clairer l'esprit1 faire passer dans l'ame le sentiment du beau1 l'amour du juste et du vrai1 y graver les grandes vrits de la morale et les leons de la vertu4 ,par ce noble emploi des lettres1 il sembloit qu'il voult les venger du reproche qu'on leur a fait d'avoir acclr la dcadence des murs1 et certes1 si tous les crivains en avoient fait un pareil usage1 jamais le philosophe de ,genve n'et pens les fltrir de ce reproche1 et jamais leur histoire ne seroit venue prter des armes son loquence4 ,la plus noble des tudes1 et la plus ncessaire au bonheur1 celle de l'homme1 de sa nature1 de sa destination1 de ses droits et de ses devoirs2 tous les grands objets qui intressent la flicit publique1 la politique1 la morale1 la lgislation1 ont t constamment le sujet de ses mditations1 le but de ses veilles et de ses travaux3 mais il ne se pressa point d'crire4 ,peu jaloux d'une gloire facile et prcoce1 il ne fatiguoit point le public de productions phmres2 il laissa mrir son talent4 ,long-temps renferm dans le silence et la retraite1 o s'alimentent les ames fires et fortes1 il interrogea les sages de tous les sicles1 les lois de tous les peuples1 l'histoire de tous les pays2 il recueillit ses propres ides1 et se repliant sur lui-mme1 il sonda les abmes du cur humain1 tudia la nature et la marche des passions dans chaque individu1 et leur dveloppement dans la socit3 de ces mditations combines1 il a tir un petit nombre de rsultats1 de principes ternels et constans1 qui lui ont donn les bases de la morale et la clef de toutes les associations politiques2 et de ces principes1 dont il ne s'est jamais cart1 dcoulent toutes ces vrits lumineuses qu'il a jettes dans ses crits4 ,il a vu que la destination de l'homme et son premier besoin est d'tre heureux2 que l'tablissement des socits n'a d'autre but que de remplir ce vu de la nature2 mais il crut que l'homme ne pouvoit tre heureux sans murs1 qu'il ne pouvoit avoir de murs sans un bon gouvernement1 ni un bon gouvernement sans lois justes et impartiales3 il puisa ces principes dans la nature mme des choses2 mais il en chercha la preuve et l'application dans l'histoire1 et sur-tout dans celle des anciens1 dont il fit sa principale tude4 ,mais quand de ces contemplations il descendit aux constitutions modernes1 quand il voulut connotre sur quelles bases les tats de l',europe avoient appuy le bonheur des peuples1 et quelles toient les lois politiques et les intrts des diverses socits qui composent cette grande famille du genre humain1 il ne trouva qu'un chaos4 ,il fut tonn de cet amas de volumes2 et manquant de fil pour se conduire dans ce ddale1 il conut le projet de renverser ce monument gothique1 afin d'difier sur un nouveau plan3 il tira la vrit de dessous ces dcombres1 fouilla dans les archives de toutes les nations1 tudia les grandes transactions passes entre les peuples1 forma un corps rgulier de tous ces membres pars1 et donna son ,droit public de l',europe1 fond sur des traits4a a ,voy4 pour cet ouvrage et les suivans1 la notice des ouvrages de l'abb ,mably1 dans les notes historiques sur cet loge ,n4 ,,iii#c4 ,tant que l'anarchie fodale avoit embrass de ses chanes d'airain tous les tats de l',europe1 il n'y eut entre ces tats de relation que celle que ncessite le vol1 la guerre1 et le brigandage4 ,chaque tat1 concentr en lui-mme1 n'avoit de rapport avec ses voisins que par le mal qu'il en craignoit1 ou qu'il pouvoit lui faire4 ,ils ne connoissoient d'autre droit que les armes1 d'autre loi que la force2 tout leur code toit dans la tte du despote1 et leurs expditions lointaines1 sans but comme sans politique1 n'toient que des incursions de barbares4 ,aux convulsions du rgime fodal succdrent les guerres plus atroces de la religion1 et l',europe fut long-temps un vaste cimetire o se promena le glaive du fanatisme4 ,affoiblis encore plus que lasss1 les tats prirent enfin une assiette plus tranquille4 ,quelques gnies bienfaisans vinrent consoler la terre4 ,henri ,,iv eut le premier des ides de balance et d'quilibre2 il vouloit fixer la paix1 trop long-temps exile de ce triste univers3 mais enlev trop tt au monde1 c'est au rgne de ,richelieu1 ou plutt au trait de ,westphalie1 qu'on posa les fondemens de la politique qui enchane encore aujourd'hui tous les tats de l',europe4 ,toutes les socits partielles de cette grande rpublique se trouvrent lies entr'elles1 et ds-lors tous leurs mouvemens et leurs intrts particuliers se trouvrent subordonns aux intrts et aux mouvemens de la confdration gnrale4 ,c'est ce premier anneau que ,mably attacha cette longue chane de traits dont il a suivi les variations et le dveloppement jusqu' nos jours1 et qui servent de base aux intrts si compliqus de l',europe4 ,chaque nation y put lire ses titres crits1 ses droits discuts1 les conventions qui fondent sa scurit1 et toutes1 la runion des lois politiques qui entretiennent l'harmonie gnrale4 ,dbrouiller ce chaos1 c'toit rendre un vrai service l'humanit2 car il en est des grandes querelles qui dchirent l',europe1 comme des procs qui ruinent les particuliers2 c'est le plus souvent faute de s'entendre qu'on devient ennemis4 ,c'est bien moins le vritable intrt des tats1 que des prtentions mal fondes ou de vains prtextes qui font entreprendre les guerres3 claircir ces prtentions1 ou dtruire ces prtextes1 c'est ter un grand aliment l'injustice et l'ambition des hommes2 c'est apprendre aux tats jusqu'o s'tendent leurs droits et leurs devoirs rciproques2 c'est poser les limites au-del desquelles les prtentions seroient des injustices1 et les entreprises des crimes2 c'est les avertir1 sous peine d'tre odieux1 de ne pas franchir ces limites2 c'est les prmunir contre le dlire des conqutes3 en les rappelant la justice1 la modration1 la foi due des engagemens sacrs1 c'est leur crier d'pargner le sang humain4 ,on dira que les cabinets des rois ne se dcident pas d'aprs les maximes de la froide raison1 de l'exacte probit1 et les crits des philosophes3 sans doute1 il est trop vrai que l'on consulte rarement les leons de la sagesse et les droits de l'humanit2 mais est-ce aux sages flatter les passions des princes et des peuples8 ,au lieu de s'en rendre complices1 ne doivent-ils pas plutt tonner contre ces crimes publics1 jusqu' ce qu'on les entende8 ,s'ils clairoient l',europe sur les dmarches d'un ambitieux1 peut-tre il craindroit de s'attirer la haine et les reproches de l'univers1 peut-tre il s'arrteroit sur le point de commettre une injustice bien manifeste4 ,si l'crivain retenoit ,csar sur les bords du ,rubicon1 s'il faisoit natre des scrupules au fond de son cur1 s'il prvenoit une seule guerre injuste1 ne seroit-ce pas le plus grand bienfait qu'un simple citoyen pt exercer envers sa patrie et envers l'humanit8 ,c'est la consquence et la morale qui rsultent du droit public de l',europe4 ,l'auteur y dmontre la ncessit de garder la foi des traits1 les dangers qu'il y a toujours les enfreindre2 il y prouve que1 pour leur propre sret1 les princes devroient tre justes et religieux observateurs de leurs sermens4 ,il montre1 par l'exemple de tous les sicles et de tous les peuples1 qu'au bout des conqutes il se trouve un abme2 que le vritable intrt des tats est de se conserver1 et jamais de s'agrandir4 ,c'est inspirer cet esprit de modration et de concorde1 qu'il borne tous les secrets de la politique2 et ses principes des ngociations ne sont que la dmonstration de cette vrit1 et pour ainsi dire1 l'art d'entretenir la paix et l'union parmi les hommes4 ,la politique1 il faut l'avouer1 n'a que trop souvent dgnr de cette noble et sainte origine2 trop souvent elle n'a t que la science de tromper les mortels1 le secret d'envelopper dans ses piges la bonne foi1 la candeur et la vertu1 l'art odieux de mettre le crime en pratique lorsqu'il est utile3 telle toit la politique des ,borgia1 des ,ferdinand1 dont ,machiavel avoit trac les funestes leons1 et dont ,philippe ,,ii1 ,mdicis et les ,ultramontains avoient si long-temps effray l',europe4 ,porter toujours un double masque1 se tendre des piges1 chercher s'enlacer mutuellement1 tromper1 embarrasser ses rivaux1 s'envelopper de mystre1 d'astuce et de mensonge2 se jouer et se djouer tour--tour2 opposer sans cesse le mange la ruse1 et la ruse au mange1 c'toit toute la science de ces ngociateurs impies4 ,mably s'indigne avec raison qu'on ait prostitu le nom de politique ce tissu de fourberies1 plus dignes de brigands que d'hommes d'tat2 ce n'est que l'art us des foibles et la ressource des lches4 ,pour lui1 il professe hautement une doctrine diffrente2 il est persuad qu'une conduite noble1 franche et loyale peut applanir plus de difficults dans une ngociation pineuse1 que tous les dtours de la finesse et de la ruse4 ,il trace les qualits que doit avoir un grand ministre de la paix et sur-tout le ministre d'une puissance prpondrante4 ,c'est lui de surveiller l',europe entire3 il doit tre attentif tous les mouvemens1 pour les prvenir1 connotre toutes les passions1 pour les enchaner2 tenir dans ses mains tous les fils de la politique1 sans qu'ils se mlent ou qu'ils se brisent2 tre le lien commun de tous les intrts divers3 mais envain espre-t-il de russir1 s'il n'inspire la confiance1 qui est la premire des ngociatrices4 ,s'il donne de sa modration et de sa franchise une ide gale celle de ses talens et de ses lumires1 alors toutes les voies de conciliation s'applaniront devant lui2 on ne craindra point de piges cachs sous des propositions modres1 ni de trames de la perfidie sous les apparences de la bonne foi2 on le choisira pour juge des diffrends1 les ennemis mme s'en remettront son arbitrage2 il sera le modrateur de l',europe3 son influence se fera sentir1 sans qu'on apperoive ses ressorts1 comme la providence qui gouverne le monde en nous cachant ses moyens4 ,il ne se servira de son ascendant que pour entretenir la paix1 teindre les haines nationales1 rapprocher les peuples rivaux1 faire des traits d'union et de commerce1 appaiser les troubles1 prvenir les ruptures1 loigner le flau de la guerre1 et toutes les nations1 en jouissant des douceurs de la paix1 le nommeront leur bienfaiteur et leur ange tutlaire4 ,voil l'homme habile et vertueux dont ,mably nous a trac l'image4 ,l'auteur ne se contente pas de dconseiller les haines1 la vengeance1 l'ambition1 les conqutes2 il prouve combien elles sont funestes aux tats1 et qu'il n'est pour eux de solide bonheur que dans la modration2 que chercher s'agrandir1 c'est hter sa ruine2 que le vritable moyen de se faire respecter de ses voisins1 est de se rendre invulnrable chez soi1 d'augmenter sa force intrieure1 de travailler se donner un bon gouvernement1 perfectionner ses lois2 d'tablir par-tout l'ordre et l'conomie1 de n'tre point cras de dettes et d'impts1 de se mnager des ressources dans la confiance et dans l'amour des peuples1 de se faire un rempart du patriotisme1 et d'tre plus jaloux d'avoir des citoyens que de commander des esclaves4 ,plt ,dieu que toutes les puissances fussent convaincues de ces vrits1 et que1 lasses de leurs brillantes chimres1 elles connussent enfin le secret de leurs forces et leurs vrais intrts6 ,le droit public de l',europe toit le premier ouvrage de ,mably1 car nous ne comptons pas celui que1 malgr les loges1 il a lui-mme ray du nombre de ses productions4 ,il avoit alors prs de quarante ans2 c'est l'ge auquel ,rousseau donna son premier chef-d'uvre6 ,on sait que ,montesquieu passa vingt annes mditer l'esprit des lois3 ce n'est qu'aux travaux opinitres et aux longues mditations que sont attachs les succs durables4 ,mably se montra le rival des ,grotius et des ,puffendorf1 et vainquit ses rivaux2 son livre fit poque dans la science du droit public2 le grand ,frderic l'honora de son suffrage2 des hommes d'tat l'appelrent le ,manuel des politiques2 ce livre devint classique d'un bout de l',europe l'autre1 et la ,france put ds-lors s'enorgueillir d'un crivain de plus4 ,il avoit ouvert les portes du temple1 il voulut pntrer jusques dans le sanctuaire4 ,pour mieux apprcier les gouvernemens d',europe1 il se transporte chez les anciens2 c'est l qu'il va chercher ses objets de comparaison1 et c'est l'cole d',athnes1 de ,sparte et de ,rome qu'il tudie les causes auxquelles les tats doivent leur grandeur et leur dcadence4 ,dans ses observations sur les ,grecs1 il examine quels ont t le gouvernement1 les murs et la politique de cette patrie des hros et des sages2 comme se sont formes ces rpubliques2 quelles causes elles drent leur gloire1 leur prosprit1 leurs grands hommes1 leurs vertus1 et quelles furent les lois qui firent fleurir dans ces climats les murs et la libert4 ,tant que la ,grce fut libre1 qu'elle fut enflamme de l'amour de la patrie et de l'enthousiasme de la vertu1 tant qu'elle prfra la pauvret au luxe1 et l'galit aux richesses1 il nous la montre heureuse1 florissante1 respecte2 tous ses citoyens sont des hros1 et tout le peuple est citoyen4 ,mais lorsque les richesses de l',orient1 rompant les digues que lui avoient opposes de sages lgislateurs1 se furent dbordes dans la ,grce la suite des armes de ,perses1 et que le luxe asiatique eut germ dans ces mmes plaines de ,marathon et de ,plate qui avoient vu triompher ,miltiade et la libert2 qu'avec l'avarice entrrent l'ambition1 l'orgueil1 le mpris des murs antiques et l'amour des volupts2 aussi tt qu',athnes1 corrompue par ,pricls et les arts1 cessa d'estimer la pauvret vertueuse1 quitta la place publique pour des histrions1 et convertit l'usage des ftes1 et des spectacles le trsor destin l'entretien de la flotte et des armes2 que ,corinthe rendit plus d'honneurs ses bouffons et ses courtisanes1 qu' ses gnraux2 que ,sparte1 blouie par l'or et le faste du grand roi1 commena les priser plus que les sages institutions de ,lycurgue2 alors tout fut perdu4 ,les ,grecs1 irrits par la soif de l'or1 le dlire de l'ambition et des besoins renaissans du luxe1 oublient les lois et la patrie4 ,leurs passions exaltes prennent un autre cours2 au lieu de l'galit1 rgne l'esprit d'oppression et de tyrannie3 tous veulent commander1 quand personne ne veut plus obir2 ils tournent leurs armes les uns contre les autres4 ,corinthe1 fatigue de la libert1 appelle la tyrannie2 la gloire de ,thbes nat et meurt avec ,epaminondas2 ,athnes brave ,sparte1 ,sparte dtruit ,athnes2 vingt tyrans se disputent la patrie de ,lycurgue et celle d',aristide3 ,philippe verse de l'or et la corruption pour gagner les orateurs et les sophistes4 ,les ,grecs avoient triomph des armes des ,perses1 mais ils ne peuvent supporter leurs richesses2 ils avoient brav les dangers et la mort1 ils sont vaincus par le luxe1 les plaisirs et la volupt3 les ames dgrades s'ouvrent toutes les passions1 et les curs tous les crimes4 ,la libert expirante n'a plus d'asyle3 envain les derniers des ,grecs tentent de la ranimer2 envain la ligue ,achenne lui rend un moment de vie3 fatigue de ce dernier effort1 la ,grce retombe et attend dans la mollesse1 la langueur1 les jouissances des arts et de la volupt1 le joug que daignent enfin lui imposer les ,romains4 ,ces vainqueurs du monde s'emparent de la scne4 ,mably suit la fortune de ,rome1 dont les progrs1 sous sa plume1 nous offrent un spectacle non moins instructif et plus imposant encore4 ,il remonte aux causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains2 il venoit aprs ,montesquieu2 il n'eut point la prtention de lutter contre ce grand homme1 et sa seule modestie lui eut fait juger le combat trop ingal2 mais il entroit dans son plan d'examiner la constitution qui avoit rendu ,rome matresse du monde1 et comment elle avoit perdu son empire2 c'en toit une suite ncessaire1 et nous ne parlons nous-mmes de ses observations sur les ,romains1 que pour ne pas rompre la chane de ses ides4 ,il y poursuivoit une vrit unique1 qu'il regardoit comme la clef de toutes les autres et qu'il cherchoit dmontrer par les faits2 c'est que les murs sont le principe de la prosprit des tats2 que toutes les rpubliques1 et ,rome elle-mme1 n'avoient perdu leur libert1 leur gloire et leur bonheur1 qu'en perdant leurs murs4 ,enfin1 ,mably prsente par-tout la vertu comme le feu lmentaire et le principe conservateur des tats bien constitus1 sous quelques formes qu'ils soient modifis2 et c'est en quoi il diffre de l'auteur de l'esprit des lois1 qui croit que la vertu n'est ncessaire que dans les rpubliques4 ,les faits viennent l'appui de ses raisonnemens4 ,quand il n'y eut plus de vertu dans ,rome1 tous les liens se relchrent1 les lois furent foules aux pieds3 les excs du luxe1 une monstrueuse ingalit1 et le fardeau des impts croissant avec la misre publique1 le pouvoir arbitraire1 le despotisme des armes1 teignirent tout sentiment de citoyen2 il n'y eut plus de patrie3 et quand les barbares se sont prsents1 les peuples1 las du joug des tyrans1 leur ouvrirent les portes de l',empire2 ils les reurent comme des librateurs1 et le luxe et les barbares vengrent le monde de l'ambition et de l'avarice de ,rome4 ,ce colosse s'toit croul sous sa propre grandeur4 ,vingt tats s'lvent sur ses dbris1 et donnent naissance aux constitutions modernes4 ,mais si l'on en veut suivre les progrs et les rvolutions1 de quel contraste on est frapp6 ,en parcourant les beaux sicles de la ,grce et de ,rome1 ,mably avoit vu des vertus et des hommes extraordinaires4 ,leurs institutions1 leurs lois1 leur amour de l'galit1 de la patrie1 de la vertu1 le mpris de la mort et des richesses1 tous ces traits d'hrosme1 de dsintressement1 d'amour du bien public1 ces lans de la libert1 qui embellissent chaque page de leur histoire1 levrent son ame1 et le remplirent d'admiration pour les lgislateurs qui savoient former de tels hommes1 et imprimer de tels sentimens dans les curs4 ,le respect religieux qu'il conut ds-lors pour les lois de ,lycurgue et le gouvernement de ,rome dans les beaux jours de la rpublique1 en le rendant plus svre1 laissrent dans son esprit des traces qui ne s'effacrent jamais2 et de ces belles institutions1 il en fit comme le modle commun sur lequel il mesura tous les gouvernemens modernes4 ,mais quand1 au sortir de ces belles contres de la ,grce et de l',italie1 il rentra dans les champs striles et dvasts des peuplades du nord2 quand il vint jeter les yeux sur ces hordes de brigands qui dsolrent la terre1 et qu'il voulut lier les causes de la chte de l',empire ,romain l'tablissement et aux lois des barbares2 enfin1 quand il voulut descendre jusqu' la racine de ce grand arbre de la fodalit1 dont les branches couvrirent l',europe entire1 pendant tant de sicles2 quelle diffrence dans ses rsultats6 que d'obstacles et de dgots pour pntrer dans ce chaos6 ,il y avoit loin1 sans doute1 des lois de ,lycurgue celles des ,wisigoths1 et des institutions de ,solon ou de ,numa1 aux lois ,ripuaires et aux formules de ,marculphe4 ,mably rsolut de marcher entre les ronces et les pines2 mais c'est principalement sa patrie qu'il avoit en vue2 c'est sur elle qu'il ramena ses tudes et ses regards2 il entreprit de tracer le tableau des rvolutions qu'avoit prouves la ,france dans son gouvernement1 depuis les premiers temps de la monarchie1 jusqu' nos jours4 ,ce plan toit beau1 magnifique et neuf encore4 ,nous avions sur l'histoire nationale trente mille volumes1 et pas une histoire4 ,on avoit ramass d'immenses matriaux1 entass des faits et des dates1 racont des siges et des batailles1 laborieusement compil les faits et gestes des rois1 les chartes des glises1 leurs lgendes et leurs miracles3 des chroniques de moines avoient tout appris1 hors ce qu'il est essentiel de savoir2 et de graves historiens1 moins excusables d'ignorer les vrais principes de la socit et des gouvernemens1 n'avoient fait que reproduire et propager ces erreurs4 ,mais remonter aux causes des vnemens1 approfondir les principes constitutifs de la monarchie1 examiner la nature du gouvernement et le caractre de sa lgislation1 fixer l'ide qu'on doit avoir des lois fondamentales1 dbrouiller les intrts de tous les ordres de l'tat1 poser les limites des prtentions des corps1 tirer de dessous les dbris du colosse fodal1 les chartes de la libert et des droits des citoyens1 marquer la naissance et les progrs du pouvoir1 et chaque priode1 dterminer quelle fut l'influence des lois sur les murs1 et des murs sur les lois2 c'est ce qu'on avoit presque totalement nglig1 et cette partie de l'histoire de la nation restoit encore faire4 ,mably tenta cette entreprise1 et au lieu de se traner sur les pas des autres1 d'ajouter de nouvelles erreurs aux anciennes1 d'adopter ou de btir des systmes1 il eut le courage de soumettre le tout un nouvel examen1 d'carter tous ces dcombres1 de s'enfermer dans ces ruines1 d'tudier les monumens mmes et les pices de ce grand procs entre les rois et la nation1 afin de n'offrir que des rsultats certains et lumineux4 ,c'est ainsi que toujours sous le titre modeste d'observations1 il nous donna la meilleure et mme la seule histoire que nous ayons encore du gouvernement de la ,france4 ,il nous est impossible1 dans le court espace qui nous est prescrit1 de suivre le dveloppement de ses ides et l'enchanement de ses preuves2 mais dans cette longue succession d'hommes1 de sicles et d'vnemens1 deux ides neuves et brillantes ont frapp tous les esprits4 ,la premire est le tableau que l'auteur nous trace d'une rpublique des ,francs1 qui1 quoiqu'on en ait dit1 n'est nullement imaginaire4 ,on y voit la libert sortir avec eux des forts de la ,germanie1 et venir arracher les ,gaules l'oppression et au joug des ,romains4 ,clovis n'est que le gnral et le premier magistrat du peuple librateur2 et c'est sur une constitution libre et rpublicaine1 que ,mably place1 pour ainsi dire1 le berceau de la monarchie4 ,cette dcouverte anime d'un intrt1 jusqu'alors inconnu1 ces premiers temps si obscurs et si ddaigns4 ,c'est un jet de lumire qui colore ce vaste horizon1 autrefois perdu dans les tnbres1 et dont la chaleur va fertiliser toutes ces landes de notre ancienne histoire4 ,la seconde est la lgislation de ,charlemagne3 c'est ce grand homme1 qu'il regarde comme un phnomne en politique1 que ,mably s'est arrt avec le plus de complaisance4 ,il offre un modle tous les rois3 il nous montre dans ,charlemagne1 le philosophe1 le patriote1 le lgislateur4 ,il nous fait voir ce monarque abjurant le pouvoir arbitraire1 toujours funeste aux princes3 ,charles reconnot les droits imprescriptibles de l'homme1 qui toient tombs dans l'oubli4 ,convaincu qu'il ne peut faire le bonheur du peuple1 sans le faire intervenir dans la lgislation1 il lui r'ouvre le ,champ de ,mars1 ferm depuis si long-temps1 et le rappelle ces assembles de la nation1 dont les grands et le clerg l'avoient exclu4 ,il savoit1 ce sage politique1 qu'il n'y a que ce moyen de l'affectionner au bien public2 qu'il ne peut y avoir de patrie o il n'y a point de libert2 et il crut qu'il toit plus grand1 plus glorieux d'tre appel chef d'une nation libre1 que de commander un peuple d'esclaves4 ,sa conduite noble1 franche et gnreuse rapprocha les diffrens ordres de l'tat2 il leur fit sentir qu'ils ne pouvoient maintenir leurs droits1 qu'en unissant leurs intrts4 ,chacun d'eux fit des sacrifices au bien commun2 et les ,franais tonns comprirent qu'une classe de citoyens pouvoit tre heureuse1 sans opprimer les autres4 ,pourquoi ne ft-ce qu'un moment brillant dans nos annales8 ,a la mort de ce grand homme tout change2 le gouvernement se dnature1 et prend une forme inconnue toute l'antiquit4 ,il faut voir avec quelle justesse et quelle sagacit1 ,mably trace la naissance et les progrs du rgime fodal1 et quelles causes il assigne sa dcadence4 ,ce n'est point ici une histoire des rois1 des guerres1 des siges et des batailles2 mais c'est le tableau et le dveloppement de la constitution mme de l'tat1 qui influe si puissamment sur le bonheur ou sur le malheur des peuples2 c'est l'histoire du droit public de la nation1 de ses lois1 de ses murs1 de ses assembles1 des progrs du pouvoir et des combats de la libert4 ,a cette lecture1 l'ame d'un ,franais s'lve1 il se compte pour quelque chose2 l'orgueil national y gagne1 l'esprit public se ranime2 on sent une manation de ces grands sentimens de libert1 de patrie et de vertu1 qui rgnent dans ses crits4 ,en effet1 ce qui distingue cette histoire nationale de la foule des autres1 c'est sur-tout l'esprit libre et patriotique qui l'a dirige2 c'est que l'auteur s'est plus attach faire connotre les droits du peuple que les caprices des rois1 clairer les erreurs des divers ordres de l'tat1 qu' pallier leurs fautes2 qu'il n'a point trahi la vrit2 qu'il s'est galement lev contre l'anarchie et contre le despotisme4 ,ses principes ont t adopts par tous ceux qui n'ont point l'ame servile1 les bons citoyens1 tous les ,franais qui aiment encore la patrie2 et il nous semble que cet ouvrage est gnralement regard comme le meilleur qui ait encore paru sur notre constitution1 et celui qui a jet le plus de jour et d'intrt sur nos antiquits4 ,l'auteur s'est arrt au rgne de ,philippe-de-,valois1 et l'on en devine assez les raisons3 mais que ceux qui aiment encore l'tat1 et qui ne craignent pas la vrit1 se consolent2 nous leur apprenons que la suite des observations existeb1 et sans doute1 ils n'en seront pas privs4 ,nous pouvons d'avance les assurer que ,mably n'a point trahi son auguste ministre d'historien de vrit2 qu'il n'a point eu de lches mnagemens pour le vice2 que l'intrt crot mesure qu'il approche davantage de notre poque2 que plusieurs morceaux1 y sont dcrits avec la vigueur et l'nergie de ,tacite3 et le seul regret que nous ayons est de ne pouvoir1 par des citations1 justifier nos loges4 b ,note des diteurs4 ,la suite dont parle ici l'abb ,brizard1 est contenue dans les trois derniers volumes de cette dition4 ,mais il est1 en effet1 des vrits que la prudence force quelquefois1 non point dissimuler1 mais renvoyer d'autres temps4 ,nous ressemblons plus ou moins ces despotes d',asie1 auxquels on ne peut faire parvenir la vrit qu'en l'enveloppant sous l'emblme des fables ou de l'allgorie4 ,c'est le parti que prit ,mably4 ,pour mieux frapper ses contemporains1 pour leur tre impunment utile1 pour donner plus d'autorit ses leons et un plus beau dveloppement ses ides1 il osa prendre l'un des noms les plus rvrs de l'antiquit4 ,s'il emprunta la voix de ,phocion1 s'il fit revivre ce svre et vertueux disciple de ,platon1 c'toit pour imprimer la sanction d'un grand homme aux instructions de morale et de politique qu'il vouloit donner ses concitoyens4 ,il choisit son hros dans ,athnes2 il le plaa immdiatement aprs le grand sicle de ,pricls1 au moment o la rpublique1 sortant du plus haut degr de gloire1 toit encore blouie de l'clat de son administration2 mais o1 dj puise de sa magnificence1 amollie par le luxe et les arts1 corrompue par les sophismes et perdue de murs1 enivre de ses spectacles et de ses courtisanes1 elle marchoit grands pas1 mais gaiement1 vers sa dcadence4 ,c'est en ce moment1 en effet1 que ,phocion1 le ,caton des ,grecs1 ne se laissant imposer ni par un faste menteur1 ni par les dehors de l'lgance1 ni par les arts1 ni par l'apparence de la prosprit1 opposoit presque seul ses leons et son exemple au torrent des murs publiques4 ,il paroissoit dans l'assemble des citoyens2 et bravant les flots irrits et les ris moqueurs de la multitude1 il faisoit entendre sa voix svre sur les maux dont ils toient menacs3 il leur montroit l'austre vrit1 en dvoilant tout ce qu'ils avoient craindre de leurs richesses1 de leurs vices brillans1 de leur amour effrn des spectacles1 du luxe1 de la perte des murs1 de l'oubli de la patrie1 du mpris des lois et des ,dieux1 du brigandage des finances1 de l'loquence vnale de ,dmosthne1 et de la politique de ,philippe4 ,voil celui que ,mably a choisi pour donner des leons aux modernes ,athniens4 ,que ne puis-je1 mon tour1 recueillir toutes les paroles de ce grand homme6 ,phocion s'entretient avec ses amis des maux qui affligent la patrie2 il remonte la cause de ces maux2 il ose en chercher les remdes1 et cet excellent citoyen n'a point encore tout--fait dsespr de la rpublique4 ,il a vu que la ,perse1 l'gypte et la ,grce mme n'ont t libres1 heureuses et florissantes1 que par la sagesse de leurs lois2 mais que bientt les meilleures lois prissent1 si elles ne sont mises sous la sauve-garde des murs4 ,dans tout pays les murs sont le rempart des lois2 il faut donc1 tandis que la politique rgle la forme et la constitution des tats1 que la morale rgle la conduite et les actions des particuliers3 ce sont les vertus domestiques qui prparent les vertus publiques4 ,le lgislateur le plus habile est donc celui qui sait faire germer ces vertueux penchans inns au cur de l'homme2 qui1 connoissant tout le pouvoir des bonnes institutions sur l'esprit et les habitudes des citoyens1 a l'art d'imprimer en leurs ames les sentimens dont il a besoin pour les rendre plus heureux1 en les rendant meilleurs2 enfin1 qui sait le mieux saisir les rapports secrets et l'alliance intime de la morale prive avec la politique1 qui est la morale des tats2 cette alliance est telle1 que si l'un de ces liens vient se relcher1 elles perdent en mme-temps leur force et leur empire4 ,l'oubli des murs entrane l'oubli des lois2 le mpris des lois achve la perte des murs3 il n'est plus de frein1 et la porte est ouverte au luxe1 l'ingalit1 la discorde1 l'avarice1 l'ambition1 tous les vices qui prcipitent la ruine de la rpublique4 ,s'il est prouv qu'un peuple ne peut tre heureux sans murs1 c'est--dire1 s'il ne fait rgner au-dedans l'ordre et la justice entre tous les concitoyens2 si la prudence ne dirige ses dmarches au-dehors2 s'il ne joint au courage la modration et l'amour du travail2 si l'galit ne lui est chre2 si l'amour de la patrie n'est l'ame de toutes les actions des citoyens1 et s'il ne se fortifie chaque jour dans l'exercice de ces vertus par la surveillance d'un magistrat suprme1 je veux dire l'amour et le respect pour les ,dieux2 puis-je douter que toute la politique ne soit fonde sur la morale1 et que la vertu ne soit la base certaine et constante de la prosprit des tats8 ,que doit donc faire un lgislateur habile8 ,pourquoi n'iroit-il pas rveiller dans le cur de l'homme1 ces affections sociales qui y sont empreintes de la main mme de l',auteur de toutes choses8 pourquoi n'en feroit-il pas la base de ses institutions8 pourquoi n'enteroit-il pas ses lois sur les lois ternelles de la nature8 ,elles seroient indestructibles comme elle4 ,tous les vrais plaisirs1 les plaisirs purs de l'homme ne sont-ils pas dans le dveloppement de ces qualits natives1 dans l'exercice des vertus sociales1 dans ce penchant irrsistible qui nous porte chrir1 soulager1 secourir nos semblables8 ,l'ternelle bienfaisance nous a fait une loi des premires et des plus saintes affections de la nature4 ,elle a plac nos plus douces jouissances dans l'accomplissement des devoirs sacrs de pre1 de fils1 d'poux1 d'ami1 de citoyen3 c'est ce prix que cette tendre mre a mis notre bonheur2 et c'est dvelopper ces germes heureux1 diriger nos plus doux penchans1 que doivent tendre les lois de toute socit bien ordonne4 ,les principes de cette politique sont srs et invariables3 il est vrai que cette science est trop simple pour vos sophistes1 car1 elle se rduit rendre facile la pratique des vertus4 ,mais1 s'crie ,phocion1 si tous les sentimens gnreux sont prts s'teindre1 si la corruption a gagn jusqu'au cur de l'tat1 cherchez-y la dernire tincelle de la vertu2 pour l'exciter1 servez-vous de cet amour inn de la gloire1 de toutes les passions nobles1 celle qui meurt la dernire chez un peuple corrompu4 ,commencez par ranimer celle-l1 pour donner de nouveaux ressorts et crer de nouveaux organes la machine entire1 et tchez1 de vertus en vertus1 de remonter jusqu'aux bonnes murs4 ,mais1 ,athniens1 poursuit ,phocion1 est-ce l ce que vous faites8 ,soyez vous-mmes vos propres juges4 ,vous avez oubli les sages institutions de vos anctres2 les gots simples de la nature n'ont plus pour vous de charmes3 vous vous tes abandonns tous les dlires du luxe2 vous avez bris tous les liens qui unissent les citoyens2 la vertu vous importune2 vous avez fait mourir ,socrate1 et forc ,aristide languir dans l'exil3 vous souriez avec ddain ceux qui osent encore prononcer le vieux mot de patrie3 la gloire ne vous enflamme plus2 elle n'est plus qu'un vain nom3 vos rhteurs et vos sophistes vous ont affranchi de tout devoir2 vos las et vos histrions ont fait le reste4 ,l'amour des plaisirs1 la mollesse et le luxe ont fondu vos ames2 le mpris des lois a suivi le mpris des ,dieux3 l'argent est le seul ,dieu de la ,grce4 ,qu'est-il devenu ce temps o une branche de laurier suffisoit l'ambition d'un grand homme8 ,nos pres ont fait de grandes choses avec de petits moyens2 et nous1 qu'avons-nous fait avec tous les trsors de la ,perse8 ,ah6 si l'argent est aussi puissant que le disent les ,athniens1 que n'achetons-nous un ,miltiade1 un ,thmistocle1 des citoyens et des hrosc4 c ,entretiens de ,phocion1 p4 #adh4 ,o ,minerve8 souffriras-tu qu',athnes soit livre aux barbares8 ,quel est le gnie puissant qui pourra nous rgnrer8 ,o ma chre patrie6 combien nous aurions besoin d'un ,lycurgue qui nous ft une sainte violence et nous arracht par force nos vices6d d ,ibid4 p4 #ahc4 ,ainsi parloit ,phocion2 ainsi1 dans ses entretiens1 il dveloppoit ses disciples et ses concitoyens les leons de la sagesse1 les principes de la morale1 et ses rapports secrets avec la politique4 ,son style s'animoit1 quand il parloit de la patrie et de la vertu2 il s'enflammoit d'une sainte indignation quand il gourmandoit les vices4 ,on sait comment les ,athniens reconnurent son zle4 ,ils traitrent ,phocion comme ils avoient trait ,socrate2 tant il toit dangereux de dire la vrit ce peuple aimable et lger6 ,ils s'en repentirent1 mais trop tard4 ,dj tout toit perdu3 ,athnes devint successivement l'esclave de ,lacdmone1 des trente tyrans et de ,rome4 ,phocion avoit fait notre histoire2 le voile toit lger2 on devina ,nicocls4 ,personne ne crut l'ouvrage antique2 mais1 la morale qui y respire1 l'amour du beau1 du juste et de l'honnte1 ce got svre qui y rgne1 on le jugea digne des anciens4 ,il a toute la puret du trait et la simplicit des formes antiques4 ,la raison mme y parloit par la bouche de ,phocion1 et l'on croyoit encore entendre le disciple de ,platon1 qui avoit recueilli les leons de la sagesse1 de la bouche mme de ,socrate4 ,aussitt que l'ouvrage parut1 il fut plac au rang des meilleurs crits du sicle4 ,une rpublique1 clbre par la sagesse de ses loix1 de son propre mouvement1 le proclama comme la production d'un crivain suprieur et d'un excellent citoyen4 ,elle invita ,nicocls laisser tomber le voile3 alors seulement on apprit que c'toit l'auteur du droit public qu'on devoit les entretiens de ,phocion4 ,cet hommage si honorable fut le premier de cette nature1 et il acquit peut-tre encore un nouveau prix quand1 deux ans aprs1 une pareille couronne fut dcerne de la mme manire l'immortel auteur du trait des dlits et des peines4 ,grces vous soient rendues1 vnrables citoyens de ,berne1 d'avoir ainsi acquitt la dette sacre de l'humanit6 ,mably1 ,beccaria1 que vos noms ne soient jamais spars dans ses fastes6 ,ds-lors1 si ,mably l'et voulu1 tous les corps littraires se seroient empresss de l'adopter2 les portes de toutes les acadmies lui eussent t ouvertes2 mais il lui suffisoit qu'on l'en juget digne4 ,ne chrissant rien tant que cette douce obscurit pour sa personne1 et cette prcieuse indpendance si chre au gnie1 redoutant toute espce de chanes1 il se droboit sa renomme1 il s'abandonnoit librement ses vertueux penchans1 loin du bruit1 des querelles1 des partis et des prneurs4 ,il est si doux de pouvoir1 sans intrigue et sur-tout sans protecteurs1 cultiver en paix sa raison1 de s'entourer d'illusions aimables et consolantes1 d'exercer son ame1 de perfectionner son tre1 de se livrer des occupations dlicieuses qui sont le charme de la vie6 ,tandis que tant d'intrigans subalternes poursuivent le bonheur et le cherchent o il n'est pas1 il vient s'asseoir dans le cabinet d'un sage1 d'un savant modeste1 qui n'a d'autre ambition que d'tre utile aux hommes et d'clairer ses semblables3 l'estime publique et la considration personnelle vont l'y chercher2 c'est le noble fruit et la douce rcompense de ses travaux4 ,il peut se dire lui-mme avec un modeste orgueil3 je ne dois rien qu' moi seul3 j'ai pay mon pays ma dette de bon citoyen2 j'ai marqu honorablement la trace de mon passage sur la terre2 j'ai li mon existence des vrits utiles et profitables ma patrie2 j'ai attach mon nom des ouvrages qui ne mourront point2 je n'ai point rougir de l'emploi de mes talens1 et j'ai confi le dpt de ma renomme1 et commis le soin de ma gloire la reconnoissance de mes concitoyens4 ,sparte moderne venoit d'adopter la politique bienfaisante et la morale claire du moderne ,phocion2 une autre rpublique lui rendit un hommage encore plus flatteur4 ,la ,pologne1 fatigue des convulsions de l'anarchie1 s'adressoit ,mably pour lui demander des loix1 comme autrefois les ,athniens1 lasss des orages de la libert1 s'adressrent ,solon pour rgnrer la rpublique4 ,la ,pologne1 prte prir1 avoit encore dans son sein des ames leves et patriotiques1 de grands citoyens qui dsiroient ardemment de remdier aux maux de l'tat4 ,ils s'toient fortifis par les liens d'une confdration1 unique et dernier rempart contre la servitude4 ,ils avoient jur de soutenir la rpublique sur le bord de sa ruine1 et l'excs du malheur leur avoit rendu toute leur nergie4 ,tandis que d'un ct ces braves ,polonois1 le sabre la main1 dfendoient les restes de leur libert1 de l'autre ils sollicitoient les lumires des sages et des politiques1 pour chercher le remde tant de maux1 et donner une nouvelle constitution la rpublique4 ,ils jetrent en mme temps les yeux sur deux hommes clbres1 avec des talens bien diffrens1 mais qui1 sous un point de vue cependant1 avoient un mrite commun1 celui d'avoir le mieux connu et le mieux dvelopp les vrais principes de tout gouvernement2 l'auteur du contrat social1 et celui des entretiens de ,phocion4 ,cette dfrence d'un peuple libre l'gard de deux hommes qui n'avoient que du gnie et de la vertu1 nous transporte dans ces temps o les sages et les philosophes toient choisis pour tre les lgislateurs des nations2 et si une pareille confiance est le plus bel hommage qu'on puisse rendre aux talens unis la vertu1 peut-tre la concurrence avec le citoyen de ,genve dt-elle secrtement flatter l'auteur de ,phocion1 autant que le suffrage de la rpublique4 ,jean-,jacques et ,mably travaillrent chacun de leur ct1 et nous avons leurs ouvrages3 l'amour du bien public a dirig leur plume4 ,il s'agissoit de donner la ,pologne1 non les meilleures lois possibles1 mais les meilleures qu'elle pt supporter4 ,combien ne seroit-il pas utile de comparer les moyens diffrens que ces deux philosophes ont indiqus pour parvenir au mme but2 de suivre la marche que chacun d'eux propose pour arriver la rforme dsire2 de rapprocher leurs principes1 et dvelopper le plan qu'ils ont trac pour bien pondrer tous les pouvoirs de la rpublique6 ,mais le temps et l'espace nous manquent galement pour cette intressante discussion4 ,tous deux attendent beaucoup de l'amour de la patrie1 de cet lan que la vertu peut donner des hommes libres4 ,rousseau y porta cette chaleur de sentiment1 cette force de persuasion1 en un mot1 l'ame et l'loquence qu'il lui toit impossible de ne pas mettre dans ses immortels crits4 ,mably1 plus circonspect1 plus mthodique1 et qui d'ailleurs avoit fait le voyage de ,pologne pour examiner les choses de plus prs1 a peut-tre trac un plan plus rgulier2 mais tous deux1 sans s'tre communiqus1 s'accordent sur les bases fondamentales1 les rapports de la morale et de la politique1 les principes propres rgnrer la ,pologne4 ,tous deux s'lvent avec force contre l'abus intolrable du liberum veto1 le dfaut de discipline1 les dsordres de l'anarchie1 le trop grand pouvoir des magnats4 ,tous deux leur crient d'armer leurs curs contre la corruption des nations voisines1 proscrivent cette politique d'argent qui mine tous les tats modernes1 rejettent les rcompenses pcuniaires2 les troupes mercenaires2 ils veulent que les dfenseurs de l'tat soient des citoyens1 et qu'ils ne cotent rien la rpublique4 ,l'un et l'autre insistent sur la force des loix1 l'empire des murs1 la ncessit d'une ducation nationale qui en resserre les liens et en perptue l'esprit4 ,mais le point essentiel sur lequel leurs voix se runissent avec le plus de force et d'loquence1 c'est lorsqu'ils plaident la cause de l'humanit contre l'oppression1 et qu'ils parlent en faveur du peuple esclave et de la libert4 ,tant que vos paysans et vos malheureux vassaux gmiront dans les fers de la servitude1 point de patrie pour eux1 point de gouvernement pour la ,pologne3 adoucissez peu--peu leur joug2 montrez-leur en perspective le prix qui les attend2 prparez ces ames avilies par la servitude1 supporter le bienfait de la libert1 sans cette prcaution1 ils ne pourroient en soutenir l'clat4 ,n'affranchissez leurs corps qu'aprs avoir affranchi leurs ames1 s'crie ,rousseau4 ,on ne viole point impunment les loix de la nature1 dit ,mably2 la terre veut tre cultive par des mains libres2 la servitude frappe les hommes et les terres de strilit4 ,en un mot1 faites aimer vos loix1 et vous aurez une patrie et des citoyens2 c'est par l'espoir d'un meilleur sort1 c'est par l'amour qu'il faut attacher les hommes la patrie2 et de bonnes loix peuvent seules oprer ce miracle4 ,les points mmes sur lesquels les deux philosophes diffrent1 peuvent infiniment clairer la nation sur ses vrais intrts4 ,leurs raisons respectives mritent bien d'tre peses1 et peuvent jeter un grand jour sur cette discussion1 d'o dpend peut-tre tout le malheur ou le bonheur des ,polonois4 ,si les leons de ces sages n'ont pas produit tous les bons effets qu'on toit en droit d'en attendre1 c'est que des causes trangres ont dispos trop imprieusement des vnemens2 c'est que l'ambition et l'avarice ont rencontr des ames vnales2 c'est que les prjugs de la noblesse polonoise parlent encore trop haut pour laisser entendre la voix de la raison2 enfin c'est que les lumires1 concentres chez quelques grands1 ne sont pas gnralement rpandues1 et que le flambeau de la philosophie n'a pas encore clair ces contres4 ,la ,pologne est1 plusieurs gards1 ce qu'toit l',europe entire il y a dix sicles2 c'est une nation qui est encore crer3 sans doute un moment viendra o les braves ,polonois mettront profit des avis si salutaires1 o ils examineront plus froid les institutions qui leur sont proposes2 ces semences germeront1 dans peu d'annes1 o la rpublique n'existera plus1 o elle se rgnrera d'aprs les leons runies des deux sages4 ,alors1 sans doute1 ils lveront un monument leurs lgislateurs1 et les noms de ,jean-,jacques et de ,mably seront associs par la reconnoissance publique sur les bords de la ,vistule4 ,les princes1 ainsi que les rpubliques1 rclamoient les lumires d'un crivain qui avoit si bien approfondi la science des gouvernemens1 et dmontr l'alliance toujours ncessaire de la morale avec la politique4 ,on voulut former au grand art de rgner un jeune ,bourbon1 et aux leons traces par les ,bossuet et les ,fnlon1 on dsira joindre celles de ,mably1 et il fit pour le prince de ,parme son livre de l'tude de l'histoire4 ,il fut comme le mentor de ce jeune ,tlmaque1 et le conduisait d'tats en tats1 il lui fit observer les murs1 les lois1 les usages de tous les pays1 la forme de toutes les constitutions anciennes et modernes1 en lui faisant sentir les avantages et les inconvniens de chacune4 ,cet ouvrage1 sous un titre peut-tre trop modeste1 est l'un des plus importans qui soient sortis de sa plume1 et par le but que l'auteur s'y propose1 et par la manire dont il l'a trait3 c'est le rsultat de l'exprience de trente sicles2 on pourroit l'intituler morale de l'histoire3 et toutes ces vrits semes longs intervalles dans l'espace immense des temps1 il les a rassembles dans un petit volume1 pour servir d'instruction aux hommes et de modle aux princes4 ,en effet1 si l'histoire1 dont le but constant est de nous rendre meilleurs1 est un cours de morale en action pour tous les hommes1 elle est encore une cole de politique pour tous les princes destins rgner4 ,quand la voix des flatteurs les adule et les trompe1 la voix de l'histoire leur dit sans lches mnagemens1 que leur mmoire sera fltrie s'ils vivent dans la mollesse et l'oisivet1 et qu'ils seront l'excration de la postrit1 s'ils sont les flaux et les tyrans de leurs peuples4 ,elle les avertit que rien n'chappe son il vigilant2 qu'elle immortalise leurs crimes ainsi que leurs vertus1 et que chaque vice du prince est une calamit publique4 ,elle leur rpte chaque page qu'ils sont institus pour faire le bonheur des hommes2 que c'est leur devoir1 qu'ils ne sont que les agens de la socit1 et que les rois sont faits pour les peuples1 et non les peuples pour les rois4 ,en posant d'abord les fondemens de toute socit bien ordonne1 ,mably rduit un petit nombre d'lmens toute la clef de cette science politique dont des charlatans et d'troits gnies ont fait tant d'talage2 puis il fait passer sous les yeux de son lve tous les tats1 les peuples1 les empires1 non pour satisfaire une vaine curiosit1 mais pour servir l'application de ses principes1 pour dmler quelles causes ces tats ont d leur force et leur prosprit1 quels vices ont amen leur dcadence et consomm leur ruine4 ,en mditant sur ces causes et en dcouvrant ces vices1 il trouve par-tout les mmes rsultats3 ce n'est point au hasard que sont arrives ces rvolutions2 tous ont fini par les excs du luxe et de l'ingalit1 le mpris des lois1 l'abus du pouvoir1 l'oppression1 la rvolte3 toujours les mmes causes ont produit les mmes effets1 et les tats se sont plus ou moins rapprochs du bonheur1 mesure qu'ils se sont plus ou moins rapprochs de ce grand principe qui nous crie d'tendre l'empire des lois1 et de restreindre le pouvoir des hommes4 ,aprs avoir soumis cet examen svre1 et pour ainsi dire1 cette pierre de touche1 les gouvernemens actuels de l',europe2 marqu la priode o ils se trouvent de leur splendeur ou de leur dcadence1 et assign le rang qu'ils occupent dans l'chelle des constitutions politiques1 il ramne l'attention de son jeune lve sur ses propres tats1 et l'invite entreprendre une rforme ncessaire4 ,il lui trace les premiers pas dans la carrire2 il le presse par toutes les considrations qui peuvent toucher une ame bien ne et un souverain sensible2 il pique d'mulation un jeune cur qui n'est point encore corrompu par la voix de la flatterie2 il l'excite par l'exemple des grands hommes1 et lui montre la gloire immortelle qui attend un lgislateur1 les hommages et les respects de l'univers1 qui volent au-devant de lui1 et la postrit occupe bnir sa mmoire4 ,un tel livre devroit tre le manuel des souverains4 ,je ne crois pas que la vrit ait jamais pris un plus fier langage1 un ton plus ferme et plus nergique1 sans s'carter de la dcence et des gards qu'on doit au rang et la naissance4 ,s'il a fait retentir les droits de l'homme l'oreille superbe des rois1 ce n'est point l'auteur1 ce sont les vnemens qui viennent instruire et parler4 ,cet ouvrage est peut-tre le premier qu'on devroit mettre entre les mains d'un jeune prince2 c'est dans de tels livres que les hritiers du trne devroient apprendre lire4 ,sans doute il ne sera point oubli dans l'ducation de l'auguste enfant sur qui repose l'espoir d'un grand empire4 ,faisons des vux pour qu'il laisse dans cette ame neuve et tendre de longs et profonds souvenirs2 ce sera le gage du bonheur des gnrations futures4 ,ce livre n'est pas assez connu4 ,nous osons rclamer contre l'indiffrence et la frivolit de la plupart des lecteurs2 tandis qu'ils s'garent dans cette foule de productions sans caractre1 nous osons les rappeller une lecture facile1 propre les instruire des droits et de la dignit de l'homme1 lever leur ame1 nourrir leur esprit de vrits substantielles1 digne enfin d'tre mdite par toutes les classes de citoyens d'une nation claire et sensible1 qui cherche sortir de sa trop longue lthargie4 ,mably avoit dit et prouv que la prosprit des tats est fonde sur les lois1 et les lois sur les murs qui sont la vertu publique2 en l'annonant aux princes1 aux rpubliques1 tous les hommes1 il avoit regrett de ne pouvoir poser lui-mme les bases de ces lois4 ,il crut cette vrit d'une assez grande importance1 et la matire assez belle pour devoir l'approfondir et en faire l'objet d'un trait particulier2 il avoit mme annonc dans les derniers chapitres de l'tude de l'histoire1 que si ses forces le lui permettoient1 il auroit le courage d'entreprendre un tel ouvrage4 ,il recueillit donc toutes ses facults1 rassembla les leons qu'il avoit puises l'cole des ,platon1 des ,xnophon1 des ,ciceron1 et de tous les sages de l'antiquit3 il y joignit ses propres mditations et les vrits parses dans ses prcdens crits2 il sut les enchaner et les prsenter dans cet ordre qui prte une nouvelle lumire la raison1 et de nouvelles forces la vrit2 il en fit un tout o il embrassa la science entire de rendre les hommes bons1 sages et heureux4 ,il s'leva1 pour ainsi dire1 au ton et la dignit de lgislateur1 et donna son livre des principes des loix ou de la lgislation4 ,malgr notre envie d'abrger1 nous ne pouvons nous dispenser d'en prsenter les ides gnrales1 et d'entrer dans quelques dtails3 forcs de nous resserrer1 nous serons encore trop longs2 sans doute nous avons besoin d'un peu d'attention1 et de beaucoup d'indulgence4 ,si1 comme on n'en peut douter1 le bonheur ou le malheur des hommes tient une bonne ou une mauvaise lgislation1 il n'est rien de plus important tudier que les principes qui doivent servir de bases un lgislateur2 c'est1 en d'autres termes1 examiner quels moyens sont donns l'homme pour rendre la socit heureuse et florissante2 c'est la premire des tudes2 c'est la plus ncessaire des connoissances4 ,mais quel spectacle frappe d'abord un observateur qui s'lve au-dessus des ides vulgaires1 quand il considre quelle est la condition de l'homme1 et quels caprices sont livres les lois qui enchanent les socits8 ,quel contraste entre les vues de la nature et l'ouvrage de l'homme6 ,l'homme est n libre1 et il est par-tout dans les ferse4 ,la nature nous avoit fait gaux1 et le genre humain rampe sous les pieds de quelques individus2 elle nous avoit donn tous les mmes droits au bonheur1 et le malheur couvre la surface de la terre2 l'homme est n bon1 et les hommes sont mchans3 d'o vient ce renversement des choses8 ,c'est que toutes les socits se sont plus ou moins loignes des vues de la nature4 e ,jean-,jacques ,rousseau4 ,en effet1 tous les maux de l'homme ne viennent que de sa ngligence se conformer ces vues ternelles3 l'galit dans la fortune1 et celle des conditions1 toit la premire loi peut-tre1 laquelle cette mre commune avoit attach le bonheur des individus et la prosprit des tats1 et nous avons tout fait pour dtruire cette prcieuse galit4 ,les mmes organes1 la mme intelligence1 les mmes penchans1 les mmes besoins dceloient la mme origine1 et il nous a plu d'lever entre les enfans de la mre commune un mur de sparation1 qui nous rend trangers les uns aux autres1 et qui1 d'un peuple de frres1 fait un peuple d'ennemis4 ,nous avions tous1 aux fruits et aux productions spontanes de la terre1 le mme droit qu' l'air que nous respirons1 qu' la lumire qui nous claire2 et voil que nous avons partag la terre2 nous en avons donn la proprit quelques familles privilgies1 et nous avons dshrit le reste du genre humain du patrimoine commun de la nature4 ,nous avons tout donn aux uns et tout t aux autres2 puis nous avons livr ceux-ci sans dfense1 leurs bras1 leur sang1 leurs vies1 leur existence entire la merci des premiers2 et parce que de quelques-uns il nous a plu de faire des ,dieux1 les autres ne sont pas mme des hommes4 ,aprs avoir ainsi perverti les intentions de la nature1 avons-nous droit de nous en plaindre1 et n'est-ce pas la calomnier que de lui reprocher les maux dont nous sommes seuls les auteurs8 ,mais si les lois de la nature sont oublies1 si les droits de l'homme sont fouls aux pieds1 ils n'en sont pas moins imprescriptibles2 et de temps autres quelques philosophes1 stipulant pour l'espce humaine1 ont lev la voix1 et protestant contre la surprise1 l'oppression et la violence1 ont attest la premire des lois1 celle qui est antrieure toutes les autres3 ainsi de nos jours ont fait le sage ,locke1 ,montesquieu1 ,beccaria1 le citoyen de ,genve et l'abb de ,mably4 ,ils ont rclam les droits sacrs de la nature2 et pour me servir d'une expression dj consacre1 le genre humain avoit perdu ses titres1 et ils les ont retrouvs2 ils les ont lus sur le front de l'homme1 et mieux encore au fond de son cur1 o ils toient crits en caractres indlbiles3 on peut les obscurcir1 mais jamais les effacer4 ,tous ces maux sont donc notre ouvrage4 ,ds qu'un homme1 se jugeant d'une nature suprieure1 s'est cru en droit d'assujettir la volont d'un autre la sienne2 ds qu'il s'est arrog une portion exclusive dans les biens communs1 et que la proprit a t tablie1 les passions1 irrites par la jouissance1 n'ont plus connu ni frein ni bornes2 toutes les ides d'galit ont t dtruites4 ,l'ambition et l'avarice ont partag le monde4 ,il y a eu des puissans et des foibles1 des riches et des pauvres1 des grands et des petits2 et les lois1 qui devoient garantir l'homme son galit primitive et son indpendance1 ont appesanti le joug1 consacr l'injustice et lgitim les usurpations4 ,on en est venu au point d'imaginer1 ou plutt on a feint de croire qu'il y avoit des races privilgies destines commander1 et d'autres dshrites par la nature1 qui toient nes pour obir4 ,nous avons suppos cette mre commune les caprices et les prfrences d'une martre3 de l1 nous avons accumul sur la tte des uns les faveurs1 les dignits1 les distinctions1 le pouvoir1 les richesses1 comme leur apanage hrditaire2 et1 par une consquence tout aussi juste1 nous avons jug que la misre1 le dnuement1 le travail1 l'opprobre et le mpris toient le partage ncessaire des autres4 ,d'un ct1 le temps1 la force et la ruse2 de l'autre1 l'ignorance1 l'habitude et les prjugs ont tellement obscurci la raison primitive et les lumires naturelles1 que les uns se sont crus de bonne foi ns avec les chanes de la servitude1 et les autres avec un sceptre ou une verge de fer2 et ces ides ternelles d'galit et de libert se sont tellement teintes dans ces races dgrades1 qu'elles ont perdu jusqu' la trace de leur noble et cleste origine4 ,l'galit a t traite de chimre et de paradoxe1 et a fini par devenir un problme qu'on donnoit rsoudre aux savans et aux acadmies4 ,plus ces lois partiales ont favoris certaines familles au dtriment des autres1 et plus d'abus ont infect les socits2 moins elles ont connu l'innocence et le bonheur4 ,d'un ct ont germ l'orgueil1 l'ambition1 l'avarice1 la duret1 le mpris de l'homme1 et tous les attentats de la violence et de l'oppression2 et de l'autre1 tous les vices des esclaves1 la corruption1 l'opprobre1 l'oubli de la vertu1 et tous ces crimes bas qu'enfantent l'extrme misre1 l'avilissement1 et la ncessit qui n'a point de loi4 ,de l cette lutte perptuelle1 cette guerre sourde entre toutes les classes de la socit1 cette conspiration du luxe contre la misre1 du fort contre le foible1 des grands contre les petits1 de celui qui a tout contre celui qui n'a rien2 l'oppression du puissant qu'il appelle justice1 les rclamations des foibles qu'on appelle rvoltes2 enfin la haine1 les dissensions1 la guerre ouverte1 les combats qui ensanglantent la terre1 et font de ce triste globe un champ de meurtres et de carnage4 ,nous n'avons que trop expi le crime d'avoir mpris la voix et perverti les intentions de la nature4 ,les institutions les plus sages seroient donc celles qui1 prvenant de si funestes abus1 combleroient l'intervalle immense qui spare un homme d'un autre homme1 et qui nous rappelleroient aux loix ternelles de la nature2 mais comme il est impossible de rtrograder1 que jamais la socit ne pourra remonter ces lois primitives1 que l'galit parfaite est maintenant une chimre1 et qu'on ne pourroit pas plus la raliser que l'ge d'or des potes1 ou la rpublique de ,platon2 dans l'tat des choses1 que doit donc faire1 et quel but doit se proposer un habile lgislateur8 ,chercher quelle est la mesure de bonheur auquel l'homme peut aspirer dans une socit bien ordonne1 et quelle condition il nous est permis d'tre heureux4 ,l'homme a consenti de sacrifier une partie de ses droits et de sa libert pour assurer le reste2 il s'est impos des lois2 il a fallu armer des magistrats de la force publique1 pour faire excuter ces lois3 ce n'est donc plus l'galit primitive1 mais l'galit politique1 qui peut rgner entre les citoyens du mme tat3 et la libert civile qui n'est autre que le droit de faire tout ce que les lois permettentf1 ce n'est plus au titre de la nature1 mais en vertu du pacte social1 que nous en devons jouir4 ,si les lois ne sont que l'expression de la volont gnrale2 si l'on a eu la sagesse de leur donner l'autorit qu'ailleurs on a imprudemment confie aux hommes1 si personne n'est au-dessus de ces lois2 si elles rpriment l'ambition des particuliers1 qui dtruiroit cette galit1 et celle des magistrats1 qui dtruiroit la rpublique2 si ceux-ci ne peuvent jamais abuser de leur pouvoir et sont comptables l'tat de leurs actions2 si1 depuis le plus lev jusqu'au dernier des citoyens1 tous ont un droit gal la protection des lois1 et qu'aucun ne puisse tre impunment opprim par l'autre1 quel que soit son rang et sa dignit1 alors rgnera cette galit politique qui assure les biens1 la libert et la vie de chaque individu1 la seule laquelle nous puissions aspirer1 mais dont la perte tendroit dissoudre la socit entire4 ,que seroit-ce1 en effet1 s'il y avoit un pays o un homme irrprochable pt trembler pour sa libert2 et qu' un coupable souill du sang d'un citoyen1 au lieu d'pouvanter les mchans par son supplice1 on vnt prodiguer des rcompenses1 des dignits1 des honneurs et de l'argent8 ,si on pouvoit citer un pareil exemple dans les annales d'un peuple1 seroit-il besoin de demander si1 dans ce pays1 il y a des lois et une patrie8 f ,montesquieu4 ,ces lois doivent tre aussi vigilantes enchaner l'avarice1 qu' mettre un frein l'ambition3 si elles sont tellement diriges1 qu'elles gnent l'accumulation des richesses et la trop grande ingalit des fortunes2 si elles s'attachent rapprocher les degrs extrmes1 diminuer la distance qu'il y a entre le riche et l'indigent1 et tendent diviser les proprits en portions plus gales2 si la rpublique fltrit les fortunes scandaleuses ou trop rapides1 et sait honorer la pauvret vertueuse2 si d'un ct elle proscrit le luxe qui dvore tout1 et de l'autre la mendicit1 cette lpre des tats modernes1 et qu'elle soit plus occupe diminuer les besoins qu' augmenter la recette1 prvenir la dprdation qu' lui fournir de nouveaux alimens2 si les subsides ncessaires portent sur la classe opulente2 si le fruit des sueurs du pauvre1 le plus pur sang des peuples1 ne devient pas la proie des favoris1 des aigles et des vautours2 si les ames ne sont point vnales2 si les citoyens ne croyent pas que l'argent soit le prix de tout1 que tout peut s'acheter1 mme le mrite1 la rputation et la vertu2 si la fortune n'est pas l'unique idole2 si l'tat ne souffre pas qu' toutes les grandes places1 qu' toutes les dignits de la cour1 de la magistrature1 de l'glise et de l'arme1 soient attachs des profits normes qui font dsirer ces places1 non pour l'honneur de servir la patrie1 mais pour les vils gains qui y sont attachs3 alors on peut esprer de voir fleurir avec l'galit politique1 la modration1 l'innocence des murs1 la pit fraternelle1 les antiques vertus4 ,autant l'extrme ingalit dgrade l'ame et l'avilit1 autant l'galit l'agrandit et l'lve2 ce sentiment de la dignit de l'homme l'ennoblit ses propres yeux4 ,il l'imprgnera d'une force et d'une nergie qu'il ne peut dployer sous la verge du despotisme1 le prparera toutes les impressions honntes qu'on voudra lui donner1 et lui rendra facile la pratique de toutes les vertus3 tels sont les premiers lmens du code qu'a trac ,mably4 ,ce n'est donc point dans la vaine distinction des climats1 ce n'est point en consultant le thermomtre1 c'est dans la nature mme des choses et dans le cur de l'homme qu'il va puiser les principes qui doivent servir de base une lgislation sage et claire4 ,dans tout pays1 dans tout climat1 l'homme qui n'est point dgrad chrit sa conservation1 a le dsir et le sentiment du bonheur1 aime sa libert4 ,toutes les lois qui lui assureront ces biens1 qu'il tient des mains de la nature1 lui seront chres et prcieuses4 ,que ces lois soient claires1 prcises1 en petit nombre1 et sur-tout qu'elles soient impartiales2 car il n'y a que celles-l de justes4 ,si le foible y trouve une gide et un refuge1 si le puissant n'y peut drober sa tte2 si sous leur empire1 ma maison1 mon champ1 ma personne1 mon honneur et ma libert sont sacrs1 je chrirai ces lois protectrices qui m'assurent tous les biens que m'avoit promis la nature4 ,mais si ces lois sont vicieuses1 ou leur interprtation arbitraire2 si elles lvent au-dessus de ma tte une classe d'oppresseurs1 et lui livrent toutes les autres classes de la socit3 si elles n'enchanent que le foible et l'infortun1 et prtent de nouvelles armes au plus fort ou au plus mchant2 si ces lois impuissantes m'abandonnent lchement au moment que j'en rclame la protection2 si l'oppresseur1 loin de trouver en elles un frein et un juge1 y cherche un asyle et l'impunit2 et qu'au lieu de la protger1 elles accablent l'innocence3 comment pourrois-je aimer ces lois1 et croire que la patrie qui les a adoptes1 soit la mre commune des citoyens8 ,pour intresser leur conservation1 il faut encore qu'elles soient douces et humaines2 il faut1 si je l'ose dire1 planter la racine des loix dans le cur des citoyens4 ,mais la plupart des lgislateurs n'ont su qu'imprimer la terreur2 ils ont oubli que les lois ne sont pas seulement vengeresses des crimes1 mais conservatrices de l'innocence et de la vertu4 ,ils en ont fait l'instrument de leurs passions1 de leurs vengeances et de leurs caprices4 ,de l ces lois froces1 nes dans des sicles d'ignorance et de barbarie1 qui ont gouvern si longtemps l',europe2 de l les cachots1 les instructions secrtes1 la torture1 l'inquisition civile et religieuse1 les procdures mystrieuses1 ce langage inintelligible qui a fait des lois autant de logogriphes2 les amendes1 les confiscations1 tous restes d'un sicle barbare dans un temps de lumires1 et qui attendent la main d'un lgislateur humain et bienfaisant4 ,il semble que ce soit le bourreau qui ait fait l'ancien code criminel de presque tous les tats de l',europe4 ,si ces lois ne rgnent en effet que par la crainte et la terreur2 si elles ont totalement nglig d'intresser les curs et l'ame des citoyens2 si elles n'ont point cherch dvelopper les affections naturelles et les qualits sociales de l'homme2 si elles n'ont song qu' punir1 et jamais prvenir le crime1 jamais encourager la vertu2 si ces lois ont t l'ouvrage de la force et l'instrument de l'oppression2 si la juste proportion entre les dlits et les peines n'y est point observe2 si elles ne psent que sur le foible1 et que ce soit une prrogative du rang et de la naissance de pouvoir les luder2 si elles se font un jeu d'accabler l'innocence et d'effrayer la vertu2 enfin1 si elles ne veulent rgner que par des chtimens sur des esclaves1 et non par l'amour sur de libres citoyens2 ceux qui en profitent ou qui en abusent1 peuvent fort bien les aimer1 mais jamais ceux qui en sont ou qui peuvent en tre les victimes4 ,ce n'est pas tout encore2 et vos lois fussent-elles aussi sages que celles du sage ,platon1 quel bien produiront-elles1 si le lgislateur n'a l'art de mettre les lois sous la sauvegarde des murs1 comme il a mis les murs sous la sauvegarde des lois8 ,si elles ne sont pas appropries au gnie1 au caractre1 aux besoins de la nation laquelle elles sont destines1 le torrent des murs publiques emportera toutes les digues qu'on voudra lui opposer2 l'difice une fois branl s'croulera de toutes parts4 ,il n'y a pas un peuple corrompu qui n'ait dans ses archives les plus belles lois du monde2 il ne leur manque rien que d'tre excutes4 ,mais comment donner des murs un peuple8 ,en commenant par lui donner une patrie2 et jamais vous ne lui donnerez de patrie1 s'il n'a d'abord une bonne constitution politique3 car ce ne sont ni les murailles d'une cit1 ni le sol d'un pays1 mais un bon gouvernement fond sur des lois justes1 qui font le citoyen et la patrie4 ,dans toutes les villes d',orient il n'est pas un seul citoyen2 et quand1 avant la bataille de ,salamine1 les ,athniens se sauvrent sur la mer1 ils emportoient avec eux leurs lois et leur patrie2 tout ,athnes toit sur leurs vaisseaux4 ,une bonne constitution est donc au corps politique ce qu'elle est au corps physique2 c'est la sant des tats3 elle rsiste toutes les attaques4 ,dans un corps dbile1 nerv1 vous pouvez avoir quelques jours heureux1 quelques jouissances passagres2 mais point de bonheur constant sans une constitution saine et robuste4 ,si au contraire tous les membres du corps politique jouissent d'un entier dveloppement1 se correspondent1 se prtent une force mutuelle1 et participant tous au suc nourricier de la vie1 concourent l'harmonie gnrale1 on peut dire que l'tat jouit d'une sant forte et vigoureuse1 et que les lois qui sont l'ame de ce grand corps1 et lui impriment le mouvement1 sont sagement combines4 ,or1 quand un peuple libre a fait lui-mme ses propres lois1 ou les a consenties par un pacte volontaire1 il s'attache ces loix1 et parce qu'elles font son bonheur1 et parce qu'elles sont son ouvrage2 il s'identifie avec elles2 il ploie insensiblement ses inclinations et ses habitudes sous ce joug salutaire1 et ses murs sont le fruit heureux des lois4 ,si des institutions sociales resserrent encore ses liens et favorisent les plus doux penchans de la nature2 si les premiers biens de l'homme et ses premiers droits1 c'est--dire1 l'galit1 la libert1 sa sret1 lui sont garantis par le contrat social1 sans doute il aimera mieux vivre sous l'empire de ces lois que sous aucun autre2 il ne pourroit que perdre au change2 il sera intress leur conservation2 il trouvera beau et glorieux de mourir pour elles2 rien ne lui sera plus cher que son pays2 il le dfendra jusqu' son dernier soupir2 alors1 il aura vritablement une patrie et des murs4 ,une telle constitution donne de la permanence aux murs1 et les murs la constitution2 mais pour assurer ces fruits heureux1 pour donner plus de force leurs institutions1 il est d'autres ressorts que les sages lgislateurs n'ont point nglig d'employer2 les deux plus puissans sont l'ducation et le culte public4 ,quand au premier de ces mobiles1 quel avantage les anciens n'avoient-ils pas sur nous par leur ducation publique8 ,la patrie s'emparoit de l'enfant au moment de sa naissance1 et ne le quittoit plus qu'elle ne l'et fait homme et citoyen4 ,alors elle le rendoit la rpublique2 elle lui avoit cr un caractre2 elle lui avoit imprim une marque nationale qui le suivoit par-tout2 elle avoit fait germer dans le cur d'un enfant toutes les vertus dont elle avoit besoin1 lorsqu'il seroit homme1 elle les enflammoit tous de ce saint enthousiasme1 de cet amour pour la patrie1 qui lui faisoit de leurs vies un rempart plus fort que les murailles et les bataillons2 elle transmettoit1 des pres aux enfans1 cette riche succession de murs et de vertus2 elle allumoit en ces ames tendres ce feu sacr1 teint depuis si long-temps dans la plupart des tats modernes4 ,l1 au milieu de leurs jeux1 se retraoit l'image de leurs devoirs2 on leur apprenoit la justice1 la temprance1 l'amour du travail et les rgles de la vertu1 comme ailleurs on apprend les rgles de la grammaire et celles de l'loquence4 ,l1 leurs oreilles toient continuellement frappes de la louange des grands hommes1 et leurs yeux1 de l'clat de leurs triomphes4 ,les spectacles1 leurs pomes1 leurs tableaux1 leurs ftes1 leurs jeux1 leurs statues leur retraoient ces saintes et immortelles images2 tout retentissoit de ces noms rvrs4 ,ils recevoient1 pour ainsi dire1 par tous les sens1 l'amour de la patrie1 des lois et de la vertu4 ,les trophes dcerns aux hros tourmentoient les jeunes citoyens2 leur faisoient verser des larmes d'impatience2 leur ducation toit toute en exemples et en action1 tandis que la ntre est toute en prceptes et en vain babil4 ,il ne parot donc pas que les modernes lgislateurs aient senti toute l'influence que peut avoir une ducation uniforme1 qu'un mme esprit dirige au mme but4 ,l'instruction publique1 qui ne doit tre que l'apprentissage des devoirs de citoyen1 est sans doute la meilleure base des murs3 du moins a-t-on su mieux employer un ressort peut-tre plus puissant encore pour attacher les curs et les ames aux lois et la patrie4 ,ce seroit ici le lieu d'examiner1 avec ,mably1 si nos lgislateurs ont connu tout le pouvoir de la religion sur les esprits1 ou s'ils ont abus de ce pouvoir2 jusqu' quel point il faut frapper les yeux et l'imagination de la multitude3 ou s'ils ne se sont point gars sur les moyens2 si1 riches d'une morale sublime et cleste1 ils n'ont point perverti ce don prcieux1 et abandonn les vertus relles et sociales pour des vertus factices et de convention2 quel seroit l'avantage d'un culte national1 sa liaison ncessaire avec les institutions politiques1 et quelle influence il auroit sur les murs8 ,je regrette que la forme et la destination de cet crit ne me permettent pas d'approfondir ces questions intressantes1 et beaucoup d'autres encore1 qui s'offrent en foule sur cette matire4 ,mais je m'arrte444 ,il suffit sans doute1 et mme il est plus sage de laisser parler les faits4 ,l'exprience prouve combien ils sont rares1 ces lgislateurs qui ont su joindre la morale la politique1 combien peu de nations ont connu la force des institutions sociales et publiques4 ,presque toutes ont nglig les premires rgles de la raison2 toutes se sont cartes des lois de la nature2 leurs codes1 pour la plupart1 sont l'ouvrage du hasard1 ou de la superstition4 ,des aveugles ont conduit des aveugles2 les passions1 les caprices1 les prjugs et l'ignorance sont les lgislateurs du mondeg4 g ,de la lgislation1 page #bfb1 de la seconde partie4 ,mais1 quand le mal est au comble1 quand des obstacles presque invincibles s'opposent toute rforme1 comment se rapprocher des vues de la nature8 comment faire entendre la voix de la froide raison une multitude aveugle et passionne8 ,peut-on esprer d'avoir des lois justes et impartiales1 et de pouvoir remonter jusqu'aux bonnes murs8 ,il ne faut pas se le dissimuler2 ce ne sont pas seulement nos vices1 c'est la forme et l'tendue des tats1 qui s'opposent cette rgnration salutaire4 ,comment imprimer le mouvement et la vie ces masses normes1 ces machines si compliques des gouvernemens modernes8 ,qui ne sent le malheur attach aux grands tats1 et l'avantage inestimable des petits o tous les citoyens sont sous l'il des magistrats1 et les magistrats sous l'il de la loi8 ,les grandes rpubliques mmes offrent une grande rsistance la rforme4 ,ou les intrts particuliers y sont suspendus dans une balance gale1 et alors aucun n'a une voix assez prpondrante pour entraner la majorit vers le bien gnral2 ou des citoyens trop puissans matrisant les autres1 la rpublique flotte entre la corruption et la tyrannie1 jusqu' ce qu'un seul1 triomphant de ses rivaux1 s'lve sur la ruine de tous4 ,quant aux tats despotiques1 ils ne laissent point d'esprance2 les ames y sont tellement engourdies1 qu'elles n'ont pas mme le dsir de sortir de cette lthargie1 et ils ne peuvent attendre de changement1 que de grandes et inespres rvolutions4 ,il en rsulte que1 de toutes les formes du gouvernement1 la monarchie tempre est peut-tre encore celle qui offre un succs plus certain au lgislateur qui voudroit rgnrer sa nation4 ,un grand homme peut natre sur le trne d'une monarchie modreh2 et alors quel avantage le pouvoir lgitime dont il est revtu1 ne lui donne-t-il pas pour tenter la rforme1 aplanir les obstacles1 et marcher grand pas vers la flicit publique8 ,s'il a su inspirer une grande ide de ses talens et une entire confiance dans sa justice1 il n'a qu' vouloir1 et les curs voleront au-devant de lui4 ,mais pour descendre jusqu' la racine des abus1 il usera d'une extrme prcaution2 il saura prparer l'avance l'opinion publique1 rpandre propos les lumires1 manier les passions1 attaquer les prjugs2 il consultera l'esprit de son sicle1 le caractre de son peuple1 le besoin et le vu gnral4 ,toujours une nation vive1 claire et sensible devance les vues du lgislateur1 lui annonce le vu de tous1 et lui trace la marche qu'il doit suivre4 ,qu'il coute cette voix1 et toutes les volonts se runiront dans la sienne4 ,il faut encore que ses cooprateurs soient dignes de lui1 qu'on ne puisse jamais souponner dans leurs projets le dessein cach de voiler des abus et d'alimenter l'audace des dprdateurs2 il faut que leurs intentions soient pures2 et sur-tout qu'on puisse croire leur probit4 ,alors1 que le prince agisse de concert avec la nation2 qu'il l'intresse ses vues d'ordre et d'conomie2 qu'il l'associe ses projets de bienfaisance2 qu'il expose ses motifs1 qu'il prenne le ton d'un pre au milieu de ses enfans1 ou d'un ami qui consulte son ami2 qu'une communication intime et une confiance rciproque s'tablissent entre les peuples et le souverain2 qu'on s'apperoive enfin que le roi et la nation ne sont qu'un1 qu'ils n'ont qu'un seul et mme intrt3 alors il embrasera tous les curs du feu sacr du patriotisme1 et avec ce mobile si puissant sur les ames sensibles1 il n'y a point de grandes et belles conceptions en politique qu'il ne puisse raliser4 ,mais il ne laisseroit point sa gloire imparfaite1 il ne se borneroit pas des bienfaits passagers1 un bonheur qui priroit avec lui4 ,les bons rois meurent1 une bonne constitution reste4 ,convaincu que l'autorit n'est jamais mieux affermie que lorsqu'elle a pour base les lois1 et pour rempart le cur des citoyens1 il seroit assez grand pour mettre des bornes au pouvoir arbitraire3 s'il ne se rservoit que le droit illimit d'tre juste et bon1 ce seroit encore un assez bel empire4 ,il n'y auroit pas de monarque plus absolu sur la terre3 par-l il terniseroit sa gloire et la reconnoissance de son peuple2 le bonheur des gnrations futures seroit son ouvrage2 alors il mriteroit en effet le nom de lgislateur et de restaurateur de la patrie4 h ,de la lgislation1 seconde partie1 page #de4 ,c'est ainsi que ,mably1 s'abandonnant aux illusions d'une ame vertueuse1 traoit les lmens d'une lgislation plus impartiale1 plus humaine1 plus conforme aux besoins1 aux droits1 au bonheur et la destination de l'homme1 et cherchoit nous rapprocher des lois ternelles de la nature4 ,aprs avoir fait voir combien l'homme s'est loign de ces vues primitives1 il lui a montr du moins la route qui pouvoit encore l'y ramener2 mais1 il faut l'avouer1 l'auteur a senti combien d'obstacles s'opposent cette heureuse rgnration2 il a prvu que ces vrits seroient traites de chimres2 que cette vieille morale n'toit plus de saison3 il a connu son sicle1 et cependant il a crit2 et1 dt-on appeler aussi son livre les rves d'un homme de bien1 cette considration n'a pu lui arracher la plume2 il n'a pas cru devoir lui sacrifier des vrits qu'il croyoit utiles3 il a moins pens au jugement qu'on porteroit de son ouvrage1 qu'au bien qu'il pourroit produire1 s'il se trouvoit enfin des hommes d'tat capables de le mditer1 et dignes de l'entendre4 ,plusieurs regardent ce livre de ,mably comme le plus profond et le meilleur de ses ouvrages4 ,le public a sembl donner la prfrence aux entretiens de ,phocion2 les connoisseurs balancent3 le premier n'est pas aussi sduisant peut-tre2 les principes et le style en sont encore plus svres2 la lecture n'en est pas galement piquante pour toutes sortes d'esprits2 il ne devoit pas avoir un succs aussi brillant2 mais peut-tre en a-t-il un plus solide encore et plus durable4 ,pour goter ce bel ouvrage1 pour en sentir tout le prix1 il faut dj de l'instruction3 ce n'est point un aliment propre des lecteurs frivoles et lgers2 mais s'il tombe entre des mains dj exerces1 s'il est lu par des esprits suprieurs1 et mdit dans le silence des passions2 si on tient la chane des grandes vrits morales et politiques qui en font la base2 si on veut en embrasser l'ensemble et les dveloppemens1 je ne doute pas qu'on ne lui donne la prfrence4 ,quelle foule d'ides ce livre feroit germer dans la tte d'un prince courageux qu'animeroit le noble dsir d'tre le lgislateur de sa nation6 ,combien de vrits il pourroit y puiser6 ,les principes des lois seroient son guide et son flambeau4 ,chacun de nous doit tre soi-mme son propre lgislateur2 il restoit donc ,mably1 pour embrasser son plan tout entier1 de faire en faveur des individus ce qu'il venoit d'excuter pour la grande socit1 de tracer les principes qui doivent servir de base nos devoirs1 et de mesure nos vertus1 de redresser les mprises des moralistes vulgaires1 comme il avoit redress celles des politiques2 en un mot1 de tracer un code de morale prive1 comme il venoit d'en tracer un de lgislation1 qui est la morale publique4 ,nous ne pouvons que dire un mot de ce nouvel ouvrage4 ,des enthousiastes et des illumins ayant totalement nglig d'approfondir le cur de l'homme et la nature des passions1 avoient perdu la morale1 dnatur les vertus1 confondu l'ordre de nos devoirs1 et sous prtexte d'une perfection chimrique1 au lieu de les resserrer1 avoient bris tous les liens de la socit4 ,mably osa renverser ces rapports mal combins2 et au premier rang se retrouvrent les qualits sociales qui rapprochent1 qui runissent les humains2 il les classa suivant les intentions et le vu de la nature2 il assigna l'ordre et la prminence des vertus1 l'importance et la chane de nos devoirs1 suivant qu'ils sont plus ou moins intimement lis1 plus ou moins ncessaires au maintien et au bonheur de la socit4 ,cette hardiesse1 et quelques passages qui s'loignoient des opinions vulgaires1 ont excit des rclamations3 cependant nous savons que le sacrifice d'une page de ce livre1 d'une ligne mme1 d'une seule expression1 peut-tre auroit dsarm ces censeurs4 ,nous ne serons pas plus svres3 en faveur des esprits timides1 qu'un sentiment hardi1 nonc trop cruement1 pourroit effaroucher1 nous sommes prts dchirer cette page de ,mably2 mais aprs ce sacrifice1 s'il nous est permis de hasarder notre opinion particulire1 nous n'hsiterons pas mettre les principes de morale la tte de ses meilleurs ouvrages1 et peut-tre le premier de tous4 ,c'est du moins le plus rempli de vraies beauts1 de leons de morale et de philosophie les plus sublimes1 des vrits pratiques qui nous sont plus immdiatement utiles1 enfin de maximes analogues notre nature1 nos besoins1 et les plus propres nous conduire au bonheur par le chemin de la raison et de la vertu4 ,c'est regret que nous supprimons cette partie de son loge2 mais la vie de ,mably est si pleine1 et ses ouvrages prsentent des vrits si importantes1 que nous pouvons peine les indiquer4 ,nous n'avons rien dit de ses doutes1 adresss une secte qui nous a un instant menacs de renatre de ses cendres2 nous n'avons pas le temps de parler d'un manuscrit sur les droits et les devoirs du citoyen1 o respirent la libert la plus courageuse et la philosophie la plus claire1 ni d'autres crits qui n'ont point encore vu le jour2 nous ne voulons pas d'ailleurs prvenir le jugement des lecteurs4 ,ce n'est point de nous1 mais du public et de la postrit que de tels crits doivent recevoir leur sanction4 ,nous nous contenterons d'arrter un instant nos regards sur le livre de ,mably1 non le plus clbre1 mais celui qui a fait le plus de bruit1 en raison de ce que l'amour-propre de quelques crivains y toit plus intress3 nous parlons de son trait sur la manire d'crire l'histoire4 ,cet ouvrage est le fruit de ses observations sur un art dont il a fait toute sa vie son tude4 ,il n'est pas tonnant qu'un homme si profond1 nourri des grandes vrits du droit naturel1 des principes de la politique et des leons de la morale1 admirateur passionn des anciens1 n'ait pas t satisfait de la manire dont la plupart des modernes ont crit l'histoire4 ,il les a jugs avec svrit1 disons mme1 quelquefois avec duret2 il n'a pas trait sans doute avec assez d'gards l'homme universel1 le pote-historien1 idole d'une partie de la nation2 mais qu'importe1 aprs tout1 ses jugemens purement littraires8 ,ses prceptes n'en sont pas moins excellens2 toute la partie didactique de son ouvrage est pleine de raison et de sagesse2 ses ennemis mmes y ont trouv des vues neuves et lumineuses2 c'est1 si j'ose le dire1 la potique de l'histoire4 ,mably exige des connoissances prliminaires1 qui sont en effet indispensables ceux qui se destinent ce genre d'crire4 ,si l'historien n'a pas des ides justes de la dignit de l'homme1 du droit naturel1 de l'ordre et de la fin des socits1 des principes constitutifs des tats1 des vraies causes de la prosprit ou de la dcadence des nations2 s'il n'a des rgles sres de morale pour apprcier les hommes et les actions2 il louera ce qu'il faut blmer1 et blmera ce qu'il faut louer2 on le verra errer au hasard2 il s'garera sans cesse3 il se laissera entraner au caprice des hommes et des vnemens2 et1 sans ancre et sans boussole1 au milieu de cet ocan des passions humaines1 cette mer ne sera fameuse que par ses naufrages4 ,quel n'est pas1 au contraire1 l'avantage d'un crivain1 qui avant de prendre la plume1 a long-temps mdit sur son art8 ,lorsqu'il en a sparment tudi toutes les parties1 qu'il l'a considr sous toutes les faces1 qu'il s'est pntr des grands principes1 qu'il s'est fait des bases certaines et invariables1 et qu'il a nourri son esprit et sa pense de toutes les connoissances prliminaires2 alors il s'lance avec confiance dans la carrire3 fidelle au plan qu'il s'est trac1 il dispose son action1 il en tient tous les fils dans sa main1 il les dmle sans peine et sans efforts2 devant lui se droule sans confusion cette longue srie de sicles et de rvolutions4 ,il domine son sujet1 et dirige les vnemens1 au lieu d'tre emport par l'abondance et la complication des matires4 ,de l nat cette dmarche libre et rapide1 que rien n'embarrasse1 ce beau dveloppement1 ce lucidus ordo1 qui est la majest de l'histoire4 ,de cette plnitude de connoissances1 de cet amas de lumires naissent encore ces rflexions courtes et profondes1 ces clairs rapides qui tonnent et font suspendre la lecture4 ,c'est faute d'avoir fait ces tudes et ces mditations prparatoires1 de s'tre nourri des grands principes1 d'avoir des rgles certaines pour apprcier les actions et les hommes1 que la plupart des historiens modernes sont vagues1 arides1 maigres et dcharns2 ils manquent de cette ame1 de ce mouvement1 de cette surabondance de sentimens qui vivifient les crits des anciens2 ils ne sont1 l'exception du petit nombre1 que de froids discoureurs1 quand les autres sont loquens et sensibles4 ,ce que l'auteur a dit de la connoissance du cur humain est galement bien senti et bien dvelopp4 ,l'art d'intresser et de remuer les passions n'est pas moins ncessaire l'historien qu' l'auteur dramatique2 c'est par la peinture du cur humain que les anciens sont sur-tout admirables4 ,si vous ne savez pas faire agir1 penser et parler vos personnages sur la scne de l'histoire comme sur celle du thtre1 je reste froid et tranquille vos rcits inanims4 ,l'histoire est un long drame o tous les acteurs viennent se peindre eux-mmes1 agir et parler4 ,j'assiste leurs conseils2 je suis prsent leurs actions2 je vois au fond de leur cur2 j'espre1 je crains1 je dlibre1 je me passionne avec eux2 je lis dans leurs penses1 je pntre dans les replis les plus cachs de leur ame4 ,je ressens tour--tour l'amiti1 la haine1 la piti1 la terreur1 la vengeance et l'amour4 ,un grand intrt me remue2 mon cur n'est point froid1 il est plein1 et l'ennui n'y peut pntrer4 ,s'il ne suffisoit que d'entasser des faits1 d'accumuler des vnemens et des dates1 de faire un tableau sans proportion1 sans couleur et sans vie1 rien sans doute ne seroit si facile que de russir4 ,mais dans ce grand drame de l'histoire1 de transporter sous nos yeux1 d'animer ces grands personnages qui ont fait le destin des nations1 de conserver la vrit des caractres1 et cette unit d'intrt1 charmes secrets de tous les bons ouvrages et de tous les bons esprits1 de faire de l'histoire une scne instructive pour tous les tats1 une leon perptuelle de morale et de philosophie pour tous les hommes2 l'exprience ne prouve que trop combien cet art exige d'tudes et de talens1 combien il est rare et difficile d'tre un grand peintre des passions4 ,la ,france a ses ,sophocle et ses ,euripide2 elle a ses ,platon1 ses ,pline et ses ,dmosthnes2 nous avons plus qu',aristophane et que ,trence2 mais a-t-elle un ,tacite8 a-t-elle son ,tite-,live8 a-t-elle son ,plutarque8 ,tous les prceptes1 je le sais1 qui tiennent l'art d'crire1 sont insuffisans4 ,dans tous les arts il y a1 pour ainsi dire1 la partie mchanique qu'on peut enseigner1 qu'on est -peu-prs sr d'apprendre avec un peu d'aptitude et beaucoup de patience4 ,mais il est une partie rebelle tous les prceptes1 contre laquelle toutes les leons des matres et l'opinitret des lves viendront chouer4 ,eh6 qui me donnera ce feu cleste1 ce souffle crateur qui inspire les chefs-d'uvres1 le gnie8 voil ce que l'art n'enseignera jamais2 et quand je ne sais quel d',aubignac traoit laborieusement les rgles de la tragdie1 ,corneille avoit dj cr et le ,cid et ,cinna1 et ,polieucte et les ,horaces3 les pomes immortels d',homre ont prcd toutes les rgles du pome pique2 et il en est de mme de tous les genres qui ont besoin des manations du gnie4 ,quand il a expliqu les rgles matrielles de son art1 que doit donc faire un matre1 et que doit-il dire ses lves8 ,consultez votre talent1 lisez les grands modles2 portent-ils le trouble dans votre ame8 leur gloire vous touche-t-elle8 versez-vous des larmes d'admiration leurs rcits8 calculez-vous les annes qui vous restent encore pour la gloire8 portez-vous un cur sensible8 ,si la vertu vous enflamme2 si l'injustice vous soulve2 si ,caton1 dchirant ses entrailles1 vous imprime autant de respect que le crime heureux vous indigne et vous irrite3 alors saisissez vos crayons1 et vous aussi vous tes peintre2 burinez en traits ineffaables l'ame d'un ,tibre1 d'un ,borgia2 dvouez-les l'excration de la postrit la plus recule2 qu'en sortant de dessous vos pinceaux leur image fasse frmir et reculer d'horreur2 qu'elle soit abhorre2 que leur nom devienne une injure2 qu'il serve d'pouvantail aux tyrans4 ,mais si la fortune vous prsente quelques-uns de ces tres qui sont l'ternel honneur de l'humanit1 peignez-les de ces couleurs qui font chrir1 qui font adorer la vertu2 faites-les respirer dans vos peintures2 offrez-les la vnration de l'univers2 dites qu'ils toient hommes2 mais n'affoiblissez pas ces traits de caractre1 de bont1 de justice et de bienfaisance1 qui les rendent adorables2 offrez-moi des modles1 et qu'en peignant ,aristide dans l'exil1 ,socrate buvant la cigu1 ,phocion dans les fers1 ,henri ,,iv assassin1 un grand homme proscrit2 j'envie leur sort1 leurs fers1 leurs souffrances et leur mort2 que leurs saintes images me transportent1 qu'elles lvent mon ame1 et me donnent le courage de professer comme eux la vertu et la vrit aux dpens de mon repos1 de mon bonheur1 et mme de ma vie4 ,en un mot1 que votre histoire ne cesse jamais d'tre une cole de morale en action4 ,quand les lois sont oublies1 quand les murs se corrompent1 l'historien rveille encore dans les curs les ides de justice et de vertu2 il pse dans la balance les actions des hommes et les fautes des peuples2 il fait plir le crime sur le trne2 il fltrit un despote1 malgr ses gardes et ses soldats2 il exerce une sorte de magistrature2 il cite son tribunal les hommes de tous les ges et de tous les pays2 et le jugement qu'il va prononcer sera l'arrt de la postrit et la leon de ses contemporains4 ,si ses concitoyens sont amollis par le luxe et les richesses1 s'ils se prcipitent au-devant du joug1 s'ils courent la corruption1 alors il saisit ses crayons1 il crit l'histoire d'une nation libre et vertueuse2 il trace les murs des ,germains4 ,mais o prendra-t-il ses couleurs8 ,dans la sensibilit de son cur et l'lvation de son ame4 ,respectez par-tout les murs1 faites aimer la vertu1 har le crime1 dtester l'oppression2 vengez les droits de l'homme1 et ne plaisantez point sur les maux de l'humanit2 c'est -peu-prs quoi se rduit la potique de l'histoire4 ,voil ce qu'a dit1 ce qu'a rpt l'abb de ,mably2 et au lieu d'tre frapp de la sagesse de ses leons1 on a ferm les yeux cette foule de beauts1 pour ne voir que quelques ngligences1 et relever quelques jugemens littraires4 ,on ne lui pardonna pas de ne s'tre point affili la secte dominante2 on lui en fit un crime4 ,mably prit le parti que la vertu outrage doit prendre2 il ddaigna les critiques et garda le silence4 ,tandis que l'esprit de secte1 toujours intolrant1 exeroit ses vengeances1 un nouvel hommage venoit le consoler de cette lgre disgrace3 il toit consult par l'un des sages envoys des tats-,unis d',amrique4 ,c'est un grand et beau spectacle de voir la libert planter son tendard dans le nouveau monde1 et y appeler tous ceux qui seroient opprims dans l'ancien4 ,des philosophes ont t les lgislateurs des nouvelles rpubliques1 et les ,brutus de l',amrique en toient aussi les ,solon4 ,il a enfin t permis1 en traant ces lois constitutives1 d'couter la voix de la sagesse et de la raison1 et les droits sacrs de l'homme4 ,elles n'ont point t formes au hasard1 comme presque toutes les constitutions modernes2 et les lumires qui1 depuis un sicle1 ont clair nos erreurs et nos fautes1 n'ont point t perdues pour l',amrique4 ,on a enfin connu les vrais fondemens de la socit1 qui posent sur le libre consentement des peuples4 ,si en effet ces rpubliques ont adopt les principes les plus conformes aux vues de la nature2 si1 en proscrivant les rangs et les distinctions hrditaires1 elles ont pris pour base de leur code l'galit2 si on y montre par-tout un respect religieux pour les droits et la dignit de l'homme2 si la tolrance y a tabli son bienfaisant empire1 grces en soient rendues aux crivains et aux sages qui ont clair l'univers6 ce n'est pas le moindre service qu'aient rendu aux hommes les lettres et la philosophie4 ,mably mloit ses applaudissemens ceux de l',europe2 il admiroit dans les lgislateurs du nouveau monde des vues pleines de sagesse3 il toit pntr de vnration pour ces hommes clbres4 ,il toit sur-tout frapp de cette profonde connoissance des droits de la nature1 qu'ils avoient dveloppe dans leurs lois1 et de l'habilet avec laquelle ils avoient li toutes les parties de la confdration amricaine4 ,mais en leur donnant de justes loges1 il a port ses regards plus loin2 il a propos ses doutes2 il a manifest ses craintes pour l'avenir2 il a tout examin avec la svrit d'un homme que les succs ne peuvent blouir1 dont rien ne peut corrompre le jugement1 ni flchir l'austrit4 ,incapable de trahir la vrit1 et press de la dire1 il l'a dite courageusement et avec la franchise que l'on doit un peuple libre4 ,il applique donc ses principes aux constitutions des tats-,unis2 il pose par-tout les murs pour base aux lois2 c'est sur cette chelle qu'il mesure la dure et la prosprit des empires4 ,or1 il a trouv chez eux des germes de corruption2 il les croit dj trop vieux2 il craint1 pour l',amrique1 les richesses1 le luxe et les vices d',europe4 ,je sais tout ce que l'on peut dire en faveur du luxe et du commerce2 qu'on ne doit pas appliquer de grandes rpubliques1 et dans un sicle d'opulence1 des principes svres qui ne conviennent1 dit-on1 qu' des sicles grossiers1 des murs simples et de petits tats4 ,il est certain que si l'on met la richesse avant la libert1 et l'or avant les murs1 on trouvera sa politique dsesprante1 et ses principes trop austres4 ,mais il n'a point cru devoir s'en carter3 il n'a point deux politiques et deux manires de voir4 ,il a jug les lois constitutives de l',amrique comme il a jug celles de ,sparte1 de ,rome et d',athnes2 sa politique ne varie pas plus que sa morale2 l'une et l'autre sont fondes sur une base ternelle4 ,si l'on vouloit s'abandonner au torrent des opinions1 il toit inutile de le consulter2 et le luxe1 et les richesses1 et le pouvoir de l'or trouveront assez d'apologistes1 sans qu'il soit besoin d'y joindre la voix austre de ,phocion ou d',aristide4 ,au reste1 plt ,dieu qu'il se ft tromp dans ses conjectures6 ,puissions-nous voir long-temps l'galit1 la concorde et la paix rgner avec les murs dans ces heureux climats2 et puisse1 dans tous les temps1 l',amrique offrir un asyle la libert1 lorsqu'elle sera bannie du reste de la terre6 ,a la lecture des observations de ,mably1 le ministre clbre auquel elles sont adressesi s'cria3 ce livre fera un jour la gloire ou la honte des ,amricains4 i ,john ,adams1 successeur de ,francklin4 ,c'est un sujet digne de remarque que le nom d'un simple et modeste citoyen se trouve li tous les tats qui aspirent encore la libert1 ou qui craignent de la perdre4 ,berne avoit adopt ses maximes2 la ,pologne lui avoit demand des lois2 la ,corse avoit rclam ses lumires2 ,genve en avoit reu des conseils capables de la garantir de l'oppression2 et les sages de l',amrique avoient sollicit son suffrage3 tant est puissant l'empire et le charme des talens unis la vertu6 ,mably a pleinement joui de ce double triomphe4 ,nous avons tch de suivre l'histoire de ses penses1 de voir comment elles se sont lies dans son esprit et dans son imagination1 comment il les a dveloppes dans ses ouvrages1 et par quelle chane de principes ses crits ont mrit de devenir le code des tats libres4 ,mais entrans par l'abondance des matires et l'importance des objets1 nous n'avons pas eu le temps de nous arrter sur la forme et le mrite littraire de chacun de ses crits4 ,on n'a pas cru devoir insister sur ce mrite2 on a prfr d'en extraire la substance4 ,en gnral les compositions de ,mably sont srieuses et mmes svres2 son style est austre et grave1 comme les sujets qu'il a traits3 on n'y trouve ni cette recherche d'esprit1 ni cette enluminure1 ni ces dfauts brillans qui caractrisent les productions du jour2 c'est un ,spartiate qui crit dans ,athnes4 ,ses crits n'intressent ni la frivolit1 ni les passions2 ils parlent plus la raison qu'aux sens3 il faut dj valoir quelque chose pour s'y plaire2 il faut avoir l'ame calme et pure pour en goter le charme4 ,ils ne seront recherchs ni par les esprits frivoles1 ni par les courtisans1 ni par les hommes la mode1 ni par cette foule de lecteurs oisifs1 qui ne cherchent qu' se dbarrasser du poids du temps2 mais ils seront lus avec fruit par les bons esprits1 par les patriotes1 par les gens de bien2 ils seront mdits par les sages et par les hommes d'tat1 et peut-tre ils tomberont entre les mains d'un prince pris de la vraie gloire1 qui voudroit tre le restaurateur des murs et le rformateur de ses tats4 ,quels fruits heureux ne peuvent-ils pas produire1 si la semence qu'a jette le philosophe1 tombe enfin dans une terre neuve et fconde6 et quelle gloire pour lui d'avoir ainsi prpar le bonheur des gnrations venir6 ,c'est ainsi que1 pendant quarante ans1 ,mably n'a cess de travailler pour son sicle1 et de semer pour la postrit3 sa vie est pleine1 et sa carrire honorablement remplie4 ,il n'a jamais vari1 on ne l'a jamais vu flottant dans ses opinions3 toujours d'accord avec lui-mme1 rien ne l'a pu faire dpartir de l'austrit de sa morale1 et de la svrit de ses principes2 ils tenoient son caractre#d4 ,ce caractre toit firement prononc1 et l'homme1 chez lui1 n'offroit point de scandaleux contrastes avec l'crivain2 il toit dans sa conduite tel qu'il s'toit montr dans ses crits1 et tout ce qu'il avoit trac de prceptes en morale1 il le mettoit en action4 ,il a fui les honneurs1 la fortune1 les places1 les distinctions1 avec autant de soin que les autres les recherchent3 la modration de l'ame toit son trsor2 il pouvoit l'augmenter1 sans nuire aux droits et aux prtentions de qui que ce ft2 il ne rencontroit personne sur sa route1 et son bonheur ne cotoit rien celui des autres4 ,il n'affectoit point de se montrer sur la scne2 il ne cherchoit nullement se rpandre4 ,solitaire au milieu de ,paris1 son nom toit trs-connu1 et sa personne l'toit trs-peu4 ,il ddaignoit les brigues1 les prneurs1 autant qu'il redoutoit les protecteurs2 il ne pouvoit se plier au mange de l'intrigue2 il n'avoit point la souplesse ncessaire pour se faire des partisans et des proslytes4 ,il repoussoit1 et mme avec humeur1 ce commerce d'loges dont l'amour-propre est si facilement la dupe4 ,nous savons qu'il se mit un jour vritablement en colre contre un homme qui le comparoit ,platon1 et qui1 pour prix de sa complaisance1 attendoit peut-tre que ,platon le compart ,socrate4 ,mettant la libert au rang des biens1 il voulut tre pauvre pour pouvoir tre libre2 c'est ce prix qu'il acheta le droit de dire la vrit4 ,comment1 en effet1 avoir le courage de la professer1 lorsqu'on est dans la dpendance de la fortune1 et que ses chanes nous atteignent de toutes parts1 quand on a tant craindre1 tant d'abus caresser1 de protecteurs mnager1 tant de choses perdre8 ,si ,mably nous parla souvent de murs et de modration1 ce n'est point1 comme ,snque1 en nageant dans l'opulence et les dlices3 il vcut jusqu' soixante ans avec un revenu au dessous du mdiocre1 et il en avoit de reste pour faire du bien4 ,il retraoit la simplicit des murs antiques2 mais1 sous ces dehors simples et modestes1 il avoit une ame grande et fire2 il conserva toujours la dignit d'homme de lettres3 on ne le vit jamais prostituer sa plume1 ni la faveur1 ni l'esprit de parti4 ,il ne s'abaissa point1 pour plaire la multitude1 prendre le got la mode1 le ton du jour1 caresser les opinions dominantes2 il prfra les vrits svres des choses agrables4 ,il ne prit jamais la plume que dans l'espoir d'tre utile4 ,il ddaigna les louanges banales et les lecteurs vulgaires3 il n'crivit que pour les honntes gens1 les ames pures et leves4 ,il osa tre srieux1 grave et solide dans un sicle frivole2 il parla de murs et de vertu dans un sicle corrompu4 ,il toit1 dans sa conversation comme dans ses crits1 simple1 sans apprt1 mais ferme et vrai2 et il poussa quelquefois la franchise jusqu' la rudesse4 ,on lui reprochoit une duret qui n'toit que l'indignation d'une ame vertueuse4 ,il ne manquoit aucune occasion de venger le mrite modeste et la vertu1 des sarcasmes et des mpris1 de l'orgueil et de la sottise4 ,un grand1 parlant un jour devant lui d'un homme d'un mrite trs-distingu1 mais qui avoit le tort de n'tre ni riche ni d'une haute naissance1 dit1 avec ddain3 qu'il l'avoit tir de son grenier4 ,mably ne craignit pas d'lever la voix3 ,monsieur le comte1 dit-il1 ce sont les gens de mrite qui logent dans des greniers1 et les sots4444 habitent dans des htels4 ,il me semble qu'il est aussi une rgle pour mesurer les ames3 nos gots1 notre inclination1 nos caractres nous portent vers les objets qui nous sont analogues1 vers tel homme plutt que vers tel autre1 parce que son ame rpond la ntre2 des loges involontaires1 des expressions chappes nous dclent4 ,l'homme que ,jean-,jacques a le plus lou1 c'est ,fnlon4 ,celui qui obtint tous les hommages de ,mably1 c'est ,caton2 et le gouvernement qu'il loua le plus1 c'est ,lacdmone4 ,aussi comme une femme d'un mrite rare lui applaudissoit sur ce qu'il montroit du caractre3--,du caractre1 ,madame1 on n'en peut avoir dans certains pays1 mais si j'tois n ,sparte1 je sens que j'aurois t quelque chose4 ,c'est ce caractre indomptable1 cet amour pour la libert et l'indpendance1 qui lui faisoient chrir sa mdiocrit4 ,il ne vouloit prendre d'engagement d'aucune espce1 ni avec la fortune1 ni avec les prjugs1 ni avec les corps4 ,il redoutoit toutes sortes de chanes2 il ne fut d'aucune secte1 d'aucun parti1 d'aucune cabale4 ,l'amour-propre des autres n'toit point intress vanter son mrite4 ,non-seulement il ne fit jamais de dmarches pour entrer dans aucun corps littraire1 mais il s'opposa toutes celles que ses amis auroient pu faire pour lui4 ,quand on lui proposoit de l'admettre dans quelque socit particulire1 il rpondoit3 je suis dj d'une grande socit dont j'ai bien de la peine remplir tous les devoirs4 ,en aucun genre il ne vouloit prendre l'engagement de penser en tout point comme son confrre4 ,il ne fut donc d'aucune acadmie4 ,toutes les fois qu'il y avoit des places vacantes1 le public se plaisoit le dsigner4 ,la malignit dit quelquefois de certains crivains3 pourquoi sont-ils de l'acadmie8 ,peut-tre l'orgueil de ,mably toit-il secrtement flatt de ce qu'on demandoit3 pourquoi n'est-il pas de l'acadmie8 ,la rponse est sans doute la mme qu'on a faite l'occasion d'autres hommes de lettres1 galement nomms par la voix publique3 il ne s'est pas prsent4 ,je sais qu'une compagnie clbre se seroit empresse de le recevoir dans son sein1 et que toutes se seroient honores de l'adopter1 s'il avoit fait les premires avances4 ,me seroit-il permis1 ce sujet1 de hasarder une rflexion8 ,si l'on fait un juste reproche aux princes de ne pas aller au-devant du mrite1 ne seroit-on pas en droit1 et avec plus de justice encore1 de faire le mme reproche des corps littraires1 et qui sont essentiellement fonds sur le mrite personnel8 ,pourquoi faire dpendre l'honneur de leur adoption de la ncessit de le solliciter8 ,et pourquoi forcer un savant timide et modeste venir vous dire3 je vaux mieux que tous mes concurrens1 et vous me devez la prfrence8 ,il nous semble qu'il seroit glorieux une compagnie littraire de donner l'honorable exemple d'aller au-devant du savoir modeste et de la vertu qui se cachent4 ,au reste1 c'est une question que je soumets l'acadmie mme1 qui m'honore de son attention4 ,je lui prsente mes doutes3 je me confie l'intgrit de mes juges4 ,jamais les souverains ne se sont montrs plus grands1 que lorsque1 dans les causes douteuses entre eux et leurs sujets1 ils n'ont point hsit prononcer contre leurs propres intrts4 ,quoi qu'il en soit1 pourroit-on blmer ,mably d'avoir conserv son caractre1 ces traits primitifs1 que la nature avoit gravs dans son ame2 de ne s'tre point abandonn cette facilit de murs1 qui prend toutes les formes et toutes les empreintes1 sans en garder aucune8 ,en convenant mme qu'il a peut-tre quelquefois port trop loin cette roideur et cette austrit de murs et de principes1 n'est-elle pas prfrable cette nullit qui n'offre que des masques et des surfaces8 ,n'avons-nous pas assez d'ames dgrades et jetes dans le mme moule8 ,avons-nous peur de manquer d'crivains qui soient aux gages de nos passions8 ,craignons-nous que les maximes d'un sage et l'exemple d'un seul homme ne deviennent contagieux8 ,eh6 s'il a gourmand nos vices1 avons-nous bonne grce de nous en plaindre8 ,certes1 si jamais il fut permis de rapeller les grands et ternels principes de la sagesse et de la morale1 c'est dans un sicle o ils sont si scandaleusement mconnus2 dans un temps o l'intrt personnel1 la soif de l'or1 les dlires du luxe1 l'oubli de toute vertu1 l'effronterie des murs ont perverti toutes notions naturelles2 o le vil gosme a frapp de strilit tous les sentimens honntes1 a dnatur toutes les qualits sociales1 dessch tous les curs1 et su rendre ridicules jusqu'aux noms de vertu et de patrie2 dans un sicle o il a fallu inventer des mots nouveaux pour peindre une perversit nouvelle4 ,a cette vue1 comment en effet se dfendre d'un mouvement d'indignation8 et pourroit-on ne pas pardonner un peu d'humeur un homme nourri de principes svres1 habitu rflchir sur les causes qui amnent la dcadence des tats2 un sage qui1 regardant le luxe1 les richesses1 les arts1 la mollesse1 la perte des murs comme les avant-coureurs de la chute des empires1 auroit voulu nous retenir sur le bord de l'abme dj entr'ouvert sous nos pas8 ,ce vu n'est-il pas le produit d'une probit rigide et d'un grand caractre8 ,si c'est un tort1 c'est celui de ,caton et celui de la vertu4 ,mais cet homme qui s'levoit si courageusement contre les abus corrupteurs1 que les vices publics irritoient1 qui s'indignoit contre les prvarications dont tout un peuple est victime1 et qui cachoit rarement son indignation1 toit indulgent pour les fautes qui n'altrent point l'ordre gnral2 il toit presque indiffrent aux injustices qui n'avoient que lui pour objet4 ,il toit bon1 humain1 gnreux1 compatissant2 mais o il dployoit sa sensibilit1 c'est dans le commerce intime de l'amiti2 il en connut tout le prix3 c'est un plaisir rserv aux ames pures2 elles seules en prouvent toutes les jouissances dlicieuses2 elles seules en savent goter tout le charme4 ,mably1 incapable de se plier aux convenances d'une socit qui laisse le cur vide1 lui qui fuyoit le joug des liaisons sans intimit1 aimoit s'abandonner aux doux panchemens de l'amiti2 il en remplissoit affectueusement tous les devoirs4 ,il aimoit se rfugier dans son sein2 mais il toit d'autant plus svre dans le choix de ses amis3 il connoissoit trop tout ce qu'exige ce titre sacr1 pour en jamais prodiguer le nom et les dmonstrations2 il y cherchoit l'entire confiance1 la libert1 l'accord des ames1 et la douce galit1 sans laquelle il n'y a point de parfaite amiti4 ,il y cherchoit plus encore les qualits du cur que celles de l'esprit4 ,heureux ceux qui lui ont inspir ce sentiment6 ,leur seul titre d'amis d'un homme de bien est aujourd'hui pour eux un loge4 ,aussi1 quand il a t enlev aux lettres1 la vertu1 l'amiti1 ont-ils amrement pleur sa perte4 ,sa gloire leur en est devenue plus chre2 leurs sentimens et leurs regrets l'ont suivi bien au-del du tombeau#e4 ,peut-tre eux seuls toient dignes de nous rvler ces vertus sociales et domestiques1 qui ne se dveloppent que dans l'intimit2 de nous retracer cette probit journalire qui s'tend sur toutes les actions et sur tous les instans de la vie2 ce caractre que rien ne pouvoit branler1 inaccessible la crainte comme aux esprances2 cette ame stoque et pure qui ne gauchit jamais dans le sentier de la vertu4 ,ils nous auroient fait sentir le rapport intime de sa morale avec ses actions1 de ses maximes avec sa conduite1 de ses vertus avec ses crits1 et jusqu' quel point ses ouvrages ont pris la teinte de son caractre4 ,dans leurs peintures vives et fidelles auroient respir tous ses traits3 le langage de l'amiti a je ne sais quoi de touchant et d'affectueux qui entrane et persuade2 on ne peut rsister ses doux accens4 ,sans doute l'loge de leur ami y auroit gagn2 mais cet loge appartenoit tous les gens de bien3 c'est une dette nationale qu'il falloit acquitter1 un tribut public qu'il falloit payer un ami de l'ordre et des murs4 ,o toi1 qui as si bien mrit de la patrie1 philosophe aussi vertueux qu'clair6 s'il est vrai que tu n'as eu d'autre passion que celle d'tre utile1 d'autre motif que le noble orgueil de faire le bien et de nous arracher nos vices2 si tes travaux1 tous les instans de ta vie ont t consacrs l'instruction1 au bonheur et l'utilit de tes semblables2 si tu n'as cess d'opposer1 presque seul1 ton inflexible svrit au torrent des murs publiques1 et de nous rappeler aux antiques vertus1 aux grandes vrits morales et politiques qui font la flicit des hommes et la splendeur des tats2 si tous tes crits respirent les leons de la sagesse1 l'amour des lois1 la haine du despotisme2 si tu n'as cess de plaider courageusement la cause des peuples1 des foibles et des infortuns1 contre les puissans1 les riches et les oppresseurs2 en un mot1 s'il est vrai que tu te sois montr1 dans tous les temps et par-tout1 l'organe de la vrit1 l'aptre des murs1 le dfenseur de la libert1 le vengeur des droits et de la dignit de l'homme2 sans doute tu mritois un hommage public dans ta patrie1 l'estime de l',europe et la reconnoissance de l'humanit entire6 ,heureux celui qui1 charg de ce dpt sacr1 s'acquittera dignement d'un si noble emploi1 et dont l'crit1 interprte fidelle des sentimens particuliers et du vu gnral1 pourra mriter galement le suffrage de ses amis qui le pleurent1 des sages qui l'apprcient1 et de tous les gens de bien qui chrissent sa mmoire6 ,,notes ,,historiques4 ,note ,ire1 pag4 #d de l'loge4 ,naissance et jeunesse de l'abb ,,mably4 #a ,l'abb de ,mably naquit ,grenoble le #ad ,mars #agji1 d'une famille honorable4 ,il avoit pour frre l'abb de ,condillac3 ses neveux1 fils de ,m4 de ,mably1 grand prvt de ,lyon1 ont eu l'honneur d'avoir quelque temps ,jean-,jacques pour instituteur2 c'est pour l'un d'eux que ,rousseau fit le petit crit qui a pour titre3 ,projet pour l'ducation du jeune ,sainte-,marie2 c'est peut-tre ce premier essai que nous avons d l',emile4 ,le jeune ,mably fit ses humanits ,lyon1 chez les ,jsuites1 cole clbre1 d'o sont sortis tant d'illustres disciples1 et dont peut-tre on sent trop aujourd'hui le vide4 ,sa famille toit allie des ,tencin4 ,une dame qui a rendu ce nom clbre runissoit alors chez elle l'lite des gens de lettres2 outre ses dners de beaux esprits1 elle avoit des dners politiques2 ,montesquieu en toit2 ,mably y fut admis4 ,il venoit de donner le parallle des ,romains et des ,franais1 dont on disoit du bien4 ,madame de ,tencin1 entendant le jeune abb parler des affaires publiques1 et raisonner avec beaucoup de sagacit sur les vnemens politiques1 jugea que c'toit l'homme qu'il falloit son frre1 qui commenoit entrer en faveur et dans la carrire du ministre4 ,le cardinal1 occup jusqu'alors des affaires d'glise1 toit fort peu instruit des intrts de l',europe4 ,c'est pour l'instruction particulire de ce ministre1 pour l'endoctriner1 que le jeune abb fit l'abrg des traits depuis la paix de ,westphalie jusqu' nos jours2 ce travail1 perfectionn depuis1 a produit le droit public de l',europe4 ,le cardinal sentoit sa foiblesse dans le conseil3 pour le tirer d'embarras1 l'abb de ,mably lui persuada de demander au roi la permission de donner ses avis par crit3 c'toit ,mably qui prparoit ses rapports et faisoit ses mmoires4 ,il avoit souvent communication des instructions et des dpches des ambassadeurs4 ,ce fut lui qui1 en #agdc1 ngocia secrtement ,paris avec le ministre du roi de ,prusse1 et dressa le trait que ,voltaire alla porter ce prince4 ,frdric1 qui ne l'ignoroit pas1 conut ds-lors une grande estime pour l'abb ,mably3 c'est une singularit bien digne de remarque1 que deux hommes de lettres1 sans caractre public1 fussent chargs de cette ngociation importante1 qui alloit changer la face de l',europe4 ,on dtermina ,louis ,,xv se mettre la tte de ses troupes4 ,le conseil vouloit tablir les armes sur le ,rhin2 c'toit le sentiment de ,noailles et de ,tencin3 ,mably soutint qu'il falloit faire la campagne dans les ,pays-,bas2 il se trouva que le roi de ,prusse demanda la mme chose4 ,mably eut la gloire de s'tre rencontr avec le monarque3 il avoit jug juste4 ,ce fut encore lui qui dressa les mmoires qui devoient servir de base aux ngociations du congrs ouvert ,breda au mois d'avril #agdf3 ces divers travaux dcidrent sa vocation pour la politique4 ,mais peu de temps aprs il se brouilla avec le cardinal1 pour une querelle qu'ils eurent l'occasion d'un mariage protestant que ,tencin vouloit casser4 ,il disoit qu'il vouloit agir en cardinal1 en vque1 en prtre4 ,mably lui soutenoit qu'il devoit agir en homme d'tat4 ,le cardinal ajouta qu'il se dshonoreroit s'il suivoit son avis2 l'abb1 indign1 le quitta brusquement1 et ne le revit plus4 ,pour complaire sa famille1 l'abb de ,mably toit entr de bonne heure dans les ordres2 mais il s'en tint au sous-diaconat1 et on ne put jamais l'engager plus avant4 ,il ne vouloit point se mettre1 par son tat1 en contradiction avec ses principes4 ,en quittant le cardinal1 il sacrifia sa fortune sa libert2 il s'adonna tout entier l'tude1 et vcut dans la retraite4 ,note ,,ii1 page #f de l'loge4 ,son amour pour les anciens4 #b ,mably s'est nourri dans tous les temps de la lecture des anciens3 il savoit presque par cur ,platon1 ,thucidide1 ,xnophon1 ,plutarque1 et les ouvrages philosophiques de ,cicron4 ,il fut toujours leur admirateur passionn2 et vritablement les anciens sont encore et seront toujours nos matres3 ils sont et seront les lgislateurs du got1 de la morale et de la vertu1 tant qu'il y aura des hommes clairs et sensibles sur la terre4 ,l'tude de l'antiquit n'est pas moins indispensable pour les littrateurs que pour les artistes4 ,ils nous ont donn des modles que nous n'avons pas encore surpasss2 ils toient plus prs de la nature3 et c'est sans contredit une des plus belles et des plus utiles institutions des peuples modernes1 que d'avoir tabli dans leur sein une socit d'hommes choisis1 qui fussent1 en quelque sorte1 les dpositaires des beauts et des trsors des anciens1 dont la principale occupation ft de nous conserver et de nous transmettre les lumires qui brillent dans leurs crits1 comme le feu sacr de ,vesta3 ce sont les prtres du temple2 ils veillent sans cesse ce que ce sacr foyer ne s'teigne ou ne s'vapore dans un sicle futile ou chez un peuple frivole4 ,c'est cette cole des anciens1 et sur-tout dans l'histoire et les crits des peuples libres1 que l'on puise avec leur gnie1 des leons de morale1 de grandeur d'ame1 d'amour de la patrie1 des lois et de la libert2 ceux qui ne voient que du grec et du latin dans cette tude1 s'abusent trangement3 tant qu'on pourra puiser cette source pure1 l'ignorance et la servitude ne s'empareront pas tout--fait de l'univers2 il y aura toujours de l'espoir4 ,c'est l que s'est form ,mably2 et il a peut-tre encore plus cherch dans ces saintes manations les traces de leurs vertus que le feu de leur gnie4 ,on lui a reproch d'avoir outr cette admiration pour les anciens2 mais s'il l'a pousse trop loin1 ce dont on peut douter1 s'il est vrai que cet amour de l'antiquit l'ait rendu quelquefois trop svre envers ses contemporains1 il faut avouer aussi que l'engouement du public pour certaines nouveauts1 l'oubli des bons principes1 le torrent qui nous prcipite dans un got et dans les murs dpraves1 dont nous ne pouvons prvoir le terme1 ne justifient que trop peut-tre ses craintes et ses alarmes4 ,note ,i,i,ie4 relative aux pag4 #h et #hj de l'loge4 ,notice des ouvrages de l'abb ,,mably1 par ordre chronologique4 #c ,l'abb de ,mably n'est pas encore assez connu4 ,nous avions d'abord form le projet de donner l'analyse raisonne de tous ses ouvrages3 peut-tre seroit-il agrable et intressant de lire dans une centaine de pages l'extrait de vingt volumes3 ce travail est peu prs fini2 mais il auroit pu parotre prmatur avant le jugement de l'acadmie1 et il ne doit appartenir qu' celui que son suffrage en aura dclar le plus digne4 ,nous nous contenterons de donner ici une notice chronologique de ses ouvrages4 #a4 ,parallle des ,romains et des ,franais4 ,deux volumes in-#ab1 #agdj4 7,page #ae de l'loge47 ,le public accueillit l'ouvrage1 et encouragea le jeune auteur4 ,un critique svre trouvoit ce livre noblement crit1 et1 en plusieurs endroits1 avec beaucoup d'esprit et de gnie4 7,observations sur les crits modernes1 anne #agdj47 ,un autre disoit3 ,je ne sais si ,sparte et ,athnes ont eu quelque citoyen plus clair que l'abb de ,mably sur leurs intrts4 7,mercure d'octobre #agdj1 page #bbaj1 #bbag74 ,l'auteur fut plus svre que le public4 ,il trouva le livre mauvais1 et il le dit3 ,pour moi1 quand je vins revoir mon ouvrage de sang froid1 je trouvai qu'un plan qui m'avoit paru trs-judicieux1 n'toit en aucune faon raisonnable3 nul ordre1 nulle liaison dans les ides1 des objets prsents sous un faux jour3 ce n'toient pas l les seuls dfauts o m'avoit fait tomber la manie du parallle1 c44 7,avertissement des observations sur les ,romains47 ,il est rare de trouver une contradiction de cette nature entre un auteur et ses critiques3 au reste1 cet aveu noble et courageux annonoit ds-lors un ami de la vrit1 un homme droit et austre1 et peut-tre la conscience du talent qui se sent en tat de mieux faire4 ,au lieu de corriger mon parallle incorrigible1 ajoute-t-il1 j'en fis deux ouvrages spars et absolument nouveaux4 ,ce sont les observations sur les ,romains et les observations sur l'histoire de ,france4 ,mably toit tellement honteux du succs de son livre1 qu'un jour1 le trouvant chez ,m4 le comte d',egmont1 il s'en saisit malgr ceux qui toient prsens1 et le mit en pices4 #b4 ,droit public de l',europe1 fond sur les traits1 depuis la paix de ,westphalie1 en #afdh1 jusqu' nos jours4 7,la premire dition est de #agdh1 en deux volumes2 la seconde de #aged1 en #c vol42 la meilleure est celle de ,genve #agfd1 aussi en #c volumes74 7,page #h de l'loge47 ,le droit public de l',europe parut la mme anne que l'esprit des lois4 ,cette science du droit public1 jusqu'alors hrisse de difficults1 parut claire1 mthodique et facile sous la plume de l'auteur4 ,le succs n'en fut pas douteux4 ,ce livre crit pour des hommes d'tat1 et mme pour de simples citoyens1 s'ils savent penserj1 est dans tous les cabinets de l',europe1 depuis la cour de ,ptersbourg jusqu' la rpublique de ,lucques4 ,on l'enseigne publiquement dans les universits d',angleterre4 ,il est traduit dans toutes les langues1 et il plaa l'auteur au rang des premiers publicistes de l',europe4 j ,v4 ,prface du ,droit public4 ,ce n'est pas sans prouver d'obstacles qu'il enrichit la ,france de cet ouvrage ncessaire2 quand ,mably voulut le faire imprimer1 l'homme en place qui il s'adressa1 le reut fort mal1 et lui dit3 ,qui tes-vous1 ,m4 l'abb1 pour crire sur les intrts de l',europe8 tes-vous ministre ou ambassadeur8 ,il auroit pu faire la mme rponse que ,rousseau fit ceux qui demandoient s'il toit prince ou lgislateur1 pour crire sur la politique4--,si j'tois prince ou lgislateur1 je ne perdrois pas mon temps dire ce qu'il faut faire1 je le ferois ou je me tairois4 7,contrat ,social1 pag4 #b47 ,la permission d'imprimer1 lui fut donc durement refuse2 l'abb de ,mably contint son imagination1 et se retira sans rien dire4 ,il fit imprimer son livre chez l'tranger1 mais il fallut toute la protection d'un autre ministre moins timidek1 pour empcher qu'on n'en saisit les exemplaires4 k ,m4 d',argenson4 ,l'esprit des lois1 et quelques autres livres qui honorent la langue et la nation1 ont t arrts par les mmes obstacles1 qu'ils n'prouveroient certainement pas aujourd'hui sous un ministre ami des lettres1 qui loin de les redouter1 semble solliciter les lumires des esprits suprieurs4 #c4 ,observation sur les ,grecs4 ,un volume1 ,genve1 #agdi4 44444 ,rerum cognoscere causas4 ,,virgile4 7,page #af de l'loge47 ,dans une pitre ddicatoire un ami1 et il n'en fit jamais d'autres1 l'auteur donne lui-mme ses motifs4 ,je cherche les causes de la prosprit et de la dcadence de la ,grce4 ,l'histoire1 envisage sous ce point de vue1 devient une cole de philosophie2 on y apprend connotre les hommes2 on y enrichit1 on y tend sa raison1 en mettant profit la sagesse et les erreurs des sicles passs4 ,c'toit faire pour les ,grecs ce qu'un grand homme venoit d'excuter pour les ,romains4 ,aussi dit-on alors de cet ouvrage que c'toit une espce de pendant de ,montesquieu4 7,voyez les #e annes littraires1 tom4 #a1 pag4 #bfh47 ,ce en quoi il s'est le plus loign de son modle1 dont il ne parle d'ailleurs qu'avec les gards que l'on doit mme aux erreurs d'un homme de gnie1 c'est l'occasion du systme des climats1 systme plus brillant que solide1 imagin par ,bodin1 et que l'auteur de l'esprit des lois a revtu de tout l'clat de son imagination vive et fconde4 ,en effet1 tous les climats ont vu tour--tour natre1 tomber et renatre la libert et l'oppression3 le despotisme a successivement promen sa faulx dvorante sur la surface du globe1 et sur le sol brlant de l',asie et dans les marais glacs du ,nord4 ,la constitution politique1 l'ducation et les lois ont fait alternativement germer dans le mme pays ou des hros ou des esclaves1 et il n'est point de lieux que la libert n'ait honors de sa prsence4 #d4 ,observation sur les ,romains4 ,un volume1 ,genve1 #agea4 7,page #ah de l'loge47 ,cet ouvrage sentoit encore plus l'imitation que le prcdent2 ce n'est pas que l'auteur prtendt lutter contre ,montesquieu2 il avoit une intention diffrente1 et malgr les dsavantages de la comparaison1 son livre a obtenu des loges4 ,ce n'toit pas une petite entreprise de dire des choses nouvelles sur un sujet que ,montesquieu venoit de traiter1 ni une gloire mdiocre pour l'auteur1 de se faire lire aprs ce grand homme1 comme ce ne seroit pas un mdiocre loge pour un peintre1 quel qu'il ft1 d'attirer encore les regards prs d'un tableau de ,raphal1 de ,michel-,ange ou de ,david4 #e4 ,principes des ngociations4 ,un volume1 la ,haye1 #ageg4 7,il y en a une seconde dition de #agfg47 44444 ,humanis qu sit fiducia rebus ,admonet4 ,,virgile4 7,page #ab de l'loge47 ,cet ouvrage de ,mably est proprement une introduction son droit public de l',europe2 c'est la connoissance et l'expos des vrais principes par lesquels doivent se conduire les nations l'gard les unes des autres1 pour entretenir entr'elles la concorde et la paix4 ,une chose sur laquelle nous n'avons pas assez insist dans l'loge1 c'est le courage avec lequel l'auteur s'lve contre ces traits1 ouvrage de la mauvaise foi1 o1 par des quivoques et des obscurits affectes1 on se mnage des prtextes de rompre la premire occasion4 ,il dmontre qu'un trait cauteleux est une semence de discorde et de haine2 qu'il peut procurer un succs passager1 mais qu'il rend jamais odieux1 et trane aprs soi des craintes et des inquitudes qui empoisonnent les jouissances de l'ambition2 il fait voir que la fourberie a ses revers1 et la mauvaise foi ses remords4 ,s'exprimer clairement et franchement dans un trait1 c'est souvent prvenir une guerre2 et le temps n'est pas loin que des articles obscurs et louches ont t un flambeau de discorde qui a incendi les deux mondes4 ,il proscrit galement les traits secrets qui ne sont que de misrables palliatifs qu'on met la hte sur les plaies de l'tat1 et qui se changent en poisons3 d'un autre ct1 dicter des conditions injustes ou trop dures1 c'est inviter les enfreindre2 et la seule base sur laquelle une puissance victorieuse puisse asseoir une paix durable1 c'est la bonne foi1 la justice1 et la modration qui dsarme les haines et sait gagner les curs4 ,cette politique n'est pas tout--fait celle que prche ,machiavel1 mais c'est celle qu'a professe ,mably2 et l'exprience dmontre que c'est encore la plus sre et la plus utile4 ,on y voit avec le mme plaisir que c'est encore notre adorable ,henri ,,iv1 qui1 le premier chez les nations modernes1 connut et pratiqua ces vrais principes3 sa manire franche et noble de ngocier1 et ses instructions ses ambassadeurs y sont proposes pour modles1 ainsi que les dpches du cardinal d',ossat1 son fidelle et vertueux ministre4 #f4 ,entretiens de ,phocion4 ,un volume1 ,amsterdam1 44444 ,quid leges sine moribus ,van proficiunt8 ,,horace4 7,page #bf de l'loge47 ,cette production en paroissant1 fut estime l'une des meilleures du sicle2 et quand la socit de ,berne lui dcerna la couronne1 ce n'est point suivant l'usage ordinaire des acadmies1 qui ne proclament que les ouvrages dont elles ont elles-mmes donn le sujet2 ce fut un choix fait sur la foule des livres qui paroissent journellement en ,europe1 et qui se fixa sur celui qu'on regarda comme le plus utile l'humanit entire3 c'toit le premier exemple d'un pareil concours4 ,la mme chose s'est renouvele en #agfe4 ,la rpublique dcerna une semblable couronne l'auteur du trait des dlits et des peines1 comme une marque d'estime due un bon citoyen1 qui ose lever sa voix en faveur de l'humanit contre les prjugs les plus affermis4 ,on ne se rappelle pas que d'autres crits aient depuis partag le mme honneur4 ,nous n'ajouterons qu'une seule remarque sur les entretiens mmes de ,phocion1 donns sous le nom de ,nicocls1 l'un des disciples de ce grand homme4 ,il y est dit3 que l'amour de la patrie doit tre subordonn l'amour de l'humanit4 ,peut-tre cette maxime1 ainsi nonce1 est-elle le seul passage qui dcle l'ouvrage d'un moderne4 ,l'amour de la patrie1 chez les anciens1 touffoit1 ou du moins diminuoit tout autre sentiment4 ,l'auteur l'a senti2 aussi dans les notes prtend-il que ,phocion a puis cette doctrine l'cole de ,platon son matre1 qui la tenoit de ,socrate1 qui1 le premier des philosophes1 appliquant la philosophie l'tude des murs1 se crut citoyen de tous les lieux o il y a des hommes4 7,v4 ,entr4 de ,phocion1 p4 #abb1 #abc1 #abd47 ,il est certain que ce sentiment de bienveillance universelle1 tout sublime qu'il est1 doit affoiblir l'amour de la patrie1 qui1 comme toutes les sortes d'amours1 n'est qu'un sentiment de prfrence4 #g4 ,observations sur l'histoire de ,france4 ,deux volumes1 ,genve1 #agfe4 7,page #bb de l'loge47 ,l'auteur prouva pour ces observations les mmes difficults que pour le droit public4 ,chaque ouvrage utile est une conqute qu'il faut remporter sur les prjugs4 ,des courtisans ne manqurent pas de trouver ce livre dangereux1 comme contenant des vrits trop palpables4 ,c'est l'histoire des rverbres de ,duclos2 et sans la protection d'un ministre qui ne craignoit pas les rverbresl1 cet excellent ouvrage auroit t touff ds sa naissance4 l ,le duc de ,choiseuil4 ,quelques personnes qui en avoient une autre ide1 dsiroient que l'auteur donnt son livre le titre d'histoire de notre ancien gouvernement1 et de ses rvolutions3 sa modestie ne lui a pas permis d'adopter un titre aussi ambitieux1 quoiqu'il avout lui-mme avec candeur qu'il regardoit ces observations1 comme l'histoire jusqu'alors inconnue de notre ancien droit public4 7,prface des observations47 ,en effet1 ses preuves marchent d'un pas gal avec ses raisonnemens2 sa critique est sre1 ses exemples bien choisis1 ses citations prcieuses et dcisives3 galement loign des systmes de ,dubos et des paradoxes de ,boulainviliers1 il les combat tous deux avec avantage2 il cherche et trouve souvent la vrit4 ,les points les plus obscurs sont ceux auxquels il s'attache de prfrence3 il n'lude jamais les difficults2 tout ce qu'il traite1 il l'claircit4 ,aux connoissances du savant1 il joint le mrite plus rare d'un jugement sain1 d'une rudition bien digre1 d'une critique lumineuse4 ,cet ouvrage doit tre le guide de tous ceux qui veulent tudier fond notre histoire4 ,il y a plus2 si jamais la ,france a son ,tite-,live1 et peut enfin s'enorgueillir d'une histoire nationale1 c'est sur-tout dans les crits de ,mably qu'il faudra puiser les principes srs1 les ides justes1 les vues patriotiques1 enfin l'esprit gnral qui doit animer ce bel ouvrage1 encore faire1 le seul peut-tre que les ,franais aient envier aux ,romains4 ,ce qui reste imprimer des observations1 formera trois volumes gaux aux premiers4 ,parmi les nombreux morceaux qui peuvent exciter l'intrt1 nous nous contenterons d'indiquer le chapitre intitul3 des causes par lesquelles le gouvernement a pris en ,angleterre une forme diffrente qu'en ,france2 la peinture des dsordres du rgne de ,charles ,,vi1 et de la sombre politique de ,louis ,,xi1 qui nous ont paru des tableaux dignes du pinceau de ,tacite2 ce que l'crivain dit des tats-gnraux1 des trois ordres1 des prtentions des corps1 de la politique de ,richelieu c4 c41 c4 ,l'auteur s'est arrt au commencement du rgne de ,louis ,,xiv3 il a seulement ajout quelques rflexions gnrales sur la dernire rvolution de la magistrature1 et sur le caractre des ministres qui l'ont opre4 ,l'abb de ,mably affectionnoit singulirement cette suite des observations1 comme y ayant dpos des vrits qui deviendroient un jour utiles ses concitoyens2 et nous en parlant vers les derniers temps de sa vie1 il nous dit3 cet ouvrage est mon testament4 #h4 ,doutes proposs aux conomistes1 sur l'ordre naturel et essentiel des socits4 ,un volume1 #agfh4 7,page #fi de l'loge47 ,on a appel les conomistes1 les convulsionnaires de la politique2 nous sommes bien loigns d'adopter cette dnomination2 d'ailleurs nous ne voulons point insulter aux morts3 nous dirons seulement que1 sous le titre modeste de doutes1 l'abb de ,mably bat en ruine un systme qu'il a cru dangereux autant que ridicule4 ,cette critique n'est que l'ouvrage des circonstances2 mais l'auteur en prend occasion de remonter aux vrais principes et aux fondemens de la socit2 de dvelopper des vrits trs-importantes2 de relever la dignit de l'homme1 avilie par des sophismes1 et de combattre des erreurs dont les consquences pourroient tre dangereuses4 ,sa logique est pressante et ses raisonnemens concluans3 il y mla quelquefois une ironie fine et dlicate1 mais point d'injures1 arme de ceux qui ont tort2 point de sarcasmes ni de personnalits4 ,il usa de mnagemens et d'gards2 il donna mme des loges l'auteur qu'il critiquoit3 c'est ainsi qu'en devroient toujours user les gens de lettres2 ils ne se rendroient pas la fable des sots2 eux1 le public et la vrit y gagneroient4 #i4 ,du gouvernement de ,pologne4 ,un volume crit en #aggj et #agga1 et imprim seulement en #agha4 7,page #cf de l'loge47 ,c'est ,m4 le comte ,wielhorski qui fut charg par les confdrs de ,pologne de consulter en ,france le philosophe de ,genve et l'abb de ,mably4 ,jean-,jacques en fait un bel loge2 et c'est lui que ,mably adressa son ouvrage3 on n'en fit tirer qu'un trs-petit nombre d'exemplaires1 que l'auteur donnoit ses amis et ceux qu'il honoroit d'une confiance particulire4 ,en #aggj l'abb de ,mably avoit fait avec cet excellent patriote un voyage en ,pologne1 pour mieux tudier la nation sur laquelle il avoit travailler3 il y demeura plus d'un an avec lui4 ,son ouvrage pour cette rpublique1 et son sjour dans le pays1 y ont laiss un tendre souvenir d'estime et de reconnoissance4 ,nous avons vu une lettre du prince ,potocki1 o tous ces sentimens sont exprims d'une manire bien honorable pour l'abb de ,mably4 ,nous citerons une partie de cette lettre1 date de ,warsovie le #b septembre #aggg4 ,monsieur1 vous jouissez du privilge des hommes clbres3 connu dans les pays les plus loigns1 vous ignorez ceux qui vous lisent et que vous clairez4 ,on a toujours cherch1 consult et quelquefois ennuy les philosophes3 souffrez1 ce titre1 les dsagrmens de votre tat4 ,le conseil prpos l'ducation nationale1 m'a charg1 monsieur1 de suppler aux livres lmentaires pour lesquels il n'a plus jug de publier la concurrence3 de ce nombre est la logique4 ,comme je connois votre ouvrage1 et que le conseil a suivi vos principes dans le systme de l'instruction publique pour les coles ,palatinales1 personne assurment ne sauroit mieux que vous remplir cette importante tche4 ,vous avez travaill pour un prince souverain1 refuseriez-vous d'appliquer votre ouvrage l'usage d'une nation qui devroit l'tre84444 ,si vos occupations ne vous permettoient pas d'entreprendre cet ouvrage1 vous me feriez un plaisir bien sensible de m'indiquer la personne que vous croiriez en ,france1 aide de vos lumires et de votre direction1 en tat de rpondre nos vues3 ce ne sera toujours qu'un de vos lves4 ,il est souhaiter pour l'humanit que vous en ayez dans toutes les nations4 ,je suis1 etc4 ,ignace ,,potocki4 #aj4 ,de la lgislation ou principes des loix4 ,deux volumes en un1 ,amsterdam1 #aggf4 ,ad respublicas firmandas et ad stabiliendas vires1 sanandos populos1 omnis nostra pergit oratio4 ,,ciceron1 de ,leg4 7,page #de de l'loge47 ,plusieurs personnes regardent cet ouvrage de ,mably comme un chef-d'uvre4 ,il n'est point de sujet plus important1 puisque les principes qui doivent servir de base la lgislation1 embrassent le bonheur possible de tous les hommes1 de tous les lieux et de tous les temps4 ,mais prtendroit-on1 avec certains critiques1 que ces savantes thories sont inutiles2 et l'crivain qui se sent press de dire des vrits qu'il croit utiles1 doit-il les renfermer dans son sein8 ,nous ne le croyons pas3 il est toujours bon de montrer le but o nous devons aspirer1 mme lorsqu'on ne peut y atteindre4 ,ces vrits gnrales1 semes comme au hasard1 peuvent enfin germer dans la tte d'un lgislateur2 et l'exemple rcent d'un prince plus grand par son gnie que par ses tats1 qui n'a pas craint d'avouer qu'il avoit puis en partie dans nos crits ces principes d'humanit qu'il a transports dans son code1 en seroit une nouvelle preuve1 s'il en toit besoin4 ,lopold 7nom heureux dans les fastes de l'humanit671 ,lopold qui sait galement mriter et refuser des statuesm1 vient de donner un modle l',italie et un grand exemple l',europe2 et peut-tre notre tour il nous prendra un jour envie de l'imiter4 ,d'ailleurs ces leons de morale1 de politique et de philosophie1 prsentes par un crivain sage1 qui instruit sans aigreur1 qui ne prend le ton1 ni d'un nergumne ni d'un inspir1 qui se contente de parler le langage de la raison1 prparent doucement les esprits1 prmunissent contre nombre d'erreurs1 augmentent la masse des connoissances1 entretiennent une nation dans l'espoir d'une rforme salutaire1 et quand un grand homme se prsente1 il trouve la matire toute prpare2 l'opinion publique le prcde ou le seconde2 il peut alors s'lancer dans la carrire1 s'abandonner son gnie1 son amour pour le bien public et cette passion1 le besoin des grandes ames1 d'immortaliser son nom et ses bienfaits4 ,le philosophe sme1 c'est aux tats recueillir4 m ,le grand duc de ,toscane a refus une statue que ses sujets1 d'un vu unanime1 lui offroient en reconnoissance du nouveau code criminel qu'il vient de publier1 et le produit de ces souscriptions volontaires doit tre employ des fontaines publiques4 7,voyez gazette de ,france1 du #bc fvrier #aghg47 #aa4 ,de l'tude de l'histoire4 ,un volume1 #aggh4 7,page #dj de l'loge47 ,un prince jamais regrettable1 le ,dauphin1 pre de notre auguste monarque1 appeloit l'histoire la leon des princes et l'cole de la politique3 il ajoutoit que l'histoire est la ressource des peuples contre les erreurs des rois4 ,on n'en pouvoit donner une plus belle dfinition3 il semble que ,mably ait entrepris de la justifier4 ,son trait de l'tude de l'histoire avoit d'abord t imprim dans le cours d'tudes de l'abb de ,condillac son frre2 il a t fait pour l'instruction du jeune prince1 devenu duc de ,parme et de ,plaisance1 en #agfe4 ,mably lui adresse la parole1 comme ,bossuet1 dans l',histoire ,universelle1 au grand dauphin4 ,le commencement en est admirable3 ,voulez-vous tre un grand homme1 lui dit-il1 oubliez que vous tes prince8 c4 c4 ,sans prtendre en aucune faon comparer la hauteur du gnie et l'loquence entranante et sublime de l'aigle de ,meaux la sagesse de l'crivain moderne1 nous oserions dire que l'crit du dernier1 s'il toit bien mdit1 est plus propre encore former un prince ses devoirs1 lui inspirer les sentimens de justice1 le prmunir contre l'empire des passions1 et sur-tout lui enseigner la route qu'il faut suivre pour faire le bonheur de ses peuples1 que le chef-d'uvre de l'loquence franaise4 ,il nous seroit facile de justifier par des citations tous les loges que nous avons faits de ce trait2 mais nous aimons mieux esprer qu'enfin on le lira3 d'ailleurs ces notes sont dj trop longues4 ,un crivain qui parot avoir beaucoup mdit sur ces matires1 dit1 en parlant de ce livre de l'tude de l'histoire3 ,nous croyons que la premire partie de ce petit ouvrage est ce que ,m4 l'abb de ,mably a jamais imprim de plus neuf et de plus utile4 7,jugement sur l'ouvrage de ,pierre ,chabrit1 par ,m4 ,garat47 #ab4 ,de la manire d'crire l'histoire4 ,un volume1 #agge4 7,page #gj de l'loge47 ,a l'exception des jugemens1 sans doute trop svres et mme1 nous osons le dire1 injustes plusieurs gards1 que ,mably a ports contre ,voltaire et l'illustre ,robertson1 nous pourrions peut-tre le justifier avec avantage sur tous les reproches qu'on lui a faits2 mais par de justes gards que nous croyons devoir l'homme de lettres estimable d'ailleurs1 et qui1 trop jeune encore1 s'est laiss emporter l'impulsion du moment1 ou des impressions trangres1 et que son zle a gar en l'attaquant1 nous nous interdirons toute discussion sur cette querelle4 ,nous pensons qu'on ne sauroit faire trop de sacrifices au bien de la paix et l'honneur des lettres4 ,seulement qu'il nous soit permis d'opposer aux dtracteurs de l'abb de ,mably1 s'il en toit encore1 un suffrage qui vaut mieux que le ntre1 et dont on peut tre orgueilleux4 ,mably n'avoit encore fait ni les entretiens de ,phocion1 ni les observations sur l'histoire de ,france1 ni le gouvernement de ,pologne1 ni les principes des lois1 ni ceux de morale1 ni l'tude de l'histoire1 qu'il toit dj cit par un crivain1 aprs ,fnlon1 l'abb de ,saint-,pierre1 ,montesquieu1 l'ami des hommes1 c4 au nombre des bons ,franais et des gens clairs1 qui n'ont pas craint de dire des vrits utiles1 et de dvoiler les fautes de la lgislation2 et cet crivain c'est ,jean-,jacques4 ,voyez sa rponse un crit anonyme1 la suite de sa lettre d',alembert sur les spectacles4 #ac4 ,principes de morale4 ,un volume1 #aghd4 7,page #fh de l'loge47 ,ce livre n'a pas excit moins d'orages que le prcdent3 le mme motif du bien de la paix nous engage au mme silence4 ,le grand ,cond1 arrachant quelques feuillets de son histoire o l'on racontoit ses exploits contre son pays1 est l'image de ce que je voudrois faire pour l'auteur de cet excellent crit4 ,je le reprsenterois1 par gard pour les esprits timides1 arrachant quelques pages de ces principes de morale1 et je croirois par ce sacrifice avoir acquis le droit de dire tout le bien que j'en pense4 ,au reste1 dans toutes les attaques qu'on a portes l'abb de ,mably1 ses amis ont pu chercher le venger1 7voyez les lettres sur la censure de la ,sorbonne72 mais pour lui1 il n'a jamais crit une seule ligne pour sa dfense4 #ad4 ,observations sur les tats-,unis d',amrique4 ,un volume1 #aghd4 7,page #gg de l'loge47 ,ce sont quatre lettres adresses l'un des envoys des tats-,unis1 ,m4 ,john ,adams1 qui avoit dsir les remarques de l'auteur sur les constitutions de l',amrique3 c'est ce qui avoit induit en erreur1 et fait dire dans le temps1 que les ,colonies ,angloises l'avoient choisi pour leur lgislateur4 ,ses observations parurent svres1 mais il crut pouvoir dire la vrit toute entire4 ,les ,amricains1 dit-il1 ne sont plus sujets du roi d',angleterre3 ils sont aujourd'hui des hommes libres2 et si mon opinion leur paroissoit aussi dure et aussi sauvage qu'elle peut le parotre en ,europe1 je ne pourrois m'empcher d'en tirer un mauvais augure pour l'avenir4 7,observations1 page #gf47 ,aussi1 est-il trs-faux qu'on ait brl en ,amrique1 ou tran dans la boue l'ouvrage de ,mably1 comme on l'a prtendu dans quelques papiers publics3 il toit plus digne d'un peuple si sage d'y rpondre4 ,c'est ce que vient de faire ,m4 ,adams dans un ouvrage intitul3 ,apologie des constitutions des tats-,unis de l',amrique4 ,nous n'avons pas encore vu ce livre1 qui n'est qu'annonc2 mais nous connoissons une lettre imprime de ,m4 ,adams 7,journal ,encyclop4 du mois de ,mai #aghg1 pag4 #aac et suiv471 o il semble se dfendre d'avoir invit l'abb de ,mably crire ce qu'il pensoit sur les constitutions ,amricaines2 il invoque le tmoignage de ,,mm4 les abbs de ,chalut et ,arnoux1 amis communs de ,m4 ,adams et de l'abb de ,mably2 et nous1 nous sommes prts donner1 s'il en est besoin1 la dclaration de ces deux ,messieurs1 que nous avons entre les mains1 et qui claircit pleinement la question l'avantage de l'abb de ,mably4 ,au reste1 s'il avoit besoin de justification pour avoir regard les ,amricains comme tant dj trop vieux1 et sur ce qu'il sembloit redouter pour eux du commerce et des vices de l'ancien monde1 nous la trouverions dans l'ouvrage mme du sage ministre qui a succd1 en ,france1 au ,john ,adams et au ,francklin4 ,m4 ,jefferson1 dans ses observations sur la ,virginien1 craint aussi1 pour l',amrique1 que les trangers n'y apportent leurs vices1 leurs prjugs et leur servilit d',europe2 et les semences de discorde qui commencent clater1 les mcontentemens1 les rclamations armes1 c4 sont peu propres1 peut-tre1 nous rassurer sur ces craintes4 n ,notes on ,virginia4 ,voyez ,merc4 du #b ,juin #aghg1 p4 #bh4 #ae4 ,,ouvrages ,,manuscrits4 #a4 ,des droits et des devoirs du citoyen4 ,petit in-folio1 pouvant faire deux volumes in-#ab4 7,page #fi de l'loge74 ,ce sont des entretiens que l'auteur suppose avoir eus avec milord ,stanhope4 ,ce livre fait connotre l'homme ses devoirs1 ses droits et sa dignit4 ,il claire l'esprit1 il chauffe le cur2 l'ame s'lve la lecture de ces lettres3 c'est le catchisme du citoyen4 ,il y a des penses grandes et fires1 la manire de ,montesquieu4 ,par exemple3 ,la pompe des noms et des titres n'impose plus mon imagination3 dans les hommes les plus humilis par la fortune1 je crois voir des princes dtrns qu'on retient dans les fers4 ,tout peuple qui n'est pas barbare1 a une religion2 et ,dieu ne manque jamais d'avoir rvl aux prtres ses volonts2 c'est ce qu'on appelle ordinairement lois divines4 ,nous regrettons de ne pouvoir en citer davantage2 mais le temps nous instruira mieux1 et nous dvoilera ce que nous devons penser de cette production4 #b4 ,la suite des observations sur l'histoire de ,france1 dont nous avons fait mention sous le n4 #g de cette notice4 #c4 c4 ,un trait du beau1 et d'autres traits des talens1 des passions1 c4 c41 dont nous n'avons pas une connnoissance particulire4 ,note ,i,ve4 page #hb de l'loge4 ,sa personne et son caractre4 #d ,en faisant dans plusieurs de ses crits l'loge d'un philosophe pratique1 sans faste1 et qui fuit toute espce d'ostentation1 mme celle de la vertu1 ,mably semble avoir trac son portrait3 voil pourquoi l'on a peu d'anecdotes sur sa personne4 ,sa vie est toute entire dans ses crits1 comme l'loge d'un lgislateur est tout entier dans ses lois4 ,nous ajouterons seulement ici quelques traits de caractre ceux que nous avons dj cits4 ,son dsintressement toit tel qu'il ne retira jamais rien de ses ouvrages2 peine exigeoit-il quelques exemplaires pour les prsens d'usage2 bien diffrent de ces littrateurs qui n'estiment dans le commerce des muses que le profit que ce commerce leur rapporte4 ,riche du retranchement de tous les besoins factices1 il pouvoit s'crier comme ,socrate1 en se promenant dans ,athnes3 que de choses dont je n'ai que faire6 ,il n'eut jamais qu'un seul domestique2 et sur la fin de ses jours1 il se priva de ces commodits de la vie que son ge et ses infirmits lui rendoient cependant plus ncessaires1 afin d'accrotre la petite fortune de ce serviteur fidelle4 ,il pratiquoit la lettre cette maxime si douce et si humaine1 de regarder ses domestiques comme des amis malheureux4 ,faire sa cour1 est une expression qui n'toit point son usage4 ,on voulut un jour l'entraner chez un ministre qui mme l'avoit invit2 on ne put jamais l'y dterminer3 mais il dit qu'il le verroit volontiers1 lorsqu'il ne seroit plus en place4 ,m4 le marchal de ,richelieu pressoit un jour l'abb de ,mably de se mettre sur les rangs pour l'acadmie franaise2 ,mably refusa4 ,mais1 lui dit le vainqueur de ,mahon1 si je faisois toutes les dmarches1 et que vous fussiez agr1 refuseriez-vous8444 ,le marchal le pressa tant1 il y mit tant de grces1 que1 vaincu par ce noble procd1 ,mably n'osa persister1 et fut comme forc de promettre4 ,mais aussi-tt qu'il fut sorti1 il courut chez son frre de ,condillac1 lui raconta comment la chose s'toit passe1 et le conjura de le dgager1 quelque prix que ce ft4 ,mais pourquoi cette grande rsistance8 lui dit son frre4--,pourquoi8 ,si j'acceptois1 je serois oblig de louer le cardinal de ,richelieu1 ce qui est contre mes principes2 ou si je ne le louois pas1 devant tout son petit neveu dans cette circonstance1 je serois coupable d'ingratitude4 ,condillac se chargea de la ngociation1 et les choses en demeurrent l4 ,nous tenons cette anecdote d'un ami particulier de l'abb de ,mably1 et lui-mme est membre de l'acadmie franaise4 ,le bruit avoit couru qu'on lui proposeroit l'ducation de l'hritier d'un grand empire2 il dit hautement1 que la base de son ducation seroit3 que les rois sont faits pour les peuples1 et non les peuples pour les rois1 et que ce seroit la chose sur laquelle il reviendroit sans cesse3 il ne fut point nomm4 ,il aimoit rpter cet adage de ,leibnitz1 le temps prsent est gros de l'avenir2 et son propre exemple en prouve la justesse et la profondeur4 ,il s'toit tellement exerc tudier le jeu et la marche des passions1 et rechercher dans les rvolutions des ,empires les causes et la chane des vnemens2 il avoit acquis une telle exprience des hommes et des choses1 que cette connoissance du pass avoit1 pour ainsi dire1 dchir pour lui le voile de l'avenir3 il a en quelque sorte tir l'horoscope des tats4 ,ds la paix de #agfb1 et au moment o l',empire ,britannique toit son plus haut priode de gloire et de puissance1 ,mably prdit la rvolution de l',amrique2 il prvoyoit ds-lors la dfection des ,colonies ,anglaises4 ,si un jour elles se rendent libres et indpendantes1 dit-il1 etc4 7,voyez le droit public de l',europe1 tom4 #b1 page #dbb1 dit4 de #agfd2 et tom4 #c1 pag4 #dab et #dad1 et principes des ngociations1 dit4 de #agfg1 pag4 #ij47 ,ce qui s'est pass ,genve1 il l'avoit galement prvu4 7,voyez principes des lois1 ,iere4 part4 pag4 #afi47 ,et si l'on veut savoir ce qui se passe aujourd'hui en ,hollande1 il faut voir les principes des ngociations 7pag4 #afb47 et le trait de l'tude de l'histoire 7pag4 #bac1 #bad47 ,cette exprience lui donnoit quelquefois de l'humeur2 ses amis lui en faisoient le reproche1 et l'appeloient en plaisantant1 prophte du malheur4 ,il est vrai1 rpondoit-il1 que je connois assez les hommes pour ne pas esprer facilement le bien4 ,note ,v et dernire1 page #ij de l'loge4 ,sa mort et son pitaphe4 #e ,ses amis1 la ,france et l',europe le perdirent le #bc avril #aghe1 tant g de #gf ans4 ,son pitaphe1 ouvrage de l'amiti claire1 contient tout son loge2 nous ne pouvons nous refuser au plaisir de la copier4 ,d4 ,o4 ,m4 ,,hic ,,jacet ,,gabriel ,,bonnot ,,de ,,mably1 ,,gratianopolitanus1 ,,juris ,,natur ,,et ,,gentium ,,indicator ,,indefessus1 ,,audax1 ,,felix ,,dignitatis ,,human ,,vindex1 ,,orbis ,,utriusque ,,suffragiis ,,ornatus1 ,,politicis ,,scriptis ,,nulli ,,secundus2 ,,eventum ,,pr,,teritorum ,,causas ,,detexit1 ,,futuros ,,pr,,nunciavit1 ,,qu ,,ad ,,pr,,parandos1 ,,qu ,,ad ,,avertendos ,,docuit2 ,,recti ,,pervicax ,,quid ,,pulchrum1 ,,quid ,,turpe1 ,,quid ,,utile1 ,,quid ,,non1 ,,dixit3 ,,vir ,,paucorum ,,hominum1 ,,censu ,,brevi ,,nihil ,,rerum ,,indigus ,,honores1 ,,divitias1 ,,omnimoda ,,servitii ,,vincula ,,constanter ,,aspernatus2 ,,vita ,,innocuus1 ,,religionis ,,cultor1 ,,quissimo ,,animo ,,obiit #bc4 ,d4 ,,apr4 #aghe4 ,,nat4 #ad4 ,d4 ,,mart4 #agji4 ,h4 ,m4 ,,modicum ,,et ,,mansurum1 ,,amico ,,ternum ,,flebili1 ,,testamenti ,,curatores ,,posuere4 ,les mmes amis de l'abb de ,mably1 qui ont si bien caractris son ame et ses crits1 avoient form le projet de consacrer sa mmoire un modeste monument dans l'glise o il a t inhum2 tout alloit tre excut1 quand des ordres mans des suprieurs ecclsiastiques ont tout arrt4 ,on a refus un tombeau au moderne ,phocion2 c'est une ressemblance de plus avec le ,phocion d',athnes4 ,ces amis1 vraiment dignes de ce nom1 ont voulu perptuer ses traits3 on ne pouvoit du moins leur envier cette douce satisfaction4 ,l'abb de ,mably1 diffrent des gens de lettres1 qui commencent par gratifier le public de leurs gravures1 en attendant qu'ils soient illustres1 n'avoit pas souffert qu'on gravt son portrait pendant sa vie2 mais aprs sa mort1 ils le firent excuter par un artiste habile1 ,pugos1 et ce portrait est parfaitement ressemblant4 ,tous les traits de l'homme de bien y sont vivans2 la vertu svre y respire3 au bas1 on lit ce vers de ,juvnal1 qui semble fait pour lui3 ,,acer ,,et ,,indomitus1 ,,libertatisque ,,magister4 7,satyre #b1 v4 #gh47 ,ainsi donc1 aprs que l'loge public qui lui a t dcern1 aura obtenu le suffrage et la sanction de l'acadmie1 et qu'elle aura ainsi imprim son nom1 le sceau de l'immortalit1 il ne manquera plus rien sa gloire1 qu'une statue ct de celles de ces grands citoyens qui ont bien mrit de la patrie4 ,,fin ,,de ,l',,loge4 ,,avertissement ,,de ,,la ,,premi,,re ,,dition4 ,je me propose dans cet ouvrage de faire connotre les diffrentes formes du gouvernement auxquelles les ,franais ont obi depuis leur tablissement dans les ,gaules2 et de dcouvrir les causes1 qui1 en empchant que rien n'ait t stable chez eux1 les ont livrs1 pendant une longue suite de sicles1 de continuelles rvolutions4 ,cette partie intressante de notre histoire1 est entirement inconnue des lecteurs qui se bornent tudier nos annalistes anciens1 et nos historiens modernes4 ,je l'ai prouv par moi-mme2 ds que je remontai aux vritables sources de notre histoire1 c'est--dire1 nos lois1 aux capitulaires1 aux formules anciennes1 aux chartes1 aux diplmes1 aux traits de paix et d'alliance1 etc4 ,je dcouvris les erreurs grossires et sans nombre o j'tois tomb dans mon parallle des ,romains et des ,franais4 ,je vis parotre devant mes yeux une nation toute diffrente de celle que je croyois connotre4 ,j'appris trop tard combien la lecture de nos anciennes annales est peu instructive1 si on n'y joint pas l'tude des pices2 je vis qu'il ne faut lire qu'avec une extrme circonspection nos historiens modernes1 qui1 tous ont nglig l'origine de nos lois et de nos usages1 pour ne s'occuper que de siges et de batailles2 et qui1 en faisant le tableau des sicles reculs1 ne peignent jamais que les murs1 les prjugs et les coutumes de leur temps4 ,les ,franais n'eurent point de lois1 tant qu'ils habitrent la ,germanie2 et quand ils s'tablirent en-de du ,rhin1 leur politique se borna rdiger des coutumes qui ne pouvoient plus suffire un peuple qui avoit acquis des demeures fixes1 et jet les fondemens d'un grand empire4 ,la frocit de leurs anciennes murs les attachoit autant que l'habitude et leur ignorance aux usages ,germaniques2 mais les vices nouveaux que leur donna le commerce des ,gaulois1 de nouveaux besoins et de nouveaux intrts les forcrent malgr eux de recourir des nouveauts4 ,ils firent des lois avant que de connotre l'esprit qui doit les dicter1 et la fin qu'elles doivent se proposer2 et ces lois1 souvent injustes et toujours insuffisantes1 n'acquirent presque aucun crdit4 ,les ,franais continurent de se laisser conduire au gr de leurs passions et des vnemens2 et confondant la licence avec la libert1 le pouvoir des lois avec la tyrannie1 ne formrent qu'une socit sans rgle et sans principe4 ,ils se familiarisrent dans l'anarchie1 avec les dsordres auxquels ils n'avoient pas l'art de remdier2 l'intrt du plus fort sembla toujours dcider de l'intrt public1 et jusqu'au rgne de ,philippe-de-,valois1 les droits de la souverainet appartinrent tour--tour1 ou -la-fois1 tous ceux qui purent ou voulurent s'en emparer4 ,si j'ai russi dvelopper la suite et l'enchanement de ces rvolutions1 causes la fois et effets les unes des autres1 j'ai compos l'histoire inconnue de notre ancien droit public4 ,quelques personnes ont dsir que je donnasse mes observations le titre d'histoire de notre gouvernement2 je n'ai pas os suivre leur conseil2 je sens combien mon ouvrage est infrieur ce qu'auroit promis un pareil titre4 ,je n'ai fait qu'un essai2 et c'est assez pour moi1 s'il peut tre de quelque secours aux personnes qui veulent approfondir notre histoire4 ,rien n'est plus propre nous faire aimer et respecter le gouvernement auquel nous obissons1 qu'une peinture fidelle des malheurs que nos pres ont prouvs1 pendant qu'ils ont vcu dans l'anarchie4 ,quel danger peut-il y avoir faire connotre nos anciennes coutumes et notre ancien droit8 ,qui ne sait pas que les lois1 les murs et les coutumes des peuples n'ont rien de stable8 ,personne n'est assez ignorant pour confondre les premires lois qu'ait eues une nation1 avec ses lois fondamentales3 la loi fondamentale d'un tat n'est point un amas de lois proscrites1 oublies ou ngliges1 mais la loi qui rgle1 prescrit et constitue la forme du gouvernement4 ,en se rappellant la situation dplorable du prince1 du clerg1 de la noblesse et du peuple1 jusqu'aux premiers ,valois1 on ressemblera ces voyageurs qui1 aprs avoir chou contre cent cueils et essuy de violentes temptes1 abordent enfin1 au rivage1 et jouissent du repos4 ,en voyant la peinture de nos erreurs et de nos calamits1 quel lecteur ne connotra pas le prix d'une sage subordination8 ,loin de regretter des coutumes barbares et contraires aux premires notions de l'ordre et de la socit1 on s'applaudira de vivre sous la protection d'une autorit assez forte1 pour rprimer les passions1 donner aux lois la puissance qui leur appartient1 et conserver la tranquillit publique4 ,c'est1 sans doute1 ce qu'ont pens des ministres clairs1 quand ils ont invit des savans fouiller dans la poussire de nos archives1 et publier ces recueils prcieux de pices1 dont mon travail n'est que le rsultat4 ,les observations que je donne aujourd'hui ne s'tendront pas au-del du rgne de ,philippe-de-,valois1 ou de la ruine du gouvernement fodal4 ,avant que de poursuivre un ouvrage trs-laborieux1 il est prudent1 je crois1 de consulter le got du public1 et de lui demander s'il pense que la manire dont j'envisage notre histoire1 soit utile4 ,si on gote cet essai1 ce sera pour moi1 un encouragement1 et j'avoue que j'en ai besoin pour mettre en ordre les matriaux que j'ai entre les mains1 et qu'il est infiniment plus difficile de rdiger1 que de recueillir4 ,je continuerai examiner notre histoire sous ,philippe-de-,valois et ses successeurs4 ,je ferai voir combien les lumires qui commenoient se rpandre dans la nation1 instruite par ses malheurs1 toient encore incapables de lui faire connotre ses vrais intrts1 et combien nous avons eu de peine triompher des prjugs et des passions1 que plusieurs sicles de barbarie et le bizarre gouvernement des fiefs avoient fait natre4 ,il n'est pas juste qu'on m'en croie sur ma parole1 quand je contredirai les ides reues sur notre ancien gouvernement1 et qu'on a prises dans des crivains qui ont travaill1 avant moi1 dbrouiller l'histoire de ,france4 ,il est essentiel mon ouvrage d'y joindre les autorits sur lesquelles je fonde mon opinion1 et mme d'exposer quelquefois1 dans un certain dtail1 les raisons par lesquelles je me dtermine prendre tel ou tel sentiment4 ,mais j'ai cru1 qu' l'exception des savans1 accoutums la fatigue pesante de l'rudition1 on ne verroit qu'avec peine suspendre le fil de mon rcit1 pour entendre des dissertations critiques1 ou lire des morceaux barbarement crits de nos anciennes lois4 ,j'ai renvoy ces espces de discussions des remarques indiques par des chiffres1 dans le corps de mon ouvrage4 ,leur nombre et sur-tout leur longueur1 m'ayant empch de les placer au bas des pages1 elles formeront un corps part1 la suite de mes observations1 et serviront de pices justificatives4 ,,observations ,,sur ,l',,histoire ,,de ,,france4 ,,livre ,,premier4 ,,chapitre ,,premier4 ,des murs et du gouvernement des ,franais en ,germanie4--,leur tablissement dans les ,gaules4 ,on ne peut faire que des conjectures sur l'origine des ,franais3 s'ils ne sont pas ,germains1 il est sr du moins1 soit qu'ils viennent de ,pannonie1 du ,nord1 ou des provinces voisines des ,palus ,motides1 qu'ils habitrent assez long-temps la ,germanie pour en prendre les murs et le gouvernement4 ,on diroit que les lois ,saliques et ,ripuaires sont l'ouvrage de ces ,germains mmes dont ,tacite nous a trac le portrait1 tant elles supposent les mmes coutumes1 les mmes prjugs1 les mmes vices et les mmes vertus4 ,cet attachement des peuples ,germaniques leurs principes1 seroit une espce de prodige chez des nations o l'oisivet1 l'avarice1 les richesses et le luxe affoiblissent l'empire des lois1 et en exigent sans cesse de nouvelles2 mais chez des peuples encore demi sauvages1 et assez heureux1 pour avoir peu de besoins1 la pauvret et l'ignorance sont un obstacle aux rvolutions4 ,la guerre et la chasse toient les seules occupations des ,franais2 leurs troupeaux et les esclaves qui en avoient soin1 faisoient toutes leurs richesses4 ,l',empire ,romain qui craignoit leur valeur farouche1 tenta de les civiliser1 pour les amollir4 ,aprs avoir obtenu1 par hasard1 quelqu'avantage sur eux1 il put exiger qu'ils se soumissent cultiver la terre4 ,il voulut les attacher aux pays qu'ils habitoient1 pour les forcer aimer le repos2 mais ds que leurs forces furent rpares1 ils regardrent cette loi comme un affront1 continurent croire que tout appartient aux plus braves et aux plus forts1 et qu'il ne convient qu' des lches de ne pas conqurir leur subsistance4 ,les ,gaules1 qu'ils regardoient comme un pays ennemi1 parce qu'elles leur offroient un riche butin1 furent continuellement pilles1 ou obliges de se racheter du pillage1 en achetant la paix par des traits qui toient bientt viols4 ,comment les ,franais auroient-ils souponn qu'il pt y avoir un droit des gens1 que deux nations voisines eussent des devoirs rciproques remplir1 et qu'il leur importoit de respecter la foi des traits8 ,a peine savoient-ils qu'ils toient citoyens1 et qu'ils formoient une socit4 ,en effet1 au lieu de lois1 ils n'avoient pour toute rgle que des coutumes grossires1 conserves par tradition1 et dont un pre instruisoit ses enfans1 en leur apprenant se servir de son pe et de sa francisque4 ,on les accoutumoit tout oser1 et tout attendre de leur courage4 ,quelque soldat distingu par sa valeur ou son exprience1 formoit-il une entreprise hasardeuse1 il devenoit le capitaine de tous ceux qui il avoit communiqu son audace et ses esprances2 et l'on vit souvent de ces bandes d'aventuriers1 se sparer de leur nation1 infester les mers1 piller des provinces d',espagne et d',italie1 et porter leurs ravages jusques sur les ctes mme de l',asie ,mineure4 ,chaque famille formoit1 en quelque sorte1 une rpublique spare1 qui avoit ses intrts particuliers2 et qui1 se runissant1 pour venger les injures ou les dommages faits quelqu'un de ses membres1 se faisoit elle-mme justice par la voie des armes4 ,cet tat de guerre empchoit qu'il ne se formt parmi les ,franais1 les liens les plus ncessaires l'ordre de la socit2 et leurs querelles particulires les auroient infailliblement ruins1 si les maux mmes qu'elles produisoient1 ne les eussent forcs de se plier une sorte de police favorable aux foibles1 et qui peint cependant encore mieux que tout le reste1 leur ignorance et la barbarie de leurs murs4 ,quand1 aprs avoir fait une injure1 on ne se sentoit pas en tat de se dfendre contre son ennemi1 on toit le matre de se soustraire son ressentiment1 en lui donnant1 selon la nature de l'offense1 une certaine quantit de bufs ou de moutons2 c'est ce que nos anciennes lois appellent une composition1 et il n'toit pas permis l'offens de la refuser4 ,les magistrats1 si l'on peut donner ce nom auguste1 au gnral d'une nation de brigands1 et aux capitaines de chaque bourgade1 toient obligs de prendre sous leur protection1 les coupables1 dont un ennemi trop vindicatif n'auroit pas voulu recevoir la composition1 pour se rserver le droit de les punir son gr4 ,ils ne venoient au secours de l'offens1 que quand il toit trop foible pour se venger1 et contraindre son ennemi lui payer une composition1 ou que l'auteur de l'offense toit inconnu4 ,le juge alors1 comme capitaine du canton1 menaoit de la guerre l'aggresseur1 et le foroit satisfaire sa partie2 ou si on ne faisoit que souponner un citoyen d'avoir commis le dlit1 il l'obligeoit se justifier1 soit en subissant l'preuve ridicule du fer chaud ou de l'eau bouillante2 soit en produisant1 selon la nature de l'accusation1 un plus grand1 ou un moindre nombre de tmoins1 qui affirmoient avec lui son innocence4 ,il est aussi indiffrent de savoir si le chef de la nation franaise fut appel du nom de roi ou de duc1 qu'il importe de connotre l'tendue et les bornes de son autorit4 ,tacite nous apprend que le gouvernement des ,germains toit une dmocratie1 tempre par le pouvoir du prince#f et des grands4 ,quand on ne retrouveroit pas dans les monumens les plus anciens et les plus respectables de notre histoire1 une assemble gnrale1 appele le ,champ de ,mars1 en qui rsidoit la puissance lgislative1 et un conseil compos du roi et des grands1 qui n'toit charg que du pouvoir excutif1 ou de dcider provisionnellement les affaires les moins importantes ou les plus presses2 on jugera sans peine1 aprs ce que j'ai dit de la fortune et des murs des ,franais1 qu'ils devoient tre souverainement libres4 ,un peuple fier1 brutal1 sans patrie1 sans loi1 dont chaque citoyen soldat ne vivoit que de butin1 qui ne vouloit tre gn par aucun chtiment1 et ne punissoit de mort que la trahison1 ou l'assassinat1 et la poltronnerie1 devoit avoir un capitaine1 et non pas un monarque4 ,les ,franais pouvoient tolrer1 de la part de leur chef1 quelques violences atroces mme1 parce qu'elles toient dans l'ordre des murs publiques2 mais une autorit suivie1 raisonne et soutenue1 et t impraticable4 ,de quelque titre que le gnral des ,franais ft revtu1 la coutume ne lui donnoit que quelques prrogatives1 qu'il et t dangereux pour lui de vouloir tendre4 ,il recevoit les respects d'une cour sauvage1 qui ne pouvant ni le corrompre par ses flatteries1 ni tre elle-mme corrompue par ses libralits1 le jugeoit toujours avec justice4 ,en un mot1 le prince1 comme roi1 n'avoit point de sujets2 puisque1 comme gnral1 il ne commandoit que des soldats qui combattoient pour leurs propres intrts4 ,en effet1 le butin que faisoit une arme1 appartenoit l'arme2 et le roi lui-mme n'avoit que la part que le sort lui assignoit4 ,on se rappelle sans doute1 que ,clovis1 aprs la bataille#g de ,soissons1 n'osa disposer1 sans le consentement de ses soldats1 d'un vase prcieux qu'ils avoient pris sur le territoire de ,rheims1 et que l'vque de cette glise lui redemandoit4 ,suivez-moi jusqu' ,soissons1 dit-il l'envoy du prlat1 c'est l que se doit faire le partage de notre butin2 et je vous satisferai4 ,ds qu'on se fut dispos faire les lots1 le prince supplia son arme de lui accorder1 outre sa part1 le vase enlev l'glise de ,rheims2 mais un soldat1 choqu de cette demande1 quoique faite dans les termes les plus propres ne pas rvolter1 l'avertit1 avec toute la brutalit germanique1 de se contenter de ce qui lui cherroit en partage1 et dchargea1 en mme temps1 un coup de sa francisque1 sur le vase4 ,si ,clovis et t le souverain1 et non pas simplement le gnral de son arme1 pourquoi n'auroit-il pas us du droit de la souverainet8 ,si le soldat1 qui fut choqu de sa demande1 et t coupable1 sans doute1 que le prince fier1 emport et victorieux1 auroit veng sur-le-champ son autorit mprise4 ,il sentit vivement1 dit ,grgoire de ,tours1 l'injure qu'on lui faisoit1 l'arme la dsapprouvoit2 et cependant1 il attendit1 pour se livrer son ressentiment1 que le soldat lui et fourni un prtexte de le punir1 en commettant une faute contre la discipline4 ,les ,franais avoient dj err dans diffrentes provinces de la ,germanie1 lorsqu'ils s'tablirent sur la rive droite du ,rhin4 ,l',empire ,romain subsistoit encore1 parce que les barbares1 accoutums ne faire que des courses1 et qui ne vouloient que du butin1 faisoient la guerre sans tre conqurans4 ,mais les circonstances changrent bientt2 les provinces appauvries et presque dsertes ne valurent plus la peine d'tre pilles2 et les empereurs1 dont les finances toient puises1 ne furent plus en tat d'acheter la paix1 ni de mettre leurs frontires en sret1 en payant une espce de solde ou de tribut quelques nations ,germaniques1 dont ils mendioient depuis long-temps la protection4 ,cependant les barbares1 qui s'toient fait de nouveaux besoins par le commerce qu'ils avoient avec les ,romains1 devoient peu--peu se dgoter de cette nouvelle situation2 il falloit qu'ils prissent de nouvelles murs1 et se fissent une nouvelle politique4 ,la guerre ne pouvant plus suffire leur subsistance1 ils devoient employer leurs esclaves cultiver la terre2 et ds qu'ils consentiroient avoir une patrie et des demeures fixes1 il toit naturel qu'ils voulussent abandonner les forts et les marais de la ,germanie1 pour s'tablir sur des terres fertiles1 et sous un ciel moins sauvage4 ,l'exemple de leurs pres1 les prjugs de leur ducation1 et la force de l'habitude1 empchoient seuls cette rvolution1 qu'un vnement imprvu rendit enfin ncessaire4 ,quelques jeunes ,huns chassoient sur les bords des ,palus ,motides2 une biche qu'ils avoient lance1 traversa un marais qu'ils regardoient comme une mer impratiquable2 et en suivant tmrairement leur proie1 ils furent tonns de se trouver dans un nouveau monde4 ,ces chasseurs1 impatiens de raconter leurs familles les merveilles qu'ils avoient vues1 retournrent dans leurs habitations1 et les rcits par lesquels ils piquoient la curiosit de leurs compatriotes1 devoient changer la face des nations4 ,jamais peuple ne fut plus terrible que les ,huns2 ils se rpandirent dans l',europe1 par le chemin qu'ils venoient de dcouvrir1 et tous les barbares qu'ils attaqurent furent dtruits1 ou devinrent esclaves4 ,ils s'avancrent dans la ,germanie1 et la terreur s'empara des ,goths1 des ,alains1 des ,vandales1 des ,suves1 etc4 qui1 ne se trouvant plus en sret dans leurs anciennes habitations1 se virent contraints1 pour sauver leur libert1 de conqurir un asyle dans les provinces de l'empire4 ,cet exemple donna de l'mulation aux ,franais1 et ce fut sous la conduite de ,clodion qu'ils passrent le ,rhin1 s'ouvrirent ,tournay1 et y placrent le sige de leur nouvelle rpublique4 ,atius tenta inutilement de les chasser de cette conqute2 et ce qu'il ne fit pas1 aucun des gnraux qui commandrent aprs lui les armes ,romaines dans les ,gaules ne put l'excuter4 ,l'histoire ne dit presque rien de ,mrove3 occupe des entreprises importantes des ,huns1 des ,visigoths et des ,vandales1 qui fondoient de grandes monarchies1 elle passe sous silence les courses et les ravages que ce prince fit dans les ,gaules4 ,sous ,chilpric1 son successeur1 les ,franais n'tendirent pas leur domination au-del du ,tournsis4 ,peut-tre faut-il l'attribuer leur manire ancienne de faire la guerre1 qu'ils avoient conserve1 ou la mollesse de leur roi1 qui commenant se familiariser avec des vices inconnus dans la ,germanie1 toit plus flatt d'enlever les femmes de ses sujets que des provinces aux ,romains1 et fut chass par sa nation1 qui le crut indigne d'elle4 ,quoi qu'il en soit1 ce n'est qu'aprs la ruine entire de l',empire d',occident1 que les ,franais prirent un nouveau gnie1 tendirent leurs vues1 et devinrent conqurans4 ,dans la situation dplorable o se trouvoit l',empire1 il toit indiffrent pour les peuples qui vouloient s'y tablir1 que le trne des empereurs subsistt1 ou ft renvers2 mais les barbares1 qui ne connoissoient1 ni ce qui fait la force1 ni ce qui fait la foiblesse d'un tat1 se laissoient tromper par je ne sais quel air de grandeur1 ou plutt de faste et d'orgueil1 que les empereurs avoient conserv dans leur dcadence1 et ce fantme leur imposoit4 ,odoacre1 pour concevoir1 et consommer l'entreprise aise de dtrner ,augustule1 dut tre un audacieux3 la rvolution1 dont il fut l'auteur1 causa une fermentation gnrale chez les barbares4 ,toutes les nations s'agitrent la fois1 chacun regarda quelque province de l',empire comme sa proie2 et l'on vit se former et se dtruire en mme temps mille nouvelles monarchies4 ,je me borne parler de ce qui regarde les ,franais4 ,ils touchoient aux provinces septentrionales des ,gaules1 qui toient restes sous la domination des empereurs1 tandis que celles du midi avoient pass sous l'obissance des ,visigoths et des ,bourguignons2 et ces provinces1 consternes de n'avoir1 en quelque sorte1 plus de matre1 et qu'une longue habitude du joug avoit rendues incapables de recouvrer leur libert1 devoient obir quiconque voudroit les gouverner4 ,peu de princes1 dans ces circonstances1 ont t aussi propres que ,clovis1 je ne dis pas seulement conqurir1 mais former un ,empire4 ,sous cette frocit qui caractrise son sicle et les hros de la ,germanie1 ce prince1 suprieur sa nation et ses contemporains1 avoit des lumires1 des talens1 et mme des vertus1 qui auroient honor le trne des ,empereurs ,romains4 ,dans une nation police1 la cruaut et la fourberie annoncent une ame foible1 lche et timide3 chez un peuple encore sauvage1 elles s'associent souvent avec une ame grande1 noble et fire4 ,a qui ne connot pas les bornes troites qui sparent la vertu du vice1 la violence peut parotre du courage1 et la perfidie de la prudence4 ,clovis qui n'avoit pour toute rgle de morale que les prjugs de sa nation1 son estime ou sa censure1 se permit1 pour russir dans ses desseins1 tout ce qui ne devoit pas le rendre odieux4 ,mais la manire diffrente dont il se comporta1 suivant la diffrence des conjectures1 avec les ,gaulois1 les ,franais1 les ,bourguignons1 les ,visigoths1 les empereurs d',orient1 et les peuples de ,germanie1 fait voir en lui un gnie aussi droit et ferme dans ses vues1 que fcond en ressources1 et un courage propre russir dans tous les temps1 et trop suprieur aux vnemens1 pour recourir par ncessit des moyens bas et honteux4 ,il commena ses conqutes par la dfaite de ,siagrius1 qui avoit pris le titre de roi1 et fait reconnotre son autorit sur les frontires de la ,gaule1 quand l',empire fut dtruit par ,odoacre4 ,ce premier avantage ouvrit un pays considrable aux ,franais1 et ,soissons devint leur capitale4 ,je ne rfute pas ici un crivain clbre1 qui a prtendu que les ,franais1 amis1 allis et auxiliaires des empereurs1 dont ils recevoient une solde1 ne se sont pas empars des ,gaules1 les armes la main4 ,l'abb du ,bos ne fait de ,clovis1 qu'un officier de l',empire1 un matre de la milice1 qui tenoit son pouvoir de ,znon et d',anastase4 ,il imagine une rpublique ,armorique1 des confdrations1 des alliances1 des traits2 il se livre des conjectures jamais analogues aux coutumes ni aux murs du temps dont il parle1 et toujours dmenties par les monumens les plus srs de notre histoire1 qu'il ne cite jamais1 ou dont il abuse4 ,il suppose que les ,franais1 aussi patiens et aussi dociles que des soldats mercenaires1 n'ont vaincu que pour l'avantage de leur capitaine1 et n'auront pas regard leur conqute comme leur bien1 et le droit d'y commander comme une partie de leur butin4 ,en un mot1 ce roman1 qui n'a pour toute base1 qu'une hardiesse extrme conjecturer1 et quelques passages obscurs et mal-entendus1 ne peut avoir d'autorit que sur des esprits qu'il est presqu'inutile de dtromper4 ,la bataille de ,soissons1 et la conqute de la cit de ,tongres1 rpandirent une terreur gnrale dans les ,gaules4 ,quoique ,clovis ft oblig d'y suspendre ses progrs pour faire la guerre aux ,allemands1 peuple puissant et belliqueux de ,germanie1 qui vouloit faire des conqutes1 et qu'il toit important de tenir au-del du ,rhin1 cette diversion ne nuisit point sa premire entreprise4 ,on et dit que les ,gaulois avoient t battus ,tolbiac1 tant ils s'empressrent de se soumettre au joug du vainqueur des ,allemands4 ,mais ,clovis1 dont les succs rendoient l'ambition toujours plus agissante1 ne se contenta pas de possder les provinces de la ,gaule1 soumises aux derniers empereurs d',occident4 ,il avoit eu le bonheur1 lorsqu'il se convertit la religion chrtienne1 d'tre instruit dans nos mystres1 par un vque orthodoxe2 et cet avantage seul1 le rendit redoutable aux ,visigoths et aux ,bourguignons1 encore mal affermis sur leurs conqutes4 ,ces barbares infects depuis long-tems des erreurs de l',arianisme1 qu'ils cherchoient tendre dans les ,gaules par la voie de la force1 toient regards comme des impies par le peuple1 et comme des tyrans par le clerg1 dont ils gnoient la doctrine et qu'ils dpouilloient de ses biens4 ,clovis profita habilement de cette disposition des esprits2 les vques favorisrent son entreprise1 il ruina la puissance des ,visigoths au-del de la ,loire2 et aprs avoir rendu les ,bretons ses tributaires1 il branla un tel point la monarchie des ,bourguignons1 que ses fils en firent aisment la conqute4 ,,chapitre ,,ii4 ,quelle fut la condition des ,gaulois et des autres peuples soumis la domination des ,franais4 ,le moment o les ,franais tablirent leur empire dans les ,gaules1 dut parotre effrayant aux naturels du pays2 je ne parle pas des violences qui se commirent dans le cours de la conqute1 on imagine aisment les ravages d'une arme dont chaque soldat combat pour s'enrichir1 et croit que le droit du vainqueur est le droit de tout faire impunment4 ,la conduite des ,franais ne fut pas vraisemblablement moins dure1 quand ils commencrent vouloir profiter des avantages de la victoire1 et fixer leur fortune jusqu'alors incertaine4 ,depuis que ,clodion avoit occup ,tournay1 et que le commerce plus frquent des ,romains leur avoit appris connotre le prix des richesses1 ils toient devenus d'une avidit insatiable2 et le gouvernement qu'ils avoient apport de ,germanie1 toit plus propre favoriser les passions1 qu' les rprimer4 ,rien ne nous instruit de la manire dont ils acquirent des terres2 si1 l'exemple des ,visigoths et des ,bourguignons1 ils avoient forc chaque propritaire leur abandonner une certaine partie de ses possessions1 nous en trouverions infailliblement quelque trace dans nos anciens monumens4 ,le silence de nos lois et de ,grgoire de ,tours1 sur un trait si important1 permet de conjecturer qu'ils se rpandirent sans ordre dans les provinces qu'ils avoient subjugues1 et s'emparrent sans rgle d'une partie des possessions des ,gaulois4 ,terres1 maisons1 esclaves1 troupeaux1 chacun prit ce qui se trouvoit sa biensance1 et se fit des domaines plus ou moins considrables1 suivant son avarice1 ses forces1 ou le crdit qu'il avoit dans sa nation4 ,si les ,gaules ne furent pas rduites en servitude1 c'est que les ,franais n'avoient d'ide que de la libert1 qu'ils traitoient1 ainsi que les autres ,germains1 leurs esclaves comme des hommes1 et que la tyrannie1 bien diffrente du brigandage et de la violence1 demande des vues et un art dont ils toient bien loigns4 ,la victoire les rendit insolens et brutaux2 ils s'accoutumrent faire des injures aux ,gaulois3 et quand ils crivirent leurs coutumes et les rdigrent en lois1 ils tablirent une diffrence#h humiliante entre eux et les vaincus4 ,le ,gaulois fut jug un homme vil1 son sang fut estim une fois moins que celui d'un ,franais2 et dans tous les cas1 on ne lui paya que la moiti de la composition qu'on devoit celui-ci4 ,il ne faut que jeter les yeux sur nos lois saliques et ripuaires1 pour voir combien les ,franais toient attachs aux coutumes dans lesquelles ils avoient t levs4 ,ils toient en mme-temps trop ignorans et trop heureux dans leurs entreprises1 pour se douter de ce qui leur manquoit dans leur nouvelle situation4 ,cet attachement pour les usages les moins importans1 est la preuve la plus forte que leur gouvernement ne souffrit d'abord aucune altration dans ses principes les plus essentiels4 ,la nation toujours libre1 et formant une vraie rpublique1 dont le prince n'toit que le premier magistrat1 rgnoit en corps sur les diffrens peuples qui habitoient ses conqutes4 ,le champ de mars fut encore assembl2 les grands continurent former le conseil du prince1 et les cits des ,gaules furent gouvernes comme l'avoient t les bourgades de ,germanie3 les anciens ,grafions1 sous les noms nouveaux de ducs ou de comtes1 toient -la-fois capitaines et juges des habitans de leur ressort4 ,il n'est pas douteux que cet assemblage de nouveauts ne dt parotre le comble des maux pour les ,gaulois1 dont les murs et les lois toient si diffrentes1 et que le despotisme des empereurs avoit accoutums s'effrayer de tout changement4 ,je crois cependant qu'aprs tre revenus de leur premire terreur1 et s'tre familiariss avec leurs matres1 ils n'eurent bientt plus lieu de regretter leur ancienne situation4 ,l'avarice des empereurs1 et l'insolence de leurs officiers1 avoient accoutum les ,gaulois aux injustices1 aux affronts et la patience4 ,ils ne sentoient point l'avilissement o la domination des ,franais les jetoit1 comme l'auroit fait un peuple libre4 ,le titre de citoyens ,romains qu'ils portoient1 n'appartenoit depuis long-temps qu' des esclaves2 et force d'avoir t pills et battus par les barbares1 ils avoient appris les respecter4 ,ils virent passer une partie de leurs biens entre les mains des ,franais1 mais ils s'attendoient vraisemblablement souffrir des pertes encore plus considrables2 et ce qui leur resta1 servit les consoler de ce qu'ils avoient perdu4 ,comme le pillage se fit au hasard1 plusieurs citoyens n'en souffrirent point1 et les autres en furent ddommags par la suppression des anciens impts4 ,ces douanes#i1 ces cens1 ces capitations1 et1 pour le dire en un mot1 tous ces tributs que l'avarice et le faste des empereurs avoient exigs de leurs sujets1 tombrent dans l'oubli sous le gouvernement des ,franais4 ,le prince eut pour subsister#aj ses domaines1 les dons libres que lui faisoient ses sujets1 en se rendant l'assemble du champ de mars1 les amendes1 les confiscations1 et les autres droits que la loi lui attribuoit4 ,au lieu d'une socit toujours pauvre1 parce que les sujets mercenaires s'y devoient faire payer pour remplir les devoirs de citoyen1 les ,gaulois se trouvrent dans un tat riche1 parce que le courage et la libert en toient l'ame4 ,comme les ,franais ne vendoient point leurs services la patrie1 ils n'imaginrent pas d'acheter ceux des ,gaulois ni des barbares qui se soumirent leur autorit4 ,toute imposition devint donc inutile1 et les sujets simplement obligs1 ainsi que leurs matres1 de faire la guerre leurs dpens1 quand leur cit toit#aa commande1 ne contriburent comme eux qu' fournir des voitures aux officiers publics qui passoient dans leur province1 et les dfrayer2 c'toit moins les assujettir un impt1 que les associer la pratique de l'hospitalit1 vertu extrmement prcieuse aux ,germains1 et ils ne furent tenus qu'aux mmes devoirs que les ,franais4 ,non-seulement les ,gaulois eurent la satisfaction de conserver leurs#ab lois nationales1 avantage dont jouirent galement tous les autres peuples soumis la domination franaise2 mais ils se virent encore lever une sorte de magistrature4 ,en effet1 les ducs1 les comtes et leurs centeniers ou vicaires1 distribus en diffrens endroits de leurs gouvernemens pour y rendre la justice1 ne pouvoient prononcer un jugement sans prendre1 parmi les citoyens les plus notables1 sept assesseurs1 connus sous les noms de ,rachinbourgs1 ou de ,scabins2 et ces assesseurs1 toujours choisis dans la nation de celui contre qui le procs toit intent1 faisoient la sentence1 le chef du tribunal la prononoit seulement4 ,les ,gaulois se trouvrent par-l leurs propres juges1 prrogative que la vnalit des magistrats1 sous le gouvernement de l'empire1 rendoit bien prcieuse2 et ils ne durent plus s'en prendre qu' leur propre corruption1 si la justice fut encore vendue ou mal administre4 ,il semble que plus les ,franais seroient attachs leurs anciennes coutumes1 plus le sort des vaincus seroit malheureux2 et il arriva au contraire que1 par une suite mme de cet attachement1 ils abandonnrent aux ,gaulois une grande partie de l'autorit publique4 ,tacite remarque que les ,germains avoient un extrme respect pour les ministres de leur religion3 les prtres jouissoient chez eux des prrogatives les plus considrables2 c'est eux qu'appartenoit la manutention de l'ordre et de la police dans les assembles gnrales de la nation4 ,ils reprenoient1 arrtoient et chtioient un citoyen qui y manquoit son devoir2 et cette juridiction devoit leur donner un crdit d'autant plus tendu1 qu'on les croyoit inspirs par les ,dieux dont ils toient les ministres4 ,comment les ,franais1 en embrassant le christianisme1 n'auroient-ils pas conserv1 pour les prtres de leur nouvelle religion1 les sentimens de vnration auxquels ils toient accoutums l'gard des prtres de leurs idoles8 ,ils trouvrent dans les ,gaules un clerg que la libert des empereurs avoit combl de privilges1 qui avoit des murs au milieu des richesses qu'il devoit la pit des fidelles1 qui faisoit des miracles1 ou qui avoit la rputation d'en faire1 et qui profitant1 dans la dcadence de l'empire1 de la foiblesse du gouvernement1 s'toit attribu une autorit favorable au bien public1 laquelle il et t dangereux de vouloir porter atteinte1 et qui fut utile ,clovis mme1 quand il fit la guerre aux ,visigoths et aux ,bourguignons4 ,des prtres qui convertissent une nation1 en sont les matres s'ils veulent l'tre4 ,les vques se contentrent d'tre chez les ,franais chrtiens1 ce que les prtres de leurs faux-dieux avoient t chez les ,franais idoltres4 ,quoique pendant long-temps ils fussent encore tous ,gaulois de naissance1 et se gouvernassent par consquent par les lois romaines1 non-seulement ils entrrent dans les assembles de la nation1 mais y occuprent mme la premire#ac place4 ,sous le rgne de ,clotaire ,i1 ils travaillrent1 de concert avec les ,franais1 corriger les lois saliques et ripuaires1 et obtinrent1 par ces lois mmes1 des distinctions suprieures celles de tous les autres citoyens4 ,ils exercrent une sorte d'intendance sur tous les tribunaux de la nation2 et dans l'absence du roi1 qui on appeloit des jugemens rendus par les comtes et les ducs1 on s'adresssa aux vques1 qui eurent1 comme lui1 le droit de chtier les juges qui malversoient dans l'exercice de leur emploi1 de casser et de rformer leurs sentences4 ,il est vraisemblable que les ecclsiastiques1 encore plus accrdits par leurs lumires1 quoique fort ignorans1 que par le rang qu'ils occupoient1 servirent de lien entre les deux nations1 et employrent leur crdit et leur autorit pour empcher l'oppression de leurs compatriotes et de leurs parens4 ,c'est leur prire sans doute que les ,gaulois1 d'abord humilis1 mpriss et traits en vaincus1 obtinrent le privilge qu'avoit tout barbare tabli sur les terres de la domination franaise1 de s'incorporer la nation victorieuse#ad1 et de se naturaliser franais4 ,c'est--dire1 qu'un ,gaulois1 aprs avoir dclar devant le prince1 ou en prsence du duc et du comte dans le ressort duquel il avoit son domicile1 qu'il renonoit la loi romaine pour vivre sous la loi salique ou ripuaire1 commenoit jouir des prrogatives propres aux ,franais1 obtenoit les mmes compositions1 de sujet devenoit citoyen1 avoit place dans les assembles du champ de mars1 et entroit en part de la souverainet et de l'administration de l'tat4 ,malgr tant d'avantages attachs la qualit de franais1 il est vrai que la plupart des pres de famille1 soit ,gaulois1 soit barbares tablis dans les ,gaules1 ne s'incorporrent pas la nation franaise1 et continurent tre sujets4 ,on ne concevroit point cette indiffrence profiter de la faveur de leurs matres1 si on ne faisoit attention que la libert que tout ,gaulois et tout barbare avoit de devenir franais1 levoit la honte ou le reproche de ne l'tre pas4 ,le long despotisme des empereurs1 en affaissant les esprits1 avoit accoutum les uns ne pas mme dsirer d'tre libres1 et les autres1 par une vanit mal entendue1 conservoient le plus grand attachement pour les lois et les usages particuliers de leur nation4 ,l'habitude a des chanes qu'il est difficile de rompre2 il parut sans doute trop dur aux ,gaulois de renoncer leurs lois1 leurs murs et leurs coutumes1 pour se soumettre un code aussi barbare que celui des vainqueurs4 ,les devoirs qu'ils devoient l'tat1 n'auroient t ni moins nombreux1 ni moins tendus2 ils n'auroient mme vit aucune injure de la part des ,franais naturels1 qui1 toujours dsunis1 froces1 brutaux et emports1 se traitoient en ennemis1 sans gard pour leur origine commune4 ,ce qui dtermina principalement les ,gaulois et les autres sujets des ,franais prfrer de vivre sous leurs lois nationales1 aux avantages que leur promettoit la naturalisation1 c'est que les principes du gouvernement populaire apport de ,germanie1 furent branls et dtruits presqu'aussitt que les ,gaules furent conquises4 ,les grands et le prince1 comme on va le voir1 s'tant empars de toute l'autorit publique1 au prjudice du reste de la nation1 les trangers d'une fortune obscure1 ou mme mdiocre1 auroient renonc leurs coutumes pour suivre la loi salique ou la loi ripuaire1 sans cesser d'tre sujets4 ,,chapitre ,,iii4 ,des causes qui contriburent ruiner les principes du gouvernement dmocratique des ,franais4--,comment les successeurs de ,clovis s'emparrent d'une autorit plus grande que celle qui leur toit attribue par la loi4--,tyrannie des grands4--tablissement des seigneuries4 ,les ,franais ayant enfin une patrie1 des terres et des habitations fixes1 ne tardrent pas prouver l'insuffisance des lois germaniques4 ,leurs anciennes murs1 qui les portoient au brigandage1 toient en contradiction avec leur nouvelle situation4 ,faute de principes conomiques et politiques1 ils toient embarrasss1 comme citoyens1 de leur fortune domestique1 et comme souverains1 de tous ces peuples diffrens qui leur obissoient sans avoir de liaison entre eux1 et avec des prjugs opposs4 ,les ,franais auroient eu besoin d'un discernement profond pour se dterminer avec sagesse dans le choix des nouveauts qu'un ordre de choses tout nouveau rendoit ncessaires2 mais leur ignorance les foroit adopter indiffremment tous les moyens que le bonheur ou le malheur des conjonctures leur suggroient4 ,attachs par habitude leurs coutumes1 mais fatigus des dsordres qu'elles produisoient1 ils essayrent de chercher dans les lois romaines un remde aux maux qu'ils prouvoient4 ,le code mme des ripuaires en offre une preuve certaine2 et quoiqu'il nous reste peu d'ordonnances faites sous les premiers ,mrovingiens1 nous voyons qu'avant la fin du sixime sicle1 les ,franais avoient dj adopt la doctrine salutaire des ,romains au sujet de la prescription2 et que1 renonant cette humanit cruelle qui les enhardissoit au mal1 ils infligrent peine de mort contre l'inceste1 le vol et le meurtre1 qui jusques-l n'avoient t punis que par l'exil1 ou dont on se rachetoit par une composition4 ,les ,franais1 en rformant quelques-unes de leurs lois civiles1 portrent la svrit aussi loin que leurs pres avoient pouss l'indulgence2 et1 faute de proportionner les chtimens la nature des dlits1 ils firent souvent des lois absurdes1 tyranniques1 et par consquent impraticables4 ,mais quand elles auroient t plus sages que celles des ,romains1 elles n'auroient produit aucun bien solide2 quoi sert de rgler avec prudence les droits respectifs des citoyens1 et de leur prescrire une conduite favorable l'ordre public1 si ces lois n'ont pour base un gouvernement propre les protger et les faire observer8 ,une dmocratie tempre par le conseil des grands et l'autorit du prince1 avoit donn aux ,franais1 tandis qu'ils ne vivoient que de pillage1 tout ce qui est ncessaire pour la sret et les progrs d'une socit de brigands4 ,on sait que les politiques ont regard cette forme de gouvernement comme la plus capable d'clairer une nation sur ses intrts1 et d'aiguiser l'esprit et le courage des citoyens4 ,vraisemblablement elle auroit encore fait natre parmi les ,franais les qualits et les institutions ncessaires un peuple qui a une fortune et des tablissemens fixes1 s'ils avoient travaill l'affermir2 mais peine avoient-ils t tablis dans les ,gaules1 que l'amour de la libert n'avoit plus t leur premire passion4 ,leurs conqutes relchrent les ressorts de leur gouvernement2 de nouveaux besoins et de nouvelles circonstances1 leur donnant des ides diffrentes de celles qu'ils avoient apportes de ,germanie1 les dtachrent insensiblement de leurs anciens principes politiques4 ,au lieu de s'tablir dans une mme contre1 les ,franais s'toient rpandus et l dans toute l'tendue de leurs conqutes2 ne conservant ainsi aucune relation entre eux1 les forces de la nation semblrent en quelque sorte s'vanouir2 les citoyens n'eurent plus un mme intrt1 et ne purent clairer et rgler avec la mme vigilance qu'autrefois la conduite de leurs chefs4 ,le besoin de butiner avoit attach autrefois chaque particulier au corps de la nation1 parce qu'aucun n'avoit une fortune qui lui suffit3 ce lien ne subsista plus aprs la conqute1 chaque ,franais crut avoir tout fait1 quand il eut acquis un patrimoine1 et se livra au plaisir de faire valoir ses nouvelles possessions1 ou de troubler ses voisins dans les leurs4 ,le bien public fut sacrifi l'intrt particulier1 et ce changement dans les murs annonoit une rvolution prochaine dans le gouvernement4 ,tacite a remarqu que les ,germains toient peu exacts se rendre leurs assembles publiques2 peut-tre toient-ils excusables1 car la pauvret tient lieu de bien des vertus et de bien des lois2 et des hommes qui ont peu de besoins1 et qui on ne peut ter que la vie1 sont toujours libres quand ils veulent l'tre4 ,mais les ,franais toient devenus riches1 sans se douter que leurs richesses toient un appas capable de tenter la cupidit des plus puissans d'entre eux1 et que leurs nouveaux besoins toient autant de chanes dont on pouvoit les garroter4 ,le gouvernement1 qui tolroit leurs injustices1 parce qu'il ignoroit l'art de les rprimer et d'tablir l'ordre1 leur inspira une scurit dangereuse4 ,moins les lois civiles conservoient de force sur les citoyens1 plus les ,franais auroient d craindre pour la perte de leur fortune domestique et de leur libert2 mais ils toient encore trop loin de cette vrit pour l'entrevoir4 ,confondant1 au contraire1 la licence la plus extrme avec la libert1 ils crurent qu'ils seroient toujours libres1 parce qu'on ne pouvoit pas les rprimer2 ils s'abandonnrent avec scurit l'avarice et leur paresse naturelle1 et ngligrent de se rendre aux assembles du champ de mars1 qui ne se tinrent plus rgulirement1 et qu'on cessa bientt de#ae convoquer4 ,toute l'autorit dont le corps entier de la nation avoit joui1 se trouva ainsi renferme dans le conseil compos du prince et des grands1 qui n'avoit jusqu'alors possd que la puissance excutrice4 ,mais cette aristocratie naissante ne portoit elle-mme sur aucun fondement solide2 les fils de ,clovis toient devenus trop riches et trop ambitieux pour se contenter du pouvoir born de leurs pres2 et depuis que les lois avoient admis les vques l'administration des affaires1 et que quelques ,gaulois avoient mme t levs la dignit de ,leudes1 les grands1 qui n'avoient plus un mme esprit1 avoient des intrts opposs4 ,ils ne connoissoient ni l'tendue1 ni les bornes de leur autorit2 et tandis que les uns n'aspiroient qu' devenir des tyrans1 les autres ne demandoient qu' tre esclaves4 ,les vques1 accoutums au pouvoir arbitraire sous des empereurs qui ne respectoient aucune loi1 n'avoient joui qu'en tremblant des immunits qu'ils tenoient de la pit de ,constantin et de quelques-uns de ses successeurs2 et ne les avoient conserves qu'en avouant toujours qu'on pouvoit les leur ter4 ,le clerg1 plus instruit des matires de la religion que de celles de la politique1 et dont le caractre propre est de conserver1 par une sorte de tradition1 le mme langage1 crut tre encore sujet dans une monarchie1 quand il toit devenu le premier corps d'une rpublique4 ,il ne s'apperut pas que la nature de ses privilges avoit chang avec le gouvernement des ,gaules2 et que les prrogatives qu'il ne possdoit que d'une manire prcaire sous les empereurs romains1 il les tenoit actuellement de la constitution franaise1 et qu'elles toient devenues des droits aussi sacrs que ceux de tous les autres ordres de la nation4 ,saint ,paul avoit recommand l'obissance la plus entire aux puissances1 c'est--dire1 aux lois dans les gouvernemens libres1 et au monarque dans les monarchies2 car la religion chrtienne n'a rien voulu changer l'ordre politique des socits3 mais les vques ne faisoient pas cette distinction ncessaire2 parce que le premier magistrat des ,franais s'appeloit roi1 ils imaginrent que le gouvernement toit1 ou devoit tre monarchique4 ,n'entendant pas mieux ,samuel que ,saint ,paul1 ils crurent qu'il toit de l'essence de tout roi de faire tout ce qu'il vouloit1 que c'toit un pch de ne pas respecter aveuglment ses caprices2 et que ,dieu1 par le plus incomprhensible de tous les mystres1 trouvoit mauvais que des hommes qui s'toient fait un chef de leur gal1 pour faire observer les lois1 et y obissant lui-mme1 osassent lui demander compte de l'administration dont ils l'avoient charg pour le bien public4 ,si ,clotaire veut imposer une taxe sur les biens de l'glise1 l'vque ,injuriosus ne s'y oppose point comme une entreprise contraire la libert de la nation1 mais comme un sacrilge4 ,il oublie qu'il est citoyen1 pour ne parler qu'en vque#af1 qui croit que les possessions de l'glise sont le patrimoine de ,dieu et des pauvres4 ,dans mille endroits des crits de ,grgoire de ,tours1 on voit avec tonnement que ce prlat raconte des faits qui prouvent la libert des ,franais1 avec les tours et les expressions d'un homme qui ne connot que le pouvoir arbitraire4 ,ne croiroit-on pas qu'il parle un empereur romain1 revtu de tout le pouvoir de sa nation1 lorsqu'il dit ,chilpric3 si quelqu'un de nous s'carte des rgles de la justice1 vous pouvez le corriger2 mais si vous les violez vous-mme1 qui vous reprendra8 ,nous vous faisons des remontrances1 et vous les coutez1 si vous le jugez propos2 mais si vous les rejetez1 ,dieu seul est en droit de vous juger4 ,il est vraisemblable cependant que les successeurs de ,clovis n'auroient attaqu1 ni si promptement ni si hardiment les liberts de la nation1 si les grands1 qu'on appeloit ,leudes#ag1 fidelles1 ou ,antrustions1 eussent encore t tels dans les ,gaules qu'ils avoient t en ,germanie4 ,ce n'toit qu'aprs s'tre distingu par quelqu'acte clatant de courage1 qu'un ,franais toit autrefois admis prter le serment de fidlit au prince4 ,par cette crmonie1 on toit tir de la classe commune des citoyens1 pour entrer dans un ordre suprieur1 dont tous les membres1 revtus d'une noblesse personnelle1 avoient des privilges particuliers1 tels que d'occuper dans les assembles gnrales une place distingue1 de possder seuls les places publiques1 de former le conseil toujours subsistant de la nation1 ou cette cour de justice dont le roi toit prsident1 et qui rformoit les jugemens rendus par les ducs et les comtes4 ,les ,leudes ne pouvoient tre jugs dans leurs diffrends que par le prince1 et ils exigeoient une composition plus considrable que les simples citoyens1 quand on les avoit offenss4 ,aprs la conqute des ,gaules1 la fortune commena tenir lieu de mrite4 ,ce ne furent plus les citoyens les plus dignes de l'estime publique1 qui composrent seuls l'ordre des ,leudes2 les plus riches ou les plus adroits plaire y furent associs3 c'toit accrditer l'avarice et la flatterie4 ,les princes admirent au serment des ,gaulois qui s'toient naturaliss ,franais1 et ces nouveaux ,leudes ne furent pas moins indiffrens sur la libert1 ni moins courtisans que les vques4 ,toute mulation fut teinte1 quand des esclaves mme que leurs matres venoient d'affranchir1 furent scandaleusement levs aux dignits dont on rcompensoit autrefois les services et les talens les plus distingus4 ,les prdcesseurs de ,clovis1 et vraisemblablement ce prince lui-mme1 s'toient fait respecter des grands1 en ne leur donnant que quelque prsent mdiocre1 tel qu'un cheval de bataille#ah1 un javelot1 une francisque ou une pe4 ,ces rcompenses1 alors si prcieuses1 parurent viles aprs les changemens survenus dans la fortune des ,franais et les murs des ,leudes4 ,les rois ,mrovingiens1 toujours intresss mnager ces derniers1 pour agrandir la prrogative royale sans soulever le reste de la nation1 imaginrent donc un nouveau genre de libralits plus propre leur plaire2 ils donnrent quelque portion de leur domaine mme2 et c'est ce que nos anciens monumens appellent indiffremment bnfice ou fisc1 et que quelques crivains modernes ont eu tort de confondre avec les possessions qu'on a appelles depuis des fiefs4 ,soit par dfaut de connoissances ou d'conomie1 soit par une suite des partages survenus dans les successions1 les ,franais voyoient diminuer de jour en jour la fortune que leurs pres avoient acquise4 ,le prince1 qui rparoit ces disgraces1 ne parut plus le simple ministre des lois4 ,sous une vaine apparence d'aristocratie1 les fils de ,clovis1 qui avoient subjugu le conseil de la nation par leurs bienfaits1 s'en trouvrent les matres2 ils s'emparrent d'autant plus aisment de toute la puissance publique1 que1 pour s'assurer de la reconnoissance des courtisans1 et s'attacher par l'esprance ceux-mmes qui ils n'accordoient aucune grce1 ils avoient eu la prcaution de se rserver le droit de reprendre leur gr les bnfices qu'ils avoient accords4 ,rien ne pouvoit rsister des princes qui savoient si bien user de leur fortune4 ,loin de s'opposer leurs injustices1 des ,leudes qui vouloient les enrichir pour les piller1 et les rendre puissans pour abuser de leur puissance1 les encourageoient mpriser les lois1 et leur apprenoient l'art de se faire de nouvelles prrogatives4 ,je ne crois pas qu'il soit impossible de distinguer les entreprises inspires par les ,leudes ,gaulois d'origine1 de celles qui toient l'ouvrage des ,franais4 ,l'tablissement des douanes1 des capitations1 et des impts sur les terres2 ces prceptions odieuses1 ou ces diplmes par lesquels le prince accordoit des privilges particuliers1 dispensoit de la loi1 et ordonnoit mme quelquefois de la violer de la manire la plus criminelle1 ont une analogie vidente avec l'ancien gouvernement des empereurs1 et supposent des connoissances et un raffinement que les ,franais n'avoient pas4 ,s'emparer1 au prjudice des hritiers lgitimes1 de la succession de ceux qui mouroient sans testament2 autoriser les fermiers des domaines royaux faire patre leurs troupeaux sur les terres de leurs voisins2 se croire le matre de tout1 parce qu'on est le plus fort et le plus injuste3 tout cela ne demande que l'insolence et la brutalit que les ,franais avoient apportes de ,germanie4 ,cependant les rois ,mrovingiens ne sachant point agrandir leur autorit avec mthode1 et forcer toutes les parties de l'tat se courber la fois sous le poids de leur sceptre2 plusieurs grands1 qui conservoient encore l'ancien esprit de la nation1 ou qui toient les plus riches et les plus puissans1 eurent le courage et le bonheur d'chapper au joug qu'on leur avoit prpar4 ,soit qu'ils craignissent les forces de la cour et fussent intimids par l'indiffrence avec laquelle le peuple voyoit la dcadence du gouvernement1 soit qu'ils aimassent moins la libert publique que leur propre lvation1 ils n'entreprirent rien en faveur des lois1 et profitrent au contraire des exemples d'injustice qu'on leur donnoit4 ,les nouveauts1 avec lesquelles les ,franais commenoient se familiariser1 et les dsordres qui en rsultoient1 sembloient autoriser toutes les violences2 on essaya ses forces2 on tenta des entreprises1 et ds que quelques grands esprrent de pouvoir devenir impunment des tyrans1 ils se firent des droits sur leurs voisins qui possdoient des terres avec la mme indpendance qu'eux1 et donnrent ainsi naissance nos seigneuries#ai patrimoniales4 ,quoique la plupart des premires seigneuries doivent vraisemblablement leur origine l'injustice des ,leudes qui1 abusant de leur crdit ou de leurs forces1 exigrent des corves et des redevances de leurs voisins1 les gnrent par des pages1 et se rendirent les arbitres de leurs querelles1 pour percevoir leur profit les mmes droits que les plaideurs devoient leurs juges naturels3 je ne doute pas cependant que d'autres n'aient t le fruit d'une protection justement accorde1 et de la reconnoissance qu'elle mritoit4 ,en effet1 les diffrens princes qui1 aprs le rgne de ,clovis1 partagrent entre eux les provinces de la domination ,franaise1 toient continuellement en guerre les uns contre les autres1 ou contre leurs voisins4 ,tandis que leurs armes1 sans discipline1 traversoient les ,gaules en ravageant tout sur leur passage1 ne distinguoient point si elles toient en pays ami ou ennemi1 et regardoient les hommes mmes comme une partie du butin2 les habitans de la campagne1 pour se mettre l'abri du pillage1 et mme de la servitude1 se rfugioient avec leurs effets les plus prcieux1 dans les chteaux de quelques ,leudes puissans1 ou dans les glises1 dont le patron1 clbre par ses miracles1 avoit sur-tout la rputation d'tre peu patient#bj et fort vindicatif4 ,ils s'ouvroient ces asyles par des prsens2 et ce qui ne fut d'abord que le gage de la reconnoissance envers leurs protecteurs1 devint1 avec le temps1 la dette d'un sujet son seigneur4 ,les ducs1 les comtes et les centeniers avoient tous achet leur emploi1 ou s'en toient rendus dignes par quelque lchet1 depuis que le prince s'toit attribu le pouvoir d'en disposer sans consulter le champ de ,mars2 et ses magistrats1 chargs de toutes les parties du gouvernement dans leurs provinces1 faisoient un commerce scandaleux de l'administration de la justice4 ,aprs avoir viol toutes les lois1 dont les prceptions ou les ordres particuliers du roi tenoient la place1 on en toit venu jusqu' ne plus daigner s'en tenir aux formalits ordinaires4 ,pour se soustraire la tyrannie de ces tribunaux iniques1 de malheureux citoyens se soumirent dans leurs diffrends1 l'arbitrage de ceux qui les avoient protgs contre l'avarice et la cruaut des soldats4 ,bientt ils ne reconnurent plus d'autre juge4 ,malgr les efforts des comtes et des ducs1 la nouvelle juridiction des seigneurs fit chaque jour des progrs1 et quand cette coutume eut acquis une certaine force1 et fut assez tendue pour qu'on n'ost plus tenter de la dtruire1 l'assemble des ,leudes dfendit expressment aux magistrats publics d'exercer aucun acte de#ba juridiction dans les terres des seigneurs4 ,je ne m'arrterai pas faire le tableau des maux que produisirent les nouveauts dont je viens de parler2 les plaintes de nos anciens historiens ne sont point exagres cet gard4 ,a quel excs ne doivent pas se livrer les ,franais1 puisqu'ils avoient joint aux vices froces qu'ils apportrent de ,germanie1 les vices lches qu'ils avoient trouvs dans les ,gaules8 ,effarouchs par les obstacles1 enhardis par les succs1 ils s'accoutumrent commetre de sang froid des actions atroces1 que l'emportement le plus furieux ne pourroit justifier4 ,les lois de l'humanit1 les droits du sang furent viols sans remords2 aucune biensance ne supploit aux rgles inconnues de la morale2 la perfidie toit respecte2 et les rois1 comme leurs sujets1 ne mettoient aucun art dguiser leurs plus grands attentats4 ,si ,childebert ,,ii veut se dfaire de ,magnovalde1 il le flatte1 le caresse1 l'attire sa cour sous prtexte d'une fte1 et le fait assassiner au milieu du spectacle4 ,on jette son cadavre par les fentres du palais2 et en se saisissant de ses biens1 le prince ne daigne pas mme faire connotre les motifs d'un forfait qui rompt tous les liens de la socit4 ,marculfe nous a conserv le modle des lettres par lesquelles les ,mrovingiens mettoient sous leur sauvegarde un assassin qu'ils avoient charg du soin de les servir4 ,je dois le remarquer avec soin1 ces attentats infmes dont nos chroniques sont souilles1 sont devenus entre les mains de quelques crivains modernes autant d'argumens pour prouver que le gouvernement des ,franais toit et devoit tre purement arbitraire3 ils ont conclu du fait au droit2 ils ont pris l'abus des murs pour la loi politique1 et pour la constitution naturelle de l'tat1 la contorsion force dans laquelle la violence d'une part1 et la foiblesse de l'autre1 tenoient le corps entier de la nation4 ,mais les faits ne supposent1 ni ne donnent aucun droit1 s'ils ne sont reconnus pour les actes d'une autorit lgitime4 ,la loi qui les condamne est viole1 et non pas dtruite2 et cette loi1 qui n'a pas t la rgle de quelques princes ou de quelques citoyens avares1 sanguinaires et ambitieux1 doit au moins en servir aux philosophes qui jugent leurs actions4 ,qui veut peindre avec fidlit les rvolutions de notre gouvernement sous la premire race1 doit dire que dans l'anarchie o le mpris des lois fit tomber les ,franais1 la nation fut au pillage4 ,les ,leudes1 les princes1 chacun usurpa de nouveaux droits1 et l'empire de la force subsista jusqu' ce qu'enfin les vnemens ramenrent des lois sous le rgne de ,pepin4 ,,chapitre ,,iv4 ,de la conduite et des intrts des diffrens ordres de l'tat4--,comment les bnfices confrs par les rois ,mrovingiens deviennent hrditaires4--,atteinte que cette nouveaut porte l'autorit que ces princes avoient acquise4 ,si les fils de ,clovis avoient t les seuls matres de l'tat1 il est vraisemblable que les ,franais1 quoiqu'ils regardassent chaque violence en particulier comme un vnement commun1 ordinaire et analogue la frocit des murs publiques1 n'auroient pas souffert patiemment cette longue suite d'injustices et de vexations1 qui1 en menaant galement tous les ordres du royaume1 devoit faire craindre chaque citoyen en particulier d'tre la victime du mpris des lois4 ,la multitude ne se souleva pas1 parce qu'elle ne connoissoit plus ses forces depuis la cessation des assembles du champ de ,mars2 d'ailleurs1 elle n'eut ni ne put esprer aucun chef4 ,on a vu que la plupart des ,leudes tenoient de la libralit du prince1 des bnfices amovibles qu'ils craignoient de perdre1 ou ne cherchoient qu' s'en rendre dignes par des complaisances4 ,les grands qui n'toient pas courtisans1 s'occupoient se faire des seigneuries particulires1 et croyoient qu'il toit de leur intrt d'humilier le peuple et de l'accoutumer la patience2 tandis que ceux qui on avoit donn des duchs1 et des comts1 ne pouvant en sous-ordre exercer un pouvoir arbitraire dans leurs provinces1 qu'autant qu'ils favoriseroient l'ambition du prince1 toient eux-mmes les plus grands ennemis des lois4 ,les nouveaux seigneurs1 qui se faisoient des principauts1 en quelque sorte indpendantes1 dans le cur de l'tat1 ne pouvoient affermir leur autorit qu'en prescrivant des bornes l'autorit royale4 ,si on laissoit le temps au prince d'acqurir de trop grandes forces et d'accoutumer ses courtisans et le peuple regarder ses prtentions comme autant de droits1 il toit naturel qu'il tournt toute sa puissance contre les seigneurs1 et qu'en les forant de renoncer leurs usurpations1 il les mt dans la ncessit d'obir4 ,cet intrt toit facile dmler2 et si ces seigneurs l'avoient connu1 sans doute que leur inquitude et leurs rvoltes1 en divisant l'tat1 auroient ouvert l'entre des ,gaules aux barbares de la ,germanie1 et caus la ruine entire du nom ,franais4 ,heureusement ils se croyoient trop puissans pour avoir quelque crainte4 ,ils ne prvirent rien2 l'inconsidration fut toujours le vice fondamental de notre nation2 et ils auroient t bientt punis de leur imprudence et de leur tyrannie1 si les ,mrovingiens1 aussi inconsidrs qu'eux1 n'avoient fait une faute encore plus grande1 et qui devint le principe de la dcadence de leur autorit1 avant qu'ils eussent atteint le but qu'ils se proposoient4 ,je ne sais par quelle fatalit les hommes injustes nuisent presque toujours leurs intrts1 en multipliant sans besoin les moyens de russir4 ,tout favorisoit les entreprises des rois de ,france2 et le temps seul auroit affermi le gouvernement monarchique1 s'ils n'avoient admis l'honneur de leur prter le serment que les ,franais1 dont le crdit et les talens pouvoient servir l'agrandissement et au maintien de leur pouvoir2 ils reurent1 au contraire1 comme ,leudes1 tous ceux qui1 pour chapper l'oppression publique1 ou se mettre porte d'obtenir des bnfices1 voulurent se faire courtisans4 ,ils crurent augmenter par cette politique le nombre de leurs cratures et devenir plus puissans1 et ils se tromprent4 ,plus les ,leudes se multiplioient1 moins leur tat toit avantageux4 ,tous ne purent pas obtenir des bnfices ou des emplois publics1 et les produits de l'injustice furent enfin trop petits pour le nombre des tyrans2 des esprances trompes firent natre des plaintes et des murmures2 et pour les touffer1 le prince1 qui n'avoit t jusques-l que libral1 fut oblig d'tre prodigue4 ,tandis que les ,leudes mettoient impitoyablement contribution l'orgueil des ,mrovingiens et leur envie de dominer1 les ecclsiastiques1 qui songeoient de leur ct tirer parti des autres passions de ces princes1 avoient soin de leur mettre sous les yeux toute la rigueur des jugemens de ,dieu1 et par je ne sais quelle inconsquence1 pensoient cependant qu'on peut dsarmer sa colre force de fondations pieuses4 ,on croyoit en quelque sorte dans ces sicles grossiers1 que l'avarice toit le premier attribut de ,dieu1 et que les saints faisoient un commerce de leur crdit et de leur protection4 ,de l les richesses immenses donnes aux glises par des hommes dont les murs dshonoroient la religion2 et de l le bon mot de ,clovis1 que ,saint-,martin ne servoit pas mal ses amis1 mais qu'il se faisoit payer trop cher de ses peines4 ,les richesses de la couronne ainsi mises au pillage1#bb furent bientt puises2 et les rois1 dgrads par leur pauvret1 n'auroient plus t que d'odieux prte-noms d'une injustice dont les ,leudes et le clerg auroient retir tout l'avantage1 s'ils n'eussent eu recours l'artifice pour se soutenir4 ,ils opposrent les partis les uns aux autres1 devinrent chefs de cabales1 et par leurs intrigues fournissent une pture l'inquitude de leur cour4 ,avoit-on quelque raison de moins mnager un grand1 on lui enlevoit ses bnfices1 son comt ou son duch1 pour les donner celui qui1 lass d'attendre inutilement des faveurs1 commenoit se faire craindre4 ,c'est en cela que ,gontran#bc apprit son neveu1 ,childebert ,,ii1 que consistoit principalement l'art de rgner4 ,on fit quelquefois prir un ,leude riche1 pour donner ses dpouilles deux ou trois autres4 ,il dut tre bien dangereux d'avoir une grande fortune1 sans tre assez fort pour la dfendre2 puisque les princes1 presss par la ncessit des circonstances1 en vinrent souvent jusqu' piller les monastres1 et redemander aux glises les domaines qu'ils leur avoient donns4 ,cette odieuse politique russit jusqu' ce que tous les grands en eussent t successivement les dupes2 mais1 indigns enfin de la manire arbitraire dont le prince donnoit1 retiroit1 rendoit et reprenoit ses bnfices1 ce qui ne leur donnoit que des esprances et des craintes1 jamais une fortune solide1 ils songrent remdier cet abus4 ,nous ignorons tous les dtails de leur conduite2 mais quelle qu'elle ait t1 il est sr que1 s'tant rendus les matres du roi par ses propres bienfaits1 ils russirent s'en faire craindre2 et qu'tant assembls ,andely pour traiter de la paix entre ,gontran et ,childebert1 ils forcrent ces princes convenir dans leur trait1 qu'ils ne seroient plus libres de retirer leur gr les bnfices qu'ils avoient confrs1 ou qu'ils confreroient dans la suite aux glises et aux ,leudes4 ,on rendit les bnfices ceux qui en avoient t dpouills la mort des derniers rois2 il est trs-vraisemblable que les grands qui avoient ngoci les articles de la paix1 crurent mme avoir rendu les bnfices#bd hrditaires dans les familles qui les possdoient4 ,ce trait1 en tablissant une espce de rgle1 n'toit propre qu' perptuer les dsordres et aigrir les esprits4 ,il dut avoir pour ennemis les deux princes qui l'avoient contract1 et tous les ,leudes qui1 dans le moment de sa conclusion1 ne possdoient aucun bnfice1 ou qui en furent dpouills4 ,un intrt commun les runit sans doute contre ceux qui s'toient empars de la plupart des domaines de la couronne1 et qui de leur ct durent se lier1 et furent plus attentifs que jamais dfendre leurs nouveaux droits2 de sorte que l'hrdit1 ou du moins la possession assure des bnfices1 toujours attaque par une cabale considrable1 et toujours dfendue par un parti puissant1 devint le principal mobile de tous les mouvemens des ,franais4 ,le trait d',andely1 viol quand les circonstances le permirent1 et excut quand il fut impossible de le violer1 ne causa pas une rvolution subite dans l'tat1 mais la rendit ncessaire1 en ne laissant aucune voie d'accommodement entre les grands4 ,telle toit la situation des ,franais1 lorsque ,brunehaud se vit la tte des affaires des royaumes d',austrasie et de ,bourgogne1 dont ,thodebert ,,ii et ,thieri ,,ii1 ses petits-fils1 toient rois4 ,cette princesse1 fire1 hardie1 avare1 ambitieuse1 qui avoit des talens pour commander1 et qui d'ailleurs un crime ne cotoit rien pour trancher les difficults qui l'arrtoient1 fut incapable de se prter aux mnagemens sans lesquels son ambition ne pouvoit russir4 ,elle se comporta comme si le trait d',andely eut t oubli2 et soit qu'elle ne tentt pas de persuader aux royalistes qu'elle ne vouloit rentrer dans les domaines de la couronne1 et n'tre encore matresse d'en disposer que pour les enrichir2 soit que le parti oppos ft plus fort que le sien2 il clata une rvolte contre elle en ,austrasie2 et elle n'chappa au danger qui la menaoit1 qu'en se retirant avec prcipitation la cour de ,thieri4 ,sa disgrace irrita ses passions au lieu de les modrer1 et continuant gouverner la ,bourgogne comme elle avoit gouvern l',austrasie1 elle eut pour ministre et pour amant1 ,protadius#be1 homme avare1 qui levoit sa fortune sur les ruines de celle des grands1 dont il partageoit les dpouilles avec ,brunehaud4 ,cette conduite souleva un tel point les ,leudes bnficiers d',austrasie et de ,bourgogne1 qu'aprs la mort de ,thieri1 ils refusrent d'lever sur le trne les fils de ce prince1 dans la crainte que ,brunehaud n'exert encore leur autorit4 ,ils dfrrent la couronne ,clotaire ,,ii1 dj roi de ,neustrie1 qui1 pour marquer sa reconnoissance aux conjurs1 poursuivit ,brunehaud leur ennemi1 se rendit son accusateur1 et donna son arme le spectacle d'une reine condamne prir par le supplice le plus cruel et le plus ignominieux4 ,la mort de ,brunehaud toit l'ouvrage des partisans du trait d',andely2 et ils furent sans doute seconds dans cette entreprise par les possesseurs des seigneuries1 qui craignoient que leurs droits encore quivoques ne fussent dtruits1 et n'attendoient qu'une rvolution pour les faire autoriser4 ,ils comprirent que par la condamnation d'une reine puissante au dernier supplice1 ils avoient dgrad la royaut1 et que le prince ne pourroit plus leur rsister4 ,ils profitrent de leur avantage1 et ,clotaire ,,ii se sentant en quelque sorte frapp du coup qu'il avoit port ,brunehaud1 fut oblig d'obir des hommes dont il avoit trop bien servi la vengeance4 ,la clbre assemble que les vques et les ,leudes ennemis de ,brunehaud tinrent ,paris en #fae1 dcida irrvocablement#bf la question de l'hrdit des bnfices1 et lgitima les droits que les seigneurs avoient acquis dans leurs terres4 ,c'toit l'avarice des grands1 et non l'amour du bien public1 qui dicta les lois portes dans cette assemble2 ainsi ils ne songrent point donner une forme constante et durable au gouvernement1 et s'ils l'avoient tent1 il est vraisemblable qu'ils n'auroient pris que des mesures fausses et inutiles4 ,satisfaits d'avoir fait dcider en leur faveur une question d'o dpendoit leur fortune1 les bnficiers et les seigneurs n'trent ,clotaire que les droits nouvellement tablis sous les rgences de ,frdgonde et de ,brunehaud1 et lui laissrent la jouissance de tous ceux que ses prdcesseurs s'toient faits jusqu' la fin des rgnes de ,gontran1 de ,chilpric et de ,childebert4 ,l'usage funeste des prceptions fut conserv2 et les vques exigrent seulement que les rois s'engageassent ne plus donner de ces rescrits pour autoriser quelques-uns de leurs courtisans enlever des religieuses de leurs monastres1 et les pouser4 ,il n'est point parl de la nomination aux duchs et aux comts dans l'ordonnance que l'assemble de ,paris publia4 ,peut-tre que cette importante matire toit rgle dans les articles qui ne sont pas venus jusqu' nous4 ,il est cependant plus vraisemblable que les grands ne rclamrent pas le privilge#bg de les confrer2 puisque ,clotaire1 de son autorit prive et sans le consentement des vques ni des ,leudes1 leva la dignit de maire du palais de ,bourgogne1 ,varnachaire1 qui avoit t le chef de la conjuration contre ,brunehaud1 et que ce ministre disposa son gr des premires dignits4 ,le clerg consentit que l'abus par lequel les prdcesseurs de ,clotaire s'toient souvent arrog le droit de nommer aux prlatures vacantes1 et d'en faire la rcompense des vices de leurs courtisans1 devnt une loi du royaume4 ,quelque jaloux que fussent les vques du pouvoir arbitraire qu'ils affectoient sur le clerg du second ordre1 ils le dposrent en quelque sorte entre les mains du prince1 en s'engageant ne point punir un ecclsiastique1 quelle que ft sa faute1 quand il reviendroit avec une lettre de recommandation de la part du roi4 ,l'autorit qu'on avoit laisse ,clotaire ,,ii toit encore bien tendue2 et il semble qu'il auroit d lui tre ais de s'en servir pour prendre ce qu'on lui avoit t4 ,cependant ce reste de pouvoir toit prt s'vanouir4 ,quelque union qu'il parut entre ,clotaire et l'assemble de ,paris1 ils se craignoient et se hassoient malgr eux1 et l'tat devoit ds-lors prouver de nouvelles agitations4 ,tandis que les familles qui s'toient enrichies aux dpens de la couronne toient pleines de dfiance son gard1 il toit naturel que ,clotaire vt avec chagrin ses domaines alins pour toujours4 ,on devoit le souponner de vouloir les recouvrer1 et par consquent les grands devoient se tenir sur leurs gardes1 et tout tenter pour empcher que les articles de l'assemble de #fae n'eussent le mme sort que le trait d',andely4 ,on attaque1 parce qu'on craint d'tre attaqu2 telle est la marche ordinaire des passions3 ds que des grands inquiets1 jaloux et souponneux formoient des entreprises contre l'autorit royale1 quelles ressources le prince pouvoit-il trouver pour se dfendre8 ,l'hrdit des bnfices lui avoit t le moyen le plus efficace d'acheter des cratures2 il avoit alin les royalistes en trahissant ses propres intrts2 ses droits n'toient encore tablis que sur des coutumes nouvelles2 et quand les lois auroient parl en sa faveur1 les ,franais n'toient-ils pas accoutums les mpriser8 ,en effet1 la prrogative royale diminua de jour en jour3 cette rvolution n'est ignore de personne2 mais les dtails nous en sont entirement inconnus4 ,nos historiens ne nous fournissent aucune lumire satisfaisante1 et le temps nous a drob les ordonnances qui furent vraisemblablement faites dans les#bh assembles des vques et des ,leudes1 qui se tinrent encore quelquefois dans les dernires annes du rgne de ,clotaire ,,ii4 ,ce prince perdit1 les uns aprs les autres1 tous les droits que l'assemble de ,paris lui avoit conservs4 ,il n'est plus le matre de disposer de la mairie mme du palais1 sans le consentement des#bi grands1 ou plutt il est rduit au frivole honneur d'installer dans cet office celui qu'ils ont choisi4 ,clotaire se voit contraint de cder toutes les fois qu'il est attaqu1 et ne laisse ses successeurs qu'une autorit expirante dont les grands sont jaloux1 qu'ils usurpent1 et qu'ils voient chapper de leurs mains dans le moment qu'ils croient en jouir4 ,,chapitre ,v4 ,de l'origine de la noblesse parmi les ,franais4--,comment cette nouveaut contribua l'abaissement de l'autorit royale1 et confirma la servitude du peuple4--,digression sur le service militaire rendu par les gens d'glise4 ,tant que les bnfices ne furent pas hrditaires1 les distinctions accordes aux ,leudes ne furent que personnelles4 ,leur noblesse1 qui ne se transmettoit pas par le sang1 laissoit leurs enfans dans la classe commune des citoyens1 jusqu' ce qu'ils prtassent le serment de fidlit entre les mains du prince4 ,les citoyens1 en un mot1 formoient deux classes diffrentes2 mais les familles toient toutes du mme#cj ordre4 ,quand au contraire les bnfices changrent de nature en devenant hrditaires1 les fils d'un bnficier1 par le droit mme de leur naissance1 qui les appeloit la succession de leur pre1 se trouvrent eux-mmes sous la truste ou la foi du roi1 et furent d'avance ses obligs ou ses protgs4 ,la naissance leur donnant une prrogative qu'on n'acquroit auparavant que par la prestation du serment de fidlit1 on s'accoutuma penser qu'ils naissoient ,leudes4 ,la vanit1 toujours adroite profiter de ses avantages1 est encore plus attentive les tendre sur le plus lger prtexte4 ,ces ,leudes d'une nouvelle espce se crurent suprieurs aux autres1 et on commena prendre de la noblesse l'ide que nous en avons aujourd'hui3 les familles bnficiaires1 qu'on me permette cette expression1 formrent une classe spare1 non-seulement de celles qui n'avoient pas prt le serment de fidlit au prince1 mais des familles mmes dont le chef avoit t fait ,leude suivant l'usage ancien4 ,on ne balancera point regarder ce que je dis ici de l'origine de la noblesse chez les ,franais1 comme une vrit incontestable1 si on remarque que la prestation du serment de fidlit1 qu'on exigea dans la suite indiffremment#ca de tout le monde1 et qui ne fut qu'un gage de l'obissance1 ne valut presque ds-lors aucune distinction1 ou du moins ne donna pas une certaine prrogative de dignit et de prminence1 dont les seules familles bnficiaires jouissoient4 ,cette prrogative est relle1 puisque les familles distingues par leur illustration1 leurs alliances et leurs richesses1 mais qui dans le moment de la rvolution ne se trouvrent pourvues d'aucun bnfice1 se crurent dgrades1 et cherchrent par d'autres voies que la prestation du serment de fidlit1 rparer le tort que l'hrdit des bnfices leur avoit fait4 ,de quoi se seroient-elles plaintes1 si elles n'avoient pas vu que les familles bnficiaires formoient dans l'tat un ordre distingu de citoyens1 et que la loi1 la coutume ou le prjug leur accordoient quelque droit ou quelque honneur particulier8 ,leur jalousie fut extrme1 et pour satisfaire leur orgueil alarm1 il fallut avoir recours une des plus tranges bisarreries dont parle notre histoire2 ce fut1 ainsi que nous l'apprend ,marculfe1 de changer ses propres1 ou1 comme on parloit alors1 son aleu en#cb bnfice3 c'est--dire1 que le propritaire d'une terre la donnoit au prince1 qui1 aprs l'avoir reue en don1 la rendoit au donateur en bnfice4 ,cette mode de faire changer de nature ses biens auroit t la manie la plus extravagante1 si les bnfices n'avoient communiqu une prrogative particulire aux familles qui les possdoient4 ,c'et t rendre sa fortune incertaine et s'exposer perdre une partie de son patrimoine mme1 si quelque vnement imprvu rendoit au prince ses anciens droits sur les bnfices4 ,soit que l'abaissement de la puissance royale1 d'o les bnfices tiraient leur origine1 les dgradt et les avilt2 soit que les esprits s'accoutumassent peu--peu ne regarder dans les bnfices que les droits seigneuriaux qui donnoient une autorit relle2 il arriva1 par une seconde rvolution1 que toutes les seigneuries indistinctement communiqurent leurs possesseurs les privilges1 les droits et la dignit qui n'avoient d'abord appartenu qu'aux seuls bnfices4 ,en effet1 on ngligea sur la fin de la premire race de conserver les titres primordiaux de ses possessions4 toient-elles dans leur origine un bnfice ou un aleu8 ,cette question devint inutile4 ,sans doute que la possession d'un bnfice ne confra plus aucune prrogative particulire2 elle fut mme si peu un titre de noblesse quand les seigneuries formrent1 sous les successeurs de ,clotaire ,,ii1 l'usage gnral du royaume1 que les seigneurs employrent au contraire toutes sortes d'artifices pour dnaturer ces possessions et persuader qu'elles toient des propres4 ,ds qu'il y eut dans l'tat des citoyens qui possdoient des privilges particuliers1 et ne les tenoient que de leur seule naissance1 ils durent mpriser ceux qui ne furent plus leurs gaux1 se runir1 ne former qu'un corps1 et avoir des intrts galement spars de ceux du prince et du peuple4 ,a la qualit de juges1 les seigneurs joignirent celle de capitaines des hommes de leurs terres1 ou plutt ils ne sparrent point des fonctions qui jusques-l avoient toujours t unies dans le prince1 les ducs1 les comtes et les autres magistrats publics de la nation1 et qui pendant plusieurs sicles encore ne formrent qu'un seul et mme emploi4 ,la noblesse1 par-l galement redoutable au peuple par son droit de justice1 et au prince par la milice qu'elle commandoit1 s'toit rendue matresse des lois1 et tenoit entre ses mains toutes les forces de l'tat4 ,il n'en falloit pas davantage pour ruiner l'autorit royale et ter aux ,mrovingiens toute esprance de la relever4 ,les seigneurs auroient de mme affermi leur empire sur le peuple1 si par leur modration ils lui avoient appris le regarder comme lgitime2 mais ils ne savoient pas que rien n'est stable sans le secours des lois2 s'tant levs en les violant1 ils continurent n'avoir d'autre rgle que leur avarice1 leur orgueil et leur emportement4 ,tant de changemens survenus dans la fortune des ,franais produisirent une nouveaut encore plus extraordinaire1 et qui ne fut pas moins funeste la nation4 ,les vques et les abbs qui s'toient fait des seigneuries1 voyant que les seigneurs lacs toient les capitaines de leurs terres1 et ne souffroient plus que leurs sujets allassent la guerre1 sous la bannire du comte ou du duc dans la juridiction duquel ils toient autrefois compris1 crurent que leurs domaines et la dignit du clerg seroient dgrades s'ils ne jouissoient pas de la mme prrogative1 ils allrent donc la guerre et commandrent en personne la milice de leurs terres4 ,a consulter les canons1 c'toit une chose monstrueuse de voir les successeurs des aptres1 et des hommes consacrs au silence et la solitude1 profaner ainsi la saintet du ministre de paix et de charit1 ou1 par une espce d'apostasie1 violer les vux qu'ils avoient faits ,dieu4 ,mais les barbares1 avides et jaloux des richesses du clerg1 commenoient depuis quelque temps tre admis la clricature1 et ils avoient corrompu la discipline ecclsiastique4 ,ds prlats nomms pour la plupart par le prince1 et qui avoient achet l'apostolat prix d'argent ou force de lchets1 avoient enfin accoutum les esprits voir sans tonnement les abus les plus scandaleux4 ,indpendamment du tort que cette conduite du clerg fit aux murs publiques1 en accrditant l'injustice1 la force et la violence1 elle lui donna des intrts opposs ceux du prince et du peuple4 ,des vques usurpateurs1 guerriers1 et assez puissans pour n'avoir plus besoin d'une protection trangre1 ne devoient plus voir dans ,saint-,paul cette obissance aveugle qu'ils avoient autrefois prche4 ,qui ne sait pas respecter les lois1 mprise ncessairement les droits du peuple4 ,les ecclsiastiques favorisrent les entreprises de la noblesse1 et profanrent la religion1 jusqu' en faire l'instrument de leur avarice et de leur ambition4 ,le simple expos de la manire dont les gens d'glise s'engagrent porter les armes suffit1 si je ne me trompe1 pour faire connotre que leur service militaire fut dans son origine une prrogative seigneuriale1 et non pas1 ainsi que des crivains obscurs l'ont avanc dans ces derniers temps1 une charge de l'tat qu'ils fussent obligs d'acquitter4 ,quelque peu raisonnable qu'ait t la conduite des ,franais1 jamais cependant ils n'auroient imagin d'enlever des pasteurs leurs glises1 et des solitaires leurs clotres1 pour en faire de mauvais capitaines4 ,au contraire1 il ne faut point douter que si les vques et les abbs eussent permis leurs sujets d'aller la guerre1 sous les ordres du duc ou du comte qui les commandoit avant l'tablissement des seigneuries1 ou en eussent grossi les milices de quelque seigneur voisin1 la noblesse l'et regard comme une faveur4 ,qu'on me permette de m'tendre sur une matire si importante et trs-propre rpandre de la lumire sur nos antiquits4 ,si les vques avoient t obligs au service militaire par la constitution primitive de l'tat1 pourquoi1 dans le temps que ,grgoire de ,tours composoit son histoire1 n'y auroit-il encore eu qu'un ,falonius1 vque d',embrun1 et un ,sagittaire1 vque de ,gap1 qui se fussent acquitts de ce devoir8 ,pourquoi cet crivain1 qui occupoit lui-mme un des premiers siges des ,gaules1 leur reprocheroit-il le scandale qu'ils donnoient l'glise en portant les armes1 s'ils n'avoient fait que remplir une des fonctions de leur tat8 ,pourquoi les traiteroit-il de sclrats1 et rapporteroit-il1 pour justifier ses reproches1 que ces prlats n'avoient point eu honte de servir dans l'arme que ,mummole conduisit contre les ,lombards8 ,grgoire de ,tours1 qui connoissoit les devoirs de l'piscopat et de la vie religieuse1 se seroit content de s'en prendre la barbarie du gouvernement et des lois1 et d'inviter les ,franais corriger un abus aussi contraire l'tat qu' la religion mme4 ,quand nos pres auroient t assez grossiers pour exiger le service militaire des vques1 comme ils l'exigeoient peut-tre des prtres de leurs faux ,dieux en ,germanie1 est-il vraisemblable que les conciles qui se tinrent dans les ,gaules sous le rgne de ,clovis ne s'y fussent pas opposs8 ,pourquoi leurs reprsentations cet gard auroient-elles t inutiles dans un temps que la nation se convertissoit1 et accordoit au clerg la plus grande autorit8 ,rapportons-nous-en au sicle de ,charlemagne1 plus porte sans doute que le ntre de juger de la nature des fonctions militaires que faisoient les vques et les abbs4 ,si leur service eut t une dette qu'ils eussent acquitt1 et non pas une prrogative seigneuriale dont ils eussent joui1 je demande par quelle raison les chefs du clerg1 eux qui avoient le premier rang dans l'tat et la plus grande influence dans les affaires de la nation1 auroient t tenus remplir des devoirs dont les capitulaires mmes nous apprennent que les derniers clercs#cc toient exempts8 ,quand le gouvernement prit enfin une meilleure forme sous le rgne de ,charlemagne1 et que la nation1 claire par les lumires et les vertus de ce prince1 sentit combien il toit contraire aux principes de la religion1 au caractre de l'piscopat1 l'honntet des murs publiques et la vigueur de la discipline militaire1 que des vques et des moines fissent dans des camps le mtier de soldats2 ce ne fut pas une exemption de porter les armes qu'on leur accorda1 on leur fit une dfense#cd de faire la guerre2 et cette loi fut porte sur la requte et les remontrances de quelques prlats qui connoissoient leurs devoirs et les anciennes rgles de l'glise1 et qui firent appuyer leur demande par les seigneurs les plus accrdits4 ,tant s'en faut qu'on regardt alors cette dfense comme une faveur accorde aux vques1 que le public crut au contraire qu'on les avoit dpouills d'un privilge1 et que le corps entier du clerg en seroit dgrad4 ,il fallut que l'assemble qui en avoit port la loi en ft connotre les vritables motifs4 ,ce n'est1 dit ,charlemagne#ce1 que par une mchancet digne du dmon mme1 que quelques personnes mal intentionnes ont pu penser que j'aie voulu offenser la dignit du clerg et nuire ses intrts temporels1 en faisant la loi qu'il m'a lui-mme demande1 et qui lui dfend de porter les armes et de faire la guerre2 j'ai des sentimens tout opposs4 ,il n'en deviendra que plus respectable1 lorsqu'il s'attachera tout entier aux fonctions divines de son tat4 ,,chapitre ,,vi4 ,progrs de la fortune des maires du palais sous les successeurs de ,clotaire ,,ii4--,inconsidrations de la noblesse leur gard4--,ils s'emparent de toute l'autorit4--,charles ,martel tablit de nouveaux bnfices4--,pepin monte sur le trne4 ,les maires du palais1 qui n'avoient t dans leur origine que les chefs des officiers domestiques du prince1 joignirent d'abord l'intendance gnrale du palais la qualit de juges de toutes les personnes qui l'habitoient4 ,leur emploi devint plus important mesure que les rois agrandissoient eux-mmes leur puissance4 ,ces courtisans habiles corrompirent leurs matres pour les dominer2 en leur apprenant ngliger dans les plaisirs les soins pnibles du gouvernement1 ils en attiroient eux toutes les fonctions4 ,ils gouvernrent les finances1 commandrent les armes et prsidrent enfin ce tribunal suprme o le roi devoit rendre lui-mme la justice aux ,leudes1 et juger dfinitivement les procs qui y toient ports par appel de toutes les provinces du royaume4 tant parvenus se rendre les dpositaires de toute la puissance royale1 il doit parotre surprenant qu'au lieu d'tre accabls les premiers sous ses ruines1 quand l'hrdit des bnfices rendit la noblesse matresse absolue du royaume1 leur fortune1 au contraire1 fasse de nouveaux progrs et ne connoisse plus de bornes2 ils ne font que changer leur qualit de ministres1 de capitaines et de favoris du prince1 en celle de ministres1 de capitaines et de favoris de la nation4 ,si la conduite que les grands avoient tenue jusques-l1 et qu'ils tinrent encore dans la suite1 permettoit qu'on pt raisonnablement les souponner d'agir par des vues rflchies1 de prvoir l'avenir et d'embrasser la fois tout un systme de gouvernement1 peut-tre pourroit-on croire que pour dtruire plus facilement et plus srement le pouvoir du roi1 ils lui dbauchrent son ministre1 et laissrent au maire du palais son crdit et son autorit1 pour s'en faire un protecteur plus puissant4 ,mais il est vraisemblable que la fortune1 les circonstances et les vnemens tinrent lieu de politique aux familles bnficiaires et aux seigneurs4 ,si quelque prudence se mla dans cette affaire1 elle vint toute de la part des maires1 qui1 pour n'tre pas les victimes de la royaut en dcadence1 trahirent les intrts de ,clotaire ,,ii et de ses successeurs1 au lieu de les secourir1 et se mirent la tte de la conjuration4 ,varnachaire1 selon les apparences1 n'accepta1 aprs le supplice de ,brunehaud1 la mairie du royaume de ,bourgogne1 que dans le dessein d'clairer de plus prs la conduite de ,clotaire ,,ii1 et de le perdre1 ou du moins d'empcher qu'il ne tentt de reprendre les droits qu'il avoit perdus4 ,cet homme ambitieux1 implacable dans ses haines1 et accoutum aux mouvemens des partis et des cabales1 n'auroit pas exig de ,clotaire qu'il lui promt par serment de ne lui jamais ter sa dignit1 s'il n'avoit eu que des vues favorables l'autorit royale4 ,il ne songea qu' ses intrts particuliers3 il crivit tous les grands pour leur promettre qu'il seroit en toute occasion leur protecteur4 ,il ne travailla qu' tendre son pouvoir1 et sa conduite servit de modle ses successeurs4 ,il seroit difficile de dire quel fut le gouvernement des ,franais1 depuis que le clerg et la noblesse s'toient empars de la puissance publique4 ,en tant la royaut les prrogatives acquises insensiblement par adresse1 et que les anciennes lois de ,germanie ne lui attribuoient pas1 on ne lui avoit pas mme laiss ce qui devoit raisonnablement lui appartenir4 ,rduite n'tre qu'une magistrature impuissante1 ce n'toit plus qu'un vain titre4 ,d'ailleurs1 les rois1 presque toujours enfans1 ou corrompus par une ducation qui les rendoit mprisables1 toient prisonniers dans leur palais1 et inconnus de leur nation4 ,les seigneuries1 dont le nombre devoit tre encore trs-mdiocre1 quand les bnfices devinrent hrditaires1 se multiplirent fort rapidement dans les dernires annes du rgne de ,clotaire ,,ii et sous ses premiers successeurs4 ,chaque gentilhomme1 chaque vque1 chaque monastre1 se crut en droit de devenir le tyran de ses voisins4 ,les assembles des grands ne se tinrent que trs-rarement1 et1 sans doute1 elles offroient l'image d'une bande de brigands qui1 aprs avoir vol une caravane1 partage le butin4 ,la noblesse ne formant point un corps rgulier qui et ses lois1 sa police1 ses magistrats1 ses syndics et ses assembles rgles1 chaque seigneur voulut jouir en particulier1 dans ses terres1 de tout le pouvoir de son ordre4 ,quoique les justices seigneuriales restreignissent1 de jour en jour1 la juridiction des ducs et des comtes1 et diminuassent1 par consquent1 les droits de leurs gouvernemens1 ils ne s'opposrent pas aux progrs de l'usurpation4 ,ils profitrent eux-mmes de l'anarchie et de leur crdit1 pour se faire de grandes terres dont les droits les ddommageoient de ce qu'ils perdoient en qualit de ducs et de comtes2 et il toit naturel qu'ils sacrifiassent les intrts d'une dignit qui n'toit pas hrditaire ceux de leurs terres1 qui toient le patrimoine de leurs enfans4 ,enfin1 la tte de ce gouvernement monstrueux toit un maire du palais1 comme premier magistrat1 qui avoit soin que toutes les lois fussent dtruites et violes2 et que1 sous le nom de coutumes1 toutes les passions et tous les caprices de la noblesse1 des vques et des moines fussent respects4 ,ces dsordres toient si agrables aux seigneurs1 qu'abandonnant leur fortune au zle que leur marquoient les maires1 ils ne prirent aucune prcaution pour les empcher d'abuser de leur crdit3 ces officiers ne tardrent pas s'apercevoir de cette imprudence grossire4 ,aprs avoir humili les rois1 ils formrent le projet d'asservir les grands4 ,jamais entreprise ne fut moins hardie2 ils pouvoient tout se promettre du mpris o les lois toient tombes1 de la tyrannie extrme que les seigneurs exeroient sur le peuple1 de leur dsunion1 et sur-tout1 de l'ignorance o ils toient de leurs intrts4 ,tandis que les grands croyoient l'autorit royale anantie sans retour1 elle se trouvoit dj toute entire1 sous un autre nom1 entre les mains des maires1 qu'ils regardoient1 par habitude1 comme les tuteurs de la libert publique2 mais ces nouveaux rois1 aprs avoir affermi1 avec art1 leur autorit1 ne tardrent pas vouloir en abuser1 et firent bientt prouver la noblesse1 qu'elle avoit un matre4 ,la pesanteur du joug la tira1 enfin1 de son erreur1 mais en voulant essayer ses forces1 elle ne sentit que sa foiblesse4 ,les maires1 en autorisant toutes sortes de vexations1 avoient affoibli ou dtruit les seigneurs qui leur toient suspects1 et s'toient faits des courtisans et des flatteurs1 personnages toujours prts servir d'instrument la tyrannie4 ,dans ce haut degr de fortune1 ils eurent la foiblesse d'envier aux rois1 leur pompe inutile et les vains respects qu'on leur rendoit2 ou plutt1 s'ils formrent le projet de les chasser de leur trne1 pour s'y placer1 ce n'est pas qu'ils y gagnassent rien personnellement1 mais ils vouloient1 selon les apparences1 affermir la fortune de leur maison3 la royaut toit hrditaire1 et la mairie n'toit qu'lective4 ,a la mort de ,sigebert ,,ii1 qui portoit le nom de roi1 en ,austrasie1 ,grimoald1 son maire1 fit disparotre le lgitime hritier1 dont il publia la mort1 et mit la couronne sur la tte de son fils4 ,soit qu'il et des ennemis puissans1 ou que les ,franais1 par une sorte de contradiction assez ordinaire dans le cur humain1 conservassent encore quelque reste d'attachement#cf pour la postrit de ,clovis qu'ils laissoient opprimer2 soit par quelqu'autre motif dont le temps nous a drob la connoissance1 les ,austrasiens se soulevrent contre leur maire1 refusrent de reconnotre son fils1 et demandrent des secours ,archambaud qui gouvernoit la ,neustrie4 ,ce maire assembla avec diligence une arme1 et eut la gnrosit de punir les usurpateurs1 quoiqu'il ft de l'intrt de son ambition de les favoriser1 et que leur succs en ,austrasie ft devenu un titre pour lui en ,neustrie4 ,childric1 fils de ,clovis ,,ii1 succda ,sigebert2 et ,pepin de ,heristal1 qui fut lev la dignit de maire1 jeta les fondemens de la grandeur o son petit-fils parvint4 ,pepin1 aussi ambitieux que son prdcesseur et ses collgues1 mais sage et patient dans ses entreprises1 se fit une politique bien extraordinaire1 pour le sicle et la nation o il vivoit1 et dont il toit impossible que les ,franais1 toujours aveugles dans leurs esprances1 toujours dupes des vnemens prsens1 et toujours emports dans leur conduite1 fussent capables de dmler les ressorts4 ,pepin jugea que si les premiers maires avoient pu se permettre les plus grandes injustices1 pour se rendre puissans1 il n'y avoit plus que la modration et la justice qui pussent justifier leur ambition1 et affermir la haute fortune o il toit lev4 ,ce fut force de prudence1 de douceur1 de courage et de mnagemens1 qu'il tenta de gagner le clerg et la noblesse1 qui1 souffrant avec impatience1 le gouvernement injuste des maires1 auroient voulu rendre au prince l'autorit qu'il avoit perdue4 ,rien n'est plus dangereux qu'un tyran qui a quelques vertus1 ou qui sait en emprunter le masque3 aussi1 les ,austrasiens tombrent-ils grossirement dans le pige que ,pepin leur avoit tendu4 ,ils regardrent comme solidement affermi1 un bonheur qu'ils ne devoient qu'aux qualits personnelles de leur maire1 et n'imaginrent pas qu'il pouvoit avoir un successeur indigne de lui4 ,pepin eut un crdit sans bornes1 et quand ,thieri ,,iii fut tir du monastre de ,saint-,denis1 pour succder ses frres ,clotaire et ,childeric1 il refusa de le reconnotre4 ,il ne tenoit qu' lui de se faire proclamer roi dans un des trois royaumes que comprenoit la domination franaise2 mais il ne permit aux ,franais ,austrasiens1 que de lui donner le titre de duc dans leur royaume2 et mme1 pour n'exciter aucune envie1 ou du moins ne s'exposer qu' une partie de ses traits1 il voulut avoir un collgue4 ,la conduite toute diffrente des maires de ,bourgogne et de ,neustrie1 annonoit dans ces deux royaumes une rvolution prochaine4 ,leur tyrannie toit telle1 que les grands dsesprant de pouvoir dfendre leur libert1 n'avoient plus que le choix des plus extrmes rsolutions4 ,tous les jours exposs des injures et des violences1 les uns toient chasss de leurs terres1 les autres les abandonnoient pour prvenir l'oppression1 et tous cherchoient un asyle en ,austrasie2 o1 par leurs plaintes1 ils fournirent ,pepin1 un prtexte de satisfaire son ambition1 en feignant de n'tre que le vengeur des opprims4 ,il assembla une arme1 qu'il fit marcher contre ,bertaire1 qui se trouvoit -la-fois maire de ,bourgogne et de ,neustrie4 ,si ce tyran et t vainqueur1 les ,franais auroient t traits comme les esclaves les plus vils2 ou du moins il ne leur restoit d'autre ressource que ce dsespoir subit et violent1 que le sentiment de la libert excite quelquefois dans un peuple qui n'est pas encore accoutum au joug1 ni familiaris avec les affronts4 ,heureusement ,bertaire fut dfait1 et il prit dans la droute de ses troupes4 ,pepin1 qui s'toit fait une habitude de sa modration1 ne sentit peut-tre pas1 dans le moment qu'il en recueilloit le fruit1 tout ce qu'il pouvoit se promettre de sa victoire1 de l'attachement des ,austrasiens1 et de la reconnoissance inconsidre des ,franais de ,bourgogne et de ,neustrie4 ,peut-tre aussi jugea-t-il qu'il toit gal pour ses intrts que ,thieri ,,iii ft roi ou moine4 ,l'ambition claire se contente de l'autorit1 et ddaigne des titres qui la rendent presque toujours odieuse ou suspecte2 ,pepin laissa ,thieri1 son nom1 ses palais et son oisivet1 et ne prit pour lui que la mairie des deux royaumes qu'il avoit dlivrs de leur tyran4 ,il toit en tat1 s'il et aim vritablement le public1 de corriger une partie des abus1 et de donner1 enfin1 une forme constante un gouvernement1 dont toutes les parties avoient prouv de continuelles rvolutions4 ,pepin avoit des lumires suprieures1 on ne peut en douter2 et une longue suite de malheurs avoit appris aux ,franais qu'on ne peut cesser d'tre l'esclave des passions des hommes1 qu'en se soumettant l'autorit des lois4 ,mais on diroit que ,pepin1 plus jaloux de commander arbitrairement1 que de mriter la gloire d'un lgislateur quitable1 voult qu'il subsistt des dsordres1 dans la vue1 sans doute1 de se rendre plus ncessaire1 et d'occuper continuellement les esprits de ses entreprises4 ,il rendit une sorte de dignit aux grands qui avoient perdu leur crdit en cessant d'tre unis4 ,il en convoqua1 il est vrai1 assez souvent les assembles1 pour faire croire qu'il en toit autoris1 mais trop rarement pour qu'il en ft gn4 ,il gouverna avec un pouvoir absolu1 qu'on ne lui contesta point1 parce qu'il sut le dguiser en politique1 aussi adroit qu'ambitieux4 ,il eut l'art1 enfin1 de se rendre tellement propre l'autorit que les maires avoient usurpe1 qu'il accoutuma les ,franais regarder le duch d',austrasie et les mairies de ,bourgogne et de ,neustrie1 comme une portion de son patrimoine mme2 et sans le secours d'aucune loi1 ses dignits devinrent hrditaires dans sa famille4 ,tant de puissance devoit tre le partage de ,charles-,martel2 mais soit que ,pepin voult punir1 sur ce fils1 les chagrins domestiques que sa mre lui avoit causs1 soit que cet homme1 qui gouvernoit arbitrairement les ,franais1 ft lui-mme gouvern plus arbitrairement par sa seconde femme1 il revtit de toutes ses dignits son petit-fils ,thodebald2 de sorte qu' la honte de toute la nation1 ,dagobert ,,iii1 encore enfant1 eut pour maire un autre enfant1 qui toit sous la tutelle de ,plectonde sa grand'mre et veuve de ,pepin4 ,cette rgente se trouvoit dans la situation la plus critique4 ,l'lvation de son petit-fils toit1 par sa bizarrerie mme1 une preuve certaine qu'il n'y avoit ni principe1 ni rgle dans le gouvernement2 et que les seigneurs se conduisant au hasard1 ne savoient plus ce qu'ils pensoient de la royaut1 de la mairie1 ni de leur propre tat4 ,aprs toutes les rvolutions que les ,franais avoient prouves1 rien ne devoit parotre extraordinaire2 mais au milieu des caprices de la fortune1 dont le royaume toit le jouet1 si on pouvoit tout oser et tout entreprendre avec quelque esprance de succs1 on devoit craindre aussi de trouver1 chaque pas1 un cueil inconnu4 ,ne pouvant se tracer un plan fixe et suivi de conduite qui prvnt tous les dangers1 le gouvernement se voyoit rduit changer la politique1 mesure que les vnemens changeroient1 et couroit1 par consquent1 sa perte4 ,tout ce que put faire l'espce de souveraine qui gouvernoit -la-fois1 l',austrasie1 la ,neustrie et la ,bourgogne1 ce fut de faire arrter ,charles-,martel1 dont elle craignoit l'esprit hardi1 ambitieux et entreprenant2 mais cette dmarche ne procura qu'un calme bien court4 ,il se prparoit d'un autre ct1 une rvolution1 et elle auroit cot une guerre cruelle aux ,franais1 si ,plectonde avoit eu quelque demi-talent1 pour dfendre la dignit de son petit-fils1 qui fut confre ,rainfroi4 ,charles-,martel1 cependant1 eut le bonheur de s'chapper de sa prison2 et l',austrasie1 o il se rfugia1 le reconnut aussitt pour son duc4 ,c'toit un homme qui avoit toutes les qualits de l'esprit1 dans le degr le plus minent2 son ambition brillante1 audacieuse et sans bornes1 ne craignoit aucun pril4 ,aussi dur et inflexible envers ses ennemis1 que gnreux et prodigue pour ses amis1 il fora tout le monde rechercher sa protection4 ,il crut que ,rainfroi occupoit une place qui lui appartenoit2 il lui fit la guerre1 le dfit1 et prit1 comme son pre1 le titre de maire de ,bourgogne et de ,neustrie4 ,pepin avoit t un tyran adroit et rus2 ,charles ,martel ne voulut mriter que l'amiti de ses soldats1 et se fit craindre de tout le reste4 ,il traita les ,franais avec une extrme duret2 il fit plus1 il les mprisa4 ,ne trouvant par-tout que des lois oublies ou violes1 il mit leur place1 sa volont4 ,sr d'tre le matre1 tant qu'il auroit une arme affectionne son service1 il l'enrichit1 sans scrupule1 des dpouilles du clerg1 que ses mauvaises murs rendoient peu puissant1 qui possdoit la plus grande partie des richesses de l'tat1 et qui fut alors trait comme les ,gaulois l'avoient t dans le temps de la conqute4 ,charles ,martel n'ignoroit pas que les rois ,mrovingiens avoient d'abord d leur fortune1 et ensuite1 leur dcadence leurs bnfices4 ,il en cra de nouveaux1 pour se rendre aussi puissant qu'eux2 mais il leur donna une forme toute nouvelle1 pour empcher qu'ils ne causassent la ruine de ses successeurs4 ,les dons que les fils de ,clovis avoient faits de quelques portions de leurs domaines1 n'toient que de purs dons1 qui n'imposoient aucun devoir particulier#cg1 et ne confroient aucune qualit distinctive4 ,ceux qui les recevoient1 n'tant obligs qu' une reconnoissance gnrale et indtermine1 pouvoient aisment n'en avoir aucune1 tandis que les bienfaiteurs en exigeoient une trop grande2 et de-l devoient natre des plaintes1 des reproches1 des haines1 des injustices et des rvolutions4 ,les bnfices de ,charles ,martel furent1 au contraire1 ce qu'on appela depuis des fiefs1 c'est--dire1 des dons faits1 la charge de rendre au bienfaiteur1 conjointement ou sparment1 des services#ch militaires et domestiques4 ,par cette politique adroite1 le maire s'acquit un empire plus ferme sur les bnficiers2 et leurs devoirs dsigns les attachrent plus troitement leur matre4 ,cette dernire expression parotra peut-tre trop dure2 c'est cependant l'expression propre2 puisque ces nouveaux bnficiers furent appels du nom de vassaux1 qui signifioit alors1 et qui signifia encore pendant long-temps1 des officiers domestiques4 ,charles ,martel1 toujours victorieux et sr de la fidlit de son arme1 regarda les capitaines qui le suivoient1 comme le corps entier de la nation4 ,il mprisa trop les rois ,dagobert1 ,childric et ,thieri-de-,chelles1 dont il avoit fait ses premiers sujets1 pour leur envier leur titre4 ,a la mort de ce dernier1 il voulut que les ,franais se passassent d'un roi1 et en mourant il n'appela pas les grands de la nation1 mais ses#ci vassaux1 c'est--dire1 les capitaines de ses bandes et les officiers de son palais1 pour tre tmoins du partage qu'il fit entre ses fils ,carloman et ,pepin1 de toutes les provinces de la domination franaise1 qu'il regardoit comme sa conqute et son patrimoine4 ,un gouvernement aussi long et aussi arbitraire que celui de ,charles ,martel avoit effarouch tous les esprits2 et c'est sans doute pour les calmer1 que ,pepin1 moins hardi que ,carloman1 qui gouverna l',austrasie en son nom1 jusqu'au moment qu'il embrassa la vie monastique1 fit proclamer ,childric ,,iii1 roi de ,bourgogne et de ,neustrie2 et cette vaine crmonie produisit l'effet que le maire en attendoit4 ,parce qu'il n'avoit pas les vices de son pre1 on crut qu'il auroit les vertus de son aeul4 ,le peuple qui1 depuis long-temps1 ne prenoit aucun intrt la chose publique1 parce qu'il toit trop loign de rien esprer de favorable1 crut1 sur la parole de ,pepin1 qu'il alloit tre moins opprim4 ,la noblesse qui1 en sentant sur elle1 une main moins pesante que celle de ,charles ,martel1 auroit t capable de se soulever1 si ,pepin ne l'et flatte1 ne fut qu'inquite et orgueilleuse4 ,les uns toient las de la mairie1 dont les inconvniens toient prsens1 sans savoir ce qu'il falloit substituer sa place2 les autres regrettoient l'ancienne royaut1 dont on n'avoit presqu'aucun souvenir2 et personne ne songeoit que pour rtablir l'ordre1 il falloit qu'il n'y et que les lois qui eussent un pouvoir absolu4 ,le clerg occup de la restitution des biens qu'on lui avoit vols1 rendoit la mmoire de ,charles ,martel odieuse1 et publioit sa damnation1 pour obliger son fils rparer ses injustices4 ,mais ,pepin se bornoit croire qu'il lui suffisoit de dsapprouver la conduite de son pre1 pour n'tre pas son complice4 ,il toit trop ambitieux et trop habile1 pour ne pas mnager les soldats de ,charles ,martel1 qui faisoient toute sa force1 et qui1 malgr les exhortations et les menaces des vques et des moines1 avoient pris le parti de ne point abandonner leurs usurpations4 ,le clerg voyant1 enfin1 que ses plaintes ne produisoient aucun effet salutaire sur la conscience endurcie des ravisseurs1 se mit sous la protection spciale de ,pepin1 qui le flatta1 le consola1 et1 en lui donnant des esprances pour l'avenir1 l'attacha sa fortune4 ,tout prparoit une rvolution dans le gouvernement2 les ,franais la dsiroient1 les uns1 parce qu'ils toient attachs ,pepin1 les autres1 par inconstance ou par lassitude de l'administration prsente1 et le maire profita de cette disposition des esprits1 pour s'emparer de la couronne4 ,mais il voulut la recevoir comme un don de son peuple1 et le peuple ne la donna qu'aprs avoir consult le pape ,zacharie sur les droits de ,pepin et de ,childric4 ,le pontife1 qui avoit tout redouter de l'un1 et rien craindre de l'autre1 dcida que le maire pouvoit prendre le titre de roi1 puisqu'il en faisoit les fonctions2 et ,childric1 dgrad par ce jugement1 fut relgu avec son fils1 dans un clotre4 ,ainsi finirent dans l'humiliation1 les derniers princes d'une maison1 dont le chef avoit fond l'empire des ,franais dans les ,gaules4 ,cette rvolution ne changea rien l'autorit relle de ,pepin1 ni au sort de la nation2 et la royaut1 aprs avoir prouv les disgraces les plus entires1 se trouva encore en possession de tous les droits qu'elle avoit eus1 avant le rgne de ,clotaire ,,ii4 ,,chapitre ,,vii4 ,pourquoi la nation franaise n'a pas t dtruite sous la rgence des rois ,mrovingiens4 ,pendant que les princes ,mrovingiens regnrent dans les ,gaules1 l',europe fut accable du poids des barbares qui la dchiroient4 ,ce que ,tacite#dj avoit prvu1 arriva2 la ruine de l',empire ,romain avoit allum des guerres civiles entre toutes les nations1 et les barbares1 avides de faire des conqutes1 mais gns les uns par les autres1 ne pouvoient prendre une assiette assure dans le pays qu'ils avoient envahi4 ,les rvolutions se succdrent rapidement2 des dbris d'une puissance1 il s'en formoit plusieurs2 et si quelqu'une d'entre elles sembloit menacer les autres de les engloutir1 elle s'affoiblissoit par ses propres victoires1 et tomboit en dcadence1 ds qu'elle vouloit jouir de ses avantages4 ,le royaume des ,hrules1 si fameux par la fin d',augustule et de l',empire d',occident1 ne subsista lui-mme que quatorze ans1 et fit place la monarchie des ,ostrogoths1 que ,thodoric fonda1 et qui1 bientt aprs1 fut dtruite par ,narsez4 ,l'histoire ne parle plus des ,huns1 des ,alains1 des ,suves1 etc4 ,les ,vandales1 qui ont travers la ,gaule et l',espagne en conqurans1 tablissent leur domination en ,afrique1 et se voient enlever leur proie par ,blisaire4 ,le royaume de ,bourgogne devient une province des ,franais4 ,les ,lombards fondent1 l'pe la main1 un nouvel empire en ,italie1 qui sera bientt renvers par ,charlemagne1 aprs avoir t menac de sa ruine par ,pepin4 ,les ,visigoths1 chasss des terres qu'ils occupoient dans les ,gaules1 voient anantir leur puissance en ,espagne1 par un peuple sorti de l',arabie1 qui combattoit pour conqurir des royaumes1 et tendre sa religion4 ,les ,sarrasins1 ambitieux et fanatiques1 avoient dj chang la face de l',asie et de l',afrique1 et se rpandant des ,pyrnes dans les ,gaules1 prparoient aux tats des ,mrovingiens1 une servitude aussi prompte que funeste1 tandis que la ,germanie1 si redoutable jusqu'alors1 et si fconde en soldats1 menaoit encore tous ses voisins4 ,les ,bavarois1 les ,allemands1 les ,turingiens et les ,saxons1 surtout1 plus puissans que ne l'avoient t les ,franais1 sous le rgne de ,clovis1 toient las d'habiter leurs forts1 et l'exemple des peuples qui les avoient prcds1 ne mditoient que des conqutes4 ,chaque nation1 en un mot1 se trouvoit dans un tat de crise1 et il sembloit qu'un peuple ne pt subsister qu'en dtruisant ses voisins4 ,par quelle cause la nation franaise est-elle presque la seule qui n'ait pas subi le mme sort qu'prouvrent ces tribus de barbares qui pntrrent dans les provinces de l',empire ,romain8 ,dire qu'elle fut1 ou plus brave1 ou plus sage1 ce seroit lui donner un loge qu'elle ne mrite pas4 ,on sait que tous les peuples qui venoient de ,germanie1 avoient un courage gal2 et ce que j'ai dit du gouvernement des ,franais1 toujours conduits au hasard par les vnemens1 doit faire juger qu'il toit bien difficile d'avoir plus de vices et moins de prudence qu'eux4 ,les ,franais1 en effet1 ne furent que plus heureux4 ,tout le malheur de quelques peuples1 fut de parotre les premiers sur les terres de l',empire4 ,en subjuguant des provinces o ils n'toient connus que par la terreur1 que leurs courses et leurs ravages y avoient rpandue1 ils y inspirrent une haine violente contre eux2 de sorte que1 se trouvant entours d'ennemis1 au milieu de leurs conqutes1 il leur fut d'autant moins facile d'y affermir leur puissance1 qu'ils laissoient derrire eux1 des peuples nombreux1 qui ils avoient ouvert le chemin1 que leur exemple encourageoit1 et qui toient assez forts pour les chasser de leurs nouvelles possessions4 ,quand les ,franais1 au contraire1 s'tablirent en de du ,rhin1 les ,gaulois commenoient se familiariser avec les murs et les coutumes ,germaniques4 ,le temps leur avoit appris trouver1 en quelque sorte1 tolrable1 ce qui leur avoit d'abord paru monstrueux4 ,clovis et ses sujets1 quoique paens1 toient moins odieux que les ,bourguignons et les ,visigoths1 qui avoient apport les erreurs de l'arianisme dans les ,gaules4 ,les ,franais abjurrent sans peine1 leur religion1 pour prendre celle des vaincus1 qui les regardrent alors comme les protecteurs et les vengeurs de la foi4 ,clovis1 en s'tablissant tard dans les ,gaules1 laissa derrire lui1 des ennemis moins puissans et moins nombreux4 ,les premiers barbares toient toujours alls en avant1 sans songer se faire des tablissemens solides1 parce qu'ils toient pousss par d'autres barbares qui marchoient leur suite1 et qu'ils n'avoient vaincre devant eux1 que des ,romains consterns1 et qui ne savoient pas se dfendre4 ,les ,franais1 au contraire1 borns dans les provinces mridionales et occidentales des ,gaules1 par les ,bourguignons1 les ,visigoths et les ,bretons1 aux dpens de qui il toit beaucoup plus difficile de s'agrandir1 conservrent le pays qu'ils possdoient en ,germanie4 ,ils y portrent souvent la guerre1 et1 en soumettant les ,allemands1 les ,bavarois et les ,frisons1 qui auroient pu les subjuguer1 si on avoit nglig de les contenir au-del du ,rhin1 ils s'en firent un rempart contre les autres peuples de ,germanie4 ,il est assez curieux d'observer que les vices mmes de la constitution des ,franais contriburent au salut de leur empire4 ,a ne considrer que la diffrence qu'il y avoit entre la frocit des ,franais et les murs plus douces et plus humaines des ,gaulois1 il n'est pas douteux que la conduite de la nation qui rdigea les lois ,saliques et ,ripuaires1 ne paroisse d'abord moins sage que celle des ,bourguignons et des ,visigoths1 qui ne composrent qu'un mme peuple avec les vaincus1 en faisant des lois#da communes1 gnrales et impartiales1 qui confondoient leurs droits4 ,mais c'toit prendre en partie les murs des vaincus4 ,les ,visigoths et les ,bourguignons pouvoient emprunter plusieurs choses utiles des ,gaulois1 mais il leur toit impossible de les estimer assez1 pour se mler et se confondre avec eux1 sans qu'ils en fussent amollis1 et sans perdre cette valeur1 laquelle ils avoient d leurs premiers avantages4 ,les ,franais1 au contraire1 en forant leurs sujets de renoncer aux lois romaines1 pour adopter les coutumes germaniques1 s'ils vouloient participer aux privilges de la nation conqurante1 donnrent aux ,gaulois1 les murs de leurs vainqueurs4 ,on vit disparotre des ,gaules cette paresse1 ce dcouragement1 cet affaissement des esprits qui avoient t ncessaires aux empereurs pour tablir leur despotisme4 ,dans les circonstances o se trouvoient alors les barbares1 un tat devoit tirer bien moins d'avantages d'un commencement de police qui auroit t trs-imparfait1 que de cette frocit brutale qui conservoit la fiert de la valeur germanique1 et prparoit les ,gaulois devenir des soldats aguerris4 ,que les provinces de la domination franaise n'eussent pas d'abord t partages en autant de royaumes qu'un roi laissoit de fils2 que ces partages1 au lieu d'tre enclavs les uns dans les autres1 et de donner souvent deux princes diffrens1 une mme#db ville1 eussent t faits suivant les rgles d'une sage politique2 les ,franais moins diviss entre eux par des haines et des intrts domestiques1 auroient commenc tre plus citoyens que soldats2 et n'auroient pas1 cependant1 t assez bons citoyens1 pour mettre leur pays en sret contre les trangers4 ,que dans leurs guerres1 ils eussent cess d'tre des brigands1 que tout ne ft pas devenu la proie et le butin du vainqueur2 ils se seroient bientt lasss de porter les armes1 la guerre ne leur et paru qu'un mtier dur et pnible1 il auroit fallu avoir une arme mercenaire1 la payer des impts levs sur les peuples2 et les ,franais1 amollis comme les ,vandales1 les ,visigoths1 c4 n'auroient plus t en tat de contenir les ,germains au-del du ,rhin1 et les ,sarrasins au-del des ,pyrnes4 ,le gnie tout militaire que les ,franais rpandirent dans les ,gaules1 leur conserva leur conqute2 il les rendit plus forts que leurs ennemis1 dont le gouvernement n'toit pas moins vicieux que celui des rois ,mrovingiens4 ,fin du livre premier4 ,,observations ,,sur ,l',,histoire ,,de ,,france4 ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,,premier4 ,origine du sacre des rois de ,france4--,du gouvernement et de la politique de ,pepin4--,il s'tablit un nouvel ordre de succession au trne4 ,jusqu' ,pepin1 l'inauguration des rois de ,france n'avoit t qu'une crmonie purement civile4 ,le prince1 lev sur un bouclier1 recevoit l'hommage de son arme1 et toit ainsi revtu de toute l'autorit de ses pres4 ,pepin1 pour rendre son couronnement plus respectable aux yeux de ses sujets1 y intressa la religion1 et transporta chez les ,franais1 une coutume qui n'avoit t connue que chez les ,juifs4 ,sacr d'abord par ,boniface1 vque de ,mayence1 dont la saintet toit alors clbre1 il fit ritrer cette crmonie par le pape ,etienne ,,iii1 qui vint implorer sa protection contre les ,lombards4 ,le pontife1 qui sacra aussi les fils de ,pepin1 ne manqua point de les appeler1 ainsi que leur pre1 les oints du ,seigneur4 ,il confondit toutes les ides1 et appliquant les principes du gouvernement tout divin1 dont les ressorts toient autant de miracles1 au gouvernement des ,franais1 que ,dieu abandonnoit au droit naturel et commun tous les hommes2 ,etienne compara la dignit de ,pepin la royaut de ,david1 qui toit une espce de sacerdoce1 et contre laquelle les ,juifs ne pouvoient attenter1 sans sacrilge4 ,les ,franais venoient d'lire ,pepin librement1 et sans qu'aucun prophte l'et ordonn de la part de ,dieu2 le pontife leur dit cependant1 que ce prince ne tenoit sa couronne que de ,dieu seul1 par l'intercession de ,saint ,pierre et de ,saint ,paul1 et les menaa des censures de l'glise1 s'ils se dpartoient jamais de la fidlit et de l'obissance qu'ils dvoient ,pepin et sa postrit4 ,quoique les ,franais n'eussent os dpouiller les ,mrovingiens1 sans consulter le pape ,zacharie1 et qu'ils ne fussent gures capables de distinguer ce que ,dieu fait par une volont expresse1 par une rvlation marque1 comme dans le choix de ,sal et de ,david1 de ce qu'il permet et autorise seulement1 comme protecteur gnral de l'ordre et des lois de la socit2 ,pepin craignit que ses nouveaux sujets ne le dtrnassent1 s'il leur dplaisoit1 ainsi qu'ils avoient dtrn ,childric1 qui toit aussi l'ouvrage de ,dieu4 ,il ne compta pas sur la protection de ,saint ,pierre et de ,saint ,paul2 et crut que1 s'il toit malheureux1 un nouveau ,zacharie pourroit faire changer de rsolution aux deux aptres1 et leur apprendre cder la ncessit4 ,quelque violente passion que ,pepin et eue de se faire roi1 il comprit que le nouveau titre dont il toit dcor1 pouvoit affermir la fortune de sa famille1 mais ne lui donnoit pas un pouvoir plus tendu que la mairie1 dont le nom toit odieux4 ,il ne se laissa point enivrer par la faveur inconstante de sa nation2 pour la conserver1 il voulut la mriter4 ,il falloit ne pas effaroucher des esprits fiers et hardis1 que les dernires rvolutions avoient rendus inquiets et souponneux4 ,les seigneurs avoient acquis le plus grand empire dans leurs terres1 pendant la rgence des premiers maires du palais2 et aprs avoir prouv diffrentes vexations de la part du gouvernement1 ils toient d'autant plus jaloux de l'espce de libert qu'ils avoient recouvre la mort de ,charles ,martel1 que commenant1 son exemple1 donner des bnfices#dc et se faire des vassaux1 ils avoient attach leurs intrts toute la petite noblesse1 que les malheurs du gouvernement avoient ruine4 ,pepin s'carta donc plus que jamais des principes despotiques de son pre1 pour gouverner avec la mme modration que son aeul4 ,il ne songea qu' se rendre agrable sa nation1 et la distraire de ses divisions intestines1 en l'occupant au-dehors par de grandes entreprises4 ,il convoqua souvent les assembles des vques et des seigneurs1 corrigea les abus qu'on lui permit de corriger1 respecta ceux que la noblesse chrissoit1 appliqua1 en un mot1 plus de palliatifs que de vrais remdes1 aux maux de l'tat2 et c'est de cette circonspection1 ordinaire dans un gouvernement nouveau1 que naquit une seconde nouveaut chez les ,franais4 ,sous les premiers rois ,mrovingiens1 la couronne fut1 en quelque sorte1 patrimoniale1 puisque le royaume se partagea1 d'abord1 en autant de parties diffrentes1 qu'un prince laissoit d'enfans mles4 ,les ,franais avoient apport cette coutume de ,germanie2 et c'est1 sans doute1 ce qui les avoit diviss en plusieurs tribus1 que ,clovis runit4 ,soit que les ,franais sentissent enfin1 combien cet ordre de succession les affoiblissoit1 et que des partages toujours nouveaux et arbitraires1 n'toient propres qu' causer des troubles domestiques2 soit qu'il faille1 selon les apparences1 l'attribuer quelqu'vnement1 ou quelqu'autre motif moins sage1 que nous ignorons1 les ides changrent1 cet gard1 aprs la mort de#dd ,caribert2 et la place de ces royaumes de ,metz1 d',orlans1 de ,paris1 de ,soissons1 tout le pays de la domination franaise ne fut plus divis qu'en trois parties1 connues sous les noms de royaumes d',austrasie1 de ,bourgogne et de ,neustrie4 ,clotaire ,,ii1 qui les avoit runis1 confra l',austrasie son fils ,dagobert2 et l'exemple qu'il donna de retenir la ,neustrie et la ,bourgogne1 fut suivi par ses successeurs1 qui ne les sparrent jamais4 ,ne subsistant1 en quelque sorte1 que deux royaumes1 on oublia1 peu peu1 que tout prince1 par le droit de sa naissance1 devoit tre roi2 et on ne fut point tonn que ,thieri1 le dernier des trois fils de ,clovis ,,ii1 n'et d'abord aucune part la succession de son pre4 ,il n'en falloit pas davantage chez un peuple qui son indiffrence pour les lois et son got pour les nouveauts1 n'avoient laiss aucune tenue dans le caractre1 pour que les droits de la naissance fussent peu respects4 ,on y eut encore moins d'gard1 aprs que l',austrasie se fut mise sous la rgence d'un duc1 et que les maires1 sans autre motif que leur intrt particulier1 levrent les princes sur le trne1 ou les relgurent dans un clotre4 ,ce dfaut de rgle1 en avilissant la race de ,clovis1 avoit1 sans doute1 contribu l'lvation de ,pepin2 mais il pouvoit nuire sa postrit4 ,ce prince ne s'en reposa point sur le serment des ,franais1 la crmonie du sacre1 et les menaces du pape ,etienne4 ,quand il sentit approcher sa fin1 il assembla les grands ,saint ,denis2 et1 en demandant leur#de consentement1 pour partager ses tats entre ses fils ,charles et ,carloman1 il sembla reconnotre que la naissance ne confroit point le droit de rgner4 ,de ces exemples rcens1 joints au souvenir des coutumes anciennes1 il se forma un nouvel ordre de succession3 le trne fut hrditaire dans la famille de ,pepin1 mais lectif par rapport aux princes de cette maison4 ,,chapitre ,,ii4 ,rgne de ,charlemagne4--,de la forme de gouvernement tablie par ce prince4--,rforme qu'il fait dans l'tat4--,ses lois1 ses murs4 ,malgr les prcautions que ,pepin avoit prises pour assurer la tranquillit publique1 sa mort fut suivie de quelques divisions au sujet du partage de son royaume entre ,charles et ,carloman4 ,mais celui-ci ne survcut pas long-temps son pre1 et le premier se trouvant seul la tte de la nation franaise1 fut en tat de former et d'excuter les grands projets qui ont fait de son rgne1 le morceau le plus curieux1 le plus intressant et le plus instructif de l'histoire moderne4 ,du milieu de la barbarie o le royaume des ,franais toit plong1 on va voir sortir un prince la fois philosophe1 lgislateur1 patriote et conqurant4 ,que ne peut-on retrancher de sa vie quelques excs de cruaut o le porta un zle indiscret1 pour tendre la religion1 qu'il n'est permis que de prcher6 ,les murs publiques toient atroces4 ,les ,franais1 dans leur ignorance grossire1 pensoient que ,dieu avoit besoin de leur pe1 pour tendre son culte1 comme leur roi1 pour agrandir son empire4 ,les vques eux-mmes1 loigns du chemin que leur avoient trac les aptres1 sembloient avoir entirement oubli qu'ils vivoient sous la loi de grce1 et que ,dieu n'ordonnoit plus que les ,saxons fussent traits comme les ,philistins et les ,amalcites4 ,tout autre prince1 dans ces circonstances1 seroit excusable d'avoir pens que la violence peut tre un instrument de la grce1 mais on ne pardonne point un aussi grand homme que ,charles1 les erreurs de son sicle2 et cette faute prs1 sa politique doit servir de leon aux rois qui rgnent sur les peuples et dans les temps les plus clairs4 ,les ,franais toient perdus1 si ,charles1 que j'appellerai dsormais ,charlemagne1 et eu moins de vertu que de gnie4 ,les peuples galement opprims par les seigneurs ecclsiastiques et lacs1 les dtestoient galement4 ,le clerg1 dont les murs#df scandalisoient tout le royaume1 auroit voulu craser la noblesse1 qui n'toit riche que de ses dpouilles2 et la noblesse1 pour se dbarrasser des plaintes injurieuses et ternelles des vques et des moines1 vouloit achever de les ruiner4 ,les rvolutions qui avoient fait oublier les lois1 n'avoient pas mme tabli leur place des coutumes fixes et uniformes4 ,on n'avoit consult que les conjonctures et les convenances1 pour agir2 et on ne savoit encore obir que quand on toit trop foible pour oser se rvolter4 ,en un mot1 tous les ordres de l'tat1 sans patrie1 sans se douter mme qu'il y a un bien public1 et ennemis les uns des autres1 toient dans cette situation dplorable que dsire1 que cherche1 que fait natre l'ambition d'un prince assez peu instruit de ses intrts1 pour penser que le comble du bonheur consiste jouir d'un pouvoir sans bornes4 ,charlemagne n'avoit qu' ne pas s'opposer au cours des vnemens que devoient produire les vices des ,franais1 et la nation alloit se trouver asservie au gouvernement le plus arbitraire4 ,c'et t un jeu pour un gnie aussi grand et aussi fcond en ressources que le sien1 que de tourner son profit les divisions de ses sujets1 d'humilier les diffrens ordres de l'tat1 les uns par les autres1 et d'lever la prrogative royale sur la ruine commune de leurs privilges4 ,il n'est pas extrmement difficile de remdier aux maux d'un peuple dont le gouvernement n'est pas altr dans le principe fondamental de l'obissance et de la subordination3 quand il subsiste encore une puissance lgislative1 ou qu'on en reconnot du moins la ncessit1 les esprits ont un point de runion4 ,les dsordres eux-mmes1 deviennent autant de leons utiles1 et il suffit alors de faire propos quelques rglemens sages1 on y obira4 ,mais quand les troubles de l'tat portent avec eux les simptmes d'une anarchie gnrale1 qu'importe de faire des lois1 que le foible se fait un art d'luder1 et le puissant1 une gloire de violer8 ,quelque salutaires qu'elles soient en elles-mmes1 elles deviennent inutiles et augmentent souvent la confusion4 ,c'est la source du mal qu'il faut alors remonter2 et avant que de recommander des choses justes1 il faut avoir mis le citoyen dans la ncessit d'obir4 ,bien des princes1 en pareil cas1 ont cru qu'ils devoient se rendre tout-puissans pour donner de la force aux lois1 mais souvent en aigrissant les esprits1 ils n'ont prouv qu'une plus grande rsistance4 ,s'ils ont russi1 ils ont presque toujours abruti leurs sujets par la crainte2 ou s'ils ont t assez clairs1 pour ne pas abuser du pouvoir qu'ils ont acquis1 ils l'ont laiss des successeurs indignes d'eux3 et le bien passager qu'ils ont produit contre les rgles et par force1 est devenu l'instrument d'une longue calamit4 ,charlemagne1 dont les vues embrassoient galement l'avenir et le prsent1 ne voulut pas faire le bonheur de ses contemporains1 aux dpens de la gnration qui lui succderoit3 il apprit aux ,franais obir aux lois1 en les rendant eux-mmes leurs propres lgislateurs4 ,pepin avoit commenc la rforme1 en se faisant une rgle de convoquer tous les ans1 au mois de mai1 les vques1 les abbs et les chefs de la noblesse1 pour confrer sur la situation et les besoins de l'tat4 ,charlemagne perfectionna cet tablissement2 il voulut que les assembles fussent convoques deux#dg fois l'an1 au commencement de l't et la fin de l'automne2 et la premire loi qu'on publia1 fut de s'y rendre avec exactitude4 ,ce prince ne crut pas qu'il sufft d'y appeler les grands2 quelqu'humili que ft le peuple depuis l'tablissement des seigneuries et d'une noblesse hrditaire1 il en connoissoit les droits imprescriptibles1 et avoit pour lui cette compassion mle de respect avec laquelle les hommes ordinaires voient un prince fugitif et dpouill de ses tats4 ,ce ne fut point seulement par esprit de justice qu'il fit tous ses efforts pour lui faire restituer une partie de sa premire dignit2 il savoit encore que c'toit le seul moyen de l'intresser au bien public1 de rapprocher la noblesse et le clerg du prince1 et de les prparer sans effort renoncer la tyrannie qu'ils affectoient et qui faisoit le malheur du royaume4 ,enfin ,charlemagne fut assez heureux pour que les grands consentissent laisser entrer le peuple#dh dans le champ de ,mars1 qui par-l redevint vritablement l'assemble de la nation4 ,tant que le champ de ,mars avoit subsist sous les premiers successeurs de ,clovis1 tout homme libre qui vivoit sous la loi salique ou sous la loi ripuaire1 avoit le privilge de s'y rendre1 et y occupoit une place4 ,mais depuis que les ,franais possdoient un pays trs-tendu1 et s'toient extrmement multiplis par la naturalisation des trangers1 cette mthode n'auroit plus t praticable2 et pour prvenir le trouble et la confusion d'une assemble trop nombreuse1 ,charlemagne tablit cet gard un nouvel ordre4 ,il fut rgl que chaque comt dputeroit au champ de ,mars douze reprsentans1 choisis dans la classe des rachinbourgs1 ou1 leur dfaut1 parmi les citoyens les plus notables de la ,cit1 et que les avous des glises1 qui n'toient encore alors que des hommes du peuple1 les accompagneroient4 ,je ne puis m'empcher de copier ,hincmar en cet endroit4 ,l'assemble1 dit-il1 qui se tenoit la fin de l'automne1 aprs que la campagne toit finie1 n'toit compose que des seigneurs#di les plus expriments dans les affaires4 ,elle rgloit les gratifications qui devoient se distribuer2 et jetant les yeux sur l'avenir1 prparoit les matires qui devoient faire l'objet des dlibrations dans l'assemble suivante4 ,on y discutoit les intrts du royaume relativement aux puissances voisines2 on revoyoit les traits2 on examinoit avec attention s'il toit propos de les renouveler1 ou s'il toit plus avantageux de donner de l'inquitude quelque voisin4 ,de-l on passoit l'examen de l'intrieur de l'tat2 on cherchoit la cause des abus prsens1 et on travailloit prvenir les maux dont on pouvoit tre menac4 ,jamais le public n'toit instruit des vues1 des dbats1 des projets1 ni des rsolutions de cette assemble4 ,un secret inviolable empchoit que les trangers ne pussent se prcautionner contre les entreprises dont ils toient menacs1 et que1 dans l'intrieur mme du royaume1 des mcontens ou des esprits jaloux et inquiets ne s'opposassent par leurs intrigues au bien public4 ,c'toit l'assemble gnrale du mois de ,mai suivant1 compose des vques1 des abbs1 des comtes1 des seigneurs et des dputs du peuple1 qui recueilloit le fruit de cette premire assemble4 ,c'est l que se rgloit l'tat de tout le royaume pour l'anne courante2 et ce qu'on y avoit une fois arrt1 n'toit jamais chang1 moins de quelque vnement imprvu1 et qui1 par son importance1 auroit intress le sort gnral de la nation4 ,pendant que les trois ordres toient occups rgler les affaires1 ,charlemagne qui1 par respect pour la libert publique1 n'assistoit pas leurs dlibrations1 mais qui en toit l'ame par le ministre de quelques prlats et de quelques seigneurs bien intentionns1 auxquels il avoit communiqu une partie de ses vues et de ses lumires1 recevoit les prsens qu'on lui apportoit1 suivant l'usage ancien4 ,il saluoit les grands1 dit ,hincmar1 que je copie toujours1 conversoit avec ceux qu'il voyoit rarement1 tmoignoit de la bont aux vieillards1 et toit gai et enjou avec les jeunes gens4 ,quelquefois les trois chambres1 spares du clerg1 de la noblesse et du peuple se runissoient1 soit pour se communiquer les rglemens que chaque ordre avoit faits par rapport sa police ou ses intrts particuliers1 soit pour discuter les affaires mixtes1 c'est--dire1 qui tenoient -la-fois au spirituel et au temporel1 ou qui1 par leur nature1 toient relatives deux ou tous les ordres de l'tat4 ,le prince ne se rendoit l'assemble que quand il y toit appel1 et c'toit toujours pour y servir de mdiateur1 lorsque les contestations toient trop animes1 ou pour donner son consentement aux arrts de l'assemble4 ,alors il proposoit quelquefois lui-mme ce qu'il croyoit le plus avantageux l'tat2 et1 avant que de se sparer1 on portoit enfin ces lois connues sous le nom de capitulaires1 qui1 soit qu'elles fussent l'ouvrage de la nation1 soit qu'elle les et simplement adoptes1 conservrent l'usage#ej nouvellement tabli d'tre publies sous le nom du prince1 qui y prend le titre de lgislateur suprme4 ,nous voulons1 nous ordonnons1 nous commandons1 dit ,charlemagne dans ses capitulaires2 mais ces expressions1 qui ont fait croire plusieurs crivains que la puissance lgislative appartenoit toute entire au prince1 ne prsentoient point alors l'esprit les mmes ides que nous y avons attaches depuis2 la forme seule du gouvernement les modifioit1 et la conduite mme de ,charlemagne leur toit cette pret despotique dont il toit ennemi1 et qui et bless des oreilles libres4 ,c'est ainsi que les trois collges de l'empire d',allemagne ne sont point offenss aujourd'hui de ces mmes expressions1 dont la chancellerie impriale conserve l'usage1 et ne se doutent pas qu'elles puissent tre un titre contre la libert ,germanique4 ,charlemagne vouloit1 ordonnoit1 commandoit1 parce que la nation avoit voulu1 ordonn et command1 et le chargeoit de publier ses lois1 de les observer et d'en tre le protecteur et le vengeur4 ,il n'est pas permis en effet de douter que la puissance lgislative ne rsidt dans le corps de la nation4 ,charlemagne et ,louis le ,dbonnaire#ea en avertissent eux-mmes2 et les capitulaires disent positivement que la loi n'est autre chose que la volont de la nation publie sous le nom du prince4 ,si ,charlemagne a le privilge de faire des rglemens provisoires dans les cas extraordinaires et urgens1 sur lesquels la loi n'a rien prononc1 on les distingue#eb formellement des lois1 et ils n'en acquirent la force et l'autorit que quand le champ de ,mai les a adopts4 ,tel est la doctrine qu'enseignent par-tout les monumens les plus respectables de notre histoire4 ,qu'on examine de prs la conduite de ,charlemagne1 et on le verra toujours scrupuleusement attentif respecter la libert qu'il avoit rendue sa nation1 dans la vue d'y dtruire l'esprit de servitude et de tyrannie1 de l'intresser au bien public et d'en faire l'instrument des grandes choses qu'il mditoit4 ,il ne se crut jamais exempt d'obir au champ de ,mai2 il observa toujours les lois1 parce qu'elles servoient de fondemens sa grandeur1 et pour apprendre ses sujets les respecter4 ,si ,tassilon1 duc de ,bavarois1 est condamn mort par la nation1 cause de ses infidlits1 ,charlemagne1 qui est son parent1 et qui1 par son humanit1 vouloit gagner le cur des peuples tributaires des ,franais1 ne lui accorde point la vie de son autorit prive1 il demande sa grce l'assemble1 la sollicite1 et l'obtient4#ec ,veut-il retenir sa cour l'vque ,hildebold1 l'ecclsiastique qu'il jugeoit le plus propre remplir dans son palais l'emploi important d'apocrisiaire1 il s'adresse au pape pour faire exempter ce prlat des canons qui ordonnent la rsidence1 et l'assemble de la nation pour l'affranchir de la loi qui dfendoit aux vques d'tre absens de leur diocse pendant plus de trois semaines de suite4 ,ce prince ne commande jamais2 il propose1 il conseille1 il insinue4 ,je vous envoie1 crit-il aux vques assembls1 des commissaires qui1 en mon nom1 concourront avec vous corriger les abus qui mritent d'tre rforms4 ,je les ai chargs de vous communiquer quelques projets de rglemens que je crois ncessaires4 ,mais1 de grce1 ne prenez point en mauvaise part des conseils qui ne sont que le fruit de mon zle pour tout ce qui vous touche4 ,j'ai lu dans l'criture que ,josias1 ce prince recommandable par sa pit1 ne ngligeoit rien pour tablir le culte du vrai ,dieu2 et quoique je sente combien je suis infrieur ce saint roi1 je dois tcher de suivre son exemple4 ,les ,franais toient encore aussi barbares1 mais plus vicieux que quand ils s'tablirent dans les ,gaules4 ,accoutums se laisser conduire au gr de leurs passions et des vnemens1 sans rien prvoir ni rien craindre1 ils ignoroient par o devoit commencer la rforme1 et par quels principes il falloit procder dans cette entreprise importante4 ,les assembles gnrales d'une nation qui possde plusieurs grandes provinces1 sont peu propres l'clairer4 ,on y voit tout ncessairement d'une manire trop vague1 trop confuse1 trop sommaire1 trop indtermine4 ,charlemagne craignoit avec raison que les lois ne fussent sans force leur naissance mme1 ou ne tombassent bientt dans l'oubli1 s'il ne mettoit les ,franais dans la ncessit de connotre en dtail par eux-mmes tous leurs besoins4 ,il partagea donc tous les pays de sa domination en diffrens districts ou lgations1 dont chacun contenoit plusieurs comts1 et renonant l'usage ancien1 il n'en confia point l'administration un duc4 ,il sentoit qu'un magistrat unique1 la tte de chaque province1 ngligeroit ses devoirs ou abuseroit de son autorit4 ,des officiers1 au nombre de trois ou quatre1 choisis dans l'ordre des prlats et de la noblesse1 et qu'on nomma envoys royaux1 furent chargs du gouvernement de chaque lgation1 et obligs de la visiter exactement de trois en trois mois4 ,outre les assises1 qui ne regardoient que l'administration de la justice entre les citoyens1#ed ces espces de censeurs tenoient1 tous les ans1 dans leur province1 des tats particuliers o les vques1 les abbs1 les comtes1 les seigneurs1 les avous des glises1 les vicaires des comts1 les centeniers et les rachinbourgs toient obligs de se trouver en personne1 ou par leurs reprsentans1 si quelque cause lgitime les retenoit ailleurs4 ,on traitoit dans ces assembles de toutes les affaires de la province2 tous les objets y toient vus dans leur juste proportion2 on examinoit la conduite des magistrats et les besoins des particuliers4 ,quelque loi avoit-elle t viole ou nglige8 on punissoit les coupables4 ,les abus en naissant toient rprims1 ou du moins ils n'avoient jamais le temps d'acqurir assez de force pour lutter avec avantage contre les lois4 ,les envoys faisant le rapport au prince et l'assemble gnrale1 de tout ce qu'ils avoient vu1 l'attention publique1 quelque vaste que ft l'tendue de l'empire ,franais1 se fixoit en quelque sorte sur chacune de ses parties4 ,rien n'toit oubli1 rien n'toit nglig4 ,la nation entire avoit les yeux continuellement ouverts sur chaque homme public4 ,les magistrats1 qu'on observoit1 apprirent se respecter eux-mmes4 ,les murs1 sans lesquelles la libert dgnre toujours en une licence dangereuse1 se corrigrent1 et l'amour du bien public1 uni la libert1 la rendit de jour en jour plus agissante et plus salutaire4 ,le champ de ,mai apprit se dfier de la prosprit1 craindre pour l'avenir1 prparer des obstacles aux abus1 remonter la source du mal1 et fut en tat de s'lever jusqu'aux principes d'un bon gouvernement1 ou du moins de les connotre et de les saisir quand ,charlemagne les lui prsentoit4 ,de-l cet amour de la patrie et de la gloire qui parut pour la premire fois chez les ,franais1 et en fit une nation toute nouvelle4 ,a mesure que les diffrens ordres de l'tat1 traitant ensemble par la mdiation de ,charlemagne1 se rapprochoient et oublioient leurs anciennes inimitis1 ils sentoient accrotre leur bonheur particulier et leur attachement pour l'ordre4 ,en divisant tout1 dit un tyran1 je me rendrai tout-puissant4 ,soyez unis1 disoit ,charlemagne ses peuples1 et nous serons tous heureux4 ,agissant enfin avec ce zle que donne la libert1 et avec cette union qui multiplie les forces1 rien ne put rsister aux ,franais4 ,ils soumirent une partie de l',espagne1 l',italie1 toutes ces vastes contres qui s'tendent jusqu' la ,vistule et la mer ,baltique2 et la gloire du nom ,franais1 pareille celle des anciens ,romains1 passa jusqu'en ,afrique et en ,asie4 ,carloman1 frre de ,pepin et oncle de ,charlemagne1 avoit tent le grand ouvrage de la rconciliation du clerg et de la noblesse1 par l'tablissement des#ee prcaires2 c'est--dire1 qu'en considration des guerres trangres dont le royaume toit menac de tout ct1 et des dpenses extraordinaires des seigneurs1 on rgla que les terres enleves l'glise sous la rgence de ,charles ,martel1 resteroient entre les mains des ravisseurs1 qui payeroient un cens modique aux anciens propritaires4 ,pour ne pas ter toute esprance aux ecclsiastiques1 et leur laisser cependant le temps de s'accoutumer peu peu leurs pertes1 on toit convenu qu'ils rentreroient en possession de leurs biens la mort des usufruitiers1 moins que les besoins de l'tat n'obligeassent continuer les prcaires4 ,on avoit recommand d'avoir surtout attention que les glises et les monastres dpouills ne manquassent pas des choses ncessaires2 et on devoit mme leur restituer sur le champ leurs terres1 s'ils ne pouvoient absolument s'en passer4 ,ce trait1 dict par la mauvaise foi1 et fait pour tablir la paix1 n'avoit t propre qu' perptuer les divisions4 ,les ecclsiastiques prtendoient tre toujours dans le cas o la restitution devoit avoir lieu1 et les seigneurs vouloient qu'il ft toujours de l'intrt de l'tat de renouveler les prcaires4 ,les monastres exposoient leurs besoins1 et la noblesse croyoit en avoir de plus grands4 ,ces querelles ternelles1 et d'autant plus capables de produire d'extrmes dsordres1 que la forme du gouvernement donnoit plus de chaleur et d'activit aux esprits1 furent enfin termines par ,charlemagne4 ,on fit comprendre aux vques et aux moines qu'il n'toit pas raisonnable que1 sous prtexte d'tre les conomes des pauvres1 ils ruinassent tous les citoyens1 possdassent toutes les terres1 et vcussent dans un luxe condamn par leurs maximes4 ,on leur dit sans doute que ,dieu mprise les richesses1 et n'estime dans les offrandes que la puret de cur qui les accompagne et les prsente aux pieds des autels4 ,la noblesse1 persuade de son ct que ses usurpations avoient t injustes1 quoique les gens d'glise fussent condamnables d'avoir abus de la pit du peuple pour se faire des domaines immenses1 pensa que le moyen le moins propre pour lgitimer ses nouvelles possessions1 toit d'aigrir et d'irriter sans cesse le clerg1 dont les plaintes continuelles empchoient qu'on ne pt enfin lui opposer la loi de la prescription4 ,on fit des sacrifices de part et d'autre4 ,les anciens canons1 au sujet de la libert dans les lections ecclsiastiques1 furent remis en vigueur1 et ,charlemagne renona au privilge qu'on avoit accord ,clotaire ,,ii1 de nommer#ef aux prlatures vacantes4 ,on consola l'avarice du clerg en flattant sa vanit2 on le combla d'honneurs1 et on ne nomma aucune commission des officiers appels envoys royaux1 sans y mettre la tte un ou deux prlats4 ,par la clbre ordonnance de #fae1 dont j'ai dj fait connotre quelques articles1 en parlant de la rvolution arrive sous le rgne de ,clotaire ,,ii1 les vques avoient simplement obtenu que le juge sculier ne connotroit point des diffrens que les clercs auroient entre eux en matire civile1 et qu'en matire criminelle il ne pourroit les juger1 moins que le dlit ne ft videmment prouv4 ,dans ce cas-l mme1 lorsque l'action seroit intente contre un prtre ou un diacre1 le procs devoit tre instruit selon les rgles canoniques4 ,les affaires entre les clercs et les lacs devoient encore tre juges par un tribunal mi-parti1 compos d'ecclsiastiques et de sculiers2 et toute la prrogative des affranchis1 qui avoient obtenu leur libert par un acte pass dans l'glise1 se bornoit ne pouvoir tre jugs par le magistrat lac1 sans que l'vque ou son dlgu ft prsent au jugement4 ,ces bornes1 dans lesquelles la juridiction ecclsiastique toit resserre1 furent leves4 ,les clercs1 dans aucune occasion1 ne reconnurent d'autre juge que leur vque2 et tout ce qui toit sous la protection particulire du clerg jouit du mme avantage4 ,on ordonna que les comtes1 les juges subalternes et tout le peuple obiroient avec respect aux vques4 ,les justices temporelles ou seigneuriales1 que les glises possdoient dans leurs terres1 n'eurent pas une comptence moins tendue que celle des autres seigneurs1 et leurs juges condamnrent mort4 ,enfin la loi mit spcialement sous sa protection tous les biens et tous les privilges du clerg4 ,les seigneurs consentirent de contribuer aux rparations des glises dont ils tenoient quelques terres en forme de prcaires1 et de leur payer#eg la dixme4 ,ils se dpartirent mme de mille droits onreux auxquels ils avoient assujetti les prtres de la campagne1 sous prtexte de la protection qu'ils leur accordrent dans les temps de dsordre o les seigneuries se formrent4 ,cette gnrosit piqua d'honneur les vques4 ,au lieu de prtendre encore que tous les biens que l'glise acquroit par donation1 par achat ou autrement1 dussent tre affranchis des redevances et des servitudes dont ils toient grevs1 ils se soumirent raisonnablement ne plus acqurir aucune possession sans en acquitter les charges4 ,je ne mets pas au nombre des ddommagemens que reut le clerg le droit de lever la dixme sur les fruits de la terre4 ,quoiqu'une foule de chrtiens1 se croyant lie par les lois des ,juifs1 regarda ds-lors comme un devoir indispensable d'offrir ,dieu la dixime partie de ses rcoltes2 je crois que ces chrtiens1 par leur libralit1 faisoient un acte de pit1 et n'acquittoient pas encore une dette de citoyen4 ,charlemagne put favoriser cette dvotion et en donner l'exemple2 mais on ne trouve1 dans aucun de nos monumens1 qu'elle ait t convertie sous son rgne en tribut ncessaire4 ,si quelque loi eut parl en faveur du clerg1 pourquoi ne se seroit-il pas servi de cette autorit pour exiger la perception d'un droit qu'il se contentoit de prcher8 ,on n'a recours la fraude qu'au dfaut d'un titre solide2 et les moines fabriqurent grossirement une lettre de ,jsus-,christ aux fidelles1 par laquelle le ,sauveur menaoit les payens1 les sorciers et ceux qui ne payent pas la dixme1 de frapper leurs champs de strilit1 de les accabler d'infirmits1 et d'envoyer dans leurs maisons des serpens ails1 qui dvoreront le sein de leurs femmes4 ,les ecclsiastiques firent mme intervenir le ,diable en leur faveur2 et1 violant toute rgle de vraisemblance1 le reprsentrent dans une assemble gnrale de la nation1 comme une espce de missionnaire et d'aptre1 qui prenoit intrt au salut des ,franais1 qui toit fch de les voir dans la route de la damnation1 et tchoit chrtiennement de les rappeler leur devoir par des chtimens salutaires4 ,ouvrez enfin les yeux1 disoit le clerg1 et renoncez une avarice criminelle qui vous jette dans la misre6 ,c'est le ,diable lui-mme qui a caus la dernire famine dont vous vous plaignez4 ,c'est lui-mme qui a dvor les grains dans les pis4 ,il vous punit de vos pchs1 n'en doutez pas1 puisqu'il l'a dclar lui-mme avec des hurlemens affreux au milieu des campagnes2 sa rage ne s'appaisera point2 et il vous menace d'exercer encore le mme chtiment sur les chrtiens endurcis qui refusent de payer la dixme4 ,il toit moins difficile de contenter le peuple3 accoutum presque par-tout tre malheureux et ne point penser1 il ne faut en quelque sorte que lui donner de la pture pour l'intresser au bien public4 ,il avoit t trait avec tant d'inhumanit depuis l'tablissement des seigneuries et la ruine de l'ancien gouvernement1 qu'ayant perdu toute ide de sa dignit et de ses droits1 et ne se croyant destin qu' servir les passions des grands1 il toit dispos recevoir1 comme une grce1 tout le mal qu'on voudroit ne lui pas faire4 ,charlemagne donna l'exemple1 et renonant tous les droits tablis par la tyrannie des maires1 il ne voulut jouir que de ceux qu'un usage immmorial avoit#eh lgitims4 ,les grands1 leur tour1 commencrent avoir honte de leurs injustices et de leurs violences1 et la loi vint au secours du peuple opprim4 ,on restreignit les charges1 les travaux1 les corves que les seigneurs exigeoient des hommes de leurs terres4 ,on pourvut l'avenir1 en ordonnant que l'autorit des coutumes1 jusqu'alors trop tendue1 toujours quivoque1 souvent fonde sur un seul exemple1 et par consquent toujours tyrannique1 seroit subordonne au pouvoir des lois4 ,s'il ne fut pas possible d'anantir tous les pages1 ni toutes ces espces de douane que la force avoit tablis1 et qui gnoient prodigieusement le commerce des villes et de la campagne1 on y mit du moins de l'ordre4 ,les plus rcens de ces droits furent abolis1 de mme que ceux dont le public toit foule sans en retirer aucun avantage4 ,la perception du droit supposa dans le seigneur le devoir de rparer et d'entretenir les chemins et les ponts4 ,on fut libre de faire prendre ses denres la route qu'on voulut2 et le particulier qui ne les transportoit pas pour les vendre1 ne fut sujet aucune taxe4 ,l'iniquit des comtes1 des seigneurs et des autres magistrats subalternes dans l'administration de la justice1 toit devenue un flau d'autant plus redoutable pour le peuple1 que leur tyrannie s'exeroit l'ombre et par le secours des lois4 ,soit qu'ils refusassent de juger1 ou jugeassent mal1 les opprims toient obligs de souffrir ces injustices2 il toit trop difficile et trop dispendieux de se pourvoir en dni de justice1 ou en cassation par-devant le tribunal du prince4 ,si on y portoit enfin ses plaintes1 on n'y trouvoit pour juges que des courtisans corrompus1 prts galement refuser ou vendre la justice1 et toujours disposs1 par leur propre intrt1 condamner les plus foibles4 ,les assises1 que les envoys royaux tenoient quatre fois par an dans leurs lgations1 remdirent la plupart de ces abus4 ,la conduite des juges fut claire2 ils furent obligs d'obir aux lois1 dont ils ne furent plus que les organes4 ,cette cour suprme du roi1 o il toit presqu'impossible de parvenir1 fut -la-fois prsente dans chaque province2 et la foiblesse du peuple y trouva un asyle toujours ouvert contre la puissance des grands4 ,tandis que les envoys royaux rtablissoient ou maintenoient l'ordre dans les tribunaux subalternes1 ,charlemagne s'honoroit autant de la qualit de premier juge de la nation1 que de celle de gnral4 ,on peut voir dans ,hincmar avec quelle sagesse ce prince rendoit lui-mme la justice dans son palais4 ,quelque nombreuses et importantes que fussent ses occupations1 on ne portoit point d'affaire difficile sa cour1 qu'il n'en prt connoissance#ei par lui-mme4 ,ce n'toient que les procs ordinaires et d'une discussion aise qu'il abandonnoit l'apocrisiaire et au comte du palais1 qui prsidoient sous lui son tribunal1 l'un pour juger les affaires des ecclsiastiques1 et l'autre celles des lacs4 ,le moyen le plus efficace pour mettre le peuple en tat de subsister aisment1 toit de remdier aux abus qui s'toient introduits dans le service militaire1 et qui ruinoient successivement une partie considrable des citoyens4 ,tout homme libre1 ainsi que je l'ai dj fait remarquer1 toit soldat1 et quand son canton toit command pour la guerre1 il devoit marcher ses dpens#fj sous les ordres de son comte ou de son seigneur4 ,cependant1 n'tant pas raisonnable de dgarnir un pays de tous ses habitans1 l'exception des serfs chargs de la culture des terres1 et plusieurs citoyens devant mme avoir des raisons pour se faire dispenser du service dans de certaines circonstances1 les comtes et les seigneurs commettoient les injustices les plus criantes1 sous pretexte d'tablir cet gard un ordre avantageux4 ,ils s'toient attribu le pouvoir de dsigner arbitrairement1 avant l'ouverture de chaque campagne1 ceux qui serviroient1 et ceux qui resteroient dans le sein de leur famille4 ,ds-lors les plus riches citoyens s'toient exempts du service1 en achetant la faveur de leur comte ou de leur seigneur2 mais ils furent les premiers punis de l'injustice qu'on leur avoit chrement vendue4 ,il fallut permettre des soldats qui n'avoient rien et que l'tat ne payoit pas1 de commencer par piller leur canton1 pour avoir de quoi fournir aux frais de la campagne4 ,des hommes ramasss dans la lie de la nation1 incapables d'agir par amour de la gloire1 et qui1 sans fortune particulire1 ne prenoient aucun intrt la fortune publique1 ravageoient tout sur leur passage1 et toient chargs de butin avant que d'avoir joint les ennemis4 ,charlemagne fit rgler par l'assemble de la nation1 qu'il faudroit au moins possder trois manoirs#fa de terre1 c'est--dire1 trente-six de nos arpens1 pour tre oblig de faire la guerre en personne et ses frais4 ,n'avoit-t-on que deux manoirs8 on se joignoit un citoyen qui n'en possdoit qu'un1 et celui des deux qui paroissoit le plus propre supporter les fatigues de la guerre1 marchoit1 et son compagnon contribuoit sa dpense pour un ou deux troisimes1 suivant qu'il toit possesseur d'un ou de deux manoirs4 ,trois hommes qui ne jouissoient chacun que d'un manoir1 s'associoient de mme2 et les deux qui ne faisoient pas le service personnellement1 contribuoient chacun pour un tiers la dpense de l'autre4 ,six hommes dont chacun n'avoit qu'un demi-manoir1 ne fournissoient l'tat qu'un soldat1 en suivant la mme cotisation2 et avec une moindre possession1 on fut exempt de tout service et de toute charge militaire4 ,bien loin de continuer faire un commerce de leur pouvoir1 les comtes et les seigneurs1 assujettis une loi#fb1 qui marquoit en dtail tous les cas d'exemption de service1 furent eux-mmes condamns payer l'amende pour les citoyens auxquels ils auroient accord injustement une dispense d'aller la guerre4 ,les campagnes ne furent ni pilles1 ni dvastes4 ,les citoyens riches ne furent plus des hommes oisifs qui la paix devoit ter toute habitude de courage4 ,la qualit de soldat redevint un titre honorable1 et les armes1 qu'il fut ais de plier une sage discipline1 protgrent la nation sans lui faire jamais aucun tort1 et ne furent redoutables qu'aux ennemis4 ,les ,franais tonns1 comprirent par leur propre exprience qu'une classe de citoyens pouvoit tre heureuse sans opprimer les autres4 ,c'est par ce sage gouvernement1 dont je n'ai dvelopp que les principes gnraux1 que ,charlemagne retira en quelque sorte sa nation du chaos o elle se trouvoit4 ,aux lois1 il joignit son exemple1 peut-tre encore plus efficace4 ,qu'on voie dans ,hincmar le tableau qu'il nous a laiss de l'ordre admirable qui rgnoit dans le palais4 ,charlemagne ne vouloit pas avoir pour officiers ou pour ministres des courtisans1 mais des hommes qui aimassent la vrit et l'tat1 qui fussent connus par leur exprience1 leur discrtion1 leur exactitude1 leur sobrit1 et assez fermes dans la pratique de leur devoir1 non-seulement pour tre inaccessibles aux prsens1 mais pour ne pouvoir pas mme tre blouis1 et tromps par la flatterie1 l'amiti et les liaisons du sang4 ,croira-t-on que je parle de la cour d'un roi1 si je dis que les officiers du palais toient chargs d'aider de leurs conseils les malheureux qui venoient y chercher du secours contre la misre1 l'oppression et la calomnie1 ou ceux qui s'tant acquitts de leurs devoirs avec distinction1 avoient t oublis dans la distribution des rcompenses8 ,il toit ordonn chaque officier de pourvoir leurs besoins1 de faire passer leurs requtes jusqu'au prince1 et de se rendre leur solliciteur4 ,qu'il est beau de voir les vertus les plus prcieuses l'humanit1 devenir les fonctions ordinaires d'une charge2 et1 par une espce de prodige1 les courtisans changs en instrumens du bien public1 et en ministre de la bienfaisance du prince6 ,la cour1 loin d'tre alors un cueil pour la vertu qui y seroit arrive1 toit une cole o les ,franais apprenoient connotre le prix de l'honneur1 de la justice et de la gnrosit4 ,n'en doutons pas1 car l'auguste simplicit du prince faisoit ignorer aux courtisans tous ces besoins superflus et ridicules1 qui en les appauvrissant dans le sein de l'abondance1 n'en font presque toujours que des esclaves prostitus la fortune4 ,la magnificence1 le luxe1 la pompe1 la prodigalit des cours dtruisent les murs publiques2 ce sont autant de preuves certaines de la misre des peuples1 et d'avant-coureurs de la dcadence des empires4 ,que c'est un spectacle agrable pour qui connot les devoirs de la socit1 d'examiner le mnage de ,charlemagne6 ,sa femme1 impratrice et reine de presque toute l',europe1 comme une simple mre de famille1 avoit soin des meubles du palais et de la garderobe de son mari1 payoit les gages des officiers1 rgloit les dpenses de la bouche et des curies1 et faisoit temps les provisions ncessaires sa maison4 ,de son ct1 ,charlemagne1 vainqueur des ,saxons et des ,lombards1 craint des empereurs de ,constantinople1 et respect des ,sarrasins en ,asie et en ,afrique1 gouvernoit ses domaines avec autant de prudence que l'tat1 veilloit avec conomie ce qu'ils fussent cultivs avec soin1 et ordonnoit de vendre les lgumes qu'il ne pouvait consommer4 ,ce seroit entreprendre un grand ouvrage1 que de vouloir faire connotre en dtail toute la lgislation de ce prince4 ,ses capitulaires embrassent -la-fois toutes les parties relatives au bien de la socit4 ,si quelques articles nous en paroissent aujourd'hui purils1 ne nous htons pas tmrairement de les condamner2 on les admireroit sans doute en considrant l'ensemble de toute la grande machine dont ils faisoient partie4 ,si d'autres nous paroissent1 et sont en effet barbares1 concluons-en seulement que les ,franais1 peine dlivrs des dsordres qui avoient ruin la famille de ,clovis1 formoient encore un peuple grossier1 qui ne pouvoit ouvrir les yeux qu' quelques vrits4 ,les hommes ne changent pas d'ides en un jour2 plus nos prjugs sont bizarres et absurdes1 plus ils ont de force contre notre raison4 ,les passions ont leur habitude1 qu'on ne dtruit que trs-lentement4 ,les progrs vers le bien doivent tre souvent interrompus4 ,si ,charlemagne et voulu arracher brusquement les ,franais leurs habitudes et leurs prjugs1 il n'et fait que les rvolter au lieu de les clairer4 ,il ne s'agissoit pas de leur donner des lois parfaites en elles-mmes1 mais les meilleures qu'ils pussent excuter4 ,voil le chef-d'uvre de la raison humaine1 quand de la thorie elle passe la pratique4 ,il faut louer dans le lgislateur des ,franais jusqu'aux efforts qu'il fit pour se rabaisser jusqu' eux1 et n'tre sage qu'autant qu'il le falloit pour tre utile4 ,,chapitre ,,iii4 ,rflexions sur le gouvernement tabli par ,charlemagne4--,des principes de dcadence qu'il portoit en lui-mme4 ,charlemagne n'avoit fait que ramener les ,franais aux anciens principes du gouvernement que leurs pres avoient apports de ,germanie2 et1 s'il et succd ,clovis1 il lui auroit t facile de les fixer et d'en prvenir la dcadence1 en tablissant de sages proportions entre les diffrens ordres de l'tat4 ,il auroit empch que ses sujets n'usurpassent des droits qui devoient les diviser2 et tous1 aussi unis par l'amour de la libert qu'ils devinrent ennemis par les injures qu'ils se firent et les prtentions qu'ils formrent1 auroient travaill de concert faire le bien gnral4 ,mais quand ce prince monta sur le trne1 il ne trouva1 comme on l'a vu1 que des citoyens pleins de haine et de mpris les uns pour les autres et qui n'toient occups que de leurs avantages particuliers4 ,la noblesse croyoit que tout devoit lui appartenir2 avec le mme projet d'accrotre ses biens1 le clerg aspiroit tenir seul les rnes du gouvernement2 le peuple opprim ne pouvoit point avoir de patrie2 et ces trois ordres1 par la nature mme de leur constitution actuelle1 toient1 en un mot1 incapables de se rapprocher1 de se confondre1 de consentir n'avoir que les mmes intrts1 et de former un seul corps4 ,dans les circonstances mme les plus favorables1 les lois d'un gouvernement libre ne s'affermissent qu'avec une extrme difficult2 parce que la libert1 rendant les esprits plus fiers1 plus courageux1 plus entreprenans1 excite toujours quelques orages dans le pays o elle s'tablit4 ,il ne suffit pas d'ordonner un peuple d'tre libre1 pour qu'il le soit2 il ne suffit pas de porter des lois1 il faut changer dans les citoyens la manire de voir1 de sentir et de penser1 ou leurs anciens prjugs triompheront de la sagesse des magistrats4 ,si quelques lgislateurs ont russi affermir un gouvernement libre en mme temps qu'ils l'ont tabli1 ils ne donnoient sans doute des lois qu' une poigne d'hommes renferme dans une mme ville2 et ,charlemagne gouvernoit une nation nombreuse1 rpandue dans toute l'tendue des ,gaules1 dans quelques provinces de ,germanie1 mle mme avec plusieurs peuples qui avoient leurs coutumes particulires4 ,charlemagne ne se flatta pas de porter sa perfection l'ouvrage dont il jetoit les fondemens4 ,en partageant l'autorit1 en associant tous les citoyens au gouvernement1 il ne voulut que les distraire de leurs intrts personnels4 ,il espra que la rivalit du clerg1 de la noblesse et du peuple les forceroit d'abord observer mutuellement1 qu'ils s'imposeroient1 se tiendroient en quilibre2 que chaque ordre1 gn par les deux autres1 apprendroit peu peu les craindre et les respecter2 et que tous s'accoutumant enfin avoir moins d'ambition1 quelques ides communes sur le bien public les prpareroient y travailler de concert4 ,pour que ce nouveau gouvernement pt s'affermir1 il falloit que les ,franais en prissent l'esprit2 et ce fut l'objet de la politique de ,charlemagne pendant tout son rgne4 ,tandis qu'il tendoit une main secourable au peuple1 pour le tenir au-dessus de l'oppression et lui rendre quelque courage et ses droits1 il appesentissoit l'autre sur les grands1 pour les empcher de s'lever trop haut1 et leur apprendre qu'ils n'toient placs au-dessus du peuple1 qu'ils mprisoient1 que pour tre les artisans#fc de son bonheur4 ,mais cet difice devoit s'crouler1 si ,charlemagne1 qui toit l'ame des ,franais sans le parotre1 n'avoit pas un successeur capable d'en soutenir la masse4 ,son rgne1 quoique long1 ne l'avoit pas t assez pour changer les prjugs et les passions de ses sujets1 et son gouvernement1 qui n'avoit pas encore pris une certaine consistance1 devoit tre dtruit1 si les rnes en toient confies des mains ignorantes4 ,ds que le peuple seroit priv de l'appui qui le soutenoit1 il devoit retomber dans son nant3 l'habitude ne lui avoit pas assez fait connotre ses forces4 ,les anciennes prrogatives du prince et des seigneurs n'toient pas oublies1 et les nouvelles n'toient pas marques d'une manire assez fixe et assez constante1 pour qu'ils ne cherchassent pas encore les tendre4 ,l'ambition assoupie devoit se rveiller2 et les grands1 trop puissans pour ne pas craser le peuple que le prince cesseroit de protger1 devoient bientt troubler l'tat2 si le prince de son ct toit ambitieux1 il lui restoit assez d'autorit pour reprendre celle que ,charlemagne avoit restitue la nation4 ,le champ de ,mai possdoit1 il est vrai1 la puissance lgislative2 mais1 si on y fait bien attention1 ce n'toit en quelque sorte que d'une manire prcaire2 parce que l'extrme ignorance et les vices des ,franais n'avoient pas permis ,charlemagne de se dsaisir de quelques parties de la puissance excutrice4 ,celles qu'il n'auroit pas retenues entre ses mains auroient t mal administres1 et seroient devenues un obstacle ses desseins4 ,pour prvenir cet inconvnient1 qui l'auroit empch d'tablir les principes de son gouvernement1 il y laissoit un dfaut qui pouvoit les renverser sous un prince moins sage que lui4 ,en effet1 pour peu qu'on soit instruit des causes qui1 dans tous les temps et dans tous les pays libres ont occasionn des dsordres et des rvolutions1 on jugera sans peine que rien n'est plus dangereux que de confier la mme personne l'excution des lois dans toutes les branches diffrentes de la socit4 ,il n'est pas possible que cette masse norme d'autorit ne donne enfin au simple protecteur des lois le droit de les luder1 de les violer et d'en faire son gr de nouvelles4 ,il acquerra une considration qui insensiblement le fera regarder comme un matre4 ,d'ailleurs1 la puissance lgislative ne pouvant pas faire des lois qui aient tout prvu1 il faut ncessairement qu'elle voie languir une foule d'affaires1 multiplier les abus1 et perdre les conjonctures les plus favorables pour agir2 ou qu'elle abandonne la puissance excutrice le privilge de donner des ordres particuliers et de faire des rglemens provisoires4 ,charlemagne ne se servit jamais de ce pouvoir que pour le bien de la nation4 ,mais une pareille prrogative pouvoit devenir d'autant plus dangereuse entre les mains de son successeur1 qu'il seroit assez riche pour se faire des cratures1 et s'emparer de toute l'autorit que les fils de ,clovis avoient possde4 ,sans parler des bnfices de ,charles ,martel1 qui toient devenus le patrimoine de la couronne depuis l'lvation de ,pepin au trne1 les conqutes de ,charlemagne avoient prodigieusement augment ses domaines1 et comme ce prince1 pour gagner les grands et les engager concourir avec lui au bien public1 toit oblig de se les attacher par des bienfaits toujours nouveaux1 il avoit converti une grande partie de ses nouvelles possessions en bnfices4 ,il est vrai qu'il les confroit vie#fd1 et que n'ayant pas laiss ses successeurs le droit de les reprendre arbitrairement1 les abus devoient tre moins considrables qu'ils ne l'avoient t sous les ,mrovingiens2 cependant1 si le prince n'a pas l'ame assez grande pour rsister ce charme secret qui porte les hommes tendre encore leur pouvoir1 quand ils en sont mme embarrasss2 si ces bnfices1 au lieu d'tre la rcompense du mrite1 deviennent au contraire un moyen de sduire1 et une monnoie pour acheter des flatteurs1 les rois ,carlovingiens seront bientt entours de courtisans intresss les corrompre4 ,les ordres particuliers du prince apprendront qu'un citoyen peut avoir un autre protecteur que la loi#fe1 et une autre sauvegarde que son innocence4 ,on mettra les rglemens provisoires la place des lois impartiales et souvent trop gnantes4 ,le champ de ,mai ne prsentera qu'une vaine crmonie2 et les fils d'un prince1 qui ne vouloit que publier et protger la loi1 seront bientt regards comme les lgislateurs4 ,on dira peut-tre que ,charlemagne auroit prvenu ces malheurs et affermi la puissance du champ de ,mai1 en ne laissant pas ses bnfices la mme forme que son aeul1 ,charles ,martel1 avoit donne aux siens2 mais quand ce prince se seroit dpouill du droit de confrer en bnfices les terres de son domaine dont il pouvoit se passer1 et l'auroit abandonn au champ de ,mai1 de mme que la prrogative de disposer des comts et des autres magistratures1 il ne faut point penser que ces grces1 qui servirent entre les mains du prince ruiner le gouvernement1 eussent contribu rendre plus solide l'autorit du champ de ,mai1 qui en auroit t le dispensateur1 ni que les serviteurs du prince fussent devenus les serviteurs de l'tat4 ,dans cette supposition1 ce n'et pas t la trop grande puissance des ,carlovingiens qui auroit ananti celle du champ de ,mai1 mais leur trop grande foiblesse4 ,charlemagne1 qui n'auroit eu aucun bienfait rpandre1 n'auroit pas paru sa nation aussi grand qu'il l'toit3 qu'on n'oublie pas que les ,franais toient encore trop barbares pour le connotre et lui rendre justice4 ,ses rformes et ses lois n'auroient paru qu'une contrainte gnante et inutile1 laquelle on ne se seroit pas soumis4 ,mille cabales formes pour distribuer et obtenir les rcompenses de l'tat1 n'auroient fait du champ de ,mai qu'une cohue o l'intrigue auroit domin1 tel et t vraisemblablement le sort de la nation franaise sous ,charlemagne mme1 quels dsordres n'auroit-elle pas t expose sous des princes moins habiles que lui8 ,une nouvelle cause de la dcadence prochaine du gouvernement1 c'est que l'assemble du champ de ,mai n'toit astreinte aucune forme fixe et constante dans la manire de dlibrer et procder l'tablissement des lois4 ,autant qu'on peut le conjecturer l'aide de nos anciens monumens1 souvent elle prvenoit le prince1 et le prioit de mettre le sceau royal aux rglemens qu'elle avoit dresss4 ,quelquefois le prince proposoit lui-mme une loi1 et requroit la nation d'y donner son consentement4 ,tantt les trois ordres de l'tat dressoient leurs articles part1 et tantt ils se runissoient pour ne faire qu'une seule ordonnance4 ,il ne parot pas qu'il y et des termes prescrits pour dlibrer plusieurs reprises sur un mme objet4 ,quelques lois ne furent portes qu'aprs plusieurs longs dbats1 et d'autres furent proposes1 reues et publies sur le champ1 par une espce d'acclamation4 ,charlemagne avoit laiss subsister cette manire indtermine d'agir dans le champ de ,mai1 parce que l'extrme ignorance des ,franais ne lui permettoit pas de les tenir assembls1 sans qu'il veillt par lui-mme leur conduite1 et la diriget2 et des formalits1 en le gnant1 auroient t un obstacle ternel au bien4 ,d'ailleurs1 la ncessit o il toit de se transporter d'une frontire de son vaste empire l'autre1 ne lui laissant la libert de convoquer la nation que pendant un temps trs-court1 il falloit se hter de dcider les affaires2 et le gnie de ,charlemagne tranchoit en un moment les difficults1 que des formes auroient rendues plus pineuses1 et que ses sujets n'auroient jamais pu rsoudre4 ,si ce grand homme ne rendit pas son gouvernement inbranlable1 n'en accusons que l'ascendant fatal des circonstances sur la prudence humaine4 ,son rgne n'a produit qu'un bien passager2 et s'il ft n deux sicles plutt1 ou quatre sicles plus tard1 ses lois auroient vraisemblablement gal sa rputation en dure4 ,en voulant faire plus qu'il n'a fait1 il n'auroit pas commenc policer sa nation2 il ne l'auroit pas mise sur la voie de connotre1 de dsirer1 d'aimer et de faire le bien sous ses ordres4 ,ce qu'il auroit fallu tenter pour affermir sa constitution1 l'auroit empch d'en jeter les premiers fondemens4 ,,chapitre ,,iv4 ,foiblesse de ,louis-le-,dbonnaire4--,il tend la prrogative royale4--,comment la division qui rgne entre ses fils ruine l'autorit du prince1 et rend les seigneurs tout-puissans4 ,louis-le-,dbonnaire vouloit le bien1 mais faute d'lvation et de lumire dans l'esprit1 et de fermet dans le cur1 il ne put jamais le faire4 ,sa vue1 qui auroit d s'tendre sur tout le royaume1 se bornoit dans l'enceinte de sa cour4 ,c'toit certainement une chose trs-louable que d'en bannir le scandale1 et de forcer ses surs respecter le public1 et se respecter elles-mmes2 mais il ne falloit pas regarder la rforme de quelques galanteries comme le chef-d'uvre d'un bon gouvernement4 ,les bonnes murs d'un peuple sont sans doute la premire cause de sa prosprit2 mais les bonnes murs consistent estimer la justice1 la frugalit1 le dsintressement1 le travail et la gloire4 ,une attention extrme porte sur les dtails des plus petits objets1 est quelquefois1 comme dans ,charlemagne1 la preuve d'un gnie vaste qui embrasse tout2 dans ,louis-le-,dbonnaire1 qui ne s'levoit point au-dessus de ces dtails1 elle dcle un prince qui n'toit propre qu' remplir les fonctions subalternes d'un centenier1 ou de l'avou de quelque monastre4 ,les ,franais1 dont le gouvernement n'avoit pas encore assez clair l'esprit1 loin de pouvoir suppler ce qui manquoit au prince1 avoient encore besoin de suivre un guide pour ne pas s'garer4 ,ils sentirent la perte qu'ils avoient faite1 regrettrent ,charlemagne1 et ne tardrent pas se dfier de la capacit de son fils qui ne connoissant en effet1 ni les devoirs1 ni l'tendue1 ni les bornes du pouvoir dont il avoit hrit1 confondit le crdit immense que la confiance publique avoit donn ,charlemagne1 et l'autorit limite que les lois lui avoient confre4 ,toujours jaloux de tout ce qui l'environnoit1 il vouloit tout faire en ne faisant rien1 et ne sut jamais qu'on est bien loign d'tablir une rforme avantageuse la socit1 quand on veut l'entreprendre contre les rgles4 ,un roi qui avoue une faute1 et qui la rpare1 s'attire l'estime gnrale de sa nation2 mais convenir stupidement de ses erreurs sans se corriger1 c'est se rendre mprisable4 ,il semble mme que ce soit le dernier degr d'avilissement pour un prince4 ,il en est un cependant plus humiliant encore1 c'est de s'avouer coupable d'une faute qu'on n'a pas faite1 et de l'aggraver en voulant la rparer4 ,on peut se rappeler que ,bernard1 roi d',italie1 qui avoit fait hommage de son royaume ,louis-le-,dbonnaire son oncle1 ne fut pas long-temps sans trahir le serment qu'il lui avoit prt4 ,soit qu'il ne vt qu'avec jalousie#ff la fortune de ,louis2 soit qu'il en connut assez la foiblesse pour esprer de s'agrandir ses dpens1 il prit les armes et lui dclara la guerre2 mais le succs ne rpondit pas ses esprances4 ,battu et fait prisonnier1 il comparut devant une assemble de la nation1 qui lui fit son procs1 et le condamna mort4 ,louis1 touch de compassion1 commua la peine1 et fit arracher les yeux au coupable1 qui mourut des suites de cette opration cruelle4 ,l'empereur n'avoit rien se reprocher1 le procs de ,bernard avoit t fait juridiquement2 si on avoit commis son gard quelqu'injustice1 la nation seule toit coupable4 ,cependant1 ,louis-le-,dbonnaire eut des remords2 et paroissant dans l'assemble qui se tint ,attigny sur ,aisne1 sous l'habit d'un pnitent1 il confessa publiquement sa prtendue faute avec une componction1 qui devint une injure mortelle pour tous les membres du champ de ,mai qui avoient jug ,bernard4 ,les vques qui prirent cette indcente lchet pour un acte d'humilit chrtienne1 furent difis d'un spectacle qui sembloit leur annoncer le plus grand crdit2 mais la noblesse1 plus judicieuse mprisa un prince qui vouloit tre mpris4 ,les assembles gnrales de la nation1 et les tats particuliers des provinces toient encore convoqus2 les envoys royaux exeroient toujours les mmes fonctions2 on voyoit subsister dans le palais et dans les provinces les mmes magistratures et les mmes tribunaux2 mais1 sous la forme apparente du mme gouvernement1 c'toit dj un fond de gouvernement tout diffrent1 et aussi diffrent de celui que j'ai fait connotre que ,louis l'toit de ,charlemagne4 ,cependant le cours que ce prince avoit imprim aux affaires1 le souvenir de ses grandes actions1 le respect que l'on conservoit pour sa mmoire1 et les sentimens d'honneur et de vertu que ses exemples avoient inspirs quelques personnes1 tenoient encore unies toutes les parties de l'tat1 ou du moins empchoient qu'elles ne se sparassent avec tumulte2 mais les ressorts du gouvernement se relchoient de jour en jour4 ,quand le prince nglige le bien public1 ou y travaille sans succs1 chaque citoyen ne s'occupe que de ses intrts particuliers4 ,les lois ne furent plus observes avec la mme obissance et le mme zle qu'autrefois4 ,aprs les avoir ngliges1 on les viola ouvertement4 ,chaque ordre de l'tat devient bientt suspect aux autres2 les soupons font revivre les anciennes haines2 tout se divise1 se runit4 ,a mesure que les abus se multiplient1 ,louis1 qui fait des efforts impuissans pour les rprimer1 sent malgr lui son incapacit4 ,il se trouve gn en servant de spectacle aux assembles d'une nation qu'il ne sait pas gouverner4 ,il les craint1 les hait1 et les convoque cependant4 ,on y publie de nouveaux capitulaires1 dans lesquels on ne fait que refondre ceux de ,charlemagne2 preuve certaine de la dcadence du gouvernement1 et ressource impuissante qui dcouvre les besoins de l'tat1 sans remdier ses maux4 ,tant de foiblesse et d'incapacit de la part du prince auroit d anantir la prrogative royale1 et ,louis cependant l'avoit tendue beaucoup au-del des bornes que ,charlemagne s'toit prescrites lui-mme4 ,plus il augmentoit sa puissance1 moins il toit capable d'en user1 et plus il croyoit ncessaire de l'augmenter encore4 ,l'art de disposer les esprits obir1 est de toutes les parties de la politique la plus utile et la plus ignore1 ,louis1 qui voyoit recevoir ses ordres avec ngligence1 multiplia ses bienfaits pour s'attacher les grands2 et aprs les avoir corrompus1 prit leur complaisance pour une approbation1 et tenta des entreprises plus hardies4 ,abusant du privilge de donner des ordres particuliers et de faire des rglemens provisoires1 il voulut mettre son autorit et son nom la place des#fg lois1 affecta le pouvoir le plus despotique1 et se rserva de punir arbitrairement les coupables4 ,cette conduite1 si contraire aux principes de ,charlemagne1 et au caractre mme de ,louis-le-,dbonnaire1 port par instinct respecter l'ordre et les lois tablies1 toit l'ouvrage des vassaux qui le servoient dans le palais1 de ses ministres1 des vques et des moines qui frquentoient la cour1 hommes avares et ambitieux1 qui1 pour tre plus puissans1 vouloient que leur matre ft au-dessus des lois4 ,personne ne s'opposoit ces dangereuses nouveauts4 ,les comtes et les autres magistrats en voyoient avec plaisir les progrs1 parce que leur puissance en devenoit plus arbitraire1 et que la confusion de toutes les ides1 sur la nature des lois et des rescrits particuliers du prince1 les autorisoit1 ainsi que nous l'apprend ,hincmar1 faire pencher leur gr la balance de la justice4 ,les seigneurs ne craignoient point cet excs de pouvoir dans les mains d'un prince qu'ils mprisoient4 ,dj plus avares que jaloux de leur libert1 ils ne songeoient qu' tendre ou multiplier leurs droits dans leurs terres1 tandis que le peuple1 menac de tout ct d'une oppression prochaine par une foule de tyrans1 gmissoit du mpris o les lois toient tombes1 et dsiroit qu'il s'levt un matre commun1 dont il esproit d'tre protg4 ,les princes foibles font souvent de grandes fautes1 en faisant les mmes choses qu'ont faites de grands princes4 ,charlemagne avoit affermi son ,empire en confrant des royaumes ses fils2 parce qu'il sut se faire obir par des rois qui n'toient en effet que ses#fh lieutenans4 ,quelqu'ambitieux qu'eussent t ces princes1 ils auroient t retenus dans le devoir par la forme mme du gouvernement4 ,ils ne pouvoient tre tents de se soulever contre leur pre1 qui s'toit rendu le matre de toutes les volonts1 sans prvoir qu'ils seroient accabls par la nation entire4 ,louis1 tromp par cet exemple1 crut de mme multiplier les ressorts d'une bonne police1 en associant ,lothaire1 son fils an1 l',empire1 peu d'annes aprs qu'il y fut parvenu4 ,il cra en mme temps ,pepin roi d',aquitaine1 et donna ,louis1 son troisime fils1 le royaume de ,bavire4 ,mais plus mpris que craint1 il ne fit que des rivaux ou des ennemis de son autorit1 en faisant des rois4 ,l'lvation de ses fils fut le signal de la discorde1 parce qu'il les rendoit puissans1 en mme temps qu'il donnoit sa principale confiance ,judith1 sa seconde femme et leur belle-mre1 qui ne cherchoit qu' les ruiner pour faire une plus grande fortune son fils1 connu dans notre histoire sous le nom de ,charles-le-,chauve4 ,cette princesse ne gouverna pas son mari par cet ascendant que les lumires et le courage donnent sur une ame foible1 mais par la passion qu'elle lui inspiroit1 et par cette sorte d'inquitude1 d'activit et d'intrigue1 qu'un esprit paresseux et born ne manque jamais de prendre pour du gnie4 ,gouverne elle-mme son tour par ,bernard1 comte de ,barcelone1 son amant1 homme injuste1 avare et violent1 elle en prit tous les vices1 et les auroit communiqus son mari1 s'il et t capable de prendre et de conserver un caractre4 ,dire que les fils de ,louis-le-,dbonnaire comprirent1 par les premiers torts qu'on leur fit1 ce qu'ils avoient craindre de leur belle-mre1 ce seroit1 je crois1 juger trop avantageusement de princes qui1 dans tout le cours de leur vie1 ne surent jamais se rendre raison de leurs entreprises1 ni profiter de leurs fautes pour se corriger4 ,ils se soulevrent par emportement1 par vengeance et par inquitude2 et aprs avoir contraint l'impratrice se rfugier dans un monastre1 ils voulurent forcer leur pre se consacrer de mme la vie religieuse4 ,il toit naturel qu'une guerre excite par des tracasseries domestiques1 ft termine par une intrigue ridicule4 ,les moines se prsentrent comme mdiateurs4 ,quelqu'atteinte que la rvolte et porte l'autorit de ,louis1 il leur toit plus utile de conserver sur le trne un prince qui les aimoit1 et les croyoit tels qu'ils devoient tre1 que d'en faire un religieux dont l'lvation passe1 l'humiliation prsente et la bigoterie timide les gneroient4 ,ils se mirent en mouvement1 et russirent si bien diviser les princes rvolts1 en les rendant suspects les uns aux autres1 que ,lothaire1 abandonn de ses frres1 ne fut plus en situation avec ses seules forces de consommer son attentat4 ,louis1 cependant1 qui ne savoit ni pourquoi il s'toit form une tempte contre lui1 ni comment il y avoit chapp1 se trouvoit avec surprise sur le trne1 et confondu galement par sa bonne et sa mauvaise fortune1 toit plus timide que jamais4 ,ses fils1 ,pepin et ,louis1 voulurent tre les dpositaires de l'autorit qu'ils lui avoient conserve2 mais l'impratrice1 qui s'toit fait relever de ses vux1 fut d'autant plus avide de gouverner1 qu'elle vouloit se venger de ses ennemis4 ,il falloit perdre les fils de son mari les uns par les autres1 puisqu'ils s'toient en quelque sorte empars de toutes les forces de l'tat4 ,pour assurer le succs de son entreprise en les divisant de plus en plus1 ,judith augmenta les domaines de ,pepin et de ,louis1 en mme temps qu'elle fit dclarer ,lothaire dchu de son association l',empire4 ,l'histoire nous a conserv un fait bien propre faire connotre l'esprit de petitesse et de superstition par lequel la cour toit gouverne4 ,lothaire1 qui dsiroit de se rconcilier avec son pre1 chargea de cette ngociation ,angelbert1 archevque de ,milan4 ,l'empereur reut ce prlat avec distinction2 et un jour en sortant de table1 ,salut1 archevque1 lui dit-il1 comment doit-on traiter son ennemi8 ,le seigneur1 rpondit ,angelbert1 a ordonn1 dans son vangile1 de l'aimer et de lui faire du bien4 ,mais si je n'obis pas ce prcepte8 reprit ,louis3 vous n'obtiendrez point la vie ternelle1 rpliqua le prlat4 ,l'empereur fch d'tre oblig de renoncer sa vengeance ou au paradis1 convint avec l'archevque d'avoir le lendemain une confrence ce sujet2 et il s'y fit accompagner par tout ce qu'il y avoit de plus savant sa cour4 ,seigneurs1 dit ce prlat en entamant la controverse1 savez-vous que nous sommes tous frres en ,jsus-,christ8 ,oui1 rpondirent les assistans2 car nous avons tous le mme pre dans les cieux4 ,l'homme libre1 continua ,angelbert1 le serf1 le pre1 le fils1 sont donc frres4 ,or1 l'aptre ,s4 ,jean n'a-t-il pas dit que qui hait son frre est homicide8 ,et un homicide peut-il entrer dans la batitude ternelle8 ,a ces mots1 tous les savans de l'empereur se trouvrent confondus2 et ce prince1 se prosternant le front contre terre1 demanda pardon ,dieu du doute qu'il avoit eu1 et rendit son amiti ,lothaire4 ,je ne m'arrte pas sur les vnemens de ce rgne foible et malheureux3 personne n'ignore que ,louis-le-,dbonnaire1 toujours esclave des caprices et des passions de ceux qui le gouvernoient1 fut enfin la victime de l'ambition de ,judith et de l'inquitude de ses fils4 ,pepin et ,louis1 plus jaloux du crdit de l'impratrice dont ils avoient pntr les intentions1 que reconnoissans de ses perfides bienfaits1 se ligurent une seconde fois avec ,lothaire4 ,ces princes se jourent de la religion1 qui servoit de voile leur perfidie4 ,des vques1 qui n'toient que leurs instrumens1 parurent les auteurs de la disgrace de ,louis4 ,flatts de se voir les dpositaires des droits des nations1 et les juges d'un empereur1 ils le dpouillrent de sa dignit1 et le relgurent dans l'abbaye de ,saint-,mdard de ,soissons4 ,ce prince y auroit t oubli1 si l'union de ses fils avoit pu subsister2 mais ,lothaire1 qui1 ds qu'il se crut le matre de l'empire1 ne sentit plus le besoin qu'il avoit de ses frres1 voulut les rduire n'tre que ses lieutenans4 ,ces princes indigns prirent les armes1 et remplacrent leur pre sur le trne1 o1 n'prouvant jusqu' sa mort que de nouvelles disgraces1 il fut continuellement occup rendre ridicule1 par sa foiblesse1 la dignit auguste dont il toit revtu1 craindre les trahisons de ses fils1 et leur pardonner leurs rvoltes4 ,tandis que l'autorit royale s'anantissoit1 ,louis fomentoit1 sans le savoir1 les haines de ses fils1 et portoit ainsi le dernier coup au gouvernement4 ,en prenant de bonne foi les mesures qu'il croyoit les plus propres les runir1 il perptuoit leurs divisions1 et souffloit le feu des guerres civiles qui devoient perdre sa maison4 ,charlemagne1 qui connoissoit le poids norme de la royaut1 parce qu'il en avoit rempli tous les devoirs1 comprit qu'il devoit y avoir une certaine proportion entre l'tendue d'un tat et celle de l'esprit humain1 sans quoi la politique trop foible ne peut embrasser toutes les parties de l'empire1 et voir natre rapidement des abus auxquels il n'est bientt plus possible de remdier4 ,dans le point de grandeur o la puissance des ,franais toit parvenue1 tandis que leurs connoissances toient si mdiocres et leurs vices si grands1 il toit heureux que l'usage de partager le royaume entre les fils du prince1 subsistt encore4 ,il et t dangereux de ne faire qu'un seul empire des trois royaumes que ,charlemagne forma2 et dont chacun en particulier toit non-seulement en tat de rsister ses ennemis1 mais mme de les subjuguer1 ou du moins de contenir dans leurs habitations ces restes de barbares qui continuoient infester les mers1 et faire des descentes et des courses dans les diffrentes provinces de l',europe4 ,bien loin d'assujettir les trois royaumes des ,franais des devoirs rciproques1 ,charlemagne les rendit absolument indpendans les uns des autres4 ,au lieu de songer confondre leurs intrts1 il voulut qu'ils n'eussent rien dmler ensemble1 et disposa leurs provinces de faon qu'ils ne pussent avoir aucune querelle au sujet de leur territoire1 que leurs frontires se trouvassent naturellement fortifies1 et que1 sans avoir sujet de s'offenser1 ils pussent cependant se secourir contre les attaques des trangers4 ,il toit dfendu#fi chaque prince de recevoir dans ses tats quelque sujet mcontent de l'un de ses frres1 et d'interposer mme ses bons offices en sa faveur4 ,charlemagne craignoit que des transfuges ne communiquassent leur chagrin1 ou leur inquitude au prince chez lequel ils se retireroient4 ,il vouloit empcher qu'une cour ne s'expost des refus humilians en sollicitant des grces1 ou n'extorqut1 force de ngociations1 des complaisances propres produire de l'aigreur1 ou du moins un ressentiment secret1 souvent nuisible au bien de la paix4 ,il ne fut point permis de recevoir des bnfices d'un autre prince que celui dont on toit sujet4 ,charlemagne ordonna enfin qu'aucun de ses enfans ne pt acqurir quelque espce de possession que ce ft dans les royaumes de ses frres1 et permit cependant leurs sujets de former entre eux des alliances par le mariage4 ,louis-le-,dbonnaire voulut tre plus sage que ,charlemagne1 et tout fut perdu sans ressource4 ,croyant1 parce qu'il toit extrmement foible1 timide et born1 qu'un tat ne pouvoit jamais tre trop tendu ni trop puissant1 il ne forma qu'un seul corps politique des trois royaumes qu'il donna ses trois fils1 ,lothaire1 ,louis-le-,germanique et ,charles-le-,chauve4 ,il tablit entre eux une sorte de subordination#gj domestique1 fonde sur l'ge et les degrs de parent des princes qui les gouverneroient4 ,lothaire1 en qualit de fils an1 devoit avoir sur ses frres et sur leurs tats la mme autorit que ,louis-le-,dbonnaire prtendoit s'tre rserve en donnant d'abord des royaumes ses enfans1 mais dont il n'avait jamais pu jouir1 et qui causa la plupart des malheurs de son rgne4 ,tous les ans ,lothaire1 ,louis-le-,germanique et ,charles-le-,chauve1 devoient confrer ensemble sur les affaires gnrales et particulires de leurs royaumes4 ,il toit ordonn que les deux derniers se rendroient chez leur frre an1 lui porteroient des prsens2 et que celui-ci1 aprs les avoir reus avec bont1 les renverroit avec des marques de sa libralit4 ,louis et ,charles ne pouvoient ni se marier1 ni entreprendre une guerre trangre1 ni faire la paix sans le consentement de ,lothaire4 ,ils avoient enfin les uns sur les autres un droit pernicieux d'inspection et de correction1 qui s'tendoit mme jusqu' dposer un prince qui1 ayant abus de son pouvoir1 refuseroit de rparer ses injustices4 ,il pouvoit ce faire que les arrangemens politiques de ,charlemagne1 les plus sages qu'il ft alors possible de prendre1 ne fussent pas cependant capables de prvenir des soupons1 des haines1 et mme des ruptures ouvertes entre des princes avares1 inquiets et ambitieux2 mais les dispositions de ,louis-le-,dbonnaire en devoient ncessairement produire entre les princes mme les plus modrs4 ,aussi les rgnes de ,lothaire1 de ,louis-le-,germanique et de ,charles-le-,chauve1 dj ennemis les uns des autres avant la mort de leur pre1 ne furent-ils qu'une longue suite de guerres civiles4 ,les premiers troubles qui avoient agit le gouvernement de ,louis-le-,dbonnaire1 lui firent perdre les prrogatives qu'il s'toit attribues et les droits qui lui appartenoient le plus lgitimement4 ,l'audace de ses fils rendit tout le monde audacieux2 il ne fut plus question de craindre les lois1 mais de se faire craindre2 et dans l'anarchie o l'tat se prcipitoit1 la justice fut oblige de cder la force4 ,des princes tels que ,lothaire et ses frres1 tombrent dans le dernier mpris4 ,toujours acharns se perdre1 se susciter des ennemis1 se tendre des piges1 et se dbaucher mutuellement leurs cratures par les plus basses complaisances1 ils mirent en honneur la rvolte et la perfidie4 ,ils furent obligs de dissimuler les entreprises qu'on formoit contre eux1 de tout pardonner1 parce qu'ils ne pouvoient rien punir2 et de traiter continuellement avec la noblesse et le clerg pour avoir des secours qui leur toient dus1 qu'on ne leur accordoit presque jamais1 ou qui les rendoient plus ambitieux1 plus entreprenans1 plus injustes1 plus tmraires1 et par consquent plus foibles1 s'ils avoient l'adresse de les obtenir4 ,si ,lothaire ne fut plus en tat de repousser les ,sarrasins qui infestoient la ,mditerrane et l',italie1 ,louis-le-,germanique de contenir dans le devoir les peuples de ,germanie qui toient ses tributaires1 et ,charles-le-,chauve d'humilier les ,bretons qui affectoient une entire indpendance dans l',armorique2 si leurs royaumes furent ouverts aux courses des ,normands1 la nation franaise ne manquoit pas des forces ncessaires pour se faire respecter1 mais de l'art de les runir1 et sur-tout de les employer avec avantage4 ,personne ne sachant commander1 personne ne savoit obir4 ,c'est l'anarchie et non pas la bataille de ,fontenay qui fit la foiblesse de l'tat4 ,quoiqu'il prit cent mille ,franais cette journe1 elle ne laissoit pas la nation sans ressources4 ,les historiens n'ont pas fait attention que cent mille hommes de plus ou de moins dans trois royaumes qui embrassoient la plus grande partie de l',europe1 et dont tout citoyen toit soldat1 ne pouvoient les jeter dans l'anantissement o ils tombrent4 ,un plus grand flau avoit frapp les ,franais2 c'est la ruine des lois1 qui entranoit celle de leur domination2 c'est l'indpendance des grands1 c'est la servitude1 c'est la misre du peuple qui faisoient chanceler l'tat4 ,soit qu'au milieu des guerres civiles on ne convoqut plus les assembles de la nation1 soit qu'elles ne fussent que des conventicules de factieux ou de flatteurs1 il cessa en quelque sorte d'y avoir une puissance souveraine dans l'tat2 et les ,franais se trouvrent peu prs dans la mme situation o leurs pres avoient t aprs le rgne de ,clotaire ,,ii4 ,le germe de division qui subsistoit toujours entre les diffrens ordres des citoyens1 se dveloppa promptement et produisit des maux encore plus grands4 ,je parlerai bientt de la servitude dplorable o le peuple toit rduit1 quand ,hugues ,capet parvint la couronne4 ,si le clerg avoit recouvr des richesses immenses1 si on lui avoit donn de grandes#ga terres1 si1 par je ne sais quelle dvotion mal entendue1 des familles sans nombre se rendoient esclaves de ses maisons1 son sort n'en toit pas plus heureux4 ,les vques et les abbs n'tant point en tat de dfendre leurs possessions1 depuis que la force dcidoit de tout en ,france1 et qu'ils avoient cess de s'occuper du mtier des armes1 leurs plus grands domaines devinrent la proie#gb de l'avarice des seigneurs4 ,on vit des lacs s'tablir1 les armes la main1 dans les abbayes1 prendre mme le titre d'abbs1 et ne laisser leurs moines que la libert de prier ,dieu pour la prosprit de leurs perscuteurs4 ,la ,france toit ravage la fois par les armes des ,normands1 et par les guerres particulires des seigneurs4 ,on ne voyoit de toutes parts que des bourgs et des hameaux en feu1 et des hommes errans1 qui n'avoient aucune retraite4 ,tant de dsordres concentrrent1 si je puis parler ainsi1 l'attention de chaque particulier sur lui-mme4 ,comme on n'attendoit aucune protection d'un gouvernement qui ne subsistoit plus1 chacun ne pensa qu' sa propre dfense1 et devint insensible aux maux publics4 ,les fils de ,louis-le-,dbonnaire demandoient-ils quelques secours leurs sujets pour faire la guerre et repousser les ,normands8 ,je suis esclave1 devoit rpondre le peuple1 rompez les chanes dont les seigneurs m'ont charg1 et je vous sacrifierai mes bras4 ,le clerg1 occup de ses seules pertes1 clatoit en murmures1 en reproches et en menaces2 et regardoit les ravages des ,normands comme le juste chtiment des ,franais qui pilloient les biens de l'glise4 ,si les seigneurs avoient encore quelque dfrence pour les ordres du prince1 ce n'toit que pour en obtenir quelque diplome inutile1 qui favorist leurs usurpations4 ,,chapitre ,v4 ,ruine entire de l'ancien gouvernement sous le rgne de ,charles-le-,chauve4--,ce prince rend les bnfices et les comts hrditaires4--,naissance du gouvernement fodal4 ,charles-le-,chauve1 tromp par les flatteries de ses courtisans1 et les vaines marques de respect qu'on rendoit sa dignit1 se croyoit tout-puissant4 ,parce qu'il n'y avoit plus de champ de ,mai1 il se regarda comme le lgislateur revtu de toute la puissance souveraine2 mais si on ne lui contestoit point le droit de commander en matre1 c'est qu'on avoit celui de lui dsobir impunment2 et son prtendu despotisme n'toit que la preuve de sa foiblesse4 ,ses tats prouvant enfin tous les jours de nouvelles disgraces de la part des ,normands1 sans qu'il pt leur opposer une arme1 il ouvrit les yeux1 malgr lui1 sur sa situation1 cependant il ne connut pas d'abord toute l'tendue du mal4 ,il espra qu'en convoquant une assemble gnrale des seigneurs1 car le peuple n'toit plus compt pour rien1 il runiroit les ordres diviss de la nation1 et qu'elle formeroit encore sous sa conduite un corps qui n'auroit qu'un mme intrt et un mme mouvement4 ,il se trompoit4 ,il ne se rendit ses ordres que des prlats1 qui se plaignirent de tous les torts et de toutes les injures que la noblesse leur avoit faites1 et qui dvoilant par-l mme toute leur foiblesse1 n'toient gures propres donner du crdit au prince1 et du poids aux rglemens qu'il feroit4 ,charles s'humilia1 ds que n'tant plus soutenu par de folles esprances1 il ne put se dguiser qu'il toit abandonn de la plupart des grands4 ,au lieu de faire des menaces1 il publia qu'il toit prt oublier tout le pass1 pardonner les injures qu'on lui avoit faites#gc1 et les infidlits qu'on avoit commises son gard4 ,il proteste qu'il honorera les grands1 qu'il satisfera leurs demandes1 qu'il se conduira par leurs conseils4 ,rien de tout cela n'est cout4 ,on mprise l'amnistie d'un prince qui est oblig lui-mme de demander grce2 on ddaigne la protection d'un roi qu'on a rduit tout craindre4 ,si quelques seigneurs consentent enfin venir lui rendre hommage1 et lui promettent par serment de le servir avec fidlit1 il s'oblige lui-mme son tour les respecter1 les protger1 tant que ,dieu lui conservera l'usage de la raison1 et rparer sans dlai les torts qu'il pourroit leur faire par surprise ou par inadvertance4 ,une conduite ferme et courageuse1 de la part d'un prince tel que ,charles-le-,chauve1 ne lui auroit vraisemblablement valu que de nouveaux mpris2 mais il est certain aussi qu'en ne cherchant qu' exciter la piti1 il accrditoit les abus auxquels il prtendoit remdier4 ,puisque ,charles toit incapable de suivre l'exemple de son aeul1 et de rtablir son autorit en rtablissant celle des lois1 il ne lui restoit d'autre ressource que de s'ensevelir sous les ruines de l'tat4 ,mais il toit trop lche pour supporter cette pense1 et ne pas toujours se flatter qu' force de complaisance ou de bienfaits1 il gagneroit enfin la noblesse1 et la ramneroit l'obissance4 ,depuis plusieurs annes1 ses propres vassaux1 fatigus de leur service1 n'avoient cherch qu' le diminuer1 ou ne l'acquittoient qu'avec une extrme tideur4 ,charles1 lass de leurs plaintes1 et sans doute intimid par leur mauvaise volont1 les avoit dispenss de le suivre#gd la guerre1 moins que le royaume ne ft menac d'une invasion de la part des trangers4 ,pour rparer le tort que lui avoit fait cette premire complaisance1 il en eut une seconde encore plus contraire ses intrts4 ,louis-le-,dbonnaire1 cdant la ncessit1 avoit dj alin pour toujours quelques-uns de ses bnfices#ge1 et ,charles consentit rendre tous les siens hrditaires4 ,il voulut mme que les seigneurs qui en toient en possession pussent1 au dfaut d'enfans1 en disposer en faveur de quelqu'un de leurs parens4 ,il comptoit que la reconnoissance alloit donner un nouveau zle ses vassaux pour ses intrts2 mais ils furent peu touchs de cette libralit1 parce que le prince n'toit plus assez fort pour reprendre ses bnfices4 ,charles n'ayant plus rien donner1 rendit enfin les comtes#gf hrditaires2 et il ne fit encore que des ingrats4 ,les comtes avoient commenc1 sous le rgne prcdent1 confrer en leur nom les bnfices royaux qui toient situs dans leurs ressorts4 ,ils s'toient fait des amis et des cratures2 et les divisions du clerg1 de la noblesse et du peuple les rendoient si indpendans du prince1 qu'il et t dangereux de les vouloir dpouiller de leur magistrature4 ,de ce degr de pouvoir l'hrdit1 la distance est courte et se franchit aisment2 ainsi on peut dire que l'ordonnance de ,charles-le-,chauve ne causa pas une rvolution1 mais hta seulement un vnement ncessaire1 qui devoit tablir un ordre de choses tout nouveau chez les ,franais4 ,ds que les comts devinrent le patrimoine de quelques familles1 tout ce qui subsistoit encore de l'ancien gouvernement disparut en peu de temps4 ,il seroit difficile de peindre la confusion anarchique o se trouvrent tous les ordres de l'tat1 et l'anantissement sur-tout dans lequel tombrent des princes sans soldats1 sans argent1 et qui n'ayant plus de lois faire parler pour eux1 ni de grces accorder1 ne devoient rencontrer que des sujets infidelles et dsobissans4 ,jusqu'alors ,charles-le-,chauve avoit toujours t aid des secours de quelques comtes disposs le suivre la guerre avec les hommes de leurs provinces2 et ces forces le mettoient en tat de se faire craindre des seigneurs1 ou de les contraindre du moins se conduire son gard avec quelques mnagemens4 ,aprs la rvolution1 les comtes furent presque toujours cits inutilement par le roi4 ,leur nouvelle fortune leur donnoit de nouveaux intrts1 et les occupa entirement4 ,le prince convoqua encore des assembles de la nation1 mais il ne s'y rendit que des hommes qui toient1 comme lui1 les victimes des dsordres publics4 ,on y faisoit un tableau touchant des malheurs de l'tat1 on parloit des courses et des pillage des ,normands2 des vexations des seigneurs1 de la ruine du clerg et de la misre du peuple2 on faisoit des plaintes inutiles1 et par un rglement auquel on dt obir1 les lois saliques1 ripuaires1 c4 les capitulaires de ,charlemagne et de ,louis-le-,dbonnaire n'ayant plus de protecteur1 tombrent dans le plus profond oubli4 ,au lieu de n'tre encore que les simples ministres des lois1 les comtes1 qui avoient secou le joug des envoys royaux et refus de reconnotre l'ordonnance par laquelle ,charles-le-,chauve commettoit chaque vque#gg pour en exercer les fonctions dans l'tendue de son diocse1 devinrent les matres1 ou plutt les tyrans des lois dans leurs comts4 ,une volont arbitraire dcida de tous les droits4 ,chaque seigneur rendit sa justice souveraine#gh1 et ne permettant plus que ses jugemens fussent ports par appel la justice du roi1 le ,franais rclama inutilement les lois saliques ou ripuaires1 le ,gaulois les lois romaines1 le ,bourguignon les lois de ,gondebaud1 c42 il fallut n'en plus reconnotre d'autres que les ordres du comte ou de son seigneur4 ,tous les peuples qui1 la faveur de leurs codes diffrens1 avoient t jusqu'alors spars les uns des autres1 oublirent leur origine4 ,n'ayant plus qu'une mme loi1 ou plutt qu'une mme servitude1 ils se confondirent2 et les caprices de leurs matres furent leur droit public et civil1 jusqu' ce que le temps et enfin consacr les coutumes que la violence tablissoit4 ,il ne faut pas penser que les comtes devinrent absolus dans toute l'tendue de leur comt2 ils n'acquirent en propre que leur ville et les bourgs1 villages et hameaux o ils avoient eu l'habilet d'empcher qu'il ne se formt quelque seigneur particulier4 ,ce n'est que dans ces territoires qu'ils devinrent tout-puissans2 car les seigneurs de chaque province1 aussi adroits profiter des dsordres publics et de l'anantissement des lois que les comtes1 s'toient dj cantonns dans leurs terres1 et y jouissoient de tous les droits que nos jurisconsultes modernes appellent rgaliens1 qu'on nommoit alors simplement seigneuriaux1 et qui constituent en effet la souverainet4 ,aprs ce que j'ai dit de l'administration injuste et pusillanime de ,charle-le-,chauve1 on ne sera pas surpris des progrs rapides que fit la tyrannie des particuliers la faveur de l'anarchie gnrale1 si on se rappelle la peinture que l'histoire nous fait des successeurs de ce prince4 ,louis-le-,bgue1 qui peine auroit t capable d'tre le magistrat d'une nation heureuse et tranquille1 ne rgna que dix-huit mois1 et laissa1 pour lui succder1 ,louis ,,iii et ,carloman1 qui toient encore dans leur premire jeunesse1 et dans qui l'ge ne dveloppa aucun talent4 ,charles-le-,gros1 fils de ,louis le germanique1 et qui1 avec le titre d'empereur1 toit roi d',italie et de ,germanie1 fut plac sur le trne de ,france4 ,il runissoit ainsi sous sa domination tous les pays qui avoient form le vaste empire de ,charlemagne2 et il n'en parut que plus foible et plus mprisable4 ,l',italie n'toit pas dans une meilleure situation que la ,france1 son roi ne portoit qu'un vain titre4 ,la ,germanie1 il est vrai1 toit moins malheureuse2 les lois n'y toient pas tombes dans le mme mpris qu'en ,france1 et le prince y conservoit encore quelqu'autorit2 mais ,charles-le-,gros n'toit pas capable de s'en servir pour se faire respecter des ,franais1 et former un nouvel difice des ruines de l'ancien4 ,ce prince1 toujours accabl sous le poids des titres qu'il portoit1 prouva le sort qui l'attendoit dans une nation qui ne connot plus de rgle4 ,on lui ta ses couronnes1 et il finit ses jours dans une prison4 ,je ne parle pas de ses successeurs1 peine mritent-ils que l'histoire conserve leur nom4 ,on doit tre au contraire tonn qu'au milieu des rvolutions qui changrent la face du royaume1 les ,franais aient conserv l'usage du serment de fidlit et de l'hommage dont ils auroient pu s'affranchir4 ,si on et secou le joug de ,charles-le-,chauve et de ses successeurs1 pour les punir d'avoir abus tyranniquement de leur pouvoir1 la rvolution se seroit faite avec un emportement qui et fait franchir toutes les bornes du devoir4 ,mais comme on les dpouilloit de leurs prrogatives1 parce qu'ils ne savoient pas les conserver2 qu'on agissoit par ambition et par avarice1 et non par haine1 les esprits ne reurent point de ces secousses violentes1 qui1 en les chauffant1 les portent aux dernires extrmits4 ,au milieu de toutes les nouveauts que produisoit la licence de tout faire1 on se laissoit encore conduire par les ides que l'ancien gouvernement avoit donnes4 ,on ne refusoit pas de prter la foi et l'hommage1 parce qu'on y toit accoutum2 mais on violoit ses engagemens sans scrupule1 parce qu'on pouvoit le faire impunment4 ,d'ailleurs1 les comtes crurent faire une assez grande fortune1 en acqurant tous les droits dont avoient joui les ducs des ,bavarois1 des ,allemands1 des ,bretons1 c4 qui tant chefs de leurs nations1 sous la protection des rois de ,france1 ne leur rendoient qu'un simple hommage1 et n'toient obligs qu' les suivre la guerre4 ,il n'toit pas mme de l'intrt de ces nouveaux souverains de s'affranchir de tout devoir l'gard du prince4 ,refuser de reconnotre sa supriorit1 c'eut t rvolter l'esprit gnral et dominant de la nation4 ,les comtes1 par cette conduite1 auroient donn aux seigneurs qui possdoient des terres dans leur province1 l'exemple et le prtexte d'aspirer la mme indpendance2 et ils y auroient perdu leur suzerainet1 droit souvent inutile1 mais titre brillant1 que la vanit estimoit alors beaucoup4 ,il y eut1 il est vrai1 des seigneurs assez puissans ou assez heureux pour ne reconnotre aucune supriorit dans leur comte4 ,ils refusrent de lui prter hommage1 et ne relevrent1 ainsi qu'on s'exprima bientt aprs1 que de ,dieu et de leur pe4 ,leurs terres devinrent des principauts absolument indpendantes1 et on les appella des ,alleux#gi1 ou des terres allodiales4 ,mais en gnral les seigneurs firent hommage leur comte2 les uns parce qu'ils n'toient pas assez forts pour oser le lui refuser2 les autres parce qu'ils toient accoutums par l'ancien gouvernement le regarder comme le magistrat public dans sa province1 et qu'il avoit conserv une sorte de jurisdiction#hj sur leurs terres4 ,quand il n'y eut plus d'autre lien entre les parties dsunies de l'tat que la foi et l'hommage1 on manqua d'expressions pour rendre les ides toutes nouvelles que prsentoit l'esprit un gouvernement tout nouveau4 ,on se servit de celles qui toient les plus propres se faire entendre4 ,on appela par analogie1 du nom de vassal1 tout seigneur qui devoit l'hommage3 on nomma fief1 toute possession en vertu de laquelle on y toit tenu2 et gouvernement fodal1 les droits et les devoirs fonds sur la foi donne et reue4 ,ces expressions1 qu'on n'avoit autrefois employes qu' signifier l'espce de bnfices tablis par ,charles ,martel1 et le gouvernement conomique des familles1 signifirent alors le gouvernement politique1 et le droit public et gnral de la nation3 s'il est permis de donner ces noms une constitution monstrueuse1 destructive de tout ordre et de toute police1 et contraire aux notions les plus communes de la socit4 ,sans doute que les nouveaux vassaux dont je parle1 toujours conduits par l'ancien esprit de la nation1 furent d'abord obligs de remplir1 l'gard du seigneur auquel ils rendirent hommage1 les mmes devoirs que les vassaux tablis par ,charles ,martel devoient leurs bienfaiteurs1 et que le suzerain son tour leur promettoit sa protection4 ,la manire dont ,charles-le-,chauve rendit les comts hrditaires1 et le serment que ce prince et les grands se firent rciproquement de s'aider et de se dfendre1 l'indiquent assez clairement4 ,mais il est plus certain encore qu'on ne reconnut bientt cette obligation1 qu'autant qu'on fut trop foible pour ne la pas remplir4 ,tous les droits devoient parotre quivoques et douteux1 tous les intrts toient opposs1 et les passions qui n'toient retenues par aucun frein1 devoient sans cesse exciter de nouvelles querelles4 ,comme il n'y avoit dans ce chaos d'injustices et d'usurpations1 aucune puissance publique et gnrale1 dont les suzerains et les vassaux pussent implorer la protection ou la vengeance1 et que les grands vassaux qui relevoient de la couronne toient assez puissans pour ne pas craindre les arrts rendus contre eux par la cour du roi1 et que peut-tre mme elle ne tint pas ses assises dans ce temps de foiblesse et de confusion1 la force fut le seul droit en vigueur1 et le succs le seul titre respect4 ,les guerres continuelles que se firent les seigneurs1 depuis le rgne de ,louis-le-,bgue jusqu' l'avnement de ,hugues ,capet au trne1 durent empcher que le gouvernement fodal ne prit une forme constante et uniforme4 ,des vnemens nouveaux1 bizarres1 imprvus et contraires1 changeoient continuellement les coutumes naissantes1 et tendoient ou restreignoient les droits des suzerains et les devoirs des vassaux4 ,aujourd'hui on relevoit d'un seigneur1 et demain d'un autre4 ,quelques comtes en forcrent d'autres leur prter hommage1 quoique tous dans leur origine tinssent galement leur fief du roi1 et dussent par consquent tre vassaux immdiats de la couronne4 ,quelques seigneurs firent revivre le titre de duc2 d'autres1 en possdant un duch1 prfrrent la qualit de comte4 ,plusieurs terres possdes en alleu durent consentir rendre hommage pour se faire un protecteur dans une conjoncture difficile2 d'autres1 au contraire1 tenues en fiefs1 parvinrent1 par quelques succs1 ne reconnotre aucun seigneur4 ,enfin1 la fortune1 toujours capricieuse lorsqu'elle n'est pas dompte par des lois fermes et sages1 dcida du droit ainsi que des vnemens1 jusqu'au rgne des premiers ,captiens4 ,depuis l'tablissement des seigneuries1 dont les prrogatives toient si propres nerver la puissance publique et donner le got de l'indpendance et de la tyrannie aux familles qui en toient en possession1 il semble que tout portoit les ,franais la monstrueuse anarchie du gouvernement fodal4 ,il est vraisemblable que1 ds la premire race1 ils en auroient prouv les dsordres1 si la famille des ,pepins1 en produisant plusieurs grands hommes qui se succdrent les uns aux autres1 n'toit venue au secours de l'tat prt se dmembrer4 ,les qualits personnelles de ,charles ,martel et de son pre supplrent ce qui manquoit au gouvernement4 ,ils surent tenir la nation unie1 en se faisant obir par les seigneurs1 qui ds-lors ne travailloient qu' se cantonner dans leurs terres4 ,sous les ,carlovingiens1 les mmes passions portoient les ,franais la mme indpendance1 mais avec plus de force1 parce que la puissance des seigneurs toit plus grande1 et la ,france ne produisit aucun homme de gnie qui pt se mettre la tte des affaires1 protger les lois1 ou du moins en prendre la place1 et faire respecter son autorit4 ,robert-le-,fort acquit de la rputation contre les ,normands1 mais il n'avoit de talent que pour la guerre4 ,ses descendans surent se frayer un chemin au trne1 c'est--dire1 profiter des dsordres de l'tat1 mais non pas le gouverner4 ,,chapitre ,,vi4 ,dmembrement que souffrit l'empire de ,charlemagne4--,ruine de sa maison4--,avnement de ,hugues-,capet au trne4 ,la guerre1 allume entre les trois fils de ,louis-le-,dbonnaire1 avoit t termine en #hde par un nouveau partage dont ils convinrent4 ,lothaire avoit t reconnu en qualit d'empereur2 et outre le royaume d',italie et les provinces qui s'tendent depuis les ,alpes jusqu'au ,rhne et la ,sane1 il occupa dans l',austrasie tout le pays dont son second fils1 nomm aussi ,lothaire1 forma le royaume de ,lorraine4 ,louis-le-,germanique possda au-del du ,rhin l'ancienne ,germanie1 et en de de ce fleuve1 quelques villes avec leur territoire1 telles que ,spire1 ,mayence1 c4 ,charles-le-,chauve n'eut dans son partage que le pays qui avoit autrefois compos le royaume de ,neustrie1 une partie de la ,bourgogne et l',aquitaine4 ,tout le monde sait comment les tats de la succession de ,lothaire#ha et de son frre ,louis-le-,germanique furent usurps par des trangers sur la maison de ,charlemagne1 et commencrent former des puissances entirement indpendantes de la ,france4 ,c'est l'histoire du royaume de ,charles-le-,chauve qu'est dsormais borne celle de la nation franaise1 qui1 aprs avoir fait de si grandes conqutes1 se trouvoit resserre dans des bornes plus troites qu'elle ne l'avoit t sous les derniers rois de la premire race1 et ne retiroit d'autre avantage de ses travaux1 que de voir former de ses dbris1 par la dfection des vaincus1 des puissances qui toient devenues ses ennemis4 ,tandis que les princes ,carlovingiens1 qui ne rgnoient plus que dans la ,france proprement dite1 tomboient de jour en jour dans le plus grand avilissement1 les rois de ,germanie1 plus dignes de leur place1 et qui tiroient encore quelque force du crdit que les lois conservoient chez les ,allemands1 portrent leurs armes en ,italie1 et rprimrent une foule de petits tyrans qui aspiroient l'empire1 et que l'imbcillit des empereurs ,lothaire et ,louis ,,ii y avoit laiss natre4 ,ils protgrent l'glise de ,rome1 et mritrent que les papes1 presque souverains et dj reconnus par ,charles-le-,chauve pour dispensateurs de la dignit impriale1 l'unissent pour toujours la couronne#hb de ,germanie4 ,le prjug avoit attach au titre d'empereur un rang suprieur celui de roi1 et ,louis-le-,dbonnaire avoit fortifi ce prjug1 en voulant que l'empereur et une sorte de juridiction sur les diffrens royaumes de sa succession4 ,si ,charles-le-,chauve1 de concert avec ,louis-le-,germanique1 n'eut pas fait la guerre assez heureusement pour forcer l'empereur ,lothaire son frre reconnotre l'indpendance de sa couronne et le traiter comme son#hc gal1 la dignit impriale1 qui devoit tre chez les ,franais un monument ternel de leur gloire et de leur courage1 n'auroit servi qu' les rendre dpendans de la nation allemande qu'ils avoient vaincue4 ,les ,franais voyoient sans chagrin ces diverses rvolutions4 ,occups de leurs troubles domestiques et des intrts particuliers de leurs familles1 il leur importoit peu que le roi perdt ou conservt le titre d'empereur1 et que des peuples que ,charlemagne avoit subjugus1 se rendissent indpendans d'une maison dont ils ne vouloient plus eux-mmes reconnotre l'autorit4 ,quand ,arnoul fut couronn empereur et roi de ,germanie1 la place de ,charles-le-,gros qu'il avoit fait dposer1 ,eudes1 fils de ,robert-le-,fort1 s'empara sans opposition de la couronne de ,france1 qui appartenoit ,charles-le-,simple comme au seul mle de la maison ,carlovingienne4 ,ce prince ne recouvra une partie du bien de ses pres que pour prouver des disgraces4 ,peu s'en fallut qu'au lieu d'tre en tat de rclamer les lois de la succession1 et de faire valoir ses droits sur la ,germanie1 l',empire et l',italie1 il ne se vt encore enlever la couronne de ,france par ,robert1 frre du roi ,eudes4 ,ayant t assez heureux pour rassembler quelques forces et battre cet ennemi1 qui fut tu dans la droute de ses troupes1 il ne tira aucun avantage de cette victoire4 ,ce prince n'chappoit un cueil que pour chouer contre un autre4 ,hribert1 comte de ,vermandois1 le retint prisonnier dans le chteau de ,pronne pendant les sept dernires annes de sa vie2 et ,raoul1 duc de ,bourgogne1 profita de cette espce de vacance du trne pour se faire couronner roi de ,france2 ce titre ne lui donna aucune autorit nouvelle1 et son rgne dura quatorze ans4 ,hugues-le-,blanc pouvoit suivre l'exemple d'usurpation qu',eudes et ,raoul lui avoient donn2 mais1 soit que son ambition ft satisfaite d'tre un des plus grands seigneurs du royaume1 soit qu'il crt que la royaut dpouille de toutes ses prrogatives1 en le rendant suspect la plupart des grands vassaux1 ne lui donneroit que des prtentions qu'il seroit dangereux de vouloir faire revivre1 il plaa sur le trne ,louis ,,iv1 surnomm d',outremer4 ,il le protgea1 lui fit la guerre1 le tint renferm dans un chteau1 ou lui donna la libert1 selon qu'il importoit ses intrts4 ,lothaire ne fut aussi couronn que de son consentement4 ,mais1 quoique ,hugues ft le matre absolu du prince1 parce qu'il avoit des forces beaucoup plus considrables que lui1 et que leurs domaines se touchoient1 il faut bien se garder d'en conclure avec quelques historiens1 qui n'ont pas remarqu les rvolutions arrives dans l'tat1 et la forme bizarre que le gouvernement avoit prise1 qu'il pt disposer de la nation comme les ,pepins et ,charles ,martel en avoient autrefois dispos4 ,ceux-ci toient maires du palais2 et quoique leur autorit ft odieuse1 elle toit reconnue dans toute l'tendue et par tous les ordres du royaume4 ,hugues-le-,blanc n'toit que duc de ,france2 et cette qualit ne lui donnoit que1 dans la province de ce nom1 le mme pouvoir que les autres grands vassaux avoient dans les provinces qui leur toient tombes en partage4 ,louis ,v1 surnomm le ,fainant1 ne rgna qu'un an2 et ,hugues-,capet s'empara du trne au prjudice de ,charles1 duc de ,lorraine1 seul prince de la maison de ,charlemagne1 second fils de ,louis d',outremer1 et oncle de ,louis ,v4 ,quelques historiens ont dit que ,charles fut rejet par sa nation1 laquelle il s'toit rendu odieux1 en se dgradant au point de se rendre vassal de l'empereur4 ,si cela est ainsi1 il faut convenir que les ,franais furent1 dans le moment de la rvolution1 bien diffrens de ce qu'ils avoient t jusqu'alors1 et de ce qu'ils furent encore un moment aprs4 ,s'ils toient si jaloux de la gloire de leur prince2 s'ils croyoient que la plus lgre tache le rendt indigne de rgner sur eux1 pourquoi avoient-ils donc fait eux-mmes1 aux derniers ,carlovingiens1 les affronts les plus humilians8 ,pourquoi souffroient-ils qu'on les retnt dans les prisons8 ,pourquoi les avoient-ils rduits une telle misre1 que les fils puns de ces rois sans domaine1 n'ayant pas mme esprer un chteau de la succession de leur pre1 toient obligs d'aller chercher fortune hors du royaume8 et c'en toit une sans doute trs-considrable pour le second fils de ,louis d',outremer1 que d'tre fait duc de ,lorraine par l'empereur4 ,mais les ,franais toient bien loigns de penser que l'hommage et la vassalit avilissent un prince4 ,ils avoient vu les rois de ,provence et de ,bourgogne se dclarer vassaux de l',empire1 sans perdre l'clat de leur dignit4 ,jamais on n'imaginera que les ducs de ,normandie1 de ,france1 d',aquitaine1 de ,bourgogne1 les comtes de ,flandre1 de ,toulouse1 de ,troyes1 de ,vermandois1 c4 regardassent l'hommage comme une bassesse1 et l'eussent cependant prt des rois aussi puissans que ,charles-le-,simple1 ,louis d',outremer1 ,lothaire et ,louis-le-,fainant4 ,si ,charles est jug incapable de porter la couronne1 parce qu'il relve de l',empire pour la ,lorraine1 pourquoi donc ,hugues-,capet1 aprs avoir t fait roi1 et ses fils1 rendent-ils les devoirs du vasselage#hd diffrens seigneurs de leur royaume1 pour les fiefs particuliers qu'ils possdoient dans l'tendue de leurs terres8 ,c'est une trange absurdit qu'on assujettisse ces rois un hommage qui avoit rendu le duc de ,lorraine inhabile monter sur le trne de ses pres4 ,ne cherchons point nous tromper2 ce ne furent1 ni les lois1 qui ne subsistoient plus1 ni la nation divise1 qui dcidrent entre ,charles et ,hugues-,capet2 la force seule fit le droit de celui-ci4 ,il toit1 par ses possessions#he et ses alliances1 le plus puissant du royaume1 et ,charles n'y possdoit rien4 ,la loi de la succession dj viole en ,allemagne1 en ,italie1 dans la moiti des ,gaules et en ,france mme1 devoit donc se taire devant ,hugues-,capet4 ,il toit la tte d'un parti puissant1 et chef d'une famille qui depuis long-temps avoit form son plan d'lvation2 son rival descendoit1 il est vrai1 de ,charlemagne1 mais ,charlemagne toit oubli1 et on n'avoit sous les yeux que les derniers princes qui avoient dshonor sa maison4 ,la nation franaise ne dfra pas la couronne ,hugues-,capet1 comme elle l'avoit donne ,pepin4 ,les historiens contemporains ne disent point qu'il se tint ce sujet une assemble#hf gnrale des grands2 et quand ils le diroient1 il ne faudroit pas le croire4 ,ces assembles toient dj fort rares sous le fils de ,louis-le-,dbonnaire4 ,qui ne voit pas qu'elles toient impraticables depuis que les comtes s'toient rendus souverains dans leurs gouvernemens1 et les seigneurs dans leurs terres8 ,l'anarchie o le royaume toit plong1 prouve videmment que toute puissance publique y toit dtruite4 ,par quel prodige se seroit-il form presqu'autant de coutumes diffrentes qu'il y avoit de seigneuries1 si la nation eut toujours tenu ses assembles8 ,comment toutes les lois auroient-elles t oublies8 ,pourquoi le gouvernement fodal auroit-il t si long-temps prendre une forme constante8 ,d'ailleurs1 je demande en vertu de quel titre ,hugues-,capet1 simple vassal de la couronne1 auroit convoqu les tats1 et ordonn ses pairs1 les vassaux immdiats du roi1 de s'y rendre8 ,mais ce qui tranche toutes les difficults1 c'est que l'intervalle de la mort de ,louis ,v1 au couronnement de ,hugues-,capet1 fut trop court pour assembler les grands du royaume4 ,hugues se contenta d'appeler auprs de lui ses parens1 ses amis et ses vassaux2 il en composa1 si l'on veut1 une espce d'assemble1 telle que celles qui avoient lev ,eudes et ,raoul sur le trne1 se fit reconnotre pour roi par ses partisans1 et se mit en tat de dfendre sa dignit contre les seigneurs qui pouseroient les intrts du dernier ,carlovingien4 ,la prrogative royale toit si peu de chose1 et les grands tellement indpendans du prince1 ainsi qu'on le verra bientt quand je parlerai des droits et des devoirs respectifs des suzerains et des vassaux1 que l'lvation de ,hugues-,capet et les droits de son comptiteur ne pouvoient pas former une question bien importante1 lorsqu'elle fut agite4 ,il paroissoit presqu'indiffrent aux seigneurs franais d'avoir un roi ou de n'en point avoir4 ,ceux qui servirent ,charles par gnrosit crurent bientt en avoir trop fait en sa faveur4 ,ceux qui ne lui toient attachs que pour nuire ,hugues-,capet1 se laissrent gagner par des bienfaits ou des promesses2 et ,charles1 abandonn de ses partisans1 ne laissa aucun hritier de ses droits4 ,l'extinction de la maison de ,charlemagne devint un vnement de la plus grande importance4 ,il toit heureux pour les royaumes qui s'toient forms des dbris de la puissance franaise1 que la postrit de ,charles-le-,chauve ne subsistt plus4 ,les anciennes lois de la succession pouvoient servir de prtexte des mcontens ou des ambitieux1 pour augmenter les troubles1 les dsordres1 les calamits dont l'anarchie fodale menaoit tous les peuples de la chrtient4 ,quelque irrgulire que ft la manire dont ,hugues-,capet toit mont sur le trne1 il devint un roi lgitime1 parce que les grands du royaume1 en traitant enfin avec lui1 reconnurent sa dignit1 et consentirent lui prter hommage et remplir son gard les devoirs de la vassalit4 ,ce fut un vrai contrat entre le prince et ses vassaux4 ,l'intention prsume de ceux-ci1 en se soumettant reconnotre un seigneur au-dessus d'eux1 n'toit pas sans doute de se faire un ennemi qui et le droit de les dpouiller de leurs privilges2 et ,hugues-,capet fut cens consentir la conservation des coutumes fodales1 que des exemples ritrs et le temps commenoient consacrer4 ,mais je prie de le remarquer2 ce contrat toit subordonn un devoir primitif1 et dont rien ne peut exempter les hommes4 ,ce devoir consiste faire tous ses efforts pour dlivrer sa patrie de ses vices1 et y faire rgner l'ordre1 la paix et la sret3 falloit-il donc respecter l'absurde et tyrannique gouvernement des fiefs8 ,fin du livre second4 ,,observations ,,sur ,l',,histoire ,,de ,,france4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,,chapitre ,,premier4 ,de la situation du peuple l'avnement de ,hugues-,capet au trne4--,droits privilgis1 tat de la noblesse qui ne possdoit pas des terres en fief4 ,quoiqu' l'avnement de ,hugues-,capet au trne on distingut l'homme libre du serf1 cette distinction ne laissoit presque aucune diffrence relle entre eux4 ,la souverainet que les seigneurs avoient usurpe dans leurs terres1 ouvrage de l'avarice et de la vanit1 toit devenue la tyrannie la plus insupportable4 ,pouvoit-elle avoir eu des bornes sous les derniers ,carlovingiens1 puisque dans un temps bien postrieur1 o il sembloit qu'on comment sentir la ncessit d'une police plus rgulire et penser avec plus d'humanit1 les seigneurs s'opinitroient croire encore que tout leur avoit toujours appartenu1 et que le roturier1 ne possdant ses habitations que d'une manire prcaire1 les tenoit de leur libralit8 trange ignorance des devoirs que la nature nous prescrit6 ,ils ne comprenoient pas que leurs droits pussent tre limits#hg1 ni que ce ft un vol1 ou du moins une injustice1 d'exiger des redevances qui n'toient pas tablies par la coutume ou par des chartes4 ,chaque terre fut une vritable prison pour ses habitans4 ,ici ces prtendus hommes libres ne pouvoient disposer de leurs biens1 ni par testament1 ni par actes entre-vifs1 et leur seigneur toit leur hritier1 au dfaut d'enfans domicilis dans son fief4 ,l1 il ne leur toit permis de disposer que d'une partie mdiocre de leurs immeubles ou de leur mobilier4 ,ailleurs1 ils ne pouvoient se marier qu'aprs en avoir achet la permission4 ,chargs par-tout de corves fatigantes1 de devoirs humilians et de contributions ruineuses1 ils avoient continuellement craindre quelque amende1 quelque taxe arbitraire1 ou la confiscation entire de leurs biens4 ,la qualit d'homme libre toit devenue charge une foule de citoyens4 ,les uns vendirent par dsespoir leur libert des matres qui furent du moins intresss les faire#hh subsister1 et d'autres qui s'toient soumis pour eux et pour leur postrit des devoirs serviles envers une glise ou un monastre1 consentirent sans peine que leur dvotion devnt un titre de leur esclavage4 ,cette tyrannie des seigneurs avoit commenc1 comme on l'a vu1 dans les campagnes1 et elle en chassa les plus riches habitans1 qui se refugirent dans les villes1 o ils se flattoient de vivre sous la protection des lois2 mais les maux qu'ils fuyoient les y poursuivirent1 quand les comtes eurent chang leurs gouvernemens hrditaires en des principauts souveraines4 ,ces nouveaux seigneurs exercrent leur tour sur les bourgeois#hi la mme autorit que les autres seigneurs avoient acquise sur les villains de leurs terres4 ,les pages1 les droits d'entre1 d'escorte et de marche se multiplirent l'infini4 ,les villes furent sujettes1 comme les campagnes1 une taille arbitraire1 et obliges de dfrayer leur seigneur et ses gens quand il y venoit4 ,vivres1 meubles1 chevaux1 voitures1 tout toit alors enlev1 et on auroit dit que les maisons des bourgeois toient au pillage4 ,il ne faut que parcourir les chartes par lesquelles les seigneurs vendirent dans la suite leurs villes le droit de commune1 pour se faire un tableau de la situation dplorable des bourgeois4 ,les privilges qu'on leur accorde supposent les vexations les plus atroces4 ,c'est par grce qu'on permet ces malheureux de s'accommoder1 aprs avoir commenc un procs juridiquement1 tant on toit loign de penser que la magistrature ft tablie pour l'utilit du peuple1 et non pour l'avantage du magistrat6 ,ils toient rduits demander1 comme une faveur1 qu'il ft permis leurs enfans d'apprendre lire et crire1 et de n'tre obligs de vendre leur seigneur que les denres ou les effets qu'ils auroient mis en vente4 ,toute industrie toit touffe entre des hommes qu'on vouloit rendre stupides4 ,les bourgeois n'osoient faire aucun commerce1 parce que les seigneurs s'toient arrog le droit d'interdire dans leurs terres toute espce de vente ou d'achat entre les particuliers1 lorsqu'ils vouloient vendre eux-mmes les denres de leur cru ou celles qu'ils avoient achetes4 ,ces monopoles toient tellement accrdits1 que le peuple prit pour un acte de gnrosit1 l'injustice moins criante par laquelle les seigneurs se rservoient dans chaque anne un temps fixe pour le dbit des fruits de leurs terres1 en stipulant toutefois qu'ils les vendroient plus cher que de coutume1 et que les bourgeois n'exposeroient alors en vente que des denres altres et corrompues4 ,on devine aisment qu'elle espce de crdit demandoit le comte de ,poix dans la charte qu'il accorde ses sujets1 lorsqu'il exige qu'il lui ft permis d'acheter une fois en sa vie1 chaque marchand1 sans payer ni donner aucun gage1 quelqu'effet qui n'excderoit pas la valeur de cinq sous4 ,autoriser le vol1 le dni de payement1 la banqueroute par un trait1 suppose d'tranges murs4 ,il seroit trop long de rapporter seulement les noms des divers droits que les seigneurs avoient tablis leur avantage1 mme sans aucun prtexte de bien public4 ,cette tyrannie pidmique1 si je puis parler ainsi1 passa jusqu' leurs valets4 ,les marmitons de l'archevque de ,vienne avoient tabli un impt sur les mariages2 et ses domestiques1 prenant sous leur protection des voleurs et des bandits1 dont ils partageoient1 sans doute1 le butin1 s'toient fait une seigneurie en sous-ordre1 et plus odieuse encore que celle de leur matre4 ,la seule diffrence essentielle qu'il y et entre les hommes libres et les serfs1 dont la ,france toit presqu'entirement peuple1 c'est que ceux-ci ne pouvoient s'affranchir que par la pure faveur de leur matre1 tandis que la coutume laissoit aux autres quelques moyens de se soustraire au joug de leur seigneur4 ,les hommes libres n'avoient besoin que du consentement de leur vque1 pour tre admis la clricature1 qui1 par une de ces contradictions ridicules auxquelles il faut s'accoutumer1 quand on tudie l'histoire de ,france1 exemptoit de toute charge#ij le patrimoine d'un clerc1 quoiqu'on ne se ft aucun scrupule de piller et de soumettre des redevances1 les terres de l'glise1 qu'on regardoit comme le patrimoine de ,dieu mme4 ,les serfs n'avoient pas le mme avantage2 s'ils toient admis par surprise au nombre des clercs1 l'glise1 en les dgradant1 toit oblige de les rendre#ia au matre qui les rclamoit avant qu'ils eussent reu des ordres sacrs4 ,leurs enfans naissoient esclaves comme eux2 et ces malheureux communiquoient en quelque sorte leur disgrace tout ce qui les approchoit4 ,si un gentilhomme et eu la bassesse de se marier une serve1 ses enfans auroient t rduits la condition#ib humiliante de leur mre4 ,les alliances contractes avec une famille libre1 ne portoient1 au contraire1 aucune tache dans la maison d'un gentilhomme2 et ses fils1 malgr la roture de leur mre1 pouvoient tre honors de la qualit de chevalier4 ,les hommes libres jouissoient mme du privilge de s'anoblir eux et leur postrit1 soit en pousant la fille d'un gentilhomme1 soit en acqurant quelque fief4 ,ds lors1 ils n'toient plus soumis cette foule de devoirs1 de corves et de charges qui rendoient le peuple malheureux4 ,il est mme vraisemblable que la noblesse de leur personne passoit jusqu'aux domaines qu'ils possdoient en roture4 ,aucun monument1 il est vrai1 ne nous fait connotre les prrogatives particulires dont la simple noblesse jouissoit l'avnement de ,hugues-,capet au trne4 ,mais il est certain que sous les derniers princes de la maison de ,charlemagne1 il y avoit un grand nombre de familles autrement anoblies par leurs alliances ou la possession de quelque seigneurie1 et qui1 par une suite des vnemens qui changrent les fortunes domestiques1 comme la fortune de l'tat1 ne possdoient que des biens roturiers4 ,elles continurent pendant le cours de la rvolution qui donna naissance au gouvernement fodal1 tre distingues des familles d'un ordre infrieur2 et cette distinction1 dont on ne peut douter1 suppose ncessairement la jouissance de quelque privilge particulier qui passoit du pre aux enfans4 ,sans ce signe distinctif1 comment tous les citoyens qui ne possdoient pas quelque fief1 n'auroient-ils point enfin1 t confondus dans une mme classe8 ,peut-tre que cette noblesse se trouva assez nombreuse pour forcer les seigneurs la mnager4 ,sans doute1 qu'elle les servit dans les guerres prives qui revinrent en usage dans la dcadence du gouvernement1 et mrita par l leur reconnoissance et leur protection2 pourquoi donc n'auroit-elle pas toujours joui dans ses patrimoines roturiers1 des mmes franchises que la clricature attachoit ceux des clercs8 ,tout parot l'indiquer1 mais il me semble du moins qu'on ne peut s'empcher de convenir que sous le rgne de ,hugues-,capet1 les simples gentilshommes n'eussent dj les mmes immunits1 dont on les voit en possession dans un temps bien postrieur4 ,bien loin qu'ils aient pu alors acqurir quelques nouveaux privilges1 ils en durent perdre plusieurs4 ,on voit que les seigneurs1 de jour en jour1 plus jaloux d'tendre leurs droits et leur autorit1 s'appliqurent dgrader la dignit mme des petits fiefs qui relevoient d'eux4 ,tandis qu'ils ne craignoient point d'offenser leurs vassaux1 que1 sans gard pour les plaintes et les menaces des vques1 ils faisoient1 sans cesse1 de nouvelles entreprises sur les possessions que les ecclsiastiques tenoient de leurs pres1 seroit-il vraisemblable qu'ils eussent respect la fortune d'une noblesse peu puissante1 et qui n'avoit aucun protecteur8 ,quoiqu'il en soit des immunits des simples gentilshommes1 l'avnement de ,hugues-,capet au trne1 ils n'toient sujets1 quand ,s4 ,louis crivoit ses tablissemens1 aucune imposition1 en vendant leurs denres#ic1 ni en achetant les choses ncessaires leur usage particulier4 ,les terres que les gentilshommes faisoient valoir par eux-mmes1 ne payoient pas la taille2 et dans les affaires personnelles1 ils obissoient une jurisprudence1 toute diffrente de celle laquelle les roturiers toient soumis4 ,c'est l'esprance de pouvoir jouir un jour de tous ces avantages1 qui empchoit les hommes libres de succomber sous le poids de leur malheur2 tandis que les serfs1 ne voyant de toute part que leur servitude1 ne pouvoient s'affranchir du joug d'un matre1 que pour passer sous celui d'un seigneur4 ,,chapitre ,,ii4 ,situation des seigneurs1 l'avnement de ,hugues-,capet au trne4--,des causes qui contriburent tablir une sorte de rgle et de droit public4 ,tous ces droits barbares des seigneurs1 sur leurs sujets1 furent bientt rgls3 c'toit la force qui imposoit la loi la foiblesse4 ,mais l'gard des devoirs et des droits respectifs des seigneurs les plus puissans1 lis entre eux1 par l'hommage et le serment de fidlit1 ce n'toient encore1 lorsque ,hugues-,capet monta sur le trne1 que des prtentions incertaines et toujours contestes4 ,les coutumes#id dont nous trouvons le dtail dans les tablissemens de ,s4 ,louis1 et les crits de ,pierre de ,fontaine et de ,beaumanoir1 n'existoient pas encore4 ,c'est le propre des coutumes de ne s'tablir qu'avec lenteur1 le temps seul peut leur donner une certaine force2 et de l'anarchie des derniers rois ,carlovingiens1 la forme de gouvernement connue sous ,s4 ,louis1 le passage suppose ncessairement une longue suite de rvolutions et les rgnes de plusieurs princes actifs1 courageux et entreprenans4 ,quand il seroit rest quelque espce de rgle et de subordination dans l'tat1 l'usurpation de ,hugues-,capet1 les guerres qu'il soutint contre quelques vassaux de la couronne1 et les complaisances auxquelles il fut forc de se prter1 pour se rendre agrable1 l'auroient fait entirement disparotre4 ,il faudroit1 en effet1 avoir bien peu de connoissance des temps malheureux dont je parle1 et des passions par lesquelles les hommes seront ternellement gouverns1 pour croire que les ducs de ,normandie1 d',aquitaine1 de ,bourgogne1 les comtes de ,toulouse1 de ,flandre1 de ,vermandois1 de ,troyes1 c4 qui avoient vu ,hugues-,capet1 simple duc de ,france1 et leur gal1 consentissent1 par amour seul de l'ordre et de la paix1 lui rendre les devoirs que ,charles-le-,chauve exigeoit inutilement de ses vassaux1 sur la fin de son rgne1 et que ses successeurs n'auroient pas os demander4 ,les seigneurs du second ordre1 j'entends les barons qui relevoient immdiatement d'un suzerain1 dont la seigneurie s'tendoit sur toute une province1 affectrent galement une entire indpendance4 ,toute notre histoire est pleine de faits qui prouvent que les petits-fils de ,hugues-,capet ne pouvoient point encore accoutumer les seigneurs du duch de ,france1 remplir les devoirs de la vassalit1 et la mme anarchie rgnoit dans les autres provinces du royaume4 ,la souverainet que les barons exeroient sur leurs sujets1 leur avoit inspir une ambition dangereuse4 ,mettant profit la foiblesse o se trouvoient leurs suzerains diviss par des haines1 des rivalits et des guerres continuelles1 ils toient parvenus s'en faire craindre1 et ne regardoient l'hommage que comme une vaine crmonie qui n'emportoit avec soi aucune obligation relle de service et d'obissance4 ,si on retrouvoit quelque trace de la subordination des fiefs et des devoirs rciproques que se devoient les suzerains et leurs vassaux1 et que suppose le serment que ,charles-le-,chauve et les seigneurs les plus puissans du royaume se firent mutuellement1 ce n'toit plus qu'entre les seigneurs d'une classe infrieure aux barons2 ils se souvenoient pour la plupart que leurs terres leur avoient t donnes en bnfices2 leurs possessions toient peu considrables1 et n'ayant que de moindres esprances ou de moindres prtentions1 ils souffroient davantage des dsordres de l'anarchie1 et n'avoient pas le mme intrt de ne reconnotre d'autres lois que leurs caprices4 ,quoique ces seigneurs eussent1 comme les barons mmes1 dont ils relevoient1 le droit de guerre1 le pouvoir de faire des lois1 ou plutt de publier des ordres dans l'tendue de leurs fiefs1 et qu'ils exerassent sur leurs sujets un empire galement despotique1 ils ne jouissoient pas cependant dans toute sa plnitude1 de la puissance qui constitue vritablement la souverainet4 ,leurs justices1 par exemple1 toient souveraines1 c'est--dire1 jugeoient en dernier ressort et sans#ie appel1 toutes les affaires qui y toient portes2 mais elles n'avoient quelquefois qu'une comptence borne4 ,ces seigneurs d'un ordre infrieur1 n'toient juges dans leurs terres1 que des dlits ordinaires2 tandis que le baron1 dont ils relevoient1 y avoit la haute-justice1 et connoissoit de tous les crimes qui1 l'exception du vol1 toient punis de mort4 ,il est encore certain que dans le cours des dernires rvolutions1 les barons ne permirent pas leurs vassaux de faire les mmes usurpations qu'ils faisoient eux-mmes4 ,abusant1 au contraire1 de leurs forces et du crdit que leur avoit donn l'ancien gouvernement1 pour se saisir d'une partie de la souverainet1 dans les seigneuries qui relevoient d'eux1 ils s'arrogrent le droit d'y rgler les poids et les mesures publiques1 empchrent leurs vassaux d'avoir une monnoie particulire1 et les contraignirent ne se servir que des espces fabriques dans le chef-lieu de la baronnie4 ,les mmes causes qui avoient empch la plupart de ces seigneurs1 d'affecter une entire indpendance1 les portrent se soumettre l'homme-lige2 c'est--dire1 qu'ils se crurent tenus dfendre les possessions de leur suzerain1 et le suivre la guerre1 quand il les convoquoit4 ,d'ailleurs1 ils n'avoient souvent qu'un chteau2 et craignant d'y tre forcs aprs un premier chec1 le droit de guerre leur paroissoit plus nuisible qu'avantageux4 ,dans cet tat de foiblesse1 il leur importoit que toutes les querelles ne se vidassent pas les armes la main4 ,ainsi1 bien loin de profiter des dsordres de l'anarchie1 pour ne plus reconnotre dans leur suzerain1 cette juridiction dj en usage#if sous le rgne de ,charlemagne et qui rendoit chaque seigneur1 juge de ses bnficiers1 ils la regardrent comme le rempart de leur fortune4 ,c'est chez ces seigneurs d'une classe infrieure et demi souverains1 que se conserva la tradition des devoirs auxquels les bnfices tablis par ,charles ,martel avoient autrefois assujetti les vassaux2 et c'est l'lvation de ,hugues-,capet au trne qui contribua l'tendre et lui donner une plus grande autorit4 ,en qualit de duc de ,france1 de comte de ,paris et d',orlans1 ce prince avoit de riches domaines1 et ses forces toient gales celles des principaux vassaux de la couronne4 ,il fallut avoir pour ses fils des gards qu'on n'avoit point eus pour les derniers princes de la maison de ,charlemagne4 ,la foiblesse et la pauvret des ,carlovingiens avoient ouvert la porte l'anarchie3 la force et les richesses des ,captiens devoient en temprer les dsordres4 ,a mesure qu'on esproit moins d'avantages de son indpendance1 on devoit en tre moins jaloux4 ,les intrts des principaux seigneurs et leurs passions changrent donc avec la situation de la monarchie4 ,les dsastres de leurs guerres1 souvent aussi funestes au vainqueur qu'au vaincu1 domptrent leur vanit1 et les prparrent la paix2 quand ils sentirent enfin1 malgr eux1 la ncessit d'avoir une police1 ils en trouvrent le modle dans les fiefs des dernires classes4 ,nous voyons1 en effet1 par le trait que ,henri ,i1 roi d',angleterre et duc de ,normandie1 conclut le #aj mars #aaja1 avec ,robert1 comte de ,flandre1 que les grands vassaux1 dj plus dociles sous ,philippe ,i1 que sous ,louis d',outremer1 ,lothaire et ,louis-le-,fainant1 se croyoient obligs de suivre le roi la guerre1 sous peine de perdre leur#ig fief4 ,il y avoit mme des formalits de justice avoues et reconnues entre ,philippe ,i et ses vassaux2 et cette cour suprme1 o les rois jugeoient autrefois les grands de l'tat1 toit dj sortie du nant o la foiblesse des derniers ,carlovingiens l'avoient laisse tomber4 ,il toit naturel que les premiers ,captiens offrissent leur mdiation leurs vassaux1 quelquefois fatigus de la guerre1 ou qui n'toient pas en tat de la faire2 et que dans des circonstances fcheuses1 ils soumissent eux-mmes leurs propres querelles1 leur arbitrage2 et c'est vraisemblablement par cette conduite1 que le prince reprit sa qualit de juge1 et que des vassaux qui avoient des forces gales aux siennes1 s'accoutumrent reconnotre l'autorit d'une cour fodale et de ses jugemens4 ,ds que les vassaux les plus puissans consentirent remplir de certains devoirs1 et se soumettre au tribunal du roi1 leurs barons qui1 leur exemple1 avoient affect une entire indpendance1 mais plutt par point d'honneur1 que par ambition1 furent aussi1 leur exemple1 moins indociles et moins rvolts1 contre la subordination de la vassalit4 ,plusieurs autres causes contriburent en mme temps1 fixer la nature du service des fiefs et des devoirs respectifs des suzerains et des vassaux4 ,leurs guerres toient termines par des traits2 et quoique ces traits fussent peu respects1 ils ne laissoient pas d'tre regards comme autant de titres1 du moins par la partie laquelle ils toient avantageux4 ,on y rgloit des prtentions incertaines1 et les articles1 dont deux seigneurs toient convenus1 servirent de modle plusieurs autres2 les mmes maximes s'tendoient2 et en s'tendant1 elles acquroient de l'autorit4 ,les seigneurs1 continuellement en guerre les uns contre les autres1 ne tiroient presqu'aucun secours de leurs sujets1 trop maltraits pour tre bons soldats2 et ne pouvant exiger un service utile que de leurs vassaux1 ils se virent obligs de multiplier ces derniers1 ou pour acqurir des dfenseurs leurs terres1 ou pour s'agrandir aux dpens de leurs voisins4 ,ils dmembrrent donc quelques parties de leurs domaines1 qu'ils confrrent en fief4 ,soit que les dangers se multipliassent de jour en jour1 soit qu'on ne juget de la dignit d'une terre que par le nombre des fiefs qui en relevoient1 la politique1 la vanit et la mode ne mirent alors aucune borne la libralit des seigneurs4 ,au dfaut de terres1 on donna en fief1 dit un savant crivain1 la gruerie des forts1 le droit d'y chasser1 une part dans le page ou le roage d'un lieu1 le conduit ou escorte des marchands venant aux foires1 la justice dans le palais du prince ou haut-seigneur1 les places de change1 dans celles des villes o il faisoit battre monnoie1 les maisons et les loges des foires1 les maisons o toient les tuves publiques1 les fours banaux des villes1 enfin1 jusqu'aux essaims des abeilles qui pouvoient tre trouvs dans les forts4 ,quelques seigneurs1 ajoute ailleurs ,m4 ,brussel1 s'avisrent d'riger en fief1 l'affranchissement de certaines coutumes et la cession de quelque droit2 c'est--dire1 qu'ils cdoient quelqu'un le droit de lever son profit1 l'impt qu'ils s'toient attribu4 ,les seigneurs convertirent en fiefs les charges de leur maison1 tablissement analogue aux anciennes ides de vasselage qu'avoient fait natre les bnfices de ,charles ,martel4 ,en armant un gentilhomme chevalier1 ils en firent leur homme2 ils achetrent mme des vassaux1 en donnant une certaine somme d'argent1 ou en payant une pension annuelle4 ,c'est ainsi1 pour n'en citer qu'un exemple1 qu',henri ,i1 roi d',angleterre1 donnoit en fief ,robert1 comte de ,flandre1 une pension de quatre cents marcs d'argent4 ,ces nouveaux fiefs tant crs par des contrats1 des chartes ou des traits1 les devoirs n'en pouvoient jamais tre quivoques2 et le vassal toit d'autant plus exact les remplir1 qu'il toit trs-facile son seigneur de le punir de sa flonie4 ,il n'toit pas ncessaire de recourir aux formalits d'un jugement1 d'assembler ses vassaux1 ni de s'exposer aux vnemens toujours incertains de la guerre2 il ne falloit que ne pas payer le terme chu d'une pension4 ,un four banal1 des tuves et des loges de marchands n'toient pas des chteaux forts o un vassal rebelle pt se dfendre avec avantage4 ,l'inconsidration ternelle des ,franais1 jointe l'ignorance la plus profonde de leurs antiquits1 leur persuada que ce qui se passoit sous leurs yeux1 toit autant de coutumes qu'ils avoient reues de leurs premiers anctres4 ,pensant que tous les fiefs avoient la mme origine1 ils crurent qu'ils toient tous tenus par reconnoissance aux mmes devoirs4 ,cette erreur apprivoisa les esprits1 que le droit de guerre rendoit farouches4 ,on se crut li son suzerain1 par le bienfait qu'on en avoit reu4 ,on s'accoutuma peu peu la subordination fodale1 on en convint du moins1 quand on n'eut aucun intrt prsent de la contester2 et l'avnement de ,louis-le-,gros la couronne1 les devoirs auxquels les nouveaux fiefs furent assujettis1 toient dj devenus une loi1 ou1 pour m'exprimer plus exactement1 une coutume gnrale du gouvernement fodal2 et elle n'toit dsavoue par aucun seigneur4 ,,remarques ,,et ,,preuves ,,des ,observations sur l'histoire de ,france4 ,,livre ,,premier4 ,,chapitre ,,premier4 #f ,reges ex nobilitate1 duces ex virtute sumunt4 ,nec regibus infinita aut libera potestas2 et duces exemplo potis qum imperio1 si prompti1 si conspicui1 si ante aciem agant1 admiratione prsunt4 ,cterm neque animadvertere1 neque vincire1 neque verberare quidem1 nisi sacerdotibus permissum2 non quasi in pnam nec ducis jussu1 sed velut ,deo imperante1 quem adesse bellantibus credunt4 7,de ,mor4 ,ger4 ,c4 #g47 ,de minoribus rebus principes consultant1 de majoribus omnes2 it tamen ut ea quoque quorum pens plebem arbitrium est1 apud principes pertractentur444 ,mox rex vel principes1 prout tas cuique1 prout nobilitas1 prout decus bellorum1 prout facundia est1 audiuntur1 autoritate suadendi magis1 qum jubendi potestate4 ,si displicuit sententia1 fremitu aspernantur3 sin placuit1 frameas concutiunt4 7,ib4 c4 ,,ii47 ,nos monumens les plus anciens et les plus respectables disent la mme chose4 ,dictaverunt ,salicam ,legem ,proceres ipsius gentis1 qui tunc temporis apud eam erant rectores4 ,sunt autem electi de pluribus viris quatuor4444 ,qui per tres ,mallos convenientes1 omnes causarum origines sollicit discurrendo1 tractantes de singulis judicium decreverunt hoc modo4 7,prf4 ,leg4 ,sal47 ,hoc decretum est apud regem et principes ejus et apud cunctum populum christianum qui infr regnum ,merwengorum consistunt4 ,prf4 ,leg4 ,sal4 ,placuit atque convenit inter ,francos et eorum ,proceres1 ut propter servandum inter se pacis studium1 omnia incrementa veterum rixarum resecare deberent4 ,prf4 ,leg4 ,sal4 ,cum in ,dei nomine nos omnes calendas ,martias de quacumque conditione un cum nostris optimatibus pertractavimus4 ,decret4 ,childeberti circ annum #eie1 7,art4 #a47 ,pari conditione convenit calendas ,martias omnibus nobis adunatis4 7,ibid4 art4 #e47 ,les rois ,mrovingiens ne donnoient aucun ordre particulier1 aucun diplome1 sans employer les formules suivantes3 ,un cum nostris optimatibus3 fidelibus pertractavimus4 ,de consensu fidelium nostrorum4 ,in nostr et ,procerum nostrorum prsenti4 ,voyez les ordonnances de ces princes1 recueillies par ,m4 ,baluze1 ou par dom ,bouquet4 #g ,eo tempore mult ,ecclesi ,chlodovechi exercitu deprdat sunt1 quia erat ille adhuc fanaticis erroribus involutus4 ,igitur de qudam ecclesi urceum mir magnitudinis ac pulchritudinis hostes abstulerant1 cum reliquis ecclesiastici ministerii ornamentis4 ,episcopus autem ecclesi illius missos ad regem dirigit1 poscens1 ut si aliud de sacris vasis recipere non mereretur1 saltem vel urceum ecclesi su reciperet4 ,hc audiens ,rex1 ait ,nuncio3 sequere nos usque ,suessiones1 quia ibi cuncta qu acquisita sunt1 dividenda erunt1 cumque mihi vas istud sors dederit1 qu papa poscit1 adimpleam4 ,dehinc adveniens ,suessiones1 cuncto onere prd in medium posito1 ait rex3 ,rogo vos1 fortissimi ,prliatores1 ut saltem mihi vas istud1 hoc enim de urceo supr memorato dicebat1 extr partem concedere non abnuatis4 ,hc rege dicente1 illi quorum erat mens sanior1 aiunt3 omnia1 gloriose rex1 qu cernimus tua sint2 sed ac nos ipsi tuo sumus dominio subjugati1 nunc quod tibi ben placitum videtur1 facito2 nullus enim potestati tu resistere valet4 ,cm illi hc it dixissent1 unus levis1 invidus ac facilis1 cum magn voce1 elevatam bipennem urceo impulit1 dicens3 nihil hic accipies1 nisi qu sors vera largitur4 ,ad hc1 obstupefactis omnibus1 rex injuriam suam patienti lenitate coercuit1 acceptumque urceum nuncio ecclesiastico reddidit1 servans abditum sub pectore vulnus2 transacto vero anno1 jussit omnem cum armorum apparatu advenire ,phalangem1 ostensuram in campo ,martis suorum armorum nitorem4 ,verm ubi cunctos circuire deliberat1 venit ad urcei percussorem1 cui ait3 nullus tam inculta1 ut tu1 arma detulit1 nam neque tibi hasta1 neque gladius1 neque securis est utilis2 et adprehensam securim in terram dejecit4 ,at ille cum paululm inclinatus fuisset ad colligendam eam1 rex1 elevatis manibus1 securim suam capiti ejus defixit4 ,sic1 inquit1 tu apud ,suessiones in urceo illo fecisti4 7,greg4 ,tur4 l4 #b4 ,c4 #bg47 ,a travers la narration peu sense de ,grgoire de ,tours1 il est facile de saisir l'esprit du fait qu'il rapporte4 ,il est vident que ,clovis n'avoit que sa part du butin1 et que le sort en dcidoit4 ,que signifient les paroles ridicules que l'historien met dans la bouche de ce prince8 ,sequere nos usque ,suessiones2 quia ibi cuncta qu acquisita sunt1 dividenda erunt4 ,cumque mihi vas istud sors dederit1 qu papa poscit1 adimpleam4 ,il n'y a qu'un escamoteur qui puisse ainsi rpondre de la fortune4 ,le compliment de l'arme1 tel que ,grgoire de ,tours le suppose1 ne peut tre vrai2 il n'a aucune analogie avec les murs publiques4 ,on avoit dit l'historien que l'arme avoit consenti la demande de ,clovis2 et l-dessus1 il imagine une rponse telle que l'auroient faite des ,gaulois1 aussi accoutums au gouvernement despotique que les ,franais l'toient la libert4 ,il ne s'apperoit pas qu'il est contradictoire que l'arme parle en mercenaire1 et que ,clovis attende un an pour se venger de l'injure qu'il reoit4 ,je ne sais pourquoi ,m4 le comte de ,boulainvilliers dit que ,clovis n'osa se saisir du vase1 et le laissa au soldat4 ,c'est altrer la vrit1 et il n'en avoit pas besoin pour son systme4 ,le ,p4 ,daniel appelle cet vnement une historiette2 et c'est une preuve de son bon jugement4 ,l'abb du ,bos parle aussi de l'aventure du vase de ,soissons1 dans son histoire critique de l'tablissement de la monarchie ,franaise dans les ,gaules1 liv4 #c4 chap4 #ba4 ,voici de quelle faon il traduit le discours de ,clovis son arme4 ,rogo vos1 fortissimi prliatores1 ut saltem mihi vas istud extr partem concedere non abnuatis4 ,braves soldats1 trouvez bon qu'avant que de rien partager1 je retire ce buire d'argent de la masse1 pour en disposer mon plaisir4 ,quelle traduction6 ,clovis n'osant pas punir le soldat qui l'avoit offens1 en rclamant la coutume de la nation1 il attend1 dit l'abb du ,bos1 une occasion o il peut se venger1 non point en particulier qui se livre au mouvement imptueux d'une passion1 mais en souverain qui se fait justice d'un sujet insolent4 ,cette rflexion n'est pas juste2 ce n'est point comme souverain que ,clovis se fait justice d'un sujet insolent1 puisqu'il dguise sa vengeance1 en prenant le prtexte de punir le soldat pour sa ngligence tenir ses armes en bon tat4 ,croira-t-on sans peine que la patience et la modration fussent alors des qualits fort estimes chez les ,franais1 et qu'il ft plus honnte pour un grand roi d'assassiner de sang froid un de ses soldats1 que de le tuer par emportement8 ,je ne saurois penser1 sur la parole de l'abb du ,bos1 qu'une si grande sagesse combla de gloire ,clovis1 et lui valut l'admiration de toutes les ,gaules4 ,,chapitre ,,ii4 #h ,si quis ingenuum ,francum aut hominem barbarum occiderit qui ,lege ,salic vivit1 fol4 #bjj1 culpabilis judicetur4 ,si quis eum occiderit qui in ,truste dominic est1 fol4 #fjj1 culpabilis judicetur4 ,si quis ,romanum hominem convivam regis occiderit1 fol4 #cjj1 culpabilis judicetur4 ,si ,romanus homo possessor1 id est1 qui res1 in pago ubi commanet1 proprias possidet1 occisus fuerit1 is qui cum occidisse convincitur1 fol4 #ajj1 culpabilis judicetur4 ,si quis ,romanum ,tributarium occiderit1 fol4 #de1 culpabilis judicetur4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #dc47 ,si ,romanus homo ,francum expoliaverit1 fol4 #fb1 culpabilis judicetur4 ,si ver ,francus ,romanum expoliaverit1 fol4 #cj1 culpabilis judicetur4 7,ibid4 ,tit4 #ae47 ,si ,romanus ,francum ligaverit sine caus1 fol4 #cj1 culpabilis judicetur4 ,si autem ,francus ,romanum ligaverit sine caus1 fol4 #ae1 culpabilis judicetur4 7,ibid4 ,tit4 #cd17 c4 ,les lois ,ripuaires tablissent les mmes proportions entre les ,franais et les ,gaulois1 et je n'en rapporte pas ici le texte1 pour abrger4 ,si ces autorits font voir avec quelle duret les vainqueurs traitrent les vaincus1 elles ne prouvent pas moins que les ,gaulois ne furent pas rduits en servitude1 puisqu'on trouve parmi eux un ordre de citoyens1 les convives du roi1 qui la loi accorde une composition plus considrable qu'aux ,franais d'une condition commune4 ,cent passages de ,grgoire de ,tours attestent que des ,gaulois furent levs aux premires dignits de l'tat1 sous les rois ,mrovingiens4 ,pourquoi ,loyseau1 dans son trait des seigneuries1 7chap4 #a4 4 #ee et #fi17 prtend-il donc que les ,francs trent aux ,gaulois l'usage des armes1 et en firent leurs esclaves8 ,le comte de ,boulainvilliers a bti1 sur cette prtendue servitude1 tout son systme de notre ancien gouvernement4 ,je rfuterai cette erreur dans les notes suivantes1 en parlant des franchises de la nation ,gauloise sous le gouvernement des ,franais4 #i ,l'abb du ,bos prtend1 histoire critique1 7liv4 #f4 ,c4 #ad et #ae17 que ,clovis et ses successeurs eurent dans les ,gaules les mmes revenus dont les empereurs ,romains y avoient joui2 qu'ils levrent un tribut sur les terres1 exigrent une capitation1 eurent des douanes1 et que les ,franais furent soumis1 ainsi que les ,gaulois1 toutes ces impositions4 ,il convient d'abord qu'aucun historien ne dit expressment et distinctement que nos rois ont eu dans les ,gaules les mmes revenus dont jouissoient avant eux les empereurs ,romains2 mais1 continue-t-il1 c'est qu'il toit inutile de dire ce que tout le monde voyoit4 ,j'abrge le style diffus de l'abb du ,bos4 ,il fonde son opinion sur ce qu'il est de droit commun que le vainqueur se mette la place du vaincu4 ,quand1 par exemple1 ajoute l'abb du ,bos1 on a dit que ,louis ,,xiv conquit en #afhd le duch de ,luxembourg1 c'est avoir dit suffisamment qu'il se mit en possession de tous les domaines1 droits et revenus dont ,charles ,,ii jouissoit avant la conqute4 ,je conviens du droit du vainqueur2 mais quel toit le vainqueur des ,gaules8 toit-ce ,clovis seul1 ou la nation ,franaise avec lui8 ,qu'on en juge par l'aventure du ,vase de ,soissons1 et par la forme mme du gouvernement que les ,franais conservrent dans les ,gaules4 ,mais si ,louis ,,xiv1 au lieu d'avoir une administration peu prs pareille celle de ,charles ,,ii1 avoit t le chef de quelque horde de ,tartares1 l'abb du ,bos se persuaderoit-il aisment que ce nouveau ,clovis et ses soldats1 en s'tablissant dans le duch de ,luxembourg1 eussent t prpars adopter subitement toutes les ides des ,espagnols8 ,je consens cette espce de prodige2 quand les ,luxembourgeois vaincus n'auroient point chang de sort1 comment le prince auroit-il os dire ces ,tartares3 mes amis1 voil un peuple subjugu par nos armes1 qui me reconnot pour son nouveau souverain1 et qui me payera dsormais la taille1 la capitation1 c4 qu'il payoit ses anciens matres2 puisque votre victoire m'a mis la place de ,charles ,,ii1 il est raisonnable que tout notre gouvernement prenne une nouvelle forme4 ,enrichissez-vous des dpouilles des vaincus2 mais songez dsormais me donner les mmes tributs que me donneront les ,luxembourgeois4 ,si le prince ,tartare tenoit un pareil langage aprs la victoire1 est-il vraisemblable qu'il persuadt son arme8 mon gnral1 lui rpondroit-elle1 nous ne comprenons rien tout ce discours4 ,nous ne combattons pas pour vous1 mais vous combattez notre tte pour l'avantage commun4 ,l'empire sur une province conquise nous appartient comme vous2 et il seroit bizarre que nous fussions traits en vaincus1 parce que nous sommes vainqueurs3 nous conserverons ici nos anciennes coutumes1 et nous y tablirons notre gouvernement4 ,les murs des ,franais1 leur attachement leurs lois1 leur administration politique1 tout concourt la fois prouver qu'ils ne furent sujets aucune sorte d'impts4 ,j'ajoute que les ,gaulois jouirent du mme avantage2 et c'est presque le dmontrer1 que de dire que la plupart d'entre eux ngligrent de se naturaliser ,franais4 ,un peuple accoutum au gouvernement despotique1 peut bien ne pas dsirer d'tre libre2 mais un peuple vex par des impositions aussi normes que celles que levoient les empereurs ,romains1 saisira toujours les moyens de s'en dlivrer4 ,cependant la plus grande partie des ,gaulois continua vivre sous la loi ,romaine1 tandis qu'il toit permis aux trangers de se faire ,franais2 il falloit donc que les ,gaulois ne fussent pas soumis des charges plus considrables que les ,franais mmes4 ,tout le monde a entre les mains l'esprit des lois4 ,je prie d'y lire1 liv4 #cj1 le chapitre treizime1 intitul3 ,quelles toient les charges des ,romains et des ,gaulois dans la monarchie des ,francs4 ,le prsident de ,montesquieu prouve trs-bien qu'un tat qui n'avoit point de besoins1 ne levoit point d'impts4 ,en parlant des charges des hommes libres1 qui toient obligs d'aller la guerre leurs dpens1 sous les ordres de leur comte1 et de fournir des chevaux et des voitures aux envoys du roi et aux ambassadeurs qui partoient de sa cour ou qui s'y rendoient2 je voudrois seulement1 pour une plus grande exactitude1 qu'il et ajout1 sur l'autorit de la loi ,ripuaire et de ,marculfe1 que les citoyens toient tenus de loger et de dfrayer ces envoys leur passage4 ,si quis autem legatarium regis vel ad regem1 seu in utilitatem regis pergentem hospitio suscipere contempserit1 nisi emunitus regis hoc contradixerit1 sexaginta solidis culpabilis judicetur1 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #ee47 ,ille rex omnibus agentibus4 ,dum et nos in ,dei nomine apostolicum virum illum necnon et illustrem virum illum partibus illis legationis caus direximus2 ide jubemus1 ut locis convenientibus1 eisdem vobis evectio simul et humanitas ministretur1 hoc est1 veredos seu paraveredos tantos1 panis nitidi modios tantos1 vini modios tantos1 cerevisi modios tantos1 lardi libras tantas1 carnis libras tantas4 ,je supprime tout ce dtail qui peut tre curieux1 mais il faut tre court4 ,hc omnia diebus tam ad ambulandum1 quam ad nos1 in ,dei nomine1 revertendum1 unusquisque vestrm locis consuetudinariis1 eisdem ministrare et adimplere procuretis4 7,mars4 for4 #aa4 liv4 #a47 ,la grande source de toutes les erreurs de l'abb du ,bos1 c'est d'avoir cru que les mots ,census et tributum signifient dans nos lois1 et dans nos historiens1 la mme chose qu'ils signifirent chez les ,romains1 ou qu'ils signifient aujourd'hui parmi nous4 ,il auroit d souponner avec le prsident ,montesquieu1 que quand les ,franais voulurent rdiger par crit leurs coutumes1 et leur donner l'autorit de lois1 ils trouvrent des difficults rendre leurs ides par les expressions d'un peuple qui avoit des usages tout diffrens4 ,ils se servirent des mots latins qui avoient le plus de rapport aux coutumes germaniques1 et de nouvelles ides furent attaches ces mots4 ,voyez l'esprit des lois1 7,l4 #cj1 ,c4 #ad17 intitul3 de ce qu'on appeloit ,census4 ,si quis romanum hominem convivam regis occiderit1 fol4 #cjj1 culpabilis judicetur4 ,si ,romanus homo possessor1 id est1 qui res in pago ubi commanet1 proprias possidet1 occisus fuerit1 is qui eum occidisse convincitur1 fol4 #ajj1 culpabilis judicetur4 ,si quis ,romanum tributarium occiderit1 fol4 #de1 culpabilis judicetur4 7,l4 ,s4 tit4 #dc47 ,cette loi1 que l'abb du ,bos ne pouvoit ignorer1 fait connotre ce que les premiers ,franais entendoient par les mots census et tributum4 ,si par ,romanum tributarium1 il faut entendre un ,gaulois assujetti payer un cens1 une capitation1 un tribut public1 tout le systme de l'abb du ,bos est renvers2 car il seroit certain que les ,gaulois qui avoient l'honneur d'tre admis la table du roi1 et ceux qui avoient des possessions1 ne payoient pas ce cens ou ce tribut1 puisque la loi se sert de cette qualit distinctive de tributarium1 pour dsigner un troisime ordre de ,gaulois4 ,en rflchissant sur ce texte1 l'abb du ,bos auroit vu que la loi parle ici des ,gaulois1 qui1 tant libres par leur naissance1 faisoient valoir ferme les biens des propritaires4 ,il en auroit conclu que les mots census et tributum ne signifient pas toujours un tribut public4 ,cette premire dcouverte l'auroit rendu plus circonspect1 et il n'auroit vu que des charges prives1 conomiques et domestiques dans la plupart des passages qu'il emploie pour prouver le paradoxe qu'il avance4 ,me permettra-t-on de le dire8 ,il me semble qu'on ne peut lire l'ouvrage de l'abb du ,bos1 sans tre convaincu qu'il avoit d'abord imagin une histoire de ,france1 et qu'ensuite il n'avoit lu nos anciens monumens que pour y prendre ce qui pouvoit favoriser ses opinions4 ,il cite rarement les lois1 et ne consulte que des historiens qui il est ais1 la faveur d'un commentaire1 de faire dire tout ce qu'on veut4 ,le prsident de ,montesquieu1 ,l4 #cj1 ,c4 #ae1 dit que ce qu'on appeloit census1 ne se levoit que sur les serfs1 et non pas sur les hommes libres4 ,ce n'est pas s'exprimer avec exactitude4 ,on appeloit aussi du nom de census ou de tributum1 toutes les charges ou redevances qu'un homme libre devoit acquitter4 ,montesquieu cite lui-mme dans son ouvrage plusieurs capitulaires dans lesquels on nomme census1 les voitures que les hommes libres devoient fournir aux envoys du roi4 ,il y avoit aussi dans les ,gaules des terres1 dont le possesseur toit soumis de certaines charges1 ou payoit une rente2 et c'est de ces charges ou de ces rentes1 qu'il faut entendre ce que dit ,grgoire de ,tours1 en parlant de ,thodebert et de ,childebert4 ,omne tributum quod fisco suo ab ecclesiis in ,arverno sitis reddebatur1 clementer indulsit4 7,l4 #c1 ,c4 #be47 ,in supradict ver urbe ,childebertus rex omne tributum tam ecclesiis qum monasteriis1 vel reliquis ,clericis1 qui ad ecclesiam pertinere videbantur1 aut quicumque ecclesi officium excolebant1 larg pietate concessit4 7,l4 #aj4 ,c4 #g47 ,une ordonnance de ,clotaire ,,ii nous apprend en quoi consistoient ces charges1 ou rentes1 qui commencrent tre en usage la naissance des seigneuries3 ,agraria1 pascuaria1 vel decimas porcorum1 ecclesi pro fidei nostr devotione concedimus4 7,cap4 de ,baluze4 ,t4 #a4 page #h47 ,quand les seigneuries furent devenues la coutume gnrale du royaume1 on nomma des noms de ,cens ou de ,tribut les redevances auxquelles les seigneurs assujettirent les hommes libres de leurs terres4 ,ut de rebus und census ad partem regis exire solebat1 si ad aliquam ecclesiam tradit sunt1 aut traduntur propriis hredibus1 aut qui eas retinuerit1 vel censum illum persolvat1 ,cap4 #c1 an4 #hab1 art4 #ab4 ,quicumque terram tributariam1 und tributum ad partem nostram exire solebat1 vel ad ecclesiam vel cuilibet alteri tradiderit1 is qui eam susceperit1 tributum quod ind solvebatur1 omnimod ad partem nostram persolvat1 nisi fort talem firmitatem de parte dominic habeat per quam ipsum tributum sibi perdonatum possit ostendere4 7,cap4 #d4 an4 #hai4 article #b47 ,la plupart des lecteurs peu familiariss avec le jargon barbare de nos anciens monumens1 et peu instruits des diffrentes formes qu'a prises successivement le gouvernement des ,franais1 ont adopt d'autant plus aisment le sens dans lequel l'abb du ,bos entend les passages qu'il cite1 que quelques-uns dsignent en effet une imposition publique et fiscale1 pareille celles qui toient en usage dans les ,gaules sous le gouvernement des empereurs4 ,chlothacharius rex indixerat1 ut omnes ecclesi regni sui tertiam partem fructuum fisco dissolverent4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #d4 ,c4 #b47 ,qui doute en effet que les fils de ,clovis1 qui avoient autour d'eux plusieurs leudes gaulois d'origine1 et instruits de l'administration romaine1 n'aient essay d'tablir des impts8 ,ils y toient invits par l'exemple des ,franais1 qui travailloient se faire les uns sur les autres des droits nouveaux2 et le champ de ,mars ne se tenant plus rgulirement1 la porte toit ouverte toutes sortes d'abus4 ,il est sr que ,chilperic voulut lever une cruche de vin sur chaque arpent de vigne4 ,chilpericus ver rex descriptiones novas et graves in omni regno suo fieri jussit4444 ,statutum enim fuerat ut possessor de propri terr unam amphoram vini per aripennem redderet2 sed et ali functiones infligebantur mult tam de reliquis terris qum de mancipiis quod impleri non poterat4 ,mais ces entreprises ne furent-elles pas regardes comme des nouveauts contraires au droit de la nation1 et que le prince fut oblig d'abandonner8 ,le roi ,chilperic1 dit l'abb du ,bos1 en traduisant ce passage de ,grgoire de ,tours1 ordonna que dans tous ses tats il ft dress une nouvelle description1 et que les taxes y fussent ensuite imposes1 sur un pied plus haut que celui sur lequel on s'toit rgl dans les descriptions prcdentes4 ,cela ne s'appelle pas traduire1 mais commenter un texte et en changer le sens4 ,descriptiones novas ne doit pas se traduire par une nouvelle description1 mais par une description qui toit une nouveaut4 ,amphora a-t-il jamais signifi un tonneau8 ,l'abb du ,bos n'a pas voulu traduire ce mot par ceux de cruche ou de bouteille1 parce que la modicit de cette imposition auroit fait juger que ce devoit tre une nouveaut1 et non pas l'augmentation d'une ancienne taxe4 ,en effet1 ajoute l'abb du ,bos1 en continuant de traduire sa faon1 suivant le pied sur lequel on s'toit rgl en assayant les taxes1 en consquence de la nouvelle description1 celui qui possdoit une vigne en toute proprit1 se trouvoit tax un tonneau de vin par arpent4 ,en #hae1 ,louis-le-,dbonnaire accorda une charte aux ,espagnols qui s'toient rfugis sur les terres de la domination ,franaise1 pour viter le joug des ,sarrasins4 ,sicut cteri liberi homines1 cum comite suo in exercitum pergant1 et in march nostr juxt rationabilem ejusdem comitis ordinationem atque admonitionem1 explorationes et excubias1 quod usitato vocabulo wactas dicunt1 facere non negligant1 et missis nostris aut filiis nostris1 quos pro rerum opportunitate1 illas in partes miserimus1 aut legatis1 qui de partibus ,hispani ad nos transmissi fuerint1 paratas faciant1 et ad subventionem eorum veredos donent4 ,alius ver census ab eis neque comite1 neque junioribus et ministerialibus ejus exigatur4 ,voil qui est dcisif2 on voit par cette charte quelles charges les hommes libres1 soit franais1 soit trangers1 toient assujettis4 ,il est donc vident que sous le rgne de ,louis-le-,dbonnaire1 on ne levoit aucune imposition publique ou fiscale1 quoique les comtes et les officiers subalternes de leurs gouvernemens cherchassent tablir de nouveaux droits4 ,si les rois ,mrovingiens avoient eu les revenus que leur donne ,m4 l'abb du ,bos1 par quelle avanture leurs successeurs les auroient-ils perdus8 ,seroit-il ais1 en parcourant notre histoire1 de trouver l'poque de la suppression des impts8 ,seroit-ce quand la maison de ,pepin monta sur le trne8 ,non1 sans doute2 car les lois de ce prince et celle de ,charlemagne nous avertissent qu'ils ne renoncrent qu'aux droits nouveaux et quivoques1 qui avoient t tablis sous la rgence des derniers ,mrovingiens4 ,ut illi ,franci qui censum de suo capite vel de suis rebus ad partem regiam debent1 sine nostr licenti ad casam ,dei vel ad alterius cujuscumque servitium se non tradant4 7,edict4 ,pist4 art4 #bh47 ,par censum de suo capite1 ,m4 l'abb du ,bos entend la capitation1 et par illi ,franci1 les ,franais qui n'avoient pas obtenu une exemption particulire du prince4 ,m4 le prsident de ,montesquieu entend au contraire les hommes serfs de naissance1 qui avoient t affranchis par des lettres du roi1 et qui1 n'acqurant pas ordinairement une entire et pleine libert1 payoient encore une certaine redevance au prince2 et c'est ce que ,marculfe 7,l4 #b4 ,form4 #cb47 appelle libertinitatis obsequium4 ,l'un n'tablit son explication sur aucun titre2 il devine et arrange les faits son gr1 ou suppose ternellement ce qui est en question4 ,l'autre apporte des autorits1 cite les formules de ,marculfe1 les capitulaires de ,charlemagne1 et l'dit mme de ,pistes1 qui favorise1 ou plutt qui dmontre la vrit de son sentiment4 ,pour prouver l'existence des douanes1 ,m4 l'abb du ,bos cite d'abord une charte de ,charle-le-,chauve en faveur de l'abbaye de ,st-,maur2 et l'on voit en effet par cette pice qu'on exigeoit dans des bureaux diffrens droits4 ,chacun avoit son nom particulier1 droit de rivage1 de charrois1 de pont1 d'heureux abord1 c4 ,il n'y a point d'apparence1 dit notre critique1 aprs cette numration1 que tous ces droits eussent t tablis sous la seconde ni mme sous la premire race4 ,tant d'impositions diffrentes sur les mmes choses ne paroissent pas l'ouvrage d'une nation barbare2 et de-l il conclud qu'il faut qu'elles aient t imagines et cres dans le temps des empereurs4 ,je l'avoue1 on ne s'attend point un pareil raisonnement4 ,il est assez singulier que ,m4 l'abb du ,bos prtende que les ,franais comprirent1 en entrant dans les ,gaules1 tout le dtail embarass et compliqu des douanes romaines1 et furent assez habiles pour conserver cet tablissement prcieux qu'il regarde comme la preuve de la politesse et des lumires des ,romains2 et qu'il soutienne en mme temps que ces ,franais tablis depuis trois sicles et demi dans leurs conqutes1 et qui avoient eu mille occasions et mille moyens de s'instruire des finances romaines1 ne devoient pas tre assez clairs pour tablir des bureaux de douanes et y percevoir cinq ou six sortes de droits1 ou un mme impt sous cinq ou six noms diffrens4 ,en vrit1 de pareils paradoxes ne mritent pas une rfutation srieuse4 ,pour faire ce que ,m4 l'abb du ,bos juge impossible1 il suffisoit que les ,franais fussent avares2 et l'avarice a sans doute produit en peu d'annes des choses bien plus extraordinaires que l'invention de cinq ou six noms pour faire une maltote misrable4 ,je pourrois prouver qu'il est trs-vraisemblable que ,clovis ne trouva aucun bureau de douanes dans les provinces qu'il conquit4 ,mais il faut finir cette remarque2 et je me borne dire que cette imposition ne fut point connue des premiers ,franais1 et que ,m4 l'abb du ,bos n'a pas mieux entendu le mot de ,teloneum que ceux de ,census et de ,tributum4 ,teloneum ne signifie pas dans nos anciens monumens une douane1 mais un page4 ,les droits qu'on y payoit1 n'toient point une imposition publique et fiscale2 des seigneurs les avoient tablis dans l'tendue de leurs terres1 sous prtexte des dpenses ncessaires pour entretenir les chemins1 et rparer les ponts et les chausses4 ,on n'en doutera pas aprs avoir lu les deux autorits suivantes1 auxquelles j'en pourrois joindre mille autres4 ,de teloneis placet nobis ut antiqua et justa telonea negociatoribus exigantur1 tam de pontibus1 qumqu et de navigiis seu mercatis2 nova ver sive injusta1 vel ubi funes tenduntur1 vel cum navibus sub pontibus transitur1 seu his similia1 in quibus nullum adjutorium iterantibus prstatur1 ut non exigantur4 7,capit4 #b1 an4 #hje1 art4 #ac47 ,ut nullus cogatur ad pontem ire ad fluvium transeundum propter ,telonei causas1 quand ille in alio loco compendiosis illud flumen transire potest4 ,similiter et in pleno campo1 ubi nec pons nec trajectus est1 ibi omni modo prcipimus ut non ,teloneum exigatur4 7,l4 ,capit4 #c1 art4 #ed47 ,le roi avoit quelques-uns de ces pages dans ses domaines2 mais les seigneurs particuliers en possdoient aussi1 et c'toient des biens propres et domestiques3 je le prouve par deux autorits auxquelles on ne peut rien opposer4 ,si fort quilibet voluerit ex propriis facultatibus eumdem pontem emendare vel reficere1 quamvis de suis propriis rebus eumdem pontem emendet vel reficiat1 non tamen de eodem ponte majorem censum exigere prsumat1 nisi sicut consuetudo fuit et justum esse dignoscitur4 7,capit4 an4 #hba4 art4 #c47 ,de pontibus restaurandis1 videlicet ut secundm capitularia avi et patris sui1 ubi antiquits fuerunt1 reficiantur ab his qui illos honores tenent1 de quibus ant pontes facti vel restaurati fuerunt4 7,capit4 an4 #hed4 art4 #d47 #aj ,il est visible1 dit ,m4 le prsident de ,montesquieu1 7,l4 #cj1 ,c4 #ac47 que les revenus des rois consistoient alors dans leurs domaines2 et il ajoute dans une note3 ils levoient encore quelques droits sur les rivires1 lorsqu'il y avoit un pont ou un passage4 ,cela n'est pas exact3 #a4 tous les pages1 comme on l'a vu dans la remarque prcdente1 n'appartenoient pas au roi1 et il est trs-vraisemblable qu'on n'en connut l'usage qu'aprs l'tablissement des seigneuries2 #b4 les ,merovingiens avoient plusieurs autres branches de revenu2 je vais les faire connotre1 en rapportant les textes qui les tablissent4 ,si quis legibus in utilitatem regis1 sive in hoste1 seu in reliquam utilitatem bannitus fuerit1 et minim adimpleverit1 si gritudo eum non detinuerit sexaginta solidis mulctetur4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #fe47 ,un homme ajourn devant la justice du roi1 perdoit tous ses biens1 s'il n'obissoit pas3 ,omnes res su erunt in fisco1 aut cui fiscus dare voluerit4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #ei47 ,si quis homo regi infidelis extiterit1 de vit componat1 et omnes res ejus fisco censeantur4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #fi47 ,si quis autem proximum sanguinis interfecerit1 vel incestum commiserit1 exilium sustineat1 et omnes res ejus fisco censeantur4 7,ibid47 ,si alicujus pater occisus fuerit1 medietatem compositionis filii colligent1 aliam medietatem parentes qui proximiores fuerint tam de patern1 qum de matern generatione1 dividant4 ,qud si de un parte vel patern vel matern nullus proximus fuerit1 portio illa ad fiscum perveniat1 vel cui fiscus concesserit4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #fe47 ,si quis de parentill tollere se voluerit1 si autem ille occiditur vel moritur1 compositio aut hreditas ejus non ad hredes ejus1 sed ad fiscum pertineat1 aut cui fiscus dare voluerit4 7,ibid4 ,tit4 #fc47 ,si autem homo denariatus 7homme affranchi en prsence du roi7 absque liberis discesserit1 non alium nisi fiscum nostrum hredem relinquat4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #eg47 ,si quis servum suum libertum fecerit et civem romanum1 portasque apertas conscripserit1 si sine liberis discesserit1 non alium nisi fiscum nostrum habeat hredem4 7,ibid4 ,tit4 #fa47 ,la branche la plus considrable des revenus du prince consistoit en ce qu'on appeloit fredus ou fredum4 ,ce frede toit une espce de taxe que tout homme condamn payer une composition donnoit au juge2 cette taxe toit la troisime partie de la composition mme2 par exemple1 un ,franais qui payoit une composition de #cj sous une personne qu'il avoit offense1 devoit un frede de #aj sous au juge1 qui de son ct en rendoit la troisime partie au roi2 tertiam partem coram testibus fisco tribuat4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #hi47 ,il faut encore ajouter tous ces droits1 les dons que les grands faisoient au prince1 en se rendant l'assemble du champ de mars4 ,c'est une coutume que les ,franais apportrent de ,germanie2 ces dons libres dans leur origine et prsents comme une marque de respect1 devinrent dans la suite des tributs forcs4 ,bona ver tua1 crivoit ,charlemagne ,fulrad1 qu ad placitum nostrum nobis prsentare debes1 nobis mense maio transmitte ad locum ubicumque tunc fuerimus4 7,recueil des hist4 de ,france1 par ,d4 ,bouquet4 ,t4 #e1 p4 #fcc47 #aa ,je ne fais ici une remarque que pour rfuter ,m4 l'abb du ,bos1 qui prtend1 7,l4 #f1 ,c4 #ab17 que les cits des ,gaules avoient droit de guerre les unes contre les autres1 sous les rois mrovingiens4 ,grgoire de ,tours rapporte qu'aprs la mort de ,chilpric1 les habitans de la cit d',orlans et du ,blsois entrrent main arme dans le ,dunois1 ravagrent le plat pays1 et rapportrent chez eux beaucoup de butin2 mais que ceux du ,dunois1 avec le secours de quelques-uns de leurs voisins1 se vengrent de cette violence1 en entrant leur tour sur le territoire d',orlans et de ,blois4 ,les comtes d',orlans et de ,chartres russirent calmer les esprits irrits4 ,on convint que le parti qui seroit jug avoir tort1 donneroit satisfaction l'autre1 et la tranquillit fut rtablie4 ,cum adhuc inter se jurgia commoventes desvirent1 et ,aurelianenses contr hos arma concuterent1 intercedentibus comitibus pax usque in audientiam data est1 scilicet ut in die quo judicium erat futurum1 pars qu contr partem injust exarserat1 justiti mediante1 componeret2 et sic bello cessatum est4 7,l4 #g1 ,c4 #bb47 ,voil le texte de ,grgoire de ,tours2 voyez la traduction de l'abb du ,bos4 ,cette guerre auroit eu de longues suites1 si le comte de la cit de ,chartres et le comte de la cit d',orlans ne se fussent pas entremis1 et s'ils n'eussent fait convenir les deux partis1 premirement d'une cessation d'armes durable jusqu' ce qu'on et prononc sur les prtentions rciproques1 et secondement d'un compromis qui obligeroit celui des deux partis qui seroit jug avoir eu tort1 indemniser l'autre du ravage fait sur son territoire4 ,c'est ainsi que finit la guerre4 ,avec cette libert de rendre un auteur1 est-il surprenant qu'on lui fasse dire tout ce qu'on veut8 ,grgoire de ,tours introduit sur la scne les comtes d',orlans et de ,chartres1 comme des juges3 pax usque in audientiam1 judicium erat futurum1 justiti mediante1 componeret4 ,toutes ces expressions n'annoncent-elles pas clairement un procd judiciaire8 ,cependant l'abb du ,bos1 qui jugeoit propos d'accorder aux ,gaulois le droit de guerre1 reprsente ces deux comtes comme deux mdiateurs qui interposent leurs bons offices1 ainsi que feroit un prince entre deux puissances indpendantes4 ,on observera1 dit l'abb du ,bos1 qu'il faut que ces voies de fait ne fussent point rputes alors ce qu'elles seroient rputes aujourd'hui1 je veux dire1 une infraction de la paix publique et un crime d'tat2 puisque le compromis ne portoit pas que ce seroit celui qui avoit commis les premires hostilits1 qui donneroit satisfaction au ls1 mais bien celui qui se seroit trouv avoir une mauvaise cause4 ,il pouvoit arriver que par la sentence du roi1 ou par le jugement arbitral des comtes1 il ft statu qu'au fond c'toit la cit d',orlans et le canton de ,blois qui avoient raison1 et qu'ainsi ils reussent une satisfaction de ceux qui avoient souffert les premires violences4 ,conclure de-l que les cits des ,gaules avoient droit de se faire la guerre1 c'est1 je crois1 se dcider un peu lgrement4 ,j'inviterais l'abb du ,bos se mettre la place des comtes d',orlans et de ,chartres4 ,n'auroit-il pas t le plus imprudent des ngociateurs1 si1 pour calmer les esprits1 il se ft avanc entre les deux partis ennemis1 en promettant de punir ceux qui avoient commis les premires hostilits1 et de les obliger donner aux autres une composition8 ,on n'auroit pas cout l'abb du ,bos4 ,les ,orlanois et ceux du ,blsois auroient refus de poser les armes2 car il n'toit pas douteux qu'en qualit d'agresseurs1 le chtiment ne dt tomber sur eux4 ,il et fallu les accabler par la force1 et c'et t attiser le feu qu'on vouloit teindre4 ,il me semble que les comtes d',orlans et de ,chartres n'ayant point de troupes rgles leurs ordres1 pour se faire obir des mutins1 s'y prirent en personnes de bon sens4 ,il toit sage de parotre ne pas faire attention aux premires hostilits1 et de remonter aux principes mmes de la querelle1 chaque parti se flattant de n'avoir fait que ce qu'il avoit eu raison de faire4 ,il faut encore entendre l'abb du ,bos4 ,il parot1 ajoute-t-il1 en lisant avec rflexion l'histoire de ce qui s'est pass dans les ,gaules1 sous les empereurs romains et sous les rois mrovingiens1 que chaque cit y croyoit avoir le droit des armes contre les autres cits1 en cas de dni de justice4 ,cette opinion pouvoit tre fonde sur ce que ,rome ne leur avoit point impos le joug titre de matre1 mais titre d'alli4 ,les termes d'amicitia et de fdus dont ,rome se servoit en parlant de la sujtion de plusieurs cits des ,gaules1 auront fait croire ces cits qu'elles conservoient encore quelques-uns des droits de la souverainet1 et qu'elles en pouvoient user du moins contre leurs gaux1 c'est--dire1 contre les cits voisines4 ,rome1 qui n'avoit pas trop d'intrt les tenir unies1 leur aura laiss croire ce qu'elles vouloient et aura mme tolr qu'elles agissent quelquefois conformment leur ide4 ,cette ide flatteuse pour des peuples aussi lgers que belliqueux1 se sera conserve dans les cits des ,gaules1 sous les rois mrovingiens1 comme elle s'toit conserve sous les ,csars leurs prdcesseurs4 ,la plus lgre connoissance de la politique des ,romains suffit pour juger des raisonnemens de l'abb du ,bos1 toujours prt dfendre une erreur par une autre erreur4 ,qui ignore que la rpublique romaine regardoit ses amis comme ses sujets1 et que plus jalouse du droit de guerre que de tout le reste1 elle ne permettoit pas ses allis d'en jouir8 ,sa conduite fut constante cet gard4 ,c'est avec les mots d'amicitia et de fdus1 que les ,romains apprivoisrent les vaincus1 et les faonnrent l'obissance la plus entire4 ,quand ils voulurent enfin rgner despotiquement sur les nations1 et que leurs conqutes1 gouvernes par des prteurs1 furent changes en provinces romaines1 par quelle monstrueuse inconsquence auroient-ils rendu le droit de guerre des sujets qui ils toient leurs lois et leurs magistrats8 ,on mnagea d'abord les ,gaules1 mais ces mnagemens firent bientt place la tyrannie4 ,je ne devine point les raisons qui ont port l'abb du ,bos dire que les ,gaules se croyoient libres sous les empereurs4 ,quelles heureuses anecdotes avoit-il entre les mains8 ,les faits les plus connus1 et qu'il est impossible de rvoquer en doute1 nous prouvent que les ,gaules devoient se regarder comme esclaves1 sous le gouvernement des successeurs d',auguste4 ,voici encore un raisonnement de l'abb du ,bos4 ,la nation des ,francs1 qui n'toit pas bien nombreuse1 et qui cependant avoit tenir en sujtion un pays fort tendu1 et dont les habitans sont naturellement belliqueux1 ne voyoit peut-tre pas avec beaucoup de peine les ,gaulois prendre les armes contre les ,gaulois2 leurs dissentions et leurs querelles faisoient sa suret4 ,voil1 je crois1 la premire fois qu'on ait regard le droit de guerre dans les sujets1 comme un moyen de les rendre dociles et obissans4 ,des jalousies entre diffrentes provinces d'un tat1 des haines entre les diffrens ordres des citoyens1 peuvent tre utiles l'autorit d'un prince2 mais qui ne comprend pas que si ces jalousies et ces haines dgnrent en guerres ouvertes1 le pouvoir du prince s'vanouit8 #ab ,hoc autem constituimus ut infr pagum tam ,franci1 ,burgundiones1 ,alamanni1 seu de quacumque natione commoratus fuerit1 in judicio interpellatus1 sicut lex loci continet1 ubi natus fuerit1 sic respondeat4 7,leg4 ,rip4 tit4 #ca47 ,cette expression1 sicut lex loci continet1 pourroit faire croire que chaque nation habitoit des cantons part1 et qu'il y avoit des lois locales2 on se tromperoit3 par le mot loci1 il faut entendre la maison1 la famille1 et non pas le pays2 car il est prouv que les diffrentes nations dont l'empire franais toit compos1 habitrent ple-mle les mmes contres1 les mmes villes1 les mmes bourgs4 ,dans la formule #h du liv4 #b de ,marculfe1 qui est intitule1 charta de ducatu1 patritiatu vel comitatu1 il est dit3 omnes populi ubi commanentes tam franci1 romani1 burgundiones1 vel reliqu nationes1 sub tuo regimine et gubernatione degant et moderantur1 et eos recto tramite secundum legem et consuetudinem eorum regas4 ,j'ajouterai ici une autorit dcisive pour prouver que les ,gaulois conservrent les lois romaines4 ,inter ,romanos negotia causarum romanis legibus prcipimus terminari4 7,ord4 ,chlot4 ,,ii4 ,art4 #d47 ,les ducs1 les comtes et leurs vicaires toient assists dans leurs tribunaux de sept assesseurs4 ,tunc grafio congreget secum septem raginburgios idoneos4 7,leg4 ,sal4 tit #eb4 ,voyez encore tout le titre #fj de la mme loi1 et le titre #cb de la loi ripuaire47 ,les autorits que je vais rapporter1 prouveront clairement que ces rachinbourgs1 scabins ou assesseurs1 toient juges et choisis par le peuple4 ,si quis ad mallum venire contempserit1 et quod ei raginburgiis judicatum fuerit1 implere distulerit1 c4 7,leg4 ,sal4 tit4 #ei17 ,quindecim solidis mulctetur1 similiter et ille qui ,raginburgiis non adquieverit4 7,leg4 ,rip4 tit4 #ee47 ,postqum ,scabini eum judicaverint1 non est licentia comitis vel vicarii ei vitam concedere4 7,cap4 #b1 an4 #hac4 art4 #ac47 ,ut missi nostri ubicumque malos ,scabineos inveniunt1 ejiciant1 et totius populi consensu in loco eorum bonos eligant4 7,cap4 an4 #hbi47 ,nullus causas audire prsumat1 nisi qui duce per conventionem populi judex constitutus est ut causas judicet4 7,leg4 ,alam1 tit4 #ad47 ,malgr les passages qu'on vient de lire1 et qui sans doute n'toient pas inconnus l'abb du ,bos1 comment a-t-il pu soutenir que les ,gaulois avoient un snat pour les juger1 et n'toient point soumis la juridiction des magistrats franais8 ,pour dtruire ces snats de l'abb du ,bos1 je devrois peut-tre me contenter de renvoyer mes lecteurs au ,glossaire de du ,gange1 au mot senatus4 ,ce savant homme y prouve1 d'une manire ne laisser aucun doute1 que les snats des ,gaulois ne subsistoient plus depuis long-temps1 lorsque les ,franais firent la conqute des ,gaules4 ,dans chaque cit1 dit l'abb du ,bos1 7,l4 #f1 ,c4 #aa17 le snat toit du moins consult par les officiers du prince1 sur les matires importantes1 comme toit l'imposition des subsides extraordinaires4 ,c'toit encore lui qui1 sous la direction des officiers du prince1 rendoit ou faisoit rendre la justice aux citoyens1 et qui prtoit la main ceux qui faisoient le recouvrement des deniers publics4 ,quelle pice secrte a appris cet crivain ce que tout le monde ignore8 ,comment peut-il ajuster le pouvoir qu'il accorde ses snats de dlibrer sur les affaires importantes1 avec la puissance despotique qu'il attribue aux rois mrovingiens1 dont la volont dcide sans rgle de la fortune et de la vie des sujets8 ,j'ai prouv dans une remarque prcdente1 qu'il n'y avoit chez les ,franais1 ni imposition ordinaire sur les biens et sur les personnes1 ni subside extraordinaire2 on n'avoit donc pas besoin que des snats gaulois prtassent main-forte aux collecteurs des impts4 ,nous avons quelques ordonnances des ,mrovingiens1 et les capitulaires de ,charlemagne et de ,louis le dbonnaire1 qui rglent les devoirs1 les fonctions et les droits de tous les magistrats1 depuis les envoys royaux jusqu'aux ,rachinbourgs2 pourquoi ne prescrivent-ils aucune rgle aux snats des ,gaulois8 ,pourquoi gardent-ils un profond silence cet gard8 ,ces compagnies incorruptibles1 au milieu de la corruption la plus complte1 n'auroient-elles eu besoin d'aucune rforme8 ,n'auroient-elles point voulu tendre leur juridiction8 ,les comtes et les ducs n'auroient-ils jamais t tents de la diminuer8 ,tout crivain moins intrpide que ,m4 l'abb du ,bos1 se sentiroit confondu par ce silence4 ,mais ,grgoire de ,tours1 dit-il donne la qualit de snateurs de la cit d',auvergne1 des hommes qu'il a pu voir1 et dont quelques-uns pouvoient tre ns depuis la mort de ,clovis4 ,j'ouvre ,grgoire de ,tours1 et je lis1 7liv4 #c1 ch4 #i47 ,arcadius1 unus ex senatoribus ,arvernis1 ,childebertum invitat ut regionem illam deberet accipere4 ,doit-on traduire unus ex senatoribus ,arvernis1 par un snateur du snat d',auvergne8 ,ce n'est pas le sentiment de ,m4 de ,valois1 qui dit1 7liv4 #g1 de son histoire17 ,theodoricus et ,childebertus1 ,francorum reges1 fdus inierunt1 et pace jurejurando firmat1 multos senatorum1 hoc est procerum ,gallorum1 filios obsides inter sese dederunt4 ,ce n'toit pas le sentiment de ,m4 ,ducange2 nobiles ipsi1 dit-il1 senatores appellantur apud eumdem ,gregorium ,turonensem4 7,gloss4 au mot senator47 ,grgoire de ,tours avertit lui-mme 7liv4 #aj1 ch4 #ca17 dans quel sens il faut entendre le mot senator2 et ce qu'il y a de plus extraordinaire1 ,m4 l'abb du ,bos cite ce passage1 7liv4 #f1 ch4 #aj17 sans profiter de l'avis4 ,grgoire de ,tours donnant le catalogue chronologique des vques de son glise1 dit3 ,duodecimus ,ommatius de senatoribus civibusque ,arvernis vald dives in prdiis4444 ,quartus decimus ,francilio de senatoribus ordinatur ,episcopus4444 ,octavus decimus ,eufronius ex genere illo quod superis senatorium nuncupavimus4 ,donc1 par le mot senator1 on doit entendre1 avec ,m4 de ,valois et ,m4 ,ducange1 la naissance1 et non pas une dignit personnelle1 ou une magistrature4 #ac ,le ,p4 ,daniel1 en copiant plusieurs de nos crivains modernes1 veut que ,pepin ait ouvert le premier aux vques l'entre des assembles de la nation4 ,je doute fort1 dit-il dans la vie de ,thiri ,,ii1 qu'avant ce temps-l1 le rgne de ,pepin1 les vques eussent ce privilge1 au moins de la manire et dans l'tendue qu'ils l'eurent depuis2 il est certain qu'ils ne l'avoient point1 suivant le premier plan du gouvernement de la monarchie dans les ,gaules4 ,les vques n'toient pas alors ,franais1 mais tous ,gaulois ou d'autre nation que la ,franaise4 ,ce fut1 ajoute-t-il1 une nouvelle adresse de ,pepin pour s'attacher le corps ecclsiastique1 qui avoit beaucoup de crdit sur les peuples4 ,je suis surpris que le ,p4 ,daniel n'ait pas vu dans nos lois1 et sur-tout dans nos historiens1 qu'il connoissoit davantage1 le contraire de ce qu'il avance ici4 ,ces autorits ne sont pas quivoques2 il suffit de les prsenter simplement au lecteur1 pour le mettre porte de juger3 en voici quelques-unes4 ,on a vu dans la premire remarque de ce chapitre1 que la composition pour le meurtre d'un ,franais libre1 toit de #bjj sols1 et de #fjj pour celui d'un ,leude ou fidelle4 ,pour le meurtre d'un vque1 elle toit de #ijj sols3 ,si quis ,diaconum interfecerit1 sol4 #cjj culpabilis judicetur4 ,si quis presbyterum interfecerit1 sol4 #fjj culpabilis judicetur4 ,si quis ,episcopum interfecerit sol4 #ijj culpabilis judicetur4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #eh47 ,si quis subdiaconum interfecerit1 #djj sol4 componat4 ,si quis diaconum interfecerit1 #ejj sol4 componat4 ,si quis presbyterum ingenuum interfecerit1 #fjj sol4 componat4 ,si quis ,episcopum interfecerit1 #ijj sol4 componat4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #cf47 ,voil la prminence du clerg bien tablie2 car il faut remarquer1 avec ,m4 le prsident de ,montesquieu1 que la diffrence des compositions est la rgle du rang diffrent que chaque citoyen tenoit dans l'tat4 ,il faut conclure de ces dispositions des lois saliques et ripuaires1 que les vques avoient dans les ,gaules soumises aux ,franais1 un rang suprieur celui des ,leudes mmes1 et que s'ils entroient dans les assembles de la nation1 ils y occupoient la premire place4 ,dans le prambule de la loi salique1 corrige sous le rgne de ,clotaire ,,ii1 il est dit3 ,temporibus ,clotarii regis un cum principibus suis1 id est1 #cc ,episcopis1 et #cd ducibus et #gi comitibus1 vel ctero populo constituta est4 ,voil certainement une assemble de la nation ou du champ de ,mars2 non-seulement les vques y sont nomms comme prsens1 mais ils y sont nomms avant les ducs et les comtes4 ,si le ,p4 ,daniel y avoit fait attention1 il auroit jug que l'piscopat toit une sorte de naturalisation qui rendoit les vques susceptibles de toutes les fonctions politiques du gouvernement4 ,ds la naissance de la monarchie dans les ,gaules1 on les voit constamment participer aux plus grandes affaires4 ,voyez les canons du concile tenu ,orlans1 en #eaa2 et dans le recueil des historiens de ,france1 par dom ,bouquet1 7,t4 #d1 p4 #ed17 une lettre circulaire de ,clovis aux vques4 ,ces deux pices sont trs-propres faire connotre le crdit que les vques avoient ds lors dans le gouvernement1 et avec combien d'attention on les mnageoit pour se les rendre favorables4 ,mediantibus sacerdotibus atque proceribus1 est-il dit dans le trait pass entre ,gontran1 ,childebert ,,ii et la reine ,brunehaud2 voyez ,grgoire de ,tours1 7,l4 #i1 ,c4 #bj47 ,l'dit ou constitution1 en date de l'an #fae1 et port par ,clotaire ,,ii dans l'assemble qui se tint ,paris pour la rformation du gouvernement1 me fournit encore une preuve1 s'il est possible1 plus forte4 ,quicumque ver hanc deliberationem1 quam cum pontificibus1 vel cum magnis viris optimatibus1 aut fidelibus nostris1 in synodali concilio instituimus1 temerare prsumpserit in ipsum1 capitali sententi judicetur4 7,art4 #bd47 ,il y a grande apparence que le ,p4 ,daniel1 qui vouloit faire peu d'usage des lois1 les a peu lues2 mais il auroit d voir dans ,grgoire de ,tours les passages suivans4 ,man autem concurrentibus legatis 7,gunthramni et ,chilperici7 pacem fecerunt pollicentes alterutro1 ut quidquid sacerdotes vel seniores populi judicarent1 pars parti componeret4 7,l4 #f1 ,c4 #ca47 ,cum autem intentio inter regem ,gunthramnum et ,chilpericum verteretur1 ,gunthramnus rex apud ,parisios omnes episcopos regni sui congregavit1 ut inter utrosque quod haberet edicerent4 7,l4 #d1 ,c4 #dh47 ,poste ver convocatis episcopis et majoribus natu laicorum1 duces discutere cpit4 7,l4 #h1 ,c4 #cj47 ,pourquoi le ,p4 ,daniel prtend-il que1 suivant le premier plan de notre gouvernement1 les vques ne devoient pas entrer dans les assembles de la nation1 et n'avoient aucune part l'administration publique1 puisqu'il est prouv que dans l'absence du roi1 ils faisoient les fonctions de cette cour suprieure de justice1 o le prince prsidoit1 et laquelle on portoit1 par appel1 les sentences des ducs et des comtes1 pour les confirmer ou les casser8 ,si judex aliquem contr legem injust damnaverit1 in nostr absenti ab episcopis castigetur1 ut quid perper judicavit1 versatim melis discussione habit emendare procuret4 7,const4 ,chot4 ,reg47 ,a ces autorits j'en pourrois facilement joindre mille autres4 ,mais parce que le ,p4 ,daniel s'est tromp1 il ne seroit pas juste d'en punir mon lecteur1 en l'ennuyant par des preuves superflues4 #ad ,dans les diffrens manuscrits de la loi salique qui sont parvenus jusqu' nous1 on trouve deux leons diffrentes d'un passage important du titre #de4 ,l'une dit3 ,si quis ingenuus francum aut hominem barbarum occiderit qui lege salic vivit1 sol4 #bjj culpabilis judicetur4 ,l'autre leon dit3 ,si quis ingenuus francum aut barbarum1 aut hominem occiderit qui lege salic vivit1 sol4 #bjj culpabilis judicetur4 ,le premier texte1 n'associant au privilge des ,franais que les barbares ou peuples ,germaniques1 semble indiquer qu'eux seuls avoient le droit de vivre sous la loi salique1 c'est--dire1 de se naturaliser ,franais4 ,le second parot tendre cette prrogative jusqu'aux ,gaulois mmes2 car par le mot hominem1 il faut ncessairement entendre un ,gaulois1 parce que tout homme qui habitoit les terres de la domination franaise1 devoit tre ncessairement ,franais1 ,barbare ou ,gaulois4 ,j'ai conjectur que la premire leon nous offre la loi telle qu'on la publia d'abord2 et que nous la lisons dans la seconde leon1 telle qu'elle fut corrige sous un des fils de ,clovis4 ,j'ai conclu de cette conjecture que les ,gaulois n'avoient pas d'abord partag avec les ,barbares le privilge de se naturaliser ,franais4 ,cette opinion m'a paru d'autant plus vraisemblable1 qu'il n'est pas permis de douter que les peuples germaniques1 croyant avoir une origine commune1 n'eussent les uns pour les autres plus de considration qu'ils n'en montroient aux habitans naturels des provinces romaines2 nos lois mmes nous en fournissent la preuve la plus complte4 ,si quis ,ripuarius1 advenam ,francum interfecerit1 #bjj sol4 culpabilis judicetur4 ,si advenam ,burgundionem interfecerit1 #afj sol4 culpabilis judicetur4 ,si interfecerit advenam ,romanum1 #ajj sol4 culpabilis judicetur4 ,si interfecerit advenam ,alamannum seu ,fresionem1 vel ,bajuvarium aut ,saxonem1 #afj sol4 culpabilis judicetur4 7,lex4 ,rip4 ,tit4 #ce47 ,si on m'objecte que cette diffrence que j'ai remarque dans les deux textes de la loi salique n'est qu'une erreur de copiste1 je rpondrai que les lois de la critique ne permettent qu' la dernire extrmit d'avoir recours un pareil soupon4 ,on ne doit supposer une erreur de copiste que quand un texte est inintelligible1 qu'il se contredit lui-mme1 ou qu'il est combattu par des autorits graves4 ,je ne m'arrterai pas davantage sur cette matire2 il est dans le fond assez indiffrent que les ,gaulois aient eu1 quelques annes plutt ou quelques annes plus tard1 le privilge de se naturaliser ,franais2 il suffit de savoir qu'ils en jouirent4 ,pour le remarquer en passant1 que devient tout le systme de ,loyseau et du comte de ,boulainvilliers1 ds qu'il est prouv que les ,gaulois purent vivre sous la loi salique8 ,,chapitre ,,iii4 #ae ,il n'est pas ncessaire que je m'tende donner les preuves de cette premire rvolution1 tous nos historiens convenant que le champ de ,mars ne fut plus convoqu rgulirement sous les petits-fils de ,clovis4 tablir l'poque fixe o il fut assembl pour la dernire fois1 c'est1 je crois1 une chose impossible4 ,je me contenterai de remarquer qu'il falloit que l'ide mme des assembles gnrales de la nation fut dj bien oublie sous le rgne de ,clotaire ,,ii2 puisqu'aprs le supplice de ,brunehaud1 tant question de rformer le gouvernement1 l'assemble qui se tint ,paris1 en #fae1 n'toit compose que d'vques et de ,leudes4 ,l'article #bd1 de l'ordonnance qu'elle publia1 en est la preuve2 je ne le rapporterai point ici1 l'ayant dj plac dans la remarque #ac du chapitre prcdent4 #af ,chlothacharius rex indixerat1 ut omnes ecclesi regni sui tertiam partem fructuum fisco dissolverent1 quod licet inviti1 cum omnes episcopi consensissent atque subscripsissent1 viriliter hoc beatus ,injuriosus respuens subscribere dedignatus est1 dicens3 si volueris res ,dei tollere1 ,dominus regnum tuum velociter auferet2 quia iniquum est ut pauperes quos tuo debes alere horreo1 ab eorum stipe tua horrea repleantur4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #d ,c4 #b47 ,voyez dans la remarque #g du chapitre premier1 le discours ridicule que ,grgoire de ,tours fait tenir l'arme de ,clovis1 quand ce prince demande qu'on lui accorde1 outre sa part du butin1 le vase enlev sur le territoire de l'glise de ,reims4 ,si quis de nobis1 ,rex1 justiti tramitem transcendere voluerit1 te corrigi potest2 si ver tu excesseris1 quis te corripiet8 ,loquimur enim tibi1 sed si volueris1 audis3 si autem nolueris1 quis te condemnabit1 nisi is qui se pronuntiavit esse justitiam8 7,greg4 ,tur4 ,l4 #e1 ,c4 #ai47 #ag ,il faudroit vouloir chicaner1 pour ne pas convenir1 avec le prsident de ,montesquieu1 que par les noms diffrens de ,fidelles1 de ,leudes1 d',antrustions1 on ne dsignoit qu'un mme ordre de citoyens4 ,j'attribue ici plusieurs prrogatives aux ,leudes2 et le lecteur1 un peu attentif1 trouvera rpandues en mille endroits de mes remarques1 les preuves de ce que j'avance4 ,ces ,leudes toient ce que ,tacite appele les suivans ou les compagnons du prince1 et dont cet historien nous fait un bel loge4 ,insignis nobilitas aut magna patrm merita1 principis dignationem etiam adolescentulis assignant4 ,cteri robustioribus ac jam pridem probatis aggregantur3 nec rubor inter comites aspici3 gradus quinetiam et ipse comitatus habet1 judicio ejus quem sectantur magnaque et comitum mulatio1 quibus primus apud principem suum locus2 et principum1 cui plurimi et acerrimi comites4 ,hc dignitas1 h vires magno semper electorum juvenum globo circumdari1 in pace decus1 in bello prsidium4 7,de ,mor4 ,germ4 ,c4 #ac47 ,cum ventum in aciem turpe principi virtute vinci1 turpe et comitatui virtutem principis non adquare4 7,ibid4 ,c4 #ac47 ,marculfe nous apprend par sa formule #ah1 du ,l4 #a1 comment on toit admis au nombre des ,leudes4 ,quia ille fidelis1 ,deo propitio1 noster veniens ibi1 in palatio nostro1 un cum arimania sua1 in manu nostra trustem et fidelitatem nobis visus est conjurasse4 ,proptere1 per prsens prceptum decernimus ac jubemus ut deinceps memoratus ille in numero ,antrustionum computetur4 ,il est fcheux que ,marculfe ne nous ait donn dans aucune de ses formules1 le serment qu'on prtoit dans cette occasion entre les mains du roi4 #ah ,exigunt enim principis sui liberalitate illum bellatorem equum1 illam cruentam victricemque frameam4 ,nam epul et quamqum incomti1 largi tamen apparatus1 pro stipendio cedunt4 7,tac4 de mor4 ,germ4 ,c4 #ad47 ,les bnfices que les rois ,mrovingiens donnrent leurs ,leudes1 furent incontestablement des terres qu'ils dtachrent des domaines considrables qu'ils avoient acquis par leurs conqutes1 et dont ils se dpouillrent par pure libralit pour rcompenser les services de leurs officiers1 ou les complaisances de leurs courtisans4 ,la preuve de cette proposition1 c'est que vers le commencement du septime sicle1 les rois de ,france n'avoient presque plus aucun domaine1 tandis qu'il est vident que leurs prdcesseurs avoient eu de trs-grandes possessions4 ,si les bnfices des ,mrovingiens n'avoient pas t des portions dmembres de leur domaine1 pourquoi seroient-ils appels dans le trait d',andely1 des dons de la magnificence des rois8 ,si les bnfices avoient t des rcompenses politiques de l'tat1 dont le prince n'auroit t que le dispensateur1 pourquoi les filles et les femmes des rois1 qui on donnoit de grandes terres en dot ou en douaire1 auroient-elles imagin de confrer des bnfices8 ,c'est que le prince donnoit son propre patrimoine1 qu'elles crurent qu'il toit digne de leur grandeur de rpandre les mmes bienfaits4 ,ut quidquid domnus ,gunthramnus rex fili su ,clotildi contulit1 aut adhuc1 ,deo propitiante1 contulerit in omnibus rebus1 atque corporibus1 tam in civitatibus1 qum agris vel reditibus1 in jure ac dominatione ipsius debeat permanere2 et si quid de agris fiscalibus vel speciebus1 atque prsidio pro arbitrii sui voluntate facere1 aut cuiquam conferre voluerit1 in perpetuo1 auxiliante ,domino1 conservetur1 neque quoquam ullo unquam tempore convellatur4 ,ce trait d',andely est rapport dans ,grgoire de ,tours1 7,l4 #i1 ,c4 #bj47 ,penser avec quelques crivains que les ,franais1 dans le temps de leur conqute1 formrent des bnfices d'une certaine quantit de terre pour servir de rcompense aux soldats1 c'est chercher la politique des ,franais dans les usages romains1 et non pas dans les leurs3 source intarissable d'erreurs4 ,quel motif auroit port les ,franais former des bnfices1 dans un moment o chaque soldat pouvoit se faire son gr un patrimoine1 et toit trop satisfait du prsent pour songer l'avenir8 ,n'est-il pas prouv que ce ne fut qu'aprs leur tablissement dans les ,gaules1 que les ,franais commencrent adopter quelques usages des romains8 ,tandis qu'ils conquroient1 ils ne connoissoient que les leurs4 ,mais1 dira-t-on1 les bnfices militaires des empereurs romains toient un tablissement trs-sage2 et si la nation ,franaise toit incapable par elle-mme d'en tre frappe et de l'adopter1 elle pouvoit tre claire par les lumires de ,clovis1 qui toit l'ame de ses rsolutions4 ,je rponds que cela s'appelle conjecturer1 et faire un roman et non pas une histoire4 ,en second lieu1 je prie de remarquer que les bnfices militaires toient ncessaires aux romains1 parce que leurs armes toient composes de mercenaires entretenus aux dpens de l'tat1 que les finances et les provinces de l'empire toient puises2 et que1 pour pourvoir la subsistance des gens de guerre1 il falloit leur assigner des terres4 ,mais la condition des ,franais toit toute diffrente4 ,pourquoi auroient-ils imagin l'tablissement des bnfices militaires1 puisque chez eux l'tat ne donnoit aucune solde au soldat8 ,tout domaine que possdoit un ,franais1 n'toit-il pas un vrai bnfice militaire1 puisque tout propritaire toit oblig de porter les armes et de faire la guerre ses dpens8 ,l'tablissement des bnfices militaires auroit donc t superflu2 ,clovis1 loin de l'adopter1 ne devoit le regarder que comme la ressource d'une nation qui n'est pas militaire et qui est pauvre4 ,je le remarquerai en passant3 quand on parle d'un peuple aussi barbare et aussi ignorant que les premiers ,franais1 il faut craindre de lui prter des vues trop rflchies et trop compliques2 le propre d'une pareille nation1 c'est d'aller comme les vnemens la poussent1 et d'obir grossirement ses murs4 ,je ne m'arrterai point prouver ici que les bnfices des ,mrovingiens toient amovibles2 c'est une vrit que le prsident de ,montesquieu a trs-bien prouve4 7,voyez l'esprit des lois1 ,l4 #cj1 ,c4 #af47 #ai ,il me semble que ce que nous appelons du nom de seigneurie1 c'est--dire1 la supriorit d'une possession sur d'autres1 avec le droit de juridiction sur leurs habitans1 toit entirement inconnu des ,franais qui conquirent les ,gaules4 ,l'ide qu'ils avoient de la libert n'auroit pas permis un homme libre1 de leur nation1 de reconnotre un seigneur2 et le pouvoir d'un matre sur son serf1 ne peut point tre appel un droit seigneurial4 ,d'ailleurs1 un peuple presque toujours errant1 qui avoit abandonn et possd diffrentes provinces en ,germanie1 comment auroit-il pu adopter les principes constitutifs de nos seigneuries8 ,nos lois saliques et ripuaires1 qui rglent la forme des tribunaux des ducs1 des comtes et de leurs vicaires1 et en prescrivent les devoirs1 ne disent rien des justices seigneuriales2 elles n'existoient donc pas quand ces codes furent rdigs4 ,si on trouve dans nos monumens les plus anciens le mot senior1 dont nous avons fait celui de seigneur1 il est vident que les premiers ,franais n'y attachoient point les mmes ides que ce mot rveilla depuis dans leurs descendans4 ,il ne signifia d'abord qu'un ,leude1 qui1 par son ge1 toit parvenu la tte des conseils de la nation4 ,grgoire de ,tours1 au lieu de senior1 dit quelquefois major natu4 ,convocatis episcopis et majoribus natu lacorum4 7,voyez le glossaire de ,ducange1 au mot senior47 ,rien ne peut nous faire conjecturer que les seigneuries fussent connues en ,germanie1 et je prie de remarquer que si elles avoient form une branche du droit politique des ,franais1 et qu'ils en eussent apport l'usage dans les ,gaules1 elles n'auroient pas encore conserv tout le caractre d'une nouveaut sous les premiers ,carlovingiens4 ,auroit-il encore t douteux dans le temps de ,charlemagne1 si les justices seigneuriales des ecclsiastiques devoient avoir ou non le droit de juger mort8 ,imprims omnium jubendum est ut habeant ecclesi justitias1 tam in vita illorum qui habitant in ipsis ecclesiis1 qumque in pecuniis et substantiis eorum4 7,cap4 #d1 an4 #hjf1 ,art4 #a47 ,comment auroit-on attendu si tard rgler cette comptence1 si les justices seigneuriales1 au lieu de se former peu peu et lentement1 avoient t connues de tout temps dans la monarchie franaise8 ,le droit des seigneurs toit si peu constat1 si peu affermi1 qu'on pouvoit encore changer de seigneur et en secouer l'autorit4 ,quod nullus ,seniorem suum dimittat1 postqum ab eo acceperit valente solidum unum3 excepto si eum vult occidere1 aut cum baculo cdere1 vel uxorem aut filiam maculare1 seu hreditatem ei tollere4 7,cap4 an4 #hac1 ,art4 #af47 ,mandamus etiam ut nullus homo ,seniorem suum sine justa ratione dimittat2 nec aliquis eum recipiat1 nisi sicut tempore antecessorum nostrorum consuetudo fuit4 7,cap4 an4 #hdg1 ,art4 #c47 ,je prie de faire attention ce capitulaire de ,charles-le-,chauve2 ,volumus etiam ut unusquisque liber homo in nostro regno1 ,seniorem qualem voluerit1 in nobis aut in nostris fidelibus accipiat4 7,cap4 an4 #hdg1 art4 #b47 ,si la coutume des seigneuries et t apporte de ,germanie1 et et form la constitution primitive des ,franais1 comment plusieurs hommes libres seroient-ils parvenus ne point reconnotre le seigneur1 avant le rgne de ,charles-le-,chauve8 ,si les ,franais avoient connu l'usage des seigneuries1 en entrant dans les ,gaules1 tout possesseur de terre et t ds l'instant de la conqute1 ou possesseur d'une seigneurie1 ou possesseur d'un domaine sujet une seigneurie1 et par consquent1 on n'auroit point eu lieu1 sous le rgne de ,charles-le-,chauve1 de faire la loi qu'on vient de lire4 ,on me dira1 sans doute1 qu'elle a rapport aux fiefs2 mais qu'on fasse attention que c'est une chose impossible4 #a4 ,le possesseur d'un fief n'est pas appel1 liber homo4 #b4 ,si cette loi regardoit les fiefs1 il faudroit en conclure que toute possession devint un fief1 ce qui est videmment faux1 puisqu'on prouve que sur la fin de la seconde race1 et sous les premiers ,captiens1 une grande partie des terres du royaume1 toit possde en roture3 on le verra la suite de cet ouvrage4 ,les expressions dont on se servit dans les capitulaires1 en parlant des justices seigneuriales1 supposent qu'elles avoient t dmembres de la juridiction ou du ressort des ducs et des comtes1 et prouvent mme que ces magistrats conservoient une sorte d'inspection sur les seigneuries1 dont le territoire avoit fait autrefois partie de leur gouvernement4 ,volumus1 propter justitias qu usquemod de parte comitum remanserunt1 quatuor tantum mensibus in anno missi nostri legationes nostras exerceant4 7,capit4 #c1 an4 #hab4 ,art4 #h47 ,de vassis ,dominicis qui adhuc intr casam serviunt1 et tamen beneficia habere noscuntur1 statutum est ut quicumque ex eis cum domno imperatore domi remanserint1 vassallos suos casatos secum non retineant1 sed cum comite cujus ,pagenses sunt1 ire permittant4 7,cap4 #b4 an4 #hab4 ,art4 #g47 ,si vassus noster justitias non fecerit1 tunc et comes et missus ad ipsius casam sedeant et de suo vivant quusque justitiam faciat4 7,cap4 an4 #ggi4 ,art4 #ba47 ,de nostris quoque dominicis vassallis jubemus ut si aliquis prdas egerit1 comes in cujus potestate fuerit1 ad emendationem eum vocet4 ,qui si comitem aut missum illius audire noluerit1 per forciam illud emendare cogatur4 7,capit4 ,carlom4 an4 #hhb47 ,je supprime mille raisonnemens favorables mon opinion2 et je me borne remarquer qu'aprs la conqute des ,franais1 leur royaume fut partag en plusieurs duchs ou provinces4 ,chaque duch comprit plusieurs comts1 et chaque comt fut divis en plusieurs cantons1 nomms ,centnes1 dans chacun desquels on tablit un centenier pour y rendre la justice4 ,ces ,centeniers1 distribus dans tout le plat pays1 ne sont-ils pas une preuve que la nation ne connoissoit pas les justices seigneuriales8 ,quel auroit t leur emploi1 si des seigneurs particuliers avoient administr la justice dans leur territoire8 ,est-il vraisemblable que ces seigneurs eussent voulu reconnotre la juridiction des officiers subalternes des comtes8 ,puisque les seigneuries n'toient point une coutume apporte de ,germanie1 qu'il est certain1 d'un autre ct1 que ni les lois ni les coutumes des ,gaulois n'en ont pu donner l'ide aux ,franais2 elles ne sont donc point aussi anciennes1 que leur tablissement en de du ,rhin2 elle doivent donc leur origine quelque vnement1 quelque rvolution particulire4 ,je crois qu'elles ont d commencer se former dans les temps mmes o les rois ,mrovingiens commencrent eux-mmes tendre leur autorit4 ,voici mes preuves4 ,premirement1 nous avons une ordonnance de #eie1 qui suppose que quelques ,leudes avoient dj une juridiction chez eux4 ,pari conditione convenit ut si una centena in ali centen vestigium secuta fuerit et invenerit1 vel in quibuscumque fidelium nostrorum terminis vestigium miserit4 7,cap4 de ,baluze4 ,t4 #a1 p4 #ai47 ,secondement1 l'ordonnance de l'assemble de ,paris1 tenue en #fae1 prescrit aux vques et aux ,leudes qui possdoient des seigneuries loignes de leur domicile ordinaire1 de choisir des hommes du lieu mme1 et non des trangers1 pour y rendre la justice4 ,episcopi vel ,potentes qui in aliis possident regionibus1 ,judices vel missos discussores de aliis ,provinciis non instituant1 nisi de loco qui ,justitiam percipiunt et aliis reddent4 7,art4 #ai47 ,je puis m'tre tromp en parlant des causes qui ont contribu l'tablissement des seigneuries1 parmi nous2 mais je crois en avoir fix certainement l'poque4 ,si on m'oppose un diplome de ,clovis1 donn l'an #dif1 en faveur de l'abbaye de ,romaux1 et qui suppose qu'il y avoit dj des seigneuries dans ce temps-l1 je rpondrai que dom ,bouquet1 qui nous a donn cette pice dans son recueil1 7,t4 #d1 p4 #fae17 la croit suppose4 ,la raison de ce critique1 c'est que ,clovis ne pouvoit point en #dif1 donner le privilge l'abbaye de ,romaux qui toit situe sur les terres des rois de ,bourgogne4 ,ce prince gratifia simplement ce monastre de lettres de sauve-garde et de protection2 et l'acte par lequel ,clotaire ,i1 les renouvela en #eaf1 ne contient rien qui ait le moindre rapport direct ou indirect au droit de justice4 7,voyez cette pice dans ,bouquet1 ,t4 #d1 p4 #faf47 ,l'esprit des lois a acquis avec raison une si grande autorit dans le public1 qu'il est ncessaire d'examiner ici le sentiment du prsident de ,montesquieu1 sur l'origine des seigneuries4 ,il ne veut point qu'elles soient l'ouvrage de l'usurpation4 ,n'y a-t-il eu sur la terre1 dit-il1 7,l4 #cj1 ,c4 #bj17 que les peuples descendus de la ,germanie1 qui aient usurp les droits des princes8 ,l'histoire nous apprend assez que d'autres peuples ont fait des entreprises sur leurs souverains1 mais on n'en voit pas natre ce que l'on a appel les justices des seigneurs2 c'toit donc dans le fond des usages et des coutumes des ,germains1 qu'il falloit en chercher l'origine4 ,qu'importe ce que l'histoire nous apprend des autres nations2 comme si tous les peuples devoient se copier dans les entreprises qu'ils font sur leurs souverains ou sur la puissance publique8 ,la manire dont ,loyseau imagine que les grands usurprent la justice1 est ridicule2 mais est-ce une chose si inconcevable1 si absurde1 que dans une nation aussi mal gouverne que les ,franais1 et sous des princes tels que les fils de ,clovis1 quelques ,leudes puissans dans leurs cantons1 aient pris de l'autorit sur leurs voisins1 et voulu leur tenir lieu de magistrats1 en commenant par tre leurs arbitres1 qu'il faille chercher l'origine des justices des seigneurs dans les coutumes des ,germains8 ,pourquoi le succs de quelques ,leudes n'auroit-il pas accrdit leur ambition1 et jet les premiers fondemens d'une coutume qui1 flattant la vanit et l'avarice1 devint enfin1 gnrale dans tout le royaume8 ,la justice1 continue le prsident de ,montesquieu1 fut donc dans les fiefs anciens1 7il appelle ainsi1 ce que j'appelle bnfice17 et dans les fiefs nouveaux1 un droit inhrent au fief mme1 un droit lucratif qui en faisoit partie4 ,mais je prendrai la libert de demander ,montesquieu1 comment il peut trouver dans les usages des ,germains1 que la justice ft attache au fief2 lui qui a dit1 7,c4 #c37 chez les ,germains1 il y avoit des vassaux et non pas des fiefs4 ,il n'y avoit point de fiefs1 parce que les princes n'avoient point de terres donner2 ou plutt les fiefs toient des chevaux de bataille1 des armes1 des repas4 ,s'il n'y avoit point de fiefs chez les ,germains1 et en effet1 il n'y en avoit point1 comment1 par leurs coutumes1 la justice pouvoit-elle tre un droit inhrent au fief8 ,si des chevaux de bataille1 des armes1 des repas1 toient des fiefs1 seroit-il raisonnable de penser que le droit de justice ft attach de pareilles choses8 o auroit t le territoire de ces justices8 coutons le prsident de ,montesquieu4 ,les fiefs1 dit-il1 comprenoient de grands territoires4 ,j'ai dj prouv que les rois ne levoient rien sur les terres qui toient le partage des ,francs2 encore moins pouvoient-ils se rserver des droits sur les fiefs4 ,ceux qui obtinrent des fiefs1 eurent cet gard1 la jouissance la plus tendue1 ils en tirrent tous les fruits et tous les molumens2 et comme un des plus considrables1 toient les profits judiciaires1 ,freda1 que l'on recevoit par les usages des ,francs1 il suivoit que celui qui avoit le fief1 avoit aussi la justice1 qui ne s'exeroit que par des compositions aux parens1 et des profits au seigneur2 elle n'toit autre chose que de faire payer les compositions de la loi1 et celui d'exiger les amendes de la loi4 ,de ce que les rois ,mrovingiens ne levoient rien sur les terres de leurs sujets1 il me semble qu'il ne s'ensuit pas qu'ils ne pussent se rserver aucun droit sur les fiefs ou bnfices4 ,c'toient des dons faits par gnrosit2 et comme le prince1 ainsi qu'en convient ,montesquieu lui-mme avoit conserv la facult de les reprendre son gr1 pourquoi n'auroit-il pas pu les soumettre quelque charge8 ,cette supposition n'a rien d'extraordinaire4 ,je conclurois1 au contraire1 des longs dtails de concessions1 dont sont charges toutes les chartes par lesquelles on confroit un bnfice1 que les ,mrovingiens avoient coutume de se faire des rserves4 ,peut-tre mme falloit-il que par leur nature1 les bnfices fussent soumis quelque redevance1 puisque dans plusieurs chartes1 on n'oublie point de les en exempter1 par une clause expresse4 ,omnia per nostrum donitum habeant ille et filii sui1 et posteritas illorum1 absque ullo censu vel alicujus inquietudine4 7,char4 an4 #hae1 ,hist4 de ,d4 ,bouquet1 ,t4 #f1 p4 #dgb47 ,je trouve encore dans une charte de ,charles-le-,chauve1 de l'an #hdd1 les paroles suivantes3 ,ostendit etiam nobis epistolam domni et genitoris nostri ,huldowici piissimi ,augusti ad ,sturmionem comitem directam ut prdictam villam1 id est1 fontes1 memorato ,johanni absque ullo censu et inquietudine habere dimitteret4 7,ibid4 ,t4 #h1 p4 #dei47 ,mais quand il seroit vrai que les premiers fils de ,clovis ne se fussent jamais rserv aucun droit sur leurs bnfices1 il ne s'ensuivroit pas que les bnficiers y eussent eu la justice3 car1 si je ne me trompe1 on peut prouver que ces princes n'avoient point de justice particulire dans leurs domaines4 ,premirement1 je prie de remarquer qu'il n'importoit1 ni leur dignit1 ni l'accroissement de leurs finances1 d'avoir de ces juges particuliers2 puisqu'ils nommoient les ducs et les comtes1 et qu'ils percevoient la troisime partie de tous les frdes ou amendes judiciaires qui toient pays dans tout le royaume4 ,en second lieu1 les lois saliques et ripuaires1 ni aucune ordonnance des rois ,mrovingiens1 ne parlent des justices domaniales du prince2 comment donc en prouver l'existence8 ,dom ,bouquet a publi dans son recueil1 #ad diplomes ou chartes de concession de bnfices1 depuis ,clovis jusqu' ,clotaire ,,ii1 et dans aucune1 on ne trouve rien qui ait rapport au droit de justice4 ,ce silence forme un argument bien fort contre le prsident de ,montesquieu4 ,ne prouve-t-il pas1 ou que les ,mrovingiens n'avoient pas une justice particulire dans leurs domaines1 ou qu'ils ne la cdoient pas leurs bnficiers8 ,la charte la plus ancienne o l'on trouve une concession de justice1 est de ,dagobert1 en #fcj4 7,voyez ,dom ,bouquet1 ,t4 #d1 p4 #fbh47 ,n'est-il pas vraisemblable que les rois voyant cette poque1 que plusieurs prlats et plusieurs leudes s'toient fait des seigneuries particulires1 attriburent leurs bnfices le droit de justice pour les rendre plus considrables et en relever la dignit8 ,depuis1 toutes les chartes ont renferm la concession de la justice2 et cette coutume1 accrdite en peu de temps1 toit1 pour ainsi dire1 de droit commun en #ffj1 que ,marculfe crivoit ses formules4 ,encore un mot pour prouver que les premiers rois ,mrovingiens n'avoient point de justice particulire dans leurs domaines4 ,grgoire de ,tours parle d'un certain ,plagius1 qui avoit tous les vices1 et bravoit tous les juges1 parce qu'il avoit une sorte d'intendance sur les haras d'un domaine du roi4 ,fuit autem in urbe ,turonic ,pelagius quidam in omni maliti exercitatus1 nullum judicem metuens eo qud jumentorum fiscalium custodes sub ejus potestate consisterent4 7,l4 #h4 ,c4 #dj47 ,il n'est pas surprenant que les juges publics n'osassent rprimer ce ,plagius3 ils craignoient le ressentiment d'un homme qui pouvoit leur faire des ennemis la cour4 ,mais ,plagius n'auroit pas abus du crdit que lui donnoit son emploi1 si le principal officier d'un domaine royal1 qu'on nommoit major vill1 et t ds-lors le juge de tous les domestiques employs dans le domaine2 ce juge1 officier1 comme lui1 du prince1 et accrdit1 comme lui1 la cour1 auroit pu1 sans crainte1 le punir de ses injustices4 ,ce ne fut que dans la suite que le major vill fut juge1 et ce n'est que dans les capitulaires de ,charlemagne1 qu'on lui attribue1 pour la premire fois1 cette qualit4 ,ut unusquisque judex in suo ministerio bonos habeat artifices1 id est1 fabros ferrarios1 et aurifices1 et argentarios1 sutores1 tornatores1 carpentarios1 c4 7,cap4 de villis1 art4 #de47 ,volumus ut de fiscalibus1 vel servis nostris sive ingenuis qui per fiscos aut villas nostras commanent1 diversis hominibus plenam et integram1 qualem habuerint1 reddere faciant justitiam4 7,ibid4 art4 #eb47 ,ut unusquisque judex in eorum ministerio frequentis audientias teneat et justitiam faciat1 et provideat qualiter rect famili nostr vivant4 7,ibid4 art4 #ef47 ,je m'arrte long-temps sur l'article de l'tablissement des seigneuries2 mais il est important2 et d'ailleurs1 on doit ce respect au prsident de ,montesquieu1 lorsqu'on n'est pas de son avis1 d'examiner en dtail toutes ses raisons4 ,je trouve1 dit-il1 dans la vie des saints1 que ,clovis donna un saint personnage1 la puissance1 sur un territoire de six lieues de pays1 et qu'il voulut qu'il ft libre de toute juridiction quelconque4 ,je crois bien que c'est une fausset1 mais c'est une fausset trs-ancienne4 ,le fond de la vie et les mensonges se rapportent aux murs et aux lois du temps1 et ce sont ces murs et ces lois que l'on cherche4 ,montesquieu me fournit lui-mme la rponse que je lui dois faire4 ,je pourrois croire1 dit-il1 7,l4 #ca1 ,c4 #cb7 que les hommages commencrent s'tablir du temps du roi ,pepin1 qui est le temps o j'ai dit que plusieurs bnfices furent donns perptuit4 ,mais je le croirois avec prcaution1 et dans la supposition seule1 que les auteurs des annales des ,francs n'aient pas t des ignorans1 qui1 dcrivant les crmonies de l'acte de fidlit1 que ,tassillon1 duc de ,bavire1 fit ,pepin1 aient parl suivant les usages qu'ils voyoient pratiqus de leur temps4 ,je croirois aussi l'argument du prsident de ,montesquieu1 trs-bon1 si l'historien qui raconte la gnrosit de ,clovis1 envers un saint personnage1 et t son contemporain4 ,mais malheureusement cela n'est pas2 et qui me rpondra qu'il n'ait pas parl d'une donation faite avant l'tablissement des seigneuries1 suivant les usages et les formes qu'il voyoit pratiquer de son temps8 ,la loi des ,ripuaires1 dit encore ,montesquieu1 dfend aux affranchis des glises1 de tenir l'assemble o la justice se rend1 ailleurs que dans l'glise o ils ont t affranchis4 ,les glises avoient donc des justices sur les hommes libres1 et tenoient leurs plaids1 ds les premiers temps de la monarchie4 ,sans doute1 que les glises avoient une justice1 ds le commencement de la monarchie1 je l'ai trouv dans la remarque ,,vi du chapitre prcdent4 ,ce que rgle la loi ripuaire1 cite par le prsident de ,montesquieu1 n'a rapport qu' la juridiction ecclsiastique1 qu'il n'a confondue que par distraction1 avec les justices seigneuriales4 ,lorsqu'un franais de la tribu des ,ripuaires vouloit affranchir son serf1 suivant la loi romaine1 ce qui lui toit permis1 la crmonie s'en faisoit dans l'glise4 ,le serf toit remis entre les mains de l'vque1 qui lui donnoit des tables1 ou des lettres d'affranchissement4 ,cet affranchi1 appel tabulaire1 tabularius1 restoit sous la protection spciale de l'glise2 il lui payoit un cens modique2 et jouissant du privilge clrical1 toit justiciable de son vque4 ,voici le dernier argument du prsident de ,montesquieu4 ,si la justice1 dit-il1 n'toit point une dpendance des fiefs1 pourquoi verroit-on par-tout que le service du fief toit de servir le roi ou le seigneur1 et dans leurs cours et dans leurs guerres8 ,je rponds en premier lieu1 que je ne vois pas de quelle ncessit il est qu'un bnficier ait une justice dans son bnfice1 pour servir le roi dans ses cours ou dans ses guerres4 ,secondement1 il est dmontr qu'avant la rgence de ,charles-,martel1 les bnfices n'toient point confrs1 sous la condition de servir le donateur4 ,on verra les preuves de cette vrit1 dans la remarque #cg du chapitre sixime4 #bj ,claudius ,turonis accessit2 et cum iter ageret1 ut consuetudo est barbarorum1 auspicia intendere cpit1 ac dicere sibi esse contraria3 simulque interrogare multos1 si virtus beati ,martini de prsenti manifestaretur in perfidis4 ,aut cert si aliquis injuriam in eum sperantibus intulisset1 si protins ultio sequeretur4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #g1 ,c4 #bi47 #ba ,ds que les rois1 en confrant des bnfices1 leur attriburent le droit de justice1 il fut dfendu aux juges publics d'y faire aucun acte de juridiction4 7,voyez le recueil de ,dom ,bouquet1 t4 #d1 p4 #fbh1 #fcj1 #fcc1 et les formules #c et #d de ,marculfe47 ,,chapitre ,,iv4 #bb ,aiebat enim 7,chilpericus7 plerumque3 ecce pauper remansit fiscus noster2 ecce diviti nostr ad ecclesias sunt translat3 nulli pnits1 nisi soli episcopi regnant3 periit honor noster et translatus est ad episcopos civitatum4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #f1 ,c4 #df47 #bc ,tunc indicavit ei quos in consilio haberet1 aut sperneret conloquio2 quibus se crederet1 quos vitaret1 quos honoraret muneribus1 quos ab honore1 depelleret4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #g1 ,c4 #cc47 ,perspe homines pro facultatibus eorum punivit4 7,ibid4 ,l4 #f1 ,c4 #df47 ,illi post prdicationem sacerdotum1 de ,fanis ad ecclesias sunt conversi3 isti quotidie de ecclesiis prdas detrahunt1 illi sacerdotes ,domini ex toto corde venerati sunt et audierunt2 isti non solum non audiunt1 sed etiam persequuntur2 illi monasteria et ecclesias ditaverunt2 isti eas diruunt ac subvertunt4 7,ibid4 ,l4 #d1 ,c4 #di47 ,on va voir dans la note suivante que les ,mrovingiens redemandoient aux glises les bnfices qu'ils leur avoient donns2 puisque dans le trait d',andely en #ehg1 on fit un article exprs pour remdier cet abus4 #bd ,quidquid ante fati reges ecclesiis aut fidelibus suis contulerunt1 aut adhuc conferre cum justiti1 ,deo propitiante1 voluerint1 stabiliter conservetur2 et quidquid unicuique fidelium in utriusque regno per legem et justitiam redhibeatur1 nullum et prjudicium patiatur1 sed liceat res debitas possidere atque recipere2 et si aliquid cuicumque per interregna sine culp sublatum est1 audienti habit restauretur4 ,et de eo quod per munificentias prcedentium regum unusquisque usque ad transitum glorios memori domini ,chlotocharii regis possedit1 cum securitate possideat3 et quod exinde fidelibus personis ablatum est1 de prsenti recipiat4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #i1 ,c4 #bj47 ,il est question de savoir si cette expression1 stabiliter conservetur1 doit s'entendre de l'hrdit tablie dans les bnfices2 ou si elle signifie seulement que le bnficier qui en est pourvu en jouira pendant toute sa vie4 ,ce qui rend la premire explication plus vraisemblable1 c'est que le mme trait d',andely permet aux femmes1 aux veuves et aux filles des ,mrovingiens1 d'aliner pour toujours les terres qu'elles confroient en bnfices4 ,ut si quid de agris fiscalibus vel speciebus1 atque prsidio pro arbitrii sui voluntate facere1 aut cuiquam conferre voluerit2 in perpetuo1 auxiliante ,domino1 conservetur1 neque quoquam ullo unqum tempore convellatur4 ,la manire dont cet article est dress2 les expressions in perpetuo et ullo unquam tempore1 ne laissent aucun lieu de douter que les bnfices confrs par les princesses1 n'aient t rendus hrditaires dans l'assemble d',andely4 ,or1 je demande pourquoi on auroit permis aux princes de reprendre leurs bnfices la mort du bnficier1 tandis qu'on toit ce droit aux princesses4 ,en second lieu1 les ecclsiastiques ont toujours prtendu que c'est un sacrilge1 que de reprendre les biens qui avoient t consacrs ,dieu et au culte de la religion4 ,l'esprit du trait d',andely est donc1 que les gratifications faites par les rois l'glise1 soient perptuelles1 irrvocables1 et deviennent des propres4 ,mais remarquez que l'expression stabiliter conservetur1 se rapportant galement aux ,leudes et aux glises1 suppose leur condition gale l'gard des bnfices2 d'o il faut conclure que les bnfices confrs aux ,leudes1 ne pouvoient jamais tre repris par le prince4 ,le trait ne fut pas observ religieusement1 mais il semble qu'on n'en peut rien conclure contre le droit des bnficiers4 #be ,cum jam ,protadius1 genere ,romanus1 vehementer ab omnibus in palatio veneraretur1 et ,brunechildis stupri grati eum vellet honoribus exaltare4 7,fredeg4 ,chron4 ,c4 #bd47 ,protadius1 instigante ,brunechilde1 ,theudorico jubente1 majordomus substituitur4 ,qui cum esset nimim argutissimus et strenuus in cunctis1 sed sva illi fuit contr personas iniquitas1 fisco nimium tribuens1 de rebus personarum ingenios fiscum vellens impellere et se ipsum ditare4 ,quoscumque genere nobiles reperiret1 totos humiliare conabatur1 ut nullus reperiretur qui gradum quem adripuerat1 potuisset adsumere4 7,ibid4 ,c4 #bg47 #bf ,quidquid parentes nostri anteriores principes1 vel nos per justitiam visi sumus concessisse et confirmasse1 in omnibus debeat confirmari4 7,ord4 an4 #fae1 art4 #af47 ,il est vident que cet article a rapport aux conventions du trait d',andely1 et qu'il en rappelle et en confirme les dispositions4 ,on verroit1 sans doute1 que l'expression quidquid1 doit s'entendre des bnfices1 si les deux articles prcdens de cette ordonnance n'avoient t perdus4 ,on ne peut douter que ce ne soit cette poque1 que les bnfices devinrent incontestablement hrditaires2 et l'ordonnance de ,paris fut aussi respecte1 que le trait d',andely l'avoit t peu4 ,tout prparoit les esprits cette rvolution1 et l'assemble que ,clotaire ,,ii tint ,paris1 toit l'occasion la plus favorable aux intrts des ,leudes2 ce prince toit-il en tat de pouvoir leur refuser quelque chose8 ,la dcadence o l'autorit royale tomba ds ce moment1 est une preuve que le prince ne fut plus le matre de disposer de ses bnfices4 ,enfin1 l'hrdit des bnfices toit tellement tablie1 et reconnue pour tre la coutume gnrale1 quarante-cinq ans aprs l'assemble de ,paris1 que ,marculfe qui crivoit dans ce temps-l1 en fait une clause particulire dans l'acte de donation des bnfices4 ,it ut eam villam jure proprietario ullius expectat judicum traditione habeat1 teneat atque possideat1 et suis posteris1 ,domino adjuvante1 ex nostr largitate1 aut cui voluerit ad possidendum relinquat4 7,form4 #ad1 ,l4 #a47 ,qu unus de fidelibus ac ,leodibus1 suam fidem servando ,domino legitimo1 interregno faciente1 visus est perdidisse1 generaliter absque incommodo de rebus sibi just debitis prcipimus revestiri4 7,ord4 an4 #fae4 ,art4 #ag47 ,episcopi ver vel potentes qui in aliis possident regionibus1 judices vel missos discussores de aliis provinciis non instituant nisi de loco1 qui justitiam percipiant et aliis reddant4 7,ibid4 art #ai47 ,j'ai dj rapport cet article dans une note prcdente2 il suppose le droit des seigneuries tabli1 et le confirme4 ,peut-tre que ce droit avoit t formellement reconnu dans quelque ordonnance qui n'est pas venue jusqu' nous4 #bg ,tant que les ,franais furent en ,germanie1 il est vraisemblable que l'assemble du champ de ,mars nommoit aux magistratures4 ,eliguntur1 dit ,tacite1 7,c4 #ab17 in iisdem ,conciliis et principes qui jura per pagos vicosque reddant4 ,lorsque les principes du gouvernement franais commencrent s'altrer1 les rois s'attriburent le pouvoir de confrer les duchs et les comts4 ,grgoire de ,tours1 7,l4 #d1 ,c4 #dc17 rapporte que ,ponius1 comte d',auxerre1 envoya de l'argent au roi ,gontran1 par son fils ,mummolus1 pour tre continu dans son emploi2 et que le fils infidelle donna l'argent en son nom1 et obtint la place de son pre4 ,il n'est pas besoin de multiplier ici les autorits1 pour prouver une vrit dont on ne peut douter1 pour peu qu'on ait lu nos anciens historiens1 et quand on se rappelle que l'assemble du champ de ,mars ne se tenoit plus4 ,le prsident de ,montesquieu a cependant dit quelque part1 que les assembles de la nation disposoient mme des bnfices4 ,fredgaire nous apprend que ,varnachaire1 qui venoit d'tre fait maire du palais1 dans le royaume de ,bourgogne1 aprs la mort de ,brunehaut1 exigea de ,clotaire ,,ii1 qu'il lui promt1 par serment1 de ne lui jamais ter sa dignit4 ,varnacharius in regno ,burgundi substituitur major-domus1 sacramento ,chlotario accepto ne unqum vit su temporibus degradaretur4 7,chr4 ,c4 #db47 ,si ,varnachaire et t fait maire du palais1 par les grands1 ,clotaire n'et pas eu la libert de le dposer2 et par consquent1 il et t absurde que ,varnachaire et exig le serment inutile1 dont parle l'historien4 ,il n'est pas moins ais de prouver que le maire du palais1 et par consquent1 le roi1 dont il n'toit encore que le ministre1 nommoit aux duchs et aux comts2 puisque ,flaochatus1 qui succda ,varnachaire1 crivit tous les ducs du royaume de ,bourgogne1 pour leur promettre1 par serment1 de les conserver dans la possession de leur dignit4 ,flaochatus cunctis ducibus ,burgundi seu et pontificibus per epistolam1 etiam et sacramentis firmavit unicuique gradum honoris et dignitatem seu amicitiam perpetuo conservare4 7,ibid ,chron4 ,c4 #hi47 ,il n'est pas ncessaire de remarquer que gradum honoris se rapporte aux ducs1 et amicitiam aux vques4 #bh ,on doit sur-tout regretter l'ordonnance de l'assemble1 que ,clotaire ,,ii convoqua ,clichy1 prs de ,paris1 la quarante-quatrime anne de son rgne4 ,cette pice1 sans doute1 seroit de la plus grande importance1 pour connotre notre ancien droit public1 les progrs de l'autorit des maires du palais et des seigneurs1 et les causes particulires de la rvolution subite que souffrit la dignit des princes ,mrovingiens4 #bi ,chlotarius cum proceribus et ,leudibus ,burgundi ,trsassis conjungitur1 cum eos sollicitasset1 si vellent mortuo jam ,varnachario1 alium in ejusdem honoris gradum sublimare1 etc4 7,fredeg4 ,chr4 ,c4 #dc47 ,il falloit que pendant la rgence1 ou la mairie de ,varnachaire1 les grands eussent exig du roi1 qu'ils nommeroient dsormais son maire du palais4 ,flaochatus1 genere ,francus1 majordomus in regnum ,burgundi1 electione ,ponticum et cunctorum ducum1 ,nantechilde regin in hunc gradum honoris nobiliter stabilitur4 7,ibid4 ,c4 #hi47 ,,chapitre ,v4 #cj ,je ne m'arrterai pas long-temps rfuter ici l'opinion du comte de ,boulainvilliers1 sur l'origine de la noblesse1 dans la monarchie franaise4 ,il a cru que tous les ,franais1 avant la conqute1 toient libres et gaux1 par le droit de leur naissance1 et il avoit raison4 ,mais aprs qu'ils se furent empars des ,gaules1 les vainqueurs et les vaincus1 ne formant plus qu'un corps de socit1 on commena1 selon cet crivain1 connotre dans la monarchie des ,franais1 des familles nobles et des familles roturires4 ,tout ,franais fut gentilhomme1 tout ,gaulois fut roturier4 ,si on a lu avec quelqu'attention les remarques prcdentes1 on jugera1 sans peine1 que cette ide ne peut tre appuye sur aucun fondement solide4 ,je me borne demander aux personnes qui ont adopt le systme du comte de ,boulainvilliers1 comment on peut l'accorder avec la loi salique1 qui n'exige qu'une composition de #bjj sous1 pour le meurtre d'un franais libre1 tandis qu'elle en ordonne un de #cjj pour le meurtre d'un gaulois1 convive du roi4 ,pourquoi le sang d'un gentilhomme est-il moins prcieux que celui d'un roturier8 ,enfin1 l'abb du ,bos a une fois raison4 ,il prtend1 7,l4 #f1 ,c4 #d71 que les ,franais1 sous leurs premiers rois1 n'toient point partags en deux ordres de citoyens1 comme nous le sommes aujourd'hui1 en nobles et en roturiers4 ,il pense qu'il n'y avoit point chez eux de familles qui jouissent par l'avantage de la naissance1 de ces droits et de ces privilges particuliers et distinctifs1 qui constituent dans une nation une noblesse d'origine4 ,toutes les prrogatives toient personnelles1 elles n'toient point hrditaires4 ,mais peine a-t-il expos son sentiment1 qu'il ne manque pas d'avoir tort1 c'est--dire1 qu'il gte une bonne cause1 en la prouvant mal4 ,le prsident de ,montesquieu1 qui croit l'honneur de nos grandes maisons intress proscrire l'opinion de l'abb du ,bos1 veut au contraire1 que ds le temps de la conqute1 et mme au-del du ,rhin1 les ,franais aient connu une noblesse proprement dite1 et que des familles privilgies possdassent des droits qui les distinguoient et les sparoient des familles communes4 ,il est vrai qu'il y a toujours eu chez les ,franais une classe de citoyens appels ,fidelles1 ,leudes ou ,antrustions1 et qu'ils jouissoient1 ainsi que l'a tabli le prsident de ,montesquieu1 et que je l'ai dit dans le corps de mon ouvrage1 de plusieurs prrogatives qui n'appartenoient point aux simples hommes libres4 ,je ne conois pas pourquoi l'abb du ,bos dguise cette vrit2 il pouvoit en convenir sans nuire son systme2 il le devoit1 en ajoutant que ces distinctions personnelles toient accordes la dignit et non pas la naissance des ,leudes4 ,il pouvoit soutenir qu'on ne naissoit pas ,leude1 ,fidelle1 ,antrustion1 mais qu'on le devenoit par la prestation du serment de fidlit2 ainsi que nous l'apprend ,marculfe1 par une formule que j'ai dj cite dans la remarque #fe du chapitre troisime4 ,je dois d'abord prouver que cette espce d'ennoblissement personnel que donnoit la prestation du serment de fidlit1 ne communiquoit aux enfans du ,leude ou ,antrustion1 aucune prrogative particulire2 et qu'ainsi1 il n'y avoit chez les ,franais1 qu'une noblesse personnelle4 ,si les droits des gentilshommes toient les mmes que ceux des ,leudes1 c'est--dire1 s'ils approchoient galement de la personne du prince2 si1 par le seul droit de leur naissance1 ils pouvoient tre levs aux premiers emplois de l'tat2 je prierai de m'expliquer par quel motif les ,franais ns gentilshommes1 prtoient le serment de fidlit1 qui leur toit inutile pour obtenir ces honneurs4 ,si les privilges de ces gentilshommes sont diffrens de ceux des ,leudes qui toient sous la truste ou la foi du roi1 je demanderai qu'on me dise pourquoi nos lois saliques et ripuaires1 si attentives distinguer parmi les ,gaulois mmes1 diffrens ordres de citoyens1 ,gaulois convives du roi1 ,gaulois possesseurs de terres1 ,gaulois tributaires1 n'tablissent aucun ordre mitoyen entre le franais libre et le ,leude4 ,pourquoi cette noblesse qui tient le milieu entre les simples hommes libres et les ,leudes1 est-elle oublie8 pourquoi aucun de nos anciens monumens n'aide-t-il faire connotre1 ni mme faire souponner son existence8 ,le prsident de ,montesquieu rpond mes demandes1 7,l4 #cj1 ,c4 #be71 en disant que la prrogative distinctive des familles nobles1 toit de prter le serment de fidlit1 ou de se recommander pour un fief ou un bnfice4 ,je cherche la preuve de cette proposition1 et l'auteur me renvoie au chapitre #bc du livre suivant4 ,j'y cours1 et je lis3 d'abord1 les hommes libres ne purent pas se recommander pour un fief1 mais ils le purent dans la suite1 et je trouve que ce changement se fit dans le temps qui s'coula depuis le rgne de ,gontran1 jusqu' celui de ,charlemagne4 ,je le prouve par la comparaison qu'on peut faire du trait d',andely1 pass entre ,gontran1 ,childebert et la reine ,brunehaud1 et le partage fait par ,charlemagne ses enfans1 et un partage pareil1 fait par ,louis-le-,dbonnaire4 ,ces trois actes contiennent des dispositions peu prs pareilles l'gard des vassaux2 et comme on y rgle les mmes points1 et peu prs dans les mmes circonstances1 l'esprit et la lettre de ces trois traits se trouvent peu prs les mmes cet gard4 ,mais pour ce qui regarde les hommes libres1 il s'y trouve une diffrence capitale4 ,ce trait d',andely ne dit point qu'ils pussent se recommander pour un fief1 au lieu qu'on trouve1 dans les partages de ,charlemagne et de ,louis-le-,dbonnaire1 des clauses expresses1 pour qu'ils puissent se recommander3 ce qui fait voir que depuis le trait d',andely1 un nouvel usage s'introduisoit1 par lequel les hommes libres toient devenus capables de cette grande prrogative4 ,cela dut arriver1 lorsque ,charles-,martel ayant distribu les biens de l'glise ses soldats1 et les ayant donn partie en fief1 partie en alleu1 il se fit une espce de rvolution dans les lois fodales4 ,ceci demanderoit un volume entier de discussions2 mais je m'arrterai au point essentiel et capital2 et je vais prouver d'abord1 qu'avant le trait d',andely1 les hommes libres pouvoient prter le serment de fidlit1 ou se recommander pour un bnfice4 ,en effet1 on remarque qu'aprs la conqute1 le nombre des ,leudes augmenta considrablement4 ,il est certain que des ,gaulois qui se naturalisrent ,franais1 furent levs aux dignits les plus importantes de l'tat2 donc que ce n'toit point le privilge particulier de certaines familles1 de prter le serment de fidlit4 ,si avant le rgne de ,gontran1 les hommes libres avoient t exclus de ces honneurs1 un ,leudaste1 n dans l'esclavage1 nourri dans les fonctions les plus viles de son tat1 et qui on avoit coup une oreille1 parce qu'il avoit voulu s'chapper de la maison de son matre1 se seroit-il lev jusqu' devenir comte des curies1 sous le rgne de ,caribert1 et ensuite comte de ,tours8 ,ces dignits toient la rcompense des ,leudes1 et donnoient ceux qui en toient revtus1 le premier rang dans leur ordre2 au lieu que je ne vois point que la possession d'un bnfice valt quelque prminence un ,leude bnficier4 ,cette fortune de ,leudaste n'est point de ces vnemens rares qui ne tirent pas consquence1 et qui ne prouvent rien4 ,la loi des ripuaires ne les regarde point comme un scandale contraire l'ordre ordinaire du gouvernement1 ils y toient mme tellement analogues1 qu'elle fait cet gard1 une disposition particulire4 ,si quis ejusdem fiscalem quem comitem vocant1 interfecerit1 #fjj solidis mulctetur4 ,quod si puer regis vel ex tabulario ad eum gradum ascenderit1 #cjj solidis4 7,leg4 ,rip4 ,tit4 #ec47 ,on a dj vu que par le mot ,tabulaire1 on entendoit un serf affranchi dans l'glise4 ,or1 puisqu'un affranchi pouvoit tre leude et comte1 et en toit quitte pour avoir une composition moins forte qu'un autre leude ou un comte1 peut-on prsumer1 avec quelque vraisemblance1 qu'un homme n libre1 ne ft pas admis prter le serment de fidlit8 ,il me semble que l'argument que le prsident de ,montesquieu veut tirer du silence du trait d',andely1 l'gard des hommes libres1 ne doit pas avoir beaucoup de force4 ,pourquoi auroit-on dit dans ce trait1 que les hommes libres pouvoient tre admis la prestation du serment de fidlit8 ,ce n'toit point un droit contest1 personne n'en doutoit4 ,sans entrer dans une discussion inutile sur les partages de ,charlemagne1 et de ,louis-le-,dbonnaire1 je rpondrai que tous les argumens que le prsident de ,montesquieu pourroit en infrer1 ne prouvent rien contre moi2 car1 je conviens que du temps de ,charlemagne1 il y avoit des familles nobles1 et je nie seulement qu'il y en eut avant le trait d',andely4 ,il n'toit pas question ,andely1 de dcider de ceux qui le prince donneroit des bnfices1 mais de statuer qu'il ne pourroit pas les reprendre1 aprs les avoir donns4 ,est-il bien vrai que les circonstances o ,charlemagne et ,louis-le-,dbonnaire firent leurs partages1 furent peu prs les mmes que celles o fut pass le trait d',andely8 ,il s'agissoit sous ,gontran et ,childebert de contenter les leudes avides1 accoutums regarder les bnfices comme des dettes du prince1 qui s'toient fait un droit de sa libralit1 et qui ne vouloient plus souffrir qu'il retirt arbitrairement ses bienfaits4 ,quand ,charlemagne et ,louis-le-,dbonnaire firent le partage de leurs tats1 leurs vassaux ne leur faisoient point la loi1 et les bnfices avoient pris une nouvelle forme sous la rgence de ,charles-,martel1 ainsi qu'on va le voir dans la suite de mes observations4 ,l'abb du ,bos rapporte un passage de la vie de ,louis-le-,dbonnaire1 o ,tgan1 s'levant contre l'ingratitude d',hbon1 que ce prince avoit fait archevque de ,rheims1 quoiqu'il ne ft qu'affranchi1 lui dit3 ,fecit te liberum non nobilem1 quod impossibile est post libertatem4 ,vestivit te purpur et pallio1 et tu induisti eum cilicio4 ,j'abandonne de bon cur tous les raisonnemens de l'abb du ,bos1 sur ce passage2 mais j'avoue que je ne conois point comment le prsident de ,montesquieu peut prtendre que ces paroles de ,tgan1 fecit te liberum non nobilem1 prouvent formellement deux ordres de citoyens4 ,je voudrois1 pour former une preuve1 un mot moins quivoque que celui de nobilis1 dont on peut se servir dans un pays mme o la loi n'tabliroit aucune distinction entre les familles4 ,quoiqu'il en soit1 le passage de ,tgan signifiera tout ce qu'on voudra1 il ne forme point une objection contre moi2 puisque je ne doute pas que sous ,louis-le-,dbonnaire1 il n'y et1 en effet1 des familles nobles4 ,je ne crois pas que mon opinion sur l'origine de la noblesse en ,france1 soit injurieuse au sang de nos premires familles1 ni aux trois grandes maisons qui ont successivement rgn sur nous4 ,l'origine de leur grandeur1 s'crie le prsident de ,montesquieu1 n'iroit donc point se perdre dans l'oubli1 la nuit et le temps4 ,l'histoire claireroit des sicles o elles auroient t des familles communes2 et pour que ,childric1 ,pepin et ,hugues-,capet fussent gentilshommes1 il faudroit aller chercher leur origine parmi les ,romains et les ,saxons1 c'est--dire1 parmi les nations subjugues4 ,a ce raisonnement1 je craindrois presque que la lecture de l'abb du ,bos n'et t contagieuse pour le prsident de ,montesquieu4 ,l'orgueil de nos grandes maisons pourroit tre bless1 si on leur disoit qu'il y a eu un temps en ,france1 o elles n'toient qu'au rang des familles communes1 tandis que l'ordre de la noblesse toit dj form2 mais qu'elles soient offenses de n'avoir pas t nobles dans le temps qu'il n'y avoit point encore de noblesse1 ce seroit une espce de vertige4 ,si c'est une mortification pour elles1 je leur en demande pardon1 il faut qu'elles l'essuient2 car1 je n'imagine pas que le prsident de ,montesquieu croie que les nations aient commenc par avoir des gentilshommes4 ,l'galit a d'abord d unir les citoyens de toute socit1 et la distinction des nobles et des roturiers ne peut tre que la suite de plusieurs vnemens et de plusieurs rvolutions1 dont la vanit de quelques citoyens profita1 pour s'attribuer des prrogatives particulires1 et former une classe spare4 ,il faudroit que nos grandes maisons fussent bien difficiles contenter1 s'il ne leur suffisoit pas d'tre nobles1 depuis le rgne de ,clotaire ,,ii4 #ca ,cet usage commena dans le temps que ,marculfe crivoit des formules4 ,jubemus ut omnes pagenses vestros1 tam ,francos1 ,romanos vel reliquas nationes de gentes bannire et locis congruis per civitates1 vicos et castella1 congregare faciatis1 quatens prsente misso nostro illustri viro illo1 quem ex nostro latere illuc pro hoc direximus1 fidelitatem prcelso filio nostro vel nobis debeant promittere et conjurare4 7,l4 #a4 ,form4 #dj47 ,ut missi nostri populum nostrum iterm nobis fidelitatem promittere faciant secundm consuetudinem jamdudum ordinatam1 et ipsi aperiant et interpretentur illis hominibus qualiter ipsum sacramentum et fidelitatem erg nos servare debeant4 7,cap4 #e1 an #hbb1 ,art4 #ab47 ,volumus ut missi nostri per totam legationem suam primo omnium inquirant qui sint de liberis hominibus1 qui fidelitatem nobis nondum promissam habent1 et faciant illos eam promittere1 sicut consuetudo semper fuit4 7,capit4 an4 #hbi1 art4 #d4 ,capitis #d47 #cb ,ide veniens ille fidelis noster1 ibi in palatio nostro1 in nostr vel procerum nostrorum prsenti1 villas nuncupatas illas1 sitas in pago illo1 su spontane voluntate nobis per fistucam visus est ,werpisse1 vel condonasse1 in e ratione1 si it convenit1 ut dum vixerit1 sub nostro beneficio debeat possidere2 et post suum discessum1 ejus adfuit petitio1 nos ipsas villas fideli nostro illi plen grati visi fuimus concessisse4 ,quapropter per prsens discernimus prceptum1 quod perpetualiter mansurum esse jubemus1 ut dummodo taliter ipsius illius decrevit voluntas1 quod ipsas villas in supr scriptis locis nobis voluntario ordine visus est lesouverpisse vel condonasse1 et nos prdicto viro illi ex nostro munere largitatis1 sicut ipsius illius decrevit voluntas1 concessimus1 hoc est1 tam in terris1 domibus1 accolabus1 mancipiis1 vineis1 silvis1 campis1 pratis1 pascuis1 aquis1 aquarum discursibus1 ad integrum quidquid ibidem ipsius illius portio fuit1 dum advixerit1 absque aliqua diminutione de qualibet re usufructuario ordine debeat possidere1 et post ejus discessum memoratus ille hoc habeat1 teneat et possideat1 et suis posteris aut cui voluerit ad possidendum1 relinquat4 7,form4 #ac4 ,l4 #a47 ,l'usage qui constate la formule qu'on vient de lire1 est une des choses les plus surprenantes de notre histoire4 ,le prsident de ,montesquieu en parle1 7,l4 #cj1 ,c4 #h17 et pour expliquer comment on fut intress dnaturer ainsi ses propres1 il avance que ceux qui possdoient des bnfices1 avoient de trs-grands avantages4 ,il en fait l'numration1 et ces privilges ne sont autre chose que ceux que possdoient tous les ,leudes1 en vertu de la prestation du serment de fidlit4 ,je dfie de pouvoir me citer un texte qui prouve1 qu'avant l'hrdit des bnfices1 les bnficiers jouissent de quelque prrogative qui ne leur ft pas commune avec tous les ,leudes4 ,je sais bien que ,montesquieu dit1 7,l4 #cj1 ,c4 #be17 que tout ,leude avoit un bnfice1 et que quand on lui enlevoit celui qu'il possdoit1 on lui en rendoit un autre2 mais il ne suffit pas d'avancer des faits1 il faut les prouver4 ,est-il permis de croire que les premiers ,mrovingiens eussent des domaines assez tendus pour donner un bnfice chaque ,leude8 ,si la possession d'un bnfice donnoit des privilges particuliers1 et si tout ,leude avoit un bnfice1 quel avantage auroit-il trouv convertir son propre en bnfice8 ,si chaque ,leude avoit en effet un bnfice1 pourquoi ,gontran auroit-il appris son neveu ceux qui il devoit en donner1 et ceux qu'il en devoit priver8 ,quos honoraret muneribus1 quos ab honore depelleret4 ,comment interprtoit-on diffrens articles du trait d',andely et de l'ordonnance porte par l'assemble de #fae1 que j'ai rapports dans les remarques prcdentes8 ,montesquieu croit que cette coutume de changer son propre ou son alleu en bnfice1 continua et eut sur-tout lieu dans les dsordres de la seconde race4 ,quoique personne ne respecte plus que moi cet illustre crivain1 je ne puis me soumettre son autorit1 puisque je vois1 au contraire1 que sous les premiers ,carlovingiens1 on prfroit les alleux aux bnfices1 et que les bnficiers tchoient de faire passer leurs bnfices pour des propres4 ,auditum habemus comites et alii homines qui nostra beneficia habere videntur1 comparant sibi proprietates de ipso nostro beneficio4 7,cap4 #e1 an4 #hje1 art4 #g47 ,audivimus quod alibi reddant beneficium nostrum ad alios homines in proprietatem1 et in ipso placito dato pretio comparant ipsas res iterm sibi in allodem4 7,ibid4 art4 #h47 ,ut missi nostri diligenter inquirant44444 quis de beneficio suo allodem comparavit vel struerit4 7,cap4 #c4 an4 #hab47 ,dans les dsordres de la seconde race1 et qui suivirent le rgne de ,louis-le-,dbonnaire1 il ne se donna pas un alleu pour le convertir en fief1 ou du moins1 on ne pourra en citer aucun exemple4 ,il s'tablit alors un ordre tout nouveau dans le gouvernement de l'tat1 et comme on le verra la fin du second livre de cet ouvrage1 il se forma une relation nouvelle entre les seigneuries1 et dont on ne peut tirer aucune lumire pour claircir les coutumes de la premire race4 ,si des seigneurs1 qui possdoient des terres en alleu1 consentirent les tenir en fief1 et reconnotre un suzerain1 ils ne donnrent point leurs domaines2 ils se contentrent de les soumettre aux devoirs du vasselage1 soit pour se faire un protecteur dans un temps o tous les seigneurs se faisoient la guerre1 soit par ce qu'ils y toient forcs par un voisin puissant et ambitieux4 ,il est vident que dans le temps que ,marculfe crivoit1 les propres devoient tre regards comme des biens plus srs1 plus solides1 plus prcieux que les bnfices1 qui avoient prouv mille rvolutions diffrentes4 ,si on voulut cependant changer son propre en bnfices1 il falloit donc que le bnfice confrt quelque privilge fort estim2 et quel autre privilge pouvoit-ce tre que de confrer1 ainsi que je l'ai conjectur1 une distinction particulire aux familles bnficiaires8 #cc ,consecratio episcopos et reliquos ,domini sacerdotes1 tam servili qum cteris adscriptis conditionibus semper liberos facit1 idcirco prcipimus ut nullus ab eis nisi divina requirat servitia4 7,l4 #f1 ,capit4 art4 #aah47 ,de his qui sculum relinquunt propter servitium impediendum1 et tunc neutrum faciunt1 ut unum duobus eligant1 aut planiter secundm canonicam aut secundm regul institutionem vivant1 aut servitium dominicum faciant4 7,ibid4 ,l4 #e1 art4 #bde47 ,de liberis hominibus qui ad servitium ,dei se tradere volunt1 ut pris hoc uno faciant qum nobis licentiam postulent4 ,hoc ide quia audivimus aliquos ex illis non tam caus devotionis hoc fecisse1 qum pro exercitu seu ali fonctione regali fugiend4 7,ibid4 ,l4 #a4 art4 #aad47 #cd ,hortatu omnium fidelium nostrorum et maxim episcoporum ac reliquorum sacerdotum1 servis ,dei per omnia omnibus armaturam portare1 vel pugnare1 aut in exercitum et in hostem pergere omnin prohibuimus4 7,cap4 #a1 an4 #gfi1 art4 #a47 ,volumus ut nullus sacerdos in hostem pergat1 nisi duo vel tres tantm episcopi electione cterorum1 propter benedictionem et prdicationem1 populique reconciliationem444444 ,hi ver nec arma ferant nec ad pugnam pergant444444 ,reliqui ver qui ad ecclesias suas remanent1 suos homines ben armatos nobiscum1 aut cum quibus jusserimus1 dirigant4 7,cap4 #h1 an4 #hjc47 #ce ,qui instante antiquo hoste audivimus quosdam nos suspectos habere1 proptere quod concessimus episcopis et sacerdotibus ac reliquis ,dei servis ut in hostes1 nisi duo aut trs cteris electi1 et sacerdotes similiter perpauci ab eis electi1 non irent1 sicut in prioribus nostris continetur capitularibus1 nec ad pugnam properarent1 nec arma ferrent1 nec homines tam christianos qum paganos necarent1 nec agitatores sanguinum fierent1 vel quicquam contra canones facerent1 quod honores sacerdotum et res ecclesiarum auferre vel minuere eis voluissemus2 quod nullatens facere velle1 vel facere volentibus consentire omnes scire cupimus4 ,sed quant quis eorum amplis suam normam servaverit1 et ,deo servierit1 tanto eum plus honorare et cariorem habere volumus4 7,cap4 de ,baluze1 ,t4 ,i1 p4 #daj47 ,,chapitre ,,vi4 #cf ,on voit en effet que le fameux maire broin s'autorisa d'un faux ,clovis qu'il disoit fils de ,clotaire ,,ii4 #cg ,c'est ici le lieu de rendre compte1 en peu de mots1 du systme du prsident de ,montesquieu sur les fiefs4 ,il est bien surprenant qu'avec tant de lumires1 cet crivain soit all chercher l'origine des fiefs dans les coutumes des ,germains4 ,chez les ,germains1 dit-il1 7,l4 #cj1 ,c4 #c17 il y avoit des vassaux et non pas des fiefs4 trange proposition6 ,n'est-ce pas le fief qui constitue seul le vassal8 ,il n'y avoit point de fiefs1 parce que les princes n'avoient point de terres donner1 ou plutt les fiefs toient des chevaux de bataille1 des armes1 des repas4 ,en se voyant forc de regarder comme des fiefs1 des chevaux de bataille1 des armes et des repas1 comment ,montesquieu ne s'est-il pas aperu qu'il toit dans l'erreur8 qu'il est dangereux de faire un systme6 ,il y avoit des vassaux1 parce qu'il y avoit des hommes fidelles qui toient lis par leur parole4 ,mais il y a eu dans toutes les nations des hommes fidelles qui toient lis par leur parole2 et jamais cependant personne n'a prtendu que le gouvernement des fiefs ait t le gouvernement de toutes les nations4 ,ils toient engags pour la guerre1 et faisoient peu prs le mme service que l'on fit depuis pour les fiefs4 ,nos soldats sont donc aujourd'hui des vassaux de la couronne2 leur engagement et leur paye sont donc des fiefs4 ,aprs avoir pris des chevaux de bataille1 des armes et des repas pour des fiefs1 il n'est pas surprenant que le prsident de ,montesquieu ait donn la mme qualification aux dons que les rois ,mrovingiens faisoient de quelques parties de leurs domaines1 et que j'ai appels simplement des bnfices4 ,vouloir que tout don soit un fief1 c'est certainement confondre toutes les ides4 ,si ces mots sont synonymes1 il est inutile de rechercher l'origine des fiefs dans l'histoire des barbares qui ont dtruit l',empire ,romain2 qui ne voit pas que les fiefs seroient aussi anciens que le monde1 qu'ils dureroient autant que les socits1 et appartiendroient galement toutes les espces de gouvernement8 ,le fief a toujours t dfini1 quod pro beneficio ,dominus dat e lege1 ut qui accipit1 militi munus aliudve servitium exhibeat4 ,c'est cette ide qu'on doit avoir d'un fief pour le distinguer d'un simple don1 qui fait que je n'ai donn que le nom de bnfices aux terres que les rois de la premire race donnoient aux ,leudes4 ,en effet1 ces dons n'imposoient aucune obligation particulire au ,leude qui les recevoit1 et le bnficier n'toit tenu qu' ne point trahir le serment de fidlit qu'il avoit prt pour tre admis dans la classe des ,leudes1 c'est--dire1 ne rien faire qui ft contraire aux intrts du prince4 ,qu unus de fidelibus ac leodibus1 est-il dit dans l'ordonnance publie en #fae1 par l'assemble de ,paris1 suam fidem servando ,domino legitimo1 interregno faciente1 visus est perdidisse1 generaliter absque aliquo incommodo de rebus sibi just debitis prcipimus revestiri4 7,art4 #ag47 ,si les bnficiers du prince avoient eu remplir quelque devoir qui ne ft pas commun tous les ,leudes1 l'ordonnance en auroit sans doute parl4 ,il n'est question que de garder sa foi1 et on ne trouve rien dans les monumens de la premire race1 qui invite croire qu'un ,leude prtt un nouveau serment lorsqu'il toit gratifi d'un bnfice1 ou qu'il contractt quelque nouvelle obligation1 soit l'gard du service militaire1 soit l'gard du service domestique dans le palais4 ,quelle autorit pourroit-on apporter pour prouver que les officiers de la personne du prince1 ou ceux qui composoient son conseil ou sa cour de justice1 n'exerassent leurs fonctions qu'en vertu de quelque bnfice ou de quelque domaine qui leur auroit t donn8 ,montesquieu prtend que les bnficiers toient tenus au service militaire en consquence de leur bnfice2 mais il est prouv1 par tous les monumens de notre histoire1 que servir la guerre n'toit point un devoir particulier aux bnficiers1 puisque tout citoyen toit soldat1 et oblig d'aller la guerre quand il toit command4 ,si on servoit la guerre parce qu'on toit bnficier1 les simples ,leudes1 qui n'avoient point de bnfice1 toient donc exempts du service militaire2 mais qui pourra jamais penser qu'une telle exemption ft le privilge des grands d'une nation qui n'aimoit et n'estimoit que la guerre8 ,comment le prsident de ,montesquieu prouve-t-il son sentiment8 ,est-ce en citant ,grgoire de ,tours1 quelque charte1 quelque loi1 quelque ordonnance des rois ,mrovingiens8 ,non1 je trouve des capitulaires de ,charlemagne1 de ,louis-le-,dbonnaire1 de ,charles-le-,chauve1 c4 ,je trouve jusqu'aux tablissemens de ,s4 ,louis1 quoiqu'il convienne lui-mme1 7,l4 #cj1 ,c4 #g17 que ,charles ,martel fonda de nouveaux fiefs qu'il faut bien distinguer des premiers1 et 7,l4 #ca1 ,c4 #bc17 qu'il se fit alors une espce de rvolution dans les lois fodales4 ,pourquoi donc veut-il appliquer aux bnfices antrieurs ,charles ,martel1 ce qui ne convient qu' ceux que ce maire cra8 ,pour satisfaire un lecteur un peu au fait de notre histoire1 il ne faut lui prsenter que des autorits presque contemporaines1 ou du moins qui ne tiennent pas des temps spars par des rvolutions considrables4 ,les ,franais1 toujours inconsidrs1 inconstans et peu attachs leurs principes1 se sont vus dans des circonstances trop diffrentes sous la premire1 la seconde et la troisime race1 et ils ont obi trop servilement la bizarrerie de la fortune et des vnemens1 pour qu'on puisse expliquer avec quelque suret les usages d'un sicle1 par les lois et les coutumes du temps postrieur4 ,faute de cette rgle de critique1 sans laquelle on s'garera toujours en crivant sur l'histoire de ,france1 le prsident de ,montesquieu a confondu les seigneuries1 les bnfices et les fiefs1 ou a spar des choses qui toient unies2 de-l vient encore une obscurit dont on ne s'aperoit pas1 quand on lit superficiellement1 comme la plupart des lecteurs1 mais fatigante pour des personnes qui1 lisant pour s'instruire1 veulent acqurir des vrits1 et les avoir en ordre4 ,il ne faut regarder les bnfices des ,mrovingiens que comme un tablissement qui donna lieu ,charles ,martel de crer des fiefs1 qui d'abord ne furent eux-mmes qu'un tablissement conomique et domestique1 et qui ayant fait1 ainsi que je le dirai dans le livre suivant1 des progrs trs-considrables la faveur des troubles qui ruinrent les successeurs de ,charlemagne1 devint le droit public1 gnral et politique de la nation4 #ch ,nous n'avons aucune des chartes par lesquelles ,charles ,martel confra des bnfices1 et c'est une grande perte pour les personnes qui aiment l'histoire de ,france2 car on verroit sans doute dans ces chartes quelles conditions il donna des bnfices4 ,on y trouveroit les preuves les plus compltes de la rvolution arrive sous sa rgence1 dans une partie de l'administration qui avoit dj excit tant de troubles et prouv plusieurs changemens4 ,on a vu1 dans le corps mme de mon ouvrage1 les raisons qui purent dterminer ,charles ,martel imposer des devoirs particuliers ses bnficiers3 ces motifs1 j'en ajouterai ici un nouveau1 c'est que ce seigneur se trouvoit dans une situation toute diffrente de celle des rois ,mrovingiens4 ,ceux-ci1 par une suite naturelle des anciens principes du gouvernement1 avoient des ,leudes accoutums leur tre attachs4 ,on ne leur contestoit point d'tre le centre de la puissance publique3 leurs intrts toient dans le fond les mmes que ceux de la nation4 ,charles ,martel1 au contraire1 comme duc d',austrasie1 et maire de ,bourgogne et de ,neustrie1 ne possdoit qu'une dignit nouvelle et suspecte une grande partie des ,franais4 ,ne voulant point voir de roi au-dessus de lui1 et gouvernant sa nation avec un sceptre de fer1 il eut besoin1 pour affermir sa fortune1 de se faire des soldats qui n'appartinssent qu' lui1 qui fussent obligs de dfendre ses intrts personnels1 et trouvassent dans son arme et dans son palais ce qui pouvoit satisfaire la fois leur avarice et leur ambition4 ,les motifs raisonnables de faire une chose ne sont qu'une foible preuve qu'elle ait t faite1 quand on parle des hommes en gnral2 mais il n'en est pas de mme lorsqu'il est question d'un homme aussi habile que ,charles ,martel4 ,la premire preuve que les bnfices de ,charles ,martel furent confrs sous la condition de le servir dans son palais et dans ses guerres1 c'est que ses bnficiers commencrent tre appels vassaux1 mot qui jusques-l n'avoit signifi qu'un domestique4 ,voyez le glossaire de du ,cange1 au mot vassas4 ,pourquoi ces bnficiers auroient-ils t appels vassaux1 s'il n'y avoit eu une certaine ressemblance entre les devoirs auxquels ,charles ,martel les soumit1 et ceux de la domesticit8 ,avant la rgence de ce maire1 rien n'indique1 ainsi que je l'ai dj dit1 que les bnficiers contractassent de nouvelles obligations1 et fussent spcialement engags remplir de certains devoirs2 aprs cette poque1 mille et mille monumens1 au contraire1 le disent1 et pour ne pas ennuyer le lecteur1 je n'en citerai ici que quelques-uns4 ,quicumque ex eis qui beneficium principis habent1 parem suum contr hostes communes in exercitum pergentem dimiserit1 et cum eo ire aut stare noluerit1 honorem suum et beneficium perdat4 7,cap4 #b1 an4 #hab1 art4 #e47 ,de vassis dominicis qui adhuc intr casam serviunt1 et tamen beneficia habere noscuntur1 statutum est ut quicumque ex eis cum domno imperatore domi remanserint1 ,vassallos suos casatos secum non retineant1 sed cum comite cujus ,pagenses sunt1 ire permittant4 7,ibid4 art4 #g47 ,concedimus1 dit ,charles-le-,chauve dans une charte1 cuidam fideli nostro1 nomine ,rivelongo1 sub devotione servitii sui1 quasdam res juris nostri sitas1 c4 7,voyez dom ,bouquet1 ,t4 #h1 p4 #hce47 ,mes remarques sur le second livre seront remplies de passages qui prouvent la mme vrit4 ,frumoldus44444 magis infirmitate qum senectute confectus4444 habet beneficium non grande in ,burgundi1 in pago ,genawense ubi pater ejus comes fuit1 et timet illud perdere1 nisi vestra benignitas illi opituletur1 eo qud pr infirmitate qu premitur1 ad palatium venire non potest4 7,epist4 ,eginh4 ,dom ,bouquet1 ,tom4 #f1 p4 #cgd47 ,vassus dominicus44444 morbo pedum et senectute gravis volebat venire ad dominum imperatorem1 sed non potuit propter infirmitatem suam4 ,cum primm potuerit1 veniet ad servitium ejus4 ,interim postulat ut sibi liceat beneficium suum habere1 quod ei dominus ,karolus dedit in ,burgundia in pago ,genawense usquedum ille ad prsentiam ejus venerit1 ac se in manus ejus commandaverit4 7,epist4 ,eginh4 ,dom4 ,bouquet1 ,t4 #f1 p4 #cge47 ,voici en quels termes ginhard demande un bnfice pour un de ses amis4 ,est enim homo nobilis et bon fidei1 bene quoque doctus ad serviendum utilius in qualicumque negotio quod ei injunctum fuerit4 ,servivit enim avo et patri vestro fideliter et strenu4 7,ibid47 ,enfin1 les bnfices1 cause des services domestiques1 avoient tellement chang de nature1 qu'thicon1 frre de l'impratrice ,judith1 vit avec indignation que son fils eut reu en bnfice quatre mille manoirs de terre dans la ,haute ,bavire2 il crut sa maison dgrade4 #ci ,igitur memoratus ,princeps 7,carolus ,martellus7 consilio optimatum suorum1 filiis suis regna dividit4 7,cont4 ,fred4 ,part4 #c47 ,,chapitre ,,vii4 #dj ,nam pulsis ,romanis quid aliud quam bella omnium inter se gentium existent4 7,hist4 ,l4 #d47 #da ,voyez le code des ,bourguignons et celui des ,visigoths4 #db ,ecce pactiones qu inter nos 7,gunthramnum et ,chilpericum7 fact sunt1 ut quisquis sine fratris voluntate ,parisius urbem ingrederetur1 amitteret partem suam1 essetque ,polyoctus martyr1 cum ,hilario atque ,martino confessoribus1 judex ac retributor ejus4 7,greg4 ,tur4 ,l4 #g1 ,c4 #f47 ,la ville de ,marseille appartenoit de mme en commun ,gontran et ,childebert4 7,voyez ,greg4 de ,t4 ,l4 #f1 ,c4 #aa47 ,fin des ,remarques du ,livre premier4 ,,remarques ,,et ,,preuves ,,des ,observations sur l'histoire de ,france4 ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,,premier4 #dc ,l'exemple d'un grand a toujours t plus contagieux chez les ,franais que par-tout ailleurs2 et quand ,charles ,martel n'auroit tir aucun avantage des bnfices qu'il confra en son nom1 la vanit toute seule auroit port d'autres seigneurs faire des vassaux4 ,je ne me rappele aucun monument de notre histoire1 antrieur la rgence de ,charles ,martel1 o il soit parl des vassaux qu'avoient les vques1 les abbs1 les comtes et les autres seigneurs2 aprs cette poque1 tout1 au contraire1 en est plein4 ,un capitulaire de ,pepin1 de l'an #geg1 art4 #f1 dit3 ,homo ,francus accepit beneficium de seniore suo1 et duxit secum suum vassallum1 etc4 ,ut vassi nostri et vassi episcoporum1 abbatum1 abbatissarum et comitum qui anno prsente in hostes non fuerunt1 ,heribannum rewadient4 7,cap4 ,l4 #d4 ,art4 #bj47 ,volumus atque jubemus ut vassalli episcoporum1 abbatum1 abbatissarum atque comitum et vassorum nostrorum talem legem et justitiam apud seniores suos habeant1 etc4 7,cap4 ,car4 ,cal4 ,baluze4 ,t4 #b4 p4 #bae47 ,je pourrois citer ici plusieurs autres autorits2 mais pour abrger1 je me contenterai de renvoyer une charte de l'an #hfi1 intitule3 ,prceptum ,caroli-,calvi pro ,dodone ,vasso ,otgerii4 ,libuit celsitudini nostr1 cuidam fideli nostro ,dodone1 ,vasso ,otgerii fidelis nostri1 de quibusdam rebus nostr proprietatis honorare atque in ipsius jure ac potestate conferre4 7,capit4 ,baluze4 ,t4 #b1 p4 #adhh47 ,je continue me servir du mot de bnfice dans l'histoire des premiers rois de la seconde race1 parce que celui de fief ne commena tre en usage que vers le temps de ,charles-le-,simple4 ,voyez le ,glossaire de ,ducange1 au mot ,feudum4 ,ce savant auteur remarque que les pices d'une date antrieure au rgne de ,charles-le-,simple1 dans lesquelles on trouve cette expression1 sont suspectes aux yeux des critiques4 ,les devoirs de ces vassaux des seigneurs toient de les accompagner la guerre1 de soutenir leurs querelles particulires et en les servant dans leurs maisons1 de leur former une cour brillante4 #dd ,tria tantum ,francorum regna esse cperunt2 ,burgundia ,gunthramni1 ,neustria ,chilperici1 ,austria ,sigiberti4 ,nec pleura deind ,merovei posteris dominantibus fuerunt4 ,poste ,chlotharius junior totius ,franci potens1 retent sibi ,neustri atque ,burgundi1 ,dagobertum filium suum regem ,austrasiorum constituendum curavit3 ,atque ex eo ,neustria ac ,burgundia semper1 dum ,merovingi apud ,francos regnrunt1 uni principi parure4 ,quare ,theodoricum quidem ,chlodovei minoris filium minimum1 regnantibus fratribus suis1 ,chlotario in ,neustria atque ,burgundia1 ,childerico in ,austria1 privatum egisse1 haudquaqum mirum fuit4 ,nec enim regnum ullum supererat quod ipsi daretur4 7,had4 ,vales ,req4 ,franc4 ,l4 #bb47 #de ,omnes optimates suos1 duces et comites ,francorum1 episcopos quoque ac sacerdotes ad se venire prcipit 7,pipinus74 ,ibique un cum consensu procerum suorum quali sorte inter duos filios ,karolum et ,karlomannum1 regnum ,francorum paterno jure divisit4 7,annal4 ,metens4 ,cap4 de an4 #gfh47 ,le nouvel ordre de succession dont j'ai parl dans mon ouvrage1 est videmment prouv par les lois de ,charlemagne et de ,louis-le-,dbonnaire4 ,quod si talis filius cuilibet istorum trium fratrum natus fuerit1 quem populus eligere velit ut patri suo succedat in regni hereditate1 volumus ut hoc consentiant patri ipsius pueri1 ut regnare permittant filium fratris sui in portione regni quam pater ejus et frater eorum obtinuit4 7,chart4 ,divis4 ,imp4 ,car4 ,mag4 ,an4 #hjf4 ,art4 #e47 ,si ver aliquis illorum decedens1 legitimos filios reliquerit1 non inter eos potestas ipsa dividatur2 sed potis populus pariter conveniens1 unum ex eis1 quem dominus voluerit1 eligat4 7,chart4 ,divis4 ,imp4 ,lud4 ,pii4 ,art4 #ad47 ,monemus etiam totius populi nostri devotionem et sincerissim fidei pene apud omnes populos famosissimam firmitatem1 ut si is filius noster1 qui nobis divino nutu successerit1 absque liberis legitimis rebus humanis excesserit1 propter omnium salutem et ecclesi tranquillitatem et imperii unitatem1 in eligendo uno ex liberis nostris1 si superstites fratri suo fuerint1 eam quam in illius electione fecimus conditionem imitentur4 7,ibid4 ,art4 #ah47 ,voyez dans le recueil de ,baluze1 le troisime article du capitulaire que ,charles-le-,chauve publia l'an #hei1 et le serment que ,louis-le-,bgue fit son couronnement3 ,ego ,hludowicus misericordi ,domini ,dei nostri et electione populi1 rex constitutus1 promitto1 etc4 ,le ,p4 ,daniel prtend1 dans sa prface historique1 que la couronne devint purement lective sous les rois de la seconde race2 et que les ,franais1 en levant ,pepin sur le trne1 ne s'toient point engags choisir toujours leurs rois dans sa famille4 ,comment accorder une pareille opinion avec les passages qu'on vient de lire8 ,le grand argument de cet historien infidelle1 c'est que le pape ,etienne ne fait pas mention de ce pacte dans le discours qu'il pronona au sacre de ,pepin et de ses fils4 ,le pape eut sans doute ses raisons pour se taire sur cet article2 et il n'est pas difficile de les deviner4 ,convenoit-il de faire valoir ce serment au milieu d'une crmonie qui rappeloit tous les esprits que les ,franais avoient viol celui qu'ils avoient fait aux princes ,mrovingiens8 ,mais je veux que le pape ,etienne n'ait eu aucun motif de passer sous silence le serment des ,franais au couronnement de ,pepin2 de quelle force peut tre une preuve ngative qui est dmentie par les autorits les plus graves8 ,le silence du pape ne peut donc rien prouver contre les droits de la famille de ,pepin1 sur-tout quand on voit que ce mme pape les reconnot et les tablit lui-mme de la manire la plus forte4 ,une pice imprime dans le recueil de ,dom ,bouquet1 7,t4 #e1 p4 #i17 ne permet pas d'en douter4 ,francorum principes benedictione et spirits sancti grati confirmavit2 et tali omnes interdictu et excommunicationis lege constrinxit1 ut numqum de alterius lumbis regem in vo prsumant eligere1 sed ex ipsorum4 ,le quatrime et le cinquime argumens du ,p4 ,daniel prouvent que la couronne toit lective1 mais ne dtruisent point ce que j'ai avanc1 que l'lection devoit regarder un prince de la maison de ,pepin4 ,ce qu'il ajoute au sujet de ,boson1 de ,rodolphe1 d',eude1 etc4 qui se firent couronner rois1 dmontre seulement qu'il y avoit des usurpateurs1 ce que personne n'ignore2 et que les princes de la seconde race1 tombs enfin dans le mme avilissement que ceux de la premire1 et aussi incapables qu'eux de faire respecter les lois anciennes1 et de conserver leur dignit1 alloient subir le mme sort et perdre le trne4 ,je n'en dis pas davantage2 il est fcheux d'avoir rfuter un historien qui se trompe de propos dlibr4 ,,chapitre ,,ii4 #df ,maxima ex parte civitates et episcopales sedes tradit sunt laicis cupidis ad possidendum1 vel clericis scortatoribus et publicanis seculariter ad perfruendum444 inveniuntur etiam quidam inter eos episcopi1 qui lict se fornicarios et adulteros dicant non esse1 sont tamen ebriosi vel venatores1 pugnant in exercitu armati1 et effundunt propri manu sanguinem hominum1 sive paganorum1 sive ,christianorum4 ,c'est ainsi que ,s4 ,boniface crivoit au pape ,zacharie en #gdb4 ,voyez ,dom ,bouquet1 ,t4 #d1 pag4 #cd4 #dg ,consuetudo autem nunc temporis talis erat1 ut non spis1 sed bis in anno placita duo tenerentur4 7,hincm4 de ,ord4 ,pal4 ,c4 #bi47 ,ut ad mallum venire nemo tardet1 primm circa statem1 secundo circa autumnum4 7,capit4 #a1 an4 #gfi1 art4 #ab47 ,on voit par cette loi que les ,franais conservoient toujours leur ancienne indiffrence pour leurs assembles4 ,par les mots placita et mallum1 dont on se servoit ordinairement pour dsigner les plaids ou assises de justice1 dans lesquels les rois1 les ducs1 les comtes et leurs officiers jugeoient les affaires des particuliers1 il faut entendre ici les assembles de la nation1 qu',eginhard appelle dans ses annales1 conventus generalis4 ,on n'en doutera pas1 si on jette les yeux sur l'ouvrage d',hincmar1 que je viens de citer4 ,placita et mallum sont employs ici par extension1 parce que dans ces assembles gnrales1 on jugeoit quelquefois les affaires majeures qui intressoient la tranquillit publique1 comme l'infidlit de ,tassillon1 duc des ,bavarrois1 et la rvolte de ,bernard1 roi d',italie4 ,tout le monde sait que c'est dans une assemble de la nation1 tenue ,nimgue en #hca1 que la femme de ,louis-le-,dbonnaire se purgea des accusations intentes contre elle par ses beaux-fils4 ,il est vident que les deux passages que je viens de citer1 ne peuvent point s'entendre de la cour de justice du roi1 qui se tenoit bien plus souvent1 ainsi que nous l'apprennent plusieurs pices anciennes1 et principalement une lettre des empereurs ,louis-le-,dbonnaire et ,lothaire4 ,sciatis ob hanc causam nos velle per singulas hebdomadas uno die in palatio nostro ad causas audiendas sedere4 7,dom ,bouquet ,t4 #f1 p4 #cdc47 ,j'ai cru cette remarque ncessaire1 parce que j'ai vu que plusieurs crivains confondent les assembles de la nation avec la cour de justice du roi2 et que cette erreur1 toute grossire qu'elle est1 est adopte par bien des personnes1 et jette une confusion extrme dans notre histoire4 #dh ,quelques crivains croient que le peuple n'entra point dans les assembles du champ de ,mai1 sous la seconde race2 il suffira de rapporter ici quelques autorits pour dtromper de cette erreur4 ,si tempus serenum erat1 sin autem1 intr diversa loca distincta erant1 ubi et hi abundanter segregati semotim2 et ctera multitudo separatim residere potuissent1 pris tamen cter inferiores person interesse minim potuissent4 ,qu utraque tamen seniorum susceptacula sic in duobus divisa erant1 ut prim omnes episcopi2 abbates vel hujusmodi honorificentiores clerici1 absque ull laicorum commixtione congregarentur4 ,similiter comites vel hujusmodi principes sibimet honorificabiliter ctera multitudine primo mane segregarentur4 7,hinc4 de ,ord4 ,pal4 ,c4 #ce47 ,par l'expression1 ctera multitudo1 on ne peut entendre que le peuple1 ou ce que nous avons depuis appel le tiers-tat4 ,vult dominus imperator ut in tale placitum quale ille nunc jusserit1 veniat unusquisque comes1 et adducat secum duodecim scabinos1 si tanti fuerint1 sin autem1 de melioribus hominibus illius comitats suppleat numerum duodenarium1 et advocati1 tam episcoporum1 abbatum et abbatissarum ut eis veniant4 7,cap4 #b1 an4 #hai1 art4 #b47 ,voil les personnes comprises par le ctera multitudo d',hincmar4 ,il ne peut y avoir de difficult sur la condition de ces scabins ou rachinbourgs4 ,j'en ai parl dans le livre prcdent2 c'toient les assesseurs des juges1 et le peuple les nommoit4 ,pour les avous des glises1 ils n'toient encore dans ce temps-l que des hommes du peuple1 des espces d'intendans d'un vque ou d'un monastre4 ,ce n'est que vers la fin de la seconde race1 ou au commencement de la troisime1 que les seigneurs ne ddaignrent pas ce titre1 qui les constituoit capitaines des milices de l'glise dont ils toient avous4 ,les advoueries devinrent des fiefs considrables1 et pareils aux ,vidamies4 ,voyez le ,glossaire de ,ducange au mot advocatus4 ,ut populus interrogetur de capitulis qu in lege noviter addita sunt1 et postqum omnes consenserint1 subscriptiones et manufirmationes suas in ipsis capitulis faciant4 7,cap4 #c1 an #hjc47 ,hc ,capitula ,domnus ,hludowicus imperator1 anno imperii quinto cum universo ctu populi in ,aquigrani ,palatio promulgavit4 7,prol4 ,cap4 #a1 an #haf47 ,il faut remarquer que dans les ordonnances publies par les assembles prcdentes1 o il n'y avoit que des prlats et des seigneurs1 on ne s'exprimoit point ainsi2 on n'y trouve jamais le mot ,populus4 ,les annales de ,s4 ,bertin disent que le peuple assista l'assemble tenue ,nimgue en #hca4 ,ego ,agobardus1 ,lugdunensis ecclesi indignus episcopus1 interfui venerabili conventui apud palatium quod nuncupatur compendium4 ,qui ubique conventus extitit ex reverendissimis episcopis et magnificentissimis viris illustribus1 collegio quoque abbatum et comitum1 promiscuque tatis et dignitatis populo4 ,c'est l'assemble de #hcc4 7,voyez ,dom ,bouquet1 ,t4 #f1 p4 #bdf47 ,je ne finirois point1 si je voulois rapporter ici tous les passages de nos anciens monumens qui prouvent que le peuple entroit au champ de ,mai2 on en trouvera plusieurs rpandus et l dans les remarques du prsent livre2 je prie le lecteur d'y faire attention4 #di ,aliud placitum cum senioribus tantm et prcipuis consiliariis habebatur4 7,hincm4 de ,ord4 ,pal4 ,c4 #cj47 ,c'est toujours ce trait prcieux d',hincmar1 que je cite dans ce chapitre4 #ej ,les lois saliques et ripuaires1 et les ordonnances des premiers rois ,mrovingiens qui sont venues jusqu' nous1 ne sont point intitules au nom du prince4 7,voyez les capitulaires de ,baluze et le recueil des historiens de ,france1 par ,dom ,bouquet47 ,childebert1 en #eie1 mit le premier son nom la tte d'une ordonnance2 ,childebertus1 rex ,francorum vir inluster4 ,cette nouveaut toit une suite des progrs que l'autorit royale avoit faits depuis ,clovis4 ,elle fut vraisemblablement inspire ,childebert par les ,leudes ,gaulois d'origine1 qui toient accoutums voir le nom des empereurs la tte des ordonnances4 #ea ,capitula qu prterito anno legi ,salic cum omnium consensu addenda esse censuimus4 7,cap4 an4 #hja47 ,generaliter omnes admonemus ut capitula qu prterito anno legi ,salic per omnium consensum addenda esse censuimus1 jam non ulteris capitula1 sed tantm ,lex dicantur1 imm pro lege teneantur4 7,capit4 an4 #hba1 art4 #e47 ,capitularia patris nostri qu ,franci pro lege tenenda judicaverunt4 7,capit4 an4 #hcg47 ,lex consensu populi fit et constitutione ,regis4 7,capit4 an4 #hfd4 art4 #f47 #eb ,hincmar1 en parlant des malversations des comtes1 tablit trs-bien cette diffrence entre les lois et les capitulaires simplement provisionnels1 et qui n'toient pas revtus de l'autorit lgislative4 ,quand enim sperant aliquid lucrari1 ad legem se convertunt2 quand ver per legem non stimant acquirere1 ad capitula confugiunt2 sicque interdum fit1 ut nec capitula pleniter conserventur1 sed pro nihilo habeantur1 nec ,lex4 ,j'ajouterai encore ici une autorit1 qui ne laissera aucun doute sur cette matire4 ,ut si missi nostri talem causam in ill terr invenerint quam ad debitum finem1 neque per ista capitula1 nec per capitula progenitorum nostrorum1 neque per legalia capitula perducere possint1 nobis rationabiliter et veraciter remandare procurent1 ut nos illis remandemus qualiter ind agere debeant4 7,edict4 apud4 ,tusiacum4 an4 #hfe4 art4 #ae47 ,les rglemens particuliers et provisionnels avoient une trs-grande autorit1 ainsi que nous l'apprend un capitulaire de ,charles-le-,chauve4 ,ut nemo despiciat ,litteras nostr auctoritate aut filii nostri nomine signatas1 vel eorum quos in hoc ,regno cum illo dimittimus3 neque inobediens sit qu sibi mandata fuerunt4 ,quod si prsumpserit1 it mulctetur1 sicut in capitulari avi et domni genitoris nostri continetur4 7,cap4 an4 #hgg4 art4 #ba47 ,j'avertis les lecteurs qui veulent faire une tude srieuse de notre ancienne histoire1 d'avoir une attention particulire distinguer les capitulaires lgislatifs1 de ceux qui n'ont t que des rglemens provisionnels4 ,on peut les connotre diffrentes marques4 ,leur date1 la matire qu'ils traitent1 leur forme1 peuvent aider faire cette diffrence4 ,quelquefois un capitulaire en indique un qui n'est que provisionnel1 et un autre qui a titre de loi4 ,sous ,charlemagne1 on trouve peu des premiers2 ils sont plus frquens sous ,louis-le-,dbonnaire1 et trs-communs sous ,charles-le-,chauve2 c'est que ,charlemagne toit un trs-grand prince1 ,louis-le-,dbonnaire un homme mdiocre1 et ,charles-le-,chauve un prince absolument incapable de rgner4 ,sous ,charlemagne le gouvernement se formoit2 sous ,louis-le-,dbonnaire il se dformoit2 sous ,charles-le-,chauve il n'existoit plus4 #ec ,cum omnes capitalem sententiam proclamarent1 rex1 misericordi motus1 eo qud consanguineus esset1 obtinuit ab ipsis ,dei et suis fidelibus ut non moriretur4 7,ann4 ,meten4 an4 #ghh47 ,dixit enim ,dominus rex in edem synodo ut sede apostolic1 id est1 ab ,adriano pontifice licentiam habuisset1 ut ,angilramnum ,archiepiscopum in suo palatio assidu haberet propter utilitates ecclesiasticas2 deprecatus est eamdem synodum ut eodem modo sicut ,angilramnum habuerat1 it etiam ,hildeboldum episcopum habere debuisset2 quia et de eodem1 sicut et de ,angilramno apostolicam licentiam habebat4 ,omnis synodus consensit1 et placuit eis eum in palatio esse debere propter utilitates ecclesiasticas4 7,cap4 ,francofordiensis1 an4 #gid1 art4 #ec47 ,l'apocrisiaire avoit l'intendance gnrale des affaires de la religion dans le palais4 ,il toit encore chef ou prsident1 sous le roi1 de la cour suprieure de justice1 quand on y jugeoit quelque procs dans lequel un ecclsiastique toit partie4 ,le comte du palais en toit chef ou prsident1 sous le roi1 quand on y jugeoit les diffrends des lacs4 7,voyez ,hincmar1 de ,ord4 ,pal4 ,c4 #ac et suivans47 ,quapropter et nostros ad vos direximus missos1 qui ex nostri nominis auctoritate un vobiscum corrigerent qu corrigenda essent1 sed et aliqua capitula ex canonicis institutionibus1 qu magis nobis necessaria videbuntur1 subjunximus4 ,ne aliquis1 quso1 ,prlatis admonitionem esse prsumptiosam judicet1 qu nos errata corrigere1 superflua abscidere1 recta coactare studeamus4 ,sed magis benevolo caritatis animo suscipiat3 nam legimus in regnorum libris quomodo sanctus ,josias rex1 etc4 7,voyez les ,capit4 de ,baluze1 ,t4 #a1 pag4 #gjc47 #ed ,volumus propter justitias qu usquemod de parte comitum remanserunt1 quatuor tantum mensibus ii anno missi nostri legationes nostras exerceant1 in hieme januario1 in verno ,aprili1 in state ,julio1 in autumno ,octobrio1 cteris ver mensibus unusquisque comitum placitum suum habeat et justitias faciat4 7,capit4 #c1 an4 #hab1 art4 #d47 ,itaque volumus ut medio menso ,maio conveniant iidem missi1 unusquisque in sua legatione cum omnibus episcopis1 abbatibus1 comitibus ac vassis nostris1 advocatis1 ac vice-dominis abbatissarum1 nec non et eorum qui propter aliquam inevitabilem necessitatem ipsi venire ad locum unum4 ,et si necesse fuerit1 propter opportunitatem conveniendi in duobus vel tribus locis1 vel maxim propter pauperes populi1 idem conventus habeatur qui omnibus congruat4 ,et habeat unusquisque comes vicarios et centenarios suos necnon et de primis scabineis suis tres aut quatuor4 ,et in eo conventu primm christian religionis et ecclesiastici ordinis collatio fiat4 ,deinde inquirant missi nostri ab universis qualiter unusquisque illorum qui ad hoc nobis constituti sunt1 officium sibi commissum1 secundm dei voluntatem ac jussionem nostram1 administret in populo1 et qum concordes atque unanimes ad hoc sint1 vel qualiter vicissim sibi auxilium ferant ad ministeria sua peragenda4 7,cap4 an4 #hbc1 art #bh47 ,ce capitulaire est de ,louis-le-,dbonnaire2 mais on peut et on doit mme1 sans crainte de se tromper1 attribuer ,charlemagne l'tablissement des tats provinciaux dont je parle4 ,je prie de faire attention qu'on ne peut rien infrer contre mon sentiment1 du silence des capitulaires de ,charlemagne au sujet de ces tats1 puisqu'il s'en est perdu un assez grand nombre1 et qu'il s'en faut beaucoup que nous ayons un corps complet de sa lgislation ou de son administration4 ,en second lieu1 il seroit difficile de croire que les tats provinciaux fussent l'ouvrage de ,louis-le-,dbonnaire4 ,cet tablissement1 on le verra dans le quatrime chapitre de ce livre1 n'a aucune analogie avec le reste de la conduite de ce prince1 ou du moins avec la politique des personnes qui le gouvernoient4 ,charlemagne vouloit tre instruit de tout1 parce qu'il vouloit remdier tout1 et qu'il se sentoit les talens ncessaires pour russir4 ,il favorisoit en toute occasion la libert de la nation4 ,louis-le-,dbonnaire craignoit au contraire d'tre instruit des abus auxquels il n'avoit pas l'art d'apporter un remde efficace2 et les ministres de son autorit ne songeoient qu' l'tendre et en abuser4 ,en troisime lieu1 ma conjecture parot d'autant mieux fonde1 que ,louis-le-,dbonnaire avertit quelquefois dans ses capitulaires1 qu'il ne fait que copier ceux de son pre2 et on s'en appercevroit bien sans qu'il le dt1 sur-tout dans les occasions o il parot s'lever au dessus de lui-mme et avoir de grandes vues4 ,ut omnis episcopus1 abbas et comes1 except infirmitate vel nostr jussione1 nullam excusationem habeat quin ad ,placitum ,missorum nostrorum veniat1 aut talem ,vicarium suum mittat qui in omni caus pro illo reddere rationem possit4 7,cap4 #e4 an4 #hai1 art4 #bh47 #ee ,statuimus quoque cum consilio servorum ,dei et populi christiani1 propter imminentia bella et persecutiones cterarum gentium qu in circuitu nostro sunt1 ut sub precario et censu aliquam partem ecclesialis pecuni in adjutorium exercits nostri1 cum indulgentia ,dei1 aliquanto tempore retineamus1 e conditione1 ut annis singulis de unaquaque casata solidus1 id est1 duodecim denarii ad ecclesiam vel monasterium reddantur2 eo modo ut si moriatur ille cui pecunia commodata fuit1 ecclesia cum propri pecuni revestita sit4 ,et iterum1 si necessitas cogat1 aut princeps jubeat1 precarium renovetur et rescribatur novum4 ,et omnin observetur ut ecclesi vel monasteria penuriam non patiantur quorum pecunia in precario posita est2 sed si paupertas cogat1 ecclesi vel domui ,dei reddatur integra possessio4 7,c4 #b4 an4 #gdc47 ,cet usage des prcaires n'toit pas nouveau sous ,pepin4 ,dom ,bouquet nous a donn dans son recueil1 7,t4 #d1 p4 #fhg17 un diplome de ,dagobert ,,iii1 qui renouvelle les prcaires tablis par les rois ses prdcesseurs4 7,voyez la pice intitule3 ,prceptum ,dagoberti ,,iii regis quod facit super precarium de monasterio ,anisol1 ,ibboleno abbati47 #ef ,ita ut episcopo decedente1 in loco ipsius1 qui metropolitano ordinari debet cum provincialibus1 clero et populo eligatur2 et si persona condigna fuerit1 per ordinationem principis ordinetur2 vel cert si de palatio eligitur1 per meritum person et doctrin ordinetur4 7,ord4 an4 #fae1 art4 #a47 ,marculfe nous a donn la formule par laquelle les rois ,mrovingiens nommoient un vch1 ou plutt ordonnoient au mtropolitain de sacrer le candidat qu'ils lui adressoient4 ,domino sancto1 sedis apostolic dignitate colendo1 in ,christo patri illi episcopo1 ille rex ,credimus jam ad vestram reverentiam pervenisse sanct recordationis illius urbis antistitem evocatione divin de prsentis sculi luce migrasse4 ,de cujus successore sollicitudine integr1 cum pontificibus1 vel primatibus populi nostri pertractantes1 decrevimus illustri viro illi1 aut venerabili viro illi1 ad prfatam urbem pontificalem regulariter ,christo auspice committere dignitatem2 et ide salutationum jura digno debita honore solventes1 petimus ut cum ad vos pervenerit1 ipsum ut ordo postulat1 benedici vestra sanctitas non moretur1 et junctis vobis cum vestris comprovincialibus1 ipsum in supr scripta urbe consecrare1 ,christo auspice1 debeatis4 ,agat ergo almitas vestra1 ut et nostr voluntatem devotionis incunctanter debeatis implere1 et tam vos qum ipse1 pro stabilitate regni nostri jugi invigilatione plenis exoretis4 7,form4 #f4 ,liv4 #a47 ,sacrorum canonum non ignari1 ut in ,dei nomine sancta ecclesia suo liberis potiretur honore1 adsensum ordini ecclesiastico prbuimus1 ut scilicet episcopi per electionem cleri et populi1 secundm statuta canonum1 de propri dicesi1 remot personarum et numerum acceptione1 ob vit meritum et sapienti donum eligantur4 7,cap4 #a1 an4 #hjc1 art4 #b47 ,ut nullus judicum de quolibet ordine clericos de civilibus causis1 prter criminalia negotia1 per se distringere aut damnare prsumat1 nisi convincitur manifestus1 excepto presbytero1 aut diacono4 ,qui vero convicti fuerint de crimine capitali1 juxt canones distringantur et cum pontificibus examinentur4 7,ord4 an4 #fae1 art4 #d17 quod si causa inter personam publicam et homines ecclesi steterit1 pariter ab utrque parte prpositi ecclesiarum et judex publicus in audientia publica positi1 ea debeant judicare4 7,ibid4 art4 #e17 libertos cujuscumque ingenuorum sacerdotibus juxt textus chartarum ingenuitatis su defensandos1 nec absque prsenti episcopi aut prpositi ecclesi esse judicandos vel ad publicum revocandos4 7,ibid4 art4 #g47 ,ut nullus judex neque presbyterum1 neque diaconum aut clericum aut juniorem ecclesi1 extr conscientiam pontificis per se distringat aut condemnare prsumat4 ,quod si quis hoc fecerit1 ab ecclesi cui injuriam inrogare dignoscitur1 tamdi sit sequestratus1 quamdi reatum suum cognoscat et emendet4 7,cap4 an4 #gfi1 art4 #ag47 ,ut comites et judices seu reliquus populus obedientes sint episcopo4 7,cap #a4 an4 #hac1 art4 #aj17 et in vestris ministeriis pontifices nostros talem potestatem non permittatis1 qualem rectitudo ecclesiastica docet3 insuper nonas et decimas vel census improb cupiditate de ecclesiis1 und ipsa beneficia sunt1 abstrahere nitamini1 et precarias de ipsis rebus1 sicut nobis dudm in nostro capitulare institutum est accipere negligatis4 7,prcep4 ,c4 magn4 de honore prstando episcopis comitibus et aliis judicibus4 ,d4 ,b4 ,t4 #e4 p4 #gff47 ,prcipimus omnibus ditioni nostr subjectis ut nullus privilegia ecclesiarum vel monasteriorum infringere1 resque ecclesiarum invadere1 vel vastare1 vel alienare1 vel facultates earum diripere prsumat1 nec sine precaria possidere pertentet4 7,c4 #a1 an4 #hac1 art4 #c47 ,sicut et per scripturas et per auctoritatem1 et per rationem1 manifestum est1 duo sunt quibus principaliter mundus hic regitur1 regia potestas et pontificalis autoritas2 et in libro capitulorum avi et patris nostri conjunct ponitur1 ut res et mancipia ecclesiarum eo modo contineantur1 sicut res ad fiscum dominicum pertinentes contineri solent just et rationabiliter de rebus et mancipiis qu in regi et in ecclesiastic restitur fuerunt1 uniformiter et uno modo tenendum est4 7,capit4 an4 #hgc1 art4 #h47 #eg ,ut quisque beneficium ecclesiasticum habet1 ad tecta ecclesi restauranda1 vel ipsas ecclesias omnin adjuvent4 7,c4 #a1 an4 #hac1 art4 #bd47 ,ut qui ecclesiarum beneficia habent1 nonam et decimam ex iis ecclesi cujus res sunt1 donent444 ,ut de omni conlaborato1 et de vino1 et de fno pleniter et fideliter ab omnibus nona et decima persolvatur4 ,de nutrimine ver quod in decima dandum est1 sicut hactens consuetudo fuit1 de omnibus observetur4 ,si quis tandem episcoporum fuerint qui argentum pro hoc accipere velit1 in sua maneat potestate1 juxt quod ei ut illi qui hoc persolvere debet1 convenerit4 7,capit4 ,baluz4 ,t4 #a1 p4 #abbi47 ,ut hi qui per beneficium domni imperatoris ecclesiasticas res habent1 decimam et nonam dare1 et ecclesiarum restaurationem facere studeant4 7,c4 an4 incerti1 art4 #ef4 ,baluz4 ,t4 #a4 p4 #eae47 ,considerandum est ut de frugibus terr et animalium nutrimine non et decim persolvantur4 ,de opere ver vel restauratione ecclesiarum comes et episcopus sive abbas1 un cum misso nostro quem ipsi sibi ad hoc elegerint1 considerationem faciant1 ut unusquisque tantum ind accipiat ad operandum et restaurandum quantm ipse de rebus ecclesiarum habere cognoscitur4 ,similiter et vassi nostri aut in commune tantm operis accipiant1 quantm rerum ecclesiasticarum habent1 ut unusquisque per se juxt quantitatem quam ipse tenet4 7,cap4 #d1 an4 #hai1 art4 #e47 ,de his qui nonas et decimas jam per multos annos aut ex parte aut ex toto dare neglexerunt volumus ut per missos nostros constringantur ut secundm capitularem1 priorem solvant unius anni nonam et decimam cum sua lege1 et insuper bannum nostrum2 et hoc eis denuncietur quod quicumque hanc negligentiam iteraverit1 beneficium und hc nona1 hc decima persolvi debuit1 amissurum se sciat4 ,it enim continetur in capitulare bon memori genitoris nostri in 7libro #a1 ,c4 #aeh17 item in capitulare nostro in 7libro #b1 ,c4 #ba17 de eadem re4 7,c4 an4 #hbi1 art4 #e4 capitis #a47 ,ces diffrentes autorits que je viens de rapporter au sujet de la dme1 ne peuvent certainement regarder que les seigneurs qui possdoient des prcaires4 ,il est bien singulier que plusieurs crivains en aient infr que sous le rgne de ,charlemagne on tablit une dme gnrale en faveur des ecclsiastiques4 ,si cette charge avoit t impose sur tous les biens1 seroit-il possible qu'il n'en ft point parl1 l'occasion de la dme que devoient les prcaires8 ,celle-ci donna vraisemblablement naissance l'autre4 ,ut presbyteri parrochiani suis senioribus debitam reverentiam et competentem honorem atque obsequium suum ministerium impendant1 sicut in legibus sacris et in prsentis capitulis continetur1 et sicut temporibus avi et patris nostri justa et rationabilis consuetudo fuit4 7,c4 an4 #hfi1 art4 #h47 ,statutum est unicuique ecclesi unus mansus integer absque ullo servitio attribuatur1 et presbyteri in eis constituti non de decimis neque de oblationibus fidelium1 non de domibus1 neque de atriis1 vel hortis juxt ecclesiam positis1 neque de prscripto manso aliquod servitium prter ecclesiasticum faciant1 et si aliquid amplis habuerint1 ind senioribus servitium impendant4 7,capit4 an4 #haf1 art4 #aj47 ,ut de rebus und census ad partem regis exire solebat1 si ad aliquam ecclesiam tradit sunt1 aut tradentur propriis hredibus1 aut qui eas retinuerit1 vel censum illum persolvat4 7,c4 #c1 an4 #hab47 ,quicumque terram tributariam und tributum ad partem nostram exire solebat1 vel ad ecclesiam vel cuilibet alteri tradiderit1 is qui eam susceperit1 tributum quod ind solvebatur1 omnin ad partem nostram persolvat1 nisi fort talem firmitatem de parte dominica habeat per quam ipsum tributum sibi perdonatum possit ostendere4 7,capit4 #d1 an4 #hai1 art4 #a47 #eh ,census regalis undecumque legitim exiebat1 volumus ut ind solvatur sive de propria persona sive de rebus4 7,capit4 #b1 an4 #hje1 art4 #bj47 ,ut missi nostri census nostros diligenter perquirant1 undecumque antiquits venire ad partem regis solebant1 similiter et freda4 7,capit4 #c1 an4 #hab1 art4 #aj47 ,voyez le livre #e des capitulaires1 7,capit4 #cjc71 au sujet des corves et des autres droits que les seigneurs levoient sur les gens de leurs terres4 ,placuit inserere ut ubi lex erit1 prcellat consuetudini1 et ut nulla consuetudo superponatur legi4 7,cap4 an4 #gic1 art4 #aj47 ,de teloneis placet nobis ut antiqua et justa telonea negociatoribus exigantur1 tam de pontibus qumque de navigiis et mercatis2 nova ver sive injusta1 ubi vel funes tenduntur1 vel cum navibus sub pontibus transitur2 seu his similia1 in quibus nullum adjutorium iterantibus prstatur1 ut non exigantur2 similiter etiam nec de his qui sine negotiandi caus substantiam suam de un domo su ad aliam aut ad palatium seu in exercitum ducunt4 7,capit4 #b1 an4 #hje1 art4 #ac7 ,ut nullus cogatur ad pontem ire ad flumen transeundum propter telonei causam2 quand ille in alio loco compendiosis illud flumen transire potest1 similiter et in plano campo1 ubi nec pons nec trajectus est1 ubi omnimodis prcipimus ut non teloneum exigatur4 7,capit4 #a1 an4 #hji1 art4 #ai47 #ei ,cum calcearetur et amiciretur1 non tantm amicos admittebat1 verm etiam si comes palatii litem aliquam esse diceret1 qu sine ejus jussu definiri non poterat1 statim litigantes introducere jubebat1 et velut pro tribunali sederet1 lite cognit sententiam dicebat4 7,eginh4 in vit4 ,car4 ,mag4 ,c4 #bd47 ,neque ullus comes palatii nostri potentiorum causas sine nostr jussione finire prsumat1 sed tantm ad pauperum et mins potentium justitias faciendas sibi sciat esse vacandum4 7,capit4 ,l4 #c1 ,c4 #gg47 #fj ,quicumque liber homo in hostem bannitus fuerit1 et venire contempserit1 plenum heribannum1 id est1 solidos sexaginta persolvat4 7,cap4 ,l4 #c1 ,c4 #eg47 ,ita ver prparatus cum hominibus tuis ad prdictum locum venies1 ut ind in quacumque partem nostra fuerit jussio1 exercitabiliter ire possis1 id est1 cum armis atque utensilibus necnon et ctero instrumento bellico1 in victualibus et vestimentis1 ita ut unusquisque caballarius habeat scutum1 et lanceam1 et spatham1 et semispatham1 arcum et pharetras cum sagittis1 et in carris vestris utensilia diversi generis1 id est1 cuniadas et dulaturias1 taratros1 ascias1 fossorios1 palas fereas1 et ctera utensilia qu in hostem sunt necessaria2 utensilia ver ciborum in carris de illo placito in futurum ad tres menses1 arma et vestimenta ad dimidium annum4 7,epist4 ,car4 ,mag4 ad ,fulradum ,abbatem ,dom4 ,fouquet1 ,t4 #e1 p4 #fcc47 ,cette lettre est sans date1 et fut sans doute crite avant qu'on et port la loi qui dfendoit aux ecclsiastiques de faire la guerre4 #fa ,le ,manoir1 ,mansus1 selon ,m4 ,ducange1 contient douze de nos arpens4 ,quicumque liber homo mansos quinque de proprietate habere videtur1 in hostem veniat3 et qui quatuor mansos1 similiter faciat1 qui tres habere videtur1 similiter agat4 ,ubicumque autem inventi fuerint duo quorum unusquisque duos mansos habere videtur1 unum alium prparare faciat3 et qui melis ex ipsis potuerit1 in hostem veniat4 ,et ubi inventi fuerint duo1 quorum unus habeat duos mansos1 et alter habeat unum mansum1 similiter1 se sociare faciant1 et unus alterum prparet1 et qui melis potuerit1 in hostem veniat4 ,ubicumque autem tres fuerint inventi1 quorum unusquisque mansum unum habeat1 duo tertium preparare faciant1 ex quibus qui melis potest in hostem veniat4 ,illi ver qui dimidios mansos habent1 quinque sextum prparare faciant1 c4 7,capit4 an4 #hjg1 art4 #b47 #fb ,quicumque liber homo inventus fuerit anno prsente cum ,seniore suo in hoste non fuisse plenum ,heribannum persolvere cogatur4 ,et si ,senior vel comes eum domi dimiserit1 ipse pro eo eumdem ,heribannum persolvat2 et tot ,heribanni ab eo exigantur quot homines domi dimiserit4 ,et quia nos anno prsente unicuique seniori duos homines1 quos domi dimitteret1 concessimus1 illos volumus ut missis nostris ostendat1 quia his tantummod ,heribannum concessimus4 7,cap4 #b1 an4 #hab1 art4 #i47 ,on vient de voir dans la note #fj que cette amende1 appele ,heriban1 toit de #fj sols4 ,ut vassi nostri1 et vassi episcoporum1 abbatum1 abbatissarum et comitum qui anno presente in hoste non fuerunt1 ,herribannum rewadient1 exceptis his qui propter necessarias causas et domno ac genitore nostro ,karolo constitutas1 domi dimissi fuerunt1 id est1 qui comite propter pacem conservandam1 et propter conjugem1 7les nouveaux maris n'alloient point la guerre la premire anne de leur mariage7 ac domum ejus custodiendam1 et ab episcopo1 vel abbate1 vel abbattiss similiter propter pacem conservandam1 et propter fruges colligendas1 et familiam constringendam et missos recipiendos dimissi fuerunt4 7,cap4 ,l4 #d1 art4 #gj47 ,,chapitre ,,iii4 #fc ,je ne voulois mettre ici que des remarques critiques1 pareilles celles qu'on a lues jusqu' prsent2 mais ayant eu la tmrit de dire que les grands ne sont grands que pour tre les artisans du bonheur du peuple1 il est juste de justifier une pense qui doit parotre un paradoxe quelques lecteurs qui me feront peut-tre l'honneur de jeter les yeux sur cet ouvrage4 ,parmi des citoyens qui furent ncessairement gaux en formant leur socit1 les distinctions n'ont pu tre que la rcompense du mrite1 ou du moins des services rendus tous1 et reconnus par une reconnoissance gnrale4 ,si les socits avoient bien compris leurs intrts1 toute distinction n'auroit t que personnelle2 et par-l l'amour de la gloire et l'mulation auroient sans cesse produit d'excellens citoyens4 ,mais il arriva que1 par une espce de reconnoissance enthousiaste1 on fit ou laissa passer jusques sur les fils de l'homme qui avoit bien mrit de la patrie1 les distinctions qui n'appartenoient qu' lui seul1 et qu'on permit l'orgueil de ses hritiers d'affecter de certaines prrogatives4 ,ds-lors il se fit un bouleversement entier dans l'ordre naturel des choses4 ,au lieu que la socit ne devoit accorder des distinctions que pour tre mieux servie1 ceux qui obtinrent ou usurprent ces distinctions1 se regardrent comme la socit mme1 et se firent servir par ceux dont ils sont naturellement les serviteurs4 ,l'orgueil des grands en imposa l'imbcillit du peuple1 qui se laissa persuader qu'il ne devoit tre compt pour rien4 ,l'abus que les grands font de leur grandeur est ancien1 mais leur devoir n'est pas moins rel4 ,l'tat est prodigue l'gard des grands2 que lui rend leur reconnoissance8 ,j'ajouterai qu'une socit n'est sage et heureuse qu'autant que sa constitution la rapproche de ces ides primitives4 ,charlemagne avoit compris cette grande vrit1 et c'est en empchant qu'aucun ordre ne domint imprieusement dans l'tat1 qu'il vouloit y tablir l'autorit des lois et les rendre impartiales4 ,je dirai encore un mot1 les grands ne peuvent trouver un bonheur vritable ou durable que dans le bonheur du peuple4 #fd ,auditum habemus qualiter et comites et alii homines qui nostra beneficia habere videntur1 comparant sibi proprietates de ipso nostro beneficio1 et faciant servire ad ipsas proprietates servientes nostros de eorum beneficio1 et curtes nostr remanent desert4 7,cap4 #e1 an4 #hjf1 art4 #g47 ,audivimus quod alibi reddant beneficium nostrum ad alios homines in proprietatem1 et in ipso ,placito dato pretio comparant ipsas res iterum sibi in ,alodum4 7,ibid4 art4 #h47 ,cette adresse des bnficiers pour dnaturer leurs bnfices et en faire des propres ou des alleux1 dmontre que les bnfices de ,charlemagne n'toient pas hrditaires4 ,les autorits que je vais rapporter1 dsignent les cas pour lesquels on perdoit les bnfices dont on toit investi2 et de l il est ais de conclure que le prince n'ayant pas la facult de les reprendre arbitrairement1 les confroit vie4 ,quicumque ex eis qui beneficium principis habent1 parem suum contra hostes communes in exercitum pergentem dimiserit1 et cum eo ire aut stare noluerit1 honorem suum et beneficium perdat4 7,cap4 #b1 an4 #hab1 art4 #e47 ,quicumque suum beneficium occasione proprii desertum habuerit1 et intr annum postqum ei comite vel misso nostro notum factum fuerit1 illud emendatum non habuerit1 ipsum beneficium amittat4 7,cap4 #d an4 #hai1 art4 #c47 ,on voit par ce dernier passage1 qu'il y avoit mme des formalits et des dlais de justice observer1 pour dpouiller un vassal de son bnfice4 ,aprs le trait d',andely1 et l'ordonnance de #fae1 qui avoient tabli l'hrdit des bnfices ,mrovingiens1 il toit tout simple que ,charles-,martel et les princes de sa maison1 qui donnrent des bnfices1 ne se rservassent pas le droit odieux de les reprendre arbitrairement4 #fe ,les rois ,mrovingiens accordrent des lettres de protection ou de sauve garde2 ,marculfe nous en a conserv le modle dans quelques-unes de ses formules4 ,je ne sais si ces princes apportrent de ,germanie cette pernicieuse coutume1 ou si elle n'est qu'une suite de l'abus qu'ils firent de leur autorit aprs la conqute4 ,quoi qu'il en soit1 les rois de la seconde race conservrent cette prrogative1 qui n'toit propre qu' ruiner les principes du gouvernement4 ,ut hi qui in mundeburde domini imperatoris sunt1 pacem et deffensionem ab ommibus habeant4 7,capit4 an4 ,incerti1 art #ed4 ,baluz4 ,tit4 #a1 p4 #eae47 ,notum fieri volumus omnibus fidelibus nostris444 quod quidam homines1 quorum nomina sunt illa et illa1 ad nostram venientes prsentiam1 petierunt et deprecati sunt nos ut eos propter malignorum hominum infestationes1 sub securitate tuitionis nostr susciperemus1 quod libenter fecimus444 ,et si aliqu caus adverss illos surrexerint1 qu intr patriam sine gravi et iniquo dispendio definiri non possunt1 volumus ut usque ad prsentiam nostram sint suspens et reservat1 quatens ibi justam et legalem finitivam accipiant sententiam1 et nemo eis ad nos veniendi facultatem contradicere presumat4 7,charta #cf1 ,lud4 ,pii4 ,d4 ,bouquet1 ,t4 #f1 p4 #feb47 ,constituimus ut omnes qui sub speciali defensione domini apostolici seu nostr fuerint suscepti2 impetrat inviolabiliter utantur defensione4 ,quod si quis in quocumque violare prsumpserit1 sciat se periculum vit incursurum4 7,const4 ,lotharii ,im4 an4 #hbd4 ,dom ,bouquet1 ,t4 #f1 p4 #daj47 ,,chapitre ,,iv4 #ff ,plusieurs historiens ont dit que ,bernard prit les armes1 parce qu'il prtendoit1 en qualit de fils de ,pepin1 frre an de ,louis-le-,dbonnaire1 que l'empire lui appartenoit4 ,la conjecture n'est pas heureuse4 ,ces historiens1 sans connoissance de notre gouvernement sous la seconde race1 n'ont pas fait attention que la couronne toit alors lective1 et que la dignit impriale n'toit encore attache la possession d'aucun royaume particulier4 ,il n'est pas vraisemblable que ,bernard ait form une prtention contraire toutes les lois1 et qui n'auroit t propre qu' soulever les ,franais contre lui4 #fg ,volumus etiam ut capitula qu nunc et alio tempore consultu nostrorum fidelium nobis constituta sunt1 cancellario nostro archiepiscopi et comites de propriis civitatibus modo1 aut per se1 aut per suos missos accipiant1 et unusquisque per suam dicessim cteris episcopis1 abbatibus1 comitibus1 et aliis fidelibus nostris ea transcribi faciant1 et in suis comitatibus corm omnibus relegant1 ut cunctis nostra ordinatio et voluntas nota fieri possit4 ,cancellarius tamen noster nomina episcoporum et comitum qui ea accipere curaverint1 notet1 et ea ad nostram notitiam preferat1 ut nullus hoc prtermittere prsumat4 7,cap4 an4 #hbc1 art4 #bd47 ,quicumque illud 7beneficium7 scienter per malum ingenium adquirere tentaverit1 pro infideli teneantur1 quia sacramentum fidelitatis quod nobis promisit irritum fecit2 et ide secundum nostram voluntatem et potestatem dijudicandus est4 7,capit4 ,l4 ,c4 #cd47 #fh ,hc autem omnia it disposuimus atque ex ordine firmare decrevimus1 ut quamdi divin majestati placuerit nos hanc corporalem agere vitam1 potestas nostra sit super ,deo conservatum regnum atque imperium istud1 sicut hactens fuit in regimine atque ordinatione et omni dominatu regali atque imperiali1 et ut obedientes habeamus prdictos dilectos filios nostros atque ,deo amabilem populum nostrum cum omne subjectione qu patri filiis1 et imperatori ac regi suis populis exhibetur4 7,chart4 divis4 ,imp4 ,car4 ,mag4 art4 #bj47 ,veut-on avoir une ide juste de l'autorit que ,charlemagne exeroit dans les royaumes qu'il avoit donns ses fils8 qu'on lise la lettre qu'il crivit en #hjg ,pepin son fils1 roi d',italie4 7,dom ,bouquet1 ,t4 #e1 p4 #fbi47 #fi ,neque aliquis illorum hominem fratris sui pro quibuslibet causis sive culpis ad se confugientem suscipiat1 nec intercessionem quidem pro eo faciat2 quia volumus ut quilibet homo peccans vel intercessione indigens1 intr regnum domini sui vel ad loca sancta vel ad honoratos homines confugiat1 et ind justam intercessionem mereatur4 7,char4 divis4 ,imper4 ,car4 ,magni1 artic4 #g47 ,quapropter prcipiendum nobis videtur ut post nostrum ab hac mortalitate discessum1 homines uniuscujusque eorum accipiant beneficia unusquisque in regno domini sui1 et non in alterius1 ne fort per hoc1 si aliter fuerit1 scandalum aliquod accidere posset4 7,ibid4 art4 #i47 ,prcipimus ut nullus ex his tribus fratribus suscipiat de regno alterius quolibet homine traditionem seu venditionem rerum immobilium1 hoc est1 terrarum1 vinearum atque silvarum1 servorumque qui jam casati sunt1 sive cterarum rerum qu hreditatis nomine censentur4 7,ibid4 art4 #aa47 ,si qu autem fmin1 sicut fieri solet1 inter partes et regna fuerint ad conjugium postulat1 non denegentur just poscentibus1 sed liceat eas vicissim dare et accipere1 et adfinitatibus populos inter se sociari4 7,ibid4 art4 #ab47 #gj ,volumus ut semel in anno1 tempore opportune1 vel simul vel sigillatim1 juxt quod rerum conditio permiserit1 visitandi et videndi1 et de his qu necessaria sunt1 et qu ad communem utilitatem vel ad perpetuam pacem pertinent1 mutuo fraterno amore tractandi grati ad seniorem fratrem cum donis suis veniant4 ,et si fort aliquis illorum qulibet inevitabili necessitate impeditus venire tempore solito et opportuno nequiverit1 hoc seniori fratri legatos et dona mittendo significet2 it dntaxat ut cum primm possibilitas congruo tempore adfuerit1 venire qulibet cavillatione non dissimulet4 7,chart4 divis4 ,imp4 ,lud4 ,pii1 art4 #d47 ,ces prsens dont il est parl dans ce passage1 toient une espce d'hommage ou de tribut par lesquels on reconnoissoit la supriorit ou la juridiction de celui de qui on approchoit4 ,tels toient les dons que les seigneurs faisoient tous les ans au roi1 en se rendant sa cour ou au champ de ,mai4 ,c'est en se conformant l'esprit de cette disposition tablie par ,louis-le-,dbonnaire1 que ,lothaire1 ,louis-le-,germanique et ,charles-le-,chauve1 insrrent la convention suivante dans leur premier trait de paix4 ,ut regum filii legitimam hreditatem regni1 secundm definitas prsenti tempore portiones1 post eos retineant1 et hoc quicumque ex his fratribus superstes fratribus fuerit1 consentiant2 si tamen ipsi nepotes patruis obedientes esse consenserint4 7,art4 #i47 ,volumus atque monemus ut senior frater1 quand ad eum aut unus aut ambo fratres suis cum donis1 sicut prdictum est1 venerint1 sicut cum major potestas1 ,deo annuente1 fuerit attributa1 it et ipse1 pro fraterno amore1 largiori dono remuneret4 7,chart4 ,divis4 ,imp4 ,lud4 ,pii1 art4 #e47 ,item volumus ut nec pacem nec bellum contr exteras et inimicas nationes absque consilio et consensu senioris fratris nullatens suscipere prsumat4 7,ibid4 art4 #g47 ,volumus etiam ut si alicui illorum post decessum nostrum tempus nubendi venerit1 ut cum consilio et consensu senioris fratris uxorem ducat4 7,ibid4 art4 #ac47 ,si autem1 et quod ,deus avertat1 et quod nos minim optamus1 venerit ut aliquis illorum propter cupiditatem rerum terrenarum1 qu est radix omnium malorum1 divisor aut oppressor ecclesiarum vel pauperum extiterit1 aut tyrannidem1 in qu omnis crudelitas consistit1 exercuerit1 prim secret1 secundm ,domini prceptum1 per fideles legatos semel1 bis et ter de su emendatione commoneatur2 et si renisus fuerit1 accersitus fratre corm altero fratre1 paterno ac fraterno amore moneatur et castigetur4 ,et si hanc salubrem admonitionem penits spreverit1 communi omnium sententi quid de illo agendum sit decernatur2 ut quem salubris ammonitio nefandis actibus revocare non potuit1 imperialis potentia communisque omnium sententia coerceat4 7,ibid4 art4 #aj47 ,je n'ai point parl ici de ,pepin1 roi d',aquitaine4 ,il mourut avant son pre1 et sa mort1 ,louis-le-,dbonnaire dshrita ses enfans4 ,ce ,pepin eut un fils nomm ,pepin comme lui1 qui causa beaucoup de troubles dans le royaume4 ,il obtint un tablissement considrable en ,aquitaine1 et son ambition n'en fut point satisfaite4 ,il fit la guerre1 fut battu et fait prisonnier par son oncle ,charles-le-,chauve1 qui le fora prendre l'habit de religieux4 ,il finit par apostasier1 et se mit la tte d'une bande de ,normands qui ravageoient le royaume4 #ga ,je ne parlerai ici que d'une dvotion commode pour les pcheurs1 et qui contribua beaucoup enrichir l'glise4 ,au lieu de se dpouiller pendant leur vie de leurs biens1 pour se racheter des peines de l'enfer1 ce qui auroit exig une conversion sincre et vritable1 on leur persuada qu'il suffisoit qu'ils changeassent leurs terres en prcaires3 c'est--dire1 qu'ils les donnoient quelque glise ou quelque monastre qui leur en laissoit la jouissance pendant toute leur vie et s'en emparoit leur mort4 ,ide un cum consensu fratrum nostrorum hanc epistolam tibi emittendam decrevimus1 ut ipsum locum cum omni integritate1 un cum ,dei grati1 et nostr voluntate1 absque prjudicio sancti illius diebus vit tu usualiter tibi liceat tenere1 et post tuum quoque discessum ipse locus cum omni integritate vel re ameliorat vel supraposito partibus nostris vel ipsius ,basilic revertatur4 7,form4 ,sirm4 #cd1 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #dhh47 #gb ,mandat enim 7,carolus calvus7 ut recordemini ,dei et vestr christianitatis1 et condoleatis atque compatiamini huc sanct ecclesi qu vobis et ab illis miserabiliter est oppressa et deprdata1 et qu crudeliter ex alter parte persequitur paganis4 7,cop4 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #he47 ,lupus1 abb de ,ferrires1 crivoit en #hdd1 que ,charles-le-,chauve vouloit le chasser de son abbaye pour la donner ,egilbert4 ,dans d'autres lettres le mme abb se plaint amrement de ce qu'on enlevoit des terres son monastre4 7,dom ,bouquet1 ,t4 #g1 p4 #dhh47 ,je n'ajouterai qu'une charte de ,charles-le-,chauve1 cite par ,ducange1 dans son glossaire au mot vassus1 article vassallus indominicatus4 ,concedimus ibidem auctoritate regi omnes res ejusdem ecclesi1 qu quondam fuerunt ab e abstract1 et quas modo nostri indominicati vassalli tenent1 ut quia ipsi nobis secum dimicaverunt fideliter1 in vita sua tantm1 consensu ejusdem supradicti episcopi eos teneant4 ,,chapitre ,v4 #gc ,si vos adhuc talem causam postulare volueritis qu ad suum honorem et ad vestrum profectum pertineat1 paratus est etiam in hoc secundm vestram petitionem facere juxt consilium fidelium suorum4444 ,quoniam si omnes converti ad alium volueritis1 paratus est vos omnes secundm sanct ecclesi utilitatem et suum honorem et vestrum communem profectum recipere et salvare et honorabiles semper habere1 et nulli unquam imputare1 in quantm ad se pertinet1 quidquid negligenter factum habetis de ejus servitio1 aut in ist caus contr illum egistis444 ,et si aliqua pars ex vobis ad ejus senioratum et ad ejus fidelitatem reverti voluerit1 similiter est paratus eos benign recipere1 et erg illos omnimod adimplere qu superis scripta sunt4 7,cap4 au4 #hef4 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #he et #hf47 ,rogavit fideles suos ut sine ull mal suspicione de illius iracundi aut animi commotione communiter qurant et inveniant2 atque describant hoc quod ille secundm suum ministerium facere debet1 et qu facere illum non condeceant4 ,et ubicumque inventum fuerit quod fecit1 quod facere non debuit1 paratus est ut cum ,dei adjutorio et fidelium suorum consilio hoc1 qum citis cum ratione et possibilitate emendare potuerit1 emendet1 et in ante corrigat et correcta custodiat4 ,et quod facere debuit quod ad salutem et honestatem illius pertinuit1 et aliquid mins fecit1 hoc cum ,dei adjutorio et fidelium suorum consilio et auxilio facere1 qum citis cum ratione et possibilitate potuerit1 faciat4 7,ibid4 art4 #h47 ,quantm sciero et potuero1 ,domino adjuvante2 absque ull dolositate1 et consilio et auxilio secundm meum ministerium et secundm meam personam fidelis vobis adjutor ero1 ut illam potestatem quam in regio nomine et regno vobis ,deus concessit1 ad ipsius voluntatem et ad vestram ac fidelium vestrorum salvationem cum debito et honore et vigore tenere et gubernare possitis1 et pro ullo homine non me ind retraham1 quantm ,deus mihi intellectum et possibilitatem donaverit4 ,et ego 7,carolus7 quantm sciero et rationabiliter potuero1 domino adjuvante1 unumquemque vestrm secundm suum ordinem et personam honorabo1 et honoratum ac salvatum absque ullo dolo ac damnatione1 vel deceptione conservabo1 et unicuique competentem legem et justitiam conservabo1 sicut fidelis rex suos fideles per rectum honorare et salvare et unicuique competentem legem et justitiam in unoquoque ordine conservare et indigentibus et rationabiliter petentibus rationabilem misericordiam debet impendere4 ,et pro nullo homine ab hoc1 quantm dimittit humana fragilitas1 per studium aut malevolentiam1 vel alicujus indebitum hortamentum deviabo1 quantm mihi ,deus intellectum et possibilitatem donaverit4 ,et si per fragilitatem contr hoc mihi subreptum fuerit1 cum hoc recognovero1 voluntari illud emendare curabo4 7,capit4 an4 #heh1 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #ii47 ,cette pice est une des plus importantes du rgne de ,charles-le-,chauve1 qui soient parvenues jusqu' nous4 ,ce serment rciproque devint le seul lien politique entre les ,franais1 et servit d'unique base au droit public que nos pres connurent tant que dura le gouvernement fodal4 ,je prie le lecteur de faire une attention particulire ce capitulaire4 #gd ,volumus ut cujuscumque nostrm homo1 in cujuscumque regno sit1 cum seniore suo in hostem 7les guerres prives que se faisoient les seigneurs7 vel aliis suis utilitatibus pergat1 nisi talis regni invasio quam ,lanteveri dicunt1 quod absit1 acciderit1 ut omnis populus illius regni ad eam repellendam communiter pergat4 7,capit4 an4 #hdg1 ad ,marsnam1 art4 #a1 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #dd47 #ge ,en #hae ,louis-le-,dbonnaire accorda un seigneur nomm ,jean et ses descendans1 un bnfice considrable dans la comt de ,narbonne2 omnia per nostrum donitum habeant ille et filii sui et posteritas illorum4 7,dom ,bouquet1 ,t4 #f4 p4 #dgb47 ,dans le mme volume1 p4 #egd1 pareille donation faite en #hcb ,aginulfus p4 #eha2 ,adalbertus en #hcb1 p4 #faa2 ,sulbertus en #hcf1 p4 #fbh2 ,eccarius en #hci4 ,voyez encore les pages #fdf1 #fdg1 #fdh1 etc4 ,un si grand nombre de chartes de cette nature conserves jusqu' nos jours1 prouve que ,louis-le-,dbonnaire consentoit aisment rendre ses bnfices hrditaires4 ,si aliquis ex fidelibus nostris post obitum nostrum1 ,dei et nostro amore cumpunctus1 sculo renuntiare voluerit et filium vel talem propinquum habuerit qui reipublic prodesse valeat1 suos honores1 prout melis voluerit1 ei valeat placitare4 7,cap4 an4 #hgg1 art1 #aj1 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #bei47 ,dom ,bouquet1 dans sa collection des historiens de ,france1 ,t4 #h4 a publi un trs-grand nombre de chartes de ,charles-le-,chauve1 par lesquelles ce prince confre des bnfices avec droit d'hrdit4 ,quand il publia ce capitulaire1 il y a grande apparence qu'il ne lui restoit que fort peu de bnfices dont il ft le matre de disposer4 ,on pourroit mme penser que par le mot honores de l'article qu'on vient de lire1 il ne faut pas moins entendre les comts que les simples bnfices4 #gf ,si comes de isto regno obierit1 cujus filius nobiscum sit1 filius noster cum cteris fidelibus nostris ordinet de his qui eidem comiti pls familiares propinquiores fuerunt1 qui cum ministerialibus1 ipsius comitats1 et cum episcopo in cujus parochi fuerit ipse comitatus1 ipsum comitatum prvideant usquedm nobis renuncietur1 ut filium illius qui nobiscum erit de honoribus illius honoremus4 ,si autem filium parvulum habuerit1 iisdem filius ejus cum ministerialibus ipsius comitatus1 et cum episcopo in cujus parochi consistit1 eumdem comitatum prvideant donec obitus prfati comitis ad notitiam perveniat1 et ipse filius ejus per nostram concessionem de illius honoribus honoretur4 7,capit4 an4 #hgg1 art4 #c1 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #bfi47 ,il parot par cet article que ,charles-le-,chauve s'toit seulement rserv le droit de donner l'investiture des comts l'hritier4 ,les rois ses successeurs ne jouirent pas long-temps de cet avantage2 du moins il n'en toit plus question1 quand ,hugues-,capet parvint la couronne4 ,parmi les chartes de ,louis-le-,dbonnaire1 que ,dom ,bouquet a fait imprimer1 la #bame4 intitule3 ,securitas1 et qui se trouve1 ,t4 #f1 p4 #fdc1 prouve que les comtes commenoient s'arroger le droit de confrer les bnfices du roi1 situs dans l'tendue de leur province ou comt1 et que les pourvus demandoient seulement la confirmation du prince4 ,dans le diplome que ,louis-le-,dbonnaire donna en #hae aux ,espagnols qui s'toient retirs sur les terres de sa domination1 pour viter les mauvais traitemens des ,sarrasins1 on lit3 ,noverint tamen iidem ,hispani sibi licentiam nobis esse concessam1 ut se in vassalicum comitibus nostris more solito commendent4 ,et si beneficium aliquod quisquam eorum ab eo1 cui se commendavit1 fuerit consecutus1 sciat se de illo tale obsequium seniori suo exhibere debere1 quale nostrales homines de simili beneficio senioribus suis exhibere solent4 7,art4 #f1 ,baluz4 ,t4 #a1 p4 #edi47 ,l'expression more solito1 fait conjecturer que ,charlemagne avoit dj permis aux comtes1 pour leur donner plus d'autorit et de considration1 de confrer des bnfices royaux4 ,sans doute que cette permission ne fut accorde qu'aux comtes des provinces les plus loignes1 et qu'ils ne disposoient que des bnfices les moins importans4 ,c'est de-l que naquit l'abus dont les progrs durent tre trs-rapides pendant le cours des dsordres qui agitrent les rgnes de ,louis-le-,dbonnaire et de ses fils4 #gg ,episcopi1 singuli in suo episcopio1 missatici nostri potestate et auctoritate fungantur4 7,cap4 an4 #hdf1 art4 #ab47 #gh ,si on a lu mes remarques avec quelque attention1 on y aura trouv mille passages qui prouvent que la jurisprudence des appels fut pratique par les ,franais sous les ,mrovingiens et les premiers ,carlovingiens4 ,voyez ,hincmar de ,ord4 ,pal4 ,il est certain1 d'un autre ct1 que toutes les justices dans le royaume toient souveraines1 quand ,hugues ,capet monta sur le trne2 j'en donnerai des preuves dans le livre suivant3 il faut donc que cette rvolution soit arrive sous les derniers princes de la seconde race4 #gi ,sous la premire race on ne connoissoit que deux sortes de biens1 les bnfices dont j'ai assez parl dans le cours de mon ouvrage1 et les alleux qu'on distinguoit en propres et en acquts4 ,on me permettra de m'tendre sur cette matire4 ,par acquts on entendoit ce que nous entendons encore aujourd'hui1 c'est--dire1 des biens que le propritaire avoit acquis2 et par propres1 les biens qu'on tenoit de ses pres2 on les appeloit aussi terres saliques4 ,de terr ver salic1 nulla portio hreditatis mulieri veniat1 sed ad virilem sexum tota terr hreditas perveniat4 7,leg4 ,sal4 ,tit4 #f47 ,pour connotre ce que la loi des ,franais saliens appelle terre salique1 il suffit d'ouvrir la loi ripuaire2 on y lit1 ,tit4 #ef3 dum virilis sexus extiterit1 fmina in hreditatem aviaticam non succedat4 ,cette loi contient visiblement la mme disposition que la loi salique2 et j'en conclus que ce que l'une appelle hreditatem aviaticam1 des biens dont on a hrit de ses pres1 l'autre le nomme terre salique4 ,j'appuie mon observation par une des formules anciennes que le clbre ,j4 ,bignon a recueillies et mises la suite de celle de ,marculfe3 ,dulcissim atque in omnibus amantissim fili me illi1 ego vir magnificus ille1 omnibus non habetur incognitum quod sicut lex ,salica continet de rebus meis1 de eo quod mihi ex ,allode parentum meorum obvenit1 apud germanos tuos1 filios meos1 minim in hreditate succedere poteras4 ,proptere mihi prpatuit plenissima et integra voluntas1 ut hanc epistolam hreditariam in te fieri1 et adfirmare rogarem1 ut si mihi in hoc sculo superstes apparueris1 in omnes res meas1 tam ex ,alode parentum meorum1 qum ex meo contractu mihi obvenit1 c4 7,form4 #di47 ,ce n'est pas tout1 je placerai encore ici une formule de ,marculfe mme4 ,diuturna sed impia inter nos consuetudo tenetur1 ut de terr patern sorores cum fratribus portionem non habeant sed ego perpendens hanc impietatem1 sicut mihi ,domino qualiter donati estis1 it et me sitis qualiter diligendi1 et de rebus meis post meum discessum qualiter gratulamini1 ide que per hanc epistolam1 te1 dulcissima filia mea1 contr germanos tuos1 filios meos illos in omni hreditate me1 qualem et legitimam esse constituo hredem1 ut tam de ,alode patern1 qum de comparato1 vel mancipiis1 aut prsidio nostro1 vel quodcumque morientes reliquerimus qu lance cum filiis meis1 germanis tuis1 dividere vel exequare debeas1 c4 7,f4 #ab4 ,l4 #a47 ,ce seroit trop me dfier des lumires de mes lecteurs1 que de m'tendre en raisonnemens1 pour faire voir que ces deux formules nous apprennent que les terres saliques n'toient que des propres1 et que les pres pouvoient par un acte particulier1 droger la coutume ou la loi qui rendoient les femmes inhabiles cette succession4 ,que deviennent donc tous les systmes de plusieurs de nos historiens et de nos jurisconsultes sur la nature des terres saliques8 ,tout le monde se fait un systme de l'histoire de ,france1 pour s'pargner la peine de l'tudier4 ,mais je rentre dans mon sujet4 ,sous les successeurs de ,charles-le-,chauve1 toutes les possessions furent distingues en biens roturiers et en terres seigneuriales4 ,les terres roturires furent celles sur lesquelles les seigneurs tablirent des redevances1 des contributions1 des corves4 ,les terres seigneuriales furent appeles fiefs1 quand le propritaire1 en vertu de sa possession1 toit oblig de prter hommage un autre seigneur2 ainsi la ,normandie1 par exemple1 toit un fief1 parce que son duc prtoit hommage au roi de ,france4 ,les terres seigneuriales toient appeles alleux1 quand le propritaire1 ne prtant hommage aucun seigneur1 ne relevoit que de ,dieu et de son pe2 c'est--dire1 ne reconnoissoit sur terre aucun suzerain ou suprieur par rapport sa possession3 ainsi la seigneurie de ,hugues-,capet1 comme roi de ,france1 toit un alleu4 ,il y eut dans l'tendue du royaume de ,france1 plusieurs seigneuries qui furent des alleux4 ,dictus enim episcopus et successores sui vivarienses episcopi qui pro tempore fuerint1 jurare debebunt se esse fideles de personis et terris suis nobis et successoribus nostris regibus ,franci2 licet terram suam nemine tenere1 sed eam habere ,allodialem noscantur4 7,tract4 ,inter ,phib4 ,pulc4 et ,episc4 ,vivar4 art4 #b47 ,ce trait1 qui est du #b janv4 #acjg1 se trouve dans le recueil des ordonnances des rois de ,france1 commenc par de ,laurire1 et continu par ,secousse1 7,t4 #g1 p4 #g47 ,je dsignerai dsormais ce recueil par ordonnances du ,louvre4 #hj ,cette juridiction toit ancienne1 j'en tire la preuve d'un capitulaire de #ggi4 ,si vassus noster justitias non fecerit1 dni de justice1 tunc et comes et missus ad ipsius casam sedeant et de suo vivant quusque justitiam faciat4 7,art4 #aa47 ,cette juridiction subsistoit encore du temps de ,charles-le-,chauve et de son petit-fils ,carloman2 on verra par les passages suivans en quoi elle consistoit4 ,mandet comes vel public rei minister episcopo1 vel abbati1 vel illi quicumque locum episcopi1 vel abbatis1 vel abbatiss tenuerit1 vel potentis hominis in cujus potestatem vel proprietatem confugerit 7reus7 ut reddat ei reum4 ,si ille contradixerit et eum reddere noluerit1 in prim contradictione1 solidis #ae culpabilis judicetur2 si ad secundm inquisitionem eum reddere noluerit1 #cj solidis culpabilis judicetur4444 ,ipse comes veniens licentiam habeat ipsum hominem intr immunitatem qurendi1 ubicumque eum invenire potuerit444 ,si ver intranti in ipsam immunitatem vel in cujuslibet hominis potestatem vel proprietatem comiti collect manu quislibet resistere tentaverit1 comes hoc ad regem vel principem deferat444 ,it qui comiti collect manu resistere prsumpserit1 sexcentis solidis culpabilis judicetur4 7,cap4 ,pist4 an4 #hfd4 art4 #ah47 ,de nostris quoque dominicis vassallis jubemus1 ut si aliquis prdas egerit1 comes in cujus potestate fuerit1 ad emendationem eum vocet4 ,qui si comitem aut missum illius audire noluerit1 per forciam illud emendare cogatur4 7,cap4 an4 #hhb47 ,,chapitre ,,vi4 #ha ,boson1 beau-frre de ,charles-le-,chauve et gendre de l'empereur ,louis ,,ii1 fut plus ambitieux que les autres seigneurs4 ,ne se contentant pas d'usurper tous les droits de la souverainet dans son gouvernement ou comt d',arles1 il voulut porter le titre de roi de ,provence4 ,cette premire usurpation devint un exemple contagieux4 ,rodolphe s'tablit dans la ,bourgogne ,transjurane1 c'est--dire1 au-del du ,mont-,jura1 et donna naissance un second royaume de ,bourgogne1 qui fut bientt considrable par l'union du royaume d',arles ou de ,provence4 ,ce sont les provinces que ces princes ont occupes1 qu'on a appeles le pays de l',empire dans les ,gaules1 et qui relevrent des successeurs de ,louis-le-,germanique1 et non de ceux de ,charles-le-,chauve4 ,arnould1 fils naturel de l'empereur ,carloman1 et que la tache de sa naissance excluoit du trne2 ,si ver absque legitimis liberis1 aliquis eorum 7les fils de ,louis-le-,dbonnaire7 decesserit1 potestas illius ad seniorem fratrem revertatur1 et si contigerit illum habere liberos ex concubinis1 monemus ut erg illos misericorditer agat4 7,chart4 divis4 ,imp4 ,lud4 ,pii1 art4 #e47 ,arnould1 dis-je1 usurpa le royaume de ,germanie1 qu'il laissa son fils ,louis ,,iv2 et ce prince eut pour successeur ,conrad ,i1 duc de ,franconie1 que les ,allemands lurent pour roi4 ,en ,italie1 plusieurs seigneurs se disputrent le titre d'empereur et de roi1 jusqu' ce que les rois de ,germanie y firent reconnotre leur autorit1 et furent couronns empereurs4 #hb ,personne n'ignore quel prix ,charles-le-,chauve acheta l'empire1 aprs la mort de ,louis ,,ii1 son neveu4 ,voyez l'acte de son couronnement ,pavie4 ,la donation de ,constantin passoit alors pour une pice authentique2 on croyoit de bonne foi que ,rome appartenoit aux aptres ,s4 ,pierre et ,s4 ,paul1 et que le pape1 revtu de leurs pleins pouvoirs1 toit l'organe de leur volont4 ,le pape qui avoit t si petit avant le rgne de ,pepin1 et qui1 aprs avoir couronn ,charlemagne1 le salua comme son matre1 croyoit actuellement1 en nommant un empereur1 ne donner qu'une espce de vidame ou d'avou son glise4 ,pontifici consultissimum visum ,ottonem sibi defensorem adsciscere eodem fer1 quo ante ,carolum jure2 et quidem ut deinceps protectio illa sedis roman regno ,germani it conjuncta foret ut qui eo regno potiretur1 ad hanc quoque statim jus nancisceretur4 7,sev4 de ,monsanbano1 de ,stat4 ,imp4 ,germ4 ,l4 #a1 #ac47 ,tout le monde sait que cet ouvrage publi sous le nom de ,severin de ,monsanbano1 est du clbre ,puffendorf4 #hc ,ut nemo suo pari suum regnum aut suos fideles1 vel quod ad salutem sive prosperitatem ac honorem regium pertinet1 discupiat4 7,pact4 inter ,car4 ,cal4 et ejus fratres1 art4 #b47 ,ut unusquisque fideliter suum parem1 ubicumque necessitas illi fuerit1 aut ipse potuerit1 aut per se1 aut per filium1 aut per fideles suos1 et consilio et auxilio adjuvet4 7,ibid4 art4 #c47 #hd ,philippe-,auguste possdant un fief qui relevoit de l'vque d',amiens1 passa un acte avec ce prlat1 dans lequel il est dit3 ,voluit hc ecclesia et benign concessit ut fodum suum absque faciendo hominio teneremus1 cum utique nemini facere debeamus vel possimus4 ,de ces dernires paroles1 ,brussel conclut1 dans son trait1 de l'usage des fiefs1 p4 #aeb1 que le roi ne prtoit jamais hommage aucun seigneur4 ,mais si ces paroles1 cum utique nemini facere debeamus vel possimus1 sont une preuve de la proposition de ,brussel1 pourquoi ,philippe-,auguste1 si jaloux de ses droits1 et si habile les tendre1 regarde-t-il l'exemption de faire hommage l'vque d',amiens1 comme une grce8 ,c'est ce que signifie benigne concessit4 ,pourquoi traite-t-il avec ce prlat8 ,pourquoi se rachete-t-il d'un hommage qu'il ne doit pas1 en consentant de ne plus jouir chez cet vque du droit de gte8 ,brussel1 fort savant dans nos antiquits1 et dont l'ouvrage est plein de recherches trs-curieuses et trs-instructives1 savoit mieux que moi1 qu'il ne faut lire nos anciennes chartes qu'avec une extrme prcaution4 ,on doit souvent s'arrter plutt l'esprit gnral d'une pice1 qu' quelques expressions particulires qu'on y a glisses avec art4 ,l'vque d',amiens aura regard comme une petite vanit dans ,philippe-,auguste1 de dire qu'il ne devoit ni ne pouvoit faire hommage personne2 il lui aura permis d'insrer cette prtention dans son acte1 parce qu'elle ne portoit aucun prjudice aux droits de l'glise d',amiens1 et que le prince n'en avoit pas moins t oblig de se racheter de la prestation de l'hommage1 en renonant son droit de gte4 ,brussel rapporte dans son ouvrage un autre acte du mme prince1 avec l'vque de ,trouenne4 ,noverint universi quod ,lambertus1 ,morinensis episcopus1 nos et successores nostros absolvit et in perpetum quitos dimisit ab hommagio quod sibi facere debeamus de ,feodo ,hesdin4 ,pourquoi ,philippe-,auguste apprendroit-il tout le monde1 noverint universi1 que l'vque de ,trouenne l'a exempte de l'hommage1 si c'et t un droit du roi de n'en point prter8 ,il reconnot dans cette charte1 qu'il devoit l'hommage pour le fief d',hesdin3 il avoit donc tort1 en traitant avec l'vque d',amiens1 de dire qu'il ne devoit ni ne pouvoit faire hommage personne4 ,il y a apparence que l'vque de ,trouenne toit plus exact et moins complaisant que l'vque d',amiens4 ,je suis d'autant plus surpris de cette mprise de ,brussel1 qu'il remarque avec raison1 p4 #aed1 que quand le roi possdoit quelque terre relevante d'un seigneur1 il toit oblig d'en faire acquitter les services et les charges par un gentilhomme1 sous peine de confiscation4 ,dans un temps postrieur ,philippe-,auguste1 et o le gouvernement fodal touchoit sa ruine1 ,louis ,hutin lui-mme convenoit avec les gentilshommes de ,champagne1 qu'il n'acquerroit aucune possession dans les terres de ses barons sans leur consentement2 et que1 quant aux fiefs qui lui cherront1 ou par confiscation1 ou par succession1 dans les hautes-justices des seigneurs1 il les fera desservir1 ou en payera l'indemnit4 7,ordon4 du ,louvre1 ordon4 de ,mai #acae1 rendues la requte des nobles du comt de ,champagne1 t4 #a1 p4 #egc47 ,brussel rapporte1 p4 #aef1 que le roi ,charles ,,vii1 en #adci et #addb1 prta hommage1 par procureur1 l'vque de ,beauvais et l'abb de ,s4 ,denis4 #he ,hugues-,capet toit duc de ,france1 c'est--dire1 de la province appele aujourd'hui l'isle de ,france1 comte de ,paris et d',orlans4 ,son frre toit duc de ,bourgogne4 ,il avoit une sur marie ,richard1 duc de ,normandie4 #hf ,les raisons que je rapporte dans le corps de mon ouvrage1 pour prouver qu'il ne put point y avoir d'assemble de la nation qui dfrt la couronne ,hugues-,capet1 me paroissent former1 dans le genre historique1 une dmonstration laquelle on ne peut rien rpondre4 ,cependant1 je rapporterai dans cette remarque1 tout ce qu'on trouve dans nos anciennes chroniques1 au sujet de l'avnement de ,hugues-,capet au trne4 ,ludovicus1 ,francorum rex1 obiit eodem anno 7#ihg72 ,hugo ,dux1 rex ,francorum est elevatus ,noviomi4 7,ex chron4 ,floriacensi47 ,in primario flore juventutis obiit 7,ludovicus7 in quo deficit generatio regum ex familia ,caroli ,magni1 et succedit ex ali famili ,hugo rex4 7,ex chron4 ,virdunensi47 ,ludovico1 ,francorum rege1 mortuo1 ,francis regnum transferre volentibus ad ,karolum ducem fratrem ,lotharii regis1 dum ille rem ad consilium defert1 regnum ,francorum usurpat ,hugo1 filius ,hugonis4 7,ex chron4 ,sigiberti47 ,eodem anno rebellavit contra ,karolum1 dux ,francorum ,hugo1 eo qud accepisset ,karolus filiam 7,agnetem7 ,herberti comitis ,trecarum4 ,collecto igitur ,hugo exercitu copioso vald1 obsedit ,laudunum ubi commanebat ,karolus cum conjuge su4 7,ex ,chron4 ,hug4 ,floriacensis ,mon47 ,regnum pro eo accipere voluit patruus ejus ,karolus1 sed nequivit2 quia ,deus judicio suo meliorem eligit4 ,nam episcopus ,ascelinus montis ,laudunensis urbis hebdomad ante ,pascha post convivium in lecto quiescentem cum dolo cepit1 et consensu plurimorum ,hugo dux in regem elevatus est4 7,ex chron4 ,odoranni47 ,aprs avoir lu ces trois autorits1 que doit-on conclure d'un fragment imprim par ,dom ,bouquet1 ,t4 #h1 p4 #cjg2 il y est dit3 eodem anno1 id est1 #ihg4 ,franci assumentes ,hugonem memoratum ducem1 ,noviomo illum sublimant in regni ,solio4 ,traduire ,franci par assemble de la nation1 ne seroit-ce pas vouloir se tromper8 ,je conviens que ,hugues-,capet assembla ,noyon1 ses amis et ses parens1 dont il forma une assemble2 mais le duc ,charles avoit aussi rassembl ses partisans d'un autre ct4 ,ces assembles n'toient point lgales1 c'toient des conventicules qui ne reprsentoient en aucune manire la nation4 ,immatura adolescens 7,ludovicus7 prventus morte1 destitutum proprio hrede1 ,francorum dereliquit regnum4 ,san patruus ejus ,carolus conabatur1 si posset1 sui generis authoribus di possessum sibi vendicare regnum sed ejus voluntas nullum sortitur effectum4 ,nam ,franci primates1 eo relicto1 ad ,hugonem qui ducatum ,franci strenu tunc gubernabat1 magni illius ,hugonis filium1 se convertentes1 ,noviomo civitate ,solio sublimant regio4 7,ex chron4 ,s4 ,benigni ,divion47 ,par ,franci primates1 il ne faut entendre que les partisans de ,hugues-,capet1 les principaux seigneurs du duch de ,france1 et non pas de la nation franaise4 ,en effet1 il est impossible de citer quelque passage de nos anciens monumens1 d'o l'on puisse infrer que les vassaux immdiats de la couronne1 les seuls qui eussent alors quelque droit d'en disposer1 se soient trouvs ,noyon1 pour lever ,hugues-,capet sur le trne4 ,la chose est mme dmontre impossible par le peu de temps qui s'coula entre la mort de ,louis ,v et le couronnement de ,hugues-,capet4 ,l'un mourut le #ba ,mai de l'an #ihg2 et l'autre1 d'abord reconnu pour roi ,noyon1 fut sacr ,rheims1 le #c ,juillet de la mme anne4 ,remarquez encore que depuis que les peuples de chaque province avoient leurs souverains particuliers1 on commenoit ne les plus appeler que du nom particulier et distinctif de leurs pays4 ,burgundiones1 ,aquitani1 ,britanni1 ,normanni1 c4 ,on ne donnoit le nom de ,franci qu'aux habitans du duch de ,france4 ,je ne citerai plus qu'un fragment imprim par ,dom ,bouquet1 t4 #h1 p4 #bii1 car1 je ne veux pas abuser de la patience de mes lecteurs4 ,patruus autem ipsius ,carolus quem privatum senuisse supr prlibavimus1 paternum volens obtinere regnum1 incassm laborabat4 ,nam ejus voluntas nullum habuit effectum4 ,eo enim spreto1 ,francorum primates communi consensu ,hugonem qui tunc ducatum ,franci strenu gubernabat1 ,magni ,hugonis filium1 cujus jam mentio facta est1 ,noviomo sublimant regio solio1 eodem anno quo ,ludovicus adolescens obiit4 ,les mots communi consensu de ce passage1 prouvent bien qu'il ne faut entendre par ,francorum primates1 que les seigneurs les plus considrables du duch de ,france2 car1 il est certain que le duc ,charles avoit dans le royaume plusieurs amis puissans1 qui1 bien loin de reconnotre la nouvelle dignit de ,hugues-,capet1 lui firent la guerre avec chaleur4 ,les chroniques de ,s4 ,denis parlent de cette rvolution1 comme d'un vnement1 dont la violence et la force dcidrent4 ,fin des remarques du livre second4 ,,remarques ,,et ,,preuves ,,des ,observations sur l'histoire de ,france4 ,,livre ,,troisi,,me4 ,,chapitre ,,premier4 #hg ,sache bien ke selon ,diex ke tu n'as mie plenire poote seur ton vilain4 ,donc se tu prens du sien fors les droites redevances ki te doit1 tu le prens contre ,diex et seur le pril de t'ame et come ,robierres1 et ce kon dit1 toutes les coses que vilain a sont son seigneur1 c'est voirs garder4 ,car1 s'ils toient son seigneur propre1 il n'avoit nule diffrence entre serf et vilain4 ,mais par nostre usage n'a entre toi et ton vilain juge fors ,diex tant com il est tes coukans et tes levans s'il n'a autre loi vers toi fors la coutume4 ,pierre-de-,fontaine1 7,c4 #ba1 4 #h47 #hh ,placuit mihi ut statum ingenuitatis me in vestrum deberem obnoxiare servitium1 quod it feci1 und accepi te prtium in quod mihi ben complacuit1 solidos tantos1 it ut ab hodiern die quidquid de me servo tuo1 sicut et de reliqu mancipi tu1 facere volueris1 die prsente liberam et firmissimam in omnibus habeas potestatem4 7,cap4 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #dgd47 ,beaumanoir1 7,coutumes de ,beauvoisis1 chap4 #de71 en rapportant les causes qui avoient si fort multipli les serfs dans le royaume1 dit que plusieurs hommes libres s'toient vendus eux et leurs hoirs1 soit par misre1 soit pour avoir la protection d'un matre contre leurs ennemis3 il ajoute que quand les seigneurs convoquoient autrefois leurs sujets pour la guerre1 ils leur ordonnoient de se rendre au ,ban1 sous peine de servitude pour eux et leurs descendans4 ,il dit encore que des hommes libres s'tant engags par dvotion1 pour eux et pour leur postrit1 rendre de certains services ou payer de certaines redevances une glise ou un monastre1 on oublia l'origine de cette sujtion1 et qu'enfin1 on la regarda comme la preuve d'une vritable servitude4 #hi ,burgensis1 ,burgi incola1 bourgeois4 ,c'est le nom qu'on donnoit aux hommes libres qui habitoient les villes4 ,je me sers ici de cette expression1 quoique les bourgeoisies ne fussent pas encore tablies du temps de ,hugues-,capet2 je parlerai dans le dernier chapitre de ce livre1 de l'tablissement des bourgeoisies1 ou des communes1 qui ne remonte pas plus haut que le rgne de ,louis-le-,gros4 ,de villa1 on appeloit villanus en latin1 et vilain en franais1 un homme libre domicili la campagne4 #ij ,cela est dmontr par l'accord dont les vques et les seigneurs convinrent sous le rgne de ,philippe-,auguste1 pour arrter les fraudes des hommes libres1 qui1 par des donations ou des ventes simules1 s'affranchissoient de toute charge1 en mettant tout leur bien sur la tte de quelque clerc qui n'toit qu'un prte-nom4 ,quod nullus burgensis vel villanus potest filio suo clerico medietatem terr su1 vel plus qum medietatem donare si habuerit filium vel filios4 ,et si dederit ei partem terr citr mediam1 clericus debet reddere tale servitium et auxilium quale terra debebat dominis quibus debebatur2 sed non poterit talliari nisi fuerit usurarius vel mercator2 et post decessum suum terra redibit ad proximos parentes1 et nullus clericus potest emere terram quin reddat domino tale servitium quale terra debet4 7,capit4 ,philip4 ,aug4 art4 #d47 #ia ,quand li seigneur voit que ses homs1 de cors devient clercs1 qu'il traie l'vesque1 et que il le requerre que il ne li fache pas couronne2 et se il l'a fete que il l'oste1 et li vesque i est tenus1 mes que il en soit requis1 avant que il ait greigneur ordre que de clerc et se il atant tant que il ait greigneur ordre1 li clerc demeure en estat de franchise4 7,beaum4 ,c4 #de47 ,cet usage toit connu sous la seconde race4 ,ut nullus episcopus ad clericatus officium servum alterius sine domini sui voluntate promovere prsumat4 7,capit4 an4 incerti1 art4 #bd4 ,baluz4 ,t4 #a1 p4 #aee47 #ib ,servitude vient de par les meres1 car tuit li enfant que chele porte qui est serve sont serf4 ,tout soit il ainssint que li peres soit frans homs2 neis se li peres estoit chevaliers1 et il pousoit une serve si seroient tuit li enfant serf que il avoit de li4 7,beaum4 ,c4 #de47 ,se uns hom de grand lignaige prenoit la fille un vilain fame1 ses enfans porroient bien estre chevaliers par droit4 ,se aucuns homs estoit chevalier1 et ne fust pas gentishome de parage1 tant le fust-il de par sa mere1 se ne le pourroit-il estre par droit4 7,estab4 de ,s4 ,louis1 ,l4 #a1 chap4 #abh47 ,on voit par ce passage que les msalliances ne sont pas une chose nouvelle parmi nous1 et qu'elles ne portoient aucun prjudice la famille d'un gentilhomme4 ,quant la mere est gentil femme1 et pere ne l'est pas1 li enfant si ne pueent estre chevaliers1 et ne pourquant li enfant ne perdent pas l'estat de gentillesce dou tout1 ainchois sont de men comme gentilhomme dou fet de leur cors4 7,beaum4 ,c4 #de47 ,si ce gentilhomme par mre1 avoit des enfans1 il n'y a aucune difficult qu'ils ne pussent tre arms chevaliers par droit1 puisqu'ils toient gentilshommes de parage4 ,on appeloit gentilhomme de parage1 celui dont le pre toit noble4 ,je prie de remarquer ces anoblissemens connus sous les premiers ,captiens1 et qui n'toient qu'une suite des coutumes de la premire et de la seconde race4 ,aprs de pareilles autorits1 comment le comte de ,boulainvilliers et quelques autres crivains ont-ils pu avancer que les roturiers ne commencrent tre anoblis que sous le rgne de ,philippe-le-,bel8 ,il est vrai que ce prince fut le premier qui donna des lettres de noblesse1 telles qu'on les donne aujourd'hui2 mais il ne faut pas en conclure que les anoblissemens fussent inconnus avant lui4 ,je vais ajouter ici les autorits qui prouvent que la possession d'un fief ou d'une terre noble donnoit la noblesse4 ,se aucuns home coustumier conquroit1 ou achetoit chose qui fust mettre homage1 ou il porchasse envers son seigneur comment il le mette en foy ou en homage en tous ses hritages1 ou en partie1 en tele foy1 comme est la chose qui seroit pourchacie1 si auroit autant li uns comme li autres1 fors li aisn qui seroit la1 li auroit la moiti selon la grandeur de la chose1 et pour faire la foy1 et pour gerir les autres en parage1 et tout ainsi dpartira toujours mes jusques en la tierce foy1 et d'ileques en avant si aura l'aisn les deux parties1 et se dpartira toujours mes gentiment4 7,estab4 de ,s4 ,louis1 l4 #a1 chap4 #ada47 ,les fils d'un roturier partageoient galement entre eux la succession de leur pre4 ,on voit par ce passage1 que le fils an d'un roturier anobli par la possession d'un fief1 commenoit par avoir la moiti de la succession de son pre1 et que ses frres partageoient entre eux l'autre moiti4 ,les enfans de ce fils an suivoient encore la mme rgle dans le partage du bien de leur pre2 mais ces enfans se trouvant la tierce foi1 c'est--dire1 tant les troisimes de leur famille1 qui rendoient successivement la foi et hommage pour le fief que leur grand-pre avoit acquis1 leur succession se partageoit gentiment1 et le fils an1 au lieu de la moiti1 avoit les deux tiers de la succession4 ,se li homs de poote maint en franc-fief1 il est demens comme gentishoms1 comme de ajournemens et de commandemens1 et peut user des franchises dou fief4 7,beaum4 ,c4 #cj47 ,la franchise des personnes ne afranchit pas les hiretages vilains1 mais li franc-fief franchissent le personne qui est de poote1 en tant comme il i est couchans et levans1 il use de la franchise du fief4 7,ibid4 ,c4 #dh47 ,on ne doit pas tre surpris du privilge que les fiefs avoient d'anoblir1 aprs ce que j'ai dit des seigneurs dans le premier livre de cet ouvrage2 elles devinrent le seul titre de distinction entre les familles2 et cet usage s'accrdita tellement chez les ,franais1 que malgr les efforts qu'ont faits les rois pour s'attribuer eux seuls le privilge d'anoblir1 ce n'est qu'en #aegi que la possession d'un fief n'a plus t un titre de noblesse4 7,voyez l'ordonnance de ,blois de #aegi47 ,ce que dit ,beaumanoir1 que la franchise des personnes ne afranchit pas les hiretages vilains1 ne dtruit pas ma conjecture1 que sous le rgne de ,hugues-,capet1 la noblesse des personnes passoit aux possessions1 c'est--dire1 que les possessions roturires d'un gentilhomme n'toient sujettes aucune redevance1 ni aucune corve4 ,beaumanoir parle de ce qui se pratiquoit sous ,s4 ,louis et ,philippe-le-,hardi1 et moi1 de ce qui se passoit sous ,hugues-,capet4 ,quand ,beaumanoir crivoit1 il est certain que les seigneurs avoient dj beaucoup restreint les privilges des gentilshommes et des clercs4 ,l'accord fait entre les vques et les seigneurs1 sous le rgne de ,philippe-,auguste1 et que j'ai rapport dans la remarque #ij de ce chapitre1 en est une preuve certaine4 ,il est dit dans cet acte qu'un bourgeois et un vilain ne pourront point faire passer leur bien sur la tte d'un clerc1 pour s'exempter des redevances dues au seigneur4 ,si les gentilshommes n'avoient pas alors possd leurs biens roturiers en toute franchise1 ils n'auroient pas1 sans doute1 manqu de faire la mme fraude que les roturiers1 et on n'auroit certainement pas nglig d'y remdier4 #ic ,nus gentishom ne rend coustumes ni peages de riens qu'il achate ne qu'il vende1 se il n'achate pour revendre et pour guaigner4 7,estab4 de ,s4 ,louis1 ,l4 #a1 ,c4 #eh47 ,se gentilhomme avoit meson qui lui fust encheoite en sa terre le roy ou en chastel baron1 qui soit taillable1 en quelque manire que li gentil l'ait1 soit d'eritaige ou d'cheoite1 ou d'autre chose elle est taillable1 se il i fet estage pour lui1 pourcoi il la tiegne en sa main1 elle ne sera pas taillable3 me se il l'avoit loue ou afferme home coustumier1 il ne le porroit pas garantir de taille4 7,ibid4 ,l4 #a1 ,c4 #ic47 ,voirs est que clers ne gentiex homs1 ne doivent point de travers des choses que il achatent pour leur user1 ne de choses que il vendent qui soit creu en leur hiretage1 me se ils achatent pour revendre si comme autres marcheans1 il convenroit que les denres s'aquitassent dou travers et des chaussis et des tonlieus en la maniere que les denres as marchans s'aquitent1 et che que je ai dit des travers je entends de toutes manieres des peages et de tonlieus4 7,beauma4 ,c4 #cj47 ,se gentilshoms tient vilenage1 et il meffet de ce qui appartient vilenage1 les amendes sont dau tele condition comme se il estoit hons de poote4 ,de tous autres cas il est demens ainsint comme hons de poote seroit1 except le fet de son cors1 car se il fesoit aucun meffet de son cors1 il seroit selon la loi des gentilshommes4 7,ibid47 ,,chapitre ,,ii4 #id ,commenant parler des droits et des devoirs respectifs des seigneurs1 je ferai ici une observation prliminaire1 et bien importante4 ,la plupart des crivains qui ont trait du gouvernement fodal1 ont rassembl ple-mle tout ce qu'ils ont trouv dans nos anciens monumens qui pouvoit y tre relatif1 sans chercher distinguer les diffrentes poques de la naissance de chaque coutume4 ,il n'toit pas difficile cependant de se douter que plusieurs de nos coutumes n'ont pu subsister ensemble4 ,ce soupon1 si on l'avoit eu1 auroit servi de fil dans le labyrinthe obscur de nos antiquits4 ,les tablissemens de ,s4 ,louis nous parlent de plusieurs coutumes dont l'origine remonte visiblement jusqu'au temps o ,charles ,martel tablit ses bnfices1 et qui1 quoique affoiblies et altres1 subsistoient encore dans le troisime sicle4 ,mais ils contiennent aussi plusieurs usages nouveaux qui commenoient avoir force de loi1 et d'autres encore qui se formulent1 et que ,s4 ,louis vouloit accrditer4 ,il faut dire la mme chose des ouvrages prcieux de ,pierre de ,fontaine et de ,beaumanoir1 les deux hommes les plus clairs de leur temps sur la jurisprudence fodale4 ,avec le secours de cette remarque1 dont on sentira1 je crois1 la vrit1 en tudiant les ouvrages dont je viens de parler1 et en les confrant entre eux ou avec les autres monumens plus anciens ou contemporains1 tout devient assez clair dans notre histoire de la troisime race4 ,la plupart des difficults s'aplanissent2 et on dmle1 avec assez de certitude1 les diffrentes poques o les droits et les devoirs diffrens des suzerains et des vassaux1 ont pris naissance2 j'aurai soin dans les remarques suivantes d'indiquer les raisons sur lesquelles je me fonde pour fixer l'origine de chaque coutume4 #ie ,je ne conois point comment on a pu croire que les appels pratiqus pendant la premire et la seconde race1 et dont on a trouv les preuves dans les remarques des deux livres prcdens1 fussent encore en usage sous les premiers ,captiens1 o tous les procs se dcidoient par le duel judiciaire4 ,le combat auquel les parties1 les juges et les tmoins toient soumis1 rendoit par sa nature les appels impraticables4 ,ne pas s'en tenir alors cette preuve de l'quit d'un jugement1 c'et t douter de la justice ou de la puissance de ,dieu2 puisque c'toit une foi vive en ces deux attributs de la divinit1 qui avoit fait adopter aux ,franais la procdure meurtrire des ,bourguignons4 ,pour que l'appel d'un tribunal subalterne un tribunal suprieur puisse avoir lieu1 il faut que le plaideur ne puisse pas empcher les juges de prononcer la sentence qui le condamne1 ou qu'il puisse les souponner d'avoir jug injustement1 par ignorance ou par corruption4 ,or1 c'toient deux choses impossibles dans la jurisprudence du duel judiciaire2 car1 le plaideur toit en droit de dfier et d'appeler au combat le premier des juges qui ouvroit l'avis de le condamner2 il pouvoit aussi dfier le tmoin qui dposoit contre lui4 ,on ordonnoit enfin le combat1 et le tribunal ne faisoit que prononcer qu'un tel toit vainqueur ou vaincu2 fait qui1 se passant en public et sous les yeux de mille tmoins1 ne pouvoit jamais tre douteux ni quivoque4 ,fausser une cour de justice1 ou l'accuser d'avoir port un jugement faux1 c'toit lui faire l'injure la plus grave1 l'interdire de toutes ses fonctions1 et rendre tous ses membres incapables de faire aucun acte judiciaire4 ,un plaideur qui avoit eu cette tmrit1 toit oblig1 sous peine d'avoir la tte coupe1 de se battre dans le mme jour1 non-seulement contre tous les juges qui avoient assist au jugement dont il appeloit1 mais encore contre tous ceux qui avoient droit de prendre sance dans ce tribunal4 ,s'il sortoit vainqueur de tous ces combats1 la sentence qu'il avoit fausse1 toit rpute fausse et mal rendue1 et son procs toit gagn4 ,si1 au contraire1 il toit vaincu dans un de ces combats1 il toit pendu4 ,cette jurisprudence1 dont nous sommes instruits par les ,assises de ,jrusalem1 c'toit la jurisprudence mme des ,franais dans le onzime sicle1 puisque ,godefroi de ,bouillon1 lev en #ajii sur le trne de ,jrusalem1 fit rdiger les lois de son royaume1 ainsi qu'il nous en avertit lui-mme dans son code1 sur les coutumes qui toient pratiques en ,france1 quand il partit pour la ,terre-,sainte4 ,quand il arrivoit qu'un plaideur1 aprs avoir vaincu deux ou trois de ses juges1 toit lui-mme vaincu par un quatrime1 je voudrois bien savoir par quels bizarres raisonnemens1 on justifioit alors la ,providence divine1 qui avoit permis que l'injustice et le mensonge triomphassent deux ou trois fois de la justice et de la vrit8 ,la foi absurde de nos pres devoit tre certainement trs-embarrasse4 ,beaumanoir1 qui crivoit la coutume de ,beauvoisis1 en #abhc1 sous le rgne de ,philippe-le-,hardi1 nous apprend1 7,c4 #fa et #fb17 que dans les terres o l'ancien usage du duel judiciaire subsistoit encore1 un plaideur toit forc de se battre contre tous les juges du tribunal1 si1 au lieu d'appeler ou de dfier le premier ou le second d'entre eux qui disoit son avis1 il attendoit1 pour fausser le jugement1 que la sentence ft prononce4 ,je demande si une pareille forme de procdure ne rendoit pas impraticables les appels tels que nous les connoissons aujourd'hui1 et qu'ils toient pratiqus sous les deux premires races8 ,tous cas de crieme quelque il soient1 dont l'en puet perdre la vie1 appartiennent haute-justiche1 except le larron2 car tant soit il ainssint que lierres pour son larrecin perde la vie1 et ne pour quant larrecins n'est pas de la haute-justice4 7,beaum4 ,c4 #eh47 ,voici1 selon cet auteur1 le cas de haute-justice2 meurtre1 trahison ou assassinat1 homicide1 viol1 incendie1 fausse monnoie1 trves et assuremens briss ou viols4 ,les tablissemens de ,s4 ,louis1 7,l4 #a1 ,c4 #dj17 ajoutent le cas de chemins brisis1 et de meffet de marchi4 ,quoique aucun monument de la troisime race1 antrieur au rgne de ,s4 ,louis1 ne parle de cette diffrente attribution ou comptence des justices1 on ne sauroit1 je crois1 douter avec quelque fondement qu'elle ne ft dj connue du temps de ,hugues-,capet1 et pratique comme une coutume fodale4 ,cette diffrente comptence des justices avoit t tablie par ,charlemagne4 ,ut nullus homo in placito centenarii neque ad mortem neque ad libertatem suam amittendam aut ad res reddendas vel mancipia judicetur2 sed ista aut in presenti comitis vel missorum nostrorum judicentur4 7,capit4 #c1 an4 #hab1 art4 #d47 ,la distinction de la haute et de la basse-justice se trouve encore expressment nonce dans la charte ou diplome que ,louis-le-,dbonnaire donna en #hae aux ,espagnols qui s'toient rfugis sur les terres de la domination franaise1 pour se soustraire la tyrannie des ,sarrasins4 ,ipsi ver pro majoribus causis1 sicut sunt homicidia1 raptus1 incendia1 deprdationes1 membrorum amputationes1 furta1 latrocinia1 aliarum rerum invasiones1 et undecmque vicino suo aut criminaliter aut civiliter fuerit accusatus1 et ad placitum venire jussus1 ad comitis sui mallum omnimodis venire non recusent4 ,cteras ver minores causas more suo1 sicut hactens fecisse noscuntur inter se mutuo definire non prohibeantur4 7art4 #b47 ,et si quisquam eorum in partem1 quam ille ad habitandum sibi occupaverat1 alios homines undecmque venientes adtraxerit1 et secum in portione su1 quam adprisionem vocant1 habitare fecerit utatur illorum servitio absque alicujus contradictione vel impedimento2 et liceat illi eos distinguere ad justitias faciendas1 quales ipsi inter se definire possunt4 ,ctera ver judicia1 id est1 criminales actiones1 ad examen comitis reserventur4 7,art4 #c47 ,n'est-il pas naturel de penser que pendant les dsordres auxquels le gouvernement fodal dut son origine1 les seigneurs les plus puissans furent les plus grands usurpateurs8 ,ils ne laissrent leurs vassaux que la basse-justice appele ,voirie1 quand ils purent les dpouiller de la haute4 ,ils gnrent1 et restreignirent la comptence des tribunaux dans les fiefs qui relevoient d'eux1 et y exercrent mme la justice1 lorsqu'il s'agissoit d'y juger des affaires graves et majeures4 ,rgle gnrale et sre de critique2 il faut reconnotre pour des coutumes subsistantes sous le rgne de ,hugues-,capet1 celles dont il est fait mention dans les tablissemens de ,s4 ,louis1 et les crits de ,beaumanoir1 et dont on trouve l'origine dans les lois de la seconde race2 moins qu'on ne soit averti par quelque monument postrieur1 qu'elles ont t oublies et dtruites par la rvolution qui ruina la maison de ,charlemagne4 ,la haute-justice et la basse n'eurent pas vraisemblablement la mme comptence1 ou ne connurent pas des mmes dlits dans toutes les provinces du royaume2 car1 rien n'toit1 et ne pouvoit tre gnral et uniforme en ,france4 ,chaque tribunal tendit sa juridiction autant que les circonstances le permirent4 ,il ne nous reste point assez de monumens pour connotre ces diffrentes rvolutions4 ,nous ignorons1 par exemple1 pourquoi le vol1 puni de mort1 et dont la haute-justice connoissoit seule sous les premiers ,carlovingiens1 appartenoit la basse-justice1 sous le rgne de ,s4 ,louis4 ,il est encore vident que chaque seigneur gna et limita1 autant qu'il put1 la souverainet que ses vassaux exeroient dans leurs terres4 ,un trs-grand nombre de ces vassaux furent forcs de se servir de la monnoie que leur suzerain fabriquoit1 puisqu'il est certain qu'on ne comptoit gures plus de #hj seigneurs en ,france1 qui eussent droit de battre monnoie4 #if ,volumus atque jubemus ut vassalli episcoporum1 abbatum et abbatissarum1 atque comitum et vassorum nostrorum1 talem legem et justitiam apud seniores suos habeant1 sicut eorum antecessores apud illorum seniores tempore antecessorum habuerunt4 7,capit4 ,car4 ,cal4 ,baluz4 ,t4 #b1 p4 #bae47 #ig ,si rex ,philippus ,regnum ,angli invadere voluerit1 comes ,robertus1 si poterit1 regem ,philippum remanere faciet4444 et si ,rex ,philippus in ,angliam venerit et ,robertum comitem secum adduxerit1 comes ,robertus tam parvam fortitudinem hominum secum adducet1 qum minorem poterit2 it tamen ne ind feodum suum erg regem ,franci foris faciat4 7,tract4 ,fd4 inter ,henr4 ,reg4 ,ang4 et ,rob4 ,com4 ,fland4 art4 #b47 ,et si rex ,henricus comitem ,robertum in ,normanniam vel ,maniam1 in auxilio secum habere voluerit1 et eum ind summonuerit1 ipse comes illc ibit4444 nec dimittet quin eat1 donec rex ,francorum judicari faciat comiti ,roberto1 quod non debeat juvare dominum et amicum suum regem ,angli cujus feodum tenet1 et hoc per pares suos qui eum judicare debent4 7,ibid4 art4 #af47 ,et si illo tempore rex ,philippus super regem ,henricum in ,normanni intraverit1 comes ,robertus ad ,philippum ibit cum decem militibus tantm4 7,ibid4 art4 #ai47 ,ce trait pass entre deux des plus puissans vassaux de la couronne1 qui contractoient une alliance troite en pleine paix1 est trs-propre nous faire connotre la nature des devoirs auxquels ils se croyoient assujettis envers le roi de ,france leur suzerain1 et des droits attachs la suzerainet4 ,ces devoirs et ces droits devoient tre regards comme incontestables1 puisque ,henri1 qui donnoit en fief au comte ,robert un subside annuel de #djj marcs d'argent1 pour se faire aider de ses forces dans les guerres qu'il auroit contre le roi de ,france1 ne les contredit pas4 ,propter prdictas conventiones et prdictum auxilium1 dabit rex ,henricus comiti ,roberto1 unoquoque anno #djj marcas argenti in feodo4 7,ibid4 art4 #ca47 ,,fin ,,du ,,tome ,,premier4 ,,table ,des ,chapitres contenus dans le premier ,tome4 ,,loge historique de l'abb de ,mably1 par l'abb ,brizard4 page #a ,,notes historiques sur l'loge4 #ic ,,avertissement de la premire dition4 #aba ,,observations ,sur l'histoire de ,france4 ,,livre ,,premier4 ,,chap4 ,i4 ,des murs et du gouvernement des ,franais en ,germanie4 ,leur tablissement dans les ,gaules4 #abi ,,chap4 ,,ii4 ,quelle fut la condition des ,gaulois et des autres peuples soumis la domination des ,franais4 #adc ,,chap4 ,,iii4 ,des causes qui contriburent ruiner les principes du gouvernement dmocratique des franais4 ,comment les successeurs de ,clovis s'emparrent d'une autorit plus grande que celle qui leur toit attribue par la loi4 ,tyrannie des grands4 tablissement des seigneuries4 #aec ,,chap4 ,,iv4 ,de la conduite et des intrts des diffrens ordres de l'tat4 ,comment les bnfices confrs par les rois ,mrovingiens1 deviennent hrditaires4 ,atteinte que cette nouveaut porte l'autorit que ces princes avoient acquise4 #afi ,,chap4 ,v4 ,de l'origine de la noblesse parmi les ,franais4 ,comment cette nouveaut contribua l'abaissement de l'autorit royale1 et confirma la servitude du peuple4 ,digression sur le service militaire rendu par les gens d'glise4 #aha ,,chap4 ,,vi4 ,progrs de la fortune des maires du palais sous les successeurs de ,clotaire ,,ii4 ,inconsidration de la noblesse leur gard4 ,ils s'emparent de toute l'autorit4 ,charles ,martel tablit de nouveaux bnfices4 ,pepin monte sur le trne4 #aia ,,chap4 ,,vii4 ,pourquoi la nation ,franaise n'a pas t dtruite sous la rgence des rois ,mrovingiens4 #bjh ,,livre ,,second4 ,,chap4 ,i4 ,origine du sacre des rois de ,france4 ,du gouvernement et de la politique de ,pepin4 ,il s'tablit un nouvel ordre de succession au trne4 #bae ,,chap4 ,,ii4 ,rgne de ,charlemagne4 ,de la forme de gouvernement tablie par ce prince4 ,rforme qu'il fait dans l'tat4 ,ses lois1 ses murs4 #bbj ,,chap4 ,,iii4 ,rflexion sur le gouvernement tabli par ,charlemagne4 ,des principes de dcadence qu'il portoit en lui-mme4 #bdi ,,chap4 ,,iv4 ,foiblesse de ,louis-le-,dbonnaire4 ,il tend la prrogative royale4 ,comment la division1 qui rgne entre ses fils ruine l'autorit du prince1 et rend les seigneurs tout-puissans4 #beh ,,chap4 ,v4 ,ruine entire de l'ancien gouvernement sous le rgne de ,charles-le-,chauve4 ,ce prince rend les bnfices et les comts hrditaires4 ,naissance du gouvernement fodal4 #bgg ,,chap4 ,,vi4 ,dmembrement que souffrit l'empire de ,charlemagne4 ,ruine de sa maison4 ,avnement de ,hugues-,capet au trne4 #bij ,,livre ,,troisi,,me4 ,,chap4 ,i4 ,de la situation du peuple l'avnement de ,hugues-,capet au trne4 ,droits1 privilges1 tat de la noblesse qui ne possdoit pas des terres en fief4 #cja ,,chap4 ,,ii4 ,situation des seigneurs l'avnement de ,hugues-,capet au trne4 ,des causes qui contriburent tablir une sorte de rgle et de droit public4 #cji ,,remarques ,,et ,,preuves4 ,,livre ,,premier4 ,,chapitre ,i4 #cbj ,,chapitre ,,ii4 #cbe ,,chapitre ,,iii4 #cfj ,,chapitre ,,iv4 #chb ,,chapitre ,v4 #chi ,,chapitre ,,vi4 #djf ,,chapitre ,,vii4 #dae ,,livre ,,second4 ,,chapitre ,i4 #daf ,,chapitre ,,ii4 #dba ,,chapitre ,,iii4 #ddc ,,chapitre ,,iv4 #ddg ,,chapitre ,v4 #ded ,,chapitre ,,vi4 #dfe ,,livre ,,troisi,,me4 ,,chapitre ,i4 #dge ,,chapitre ,,ii4 #dhc ,fin de la ,table4 99 99 99 99 99 ,corrections4 ,page #f3 ,montagne remplac par ,montaigne 7suivant l'expression de ,montaigne74 ,page #i3 attroces remplac par atroces 7les guerres plus atroces de la religion74 ,page #aj3 cahos remplac par chaos 7,dbrouiller ce chaos74 ,page #af3 partie remplac par patrie 7cette patrie des hros74 ,page #af3 florisante remplac par florissante 7il nous la montre heureuse1 florissante1 respecte74 ,page #ba3 chartres remplac par chartes 7les chartes des glises74 ,page #ba3 ses remplac par ces 7n'avoient fait que reproduire et propager ces erreurs74 ,page #bc3 anime remplac par anime 7,cette dcouverte anime d'un intrt74 ,page #dc3 le remplac par la 7marqu la priode o ils se trouvent74 ,page #dd3 ltargie remplac par lthargie 7sa trop longue lthargie74 ,page #fe3 momarque remplac par monarque 7,il n'y auroit pas de monarque74 ,page #hg3 confis remplac par confie 7 je me confie l'intgrit de mes juges74 ,page #hg3 so naractre remplac par son caractre 7d'avoir conserv son caractre74 ,page #hg3 rop remplac par trop 7port trop loin cette roideur74 ,page #hi3 un remplac par une 7aux convenances d'une socit74 ,page #ij3 amiti remplac par amiti 7point de parfaite amiti74 ,page #ajb3 flambleau remplac par flambeau 7un flambeau de discorde74 ,page #aaa3 ,roberston remplac par ,robertson 7contre ,voltaire et l'illustre ,robertson74 ,page #abi3 seroient remplac par seroit 7seroit une espce de prodige74 ,page #adb3 enrteprise remplac par entreprise 7les vques favorisrent son entreprise74 ,page #adh3 anci-nnes remplac par anciennes 7leurs anciennes coutumes74 ,page #adi3 arrtoisnt remplac par arrtoient 7,ils reprenoient1 arrtoient et chtioient74 ,page #aee3 ncesaire remplac par ncessaire 7tout ce qui est ncessaire74 ,page #afa3 j'avelot remplac par javelot 7un javelot1 une francisque ou une pe74 ,page #afg3 carresse remplac par caresse 7il le flatte1 le caresse1 l'attire sa cour74 ,page #afg3 un un remplac par un 7un assassin qu'ils avoient charg74 ,page #aga3 insjutice remplac par injustice 7les produits de l'injustice74 ,page #aha3 prtgs remplac par protgs 7ses obligs ou ses protgs74 ,page #aib3 supprim de 7et de d'embrasser la fois tout un systme74 ,page #aif3 fla teurs remplac par flatteurs 7des courtisans et des flatteurs74 ,page #baj3 tributs remplac par tribus 7ces tribus de barbares74 ,page #bbc3 qu'elles remplac par qu'elle 7soit qu'elle les et simplement adoptes74 ,page #bci3 ,jsus-,chrit remplac par ,jsus-,christ 7une lettre de ,jsus-,christ aux fidelles74 ,page #bdh3 peuble remplac par peuple 7un peuple grossier74 ,page #bdi3 les remplac par le 7le bien gnral74 ,page #bdi3 acrotre remplac par accrotre 7le mme projet d'accrotre ses biens74 ,page #bed3 semparer remplac par s'emparer 7s'emparer de toute l'autorit74 ,page #beg3 l'auteur ne fait pas la distinction entre plutt et plus tt 7s'il ft n deux sicles plutt74 ,page #beh3 atten-tention remplac par attention 7,une attention extrme74 ,page #bfa3 on remplac par ou 7ou y travaille sans succs74 ,page #bhf3 cemme remplac par comme 7comme le magistrat public74 ,page #cdj3 insr que 7bien plus extraordinaires que l'invention de cinq ou six noms74 ,page #cdj3 adjutoriun remplac par adjutorium 7in quibus nullum adjutorium74 ,page #cec3 ,chidebertus remplac par ,childebertus 7,theodoricus et ,childebertus1 ,francorum reges74 ,page #ceg3 datte remplac par date 7en date de l'an #fae74 ,page #cfj3 ,boulainviliers remplac par ,boulainvilliers 7de ,loyseau et du comte de ,boulainvilliers74 ,page #cfb3 ,nisi remplac par nisi 7nisi is qui se pronuntiavit74 ,page #cfb3 circumbari remplac par circumdari 7semper electorum juvenum globo circumdari74 ,page #cfe3 toient remplac par toit 7si la nation ,franaise toit incapable74 ,page #cfg3 toient remplac par toit 7toit parvenu la tte74 ,page #cgi3 cutores remplac par sutores 7et argentarios1 sutores74 ,page #cha3 tribut remplac par tribu 7,lorsqu'un franais de la tribu des ,ripuaires74 ,page #cia3 ,anstrustions remplac par ,antrustions 7appels ,fidelles1 ,leudes ou ,antrustions74 ,page #dah3 constisuendum remplac par constituendum 7regem ,austrasiorum constituendum curavit74 ,page #dbg3 ,capi-pitularia remplac par ,capitularia 7,capitularia patris nostri74 ,page #dcj3 usqumod remplac par usquemod 7,volumus propter justitias qu usquemod74 ,page #dcb3 notrorum remplac par nostrorum 7ad ,placitum ,missorum nostrorum74 ,page #dce3 cujucumque remplac par cujuscumque 7libertos cujuscumque ingenuorum74 ,page #dce3 neglitatis remplac par negligatis 7institutum est accipere negligatis74 ,page #ddj3 interantibus remplac par iterantibus 7in quibus nullum adjutorium iterantibus74 ,page #dec3 ,eerrires remplac par ,ferrires 7,lupus1 abb de ,ferrires1 crivoit74 ,page #dee3 pro-nllo remplac par pro ullo 7et pro ullo homine74 ,page #dfc3 succesores remplac par successores 7,dictus enim episcopus et successores74 ,page #dfi3 sidi remplac par sibi 7quod sibi facere74 ,page #dga3 transfere remplac par transferre 7,francis regnum transferre volentibus74