,,notes ,,de ,,transcription 99 ,le texte en italiques est reprsent entre tirets bas et le texte en petites capitales1 en ,,majuscules4 99 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 99 ,l'orthographe d'origine a t conserve4 ,en cas d'orthographes diverses pour un mme terme1 la variante plus utilise a t retenue4 99 ,aux pp4 #afa et #afb1 ,rio-,janeiro a t remplac par ,rio-de-,janeiro4 99 la p4 #bgi1 la fraction #a_/fjd #jjj #jjj a t remplace par #a_/fd #jjj #jjj1 d'aprs une dition postrieure de cette uvre4 ,uranie ,,ouvrages ,,publi,s dans la ,,collection ,,guillaume dition du ,figaro ,,alphonse ,,daudet ,,tartarin ,,sur ,,les ,,alpes #a vol4 ,,pierre ,,loti ,,madame ,,chrysanth,,me #a vol4 ,paris4--,imp4 ,lahure1 rue de ,fleurus1 #i4 ,,collection ,,guillaume 7dition du ,,figaro7 ,,camille ,,flammarion ,uranie ,illustrations ,,de ,,bieler1 ,,gambard ,,et ,,myrbach ,,paris ,c4 ,,marpon ,,et ,e4 ,,flammarion diteurs #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf #ahhi ,uranie ,,premi,,re ,,partie ,la ,muse du ,ciel ,illustration ,i ,j'avais dix-sept ans4 ,elle s'appelait ,uranie4 ,uranie tait-elle une blonde jeune fille aux yeux bleus1 un rve de printemps1 une innocente1 mais curieuse fille d've8 ,non1 elle tait simplement1 comme autrefois1 l'une des neuf ,muses1 celle qui prsidait l',astronomie et dont le regard cleste animait et dirigeait le chur des sphres2 elle tait l'ide anglique qui plane au-dessus des lourdeurs terrestres2 elle n'avait ni la chair troublante1 ni le cur dont les palpitations se communiquent distance1 ni la tide chaleur de la vie humaine2 mais elle existait pourtant1 dans une sorte de monde idal1 suprieur et toujours pur1 et toutefois elle tait assez humaine par son nom1 par sa forme1 pour produire sur une me d'adolescent une impression vive et profonde1 pour faire natre dans cette me un sentiment indfini1 indfinissable1 d'admiration et presque d'amour4 ,le jeune homme dont la main n'a pas encore touch au fruit divin de l'arbre du ,paradis1 celui dont les lvres sont restes ignorantes1 dont le cur n'a point encore parl1 dont les sens s'veillent au milieu du vague des aspirations nouvelles1 celui-l pressent1 dans les heures de solitude et mme travers les travaux intellectuels dont l'ducation contemporaine accable son cerveau1 celui-l pressent le culte auquel il devra bientt sacrifier1 et personnifie d'avance sous des formes varies l'tre charmant qui flotte dans l'atmosphre de ses rves4 ,il veut1 il dsire atteindre cet tre inconnu1 mais ne l'ose pas encore1 et peut-tre ne l'oserait-il jamais dans la candeur de son admiration1 si quelque avance secourable ne lui venait en aide4 ,si ,chlo n'est point instruite1 il faut que l'indiscrte et curieuse ,lycnion se charge d'instruire ,daphnis4 ,tout ce qui nous parle de l'attraction encore inconnue peut nous charmer1 nous frapper1 nous sduire4 ,une froide gravure1 montrant l'ovale d'un pur visage1 une peinture1 mme antique1 une sculpture--une sculpture surtout--veille un mouvement nouveau dans nos curs1 le sang se prcipite ou s'arrte1 l'ide traverse comme un clair notre front rougissant et demeure flottante dans notre esprit rveur4 ,c'est le commencement des dsirs1 c'est le commencement de la vie1 c'est l'aurore d'une belle journe d't annonant le lever du soleil4 ,pour moi1 mon premier amour1 mon adolescente passion avait1 non pour objet assurment1 mais pour cause dterminante1444 une ,pendule6444 ,c'est assez bizarre1 mais c'est ainsi4 ,des calculs fort insipides me prenaient tous mes aprs-midi1 de deux heures quatre heures3 il s'agissait de corriger les observations d'toiles ou de plantes faites la nuit prcdente en leur appliquant les rductions provenant de la rfraction atmosphrique1 laquelle dpend elle-mme de la hauteur du baromtre et de la temprature4 ,ces calculs sont aussi simples qu'ennuyeux2 on les fait machinalement1 l'aide de tables prpares1 et en pensant toute autre chose4 ,l'illustre ,le ,verrier tait alors directeur de l',observatoire de ,paris4 ,point artiste du tout1 il possdait pourtant dans son cabinet de travail une pendule en bronze dor1 d'un fort beau caractre1 datant de la fin du premier ,empire et due au ciseau de ,pradier4 ,le socle de cette pendule reprsentait1 en bas-relief1 la naissance de l',astronomie dans les plaines de l'gypte4 ,une sphre cleste massive1 ceinte du cercle zodiacal1 soutenue par des sphinx1 dominait le cadran4 ,des dieux gyptiens ornaient les cts4 ,mais la beaut de cette uvre artistique consistait surtout en une ravissante petite statue d',uranie1 noble1 lgante1 je dirais presque majestueuse4 ,illustration ,la ,muse cleste se tenait debout4 ,de la main droite elle mesurait1 l'aide d'un compas1 les degrs de la sphre toile2 sa main gauche1 tombant1 portait une petite lunette astronomique4 ,superbement drape1 elle planait dans l'attitude de la noblesse et de la grandeur4 ,je n'avais point encore vu de visage plus beau que le sien4 clair de face1 ce pur visage se montrait grave et austre4 ,si la lumire arrivait obliquement1 il devenait plutt mditatif4 ,mais si la lumire venait d'en haut et de ct1 ce visage enchant s'illuminait d'un mystrieux sourire1 son regard devenait presque caressant1 une exquise srnit faisait place l'expression d'une sorte de joie1 d'amnit et de bonheur que l'on avait plaisir contempler4 ,c'tait comme un chant intrieur1 comme une potique mlodie4 ,ces changements d'expression faisaient vraiment vivre la statue4 ,muse et desse1 elle tait belle1 elle tait charmante1 elle tait admirable4 ,illustration ,chaque fois que j'tais appel auprs de l'minent mathmaticien1 ce n'tait point sa gloire universelle qui m'impressionnait le plus4 ,j'oubliais les formules de logarithmes et mme l'immortelle dcouverte de la plante ,neptune pour subir le charme de l'uvre de ,pradier4 ,ce beau corps1 si admirablement model sous son antique draperie1 cette gracieuse attache du cou1 cette figure expressive1 attiraient mes regards et captivaient ma pense4 ,bien souvent1 lorsque vers quatre heures nous quittions le bureau pour rentrer dans ,paris1 j'piais par la porte entr'ouverte l'absence du directeur4 ,le lundi et le mercredi taient les meilleurs jours1 le premier cause des sances de l',institut1 auxquelles il ne manquait gure1 le second cause de celles du ,bureau des longitudes1 qu'il fuyait avec le plus profond ddain et qui lui faisaient quitter l',observatoire tout exprs pour mieux marquer son mpris4 ,alors je me plaais bien en face de ma chre ,uranie1 je la regardais mon aise1 je m'extasiais de la beaut de ses formes1 et je partais plus satisfait1 mais non plus heureux4 ,elle me charmait1 mais elle me laissait des regrets4 ,un soir--le soir o je dcouvris ses changements de physionomie suivant l'clairage--j'avais trouv le cabinet grand ouvert1 une lampe pose sur la chemine et illuminant la ,muse sous l'un de ses aspects les plus sduisants4 ,la lumire oblique caressait doucement le front1 les joues1 les lvres et la gorge4 ,l'expression tait merveilleuse4 ,je m'approchai et je la contemplai1 d'abord immobile4 ,puis l'ide me vint de dplacer la lampe et de faire jouer la lumire sur les paules1 le bras1 le cou1 la chevelure4 ,la statue semblait vivre1 penser1 se rveiller et sourire encore4 ,sensation bizarre1 sentiment trange1 j'en tais vritablement pris3 d'admirateur j'tais devenu amoureux4 ,on m'et fort surpris alors si l'on m'et affirm que ce n'tait point l le vritable amour et que ce platonisme n'tait qu'un rve enfantin4 ,le ,directeur arriva1 ne parut pas aussi tonn de ma prsence que j'aurais pu le craindre 7on passait souvent par ce cabinet pour se rendre aux salles d'observation74 ,mais au moment o je posais la lampe sur la chemine3 ,vous tes en retard pour ,jupiter1 me dit-il4 ,et comme je franchissais le seuil3 ,est-ce que vous seriez pote8 ajouta-t-il d'un air de profond ddain1 en appuyant longuement sur la dernire syllabe1 comme s'il et dit pote4 ,j'aurais pu lui rpliquer par les exemples de ,kepler1 de ,galile1 de d',alembert1 des deux ,herschel1 et d'autres illustres savants1 qui furent potes en mme temps qu'astronomes2 j'aurais pu lui rappeler le souvenir du premier ,directeur de l',observatoire mme1 ,jean-,dominique ,cassini1 qui chanta ,uranie en vers latins1 italiens et franais2 mais les lves de l',observatoire n'avaient pas l'habitude de rpliquer quoi que ce ft au snateur-directeur4 ,les snateurs taient alors des personnages1 et le ,directeur de l',observatoire tait alors inamovible4 ,et puis1 assurment1 notre grand gomtre aurait regard le plus merveilleux pome1 du ,dante1 de l',arioste1 ou d',hugo1 du mme air de profond ddain dont un beau chien de ,terre-,neuve regarde un verre de vin qu'on approche de sa bouche4 ,d'ailleurs1 j'tais incontestablement dans mon tort4 ,cette charmante figure d',uranie1 comme elle me poursuivait1 avec toutes ses dlicieuses expressions de physionomie6 ,son sourire tait si gracieux6 ,et puis1 ses yeux de bronze avaient parfois un vritable regard4 ,il ne lui manquait que la parole4 ,or1 la nuit suivante1 peine endormi1 je la revis devant moi1 la sublime desse1 et cette fois elle me parla4 ,oh6 elle tait bien vivante4 ,et quelle jolie bouche6 j'aurais bais chaque parole4444 ,viens1 me dit-elle1 viens dans le ciel1 l-haut1 loin de la ,terre2 tu domineras ce bas monde1 tu contempleras l'immense univers dans sa grandeur4 ,tiens1 regarde6 ,illustration ,illustration ,,ii ,alors je vis la ,terre qui tombait dans les profondeurs bantes de l'immensit2 les coupoles de l',observatoire1 ,paris illumin1 descendaient vite2 tout en me sentant immobile1 j'eus une impression analogue celle qu'on prouve en ballon lorsqu'en s'levant dans les airs on voit la ,terre descendre4 ,je montai1 je montai longtemps1 emport dans un magique essor vers le znith inaccessible4 ,uranie tait prs de moi1 un peu plus leve1 me regardant avec douceur et me montrant les royaumes d'en bas4 ,le jour tait revenu4 ,je reconnus la ,france1 le ,rhin1 l',allemagne1 l',autriche1 l',italie1 la ,mditerrane1 l',espagne1 l'ocan ,atlantique1 la ,manche1 l',angleterre4 ,mais toute cette lilliputienne gographie se rapetissait trs vite4 ,bientt le globe terrestre fut rduit aux dimensions apparentes de la lune en son dernier quartier1 puis d'une petite pleine lune4 ,voil6 me dit-elle1 ce fameux globe terrestre sur lequel s'agitent tant de passions1 et qui enferme dans son cercle troit la pense de tant de millions d'tres dont la vue ne s'tend pas au del4 ,regarde comme toute son apparente grandeur diminue mesure que notre horizon se dveloppe4 ,nous ne distinguons dj plus l',europe de l',asie4 ,voici le ,canada et l',amrique du ,nord4 ,que tout cela est minuscule6 ,en passant dans le voisinage de la ,lune1 j'avais remarqu les paysages montagneux de notre satellite1 les cimes rayonnantes de lumire1 les profondes valles remplies d'ombre1 et j'aurais voulu m'y arrter pour tudier de plus prs ce sjour voisin2 mais1 ddaignant d'y jeter mme un simple regard1 ,uranie m'entranait d'un vol rapide vers les rgions sidrales4 ,nous montions toujours4 ,la ,terre1 diminuant de plus en plus mesure que nous nous en loignions1 arriva tre rduite l'aspect d'une simple toile1 brillant par l'illumination solaire au sein de l'immensit vide et noire4 ,nous avions tourn vers le ,soleil1 qui resplendissait dans l'espace sans l'clairer1 et nous voyions1 en mme temps que lui1 les toiles et les plantes1 que sa lumire n'effaait plus parce qu'elle n'clairait pas l'ther invisible4 ,l'anglique desse me montra ,mercure1 dans le voisinage du ,soleil1 ,vnus1 qui brillait du ct oppos1 la ,terre1 gale ,vnus comme aspect et comme clat1 ,mars dont je reconnus les mditerranes et les canaux1 ,jupiter avec ses quatre lunes normes1 ,saturne1 ,uranus4 ,tous ces mondes1 me dit-elle1 sont soutenus dans le vide par l'attraction du ,soleil1 autour duquel ils circulent avec vitesse4 ,c'est un chur harmonieux gravitant autour du centre4 ,la ,terre n'est qu'une le flottante1 un hameau de cette grande patrie solaire1 et cet empire solaire n'est lui-mme qu'une province au sein de l'immensit sidrale4 ,nous montions toujours4 ,le ,soleil et son systme s'loignaient rapidement2 la ,terre n'tait plus qu'un point1 ,jupiter lui-mme1 ce monde si colossal1 se montra amoindri comme ,mars et ,vnus1 un petit point minuscule peine suprieur celui de la ,terre4 ,nous passmes en vue de ,saturne1 ceint de ses anneaux gigantesques1 et dont le tmoignage seul suffirait pour prouver l'immense et inimaginable varit qui rgne dans l'univers1 ,saturne1 vritable systme lui seul avec ses anneaux forms de corpuscules emports dans une rotation vertigineuse1 et avec ses huit satellites l'accompagnant comme un cleste cortge6 ,illustration ,a mesure que nous montions1 notre soleil diminuait de grandeur4 ,bientt il descendit au rang d'toile1 puis perdit toute majest1 toute supriorit sur la population sidrale1 et ne fut plus qu'une toile peine plus brillante que les autres4 ,je contemplais toute cette immensit toile au sein de laquelle nous nous levions toujours1 et je cherchais reconnatre les constellations2 mais elles commenaient changer sensiblement de formes1 cause de la diffrence de perspective cause par mon voyage4 ,je crus voir notre soleil1 devenu insensiblement une toute petite toile1 se runir la constellation du ,centaure1 tandis qu'une nouvelle lumire1 ple1 bleutre1 assez trange1 m'arrivait de la rgion vers laquelle ,uranie m'emportait4 ,cette clart n'avait rien de terrestre et ne me rappelait aucun des effets que j'avais admirs dans les paysages de la ,terre1 ni parmi les tons si changeants des crpuscules aprs l'orage1 ni dans les brumes indcises du matin1 ni pendant les heures calmes et silencieuses du clair de lune sur le miroir de la mer4 ,ce dernier effet est peut-tre celui dont cet aspect se rapprochait le plus1 mais cette trange lumire tait1 et elle devenait de plus en plus vraiment bleue1 bleue non d'un reflet d'azur cleste ou d'un contraste analogue celui que produit la lumire lectrique compare celle du gaz1 mais bleue comme si le ,soleil lui-mme et t bleu6 ,illustration ,quelle ne fut pas ma stupfaction lorsque je m'aperus que nous nous approchions1 en effet1 d'un soleil absolument bleu1 comme un disque brillant qui et t dcoup dans nos plus beaux ciels terrestres1 et se dtachant lumineusement sur un fond entirement noir1 tout constell d'toiles6 ,ce soleil saphir tait le centre d'un systme de plantes claires par sa lumire4 ,nous allions passer tout prs de l'une de ces plantes4 ,le soleil bleu s'agrandissait vue d'il2 mais1 nouveaut aussi singulire que la premire1 la lumire dont il clairait cette plante se compliquait d'un certain ct d'une coloration verte4 ,je regardai de nouveau dans le ciel et j'aperus un second soleil1 celui-ci d'un beau vert meraude6 ,je n'en croyais pas mes yeux4 ,nous traversons1 me dit ,uranie1 le systme solaire de ,gamma d',andromde1 dont tu ne vois encore qu'une partie1 car il se compose en ralit1 non de ces deux soleils1 mais de trois1 un bleu1 un vert1 et un jaune-orange4 ,le soleil bleu1 qui est le plus petit1 tourne autour du soleil vert1 et celui-ci gravite avec son compagnon autour du grand soleil orang que tu vas apercevoir dans un instant4 ,aussitt1 en effet1 je vis paratre un troisime soleil1 color de cet ardent rayonnement dont le contraste avec ses deux compagnons produisait la plus bizarre des illuminations4 ,je connaissais bien ce curieux systme sidral1 pour l'avoir plus d'une fois observ au tlescope2 mais je ne me doutais point de sa splendeur relle4 ,quelles fournaises1 quels blouissements6 ,quelle vivacit de couleurs dans cette trange source de lumire bleue1 dans cette illumination verte du second soleil1 et dans ce rayonnement d'or fauve du troisime6 ,mais nous nous tions approchs1 comme je l'ai dit1 de l'un des mondes appartenant au systme du soleil saphir4 ,tout tait bleu1 paysages1 eaux1 plantes1 rochers1 lgrement verdis du ct clair par le second soleil1 et peine touchs des rayons du soleil orange qui se levait l'horizon lointain4 ,a mesure que nous pntrions dans l'atmosphre de ce monde1 une musique suave et dlicieuse s'levait dans les airs1 comme un parfum1 comme un rve4 ,je n'avais jamais rien entendu de pareil4 ,la douce mlodie1 profonde1 lointaine1 semblait venir d'un chur de harpes et de violons soutenu par un accompagnement d'orgues4 ,c'tait un chant exquis1 qui charmait ds le premier instant1 qui n'avait pas besoin d'tre analys pour tre compris1 et qui remplissait l'me de volupt4 ,il me semblait que je serais rest une ternit l'couter3 je n'osais adresser la parole mon guide1 tant je craignais d'en perdre une note4 ,uranie s'en aperut4 ,elle tendit la main vers un lac et me dsigna du doigt un groupe d'tres ails qui planaient au-dessus des eaux bleues4 ,illustration ,ils n'avaient point la forme humaine terrestre4 ,c'taient des tres videmment organiss pour vivre dans l'air4 ,ils semblaient tisss de lumire4 ,de loin1 je les pris d'abord pour des libellules3 ils en avaient la forme svelte et lgante1 les vastes ailes1 la vivacit1 la lgret4 ,mais en les examinant de plus prs1 je m'aperus de leur taille1 qui n'tait pas infrieure la ntre1 et je reconnus l'expression de leurs regards que ce n'taient point des animaux4 ,leurs ttes ressemblaient galement celles des libellules1 et1 comme ces tres ariens1 ils n'avaient pas de jambes4 ,la musique si dlicieuse que j'entendais n'tait autre que le bruit de leur vol4 ,ils taient trs nombreux1 plusieurs milliers peut-tre4 ,illustration ,on voyait1 sur les sommets des montagnes1 des plantes qui n'taient ni des arbres ni des fleurs1 qui levaient de frles tiges d'normes hauteurs1 et ces tiges ramifies portaient1 comme en tendant les bras1 de larges coupes en forme de tulipes4 ,ces plantes taient animes2 du moins1 comme nos sensitives et plus encore1 et comme la desmodie aux feuilles mobiles1 elles manifestaient par des mouvements leurs impressions intrieures4 ,ces bosquets formaient de vritables cits vgtales4 ,les habitants de ce monde n'avaient pas d'autres demeures que ces bosquets1 et c'est au milieu de ces sensitives parfumes qu'ils se reposaient lorsqu'ils ne flottaient pas dans les airs4 ,ce monde te parat fantastique1 fit ,uranie1 et tu te demandes quelles ides peuvent avoir ces tres1 quelles murs1 quelle histoire1 quelles espces d'arts1 de littrature et de sciences4 ,il serait long de rpondre toutes les questions que tu pourrais faire4 ,sache seulement que leurs yeux sont suprieurs vos meilleurs tlescopes1 que leur systme nerveux vibre au passage d'une comte et dcouvre lectriquement des faits que vous ne connatrez jamais sur la ,terre4 ,les organes que tu vois au-dessous des ailes leur servent de mains plus habiles que les vtres4 ,pour imprimerie1 ils ont la photographie directe des vnements et la fixation phontique des paroles mmes4 ,ils ne s'occupent1 du reste1 que de recherches scientifiques1 c'est--dire de l'tude de la nature4 ,les trois passions qui absorbent la plus grande partie de la vie terrestre1 l'pre dsir de la fortune1 l'ambition politique et l'amour1 leur sont inconnues1 parce qu'ils n'ont besoin de rien pour vivre1 parce qu'il n'y a pas de divisions internationales ni d'autre gouvernement qu'un conseil d'administration1 et parce qu'ils sont androgynes4 --,androgynes6 rpliquai-je4 ,et j'osai ajouter3 ,est-ce mieux8 --,c'est autre4 ,ce sont de grands troubles de moins dans une humanit4 ,il faut1 continua-t-elle1 se dgager entirement des sensations et des ides terrestres pour tre en situation de comprendre la diversit infinie manifeste par les diffrentes formes de la cration4 ,de mme que sur votre plante les espces ont chang d'ge en ge1 depuis les tres si bizarres des premires poques gologiques jusqu' l'apparition de l'humanit1 de mme que maintenant encore la population animale et vgtale de la ,terre est compose des formes les plus diverses1 depuis l'homme jusqu'au corail1 depuis l'oiseau jusqu'au poisson1 depuis l'lphant jusqu'au papillon2 de mme1 et sur une tendue incomparablement plus vaste1 parmi les innombrables terres du ciel1 les forces de la nature ont donn naissance une diversit infinie d'tres et de choses4 ,la forme des tres est1 en chaque monde1 le rsultat des lments spciaux chaque globe1 substances1 chaleur1 lumire1 lectricit1 densit1 pesanteur4 ,illustration ,les formes1 les organes1 le nombre des sens--vous n'en avez que cinq1 et ils sont assez pauvres--dpendent des conditions vitales de chaque sphre4 ,la vie est terrestre sur la ,terre1 martienne sur ,mars1 saturnienne sur ,saturne1 neptunienne sur ,neptune1 c'est--dire approprie chaque sjour1 ou pour mieux dire1 plus rigoureusement encore1 produite et dveloppe par chaque monde selon son tat organique et suivant une loi primordiale laquelle obit la nature entire3 la loi du ,progrs4 ,illustration ,pendant qu'elle me parlait1 j'avais suivi du regard le vol des tres ariens vers la cit fleurie et j'avais vu avec stupfaction les plantes se mouvoir1 s'lever ou s'abaisser pour les recevoir2 le soleil vert tait descendu au-dessous de l'horizon et le soleil orange s'tait lev dans le ciel2 le paysage tait dcor d'une coloration ferique sur laquelle planait une lune norme1 mi-partie orange et mi-partie verte4 ,alors l'immense mlodie qui remplissait l'atmosphre s'arrta1 et au milieu d'un profond silence j'entendis un chant1 s'levant d'une voix si pure que nulle voix humaine ne pourrait lui tre compare4 ,quel merveilleux systme1 m'criai-je1 qu'un tel monde illumin par de tels flambeaux6 ,ce sont donc l les toiles doubles1 triples1 multiples1 vues de prs4 --,splendides soleils que ces toiles6 rpondit la desse4 ,gracieusement associes dans les liens d'une attraction mutuelle1 vous les voyez de la ,terre1 berces deux deux au sein des cieux1 toujours belles1 toujours lumineuses1 toujours pures4 ,suspendues dans l'infini1 elles s'appuient l'une sur l'autre sans jamais se toucher1 comme si leur union1 plus morale que matrielle1 tait rgie par un principe invisible et suprieur1 et suivant des courbes harmonieuses1 elles gravitent en cadence l'une autour de l'autre1 couples clestes clos au printemps de la cration dans les campagnes constelles de l'immensit4 ,tandis que les soleils simples comme le vtre brillent solitaires1 fixes1 tranquilles1 dans les dserts de l'espace1 les soleils doubles et multiples semblent animer par leurs mouvements1 leur coloration et leur vie1 les rgions silencieuses du vide ternel4 ,ces horloges sidrales marquent pour vous les sicles et les res des autres univers4 ,mais1 ajouta-t-elle1 continuons notre voyage4 ,nous ne sommes qu' quelques trillions de lieues de la ,terre4 --,quelques trillions8 --,oui4 ,si nous pouvions entendre d'ici les bruits de votre plante1 ses volcans1 ses canonnades1 ses tonnerres1 ou les vocifrations des grandes foules les jours de rvolution1 ou les chants pieux des glises qui s'lvent vers le ,ciel1 la distance est telle qu'en admettant que ces bruits puissent la franchir avec la vitesse du son dans l'air1 ils n'emploieraient pas moins de quinze millions d'annes pour arriver jusqu'ici4 ,nous entendrions aujourd'hui seulement ce qui se passait sur la ,terre il y a quinze millions d'annes4 ,cependant nous sommes encore1 relativement l'immensit de l'univers1 trs voisins de ta patrie4 ,tu reconnais toujours votre soleil1 l-bas1 toute petite toile4 ,nous ne sommes pas sortis de l'univers auquel il appartient avec son systme de plantes4 ,cet univers se compose de plusieurs milliards de soleils1 spars les uns des autres par des trillions de lieues4 ,son tendue est si considrable1 qu'un clair1 la vitesse de trois cent mille kilomtres par seconde1 emploierait quinze mille ans le traverser4 ,et partout1 partout des soleils1 de quelque ct que nous dirigions nos regards2 partout des sources de lumire1 de chaleur et de vie1 sources d'une varit inpuisable1 soleils de tout clat1 de toutes grandeurs1 de tout ge1 soutenus dans le vide ternel1 dans l'ther luminifre1 par l'attraction mutuelle de tous et par le mouvement de chacun4 ,chaque toile1 soleil norme1 tourne sur elle-mme comme une sphre de feu et vogue vers un but4 ,votre soleil marche et vous emporte vers la constellation d',hercule1 celui dont nous venons de traverser le systme marche vers le sud des ,pliades1 ,sirius se prcipite vers la ,colombe1 ,pollux s'lance vers la ,voie lacte1 tous ces millions1 tous ces milliards de soleils courent travers l'immensit avec des vitesses qui atteignent deux1 trois et quatre cent mille mtres par seconde6 ,c'est le ,mouvement qui soutient l'quilibre de l'univers1 qui en constitue l'organisation1 l'nergie et la vie4 ,illustration ,illustration ,,iii ,depuis longtemps dj le systme tricolore avait fui sous notre essor4 ,nous passmes dans le voisinage d'un grand nombre de mondes bien diffrents de la patrie terrestre4 ,les uns me parurent entirement couverts d'eau et peupls d'tres aquatiques1 les autres uniquement peupls de plantes4 ,nous nous arrtmes prs de plusieurs4 ,quelle inimaginable varit6 ,sur l'un d'entre eux1 tous les habitants me parurent particulirement beaux4 ,uranie m'apprit que l'organisation y est toute diffrente de celle des enfants de la ,terre et que l'tre humain y peroit les oprations physico-chimiques qui s'accomplissent dans l'entretien du corps4 ,dans notre organisme terrestre1 nous ne voyons pas comment1 par exemple1 les aliments absorbs s'assimilent1 comment le sang1 les tissus1 les os1 se renouvellent2 toutes les fonctions s'accomplissent instinctivement1 sans que la pense les peroive4 ,aussi subit-on mille maladies1 dont l'origine est cache et souvent introuvable4 ,l1 l'tre humain sent les actes de son entretien vital1 comme nous sentons un plaisir ou une douleur4 ,de chaque molcule du corps1 pour ainsi dire1 part un nerf qui transmet au cerveau les impressions varies qu'elle reoit4 ,si l'homme terrestre tait dou d'un pareil systme nerveux1 en plongeant ses regards dans l'organisme par l'intermdiaire des nerfs1 il verrait comment l'aliment se transforme en chyle1 celui-ci en sang1 le sang en chair1 en substance musculaire1 nerveuse1 etc43 il se verrait lui-mme4 ,mais nous en sommes loin1 le centre animique de nos perceptions tant embarrass par les nerfs multiplis des lobes crbraux et des couches optiques4 ,sur un autre globe que nous traversmes pendant la nuit1 c'est--dire du ct de son hmisphre nocturne1 les yeux humains sont organiss de telle sorte qu'ils sont lumineux1 qu'ils clairent1 comme si quelque manation phosphorescente irradiait de leur trange foyer4 ,une runion nocturne compose d'un grand nombre de personnes offre un aspect vritablement fantastique1 parce que la clart comme la couleur des yeux changent suivant les passions diverses qui les animent4 ,de plus1 la puissance de ces regards est telle qu'ils exercent une influence lectrique et magntique d'une intensit variable1 et qu'en certains cas ils peuvent foudroyer1 faire tomber morte la victime sur laquelle se fixe toute l'nergie de leur volont4 ,un peu plus loin1 mon guide cleste me signala un monde o les organismes jouissent d'une facult prcieuse1 c'est que l'me peut changer de corps sans passer par la circonstance de la mort1 souvent dsagrable1 et toujours triste4 ,un savant qui a travaill toute sa vie pour l'instruction de l'humanit et voit arriver la fin de ses jours sans avoir pu terminer ses nobles entreprises1 peut changer de corps avec un jeune adolescent et recommencer une nouvelle vie1 plus utile encore que la premire4 ,il suffit1 pour cette transmigration1 du consentement de l'adolescent et de l'opration magntique d'un mdecin comptent4 ,on voit aussi parfois deux tres1 unis par les liens si doux et si forts de l'amour1 oprer un pareil change de corps aprs plusieurs annes d'union3 l'me de l'poux vient habiter le corps de l'pouse1 et rciproquement1 pour le reste de leur existence4 ,l'exprience intime de la vie devient incomparablement plus complte pour chacun d'eux4 ,on voit aussi des savants1 des historiens1 dsireux de vivre deux sicles au lieu d'un1 se plonger dans des sommeils factices d'hibernation artificielle qui suspend leur vie la moiti de chaque anne et mme davantage4 ,quelques-uns mme parviennent vivre trois fois plus longtemps que la vie normale des centenaires4 ,quelques instants aprs1 traversant un autre systme1 nous rencontrmes un genre d'organisations tout autre encore et assurment suprieur au ntre4 ,chez les habitants de la plante que nous avions alors sous les yeux1 monde clair par un brillant soleil hydrogn1 la pense n'est pas oblige de passer par la parole pour se manifester4 ,combien de fois ne nous est-il pas arriv1 lorsqu'une ide lumineuse ou ingnieuse vient d'occuper notre cerveau1 de vouloir l'exprimer ou l'crire1 et1 pendant le temps que nous commenons parler ou crire1 de sentir dj l'ide dissipe1 envole1 obscurcie ou mtamorphose8 ,les habitants de cette plante ont un sixime sens1 que l'on pourrait appeler autotlgraphique1 en vertu duquel1 quand l'auteur ne s'y oppose pas1 la pense se communique au dehors et peut se lire sur un organe qui occupe peu prs la place de votre front4 ,ces conversations silencieuses sont souvent les plus profondes et les plus prcises2 elles sont toujours les plus sincres4 ,nous sommes navement disposs croire que l'organisation humaine ne laisse rien dsirer sur la ,terre4 ,pourtant1 n'avons-nous jamais regrett d'tre oblig d'entendre malgr nous des paroles dsagrables1 un discours absurde1 un sermon gonfl de vide1 de la mauvaise musique1 des mdisances ou des calomnies8 ,nos grammaires ont beau prtendre que nous pouvons fermer l'oreille ces discours1 il n'en est malheureusement rien4 ,vous ne pouvez pas fermer vos oreilles comme vos yeux4 ,il y a l une lacune4 ,j'ai t fort surpris de remarquer une plante o la nature n'a pas oubli ce dtail4 ,comme nous nous y arrtions un instant1 ,uranie me signala ces oreilles qui se fermaient ainsi que des paupires4 ,il y a l1 me dit-elle1 bien moins de sourdes colres que chez vous1 mais les divisions entre les partis politiques y sont beaucoup plus accuses1 les adversaires ne voulant rien entendre1 et y russissant effectivement malgr les avocats les plus loquaces4 ,sur un autre monde1 dans lequel le phosphore joue un grand rle1 dont l'atmosphre est constamment lectrise1 dont la temprature est fort leve1 et o les habitants n'ont gure eu aucune raison suffisante d'inventer des vtements1 certaines passions se traduisent par l'illumination d'une partie du corps4 ,c'est en grand ce qui se passe en petit dans nos prairies terrestres1 o l'on voit1 pendant les douces soires d't1 les vers luisants se consumer silencieusement dans une flamme amoureuse4 ,l'aspect des couples lumineux est curieux observer le soir dans les grandes villes4 ,la couleur de la phosphorescence diffre suivant les sexes1 et l'intensit varie suivant les ges et les tempraments4 ,le sexe fort brle d'une flamme rouge plus ou moins ardente1 et le sexe gracieux d'une flamme bleutre1 parfois ple et discrte4 ,nos vers luisants seuls seraient aptes se former une ide1 trs rudimentaire1 de la nature des impressions ressenties par ces tres spciaux4 ,je n'en croyais pas mes yeux lorsque nous traversions l'atmosphre de cette plante4 ,mais je fus encore plus surpris en arrivant sur le satellite de ce singulier monde4 ,c'tait une lune solitaire1 claire par une sorte de soleil crpusculaire4 ,une valle sombre s'offrit nos regards4 ,aux arbres dissmins sur les deux flancs de la valle pendaient des tres humains envelopps de suaires4 ,ils s'taient attachs eux-mmes aux branches par leur chevelure et dormaient l dans le plus profond silence4 ,ce que j'avais pris pour des suaires1 c'tait un tissu form par l'allongement de leurs cheveux embroussaills et blanchis4 ,comme je m'tonnais d'une pareille situation1 ,uranie m'apprit que c'est l leur mode habituel d'ensevelissement et de rsurrection4 ,oui1 sur ce monde1 les tres humains jouissent de la facult organique des insectes qui ont le don de s'endormir l'tat de chrysalide pour se mtamorphoser en papillons ails4 ,il y a l comme une double race humaine1 et les stagiaires de la premire phase1 les tres les plus grossiers et les plus matriels1 n'y aspirent qu' mourir1 pour ressusciter dans la plus splendide des mtamorphoses4 ,chaque anne de ce monde reprsente environ deux cents ans terrestres4 ,on y vit deux tiers d'anne l'tat infrieur1 un tiers 7l'hiver7 l'tat de chrysalide1 et au printemps suivant1 les pendus sentent insensiblement la vie revenir dans leur chair transforme3 ils s'agitent1 se rveillent1 laissent leur toison l'arbre et se dgageant1 tres ails merveilleux1 s'envolent dans les rgions ariennes1 pour y vivre une nouvelle anne phnicienne1 c'est--dire deux cents ans de notre rapide plante4 ,nous traversmes ainsi un grand nombre de systmes1 et il me semblait que l'ternit entire n'aurait pas t assez longue pour me permettre de jouir de toutes ces crations inconnues la ,terre2 mais mon guide me laissait peine le temps de me reconnatre1 et toujours de nouveaux soleils et de nouveaux mondes apparaissaient4 ,nous avions presque heurt dans notre traverse des comtes transparentes qui erraient comme des souffles d'un systme l'autre1 et plus d'une fois encore je m'tais senti attir vers de merveilleuses plantes aux frais paysages dont les humanits eussent t de nouveaux sujets d'tudes4 ,cependant la ,muse cleste m'emportait sans fatigue toujours plus haut1 toujours plus loin1 lorsque enfin nous parvnmes ce qui me parut tre les faubourgs de l'univers4 ,les soleils devenaient plus rares1 moins lumineux1 plus ples1 la nuit tait plus complte entre les astres1 et bientt nous nous trouvmes au sein d'un vritable dsert1 les milliards d'toiles qui constituent l'univers visible de la ,terre s'tant loignes et ayant tout rduit une petite voie lacte isole dans le vide infini4 ,nous voici donc enfin1 m'criai-je1 aux limites de la cration6 --,regarde6 rpondit-elle1 en me montrant le znith4 ,illustration ,illustration ,,iv ,mais quoi6 tait-ce vrai8 ,un autre univers descendait vers nous6 ,des millions et des millions de soleils groups ensemble planaient1 nouvel archipel cleste1 et allaient se dveloppant comme une vaste nue d'toiles mesure que nous montions4 ,j'essayai de sonder du regard1 tout autour de moi1 dans toutes les profondeurs1 l'espace infini1 et partout j'apercevais des lueurs analogues1 des amas d'toiles dissmins toutes les distances4 ,le nouvel univers dans lequel nous pntrions tait surtout compos de soleils rouges1 rubis et grenats4 ,plusieurs avaient absolument la couleur du sang4 ,sa traverse fut une vritable fulguration4 ,rapidement nous filions de soleil en soleil1 mais d'incessantes commotions lectriques nous atteignaient comme les feux d'une aurore borale4 ,quels tranges sjours que ces mondes illumins uniquement par des soleils rouges6 ,puis1 dans un district de cet univers nous remarqumes un groupe secondaire compos d'un grand nombre d'toiles roses et d'toiles bleues4 ,tout coup une norme comte dont la tte ressemblait une gueule colossale se prcipita sur nous et nous enveloppa4 ,je me pressais avec terreur contre les flancs de la desse qui1 un instant1 disparut pour moi dans un lumineux brouillard4 ,mais nous nous retrouvmes de nouveau dans un dsert obscur1 car ce second univers s'tait loign comme le premier4 ,la cration1 me dit-elle1 se compose d'un nombre infini d'univers distincts1 spars les uns des autres par des abmes de nant4 --,un nombre infini8 --,objection mathmatique1 rpliqua-t-elle4 ,sans doute un nombre1 quelque grand qu'il soit1 ne peut pas tre actuellement infini1 puisqu'on peut toujours par la pense l'augmenter d'une unit1 ou mme le doubler1 le tripler1 le centupler4 ,mais souviens-toi que le moment actuel n'est qu'une porte par laquelle l'avenir se prcipite vers le pass4 ,l'ternit est sans fin1 et le nombre des univers sera1 lui aussi1 sans fin4 ,regarde6 ,tu vois encore1 toujours1 et partout1 de nouveaux archipels d'les clestes1 de nouveaux univers4 --,il me semble1 ,uranie6 que depuis bien longtemps dj1 et avec une grande vitesse1 nous montons dans le ciel sans bornes8 --,nous pourrions toujours monter ainsi1 rpliqua-t-elle1 jamais nous n'atteindrions une limite dfinitive4 ,nous pourrions voguer l-bas1 gauche1 droite1 devant nous1 derrire nous1 en bas1 vers n'importe quelle direction1 jamais1 nulle part1 nous ne rencontrerions aucune frontire4 ,jamais1 jamais de fin4 ,sais-tu o nous sommes8 ,sais-tu quel chemin nous avons parcouru8 ,nous sommes444 au vestibule de l'infini1 comme nous y tions sur la ,terre4 ,nous n'avons pas avanc d'un seul pas6 ,une grande motion s'tait empare de mon esprit4 ,les dernires paroles d',uranie m'avaient pntr jusqu'aux moelles comme un frisson glacial4 ,jamais de fin6 jamais6 jamais6 rptais-je4 ,et je ne pouvais dire ni penser autre chose4 ,pourtant la magnificence du spectacle reparut mes yeux et mon anantissement fit place l'enthousiasme4 ,l',astronomie6 m'criai-je4 ,c'est tout6 ,savoir ces choses6 vivre dans l'infini4 ,o ,uranie6 ,qu'est-ce que le reste des ides humaines en face de la science6 ,des ombres1 des fantmes6 --,oh6 fit-elle1 tu vas te rveiller sur la ,terre1 tu admireras encore1 et lgitimement1 la science de tes matres2 mais sache-le bien1 l'astronomie actuelle de vos coles et de vos observatoires1 l'astronomie mathmatique1 la belle science des ,newton1 des ,laplace1 des ,le ,verrier1 n'est pas encore la science dfinitive4 ,ce n'est point l1 mon fils1 le but que je poursuis depuis les jours d',hipparque et de ,ptolme4 ,regarde ces millions de soleils1 analogues celui qui fait vivre la ,terre1 et comme lui1 sources de mouvement1 d'activit et de splendeur2 eh bien1 voil l'objet de la science venir3 l'tude de la vie universelle et ternelle4 ,jusqu' ce jour1 on n'a pas pntr dans le temple4 ,les chiffres ne sont pas un but1 mais un moyen2 ils ne reprsentent pas l'difice de la nature1 mais les mthodes1 les chafaudages4 ,tu vas assister l'aurore d'un jour nouveau4 ,l'astronomie mathmatique va faire place l'astronomie physique1 la vritable tude de la nature4 ,oui1 ajouta-t-elle1 les astronomes qui calculent les mouvements apparents des astres dans leurs passages de chaque jour au mridien1 ceux qui annoncent l'arrive des clipses1 des phnomnes clestes1 des comtes priodiques1 ceux qui observent avec tant de soins les positions prcises des toiles et des plantes aux divers degrs de la sphre cleste1 ceux qui dcouvrent des comtes1 des plantes1 des satellites1 des toiles variables1 ceux qui recherchent et dterminent les perturbations apportes aux mouvements de la ,terre par l'attraction de la ,lune et des plantes1 ceux qui consacrent leurs veilles dcouvrir les lments fondamentaux du systme du monde1 tous1 observateurs ou calculateurs1 sont des prcurseurs de l'astronomie nouvelle4 ,ce sont l d'immenses travaux1 des labeurs dignes d'admiration et de transcendantes uvres1 qui mettent en lumire les plus hautes facults de l'esprit humain4 ,mais c'est l'arme du pass4 ,mathmaticiens et gomtres4 ,dsormais le cur des savants va battre pour une conqute plus noble encore4 ,tous ces grands esprits1 en tudiant le ciel1 ne sont en ralit1 pas sortis de la ,terre4 ,le but de l',astronomie n'est pas de nous montrer la position apparente de points brillants ni de peser des pierres en mouvement dans l'espace1 ni de nous faire connatre d'avance les clipses1 les phases de la lune ou les mares4 ,tout cela est beau1 mais insuffisant4 ,si la vie n'existait pas sur la ,terre1 cette plante serait absolument dpourvue d'intrt pour quelque esprit que ce ft1 et l'on peut appliquer la mme rflexion tous les mondes qui gravitent autour des milliards de soleils dans les profondeurs de l'immensit4 ,la vie est le but de la cration tout entire4 ,s'il n'y avait ni vie ni pense1 tout cela serait comme nul et non avenu4 ,tu es destin assister une transformation complte de la science4 ,la matire va faire place l'esprit4 --,la vie universelle6 fis-je4 ,est-ce que toutes les plantes de notre systme solaire sont habites8444 ,est-ce que les milliards de mondes qui peuplent l'infini sont habits8444 ,est-ce que ces humanits ressemblent la ntre8444 ,est-ce que nous les connatrons jamais8444 --,l'poque pendant laquelle tu vis sur la ,terre1 la dure mme de l'humanit terrestre1 n'est qu'un moment dans l'ternit4 ,je ne compris pas cette rponse mes questions4 ,il n'y a aucune raison1 ajouta ,uranie1 pour que tous les mondes soient habits maintenant4 ,l'poque actuelle n'a pas plus d'importance que celles qui l'ont prcde ou celles qui la suivront4 ,la dure de l'existence de la ,terre sera beaucoup plus longue--peut-tre dix fois plus longue--que celle de sa priode vitale humaine4 ,sur une dizaine de mondes pris au hasard dans l'immensit1 nous pourrions1 par exemple1 suivant les cas1 en trouver peine un actuellement habit par une race intelligente4 ,les uns l'ont t jadis2 d'autres le seront dans l'avenir2 ceux-ci sont en prparation1 ceux-l ont parcouru toutes leurs phases2 ici des berceaux1 l-bas des tombes2 et puis1 une varit infinie se rvle dans les manifestations des forces de la nature1 la vie terrestre n'tant en aucune faon le type de la vie extra-terrestre4 ,des tres peuvent vivre1 penser1 en des organisations toutes diffrentes de celles que vous connaissez sur votre plante4 ,les habitants des autres mondes n'ont ni votre forme ni vos sens4 ,ils sont autres4 ,illustration ,le jour viendra1 et trs prochainement puisque tu es appel le voir1 o cette tude des conditions de la vie dans les diverses provinces de l'univers sera l'objet essentiel--et le grand charme--de l',astronomie4 ,bientt1 au lieu de s'occuper simplement de la distance1 du mouvement et de la masse matrielle de vos plantes voisines1 par exemple1 les astronomes dcouvriront leur constitution physique1 leurs aspects gographiques1 leur climatologie1 leur mtorologie1 pntreront le mystre de leur organisation vitale et discuteront sur leurs habitants4 ,ils trouveront que ,mars et ,vnus sont actuellement peupls d'tres pensants1 que ,jupiter en est encore sa priode primaire de prparation organique1 que ,saturne plane en des conditions toutes diffrentes de celles qui ont prsid l'tablissement de la vie terrestre et1 sans jamais passer par un tat analogue celui de la ,terre1 sera habit par des tres incompatibles avec les organismes terrestres4 ,de nouvelles mthodes feront connatre la constitution physique et chimique des astres1 la nature des atmosphres4 ,des instruments perfectionns permettront mme de dcouvrir les tmoignages directs de l'existence de ces humanits plantaires et de songer se mettre en communication avec elles4 ,voil la transformation scientifique qui marquera la fin du dix-neuvime sicle et qui inaugurera le vingtime4 ,illustration ,j'coutais1 ravi1 les paroles de la ,muse cleste1 qui illuminaient pour moi d'une lumire toute nouvelle les destines de l',astronomie et me pntraient d'une ardeur plus vive encore4 ,j'avais sous les yeux le panorama des mondes innombrables qui roulent dans l'espace et je comprenais que le but de la science devait tre de nous faire connatre ces univers lointains1 de nous faire vivre dans ces horizons immenses4 ,la belle desse continua3 ,la mission de l',astronomie sera plus leve encore4 ,aprs vous avoir fait sentir1 vous avoir fait connatre1 que la ,terre n'est qu'une cit dans la patrie cleste et que l'homme est citoyen du ,ciel1 elle ira plus loin4 ,en dcouvrant le plan sur lequel l'univers physique est construit1 elle montrera que l'univers moral est tabli sur ce mme plan1 que les deux mondes ne forment qu'un mme monde et que l'esprit gouverne la matire4 ,ce qu'elle aura fait pour l'espace1 elle le fera pour le temps4 ,aprs avoir apprci l'immensit de l'espace et avoir reconnu que les mmes lois rgnent simultanment en tous lieux et font de l'immense univers une seule unit1 vous apprendrez que les sicles du pass et de l'avenir sont associs au temps prsent et que les monades pensantes vivront ternellement par des transformations successives et progressives2 vous apprendrez qu'il y a des esprits incomparablement suprieurs aux plus grands esprits de l'humanit terrestre et que tout progresse vers la perfection suprme2 vous apprendrez aussi que le monde matriel n'est qu'une apparence et que l'tre rel consiste en une force impondrable1 invisible et intangible4 ,l',astronomie sera donc minemment1 et avant tout1 la directrice de la philosophie4 ,ceux qui raisonneront en dehors des connaissances astronomiques resteront ct de la vrit4 ,ceux qui suivront fidlement son flambeau s'lveront graduellement dans la solution des grands problmes4 ,la philosophie astronomique sera la religion des esprits suprieurs4 ,tu dois assister1 ajouta-t-elle1 cette double transformation de la science4 ,lorsque tu quitteras le monde terrestre1 cette science astronomique1 que tu admires dj si lgitimement1 sera entirement renouvele1 dans sa forme comme dans son esprit4 ,mais ce n'est pas tout4 ,cette rnovation d'une science antique servirait peu au progrs gnral de l'humanit1 si ces sublimes connaissances1 qui dveloppent l'esprit1 clairent l'me et l'affranchissent des mdiocrits sociales1 restaient enfermes dans le cercle restreint des astronomes de profession4 ,ce temps-l va passer aussi4 ,le boisseau doit tre renvers4 ,il faut prendre le flambeau la main1 accrotre son clat1 le porter sur les places publiques1 dans les rues populeuses1 jusque dans les carrefours4 ,tout le monde est appel recevoir la lumire1 tout le monde en a soif1 surtout les humbles1 surtout les dshrits de la fortune1 car ceux-l pensent davantage1 ceux-l sont avides de science1 tandis que les satisfaits du sicle ne se doutent pas de leur ignorance et sont presque fiers d'y demeurer4 ,oui1 la lumire de l',astronomie doit tre rpandue sur le monde2 elle doit pntrer jusqu'aux masses populaires1 clairer les consciences1 lever les curs4 ,et ce sera l sa plus belle mission2 ce sera l son bienfait4 ,illustration ,illustration ,v ,ainsi parla mon guide cleste4 ,son visage tait beau comme le jour1 ses yeux brillaient d'un lumineux clat1 sa voix semblait une musique divine4 ,je voyais les mondes circuler autour de nous dans l'espace et je sentais qu'une harmonie immense rgit la nature4 ,maintenant1 me dit ,uranie en me dsignant du doigt la place o notre soleil terrestre avait disparu1 revenons sur la ,terre4 ,mais regarde encore4 ,tu as compris que l'espace est infini4 ,tu vas comprendre que le temps est ternel4 ,nous traversmes des constellations et revnmes vers le systme solaire4 ,je vis1 en effet1 reparatre le ,soleil sous l'aspect d'une petite toile4 ,je vais te donner un instant1 fit-elle1 sinon la vision divine1 du moins la vision anglique4 ,ton me va sentir les vibrations thres qui constituent la lumire et savoir comment l'histoire de chaque monde est ternelle en ,dieu4 ,voir1 c'est savoir4 ,vois6 ,de mme qu'un microscope nous montre une fourmi de la grosseur d'un lphant2 de mme que1 pntrant jusqu'aux infiniment petits1 il sait rendre l'invisible visible2 ainsi1 l'ordre de la ,muse1 ma vue acquit soudain une puissance de perception inattendue et distingua dans l'espace1 ct du ,soleil qui s'clipsa1 la ,terre1 qui d'invisible devint visible4 ,je la reconnus1 et mesure que je la regardais1 son disque s'agrandissait1 offrant l'aspect de la lune quelques jours avant la phase de la pleine lune4 ,bientt je parvins1 dans ce disque grandissant1 distinguer les principaux aspects gographiques1 la tache neigeuse du ple nord1 les contours de l',europe et de l',asie1 la mer du ,nord1 l',atlantique1 la ,mditerrane4 ,plus je fixais mon attention1 et mieux je voyais4 ,les dtails devenaient de plus en plus perceptibles1 comme si j'avais chang graduellement d'oculaires microtlescopiques4 ,je reconnus la forme gographique de la ,france2 mais notre belle patrie me parut entirement verte1 du ,rhin l',ocan et de la ,manche la ,mditerrane1 comme si elle avait t couverte d'une seule et immense fort4 ,je parvenais cependant distinguer de mieux en mieux les moindres dtails1 car les ,alpes1 les ,pyrnes1 le ,rhin1 le ,rhne1 la ,loire1 taient faciles reconnatre4 ,fixe bien ton attention1 reprit ma compagne4 ,en mme temps qu'elle prononait ces paroles1 elle posait sur mon front l'extrmit de ses doigts allongs1 comme si elle et voulu magntiser mon cerveau et donner mes facults de perception une puissance plus grande encore4 ,alors je sondai1 je pntrai plus attentivement encore les dtails de la vision1 et j'eus devant les yeux la ,gaule du temps de ,jules ,csar4 ,c'tait au temps de la guerre de l'indpendance anime par le patriotisme de ,vercingtorix4 ,je voyais ces aspects d'en haut1 comme nous voyons les paysages lunaires au tlescope1 comme nous voyons une contre de la nacelle d'un ballon2 mais je reconnus la ,gaule1 l',auvergne1 ,gergovie1 le ,puy de ,dme1 les volcans teints1 et ma pense se reprsenta facilement la scne gauloise dont une image abrge m'arrivait4 ,illustration ,nous sommes une telle distance de la ,terre1 me dit ,uranie1 que la lumire emploie pour arriver de l jusqu'ici tout le temps qui nous spare de l'poque de ,jules ,csar4 ,nous recevons seulement maintenant1 ici1 les rayons lumineux partis de la ,terre cette poque4 ,pourtant la lumire voyage dans l'espace thr avec la vitesse de trois cent mille kilomtres par seconde4 ,c'est rapide1 trs rapide1 mais ce n'est pas instantan4 ,les astronomes de la ,terre qui observent maintenant les toiles situes la distance o nous sommes1 ne les voient pas telles qu'elles sont actuellement1 mais telles qu'elles taient au moment o sont partis les rayons lumineux qui arrivent seulement aujourd'hui1 c'est--dire telles qu'elles taient il y a plus de dix-huit sicles4 ,de la ,terre1 ajouta-t-elle1 ni d'aucun point de l'espace1 on ne voit jamais les astres tels qu'ils sont1 mais tels qu'ils ont t4 ,on est d'autant plus en retard sur leur histoire qu'on en est plus loign4 ,vous observez avec les plus grands soins au tlescope des toiles qui n'existent plus4 ,plusieurs mme des toiles que vous voyez l'il nu n'existent plus4 ,plusieurs des nbuleuses dont vous analysez la substance au spectroscope sont devenues des soleils4 ,plusieurs de vos plus belles toiles rouges sont actuellement teintes et mortes3 en vous approchant d'elles vous ne les verriez plus6 ,illustration ,la lumire mane de tous les soleils qui peuplent l'immensit1 la lumire rflchie dans l'espace par tous les mondes clairs par ces soleils1 emporte travers le ciel infini les photographies de tous les sicles1 de tous les jours1 de tous les instants4 ,en regardant un astre1 vous le voyez tel qu'il tait au moment o est partie la photographie que vous en recevez1 de mme qu'en entendant une cloche vous recevez le son aprs qu'il est parti1 et d'autant plus longtemps aprs que vous en tes plus loign4 ,il en rsulte que l'histoire de tous les mondes voyage actuellement dans l'espace1 sans jamais disparatre absolument1 et que tous les vnements passs sont prsents dans le sein de l'infini et indestructibles4 ,la dure de l'univers sera sans fin4 ,la ,terre finira1 et ne sera plus un jour qu'un tombeau4 ,mais il y aura de nouveaux soleils et de nouvelles terres1 de nouveaux printemps et de nouveaux sourires et toujours la vie fleurira dans l'univers sans bornes et sans fin4 ,j'ai voulu te montrer1 fit-elle aprs un instant de pause1 j'ai voulu te montrer comment le temps est ternel4 ,tu avais senti l'infinit de l'espace4 ,tu avais compris la grandeur de l'univers4 ,maintenant1 ton voyage cleste est accompli4 ,rapprochons-nous de la ,terre et reviens dans ta patrie4 ,pour toi1 ajouta-t-elle encore1 sache que l'tude est la seule source de toute valeur intellectuelle2 ne sois jamais ni pauvre ni riche2 garde-toi de toute ambition comme de toute servitude2 sois indpendant2 l'indpendance est le plus rare des biens1 et la premire condition du bonheur4 ,uranie parlait de sa douce voix4 ,mais la commotion produite par tous ces tableaux extraordinaires avait tellement branl mon cerveau que je fus pris soudain d'un grand tremblement4 ,un frisson me parcourut de la tte aux pieds1 et c'est sans doute ce qui amena mon rveil subit1 au milieu d'une vive agitation4444 ,hlas6 ce dlicieux voyage cleste tait termin4 ,je cherchai ,uranie et ne la trouvai plus4 ,un clair rayon de lune1 pntrant par la fentre de ma chambre1 venait caresser le bord d'un rideau et semblait dessiner vaguement la forme arienne de mon cleste guide2 mais ce n'tait qu'un rayon de lune4 ,lorsque je revins le lendemain l',observatoire1 ma premire impulsion fut d'accourir1 sous un prtexte quelconque1 dans le cabinet du ,directeur et de revoir la ,muse charmante qui m'avait gratifi d'un tel rve4444 ,la pendule avait disparu6 ,a sa place trnait le buste1 en marbre blanc1 de l'illustre astronome4 ,je cherchai en d'autres pices1 et1 propos de mille prtextes1 jusque dans les appartements1 mais elle avait bien disparu4 ,pendant des jours1 pendant des semaines1 je cherchai1 sans parvenir la revoir ni mme savoir ce qu'elle tait devenue4 ,j'avais un ami1 un confident1 peu prs du mme ge que moi1 quoique paraissant un peu moins jeune cause de sa barbe naissante1 mais lui aussi fortement pris de l'idal et plus rveur encore peut-tre1 le seul d'ailleurs de tout le personnel de l',observatoire avec lequel je me sois jamais intimement li4 ,il partageait mes joies et mes peines4 ,nous avions les mmes gots1 les mmes ides1 les mmes sentiments4 ,il avait compris et mon adolescente admiration pour une statue1 et la personnification dont mon imagination l'avait anime1 et ma mlancolie d'avoir ainsi subitement perdu ma chre ,uranie au moment mme o j'y tais le plus attach4 ,il avait plus d'une fois admir avec moi les effets de la lumire sur sa cleste physionomie1 et souriant de mes extases1 comme un grand frre1 me taquinant mme1 un peu vivement parfois1 sur ma tendresse pour une idole1 allait jusqu' m'appeler ,camille ,pygmalion4 ,mais1 au fond1 je voyais bien qu'il l'aimait aussi4 ,cet ami1 qui hlas6 devait tre emport quelques annes plus tard en pleine fleur de jeunesse1 ce bon ,georges ,spero1 minent esprit et grand cur1 dont le souvenir me restera ternellement cher1 tait alors secrtaire particulier du ,directeur1 et son affection si sincre me fut tmoigne en cette circonstance par une attention aussi gracieuse qu'imprvue4 ,un jour1 en rentrant chez moi1 je vis avec une stupfaction quasi incrdule la fameuse pendule place sur ma chemine1 l1 juste devant moi6444 ,c'tait bien elle6 ,mais comment tait-elle l8 ,quel chemin avait-elle pris8 ,d'o venait-elle8 ,j'appris que l'illustre auteur de la dcouverte de ,neptune l'avait envoye rparer chez l'un des principaux horlogers de ,paris1 que celui-ci avait reu de ,chine une antique pendule astronomique du plus haut intrt et en avait offert l'change1 lequel avait t accept2 et que ,georges ,spero1 charg de la transaction1 avait rachet l'uvre de ,pradier pour me l'offrir en souvenir des leons de mathmatiques que je lui avais donnes4 ,avec quelle joie je revis mon ,uranie6 ,avec quel bonheur j'en rassasiai mes regards6 ,cette charmante personnification de la ,muse du ,ciel ne m'a jamais quitt depuis4 ,dans mes heures d'tude1 la belle statue se tenait devant moi1 semblant me rappeler le discours de la desse1 m'annoncer les destines de l',astronomie1 me diriger dans mes adolescentes aspirations scientifiques4 ,depuis1 des motions plus passionnes ont pu sduire1 captiver1 troubler mes sens2 mais je n'oublierai jamais le sentiment idal que la ,muse des toiles m'avait inspir1 ni le voyage cleste dans lequel elle m'emporta1 ni les panoramas inattendus qu'elle dploya sous mes regards1 ni les vrits qu'elle me rvla sur l'tendue et la constitution de l'univers1 ni le bonheur qu'elle m'a donn en assignant dfinitivement pour carrire mon esprit les calmes contemplations de la nature et de la science4 ,illustration ,,deuxi,,me ,,partie ,georges ,spero ,illustration ,i ,,la ,,vie ,l'ardente lumire du soir flottait dans l'atmosphre comme un prodigieux rayonnement d'or4 ,des hauteurs de ,passy1 la vue s'tendait sur l'immense cit qui1 alors plus que jamais1 tait non pas une ville1 mais un monde4 ,l',exposition universelle de #ahfg avait runi en ce ,paris imprial toutes les attractions et toutes les sductions du sicle4 ,les fleurs de la civilisation y brillaient de leurs plus vives couleurs et s'y consumaient dans l'ardeur mme de leurs parfums1 mourant en pleine fivre d'adolescence4 ,les souverains de l',europe venaient d'y entendre une clatante fanfare1 qui fut la dernire de la monarchie2 les sciences1 les arts1 l'industrie semaient leurs crations nouvelles avec une prodigalit inpuisable4 ,c'tait comme une ivresse gnrale des tres et des choses4 ,des rgiments marchaient1 musique en tte2 des chars rapides s'entre-croisaient de toutes parts2 des millions d'hommes s'agitaient dans la poussire des avenues1 des quais1 des boulevards2 mais cette poussire mme1 dore par les rayons du soleil couchant1 semblait une aurole couronnant la ville splendide4 ,les hauts difices1 les dmes1 les tours1 les clochers1 s'illuminaient des reflets de l'astre enflamm2 on entendait au loin des sons d'orchestre mls un murmure confus de voix et de bruits divers1 et ce lumineux soir1 compltant une blouissante journe d't1 laissait dans l'me un sentiment de contentement1 de satisfaction et de bonheur4 ,il y avait l comme une sorte de rsum symbolique des manifestations de la vitalit d'un grand peuple arriv l'apoge de sa vie et de sa fortune4 ,des hauteurs de ,passy o nous sommes1 de la terrasse d'un jardin suspendu comme aux jours de ,babylone au-dessus du cours nonchalant du fleuve1 deux tres appuys la balustrade de pierre contemplent le bruyant spectacle4 ,dominant cette surface agite de la mer humaine1 plus heureux dans leur douce solitude que tous les atomes de ce tourbillon1 ils n'appartiennent pas au monde vulgaire et planent au-dessus de cette agitation1 dans l'atmosphre limpide de leur bonheur4 ,leurs esprits pensent1 leurs curs aiment1 ou1 pour exprimer plus compltement le mme fait1 leurs mes vivent4 ,illustration ,dans la juvnile beaut de son dix-huitime printemps1 la jeune fille laisse errer son regard rveur sur l'apothose du soleil couchant1 heureuse de vivre1 plus heureuse encore d'aimer4 ,elle ne songe point ces millions d'tres humains qui s'agitent ses pieds2 elle regarde sans le voir le disque ardent du soleil qui descend derrire les nues empourpres de l',occident2 elle respire l'air parfum des guirlandes de roses du jardin1 et ressent dans tout son tre cette quitude de bonheur intime qui chante dans son cur un ineffable cantique d'amour4 ,sa blonde chevelure nimbe son front d'une aurole vaporeuse et tombe en touffes opulentes sur sa taille fine et lance2 ses yeux bleus1 bords de longs cils noirs1 semblent un reflet de l'azur des cieux2 ses bras1 son cou laissent deviner une chair d'une blancheur lacte2 ses joues1 ses oreilles sont vivement colores2 dans l'ensemble de sa personne1 elle rappelle un peu ces petites marquises des peintres du dix-huitime sicle1 qui naissaient une vie inconnue dont elles ne devaient pas jouir bien longtemps4 ,elle se tient debout4 ,son compagnon1 qui tout l'heure entourait sa taille de son bras en contemplant avec elle le tableau de ,paris1 en coutant avec elle les flots d'harmonie rpandus dans les airs par la musique de la garde impriale1 s'est assis ses cts4 ,ses yeux ont oubli ,paris et le coucher du soleil1 pour ne plus voir que sa gracieuse amie1 et1 sans s'en apercevoir1 il la regarde avec une fixit trange et douce1 l'admirant comme s'il la voyait pour la premire fois1 ne pouvant se dtacher de ce dlicieux profil1 l'enveloppant de son regard comme d'une magntique caresse4 ,illustration ,le jeune tudiant restait absorb dans cette contemplation4 tudiant1 l'tait-il encore vingt-cinq ans8 ,mais ne l'est-on pas toujours1 et notre matre d'alors1 ,m4 ,chevreul1 ne se surnommait-il pas hier encore1 dans sa cent-troisime anne d'ge1 le doyen des tudiants de ,france8 ,georges ,spero avait termin de fort bonne heure ces tudes de lyce qui n'apprennent rien1 si ce n'est la mthode du travail1 et continuait d'approfondir avec une infatigable ardeur les grands problmes des sciences naturelles4 ,l'astronomie surtout avait d'abord passionn son esprit1 et je l'avais prcisment connu 7comme le lecteur s'en souvient peut-tre1 par le rcit prcdent7 l',observatoire de ,paris1 o il tait entr ds l'ge de seize ans et o il s'tait fait remarquer par une singularit assez bizarre1 celle de n'avoir aucune ambition et de ne dsirer aucun avancement4 ,a l'ge de seize ans comme l'ge de vingt-cinq il se croyait la veille de sa mort1 jugeait peut-tre qu'en fait la vie passe vite et qu'il est superflu de rien dsirer1 sinon la science1 superflu de rien souhaiter au del du bonheur d'tudier et de connatre4 ,il tait peu communicatif1 quoique1 au fond1 son caractre ft celui d'un enfant enjou4 ,sa bouche1 fort petite et trs gracieusement dessine1 semblait sourire1 si l'on examinait avec attention le coin des lvres2 autrement1 elle paraissait plutt pensive et faite pour le silence4 ,ses yeux1 dont la couleur indcise1 rappelant le bleu vert de l'horizon de la mer1 changeait suivant la lumire et selon les motions intrieures1 taient ordinairement d'une grande douceur2 mais en certaines circonstances on et pu les croire enflamms du feu de l'clair1 ou froids comme l'acier4 ,le regard tait profond1 parfois insondable et mme trange1 nigmatique4 ,l'oreille tait petite1 gracieusement ourle1 le lobe bien dtach et lgrement relev1 ce qui pour les analystes est un indice de finesse d'esprit4 ,le front tait vaste1 quoique la tte ft plutt petite1 agrandie par une belle chevelure aux boucles chatoyantes4 ,sa barbe tait fine1 chtain comme ses cheveux1 lgrement frise4 ,de taille moyenne1 l'ensemble de sa personne tait lgant1 d'une lgance native1 soigne sans prtention1 comme sans affectation4 ,nous n'avions eu aucune camaraderie avec lui1 ni mes amis1 ni moi1 aucune poque4 ,aux jours de cong1 aux heures de plaisir1 il n'tait jamais l4 ,perptuellement plong dans ses tudes1 on et pu croire qu'il s'tait livr sans trve la recherche de la pierre philosophale1 de la quadrature du cercle ou du mouvement perptuel4 ,je ne lui ai jamais connu d'ami1 si ce n'est moi1 encore ne suis-je pas sr d'avoir reu toutes ses confidences4 ,peut-tre1 du reste1 n'a-t-il pas eu d'autre vnement intime dans sa vie que celui dont je me fais aujourd'hui l'historien1 et que j'ai pu exactement connatre comme tmoin1 sinon comme confident4 ,le problme de l'me tait l'obsession perptuelle de sa pense4 ,parfois il s'abmait dans la recherche de l'inconnu avec une telle intensit d'action crbrale1 qu'il sentait sous son crne un fourmillement dans lequel toutes ses facults pensantes semblaient s'anantir4 ,c'tait surtout lorsque aprs avoir longuement analys les conditions de l'immortalit1 il voyait tout d'un coup disparatre devant lui l'phmre vie actuelle1 et s'ouvrir devant son tre mental l'ternit sans fin4 ,en face de ce spectacle de l'me en pleine ternit1 il voulait savoir4 ,la vue de son corps ple et glac1 enseveli dans un suaire1 tendu dans un cercueil1 abandonn au fond d'une fosse troite1 dernire et lugubre demeure1 sous l'herbe o le grillon murmure1 ne consternait pas sa pense autant que l'incertitude de l'avenir4 ,que deviendrai-je8 ,que devenons-nous8 rptait-il comme un choc d'ide fixe dans son cerveau4 ,si nous mourons entirement1 quelle inepte comdie que la vie1 avec ses luttes et ses esprances6 ,si nous sommes immortels1 que faisons-nous pendant l'interminable ternit8 ,d'aujourd'hui en cent ans1 o serai-je8 o seront tous les habitants actuels de la ,terre8 et les habitants de tous les mondes8 ,mourir pour toujours1 toujours1 n'avoir exist qu'un moment3 quelle drision6 ne vaudrait-il pas mieux cent fois n'tre point n8 ,mais si le destin est de vivre ternellement sans jamais pouvoir rien changer la fatalit qui nous emporte1 ayant toujours devant nous l'ternit sans fin1 comment supporter le poids d'une pareille destine8 ,et c'est l le sort qui nous attend8 ,si jamais nous sommes fatigus de l'existence1 il nous serait interdit de la fuir1 il nous serait impossible de finir6 cruaut plus implacable encore que celle d'une vie phmre s'vanouissant comme le vol d'un insecte dans la fracheur du soir4 ,pourquoi donc sommes-nous ns8 ,pour souffrir de l'incertitude8 pour ne pas voir une seule de nos esprances rester debout aprs examen8 pour vivre1 si nous ne pensons pas1 comme des idiots2 et si nous pensons1 comme des fous8 ,et l'on nous parle d'un bon ,dieu6 ,et il y a des religions1 des prtres1 des rabbins1 des bonzes6 ,mais l'humanit n'est qu'une race de dupes et de dups4 ,la religion vaut la patrie1 et le prtre vaut le soldat4 ,les hommes de toutes les nations sont arms jusqu'aux dents1 pour s'entr'assassiner comme des imbciles4 ,eh6 c'est ce qu'ils peuvent faire de plus sage3 c'est le meilleur remerciement qu'ils puissent adresser la ,nature pour l'inepte cadeau dont elle les a gratifis en leur donnant le jour4 ,illustration ,j'essayais de calmer ses tourments1 ses inquitudes1 m'tant fait moi-mme une certaine philosophie qui m'avait relativement satisfait3 ,la crainte de la mort1 lui disais-je1 me parat absolument chimrique4 ,il n'y a que deux hypothses faire4 ,lorsque nous nous endormons chaque soir1 nous pouvons ne pas nous rveiller le lendemain1 et cette ide1 lorsque nous y songeons1 ne nous empche pas de nous endormir4 ,pourtant1 #a ou bien1 tout finissant avec la vie1 nous ne nous rveillons pas du tout1 nulle part2 et1 dans ce cas1 c'est un sommeil qui n'a pas t fini1 qui1 pour nous1 durera ternellement3 nous n'en saurons donc jamais rien4 ,ou bien1 #b l'me survivant au corps1 nous nous rveillons ailleurs pour continuer notre activit4 ,dans ce cas1 le rveil ne peut tre redoutable3 il doit plutt tre enchanteur1 toute existence dans la nature ayant sa raison d'tre et toute crature1 la plus infime comme la plus noble1 trouvant son bonheur dans l'exercice de ses facults4 ,illustration ,ce raisonnement semblait le calmer4 ,mais les inquitudes du doute ne tardaient pas reparatre piquantes comme des pines4 ,parfois1 il errait seul1 dans les vastes cimetires de ,paris1 cherchant entre les tombes les alles les plus dsertes1 coutant le bruit du vent dans les arbres1 le bruissement des feuilles mortes dans les sentiers4 ,parfois1 il s'loignait1 aux environs de la grand'ville1 travers les bois1 et pendant des heures entires marchait en s'entretenant lui-mme4 ,parfois aussi il demeurait toute une longue journe dans son atelier de la place du ,panthon1 atelier qui lui servait la fois de cabinet de travail1 de chambre coucher et de pice de rception1 et jusqu' une heure avance de la nuit1 dissquait un cerveau rapport de la ,clinique1 tudiant au microscope les coupes en minces lamelles de la substance grise4 ,l'incertitude des sciences appeles positives1 le brusque arrt de son esprit dans la solution des problmes1 le jetaient alors en un violent dsespoir1 et plus d'une fois je le trouvai dans un abattement inerte1 les yeux brillants et fixes1 les mains brlantes de fivre1 le pouls agit et intermittent4 ,en l'une de ces crises mme1 ayant t oblig de le quitter pour quelques heures1 je crus ne plus le trouver vivant en revenant vers cinq heures du matin4 ,il avait auprs de lui un verre de cyanure de potassium qu'il essaya de cacher mon arrive4 ,mais aussitt1 reprenant son calme avec une grande srnit d'me1 il eut un lger sourire3 ,a quoi bon6 me dit-il1 si nous sommes immortels1 cela ne servirait rien4 ,mais c'tait pour le savoir plus vite4 ,il m'avoua ce jour-l qu'il avait cru tre douloureusement enlev par les cheveux jusqu' la hauteur du plafond pour retomber ensuite de tout son poids sur le plancher4 ,l'indiffrence publique l'gard de ce grand problme de la destine humaine1 question qui1 ses yeux1 primait toutes les autres1 puisqu'il s'agit de notre existence ou de notre nant1 avait le don de l'exasprer au dernier degr4 ,il ne voyait partout que des gens occups des intrts matriels1 uniquement absorbs par l'ide bizarre de gagner de l'argent1 consacrant toutes leurs annes1 tous leurs jours1 toutes leurs heures1 toutes leurs minutes ces intrts dguiss sous les formes les plus diverses1 et ne trouvait aucun esprit libre1 indpendant1 vivant de la vie de l'esprit4 ,il lui semblait que les tres pensants pouvaient1 devaient1 tout en vivant de la vie du corps1 puisqu'on ne peut faire autrement1 du moins ne pas rester esclaves d'une organisation aussi grossire1 et vouer leurs meilleurs instants la vie intellectuelle4 ,a l'poque o commence ce rcit1 ,georges ,spero tait dj clbre1 et mme illustre1 par les travaux scientifiques originaux qu'il avait publis et par plusieurs ouvrages de haute littrature qui avaient port son nom aux acclamations du monde entier4 ,quoiqu'il n'et pas encore accompli sa vingt-cinquime anne1 plus d'un million de lecteurs avaient lu ses uvres1 qu'il n'avait point crites cependant pour le gros public1 mais qui avaient eu le succs d'tre apprcies par la majorit dsireuse de s'instruire aussi bien que par la minorit claire4 ,on l'avait proclam le ,matre d'une cole nouvelle1 et d'minents critiques1 ne connaissant ni son individualit physique1 ni son ge1 parlaient de ses doctrines4 ,comment ce singulier philosophe1 cet tudiant austre1 se trouvait-il aux pieds d'une jeune fille l'heure du coucher du soleil1 seul avec elle1 sur cette terrasse o nous venons de les rencontrer8 ,la suite de ce rcit va nous l'apprendre4 ,illustration ,illustration ,,ii ,l',,apparition ,leur premire rencontre avait t vritablement trange4 ,contemplateur passionn des beauts de la nature1 toujours en qute des grands spectacles1 le jeune naturaliste avait entrepris1 l't prcdent1 le voyage de ,norvge1 dans le but de visiter ces fiords solitaires o s'engouffre la mer et ces montagnes aux cimes neigeuses qui lvent au-dessus des nues leurs fronts immaculs1 et surtout avec le vif dsir d'y faire une tude spciale des aurores borales1 cette manifestation grandiose de la vie de notre plante4 ,je l'avais accompagn dans ce voyage4 ,les couchers de soleil au del des fiords calmes et profonds2 les levers de l'astre splendide sur les montagnes1 charmaient en une indicible motion son me d'artiste et de pote4 ,nous demeurmes l plus d'un mois1 parcourant la pittoresque rgion qui s'tend de ,christiania aux ,alpes ,scandinaves4 ,or1 la ,norvge tait la patrie de cette enfant du ,nord1 qui devait exercer une si rapide influence sur son cur non veill4 ,elle tait l1 quelques pas de lui1 et pourtant ce fut seulement le jour de notre dpart que le hasard1 ce dieu des anciens1 se dcida les mettre en prsence4 ,la lumire du matin dorait les cimes lointaines4 ,la jeune ,norvgienne avait t conduite par son pre sur l'une de ces montagnes o maints excursionnistes se rendent1 comme au ,righi de ,suisse1 pour assister au lever du soleil qui1 ce jour-l1 avait t merveilleux4 ,icla s'tait carte1 seule1 quelques mtres1 sur un monticule isol1 pour mieux distinguer certains dtails de paysage1 lorsque se retournant1 le visage l'oppos du soleil1 pour embrasser l'ensemble de l'horizon1 elle aperut1 non plus sur la montagne ni sur la terre1 mais dans le ciel mme1 son image1 sa personne tout entire1 fort bien reconnaissables4 ,une aurole lumineuse encadrait sa tte et ses paules d'une couronne de gloire clatante1 et un grand cercle arien1 faiblement teint des nuances de l'arc-en-ciel1 enveloppait la mystrieuse apparition4 ,stupfaite1 mue par la singularit du spectacle1 encore sous l'impression de la splendeur du lever du soleil1 elle ne remarqua pas immdiatement qu'une autre figure1 un profil de tte d'homme1 accompagnait la sienne1 silhouette de voyageur immobile1 en contemplation devant elle1 rappelant ces statues de saints debout sur les piliers d'glise4 ,cette figure masculine et la sienne taient encadres par le mme cercle arien4 ,tout d'un coup1 elle aperut cet trange profil humain dans les airs1 crut tre le jouet d'une vision fantastique1 et1 merveille1 fit un geste de surprise et presque d'effroi4 ,son image arienne reproduisit le mme geste1 et elle vit le spectre du voyageur porter la main son chapeau et se dcouvrir comme en une salutation cleste1 puis perdre la nettet de ses contours et s'vanouir en mme temps que sa propre image4 ,la transfiguration du ,mont ,thabor1 o les disciples de ,jsus aperurent tout d'un coup dans le ciel l'image du ,matre accompagne de celles de ,mose et d'lie1 ne plongea pas ses tmoins dans une stupfaction plus grande que celle de l'innocente vierge de ,norvge1 en face de cette anthlie dont la thorie est connue de tous les mtorologistes4 ,illustration ,cette apparition se fixa dans la profondeur de sa pense comme un rve merveilleux4 ,elle avait appel son pre1 rest une faible distance derrire le monticule2 mais1 lorsqu'il arriva1 tout avait disparu4 ,elle lui en demanda l'explication1 sans rien obtenir1 si ce n'est un doute1 et presque une ngation sur la ralit du phnomne4 ,cet excellent homme1 ancien officier suprieur1 appartenait cette catgorie de sceptiques distingus qui nient tout simplement ce qu'ils ignorent ou ne comprennent pas4 ,la dlicieuse crature eut beau lui affirmer qu'elle venait de voir son image dans le ciel1--et mme celle d'un homme qu'elle jugeait jeune et de bonne tournure1--elle eut beau raconter les dtails de l'apparition et ajouter que les figures lui avaient paru plus grandes que nature et ressemblaient des silhouettes colossales1 il lui dclara avec autorit1 et non sans emphase1 que c'tait ce qu'on appelle des illusions d'optique produites par l'imagination quand on a mal dormi1 surtout pendant les annes de l'adolescence4 ,illustration ,mais1 le soir du mme jour1 comme nous montions sur le bateau vapeur1 je remarquai une jeune fille la chevelure un peu vapore qui regardait mon ami d'un air franchement tonn4 ,elle tait sur le quai1 au bras de son pre1 et demeurait l immobile comme la femme de ,loth change en statue de sel4 ,je la signalai ,georges ds notre arrive sur le bateau2 mais peine eut-il tourn la tte de son ct1 que je vis les joues de la jeune fille s'empourprer d'une subite rougeur1 et aussitt elle dtourna son regard pour le diriger sur la roue du navire qui commenait se mettre en marche4 ,je ne sais si ,spero y prit garde4 ,en fait1 le matin1 nous n'avions rien vu ni l'un ni l'autre du phnomne arien1 du moins au moment o la jeune fille tait arrive prs de nous1 et elle nous tait reste cache elle-mme par un petit massif d'arbustes3 c'tait surtout le ct de l',orient1 la magnificence du lever du soleil1 qui nous avait attirs4 ,cependant il salua la ,norvge1 qu'il quittait avec regret1 du mme geste dont il avait salu le soleil levant2 et l'inconnue prit ce salut pour elle4 ,deux mois plus tard1 ,paris1 le comte de ,k444 recevait une socit nombreuse propos d'un rcent triomphe de sa compatriote ,christine ,nilson4 ,la jeune ,norvgienne et son pre1 venus ,paris passer une partie de l'hiver1 taient au nombre des invits2 ils se connaissaient de longue date comme compatriotes1 la ,sude et la ,norvge tant surs4 ,pour nous1 nous y venions pour la premire fois et l'invitation tait mme due l'apparition du dernier livre de ,spero1 dj signal par un clatant succs4 ,rveuse1 pensive1 instruite par l'ducation solide des pays du ,nord1 avide de connatre1 ,icla avait dj lu1 relu avec curiosit ce livre quelque peu mystique1 dans lequel le nouveau mtaphysicien avait expos les anxits de son me non satisfaite des ,penses de ,pascal4 ,ajoutons qu'elle avait elle-mme depuis plusieurs mois pass avec succs l'examen du brevet suprieur1 et qu'ayant renonc l'tude de la mdecine qui d'abord l'avait attire1 elle commenait s'initier avec quelque curiosit aux recherches toutes nouvelles de la physiologie psychologique4 ,illustration ,lorsqu'on avait annonc ,m4 ,georges ,spero1 il lui avait sembl qu'un ami inconnu1 presque un confident de son esprit1 venait d'entrer4 ,elle tressaillit1 comme frappe d'une commotion lectrique4 ,lui1 peu mondain1 timide1 gn dans les runions d'inconnus1 n'aimant ni danser1 ni jouer1 ni causer1 tait rest dans le mme coin du salon ct de quelques amis1 assez indiffrent aux valses et aux quadrilles1 plus attentif deux ou trois chefs-d'uvre de la musique moderne interprts avec sentiment2 et la soire entire s'tait passe sans qu'il se ft approch d'elle1 quoiqu'il l'et remarque et que1 dans toute cette blouissante soire1 il n'et vu qu'elle4 ,leurs regards s'taient plus d'une fois rencontrs4 ,a la fin1 vers deux heures du matin1 alors que la runion se faisait plus intime1 il osa venir auprs d'elle1 sans pourtant lui adresser la parole4 ,ce fut elle qui1 la premire1 lui parla1 pour lui exprimer un doute sur la conclusion de son livre4 ,illustration ,flatt1 mais plus surpris encore d'apprendre que ces pages de mtaphysique avaient une lectrice1--et une lectrice de cet ge1--l'auteur rpondit1 assez maladroitement1 que ces recherches taient un peu srieuses pour une femme4 ,elle rpliqua que les femmes1 les jeunes filles n'taient pas exclusivement absorbes par l'exercice de la coquetterie1 et qu'elle en connaissait qui parfois pensaient1 cherchaient1 travaillaient1 tudiaient4 ,elle parla avec quelque vivacit1 pour dfendre les femmes contre le ddain scientifique de certains hommes et soutenir leur aptitude intellectuelle1 et n'eut pas de peine gagner une cause dont son interlocuteur n'tait1 d'ailleurs1 en aucune faon l'adversaire4 ,ce nouveau livre1 dont le succs avait t immdiat et clatant1 malgr la gravit du sujet1 avait entour le nom de ,georges ,spero d'une vritable aurole de clbrit1 et dans les salons1 le brillant crivain tait partout accueilli avec une vive sympathie4 ,les deux jeunes gens avaient peine chang quelques paroles qu'il se trouva le point de mire des amis de la maison et oblig de rpondre diverses questions qui vinrent interrompre leur tte--tte4 ,l'un des plus minents critiques du jour avait prcisment consacr un long article au nouvel ouvrage1 et le sujet mme du livre devint en un instant l'objet de la conversation gnrale4 ,icla se tint l'cart4 ,elle sentait1 et les femmes ne s'y trompent gure1 que le hros l'avait remarque1 que sa pense tait dj attache la sienne par un fil invisible1 et qu'en rpondant aux questions plus ou moins banales qui lui taient adresses1 son esprit n'tait pas entirement la conversation4 ,ce premier triomphe intime lui suffisait4 ,elle n'en dsirait point d'autres4 ,et puis1 elle avait reconnu dans son profil la silhouette mystrieuse de l'apparition arienne et le jeune voyageur du bateau de ,christiania4 ,dans cette premire entrevue1 il ne tarda pas lui tmoigner son enthousiasme pour les sites merveilleux de la ,norvge et lui raconter son voyage4 ,elle brlait d'entendre un mot1 une allusion quelconque1 au phnomne arien qui l'avait tant frappe2 et elle ne comprenait pas son silence1 sa discrtion4 ,lui1 n'ayant pas observ l'anthlie au moment o elle s'y tait elle-mme projete1 n'avait pas t particulirement surpris d'un phnomne qu'il avait plusieurs fois dj1 et en de meilleures conditions1 tudi du haut de la nacelle d'un arostat1 et n'ayant rien observ de spcial1 n'avait rien en dire4 ,l'instant de l'embarquement ne se reprsenta pas non plus sa mmoire1 et quoique la blonde enfant ne lui part pas entirement trangre1 cependant il ne se souvenait pas de l'avoir entrevue4 ,pour moi1 je l'avais tout de suite reconnue4 ,il causa des lacs1 des rivires1 des fiords1 des montagnes2 apprit d'elle que sa mre tait morte fort jeune d'une maladie de cur1 que son pre prfrait la vie de ,paris celle de tout autre pays1 et que sans doute elle ne retournerait plus que rarement dans sa patrie4 ,une remarquable communaut de gots et d'ides1 une vive sympathie mutuelle1 une estime rciproque1 les mirent tout de suite en relation4 leve suivant le mode d'ducation anglaise1 elle jouissait de cette indpendance d'esprit et de cette libert d'action que les femmes de ,france ne connaissent qu'aprs le mariage1 et ne se sentait arrte par aucune de ces conventions sociales qui paraissent destines chez nous protger l'innocence et la vertu4 ,deux amies de son ge taient mme dj venues seules ,paris pour terminer leur ducation musicale1 et elles vivaient ensemble1 en pleine ,babylone1 en toute scurit d'ailleurs1 sans s'tre jamais doutes des prils dont on prtend que ,paris est rempli4 ,la jeune fille reut les visites de ,georges ,spero comme son pre et pu les recevoir lui-mme1 et en quelques semaines l'affinit de leurs caractres et de leurs gots les avait associs dans les mmes tudes1 dans les mmes recherches1 souvent dans les mmes penses4 ,presque chaque jour1 dans l'aprs-midi1 entran par une secrte attraction1 il se dirigeait du quartier ,latin vers les bords de la ,seine1 qu'il suivait jusqu'au ,trocadro1 et passait plusieurs heures avec ,icla soit dans la bibliothque1 soit sur la terrasse du jardin1 soit en une promenade au ,bois4 ,la premire impression1 ne de l'apparition cleste1 tait reste dans l'me d',icla4 ,elle regardait le jeune savant1 sinon comme un dieu ou comme un hros1 du moins comme un homme suprieur ses contemporains4 ,la lecture de ses ouvrages fortifia cette impression et l'accrut encore3 elle ressentit pour lui plus que de l'admiration1 une vritable vnration4 ,lorsqu'elle eut fait sa connaissance personnelle1 le grand homme ne descendit pas de son pidestal4 ,elle le trouva si minent1 si transcendant dans ses tudes1 dans ses travaux1 dans ses recherches1 mais en mme temps si simple1 si sincre1 si bon et si indulgent pour tous1 et--saisissant tout prtexte pour entendre prononcer son nom--elle dut subir parfois quelques critiques de rivaux si injustes envers lui1 qu'elle se prit l'aimer avec un sentiment presque maternel4 ,ce sentiment d'affection protectrice existe-t-il donc dj dans le cur des jeunes filles8 ,peut-tre1 mais assurment elle l'aima ainsi d'abord4 ,je crois avoir dit plus haut que le fond du caractre de ce penseur tait quelque peu mlancolique1 de cette mlancolie de l'me1 dont parle ,pascal1 et qui est comme la nostalgie du ciel4 ,il cherchait1 en effet1 perptuellement la solution de l'ternel problme1 le ,to be or not to be ,,tre ,,ou ,n',,tre ,,pas d',hamlet4 ,parfois on et pu le voir triste1 atterr jusqu' la mort4 ,mais1 par un singulier contraste1 lorsque ses noires penses s'taient pour ainsi dire consumes dans la recherche1 que le cerveau puis perdait la facult de vibrer encore1 il y avait en lui comme un repos1 un rassrnement2 la circulation de son sang vermeil ranimait la vie organique1 le philosophe disparaissait pour faire place un enfant presque naf1 d'une gaiet facile1 s'amusant de tout et de rien1 ayant presque des gots fminins1 aimant les fleurs1 les parfums1 la musique1 la rverie1 et paraissant mme parfois d'une tonnante insouciance4 ,illustration ,illustration ,,iii ,,to ,,be ,,or ,,not ,,to ,,be ,c'tait prcisment cette phase de sa vie intellectuelle qui avait si intimement associ les deux tres4 ,heureuse d'exister1 la fleur de son printemps1 s'ouvrant la lumire de la vie1 harpe vibrant de toutes les harmonies de la nature1 la belle crature du ,nord rvait encore parfois aux elfes et aux fes de son climat1 aux anges et aux mystres de la religion chrtienne1 qui avaient berc son enfance2 mais sa pit1 sa crdulit des premiers jours n'avaient pas obscurci sa raison1 elle pensait librement1 cherchait avec sincrit la vrit1 et regrettant peut-tre de ne plus croire au paradis des prdicateurs1 elle se sentait pourtant anime du dsir imprieux de vivre toujours4 ,la mort lui semblait une cruelle injustice4 ,elle ne revoyait jamais sa mre tendue sur son lit de mort1 belle de tout l'clat de sa trentime anne1 emporte en pleine floraison des roses dans un cimetire verdoyant et parfum1 tout rempli de chants d'oiseaux1 et raye subitement du livre des vivants1 tandis que la nature entire avait continu de chanter1 de fleurir et de briller2 elle ne revoyait jamais1 dis-je1 le ple visage de sa mre1 sans qu'un frisson subit la parcourt tout entire1 de la tte aux pieds4 ,non1 sa mre n'tait pas morte4 ,non1 elle ne mourrait pas elle-mme1 ni trente ans1 ni plus tard4 ,et lui6 ,lui1 mourir6 cette sublime intelligence s'anantir par un arrt du cur ou de la respiration8 ,non1 ce n'tait pas possible4 ,les hommes se trompent4 ,un jour on saura4 ,elle aussi pensait parfois ces mystres1 sous une forme plutt esthtique et sentimentale que scientifique2 mais elle y pensait4 ,toutes ses questions1 tous ses doutes1 le but secret de ses conversations1 de son attachement si rapide peut-tre son ami1 tout cela avait pour cause l'immense soif de connatre qui altrait son me4 ,elle esprait en lui1 parce qu'elle avait dj trouv dans ses crits la solution des plus grands problmes4 ,ils lui avaient appris connatre l'univers1 et cette connaissance se trouvait tre plus belle1 plus vivante1 plus grande1 plus potique que les erreurs et les illusions anciennes4 ,depuis le jour o elle avait appris de ses lvres que sa vie n'avait pas d'autre but que cette recherche de la ralit1 elle tait sre qu'il trouverait1 et son esprit s'accrochait1 se liait au sien1 peut-tre encore plus nergiquement que son cur4 ,il y avait environ trois mois qu'ils vivaient ainsi1 d'une commune vie intellectuelle1 passant presque tous les jours plusieurs heures dans la lecture des mmoires originaux crits dans les diffrentes langues sur la philosophie scientifique1 la thorie des atomes1 la physique molculaire1 la chimie organique1 la thermodynamique et les diverses sciences qui ont pour but la connaissance de l'tre1 dissertant sur les contradictions apparentes ou relles des hypothses1 trouvant parfois1 dans les crivains purement littraires1 des rapports et des concidences assez surprenantes avec les axiomes scientifiques1 s'tonnant de certaines presciences des grands auteurs4 ,ces lectures1 ces recherches1 ces comparaisons les avaient surtout intresss par l'limination que leur esprit de plus en plus clair se voyait conduit faire des neuf diximes des crivains1 dont les uvres sont absolument vides1 et de la moiti du dernier dixime1 dont les crits n'ont qu'une valeur superficielle2 ayant ainsi dblay le champ de la littrature1 ils vivaient avec une certaine satisfaction dans la socit restreinte des esprits suprieurs4 ,peut-tre y entrait-il quelque lger sentiment d'orgueil4 ,un jour1 ,spero arriva plus tt que de coutume4 ,eureka6 s'cria-t-il4 ,mais se reprenant aussi vite3 ,peut-tre4444 ,s'appuyant la chemine o ptillait un feu ardent1 tandis que sa compagne le contemplait de ses grands yeux pleins de curiosit1 il se mit parler avec une sorte de solennit inconsciente1 comme s'il se ft entretenu avec son propre esprit1 dans la solitude d'un bois3 ,tout ce que nous voyons n'est qu'apparence4 ,la ralit est autre4 ,le ,soleil parat tourner autour de nous1 se lever le matin et se coucher le soir1 et la ,terre o nous sommes parat immobile4 ,c'est le contraire qui est vrai4 ,nous habitons autour d'un projectile tourbillonnant1 lanc dans l'espace avec une vitesse soixante-quinze fois plus rapide que celle qui emporte un boulet de canon4 ,un harmonieux concert vient charmer nos oreilles4 ,le son n'existe pas1 n'est qu'une impression de nos sens1 produite par des vibrations de l'air d'une certaine amplitude et d'une certaine vitesse1 vibrations en elles-mmes silencieuses4 ,sans le nerf auditif et le cerveau1 il n'y aurait pas de sons4 ,en ralit1 il n'y a que du mouvement4 ,l'arc-en-ciel panouit son cercle radieux1 la rose et le bluet mouills par la pluie scintillent au soleil1 la verte prairie1 le sillon d'or diversifient la plaine de leurs clatantes couleurs4 ,il n'y a pas de couleurs1 il n'y a pas de lumire1 il n'y a que des ondulations de l'ther qui mettent en vibration le nerf optique4 ,apparences trompeuses4 ,le soleil chauffe et fconde1 le feu brle3 il n'y a pas de chaleur1 mais seulement des sensations4 ,la chaleur1 comme la lumire1 n'est qu'un mode de mouvement4 ,mouvements invisibles1 mais souverains1 suprmes4 ,voici une forte solive de fer1 de celles qu'on emploie si gnralement aujourd'hui dans les constructions4 ,elle est pose dans le vide1 dix mtres de hauteur1 sur deux murs1 sur lesquels s'appuient ses deux extrmits4 ,elle est solide1 certes4 ,en son milieu1 on a pos un poids de mille1 deux mille1 dix mille kilogrammes1 et ce poids norme1 elle ne le sent mme pas2 c'est peine si l'on peut constater par le niveau une imperceptible flexion4 ,pourtant1 cette solive est compose de molcules qui ne se touchent pas1 qui sont en vibration perptuelle1 qui s'cartent les unes des autres sous l'influence de la chaleur1 qui se resserrent sous l'influence du froid4 ,dites-moi1 s'il vous plat1 ce qui constitue la solidit de cette barre de fer8 ,ses atomes matriels8 ,assurment non1 puisqu'ils ne se touchent pas4 ,cette solidit rside dans l'attraction molculaire1 c'est--dire dans une force immatrielle4 ,absolument parlant1 le solide n'existe pas4 ,prenons entre nos mains un lourd boulet de fer2 ce boulet est compos de molcules invisibles1 qui ne se touchent pas1 lesquelles sont composes d'atomes qui ne se touchent pas davantage4 ,la continuit que parat avoir la surface de ce boulet et sa solidit apparente sont donc de pures illusions4 ,pour l'esprit qui analyserait sa structure intime1 c'est un tourbillon de moucherons rappelant ceux qui tournoient dans l'atmosphre des jours d't4 ,d'ailleurs1 chauffons ce boulet qui nous parat solide3 il coulera2 chauffons-le davantage3 il s'vaporera1 sans pour cela changer de nature2 liquide ou gaz1 ce sera toujours du fer4 ,nous sommes en ce moment dans une maison4 ,tous ces murs1 ces planchers1 ces tapis1 ces meubles1 cette chemine de marbre1 sont composs de molcules qui ne se touchent pas davantage4 ,et toutes ces molcules constitutives des corps sont en mouvement de circulation les unes autour des autres4 ,notre corps est dans le mme cas4 ,il est form par une circulation perptuelle de molcules2 c'est une flamme incessamment consume et renouvele2 c'est un fleuve au bord duquel on vient s'asseoir en croyant revoir toujours la mme eau1 mais o le cours perptuel des choses ramne une eau toujours nouvelle4 ,chaque globule de notre sang est un monde 7et nous en avons cinq millions par millimtre cube74 ,successivement1 sans arrt ni trve1 dans nos artres1 dans nos veines1 dans notre chair1 dans notre cerveau1 tout circule1 tout marche1 tout se prcipite dans un tourbillon vital proportionnellement aussi rapide que celui des corps clestes4 ,molcule par molcule1 notre cerveau1 notre crne1 nos yeux1 nos nerfs1 notre chair tout entire1 se renouvellent sans arrt et si rapidement1 qu'en quelques mois notre corps est entirement reconstitu4 ,par des considrations fondes sur les attractions molculaires1 on a calcul que1 dans une minuscule gouttelette d'eau projete l'aide de la pointe d'une pingle1 gouttelette invisible l'il nu1 mesurant un millime de millimtre cube1 il y a plus de deux cent vingt-cinq millions de molcules4 ,dans une tte d'pingle1 il n'y a pas moins de huit sextillions d'atomes1 soit huit mille milliards de milliards1 et ces atomes sont spars les uns des autres par des distances considrablement plus grandes que leurs dimensions1 ces dimensions tant d'ailleurs invisibles mme au plus puissant microscope4 ,si l'on voulait compter le nombre de ces atomes contenus dans une tte d'pingle1 en en dtachant par la pense un milliard par seconde1 il faudrait continuer cette opration pendant deux cent cinquante-trois mille ans pour achever l'numration4 ,dans une goutte d'eau1 dans une tte d'pingle1 il y a incomparablement plus d'atomes que d'toiles dans tout le ciel connu des astronomes arms de leurs plus puissants tlescopes4 ,qui soutient la ,terre dans le vide ternel1 le ,soleil et tous les astres de l'univers8 ,qui soutient cette longue solive en fer jete entre deux murs et sur laquelle on va btir plusieurs tages8 ,qui soutient la forme de tous les corps8 ,la ,force4 ,l'univers1 les choses et les tres1 tout ce que nous voyons est form d'atomes invisibles et impondrables4 ,l'univers est un dynamisme4 ,dieu1 c'est l'me universelle3 in eo vivimus1 moremur et sumus4 ,comme l'me est la force mouvant le corps1 l'tre infini est la force mouvant l'univers6 ,la thorie purement mcanique de l'univers reste incomplte pour l'analyste qui pntre au fond des choses4 ,la volont humaine est faible1 il est vrai1 relativement aux forces cosmiques4 ,cependant1 en envoyant un train de ,paris ,marseille1 un navire de ,marseille ,suez1 je dplace1 librement1 une partie infinitsimale de la masse terrestre1 et je modifie le cours de la ,lune4 ,aveugles du dix-neuvime sicle1 revenez au cygne de ,mantoue3 ,mens agitat molem4 ,si je dissque la matire1 je trouve au fond de tout l'atome invisible3 la matire disparat1 s'vanouit en fume4 ,si mes yeux avaient la puissance de voir la ralit1 ils verraient travers les murs1 forms de molcules spares1 travers les corps1 tourbillons atomiques4 ,nos yeux de chair ne voient pas ce qui est4 ,c'est avec l'il de l'esprit qu'il faut voir4 ,ne nous fions pas l'unique tmoignage de nos sens3 il y a autant d'toiles au-dessus de nos ttes pendant le jour que pendant la nuit4 ,il n'y a dans la nature ni astronomie1 ni physique1 ni chimie1 ni mcanique3 ce sont l des mthodes subjectives d'observation4 ,il n'y a qu'une seule unit4 ,l'infiniment grand est identique l'infiniment petit4 ,l'espace est infini sans tre grand4 ,la dure est ternelle sans tre longue4 toiles et atomes sont un4 ,l'unit de l'univers est constitue par la force invisible1 impondrable1 immatrielle1 qui meut les atomes4 ,si un seul atome cessait d'tre m par la force1 l'univers s'arrterait4 ,la ,terre tourne autour du ,soleil1 le ,soleil gravite autour d'un foyer sidral mobile lui-mme2 les millions1 les milliards de soleils qui peuplent l'univers courent plus vite que les projectiles de la poudre2 ces toiles1 qui nous paraissent immobiles1 sont des soleils lancs dans le vide ternel la vitesse de dix1 vingt1 trente millions de kilomtres par jour1 courant tous vers un but ignor1 soleils1 plantes1 terres1 satellites1 comtes vagabondes4442 le point fixe1 le centre de gravit cherch par l'analyste1 fuit mesure qu'on le poursuit et n'existe en ralit nulle part4 ,les atomes qui constituent les corps se meuvent relativement aussi vite que les toiles dans le ciel4 ,le mouvement rgit tout1 forme tout4 ,l'atome lui-mme n'est pas une inerte matire4 ,il est un centre de force4 ,ce qui constitue essentiellement l'tre humain1 ce qui l'organise1 ce n'est point sa substance matrielle1 ce n'est ni le protoplasma1 ni la cellule1 ni ces merveilleuses et fcondes associations du carbone avec l'hydrogne1 l'oxygne et l'azote3 c'est la ,force animique1 invisible1 immatrielle4 ,c'est elle qui groupe1 dirige et retient associes les innombrables molcules qui composent l'admirable harmonie du corps vivant4 ,la matire et l'nergie n'ont jamais t vues spares l'une de l'autre2 l'existence de l'une implique l'existence de l'autre2 il y a peut-tre identit substantielle de l'une et de l'autre4 ,que le corps se dsagrge tout d'un coup aprs la mort1 comme il se dsagrge lentement et se renouvelle perptuellement pendant la vie1 peu importe4 ,l'me demeure4 ,l'atome psychique organisateur est le centre de cette force4 ,lui aussi est indestructible4 ,ce que nous voyons est trompeur4 ,,le ,r,,el1 ,c',,est ,l',,invisible4 ,il se mit marcher grands pas4 ,la jeune fille l'avait cout comme on coute un aptre1 un aptre bien-aim1 et quoiqu'il n'et1 en fait1 parl que pour elle1 il n'avait pas paru prendre garde sa prsence1 tant elle s'tait faite immobile et silencieuse4 ,elle s'approcha de lui et lui prit une main dans les siennes4 ,oh6 fit-elle1 si tu n'as pas encore conquis la ,vrit1 elle ne t'chappera pas4 ,illustration ,puis1 s'enflammant elle-mme et faisant allusion une rserve souvent exprime par lui3 ,tu crois1 ajouta-t-elle1 qu'il est impossible l'homme terrestre d'atteindre la ,vrit1 parce que nous n'avons que cinq sens et qu'une multitude de manifestations de la nature restent trangres notre esprit1 n'ayant aucune voie pour nous arriver4 ,de mme que la vue nous serait refuse si nous tions privs du nerf optique1 l'audition si nous tions privs du nerf acoustique1 etc41 de mme les vibrations1 les manifestations de la force qui passent entre les cordes de notre instrument organique sans faire vibrer celles qui existent1 nous restent inconnues4 ,je te le concde1 et j'admets avec toi que les habitants de certains mondes peuvent tre incomparablement plus avancs que nous4 ,mais il me semble que1 quoique terrien1 tu as trouv4 ,illustration --,chre bien-aime1 rpliqua-t-il en s'asseyant auprs d'elle sur le vaste divan de la bibliothque1 il est bien certain que notre harpe terrestre manque de cordes1 et il est probable qu'un citoyen du systme de ,sirius se rirait de nos prtentions4 ,le moindre morceau de fer aimant est plus fort que ,newton et ,leibnitz pour trouver le ple magntique1 et l'hirondelle connat mieux que ,christophe ,colomb ou ,magellan les variations de latitude4 ,qu'ai-je dit tout l'heure8 ,que les apparences sont trompeuses et qu' travers la matire notre esprit doit voir la force invisible4 ,c'est ce qu'il y a de plus sr4 ,la matire n'est pas ce qu'elle parat1 et nul homme instruit des progrs des sciences positives ne pourrait plus aujourd'hui se prtendre matrialiste4 --,alors1 reprit-elle1 l'atome psychique crbral1 principe de l'organisme humain1 serait immortel1 comme tous les atomes d'ailleurs1 si l'on admet les assertions fondamentales de la chimie4 ,mais il diffrerait des autres par une sorte de rang plus lev1 l'me lui tant attache4 ,et il conserverait la conscience de son existence8 ,l'me serait-elle comparable une substance lectrique8 ,j'ai vu une fois la foudre passer travers un salon et teindre les flambeaux4 ,lorsqu'on les ralluma1 on trouva que la pendule avait t ddore et que le lustre d'argent cisel avait t dor sur plusieurs points4 ,il y a l une force subtile4 --,ne faisons pas de comparaisons2 elles resteraient toutes trop loignes de la ralit4 ,nous savons tous que nous mourrons1 mais nous ne le croyons pas4 ,eh6 comment pourrions-nous le croire8 ,comment pourrions-nous comprendre la mort1 qui n'est qu'un changement d'tat du connu l'inconnu1 du visible l'invisible8 ,que l'me existe comme force1 c'est ce qui n'est pas douteux4 ,qu'elle ne fasse qu'un avec l'atome crbral organisateur1 nous pouvons l'admettre4 ,qu'elle survive ainsi la dissolution du corps1 nous le concevons4 --,mais que devient-elle8 ,o va-t-elle8 --,la plupart des mes ne se doutent mme pas de leur propre existence4 ,sur les quatorze cents millions d'tres humains qui peuplent notre plante1 les quatre-vingt-dix-neuf centimes ne pensent pas4 ,que feraient-ils1 grands ,dieux6 de l'immortalit8 ,comme la molcule de fer flotte sans le savoir dans le sang qui bat sous la tempe de ,lamartine ou d',hugo1 ou bien demeure fixe pour un temps dans l'pe de ,csar2 comme la molcule d'hydrogne brille dans le gaz du foyer de l',opra ou s'immerge dans la goutte d'eau avale par le poisson au fond obscur des mers1 les atomes vivants qui n'ont jamais pens sommeillent4 ,les mes qui pensent restent l'apanage de la vie intellectuelle4 ,elles conservent le patrimoine de l'humanit et l'accroissent pour l'avenir4 ,sans cette immortalit des mes humaines qui ont conscience de leur existence et vivent par l'esprit1 toute l'histoire de la ,terre ne devrait aboutir qu'au nant1 et la cration tout entire1 celle des mondes les plus sublimes aussi bien que celle de notre infime plante1 serait une absurdit dcevante1 plus misrable et plus idiote que l'excrment d'un ver de terre4 ,il a raison d'tre et l'univers ne l'aurait pas6 ,t'imagines-tu les milliards de mondes atteignant les splendeurs de la vie et de la pense pour se succder sans fin dans l'histoire de l'univers sidral1 et n'aboutissant qu' donner naissance des esprances perptuellement dues1 des grandeurs perptuellement ananties8 ,nous avons beau nous faire humbles1 nous ne pouvons admettre le rien comme but suprme du progrs perptuel1 prouv par toute l'histoire de la nature4 ,or1 les mes sont les semences des humanits plantaires4 --,peuvent-elles donc se transporter d'un monde l'autre8 --,rien n'est si difficile comprendre que ce que l'on ignore2 rien n'est plus simple que ce que l'on connat4 ,qui s'tonne1 aujourd'hui1 de voir le tlgraphe lectrique transporter instantanment la pense humaine travers les continents et les mers8 ,qui s'tonne de voir l'attraction lunaire soulever les eaux de l',ocan et produire les mares8 ,qui s'tonne de voir la lumire se transmettre d'une toile l'autre avec la vitesse de trois cent mille kilomtres par seconde8 ,au surplus1 les penseurs seuls pourraient apprcier la grandeur de ces merveilles2 le vulgaire ne s'tonne de rien4 ,si quelque dcouverte nouvelle nous permettait d'adresser demain des signaux aux habitants de ,mars et d'en recevoir des rponses1 les trois quarts des hommes n'en seraient plus surpris aprs-demain4 ,illustration ,oui1 les forces animiques peuvent se transporter d'un monde l'autre1 non partout ni toujours1 assurment1 et non toutes4 ,il y a des lois et des conditions4 ,ma volont peut soulever mon bras1 lancer une pierre1 l'aide de mes muscles2 si je prends un poids de vingt kilos1 elle soulvera encore mon bras2 si je veux prendre un poids de mille kilos1 je ne le puis plus4 ,tels esprits sont incapables d'aucune activit2 d'autres ont acquis des facults transcendantes4 ,mozart1 six ans imposait tous ses auditeurs la puissance de son gnie musical et publiait huit ans ses deux premires uvres de sonates1 tandis que le plus grand auteur dramatique qui ait exist1 ,shakespeare1 n'avait encore crit avant l'ge de trente ans aucune pice digne de son nom4 ,il ne faut pas croire que l'me appartienne quelque monde surnaturel4 ,tout est dans la nature4 ,il n'y a gure plus de cent mille ans que l'humanit terrestre s'est dgage de la chrysalide animale2 pendant des millions d'annes1 pendant la longue srie historique des priodes primaire1 secondaire et tertiaire1 il n'y avait pas sur la ,terre une seule pense pour apprcier ces grandioses spectacles1 un seul regard humain pour les contempler4 ,le progrs a lentement lev les mes infrieures des plantes et des animaux2 l'homme est tout rcent sur la plante4 ,la nature est en incessant progrs2 l'univers est un perptuel devenir2 l'ascension est la loi suprme4 ,tous les mondes1 ajouta-t-il1 ne sont pas actuellement habits4 ,les uns sont l'aurore1 d'autres au crpuscule4 ,dans notre systme solaire1 par exemple1 ,mars1 ,vnus1 ,saturne et plusieurs de ses satellites paraissent en pleine activit vitale2 ,jupiter semble n'avoir pas dpass sa priode primaire2 la ,lune n'a peut-tre plus d'habitants4 ,notre poque actuelle n'a pas plus d'importance dans l'histoire gnrale de l'univers que notre fourmilire dans l'infini4 ,avant l'existence de la ,terre1 il y a eu1 de toute ternit1 des mondes peupls d'humanits2 quand notre plante aura rendu le dernier soupir et que la dernire famille humaine s'endormira du dernier sommeil aux bords de la dernire lagune de l'ocan glac1 des soleils innombrables brilleront toujours dans l'infini1 et toujours il y aura des matins et des soirs1 des printemps et des fleurs1 des esprances et des joies4 ,autres soleils1 autres terres1 autres humanits4 ,l'espace sans bornes est peupl de tombes et de berceaux4 ,mais la vie1 la pense1 le progrs ternel sont le but final de la cration4 ,la ,terre est le satellite d'une toile4 ,actuellement aussi bien que dans l'avenir1 nous sommes citoyens du ciel4 ,que nous le sachions ou que nous l'ignorions1 nous vivons en ralit dans les toiles4 ,ainsi s'entretenaient les deux amis sur les graves problmes qui proccupaient leurs penses4 ,lorsqu'ils conquraient une solution1 ft-elle incomplte1 ils prouvaient un vritable bonheur d'avoir fait un pas de plus dans la recherche de l'inconnu et pouvaient plus tranquillement ensuite causer des choses habituelles de la vie4 ,c'taient deux esprits galement avides de savoir1 s'imaginant1 avec toute la ferveur de la jeunesse1 pouvoir s'isoler du monde1 dominer les impressions humaines et atteindre en leur cleste essor l'toile de la ,vrit qui scintillait au-dessus de leurs ttes dans les profondeurs de l'infini4 ,illustration ,illustration ,,iv ,,amor ,dans cette vie deux1 tout intime1 toute charmante qu'elle ft1 quelque chose manquait4 ,ces entretiens sur les formidables problmes de l'tre et du non-tre1 les changes d'ides sur l'analyse de l'humanit1 les recherches sur le but final de l'existence des choses1 les contemplations astronomiques et les questions qu'elles inspirent1 satisfaisaient parfois leur esprit1 non leur cur4 ,lorsque l'un prs de l'autre1 ils avaient longuement caus1 soit sous le berceau du jardin qui dominait le tableau de la grande ville1 soit dans la bibliothque silencieuse1 l'tudiant1 le chercheur ne pouvait se dtacher de sa compagne1 et tous deux restaient1 la main dans la main1 muets1 attirs1 retenus par une force dominatrice4 ,aprs le dpart1 l'un et l'autre prouvaient un vide singulier1 douloureux1 dans la poitrine1 un malaise indfinissable1 comme si quelque lien ncessaire leur vie mutuelle et t rompu2 et l'un comme l'autre n'aspirait qu' l'heure du retour4 ,il l'aimait1 non pour lui1 mais pour elle1 d'une affection presque impersonnelle1 dans un sentiment de profonde estime autant que d'ardent amour1 et1 par un combat de tous les instants contre les attractions de la chair1 avait su rsister4 ,mais un jour qu'ils taient assis l'un prs de l'autre1 sur ce grand divan de la bibliothque encombr comme d'habitude de livres et de feuilles volantes1 comme ils demeuraient silencieux1 il arriva que1 charge sans doute de tout le poids des efforts concentrs depuis si longtemps pour rsister une attraction trop irrsistible1 la tte du jeune auteur s'inclina insensiblement sur les paules de sa compagne et que1 presque aussitt444 leurs lvres se rencontrrent4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,o joies innarrables de l'amour partag6 ,ivresse insatiable de l'tre altr de bonheur1 transports sans fin de l'imagination invaincue1 douce musique des curs1 quelles hauteurs thres n'avez-vous pas lev les lus abandonns vos flicits suprmes6 ,subitement oublieux de la terre infrieure1 ils s'envolent tire-d'ailes dans les paradis enchants1 se perdent dans les profondeurs clestes et planent dans les rgions sublimes de l'ternelle volupt4 ,le monde avec ses comdies et ses misres n'existe plus pour eux4 ,ils vivent dans la lumire1 dans le feu1 salamandres1 phnix1 dgags de tout poids1 lgers comme la flamme1 se consumant eux-mmes1 renaissant de leurs cendres1 toujours lumineux1 toujours ardents1 invulnrables1 invincibles4 ,l'expansion si longuement contenue de ces premiers transports jeta les deux amants dans une vie d'extase qui leur fit un instant oublier la mtaphysique et ses problmes4 ,cet instant dura six mois4 ,le plus doux1 mais le plus imprieux des sentiments tait venu complter en eux les insuffisantes satisfactions intellectuelles de l'esprit1 et les avait tout d'un coup absorbes1 presque ananties4 ,a dater du jour du baiser1 ,georges ,spero1 non seulement disparut entirement de la scne du monde1 mais encore cessa d'crire1 et je le perdis de vue moi-mme1 malgr la longue et relle affection qu'il m'avait tmoigne4 ,des logiciens eussent pu en conclure que1 pour la premire fois de sa vie1 il tait satisfait1 et qu'il avait trouv la solution du grand problme1 le but suprme de l'existence des tres4 ,ils vivaient de cet gosme deux qui1 en loignant l'humanit de notre centre optique1 diminue ses dfauts et la fait paratre plus aimable et plus belle4 ,satisfaits de leur affection mutuelle1 tout chantait pour eux1 dans la nature et dans l'humanit1 un perptuel cantique de bonheur et d'amour4 ,illustration ,bien souvent le soir ils allaient1 suivant le cours de la ,seine1 contempler en rvant les merveilleux effets de lumire et d'ombre qui dcorent le ciel de ,paris1 si admirable au crpuscule1 l'heure o les silhouettes des tours et des difices se projettent en noir sur le fond lumineux de l'occident4 ,des nues roses et empourpres1 illumines par le reflet lointain de la mer sur laquelle brille le soleil disparu1 donnent notre ciel un caractre spcial1 qui n'est plus celui de ,naples baign l'occident par le miroir mditerranen1 mais qui peut-tre surpasse celui de ,venise1 dont l'illumination est orientale et ple4 ,soit que1 leurs pas les ayant conduits vers l'le antique de la ,cit1 ils descendissent le cours du fleuve en passant en vue de ,notre-,dame et du vieux ,chtelet qui profilait sa noire silhouette devant le ciel encore lumineux1 soit que1 plutt encore1 attirs par l'clat du couchant et par la campagne1 ils eussent descendu les quais jusqu'au del des remparts de l'immense cit et se fussent gars jusqu'aux solitudes de ,boulogne et de ,billancourt1 fermes par les coteaux noirs de ,meudon et de ,saint-,cloud1 ils contemplaient la nature1 ils oubliaient la ville bruyante perdue derrire eux1 et marchant d'un mme pas1 ne formant qu'un seul tre1 recevaient en mme temps les mmes impressions1 pensaient les mmes penses1 et1 en silence1 parlaient le mme langage4 ,le fleuve coulait leurs pieds1 les bruits du jour s'teignaient1 les premires toiles brillaient au ciel4 ,icla aimait les nommer ,georges mesure qu'elles apparaissaient4 ,illustration ,mars et avril offrent souvent ,paris de douces soires dans lesquelles circule le premier souffle avant-coureur du printemps4 ,les brillantes toiles d',orion1 l'blouissant ,sirius1 les ,gmeaux ,castor et ,pollux scintillent dans le ciel immense2 les ,pliades s'abaissent vers l'horizon occidental1 mais ,arcturus et le ,bouvier1 pasteur des troupeaux clestes1 reviennent1 et quelques heures plus tard la blanche et resplendissante ,vga s'lve de l'horizon oriental1 bientt suivie par la ,voie lacte4 ,arcturus aux rayons d'or tait toujours la premire toile reconnue1 par son clat perant et par sa position dans le prolongement de la queue de la ,grande ,ourse4 ,parfois1 le croissant lunaire planait dans le ciel occidental et la jeune contemplatrice admirait1 comme ,ruth auprs de ,booz1 cette faucille d'or dans le champ des toiles4 ,les toiles enveloppent la ,terre2 la ,terre est dans le ciel4 ,spero et sa compagne le sentaient bien1 et sur aucune autre terre cleste1 peut-tre1 aucun couple ne vivait plus intimement qu'eux dans le ciel et dans l'infini4 ,insensiblement1 pourtant1 sans peut-tre s'en apercevoir lui-mme1 le jeune philosophe reprit1 graduellement1 par fragments morcels1 ses tudes interrompues1 analysant maintenant les choses avec un profond sentiment d'optimisme qu'il n'avait pas encore connu malgr sa bont naturelle1 liminant les conclusions cruelles1 parce qu'elles lui semblaient dues une connaissance incomplte des causes1 contemplant les panoramas de la nature et de l'humanit dans une nouvelle lumire4 ,elle avait repris aussi1 du moins partiellement1 les tudes qu'elle avait commences en commun avec lui2 mais un sentiment1 nouveau1 immense1 remplissait son me1 et son esprit n'avait plus la mme libert pour le travail intellectuel4 ,absorbe dans cette affection de tous les instants pour un tre qu'elle avait entirement conquis1 elle ne voyait que par lui1 n'agissait que pour lui4 ,pendant les heures calmes du soir1 lorsqu'elle se mettait au piano1 soit pour jouer une sonate de ,chopin qu'elle s'tonnait de n'avoir pas comprise avant d'aimer1 soit pour s'accompagner en chantant de sa voix si pure et si tendue les lieder norvgiens de ,grieg et de ,bull1 ou les mlodies de notre ,gounod1 il lui semblait1 son insu1 peut-tre1 que son bien-aim tait le seul auditeur capable d'entendre ces inspirations du cur4 ,quelles heures dlicieuses il passa1 dans cette vaste bibliothque de la maison de ,passy1 tendu sur un divan1 suivant parfois du regard les capricieuses volutes de la fume d'une cigarette d',orient1 tandis qu'abandonne aux rminiscences de sa fantaisie1 elle chantait le doux ,saetergientens ,sondag de son pays1 la srnade de ,don ,juan1 le ,lac de ,lamartine1 ou bien lorsque1 laissant courir ses doigts habiles sur le clavier1 elle faisait s'envoler dans l'air le mlodieux rve du menuet de ,boccherini6 ,le printemps tait venu4 ,le mois de mai avait vu s'ouvrir1 ,paris1 les ftes de l',exposition universelle dont nous parlions au dbut de ce rcit1 et les hauteurs du jardin de ,passy abritaient l'den du couple amoureux4 ,le pre d',icla1 qui avait t appel subitement en ,tunisie1 tait revenu avec une collection d'armes arabes pour son muse de ,christiania4 ,son intention tait de retourner bientt en ,norvge1 et il avait t convenu entre la jeune ,norvgienne et son ami que leur mariage aurait lieu dans sa patrie1 la date anniversaire de la mystrieuse apparition4 ,illustration ,leur amour tait1 par sa nature mme1 bien loign de toutes ces unions banales fondes1 les unes sur le grossier plaisir sensuel1 les autres sur des intrts plus ou moins dguiss1 qui reprsentent la plupart des amours humaines4 ,leur esprit cultiv les isolait dans les rgions suprieures de la pense1 la dlicatesse de leurs sentiments les maintenait dans une atmosphre idale o tous les poids de la matire taient oublis1 l'extrme impressionnabilit de leurs nerfs1 l'exquise finesse de toutes leurs sensations1 les plongeaient en des extases dont la volupt semblait infinie4 ,si l'on aime1 en d'autres mondes1 l'amour n'y peut tre ni plus profond ni plus exquis4 ,ils eussent t tous deux1 pour un physiologiste1 le tmoignage vivant du fait que1 contrairement l'apprciation vulgaire1 toutes les jouissances viennent du cerveau2 l'intensit des sensations correspondant la sensibilit psychique de l'tre4 ,paris tait pour eux1 non pas une ville1 non pas un monde1 mais le thtre de l'histoire humaine4 ,ils y vcurent les sicles disparus4 ,les vieux quartiers1 non encore dtruits par les transformations modernes1 la ,cit avec ,notre-,dame1 ,saint-,julien-le-,pauvre1 dont les murs rappellent encore ,chilpric et ,frdgonde1 les demeures antiques o habitrent ,albert le ,grand1 le ,dante1 ,ptrarque1 ,abeilard1 la vieille ,universit1 antrieure la ,sorbonne1 et des mmes sicles disparus1 le clotre ,saint-,merry avec ses ruelles sombres1 l'abbaye de ,saint-,martin1 la tour de ,clovis sur la montagne ,sainte-,genevive1 ,saint-,germain-des-,prs1 souvenir des ,mrovingiens1 ,saint-,germain-l',auxerrois1 dont la cloche sonna le tocsin de la ,saint-,barthlemy1 l'anglique ,chapelle du palais de ,louis ,,ix2 tous les souvenirs de l'histoire de ,france furent l'objet de leurs plerinages4 ,au milieu des foules1 ils s'isolaient dans la contemplation du pass et voyaient ce que presque personne ne sait voir4 ,ainsi l'immense cit leur parlait son langage d'autrefois1 soit1 lorsque1 perdus parmi les chimres1 les griffons1 les piliers1 les chapiteaux1 les arabesques des tours et des galeries de ,notre-,dame1 ils voyaient leurs pieds la ruche humaine s'endormir dans la brume du soir1 soit lorsque1 s'levant plus haut encore1 ils cherchaient1 du sommet du ,panthon1 reconstituer l'ancienne forme de ,paris et son dveloppement sculaire1 depuis les empereurs romains qui habitaient les ,thermes jusqu' ,philippe ,auguste et ses successeurs4 ,le soleil du printemps1 les lilas en fleur1 les joyeuses matines de mai1 pleines de chants d'oiseaux et d'excitations nerveuses1 les jetaient parfois loin de ,paris1 l'aventure1 dans les prairies et dans les bois4 ,les heures s'envolaient comme le souffle des brises2 la journe avait disparu comme un songe1 et la nuit continuait le divin rve d'amour4 ,dans le monde tourbillonnant de ,jupiter1 o les jours et les nuits sont plus de deux fois plus rapides qu'ici et ne durent mme pas dix heures1 les amants ne voient pas les heures s'vanouir plus vite4 ,la mesure du temps est en nous4 ,illustration ,un soir1 ils taient tous deux assis sur le toit1 sans parapet1 de la vieille tour du chteau de ,chevreuse1 serrs l'un prs de l'autre au centre1 d'o on domine sans obstacle tout le paysage environnant4 ,l'air tide de la valle montait jusqu' eux1 tout imprgn des parfums sauvages des bois voisins2 la fauvette chantait encore1 et le rossignol essayait1 dans l'ombre naissante des bosquets1 son mlodieux cantique aux toiles4 ,le soleil venait de se coucher dans un blouissement d'or et d'carlate1 et l',occident seul restait illumin d'une lumire encore intense4 ,tout semblait s'endormir au sein de l'immense nature4 ,un peu ple1 mais claire par la lumire du ciel occidental1 ,icla semblait pntre par le jour et illumine intrieurement1 tant sa chair tait claire1 dlicate1 idale4 ,ses yeux noys de vaporeuse langueur1 sa petite bouche enfantine1 lgrement entr'ouverte1 elle paraissait perdue dans la contemplation de la lumire occidentale4 ,appuye contre la poitrine de ,spero1 les bras enlacs autour de son cou1 elle s'abandonnait sa rverie1 lorsqu'une toile filante vint traverser le ciel prcisment au-dessus de la tour4 ,elle tressaillit1 un peu superstitieuse4 ,dj les plus brillantes toiles apparaissaient dans la profondeur des cieux3 trs haut1 presque au znith1 ,arcturus1 d'un jaune d'or clatant2 vers l',orient1 assez leve1 ,vga1 d'une pure blancheur2 au ,nord1 ,capella2 l',occident1 ,castor1 ,pollux et ,procyon4 ,on commenait aussi distinguer les sept toiles de la ,grande ,ourse1 l'pi de la ,vierge1 ,rgulus4 ,insensiblement1 une une1 les toiles venaient ponctuer le firmament4 ,l'toile polaire indiquait le seul point immuable de la sphre cleste4 ,la lune se levait1 son disque rougetre lgrement entam par la phase dcroissante4 ,mars brillait entre ,pollux et ,rgulus1 au ,sud-,ouest2 ,saturne au ,sud-,est4 ,le crpuscule faisait lentement place au mystrieux rgne de la nuit4 ,illustration ,ne trouves-tu pas1 fit-elle1 que tous ces astres sont comme des yeux qui nous regardent8 --,des yeux clestes comme les tiens4 ,que peuvent-ils voir sur la ,terre de plus beau que toi444 et que notre amour8 --,pourtant6 ajouta-t-elle4 --,oui1 pourtant1 le monde1 la famille1 la socit1 les usages1 les lois de la morale1 que sais-je encore8 j'entends tes penses4 ,nous avons oubli toutes ces choses pour n'obir qu' l'attraction1 comme le ,soleil1 comme tous ces astres1 comme le rossignol qui chante1 comme la nature entire4 ,bientt nous ferons ces usages sociaux la part qui leur appartient1 et nous pourrons proclamer ouvertement notre amour4 ,en serons-nous plus heureux8 ,est-il possible d'tre plus heureux que nous le sommes en ce moment mme8 --,je suis toi1 reprit-elle4 ,pour moi1 je n'existe pas2 je suis anantie dans ta lumire1 dans ton amour1 dans ton bonheur1 et je ne dsire rien1 rien de plus4 ,non4 ,je songeais ces toiles1 ces yeux qui nous regardent1 et je me demandais o sont aujourd'hui tous les yeux humains qui les ont contemples1 depuis des milliers d'annes1 comme nous le faisons ce soir1 o sont tous les curs qui ont battu comme bat en ce moment notre cur1 o sont toutes les mes qui se sont confondues en des baisers sans fin dans le mystre des nuits disparues4 --,ils existent tous4 ,rien ne peut tre dtruit4 ,nous associons le ciel et la terre1 et nous avons raison4 ,dans tous les sicles1 chez tous les peuples1 parmi toutes les croyances1 l'humanit a toujours demand ce ciel toil le secret de ses destines4 ,c'tait l une sorte de divination4 ,la ,terre est un astre du ciel1 comme ,mars et ,saturne1 que nous voyons l-bas1 terres du ciel1 obscures1 claires par le mme soleil que nous1 et comme toutes ces toiles1 qui sont de lointains soleils4 ,ta pense traduit ce que l'humanit a pens depuis qu'elle existe4 ,tous les regards ont cherch dans le ciel la rponse la grande nigme1 et1 ds les premiers jours de la mythologie1 c'est ,uranie qui a rpondu4 ,et c'est elle1 cette divine ,uranie1 qui rpondra toujours4 ,elle tient dans ses mains le ciel et la terre2 elle nous fait vivre dans l'infini4444 ,et puis1 en personnifiant en elle l'tude de l'univers1 le sentiment potique de nos pres ne parat-il pas avoir voulu complter la science par la vie1 la grce et l'amour8 ,elle est la muse par excellence4 ,sa beaut semble nous dire que pour comprendre vraiment l'astronomie et l'infini1 il faut444 tre amoureux4 ,la nuit allait venir4 ,la lune1 s'levant lentement dans le ciel oriental1 rpandait dans l'atmosphre une clart qui1 insensiblement1 se substituait celle du crpuscule1 et dj dans la ville1 leurs pieds1 au-dessous des bosquets et des ruines1 quelques lumires apparaissaient et l4 ,ils s'taient relevs et se tenaient debout1 au centre du sommet de la tour1 troitement enlacs4 ,elle tait belle1 encadre dans l'aurole de sa chevelure dont les boucles flottaient sur ses paules2 des bouffes d'air printanier1 imprgnes de parfums1 violettes1 girofles1 lilas1 roses de mai1 montaient des jardins voisins4 ,la solitude et le silence les environnaient4 ,un long baiser1 le centime au moins1 de cette caressante journe de printemps1 runit leurs lvres4 ,elle rvait encore4 ,un sourire fugitif illumina soudain son visage et s'en alla1 s'vanouissant comme une image qui passe4 ,a quoi penses-tu8 dit-il4 --,oh6 rien4 ,une ide mondaine1 profane1 un peu lgre4 ,rien4 --,mais quoi8 fit-il1 en la reprenant dans ses bras4 --,eh bien6 je me demandais si444 dans ces autres mondes1 on a une bouche1444 car1 vois-tu1 le baiser6 les lvres6444 ,ainsi se passaient les heures1 les jours1 les semaines1 les mois1 en une union intime de toutes leurs penses1 de toutes leurs sensations1 de toutes leurs impressions4 ,le soleil de juin brillait dj son solstice1 et le moment du dpart pour la patrie d',icla tait arriv4 ,a l'poque fixe1 elle partit avec son pre pour ,christiania4 ,spero les suivit quelques jours plus tard4 ,l'intention du jeune savant tait de sjourner en ,norvge jusqu' l'automne et d'y continuer les tudes qu'il avait entreprises l'anne prcdente sur les aurores borales1 observations si particulirement intressantes pour lui1 et qu'il avait eu peine le temps de commencer4 ,ce sjour en ,norvge fut la continuation du plus doux des rves4 ,la blonde fille du ,nord enveloppait son ami d'une aurole de sduction perptuelle qui peut-tre lui et fait oublier pour toujours les attractions de la science1 si elle-mme n'avait eu1 comme nous l'avons vu1 un got personnel insatiable pour l'tude4 ,les expriences que l'infatigable chercheur avait entreprises sur l'lectricit atmosphrique1 l'intressrent autant que lui4 ,elle aussi voulut se rendre compte de la nature de ces flammes mystrieuses de l'aurore borale qui viennent le soir palpiter dans les hauteurs de l'atmosphre1 et comme la srie de ces recherches le conduisaient dsirer une ascension en ballon destine aller surprendre le phnomne jusque dans sa source1 elle aussi prouva le mme dsir4 ,il essaya de l'en dissuader1 ces expriences aronautiques n'tant pas sans danger4 ,mais l'ide seule d'un pril partager et suffi pour la rendre sourde aux supplications du bien-aim4 ,aprs de longues hsitations1 ,spero se dcida l'emmener avec lui et prpara1 l',universit de ,christiania1 une ascension pour la premire nuit d'aurore borale4 ,illustration ,illustration ,v ,l',,aurore ,,bor,,ale ,les perturbations de l'aiguille aimante avaient annonc l'arrive de l'aurore avant mme le coucher du soleil1 et l'on avait commenc le gonflement de l'arostat au gaz hydrogne pur1 lorsqu'en effet le ciel laissa apercevoir dans le ,nord magntique cette coloration d'or vert transparente qui est toujours l'indice certain d'une aurore borale4 ,en quelques heures les prparatifs furent termins4 ,l'atmosphre1 entirement dgage de tout nuage1 tait d'une limpidit parfaite1 les toiles scintillaient dans les cieux1 au sein d'une obscurit profonde1 sans clair de lune1 attnue seulement vers le ,nord par une douce lumire s'levant en arc au-dessus d'un segment obscur1 et lanant dans les hauteurs de l'atmosphre de lgers jets roses et un peu verts qui semblaient les palpitations d'une vie inconnue4 ,le pre d',icla1 qui assistait au gonflement de l'arostat1 ne se doutait point du dpart de sa fille2 mais au dernier moment elle entra dans la nacelle comme pour la visiter1 ,spero fit un signe1 et l'arostat s'leva lentement1 majestueusement1 au-dessus de la ville de ,christiania1 qui apparut1 claire de milliers de lumires1 au-dessous des deux voyageurs ariens1 et diminua de grandeur en s'loignant dans la noire profondeur4 ,bientt l'arostat1 emport par une ascension oblique1 plana au-dessus des noires campagnes1 et les clarts plissantes disparurent4 ,le bruit de la ville s'tait loign en mme temps1 un profond silence1 le silence absolu des hauteurs1 enveloppa l'esquif arien4 ,impressionne par ce silence sans gal1 peut-tre surtout par la nouveaut de sa situation1 ,icla se serrait contre la poitrine de son tmraire ami4 ,ils montaient rapidement4 ,l'aurore borale semblait descendre1 en s'tendant sous les toiles comme une ondoyante draperie de moire d'or et de pourpre1 parcourue de frmissements lectriques4 ,a l'aide d'une petite sphre de cristal habite par des vers luisants1 ,spero observait ses instruments et inscrivait leurs indications correspondantes aux hauteurs atteintes4 ,l'arostat montait toujours4 ,quelle immense joie pour le chercheur6 ,il allait1 dans quelques minutes1 planer la cime de l'aurore borale1 il allait trouver la rponse la question de la hauteur de l'aurore1 vainement pose par tant de physiciens1 et surtout par ses matres aims1 les deux grands psychologues et philosophes rsted et ,ampre4 ,illustration ,l'motion d',icla s'tait calme4 ,as-tu donc eu peur8 lui demanda son ami4 ,l'arostat est sr4 ,aucun accident n'est craindre4 ,tout est calcul4 ,nous descendrons dans une heure4 ,il n'y a pas l'ombre de vent terre4 --,non1 fit-elle1 tandis qu'une lueur cleste l'illuminait d'une transparente clart rose2 mais c'est si trange1 c'est si beau1 c'est si divin6 ,et c'est si grand pour moi si petite4 ,j'ai un instant frissonn4 ,il me semble que je t'aime plus que jamais4444 ,et1 jetant ses bras autour de son cou1 elle l'embrassa dans une treinte passionne1 longue1 sans fin4 ,l'arostat solitaire voguait en silence dans les hauteurs ariennes1 sphre de gaz transparent enferme dans une mince enveloppe de soie1 dont on pouvait reconnatre1 de la nacelle1 les zones verticales allant se joindre au sommet1 au cercle de la soupape1 la partie infrieure du ballon restant largement ouverte pour la dilatation du gaz4 ,l'obscure clart qui tombe des toiles1 dont parle ,corneille1 et suffi1 dfaut des lueurs de l'aurore borale1 pour permettre de distinguer l'ensemble de l'esquif arien4 ,la nacelle suspendue au filet qui enveloppait la sphre de soie1 tait attache l'aide de huit cordes solides tisses dans l'osier de la nacelle et passant sous les pieds des aronautes4 ,le silence tait profond1 solennel2 on aurait pu entendre les battements de leurs curs4 ,les derniers bruits de la terre avaient disparu4 ,on voguait cinq mille mtres de hauteur1 avec une vitesse inconnue1 le vent suprieur emportant le navire arien sans qu'on en ressentt le moindre souffle dans la nacelle1 puisque le ballon est immerg dans l'air qui marche1 comme une simple molcule relativement immobile dans le courant qui l'emporte4 ,seuls habitants de ces rgions sublimes1 nos deux voyageurs jouissaient de cette situation d'exquise flicit que les aronautes connaissent lorsqu'ils ont respir cet air vif et lger1 domin les rgions basses1 oubli dans ce silence des espaces toutes les vulgarits de la vie terrestre1 et mieux que nuls de leurs devanciers ils l'apprciaient1 cette situation unique1 en la doublant1 en la dcuplant par le sentiment de leur propre bonheur4 ,ils parlaient voix basse1 comme s'ils eussent craint d'tre entendus des anges et de voir s'vanouir le charme magique qui les tenait suspendus dans le voisinage du ciel4444 ,parfois des lueurs subites1 des rayons de l'aurore borale1 venaient les frapper1 puis tout retombait dans une obscurit plus profonde et plus insondable4 ,ils voguaient ainsi dans leur rve toil1 lorsqu'un bruit soudain vint frapper leurs oreilles1 comme un sifflement sourd4 ,ils coutrent1 se penchrent au-dessus de la nacelle1 prtrent l'oreille4 ,ce bruit ne venait pas de la terre4 tait-ce un murmure lectrique de l'aurore borale8 tait-ce quelque orage magntique dans les hauteurs8 ,des clairs semblaient arriver du fond de l'espace1 les envelopper et s'vanouir4 ,ils coutrent1 haletants4 ,le bruit tait tout prs d'eux4444 ,c'tait le gaz qui s'chappait de l'arostat4 ,soit que la soupape se ft entr'ouverte d'elle-mme1 soit que dans leurs mouvements ils eussent exerc une pression sur la corde1 le gaz fuyait6 ,spero s'aperut vite de la cause de ce bruit inquitant1 mais ce fut avec terreur1 car il tait impossible de refermer la soupape4 ,il examina le baromtre1 qui commenait remonter lentement3 l'arostat commenait donc descendre4 ,et la chute1 d'abord lente1 mais invitable1 devait aller en s'accroissant dans une proportion mathmatique4 ,sondant l'espace infrieur1 il vit les flammes de l'aurore borale se reflter dans le limpide miroir d'un lac immense4 ,le ballon descendait avec vitesse et n'tait plus qu' trois mille mtres du sol4 ,conservant en apparence tout son calme1 mais ne se faisant aucune illusion sur l'imminence de la catastrophe1 le malheureux aronaute jeta successivement par-dessus bord les deux sacs de lest qui restaient1 les couvertures1 les instruments1 l'ancre1 et mit la nacelle vide2 mais cet allgement insuffisant ne servit qu' ralentir un instant la vitesse acquise4 ,descendant ou plutt tombant maintenant avec une rapidit inoue1 le ballon arriva vite quelques centaines de mtres seulement au-dessus du lac4 ,un vent intense se mit souffler de bas en haut et siffler leurs oreilles4 ,illustration ,l'arostat tourbillonna sur lui-mme1 comme emport par une trombe4 ,tout d'un coup1 ,georges ,spero sentit une treinte violente1 un long baiser sur les lvres3 ,mon ,matre1 mon ,dieu1 mon ,tout1 je t'aime6 s'cria-t-elle4 ,et1 cartant deux cordes1 elle se prcipita dans le vide4 ,le ballon dlest remonta comme une flche3 ,spero tait sauv4 ,la chute du corps d',icla dans l'eau profonde du lac produisit un bruit sourd1 trange1 effroyable1 au milieu du silence de la nuit4 ,fou de douleur et de dsespoir1 sentant ses cheveux hrisss sur son crne1 ouvrant les yeux pour ne rien voir1 remport par l'arostat plus de mille mtres de hauteur1 il se suspendit la corde de la soupape1 dans l'esprance de retomber vers le point de la catastrophe2 mais la corde ne fonctionna pas4 ,il chercha1 ttonna sans rsultat4 ,sous sa main1 il rencontra la voilette de sa bien-aime1 qui tait reste accroche l'une des cordes1 lgre voilette parfume1 encore tout empreinte de l'odeur enivrante de sa belle compagne2 il regarda bien les cordes1 crut retrouver l'empreinte des petites mains crispes1 et1 posant ses mains la place o quelques secondes auparavant ,icla avait pos les siennes1 il s'lana4 ,un instant1 son pied resta pris dans un cordage2 mais il eut la force de se dgager et tomba dans l'espace en tourbillonnant4 ,un bateau pcheur1 qui avait assist la fin du drame1 avait fait force voiles vers le point du lac o la jeune fille s'tait prcipite et tait parvenu la retrouver et la recueillir4 ,elle n'tait pas morte4 ,mais tous les soins qui lui furent prodigus n'empchrent pas la fivre de la saisir et d'en faire sa proie4 ,les pcheurs arrivrent dans la matine un petit port des bords du lac et la transportrent dans leur modeste chaumire1 sans qu'elle reprt connaissance4 ,georges6 disait-elle1 en ouvrant les yeux1 ,georges6 et c'tait tout4 ,le lendemain1 elle entendit la cloche du village sonner un glas funbre4 ,georges6 rptait-elle1 ,georges6 ,on avait retrouv son corps1 l'tat de bouillie informe1 quelque distance du rivage2 sa chute1 de plus de mille mtres de hauteur1 avait commenc au-dessus du lac1 mais le corps gardant la vitesse horizontale acquise par l'arostat1 n'tait pas tomb verticalement3 il tait descendu obliquement1 comme s'il et gliss le long d'un fil suivant le ballon dans sa marche1 et tait tomb1 masse prcipite du ciel1 dans une prairie bordant les rives du lac1 avait marqu profondment son empreinte dans le sol et avait rebondi plus d'un mtre du point de chute2 mais ses os eux-mmes taient broys en poussire1 et le cerveau s'tait chapp du front4 ,sa fosse tait peine referme1 que l'on dut creuser ct d'elle celle d',icla1 morte en rptant d'une voix teinte3 ,georges6 ,georges6 ,une seule pierre recouvrit leurs deux tombes1 et le mme saule tendit son ombre sur leur sommeil4 ,aujourd'hui encore1 les riverains du beau lac de ,tyrifiorden conservent dans leurs curs le mlancolique souvenir de la catastrophe1 devenue presque lgendaire1 et l'on ne montre pas la pierre spulcrale au voyageur sans associer leur mmoire le regret d'un doux songe vanoui4 ,illustration ,illustration ,,vi ,,le ,,progr,s ,,ternel ,les jours1 les semaines1 les mois1 les saisons1 les annes1 passent vite sur cette plante1 et sans doute aussi sur les autres4 ,plus de vingt fois dj la ,terre a parcouru sa rvolution annuelle autour du ,soleil1 depuis le jour o la destine ferma si tragiquement le livre que mes deux jeunes amis lisaient depuis moins d'une anne2 leur bonheur fut rapide1 leur matin s'vanouit comme une aurore4 ,je les avais1 sinon oublis#a1 du moins perdus de vue1 lorsque tout rcemment1 dans une sance d'hypnotisme1 ,nancy1 o je m'arrtai quelques jours en me rendant dans les ,vosges1 je me trouvai conduit questionner un sujet l'aide duquel les savants exprimentateurs de l',acadmie ,stanislas avaient obtenu quelques-uns de ces rsultats vritablement stupfiants dont la presse scientifique nous entretient depuis quelques annes4 ,je ne sais plus comment il arriva que la conversation s'tablit entre lui et moi sur la plante ,mars4 #a ,il y a parfois des concidences bizarres4 ,le jour o ,spero fit l'ascension qui devait lui tre si fatale1 je savais qu'il s'tait lanc dans les airs1 par l'agitation extraordinaire de l'aiguille aimante qui1 ,paris o j'tais rest1 annonait l'existence de l'intense aurore borale si anxieusement attendue par lui pour ce voyage arien4 ,on sait en effet que les aurores borales se manifestent au loin par les perturbations magntiques4 ,mais ce qui me surprit le plus1 et ce dont je n'ai pas encore eu l'explication1 c'est qu' l'heure mme de la catastrophe j'prouvai un malaise indfinissable1 puis une sorte de pressentiment qu'un malheur lui tait arriv4 ,la dpche qui m'annona sa mort m'y trouva presque prpar4 ,aprs m'avoir fait la description d'une contre riveraine d'une mer connue des astronomes sous le nom de mer du ,sablier et d'une le solitaire qui s'lve au sein de cet ocan1 aprs m'avoir dcrit les paysages pittoresques et la vgtation rougetre qui ornent ces rivages1 les falaises battues par les flots et les plages sablonneuses o viennent expirer les vagues1 ce sujet1 d'une sensibilit extrme1 plit tout d'un coup et porta la main son front2 ses yeux se fermrent1 ses sourcils se rapprochrent2 il semblait vouloir saisir une ide fugitive qui s'obstinait fuir4 ,voyez6 s'cria le docteur ,b444 en se posant devant lui comme un ordre inluctable4 ,voyez6 je le veux4 --,vous avez l des amis1 me dit-il4 --,cela ne me surprend pas trop1 rpliquai-je en riant4 ,j'ai assez fait pour eux4 --,deux amis1 ajouta-t-il1 qui1 en ce moment1 parlent de vous4 --,oh6 oh6 des gens qui me connaissent8 --,oui4 --,et comment cela8 --,ils vous ont connu ici4 --,ici8 --,ici1 sur la ,terre4 --,ah6 ,y a-t-il longtemps8 --,je ne sais pas4 --,habitent-ils ,mars depuis longtemps8 --,je ne sais pas4 --,sont-ils jeunes8 --,oui1 ce sont deux amoureux qui s'adorent4 ,alors les images charmantes de mes amis regretts se retracrent toutes vives dans ma pense4 ,mais je ne les eus pas plus tt revus1 que le sujet s'cria1 cette fois d'une voix plus sre3 ,ce sont eux6 --,comment le savez-vous8 --,je le vois4 ,ce sont les mmes mes4 ,mmes couleurs4 --,comment1 mmes couleurs8 --,oui1 les mes sont lumire4 ,quelques instants aprs il ajouta3 ,pourtant1 il y a une diffrence4 ,puis il resta silencieux le front tout chercheur4 ,mais son visage reprenant tout son calme et toute sa srnit1 il ajouta3 ,lui est devenu elle1 la femme4 ,elle est maintenant lui1 l'homme4 ,et ils s'aiment encore plus qu'autrefois4 ,comme s'il n'et pas compris lui-mme ce qu'il venait de dire1 il sembla chercher une explication1 fit de pnibles efforts1 en juger par la contraction de tous les muscles de son visage1 et tomba dans une sorte de catalepsie1 d'o le docteur ,b444 ne tarda pas le dlivrer4 ,mais l'instant de lucidit avait fui et ne revint plus4 ,je livre1 en terminant1 ce dernier fait aux lecteurs de ce rcit1 tel qu'il s'est pass sous mes yeux1 et sans commentaires4 ,d'aprs l'hypothse actuellement admise par plusieurs hypnotistes1 le sujet avait-il subi l'influence de ma propre pense1 lorsque le professeur lui ordonna de me rpondre8 ,ou1 plus indpendant1 s'tait-il vritablement dgag et avait-il vu au del de notre sphre8 ,je ne me permettrai pas de dcider4 ,peut-tre le saura-t-on par la suite de ce rcit4 ,cependant j'avouerai en toute sincrit que la rsurrection de mon ami et de son adore compagne sur ce monde de ,mars1 sjour voisin du ntre1 et si remarquablement semblable celui que nous habitons1 mais plus ancien et plus avanc sans doute dans la voie du progrs1 peut paratre aux yeux du penseur la continuation logique et naturelle de leur existence terrestre si rapidement brise4 ,sans doute1 ,spero tait-il dans le vrai en dclarant que la matire n'est pas ce qu'elle parat tre1 que les apparences sont mensongres1 que le rel c'est l'invisible1 que la force animique est indestructible1 que dans l'absolu l'infiniment grand est identique l'infiniment petit1 que les espaces clestes ne sont pas infranchissables1 et que les mes sont les semences des humanits plantaires4 ,qui sait si la philosophie du dynamisme ne rvlera pas un jour aux aptres de l'astronomie la religion de l'avenir8 ,,uranie ne porte-t-elle pas le flambeau sans lequel tout problme est insoluble1 sans lequel toute la nature resterait pour nous dans une impntrable obscurit8 ,le ciel doit expliquer la terre1 l'infini doit expliquer l'me et ses facults immatrielles4 ,l'inconnu d'aujourd'hui est la vrit de demain4 ,les pages suivantes vont peut-tre nous laisser pressentir le lien mystrieux qui runit le transitoire l'ternel1 le visible l'invisible1 la terre au ciel4 ,illustration ,,troisi,,me ,,partie ,ciel et ,terre ,illustration ,i ,t,l,,pathie ,la sance magntique de ,nancy avait laiss une vive impression dans ma pense4 ,bien souvent je songeais mon ami disparu1 ses investigations dans les domaines inexplors de la nature et de la vie1 ses recherches analytiques sincres et originales sur le mystrieux problme de l'immortalit4 ,mais je ne pouvais plus penser lui sans lui associer l'ide d'une rincarnation possible dans la plante ,mars4 ,cette ide me paraissait hardie1 tmraire1 purement imaginaire1 si l'on veut1 mais non absurde4 ,la distance d'ici ,mars est gale zro pour la transmission de l'attraction2 elle est presque insignifiante pour celle de la lumire1 puisque quelques minutes suffisent une ondulation lumineuse pour traverser ces millions de lieues4 ,je songeais au tlgraphe1 au tlphone1 au phonographe1 la transmission de la volont d'un magntiseur son sujet travers une distance de plusieurs kilomtres1 et parfois j'arrivais me demander si quelque progrs merveilleux de la science ne jetterait pas tout d'un coup un pont cleste entre notre monde et ses congnres de l'infini4 ,les soirs suivants1 je n'observai ,mars au tlescope que distrait par mille ides trangres4 ,la plante tait pourtant admirable1 comme elle l'a t pendant tout le printemps et tout l't de #ahhh4 ,de vastes inondations s'taient produites sur l'un de ses continents1 sur la ,libye1 comme dj les astronomes l'avaient observ en #ahhb et en diverses circonstances4 ,on reconnaissait que sa mtorologie1 sa climatologie1 ne sont pas les mmes que les ntres1 et que les eaux qui recouvrent environ la moiti de la surface de la plante subissent des dplacements bizarres et des variations priodiques dont la gographie terrestre ne peut donner aucune ide4 ,les neiges du ple boral avaient beaucoup diminu1 ce qui prouvait que l't de cet hmisphre avait t assez chaud1 quoique moins lev que celui de l'hmisphre austral4 ,du reste1 il y avait eu fort peu de nuages sur ,mars pendant toute la srie de nos observations4 ,mais1 chose peine croyable1 ce n'taient pas ces faits astronomiques1 pourtant si importants1 et bases de toutes nos conjectures1 qui m'intressaient le plus2 c'tait ce que le magntis m'avait dit de ,georges et d',icla4 ,les ides fantastiques qui traversaient mon cerveau m'empchaient de faire une observation vraiment scientifique4 ,je me demandais avec tnacit s'il ne pouvait pas exister de communication entre deux tres trs loigns l'un de l'autre1 et mme entre un mort et un vivant1 et chaque fois je me rpondais qu'une telle question tait par elle-mme anti-scientifique et indigne d'un esprit positif4 ,illustration ,cependant1 aprs tout1 qu'est-ce que nous appelons science8 ,qu'est-ce qui n'est pas scientifique dans la nature8 ,o sont les limites de l'tude positive8 ,la carcasse d'un oiseau a-t-elle vraiment un caractre plus scientifique que son plumage aux lumineuses couleurs et son chant aux nuances si subtiles8 ,le squelette d'une jolie femme est-il plus digne d'attention que sa structure de chair et sa forme vivante8 ,l'analyse des motions de l'me n'est-elle pas scientifique8 ,n'est-il pas scientifique de chercher si vraiment l'me peut voir de loin et comment8 ,et puis1 quelle est cette trange vanit1 cette nave prsomption de nous imaginer que la science ait dit son dernier mot1 que nous connaissions tout ce qu'il y a connatre1 que nos cinq sens soient suffisants pour apprcier la nature de l'univers8 ,de ce que nous dmlons1 parmi les forces qui agissent autour de nous1 l'attraction1 la chaleur1 la lumire1 l'lectricit1 est-ce dire qu'il n'y ait pas d'autres forces1 lesquelles nous chappent parce que nous n'avons pas de sens pour les percevoir8 ,ce n'est pas cette hypothse qui est absurde1 c'est la navet des pdagogues et des classiques4 ,nous sourions des ides des astronomes1 des physiciens1 des mdecins1 des thologiens d'il y a trois sicles2 dans trois sicles1 nos successeurs dans les sciences ne souriront-ils pas leur tour des affirmations de ceux qui prtendent aujourd'hui tout connatre8 ,les mdecins auxquels je communiquais1 il y a quinze ans1 les phnomnes magntiques observs par moi-mme en certaines expriences niaient tous avec conviction la ralit des faits observs4 ,je rencontrai rcemment l'un d'entre eux l',institut3 ,oh6 fit-il non sans finesse1 alors c'tait du magntisme1 aujourd'hui c'est de l'hypnotisme1 et c'est nous qui l'tudions4 ,c'est bien diffrent4 ,moralit3 ,ne nions rien de parti pris4 tudions1 constatons2 l'explication viendra plus tard4 ,j'tais dans ces dispositions d'esprit1 lorsqu'en me promenant en long et en large dans ma bibliothque1 mes yeux tombrent sur une lgante dition de ,cicron que je n'avais pas remarque depuis longtemps4 ,j'en pris un volume1 l'ouvris machinalement la premire page venue et y lus ce qui suit3 ,illustration ,deux amis arrivent ,mgare et vont se loger sparment4 ,a peine l'un des deux est-il endormi qu'il voit devant lui son compagnon de voyage1 lui annonant d'un air triste que son hte a form le projet de l'assassiner1 et le suppliant de venir le plus vite possible son secours4 ,l'autre se rveille1 mais1 persuad qu'il a t abus par un songe1 il ne tarde pas se rendormir4 ,son ami lui apparat de nouveau et le conjure de se hter1 parce que les meurtriers vont entrer dans sa chambre4 ,plus troubl1 il s'tonne de la persistance de ce rve1 et se dispose aller trouver son ami2 mais le raisonnement1 la fatigue1 finissent par triompher2 il se recouche4 ,alors son ami se montre lui pour la troisime fois1 ple1 sanglant1 dfigur4 ,malheureux1 lui dit-il1 tu n'es point venu lorsque je t'implorais6 ,c'en est fait2 maintenant venge-moi4 ,au lever du soleil1 tu rencontreras la porte de la ville un chariot plein de fumier2 arrte-le et ordonne qu'on le dcharge2 tu trouveras mon corps cach au milieu2 fais-moi rendre les honneurs de la spulture et poursuis mes meurtriers4 ,illustration ,une tnacit si grande1 des dtails si suivis ne permettent plus d'hsitation2 l'ami se lve1 court la porte indique1 y trouve le char1 arrte le conducteur qui se trouble1 et1 ds les premires recherches1 le corps de son ami est dcouvert4 ,ce rcit semblait venir tout exprs l'appui de mes opinions sur les inconnues du problme scientifique4 ,sans doute les hypothses ne manquent pas pour rpondre au point d'interrogation4 ,on peut dire que l'histoire n'est peut-tre pas arrive telle que ,cicron la raconte2 qu'elle a t amplifie1 exagre2 que deux amis arrivant dans une ville trangre peuvent craindre un accident2 qu'en craignant pour la vie d'un ami1 aprs les fatigues d'un voyage et au milieu du silence de la nuit1 on peut arriver rver qu'il est victime d'un assassinat4 ,quant l'pisode du chariot1 les voyageurs peuvent en avoir vu un dans la cour de l'hte1 et le principe de l'association des ides vient le rattacher au songe4 ,oui1 on peut faire toutes ces hypothses explicatives2 mais ce ne sont que des hypothses4 ,admettre qu'il y a eu vraiment communication entre le mort et le vivant est une autre hypothse aussi4 ,les faits de cet ordre sont-ils bien rares8 ,il ne le semble pas4 ,je me souviens entre autres d'un rcit qui m'a t racont par un vieil ami de ma jeunesse1 ,jean ,best1 qui fonda le ,magasin pittoresque1 en #ahcc1 avec mon minent ami douard ,charton1 et qui est mort il y a quelques annes4 ,c'tait un homme grave1 froid1 mthodique 7habile graveur-typographe1 administrateur scrupuleux72 tous ceux qui l'ont connu savent combien son temprament tait peu nerveux et combien son esprit tait loign des choses de l'imagination4 ,eh bien6 le fait suivant lui est arriv lui-mme1 lorsqu'il tait tout enfant1 l'ge de cinq ou six ans4 ,c'tait ,toul1 son pays natal4 ,il tait1 par une belle soire1 couch dans son petit lit et ne dormait pas1 lorsqu'il vit sa mre entrer dans sa chambre1 la traverser et se rendre dans le salon voisin1 dont la porte tait ouverte1 et o son pre jouait aux cartes avec un ami4 ,or sa mre1 malade1 tait ce moment-l ,pau4 ,il se leva aussitt de son lit et courut aprs sa mre jusqu'au salon1 o il la chercha en vain4 ,son pre le gronda avec une certaine impatience et le renvoya se coucher en lui affirmant qu'il avait rv4 ,illustration ,alors l'enfant1 croyant ds lors avoir1 en effet1 rv1 essaya de se rendormir4 ,mais quelques minutes plus tard1 ayant les yeux ouverts1 il vit une seconde fois1 trs distinctement1 sa mre qui passait encore prs de lui1 et cette fois il se prcipita vers elle pour l'embrasser4 ,mais elle disparut aussitt4 ,il ne voulut plus se recoucher et resta dans le salon o son pre continuait de jouer4 ,le mme jour1 la mme heure1 sa mre mourait ,pau4 ,je tiens ce rcit de ,m4 ,best lui-mme1 qui en avait gard le plus ineffaable souvenir4 ,comment l'expliquer8 ,on peut dire que l'enfant1 sachant sa mre malade1 y pensait souvent1 et qu'il a eu une hallucination qui a concid par hasard avec la mort de sa mre4 ,c'est possible4 ,mais on peut penser aussi qu'il y avait un lien sympathique entre la mre et l'enfant1 et qu'en ce moment solennel l'me de cette mre a rellement t en communication avec celle de son enfant4 ,comment8 demandera-t-on4 ,nous n'en savons rien4 ,mais ce que nous ne savons pas est ce que nous savons dans la proportion de l'ocan une goutte d'eau4 ,hallucinations6 ,c'est vite dit4 ,que d'ouvrages mdicaux crits sur ce sujet6 ,tout le monde connat celui de ,brierre de ,boismont4 ,parmi les innombrables observations qui le composent1 citons1 ce propos1 les deux suivantes3 ,obs4 #hd4--,lorsque le roi ,jacques vint en ,angleterre1 l'poque de la peste de ,londres1 se trouvant la campagne1 chez sir ,robert ,cotton1 avec le vieux ,cambden1 il vit en songe son fils an1 encore enfant1 qui habitait alors ,londres1 avec une croix sanglante sur le front1 comme s'il et t bless par une pe4 ,effray de cette apparition1 il se mit en prires et se rendit le matin dans la chambre de sir ,cambden1 auquel il raconta l'vnement de la nuit2 celui-ci rassura le monarque en lui disant qu'il avait t le jouet d'un songe et qu'il n'y avait pas s'en tourmenter4 ,le mme jour1 le roi reut une lettre de sa femme qui lui annonait la perte de son fils1 mort de la peste4 ,lorsque l'enfant se montra son pre1 il avait la taille et les proportions d'un homme fait4 ,obs4 #hg4--,mlle ,r4441 doue d'un excellent jugement1 religieuse sans bigoterie1 habitait1 avant d'tre marie1 la maison de son oncle1 ,d4441 mdecin clbre1 membre de l',institut4 ,elle tait spare de sa mre1 atteinte1 en province1 d'une maladie assez grave4 ,une nuit1 cette jeune personne rva qu'elle l'apercevait devant elle1 ple1 dfigure1 prte rendre le dernier soupir et tmoignant surtout un vif chagrin de ne pas tre entoure de ses enfants1 dont l'un1 cur d'une paroisse de ,paris1 avait migr en ,espagne1 et dont l'autre tait ,paris4 ,bientt elle l'entendit l'appeler plusieurs fois par son nom de baptme2 elle vit1 dans son rve1 les personnes qui entouraient sa mre1 s'imaginant qu'elle demandait sa petite-fille1 portant le mme nom1 aller la chercher dans la pice voisine2 un signe de la malade leur apprit que ce n'tait point elle1 mais sa fille qui habitait ,paris1 qu'elle dsirait voir4 ,sa figure exprimait la douleur qu'elle prouvait de son absence2 tout coup ses traits se dcomposent1 se couvrent de la pleur de la mort2 puis la moribonde retombe sans vie sur son lit4 ,le lendemain1 ,mlle ,r444 parut fort triste devant ,d4441 qui la pria de lui faire connatre la cause de son chagrin2 elle lui raconta dans tous ses dtails le songe qui l'avait si fortement tourmente4 ,d4441 la trouvant dans cette disposition d'esprit1 la pressa contre son cur en lui avouant que la nouvelle n'tait que trop vraie1 que sa mre venait de mourir2 il n'entra pas dans d'autres explications4 ,quelques mois aprs1 ,mlle ,r4441 profitant de l'absence de son oncle pour mettre en ordre ses papiers auxquels1 comme beaucoup d'autres savants1 il n'aimait pas qu'on toucht1 trouva une lettre racontant son oncle les circonstances de la mort de sa mre4 ,quelle ne fut pas sa surprise en y lisant toutes les particularits de son rve6 ,hallucination6 concidence fortuite6 ,est-ce l une explication satisfaisante8 ,dans tous les cas1 c'est une explication qui n'explique rien du tout4 ,une foule d'ignorants1 de tout ge et de tous mtiers1 rentiers1 commerants ou dputs1 sceptiques par temprament ou par genre1 dclarent simplement qu'ils ne croient pas toutes ces histoires et qu'il n'y a en tout cela rien de vrai4 ,ce n'est pas l1 non plus1 une solution bien srieuse4 ,les esprits accoutums l'tude ne peuvent se contenter d'une dngation aussi lgre4 ,un fait est un fait4 ,on ne peut pas ne pas l'admettre1 lors mme que1 dans l'tat actuel de nos connaissances1 il est impossible de l'expliquer4 ,certes1 les annales mdicales tmoignent qu'il y a vraiment des hallucinations de plus d'un genre et que certaines organisations nerveuses en sont dupes4 ,mais de l conclure que tous les phnomnes psycho-biologiques non expliqus sont des hallucinations1 il y a un abme4 ,l'esprit scientifique de notre sicle cherche avec raison dgager tous ces faits des brouillards trompeurs du surnaturalisme1 attendu qu'il n'y a rien de surnaturel et que la nature1 dont le royaume est infini1 embrasse tout4 ,depuis quelques annes1 notamment1 une socit scientifique spciale s'est organise en ,angleterre pour l'tude de ces phnomnes1 la ,society for ,psychical ,research2 elle a sa tte quelques-uns d'entre les plus illustres savants d',outre-,manche et a dj fourni des publications importantes4 ,ces phnomnes de vision distance sont classs sous le titre gnral de ,tlpathie 71 loin1 1 sensation74 ,des enqutes rigoureuses sont faites pour en contrler les tmoignages4 ,la varit en est considrable4 ,feuilletons un instant ensemble l'un de ces recueils#b et dtachons-en quelques documents bien dment et bien scientifiquement tablis4 #b ,phantasms of the ,living1 par ,e4 ,gurney et ,fr4 ,myers1 professeurs l',universit de ,cambridge1 et ,frank ,podmore1 ,londres1 #ahhf4 ,la ,society for ,psychical ,research a pour ,prsident le professeur ,balfour ,stewart1 de la ,socit royale de ,londres4 ,dans le cas suivant1 observ rcemment1 l'observateur tait absolument veill1 comme vous et moi en ce moment4 ,il s'agit d'un certain ,m4 ,robert ,bee1 habitant ,wigan 7,angleterre74 ,voici cette curieuse rvlation1 crite par l'observateur lui-mme4 ,le #ah dcembre #ahgc nous nous rendmes1 ma femme et moi1 dans la famille de ma femme ,southport1 laissant mes parents en parfaite sant selon toute apparence4 ,le lendemain1 dans l'aprs-midi1 nous tions partis pour une promenade au bord de la mer1 lorsque je me trouvai si profondment triste qu'il me fut impossible de m'intresser quoi que ce ft1 de sorte que nous ne tardmes pas rentrer4 ,tout d'un coup ma femme manifesta un certain sentiment de peine et me dit qu'elle se rendait dans la chambre de sa mre pour quelques minutes4 ,un instant aprs1 je me levai moi-mme de mon fauteuil et passai au salon4 ,une dame1 habille comme si elle devait sortir1 arriva prs de moi1 venant de la chambre coucher voisine4 ,je ne remarquai pas ses traits1 parce qu'elle ne regardait pas de mon ct2 pourtant immdiatement je lui adressai la parole en la saluant1 mais je ne me souviens plus de ce que je lui dis4 ,au mme instant et tandis qu'elle passait ainsi devant moi1 ma femme revenait de la chambre de sa mre et passait juste l'endroit o je voyais cette dame1 sans paratre la remarquer4 ,je m'criai aussitt avec un vif sentiment de surprise3 ,quelle est donc cette dame que vous venez de croiser l'instant8--,mais je n'ai crois personne6 rpliqua ma femme encore plus tonne que moi4--,comment1 rpliquai-je1 vous ne venez pas de voir l'instant une dame qui vient de passer l1 juste o vous tes1 qui sort sans doute de chez votre mre et qui doit tre maintenant au vestibule8 --,c'est impossible1 rpondit-elle1 il n'y a absolument que ma mre et nous en ce moment dans la maison4 ,en effet1 aucune trangre n'tait venue et la recherche que nous fmes immdiatement n'aboutit aucun rsultat4 ,il tait alors huit heures moins dix minutes4 ,le lendemain matin un tlgramme nous annonait la mort subite de ma mre par suite d'une maladie de cur1 prcisment la mme heure4 ,elle tait alors dans la rue et vtue exactement comme l'inconnue qui tait passe devant moi4 ,tel est le rcit de l'observateur4 ,l'enqute faite par la ,socit des ,recherches psychiques a dmontr l'absolue authenticit et la concordance des tmoignages4 ,c'est l un fait tout aussi positif qu'une observation mtorologique1 astronomique1 physique ou chimique4 ,comment l'expliquer8 ,concidence1 dira-t-on4 ,une rigoureuse critique scientifique peut-elle vraiment tre satisfaite par ce mot8 ,autre cas encore3 ,m4 ,frdrick ,wingfield1 habitant ,belle-,isle en ,terre 7,ctes-du-,nord71 crit que le #be mars #ahhj1 s'tant couch assez tard aprs avoir lu une partie de la soire1 il rva que son frre1 habitant le comt d',essex en ,angleterre1 tait auprs de lui1 mais qu'au lieu de rpondre une question qu'il lui adressait1 celui-ci secoua la tte1 se leva de sa chaise et s'en alla4 ,l'impression avait t si vive que le narrateur s'lana1 moiti endormi1 hors de son lit1 et se rveilla au moment o il mettait le pied sur la descente de lit et appelait son frre4 ,trois jours aprs1 il recevait la nouvelle que son frre venait d'tre tu1 d'une chute de cheval1 le mme jour1 #be mars #ahhj1 dans la soire 7 huit heures et demie71 quelques heures avant le rve qui vient d'tre rapport4 ,une enqute a dmontr que la date de cette mort est exacte et que l'auteur de ce rcit avait crit son rve sur un agenda la date mme de l'vnement1 et non aprs coup4 ,autre cas encore3 ,m4 ,s444 et ,m4 ,l4441 employs tous les deux dans une administration1 taient depuis huit ans en intimes relations d'amiti4 ,le lundi #ai mars #ahhc1 ,l4441 en allant son bureau1 eut une indigestion2 alors il entra dans une pharmacie o on lui donna un mdicament4 ,le jeudi suivant1 il n'tait pas mieux2 le samedi de cette mme semaine1 il tait encore absent du bureau4 ,le samedi soir1 #bd mars1 ,s444 tait chez lui1 ayant mal la tte2 il dit sa femme qu'il avait trop chaud1 ce qui ne lui tait pas arriv depuis deux mois2 puis1 aprs avoir fait cette remarque1 il se coucha1 et une minute aprs1 il vit son ami ,l444 debout devant lui1 vtu de ses vtements habituels4 ,s444 nota mme ce dtail de l'habillement de ,l444 que son chapeau avait un crpe noir1 que son pardessus n'tait pas boutonn et qu'il tenait une canne la main4 ,l444 regarda fixement ,s444 et passa4 ,s444 alors se rappela la phrase qui est dans le livre de ,job3 ,un esprit passa devant ma face1 et le poil de ma chair se hrissa4 ,a ce moment1 il sentit un frisson lui parcourir le corps et ses cheveux se hrissrent4 ,alors il demanda sa femme3 ,quelle heure est-il8 ,celle-ci lui rpondit3 ,neuf heures moins douze minutes4 ,il lui dit3 ,si je vous le demande1 c'est parce que ,l444 est mort3 je viens de le voir4 ,elle essaya de lui persuader que c'tait une pure illusion2 mais il assura de la faon la plus formelle qu'aucun raisonnement ne pourrait le faire changer d opinion4 ,illustration ,tel est le rcit fait par ,m4 ,s4444 ,il n'apprit la mort de son ami ,l444 que le lendemain dimanche1 trois heures de l'aprs-midi4 ,l444 tait effectivement mort le samedi soir1 vers neuf heures moins dix minutes4 ,illustration ,on peut rapprocher de cette relation l'vnement historique rapport par ,agrippa d',aubign au moment de la mort du cardinal de ,lorraine3 ,le roi estant en ,avignon1 le #bc dcembre #aegd1 y mourut ,charles1 cardinal de ,lorraine4 ,la reine 7,catherine de ,mdicis7 s'estoit mise au lit de meilleure heure que de coutume1 aiant son coucher entre autres personnes de marque le roi de ,navarre1 l'archevque de ,lyon1 les dames de ,retz1 de ,lignerolles et de ,saunes1 deux desquelles ont confirm ce discours4 ,comme elle estoit presse de donner le bon soir1 elle se jetta d'un tressaut sur son chevet1 mit les mains au devant de son visage et avec un cri violent appela son secours ceux qui l'assistoient1 leur voulant monstrer au pied du lit le cardinal qui lui tendoit la main4 ,elle s'escria plusieurs fois3 ,monsieur le cardinal1 je n'ai que faire avec vous4 ,le roi de ,navarre envoie au mesme temps un de ses gentils hommes au logis du cardinal1 qui rapporta comment il avoit expir au mesme point4 ,dans son livre sur l'humanit posthume publi en #ahhb1 ,adolphe d',assier se porte garant de l'authenticit du fait suivant1 qui lui a t rapport par une personne de ,saint-,gaudens comme lui tant arriv elle-mme4 ,j'tais encore jeune fille1 dit-elle1 et je couchais avec ma sur1 plus ge que moi4 ,un soir nous venions de nous mettre au lit et de souffler la bougie4 ,le feu de la chemine1 imparfaitement teint1 clairait encore faiblement la chambre4 ,en tournant les yeux du ct du foyer1 j'aperois1 ma grande surprise1 un prtre assis devant la chemine et se chauffant4 ,il avait la corpulence1 les traits et la tournure d'un de nos oncles qui habitait aux environs et qui tait archiprtre4 ,je fis part aussitt de mon observation ma sur4 ,cette dernire regarde du ct du foyer1 et voit la mme apparition4 ,elle reconnat galement notre oncle l'archiprtre4 ,une frayeur indicible s'empare alors de nous et nous crions3 ,au secours6 de toutes nos forces4 ,mon pre1 qui dormait dans une pice voisine1 veill par ces cris dsesprs1 se lve en toute hte1 et arrive aussitt une bougie la main4 ,le fantme avait disparu2 nous ne voyions plus personne dans la chambre4 ,le lendemain1 nous apprmes par une lettre que notre oncle l'archiprtre tait mort dans la soire4 ,autre fait encore1 rapport par le mme disciple d',auguste ,comte et consign par lui pendant son sjour ,rio-de-,janeiro4 ,c'tait en #aheh2 on s'entretenait encore1 dans la colonie franaise de cette capitale1 d'une apparition singulire qui avait eu lieu quelques annes auparavant4 ,une famille alsacienne1 compose du mari1 de la femme et d'une petite fille encore en bas ge1 faisait voile pour ,rio-de-,janeiro1 o elle allait rejoindre des compatriotes tablis dans cette ville4 ,la traverse tant longue1 la femme devint malade1 et faute sans doute de soins ou d'une alimentation convenable1 succomba avant d'arriver4 ,le jour de sa mort1 elle tomba en syncope1 resta longtemps dans cet tat1 et lorsqu'elle eut repris ses sens1 dit son mari1 qui veillait ses cts3 ,je meurs contente1 car maintenant je suis rassure sur le sort de notre enfant4 ,je viens de ,rio-de-,janeiro1 j'ai rencontr la rue et la maison de notre ami ,fritz1 le charpentier4 ,il tait sur le seuil de la porte2 je lui ai prsent la petite2 je suis sre qu' ton arrive il la reconnatra et en prendra soin4 ,le mari fut surpris de ce rcit1 sans toutefois y attacher d'importance4 ,le mme jour1 la mme heure1 ,fritz le charpentier1 l',alsacien dont je viens de parler1 se trouvait sur le seuil de la porte de la maison qu'il habitait ,rio-de-,janeiro1 lorsqu'il crut voir passer dans la rue une de ses compatriotes tenant dans ses bras une petite fille4 ,elle le regardait d'un air suppliant1 et semblait lui prsenter l'enfant qu'elle portait4 ,sa figure1 qui paraissait d'une grande maigreur1 rappelait nanmoins les traits de ,latta1 la femme de son ami et compatriote ,schmidt4 ,l'expression de son visage1 la singularit de sa dmarche1 qui tenait plus de la vision que de la ralit1 impressionnrent vivement ,fritz4 ,voulant s'assurer qu'il n'tait pas dupe d'une illusion1 il appela un de ses ouvriers qui travaillait dans la boutique1 et qui lui aussi tait ,alsacien et de la mme localit4 ,regarde1 lui dit-il1 ne vois-tu pas passer une femme dans la rue1 tenant un enfant dans ses bras1 et ne dirait-on pas que c'est ,latta1 la femme de notre pays ,schmidt8 --,je ne puis vous dire1 je ne la distingue pas bien1 rpondit l'ouvrier4 ,fritz n'en dit pas davantage2 mais les diverses circonstances de cette apparition relle ou imaginaire se gravrent fortement dans son esprit1 notamment l'heure et le jour4 ,a quelque temps de l il voit arriver son compatriote ,schmidt portant une petite fille dans ses bras4 ,la visite de ,latta se retrace alors dans son esprit1 et avant que ,schmidt et ouvert la bouche il lui dit3 ,mon pauvre ami1 je sais tout2 ta femme est morte pendant la traverse1 et avant de mourir elle est venue me prsenter sa petite fille pour que j'en prenne soin4 ,voici la date et l'heure4 ,c'taient bien le jour et le moment consigns par ,schmidt bord du navire4 ,dans son ouvrage sur les hauts phnomnes de la ,magie1 publi en #ahfd1 ,gougenot des ,mousseaux rapporte le fait suivant1 qu'il certifie comme absolument authentique4 ,illustration ,sir ,robert ,bruce1 de l'illustre famille cossaise de ce nom1 est second d'un btiment2 un jour il vogue prs de ,terre-,neuve1 et1 se livrant des calculs1 il croit voir son capitaine assis son pupitre1 mais il regarde avec attention1 et celui qu'il aperoit est un tranger dont le regard froidement arrt sur lui l'tonnait4 ,le capitaine1 prs duquel il remonte1 s'aperoit de son tonnement1 et l'interroge3 ,mais qui donc est votre pupitre8 lui dit ,bruce4 --,personne4 --,si1 il y a quelqu'un2 est-ce un tranger8444 et comment8 --,vous rvez444 ou vous raillez4 --,nullement2 veuillez descendre et venir voir4 ,on descend1 et personne n'est assis devant le pupitre4 ,le navire est fouill en tout sens2 il ne s'y rencontre aucun tranger4 ,illustration ,cependant celui que j'ai vu crivait sur votre ardoise3 son criture doit y tre reste1 dit ,bruce4 ,on regarde l'ardoise2 elle porte ces mots3 ,steer to the north-west1 c'est--dire3 ,gouvernez au nord-ouest4 ,mais cette criture est de vous ou de quelqu'un du bord8 --,non4 ,chacun est pri d'crire la mme phrase1 et nulle criture ne ressemble celle de l'ardoise4 ,eh bien1 obissons au sens de ces mots2 gouvernez le navire au nord-ouest1 le vent est bon et permet de tenter l'exprience4 ,trois heures aprs1 la vigie signalait une montagne de glace et voyait1 y attenant1 un vaisseau de ,qubec1 dmantel1 couvert de monde1 cinglant vers ,liverpool1 et dont les passagers furent amens par les chaloupes du btiment de ,bruce4 ,au moment o l'un de ses hommes gravissait le flanc du vaisseau librateur1 ,bruce tressaillit et recula1 fortement mu4 ,il venait de reconnatre l'tranger qu'il avait vu traant les mots de l'ardoise4 ,il raconte son capitaine le nouvel incident4 ,veuillez crire ,steer to the north-west sur cette ardoise1 dit au nouveau venu le capitaine1 lui prsentant le ct qui ne porte aucune criture4 ,l'tranger trace les mots demands4 ,bien1 vous reconnaissez l votre main courante8 dit le capitaine1 frapp de l'identit des critures4 --,mais vous m'avez vu vous-mme crire6 ,vous serait-il possible d'en douter8 ,pour toute rponse le capitaine retourne l'ardoise1 et l'tranger reste confondu voyant des deux cts sa propre criture4 ,aviez-vous rv que vous criviez sur cette ardoise8 dit1 celui qui vient d'crire1 le capitaine du vaisseau naufrag4 --,non1 du moins je n'en ai nul souvenir4 --,mais que faisait midi ce passager8 demande son confrre le capitaine sauveur4 --tant trs fatigu1 ce passager s'endormit profondment1 et autant qu'il m'en souvient1 ce fut quelque temps avant midi4 ,une heure au plus aprs1 il s'veilla1 et me dit3 ,capitaine1 nous serons sauvs1 aujourd'hui mme6 ,ajoutant3 ,j'ai rv que j'tais bord d'un vaisseau et qu'il venait notre secours4 ,il dpeignit le btiment et son grement2 et ce fut notre grande surprise1 lorsque vous cingltes vers nous1 que nous reconnmes l'exactitude de la description4 ,enfin ce passager dit son tour3 ,ce qui me semble trange1 c'est que ce que je vois ici me parat familier1 et cependant je n'y suis jamais venu4 ,le baron ,dupotet1 dans son cours de ,magntisme animal1 rapporte1 d'autre part encore1 le fait suivant1 publi en #ahad par le clbre ,iung ,stilling1 qui le tenait de l'observateur mme1 le baron de ,sulza1 chambellan du roi de ,sude4 ,rentrant chez lui en t vers minuit1 heure laquelle il fait encore assez clair en ,sude pour qu'on puisse lire l'impression la plus fine4 ,comme j'arrivai1 dit-il1 dans mon domaine1 mon pre vint ma rencontre devant l'entre du parc2 il tait vtu comme d'habitude1 et il tenait la main une canne que mon frre avait sculpte4 ,je le saluai et nous conversmes longtemps ensemble4 ,nous arrivmes ainsi jusqu' la maison et l'entre de sa chambre4 ,en y entrant1 je vis mon pre dshabill2 au mme instant l'apparition s'tait vanouie2 peu de temps aprs1 mon pre s'veilla et me regarda d'un air d'interrogation3 ,mon cher douard1 me dit-il1 ,dieu soit bni de ce que je te vois sain et sauf1 car j'ai t bien tourment1 cause de toi1 dans mon rve2 il me semblait que tu tais tomb dans l'eau1 et que tu tais en danger de te noyer4 ,or ce jour-l1 ajouta le baron1 j'tais all avec un de mes amis la rivire pour pcher des crabes1 et je faillis tre entran par le courant4 ,je racontai mon pre que j'avais vu son apparition l'entre du domaine1 et que nous avions eu ensemble une longue conversation4 ,il me rpondit qu'il arrivait souvent des faits semblables4 ,on voit dans ces divers rcits des apparitions spontanes et des apparitions pour ainsi dire provoques par le dsir ou par la volont4 ,la suggestion mentale peut-elle donc aller jusque-l8 ,les auteurs du livre ,phantasms of the ,living1 dont nous parlions plus haut1 rpondent affirmativement par sept exemples suffisamment attests1 parmi lesquels j'en offrirai encore un l'attention de mes lecteurs4 ,le voici4 ,illustration ,le rv4 ,c4 ,godfrey1 demeurant ,eastbourne1 dans le canton de ,sussex1 ayant lu un rcit d'apparition prmdite1 en fut si frapp qu'il rsolut d'en faire l'essai son tour4 ,le #ae novembre #ahhf1 vers onze heures du soir1 il dirigea toute la force d'imagination et toute la tension de volont dont il tait capable sur l'ide d'apparatre une dame de ses amies1 en se tenant debout au pied de son lit4 ,l'effort dura environ huit minutes1 aprs quoi ,m4 ,godfrey se sentit fatigu et s'endormit4 ,le lendemain1 la dame qui avait t le sujet de l'exprience vint de son propre mouvement raconter ,m4 ,godfrey ce qu'elle avait vu4 ,invite en fixer le souvenir par crit1 elle le fit en ces termes3 ,la nuit dernire1 je me rveillai en sursaut1 avec la sensation que quelqu'un tait entr dans ma chambre4 ,j'entendis galement un bruit1 mais je supposai que c'taient les oiseaux dans le lierre1 hors de la fentre4 ,j'prouvai ensuite comme une inquitude et un vague dsir de sortir de la chambre et de descendre au rez-de-chausse4 ,ce sentiment devint si vif que je me levai enfin2 j'allumai une bougie et je descendis dans l'intention de prendre quelque chose pour me calmer4 ,en remontant ma chambre1 je vis ,m4 ,godfrey1 debout sous la grande fentre qui claire l'escalier4 ,il tait habill comme l'ordinaire et avait l'expression que j'ai remarque chez lui lorsqu'il regarde trs attentivement quelque chose4 ,il tait l immobile1 tandis que1 tenant la lumire leve1 je le regardais avec une extrme surprise4 ,cela dura trois ou quatre secondes1 aprs quoi1 comme je continuais monter1 il disparut4 ,je n'tais point effraye1 mais trs agite1 et je ne pus me rendormir4 ,illustration ,m4 ,godfrey pensa judicieusement que l'exprience laquelle il s'tait livr prendrait beaucoup plus d'importance si elle se rptait4 ,une seconde tentative manqua1 mais la troisime russit4 ,bien entendu que la dame sur laquelle il oprait n'tait pas plus prvenue de son intention que la premire fois4 ,la nuit dernire1 crit-elle1 mardi #g dcembre1 je montai me coucher dix heures et demie4 ,je fus bientt endormie4 ,soudainement1 j'entendis une voix qui disait3 ,rveillez-vous6 et je sentis une main qui se posait sur le ct gauche de ma tte4 7,l'intention de ,m4 ,godfrey1 cette fois-ci1 avait t de faire sentir sa prsence par la voix et le toucher47 ,je fus aussitt compltement veille4 ,il y avait dans la chambre un son curieux1 comme celui d'une guimbarde4 ,je sentais en mme temps comme une haleine froide qui m'enveloppait2 mon cur se mit battre violemment1 et je vis distinctement une figure penche sur moi4 ,la seule lumire qui clairt la chambre tait celle d'une lampe l'extrieur1 formant une longue raie lumineuse sur la muraille au-dessus de la table de toilette2 cette raie tait particulirement obscurcie par la figure4 ,je me retournai vivement1 et la main eut l'air de retomber de ma tte sur l'oreiller1 ct de moi4 ,la figure tait incline au-dessus de moi1 et je la sentais appuye contre le ct du lit4 ,je vis le bras reposant tout le temps sur l'oreiller4 ,j'apercevais le contour du visage1 mais comme obscurci par un brouillard4 ,il devait tre environ minuit et demi4 ,la figure avait lgrement cart le rideau1 mais j'ai reconnu ce matin qu'il pendait comme d'habitude4 ,nul doute que la figure ne ft celle de ,m4 ,godfrey2 je le reconnus la tournure des paules et la forme du visage4 ,pendant tout le temps qu'il resta l1 il rgnait un courant d'air froid travers la chambre1 comme si les deux fentres eussent t ouvertes4 ,ce sont l des faits4 ,dans l'tat actuel de nos connaissances1 il serait absolument tmraire d'en chercher l'explication4 ,notre psychologie n'est pas assez avance4 ,il y a bien des choses que nous sommes forcs d'admettre sans pouvoir en aucune faon les expliquer4 ,nier ce qu'on ne peut expliquer serait de la pure dmence4 ,expliquait-on le systme du monde il y a mille ans8 ,aujourd'hui mme1 expliquons-nous l'attraction8 ,mais la science marche1 et son progrs sera sans fin4 ,connaissons-nous toute l'tendue des facults humaines8 ,qu'il y ait dans la nature des forces encore inconnues de nous1 comme l'tait1 par exemple1 l'lectricit il y a moins d'un sicle1 qu'il y ait dans l'univers d'autres tres1 dous d'autres sens et d'autres facults1 c'est ce dont le penseur ne peut douter un seul instant4 ,mais l'homme terrestre lui-mme nous est-il compltement connu8 ,il ne le semble pas4 ,illustration ,il y a des faits dont nous sommes forcs de reconnatre la ralit sans pouvoir en aucune faon les expliquer4 ,la vie de ,swedenborg en offre trois de cet ordre4 ,laissons de ct1 pour le moment1 ses visions plantaires et sidrales1 qui paraissent plus subjectives qu'objectives2 remarquons en passant que ,swedenborg tait un savant de premier ordre en gologie1 en minralogie1 en cristallographie1 membre des acadmies des sciences d',upsal1 ,stockholm et ,saint-,ptersbourg1 et contentons-nous de rappeler les trois faits suivants3 ,le #ai juillet #agei1 revenant d'un voyage en ,angleterre1 ce philosophe prit terre ,gottenbourg et alla dner chez un certain ,william ,costel1 o la socit tait nombreuse4 ,le soir six heures1 ,m4 de ,swedenborg1 qui tait sorti1 rentra au salon1 ple et constern1 et dit qu' l'instant mme un incendie venait d'clater ,stockholm1 au ,sdermoln1 dans la rue qu'il habitait1 et que le feu s'tendait avec violence vers sa maison4 ,il sortit de nouveau1 et revint1 se lamentant que la maison d'un de ses amis venait d'tre rduite en cendres et que la sienne courait le plus grand danger4 ,a huit heures1 aprs une nouvelle sortie1 il dit avec joie3 ,grce ,dieu1 l'incendie s'est teint la troisime porte qui prcde la mienne4 ,la nouvelle s'en rpandit dans toute la ville1 qui s'en mut d'autant plus que le gouverneur y avait port attention et que beaucoup de personnes taient en souci de leurs biens ou de leurs amis4444 ,deux jours aprs1 le courrier royal apporta de ,stockholm le rapport sur l'incendie3 il n'y avait aucune diffrence entre ses indications et celles que ,swedenborg avait donnes2 l'incendie avait t teint huit heures4 ,cette relation a t crite par l'illustre ,emmanuel ,kant1 qui avait voulu faire une enqute sur le fait1 et qui ajoute3 ,que peut-on allguer contre l'authenticit de cet vnement8 ,or ,gottenbourg est deux cents kilomtres de ,stockholm4 ,swedenborg tait alors dans sa soixante-douzime anne4 ,voici le second fait4 ,en #agfa1 ,mme de ,marteville1 veuve d'un ministre de ,hollande ,stockholm1 reoit d'un crancier de son mari la rclamation d'une somme de vingt-cinq mille florins de ,hollande 7cinquante mille francs71 qu'elle savait avoir t paye par son mari1 et dont le nouveau payement la mettait dans le plus grand embarras1 la ruinait presque4 ,il lui tait impossible de retrouver la quittance4 ,illustration ,elle va rendre visite ,swedenborg1 et1 huit jours aprs1 elle voit en songe son mari qui lui indique le meuble o se trouve la quittance avec une pingle cheveux garnie de vingt diamants1 qu'elle croyait perdue aussi4 ,c'tait deux heures du matin4 ,pleine de joie1 elle se lve et trouve le tout la place indique4 ,s'tant recouche1 elle dort jusqu' neuf heures4 ,vers onze heures1 ,m4 de ,swedenborg se fait annoncer4 ,avant d'avoir rien appris de ce qui tait arriv1 il raconta que dans la nuit prcdente il avait vu l'esprit de ,m4 de ,marteville qui lui avait dclar qu'il se rendait auprs de sa veuve4 ,voici le troisime fait4 ,au mois de fvrier #aggb1 tant ,londres1 il envoya un billet au rvrend ,john ,wesley 7fondateur de la communion des ,wesleyens7 pour lui dire qu'il serait charm de faire sa connaissance4 ,l'ardent prdicateur reut ce billet au moment o il allait partir pour une mission1 et rpondit qu'il profiterait de cette gracieuse permission pour lui rendre visite au retour de cette absence qui devait tre d'environ six mois4 ,swedenborg rpondit3 qu'en ce cas1 ils ne se verraient pas dans ce monde1 le #bi mars prochain devant tre le jour de sa mort4 ,swedenborg mourut1 en effet1 la date indique par lui plus d'un mois d'avance4 ,ce sont l trois faits dont il n'est pas possible de nier l'authenticit1 mais que dans l'tat actuel de nos connaissances personne ne voudrait assurment se charger d'expliquer4 ,nous pourrions multiplier indfiniment ces relations authentiques4 ,les faits analogues ceux qui ont t rapports plus haut de communications distance soit au moment de la mort1 soit dans l'tat normal de la vie1 ne sont pas tellement rares--sans tre pourtant bien frquents--que chacun de nos lecteurs n'en ait entendu citer1 et peut-tre observ lui-mme1 en plus d'une circonstance4 ,d'ailleurs1 les expriences faites dans les domaines du magntisme tmoignent galement qu'en certains cas psychologiques dtermins un exprimentateur peut agir sur son sujet distance1 non pas seulement quelques mtres1 mais plusieurs kilomtres et mme plus de cent kilomtres de distance1 selon la sensibilit et la lucidit du sujet et sans doute aussi selon l'intensit de la volont du magntiseur4 ,d'autre part encore1 l'espace n'est pas ce que nous croyons4 ,la distance de ,paris ,londres est grande pour un marcheur1 et elle tait mme infranchissable avant l'invention des bateaux3 elle est nulle pour l'lectricit4 ,la distance de la ,terre la ,lune est grande pour nos modes actuels de locomotion3 elle est nulle pour l'attraction4 ,en fait1 au point de vue de l'absolu1 l'espace qui nous spare de ,sirius n'est pas une plus grande partie de l'infini que la distance de ,paris ,versailles ou de votre il droit votre il gauche4 ,il y a plus encore3 la sparation qui nous semble exister entre la ,terre et la ,lune1 ou entre la ,terre et ,mars1 ou mme entre la ,terre et ,sirius1 n'est qu'une illusion due l'insuffisance de nos perceptions4 ,la ,lune agit constamment sur la ,terre et la remue perptuellement4 ,l'attraction de ,mars est galement sensible pour notre plante1 et notre tour nous drangeons ,mars dans son cours en subissant l'influence de la ,lune4 ,nous agissons sur le ,soleil lui-mme et le faisons mouvoir1 comme si nous le touchions4 ,en vertu de l'attraction1 la ,lune fait tourner mensuellement la ,terre autour de leur centre commun de gravit1 point qui voyage #agjj kilomtres au-dessous de la surface du globe1 la ,terre fait tourner le ,soleil annuellement autour de leur centre commun de gravit1 situ #def kilomtres du centre solaire2 tous les mondes agissent perptuellement les uns sur les autres1 de sorte qu'il n'y a pas d'isolement1 de sparation relle entre eux4 ,au lieu d'tre un vide sparant les mondes les uns des autres1 l'espace est plutt un lien de communication4 ,or si l'attraction tablit ainsi une communication relle1 perptuelle1 active et indiscutable1 constate par la prcision des observations astronomiques1 entre la ,terre et ses surs de l'immensit1 on ne voit pas trop de quel droit de prtendus positivistes pourraient dclarer que nulle communication ne soit possible entre deux tres plus ou moins loigns l'un de l'autre1 soit sur la ,terre1 soit mme sur deux mondes diffrents4 ,deux cerveaux qui vibrent l'unisson1 plusieurs kilomtres de distance1 ne peuvent-ils tre mus par une mme force psychique8 ,l'motion partie d'un cerveau ne peut-elle1 travers l'ther1 de mme que l'attraction1 aller frapper le cerveau qui vibre une distance quelconque1 de mme qu'un son1 travers une pice1 va faire vibrer les cordes d'un piano ou d'un violon8 ,n'oublions pas que nos cerveaux sont composs de molcules qui ne se touchent pas et qui sont en vibration perptuelle4 ,et pourquoi parler de cerveaux8 ,la pense1 la volont1 la force psychique1 quelle que soit sa nature1 ne peut-elle agir distance sur un tre qui lui est attach par les liens sympathiques et indissolubles de la parent intellectuelle8 ,les palpitations d'un cur ne se transmettent-elles pas subitement au cur qui bat l'unisson du ntre8 ,devons-nous admettre1 dans les cas d'apparition signals plus haut1 que l'esprit du mort ait rellement pris une forme corporelle dans le voisinage de l'observateur8 ,dans la plupart des cas1 cette hypothse ne parat pas ncessaire4 ,pendant nos rves1 nous croyons voir des personnes qui ne sont pas du tout devant nos yeux1 d'ailleurs ferms4 ,nous les voyons parfaitement1 aussi bien qu'au grand jour2 nous leur parlons1 nous les entendons1 nous conversons avec elles4 ,assurment1 ce n'est ni notre rtine ni notre nerf optique qui les voit1 pas plus que ce n'est notre oreille qui les entend4 ,nos cellules crbrales sont seules en jeu4 ,certaines apparitions peuvent tre objectives1 extrieures1 substantielles2 d'autres peuvent tre subjectives3 dans ce cas1 l'tre qui se manifeste agirait distance sur l'tre qui voit1 et cette influence sur son cerveau dterminerait la vision intrieure1 laquelle parat extrieure1 comme dans les rves1 mais peut tre purement subjective et intrieure4 ,de mme qu'une pense1 un souvenir1 veille dans notre esprit une image qui peut tre trs vidente et trs vive1 de mme un tre agissant sur un autre peut faire apparatre en lui une image qui lui donnera un instant l'illusion de la ralit4 ,on obtient maintenant exprimentalement ces faits dans les tudes d'hypnotisme et de suggestion1 tudes qui en sont encore leurs dbuts et pourtant donnent des rsultats assurment dignes de la plus haute attention1 aussi bien au point de vue psychologique qu'au point de vue physiologique4 ,ce n'est pas la rtine qui est frappe par une ralit effective1 ce sont les couches optiques du cerveau qui sont excites par une force psychique4 ,c'est l'tre mental lui-mme qui est impressionn4 ,de quelle faon8 nous l'ignorons4 ,telles sont les inductions les plus rationnelles qui paraissent pouvoir tre conclues des phnomnes de l'ordre de ceux dont nous venons de nous occuper1 phnomnes inexpliqus1 mais fort anciens1 car l'histoire de tous les peuples1 depuis la plus haute antiquit1 en a conserv des exemples qu'il serait difficile de nier ou d'effacer4 ,mais quoi1 dira-t-on1 devons-nous1 pouvons-nous1 dans notre sicle de mthode exprimentale et de science positive1 admettre qu'un mourant1 ou mme un mort1 puisse se communiquer8 ,qu'est-ce qu'un mort8 ,il meurt un tre humain par chaque seconde1 sur l'ensemble du globe terrestre1 soit environ #hf #djj par jour1 soit environ #ca millions par an ou plus de #c milliards par sicle4 ,en dix sicles1 plus de #cj milliards de cadavres ont t livrs la terre et rendus la circulation gnrale sous forme de produits divers1 eau1 gaz1 vapeurs1 etc4 ,si nous tenons compte de la diminution de la population humaine mesure que nous remontons les ges historiques1 nous trouvons que depuis dix mille ans deux cents milliards de corps humains au moins ont t forms de la terre et de l'atmosphre1 par la respiration et l'alimentation1 et y sont retourns4 ,les molcules d'oxygne1 d'hydrogne1 d'acide carbonique1 d'azote qui ont constitu ces corps ont engraiss la terre et ont t rendues la circulation atmosphrique4 ,oui1 la ,terre que nous habitons est aujourd'hui forme en partie de ces milliards de cerveaux qui ont pens1 de ces milliards d'organismes qui ont vcu4 ,nous marchons sur nos aeux comme ils marcheront sur nous4 ,les fronts des penseurs1 les yeux qui ont contempl1 souri1 pleur1 les bouches qui ont chant l'amour1 les lvres roses et les seins de marbre1 les entrailles des mres1 les bras des travailleurs1 les muscles des guerriers1 le sang des vaincus1 les enfants et les vieillards1 les bons et les mchants1 les riches et les pauvres1 tout ce qui a vcu1 tout ce qui a pens1 gt dans la mme terre4 ,il serait difficile aujourd'hui de faire un seul pas sur la plante sans marcher sur la dpouille des morts2 il serait difficile de manger et boire sans rabsorber ce qui a dj t mang et bu des milliers de fois1 il serait difficile de respirer sans s'incorporer le souffle des morts4 ,les lments constitutifs des corps1 puiss la nature1 sont revenus la nature1 et chacun de nous porte en soi des atomes ayant prcdemment appartenu d'autres corps4 ,eh bien6 pensez-vous que ce soit cela toute l'humanit8 ,pensez-vous qu'elle n'ait rien laiss de plus noble1 de plus grand1 de plus spirituel8 ,chacun de nous ne donne-t-il l'univers1 en rendant le dernier soupir1 que soixante ou quatre-vingts kilos de chair et d'os qui vont se dsagrger et retourner aux lments8 ,l'me qui nous anime ne demeure-t-elle pas1 au mme titre que chaque molcule d'oxygne1 d'azote ou de fer8 ,et toutes les mes qui ont vcu n'existent-elles pas toujours8 ,nous n'avons aucun droit d'affirmer que l'homme soit uniquement compos d'lments matriels1 et que la facult de penser ne soit qu'une proprit de l'organisation4 ,nous avons1 au contraire1 les raisons les plus intimes d'admettre que l'me est une entit individuelle1 et que c'est elle qui rgit les molcules pour organiser la forme vivante du corps humain4 ,que deviennent les molcules invisibles et intangibles qui ont compos notre corps pendant la vie8 ,elles vont appartenir de nouveaux corps4 ,que deviennent les mes galement invisibles et intangibles8 ,on peut penser qu'elles se rincarnent1 elles aussi1 en de nouveaux organismes1 chacune suivant sa nature1 ses facults1 sa destine4 ,l'me appartient au monde psychique4 ,sans doute1 il y a sur la ,terre une quantit innombrable d'mes encore lourdes1 grossires1 peine dgages de la matire1 incapables de concevoir les ralits intellectuelles4 ,mais il en est d'autres qui vivent dans l'tude1 dans la contemplation1 dans la culture du monde psychique ou spirituel4 ,celles-l peuvent ne point rester emprisonnes sur la ,terre1 et leur destine est de vivre de la vie uranique4 ,l'me uranique vit1 mme pendant ses incarnations terrestres1 dans le monde de l'absolu et du divin4 ,elle sait que tout en habitant la ,terre elle est1 en ralit1 dans le ciel1 et que notre plante est un astre du ciel4 ,quelle est la nature intime de l'me1 quels sont ses modes de manifestation1 quand sa mmoire devient-elle permanente et maintient-elle avec certitude l'identit consciente1 sous quelle diversit de formes et de substances peut-elle vivre1 quelle tendue d'espace peut-elle franchir1 quel est l'ordre de parent intellectuelle qui existe entre les diverses plantes d'un mme systme1 quelle est la force germinatrice qui ensemence les mondes1 quand pourrons-nous nous mettre en communication avec les patries voisines1 quand pntrerons-nous le secret profond des destines8 ,mystre et ignorance aujourd'hui4 ,mais l'inconnu d'hier est la vrit de demain4 ,fait d'ordre historique et scientifique absolument incontestable3 dans tous les sicles1 chez tous les peuples1 et sous les apparences religieuses les plus diverses1 l'ide de l'immortalit repose invulnrable au fond de la conscience humaine4 ,l'ducation lui a donn mille formes1 mais elle ne l'a pas invente4 ,cette ide indracinable existe par elle-mme4 ,tout tre humain1 en venant au monde1 apporte avec lui1 sous une forme plus ou moins vague1 ce sentiment intime1 ce dsir1 cette esprance4 ,illustration ,illustration ,,ii ,,iter ,,extaticum ,c,,leste ,les heures1 les jours que je consacrais l'tude de ces questions de psychologie et de tlpathie ne m'empchaient pas d'observer ,mars au tlescope et d'en prendre des dessins gographiques1 chaque fois que notre atmosphre1 si souvent nuageuse1 voulait bien me le permettre4 ,d'ailleurs1 on peut reconnatre que non seulement toutes les questions se touchent1 dans l'tude de la nature et dans les sciences1 mais encore que l'astronomie et la psychologie sont solidaires l'une de l'autre1 attendu que l'univers psychique a pour habitat l'univers matriel1 que l'astronomie a pour objet l'tude des rgions de la vie ternelle et que nous ne pourrions nous former aucune ide de ces rgions si nous ne les connaissions pas astronomiquement4 ,que nous le sachions ou non1 en fait1 nous habitons en ce moment mme une rgion du ,ciel1 et tous les tres1 quels qu'ils soient1 sont ternellement citoyens du ,ciel4 ,ce n'est pas sans une secrte divination des choses que l'antiquit avait fait d',uranie la muse de toutes les sciences4 ,ma pense avait donc t longuement occupe de notre voisine la plante ,mars1 lorsqu'un jour1 dans une promenade solitaire la lisire d'un bois1 aprs quelques chaudes heures de juillet1 m'tant assis au pied d'un bouquet de chnes1 je ne tardai pas m'assoupir4 ,la chaleur tait accablante1 le paysage tait silencieux1 la ,seine semblait arrte comme un canal au fond de la valle4 ,je fus trangement surpris1 en m'veillant aprs un instant de somnolence1 de ne plus reconnatre le paysage1 ni les arbres voisins1 ni la rivire qui coulait au pied du coteau1 ni la prairie ondule qui allait se perdre au loin dans l'horizon4 ,le soleil se couchait1 plus petit que nous n'avons coutume de le voir4 ,l'air frmissait de bruits harmonieux inconnus la ,terre1 et des insectes grands comme des oiseaux voltigeaient sur des arbres sans feuilles1 couverts de gigantesques fleurs rouges4 ,je me levai1 pouss par l'tonnement comme par un ressort1 et d'un bond si nergique que je me trouvai subitement debout1 me sentant d'une lgret singulire4 ,a peine avais-je fait quelques pas1 que plus de la moiti du poids de mon corps me parut s'tre vapore pendant mon sommeil2 cette sensation intime me frappa plus profondment encore que la mtamorphose de la nature dploye sous mes regards4 ,c'est peine si j'en croyais mes yeux et mes sens4 ,d'ailleurs1 je n'avais plus absolument les mmes yeux1 je n'entendais plus de la mme manire1 et je m'aperus mme ds ces premiers instants que mon organisation tait doue de plusieurs sens nouveaux1 tout diffrents de ceux de notre harpe terrestre1 notamment d'un sens magntique1 par lequel on peut se mettre en communication d'un tre l'autre sans qu'il soit ncessaire de traduire ses penses par des paroles audigibles3 ce sens rappelle celui de l'aiguille aimante qui1 du fond d'une cave de l',observatoire de ,paris1 frissonne et tressaille quand une aurore borale s'allume en ,sibrie1 ou quand une explosion lectrique clate dans le ,soleil4 ,l'astre du jour venait de s'teindre dans un lac lointain1 et les lueurs roses du crpuscule planaient au fond des cieux comme un dernier rve de la lumire4 ,deux ,lunes s'allumrent diverses hauteurs1 la premire en forme de croissant1 au-dessus du lac dans le sein duquel le ,soleil avait disparu2 la seconde1 en forme de premier quartier1 beaucoup plus leve dans le ciel et du ct de l',orient4 ,elles taient trs petites et ne rappelaient que de bien loin l'immense flambeau des nuits terrestres4 ,c'est comme regret qu'elles donnaient leur vive mais faible lumire4 ,je les regardais tour tour avec stupfaction4 ,le plus trange peut-tre encore1 dans toute l'tranget de ce spectacle1 c'est que la ,lune occidentale1 qui tait environ trois fois plus grosse que sa compagne de l',est1 tout en tant cinq fois moins large que notre ,lune terrestre1 marchait dans le ciel d'un mouvement trs facile suivre de l'il1 et semblait courir avec vitesse de la droite vers la gauche pour aller rejoindre l',orient sa cleste sur4 ,on remarquait encore1 dans les dernires lueurs du couchant qui s'teignait1 une troisime ,lune1 ou1 pour mieux dire1 une brillante toile4 ,plus petite que le moindre des deux satellites1 elle n'offrait pas de disque sensible2 mais sa lumire tait clatante4 ,elle planait dans le ciel du soir comme ,vnus dans notre ciel lorsqu'aux jours de son plus splendide clat l'toile du berger rgne en souveraine sur les indolentes soires du printemps aux tendres rves4 ,dj les plus brillantes toiles s'allumaient dans les cieux2 on reconnaissait ,arcturus aux rayons d'or1 ,vga1 si blanche et si pure1 les sept astres du septentrion1 et plusieurs constellations zodiacales4 ,l'toile du soir1 le nouveau ,vesper1 rayonnait alors dans la constellation des ,poissons4 ,aprs avoir tudi pendant quelques instants sa situation dans le ciel1 m'tre orient moi-mme d'aprs les constellations1 avoir examin les deux satellites et rflchi la lgret de mon propre poids1 je ne tardai pas tre convaincu que je me trouvais sur la plante ,mars et que cette charmante toile du soir tait444 la ,terre4 ,mes yeux s'arrtrent sur elle1 imprgns de ce mlancolique sentiment d'amour qui serre les fibres de notre cur lorsque notre pense s'envole vers un tre chri dont une cruelle distance nous spare2 je contemplai longuement cette patrie o tant de sentiments divers se mlangent et se heurtent dans les fluctuations de la vie1 et je pensai3 ,illustration ,combien n'est-il pas regrettable que les innombrables tres humains qui habitent en ce petit sjour ne sachent pas o ils sont6 ,elle est charmante1 cette minuscule ,terre1 ainsi claire par le ,soleil1 avec sa ,lune plus microscopique encore1 qui semble un point ct d'elle4 ,porte dans l'invisible par les lois divines de l'attraction1 atome flottant dans l'immense harmonie des cieux1 elle occupe sa place et plane l-haut comme une le anglique4 ,mais ses habitants l'ignorent4 ,singulire humanit6 ,elle a trouv la ,terre trop vaste1 s'est partage en troupeaux et passe son temps s'entre-fusiller4 ,il y a1 dans cette le cleste1 autant de soldats que d'habitants6 ils se sont tous arms les uns contre les autres1 quand il et t si simple de vivre tranquillement1 et trouvent glorieux de changer de temps en temps les noms des pays et la couleur des drapeaux4 ,c'est l l'occupation favorite des nations et l'ducation primordiale des citoyens4 ,hors de l1 ils emploient leur existence adorer la matire4 ,ils n'apprcient pas la valeur intellectuelle1 restent indiffrents aux plus merveilleux problmes de la cration et vivent sans but4 ,quel dommage6 ,un habitant de ,paris qui n'aurait jamais entendu prononcer le nom de cette cit ni celui de la ,france ne serait pas plus tranger qu'eux dans leur propre patrie4 ,ah6 s'ils pouvaient voir la ,terre d'ici1 avec quel plaisir ils y reviendraient et combien seraient transformes toutes leurs ides gnrales et particulires4 ,alors ils connatraient au moins le pays qu'ils habitent2 ce serait un commencement2 ils tudieraient progressivement les ralits sublimes qui les environnent au lieu de vgter sous un brouillard sans horizon1 et bientt ils vivraient de la vritable vie1 de la vie intellectuelle4 ,illustration ,quel honneur il lui fait6 ,on croirait vraiment qu'il a laiss des amis dans ce bagne-l6 ,je n'avais point parl4 ,mais j'entendis fort distinctement cette phrase qui semblait rpondre ma conversation intrieure4 ,deux habitants de ,mars me regardaient1 et ils m'avaient compris1 en vertu de ce sixime sens de perception magntique dont il a t question plus haut4 ,je fus quelque peu surpris1 et1 l'avouerai-je8 sensiblement bless de l'apostrophe3 ,aprs tout1 pensai-je1 j'aime la ,terre1 c'est mon pays1 et j'ai du patriotisme6 ,mes deux voisins rirent cette fois-ci tous les deux ensemble4 ,oui1 reprit l'un d'eux avec une bont inattendue1 vous avez du patriotisme4 ,on voit bien que vous arrivez de la ,terre4 ,et le plus g ajouta3 ,laissez-les donc1 vos compatriotes1 ils ne seront jamais ni plus intelligents ni moins aveugles qu'aujourd'hui4 ,il y a dj quatre-vingt mille ans qu'ils sont l4 ,et1 vous l'avouez vous-mme1 ils ne sont pas encore capables de penser4444 ,vous tes vraiment admirable de regarder la ,terre avec des yeux aussi attendris4 ,c'est trop de navet4 ,n'avez-vous pas1 cher lecteur1 rencontr parfois1 sur votre passage1 de ces hommes tout pntrs d'un imperturbable orgueil et qui se croient sincrement et inbranlablement au-dessus de tout le reste du monde8 ,lorsque ces fiers personnages se trouvent en face d'une supriorit1 elle leur est instantanment antipathique3 ils ne la supportent pas4 ,eh bien6 pendant le dithyrambe qui prcde 7et dont vous n'avez eu tout l'heure qu'une ple traduction71 je me sentais fort suprieur l'humanit terrestre1 puisque je la prenais en piti et invoquais pour elle de meilleurs jours4 ,mais quand ces deux habitants de ,mars semblrent me prendre en piti moi-mme1 et que je crus reconnatre en eux une froide supriorit sur moi1 je fus un instant l'un de ces ineptes orgueilleux2 mon sang ne fit qu'un tour1 et tout en me contenant par un restant de politesse franaise1 j'ouvris la bouche pour leur dire3 --,aprs tout1 ,messieurs1 les habitants de la ,terre ne sont pas aussi stupides que vous paraissez le croire et valent peut-tre mieux que vous4 ,malheureusement1 ils ne me laissrent mme pas commencer ma phrase1 attendu qu'ils l'avaient devine pendant qu'elle se formait par la vibration des moelles de mon cerveau4 ,illustration ,permettez-moi de vous dire tout de suite1 fit le plus jeune1 que votre plante est absolument manque1 par suite d'une circonstance qui date d'une dizaine de millions d'annes4 ,c'tait au temps de la priode primaire de la gense terrestre4 ,il y avait dj des plantes1 et mme des plantes admirables1 et dans le fond des mers comme sur les rivages apparaissaient les premiers animaux1 les mollusques sans tte1 sourds1 muets et dpourvus de sexe4 ,vous savez que la respiration suffit aux arbres pour leur nourriture complte et que vos chnes les plus robustes1 vos cdres les plus gigantesques n'ont jamais rien mang1 ce qui ne les a pas empchs de grandir4 ,ils se nourrissent par la respiration seule4 ,le malheur1 la fatalit a voulu qu'un premier mollusque et le corps travers par une goutte d'eau plus paisse que le milieu ambiant4 ,peut-tre la trouva-t-il bonne4 ,ce fut l'origine du premier tube digestif1 qui devait exercer une action si funeste sur l'animalit entire1 et plus tard sur l'humanit elle-mme4 ,le premier assassin fut le mollusque qui mangea4 ,illustration ,ici1 on ne mange pas1 on n'a jamais mang1 on ne mangera jamais4 ,la cration s'est dveloppe graduellement1 pacifiquement1 noblement1 comme elle avait commenc4 ,les organismes se nourrissent1 autrement dit renouvellent leurs molcules1 par une simple respiration1 comme le font vos arbres terrestres1 dont chaque feuille est un petit estomac4 ,dans votre chre patrie1 vous ne pouvez vivre un seul jour qu' la condition de tuer4 ,chez vous1 la loi de vie1 c'est la loi de mort4 ,ici1 il n'est jamais venu personne l'ide de tuer mme un oiseau4 ,vous tes tous1 plus ou moins1 des bouchers4 ,vous avez les bras pleins de sang4 ,vos estomacs sont gorgs de victuailles4 ,comment voulez-vous qu'avec des organismes aussi grossiers que ceux-l vous puissiez avoir des ides saines1 pures1 leves1--je dirai mme 7pardonnez ma franchise71 des ides propres8 ,quelles mes pourraient habiter de pareils corps8 ,rflchissez donc un instant1 et ne vous bercez plus d'illusions aveugles trop idales pour un tel monde4 --,comment6 m'criai-je en l'interrompant1 vous nous refusez la possibilit d'avoir des ides propres8 ,vous prenez les humains pour des animaux8 ,homre1 ,platon1 ,phidias1 ,snque1 ,virgile1 le ,dante1 ,colomb1 ,bacon1 ,galile1 ,pascal1 ,lonard1 ,raphal1 ,mozart1 ,beethoven1 n'ont-ils jamais eu aucune aspiration leve8 ,vous trouvez nos corps grossiers et repoussants3 si vous aviez vu passer devant vous ,hlne1 ,phryn1 ,aspasie1 ,sapho1 ,cloptre1 ,lucrce ,borgia1 ,agns ,sorel1 ,diane de ,poitiers1 ,marguerite de ,valois1 ,borghse1 ,talien1 ,rcamier1 ,georges et leurs admirables rivales1 vous penseriez peut-tre d'une faon diffrente4 ,ah6 cher ,martien1 mon tour1 permettez-moi de regretter que vous ne connaissiez la ,terre que de loin4 --,c'est ce qui vous trompe1 j'ai habit cinquante ans ce monde-l4 ,cela m'a suffi1 et je vous assure que je n'y retournerai plus4 ,tout y est manqu1 mme444 ce qui vous parat le plus charmant4 ,vous imaginez-vous que sur toutes les ,terres du ,ciel les fleurs donnent naissance aux fruits de la mme faon8 ,ne serait-ce pas un peu cruel8 ,pour moi1 j'aime les primevres et les boutons de rose4 ,illustration --,mais1 repris-je1 cependant1 malgr tout1 il y a eu de grands esprits sur la ,terre1 et1 vraiment1 d'admirables cratures4 ,ne peut-on se bercer de l'esprance que la beaut physique et morale ira en se perfectionnant de plus en plus1 comme elle l'a fait jusqu'ici1 et que les intelligences s'claireront progressivement8 ,on ne passe pas tout son temps manger4 ,les hommes finiront bien1 malgr leurs travaux matriels1 par consacrer chaque jour quelques heures au dveloppement de leur intelligence4 ,alors1 sans doute1 ils ne continueront plus de fabriquer de petits dieux leur image1 et peut-tre aussi supprimeront-ils leurs puriles frontires pour laisser rgner l'harmonie et la fraternit4 --,non1 mon ami1 car s'ils le voulaient1 ils le feraient ds aujourd'hui4 ,or1 ils s'en gardent bien4 ,l'homme terrestre est un petit animal qui1 d'une part1 n'prouve pas le besoin de penser1 n'ayant mme pas l'indpendance de l'me1 et qui1 d'autre part1 aime se battre et tablit carrment le droit sur la force4 ,tel est son bon plaisir et telle est sa nature4 ,vous ne ferez jamais porter de pches un buisson d'pines4 ,illustration ,songez donc que les plus dlicieuses beauts terrestres auxquelles vous faisiez allusion tout l'heure ne sont que des monstres grossiers ct de nos ariennes femmes de ,mars1 qui vivent de l'air de nos printemps1 des parfums de nos fleurs1 et sont si voluptueuses1 dans le seul frmissement de leurs ailes1 dans l'idal baiser d'une bouche qui ne mangea jamais1 que si la ,batrix du ,dante avait t d'une telle nature1 jamais l'immortel ,florentin n'et pu crire deux chants de sa ,divine ,comdie3 il et commenc par le ,paradis et n'en ft jamais descendu4 ,songez que nos adolescents ont autant de science inne que ,pythagore1 ,archimde1 ,euclide1 ,kepler1 ,newton1 ,laplace et ,darwin aprs toutes leurs laborieuses tudes3 nos douze sens nous mettent en communication directe avec l'univers2 nous sentons d'ici1 cent millions de lieues1 l'attraction de ,jupiter qui passe2 nous voyons l'il nu les anneaux de ,saturne2 nous devinons l'arrive d'une comte1 et notre corps est imprgn de l'lectricit solaire qui met en vibration toute la nature4 ,il n'y a jamais eu ici ni fanatisme religieux1 ni bourreaux1 ni martyrs1 ni divisions internationales1 ni guerres2 mais1 ds ses premiers jours1 l'humanit1 naturellement pacifique et affranchie de tout besoin matriel1 a vcu indpendante de corps et d'esprit1 dans une constante activit intellectuelle1 s'levant sans arrt dans la connaissance de la ,vrit4 ,mais venez plutt jusqu'ici4 ,je fis quelques pas avec mes interlocuteurs sur le sommet de la montagne1 et arrivant en vue de l'autre versant1 j'aperus une multitude de lumires de diverses nuances voltigeant dans les airs4 ,c'taient les habitants qui1 la nuit1 deviennent lumineux quand ils le veulent4 ,des chars ariens1 paraissant forms de fleurs phosphorescentes1 conduisaient des orchestres et des churs2 l'un d'eux vint passer prs de nous et nous prmes place au milieu d'un nuage de parfums4 ,les sensations que j'prouvais taient singulirement trangres toutes celles que j'avais gotes sur la ,terre1 et cette premire nuit sur ,mars passa comme un rve rapide1 car l'aurore je me trouvais encore dans le char arien1 discourant avec mes interlocuteurs1 leurs amis et leurs indfinissables compagnes4 ,quel panorama au lever du soleil6 ,fleurs1 fruits1 parfums1 palais feriques s'levaient sur des les la vgtation orange1 les eaux s'tendaient en limpides miroirs1 et de joyeux couples ariens descendaient en tourbillonnant sur ces rivages enchanteurs4 ,l1 tous les travaux matriels sont accomplis par des machines et dirigs par quelques races animales perfectionnes1 dont l'intelligence est peu prs du mme ordre que celle des humains de la ,terre4 ,les habitants ne vivent que par l'esprit et pour l'esprit2 leur systme nerveux est parvenu un tel degr de dveloppement1 que chacun de ces tres1 la fois trs dlicat et trs fort1 semble un appareil lectrique1 et que leurs impressions les plus sensuelles1 ressenties bien plus par leurs mes que par leurs corps1 surpassent au centuple toutes celles que nos cinq sens terrestres runis peuvent jamais nous offrir4444 ,une sorte de palais d't1 illumin par les rayons du soleil levant1 s'ouvrait au-dessous de notre gondole arienne4 ,ma voisine1 dont les ailes frmissaient d'impatience1 posa son pied dlicat sur une touffe de fleurs qui s'levait entre deux jets de parfums4--,retourneras-tu sur la ,terre8 dit-elle en me tendant les bras4 --,jamais6 m'criai-je444 ,et je m'lanai vers elle444 ,mais1 du mme coup1 je me retrouvai1 solitaire1 prs de mon bois1 sur le versant de la colline au pied de laquelle serpentait la ,seine aux replis onduleux4 ,jamais6444 rptai-je1 cherchant ressaisir le doux rve envol4 ,o donc tais-je8 ,c'tait beau4 ,le soleil venait de se coucher1 et dj la plante ,mars1 alors trs clatante1 s'allumait dans le ciel4 ,ah6 fis-je1 travers par une lueur fugitive1 j'tais l6 ,berces par la mme attraction1 les deux plantes voisines se regardent travers l'espace transparent4 ,n'aurions-nous pas1 dans cette fraternit cleste1 une premire image de l'ternel voyage8 ,la ,terre n'est plus seule au monde4 ,les panoramas de l'infini commencent s'ouvrir4 ,que nous habitions ici ou ct1 nous sommes1 non les citoyens d'un pays ou d'un monde1 mais1 en vrit1 les ,,citoyens ,,du ,,ciel4 ,illustration ,illustration ,,iii ,,la ,,plan,,te ,,mars ,avais-je t le jouet d'un rve8 ,mon esprit s'tait-il rellement transport sur la plante ,mars1 ou bien tais-je dupe d'une illusion absolument imaginaire8 ,le sentiment de la ralit avait t si vif1 si intense1 et les choses que j'avais vues se trouvaient si parfaitement conformes aux notions scientifiques que nous possdons dj sur la nature physique du monde martien1 que je ne pouvais accepter un doute cet gard1 tout en restant stupfait de ce voyage extatique et en m'adressant mille questions qui se combattaient les unes les autres4 ,l'absence de ,spero1 dans toute cette vision1 m'intriguait un peu4 ,je me sentais toujours si intimement attach son cher souvenir qu'il me semblait que j'aurais d deviner sa prsence1 voler directement vers lui1 le voir1 lui parler1 l'entendre4 ,mais le magntis de ,nancy n'avait-il pas t lui-mme le jouet de son imagination1 ou de la mienne1 ou de celle de l'exprimentateur8 ,d'autre part1 en admettant mme que rellement mes deux amis fussent rincarns sur cette plante voisine1 je me rpondais moi-mme que l'on peut fort bien ne pas se rencontrer en parcourant une mme ville et1 plus forte raison1 un monde4 ,et pourtant1 ce n'est assurment pas le calcul des probabilits qu'il faudrait invoquer ici1 car un sentiment d'attraction tel que celui qui nous unissait devait modifier le hasard des rencontres et jeter dans la balance un lment qui l'emportait sur tout le reste4 ,tout en discourant en moi-mme1 je rentrai mon observatoire de ,juvisy o j'avais prpar quelques batteries lectriques pour une exprience d'optique en correspondance avec la tour de ,montlhry4 ,lorsque je me fus assur que tout tait bien en ordre1 je laissai mon aide le soin de faire les signaux convenus1 de dix onze heures1 et je partis moi-mme pour la vieille tour1 sur laquelle je m'installais une heure plus tard4 ,la nuit tait venue4 ,du haut de l'antique donjon1 l'horizon est parfaitement circulaire1 entirement dgag sur toute sa circonfrence1 qui s'tend sur un rayon de #bj #be kilomtres tout autour de ce point central4 ,un troisime poste d'observation1 situ ,paris1 tait en communication avec nous4 ,le but de l'exprience tait de savoir si les rayons des diverses couleurs du spectre lumineux voyagent tous avec la mme vitesse de #cjj #jjj kilomtres par seconde4 ,le rsultat fut affirmatif4 ,les expriences ayant t termines vers onze heures1 comme la nuit toile tait merveilleuse et que la lune commenait se lever1 ds que j'eus mis les appareils l'abri dans l'intrieur de la tour1 je remontai sur la plate-forme suprieure pour contempler l'immense paysage clair par les premiers rayons de la lune naissante4 ,l'atmosphre tait calme1 tide1 presque chaude4 ,mais mon pied tait encore sur la dernire marche1 que je m'arrtai1 ptrifi d'effroi1 en jetant un cri qui parut s'immobiliser dans ma gorge4 ,spero1 oui1 ,spero lui-mme tait l1 devant moi1 assis sur le parapet4 ,je levai les bras vers le ciel et me sentis prs de m'vanouir2 mais il me dit1 de sa voix trs douce que je connaissais si bien3 ,est-ce que je te fais peur8 ,illustration ,je n'eus la force ni de rpondre ni d'avancer4 ,pourtant1 j'osai regarder en face mon ami1 qui souriait4 ,son cher visage1 clair par la lune1 tait tel que je l'avais vu lors de son dpart de ,paris pour ,christiania1 jeune1 agrable1 pensif1 avec un regard fort brillant4 ,je quittai la dernire marche et j'eus l'impulsion intime de me prcipiter vers lui pour l'embrasser4 ,mais je n'osai et je restai devant lui le regarder4 ,j'avais repris l'usage de mes sens4 ,spero6444 ,c'est toi6444 m'criai-je4 --,j'tais l pendant ton exprience1 rpondit-il1 et c'est mme moi qui t'ai donn l'ide de comparer l'extrme violet l'extrme rouge pour la vitesse des ondes lumineuses4 ,seulement1 j'tais invisible1 comme les rayons ultra-violets4 --,voyons6 est-ce possible8 ,laisse-moi te regarder1 te toucher4 ,je passai les mains sur son visage1 sur son corps1 dans sa chevelure1 et j'eus absolument la mme impression que si c'et t un tre vivant4 ,ma raison se refusait admettre le tmoignage de mes yeux1 de mes mains et de mes oreilles1 et pourtant je ne pouvais douter que ce ne ft bien lui4 ,il n'y a pas de sosie pareil4 ,et puis1 mes doutes se seraient envols ds ses premires paroles1 car il ajouta aussitt3 ,mon corps dort en ce moment sur ,mars4 ,illustration --,ainsi1 fis-je1 tu existes toujours1 tu vis encore444 et tu connais enfin la rponse au grand problme qui t'a tant tourment4444 ,et ,icla8 --,nous allons causer1 rpliqua-t-il4 ,j'ai beaucoup de choses te dire4 ,je m'assis auprs de lui1 sur le rebord du large parapet qui domine la vieille tour1 et voici ce que j'entendis4 ,quelque temps aprs l'accident du lac de ,tyrifiorden1 il s'tait senti se rveillant comme d'un long et lourd sommeil4 ,il tait seul1 dans la nuit noire1 sur les rives d'un lac1 se sentait vivant1 mais ne pouvait ni se voir ni se toucher4 ,l'air ne le frappait pas4 ,il n'tait pas seulement lger1 mais impondrable4 ,ce qui lui paraissait subsister de lui1 c'tait seulement sa facult de penser4 ,sa premire ide1 en rappelant ses souvenirs1 fut qu'il se rveillait de sa chute sur le lac norvgien4 ,mais lorsque le jour arriva1 il s'aperut qu'il tait sur un autre monde4 ,les deux lunes qui tournaient rapidement dans le ciel1 en sens contraire l'une de l'autre1 lui firent penser qu'il se trouvait sur notre voisine la plante ,mars1 et d'autres tmoignages ne tardrent pas le lui prouver4 ,il y demeura un certain temps l'tat d'esprit1 y reconnut la prsence d'une humanit fort lgante1 dans laquelle le sexe fminin rgne en souverain1 par une supriorit inconteste sur le sexe masculin4 ,les organismes sont lgers et dlicats1 la densit des corps est trs faible1 la pesanteur plus faible encore2 la surface de ce monde la force matrielle ne joue qu'un rle secondaire dans la nature2 la finesse des sensations dcide de tout4 ,il y a l un grand nombre d'espces animales et plusieurs races humaines4 ,dans toutes ces espces et dans toutes ces races1 le sexe fminin est plus beau et plus fort 7la force consistant dans la supriorit des sensations7 que le sexe masculin1 et c'est lui qui rgit le monde4 ,son grand dsir de connatre la vie qu'il avait devant lui le dcida ne point demeurer longtemps l'tat d'esprit contemplateur1 mais renatre sous une forme corporelle humaine1 et1 tant donne la condition organique de cette plante1 sous la forme fminine4 ,dj1 parmi les mes terrestres flottantes dans l'atmosphre de ,mars1 il avait rencontr 7car les mes se sentent7 celle d',icla1 qui l'avait suivie1 guide par une attraction constante4 ,elle1 de son ct1 s'tait sentie porte vers une incarnation masculine4 ,ils taient ainsi runis l'un et l'autre1 en l'un des pays les plus privilgis de ce monde1 voisins et prdestins se rencontrer de nouveau dans la vie et partager les mmes motions1 les mmes penses1 les mmes uvres4 ,aussi1 quoique la mmoire de leur existence terrestre restt voile et comme efface par la transformation nouvelle1 cependant un vague sentiment de parent spirituelle et un attachement sympathique immdiat les avaient runis ds qu'ils s'taient revus4 ,leur supriorit psychique1 la nature de leurs penses habituelles1 l'tat de leur esprit accoutum chercher les fins et les causes1 leur avaient donn tous les deux une sorte de clairvoyance intime qui les dgageait de l'ignorance gnrale des vivants4 ,ils s'taient aims si soudain1 ils avaient subi si passivement l'influence magntique du coup de foudre de leur rencontre1 qu'ils n'avaient bientt fait qu'un seul et mme tre1 unis comme au moment de la sparation terrestre4 ,ils se souvenaient de s'tre dj rencontrs1 ils taient convaincus que c'tait sur la ,terre1 sur cette plante voisine qui brille le soir d'un si vif clat dans le ciel de ,mars1 et parfois1 dans leurs vols solitaires au-dessus des collines peuples de plantes ariennes1 ils contemplaient l'toile du soir en cherchant renouer le fil bris d'une tradition interrompue4 ,un vnement inattendu vint expliquer leurs rminiscences et leur prouver qu'ils ne se trompaient pas4 ,les habitants de ,mars sont trs suprieurs ceux de la ,terre par leur organisation1 par le nombre et la finesse de leurs sens1 et par leurs facults intellectuelles4 ,le fait que la densit est trs faible la surface de ce monde et que les substances constitutives des corps sont moins lourdes l qu'ici1 a permis la formation d'tres incomparablement moins pesants1 plus ariens1 plus dlicats1 plus sensibles4 ,le fait que l'atmosphre est nutritive a affranchi les organismes martiens de la grossiret des besoins terrestres4 ,c'est un tout autre tat4 ,la lumire y est moins vive1 cette plante tant plus loigne du ,soleil que nous1 et le nerf optique est plus sensible4 ,les influences lectriques et magntiques y tant trs intenses1 les habitants possdent des sens inconnus aux organisations terrestres1 sens qui les mettent en communication avec ces influences4 ,tout se tient dans la nature4 ,les tres sont partout appropris aux milieux qu'ils habitent et au sein desquels ils ont pris naissance4 ,les organismes ne peuvent pas plus tre terrestres sur ,mars qu'ils ne peuvent tre ariens au fond de la mer4 ,de plus1 l'tat de supriorit prpar par cet ordre de choses s'est dvelopp de lui-mme par la facilit de la ralisation de tout travail intellectuel4 ,la nature semble obir la pense4 ,l'architecte qui veut lever un difice1 l'ingnieur qui veut modifier la surface du sol1 soit qu'il s'agisse de creuser ou d'lever1 de couper les montagnes ou de combler les valles1 ne se heurtent point comme ici au poids des matriaux et aux difficults matrielles4 ,aussi l'art a-t-il fait ds l'origine les progrs les plus rapides4 ,de plus1 encore1 l'humanit martienne tant de plusieurs centaines de milliers d'annes antrieure l'humanit terrestre1 a parcouru antrieurement elle toutes les phases de son dveloppement4 ,nos progrs scientifiques actuels les plus transcendants ne sont que de purils jeux d'enfants1 compars la science des habitants de cette plante4 ,en astronomie particulirement1 ils sont incomparablement plus avancs que nous et connaissent beaucoup mieux la ,terre que nous ne connaissons leur patrie4 ,ils ont invent1 entre autres1 une sorte d'appareil tlphotographique dans lequel un rouleau d'toffe reoit perptuellement1 en se droulant1 l'image de notre monde et la fixe inaltrablement4 ,un immense muse1 consacr spcialement aux plantes du systme solaire1 conserve dans l'ordre chronologique toutes ces images photographiques fixes pour toujours4 ,on y retrouve toute l'histoire de la ,terre2 la ,france du temps de ,charlemagne1 la ,grce du temps d',alexandre1 l'gypte du temps de ,rhamss4 ,des microscopes permettent d'y reconnatre mme les dtails historiques1 tels que ,paris pendant la rvolution franaise1 ,rome sous le pontificat de ,borgia1 la flotte espagnole de ,christophe ,colomb arrivant en ,amrique1 les ,francs de ,clovis prenant possession des ,gaules1 l'arme de ,jules ,csar arrte dans sa conqute de l',angleterre par la mare qui emporta ses vaisseaux1 les troupes du roi ,david1 fondateur des armes permanentes1 ainsi que la plupart des scnes historiques1 reconnaissables certains caractres spciaux4 ,un jour que les deux amis visitaient ce muse1 leur rminiscence1 vague jusque-l1 s'illumina comme un paysage nocturne travers par un clair4 ,tout d'un coup ils reconnurent l'aspect de ,paris pendant l',exposition de #ahfg4 ,leur souvenir se prcisa4 ,chacun d'eux sentit sparment qu'il avait vcu l1 et sous cette impression si vive1 ils furent aussitt domins par la certitude d'y avoir vcu ensemble4 ,leur mmoire s'claira graduellement1 non plus par lueurs interrompues1 mais plutt comme la lumire grandissante du commencement de l'aurore4 ,ils se souvinrent alors1 l'un et l'autre1 comme par inspiration1 de cette parole de l'vangile3 ,il y a plusieurs demeures dans la maison de mon pre4 ,et de cette autre1 de ,jsus ,nicodme3 ,en vrit je te le dis1 si un homme ne nat de nouveau1 il ne verra pas le royaume de ,dieu4444 ,il faut que vous naissiez de nouveau4 ,depuis ce jour1 ils ne conservrent plus aucun doute sur leur existence terrestre antrieure1 et demeurrent intimement convaincus qu'ils continuaient sur la plante ,mars leur vie prcdente4 ,ils appartenaient au cycle des grands esprits de tous les sicles1 qui savent que la destine humaine ne s'arrte pas au monde actuel et se continue dans le ciel--et qui savent aussi que chaque plante1 ,terre1 ,mars1 ou autre1 est un astre du ciel4 ,le fait assez singulier du changement de sexe1 qui me semblait avoir une certaine importance1 n'en avait1 parat-il1 aucune4 ,contrairement ce qui est admis parmi nous1 il m'apprit que les mes sont insexues et ont une destine gale4 ,j'appris aussi que sur cette plante moins matrielle que la ntre1 l'organisation ne ressemble en rien celle des corps terrestres4 ,les conceptions et les naissances s'y effectuent par un tout autre mode1 qui rappelle1 mais sous une forme spirituelle1 la fcondation des fleurs et leur panouissement4 ,le plaisir est sans amertume4 ,on n'y connat point les lourds fardeaux terrestres ni les dchirements de la douleur4 ,tout y est plus arien1 plus thr1 plus immatriel4 ,on pourrait appeler les ,martiens des fleurs vivantes1 ailes et pensantes4 ,mais1 en fait1 aucun tre terrestre ne peut servir de comparaison pour nous aider concevoir leur forme et leur mode d'existence4 ,j'coutais le rcit de l'me dfunte1 sans presque l'interrompre1 car il me semblait toujours qu'elle allait disparatre comme elle tait venue4 ,cependant1 au souvenir de mon rve1 qui m'tait rappel par la concidence des descriptions prcdentes avec ce que j'avais vu1 je ne pus m'empcher de faire part mon cleste ami de ce rve si surprenant et de lui exprimer mon tonnement de ne pas l'avoir revu dans ce voyage sur ,mars--ce qui me faisait douter de la ralit de ce voyage4 ,mais1 rpliqua-t-il1 je t'ai parfaitement vu1 et tu m'as vu aussi1 et tu m'as parl4444 ,car c'tait moi4444 ,l'intonation de sa voix fut si trange1 ces dernires paroles1 que je reconnus subitement en elle la voix si mlodieuse de cette belle ,martienne qui tant m'avait frapp4 ,oui1 reprit-il1 c'tait moi1 je cherchais me faire connatre1 mais1 bloui par un spectacle qui captivait ton esprit1 tu ne te dgageais pas des sensations terrestres1 tu restais sensuel et terrien1 et tu n'es pas parvenu t'lever vers la perception pure4 ,oui1 c'est moi qui te tendais les bras pour te faire descendre du char arien vers notre demeure1 lorsque subitement tu t'es rveill4 --,mais alors1 m'criai-je1 si tu es cette ,martienne1 comment m'apparais-tu ici sous la forme de ,spero1 qui n'existe plus8 --,ce n'est pas sur ta rtine ni sur ton nerf optique que j'agis1 rpliqua-t-il1 mais sur ton tre mental et sur ton cerveau4 ,je suis en ce moment en communication avec toi1 j'influence directement le sige crbral de ta sensation4 ,en ralit1 mon tre mental est sans forme1 comme le tien et comme toutes les mes4 ,mais lorsque je me mets comme en ce moment en relation directe avec ta pense1 tu ne peux me voir que tel que tu m'as connu4 ,il en est de mme pendant le rve1 c'est--dire pendant plus du quart de votre vie terrestre--pendant vingt annes sur soixante-dix2--vous voyez1 vous entendez1 vous parlez1 vous touchez1 avec la mme impression1 la mme nettet1 la mme certitude que pendant la vie normale1 et pourtant vos yeux sont ferms1 votre tympan est insensible1 votre bouche est muette1 vos bras sont tendus sans mouvement4 ,il en est de mme aussi dans les tats de somnambulisme1 d'hypnotisme1 de suggestion4 ,tu me vois1 tu m'entends1 tu me touches1 par ton cerveau influenc4 ,mais je ne suis pas plus sous la forme que tu vois1 que l'arc-en-ciel n'existe devant les yeux de celui qui le regarde4 --,est-ce que tu pourrais aussi m'apparatre sous ta forme martienne8 --,non2 moins que tu ne sois rellement transport en esprit sur la plante4 ,ce serait l un tout autre mode de communication4 ,ici1 dans notre entretien1 tout est subjectif pour toi4 ,les lments de ma forme martienne n'existent pas dans l'atmosphre terrestre1 et ton cerveau ne se les figurerait pas4 ,tu ne pourrais me revoir que par le souvenir de ton rve d'aujourd'hui2 mais ds que tu chercherais analyser les dtails1 l'image s'vanouirait4 ,tu ne nous a pas vus exactement tels que nous sommes1 parce que ton esprit ne peut juger que par tes yeux terrestres1 qui ne sont pas sensibles pour toutes les radiations1 et parce que vous ne possdez pas tous nos sens4 --,j'avoue1 rpliquai-je1 que je ne conois pas bien votre vie martienne l'tat d'tres six membres4 --,si ces formes n'taient aussi lgantes1 elles t'auraient paru monstrueuses4 ,chaque monde a ses organismes appropris ses conditions d'existence4 ,je t'avoue mon tour que pour les habitants de ,mars1 l',apollon du ,belvdre et la ,vnus de ,mdicis sont de vritables monstruosits1 cause de leur lourdeur animale4 ,chez nous1 tout est d'une exquise lgret4 ,quoique notre plante soit beaucoup plus petite que la vtre1 cependant les tres y sont plus grands qu'ici1 parce que la pesanteur est plus faible et que les organismes peuvent s'lever plus haut sans en tre empchs par leur poids et sans mettre en pril la stabilit4 ,illustration ,ils sont plus grands et plus lgers parce que les matriaux constitutifs de cette plante ont une densit trs faible4 ,il est arriv l ce qui serait arriv sur la ,terre si la pesanteur n'y tait pas aussi intense4 ,les espces ailes auraient domin le monde1 au lieu de s'atrophier dans l'impossibilit d'un dveloppement4 ,sur ,mars1 le dveloppement organique s'est effectu dans la srie des espces ailes4 ,l'humanit martienne est en effet une race d'origine sextupde2 mais elle est actuellement bipde1 bimane1 et ce que l'on pourrait appeler biale1 puisque ces tres ont deux ailes4 ,le genre de vie est tout diffrent de la vie terrestre1 d'abord parce qu'on vit autant dans les airs et sur les plantes ariennes qu' la surface du sol1 ensuite parce qu'on ne mange pas1 l'atmosphre tant nutritive4 ,les passions n'y sont point les mmes4 ,le meurtre y est inconnu4 ,l'humanit tant sans besoins matriels1 n'y a jamais vcu1 mme aux ges primitifs1 dans la barbarie de la rapine et de la guerre4 ,les ides et les sentiments sont d'un ordre tout intellectuel4 ,illustration ,nanmoins on retrouve dans le sjour de cette plante1 sinon des ressemblances1 du moins des analogies4 ,ainsi il y a l comme sur la ,terre une succession de jours et de nuits qui ne diffre pas essentiellement de ce qui existe chez vous1 la dure du jour et de la nuit y tant de #bd heures #ci minutes #ce secondes4 ,comme il y a #ffh de ces jours dans l'anne martienne1 nous avons plus de temps que vous pour nos travaux1 nos recherches1 nos tudes1 nos jouissances4 ,nos saisons sont galement prs de deux fois plus longues que les vtres1 mais elles ont la mme intensit4 ,les climats ne sont pas trs diffrents2 telle contre de ,mars1 sur les rives de la mer quatoriale1 diffre moins du climat de la ,france que la ,laponie ne diffre de la ,nubie4 ,un habitant de la ,terre ne s'y trouve pas trop dpays4 ,la plus forte dissemblance entre les deux mondes consiste certainement dans la grande supriorit de notre humanit sur la vtre4 ,cette supriorit est due principalement aux progrs raliss par la science astronomique et la propagation universelle1 parmi tous les habitants de la plante1 de cette science sans laquelle il est impossible de penser juste1 sans laquelle on n'a que des ides fausses sur la vie1 sur la cration1 sur les destines4 ,nous sommes trs favoriss1 tant par l'acuit de nos sens que par la puret de notre ciel4 ,il y a beaucoup moins d'eau sur ,mars que sur la ,terre1 et beaucoup moins de nuages4 ,le ciel y est presque constamment beau1 surtout dans la zone tempre4 --,cependant1 vous avez souvent des inondations8 --,oui1 et tout dernirement encore vos tlescopes en ont signal une fort tendue1 le long des rivages d'une mer laquelle tes collgues ont donn un nom qui me restera toujours cher1 mme loin de la ,terre4 ,la plupart de nos rivages sont des plages1 des plaines unies4 ,nous avons peu de montagnes1 et les mers ne sont pas profondes4 ,les habitants se servent de ces dbordements pour l'irrigation des vastes campagnes4 ,ils ont rectifi1 largi1 canalis les cours d'eau1 et construit sur les continents tout un rseau de canaux immenses4 ,ces continents eux-mmes ne sont pas1 comme ceux du globe terrestre1 hrisss de soulvements alpestres ou himalayens1 mais sont des plaines immenses1 traverses en tous sens par les fleuves canaliss et par les canaux qui mettent en communication toutes les mers les unes avec les autres4 ,autrefois1 il y avait1 relativement au volume de la plante1 presque autant d'eau sur ,mars que sur la ,terre4 ,insensiblement1 de sicle en sicle1 une partie de l'eau des pluies a travers les couches profondes du sol et n'est plus revenue la surface4 ,elle s'est combine chimiquement avec les roches et s'est exclue du cours de la circulation atmosphrique4 ,de sicle en sicle aussi1 les pluies1 les neiges1 les vents1 les geles de l'hiver1 les scheresses de l't1 ont dsagrg les montagnes et les cours d'eau en amenant ces dbris dans le bassin des mers dont elles ont graduellement exhauss le lit4 ,nous n'avons plus de grands ocans ni de mers profondes1 mais seulement des mditerranes4 ,beaucoup de dtroits1 de golfes1 de mers analogues la ,manche1 la mer ,rouge1 l',adriatique1 la ,baltique1 la ,caspienne4 ,rivages agrables1 havres tranquilles1 lacs et larges fleuves1 flottes ariennes plutt qu'aquatiques1 ciel presque toujours pur1 surtout le matin4 ,il n'est point de matines terrestres aussi lumineuses que les ntres4 ,le rgime mtorologique diffre sensiblement de celui de la ,terre1 parce que l'atmosphre tant plus rarfie1 les eaux1 tout en surface d'ailleurs1 s'vaporent plus facilement1 ensuite parce qu'en se condensant de nouveau1 au lieu de former des nuages durables elles repassent presque sans transition de l'tat gazeux l'tat liquide4 ,peu de nuages et peu de brouillards4 ,l'astronomie y est cultive cause de la puret du ciel4 ,nous avons deux satellites dont le cours paratrait bizarre aux astronomes de la ,terre1 car1 tandis que l'un nous donne des mois de cent trente et une heures1 ou de cinq jours martiens plus huit heures1 l'autre1 par la combinaison de son mouvement avec la rotation diurne de la plante1 se lve au couchant et se couche au levant1 traversant le ciel de l'ouest l'est en cinq heures et demie1 et passant d'une phase l'autre en moins de trois heures6 ,c'est l un spectacle unique dans tout le systme solaire et qui a beaucoup contribu attirer l'attention des habitants vers l'tude du ciel4 ,de plus1 nous avons des clipses de lunes presque tous les jours2 mais jamais d'clipses totales de soleil1 parce que nos satellites sont trop petits4 ,la ,terre nous apparat comme ,vnus vous apparat vous-mmes4 ,elle est pour nous l'toile du matin et du soir1 et dans l'antiquit1 avant l'invention des instruments d'optique qui nous ont appris que c'est une plante habite comme la vtre1--mais infrieurement1--nos anctres l'adoraient1 saluant en elle une divinit tutlaire4 ,tous les mondes ont une mythologie pendant leurs sicles d'enfance1 et cette mythologie a pour origine1 pour base et pour objet l'aspect apparent des corps clestes4 ,quelquefois la ,terre1 accompagne de la ,lune1 passe pour nous devant le ,soleil et se projette sur son disque comme une petite tache noire accompagne d'une autre plus petite4 ,ici1 tout le monde suit avec curiosit ces phnomnes clestes4 ,nos journaux s'occupent beaucoup plus de science que de thtres1 de fantaisies littraires1 de querelles politiques ou de tribunaux4 ,le ,soleil nous parat un peu plus petit1 et nous en recevons un peu moins de lumire et de chaleur4 ,nos yeux1 plus sensibles1 voient mieux que les vtres4 ,la temprature est un peu plus leve4 --,comment1 rpliquai-je1 vous tes plus loin du ,soleil et vous avez plus chaud que nous8 --,chamounix est un peu plus loin du soleil de midi que le sommet du ,mont ,blanc1 reprit-il4 ,la distance au ,soleil ne rgle pas seule les tempratures3 il faut tenir compte1 en mme temps1 de la constitution de l'atmosphre4 ,nos glaces polaires fondent plus compltement que les vtres sous notre soleil d't4 --,quels sont les pays de ,mars les plus peupls8 --,il n'y a gure que les contres polaires 7o vous voyez de la ,terre les neiges et les glaces fondre chaque printemps7 qui soient inhabites4 ,la population des rgions tempres est trs dense1 mais ce sont encore les terres quatoriales les plus peuples--la population y est aussi dense qu'en ,chine--et surtout les rivages des mers1 malgr les dbordements4 ,un grand nombre de cits sont presque bties sur l'eau1 suspendues dans les airs1 en quelque sorte1 dominant les inondations calcules d'avance et attendues4 --,vos arts1 votre industrie ressemblent-ils aux ntres8 ,avez-vous des chemins de fers1 des navires vapeur1 le tlgraphe1 le tlphone8 --,c'est tout autre4 ,nous n'avons jamais eu ni vapeur1 ni chemins de fer1 parce que nous avons toujours connu l'lectricit et que la navigation arienne nous est naturelle4 ,nos flottes sont mues par l'lectricit1 et sont plus ariennes qu'aquatiques4 ,nous vivons surtout dans l'atmosphre1 et n'avons pas de demeures de pierre1 de fer et de bois4 ,nous ne connaissons pas les rigueurs de l'hiver parce que personne n'y reste expos2 ceux qui n'habitent pas les contres quatoriales migrent chaque automne1 comme vos oiseaux4 ,il te serait fort difficile de te former une ide exacte de notre genre de vie4 --,existe-t-il sur ,mars un grand nombre d'humains ayant dj habit la ,terre8 --,non4 ,parmi les citoyens de votre plante1 la plupart sont ou ignorants1 ou indiffrents1 ou sceptiques1 et non prpars la vie de l'esprit4 ,ils sont attachs la ,terre1 et pour longtemps4 ,beaucoup d'mes dorment compltement4 ,celles qui vivent1 qui agissent1 qui aspirent la connaissance du vrai sont les seules qui soient appeles l'immortalit consciente1 les seules que le monde spirituel intresse et qui soient aptes le comprendre4 ,ces mes peuvent quitter la ,terre et revivre en d'autres patries4 ,plusieurs viennent pendant quelque temps habiter ,mars1 premire tape d'un voyage ultra-terrestre en s'loignant du ,soleil1 ou ,vnus1 premier sjour en de2 mais ,vnus est un monde analogue la ,terre et moins privilgi encore1 cause de ses trop rapides saisons qui obligent les organismes subir les plus brusques contrastes de tempratures4 ,certains esprits s'envolent immdiatement jusqu'aux rgions toiles4 ,comme tu le sais1 l'espace n'existe pas4 ,en rsum1 la justice rgne dans le systme du monde moral comme l'quilibre dans le systme du monde physique1 et la destine des mes n'est que le rsultat perptuel de leurs aptitudes1 de leurs aspirations et par consquent de leurs uvres4 ,la voie uranique est ouverte tous1 mais l'me n'est vritablement uranienne que lorsqu'elle s'est entirement dgage du poids de la vie matrielle4 ,le jour viendra o il n'y aura plus1 sur votre plante mme1 d'autre croyance ni d'autre religion que la connaissance de l'univers et la certitude de l'immortalit dans ses rgions infinies1 dans son domaine ternel4 --,quelle trange singularit1 fis-je1 que personne sur la ,terre ne connaisse ces vrits sublimes6 ,personne ne regarde le ciel4 ,on vit ici-bas comme si notre lot existait seul au monde4 --,l'humanit terrestre est jeune1 rpliqua ,spero4 ,il ne faut pas dsesprer4 ,elle est enfant1 et encore dans l'ignorance primitive4 ,elle s'amuse des riens1 obit des matres qu'elle se donne elle-mme4 ,vous aimez vous diviser en nations et vous affubler de costumes nationaux pour vous exterminer en musique4 ,puis vous levez des statues ceux qui vous mnent la boucherie4 ,vous vous ruinez et vous suicidez1 et pourtant vous ne pouvez pas vivre sans arracher la ,terre votre pain quotidien4 ,c'est l une triste situation1 mais qui suffit largement la plupart des habitants de votre plante4 ,si quelques-uns1 d'aspirations plus leves1 ont parfois pens aux problmes de l'ordre suprieur1 la nature de l'me1 l'existence de ,dieu1 le rsultat n'a pas t meilleur1 car ils ont mis les mes hors la nature et ont invent des dieux bizarres1 infmes1 qui n'ont jamais exist que dans leur imagination pervertie1 et au nom desquels ils ont commis tous les attentats la conscience humaine1 bni tous les crimes et asservi les esprits faibles dans un esclavage dont il sera difficile de s'affranchir4 ,le moindre animal1 sur ,mars1 est meilleur1 plus beau1 plus doux1 plus intelligent et plus grand que le dieu des armes de ,david1 de ,constantin1 de ,charlemagne1 et de tous vos assassins couronns4 ,il n'y a donc pas s'tonner de la sottise et de la grossiret des ,terriens4 ,mais la loi du progrs rgit le monde4 ,vous tes plus avancs qu'au temps de vos anctres de l'ge de la pierre1 dont la misrable existence se passait disputer leurs jours et leurs nuits aux btes froces4 ,dans quelques milliers d'annes1 vous serez plus avancs qu'aujourd'hui4 ,alors ,uranie rgnera dans vos curs4 --,il faudrait un fait matriel1 brutal1 pour instruire les humains et les convaincre4 ,si1 par exemple1 nous pouvions entrer quelque jour en communication avec la terre voisine que tu habites1 non pas en communication psychique avec un tre isol comme je le fais en ce moment1 mais avec la plante elle-mme1 par des centaines et des milliers de tmoins1 ce serait une envole gigantesque vers le progrs4 --,vous le pourriez ds maintenant si vous le vouliez1 car pour nous1 sur ,mars1 nous y sommes tout prpars et l'avons mme dj essay maintes fois4 ,mais vous ne nous avez jamais rpondu6 ,des rflecteurs solaires dessinant sur nos vastes plaines des figures gomtriques vous prouvent que nous existons4 ,vous pourriez nous rpondre par des figures semblables traces aussi sur vos plaines1 soit pendant le jour1 au soleil1 soit pendant la nuit1 la lumire lectrique4 ,mais vous n'y songez mme pas1 et si quelqu'un d'entre vous proposait de l'essayer1 vos juges le mettraient en interdit1 car cette seule ide est inaccessiblement au-dessus du suffrage universel des citoyens de ta plante4 ,a quoi s'occupent vos assembles scientifiques8 conserver le pass4 ,a quoi s'occupent vos assembles politiques8 accrotre les charges publiques4 ,dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois4 ,mais il n'y a pas dsesprer tout fait4 ,le progrs vous emporte malgr vous4 ,un jour aussi vous saurez que vous tes citoyens du ciel4 ,alors vous vivrez dans la lumire1 dans le savoir1 dans le vritable monde de l'esprit4 ,tandis que l'habitant de ,mars me faisait ainsi connatre les traits principaux de sa nouvelle patrie1 le globe terrestre avait tourn vers l'orient1 l'horizon s'tait inclin1 et la ,lune s'tait leve graduellement dans le ciel qu'elle illuminait de son clat4 ,tout coup1 en abaissant mes yeux vers la place o ,spero tait assis1 je ne pus rprimer un mouvement de surprise4 ,le clair de lune rpandait sa lumire sur sa personne aussi bien que sur la mienne1 et pourtant1 tandis que mon corps portait ombre sur le parapet1 le sien restait sans ombre6 ,je me levai brusquement pour mieux vrifier le fait et je me tournai aussitt en tendant la main jusqu' son paule et en suivant sur le parapet la silhouette de mon geste4 ,mais1 instantanment1 mon visiteur avait disparu4 ,j'tais absolument seul1 sur la tour silencieuse4 ,ma silhouette1 trs noire1 se projetait nettement sur le parapet4 ,la ,lune tait brillante4 ,le village dormait mes pieds4 ,l'air tait tide et sans brises4 ,cependant il me sembla entendre des pas4 ,je prtai l'oreille1 et j'entendis en effet des pas assez lourds et se rapprochant de moi4 videmment on montait dans la tour4 ,monsieur n'est pas encore descendu8 fit le gardien en arrivant au sommet4 ,j'attendais toujours pour fermer les portes1 et il me semblait bien que les expriences taient finies4 ,illustration ,illustration ,,iv ,,le ,,point ,,fixe ,,dans ,l',,univers ,le souvenir d',uranie1 du voyage cleste dans lequel elle m'avait transport1 des vrits qu'elle m'avait fait pressentir1 l'histoire de ,spero1 de ses combats la poursuite de l'absolu1 son apparition1 son rcit d'un autre monde1 ne cessaient d'occuper ma pense et de replacer perptuellement devant mon esprit les mmes problmes1 en partie rsolus1 en partie voils dans l'incertitude de nos sciences4 ,je sentais que graduellement je m'tais lev dans la perception de la vrit et que vraiment l'univers visible n'est qu'une apparence qu'il faut traverser pour parvenir la ralit4 ,tout n'est qu'illusion dans le tmoignage de nos sens4 ,la ,terre n'est point ce qu'elle nous parat tre1 la nature n'est pas ce que nous croyons4 ,dans l'univers physique lui-mme1 o est le point fixe sur lequel la cration matrielle est en quilibre8 ,l'impression directe et naturelle donne par l'observation de la nature est que nous habitons la surface d'une ,terre solide1 stable1 fixe au centre de l'univers4 ,il a fallu de longs sicles d'tudes et une audacieuse tmrit d'esprit pour arriver s'affranchir de cette impression naturelle et reconnatre que le monde o nous sommes est isol dans l'espace1 sans soutien d'aucune sorte1 en mouvement rapide sur lui-mme et autour du ,soleil4 ,mais1 pour les sicles antrieurs l'analyse scientifique1 pour les peuples primitifs1 et encore aujourd'hui pour les trois quarts du genre humain1 nous avons les pieds appuys sur une terre solide1 fixe la base de l'univers1 et dont les fondements doivent s'tendre jusqu' l'infini dans les profondeurs4 ,du jour1 cependant1 o il fut reconnu que c'est le mme ,soleil qui se couche et se lve tous les jours1 que c'est la mme ,lune1 que ce sont les mmes toiles1 les mmes constellations qui tournent autour de nous1 on fut par cela mme conduit admettre1 avec une incontestable certitude1 qu'il y a au-dessous de la ,terre la place vide ncessaire pour laisser passer tous les astres du firmament1 depuis leur coucher jusqu' leur lever4 ,cette premire reconnaissance tait d'un poids capital4 ,l'admission de l'isolement de la ,terre dans l'espace a t la premire grande conqute de l',astronomie4 ,c'tait le premier pas1 et le plus difficile1 en vrit4 ,songez donc6 ,supprimer les fondations de la ,terre6 ,une telle ide n'aurait jamais germ dans aucun cerveau sans l'observation des astres1 sans la transparence de l'atmosphre1 par exemple4 ,sous un ciel perptuellement nuageux1 la pense humaine restait fixe au sol terrestre comme l'hutre au rocher4 ,une fois la ,terre isole dans l'espace1 le premier pas tait fait4 ,avant cette rvolution1 dont la porte philosophique gale la valeur scientifique1 toutes les formes avaient t imagines pour notre sjour sublunaire4 ,et d'abord1 on avait considr la ,terre comme une le mergeant au-dessus d'un ocan sans bornes1 cette le ayant des racines infinies4 ,ensuite1 on avait suppos la ,terre entire1 avec ses mers1 la forme d'un disque plat1 circulaire1 tout autour duquel venait s'appuyer la vote du firmament4 ,plus tard1 on lui avait imagin des formes cubiques1 cylindriques1 polydriques1 etc4 ,cependant les progrs de la navigation tendaient rvler sa nature sphrique et1 lorsque son isolement fut reconnu avec ses tmoignages incontestables1 cette sphricit fut admise comme un corollaire naturel de cet isolement et du mouvement circulaire des sphres clestes autour du globe suppos central4 ,le globe terrestre ds lors reconnu isol dans le vide1 le remuer n'tait plus difficile4 ,jadis1 lorsque le ,ciel tait regard comme un dme couronnant la ,terre massive et indfinie1 l'ide mme de la supposer en mouvement et t aussi absurde qu'insoutenable4 ,mais du jour o nous la voyons1 en esprit1 place comme un globe au centre des mouvements clestes1 l'ide d'imaginer que1 peut-tre1 ce globe pourrait tourner sur lui-mme pour viter au ,ciel entier1 l'univers immense1 l'obligation d'accomplir cette opration quotidienne1 peut venir naturellement l'esprit du penseur2 et en effet1 nous voyons l'hypothse de la rotation diurne du globe terrestre se faire jour dans les anciennes civilisations1 chez les ,grecs1 chez les gyptiens1 chez les ,indiens1 etc4 ,il suffit de lire quelques chapitres de ,ptolme1 de ,plutarque1 du ,surya-,siddhanta1 pour se rendre compte de ces tentatives4 ,mais cette nouvelle hypothse1 quoique ayant t prpare par la premire1 n'en tait pas moins audacieuse1 et contraire au sentiment n de la contemplation directe de la nature4 ,l'humanit pensante a d attendre jusqu'au seizime sicle de notre re1 ou1 pour mieux dire1 jusqu'au dix-septime sicle1 pour connatre la vritable position de notre plante dans l'univers et savoir1 avec tmoignages l'appui1 qu'elle se meut d'un double mouvement1 quotidiennement sur elle-mme1 annuellement autour du ,soleil4 ,a dater de cette poque seulement1 dater de ,copernic1 ,galile1 ,kepler et ,newton1 l',astronomie relle a t fonde4 ,ce n'tait pourtant l encore qu'un commencement1 car le grand rnovateur du systme du monde1 ,copernic lui-mme1 ne se doutait ni des autres mouvements de la ,terre ni des distances des toiles4 ,ce n'est qu'en notre sicle que les premires distances d'toiles ont pu tre mesures1 et ce n'est que de nos jours que les dcouvertes sidrales nous ont offert les donnes ncessaires pour nous permettre d'essayer de nous rendre compte des forces qui maintiennent l'quilibre de la ,cration4 ,l'ide antique des racines sans fin attribues la ,terre laissait videmment beaucoup dsirer aux esprits soucieux d'aller au fond des choses4 ,il nous est absolument impossible de concevoir un pilier matriel1 aussi pais et aussi large qu'on le voudra 7du diamtre de la ,terre1 par exemple71 s'enfonant jusqu' l'infini1 de mme qu'on ne peut pas admettre l'existence relle d'un bton qui n'aurait qu'un bout4 ,aussi loin que notre esprit descende vers la base de ce pilier matriel1 il arrive un point o il en voit la fin4 ,on avait dissimul la difficult en matrialisant la sphre cleste et en posant la ,terre dedans1 occupant toute sa rgion infrieure4 ,mais1 d'une part1 les mouvements des astres devenaient difficiles justifier1 et1 d'autre part1 cet univers matriel lui-mme1 enferm dans un immense globe de cristal1 n'tait tenu par rien1 puisque l'infini devait s'tendre tout autour1 au-dessous de lui aussi bien qu'au-dessus4 ,les esprits chercheurs durent d'abord s'affranchir de l'ide vulgaire de la pesanteur4 ,isole dans l'espace1 comme un ballon d'enfant flottant dans l'air1 et plus absolument encore1 puisque le ballon est port par les vagues ariennes1 tandis que les mondes gravitent dans le vide1 la ,terre est un jouet pour les forces cosmiques invisibles auxquelles elle obit1 vritable bulle de savon sensible au moindre souffle4 ,nous pouvons1 du reste1 en juger facilement en envisageant sous un mme coup d'il d'ensemble les onze mouvements principaux dont elle est anime4 ,peut-tre nous aideront-ils trouver ce point fixe que rclame notre ambition philosophique4 ,lance autour du ,soleil1 la distance de #cg millions de lieues1 et parcourant1 cette distance1 sa rvolution annuelle autour de l'astre lumineux1 elle court par consquent la vitesse de #fdc #jjj lieues par jour1 soit #bf #hjj lieues l'heure ou #bi #dej mtres par seconde4 ,cette vitesse est onze cents fois plus rapide que celle d'un train-clair lanc au taux de #ajj kilomtres l'heure4 ,c'est un boulet courant avec une rapidit soixante-quinze fois suprieure celle d'un obus1 courant incessamment et sans jamais atteindre son but4 ,en #cfe jours #f heures #i minutes #aj secondes1 le projectile terrestre est revenu au mme point de son orbite relativement au ,soleil1 et continue de courir4 ,le ,soleil1 de son ct1 se dplace dans l'espace1 suivant une ligne oblique au plan du mouvement annuel de la ,terre1 ligne dirige vers la constellation d',hercule4 ,il en rsulte qu'au lieu de dcrire une courbe ferme1 la ,terre dcrit une spirale1 et n'est jamais passe deux fois par le mme chemin depuis qu'elle existe4 ,a son mouvement de rvolution annuelle autour du ,soleil s'ajoute donc perptuellement1 comme deuxime mouvement1 celui du ,soleil lui-mme1 qui l'entrane1 avec tout le systme solaire1 dans une chute oblique vers la constellation d',hercule4 ,pendant ce temps-l1 notre globule pirouette sur lui-mme en vingt-quatre heures et nous donne la succession quotidienne des jours et des nuits4 ,rotation diurne3 troisime mouvement4 ,il ne tourne pas sur lui-mme droit comme une toupie qui serait verticale sur une table1 mais inclin1 comme chacun sait1 de #bcbg4 ,cette inclinaison n'est pas stable non plus3 elle varie d'anne en anne1 de sicle en sicle1 oscillant lentement1 par priodes sculaires2 c'est l un quatrime genre de mouvement4 ,l'orbite que notre plante parcourt annuellement autour du ,soleil n'est pas circulaire1 mais elliptique4 ,cette ellipse varie aussi elle-mme d'anne en anne1 de sicle en sicle2 tantt elle se rapproche de la circonfrence d'un cercle1 tantt elle s'allonge jusqu' une forte excentricit4 ,c'est comme un cerceau lastique que l'on dformerait plus ou moins4 ,cinquime complication aux mouvements de la ,terre4 ,cette ellipse-l elle-mme n'est pas fixe dans l'espace1 mais tourne dans son propre plan en une priode de #ba #jjj ans4 ,le prihlie1 qui1 au commencement de notre re1 tait #fe degrs de longitude partir de l'quinoxe de printemps1 est maintenant #aja degrs4 ,ce dplacement sculaire de la ligne des apsides apporte une sixime complication aux mouvements de notre sjour4 ,en voici maintenant une septime4 ,nous avons dit tout l'heure que l'axe de rotation de notre globe est inclin1 et chacun sait que le prolongement idal de cet axe aboutit vers l'toile polaire4 ,cet axe lui-mme n'est pas fixe3 il tourne en #be #gfe ans1 en gardant son inclinaison de #bb #bd degrs2 de sorte que son prolongement dcrit sur la sphre cleste1 autour du ple de l'cliptique1 un cercle de #dd #dh degrs de diamtre1 suivant les poques4 ,c'est par suite de ce dplacement du ple que ,vga deviendra toile polaire dans douze mille ans1 comme elle l'a t il y a quatorze mille ans4 ,septime genre de mouvement4 ,un huitime mouvement1 d l'action de la ,lune sur le renflement quatorial de la ,terre1 celui de la nutation1 fait dcrire au ple de l'quateur une petite ellipse en #ah ans et #h mois4 ,un neuvime1 d galement l'attraction de notre satellite1 change incessamment la position du centre de gravit du globe et la place de la ,terre dans l'espace3 quand la ,lune est en avant de nous1 elle acclre la marche du globe2 quand elle est en arrire1 elle nous retarde1 au contraire1 comme un frein3 complication mensuelle qui vient encore s'ajouter toutes les prcdentes4 ,lorsque la ,terre passe entre le ,soleil et ,jupiter1 l'attraction de celui-ci1 malgr sa distance de #aee millions de lieues1 la fait dvier de #baj au del de son orbite absolue4 ,l'attraction de ,vnus la fait dvier de #abe en de4 ,saturne et ,mars agissent aussi1 mais plus faiblement4 ,ce sont l des perturbations extrieures qui constituent un dixime genre de corrections ajouter aux mouvements de notre esquif cleste4 ,l'ensemble des plantes pesant environ la sept centime partie du poids du ,soleil1 le centre de gravit autour duquel la ,terre circule annuellement n'est jamais au centre mme du ,soleil1 mais loin de ce centre et souvent mme en dehors du globe solaire4 ,or1 absolument parlant1 la ,terre ne tourne pas autour du ,soleil1 mais les deux astres1 ,soleil et ,terre1 tournent autour de leur centre commun de gravit4 ,le centre du mouvement annuel de notre plante change donc constamment de place1 et nous pouvons ajouter cette onzime complication toutes les prcdentes4 ,nous pourrions mme en ajouter beaucoup d'autres encore2 mais ce qui prcde suffit pour faire apprcier le degr de lgret1 de subtilit1 de notre le flottante1 soumise1 comme on le voit1 toutes les fluctuations des influences clestes4 ,l'analyse mathmatique pntre fort loin au del de cet expos sommaire3 la ,lune seule1 qui semble tourner si tranquillement autour de nous1 elle a dcouvert plus de soixante causes distinctes de mouvements diffrents6 ,l'expression n'est donc pas exagre3 notre plante n'est qu'un jouet pour les forces cosmiques qui la conduisent dans les champs du ciel1 et il en est de mme de tous les mondes et de tout ce qui existe dans l'univers4 ,la matire obit docilement la force4 ,o donc est le point fixe sur lequel nous ambitionnons de nous appuyer8 ,en fait1 notre plante1 autrefois suppose la base du monde1 est soutenue distance par le ,soleil1 qui la fait graviter autour de lui avec une vitesse correspondante cette distance4 ,cette vitesse1 cause par la masse solaire elle-mme1 maintient notre plante la mme distance moyenne de l'astre central3 une vitesse moindre ferait dominer la pesanteur et amnerait la chute de la ,terre dans le ,soleil2 une vitesse plus grande1 au contraire1 loignerait progressivement et infiniment notre plante du foyer qui la fait vivre4 ,mais par la vitesse rsultant de la gravitation1 notre sjour errant demeure soutenu dans une stabilit permanente4 ,de mme la ,lune est soutenue dans l'espace par la force de gravit de la ,terre1 qui la fait circuler autour d'elle avec la vitesse requise pour la maintenir constamment la mme distance moyenne4 ,la ,terre et la ,lune forment ainsi dans l'espace un couple plantaire qui se soutient dans un quilibre perptuel sous la domination suprme de l'attraction solaire4 ,si la ,terre existait seule au monde1 elle demeurerait ternellement immobile au point du vide infini o elle aurait t place1 sans jamais pouvoir ni descendre1 ni monter1 ni changer de position de quelque faon que ce ft1 ces expressions mmes1 descendre1 monter1 gauche ou droite n'ayant aucun sens absolu4 ,si cette mme ,terre1 tout en existant seule1 avait reu une impulsion quelconque1 avait t lance avec une vitesse quelconque dans une direction quelconque1 elle fuirait ternellement en ligne droite dans cette direction1 sans jamais pouvoir ni s'arrter1 ni se ralentir1 ni changer de mouvement4 ,il en serait encore de mme si la ,lune existait seule avec elle3 elles tourneraient toutes deux autour de leur centre commun de gravit1 accomplissant leur destine dans le mme lieu de l'espace1 en fuyant ensemble suivant la direction vers laquelle elles auraient t projetes4 ,le ,soleil existant et tant le centre de son systme1 la ,terre1 toutes les plantes et tous leurs satellites dpendent de lui et ont leur destine irrvocablement lie la sienne4 ,le point fixe que nous cherchons1 la base solide que nous semblons dsirer pour assurer la stabilit de l'univers1 est-ce donc dans ce globe si colossal et si lourd du ,soleil que nous les trouverons8 ,assurment non1 puisque le ,soleil lui-mme n'est pas en repos1 puisqu'il nous emporte avec tout son systme vers la constellation d',hercule4 ,notre soleil gravite-t-il autour d'un soleil immense dont l'attraction s'tendrait jusqu' lui et rgirait ses destines comme il rgit celle des plantes8 ,les investigations de l',astronomie sidrale conduisent-elles penser que1 dans une direction situe angle droit de notre marche vers ,hercule1 puisse exister un astre d'une telle puissance8 ,non4 ,notre soleil subit les attractions sidrales2 mais aucune ne parat dominer toutes les autres et rgner en souveraine sur notre astre central4 ,quoiqu'il soit parfaitement admissible1 ou pour mieux dire certain1 que le soleil le plus proche du ntre1 l'toile ,alpha du ,centaure1 et notre propre soleil1 ressentent leur attraction mutuelle1 cependant on ne saurait considrer ces deux astres comme formant un couple analogue ceux des toiles doubles1 d'abord parce que tous les systmes d'toiles doubles connus sont composs d'toiles beaucoup plus proches l'une de l'autre1 ensuite parce que1 dans l'immensit de l'orbite dcrite suivant cette hypothse1 les attractions des toiles voisines ne sauraient tre considres comme demeurant sans influence1 enfin parce que les vitesses relles dont ces deux soleils sont anims sont beaucoup plus grandes que celles qui rsulteraient de leur attraction mutuelle4 ,la petite constellation de ,perse1 notamment1 pourrait bien exercer une action plus puissante que celle des ,pliades ou que tout autre assemblage d'toiles et tre le point fixe1 le centre de gravit des mouvements de notre soleil1 de ,alpha du ,centaure et des toiles voisines1 attendu que les amas de ,perse se trouvent non seulement angle droit avec la tangente de notre translation vers ,hercule1 mais encore dans le grand cercle des toiles principales1 et prcisment l'intersection de ce cercle avec la ,voie lacte4 ,mais ici intervient un autre facteur1 plus important que tous les prcdents1 cette ,voie lacte1 avec ses dix-huit millions de soleils1 dont il serait assurment audacieux de chercher le centre de gravit4 ,mais qu'est-ce encore que la ,voie lacte tout entire devant les milliards d'toiles que notre pense contemple au sein de l'univers sidral8 ,cette ,voie lacte ne se dplace-t-elle pas elle-mme comme un archipel d'les flottantes8 ,chaque nbuleuse rsoluble1 chaque amas d'toiles n'est-il pas une ,voie lacte en mouvement sous l'action de la gravitation des autres univers qui l'appellent et la sollicitent travers la nuit infinie8 ,d'toiles en toiles1 de systmes en systmes1 de plages en plages1 notre pense se trouve transporte en prsence des grandeurs insondables1 en face des mouvements clestes dont on a commenc valuer la vitesse1 mais qui surpassent dj toute conception4 ,le mouvement propre annuel du soleil ,alpha du ,centaure surpasse #ahh millions de lieues par an4 ,le mouvement propre de la #fa;e du ,cygne 7second soleil dans l'ordre des distances7 quivaut #cgj millions de lieues par an ou #a million de lieues par jour environ4 ,l'toile ,alpha du ,cygne arrive sur nous en droite ligne avec une vitesse de #ejj millions de lieues par an4 ,le mouvement propre de l'toile #ahcj du ,catalogue de ,groombridge s'lve #beij millions de lieues par an1 ce qui reprsente #g millions de lieues par jour1 #aae #jjj kilomtres l'heure ou #cbj #jjj mtres par seconde6444 ,ce sont l des estimations minima1 attendu que nous ne voyons certainement pas de face1 mais obliquement1 les dplacements stellaires ainsi mesurs4 ,quels projectiles6 ,ce sont des soleils1 des milliers et des millions de fois plus lourds que la ,terre1 lancs travers les vides insondables avec des vitesses ultra-vertigineuses1 circulant dans l'immensit sous l'influence de la gravitation de tous les astres de l'univers4 ,et ces millions1 et ces milliards de soleils1 de plantes1 d'amas d'toiles1 de nbuleuses1 de mondes qui commencent1 de mondes qui finissent1 se prcipitent avec des vitesses analogues1 vers des buts qu'ils ignorent1 avec une nergie1 une intensit d'action devant lesquelles la poudre et la dynamite sont des souffles d'enfants au berceau4 ,et ainsi1 tous ils courent1 pour l'ternit peut-tre1 sans jamais pouvoir se rapprocher des limites inexistantes de l'infini4444 ,partout le mouvement1 l'activit1 la lumire et la vie4 ,heureusement1 sans doute4 ,si tous ces innombrables soleils1 plantes1 terres1 lunes1 comtes1 taient fixes1 immobiles1 rois ptrifis dans leurs ternels tombeaux1 combien plus formidable encore1 mais plus lamentable1 serait l'aspect d'un tel univers6 ,voyez-vous toute la ,cration arrte1 fige1 momifie6 ,une telle ide n'est-elle pas insoutenable1 et n'a-t-elle pas quelque chose de funbre8 ,et qui cause ces mouvements8 qui les entretient8 qui les rgit8 ,la gravitation universelle1 la force invisible1 laquelle l'univers visible 7ce que nous appelons matire7 obit4 ,un corps attir de l'infini par la ,terre atteindrait une vitesse de #aa #cjj mtres par seconde2 de mme un corps lanc de la ,terre avec cette vitesse ne retomberait jamais4 ,un corps attir de l'infini par le ,soleil atteindrait une vitesse de #fjh #jjj mtres2 de mme un corps lanc par le ,soleil avec cette vitesse ne reviendrait jamais son point de dpart4 ,des amas d'toiles peuvent dterminer des vitesses beaucoup plus considrables encore1 mais qui s'expliquent par la thorie de la gravitation4 ,il suffit de jeter les yeux sur une carte des mouvements propres des toiles pour se rendre compte de la varit de ces mouvements et de leur grandeur4 ,ainsi1 les toiles1 les soleils1 les plantes1 les mondes1 les comtes1 les toiles filantes1 les uranolithes1 en un mot tous les corps constitutifs de ce vaste univers reposent non sur des bases solides1 comme semblait l'exiger la conception primitive et enfantine de nos pres1 mais sur les forces invisibles et immatrielles qui rgissent leurs mouvements4 ,ces milliards de corps clestes ont leurs mouvements respectifs pour cause de stabilit et s'appuient mutuellement les uns sur les autres travers le vide qui les spare4 ,l'esprit qui saurait faire abstraction du temps et de l'espace verrait la ,terre1 les plantes1 le ,soleil1 les toiles1 pleuvoir d'un ciel sans limites1 dans toutes les directions imaginables1 comme des gouttes emportes par les tourbillons d'une gigantesque tempte et attires non par une base1 mais par l'attraction de chacune et de toutes2 chacune de ces gouttes cosmiques1 chacun de ces mondes1 chacun de ces soleils est emport par une vitesse si rapide que le vol des boulets de canon n'est que repos en comparaison3 ce n'est ni cent1 ni cinq cents1 ni mille mtres par seconde1 c'est dix mille1 vingt mille1 cinquante mille1 cent mille et mme deux ou trois cent mille mtres par seconde6 ,comment des rencontres n'arrivent-elles pas au milieu de pareils mouvements8 ,peut-tre s'en produit-il3 les toiles temporaires qui semblent renatre de leurs cendres1 paratraient l'indiquer4 ,mais1 en fait1 des rencontres ne pourraient que difficilement se produire1 parce que l'espace est immense relativement aux dimensions des corps clestes1 et parce que le mouvement dont chaque corps est anim l'empche prcisment de subir passivement l'attraction d'un autre corps et de tomber sur lui3 il garde son mouvement propre1 qui ne peut tre dtruit1 et glisse autour du foyer qui l'attire comme un papillon qui obirait l'attraction d'une flamme sans s'y brler4 ,d'ailleurs1 absolument parlant1 ces mouvements ne sont pas rapides4 ,en effet1 tout cela court1 vole1 tombe1 roule1 se prcipite travers le vide1 mais de telles distances respectives que tout parat en repos6 ,si nous voulions placer en un cadre de la dimension de ,paris les astres dont la distance a t mesure jusqu' ce jour1 l'toile la plus proche serait place #b kilomtres du ,soleil1 dont la ,terre serait loigne #a centimtre1 ,jupiter #e centimtres et ,neptune #cj4 ,la #fa;e du ,cygne serait #d kilomtres1 ,sirius #aj kilomtres1 l'toile polaire #bg kilomtres1 etc41 et l'immense majorit des toiles resterait au del du dpartement de la ,seine4 ,eh bien1 en animant tous ces projectiles de leurs mouvements relatifs1 la ,terre devrait employer une anne parcourir son orbite d'un centimtre de rayon1 ,jupiter douze ans parcourir la sienne de cinq centimtres1 et ,neptune1 cent soixante-cinq ans4 ,les mouvements propres du ,soleil et des toiles seraient du mme ordre4 ,c'est dire que tout paratrait en repos1 mme au microscope4 ,uranie rgne avec calme et srnit dans l'immensit de l'univers4 ,or1 la constitution de l'univers sidral est l'image de celle des corps que nous appelons matriels4 ,tout corps1 organique ou inorganique1 homme1 animal1 plante1 pierre1 fer1 bronze1 est compos de molcules en mouvement perptuel et qui ne se touchent pas4 ,ces molcules sont elles-mmes composes d'atomes qui ne se touchent pas4 ,chacun de ces atomes est infiniment petit et invisible1 non seulement aux yeux1 non seulement au microscope1 mais mme la pense1 puisqu'il est possible que ces atomes ne soient que des centres de forces4 ,on a calcul que dans une tte d'pingle il n'y a pas moins de huit sextillions d'atomes1 soit huit mille milliards de milliards1 et que dans #a centimtre cube d'air il n'y a pas moins d'un sextillion de molcules4 ,tous ces atomes1 toutes ces molcules sont en mouvement sous l'influence des forces qui les rgissent1 et1 relativement leurs dimensions1 de grandes distances les sparent4 ,nous pouvons mme penser qu'il n'y a en principe qu'un genre d'atomes1 et que c'est le nombre des atomes primitifs1 essentiellement simples et homognes1 leurs modes d'arrangements et leurs mouvements qui constituent la diversit des molcules3 une molcule d'or1 de fer1 ne diffrerait d'une molcule de soufre1 d'oxygne1 d'hydrogne1 etc41 que par le nombre1 la disposition et le mouvement des atomes primitifs qui la composent2 chaque molcule serait un systme1 un microcosme4 ,mais1 quelle que soit l'ide que l'on se fasse de la constitution intime des corps1 la vrit aujourd'hui reconnue et dsormais incontestable est que le point fixe cherch par notre imagination n'existe nulle part4 ,archimde peut rclamer en vain un point d'appui pour soulever le monde4 ,les mondes comme les atomes reposent sur l'invisible1 sur la force immatrielle2 tout se meut1 sollicit par l'attraction et comme la recherche de ce point fixe qui se drobe mesure qu'on le poursuit1 et qui n'existe pas1 puisque dans l'infini le centre est partout et nulle part4 ,les esprits prtendus positifs1 qui affirment avec tant d'assurance que la matire rgne seule avec ses proprits1 et qui sourient ddaigneusement des recherches des penseurs1 devraient d'abord nous dire ce qu'ils entendent par ce fameux mot de matire4 ,s'ils ne s'arrtaient pas la superficie des choses1 s'ils souponnaient que les apparences cachent des ralits intangibles1 ils seraient sans doute un peu plus modestes4 ,pour nous1 qui cherchons la vrit sans ides prconues et sans esprit de systme1 il nous semble que l'essence de la matire reste aussi mystrieuse que l'essence de la force1 l'univers visible n'tant point du tout ce qu'il parat tre nos sens4 ,en fait1 cet univers visible est compos d'atomes invisibles2 il repose sur le vide1 et les forces qui le rgissent sont en elles-mmes immatrielles et invisibles4 ,il serait moins hardi de penser que la matire n'existe pas1 que tout est dynamisme1 que de prtendre affirmer l'existence d'un univers exclusivement matriel4 ,quant au soutien matriel du monde1 il a disparu1 remarque assez piquante1 prcisment avec les conqutes de la ,mcanique1 qui proclament le triomphe de l'invisible4 ,le point fixe s'vanouit dans l'universelle pondration des pouvoirs1 dans l'idale harmonie des vibrations de l'ther2 plus on le cherche1 moins on le trouve2 et le dernier effort de notre pense a pour dernier appui1 pour suprme ralit1 l',,infini4 ,illustration ,illustration ,v ,,ame ,,vetue ,d',,air ,elle se tenait debout1 dans sa chaste nudit1 les bras levs vers sa chevelure dont elle tordait les masses souples et opulentes1 qu'elle s'efforait d'assujettir au sommet de sa tte4 ,c'tait une beaut juvnile1 qui n'avait pas encore atteint la perfection et l'ampleur des formes dfinitives1 mais qui en approchait1 rayonnant dans l'aurole de sa dix-septime anne4 ,enfant de ,venise1 sa carnation1 d'une blancheur lgrement rose1 laissait deviner sous sa transparence1 la circulation d'une sve ardente et forte2 ses yeux brillaient d'un clat mystrieux et troublant1 et la rougeur veloute de ses lvres lgrement entr'ouvertes faisait dj songer au fruit autant qu' la fleur4 ,elle tait merveilleusement belle ainsi1 et si quelque nouveau ,pris avait reu mission de lui dcerner la palme1 je ne sais s'il et mis ses pieds celle de la grce1 de l'lgance ou de la beaut1 tant elle semblait runir le charme vivant de la sduction moderne aux calmes perfections de la beaut classique4 ,le plus heureux1 le plus inattendu des hasards nous avait amens devant elle1 le peintre ,falero et moi4 ,par un lumineux aprs-midi du printemps dernier1 nous promenant sur les bords de la mer1 nous avions travers l'un de ces bois d'oliviers au triste feuillage que l'on rencontre entre ,nice et ,monaco1 et1 sans nous en apercevoir1 nous avions pntr dans une proprit particulire ouverte du ct de la plage4 ,un sentier pittoresque montait en serpentant vers la colline4 ,nous venions de passer au-dessus d'un bosquet d'orangers dont les pommes d'or rappelaient le jardin des ,hesprides2 l'air tait parfum1 le ciel d'un bleu profond1 et nous discourions sur un parallle entre l'art et la science lorsque mon compagnon1 arrt tout coup comme par une fascination irrsistible1 me fit signe de me taire et de regarder4 ,derrire les massifs de cactus et de figuiers de ,barbarie1 quelques pas devant nous1 une salle de bain somptueuse1 ayant sa fentre ouverte du ct du soleil1 nous laissait voir1 non loin d'une vasque de marbre dans laquelle un jet d'eau retombait avec un doux murmure1 la jeune fille inconnue1 debout devant une colossale psych qui1 de la tte aux pieds1 refltait son image4 ,sans doute le bruit du jet d'eau l'empcha-t-il d'entendre notre approche4 ,discrtement--ou plutt indiscrtement--nous restmes derrire les cactus1 regardant1 muets1 immobiles4 ,elle tait belle1 semblant s'ignorer elle-mme4 ,les pieds sur une peau de tigre1 elle ne se pressait point4 ,trouvant sa longue chevelure encore trop humide1 elle la laissa retomber sur son corps1 se retourna de notre ct et vint cueillir une rose sur une table voisine de la fentre2 puis1 revenant vers l'immense miroir1 elle se remit sa coiffure1 la complta tranquillement1 plaa la petite rose entre deux torsades et1 tournant le dos au soleil1 se pencha1 sans doute pour prendre son premier vtement4 ,mais soudain elle se releva1 poussa un cri perant et se cacha la tte dans les mains1 en se mettant courir vers un coin sombre4 ,nous avons toujours pens1 depuis1 qu'un mouvement de nos ttes avait trahi notre prsence1 ou que1 par un jeu du miroir1 elle nous avait aperus4 ,quoi qu'il en soit1 nous crmes prudent de revenir sur nos pas1 et1 par le mme sentier1 nous redescendmes vers la mer4 ,ah6 fit mon compagnon1 je vous avoue que1 de tous mes modles1 je n'en ai pas vu de plus parfait1 mme pour mon tableau des toiles doubles et pour celui de ,clia4 ,qu'en pensez-vous vous-mme8 ,cette apparition n'est-elle pas arrive juste point pour me donner raison8 ,vous avez beau clbrer avec loquence les dlices de la science1 convenez que l'art1 lui aussi1 a ses charmes4 ,les toiles de la ,terre ne rivalisent-elles pas avantageusement avec les beauts du ,ciel8 ,n'admirez-vous pas comme nous l'lgance de ces formes8 ,quels tons ravissants6 ,quelles chairs6 --,je n'aurais pas le mauvais got de ne point admirer ce qui est vraiment beau1 rpliquai-je1 et j'admets que la beaut humaine 7et je vous le concde sans hsitation1 la beaut fminine en particulier7 reprsente vraiment ce que la nature a produit de plus parfait sur notre plante4 ,mais savez-vous ce que j'admire le plus dans cet tre8 ,ce n'est point son aspect artistique ou esthtique1 c'est le tmoignage scientifique qu'il nous donne d'un fait tout simplement merveilleux4 ,dans ce corps charmant je vois une me vtue d'air4 --,oh6 vous aimez le paradoxe4 ,une me vtue d'air6 ,c'est bien idaliste pour un corps aussi rel4 ,que cette charmante personne ait une me1 je n'en doute pas2 mais permettez l'artiste d'admirer son corps1 sa vie1 sa solidit1 sa couleur4444 ,je dirais volontiers1 avec le pote des ,orientales3 ,car c'est un astre qui brille ,qu'une fille ,qui sort d'un bain au flot clair1 ,cherche s'il ne vient personne1 ,et frissonne1 ,toute mouille1 au grand air6 --,je ne vous l'interdis point4 ,mais c'est prcisment cette beaut physique qui me fait admirer en elle l'me1 la force invisible qui l'a forme4 --,comment l'entendez-vous8 ,on a srement un corps4 ,l'existence de l'me est moins palpable4 --,pour les sens1 oui4 ,pour l'esprit1 non4 ,or1 les sens nous trompent absolument1 sur le mouvement de la ,terre1 sur la nature du ,ciel1 sur la solidit apparente des corps1 sur les tres et sur les choses4 ,voulez-vous suivre un instant mon raisonnement8 ,illustration ,lorsque je respire le parfum d'une rose1 lorsque j'admire la beaut de forme1 la suavit de coloris1 l'lgance de cette fleur en son premier panouissement1 ce qui me frappe le plus1 c'est l'uvre de la force cache1 inconnue1 mystrieuse1 qui prside la vie de la plante1 qui sait la diriger dans l'entretien de son existence1 qui choisit les molcules de l'air1 de l'eau1 de la terre convenables pour son alimentation1 et surtout qui sait assimiler ces molcules et les grouper dlicatement au point d'en former cette tige lgante1 ces petites feuilles vertes si fines1 ces ptales d'un rose si tendre1 ces nuances exquises et ces dlicieux parfums4 ,cette force mystrieuse1 c'est le principe animique de la plante4 ,mettez dans la terre1 ct les uns des autres1 une graine de lis1 un gland de chne1 un grain de bl et un noyau de pche1 chaque germe se construira son organisme4 ,j'ai connu un rable qui se mourait sur les dcombres d'un vieux mur1 quelques mtres de la bonne terre du foss1 et qui1 dsespr1 lana une racine aventureuse1 atteignit le sol de sa convoitise1 s'y enfona1 y prit un pied solide1 si bien qu'insensiblement1 lui1 l'immobile1 se dplaa1 laissa mourir ses racines primitives1 quitta les pierres et vcut ressuscit1 transform1 sur l'organe librateur4 ,j'ai connu des ormes qui allaient manger la terre sous un champ fertile1 auxquels on coupa les vivres par un large foss1 et qui prirent la dcision de faire passer par-dessous le foss leurs racines non coupes3 elles y russirent et retournrent leur table permanente1 au grand tonnement de l'horticulteur4 ,j'ai connu un jasmin hroque qui traversa huit fois une planche troue qui le sparait de la lumire1 et qu'un observateur taquin retournait vers l'obscurit dans l'esprance de lasser la fin l'nergie de cette fleur3 il n'y parvint pas4 ,illustration ,la plante respire1 boit1 mange1 choisit1 refuse1 cherche1 travaille1 vit1 agit suivant ses instincts2 celle-ci se porte comme un charme1 celle-l est souffrante1 cette autre est nerveuse1 agite4 ,la sensitive frissonne et tombe pme au moindre attouchement4 ,en certaines heures de bien-tre1 l'arum est chaud1 l'illet phosphorescent1 la vallisnrie fconde descend au fond des eaux mrir le fruit de ses amours4 ,sous ces manifestations d'une vie inconnue1 le philosophe ne peut s'empcher de reconnatre dans le monde des plantes un chant du chur universel4 ,je ne vais pas plus loin en ce moment pour l'me humaine1 quoiqu'elle soit incomparablement suprieure l'me de la plante et quoiqu'elle ait cr un monde intellectuel autant lev au-dessus du reste de la vie terrestre que les toiles sont leves au-dessus de la ,terre4 ,ce n'est pas au point de vue de ses facults spirituelles que je l'envisage ici1 mais seulement comme force animant l'tre humain4 ,eh bien6 j'admire que cette force groupe les atomes que nous respirons1 ou que nous nous assimilons par la nutrition1 au point d'en constituer cet tre charmant4 ,revoyez cette jeune fille le jour de sa naissance et suivez par la pense le dveloppement graduel de ce petit corps1 travers les annes de l'ge ingrat1 jusqu'aux premires grces de l'adolescence et jusqu'aux formes de la nubilit4 ,comment l'organisme humain s'entretient-il1 se dveloppe-t-il1 se compose-t-il8 ,vous le savez3 par la respiration et par la nutrition4 ,dj1 par la respiration1 l'air nous nourrit aux trois quarts4 ,l'oxygne de l'air entretient le feu de la vie1 et le corps est comparable une flamme incessamment renouvele par les principes de la combustion4 ,le manque d'oxygne teint la vie comme il teint la lampe4 ,par la respiration1 le sang veineux brun se transforme en sang artriel rouge et se rgnre4 ,les poumons sont un fin tissu cribl de quarante cinquante millions de petits trous1 juste trop petits pour laisser filtrer le sang et assez grands pour laisser pntrer l'air4 ,un perptuel change de gaz se fait entre l'air et le sang1 le premier fournissant au second l'oxygne1 le second liminant l'acide carbonique4 ,d'une part1 l'oxygne atmosphrique brle dans le poumon du carbone2 d'autre part1 le poumon exhale de l'acide carbonique1 de l'azote et de la vapeur d'eau4 ,les plantes respirent 7de jour7 par un procd contraire1 absorbent du carbone et exhalent de l'acide carbonique1 entretenant par ce contraste une partie de l'quilibre gnral de la vie terrestre4 ,de quoi se compose le corps humain8 ,l'homme adulte pse1 en moyenne1 #gj kilogrammes4 ,sur cette quantit1 il y a prs de #eb kilogrammes d'eau1 dans le sang et dans la chair4 ,analysez la substance de notre corps1 vous y trouvez l'albumine1 la fibrine1 la casine et la glatine1 c'est--dire des substances organiques composes originairement par les quatre gaz essentiels3 l'oxygne1 l'azote1 l'hydrogne et l'acide carbonique4 ,vous y trouvez aussi des substances dpourvues d'azote1 telles que la gomme1 le sucre1 l'amidon1 les corps gras2 ces matires passent galement par notre organisme1 leur carbone et l'hydrogne sont consums par l'oxygne aspir pendant la respiration1 et ensuite exhals sous forme d'acide carbonique et d'eau4 ,l'eau1 vous ne l'ignorez pas1 est une combinaison de deux gaz1 l'oxygne et l'hydrogne2 l'air1 un mlange de deux gaz1 l'oxygne et l'azote1 auxquels s'ajoutent1 en proportions plus faibles1 l'eau sous forme de vapeur1 l'acide carbonique1 l'ammoniaque1 l'ozone1 qui n'est1 du reste1 que de l'oxygne condens1 etc4 ,ainsi1 notre corps n'est compos que de gaz transforms4 --,mais1 interrompit mon compagnon1 nous ne vivons pas seulement de l'air du temps4 ,il nous faut1 en certaines heures indiques par notre estomac1 y ajouter quelques supplments qui ont bien leur valeur1 tels qu'une aile de faisan1 un filet de sole1 un verre de chteau-laffitte ou de champagne1 ou1 suivant vos gots1 des asperges1 des raisins1 des pches4444 --,oui1 tout cela passe travers notre organisme et en renouvelle les tissus1 assez rapidement mme1 car en quelques mois 7non plus en sept ans1 comme on le croyait autrefois7 notre corps est entirement renouvel4 ,je reviens encore cet tre ravissant qui posa devant nous1 tout l'heure4 ,eh bien6 toute cette chair que nous admirions n'existait pas il y a trois ou quatre mois3 ces paules1 ce visage1 ces yeux1 cette bouche1 ces bras1 cette chevelure1 et jusqu'aux ongles mme1 tout cet organisme n'est autre chose qu'un courant de molcules1 une flamme sans cesse renouvele1 une rivire que l'on contemple pendant la vie entire1 mais o l'on n'a jamais revu la mme eau4 ,or1 tout cela c'est encore du gaz assimil1 condens1 modifi1 et c'est surtout de l'air4 ,ces os eux-mmes1 aujourd'hui solides1 se sont forms et solidifis insensiblement4 ,n'oubliez pas que notre corps tout entier est compos de molcules invisibles1 qui ne se touchent pas1 et qui se renouvellent sans cesse4 ,en effet1 notre table est-elle servie de lgumes ou de fruits1 sommes-nous vgtariens1 nous absorbons des substances puises presque entirement dans l'air3 cette pche1 c'est de l'eau et de l'air2 cette poire1 ce raisin1 cette amande sont galement de l'air1 de l'eau1 quelques lments gazeux ou liquides appels l par la sve1 par la chaleur solaire1 par la pluie4 ,asperge ou salade1 petits pois ou artichauts1 laitue ou chicore1 cerises1 fraises ou framboises1 tout cela vit dans l'air et par l'air4 ,ce que donne la terre1 ce que va chercher la sve1 ce sont encore des gaz1 et les mmes1 azote1 oxygne1 hydrogne1 carbone1 etc4 ,s'agit-il d'un bifteck1 d'un poulet ou de quelque autre viande1 la diffrence n'est pas considrable4 ,le mouton1 le buf se sont nourris d'herbe4 ,que nous gotions d'une perdrix aux choux1 d'une caille rtie1 d'une dinde truffe ou d'un civet de livre1 toutes ces substances1 en apparence si diverses1 ne sont que du vgtal transform1 lequel n'est lui-mme qu'un groupement de molcules puises dans les gaz dont nous venons de parler1 air1 lments de l'eau1 molcules et atomes1 en eux-mmes presque impondrables1 et d'ailleurs absolument invisibles l'il nu4 ,ainsi1 quel que soit notre genre de nourriture1 notre corps1 form1 entretenu1 dvelopp par l'absorption des molcules acquises par la respiration et l'alimentation1 n'est en dfinitive qu'un courant incessamment renouvel en vertu de cette assimilation1 dirig1 rgi1 organis par la force immatrielle qui nous anime4 ,cette force1 nous pouvons assurment lui accorder le nom d'me4 ,elle groupe les atomes qui lui conviennent1 limine ceux qui lui sont inutiles1 et1 partant d'un point imperceptible1 d'un germe insaisissable1 arrive construire ici l',apollon du ,belvdre1 ct la ,vnus du ,capitole4 ,phidias n'est qu'un imitateur grossier1 comparativement cette force intime et mystrieuse4 ,pygmalion devint amant de la statue dont il fut pre1 disait la mythologie4 ,erreur6 ,pygmalion1 ,praxitle1 ,michel-,ange1 ,benvenuto1 ,canova n'ont cr que des statues4 ,plus sublime est la force qui sait construire le corps vivant de l'homme et de la femme4 ,mais cette force est immatrielle1 invisible1 intangible1 impondrable1 comme l'attraction qui berce les mondes dans l'universelle mlodie1 et le corps1 quelque matriel qu'il nous paraisse1 n'est pas autre chose lui-mme qu'un harmonieux groupement form par l'attraction de cette force intrieure4 ,vous voyez donc que je reste strictement dans les limites de la science positive en qualifiant cette jeune fille du titre d'me vtue d'air1 comme vous et moi1 d'ailleurs1 ni plus ni moins4 ,depuis les origines de l'humanit jusqu'en ces derniers sicles1 on a cru que la sensation tait perue au point mme o on l'prouvait4 ,une douleur ressentie au doigt tait considre comme ayant son sige dans le doigt mme4 ,les enfants et beaucoup de personnes le croient encore4 ,la physiologie a dmontr que l'impression est transmise depuis le bout du doigt jusqu'au cerveau par l'intermdiaire du systme nerveux4 ,si l'on coupe le nerf1 on peut se brler le doigt impunment1 la paralysie est complte4 ,on a mme dj pu dterminer le temps que l'impression emploie pour se transmettre d'un point quelconque du corps au cerveau1 et l'on sait que la vitesse de cette transmission est d'environ vingt-huit mtres par seconde4 ,ds lors on a rapport la sensation au cerveau4 ,mais on s'est arrt en chemin4 ,le cerveau est matire comme le doigt1 et nullement une matire stable et fixe4 ,c'est une matire essentiellement changeante1 rapidement variable1 ne formant point une identit4 ,il n'existe1 il ne peut exister dans toute la masse encphalique un seul lobe1 une seule cellule1 une seule molcule qui ne change pas4 ,un arrt de mouvement1 de circulation1 de transformation1 serait un arrt de mort4 ,le cerveau ne subsiste et ne sent qu' la condition de subir1 comme tout le reste du corps1 les transformations incessantes de la matire organique qui constituent le circuit vital4 ,ce n'est donc pas1 ce ne peut donc pas tre dans une certaine matire crbrale1 dans un certain groupement de molcules que rside notre personnalit1 notre identit1 notre moi individuel1 notre moi qui acquiert et conserve une valeur personnelle1 scientifique et morale1 grandissante avec l'tude1 notre moi qui est et se sent responsable de ses actes accomplis il y a un mois1 un an1 dix ans1 vingt ans1 cinquante ans1 dure pendant laquelle le groupement molculaire le plus intime a t chang plusieurs fois4 ,les physiologistes qui affirment que l'me n'existe pas ressemblent leurs anctres qui affirmaient ressentir la douleur au doigt ou au pied4 ,ils sont un peu moins loin de la vrit1 mais en s'arrtant au cerveau et en faisant rsider l'tre humain dans les impressions crbrales1 ils s'arrtent sur la route4 ,cette hypothse est d'autant moins excusable que ces mmes physiologistes savent parfaitement que la sensation personnelle est toujours accompagne d'une modification de la substance4 ,en d'autres termes1 le moi de l'individu ne persiste que si l'identit de sa matire ne persiste pas4 ,notre principe de sensibilit ne peut donc tre un objet matriel2 il est mis en relation avec l'univers par les impressions crbrales1 par les forces chimiques dgages dans l'encphale la suite de combinaisons matrielles4 ,mais il est autre4 ,et perptuellement se transforme notre constitution organique sous la direction d'un principe psychique4 ,telle molcule1 qui est maintenant incorpore dans notre organisme1 va s'en chapper par l'expiration1 la transpiration1 etc41 appartenir l'atmosphre pendant un temps plus ou moins long1 puis tre incorpore dans un autre organisme1 plante1 animal ou homme4 ,les molcules qui constituent actuellement votre corps n'taient pas toutes hier intgres votre personne1 et aucune n'y tait il y a quelques mois4 ,o taient-elles8--,soit dans l'air1 soit dans un autre corps4 ,toutes les molcules qui forment maintenant vos tissus organiques1 vos poumons1 vos yeux1 votre cerveau1 vos jambes1 etc41 ont dj servi former d'autres tissus organiques4444 ,nous sommes tous des morts ressuscits1 fabriqus de la poussire de nos anctres4 ,si tous les hommes qui ont vcu jusqu' cette poque ressuscitaient1 il y en aurait cinq par pied carr sur toute la surface des continents1 et obligs pour se tenir de monter sur les paules des uns des autres2 mais ils ne pourraient ressusciter tous intgralement1 car bien des molcules ont successivement servi plusieurs corps4 ,de mme1 nos organes actuels1 diviss un jour en leurs dernires particules1 se trouveront incorpors dans nos successeurs4 ,chaque molcule d'air passe donc ternellement de vie en vie et s'en chappe de mort en mort3 tour tour vent1 flot1 terre1 animal ou fleur1 elle est successivement incorpore la substance des innombrables organismes4 ,source inpuisable o tout ce qui vit prend son haleine1 l'air est encore un rservoir immense o tout ce qui meurt verse son dernier souffle3 sous son absorption1 vgtaux et animaux1 organismes divers naissent1 puis dprissent4 ,la vie et la mort sont galement dans l'air que nous respirons et se succdent perptuellement l'une l'autre par l'change des molcules gazeuses2 la molcule d'oxygne qui s'exhale de ce vieux chne va s'envoler aux poumons de l'enfant au berceau2 les derniers soupirs d'un mourant vont tisser la brillante corolle de la fleur ou se rpandre comme un sourire sur la verdoyante prairie2 et ainsi1 par un enchanement infini de morts partielles1 l'atmosphre alimente incessamment la vie universelle dploye la surface du monde4 ,et si vous imaginiez encore quelque objection1 j'irais plus loin et j'ajouterais que nos vtements eux-mmes sont1 aussi bien que nos corps1 composs de substances qui1 primitivement1 ont toutes t gazeuses4 ,prenez ce fil1 tirez-le1 quelle rsistance6 ,que de tissus1 de batiste1 de soie1 de toile1 de coton1 de laine1 l'industrie a forms l'aide de ces trames et de ces chanes6 ,pourtant1 qu'est-ce que ce fil de lin1 de chanvre ou de coton8 des globules d'air juxtaposs et qui ne se tiennent que par leur force molculaire4 ,qu'est-ce que ce fil de soie ou de laine8 une autre juxtaposition de molcules4 ,convenez-en donc1 nos vtements eux-mmes1 c'est encore de l'air1 du gaz1 des substances puises en principe dans l'atmosphre1 oxygne1 azote1 carbone1 vapeur d'eau1 etc4 --,je vois avec bonheur1 reprit le peintre1 que l'art n'est pas aussi loin de la science qu'on le suppose dans certaines sphres4 ,si votre thorie est1 pour vous1 purement scientifique1 pour moi c'est de l'art1 et du meilleur4 ,et puis1 d'ailleurs1 est-ce que dans la nature toutes ces distinctions existent8 ,non3 il n'y a dans la nature ni art1 ni science1 ni sculpture1 ni peinture1 ni dcoration1 ni musique1 ni physique1 ni chimie1 ni mtorologie1 ni astronomie1 ni mcanique4 ,voyez ce ciel1 cette mer1 ces contreforts des ,alpes1 ces nuages roses du soir1 ces perspectives lumineuses vers l',italie3 tout cela est un4 ,tout est un4 ,et puisque la physique molculaire nous dmontre qu'il n'y a plus de corps1 que dans une barre d'acier ou de platine mme les atomes ne se touchent pas1 au moins que les mes nous restent3 personne n'y perdra4 --,oui1 c'est un fait contre lequel aucun prjug ne saurait prvaloir3 les tres vivants sont des mes vtues d'air4444 ,je plains les mondes dpourvus d'atmosphre4 ,nous tions revenus1 aprs une longue promenade au bord de la mer1 non loin de notre point de dpart1 et nous passions devant le mur crnel d'une villa1 nous dirigeant de ,beaulieu vers le cap ,ferrat1 lorsque deux dames fort lgantes nous croisrent4 ,c'taient la duchesse de ,v444 et sa fille1 que nous avions rencontres le jeudi prcdent au bal de la ,prfecture4 ,nous les salumes1 puis disparmes sous les oliviers4 ,inconsciente fille d've1 la jeune fille se retourna vers nous1 et il me sembla qu'une rougeur subite avait empourpr son visage2 c'tait sans doute le reflet des rayons du soleil couchant4 ,vous croyez peut-tre1 fit l'artiste en se retournant aussi1 avoir diminu mon admiration pour la beaut8 ,eh bien6 je l'apprcie mieux encore1 je salue en elle l'harmonie1 et1 vous l'avouerai-je8 le corps humain1 considr ainsi comme la manifestation sensible d'une me directrice1 me parat acqurir par l plus de noblesse1 plus de beaut et plus de lumire4 ,illustration ,illustration ,,vi ,,ad ,,veritatem ,,per ,,scientiam ,je travaillais1 dans ma bibliothque1 une tude sur les conditions de la vie la surface des mondes gouverns et illumins par plusieurs soleils de grandeurs diffrentes1 lorsqu'en levant les yeux vers la chemine je fus frapp de l'expression1 je dirais presque de l'animation1 du visage de ma chre ,uranie4 ,c'tait la mme expression gracieuse et vivante qui jadis--oh6 que la ,terre tourne vite et qu'un quart de sicle dure peu6--qui jadis--et il me semble que c'tait hier6--qui jadis1 en ces jours d'adolescence si rapidement envols1 avait sduit ma pense et enflamm mon cur4 ,je ne pus me dfendre de la regarder encore et d'y reposer mes yeux4 ,vraiment1 elle tait toujours aussi belle1 et mes impressions n'avaient pas chang4 ,elle m'attirait1 comme la lumire attire l'insecte4 ,je me levai de ma table pour m'approcher d'elle et revoir ce singulier effet de l'illumination du jour sur sa changeante physionomie1 et je me surpris debout devant elle1 oublieux de mon travail4 ,son regard semblait flotter au loin1 mais pourtant il s'animait1 il se fixait4 ,sur quoi8 ,sur qui8 ,j'eus l'impression intime qu'elle voyait vraiment1 et suivant la direction de ce regard fixe1 immobile1 solennel1 quoique non svre1 mes yeux rencontrrent le portrait de ,spero1 suspendu l1 entre deux bibliothques4 ,en vrit1 ,uranie le regardait fixement6 ,tout d'un coup1 le portrait se dtacha du mur et tomba en brisant son cadre4 ,je me prcipitai4 ,le portrait gisait sur le tapis1 et la douce figure de ,spero tait tourne vers moi4 ,en le relevant1 je trouvai un grand papier jauni1 qui occupait toute l'tendue du tableau1 et qui tait crit1 des deux cts1 de l'criture de ,spero4 ,comment n'avais-je jamais remarqu ce papier8 ,il est vrai qu'il avait pu rester cach sous la garniture de l'encadrement1 dissimul sous le carton protecteur4 ,en effet1 lorsque je rapportai cette aquarelle de ,christiania1 je n'eus point la pense d'en examiner l'agencement4 ,mais qui donc avait eu l'ide bizarre de placer ainsi cette feuille8 ,ce n'est pas sans une vive stupfaction que je reconnus l'criture de mon ami et que je parcourus ces deux pages4 ,selon toute apparence1 elles avaient t crites le dernier jour de la vie terrestre du jeune penseur1 le jour de son ascension vers l'aurore borale1 et sans doute1 le pre d',icla avait-il voulu conserver plus srement ces dernires et suprmes penses en les encadrant avec le portrait de ,spero4 ,il avait oubli de m'en parler lorsqu'il m'offrit ensuite comme souvenir cette image si chre1 lors de mon plerinage la tombe des deux amants4 ,quoi qu'il en soit1 tout en plaant avec prcaution l'aquarelle sur ma table1 j'prouvai la plus vive motion en reconnaissant chaque dtail de cette figure aime3 c'taient bien ces yeux si doux et si profonds1 toujours nigmatiques1 ce front vaste1 si calme en apparence1 cette bouche fine et d'une sensualit rserve1 cette coloration claire du visage1 du cou et des mains2 ses regards me suivaient1 de quelque ct ft tourn le portrait1 et ils se dirigeaient aussi vers ,uranie1 et ils taient dirigs en mme temps vers toutes les directions4 trange ide de l'artiste6 ,je ne pus m'empcher alors de penser aux yeux de la desse1 qui m'avaient paru caresser douloureusement l'image de son jeune adorateur4 ,comme le crpuscule vient assombrir un jour serein1 une tristesse divine s'pandait sur le noble visage4 ,mais je songeai au feuillet mystrieux4 ,il tait crit d'une criture nette1 prcise1 sans aucune rature4 ,je le transcris ici tel que je l'ai trouv et sans y modifier un mot1 une virgule1 car il semble tre la conclusion toute naturelle des rcits qui font l'objet de cet ouvrage4 ,le voici1 textuellement4 ,ceci est le testament scientifique d'un esprit qui1 sur la ,terre mme1 a fait tous ses efforts pour rester dgag du poids de la matire et qui espre en tre affranchi4 ,je voudrais laisser1 sous forme d'aphorismes1 le rsultat de mes recherches4 ,il me semble qu'on ne peut arriver la ,vrit que par l'tude de la nature1 c'est--dire par la science4 ,voici les inductions qui me paraissent fondes sur cette mthode d'observation4 ,i ,l'univers visible1 tangible1 pondrable1 et en mouvement incessant1 est compos d'atomes invisibles1 intangibles1 impondrables et inertes4 ,,ii ,pour constituer les corps et organiser les tres1 ces atomes sont rgis par des forces4 ,,iii ,la ,force est l'entit essentielle4 ,,iv ,la visibilit1 la tangibilit1 la solidit1 la duret1 le poids1 sont des proprits relatives1 et non des ralits absolues4 ,v ,l'infiniment petit3 ,les expriences faites sur le laminage des feuilles d'or montrent que dix mille de ces feuilles tiennent dans une paisseur d'un millimtre4--,on est arriv diviser un millimtre1 sur une lame de verre1 en mille parties gales1 et il existe des infusoires si petits que leur corps tout entier1 plac entre deux de ces divisions1 ne les touche pas2 les membres1 les organes de ces tres sont composs de cellules1 celles-ci de molcules1 celles-ci d'atomes4--,vingt centimtres cubes d'huile tendue sur un lac arrivent couvrir #djjj mtres carrs1 de sorte que la couche d'huile ainsi rpandue ne mesure qu'un deux-cent-millime de millimtre d'paisseur4--,l'analyse spectrale de la lumire dcle la prsence d'un millionime de milligramme de sodium dans une flamme4--,les ondes de la lumire sont comprises entre #d et #h dix-millimes de millimtre1 du violet au rouge4 ,il faut #bcjj ondes de lumire pour emplir un millimtre4 ,pendant la dure d'une seconde1 l'ther1 qui transmet la lumire1 excute sept cent mille milliards d'oscillations1 dont chacune est mathmatiquement dfinie4--,l'odorat peroit #a_/fd #jjj #jjj de milligramme de mercaptan dans l'air respir4--,la dimension des atomes doit tre infrieure un millionime de millimtre de diamtre4 ,,vi ,l'atome1 intangible1 invisible1 peine concevable pour notre esprit accoutum aux jugements superficiels1 constitue la seule vraie matire1 et ce que nous appelons matire n'est qu'un effet produit sur nos sens par les mouvements des atomes1 c'est--dire une possibilit incessante de sensations4 ,il en rsulte que la matire1 comme les manifestations de l'nergie1 n'est qu'un mode de mouvement4 ,si le mouvement s'arrtait1 si la force pouvait tre anantie1 si la temprature des corps tait rduite au zro absolu1 la matire telle que nous la connaissons cesserait d'exister4 ,,vii ,l'univers visible est compos de corps invisibles4 ,ce que l'on voit est fait de choses qui ne se voient pas4 ,il n'y a qu'une seule sorte d'atomes primitifs2 les molcules constitutives des diffrents corps1 fer1 or1 oxygne1 hydrogne1 etc41 ne diffrent que par le nombre1 le groupement et les mouvements des atomes qui les composent4 ,,viii ,ce que nous appelons matire s'vanouit lorsque l'analyse scientifique croit le saisir4 ,mais nous trouvons comme soutien de l'univers et principe de toutes les formes1 la force1 l'lment dynamique4 ,par ma volont1 je puis dranger la ,lune dans son cours4 ,les mouvements de tout atome1 sur notre ,terre1 sont la rsultante mathmatique de toutes les ondulations thres qui lui arrivent1 avec le temps1 des abmes de l'espace infini4 ,,ix ,l'tre humain a pour principe essentiel l'me4 ,le corps est apparent et transitoire4 ,x ,les atomes sont indestructibles4 ,l'nergie qui meut les atomes et rgit l'univers est indestructible4 ,l'me humaine est indestructible4 ,,xi ,l'individualit de l'me est rcente dans l'histoire de la ,terre4--,notre plante a t nbuleuse1 puis soleil1 puis chaos3 alors aucun tre terrestre n'existait4 ,la vie a commenc par les organismes les plus rudimentaires2 elle a progress de sicle en sicle pour atteindre son tat actuel1 qui n'est pas le dernier4 ,l'intelligence1 la raison1 la conscience1 ce que nous appelons les facults de l'me1 sont modernes4 ,l'esprit s'est graduellement dgag de la matire2 comme--si la comparaison n'tait pas grossire--le gaz se dgage de la houille1 le parfum de la fleur1 la flamme du foyer4 ,,xii ,la force psychique commence s'affirmer1 depuis trente ou quarante sicles1 dans les sphres suprieures de l'humanit terrestre2 son action n'est qu' son aurore4 ,les mes1 conscientes de leur individualit ou encore inconscientes1 sont1 par leur nature mme1 en dehors des conditions d'espace et de temps4 ,aprs la mort des corps comme pendant la vie1 elles n'occupent aucune place4 ,quelques-unes vont peut-tre habiter d'autres mondes4 ,n'ont conscience de leur existence extra-corporelle et de leur immortalit que celles qui sont dgages des liens matriels4 ,,xiii ,la ,terre n'est qu'une province de la patrie ternelle2 elle fait partie du ,ciel2 le ,ciel est infini2 tous les mondes font partie du ,ciel4 ,,xiv ,les systmes plantaires et sidraux qui constituent l'univers sont des degrs divers d'organisation et d'avancement4 ,l'tendue de leur diversit est infinie2 les tres sont partout en rapport avec les mondes4 ,,xv ,tous les mondes ne sont pas actuellement habits4 ,l'poque actuelle n'a pas une importance plus grande que celles qui l'ont prcde et celles qui la suivront4 ,tels mondes ont t habits dans le pass1 il y a des milliards de sicles2 tels autres le seront dans l'avenir1 dans des milliards de sicles4 ,un jour il ne restera rien de la ,terre1 et ses ruines mmes seront ruines4 ,,xvi ,la vie terrestre n'est pas le type des autres vies4 ,une diversit illimite rgne dans l'univers4 ,il est des sjours o la pesanteur est intense1 o la lumire est inconnue1 o le toucher1 l'odorat et l'oue sont les seuls sens1 o le nerf optique ne s'tant pas form1 tous les tres sont aveugles4 ,il en est d'autres o la pesanteur est peine sensible1 o les tres sont si lgers et si tnus qu'ils seraient invisibles pour des yeux terrestres1 o des sens d'une dlicatesse exquise rvlent des esprits privilgis des sensations interdites l'humanit terrestre4 ,,xvii ,l'espace qui existe entre les mondes rpandus dans l'immense univers ne les isole pas les uns des autres4 ,ils sont tous en communication perptuelle les uns avec les autres par l'attraction1 qui s'exerce instantanment travers toutes les distances et qui tablit un lien indissoluble entre tous les mondes4 ,,xviii ,l',univers forme une seule unit4 ,,xix ,le systme du monde physique est la base matrielle1 l'habitat du systme du monde moral ou spirituel4 ,l'astronomie doit donc tre la base de toute croyance philosophique et religieuse4 ,tout tre pensant porte en soi le sentiment1 mais l'incertitude de l'immortalit4 ,c'est parce que nous sommes les rouages microscopiques d'un mcanisme inconnu4 ,,xx ,l'homme fait lui-mme sa destine4 ,il s'lve ou il tombe suivant ses uvres4 ,les tres attachs aux intrts matriels1 les avares1 les ambitieux1 les hypocrites1 les menteurs1 les fils de ,tartufe1 demeurent1 comme les pervers1 dans les zones infrieures4 ,mais une loi primordiale et absolue rgit la ,cration3 la loi du ,progrs4 ,tout s'lve dans l'infini4 ,les fautes sont des chutes4 ,,xxi ,dans l'ascension des mes1 les qualits morales n'ont pas moins de valeur que les qualits intellectuelles4 ,la bont1 le dvouement1 l'abngation1 le sacrifice purent l'me et l'lvent1 comme l'tude et la science4 ,,xxii ,la cration universelle est une immense harmonie dont la ,terre n'est qu'un fragment insignifiant1 assez lourd et incompris4 ,,xxiii ,la nature est un perptuel devenir4 ,le ,progrs est la loi4 ,la progression est ternelle4 ,,xxiv ,l'ternit d'une me ne serait pas suffisante pour visiter l'infini et tout connatre4 ,,xxv ,la destine de l'me est de se dgager de plus en plus du monde matriel1 et d'appartenir dfinitivement la vie uranique suprieure1 d'o elle domine la matire et ne souffre plus4 ,la fin suprme des tres est l'approche perptuelle de la perfection absolue et du bonheur divin4 ,tel tait le testament scientifique et philosophique de ,spero4 ,ne semble-t-il pas avoir t dict par ,uranie elle-mme8 ,les neuf ,muses de l'antique mythologie taient surs4 ,les conceptions scientifiques modernes tendent leur tour l'unit4 ,l'astronomie ou la connaissance du monde1 et la psychologie ou la connaissance de l'tre1 s'unissent aujourd'hui pour tablir la seule base sur laquelle puisse tre difie la philosophie dfinitive4 99 99 99 ,p4 ,s4--,les pisodes qui prcdent1 les recherches et les rflexions qui les accompagnent1 se trouvent runis ici dans une sorte d',essai dont le but est d'apporter quelques jalons la solution du plus grand des problmes qui puissent intresser l'esprit humain4 ,c'est ce titre que le prsent ouvrage s'offre l'attention de ceux qui1 quelquefois au moins au milieu du chemin de la vie dont parle ,dante1 s'arrtent1 se demandent o ils sont et ce qu'ils sont1 cherchent1 pensent et rvent4 ,illustration ,,table ,,des ,,matieres ,,premi,,re ,,partie ,,la ,,muse ,,du ,,ciel ,i4 ,rve d',adolescence4 #a ,,ii4 ,la ,muse du ,ciel4 ,voyage parmi les ,univers et les ,mondes4 ,les humanits inconnues4 #i ,,iii4 ,varit infinie des tres4 ,les mtamorphoses4 #be ,,iv4 ,l',infini et l'ternit4 ,le ,temps1 l',espace et la ,vie4 ,les horizons clestes4 #cc ,v4 ,la lumire du pass4 ,les rvlations de la ,muse4 #de ,,deuxi,,me ,,partie ,,georges ,,spero ,i4 ,la ,vie4 ,la ,recherche4 ,l'tude4 #eg ,,ii4 ,l',apparition4 ,voyage en ,norvge4 ,l',anthlie4 ,une rencontre dans le ciel4 #ga ,,iii4 ,to be or not to be4 ,qu'est-ce que l'tre humain8 ,la ,nature1 l',univers4 #he ,,iv4 ,amor4 ,icla4 ,l'attraction4 #aje ,v4 ,l',aurore borale4 ,ascension arostatique4 ,en plein ciel4 ,catastrophe4 #abc ,,vi4 ,le ,progrs ternel4 ,sance magntique4 #acc ,,troisi,,me ,,partie ,,ciel ,,et ,,terre ,i4 ,tlpathie4 ,l',inconnu d'hier4 ,le ,scientifique4 ,les apparitions4 ,phnomnes inexpliqus4 ,les facults psychiques4 ,l'me et le cerveau4 #ada ,,ii4 ,iter extaticum cleste4 #ahg ,,iii4 ,la plante ,mars4 ,apparition de ,spero4 ,les communications psychiques4 ,les habitants de ,mars4 #bje ,,iv4 ,le point fixe dans l'univers4 ,le dynamisme4 #bcc ,v4 ,ame vtue d'air4 #bee ,,vi4 ,ad ,veritatem per scientiam4 ,le ,testament scientifique de ,spero4 #bge ,illustration ,paris4--,imp4 ,lahure1 rue de ,fleurus1 #i4 ,illustration