,au lecteur4 ,ce livre lectronique reproduit intgralement le texte original4 ,quelques erreurs videntes de typographie ou d'impression ont t corriges2 la liste de ces corrections se trouve la fin du texte4 ,la ponctuation a t tacitement corrige par endroits4 ,les notes de bas de page ont t renumrotes de #a #ch et places sous le paragraphe auquel elles se rapportent4 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive4 ,,se ,,trouve ,,aussi3 ,a ,,toulouse1 chez ,charpentier4 ,a ,,leipzig1 chez ,michelsen1 ,a ,,londres1 chez ,duleau et ,cie1 ,a ,,vienne1 chez ,rohrmann1 ,a ,,turin1 chez ,pic1 ,bocca1 ,a ,,saint-,p,,tersbourg1 chez ,graff4 ,,imprimerie ,,de ,,bachelier1 rue du ,jardinet1 n #ab4 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive1 ,,par ,m4 ,,auguste ,,comte1 ,,ancien ,l,,ve ,,de ,l',,cole ,,polytechnique1 ,r,p,,titeur ,d',,analyse ,,transcendante ,,et ,,de ,m,,canique ,,rationnelle ,a ,,cette ,,cole1 ,,et ,,examinateur ,,des ,,candidats ,,qui ,s',y ,,destinent4 ,,tome ,,cinqui,,me1 ,,contenant ,,la ,,partie ,,historique ,,de ,,la ,,philosophie ,,sociale1 ,,en ,,tout ,,ce ,,qui ,,concerne ,l',,tat ,,th,,ologique ,,et ,l',,tat ,m,,taphysique ,,paris1 ,,bachelier1 ,,imprimeur-,,libraire ,,pour ,,les ,,sciences1 ,,quai ,,des ,,augustins1 ,n #ee4 #ahda ,,avis ,,de ,l',,diteur4 ,ce cinquime volume avait t primitivement annonc comme destin former la seconde partie du tome quatrime1 par lequel l'ouvrage devait d'abord se terminer4 ,dans un sujet aussi neuf1 aussi vaste1 et aussi difficile1 le public comprendra aisment que1 sans apporter la moindre altration relle au plan primordial caractris par le tableau synoptique annex1 en #ahcj1 au premier volume de ce ,trait1 l'auteur ait nanmoins t graduellement forc1 surtout pour l'laboration historique de la philosophie sociale1 de dpasser notablement les limites prvues lors de la publication du quatrime volume en #ahci4 ,malgr une invariable tendance maintenir toute la concentration d'ides et d'expressions compatible avec une suffisante clart de l'exposition principale1 le volume actuel n'a pas mme pu suffire contenir intgralement ce grand travail relatif l'apprciation fondamentale de l'ensemble du pass humain4 ,quoique regrettant beaucoup de ne pouvoir immdiatement soumettre au public le complment total d'une telle thorie historique1 qui n'est pleinement jugeable que dans son ensemble1 l'auteur se voit contraint1 par l'extension des matires1 d'en renvoyer les deux chapitres extrmes un sixime et dernier volume1 contenant ensuite les conclusions finales du ,trait gnral de philosophie positive1 et qui paratra probablement au commencement de #ahdb4 ,paris1 le #ae mai #ahda4 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive4 ,,cinquante-,,deuxi,,me ,,le,,on4 ,restriction pralable de l'ensemble de l'opration historique4--,considrations gnrales sur le premier tat thologique de l'humanit3 ge du ftichisme4 bauche spontane du rgime thologique et militaire4 ,l'apprciation historique qui me reste maintenant effectuer sommairement ne saurait avoir ici1 par la nature propre de ce ,trait1 d'autre destination essentielle que de mieux caractriser1 d'aprs une application large et dcisive1 l'intime ralit et la fcondit spontane de la thorie fondamentale du dveloppement social1 directement tablie dans la leon prcdente4 ,quoique la dmonstration ainsi expose ne puisse plus1 ce me semble1 laisser dsormais subsister aucun doute lgitime sur l'exactitude et l'importance de la loi gnrale d'volution que j'ai dcouverte1 cependant l'extrme nouveaut d'un sujet aussi profondment difficile1 et l'irrationnalit radicale des habitudes intellectuelles qui prsident encore presque toujours de telles tudes1 me feraient craindre que mme les meilleurs esprits ne pussent aujourd'hui convenablement entrevoir la rnovation finale de la science sociale l'aide de ce grand principe1 si son aptitude ncessaire constituer enfin une vraie philosophie de l'histoire n'tait pas1 ds ce moment1 irrcusablement confirme par une premire bauche de coordination de l'ensemble du pass humain1 considr seulement quant ses principales phases4 ,l'invitable imperfection que doit actuellement offrir une aussi neuve laboration1 ne saurait en altrer l'utilit capitale1 soit pour faire sentir la porte effective de notre conception sociologique1 soit pour permettre d'apprcier nettement le mode gnral de son application graduelle2 en sorte que les esprits comptens et bien prpars puissent ds lors tendre spontanment cette thorie de nouvelles analyses du mouvement humain1 ultrieurement envisag sous des aspects de plus en plus spciaux1 conformment aux conditions logiques de la dynamique sociale1 expliques dans la quarante-huitime leon4 ,mais1 afin que cette importante opration ne dgnre point intempestivement en une digression contraire la nature propre de cet ouvrage1 essentiellement consacr au systme gnral de la philosophie positive1 je dois ici la rduire soigneusement ce qu'elle prsente1 sous ces deux rapports1 de vraiment indispensable1 en ajournant toute discussion trop tendue et tout claircissement trop dtaill jusqu' la publication du trait particulier de philosophie politique que j'ai dj plusieurs fois annonc4 ,c'est pourquoi je suis forc d'arrter pralablement l'attention du lecteur sur l'indication sommaire des principales conditions destines circonscrire ainsi1 autant que possible1 l'ensemble de cette premire apprciation historique1 sans nuire d'ailleurs aucunement sa haute efficacit philosophique4 ,la plus importante de ces restrictions logiques1 et qui comprend implicitement toutes les autres1 consiste concentrer essentiellement notre analyse scientifique sur une seule srie sociale1 c'est--dire1 considrer exclusivement le dveloppement effectif des populations les plus avances1 en cartant1 avec une scrupuleuse persvrance1 toute vaine et irrationnelle digression sur les divers autres centres de civilisation indpendante1 dont l'volution a t1 par des causes quelconques1 arrte jusqu'ici un tat plus imparfait2 moins que l'examen comparatif de ces sries accessoires ne puisse utilement clairer le sujet principal1 comme je l'ai expliqu en traitant de la mthode sociologique4 ,notre exploration historique devra donc tre presque uniquement rduite l'lite ou l'avant-garde de l'humanit1 comprenant la majeure partie de la race blanche ou les nations europennes1 en nous bornant mme1 pour plus de prcision1 surtout dans les temps modernes1 aux peuples de l',europe occidentale4 ,a une poque quelconque1 notre apprciation rationnelle devra tre principalement relative aux vritables anctres politiques de cette population privilgie1 quelle que soit d'ailleurs leur patrie4 ,en un mot1 nous ne devons comprendre1 parmi les matriaux historiques de cette premire coordination philosophique du pass humain1 que des phnomnes sociaux ayant videmment exerc une influence relle1 au moins indirecte ou lointaine1 sur l'enchanement graduel des phases successives qui ont effectivement amen l'tat prsent des nations les plus avances4 ,on ne peut certainement esprer de reconnatre d'abord la vritable marche fondamentale des socits humaines que par la considration exclusive de l'volution la plus complte et la mieux caractrise1 l'claircissement de laquelle doivent tre constamment subordonnes toutes les observations collatrales relatives des progressions plus imparfaites et moins prononces4 ,quelque intrt propre que celles-ci puissent d'ailleurs offrir1 leur apprciation spciale doit tre systmatiquement ajourne jusqu'au moment o1 les lois principales du mouvement social ayant t ainsi apprcies dans le cas le plus favorable leur pleine manifestation1 il deviendra possible1 et mme utile1 de procder l'explication rationnelle des modifications plus ou moins importantes qu'elles ont d subir chez les populations qui1 divers titres1 sont restes plus ou moins en arrire d'un tel type de dveloppement4 ,jusqu'alors1 ce puril et inopportun talage d'une rudition strile et mal dirige1 qui tend aujourd'hui entraver l'tude de notre volution sociale par le vicieux mlange de l'histoire des populations qui1 telles que celles de l',inde1 de la ,chine1 etc41 n'ont pu exercer sur notre pass aucune vritable influence1 devra tre hautement signal comme une source inextricable de confusion radicale dans la recherche des lois relles de la sociabilit humaine1 dont la marche fondamentale et toutes les modifications diverses devraient tre ainsi simultanment considres1 ce qui1 mon gr1 rendrait le problme essentiellement insoluble4 ,sous ce rapport1 le gnie du grand ,bossuet1 quoique seulement guid sans doute par le principe purement littraire de l'unit de composition1 me parat avoir d'avance senti instinctivement les conditions logiques imposes par la nature du sujet1 lorsqu'il a spontanment circonscrit son apprciation historique l'unique examen d'une srie homogne et continue1 et nanmoins justement qualifie d'universelle2 restriction minemment judicieuse1 qui lui a t si trangement reproche par tant d'esprits anti-philosophiques1 et vers laquelle nous ramne aujourd'hui essentiellement l'analyse approfondie de la marche intellectuelle propre de telles tudes4 ,une pareille manire de procder doit sembler d'autant plus indispensable que1 si on la considre en outre sous le point de vue pratique1 on y reconnat sa participation ncessaire toute sage rgularisation d'un ordre important de relations politiques1 celles qui concernent l'action gnrale des nations les plus avances pour hter le dveloppement naturel des civilisations infrieures4 ,la politique mtaphysique1 et mme la politique thologique1 par le caractre essentiellement absolu de leurs conceptions principales1 conduisent1 cet gard1 poursuivre aveuglment l'uniforme ralisation immdiate de leurs types immuables1 malgr la diversit quelconque des conditions propres chaque cas3 ce qui quivaut1 vrai dire1 une sorte de conscration systmatique de cet empirisme spontan qui dispose si navement tous les hommes civiliss transporter partout indistinctement1 et souvent si indiscrtement1 leurs ides1 leurs usages et leurs institutions4 ,il serait superflu de signaler expressment ici le danger vident d'une pareille tendance pour susciter ou entretenir de graves perturbations politiques4 ,plus on mditera sur ce sujet1 mieux on sentira que la pratique n'exige pas moins imprieusement que la thorie une considration d'abord exclusive1 ou du moins directement prpondrante1 de l'volution sociale la plus avance1 sans s'occuper simultanment des autres progressions moins compltes4 ,c'est seulement aprs avoir ainsi dtermin ce qui convient l'lite de l'humanit1 qu'on pourra utilement rgler son intervention rationnelle dans le dveloppement ultrieur des populations plus ou moins arrires1 en vertu de l'universalit ncessaire de l'volution fondamentale1 sauf l'apprciation convenable des circonstances caractristiques de chaque application spciale4 ,par une telle rnovation de l'esprit gnral des relations internationales1 la politique positive tendra finalement substituer de plus en plus1 une action trop souvent perturbatrice ou mme oppressive1 une sage et bienveillante protection1 dont l'utilit rciproque ne saurait tre douteuse1 et qui serait presque toujours favorablement accueillie1 comme ne proposant jamais que des modifications en harmonie relle avec l'tat particulier des peuples correspondans1 et sachant d'ailleurs varier judicieusement leur accomplissement graduel suivant les convenances essentielles de chaque cas4 ,sans insister davantage ici sur un semblable aperu1 qui se reproduira naturellement dans la cinquante-septime leon1 il suffit de noter que cette importante transformation ne pourrait videmment s'obtenir1 si l'on persistait considrer simultanment toutes les diverses volutions politiques1 malgr leur ingalit ncessaire3 ce qui confirme hautement la prescription scientifique1 dj directement motive ci-dessus1 de concentrer d'abord systmatiquement l'analyse sociologique sur la seule apprciation historique du dveloppement social le plus complet4 ,cette restriction rationnelle1 si clairement impose par la nature du sujet1 concide trs heureusement avec l'indispensable rapidit de notre opration actuelle1 ds lors spontanment rduite la coordination philosophique des faits les plus connus1 qu'il serait presque toujours superflu d'indiquer expressment4 ,il me suffira donc d'expliquer ici comment l'ensemble du pass social1 chez les peuples les plus avancs1 consiste essentiellement dans le dveloppement graduel du triple dualisme successif qui1 d'aprs le chapitre prcdent1 constitue l'volution fondamentale de l'humanit4 ,par sa nature1 cette grande loi nous offre dj immdiatement une premire coordination du pass humain considr dans sa plus haute gnralit1 et rduit ses phases les plus tranches4 ,en procdant toujours une apprciation de plus en plus spciale1 comme l'exige l'esprit d'une telle science1 il ne nous reste maintenant qu' conduire cette coordination fondamentale son second degr de prcision1 en indiquant la manire de rattacher les principaux tats intermdiaires de l'humanit aux subdivisions correspondantes de ma loi d'volution3 ce que je devrai d'ailleurs accomplir ici le plus succinctement possible1 sous la rserve ultrieure du trait particulier prcdemment annonc4 ,la physiologie sociale tant ainsi directement fonde1 je devrai laisser mes successeurs rendre de plus en plus prcise cette conception primordiale1 en tudiant1 pour l'explication rationnelle du pass humain1 l'enchanement mthodique d'intervalles toujours dcroissans1 dont le dernier terme naturel1 qui sans doute ne sera jamais pleinement atteint1 consisterait dans la vraie filiation des progrs en tous genres d'une gnration la suivante1 la chronologie sociologique ne pouvant utilement exiger la considration relle d'aucune moindre unit de dure1 pendant laquelle le dveloppement politique doit tre le plus souvent presque imperceptible4 ,ainsi circonscrit1 le vritable champ convenable notre analyse historique doit seulement embrasser les rsultats les plus gnraux de l'exploration ordinaire du pass1 en cartant avec soin toute apprciation trop dtaille4 ,si ma conception sociologique peut effectivement parvenir1 dans l'tude de la srie sociale la plus complte1 instituer enfin une vraie liaison scientifique entre les faits historiques qui1 cet gard1 sont aujourd'hui familiers tous les hommes clairs1 j'ose avancer1 que par cela seul1 elle aura dj suffisamment ralis ce que la nature d'un tel sujet offre la fois de plus difficile et de plus important1 soit pour la thorie1 soit mme pour la pratique2 outre que d'ailleurs elle aura ds lors irrcusablement constat son aptitude spontane fournir1 par une laboration ultrieure1 toutes les explications plus spciales et plus prcises qui deviendront graduellement ncessaires4 ,chacune des parties antrieures de ce ,trait nous a prsent de nouvelles occasions de reconnatre que1 en gnral1 les phnomnes les plus communs sont toujours aussi les plus essentiels considrer pour la science relle4 ,or1 cette rflexion1 dj si frappante en astronomie1 en physique1 en chimie et en biologie1 doit tre1 par sa nature1 encore plus pleinement applicable aux tudes sociologiques1 puisqu'elle devient videmment de plus en plus convenable mesure que l'ordre des phnomnes se complique et se spcialise davantage4 ,dans la recherche des vritables lois de la sociabilit1 tous les vnemens exceptionnels ou tous les dtails trop minutieux1 si purilement recherchs par la curiosit irrationnelle des aveugles compilateurs d'anecdotes striles1 doivent tre presque toujours lagus comme essentiellement insignifians2 tandis que la science doit surtout s'attacher aux phnomnes les plus vulgaires1 que chacun de ceux qui y participent pourrait spontanment apercevoir autour de soi1 comme constituant le fonds principal de la vie sociale habituelle4 ,il est vrai que1 par cela mme1 de tels phnomnes sont ncessairement beaucoup plus difficiles observer1 de manire pouvoir servir de base relle aux saines spculations scientifiques4 ,les prjugs et les usages qui1 cet gard1 prvalent encore presque universellement en philosophie politique1 mme chez les meilleurs esprits1 ne constituent vritablement qu'une nouvelle confirmation de l'tat d'enfance plus prolong de cette partie finale de la philosophie naturelle3 ils doivent spontanment rappeler les temps1 trop peu loigns1 o1 en physique1 on ne jugeait dignes d'attention que les effets extraordinaires du tonnerre ou des volcans1 etc42 en biologie1 que l'tude des monstruosits1 etc4 ,on ne saurait douter que la rformation totale de ces premires habitudes intellectuelles ne soit bien plus indispensable la science sociale qu'elle ne l'a dj t envers toutes les autres sciences fondamentales4 ,en gnralisant autant que possible l'ensemble des considrations prcdentes sur la circonscription ncessaire de notre analyse historique1 on peut aisment faire acqurir cette importante prescription logique le dernier degr de consistance philosophique dont elle soit susceptible1 si l'on reconnat maintenant que1 loin d'tre particulire la sociologie1 elle ne constitue au fond qu'une nouvelle application d'un principe essentiel de philosophie positive1 dont personne aujourd'hui ne conteste plus la justesse l'gard de tous les autres ordres de phnomnes1 et que j'ai soigneusement formul ds le dbut de ce ,trait 7voyez la deuxime leon74 ,car on peut facilement sentir qu'une telle restriction quivaut finalement tendre aussi l'tude des phnomnes sociaux la distinction capitale que j'ai tablie1 pour un sujet quelconque1 entre la science abstraite et la science concrte2 distinction aujourd'hui nonce habituellement1 faute d'expressions mieux appropries1 par le contraste intellectuel entre le domaine gnral de la physique et celui de l'histoire naturelle proprement dite1 dont le premier constitue seul jusqu'ici le champ principal de la philosophie positive1 et devra d'ailleurs tre toujours considr comme la base vraiment fondamentale du systme entier des spculations humaines1 ainsi que je l'ai expliqu en son lieu4 ,une telle division1 qui ne doit certainement pas devenir moins indispensable mesure que l'ordre des phnomnes devient plus spcial et plus compliqu1 a la proprit1 en effet1 de fixer1 de la manire la plus nette et la plus prcise1 le vritable office fondamental des observations historiques dans l'tude rationnelle de la dynamique sociale4 ,quoique la dtermination abstraite des lois gnrales de la vie individuelle repose ncessairement1 suivant la juste remarque de ,bacon1 sur des faits emprunts l'histoire effective des diffrens tres vivans1 tous les bons esprits scientifiques n'en sont pas moins habitus aujourd'hui sparer profondment les conceptions physiologiques ou anatomiques de leur application ultrieure l'apprciation concrte du mode rel d'existence totale propre chaque organisme naturel4 ,or1 des motifs essentiellement semblables doivent dsormais empcher soigneusement de confondre la recherche abstraite des lois fondamentales de la sociabilit avec l'histoire concrte des diverses socits humaines1 dont l'explication satisfaisante ne peut videmment rsulter que d'une connaissance dj trs avance de l'ensemble de ces lois4 ,ainsi1 quelque indispensable fonction que doive remplir l'histoire en sociologie1 comme je l'ai suffisamment expliqu au quarante-huitime chapitre1 pour alimenter et pour diriger ses principales spculations1 on voit que son emploi y doit rester essentiellement abstrait3 ce n'y saurait tre1 en quelque sorte1 que de l'histoire sans noms d'hommes1 ou mme sans noms de peuples1 si l'on ne devait viter avec soin toute purile affectation philosophique se priver systmatiquement de l'usage de dnominations qui peuvent beaucoup contribuer clairer l'exposition ou mme faciliter et consolider la pense1 surtout dans cette premire laboration de la science sociologique4 ,mais les motifs de cette importante distinction logique sont d'ailleurs encore plus puissans dans l'tude de la vie collective de l'humanit que pour la biologie individuelle4 ,afin de mieux appuyer ce grand prcepte de philosophie positive1 j'ai tabli1 en gnral1 ds la deuxime leon1 que chaque branche rationnelle de l'histoire naturelle1 outre qu'elle exige directement la connaissance pralable d'un ordre correspondant de lois fondamentales1 suppose toujours aussi plus ou moins une application combine de l'ensemble des lois relatives tous les diffrens ordres de phnomnes essentiels4 ,cette solidarit ncessaire se vrifie1 d'une manire encore plus prononce1 dans le cas actuel2 puisqu'il serait1 par exemple1 impossible de concevoir l'histoire effective de l'humanit isolment de l'histoire relle du globe terrestre1 thtre invitable de son activit progressive1 et dont les divers tats successifs ont d certainement exercer une haute influence sur la production graduelle des vnemens humains1 mme depuis l'poque o les conditions physiques et chimiques de notre plante ont commenc y permettre l'existence continue de l'homme4 ,il n'est pas moins certain1 en sens inverse1 que toute vritable histoire de la terre exige ncessairement1 un degr quelconque1 la considration simultane de l'histoire de l'humanit1 cause de la puissante raction1 d'ailleurs incessamment croissante1 que le dveloppement de notre activit a d exercer1 dans tous les ges de la vie sociale1 pour modifier1 tant d'gards1 l'tat gnral de la surface terrestre4 ,plus on approfondira ce grand sujet de mditations1 mieux on sentira que l'histoire naturelle proprement dite1 toujours essentiellement synthtique1 ne saurait acqurir une vritable rationnalit tant que tous les ordres lmentaires de phnomnes n'y seront point simultanment considrs2 tandis que1 au contraire1 la philosophie naturelle proprement dite doit conserver un caractre minemment analytique1 sans lequel il n'y aurait aucun espoir de parvenir jamais dvoiler nettement les lois fondamentales correspondantes chacune de ces diverses catgories gnrales4 ,une telle opposition de vues et de mthodes entre les deux grandes sections du systme total des spculations humaines1 doit faire hautement ressortir combien il importe de respecter scrupuleusement et de rendre de plus en plus sensible cette indispensable division scientifique1 sans laquelle on peut assurer que l'tude de la nature ne saurait vraiment sortir de sa confusion primitive1 surtout envers les phnomnes les plus complexes4 ,ainsi1 l'histoire vraiment rationnelle des diffrens tres existants1 individuels ou collectifs1 ne pourra commencer1 sous aucun rapport1 devenir rgulirement possible que lorsque enfin le systme entier des sciences fondamentales aura t pralablement complt par la cration de la sociologie1 comme je l'ai souvent expliqu dans cet ouvrage4 ,jusque alors1 tous les divers renseignemens historiques que l'on continuera recueillir1 l'gard d'un ordre quelconque de phnomnes1 devront tre essentiellement rservs comme des matriaux ultrieurs pour la vritable histoire1 au temps de sa maturit propre3 leur principal office immdiat1 dans l'laboration de la science relle1 se rduit seulement fournir1 aux branches correspondantes de la philosophie naturelle1 des faits destins manifester ou confirmer les lois abstraites et gnrales dont elle poursuit la recherche4 ,cette subordination ncessaire et constate ne peut certes prsenter aucune exception envers les phnomnes sociaux1 o elle est1 au contraire1 bien plus profondment indispensable4 ,si tous les naturalistes conviennent aujourd'hui que la vritable histoire de la terre ne saurait tre encore suffisamment conue1 non-seulement faute de documens assez complets1 mais surtout parce que les diverses lois naturelles dont elle dpend sont jusqu'ici trop peu connues1 combien plus forte raison doit-on regarder comme chimrique toute tentative actuelle pour constituer directement l'histoire beaucoup plus complexe des socits humaines6 ,il est donc sensible que la sociologie doit seulement emprunter1 l'incohrente compilation de faits dj improprement qualifie d'histoire1 les renseignemens susceptibles de mettre en vidence1 d'aprs les principes de la thorie biologique de l'homme1 les lois fondamentales de la sociabilit3 ce qui exige presque toujours1 l'gard de chaque donne ainsi obtenue1 une prparation indispensable1 et quelquefois fort dlicate1 afin de la faire passer de l'tat concret l'tat abstrait1 en la dpouillant des circonstances purement particulires et secondaires de climat1 de localit1 etc41 sans y altrer cependant la partie vraiment essentielle et gnrale de l'observation2 et1 quoique cette puration pralable ne puisse tre ici sans doute qu'une simple imitation de ce que les astronomes1 les physiciens1 les chimistes et les biologistes pratiquent maintenant d'ordinaire envers leurs phnomnes respectifs1 la complication suprieure des phnomnes sociaux y devra constamment rendre plus difficile cette laboration prliminaire1 lors mme que la positivit de leur tude sera enfin unanimement reconnue4 ,quant la raction capitale que l'institution de la dynamique sociale devra ncessairement exercer sur le perfectionnement de l'histoire proprement dite1 et que la suite de ce volume commencera1 j'espre1 manifester d'une manire incontestable1 elle consistera surtout disposer1 dans l'ensemble du pass humain1 une suite rationnelle de jalons fondamentaux1 propres rallier et diriger toutes les observations ultrieures2 ces jalons devant tre d'ailleurs d'autant plus rapprochs que nous avancerons davantage vers les temps actuels1 vu l'acclration toujours croissante du mouvement social4 ,l'opration historique que nous allons ici entreprendre sommairement1 pour constituer la sociologie dynamique1 devant ainsi avoir1 par sa nature1 et conformment sa destination1 un caractre essentiellement abstrait1 une concidence heureuse et ncessaire l'affranchit ds lors spontanment d'une foule de difficults accessoires ou prliminaires1 dont elle et t1 du point de vue ordinaire1 radicalement entrave1 et que l'extrme imperfection actuelle de nos connaissances relles n'aurait pas permis de surmonter suffisamment1 mme aprs avoir svrement cart toutes les questions inaccessibles ou chimriques sur les diverses origines sociales1 qu'entretient encore l'enfance trop prolonge d'une telle tude chez la plupart des philosophes contemporains4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que1 s'il fallait maintenant constituer une vritable histoire concrte de l'humanit1 on prouverait certainement beaucoup d'embarras combiner convenablement les conceptions sociologiques avec les considrations gologiques3 car1 quelque indispensable que ft alors1 cet effet1 une pareille combinaison1 on ne pourrait cependant l'instituer aujourd'hui avec succs1 cause de l'tat beaucoup trop imparfait1 non-seulement de la sociologie1 ce qui est vident1 mais aussi1 au fond1 de la gologie elle-mme1 quoique1 en apparence1 fort avance4 ,il en serait de mme envers les diverses influences plus ou moins accessoires de climat1 de race1 etc41 qui se prsenteraient1 de toute ncessit1 dans l'tude concrte du dveloppement humain1 et qui1 sans aucun doute1 ne sauraient tre maintenant apprcies d'une manire vraiment rationnelle1 puisqu'elles ne pourront devenir scientifiquement jugeables qu'aprs une laboration suffisante des lois sociologiques1 comme je l'ai dmontr au quarante-huitime chapitre4 ,la distinction fondamentale entre les deux points de vue abstrait et concret dissipe heureusement1 ici comme ailleurs1 de la manire la plus directe1 tous ces embarras autrement insurmontables2 ce qui doit faire hautement ressortir l'extrme importance d'une telle division philosophique1 dont je ne saurais trop recommander l'examen1 parce que1 sans tre aujourd'hui jamais conteste en principe par les bons esprits1 elle reste en effet trs imparfaitement apprcie1 mme chez les plus minentes intelligences4 ,nous devrons donc apprendre rserver systmatiquement pour une poque scientifique plus avance un grand nombre de questions incidentes de sociologie concrte1 dont la considration immdiate entraverait radicalement le dveloppement naissant de la sociologie abstraite1 quelque profond intrt que puissent souvent prsenter de semblables recherches4 ,l'esprit humain1 maintenant habitu ces ajournemens rationnels1 l'gard des plus simples phnomnes1 ne saurait1 sans doute1 se dispenser de la mme sagesse envers les phnomnes les plus complexes que notre intelligence puisse jamais aborder4 ,pour mieux prciser1 par un dernier claircissement pralable1 ce grand prcepte logique1 sans lequel j'ose assurer que la dynamique sociale resterait ncessairement impossible1 il me suffira d'indiquer ici un seul exemple important de ces questions intressantes1 qu'il faut aujourd'hui savoir soumettre un indispensable ajournement1 motiv sur leur nature essentiellement concrte4 ,je choisis1 cet effet1 attendu sa haute importance1 l'explication spciale de l'agent et du thtre de l'volution sociale la plus complte1 de celle qui1 d'aprs les motifs prcdemment indiqus1 doit tre le sujet presque exclusif de notre opration historique4 ,pourquoi la race blanche possde-t-elle1 d'une manire si prononce1 le privilge effectif du principal dveloppement social1 et pourquoi l',europe a-t-elle t le lieu essentiel de cette civilisation prpondrante8 ,ce double sujet de mditations co-relatives a d sans doute vivement stimuler plus d'une fois l'intelligente curiosit des philosophes1 et mme des hommes d'tat4 ,mais1 quelque intrt et quelque importance que prsente videmment une semblable recherche1 il faut avoir la sagesse de la rserver jusque aprs la premire laboration abstraite des lois fondamentales du dveloppement social1 sans lesquelles cette question serait toujours essentiellement prmature1 malgr les plus ingnieuses tentatives1 qui ne sauraient procurer1 cet gard1 que des aperus partiels et isols1 ncessairement insuffisans4 ,sans doute1 on aperoit dj1 sous le premier aspect1 dans l'organisation caractristique de la race blanche1 et surtout1 quant l'appareil crbral1 quelques germes positifs de sa supriorit relle2 encore tous les naturalistes sont-ils aujourd'hui fort loigns de s'accorder convenablement cet gard4 ,de mme1 sous le second point de vue1 on peut entrevoir1 d'une manire un peu plus satisfaisante1 diverses conditions physiques1 chimiques1 et mme biologiques1 qui ont d certainement influer1 un degr quelconque1 sur l'minente proprit des contres europennes de servir jusqu'ici de thtre essentiel cette volution prpondrante de l'humanit#a4 ,l'esprit radicalement vague de la philosophie thologico-mtaphysique1 qui domine encore dans toutes les tudes sociales1 a d souvent porter regarder comme trs satisfaisantes1 l'un ou l'autre titre1 les explications ainsi hasardes jusqu'ici sur une telle question1 que cette philosophie est d'ailleurs trs peu porte d'ordinaire se poser srieusement4 ,mais1 si une intelligence quelconque1 convenablement prpare par l'habitude des spculations positives envers les autres phnomnes naturels1 mettait aujourd'hui en regard l'ensemble des vrais documens dj obtenus ce sujet avec une apprciation relle de la difficult qu'on prtend ainsi rsoudre1 elle ne manquerait pas de reconnatre aussitt leur profonde insuffisance4 ,or1 cette insuffisance ncessaire ne tient pas seulement1 comme on pourrait d'abord le croire1 ce que1 sous l'un ou l'autre aspect1 ces renseignemens sont jusqu'ici trop peu multiplis et trop imparfaits3 il faut surtout l'attribuer une cause plus intime et plus puissante1 l'absence de toute saine thorie sociologique1 propre mesurer la vraie porte scientifique de chaque aperu1 et mme diriger leur laboration ultrieure2 sans cette lumire gnrale et pralable1 il est clair qu'on ne saurait jamais si mme on est parvenu runir enfin tous les lmens indispensables une dcision vraiment rationnelle4 ,il est donc impossible ici de mconnatre la haute ncessit logique d'ajourner systmatiquement cette grande discussion de sociologie concrte jusqu' ce que les lois fondamentales de la sociabilit aient t abstraitement tablies1 au moins dans leur principal ensemble3 et je ne doute pas que cette seule indication1 relative un cas aussi caractristique1 ne dispose le lecteur apprcier spcialement1 sur chacune des questions analogues que la suite des ides pourra prsenter ou susciter1 l'indispensable rserve philosophique dont j'ai prcdemment pos1 d'une manire directe1 le vrai principe gnral4 ,l'extrme nouveaut et la difficult suprieure de la science que je m'efforce de crer1 ne me permettront pas toujours peut-tre de rester moi-mme strictement fidle cet important prcepte de logique positive3 mais j'aurai du moins suffisamment averti le lecteur1 qui pourra ainsi rectifier spontanment les dviations involontaires auxquelles je me laisserais insensiblement entraner4 ,note #a3 ,telles sont1 par exemple1 sous le rapport physique1 outre la situation1 thermologiquement si avantageuse1 sous la zone tempre1 l'existence de l'admirable bassin de la ,mditerrane1 autour duquel a d surtout s'effectuer d'abord le plus rapide dveloppement social1 ds que l'art nautique est devenu assez avanc pour permettre d'utiliser ce prcieux intermdiaire1 offrant1 l'ensemble des nations riveraines1 la fois la contiguit propre faciliter des relations suivies1 et la diversit qui les rend importantes une rciproque stimulation sociale4 ,pareillement1 sous le point de vue chimique1 l'abondance plus prononce du fer et de la houille dans ces contres privilgies1 a d certainement y contribuer beaucoup acclrer l'volution humaine4 ,enfin1 sous l'aspect biologique1 soit phytologique1 soit zoologique1 il est clair que ce mme milieu ayant t plus favorable1 d'une part aux principales cultures alimentaires1 d'une autre part au dveloppement des plus prcieux animaux domestiques1 la civilisation a d s'y trouver aussi1 par cela seul1 spcialement encourage4 ,mais1 quelque importance relle qu'on puisse dj attacher ces divers aperus1 de telles bauches sont videmment bien loin de suffire encore l'explication vraiment positive du phnomne propos3 et lorsque la formation convenable de la dynamique sociale aura ultrieurement permis de tenter directement une telle explication1 il est mme vident que chacune des indications prcdentes aura pralablement besoin d'tre soumise une scrupuleuse rvision scientifique1 fonde sur l'ensemble de la philosophie naturelle4 ,ayant dsormais convenablement caractris1 par l'ensemble des considrations prcdentes1 le vritable esprit qui doit ici ncessairement prsider l'emploi rationnel des observations historiques1 il ne me reste plus1 avant de procder directement l'apprciation sommaire du dveloppement social1 qu' achever1 pour mieux prvenir toute confusion essentielle1 de dterminer1 avec plus de prcision que je n'ai pu le faire au chapitre prcdent1 le mode rgulier de dfinition des poques successives que nous devrons ensuite examiner4 ,ma loi fondamentale d'volution fixe sans doute spontanment1 l'abri de tout arbitraire1 le principal attribut et la coordination gnrale de ces diverses phases1 en les rattachant toujours l'tat correspondant1 thologique1 mtaphysique1 ou positif du systme philosophique lmentaire des conceptions humaines4 ,nanmoins1 il reste encore ce sujet une incertitude secondaire1 que je dois d'abord dissiper rapidement1 et provenant de la progression ncessairement ingale de ces diffrens ordres de penses1 qui1 n'ayant pu marcher du mme pas1 suivant la loi hirarchique tablie au dbut de ce ,trait1 ont d faire jusqu'ici frquemment co-exister1 par exemple1 l'tat mtaphysique d'une certaine catgorie intellectuelle1 avec l'tat thologique d'une catgorie postrieure1 moins gnrale et plus arrire1 ou avec l'tat positif d'une autre antrieure1 moins complexe et plus avance1 malgr la tendance continue de l'esprit humain l'unit de mthode et l'homognit de doctrine4 ,cette apparente confusion doit1 en effet1 d'abord produire1 chez ceux qui n'en ont pas bien saisi le principe1 une fcheuse hsitation sur le vrai caractre philosophique des temps correspondans4 ,mais1 afin de la prvenir ou de la dissiper entirement1 il suffit ici de discerner1 en gnral1 d'aprs quelle catgorie intellectuelle doit tre surtout jug le vritable tat spculatif d'une poque quelconque4 ,or1 tous les motifs essentiels concourent spontanment1 cet gard1 pour indiquer1 avec une pleine vidence1 l'ordre de notions fondamentales le plus spcial et le plus compliqu1 c'est--dire celui des ides morales et sociales1 comme devant toujours fournir la base prpondrante d'un telle dcision2 non-seulement en vertu de leur propre importance1 ncessairement trs suprieure dans le systme mental de presque tous les hommes1 mais aussi1 chez les philosophes eux-mmes1 par suite de leur position rationnelle l'extrmit de la vraie hirarchie encyclopdique1 tablie au dbut de ce ,trait4 ,par cette double influence1 le caractre intellectuel de chaque poque doit1 en effet1 se trouver constamment domin par celui d'un tel genre de spculations humaines4 ,c'est seulement quand un nouveau rgime mental a pu s'tendre jusqu' cette extrme catgorie1 que l'on peut regarder l'volution correspondante comme pleinement ralise1 sans qu'il puisse alors rester aucune crainte ou espoir quelconques de retour l'tat antrieur3 l'avancement plus rapide des catgories plus gnrales et moins compliques ne peut essentiellement servir jusque-l qu' constater1 dans chaque phase1 les germes indispensables de la suivante1 sans que son caractre propre en puisse tre principalement affect2 ces considrations accessoires ne pourraient du moins tre autrement employes que pour subdiviser les poques1 un degr dont il serait maintenant trop prmatur de s'occuper spcialement4 ,ainsi1 nous devrons regarder1 par exemple1 l'poque thologique comme subsistant encore1 tant que les ides morales et politiques auront conserv un caractre essentiellement thologique1 malgr le passage d'autres catgories intellectuelles l'tat purement mtaphysique1 et quand mme l'tat vraiment positif aurait dj commenc pour les plus simples d'entre elles3 pareillement1 il faudra prolonger l'poque mtaphysique proprement dite jusqu' la positivit naissante de cet ordre prpondrant de conceptions humaines4 ,par cette manire de procder1 l'aspect essentiel de chaque poque demeurera aussi prononc que possible1 tout en laissant nettement ressortir la prparation spontane de l'poque suivante4 ,cet ensemble indispensable d'explications pralables tant maintenant complt1 commenons directement l'tude sommaire du dveloppement social1 d'aprs la loi fondamentale d'volution tablie au chapitre prcdent2 mais sans remonter toutefois jusqu' cet ge prliminaire1 dont la biologie doit fournir la sociologie la dtermination essentielle1 que je puis1 par consquent1 supposer ici suffisamment effectue aujourd'hui1 afin de ne point ralentir1 contrairement la principale destination de cet ouvrage1 la marche ncessairement trs rapide de notre opration historique1 et en rservant1 comme je l'ai dj indiqu1 pour le trait spcial1 une analyse philosophique trs importante1 qui1 vrai dire1 n'a jamais t convenablement institue4 ,nous devons1 en gnral1 nous attacher1 d'une part1 l'apprciation rationnelle du vritable caractre propre chaque phase successive2 et1 d'une autre part1 y constater nettement sa filiation ncessaire envers la prcdente1 ainsi que sa tendance non moins invitable prparer graduellement la suivante2 de faon raliser peu peu l'enchanement positif dont j'ai dj tabli le principe4 ,les mmes motifs fondamentaux qui ont dmontr1 avec tant d'vidence1 au chapitre prcdent1 l'invitable spontanit gnrale d'un tat intellectuel pleinement thologique1 n'auraient ici besoin que d'tre examins avec plus de prcision pour prouver1 au moins aussi clairement1 que toujours et partout ce premier rgime mental de l'humanit a d ncessairement commencer par un tat complet1 plus ou moins prononc mais ordinairement trs durable1 de pur ftichisme1 constamment caractris par l'essor libre et direct de notre tendance primitive concevoir tous les corps extrieurs quelconques1 naturels ou artificiels1 comme anims d'une vie essentiellement analogue la ntre1 avec de simples diffrences mutuelles d'intensit4 ,cette constitution originaire des spculations humaines serait sans doute difficile mconnatre aujourd'hui1 soit qu'on l'examint priori du point de vue rationnel o nous place l'ensemble de la thorie biologique de l'homme1 soit en l'tudiant posteriori d'aprs tous les renseignemens exacts que l'on peut combiner sur ce premier ge social3 enfin1 l'apprciation judicieuse du dveloppement individuel confirmerait videmment1 cet gard1 l'analyse immdiate de l'volution collective4 ,beaucoup de philosophes sont nanmoins parvenus1 d'aprs des mthodes vagues et vicieuses1 obscurcir profondment des notions aussi irrcusables1 en s'efforant d'tablir1 au contraire1 que le point de dpart intellectuel a d consister dans le polythisme proprement dit1 c'est--dire dans la croyance spontane des tres surnaturels1 distincts et indpendants de la matire1 passivement soumise1 pour tous ses phnomnes1 leurs volonts suprmes4 ,quelques-uns mme1 qui1 malgr leur prtendue rsolution pralable de tout examiner librement1 subissaient1 leur insu1 l'empire1 si rarement vitable1 des opinions vulgairement consacres1 sont alls jusqu' intervertir entirement la progression naturelle des ides thologiques1 en voulant reprsenter le monothisme rigoureux comme la vritable source primordiale1 d'o seraient ensuite issus1 par corruption graduelle1 le ftichisme aprs le polythisme#b4 ,il serait certainement superflu de s'arrter ici discuter aucunement ces diverses aberrations1 si manifestement contraires1 non-seulement l'ensemble des observations les plus dcisives sur l'homme et sur la socit1 mais encore toutes les lois les mieux tablies sur la marche ncessairement toujours graduelle de notre intelligence1 jusque dans ses plus simples exercices4 ,a tous gards1 notre vrai point de dpart1 intellectuel ou moral1 est invitablement beaucoup plus humble que ne l'indiquent ces fantastiques suppositions3 l'homme a partout commenc par le ftichisme le plus grossier1 comme par l'anthropophagie la mieux caractrise2 malgr l'horreur et le dgot que nous prouvons justement aujourd'hui au seul souvenir d'une semblable origine1 notre principal orgueil collectif doit consister prcisment1 non mconnatre vainement un tel dbut1 mais nous glorifier de l'admirable volution dans laquelle la supriorit1 graduellement dveloppe1 de notre organisation spciale1 nous a enfin tant levs au-dessus de cette misrable situation primitive1 o aurait sans doute indfiniment vgt toute espce moins heureusement doue4 ,note #b3 ,une telle hypothse ne saurait tre vraiment soutenable que pour ceux qui admettent1 cet gard1 une rvlation directe et spciale1 suivant l'esprit du systme catholique4 ,encore faudrait-il1 mme alors1 concevoir cette rvlation comme presque continue1 ou du moins frquemment renouvele1 afin de combattre sans cesse le retour toujours imminent la marche vraiment naturelle3 ainsi que le vrifie clairement le cas des ,hbreux1 malgr leur divin enseignement1 fortifi des prcautions les plus puissantes et les mieux soutenues1 incapables nanmoins1 en tant d'occasions1 d'y contenir suffisamment l'instinct spontan vers l'idoltrie primitive4 ,d'autres philosophes1 plus rapprochs1 ce sujet1 du vritable esprit scientifique1 tout en admettant cette progression vidente et ncessaire du ftichisme au polythisme et ensuite au monothisme1 sans laquelle la marche gnrale de l'humanit serait essentiellement inintelligible1 sont tombs1 leur tour1 dans une erreur inverse de la prcdente1 et qui1 beaucoup moins grave1 mrite cependant d'tre ici sommairement signale1 afin de prvenir1 autant que possible1 toute dviation quelconque relativement ce terme primordial1 dont l'altration rejaillirait naturellement sur tout le reste de la srie sociale4 ,cette erreur secondaire consiste regarder le ftichisme comme n'ayant point strictement caractris le rgime mental primitif1 en ce sens que ce premier tat1 quelque grossier qu'il soit en effet1 aurait t nanmoins toujours prcd lui-mme par une enfance encore plus imparfaite1 o l'homme1 exclusivement occup d'une conservation trop entrave1 ne prsenterait qu'une existence toute matrielle1 sans aucun souci d'opinions spculatives quelconques1 rduites mme au degr le plus lmentaire et le plus spontan3 tels seraient1 par exemple1 encore aujourd'hui1 les malheureux habitans de la ,terre de ,feu1 de diverses parties de l',ocanie1 de quelques parties de la cte nord-ouest d',amrique1 etc4 ,une semblable hypothse n'altrerait point essentiellement1 la manire des prcdentes1 notre progression fondamentale2 elle n'aurait videmment d'autre effet que d'y superposer un terme prliminaire1 dont la considration propre pourrait tre presque toujours carte dans l'usage ultrieur de la srie sociale4 ,mais la rectification de cette illusion1 d'ailleurs aisment explicable1 n'en offre pas moins1 sous un autre aspect philosophique1 une vritable importance1 afin de maintenir scrupuleusement l'unit et l'invariabilit ncessaires de la constitution fondamentale de l'homme1 si indispensable1 comme je l'ai montr1 au systme rationnel de la sociologie positive4 ,on voit1 en effet1 que1 d'aprs cette hypothse1 les besoins purement intellectuels n'auraient pas toujours exist1 sous une forme quelconque1 dans l'humanit1 et qu'il faudrait y admettre une poque o ils auraient absolument pris naissance1 sans aucune autre manifestation antrieure3 ce qui serait directement contraire ce grand principe1 fourni la sociologie par la biologie1 que1 toujours et partout1 l'organisme humain a d prsenter1 tous gards1 les mmes besoins essentiels1 qui n'ont pu successivement diffrer1 en aucun cas1 que par leur degr de dveloppement et leur mode correspondant de satisfaction4 ,une telle position de la question suffit certainement pour la rsoudre1 et montre aussitt que cette opinion doit ncessairement rsulter d'une fausse apprciation des faits4 ,dans l'tat mme d'idiotisme et de dmence1 o l'homme parat rabaiss au-dessous d'un grand nombre d'animaux suprieurs1 on pourrait encore constater1 avec les prcautions convenables1 l'existence d'un certain degr d'activit purement spculative1 qui se satisfait alors par un ftichisme trs grossier4 ,combien serait-il donc irrationnel1 plus forte raison1 de penser que1 aucun ge de l'enfance sociale1 l'homme normal1 et dou1 au moins implicitement1 de toutes ses facults1 ait pu jamais tre livr1 d'une manire rigoureusement exclusive1 une vie purement matrielle de guerre ou de chasse1 sans aucune manifestation quelconque des besoins intellectuels1 quelque oppressive qu'on veuille alors supposer la puissance d'un milieu dfavorable4 ,en principe1 cette hypothse serait videmment insoutenable4 ,mais je puis d'ailleurs facilement indiquer la source trs naturelle d'une pareille illusion1 que me semblent partager encore presque tous les observateurs1 mme les plus judicieux et les plus sagaces1 qui ont tudi1 par une exploration directe1 les premiers degrs de la vie sauvage2 ce qui doit faire mieux ressortir l'utilit de cette rectification4 ,il suffit de remarquer1 cet effet1 que1 dans ces diffrens cas1 l'absence relle d'ides thologiques quelconques a t essentiellement conclue1 non d'une confrence directe1 qui n'et pu mme tre convenablement tablie1 mais du seul dfaut de tout culte organis1 sacerdoce plus ou moins distinct4 ,or1 comme je l'expliquerai ci-aprs1 le ftichisme1 de sa nature1 peut se dvelopper beaucoup avant de donner lieu aucun vritable sacerdoce1 jusqu' ce qu'il ait atteint l'tat d'astroltrie1 ce qui arrive souvent fort tard1 et tout prs de sa transformation finale en polythisme proprement dit4 ,telle est la simple origine de cette illusion1 qui1 malgr sa gravit1 est1 au fond1 trs excusable1 chez des explorateurs qui ne pouvaient tre dirigs par aucune thorie positive1 propre prvenir ou rparer toute vicieuse interprtation des faits4 ,on a dit1 il est vrai1 l'appui d'une telle hypothse1 que l'homme a d essentiellement commencer la manire des animaux4 ,je l'admets en effet1 sauf la supriorit d'organisation1 mais en niant l'induction qu'on en veut tirer1 et qui repose1 mes yeux1 sur une fausse apprciation de l'tat mental des animaux eux-mmes4 ,car je suis convaincu que les animaux assez levs pour manifester1 en cas de loisir suffisant1 une certaine activit spculative 7et beaucoup d'espces en sont assurment susceptibles71 parviennent spontanment1 de la mme manire que nous1 une sorte de ftichisme grossier1 consistant toujours supposer les corps extrieurs1 mme les plus inertes1 anims de passions et de volonts plus ou moins analogues aux impressions personnelles du spectateur4 ,une judicieuse exploration de l'intelligence des animaux ne laisse aucun doute sur la ralit de cette similitude essentielle1 sauf la diffrence fondamentale que prsente l'incontestable aptitude de l'entendement humain se dgager graduellement de ces tnbres primitives1 qui1 pour les autres organismes1 mme les plus minens1 doivent1 au contraire1 indfiniment persister2 except peut-tre1 chez quelques animaux choisis1 un faible commencement de polythisme1 qu'il faudrait d'ailleurs attribuer surtout au contact humain4 ,que1 par exemple1 un enfant ou un sauvage1 d'une part1 et1 d'une autre part1 un chien ou un singe1 contemplent une montre pour la premire fois3 il n'y aura1 sans doute1 si ce n'est quant la manire de formuler1 aucune profonde diversit immdiate dans la conception spontane qui1 aux uns et aux autres1 reprsentera cet admirable produit de l'industrie humaine comme une sorte d'animal vritable1 ayant ses gots et ses inclinations propres3 d'o rsulte1 par consquent1 sous ce rapport1 un ftichisme radicalement commun1 les premiers ayant seulement le privilge exclusif d'en pouvoir ultrieurement sortir4 ,ainsi1 l'apprciation rationnelle du vritable degr de similitude ncessaire entre le dveloppement mental de l'homme et celui des autres animaux suprieurs1 d'aprs la similitude correspondante de leurs organismes crbraux1 n'aboutit rellement qu' confirmer de nouveau1 bien loin de l'altrer1 notre proposition gnrale sur le vrai point de dpart intellectuel de l'humanit4 ,exclusivement habitus ds long-temps une thologie minemment mtaphysique1 nous devons prouver aujourd'hui beaucoup d'embarras comprendre rellement cette grossire origine1 qui a d frquemment donner lieu de graves mprises involontaires4 ,c'est ainsi surtout que le ftichisme a mme t le plus souvent confondu avec le polythisme1 lorsqu'on a indment appliqu celui-ci la dnomination usuelle d'idoltrie1 qui ne convient certainement qu'au premier2 puisque les prtres de ,jupiter ou de ,minerve auraient pu sans doute aussi lgitimement repousser le reproche banal d'adoration des images que le font aujourd'hui nos docteurs catholiques quant l'injuste accusation des protestans4 ,mais1 quoique nous soyons heureusement assez loigns du ftichisme pour ne plus le concevoir aisment1 chacun de nous n'a qu' remonter suffisamment dans sa propre histoire individuelle1 pour y retrouver la fidle reprsentation d'un tel tat initial4 ,tous les philosophes qui sauront aujourd'hui se dgager convenablement des opinions vulgaires1 sentiront aussitt que le ftichisme constitue ncessairement le vrai fond primordial de l'esprit thologique1 envisag dans sa plus pure navet lmentaire1 et nanmoins dans sa plus entire plnitude intellectuelle3 c'est l que conviendrait minemment la clbre formule de ,bossuet3 ,tout tait dieu1 except ,dieu mme1 pourvu qu'on l'appliqut un point de dpart1 et non une chimrique dgnration2 car on peut strictement dire1 en effet1 que1 depuis cette premire poque1 le nombre des dieux a t sans cesse en dcroissant1 comme je l'expliquerai bientt4 ,lorsque1 mme aujourd'hui1 les plus minens penseurs se laissent involontairement entraner1 sous l'influence imparfaitement rectifie de notre vicieuse ducation1 tenter de pntrer le mystre de la production essentielle de phnomnes quelconques1 simples ou compliqus1 dont ils ignorent les lois naturelles1 ils peuvent alors personnellement constater cette invariable tendance instinctive concevoir la gnration des effets inconnus d'aprs les passions et les affections de l'tre correspondant1 toujours envisag comme vivant1 ce qui n'est rellement autre chose que le principe philosophique du ftichisme proprement dit4 ,ceux qui1 par exemple1 auront souri avec le plus de ddain la navet du sauvage animant spontanment la montre dont il admire le jeu1 pourraient1 leur tour1 se surprendre eux-mmes plus d'une fois dans une disposition mentale bien peu suprieure1 malgr leur habitude d'un tel spectacle1 quand ils contemplent1 entirement trangers l'horlogerie1 les accidens imprvus1 et souvent inexplicables1 dus quelque drangement inaperu de cet ingnieux appareil4 ,il nous serait1 sans doute1 trs difficile de contenir alors suffisamment la disposition naturelle qui nous entrane regarder ces altrations comme autant d'indices des affections ou des caprices d'un tre chimrique1 si la puissance1 enfin prpondrante1 d'une analogie antrieure dj fort tendue1 ne nous conduisait maintenant calmer notre inquitude intellectuelle par l'immdiate supposition gnrale d'une certaine lsion mcanique1 ultrieurement assignable1 comme en beaucoup d'autres cas semblables pralablement analyss notre entire satisfaction4 ,ainsi1 la philosophie thologique1 convenablement approfondie1 a toujours videmment pour base ncessaire le pur ftichisme1 qui divinise instantanment chaque corps ou chaque phnomne susceptibles d'attirer avec quelque nergie la faible attention de l'humanit naissante4 ,quelques transformations essentielles que cette philosophie primitive puisse ensuite subir graduellement1 une judicieuse analyse sociologique y pourra toujours mettre nu ce fond primordial1 jamais entirement dissimul1 mme dans l'tat religieux le plus loign du point de dpart4 ,non-seulement1 par exemple1 la thocratie gyptienne1 dont celle des ,juifs fut certainement une simple drivation1 a d prsenter1 aux temps de sa plus grande splendeur1 la co-existence rgulire et trs prolonge1 dans les diffrentes castes de sa hirarchie sacerdotale1 de nos trois ges religieux1 puisque les rangs infrieurs taient encore rests au simple ftichisme1 tandis que les premiers rangs taient en pleine possession d'un polythisme trs caractris1 et que les degrs suprmes s'taient mme dj levs trs probablement une certaine bauche du monothisme2 mais1 en scrutant plus profondment l'esprit thologique1 on peut1 en outre1 y reconnatre1 en tout temps1 par une analyse plus directe et plus dcisive1 des traces actuelles trs prononces du ftichisme fondamental1 malgr les formes les plus mtaphysiques qu'il ait pu affecter chez les plus subtiles intelligences4 ,qu'est-ce1 en effet1 au fond1 que cette clbre conception de l'me du monde chez les anciens1 ou cette assimilation plus moderne de la terre un immense animal vivant1 et tant d'autres doctrines analogues1 sinon un vritable ftichisme1 vainement dguis sous un pompeux verbiage philosophique8 ,il n'y a l1 sans doute1 comparativement au ftichisme spontan des temps primitifs1 d'autre diffrence essentielle que de se rapporter des tres collectifs et abstraits au lieu d'tres purement individuels et concrets4 ,de nos jours mme1 qu'est-ce rellement1 pour un esprit positif1 que ce tnbreux panthisme dont se glorifient si trangement1 surtout en ,allemagne1 tant de profonds mtaphysiciens1 sinon le ftichisme gnralis et systmatis1 envelopp d'un appareil doctoral propre donner le change au vulgaire8 ,par d'aussi dcisives confirmations d'un principe dj directement tabli1 il devient donc irrcusable que le pur ftichisme1 loin de constituer une simple aberration de l'esprit thologique1 en indique ncessairement la source fondamentale1 et dtermine son vrai caractre primordial1 jusqu'aux temps beaucoup plus rcens o1 comme je l'expliquerai bientt1 son mlange de plus en plus intime avec l'esprit mtaphysique proprement dit en altre profondment la nature originelle1 nanmoins toujours reconnaissable une saine exploration scientifique4 ,telle est donc notre thologie vraiment primitive1 celle qui prsente le plus compltement cette rigoureuse spontanit1 o rside1 d'aprs le chapitre prcdent1 le privilge essentiel de toute philosophie thologique1 et qu'aucun autre ge religieux n'a pu certainement offrir un degr aussi parfaitement appropri la torpeur initiale de l'entendement humain1 alors ainsi dispens mme de crer la fiction facile des divers agens surnaturels1 et se bornant cder presque passivement la pente naturelle qui nous entrane transporter au dehors ce sentiment d'existence dont nous sommes intrieurement pntrs1 lequel1 nous semblant d'abord expliquer suffisamment nos propres phnomnes1 nous sert immdiatement de base uniforme l'interprtation absolue de tous les phnomnes extrieurs4 ,cette premire philosophie a d rester1 comme toute autre1 borne d'abord au monde inanim1 considr dans tous ses phnomnes de quelque importance1 et sans excepter mme les phnomnes purement ngatifs1 par exemple ceux des ombres1 qui ont sans doute long-temps produit sur l'humanit naissante la mme impression fondamentale de terreur superstitieuse qu'ils dterminent encore si souvent dans notre enfance individuelle1 comme chez tant d'animaux4 ,mais cette thologie spontane n'a pas d tarder tre pareillement tendue l'tude de l'animalit1 jusqu' produire frquemment l'adoration#c formelle des animaux1 quand ils offraient l'homme1 sous un aspect quelconque1 un spectacle plus ou moins mystrieux1 c'est--dire dont il ne retrouvait pas en lui l'quivalent essentiel1 soit que l'exquise supriorit de l'odorat1 ou de tout autre sens1 leur procurt immdiatement des notions dont l'origine1 en beaucoup de cas1 nous chappe encore aujourd'hui1 soit qu'une plus grande susceptibilit organique leur ft1 certains gards1 sentir avant nous diverses variations principales de l'atmosphre1 etc4 ,note #c3 ,ce genre d'idoltrie a d toutefois tre bien moins commun qu'on ne l'a cru1 parce qu'on a souvent confondu sans doute1 avec une vritable adoration directe1 le respect spcial pour des animaux consacrs quelque divinit extrieure1 suivant un usage long-temps pratiqu chez les ,grecs et mme chez les ,romains1 indpendamment d'ailleurs de certains animaux habituellement entretenus comme instrumens de divination4 ,une telle manire de philosopher n'est pas moins parfaitement adapte1 par sa nature1 au vrai caractre moral de l'humanit naissante qu' sa premire situation mentale4 ,nous avons reconnu1 au chapitre prcdent1 que le sens gnral de l'volution humaine consiste surtout diminuer de plus en plus l'invitable prpondrance1 ncessairement toujours fondamentale1 mais d'abord excessive1 de la vie affective sur la vie intellectuelle1 ou1 suivant la formule anatomique1 de la rgion postrieure du cerveau sur la rgion frontale2 d'une manire d'ailleurs essentiellement commune au dveloppement de l'espce et celui de l'individu4 ,or1 cet empire1 videmment plus prononc l'origine1 des passions sur la raison1 et qui doit alors1 comme je l'ai montr1 nous disposer spcialement la philosophie thologique1 est certainement plus favorable encore la thologie ftichiste qu' aucune autre4 ,tous les corps observables tant ainsi immdiatement personnifis1 et dous de passions ordinairement trs puissantes1 selon l'nergie de leurs phnomnes1 le monde extrieur se prsente spontanment1 envers le spectateur1 dans une parfaite harmonie1 qui n'a pu jamais se retrouver ensuite au mme degr1 et qui doit produire en lui un sentiment spcial de pleine satisfaction1 que nous ne pouvons gure qualifier aujourd'hui convenablement1 faute de pouvoir suffisamment l'prouver1 mme en nous reportant1 par la mditation la plus intense et la mieux dirige1 ce berceau de l'humanit4 ,on conoit aisment combien cette exacte correspondance intime entre le monde et l'homme doit nous attacher profondment au ftichisme1 qui rciproquement tend aussi1 de toute ncessit1 prolonger spcialement un tel tat moral4 ,cette co-relation spontane peut encore se vrifier1 mme quand l'volution humaine est la plus avance1 en considrant les organisations ou les situations1 ds lors plus ou moins exceptionnelles1 o la vie affective acquiert1 un titre quelconque1le plus spcialement une prdominance trs rapproche de l'irrsistibilit4 ,malgr la plus grande culture intellectuelle1 les hommes qui1 pour ainsi dire1 pensent naturellement par le derrire de la tte1 ou ceux qui se trouvent momentanment dans une disposition semblable 7dont personne peut-tre1 mme parmi les meilleurs esprits1 n'a jamais t entirement prserv71 ont besoin d'exercer presque incessamment sur leurs propres penses une trs active surveillance1 pour ne pas se laisser essentiellement entraner1 dans l'tat trs prononc de crainte ou d'esprance dtermin par un passion quelconque1 une sorte de rechute aigu vers le ftichisme fondamental1 en personnifiant1 et ensuite divinisant1 jusqu'aux objets les plus inertes qui peuvent intresser leurs affections actuelles4 ,ces tendances partielles ou passagres peuvent nous suggrer aujourd'hui une faible ide de la puissance primordiale d'un tel tat moral1 lorsque1 la fois complet et normal1 il tait d'ailleurs permanent et commun4 ,la constitution1 encore si mtaphorique1 du langage humain1 dans les idiomes mme les plus perfectionns1 en offre aussi1 mes yeux1 un tmoignage universel et prolong1 irrcusable quoique indirect4 ,on ne saurait douter1 en effet1 que la formation du fond essentiel de ce langage ne remonte1 en grande partie1 jusqu' cet ge du ftichisme proprement dit1 qui a d persister plus long-temps qu'aucun autre peut-tre1 par la lenteur plus spciale des progrs qu'il comportait1 comme je vais l'expliquer4 ,en second lieu1 l'opinion ordinaire1 qui attribue surtout le frquent usage des expressions figures la seule disette de signes directs1 est sans doute trop rationnelle pour devenir suffisamment admissible1 autrement qu'envers une poque trs avance de l'volution intellectuelle4 ,jusque alors1 et prcisment pendant les temps qui ont d le plus influer sur la formation ou plutt le dveloppement de la langue humaine#d1 l'excessive surabondance des figures a d tenir bien davantage au rgime philosophique alors dominant1 qui1 surtout l'tat de ftichisme1 assimilant directement tous les phnomnes possibles aux actes humains1 devait faire introduire1 comme essentiellement fidles1 des expressions qui ne peuvent plus nous sembler que mtaphoriques1 depuis que nous avons compltement dpass l'tat mental qui en motivait le sens littral4 ,cet aperu scientifique serait1 au besoin1 suffisamment confirm par une remarque intressante1 dj faite depuis long-temps1 sur le dcroissement graduel d'une telle tendance mesure que l'esprit humain se dveloppe3 ce qui1 toutefois1 n'en rendrait point superflue l'ultrieure vrification spciale1 d'aprs un ensemble suffisant d'analyses philologiques convenablement institues4 ,pour faciliter la conception d'un tel travail1 je me bornerai ajouter ici une indication caractristique1 relative aux temps modernes1 o la nature des mtaphores se transforme insensiblement de plus en plus1 en ce que1 au lieu de transporter1 comme dans l'tat primitif1 au monde extrieur les expressions propres aux actes humains1 la rvolution fondamentale qui s'accomplit graduellement dans notre manire de philosopher nous conduit1 au contraire1 appliquer toujours davantage aux divers phnomnes de la vie des termes primitivement destins la nature inerte1 dont la considration prpondrante constitue1 comme je l'ai tant tabli1 la base ncessaire du vritable esprit scientifique1 qui exercera dsormais sur la constitution du langage humain une influence de plus en plus profonde4 ,note #d3 ,j'emploie ici dessein le singulier1 afin d'indiquer ma conviction bien arrte sur l'unit fondamentale du langage humain1 quoique la nature et la destination de cet ouvrage ne me permettent pas d'y examiner1 mme sommairement1 cet important sujet4 ,dans le ,trait spcial que j'ai annonc1 je pourrai ultrieurement justifier ce lumineux principe1 qui peut seul conduire constituer1 en temps opportun1 une vraie philosophie du langage1 et que l'esprit positif doit envisager1 ce me semble1 comme l'une des grandes donnes pralables fournies la sociologie par la biologie4 ,car chaque espce d'animaux suprieurs tant toujours doue1 en vertu de son organisation1 d'un certain langage propre1 dont l'identit ncessaire se fait partout sentir travers les diverses modifications quelconques1 souvent trs notables1 de climat et mme de race1 une vaine et fallacieuse mtaphysique me parat seule pouvoir conduire concevoir irrationnellement notre espce comme arbitrairement soustraite cette loi universelle du rgne animal1 sans que rien1 dans notre organisme1 pt certes motiver cette trange anomalie4 ,quand les hautes recherches philologiques1 qui1 du reste1 commencent dj spontanment converger avec vidence vers une telle tendance1 pourront tre enfin convenablement institues1 par l'indispensable concours permanent d'une plus saine ducation prliminaire avec l'usage rgulier d'une thorie sociologique vraiment directrice1 je ne doute pas qu'elles ne fassent alors de rapides progrs dans la manifestation irrcusable des vrais lmens fondamentaux de la langue humaine4 ,aprs avoir ainsi directement tabli1 sous le point de vue gnral propre cet ouvrage1 l'invitable ncessit de ce premier ge thologique1 et suffisamment expliqu son vrai caractre fondamental1 il nous reste apprcier sommairement son influence propre sur l'ensemble de l'volution humaine1 et ensuite1 plus spcialement1 la transformation graduelle qui en fait spontanment driver le second ge naturel de la philosophie thologique4 ,lorsque1 sans s'arrter aux premires impressions1 on compare1 d'une manire convenablement approfondie1 toutes les grandes phases religieuses de l'humanit1 il n'est plus douteux1 comme je l'ai ci-dessus indiqu1 que le ftichisme ne constitue rellement1 du moins quant l'existence individuelle1 l'tat thologique le plus intense1 c'est--dire celui o cet ordre d'ides exerce la plus vaste et la plus intime prpondrance dans tout notre systme mental4 ,quelque monstrueux que nous semble aujourd'hui1 chez les auteurs anciens1 l'inpuisable dnombrement des divinits du paganisme1 nous trouverions un rsultat bien plus trange encore s'il tait possible d'excuter suffisamment une telle revue envers les dieux des purs ftichistes1 ainsi que j'aurai lieu ci-aprs d'en signaler le principal motif4 ,cette multiplicit suprieure devait1 en effet1 rsulter du caractre essentiellement individuel et concret des croyances ftichiques1 o chaque corps observable devient spontanment le sujet propre d'une superstition distincte4 ,mais indpendamment d'une telle complication numrique1 cette liaison immdiate et continue doit alors donner une bien plus grande influence mentale aux conceptions thologiques1 travers lesquelles1 pour ainsi dire1 s'effectuent ncessairement toutes les observations2 sauf quelques rares notions pratiques sur les divers ordres de phnomnes naturels1 invitablement fournies par l'exprience involontaire1 et qui1 dans l'origine1 sont peu suprieures aux connaissances relles que les plus minens animaux acquirent d'une manire analogue4 ,a aucun autre ge religieux1 les ides thologiques n'ont certainement pu tre aussi directement ni aussi compltement adhrentes aux sensations elles-mmes1 qui alors les rappelaient presque sans dlai et sans discontinuit2 en sorte qu'il devait tre presque impossible l'intelligence d'en faire essentiellement abstraction1 mme d'une manire partielle et momentane4 ,l'immense progrs qui nous spare heureusement de cette premire enfance1 doit en rendre maintenant trs difficile l'exacte apprciation1 outre l'embarras croissant des explorations directes de plus en plus rares4 ,mais1 en se plaant au point de vue convenable#e1 je ne doute pas que la plupart des juges comptens ne reconnaissent enfin la justesse de cette importante observation sur la prpondrance intellectuelle de l'esprit thologique1 beaucoup plus prononce au temps du ftichisme que sous aucun autre rgime religieux3 ce qui tend confirmer1 ds le point de dpart1 ma proposition gnrale sur le dcroissement continu d'un tel esprit mesure que l'volution intellectuelle s'accomplit1 suivant ma thorie fondamentale du dveloppement humain4 ,toutefois1 la confusion trop ordinaire o tombent presque tous les philosophes entre l'empire mental des croyances religieuses et leur influence sociale1 empche essentiellement1 cet gard1 toute saine apprciation gnrale1 parce que ce n'est point alors en effet que la philosophie thologique a pu obtenir son plus grand1 et surtout son plus heureux ascendant politique1 dont le dveloppement propre a d tre plutt en sens inverse1 par une remarquable concidence1 que la suite de notre opration historique expliquera spontanment4 ,afin de dissiper ici1 ce sujet1 toute incertitude essentielle1 il faut donc maintenant caractriser le motif principal de la moindre puissance du ftichisme comme moyen de civilisation1 malgr son extension intellectuelle certainement suprieure2 d'o rsultera ensuite aisment la dtermination sommaire de sa vritable influence sociale4 ,note #e3 ,c'est uniquement au trs petit nombre d'esprits pleinement philosophiques qui ont pu essentiellement accomplir dj la grande volution mentale1 qu'il appartient aujourd'hui d'entreprendre avec succs de telles comparaisons1 cause de l'heureuse facult que leur procure exclusivement une entire mancipation personnelle1 de transporter presque indiffremment leurs penses tous les degrs de l'chelle thologique1 sans aucune prdilection perturbatrice4 ,j'aurai plus d'une occasion naturelle de faire nettement sentir1 dans les deux chapitres suivans1 que ce n'est point des philosophes religieux qu'on doit finalement attendre une histoire vraiment rationnelle de la religion1 conue et excute d'une manire impartiale et lumineuse4 ,a la vrit1 l'esprit de dnigrement systmatique qui caractrisait1 cet gard1 les encyclopdistes du sicle dernier1 devait certainement les rendre encore moins propres cette haute apprciation philosophique4 ,elle ne saurait convenir qu' des intelligences aussi pleinement affranchies des prventions mtaphysiques que des prjugs thologiques1 et pour lesquelles ces deux ordres d'ides antagonistes soient dsormais pareillement ensevelis dans un irrvocable pass1 o la part ncessaire de chacun d'eux devient exactement assignable1 d'aprs la vraie thorie gnrale du dveloppement humain4 ,on doit1 cet effet1 remarquer d'abord que1 malgr les rcriminations modernes contre l'autorit sacerdotale1 une telle autorit est nanmoins strictement indispensable pour utiliser rellement la proprit civilisatrice de la philosophie thologique4 ,non-seulement toute doctrine quelconque exige videmment des organes spciaux1 qui puissent toujours en diriger et en surveiller l'application sociale4 ,mais1 en outre1 les croyances religieuses sont1 par leur nature1 beaucoup plus compltement assujties que toutes les autres cette ncessit commune1 cause du vague indfini qui les caractrise spontanment1 et qui ne peut tre suffisamment contenu que par l'exercice permanent d'une trs active discipline1 convenablement organise4 ,sans cette indispensable condition1 les ides thologiques peuvent avoir beaucoup d'extension et d'nergie1 au point mme d'occuper presque exclusivement l'intelligence1 et ne comporter nanmoins qu'une trs faible consistance politique1 en suscitant plutt des divergences que des convergences3 comme nous le confirme minemment la grande exprience des trois derniers sicles1 o1 par la dsorganisation gnrale de l'ancienne autorit thologique1 les croyances religieuses sont devenues bien plus un puissant principe de discorde qu'un vritable lien social1 contrairement leur destination essentielle1 que l'tymologie semble aujourd'hui rappeler avec une sorte d'ironie4 ,or1 en ayant convenablement gard cette considration fondamentale1 il est facile d'expliquer la moindre influence sociale de la philosophie thologique l'poque du ftichisme1 malgr qu'elle occupt certainement alors beaucoup plus de place dans l'ensemble de l'entendement humain4 ,cette concidence ncessaire tient1 en effet1 ce que le ftichisme comportait infiniment moins que le polythisme et le monothisme le dveloppement propre d'une autorit sacerdotale distinctement organise en classe spciale1 par une suite ncessaire du caractre essentiel des croyances correspondantes4 ,presque tous les dieux du ftichisme sont minemment individuels1 et chacun d'eux a sa rsidence invitable et permanente dans un objet particulirement dtermin2 tandis que ceux du polythisme ont1 de leur nature1 une bien plus grande gnralit1 un dpartement beaucoup plus tendu quoique toujours propre1 et enfin un sige infiniment moins circonscrit4 ,cette diffrence fondamentale constitue sans doute1 pour le ftichisme1 une aptitude plus prononce correspondre spontanment1 avec une exacte harmonie1 l'tat primitif de l'esprit humain1 o toutes les ides sont ncessairement1 au plus haut degr1 particulires et concrtes2 et de l rsulte1 comme je l'ai ci-dessus not1 la multiplicit trs suprieure des divinits de cette premire enfance4 ,mais1 sous le point de vue social1 il est pareillement vident que de telles croyances offrent1 par leur nature1 beaucoup moins de ressources1 soit pour runir les hommes1 soit pour les gouverner4 ,quoiqu'il existe1 sans doute1 des ftiches de tribu1 et mme de nation1 la plupart nanmoins sont essentiellement domestiques1 ou mme personnels1 ce qui offre bien peu de secours au dveloppement spontan de penses suffisamment communes4 ,en second lieu1 le sige immdiat de chaque divinit dans un objet matriel nettement dtermin1 doit rendre le sacerdoce proprement dit presque inutile1 et1 par suite1 tend empcher directement l'essor d'une classe spculative1 vraiment distincte et influente4 ,ce n'est pas que le culte ne soit alors fort tendu1 car il tient1 au contraire1 bien plus de place1 qu' aucune poque thologique plus avance1 dans l'ensemble de la vie humaine1 qui en est plus intimement pntre1 chaque acte particulier de l'homme ayant pour ainsi dire son propre aspect religieux4 ,mais c'est presque toujours un culte essentiellement personnel et direct1 dont chaque croyant peut tre le ministre immdiat1 sans aucune interposition force envers ses divinits spciales1 constamment accessibles par leur nature4 ,c'est surtout la croyance ultrieure des dieux habituellement invisibles1 plus ou moins gnraux1 et essentiellement distincts des corps soumis leur arbitraire discipline1 qui a d dterminer1 l'ge du polythisme1 le dveloppement rapide et prononc d'un vrai sacerdoce1 susceptible d'une haute prpondrance sociale1 comme constituant1 d'une manire rgulire et permanente1 un intermdiaire indispensable entre l'adorateur et sa divinit4 ,le ftichisme1 au contraire1 n'exigeait point videmment cette invitable intervention1 et tendait ainsi prolonger extrmement l'enfance de l'organisation sociale1 dont le premier essor1 comme je l'ai tabli au chapitre prcdent1 devait certainement dpendre de la formation distincte d'une classe spculative1 c'est--dire alors sacerdotale4 ,dans l'analyse1 beaucoup mieux connue1 des ges thologiques ultrieurs1 on peut observer encore des traces trs marques de ce caractre ncessaire des cultes primitifs1 aux temps mme de la plus entire extension intellectuelle et sociale du polythisme grec ou romain1 en considrant le mode spcial1 trs prcieux remarquer sous ce rapport1 qui y distinguait l'adoration des dieux lares et pnates1 divinits essentiellement domestiques1 o l'on doit1 mon gr1 reconnatre de purs ftiches1 dont le culte1 particulirement modifi chez les diverses familles1 s'y clbrait toujours directement1 sans intervention sacerdotale1 chaque fidle1 ou du moins chaque chef de famille1 tant rest1 cet gard1 une sorte de prtre spontan4 ,toutefois1 l'observation plus complte et plus varie des populations ftichistes semble indiquer que ce premier ge religieux n'est point entirement incompatible avec la formation bauche d'une certaine classe sacerdotale1 commenant se dtacher assez distinctement de la masse sociale1 comme l'indiquent divers cas relatifs des professions spciales de devins1 de jongleurs1 etc41 chez plusieurs peuplades ngres1 qui ne sont point cependant sorties entirement du vrai ftichisme4 ,mais1 par un examen plus approfondi de ces degrs de l'chelle sociale1 soit dans l'antiquit1 soit de nos jours1 on reconnatra toujours1 ce me semble1 que le ftichisme est alors essentiellement parvenu l'tat d'astroltrie1 qui constitue son plus haut perfectionnement propre1 et sous lequel s'effectue1 comme je l'expliquerai bientt1 sa transition gnrale au polythisme proprement dit4 ,or1 cette phase plus minente1 mais aussi beaucoup plus tardive1 du ftichisme fondamental1 tend1 en effet1 par sa nature spciale1 provoquer directement le dveloppement distinct d'un vrai sacerdoce4 ,d'abord1 la considration des astres porte en elle-mme un caractre d'vidente gnralit1 qui les rend immdiatement aptes devenir des ftiches vraiment communs2 et c'est toujours aussi de cette source exclusive que l'analyse sociologique nous les montre essentiellement tirs chez des populations un peu tendues4 ,en second lieu1 quand leur situation pleinement inaccessible a t suffisamment reconnue1 ce qui a d tre beaucoup moins immdiat qu'on ne le croit d'ordinaire1 le besoin d'intermdiaires spciaux a d se faire sentir1 leur gard1 d'une manire irrcusable4 ,tels sont les deux caractres essentiels1 gnralit suprieure1 et accs plus difficile1 qui1 sans altrer directement la nature fondamentale du ftichisme universel1 ont d y rendre l'adoration des astres particulirement propre dterminer la formation d'un culte vraiment organis et d'un sacerdoce pleinement distinct1 sans lesquels le dveloppement politique serait demeur essentiellement impossible4 ,on conoit ainsi combien sont radicalement vicieuses les tendances vagues et absolues de la philosophie politique actuelle1 qui nous font1 par exemple1 condamner aveuglment le culte des astres comme un principe universel de dgradation humaine2 tandis que l'avnement de l'astroltrie constitue rellement1 au contraire1 non-seulement un symptme essentiel1 mais aussi un puissant moyen1 de progrs social1 pour les temps correspondans1 quoique sa prolongation dmesure ait d ultrieurement devenir une source d'entraves4 ,mais il a d s'couler un temps fort considrable avant que l'adoration des astres ait pu prendre un ascendant prononc sur les autres branches du ftichisme1 de manire imprimer l'ensemble du culte les caractres essentiels d'une vritable astroltrie4 ,car1 l'esprit humain1 d'abord proccup des considrations les plus directes et les plus particulires1 ne pouvait alors nullement placer les corps clestes au premier rang des substances extrieures4 ,ils ont d long-temps avoir pour lui beaucoup moins d'importance qu'un grand nombre de phnomnes terrestres2 tels1 par exemple1 que les principaux effets mtorologiques1 qui1 un ge bien plus avanc1 et pendant presque tout le rgne thologique1 ont essentiellement fourni les attributs caractristiques du suprme pouvoir surnaturel4 ,tandis qu'on reconnaissait alors si gnralement tous les magiciens habiles une autorit fort tendue sur la lune et les toiles1 personne n'aurait os leur supposer aucune participation quelconque au gouvernement du tonnerre4 ,il a donc fallu pralablement une suite trs prolonge de modifications graduelles dans les conceptions humaines1 pour intervertir en quelque sorte l'ordre primordial1 en plaant enfin les astres la tte des corps naturels1 quoique toujours ncessairement subordonns la terre et l'homme1 suivant l'esprit fondamental de la philosophie thologique1 parvenue mme son plus haut perfectionnement total4 ,or1 c'est seulement quand le ftichisme s'est ainsi lev enfin l'tat d'astroltrie1 qu'il a pu exercer1 d'une manire permanente et rgulire1 une influence politique vraiment capitale1 par le double motif ci-dessus indiqu4 ,telle est donc1 dsormais1 en gnral1 l'explication rationnelle de ce singulier caractre1 source inextricable de confusion dans les jugemens ordinaires sur ces degrs infrieurs de l'chelle sociale1 qui fait alors concider essentiellement une plus grande extension intellectuelle de l'esprit thologique avec une moindre influence sociale4 ,ainsi1 non-seulement le ftichisme1 comme toute autre philosophie quelconque1 n'a pu s'tendre aux considrations morales et sociales qu'aprs avoir d'abord suffisamment dirig toutes les spculations moins compliques3 mais1 en outre1 des motifs spciaux trs puissans ont d1 comme on le voit1 retarder extrmement l'poque o il a pu acqurir une vritable consistance politique1 malgr son immense extension intellectuelle pralable4 ,en terminant cette apprciation sommaire1 je ne puis m'empcher de signaler une importante rflexion qu'elle suggre naturellement sur l'ensemble du rgne thologique1 et qui est dj trs propre rendre fort douteuse cette aptitude caractristique servir indfiniment de base aux liens sociaux1 qu'on attribue encore vulgairement aux croyances religieuses1 l'exclusion de tout autre ordre quelconque de conceptions communes4 ,il rsulte spontanment1 en effet1 des considrations prcdentes1 que cette proprit politique est bien loin de leur appartenir d'une manire aussi intime et aussi absolue qu'on le suppose1 puisqu'elle n'a pu se dvelopper librement au temps mme de la plus grande extension mentale du systme religieux4 ,cette observation dcisive ne fera que se complter davantage par la suite de notre opration historique1 en reconnaissant1 dans le polythisme1 et surtout dans le monothisme1 la co-relation vidente et ncessaire du dcroissement intellectuel de l'esprit thologique avec une plus parfaite ralisation de sa facult civilisatrice2 ce qui confirmera naturellement de plus en plus que cette grande destination sociale1 tout comme l'efficacit purement philosophique1 ne pouvait lui tre attribue que provisoirement1 et jusqu' l'avnement de principes la fois plus directs et plus stables1 suivant la thorie fondamentale expose la fin du volume prcdent4 ,d'aprs l'ensemble de ces explications1 ce sera donc surtout aux deux leons suivantes que nous devrons naturellement rserver la juste apprciation gnrale des plus importans effets du systme thologique dans la grande volution humaine4 ,mais1 quoique le ftichisme ait d tre ainsi ncessairement beaucoup moins propre1 si ce n'est dans sa dernire phase1 au principal dveloppement de la politique thologique1 son influence sociale n'en a pas moins t trs tendue1 et mme indispensable1 comme nous allons maintenant l'apprcier sommairement4 ,sous le point de vue purement philosophique1 o1 en tant que destine diriger alors le systme gnral des spculations humaines1 cette premire forme de l'esprit religieux ne prsente que simplement au moindre degr possible la proprit fondamentale que nous avons reconnue1 en principe1 rigoureusement inhrente toute philosophie thologique1 de pouvoir seule branler la torpeur initiale de notre intelligence1 en fournissant spontanment nos conceptions un aliment et un lien quelconques4 ,mais1 si le ftichisme lui-mme a certainement particip1 sous ce rapport1 ce grand caractre de la philosophie primitive1 son action ultrieure1 aprs la production gnrale du premier veil mental1 a d tendre videmment1 avec beaucoup d'nergie1 empcher l'essor des connaissances relles4 ,jamais1 en effet1 l'esprit religieux n'a pu tre aussi directement oppos que dans ce premier ge tout vritable esprit scientifique1 l'gard mme des plus simples phnomnes4 ,toute ide de lois naturelles invariables devrait alors paratre minemment chimrique1 et serait d'ailleurs1 si elle pouvait distinctement surgir1 aussitt repousse comme radicalement contraire au mode consacr1 qui rattache immdiatement l'explication dtaille de chaque phnomne aux volonts arbitraires du ftiche correspondant4 ,l'esprit scientifique est sans doute bien peu favoris encore par le polythisme1 comme nous le reconnatrons au chapitre suivant2 mais il y est certainement beaucoup moins comprim que sous le ftichisme1 quand on les compare1 cet gard1 d'une manire suffisamment approfondie4 ,dans cette premire enfance intellectuelle1 que nous pouvons maintenant si peu comprendre1 les faits chimriques l'emportent infiniment sur les faits rels2 ou1 plutt1 il n'y a1 pour ainsi dire1 aucun phnomne qui puisse tre alors nettement aperu sous son aspect vritable4 ,sous le ftichisme1 et mme pendant presque tout le rgne du polythisme1 l'esprit humain est ncessairement1 envers le monde extrieur1 en un tat habituel de vague proccupation qui1 quoique alors normal et universel1 n'en produit pas moins l'quivalent effectif d'une sorte d'hallucination permanente et commune1 o1 par l'empire exagr de la vie affective sur la vie intellectuelle1 les plus absurdes croyances peuvent altrer profondment l'observation directe de presque tous les phnomnes naturels4 ,nous sommes aujourd'hui trop disposs traiter d'impostures des sensations exceptionnelles1 que nous avons heureusement cess de pouvoir directement comprendre1 et qui ont t nanmoins1 toujours et partout1 trs familires aux magiciens1 devins1 sorciers1 etc41 de cette grande phase sociale4 ,mais1 en revenant1 autant que possible1 l'image d'une telle enfance1 o l'absence totale des notions mme les plus simples sur les lois de la nature doit faire indiffremment admettre les plus chimriques rcits avec les plus communes observations1 sans que rien pour ainsi dire puisse alors sembler spcialement monstrueux1 on pourra reconnatre aisment la facilit trop relle avec laquelle l'homme voyait si souvent tout ce qu'il tait dispos voir1 par des illusions qui me semblent fort analogues celles que le grossier ftichisme des animaux parat leur procurer trs frquemment4 ,quelque familire que doive nous tre aujourd'hui l'opinion fondamentale de la constance des vnemens naturels1 sur laquelle repose ncessairement tout notre systme mental1 elle ne nous est certainement point inne1 puisqu'on peut presque assigner1 dans l'ducation individuelle1 l'poque vritable de sa pleine manifestation4 ,la philosophie positive1 qui exclut partout l'absolu1 et qui est1 par sa nature1 strictement assujtie la condition1 souvent pnible1 de tout comprendre afin de tout coordonner1 doit1 cet gard1 disposer dsormais les penseurs reconnatre1 au contraire1 que cette invariabilit des lois naturelles est1 pour l'esprit humain1 le laborieux rsultat gnral d'une acquisition lente et graduelle1 aussi bien chez l'espce que chez l'individu4 ,or1 le sentiment de cette rigoureuse constance ne pouvait se dvelopper directement tant que l'esprit purement thologique conservait son plus grand ascendant mental1 sous le rgime du ftichisme1 si videmment caractris par l'extension immdiate et absolue des ides de vie1 tires du type humain1 tous les phnomnes extrieurs4 ,en apprciant convenablement une telle situation1 on cesse de trouver tranges les frquentes hallucinations que pouvait produire1 chez des hommes nergiques1 une activit intellectuelle aussi imparfaitement rgle1 la moindre surexcitation dtermine par le jeu spontan des passions humaines1 ou quelquefois provoque volontairement par diverses stimulations spciales1 que plusieurs biologistes ont dj assez judicieusement signales1 comme la pratique de certains mouvemens graduellement convulsifs1 l'usage de quelques boissons ou vapeurs fortement enivrantes1 l'emploi de frictions susceptibles d'effets analogues1 etc4 ,sans recourir mme ces moyens particuliers1 dont l'histoire nous montre cependant la frquente influence1 les causes naturelles d'aberration commune sont alors tellement prononces1 que1 par une convenable apprciation1 on devra1 ce me semble1 fliciter bien plutt l'esprit humain de ce que sa rectitude fondamentale a si souvent contenu1 pendant cette premire enfance1 la direction illusoire que les seules thories alors possibles tendaient lui imprimer presque indfiniment4 ,considre quant aux beaux-arts1 l'action gnrale du ftichisme sur l'intelligence humaine n'est point certainement aussi oppressive1 beaucoup prs1 que sous l'aspect scientifique4 ,il est mme vident qu'une philosophie qui animait directement la nature entire1 devait tendre favoriser minemment l'essor spontan de notre imagination1 alors ncessairement investie d'une haute prpondrance mentale4 ,aussi les premiers essais de tous les beaux-arts1 sans en excepter la posie1 remontent-ils incontestablement jusqu' l'ge du ftichisme4 ,mais le polythisme ayant d stimuler bien davantage encore leur dveloppement propre1 il convient1 pour abrger1 de remettre au chapitre suivant l'ensemble des considrations trs sommaires que nous devrons indiquer ce sujet4 ,il s'agira alors essentiellement d'expliquer comment1 dans la vie collective comme dans la vie individuelle1 l'essor positif des facults humaines a d s'oprer d'abord par les facults d'expression1 de manire acclrer graduellement l'volution plus tardive des facults suprieures et moins prononces1 d'aprs la liaison gnrale que notre organisation tablit entre elles4 ,quant au dveloppement industriel1 philosophiquement dfini1 c'est--dire embrassant l'ensemble total de l'action de l'homme sur le monde extrieur1 il remonte1 incontestablement1 jusqu' ce premier ge social1 o l'humanit1 sous les plus importans aspects1 a jet les bases lmentaires de sa conqute gnrale du globe terrestre4 ,trop disposs maintenant mconnatre les services indispensables de ces temps primitifs1 nous oublions que l'industrie humaine leur doit surtout la premire bauche de ses ressources les plus puissantes1 l'association de l'homme avec les animaux disciplinables1 l'usage permanent du feu1 et l'emploi des forces mcaniques2 et1 mme le commerce proprement dit y trouve son premier essor distinct1 par la naissante institution des monnaies4 ,en un mot1 presque tous les arts et procds industriels y ont ncessairement leur origine fondamentale4 ,mais1 en outre1 l'exercice effectif de l'activit humaine accomplit alors spontanment une fonction prliminaire d'une haute importance pour l'ensemble de notre volution1 en prparant1 pour ainsi dire1 le thtre ultrieur de la civilisation1 comme l'loquente apprciation de ,buffon est si propre le faire sentir1 dans son admirable parallle entre la nature brute et la nature perfectionne par l'homme4 ,l'action destructive que les peuplades primitives de chasseurs se plaisent dvelopper avec tant d'nergie1 n'est pas seulement utile au genre humain comme offrant souvent un motif immdiat de liaison1 quelquefois fort tendue1 entre les diverses familles1 en un temps o il est difficile d'apercevoir1 sinon pour la guerre1 d'autres motifs quivalens4 ,mais une telle destruction est surtout directement indispensable au dveloppement social ultrieur1 dont la scne ncessaire se trouve d'abord videmment encombre par la multiplicit suprieure des animaux de toute espce4 ,aussi cette nergie destructive est-elle alors tellement prononce1 qu'on a pu quelquefois y voir1 sans trop d'invraisemblance1 une cause secondaire susceptible de concourir1 avec les puissances prpondrantes considres en gologie1 l'entire disparition de certaines races1 surtout parmi les plus grandes4 ,on peut faire des remarques essentiellement analogues sur les dvastations exerces ensuite par les peuples pasteurs1 et qui affectent plus spcialement la vgtation superflue4 ,mais1 si l'on ne peut mconnatre1 sous ces divers aspects1 la participation essentielle de cet ge primitif l'volution industrielle de l'humanit1 il est difficile aujourd'hui d'apprcier exactement la vritable influence du ftichisme sur ce genre de dveloppemens#f4 ,au premier abord1 la conscration directe de la plupart des corps extrieurs semble mme devoir tendre interdire l'homme toute grave modification du monde environnant4 ,il n'est pas douteux1 en effet1 que l'influence prolonge du ftichisme ne constitue1 sous ce rapport1 de vritables et puissans obstacles1 qui deviendraient presque insurmontables si l'esprit humain pouvait jamais tre1 surtout alors1 pleinement consquent1 et si ces croyances ne pouvaient tre1 cet gard1 suffisamment neutralises par l'opposition mutuelle que leur nature comporte si aisment1 quand quelque instinct puissant s'y trouve intress4 ,toutefois1 outre cet important antagonisme spontan1 le ftichisme prsente dj1 un haut degr1 cette prcieuse proprit gnrale que j'ai signale1 en principe1 au chapitre prcdent1 comme inhrente au rgime thologique1 de favoriser le premier essor de l'activit humaine1 par les illusions fondamentales qu'il inspire sur la prpondrance de l'homme1 auquel le monde entier doit sembler subordonn1 tant que l'invariabilit des lois naturelles n'est point encore reconnue4 ,quoique cette suprmatie ne soit alors ralisable que par l'irrsistible intervention des agens divins1 il n'est pas moins vident que le sentiment continu de cette protection suprme doit tre1 cette poque1 minemment propre exciter et soutenir l'nergie active de l'homme1 malgr d'immenses obstacles extrieurs1 qu'il ne pourrait sans doute oser autrement braver4 ,ainsi1 quelque imparfaite1 et mme prcaire1 que soit ncessairement une telle stimulation1 il y faut voir une indispensable ressource1 jusqu'aux temps trs rcens o la connaissance des lois de la nature est assez avance pour servir de base rationnelle et solide l'action1 la fois sage et hardie1 de l'humanit sur le monde extrieur4 ,or1 cette fonction provisoire convient alors d'autant mieux au ftichisme1 qu'il prsente l'homme1 de la manire la plus directe et la plus complte1 le naf espoir d'un empire presque illimit1 obtenir par la voie religieuse activement suivie4 ,plus on mditera sur ces temps primitifs1 plus on sentira que le pas principal y devait consister1 au physique comme au moral1 retirer l'esprit humain de sa torpeur animale3 et c'et t aussi1 l'un et l'autre gard1 le pas le plus difficile1 si l'essor spontan de la philosophie thologique1 l'tat initial de ftichisme1 n'et ouvert dfinitivement la seule issue qui ft alors possible4 ,quand on examine convenablement les illusions caractristiques de ce premier ge1 sur la facult mystrieuse d'observer immdiatement les vnemens les plus lointains et les plus cachs1 sur le pouvoir de modifier le cours des astres1 d'apaiser ou d'exciter les temptes1 etc41 le sourire spontan d'un ddain peu philosophique fait place l'apprciation rationnelle qui nous y montre les symptmes ncessaires de l'veil primordial de notre intelligence et de notre activit4 ,note #f3 ,quoique le point de vue concret doive tre ici soigneusement cart1 d'aprs les explications pralables de cette leon1 je crois cependant1 afin de prvenir1 autant que possible1 toute confusion dans les vrifications spciales1 devoir avertir1 ce sujet1 que je n'entends pas ainsi tablir une correspondance ncessaire entre le ftichisme et l'un seulement des trois modes gnraux d'existence matrielle qu'on a coutume de distinguer parmi les peuples primitifs1 successivement chasseurs1 pasteurs et agriculteurs4 ,je sais qu'on peut citer plusieurs exemples de nations pastorales dj parvenues au polythisme1 et d'autres de nations agricoles restes ftichistes4 ,mais1 malgr cette diversit effective1 je continue l'apprciation abstraite en supposant les deux transitions matrielles toujours accomplies avant la cessation du ftichisme2 parce qu'il existe1 en effet1 comme on va le voir1 un motif fondamental pour qu'il en soit ainsi1 quoique cette tendance spontane puisse tre1 en certains cas particuliers que je n'ai point analyser1 surmonte par des influences contraires4 ,enfin1 sous le point de vue social proprement dit1 le ftichisme1 quoique ayant d tre1 d'aprs nos explications antrieures1 moins efficace1 en gnral1 que les autres modes ultrieurs de l'esprit thologique1 offre cependant des proprits relles d'une haute importance pour l'ensemble du dveloppement humain4 ,nous sommes maintenant1 surtout cet gard1 trop disposs mconnatre les immenses bienfaits des influences religieuses1 auxquelles ceux mme qui s'en croient encore le plus intimement pntrs sont dj fort loigns d'attribuer suffisamment tous les progrs qu'elles ont rellement dtermins1 quand ils ont dpendu de croyances actuellement teintes4 ,aussi bien sous le rapport social que sous le rapport intellectuel1 la philosophie positive1 quelque paradoxale que semble d'abord chez elle une semblable proprit1 peut seule1 au fond1 faire enfin dignement apprcier toute la haute participation ncessaire de l'esprit religieux l'ensemble de la grande volution4 ,or1 ici n'est-il pas directement vident que les efforts moraux devant1 par une invincible ncessit organique1 presque toujours combattre1 un degr quelconque1 les plus nergiques impulsions de notre nature1 l'esprit thologique avait besoin de fournir la discipline sociale une base gnrale indispensable1 en un temps o la prvoyance1 soit collective1 soit individuelle1 tait certainement beaucoup trop limite pour offrir un point d'appui suffisant aux influences purement rationnelles8 ,mme des poques bien moins arrires1 les institutions qui deviennent ensuite le mieux susceptibles d'tre habituellement rattaches de simples motifs humains1 doivent long-temps reposer sur de tels fondemens1 jusqu' ce que notre raison soit assez affermie3 c'est ainsi1 par exemple1 que nous voyons mme les moindres prceptes hyginiques ne pouvoir d'abord s'tablir1 d'une manire fixe et commune1 que sous la haute autorit des prescriptions religieuses4 ,une irrsistible induction doit donc nous faire sentir la ncessit primitive de la conscration thologique dans les modifications sociales o l'on est aujourd'hui le moins dispos concevoir son intervention4 ,ainsi1 on la regarde d'ordinaire comme essentiellement trangre l'essor graduel et rgulier de l'esprit de proprit inhrent l'homme2 et1 cependant1 l'analyse approfondie de certaines phases remarquables de la sociabilit me semble indiquer clairement1 cet gard1 un indispensable concours de l'influence religieuse3 telle est1 entre autres1 cette clbre institution du ,tabou1 si importante chez les peuples les plus avancs de l',ocanie1 et qui1 mon gr1 constitue aujourd'hui1 pour le philosophe1 une prcieuse trace de l'universelle participation spciale des croyances thologiques la consolidation primitive de la proprit territoriale1 lorsque les peuples chasseurs ou pasteurs passent finalement l'tat agricole4 ,quoique les liaisons d'ides propres ces ges primitifs soient aujourd'hui trs difficilement saisissables1 mme d'aprs une saine thorie1 cause du point de vue trop diffrent o nous sommes forcment placs1 il est pareillement trs vraisemblable que l'influence religieuse a beaucoup contribu d'abord tablir1 et surtout rgulariser1 l'usage continu des vtemens1 justement regard comme l'un des principaux indices de la civilisation naissante1 non-seulement par l'vidente impulsion qu'en doivent constamment recevoir nos aptitudes industrielles1 mais bien plus encore sous le rapport moral1 o il constitue le premier grand tmoignage de l'admirable srie des efforts graduels de l'homme pour amliorer1 autant que possible1 sa propre nature1 en y dveloppant de plus en plus la haute discipline permanente que notre raison doit exercer sur nos penchans1 afin de faire convenablement clater la supriorit implicite de notre organisation propre4 ,outre l'apprciation beaucoup trop troite de l'ancienne intervention sociale de l'esprit thologique1 on se forme trop souvent une trs fausse ide de ce puissant moyen1 mme dans la plupart des cas o l'on n'en saurait mconnatre l'efficacit1 en le concevant surtout comme un simple artifice1 appliqu1 par les hommes suprieurs1 sans aucune conviction personnelle1 au gouvernement usuel de la multitude4 ,bien peu de philosophes1 y compris les plus religieux1 sont aujourd'hui exempts de cette irrationnelle disposition1 quant toutes les diverses phases antrieures de l'humanit4 ,c'est pourquoi il convient ici de prsenter directement ce sujet quelques indications sommaires1 qui1 applicables l'ensemble de notre opration historique1 y devront prvenir ou rectifier1 autant que possible1 de vicieuses apprciations1 aussi radicalement contraires toute saine explication des faits sociaux qu'injurieuses au caractre moral de l'homme4 ,malgr la vaine rputation de haute habilet politique qu'on a si trangement tent de faire la dissimulation et mme l'hypocrisie1 il est heureusement incontestable1 soit d'aprs l'exprience universelle1 soit par l'tude approfondie de la nature humaine1 qu'un homme vraiment suprieur n'a jamais pu exercer aucune grande action sur ses semblables sans tre d'abord lui-mme intimement convaincu4 ,cette condition pralable ne tient pas seulement ce qu'il ne saurait exister d'action morale l o il n'y aurait point une suffisante harmonie mutuelle de sentimens et de penses4 ,de plus1 cette chimrique duplicit mentale1 laquelle on n'a pas craint ainsi d'attribuer souvent d'importans effets1 tendrait ncessairement1 au contraire1 paralyser directement les principales facults de ceux qui se seraient ds lors impos la tche1 videmment impossible1 de conduire simultanment leurs penses par deux voies opposes1 l'une relle1 l'autre affecte1 dont chacune et d'ordinaire dj suffisamment embarrass notre faible intelligence4 ,on n'a pu se laisser communment entraner cette absurde supposition1 que d'aprs une difficult presque insurmontable comprendre la vraie nature d'un tat mental trop loign1 par une suite funeste1 mais rarement vitable1 du caractre absolu qui vicie encore si radicalement la plupart des opinions philosophiques1 et que la prpondrance gnrale de l'esprit positif pourra seule entirement rectifier4 ,en reconnaissant1 comme on ne peut plus l'viter1 que les thories thologiques ont d long-temps diriger l'exercice de notre intelligence dans ses plus simples spculations1 ce serait sans doute une trange inconsquence que de persister mconnatre leur prpondrance relle dans les mditations sociales et politiques1 dont la complication suprieure devait d'abord exiger bien davantage cette puissante intervention4 ,serait-il possible que les esprits chez lesquels un tel rgime constitue directement la base ncessaire de tout le systme mental1 ne l'tendissent point spontanment leurs recherches les plus importantes et les plus difficiles8 ,les lgislateurs de ces temps primitifs taient donc1 invitablement1 aussi sincres1 en gnral1 dans leurs conceptions thologiques sur la socit que dans celles qui se rapportaient au monde extrieur3 les aberrations pratiques1 quelquefois si horribles1 auxquelles ils furent trop souvent conduits par ces imparfaites thories1 constituent elles-mmes presque toujours d'irrcusables tmoignages de cette sincrit fondamentale4 ,pour rectifier compltement la grave erreur philosophique que nous examinons1 et qui s'oppose minemment toute saine apprciation du pass humain1 il me reste seulement expliquer ici la tendance spontane de cette politique essentiellement thologique des temps primitifs fournir des inspirations qui devaient concider1 dans la plupart des cas ordinaires1 avec les principales ncessits sociales correspondantes4 ,cette concidence habituelle devait rsulter naturellement de deux proprits importantes1 mutuellement supplmentaires1 l'une commune toutes les phases religieuses1 l'autre spciale chacune d'elles1 et qu'il suffira d'indiquer trs brivement4 ,la premire consiste en ce que1 par le vague presque indfini qui les caractrise toujours plus ou moins1 les croyances religieuses sont minemment susceptibles de se modifier spontanment selon les exigences diverses de chaque application politique1 de manire sanctionner finalement1 sans aucun artifice volontaire1 les inspirations mme qui n'en seraient pas d'abord manes1 pour peu qu'elles correspondent au sentiment intime d'un besoin vritable1 individuel ou social4 ,tel est surtout le motif gnral qui rend si ncessaire1 envers de semblables opinions1 une organisation systmatique1 sous l'administration continue d'un sacerdoce convenable1 afin de prvenir ou de rectifier les dangereuses consquences pratiques de leur libre essor chez les esprits vulgaires1 comme je l'expliquerai directement dans la cinquante-quatrime leon4 ,mais cette aptitude universelle consacrer et fortifier nos sentimens et nos penses quelconques1 quoique pouvant ainsi s'tendre trop souvent des applications nuisibles1 doit avoir sans doute encore plus d'nergie et d'activit naturelles quand elle se dirige vers des inspirations d'utilit sociale1 offrant1 son plein dveloppement1 un champ plus vaste et moins gn4 ,en second lieu1 les caractres qui distinguent les croyances propres chaque phase religieuse devant tre1 de toute ncessit1 dtermins1 en gnral1 par les diverses modifications essentielles de la socit1 il serait impossible que ces opinions n'offrissent point spontanment1 dans la vie relle1 certains attributs en harmonie spciale avec les situations correspondantes2 sans quoi leur empire prolong deviendrait inintelligible4 ,ainsi1 outre l'importante conscration commune qu'elles doivent fournir toutes les inspirations utiles1 les thories thologiques sont d'ailleurs susceptibles1 par elles-mmes1 de suggrer souvent des notions essentiellement convenables l'tat social contemporain4 ,la premire proprit correspond ce qu'il y a de ncessairement vague et indisciplinable dans chaque systme religieux1 la seconde ce qu'il offre de dtermin et de rgularisable2 en sorte que l'action de l'une peut suppler naturellement celle de l'autre4 ,a mesure que les croyances se simplifient et s'organisent1 dans l'ensemble de l'volution thologique de l'humanit1 leur influence sociale dcrot ncessairement sous le premier aspect1 vu la moindre libert spculative qui en rsulte3 mais elle augmente1 non moins invitablement1 sous le second point de vue1 ainsi que nous le reconnatrons bientt2 ce qui doit tre regard1 au fond1 comme une trs heureuse transformation1 permettant de plus en plus aux esprits suprieurs d'utiliser spontanment1 dans toute sa plnitude1 la vertu civilisatrice de cette philosophie primitive4 ,d'aprs ces explications gnrales sur les deux modes fondamentaux relatifs l'action sociale d'une thologie quelconque1 on conoit que le premier doit spontanment prvaloir dans le ftichisme1 beaucoup plus qu'en aucun autre cas3 ce qui est alors directement conforme nos remarques antrieures sur l'absence ou l'imperfection de l'organisation religieuse proprement dite4 ,mais1 par cela mme1 l'analyse rationnelle de cette influence y doit devenir aujourd'hui plus spcialement inextricable1 d'aprs la difficult1 presque toujours insurmontable1 de discerner avec exactitude1 dans la trame profondment confuse d'une vie aussi loigne de la ntre1 l'lment religieux qui s'y trouve intimement incorpor4 ,on doit donc1 cet gard1 se contenter essentiellement d'y vrifier1 sur quelques exemples dcisifs1 comme chacun peut aisment le faire1 la ralit ncessaire de notre thorie4 ,quant au second mode1 quoique son dveloppement ait d tre infiniment moindre sous le rgime du ftichisme1 sa nature plus prcise et mieux saisissable permet nanmoins de l'y apprcier d'une manire plus distincte et plus directe3 ce qui1 par une vidente raction logique1 doit rationnellement confirmer1 fortiori1 l'existence implicite de l'autre influence1 mme dans les cas nombreux o l'imperfection ncessaire de l'analyse sociologique n'aura pu la faire convenablement ressortir4 ,il me suffira de signaler ici deux exemples importans et irrcusables de cette action spciale1 spontanment mane du ftichisme1 sur l'ensemble de l'volution sociale4 ,le premier consiste dans la participation incontestable1 quoique inaperue jusqu'ici1 de cette religion primitive pour la transition fondamentale la vie agricole4 ,assez de philosophes ont dj fait ressortir l'extrme importance sociale de ce changement capital du rgime matriel1 sans lequel les plus grands progrs ultrieurs de l'humanit seraient demeurs essentiellement impossibles4 ,qu'il me suffise d'ajouter1 ce sujet1 que la guerre1 principal instrument temporel de la civilisation naissante1 comme je l'ai tabli1 en principe1 au chapitre prcdent1 et comme je l'expliquerai surtout au suivant1 reste presque entirement prive de sa plus importante destination politique1 tant que dure l'tat nomade4 ,les guerres acharnes que se font habituellement les peuplades de chasseurs1 ou mme de pasteurs1 la manire1 pour ainsi dire1 des autres animaux carnassiers1 ne peuvent gure servir qu' entretenir1 par un indispensable exercice1 leur activit continue1 et prparer les lmens d'un perfectionnement ultrieur2 mais elles sont ncessairement peu prs striles en rsultats politiques immdiats4 ,il serait donc superflu de nous arrter ici faire expressment ressortir la haute porte sociale de cette grande rvolution temporelle1 qui assujtit invariablement l'homme une rsidence dtermine4 ,nous n'avons pas plus besoin de signaler1 d'un autre ct1 l'extrme difficult que devait videmment offrir un changement aussi peu compatible1 certains gards1 avec le caractre essentiel de l'humanit naissante4 ,on ne saurait douter1 en effet1 que le vagabondage ne soit1 au fond1 trs naturel l'homme1 dans les plus communes organisations2 comme le confirme1 chez les socits mme les plus avances1 l'exemple des individus les moins cultivs4 ,cette apprciation doit faire comprendre1 en gnral1 que le pas dont il s'agit a d exiger l'intervention fondamentale des influences spirituelles1 essentiellement distinctes et indpendantes des causes purement temporelles1 auxquelles on a coutume d'attribuer exclusivement ce grand progrs4 ,on y a1 sans doute1 justement indiqu la condensation croissante de la population humaine1 comme ayant d naturellement exiger une fcondit proportionnelle dans les moyens habituels d'alimentation1 et conduire ainsi l'tat agricole1 de mme que jadis l'tat pastoral4 ,mais1 malgr son incontestable ralit1 cette explication est radicalement insuffisante1 faute d'un lment indispensable et principal4 ,les philosophes ne s'en contentent ordinairement que par suite de la prpondrance trop prolonge que conserve encore1 malgr les lumineux travaux de ,gall1 cette vicieuse thorie mtaphysique de la nature humaine o l'on fait essentiellement driver les facults des besoins1 comme je l'ai expliqu au troisime volume 7voyez la quarante-cinquime leon74 ,quelque importante que puisse devenir1 en gnral1 une exigeance sociale quelconque1 cette condition ne suffit certainement point la produire1 si l'humanit n'y est d'abord convenablement dispose3 comme le confirment tant d'clatans exemples de graves inconvniens supports pendant des sicles par des populations encore trop peu prpares s'en affranchir4 ,vainement augmenterait-on l'intensit et l'urgence du besoin1 l'homme prfrera1 en gnral1 pallier isolment chaque rsultat1 ce qui semblera presque toujours possible1 plutt que de se dcider un changement total de situation1 encore antipathique sa nature4 ,ainsi1 dans le cas actuel1 l'homme tenterait alors de remdier mesure l'excs de population par l'emploi plus frquent des horribles expdiens auxquels il n'a que trop recours des poques mme plus avances1 plutt que de renoncer la vie nomade pour la vie agricole1 tant que son dveloppement intellectuel et moral ne l'y a point suffisamment prpar4 ,cette volution pralable constitue donc1 en ralit1 la principale cause de ce grand changement1 quoique l'poque prcise de son accomplissement ait d ensuite dpendre des exigences extrieures1 et surtout de celle dont il s'agit4 ,or il est vident que1 ce nouveau mode d'existence matrielle s'tant presque toujours tabli avant la cessation du ftichisme1 il faut bien que l'influence gnrale de ce premier rgime thologique tende spontanment1 sous un aspect quelconque1 disposer graduellement l'homme une telle rvolution1 quand mme nous n'apercevrions pas en quoi consiste exactement cette proprit ncessaire4 ,mais1 en outre1 il est ais d'en assigner directement le vrai principe essentiel4 ,car1 l'adoration immdiate du monde extrieur1 plus spcialement dirige1 par sa nature1 vers les objets les plus rapprochs et les plus usuels1 doit certainement dvelopper1 un haut degr1 cette portion1 d'abord trs faible1 des penchans humains qui nous attache instinctivement au sol natal4 ,la touchante douleur1 si souvent exprime dans les guerres antiques1 qu'exhalait le vaincu oblig de quitter ses dieux tutlaires1 ne portait point principalement sur des tres abstraits et gnraux1 qu'il et pu retrouver partout1 comme ,jupiter1 ,minerve1 etc43 elle concernait bien davantage ce qu'on nommait si justement les dieux domestiques1 et surtout ceux du foyer1 c'est--dire1 de purs ftiches2 telles sont les divinits spciales dont sa plainte nave dplorait alors l'abandon fatal1 avec presque autant d'amertume qu'envers la tombe sacre de ses pres1 d'ailleurs incorpore elle-mme dans le ftichisme universel4 ,ainsi1 mme pour les nations dj parvenues au polythisme avant de passer l'tat agricole1 l'influence religieuse indispensable cette transition1 y doit tre attribue1 en majeure partie1 aux restes de ftichisme fort prononcs qui ont d subsister dans le polythisme jusqu' des temps trs avancs1 comme je l'ai not ci-dessus4 ,une telle influence constitue donc une proprit essentielle de notre premire phase thologique1 et n'aurait pu sans doute appartenir suffisamment aux religions ultrieures1 si cette rvolution matrielle1 dj pleinement ralise1 ne s'tait spontanment rattache un ensemble de motifs plus durables1 ce qui a permis de renoncer enfin sans danger sa vritable origine lmentaire4 ,il faut d'ailleurs remarquer1 pour complter cette indication1 l'importante raction exerce ncessairement par une semblable rvolution sur le perfectionnement gnral du systme thologique4 ,car1 c'est essentiellement alors que le ftichisme commence prendre rgulirement sa forme la plus minente1 en passant l'tat d'astroltrie bien caractrise1 qui constitue1 comme je vais l'expliquer1 sa transition normale au polythisme proprement dit4 ,on conoit1 en effet1 que la vie sdentaire des peuples agricoles doit attirer bien davantage leur attention spculative vers les corps clestes1 pendant que leurs travaux propres en manifestent beaucoup plus spcialement l'influence4 ,quelle suite spontane d'observations astronomiques1 mme trs grossires1 pourrait-on attendre d'une population vagabonde1 si ce n'est celle de l'toile polaire dirigeant ses courses nocturnes8 ,il existe donc certainement une double relation fondamentale entre le dveloppement gnral du ftichisme et l'tablissement final de la vie agricole4 ,en terminant cette explication sommaire1 je ne saurais viter1 dans l'intrt1 toujours prpondrant1 de la saine mthode philosophique1 d'utiliser l'occasion1 vraiment caractristique1 qui s'offre ici trs spontanment de signaler1 sous deux rapports importans1 l'extrme imperfection actuelle de la philosophie politique1 chez les esprits mme les plus avancs4 ,on vient de reconnatre combien est superficielle et errone la thorie ordinaire sur le passage l'tat agricole2 la satisfaction qu'elle inspire encore gnralement constitue sans doute un symptme trs dcisif de l'irrationnel esprit qui a prsid jusqu'ici ces difficiles tudes1 si exclusivement abandonnes des intelligences presque trangres toute institution vraiment scientifique des recherches humaines4 ,cet exemple est cependant l'un des plus favorables que puisse prsenter aujourd'hui la philosophie dominante1 cause de l'observation1 juste quoique partielle1 qui y sert de base l'argumentation4 ,que serait-ce donc si nous tions conduits en apprcier tant d'autres trs vants1 comme chaque lecteur peut aisment le faire1 en cas de loisir6 ,en second lieu1 nous trouvons ici vrifier clairement l'irrcusable ralit du prcepte fondamental1 tabli au quarante-huitime chapitre1 sur la ncessit d'tudier simultanment les divers aspects sociaux1 tous ncessairement solidaires1 et surtout de ne point isoler l'apprciation du dveloppement matriel de celle du dveloppement spirituel4 ,la grave erreur de philosophie historique que nous venons de rectifier1 rsulte videmment1 en effet1 d'une proccupation exorbitante1 et presque exclusive1 du point de vue temporel dans tous les vnemens humains1 l'un des principaux caractres philosophiques de notre tat rvolutionnaire1 comme je l'ai montr au dbut de ce volume4 ,quant au second exemple essentiel1 et bien moins incontestable encore1 que je dois signaler ici de l'influence spciale du ftichisme sur l'ensemble de l'volution sociale1 il consiste dans l'importante fonction si spontanment remplie par cette religion primitive pour la conservation systmatique des animaux utiles1 ainsi que des vgtaux4 ,nous avons reconnu ci-dessus que l'action relle de l'homme sur le monde extrieur a d ncessairement commencer par la dvastation1 comme1 sur sa propre espce1 par la guerre4 ,son aptitude spontane la destruction1 alors si prpondrante et presque exclusive1 est long-temps en exacte harmonie avec l'indispensable ncessit originaire de dblayer le thtre gnral de la civilisation future4 ,or un penchant aussi prononc1 dvelopp1 avec une telle plnitude1 chez des hommes non moins grossiers qu'nergiques1 menaait indistinctement toutes les races quelconques1 mme les plus susceptibles de rendre ultrieurement l'homme d'importans offices1 dont il ne pouvait d'abord souponner assez l'utilit4 ,les plus prcieuses espces organiques1 surtout dans le rgne animal1 ncessairement beaucoup plus expos1 devraient donc sembler alors voues une destruction presque invitable1 si la premire volution intellectuelle et morale de l'humanit ne ft venue spontanment1 d'un autre ct1 imposer un frein gnral cette aveugle ardeur de dvastation universelle4 ,telle est1 videmment1 l'une des proprits les plus directes du ftichisme primordial1 indpendamment de la tendance gnrale qu'il inspire vers la vie agricole1 comme je viens de l'expliquer4 ,si ce premier systme religieux n'a pu remplir un office aussi capital que par l'adoration formelle des animaux1 ultrieurement trop dgradante1 il faut se demander par quelle autre voie cet important rsultat aurait t alors suffisamment ralisable4 ,quels qu'aient pu tre ensuite les immenses inconvniens du ftichisme1 ils ne doivent nullement nous dissimuler son aptitude essentielle faciliter1 au plus haut degr1 la conservation1 la fois difficile et indispensable1 des animaux utiles1 des vgtaux prcieux1 et1 en gnral1 de tous les objets matriels exigeant une protection spciale4 ,le polythisme a d ultrieurement remplir la mme fonction d'une manire un peu diffrente1 mais non moins spontane1 en plaant ces divers tres sous la protection particulire des divinits correspondantes2 procd assurment trs nergique1 mais toutefois moins direct que le prcdent1 et qui sans doute n'aurait pas t d'abord assez intense pour obtenir alors1 comme celui-ci1 une pleine efficacit gnrale4 ,il existerait1 cet gard1 dans le monothisme proprement dit1 une lacune essentielle1 puisqu'il n'a point organis spcialement cette importante attribution1 si l'ducation humaine n'avait alors t assez avance dj pour ne plus exiger1 sous ce rapport1 d'tre principalement guide par la voie thologique4 ,toutefois1 il n'est pas douteux1 mme aujourd'hui1 que le dfaut presque absolu de discipline rgulire envers cet ordre de relations ne prsente de graves inconvniens1 fort imparfaitement rpars par les mesures purement temporelles1 auxquelles on est ainsi oblig de recourir peu prs exclusivement4 ,pour mieux apprcier toute l'importance sociale de cette aptitude spciale du ftichisme garantir la conservation des animaux utiles1 il faut d'ailleurs considrer aussi cette protection permanente sous le rapport moral1 comme ayant puissamment contribu l'adoucissement fondamental du caractre humain4 ,sans doute1 l'organisation carnivore de l'homme constitue l'une des principales causes qui limitent ncessairement le degr rel de douceur dont cet animal est susceptible2 quoique la spcialisation croissante des occupations humaines tende spontanment diminuer de plus en plus cet invitable essor de l'instinct sanguinaire1 en le concentrant toujours davantage chez une moindre portion de la socit gnrale1 o il peut d'ailleurs tre directement attnu par suite mme du caractre d'utilit publique qu'y prend alors une telle attribution4 ,quelque honorable que doive toujours tre1 au gnie avanc du grand ,pythagore1 sa sublime utopie sur nos relations avec les animaux1 conue en un temps o l'esprit de destruction tait encore si prpondrant dans l'lite de l'humanit1 elle n'en est pas moins radicalement contraire la destine fondamentale de l'homme1 qui l'oblige dvelopper sans cesse1 tous gards1 son ascendant naturel sur l'ensemble du rgne animal4 ,mais1 raison mme de cette indispensable domination1 et afin qu'elle ne dgnre point en une aveugle tyrannie destructive1 directement oppose au but principal1 elle a besoin1 comme tout autre empire1 d'tre assujtie1 d'une manire permanente et rgulire1 certaines lois essentielles1 qui tendent prvenir et rectifier1 autant que possible1 les dviations spontanes4 ,on peut donc1 sous cet aspect1 envisager le ftichisme comme ayant primitivement bauch1 par la seule voie alors praticable1 un ordre trs lev1 et trop peu senti encore1 d'institutions humaines1 destin rgler convenablement les relations politiques les plus gnrales1 celles de l'humanit envers le monde1 et surtout vis--vis des autres animaux2 relations o l'gosme d'espce ne saurait1 sans doute1 exclusivement prsider sans de graves dangers1 et o sa prpondrance doit s'attnuer d'autant plus qu'il s'agit d'organismes plus minens et ds lors moins dissemblables au ntre4 ,dans le gouvernement rationnel de l'humanit rgnre par le vrai positivisme1 on peut prsumer que l'administration systmatique et continue de cet ordre intressant de rapports collectifs1 conduira un jour constituer rgulirement un vaste dpartement spcial du monde extrieur1 propre coordonner ou mme diriger des efforts individuels trop souvent incohrens ou aveugles1 sous les inspirations morales d'une philosophie plus relle1 alors suffisamment prpondrante1 qui aura pralablement vulgaris la saine apprciation de notre position naturelle1 et par suite le juste sentiment de notre vritable correspondance avec les diffrens degrs de l'chelle zoologique dont nous formons le type fondamental4 ,aprs avoir1 par l'ensemble des considrations prcdentes1 convenablement caractris la part ncessaire du ftichisme l'volution totale de l'humanit1 il ne me reste plus1 pour complter cette apprciation sommaire1 qu' examiner ici le mode gnral suivant lequel a d s'oprer graduellement l'invitable transition de cette premire grande phase religieuse celle1 immdiatement suivante1 qui constitue le polythisme proprement dit1 principale forme de l'tat thologique4 ,que le polythisme ait toujours et partout driv forcment du ftichisme1 c'est maintenant1 mes yeux1 une proposition historique incontestable1 que pourrait seule obscurcir une tnbreuse rudition1 galement propre servir les opinions les plus contradictoires1 au gr d'une imagination vagabonde1 gare par une fausse et impuissante philosophie4 ,outre que l'analyse attentive du dveloppement individuel dmontre1 avec une pleine vidence1 cette succession constante1 l'exploration directe des degrs correspondans de l'chelle sociale l'a dsormais suffisamment confirme sur tous les points du globe4 ,l'tude mme de la haute antiquit1 quand elle sera enfin convenablement claire par les saines thories sociologiques1 la vrifiera1 j'ose l'assurer1 d'une manire irrcusable4 ,on peut dj clairement reconnatre1 dans la plupart des thogonies1 que le polythisme qu'elles dcrivent ne constituait nullement la religion primitive2 la constante antriorit du ftichisme y sert1 en effet1 de base essentielle pour expliquer la formation des dieux1 c'est--dire1 au fond1 l'poque o leur existence distincte a t admise4 ,n'est-ce point l1 par exemple1 ce que signifient1 chez les ,grecs1 ces dieux primitivement issus de l',ocan et de la ,terre1 c'est--dire des deux principaux ftiches8 ,le polythisme n'a-t-il pas d'ailleurs conserv1 comme je l'ai dj not1 jusque dans son plus grand dveloppement1 diverses traces trs prononces du ftichisme primordial8 ,il est vraiment honteux1 pour l'tat prsent de la philosophie1 qu'il faille encore discuter un cas aussi vident2 puisque la premire manifestation de l'esprit thologique doit certainement consister animer directement chaque corps extrieur1 avant de pouvoir remplacer cette vie immdiate par l'action correspondante de quelque tre purement fictif4 ,spculativement envisage1 cette grande transformation de l'esprit religieux est peut-tre la plus fondamentale qu'il ait pu jamais subir1 quoique nous en soyons aujourd'hui trop loigns pour en sentir habituellement l'tendue et la difficult4 ,l'intelligence humaine a d1 ce me semble1 franchir ultrieurement un moindre intervalle mental1 dans son passage si vant du polythisme au monothisme1 dont l'accomplissement plus rcent et l'histoire mieux connue doivent naturellement nous faire exagrer l'importance1 qui ne fut extrme que sous le point de vue social1 comme je l'expliquerai en son lieu4 ,quand on rflchit que le ftichisme supposait la matire minemment active1 au point d'en tre vraiment vivante1 tandis que le polythisme la condamnait1 au contraire1 ncessairement une inertie presque absolue1 toujours passivement soumise aux volonts arbitraires de l'agent divin2 il doit sembler d'abord impossible1 en apprciant la porte intellectuelle de cette diffrence capitale1 de comprendre le mode rel de transition graduelle de l'un l'autre rgime religieux4 ,tous deux1 sans doute1 paraissent presque galement loigns de notre tat positif1 caractris par la subordination fondamentale des phnomnes d'invariables lois naturelles1 auxquelles chacun de ces modes substitue pareillement des volonts1 soit qu'elles rsident dans les corps mmes ou dans leurs matres surnaturels1 ce qui est1 en apparence1 presque quivalent4 ,mais1 par un examen plus approfondi1 ce passage de l'activit l'inertie de la matire se prsente1 au contraire1 comme une sorte de saut brusque1 qui doit avoir beaucoup cot l'esprit humain4 ,il est donc d'un haut intrt philosophique d'expliquer1 d'une manire satisfaisante1 le mode spontan de cette mmorable transition4 ,toutes les grandes modifications successives de l'esprit religieux ont t essentiellement dtermines1 au fond1 par le dveloppement continu de l'esprit scientifique1 quoique son intervention ncessaire n'ait pu tre1 presque jusqu' nos jours1 suffisamment directe et explicite4 ,si l'homme n'et pas t susceptible de comparer1 d'abstraire1 de gnraliser1 et de prvoir1 un plus haut degr que ne le sont les singes1 les carnassiers1 etc41 il aurait sans doute indfiniment persist dans le ftichisme plus ou moins grossier o les retient irrvocablement leur imparfaite organisation4 ,mais son intelligence est propre apprcier la similitude des phnomnes et reconnatre leur succession4 ,quoique ces facults1 minemment caractristiques1 doivent tre d'abord trs comprimes1 comme je l'ai tabli1 par le double dfaut d'alimentation et de direction vraiment convenables1 elles ne cessent de s'exercer1 avec une nergie croissante1 depuis le premier veil mental man de l'impulsion thologique1 et leur exercice diminue toujours de plus en plus la prpondrance initiale de la philosophie religieuse4 ,or1 l'important passage du ftichisme au polythisme constitue1 mes yeux1 le premier rsultat gnral de cet essor naissant de l'esprit d'observation et d'induction1 dvelopp1 comme cela doit tre pour toute volution sociale1 d'abord chez les hommes suprieurs1 et1 leur suite1 dans la multitude4 ,pour le dmontrer1 qu'on se reprsente pralablement1 d'aprs nos explications antrieures1 le caractre1 ncessairement individuel et concret1 inhrent toute croyance ftichique1 toujours relative un objet dtermin et unique4 ,cet attribut essentiel correspond exactement la nature particulire et incohrente des observations1 grossirement matrielles1 propres l'enfance de l'humanit3 en sorte qu'il existe alors cette exacte harmonie entre la conception et l'exploration1 vers laquelle tend toujours notre intelligence1 dans l'une quelconque de ses phases4 ,or1 l'essor mme que cette premire thorie1 quelque imparfaite qu'elle soit1 imprime l'esprit naissant d'observation1 doit altrer graduellement cet quilibre primitif1 qui finit par ne pouvoir plus subsister qu'avec une modification fondamentale de la philosophie originaire4 ,ainsi conue1 la grande rvolution qui a conduit jadis l'intelligence humaine du ftichisme au polythisme serait1 au fond1 quoique beaucoup plus prononce1 essentiellement due aux mmes causes mentales que nous voyons journellement produire les diverses rvolutions scientifiques1 toujours par suite d'une insuffisante concordance entre les faits et les principes4 ,pour tout vrai philosophe1 cette remarquable conformit tablirait dj une prsomption trs puissante en faveur de ma thorie fondamentale2 car1 les lois logiques1 qui finalement gouvernent le monde intellectuel1 sont1 de leur nature1 essentiellement invariables1 et communes1 non-seulement tous les temps et tous les lieux1 mais aussi tous les sujets quelconques1 sans aucune distinction mme entre ceux que nous appelons rels et chimriques3 elles s'observent1 au fond1 jusque dans les songes1 sauf la seule diversit des circonstances1 intrieures ou extrieures4 ,la similitude radicale dans le mode gnral d'accomplissement des diffrentes transitions intellectuelles1 malgr la diversit des poques et des situations1 constitue donc le principal symptme de la justesse de nos explications philosophiques1 et la premire source de leur pleine efficacit4 ,de mme que tous les naturalistes raisonnables s'accordent spontanment aujourd'hui repousser toutes les hypothses gologiques qui font procder d'abord les agens naturels selon d'autres lois que celles qu'ils nous manifestent dans les phnomnes actuels1 pareillement les philosophes devraient unanimement bannir l'usage1 beaucoup plus dangereux1 de toute thorie qui force supposer1 dans l'histoire de l'esprit humain1 d'autres diffrences relles que celles de la maturit et de l'exprience graduellement dveloppes4 ,on ne pourra jamais rien tablir de solide en sociologie1 tant qu'on ne s'imposera point rigoureusement cette indispensable condition pralable1 comme je l'ai expliqu au quarante-huitime chapitre4 ,revenant notre dmonstration actuelle1 il est donc vident que la gnralisation insensiblement croissante des diverses observations humaines a d finir par en ncessiter d'analogues dans les conceptions thologiques correspondantes1 et dterminer ainsi l'invitable transformation du ftichisme en un simple polythisme4 ,car1 les dieux proprement dits diffrent essentiellement des purs ftiches par un caractre plus gnral et plus abstrait1 inhrent leur rsidence indtermine4 ,ils administrent chacun un ordre spcial de phnomnes1 mais la fois dans un grand nombre de corps1 en sorte qu'ils ont tous un dpartement plus ou moins tendu2 tandis que l'humble ftiche ne gouverne qu'un objet unique1 dont il est insparable4 ,ainsi1 mesure qu'on a reconnu la similitude essentielle de certains phnomnes chez diverses substances1 il a bien fallu rapprocher les ftiches correspondans1 et les rduire enfin au principal d'entre eux1 qui ds lors s'est lev au rang de dieu1 c'est--dire d'agent idal et habituellement invisible1 dont la rsidence n'est plus rigoureusement fixe4 ,il ne saurait exister1 proprement parler1 de ftiche vraiment commun entre plusieurs corps3 cela serait contradictoire1 tout ftiche tant ncessairement dou d'une individualit matrielle4 ,lorsque1 par exemple1 la vgtation semblable des diffrens arbres d'une fort de chnes a d conduire enfin reprsenter1 dans les conceptions thologiques1 ce que leurs phnomnes offraient de commun1 cet tre abstrait n'a plus t le ftiche propre d'aucun arbre1 il est devenu le dieu de la fort4 ,voil donc le passage intellectuel du ftichisme au polythisme rduit essentiellement l'invitable prpondrance des ides spcifiques sur les ides individuelles1 au second ge de notre enfance1 aussi bien sociale que personnelle4 ,de ce point de vue1 la modification1 quoique assurment trs prononce1 a pu s'oprer d'autant plus aisment que1 suivant notre grand aphorisme sur la prexistence ncessaire1 sous forme plus ou moins latente1 de toute disposition vraiment fondamentale1 en un tat quelconque de l'humanit1 l'opration tait dj spontanment accomplie ds l'origine pour certains cas1 qu'il a donc suffi d'imiter ou d'tendre4 ,car1 quoique l'homme1 plus sensible que raisonnable1 soit1 en gnral1 bien plus frapp d'abord des diffrences que des ressemblances1 par suite sans doute de notre organisation crbrale1 il existe nanmoins videmment1 pour l'espce comme pour l'individu1 certains cas usuels o les qualits communes sont d'abord abstraitement saisies par la moindre intelligence1 quand les objets comparables sont la fois assez simples et assez uniformes4 ,dans ces diverses occasions1 le polythisme doit donc tre spontanment primitif2 et c'est l sans doute ce qui aura pu donner lieu l'aberration philosophique1 signale ci-dessus1 sur sa prtendue antriorit4 ,mais cette exception1 si aisment explicable1 n'altre nullement notre thorie1 puisque les cas de ce genre sont certainement1 pour l'ensemble de l'ducation humaine1 soit individuelle1 soit sociale1 les moins nombreux et les moins importans1 mme en ayant gard aux ingalits personnelles4 ,leur considration nous sert alors seulement faire comprendre1 de la manire la plus naturelle1 le procd fondamental suivant lequel l'esprit humain a d oprer cette grande transition philosophique1 quand elle est devenue suffisamment mre4 ,c'est donc ainsi que la nature purement thologique de la philosophie primitive a t essentiellement maintenue1 puisque les phnomnes ont continu tre rgis par des volonts et non par des lois2 et toutefois profondment modifie1 en ce que1 le corps lui-mme n'tant plus vivant1 mais inerte1 et recevant toute son activit d'un tre fictif extrieur1 le point de vue primordial s'est trouv1 au fond1 notablement perfectionn4 ,la leon suivante fera spcialement ressortir les plus importantes consquences1 intellectuelles et sociales1 d'une telle rvolution4 ,qu'il me suffise ici d'y signaler l'vidente vrification de la proposition gnrale rappele ci-dessus sur le continuel dcroissement mental de l'esprit religieux1 quoique son influence politique n'ait pas d suivre la mme marche4 ,a mesure que chaque corps individuel perdait ainsi son premier caractre directement divin ou vivant1 il devenait mieux accessible l'esprit purement scientifique1 dont le domaine commenait ds lors s'tendre1 quoique bien humblement encore1 sans que l'explication thologique intervnt aussi compltement que jadis dans les dtails des phnomnes1 par suite mme de sa gnralisation graduelle4 ,cette diffrence fondamentale se traduit nettement1 comme je l'ai remarqu auparavant1 par la diminution correspondante que subit1 d'une manire continue1 le nombre des tres divins1 pendant que leur nature devient plus abstraite1 et leur domination propre plus tendue3 on voit maintenant que cette consquence ncessaire ne prsente rien de paradoxal4 ,il est clair1 en effet1 que chaque dieu ainsi introduit remplace toute une troupe de ftiches1 dsormais licencis1 pour ainsi dire1 ou du moins rduits lui servir d'escorte4 ,la transition finale du polythisme au monothisme nous donnera lieu1 son tour1 de faire une remarque essentiellement analogue4 ,d'aprs le principe prcdent1 on peut aisment complter cette explication sommaire1 en dterminant mme par quelle branche principale du ftichisme a d plus spcialement s'oprer le passage au polythisme4 ,car la transformation devait videmment commencer sur les phnomnes les plus gnraux1 les plus indpendans1 et dont l'influence semblait spontanment la plus universelle4 ,or1 tel tait certainement1 tous ces titres1 le cas des astres1 dont l'existence isole et inaccessible a d bientt imprimer un caractre particulier la portion correspondante du ftichisme universel1 quand cette partie a commenc fixer suffisamment l'attention1 d'abord trop concentre vers des corps plus familiers4 ,la diffrence gnrale1 ci-dessus caractrise1 entre la notion du ftiche et celle du dieu1 devait tre1 videmment1 beaucoup moindre l'gard d'un astre qu'en aucun autre sujet quelconque3 ce qui rendait l'astroltrie1 comme je l'ai dj indiqu1 propre servir d'intermdiaire entre le pur ftichisme primordial et le vrai polythisme4 ,en d'autres termes1 le culte des astres est la seule grande branche du ftichisme qui ait pu s'incorporer spontanment au polythisme1 sans exiger immdiatement aucune profonde modification2 chaque ftiche sidrique1 en vertu de sa puissance et de son loignement naturels1 ne pouvant diffrer du dieu correspondant que par des nuances presque insensibles1 surtout en un temps o l'on ne pouvait gure tenir la prcision4 ,il suffisait donc1 pour effacer le caractre individuel et concret par lequel le ftichisme s'y marquait encore1 de ne plus assujtir cette quivoque divinit une attribution et une rsidence exclusives1 et de lier sa conception1 par quelque analogie relle ou apparente1 celle d'autres fonctions plus ou moins gnrales1 dj confies un dieu proprement dit1 pour lequel l'astre n'aurait t ds lors qu'une sorte de sjour prfr4 ,cette dernire transformation tait si peu indispensable1 que1 pendant presque tout le rgne du polythisme1 on n'y a essentiellement assujti que les plantes1 raison de leurs variations spciales3 les toiles1 par suite de l'invariabilit de leur cours1 sont restes de vrais ftiches1 c'est--dire des divinits directement corporelles1 insparables de l'individu correspondant1 jusqu'au moment o1 enveloppes1 comme toutes les autres1 dans le monothisme universel1 ces conceptions thologiques ont d ncessairement perdre leur spcialit primitive1 non toutefois sans en laisser quelques vestiges1 encore apprciables une scrupuleuse analyse4 ,on peut donc ainsi nettement concevoir comment l'astroltrie1 constituant l'tat le plus avanc du ftichisme1 a t si propre faciliter spontanment son invitable transition au polythisme3 et1 par suite1 on peut mme expliquer ds lors1 d'aprs une relation dj signale1 l'influence indirecte qu'a d exercer la prpondrance finale de la vie agricole sur cette grande transformation de la philosophie thologique4 ,afin d'utiliser1 autant que possible1 pour l'tude rationnelle de l'volution humaine1 l'apprciation gnrale d'un tel changement1 en y constatant1 ds l'origine1 l'existence de tous les divers principes intellectuels des rvolutions ultrieures1 il importe enfin d'y remarquer aussi la premire manifestation capitale de l'esprit mtaphysique proprement dit4 ,si toutes les modifications relles qu'prouve successivement l'esprit thologique sont1 au fond1 ncessairement dtermines par le dveloppement continu de l'esprit scientifique1 elles s'oprent toujours nanmoins par l'invitable intervention directe de l'esprit mtaphysique1 l'accroissement immdiat duquel aboutissent d'abord les dcroissemens graduels du premier1 jusqu' ce que la positivit commence prvaloir irrvocablement sur tous deux1 suivant la thorie fondamentale tablie au chapitre prcdent4 ,l'influence et l'extension incontestables de la mtaphysique dans le passage gnral du polythisme au monothisme ne doivent paratre aussi spcialement prononces que parce que cette seconde grande rvolution religieuse nous est aujourd'hui beaucoup mieux connue et bien plus intelligible que la premire4 ,mais la transformation antrieure du ftichisme en polythisme n'en constitue pas moins la vritable origine historique de la philosophie mtaphysique1 comme nuance distincte de la philosophie purement thologique2 et cette participation primitive de l'esprit mtaphysique l'ensemble de nos rvolutions intellectuelles serait peut-tre juge la plus considrable de toutes1 vu la plus grande importance mentale d'un tel changement d'aprs l'apprciation prcdente1 s'il tait possible aujourd'hui de l'analyser suffisamment1 ce que l'absence presque totale des documens convenables ne saurait jamais permettre4 ,quoi qu'il en soit1 l'introduction lmentaire d'un tel esprit est alors incontestable2 car1 cette grande modification l'exigeait videmment1 par sa nature mme4 ,la transformation des ftiches en dieux proprement dits1 d'aprs une premire concentration du point de vue thologique1 a fait ncessairement considrer1 dans chaque corps particulier1 au lieu de la vie propre et directe qu'on lui attribuait d'abord1 une proprit abstraite qui le rendait susceptible de recevoir mystrieusement l'impulsion de l'agent surnaturel correspondant1 dont le dpartement plus ou moins tendu et la rsidence plus ou moins indtermine ne pouvaient permettre de concevoir habituellement l'action comme immdiate1 si ce n'est dans les cas exceptionnels de mtamorphose spciale1 toujours facultative1 mais rarement opre4 ,outre cette suite naturelle de la modification propose1 on voit mme1 pendant qu'une telle conversion s'accomplit1 une pralable participation indispensable de l'esprit mtaphysique2 puisque1 chaque dieu remplaant1 d'une manire plus ou moins gnrale1 un plus ou moins grand nombre de ftiches individuels1 dsormais envisags surtout en ce qu'ils ont de commun1 sans que cette origine abstraite tt l'tre divin une vie vritable et trs prononce1 il est clair qu'une telle notion suppose une opration purement mtaphysique1 en tant qu'on y reconnat des abstractions personnifies4 ,car1 en un sujet quelconque1 l'tat mtaphysique proprement dit1 considr comme une situation transitoire de notre intelligence1 est toujours essentiellement caractris par une confusion radicale entre le point de vue abstrait et le point de vue concret1 alternativement substitus l'un l'autre pour modifier successivement les conceptions purement thologiques1 soit en y rendant abstrait ce qui auparavant tait concret1 quand chaque gnralisation est accomplie1 soit en y prparant1 pour une concentration nouvelle1 la conception relle d'tres plus gnraux1 qui n'ont d'abord qu'une existence abstraite4 ,telle est la double fonction indispensable de rduction et systmatisation simultanes que l'esprit mtaphysique exerce graduellement envers la philosophie thologique1 qui seule1 jusqu' l'avnement propre de la philosophie positive1 peut avoir un caractre nettement intelligible1 parce que ses fictions1 chimriques mais saisissables1 rsultent franchement d'un transport direct tous les phnomnes quelconques de notre sentiment fondamental d'existence active4 ,distincte de chaque substance1 quoiqu'elle en soit insparable1 l'entit mtaphysique est aussi plus subtile et moins dfinie que l'action surnaturelle correspondante1 quoiqu'elle en mane ncessairement3 d'o rsulte son aptitude essentielle oprer des transitions1 qui constituent sans cesse un dcroissement1 au moins intellectuel1 de la philosophie thologique4 ,aussi le mode gnral d'action de l'esprit mtaphysique est-il proprement toujours critique1 puisqu'il conserve la thologie1 tout en dtruisant radicalement sa principale consistance mentale3 son influence ne peut sembler organique qu'autant qu'elle n'est point trop prpondrante1 et en tant qu'elle contribue aux modifications graduelles de la philosophie thologique1 laquelle doit tre constamment rapport1 surtout sous le point de vue social1 tout ce que paraissent contenir de vraiment organique les thories mtaphysiques proprement dites2 comme la suite de notre apprciation historique le fera spontanment ressortir de plus en plus4 ,sans insister davantage ici sur de telles explications1 dont la premire obscurit doit tenir la nature tnbreuse d'un semblable sujet1 mais qu'une application graduellement dveloppe rendra ultrieurement irrcusables1 il tait indispensable d'y signaler la vritable origine gnrale de l'influence mtaphysique1 ainsi manifeste par une large et incontestable participation cette grande transition du ftichisme au polythisme1 dsormais suffisamment caractrise dans son principe intellectuel4 ,outre le besoin scientifique immdiat1 il n'tait certainement pas inutile1 mme pour une plus profonde apprciation du grand problme social de nos temps1 de constater1 ds le berceau de l'humanit1 cette rivalit spontane et continue1 d'abord mentale1 puis politique1 entre l'esprit thologique et l'esprit mtaphysique1 dont la lutte1 aujourd'hui vainement prolonge1 puisque l'volution prparatoire est essentiellement accomplie1 constitue la source premire de notre intime perturbation4 ,l'extrme importance et la difficult suprieure de ce point de dpart gnral1 dont l'irrationnalit et ncessairement altr l'ensemble ultrieur de notre opration historique1 feront1 j'espre1 excuser l'tendue et la complication des diverses discussions auxquelles nous a entrans1 dans ce long mais indispensable chapitre1 l'examen fondamental d'une poque aussi peu connue et aussi confusment juge4 ,nous en avons conduit l'explication essentielle jusqu' l'avnement ncessaire du second ge religieux1 dont le vrai caractre1 intellectuel ou social1 devra tre1 dans la leon suivante1 plus aisment apprciable1 vu sa nature mieux explore et moins loigne de notre constitution moderne1 dont la sensation prpondrante doit toujours tendre1 malgr les plus saines prcautions scientifiques1 troubler extrmement de telles analyses4 ,toutefois1 cette premire application gnrale de ma philosophie historique aura dj1 sous ce dernier aspect1 manifest nettement l'aptitude spontane de l'esprit positif nous transporter successivement1 beaucoup mieux qu'aucun autre1 aux diffrens points de vue d'o l'on peut sagement juger les divers tats antrieurs de l'humanit et les rvolutions correspondantes1 sans altrer cependant1 en aucune manire1 ni l'homognit ni l'indpendance des dcisions rationnelles4 ,cette importante proprit1 qu'on peut regarder comme vraiment caractristique1 puisqu'elle rsulte directement de l'esprit ncessairement relatif de la philosophie nouvelle1 oppos l'esprit invitablement absolu de l'ancienne philosophie1 se dveloppera graduellement dans tout le cours de notre apprciation sommaire1 et permettra seule de comprendre enfin l'ensemble du pass humain sans jamais supposer l'homme une organisation intellectuelle et morale essentiellement distincte de celle qui le dirige aujourd'hui1 ce qui1 au fond1 est demeur jusqu'ici radicalement impossible4 ,si j'ai pu1 dans ce chapitre1 inspirer une sorte de sympathie intellectuelle en faveur du ftichisme1 qui constitua cependant1 de toute ncessit1 l'tat le plus imparfait de la philosophie thologique1 plus forte raison nous sera-t-il ais1 dans les chapitres suivans1 de constater clairement que le gnie propre de chaque grande poque1 sous quelque aspect principal qu'on l'envisage1 a toujours t1 non-seulement le plus convenable la situation correspondante1 mais aussi en intime harmonie avec l'accomplissement spcial d'une opration dtermine1 indispensable la marche fondamentale de l'volution humaine4 ,,cinquante-,,troisi,,me ,,le,,on4 ,apprciation gnrale du principal tat thologique de l'humanit3 ge du polythisme4 ,dveloppement graduel du rgime thologique et militaire4 ,des habitudes exclusives profondment enracines tendent ncessairement1 chez les esprits modernes1 procurer au monothisme un ascendant presque irrsistible1 qui doit s'y opposer minemment toute saine apprciation des divers autres modes gnraux de l'tat thologique4 ,mais les philosophes1 assez dgags1 cet gard1 de toutes proccupations personnelles pour comparer1 avec une impartiale lvation1 les diffrens ges religieux1 pourront aujourd'hui reconnatre aisment1 aprs une analyse approfondie1 et malgr de spcieuses apparences1 que le polythisme a d1 par sa nature1 constituer la principale forme du systme thologique1 considr dans l'ensemble de sa dure4 ,quelle que soit1 sous le rapport social1 l'minente destination rserve au monothisme1 comme je l'expliquerai soigneusement au chapitre suivant1 la leon actuelle rendra1 j'espre1 incontestable1 mme ce titre1 l'aptitude encore plus complte et plus spciale du polythisme satisfaire spontanment aux besoins politiques de l'poque correspondante4 ,enfin1 l'ensemble de ce double examen fera implicitement sentir que1 malgr le caractre provisoire plus ou moins inhrent1 selon notre thorie1 toute philosophie thologique1 l'existence du polythisme a d tre plus durable que celle d'aucune autre phase religieuse2 tandis que le monothisme1 plus voisin d'une entire cessation de l'tat thologique1 devait surtout servir diriger l'humanit civilise pendant sa transition fondamentale du systme ancien au systme moderne4 ,pour mieux claircir notre apprciation gnrale du polythisme1 il convient ici d'examiner d'abord abstraitement chacune de ses diverses proprits essentielles1 intellectuelles ou sociales1 et de considrer ensuite les diffrentes formes ncessaires du rgime correspondant2 de manire caractriser exactement l'indispensable participation de ce second ge religieux la grande volution humaine3 en vitant d'ailleurs1 autant que possible1 toute discussion vraiment concrte1 suivant les explications pralables indiques au dbut du chapitre prcdent4 ,avant tout1 je crois devoir avertir que j'envisagerai toujours le polythisme dans l'acception publique qui lui tait communment attribue1 sans m'arrter aucune des nombreuses et incohrentes tentatives par lesquelles1 chez les modernes surtout1 une irrationnelle rudition s'est vainement efforce1 l'aide d'une vague interprtation symbolique1 dont les principes sont presque toujours radicalement arbitraires1 de rattacher ces croyances un prtendu monothisme antrieur1 ou mme1 ce qui serait encore plus trange1 quelque systme purement physique4 ,si jamais ces tnbreuses hypothses pouvaient devenir moins contradictoires et mieux dtermines1 elles ne mriteraient gure plus l'attention du vrai sociologiste2 puisque toute religion1 surtout popularit trs prononce1 doit videmment s'apprcier1 en dynamique sociale1 suivant la manire dont elle tait habituellement entendue par les masses1 et non d'aprs le sens plus raffin qu'ont pu y attacher secrtement quelques initis3 d'autant plus que ces mystrieuses explications n'ont jamais d tre1 au fond1 qu'une sorte d'anticipation gnrale des esprits les plus cultivs sur la phase religieuse immdiatement suivante4 ,cette purile obstination obscurcir1 sous d'inintelligibles subtilits1 le polythisme1 minemment clair et expressif1 que les admirables chants d',homre1 par exemple1 nous dcrivent avec tant de navet1 ne provient1 sans doute1 essentiellement1 dans la plupart des cas1 que d'une impuissance philosophique se reprsenter suffisamment un tat mental trop loign1 surtout en vertu des dispositions trop exclusives que doit inspirer la prpondrance totale du pur monothisme4 ,aux yeux de tout vrai philosophe1 si l'enfance de la raison humaine exige pralablement1 de toute ncessit1 le rgime thologique1 il n'y est certes pas moins naturel d'admettre d'abord un trs grand nombre de dieux1 pleinement distincts et indpendans les uns des autres1 et dont les attributions spciales correspondent l'infinie varit des phnomnes2 comme l'indique videmment l'analyse attentive du dveloppement spontan de l'individu1 directement confirme1 pour l'espce1 par l'exploration judicieuse des divers sauvages contemporains1 chez lesquels nos docteurs ne sauraient assurment transporter cette nbuleuse symbolisation4 ,sous le point de vue purement intellectuel1 nous avons reconnu1 au chapitre prcdent1 que le ftichisme tait ncessairement caractris par l'incorporation la plus intime et la plus tendue possible de l'esprit religieux au systme total des penses humaines3 en sorte que sa transformation en polythisme constitue rellement un premier dcroissement gnral de l'influence mentale propre la philosophie thologique4 ,mais1 malgr la haute importance scientifique d'une telle apprciation pour confirmer notre thorie fondamentale de l'volution humaine1 et quand mme cet ge primitif serait moins loign et moins inconnu1 l'admirable essor spontanment imprim par le polythisme l'imagination de l'homme1 aussi bien que sa haute efficacit sociale1 doivent finalement nous dterminer regarder ce second ge comme le vritable temps du plus intense dveloppement propre de l'esprit religieux1 quoique son nergie lmentaire et dj subi ainsi1 au fond1 un certain commencement d'altration4 ,jamais1 en effet1 depuis cette poque1 un tel esprit n'a pu retrouver la fois un champ aussi vaste et un aussi libre exercice que sous ce pur rgime d'une thologie directe et nave1 peine modifie encore par la mtaphysique1 et nullement contenue par les conceptions positives1 dont les premiers rudimens1 alors imperceptibles1 si ce n'est l'aide d'une scrupuleuse analyse1 ne pouvaient se rapporter qu' quelques observations incohrentes et empiriques sur les plus simples cas de chaque ordre de phnomnes naturels4 ,tous les vnemens quelconques1 toujours troitement rattachs la destine humaine1 tant immdiatement attribus l'intervention continue d'une foule d'agens surnaturels plus ou moins spciaux1 dont les volonts arbitraires n'taient presque aucunement assujties des lois invariables1 il est clair que les ides thologiques devaient ainsi exercer une domination mentale beaucoup plus varie1 mieux dtermine1 et moins conteste1 que sous aucun rgime ultrieur1 comme nous le reconnatrons expressment au chapitre suivant4 ,en comparant aujourd'hui1 par la pense1 dans le cours journalier de la vie active1 l'existence habituelle d'un polythiste sincre celle du plus dvot monothiste1 une saine apprciation gnrale fera aussitt ressortir1 contrairement aux prjugs ordinaires1 la prpondrance plus intime et plus prononce de l'esprit religieux chez le premier1 dont l'intelligence demeure toujours assaillie1 presqu' chaque occasion1 sous les formes les plus varies1 d'une foule d'explications thologiques trs dtailles2 en sorte que ses actions mme les plus communes constituent1 pour ainsi dire1 autant d'actes spontans d'une adoration spciale1 sans cesse ranime1 autant que possible1 par un renouvellement continu de forme et mme de destination4 ,le monde imaginaire occupe alors certainement1 eu gard au monde rel1 beaucoup plus de place dans le systme intellectuel de l'homme1 que sous le rgime monothique3 ainsi que le confirment clairement1 par exemple1 tant d'loquentes plaintes des principaux docteurs chrtiens sur la difficult radicale de maintenir le fidle au vrai point de vue religieux2 difficult qui devait tre certainement beaucoup moindre1 et mme presque nulle1 sous l'empire1 plus familier et moins abstrait1 des croyances polythiques4 ,comme le contraste gnral avec la doctrine de l'invariabilit des lois naturelles constitue ncessairement le meilleur critrium mental de toute philosophie thologique1 il suffirait d'ailleurs d'indiquer ici1 afin de dissiper ce sujet toute incertitude1 combien l'opposition du polythisme est1 sous ce rapport1 plus profonde et plus intense que celle du monothisme2 ce que le chapitre suivant fera spontanment ressortir1 en y considrant l'immense dcroissement dtermin1 avec tant d'vidence1 dans les miracles et les oracles1 par la prpondrance finale du monothisme1 mme musulman4 ,en se bornant1 par exemple1 au seul cas des visions ou apparitions1 on voit que1 d'aprs la thologie moderne1 elles sont minemment exceptionnelles1 et rserves1 de loin en loin1 quelques individus privilgis1 chez lesquels elles ont presque toujours une importante destination2 tandis que1 sous le paganisme1 au contraire1 tout personnage un peu qualifi avait eu1 mme pour de lgers sujets1 de frquentes relations personnelles avec diverses divinits1 auxquelles l'unissait souvent une parent plus ou moins directe4 ,la seule objection vraiment spcieuse qui puisse tre faite1 ma connaissance1 contre un tel jugement comparatif1 consisterait regarder l'influence mentale du polythisme comme infrieure celle du monothisme1 d'aprs le moindre dvouement qu'il semble pouvoir inspirer4 ,mais cette objection qui1 lors mme qu'elle resterait sans rponse1 ne saurait certainement altrer l'irrsistible vidence des considrations prcdentes et de celles non moins dcisives que la suite de notre opration suggrera naturellement au lecteur attentif1 repose d'abord sur une confusion radicale entre la puissance intellectuelle des croyances religieuses et leur puissance sociale1 et ensuite sur une vicieuse apprciation de celle-ci1 faute d'avoir suffisamment cart du point de vue ancien les habitudes modernes4 ,en vertu mme de l'incorporation plus intime du polythisme au systme entier de l'existence humaine1 on doit prouver plus de difficult dterminer avec prcision sa participation propre chaque action sociale2 tandis que1 sous le monothisme1 cette coopration1 quoique1 au fond1 beaucoup moindre1 doit cependant sembler mieux tranche1 d'aprs la division plus nette qui s'tablit alors entre la vie active et la vie spculative1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,il serait d'ailleurs peu rationnel de chercher dans le polythisme le genre spcial de proslytisme1 et par suite de fanatisme1 qui doit naturellement appartenir surtout au monothisme1 dont l'esprit1 ncessairement bien plus exclusif1 inspire1 envers toute autre croyance1 cette profonde rpugnance que ne sauraient prouver au mme degr ceux qui1 admettant dj un trs grand nombre de dieux1 doivent tre peu loigns d'y en adjoindre de nouveaux1 aussitt que la conciliation devient possible4 ,on ne peut sainement apprcier l'efficacit morale et sociale du polythisme qu'en la comparant au principal office qui lui tait destin dans l'ensemble de l'volution humaine1 et qui devait essentiellement diffrer de celui du monothisme3 or1 de ce point de vue1 nous reconnatrons bientt que l'influence politique de l'un n'a certes t ni moins tendue ni moins indispensable que celle de l'autre2 en sorte que cette considration ne saurait aucunement affaiblir l'irrcusable concours de preuves varies qui reprsente le polythisme comme le plus grand dveloppement possible de l'esprit religieux1 dont le monothisme a rellement commenc la dcadence directe et croissante4 ,afin de mieux apprcier la vraie participation gnrale du polythisme l'volution fondamentale de l'intelligence humaine1 il faut l'examiner sparment1 d'abord sous le point de vue scientifique1 ensuite sous le point de vue potique ou artistique1 et enfin sous le point de vue industriel4 ,sous le premier aspect1 on doit aujourd'hui tre d'abord frapp surtout des obstacles essentiels qu'une telle philosophie thologique devait1 par sa nature1 directement opposer l'essor de tout vritable esprit scientifique1 alors oblig de lutter1 presqu' chaque pas1 contre des explications religieuses trs dtailles de la plupart des phnomnes1 tendant spontanment repousser comme impie toute ide d'invariabilit des lois physiques4 ,les graves inconvniens du polythisme sont1 cet gard1 assez videns et assez connus pour n'exiger ici aucun examen formel1 auquel supplerait d'ailleurs1 dans la leon suivante1 l'apprciation gnrale de l'influence contraire si heureusement inhrente au monothisme4 ,mais1 quelle que soit1 sous ce rapport1 l'admirable supriorit du monothisme1 et quoique la principale ducation scientifique de l'humanit ait d s'accomplir sous sa tutelle1 il faut bien cependant1 puisque cette ducation a videmment commenc sous l'empire du polythisme1 qu'il ne lui ait pas t absolument antipathique1 et qu'il ait mme primitivement tendu1 divers titres1 la seconder directement1 suivant un certain mode ncessaire1 que je dois maintenant caractriser sommairement4 ,d'abord1 les philosophes ont presque toujours apprci beaucoup trop faiblement l'importance capitale du pas vraiment dcisif franchi par l'intelligence humaine1 quand elle s'est enfin leve du ftichisme au polythisme proprement dit4 ,quelque simple que doive nous paratre aujourd'hui ce premier progrs1 il tait peut-tre plus fondamental qu'aucun autre perfectionnement ultrieur2 car cette grande cration des dieux constitue certainement1 par sa nature1 le premier essor gnral de l'activit purement spculative propre notre intelligence1 qui jusque-l n'avait fait essentiellement que suivre sans effort1 la manire des animaux1 une tendance spontane animer directement tous les corps extrieurs1 proportionnellement l'intensit effective de leurs phnomnes#g4 ,mais1 outre que notre vie intellectuelle a ainsi commenc immdiatement prendre un caractre distinct1 par le seul exercice provisoire qui pt alors exister1 cette grande rvolution thologique a constitu1 sous un autre aspect1 pour l'tat mental dfinitif1 une premire et indispensable prparation1 sans laquelle la conception ultrieure des lois naturelles invariables ft demeure indfiniment impossible4 ,a la vrit1 le polythisme1 quoique reprsentant dsormais la matire comme essentiellement inerte1 subordonnait tous les phnomnes une multitude de volonts minemment arbitraires1 incompatibles avec toute grande ide de rgles constantes4 ,nanmoins1 par cela mme que chaque corps n'tait plus directement divinis1 les dtails secondaires des phnomnes commenaient devenir accessibles au premier essor lmentaire de l'esprit scientifique1 puisqu'on pouvait les contempler1 un certain degr1 sans rappeler immdiatement la notion thologique correspondante1 ds lors relative un tre distinct du corps et rsidant presque toujours au loin2 tandis que1 sous le ftichisme1 cette indispensable sparation tait ncessairement impossible1 d'aprs les explications contenues au chapitre prcdent4 ,d'ailleurs1 le polythisme1 pleinement dvelopp1 introduit spontanment1 sous le nom de destin ou de fatalit1 une conception gnrale minemment propre fournir un point d'appui primordial au principe fondamental de l'invariabilit des lois naturelles4 ,quoique les divers phnomnes doivent1 sans doute1 paratre1 dans l'enfance de la raison humaine1 infiniment plus irrguliers que notre rgime mental ne nous permet aujourd'hui de le supposer1 il est clair cependant que le polythisme1 par la multiplicit et l'incohrence de ses indisciplinables divinits1 avait1 cet gard1 ncessairement dpass le but1 au point de devenir directement contraire ce degr de rgularit qu'a d bientt manifester l'examen attentif du monde extrieur4 ,afin de tout concilier1 sans dnaturer une telle philosophie1 il a donc fallu ajouter au systme un indispensable complment gnral1 en crant un dieu particulier pour l'immuabilit1 dont tous les autres dieux1 malgr leur indpendance propre1 devaient1 certains gards1 reconnatre la prpondrance4 ,c'est ainsi que la notion du destin constitue le correctif ncessaire du polythisme1 dont elle est1 par sa nature1 insparable2 sans parler encore de l'office capital qu'elle a d remplir1 comme on le verra plus loin1 dans la transition finale du polythisme au monothisme4 ,par-l1 le polythisme avait donc spcialement mnag un premier accs au principe ultrieur de l'invariabilit des lois naturelles1 en subordonnant quelques rgles constantes1 quoique profondment obscures1 les nombreuses volonts qu'il introduisait habituellement4 ,il a mme consacr1 certains gards1 cette rgularit naissante1 envers le monde moral1 qui lui servait1 comme toute autre thologie1 de point de dpart universel pour l'explication du monde physique3 car1 au milieu des caprices les plus dsordonns1 il importe de noter que chaque divinit conserve toujours1 au fond1 son caractre propre1 jusque dans les plus libres lans de la posie antique1 qui1 sans cela1 ne pourrait videmment nous inspirer aucun intrt soutenu4 ,note #g3 ,sous ce point de vue1 on doit reconnatre la profonde justesse de l'ancienne maxime vulgaire qui reprsentait la croyance aux dieux comme l'apanage exclusif de l'entendement humain3 puisque1 en effet1 les animaux suprieurs parviennent bien un certain ftichisme1 plus ou moins analogue au ntre1 quoique plus grossier et moins tendu2 tandis que les plus intelligens ne paraissent jamais susceptibles de s'lever1 du moins spontanment1 jusqu' la moindre bauche du polythisme proprement dit1 qui exigerait de leur part une activit d'imagination suprieure leur vraie porte mentale4 ,pendant que le polythisme1 aprs avoir veill l'activit spculative1 permettait ainsi l'esprit scientifique un faible essor rudimentaire1 il tendait minemment1 d'une autre part1 exciter directement les mditations philosophiques1 en tablissant1 entre toutes nos ides quelconques1 une premire liaison fondamentale1 qui1 malgr sa nature essentiellement chimrique1 n'en tait pas moins alors infiniment prcieuse4 ,jamais1 depuis cette poque1 les conceptions humaines n'ont pu retrouver1 un degr aucunement comparable1 ce grand caractre d'unit de mthode et d'homognit de doctrine1 qui constitue l'tat pleinement normal de notre intelligence1 et qu'elle avait alors spontanment acquis sous la domination franche et uniforme du systme thologique4 ,c'est seulement la prpondrance1 plus pure encore et plus universelle1 de la philosophie positive1 qu'il appartiendra1 dans un invitable et prochain avenir1 de raliser1 d'une manire beaucoup plus parfaite et surtout plus durable1 cette proprit fondamentale4 ,le monothisme lui-mme1 quoique rsultant d'une systmatisation plus avance1 n'a pu satisfaire autant que le polythisme une telle condition1 parce que1 dans l'tat mental correspondant1 une partie des spculations humaines avait dj commenc chapper irrvocablement la philosophie thologique proprement dite1 de manire en altrer sensiblement la nature primitive1 comme on le verra au chapitre suivant4 ,il est donc ais de concevoir pourquoi l'esprit d'ensemble1 aujourd'hui si rare1 devait1 au contraire1 se rencontrer frquemment en un temps o1 non-seulement la faible tendue des diverses notions permettait chacun de les embrasser toutes1 mais o surtout leur commune subordination une mme philosophie thologique les rendait toujours immdiatement comparables entre elles4 ,quoique ces rapprochemens dussent alors tre le plus souvent chimriques1 cependant leur usage spontan et continu devait certainement constituer1 la longue1 un tat plus normal que l'anarchie philosophique qui caractrise la situation transitoire des modernes1 et que tant d'esprits faux ou troits s'efforcent maintenant d'terniser4 ,aussi ne suis-je point surpris que d'minens penseurs1 appartenant surtout l'cole catholique1 aient1 de nos jours1 expressment dplor1 comme une sorte de dgradation fondamentale de notre intelligence1 l'irrvocable dcadence de cette philosophie antique1 qui1 se plaant directement la source de tout1 ne laissait rien sans liaison et sans explication quelconques1 par l'uniforme application de ses conceptions thologiques4 ,tous ceux qui1 dans ce sicle1 ont profondment senti la ncessit sociale de l'esprit d'ensemble1 mais sans apprcier les vraies conditions essentielles qui lui sont dsormais imposes1 ont pu tre conduits une telle aberration1 dont l'illustre de ,maistre a offert un exemple si mmorable1 surtout par son parallle gnral1 admirable beaucoup d'gards1 entre le principal caractre de la science antique et celui de la science moderne4 ,sans se laisser entraner ces regrets striles1 et mme irrationnels1 o l'on mconnat directement la destination purement provisoire de la philosophie thologique1 il est certainement impossible de ne point admirer son aptitude spciale1 non-seulement dterminer1 comme je l'ai tant prouv1 le premier essor fondamental de notre intelligence1 mais encore favoriser long-temps son dveloppement graduel1 en fournissant spontanment son activit continue un aliment et une direction galement indispensables1 jusqu' ce que le progrs des connaissances relles ait pu enfin permettre un meilleur rgime mental4 ,en considrant mme la dtermination de l'avenir comme le but final de toutes les spculations philosophiques quelconques1 on doit reconnatre1 en gnral1 que la divination thologique a vritablement ouvert la voie notre prvision scientifique1 malgr l'invitable antagonisme qui a d ultrieurement s'tablir entre elles1 et qui a surtout manifest l'irrcusable supriorit propre la philosophie positive1 sous la seule condition1 encore inaccomplie1 d'une gnralisation suffisante4 ,sous un rapport plus spcial et plus direct1 on peut enfin reconnatre que cette philosophie religieuse1 surtout l'tat de polythisme1 quoique toute de fiction et d'inspiration1 tendait immdiatement exciter un certain dveloppement lmentaire de l'esprit d'observation et d'induction4 ,malgr qu'elle ne dt lui assigner qu'un office purement subalterne1 toujours subordonn aux besoins et aux indications thologiques1 elle lui offrait cependant un champ trs vaste et un but fort attrayant1 qui n'auraient pu alors autrement exister1 en liant profondment tous les phnomnes quelconques la destine de l'homme1 principal objet du gouvernement divin4 ,les superstitions mme qui nous paraissent aujourd'hui les plus absurdes1 telles que la divination par le vol des oiseaux1 par les entrailles des victimes1 etc41 ont eu primitivement1 outre leur haute importance politique1 un caractre philosophique vraiment progressif1 comme entretenant habituellement une nergique stimulation observer avec constance des phnomnes dont l'exploration ne pouvait1 cette poque1 inspirer directement aucun intrt soutenu4 ,a quelque chimrique emploi que l'on destint ainsi les observations de tous genres1 elles ne s'en trouvaient pas moins recueillies d'avance pour un meilleur usage ultrieur1 et n'auraient pu1 sans doute1 alors tre autrement obtenues4 ,il est1 par exemple1 incontestable1 suivant la juste remarque de ,kepler1 que les chimres astrologiques ont long-temps servi maintenir le got habituel des observations astronomiques1 aprs l'avoir primitivement inspir4 ,c'est ainsi pareillement que l'anatomie doit1 ce me semble1 avoir ncessairement puis ses premiers matriaux dans les explorations spontanment rsultes de l'art des aruspices1 sur la dtermination de l'avenir par l'examen attentif du foie1 du cur1 du poumon1 etc41 des animaux sacrifis4 ,il existe1 mme aujourd'hui1 des phnomnes qui1 n'ayant pu tre soumis jusqu'ici aucune thorie vraiment scientifique1 laissent en quelque sorte regretter encore que cette institution primordiale des observations1 malgr ses immenses dangers1 ait t dtruite avant de pouvoir tre convenablement remplace1 et sans garantir seulement la conservation des renseignemens dj obtenus4 ,tels sont surtout1 pour la physique concrte1 la plupart des phnomnes mtorologiques1 et principalement ceux de la foudre1 qui1 dans l'antiquit1 taient le sujet spcial d'une exploration scrupuleuse et continue1 relativement l'art des augures4 ,quiconque saura s'affranchir aussi bien des prjugs modernes que des anciens1 dplorera sans doute la perte totale des nombreuses observations que les augures trusques1 par exemple1 avaient d recueillir ce sujet pendant une longue suite de sicles1 et que la saine philosophie pourrait utiliser aujourd'hui1 d'une manire mme plus fructueuse1 j'ose l'avancer1 que nos puriles compilations mtorologiques1 dpourvues de toute direction rationnelle4 ,on a beau maintenant vanter outre mesure l'absence totale de prdispositions et d'intentions quelconques2 il n'y a certainement d'efficacit durable1 pour les progrs de nos vraies connaissances1 que dans les observations institues avec un but dtermin1 dt-il tre essentiellement chimrique1 dfaut d'une sage impulsion thorique4 ,aucun autre exemple ne pourrait mieux manifester cette invariable ncessit mentale1 que celui de l'exploration vague et insignifiante de nos prtendus mtorologistes1 qui1 malgr le vain talage d'une exactitude minutieuse1 dressent habituellement des tableaux assez infidles pour ne pas mme rappeler chaque spectateur le vritable caractre atmosphrique de la journe prcdente3 il serait difficile1 sans doute1 que les registres des augures#h eussent t plus mal tenus4 ,en tendant tous les cas possibles la mme apprciation1 chacun pourra mettre en pleine vidence1 envers tous les phnomnes quelconques1 l'indispensable office du polythisme quant au premier essor de l'esprit d'observation2 sans excepter mme les phnomnes intellectuels et moraux1 dont l'enchanement fondamental avait d tre alors1 pour l'interprtation des songes1 le sujet invitable d'observations trs dlicates1 journellement poursuivies avec une scrupuleuse persvrance1 qui ne pourra se retrouver plus convenablement que sous l'influence ultrieure d'un dveloppement plus avanc de la philosophie positive4 ,note #h3 ,la manire mme dont ces antiques observations ont t irrvocablement perdues est minemment propre confirmer l'indispensable ncessit de diriger toute exploration relle d'aprs une thorie quelconque1 thologique ou positive1 afin d'assurer1 outre son efficacit primitive1 la conservation de ses rsultats4 ,car1 l'histoire ne nous indique aucune cause spciale de destruction pour les recueils d'observations augurales1 qui ne sauraient d'ailleurs avoir si compltement disparu par de simples accidents1 ni par suite des luttes religieuses4 ,il est clair ici que l'influence la plus destructive a surtout consist dans la profonde indiffrence de l'esprit humain pour un tel ordre d'observations1 d'aprs le changement gnral des croyances thologiques1 et avant que le dveloppement de la science relle ait pu suffisamment inspirer leur gard une autre sorte d'intrt spculatif4 ,telles sont1 en principe1 les minentes proprits intellectuelles du polythisme sous le seul point de vue scientifique1 qui devait nanmoins lui tre plus dfavorable qu'aucun autre4 ,quoique son influence ait t ncessairement beaucoup plus intime et plus dcisive envers les beaux-arts1 elle doit tre ici bien plus aisment apprciable1 comme plus vidente et moins conteste1 notre examen devant surtout consister en caractriser nettement la vraie source gnrale1 bien plus que les rsultats effectifs4 ,il importe d'abord de rectifier1 ce sujet1 une irrationnelle exagration1 encore trop commune1 qui attribue aux beaux-arts un office tellement fondamental dans la socit antique1 que son conomie gnrale n'aurait pas eu rellement d'autre base intellectuelle4 ,c'est abusivement confondre la philosophie et la posie1 qui1 en tout temps1 ont d tre profondment distinctes1 avant mme d'avoir pu recevoir leurs dnominations propres1 et sans excepter l'poque1 d'ailleurs bien moins prolonge qu'on n'a coutume de le supposer1 o elles taient galement cultives par les mmes esprits2 moins toutefois qu'on ne prt srieusement pour de la posie l'artifice mnmonique d'aprs lequel on versifie les formules religieuses1 morales1 scientifiques1 etc41 afin d'en faciliter la transmission permanente4 ,dans tous les degrs de la vie sauvage1 il est ais de reconnatre que la puissance sociale de la posie et des autres beaux-arts1 quelque considrable qu'elle puisse tre1 demeure toujours ncessairement secondaire envers l'influence thologique1 qu'elle peut utilement aider1 et dont elle doit tre hautement protge1 mais sans jamais pouvoir la dominer4 ,le grand ,homre1 quoi qu'on en ait dit1 n'tait certainement point un philosophe ou un sage1 encore moins un pontife ou un lgislateur3 seulement sa haute intelligence s'tait profondment imbue de tout ce que la pense humaine avait produit jusque alors de plus avanc en tous genres1 comme l'ont toujours fait ensuite tous les gnies potiques ou artistiques1 dont il demeurera sans cesse le type le plus minent#i4 ,platon1 qui1 sans doute1 a d comprendre le vritable esprit de l'antiquit1 n'aurait certainement point exclu de sa clbre utopie le plus gnral des beaux-arts1 si une telle influence tait rellement aussi fondamentale qu'on le suppose dans l'conomie des socits anciennes4 ,aux temps du polythisme1 comme tout autre ge de l'humanit1 l'essor et l'action des divers beaux-arts ont toujours repos1 de toute ncessit1 sur une philosophie prexistante et unanimement admise1 qui seulement1 cette premire poque1 devait leur tre plus spcialement favorable1 ainsi que je vais l'expliquer4 ,quoique1 par une raction invitable1 l'influence potique ait d alors contribuer beaucoup tendre et consolider l'empire thologique1 elle n'a pu certainement l'tablir4 ,soit pour l'individu1 soit pour l'espce1 jamais les facults d'expression n'ont pu dominer directement les facults de conception1 auxquelles leur nature propre les subordonne toujours ncessairement1 quel qu'ait pu tre le dveloppement respectif des unes et des autres4 ,toute inversion relle de cette relation lmentaire tendrait directement la dsorganisation fondamentale de l'conomie humaine1 individuelle ou sociale1 en abandonnant la conduite gnrale de notre vie ce qui ne peut que l'embellir et l'adoucir3 d'o rsulterait une sorte d'alination chronique4 ,or1 quoique la philosophie directrice dt avoir alors un tout autre caractre qu'aujourd'hui1 l'tat moral de l'humanit1 aussi pleinement normal que de nos jours1 n'en tait pas moins soumis aux mmes lois essentielles4 ,au fond1 ce qui tait alors accessoire a d rellement demeurer tel1 aussi bien que ce qui tait principal1 les formes seules ayant chang1 d'aprs le degr de dveloppement4 ,combien d'minens personnages l'antiquit ne nous offre-t-elle point presque insensibles aux charmes de la posie et des autres beaux-arts1 sans cesser nanmoins de reprsenter avec nergie l'tat social correspondant1 ce qui et t videmment impossible dans l'hypothse exagre que nous examinons6 ,pareillement1 en sens inverse1 les peuples modernes sont aujourd'hui bien loin de se rapprocher du vrai caractre antique1 quoique le got de la posie1 de la musique1 de la peinture1 etc41 s'y purifie et s'y propage toujours davantage1 et y soit probablement dj plus rpandu1 surtout en ,italie1 qu'il n'a jamais pu l'tre chez aucune socit ancienne1 du moins eu gard aux esclaves1 qui en formaient toujours la masse principale4 ,note #i3 ,c'tait une aberration rserve notre sicle que celle de prtendus potes se glorifiant systmatiquement de leur ignorance scientifique et philosophique1 qu'ils tentent vainement d'riger en garantie d'originalit4 ,il ne serait cependant point ncessaire de remonter jusqu' l'exemple fondamental d',homre1 et ensuite de ,virgile1 et en gnral de tous les grands potes de l'antiquit1 pour faire ressortir hautement cette condition pralable du dveloppement normal de tout vritable gnie potique1 de s'tre d'abord intimement familiaris avec toutes les minentes conceptions contemporaines4 ,l'observation mme des temps modernes la manifeste spontanment de toutes parts1 quoique une telle obligation ait d y devenir plus pnible1 par suite d'un dveloppement plus avanc4 ,dante1 ,arioste1 ,shakespeare1 etc41 taient certainement au niveau gnral des connaissances humaines correspondantes1 aussi bien que ,corneille1 ,milton1 ,molire1 etc43 tous avaient d'abord tremp leur gnie dans la philosophie contemporaine la plus avance1 avant de l'appliquer la plus minente posie4 ,il en est essentiellement de mme envers les autres beaux-arts1 comme le montrent1 pour la peinture1 les exemples si dcisifs de ,lonard de ,vinci1 de ,michel-,ange1 de ,poussin1 etc4 ,de telles confirmations d'une maxime d'ailleurs vidente1 peuvent faite convenablement apprcier le stupide orgueil de ces versificateurs qui s'applaudissent aujourd'hui d'en tre rests encore la physique de ,lucrce et d'picure1 etc4 ,aprs cet indispensable claircissement prliminaire1 sans lequel cette grande question ne saurait tre convenablement pose1 nous pourrons exactement apprcier l'admirable essor gnral que le polythisme a d spontanment imprimer l'ensemble des beaux-arts1 et qui les a levs alors un degr de puissance sociale1 dont l'quivalent n'a pu se reproduire ultrieurement1 faute de conditions suffisamment favorables3 abstraction faite d'ailleurs de la haute participation que leur rserve notre prochain avenir1 et que je caractriserai sommairement la fin de cet ouvrage4 ,la forme initiale de la philosophie thologique l'tat de ftichisme1 tendait dj1 d'une manire vidente et directe1 favoriser le dveloppement potique et artistique de l'humanit1 en transportant immdiatement tous les corps extrieurs notre sentiment fondamental de la vie1 comme je l'ai indiqu au chapitre prcdent4 ,afin de comprendre suffisamment la porte de cette premire apprciation1 il faut considrer que1 par leur nature1 les facults esthtiques se rapportent surtout la vie affective1 bien plus qu' la vie intellectuelle1 habituellement trop peu prononce1 dans l'organisme humain1 pour comporter aucune vritable expression ou imitation1 susceptible d'tre communment sentie avec nergie et juge avec justesse1 soit par l'interprte1 soit par le spectateur4 ,or1 nous avons reconnu combien cette philosophie primitive est en harmonie gnrale avec cette prpondrance fondamentale de la vie affective1 qui n'a jamais pu tre1 aucune poque ultrieure1 aussi pleinement consacre4 ,telle est donc1 en principe1 la tendance ncessaire du ftichisme favoriser directement l'essor spontan des beaux-arts1 et surtout de la posie et de la musique1 par lesquelles a d principalement commencer le dveloppement esthtique de l'humanit4 ,jamais l'ensemble du monde extrieur n'a pu tre conu depuis dans un tat aussi parfait de correspondance intime et familire avec l'me du spectateur1 qu'il l'tait naturellement sous ce naf rgime de notre premire enfance1 individuelle et sociale1 o le double caractre essentiel de la philosophie thologique se prononait le plus compltement possible1 soit quant l'immdiate vitalit de tous les corps quelconques1 soit en ce qui concerne l'troite subordination de tous les phnomnes la destine humaine4 ,les trop rares fragmens de posie ftichique1 ancienne ou contemporaine1 que nous pouvons maintenant apprcier1 manifestent surtout cette supriorit caractristique relativement aux tres inanims1 dont la description a toujours t ensuite beaucoup moins favorable l'art potique1 et1 plus forte raison1 l'art musical1 mme sous le rgne du polythisme1 qui1 malgr ses ressources spciales cet gard1 n'en avait pas moins dj cess de vivifier directement la matire4 ,toutefois1 le polythisme compensait1 en partie1 ce genre d'infriorit esthtique par l'ingnieux expdient spontan des mtamorphoses1 qui du moins conservait l'intervention du sentiment et de la passion dans chacune des principales origines inorganiques1 quoique ce reste indirect de vie affective1 ds lors born la premire formation de l'individu1 ou mme de l'espce1 ft loin d'ailleurs d'quivaloir1 en nergie potique1 la conception primitive d'une vitalit directe1 personnelle1 et continue4 ,mais1 les beaux-arts devant1 par leur nature1 avoir surtout pour objet le monde moral1 cette incontestable supriorit potique du ftichisme l'gard du monde physique n'avait videmment qu'une trs faible importance1 en comparaison des immenses avantages que1 sous tout autre aspect1 le polythisme prsentait spontanment pour seconder l'volution esthtique de l'humanit3 ce qui doit maintenant nous conduire considrer ainsi exclusivement ce second ge religieux1 aprs avoir suffisamment rempli l'indispensable obligation de rattacher l'ensemble de cette explication son vrai point de dpart1 sans lequel sa rationnalit et t gravement altre4 ,on doit d'abord regarder comme minemment favorable l'essor gnral des beaux-arts la proprit fondamentale du polythisme1 ci-dessus note1 d'veiller ncessairement1 de la manire la plus spontane et la plus directe1 le plus libre et le plus actif dveloppement de l'imagination humaine1 ainsi rige en principal arbitre de la philosophie primitive1 en tant qu'immdiatement investie de la dtermination spciale des divers tres fictifs auxquels on attribuait alors la production de tous les phnomnes quelconques4 ,pour l'espce1 comme pour l'individu1 ce second ge mental constitue videmment la prpondrance franche et explicite de l'imagination sur la raison2 tandis que1 sous le pur ftichisme1 la domination intellectuelle appartenait surtout au sentiment1 bien plus qu' l'imagination proprement dite1 encore peu excite4 ,c'est ainsi que le polythisme1 en stimulant toutes nos facults1 a d plus particulirement et plus fortement seconder l'lan de celles d'o dpend principalement l'volution esthtique de l'humanit4 ,telle est1 sans doute1 la premire cause de cette confusion philosophique1 prcdemment rectifie1 qui a fait envisager1 par une dangereuse exagration1 le polythisme tout entier comme une vraie cration potique1 parce que sa formation avait naturellement exig le mme genre essentiel d'activit mentale qui a prsid ensuite au dveloppement des beaux-arts1 quand ce systme gnral de conceptions a t suffisamment tabli4 ,mais1 quoique ce systme ait d1 au contraire1 videmment servir de base pralable ce dveloppement1 il faut reconnatre1 en second lieu1 que1 sous un semblable rgime1 la fonction1 soit intellectuelle1 soit sociale1 de la posie et des autres beaux-arts1 sans jamais avoir pu1 mme alors1 devenir rellement prpondrante1 devait tre cependant1 de toute ncessit1 beaucoup moins secondaire qu' aucun ge ultrieur de l'humanit4 ,en effet1 une telle constitution religieuse attribuait spontanment aux facults esthtiques une participation accessoire1 et pourtant directe1 aux oprations thologiques fondamentales2 tandis que1 sous le monothisme1 les beaux-arts ont t ncessairement rduits un office de culte1 et1 tout au plus1 de propagation1 sans avoir dsormais aucune part quelconque l'laboration dogmatique1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,sous le polythisme1 quand la philosophie avait introduit1 pour l'explication des phnomnes physiques ou moraux1 une divinit nouvelle1 la posie devait videmment s'en emparer afin d'achever l'opration en donnant1 cet tre d'abord abstrait et peu dtermin1 un costume et des murs convenables sa destination1 ainsi qu'une histoire suffisamment dtaille2 de manire lui imprimer nettement ce caractre concret1 si indispensable1 surtout alors1 la pleine efficacit1 sociale et mme mentale1 d'une semblable conception4 ,or1 cette importante attribution1 que le ftichisme n'avait pu admettre1 puisque les divinits s'y trouvaient spontanment concrtes1 a d certainement concourir avec nergie l'essor gnral des beaux-arts1 ainsi investis1 d'une manire continue et rgulire1 d'une sorte de fonction dogmatique1 minemment propre leur procurer une autorit et une considration que l'tat ultrieur de la philosophie thologique n'a pu comporter au mme degr4 ,en troisime lieu1 le ftichisme ne pouvait1 par sa nature1 s'tendre que fort tard et trs imparfaitement l'explication du monde moral1 dont l'intuition immdiate lui servait1 au contraire1 directement de base gnrale pour la conception du monde physique3 tandis que le polythisme1 sans perdre un tel caractre fondamental1 plus ou moins inhrent1 de toute ncessit1 comme je l'ai tabli1 une thologie quelconque1 possdait spontanment la proprit capitale d'tre essentiellement applicable aux divers phnomnes moraux et mme sociaux4 ,aussi est-ce surtout dans ce second ge religieux que la philosophie thologique est devenue vraiment universelle1 en recevant ce grand et indispensable complment1 qui ds lors a constitu de plus en plus1 et encore davantage sous le monothisme1 sa principale attribution1 et la seule mme qu'elle s'efforce vainement de conserver aujourd'hui4 ,il serait assurment superflu de faire ici expressment ressortir l'vidente importance esthtique de cette extension spontane de la philosophie1 l'tat polythique1 au monde moral et social1 si clairement apte fournir aux beaux-arts leur champ principal et presque exclusif4 ,enfin1 leur dveloppement gnral a t directement favoris par le polythisme1 sous un quatrime et dernier aspect fondamental1 d'aprs la base minemment populaire qu'une telle religion assurait si largement l'action esthtique4 ,les beaux-arts1 destins surtout aux masses1 doivent1 en effet1 par leur nature1 prouver l'indispensable besoin de s'appuyer sur un systme convenable d'opinions familires et communes1 dont la prpondrance pralable est galement indispensable pour produire et pour goter1 afin de prparer suffisamment entre l'interprte actif et le spectateur passif cette harmonie morale qui d'avance dispose l'un seconder spontanment les moyens d'expression employs par l'autre1 et sans laquelle aucune uvre d'art ne saurait tre pleinement efficace1 mme sous le point de vue individuel1 et1 plus forte raison1 sous l'aspect social4 ,c'est le dfaut d'une telle condition1 trop rarement accomplie dans l'art moderne1 qui permet d'y expliquer le peu d'effet rel de tant de chefs-d'uvre1 conus sans foi et apprcis sans conviction1 et qui1 malgr leur minent mrite1 ne peuvent exciter en nous que les impressions gnrales inhrentes aux lois fondamentales de la nature humaine2 en sorte qu'il en rsulte presque toujours une influence trop abstraite1 et par suite peu populaire4 ,or1 la supriorit esthtique du polythisme est1 cet gard1 encore plus irrcusable qu' tout autre2 car aucune philosophie quelconque n'a pu1 videmment1 jamais obtenir depuis une plnitude de popularit comparable celle du polythisme au temps de sa prpondrance4 ,le monothisme lui-mme1 au moment de sa plus grande splendeur1 ne fut pas certainement aussi populaire que cette antique religion1 dont les hautes imperfections morales ne devaient d'ailleurs que trop seconder et propager l'influence primitive4 ,une rgnration fondamentale1 encore trop confusment apprciable1 surtout sous ce rapport1 pourra seule ultrieurement tablir1 par l'ascendant universel de la philosophie positive1 un systme d'opinions fixes et unanimes aussi susceptible de fournir une base vraiment populaire au large dveloppement des beaux-arts1 pourvu que leur essor soit enfin conu dans un esprit rellement conforme la nature caractristique de la civilisation moderne1 comme je l'indiquerai au soixantime chapitre4 ,par cet ensemble de motifs1 l'aptitude ncessaire du polythisme seconder spcialement l'volution esthtique de l'humanit1 se trouve donc ici suffisamment explique4 ,or1 n'et-il rendu que cet minent service1 il aurait certainement concouru1 suivant un mode indispensable1 au dveloppement fondamental de notre espce1 dont une telle volution devait constituer1 par sa nature1 l'un des principaux lmens4 ,dans le vrai systme de l'conomie humaine1 individuelle ou sociale1 les facults esthtiques sont1 en quelque sorte1 intermdiaires entre les facults purement morales et les facults proprement intellectuelles3 leur but les rattache aux unes1 leur moyen aux autres4 ,aussi leur dveloppement convenable peut-il trs heureusement ragir la fois sur l'esprit et sur le cur1 constituant ainsi spontanment l'un des plus puissans procds gnraux d'ducation1 soit intellectuelle1 soit morale1 que nous puissions concevoir4 ,chez le trs petit nombre d'organisations minentes1 o la vie mentale devient prpondrante1 surtout la suite d'un long exercice continu et presque exclusif1 l'influence des beaux-arts tend rappeler la vie morale1 alors trop souvent oublie ou ddaigne4 ,mais1 dans l'immense majorit de notre espce1 o1 au contraire1 l'activit intellectuelle1 spontanment engourdie1 doit tre essentiellement absorbe par l'activit affective1 le dveloppement esthtique sert habituellement de prambule indispensable au vrai dveloppement mental1 outre son importance propre et permanente1 trop incontestable pour qu'il faille la signaler ici4 ,telle est la grande phase spciale que l'humanit devait accomplir sous la direction du polythisme1 si minemment propre1 d'aprs les explications prcdentes1 cette heureuse destination4 ,c'est ainsi qu'il a indirectement tendu exciter1 non-seulement chez quelques hommes choisis1 mais surtout dans la masse entire1 un premier degr de vie intellectuelle permanente1 par une douce et irrsistible influence1 que chacun alors subissait avec dlices1 indpendamment d'ailleurs de son action mentale proprement dite1 ci-dessus analyse4 ,l'observation journalire du dveloppement individuel des hommes ordinaires suffirait seule faire apprcier toute la valeur de cet indispensable office1 en vrifiant clairement qu'il n'y a presque jamais d'autre moyen d'veiller1 ou mme d'entretenir1 une certaine activit purement spculative1 distincte de l'exercice forc que les ncessits humaines imposent habituellement notre chtive intelligence3 tmoigner quelque intrt pour les beaux-arts1 sera certainement1 en tout temps1 le symptme le plus commun d'une vraie naissance la vie spirituelle4 ,sans doute1 un tel progrs est encore loin du terme naturel de l'ducation humaine1 individuelle ou collective1 comme je l'ai indiqu au cinquantime chapitre4 ,car1 le but essentiel1 dans l'un et l'autre cas1 consiste finalement transfrer1 autant que possible1 l'influence directrice la raison1 et non l'imagination4 ,mais1 si le caractre propre de l'humanit a commenc se prononcer1 ds sa premire enfance1 par l'ascendant du sentiment sur l'instinct animal1 ce qui a t essentiellement le rsultat spontan du ftichisme1 il n'est pas douteux que cette prpondrance de l'imagination sur le sentiment1 constitue par l'volution esthtique accomplie sous le polythisme1 n'ait dtermin un grand pas gnral vers l'tat dfinitif et pleinement normal1 o la raison prend enfin directement et ouvertement les rnes du gouvernement humain2 situation finale1 dont le monothisme a puissamment tendu nous rapprocher1 comme l'expliquera la leon suivante1 mais qui ne saurait tre suffisamment ralise que sous l'empire universel de la philosophie positive4 ,ainsi1 la phase philosophique que nous apprcions dans le polythisme ne pouvait1 par sa nature1 constituer qu'un degr intermdiaire1 qu'il serait trs dangereux de prtendre riger en terme vritable de l'ducation humaine2 mais c'tait1 non moins videmment1 un intermdiaire strictement indispensable1 qui n'tait pas susceptible d'tre franchi1 et sans lequel l'essor ultrieur des plus hautes facults de l'homme serait rest essentiellement impossible4 ,quoique l'esprit esthtique et l'esprit scientifique diffrent certainement beaucoup1 cependant ils emploient rellement1 chacun sa manire1 les mmes forces fondamentales du cerveau1 en sorte que le premier genre d'activit intellectuelle peut servir1 un certain degr1 de prambule ou d'introduction au second1 sans dispenser aucunement toutefois d'une autre prparation plus spciale1 que nous apprcierons en son lieu1 et laquelle devait surtout prsider le monothisme4 ,sans doute1 le gnie1 minemment analytique et abstrait1 de la principale observation scientifique proprement dite1 envers le monde extrieur1 est radicalement distinct du gnie1 essentiellement synthtique et concret1 de l'observation esthtique1 qui1 dans tous les phnomnes quelconques1 s'attache saisir presque exclusivement le ct humain1 en y tudiant leur influence effective sur l'homme1 spcialement envisag quant au moral4 ,nanmoins1 il y a videmment entre eux quelque chose de profondment commun1 la disposition1 galement ncessaire1 observer avec justesse1 qui exige ou suggre des prcautions mentales fort analogues pour prvenir et rectifier les aberrations dans l'un ou l'autre cas4 ,l'analogie est beaucoup plus complte en ce qui concerne l'tude de l'homme lui-mme1 o le savant et l'artiste ont galement besoin de certaines notions identiques1 quoiqu'ils n'en doivent pas faire le mme usage4 ,on ne saurait donc mconnatre la secrte affinit directe qui existe1 divers titres1 entre l'un et l'autre esprit1 malgr leurs profondes diffrences caractristiques1 et qui1 par suite1 doit rendre le dveloppement plus rapide du premier susceptible de prparer utilement l'essor plus tardif du second4 ,si cette relation a lieu ncessairement chez ceux d'abord qui1 l'un ou l'autre gard1 participent activement la culture intellectuelle1 une influence analogue doit s'exercer aussi1 un moindre degr1 sur la masse passive4 ,pour plus de clart1 je me suis born1 dans une telle apprciation1 considrer seulement1 de part et d'autre1 ce qui concerne la simple laboration pralable1 destine procurer les matriaux convenables4 ,or1 le rapprochement serait jug bien plus intime si je pouvais ici comparer galement la combinaison finale de ces premiers lmens1 invitablement soumise aux mmes lois essentielles1 soit qu'il s'agisse d'une uvre esthtique ou scientifique4 ,mais les notions ordinaires sur la marche gnrale des compositions intellectuelles1 surtout quant aux beaux-arts1 sont encore beaucoup trop vagues et trop obscures pour qu'un semblable parallle pt avoir toute son utilit philosophique1 moins d'entraner dans des explications fort tendues1 entirement incompatibles avec la nature et la destination de cet ouvrage4 ,quoi qu'il en soit1 les indications prcdentes suffisent1 sans doute1 rendre incontestable l'influence spciale que l'essor primitif du gnie esthtique a d exercer1 sous le polythisme1 sur l'tat mental de l'humanit1 pour y prparer1 sous le monothisme1 la naissance conscutive du vrai gnie scientifique1 indpendamment de son office gnral1 ci-dessus apprci1 quant au premier veil de l'activit spculative1 dans le seul mode qui ft d'abord possible4 ,les limites ncessaires de ce trait m'ont prescrit aussi de ne faire ici aucune distinction formelle entre les divers beaux-arts1 soit en ce qui concerne leur relation au polythisme1 soit relativement la liaison de leur dveloppement avec l'volution fondamentale de l'humanit4 ,mais1 si je pouvais ici plus spcialement examiner cet intressant sujet1 il me serait ais d'tendre la thorie que je viens d'esquisser jusqu' la dtermination rigoureuse de l'ordre spontan suivant lequel ces diffrens arts ont d historiquement surgir et crotre1 en tout temps et en tout lieu1 sauf les perturbations exceptionnelles1 o la succession essentielle deviendrait encore apprciable une scrupuleuse analyse4 ,ne devant point insister davantage sur les considrations esthtiques1 je me borne donc noncer cet ordre1 que tout lecteur familiaris avec la vraie philosophie des beaux-arts pourra facilement examiner4 ,il consiste en ce que chaque art a d se dvelopper d'autant plus tt1 qu'il tait1 par sa nature1 plus gnral1 c'est--dire susceptible de l'expression la plus varie et la plus complte1 qui n'est point toujours1 beaucoup prs1 la plus nette ni la plus nergique3 d'o rsulte1 comme srie esthtique fondamentale1 la posie1 la musique1 la peinture1 la sculpture1 et enfin l'architecture1 en tant que moralement expressive#aj4 ,note #aj3 ,la stricte exactitude historique1 et mme philosophique1 exigerait peut-tre que l'on ft commencer une telle srie par cet art1 plus spontan et plus primitif qu'aucun autre1 qui1 intimement li au langage mimique1 dont il ne constitue qu'une sorte d'exagration naturelle1 peu prs comme la musique envers la parole1 offre1 avec tant d'vidence1 dans les moindres degrs de la vie sauvage1 le premier moyen d'expression anime1 et jusqu' un certain point idalisable1 de nos sentimens individuels ou sociaux1 et surtout de nos passions les plus nergiques4 ,mais un tel art1 essentiellement tomb en dsutude1 depuis que le langage d'action a d perdre graduellement presque toute son importance initiale1 doit tre de plus en plus envisag comme teint1 si ce n'est titre de simple auxiliaire subalterne de la plupart des autres2 ainsi que le tmoigne clairement1 malgr tant d'encouragemens systmatiques1 sa misrable rduction1 chez les modernes1 une froide et strile combinaison de signes essentiellement conventionnels1 devenus presque inintelligibles pour ceux mme qui les assemblent1 et o les cervelets mousss trouvent seuls habituellement une stimulation relle1 bien qu'accessoire4 ,il y a long-temps1 sans doute1 que l'idalisation des sentimens humains ne s'exprime plus que par des moyens plus parfaits et plus nobles2 quoique leur dveloppement ait d tre1 en effet1 postrieur1 cette circonstance ne saurait dsormais tre prise en considration que dans un trait tout spcial sur l'ensemble de rvolution esthtique de l'humanit4 ,en terminant cette apprciation capitale1 propre nous dispenser essentiellement de toute explication analogue dans presque tout le reste de notre opration historique1 il importe d'y signaler son aptitude spciale rsoudre spontanment la grande et clbre objection que les beaux-arts semblent offrir ncessairement la thorie gnrale du progrs continu de l'humanit1 par le seul fait de leur incontestable prminence en un temps qui1 tout autre titre1 ne reprsente videmment que l'enfance de notre espce4 ,on voit maintenant1 en effet1 comme je l'avais annonc au quarante-huitime chapitre1 quoi tient ce paradoxe apparent1 en reconnaissant ainsi par quel concours ncessaire de causes naturelles le principal essor des beaux-arts devait avoir lieu sous l'empire du polythisme1 sans qu'une telle correspondance puisse rationnellement indiquer aucune vraie diminution ultrieure dans l'ensemble de nos facults esthtiques1 qui seulement1 malgr leur dveloppement toujours continu1 n'ont pu retrouver depuis ni une stimulation aussi directe et aussi nergique1 ni d'aussi importantes attributions1 ni des dispositions aussi favorables1 toutes circonstances entirement indpendantes de leur activit intrinsque et du mrite propre de leurs productions4 ,sans renouveler la fameuse discussion sur les anciens et les modernes1 il est impossible de mconnatre les nombreux et clatans tmoignages qui prouvent1 avec une irrsistible vidence1 que le gnie humain n'a nullement baiss au fond1 mme pendant la prtendue nuit du moyen-ge1 surtout en ce qui concerne le premier des beaux-arts1 dont le progrs gnral est1 au contraire1 incontestable4 ,mme dans le genre pique1 quoique le mode essentiel de conception en ait t jusqu'ici le moins adapt la nature de la civilisation moderne1 on ne saurait certainement citer1 en aucun temps1 un gnie potique plus fortement organis que celui de ,dante ou de ,milton1 ni une imagination aussi puissante que celle d',arioste4 ,quant la posie dramatique1 l'nergie spontane de ,shakespeare1 l'admirable lvation de ,corneille1 l'exquise dlicatesse de ,racine1 et l'incomparable originalit de ,molire1 ne redoutent certainement aucun parallle antique4 ,a l'gard des autres beaux-arts1 on ne peut plus contester aujourd'hui la haute prminence de la musique moderne1 soit italienne1 soit allemande1 malgr une moindre influence sociale dans un milieu moins favorable1 sur la musique des anciens1 essentiellement dnue d'harmonie1 et rduite1 comme celle de toutes les socits peu avances1 des mlodies extrmement simples et uniformes1 o la seule mesure constituait le principal moyen d'expression4 ,il en est sans doute de mme relativement la peinture1 considre non-seulement dans sa partie technique1 dont le progrs continu est vident1 mais dans sa plus haute expression morale1 pour laquelle nous n'avons certes aucun sujet de penser que l'antiquit et rien produit d'quivalent1 par exemple1 aux chefs-d'uvre de ,raphal1 ni beaucoup d'autres ouvrages modernes4 ,l'exception apparente relative la sculpture s'expliquerait aisment1 si elle est suffisamment relle1 comme essentiellement due aux murs et la manire de vivre des anciens1 qui devaient naturellement leur procurer une connaissance plus intime et plus familire des formes humaines4 ,enfin1 pour l'architecture1 indpendamment des immenses progrs qu'a videmment reus1 chez les modernes1 sa partie industrielle la plus usuelle1 on ne saurait mconnatre1 ce me semble1 sous le seul point de vue esthtique1 l'minente supriorit de tant d'admirables cathdrales du moyen-ge1 o la puissance morale d'un tel art est certainement pousse un degr de sublime perfection1 que ne pouvaient offrir1 malgr leur rgularit1 les plus beaux temples antiques1 comme j'aurai lieu de l'expliquer sommairement au chapitre suivant4 ,aprs avoir judicieusement opr ces diverses comparaisons directes1 il faudrait ensuite1 pour parvenir une apprciation vraiment rationnelle1 prendre1 d'une autre part1 en haute considration la stimulation esthtique ncessairement beaucoup moindre inhrente jusqu'ici au caractre essentiel de la civilisation moderne1 malgr de plus grands encouragemens personnels1 dus surtout la vulgarisation croissante du got4 ,les beaux-arts tant1 en gnral1 destins retracer avec nergie notre existence morale et sociale1 il est clair que1 quoique spontanment convenables toutes les phases de l'humanit1 ils doivent ncessairement s'adapter de prfrence une sociabilit plus homogne et plus fixe1 dont le caractre1 plus complet et plus prononc1 comporte une reprsentation plus nette et mieux dfinie2 ce qui avait minemment lieu dans l'antiquit1 sous l'empire du polythisme4 ,or1 nous reconnatrons1 au contraire1 que1 depuis le commencement du moyen-ge1 l'tat social moderne n'a1 pour ainsi dire1 constitu jusqu'ici qu'une immense transition1 essentiellement accomplie1 sans une physionomie assez stable et assez tranche1 sous la prsidence indispensable du monothisme1 qui1 par sa nature1 devait moins encourager le dveloppement esthtique1 et seconder davantage l'essor scientifique4 ,toutes les causes principales devaient donc concourir y ralentir notablement la marche des beaux-arts2 et1 cependant1 loin d'avoir subi aucune dgnration relle1 les faits tmoignent1 avec une clatante vidence1 que leur gnie s'est lev1 dans presque tous les genres dj crs1 au niveau et mme au-dessus des plus minentes productions antiques1 indpendamment des nouvelles issues qu'il est parvenu s'ouvrir par beaucoup d'admirables chefs-d'uvre1 par exemple1 dans ces compositions1 minemment modernes1 qualifies du nom impropre de romans3 il n'y a eu de diminution relle que dans l'influence sociale correspondante1 d'aprs les motifs prcdemment expliqus4 ,ainsi1 l'accomplissement1 mme en ce genre1 d'un vritable progrs1 malgr des conditions peu favorables1 montre clairement que les facults esthtiques de l'humanit1 loin de dcrotre1 sont assujties1 comme toutes les autres1 un dveloppement continu3 aux yeux du moins de tous les vrais philosophes qui1 cet gard1 sauront se prserver suffisamment de la tendance vulgaire juger les beaux-arts uniquement sur l'effet produit2 d'o il rsulterait1 par exemple1 si l'on pouvait tre pleinement consquent cet trange principe1 qu'il faudrait accorder le premier rang la composition d'une danse ngre1 susceptible1 en cas opportun1 de dterminer un entranement plus irrsistible que celui d la plus puissante posie ancienne ou moderne4 ,quand1 aprs une longue et pnible prparation1 la civilisation moderne aura finalement dvelopp1 avec la prpondrance suffisante1 son vrai caractre propre1 ce qui serait impossible sans l'ascendant gnral de la philosophie positive1 l'humanit s'lvera un tat social minemment progressif1 et nanmoins plus homogne et plus stable que celui de l'antiquit polythiste1 o les beaux-arts trouveront la fois un nouveau champ et des attributions nouvelles1 aussitt que leur gnie essentiel se sera convenablement adapt au nouveau rgime intellectuel1 comme je l'indiquerai sommairement la fin du volume4 ,c'est alors seulement que pourra tre directement utilise1 dans toute sa plnitude1 pour le bonheur commun de notre espce1 cette admirable ducation graduelle de nos facults esthtiques1 qui1 continue1 avec tant de succs1 chez les modernes1 malgr tant d'entraves1 y tmoigne si clairement de leur irrsistible spontanit3 c'est alors enfin que se manifestera familirement1 aux yeux de tous1 cette irrcusable affinit fondamentale qui1 d'aprs les lois ncessaires de l'organisation humaine1 unit spontanment le sentiment du beau1 d'une part1 au got du vrai1 et1 d'une autre part1 l'amour du bon4 ,aprs avoir ainsi suffisamment accompli l'apprciation intellectuelle du polythisme1 d'abord sous le point de vue scientifique1 et ensuite sous l'aspect esthtique1 il n'y a pas lieu de s'arrter ici caractriser expressment son influence gnrale sur le dveloppement continu des aptitudes industrielles de l'humanit4 ,cette dernire dtermination s'effectuera d'ailleurs spontanment ci-dessous1 en ce qu'elle peut offrir d'utile notre principale opration1 quand nous considrerons celle des trois formes essentielles du polythisme qui devait surtout prsider un tel dveloppement1 rsultat complexe de l'essor mental et de l'essor social4 ,nous avons1 en outre1 dj reconnu1 au chapitre prcdent1 l'importance initiale de la philosophie thologique1 mme l'tat de simple ftichisme1 pour exciter et soutenir d'abord l'activit humaine dans sa premire conqute du monde extrieur4 ,or1 il suffit maintenant d'ajouter1 ce sujet1 que le polythisme devait ncessairement exercer1 sous ce rapport1 une influence plus directe et plus tendue que celle du pur ftichisme4 ,celui-ci1 en effet1 en divinisant la matire1 ne pouvait videmment1 sans une sorte d'inconsquence sacrilge1 en tolrer l'altration journalire2 du moins jusqu' ce que la naissance d'un vrai sacerdoce1 sous l'astroltrie1 et permis1 comme je l'ai expliqu1 de commencer discipliner cette logique spontane de l'esprit religieux4 ,le polythisme1 au contraire1 isolant nettement chaque divinit des corps soumis son empire1 n'interdisait plus1 par sa nature1 la modification volontaire du monde extrieur1 et y provoquait mme souvent divers titres2 outre qu'il ralisait directement1 au plus haut degr1 la proprit stimulante inhrente toute philosophie thologique1 en mlant l'action surnaturelle la plupart des entreprises humaines1 d'une manire bien plus spciale et plus intime qu'on n'a pu la concevoir depuis3 en sorte que1 pour peu que l'action devnt importante1 chacun pouvait s'y sentir familirement appuy de quelque divine assistance4 ,en mme temps1 l'invitable organisation d'un puissant sacerdoce tendait rgulariser ces vagues influences1 qui1 livres leur jeu naturel1 devaient produire tant d'incertitudes ou d'aberrations4 ,on conoit1 enfin1 que la multiplicit des dieux fournissait1 cet gard1 de prcieuses ressources spciales1 pour neutraliser spontanment1 d'aprs leur opposition mutuelle1 cette disposition anti-industrielle plus ou moins attache1 de toute ncessit1 la nature intime de l'esprit religieux1 ainsi que je l'ai expliqu la fin du volume prcdent4 ,sans un tel expdient1 sagement appliqu par l'autorit sacerdotale1 il est vident que le dogme gnral du fatalisme1 prcdemment signal comme indispensable au polythisme1 aurait tendu directement arrter l'essor naissant de l'activit humaine4 ,aussi le monothisme1 o ce dogme prend surtout la forme1 non moins oppressive1 d'un optimisme absolu1 et qui est radicalement priv de ce puissant correctif d au croisement immdiat des volonts directrices1 serait-il1 par sa nature1 moins favorable que le polythisme l'action progressive de l'humanit sur le monde1 si l'poque mme de son avnement spontan ne concidait point ncessairement1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant1 avec cet tat plus avanc de l'volution humaine qui1 malgr les apparences vulgaires1 diminue au fond l'influence et le besoin de l'esprit religieux dans la vie relle4 ,quand cette indispensable concidence n'a pas lieu suffisamment1 par suite d'un passage prmatur l'tat monothique1 d'aprs une aveugle imitation1 cette tendance dltre se fait nettement sentir3 ainsi que l'histoire ne le tmoigne que trop1 envers plusieurs nations dont les progrs ultrieurs eussent t certainement plus fermes et plus rapides1 si elles fussent restes plus long-temps sous le rgime polythique1 au lieu de s'lever trop brusquement au monothisme1 avant d'y tre encore convenablement prpares1 et uniquement entranes par une indiscrte ardeur1 provenue d'exemples htrognes4 ,on ne saurait donc mconnatre les proprits spciales du polythisme pour encourager le dveloppement spontan de notre activit industrielle1 jusqu' ce que1 par le progrs continu de l'tude de la nature1 elle puisse commencer prendre son vrai caractre rationnel1 sous l'influence correspondante de l'esprit positif1 qui1 en lui ouvrant le plus vaste champ1 lui imprime directement le mouvement la fois le plus sage et le plus hardi4 ,du reste1 afin qu'une telle apprciation soit suffisamment exacte1 il ne faut jamais oublier que la guerre constituait alors1 de toute ncessit1 la principale occupation de l'homme1 et que1 par consquent1 on jugerait trs mal l'industrie ancienne si1 comme nos habitudes doivent nous y porter aujourd'hui1 on y ngligeait les arts dont la destination tait essentiellement militaire4 ,ces arts ont d tre long-temps prpondrans1 en vertu de leur importance suprieure1 et aussi d'aprs la plus grande facilit intrinsque de leur perfectionnement propre4 ,les premiers outils de l'homme ont toujours t ncessairement des armes1 soit contre les animaux1 soit contre ses comptiteurs4 ,pendant une longue suite de sicles1 son adresse et sa sagacit pratique ont d tre principalement occupes1 par un exercice nergique et continu1 instituer et amliorer les appareils militaires1 offensifs ou dfensifs2 et ces efforts1 outre leur indispensable utilit primitive1 n'ont pas d'ailleurs t entirement superflus pour le progrs ultrieur de l'industrie proprement dite1 qui1 par d'heureuses transformations1 en a souvent tir des indications importantes4 ,sous cet aspect1 il faut constamment regarder l'tat social de l'antiquit comme radicalement inverse de notre tat moderne1 o la guerre est devenue enfin purement accessoire1 tandis que1 chez les anciens1 elle devait avoir habituellement une haute prpondrance4 ,aussi dans l'antiquit1 de mme que parmi les sauvages actuels1 les plus grands efforts de l'industrie humaine se rapportaient-ils essentiellement la guerre1 qui y donna lieu tant de crations vraiment prodigieuses1 surtout pour l'art des siges4 ,chez les modernes1 au contraire1 quoique l'immense progrs des arts mcaniques et chimiques ait d accessoirement y dterminer d'importantes innovations militaires1 dont toutefois on s'exagre beaucoup la valeur1 il est nanmoins certain que le systme des armes se prsente comme beaucoup moins perfectionn1 relativement l'ensemble actuel des moyens humains1 qu'il ne l'tait1 chez les ,grecs et les ,romains1 eu gard l'tat industriel correspondant#aa4 ,il est donc indispensable de considrer aussi cet art prpondrant1 si l'on veut convenablement caractriser l'influence gnrale du polythisme sur le dveloppement industriel de l'humanit4 ,note #aa3 ,j'ai souvent entendu un marin distingu 7mon malheureux ami feu le capitaine ,montgry71 qui avait embrass1 avec une minente rationnalit relative1 le systme entier de l'art de la guerre1 la fois terrestre et navale1 conception extrmement rare aujourd'hui1 dplorer amrement1 pour caractriser la faible consommation intellectuelle exige par la guerre moderne1 que l'art de dtruire1 quoique1 par sa nature1 le plus facile de tous1 se trouvt beaucoup moins perfectionn maintenant que l'art de produire1 malgr la difficult suprieure de celui-ci4 ,mais1 si ce militaire vraiment philosophe et suffisamment complt son intressante observation1 comme son rudition spciale1 aussi judicieuse qu'tendue1 le lui et aisment permis1 en reconnaissant que1 chez les anciens1 la relation tait essentiellement inverse1 il y et aperu une nouvelle confirmation de cette heureuse transformation sociale qui1 chez les modernes1 faisant de plus en plus de la guerre une affaire habituellement accessoire1 ne dtourne ordinairement cet usage que la moindre partie des efforts intellectuels1 comme je l'expliquerai ailleurs4 ,pour complter l'apprciation abstraite du polythisme1 il nous reste maintenant juger directement son aptitude sociale proprement dite1 analyse d'abord sous le point de vue politique1 alors ncessairement prpondrant1 et ensuite sous l'aspect purement moral1 qui manifeste plus qu'aucun autre l'imperfection radicale d'un tel rgime thologique4 ,l'ensemble des explications dj contenues dans ce volume et dans le dernier chapitre du prcdent1 a d faire d'avance apprcier hautement l'importance fondamentale de cette premire proprit du polythisme qui consiste dtacher enfin nettement de la masse sociale une classe minemment spculative1 galement affranchie des soins militaires et industriels1 et susceptible1 par son ascendant spontan1 de donner graduellement la socit humaine une consistance durable et une organisation rgulire4 ,tandis que le ftichisme1 ainsi que nous l'avons reconnu1 ne dterminait point ncessairement l'institution d'un vrai sacerdoce1 si ce n'est dans sa dernire phase1 l'tat d'astroltrie1 d'o il a pass au polythisme1 il est vident que celui-ci1 au contraire1 devait tre1 de sa nature1 minemment favorable un tel tablissement1 par cela seul qu'il introduisait des divinits pleinement indpendantes de la matire1 et qui1 habituellement inaccessibles1 ne pouvaient communiquer avec l'humanit que par l'intermdiaire indispensable de ministres spciaux1 prdestins en quelque sorte cette mystrieuse fonction4 ,la multiplicit des dieux tait mme trs propre faire d'abord sentir avec plus d'nergie cette urgente ncessit sociale1 aussi bien qu' tendre et acclrer le dveloppement de la classe sacre1 quoiqu'elle ait d ensuite beaucoup contribuer1 par l'invitable dispersion de l'autorit sacerdotale1 diminuer sa consistance et altrer son indpendance1 comme je l'expliquerai ci-dessous4 ,c'est ainsi que le polythisme1 pendant qu'il constituait la seule philosophie alors susceptible d'imprimer l'esprit humain un premier essor1 soit scientifique1 soit surtout esthtique1 soit mme industriel1 instituait1 d'une autre part1 non moins spontanment1 la seule corporation sociale qui pt alors acqurir assez de loisir et de dignit pour se livrer avec succs cette triple culture intellectuelle1 vers laquelle son ambition spciale devait d'abord la pousser autant que sa vocation naturelle4 ,mais j'ai dj suffisamment signal1 quoique d'une manire implicite1 les heureuses consquences sociales de cette institution vraiment fondamentale1 organe ncessaire1 en un genre quelconque1 de ce progrs primitif1 dont nous venons d'apprcier le principe essentiel et la marche gnrale4 ,il s'agit maintenant d'examiner surtout les consquences directement politiques d'un tel tablissement1 en dterminant son influence ncessaire sur l'conomie caractristique des socits anciennes1 considres quant la haute destination politique qui devait leur appartenir spcialement dans l'ensemble de l'volution humaine4 ,en quelque tat d'enfance que l'humanit soit considre1 elle manifeste toujours spontanment certains germes primordiaux des principaux pouvoirs politiques1 soit temporels ou pratiques1 soit mme spirituels ou thoriques4 ,sous le premier point de vue1 les qualits purement militaires1 d'abord la force et le courage1 plus tard la prudence et la ruse1 y deviennent habituellement1 dans les expditions de chasse ou de guerre1 la base immdiate d'une autorit active1 au moins temporaire4 ,de mme1 sous le second aspect1 quoique moins connu1 par une simple extension naturelle du gouvernement domestique1 la sagesse des vieillards1 ncessairement chargs de transmettre l'exprience et les traditions de la tribu1 y acquiert bientt une certaine puissance consultative1 sans excepter les peuplades o les moyens de subsistance sont rests encore assez prcaires et assez incomplets pour exiger rgulirement le douloureux sacrifice des parens trop caduques4 ,a cette autorit naturelle1 on voit aussi commencer l'adjonction spontane d'une autre influence lmentaire1 celle des femmes1 qui1 en tout temps1 a d constituer1 envers un pouvoir spirituel quelconque1 un important auxiliaire domestique1 tendant modifier par le sentiment1 comme celui-ci par l'intelligence1 l'exercice direct de la prpondrance matrielle4 ,c'est ainsi que1 mme sous le plus grossier ftichisme1 la socit humaine nous prsente invitablement1 d'aprs une judicieuse analyse1 les germes spontans de tous les plus grands tablissemens ultrieurs4 ,mais ces divers rudimens primitifs d'un systme politique resteraient borns1 de toute ncessit1 une existence fort prcaire et trs imparfaite1 la fois essentiellement temporaire et locale1 si le polythisme ne venait point les rattacher graduellement la double institution fondamentale d'un culte rgulier et d'un sacerdoce distinct1 qui peut seule permettre1 entre les diffrentes familles1 l'tablissement naissant d'une vritable organisation sociale1 susceptible de consistance et de dure4 ,telle est d'abord la principale destination politique de la philosophie thologique1 ainsi parvenue son second ge naturel4 ,c'est alors surtout qu'on peut nettement reconnatre que cette grande attribution sociale rsulte directement de cet essor d'opinions communes sur les sujets qui intressent le plus l'esprit humain1 et de cette formation spontane de la classe spculative gnralement respecte qui en devient spcialement l'organe indispensable2 beaucoup plus que des craintes ou des esprances relatives la vie future1 auxquelles on a si abusivement rapport de nos jours toute l'efficacit sociale des doctrines religieuses1 et qui1 cette poque1 n'avaient encore certainement qu'une trs faible influence4 ,d'abord1 en aucun temps1 cette dernire force thologique n'a pu exercer une puissante action sous le point de vue purement politique1 seul actuellement considr2 sa principale application a d tre essentiellement morale1 quoique1 mme ce titre1 on ait trop souvent confondu avec elle1 comme je le montrerai1 le pouvoir1 rpressif ou directeur1 inhrent l'existence d'un systme quelconque d'opinions communes4 ,en outre1 il est incontestable qu'une telle force n'a pu acqurir que fort tardivement une haute importance sociale1 quand le polythisme trs dvelopp avait dj ralis son principal office2 ou1 plus exactement1 c'est sous le rgime monothique qu'elle a d seulement obtenir sa plus grande efficacit1 ainsi que je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,ce n'est pas que1 ds les premiers temps1 l'homme n'ait d involontairement obir cette tendance spontane1 la fois mentale et morale1 si aisment explicable1 qui l'entrane desirer et mme supposer l'ternit d'existence1 soit passe1 soit surtout future4 ,mais cette croyance naturelle1 laquelle on attribue une influence si exagre1 subsiste certainement trs long-temps avant de comporter aucune vritable application politique ou mme morale3 d'abord parce que les thories thologiques ne s'tendent que lentement1 comme on l'a vu1 aux phnomnes de l'homme et de la socit2 et ensuite par ce motif plus spcial que1 aprs avoir t ainsi compltes1 et lorsque la direction immdiate des affaires humaines est enfin devenue la principale fonction des dieux1 ce n'est point essentiellement sur la vie future que portent encore les plus puissantes motions de crainte et d'esprance1 alors concentres surtout dans la vie prsente1 seule susceptible de toucher suffisamment des esprits aussi grossiers#ab4 ,indpendamment d'un tel auxiliaire1 l'indispensable office politique du polythisme1 pour gnraliser et consolider l'organisation naissante des socits humaines1 a donc directement rsult1 surtout l'origine1 de son institution spontane d'un certain systme d'opinions communes et d'une autorit spculative correspondante1 que le ftichisme n'avait pu suffisamment tablir1 et qui1 videmment1 ne pouvaient provenir encore d'aucun autre principe quelconque4 ,dans cette phase sociale1 la nature du culte1 admirablement adapte l'tat corelatif de l'humanit1 consiste essentiellement en ftes nombreuses et varies1 o l'essor primitif des beaux-arts trouve journellement un heureux exercice1 et qui constituent souvent1 chez des populations de quelque tendue1 dj lies par une langue commune1 le principal motif des runions habituelles2 comme le montre si clairement l'exemple de la ,grce1 dont les ftes gnrales conservrent long-temps une haute importance1 jusqu' l'poque de l'absorption romaine1 pour en runir les diffrentes nations1 malgr leurs frquentes luttes intrieures4 ,puis donc que1 mme envers de simples divertissemens1 la philosophie thologique et l'autorit qui en drive offrent alors le seul moyen rel d'organiser entre les hommes une convergence quelconque1 la fois tendue et durable1 il n'est pas tonnant que tous les pouvoirs naturels1 quelle que soit leur origine propre1 viennent spontanment puiser cette source commune une indispensable conscration1 sans laquelle leur influence sociale resterait trop borne et trop fugitive1 et dont l'invitable ncessit explique assez le caractre essentiellement thocratique que la plupart des philosophes ont justement reconnu tout gouvernement primitif4 ,note #ab3 ,les pomes d',homre offrent1 ce me semble1 de frquentes occasions de reconnatre1 d'une manire nettement irrcusable1 combien taient encore rcentes1 de son temps1 les thories morales du polythisme sur les peines et les rcompenses rserves la vie future1 puisque les plus minens esprits paraissent alors principalement occups propager ces salutaires croyances1 videmment peu rpandues encore chez les nations mme les plus avances4 ,cette observation n'est pas moins dcisive d'aprs la lecture des livres de ,mose1 o1 malgr l'tat de monothisme prmatur qu'ils nous reprsentent1 l'on voit clairement que cette grossire population1 peu sensible encore la justice ternelle1 ne craignait essentiellement que la colre temporelle et directe de sa redoutable divinit4 ,afin que l'aptitude politique du polythisme puisse tre convenablement caractrise1 il importe maintenant1 aprs y avoir ainsi rattach l'tablissement passif d'une vritable organisation sociale1 de considrer surtout cette organisation d'une manire active1 c'est--dire quant au but gnral de la principale action politique propre ce degr fondamental de l'volution humaine3 ce qui fera spcialement ressortir combien le polythisme tait profondment en harmonie politique avec l'tat et les besoins correspondans de l'humanit aussi bien qu'avec la vraie nature du rgime qui devait alors prvaloir4 ,sans rappeler ici les motifs indiqus1 la fin du volume prcdent1 pour tablir que l'activit sociale devait tre d'abord essentiellement militaire1 il suffit de noter que la vie guerrire tait alors1 d'une part1 strictement invitable1 comme seule conforme la nature des penchans prpondrans pendant cette phase de notre dveloppement1 soit individuel1 soit collectif1 et1 d'une autre part1 non moins indispensable1 en tant que seule susceptible d'imprimer l'organisme politique un caractre dtermin1 la fois stable et progressif4 ,mais1 outre cette proprit immdiate et spciale1 trop vidente pour exiger aucune explication1 ce premier mode d'existence a une destination plus leve et plus gnrale1 en ce qu'il remplit1 dans l'ensemble de l'volution humaine1 un office fondamental1 quoique prparatoire1 qui n'aurait pu tre autrement ralis4 ,il consiste procurer graduellement aux associations humaines une grande extension1 et1 en mme temps1 y dterminer spontanment1 chez les classes les plus nombreuses1 la prpondrance rgulire et continue de la vie industrielle3 double rsultat ncessaire vers lequel tend alors le dveloppement naturel de l'activit militaire1 du moins quand elle peut suffisamment atteindre son but permanent1 la conqute1 suivant les conditions gnrales qui seront expliques ci-aprs4 ,lorsque1 de nos jours1 on continue prconiser systmatiquement les proprits civilisatrices de la guerre1 comme si elles avaient pu conserver encore la mme valeur1 ce n'est sans doute essentiellement que par une aveugle imitation1 dangereuse quoique strile1 de la politique qui a d prvaloir dans l'antiquit1 et dont la prpondrance se fait ainsi sentir1 malgr l'esprit du christianisme qui la repousse1 en vertu du pernicieux absolutisme de notre philosophie politique4 ,mais1 restreinte l'tat social des anciens1 ou toute phase analogue du dveloppement humain1 cette apprciation est1 au contraire1 d'une profonde justesse1 et manque seulement de toute la plnitude nergique qui conviendrait une telle situation4 ,si1 chez les modernes1 la guerre1 radicalement exceptionnelle1 est devenue plutt funeste que favorable l'extension des relations sociales1 il est clair que1 chez les anciens1 l'adjonction successive1 par voie de conqute1 de diverses nations secondaires un seul peuple prpondrant1 constituait ncessairement l'unique moyen primitif d'agrandir la socit humaine4 ,en mme temps1 cette domination ne pouvait s'tablir et durer sans comprimer invitablement1 parmi toutes les populations ainsi subordonnes1 l'essor spontan de leur propre activit militaire1 de manire instituer entre elles une paix permanente1 et les conduire par suite la vie purement industrielle1 dont l'avnement initial serait autrement inintelligible1 tant cette vie est peu conforme au vrai caractre de l'homme primitif1 comme nous pouvons chaque jour le vrifier aisment par l'examen attentif du dveloppement individuel4 ,telle est donc l'admirable proprit fondamentale suivant laquelle l'essor libre et naf de l'activit militaire1 spontanment issue1 avec une irrsistible nergie1 du premier tat de l'humanit1 tend ncessairement1 de la manire la plus directe1 discipliner1 tendre1 et rformer les socits humaines1 ds lors graduellement conduites1 par cette indispensable prparation1 leur mode final d'existence4 ,c'est ainsi que1 par une heureuse consquence de sa supriorit intellectuelle et morale1 l'homme a naturellement converti en un puissant moyen de civilisation cette nergique impulsion qui1 chez tout autre carnassier1 reste borne au brutal dveloppement de l'instinct destructeur4 ,l'apprciation sommaire d'une semblable ncessit prliminaire1 suffit pour faire sentir l'aptitude gnrale du polythisme seconder et mme diriger convenablement cet essor graduel de l'activit militaire4 ,quand on a cru que1 chez les anciens1 les guerres n'taient point religieuses1 c'est par suite d'une extension abusive du point de vue social propre aux nations modernes1 chez lesquelles le spirituel et le temporel sont nettement spars1 tandis qu'ils taient intimement confondus dans l'antiquit4 ,si l'on peut dire1 en un sens1 que les anciens ne connurent presque jamais les guerres spcialement dites de religion1 c'est prcisment parce que toutes leurs guerres quelconques avaient ncessairement un certain caractre religieux1 comme nous le voyons encore dans les phases sociales analogues2 puisque1 les dieux tant alors essentiellement nationaux1 leurs luttes se mlaient invitablement celles des peuples1 dont ils partageaient toujours galement les triomphes et les revers4 ,ce caractre se manifestait dj sous le ftichisme1 pendant les guerres acharnes1 quoique presque striles1 auxquelles il devait prsider1 mais1 par suite mme de la trop grande spcialit des divinits correspondantes1 alors pour ainsi dire particulires chaque famille1 les luttes militaires ne pouvaient comporter aucune grande efficacit politique4 ,les dieux du polythisme offraient essentiellement ce juste degr de gnralit qui permettait de rallier sous leurs drapeaux des populations suffisamment tendues1 et1 en mme temps1 cette mesure de nationalit qui les rendait propres stimuler davantage l'essor spontan de l'esprit guerrier4 ,en un tel systme religieux1 qui comportait l'adjonction presque indfinie de nouvelles divinits1 le proslytisme ne pouvait consister qu' subordonner les dieux du vaincu ceux du vainqueur3 mais1 sous cette forme caractristique1 il a certainement toujours exist1 un degr quelconque1 dans toutes les guerres anciennes1 o il devait naturellement contribuer beaucoup dvelopper l'ardeur mutuelle1 mme chez les peuples dont les cultes taient les plus analogues1 et qui cependant adoraient chacun1 d'une manire plus prononce1 quelque divinit minemment nationale1 familirement mle l'ensemble de leur histoire spciale4 ,or1 en mme temps que le polythisme stimulait ainsi directement l'esprit de conqute1 il en assurait1 non moins spontanment1 la principale destination sociale1 en facilitant l'adjonction graduelle des populations soumises1 qui pouvaient alors s'incorporer la nation prpondrante1 sans renoncer aux croyances et aux pratiques religieuses qui leur taient chres1 la seule condition de reconnatre l'invitable supriorit des divinits victorieuses1 ce qui1 sous un tel rgime thologique1 n'exigeait point la subversion radicale de la premire conomie religieuse4 ,telles sont1 en gnral1 les proprits militaires fondamentales qui caractrisent le polythisme1 et qui devaient le rendre1 cet gard1 trs suprieur1 non-seulement au ftichisme1 mais au monothisme lui-mme1 dont la destination politique est1 en effet1 d'une tout autre nature1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,le monothisme1 essentiellement adapt l'existence plus pacifique des socits plus avances1 ne pousse point spontanment la guerre1 ou plutt en dtourne ncessairement1 chez les peuples galement parvenus cette phase plus minente du dveloppement social4 ,envers les nations restes en arrire1 le fanatisme monothique n'inspire pas la passion de conqute proprement dite1 parce qu'une telle religion ne saurait comporter l'adjonction relle des autres croyances3 son gnie exclusif doit naturellement provoquer l'entire extermination des vaincus idoltres1 ou leur avilissement continu1 moins d'une immdiate conversion totale2 ainsi que l'histoire en offre tant d'exemples dcisifs1 chez les peuples prmaturment passs un monothisme avort1 avant d'avoir accompli suffisamment les diverses prparations sociales indispensables pour assurer l'efficacit d'une telle transformation1 comme les ,juifs1 les ,musulmans1 etc4 ,on ne peut donc mconnatre cette double harmonie fondamentale qui rendait le polythisme spcialement apte diriger le dveloppement militaire des socits anciennes4 ,afin de mieux caractriser le principe de cette importante attribution1 je me suis expressment attach l'apprciation exclusive et directe de l'influence la plus intime et la plus gnrale1 sans m'arrter aucunement aux considrations accessoires1 quelle qu'en soit l'importance relle1 et sur lesquelles d'ailleurs aucune indication essentielle n'est ici ncessaire4 ,c'est ainsi1 par exemple1 qu'il serait inutile d'expliquer la proprit1 maintenant trs connue1 suivant laquelle le polythisme devait spontanment offrir les plus puissantes ressources spciales pour faciliter l'tablissement et le maintien d'une rigoureuse discipline militaire1 dont les diverses prescriptions quelconques pouvaient alors tre places1 avec tant d'aisance1 sous une protection divine toujours convenablement choisie1 par la voie des oracles1 des augures1 etc41 presque constamment disponibles1 d'aprs le systme rgulier de communications surnaturelles que le polythisme avait organis1 et que le monothisme a d essentiellement supprimer4 ,on doit seulement appliquer1 cet gard1 les rflexions gnrales indiques au chapitre prcdent sur la sincrit spontane qui devait ordinairement prsider l'emploi de tels moyens1 que nous sommes trop disposs qualifier aujourd'hui de jongleries1 faute de nous reporter suffisamment un tel tat intellectuel1 o les conceptions thologiques1 profondment incorpores tous les actes humains1 un degr qui n'a plus exist ensuite1 et dont1 par suite1 nous n'avons pas une juste ide1 devaient si aisment disposer dcorer naturellement d'une conscration religieuse les plus simples inspirations directes de la raison humaine#ac4 ,quand l'histoire ancienne nous offre quelques rares exemples d'oracles sciemment faux rpandus dessein dans des vues politiques1 elle ne manque jamais de nous montrer aussi le peu de succs rel de ces misrables expdiens1 par suite de cette solidarit fondamentale des divers esprits1 qui doit essentiellement empcher les uns de croire1 avec une profonde conviction1 ce qui a pu tre arbitrairement forg par les autres4 ,sans insister davantage sur un sujet aussi aisment apprciable1 je dois enfin plus spcialement signaler1 dans le polythisme1 une autre proprit politique secondaire1 qui lui appartient d'une manire directe et exclusive1 et dont les modernes n'ont point assez compris la haute porte4 ,je veux parler de cette facult d'apothose1 videmment particulire ce second ge religieux1 et qui devait y tant concourir exalter1 au plus minent degr1 chez les hommes suprieurs1 toute espce d'enthousiasme actif1 et surtout l'enthousiasme militaire4 ,l'immortelle batification que le monothisme a d substituer ensuite cette divinisation relle1 n'en aurait pu offrir1 par sa nature1 qu'un trs faible quivalent3 puisque1 l'apothose1 tout en satisfaisant aussi pleinement au desir universel d'une vie indfinie1 avait1 en outre1 le privilge spcial de promettre aux mes vigoureuses l'ternelle activit de ces instincts d'orgueil et d'ambition dont le dveloppement constituait pour elles le principal attrait de l'existence4 ,quand nous jugeons maintenant cette grande institution d'aprs le profond avilissement o elle tait graduellement tombe pendant la caducit du polythisme1 o elle s'tait rduite une sorte de formalit mortuaire1 uniformment applique1 mme aux plus indignes empereurs1 nous ne saurions concevoir une ide convenable de la puissante stimulation qu'elle devait imprimer1 aux temps antrieurs de foi et d'nergie1 lorsque les plus minens personnages pouvaient esprer1 par un digne accomplissement de leur destination sociale1 de s'lever un jour au rang des dieux ou des demi-dieux1 l'exemple des ,bacchus1 des ,hercule1 etc4 ,rien n'est plus propre qu'une telle considration faire nettement comprendre que tous les principaux ressorts politiques de l'esprit religieux avaient t rellement tendus par le polythisme autant que leur nature puisse le comporter1 en sorte que leur intensit n'a pu prouver ensuite qu'un invitable dcroissement4 ,cette incontestable diminution1 alors tant dplore par divers philosophes arrirs1 qui voyaient ainsi l'humanit jamais prive de l'un de ses plus puissans leviers1 sans que toutefois le dveloppement social en ait certes aucunement souffert1 peut d'ailleurs nous disposer aujourd'hui1 par un rapprochement spontan1 pressentir1 en gnral1 le peu de solidit relle des craintes analogues sur la prtendue dgnration sociale qui menacerait dsormais de succder l'extinction totale du rgime thologique1 dont notre espce a graduellement appris se passer4 ,note #ac3 ,quand on voit1 presque de nos jours1 un aussi minent esprit que l'illustre ,franklin1 croire navement1 suivant le prcieux et irrcusable tmoignage de ,cabanis1 avoir t souvent averti en songe de la vritable issue des affaires qu'il poursuivait1 on doit aisment comprendre1 plus forte raison1 comment les grands hommes de l'antiquit pouvaient tre sincrement convaincus de la ralit des explications surnaturelles qu'ils proposaient habituellement au vulgaire4 ,je dois recommander1 cet gard1 la remarque gnrale1 indique au chapitre prcdent1 sur l'inconsquence vidente des philosophes actuels qui1 aprs avoir reconnu que les anciens ne pouvaient journellement se dispenser de telles explications sur les moindres sujets de la philosophie naturelle proprement dite1 croient devoir suspecter leur bonne foi dans l'extension trs spontane du mme procd logique aux dterminations beaucoup plus complexes de la philosophie morale et sociale4 ,pour complter cette apprciation abstraite des proprits politiques du polythisme1 il ne nous reste plus maintenant qu' considrer1 sous un point de vue plus spcial1 les conditions fondamentales du rgime correspondant1 dont nous venons de dterminer le but essentiel et l'esprit gnral3 en d'autres termes1 nous devons examiner enfin les caractres principaux1 qui1 toujours communs aux diverses formes relles d'un tel rgime1 se montrent directement indispensables son organisation effective4 ,ils consistent surtout dans l'institution ncessaire de l'esclavage1 et dans l'invitable confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel2 double diffrence capitale de l'organisme polythique des socits anciennes l'organisme monothique de la socit moderne4 ,quoique personne n'ignore aujourd'hui combien l'esclavage tait radicalement indispensable l'conomie sociale de l'antiquit1 cependant le principe gnral d'une telle relation n'a pas encore t convenablement approfondi4 ,il nous suffira essentiellement1 cet gard1 d'tendre jusqu'au point de vue individuel1 notre explication fondamentale1 ci-dessus limite au point de vue national1 sur la destination ncessairement guerrire des socits anciennes1 considre comme une fonction prliminaire sans laquelle l'ensemble de l'volution humaine n'aurait pu s'accomplir4 ,on conoit d'abord aisment comment la guerre engendre spontanment l'esclavage1 qui y trouve sa principale source1 et qui constitue son premier correctif gnral4 ,la juste horreur que nous inspire aujourd'hui cette institution primitive1 nous empche d'apprcier l'immense progrs qui dut immdiatement rsulter de son tablissement originaire1 puisqu'elle succda partout l'anthropophagie ou l'immolation des prisonniers1 aussitt que l'humanit fut assez avance pour que le vainqueur1 matrisant ses passions haineuses1 pt comprendre l'utilit finale qu'il retirerait des services du vaincu1 en l'agrgeant1 titre d'auxiliaire subalterne1 la famille qu'il commandait3 progrs qui suppose un dveloppement industriel et moral bien plus tendu qu'on ne le croit d'ordinaire4 ,suivant la lumineuse remarque de ,bossuet1 la seule tymologie devrait encore suffire pour nous rappeler constamment1 d'une manire irrcusable1 que l'esclave n'tait primitivement qu'un prisonnier de guerre dont on avait pargn la vie1 au lieu de le dvorer ou de le sacrifier1 selon l'usage le plus ancien4 ,il est fort probable que1 sans une telle transformation1 l'aveugle passion guerrire du premier ge social aurait dtermin depuis long-temps la destruction presque entire de notre espce4 ,les services immdiats d'une semblable institution n'ont donc besoin d'aucune explication1 non plus que son invitable spontanit4 ,mais son office capital pour l'volution ultrieure de l'humanit n'est pas moins incontestable1 quoique plus mal apprci4 ,d'une part1 en effet1 elle tait videmment indispensable ce libre essor militaire de l'antiquit1 dont nous avons ci-dessus reconnu la destination vraiment fondamentale1 et qui et t certainement impossible1 au degr convenable d'intensit et de continuit1 si tous les travaux pacifiques n'avaient pas t confis des esclaves1 soit individuels1 soit collectifs3 en sorte que l'esclavage1 d'abord rsult de la guerre1 servait ensuite l'entretenir1 non-seulement comme principale rcompense du triomphe1 mais aussi comme condition permanente de la lutte4 ,en second lieu1 sous un aspect essentiellement mconnu1 mais non moins capital1 l'esclavage antique n'avait pas une moindre importance relativement au vaincu1 ainsi forcment conduit la vie industrielle1 malgr son antipathie primitive4 ,a cet gard1 l'esclavage a eu1 pour les individus1 la mme destination gnrale que celle ci-dessus attribue1 pour les nations1 la conqute4 ,plus on mditera sur l'aversion profonde que le travail rgulier et soutenu inspire d'abord notre dfectueuse nature1 que l'ardeur guerrire peut seule arracher primitivement son oisivet chrie1 mieux on comprendra que l'esclavage offrait alors la seule issue gnrale au dveloppement industriel de l'humanit4 ,cet loignement primordial pour la vie laborieuse ne pouvait tre1 en effet1 radicalement surmont1 chez la masse des hommes1 que par l'action combine et long-temps maintenue des plus nergiques stimulans2 ce qui a d spontanment rsulter d'une pareille institution1 o le travail1 d'abord accept comme gage de la vie1 devenait ensuite le principe de l'affranchissement4 ,tel est le mode fondamental suivant lequel l'esclavage antique devait constituer1 dans l'ensemble de l'volution humaine1 un indispensable moyen d'ducation gnrale1 qui ne pouvait tre autrement suppl1 en mme temps qu'une condition ncessaire de dveloppement spcial4 ,les modernes doivent prouver1 comme je l'ai indiqu ailleurs1 des difficults presque insurmontables juger sainement une telle conomie sociale1 parce qu'ils ne s'en forment ordinairement l'image que d'aprs notre esclavage colonial1 vritable monstruosit politique1 qui ne peut donner aucune ide juste de la nature de l'esclavage ancien4 ,cette aberration partielle et momentane1 si dshonorante pour notre civilisation1 tend ncessairement la compression commune de l'activit du matre et de celle de l'esclave1 par suite de leur caractre galement industriel1 qui fait envisager le repos de l'un comme une consquence spontane du travail de l'autre1 et qui cependant doit inspirer toujours l'inquite jalousie du premier une intime rpugnance contre l'essor graduel du second4 ,tout au contraire1 dans l'esclavage antique1 le vainqueur et le vaincu se secondaient mutuellement pour le dveloppement simultan de leurs activits htrognes mais co-relatives1 militaire chez l'un1 industrielle chez l'autre1 qui1 loin d'tre alors rivales1 se prsentaient comme rciproquement indispensables1 de faon permettre franchement1 des deux parts1 et mme faciliter directement1 jusqu' un degr dtermin1 cette double volution prliminaire1 dont le terme naturel sera pos au chapitre suivant4 ,le maintien des institutions devant tre d'autant moins pnible qu'elles sont mieux adaptes l'tat social correspondant1 rien n'est plus propre1 assurment1 vrifier cette apprciation comparative1 que le contraste caractristique entre la conservation presque spontane1 pendant une longue suite de sicles1 de l'esclavage ancien1 sans occasionner de crises dangereuses1 si ce n'est en quelques cas extrmement rares1 quoique les esclaves fussent habituellement beaucoup plus nombreux que les matres1 et les immenses efforts continus des modernes pour procurer1 sur quelques points secondaires du monde civilis1 une chtive existence de trois sicles cette anomalie factice1 au milieu d'horribles dangers toujours imminens1 malgr la prpondrance matrielle des matres1 puissamment assists d'ailleurs de la civilisation mtropolitaine1 qu'ils tendaient aveuglment faire ainsi dgnrer en une inqualifiable barbarie1 entirement trangre l'volution fondamentale de l'humanit4 ,sous quelque aspect qu'on l'examine1 l'esclavage ancien prsente tous les caractres essentiels d'une institution pleinement normale1 puisque1 n de la guerre1 on le voit cependant se produire alors1 sans aucune irrsistible contrainte1 par une foule de voies secondaires1 comme la vente volontaire des enfans1 l'assujtissement des insolvables1 etc42 outre que la possibilit constante1 et frquemment ralise1 d'une telle infortune1 chez les hommes mme les plus libres et les plus puissans1 y compris les rois1 par suite de l'intensit et de la continuit des guerres anciennes1 devait ncessairement inspirer une rpugnance beaucoup moindre pour un semblable changement de situation1 dont nul ne pouvait jamais se croire suffisamment prserv4 ,dans la phase sociale analogue que nous pouvons explorer aujourd'hui1 ne voit-on pas souvent des sauvages spontanment amens1 par la fureur graduelle du jeu1 proposer mme leur renonciation volontaire la libert comme une sorte d'extrme enjeu8 ,ce n'est pas sans une profonde raison que tous les philosophes de l'antiquit1 et notamment ,aristote1 regardaient beaucoup d'hommes comme essentiellement ns pour la servitude2 pourvu que1 au lieu du sens absolu alors faussement attach cette maxime1 on la restreigne constamment l'tat d'enfance sociale qui l'avait rellement inspire1 et envers lequel elle n'offre rien de rvoltant3 puisque l'insouciante scurit et l'irresponsabilit totale propres l'existence servile doivent long-temps la rendre supportable1 et quelquefois mme desirable1 aux mes peu leves1 o la nature caractristique de l'humanit n'est pas encore suffisamment dveloppe2 comme les socits les plus avances ne cessent point d'en offrir aujourd'hui des exemples irrcusables1 quoique heureusement exceptionnels4 ,au premier aspect1 on ne saisit pas nettement la corelation naturelle du polythisme l'institution de l'esclavage1 malgr l'clatant tmoignage que nous prsente1 cet gard1 l'ensemble de l'analyse historique4 ,mais1 puisque nous avons reconnu ci-dessus l'aptitude ncessaire du polythisme seconder directement le dveloppement spontan de l'esprit de conqute1 il faut bien1 par un prolongement plus spcial des mmes motifs1 que cet tat thologique soit essentiellement en harmonie avec une telle condition sociale1 spontanment insparable de la vie guerrire4 ,une apprciation immdiate montre1 en effet1 que le polythisme doit1 cet gard1 correspondre gnralement l'esclavage1 comme1 d'une part1 le ftichisme l'extermination habituelle des prisonniers1 et1 d'une autre part1 le monothisme l'affranchissement final des serfs1 ainsi que je l'expliquerai plus spcialement au chapitre suivant4 ,car1 le ftichisme est une religion trop individuelle et trop locale pour tablir1 entre le vainqueur et le vaincu1 aucun lien spirituel1 susceptible de contenir suffisamment1 l'issue du combat1 la frocit naturelle2 tandis que le monothisme est1 au contraire1 tellement universel1 qu'il tend interdire1 entre les adorateurs du mme vrai dieu1 une aussi profonde ingalit1 sans leur permettre nanmoins une aussi intime familiarit avec les partisans d'une autre croyance4 ,en un mot1 l'un et l'autre1 quoique en sens inverse1 sont galement contraires l'esclavage1 par suite des mmes caractres essentiels qui les rendent impropres la conqute1 sauf les perturbations accidentelles1 qui1 bien analyses1 confirmeront toujours la relation principale4 ,sans doute1 le monothisme n'est point1 de sa nature1 absolument incompatible avec l'esclavage1 pas plus qu'avec la conqute3 mais il n'en a pas moins sans cesse tendu en dtourner pareillement l'humanit2 et cette influence s'est pleinement manifeste dans tous les cas o le rgime monothique1 vritablement spontan et opportun1 a pu succder convenablement aux prparations sociales indispensables1 comme le montrera la leon suivante4 ,les deux ges extrmes de la vie religieuse tant ainsi gnralement exclus d'une telle explication1 il faut bien que l'ge moyen et principal1 caractris par le polythisme1 fournisse la base spirituelle de cette grande institution1 qui1 sans doute1 n'a pas d se passer d'un pareil appui plus que tant d'autres moins importantes4 ,or1 on reconnat directement1 en effet1 quant l'esclavage comme envers la conqute1 que le polythisme avait1 par sa nature1 la fois assez de gnralit pour servir de lien1 et assez de spcialit pour maintenir les distances3 le vainqueur et le vaincu1 quoique conservant chacun ses dieux propres1 avaient assez de religion commune pour comporter entre eux une certaine harmonie habituelle1 pendant que1 d'un autre ct1 la profonde subordination de l'un l'autre tait consacre par celle des divinits correspondantes4 ,c'est ainsi que le polythisme1 en gnral1 s'opposait spontanment1 presque au mme degr1 d'une part l'immolation journalire des prisonniers1 d'une autre part leur affranchissement rgulier1 et conduisait immdiatement sanctionner et consolider leur esclavage habituel4 ,examinons maintenant le second caractre essentiel de l'ancienne conomie sociale1 c'est--dire1 la confusion profonde qui s'y manifeste1 tous gards1 entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 habituellement concentrs chez les mmes chefs2 tandis que leur sparation rgulire constitue l'un des principaux attributs politiques de la civilisation moderne1 comme je l'expliquerai spcialement au chapitre suivant4 ,l'autorit spculative1 alors purement sacerdotale1 et la puissance active1 essentiellement militaire1 furent toujours intimement unies sous le rgime polythique de l'antiquit2 et cette combinaison invitable tait en relation ncessaire avec la destination gnrale que nous avons reconnue ci-dessus devoir tre propre ce rgime pour l'ensemble de l'volution humaine2 telle est l'importante explication qui nous reste tablir sommairement1 afin que le systme fondamental de la politique ancienne soit ici suffisamment analys4 ,nous n'avons pas d'ailleurs distinguer encore entre les deux modes trs diffrens qu'a d offrir ncessairement cette concentration caractristique1 suivant que les attributions militaires taient subordonnes aux fonctions sacerdotales1 ou que1 au contraire1 le caractre militaire avait absorb1 par un dveloppement plus spcial1 l'esprit sacerdotal4 ,quoique nous devions bientt considrer ces deux modes comme ncessairement relatifs1 l'un l'origine du polythisme1 l'autre sa destination principale1 cette distinction1 ici prmature1 compliquerait inutilement notre apprciation abstraite et gnrale1 qui en sera d'ailleurs ultrieurement confirme4 ,l'antiquit ne pouvait ni ne devait aucunement connatre cette admirable sparation1 spontanment tablie1 au moyen-ge1 sous l'heureux ascendant du catholicisme1 entre le pouvoir purement moral1 essentiellement destin rgler les penses et les inclinations1 et le pouvoir proprement politique1 directement appliqu aux actes et aux rsultats4 ,cette division capitale suppose ncessairement1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant1 un dveloppement pralable dans l'organisme social1 qui tait certainement impossible une telle poque1 o la simplicit et la confusion primitives des ides politiques n'eussent mme pas permis de comprendre la distinction rgulire du maintien des principes gnraux de la sociabilit d'avec leur usage spcial et journalier4 ,outre ces conditions intellectuelles1 une pareille sparation ne pouvait se raliser qu'autant que chacun des deux pouvoirs aurait dj spontanment tabli son existence propre1 d'aprs une origine indpendante1 tandis que1 chez les anciens1 ils drivaient toujours ncessairement l'un de l'autre1 soit que le commandement militaire ne constitut qu'un simple accessoire de l'autorit sacerdotale1 soit1 au contraire1 que celle-ci ft rduite servir d'instrument habituel la domination des chefs de guerre4 ,enfin1 la nature ncessairement troite et locale de la politique ancienne1 essentiellement borne une ville prpondrante1 lors mme que son empire a d ensuite s'tendre progressivement des populations trs considrables1 s'opposait videmment1 d'une manire spciale1 toute ide d'une semblable division1 dont le principal motif immdiat1 au moyen-ge1 est prcisment rsult du besoin de rattacher un pouvoir spirituel commun des nations trop loignes et trop diverses pour que leurs gouvernemens temporels ne fussent pas invitablement distincts4 ,aussi rien ne caractrise-t-il mieux le vrai gnie politique de l'antiquit que cette confusion fondamentale et continue entre les murs et les lois1 ou les opinions et les actions2 les mmes autorits y tant toujours occupes rgler indiffremment l'un et l'autre1 quelle que ft d'ailleurs la forme effective du gouvernement4 ,jusque dans les cas qui1 par leur nature1 semblaient devoir indiquer spontanment la possibilit d'un pouvoir spirituel1 distinct et indpendant du pouvoir temporel1 ce mlange intime se reproduit encore au plus haut degr3 comme le tmoignent clairement ces mmorables occasions1 alors assez frquentes1 o une ville confiait expressment la puissance constituante un citoyen sans magistrature active1 et qui1 ainsi devenu momentanment lgislateur suprme1 ne pensait nanmoins jamais organiser aucune sparation permanente entre le pouvoir moral et le pouvoir politique1 quoique sa propre position dt tendre videmment lui en suggrer l'ide4 ,les philosophes eux-mmes1 dans leurs utopies les plus hasardes1 offrant toujours un invitable reflet du gnie dominant de la socit contemporaine1 ne distinguaient pas davantage entre le rglement des opinions et celui des actions1 galement confis une seule autorit fondamentale2 et1 cependant1 l'existence rgulire de cette classe d'hommes spculatifs1 chez les principales nations grecques1 doit tre regarde comme le premier germe vritable de cette grande division sociale1 ainsi que je l'expliquerai ci-dessous4 ,ceux d'entre eux qui avaient le plus exagr le chimrique espoir ultrieur d'une socit finalement rgie par des philosophes1 ne concevaient ainsi qu'une pareille concentration de tous les pouvoirs essentiels en de telles mains2 ce qui1 d'ailleurs1 bien loin de constituer1 suivant leur pense1 un vrai perfectionnement politique1 n'aurait pu rellement aboutir qu' une rtrogradation capitale1 mme comparativement l'ordre social trs imparfait qu'ils prtendaient amliorer1 comme j'aurai lieu de le faire bientt sentir4 ,envisage sous un autre aspect gnral1 cette confusion fondamentale1 chez les anciens1 entre les deux grands pouvoirs sociaux1 sera aisment juge1 non-seulement invitable d'aprs les diverses indications prcdentes1 mais1 en outre1 strictement indispensable l'entire ralisation de la haute destination politique que nous avons reconnue ci-dessus devoir appartenir cet ge prparatoire de l'humanit4 ,il est clair1 en effet1 que l'activit militaire n'aurait pu alors se dvelopper convenablement1 de manire remplir suffisamment sa mission principale1 si l'autorit spirituelle et la domination temporelle n'eussent pas t habituellement concentres chez une mme classe dirigeante4 ,ce double caractre journalier des chefs militaires1 la fois pontifes et guerriers1 constituait le plus puissant appui de la rigoureuse discipline intrieure que devaient exiger1 cette poque1 la nature et la continuit des guerres1 et qui n'aurait pu autrement acqurir l'nergie et la stabilit ncessaires4 ,de mme1 l'action collective de chaque nation arme sur les socits extrieures et t radicalement entrave par toute sparation essentielle entre les deux autorits fondamentales1 dont les invitables conflits eussent alors tendu presque toujours troubler la direction gnrale des guerres et gner la ralisation finale de leurs principaux rsultats4 ,ainsi1 soit au dedans1 soit au dehors1 le dveloppement continu de l'esprit de conqute exigeait1 dans l'antiquit1 une plnitude d'obissance et une unit de conception et d'excution1 galement incompatibles avec nos ides modernes sur la division lmentaire des deux grands pouvoirs sociaux4 ,le chapitre suivant expliquera directement1 en effet1 d'une manire irrcusable1 la liaison intime et rciproque qui a d exister entre l'tablissement d'une telle division et le dcroissement gnral du systme militaire1 ds lors devenu essentiellement dfensif1 conformment la nature propre du monothisme4 ,dans les cas exceptionnels1 ci-dessus indiqus1 o le monothisme s'est montr favorable l'essor intense et prolong de l'esprit de conqute1 comme chez les ,musulmans surtout1 on doit noter que cette anomalie a constamment concid avec la conservation1 aussi peu normale1 sous cette nouvelle phase religieuse1 de l'ancienne confusion des pouvoirs3 tant une telle concentration est ncessairement insparable du libre et plein dveloppement de l'activit militaire4 ,aprs avoir ainsi reconnu combien cette intime combinaison tait la fois invitable et indispensable dans la politique gnrale de l'antiquit1 il est ais de concevoir maintenant sa corelation fondamentale avec la nature propre du polythisme correspondant4 ,nous constaterons spcialement1 au chapitre suivant1 la tendance ncessaire du monothisme sparer le pouvoir spirituel du pouvoir temporel1 du moins quand il s'tablit spontanment1 chez une population convenablement prpare1 o1 sans une telle sparation1 il ne saurait raliser sa principale destination sociale4 ,il suffit ici de reconnatre1 en sens inverse1 combien le polythisme est radicalement incompatible avec toute semblable division4 ,or1 il est vident que la multiplicit des dieux1 par l'invitable dispersion qui en rsulte dans l'action thologique1 s'oppose directement ce que le sacerdoce acquire spontanment une homognit et une consistance qui lui soient propres1 et sans lesquelles nanmoins son indpendance envers le pouvoir temporel ne saurait tre aucunement assure4 ,trop loigns dsormais d'un pareil rgime1 nos esprits modernes mconnaissent ou ngligent la rivalit fondamentale qui devait habituellement rgner entre les divers ordres de prtres antiques1 par suite de l'invitable concurrence de leurs nombreuses divinits1 dont les attributions respectives1 quoique soigneusement rgles1 ne pouvaient manquer d'engendrer de frquens conflits2 ce qui1 malgr l'instinct commun du sacerdoce1 tendait ncessairement prvenir ou dissoudre toute grande coalition sacerdotale1 pour peu que le pouvoir temporel voult srieusement l'empcher4 ,chez les nations polythistes les mieux connues1 les diffrent sacerdoces1 quoique ayant tent de s'unir par plusieurs liens1 soit ostensibles1 soit secrets1 se prsentent1 en effet1 comme essentiellement isols dans leur existence propre et indpendante1 et ne se trouvent finalement rapprochs que par leur uniforme assujtissement l'autorit temporelle1 aisment parvenue s'emparer directement des principales fonctions religieuses4 ,le pouvoir thologique n'a pu alors viter une telle subalternit que dans les cas o il a d1 au contraire1 devenir1 ou plutt rester1 absolument prpondrant1 par suite d'un essor trs rapide de la premire volution intellectuelle1 concidant avec un dveloppement encore peu prononc de l'activit militaire1 comme je l'expliquerai ci-aprs4 ,en aucune occasion1 la nature du polythisme n'a pu comporter l'existence d'un vritable pouvoir spirituel1 pleinement distinct et indpendant du pouvoir temporel correspondant1 sans que l'un des deux ft rduit ne constituer habituellement qu'un simple appendice de l'autre ou son instrument gnral4 ,cette explication sommaire achve de faire convenablement ressortir l'minente aptitude du polythisme correspondre spontanment aux principaux besoins politiques de l'antiquit2 puisque1 aprs avoir prcdemment constat sa tendance directe seconder le dveloppement naturel de l'esprit de conqute1 nous reconnaissons maintenant son influence spciale pour tablir ncessairement la concentration fondamentale des pouvoirs sociaux1 indispensable la plnitude de ce dveloppement4 ,telle est1 du moins1 le jugement essentiel qu'il faut porter de cette grande corelation1 qui doit tre surtout apprcie d'aprs la destination gnrale1 si capitale quoique purement provisoire1 qui devait caractriser cet ge social1 dans l'ensemble de l'volution humaine1 suivant nos dmonstrations antrieures4 ,on mconnatrait radicalement1 cet gard1 le vritable esprit de l'histoire1 si1 selon des habitudes encore trop dominantes1 au lieu de considrer principalement le polythisme dans sa priode active et progressive1 on persistait1 au contraire1 y faire prvaloir l'examen de son poque de dcomposition1 o il est incontestable1 en effet1 que le maintien trop prolong de cette concentration caractristique1 si long-temps ncessaire1 devint1 chez tant d'indignes empereurs1 le principe du plus dgradant despotisme que l'humanit ait pu jamais subir4 ,mais n'est-il pas vident que le systme de conqute1 alors suffisamment dvelopp1 avait dj pleinement atteint sa principale destination sociale2 ce qui1 en dissipant jamais l'utilit provisoire de cette confusion spontanment tablie1 par le polythisme1 entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 n'en laissait plus subsister que les invitables dangers1 jusque-l contenus ou dissimuls8 ,qu'y a-t-il1 en ce cas1 qui ne soit essentiellement commun toute vicieuse prpondrance d'une institution quelconque1 survivant mal propos l'accomplissement total de son office provisoire8 ,en terminant cette importante apprciation1 je crois d'ailleurs ne devoir pas ngliger ici l'occasion trs naturelle qu'elle m'offre de signaler clairement1 sous un rapport capital1 l'inconsquence radicale qui caractrise aujourd'hui notre philosophie politique1 considre en ce qu'elle a de commun tous les partis et toutes les coles4 ,j'ai remarqu1 au commencement du volume prcdent1 avec quelle dplorable unanimit on repousse maintenant1 les uns en haine du catholicisme1 les autres par dsutude de son vritable esprit1 toute division relle entre les deux pouvoirs1 mais en continuant cependant rver le monothisme comme base ncessaire de l'ordre social4 ,or1 il est dsormais vident que l'on s'efforce ainsi de concilier deux conditions essentiellement incompatibles2 et le chapitre suivant achvera de dissiper implicitement toute incertitude ce sujet1 en rendant irrcusable la corelation spontane du monothisme avec une telle division4 ,ceux qui1 de nos jours1 dans leurs tranges penses de progrs1 dictes par une aveugle imitation de l'antiquit1 prtendraient rtablir cette concentration primordiale1 alors aussi fondamentale qu'elle serait maintenant dangereuse et heureusement impossible1 devraient donc1 d'aprs les explications prcdentes1 pour tre suffisamment consquens leurs vains projets1 ne pas s'arrter au monothisme1 naturellement antipathique un tel rgime1 et rtrograder de plein saut jusqu'au polythisme proprement dit1 qui en constituait certainement l'indispensable fondement4 ,telles sont1 en gnral1 les relations ncessaires du polythisme avec les deux principales conditions caractristiques de la politique de l'antiquit4 ,aprs les avoir ainsi sparment apprcies1 il suffit ici1 en les rapprochant1 de signaler d'ailleurs leur intime et constante affinit4 ,or1 il faut bien que l'institution de l'esclavage et la confusion lmentaire des deux pouvoirs soient1 en ralit1 troitement lies1 puisque l'abolition de l'une a toujours historiquement concid avec la cessation de l'autre1 comme je l'expliquerai spcialement au chapitre suivant4 ,il est clair directement1 en effet1 que l'esclavage ancien tait ncessairement en harmonie avec cette runion fondamentale de l'autorit spirituelle l'autorit temporelle1 qui donnait spontanment l'empire du matre une certaine conscration religieuse1 et qui1 en mme temps1 affranchissait cette subordination domestique de toute interposition sacerdotale distincte1 propre contenir cet ascendant absolu4 ,les principales proprits politiques du polythisme tant dsormais assez nettement caractrises1 il ne nous reste plus ici1 pour en avoir convenablement accompli l'apprciation abstraite1 qu' l'examiner enfin sous le point de vue moral proprement dit4 ,outre que l'analyse politique devait avoir1 envers un tel rgime1 une importance beaucoup plus capitale1 en mme temps que les difficults propres en devaient tre bien suprieures1 l'influence morale du polythisme1 d'ailleurs plus aisment jugeable et ordinairement mieux connue1 pourra maintenant tre dtermine d'une manire trs sommaire1 et nanmoins suffisante notre but essentiel1 d'aprs sa correspondance ncessaire avec l'ensemble des explications prcdentes1 et surtout avec le double jugement que nous venons d'tablir sur la corelation fondamentale du polythisme l'institution de l'esclavage antique et la concentration des deux pouvoirs sociaux4 ,car1 ces deux caractres essentiels du rgime polythique sont l'un et l'autre minemment propres1 comme nous l'allons voir1 expliquer directement cette profonde infriorit morale que tous les philosophes impartiaux se sont accords reconnatre dans le polythisme compar au monothisme4 ,sous quelque aspect lmentaire qu'on envisage la morale1 personnelle1 domestique ou sociale1 suivant la coordination fondamentale tablie au cinquantime chapitre1 on ne saurait mconnatre1 en effet1 combien elle devait tre1 chez les anciens1 profondment vicie par la seule existence de l'esclavage4 ,il serait d'abord superflu de s'arrter ici faire expressment ressortir la profonde dgradation qui en rsultait directement pour la majeure partie de notre espce1 dont le dveloppement moral1 ainsi radicalement nglig1 tait essentiellement priv de ce sentiment habituel de la dignit humaine qui en constitue la principale base1 et restait entirement livr la seule action spontane d'un tel rgime1 o la servilit devait tant altrer l'heureuse influence du travail4 ,quoiqu'une telle apprciation doive1 par sa nature1 avoir une extrme importance1 puisqu'on ne peut se dissimuler que le fond principal des nations modernes est surtout issu de cette malheureuse classe1 et qu'il conserve encore1 mme chez les populations les plus avances1 quelques traces morales trop irrcusables d'une pareille origine1 cependant la haute vidence de ce sujet1 l'gard duquel les jugemens ordinaires n'exigent aucune rectification capitale1 doit certainement nous dispenser d'y insister davantage4 ,considrons donc seulement l'influence morale de l'esclavage ancien sur les hommes libres ou matres1 dont le dveloppement propre1 malgr leur minorit numrique1 est alors le plus essentiel suivre1 comme ayant d ultrieurement servir de type ncessaire au dveloppement universel4 ,sous ce point de vue1 il est ais de sentir que cette institution1 malgr son indispensable ncessit1 ci-dessus explique1 pour l'volution politique de l'humanit1 devait profondment entraver l'volution morale proprement dite4 ,en ce qui concerne mme la morale purement personnelle1 quoique la mieux connue des anciens1 il est vident que l'habitude intime d'un commandement absolu envers des esclaves plus ou moins nombreux1 l'gard desquels chacun pouvait d'ordinaire suivre presque aveuglment tous ses caprices quelconques1 tendait invitablement altrer cet empire de l'homme sur lui-mme qui constitue le premier principe du dveloppement moral1 sans parler d'ailleurs des dangers trop videns de la flatterie1 auxquels chaque homme libre se trouvait ainsi continuellement expos4 ,relativement la morale domestique surtout1 on ne saurait douter1 suivant la judicieuse observation de ,de ,maistre1 que l'esclavage n'y corrompt directement1 en gnral1 un degr souvent trs prononc1 les plus importantes relations de famille1 par les dsastreuses facilits qu'il offrait spontanment au libertinage1 au point de rendre d'abord presque illusoire l'tablissement mme de la monogamie4 ,quant la morale sociale enfin1 dont l'amour gnral de l'humanit doit constituer le principal caractre1 il est trop ais de sentir combien les habitudes universelles de cruaut1 si frquemment gratuite ou arbitraire1 alors familirement contractes envers d'infortuns esclaves1 essentiellement soustraits toute protection relle1 devaient tendre dvelopper ces sentimens de duret1 et mme de frocit1 qui1 tant d'gards1 caractrisaient d'ordinaire les murs anciennes1 o l'on peut apercevoir leur influence invitable jusque chez les meilleurs naturels4 ,en considrant de la mme manire l'autre condition politique fondamentale des socits anciennes1 on peut reconnatre1 avec non moins d'vidence1 la funeste influence qui devait1 en gnral1 directement rsulter de la confusion lmentaire entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 pour entraver profondment1 cette poque1 le dveloppement moral de l'humanit4 ,c'est par suite1 en effet1 d'une telle confusion que la morale devait tre1 chez les anciens1 essentiellement subordonne la politique2 tandis que1 chez les modernes1 au contraire1 surtout sous le rgne du catholicisme proprement dit1 la morale1 radicalement indpendante de la politique1 a tendu de plus en plus la diriger1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,un assujtissement aussi vicieux du point de vue gnral et permanent de la morale au point de vue spcial et mobile de la politique1 devait certainement altrer beaucoup la consistance des prescriptions morales1 et mme corrompre souvent leur puret1 en faisant trop frquemment ngliger l'apprciation des moyens pour celle du but prochain et particulier1 et en disposant ddaigner les qualits les plus fondamentales de l'humanit comparativement celles qu'exigeaient immdiatement les besoins actuels d'une politique ncessairement variable4 ,quelque invitable que dt tre alors une telle imperfection1 elle n'en est pas moins relle1 ni moins dplorable4 ,il est clair1 en un mot1 que la morale des anciens tait1 en gnral1 comme leur politique1 minemment militaire2 c'est--dire1 essentiellement subordonne la destination guerrire qui devait surtout caractriser cet ge de l'humanit4 ,plus les nations y taient fortement constitues pour ce but principal1 plus il devenait la rgle suprme dans l'apprciation habituelle des diverses dispositions morales1 toujours estimes et encourages en raison de leur aptitude fondamentale seconder la ralisation graduelle de ce grand dessein politique1 soit l'gard du commandement ou de l'obissance4 ,ce caractre moral propre au rgime polythique de l'antiquit peut1 encore aujourd'hui1 tre directement tudi dans les phases analogues de sociabilit1 chez diverses nations sauvages1 pareillement organises pour la guerre1 et avec une semblable concentration des deux pouvoirs gnraux4 ,en second lieu1 il rsultait ncessairement d'un tel rgime l'absence ordinaire de toute ducation morale proprement dite1 dfaut de tout pouvoir spcial susceptible de la diriger convenablement1 et que le monothisme devait seul ultrieurement instituer4 ,l'intervention arbitraire1 trop souvent purile et tracassire1 par laquelle le magistrat1 chez les ,grecs et les ,romains1 tentait directement d'assujtir la vie prive de minutieux rglemens presque toujours illusoires1 ne pouvait1 sans doute1 tenir aucunement lieu de cette grande fonction lmentaire4 ,aussi s'efforait-on alors de suppler1 quoique trs imparfaitement1 cette immense lacune sociale1 en utilisant avec sagesse les occasions spontanes de faire indirectement pntrer1 dans la masse des hommes libres1 un certain enseignement moral1 par la voie des ftes et des spectacles1 qui n'a pu conserver chez les modernes une gale importance1 en vertu mme du mode bien suprieur suivant lequel cette attribution capitale y a t enfin remplie4 ,l'action sociale des philosophes1 surtout chez les ,grecs1 et accessoirement chez les ,romains1 n'avait point1 vrai dire1 sous le rapport moral1 d'autre destination essentielle3 et cette manire1 si peu satisfaisante1 d'abandonner une telle fonction la libre intervention d'un office priv1 en dehors de toute organisation lgale1 n'aboutissait immdiatement qu' manifester1 sous ce rapport1 la profonde imperfection de ce rgime1 sans pouvoir d'ailleurs la rparer jamais suffisamment2 puisqu'une telle influence devait presque toujours se rduire de pures dclamations1 essentiellement impuissantes et souvent dangereuses1 quelle qu'ait t1 du reste1 son utilit provisoire pour prparer une rgnration ultrieure1 comme je l'indiquerai plus loin4 ,telles sont1 en aperu1 les deux causes principales qui expliquent convenablement la profonde infriorit justement signale1 sous le rapport moral1 dans l'organisme polythique de l'antiquit4 ,en apprciant la morale gnrale des anciens suivant leur propre esprit1 c'est--dire relativement leur politique1 on doit la trouver trs satisfaisante1 par son admirable aptitude seconder1 d'une manire directe et complte1 le dveloppement caractristique de leur activit militaire3 et1 en ce sens1 elle a pareillement particip l'ensemble de l'volution humaine1 qui n'aurait pu d'abord trouver d'issue sans cette voie naturelle4 ,mais elle est1 au contraire1 trs imparfaite1 quand on y considre une phase ncessaire de l'ducation purement morale de l'humanit4 ,on voit ici que cette imperfection ne tient point essentiellement l'immdiate conscration des passions quelconques1 autorise ou facilite par la nature du polythisme4 ,quoique cette dernire influence soit1 certains gards1 incontestable1 il n'est pas douteux nanmoins que les philosophes chrtiens s'en sont forms1 en gnral1 une notion fort exagre2 puisque1 les en croire1 on ne saurait comprendre qu'aucune moralit ait pu rsister alors un tel dissolvant4 ,cependant1 cet invitable inconvnient du polythisme n'a pu videmment dtruire ni l'instinct moral de l'homme1 ni la puissance graduelle des observations spontanes que le bon sens a d bientt runir sur les diverses qualits de notre nature1 et sur leurs consquences ordinaires1 individuelles ou sociales4 ,d'un autre ct1 le monothisme1 malgr sa supriorit caractristique cet gard1 n'a point certainement ralis1 un degr plus minent1 sa moralit intrinsque1 dans les cas exceptionnels o il est rest compatible avec l'esclavage et avec la confusion des deux pouvoirs1 comme on le verra au chapitre suivant4 ,enfin1 il n'est peut-tre pas inutile1 ce sujet1 de noter ici que cette tendance1 tant reproche1 d'une manire absolue1 au polythisme antique1 et qui tait d'ailleurs une suite alors ncessaire de l'extension des explications thologiques l'tude du monde moral1 a pu contribuer faciliter d'abord1 aux divers sentimens humains1 un essor libre et naf1 dont la trop forte compression originaire et empch ensuite1 quand la vraie morale est devenue possible1 de bien discerner le degr d'encouragement ou de neutralisation qu'ils doivent habituellement recevoir4 ,ainsi1 l'minente supriorit ncessaire du monothisme sous ce rapport capital1 ne doit pas faire mconnatre l'irrcusable participation du polythisme aux proprits essentielles de la philosophie thologique dans l'enfance de l'humanit1 soit pour servir d'organe indispensable l'unanime tablissement de certaines opinions morales1 qu'une telle universalit doit rendre ensuite presque irrsistibles1 soit mme pour sanctionner ultrieurement ces rgles par la perspective de la vie future1 dont l'entire indtermination naturelle permet aisment au gnie thologique1 heureusement assist du gnie esthtique1 d'y construire librement son type idal de justice et de perfection1 de manire convertir enfin en un puissant auxiliaire de la morale ce qui ne fut long-temps qu'une croyance spontane de notre enfance1 rvant navement1 abstraction faite de toute moralit1 l'ternelle prolongation de ses plus chres jouissances4 ,un coup d'il rapide conduit1 en effet1 reconnatre directement que1 sous tous les aspects importans1 le polythisme devait dj baucher le dveloppement moral de l'humanit1 indpendamment de son aptitude spciale seconder l'essor des qualits les plus convenables la destination caractristique de ce premier ge social4 ,son efficacit est surtout prononce relativement aux deux termes extrmes de la morale gnrale1 d'abord personnelle1 et finalement sociale4 ,quant la premire1 dont les anciens avaient1 en gnral1 dignement reconnu l'importance vraiment fondamentale comme seule preuve dcisive de nos forces morales1 son application militaire tait trop capitale et trop directe pour qu'ils ne se fussent point occups1 de trs bonne heure1 la dvelopper soigneusement1 en ce qui concerne principalement l'nergie1 soit active1 soit passive1 qui1 dans la vie sauvage1 constitue la vertu dominante4 ,commenc sous le ftichisme1 ce dveloppement a d tre extrmement perfectionn par le polythisme4 ,sous ce rapport moral1 quoique le plus lmentaire de tous1 les prescriptions les plus simples et les plus videntes ne pouvaient d'abord s'tablir unanimement que d'aprs cette heureuse intervention spontane de l'esprit religieux3 on n'en saurait douter l'gard mme des habitudes de purification physique1 si essentielles1 outre leur destination immdiate1 comme le premier exemple de cette surveillance continue que l'homme doit ncessairement exercer sur sa personne1 soit pour agir1 soit pour rsister4 ,en second lieu1 relativement la morale sociale proprement dite1 il est clair que le polythisme a directement dvelopp1 au plus minent degr1 cet amour de la patrie que nous avons vu1 au chapitre prcdent1 spontanment bauch par le ftichisme1 secondant dj1 de la manire la plus naturelle1 l'attachement naf pour le sol natal4 ,consacre et stimule par le polythisme1 en vertu de son caractre minemment national1 cette affection primitive s'tait leve1 chez les anciens1 comme chez tous les peuples analogues1 la dignit du patriotisme le plus profond et le plus nergique1 souvent exalt jusqu'au fanatisme le plus prononc1 et qui devait alors constituer le but principal et presque exclusif de l'ensemble de l'ducation morale4 ,il serait superflu d'insister ici sur l'admirable relation d'un tel sentiment prpondrant1 la destination spciale de ce second ge social1 ni sur l'intensit spontane qu'il devait recevoir1 soit du peu d'tendue des nations anciennes1 soit de la nature mme des guerres1 qui devait1 aux yeux de chacun1 prsenter sans cesse comme imminents la mort ou l'esclavage1 dont le plus entier dvouement la patrie pouvait seul habituellement prserver4 ,quelque frocit que dt ncessairement entretenir alors une telle disposition1 o la haine de tous les trangers quelconques tait toujours insparable de l'attachement au petit nombre des compatriotes1 elle a certainement concouru1 outre son application immdiate1 au dveloppement fondamental de notre volution morale1 o elle constitue un indispensable degr1 qui1 par sa nature1 ne saurait jamais tre impunment franchi1 malgr l'incontestable prminence du terme final si heureusement tabli ensuite par le christianisme dans l'amour universel de l'humanit1 dont l'introduction trop prmature et invitablement entrav l'indispensable essor militaire de l'antiquit4 ,on doit aussi1 sous le mme aspect1 rapporter au polythisme la premire organisation rgulire d'un ordre trs essentiel1 et aujourd'hui trop superficiellement apprci1 de relations morales lmentaires1 dj bauches par le ftichisme1 et que le catholicisme a1 comme je l'expliquerai1 admirablement cultives4 ,il s'agit des usages1 publics ou privs1 qui1 par le respect gnral des vieillards1 et l'habituelle commmoration des anctres1 tendent entretenir ce sentiment fondamental de la perptuit sociale1 si indispensable tous les ges de l'humanit1 et qui doit dsormais devenir encore plus ncessaire mesure que les esprances thologiques relatives la vie venir perdent irrvocablement leur ancien ascendant2 en mme temps que la philosophie positive tend heureusement1 ainsi que je l'tablirai en son lieu1 le dvelopper beaucoup plus qu'il n'a pu l'tre jusqu'ici1 en faisant spontanment ressortir1 tous gards1 l'intime liaison de l'individu avec l'ensemble de l'espce1 actuelle1 passe1 ou future4 ,la plus grande imperfection morale du polythisme concerne la morale domestique1 dont l'antiquit n'avait pu dignement sentir l'invitable interposition naturelle entre la morale personnelle et la morale sociale1 alors trop directement rattaches l'une l'autre1 par suite de la prpondrance ncessaire de la politique4 ,c'est l surtout1 comme le chapitre suivant nous l'expliquera1 le titre le plus spcial du catholicisme l'ternelle reconnaissance de l'humanit1 pour avoir enfin organis la morale sur ses vrais fondemens1 en s'attachant principalement constituer la famille1 et faire dpendre les vertus sociales des vertus domestiques4 ,toutefois1 on ne saurait mconnatre l'influence pralable du polythisme dans le premier essor de la morale domestique4 ,en se bornant l'indiquer ici sous le rapport le plus fondamental1 c'est--dire1 quant aux relations conjugales1 c'est1 videmment1 pendant le rgne du polythisme que l'humanit s'est irrvocablement leve la vie vraiment monogame4 ,quoiqu'on ait faussement reprsent la polygamie comme un invariable rsultat du climat1 chacun sait aujourd'hui que1 en remontant suffisamment l'chelle sociale1 elle a partout constitu1 au ,nord aussi bien qu'au ,midi1 un attribut ncessaire du premier ge de l'humanit1 aussitt que la pnurie des subsistances n'empche plus la brutale satisfaction de l'instinct reproducteur4 ,mais1 malgr cette prexistence ncessaire et constante de l'tat polygame1 il n'en reste pas moins vrai que1 dans notre espce1 encore plus que chez tant d'autres1 en vertu mme de sa supriorit caractristique1 l'tat purement monogame est le plus favorable1 pour chaque sexe1 au plus complet dveloppement de nos plus heureuses dispositions de tous genres2 ce qu'il serait ici superflu de dmontrer expressment1 quelles que soient1 cet gard1 les dplorables aberrations momentanes de notre anarchique situation mentale4 ,aussi le sentiment graduellement manifest de cette grande condition sociale a-t-il dtermin bientt1 presque ds l'origine du polythisme1 le premier tablissement de la monogamie1 promptement suivi des plus indispensables prohibitions sur les cas d'inceste4 ,les diverses phases principales du rgime polythique ont mme t toujours accompagnes1 comme on le verra ci-aprs1 de modifications croissantes dans ce mariage primitif1 dont le perfectionnement graduel a constamment tendu mieux dvelopper1 au profit commun de l'humanit1 la nature propre de chaque sexe4 ,toutefois1 le vrai caractre social de la femme tait encore loin d'tre suffisamment prononc1 en mme temps que sa dpendance invitable envers l'homme restait trop affecte de la brutalit primordiale4 ,cet essor trs imparfait du vrai gnie fminin se manifeste mme1 sous le polythisme1 par un indice qu'il importe de noter ici1 parce qu'il doit sembler d'abord prsenter1 au contraire1 un symptme spcial de l'importance politique des femmes2 je veux parler de cette participation constante1 quoique secondaire1 l'autorit sacerdotale1 qui leur est alors directement accorde1 et que le monothisme leur a irrvocablement enleve4 ,la civilisation dveloppe essentiellement toutes les diffrences intellectuelles et morales1 celles des sexes aussi bien que toutes les autres quelconques3 en sorte que ces sacerdoces fminins propres au polythisme ne constituent pas plus une prsomption favorable pour la condition correspondante des femmes1 que celles qu'on pourrait galement induire de cette existence presque contemporaine de femmes chasseresses et guerrires1 toujours et partout trop inhrente un tel ge social pour pouvoir tre entirement fabuleuse1 quelque trange qu'elle doive maintenant paratre4 ,du reste1 il serait certainement inutile de signaler ici l'ensemble dcisif des preuves irrcusables qui1 suivant la belle observation de ,robertson1 tablissent1 avec une entire vidence1 combien l'tat social des femmes tait radicalement infrieur1 sous le rgime polythique de l'antiquit1 ce qu'il est devenu ensuite sous l'empire du christianisme4 ,il suffirait1 au besoin1 de rappeler1 ce sujet1 ces amours infmes1 si justement rprouvs par le catholicisme1 et qui ont toujours fait la honte morale de l'antiquit tout entire1 mme chez ses plus minens personnages3 car on ne saurait concevoir un symptme plus prononc du peu de considration alors accorde aux femmes que cette monstrueuse prdilection qui faisait chercher ailleurs le dveloppement des plus pures motions sympathiques1 en rservant essentiellement l'union sexuelle pour son indispensable destination physique1 comme l'ont systmatiquement expos1 avec une si rvoltante navet1 dans la ,grce et ,rome1 tant d'illustres philosophes et hommes d'tat1 tous autres gards trs recommandables4 ,l'intime corelation de cette grande aberration primitive avec la vie habituellement trop isole du sexe mle chez les peuples chasseurs ou mme pasteurs1 et ensuite1 malgr l'tat agricole1 chez les nations constamment en guerre1 est d'ailleurs trop vidente pour exiger aucune explication1 quand on pense l'heureuse influence qu'exerce1 cet gard1 dans notre vie moderne1 la socit presque continuelle des deux sexes4 ,j'ai1 en outre1 dj suffisamment signal ci-dessus l'influence ncessaire de l'esclavage dans l'ancienne conomie sociale1 comme tendant altrer gravement l'institution mme de la monogamie4 ,mais1 quelque fonds que soient rellement tous ces divers reproches essentiels1 ils ne sauraient annuler l'indispensable participation du polythisme baucher aussi1 tous gards1 le dveloppement fondamental de la morale domestique1 quoique avec moins d'efficacit qu'envers la morale personnelle et la morale sociale1 par une impulsion spontane qui n'aurait pu alors provenir d'aucune autre source spirituelle4 ,nous avons enfin suffisamment complt ainsi1 pour notre but principal1 l'importante apprciation abstraite des diffrentes proprits gnrales1 intellectuelles ou sociales1 qui caractrisent le polythisme1 aujourd'hui si peu compris4 ,l'ensemble de cet examen approfondi doit1 ce me semble1 laisser1 chez tout vrai philosophe1 aprs les comparaisons convenables1 cette impression finale que1 malgr d'immenses lacunes et de profondes imperfections1 un tel rgime1 par l'homognit suprieure et la connexit plus intime de ses divers lmens essentiels1 tendait spontanment dvelopper des hommes bien plus consistans et plus complets qu'il n'a pu en exister depuis1 lorsque l'tat de l'humanit fut devenu moins uniformment et moins purement thologique1 sans tre jusqu'ici assez franchement positif4 ,mais1 quoi qu'il en soit1 il nous reste maintenant1 pour avoir convenablement ralis l'apprciation fondamentale de ce grand ge religieux1 le considrer encore sous un aspect plus spcial1 sans toutefois descendre jusqu'aux considrations concrtes incompatibles avec la nature de cet ouvrage1 en examinant sommairement les diverses formes essentielles qu'a d successivement affecter un tel rgime1 relativement au mode dtermin suivant lequel chacune d'elles devait invitablement participer la destination gnrale prcdemment attribue au polythisme dans l'volution totale de l'humanit4 ,on doit1 cet effet1 distinguer d'abord entre le polythisme essentiellement thocratique et le polythisme minemment militaire1 suivant que la concentration lmentaire des deux pouvoirs y affectait davantage le caractre spirituel ou le caractre temporel2 il faut ensuite1 par une analyse plus prcise1 et cependant aussi indispensable1 distinguer1 dans le dernier systme1 le cas o l'activit militaire1 quoique continue1 n'a pu encore suffisamment atteindre son but principal1 et celui o l'esprit de conqute a pu enfin recevoir convenablement tout son dveloppement graduel3 ce qui1 en rsultat dfinitif1 conduit dcomposer l'ensemble du rgime polythique en trois modes ncessaires1 qui1 dfaut de dnominations plus rationnelles1 peuvent tre provisoirement dsigns par les qualifications purement historiques de mode gyptien1 mode grec1 et finalement mode romain1 dont nous allons reconnatre l'attribution propre et l'invariable succession4 ,un systme politique caractris principalement par la domination presque absolue de la classe sacerdotale1 a partout prsid ncessairement la civilisation originaire1 dont seul il pouvait alors baucher rellement tous les divers lmens essentiels1 intellectuels ou sociaux4 ,dj prpar par le ftichisme1 parvenu l'tat d'astroltrie1 et peut-tre mme un peu avant l'entire transition de la vie pastorale la vie agricole1 ce systme n'a pu tre convenablement dvelopp que sous l'ascendant du polythisme proprement dit4 ,son vritable esprit gnral1 aussi rapproch que possible de celui qui appartient spontanment au gouvernement domestique1 consiste1 en prenant l'imitation pour principe fondamental d'ducation1 consolider la civilisation naissante par l'hrdit universelle des diverses fonctions ou professions quelconques1 sans aucune distinction de celles qu'on a ultrieurement qualifies de prives ou publiques3 d'o rsulte le pur rgime des castes1 hirarchiquement subordonnes l'une l'autre suivant l'importance de leurs attributions respectives1 sous la commune direction suprme de la caste sacerdotale1 qui1 seule dpositaire de toutes les conceptions humaines1 est alors exclusivement propre tablir rellement un lien continu entre ces corporations htrognes1 primitivement issues d'autant de familles4 ,cette antique organisation n'ayant pas t forme essentiellement pour la guerre1 qui a simplement contribu l'tendre et la propager1 la caste la plus infrieure et la plus nombreuse n'y est point ncessairement dans l'tat d'esclavage proprement dit1 caractris par la sujtion individuelle1 mais dans un tat de profond assujtissement collectif1 qui constitue1 vrai dire1 une condition encore plus dgradante et moins favorable un affranchissement ultrieur4 ,on doit1 mon gr1 regarder comme une loi gnrale de dynamique sociale la tendance invitable de toute civilisation indigne1 dans son dveloppement spontan1 vers un tel rgime initial1 dont les traces se retrouvent partout1 mme au sein des socits les plus avances1 et qui domine encore essentiellement chez la majeure partie de la population asiatique1 au point de sembler aujourd'hui particulirement propre la race jaune1 quoique la race blanche n'en ait certes pas t d'abord plus exempte1 et s'en soit seulement plus rapidement et plus pleinement dgage1 ou en vertu de sa supriorit effective1 ou par suite de circonstances plus favorables4 ,mais ce rgime1 que l'essor prpondrant de l'activit militaire devait radicalement altrer1 n'a pu devenir profondment caractristique que sous l'influence permanente1 suffisamment prononce1 des conditions extrieures qui pouvaient la fois entraver le plus l'lan de l'esprit guerrier et le mieux favoriser celui de l'esprit sacerdotal4 ,ces causes locales1 qui n'ont jamais pu exercer ensuite une action sociale aussi capitale1 ont surtout consist dans la runion d'un heureux climat avec un sol fcond1 qui devait faciliter le dveloppement intellectuel1 en assurant aisment les subsistances1 pourvu d'ailleurs que la population1 convenablement tendue1 occupt un territoire propre tablir spontanment des communications intrieures1 et enfin que le pays ft nanmoins1 par sa nature1 assez pleinement isol pour tre prserv des envahissemens extrieurs sans pousser fortement la vie guerrire3 rien ne peut mieux satisfaire cet ensemble d'indications que la valle d'un grand fleuve1 spare d'un ct par la mer1 et1 d'un autre1 par d'immenses dserts ou des montagnes inaccessibles4 ,aussi ce grand systme thocratique des castes s'est-il jadis pleinement ralis en gypte1 dans la ,chalde1 dans la ,perse1 etc42 il s'est prolong jusqu' nos jours dans la partie de l',orient la moins expose au contact graduel de la race blanche1 la ,chine1 au ,japon1 au ,thibet1 dans l',indostan1 etc43 par suite d'influences analogues1 on l'a de mme essentiellement retrouv au ,mexique et au ,prou1 l'poque de la conqute1 sans qu'une telle similitude puisse1 du reste1 y motiver aucune induction raisonnable sur des communications peu compatibles avec l'esprit de ce rgime4 ,outre cette multiplicit d'exemples dcisifs1 qui suffirait constater directement la spontanit fondamentale d'une semblable organisation1 on en peut signaler des traces plus ou moins caractristiques dans tous les cas de civilisation indigne2 comme1 par exemple1 pour notre ,europe occidentale1 chez les ,gaulois et chez les trusques4 ,parmi les nations dont le dveloppement propre a t surtout ht par d'heureuses colonisations1 on en reconnat encore l'influence primordiale2 l'empreinte gnrale s'en fait toujours sentir dans les diverses institutions ultrieures1 et n'est pas mme aujourd'hui compltement efface1 au sein des socits les plus avances4 ,en un mot1 ce rgime constitue partout le fond ncessaire de l'ancienne civilisation4 ,cette universalit plus ou moins prononce et la profonde tnacit qui caractrisent un tel systme1 doivent faire penser1 quels qu'en puissent tre les vrais inconvniens1 qu'il tait1 aux temps de sa splendeur1 en harmonie intime avec les besoins essentiels de l'humanit4 ,il est facile1 en effet1 de reconnatre qu'il a t primitivement indispensable pour baucher1 tous gards1 l'volution fondamentale1 intellectuelle ou sociale4 ,d'abord1 sa spontanit est videmment irrcusable2 car rien n'est certes plus naturel1 l'origine1 que l'hrdit gnrale des professions1 qui fournit aussitt1 par la simple imitation domestique1 le plus facile et le plus puissant moyen d'ducation1 le seul mme alors praticable1 tant que la tradition orale doit constituer encore le principal mode de transmission universelle1 soit dfaut d'aucun autre procd suffisant1 soit surtout en vertu du peu de rationnalit des conceptions quelconques4 ,a quelque perfectionnement mme que puisse jamais parvenir la civilisation humaine1 il est clair que cette tendance primitive l'hrdit s'y fera invitablement toujours sentir1 quoiqu' un degr constamment dcroissant1 puisque la plupart des hommes n'ayant point1 vrai dire1 de vocations spciales trs prononces1 chacun doit ordinairement se sentir dispos embrasser volontiers la profession paternelle1 pour peu que la socit se trouve normalement classe2 ce qui d'ailleurs n'empche point1 aux poques de transition1 l'ardeur momentane mais unanime un dclassement gnral1 alors plus ou moins ncessaire4 ,malgr que cette hrdit volontaire1 ou seulement impose par les murs1 doive heureusement avoir1 chez les modernes1 un tout autre caractre que l'hrdit force1 tyranniquement prescrite aux anciens par les lois1 suivant l'esprit de toute leur conomie sociale1 elle n'en procde pas moins1 au fond1 du mme principe lmentaire1 d'aprs les garanties profondes que doit toujours offrir au bonheur1 soit priv1 soit public1 la plus complte prparation possible de chacun sa vraie destination sociale4 ,le seul moyen de diminuer1 sans aucun danger rel1 individuel ou social1 la ncessit de ce mode spontan1 consiste rationnaliser de plus en plus l'ducation humaine1 en faisant passer1 autant que le comporte l'volution intellectuelle1 dans l'enseignement public1 abstrait et systmatique1 ce qui auparavant exigeait un apprentissage domestique1 concret et empirique4 ,c'est ainsi surtout que le catholicisme a fait irrvocablement cesser l'hrdit des fonctions sacerdotales1 aussi universelle1 dans toute l'antiquit1 que celle des autres attributions quelconques1 prives ou publiques4 ,en second lieu1 les proprits fondamentales de ce rgime initial ne sont pas moins incontestables1 tous gards1 que son vidente spontanit4 ,l'volution intellectuelle lui devra toujours la premire division permanente entre la thorie et la pratique1 alors suffisamment bauche par le dveloppement spcial d'une caste spculative1 naturellement investie1 mme un degr exorbitant1 de la dignit et du loisir indispensables la plnitude et la continuit de ses travaux4 ,aussi1 en tous genres1 les lmens primitifs de nos connaissances relles remontent-ils ncessairement jusqu' cette grande poque1 o l'esprit humain a enfin commenc rgulariser sa marche gnrale4 ,la mme observation doit s'tendre aux beaux-arts1 alors soigneusement cultivs1 indpendamment de leur charme direct1 par la caste dirigeante1 soit comme accessoire du dogme et du culte1 soit comme moyen d'enseignement et de propagation4 ,nanmoins c'est surtout le dveloppement industriel qui1 n'exigeant pas d'aussi rares vocations intellectuelles1 et ne pouvant inspirer aucune inquitude politique la classe prpondrante1 a d tre plus spcialement second par un tel rgime1 sous lequel d'ailleurs l'tat de paix habituelle permettait d'employer les masses infrieures des oprations vraiment colossales1 o la force supple presque toujours au gnie1 mais qui n'en eurent pas moins alors une vritable importance4 ,on ne saurait douter que tous les arts usuels ne doivent y chercher leur premier essor1 long-temps suprieur au grossier lan des socits essentiellement militaires4 ,la perte ncessairement frquente de diverses inventions utiles avant que cette organisation conservatrice pt tre convenablement tablie1 avait d1 sans doute1 en faire d'abord ressortir le besoin fondamental1 et devait ensuite faire habituellement apprcier ce puissant moyen de consolider le degr de division du travail o notre espce tait dj parvenue4 ,jamais1 aucune autre poque1 l'aptitude fondamentale du polythisme fournir1 par sa nature1 des moyens gnraux d'honorer les divers talens1 n'a t plus pleinement ralise que sous cette premire organisation1 qui a si souvent pouss jusqu' l'apothose proprement dite la glorieuse commmoration des principaux inventeurs1 ainsi proposs l'adoration habituelle des castes respectives4 ,sous le point de vue social1 la convenance primordiale d'un tel rgime n'est pas moins prononce4 ,dans l'ordre politique proprement dit1 la stabilit constitue videmment son principal attribut4 ,toutes les prcautions capitales s'y trouvaient spontanment institues1 avec la plus grande nergie possible1 pour le prserver de toute grave atteinte1 intrieure ou extrieure4 ,au dedans1 les diverses castes partielles1 essentiellement isoles entre elles1 n'taient habituellement lies que par leur commune subordination la caste sacerdotale1 dont chacune d'elles devait sans cesse prouver le besoin fondamental1 puisqu'elle y trouvait exclusivement les lumires spciales et l'impulsion propre qui lui taient journellement indispensables tous gards4 ,jamais il n'a pu exister ensuite une aussi intense concentration1 rgulire et permanente1 des pouvoirs humains1 que celle alors naturellement tablie chez cette caste suprme1 dont chaque membre1 du moins dans les rangs suprieurs de la hirarchie pontificale1 tait la fois1 non-seulement prtre et magistrat1 mais aussi savant1 artiste1 ingnieur et mdecin4 ,les hommes d'tat de la ,grce et de ,rome1 dont la plnitude et la gnralit taient si suprieures ce qu'a pu comporter jusqu'ici l'tat moderne1 paraissent1 leur tour1 des personnages fort incomplets1 comparativement ces admirables natures thocratiques de la premire antiquit1 dont ,mose constitue pour nous le type1 sinon le plus fidle1 du moins le mieux connu4 ,relativement l'extrieur1 ce rgime ne pouvait courir immdiatement de graves dangers que par le dveloppement toujours imminent de l'activit militaire1 dont la politique sacerdotale prvenait1 autant que possible1 les suites plus ou moins perturbatrices1 en ouvrant1 de temps autre1 une issue convenable l'inquitude des guerriers1 par de larges expditions lointaines et par des colonisations irrvocables4 ,enfin1 sous l'aspect purement moral1 on ne peut mconnatre la tendance ncessaire de ce rgime dvelopper soigneusement1 par une premire culture1 la fois spontane et systmatique1 la morale personnelle en ce qu'elle offre de plus fondamental1 mais surtout la morale domestique1 trop nglige ensuite par le polythisme militaire1 comme je l'ai expliqu ci-dessus1 et qui1 dans ces thocraties1 devait naturellement devenir prpondrante1 l'esprit de caste n'tant qu'une extension directe de l'esprit de famille1 et l'ducation y reposant toujours sur le principe d'imitation4 ,quoique la polygamie y ft encore essentiellement prpondrante1 sauf quelques cas exceptionnels de monogamie fort imparfaite et trs prcaire1 la condition sociale des femmes recevait pourtant alors sa premire amlioration fondamentale1 depuis l'ge de barbarie o le sexe le plus faible restait communment assujti aux travaux pnibles ddaigns par le sexe prpondrant3 leur rclusion habituelle1 suite d'ailleurs invitable de la polygamie1 constituait dj1 en ralit1 un premier hommage gnral1 et un tmoignage involontaire de considration1 tendant ds lors leur attribuer1 dans l'ordre lmentaire de la socit1 une position de plus en plus conforme leur vraie nature caractristique4 ,quant la morale sociale1 il est vident que l'esprit de ce rgime devait directement dvelopper1 au plus haut degr1 le respect des vieillards1 et le culte gnral des anctres4 ,le grand sentiment du patriotisme n'y tait encore1 chez les masses1 sauf l'attachement instinctif au sol natal1 qu' son bauche la plus lmentaire1 l'amour de la caste1 qui1 quelque troit qu'il doive nous paratre1 constitue un intermdiaire indispensable dans l'essor graduel de la moralit humaine1 surtout cette poque1 et peut-tre toujours sous de nouvelles formes4 ,du reste1 la profonde aversion superstitieuse qu'un tel systme devait inspirer pour toute relation avec l'tranger1 et qui contribuait beaucoup augmenter son immuable consistance1 doit tre soigneusement distingue de l'actif ddain ultrieurement entretenu par le polythisme militaire4 ,malgr tant d'minentes proprits1 il est nanmoins certain que ce grand systme thocratique1 aprs avoir bauch1 sous tous les rapports1 l'volution humaine1 devait devenir ensuite radicalement antipathique aux principaux progrs ultrieurs1 intellectuels ou sociaux1 en vertu mme de l'excessive stabilit qui le caractrisait1 et qui tendait graduellement se convertir en une immobilit opinitre1 quand les nouveaux dveloppemens ont fini par exiger un autre classement social#ad4 ,ce n'est pas que cette immuabilit soit1 comme on le pense1 absolue3 puisque ce rgime n'est point1 beaucoup prs1 identique au ,thibet ce qu'il est dans l',inde1 ni l surtout ce qu'il est devenu la ,chine1 o l'introduction des examens graduels a tant modifi l'institution des castes1 sans toutefois la dtruire rellement2 ce qui prouve clairement qu'un tel systme n'est pas immodifiable4 ,mais1 quoique l'humanit dt sans doute spontanment parvenir s'y ouvrir enfin une issue quelconque1 cependant notre dveloppement europen a heureusement dpendu d'une toute autre marche1 infiniment plus rapide1 comme nous le reconnatrons ci-aprs3 en sorte qu'il est oiseux d'insister davantage sur l'essor hypothtique compatible avec la seule thocratie1 le premier grand progrs gnral ayant d prcisment consister passer une autre organisation1 dans les pays o celle-l n'avait pu s'enraciner suffisamment4 ,on conoit aisment1 en effet1 combien ce rgime purement conservateur doit bientt prendre un caractre hostile tout perfectionnement considrable1 intellectuel ou social1 par la tendance de la caste prpondrante consacrer ses immenses ressources de tous genres au maintien gnral de sa domination presque absolue1 lorsque elle-mme a dj perdu ncessairement1 sous l'influence prolonge de cette suprmatie1 la principale stimulation de son propre dveloppement4 ,au premier aspect1 ce systme politique semble rationnellement trs satisfaisant1 en ce qu'il parat constituer le rgne de l'esprit1 quoique ce soit1 au fond1 encore davantage celui de la peur1 puisqu'il repose bientt sur l'usage continu des terreurs superstitieuses1 et mme des divers prestiges suggrs par une grossire bauche des connaissances physiques2 peu prs comme si la population tait soumise des conqurans mieux arms4 ,mais1 par une apprciation plus approfondie1 il importe d'ailleurs de reconnatre franchement1 ds cette premire poque1 une haute ncessit sociale1 suite invitable de l'conomie fondamentale de la nature humaine1 et qui condamne directement la domination politique de l'intelligence1 comme radicalement hostile l'accomplissement graduel de notre vritable volution4 ,quoique l'esprit doive spontanment tendre de plus en plus la suprme direction des affaires humaines1 il ne saurait certainement y parvenir jamais1 par suite de l'extrme imperfection de notre organisme1 o la vie intellectuelle est ordinairement si peu nergique3 en sorte que1 dans l'ordre rel1 individuel ou social1 l'esprit est seulement destin modifier essentiellement la prpondrance matrielle1 par un indispensable office consultatif1 mais sans pouvoir habituellement donner l'impulsion4 ,or1 cette mme intensit trop peu prononce1 qui1 quoi qu'on puisse faire1 ne peut aucunement permettre le rgne rel de l'intelligence1 rendrait1 d'une autre part1 cet empire trs dangereux1 et bientt hostile au progrs1 si on tentait de l'tablir2 faute de la stimulation continue dont sa faiblesse native a tant besoin1 et dont cette chimrique domination ferait ncessairement cesser la principale puissance3 l'esprit1 n pour modifier et non pour commander1 serait alors essentiellement employ maintenir son monstrueux ascendant1 au lieu de suivre noblement sa grande destination au perfectionnement4 ,je me borne indiquer ici cette considration capitale1 qui sera naturellement reprise1 au chapitre suivant1 d'une manire plus directe et plus spciale4 ,mais elle est ainsi assez signale dj pour nous faire actuellement comprendre1 dans sa plus intime profondeur1 le vrai principe lmentaire de cette tendance radicalement stationnaire si justement reproche1 en gnral1 au systme thocratique1 par ceux-l mme qui1 d'un autre ct1 ne pouvaient s'empcher d'admirer profondment son apparente rationnalit4 ,en considrant ensuite1 d'un tel point de vue1 les divers lmens essentiels de ce rgime initial1 chacun pourra aisment y vrifier que cette excessive concentration des divers pouvoirs1 premire cause de sa consistance caractristique1 devenait bientt un obstacle ncessaire tout perfectionnement notable1 aucune partie ne pouvant tre isolment amliore sans compromettre l'ensemble d'un systme o rgnait une semblable solidarit4 ,sous le point de vue scientifique1 par exemple1 si vainement prsent comme minemment favorable aux thocraties antiques1 il est clair que l'esprit humain n'a pu1 au contraire1 y dpasser jamais les plus simples progrs1 non-seulement faute d'une stimulation suffisante1 mais aussi parce que l'action critique qui serait naturellement rsulte1 contre le polythisme dominant1 d'un dveloppement plus avanc1 aurait directement tendu bouleverser ds lors toute l'conomie sociale4 ,personne ne saurait ignorer aujourd'hui que1 aprs le premier branlement mental1 les sciences ne pouvaient fleurir que cultives pour elles-mmes1 et non comme instrumens de domination politique4 ,toute autre partie quelconque du systme social pourrait donner lieu une apprciation essentiellement analogue1 que je dois maintenant laisser au lecteur4 ,ainsi1 en rsum1 on ne peut pas plus contester l'aptitude fondamentale du polythisme thocratique baucher1 tous gards1 par une indispensable participation1 l'ensemble de l'volution humaine1 qu'on ne doit1 d'un autre ct1 mconnatre son invitable tendance ultrieure entraver directement le dveloppement gnral4 ,les peuples chez lesquels la caste militaire n'a pu parvenir subalterniser enfin la caste sacerdotale1 n'ont donc joui d'abord d'une mmorable prminence1 que pour se voir ensuite condamns une immobilit presque incurable1 laquelle la conqute mme peut difficilement apporter un assez puissant correctif1 puisque1 dans les thocraties les plus fortement constitues1 les vaincus ont spontanment absorb les vainqueurs1 comme l'histoire nous le montre par tant d'clatans exemples1 o l'on voit le conqurant tranger se transformer insensiblement en chef du sacerdoce dirigeant1 sans que la nature primitive du rgime en reoive presque jamais aucune altration capitale3 il en tait essentiellement ainsi lorsque1 dans les rvolutions intrieures1 les guerriers ayant pu prendre momentanment le dessus sur les pontifes1 finissaient bientt eux-mmes par acqurir involontairement le caractre thocratique1 ce qui maintenait toujours l'esprit gnral du systme1 sauf un simple changement de personnes ou de dynasties4 ,note #ad3 ,plusieurs philosophes1 sous l'inspiration des vaines thories mtaphysiques qui ont tant exagr1 au sicle dernier1 l'influence des signes1 ont pens1 surtout envers les ,chinois1 que cette immobilit dpendait principalement de l'usage universel de l'criture hiroglyphique1 sans rflchir que d'autres thocraties voisines1 et certes non moins immobiles1 n'taient point assujties cette prtendue cause prpondrante4 ,quels que soient les graves inconvniens sociaux d'une telle criture1 il est clair que cette superficielle apprciation1 d'abord spcieuse1 prend rellement un symptme pour un principe1 puisque cet usage continue1 depuis l'tablissement des ,tatars1 subsister conjointement avec la dsutude de l'criture alphabtique de ces conqurans4 ,l'ensemble du systme thocratique explique certes assez directement son esprit anti-progressif1 pour qu'on doive se dispenser de recourir des considrations accessoires et partielles1 hors de toute proportion raisonnable avec les effets qu'on veut ainsi leur attribuer4 ,en considrant de plus prs le passage gnral du polythisme thocratique au polythisme militaire1 on reconnat aisment qu'il n'a pu s'effectuer que chez les peuples o l'ensemble des conditions extrieures avait empch le dveloppement de la thocratie1 en favorisant celui de la guerre1 et dont la civilisation avait t hte par d'heureuses colonisations qui1 essentiellement provenues de pays soumis au pur rgime des castes1 ne pouvaient cependant l'enraciner de nouveau sur un sol mal dispos1 un tel transport devant1 en effet1 neutraliser beaucoup les dangers politiques de ce systme1 sans nuire sensiblement ses qualits intellectuelles et morales4 ,l'importante rvolution ainsi accomplie communment dans cette organisation primitive1 a partout maintenu1 au fond1 le principe des castes1 qui se retrouve chez toute l'antiquit1 o la naissance a toujours exerc une influence politique prpondrante1 dcidant d'abord habituellement de la libert ou de l'esclavage1 et dterminant ensuite1 en majeure partie1 surtout l'origine1 la nature des attributions de chacun4 ,mais le principe d'hrdit s'est trouv ds lors essentiellement modifi par l'introduction rgulire et permanente d'une certaine facult de choix d'aprs une apprciation personnelle et directe1 facult nouvelle qui1 quoique d'abord troitement subordonne la naissance1 a d ensuite acqurir une extension et une indpendance toujours croissantes4 ,l'quilibre politique qui a pu s'tablir entre ces deux tendances opposes devait surtout dpendre du dveloppement plus ou moins parfait de l'activit militaire1 si propre1 par sa nature1 mettre en pleine vidence la supriorit des vraies vocations correspondantes4 ,c'est ainsi que1 chez les ,romains1 cet quilibre a t bientt suffisamment institu1 et spontanment maintenu pendant plusieurs sicles1 par une suite ncessaire1 quoique indirecte1 de l'essor graduel et continu du systme de conqute3 tandis que1 chez les ,grecs1 par une cause inverse1 les lgislateurs et les philosophes avaient t toujours occups organiser laborieusement1 entre ce qu'ils nommaient l'oligarchie et la dmocratie1 une conciliation durable1 sans pouvoir jamais y parvenir assez4 ,a partir du polythisme militaire1 l'tude gnrale de l'volution humaine doit tre ncessairement dcompose1 jusqu'aux temps modernes1 en deux parties essentielles1 intimement mles auparavant sous le polythisme thocratique3 car1 malgr la corelation lmentaire qui existe toujours plus ou moins entre la marche de l'esprit humain et celle de la socit1 il est certain que ds lors la principale volution intellectuelle et la principale volution sociale ont t1 dans le dveloppement fondamental de l'humanit1 profondment spares1 et produites1 en des temps trs distincts1 sous des rgimes fort diffrens1 quoique radicalement analogues4 ,telle est l'origine essentielle de la division historique ci-dessus annonce entre le mode grec et le mode romain1 laquelle notre apprciation doit maintenant se subordonner4 ,c'est aussi pourquoi1 envers chacun de ces deux modes galement indispensables1 nous devrons surtout nous rduire y examiner le dveloppement qui lui tait spcialement rserv1 en commenant par le rgime grec4 ,par cela mme que ce premier rgime est1 tous gards1 intermdiaire entre le rgime gyptien et le rgime romain1 plus intellectuel que l'un et moins social que l'autre1 il semblerait1 d'aprs un principe logique dj heureusement employ dans plusieurs parties antrieures de ce ,trait1 que son apprciation rationnelle dt tre plus nettement conue la suite de celle des deux termes extrmes4 ,mais1 comme le terme initial vient d'tre assez caractris1 et que le lecteur a dj sans doute une suffisante connaissance provisoire du terme final1 il est clair que l'avantage philosophique inhrent un tel ordre d'exposition ne saurait assez compenser le grave inconvnient qu'il y aurait altrer ainsi1 quoique seulement dans la forme1 la conception de filiation graduelle1 qui doit certainement prdominer en toute opration historique3 ce qui n'empche pas toutefois que cette inversion ne puisse ensuite tre accessoirement recommande au lecteur1 titre d'un utile exercice4 ,un coup d'il philosophique sur l'ensemble de l'histoire grecque1 suffit pour montrer directement que1 dans cette socit1 l'activit militaire1 quoique fondamentale et continue1 tait toujours rduite un essor essentiellement vague et incohrent1 sans pouvoir encore aboutir sa grande destination sociale1 par le dveloppement graduel d'un systme de conqutes durables1 fonction politique minemment rserve au rgime romain4 ,suivant l'heureuse expression de ,de ,maistre1 on peut dire en quelque sorte que la ,grce tait ne divise3 puisque cet tat caractristique de luttes intrieures1 non moins striles que continues1 entre des peuplades aussi analogues1 a commenc ds la premire origine distincte de cette mmorable population1 et n'a cess que par l'universelle prpondrance de la domination romaine2 si tant est d'ailleurs qu'il n'en reste point1 encore aujourd'hui1 des traces trs sensibles4 ,la constitution gographique de la ,grce explique1 en partie1 cette division radicale1 par l'excessive dissmination qui distingue un tel territoire1 non-seulement dans l',archipel1 mais mme sur le continent1 naturellement dcompos en un grand nombre de portions indpendantes1 en vertu des golfes1 des isthmes1 des chanes1 etc41 dont il est tant travers4 ,a cette condition extrieure1 il faut joindre1 pour complter suffisamment une telle explication1 une cause sociale non moins essentielle1 consistant dans l'identit remarquable de ces diverses populations1 civilises1 presque simultanment1 sous l'influence d'une langue peu prs commune1 par des colonies dont l'origine tait semblable et la sociabilit fort analogue#ae4 ,de ce double caractre fondamental1 il est ncessairement rsult que chacun de ces peuples1 d'abord aussi dispos sans doute que le peuple romain#af poursuivre graduellement la conqute universelle1 n'a jamais pu1 malgr des efforts toujours renouvels1 subjuguer finalement ses plus proches voisins1 et a t ds lors forc d'aller surtout dployer au loin son ardeur belliqueuse1 suivant une marche entirement inverse celle de ,rome1 et radicalement incompatible avec l'tablissement progressif d'une domination la fois tendue et durable1 susceptible de fournir un point d'appui vraiment solide au dveloppement ultrieur de l'humanit4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que la peuplade athnienne1 au moment de sa plus clatante prpondrance1 dans l',archipel1 en ,asie1 en ,thrace1 etc41 tait rduite un territoire central peine quivalent un moyen dpartement franais1 et tout autour duquel campaient de nombreux rivaux1 dont l'assujtissement rel tait alors justement rput impraticable3 ,athnes pouvait plus raisonnablement projeter la conqute1 par exemple1 de l'gypte ou de l',asie mineure1 que celle1 non-seulement de ,sparte1 mais mme de ,thbes ou de ,corinthe1 ou peut-tre de la petite rpublique adjacente de ,mgare2 quelque paradoxale que doive d'abord paratre1 nos esprits modernes1 une telle apprciation1 elle n'tonnera point sans doute ceux qui ont vraiment approfondi l'tude de cette situation politique4 ,note #ae3 ,le principe de la colonisation a exerc une influence tellement capitale sur la destination1 essentiellement intellectuelle1 de la civilisation grecque1 que l'on peut noter les colonisations redoubles1 ou pousses mme au troisime degr1 comme ayant le plus heureusement concouru l'ensemble du mouvement spirituel1 soit philosophique1 scientifique ou esthtique3 ainsi que le tmoignent si clairement tant d'minens exemples analogues ceux d',homre1 de ,thals1 de ,pythagore1 d',aristote mme1 d',archimde1 d',hipparque1 etc4 ,on conoit aisment1 en effet1 que les proprits caractristiques du rgime grec pour exciter l'volution intellectuelle1 devenaient naturellement d'autant plus prononces1 dans ces drivations successives1 qu'on s'loignait davantage de la source thocratique primordiale1 sans cependant que l'esprit de conqute pt acqurir un plus libre dveloppement3 pourvu toutefois que les altrations ne fussent pas ainsi pousses au point de dnaturer le systme originaire1 ce qui ne pouvait gure arriver tant qu'il y restait quelques rapports suivis avec la mtropole1 dont l'ascendant1 politique ou moral1 devait y temprer spcialement l'essor militaire4 ,note #af3 ,il est clair1 par exemple1 que les ,spartiates n'taient essentiellement1 pour ainsi dire1 que des ,romains avorts1 faute d'un milieu convenable1 admirablement organiss pour la guerre1 et ne pouvant nanmoins conqurir avec fruit4 ,mais cette peuplade n'en a pas moins rempli une indispensable fonction dans le systme total de la civilisation grecque1 comme propre constituer le principal noyau militaire1 dans les occasions capitales o la ,grce devait agir1 et surtout rsister1 collectivement2 quoique son aveugle antipathie contre ,athnes l'ait trop souvent conduite1 en ses temps mme de plus grande splendeur1 seconder honteusement les projets hostiles de la thocratie persane1 qu'elle avait1 en d'autres cas1 si noblement combattue4 ,par suite d'une telle position fondamentale1 l'activit militaire avait donc1 chez ces peuples1 toute l'intensit convenable pour empcher le dveloppement1 long-temps imminent1 du rgime thocratique1 auquel l'expulsion ou l'abaissement des rois opposait partout une puissante barrire politique1 en harmonie avec une antipathie morale trs prononce3 mais1 en mme temps1 ces diverses nations antagonistes1 presque quivalentes en puissance guerrire1 devaient se neutraliser essentiellement1 de manire empcher cette inquite activit d'accomplir progressivement sa grande mission politique4 ,ainsi1 pendant que l'humanit s'y trouvait prserve de cette torpeur intellectuelle et morale que tend ncessairement produire la prolongation dmesure du rgime thocratique1 la vie guerrire ne pouvait cependant y acqurir habituellement assez de prpondrance pour absorber radicalement1 comme ,rome1 les principales facults des hommes minens1 auxquels ces vaines luttes ne pouvaient sans doute1 malgr les prjugs dominans1 inspirer toujours un intrt exclusif4 ,telle est la grande cause qui a rejet1 en quelque sorte1 dans la vie intellectuelle1 une nergie crbrale continuellement excite1 et que la destination politique ne pouvait suffisamment satisfaire3 la mme influence agissant aussi sur les masses1 quoiqu' un degr beaucoup moindre1 les disposait galement goter convenablement cette nouvelle culture1 surtout quant aux beaux-arts4 ,cependant1 cette tendance fondamentale n'aurait pu spontanment dterminer le rapide dveloppement de l'volution intellectuelle1 soit scientifique1 soit esthtique1 si les premiers germes n'en eussent t1 d'un autre ct1 pralablement emprunts aux socits thocratiques1 par une suite naturelle des colonisations originaires4 ,voil donc par quel concours de conditions essentielles il a enfin surgi1 dans la ,grce1 une classe libre entirement nouvelle1 qui devait alors servir d'inapprciable organe au principal essor mental de l'lite de l'humanit1 comme tant la fois minemment spculative1 sans avoir le caractre sacerdotal1 et essentiellement active1 sans tre absorbe par la guerre4 ,en altrant de quelques degrs1 en l'un ou l'autre sens1 cet admirable antagonisme1 qui n'a jamais t nettement conu1 les philosophes1 les savans et les artistes demeuraient de simples pontifes1 plus ou moins levs dans la hirarchie sacerdotale1 ou devenaient d'humbles esclaves chargs des soins pdagogiques dans les grandes familles militaires4 ,mon illustre prdcesseur1 ,condorcet1 semble avoir entrevu le vrai principe de cette mmorable situation1 mais sans avoir pu l'apprcier suffisamment1 faute d'une saine thorie fondamentale de l'ensemble de l'volution humaine4 ,on voit ainsi quel service capital a ds lors indirectement rendu l'humanit l'essor continu de l'activit militaire1 quoique politiquement strile3 sans parler d'ailleurs de son importance spciale assez connue pour soustraire1 l'envahissement toujours imminent des immenses armes thocratiques1 ce petit noyau de libres penseurs1 alors chargs1 en quelque sorte1 des destines intellectuelles de notre espce1 qui peut-tre1 sans les sublimes journes des ,thermopyles1 de ,marathon1 et de ,salamine1 ultrieurement compltes par l'immortelle expdition du grand ,alexandre1 resterait encore1 mme aujourd'hui1 partout plonge dans l'avilissement thocratique4 ,nous aurons maintenant assez apprci cette grande destination mentale du rgime grec1 si nous nous rduisons ici la considration sommaire du dveloppement le plus important1 c'est--dire1 de l'volution philosophique et scientifique1 puisque l'volution esthtique a dj t ci-dessus convenablement caractrise4 ,pour plus de clart1 j'envisagerai d'abord l'essor scientifique1 comme le plus capital en lui-mme1 titre de manifestation primordiale d'un nouvel lment intellectuel1 ultrieurement rserv une prpondrance dfinitive1 et comme ayant d'ailleurs profondment influ ds lors sur l'essor simultan de la philosophie proprement dite4 ,envers l'une et l'autre volution1 le point de dpart commun rsultait donc de la formation spontane1 il y a moins de trente sicles1 d'une classe minemment contemplative1 compose1 en dehors de l'ordre lgal1 d'hommes libres1 dous d'une haute intelligence et pourvus du loisir suffisant1 sans aucune attribution sociale dtermine1 et1 par suite1 bien plus purement spculatifs que les dignitaires thocratiques1 dont l'esprit devait tre principalement occup conserver ou appliquer leur minent pouvoir4 ,ces sages ou philosophes durent d'ailleurs long-temps cultiver simultanment1 l'imitation de leurs prcurseurs sacerdotaux1 toutes les parties quelconques du domaine intellectuel1 sauf toutefois l'importante sparation1 presque immdiate1 de la posie et des autres beaux-arts1 en vertu d'un essor plus rapide4 ,mais cette activit continue dut tendre ensuite dterminer graduellement une division nouvelle1 premire base directe de notre propre dveloppement scientifique1 lorsque l'esprit positif put enfin commencer s'y manifester nettement1 avec tous les vrais caractres qui lui appartiennent1 malgr la philosophie1 d'abord purement thologique et puis de plus en plus mtaphysique1 qui continua ncessairement prsider toutes les spculations de l'antiquit4 ,cette apparition dcisive du vritable esprit scientifique1 s'opra alors1 comme c'tait invitable1 par l'laboration des ides les plus simples1 les plus gnrales et les plus abstraites1 c'est--dire les ides mathmatiques1 berceau ncessaire de la positivit rationnelle1 et que ces mmes caractres devaient d'ailleurs spontanment soustraire la juridiction spciale de la thologie dominante1 qui ne pouvait descendre de tels dtails1 seulement envelopps implicitement sous son universelle suprmatie intellectuelle4 ,il est mme certain que les ides purement arithmtiques1 o ces trois attributs corelatifs sont encore plus prononcs1 furent d'abord le sujet de certaines recherches mathmatiques1 quelque temps avant que la gomtrie comment se dgager de l'art de l'arpentage1 auquel elle adhrait essentiellement dans les spculations thocratiques4 ,nanmoins1 le nom caractristique de la science1 qui1 depuis cette poque1 n'a jamais cess d'tre tir de cette partie principale1 comme il continuera ncessairement l'tre toujours1 cause de sa prpondrance rationnelle1 suffirait uniquement en constater la culture presque aussi ancienne1 la gomtrie proprement dite devant d'ailleurs seule spontanment fournir un champ suffisant l'esprit arithmtique1 et surtout l'esprit algbrique1 qui n'en pouvait d'abord tre spar4 ,telle fut1 chez le grand ,thals1 l'origine de la vraie gomtrie1 surtout par la formation de la thorie fondamentale des figures rectilignes1 bientt agrandie par l'immortelle dcouverte de ,pythagore1 qui procda d'un principe distinct1 d'aprs la considration directe des aires1 quoiqu'elle et pu1 sans doute1 dj rsulter des thormes de ,thals sur les lignes proportionnelles1 si la facult de dduction abstraite avait pu tre alors assez avance4 ,le fait clbre de ,thals enseignant aux prtres gyptiens mesurer la hauteur de leurs pyramides par la longueur des ombres1 constitue1 pour quiconque en saisit bien toute la porte1 un immense symptme intellectuel1 permettant d'apprcier exactement1 de part et d'autre1 le vritable tat de la science1 quelquefois si ridiculement exagr encore en l'honneur des thocraties antiques2 en mme temps qu'il tmoigne du progrs fondamental dj accompli alors dans la raison humaine1 ainsi parvenue considrer enfin1 sous un simple aspect d'utilit scientifique1 un ordre de phnomnes o elle n'avait si long-temps envisag qu'un sujet de terreurs superstitieuses4 ,a partir de cette grande poque1 l'esprit gomtrique1 bientt aliment par l'heureuse invention des sections coniques1 s'lve rapidement jusqu' l'minente perfection qu'il acquiert dans le sublime gnie d',archimde1 type ternel1 tous gards1 du vrai gomtre1 et premier crateur de toutes les mthodes fondamentales1 d'o devaient dcouler les immenses progrs ultrieurs1 quoiqu'elles ne pussent alors avoir que ce caractre de particularit1 ncessairement inhrent la gomtrie ancienne4 ,il ne faut pas d'ailleurs oublier la voie entirement nouvelle ouverte1 en outre1 par ,archimde l'esprit mathmatique1 commenant embrasser aussi un ordre de phnomnes plus compliqu1 en bauchant la cration de la thorie rationnelle de l'quilibre des solides1 et mme1 quelques gards1 des fluides4 ,enfin1 en s'arrtant encore un peu plus un si grand nom1 bien digne d'une telle exception1 il ne serait pas inutile1 notre but philosophique1 de signaler ici avec quelle plnitude l'esprit scientifique s'tait alors dvelopp1 chez son plus pur et plus parfait organe1 en notant aussi l'admirable fcondit de ses applications pratiques1 et surtout la dignit vraiment caractristique si noblement manifeste par ,archimde1 lorsqu'il consentit se dtourner momentanment de ses minens travaux pour s'occuper1 dans un grave besoin public1 d'un ordre de conceptions aussi secondaire1 o il soutint si hautement sa supriorit1 premire indication dcisive des immenses services que la science devait rendre un jour l'industrie4 ,aprs lui1 et sauf peut-tre ,apollonius1 il n'y a plus rellement considrer1 dans l'antiquit1 sous le point de vue purement scientifique1 comme gnie mathmatique vraiment crateur1 que le grand ,hipparque1 trop peu apprci1 fondateur de la trigonomtrie1 spontanment prpare par ,archimde1 ainsi que je l'ai expliqu au premier volume1 et auquel sont dues toutes les principales mthodes de la gomtrie cleste1 dont il avait essentiellement conu le vritable ensemble1 et d'avance constitu mme les relations pratiques fondamentales1 soit la connaissance des temps1 ou celle des lieux4 ,hors des diverses spculations mathmatiques1 il ne pouvait alors certainement exister aucune sphre d'activit convenablement prpare pour le vritable esprit scientifique1 comme l'ensemble de ce ,trait l'a dj surabondamment dmontr1 et comme l'indique d'ailleurs spontanment le nom mme dj impos cette science primordiale1 et qui rappelle si navement son exclusive positivit cette poque4 ,quel que soit1 en ralit1 l'minent mrite individuel manifest1 sous ce rapport1 par les travaux d',aristote sur les animaux1 et mme antrieurement par les clairs du gnie mdical d',hippocrate sur l'tude gnrale de la vie1 la situation fondamentale de l'esprit humain n'en pouvait tre essentiellement change1 au point de rendre dj vraiment possibles des sciences aussi profondment compliques1 dont la cration systmatique devait tre si videmment rserve un avenir alors extrmement lointain4 ,bien que la nature de notre opration doive ncessairement interdire ici toute poursuite ultrieure d'un tel dveloppement spcial1 j'ai cependant jug indispensable d'insister sur ce premier essor caractristique de la positivit rationnelle1 pour y marquer l'introduction spontane de ce grand modificateur graduel de la philosophie primitive1 avec son double attribut1 spculatif et abstrait1 indispensable son volution ultrieure1 et dj si purement prononc dans cet essai dcisif4 ,il importe aussi de noter1 ce sujet1 le gnie minemment spcial qui1 ds l'origine1 commence invitablement distinguer ce nouvel ordre de spculations1 par opposition aux contemplations indtermines de l'ancienne philosophie4 ,quoique la spcialit1 devenue aujourd'hui exorbitante et exclusive1 puisse tre maintenant1 divers gards1 trs dangereuse pour l'ordre social1 depuis que le besoin de gnralits nouvelles est directement prpondrant1 il n'en pouvait tre aucunement ainsi en un temps o1 exerce en dehors d'un systme de sociabilit1 qui devait1 long-temps encore1 reposer sur d'autres bases1 elle n'tait videmment susceptible d'aucun grave inconvnient politique1 et constituait1 au contraire1 l'unique moyen qui1 indpendamment de la commune ncessit de la rpartition des travaux1 pt enfin apprendre l'esprit humain1 d'abord dans les cas les plus simples1 approfondir convenablement un sujet quelconque1 ce qui jusque-l tait rest radicalement impossible4 ,en un mot1 l'esprit scientifique1 alors nullement constituant1 et destin seulement prparer de trs loin1 sous le rgime thologique1 le principal lment ultrieur du rgime positif1 devait tre1 sans aucun danger social1 minemment spcial1 sous peine d'avortement invitable3 ce qui ne saurait signifier d'ailleurs que la mme disposition doive rester indfiniment prpondrante1 quand les besoins et la situation ont radicalement chang1 comme le croient1 avec une si aveugle obstination1 presque tous les savans actuels4 ,on ne peut douter1 en effet1 que les savans proprement dits n'aient commenc paratre1 dj nettement spars des philosophes1 et avec leurs principaux attributs modernes1 partir de cette mmorable poque1 si hautement caractrise1 sous ce rapport1 par l'admirable fondation du muse d',alexandrie1 directement destine satisfaire ce nouveau besoin intellectuel1 aprs le triomphe irrvocable du polythisme progressif sur le polythisme stationnaire4 ,quant l'volution purement philosophique1 elle prsente1 surtout avant cette indispensable sparation1 des traces trs sensibles de l'influence secrte de cette positivit naissante pour modifier dj radicalement1 par l'intervention prononce de la mtaphysique1 le systme gnral de la philosophie thologique1 suivant la marche lmentaire indique au chapitre prcdent1 d'aprs ma thorie fondamentale du dveloppement mental4 ,avant mme que les tudes astronomiques pussent commencer dvoiler1 sur des phnomnes unanimement observs1 l'existence directe des lois naturelles proprement dites1 on voit l'esprit humain1 impatient d'chapper prmaturment au rgime franchement thologique1 s'efforcer d'aller puiser1 dans l'essor rudimentaire des conceptions mathmatiques1 des ides universelles d'ordre et de convenance1 qui1 malgr leur caractre profondment confus et ncessairement chimrique1 constituent rellement un vague pressentiment initial de la subordination ultrieure de tous les phnomnes des lois naturelles4 ,cet emprunt fondamental de la philosophie la science1 premire base vritable de toute la mtaphysique grecque1 a d'ailleurs suivi1 ds cette poque1 la marche ncessaire de l'esprit mathmatique1 passant de l'arithmtique la gomtrie2 puisque ces mystres philosophiques1 d'abord exclusivement relatifs aux nombres1 s'tendirent ensuite aux figures1 sans cesser toutefois1 jusqu'aux derniers efforts de la subtilit grecque1 d'embrasser simultanment ces deux ordres d'ides3 ce qui me semble minemment propre justifier cette nouvelle apprciation historique d'une telle philosophie1 dont l'uvre immense du grand ,aristote constituera toujours le plus admirable monument1 ternel tmoignage de la puissance intrinsque de la raison humaine1 l'tat mme d'extrme imperfection spculative1 apprciant la fois1 avec une profonde sagacit1 autant que l'poque le comportait1 les sciences et les beaux-arts1 et n'exceptant1 de sa vaste conception encyclopdique1 que les seuls arts industriels1 alors crus indignes des hommes libres4 ,aprs la sparation dcisive opre par l'tablissement alexandrin1 cette philosophie1 irrvocablement divise en naturelle et morale1 passe1 de l'essor purement spculatif1 une existence sociale de plus en plus active1 en s'efforant d'influer dsormais toujours davantage sur le gouvernement de l'humanit1 dont la suprme direction future n'arrte mme point ses ambitieuses utopies4 ,quelques tranges aberrations qu'ait d produire cette nouvelle phase1 elle n'tait pas1 au fond1 moins ncessaire que la premire la prparation gnrale du rgime monothique1 non-seulement en acclrant l'universelle dcadence du polythisme1 mais aussi comme instituant1 l'insu mme de tous les philosophes1 un germe indispensable de rorganisation spirituelle1 comme je l'expliquerai bientt4 ,on peut mme apercevoir ds lors1 par une exploration trs approfondie de cette suite varie de spculations mtaphysiques sur le souverain bien moral et politique1 une certaine tendance vague concevoir l'conomie sociale d'une manire indpendante de toute philosophie thologique quelconque4 ,mais un espoir aussi prmatur1 qui n'aboutissait rellement qu'au rgne chimrique d'une impuissante mtaphysique1 ne pouvait avoir1 en effet1 qu'une influence purement critique1 comme l'tait immdiatement1 vrai dire1 toute celle d'une semblable philosophie1 alors organe actif d'une anarchie intellectuelle et morale fort analogue la ntre1 sous divers aspects importans4 ,l'incapacit radicale de la mtaphysique1 comme base d'organisation1 mme simplement mentale1 et1 plus forte raison1 sociale1 devient irrcusable cette poque de sa principale activit spirituelle1 dont rien ne gnait gravement l'essor1 quand on voit le progrs continu du doute universel et systmatique1 conduisant1 avec une effrayante rapidit1 d'cole en cole1 partir de ,socrate jusqu' ,pyrrhon et picure1 nier finalement toute existence extrieure4 ,cette trange issue1 directement incompatible avec aucune ide de vritable loi naturelle1 dcle dj l'antipathie fondamentale1 ultrieurement dveloppable1 entre l'esprit mtaphysique et l'esprit positif1 ds l'poque de cette sparation de la philosophie d'avec la science1 dont le bon sens de ,socrate avait d'avance bien compris la ncessit prochaine1 mais sans en souponner aucunement les limites ni les dangers4 ,l'action sociale1 de plus en plus dissolvante1 ncessairement exerce par ce dveloppement graduel de la mtaphysique grecque1 doit lui faire mriter1 au tribunal suprme de la postrit1 la juste rprobation qu'elle a universellement encourue1 et qui1 ds l'origine1 avait t dj si judicieusement formule1 par la rectitude politique du noble ,fabricius1 lorsque1 au sujet de l'picurisme1 il regrettait1 avec une si amre ironie1 qu'une semblable philosophie morale ne rgnt point aussi chez les ,samnites et les autres ennemis de ,rome1 qui en et ds lors aisment triomph4 ,quant l'apprciation intellectuelle1 elle ne saurait tre finalement gure plus favorable1 lorsqu'on voit la sparation entre la philosophie et la science rapidement conduire ce point que les plus clbres philosophes deviennent grossirement trangers aux connaissances relles dj vulgarises dans l'cole d',alexandrie3 comme le tmoignent surtout ces tranges absurdits astronomiques qui dominaient la philosophie si vante d'picure1 et que rptait encore pieusement1 un demi-sicle aprs ,hipparque1 l'illustre pote ,lucrce4 ,en un mot1 il est clair ainsi que la mtaphysique avait alors pouss ses rves d'indpendance absolue et de vaine suprmatie1 jusqu' vouloir s'affranchir galement de la thologie et de la science1 seules aptes organiser4 ,j'ai cru devoir insister autant sur cette explication neuve et difficile du vrai caractre essentiel de l'ensemble de la civilisation grecque1 afin de faire convenablement ressortir l'apprciation trs dlicate d'une situation aussi complexe1 ordinairement si mal juge1 quoique si connue4 ,mais il serait certainement superflu d'examiner ici avec la mme prcision le second mode fondamental distingu ci-dessus dans le polythisme militaire1 c'est--dire le systme romain1 dont la vraie nature gnrale1 beaucoup plus simple et mieux tranche1 doit tre bien plus nettement saisissable1 et dont l'influence ncessaire sur la socit moderne est d'ailleurs plus complte et plus sensible4 ,en outre1 je ne saurais avoir la tmrit de reprendre l'apprciation sommaire de la politique romaine aprs d'aussi minens penseurs que ,bossuet et ,montesquieu1 trop heureux de pouvoir1 dans cette partie de mon opration sociologique1 m'appuyer sur une telle laboration1 et regrettant seulement de ne trouver1 en aucun autre cas1 une aussi prcieuse prparation4 ,quoique ces admirables travaux1 et surtout celui de ,montesquieu1 aient t invitablement conus dans un esprit la fois trop absolu et trop isol1 je puis donc me borner ici y renvoyer essentiellement le lecteur1 qui1 d'aprs ma thorie fondamentale de l'volution sociale1 pourra aisment1 suivant les indications directes de l'ensemble de ce chapitre1 y rectifier suffisamment1 en gnral1 les plus graves dviations du vrai point de vue historique1 dont ,bossuet s'est d'ailleurs1 mon gr1 bien moins cart1 spontanment rappel l'unit et la continuit par la nature mme de son grand dessein4 ,du reste1 l'enchanement ncessaire de ce systme avec le prcdent et avec le suivant se trouvera naturellement caractris ci-dessous1 surtout en considrant la transition finale du rgime polythique au rgime monothique1 dans laquelle le gnie de ,bossuet a si bien entrevu la haute et indispensable participation de la domination romaine4 ,envers les deux modes essentiels1 l'un intellectuel1 l'autre social1 du polythisme militaire1 j'ai jug convenable1 pour plus de clart1 de me rapprocher davantage des formes de l'apprciation concrte4 ,mais il importe notre but principal de reconnatre directement que je ne me suis ainsi nullement cart1 au fond1 du caractre abstrait indispensable une telle opration1 suivant les explications prliminaires du chapitre prcdent4 ,car1 ces dnominations de grec et romain ne dsignent point ici essentiellement des socits accidentelles et particulires2 elles se rapportent surtout des situations ncessaires et gnrales1 qu'on ne pourrait qualifier abstraitement que par des locutions trop compliques4 ,l'antiquit ayant d naturellement offrir une grande varit de peuplades militaires o1 par suite des motifs prcdemment indiqus1 le vrai rgime thocratique n'avait pu s'enraciner suffisamment1 il fallait bien1 de toute ncessit1 que1 en certains cas1 l'esprit militaire1 quoique dominant1 ne pt aboutir un vritable systme de conqute1 de manire favoriser l'essor intellectuel1 en vertu des causes1 locales et sociales1 ci-dessus apprcies2 tandis que1 en d'autres1 l'aide d'influences analogues mais inverses1 ce systme a pu1 au contraire1 se dvelopper convenablement4 ,or1 chacune de ces deux volutions extrmes1 pousse un haut degr1 devenait spontanment exclusive1 aussi bien la mentale que la politique3 s'il est vident que1 par sa nature1 le systme de conqute ne pouvait tre pleinement suivi que chez une seule population prpondrante1 il n'est pas1 au fond1 moins certain1 d'autre part1 que le mouvement spirituel dtermin1 compatible avec un tel ge social1 ne pouvait aussi s'oprer suffisamment que dans un centre unique1 sauf la simple propagation ultrieure1 trop souvent confondue avec la production principale4 ,plus on mditera sur l'ensemble de ce grand spectacle1 mieux on sentira que1 dans ce double essor de l'lite de l'humanit1 rien de capital n'a t1 en ralit1 essentiellement fortuit1 pas mme les lieux ni les temps1 que les noms rsument4 ,quant aux lieux1 j'ai dj considr ci-dessus leur influence gnrale sur le caractre propre de la civilisation grecque3 elle n'a pas t moindre1 quoique inverse1 pour l'autre volution4 ,il fallait videmment que les deux mouvemens1 politique et intellectuel1 s'oprassent sur des scnes suffisamment loignes1 sans toutefois l'tre trop1 afin que1 dans l'origine1 l'un ne ft point absorb ou dnatur par l'autre1 et que cependant ils fussent susceptibles1 aprs un assez grand essor respectif1 de se pntrer mutuellement1 de manire converger galement vers le rgime monothique du moyen-ge1 que nous allons voir sortir ncessairement de cette mmorable combinaison4 ,relativement aux temps1 il est ais de sentir que l'volution mentale de la ,grce devait indispensablement prcder1 de quelques sicles1 l'extension de la domination romaine1 dont l'tablissement prmatur l'aurait radicalement empche1 par la compression invitable de l'activit indpendante d'o elle devait rsulter3 et1 si d'ailleurs l'intervalle et t trop long1 l'office de propagation universelle et d'application sociale1 ainsi naturellement rserv la conqute1 aurait essentiellement avort1 puisque ce mouvement original1 dont la dure devait tre alors fort limite1 se serait trouv trop amorti l'poque mme de la communication#ag4 ,d'un autre ct1 quand le premier ,caton insistait sur l'expulsion des philosophes1 le danger politique inhrent la contagion mtaphysique tait sans doute dj pass essentiellement1 puisque l'impulsion romaine tait alors trop prononce pour tre rellement altrable par un tel mlange3 mais si1 au contraire1 ce contact permanent avait t suffisamment possible deux ou trois sicles auparavant1 il et certainement t incompatible avec le libre et pur essor de l'esprit de conqute4 ,note #ag3 ,si je pouvais ici insister davantage sur un tel examen1 comme le permettra ultrieurement le trait spcial annonc au volume prcdent1 il serait possible d'expliquer1 pour ainsi dire1 quelques sicles et quelques degrs prs1 l'poque et la scne de ce double mouvement humain4 ,on dmontrerait1 par exemple1 envers la position des deux centres principaux1 l'un intellectuel1 l'autre politique1 l'influence ncessaire de la situation maritime1 qui devait tre favorable au premier et contraire au second1 par suite mme des obstacles qu'elle oppose directement l'essor purement militaire1 surtout ds l'origine1 et des facilits qu'elle prsente pour les communications stimulantes1 aussi bien mentales qu'industrielles4 ,d'un autre ct1 le sige de la prpondrance militaire ne devait pas tre trop loign de la mer1 puisque le systme de conqute ne pouvait videmment se complter que par la suprmatie maritime1 quoiqu'il n'et pu d'abord se dvelopper convenablement1 c'est--dire par degrs sagement enchans1 que par l'agrandissement continental1 seul assez continu4 ,en combinant rationnellement cette importante donne avec d'autres conditions analogues1 les unes locales1 les autres sociales1 on ne serait certainement pas fort loign de pouvoir1 en quelque sorte1 construire priori l'ensemble des destines respectives d',athnes1 de ,rome1 et mme de ,carthage4 ,mais ces dterminations trop spciales1 devenues alors essentiellement concrtes1 nuiraient ici notre opration fondamentale1 outre les dveloppemens tendus qu'elles exigeraient1 fort au-del de toute convenance actuelle4 ,plus on approfondit l'tude gnrale de la nation romaine1 plus on comprend qu'elle tait vraiment destine1 comme l'a si bien exprim son pote1 l'empire universel1 but constant et exclusif de ses longs efforts graduels4 ,issue1 la manire des autres peuplades militaires1 d'une origine ncessairement thocratique1 elle s'est1 leur exemple1 dgage finalement de ce rgime initial par la mmorable expulsion de ses rois1 mais en retenant assez de ce premier esprit politique pour conserver son organisation propre une consistance ailleurs impossible1 et nanmoins pleinement compatible avec le mouvement guerrier1 par la prpondrance fondamentale de la caste snatoriale1 base de cet admirable difice1 o le pouvoir sacerdotal s'tait intimement subordonn au pouvoir militaire4 ,quoique cette corporation de capitaines hrditaires1 galement sage et nergique1 n'ait pas toujours spontanment cd son peuple ou arme toute la juste influence qui pouvait l'attacher suffisamment1 par un dvouement actif1 au dveloppement continu du systme de conqute1 elle y a t ordinairement bientt amene par la marche naturelle des vnemens4 ,en gnral1 la formation et le perfectionnement de la constitution intrieure1 aussi bien que l'extension graduelle de la domination extrieure1 ont alors essentiellement dpendu1 tour tour1 l'un de l'autre1 beaucoup plus que d'une mystrieuse supriorit de desseins et de conduite dans les chefs personnels ou collectifs1 quelle qu'ait d tre1 sans doute1 la haute influence des individualits politiques1 auxquelles tait ainsi naturellement ouvert un immense avenir4 ,le succs a surtout tenu1 en premier lieu1 l'exacte convergence de tous les moyens fondamentaux d'ducation1 de direction1 et d'excution1 vers un seul but homogne et continu1 mieux accessible qu'aucun autre tous les esprits1 et mme tous les curs3 en second lieu1 il est rsult de la marche sagement graduelle de la progression2 car1 en voyant cette noble rpublique employer trois ou quatre sicles tablir solidement sa puissance dans un rayon de vingt ou trente lieues1 vers l'poque mme o ,alexandre dveloppait1 en quelques annes1 sa merveilleuse domination1 on peut aisment souponner le sort ultrieur de chacun des deux empires1 quoique l'un ait d'ailleurs utilement prpar1 en ce qui concerne l',orient1 le futur avnement de l'autre4 ,enfin1 le systme gnral de conduite1 bientt tabli1 et toujours scrupuleusement suivi1 envers les nations successivement subjugues1 n'a pas eu moins de part ce grand rsultat1 cause de l'admirable principe d'incorporation progressive qui le caractrisait1 au lieu de cette aversion instinctive pour l'tranger qui accompagnait partout ailleurs l'esprit militaire4 ,si le monde1 qui a rsist tant d'autres puissances1 s'est laiss soumettre la domination romaine1 au-devant de laquelle il a mme souvent couru1 sans tenter frquemment de grands efforts pour s'en dgager1 il faut bien que cela tienne au nouvel esprit d'agrgation large et complte qui la distinguait minemment4 ,quand on compare la conduite ordinaire de ,rome envers les peuples conquis1 ou plutt incorpors1 avec les horribles vexations et les caprices insultans que les ,athniens1 d'ailleurs si aimables1 prodiguaient si frquemment leurs tributaires de l',archipel1 et quelquefois mme leurs allis1 on sent bien que cette seconde nation se hte d'exploiter1 tout prix1 une prpondrance qui n'a rien de stable1 tandis que la premire marche assurment la suprmatie universelle4 ,jamais1 depuis cette grande poque1 l'ensemble de l'volution politique n'a pu se manifester avec autant de plnitude et d'unit1 la fois dans la masse et dans les chefs1 eu gard au but correspondant4 ,quant l'volution morale1 son progrs gnral y tait en exacte harmonie1 sous tous les aspects importans1 avec une telle destination4 ,cela est trs sensible pour la morale personnelle1 alors si soigneusement cultive1 suivant le gnie fondamental de toute l'antiquit1 en tout ce qui peut rendre l'homme mieux propre la vie guerrire4 ,dans la morale domestique1 l'amlioration1 quoique moins saillante1 n'est pas moins relle1 comparativement aux socits grecques1 o les plus minens personnages perdaient si frquemment la majeure partie de leur loisir au milieu des courtisanes2 tandis que1 chez les ,romains1 la considration sociale des femmes et leur lgitime influence taient certainement fort augmentes1 quoique leur existence morale ft1 en mme temps1 plus svrement rduite1 qu' ,sparte par exemple1 ce qu'exige leur vraie destination1 les diffrences caractristiques des deux sexes1 bien loin de s'effacer1 tant toujours progressivement dveloppes1 suivant la loi propre d'volution cet gard3 d'ailleurs1 la simple introduction usuelle des noms de famille1 inconnus aux ,grecs1 suffirait tmoigner clairement que l'esprit domestique n'avait pas dcru4 ,enfin1 pour la morale sociale elle-mme1 malgr la cruaut et la duret trop ordinaires l'gard des esclaves1 si froidement assimils aux animaux dans la vie usuelle1 comme l'expose si navement le prudent ,caton1 malgr d'ailleurs l'instinct froce manifest et entretenu par l'horrible nature des divertissemens habituels1 on ne peut cependant mconnatre1 d'aprs les indications prcdentes1 qu'elle ait alors reu un perfectionnement capital1 quant au sentiment fondamental du patriotisme1 ainsi modifi et ennobli par les meilleures dispositions envers les vaincus1 et se rapprochant bien davantage de la charit universelle1 bientt rige par le monothisme en terme vritable de l'essor moral4 ,en un mot1 chez cette mmorable nation1 plus encore qu'en aucun autre cas de l'antiquit1 la morale a t rellement1 tous gards1 domine par la politique1 dont la considration directe pourrait presque la faire exactement deviner4 ,n pour commander afin d'assimiler1 destin teindre irrvocablement1 par son universel ascendant1 cette strile activit guerrire qui menaait de prolonger indfiniment la dcomposition de l'humanit en peuplades antipathiques1 ne s'accordant qu' repousser l'essor commun de la civilisation fondamentale1 ce noble peuple1 malgr ses immenses imperfections1 a manifest certainement1 un haut degr1 l'ensemble des qualits les plus convenables une telle mission1 qui1 ne pouvant plus se reproduire1 ni par consquent permettre un nouvel clat analogue1 ternisera ncessairement son nom1 quelque ge que se prolonge la vie politique de notre espce4 ,mme quant l'volution intellectuelle1 quoiqu'elle n'y dt tre qu'accessoire1 il n'a pas manqu sa vocation propre1 quand le temps est venu de la dvelopper sous ce nouvel aspect2 elle ne pouvait alors consister1 en effet1 qu' continuer et propager le mouvement mental imprim par la civilisation grecque3 or1 dans cet office secondaire1 mais indispensable1 il a montr bientt un empressement trs louable1 fort suprieur aux puriles jalousies qui1 jusqu' cet gard1 compltaient l'esprit de division des ,grecs2 quelle qu'ait t d'ailleurs l'invitable infriorit de ses propres imitations1 sauf un trs petit nombre d'exceptions minentes1 dont la mieux caractrise se rapporte au genre historique1 auquel l'ensemble de sa situation devait plus spcialement l'appeler4 ,la dcadence mme de cette nation confirme1 de la manire la plus dcisive1 une telle apprciation1 car elle a essentiellement suivi l'accomplissement principal de son office caractristique4 ,quand la domination romaine a reu enfin toute l'extension dont elle tait susceptible1 ce vaste organisme1 ayant perdu le seul mouvement qui l'animt1 n'a pas tard se dissoudre graduellement1 en produisant une dgradation morale jamais sans gale1 parce que jamais il ne saurait exister une pareille absence de but et de principe1 combine avec une semblable condensation de moyens1 soit de pouvoir ou de richesse4 ,le passage simultan de la rpublique l'empire1 quoique videmment command par cette nouvelle situation1 qui changeait dsormais l'extension en conservation1 ne constituait point rellement une rorganisation1 mais seulement un mode graduel de destruction chronique d'un systme qui1 si fortement combin pour la conqute1 ne pouvait sans doute changer subitement de destination1 et devait prir au lieu de se rgnrer4 ,il est clair1 en effet1 que les empereurs1 vritables chefs du parti populaire1 n'apportaient aucun nouveau principe d'ordre1 et ne faisaient que complter l'invitable abaissement continu de la caste snatoriale1 sur laquelle tout reposait1 mais dont la puissance tait irrvocablement perdue1 comme n'ayant plus de but permanent4 ,quand le grand ,csar1 l'un des hommes les plus minens dont notre espce puisse s'honorer1 succomba sous le concours spontan du fanatisme mtaphysique avec la rage aristocratique1 ce meurtre clbre1 aussi insens qu'odieux1 ne changea rellement rien d'essentiel la situation fondamentale3 seulement ses horribles consquences immdiates aboutirent lever1 comme chefs du peuple contre le snat1 des hommes bien moins propres l'empire du monde2 sans que les divers changemens ultrieurs1 si frquemment ritrs jusqu' l'entire extinction du systme1 aient jamais permis1 mme aprs les plus indignes empereurs1 le retour momentan de l'organisation vraiment romaine1 tant son existence tait intimement lie au dveloppement graduel de la conqute4 ,aprs avoir ainsi caractris suffisamment les trois modes essentiels du rgime polythique de l'antiquit1 et dtermin sommairement la participation ncessaire et successive de chacun d'eux l'opration fondamentale que le polythisme devait accomplir pour l'ensemble de l'volution humaine1 nous n'avons plus uniquement1 afin de complter entirement cette grande apprciation intellectuelle et sociale1 qu' expliquer rapidement la tendance spontane de tout ce systme produire finalement l'ordre monothique du moyen-ge3 ce qui1 outre l'indispensable transition l'poque suivante1 achvera de faire mieux connatre ce second tat thologique1 en mettant directement en vidence le but dfinitif vers lequel devaient converger1 chacune sa manire1 ses diverses phases1 et sans la considration permanente duquel sa notion gnrale demeure ncessairement vague et confuse un certain degr1 en un mot reste absolue au lieu de devenir relative4 ,sous l'aspect purement intellectuel1 la filiation est vidente1 et peu conteste1 d'aprs la destination ncessaire et continue de la philosophie grecque servir graduellement1 ds sa premire origine1 d'organe actif la dcadence irrvocable du polythisme1 afin de prparer spontanment de plus en plus l'invitable avnement du monothisme4 ,la seule rectification fondamentale qu'exigent1 cet gard1 les opinions reues aujourd'hui de tous les esprits clairs1 consiste reconnatre1 dans cette importante rvolution spculative1 l'influence1 latente mais indispensable1 du dveloppement1 caractristique quoique naissant1 de l'esprit positif1 dont j'ai ci-dessus expliqu l'intime participation pour imprimer profondment cette philosophie1 souvent l'insu mme de ses promoteurs1 cette nature intermdiaire qui1 voulant cesser d'tre purement thologique sans pouvoir encore devenir rellement scientifique1 constitue l'tat mtaphysique1 envisag comme une sorte de maladie chronique transitoire1 propre cette phase infranchissable de notre volution mentale1 individuelle ou collective2 car le sentiment1 d'abord vague et confus1 de l'existence ncessaire des lois naturelles1 alors suscit par la premire bauche rationnelle des vrits gomtriques et astronomiques1 uniques connaissances relles dj accessibles1 a pu seul donner enfin une vraie consistance philosophique la disposition universelle au monothisme1 spontanment produite par le progrs continu de l'esprit d'observation1 dont le dveloppement propre1 quoique empirique1 devait involontairement manifester tous les yeux assez de similitudes et de relations entre les phnomnes pour tendre y restreindre de plus en plus l'actualit et la spcialit de l'intervention surnaturelle1 qui1 ainsi graduellement concentre1 se rapprochait toujours davantage de la simplification monothique1 jusque-l trop antipathique au caractre incohrent des conceptions primitives4 ,une premire gnralisation des conceptions thologiques1 d'aprs le premier exercice spontan de l'esprit d'observation chez la masse des hommes1 avait d'abord dtermin le passage fondamental du ftichisme au polythisme1 comme je l'ai expliqu au chapitre prcdent3 une gnralisation nouvelle1 la suite d'un essor plus tendu1 devait pareillement conduire1 en temps opportun1 et mme plus irrsistiblement encore1 vu la moindre difficult du changement1 concentrer graduellement1 et rduire enfin1 autant que possible1 l'action surnaturelle1 par la transition analogue de celui-ci au monothisme proprement dit4 ,si l'instabilit1 l'isolement1 et la discordance1 ncessairement propres aux observations primordiales1 ne comportaient nullement1 l'origine1 l'unit thologique1 qui devait alors sembler absurde1 il tait galement impossible que l'intelligence1 suffisamment cultive1 ne fint point par tre rvolte de la contradiction directe et gnrale que devait de plus en plus lui prsenter la multitude dsordonne de ces capricieuses divinits1 compare au spectacle1 de jour en jour plus fixe et plus rgulier1 que l'homme commenait apercevoir peu peu dans l'ensemble du monde extrieur4 ,nous avons prcdemment remarqu1 titre d'lment essentiel du polythisme convenablement labor1 un dogme gnral1 minemment apte faciliter directement cette grande transition1 la croyance indispensable au destin1 envisag comme le dieu propre de l'invariabilit1 et dont le dpartement effectif devait1 par consquent1 s'augmenter sans cesse1 aux dpens de ceux de toutes les autres divinits1 ds lors devenues de plus en plus subalternes1 mesure que l'exprience accumule dvoilait progressivement la raison humaine cette permanence fondamentale des rapports naturels1 qui1 d'abord ncessairement inaperue par une exploration trop isole et trop concrte1 devait invitablement finir par dterminer une irrsistible conviction1 base primordiale et unanime d'un nouveau rgime mental1 entirement mr aujourd'hui pour l'lite de l'humanit1 ainsi que le dmontrera la suite de notre opration historique4 ,on ne peut mconnatre un tel mode principal de transition1 si l'on rflchit que la providence des monothistes n'est rellement autre chose que le destin des polythistes1 ayant hrit peu peu des diverses attributions prpondrantes des autres divinits1 et auquel on n'a eu essentiellement qu' donner spontanment un caractre plus dtermin et plus concret1 en harmonie avec cette extension dsormais plus active1 au lieu du caractre trop abstrait et trop vague qu'il avait d conserver jusque alors1 suivant la thorie indique la fin du chapitre prcdent4 ,car1 le monothisme absolu1 tel que l'entendent nos distes mtaphysiciens1 depuis la dcadence radicale de toute philosophie thologique1 c'est--dire1 rigoureusement rduit un seul tre surnaturel1 sans aucun intermdiaire de lui l'homme1 constitue certainement une pure utopie1 nullement praticable1 et incapable de fournir jamais la base d'un vritable systme religieux1 susceptible d'une efficacit relle1 mme intellectuelle1 surtout morale1 et1 plus forte raison1 sociale4 ,toute la transformation essentielle a donc vraiment consist1 en gnral1 discipliner et moraliser l'innombrable multitude des dieux1 en la subordonnant directement1 d'une manire rgulire et permanente1 la suprme prpondrance d'une volont unique1 assignant1 son gr1 l'office de chaque agent plus ou moins subalterne3 c'est ainsi que les masses comprennent le monothisme2 et elles doivent sans doute mieux sentir que ne peut le faire la subtilit doctorale1 envers une conception principalement destine leur usage1 quand leur instinct repousse juste titre comme radicalement strile l'ide d'un dieu sans ministres quelconques4 ,or1 ainsi envisag1 le passage s'est videmment opr d'aprs le dogme pralable du destin1 graduellement transform en providence1 suivant l'explication prcdente1 sous l'influence croissante de l'esprit mtaphysique4 ,indpendamment des motifs principaux1 ci-dessus expliqus1 qui assignaient naturellement la philosophie grecque l'initiative essentielle d'une telle laboration1 quoique partout plus ou moins prpare1 on peut ajouter accessoirement l'harmonie spontane de cet esprit mtaphysique1 toujours caractris par le doute systmatique et l'indcision des vues1 avec la tendance gnrale de l'tat social correspondant4 ,par suite des conditions fondamentales prcdemment examines envers le rgime grec1 l'ducation1 essentiellement militaire1 n'y tant point convenablement adapte une existence relle qui ne pouvait l'tre assez1 la nature1 ncessairement vague et flottante1 de la politique habituelle1 la tendance contentieuse qui divisait sans cesse ces populations la fois semblables et antipathiques1 tout cet ensemble de dispositions continues devait rendre l'esprit grec minemment accessible la mtaphysique1 qui1 ds que le temps en est venu1 lui a ouvert la carrire la plus conforme ses gots dominans4 ,s'il et t possible1 au contraire1 que le dveloppement mtaphysique s'effectut d'abord ,rome1 il y et ncessairement rencontr cette rpugnance universelle que devait1 cet gard1 spontanment inspirer la profonde influence lmentaire produite par la considration permanente d'un grand but commun1 nettement dtermin et toujours homogne2 influence qui a long-temps survcu aux causes qui l'avaient fait natre1 puisque ,rome1 une fois matresse du monde1 et n'ayant plus qu' propager et dissminer l'volution gnrale1 n'a rellement jamais particip activement l'laboration mtaphysique1 malgr les sollicitations continuelles des rhteurs et des sophistes grecs1 dont les luttes n'y purent le plus souvent dterminer qu'une sorte d'intrt thtral4 ,dans son essor originaire1 cette philosophie1 comme je l'ai not ci-dessus1 parat s'tre graduellement dveloppe jusqu'au point mme d'oser directement concevoir1 quoique d'une manire trs vague et fort obscure1 pour la rgnration ultrieure de l'humanit1 une sorte de gouvernement purement rationnel1 sous la direction suprme de telle ou telle mtaphysique2 ainsi que le tmoignent alors tant d'utopies1 d'ailleurs plus ou moins chimriques1 qui1 pendant plusieurs sicles1 convergent toutes vers un tel but1 malgr leur discordance fondamentale4 ,mais1 mesure qu'on s'occupait davantage d'appliquer la philosophie morale la conduite relle de la socit1 l'impuissance organique1 si radicalement propre l'esprit purement mtaphysique1 devait spontanment se manifester de plus en plus1 de manire faire unanimement ressortir la ncessit de se rallier essentiellement au monothisme1 autour duquel circulaient presque toutes les spculations principales1 et qui devait instinctivement constituer1 aux yeux des diverses coles1 la seule base alors possible d'une convergence ardemment cherche1 en mme temps que l'unique point d'appui d'une vritable autorit spirituelle1 objet de tant d'efforts4 ,aussi peut-on voir1 vers l'poque mme o la domination romaine avait enfin reu sa principale extension1 les diverses sectes philosophiques1 animes d'une ferveur plus purement thologique que dans les deux ou trois sicles antrieurs1 s'attacher unanimement1 quoique sans concert1 dvelopper et propager la doctrine du monothisme1 comme fondement intellectuel de la sociabilit universelle4 ,la science relle naissant peine envers les plus simples sujets de spculation abstraite1 et la mtaphysique ne pouvant1 l'preuve1 rien organiser que le doute le plus absolu1 il fallait bien en revenir la thologie1 dont on avait vainement espr l'limination prmature1 pour en cultiver enfin systmatiquement1 d'aprs le principe du monothisme1 les proprits minemment sociales3 disposition vers laquelle durent alors converger spontanment tous les bons esprits et toutes les mes leves1 mais qui certes n'indique pas que la mme solution doive tre aujourd'hui reproduite pour une situation1 intellectuelle et sociale1 radicalement diffrente1 quoique semblablement anarchique4 ,il serait d'ailleurs inutile d'expliquer formellement1 cet gard1 l'extrme influence si heureusement exerce par la seule extension effective de la domination romaine1 soit en organisant spontanment de larges communications intellectuelles1 soit surtout en faisant directement ressortir1 par le contraste strile des divers cultes ainsi rapprochs1 la ncessit de plus en plus vidente de leur substituer une religion homogne1 qui ne pouvait rsulter que d'un monothisme plus ou moins prononc1 seul dogme assez gnral pour convenir simultanment tous les lmens de cette immense agglomration de peuples4 ,cette mmorable rvolution1 la plus grande que notre espce pt prouver jusqu' celle au milieu de laquelle nous vivons1 doit aussi paratre1 et plus clairement encore1 sous le point de vue directement social1 un rsultat non moins ncessaire de la combinaison spontane entre l'influence grecque et l'influence romaine1 l'poque dtermine de leur suffisante pntration mutuelle1 laquelle ,caton s'tait si vainement oppos4 ,en considrant ce titre l'ensemble de cette invitable combinaison1 l'analyse sociologique explique aisment la tendance commune1 si paradoxale en apparence1 des divers lmens de ce grand dualisme historique vers l'introduction fondamentale d'un pouvoir spirituel distinct et indpendant du pouvoir temporel1 quoique aucun d'eux n'en et certainement la pense1 et que chacun poursuivt surtout l'essor ou le maintien de sa propre domination exclusive3 en sorte que la solution a naturellement dpendu de leur antagonisme ncessaire4 ,il est incontestable1 en effet1 que la tmraire ambition spculative des sectes mtaphysiques1 comme je l'ai indiqu ci-dessus1 avait os rver une domination absolue1 aussi bien temporelle que spirituelle1 qui et remis la direction habituelle et immdiate1 non-seulement des opinions et des murs1 mais galement des actes et des affaires pratiques1 entre les mains des philosophes1 devenus1 tous gards1 chefs suprmes4 ,la conception d'une division rgulire entre le gouvernement moral et le gouvernement politique et t alors minemment prmature1 et n'est devenue possible que beaucoup plus tard1 quand la marche naturelle des vnemens l'avait dj suffisamment bauche3 l'origine1 les philosophes n'y pensaient pas plus que les empereurs2 et peut-tre cette grande illusion1 quoique minemment chimrique1 tait-elle encore indispensable pour entretenir convenablement leur ardeur spculative1 toujours si prcaire dans notre faible nature intellectuelle1 surtout en un temps o1 trop rapproche de son berceau pour tre assez profondment enracine1 elle ne pouvait d'ailleurs trouver autour d'elle qu'une alimentation propre trop peu satisfaisante3 quoi qu'il en soit1 le fait n'est point douteux1 et il suffit ici4 ,ainsi1 l'influence philosophique tait alors1 par sa nature1 ncessairement constitue en insurrection1 latente mais continue1 contre un systme politique o tous les pouvoirs sociaux taient essentiellement concentrs aux mains des chefs militaires4 ,bien que les philosophes n'aspirassent rellement qu' une sorte de thocratie mtaphysique1 aussi chimrique que dangereuse1 cependant il est naturel que leurs efforts persvrans1 sans avoir heureusement pu parvenir un tel but1 aient concouru directement la cration ultrieure du pouvoir spirituel monothique4 ,la seule existence permanente1 librement tolre1 au milieu des populations grecques1 d'une classe de penseurs indpendans1 qui1 sans aucune mission rgulire1 se proposaient spontanment1 aux yeux tonns mais satisfaits du public et des magistrats1 pour servir habituellement de guides intellectuels et moraux1 soit dans la vie individuelle1 soit dans la vie collective1 devenait videmment un germe effectif de pouvoir spirituel futur1 pleinement spar du pouvoir temporel4 ,tel est1 sous l'aspect social1 le mode propre de participation de la civilisation grecque cette grande fondation ultrieure1 indpendamment de l'influence intellectuelle que nous venons d'apprcier4 ,d'un autre ct1 quand ,rome conqurait graduellement le monde1 elle ne comptait nullement renoncer ce rgime chri1 principale base de sa grandeur successive1 qui rendait la corporation des chefs militaires directement matresse de tout le pouvoir sacerdotal3 et cependant elle concourait ainsi spontanment1 de la manire la plus dcisive1 prparer la formation1 bientt imminente1 d'une puissance spirituelle entirement indpendante de l'empire temporel2 car l'extension mme d'une telle domination devait mettre de plus en plus en pleine vidence l'impossibilit d'en maintenir suffisamment solidaires les parties si diverses et si lointaines1 par une simple centralisation temporelle1 quelque tyrannique intensit qu'elle ft pousse4 ,en outre1 la ralisation essentielle du systme de conqute1 faisant dsormais passer ncessairement l'activit militaire du caractre offensif au caractre dfensif1 cette immense organisation temporelle ne pouvait plus avoir d'objet suffisant1 et tendait ds lors se dcomposer en nombreuses principauts indpendantes1 plus ou moins tendues1 qui n'eussent plus laiss aucun lien profond et durable entre les diffrentes sections1 si leur union n'et pas t entretenue ou renouvele par l'avnement spontan du pouvoir spirituel1 seul ds-lors susceptible de devenir vraiment commun1 sans une monstrueuse autocratie4 ,telle est1 vrai dire1 comme je l'expliquerai directement au chapitre suivant1 l'origine essentielle de la fodalit du moyen-ge1 trop superficiellement attribue l'invasion germanique4 ,enfin1 il rsultait encore1 videmment1 de l'heureux essor de la domination romaine1 le besoin1 de plus en plus senti1 d'une morale vraiment universelle1 susceptible de lier convenablement des peuples qui1 ainsi forcs une vie commune1 taient nanmoins pousss se har par leur propre morale polythique3 or1 cet imminent besoin tait1 d'une autre part1 aussi spontanment accompagn1 d'aprs nos explications antrieures1 de la disposition1 soit intellectuelle1 soit morale1 indispensable sa satisfaction ultrieure1 puisque les sentimens et les vues de ces nobles conqurans avaient d graduellement s'lever et se gnraliser1 mesure de leurs succs4 ,par cette triple influence1 le mouvement politique n'avait donc pas ncessairement moins concouru que le mouvement philosophique faire sortir spontanment de l'ensemble de l'volution polythique de l'antiquit cette organisation spirituelle qui constitue le principal caractre du moyen-ge1 et dont l'un tendait faire surtout ressortir l'attribut de gnralit1 aussi bien que l'autre l'attribut de moralit4 ,il serait superflu d'examiner ici la corelation vidente de ces deux tendances fondamentales1 c'est--dire l'aptitude exclusive du monothisme servir de base une telle organisation3 ce qui nous reste considrer ce sujet1 aprs l'ensemble des explications1 immdiatement suffisantes1 du chapitre actuel1 appartiendra naturellement la leon suivante4 ,mais1 pour achever de montrer que1 contre l'opinion vulgaire de nos philosophes1 rien de capital n'est fortuit dans cette admirable rvolution1 dont l'poque et l'issue pourraient tre rationnellement prvues par une sage combinaison des divers aperus prcdens1 j'ajouterai seulement que la considration spciale de cette correspondance peut tre aisment pousse jusqu' dterminer par quelle province romaine devait invitablement commencer l'essor directement organique1 rsult1 en temps opportun1 de ce grand dualisme1 quand il a pu tre assez labor1 par la pntration mutuelle de ses divers lmens4 ,car1 cette initiative immdiate et dcisive devait ncessairement appartenir de prfrence la portion de l'empire qui1 d'une part1 tait la plus spcialement prpare au monothisme1 ainsi qu' l'existence habituelle d'un pouvoir spirituel indpendant1 et qui1 d'une autre part1 en vertu d'une nationalit plus intense et plus opinitre1 devait prouver plus vivement1 depuis sa runion1 les inconvniens de l'isolement1 et mieux sentir la ncessit de le faire cesser1 sans renoncer cependant sa foi caractristique1 et en tendant1 au contraire1 son universelle propagation4 ,or1 tous ces attributs1 il est certes impossible de mconnatre la vocation1 galement spciale et spontane1 de la petite thocratie juive1 drivation accessoire de la thocratie gyptienne1 et peut-tre aussi chaldenne1 d'o elle manait trs probablement par une sorte de colonisation exceptionnelle de la caste sacerdotale1 dont les classes suprieures1 ds long-temps parvenues au monothisme par leur propre dveloppement mental1 ont pu tre conduites instituer1 titre d'asile ou d'essai1 une colonie pleinement monothique#ah1 o1 malgr l'antipathie permanente de la population infrieure contre un tablissement aussi prmatur1 le monothisme a d cependant conserver une existence pnible1 mais pure et avoue1 du moins aprs avoir consenti perdre la majeure partie de ces lus par la clbre sparation des dix tribus4 ,jusqu'au temps de la grande assimilation romaine1 cette particularit caractristique n'avait essentiellement abouti qu' isoler plus profondment cette population anomale1 raison mme du vain orgueil qui1 d'aprs la supriorit de sa croyance1 y exaltait davantage l'esprit superstitieux de nationalit exclusive que nous avons reconnu propre toutes les thocraties4 ,mais cette spcialit se trouve alors heureusement utilise1 en faisant spontanment sortir1 de cette chtive portion de l'empire1 concourant1 sa manire1 au mouvement total1 les premiers organes directs de la rgnration universelle4 ,quoique j'aie cru1 pour mieux manifester la porte de ma thorie fondamentale1 devoir ainsi caractriser rationnellement jusqu' une telle initiative1 on ne doit pas cependant oublier que cette apprciation secondaire1 ft-elle mme aussi conteste qu'elle me parat vidente1 n'affecte nullement le fond essentiel du sujet1 dj suffisamment expliqu4 ,d'aprs l'ensemble de causes1 intellectuelles et sociales1 que nous avons vu dominer ce grand mouvement commun de l'lite de l'humanit1 on conoit aisment que1 dfaut de l'initiative hbraque1 l'volution gnrale n'aurait pas manqu d'autres organes1 qui lui eussent ncessairement imprim une direction radicalement identique1 en transportant seulement certains livres1 aujourd'hui perdus peut-tre1 la conscration qui s'est applique d'autres4 ,note #ah3 ,au sein mme de la thocratie polythique la plus complte1 les hommes suprieurs1 outre leur tendance intellectuelle au monothisme1 ci-dessus explique1 doivent prouver1 pour ce dernier tat de la philosophie thologique1 une sorte de prdilection instinctive1 cause des puissantes ressources qui lui sont propres1 comme on le verra bientt1 pour assurer l'indpendance de la classe sacerdotale envers la classe militaire2 tandis que celle-ci doit1 au contraire1 par des motifs semblables mais inverses1 prfrer involontairement le polythisme1 bien plus compatible avec sa propre suprmatie1 suivant la thorie ci-dessus tablie4 ,par la secrte influence1 long-temps prolonge1 de ces intimes dispositions mutuelles1 il est donc ais de concevoir que les prtres gyptiens1 et ensuite chaldens1 ont pu tre engags1 ou mme obligs1 une telle tentative de colonisation monothique1 dans le double espoir d'y mieux dvelopper la civilisation sacerdotale par la plus complte subalternisation des guerriers1 et de mnager un refuge assur ceux de leur caste qui se trouveraient menacs par les frquentes rvolutions intrieures de la mre-patrie4 ,quoique la nature de mes travaux propres ne me permette point le dveloppement convenable d'une telle explication spciale du judasme1 je ne doute pas que cette nouvelle ouverture historique1 rsulte1 dans mon esprit1 d'une tude directe et approfondie de l'ensemble du sujet1 d'aprs ma thorie fondamentale de l'volution humaine1 ne puisse tre ensuite suffisamment vrifie par son application dtaille l'analyse gnrale de cette trange anomalie1 si une telle apprciation est un jour rellement opre par un philosophe convenablement plac d'abord ce nouveau point de vue rationnel4 ,enfin1 on peut encore expliquer facilement l'extrme lenteur de cette immense rvolution1 malgr l'intensit et la varit des influences fondamentales1 en considrant la profonde concentration des divers pouvoirs sociaux qui caractrise si minemment le rgime polythique de l'antiquit1 o il fallait ainsi tout changer presque la fois4 ,ce que le systme romain renfermait de thocratique se retrouve alors en premire ligne1 depuis que l'accomplissement mme de la conqute avait d tendre dissiper essentiellement les conditions primordiales de la physionomie nergiquement tranche qui avait tant distingu sa priode active4 ,on peut1 sous ce rapport1 envisager les cinq ou six sicles qui sparent les empereurs des rois1 comme constituant1 dans l'ensemble de la dure1 beaucoup plus longue1 ordinairement propre aux thocraties antiques1 une sorte d'immense pisode militaire1 o le caractre guerrier avait d effacer1 chez la caste dominante1 le caractre sacerdotal1 et aprs l'accomplissement duquel celui-ci a d reprendre son ascendant originaire1 jusqu' l'entire dissolution du systme4 ,mais l'opration mme excute pendant cette grande intermittence avait alors ncessairement dvelopp des germes d'une destruction prochaine1 suivie d'une invitable rgnration2 ce qui n'a point eu lieu en d'autres thocraties1 o des intervalles analogues1 bien que moins tendus1 peuvent tre observs4 ,quoi qu'il en soit1 on conoit maintenant que cette sorte de rtablissement spontan du premier rgime thocratique1 la vrit radicalement nerv1 ait d naturellement reproduire l'opinitre instinct conservateur qui lui est propre1 malgr le peu de stabilit personnelle des pouvoirs effectifs1 par suite de l'invitable abaissement de la caste snatoriale envers le chef1 essentiellement lectif1 du parti populaire4 ,cette confusion intime et continue entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 qui constituait l'esprit fondamental du systme1 explique aisment pourquoi les empereurs romains1 mme les plus sages et les plus gnreux1 n'ont jamais pu comprendre1 pas plus que ne le feraient aujourd'hui les empereurs chinois1 la renonciation volontaire au polythisme1 par laquelle ils auraient justement craint de concourir eux-mmes la dmolition imminente de tout leur gouvernement1 tant que la conversion graduelle de la population au monothisme chrtien n'y avait point encore constitu spontanment une nouvelle influence politique1 permettant1 et ensuite exigeant mme1 la conversion finale des chefs1 qui terminait l'volution prparatoire1 et bauchait immdiatement le rgime nouveau1 par un symptme dcisif de la puissance relle et indpendante du nouveau pouvoir spirituel1 qui en devait tre le principal ressort4 ,telle est l'apprciation fondamentale de l'ensemble du polythisme antique1 successivement considr1 d'une manire rationnelle quoique sommaire1 dans les proprits essentielles1 intellectuelles ou sociales1 qui le caractrisent abstraitement1 et ensuite dans les divers modes ncessaires du rgime correspondant2 de manire dterminer enfin sa tendance totale produire spontanment la nouvelle phase thologique qui1 au moyen-ge1 aprs avoir essentiellement ralis toute l'admirable efficacit sociale dont une telle philosophie tait susceptible1 a rendu possible1 et mme indispensable1 l'avnement ultrieur de la philosophie positive1 comme il s'agit maintenant de l'expliquer4 ,dans cette vaste et difficile laboration1 plus encore qu'en tout le reste de mon opration historique1 j'ai d rduire autant que possible une exposition dont le dveloppement propre m'tait interdit1 en la bornant principalement de simples assertions mthodiques1 assez compltes et surtout assez lies pour que ma pense ne ft jamais quivoque1 sans pouvoir m'arrter aucune dmonstration formelle1 dont la moindre et exig un appareil de preuves entirement incompatible avec la nature de ce ,trait1 aussi bien qu'avec ses limites ncessaires4 videmment forc de continuer procder ainsi1 il faut donc1 une fois pour toutes1 avertir directement le lecteur que je dois ici me contenter de la simple proposition explicite du nouveau systme de vues historiques qui rsultent de ma thorie fondamentale de l'volution humaine1 afin que cette thorie devienne pleinement jugeable2 mais sans qu'il m'appartienne d'en faire aussi la confrontation gnrale avec l'ensemble des faits connus1 comparaison que je dois essentiellement rserver au lecteur1 et d'aprs laquelle seule il pourra convenablement prononcer sur la principale valeur relle de cette nouvelle philosophie historique4 ,,cinquante-,,quatri,,me ,,le,,on4 ,apprciation gnrale du dernier tat thologique de l'humanit3 ge du monothisme4 ,modification radicale du rgime thologique et militaire4 ,aprs l'indispensable assimilation prliminaire suffisamment opre par l'extension graduelle de la domination romaine1 suivant les explications du chapitre prcdent1 le rgime monothique tait ncessairement destin complter l'volution provisoire de l'lite de l'humanit1 en faisant directement produire la philosophie thologique1 dont le dclin intellectuel allait commencer1 toute l'efficacit relle que comportait sa nature1 pour prparer enfin l'homme une nouvelle vie sociale1 de plus en plus conforme notre vocation caractristique4 ,c'est pourquoi1 quelles que soient effectivement les minentes proprits mentales du monothisme1 nous devons ici en faire prcder l'examen par l'apprciation rationnelle de son influence sociale1 qui le distingue encore plus profondment1 selon une marche inverse de celle qui a d prsider ci-dessus l'analyse fondamentale du systme polythique4 ,or1 quoique la destination sociale du monothisme se rapporte surtout la morale bien plus mme qu' la politique1 nanmoins sa principale efficacit morale a toujours invitablement dpendu de son existence politique2 en sorte que nous devons d'abord dterminer convenablement les vrais attributs politiques de ce dernier rgime thologique4 ,dans cette importante dtermination1 comme en tout le reste d'un tel examen historique1 nous sommes spontanment dispenss de la distinction gnrale qu'il a fallu tablir1 au chapitre prcdent1 entre l'apprciation abstraite des diverses proprits essentielles du systme correspondant et l'analyse successive des diffrens modes ncessaires de sa ralisation effective2 ce qui doit ici heureusement permettre d'abrger beaucoup notre opration actuelle1 sans nuire aucunement notre but principal4 ,car1 malgr la conformit remarquable de toutes les formes du monothisme1 compares1 non-seulement quant aux dogmes thologiques1 mais mme quant aux prceptes moraux1 sans excepter ni le mahomtisme1 ni ce qu'on appelle si mal propos le catholicisme grec1 c'est uniquement au vrai catholicisme1 justement qualifi de romain1 que devait appartenir l'accomplissement suffisant1 en ,europe occidentale1 des proprits caractristiques du rgime monothique1 dont nous n'aurons ainsi examiner spcialement aucun autre mode rel#ai4 ,enfin1 comme l'introduction fondamentale d'un pouvoir spirituel entirement distinct et pleinement indpendant du pouvoir temporel a certainement constitu1 au moyen-ge1 le principal attribut d'un tel systme politique1 nous devons procder1 avant tout1 l'apprciation sommaire de cette grande cration sociale1 d'o nous passerons ensuite aisment au vrai jugement gnral de l'organisation temporelle correspondante4 ,note #ai3 ,la dnomination de catholicisme me semble1 tous gards1 prfrable celle de christianisme1 non-seulement comme bien plus expressive1 pour distinguer nettement le vrai rgime monothique de toutes les organisations vagues1 socialement impuissantes ou mme dangereuses1 avec lesquelles on l'a trop souvent confondu1 mais surtout comme beaucoup plus rationnelle1 en ce que1 sans rappeler1 ainsi que les noms de mahomtisme1 de boudhisme1 etc41 aucun fondateur individuel1 elle se rapporte directement ce grand attribut d'universalit qui caractrise essentiellement l'organisation spirituelle1 quoiqu'il n'ait pu toutefois tre ralis que trs imparfaitement par le catholicisme proprement dit1 dont l'exacte apprciation ne saurait tre mieux dirige que d'aprs un tel principe gnral4 ,chacun sait certainement encore ce que c'est qu'un catholique1 tandis qu'aucun bon esprit ne saurait aujourd'hui se flatter de comprendre ce que c'est qu'un chrtien1 qui pourrait indiffremment appartenir l'une quelconque des mille nuances incohrentes qui sparent le luthrien primitif du pur diste actuel4 ,le monothisme doit1 par sa nature1 toujours tendre ncessairement provoquer cette modification radicale de l'ancien organisme social1 en permettant1 et mme dterminant1 une suffisante uniformit de croyances1 susceptible de comporter l'extension d'un mme systme thologique des populations assez considrables pour ne pouvoir tre long-temps runies sous un seul gouvernement temporel2 d'o rsulte1 chez la classe sacerdotale1 un accroissement simultan de consistance et de dignit1 susceptible de servir de fondement son indpendance politique1 qui tait incompatible avec l'invitable dispersion des influences religieuses sous le rgime polythique1 comme je l'ai dj not au chapitre prcdent4 ,mais1 malgr cette tendance caractristique1 il a fallu une longue et pnible laboration de conditions diverses pour que le monothisme pt enfin raliser1 dans une socit convenablement prpare1 un tel perfectionnement de l'organisation primitive1 qui n'a vraiment commenc devenir immdiatement possible1 ainsi que je l'ai expliqu1 que par le concours fondamental du dveloppement graduel de la puissance romaine avec celui de la philosophie grecque4 ,nous avons mme reconnu que cette philosophie ne se fit jamais une juste ide du vritable but social vers lequel1 son insu1 tendait finalement son essor spontan1 puisque1 dans ses efforts opinitres pour constituer une puissance spirituelle1 elle n'avait aucunement en vue d'tablir1 entre les deux pouvoirs1 une division rationnelle1 encore trop incompatible avec le gnie politique de l'antiquit2 mais elle poursuivait essentiellement une pure utopie1 aussi dangereuse que chimrique1 en prconisant1 comme type social1 une sorte de thocratie mtaphysique1 qui et transport aux philosophes la concentration gnrale des affaires humaines4 ,cependant1 toutes les utopies quelconques1 surtout quand elles rsultent d'un concours aussi unanime et aussi continu1 non-seulement indiquent ncessairement un certain besoin social1 plus ou moins confusment apprci1 mais aussi l'imminence plus ou moins prochaine d'une certaine modification politique destine y satisfaire3 car1 dans ses rves mme les plus hardis1 l'esprit humain ne saurait s'carter indfiniment de la ralit1 et ses libres spculations sont mme effectivement encore plus limites dans l'ordre politique que dans aucun autre1 vu la complication suprieure des phnomnes2 en sorte que1 aprs l'accomplissement de chaque phase sociale1 on peut ordinairement reconnatre l'anticipation constante de conceptions utopiques long-temps accrdites1 qui en prsentaient d'avance le principal caractre1 quoique profondment dguis1 et mme altr1 par son invitable mlange avec des notions plus ou moins contraires aux lois fondamentales de notre nature1 individuelle ou sociale4 ,aussi peut-on aisment constater ici que l'institution du catholicisme a essentiellement ralis1 au moyen-ge1 autant que le permettait alors l'tat mental de l'humanit1 ce qu'il y avait1 au fond1 de pleinement utile et la fois vraiment praticable dans l'ensemble des conceptions politiques des diverses coles philosophiques1 en adoptant de chacune d'elles1 avec une minente sagesse1 les attributs trop exclusifs dont elle s'honorait1 et en repoussant spontanment tous les projets absurdes ou nuisibles qui dnaturaient radicalement leur application sociale2 malgr l'injuste accusation1 encore trop souvent adresse au systme catholique1 d'avoir galement tendu constituer une pure thocratie1 dont nous reconnatrons bientt1 sans la moindre incertitude1 l'incompatibilit ncessaire avec le vritable esprit fondamental d'un tel rgime4 ,quoique l'intelligence doive ncessairement exercer une influence de plus en plus prononce sur la conduite gnrale des affaires humaines1 individuelles ou sociales1 sa suprmatie politique1 rve par les philosophes grecs1 n'en constitue pas moins une pure utopie1 directement contraire1 comme je l'ai dj not au chapitre prcdent1 l'conomie relle de notre nature crbrale1 o la vie mentale est habituellement si peu nergique comparativement la vie affective4 ,nul pouvoir humain1 mme le plus grossier et le moins tendu1 ne saurait1 sans doute1 entirement se passer d'appui spirituel1 puisque ce qu'on nomme1 en politique1 une force proprement dite1 ne peut rsulter que d'un certain concours d'individualits1 dont la formation spontane suppose invitablement l'existence pralable1 non-seulement de quelques sentimens communs1 mais aussi d'opinions suffisamment convergentes1 sans lesquelles la moindre association ne pourrait persister1 repost-elle mme sur une suffisante conformit d'intrts4 ,cependant1 il n'en reste pas moins incontestable que le principal ascendant social ne saurait jamais appartenir la plus haute supriorit mentale1 la fois trop peu comprise et trop mal apprcie pour obtenir ordinairement du vulgaire un juste degr d'admiration et de reconnaissance4 ,la masse des hommes1 essentiellement destine l'action1 sympathise ncessairement bien davantage avec les organisations mdiocrement intelligentes1 mais minemment actives1 qu'avec les natures purement spculatives1 malgr leur intime prminence spirituelle1 d'ailleurs habituellement mconnue1 raison mme de sa trop grande lvation4 ,en outre1 la reconnaissance universelle doit spontanment prfrer les services immdiatement susceptibles de satisfaire l'ensemble des besoins humains1 parmi lesquels ceux de l'intelligence1 quelle que soit leur incontestable ralit1 sont certes fort loin d'occuper communment le premier rang1 comme je l'ai tabli au troisime volume de ce ,trait4 ,il n'est pas douteux que les plus grands succs pratiques1 militaires ou industriels1 exigent1 par leur nature1 beaucoup moins de force intellectuelle que la plupart des travaux thoriques d'une certaine importance1 sans aller mme jusqu'aux plus minentes spculations1 esthtiques1 scientifiques1 ou philosophiques2 et cependant ils inspireront toujours1 non-seulement un intrt plus vif et une plus parfaite gratitude1 mais aussi une estime mieux sentie et une plus profonde admiration4 ,quels que soient1 en ralit1 dans la vie humaine1 individuelle et surtout sociale1 les immenses bienfaits de l'intelligence1 dont dpend essentiellement1 en dernier ressort1 le progrs continu de l'humanit1 cependant la participation spirituelle est1 en chaque rsultat ordinaire1 trop indirecte1 trop lointaine et trop abstraite1 pour jamais tre convenablement apprcie1 si ce n'est d'aprs une analyse plus ou moins difficile1 que l'immense majorit des hommes1 mme clairs1 ne saurait spontanment oprer avec assez de nettet et de promptitude pour laisser natre une soudaine impression d'enthousiasme1 aucunement comparable l'nergique saisissement dtermin si souvent par les services spciaux et immdiats de l'activit pratique1 quoique moins importans1 au fond1 comme moins difficiles4 ,jusqu'au sein de la science et de la philosophie1 les conceptions les plus gnrales1 surtout celles qui se rapportent directement la mthode1 malgr leur supriorit finale1 non-seulement quant au mrite intrinsque1 mais aussi quant l'utilit effective1 lors mme qu'elles ne sont point long-temps ddaignes1 n'attirent presque jamais leurs sublimes crateurs autant de considration personnelle que les dcouvertes d'un ordre infrieur2 comme l'ont si douloureusement prouv1 tous les ges de l'humanit1 les principaux organes de la grande volution mentale1 les ,aristote1 les ,descartes1 les ,leibnitz1 etc4 ,rien n'est plus propre1 sans doute1 qu'une telle apprciation vrifier directement l'absurdit radicale de ce prtendu rgne absolu de l'esprit1 tant poursuivi par les philosophes grecs et par leurs imitateurs modernes2 puisqu'on peut ainsi clairement sentir que1 sous l'influence relle d'un tel principe social1 en apparence si sduisant1 la plus grande autorit politique1 alors trop aisment usurpe par de mdiocres mais prudentes intelligences1 ne pourrait aucunement appartenir aux plus minens penseurs1 dont la supriorit caractristique n'est presque jamais convenablement apprciable qu'aprs l'entire cessation de leur noble mission1 et qui ne peuvent tre habituellement soutenus1 dans l'nergique persvrance de leur admirable dvouement spontan1 que par la conviction1 profonde mais personnelle1 de leur intime prminence1 et par le sentiment inbranlable de leur invitable influence ultrieure sur les destines gnrales de l'humanit4 ,ces notions1 capitales quoique lmentaires1 de statique sociale1 directement dduites d'une exacte connaissance de notre nature fondamentale1 peuvent tre d'ailleurs accessoirement corrobores1 avec une vritable utilit1 par la considration spciale de l'extrme brivet de notre vie1 dont j'ai dj signal1 au cinquante-unime chapitre1 l'influence gnrale sur l'imperfection ncessaire de notre organisme politique4 ,on conoit aisment1 en effet1 qu'une plus grande longvit1 sans remdier aucunement l'infirmit radicale de notre conomie1 tendrait certainement permettre1 dans l'hypothse que nous examinons1 un meilleur classement social des intelligences1 en multipliant davantage les cas1 rellement si rares1 o les penseurs du premier ordre peuvent1 aprs un dveloppement suffisant1 tre convenablement apprcis pendant leur vie1 et avant que leur gnie soit essentiellement teint4 ,au premier aspect1 l'existence gnrale des thocraties antiques semble directement constituer une exception1 unique mais capitale1 la ncessit fondamentale que nous venons d'tablir1 puisque la supriorit intellectuelle y parat former immdiatement1 du moins l'origine1 la source gnrale de la principale autorit politique4 ,toutefois1 sans revenir1 ce sujet1 sur les explications spciales du chapitre prcdent1 il est vident que cette sorte d'anomalie1 au fond beaucoup plus apparente que relle1 a ncessairement dpendu d'un concours singulier d'influences diverses1 dont la reproduction n'a plus t possible aucun ge ultrieur de l'volution humaine4 ,car1 outre la plus intense participation des terreurs religieuses1 on peut voir aisment que ce qui1 en cette organisation primordiale1 se rapportait vritablement la suprmatie politique de l'intelligence1 a principalement tenu1 d'abord l'impression toute puissante1 non susceptible de renouvellement1 que devait alors produire le spectacle habituel des premiers rsultats utiles de l'essor spirituel1 et surtout ensuite la tendance minemment pratique des oprations mentales correspondantes1 en vertu de cette concentration fondamentale des diverses fonctions sociales que nous avons vue caractriser si distinctement l'empire de la caste sacerdotale1 dont les travaux spculatifs1 strictement rduits d'ordinaire au peu qu'exigeait le maintien journalier de son autorit1 taient essentiellement absorbs par le dveloppement habituel de son activit usuelle1 soit mdicale1 soit administrative1 soit mme industrielle1 etc41 laquelle cette caste se faisait gloire de subordonner directement toute autre occupation plus abstraite4 ,ainsi1 le mrite purement intellectuel y tait certainement fort loin de constituer1 en ralit1 le fondement essentiel de la prminence sociale2 ce qui d'ailleurs serait immdiatement contraire la nature d'un rgime o toutes les fonctions quelconques taient ncessairement hrditaires1 bien que cette hrdit n'et pas encore les inconvniens radicaux qu'elle a d entraner depuis1 comme je l'ai expliqu au chapitre prcdent4 ,quand le caractre vraiment spculatif a commenc devenir nettement prononc1 ce qui n'a pu d'abord se dvelopper que chez les philosophes grecs1 chacun sait si la classe minemment pensante a jamais possd en effet la prpondrance politique1 toujours si vainement poursuivie par ses efforts persvrans4 ,il est donc vident que1 bien loin de pouvoir directement dominer la conduite relle de la vie humaine1 individuelle ou sociale1 l'esprit est seulement destin1 dans la vritable conomie de notre invariable nature1 modifier plus ou moins profondment1 par une influence consultative ou prparatoire1 le rgne spontan de la puissance matrielle ou pratique1 soit militaire1 soit industrielle4 ,or1 en considrant sous un autre aspect cette irrcusable ncessit1 on la trouvera certainement beaucoup moins fcheuse que ne doit d'abord le faire supposer un examen peu approfondi2 car1 les mmes causes gnrales qui l'imposent comme invitable1 la mettent aussi en suffisante harmonie permanente avec l'ensemble de nos vrais besoins essentiels4 ,en premier lieu1 la justice souffre rellement bien moins d'un tel arrangement gnral que ne le font communment prsumer les plaintes exagres1 trop souvent amres et mme dclamatoires1 de la plupart des philosophes sur la prtendue imperfection radicale du classement social1 qui1 d'ordinaire1 est essentiellement conforme aux plus imprieuses prescriptions de notre immuable nature4 ,les mmorables rflexions de ,pascal ce sujet1 quoique attribues vulgairement une intention profondment ironique1 ne constituent au fond qu'une exacte apprciation gnrale de l'indispensable ncessit d'une semblable disposition lmentaire pour le maintien journalier de l'harmonie sociale1 qui serait continuellement trouble par d'inconciliables prtentions1 dont le jugement1 trop lent et trop difficile1 serait trs frquemment illusoire1 comme nous venons de le voir1 si le principe spcieux de la supriorit mentale pouvait seul dterminer souverainement les rangs effectifs4 ,cet ordre rel tant dcri revient1 au fond1 prendre pour base habituelle d'estimation politique la considration directe de l'utilit spciale et immdiate1 individuelle ou sociale4 ,or1 quoiqu'un tel principe soit certainement fort troit1 et bien que sa prpondrance exclusive doive tre justement regarde comme trs oppressive et minemment dangereuse1 il n'en constitue pas moins1 par sa nature1 le seul fondement solide de tout vritable classement humain4 ,dans la vie sociale1 en effet1 presque autant que dans la vie individuelle1 la raison est ordinairement beaucoup plus ncessaire que le gnie2 except en quelques occasions capitales1 mais extrmement rares1 o la masse gnrale des ides usuelles a besoin d'une laboration nouvelle ou d'une impulsion spciale1 qui1 une fois accomplies par l'intervention dtermine de quelques minens penseurs1 suffiront long-temps aux exigeances journalires de l'application relle3 comme le montre clairement l'examen attentif de chacune des phases importantes de notre dveloppement1 o1 aprs une suspension1 momentane mais indispensable1 de sa prpondrance habituelle1 le simple bon sens reprend spontanment les rnes du gouvernement humain4 ,autant le gnie spculatif est seul capable de prparer convenablement1 par ses mditations abstraites1 les divers changemens essentiels qui doivent successivement s'oprer1 autant il est1 de sa nature1 radicalement impropre la direction journalire des affaires communes3 en sorte que le mot clbre du grand ,frdric sur l'incapacit politique des philosophes1 bien loin de devoir tre regard comme une injuste drision1 n'indique rellement qu'une profonde apprciation1 aussi judicieuse qu'nergique1 des vraies conditions lmentaires de toute conomie sociale4 ,les considrations spculatives sont et doivent tre1 par leur nature1 trop abstraites1 trop indirectes1 et trop lointaines pour que les esprits vraiment contemplatifs puissent jamais devenir les plus propres au gouvernement usuel1 o1 presque toujours1 il s'agit surtout d'oprations spciales1 immdiates1 et actuelles2 et1 cet gard1 les dispositions morales concourent pleinement avec les conditions mentales1 puisque le caractre minemment penseur est et doit tre1 de toute ncessit1 peu soucieux de la ralit prsente et dtaille1 ce qui1 au contraire1 constituerait certainement une tendance trs vicieuse dans la conduite ordinaire des affaires humaines1 individuelles ou sociales3 or1 d'un autre ct1 les intelligences essentiellement philosophiques ne sauraient tre condamnes se tenir constamment au point de vue pratique1 sans que leur essor propre ne devnt1 par cela seul1 au grand prjudice de l'humanit1 radicalement impossible1 comme il arrive spontanment sous le rgime purement thocratique4 ,on peut1 d'ailleurs1 accessoirement ajouter1 titre de motif intellectuel secondaire1 que les philosophes1 mme parmi les plus levs1 ont t jusqu'ici trop souvent entrans s'carter involontairement de l'esprit d'ensemble1 principal attribut du vrai gnie politique3 malgr leurs efforts ordinaires pour assurer la plnitude et la gnralit de vues dont ils se glorifient principalement1 ils sont frquemment sujets un genre particulier de rtrcissement mental1 qui consiste poursuivre trs loin l'examen abstrait d'un seul aspect social1 en ngligeant essentiellement presque tous les autres1 dans les cas mmes o la saine dcision doit directement dpendre de leur sage pondration mutuelle2 disposition qui1 dj trs nuisible dans l'ordre thorique1 peut devenir extrmement dangereuse dans l'ordre pratique4 ,quant au trs petit nombre de ceux qui1 selon la vocation caractristique de la vraie philosophie1 ne perdent jamais de vue1 dans leurs spculations diverses1 la considration convenable de l'ensemble rel1 ceux-l1 que la philosophie positive devra spontanment rendre un jour beaucoup moins rares1 ne se plaignent point que la suprme domination des affaires humaines n'appartienne pas la philosophie1 parce qu'ils savent s'expliquer pleinement l'impossibilit1 et mme le danger1 de cette utopie grecque1 dont l'interrgne intellectuel a permis le renouvellement moderne1 en rouvrant le cours des divagations politiques1 comme je l'indiquerai au chapitre suivant4 ,ainsi1 l'humanit ne saurait certainement trop honorer1 en tant que premiers organes ncessaires de ses principaux progrs1 ces intelligences exceptionnelles qui1 entranes par une imprieuse destination spculative1 esthtique1 scientifique1 ou philosophique1 consacrent noblement leur vie penser pour l'espce entire2 elle ne peut sans doute entourer de trop de sollicitude ces prcieuses existences1 si difficiles remplacer1 et qui constituent1 pour toute notre race1 la plus importante richesse2 elle ne saurait enfin trop s'empresser de seconder leurs minentes fonctions1 soit en offrant leurs travaux toutes les facilits convenables1 soit en se disposant elle-mme subir pleinement leur vivifiante influence3 mais elle doit nanmoins viter soigneusement de leur confier jamais la direction souveraine de ses affaires journalires1 laquelle leur nature caractristique les rend1 de toute ncessit1 essentiellement impropres4 ,telles seraient donc1 cet gard1 les indications fondamentales de la saine raison1 ne considrer mme que les simples motifs d'aptitude1 et en supposant d'abord que ce prtendu rgne de l'esprit pt rester suffisamment compatible avec l'essor rel de l'activit intellectuelle4 ,or1 il est maintenant ais de reconnatre que1 par une suite ncessaire de notre extrme imperfection mentale1 cette chimrique domination1 outre ses consquences directement perturbatrices pour la vie pratique de l'humanit1 tendrait invitablement tarir1 jusque dans sa source la plus pure1 le cours gnral de nos progrs1 en atrophiant de plus en plus ce mme dveloppement spculatif1 auquel on aurait ainsi imprudemment tent de tout subordonner4 ,en effet1 il n'y a point1 dans l'ensemble de la philosophie naturelle1 de principe plus gnral et plus vident que celui qui nous indique1 au moral comme au physique1 et mme encore davantage1 l'indispensable besoin des obstacles convenables pour permettre l'essor rel de forces quelconques4 ,cette insurmontable ncessit doit tre1 dans l'ordre social1 d'autant plus prononce qu'il s'agit de forces spontanment doues d'une moindre nergie propre2 et par consquent cet important principe doit devenir minemment applicable la force intellectuelle1 la moins intense1 sans aucun doute1 de toutes nos facults caractristiques1 et qui1 chez la plupart des hommes1 ne sollicite1 par elle-mme1 presque aucun dveloppement direct1 aspirant le plus souvent1 au contraire1 une sorte de repos absolu1 aussitt aprs le moindre exercice soutenu4 ,l'examen journalier de la vie individuelle confirme clairement que l'activit mentale n'y est habituellement entretenue que par l'exigence continue des divers besoins humains1 dont l'immdiate satisfaction n'est point heureusement possible sans efforts durables2 et cette activit s'amortit essentiellement sous l'influence1 suffisamment prolonge1 de circonstances trop favorables2 ou1 du moins1 elle dgnre alors en un vague et strile exercice1 dont l'utilit relle est fort douteuse1 et qui n'est ordinairement stimul que par les frivoles excitations d'une vanit purile4 ,chez les esprits vraiment spculatifs1 l'essor mental persiste minemment1 et mme avec beaucoup plus d'efficacit1 soit individuelle1 soit sociale1 aprs que ce grossier aiguillon primordial a cess de se faire sentir2 mais c'est surtout parce que l'conomie effective de la socit vient y substituer spontanment une plus noble impulsion habituelle1 en leur inspirant invitablement une lgitime tendance vers un ascendant social1 qui1 de toute ncessit1 se drobe sans cesse leur infatigable poursuite3 et telle est1 en effet1 la vraie source gnrale des plus admirables efforts intellectuels4 ,or1 il est vident que cette source prcieuse serait directement menace d'un prochain et irrparable puisement1 si l'intelligence pouvait rellement parvenir cette vaine suprmatie politique dont nous considrons ici le principe idal4 ,destin lutter1 et non rgner1 l'esprit n'est point spontanment assez nergique1 mme chez les plus heureux organismes1 pour rsister long-temps l'influence dltre d'un semblable triomphe3 il tendrait ncessairement vers une funeste atrophie graduelle1 comme manquant la fois de but et d'impulsion1 aussitt que1 loin d'avoir modifier un ordre indpendant de lui1 et rsistant sans cesse son action1 il n'aurait plus essentiellement qu' contempler avec admiration l'ordre dont il serait le crateur et l'arbitre4 ,ainsi radicalement dtourne de son vritable office1 l'intelligence1 au lieu de s'occuper noblement1 selon sa nature1 prparer convenablement la satisfaction gnrale des divers besoins individuels ou sociaux1 ne conserverait bientt qu'une activit essentiellement corruptrice1 uniquement voue raffermir1 contre les plus justes attaques1 le maintien continu de cette monstrueuse domination1 suivant la marche finale de toutes les thocraties proprement dites4 ,cette dplorable issue gnrale deviendrait naturellement d'autant plus imminente1 que1 dans une telle hypothse1 nous avons dj reconnu que le principal pouvoir serait ncessairement loin d'appartenir d'ordinaire aux plus minentes intelligences3 or1 l'esprit1 dnu de bienveillance et de moralit1 comme il l'est si souvent chez les penseurs mdiocres1 n'est certainement que trop enclin utiliser ses facults pour un simple but d'gosme systmatique1 lors mme qu'il n'a point maintenir tout prix sa propre suprmatie sociale4 ,l'antipathie profonde et l'infatigable envie1 qui ont tant poursuivi presque tous les minens gnies spculatifs dont notre espce s'honorera sans cesse1 n'ont point essentiellement man de la masse vulgaire1 spontanment dispose1 au contraire1 envers eux une admiration sincre quoique strile3 elles ne sont pas mme provenues le plus souvent des pouvoirs politiques proprement dits1 qui1 en tout temps1 malgr la crainte naturelle d'une certaine rivalit d'ascendant social1 se sont si frquemment glorifis d'avoir protg leur essor mental3 c'est surtout du sein mme de la classe contemplative qu'ont habituellement surgi ces ignobles et odieuses entraves1 suscites instinctivement au gnie par la jalouse mdiocrit d'impuissans concurrens1 qui ne peuvent concevoir d'autre moyen efficace de maintenir une prpondrance usurpe que d'empcher1 l'aide d'obstacles quelconques1 le plein dveloppement de toute supriorit relle1 dont eux seuls se sentent d'ordinaire intimement blesss4 ,rien n'est plus propre1 sans doute1 que cette triste mais irrcusable observation vrifier directement combien serait1 de toute ncessit1 minemment fatale au libre lan de l'intelligence humaine cette chimrique utopie du rgne de l'esprit1 si follement poursuivie par la plupart des philosophes grecs1 la seule exception capitale du grand ,aristote1 et si irrationnellement reproduite par tant d'imitateurs modernes1 qui ne sauraient avoir1 comme eux1 l'excuse fondamentale d'un tat social toujours caractris par la confusion lmentaire de tous les divers pouvoirs4 ,car1 il est vident que1 bien loin d'avoir ainsi vraiment constitu la suprmatie sociale de l'intelligence1 on n'aurait ds lors ralis qu'un rgime o tous les efforts principaux de la classe souveraine seraient bientt concentrs spontanment1 la manire des thocraties dgnres1 vers la plus intense compression possible de tout dveloppement mental chez la masse des sujets1 afin que leur abrutissement gnral pt permettre le maintien indfini d'une autorit spirituelle1 qui1 prive de stimulation suffisante1 se serait invitablement abandonne l'imminente apathie que notre faible nature spculative tend sans cesse produire et enraciner de plus en plus4 ,si1 malgr d'injustes accusations1 les pouvoirs n'ont point ordinairement tendu1 en ralit1 empcher systmatiquement l'essor intellectuel1 c'est prcisment1 entre autres motifs1 parce que la vraie prpondrance politique n'tait point conue comme susceptible d'appartenir jamais la supriorit mentale1 dont ils ne pouvaient craindre1 par suite1 d'encourager directement l'essor universel4 ,j'ai cru devoir ici spcialement insister sur cette importante explication prliminaire1 que j'aurai encore naturellement lieu de considrer subsidiairement dans un autre chapitre1 cause de l'extrme danger politique que prsente aujourd'hui le spcieux sophisme gnral relatif au rgne absolu de la capacit intellectuelle1 depuis que la grande notion rvolutionnaire de la confusion fondamentale des deux pouvoirs essentiels a d provisoirement dominer1 avec une si dplorable unanimit1 l'ensemble rel de la philosophie politique usite aujourd'hui1 en supprimant ainsi directement toute ide spontane du seul moyen rgulier qui puisse1 comme je vais l'tablir1 ouvrir une issue gnrale entre deux voies1 galement pernicieuses1 qui conduiraient1 l'une la compression effective de l'intelligence1 l'autre sa chimrique suprmatie politique4 ,tout vrai philosophe devrait maintenant sentir dignement combien il importe enfin de dissiper ou de prvenir autant que possible ces aberrations1 que leur aspect plausible doit rendre encore plus funestes1 et qui tendent immdiatement riger en principe universel de perturbation sociale cette mme puissance mentale qui peut seule prsider dsormais la rgnration radicale de l'humanit4 ,aussi l'indispensable digression statique que nous venons de terminer1 malgr qu'elle semble d'abord nous carter momentanment de notre but essentiel1 doit-elle constituer1 pour la suite entire de notre travail dynamique1 une lumineuse prparation1 propre nous y viter le plus souvent la longue et pnible considration spciale de nombreux et importans claircissemens3 outre l'utilit1 incontestable quoique accessoire1 qu'elle nous offre dj de calmer spontanment les craintes1 puriles mais trop naturelles1 de despotisme thocratique1 que doit invitablement inspirer aux esprits actuels toute pense quelconque de rorganisation spirituelle dans le systme politique des socits modernes4 ,poursuivant maintenant1 d'une manire directe1 le cours gnral de notre opration historique1 nous devons concevoir la dissertation prcdente comme tant ici destine surtout faire d'avance apprcier exactement l'ensemble de la difficult fondamentale que le rgime monothique avait surmonter1 au moyen-ge1 en bauchant la nouvelle constitution sociale de l'lite de l'humanit4 ,le grand problme politique consistait alors1 en effet1 tout en cartant radicalement ces dangereuses rveries de la philosophie grecque sur la souverainet de l'intelligence1 donner cependant une juste satisfaction rgulire cet irrsistible desir spontan d'ascendant social1 si nergiquement manifest par l'activit spculative1 pendant la suite de sicles qui venait de s'couler depuis l'origine de son essor distinct4 ,car1 une fois dveloppe1 cette nouvelle puissance ne pouvait manquer de tendre instinctivement1 avec une force croissante1 au gouvernement gnral de l'humanit2 et cependant elle avait toujours t1 ds sa naissance1 ncessairement tenue en dehors de tout ordre lgal1 envers lequel elle se trouvait ainsi constitue invitablement en tat d'insurrection latente1 mais intime et continue1 soit sous le rgime grec1 soit1 d'une manire encore plus marque1 sous le rgime romain4 ,il fallait donc1 au lieu d'terniser1 entre les hommes d'action et les hommes de pense1 une lutte dplorable1 qui devait de plus en plus consumer1 en majeure partie1 par une funeste neutralisation mutuelle1 les plus prcieux lmens de la civilisation humaine1 organiser suffisamment entre eux une heureuse conciliation permanente1 qui pt convertir ce vicieux antagonisme en une utile rivalit1 uniformment tourne vers la meilleure satisfaction des principaux besoins sociaux1 en assignant1 autant que possible1 chacune des deux grandes forces1 dans l'ensemble du systme politique1 une participation rgulire1 pleinement distincte et indpendante quoique ncessairement convergente1 par des attributions habituelles essentiellement conformes sa nature caractristique4 ,telle est l'immense difficult1 trop peu comprise aujourd'hui1 que le catholicisme a spontanment surmonte1 au moyen-ge1 de la manire la plus admirable1 en instituant enfin1 travers tant d'obstacles1 cette division fondamentale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 que la saine philosophie fera de plus en plus reconnatre1 malgr les prjugs actuels1 comme le plus grand perfectionnement qu'ait pu recevoir jusqu'ici la vraie thorie gnrale de l'organisme social1 et comme la principale cause de la supriorit ncessaire de la politique moderne sur celle de l'antiquit4 ,sans doute1 cette mmorable solution a t d'abord essentiellement empirique1 en rsultat ncessaire de l'quilibre lmentaire que j'ai caractris au chapitre prcdent2 et sa vritable conception philosophique n'a pu natre que long-temps aprs1 de l'examen mme des faits accomplis3 mais il n'y a rien l qui ne doive tre jusqu'ici radicalement commun toutes les grandes solutions politiques relles1 puisque la politique vraiment rationnelle1 utilement susceptible de diriger ou d'clairer le cours graduel des oprations actives1 n'a pu encore1 comme je l'ai expliqu1 nullement exister4 ,en outre1 la nature1 invitablement thologique1 de la seule philosophie qui pt alors servir de principe une telle institution1 a d en altrer profondment le caractre1 et mme en diminuer beaucoup l'efficacit1 en la faisant participer1 de toute ncessit1 la destine purement provisoire d'une semblable philosophie1 dont l'antique suprmatie intellectuelle devait de plus en plus dcrotre irrvocablement1 surtout partir mme de cette poque1 ainsi que nous le reconnatrons bientt3 cette corelation gnrale constitue1 en effet1 la principale cause de la rpugnance1 passagre mais nergique1 qu'prouvent nos esprits modernes pour cette prcieuse cration du gnie politique de l'humanit1 qui cependant1 une fois accomplie sous une forme quelconque1 ne pouvait plus tre entirement perdue1 quel que ft le sort ultrieur de sa premire base philosophique1 et devait implicitement pntrer les murs et les ides de ceux mme qui la repoussaient le plus systmatiquement1 jusqu' ce que1 rationnellement reconstruite d'aprs une philosophie plus parfaite et plus durable1 elle puisse dsormais constituer1 dans un prochain avenir1 le principal fondement de la rorganisation moderne1 comme je l'expliquerai au cinquante-septime chapitre4 ,il est clair d'ailleurs que les attributions religieuses de la classe spculative1 vu l'importance prpondrante qui devait naturellement leur appartenir tant que les croyances ont suffisamment persist1 tendaient directement dissimuler1 et mme absorber1 ses fonctions intellectuelles1 et mme morales3 la direction sociale des esprits et des curs ne pouvait1 par elle-mme1 inspirer1 si ce n'est titre de moyen1 qu'un intrt fort accessoire1 en comparaison du salut ternel des mes2 en sorte que le but chimrique devait1 beaucoup d'gards1 nuire gravement l'office rel4 ,enfin1 l'autorit presque indfinie dont la foi armait spontanment1 de toute ncessit1 les interprtes exclusifs des volonts et des dcisions divines1 ne pouvait manquer d'encourager continuellement1 chez la puissance ecclsiastique1 les exagrations abusives1 et mme les vicieuses usurpations1 auxquelles son ambition naturelle ne devait tre dj que trop spcialement dispose1 par suite du caractre essentiellement vague et absolu de ses doctrines fondamentales1 qui n'tait mme contenu par aucune conception rationnelle sur la circonscription gnrale des diffrens pouvoirs humains4 ,nanmoins1 tous ces divers inconvniens majeurs1 videmment invitables en un tel temps et avec de tels moyens1 n'ont profondment influ que sur la dcadence minemment prochaine et rapide d'une telle constitution1 comme on le sentira ci-dessous3 ils ont beaucoup troubl l'opration principale1 mais sans la faire rellement avorter1 soit quant son immdiate destination gnrale pour le progrs correspondant de l'volution humaine1 soit quant l'influence indestructible d'un semblable prcdent pour le perfectionnement ultrieur de l'organisme social2 double aspect sous lequel maintenant nous devons procder directement son apprciation sommaire4 ,la destination et les limites de cet ouvrage ne sauraient ici me permettre1 cet gard1 qu'une bauche trs imparfaite1 o je n'espre point de pouvoir faire convenablement passer dans l'esprit du lecteur la profonde admiration dont l'ensemble de mes mditations philosophiques m'a depuis long-temps pntr envers cette conomie gnrale du systme catholique au moyen-ge1 que l'on devra concevoir de plus en plus comme formant jusqu'ici le chef-d'uvre politique de la sagesse humaine#bj2 mais je suis videmment contraint de renvoyer1 sur ce grand sujet1 tous les dveloppemens principaux au ,trait spcial de philosophie politique que j'ai dj plusieurs fois annonc1 en me bornant actuellement1 pour ainsi dire1 de simples assertions mthodiques1 que chaque lecteur devra lui-mme vrifier1 suivant l'avis universel plac la fin du chapitre prcdent#ba4 ,on peut vraiment dire aujourd'hui1 sans aucune exagration1 que le catholicisme n'a pu tre encore philosophiquement jug1 puisqu'il n'a jamais d tre examin que par d'absolus pangyriques1 plus ou moins condamns son gard une sorte de fanatisme invitable1 ou par d'aveugles dtracteurs1 qui n'en pouvaient nullement apercevoir la haute destination sociale4 ,c'est l'cole positive proprement dite1 quelque trange que cette qualit puisse d'abord sembler en elle1 qu'il devait exclusivement appartenir de porter enfin sur le catholicisme un jugement quitable et dfinitif1 en apprciant dignement1 d'aprs une saine thorie gnrale1 son indispensable participation relle l'volution fondamentale de l'humanit4 ,aussi dgage personnellement des croyances monothiques que des croyances polythiques ou ftichiques1 cette cole pourra seule apporter une impartialit claire dans l'exacte dtermination de leurs diverses influences successives sur l'ensemble de nos destines2 puisque les institutions capitales1 comme les hommes suprieurs1 et mme1 bien davantage1 ne sauraient devenir pleinement jugeables qu'aprs l'entier accomplissement de leur principale mission4 ,note #bj3 ,je suis n dans le catholicisme3 mais ma philosophie est certes assez caractrise dsormais pour que personne ne puisse attribuer un tel accident ma prdilection systmatique pour le perfectionnement gnral que l'organisme social a reu1 au moyen-ge1 sous l'ascendant politique de la philosophie catholique4 ,a vrai dire1 il y aurait1 je crois1 d'importans avantages concentrer aujourd'hui les discussions sociales entre l'esprit catholique et l'esprit positif1 les seuls qui puissent maintenant lutter avec fruit1 comme tendant tous deux tablir1 sur des bases diffrentes1 une vritable organisation2 en liminant1 d'un commun accord1 la mtaphysique protestante1 dont l'intervention ne sert plus qu' engendrer de striles et interminables controverses1 radicalement contraires toute saine conception politique4 ,mais l'universelle infiltration1 mme chez les meilleurs esprits actuels1 de cette vaine et versatile philosophie1 et aussi la manire beaucoup trop troite dont le catholicisme est maintenant compris par ses plus minens partisans1 ne me permettent gure d'esprer une telle amlioration relle1 lors mme que l'cole positive1 jusqu'ici essentiellement rduite moi seul1 serait dj1 en politique1 suffisamment forme4 ,note #ba3 ,en attendant cette publication ultrieure1 les lecteurs qui desireraient immdiatement1 ce sujet1 des explications plus directes et plus tendues1 que je ne puis indiquer ici1 pourront utilement consulter mon travail1 dj cit1 sur le pouvoir spirituel1 insr1 au commencement de #ahbf1 dans un recueil hebdomadaire intitul le ,producteur1 et spcialement la dernire partie de ce travail1 appartenant au n #ba de ce recueil4 ,quoique j'y eusse surtout en vue le pouvoir spirituel moderne1 et non celui du moyen-ge1 on y trouve cependant une analyse rationnelle des diverses attributions fondamentales d'un tel pouvoir1 qui peut contribuer claircir1 sous ce rapport1 l'ensemble actuel de notre apprciation historique4 ,le gnie1 minemment social1 du catholicisme a surtout consist1 en constituant un pouvoir purement moral distinct et indpendant du pouvoir politique proprement dit1 faire graduellement pntrer1 autant que possible1 la morale dans la politique1 laquelle jusque alors la morale avait toujours t1 au contraire1 comme je l'ai expliqu au chapitre prcdent1 essentiellement subordonne3 et cette tendance fondamentale1 la fois rsultat et agent du progrs continu de la sociabilit humaine1 a ncessairement survcu l'invitable dcadence du systme qui en avait d tre le premier organe gnral1 de manire caractriser1 avec une nergie incessamment croissante1 malgr les diverses perturbations accessoires ou passagres1 plus profondment qu'aucune autre diffrence principale1 la supriorit radicale de la civilisation moderne sur celle de l'antiquit4 ,ds sa naissance1 et long-temps avant que sa constitution propre pt tre suffisamment forme1 la puissance catholique avait pris spontanment une attitude sociale aussi loigne des folles prtentions politiques de la philosophie grecque que de la dgradante servilit de l'esprit thocratique1 en prescrivant directement1 de son autorit sacre1 la soumission constante envers tous les gouvernemens tablis1 pendant que1 non moins hautement1 elles les assujtissait eux-mmes de plus en plus aux rigoureuses maximes de la morale universelle1 dont l'active conservation devait spcialement lui appartenir4 ,soit d'abord sous la prpondrance romaine1 soit ensuite auprs des guerriers du ,nord1 cette puissance nouvelle1 quelque ambition qu'on lui suppost1 ne pouvait certainement viser qu' modifier graduellement1 par l'influence morale1 un ordre politique prexistant et pleinement indpendant1 sans pouvoir jamais rellement tendre en absorber la domination exclusive1 abstraction faite d'ailleurs des aberrations accidentelles1 qui ne sauraient avoir aucune grande importance historique4 ,quand on examine aujourd'hui1 avec une impartialit vraiment philosophique1 l'ensemble de ces grandes contestations si frquentes1 au moyen-ge1 entre les deux puissances1 on ne tarde pas reconnatre qu'elles furent1 presque toujours1 essentiellement dfensives de la part du pouvoir spirituel1 qui1 lors mme qu'il recourait ses armes les plus redoutables1 ne faisait le plus souvent que lutter noblement pour le maintien convenable de la juste indpendance qu'exigeait en lui l'accomplissement rel de sa principale mission1 et sans pouvoir1 en la plupart des cas1 y parvenir enfin suffisamment4 ,la tragique destine de l'illustre archevque de ,cantorbery1 et une foule d'autres cas tout aussi caractristiques quoique moins clbres1 prouvent clairement que1 dans ces combats si mal jugs1 le clerg n'avait alors d'autre but essentiel que de garantir de toute usurpation temporelle le libre choix normal de ses propres fonctionnaires2 ce qui certes devrait sembler maintenant la prtention la plus lgitime1 et mme la plus modeste1 laquelle cependant l'glise a t finalement partout oblige de renoncer essentiellement1 mme avant l'poque de sa dcadence formelle4 ,toute thorie vraiment rationnelle sur la dmarcation fondamentale des deux puissances devra1 ce me semble1 tre directement dduite de ce principe gnral1 indiqu par la nature mme d'un tel sujet1 et vers lequel a toujours converg1 en effet1 d'une manire plus ou moins apprciable1 la marche spontane de l'ensemble des vnemens humains1 mais qui pourtant n'a jamais t jusqu'ici nettement saisi par personne3 le pouvoir spirituel tant essentiellement relatif l'ducation1 et le pouvoir temporel l'action1 en prenant ces termes dans leur entire acception sociale1 l'influence de chacun des deux pouvoirs doit tre1 en tout systme o ils sont rellement sparables1 pleinement souveraine en ce qui concerne sa propre destination1 et seulement consultative envers la mission spciale de l'autre1 conformment la coordination naturelle des fonctions correspondantes1 comme je l'expliquerai plus formellement1 au cinquante-septime chapitre1 l'gard du nouvel ordre social1 en terminant notre opration historique4 ,on aura1 sans doute1 une ide suffisamment complte des principaux offices ordinaires du pouvoir spirituel1 dans l'intrieur de chaque nation1 si1 cette grande attribution lmentaire de l'ducation proprement dite1 premire base ncessaire de sa puissance totale1 on ajoute cette influence1 indirecte mais continue1 sur la vie active1 qui en constitue la fois l'invitable suite et le complment indispensable1 et qui consiste rappeler convenablement1 dans la pratique sociale1 soit aux individus1 soit aux classes1 les principes que l'ducation avait prpars pour la direction ultrieure de leur conduite relle1 en prvenant ou rectifiant leurs diverses dviations1 autant du moins que le comporte le seul emploi de cette force morale4 ,quant ses fonctions sociales les plus gnrales1 et par lesquelles il a t1 au moyen-ge1 principalement caractris1 pour le rglement moral des relations internationales1 elles se rduisent encore essentiellement une sorte de prolongement spontan de la mme destination primordiale1 puisqu'elles rsultent naturellement de l'extension graduelle d'un systme uniforme d'ducation des populations trop loignes et trop diverses pour ne pas exiger autant de gouvernemens temporels distincts et indpendans les uns des autres3 ce qui les laisserait habituellement sans aucun lien politique rgulier1 si1 d'aprs cet office commun1 qui le rend simultanment concitoyen de tous ces diffrens peuples1 le pouvoir spirituel ne devait1 mme involontairement1 acqurir auprs d'eux ce juste crdit universel qui lui permet de se constituer au besoin le mdiateur le plus convenable et l'arbitre le plus lgitime de leurs contestations quelconques1 ou mme1 en certains cas1 le promoteur rationnel de leur activit collective4 ,or1 toutes les attributions spirituelles tant ainsi judicieusement systmatises l'aide de l'unique principe de l'ducation1 ce qui doit nous permettre dsormais d'embrasser aisment d'un seul regard philosophique l'ensemble de ce vaste organisme1 le lecteur pourra facilement reconnatre1 sans nous arrter ici aucune discussion spciale1 que1 comme je l'ai ci-dessus annonc1 la puissance catholique1 bien loin de devoir tre le plus souvent accuse d'usurpations graves sur les autorits temporelles1 n'a pu1 au contraire1 ordinairement obtenir d'elles1 beaucoup prs1 toute la plnitude de libre exercice qu'et exig le suffisant accomplissement journalier de son noble office1 aux temps mme de sa plus grande splendeur politique1 depuis le milieu environ du onzime sicle jusque vers la fin du treizime3 ce qui devait tenir1 soit ce qu'il y avait de prmatur1 pour une telle poque1 dans une aussi minente innovation sociale1 soit surtout la nature trop imparfaite de la doctrine vague et chancelante qui en constituait le premier fondement4 ,aussi je crois pouvoir assurer que1 de nos jours1 les philosophes catholiques1 leur insu trop affects eux-mmes de nos prjugs rvolutionnaires1 qui disposent justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel1 ont t1 en gnral1 beaucoup trop timides1 sans excepter mme le plus nergique de tous1 dans leur juste dfense historique d'une telle institution2 parce que leur position vicieuse leur imposait ncessairement l'obligation1 pour eux maintenant aussi impossible remplir qu' viter1 de prconiser1 d'une manire absolue1 comme indfiniment applicable1 une politique qui n'avait pu et d tre que temporaire et relative1 et dont aucun d'eux n'et os proposer aujourd'hui la restauration totale1 prescrite cependant1 avec une pleine vidence logique1 par leurs propres principes4 ,quoi qu'il en soit1 l'action relle de ces divers obstacles essentiels n'a pu entirement empcher le catholicisme d'accomplir immdiatement1 au moyen-ge1 sa plus grande mission provisoire pour l'volution fondamentale de l'humanit1 ainsi que je l'expliquerai ci-dessous2 ni de donner enfin au monde1 par sa seule existence1 l'ineffaable exemple1 suffisamment caractristique malgr sa courte priode d'efficacit1 de l'heureuse influence capitale que peut exercer1 sur le perfectionnement gnral de notre sociabilit1 l'introduction convenable d'un vrai pouvoir spirituel1 dont tous les philosophes devraient aujourd'hui sentir qu'il s'agit surtout de rorganiser dsormais l'indispensable institution1 d'aprs des bases intellectuelles la fois plus directes1 plus tendues1 et plus durables4 ,la classe spculative1 sans pouvoir absorber entirement l'ascendant politique1 comme dans les thocraties1 et sans devoir rester essentiellement extrieure l'ordre social1 comme sous le rgime grec1 a commenc alors prendre le caractre gnral qui lui est radicalement propre1 d'aprs les lois immuables de la nature humaine1 et qu'elle doit ultrieurement dvelopper de plus en plus1 suivant le double progrs continu de l'intelligence et de la sociabilit2 car elle s'est ds lors constitue1 au milieu de la socit1 en tat permanent d'observation calme et claire1 et toutefois nullement indiffrente1 d'un mouvement pratique journalier auquel elle ne pouvait participer personnellement que d'une manire indirecte1 par sa seule influence morale2 en sorte que1 toujours directement place1 de sa nature1 au vrai point de vue de l'conomie gnrale1 dont les besoins rels ne pouvaient avoir ordinairement d'organe plus spontan ni plus fidle1 comme de plus convenable conseiller1 elle se trouvait minemment apte1 en parlant chacun au nom de tous1 rappeler avec nergie1 dans la vie active1 soit aux individus1 soit aux classes1 et mme aux nations1 la considration abstraite du bien commun1 graduellement efface sous les innombrables divergences1 la fois morales et intellectuelles1 engendres par l'essor1 de plus en plus discordant1 des oprations partielles4 ,ds cette mmorable poque1 une premire bauche de division rgulire entre la thorie et l'application a commenc se raliser enfin1 dans l'ordre des ides sociales1 comme elle l'tait dj1 plus ou moins heureusement1 envers toutes les autres notions moins compliques2 les principes politiques ont pu cesser d'tre empiriquement construits mesure que la pratique venait l'exiger2 les ncessits sociales ont pu tre1 un certain degr1 sagement considres d'avance1 de manire leur prparer en silence une satisfaction moins orageuse1 sans qu'une telle proccupation dt cependant troubler immdiatement l'ordre effectif2 enfin1 un certain essor lgitime a t ainsi habituellement imprim l'esprit d'amlioration sociale1 et mme de perfectionnement politique3 en un mot1 l'ensemble de la vraie politique a commenc prendre ds lors1 sous le rapport intellectuel1 un caractre de sagesse1 d'tendue1 et mme de rationnalit1 qui n'avait pu encore exister1 et qui1 sans doute1 et t dj plus marqu1 d'aprs l'esprit fondamental de cette grande institution1 si la philosophie1 malheureusement thologique1 qu'elle tait videmment contrainte d'employer1 n'avait d beaucoup restreindre1 et mme gravement altrer1 une telle proprit4 ,moralement envisage1 on ne saurait douter que cette admirable modification de l'organisme social n'ait directement tendu dvelopper1 jusque dans les derniers rangs des populations qui ont pu en subir suffisamment la salutaire influence1 un profond sentiment de dignit et d'lvation1 jusque alors presque inconnu2 par cela seul que la morale universelle1 ainsi constitue1 d'un aveu unanime1 en dehors et au-dessus de la politique proprement dite1 autorisait spontanment1 un certain degr1 le plus chtif chrtien rappeler formellement1 en cas opportun1 au plus puissant seigneur les inflexibles prescriptions de la doctrine commune1 base premire de l'obissance et du respect1 ds-lors susceptibles d'tre limits la fonction1 au lieu de se rapporter uniquement la personne3 comme je le disais dans mon travail de #ahbf1 la soumission a pu alors cesser d'tre servile1 et la remontrance d'tre hostile2 ce qui tait essentiellement impossible1 pour les classes infrieures1 dans l'ancienne conomie sociale1 o la rgle morale manait ncessairement1 du moins en principe1 de la mme autorit active qui en devait recevoir l'application1 par une suite invitable de la confusion radicale des deux pouvoirs lmentaires4 ,enfin1 sous l'aspect purement politique1 il est surtout vident d'abord que cette heureuse rgnration sociale a essentiellement ralis la grande utopie des philosophes grecs1 en ce qu'elle contenait d'utile et de raisonnable1 tout en cartant nergiquement ses folles et dangereuses aberrations1 puisqu'elle a constitu1 autant que possible1 au milieu d'un ordre entirement fond sur la naissance1 la fortune1 ou la valeur militaire1 une classe immense et puissante1 o la supriorit intellectuelle et morale tait ouvertement consacre comme le premier titre l'ascendant rel1 et n'a point cess1 en effet1 de conduire souvent aux plus minentes positions d'une telle hirarchie1 tant que le systme a pu vraiment conserver une pleine vigueur3 en sorte que cette mme capacit qui1 d'aprs nos explications prliminaires1 et t1 de toute ncessit1 profondment perturbatrice ou oppressive si la socit lui avait t entirement livre1 suivant le rve insens des ,grecs1 pouvait devenir ds lors1 au contraire1 par cette large issue partielle1 si minemment conforme sa nature1 l'indispensable guide rgulier du progrs commun2 solution essentiellement satisfaisante1 que nous n'avons1 en quelque sorte1 qu' imiter aujourd'hui1 en la reconstruisant sur de meilleurs fondemens4 ,il serait d'ailleurs superflu d'insister ici sur les avantages trop manifestes que devait spontanment offrir la division fondamentale des deux pouvoirs pour prsenter1 sans anarchie1 un nergique point d'appui gnral toutes les rclamations lgitimes1 auxquelles se trouvait ainsi ncessairement intresse d'avance la corporation spculative1 dont le principal pouvoir rsultait invitablement de la seule considration que pouvaient lui mriter1 dans l'ensemble de la population1 ses services continus de protection sociale1 et qui1 en effet1 a rapidement dchu1 mme indpendamment de l'extinction des croyances1 ds que le clerg1 ayant perdu son indpendance1 a eu bien plus besoin d'tre protg lui-mme1 et a cess rellement1 auprs des masses1 le mmorable patronage qu'il avait si utilement exerc1 au temps de sa maturit politique4 ,dans l'ordre international1 aucun philosophe ne saurait aujourd'hui mconnatre1 en principe1 l'vidente aptitude caractristique de l'organisation spirituelle une extension territoriale presque indfinie1 partout o il existe une suffisante similitude de civilisation1 susceptible de comporter la rgularisation des rapports continus ou habituels2 tandis que l'organisation temporelle ne peut excder1 par sa nature1 des limites beaucoup plus troites1 sans une intolrable tyrannie1 dont la stabilit est impossible3 il n'est pas moins irrcusable1 en fait1 que la hirarchie papale a constitu1 au moyen-ge1 le principal lien ordinaire des diverses nations europennes1 depuis que la domination romaine avait cess de pouvoir les runir suffisamment2 et1 sous ce rapport1 l'influence catholique doit tre juge1 comme le remarque trs justement ,de ,maistre1 non-seulement par le bien ostensible qu'elle a produit1 mais surtout par le mal imminent qu'elle a secrtement prvenu1 et qui1 ce titre mme1 doit tre plus difficilement apprciable2 mais je puis heureusement1 ce sujet1 me borner renvoyer simplement le lecteur au mmorable ouvrage de cet illustre penseur4 ,si1 afin d'abrger1 nous mesurons ici la valeur politique d'une telle organisation d'aprs cette seule proprit1 assez dcisive1 en effet1 pour que le nom spcial du systme en ait t spontanment dduit1 nous trouverons qu'elle permet1 mieux qu'aucune autre1 d'estimer exactement la fois la supriorit et l'imperfection du catholicisme1 compar1 en gnral1 soit au rgime qu'il a remplac1 soit celui qui doit le suivre4 ,car1 d'un ct1 l'organisation catholique a pu embrasser une tendue de territoire et de population beaucoup plus considrable que n'avait pu le faire le systme romain1 qui1 primitivement destin une cit unique1 n'a pu agrandir progressivement son domaine que par voie d'adoption force1 en exigeant une compression graduellement croissante1 et finalement intolrable1 quand les extrmits sont devenues trop loignes du centre1 o tous les pouvoirs taient radicalement condenss4 ,quoique le catholicisme comment dj se trouver en pleine dcadence lorsque l',inde et l',amrique ont t colonises1 il s'y est nanmoins tendu spontanment sans effort1 tandis qu'une telle adjonction et certainement constitu1 aux yeux des plus ambitieux ,romains1 une gigantesque rverie1 si elle et pu leur tre propose4 ,mais1 d'une autre part1 il est sensible que le catholicisme1 malgr sa juste tendance l'universalit1 n'a pu rellement s'assimiler1 aux temps mme de sa plus grande splendeur1 que la moindre partie du monde civilis3 puisque1 avant mme que sa constitution propre ft suffisamment mre1 le monothisme musulman lui avait enlev d'avance une portion trs notable1 et jamais perdue1 de la race blanche1 et que1 quelques sicles aprs1 le monothisme byzantin qui1 sous une vaine conformit de dogmes1 en est1 au fond1 presque aussi diffrent que le mahomtisme1 lui avait irrvocablement alin la moiti du monde romain4 ,loin d'offrir rien d'accidentel1 ces restrictions1 profondment ncessaires1 doivent tre vraiment regardes1 du point de vue philosophique1 comme une consquence directe et invitable de la nature minemment vague et arbitraire des croyances thologiques1 qui1 mme en organisant1 par de laborieux artifices1 une dangereuse compression intellectuelle1 dont le prolongement rel est d'ailleurs trs limit1 ne peuvent jamais dterminer une suffisante convergence mentale entre des populations trop nombreuses et trop distantes1 qu'une philosophie purement positive pourra seule un jour solidement rapprocher en une communion durable1 quelque degr que puisse parvenir l'expansion de notre race1 comme l'ensemble de notre analyse historique le rendra1 j'espre1 pleinement incontestable4 ,aprs avoir ainsi sommairement caractris la grande destination sociale du pouvoir catholique1 il est indispensable1 pour complter suffisamment cette apprciation politique du catholicisme1 de considrer maintenant1 d'un coup d'il rapide1 les principales conditions d'existence1 sans lesquelles il et t essentiellement incapable1 la manire des autres monothismes1 de raliser assez cet office politique1 non plus que sa mission purement morale1 que nous devrons ultrieurement examiner1 et qui constitue1 sans aucun doute1 son plus utile et plus admirable ouvrage1 dont l'heureuse influence sur la destine totale de notre espce est ncessairement jamais imprissable1 malgr l'invitable dcadence de sa premire base intellectuelle4 ,quelque restreinte que doive tre ici l'analyse gnrale de ces indispensables conditions de l'existence sociale du catholicisme1 j'y crois cependant devoir expressment signaler leur distinction rationnelle en deux classes essentielles1 suivant leur nature statique ou dynamique1 les unes relatives l'organisation propre de la hirarchie catholique1 les autres se rapportant l'accomplissement mme de sa destination fondamentale4 ,considrons d'abord et surtout les premires1 dont le vrai caractre1 quoique spontanment trs prononc1 et1 par suite1 facile apprcier avec justesse1 a t1 dans les trois derniers sicles1 profondment obscurci par l'irrationnelle critique1 d'abord des protestans1 et ensuite des distes1 s'obstinant1 d'une manire si purile1 toujours ramener exclusivement le type de l'organisme chrtien au temps de sa primitive bauche1 comme si les institutions humaines devaient indfiniment rester l'tat ftal1 et ne devaient pas tre1 au contraire1 principalement jugeables d'aprs leur pleine maturit1 quoique leur essor initial doive constamment renfermer le germe1 plus ou moins sensible1 de tous les dveloppemens ultrieurs1 ainsi que les philosophes catholiques l'ont nettement dmontr pour le cas actuel4 ,en examinant1 mme sommairement1 d'un point de vue vraiment philosophique1 l'ensemble de la constitution ecclsiastique1 on ne saurait tre surpris de l'nergique ascendant politique qu'a d prendre universellement1 au moyen-ge1 une puissance aussi fortement organise1 galement suprieure tout ce qui l'entourait et tout ce qui l'avait prcde4 ,directement fonde sur le mrite intellectuel et moral1 qui si long-temps y fut le principe habituel de la plus minente lvation1 la fois mobile et stable dans la plus juste mesure gnrale1 liant profondment toutes ses diverses parties sans trop comprimer leur propre activit1 du moins tant que le systme a pu maintenir sa prpondrance1 cette admirable hirarchie devait alors inspirer spontanment1 mme ses moindres membres1 quand leur caractre personnel tait au niveau de leur mission sociale1 un juste sentiment de supriorit1 quelquefois trop ddaigneuse1 envers les organismes grossiers dont ils faisaient temporellement partie1 et o tout reposait1 au contraire1 principalement sur la naissance1 modifie1 soit par la fortune1 soit par l'aptitude militaire4 ,quand elle a pu se dgager suffisamment des formes trop imparfaites propres sa premire enfance1 l'organisation catholique a1 d'une part1 attribu graduellement au principe lectif une plnitude d'extension jusque alors entirement inconnue1 puisque les choix1 toujours restreints1 dans les anciennes rpubliques1 une caste dtermine1 ont pu ds lors embrasser ordinairement l'ensemble de la socit1 sans en excepter les moindres rangs1 qui ont alors tant fourni de cardinaux et mme de papes3 d'une autre part1 sous un aspect moins apprci mais non moins capital1 elle a radicalement perfectionn la nature de ce principe politique1 en le rendant plus rationnel1 par cela seul qu'elle substituait essentiellement dsormais le choix rel des infrieurs par les suprieurs la disposition inverse1 jusque alors exclusive1 quoique seulement convenable l'ordre temporel2 sans toutefois que cette constitution nouvelle mconnt essentiellement la juste influence consultative que devaient1 pour le bien commun1 conserver1 en de tels cas1 les lgitimes rclamations des subordonns4 ,le mode caractristique d'lection habituelle la suprme dignit spirituelle1 devra toujours tre regard1 ce me semble1 comme un vritable chef-d'uvre de sagesse politique1 o les garanties gnrales de stabilit relle et de convenable prparation se trouvaient encore mieux assures que n'et pu le permettre l'empirique expdient de l'hrdit1 tandis que la bont et la maturit des choix1 en tant qu'elles peuvent dpendre de la nature du procd1 y devaient tre spontanment favorises1 soit par la haute sagesse des lecteurs les mieux appropris1 soit par la facult1 soigneusement mnage1 de laisser surgir1 de tous les rangs de la hirarchie1 la capacit la plus propre prsider au gouvernement ecclsiastique1 aprs un indispensable noviciat actif3 ensemble de prcautions successives vraiment admirable1 et pleinement en harmonie avec l'extrme importance de cette minente fonction1 o les philosophes catholiques ont si justement plac le nud fondamental de tout le systme ecclsiastique4 ,on doit galement reconnatre la haute porte politique1 jusqu'au dclin du systme1 de ces institutions monastiques qui1 outre leurs incontestables services intellectuels1 constituaient certainement l'un des lmens les plus indispensables de cet immense organisme4 ,spontanment nes du pressant besoin que devaient prouver1 l'origine du catholicisme1 les esprits les plus contemplatifs de se dgager1 autant que possible1 de l'exorbitante dissipation et de la corruption excessive du monde contemporain1 ces institutions spciales1 maintenant connues par les seuls abus des temps de dcadence1 furent1 en gnral1 le berceau ncessaire o s'laborrent1 long-temps l'avance1 les principales conceptions chrtiennes1 soit dogmatiques1 soit mme pratiques4 ,leur rgime fondamental devint ensuite l'apprentissage permanent de la classe spculative1 dont les membres les plus actifs venaient souvent retremper ainsi l'nergie et la puret de leur caractre1 trop susceptible d'altration par les contacts temporels journaliers2 et la fondation ou la rformation des ordres offraient d'ailleurs directement1 pour une telle poque1 au gnie politique1 une heureuse issue lmentaire1 et un utile exercice continu1 qui ne sauraient plus tre convenablement apprcis1 depuis l'invitable dsorganisation de ce vaste systme provisoire d'organisation spirituelle4 ,enfin1 sous l'aspect politique le plus tendu1 il est clair que1 sans une pareille influence1 ce systme n'et pu acqurir1 et encore moins conserver1 dans les relations europennes1 cet attribut de gnralit qui lui tait indispensable1 et qui et t rapidement absorb par l'esprit de nationalit vers lequel devait tendre chaque clerg local1 si cette milice contemplative1 bien mieux place1 par sa nature1 au point de vue vraiment universel1 n'en et toujours reproduit spontanment la pense directe1 en donnant aussi1 au besoin1 l'exemple d'une indpendance qui lui devait tre plus facile4 ,la principale condition d'efficacit commune toutes les diverses proprits politiques que je viens de signaler dans la constitution catholique1 consistait surtout en cette puissante ducation spciale du clerg1 qui devait alors rendre le gnie ecclsiastique habituellement si suprieur tout autre1 non-seulement en lumires de tous genres1 mais1 au moins autant1 en aptitude politique4 ,car1 les modernes dfenseurs du catholicisme1 en faisant justement valoir1 sous le point de vue intellectuel1 une telle ducation comme tant1 cette poque1 essentiellement au niveau de l'tat le plus avanc de la philosophie gnrale1 encore minemment mtaphysique1 n'ont point eux-mmes assez apprci la haute porte relle d'un nouvel lment capital qui devait spontanment caractriser la destination sociale de cette ducation1 mme sans donner lieu un enseignement formul1 c'est--dire l'histoire1 alors ncessairement introduite dans les hautes tudes ecclsiastiques1 au moins comme histoire de l'glise4 ,si l'on considre l'incontestable filiation gnrale qui1 surtout aux premiers temps1 rattachait intimement le catholicisme1 d'une part1 au rgime romain1 d'une autre1 la philosophie grecque1 et mme1 par le judasme1 aux plus antiques thocraties2 si l'on pense l'intervention continue1 de plus en plus importante1 que1 ds sa naissance1 il avait invitablement exerce dans toutes les principales affaires humaines1 on concevra sans peine que1 depuis sa plus minente maturit sous le grand ,hildebrand1 l'histoire de l'glise tendait1 au fond1 constituer spontanment1 pour cette poque1 une sorte d'histoire fondamentale de l'humanit1 essentiellement envisage sous l'aspect social2 et ce qu'un semblable point de vue devait videmment offrir d'troit1 se trouvait alors trs heureusement compens par l'unit de conception et de composition qui en rsultait naturellement1 et qui ne pouvait1 sans doute1 tre encore autrement obtenue2 en sorte que l'on doit cesser d'tre surpris que l'origine philosophique des spculations historiques vraiment universelles soit due au plus noble gnie du catholicisme moderne4 ,il serait1 sans doute1 inutile de faire ici expressment ressortir l'vidente supriorit politique que l'habitude rgulire d'un tel ordre d'tudes et de mditations devait ncessairement procurer aux penseurs ecclsiastiques1 au milieu d'une ignorante aristocratie temporelle1 dont la plupart des membres n'attachaient gure d'importance historique qu' la gnalogie de leur maison1 sauf l'intrt accessoire qu'ils pouvaient prendre quelques incohrentes chroniques1 provinciales ou1 tout au plus1 nationales4 ,quelque avance que soit rellement aujourd'hui l'irrvocable dcadence1 intellectuelle et sociale1 du catholicisme1 ce privilge caractristique doit encore s'y faire sentir un certain degr1 parce qu'aucune classe ne s'est dispose jusqu'ici mieux remplir cette grande attribution philosophique2 il est probable1 en effet1 que1 dans les rangs levs de sa hirarchie1 on continue trouver plus qu'ailleurs des esprits distingus spontanment susceptibles de se placer convenablement au vrai point de vue de l'ensemble des affaires humaines1 quoique la dchance politique de leur corporation ne leur permette plus de manifester suffisamment1 ni mme peut-tre de cultiver assez1 une telle proprit4 ,enfin1 quelque rapide que doive tre cette apprciation1 je ne ngligerai point d'y signaler1 pour la premire fois1 un dernier caractre de haute philosophie politique1 que les plus illustres dfenseurs du systme catholique ne pouvaient y saisir nettement1 et qui1 par suite1 me semble tre rest essentiellement inaperu jusqu'ici4 ,il s'agit de l'heureuse discipline fondamentale par laquelle le catholicisme1 aux temps de sa grandeur1 a directement tent avec succs de diminuer1 autant que possible1 les dangers politiques de l'esprit religieux1 en restreignant de plus en plus le droit d'inspiration surnaturelle1 qu'aucune domination spirituelle fonde sur les doctrines thologiques ne saurait d'ailleurs se dispenser entirement de consacrer en principe1 mais que l'organisation catholique a notablement rduit et entrav par de sages et puissantes prescriptions habituelles1 dont l'importance ne saurait tre comprise que par comparaison l'tat prcdent1 et mme1 en quelque sorte1 l'tat suivant4 ,cette invitable tendance thologique de vagues et arbitraires perturbations1 individuelles ou sociales1 se trouvait ncessairement encourage1 au plus haut degr1 sous le rgime polythique1 qui1 pour ainsi dire1 offrait toujours directement quelque divinit dispose protger spcialement une inspiration quelconque4 ,malgr que le monothisme1 en gnral1 ait d spontanment en rduire aussitt l'extension1 et en modifier radicalement l'exercice1 il a pu cependant lui laisser encore un trs dangereux essor1 comme le tmoigne clairement l'exemple des juifs1 habituellement inonds de prophtes et d'illumins1 qui d'ailleurs y avaient1 jusqu' un certain point1 leur office reconnu1 quoique irrgulier4 ,digne organe ncessaire d'un tat mental plus avanc1 le catholicisme a graduellement restreint1 avec une sagesse trop peu apprcie1 le droit direct d'inspiration surnaturelle1 en le reprsentant comme minemment exceptionnel1 en le bornant des cas de plus en plus graves1 des lus de plus en plus rares1 et des temps de moins en moins rapprochs1 en l'assujtissant enfin des vrifications d'authenticit de plus en plus svres1 soit chez les laques1 soit chez les clercs eux-mmes1 habituellement contenus1 en outre1 cet gard comme tout autre1 par l'organisation hirarchique3 son usage rgulier et continu a t essentiellement rduit ce que la nature du systme rendait strictement indispensable1 aussitt que toutes les communications divines ont t1 en principe1 exclusivement rserves d'ordinaire la suprme autorit ecclsiastique4 ,cette infaillibilit papale1 si amrement reproche au catholicisme1 constituait donc1 vrai dire1 sous un tel point de vue1 un trs grand progrs intellectuel et social1 outre son vidente ncessit pour l'ensemble du rgime thologique1 o1 selon la judicieuse thorie de ,de ,maistre1 elle ne formait rellement que la condition religieuse de la juridiction finale1 sans laquelle les inpuisables contestations1 journellement suscites par d'aussi vagues doctrines1 eussent indfiniment troubl la socit4 ,en tant au souverain pontife cette indispensable prrogative1 l'esprit d'inconsquence1 qui caractrise le protestantisme1 bien loin de supprimer le droit d'inspiration divine1 tendait directement1 au contraire1 l'augmenter beaucoup1 et par suite faire rtrograder1 ce titre comme tant d'autres1 le dveloppement graduel de l'humanit1 ainsi que je l'expliquerai spcialement au chapitre suivant2 puisque sa prtendue rformation consistait entirement1 sous ce rapport1 vulgariser de plus en plus cette mystique facult1 et finalement l'individualiser3 ce qui n'et pu manquer de produire d'immenses dsordres1 d'abord intellectuels1 et ensuite sociaux1 si la dcadence simultane de toute thologie quelconque n'en et alors ncessairement prvenu l'essor spontan1 dont les traces rudimentaires sont nanmoins fort apprciables4 ,du reste1 en reconnaissant ici cette importante proprit gnrale du monothisme catholique1 le lecteur judicieux aura1 sans doute1 naturellement remarqu l'clatante confirmation qu'elle prsente directement la proposition capitale de philosophie historique1 tablie au chapitre prcdent1 que1 dans le passage du polythisme au monothisme1 l'esprit religieux a rellement subi un invitable dcroissement intellectuel3 car1 nous voyons ainsi le catholicisme constamment occup1 dans la vie relle1 personnelle ou collective1 augmenter graduellement le domaine habituel de la sagesse humaine aux dpens de celui1 jusque alors si tendu1 de l'inspiration divine4 ,aprs avoir suffisamment indiqu les vrais principes philosophiques qui doivent prsider un examen approfondi des conditions gnrales de l'existence sociale du catholicisme1 je ne saurais m'arrter aucunement la considration des institutions spciales1 quelle qu'en ait d tre l'efficacit relle pour le dveloppement et le maintien de ce grand organisme4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que je ne dois pas dterminer ici l'importance trs grave qu'a prsent1 sous ce rapport1 l'usage spontan d'une sorte de langue sacre1 par la conservation du latin dans la corporation sacerdotale1 quand il eut cess de rester vulgaire3 et1 cependant1 il n'est pas douteux qu'un tel moyen1 systmatiquement rgl1 a constitu naturellement1 divers titres essentiels1 un utile auxiliaire permanent de la puissance catholique1 soit au dedans1 soit au dehors1 en facilitant la fois sa communication et sa concentration1 et mme en retardant notablement l'invitable poque o l'esprit de critique individuelle viendrait graduellement dmolir ce noble difice social1 dont les bases intellectuelles taient si prcaires4 ,mais1 videmment forc de renvoyer au ,trait spcial dj promis une telle apprciation1 et beaucoup d'autres analogues1 quel qu'en puisse tre l'intrt rel1 je ne dois pas nanmoins viter de signaler encore deux conditions capitales1 l'une morale1 l'autre politique1 qui1 sans tre1 par leur nature1 aussi fondamentales que celles ci-dessus caractrises1 ont toutefois t vraiment indispensables1 chacune sa manire1 au plein dveloppement du catholicisme1 et devaient1 en mme temps1 rsulter spontanment de son entire maturit4 ,toutes deux taient imprieusement prescrites par la nature spciale d'une telle poque et d'un tel systme1 beaucoup plus que par la nature gnrale de l'organisation spirituelle2 distinction importante1 qui doit dominer leur apprciation philosophique1 autrement confuse et incohrente4 ,la premire consiste dans l'institution1 vraiment capitale1 du clibat ecclsiastique1 dont le dveloppement1 long-temps entrav1 et enfin complt par le puissant ,hildebrand1 a t ensuite justement regard comme l'une des bases les plus essentielles de la discipline sacerdotale4 ,il serait entirement superflu de rappeler ici les motifs assez connus qui1 puiss dans la saine apprciation gnrale de la nature humaine1 expliquent son influence ncessaire sur le meilleur accomplissement1 intellectuel ou social1 des fonctions spirituelles3 nous devons mme viter soigneusement d'entamer1 d'une manire directe ou indirecte1 l'examen de la convenance de cette institution pour le nouveau pouvoir spirituel1 ultrieurement destin rorganiser les socits modernes2 cette question dlicate1 aujourd'hui trop prmature1 serait certainement oiseuse agiter1 et peut-tre dangereuse2 elle ne saurait tre dcide convenablement1 d'aprs une exprience graduelle suffisamment approfondie1 que par ce pouvoir lui-mme1 dj presque constitu1 l'exemple du catholicisme1 quoique beaucoup moins tard4 ,mais1 quant l'indispensable ncessit relative de cette importante disposition l'gard du catholicisme1 il est ais de la reconnatre1 avec une pleine et irrsistible vidence1 malgr tant de sophismes protestans ou philosophiques1 mme indpendamment des conditions trop manifestes qu'imposait1 sous ce rapport1 l'excution journalire des principales fonctions morales du clerg1 et surtout de la confession4 ,il suffit pour cela1 en se bornant aux seules considrations politiques1 nationales ou europennes1 de se reprsenter convenablement le vritable tat gnral d'une telle socit1 o1 sans le clibat1 la hirarchie catholique n'aurait pu certainement obtenir ou conserver1 aux temps mmes de sa plus grande splendeur1 ni l'indpendance sociale ni la libert d'esprit ncessaires l'accomplissement suffisant de sa grande mission provisoire4 ,la tendance universelle1 encore si prpondrante1 l'invitable hrdit de toutes les fonctions quelconques1 sous la seule exception capitale des fonctions ecclsiastiques1 et alors1 sans aucun doute1 irrsistiblement entran le clerg l'imitation continue d'aussi puissants exemples1 comme le montre clairement l'analyse judicieuse des dispositions contemporaines1 si l'heureuse institution du clibat ne l'en et radicalement prserv1 quelle qu'ait pu y tre d'ailleurs l'influence relle du npotisme1 toujours ncessairement exceptionnel1 et dont la saine apprciation ne fait1 au reste1 que mieux ressortir le besoin de lutter1 avec une continuelle nergie1 contre une telle disposition spontane1 qui1 si elle et prvalu1 aurait certainement fini par annuler essentiellement la division fondamentale des deux pouvoirs lmentaires1 d'aprs l'imminente transformation graduelle1 que les papes ont alors si pniblement contenue1 des vques en barons et des prtres en chevaliers4 ,on n'a point assez apprci l'innovation hardie et vraiment fondamentale que le catholicisme a radicalement opre dans l'organisme social1 en supprimant ainsi jamais l'hrdit sacerdotale1 profondment inhrente l'conomie de toute l'antiquit1 non-seulement sous le rgime thocratique proprement dit1 mais aussi chez les ,grecs1 et mme chez les ,romains1 o les divers offices pontificaux de quelque importance constituaient essentiellement le patrimoine exclusif de quelques familles privilgies1 ou1 tout au moins1 d'une certaine caste2 l'lection1 d'ailleurs trs circonscrite1 n'y ayant obtenu que fort tard une part purement accessoire1 par une simple concession graduelle1 toujours plus apparente que relle4 ,si l'on et mieux compris de tels antcdens1 on et la fois senti l'importance et la difficult de l'immense service politique rendu par le catholicisme1 lorsque1 en tablissant le principe du clibat ecclsiastique1 il a pos enfin une insurmontable barrire cette disposition universelle1 dont l'irrvocable abolition1 envers des fonctions aussi minentes1 a constitu rellement l'effort le plus dcisif contre le systme des castes1 ultrieurement menac d'ailleurs dans toutes ses autres parties1 d'aprs la seule influence graduelle de cette grande modification spontane3 nulle autre apprciation spciale n'est aussi propre peut-tre vrifier combien le systme catholique tait en avant de la socit sur laquelle il devait agir4 ,je ne saurais m'abstenir1 ce sujet1 de signaler incidemment l'inconsquence et la lgret des aveugles adversaires habituels du catholicisme1 qui1 en confondant1 d'une part1 le rgime catholique avec celui1 si radicalement distinct1 des vraies thocraties antiques1 lui ont1 d'une autre part1 simultanment adress d'amers reproches sur cette institution gnrale du clibat ecclsiastique1 essentiellement destine1 au contraire1 par sa nature caractristique1 rendre la pure thocratie radicalement impossible1 en garantissant1 d'une manire plus spciale1 tous les rangs sociaux1 le lgitime accs des dignits sacerdotales4 ,quant l'autre condition spciale subsidiaire de l'existence politique du catholicisme au moyen-ge1 elle consiste dans la ncessit1 fcheuse mais indispensable1 d'une principaut temporelle suffisamment tendue1 directement annexe jamais au chef-lieu gnral de l'autorit spirituelle1 afin de mieux garantir sa pleine indpendance europenne4 ,envers le nouveau pouvoir intellectuel et moral destin diriger la moderne rorganisation sociale1 l'examen d'une telle condition serait certainement encore plus oiseux ainsi que plus prmatur1 et finalement plus dplac1 que celui de la prcdente4 ,mais1 l'gard du catholicisme1 un pareil besoin ne saurait tre douteux1 en considrant la nature propre de cet organisme et sa principale destination1 aussi bien que d'aprs sa vraie relation politique avec les puissances au sein desquelles il a d surgir et vivre4 ,n1 comme on l'oublie trop aujourd'hui1 dans un tat social o les deux pouvoirs lmentaires taient radicalement confondus1 le systme catholique et t alors rapidement absorb1 ou plutt politiquement annul par la prpondrance temporelle1 si le sige de son autorit centrale se ft trouv enclav dans quelque juridiction particulire1 dont le chef n'et pas tard1 suivant la pente primitive vers la concentration de tous les pouvoirs1 s'assujtir le pape comme une sorte de chapelain2 moins de compter navement sur la miraculeuse continuit indfinie d'une suite de souverains comparables au grand ,charlemagne1 c'est--dire1 comprenant assez le vritable esprit de l'organisation europenne au moyen-ge1 pour tre spontanment disposs toujours respecter convenablement et protger dignement la haute indpendance pontificale4 ,quoique la philosophie thologique1 une fois parvenue l'tat de monothisme1 tende naturellement1 d'aprs nos explications antrieures1 dterminer la sparation des deux puissances1 elle est ncessairement bien loin de pouvoir le faire avec l'nergie1 la spontanit1 et la prcision qui devront certainement caractriser1 ce sujet1 la philosophie positive1 ainsi que je l'indiquerai plus tard3 en sorte que son influence1 puissante mais vague1 ne pouvait1 cet gard1 nullement dispenser1 comme tant d'autres exemples d'un vain monothisme l'ont clairement vrifi1 du secours continu des conditions purement politiques1 parmi lesquelles devait1 sans doute1 minemment surgir l'obligation d'une certaine souverainet territoriale1 embrassant une population assez tendue pour1 au besoin1 se suffire provisoirement elle-mme2 de manire offrir un refuge assur tous les divers membres de cette immense hirarchie1 en cas de collision1 partielle mais intense1 avec les forces temporelles1 qui1 sans cette imminente ressource extrme1 les auraient toujours tenus dans une trop troite dpendance locale4 ,le sige spcial de cette principaut exceptionnelle tait d'ailleurs nettement dtermin par l'ensemble de sa destination1 puisque le centre de l'autorit la plus gnrale1 seule destine dsormais agir simultanment sur tous les points du monde civilis1 devait videmment rsider dans cette cit unique1 si exclusivement propre lier1 par une admirable continuit active1 l'ordre ancien l'ordre nouveau1 d'aprs les habitudes profondment enracines qui1 depuis plusieurs sicles1 y rattachaient1 de toutes parts1 les penses et les esprances sociales3 ,de ,maistre a fait trs bien sentir que1 dans la clbre translation ,byzance1 ,constantin ne fuyait pas moins moralement devant l'glise que politiquement devant les ,barbares4 ,mais1 du reste1 l'irrcusable ncessit de cette adjonction temporelle la suprme dignit ecclsiastique n'en doit pas faire oublier les graves inconvniens1 essentiellement invitables1 soit envers l'autorit sacerdotale elle-mme1 soit pour la partie de l',europe ainsi rserve cette sorte d'anomalie politique4 ,la puret1 et mme la dignit1 du caractre pontifical se trouvaient ds-lors exposes sans cesse une imminente altration directe1 par le mlange permanent des hautes attributions propres la papaut1 avec les oprations secondaires d'un gouvernement provincial2 quoique1 par suite mme1 du moins en partie1 d'une telle discordance1 le pape ait rellement toujours assez peu rgn ,rome1 sans excepter les plus belles poques du catholicisme1 pour n'y pouvoir seulement comprimer suffisamment les factions des principales familles1 dont les misrables luttes ont si souvent brav et compromis son autorit temporelle3 l'indispensable lvation de ce grand caractre politique1 et sa gnralit caractristique1 n'en ont pas moins souffert sans doute1 par suite de l'ascendant trop exclusif que devaient ainsi obtenir graduellement les ambitions italiennes1 et qui1 aprs avoir favoris d'abord le dveloppement du systme1 n'a pas peu contribu ensuite acclrer sa dsorganisation1 par les inflexibles rivalits qu'il a d soulever au loin3 sous l'un et l'autre aspect1 le chef spirituel de l',europe a fini par se transformer aujourd'hui en un petit prince italien1 lectif1 tandis que tous ses voisins sont hrditaires1 mais d'ailleurs essentiellement proccup1 comme chacun d'eux1 et peut-tre mme davantage1 du maintien prcaire de sa domination locale4 ,quant l',italie1 quoique son essor intellectuel1 et mme moral1 ait t beaucoup ht par cet invitable privilge1 elle a d y perdre essentiellement sa nationalit politique3 car les papes ne pouvaient1 sans se dnaturer totalement1 tendre sur l',italie entire leur domination temporelle1 que l',europe et d'ailleurs unanimement empche2 et cependant la papaut ne devait point1 sans compromettre gravement son indispensable indpendance1 laisser former1 autour de son territoire spcial1 aucune autre grande souverainet italienne3 la douloureuse fatalit dtermine par ce conflit fondamental1 constitue certainement l'une des plus dplorables consquences de la condition d'existence que nous venons d'examiner1 et qui a ainsi exig1 en quelque sorte1 sous un aspect capital1 le sacrifice politique d'une partie aussi prcieuse et aussi intressante de la communaut europenne1 toujours agite1 depuis dix sicles1 par d'impuissans efforts pour constituer une unit nationale1 ncessairement incompatible1 d'aprs cette explication1 jusqu' prsent inaperue1 avec l'ensemble du systme politique fond sur le catholicisme4 ,je devais ici caractriser distinctement les principales conditions d'existence politique du catholicisme1 qui1 de nature essentiellement statique1 concernent directement son organisation propre2 parce qu'elles doivent tre aujourd'hui plus profondment mconnues par toutes nos diverses coles dominantes1 qui1 dans leur inanit philosophique1 ne savent rver la solution sociale que d'aprs l'ancienne base thologique1 et qui cependant refusent radicalement une telle conomie les moyens fondamentaux les plus indispensables son efficacit relle2 comme je l'ai indiqu au volume prcdent1 et comme la suite de notre analyse historique l'expliquera spontanment4 ,les conditions vraiment dynamiques1 relatives la puissance invitable que devait procurer au catholicisme l'accomplissement continu de son office social1 sont1 par leur nature1 trop manifestes1 et1 en effet1 trop peu contestes d'ordinaire1 pour exiger un examen aussi tendu4 ,nous pourrons donc1 en ce qui les concerne1 nous borner1 ce sujet1 l'apprciation sommaire de la grande attribution lmentaire de l'ducation gnrale1 qui1 d'aprs un claircissement antrieur1 constitue ncessairement la plus importante fonction du pouvoir spirituel1 et le fondement primitif de toutes ses autres oprations1 parmi lesquelles il suffira de considrer ensuite celle qui1 dans la vie active1 en devait devenir le prolongement le plus naturel et la plus irrsistible consquence1 pour la direction morale de la conduite prive4 ,quelque intrt philosophique que dussent certainement offrir beaucoup d'autres considrations analogues1 comme1 par exemple1 l'examen de l'influence politique que devait spcialement procurer la hirarchie catholique l'exercice journalier de ses relations naturelles avec toutes les parties simultanes du monde civilis1 en un temps surtout o les diverses puissances temporelles vivaient essentiellement isoles1 je suis videmment forc1 par l'indispensable restriction de notre apprciation historique1 de laisser au lecteur tous les dveloppemens de ce genre4 ,la plupart des philosophes1 mme catholiques1 faute d'une comparaison assez leve1 ont trop peu apprci l'immense et heureuse innovation sociale graduellement accomplie par le catholicisme1 quand il a directement organis un systme fondamental d'ducation gnrale1 intellectuelle et surtout morale1 s'tendant rigoureusement toutes les classes de la population europenne1 sans aucune exception quelconque1 mme envers le servage4 ,si une intime habitude ne devait essentiellement blaser nos esprits sur cette admirable institution1 o l'on n'est plus frapp que du caractre rtrograde qu'elle offre incontestablement aujourd'hui sous le rapport mental2 si on la jugeait du point de vue vraiment philosophique convenable l'tude rationnelle des rvolutions successives de l'humanit1 chacun sentirait aisment l'minente valeur sociale d'une telle amlioration permanente1 en partant du rgime polythique1 qui condamnait invariablement la masse de la population un invitable abrutissement1 non-seulement l'gard des esclaves1 dont la prdominance numrique est d'ailleurs bien connue1 mais encore pour la majeure partie des hommes libres1 essentiellement privs de toute instruction rgle1 sauf l'influence spontane tenant au dveloppement des beaux-arts1 et celle que devait produire aussi le systme des ftes publiques1 complt par les jeux scniques3 il est clair1 en effet1 que1 dans l'antiquit1 l'ducation purement militaire1 exclusivement borne1 par sa nature1 aux hommes libres1 pouvait seule tre convenablement organise1 et l'tait rellement de la manire la plus parfaite4 ,de tels antcdens1 judicieusement apprcis1 empcheraient1 sans doute1 de mconnatre le grand progrs lmentaire ralis par le catholicisme1 imposant spontanment chaque croyant1 avec une irrsistible autorit1 le devoir rigoureux de recevoir1 et aussi de procurer autant que possible1 le bienfait de cette instruction religieuse1 qui1 saisissant l'individu ds ses premiers pas1 et1 aprs l'avoir prpar sa destination sociale1 le suivait d'ailleurs assidment dans tout le cours de sa vie active1 pour le ramener sans cesse la juste application de ses principes fondamentaux1 par un ensemble admirablement combin d'exhortations directes1 gnrales ou spciales1 d'exercices individuels ou communs1 et de signes matriels convergeant trs bien vers l'unit d'impression4 ,en se reportant convenablement ce temps1 on ne tardera point sentir que1 mme sous l'aspect intellectuel1 ces modestes chefs-d'uvre de philosophie usuelle qui formaient le fond des catchismes vulgaires1 taient alors1 en ralit1 tout ce qu'ils pouvaient tre essentiellement1 quelque arrirs qu'ils doivent maintenant nous sembler cet gard2 car ils contenaient ce que la philosophie thologique proprement dite1 parvenue l'tat de monothisme1 pouvait offrir de plus parfait1 moins de sortir radicalement d'un tel rgime mental1 ce qui certes tait encore minemment chimrique3 la seule philosophie un peu plus avance1 cet gard1 qui existt dj1 tait1 comme on l'a vu1 purement mtaphysique1 et1 ce titre1 ncessairement impropre1 par sa nature anti-organique1 passer utilement dans la circulation gnrale1 o1 d'aprs l'exprience pleinement dcisive des sicles antrieurs1 elle n'aurait1 videmment1 pu instituer finalement qu'un funeste scepticisme universel1 incompatible avec tout vrai gouvernement spirituel de l'humanit2 quant aux prcieux rudimens scientifiques graduellement labors dans l'immortelle cole d',alexandrie1 ils taient1 sans aucun doute1 beaucoup trop faibles1 trop isols1 et trop abstraits1 pour devoir pntrer1 un degr quelconque1 dans une telle ducation commune1 quand mme l'esprit fondamental du systme ne les et pas implicitement repousss4 ,mieux on scrutera l'ensemble de cette mmorable organisation1 plus on sera choqu de l'irrationnelle et profonde injustice que prsente l'aveugle accusation absolue1 tant rpte contre le catholicisme1 d'avoir1 sans distinction d'poques1 toujours tendu touffer le dveloppement populaire de l'intelligence humaine1 dont il fut si long-temps1 au contraire1 le promoteur le plus efficace3 le reproche banal du protestantisme1 quant la sage prohibition de l'glise romaine relativement la lecture indiscrte et vulgaire des livres sacrs emprunts au judasme1 ne devrait pas tre servilement reproduit par les philosophes impartiaux1 qui1 n'tant point retenus1 comme les docteurs catholiques1 par un respect forc pour cette dangereuse habitude1 pourraient franchement proclamer les graves inconvniens1 intellectuels et sociaux1 radicalement inhrens une telle pratique1 qui1 rsulte du besoin logique de constituer au monothisme une continuit indfinie1 tendait1 chez la plupart des esprits ordinaires1 riger en type social la notion rtrograde d'une antique thocratie1 si antipathique aux vraies ncessits essentielles du moyen-ge4 ,l'exacte interprtation gnrale des faits montre alors1 au contraire1 dans le clerg catholique1 une disposition constante faire universellement pntrer toutes les lumires quelconques qu'il avait lui-mme reues1 bien loin d'imiter1 cet gard1 la concentration systmatique propre au rgime vraiment thocratique3 et c'tait l une suite invitable de la division fondamentale des deux pouvoirs lmentaires1 qui1 dans l'intrt mme de sa lgitime domination1 conduisait cette hirarchie exciter partout un certain degr de dveloppement intellectuel1 sans lequel sa puissance gnrale n'aurait pu trouver un point d'appui suffisant4 ,au reste1 il ne s'agit point directement1 en ce moment1 de l'apprciation mentale1 ni mme morale1 naturellement examine ci-aprs1 de ce systme gnral de l'ducation catholique1 o nous ne devons maintenant considrer surtout que la haute influence politique qu'il procurait ncessairement la hirarchie sacerdotale1 et qui devait videmment rsulter de l'ascendant spontan que tendent conserver indfiniment les directeurs primitifs de toute ducation relle1 quand elle n'est point borne la simple instruction2 ascendant immdiat et gnral1 inhrent cette grande attribution sociale1 abstraction faite d'ailleurs du caractre spcialement sacr de l'autorit spirituelle au moyen-ge1 et des terreurs superstitieuses qui s'y rattachaient4 ,simultanment hritier1 ds l'origine1 de l'empirique sagesse des thocraties orientales1 et des ingnieuses tudes de la philosophie grecque1 le clerg catholique a d ensuite s'appliquer invitablement1 avec une opinitre persvrance1 l'exacte investigation de la nature humaine1 individuelle ou sociale1 qu'il a rellement approfondie autant que peuvent le comporter des observations irrationnelles1 diriges ou interprtes par de vaines conceptions thologiques ou mtaphysiques4 ,or1 une telle connaissance1 o sa supriorit gnrale tait hautement irrcusable1 devait minemment favoriser son ascendant politique1 puisque1 dans un tat quelconque de la socit1 elle constitue naturellement1 de toute ncessit1 la premire base intellectuelle directe d'un pouvoir spirituel2 les autres sciences ne pouvant obtenir1 cet gard1 d'efficacit relle que par leur indispensable influence rationnelle sur l'extension et l'amlioration de ces spculations1 politiquement prpondrantes1 relatives l'homme et la socit4 ,on doit enfin concevoir l'institution1 vraiment capitale1 de la confession catholique1 comme destine rgulariser une importante fonction lmentaire du pouvoir spirituel1 la fois suite invitable et complment ncessaire de cette attribution fondamentale que nous venons de considrer3 car il est1 d'une part1 impossible que les directeurs rels de la jeunesse ne deviennent point spontanment1 un degr quelconque1 les conseillers habituels de la vie active2 et1 d'une autre part1 sans un tel prolongement d'influence morale1 l'efficacit sociale de leurs oprations primitives ne saurait tre suffisamment garantie1 en vertu de leur aptitude exclusive surveiller l'excution journalire des principes de conduite qu'ils ont ainsi enseigns3 il et t d'ailleurs videmment absurde que cette institution conservt indfiniment les formes puriles1 et mme dangereuses1 rappeles par l'tymologie d'une telle dnomination1 et qui avaient d subsister jusqu' ce que la hirarchie pt tre suffisamment constitue4 ,rien ne peut1 sans doute1 mieux caractriser l'irrvocable dcadence de l'ancienne organisation spirituelle1 que la dngation systmatique1 si ardemment propage depuis trois sicles1 d'une condition d'existence aussi simple et aussi vidente1 ou la dsutude spontane1 non moins significative1 d'un usage aussi bien adapt aux besoins lmentaires de notre nature morale1 l'panchement et la direction1 qui1 en principe1 ne pouvaient certes tre plus convenablement satisfaits que par la subordination volontaire de chaque croyant un guide spirituel1 librement choisi dans une vaste et minente corporation1 la fois apte d'ordinaire donner d'utiles avis et presque toujours incapable1 par son heureuse position spciale1 dsintresse sans tre indiffrente1 d'abuser d'une confiance qui constituait la seule base1 constamment facultative1 d'une telle autorit personnelle4 ,si l'on refuse1 en effet1 au pouvoir spirituel une semblable influence consultative sur la vie humaine1 quelle vritable attribution sociale pourrait-il lui rester1 qui ne puisse tre encore plus justement conteste8 ,les puissans effets moraux de cette belle institution pour purifier par l'aveu et rectifier par le repentir1 ont t si bien apprcis des philosophes catholiques1 que nous sommes ici heureusement dispenss1 cet gard1 de toute explication spciale1 au sujet d'une fonction qui a si utilement remplac la discipline grossire et insuffisante1 galement prcaire et tracassire1 d'aprs laquelle1 sous le rgime polythique1 le magistrat s'efforait si vainement de rgler les murs par d'arbitraires prescriptions1 en vertu de la confusion fondamentale des deux ordres des pouvoirs humains4 ,nous n'avons l'envisager maintenant que comme une indispensable condition d'existence politique inhrente au gouvernement spirituel1 quels qu'en soient la nature et le principe1 et sans laquelle il ne pourrait suffisamment remplir son office caractristique1 qui doit y trouver simultanment ses informations lmentaires et ses premiers moyens moraux4 ,les graves abus qu'elle a produits1 mme aux plus beaux temps du catholicisme1 doivent tre bien moins rapports l'institution elle-mme1 abstraitement conue1 qu' la nature vague et absolue de la philosophie thologique1 seule susceptible1 de toute ncessit1 de constituer alors la base trs imparfaite1 soit moralement ou mentalement1 de l'organisation spirituelle4 ,il rsultait forcment1 en effet1 d'une telle situation1 l'invitable obligation de ce droit1 en ralit presque arbitraire malgr les meilleurs rglemens1 d'absolution religieuse1 au sujet duquel les plus lgitimes rclamations ne sauraient empcher l'irrsistible besoin pratique de cette facult continue1 sans laquelle1 l'imminent pril de l'individu et de la socit1 une seule faute capitale aurait constamment dtermin un irrvocable dsespoir1 dont les suites habituelles auraient tendu convertir bientt cette salutaire discipline en un principe ncessaire d'incalculables perturbations4 ,aprs avoir1 par l'ensemble des considrations prcdentes1 suffisamment bauch dsormais l'apprciation politique du catholicisme1 en ce qui concerne les conditions fondamentales du gouvernement spirituel1 celles qui1 par leur nature1 doivent toujours se manifester1 un degr et sous une forme d'ailleurs variables1 dans une vritable organisation morale distincte1 quel qu'en puisse tre le principe1 il nous reste encore1 pour achever de connatre assez ce grand organisme du moyen-ge1 de manire bien comprendre les exigences relles1 soit de son existence passe1 soit de sa vaine restauration ultrieure1 signaler aussi1 par l'indication rapide mais caractristique d'un point de vue plus spcial1 ses principales conditions purement dogmatiques1 afin de faire sentir que des croyances thologiques secondaires1 aujourd'hui communment regardes comme socialement indiffrentes1 taient cependant indispensables la pleine efficacit politique de ce systme factice et complexe1 dont l'admirable mais passagre unit rsultait pniblement de la laborieuse convergence d'une multitude d'influences htrognes1 en sorte qu'une seule d'entre elles1 profondment ruine1 tendait entraner spontanment une invitable dsorganisation1 totale quoique graduelle4 ,nous avons dj reconnu1 ce sujet1 la fin du chapitre prcdent1 que le strict monothisme1 tel que le rvent nos distes1 serait la fois d'un usage impraticable et d'une application strile3 et tout philosophe impartial qui tentera convenablement de mesurer1 pour ainsi dire1 la dose fondamentale de polythisme que le catholicisme a d ncessairement conserver en la rgularisant d'aprs son principe propre1 reconnatra qu'elle fut1 en gnral1 aussi rduite que le comportent essentiellement les besoins invitables1 intellectuels ou sociaux1 du vritable esprit thologique4 ,mais nous devons1 en outre1 considrer maintenant1 dans le catholicisme1 les plus importans des divers dogmes accessoires1 qui1 drivs1 plus ou moins spontanment1 de la conception thologique caractristique1 en ont constitu surtout des dveloppemens plus ou moins indispensables l'entier accomplissement de sa grande destination provisoire pour l'volution sociale de l'humanit4 ,la tendance1 minemment vague et mobile1 qui caractrise spontanment1 mme l'tat de monothisme1 les conceptions thologiques1 devrait profondment compromettre1 de toute ncessit1 leur efficacit sociale1 en exposant1 d'une manire presque indfinie1 dans la vie relle1 les prceptes pratiques dont elles sont la base des modifications essentiellement arbitraires1 dtermines par les diverses passions humaines1 si cet imminent pril continu n'tait rgulirement conjur par une active surveillance fondamentale du pouvoir spirituel correspondant4 ,c'est pourquoi la soumission d'esprit1 videmment indispensable1 un certain degr1 toute organisation quelconque du gouvernement moral de l'humanit1 avait besoin d'tre beaucoup plus intense sous le rgime thologique1 qu'elle ne devra le devenir1 comme je l'indiquerai plus tard1 sous le rgime positif1 o la nature des doctrines pousse d'elle-mme une convergence presque suffisante1 et n'exige1 par suite1 qu'un recours bien moins spcial et moins frquent l'autorit interprtative ou directrice4 ,ainsi1 le catholicisme1 afin de constituer et de maintenir l'unit ncessaire sa destination sociale1 a d contenir autant que possible le libre essor individuel1 invitablement discordant1 de l'esprit religieux1 en rigeant directement la foi la plus absolue en premier devoir du chrtien2 puisque1 en effet1 sans une telle base1 toutes les autres obligations morales perdaient aussitt leur seul point d'appui4 ,si cette vidente ncessit du systme catholique tendait rellement1 suivant l'accusation banale1 fonder l'empire du clerg bien plus que celui de la religion1 l'cole positive1 avec la pleine indpendance qui la caractrise1 et que ne pouvaient manifester les philosophes catholiques au sujet des vices radicaux de leurs propres doctrines1 ne doit pas craindre aujourd'hui de reconnatre hautement que cette substitution tant reproche avait d tre1 au fond1 essentiellement avantageuse la socit2 car la principale utilit pratique de la religion a d alors consister rellement permettre l'lvation provisoire d'une noble corporation spculative1 minemment apte1 comme je l'ai expliqu1 par la nature de son organisation1 diriger heureusement1 pendant sa priode ascensionnelle1 les opinions et les murs1 quoique condamne ensuite une irrvocable dcadence1 non par les dfauts essentiels de sa constitution propre1 mais prcisment1 au contraire1 par l'invitable imperfection d'une telle philosophie1 dont l'ascendant mental et social devait tre purement provisoire1 comme le reste de ce volume le rendra1 j'espre1 de plus en plus incontestable4 ,cette indispensable considration gnrale doit toujours dominer dsormais toute apprciation vraiment rationnelle du catholicisme1 aussi bien sous l'aspect purement dogmatique que sous le point de vue directement politique2 elle peut seule conduire saisir le vritable caractre de certaines croyances1 dangereuses sans doute1 mais imposes par la nature ou les besoins du systme1 et qui n'ont jamais pu tre jusqu'ici philosophiquement juges2 elle doit enfin faire spontanment comprendre l'importance capitale que tant d'esprits suprieurs ont jadis attache certains dogmes spciaux1 qu'un examen superficiel dispose maintenant proclamer inutiles la destination finale1 mais qui1 au fond1 taient d'ordinaire intimement lis aux exigences relles soit de l'unit ecclsiastique1 soit de l'efficacit sociale4 ,dans le ,trait spcial dj promis1 un tel esprit philosophique expliquera facilement plus tard l'irrcusable ncessit relative1 intellectuelle ou sociale1 des dogmes les plus amrement reprochs au catholicisme1 et qui1 raison mme de cette intime obligation1 ont d1 en effet1 puissamment contribuer ensuite sa dcadence1 en soulevant partout contre lui d'nergiques rpugnances1 la fois mentales et morales4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que l'on peut aisment concevoir l'arrt fondamental1 aussi indispensable que douloureux1 qui imposait directement la foi catholique comme une condition rigoureuse du salut ternel1 et sans lequel1 en effet1 il est vident que rien ne pouvait plus contenir la divergence spontane des croyances thologiques1 moins de recourir sans cesse une intervention temporelle bientt illusoire3 et1 nanmoins1 cette fatale prescription1 qui conduit invitablement la damnation de tous les htrodoxes quelconques1 mme involontaires1 a d sans doute1 justement exciter1 plus qu'aucune autre1 au temps de l'mancipation1 une profonde indignation unanime2 car rien peut-tre n'est aussi propre confirmer1 sous le rapport moral1 cette destination purement provisoire si clairement inhrente1 sous l'aspect mental1 toutes les doctrines religieuses1 alors graduellement amenes convertir un ancien principe d'amour en un motif final de haine insurmontable1 comme on le verrait dsormais de plus en plus1 depuis la dispersion des croyances1 si leur activit sociale ne tendait enfin vers une extinction totale et commune4 ,le fameux dogme de la condamnation originelle de l'humanit tout entire1 qui1 moralement1 est encore plus radicalement rvoltant que le prcdent1 constituait aussi un lment ncessaire de la philosophie catholique1 non-seulement par sa relation spontane l'explication thologique des misres humaines1 qui en a reproduit1 en tant d'autres systmes religieux1 le germe essentiel1 mais aussi1 d'une manire plus spciale1 pour motiver convenablement la ncessit gnrale d'une rdemption universelle1 sur laquelle repose toute l'conomie de la foi catholique4 ,de mme1 il serait facile de reconnatre que l'institution1 si amrement critique1 du purgatoire fut1 au contraire1 trs heureusement introduite dans la pratique sociale du catholicisme1 titre d'indispensable correctif fondamental de l'ternit des peines futures3 car1 autrement1 cette ternit1 sans laquelle les prescriptions religieuses ne pouvaient tre efficaces1 et videmment dtermin souvent ou un relchement funeste ou un effroyable dsespoir1 galement dangereux l'un et autre pour l'individu et pour la socit1 et entre lesquels le gnie catholique est parvenu organiser cette ingnieuse issue1 qui permettait de graduer immdiatement1 avec une scrupuleuse prcision1 l'application effective du procd religieux aux convenances de chaque cas rel2 quels qu'aient d tre d'ailleurs les abus ultrieurs d'un expdient aussi arbitraire1 on n'y doit pas moins voir l'une des conditions usuelles imposes par la nature du systme1 comme je l'ai indiqu ci-dessus quant au droit d'absolution4 ,parmi les dogmes plus spciaux1 un examen analogue mettrait en pleine vidence la ncessit politique du caractre intimement divin attribu au premier fondateur1 rel ou idal1 de ce grand systme religieux1 par suite de la relation profonde1 incontestable quoique jusqu'ici mal dmle1 d'une telle conception avec l'indpendance radicale du pouvoir spirituel1 ainsi spontanment plac sous une inviolable autorit propre1 invisible mais directe2 tandis que1 dans l'hypothse arienne1 le pouvoir temporel1 en s'adressant immdiatement la providence commune1 devait tre bien moins dispos respecter la libre intervention du corps sacerdotal1 dont le chef mystique tait alors bien moins minent4 ,on ne peut aujourd'hui se former une juste ide des immenses difficults de tout genre qu'a d si long-temps combattre le catholicisme pour organiser enfin la sparation fondamentale des deux pouvoirs lmentaires2 et1 par suite1 on apprcie trs imparfaitement les ressources diverses que cette grande lutte a exiges1 et entre lesquelles figure1 au premier rang1 une telle apothose1 qui tendait relever extrmement la dignit de l'glise aux yeux des rois1 pendant que1 d'un autre ct1 une rigoureuse unit divine aurait trop favoris1 en sens inverse1 la concentration de l'ascendant social3 aussi l'histoire nous manifeste-t-elle alors1 d'une manire trs varie et fort dcisive1 la secrte prdilection opinitre de la plupart des rois pour l'hrsie d',arius1 o leur instinct de domination sentait confusment un puissant moyen de diminuer l'indpendance pontificale et de favoriser la prpondrance sociale de l'autorit temporelle4 ,le dogme clbre de la prsence relle1 qui1 malgr son tranget mentale1 ne constituait1 au fond1 qu'une sorte de prolongement spontan du dogme prcdent1 comportait videmment1 au plus haut degr1 la mme efficacit politique1 en attribuant au moindre prtre un pouvoir journalier de miraculeuse conscration1 qui devait le rendre minemment respectable des chefs dont la puissance matrielle1 quelle qu'en fut l'tendue1 ne pouvait jamais aspirer d'aussi sublimes oprations3 en un mot1 outre l'excitation toujours nouvelle que la foi devait en recevoir continuellement1 une telle croyance rendait le ministre ecclsiastique plus irrcusablement indispensable2 tandis qu'avec des conceptions plus simples et un culte moins spcial1 les magistrats temporels1 tendant sans cesse la suprmatie1 auraient aisment conu la pense de se passer essentiellement de l'intervention sacerdotale1 sous la seule condition d'une vaine orthodoxie1 comme la dcomposition graduelle du christianisme l'a montr de plus en plus dans le cours des trois derniers sicles4 ,si1 aprs avoir ainsi considr l'ensemble dogmatique du catholicisme1 on soumettait une apprciation analogue le culte proprement dit1 qui n'en tait qu'une consquence ncessaire et une invitable manifestation permanente1 on y vrifierait1 d'une manire plus ou moins prononce1 outre d'importans moyens moraux d'action individuelle et d'union sociale1 une semblable destination politique1 qu'il suffira d'indiquer ici rapidement pour la pratique la plus capitale2 sans parler mme de ces mmorables sacremens1 dont la succession graduelle1 trs rationnellement combine1 devait solennellement rappeler chaque croyant1 aux plus grandes poques de sa vie1 et dans tout son cours rgulier1 l'esprit fondamental du systme universel1 par des signes spcialement adapts au vrai caractre de chaque situation4 ,mentalement envisage1 la messe catholique offre1 sans doute1 un aspect trs peu satisfaisant1 puisque la raison humaine n'y saurait voir1 vrai dire1 qu'une sorte d'opration magique1 termine par l'accomplissement d'une pure vocation1 relle quoique mystique3 mais1 au contraire1 du point de vue social1 on y doit reconnatre1 mon gr1 une trs heureuse invention de l'esprit thologique1 destine raliser la suppression universelle et irrvocable des sanglans ou atroces sacrifices du polythisme1 en donnant le change1 par un sublime subterfuge1 ce besoin instinctif du sacrifice1 qui est ncessairement inhrent tout rgime religieux1 et que satisfaisait ainsi chaque jour1 au-del de toute possibilit antrieure1 l'immolation volontaire de la plus prcieuse victime imaginable4 ,quelque imparfaites que doivent tre ncessairement d'aussi sommaires indications sur les divers articles essentiels du dogme et du culte catholiques1 dont l'apprciation plus dveloppe serait ici dplace1 elles suffiront1 j'espre1 pour faire dj sentir1 tous les vrais philosophes1 la nature et l'importance d'un tel ordre de considrations1 en attendant l'examen ultrieur ci-dessus annonc4 ,plus on approfondira1 dans cet esprit positif1 l'tude gnrale du catholicisme au moyen-ge1 mieux on s'expliquera l'immense intrt1 non moins social que mental1 qu'inspiraient alors universellement tant de mmorables controverses1 au milieu desquelles d'minens gnies ont su faire graduellement surgir l'admirable organisation catholique1 quoique une superficielle critique les fasse aujourd'hui gnralement regarder comme ayant d toujours tre aussi indiffrentes qu'elles le sont spontanment devenues depuis l'invitable dcadence du systme correspondant4 ,les infatigables efforts de tant d'illustres docteurs ou pontifes pour combattre l'arianisme1 qui tendait ncessairement ruiner l'indpendance sacerdotale1 leurs luttes1 non moins capitales1 contre le manichisme1 qui menaait directement l'conomie fondamentale du catholicisme1 en voulant y substituer le dualisme l'unit1 et beaucoup d'autres dbats justement clbres1 n'taient certes point alors plus dpourvus de destination srieuse et profonde1 mme politique1 que les contestations les plus agites de nos jours1 et qui paratraient peut-tre1 dans un avenir moins lointain1 tout aussi tranges1 des philosophes incapables de discerner les graves intrts sociaux dissimuls par les thses mal conues dont notre sicle est inond4 ,une mdiocre connaissance de l'histoire ecclsiastique devrait assurment confirmer cette maxime vidente de la saine philosophie1 qui tablit directement la haute impossibilit que de telles controverses1 ardemment poursuivies1 pendant plusieurs sicles1 par les meilleurs esprits contemporains1 et inspirant la plus vive sollicitude toutes les nations civilises1 fussent radicalement dnues de signification relle1 mentale ou sociale3 et1 en effet1 les historiens catholiques ont justement not que toutes les hrsies de quelque importance se trouvaient habituellement accompagnes de graves aberrations morales ou politiques1 dont la filiation logique serait presque toujours facile tablir1 d'aprs des considrations analogues celles que je viens d'indiquer pour les cas principaux4 ,telle est donc la faible bauche1 laquelle je suis oblig de me borner ici1 pour la juste apprciation politique de cet immense et admirable organisme1 minent chef-d'uvre politique de la sagesse humaine1 graduellement labor1 pendant dix sicles1 sous des modes trs varis mais tous solidaires1 depuis le grand saint ,paul1 qui en a d'abord conu l'esprit gnral1 jusqu' l'nergique ,hildebrand1 qui en a coordonn enfin l'entire constitution sociale2 les dveloppemens intermdiaires ayant d'ailleurs exig1 dans ce vaste intervalle1 le puissant concours1 intellectuel et moral1 si divers et si actif1 de tous les hommes suprieurs dont notre espce pouvait alors s'honorer1 les ,augustin1 les ,ambroise1 les ,jrme1 les ,grgoire1 etc41 dont l'unanime tendance vers la fondation d'une telle unit gnrale1 quoique souvent entrave par l'ombrageuse mdiocrit du vulgaire des rois1 fut presque toujours hautement seconde par tous les souverains dous d'un vrai gnie politique1 comme l'immortel ,charlemagne1 l'illustre ,alfred1 etc4 ,aprs avoir ainsi caractris le rgime monothique du moyen-ge relativement l'organisation spirituelle qui en constituait le principal fondement1 il devient facile de procder maintenant1 d'une manire trs sommaire mais pleinement suffisante1 l'examen philosophique de l'organisation temporelle correspondante1 afin que1 l'analyse politique d'un tel rgime tant ds-lors complte1 nous puissions ensuite le considrer surtout sous le rapport purement moral1 et enfin sous l'aspect mental4 ,les nombreuses tentatives d'apprciation philosophique auxquelles a donn lieu jusqu'ici l'ordre temporel du moyen-ge1 lui ont toujours laiss un caractre essentiellement fortuit1 en y attribuant une influence dmesure aux invasions germaniques1 d'o il semblerait ainsi exclusivement man4 ,il importe beaucoup la saine philosophie politique de rectifier totalement cette irrationnelle conception1 qui tend interrompre radicalement1 dans l'un de ses termes les plus remarquables1 l'indispensable continuit de la grande srie sociale4 ,or1 cette rectification capitale rsulte directement1 avec une heureuse spontanit1 comme je vais l'indiquer1 de notre thorie fondamentale du dveloppement social1 suivant laquelle on pourrait presque construire priori les principaux attributs distinctifs d'un tel rgime1 d'aprs le systme romain1 modifi par l'influence catholique1 dont l'avnement graduel1 dsormais pleinement motiv par l'ensemble de nos explications antrieures1 ne doit plus certes conserver maintenant rien d'accidentel3 on peut1 du moins1 ainsi reconnatre aisment que1 sans les invasions1 le seul poids des divers antcdens et naturellement constitu1 en occident1 vers cette poque1 un systme politique essentiellement analogue au systme fodal proprement dit4 ,a la vrit1 une rationnalit moins exigeante pourrait suggrer la pense d'ter ce grand spectacle historique ce caractre fortuit qui le dnature dans les conceptions actuelles1 en se bornant1 par un procd bien plus facile1 mais beaucoup moins satisfaisant1 montrer seulement que ces mmorables invasions successives1 loin d'tre aucunement accidentelles1 devaient ncessairement rsulter de l'extension finale de la domination romaine4 ,quoique une telle considration ne puisse1 en elle-mme1 nullement suffire ici notre but principal1 il convient cependant de la signaler d'abord1 titre d'claircissement accessoire et prliminaire pour l'ensemble temporel du moyen-ge4 ,or1 en appliquant convenablement les principes tablis1 dans le chapitre prcdent1 sur les limites ncessairement poses l'agrandissement progressif de l'empire romain1 il est ais de reconnatre1 en gnral1 que cet empire devait tre invitablement born1 d'un ct1 par les grandes thocraties orientales1 trop loignes1 et surtout trop peu susceptibles1 par leur nature1 d'une vritable incorporation2 d'un autre ct1 en occident surtout1 par les peuples1 chasseurs ou pasteurs1 qui1 n'tant point encore vraiment domicilis1 ne pouvaient tre proprement conquis3 en sorte que1 vers le temps de ,trajan ou des ,antonins1 ce systme avait essentiellement acquis toute l'tendue relle qu'il pouvait comporter1 et que devait bientt suivre une irrsistible raction4 ,sous le second aspect1 qui doit naturellement prvaloir au sujet de cette raction1 il est clair1 en effet1 que l'tat pleinement agricole et sdentaire n'est pas moins indispensable chez les vaincus que chez les vainqueurs pour l'entire efficacit de tout vrai systme de conqute1 auquel chappe spontanment1 moins d'une destruction radicale1 toute population nomade1 toujours dispose1 dans ses dfaites1 chercher ailleurs un refuge assur1 d'o elle doit tendre ensuite revenir son point de dpart1 avec d'autant plus d'intensit qu'elle aura t graduellement plus refoule4 ,d'aprs un tel mcanisme ncessaire1 si bien expliqu par ,montesquieu1 les invasions1 quoique moins systmatiques1 ne furent point1 en ralit1 plus accidentelles que les conqutes qui les avaient provoques2 puisque ce refoulement graduel1 en gnant de plus en plus les conditions d'existence des peuples nomades1 devait finir par hter beaucoup leur transition spontane la vie agricole2 et alors le mode d'excution le plus naturel devait tre1 sans doute1 au lieu des pnibles travaux qu'et exigs ce nouvel tablissement dans leurs retraites si peu convenables1 de s'emparer1 dans les parties adjacentes de l'empire1 de territoires trs favorables et dj prpars1 dont les possesseurs1 de plus en plus nervs par l'extension mme de cette domination1 devenaient de plus en plus incapables de rsister cette nergique tendance4 ,le dveloppement effectif de cette invitable raction ne fut pas1 vrai dire1 moins graduel que celui de l'action principale2 et l'on n'en juge d'ordinaire autrement que par suite d'une disposition irrationnelle ne considrer que les invasions pleinement heureuses3 une judicieuse exploration montre1 au contraire1 que ces envahissemens avaient rellement commenc1 sur une grande chelle1 plusieurs sicles avant que ,rome et acquis son principal ascendant europen2 seulement ils ne sont devenus susceptibles de succs permanens que par l'puisement croissant de l'nergie romaine1 aprs que l'empire eut t suffisamment agrandi4 ,cette tendance progressive tait alors un rsultat tellement spontan de la situation gnrale du monde politique1 qu'elle avait donn lieu1 long-temps avant le cinquime sicle1 d'irrsistibles concessions1 de plus en plus importantes1 soit par l'incorporation directe des barbares aux armes romaines1 soit par l'abandon volontaire de certaines provinces1 sous la condition naturelle de contenir les nouveaux prtendans4 ,quoique notre attention philosophique doive rester concentre sur l'lite de l'humanit1 comme je l'ai motiv au dbut de ce volume1 il tait cependant ncessaire d'apprcier ici sommairement cette immense raction fondamentale1 qui1 bien plus vaste et plus durable qu'on ne le conoit communment1 a suscit1 au moyen-ge1 le principal essor permanent de l'activit militaire1 ainsi que je vais l'expliquer4 ,en comparant1 dans leur ensemble1 l'ordre fodal et l'ordre romain1 on reconnat aisment que1 malgr l'invitable prolongation gnrale du rgime essentiellement militaire1 ce systme avait partout subi1 au moyen-ge1 une transformation capitale1 suite spontane de la nouvelle situation du monde civilis1 et principe temporel des modifications universelles de la constitution sociale4 ,on voit ainsi1 en effet1 que l'activit militaire1 quoique toujours trs dveloppe1 tendait perdre de plus en plus le caractre minemment offensif qu'elle avait jusque alors conserv1 pour se rduire graduellement un caractre purement dfensif2 comme peuvent dj le faire prsumer les remarques habituelles de tous les historiens judicieux sur le contraste frappant1 propre l'organisation fodale1 entre son aptitude dfensive trs prononce et son peu d'efficacit offensive4 ,sans doute1 le catholicisme a puissamment influ sur cette heureuse transformation1 o je signalerai bientt sa participation gnrale3 mais il n'et pu la dterminer entirement1 si elle n'et d'abord rsult spontanment de l'ensemble des antcdens1 aussi bien que le catholicisme lui-mme1 l'essor duquel elle tait d'ailleurs indispensable un certain degr4 ,or1 on ne saurait douter que cette modification radicale ne dt tre ncessairement produite enfin par l'extension mme de la domination romaine2 puisque1 quand une fois le systme de conqute eut acquis toute la plnitude dont il tait susceptible1 il fallait bien que les principaux efforts militaires se tournassent habituellement vers une conservation1 devenue leur seul objet capital1 et de plus en plus menace par l'nergie croissante des nations qui n'avaient pu tre conquises1 comme je viens de l'expliquer3 il serait difficile de concevoir une plus irrcusable ncessit4 ,telle est donc la source1 minemment naturelle1 du nouveau caractre gnral que doit alors prendre l'organisation temporelle1 et qui1 d'aprs ce principe vident1 cesse assurment de pouvoir prsenter rien d'accidentel4 ,il rsulte1 en effet1 de cette diffrence fondamentale1 que la constitution sociale1 toujours essentiellement militaire1 ayant d s'adapter cette nouvelle destination1 a d graduellement subir la transformation qui distingue le mieux1 dans l'opinion commune1 le rgime fodal proprement dit1 en faisant de plus en plus prvaloir la dispersion politique sur une concentration dont le maintien devenait continuellement plus difficile1 en mme temps que son but principal avait rellement cess d'exister3 car1 l'une de ces tendances n'est pas moins convenable la dfense1 o chacun doit exercer une participation directe1 spciale1 et actuelle1 que l'autre ne l'est la conqute1 qui exige1 au contraire1 la subordination profonde et continue de toutes les oprations partielles l'impulsion directrice4 ,c'est ainsi que chaque chef militaire1 se tenant constamment disponible pour la dfense territoriale1 qui ne pouvait cependant imposer habituellement une activit soutenue1 a tendu spontanment riger un pouvoir presque indpendant1 sur la portion de pays qu'il tait capable de protger suffisamment1 l'aide des guerriers qui s'attachaient sa fortune1 et dont le gouvernement journalier devait former sa principale occupation sdentaire1 moins que l'extension de sa puissance ne lui et dj permis de les rcompenser eux-mmes par de moindres concessions de mme espce1 quelquefois susceptibles1 leur tour1 d'tre ultrieurement subdivises1 suivant l'esprit gnral du systme4 ,abstraction faite des invasions germaniques1 on peut aisment reconnatre1 dans le systme purement romain1 depuis l'entier agrandissement de l'empire1 cette tendance lmentaire au dmembrement universel de l'ancien pouvoir1 par les efforts trs prononcs de la plupart des gouverneurs pour la conservation indpendante de leurs offices territoriaux1 et mme pour s'assurer directement une hrdit qui constituait le prolongement naturel et le gage le plus certain d'une telle indpendance4 ,une semblable tendance se fait nettement sentir jusque dans l'empire d',orient1 quoique si long-temps prserv de toute invasion srieuse4 ,la mmorable centralisation passagre1 dont ,charlemagne fut si justement destin devenir le noble organe1 devait tre le rsultat naturel1 mais fugitif1 de la prpondrance gnrale des murs fodales1 consommant1 par l'acte le plus dcisif1 la sparation politique de l',occident envers l'empire1 ds-lors irrvocablement relgu en ,orient1 et prparant directement l'uniforme propagation ultrieure du systme de fodalit1 sans pouvoir d'ailleurs nullement contenir ensuite la tendance dispersive qui en constituait l'esprit4 ,enfin1 le dernier attribut caractristique de l'ordre fodal1 celui qui concerne la modification radicale du sort des esclaves1 rsulte aussi ncessairement1 avec non moins d'vidence1 de ce changement fondamental dans la situation militaire1 qui devait spontanment provoquer la transformation graduelle de l'esclavage antique en servage proprement dit1 d'ailleurs si heureusement consolide et perfectionne par l'influence catholique1 comme je l'indiquerai ci-aprs4 ,dj1 ,m4 ,dunoyer1 dans l'utile et consciencieux ouvrage qu'il a publi en #ahbe1 a trs judicieusement apprci1 le premier1 d'aprs une belle observation historique1 l'importante amlioration que la condition gnrale des esclaves avait d indirectement prouver1 par une suite naturelle de l'extension de la domination romaine1 qui1 resserrant et reculant de plus en plus le champ fondamental de la traite1 toujours essentiellement extrieure l'empire1 devait la rendre graduellement plus rare et plus difficile1 et finalement presque impossible4 ,or1 il est vident que cette abolition continue de la principale traite1 en rduisant le commerce des esclaves au seul mouvement intrieur1 devait ncessairement tendre peu peu dterminer la transformation universelle de l'esclavage en servage1 chaque famille se trouvant ds-lors involontairement conduite attacher bien plus de prix la conservation indfinie de ses propres esclaves hrditaires1 dont le renouvellement habituel ne pouvait plus tre pleinement facultatif3 en un mot1 la cessation de la traite extrieure devait entraner bientt celle de la vente intrieure2 et1 par suite1 les esclaves1 dsormais invariablement attachs la maison ou la terre1 devenaient de vritables serfs1 sauf l'indispensable complment moral d'une telle modification par l'invitable intervention du catholicisme4 ,quelque sommaires que doivent tre ici de semblables indications1 leur nature est si simple et si claire qu'elles suffiront1 j'espre1 pour rendre irrcusable tous les bons esprits cette proposition vraiment capitale de philosophie historique que1 sous les trois aspects essentiels d'aprs lesquels l'organisation temporelle du moyen-ge peut tre le mieux caractrise1 elle devait1 de toute ncessit1 rsulter spontanment1 indpendamment des invasions1 de la nouvelle situation gnrale dtermine1 dans le monde romain1 par l'entire extension du systme de conqute1 enfin parvenu son terme insurmontable3 en sorte que le rgime fodal en et galement surgi1 sans aucune diffrence radicale1 quand mme les invasions n'eussent pas eu lieu1 ce qui d'ailleurs tait hautement impossible4 ,leur influence relle n'a donc pu se faire principalement sentir que sur l'institution plus ou moins htive de ce rgime invitable2 or1 sous ce point de vue trs secondaire1 il est difficile de l'apprcier suffisamment1 parce qu'elle a d tre la fois favorable et contraire1 les barbares tant1 d'une part1 mieux disposs sans doute que les ,romains cette nouvelle politique1 dont leurs guerres continuelles devaient1 d'une autre part1 gner le dveloppement3 en sorte que je n'oserais finalement dcider si l'essor initial a t ainsi acclr ou retard2 question1 au reste1 en elle-mme fort peu importante1 et presque oiseuse1 ds qu'on a reconnu la spontanit fondamentale du nouvel ordre temporel1 et1 en outre1 la ncessit d'une telle cause accessoire1 ce qui suffit videmment pour dissiper dj toute cette apparence accidentelle et fortuite qui dissimule encore aux meilleurs esprits le vrai caractre de cette grande transformation sociale4 ,afin de mieux manifester une telle spontanit1 je devais d'abord apprcier ces principaux attributs temporels du systme politique propre au moyen-ge1 en y faisant abstraction totale des influences spirituelles correspondantes1 et me bornant constater1 envers chacun d'eux1 sa filiation directe et ncessaire1 d'aprs la seule tendance naturelle des antcdens gnraux4 ,mais1 pour complter suffisamment cette conception lmentaire1 il faut maintenant y rtablir cette intervention fondamentale du catholicisme1 qui1 alors profondment incorpore aux murs et mme aux institutions1 a tant contribu imprimer l'organisation fodale le caractre qui la distingue1 en y dveloppant et perfectionnant les principes essentiels qui rsultaient de la nouvelle situation sociale4 ,cette participation complmentaire tait1 videmment1 encore moins accidentelle que la tendance principale3 ce qui a d'ailleurs conduit quelquefois en exagrer l'influence relle1 en y rapportant presque exclusivement la formation d'un tel rgime1 indpendamment de tout mouvement temporel2 tandis que1 en gnral1 l'action spirituelle ne saurait1 par sa nature1 jamais obtenir d'efficacit que sur des lmens prexistans1 et d'aprs des dispositions antrieures et spontanes4 ,les rsultats essentiels ne peuvent1 sous ce second aspect1 tre principalement attribus aux invasions germaniques1 puisque cette invitable influence les avait certainement prcdes2 ds son origine purement romaine1 elle tendait ncessairement modifier de plus en plus la constitution sociale conformment la nouvelle situation de l'empire4 minemment place1 par sa nature1 au point de vue d'o l'on pouvait alors le mieux saisir l'ensemble des vnemens1 la corporation spirituelle1 quoique son organisation propre ft encore peu avance1 avait trs bien prvu d'ailleurs l'irrsistible ncessit de tels envahissemens1 et s'tait depuis long-temps noblement prpare en modrer1 aux jours du choc1 la sauvage imptuosit1 en s'efforant1 par de courageuses missions1 d'amener d'avance la foi commune ces nergiques populations1 chez lesquelles toutefois le catholicisme s'tait le plus souvent arrt l'tat d'arianisme1 en vertu des motifs politiques prcdemment signals4 ,malgr cette frquente imperfection1 si difficile viter1 et qui fut alors une source fconde de graves embarras1 l'histoire manifeste hautement1 en beaucoup d'occasions capitales1 l'heureuse influence habituelle de l'intervention catholique pour prvenir ou attnuer les dangers des irruptions successives2 indpendamment de l'appui vident que devaient ensuite trouver ordinairement les vaincus1 aprs la conqute1 dans un puissant clerg qui1 pendant plusieurs sicles1 dut tre partout essentiellement recrut parmi eux1 et qui surtout devait tre presque toujours intimement dispos1 soit par l'esprit de son institution1 soit par l'intrt mme d'une domination toute morale1 contenir1 autant que possible1 la brutale autorit des vainqueurs4 ,sous ce rapport1 comme sous le prcdent1 il serait difficile1 vrai dire1 de dterminer exactement si l'invasion a rellement acclr ou retard l'invitable essor naturel du rgime fodal3 car1 d'un ct1 l'nergie morale et la rectitude intellectuelle de ces nations grossires taient certainement plus favorables1 au fond1 l'action de l'glise1 une fois surmonts les premiers obstacles1 que l'esprit sophistique et les murs corrompues des ,romains nervs2 mais1 d'une autre part1 leur tat mental trop loign d'abord du monothisme1 et leur profond mpris pour la race conquise1 devaient constituer d'importantes entraves l'efficacit civilisatrice du catholicisme4 ,quoi qu'il en soit1 cet gard aussi bien qu' l'autre1 de cette question secondaire1 essentiellement insoluble1 et heureusement fort oiseuse1 nous devons maintenant analyser la participation fondamentale de l'influence catholique au dveloppement graduel de l'organisation fodale1 successivement envisage sous chacun des trois aspects essentiels ci-dessus caractriss1 et envers lesquels les principales tendances temporelles sont dsormais suffisamment apprcies1 abstraction faite d'ailleurs de toute perturbation quelconque4 ,relativement au premier de ces trois attributs gnraux1 nous avons dj reconnu1 au chapitre prcdent1 l'aptitude ncessaire du monothisme seconder directement la transformation graduelle du systme primitif de conqute en systme essentiellement dfensif1 surtout quand l'heureuse sparation des deux pouvoirs lmentaires permet d'y raliser suffisamment une telle proprit1 ailleurs contenue et dissimule par leur vicieuse concentration4 ,il serait inutile de s'arrter ici constater cette tendance permanente dans le catholicisme1 o elle devait naturellement exister au plus haut degr1 puisque l'esprit de son institution1 l'ensemble de sa propre organisation1 et mme son ambition spciale1 le poussaient directement runir autant que possible les diverses nations chrtiennes en une seule famille politique1 sous la conduite habituelle de l'glise4 ,quoique cette noble influence ait t entrave par les murs belliqueuses de cette poque1 il est probable1 suivant la juste remarque de ,de ,maistre1 qu'elle y a prvenu beaucoup de guerres1 dont la sage mdiation du clerg touffait d'abord le germe2 on conoit d'ailleurs aisment1 indpendamment de toute opposition de principes et de sentimens1 que l'glise devait1 en gnral1 considrer la guerre comme diminuant son ascendant ordinaire sur les chefs temporels3 si la discontinuit priodique qu'elle tait alors parvenue imposer1 en principe1 aux oprations militaires1 avait pu tre suffisamment respecte1 elle et profondment contenu l'essor guerrier1 incompatible avec de telles intermittences4 ,toutes les grandes expditions1 essentiellement communes tous les peuples catholiques1 malgr qu'un seul en et pris ordinairement l'initiative1 furent1 au fond1 rellement dfensives1 et toujours destines mettre un terme1 rpressif ou prventif1 aux invasions successives1 qui tendaient devenir habituelles3 telles furent surtout les guerres de ,charlemagne1 d'abord contre les ,saxons1 et ensuite contre les ,sarrasins2 et1 plus tard1 les croisades elles-mmes1 unique moyen dcisif d'arrter l'envahissement du mahomtisme1 et qui1 envisages sous cet important point de vue1 ont1 en gnral1 pleinement russi1 comme ,de ,maistre l'a judicieusement remarqu4 ,le second caractre essentiel de l'organisation fodale1 c'est--dire1 l'esprit gnral de dcomposition primitive de l'autorit temporelle en petites souverainets territoriales hirarchiquement subordonnes entre elles1 a t puissamment second par le catholicisme1 qui a tant influ1 d'une part1 sur la transformation universelle des bnfices viagers en fiefs hrditaires1 et1 d'une autre part1 sur la coordination dfinitive des principes corelatifs d'obissance et de protection1 base essentielle d'une telle discipline sociale4 ,sous le premier aspect1 il est vident que le catholicisme1 qui avait radicalement exclu de son sein toute hrdit de fonctions1 n'a pu1 au contraire1 favoriser cette hrdit temporelle ni par pure routine1 ni par esprit de caste2 il a d tre essentiellement guid par un sentiment profond1 quoique confus1 des vraies ncessits sociales au moyen-ge4 ,la constitution de l'glise avait fait1 comme je l'ai expliqu1 une large part politique aux droits lgitimes de la capacit3 il fallait1 en mme temps1 que les conditions de la stabilit fussent convenablement garanties1 dans l'intrt final de la destination totale du systme4 ,or1 tel fut alors minemment l'effet principal de l'hrdit fodale1 quelque oppressive qu'elle ait d devenir ultrieurement4 ,par suite la fois de la sparation fondamentale des deux pouvoirs1 qui rservait au clerg les combinaisons politiques les plus difficiles1 et de la grande transformation militaire ci-dessus explique1 qui simplifiait beaucoup la plupart des oprations guerrires1 chaque chef de famille fodale devait ordinairement tre assez capable pour diriger suffisamment1 aprs une ducation spciale1 alors essentiellement domestique1 l'exercice de son autorit territoriale3 ce qui importait principalement c'tait1 sans doute1 de l'attacher au sol1 de lui transmettre1 avec une pleine efficacit1 les traditions politiques1 surtout locales2 de lui inspirer de bonne heure les sentimens et les murs correspondans sa position future2 de l'intresser spontanment1 de la manire la plus intime1 au sort de ses infrieurs1 vassaux ou serfs2 rien de tout cela ne pouvait tre encore aucunement ralis sans l'hrdit1 dont la proprit essentielle1 sensible1 mme aujourd'hui1 malgr la diversit des besoins et des situations1 consiste certainement dans la prparation morale de chacun sa destination sociale4 ,c'est ainsi que le catholicisme a d tre conduit favoriser systmatiquement l'esprit de caste par une dernire conscration partielle1 nettement limite l'ordre temporel1 et dont la nature purement provisoire rsultait ncessairement de sa contradiction radicale avec l'ensemble de la constitution catholique1 comme je l'ai dj indiqu4 ,quant la sage rgularisation gnrale des obligations rciproques de la tenure fodale1 la haute participation du catholicisme y est assurment trop vidente pour que nous devions nous y arrter dans une aussi rapide indication3 quelque intrt que dt d'ailleurs offrir la juste apprciation philosophique de cette admirable combinaison1 trop peu comprise aujourd'hui1 entre l'instinct d'indpendance et le sentiment de dvouement2 qui1 essentiellement inconnue toute l'antiquit1 suffirait seule constater la supriorit sociale du moyen-ge1 o elle a tant contribu lever la dignit morale de la nature humaine1 la vrit chez un petit nombre de familles privilgies1 mais destines cependant servir ensuite de type spontan toutes les autres classes1 mesure que devait s'accomplir leur mancipation graduelle4 ,enfin1 l'influence ncessaire du catholicisme n'est pas moins irrcusable sur la transformation universelle de l'esclavage en servage1 qui constitue le dernier attribut essentiel de l'organisation fodale4 ,la tendance gnrale du monothisme modifier profondment l'esclavage1 au moins en adoucissant la conduite des matres1 est sensible jusque dans le mahomtisme1 malgr la confusion fondamentale qui y persiste encore entre les deux grands pouvoirs sociaux4 ,elle devait donc tre extrmement prononce dans le systme catholique1 qui1 ne se bornant pas une simple prescription morale1 quelle qu'en ft l'imposante recommandation1 interposait directement1 entre le matre et l'esclave ou entre le seigneur et le serf1 une salutaire autorit spirituelle1 galement respecte de tous deux1 et continuellement dispose les ramener leurs devoirs mutuels4 ,malgr la dcadence actuelle du catholicisme1 on peut encore observer1 mme aujourd'hui1 des traces incontestables de cette invitable proprit1 en comparant le sort gnral des esclaves ngres1 de l',amrique protestante l',amrique catholique1 puisque la supriorit de celle-ci est1 cet gard1 hautement reconnue de tous les explorateurs impartiaux2 quoique d'ailleurs le clerg romain ne soit malheureusement pas tranger la ralisation primitive de cette grande aberration moderne1 si contraire l'ensemble de sa doctrine et de sa constitution4 ,ds son premier essor social1 la puissance catholique n'a cess de tendre1 toujours et partout1 avec une infatigable persvrance1 l'entire abolition de l'esclavage1 qui1 depuis l'accomplissement du systme de conqute1 avait cess de former une indispensable condition d'existence politique1 et n'aboutissait plus qu' entraver radicalement tout dveloppement social3 on conoit1 du reste1 aisment que cette tendance lmentaire ait d quelquefois tre dissimule et presque annule par suite d'obstacles particuliers certains peuples catholiques4 ,il faut1 en dernier lieu1 concevoir ici la grande institution de la chevalerie comme ayant1 par sa nature1 spontanment ralis un admirable rsum permanent des trois caractres essentiels dont nous venons ainsi de complter l'apprciation sommaire dans l'organisation temporelle du moyen-ge4 ,de quelques abus qu'elle ait d tre habituellement entoure1 il est impossible de mconnatre son minente utilit sociale1 tant que le pouvoir central n'a pas pu assez prvaloir pour rgulariser directement l'ordre intrieur de la nouvelle socit4 ,quoique le monothisme musulman n'ait pas t tranger1 mme avant les croisades1 au dveloppement graduel de ces nobles associations1 correctif naturel d'une insuffisante protection individuelle1 il est nanmoins vident que leur libre essor est un produit spontan de l'esprit gnral du moyen-ge1 o l'on ne saurait mconnatre surtout la salutaire influence1 ostensible ou secrte1 du catholicisme1 tendant convertir enfin un simple moyen d'ducation militaire en un puissant instrument de sociabilit4 ,l'organisation caractristique de ces mmorables affiliations1 o1 jusqu' l'extinction totale du systme fodal1 le mrite l'emportait sur la naissance et mme sur la plus haute autorit1 a t puissamment seconde par cette conformit gnrale avec l'esprit du catholicisme1 quoique elle ait eu d'abord1 comme tous les autres lmens de ce rgime1 une origine purement temporelle4 ,toutefois1 malgr que la chevalerie constitue l'une des plus clatantes manifestations gnrales de l'invitable supriorit sociale du moyen-ge sur l'antiquit1 il ne faut pas ngliger de signaler rapidement le danger capital que l'une de ses principales branches a d faire natre contre l'ensemble de ce grand difice politique1 et surtout contre l'admirable division fondamentale des deux pouvoirs sociaux4 ,ce danger a commenc surgir lorsque les besoins spciaux des croisades ont dtermin la formation rgulire de ces ordres exceptionnels de chevalerie europenne1 o le caractre monastique tait intimement uni au caractre militaire1 afin de mieux s'adapter aux ncessits propres de cette importante destination4 ,on conoit1 en effet1 que1 chez de tels chevaliers1 une combinaison aussi contraire l'esprit et aux conditions du systme total devait tendre directement1 aussitt que le but particulier de cette cration anomale aurait t suffisamment ralis1 dvelopper minemment une monstrueuse ambition1 en leur faisant rver une nouvelle concentration des deux puissances lmentaires4 ,telle fut1 en principe1 la clbre histoire des ,templiers1 dont notre thorie fait ainsi spontanment dcouvrir enfin la vritable explication gnrale3 car1 cet ordre fameux doit tre finalement regard comme instinctivement constitu1 par sa nature1 en une sorte de conjuration permanente1 menaant la fois la royaut et la papaut1 qui1 malgr leurs dmls habituels1 ont su se runir enfin pour sa destruction3 c'est l1 ce me semble1 le seul grave danger politique qu'ait d rencontrer l'ordre social du moyen-ge1 qui1 par sa remarquable correspondance avec la civilisation contemporaine1 s'est en quelque sorte maintenu presque toujours par son propre poids1 tant que cette conformit fondamentale a suffisamment persist4 ,quelque rapide que dt tre ici l'apprciation sommaire dont je viens de terminer l'indication1 elle suffira1 j'espre1 pour montrer1 en dernier rsultat gnral1 le systme fodal comme le berceau ncessaire des socits modernes1 considres sous le seul aspect temporel4 ,c'est l1 en effet1 qu'a directement commenc la transformation graduelle de la vie militaire en vie industrielle1 qui constitue1 cet gard1 le principal caractre lmentaire de la civilisation moderne1 et qui fut certainement le but social vers lequel tendit l'ensemble de la politique europenne1 intrieure ou extrieure1 pendant tout le moyen-ge3 peu importe d'ailleurs que cette consquence universelle ait t ou non sentie par ceux-l mme qui ont le plus contribu la dterminer2 puisque1 d'aprs la complication suprieure des phnomnes politiques1 la plupart de ceux qui y participent ne sauraient avoir conscience de leur efficacit relle1 si souvent contraire aux desseins les mieux concerts1 surtout mesure que la socit humaine s'tend et se gnralise4 ,dans l'ordre europen1 il est clair que la principale activit militaire fut destine1 au moyen-ge1 poser d'insurmontables barrires l'esprit d'invasion1 dont la prolongation indfinie menaait d'arrter le dveloppement social3 et cet indispensable rsultat n'a t suffisamment obtenu que lorsque les peuples du ,nord et de l',est ont t enfin forcs1 par la difficult de trouver ailleurs de nouveaux tablissemens1 d'excuter1 dans leur propre pays1 quelque dfavorable qu'il pt tre1 leur transition finale la vie agricole et sdentaire1 moralement garantie1 en outre1 par leur conversion gnrale au catholicisme4 ,ainsi1 ce que l'opration romaine avait commenc1 pour la grande volution prliminaire de l'humanit1 en assimilant les peuples civiliss1 l'opration fodale l'a dignement complt1 en consolidant jamais cette indispensable assimilation1 par cela seul qu'il poussait irrsistiblement les barbares se civiliser aussi4 ,envisag dans l'ensemble de sa dure1 le systme fodal a pris la guerre l'tat dfensif1 et1 aprs l'avoir1 sous cette nouvelle nature1 suffisamment dveloppe1 il a ncessairement tendu son extirpation radicale1 sauf les ncessits exceptionnelles1 en la laissant ainsi sans aliment habituel1 par suite mme de la manire pleinement satisfaisante dont il avait rempli son noble mandat social4 ,dans l'ordre purement national1 son influence ncessaire a concouru essentiellement un semblable rsultat gnral1 soit en concentrant l'activit militaire chez une caste de plus en plus restreinte1 dont l'autorit protectrice devenait compatible avec l'essor industriel de la population laborieuse1 quelque chtive que dt tre d'abord l'existence subalterne de celle-ci2 soit en modifiant aussi de plus en plus1 chez les chefs eux-mmes1 le caractre guerrier1 qui1 ds l'origine1 radicalement dfensif1 devait ensuite1 faute d'emploi suffisant1 se transformer peu peu en celui de grand propritaire territorial1 tendant devenir le simple directeur suprme d'une vaste exploitation agricole1 du moins quand il ne dgnrait pas en courtisan4 ,la grande conclusion universelle1 qui devait ncessairement caractriser1 tous gards1 une telle conomie1 tait donc1 en un mot1 l'invitable abolition finale de l'esclavage et du servage1 et ensuite l'mancipation civile de la classe industrielle1 quand son dveloppement propre a pu tre assez prononc1 comme je l'indiquerai spcialement ci-aprs4 ,ayant ainsi convenablement opr1 pour notre but principal1 l'importante et difficile apprciation politique1 d'abord spirituelle1 puis temporelle1 de l'ensemble du rgime monothique du moyen-ge1 dont le vrai caractre a toujours t si mconnu jusqu'ici1 il ne nous reste plus maintenant qu' en complter l'analyse fondamentale1 en examinant sommairement son admirable influence morale1 et enfin son efficacit intellectuelle trop peu comprise4 ,l'tablissement social de la morale universelle ayant constitu1 sans aucun doute1 la principale destination finale du catholicisme1 il semblerait d'abord que l'examen de cette grande attribution devait ici suivre immdiatement celui de l'organisation catholique1 sans attendre que l'ordre temporel correspondant et t directement considr4 ,mais1 malgr cette incontestable relation1 en retardant dessein une telle apprciation morale jusqu' ce que l'ensemble de l'apprciation politique pt tre convenablement termin1 j'ai voulu la mieux placer sous son vrai jour historique1 en faisant ainsi sentir qu'elle doit tre surtout rattache au systme total de l'organisation politique propre au moyen-ge1 et non pas exclusivement l'un de ses deux lmens essentiels1 quelque fondamentale1 ou mme prpondrante1 qu'ait d d'ailleurs tre1 sous ce rapport1 son indispensable participation4 ,si le catholicisme est venu1 pour la premire fois1 rgulariser enfin la vritable constitution morale de l'humanit1 en attribuant directement la morale1 avec une irrsistible autorit1 l'ascendant social convenable sa nature1 il n'est pas douteux1 d'un autre ct1 que l'ordre fodal1 envisag comme un simple rsultat spontan de la nouvelle situation sociale1 suivant les explications prcdentes1 a immdiatement introduit de prcieux germes lmentaires d'une haute moralit1 qui lui taient entirement propres1 et sans lesquels l'opration catholique ne pouvait suffisamment russir1 quoique le catholicisme les ait ensuite admirablement dvelopps et perfectionns4 ,en n'oubliant jamais que le catholicisme lui-mme1 d'aprs notre thorie1 tait1 aussi bien que la fodalit1 une suite ncessaire de l'ensemble des antcdens1 l'heureuse harmonie qui a rgn1 cet gard1 entre ces deux grands lmens sociaux1 ne fera point exagrer1 au dtriment de l'un1 l'influence de l'autre1 en attribuant uniquement au catholicisme une rgnration morale1 o il n'a d tre essentiellement que l'organe actif et rationnel d'un progrs naturellement amen par la nouvelle phase gnrale qu'avait alors atteinte l'volution sociale de l'humanit4 ,il est clair1 en effet1 que la morale purement militaire et nationale1 toujours subordonne la politique1 qui avait d caractriser1 comme je l'ai tabli1 l'conomie sociale de toute l'antiquit1 afin que son indispensable destination provisoire pt tre suffisamment accomplie1 devait ncessairement tendre ensuite se transformer spontanment en une morale de plus en plus pacifique et universelle1 dont l'ascendant politique deviendrait de plus en plus prononc1 depuis que cette opration prliminaire avait t convenablement ralise1 par l'entire extension finale du systme de conqute1 dsormais radicalement chang en systme dfensif4 ,or1 la gloire sociale du catholicisme1 celle qui lui mritera la reconnaissance ternelle de l'humanit1 lorsque les croyances thologiques quelconques n'existeront plus que dans les souvenirs historiques1 a surtout consist alors dvelopper et rgulariser1 autant que possible1 cette heureuse tendance naturelle1 qu'il n'et pas t en son pouvoir de crer3 ce serait exagrer1 de la manire la plus vicieuse1 l'influence gnrale1 malheureusement si faible1 des doctrines quelconques sur la vie relle1 individuelle ou sociale1 que de leur attribuer ainsi la proprit de modifier un tel degr le mode essentiel de l'existence humaine4 ,qu'on suppose le catholicisme intempestivement transplant1 par un aveugle proslytisme ou par une irrationnelle imitation1 chez des peuples qui n'aient point encore achev une telle volution prparatoire2 et1 prive de cet indispensable fondement1 son influence sociale y restera essentiellement dpourvue de cette grande efficacit morale que nous admirons si justement au moyen-ge3 le mahomtisme en offre un exemple pleinement dcisif2 puisque sa morale1 quoique tout aussi pure1 en principe1 que celle du christianisme1 d'o elle a t surtout tire1 est bien loin d'avoir produit les mmes rsultats effectifs1 sur une population trop peu avance1 qui n'avait pu convenablement subir cette prparation temporelle fondamentale1 et qui se trouvait ainsi prmaturment appele1 sans spontanit suffisante1 un monothisme encore inopportun4 ,il demeure donc incontestable que l'apprciation morale du moyen-ge ne doit pas tre philosophiquement dirige d'aprs la considration unique de l'ordre spirituel1 l'exclusion de l'ordre temporel2 mais il faut d'ailleurs viter soigneusement toute oiseuse discussion de vaine prsance entre ces deux lmens sociaux1 aussi insparables qu'indispensables1 dont chacun a1 sous cet aspect capital1 une influence propre1 nettement dtermine en principe1 quoique trop intimement mle l'autre pour comporter toujours une juste rpartition effective4 ,une erreur beaucoup plus fondamentale1 dont les consquences relles1 mme aujourd'hui1 sont infiniment plus graves1 et qui malheureusement est la fois plus commune et plus enracine1 rsulte1 ce sujet1 d'une irrationnelle tendance1 dtermine ou entretenue par l'cole mtaphysique1 soit protestante1 soit diste1 attribuer essentiellement l'efficacit morale du catholicisme sa seule doctrine1 abstraction faite de son organisation propre1 que l'on s'efforce1 au contraire1 de reprsenter comme essentiellement oppose1 par sa nature1 une telle destination4 ,les divers motifs sociaux d'aprs lesquels j'ai expliqu ci-dessus les principales conditions gnrales de cette organisation1 doivent videmment nous dispenser ici de revenir directement sur cette fausse et dangereuse opinion1 ainsi radicalement rfute d'avance1 puisque ces motifs taient surtout tirs de la ralisation de ce but moral3 d'ailleurs les exemples pleinement dcisifs ne manqueraient pas pour justifier irrcusablement cette rectification pralable1 sans parler mme du mahomtisme1 que je viens de citer1 et o l'absence d'une convenable organisation spirituelle se complique trop avec l'inaptitude lmentaire d'une population mal prpare3 il suffirait1 cet effet1 de mentionner le prtendu catholicisme grec1 ou plutt byzantin1 qui1 par l'excessive prolongation de l'empire1 n'ayant pu comporter une vraie constitution distincte et spciale du pouvoir spirituel1 s'est trouv1 malgr la plus grande conformit de doctrines1 thologiques et morales1 avec le catholicisme rel1 et malgr d'ailleurs la similitude primitive des populations correspondantes1 constamment frapp d'une profonde strilit morale1 dont l'exacte apprciation philosophique1 si elle tait possible ici1 confirmerait minemment1 par un lumineux contraste1 la justesse ncessaire des principes prcdemment poss4 ,plus on mditera sur ce grand sujet1 mieux on se convaincra1 j'ose l'assurer1 que la grande efficacit morale du catholicisme a essentiellement dpendu de sa constitution sociale1 et trs accessoirement tenu l'influence propre et directe de sa seule doctrine1 abstraitement envisage1 quoi qu'en dise la critique mtaphysique4 ,quelque pure que pt tre sa morale 7et qui prcha jamais directement avec succs une morale vraiment impure871 elle n'et gure abouti1 dans la vie relle1 qu' d'impuissantes formules1 accompagnes de superstitieuses pratiques1 sans l'active intervention continue d'un pouvoir spirituel convenablement organis et suffisamment indpendant1 o consistait ncessairement la principale valeur sociale d'un tel systme religieux4 ,le faible ascendant naturel de notre intelligence sur nos passions rend ce danger fondamental ncessairement commun1 un degr plus ou moins prononc1 toute doctrine quelconque2 et rien ne dmontre mieux1 en gnral1 l'indispensable besoin moral d'une vritable organisation spirituelle3 mais ce besoin doit plus spcialement appartenir1 comme je l'ai tabli1 aux doctrines thologiques1 cause du vague et de l'incohrence qui les caractrisent spontanment1 et qui1 loin de leur permettre d'inspirer directement une conduite dtermine1 les rendent1 l'usage1 presque indfiniment modifiables au gr de penchans nergiques1 jusqu' pouvoir mme sanctionner finalement les plus monstrueuses aberrations pratiques1 ainsi que l'ont prouv tant d'clatans exemples1 depuis que l'mancipation religieuse est assez avance4 ,avant de procder immdiatement la saine apprciation de la haute influence morale propre au rgime monothique du moyen-ge1 il tait indispensable de rappeler distinctement ces notions prliminaires1 afin que cette influence pt tre ensuite rapporte sans effort sa vraie source principale1 en prvenant1 autant que possible1 une dviation philosophique1 trop commune aujourd'hui4 ,c'est pourquoi je dois1 en outre1 perfectionner1 ou plutt complter1 cette importante analyse pralable1 en faisant encore prcder une telle apprciation directe par l'exacte dtermination spciale du mode essentiel d'efficacit morale qui a rellement appartenu aux doctrines catholiques1 abstraction faite dsormais de l'organisation correspondante1 dont l'intervention continue1 maintenant incontestable1 sera toujours implicitement suppose en tout ce qui va suivre4 ,a cet gard1 la discussion principale1 immdiatement lie aujourd'hui aux plus grands intrts de l'humanit1 consiste dcider1 en gnral1 si l'action morale du catholicisme au moyen-ge tenait surtout la proprit1 alors exclusivement inhrente ses doctrines1 de servir d'organes indispensables la constitution rgulire de certaines opinions spontanment communes1 dont la puissance publique1 une fois tablie1 tait ncessairement doue1 par sa seule universalit1 d'un irrsistible ascendant moral3 ou bien si1 selon l'hypothse vulgaire1 les rsultats effectifs ont essentiellement dpendu de ces profondes impressions personnelles d'espoir1 et encore plus de crainte1 relatives la vie future1 que le catholicisme s'tait attach coordonner et fortifier avec plus de soin et d'habilet qu'aucune autre religion1 soit antrieure1 soit mme postrieure2 prcisment parce qu'il avait judicieusement vit de rien formuler dogmatiquement ce sujet1 laissant l'imagination intresse de chaque croyant dtailler librement les peines et les rcompenses promises1 d'une manire bien autrement nergique1 et bien mieux approprie aux convenances individuelles1 que ne l'et permis1 comme dans la foi musulmane1 par exemple1 l'immuable contemplation d'une perspective banale1 quelque heureusement qu'elle et d'abord t choisie4 ,cette grande question1 qui1 j'ose le dire1 n'a jamais t convenablement pose1 ne saurait tre nettement rsolue par l'examen des cas ordinaires1 o les deux influences ont d videmment coexister toujours1 pendant tout le rgne du catholicisme2 ce qui doit conduire1 moins d'une analyse trs varie et souvent fort difficile1 attribuer frquemment l'une ce qui appartient vraiment l'autre1 suivant la prdisposition dominante de notre intelligence2 comme le tmoignent1 en tant d'exemples1 les discussions scientifiques1 sur des sujets mme infiniment plus simples4 ,la saine logique indique donc ici la ncessit de prononcer surtout d'aprs ces cas1 plus ou moins exceptionnels1 o les deux grandes influences qu'il s'agit de comparer se sont trouves en opposition mutuelle1 par une discordance anomale trs caractrise entre les prjugs publics et les prescriptions religieuses1 ordinairement d'accord3 ce doivent tre videmment les seules circonstances o l'observation directe puisse tre pleinement dcisive1 moins de contradiction formelle avec un principe dj bien tabli4 ,or1 quoique de telles occasions doivent1 par leur nature1 tre fort rares1 surtout pour des sujets suffisamment importans1 une judicieuse exploration sociologique en fera aisment discerner1 aux divers ges du catholicisme1 plusieurs pleinement irrcusables1 et remplissant spontanment1 au degr convenable1 toutes les conditions indispensables la dmonstration historique de cet aphorisme vraiment capital de statique sociale3 les prjugs publics sont habituellement plus puissans que les prceptes religieux1 dans tout antagonisme qui vient s'tablir entre ces deux forces morales1 jusqu'ici le plus souvent convergentes4 ,mon illustre prcurseur1 l'infortun ,condorcet1 qui me parat avoir seul compris dignement une telle discussion1 a cit surtout un exemple minemment dcisif1 que je crois devoir indiquer ici1 soit raison de sa haute importance sociale1 soit parce que l'opposition des deux forces s'y trouvait trs marque3 c'est le cas gnral du duel1 qui1 aux plus beaux temps du catholicisme1 impos par les murs militaires1 conduisait si frquemment tant de pieux chevaliers braver directement les plus nergiques condamnations religieuses2 tandis que 7afin de complter1 par un contraste non moins significatif1 cette lumineuse observation71 on voit aujourd'hui le duel spontanment disparatre peu peu1 sous la seule prpondrance graduelle des murs industrielles1 malgr l'entire dcadence pratique des prohibitions thologiques4 ,cette seule indication capitale1 laquelle je dois ici me rduire1 suffira1 j'espre1 pour suggrer au lecteur beaucoup d'autres vrifications analogues1 plus ou moins prononces1 d'un principe d'ailleurs en pleine harmonie avec la connaissance relle de la nature humaine1 qui nous dterminera toujours1 dans les cas suffisamment graves1 braver un pril lointain1 quelque intense qu'il puisse tre1 plutt que d'encourir immdiatement l'invitable fltrissure d'une opinion publique trs arrte et trs unanime4 ,quoique rien1 au premier aspect1 ne semble pouvoir contrebalancer la puissance des terreurs religieuses1 directement relatives un avenir indfini1 il n'est pas douteux cependant que1 par une suite ncessaire de cette ternit mme1 des mes assez nergiques1 comme il en a toujours exist1 et surtout au moyen-ge1 sans contester aucunement la ralit d'une telle perspective future1 ont pu se la rendre secrtement assez familire pour n'en plus tre arrtes dans leurs impulsions dominantes3 car1 l'ternit de douleur1 aussi inintelligible que l'ternit de plaisir1 ne saurait se concilier1 dans notre imagination1 avec cette aptitude vidente de toute vie animale convertir en indiffrence tout sentiment continu4 ,milton a beau consumer son admirable gnie potique nous peindre les damns alternativement transports1 par un infernal raffinement1 du lac de feu sur l'tang glac1 l'ide des bains russes fait bientt succder le sourire ce premier effroi1 et rappeler que la puissance de l'habitude peut atteindre aussi le changement mme1 quelque brusque qu'il puisse tre1 ds qu'il devient assez frquent4 ,on sentira toute la porte relle d'une semblable apprciation1 malgr son apparence paradoxale1 si l'on considre que la mme nergie qui pousse aux grands crimes peut galement conduire braver de tels arrts1 envers lesquels le temps ne saurait d'ailleurs manquer pour se prparer graduellement leur excution lointaine1 dt-elle n'tre jamais affecte d'aucune grave incertitude1 ce qui est certainement impossible4 ,quant aux mes ordinaires1 il est clair que l'espoir1 toujours rserv1 d'une absolution finale1 qui constituait1 comme je l'ai expliqu1 une indispensable condition gnrale de l'existence pratique du catholicisme1 devait souvent suffire1 dans les circonstances1 naturellement moins critiques1 o elles se trouvaient communment1 leur inspirer le facile courage de violer momentanment les prceptes religieux2 tandis qu'elles n'auraient pu1 sans des efforts bien plus puissans1 affronter directement les prjugs publics1 dans les cas d'antagonisme trs prononcs4 ,sans insister ici davantage sur un tel sujet1 maintenant assez clairci pour notre but principal1 nous devrons donc regarder dsormais la force morale du catholicisme comme ayant d tenir essentiellement1 aux poques mme de sa plus grande intensit1 son aptitude ncessaire1 tant qu'il a pu suffisamment rgner1 se constituer spontanment en organe rgulier des opinions communes1 dont l'irrsistible universalit devait naturellement tirer une nouvelle nergie continue de leur active reproduction systmatique par un clerg indpendant et respect3 les considrations purement relatives la vie future n'ont pu avoir comparativement1 en aucun temps1 qu'une influence trs accessoire sur la conduite relle4 ,outre l'utilit historique de cette analyse pralable dans la saine apprciation gnrale de l'influence morale propre au catholicisme1 le lecteur doit1 sans doute1 dj pressentir l'extrme intrt philosophique qu'elle devra bientt acqurir1 quand nous serons graduellement parvenus l'examen direct de l'tat prsent de l'humanit1 o1 d'aprs un tel prambule1 nous devrons immdiatement expliquer comment l'volution intellectuelle1 quoique finissant par dissiper sans retour toutes ces motions thologiques1 est loin cependant de diminuer1 en ralit1 les garanties morales de l'ordre social1 parce qu'elle doit dvelopper minemment la force insurmontable de l'opinion publique1 par un incontestable privilge de la philosophie positive1 qui sera alors convenablement caractris4 ,l'admirable rgnration graduelle que1 au moyen-ge1 le catholicisme a suffisamment accomplie1 ou du moins convenablement bauche1 dans la morale humaine1 a surtout consist1 d'aprs nos indications antrieures1 transporter enfin1 autant que possible1 la morale la suprmatie sociale jusque alors toujours demeure la politique1 en faisant justement prvaloir dsormais les besoins les plus gnraux et les plus fixes sur les ncessits particulires et variables1 par la considration1 directement prpondrante1 des conditions lmentaires de l'existence humaine1 de celles qui1 immuables dans leur nature et seulement de plus en plus dveloppes1 sont invitablement communes tous les tats sociaux et toutes les situations individuelles1 et dont les exigences fondamentales1 formules par une doctrine universelle1 dterminaient ainsi la mission spciale du pouvoir spirituel1 essentiellement destin les faire continuellement respecter dans la vie relle1 individuelle et sociale1 ce qui supposait d'abord son entire indpendance du pouvoir politique proprement dit4 ,sans doute1 comme je l'expliquerai plus tard1 la philosophie1 minemment thologique1 sur laquelle devait alors exclusivement reposer cette sublime opration sociale1 en a1 sous divers aspects importans1 beaucoup altr la puret1 et mme gravement compromis l'efficacit2 soit parce que le vague de cette philosophie affectait forcment1 malgr toutes les prcautions de la sagesse sacerdotale1 les prescriptions morales qui s'y rattachaient2 soit aussi cause de l'empire moral trop arbitraire qui en devait rsulter pour la corporation directrice1 et sans lequel nanmoins l'absolu inhrent aux prceptes religieux les et rendus rellement impraticables2 soit enfin par suite de la sorte de contradiction intime qui devait implicitement entraver une doctrine o l'on se proposait de cultiver surtout le sentiment social1 mais en dveloppant d'abord un gosme exorbitant1 quoique idal1 ne concevant jamais le moindre bien qu'en vue de rcompenses infinies1 en sorte que la proccupation continue du salut individuel devait directement neutraliser1 un haut degr1 ce qu'il y avait de vraiment sympathique dans l'heureuse et touchante affection unanime de l'amour de ,dieu4 ,mais1 quelque incontestables que soient ces divers inconvniens capitaux1 ils taient videmment invitables1 et ils n'ont point empch alors la ralisation suffisante d'une rgnration qui ne pouvait autrement commencer1 quoiqu'elle doive maintenant tre poursuivie et perfectionne d'aprs de meilleures bases intellectuelles4 ,c'est ainsi que1 par une juste apprciation comparative des diffrens besoins de l'humanit1 la morale a t enfin dignement place la tte des ncessits sociales1 en concevant toutes les facults quelconques de notre nature comme ne devant jamais constituer que des moyens plus ou moins efficaces1 toujours subordonns ce grand but fondamental de la vie humaine1 directement consacr par une doctrine universelle1 convenablement rige en type ncessaire de tous les actes rels1 individuels ou sociaux4 ,on doit1 la vrit1 reconnatre qu'il y avait1 au fond1 ainsi que je l'expliquerai ci-aprs1 quelque chose d'intimement hostile au dveloppement intellectuel dans la manire dont l'esprit chrtien concevait la suprmatie sociale de la morale1 quoique cette opposition ait t fort exagre2 mais le catholicisme1 son ge de prpondrance1 a spontanment contenu une telle tendance1 par cela mme qu'il prenait le principe de la capacit pour base directe de sa propre constitution ecclsiastique3 cette disposition lmentaire1 dont le danger philosophique ne devait se manifester qu'au temps de la dcadence du systme catholique1 n'empchait nullement la justesse radicale de cette sage dcision sociale qui subordonnait ncessairement l'esprit lui-mme la moralit4 ,les intelligences1 de plus en plus multiplies1 qui1 sans tre vraiment minentes1 ont atteint1 surtout par la culture1 un degr moyen d'lvation1 se sont toujours1 et principalement aujourd'hui1 secrtement insurges contre cet arrt salutaire1 qui gne leur ambition dmesure3 mais il sera ternellement confirm1 avec une profonde reconnaissance1 malgr les perturbations provenues d'une telle antipathie mal dissimule1 soit par la masse sociale1 au profit de laquelle il est directement conu1 soit par le vrai gnie philosophique1 qui en peut analyser dignement l'immuable ncessit4 ,quoique la vritable supriorit mentale soit certainement la plus rare et la plus prcieuse de toutes1 il est nanmoins irrcusable que1 mme chez les organismes exceptionnels o elle est convenablement prononce1 elle ne peut raliser suffisamment son principal essor quand elle n'est point subordonne une haute moralit1 par suite du peu d'nergie relative des facults spirituelles dans l'ensemble de la nature humaine4 ,sans cette indispensable condition permanente1 le gnie1 en supposant qu'il puisse tre alors entirement dvelopp1 ce qui serait bien difficile1 dgnrera promptement en instrument secondaire d'une troite satisfaction personnelle1 au lieu de poursuivre directement cette large destination sociale qui peut seule lui offrir un champ et un aliment dignes de lui3 ds-lors1 s'il est philosophique1 il ne s'occupera que de systmatiser la socit au profit de ses propres penchans2 s'il est scientifique1 il se bornera des conceptions superficielles1 susceptibles de procurer bientt des succs faciles et productifs2 s'il est esthtique1 il produira des uvres sans conscience1 aspirant1 presque tout prix1 une rapide et phmre popularit2 enfin1 s'il est industriel1 il ne cherchera point des inventions capitales1 mais des modifications lucratives4 ,ces dplorables rsultats ncessaires de l'esprit dpourvu de direction morale1 qui1 du moins1 malgr qu'ils neutralisent radicalement la valeur sociale du gnie lui-mme1 ne sauraient entirement l'annuler1 doivent tre videmment encore plus vicieux chez les hommes secondaires ou mdiocres1 spontanit peu nergique3 alors l'intelligence1 qui ne devrait servir essentiellement qu' perfectionner la prvision1 l'apprciation1 et la satisfaction des vrais besoins principaux de l'individu et de la socit1 n'aboutit le plus souvent1 dans sa vaine suprmatie1 qu' susciter une insociable vanit1 ou fortifier d'absurdes prtentions dominer le monde au nom de la capacit1 qui1 ainsi moralement affranchie de toute condition d'utilit gnrale1 finit par devenir d'ordinaire galement nuisible au bonheur priv et au bien public1 comme on ne l'prouve que trop aujourd'hui4 ,pour quiconque a convenablement approfondi la vritable tude fondamentale de l'humanit1 l'amour universel1 tel que l'a conu le catholicisme1 importe certainement encore davantage que l'intelligence elle-mme1 dans l'conomie usuelle de notre existence1 individuelle ou sociale1 parce que l'amour utilise spontanment1 au profit de chacun et de tous1 jusqu'aux moindres facults mentales2 tandis que l'gosme dnature ou paralyse les plus minentes dispositions1 ds-lors souvent bien plus perturbatrices qu'efficaces1 quant au bonheur rel1 soit priv1 soit public4 ,la profonde sagesse du catholicisme1 en constituant enfin la morale au-dessus de toute l'existence humaine1 afin d'en diriger et contrler sans cesse les divers actes quelconques1 a donc certainement tabli le principe le plus fondamental de la vie sociale1 et qui1 quoique momentanment branl ou obscurci par de dangereux sophismes1 surgira toujours finalement1 avec une vidence croissante1 d'une tude de plus en plus approfondie de notre vritable nature1 surtout quand le positivisme rationnel aura spontanment dissip1 ce sujet1 les tnbres mtaphysiques4 ,du reste1 en considrant1 cet gard1 aussi bien que sous tout autre aspect plus dtermin1 l'apprciation morale du catholicisme1 il ne faut jamais oublier que1 par suite mme de l'indpendance lmentaire de la morale envers la politique1 organise par la sparation gnrale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 la doctrine morale a d ds lors se composer essentiellement d'une suite de types1 destins surtout1 non formuler immdiatement la pratique relle1 mais caractriser convenablement la limite1 toujours plus ou moins idale1 dont notre conduite devait tendre sans cesse se rapprocher de plus en plus4 ,la nature et la destination de ces types moraux sont entirement analogues celles des types scientifiques ou esthtiques1 qui1 dans toute uvre rationnellement dirige1 servent de guide indispensable nos diverses conceptions1 et dont le besoin se fait sentir jusque dans les plus simples oprations humaines1 mme industrielles4 ,on a radicalement mconnu1 sous ce rapport1 l'esprit gnral de la morale catholique1 de manire n'en pouvoir porter que de faux jugemens philosophiques1 lorsqu'on lui a irrationnellement reproch la prtendue exagration de ses principaux prceptes3 il serait aussi judicieux de critiquer les peintres1 par exemple1 sur la perfection chimrique de leurs modles intrieurs4 ,il est clair1 en gnral1 que des types quelconques doivent ncessairement dpasser les ralits correspondantes1 puisqu'ils en doivent constituer les limites idales1 au-dessous desquelles la pratique ne restera certainement que trop1 encore plus dans l'ordre moral que dans l'ordre intellectuel3 ce qui n'empche nullement1 en l'un et l'autre cas1 leur utilit fondamentale1 pourvu qu'ils soient convenablement construits2 condition que l'ide mme de limite1 telle que les gomtres l'ont rgularise1 est minemment propre dfinir exactement aujourd'hui4 ,l'instinct philosophique du catholicisme lui a fait remplir spontanment1 de la manire la plus heureuse1 cette condition indispensable1 en le conduisant faire passer1 pour plus d'efficacit pratique1 ses types moraux de l'tat abstrait l'tat concret1 preuve vraiment dcisive qui1 en un sujet quelconque1 manifesterait aussitt l'exagration effective des conceptions initiales3 c'est ainsi que les premiers philosophes qui ont bauch le catholicisme se sont complu naturellement dans l'application de leur gnie social concentrer graduellement1 sur celui auquel ils rapportaient la fondation primordiale du systme1 toute la perfection qu'ils pouvaient concevoir dans la nature humaine2 de manire l'riger ensuite en type universel et actif1 alors admirablement adapt la direction morale de l'humanit1 et dans lequel1 en un cas quelconque1 les plus chtifs et les plus minens pouvaient galement trouver des modles gnraux de conduite relle2 ce type sublime ayant d'ailleurs t admirablement complt par la conception1 encore plus idale1 qui reprsente1 pour la femme1 la plus heureuse conciliation mystique de la puret avec la maternit4 ,toutes les diverses branches essentielles de la morale universelle ont reu du catholicisme des amliorations capitales1 qui ne sauraient tre ici spcialement mentionnes1 et pour la juste apprciation desquelles je puis d'ailleurs renvoyer provisoirement aux philosophes catholiques1 surtout ,bossuet et ,de ,maistre1 qui les ont1 en gnral1 sainement juges4 ,je dois me borner maintenant l'indication rapide des plus importans progrs1 dans les trois parties successives qui composent l'ensemble de la morale1 d'abord personnelle1 puis domestique1 et enfin sociale1 suivant la division tablie au cinquantime chapitre4 ,consacrant l'opinion unanime des philosophes antrieurs1 le catholicisme a dignement envisag les vertus individuelles comme la premire base de toutes les autres1 en ce qu'elles offrent l'exercice le plus naturel et le plus dcisif cet ascendant nergique de la raison sur la passion1 d'o dpend tout le perfectionnement moral4 ,aussi ne doit-on pas mme croire dpourvues d'efficacit sociale1 surtout au moyen-ge1 ces pratiques artificielles o l'homme tait pouss s'imposer volontairement des privations systmatiques1 qui1 malgr leur inutilit apparente1 ont pu constituer d'heureux auxiliaires permanens de l'ducation morale#bb4 ,du reste1 les vertus simplement personnelles ont commenc alors tre conues directement dans leur destination sociale1 tandis que les anciens les recommandaient surtout titre de prudence purement relative l'individu1 isolment considr3 la philosophie positive poursuivra de plus en plus cette importante transformation1 qui tend ter l'arbitrage de la sagesse prive des habitudes o l'individu est loin certes d'tre seul intress4 ,l'humilit1 tant reproche cette partie lmentaire de la morale catholique1 constitue1 au contraire1 une prescription capitale1 dont la valeur relle n'est pas seulement borne ces temps d'orgueilleuse oppression qui en ont mieux manifest la ncessit1 mais se rapporte1 en gnral1 aux vrais besoins moraux de la nature humaine1 o il n'est pas craindre1 sans doute1 que l'orgueil et la vanit soient effectivement jamais trop abaisss3 la nouvelle philosophie sociale confirmera et mme perfectionnera ncessairement1 un haut degr1 cet important prcepte1 en l'tendant spontanment jusqu'aux supriorits intellectuelles1 quoiqu'elle leur ouvre le plus vaste champ2 car1 rien n'est assurment plus propre que les tudes positives1 pour peu1 du moins1 qu'elles soient convenablement approfondies et philosophiquement conues1 faire continuellement apprcier1 en tous sens1 la faible porte de notre intelligence1 quelque noble fiert rationnelle que doive d'ailleurs nous inspirer une satisfaisante dcouverte de la vrit4 ,mais je dois surtout signaler1 au sujet de ce premier ordre de prescriptions morales1 une dernire innovation essentielle1 heureusement accomplie par le catholicisme1 et dont la philosophie mtaphysique a fait mconnatre l'minente valeur sociale3 je veux dire la rprobation gnrale du suicide1 dont les anciens1 aussi ddaigneux de leur propre vie que de celle d'autrui1 s'taient si souvent fait un monstrueux honneur1 ou du moins une trop frquente ressource1 plus d'une fois imite par leurs philosophes1 loin d'en tre blme4 ,cette pratique antisociale devait1 sans doute1 spontanment dcrotre avec la prdominance des murs militaires2 mais c'est certainement une des gloires morales du catholicisme d'en avoir convenablement organis l'nergique condamnation1 dont l'importance1 momentanment oublie aujourd'hui cause de notre anarchie intellectuelle1 sera certainement toujours confirme par une exacte analyse des vrais besoins moraux de la socit humaine4 ,plus la vie future perd ncessairement de son efficacit morale1 plus il importe1 videmment1 que tous les individus soient1 autant que possible1 invinciblement attachs la vie relle1 sans pouvoir en luder les douloureuses consquences par une catastrophe inopine1 qui laisse chacun la dangereuse facult d'annuler1 son gr1 la raction indispensable que la socit a compt exercer sur lui3 en sorte que1 d'aprs des motifs purement humains1 le suicide sera un jour non moins pleinement rprouv sous le rgime positif1 comme directement contraire aux bases gnrales de la moralit humaine4 ,note #bb3 ,les pratiques hyginiques imposes par le catholicisme1 outre leur utilit indirecte pour entretenir de salutaires habitudes de soumission morale et de contrainte volontaire1 se rapportaient directement l'action gnrale du rgime sur l'ensemble de notre nature1 dont la haute importance n'est plus douteuse aux yeux des bons esprits1 et que la saine philosophie devra soumettre un jour une sage discipline rationnelle1 destine raliser1 sous l'assentiment clair de la raison publique1 l'entire efficacit1 physique et morale1 de ce puissant moyen de perfectionnement humain4 ,l'aptitude morale du catholicisme s'est surtout manifeste dans l'heureuse organisation de la morale domestique1 enfin place son rang vritable1 au lieu d'tre absorbe par la politique1 suivant le gnie de toute l'antiquit4 ,par la sparation fondamentale entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel1 et par l'ensemble du rgime correspondant1 on a t conduit1 au moyen-ge1 sentir que la vie domestique devait tre dsormais la plus importante pour la masse des hommes1 sauf le petit nombre de ceux que leur nature exceptionnelle et les besoins de la socit devaient appeler principalement la vie politique1 laquelle les anciens avaient tout sacrifi1 parce qu'ils ne considraient que les hommes libres dans des populations surtout composes d'esclaves4 ,ce soin prpondrant du catholicisme pour la morale domestique a eu tant d'admirables rsultats1 que leur analyse sommaire ne saurait tre indique ici4 ,je ne m'arrte donc pas considrer l'heureux perfectionnement gnral de la famille humaine1 sous l'intervention continue de l'influence catholique1 pntrant spontanment dans les plus intimes relations1 o1 sans tyrannie1 elle dveloppait graduellement un juste sentiment des devoirs mutuels3 et cependant il serait1 par exemple1 d'un haut intrt de mieux apprcier qu'on ne l'a fait encore comment le catholicisme1 tout en consacrant1 de la manire la plus solennelle1 l'autorit paternelle1 a totalement aboli le despotisme presque absolu qui la caractrisait chez les anciens1 et qui1 ds la naissance1 tait si frquemment manifest par le meurtre ou l'abandon des nouveaux-ns1 encore essentiellement lgitimes hors de la sphre territoriale du monothisme4 ,restreint ici par d'invitables limites1 j'indiquerai seulement ce qui se rapporte au lien le plus fondamental1 envers lequel1 aprs une profonde apprciation1 tous les vrais philosophes finiront1 mon gr1 par reconnatre bientt1 malgr nos graves aberrations actuelles1 qu'il ne reste vraiment faire rien d'essentiel1 si ce n'est de consolider et de complter ce que le catholicisme a si heureusement organis4 ,nul ne conteste plus maintenant qu'il n'ait essentiellement amlior la condition sociale des femmes1 et cependant personne n'a remarqu qu'il leur a radicalement enlev toute participation quelconque aux fonctions sacerdotales1 mme dans la constitution des ordres monastiques o il les a admises4 ,on doit ajouter1 en outre1 pour fortifier cette importante observation1 qu'il leur a1 autant que possible1 pareillement interdit la royaut1 dans tous les pays o son influence politique a pu tre suffisamment ralise1 en modifiant1 dans des vues d'aptitude1 l'hrdit purement thocratique1 o la caste dominait d'abord absolument4 ,ces incontestables restrictions doivent faire comprendre que le perfectionnement opr par le catholicisme a surtout consist1 quant aux femmes1 en les concentrant davantage dans leur existence essentiellement domestique1 garantir la juste libert de leur vie intrieure1 et consolider leur situation1 en consacrant l'indissolubilit fondamentale du mariage2 tandis que1 mme chez les ,romains1 la rpudiation facultative altrait gravement1 au dtriment des femmes1 l'tat de pleine monogamie4 ,vainement argu-t-on de quelques dangers exceptionnels ou secondaires1 dont la ralit est trop incontestable1 pour dprcier aujourd'hui cette indispensable fixit1 si heureusement adapte1 en gnral1 aux vrais besoins de notre nature1 o la versatilit n'est pas moins pernicieuse aux sentimens qu'aux ides1 et sans laquelle notre courte existence se consumerait en une suite interminable et illusoire de dplorables essais1 o l'aptitude caractristique de l'homme se modifier conformment toute situation vraiment immuable serait radicalement mconnue1 malgr son importance extrme chez les organismes peu prononcs1 qui composent l'immense majorit4 ,l'obligation de conformer sa vie une insurmontable ncessit1 loin d'tre rellement nuisible au bonheur de l'homme1 en constitue ordinairement1 au contraire1 pour peu que cette ncessit soit tolrable1 l'une des plus indispensables conditions1 en prvenant ou contenant l'inconstance de nos vues et l'hsitation de nos desseins2 la plupart des individus tant bien plus propres poursuivre l'excution d'une conduite dont les donnes fondamentales sont indpendantes de leur volont1 qu' choisir convenablement celle qu'ils doivent tenir3 on reconnat aisment1 en effet1 que notre principale flicit morale se rapporte des situations qui n'ont pu tre choisies1 comme celles1 par exemple1 de fils et de pre4 ,en indiquant1 au chapitre suivant1 les graves atteintes que le protestantisme a tent d'apporter l'institution fondamentale du mariage catholique1 j'aurai lieu de faire plus directement sentir que la dangereuse facult du divorce1 loin de perfectionner une telle institution1 au profit rel d'aucun sexe1 tendrait1 au contraire1 si elle pouvait s'introduire rellement dans les murs modernes1 constituer une imminente rtrogradation morale1 en donnant une trop libre carrire aux apptits les plus nergiques1 dont la rpression continue1 combine avec une lgitime satisfaction1 doit ncessairement augmenter mesure que l'volution humaine s'accomplit1 comme je l'ai tabli1 en principe1 la fin du volume prcdent4 ,renfermant jamais les femmes dans la vie domestique1 le catholicisme a d'ailleurs si intimement li les deux sexes1 que1 d'aprs les murs d'abord organises sous son influence1 l'pouse acquiert ncessairement un droit imprescriptible1 et mme indpendant de sa conduite propre1 participer1 sans aucune condition active1 non-seulement tous les avantages sociaux de celui qui l'a une fois choisie1 mais aussi1 autant que possible1 la considration dont il jouit3 il serait certes difficile d'imaginer une disposition praticable qui favorist davantage le sexe ncessairement dpendant4 ,loin de tendre la chimrique mancipation1 et l'galit non moins vaine1 qu'on rve aujourd'hui pour lui1 la civilisation1 dveloppant1 au contraire1 les diffrences essentielles des sexes aussi bien que toutes les autres1 comme je l'ai dj indiqu au chapitre prcdent1 enlve de plus en plus aux femmes toutes les fonctions qui peuvent les dtourner de leur vocation domestique4 ,on ne peut1 sans doute1 mieux juger1 cet gard1 de la vraie tendance universelle qu'en examinant ce qui se passe dans les classes leves de la socit1 o les femmes ont pu suivre plus aisment leur vritable destine1 et qui doivent1 par consquent1 offrir1 cet gard1 une sorte de type spontan1 vers lequel convergeront ultrieurement1 autant que possible1 tous les autres modes d'existence3 or1 on saisit ainsi directement la loi gnrale de l'volution sociale en ce qui concerne les sexes1 et qui consiste dgager de plus en plus les femmes de toute occupation trangre leurs fonctions domestiques1 de manire1 par exemple1 faire un jour repousser1 comme honteuse pour l'homme1 dans tous les rangs sociaux1 ainsi qu'on le voit dj chez les plus avancs1 la pratique des travaux pnibles par les femmes1 ds-lors partout rserves1 d'une manire de plus en plus exclusive1 leurs nobles attributions caractristiques d'pouse et de mre4 ,quoique je ne puisse pas mme baucher ici la srie spciale d'observations sociales propre confirmer irrcusablement ce principe gnral1 d'ailleurs si conforme la vraie connaissance de notre nature1 mais qui ne saurait tre convenablement tabli que dans mon trait particulier de philosophie politique1 j'espre cependant que cette rapide indication1 quelque imparfaite qu'elle doive tre1 suffira pour faire dj sentir aux meilleurs esprits que1 hors d'une telle tendance lmentaire1 qui reste dsormais consolider et complter chez toutes les classes quelconques de la socit moderne1 il ne peut exister1 en ralit1 de moyens efficaces d'amliorer la condition actuelle des femmes que ceux qui rsulteront spontanment de la rgnration rationnelle de l'ducation humaine1 chez l'un et l'autre sexe1 sous l'ascendant ultrieur de la philosophie positive4 ,considrant enfin la morale sociale proprement dite1 il serait certes superflu de constater expressment ici l'influence capitale du catholicisme pour modifier le patriotisme1 nergique mais sauvage1 qui animait seul les anciens1 par le sentiment plus lev de l'humanit ou de la fraternit universelle1 si heureusement vulgaris par lui sous la douce dnomination de charit4 ,sans doute1 la nature des doctrines1 et les antipathies religieuses qui en rsultaient1 restreignaient beaucoup1 en ralit1 cette hypothtique universalit d'affection1 essentiellement limite d'ordinaire aux populations chrtiennes2 mais1 entre ces limites1 les sentimens de fraternit des diffrens peuples taient puissamment dvelopps1 outre la foi commune qui en tait le principe1 par leur uniforme subordination habituelle un mme pouvoir spirituel1 dont les membres1 malgr leur nationalit propre1 se sentaient spontanment concitoyens de toute la chrtient3 on a justement remarqu que l'amlioration des relations europennes1 le perfectionnement du droit international1 et les conditions d'humanit de plus en plus imposes la guerre elle-mme1 remontent1 en effet1 jusqu' cette poque o l'influence catholique liait directement toutes les parties de l',europe4 ,dans l'ordre intrieur de chaque nation1 les devoirs gnraux qui se rattachent ce grand principe catholique de la fraternit ou de la charit universelles1 et qui n'ont aujourd'hui perdu momentanment leur principale efficacit que par suite de l'invitable dcadence du systme thologique qui les imposait1 ont graduellement tendu constituer1 par leur nature1 le moyen le moins imparfait de remdier1 autant que possible1 surtout en ce qui concerne la rpartition des richesses1 aux inconvniens insparables de l'tat social1 et dont1 l'aveugle imitation des anciens1 on cherche aujourd'hui la vaine solution dans des mesures purement matrielles ou politiques1 aussi impuissantes que tyranniques1 et susceptibles de conduire aux plus graves perturbations sociales4 ,il est clair1 en principe1 que la seule sparation rationnelle des deux pouvoirs1 organisant la haute indpendance de la morale envers la politique1 peut permettre1 dans l'avenir1 comme dans le pass1 d'imposer chacun1 sans danger pour l'conomie temporelle de la socit1 l'obligation imprieuse1 mais purement morale1 d'employer directement sa fortune1 et tous ses autres avantages quelconques1 en raison de sa position1 au soulagement de ses semblables2 tandis que la philanthropie mtaphysique n'a pu raliser jusqu'ici1 cet gard1 d'autre solution pratique que d'instituer des cachots pour ceux qui demandent du pain4 ,telle fut l'heureuse source de tant d'admirables fondations1 destines l'adoucissement vari des misres humaines1 et que la politique mtaphysique a eu l'trange courage de condamner1 au nom de la prtendue science de l'conomie politique1 tandis qu'il reste1 au contraire1 aujourd'hui1 en les rorganisant1 les tendre et les complter2 institutions totalement inconnues l'antiquit1 et d'autant plus merveilleuses1 qu'elles provinrent presque toujours des dons volontaires d'une munificence prive1 laquelle la coopration publique se joignait rarement4 ,en dveloppant1 au plus haut degr compatible avec l'imperfection radicale de la philosophie thologique1 le sentiment universel de la solidarit sociale1 le catholicisme n'a pas nglig celui de la perptuit1 qui en constitue1 par sa nature1 l'indispensable complment1 en liant tous les temps aussi bien que tous les lieux1 comme je l'ai indiqu ailleurs4 ,telle tait la destination gnrale de ce grand systme de commmoration usuelle1 si heureusement construit par le catholicisme1 l'imitation judicieuse du polythisme4 ,si un semblable sujet pouvait ici tre suffisamment examin1 il serait ais de faire admirer les sages prcautions introduites par le catholicisme1 et ordinairement respectes1 pour que la batification1 remplaant ainsi l'apothose1 atteignt plus compltement encore sa principale destination sociale1 en vitant les honteuses dgnrations o la confusion radicale des deux pouvoirs lmentaires avait entran1 cet gard1 aux temps de dcadence1 les ,grecs et surtout les ,romains2 en sorte que cette noble rcompense n'a t1 en effet1 presque jamais dcerne1 pendant la majeure partie de l'poque catholique1 qu' des hommes plus ou moins dignes1 minens ou utiles1 soit moralement1 soit mme intellectuellement1 toujours choisis1 avec une entire impartialit1 parmi toutes les classes sociales1 depuis les plus minentes jusqu'aux plus infrieures4 ,il est d'ailleurs vident que le rgime positif remplira spontanment cette attribution capitale avec bien plus de perfection et de libert encore1 puisqu'il pourra l'tendre habituellement1 non-seulement tous les modes possibles de l'activit humaine1 mais aussi tous les temps et tous les lieux1 sans tre arrt par aucune troite dissidence de doctrine1 parce que1 seule susceptible d'envelopper rellement l'ensemble continu de l'humanit totale dans sa vaste unit1 aussi complte qu'irrcusable1 sa philosophie est exclusivement propre reconnatre et glorifier toute vraie participation quelconque la grande volution de notre espce4 ,l'obligation de damner ,homre1 ,aristote1 ,archimde1 etc41 devait tre certes bien douloureuse tout philosophe catholique2 et nanmoins elle tait strictement impose par l'imparfaite nature du systme3 il n'y a que le positivisme qui puisse tout apprcier1 sans cependant rien compromettre4 ,telle est la faible indication sommaire qui doit disposer le lecteur comprendre1 d'aprs les principes que j'ai tablis1 l'immense rgnration morale que le catholicisme a accomplie1 au moyen-ge1 autant que le permettaient le caractre de cette phase sociale et la philosophie qu'il a t forc d'employer3 en sorte que son immortelle bauche a suffisamment manifest la vraie nature de cette grande opration1 ainsi que l'esprit gnral qui doit y prsider1 et les principales conditions remplir1 laissant seulement reconstruire dsormais1 d'aprs une philosophie plus relle et plus stable1 l'ensemble fondamental de cet admirable difice4 ,il ne nous reste plus maintenant1 afin d'avoir convenablement apprci le rgime monothique1 dont l'analyse sociale1 d'abord politique1 ensuite morale1 est ainsi termine1 qu' juger enfin1 d'une manire gnrale1 ses vrais attributs intellectuels1 dont les deux chapitres suivans devront ensuite manifester les grandes consquences sociales1 qui1 prolonges jusqu' notre poque1 la rattachent directement ce berceau ncessaire de toute la civilisation moderne4 ,on doit aisment concevoir1 en effet1 d'aprs l'ensemble des considrations dj exposes dans ce chapitre1 que l'importance prpondrante de la mission sociale que nous venons de reconnatre ce rgime a d long-temps contenir le dveloppement direct de ses proprits mentales1 qui n'ont pu se manifester pleinement que par leurs suites ultrieures1 quand ce systme1 minemment transitoire1 tait dj en pleine dcomposition politique2 ce qui a d empcher la juste dtermination gnrale de ces caractres intellectuels1 dont la vraie source primitive tait ainsi trop peu marque1 quoique tout le mouvement spirituel des temps modernes remonte incontestablement1 comme je l'expliquerai1 jusqu' ces temps mmorables1 si irrationnellement qualifis de tnbreux par une vaine critique mtaphysique1 dont le protestantisme fut le premier organe4 ,notre thorie explique facilement le retard considrable du mouvement intellectuel correspondant au systme monothique du moyen-ge1 sans exiger que1 mconnaissant1 cet gard1 les vrais attributs caractristiques d'un tel systme1 on lui suppose1 envers les progrs de l'esprit humain1 une antipathie radicale1 peu compatible avec sa nature1 et qui n'a pu exister1 mme un degr beaucoup moindre qu'on ne le croit communment1 que dans son ge de dcadence prononce1 lorsque1 attaqu de toutes parts1 il devait tre presque uniquement occup du soin difficile de sa propre conservation1 comme je l'indiquerai au chapitre suivant4 ,il est d'ailleurs vident qu'on a fort exagr1 sous ce rapport1 l'influence des invasions germaniques1 en leur attribuant surtout ce mmorable ralentissement de l'volution intellectuelle pendant la majeure partie du moyen-ge1 puisqu'il avait certainement prcd de plusieurs sicles ces bouleversemens politiques4 ,deux observations historiques1 galement dcisives1 l'une de temps1 l'autre de lieu1 dont l'exactitude est aussi incontestable que l'importance1 doivent mettre sur la voie de la vritable explication de ce phnomne remarquable1 jusqu' prsent si mal compris3 car1 d'un ct1 le prtendu rveil d'une intelligence qui1 quoique ayant d changer la direction de son activit1 ne s'tait jamais engourdie1 c'est--dire1 en ralit1 l'acclration du mouvement mental1 suivit immdiatement l'poque de la pleine maturit du rgime catholique1 au onzime sicle1 et s'accomplit d'abord pendant son principal ascendant social2 d'une autre part1 ce fut au centre mme de cet ascendant1 et presque sous les yeux de la suprme autorit sacerdotale1 que se manifesta d'abord une telle acclration1 puisqu'il est impossible de mconnatre1 au moyen-ge1 l'clatante supriorit de l',italie1 sous quelque aspect intellectuel qu'on l'envisage1 philosophique1 scientifique1 esthtique1 et mme industriel3 double indice irrcusable de l'aptitude ncessaire du catholicisme seconder alors l'essor gnral de l'esprit humain4 ,une tude approfondie du ralentissement antrieur montre avec vidence qu'il avait t essentiellement d l'importance prpondrante de l'opration fondamentale qui avait consist organiser graduellement le rgime monothique du moyen-ge1 dont la longue et difficile laboration devait certainement1 jusqu' ce qu'elle ft suffisamment accomplie1 absorber1 d'une manire peu prs exclusive1 les plus grandes forces intellectuelles1 et commander1 plus qu'aucun autre sujet quelconque1 l'attention et l'estime publiques3 de faon laisser la direction provisoire du mouvement mental proprement dit des esprits peu minens1 excits par de moindres encouragemens habituels1 en un temps o d'ailleurs l'tat gnral de notre volution spirituelle ne pouvait gure comporter1 en aucun genre1 des progrs immdiats d'une haute porte1 et ne permettait que la conservation essentielle1 accompagne d'amliorations secondaires1 des rsultats dj obtenus4 ,telle est l'explication simple et rationnelle de cette apparente anomalie1 qui ne suppose1 comme on le voit1 ni dans les hommes ni dans les institutions1 ni mme dans les vnemens1 aucune tendance radicale1 systmatique ou involontaire1 la compression de l'esprit humain1 et qui en rattache directement le principe spontan l'invitable obligation d'appliquer toujours les plus hautes capacits aux oprations exiges1 chaque poque1 par les plus grands besoins de l'humanit1 qui certes ne pouvait alors rien offrir de plus digne de l'intrt capital de tous les penseurs que le dveloppement progressif des institutions catholiques4 ,quand le systme est enfin parvenu1 sous ,hildebrand1 sa pleine maturit sociale1 et aprs que les principales difficults relatives son application politique eurent t surmontes1 autant du moins que le comportait la nature des temps et celle des doctrines1 le mouvement intellectuel1 qui1 quoiqu'on en ait dit1 n'avait jamais t un seul instant interrompu1 reprit spontanment une activit nouvelle2 et1 appelant1 son tour1 d'une manire de plus en plus prononce1 l'emploi des capacits prpondrantes1 ainsi que l'attention universelle1 il ralisa graduellement les immenses progrs que nous devrons apprcier dans la cinquante-sixime leon4 ,l'influence que l'on attribue communment aux ,arabes sur cette mmorable recrudescence1 a t certainement trs exagre1 quoiqu'elle ait d rellement hter un peu l'essor spontan qui devait alors se manifester4 ,du reste1 cette influence secondaire1 convenablement tudie1 perd le caractre essentiellement accidentel qu'elle conserve encore chez les meilleurs esprits1 quand on envisage directement les principaux caractres de l'volution arabe4 ,quoique ,mahomet#bc ait tent1 par une imitation trop peu rationnelle1 d'organiser le monothisme chez une nation qui n'y tait pas1 beaucoup prs1 convenablement prpare1 ni au spirituel1 ni au temporel1 et que1 par suite1 cette tentative n'ait pu suffisamment produire les principaux rsultats sociaux propres une telle transformation1 et surtout cette division fondamentale des deux pouvoirs lmentaires qui doit la caractriser dans les cas vraiment favorables2 quoique ce mmorable branlement n'ait pu ainsi aboutir directement qu' la plus monstrueuse concentration politique1 par la constitution d'une sorte de thocratie militaire2 cependant1 les proprits mentales inhrentes au monothisme n'ont pu y tre entirement annules1 et ont d mme s'y dvelopper d'abord avec d'autant plus de rapidit que cette imperfection radicale du rgime correspondant en a rendu l'essor trs facile1 sans exiger la longue et pnible laboration qui a t ncessaire au catholicisme1 et en laissant ds-lors naturellement disponibles1 presque ds l'origine1 les principales capacits spirituelles pour la culture purement intellectuelle1 dont les germes y taient dj spontanment dposs1 d'aprs la tendance antrieure du mouvement philosophique vers l',orient1 depuis que l',occident tait absorb par le dveloppement du systme catholique4 ,c'est ainsi que les ,arabes se sont trouvs propres figurer honorablement dans cette sorte d'interrgne occidental1 sans que leur intervention ait t toutefois radicalement indispensable pour oprer1 cet gard1 la transition gnrale1 essentiellement spontane1 de l'volution grecque notre volution moderne4 ,l'ensemble de ces considrations explique donc1 d'une manire pleinement satisfaisante1 pourquoi le rgime monothique du moyen-ge devait dvelopper aussi tardivement ses principales proprits intellectuelles1 dont cet invitable dlai naturel ne saurait faire contester la ralit ni l'importance4 ,mais il prouve1 en mme temps1 que1 par une concidence ncessaire1 ci-aprs spcialement motive1 cette dernire influence fondamentale n'a pu devenir essentiellement efficace que lorsque la dcadence gnrale de ce systme avait dj vritablement commenc4 ,ainsi1 son apprciation directe doit tre naturellement renvoye aux deux chapitres suivans1 destins examiner soit cette dsorganisation graduelle1 soit l'laboration progressive des nouveaux lments sociaux2 double grande srie des rsultats ncessaires de l'action gnrale d'un tel systme1 quoique la source relle en soit trop mconnue4 ,tels sont les motifs videns qui nous obligent ici indiquer seulement1 de la manire la plus sommaire1 le principe gnral de cette influence mentale1 sous chacun des quatre aspects essentiels qui lui sont propres4 ,note #bc3 ,suivant les prescriptions logiques pralablement tablies au dbut de ce volume1 nous ne pouvons ici considrer le mahomtisme que relativement la principale volution sociale1 ds-lors essentiellement accomplie en ,occident4 ,l'action capitale qu'il a exerce sur l',orient est d'une toute autre nature1 et1 le plus souvent1 trs favorable l'essor des civilisations correspondantes1 surtout dans l',inde1 et encore plus dans les grandes les malaises4 ,sous le point de vue philosophique proprement dit1 l'aptitude intellectuelle du catholicisme est aussi minente que mal apprcie4 ,nous avons dj considr l'extrme importance sociale du mmorable systme d'ducation universelle qu'il parvint organiser jusque chez les classes les plus infrieures des populations europennes2 comme l'a d'ailleurs honorablement tent1 son exemple1 le monothisme de ,mahomet4 ,or1 quelque imparfaite que doive sembler aujourd'hui la philosophie purement thologique qui se trouvait ainsi vulgarise1 elle a1 dans l'ordre mental1 long-temps exerc une trs heureuse influence sur le dveloppement intellectuel de la masse des nations civilises1 ds-lors rgulirement assujties1 d'une manire continue ou frquemment priodique1 un certain exercice spirituel1 pleinement adapt leur situation1 et aussi propre lever leurs ides au-dessus du cercle born de leur vie matrielle qu' purer leurs sentimens habituels2 on ne peut convenablement sentir l'utilit d'une telle action que par l'apprciation comparative des cas o elle n'existe point1 sans tre autrement remplace4 ,l'efficacit de cet enseignement lmentaire devait tre alors d'autant plus grande qu'il rpandait des notions saines1 quoique empiriques1 sur la nature morale de l'homme1 et mme une certaine bauche1 vague et troite1 mais relle quelques gards1 de l'apprciation historique de l'humanit1 spontanment rattache l'histoire gnrale de l'glise4 ,il est mme vident que c'est ainsi que la grande notion philosophique du progrs humain a commenc surgir universellement1 quelque insuffisante ou vicieuse qu'elle dt tre alors1 par suite des efforts naturels du catholicisme pour dmontrer sa supriorit fondamentale sur les divers systmes antrieurs1 qui d'ailleurs ne pouvaient ainsi manquer d'tre le plus souvent trs mal apprcis3 tous ceux qui savent convenablement mesurer les difficults et les conditions d'une premire bauche1 surtout en un tel temps et pour un tel sujet1 sentiront1 j'espre1 la valeur de cet heureux aperu primitif1 malgr son extrme imperfection invitable4 ,enfin1 on ne peut douter que l'influence de cette ducation catholique1 fournissant chaque individu le moyen1 et1 certains gards1 le droit de juger tous les actes humains1 personnels ou collectifs1 d'aprs une doctrine fondamentale1 en harmonie avec la division gnrale des deux pouvoirs lmentaires1 n'ait ultrieurement concouru dvelopper l'esprit universel de discussion sociale qui caractrise les peuples modernes1 et qui ne pouvait habituellement exister chez les subordonns tant qu'a dur la confusion des deux puissances2 quoique cet esprit1 dont on a trop injustement oubli la premire source1 dt d'ailleurs tre long-temps contenu par l'indispensable discipline intellectuelle que prescrivait imprieusement la nature vague et arbitraire de la philosophie thologique4 ,a ces minens attributs1 principalement relatifs aux masses1 il faut d'abord joindre1 pour les esprits cultivs1 le libre dveloppement que le rgime catholique a presque toujours permis1 sauf quelques luttes passagres1 la philosophie mtaphysique1 habituellement menace par le rgime polythique1 et que le catholicisme a tant protge1 malgr la tendance qu'elle devait bientt manifester l'branlement radical de ce systme1 sous lequel son extension directe aux questions morales et sociales a certainement commenc1 comme je l'expliquerai3 pour rendre pleinement incontestable cette disposition librale du catholicisme1 il suffirait de rappeler l'admirable accueil1 d'ailleurs si justement mrit1 que sut faire ce moyen-ge tant dcri la partie de beaucoup la plus avance de la philosophie grecque1 c'est--dire la doctrine du grand ,aristote1 qui certes avait d tre jusque alors infiniment moins gote1 mme chez les ,grecs4 ,on doit1 en second lieu1 noter aussi l'immense service philosophique spontanment rendu par le systme catholique la raison humaine1 en vertu de sa division fondamentale des deux pouvoirs sociaux1 qui1 mentalement envisage1 constituait une indispensable condition pralable de la formation ultrieure d'une vritable science sociale1 par l'heureuse sparation rationnelle qui en devait rsulter entre la thorie et la pratique politiques1 et sans laquelle les spculations sociales n'auraient jamais pu prendre un essor indpendant1 si ce n'est sous la vaine forme d'utopies plus ou moins chimriques3 quoique cette dernire proprit ne puisse commencer que de nos jours recevoir sa ralisation dfinitive1 je n'en devais pas moins signaler avec reconnaissance la vraie source primitive1 dont les produits trop dtourns et trop lointains ne sont presque jamais rapports leur vritable origine1 par ceux mme qui les utilisent le plus4 ,l'influence purement scientifique du catholicisme ne fut certainement pas moins salutaire que son action philosophique4 ,sans doute le monothisme lui-mme ne saurait tre pleinement compatible avec le sentiment rationnel de l'invariabilit fondamentale des lois naturelles1 toujours compromise ncessairement1 d'une manire sinon relle1 au moins virtuelle1 par toute subordination thologique des divers phnomnes des volonts souveraines1 quelque rgulires qu'on soit conduit les supposer par les progrs croissans de la vritable science3 et en effet1 un certain degr du dveloppement humain1 la doctrine monothique constitue le seul obstacle essentiel l'irrsistible conviction qu'une exprience trs prolonge tend produire universellement cet gard1 comme on a d le constater frquemment dans les diverses parties de ce ,trait1 et comme j'aurai lieu bientt de l'expliquer historiquement4 ,mais1 au moyen-ge1 notre intelligence tant certainement fort loigne encore d'une telle situation1 le rgime monothique1 loin de comprimer l'essor scientifique correspondant1 devait1 au contraire1 l'encourager trs heureusement1 en le dgageant enfin spontanment des immenses entraves que le polythisme lui prsentait de toutes parts2 puisque les tentatives scientifiques n'avaient pu tre jusque alors poursuivies1 sauf l'essor initial des simples spculations mathmatiques1 sans choquer presque continuellement1 d'une manire plus ou moins dangereuse1 des explications thologiques qui s'tendaient1 pour ainsi dire1 aux moindres dtails de tous les phnomnes3 tandis que le monothisme1 en concentrant l'action surnaturelle1 ouvrait enfin l'esprit scientifique un accs beaucoup plus libre dans cette tude secondaire1 o il n'avait plus lutter contre une doctrine sacre spciale1 pourvu qu'il respectt les formules1 ds-lors vagues et gnrales1 qui s'y rapportaient2 et il pouvait mme tre directement soutenu par une disposition religieuse la sincre admiration particulire de la sagesse providentielle1 qui n'a d exercer que beaucoup plus tard une influence vraiment rtrograde ou stationnaire4 ,au point dj atteint par notre grande dmonstration historique1 je croirais superflu d'tablir expressment que le rgime monothique1 compar au prcdent1 constitue une diminution intellectuelle trs prononce de l'esprit religieux1 comme le rgime polythique l'avait opr1 en son temps1 envers le rgime ftichique3 cette progression est maintenant vidente4 ,outre les restrictions capitales1 prcdemment caractrises une autre fin1 auxquelles le catholicisme a soigneusement assujti l'esprit d'inspiration divine1 on voit galement1 par la suppression spontane des oracles et des prophties1 dont l'antiquit tait inonde1 et par le caractre1 de plus en plus exceptionnel1 imprim aux apparitions et aux miracles1 que le catholicisme1 au temps de sa prpondrance1 s'est noblement efforc d'agrandir1 aux dpens de l'esprit thologique1 le domaine d'abord si troit de la raison humaine1 autant que pouvait le permettre la nature mme de la doctrine qui servait de base sa domination sociale4 ,d'aprs ces diverses proprits incontestables1 et sans parler d'ailleurs des videntes facilits que l'existence sacerdotale devait alors offrir la culture intellectuelle1 il est ais de concevoir l'heureuse influence que le rgime monothique du moyen-ge a d exercer sur l'essor correspondant des principales sciences naturelles1 qui sera spcialement apprci dans la cinquante-sixime leon3 soit par la cration de la chimie1 fonde sur la conception pralable d',aristote relative aux quatre lmens1 et soutenue par les nergiques chimres qui pouvaient seules alors stimuler suffisamment l'exprimentation naissante2 soit par les notables progrs de l'anatomie1 si entrave dans toute l'antiquit1 malgr les premiers encouragemens spontans que j'ai signals au chapitre prcdent2 soit aussi par le dveloppement continu des spculations mathmatiques antrieures et des connaissances astronomiques qui s'y rattachaient1 dveloppement alors aussi marqu que le comportait essentiellement l'tat de la science1 comme j'aurai lieu de l'expliquer1 et que caractrisent1 d'une manire si mmorable1 deux grands perfectionnemens corelatifs1 l'essor de l'algbre1 titre de branche distincte de l'ancienne arithmtique#bd1 et celui de la trigonomtrie1 trop imparfaite et trop borne chez les ,grecs pour les besoins croissans de l'astronomie4 ,note #bd3 ,personne n'ignore ni l'heureuse innovation ralise1 au moyen-ge1 dans les notations numriques1 ni la part incontestable de l'influence catholique cet important progrs de l'arithmtique4 ,un gomtre distingu1 qui s'occupe1 avec autant de succs que de modestie1 de la vritable histoire mathmatique 7,m4 ,chasles71 a trs utilement confirm1 dans ces derniers temps1 par une sage discussion spciale1 au sujet de ce mmorable perfectionnement1 l'aperu rationnel que devait naturellement inspirer la saine thorie du dveloppement humain1 en prouvant qu'on y doit voir surtout1 non une importation de l',inde par les ,arabes1 mais un simple rsultat spontan du mouvement scientifique antrieur1 dont on peut suivre aisment la tendance graduelle vers une telle issue par des modifications successives1 en partant des notations primitives d',archimde et des astronomes grecs4 ,quant l'influence esthtique propre au rgime monothique du moyen-ge1 quoiqu'elle n'ait d1 ainsi que les deux prcdentes1 se dvelopper surtout que dans la priode immdiatement suivante il est nanmoins impossible d'en mconnatre l'minente porte1 en pensant au progrs capital de la musique et de l'architecture pendant cette mmorable poque4 ,c'est alors1 en effet1 que l'art du chant prend un nouveau caractre fondamental1 par l'introduction des notations musicales1 et surtout par le dveloppement de l'harmonie1 qui s'y trouve d'ailleurs directement li2 il en est de mme1 et d'une manire encore plus sensible1 pour la musique instrumentale1 qui1 en ces temps de prtendue barbarie1 acquit une admirable extension1 par la cration de son organe le plus puissant et le plus complet3 il serait certes superflu de signaler expressment1 dans ce double perfectionnement1 l'vidente participation de l'influence catholique4 ,son efficacit n'est pas moins prononce dans le progrs gnral de l'architecture1 esthtiquement envisage1 indpendamment de la nouvelle direction imprime aux constructions usuelles1 en vertu du changement qu'prouvait graduellement l'existence sociale1 o d'habituelles relations prives succdant1 avec les murs catholiques et fodales1 l'isolement caractristique de la vie intrieure chez les anciens1 devaient spontanment dterminer un systme d'habitations plus propre faciliter les communications individuelles4 ,jamais les penses et les sentimens de notre nature morale n'ont pu obtenir une aussi parfaite expression monumentale que celle alors ralise par tant d'admirables difices religieux1 qui1 malgr l'irrvocable extinction des croyances correspondantes1 inspireront toujours1 tous les vrais philosophes1 une dlicieuse motion de profonde sympathie sociale4 ,le polythisme1 dont le culte tait tout extrieur aux temples1 ne pouvait videmment comporter une telle perfection1 ncessairement rserve au systme qui organisait un enseignement universel1 complt par une habitude continue de mditations personnelles3 on a certainement fort exagr1 ce sujet1 comme envers les sciences1 l'influence des importations arabes1 qui d'ailleurs est ici1 comme l1 aisment explicable2 puisque le monothisme musulman ayant d prouver naturellement les mmes besoins essentiels1 a d spontanment dterminer de semblables tendances2 quoique son dfaut radical d'originalit doive rendre1 en gnral1 trs suspecte1 l'un et l'autre titre1 sa prtendue antriorit de perfectionnement1 du reste galement motive1 pour les deux cas1 en ce qu'elle a de rel1 par la plus grande facilit de son essor mental1 ci-dessus caractrise dans sa principale cause politique4 ,relativement la posie1 il suffirait de nommer le sublime ,dante pour constater avec clat l'aptitude immdiate du rgime que nous considrons1 malgr le ralentissement notable qu'a d spcialement produire1 cet gard1 la longue et pnible laboration des langues modernes2 d'ailleurs le caractre trop quivoque et trop peu stable de l'tat social correspondant prsentait alors de puissans obstacles l'essor des plus profondes impressions potiques1 qui n'y pouvaient suffisamment trouver une inspiration directe et spontane3 nous avons dj hautement reconnu1 dans le chapitre prcdent1 l'aptitude suprieure qui1 sous ce rapport1 caractrise jusqu' prsent le polythisme1 dont les plus puissants gnies n'ont pu encore convenablement affranchir la posie moderne2 du reste1 l'apprciation de l'poque suivante1 qui1 en ce sens1 aussi bien qu'en tous les autres1 n'a fait que dvelopper graduellement les germes introduits au moyen-ge1 achvera de dissiper spcialement tous les doutes qui pourraient encore subsister ce sujet4 ,envisageant enfin le mouvement mental imprim par ce systme social sous l'aspect le moins lev et le plus universel1 c'est--dire quant l'essor industriel1 nous devons encore davantage ajourner son examen propre1 si videmment rserv aux temps ultrieurs1 partir de l'mancipation personnelle4 ,mais on ne saurait douter1 en principe1 que le plus grand perfectionnement ralisable dans l'industrie humaine devait consister en une sage abolition graduelle du servage1 accompagne de l'affranchissement progressif des communes proprement dites1 alors accomplis sous l'heureuse tutelle d'un tel rgime1 comme je l'expliquerai plus tard1 et qui constiturent la base ncessaire de tous les immenses succs postrieurs4 ,nous devrons surtout remarquer1 quand notre marche rationnelle nous conduira directement une telle analyse1 le nouveau caractre gnral1 dj utile signaler ici1 que dut ds-lors prendre de plus en plus l'industrie humaine1 et qui fut en harmonie fondamentale avec une telle origine2 c'est--dire la tendance progressive l'conomie des efforts humains1 de plus en plus remplacs par les forces extrieures1 dont les anciens faisaient rellement si peu d'usage4 ,cette substitution caractristique1 principale source de l'admirable essor de l'industrie moderne1 remonte certainement cette mmorable poque1 o elle ne fut pas seulement inspire par l'influence1 encore trop imparfaite1 de l'tude rationnelle de la nature1 devenue ensuite si importante cet gard4 ,elle dut alors principalement rsulter de la nouvelle stimulation sociale1 non moins directe qu'nergique1 que devait produire1 sous ce rapport1 la situation fondamentale1 jusque alors inoue1 o le monde catholique et fodal se plaait de plus en plus par suite de l'mancipation personnelle des travailleurs immdiats1 qui devait tendre videmment imposer1 avec un ascendant croissant1 l'imprieuse obligation gnrale d'pargner les moteurs humains1 en utilisant toujours davantage les divers agens physiques1 soit anims1 soit mme inorganiques3 cette tendance est trs nettement marque1 ds l'origine1 par plusieurs inventions mcaniques dont l'histoire est maintenant trop oublie1 et entre autres par les moulins eau1 et surtout vent4 ,il n'est pas douteux que l'existence gnrale de l'esclavage constituait1 chez les anciens1 encore plus que l'extrme imperfection de leurs connaissances relles1 le principal obstacle l'emploi tendu des machines1 dont la ncessit ne pouvait tre suffisamment comprise tant qu'on pouvait ainsi disposer1 pour l'excution des divers travaux matriels1 d'une provision presque indfinie de forces musculaires intelligentes4 ,c'est ainsi que la solidarit ncessaire qui lie profondment l'un l'autre tous les divers aspects de l'existence humaine1 individuelle ou sociale1 rendrait impossible toute histoire purement industrielle de l'humanit1 conue isolment de son histoire universelle1 comme je l'ai tabli1 en gnral1 au quarante-huitime chapitre4 ,du reste1 il est ais de sentir ce sujet1 aussi bien qu' tant d'autres titres dj signals1 combien tait alors indispensable l'active intervention continue de la discipline catholique pour contenir ou corriger l'action dltre de la doctrine thologique qui1 surtout l'tat monothique1 doit tendre spontanment proscrire toute grande modification industrielle du monde extrieur1 en y faisant voir une sorte d'attentat sacrilge l'optimisme providentiel1 remplaant le fatalisme polythique3 cette funeste consquence naturelle de l'esprit religieux et1 cette poque1 profondment entrav l'essor industriel1 sans la persvrante sagesse du sacerdoce catholique4 ,tels sont les rapides aperus qui suffisent ici caractriser sommairement les minentes proprits intellectuelles du rgime monothique du moyen-ge1 en attendant que leurs principaux rsultats ultrieurs puissent tre convenablement apprcis1 et qui dj doivent1 sans doute1 faire spontanment ressortir l'ingrate injustice de cette frivole philosophie qui conduit1 par exemple1 qualifier irrationnellement de barbare et tnbreux le sicle mmorable o brillrent simultanment1 sur les divers points principaux du monde catholique et fodal1 saint ,thomas d',aquin1 ,albert-le-,grand1 ,roger ,bacon1 ,dante1 etc4 ,l'analyse fondamentale de ce rgime1 d'abord convenablement opre quant aux attributs sociaux1 soit politiques1 soit moraux1 qui le caractrisent surtout1 ayant ainsi reu dsormais l'indispensable complment gnral qui lui manquait encore1 il ne nous reste donc plus maintenant1 pour avoir entirement termin ce grand et difficile examen1 qu' montrer enfin directement le principe essentiel de l'irrvocable dcadence de ce systme minemment transitoire1 dont la destination ncessaire1 dans l'ensemble de l'volution humaine1 devait tre de prparer1 sous sa bienfaisante tutelle1 la dcomposition graduelle de l'tat purement thologique et militaire1 et l'essor progressif des nouveaux lmens de l'ordre dfinitif1 comme l'expliqueront respectivement ensuite les deux chapitres suivans4 ,en quelque sens qu'on examine l'organisation propre au moyen-ge1 une tude suffisamment approfondie fera toujours ressortir sa nature purement provisoire1 en reprsentant les dveloppemens mme qu'elle avait pour mission de seconder comme les premires causes radicales de sa chute invitable et prochaine4 ,dans la constitution catholique et fodale1 le rgime thologique et militaire tait essentiellement aussi modifi que pouvaient le comporter son esprit caractristique et ses vraies conditions d'existence1 de manire pouvoir protger et faciliter l'essor universel1 lmentaire mais ds-lors direct1 de la vie positive et industrielle3 les modifications gnrales ne pouvaient tre pousses plus loin sans tendre ncessairement l'abandon dfinitif de ce premier systme social4 ,il suffira de constater sommairement ici cette irrsistible ncessit envers les principales dispositions1 spirituelles ou temporelles1 d'une telle constitution4 ,quant l'ordre spirituel1 le caractre simplement provisoire que nous savons1 d'aprs ma thorie fondamentale de l'volution humaine1 devoir invitablement appartenir toute philosophie thologique1 devait tre certainement plus prononc dans le monothisme que dans aucune autre phase religieuse1 par cela mme que cette grande concentration y avait1 comme je l'ai prouv1 rduit autant que possible l'esprit thologique proprement dit1 qui ne pouvait plus subir aucune importante modification nouvelle sans se dnaturer entirement1 et sans perdre1 peu peu mais irrvocablement1 son ascendant social3 tandis que1 d'un autre ct1 l'essor plus rapide et plus tendu que ce dernier tat thologique de l'humanit permettait spcialement l'esprit positif1 non-seulement chez les hommes cultivs1 mais aussi dans la masse des populations civilises1 ne pouvait manquer de dterminer bientt de telles modifications4 ,une vaine et superficielle apprciation fait penser aujourd'hui1 par suite mme de la dcadence du systme religieux1 dont les exigences relles ne sont plus suffisamment comprises1 que le monothisme aurait pu ou pourrait encore subsister1 de manire mme toujours servir de base morale l'ordre social1 dans l'tat d'extrme simplification abstraite o1 depuis le moyen-ge1 l'influence mtaphysique l'a graduellement amen3 mais cette chimre philosophique est ici rfute d'avance par l'ensemble de notre examen de l'organisation catholique1 o nous avons reconnu combien tait vraiment indispensable son efficacit sociale chacune de ces nombreuses conditions d'existence tellement solidaires que l'absence d'une seule devait entraner la chute ultrieure de tout l'difice1 en mme temps que nous avons implicitement tabli la nature prcaire et transitoire de la plupart d'entre elles4 ,loin d'tre radicalement hostile au dveloppement intellectuel1 comme on l'a trop proclam1 sous l'unique impression1 d'ailleurs exagre1 des temps de dcadence1 le catholicisme l'a1 au contraire1 minemment second1 ainsi que je l'ai expliqu2 mais il n'a pu ni d se l'incorporer rellement3 or1 si cet essor extrieur1 sous la simple tutelle catholique1 a t effectivement trs favorable l'volution mentale1 et mme indispensable alors ses progrs1 il a d dterminer ensuite1 parvenu un certain degr1 une tendance ncessaire sortir graduellement de ce rgime provisoire1 dont la destination principale tait ainsi suffisamment accomplie4 ,tel a donc t1 au fond1 le grand office intellectuel1 videmment transitoire1 propre au catholicisme3 prparer1 sous le rgime thologique1 les lmens du rgime positif4 ,il en est de mme1 en ralit1 dans l'ordre moral proprement dit1 d'ailleurs intimement li au premier3 car1 en constituant une doctrine morale1 pleinement indpendante de la politique1 et place mme au-dessus d'elle1 le catholicisme a fourni directement tous les individus un principe fondamental d'apprciation sociale des actes humains1 qui1 malgr la sanction purement thologique qui pouvait seule en permettre l'introduction primitive1 devait tendre ncessairement se rattacher de plus en plus l'autorit prpondrante de la simple raison humaine1 mesure que l'usage mme de cette doctrine faisait graduellement pntrer les vrais motifs de ses principaux prceptes2 ce qui ne pouvait videmment manquer d'avoir lieu bientt1 sinon parmi les masses vulgaires1 du moins chez les esprits cultivs1 puisque rien n'est assurment mieux susceptible1 par sa nature1 que les prescriptions morales d'tre finalement apprci d'aprs une exprience suffisante3 en sorte que l'influence thologique1 d'abord indispensable cet gard1 devait peu peu devenir essentiellement inutile1 une fois que sa mission primordiale tait assez accomplie2 et mme ensuite finalement antipathique1 abstraction faite de toute rpugnance mentale1 en vertu des graves atteintes1 ds lors senties avec une nergie croissante1 que les principales conditions d'existence d'un tel rgime devaient ncessairement porter aux plus nobles sentimens de notre nature1 ceux-l mme que le catholicisme s'efforait si heureusement de faire prvaloir1 comme je l'ai directement indiqu divers titres importans4 ,afin de prciser convenablement le vrai principe gnral de l'irrvocable dcadence1 d'abord intellectuelle et enfin sociale1 du monothisme catholique1 il faut maintenant reconnatre que le germe primordial de cette invitable dissolution ultrieure avait mme prcd le dveloppement initial du catholicisme1 puisqu'il remonte directement la grande division historique apprcie au chapitre prcdent1 de l'ensemble de nos conceptions fondamentales en philosophie naturelle et philosophie morale1 relatives l'une au monde inorganique1 l'autre l'homme moral et social4 ,cette division capitale1 organise par les philosophes grecs un peu avant la fondation du muse d',alexandrie o elle fut ouvertement consacre1 a constitu1 comme je l'ai expliqu1 la premire condition logique de tous les progrs ultrieurs1 en permettant l'essor indpendant de la philosophie inorganique1 alors parvenue l'tat mtaphysique proprement dit1 et dont les spculations plus simples devaient tre plus rapidement perfectibles1 sans nuire toutefois l'opration sociale excute simultanment par la philosophie morale1 qui1 reste encore1 d'aprs la complication suprieure de son sujet propre1 l'tat purement thologique1 devait bien moins s'occuper du perfectionnement abstrait de ses doctrines que de raliser1 autant que possible1 par le rgime monothique1 l'aptitude des conceptions thologiques civiliser le genre humain4 ,aujourd'hui mme1 malgr plus de vingt sicles couls1 cette mmorable sparation n'a pas encore entirement puis son efficacit philosophique et sociale1 quoiqu'elle doive bientt essentiellement cesser1 parce qu'elle ne constitue pas1 en elle-mme1 une rpartition assez pleinement rationnelle pour survivre dfinitivement cette destination provisoire1 qui sera prochainement complte2 si du moins le grand travail que j'ai os entreprendre atteint suffisamment son but principal1 en conduisant la philosophie naturelle devenir enfin morale et politique1 pour servir de base intellectuelle la rorganisation sociale2 ce qui achverait certainement le grand systme de travaux philosophiques d'abord bauch par ,aristote en opposition radicale avec le systme platonicien1 comme je l'expliquerai en son lieu4 ,quoi qu'il en soit de cette issue finale1 encore prmature1 il est incontestable que cette division1 historiquement envisage1 se manifesta directement1 ds son origine1 par une rivalit caractristique1 de plus en plus prononce1 promptement transporte des doctrines aux personnes1 entre l'esprit mtaphysique1 ainsi investi du domaine de la philosophie naturelle1 auquel se rattachaient ncessairement les rudimens scientifiques dont l'influence naissante avait d'abord dtermin1 d'aprs le chapitre prcdent1 une telle sparation1 et l'esprit thologique1 qui1 seul susceptible de diriger alors une vritable organisation1 restait suprme arbitre du monde moral et social3 cette rivalit1 mme avant l'essor du catholicisme1 avait produit des luttes mmorables1 o l'ascendant social de la philosophie morale avait souvent comprim les tentatives de progrs intellectuel de la philosophie naturelle1 et dtermin la premire cause du ralentissement scientifique ci-dessus expliqu4 ,aucun exemple ne saurait tre plus propre1 sans doute1 caractriser convenablement un tel conflit fondamental dans le systme de cet ge intellectuel1 que celui des tranges efforts vainement tents par un esprit aussi minent et aussi cultiv que saint ,augustin pour combattre les raisonnemens mathmatiques1 dj vulgaires alors parmi les sectateurs de la philosophie naturelle1 des astronomes d',alexandrie sur la sphricit de la terre et l'existence ncessaire des antipodes1 contre lesquels l'un des plus illustres fondateurs de la philosophie catholique soulve ainsi opinitrement les plus puriles objections1 aujourd'hui abandonnes aux entendemens les plus arrirs3 qu'on rapproche ce cas dcisif de celui que j'ai signal1 au chapitre prcdent1 l'gard des aberrations astronomiques d'picure1 et l'on sentira combien tait intime et complte cette mmorable sparation1 trs voisine de l'antipathie1 entre la philosophie naturelle et la philosophie morale4 ,tant que la pnible et lente laboration graduelle du systme catholique n'a pas t suffisamment avance1 l'impuissance organique1 que nous avons reconnue tre radicalement propre l'esprit mtaphysique1 ne lui a pas permis1 malgr son essor continu1 de lutter avec avantage contre la domination ncessaire de l'esprit thologique1 spculativement moins avanc4 ,mais1 quoique le catholicisme ait honorablement tent d'terniser ensuite une chimrique conciliation entre deux philosophies aussi vaguement caractrises1 il est vident que l'esprit mtaphysique1 qui1 vrai dire1 avait d'abord prsid1 d'aprs le cinquante-deuxime chapitre1 la grande transformation du ftichisme en polythisme1 et qui surtout venait de diriger le passage du polythisme en monothisme1 ne pouvait cesser l'influence modificatrice qui lui est propre au moment mme o il avait acquis le plus d'tendue et d'intensit3 toutefois1 comme il n'y avait plus rien au-del du monothisme1 moins de sortir entirement de l'tat thologique1 ce qui alors et t minemment impraticable1 l'action mtaphysique est ds-lors devenue1 et de plus en plus1 essentiellement dissolvante1 en tendant ruiner1 par ses analyses antisociales l'insu d'ailleurs de la plupart de ses propagateurs1 les principales conditions d'existence du rgime monothique4 ,ce rsultat ncessaire a d se raliser d'autant plus vite et plus srement1 quand l'organisation catholique a t enfin complte1 que cette organisation acclrait davantage1 suivant nos explications antrieures1 l'ensemble du mouvement intellectuel1 dont les divers progrs1 mme scientifiques1 devaient alors tourner surtout l'honneur et au profit de l'esprit mtaphysique qui paraissait les diriger1 quoiqu'il n'en pt tre que le simple organe philosophique1 jusqu' ce que l'esprit positif pt devenir finalement assez caractris par ces succs graduels pour lutter directement contre le systme entier de la philosophie primitive1 d'abord dans l'tude des plus simples phnomnes1 et ensuite peu peu envers tous les autres1 eu gard leur complication croissante1 ce qui n'a t possible qu'en un temps trs postrieur celui que nous considrons1 comme je l'expliquerai plus tard4 ,il tait donc invitable que le catholicisme1 qui1 ds sa naissance1 et mme1 en quelque sorte auparavant1 avait ainsi laiss ncessairement en dehors de son propre systme1 quoique sous sa tutelle gnrale1 l'essor intellectuel le plus avanc1 ft atteint graduellement par un antagonisme destructeur1 aussitt que1 par le suffisant accomplissement1 au moins provisoire1 des conditions purement sociales1 les conditions simplement mentales devaient1 leur tour1 devenir directement les plus importantes au dveloppement continu de l'volution humaine3 cause radicale d'une insurmontable dcadence1 dont nous pouvons assurer1 par anticipation1 que le rgime positif sera spontanment prserv1 comme reposant toujours1 par sa nature1 sur l'ensemble du mouvement spirituel4 ,quoique cette irrsistible dissolution de la philosophie monothique ait d d'abord faire seulement prvaloir l'ascendant mtaphysique1 une telle rvolution n'a pu finalement aboutir qu' l'avnement ncessaire de l'esprit positif1 suivant la thorie fondamentale tablie la fin du volume prcdent3 car1 les voies philosophiques lui ont t par-l directement ouvertes1 d'aprs ce premier triomphe capital de la philosophie naturelle sur la philosophie morale4 ,j'ai dmontr1 en effet1 en diverses parties de ce ,trait1 que1 du point de vue scientifique le plus lev1 et1 par suite1 conformment aussi aux plus minentes considrations historiques1 la philosophie positive est surtout caractrise par sa tendance constante procder de l'tude gnrale du monde extrieur celle de l'homme lui-mme1 tandis que la marche inverse est ncessairement propre la philosophie thologique 7voyez principalement1 ce sujet1 la quarantime leon et la cinquante-unime73 ainsi1 tout mouvement philosophique qui1 d'abord dvelopp dans les spculations inorganiques1 parvenait directement modifier d'aprs elles le systme primitif des spculations morales et sociales1 prparait rellement1 par une invincible fatalit1 l'empire ultrieur de la positivit rationnelle1 quelles que pussent tre d'abord les vaines prtentions la domination indfinie de l'intelligence humaine1 alors naturellement conues par les organes provisoires d'un tel progrs4 ,c'est ainsi que les besoins essentiels de l'esprit positif ont d long-temps concider avec les principaux intrts de l'esprit mtaphysique1 malgr leur antagonisme radical1 instinctivement contenu1 tant que le rgime monothique n'a pas t suffisamment branl4 ,la cause gnrale de l'invitable dissolution mentale du catholicisme consiste donc1 d'aprs cette dmonstration1 conformment notre premier nonc1 en ce que1 n'ayant pu ni d s'incorporer intimement le mouvement intellectuel1 il en a t1 de toute ncessit1 finalement dpass2 il n'a pu ds-lors maintenir son empire qu'en perdant le caractre progressif1 propre tout systme quelconque l'ge d'ascension1 pour acqurir de plus en plus le caractre profondment stationnaire1 et mme minemment rtrograde1 qui le distingue si dplorablement aujourd'hui4 ,une superficielle apprciation de l'conomie spirituelle des socits humaines a pu d'abord1 la vrit1 faire penser que cette dcadence mentale pouvait se concilier avec une prolongation indfinie de la prpondrance morale1 laquelle le catholicisme devait se croire des droits spciaux en vertu de l'excellence gnralement reconnue de sa propre morale1 dont les prceptes seront1 en effet1 toujours profondment respects de tous les vrais philosophes1 malgr l'entranement passager de nos anarchiques aberrations4 ,mais un examen approfondi doit bientt dissiper une telle illusion1 en faisant comprendre1 en principe1 que l'influence morale s'attache ncessairement la supriorit intellectuelle1 sans laquelle elle ne saurait exister solidement3 car1 ce ne peut tre videmment que par une pure transition trs prcaire que les hommes accordent habituellement leur principale confiance1 dans les plus chers intrts de leur vie relle1 des esprits dont il ne font plus assez de cas pour les consulter l'gard des plus simples questions spculatives4 ,la morale universelle1 dont le catholicisme a d tre d'abord l'indispensable organe1 ne peut certainement lui constituer une exclusive proprit1 s'il a finalement perdu l'aptitude gnrale la faire prvaloir dans l'conomie sociale3 elle forme ncessairement un prcieux patrimoine transmis par nos anctres l'ensemble de l'humanit2 son influence appartiendra dsormais ceux qui sauront le mieux la consolider1 la complter et l'appliquer1 quels que puissent tre leurs principes intellectuels4 ,quoique la raison humaine ait d faire d'heureux emprunts l'astrologie1 par exemple1 ainsi qu' l'alchimie1 elle n'a pu sans doute1 par de telles acquisitions1 se croire lie irrvocablement leur sort1 ds qu'elle a pu rattacher de meilleures bases ces importans rsultats3 il en sera essentiellement de mme pour tous les progrs quelconques1 moraux ou politiques1 d'abord raliss par la philosophie thologique1 et qui ne sauraient prir avec elle1 pourvu toutefois que l'on s'occupe enfin convenablement de les incorporer une autre organisation spirituelle1 sous la direction gnrale de la philosophie positive1 comme je l'expliquerai plus tard4 ,temporellement envisage1 la dcadence ncessaire du rgime propre au moyen-ge rsulte directement d'un principe tellement vident1 qu'il ne saurait exiger ici des explications aussi tendues que celles que je viens de terminer pour l'ordre spirituel1 sauf le dveloppement spcial que devra prsenter1 ce sujet1 le chapitre suivant4 ,sous quelque aspect qu'on envisage1 en effet1 le rgime fodal1 dont les trois caractres gnraux ont t prcdemment tablis1 sa nature essentiellement transitoire se manifeste aussitt de la manire la moins quivoque4 ,quant son but principal1 l'organisation dfensive des socits modernes1 il ne pouvait conserver d'importance que jusqu' ce que les invasions fussent suffisamment contenues1 par la transition finale des barbares la vie agricole et sdentaire dans leurs propres contres1 sanctionne et consolide1 pour les cas les plus favorables1 par leur conversion graduelle au catholicisme1 qui les incorporait de plus en plus au systme universel4 ,a mesure que ce grand rsultat tait convenablement ralis1 l'activit militaire devait ncessairement perdre1 faute d'une large application sociale1 la prpondrance invitable qu'elle avait jusque alors conserve1 d'abord pendant la conqute romaine1 et ensuite sous la dfense fodale2 la guerre devait1 de jour en jour1 devenir plus exceptionnelle1 et tendre finalement disparatre chez l'lite de l'humanit1 o la vie industrielle1 primitivement si subalterne1 devait acqurir simultanment une extension et une intensit toujours croissantes1 sans pouvoir toutefois encore devenir politiquement dominante1 comme je l'expliquerai bientt4 ,la destination purement provisoire de tout systme militaire avait d tre beaucoup moins prononce sous le rgime prcdent1 quoiqu'elle y soit certes incontestable1 par la lenteur ncessaire qu'avait exige1 de toute ncessit1 l'essor graduel de la domination romaine3 le systme simplement dfensif ne pouvait videmment comporter ensuite une aussi longue dure4 ,cette nature transitoire est encore plus irrcusable pour cette dcomposition gnrale du pouvoir temporel en souverainets partielles1 que nous avons apprcie comme le second caractre essentiel de l'ordre fodal1 et qui ne pouvait assurment viter d'tre prochainement remplace par une centralisation nouvelle1 vers laquelle tout devait tendre1 ainsi qu'on le verra au chapitre suivant1 aussitt que le but propre d'un tel rgime aurait t suffisamment accompli4 ,il en est de mme1 enfin1 pour le dernier trait caractristique1 la transformation de l'esclavage en servage1 puisque l'esclavage constitue naturellement un tat susceptible de dure sous les conditions convenables2 tandis que le servage proprement dit ne pouvait tre1 dans le systme gnral de la civilisation moderne1 qu'une situation simplement passagre1 promptement modifie par l'tablissement presque simultan des communes industrielles1 et qui n'avait d'autre destination sociale que de conduire graduellement les travailleurs immdiats l'entire mancipation personnelle4 ,a tous ces divers titres1 on peut assurer1 sans exagration1 que mieux le rgime fodal remplissait son office propre1 capital quoique passager1 pour l'ensemble de l'volution humaine1 et plus il rendait imminente sa dsorganisation prochaine1 peu prs comme nous l'avons ci-dessus reconnu envers le catholicisme4 ,toutefois1 les circonstances extrieures1 qui d'ailleurs n'taient nullement accidentelles1 ont trs ingalement prolong1 chez les diverses nations europennes1 la dure ncessaire d'un tel systme1 dont la prpondrance politique a d surtout persister davantage aux diverses frontires sociales de la civilisation catholico-fodale1 c'est--dire1 en ,pologne1 en ,hongrie1 etc41 quant aux invasions purement tartares et scandinaves1 et mme1 certains gards1 en ,espagne1 et dans les grandes les de la ,mditerrane1 en ,sicile surtout1 pour les envahissemens arabes3 distinction trs utile noter ici dans son germe1 et qui trouvera1 en poursuivant notre apprciation historique1 une intressante application1 d'ailleurs presque toujours implicite1 suivant les conditions logiques de notre travail4 ,l'explication prcdente1 quelque sommaire qu'elle ait d tre1 se complte1 au reste1 naturellement1 en indiquant1 de mme qu'envers l'ordre spirituel1 la classe spcialement destine diriger immdiatement la dcomposition continue du rgime fodal1 qui ne pouvait ni ne devait d'abord s'accomplir par l'intervention politique de la classe industrielle1 quoique son avnement social constitut cependant l'issue finale d'une semblable progression4 ,a l'origine1 cette classe devait tre la fois trop subalterne et trop exclusivement proccupe de son propre essor intrieur pour se livrer directement cette grande lutte temporelle1 qui dut ainsi tre ncessairement dirige par les lgistes1 dont le systme fodal avait spontanment dvelopp de plus en plus l'influence politique1 par une suite ncessaire du dcroissement graduel de l'activit militaire1 comme je l'expliquerai au chapitre suivant4 ,ils sont1 en effet1 rests jusqu'ici les organes immdiats du mouvement temporel1 malgr que sa principale destination ait essentiellement chang de nature depuis que cette mission provisoire est suffisamment accomplie1 de manire mettre pleinement dsormais en vidence croissante l'incapacit organique qui caractrise les lgistes aussi bien que les mtaphysiciens1 galement rservs1 en politique et en philosophie1 oprer de simples modifications critiques1 sans pouvoir jamais rien fonder4 ,en terminant enfin cette longue et difficile apprciation fondamentale du rgime monothique propre au moyen-ge1 je ne crois pas devoir m'abstenir de signaler1 ds ce moment1 une importante rflexion philosophique1 ultrieurement dveloppable1 naturellement suggre par l'ensemble de notre examen historique du systme catholique1 qui formait la principale base de cette mmorable organisation4 ,si l'on envisage convenablement la dure totale du catholicisme1 on est1 en effet1 aussitt frapp de la disproportion1 essentiellement anomale1 que prsente le temps excessif de sa lente laboration politique1 compar la courte prolongation de son entire prpondrance sociale1 promptement suivie d'une rapide et irrvocable dcadence2 puisque une constitution1 dont l'essor a exig dix sicles1 ne s'est1 en ralit1 suffisamment maintenue la tte du systme europen que pendant deux sicles environ1 de ,grgoire ,,vii1 qui l'a complte1 ,boniface ,,viii1 sous lequel son dclin politique a hautement commenc1 les cinq sicles suivans n'ayant essentiellement offert1 cet gard1 qu'une sorte d'agonie chronique1 de moins en moins active3 ce qui doit certainement sembler tout--fait contraire soit aux lois gnrales de la longvit ordinaire des organismes sociaux1 o la dure de la vie1 comme dans les organismes individuels1 doit tre relative celle du dveloppement2 soit l'admirable supriorit intrinsque qui distinguait une telle conomie1 dont j'ai fait ressortir1 tant de titres1 les minens attributs4 ,la seule solution possible de ce grand problme historique1 qui n'a jamais pu tre philosophiquement pos jusqu'ici1 consiste concevoir1 en sens radicalement inverse des notions habituelles1 que ce qui devait ncessairement prir ainsi1 dans le catholicisme1 c'tait la doctrine1 et non l'organisation1 qui n'a t passagrement ruine que par suite de son invitable adhrence lmentaire la philosophie thologique1 destine succomber graduellement sous l'irrsistible mancipation de la raison humaine2 tandis qu'une telle constitution1 convenablement reconstruite sur des bases intellectuelles la fois plus tendues et plus stables1 devra finalement prsider l'indispensable rorganisation spirituelle des socits modernes1 sauf les diffrences essentielles spontanment correspondantes l'extrme diversit des doctrines fondamentales2 moins de supposer1 ce qui serait certainement contradictoire l'ensemble des lois de notre nature1 que les immenses efforts de tant de grands hommes1 seconds par la persvrante sollicitude des nations civilises1 dans la fondation sculaire de ce chef-d'uvre politique de la sagesse humaine1 doivent tre enfin irrvocablement perdus pour l'lite de l'humanit1 sauf les rsultats1 capitaux mais provisoires1 qui s'y rapportaient immdiatement4 ,cette explication gnrale1 dj videmment motive par la suite des considrations propres ce chapitre1 sera de plus en plus confirme par tout le reste de notre opration historique1 dont elle constituera spontanment la principale conclusion politique4 ,,cinquante-,,cinqui,,me ,,le,,on4 ,apprciation gnrale de l'tat mtaphysique des socits modernes3 poque critique1 ou ge de transition rvolutionnaire4 ,dsorganisation croissante1 d'abord spontane et ensuite de plus en plus systmatique1 de l'ensemble du rgime thologique et militaire4 ,par une judicieuse comparaison d'ensemble entre les deux chapitres prcdens1 le lecteur attentif a d dsormais vrifier spontanment1 de la manire la moins quivoque1 que1 conformment notre thorie fondamentale de l'volution humaine1 le rgime polythique de l'antiquit avait rellement constitu1 tous gards1 la phase la plus complte et la plus durable du systme thologique et militaire envisag dans sa dure totale2 tandis que le rgime monothique du moyen ge1 quoique ncessairement amen par le dveloppement mme de la situation antrieure1 devait naturellement caractriser la dernire poque essentielle et la forme la moins stable d'un tel systme1 dont il tait surtout destin prparer graduellement l'invitable dcadence et le remplacement final4 ,malgr l'immense ascendant que l'esprit thologique semble d'abord conserver dans l'organisation catholique1 quand on la considre isolment1 nous avons nanmoins dmontr1 avec une pleine vidence1 qu'il y avait effectivement subi1 sous un aspect quelconque1 un dcroissement capital et irrparable1 non-seulement par rapport son irrcusable prpondrance dans les pures thocraties primitives1 mais mme comparativement sa suprmatie habituelle dans le polythisme grec ou romain4 ,l'admirable tendance du catholicisme dvelopper1 autant que possible1 les proprits civilisatrices du monothisme1 ne pouvait nullement empcher cette invitable diminution1 la fois mentale et sociale1 ds lors spontanment consacre par une disposition involontaire et continue agrandir progressivement le domaine1 jadis si restreint1 de la raison humaine1 en dgageant de plus en plus de la tutelle thologique1 soit nos conceptions1 soit nos habitudes1 d'abord uniformment soumises1 jusque dans leurs moindres dtails1 sa domination presque exclusive4 ,de mme1 sous le point de vue temporel1 quelque puissante que doive sembler1 au moyen-ge1 l'activit militaire1 par comparaison aux temps postrieurs1 nous avons cependant reconnu que1 en passant de l'tat romain l'tat fodal1 l'esprit guerrier avait ncessairement prouv une altration radicale dans sa double influence morale et politique1 dont la prpondrance originaire devait dsormais rapidement dcliner1 tant par suite des entraves continues que lui imposait ncessairement la nature gnrale du systme monothique1 qu'en vertu de l'importance videmment passagre et graduellement dcroissante de la destination essentiellement dfensive qui seule lui restait ds lors4 ,c'est donc uniquement dans l'antiquit qu'il faut placer la vritable poque du plein ascendant et du libre essor1 soit de la philosophie purement thologique1 soit de l'activit franchement militaire1 au dveloppement desquelles tout concourait alors spontanment3 l'une et l'autre reurent certainement1 pendant tout le cours du moyen-ge1 une profonde atteinte1 que devait bientt suivre une irrvocable dcadence4 ,nous avons mme constat1 au chapitre prcdent1 que la plus exacte apprciation de l'ensemble du rgime monothique propre cette phase transitoire de l'volution sociale consiste finalement le concevoir comme le rsultat d'une premire grande tentative de l'humanit1 pour l'tablissement direct et gnral d'un systme rationnel et pacifique4 ,quoique cette tentative trop prmature ait d essentiellement manquer son but principal1 soit cause d'une situation encore minemment dfavorable1 soit surtout par suite de l'insuffisance radicale de la seule philosophie qui pt alors diriger une telle opration1 elle n'en a pas moins1 en ralit1 heureusement guid l'lite de l'humanit dans sa grande transition finale1 soit en acclrant la dcomposition spontane du systme thologique et militaire1 soit en secondant l'essor naturel des principaux lmens d'un systme nouveau1 de manire permettre enfin de reprendre directement avec succs l'uvre immense de la rorganisation fondamentale1 quand cette double prparation aurait t convenablement accomplie1 comme nous reconnatrons clairement qu'elle commence l'tre aujourd'hui chez les peuples les plus avancs4 ,a partir du point minemment notable o se trouve maintenant parvenue notre laboration historique1 l'tude gnrale d'une telle transition doit donc constituer dsormais l'objet essentiel de tout le reste de notre analyse1 afin d'apprcier exactement1 sous l'un et l'autre aspect1 les diverses consquences ncessaires de l'impulsion universelle spontanment produite1 au moyen-ge1 par l'ensemble du rgime catholique et fodal1 vers la rgnration totale des socits humaines4 ,cette partie finale de notre grande dmonstration me semble strictement exiger1 par sa nature1 la dcomposition rationnelle d'une pareille exposition en deux sries htrognes1 trs nettement distinctes pour quiconque aura convenablement saisi l'esprit de notre travail antrieur1 quoique d'ailleurs ncessairement coexistantes et mme profondment solidaires3 l'une1 essentiellement critique ou ngative1 destine caractriser la dmolition graduelle du systme thologique et militaire1 sous l'ascendant croissant de l'esprit mtaphysique2 l'autre1 directement organique1 relative l'volution progressive des divers lmens principaux du systme positif3 la leon actuelle sera spcialement consacre la premire apprciation1 et la suivante la seconde4 ,malgr l'intime connexit vidente de ces deux mouvemens simultans de dcomposition et de recomposition sociales1 on viterait difficilement une confusion presque inextricable1 trs prjudiciable l'analyse dfinitive de la situation actuelle1 en persistant mener de front deux ordres de considrations dsormais assez radicalement diffrens pour que je n'hsite point1 aprs une scrupuleuse dlibration1 regarder leur sparation mthodique comme un artifice scientifique vraiment indispensable au plein succs final de la suite entire de notre opration historique3 car ces deux sortes de dveloppemens1 dont la liaison ncessaire ne pouvait nullement altrer l'indpendance spontane1 ne furent d'ailleurs1 en ralit1 ni habituellement conus dans le mme esprit et pour le mme but1 ni communment dirigs par les mmes organes4 ,envers les diverses phases antrieures de l'humanit1 il n'et t1 au contraire1 ni ncessaire1 ni convenable1 d'tudier ainsi sparment les deux mouvemens lmentaires1 opposs mais toujours convergens1 dont l'organisme social1 comme l'organisme individuel1 est1 par sa nature1 constamment agit3 puisque les divers changemens successivement accomplis jusque alors ne pouvaient tre assez profonds pour exiger ou comporter l'institution d'un semblable artifice1 dont l'emploi et1 par consquent1 abouti surtout dissimuler la vraie filiation des vnemens4 ,les rvolutions prcdentes1 sans mme excepter la plus importante de toutes1 le passage du rgime polythique au rgime monothique1 n'avaient pu consister qu'en modifications plus ou moins graves du systme thologique fondamental1 dont la nature caractristique restait essentiellement maintenue2 le mouvement critique et le mouvement organique1 quoique rellement diffrens1 ne pouvaient donc tre1 d'ordinaire1 assez distincts et assez indpendans pour devenir rationnellement sparables1 moins de pousser l'analyse sociologique jusqu' un degr de prcision qui serait aujourd'hui dplac1 suivant les prescriptions logiques du quatrime volume4 ,dans la transition graduelle de chaque forme thologique la suivante1 non-seulement l'esprit humain pouvait aisment combiner la destruction de l'une avec l'laboration de l'autre1 mais il devait mme y tre spontanment conduit1 sauf la tendance individuelle cultiver plus spcialement l'une ou l'autre partie de cette double opration philosophique4 ,mais il en devait tre tout autrement pour sortir entirement du systme thologique et passer au systme franchement positif1 ce qui constitue ncessairement la plus profonde rvolution1 d'abord mentale1 et finalement sociale1 que notre espce puisse subir dans l'ensemble de sa carrire4 ,par la nature propre de cette grande transition1 le mouvement critique1 devenu1 pendant plusieurs sicles1 extrmement prononc1 s'y distingue tellement du mouvement organique1 long-temps peine apprciable1 que1 malgr leur liaison fondamentale1 chacun d'eux ne peut tre sainement jug que d'aprs une tude spciale et directe4 ,l'tendue et la difficult d'une semblable transformation ont alors1 pour la premire fois1 graduellement conduit l'esprit humain diriger son essor rvolutionnaire d'aprs une doctrine absolue de ngation systmatique1 dont l'invitable ascendant tend faire profondment mconnatre la vritable issue finale de l'ensemble de la crise1 qui parat ainsi consister dans l'application totale et la prpondrance continue de cette doctrine ncessairement passagre1 comme la plupart des philosophes modernes l'ont si vicieusement pens4 ,il serait donc presque impossible d'viter que la notion du mouvement organique ne restt essentiellement absorbe par la considration1 jusqu'ici beaucoup plus sensible et mieux caractrise1 du mouvement critique1 si1 dans l'apprciation rationnelle des cinq derniers sicles de notre civilisation1 on n'instituait point1 entre deux tudes aussi distinctes1 une sparation mthodique4 ,ce qui rend ici rellement facultatif l'emploi rationnel d'un semblable artifice sociologique1 c'est la nature minemment abstraite de notre laboration historique1 d'aprs les explications gnrales places au dbut de ce volume3 car1 dans un travail historique qui aurait vritablement le caractre concret1 cette division idale entre des phnomnes simultans et solidaires ne saurait tre lgitime2 tandis qu'elle est1 au contraire1 pleinement compatible avec une analyse abstraite de l'volution sociale1 si d'ailleurs on l'y reconnat utile l'claircissement du sujet1 ce qui1 pour le cas actuel1 me semble hautement incontestable2 on ne fait ainsi qu'tendre l'tude de la vie collective un droit scientifique ds long-temps usuel dans l'tude de la vie individuelle4 ,un retour suffisant la saine apprciation logique de la diffrence fondamentale entre l'histoire abstraite et l'histoire concrte conduira spontanment le lecteur dissiper sans difficult l'incertitude qui pourrait lui rester cet gard4 ,du reste1 l'esprit philosophique de ce ,trait est1 sans doute1 assez prononc maintenant pour que l'emploi soutenu de cet indispensable artifice sociologique ne conduise jamais le lecteur mconnatre la solidarit ncessaire de ces deux mouvemens simultans1 dont l'vidente connexit1 dj rige en principe par l'ensemble des conceptions1 soit scientifiques1 soit logiques1 du quatrime volume1 se trouve d'ailleurs directement tablie d'avance d'aprs nos explications historiques1 et surtout rsulte spontanment de la leon prcdente1 qui a finalement montr le rgime monothique du moyen-ge comme la commune source immdiate de l'une et l'autre impulsion4 ,toutefois1 afin de prvenir1 autant que possible1 les dviations involontaires que pourrait1 ce sujet1 susciter momentanment un tel mode d'apprciation1 il n'est pas ici inutile de rappeler d'abord1 en gnral1 l'obligation fondamentale d'avoir toujours en vue l'intime corelation effective de ces deux ordres de phnomnes sociaux1 tout en procdant1 pour plus de nettet1 l'analyse spare de chacun d'eux4 ,or1 il est certainement vident que ces deux mouvemens htrognes1 malgr leur spontanit ncessaire1 ont d constamment exercer l'un sur l'autre une raction trs puissante pour se consolider et s'acclrer mutuellement4 ,la dcomposition croissante1 spirituelle ou temporelle1 de l'ancien systme social ne pouvait successivement s'accomplir sans faciliter aussitt l'essor graduel des lmens correspondans du nouveau systme1 en diminuant les principaux obstacles qui le retardaient2 de mme1 en sens inverse1 le dveloppement progressif des nouveaux lmens sociaux devait1 non moins naturellement1 imprimer un important surcrot d'nergie l'action rvolutionnaire1 et surtout rendre ses rsultats plus expressment irrvocables4 ,cette double relation permanente n'est pas seulement incontestable depuis que l'antagonisme des deux systmes a commenc devenir direct et pleinement caractristique3 elle tait1 au fond1 tout aussi relle1 quoique plus difficilement apprciable1 pendant que la lutte restait encore indirecte et vaguement dfinie1 sous la conduite immdiate et exclusive de l'esprit mtaphysique proprement dit4 ,personne aujourd'hui ne saurait mconnatre la grande influence de la dsorganisation successive du rgime thologique et militaire depuis le moyen-ge pour seconder le dveloppement scientifique et industriel de la civilisation moderne1 dont la spontanit fondamentale a mme t souvent mal apprcie en attribuant cette considration indispensable une irrationnelle exagration4 ,mais la raction inverse1 quoique beaucoup moins connue jusqu'ici1 n'est pas1 en effet1 moins certaine1 ni moins importante4 ,la suite de ce travail doit bientt fournir au lecteur plusieurs occasions capitales de sentir spontanment que le dveloppement de l'esprit positif1 avant mme que son intervention devnt explicite1 a pu seul donner une vritable consistance l'ascendant graduel de l'esprit mtaphysique sur l'esprit thologique3 sans une telle influence1 cette lutte continue1 au lieu de tendre vers une vraie rnovation philosophique1 n'et pu conduire qu' de vaines et interminables discussions2 puisque1 l'esprit mtaphysique ne pouvant1 par sa nature1 accomplir la dmolition successive de la philosophie thologique que d'aprs sa disposition caractristique dtruire les consquences au nom des principes1 il devait ncessairement consacrer toujours les bases intellectuelles1 au moins les plus gnrales1 de cette mme philosophie dont il ruinait essentiellement l'efficacit sociale1 et dont la dcadence mentale ne pouvait ainsi jamais sembler pleinement irrvocable4 ,aujourd'hui surtout1 c'est parce qu'on n'a pas communment assez apprci l'influence philosophique propre l'esprit positif que l'on conserve encore trop souvent des illusions si dsastreuses sur la perptuit indfinie du rgime thologique convenablement modifi1 comme j'aurai lieu de l'expliquer ultrieurement4 ,on peut faire1 dans l'ordre temporel1 des remarques essentiellement quivalentes1 et certes non moins videntes1 sur la raction capitale que l'essor graduel de l'esprit industriel a d exercer de plus en plus pour rendre hautement irrvocable1 chez les modernes1 le dcroissement spontan de l'esprit militaire1 quoique leur antagonisme n'ait t jusqu'ici presque jamais direct3 faute d'une telle base gnrale1 la rivalit politique des lgistes envers les militaires aurait pu se prolonger indfiniment sans jamais pouvoir aboutir un vritable changement de systme2 c'est la prpondrance universelle de la vie industrielle qui seule fait maintenant sentir instinctivement tous les hommes judicieux l'incompatibilit radicale de tout rgime militaire avec la nature caractristique de la civilisation actuelle4 ,ces indications sommaires suffisent ici1 sans doute1 pour faire d'avance convenablement ressortir1 en gnral1 l'enchanement ncessaire et continu des deux mouvemens1 htrognes mais convergens1 l'un critique1 l'autre organique1 que nous devons dsormais analyser sparment1 en prvenant ainsi le seul grave inconvnient philosophique de cette indispensable dcomposition mthodique1 c'est--dire la tendance dissimuler l'intime connexit des deux sries de phnomnes sociaux4 ,nous pouvons donc entreprendre directement l'examen qui constitue l'objet propre de ce chapitre1 en procdant d'abord l'apprciation rationnelle de la dsorganisation croissante du systme thologique et militaire pendant le cours des cinq derniers sicles4 ,quoique le caractre essentiellement ngatif de cette grande opration rvolutionnaire doive naturellement inspirer1 envers une telle priode1 une sorte de rpugnance philosophique1 cependant l'esprit gnral de ma thorie fondamentale de l'volution humaine1 et spcialement l'ensemble des explications contenues au chapitre prcdent1 ont d d'avance dissiper spontanment ce qu'il pourrait y avoir d'anti-scientifique dans une semblable disposition1 en faisant pressentir que1 malgr les profondes aberrations et les dsordres dplorables qui devaient la distinguer1 cette mmorable phase sociale constitue nanmoins1 sa manire1 un intermdiaire aussi indispensable qu'invitable dans la marche lente et pnible du dveloppement humain4 ,a l'tat catholique et fodal1 le systme thologique et militaire tait dj1 au fond1 comme nous l'avons reconnu1 en dcadence imminente1 sans que rien pt ds lors le prserver d'une prochaine et rapide dcomposition radicale2 or1 d'un autre ct1 l'volution propre et directe des nouveaux lmens sociaux commenait peine alors tre distinctement bauche1 sans que leur tendance politique finale pt tre encore aucunement souponne1 jusqu' ce qu'une longue laboration ultrieure leur et permis de manifester graduellement leur aptitude ncessaire1 si mal apprcie1 mme aujourd'hui1 des meilleurs esprits1 fournir les bases solides d'une vraie rorganisation4 ,il tait donc videmment contradictoire aux lois naturelles du mouvement social que le passage d'un systme l'autre s'oprt par substitution immdiate1 en prvenant toute discontinuit organique1 quand mme tous les pouvoirs humains auraient pu alors gnreusement consentir au chimrique sacrifice de leurs dispositions les plus naturelles et de leurs intrts les plus lgitimes4 ,ainsi1 les socits modernes ne pouvaient aucunement viter de se trouver1 pendant plusieurs sicles1 d'une manire de plus en plus prononce1 dans cette situation profondment exceptionnelle1 mais ncessairement transitoire1 o le principal progrs politique serait1 au fond1 par une ncessit toujours croissante1 essentiellement ngatif1 tandis que l'ordre public serait surtout maintenu par une rsistance de plus en plus rtrograde2 double caractre parvenu aujourd'hui sa plus haute intensit4 ,quant l'indispensable office gnral que ce mouvement de dcomposition devait accomplir dans l'volution totale des socits modernes1 je l'ai d'avance suffisamment indiqu en expliquant1 ds le dbut du volume prcdent1 la destination essentielle de la doctrine rvolutionnaire1 qui a d finalement devenir le principal organe d'une telle suite d'oprations4 ,outre sa puissante influence1 ci-dessus rappele1 pour seconder l'essor naturel des nouveaux lmens sociaux1 par la suppression croissante des entraves primitives1 son efficacit politique1 et mme philosophique1 a surtout consist rendre non-seulement possible mais invitable un vrai changement de systme1 soit en manifestant de plus en plus l'insuffisance radicale de l'ancienne organisation1 soit aussi en dissipant graduellement les obstacles ncessaires qui interdisaient spontanment notre faible intelligence jusqu' la simple conception de toute vritable rgnration1 comme je l'ai tabli au quarante-sixime chapitre4 ,sans la salutaire impulsion de cette nergie critique1 il n'est pas douteux que l'humanit languirait encore sous ce rgime provisoire qui1 aprs avoir t indispensable son enfance1 tendait ensuite la prolonger indfiniment1 en conservant sa prpondrance malgr le suffisant accomplissement de sa principale destination4 ,on doit mme reconnatre que1 pour remplir convenablement son office essentiel1 le mouvement critique avait besoin d'tre pouss1 surtout mentalement1 jusqu' son dernier terme naturel3 car1 sans l'entire suppression des divers prjugs1 soit religieux1 soit politiques1 relatifs l'ancienne organisation1 notre apathie intellectuelle et sociale se serait certainement borne chercher un dnouement facile mais illusoire1 en se contentant de faire subir au systme primitif de vaines modifications1 impuissantes apporter aucune satisfaction suffisante et durable aux nouveaux besoins de l'humanit4 ,quoique une telle mancipation ne puisse1 sans doute1 constituer qu'une condition purement ngative1 il n'en faut pas moins l'envisager1 mme aujourd'hui1 comme un prambule rigoureusement indispensable toute saine spculation philosophique sur une vraie rorganisation sociale1 ainsi que j'aurai lieu de le faire bientt sentir4 ,il serait donc superflu d'insister ici davantage pour dissiper1 ce sujet1 la rpugnance naturelle que doit inspirer1 en tous genres1 le spectacle de la destruction2 chacun peut dj suffisamment sentir d'avance l'importance capitale1 bien que transitoire1 de ce grand mouvement critique1 dont l'exacte apprciation se rattache d'ailleurs1 d'une manire si directe et si intime1 l'tude gnrale de la situation actuelle de l'lite de l'humanit4 ,cette dsorganisation croissante doit tre distinctement examine partir d'une poque plus recule que celle communment adopte par les plus judicieux philosophes1 qui1 d'aprs une analyse mal conue1 ne font presque jamais remonter une telle investigation historique au-del du seizime sicle4 ,son vrai point de dpart1 dont l'indication est ici ncessaire afin de prvenir1 autant que possible1 le vague et l'incertitude des spculations1 devient aisment assignable d'aprs la thorie fondamentale tablie au chapitre prcdent sur la principale destination propre au rgime monothique du moyen-ge1 envisag comme devant constituer1 par sa nature1 la dernire phase essentielle du systme thologique et militaire4 ,il est facile de reconnatre1 en effet1 que1 ds la fin du treizime sicle1 la constitution catholique et fodale avait suffisamment rempli1 sous les rapports les plus importans1 du moins selon sa vritable mesure naturelle1 son office1 indispensable mais passager1 pour l'ensemble de l'volution humaine2 et que1 en mme temps1 les conditions ncessaires de son existence politique avaient dj reu de graves et irrparables altrations1 annonant avec vidence une imminente dcomposition3 ce qui conduit reporter au commencement du quatorzime sicle la vritable origine historique de cette immense laboration rvolutionnaire1 laquelle toutes les classes de la socit ont1 ds lors1 chacune sa manire1 constamment particip4 ,dans l'ordre spirituel1 le clbre pontificat de ,boniface ,,viii caractrise hautement l'poque invitable o le pouvoir catholique1 aprs avoir noblement accompli1 eu gard aux temps et aux moyens1 sa grande mission sociale relative au premier tablissement politique de la morale universelle1 comme je l'ai expliqu1 est naturellement conduit dpasser trs vicieusement le but1 en s'efforant dsormais de constituer1 pour un intrt isol1 une chimrique domination absolue1 de manire soulever ncessairement d'universelles rsistances1 aussi justes que redoutables1 pendant que d'ailleurs il avait dj commenc manifester hautement son impuissance radicale diriger rellement le mouvement mental1 dont l'importance devenait alors graduellement prpondrante dans le systme gnral de la civilisation moderne4 ,l'imminente dsorganisation spontane du catholicisme tait mme indique1 ds l'origine du quatorzime sicle1 d'aprs de graves symptmes prcurseurs1 soit par le relchement presque gnral du vritable esprit sacerdotal1 soit par l'intensit croissante des tendances hrtiques4 ,ce double commencement de dcomposition intime fut d'abord1 sans doute1 efficacement combattu par la mmorable institution des franciscains et des dominicains1 si sagement adapte1 un sicle auparavant1 une telle destination1 et qu'il faut regarder1 en effet1 comme le plus puissant moyen de rformation et de conservation qui pt tre vraiment compatible avec la nature d'un tel systme3 mais son influence prservatrice devait tre bientt puise1 et sa ncessit unanimement reconnue ne pouvait finalement que faire mieux ressortir la prochaine dcadence invitable d'un rgime qui avait reu vainement une telle rparation4 ,en mme temps1 les moyens violens introduits alors1 sur une grande chelle1 pour l'extirpation des hrsies1 constituaient ncessairement l'un des signes les moins quivoques de cette insurmontable fatalit3 car aucune domination spirituelle ne pouvant videmment reposer1 en dernire analyse1 que sur l'assentiment volontaire des intelligences1 tout notable recours spontan la force matrielle doit tre considr1 son gard1 comme le plus irrcusable indice d'un dclin imminent et dj senti4 ,par ces divers motifs1 il est donc ais de concevoir que l'branlement dcisif du systme catholique devait1 tous gards1 commencer au quatorzime sicle1 surtout relativement ses attributions les plus centrales4 ,de mme1 dans l'ordre temporel1 c'est aussi alors que le dcroissement spontan de la constitution fodale a d devenir graduellement irrvocable1 par suite d'un suffisant accomplissement de sa principale destination militaire1 caractrise au chapitre prcdent4 ,car1 l'admirable systme d'oprations dfensives1 qui distingue l'activit guerrire propre au moyen-ge1 avait d comprendre successivement deux sries principales d'efforts essentiels pour protger convenablement le premier essor de la civilisation moderne1 d'abord contre les irruptions trop prolonges des sauvages polythistes du nord1 et ensuite contre l'imminente invasion du monothisme musulman4 ,quelque puissans obstacles qu'ait d long-temps offrir la premire opration1 o le plus grand homme du moyen-ge trouva surtout un si noble emploi de son infatigable nergie1 la seconde lutte devait tre1 par sa nature1 beaucoup plus difficile et plus lente3 puisque le catholicisme1 principal mobile universel de cette mmorable poque1 fournissait1 sous le premier aspect1 un moyen capital de consolidation des rsultats militaires1 par la possibilit des conversions nationales chez les polythistes2 tandis que1 au contraire1 cette force fondamentale s'opposait directement1 dans le second cas1 toute conciliation finale1 vu l'incompatibilit radicale qui devait videmment exister entre les deux sortes de monothisme1 aspirant galement1 de toute ncessit1 l'empire universel1 quoique par des moyens et avec des caractres essentiellement diffrens4 ,les croisades1 abstraction faite de tant d'importans rsultats accessoires ou indirects qu'on y a trop exclusivement remarqus1 et mme indpendamment de la haute influence qui leur appartenait alors immdiatement pour mieux lier les divers peuples europens en leur imprimant une activit collective suffisamment prolonge1 constituaient surtout1 par leur nature1 le seul moyen dcisif de prserver l'volution occidentale du redoutable proslytisme musulman1 ds lors essentiellement rduit l'orient1 o son action pouvait devenir vraiment progressive4 ,mais un tel procd ne pouvait1 videmment1 tre appliqu avec un succs soutenu qu'aprs l'entire cessation des migrations septentrionales1 par suite d'une combinaison convenable d'nergiques rsistances et de sages concessions3 c'est pourquoi la principale dfense du catholicisme contre l'islamisme a d prcisment devenir le but prpondrant de l'activit militaire pendant les deux sicles de pleine maturit du systme politique propre au moyen-ge4 ,toutefois1 malgr les inquitudes1 srieuses mais fugitives1 qu'a pu ultrieurement susciter1 mme jusqu'au dix-septime sicle1 l'extension occidentale des armes musulmanes1 il est clair que cette grande opration dfensive tait essentiellement accomplie ds la fin du treizime sicle1 et ne tendait ds-lors se perptuer abusivement que par l'aveugle impulsion des habitudes ainsi contractes2 sauf l'action rgulire1 long-temps si utile1 d'une admirable institution spciale1 heureusement consacre la consolidation continue de cet minent rsultat1 dont le maintien suffisant cessait dsormais d'exiger l'intervention permanente de la masse des populations chrtiennes4 ,l'organisme fodal avait donc1 cette poque1 dj rempli son principal office pour l'volution gnrale des socits modernes3 par suite1 l'esprit militaire qui le caractrisait1 graduellement priv de sa grande destination protectrice et conservatrice1 a depuis tendu de plus en plus devenir profondment perturbateur1 surtout mesure que la papaut perdait son autorit europenne1 comme je l'indiquerai ci-dessous4 ,c'est ainsi que la dcadence temporelle du rgime propre au moyen-ge a d ncessairement1 aussi bien que sa dcadence spirituelle1 et par des motifs de mme nature1 manifester1 vers le dbut du quatorzime sicle1 un vident caractre d'irrvocabilit1 que son cours spontan n'avait pu jusque alors offrir1 tant qu'il restait ce rgime quelque fonction indispensable remplir dans le systme de notre civilisation4 ,son nergie militaire a1 sans doute1 rendu long-temps encore d'minens services partiels pour garantir la nationalit des principaux peuples europens3 mais il importe de remarquer que ces divers services n'taient plus que relatifs surtout aux perturbations mme que la prolongation dmesure d'une telle activit suscitait partout de plus en plus1 et qui auparavant se trouvaient essentiellement contenues par la prpondrance spontane d'une plus noble destination commune4 ,en assignant ainsi le vrai point de dpart propre au grand mouvement de dcomposition dont nous commenons l'apprciation philosophique1 on voit donc enfin1 soit au spirituel1 soit au temporel1 que la dsorganisation continue de la constitution catholique et fodale1 dernire phase gnrale du systme thologique et militaire1 devient sensible l'poque mme o1 aprs le suffisant accomplissement de sa mission fondamentale1 son ascendant politique devait tendre dsormais entraver de plus en plus l'volution finale des socits modernes2 ce qui garantit ncessairement la pleine rationnalit d'une telle dtermination4 ,pour tre maintenant analyse ici d'une manire vraiment scientifique1 cette immense laboration rvolutionnaire des cinq derniers sicles doit tre d'abord soigneusement divise en deux parties successives1 trs nettement distinctes par leur nature1 quoique toujours confondues jusqu' prsent3 l'une1 comprenant le quatorzime et le quinzime sicles1 o le mouvement critique reste essentiellement spontan et involontaire1 sans la participation rgulire et tranche d'aucune doctrine systmatique2 l'autre1 embrassant les trois sicles suivans1 o la dsorganisation1 devenue plus profonde et plus dcisive1 s'accomplit surtout dsormais sous l'influence croissante d'une philosophie formellement ngative1 graduellement tendue toutes les notions sociales de quelque importance2 de faon indiquer ds-lors hautement la tendance gnrale des socits modernes une entire rnovation1 dont le vrai principe reste toutefois radicalement envelopp d'une vague indtermination4 ,cette distinction indispensable rpandra1 j'espre1 une vive lumire sur l'ensemble1 encore si mal apprci1 de cette mmorable poque1 qui constitue le lien immdiat de notre situation actuelle avec la suite des phases antrieures de l'humanit4 ,quelque puissante qu'ait t historiquement l'efficacit destructive de la doctrine critique proprement dite1 on lui attribue communment une influence trs exagre1 dont la notion devient mme profondment irrationnelle1 quand on y rapporte exclusivement la dsorganisation totale de l'ancien systme social1 comme s'accordent le faire habituellement aujourd'hui les dfenseurs et les adversaires de ce systme4 ,le vritable esprit philosophique montre clairement1 ce me semble1 que1 loin d'avoir pu produire par elle-mme une telle dcomposition1 cette doctrine a d1 au contraire1 en rsulter ncessairement1 quand la dmolition spontane a atteint un certain degr1 qui sera dtermin ci-aprs3 car1 dans toute autre hypothse1 l'origine relle de la thorie rvolutionnaire serait videmment incomprhensible2 quoique sa raction invitable ait d ensuite devenir indispensable l'entier accomplissement d'une pareille phase1 et surtout l'indication caractristique de son issue finale1 ainsi que je l'expliquerai bientt4 ,outre que cette apprciation vulgaire exagre1 videmment1 au-del de toute possibilit1 l'influence politique de l'intelligence1 elle constitue donc ici1 par sa nature1 une sorte de cercle vicieux4 ,l'ensemble de l'poque rvolutionnaire ne saurait1 en consquence1 tre rationnellement conu qu'autant que la formation et le dveloppement de la doctrine critique sont regards comme prcds et dtermins par un progrs suffisant dans la dcomposition purement spontane que nous devons d'abord apprcier sommairement1 suivant l'ordre ci-dessus indiqu4 ,rien ne saurait mieux confirmer la dmonstration tablie au chapitre prcdent1 sur la nature minemment transitoire de la constitution catholique et fodale propre au moyen-ge1 que la ruine irrparable d'un tel organisme par le seul conflit mutuel de ses principaux appareils1 sans aucune attaque systmatique1 pendant les deux sicles qui ont immdiatement suivi les temps mme de sa plus grande splendeur4 ,on peut1 en effet1 reconnatre aisment que cette mmorable conomie contenait1 beaucoup d'gards1 par sa structure caractristique1 des germes essentiels de dcomposition intime1 dont les ravages spontans ont t seulement suspendus ou dissimuls tant que la commune destination sociale a d1 conformment nos explications antrieures1 maintenir1 entre les diverses parties1 par son uniforme prpondrance1 une combinaison ncessairement temporaire4 ,il doit suffire ici d'apprcier les causes les plus universelles de cette imminente dissolution naturelle1 en considrant d'abord1 sous ce point de vue1 la division politique la plus gnrale entre les deux grands pouvoirs du systme1 et ensuite la principale subdivision propre chacun d'eux4 ,sous le premier aspect1 il est incontestable que l'admirable tablissement d'un pouvoir spirituel distinct et indpendant du pouvoir temporel1 quelque indispensable qu'il dt tre l'accomplissement rel de l'volution spciale rserve au moyen-ge1 et quelque immense perfectionnement qu'il ait mme apport la thorie fondamentale de l'organisme social1 comme je l'ai dj prouv1 devait ensuite devenir un principe invitable de dcomposition active pour le rgime correspondant1 par l'incompatibilit ncessaire qui1 ds l'origine1 rgnait1 plus ou moins explicitement1 entre les deux autorits1 soit raison d'un tat de civilisation trop peu conforme un aussi minent progrs1 soit d'aprs l'inaptitude radicale de la seule philosophie qui pt alors y prsider4 ,j'ai d'abord tabli1 dans le cours des deux chapitres prcdens1 que le monothisme est1 par sa nature1 en opposition plus ou moins prononce avec la prpondrance de l'activit militaire2 moins que1 par une anomalie contraire au vritable caractre essentiel de cette phase thologique1 il ne se constitue1 suivant le mode musulman1 en maintenant la concentration primitive des deux pouvoirs2 et1 alors mme1 le polythisme est-il ncessairement beaucoup plus conforme tout dveloppement intense et soutenu du systme militaire4 ,mais1 sous le vrai rgime monothique1 dont la sparation gnrale entre le gouvernement moral et le gouvernement politique devient le principal attribut1 il existe invitablement une sorte de contradiction intime1 directe quoique implicite1 entre une telle disposition et la nature encore militaire de l'organisation temporelle correspondante1 vu la tendance spontane vers la plus entire unit de pouvoir1 toujours propre l'esprit guerrier1 mme aprs l'altration capitale qu'il dut alors subir par la transformation ncessaire du systme de conqute en systme essentiellement dfensif4 ,c'est surtout par-l que cette grande sparation1 malgr sa haute utilit immdiate1 doit tre regarde1 cette poque1 comme une tentative minemment prmature1 dont l'efficacit complte et durable est rserve au dveloppement final des socits modernes1 puisque l'activit industrielle1 devenue enfin prpondrante1 y doit seule tre1 par sa nature1 pleinement compatible avec la consolidation rgulire d'une telle division fondamentale4 ,en outre1 si l'esprit fodal1 en tant que militaire1 devait tre spontanment hostile cette institution caractristique1 il faut reconnatre que1 d'un autre ct1 l'esprit catholique1 en tant que thologique1 tendait aussi1 avec presque autant d'nergie1 l'altrer radicalement en sens inverse1 en poussant habituellement l'autorit sacerdotale dpasser essentiellement des limites vagues et empiriques1 qui n'avaient jamais pu tre rellement assujties aucun principe rationnel4 ,une dmarcation vraiment systmatique1 dont j'ai dj signal le principe gnral1 ne pourra tre un jour solidement tablie entre les deux puissances lmentaires1 sauf les perturbations secondaires dues l'invitable conflit des passions humaines1 que sous l'ascendant ultrieur de la philosophie positive1 minemment propre la constituer spontanment d'aprs l'ensemble des vritables lois de l'organisme social1 comme j'aurai lieu de l'indiquer spcialement dans la suite4 ,tant que l'esprit thologique reste prpondrant1 il est clair1 au contraire1 que la triple nature minemment vague1 arbitraire1 et nanmoins absolue1 qui caractrise1 de toute ncessit1 les diverses conceptions religieuses1 ne saurait permettre d'instituer1 cet gard1 aucun frein intellectuel et moral1 susceptible de contenir suffisamment les opinitres stimulations de l'orgueil et les illusions spontanes de la vanit3 en sorte que1 sous ce rgime1 la sparation effective des deux pouvoirs a d tre surtout empirique1 d'aprs l'indpendance mutuelle propre leurs origines respectives1 maintenue ensuite par leur antagonisme continu1 suivant les explications du chapitre prcdent4 ,la discipline mentale spcialement rigoureuse1 et finalement oppressive1 que ces mmes caractres essentiels ont d rendre de plus en plus indispensable1 afin d'entretenir1 d'une manire aussi prcaire que pnible1 une convergence convenable1 a d d'ailleurs fortifier beaucoup la tendance invitable du pouvoir sacerdotal l'usurpation universelle4 ,enfin1 quoique la plupart des philosophes aient1 cet gard1 attribu une influence trs exagre la principaut temporelle annexe au suprme pontificat1 puisque cette souverainet exceptionnelle n'a pris une grande importance qu'au temps mme o le systme catholique tait dj en pleine dcomposition politique1 il ne faut pas cependant ngliger cette considration secondaire1 qui1 en tout temps1 a d accessoirement concourir dvelopper1 chez les papes1 leur disposition spontane l'entire confusion des divers pouvoirs sociaux4 ,telle est donc1 en rsum1 sous tous les aspects essentiels1 la singulire nature du rgime propre au moyen-ge1 que l'esprit fodal et l'esprit catholique1 qui en constituaient les deux lments gnraux1 tendaient ncessairement1 chacun sa manire1 l'un par suite d'une civilisation trop imparfaite1 l'autre cause d'une philosophie trop vicieuse1 ruiner radicalement la division fondamentale qui caractrisait surtout cette mmorable constitution1 dont la destination purement transitoire ne saurait tre plus videmment vrifie que par un contraste aussi dcisif4 ,ainsi1 ce n'est point la dcomposition spontane de ce rgime1 partir du quatorzime sicle1 qui devrait habituellement nous tonner2 ce serait bien plutt sa permanence effective jusqu' cette poque1 si elle n'tait dj suffisamment explique1 soit par le trop faible essor des nouveaux lmens sociaux1 soit par la ralisation jusque alors incomplte de son office1 fondamental quoique temporaire1 pour l'ensemble de l'volution sociale1 conformment nos dmonstrations antrieures4 ,on obtiendra des conclusions analogues en considrant maintenant la principale subdivision de chacun des deux grands pouvoirs1 spirituel ou temporel1 c'est--dire la relation correspondante entre l'autorit centrale et les autorits locales4 ,il est ais de sentir1 cet gard1 que l'harmonie intrieure de chaque pouvoir ne pouvait tre plus stable que leur combinaison mutuelle4 ,dans l'ordre spirituel1 on ne saurait douter que la hirarchie catholique1 malgr l'minente supriorit de son nergique coordination1 ne contnt ncessairement1 par la nature du systme1 des germes spontans d'une invitable dissolution intime1 indpendante d'aucune hostilit directe1 quant aux relations gnrales entre la suprme autorit sacerdotale et les divers clergs nationaux4 ,ces discordances intrieures devaient certainement outrepasser beaucoup ce degr universel de perturbation lmentaire que l'imperfection de l'humanit rend insparable de toute constitution quelconque2 elles avaient alors un caractre et une intensit propres au rgime thologique correspondant4 ,les immenses efforts entrepris1 cette poque1 avec tant de persvrance1 par les hommes les plus avancs1 pour raliser1 au profit de la civilisation moderne1 tous les moyens d'ordre dont le monothisme est susceptible1 mriteront toujours d'autant plus la respectueuse admiration des vrais philosophes1 qu'une telle proprit est moins conforme la nature des doctrines thologiques1 surtout depuis la sparation1 d'ailleurs si indispensable1 entre les deux puissances fondamentales4 ,quoiqu'on attribue abusivement aux opinions religieuses une tendance absolue dterminer et entretenir la convergence intellectuelle et morale1 il est certain que l'esprit thologique1 dans la situation mentale que suppose l'tablissement rgulier du monothisme1 et avant mme que son principal ascendant ait pu tre directement menac1 ne peut rellement conduire au degr suffisant d'unit sans la pnible intervention continue d'une discipline artificielle trs rigoureuse1 et bientt plus ou moins oppressive1 dont le maintien doit graduellement devenir incompatible1 soit avec les prtentions excessives de ceux qui la dirigent1 soit avec les rsistances exagres de ceux qui la subissent3 c'est ce qui rsulte videmment du caractre vague et arbitraire1 et par suite ncessairement discordant1 d'une telle philosophie1 librement et activement cultive4 ,avant que ce principe fondamental de dissolution ait pu produire1 comme je l'indiquerai ci-dessous1 la dsorganisation finale de cette philosophie1 il a d exercer d'abord son invitable influence en tendant long-temps troubler profondment l'ensemble de la hirarchie catholique1 lorsque les rsistances partielles pouvaient acqurir une vritable importance par leur concentration spontane en oppositions nationales1 sous l'assistance naturelle des pouvoirs temporels respectifs4 ,les mmes causes fondamentales qui1 d'aprs le chapitre prcdent1 avaient d tant limiter1 en ralit1 l'extension territoriale du catholicisme1 agissaient alors1 sous cet autre aspect1 pour ruiner sa constitution intrieure1 mme indpendamment de toute dissidence dogmatique4 ,dans le pays qui1 suivant la juste et unanime apprciation des principaux philosophes catholiques1 fut1 pendant tout le cours du moyen-ge1 le principal appui du systme ecclsiastique1 le clerg national s'tait toujours attribu1 presque ds l'origine1 envers la suprme autorit sacerdotale1 des privilges spciaux1 que les papes ont souvent proclam1 avec raison mais sans succs1 essentiellement contraires l'ensemble des conditions de l'existence politique du catholicisme3 et cette opposition ne devait pas1 sans doute1 tre moins relle1 quoique moins nettement formule1 chez les peuples plus loigns du centre pontifical4 ,la papaut1 d'une autre part1 tendait1 en sens inverse1 mais avec autant d'efficacit1 la dissolution spontane de cette indispensable subordination1 par sa disposition croissante une exorbitante centralisation1 qui1 au profit de plus en plus exclusif des ambitions italiennes1 devait justement soulever partout ailleurs d'nergiques et opinitres susceptibilits nationales4 ,tel est le double effort continu qui1 avant mme toute scission de doctrines1 tendait directement dissoudre l'unit intrieure du catholicisme1 en le dcomposant1 contre son esprit fondamental1 en glises nationales indpendantes4 ,on voit que ce principe de dcomposition quivaut essentiellement1 dans un ordre de relations plus particulier1 celui prcdemment caractris envers la combinaison politique la plus gnrale3 il rsulte1 encore plus clairement1 non d'influences plus ou moins accidentelles1 mais de la nature mme d'un tel systme1 considr surtout dans ses bases intellectuelles trop imparfaites1 et malgr l'admirable supriorit de sa structure propre1 apprcie au chapitre prcdent4 ,sous l'un comme sous l'autre aspect1 cette dsorganisation spontane devait se trouver suffisamment contenue tant que le systme n'avait point acquis tout son dveloppement principal1 et convenablement ralis sa grande mission temporaire4 ,mais rien ne pouvait ensuite empcher une imminente dcomposition quand1 par l'accomplissement essentiel de ces deux conditions1 la considration d'un but d'activit commun a ncessairement cess d'tre assez prpondrante pour dtourner ces divers lmens de leur discordance naturelle4 ,j'ai cru devoir ici caractriser directement1 d'une manire spciale quoique sommaire1 cette dcomposition intrieure de la hirarchie catholique1 parce que la spontanit en est jusque ici trs mal apprcie1 par suite de l'illusion trs excusable qui rsulte1 ce sujet1 d'un sentiment exagr de la perfection de cette admirable conomie1 o personne n'avait pu encore discerner convenablement les minens attributs dus au beau gnie politique de ses nobles fondateurs d'avec les imperfections radicales imposes par la nature d'un tel ge social combine avec celle de la philosophie correspondante1 et qui ne pouvaient permettre cette immense cration qu'une destine fugitive et prcaire4 ,mais nous sommes heureusement dispenss d'une semblable laboration envers l'organisation temporelle1 o l'antagonisme fondamental entre le pouvoir central de la royaut et les pouvoirs locaux des diverses classes de la hirarchie fodale a t assez bien apprci1 en gnral1 par divers philosophes et surtout par ,montesquieu1 pour n'exiger ici aucun nouvel examen1 si ce n'est ci-dessous quant ses rsultats principaux4 ,la conciliation tente par l'ordre fodal proprement dit1 entre les deux tendances contradictoires l'isolement et la concentration1 qui s'y trouvaient pareillement consacres1 ne pouvait1 videmment1 comporter qu'une existence imparfaite et passagre1 qui ne pouvait survivre sa destination purement temporaire1 et qui devait ncessairement entraner la ruine spontane d'une telle conomie1 soit que l'un ou l'autre des deux lmens dt acqurir graduellement une invitable prpondrance1 suivant la distinction ci-aprs explique4 ,trois rflexions gnrales mritent d'tre ici notes au sujet de cette spontanit de dcomposition qui1 tant d'gards1 caractrise si hautement le rgime propre au moyen-ge4 ,la premire1 dj indique1 consiste y voir une confirmation dcisive de l'apprciation fondamentale tablie au chapitre prcdent sur la nature essentiellement transitoire de cette phase extrme du systme thologique et militaire4 ,on peut ainsi sentir aisment que tout doit sembler radicalement contradictoire et profondment incomprhensible dans l'tude sociale du moyen-ge1 en s'obstinant juger un tel rgime d'aprs l'esprit absolu de la philosophie politique aujourd'hui dominante1 tandis que1 au contraire1 tout s'y coordonne naturellement et s'y explique sans effort par cette conception rationnelle d'un office indispensable mais ncessairement passager pour l'ensemble de l'volution humaine4 ,en second lieu1 l'aptitude spciale de ce rgime seconder minemment l'essor direct des nouveaux lmens sociaux n'est pas moins clairement manifeste par cette dcomposition spontane1 que sa tendance caractristique permettre graduellement la dsorganisation finale du systme thologique et militaire4 ,car1 les divers conflits permanens ci-dessus apprcis taient1 par leur nature1 extrmement propres faciliter et mme stimuler un tel essor1 ainsi que je l'indiquerai plus expressment au chapitre suivant1 en intressant immdiatement chacun des diffrens pouvoirs antagonistes au dveloppement continu des nouvelles forces sociales particulires la civilisation moderne1 par le besoin d'y trouver d'importans auxiliaires dans leurs contestations mutuelles4 ,il faut1 en dernier lieu1 regarder cette spontanit de dcomposition comme un caractre vraiment distinctif du rgime catholique et fodal1 en ce sens qu'elle y tait beaucoup plus profondment marque qu'en aucun autre rgime antrieur4 ,dans l'ordre spirituel surtout1 dont la cohrence tait pourtant bien plus parfaite1 il est fort remarquable1 ce me semble1 que les premiers agens de la dsorganisation du catholicisme soient toujours et partout sortis du sein mme du clerg catholique2 tandis que le passage du polythisme au monothisme n'a jamais prsent rien d'analogue1 par suite de cette confusion fondamentale des deux puissances qui caractrisait le rgime polythique de l'antiquit4 ,telle est1 en gnral1 la destine purement provisoire de la philosophie thologique que1 mesure qu'elle se perfectionne intellectuellement et moralement1 elle devient toujours moins consistante et moins durable1 comme le tmoigne hautement l'examen comparatif de ses principales phases historiques2 car1 le ftichisme primitif tait rellement encore mieux enracin et plus stable que le polythisme lui-mme1 qui1 son tour1 a certainement surpass le monothisme soit en vigueur intrinsque1 soit en dure effective3 ce qui1 avec les principes ordinaires1 doit naturellement constituer un paradoxe inexplicable1 que notre thorie1 au contraire1 rsout avec facilit1 en reprsentant spontanment le progrs rationnel des conceptions thologiques comme ayant d surtout consister en un continuel dcroissement d'intensit4 ,une considration trop exclusive de cette remarquable spontanit de dcomposition qui caractrise l'ensemble du rgime propre au moyen-ge1 pourrait d'abord faire penser que la dsorganisation ncessaire de ce rgime aurait pu tre ainsi entirement abandonne son cours naturel1 jusqu' ce que les nouveaux lmens sociaux fussent assez dvelopps pour entreprendre une lutte directe et dcisive1 sans exiger la prilleuse intervention spciale d'une doctrine critique formellement rige en systme de ngation absolue1 et de faon1 par suite1 viter essentiellement les immenses embarras qui en sont rsults4 ,mais une semblable apprciation serait aussi vicieuse1 en sens inverse1 que l'hypothse ordinaire1 ci-dessus rectifie1 qui1 exagrant1 au-del de toute possibilit1 la vraie puissance de cette philosophie ngative1 en fait uniquement driver toute la dissolution de la constitution catholique et fodale1 indpendamment d'aucune dcomposition spontane4 ,car1 celle-ci1 quoique ayant d prcder1 restait ncessairement insuffisante1 si1 parvenue un certain degr1 ci-aprs dtermin1 sa marche n'et enfin pris graduellement un caractre systmatique1 rigoureusement indispensable la vritable issue gnrale d'une telle laboration sociale4 ,non-seulement la doctrine critique ou rvolutionnaire a1 videmment1 contribu beaucoup acclrer et propager la dsorganisation naturelle du rgime propre au moyen-ge1 et par suite de l'ensemble du systme thologique et militaire1 dont il constituait la dernire phase essentielle3 mais sa principale destination1 o elle ne pouvait tre aucunement supple1 a surtout consist servir alors d'organe ncessaire au besoin croissant d'une entire rorganisation sociale1 en manifestant l'impuissance de plus en plus complte du systme ancien diriger le mouvement fondamental de la civilisation moderne1 et en rendant hautement irrvocable cette dissolution spontane1 qui1 sans cela1 et tendu naturellement faire concevoir la grande solution politique comme toujours rductible une simple restauration1 quoique celle-ci devnt1 au fond1 de plus en plus chimrique4 ,dans leurs luttes mme les plus intenses1 les diverses forces catholiques et fodales conservaient spontanment un respect sincre et profond pour tous les principes essentiels de la constitution gnrale1 sans souponner la porte finale des graves atteintes qu'ils devaient indirectement recevoir de tels dbats3 en sorte que cet antagonisme spontan et pu se prolonger presque indfiniment sans caractriser la dcadence radicale du rgime correspondant1 tant que rien de systmatique ne venait s'y mler pour consacrer1 par une formule ngative correspondante1 chacune des pertes successives du rgime ancien1 ainsi devenues irrparables4 ,un examen superficiel pourrait d'abord faire confondre1 par exemple1 l'audacieuse spoliation des glises franaises et germaniques au profit des chevaliers de ,charles-,martel1 avec l'avide usurpation des biens ecclsiastiques par les barons anglais du seizime sicle2 et cependant l'une n'tait1 au fond1 qu'une perturbation grave mais momentane1 bientt suivie d'une large et facile rparation1 tandis que l'autre tendait hautement la ruine irrvocable de l'organisation catholique3 or1 cette diffrence capitale entre deux mesures matriellement analogues rsulte surtout de ce que la premire1 indpendante de tout principe hostile1 ne constituait qu'un violent expdient financier1 d au sentiment1 peut-tre exagr1 d'un imminent besoin public1 au lieu que la seconde se rattachait directement une doctrine formelle de dsorganisation systmatique de la hirarchie sacerdotale4 ,c'est ainsi que1 tous gards1 et dans ses divers degrs1 la philosophie ngative ou rvolutionnaire des trois derniers sicles1 quoique ne pouvant tre primitivement qu'une simple consquence gnrale de la nouvelle situation sociale amene par la dissolution spontane du rgime ancien1 devait ensuite exercer une indispensable raction pour imprimer cette marche naturelle un caractre vraiment dcisif1 propre mettre en vidence le besoin croissant d'une rgnration finale3 jusque l1 et tant que la dcomposition1 purement politique ou mme morale1 ne s'tendait point directement aux principes intellectuels de l'antique constitution1 les altrations successives1 quelque graves qu'elles pussent tre1 d'aprs les diffrens conflits partiels1 se prsentaient toujours ncessairement comme susceptibles de rectifications suffisantes l'issue de conflits inverses4 ,sans l'influence ncessaire de cette doctrine critique1 les peuples modernes eussent consum indfiniment leur principale activit politique en une dplorable prolongation1 aussi dangereuse que strile1 de l'antagonisme propre au moyen-ge1 entre les lmens d'un systme dj essentiellement branl et tendant spontanment ds lors devenir de plus en plus hostile au dveloppement ultrieur de l'volution sociale4 ,car1 malgr son impuissance finale diriger dsormais le mouvement humain1 ce systme devait naturellement conserver ses prtentions la suprmatie tant qu'elle ne lui tait pas directement dnie2 en sorte qu'aucune vritable rorganisation ne pouvait tre ni tente1 ni mme conue1 tant qu'un tel dblai n'tait pas d'abord suffisamment opr4 ,a quelques orages qu'ait donn lieu cette indispensable opration pralable1 il serait d'ailleurs injuste de mconnatre qu'elle a d toutefois en prvenir beaucoup d'autres1 ds lors mme difficilement apprciables1 en posant seule un terme rellement dcisif la suite presque indfinie des agitations intestines de l'ancien systme social4 ,tel devait donc tre le principal office directement propre la doctrine critique1 que la dcomposition spontane de la constitution catholique et fodale rendait seulement possible1 sans pouvoir aucunement y suppler4 ,quant l'hypothse qui reprsenterait la dissolution finale du rgime monothique comme ayant pu s'accomplir1 d'une manire essentiellement calme1 sans exiger l'intervention active et prolonge d'une semblable doctrine1 par la seule opposition naturelle des nouveaux lmens sociaux1 on n'y saurait voir certainement qu'une pure utopie philosophique1 entirement inconciliable avec la vritable marche de la civilisation moderne3 puisque1 aprs leur premier lan au moyen-ge1 l'esprit scientifique et l'activit industrielle1 loin d'tre immdiatement susceptibles d'une destination politique qui n'et alors abouti qu' entraver leur essor caractristique1 ne pouvaient ensuite se dvelopper convenablement que lorsque le systme thologique et militaire aurait d'abord t suffisamment branl1 ainsi que je l'expliquerai spcialement au chapitre suivant1 quoique leur influence sociale ait d devenir1 en dernier lieu1 et surtout aujourd'hui1 la meilleure garantie contre toute vaine restauration du pass4 ,l'invitable avnement de cette philosophie ngative n'est pas son tour1 plus difficile dmontrer que son indispensable coopration dans l'volution gnrale des socits modernes4 ,en s'arrtant surtout1 comme nous pouvons le faire en ce moment1 la premire des deux phases essentielles que j'y distinguerai ci-aprs1 et qui aboutit la dsorganisation radicale de la constitution catholique par le protestantisme proprement dit1 il est ais de comprendre qu'elle devait spontanment rsulter1 en temps convenable1 de la nature mme du rgime monothique4 ,d'abord1 le monothisme introduit toujours ncessairement1 au sein de la thologie1 un certain esprit individuel d'examen et de discussion1 par cela seul que les croyances secondaires n'y sauraient tre spcialises au mme degr que dans le polythisme1 o les moindres dtails taient d'avance dogmatiquement fixs3 c'est ainsi que tout rgime monothique doit naturellement procurer aux intelligences un premier tat normal de libert philosophique1 ne ft-ce que pour dterminer le mode propre d'administration de la puissance surnaturelle dans chaque cas particulier4 ,aussi l'esprit d'hrsie thologique1 videmment tranger au polythisme1 fut-il constamment insparable d'un monothisme quelconque1 par suite des invitables divergences que doit produire cette libre activit spculative l'gard de conceptions essentiellement vagues et arbitraires4 ,mais cette tendance universelle du monothisme1 que l'islamisme lui-mme laisse distinctement apercevoir1 devait videmment recevoir du catholicisme son principal dveloppement1 comme je l'ai dj indiqu au chapitre prcdent1 cause de la division fondamentale des deux puissances qui en constituait le caractre essentiel3 puisqu'une telle sparation provoquait directement l'extension rgulire des habitudes de libre examen depuis les discussions purement thologiques jusqu'aux questions vraiment sociales1 pour y constater successivement les lgitimes applications spciales de la doctrine commune4 ,quoique cette influence ncessaire se soit fait plus ou moins sentir pendant tout le cours du moyen-ge1 la dcomposition spontane du rgime correspondant a d surtout lui procurer un nergique accroissement1 d'aprs l'usage plus continu et plus important d'une telle libert intellectuelle dans le double conflit gnral1 ci-dessus apprci1 qui a naturellement dsorganis le systme catholique1 soit par la lutte des divers pouvoirs temporels contre le pouvoir spirituel1 soit par l'opposition des clergs nationaux au pontificat central4 ,telle est1 en ralit1 l'origine primitive1 certes pleinement invitable1 de cet appel au libre examen individuel1 qui caractrise essentiellement le protestantisme1 premire phase gnrale de la philosophie rvolutionnaire4 ,les docteurs qui soutinrent si long-temps contre les papes l'autorit des rois1 ou les rsistances correspondantes des glises nationales aux dcisions romaines1 ne pouvaient certainement viter de s'attribuer1 d'une manire de plus en plus systmatique1 un droit personnel d'examen1 qui1 de sa nature1 ne devait pas1 sans doute1 rester indfiniment concentr entre de telles intelligences ni sur de telles applications2 et qui1 en effet1 spontanment tendu ensuite1 par une invincible ncessit1 la fois mentale et sociale1 tous les individus et toutes les questions1 a graduellement amen la destruction radicale1 d'abord de la discipline catholique1 ensuite de la hirarchie1 et enfin du dogme lui-mme4 ,une aussi vidente filiation gnrale ne saurait exiger ici de plus amples explications1 sauf celles que son usage ultrieur va bientt faire implicitement sentir4 ,quant au caractre propre de cette philosophie transitoire1 dont l'intervention croissante1 pendant les trois derniers sicles1 est maintenant dmontre1 en principe1 non moins invitable qu'indispensable1 il est clairement dtermin par la nature mme de la destination que nous lui avons reconnue1 et laquelle pouvait seule convenablement satisfaire une doctrine systmatique de ngation absolue1 successivement tendue aux principales questions morales et sociales1 comme je l'ai dj suffisamment tabli1 quoique une autre intention1 ds le dbut du volume prcdent4 ,c'est ce que la raison publique a depuis long-temps essentiellement reconnu1 d'une manire implicite mais irrcusable1 en consacrant1 d'un aveu unanime1 la dnomination trs expressive de protestantisme1 qui1 bien que restreinte ordinairement au premier tat d'une telle doctrine1 ne convient pas moins1 au fond1 l'ensemble total de la philosophie rvolutionnaire4 ,en effet1 cette philosophie1 depuis le simple luthranisme primitif1 jusqu'au disme du sicle dernier1 et sans mme excepter ce qu'on nomme l'athisme systmatique1 qui en constitue la plus extrme phase#be1 n'a jamais pu tre historiquement qu'une protestation croissante et de plus en plus mthodique contre les bases intellectuelles de l'ancien ordre social1 ultrieurement tendue1 par une suite ncessaire de sa nature absolue1 toute vritable organisation quelconque4 ,a quelques graves dangers que dt exposer cet esprit radicalement ngatif1 il faut y reconnatre une condition fondamentale de la grande transition intellectuelle et sociale que devait finalement diriger une telle philosophie4 ,car1 dans les diverses rvolutions antrieures1 qui n'avaient jamais pu consister qu'en des modifications plus ou moins profondes d'un mme systme primordial1 l'entendement humain pouvait toujours subordonner essentiellement la destruction de chaque forme ancienne l'institution d'une forme nouvelle dont il apercevait plus ou moins nettement le principal caractre1 de manire viter la situation exclusivement critique3 or il n'en pouvait plus tre ainsi pour cette rvolution finale1 destine accomplir la plus entire rnovation1 non-seulement sociale1 mais d'abord et surtout mentale1 que puisse offrir l'ensemble total de l'volution humaine4 ,l'indispensable obligation1 ci-dessus caractrise1 d'excuter ou du moins de constituer alors l'opration critique long-temps avant que les nouveaux lmens sociaux pussent tre assez labors pour indiquer spontanment1 mme par une vague approximation gnrale1 la vraie tendance dfinitive de l'humanit1 conduisait videmment concevoir la destruction de l'ordre ancien en vue d'un avenir radicalement indtermin4 ,par une suite ncessaire de cette situation sans exemple1 les principes critiques ne pouvaient certainement acqurir toute l'nergie convenable leur destination qu'en devenant enfin essentiellement absolus4 ,si des conditions quelconques avaient d tre toujours imposes aux droits ngatifs dont ils proclamaient l'exercice systmatique1 comme elles ne pouvaient encore se rapporter aucunement au nouveau systme social1 dont la nature reste1 mme aujourd'hui1 trop imparfaitement connue1 elles auraient t forcment inspires par l'organisation mme qu'il s'agissait de dtruire1 d'o serait rsult l'avortement total de cette indispensable opration rvolutionnaire4 ,je dois me borner ici rattacher le principe gnral de cette importante explication l'ensemble de notre apprciation historique3 quant ses dveloppements les plus essentiels1 ils ont t dj suffisamment indiqus au quarante-sixime chapitre1 quoique sous un aspect un peu diffrent2 la participation spciale des divers dogmes critiques leur destination commune se trouvera d'ailleurs historiquement dtermine ci-dessous1 au moins sous forme implicite4 ,le profond caractre d'hostilit et de dfiance systmatiques1 de plus en plus manifest par cette philosophie ngative envers tout pouvoir quelconque1 sa tendance instinctive et absolue au contrle et la rduction des diverses puissances sociales1 sont dsormais assez motivs1 soit dans leur invitable origine1 soit dans leur but indispensable1 pour que le lecteur attentif puisse aisment suppler aux claircissemens secondaires que je suis oblig d'carter ce sujet4 ,note #be3 ,quoique cette phase finale de la philosophie mtaphysique doive tre1 par cela mme1 suivant notre thorie1 la plus rapproche de l'tat positif1 et former ainsi1 surtout aujourd'hui1 une dernire prparation indispensable au vrai rgime dfinitif de l'entendement humain1 une apprciation superficielle ou malveillante peut seule faire confondre avec la philosophie positive une doctrine aussi minemment ngative1 ncessairement plus transitoire qu'aucune autre1 qui condamne1 d'une manire dogmatiquement absolue1 toute coopration essentielle des croyances religieuses l'volution gnrale de l'humanit1 o la philosophie positive leur assigne rationnellement1 au contraire1 d'aprs sa loi la plus fondamentale1 un office initial1 long-temps indispensable1 tous gards1 bien que ncessairement provisoire4 ,la prpondrance d'un tel systme ne saurait1 au fond1 aboutir1 dans la pratique1 en substituant le culte de la nature celui du crateur1 qu' organiser une sorte de panthisme mtaphysique1 d'o l'esprit pourrait aisment rtrograder vers les diverses phases successives du systme thologique plus ou moins modifi1 de manire constituer bientt une situation encore plus loigne1 en ralit1 que l'tat purement catholique du vritable rgime positif4 ,j'ai cru convenable d'indiquer1 en passant1 cette explication spciale1 qui s'adresse exclusivement aux juges de bonne foi3 quant aux autres1 il serait videmment superflu de s'en occuper4 ,afin de complter convenablement cette apprciation abstraite de la marche gnrale propre la doctrine critique ou rvolutionnaire des trois derniers sicles1 il ne me reste plus qu' tablir sommairement la division ncessaire de son dveloppement essentiel en deux grandes phases successives1 qui partagent cette mmorable priode historique en deux portions peu ingales4 ,dans la premire1 qui comprend les diverses formes principales du protestantisme proprement dit1 le droit individuel d'examen1 quoique pleinement proclam1 reste nanmoins toujours contenu entre les limites plus ou moins tendues de la thologie chrtienne1 et1 par suite1 l'esprit de discussion dissolvante1 accessoirement relatif au dogme1 s'attache alors surtout ruiner1 au nom mme du christianisme1 l'admirable systme de la hirarchie catholique1 qui en constituait socialement la seule ralisation fondamentale3 c'est l que le caractre d'inconsquence inhrent l'ensemble de la philosophie ngative se trouve le plus hautement prononc1 par la prtention constante rformer le christianisme en dtruisant radicalement les plus indispensables conditions de son existence politique4 ,la seconde phase se rapporte essentiellement aux divers projets de disme plus ou moins pur propres ce qu'on appelle vulgairement la philosophie du ,x,v,i,i,ie sicle1 quoique sa formation mthodique appartienne rellement au milieu du sicle prcdent2 le droit d'examen y est1 en principe1 reconnu indfini1 mais on croit vainement pouvoir1 en fait1 y contenir la discussion mtaphysique entre les limites les plus gnrales du monothisme1 dont les bases intellectuelles semblent d'abord inbranlables1 bien qu'elles soient leur tour aisment renverses avant la fin de cette priode1 par un prolongement ncessaire de la mme laboration critique1 chez les esprits dont l'mancipation est la plus avance3 l'inconsquence mentale est ainsi trs notablement diminue1 par suite de l'uniforme extension de l'analyse destructive1 mais l'incohrence sociale y devient peut-tre encore plus sensible1 d'aprs la tendance absolue fonder ternellement la rgnration politique sur une srie exclusive de simples ngations1 qui ne pourraient finalement aboutir qu' une anarchie universelle4 ,on peut d'ailleurs regarder le socinianisme comme ayant naturellement fourni la principale transition historique de l'une l'autre phase4 ,du reste1 la seule apprciation prcdente fait aussitt ressortir1 ce me semble1 la formation ncessaire de chacune d'elles ainsi que leur filiation spontane3 car1 si1 d'un ct1 l'esprit d'examen ne pouvait videmment s'arroger d'abord un exercice indfini1 et devait pralablement s'imposer des bornes qui facilitaient son admission1 il est clair1 d'une autre part1 que ces limites1 bien que toujours proposes comme absolues1 ne pouvaient tre ternellement respectes1 et que mme le premier usage du droit de discussion avait d conduire de telles divagations ou perturbations religieuses que les plus nergiques intelligences devaient enfin prouver un pressant besoin1 la fois mental et social1 de se dgager entirement d'un ordre d'ides aussi arbitraire et aussi discordant1 ainsi devenu directement contraire sa vraie destination primitive4 ,la distinction gnrale de ces deux phases est tellement indispensable1 que malgr leur extension naturelle1 sous des formes diverses mais politiquement quivalentes1 tous les peuples de l',europe occidentale1 elles n'ont pas d avoir cependant le mme sige principal1 comme j'aurai lieu de l'indiquer ci-dessous4 ,il a d aussi exister entre elles une diffrence trs prononce quant la participation plus ou moins importante1 quoique toujours seulement accessoire1 des nouveaux lmens sociaux4 ,car1 l'esprit positif tait certainement trop peu dvelopp d'abord1 concentr chez des intelligences trop exceptionnelles et trop isoles1 et en mme temps rduit encore des sujets trop restreints1 pour tre susceptible d'exercer aucune notable influence sur l'avnement effectif du protestantisme1 qui a d1 au contraire1 utilement acclrer son propre essor3 tandis que1 dans la seconde phase1 sa puissante intervention1 bien que presque toujours indirecte1 se fait distinctement sentir1 pour procurer spontanment l'analyse anti-thologique une consistance rationnelle qu'elle ne pouvait autrement obtenir1 et qui doit finalement rester la principale base de son efficacit ultrieure4 ,telles sont les diverses considrations fondamentales que je devais ici tablir sommairement sur la marche ncessaire et l'enchanement naturel des diffrens degrs essentiels propres au grand mouvement de dcomposition radicale1 d'abord spontan1 et ensuite systmatique1 qui caractrise surtout l'volution politique des socits modernes pendant les cinq derniers sicles1 tendant l'entire dissolution de la constitution catholique et fodale1 dernier tat gnral de l'organisme thologique et militaire4 ,ainsi se trouve dj suffisamment expliqu1 en principe1 le profond intrt de tant d'hommes minens1 et la sympathie instinctive des masses populaires1 pour cette longue et mmorable laboration1 qui1 malgr sa nature essentiellement rvolutionnaire1 n'en constituait pas moins un prambule strictement ncessaire la rgnration finale de l'humanit4 ,son cours graduel n'a d1 en effet1 prouver d'opposition vraiment capitale qu'en vertu des craintes lgitimes d'entier bouleversement social naturellement inspires par ses divers progrs caractristiques1 et qui pouvaient seules procurer une vritable nergie la rsistance des anciens pouvoirs1 eux-mmes d'ailleurs spontanment entrans1 leur insu1 participer1 sous des formes plus ou moins directes1 l'branlement universel4 ,les chefs1 volontaires ou involontaires1 qui dirigrent successivement cet immense mouvement1 la fois politique et philosophique1 furent ncessairement presque toujours placs1 surtout depuis le ,x,v,ie sicle1 dans une situation gnrale extrmement difficile1 qui doit faire juger avec une indulgence spciale l'ensemble de leurs oprations1 d'aprs l'obligation1 de plus en plus contradictoire1 et nanmoins insurmontable1 de satisfaire galement aux besoins simultans d'ordre et de progrs1 qui1 bien que pareillement imprieux1 devaient alors tendre graduellement devenir presque inconciliables4 ,pendant toute cette priode1 on doit regarder la haute capacit politique comme ayant surtout consist poursuivre1 avec une infatigable sagesse1 dirige par une heureuse apprciation instinctive de la vraie situation sociale1 la dmolition continue de l'ordre ancien1 tout en vitant1 autant que possible1 les perturbations anarchiques1 sans cesse imminentes1 vers lesquelles tendaient spontanment les conceptions critiques qui devaient prsider cette dsorganisation1 de manire tirer finalement une vritable utilit sociale de ce mme esprit d'inconsquence logique qui les caractrisait constamment4 ,cette habilet fondamentale1 dans l'usage politique de la critique mtaphysique1 n'tait certes1 eu gard aux temps1 ni moins importante ni moins dlicate que celle si justement admire1 l'poque prcdente1 quant la salutaire application sociale de la doctrine thologique1 dont l'administration mal dirige pouvait devenir galement funeste1 quoique suivant d'autres modes4 ,en mme temps1 l'extrme imperfection logique de cette philosophie ngative1 nanmoins toujours sortie finalement victorieuse des divers dbats essentiels qu'elle a successivement suscits ou soutenus1 est minemment propre vrifier son intime harmonie spontane avec les principaux besoins de la situation sociale correspondante2 puisque1 dans toute autre hypothse1 son succs effectif serait videmment inexplicable1 moins de recourir l'absurde expdient de plusieurs philosophes rtrogrades1 conduits1 par l'insuffisance radicale de leurs thories historiques1 supposer srieusement1 cet gard1 une sorte de dlire chronique et universel1 qui aurait ainsi miraculeusement surgi depuis trois sicles chez l'lite de l'humanit4 ,nous ne pouvons donc plus considrer dsormais l'ensemble de ce mmorable mouvement critique qu'en y voyant sans cesse1 non une simple perturbation accidentelle1 mais l'un des degrs ncessaires de la grande volution sociale1 quelques graves dangers qu'entrane d'ailleurs aujourd'hui son irrationnelle prolongation exclusive4 ,avant de pousser plus loin l'analyse gnrale d'une telle opration1 par la saine apprciation historique de ses principaux rsultats dfinitifs1 il est indispensable de dterminer maintenant1 d'une manire spciale quoique sommaire1 quels durent tre proprement ses organes essentiels1 dont la nature distinctive a d beaucoup influer sur l'accomplissement effectif de la phase rvolutionnaire qui vient d'tre abstraitement caractrise4 ,ces divers organes ayant d exercer leur plus grande activit sociale en un temps dont l'absorption croissante du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel constitue ncessairement le principal caractre politique1 la distinction gnrale entre ces deux puissances n'y saurait tre fort nettement tranche1 et y semble mme d'abord impossible poursuivre1 quoiqu'elle doive1 priori1 se retrouver toujours1 sous une forme quelconque1 dans tous les aspects fondamentaux propres la civilisation moderne4 ,mais1 par une plus profonde analyse1 il devient ais de reconnatre historiquement1 parmi les diffrentes forces sociales qui ont prsid la transition rvolutionnaire des cinq derniers sicles1 une division naturelle en deux classes vraiment distinctes1 malgr leur intime affinit1 celle des mtaphysiciens et celle des lgistes1 dont la premire constitue1 en ralit1 l'lment spirituel et la seconde l'lment temporel de cette sorte de rgime mixte et quivoque qui devait correspondre cette situation de plus en plus contradictoire et exceptionnelle4 ,tous deux devaient1 en temps convenable1 comme je vais l'indiquer1 maner spontanment des lmens respectifs de l'ancien systme1 l'un de la puissance catholique1 l'autre de l'autorit fodale1 et constituer ensuite envers eux une rivalit graduellement hostile1 quoique long-temps secondaire4 ,leur commun essor commence devenir trs distinct dans les temps mme de la plus grande splendeur du rgime monothique1 surtout en ,italie1 qui1 pendant le cours entier du moyen-ge1 a toujours hautement devanc1 sous tous les rapports quelconques1 mme sociaux1 tout le reste de l'occident1 et o l'on remarque1 en effet1 ds le ,x,i,ie sicle1 l'importance rapidement croissante1 non-seulement des mtaphysiciens1 mais aussi des lgistes1 principalement chez les villes libres de la ,lombardie et de la ,toscane4 ,mais ces forces nouvelles ne pouvaient cependant dvelopper leur vrai caractre propre que dans les grandes luttes intestines1 ci-dessus apprcies1 qui devaient constituer la partie spontane du mouvement de dcomposition1 et dans lesquelles leur intervention ncessaire devait poser les fondemens naturels de cette puissance exceptionnelle qui leur a confr jusqu'ici la direction immdiate de notre progression politique4 ,c'est surtout en ,france qu'un tel dveloppement me semble1 au moins alors1 devoir tre spcialement tudi1 comme y tant plus net et plus complet que partout ailleurs1 vu l'influence bien distincte et nanmoins solidaire qu'y acquirent simultanment les universits et les parlemens1 principaux organes permanens1 soit de l'action mtaphysique1 soit du pouvoir des lgistes4 ,je dois enfin1 pour plus de clart1 avertir dj que chacune de ces deux classes se subdivise1 par sa nature1 en deux corporations trs diffrentes1 l'une essentielle et primitive1 l'autre accessoire et secondaire3 c'est--dire1 les mtaphysiciens en docteurs proprement dits et en simples littrateurs1 et les lgistes en juges et en avocats1 abstraction faite des gens de robe plus subalternes4 ,pendant la trs majeure partie de l'existence politique propre cette sorte de rgime transitoire1 la premire section de chaque classe y a t ncessairement prpondrante1 sans quoi la commune puissance n'aurait pu acqurir ni conserver aucune consistance relle2 aussi devons-nous ici l'avoir presque exclusivement en vue1 en considrant l'autre comme une force purement auxiliaire4 ,c'est seulement de nos jours que1 des deux cts1 cette dernire a pris1 son tour1 l'ascendant1 ainsi que je l'expliquerai au cinquante-septime chapitre1 de manire annoncer spontanment le dernier terme de cette singulire anomalie politique4 ,d'aprs ces divers claircissemens pralables1 il est maintenant facile de concevoir nettement l'avnement ncessaire et la destination naturelle de ces deux forces modificatrices1 malgr l'obscurit et la confusion que doit d'abord offrir l'tude gnrale d'un rgime aussi quivoque4 ,quant l'lment spirituel1 qui1 mme en ce cas1 demeure le plus caractristique1 nos explications antrieures permettent de comprendre aisment la prpondrance sociale que dut graduellement acqurir l'esprit mtaphysique aux temps ci-dessus indiqus1 ainsi que son office spontan dans la grande transition rvolutionnaire1 abstraction faite d'ailleurs en ce moment de sa haute influence simultane sur l'essor naissant de l'esprit scientifique1 qui sera convenablement apprcie au chapitre suivant4 ,depuis cette division vraiment fondamentale de la philosophie grecque en philosophie morale et philosophie naturelle1 qui a toujours domin jusqu'ici l'ensemble du mouvement mental de l'lite de l'humanit1 et que j'ai historiquement caractrise dans la cinquante-troisime leon1 l'esprit mtaphysique a prsent concurremment deux formes extrmement diffrentes et graduellement antagonistes1 en harmonie avec une telle distinction3 la premire1 dont ,platon doit tre regard comme le principal organe1 beaucoup plus rapproche de l'tat thologique1 et tendant d'abord le modifier plutt qu' le dtruire2 la seconde1 ayant pour type ,aristote1 bien plus voisine1 au contraire1 de l'tat positif1 et tendant rellement dgager l'entendement humain de toute tutelle thologique proprement dite4 ,l'une ne fut1 par sa nature1 essentiellement critique qu'envers le polythisme1 dont elle poursuivit activement l'universelle dchance2 elle prsida1 surtout1 comme je l'ai montr1 l'organisation graduelle du monothisme1 qui1 une fois constitu1 dtermina spontanment la fusion finale de ce premier esprit mtaphysique dans l'esprit purement thologique propre cette dernire phase essentielle de la philosophie religieuse4 ,au contraire1 l'autre1 d'abord principalement livre l'tude gnrale du monde extrieur1 dut tre1 dans son application1 long-temps accessoire1 aux conceptions sociales1 ncessairement et constamment critique1 d'aprs la combinaison intime et permanente de sa tendance anti-thologique avec son impuissance radicale produire1 par elle-mme1 aucune vritable organisation4 ,c'est ce dernier esprit mtaphysique que devait naturellement appartenir la direction mentale du grand mouvement rvolutionnaire que nous apprcions4 ,spontanment cart par la prpondrance platonicienne tant que l'organisation du systme catholique devait principalement occuper les hautes intelligences1 suivant les explications du chapitre prcdent1 cet esprit aristotlicien1 qui n'avait jamais cess de cultiver et d'agrandir en silence son domaine inorganique1 dut tendre s'emparer1 son tour1 du principal ascendant philosophique1 en s'tendant aussi au monde moral et mme social1 aussitt que cette immense opration politique1 enfin suffisamment consomme1 laissa naturellement prdominer dsormais le besoin de l'essor purement rationnel4 ,c'est ainsi que1 ds le douzime sicle1 sous la plus minente suprmatie sociale du rgime monothique1 le triomphe croissant de la scolastique vint rellement constituer le premier agent gnral de la dsorganisation radicale de la puissance et de la philosophie thologiques1 quelque paradoxale que puisse d'abord sembler cette proprit d'mancipation attribue une doctrine aujourd'hui si aveuglment dcrie4 ,la principale consistance politique de cette nouvelle force spirituelle1 de plus en plus distincte et bientt rivale du pouvoir catholique1 quoiqu'elle en ft primitivement mane1 rsultait de son aptitude naturelle s'emparer graduellement de la haute instruction publique1 dans les universits qui1 d'abord destines presque exclusivement l'ducation ecclsiastique1 devaient ncessairement embrasser ensuite tous les ordres essentiels de culture intellectuelle4 ,en apprciant1 de ce point de vue historique1 l'uvre de saint ,thomas d',aquin et mme le pome de ,dante1 on reconnat aisment que ce nouvel esprit mtaphysique avait alors essentiellement envahi toute l'tude intellectuelle et morale de l'homme individuel1 et commenait aussi s'tendre directement aux spculations sociales1 de manire tmoigner dj sa tendance invitable affranchir dfinitivement la raison humaine de la tutelle purement thologique4 ,par la mmorable canonisation du grand docteur scolastique1 d'ailleurs lgitimement due ses minens services politiques1 les papes montraient la fois leur propre entranement involontaire vers la nouvelle activit mentale1 et leur admirable prudence s'incorporer1 autant que possible1 tout ce qui ne leur tait point manifestement hostile4 ,quoi qu'il en soit1 le caractre anti-thologique d'une telle mtaphysique ne dut long-temps se manifester que par la direction plus subtile et l'nergie plus prononce qu'elle imprima d'abord l'esprit de schisme et d'hrsie1 ncessairement insparable1 un degr quelconque1 de toute philosophie monothique1 comme je l'ai not ci-dessus4 ,mais les grandes luttes dcisives du quatorzime et du quinzime sicle contre la puissance europenne des papes et contre la suprmatie ecclsiastique du sige pontifical1 vinrent enfin procurer spontanment une large et durable application sociale ce nouvel esprit philosophique1 qui1 ayant dj atteint la pleine maturit spculative dont il tait susceptible1 dut dsormais tendre surtout prendre aux dbats politiques une participation croissante1 qui1 par sa nature1 ne pouvait tre que de plus en plus ngative envers l'ancienne organisation spirituelle1 et mme1 par une consquence involontaire1 ultrieurement dissolvante pour le pouvoir temporel correspondant1 dont elle avait d'abord tant second le systme d'envahissement universel4 ,telle est l'incontestable filiation historique qui1 jusqu'au sicle dernier1 a naturellement plac1 dans tout notre occident1 la puissance mtaphysique des universits la tte du mouvement de dcomposition1 non-seulement tant qu'il est surtout rest spontan1 mais ensuite quand il est devenu systmatique1 suivant nos explications antrieures4 ,il serait inutile d'insister ici davantage sur ce sujet maintenant assez clairci1 sauf l'apprciation ultrieure des rsultats principaux de ce grand mouvement1 qui rpandra indirectement un nouveau jour sur l'ensemble de l'analyse prcdente4 ,considrant maintenant l'lment temporel correspondant1 il devient facile de concevoir historiquement l'intime corelation naturelle1 la fois quant aux doctrines et quant aux personnes1 entre la classe des mtaphysiciens scolastiques et celle des lgistes contemporains4 ,car1 en premier lieu1 c'est1 videmment1 par l'tude du droit1 et d'abord du droit ecclsiastique1 que le nouvel esprit philosophique propre la fin du moyen-ge dut pntrer graduellement dans le domaine des questions sociales2 et1 en second lieu1 l'enseignement du droit devait ds-lors constituer une partie capitale des attributions universitaires1 outre que les canonistes proprement dits1 drivation immdiate1 non moins que les purs scolastiques1 du systme catholique1 avaient d spontanment former1 surtout en ,italie1 le premier ordre de lgistes assujti une organisation distincte et rgulire4 ,l'affinit mutuelle de ces deux forces sociales est tellement prononce1 qu'on pourrait mme1 par une apprciation exagre1 tre tent de regarder les lgistes comme une sorte de mtaphysiciens passs de l'tat spculatif l'tat actif1 ce qui conduirait mconnatre vicieusement leur origine propre et directe4 ,un examen plus complet montre bientt leur vritable source historique dans une simple manation spontane de la puissance fodale1 dont ils furent partout destins primitivement faciliter les fonctions judiciaires1 par une intervention de plus en plus indispensable1 quoique long-temps subalterne4 ,outre l'influence gnrale de leur ducation essentiellement mtaphysique1 ils devaient eux-mmes1 presque ds l'origine1 manifester spcialement une tendance plus ou moins hostile envers la puissance catholique1 d'aprs l'opposition croissante qui devait naturellement surgir chez les diverses justices civiles1 soit seigneuriales1 soit surtout royales1 contre les tribunaux ecclsiastiques1 antrieurement en possession reconnue de la plupart des juridictions importantes4 ,aussi1 quelqu'une des deux grandes branches du pouvoir temporel que se soit attache cette nouvelle force auxiliaire1 ce qui a d varier suivant les lieux1 comme j'aurai l'occasion de l'expliquer ci-dessous1 elle a t partout anime1 mme son insu1 d'une profonde et persvrante antipathie1 d'ailleurs plus ou moins dissimule1 contre l'ensemble de l'organisation catholique1 base principale1 tous gards1 du systme politique propre au moyen-ge4 ,c'est ainsi que1 au sein mme d'un tel systme1 et au temps de son plus grand ascendant1 devait graduellement surgir un second lment politique1 pleinement distinct des divers pouvoirs constituants1 et qui1 malgr sa nature subalterne1 devait bientt exercer une influence capitale sur la dsorganisation croissante de ce rgime4 ,on se forme vulgairement une trs fausse ide de l'existence politique des lgistes au moyen-ge et chez les modernes d'aprs une vicieuse assimilation avec celle des lgistes de l'antiquit1 soit juristes1 soit orateurs2 car1 dans l'ordre romain1 mme en dcadence1 ces fonctions ne pouvaient rellement donner lieu la formation d'une classe distincte et secondaire1 puisqu'elles n'y taient1 par leur nature1 qu'un exercice plus ou moins passager pour les hommes d'tat1 essentiellement militaires1 qui composaient la caste dirigeante ou que leurs services y faisaient agrger4 ,dans l'ensemble de l'volution humaine1 cette singulire puissance des lgistes devait constituer un phnomne minemment exceptionnel1 uniquement rserv1 par sa nature1 l'tat transitoire du moyen-ge1 et destin1 sans doute1 disparatre jamais quand le grand mouvement de dcomposition1 d'o pouvait seule rsulter sa propre destination sociale1 sera enfin pleinement termin par la rorganisation finale des peuples les plus avancs1 comme je l'tablirai au cinquante-septime chapitre4 ,quoi qu'il en soit1 cette seconde force nouvelle devait1 de son ct1 aussi bien que la force mtaphysique1 crotre spontanment l'poque mme de la principale splendeur du systme qu'elle tait bientt appele dsorganiser par des altrions continues4 ,son progrs naturel dut tre alors spcialement facilit d'aprs les grandes oprations dfensives que nous avons reconnues propres ces temps mmorables1 et surtout en consquence des croisades1 qui1 loignant les chefs fodaux1 devaient augmenter beaucoup l'importance politique des agens judiciaires4 ,il est nanmoins certain que la puissance sociale des lgistes1 comme celle des mtaphysiciens1 n'aurait pu jamais cesser d'tre essentiellement subalterne1 si les grandes luttes intestines du ,x,i,ve et du ,x,ve sicle n'taient ensuite venues ncessairement offrir leur commune activit dissolvante le champ le plus vaste et l'exercice le plus convenable4 ,c'est l1 chez les uns et les autres1 le temps rel de leur triomphe1 sinon le plus tendu1 du moins le plus satisfaisant et le mieux adapt leur vritable nature1 parce que leur ambition politique tait alors en harmonie ncessaire avec leur utile influence sur la marche correspondante de l'volution humaine3 c'est1 dans les deux classes1 l'ge principal des hautes intelligences et des nobles caractres4 ,parmi les efforts instinctifs que durent tenter1 cette poque1 et surtout vers sa fin1 les grandes corporations judiciaires1 et principalement les parlemens franais1 pour consolider suffisamment leur nouvelle position politique1 je crois devoir ici signaler spcialement la clbre institution de la vnalit des offices1 qui n'a jamais t convenablement apprcie sous son vrai jour historique1 par suite du caractre absolu de la philosophie dominante4 ,en la jugeant d'aprs nos explications antrieures1 suivant sa relation avec la propre destination gnrale de ce pouvoir transitoire1 elle devait alors constituer1 videmment1 malgr ses immenses abus ultrieurs1 l'une des conditions les plus indispensables la consistance politique de cette puissance judiciaire3 non-seulement1 comme ,montesquieu l'a senti1 en garantissant davantage sa lgitime indpendance envers la force rapidement croissante des gouvernemens temporels d'o elle manait2 mais surtout1 par un motif plus profond et encore ignor1 en tendant retarder1 autant que possible1 son invitable dcomposition spontane1 par cela mme qu'un tel usage s'opposait nergiquement cette invasion habituelle des charges judiciaires par les avocats qui devait enfin dissoudre essentiellement une telle organisation1 ainsi que je l'indiquerai au cinquante-septime chapitre1 et qui1 prmaturment survenue1 l'et certainement empche de poursuivre1 avec une vritable efficacit1 sa principale mission4 ,au reste1 quand ce nouvel lment social eut convenablement second les heureux efforts des rois pour s'affranchir du contrle europen des papes1 et ensuite les tentatives non moins efficaces des glises nationales contre la suprmatie pontificale1 son existence politique avait ncessairement ralis1 autant que possible1 la grande opration temporaire qui lui tait rserve dans l'volution fondamentale des socits modernes1 sauf l'indispensable surveillance qu'exigerait la conservation permanente de ces divers rsultats contre les ractions toujours imminentes des dbris de l'ancienne organisation3 l'importante intervention des lgistes1 ci-aprs caractrise1 dans la lutte prolonge entre les deux branches du pouvoir temporel1 avait d'ailleurs atteint1 vers la mme poque1 son but le plus capital1 et ne pouvait galement comporter qu'une simple continuation4 ,toutefois1 nous reconnatrons bientt que cette action parlementaire a exerc encore1 sa manire1 une influence trs notable1 mme chez les peuples catholiques1 sur la premire priode1 ci-dessus dfinie1 du mouvement de dcomposition devenu systmatique3 cette participation continue se fait mme distinctement sentir1 sous des formes qui lui sont propres1 jusque dans la priode suivante1 mais avec une intensit dcroissante1 et en abandonnant graduellement la direction temporelle de l'opration rvolutionnaire1 ds-lors rapidement conduite vers sa destination finale1 comme je l'expliquerai plus loin4 ,en terminant cette double apprciation gnrale des organes ncessaires de la grande transition critique dont nous poursuivons l'tude historique1 je crois devoir sommairement signaler ici1 d'aprs notre thorie fondamentale1 l'inaptitude radicale de ces deux forces modificatrices constituer aucune organisation durable qui leur appartienne rellement1 malgr la tendance spontane de l'un et l'autre lment s'emparer indfiniment de la suprmatie sociale1 mesure que leur commune action dissolvante dtruisait l'ascendant des anciens pouvoirs4 ,cette impuissance caractristique1 d'ailleurs plus ou moins sentie1 qui rduit invinciblement de telles influences politiques une simple destination rvolutionnaire1 rsulte surtout de ce que ces deux classes ne pouvaient apporter rellement de principes qui leur fussent propres1 et qui leur permissent de prsider1 d'une manire un peu durable1 la haute direction rgulire des affaires humaines4 ,leur esprit commun1 essentiellement critique1 par sa nature1 comme nous l'avons doublement reconnu1 n'est apte qu' modifier un rgime prexistant1 d'aprs des altrations graduellement destructives2 en sorte que leur prpondrance politique ne peut effectivement devenir complte que pendant les crises1 ncessairement passagres1 relatives aux phases les plus tranches du mouvement dsorganisateur4 ,en tout autre temps1 leur suprmatie prolonge tendrait invitablement l'imminente dissolution de l'tat social3 aussi avons-nous constat que si le progrs politique1 en tant que spontanment ngatif1 leur est essentiellement dvolu depuis le quatorzime sicle1 le maintien indispensable de l'ordre public doit tre alors rapport surtout l'action rsistante des anciens pouvoirs1 auxquels seuls devait encore appartenir habituellement la suprme direction sociale1 quoique de plus en plus restreinte par des modifications rvolutionnaires4 ,chacune de ces deux forces transitoires portait1 en quelque sorte1 l'ineffaable empreinte de son origine ncessairement subalterne1 d'aprs son invariable soumission spontane aux principes les plus fondamentaux de ce mme rgime dont elle dtruisait les plus importantes conditions d'existence relle4 ,loin que cette incohrence radicale puisse permettre la domination permanente des mtaphysiciens et des lgistes1 elle leur interdit mme de prsider l'entire consommation finale de l'opration rvolutionnaire1 puisqu'ils sont par-l toujours conduits consacrer1 pour ainsi dire1 d'une main ce qu'ils ruinent de l'autre4 ,si une telle inconsquence est incontestable quant aux mtaphysiciens envers la philosophie thologique1 dont ils respectent les principales bases intellectuelles tout aussi ncessairement qu'ils lui dnient ses plus puissans moyens sociaux1 elle n'est pas1 au fond1 moins prononce dans la relation temporelle des lgistes au pouvoir militaire3 puisque leurs doctrines1 ne pouvant assigner1 par elles-mmes1 aucun nouveau but fondamental l'activit humaine1 sanctionnent invitablement l'antique prpondrance de l'activit militaire2 moins de convertir1 par une aberration qui certes ne saurait devenir ni populaire ni durable1 surtout dans les socits modernes1 l'action mme de gouverner en une sorte de commune destination permanente4 ,c'est d'aprs ces caractres naturels1 que ces deux forces secondaires1 quand elles croient avoir constitu solidement1 de la manire la plus exclusive1 leur propre suprmatie politique1 se trouvent bientt involontairement conduites rintgrer1 plus ou moins explicitement1 l'une l'autorit thologique1 l'autre la puissance militaire1 sous l'ascendant desquelles elles consentent de nouveau se placer habituellement2 parce qu'elles sentent1 au fond1 par suite mme de leurs vains efforts de domination directe1 que cette situation normale1 seule convenable leur essence1 peut seule prolonger rellement leur existence sociale1 qui cessera1 en effet1 de toute ncessit1 aussitt que le systme thologique et militaire aura enfin totalement perdu1 mme en ide1 son empire primordial1 comme je l'expliquerai1 au cinquante-septime chapitre1 en rsultat final de l'ensemble de notre laboration historique4 ,ayant dsormais suffisamment apprci1 dans la leon actuelle1 l'immense mouvement rvolutionnaire des socits modernes1 d'abord quant sa nature caractristique1 ensuite quant sa marche fondamentale1 et enfin quant ses organes ncessaires1 nous devons maintenant procder l'examen direct de son accomplissement essentiel1 suivant l'enchanement rationnel des quatre aspects principaux que j'ai cru devoir distinguer en un tel phnomne pour l'analyser dignement2 les trois premiers ne pouvant tre1 par leur nature1 que purement prliminaires1 et le dernier seul constituant ncessairement le sujet essentiel de ce chapitre4 ,en considrant d'abord la priode de dcomposition spontane1 nous devons1 videmment1 y examiner avant tout la dsorganisation spirituelle1 non-seulement comme la premire accomplie1 mais surtout comme tant la fois la plus difficile et la plus dcisive1 celle qui1 par sa seule influence prolonge1 tendait invitablement entraner la dcadence finale de l'ensemble de ce rgime1 dont la constitution catholique formait certainement1 tous gards1 la base la plus importante1 soit mentale1 soit sociale4 ,sous ce point de vue principal1 cette premire priode se divise naturellement en deux poques presque gales1 d'aprs les deux grandes luttes1 ci-dessus dfinies1 qui devaient conjointement accomplir une telle dissolution1 premirement par les efforts unanimes des rois pour abolir l'autorit europenne du pape1 et ensuite par les tentatives d'insubordination des glises nationales envers la suprmatie romaine4 ,malgr l'vidente affinit mutuelle de ces deux oprations simultanes1 l'une devait1 mes yeux1 principalement caractriser le quatorzime sicle1 partir de l'nergique raction de ,philippe-le-,bel1 bientt suivie de cette mmorable translation du saint-sige ,avignon1 qui1 dans presque toute sa longue dure1 ne fut gure qu'une sorte d'honorable captivit politique2 tandis que la seconde1 son tour1 est devenue prpondrante au quinzime sicle1 d'abord par suite du fameux schisme qui rsulta de cet trange dplacement1 et surtout enfin sous l'impulsion dcisive du clbre concile de ,constance1 o les diverses glises partielles montrrent si nergiquement leur union spontane contre le sacerdoce central4 ,on peut aisment concevoir que la seconde srie d'efforts n'tait susceptible d'un succs capital que quand la premire aurait d'abord t suffisamment consomme3 puisque les diffrens clergs ne pouvaient efficacement poursuivre leur tendance instinctive la nationalisation1 qu'en se plaant sous la direction suprme de leurs chefs temporels respectifs2 ce qui exigeait certainement que ceux-ci se fussent pralablement mancips de la tutelle papale4 ,de toutes les grandes entreprises rvolutionnaires1 d'ailleurs volontaires ou involontaires 7ce qui1 en politique1 importe assurment fort peu71 cette premire double opration doit tre1 mon gr1 regarde1 mme aujourd'hui1 comme tant1 au fond1 la plus capitale2 car elle a directement ruin la principale base du rgime monothique du moyen-ge1 dernire phase essentielle1 je ne saurais trop le rappeler1 du systme thologique et militaire1 en dterminant ds-lors l'absorption gnrale du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel4 ,en poursuivant1 avec une aveugle avidit1 cette usurpation dcisive1 dans le vain espoir de consolider indfiniment leur propre suprmatie1 les rois n'ont pu sentir qu'ils en ruinaient ainsi spontanment1 pour un invitable avenir1 les vrais fondemens intellectuels et moraux1 par une telle atteinte radicale la mme autorit spirituelle dont ils attendirent ensuite1 d'une manire presque purile1 une conscration dsormais rendue de plus en plus illusoire1 qui n'avait pu jadis obtenir une haute efficacit qu'en manant d'un pouvoir pleinement indpendant4 ,pareillement1 les divers clergs partiels1 pousss se nationaliser afin d'chapper aux abus de la concentration romaine1 n'apercevaient point que1 contre leur gr1 ils concouraient par-l minemment l'irrvocable dgradation de la dignit ecclsiastique1 en substituant1 leur unique chef naturel1 l'autorit htrogne et arbitraire d'une foule de pouvoirs militaires1 qu'ils devaient1 d'une autre part1 concevoir cependant comme leurs subordonns spirituels1 de manire constituer ds-lors chaque glise en un tat de plus en plus oppressif de dpendance politique1 en rsultat final de tant d'efforts actifs vers une irrationnelle indpendance4 ,au reste1 la raction ncessaire de cette double srie d'hostilits sur le caractre gnral propre la papaut ne contribua pas moins1 sa manire1 l'altration fondamentale de la constitution catholique4 ,car1 partir du milieu du quatorzime sicle1 o l'mancipation totale des rois devenait videmment imminente1 aux yeux clairvoyans des papes1 en ,france1 en ,angleterre1 etc41 tandis que la nationalisation du clerg s'y manifestait nettement par son empressement habituel seconder les mesures restrictives envers le saint-sige1 il est ais de remarquer une tendance fortement prononce de la papaut s'occuper dsormais essentiellement de sa principaut temporelle1 qui jusque alors n'avait pu lui inspirer qu'une sollicitude trs accessoire1 mais qui dsormais devenait de plus en plus la seule partie relle de son pouvoir politique4 ,avant la fin du quinzime sicle1 l'ancien chef suprme du systme europen s'tait ainsi graduellement transform en souverain lectif d'une mdiocre partie de l',italie2 il avait essentiellement renonc son action gnrale et continue sur les divers gouvernemens temporels1 pour tendre principalement son propre agrandissement territorial1 qui date surtout de cette poque1 et mme pour procurer1 autant que possible1 l'exaltation royale la nombreuse srie des familles pontificales1 de manire y faire presque regretter l'absence d'hrdit1 jusqu' ce que l'aberration du npotisme y pt tre suffisamment contenue4 ,or1 cette dgnration radicale du grand caractre europen propre au pouvoir papal en un caractre purement italien ne pouvait1 son tour1 que rendre plus spcialement indispensable la dsorganisation totale de la papaut1 qui avait ainsi implicitement abdiqu1 ds cette poque1 ses plus nobles attributions politiques1 et perdait1 par suite1 sa principale utilit sociale1 de manire devenir un lment de plus en plus tranger dans la constitution relle des peuples modernes4 ,telle dut tre la premire origine historique de l'esprit essentiellement rtrograde qui s'est ensuite dvelopp continuellement dans la politique du catholicisme1 dont la tendance avait t si long-temps minemment progressive4 ,c'est donc ainsi que tous les divers lmens essentiels du systme politique propre au moyen-ge ont spontanment concouru1 chacun sa manire1 l'irrvocable dcadence du pouvoir spirituel qui en constituait surtout la force et la noblesse4 ,il est clair par l que cette premire dsorganisation dcisive tait1 en ralit1 presque accomplie1 bien que sous forme implicite1 soit par l'abaissement politique des papes1 soit par la nationalisation conscutive des divers clergs1 lors de l'avnement du protestantisme1 auquel on l'attribue vulgairement1 et qui en fut1 au contraire1 le rsultat2 quelle qu'ait d tre ensuite la haute influence1 mentale et sociale1 de la raction ncessaire que produisit sa sanction systmatique d'une telle dmolition1 suivant nos explications antrieures4 ,quoique cette grande dcomposition ft certainement aussi indispensable qu'invitable1 comme je l'ai tabli1 son accomplissement n'en a pas moins laiss ds-lors une immense lacune dans l'ensemble de l'organisme europen1 dont les divers lmens1 devenant presque trangers les uns aux autres1 se trouvrent dsormais essentiellement livrs leurs divergences spontanes1 sans autre frein habituel que l'insuffisant quilibre matriel dtermin naturellement par leur propre antagonisme4 ,aux temps mme que nous considrons1 cette dissolution croissante de l'ancien pouvoir europen se fait gravement sentir1 ce me semble1 dans les luttes1 aussi frivoles qu'acharnes1 des principaux tats1 et surtout dans la longue et dplorable contestation entre la ,france et l',angleterre1 o dj l'extinction de l'autorit conciliatrice des papes est tristement marque par leurs frquens efforts1 aussi vains qu'honorables1 pour la pacification de l',europe4 ,sans doute1 la suffisante ralisation du grand systme de guerres dfensives propre au moyen-ge devait alors1 faute d'un but convenable1 rendre de plus en plus perturbatrice une exubrante activit militaire1 qui1 par sa nature1 devait long-temps survivre sa principale destination4 ,l'ascendant social trop prolong d'une caste militaire dsormais essentiellement sans objet capital1 constitue1 en effet1 le vrai principe universel et spontan qui a dtermin1 pendant ces deux sicles1 l'trange caractre de la plupart des expditions guerrires1 si loin d'offrir le haut intrt social des guerres antrieures1 et mme le puissant intrt moral des guerres de religion au sicle suivant4 ,mais1 quelque invitable que dt tre alors une telle perturbation europenne1 les consquences immdiates en eussent t certainement bien moins graves1 si1 par une fatale concidence1 qui ne pouvait d'ailleurs tre entirement empche1 elle ne s'tait dveloppe sous l'impuissant dclin de l'influence politique qui jusque alors avait rgularis l'ensemble des relations internationales4 ,deux sicles auparavant1 la papaut et videmment lutt1 avec une nergique efficacit1 contre ce principe gnral de dsordre2 et1 sans pouvoir annuler une suite aussi naturelle de la situation sociale1 elle en et assurment diminu beaucoup les ravages effectifs4 ,ce cas me parat l'un des plus propres faire sentir1 aux aveugles partisans de l'optimisme politique1 la haute irrationnalit de leur doctrine mtaphysique3 car1 on voit ainsi l'autorit europenne des papes s'teindre en un temps o elle aurait pu rendre encore l'humanit d'minens services politiques1 pleinement conformes sa destination naturelle1 et seulement incompatibles avec sa caducit actuelle4 ,une telle impuissance vrifie d'ailleurs1 de la manire la moins quivoque1 le caractre essentiellement temporaire inhrent l'existence gnrale du pouvoir catholique1 qui1 si peu loign de son plus bel ge1 se trouve nanmoins forc1 malgr sa sincre volont1 de manquer sa principale vocation politique1 non par des obstacles accidentels1 mais par une suite permanente de sa prcoce dsorganisation4 ,nous apprcierons ci-dessous l'expdient provisoire l'aide duquel la politique moderne s'est ultrieurement efforce1 autant que possible1 d'apporter cette lacune capitale une insuffisante rparation4 ,la dsorganisation spontane de l'ordre temporel propre au moyen-ge1 quoique dj trs active au ,x,i,i,ie sicle1 ne pouvait avoir de rsultats vraiment dcisifs tant que le pouvoir catholique1 qui constituait le lieu principal d'un tel rgime1 conservait toute son intgrit sociale4 ,mais1 mesure que s'oprait la dcomposition spirituelle que nous venons d'apprcier1 cette dissolution temporelle prenait un caractre de plus en plus irrvocable2 elle tendait videmment dsormais l'entire subversion de la constitution fodale1 dernire phase essentielle du gouvernement militaire1 en y altrant radicalement la pondration caractristique des deux lmens principaux1 la force centrale de la royaut1 et la force locale de la noblesse1 dont l'une1 avant la fin du ,x,ve sicle1 avait t1 en ralit1 presque compltement absorbe par l'autre1 pendant que celle-ci absorbait aussi la puissance spirituelle4 ,cette invitable dislocation devait alors rsulter de ce que cette constitution transitoire avait enfin suffisamment accompli1 comme on l'a vu1 sa principale destination dans l'volution fondamentale des socits modernes1 dont l'essor industriel de plus en plus prononc indiquait dj leur antipathie ncessaire contre l'antique prpondrance de l'esprit guerrier4 ,quoique les luttes1 si intenses et si nombreuses1 que je viens de caractriser1 doivent d'abord sembler1 cette poque1 directement contradictoires avec ce dcroissement spontan du rgime militaire1 la nature mme de ces guerres1 essentiellement perturbatrices1 devait tendre ruiner la considration sociale de la caste dominante1 dont l'aveugle ardeur belliqueuse1 ds-lors habituellement prive de toute application utile1 devenait de plus en plus contraire au grand mouvement de civilisation qu'elle avait d primitivement protger4 ,c'est toujours1 en effet1 pour toutes les institutions humaines1 temporelles ou spirituelles1 le signe le moins quivoque de leur irrvocable extinction1 que de les voir ainsi se tourner spontanment contre leur but primordial3 l'organisme fodal1 destin surtout1 par sa nature1 contenir le systme d'invasion1 touchait ncessairement sa fin gnrale1 aussitt qu'il s'rigeait partout en principe d'envahissement4 ,aux temps mme que nous considrons1 la mmorable institution des armes permanentes1 ne d'abord en ,italie1 o tout commenait alors1 mais bientt propage en occident1 et principalement dveloppe en ,france1 vient constituer la fois un tmoignage incontestable et une puissante garantie de cette dissolution radicale du rgime temporel propre au moyen-ge1 en manifestant1 d'une part1 la rpugnance croissante la prolongation du service fodal chez des populations dj plus industrielles que militaires1 et en brisant1 d'une autre part1 les liens universels de la discipline fodale1 dsormais remplace par la subordination spciale d'une classe trs circonscrite envers des chefs qui1 n'tant plus exclusivement fodaux1 tendaient ncessairement priver peu peu l'ancienne caste militaire de sa plus spciale attribution4 ,je signalerai d'ailleurs au chapitre suivant l'heureuse influence d'une telle innovation pour seconder directement l'essor gnral de la vie industrielle4 ,dans le cas le plus naturel et le plus commun1 dont la ,france nous prsente le meilleur type1 la dcomposition spontane du pouvoir temporel1 d'aprs l'antagonisme exagr de ses deux lmens essentiels1 a d s'oprer ncessairement au profit de la force centrale contre la force locale4 ,l'esprit fondamental de la constitution fodale permettait aisment de prvoir que1 presque partout1 l'quilibre gnral de ces deux puissances se romprait surtout au prjudice de l'aristocratie1 vu les nombreux moyens1 mme rguliers1 qu'offrait un tel rgime l'accroissement spontan de la royaut4 ,ce point de vue est aujourd'hui trop connu pour que je doive y insister4 ,mais je dois1 au contraire1 signaler1 cet gard1 une importante considration nouvelle1 qui rsulte ici d'un rapprochement d'ensemble entre les deux dcompositions simultanes du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel4 ,celle-ci1 en effet1 comme nous l'avons vu1 s'accomplissant1 par une vidente ncessit1 contre la puissance centrale1 sans quoi il n'y et pas eu de rvolution1 il fallait bien1 par une indispensable compensation1 que l'autre s'effectut habituellement en sens inverse1 sans quoi cette rvolution et dgnr en un dmembrement universel1 dont l',europe moderne a t spcialement prserve par cette concentration temporelle en faveur de la royaut4 ,en mme temps que l'anarchie politique1 imminent pril de la grande phase rvolutionnaire1 pouvait ainsi tre essentiellement vite1 on doit reconnatre1 sous un autre aspect1 que le mouvement gnral de dcomposition atteignait par-l son but principal d'une manire bien plus complte1 et surtout beaucoup plus caractristique1 que si la dislocation temporelle s'tait1 au contraire1 opre ordinairement au profit de l'aristocratie4 ,quoique chacun des deux lmens ait naturellement d1 comme nous le verrons1 irrationnellement tenter1 aprs son triomphe1 de reconstruire1 sous son ascendant1 l'ensemble du rgime ancien1 cette entreprise et t cependant bien plus dangereuse de la part de l'aristocratie qu'elle n'a pu l'tre de la part de la royaut3 l'extinction finale du systme militaire et thologique en et t bien autrement entrave1 aussi bien que l'essor politique des nouvelles forces sociales1 ainsi que je l'indiquerai plus spcialement au cinquante-septime chapitre4 ,on voit1 par ces explications1 que la tendance de la dcomposition fodale vers l'ascendant politique de l'aristocratie sur la royaut a d constituer1 dans la dsorganisation universelle que nous apprcions1 un cas minemment exceptionnel1 dont l',angleterre offre le principal exemple4 ,mais la considration en est nanmoins trs importante aujourd'hui1 pour faire dj pressentir l'aveugle irrationnalit de ce dangereux empirisme qui prtend borner le grand mouvement europen l'uniforme transplantation du rgime transitoire particulier l'volution anglaise4 ,compare celle de presque tout le reste de l',europe1 et surtout de la ,france1 elle prsente ainsi1 ds les derniers sicles du moyen-ge1 une diffrence1 aussi capitale qu'vidente1 qui a ncessairement exerc1 sur l'ensemble total du dveloppement ultrieur1 une influence trs prononce1 incompatible avec toute vaine imitation politique1 comme je l'expliquerai dans la suite4 ,il suffit1 en ce moment1 de noter cette irrcusable diversit effective1 qu'atteste spontanment toute l'histoire moderne1 et qui constitue le premier trait essentiel de l'isolement caractristique de la politique anglaise4 ,une telle anomalie me semble devoir tre surtout attribue l'action combine de deux conditions spciales1 la situation insulaire1 et la double conqute3 la premire a d1 en gnral1 rendre le dveloppement social de l',angleterre toujours plus susceptible qu'aucun autre de suivre1 sans perturbation extrieure1 une marche qui lui ft propre2 la seconde devait particulirement provoquer la coalition aristocratique contre la royaut1 que la conqute normande avait d rendre d'abord minemment prpondrante1 comme on le voit clairement1 par exemple1 en comparant1 au ,x,i,ie sicle1 la puissance royale en ,france et en ,angleterre2 en outre1 les suites ncessaires de cette conqute exceptionnelle favorisaient la combinaison spontane de la ligue aristocratique avec les classes industrielles1 en constituant entre elles1 par la nouvelle position secondaire de la noblesse saxonne1 un prcieux intermdiaire naturel1 qui ne pouvait exister ailleurs#bf4 ,mais nous devons viter ici d'engager1 cet gard1 aucune discussion spciale1 videmment contraire aux prescriptions logiques tablies au dbut de ce volume contre toute introduction importante des recherches concrtes dans notre laboration historique1 dont le caractre essentiellement abstrait doit tre soigneusement maintenu4 ,au reste1 ceux qui voudront convenablement entreprendre une explication vraiment rationnelle de cette mmorable anomalie politique1 devront d'abord donner l'observation mme du phnomne toute son extension relle1 en cessant de le considrer1 ainsi qu'on le fait trop souvent1 comme strictement particulier l',angleterre3 quoiqu'il y ait t1 sans doute1 plus spcialement prononc1 on voit cependant1 par exemple1 le dveloppement politique de la ,sude1 et auparavant mme celui de ,venise1 offrir1 sous ce rapport1 une marche fort analogue4 ,note #bf3 ,la marche de l'volution politique en cosse1 si diffrente de celle propre l',angleterre1 me semble confirmer spcialement cette explication gnrale1 en montrant que l'influence particulire de la double conqute a rellement prdomin1 cet gard1 sur celle mme de l'isolement insulaire commun aux deux populations4 ,tels sont les divers rsultats principaux de la dcadence spontane qui conduisit graduellement le rgime catholique et fodal ce degr de dsorganisation1 partout essentiellement ralis1 d'une manire plus ou moins explicite1 vers la fin du ,x,ve sicle2 le pouvoir spirituel tant dsormais irrvocablement absorb par le pouvoir temporel1 et l'un des deux lmens gnraux de celui-ci radicalement subalternis envers l'autre3 en sorte que l'ensemble de cet immense organisme restait ds-lors totalement concentr autour d'une seule puissance active1 ordinairement la royaut1 sur laquelle reposaient presque uniquement les destines ultrieures du systme entier1 dont la dcomposition allait maintenant commencer devenir ncessairement systmatique4 ,nous avons ci-dessus rationnellement partag cette phase dfinitive du grand mouvement rvolutionnaire en deux poques principales1 l'une purement protestante1 l'autre essentiellement diste1 d'aprs le caractre plus complet et plus dcisif qu'acquiert graduellement la philosophie ngative4 ,considrons successivement1 dans la premire1 d'abord ses effets politiques immdiats1 et ensuite son influence philosophique ultrieure4 ,sous le premier aspect1 on peut aisment sentir que la rforme du ,x,v,ie sicle ne fut rellement1 en gnral1 qu'une conscration explicite et irrvocable de la situation des socits modernes en rsultat final de la dcomposition spontane que nous venons de reconnatre propre aux deux sicles prcdens1 surtout en ce qui concerne la dsorganisation du pouvoir spirituel1 principale base du rgime ancien4 ,on doit concevoir1 en outre1 pour complter une telle apprciation1 que cette commune consquence politique s'est1 au fond1 ncessairement ralise1 d'une manire peu prs quivalente1 malgr de graves diffrences intellectuelles1 qui n'ont pu devenir sensibles que long-temps aprs1 aussi bien chez les peuples rests nominalement catholiques1 que chez ceux devenus ostensiblement protestans3 les uns et les autres ont alors dfinitivement pass1 envers l'ordre social du moyen-ge1 un tat pareillement rvolutionnaire1 sauf la diversit naturelle des manifestations4 ,car1 je ne saurais trop l'expliquer1 dans la suite entire des dsorganisations opres depuis le dbut du ,x,i,ve sicle1 la premire et la plus dcisive a certainement consist dtruire l'indpendance du pouvoir spirituel1 en le subordonnant partout au pouvoir temporel3 or1 cette perturbation capitale1 principe essentiel de toutes les autres1 a t1 comme nous l'avons vu1 rellement commune tout l'occident europen1 avant la fin du ,x,ve sicle2 c'est par l que1 sur tous les points importans de ce grand thtre social1 toutes les forces quelconques ont ds-lors instinctivement particip1 comme je l'ai montr1 au caractre rvolutionnaire des temps modernes1 sans excepter1 non-seulement les rois et les nobles1 mais aussi les prtres1 et les papes eux-mmes3 lorsque ,henri ,,viii se spara de ,rome1 ,charles-,quint et ,franois ,ier n'en taient pas1 vrai dire1 dj moins affranchis que lui4 ,en considrant l'ensemble du protestantisme1 il est clair que la suppression de la centralisation papale1 et l'assujtissement national de l'autorit spirituelle la puissance temporelle1 y constituent les seuls points importans communs toutes les sectes1 les seuls qui y soient rests toujours intacts au milieu d'innombrables variations4 ,la clbre opration de ,luther1 malgr son fougueux clat1 se rduisit immdiatement la conscration fondamentale de ce premier degr de dcomposition de la constitution catholique1 puisqu'elle n'atteignit d'abord le dogme que d'une manire fort accessoire1 qu'elle respecta mme essentiellement la hirarchie1 et qu'elle n'altra gravement que la seule discipline4 ,or1 si l'on analyse politiquement ces dernires altrations1 vraiment caractristiques1 on voit qu'elles consistrent surtout dans l'abolition combine du clibat ecclsiastique et de la confession universelle2 c'est--dire1 prcisment dans les mesures qui1 outre l'nergique adhsion spontane des passions humaines1 au sein mme du sacerdoce1 taient alors les plus propres1 par leur nature1 consolider la ruine antrieure de l'indpendance sacerdotale1 laquelle ce double appui tait videmment indispensable4 ,une telle destination primordiale du protestantisme explique aisment sa naissance spciale chez les peuples les plus loigns du centre catholique1 et auxquels1 par suite1 la tendance de plus en plus italienne de la papaut pendant les deux sicles prcdens devait se faire le plus pniblement sentir4 ,d'aprs cette incontestable apprciation1 on ne peut douter que les peuples catholiques n'aient tout aussi rellement particip que les protestans cette premire transformation rvolutionnaire1 sauf la diffrence des formes et la diversit des moyens1 qui importent peu au rsultat#bg4 ,non-seulement en ,france1 mais en ,espagne1 en ,autriche1 etc41 les rois1 sans s'arroger ouvertement une vaine et ridicule suprmatie spirituelle1 taient dj certainement1 au temps de ,luther1 pour leurs clergs respectifs1 des matres non moins absolus1 non moins indpendans1 au fond1 du pouvoir papal1 que le devinrent alors les divers princes protestans#bh4 ,mais le mouvement luthrien1 surtout parvenu la phase calviniste1 exera bientt1 cet gard1 d'une manire indirecte1 une influence aussi importante qu'invitable1 en disposant de plus en plus le sacerdoce catholique l'acceptation volontaire d'un tel assujtissement politique1 contre lequel il conservait jusque alors1 quoiqu'en vain1 son antique rpugnance naturelle1 et o dsormais il devait voir1 au contraire1 la seule garantie efficace de son existence sociale1 au milieu de l'imminent essor de l'esprit universel d'mancipation religieuse4 ,c'est seulement cette poque de dcadence que commence essentiellement1 entre l'influence catholique et le pouvoir royal1 cette intime coalition spontane d'intrts sociaux1 dont la tendance gnrale1 d'abord stationnaire1 et bientt rtrograde1 envers le dveloppement final de la civilisation moderne1 a t si mal propos attribue1 par tant d'irrationnels dtracteurs1 aux plus beaux ges du catholicisme1 si long-temps caractris1 d'aprs nos explications antrieures1 par son noble et nergique antagonisme l'gard de toutes les puissances temporelles4 ,il serait d'ailleurs superflu de prouver que cette opposition croissante au progrs ultrieur de l'volution humaine1 loin d'tre propre au catholicisme moderne1 soit gallican1 soit espagnol1 etc41 appartient1 d'une manire beaucoup plus radicale et bien autrement prononce1 au luthranisme anglican1 ou sudois1 etc41 qui1 mme en souvenir historique1 n'a jamais pu se supposer en tat d'indpendance relle1 ayant t1 au contraire1 expressment institu1 ds sa naissance1 en vue d'une ternelle sujtion4 ,quoi qu'il en soit1 aprs son universel asservissement politique1 l'glise catholique1 dsormais ncessairement impuissante remplir ses plus hautes attributions sociales1 et voyant ainsi son champ moral partout restreint la vie individuelle1 sauf un reste d'influence sur la vie domestique1 est ds-lors conduite invitablement s'occuper surtout1 d'une manire de plus en plus exclusive1 de la seule conservation1 de plus en plus difficile1 de sa propre existence1 en se constituant instinctivement de plus en plus l'indispensable auxiliaire permanent de la royaut1 autour de laquelle devaient graduellement se concentrer1 par une tendance spontane1 tous les dbris quelconques du rgime monothique du moyen-ge1 comme seul lment maintenant susceptible d'une nergique activit politique4 ,on conoit au reste aisment que cette invitable coalition devait finalement devenir aussi dangereuse pour le catholicisme que pour le pouvoir royal1 envers chacun desquels elle constituait naturellement une sorte de cercle vicieux1 la fois mental et social1 en prsentant comme appui ce qui avait besoin de soutien4 ,le catholicisme y ruinait radicalement son crdit populaire1 en renonant videmment1 par cette irrationnelle sujtion1 son ancien et principal office politique2 sauf la vaine ostentation de quelques rares prdications officielles1 que la plus sublime loquence ne pouvait jamais empcher d'tre1 par leur nature1 essentiellement dclamatoires1 et surtout fort inoffensives au pouvoir qu'elles concernaient1 quelque vicieuse que pt devenir habituellement sa conduite relle4 ,en mme temps1 la royaut tait ainsi conduite lier1 d'une manire de plus en plus intime1 l'ensemble de ses destines politiques un systme de doctrines et d'institutions qui devait graduellement exciter de profondes et unanimes rpugnances1 soit intellectuelles1 soit morales1 et qui dj mme tait partout irrvocablement vou1 sous diverses formes1 une imminente dissolution totale4 ,note #bg3 ,un incident remarquable1 aujourd'hui trop oubli1 me semble trs propre confirmer directement ce rapprochement fondamental indiqu par ma thorie historique1 en manifestant la tendance spontane des souverains catholiques recourir quelquefois aux mmes moyens essentiels que les princes protestans pour garantir radicalement la destruction de l'indpendance politique du clerg4 ,on voit1 en effet1 l'empereur ,ferdinand faire1 quoique sans succs1 expressment proposer1 diverses reprises1 au concile de ,trente1 par des ambassadeurs spciaux1 le mariage habituel des prtres1 qui et certainement conduit1 dans l'application1 abolir aussi la confession4 ,ce double caractre de la discipline luthrienne1 a depuis frquemment trouv1 au sein mme du catholicisme1 de fervens apologistes1 trs convaincus d'ailleurs qu'ils ne cessaient point ainsi d'appartenir l'glise universelle4 ,note #bh3 ,quoique cette tendance universelle la nationalisation du clerg ait d naturellement tre beaucoup moins dveloppe en ,italie que partout ailleurs1 telle tait cependant1 cet gard1 la situation fondamentale des peuples modernes1 qu'on a pu remarquer alors une semblable transformation rvolutionnaire mme chez toutes les populations italiennes dont l'tat politique a pris un caractre stable suffisamment prononc4 ,la constitution vnitienne en offre surtout un exemple trs dcisif1 par l'isolement et la dpendance o elle maintient le clerg national envers la puissance temporelle1 depuis le triomphe dfinitif de l'aristocratie sur le pouvoir ducal au ,x,i,ve sicle2 de manire organiser1 sous la vaine apparence d'une respectueuse orthodoxie1 une sorte de religion d'tat1 encore plus distincte peut-tre du vrai catholicisme romain que ne le fut ensuite notre gallicanisme proprement dit4 ,cette longue et dplorable phase de la dsorganisation finale du catholicisme a t1 ds sa naissance1 principalement systmatise par la grande institution caractristique de la clbre compagnie de ,jsus1 qui1 de nature minemment rtrograde1 fut alors spcialement fonde1 avec un admirable instinct politique1 pour servir d'organe central la rsistance gnrale du catholicisme contre la destruction universelle dont il tait directement menac par l'essor croissant de l'mancipation spirituelle4 ,il est clair1 en effet1 d'aprs nos indications antrieures1 que la papaut1 de plus en plus absorbe1 depuis le sicle prcdent1 par les intrts et les soins de sa principaut temporelle1 n'tait mme plus propre1 en ralit1 diriger convenablement cette immense opposition active1 dont elle et souvent sacrifi1 sans doute1 les besoins essentiels aux seules exigences de sa situation particulire4 ,aussi les chefs1 presque toujours minens1 de cette puissante corporation se sont-ils ds-lors1 sous un titre modeste1 spontanment substitus peu peu aux papes eux-mmes1 pour organiser une suffisante convergence continue entre des efforts partiels que le grand mouvement de dcomposition entranait instinctivement diverger de plus en plus4 ,il n'est pas douteux1 ce me semble1 que1 sans une telle centralisation1 ordinairement aussi habile qu'nergique1 l'action ou plutt la rsistance du catholicisme n'aurait pu offrir1 pendant le cours des trois derniers sicles1 aucune vritable consistance politique4 ,mais1 malgr d'clatans services partiels1 soit au dedans1 soit au dehors1 on ne peut davantage mconnatre que l'ensemble de cette politique des jsuites1 par une suite ncessaire de son hostilit fondamentale envers l'volution finale de l'humanit1 devait avoir un caractre la fois minemment corrupteur et radicalement contradictoire4 ,d'une part1 en effet1 son principal moyen de succs consistait rellement intresser autant que possible toutes les influences sociales quelconques1 spirituelles ou temporelles1 la conservation ou la restauration de l'organisme catholique1 en persuadant tous les esprits clairs1 sous la rserve tacite d'une secrte mancipation personnelle1 que la consolidation de leur propre puissance exigeait1 en gnral1 de leur part1 une certaine participation permanente1 soit active1 soit au moins passive1 au systme d'efforts de tous genres destins maintenir le vulgaire sous la tutelle sacerdotale4 ,or1 une telle combinaison politique ne pouvait1 videmment1 comporter1 par sa nature1 qu'un succs fort prcaire1 limit au seul temps o l'mancipation thologique restait suffisamment concentre3 par son invitable diffusion ultrieure1 ce procd1 d'abord odieux1 a fini par devenir1 de nos jours1 essentiellement ridicule1 en conduisant organiser ainsi une sorte de mystification universelle1 o chacun devrait tre la fois1 et pour le mme dessein1 trompeur et tromp4 ,en second lieu1 les efforts indispensables de cette intelligente corporation afin d'acqurir ou de conserver la direction1 de plus en plus exclusive1 de l'instruction publique1 l'ont partout entrane concourir puissamment elle-mme la propagation croissante du mouvement mental1 par un enseignement continu qui1 malgr son extrme imperfection1 n'en devait pas moins bientt se tourner ncessairement1 soit chez les lves1 soit jusque chez les matres1 contre la destination primitive de ce systme contradictoire4 ,les clbres missions extrieures1 si habilement diriges1 en gnral1 par cette compagnie1 et les seules qui aient jamais obtenu un vritable succs social1 prsentent1 sous cet aspect1 un contraste fort analogue1 quoique moins tranch1 par l'hommage involontaire qu'une telle politique tait ainsi conduite rendre1 surtout quant aux sciences1 ce mme dveloppement intellectuel des socits modernes dont elle s'efforait de combattre1 en ,europe1 les consquences ncessaires1 tandis que1 au dehors1 elle s'honorait juste titre d'y puiser les principales bases de son ascendant spirituel1 utilis ensuite pour l'introduction des croyances qu'elle se sentait d'abord force d'carter ou de dissimuler4 ,il serait d'ailleurs superflu d'insister ici sur les prils videns que devait offrir cette institution une position aussi exceptionnelle dans l'ensemble de l'organisme catholique1 o le sentiment naturel de sa supriorit1 en vertu de sa haute destination spciale1 devait profondment stimuler l'active jalousie permanente de toutes les autres congrgations religieuses1 ds-lors graduellement prives de leurs plus importans attributs rels1 et dont l'invincible antipathie a plus tard tant neutralis1 comme on sait1 au sein mme du clerg catholique1 les regrets que devait lui inspirer la chute irrparable d'un tel soutien4 ,tel est donc le seul effort vraiment grand qu'ait pu tenter le catholicisme moderne contre l'irrsistible progrs du mouvement gnral de dcomposition1 en organisant ainsi le maintien1 et1 autant que possible1 la restauration1 de la constitution catholique1 sous la commune direction des jsuites1 et sous la protection spciale de la monarchie espagnole1 dsormais devenue le meilleur appui naturel de cette politique1 comme mieux prserve qu'aucune autre des contacts hrtiques4 ,le clbre concile de ,trente ne pouvait1 en effet1 produire1 sous ce point de vue1 qu'un rsultat purement ngatif1 que l'instinct des papes semble avoir pressenti1 d'aprs leur profonde rpugnance runir et prolonger cette impuissante assemble2 qui1 dans sa longue et consciencieuse rvision de l'ensemble du systme catholique1 n'a pu que constater1 avec une strile admiration1 la parfaite solidarit1 la fois mentale et sociale1 de toutes ses parties importantes1 et a d1 ds-lors1 malgr les dispositions les plus conciliantes1 conclure la douloureuse impossibilit de consentir aucune des concessions alors juges propres amener la pacification universelle4 ,toutes les saines mditations historiques sur ce sujet capital aboutiront1 je ne crains pas de l'assurer1 reconnatre que1 comme je l'ai indiqu au dbut de ce chapitre1 tout l'effort essentiel de rformation dont l'organisme catholique tait vraiment susceptible sans se dnaturer1 avait dj t1 trois sicles auparavant1 convenablement tent1 et bientt puis1 par la double institution1 intellectuelle et politique1 des franciscains et des dominicains4 ,aussi la vaine formule populaire qui1 depuis le commencement du quinzime sicle1 indiquait le vu prpondrant de la catholicit pour l'universelle rgnration de l'glise1 ne constituait-elle1 au fond1 qu'une manifestation involontaire de l'ascendant spontan que l'esprit critique acquerrait alors partout1 d'aprs le progrs continu du mouvement gnral de dcomposition4 ,dj ncessairement entran vers son entire dissolution1 le systme catholique ne pouvait plus1 cette poque1 comporter d'autre transformation relle que cette organisation1 ici suffisamment caractrise1 de son active rsistance permanente l'volution ultrieure de l'lite de l'humanit4 ,c'est ainsi que le catholicisme1 dsormais rduit1 en ,europe1 ne plus former qu'un vritable parti1 a t partout conduit perdre1 non-seulement la facult1 mais mme la simple volont1 de remplir convenablement son antique destination sociale4 ,absorb ds-lors par l'intrt1 de plus en plus exclusif1 de sa seule conservation1 il s'est vu souvent entran1 dans son intime solidarit avec la royaut1 inspirer ou sanctionner les mesures les plus contraires son esprit caractristique2 comme ne le tmoigne que trop1 par exemple1 l'histoire complte du plus excrable attentat politique qui peut-tre ait jamais t consomm4 ,par ces dplorables recours la compression matrielle1 devenus nanmoins invitables depuis l'entire subordination de l'influence catholique au pouvoir royal1 le systme de rsistance ne faisait que constater de plus en plus son impuissance intellectuelle et morale1 et acclrait indirectement la dcadence qu'il tentait d'arrter4 ,en un mot1 l'ensemble de la scne politique a pris1 ds cette poque1 le caractre essentiel qui s'est prolong jusqu' nos jours2 depuis ,philippe ,,ii jusqu' ,bonaparte1 c'est toujours1 sauf la diversit naturelle des circonstances et des moyens1 la mme lutte fondamentale entre l'instinct rtrograde de l'ancienne organisation1 et l'esprit de progression ngative propre aux nouvelles forces sociales3 il n'y a d'autre diffrence essentielle1 sinon qu'une telle situation tait alors pleinement invitable1 tandis qu'elle ne conserve vicieusement aujourd'hui la mme physionomie que d'aprs la seule absence d'une philosophie vraiment approprie la phase actuelle de l'volution gnrale1 comme l'tablira spontanment la suite de notre laboration historique4 ,sans doute1 cette tendance rtrograde de plus en plus prononce n'a pas empch la hirarchie catholique de renfermer1 depuis le ,x,v,ie sicle1 beaucoup d'hommes minens1 soit intellectuellement1 soit moralement1 quoique le nombre en ait d dcrotre avec rapidit1 par suite des rpugnances instinctives ainsi frquemment excites parmi les tres suprieurs4 ,mais la dgnration sociale du catholicisme se marque toujours involontairement chez les personnages mme qui l'ont le plus justement illustr pendant cette priode finale4 ,dans l'ordre mental surtout1 on ne peut certes que profondment admirer en ,bossuet l'un des plus sublimes penseurs qui aient honor notre espce1 et peut-tre la plus puissante intelligence des temps modernes aprs ,descartes et ,leibnitz4 ,nanmoins1 l'ensemble de sa propre vie me semble minemment propre1 tous gards1 constater1 de la manire la plus expressive1 l'irrvocable dsorganisation de la constitution catholique2 soit par la dplorable situation logique d'un tel esprit1 que les exigences contemporaines condamnent1 malgr l'intime rpugnance de son instinct pontifical1 dfendre dogmatiquement les inconsquences gallicanes1 et justifier directement la moderne subordination de l'glise la royaut2 soit aussi par cette existence politiquement subalterne1 qui rduit la vaine condition de pangyriste officiel des principaux agens de ,louis ,,xiv celui qui1 aux temps de ,grgoire ,,vii ou d',innocent ,,iii1 et t unanimement regard comme leur digne successeur dans l'nergique antagonisme de l'autel envers le trne4 ,on ne peut donc justement envisager le beau gnie philosophique de ,bossuet comme un vritable produit du catholicisme1 dont la dchance politique fut1 au contraire1 essentiellement dfavorable son libre essor1 qui et t sans doute1 plus complet pour l'humanit et plus satisfaisant pour un tel esprit si sa position sociale avait pu tre celle d'un penseur indpendant1 la manire de ,descartes ou de ,leibnitz3 tandis que1 au moyen-ge1 le systme catholique avait1 au contraire1 puissamment concouru au dveloppement normal des hautes intelligences qui l'illustrrent alors1 en leur fournissant la fois un champ et une situation convenables4 ,l'ordre moral comporte aussi1 quoiqu' un degr naturellement moindre1 une apprciation essentiellement analogue1 applicable mme aux plus nobles types dont l'glise puisse honorer son dclin universel pendant les trois derniers sicles4 ,quelque juste vnration1 par exemple1 que doive sans cesse inspirer le touchant souvenir des sublimes vertus de saint ,charles ,borrome et de saint ,vincent de ,paule1 leur infatigable charit1 aussi claire qu'ardente1 n'avait1 au fond1 aucun caractre1 soit asctique1 soit politique1 qui dt la rattacher exclusivement au catholicisme1 comme dans les ges antrieurs3 sauf le mode de manifestation1 de telles natures pouvaient dsormais recevoir un dveloppement quivalent parmi les autres sectes religieuses1 ou mme en dehors de toute croyance thologique4 ,au reste1 il ne faudrait pas croire que l'esprit gnral de rsistance plus ou moins active l'mancipation intellectuelle1 et le caractre correspondant d'hypocrisie plus ou moins systmatique chez les classes dirigeantes1 aient d tre1 depuis le ,x,v,ie sicle1 particuliers au catholicisme3 le protestantisme les a ncessairement prsents aussi1 d'une manire non moins relle au fond1 quoique sous d'autres apparences1 partout o il a obtenu la prpondrance politique2 car1 sa proprit progressive ne pouvait lui appartenir essentiellement qu'autant qu'il resterait l'tat d'opposition1 seul pleinement convenable sa nature2 pass l'tat de gouvernement1 il a d bientt devenir radicalement hostile au dveloppement ultrieur de la raison humaine4 ,cet instinct rtrograde du catholicisme moderne1 videmment contraire sa propre constitution1 n'y ayant pris l'ascendant que par une suite invitable de la dsorganisation de l'ancien pouvoir spirituel et de son assujtissement graduel au pouvoir temporel1 comment le protestantisme1 qui rigeait directement cette irrationnelle sujtion en une sorte de principe fondamental1 aurait-il pu viter de telles consquences de son triomphe lgal8 ,l'orthodoxie anglicane1 par exemple1 nanmoins si rigoureusement exige1 chez le vulgaire1 pour les besoins politiques du systme correspondant1 pouvait-elle1 en ralit1 donner lieu habituellement des convictions trs profondes et un respect fort sincre chez ces mmes lords dont les dcisions parlementaires en avaient tant de fois altr arbitrairement les divers articles1 et qui devaient officiellement concevoir le rglement mme de leurs propres croyances comme une des attributions essentielles de leur caste8 ,quant la compression matrielle envers tout essor ultrieur de l'esprit d'mancipation1 elle ne fut1 pour le catholicisme1 qu'une suite invitable de sa dsorganisation moderne3 tandis que1 pour le protestantisme1 elle tait1 au contraire1 ncessairement inhrente sa nature gnrale1 d'aprs l'intime confusion qu'il consacrait entre les deux disciplines2 et elle devait s'y manifester aussitt que sa prpondrance effective serait suffisamment ralise1 comme une longue exprience ne l'a que trop prouv partout4 ,ce double effet ne s'est pas seulement dvelopp dans la phase primitive du protestantisme1 considre par rapport toutes les formes postrieures1 par l'esprit despotique du luthranisme1 soit anglican1 soit germanique3 il a pareillement caractris les sectes o la dsorganisation spirituelle tait plus avance#bi1 quand le pouvoir a pass1 mme momentanment1 entre leurs mains1 ainsi que le tmoignent tant de dplorables exemples1 trs propres faire justement apprcier le prtendu esprit de tolrance des doctrines qui subordonnent l'ordre spirituel l'ordre temporel4 ,note #bi3 ,sans anticiper mal propos sur la seconde priode du mouvement critique1 je crois utile de noter ici1 ce sujet1 que le diste ,rousseau a lui-mme t conduit proposer directement1 dans son ouvrage le plus dogmatique1 l'extermination juridique de tous les athes1 comme l'une des conditions essentielles de l'ordre politique qu'il avait conu3 ses disciples n'ont quelquefois que trop tmoign leur disposition spontane pratiquer une telle maxime1 toujours par suite du dogme de l'asservissement gnral du pouvoir spirituel au pouvoir temporel1 principale source historique1 mes yeux1 de la plupart des aberrations ultrieures1 et qui1 sous ce rapport1 pousse spontanment remplacer la persuasion par la violence4 ,relativement ce systme de rsistance qui distingue le catholicisme moderne1 il faut surtout remarquer enfin que1 loin d'avoir t1 comme on le suppose aujourd'hui1 exclusivement nuisible l'volution sociale correspondante1 il a constitu1 au contraire1 l'un des deux lmens essentiels de l'antagonisme gnral qui devait prsider la progression politique pendant tout le cours des trois derniers sicles4 ,je ne parle pas seulement de son office continu pour l'indispensable maintien de l'ordre public1 qui1 alors comme aujourd'hui1 devait essentiellement appartenir la force de rsistance des anciens pouvoirs1 malgr son caractre plus ou moins rtrograde1 tant que les tendances progressives ne pouvaient elles-mmes avoir qu'un caractre minemment ngatif3 cette importante explication se trouve dj suffisamment opre dans le premier chapitre du volume prcdent1 auquel je puis ici renvoyer le lecteur1 en l'invitant rapporter ce pass1 par des motifs pleinement semblables1 ce qui n'y est appliqu qu'au prsent1 puisque1 sous cet aspect1 la situation sociale a radicalement conserv jusqu'ici la nouvelle nature qu'elle dut manifester au ,x,v,ie sicle4 ,par une considration plus spcialement propre la premire phase de la doctrine critique1 je voudrais y faire sentir aux esprits vraiment philosophiques les avantages essentiels1 la fois intellectuels et politiques1 que l'volution finale de l'humanit a retir de cette active opposition du catholicisme la propagation spontane du mouvement protestant4 ,dans l'ordre purement mental1 il est d'abord vident que ce premier essor incomplet de l'esprit d'examen1 en vertu des demi-satisfactions qu'il procure la raison humaine1 doit tendre retarder ensuite son entire mancipation1 surtout chez le vulgaire1 en flattant directement l'inertie naturelle de notre orgueilleuse intelligence4 ,il en est peu prs de mme sous le rapport politique1 o l'on voit le protestantisme apporter l'ancienne organisation des modifications qui1 malgr leur insuffisance radicale1 doivent long-temps maintenir une funeste illusion sur la tendance ncessaire des socits modernes vers une vraie rgnration fondamentale4 ,aussi les nations protestantes1 aprs avoir1 divers titres1 devanc alors1 dans leur progrs social1 les peuples rests catholiques1 sont-elles ensuite1 malgr les apparences contraires1 essentiellement demeures en arrire pour le dveloppement final du mouvement rvolutionnaire1 comme nous le reconnatrons ci-dessous4 ,si ce premier triomphe du protestantisme tait devenu universel1 ce qui tait heureusement impossible1 il n'est pas douteux1 ce me semble1 qu'il et encore empch jusqu'ici l'extension totale du grand phnomne de dcomposition que nous tudions3 par suite1 la situation sociale1 sans tre rellement moins orageuse qu'elle ne l'est de nos jours1 se trouverait certainement beaucoup plus loigne1 tous gards1 de sa vritable issue gnrale1 qui1 dans une telle hypothse1 semblerait dpendre de la conservation indfinie de l'ancien organisme l'tat de demi-putrfaction consacr par la politique protestante4 ,la rsistance ncessaire du catholicisme a donc involontairement exerc1 en gnral1 une raction trs salutaire sur l'tat dfinitif1 soit intellectuel1 soit politique1 de l'ensemble du mouvement rvolutionnaire1 en retardant spontanment son invitable essor jusqu' ce qu'il pt devenir1 l'un et l'autre titre1 suffisamment dcisif4 ,en comparant1 sous cet aspect1 les divers cas principaux1 il est ais de sentir que le plus favorable dut tre rellement celui de la ,france1 o le levain protestant avait d'abord assez pntr pour exciter immdiatement l'mancipation spirituelle1 sans pouvoir nanmoins y obtenir un ascendant lgal qui en et gravement entrav et altr l'entier dveloppement ultrieur3 quand la rtrogradation catholique y fut ensuite pousse jusqu' l'expulsion violente des protestans1 une telle mesure dut avoir1 divers gards partiels1 de dplorables consquences politiques1 surtout quant au progrs industriel2 mais elle n'y pouvait offrir aucun danger essentiel pour la principale volution sociale1 qui1 au point qu'elle y avait alors atteint1 en fut bien plus acclre que ralentie4 ,aprs avoir ainsi convenablement apprci la premire phase gnrale de la doctrine critique dans sa destination la plus directe et la plus importante1 en ce qui concerne la dissolution politique de l'ancienne constitution spirituelle1 il est ais de caractriser sommairement son influence ncessaire sur la dsorganisation temporelle qui continuait alors s'accomplir1 en rsultat continu de la dcomposition spontane que nous avons reconnue propre aux deux sicles prcdens4 ,dj nous venons de dmontrer implicitement1 ce sujet1 la tendance gnrale de cette poque complter systmatiquement une telle opration pralable1 par la concentration rgulire de tous les anciens pouvoirs sociaux autour de l'lment temporel prpondrant1 soit que1 comme en ,france et presque partout1 ce dt tre la puissance royale1 ou que ce ft1 au contraire1 la force aristocratique1 par une anomalie particulire l',angleterre et quelques autres pays1 ainsi que je l'ai expliqu4 ,dans les deux cas1 l'unique lment demeur actif s'est ds-lors trouv naturellement investi d'une sorte de dictature permanente extrmement remarquable1 dont l'tablissement1 retard par les troubles religieux1 n'a pu toutefois tre pleinement caractris1 de part et d'autre1 que pendant la seconde moiti du ,x,v,i,ie sicle1 et qui1 malgr sa constitution exceptionnelle1 a d se prolonger essentiellement jusqu' nos jours1 en mme temps que la situation sociale correspondante1 afin de diriger le systme politique durant tout le reste de la grande transition critique1 vu la profonde incapacit organique1 videmment propre1 d'aprs nos dmonstrations antrieures1 aux agens spciaux de cette transition4 ,on ne peut douter que cette longue dictature1 royale ou nobiliaire1 ne ft la fois la suite invitable et l'indispensable correctif de la dsorganisation spirituelle1 qui1 sans cela1 et certainement pouss au dmembrement universel des socits modernes3 nous reconnatrons d'ailleurs1 au chapitre suivant1 son heureuse influence ncessaire pour hter simultanment l'essor spontan des nouveaux lmens sociaux1 et mme pour seconder1 un certain degr1 leur avnement politique4 ,en comparant convenablement#cj les deux modes opposs que nous venons d'y distinguer1 on peut aisment tablir1 en gnral1 malgr l'anglomanie chronique de nos publicistes vulgaires1 la supriorit fondamentale du mode normal ou franais sur le mode exceptionnel ou anglais1 soit quant la dissolution radicale de l'ancien systme social1 soit quant la rorganisation totale qui doit lui succder2 sans toutefois mconnatre1 l'un ni l'autre titre1 les avantages rellement particuliers chaque mode4 ,sous le premier aspect1 seul convenable ce chapitre1 il est clair1 en effet1 comme je l'ai dj fait pressentir1 que l'ensemble du rgime propre au moyen-ge a t finalement conduit un tat beaucoup plus voisin de son extinction totale en se rsolvant ainsi1 pour la ,france1 en une dictature royale1 qu'en aboutissant1 pour l',angleterre1 la dictature aristocratique3 quoique cette double dgnration simultane ait toujours1 par l'une ou l'autre voie1 irrvocablement rompu le grand quilibre fodal2 outre que l'invitable contact politique des deux populations devait tendre ensuite naturellement y mettre de niveau ces deux oprations ngatives1 complmentaires l'une de l'autre pour la destruction directe du systme entier4 ,d'abord1 l'lment royal tant videmment plus indispensable un tel systme que l'lment nobiliaire1 il en est rsult que la royaut a pu1 en ,france1 se passer bien davantage de la noblesse que celle-ci de l'autre1 en ,angleterre2 en sorte que la puissance aristocratique a t ncessairement plus subalternise en ,france que la puissance royale en ,angleterre4 ,on conoit1 en outre1 que1 malgr la commune prpondrance finale1 ci-dessus explique1 de l'esprit rtrograde ou du moins stationnaire dans les deux dictatures1 la force de rsistance de la royaut franaise1 ds-lors politiquement isole au milieu d'une population vivement pousse l'mancipation mentale et sociale1 a d ainsi se trouver beaucoup moindre1 contre l'volution ultrieure de la civilisation moderne1 que l'active opposition de l'aristocratie anglaise1 intimement combine1 par une longue solidarit antrieure1 avec l'ensemble de la population correspondante4 ,en dernier lieu1 le principe des castes1 vritable base temporelle de l'ancienne constitution1 a t1 sans doute1 bien autrement ruin quand son application essentielle s'est enfin borne1 en ,france1 une seule famille exceptionnelle1 quelque minente que ft sa condition1 qu'en restant consacr1 en ,angleterre1 par un grand nombre de familles distinctes1 dont le renouvellement continu devait incessamment tendre le rajeunir1 sans que les plus rcemment agrges dussent tre certes les moins oppressives4 ,quelque orgueil que doive naturellement inspirer l'oligarchie anglaise son antique attribution historique de faire ou dfaire les rois1 le rare exercice d'un tel privilge ne pouvait assurment altrer autant l'esprit gnral de l'organisation temporelle que l'audacieuse facult permanente de crer leur gr des nobles1 dont nos rois se sont empars non moins anciennement1 et qui a d devenir infiniment plus usuelle1 au point mme de rendre dj la noblesse presque ridicule ds l'origine de la phase rvolutionnaire que nous examinons4 ,pour complter suffisamment une telle apprciation1 il importe de noter ici1 d'aprs l'vidente indication des faits1 que1 passe de l'tat d'opposition l'tat de gouvernement1 la mtaphysique protestante ne s'est nulle part1 et surtout en ,angleterre1 montre aucunement contraire l'esprit de caste1 qu'elle a mme tendu1 par une opration rtrograde1 restaurer totalement1 en y rintgrant1 autant que possible1 le caractre sacerdotal que la philosophie catholique lui avait radicalement soustrait4 ,en nous bornant1 ce sujet1 signaler spcialement le cas le plus important et le plus caractristique1 on voit1 par exemple1 le gnie catholique1 dans une intention videmment oppose au principe des castes1 et en vue de certaines conditions de capacit1 toujours repousser directement1 surtout en ,france1 l'avnement des femmes aux fonctions royales ou mme fodales2 tandis que le protestantisme officiel1 en ,angleterre1 en ,sude1 etc41 a pleinement consacr l'existence politique des reines et mme des pairesses3 cet trange contraste devait d'ailleurs sembler d'autant plus dcisif que la politique protestante avait partout solennellement investi dj la royaut d'une vritable papaut nationale4 ,note #cj3 ,une irrationnelle apprciation du dveloppement social comparatif de la ,france et de l',angleterre a souvent conduit1 de nos jours1 de vaines conceptions historiques1 essentiellement contraires l'ensemble de ce double pass depuis le moyen-ge4 ,il existe1 cet gard1 entre ces deux peuples1 des diffrences tellement radicales1 que1 en y tudiant successivement les tats successifs de la royaut et de l'aristocratie1 la saine mthode comparative doit alors tendre saisir chez l'un1 non l'analogue1 mais l'inverse de ce qu'on observe chez l'autre1 en y remplaant l'lvation ou la dcadence de chacun de ces deux lmens temporels par celle de son antagoniste4 ,moyennant ce contraste continu1 on remarquera toujours une exacte correspondance entre les deux histoires1 qui1 par des voies quivalentes quoique opposes1 marchent galement1 pendant tout le cours des cinq derniers sicles1 vers l'entire dsorganisation du systme thologique et militaire4 ,ainsi conu1 un tel rapprochement historique peut devenir vraiment fcond en prcieuses indications politiques2 tandis qu'il n'a1 au contraire1 presque jamais servi jusqu'ici1 du moins en ,france1 qu'a obscurcir beaucoup la plupart des questions sociales1 d'aprs une vicieuse interprtation des faits1 tenant surtout l'absence pralable de toute saine thorie fondamentale sur l'volution gnrale de l'humanit4 ,l'tablissement gnral1 d'abord spontan1 et enfin systmatique1 de la dictature temporelle que je viens de caractriser1 a d alors tre longtemps entrav par une premire influence politique du protestantisme1 qui s'est fait galement sentir1 d'une manire inverse mais quivalente1 aux deux modes essentiels que nous venons de comparer4 ,quoique1 par l'ensemble de ses consquences1 le protestantisme ait1 sans doute1 finalement acclr la dsorganisation totale de l'ancien systme social1 on doit nanmoins reconnatre1 dans les divers cas importans1 que son action primitive a tendu spontanment retarder beaucoup la dcomposition temporelle1 en procurant de nouvelles forces celui des deux lmens principaux que la phase antrieure du mouvement rvolutionnaire avait dj destin succomber4 ,cet effet a t produit1 de la manire la plus naturelle1 pour l',angleterre1 et dans les autres cas analogues1 d'aprs le caractre pontifical que la royaut venait ainsi d'y acqurir1 et qui1 sans pouvoir inspirer de bien srieuses convictions1 tait cependant de nature compenser d'abord1 auprs des masses1 le dclin pralable de cette puissance1 qui ds-lors y parvint1 pendant prs d'un sicle1 une prpondrance exceptionnelle1 source ultrieure des plus graves convulsions politiques1 quand vint l'invitable poque du retour spontan la marche normale d'une telle socit4 ,le protestantisme a dtermin simultanment sur le continent1 et mme en cosse1 mais surtout en ,france1 un rsultat quivalent quoique inverse1 en y fournissant ncessairement la noblesse de nouveaux moyens de rsister l'ascendant croissant de la royaut3 et1 pour s'adapter convenablement cette apparente varit de destinations temporelles1 il lui a suffi de prendre spcialement1 en ce second cas1 la forme presbytrienne ou calviniste1 la mieux assortie l'tat d'opposition1 au lieu de la forme piscopale ou luthrienne1 seule correspondante l'tat de gouvernement4 ,de l1 dans les deux cas1 d'abord une violente compression ou une agitation convulsive1 produite par celle des deux forces qui voulait ainsi rparer sa dcadence antrieure1 et ensuite des consquences prcisment rciproques quand l'lment antagoniste tend recouvrer son ancienne prpondrance2 la masse de la population continuant d'ailleurs n'y intervenir encore1 comme dans les luttes prcdentes1 qu' titre de simple auxiliaire naturel1 mais dont toutefois la coopration1 de plus en plus indispensable1 annonce dj1 bien que confusment1 d'imminentes tendances personnelles4 ,telles sont1 ce me semble1 la fois l'exacte apprciation et l'explication gnrale des mmorables perturbations sociales1 double phase ncessaire1 respectivement propres1 soit la ,france1 soit l',angleterre1 et pareillement reprsentes en tout le reste de l'occident europen1 depuis le milieu environ du ,x,v,ie sicle jusqu' celui du ,x,v,i,ie4 ,il serait1 sans doute1 superflu d'insister ici pour faire sentir au lecteur clair combien l'ensemble des faits historiques confirme rellement1 mme en ,france1 cette importante indication spontane de notre thorie sociologique4 ,on s'explique aisment ainsi l'impopularit radicale qui1 sauf quelques localits secondaires1 a presque toujours caractris le calvinisme franais1 d'abord essentiellement accueilli par la noblesse comme un puissant moyen de recouvrer1 envers la royaut1 son antique indpendance fodale1 et par suite profondment repouss par le vieil instinct anti-aristocratique de la masse de la population2 ainsi que le reprsente alors surtout l'admirable rsistance spontane du bon sens parisien aux sductions dmocratiques de la doctrine presbytrienne4 ,je ne crois pas inutile de signaler ici un appendice naturel et gnral1 quoique accessoire et passager1 de la phase temporelle que je viens d'apprcier1 en y signalant une tentative politique directe1 ncessairement infructueuse1 de la part des organes spciaux de la transition critique1 l'issue de cet antagonisme final1 contre l'ascendant1 dsormais absolu en apparence1 de l'lment temporel qui avait d rester enfin prpondrant4 ,on voit alors1 en effet1 les mtaphysiciens et les lgistes1 qui avaient toujours si efficacement second un tel triomphe1 s'efforcer1 presqu' la fois1 en ,france et en ,angleterre1 de restreindre1 au profit de leur classe1 ce mme pouvoir qu'ils venaient ainsi de consolider jamais contre son antique rival1 et dont ils redoutaient justement ds-lors la tendance invitable des envahissemens indfinis1 aussitt que ce dfaut mme d'adversaires l'aurait conduit ddaigner l'intervention ultrieure de ses anciens agens1 que cette nouvelle situation devait d'ailleurs rendre plus exigeans4 ,c'est par-l qu'il est facile d'expliquer les efforts simultans des parlemens franais contre l'autorit royale1 dont ils veulent rgler les choix ministriels1 et des principaux chefs de la ,chambre des ,communes d',angleterre pour lui subordonner la ,chambre des ,lords1 soit avant1 soit aprs la mort de ,charles ,ier4 ,quoique ces tentatives prmatures1 faute d'assez profondes bases populaires1 n'aient pu videmment obtenir aucun succs durable1 ni mme troubler essentiellement l'avnement ncessaire de la dictature correspondante1 si hautement amen par l'ensemble de la situation sociale1 il tait pourtant convenable de les caractriser ici rapidement1 comme marquant avec prcision l'indication initiale de la tendance spontane des lgistes et des mtaphysiciens diriger dsormais par eux-mmes le grand mouvement politique1 o ils n'avaient jusque alors figur qu' titre de simples auxiliaires1 quelque importante ou mme indispensable qu'y et t d'ailleurs leur intervention continue4 ,enfin1 pour complter suffisamment l'exacte apprciation historique de la grande dictature temporelle que nous considrons1 il ne me reste plus qu' indiquer l'esprit gnral qu'elle a finalement dvelopp partout aprs avoir ainsi pleinement consolid son ascendant politique1 sauf les diversits de mode1 et mme les ingalits de degr1 commandes par les situations sociales correspondantes2 cet esprit commun et dfinitif devant tre ds-lors jug le plus conforme sa vraie nature fondamentale4 ,or1 il est ais de reconnatre1 ce sujet1 que1 dans les deux cas essentiels ci-dessus distingus1 l'lment temporel demeur alors prpondrant a toujours essentiellement tendu relever l'existence sociale de son ancien antagoniste1 qui1 de son ct1 acceptait enfin1 sous des formes plus ou moins explicites1 une ternelle subalternit politique4 ,rien n'tait plus naturel1 sans doute1 qu'une telle conversion d'aprs la conformit fondamentale d'origine1 de caste1 et d'ducation qui existait spontanment entre la royaut et l'aristocratie1 et qui devait ncessairement amener leur intime liaison1 aussitt que la rivalit d'ascendant aurait cess d'en contenir l'influence permanente4 ,le pouvoir prpondrant avait dj partout fait nettement pressentir cette tendance nouvelle par la manire dont il venait d'carter ses anciens auxiliaires1 dans la courte priode accessoire que je viens de signaler1 et qui constitue ainsi historiquement une sorte de transition normale entre les dernires luttes essentielles des deux lmens temporels et le paisible abaissement1 volontaire de l'un envers l'autre1 dsormais devenu de plus en plus prononc4 ,chacune des deux forces est ds-lors venue1 par suite mme de son triomphe politique1 dvoiler spontanment1 de la manire la plus dcisive1 le vrai motif principal de ses anciennes concessions dmocratiques1 presque toujours dues surtout aux seuls intrt de sa propre ambition1 bien plus qu' aucune vritable inclination populaire1 comme elle le confirmait dornavant d'aprs l'emploi de son ascendant final au profit de son ancien adversaire contre son invariable alli4 ,telle a t1 depuis sa prpondrance dfinitive1 l'attitude gnrale de l'aristocratie anglaise envers la royaut1 dsormais place sous sa tutelle de plus en plus affectueuse3 telle a t rciproquement1 partir de ,louis ,,xiv1 la prdilection croissante de la royaut franaise pour la noblesse enfin compltement asservie#ca2 ce second cas ayant d tre1 par sa nature1 beaucoup plus prononc que le premier1 en vertu d'une plus profonde dpression antrieure et d'une moins dangereuse restauration actuelle1 conformment nos explications prcdentes4 ,quoique1 en principe1 l'esprit de calcul dirige certainement encore moins la vie politique que la vie prive1 de semblables conversions sont trop souvent attribues de profonds desseins1 tandis qu'elles furent d'abord essentiellement dues1 de part et d'autre1 l'involontaire entranement des affinits naturelles1 sauf l'influence ultrieure des rflexions relatives l'utilit de cette nouvelle union comme moyen de rsistance au mouvement rvolutionnaire1 qui ds-lors devait bientt devenir pleinement systmatique4 ,on voit ainsi se reproduire1 pour la seconde fois1 et d'une manire beaucoup moins excusable sans doute1 quoique presque galement invitable1 la fatale illusion qui1 lors de l'absorption du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel1 avait entran celui-ci confondre une charge avec un soutien2 plus la dcomposition s'accomplissait1 plus cette erreur capitale devait la fois devenir dangereuse et grossire4 ,cette dernire transformation mrite ici d'autant plus d'attention qu'elle pose rellement le vritable terme naturel de la dsorganisation spontane propre la phase prcdente1 et ncessairement prolonge dans celle-ci jusqu' ce que1 par le conflit universel des diffrens lmens essentiels du rgime ancien1 les divers dbris de ce systme fussent enfin condenss autour d'un lment unique1 demeur seul actif dsormais1 aprs avoir successivement absorb ou subalternis tous les autres2 ce qui n'a t pleinement consomm qu' l'poque considre maintenant1 et partir de laquelle nous allons voir la dcomposition1 prenant un nouveau caractre1 tendre directement et de plus en plus vers une rvolution dcisive1 essentiellement impossible tant que le conflit dissolvant n'avait pas encore atteint son but dfinitif4 ,enfin1 c'est ainsi que la dictature temporelle1 royale ou aristocratique1 pendant qu'elle se compltait l'issue finale du dernier antagonisme1 prenait aussi ds-lors un caractre essentiellement rtrograde1 qui n'avait pu se dvelopper nettement avant qu'elle et achev la dfaite d'un lment plus directement hostile l'essor final des socits modernes4 ,c'est donc seulement alors qu'il faut regarder comme rellement accomplie1 autant que possible1 l'entire organisation universelle1 sous des formes diverses1 du systme de rsistance plus ou moins rtrograde1 primitivement bauch par ,philippe ,,ii d'aprs l'inspiration continue des jsuites1 et contre l'ensemble duquel allait maintenant se diriger immdiatement l'esprit rvolutionnaire1 bientt parvenu sa pleine maturit1 surtout en ,france1 o nous devrons1 ds ce moment1 concentrer la principale tude ultrieure du grand mouvement de dcomposition4 ,note #ca3 ,cette conversion finale1 si vidente chez ,louis ,,xiv1 des inclinations de la royaut franaise vers ses antiques rivaux politiques1 a d'ailleurs spontanment concouru complter le mouvement antrieur de dcomposition fodale1 par la dconsidration croissante que devait ncessairement rpandre sur la noblesse cette transformation dfinitive des anciens chefs fodaux de la population franaise1 ainsi volontairement rduits dsormais1 aprs tant de luttes1 la condition plus ou moins vile de courtisan proprement dit1 dont si peu d'entre eux cependant ont su se prserver par un juste sentiment de leur dignit aristocratique4 ,aprs sa complte installation1 la dictature temporelle dont je viens de terminer l'apprciation fondamentale a d gravement altrer1 au dtriment ncessaire de l'ancien systme social1 le caractre et l'existence propres au pouvoir correspondant1 ainsi pass de l'tat primitif de simple lment un ascendant universel qui ne pouvait convenir sa vritable nature4 ,les rois1 d'abord simples chefs de guerre au moyen-ge1 devaient tre sans doute de plus en plus incapables d'exercer rellement les immenses attributions qu'ils avaient graduellement conquises sur tous les autres pouvoirs sociaux4 ,c'est pourquoi1 presque ds l'origine de cette concentration rvolutionnaire1 on voit partout surgir spontanment peu peu une nouvelle force politique1 le pouvoir ministriel proprement dit1 essentiellement tranger au vrai rgime du moyen-ge1 et qui1 quoique driv et secondaire1 devient de plus en plus indispensable la nouvelle situation de la royaut1 et par suite tend acqurir une importance de plus en plus distincte et mme indpendante4 ,louis ,,xi me parat tre1 en ,europe#cb1 le dernier roi qui ait vraiment dirig par lui-mme l'ensemble de ses affaires1 malgr la vaine prtention de quelques-uns de ses successeurs3 et1 quelle que ft sa mmorable capacit politique1 il aurait certainement prouv le besoin de vritables ministres au lieu de simples agens1 si la dcomposition de l'ancien systme1 et par suite la formation de la dictature royale1 avaient pu tre alors aussi avances qu'elles le devinrent deux sicles aprs4 ,une superficielle apprciation peut donc seule1 par exemple1 faire attribuer surtout des causes purement personnelles l'minente lvation du grand ,richelieu1 essentiellement rsulte de cette nouvelle disposition politique3 mme avant cet admirable ministre1 et principalement aprs lui1 des hommes d'un gnie trs infrieur au sien ont acquis une autorit non moins relle et peut-tre encore plus tendue1 quand leur caractre s'est trouv suffisamment au niveau de leur position4 ,or1 une telle institution constitue ncessairement l'aveu involontaire d'une sorte d'impuissance radicale de la part d'un pouvoir qui1 aprs avoir absorb toutes les attributions politiques1 est ainsi conduit en abdiquer spontanment la direction effective1 de manire altrer gravement la fois sa dignit sociale et sa propre indpendance3 j'indiquerai d'ailleurs1 au cinquante-septime chapitre1 la destination ultrieure qui est probablement rserve cette singulire cration1 comme moyen rgulier de transition politique vers la rorganisation finale4 ,ce dcroissement spontan de la dictature royale1 par suite mme de son triomphe1 devient surtout caractristique en considrant son extension graduelle jusqu'aux fonctions militaires elles-mmes1 principal attribut naturel d'une telle autorit4 ,on voit1 en effet1 partout1 et surtout en ,france1 ds le ,x,v,i,ie sicle1 les rois renoncer essentiellement dsormais1 malgr de vaines dmonstrations officielles1 au commandement rel des armes1 qui devenait videmment de plus en plus incompatible avec l'ensemble de leur nouveau caractre politique4 ,au reste1 quoique1 pour plus de nettet1 j'aie cru devoir ici indiquer spcialement ce genre de dcroissement envers la seule dictature royale1 o il devait tre mieux marqu1 on doit galement reconnatre qu'il n'est pas1 au fond1 moins applicable1 sauf la diversit des manifestations1 la dictature aristocratique elle-mme1 en rsultat ncessaire d'une pareille situation4 ,quelle que soit1 par exemple1 l'orgueilleuse prtention de l'oligarchie anglaise la haute direction exclusive de son systme politique1 elle n'a pas t moins entrane que la royaut franaise1 et environ ds la mme poque1 confier de plus en plus ses attributions principales des ministres pris hors de son sein1 et aussi choisir habituellement dans la caste infrieure les vritables chefs des oprations militaires1 soit terrestres1 soit maritimes3 seulement1 elle a pu mieux dissimuler cette double ncessit nouvelle1 en s'incorporant avec rsignation1 et quelquefois mme avec habilet1 les organes trangers qu'elle tait ainsi force d'emprunter1 d'aprs le sentiment involontaire de sa propre insuffisance4 ,prs d'un sicle auparavant1 l'aristocratie vnitienne avait dj subi une pareille dgnration politique1 par suite d'une situation semblable1 quoique moins prononce4 ,note #cb3 ,cette observation gnrale n'admet rellement d'exception importante que par rapport au grand ,frdric4 ,mais cette unique anomalie1 relative un tat nouvellement form1 et l'homme le plus minent qui ait rgn depuis ,charlemagne1 ne saurait videmment altrer1 en aucune manire1 la justesse fondamentale d'une telle remarque sur l'insuffisance croissante de la capacit royale dans les temps modernes1 mesure que la grande dictature temporelle s'y compltait graduellement4 ,de tels symptmes gnraux devaient directement confirmer la destination minemment prcaire de la dictature temporelle1 qui1 dans chacun de ses deux modes principaux1 ne pouvait tre rellement motive que sur l'imminent besoin social d'une suffisante rsistance centrale contre le dmembrement universel vers lequel tendait de plus en plus le dveloppement continu du grand mouvement de dcomposition que nous apprcions4 ,envisages sous un autre aspect1 ces observations conduisent aussi mesurer le progrs capital que devait faire1 dans cette nouvelle phase rvolutionnaire1 la dcadence gnrale de l'esprit militaire1 immdiatement manifeste1 dans la phase prcdente1 par la commune substitution des armes permanentes aux anciennes milices fodales1 comme je l'ai ci-dessus indiqu4 ,il est clair1 en effet1 que la renonciation des rois au commandement effectif1 et l'essor simultan du pouvoir ministriel1 si souvent exerc par les personnages les plus trangers la guerre1 devaient tendre fortement subalterniser de plus en plus la profession des armes1 que sa spcialisation mme avait dj frappe d'une dconsidration croissante1 comparativement sa suprmatie fodale1 dont les formules officielles ne faisaient plus que reproduire vainement le lointain souvenir1 rpt mme aujourd'hui par la routine arrire du vulgaire des dclamateurs politiques1 qui n'ont pas encore compris1 cet gard1 le profond changement des socits europennes depuis le ,x,i,ve sicle4 ,quand l'impression trop exclusive des grandes guerres modernes tend produire une dangereuse illusion sur la dcadence continue du rgime et de l'esprit militaires1 je ne saurais conseiller de meilleur moyen de la dissiper que d'entreprendre1 ce sujet1 un judicieux examen comparatif entre les socits actuelles et celles de l'antiquit1 ou mme du moyen-ge2 ce qui suffira toujours pour manifester spontanment1 sans la moindre incertitude1 la vraie direction de l'volution humaine sous ce rapport4 ,pour que cette comparaison devienne suffisamment dcisive1 il n'est pas mme ncessaire de l'tendre l'intensit1 la multiplicit1 et surtout la continuit des guerres respectives1 ni la participation effective de l'ensemble de la population3 on peut se borner1 en la circonscrivant aussi simplement que possible1 faire contraster1 de part et d'autre1 la position habituelle et la puissance normale des chefs militaires4 ,dj ,machiavel1 au dbut du ,x,v,ie sicle1 avait justement signal1 quoique dans une intention trs peu philosophique1 l'existence prcaire et dpendante des gnraux modernes1 de plus en plus rduits la condition de simples agens d'une autorit civile de plus en plus ombrageuse2 comparativement l'empire presque absolu et indfini dont jouissaient1 surtout ,rome1 les gnraux anciens1 pendant toute la dure de leurs oprations1 et qui1 en effet1 tait indispensable au libre essor du systme de conqute4 ,or1 ce que ,machiavel croyait alors constituer une sorte d'anomalie passagre1 spcialement propre aux tats italiens1 et surtout ,venise1 qui en donnait l'exemple depuis prs d'un sicle1 est1 au contraire1 devenu ensuite1 d'une manire de plus en plus prononce1 la situation normale de tous les tats europens1 sans excepter les plus tendus et les plus puissans1 o1 sous toutes les formes politiques1 les chefs de guerre1 dsormais profondment subordonns au pouvoir civil1 ont t habituellement assujtis1 malgr les plus minens services1 une sorte de systme continu de suspicion et de surveillance1 souvent pouss jusqu' leur ravir aussi la haute direction des diverses expditions de quelque importance1 soit offensives1 soit mme dfensives1 presque toujours rgles ainsi1 non-seulement dans la conception1 mais dans l'excution principale1 par des ministres non militaires4 ,les vaines plaintes de ,machiavel ce sujet seraient1 sans doute1 justement rptes par nos guerriers1 si le point de vue militaire avait d conserver son antique prpondrance politique2 puisqu'une telle constitution est videmment trs peu favorable au succs habituel des expditions3 mais ces regrets striles n'ont cependant pas empch depuis trois sicles1 et empcheront probablement encore moins l'avenir1 le dveloppement permanent de ces nouvelles habitudes1 naturellement dtermines par la rnovation graduelle des opinions et des murs sociales1 et d'ailleurs tacitement ratifies par la libre adhsion journalire des gnraux eux-mmes1 que d'aussi pnibles conditions ordinaires n'ont jamais empch jusqu'ici de solliciter l'envi le commandement des armes modernes4 ,rien n'est donc plus propre qu'un tel changement1 la fois spontan et universel1 faire hautement ressortir la nature anti-militaire des socits modernes1 pour lesquelles la guerre constitue ncessairement un tat de plus en plus exceptionnel1 dont les courtes et rares priodes n'offrent1 mme pendant leur dure1 qu'un intrt social de plus en plus accessoire1 sauf chez la classe spciale1 de plus en plus circonscrite1 qui s'y livre exclusivement4 ,cette irrcusable apprciation est clairement confirme par l'tude attentive des grandes guerres qui remplissent1 presque sans intervalle1 la mmorable poque que nous analysons1 quoique leur existence ait t souvent invoque contre la doctrine historique sur la dcadence continue de l'esprit militaire4 ,au reste1 un examen approfondi de la vraie nature politique de ces guerres1 montre clairement qu'elles cessrent alors1 en gnral1 d'tre essentiellement dues1 comme dans la priode prcdente1 l'exubrance fodale de l'activit militaire aprs l'abaissement de l'autorit europenne des papes4 ,on ne peut rellement attribuer1 en principe1 la prolongation d'une telle impulsion que les fameuses guerres propres la premire moiti du ,x,v,ie sicle1 pendant la rivalit de ,franois ,ier et ,charles-,quint1 la suite de l'invasion franaise en ,italie2 l'extension naturelle du systme des armes permanentes1 et les nouvelles ressources partout procures par le dveloppement industriel1 expliquent d'ailleurs spontanment l'importance suprieure de ces expditions3 encore faut-il reconnatre1 au fond1 malgr l'illusion due un reste d'influence des murs chevaleresques1 que la guerre y devint bientt essentiellement dfensive de la part de la ,france1 qui luttait avec nergie pour le maintien de sa nationalit contre les dangereuses prtentions de ,charles-,quint une sorte de monarchie universelle4 ,quoi qu'il en soit1 l'action politique du protestantisme ne tarda point rendre1 sous ce rapport1 un service fondamental l'volution ultrieure de l'lite de l'humanit1 en empchant radicalement tout essor tendu et durable de l'esprit de conqute par la proccupation des troubles intrieurs1 et en donnant naturellement un nouveau but et un cours diffrent l'activit militaire1 ds-lors rattache la grande lutte sociale entre le systme de rsistance et l'instinct progressif3 je nglige d'ailleurs ici la tendance anti-militaire propre aux murs protestantes1 en tant que produisant des habitudes de discussion et de libre examen individuel videmment antipathiques aux conditions normales de toute discipline guerrire2 et j'en fais expressment abstraction provisoire1 afin de ne considrer que les influences les plus gnrales1 essentiellement communes tous les tats europens4 ,c'est donc cette poque qu'il faut placer la vritable origine des guerres rvolutionnaires proprement dites1 o la guerre extrieure se complique plus ou moins avec la guerre civile1 dans l'intrt srieux d'un important principe social1 qui tend y dterminer la participation plus ou moins active de tous les hommes convaincus1 quelque pacifiques que soient leurs inclinations habituelles2 en sorte que l'nergie militaire y peut tre fort intense et trs soutenue1 sans cesser d'y constituer un simple moyen1 et sans indiquer rellement aucune prdilection gnrale pour la vie guerrire4 ,or1 une apprciation suffisamment approfondie dmontrera clairement1 ce me semble1 que tel ne fut pas seulement le nouveau caractre1 dj unanimement reconnu1 des longues guerres qui ont alors agit l',europe1 depuis le milieu environ du ,x,v,ie sicle jusqu' celui du ,x,v,i,ie1 et sans excepter mme la clbre guerre de trente ans2 mais elle fera voir aussi qu'une pareille nature appartient essentiellement1 d'une manire non moins relle1 au fond1 quoique moins explicite1 aux guerres1 encore plus tendues1 qui remplirent ensuite la seconde moiti de ce dernier sicle1 et mme le commencement du suivant1 jusqu' la paix d',utrecht4 ,dans cette srie ultrieure de guerres1 l'ambition des conqutes est1 sans doute1 intervenue1 comme au reste1 dans la prcdente1 et peut-tre davantage1 vu l'affaiblissement naturel1 de part et d'autre1 de la premire ferveur religieuse et politique3 mais on lui attribue vulgairement1 ce sujet1 une influence capitale qui ne dut tre que purement accessoire4 ,tout autant que les guerres antrieures1 celles-ci portent profondment1 en ralit1 l'empreinte rvolutionnaire1 en tant que relatives surtout au prolongement de la lutte universelle entre le catholicisme et le protestantisme2 lutte alors devenue d'abord offensive de la part de la ,france1 o s'tait concentre l'action catholique depuis l'affaiblissement de l',espagne1 jusqu' la crise anglaise de #afhh1 et ensuite dfensive1 quand l'action protestante a pu tre1 son tour1 suffisamment condense autour de ,guillaume d',orange1 d'aprs l'union spontane de la ,hollande avec l',angleterre4 ,pendant la majeure partie du ,x,v,i,i,ie sicle1 les guerres ont encore chang de nature1 par suite de la rsignation unanime des divers tats europens maintenir enfin les deux systmes antipathiques dans leur situation effective1 pour s'occuper concurremment dsormais du dveloppement industriel1 dont l'importance sociale devenait de plus en plus prpondrante3 ds-lors1 l'activit militaire a t essentiellement subordonne aux intrts commerciaux1 comme je l'indiquerai au chapitre suivant1 jusqu' l'avnement de la rvolution franaise1 o1 aprs une grande aberration guerrire1 difficile viter1 l'esprit militaire a commenc subir une dernire transformation essentielle1 que je caractriserai au cinquante-septime chapitre1 et qui marque1 encore plus nettement qu'aucune autre1 son invitable dcadence finale4 ,l'accomplissement graduel des importantes modifications temporelles que nous venons de rattacher ainsi la dsorganisation radicale du rgime militaire1 a t spcialement opr par une nouvelle classe1 peu nombreuse mais trs remarquable1 qui a naturellement surgi1 en ,europe1 presque ds le dbut du grand mouvement de dcomposition universelle1 et qui peu peu y a justement acquis une haute importance politique1 que je dois sommairement expliquer3 on conoit qu'il s'agit de la classe diplomatique4 ,essentiellement trangre au vrai rgime du moyen-ge1 cette classe toute moderne est d'abord spontanment issue de la dcadence europenne de la constitution catholique1 qui en a fait natre la ncessit pour suppler1 autant que possible1 aux liens politiques que le pouvoir commun de la papaut maintenait rgulirement jusque l entre les divers tats1 et qui1 en mme temps1 en a fourni les premiers lmens1 en permettant de trouver beaucoup d'hommes intelligens et actifs1 naturellement placs1 de la manire la plus rationnelle1 au point de vue social le plus lev1 sans toutefois tre aucunement militaires3 on peut noter1 en effet1 que les diplomates ont t long-temps emprunts au clerg catholique1 parmi les membres qui1 instinctivement persuads de la dchance croissante de leur corporation1 se montraient disposs utiliser ailleurs1 d'une manire plus relle quoique plus secondaire1 l'minente capacit politique qu'ils avaient pu y cultiver4 ,depuis que la grande dictature temporelle1 monarchique ou oligarchique1 a pris son caractre dfinitif1 cette classe a t1 en apparence1 principalement aristocratique1 comme le haut sacerdoce2 mais cette intrusion nobiliaire n'a pu cependant dnaturer son esprit minemment avanc1 o la capacit est toujours1 sous de vaines formules officielles1 rellement place au premier rang des titres personnels3 il n'y a pas eu1 sans doute1 en ,europe1 pendant tout le cours des trois derniers sicles1 de classe aussi compltement affranchie de tous prjugs politiques et peut-tre mme philosophiques1 en vertu de la supriorit naturelle de son point de vue habituel4 ,quoi qu'il en soit1 il est clair que cette classe minemment civile1 ne et grandie conjointement avec le pouvoir ministriel proprement dit1 dont elle constitue une sorte d'appendice naturel1 a partout tendu directement dpouiller de plus en plus les militaires de leurs anciennes attributions politiques1 pour les rduire la simple condition d'instrumens plus ou moins passifs de desseins conus et dirigs par la puissance civile1 dont l'ascendant final a t tant second par la diplomatie4 ,chacun sait1 en effet1 que dans l'antiquit1 et mme1 beaucoup d'gards1 au moyen-ge1 les ngociations de paix ou d'alliance taient habituellement regardes comme un complment spontan du commandement militaire1 ainsi que l'exigeait videmment le libre essor normal du systme guerrier1 surtout l'tat offensif3 par suite1 on ne peut douter que la classe diplomatique n'ait immdiatement concouru1 avec une spciale efficacit1 la dcadence continue du rgime et de l'esprit militaires1 en enlevant ds-lors irrvocablement aux gnraux une aussi prcieuse partie de leurs fonctions primitives2 ce qui explique aisment l'antipathie instinctive qui a toujours exist chez les modernes1 sous des formes plus ou moins expressives1 entre les rangs suprieurs des deux classes4 ,ce dernier ordre d'observations nous conduit naturellement complter enfin l'apprciation sociologique de la grande dictature temporelle qui a entirement consomm la dcomposition spontane propre au moyen-ge1 en y considrant les efforts qu'elle a d faire1 aprs sa suffisante consolidation1 pour suppler1 le moins imparfaitement possible1 l'immense lacune qu'avait ncessairement laisse1 dans le systme politique de l',europe1 l'irrvocable extinction croissante de l'autorit universelle des papes4 ,un tel besoin avait d se manifester1 comme je l'ai expliqu1 ds l'origine de la phase rvolutionnaire au quatorzime sicle1 puisque c'est prcisment par l'abolition de ce pouvoir gnral1 suivie d'une dispersion politique correspondante1 que le mouvement de dsorganisation avait d partout commencer4 ,mais les grandes luttes qui absorbrent ensuite la principale sollicitude des lmens temporels destins devenir prpondrans1 firent invitablement ajourner la seule solution que comportait alors cette difficult fondamentale1 et qui devait reposer sur la rgularisation systmatique du simple antagonisme matriel entre les divers tats europens2 ce qui supposait videmment la cessation pralable des diffrentes agitations intrieures1 et la suffisante ralisation de la dictature temporelle o elles devaient aboutir4 ,quand ces conditions indispensables ont pu tre convenablement remplies selon le cours naturel des vnemens ci-dessus caractriss1 la diplomatie s'est partout aussitt occupe1 avec une infatigable ardeur1 soutenue par un digne sentiment de son importante mission1 instituer quitablement un tel quilibre1 dont la ncessit actuelle devenait hautement irrcusable1 depuis que le partage presque gal de l',europe entre le catholicisme et le protestantisme devait videmment interdire toute illusion1 s'il en pouvait rester encore1 sur le rtablissement normal d'un vritable organisme europen d'aprs l'entire rintgration de l'ancien lien spirituel4 ,c'est ainsi que la diplomatie marqua noblement1 par le grand trait de ,westphalie1 sa principale intervention dans le systme de la civilisation moderne1 d'aprs un gnreux esprit de pacification universelle et permanente1 dont la mmorable utopie du bon ,henri ,,iv avait dj signal les symptmes caractristiques4 ,sans doute1 la solution diplomatique est1 en principe1 extrmement infrieure1 comme j'aurai lieu de le faire plus tard sentir spcialement1 l'ancienne solution catholique1 la seule qui1 par sa nature1 puisse tre vraiment rationnelle2 puisque l'organisme international peut encore moins se passer que l'organisme national d'une base intellectuelle et morale1 et ne saurait1 par consquent1 jamais reposer solidement sur le simple antagonisme physique1 qui1 en effet1 au cas que nous considrons1 n'a pu acqurir aucune consistance relle1 et n'a prsent1 vrai dire1 qu'une utilit fort problmatique1 si mme un tel quilibre n'a souvent servi de prtexte plausible l'essor perturbateur des hautes ambitions politiques4 ,mais il serait certainement injuste et irrationnel de juger d'aprs l'tat normal un expdient essentiellement destin une situation rvolutionnaire1 et qui1 selon cette apprciation relative1 a du moins concouru et concourt encore1 un certain degr1 maintenir1 entre les divers tats europens1 la pense habituelle d'une organisation quelconque1 quelque vague et insuffisante qu'en soit la notion2 jusqu' ce que la commune rorganisation spirituelle1 qui peut seule terminer la grande phase rvolutionnaire1 vienne fournir spontanment une base vraiment gnrale1 sur laquelle une nouvelle et plus haute diplomatie puisse raliser enfin la construction graduelle de la rpublique europenne1 galement pressentie par l'me du noble roi ,henri et par le gnie du grand philosophe ,leibnitz1 qui1 partis de points si divers1 et suivant des routes si opposes1 ne sauraient1 sans doute1 s'tre ainsi rencontrs sur une pure chimre sociale1 comme je l'indiquerai au cinquante-septime chapitre4 ,tels sont les divers aspects gnraux sous lesquels je devais ici considrer sommairement1 pendant la priode protestante proprement dite1 la marche continue de la dsorganisation temporelle1 qui n'a fait ensuite que se prolonger naturellement dans la mme direction1 sans aucun caractre vraiment nouveau de quelque importance1 pendant la priode diste1 jusqu' l'avnement de la rvolution franaise1 ce qui nous dispensera essentiellement d'y revenir en tout le reste de la leon actuelle4 ,par l se trouve donc complte enfin l'apprciation1 si difficile et si complexe1 de l'immense porte politique propre la premire phase ncessaire de la dcomposition systmatique de l'ancien systme social1 prcdemment analyse en ce qui concerne la dissolution spirituelle4 ,je devais1 sans doute1 sous ce double aspect1 spcialement insister ici sur l'tablissement rationnel d'un tel point de dpart1 qui a tant influ sur la suite entire du grand mouvement rvolutionnaire1 et qui nanmoins n'a jamais t jusqu'ici convenablement jug1 malgr les tudes presque innombrables auxquelles il a donn lieu1 par le triple dfaut de rationnalit1 d'lvation1 et d'impartialit que prsentent ordinairement ces conceptions contradictoires1 soit historiques1 soit politiques1 dont les divers auteurs1 catholiques1 protestants1 ou enfin distes1 n'ont pu apercevoir qu'une seule face du sujet1 ou les ont toutes enveloppes d'un aveugle ddain4 ,mais cette analyse fondamentale1 dsormais exactement rattache l'ensemble de notre laboration historique1 va maintenant nous permettre de terminer1 avec beaucoup plus de nettet et de rapidit la fois1 l'examen gnral de la priode protestante proprement dite1 en y considrant enfin1 suivant l'ordre d'abord indiqu1 sa haute influence intellectuelle4 ,nous retirerons d'ailleurs une utilit non moins essentielle de l'explication capitale que nous venons d'tablir1 en passant ensuite l'apprciation directe de la dernire phase ncessaire du mouvement de dcomposition1 o nous pourrons1 d'aprs une telle base1 concentrer notre attention presque exclusive sur l'branlement mental qui la caractrisa surtout1 sans nuire cependant l'intgrit de notre conception finale relative au systme total des diverses oprations rvolutionnaires depuis le ,x,i,ve sicle4 ,outre l'action politique propre au protestantisme1 et qui1 en ralit1 consiste seulement dans les diffrents rsultats gnraux1 directs ou indirects1 qui viennent d'tre examins1 il a ncessairement servi de premier organe systmatique l'esprit universel d'mancipation1 en prparant essentiellement la dissolution radicale1 d'abord intellectuelle1 et finalement sociale1 que l'ancien systme devait subir pendant la priode suivante4 ,quoique la formation effective1 et surtout le dveloppement de la doctrine critique proprement dite ne doivent pas lui tre directement attribus1 il en a cependant tabli d'abord les principales bases1 sur lesquelles une philosophie ngative plus complte et plus prononce a pu ensuite construire aisment l'ensemble de la mtaphysique rvolutionnaire1 destine caractriser1 sa manire1 l'issue finale du grand mouvement de dcomposition4 ,c'est surtout ainsi que l'branlement protestant a constitu une situation intermdiaire rellement indispensable1 bien que trs passagre1 dans l'essor fondamental de la raison humaine4 ,pour faciliter1 sous ce dernier aspect1 l'apprciation gnrale du protestantisme1 nous pouvons regarder ici le systme entier de la doctrine critique comme essentiellement rductible au dogme absolu et indfini du libre examen individuel1 qui en est certainement le principe universel4 ,ds le dbut du quatrime volume1 j'ai expos1 ce sujet1 des considrations directes1 aussi applicables1 par leur nature1 au pass qu'au prsent1 et d'o il rsulte que les autres dogmes essentiels de la philosophie rvolutionnaire ne constituent rellement que de simples consquences politiques de ce dogme fondamental1 qui a graduellement rig chaque raison individuelle en suprme arbitre de toutes les questions sociales4 ,il est clair1 en effet1 qu'une telle libert de penser doit naturellement conduire chacun la libert de parler1 d'crire1 et mme d'agir conformment ses convictions personnelles1 sans autres rserves sociales que celles relatives l'quilibre permanent des diverses individualits4 ,pareillement1 cette sorte de souverainet morale attribue chacun1 simultanment considre chez tous les citoyens1 et n'y pouvant ds-lors admettre d'autre restriction lgitime que celle du nombre1 aboutit ncessairement la souverainet politique de la multitude1 crant ou dtruisant son gr toutes les institutions quelconques4 ,une telle suprmatie individuelle suppose d'ailleurs videmment la conception correspondante de l'galit universelle1 ainsi spontanment proclame dans l'ordre mental1 o les hommes1 en ralit1 diffrent le plus profondment les uns des autres4 ,enfin1 sous le point de vue international1 on ne saurait douter qu'un pareil dogme ne conduise1 encore plus directement1 consacrer l'indpendance absolue1 ou l'entier isolement politique1 de chaque peuple particulier4 ,on voit donc1 tous gards1 les diffrentes notions essentielles propres la mtaphysique rvolutionnaire ne constituer rellement que de simples applications sociales1 ou plutt les diverses manifestations ncessaires1 de cet unique principe du libre examen individuel1 d'o elles peuvent toutes spontanment driver4 ,j'aurai lieu de faire sentir ci-aprs qu'une telle filiation gnrale est aussi historique que logique1 puisque chacune de ces consquences politiques a t effectivement dduite aussitt que le cours naturel des vnemens a dirig l'attention publique vers l'aspect social correspondant4 ,d'aprs cette vidente concentration pralable1 que je devais ici rappeler sommairement1 on ne peut mconnatre l'aptitude ncessaire du protestantisme jeter le fondement primordial de la philosophie rvolutionnaire1 en proclamant directement le droit individuel de chacun au libre examen de toutes les questions quelconques1 malgr les restrictions irrationnelles qu'il s'est toujours efforc d'imposer ce sujet4 ,outre que ces diverses restrictions devaient tre1 par leur nature1 successivement rejetes par de nouvelles sectes1 il faut remarquer que leur inconsquence mme a d'abord facilit l'admission universelle du principe gnral1 dont l'entire promulgation immdiate et long-temps rvolt des consciences qui1 rassures1 au contraire1 par la conservation primitive des principales croyances1 ne luttaient plus contre l'attrait presque irrsistible que prsente spontanment notre orgueilleuse intelligence la libre interprtation personnelle de la foi commune4 ,c'est surtout ainsi que le protestantisme devait indirectement tendre son influence mentale chez les peuples mme qui ne l'avaient point ostensiblement adopt1 et qui nanmoins ne pouvaient1 sans doute1 indfiniment se juger moins aptes que les autres l'mancipation religieuse1 dont les plus grands rsultats philosophiques leur taient1 en effet1 spcialement rservs1 comme on le verra bientt4 ,or1 l'inoculation universelle de l'esprit critique ne pouvait assurment s'oprer sous une forme plus dcisive3 car1 aprs avoir audacieusement discut les opinions les plus respectes et les pouvoirs les plus sacrs1 la raison humaine pouvait-elle reculer devant aucune maxime ou institution sociale1 aussitt que l'analyse dissolvante y serait spontanment dirige8 ,aussi ce premier pas est-il rellement le plus capital de tous ceux relatifs la formation graduelle de la doctrine rvolutionnaire1 qui1 si elle pouvait1 par une rtrogradation chimrique1 tre ramene cet tat initial1 ne saurait manquer d'y retrouver naturellement le principe ncessaire d'une suite quivalente de nouvelles consquences analogues4 ,la saine apprciation historique de ce fondement universel de la philosophie ngative propre la dernire phase gnrale du grand mouvement de dcomposition consiste essentiellement le rattacher1 tous gards1 la dsorganisation spontane qui l'avait prcd1 suivant nos explications antrieures4 ,sous cet aspect1 seul vraiment conforme l'ensemble des faits1 le principe du libre examen n'aurait t d'abord1 au seizime sicle1 qu'un simple rsultat naturel de la nouvelle situation sociale graduellement amene par les deux sicles prcdens4 ,on conoit1 en effet1 que cette libert intellectuelle constitue1 par sa nature1 une disposition purement ngative1 et ne peut se rapporter rellement qu' la conscration systmatique de l'tat de non-gouvernement1 spontanment rsult1 pour les esprits modernes1 de la dissolution croissante de l'ancienne discipline mentale1 jusqu' l'avnement ultrieur de nouveaux liens spirituels4 ,si ce dogme n'et t primitivement la simple proclamation abstraite d'un tel fait gnral1 son apparition effective serait assurment incomprhensible1 quoiqu'il ait d ensuite ragir minemment sur l'extension de la dcomposition religieuse qui l'avait originairement produit4 ,le droit d'examen individuel a cela d'videmment caractristique que rien n'en saurait empcher l'exercice spontan quand une volont suffisante a pu enfin se former1 sauf la difficult des manifestations extrieures1 bientt leve par une convenable simultanit de vux4 ,or1 le dveloppement1 toujours imminent1 d'une volont aussi conforme l'ensemble des penchans humains1 ne peut certainement tre contenu que par l'influence permanente d'nergiques convictions antrieures1 dont sa production suppose toujours l'affaiblissement pralable4 ,telle est1 sans doute1 la marche naturelle propre cette disposition mentale1 aussi rebelle la provocation qu' l'interdiction hors des conditions normales d'opportunit1 et qui a tant donn lieu de fausses apprciations1 o le symptme est pris pour la cause1 et le rsultat pour le principe4 ,dans le cas actuel1 nous avons dj pleinement reconnu que les longues discussions du quatorzime sicle sur le pouvoir europen des papes et celles du sicle suivant sur l'indpendance des glises nationales envers le centre romain avaient spontanment suscit1 chez tous les peuples chrtiens1 un large exercice spontan du droit d'examen individuel1 long-temps avant que le dogme en pt tre systmatiquement formul1 de manire priver d'avance l'ensemble des anciennes croyances de leur principale nergie sociale4 ,la proclamation luthrienne n'a donc fait1 vrai dire1 qu'tendre solennellement tous les croyans un privilge dont les rois et les docteurs avaient alors amplement us1 et qui se propageait naturellement de plus en plus chez toutes les autres classes4 ,c'est ainsi que l'esprit gnral de discussion inhrent tout monothisme1 et surtout au catholicisme1 avait hautement devanc1 dans toute l',europe1 l'appel direct du protestantisme4 ,il est d'ailleurs vident1 en fait1 que l'branlement luthrien1 soit quant la discipline1 ou la hirarchie1 soit mme quant au dogme1 ne produisit rellement aucune innovation qui n'et dj t itrativement propose long-temps auparavant2 en sorte que le succs de ,luther1 aprs tant d'autres rformateurs trop prcoces1 fut essentiellement d l'opportunit d'un tel effort1 enfin suffisamment prpar par l'universelle dsorganisation spontane du systme catholique1 suivant nos explications antrieures1 que confirme si clairement la propagation rapide et facile de cette explosion dcisive4 ,en considrant de plus prs cette nouvelle situation gnrale1 il est ais de reconnatre que l'irrvocable subalternisation du pouvoir spirituel envers le pouvoir temporel1 qui en constituait partout le caractre plus ou moins explicite1 devait spcialement y provoquer la propagation ncessaire de l'esprit d'mancipation personnelle1 en dgradant radicalement1 par une irrationnelle sujtion1 les seules autorits auxquelles on pt jusque alors reconnatre un droit lgitime de discipliner les intelligences1 et qui se trouvaient dsormais conduites une sorte d'abdication spontane de leur ancienne suprmatie mentale1 en consentant ainsi subordonner leurs dcisions des puissances temporelles videmment incomptentes4 ,une fois rellement passes entre les mains des rois1 les anciennes attributions intellectuelles du pouvoir catholique n'y pouvaient1 sans doute1 tre srieusement respectes1 et devaient bientt cder l'essor gnral vers l'affranchissement spirituel1 auquel les chefs temporels devaient eux-mmes tendre naturellement de plus en plus n'imposer d'autres restrictions efficaces que celles relatives la conservation immdiate de l'ordre matriel4 ,or1 telle tait certainement1 d'une manire plus ou moins prononce1 la situation commune de toutes les populations chrtiennes lors de l'apparition du protestantisme1 qui1 en formulant le principe du libre examen individuel1 ne put que consacrer systmatiquement un tat prexistant1 la formation duquel toutes les influences sociales avaient spontanment concouru pendant les deux sicles prcdens4 ,cette explication naturelle de l'invitable avnement direct du principe fondamental de la doctrine critique est galement propre faire concevoir combien son intervention continue devenait dsormais indispensable l'volution ultrieure de l'lite de l'humanit4 ,pour juger sainement une telle destination1 il ne faut point la considrer d'une manire absolue1 ni rapporter une situation normale ce qui devait uniquement s'appliquer un tat minemment exceptionnel2 il faut videmment la comparer toujours la phase sociale correspondante1 dont nous avons dj exactement dtermin le caractre essentiel3 tout autre mode d'examen ne pourrait conduire qu' une apprciation injuste et dclamatoire1 dpourvue de toute ralit historique4 ,sous cet aspect relatif1 le seul qui puisse tre vraiment conforme l'esprit gnral de la philosophie positive1 l'ensemble de la doctrine critique doit tre envisag comme constituant le correctif ncessaire de l'invitable dictature temporelle o nous avons vu aboutir partout1 sauf la diversit des manifestations1 l'universelle dcomposition spontane du systme thologique et militaire4 ,il est clair1 en effet1 que1 sans un tel antagonisme1 cette exceptionnelle concentration de tous les anciens pouvoirs autour du principal lment temporel et bientt dgnr en un tnbreux despotisme1 dont le gnie rtrograde1 ds-lors devenu hautement prpondrant1 aurait directement tendu touffer tout essor intellectuel et social1 sous l'ascendant oppressif d'une autorit absolue qui1 par sa nature1 ne pouvait plus concevoir d'autre moyen de discipline mentale que la seule compression matrielle4 ,a quelques immenses dangers qu'ait pu jamais conduire l'invitable abus de la doctrine rvolutionnaire1 on peut donc aisment expliquer l'invincible attachement instinctif qu'elle a d inspirer graduellement aux populations europennes mesure que cette grande dictature1 monarchique ou aristocratique1 achevait de se consolider1 comme nous l'avons vu ci-dessus3 car1 cette doctrine est ainsi devenue dsormais l'organe ncessaire du principal progrs social1 qui devait alors rester essentiellement ngatif4 ,quoique ce ne soit pas ici le lieu d'apprcier spcialement son influence relle pour seconder l'essor direct des nouveaux lmens sociaux1 il est nanmoins vident1 sans anticiper1 cet gard1 sur le chapitre suivant1 que1 par l'ascendant presque absolu dont elle investit l'esprit d'individualit1 elle devait se trouver minemment adapte cette prparation lmentaire1 o le dveloppement effectif ne pouvait d'abord rsulter que du libre essor de l'nergie personnelle1 soit industrielle1 soit esthtique1 soit scientifique1 d'aprs l'affaiblissement correspondant de l'ancienne discipline1 ds-lors impropre diriger plus long-temps une telle laboration sociale4 ,par cette adhsion spontane1 sous des formes plus ou moins explicites1 aux dogmes principaux de la philosophie ngative1 les peuples europens n'ont donc pas cd uniquement1 pendant les trois derniers sicles1 aux puissantes sductions dmocratiques d'une telle doctrine1 comme l'cole rtrograde l'a1 de nos jours1 si superficiellement proclam1 sans pouvoir aucunement expliquer pourquoi cette sduction tant de fois tente n'avait pu jusque alors obtenir un pareil succs4 ,ils ont t surtout guids1 leur insu1 par le sentiment naturel des conditions fondamentales propres la nouvelle situation des socits modernes1 en rsultat ncessaire du grand mouvement rvolutionnaire dj prononc depuis le quatorzime sicle1 et qui venait d'aboutir une immense dictature temporelle1 dont un tel antagonisme radical pouvait seul empcher l'oppressive prpondrance4 ,a la vrit1 pour que cette importante explication historique ne dgnre point en une vaine concession l'esprit de parti1 il faut aussi concevoir1 en sens inverse1 que la rsistance1 plus ou moins rtrograde1 inhrente cette dernire concentration politique1 constituait rciproquement1 ds-lors comme aujourd'hui1 outre son invitable avnement1 un lment non moins indispensable d'une pareille situation1 titre de seul moyen efficace de contenir suffisamment les imminentes perturbations anarchiques vers lesquelles aurait toujours tendu l'ascendant exagr de l'impulsion rvolutionnaire4 ,en un mot1 ces deux grandes anomalies1 galement propres la phase finale du mouvement gnral de dcomposition1 sont rellement insparables l'une de l'autre1 et doivent constamment tre apprcies surtout d'aprs leur mutuelle opposition1 qui constitue historiquement la principale destination sociale de chacune d'elles4 ,pareillement issues de la dsorganisation spontane1 l'extension de l'une devait ensuite naturellement exiger et provoquer dans l'autre un accroissement quivalent3 car1 si l'nergie relle des principes critiques devait videmment tenir surtout leur caractre absolu de ngation systmatique1 un respect non moins aveugle pour tous les prcdens quelconques pouvait1 rciproquement1 seul fournir la puissance rsistante un solide point d'appui contre des innovations essentiellement trangres toute ide d'organisation vritable2 disposition commune pleinement conforme d'ailleurs l'esprit galement absolu des deux philosophies antagonistes1 thologique ou mtaphysique1 dont l'extinction totale ne pourra tre aussi que simultane4 ,c'est ainsi que1 par une restriction toujours croissante de l'action politique1 les gouvernemens modernes ont de plus en plus abandonn la direction effective du mouvement social1 et ont graduellement tendu rduire leur principale intervention habituelle au simple maintien de l'ordre matriel1 ds-lors de plus en plus difficile concilier avec le dveloppement continu de l'anarchie mentale et morale4 ,dans son indispensable conscration dogmatique d'une telle situation politique1 la doctrine rvolutionnaire n'a eu d'autre tort1 d'ailleurs invitable1 que d'riger en tat normal et indfini une phase essentiellement exceptionnelle et transitoire1 laquelle de semblables maximes taient parfaitement adaptes4 ,quoique le protestantisme ait seul pu d'abord baucher explicitement la formation abstraite des principes critiques1 il importe de noter1 ds l'origine1 leur extension spontane1 par une suite ncessaire d'une pareille situation fondamentale1 chez les nations catholiques elles-mmes1 o devait ensuite s'oprer leur laboration la plus dcisive1 comme nous le reconnatrons bientt4 ,sans que le dogme du libre examen individuel y ft encore solennellement proclam1 l'esprit universel de discussion1 soit thologique1 soit sociale1 n'y tait pas1 au fond1 moins dvelopp1 sous des formes distinctes mais quivalentes1 d'aprs les luttes propres aux deux sicles prcdens2 et sa direction gnrale n'y devenait pas1 en ralit1 moins prononce vers l'active dissolution intellectuelle de l'ancien systme politique4 ,les principales diffrences qui existent vritablement1 cet gard1 entre les deux sortes de populations europennes1 rsultent surtout1 cette poque1 de ce que la dictature temporelle n'tant pas aussi lgalement tablie dans les tats catholiques1 l'action critique n'y devait pas d'abord tre aussi directe que chez les peuples protestans4 ,mais une apprciation attentive l'y dmontre dj nanmoins avec une pleine vidence1 mme avant que cette dictature s'y ft compltement organise4 ,non-seulement on voit alors le catholicisme involontairement conduit sanctionner lui-mme le principe du libre examen1 en l'invoquant solennellement en faveur de la foi catholique1 violemment opprime partout o le protestantisme avait officiellement prvalu4 ,il faut de plus reconnatre que1 au sein mme des clergs catholiques1 l'usage spontan d'un tel droit tait dj signal effectivement par des hrsies spciales1 non moins contraires que les hrsies protestantes la conservation relle de l'ancien rgime mental4 ,nous pouvons ici nous borner indiquer cette nouvelle srie d'observations chez la nation qui1 ds le dix-septime sicle1 constituait le principal appui du systme catholique contre son imminente dcrpitude universelle4 ,on voit alors1 en effet1 se dvelopper1 en ,france1 la mmorable hrsie du jansnisme1 qui fut rellement presque aussi nuisible que le luthranisme lui-mme l'ancienne constitution spirituelle4 ,a travers d'obscures controverses thologiques1 cette nouvelle hrsie devenait profondment dangereuse en offrant spontanment aux vieilles inconsquences gallicanes un ralliement dogmatique1 sans lequel elles n'avaient pu encore acqurir une consistance suffisamment dcisive1 mais qui dsormais rigeait vritablement une telle dissidence en une sorte de protestantisme franais1 ardemment embrass par une portion puissante et respecte du clerg national1 et naturellement plac1 comme ailleurs1 sous l'active protection des corporations judiciaires4 ,il n'est pas douteux1 ce me semble1 que cette doctrine se serait officiellement convertie aussi en une vraie religion nationale1 si l'essor prochain de la pure philosophie ngative n'avait ensuite entran les esprits franais fort au-del d'une telle laboration protestante4 ,la tendance anti-catholique du jansnisme me parat hautement caractrise par son antipathie radicale et continue contre la seule corporation qui ds-lors1 comme je l'ai expliqu1 comprt rellement et dfendt habilement le catholicisme1 et dont l'abolition vraiment caractristique fut surtout dtermine ensuite par l'esprit jansniste4 ,d'une autre part1 l'invasion d'un tel esprit chez de grands philosophes et d'minens potes1 qu'on ne peut certes nullement souponner d'inclinations rvolutionnaires1 indique clairement combien il tait alors conforme la situation fondamentale des intelligences4 ,je crois devoir aussi caractriser sommairement une autre hrsie spontane du catholicisme franais1 qui1 sans comporter la haute importance politique propre la prcdente1 constitue cependant un tmoignage non moins dcisif de l'entire universalit des tendances dissidentes1 d'aprs un usage naturel du droit individuel de libre examen4 ,on devine aisment qu'il s'agit du quitisme1 dont le caractre philosophique me semble trs remarquable1 comme offrant1 certains gards1 une premire protestation solennelle1 aussi directe que nave1 de notre constitution morale contre l'ensemble de la doctrine thologique#cc4 ,c'est1 en effet1 d'une telle protestation spciale que cette hrsie a pu seulement tirer l'espce de consistance qu'elle obtint alors passagrement1 et qu'elle conserve peut-tre encore chez certaines natures1 dont le dveloppement mental est rest trop en arrire du dveloppement moral4 ,toute discipline morale fonde sur une philosophie purement thologique1 exige ncessairement1 sans excepter le catholicisme lui-mme1 comme je l'ai dj indiqu au chapitre prcdent1 un appel continu et exorbitant l'esprit de pur gosme1 quoique relatif des intrts imaginaires1 dont la proccupation habituelle doit naturellement absorber la principale sollicitude de chaque vrai croyant1 auprs duquel toute autre considration quelconque ne saurait assurment manquer de paratre ordinairement trs secondaire4 ,cette suprmatie religieuse du salut personnel constitue1 sans doute1 ainsi que ,bossuet l'a montr1 une indispensable condition gnrale d'efficacit sociale pour toute morale thologique1 qui autrement n'aboutirait1 en ralit1 qu' consacrer une vague et dangereuse inertie3 elle est pleinement adapte cet tat d'enfance de la nature humaine que suppose mentalement l'ascendant effectif de la philosophie correspondante4 ,mais1 pour tre invitable1 un tel caractre n'en manifeste pas moins1 de la manire la plus directe et la plus irrcusable1 l'un des vices fondamentaux d'une telle philosophie1 qui tend ainsi ncessairement atrophier1 par dfaut d'exercice propre1 la plus noble partie de notre organisme moral1 celle d'ailleurs dont la moindre nergie naturelle exige prcisment la plus active culture systmatique1 d'aprs un suffisant essor dsintress des affections purement bienveillantes4 ,or1 tel est1 vrai dire1 le nouvel aspect capital sous lequel l'hrsie du quitisme est venue involontairement signaler l'invitable imperfection des doctrines thologiques1 et soulever immdiatement contre elles les plus admirables sentimens de l'humanit2 ce qui et assurment procur alors une grande importance un pareil branlement1 si une semblable protestation n'et pas t1 cette poque1 minemment prmature1 et bien plus bauche par le cur que par l'esprit de son aimable et immortel organe4 ,en considrant mme l'issue effective de cette mmorable controverse1 une saine apprciation historique ne peut aboutir qu' confirmer1 auprs des juges impartiaux1 l'insurmontable ralit du reproche capital ainsi directement adress l'ensemble de la philosophie thologique1 en obligeant l'illustre dissident reconnatre solennellement qu'il avait par-l attaqu1 contre son gr1 l'une des principales conditions d'existence du systme religieux2 ce qui fournissait d'ailleurs une nouvelle confirmation spciale de l'irrvocable dcadence gnrale d'un systme dj aussi mal compris par ses plus purs et plus minens dfenseurs4 ,note #cc3 ,la conformit remarquable1 au sujet de cette singulire hrsie1 de l'apprciation philosophique de ,leibnitz avec la sentence dfinitive rendue par le pape d'aprs la lumineuse discussion de ,bossuet1 offre d'ailleurs un premier exemple important de cette convergence spontane qui1 malgr une entire opposition dogmatique1 tend rallier finalement1 dans la plupart des applications sociales1 le vritable esprit philosophique et le vritable esprit catholique1 d'aprs un juste sentiment commun1 rationnel ou instinctif1 des besoins rels de l'humanit4 ,sous l'ascendant croissant de la philosophie positive1 de telles concidences devront1 sans doute1 devenir bien plus frquentes et plus tendues1 comme je crois l'avoir dj naturellement tmoign1 divers titres essentiels1 depuis que je traite ici les questions sociales4 ,pour complter suffisamment cette sommaire apprciation historique de l'universelle bauche prliminaire de la doctrine critique proprement dite sous l'impulsion1 directe ou indirecte1 de l'branlement protestant1 il importe enfin d'y signaler les hautes attributions provisoires de morale sociale dont cette doctrine s'est alors trouve naturellement investie1 par suite de la sorte d'abdication spontane que le catholicisme en faisait implicitement4 ,depuis que le pouvoir spirituel avait irrvocablement perdu son ancienne indpendance politique1 en se subordonnant de plus en plus l'lment temporel prpondrant1 comme je l'ai tabli1 le catholicisme tendait partout dgnrer essentiellement en servile instrument de domination rtrograde1 et ne pouvait plus conserver que d'insignifians vestiges de sa propre dignit sociale4 ,sa doctrine morale1 en apparence identique1 mais ds-lors radicalement dpourvue de l'nergie politique qui en avait constitu1 au moyen-ge1 la principale vigueur1 n'avait plus1 au fond1 d'efficacit relle qu'envers les faibles1 auxquels elle prescrivait habituellement une soumission de plus en plus passive l'gard des puissances quelconques1 dont elle proclamait hautement les droits absolus1 sans avoir dsormais la force d'insister aussi sur leurs devoirs1 lors mme qu'elle ne mnageait point systmatiquement leurs vices dans le simple intrt isol de l'existence sacerdotale4 ,ce nouvel esprit de servile condescendance pour toutes les grandeurs temporelles1 qui d'abord concernait seulement les rois1 devait ensuite s'tendre graduellement1 dans les divers ordres de relations sociales1 des forces de moins en moins suprieures1 et par suite multiplier partout son influence corruptrice1 ainsi devenue de plus en plus vulgaire1 jusqu' affecter souvent la morale domestique elle-mme4 ,que1 malgr son admirable perfection politique1 l'organisme catholique1 d'aprs l'insuffisance radicale de la philosophie thologique qui en constituait la base intellectuelle1 n'ait pu viter1 suivant la thorie expose au chapitre prcdent1 de descendre finalement un tel abaissement social2 cette explication rationnelle1 en cartant les vaines considrations personnelles auxquelles on a coutume de rapporter surtout cette immense dcadence1 n'altre nullement les consquences ncessaires d'une telle situation effective1 et les rend1 au contraire1 plus videmment insurmontables4 ,or1 il est clair que la doctrine critique a d1 en rsultat gnral de ce nouvel tat de choses1 hriter provisoirement des minentes attributions morales auxquelles le catholicisme tait ainsi conduit renoncer essentiellement2 car1 les principes critiques taient alors les seuls propres rappeler1 avec une suffisante nergie1 les droits rels de ceux auxquels la morale officielle ne savait plus parler que de leurs devoirs4 ,telle est1 en effet1 la tendance vidente1 et seulement trop exclusive ou absolue1 de chacun de ces divers principes1 envisag sous l'aspect moral2 comme je l'ai dj indiqu1 au quarante-sixime chapitre1 en ce qui concerne l'poque actuelle1 mais d'une manire galement applicable tout l'ensemble de la seconde phase gnrale du grand mouvement rvolutionnaire que nous tudions4 ,c'est ainsi que le dogme fondamental de la libert de conscience rappelait1 sa manire1 la grande obligation morale1 d'abord tablie par le catholicisme1 mais qu'il avait alors si hautement abandonne1 de n'employer que les seules armes spirituelles la consolidation des opinions quelconques4 ,il en est de mme1 par suite1 dans l'ordre purement politique1 o le dogme de la souverainet populaire signalait nergiquement la haute subordination morale de tous les pouvoirs sociaux la considration permanente de l'intrt commun1 trop sacrifi ds-lors par la doctrine catholique au seul ascendant des grands2 pareillement1 le dogme de l'galit relevait spontanment la dignit universelle de la nature humaine1 directement mconnue par un esprit de caste1 dj dpourvu de son ancienne destination sociale1 et dsormais affranchi de tout frein moral rgulier2 enfin1 le dogme de l'indpendance nationale pouvait seul1 aprs la dissolution des liens catholiques1 inspirer un respect efficace pour l'existence des petits tats1 et imposer quelques restrictions morales l'esprit d'incorporation matrielle4 ,quoique ce grand office moral n'ait pu tre alors que trs imparfaitement rempli par la doctrine critique1 que son caractre ncessairement hostile empchait1 dans l'application1 de pouvoir devenir suffisamment habituelle1 son aptitude exclusive maintenir1 pendant tout le cours des trois derniers sicles1 un certain sentiment rel des principales conditions morales de l'humanit1 n'en reste pas moins videmment incontestable1 sauf l'irrgularit du mode1 d'ailleurs imprieusement prescrite par la nature exceptionnelle d'une telle situation sociale4 ,pendant que la dictature temporelle faisait dfinitivement reposer le systme de rsistance sur l'emploi continu d'une force matrielle convenablement organise1 il fallait bien que l'esprit rvolutionnaire1 seul organe alors possible du progrs social1 recourt finalement aux tendances insurrectionnelles1 afin d'viter la fois l'avilissement moral et la dgradation politique auxquels cette situation devait exposer les socits modernes1 jusqu' l'avnement lointain d'une vraie rorganisation1 seule susceptible de rsoudre enfin ce dplorable antagonisme4 ,notre apprciation historique de l'ensemble de la doctrine critique bauche par le protestantisme1 d'aprs son principe fondamental du libre examen individuel1 serait aisment confirme par l'tude spciale1 ici dplace1 des diverses phases successives qui ont graduellement amen la dissolution systmatique de l'ancienne organisation spirituelle3 car on y remarque presque toujours que ces dissidences thologiques1 alors si dcisives1 ne sont essentiellement que la reproduction1 sous des formes nouvelles1 des principales hrsies propres aux premiers sicles du christianisme1 et qui avaient d primitivement s'effacer devant l'irrsistible ascendant de l'unit catholique4 ,au lieu d'clairer aujourd'hui les philosophes de l'cole rtrograde1 un tel rapprochement1 mal observ et mal interprt1 n'a fait qu'entretenir leurs vaines illusions sur la restauration chimrique de l'antique constitution4 ,mais1 du point de vue propre ce ,trait1 il est1 au contraire1 vident que ce mmorable contraste gnral entre la chute des hrsies primitives et le succs de leurs modernes quivalens1 ne fait que confirmer essentiellement l'opposition des unes et la conformit des autres aux principales tendances des situations sociales correspondantes1 comme nous l'avions dj directement tabli4 ,toujours et partout1 l'esprit d'hrsie est ncessairement plus ou moins inhrent au caractre vague et arbitraire de toute philosophie thologique2 seulement cet esprit se trouve1 en ralit1 contenu ou stimul1 suivant les exigences variables de l'tat social3 telle est la seule explication rationnelle que puisse videmment comporter cette sorte de grand paradoxe historique4 ,quoique nous devions viter ici de nous engager aucunement dans cet examen spcial des diverses phases propres au protestantisme1 j'y dois cependant signaler brivement au lecteur le principe historique d'aprs lequel il pourra pntrer dans l'apprciation graduelle1 d'abord si confuse et si dsordonne1 de cette multitude de sectes htrognes1 dont chacune prenait la prcdente en piti et la suivante en horreur1 selon la dcomposition plus ou moins avance du systme thologique4 ,il suffit de distinguer1 cet gard1 trois degrs essentiels1 ncessairement successifs1 o l'ancien organisme religieux a t radicalement ruin1 d'abord quant la discipline1 ensuite quant la hirarchie1 et enfin quant au dogme lui-mme1 qui en tait l'me3 car1 si chaque grand branlement protestant devait simultanment produire cette triple altration1 il n'en a pas moins d affecter surtout un seul de ces caractres1 de manire se distinguer suffisamment de l'effort prcdent4 ,on arrive ainsi reconnatre trois phases conscutives1 nettement reprsentes par les noms respectifs de leurs principaux organes1 ,luther1 ,calvin et ,socin1 qui1 malgr leur faible intervalle chronologique1 n'ont rellement obtenu qu' de notables distances leur vritable influence sociale1 et seulement quand la protestation antrieure avait t convenablement ralise4 ,il est clair1 en effet1 que l'branlement luthrien primitif n'a introduit que d'insignifiantes modifications dogmatiques1 et qu'il a mme essentiellement respect partout la hirarchie1 sauf la conscration solennelle de cet asservissement politique du clerg qui ne devait rester qu'implicite chez les peuples catholiques3 ,luther n'a vraiment ruin que la discipline ecclsiastique1 pour la mieux adapter1 comme je l'ai expliqu1 cette servile transformation4 ,aussi cette premire dsorganisation1 o le systme catholique tait le moins altr1 constitue-t-elle rellement la seule forme sous laquelle le protestantisme ait jamais pu s'organiser provisoirement en une vraie religion d'tat1 au moins chez de grandes nations indpendantes4 ,le calvinisme1 d'abord bauch par le clbre cur de ,zurich1 est venu ensuite ajouter cette dmolition initiale celle de l'ensemble de la hirarchie qui maintenait l'unit sociale du catholicisme1 en continuant d'ailleurs n'apporter au dogme chrtien que des modifications simplement secondaires1 quoique plus tendues que les prcdentes4 ,cette seconde phase1 qui ne peut videmment convenir qu' l'tat de pure opposition1 sans comporter aucune apparence organique durable1 me semble ds-lors constituer la vraie situation normale du protestantisme1 si l'on peut ainsi qualifier une telle anomalie politique3 car1 l'esprit protestant s'y est alors dvelopp de la manire la plus convenable sa nature minemment critique1 qui rpugne l'inerte rgularit du luthranisme officiel4 ,enfin1 l'explosion anti-trinitaire1 ou socinienne1 a naturellement complt cette double dissolution pralable de la discipline et de la hirarchie1 en y joignant finalement celle des principales croyances qui distinguaient le catholicisme de tout autre monothisme quelconque3 son origine italienne1 presque sous les yeux de la papaut1 annonait dj hautement la tendance ultrieure des esprits catholiques pousser la dcomposition thologique beaucoup plus loin que leurs prcurseurs protestans1 comme nous le reconnatrons bientt4 ,ce dernier branlement universel tait videmment1 par sa nature1 le seul pleinement dcisif contre tout espoir de restauration catholique3 mais1 ce titre mme1 le protestantisme s'y rapprochait trop du simple disme moderne pour que cette phase extrme pt rester suffisamment caractristique d'une telle transition mtaphysique1 dont le presbytrianisme demeure historiquement le plus pur organe spcial4 ,aprs cette filiation principale1 il n'y a plus rellement distinguer1 parmi les nombreuses sectes postrieures1 aucune nouvelle diffrence importante l'tude rationnelle de l'volution moderne1 sauf toutefois la mmorable protestation gnrale que tentrent directement les quakers contre l'esprit militaire de l'ancien rgime social1 lorsque la dsorganisation spirituelle1 enfin suffisamment consomme par l'accomplissement successif des trois oprations prcdentes1 dut spontanment conduire systmatiser aussi1 son tour1 la dcomposition temporelle4 ,j'ai dj not ci-dessus l'antipathie naturelle du protestantisme1 un tat quelconque1 envers toute constitution guerrire1 qu'il n'a pu jamais sanctionner que momentanment1 dans les luttes entreprises pour le maintien ou le triomphe de ses propres principes3 mais il est clair que la clbre secte des amis1 malgr ses ridicules et mme son charlatanisme1 a d servir d'organe spcial une telle manifestation1 qui la place au-dessus de toutes les autres sectes protestantes pour l'essor plus complet du grand mouvement rvolutionnaire4 ,afin que notre exposition rationnelle du mode gnral de formation convenable cette premire bauche effective de l'ensemble de la doctrine critique puisse toujours demeurer suffisamment historique1 j'y crois devoir ajouter1 en dernier lieu1 une importante considration supplmentaire1 destine prvenir la disposition trop systmatique dans laquelle1 contre mon gr1 le lecteur pourrait envisager une telle apprciation4 ,c'est seulement1 en effet1 par contraste envers la phase primitive1 toujours essentiellement spontane1 du mouvement de dcomposition1 que la phase protestante peut tre caractrise comme rellement systmatique1 en tant que dirige surtout d'aprs des doctrines rformatrices1 au lieu du simple conflit naturel des anciens lmens politiques3 mais la pleine systmatisation de la philosophie ngative1 autant du moins qu'elle en tait susceptible1 n'a pu vritablement s'accomplir que sous la phase diste1 ci-aprs examine1 dont une telle opration devait constituer le principal attribut4 ,sous le protestantisme proprement dit1 l'laboration graduelle des principes critiques a d rester minemment empirique1 et s'effectuer successivement1 au milieu des variations religieuses1 d'aprs l'impulsion instinctive d'une situation fondamentale de plus en plus rvolutionnaire1 mesure que le cours gnral des vnemens faisait spcialement ressortir chacune des faces essentielles du besoin uniforme de dcomposition radicale1 et par suite y sollicitait de nouvelles applications politiques du dogme universel de libre examen individuel1 comme base intellectuelle de toute cette srie de maximes dissolvantes4 ,en ce sens1 seul strictement historique1 on ne saurait isoler la considration de ces oprations mentales de celle des diverses rvolutions correspondantes1 qui leur ont rellement donn lieu1 ou sans lesquelles du moins elles n'eussent jamais pu obtenir une haute influence sociale1 en vertu de l'extrme incohrence logique que nous avons reconnue propre de telles conceptions1 o l'on tendait toujours rgnrer l'ancienne organisation spirituelle en dtruisant de plus en plus les diffrentes conditions indispensables son existence effective4 ,mais1 par suite mme de cet invitable caractre commun1 ces explosions politiques1 quelque intense ou prolonge qu'ait pu tre leur action successive1 ne devaient jamais devenir pleinement dcisives1 de manire constater irrvocablement la tendance finale des socits modernes vers une entire rnovation1 tant qu'elles n'avaient point t prcdes d'une prparation critique vraiment complte et systmatique1 ce qui n'a d avoir lieu que sous la phase suivante4 ,c'est pourquoi nous devons ici nous borner signaler sommairement ces rvolutions purement protestantes1 qui1 abstraction faite de leur importance locale ou passagre1 ne pouvaient constituer que de simples prambules au grand branlement final destin directement caractriser l'issue ncessaire du mouvement gnral de l'humanit1 comme je l'expliquerai au cinquante-septime chapitre4 ,la premire de ces rvolutions prliminaires est celle qui affranchit compltement la ,hollande du joug espagnol2 elle restera toujours mmorable1 comme une haute manifestation primitive de l'nergie propre la doctrine critique1 dirigeant ainsi l'heureuse insurrection d'une petite nation contre la plus puissante monarchie europenne4 ,c'est cette lutte vraiment hroque qu'il faut rapporter la premire laboration rgulire de cette doctrine politique3 mais elle dut s'y borner surtout baucher spcialement le dogme de la souverainet populaire1 et celui de l'indpendance nationale1 que les lgistes coordonnrent bientt leur conception spontane du contrat social2 suivant les exigences naturelles d'un tel cas1 o l'organisation intrieure ne devait tre qu'accessoirement modifie1 et dont le principal besoin rvolutionnaire devait seulement consister briser un lien extrieur devenu profondment oppressif4 ,un caractre plus gnral1 plus complet1 et mme plus dcisif1 une tendance mieux prononce vers la rgnration sociale de l'ensemble de l'humanit1 distinguent ensuite noblement1 malgr son avortement ncessaire1 la grande rvolution anglaise1 non la petite rvolution aristocratique et anglicane de #afhh1 aujourd'hui si ridiculement prne1 et qui ne devait satisfaire qu' un simple besoin local1 mais la rvolution dmocratique et presbytrienne1 domine par l'minente nature#cd de l'homme d'tat le plus avanc dont le protestantisme puisse jamais s'honorer4 ,l'bauche primordiale de l'ensemble de la doctrine critique y dut recevoir spcialement son principal complment naturel par l'laboration directe du dogme de l'galit1 jusque alors peine manifest1 et qui n'avait pu certes ressortir suffisamment des inclinations calvinistes de la noblesse franaise2 tandis qu'on le voit enfin nettement surgir1 sous cette mmorable impulsion1 de la conception mtaphysique sur l'tat de nature1 ancienne manation de la thorie thologique relative la constitution humaine avant le pch originel4 ,on ne peut douter1 en effet1 que cette rvolution n'ait surtout consist historiquement dans l'effort gnreux1 mais trop prmatur1 qui fut alors directement tent1 avec tant d'nergie1 pour l'abaissement politique de l'aristocratie anglaise1 principal lment temporel de l'ancienne nationalit3 la chute de la royaut sous le protectorat n'y fut1 au contraire1 comparativement l'audacieuse suppression de la ,chambre des lords1 qu'un incident secondaire1 dont les temps antrieurs avaient souvent offert l'quivalent1 et qui n'a trop proccup les esprits franais que par suite des irrationnelles habitudes de vicieux rapprochemens historiques que j'ai dj suffisamment signales4 ,c'est essentiellement ainsi qu'un tel branlement social1 quoiqu'il n'ait pu russir politiquement1 en vertu de l'insuffisante prparation mentale d'o il manait1 a nanmoins constitu1 en ralit1 dans la srie gnrale des oprations rvolutionnaires1 le principal symptme prcurseur de la grande rvolution franaise ou europenne1 seule destine devenir dcisive1 comme je l'expliquerai en son lieu4 ,il faut enfin rattacher aussi cette suite prliminaire d'explosions politiques une troisime rvolution1 dont la vraie nature ne fut pas1 au fond1 moins purement protestante que celle des deux prcdentes1 quoique son avnement chronologique1 spontanment retard par les circonstances spciales de ce dernier cas1 la fasse d'ordinaire rapporter abusivement un tat plus avanc du mouvement gnral de dcomposition4 ,la rvolution amricaine1 laquelle aucune importante laboration nouvelle de la doctrine critique ne fut rellement due1 n'a pu tre1 en effet1 tous gards1 qu'une simple extension commune des deux autres rvolutions protestantes1 dont les consquences politiques y ont t ultrieurement dveloppes par un concours spontan de conditions favorables1 les unes locales1 les autres sociales1 particulires une telle application4 ,dans son principe1 elle se borne videmment reproduire1 sous de nouvelles formes1 la rvolution hollandaise2 dans son essor final1 elle prolonge la rvolution anglaise1 qu'elle ralise autant que le protestantisme puisse le comporter4 ,sous l'un ni l'autre aspect1 la saine philosophie ne permet point d'envisager comme socialement dcisive une rvolution qui1 en dveloppant outre mesure les inconvniens propres l'ensemble de la doctrine critique1 n'a pu aboutir jusqu'ici qu' consacrer1 plus profondment que partout ailleurs1 l'entire suprmatie politique des mtaphysiciens et des lgistes1 chez une population o d'innombrables cultes incohrens prlvent habituellement1 sans aucune vraie destination sociale1 un tribut fort suprieur au budget actuel d'aucun clerg catholique4 ,aussi cette colonie universelle1 malgr les minens avantages temporels de sa prsente situation1 doit-elle tre regarde1 au fond1 comme tant rellement1 tous les gards principaux1 bien plus loigne d'une vritable rorganisation sociale que les peuples d'o elle mane1 et d'o elle devra recevoir1 en temps opportun1 cette rgnration finale1 dont l'initiative philosophique ne saurait lui appartenir nullement2 quelles que soient aujourd'hui les puriles illusions relatives la prtendue supriorit politique d'une socit o les divers lmens essentiels propres la civilisation moderne sont encore si imparfaitement dvelopps1 sauf la seule activit industrielle1 ainsi que je l'indiquerai plus spcialement au chapitre suivant4 ,note #cd3 ,les admirateurs fanatiques de ,bonaparte ddaigneraient aujourd'hui son ancienne comparaison politique avec le grand ,cromwell1 comme trop infrieure la sublimit de leur hros1 qui leur semble ne pouvoir comporter de digne parallle historique qu'avec ,charlemagne ou ,csar4 ,nanmoins1 avant mme que les influences contemporaines aient pu tre aussi effaces pour l'un qu'elles le sont maintenant pour l'autre1 la postrit claire mettra1 sans doute1 au contraire1 un immense intervalle dfinitif entre la dictature minemment progressive de ,cromwell1 s'efforant d'amliorer l'organisation anglaise fort au-del de ce qui tait alors possible1 et la tyrannie purement rtrograde de ,bonaparte1 entreprenant1 grands frais1 aprs tant d'autres empiriques1 la vaine rsurrection1 en ,france1 du rgime fodal et thologique1 sans mme en comprendre rellement l'esprit ni les conditions4 ,quant la comparaison militaire1 qui n'offre d'ailleurs qu'un intrt trs secondaire1 ceux qui voudraient l'tablir judicieusement devraient1 avant tout1 prendre en suffisante considration l'exigut des moyens employs par ,cromwell1 eu gard l'importance et la stabilit des rsultats obtenus1 par opposition la monstrueuse consommation d'hommes indispensable la plupart des succs de ,bonaparte1 sauf sa premire expdition4 ,notre apprciation gnrale de cette bauche prliminaire de la doctrine rvolutionnaire ne serait pas entirement suffisante1 si1 aprs avoir ainsi jug l'branlement mental du protestantisme conformment sa principale destination sociale1 nous n'accordions pas enfin une attention sommaire mais distincte la considration historique des aberrations invitables qui l'accompagnrent accessoirement4 ,il importe1 en effet1 de concevoir nettement la vritable origine commune de ces dviations caractristiques1 d'abord intellectuelles1 ensuite morales1 qui1 dveloppes surtout pendant la priode suivante1 et prolonges essentiellement jusqu' nos jours1 avec un effrayant surcrot de gravit1 prennent toujours leur source relle dans cette dangereuse position spirituelle1 consacre par le protestantisme1 o la libert spculative est proclame pour tous sans qu'aucun puisse tablir solidement les principes propres en diriger convenablement l'usage4 ,du reste1 il faut videmment rduire ici un tel examen aux aberrations pour ainsi dire1 normales1 c'est--dire celles qui furent une consquence naturelle et universelle de la situation gnrale1 en vitant soigneusement de s'arrter aux anomalies locales ou passagres1 signales avec une aveugle partialit par la plupart des philosophes catholiques1 et dont l'quivalent pourrait se retrouver aux plus beaux temps du catholicisme lui-mme1 d'aprs la tendance plus ou moins invitable de toutes les doctrines thologiques quelconques favoriser spontanment le dsordre intellectuel1 et par suite moral4 ,la plus ancienne et la plus funeste1 comme la mieux enracine et la plus unanime1 de ces aberrations ncessaires1 consiste assurment dans le prjug fondamental qui1 suivant la marche mtaphysique habituelle1 consacrant un tat exceptionnel et transitoire par un dogme absolu et immuable1 condamne indfiniment l'existence politique de tout pouvoir spirituel distinct et indpendant du pouvoir temporel4 ,ayant dj convenablement apprci l'invitable avnement de la dictature temporelle1 qui constitue le principal caractre politique de l'ensemble de l'poque rvolutionnaire1 je n'ai pas besoin de m'arrter ici pour faire de nouveau sentir combien une telle concentration1 par suite de son irrgularit mme1 tait pleinement adapte la nature de cette transition1 qui1 au contraire1 n'aurait pu s'accomplir si la condensation politique avait pu avoir lieu au profit du pouvoir spirituel1 ce qui d'ailleurs tait radicalement impossible4 ,mais cette dmonstration de l'indispensable utilit d'une semblable dictature pendant toute la priode que nous considrons1 soit pour la dsorganisation de l'ancien systme1 soit pour l'laboration lmentaire du nouveau1 n'altre nullement celle du chapitre prcdent sur l'immense perfectionnement apport la thorie universelle de l'organisme social par la division fondamentale des deux puissances1 ternel honneur du catholicisme3 elle ne saurait davantage exclure la conclusion gnrale qui rsultera spontanment de l'ensemble des deux chapitres suivans sur la ncessit encore plus prononce de cette grande division politique dans l'ordre final vers lequel tendent les socits modernes4 ,aussi ce prjug rvolutionnaire doit-il tre regard comme la plus dplorable consquence1 aussi bien que la plus invitable1 de ce caractre absolu1 inhrent1 en tous genres1 aux conceptions mtaphysiques1 qui les pousse tablir des principes indfinis d'aprs des faits passagers2 car une telle disposition constitue rellement aujourd'hui l'un des plus puissans obstacles toute vraie rorganisation sociale1 qui devra1 sans doute1 ainsi que dut le faire la dsorganisation prcdente1 commencer par l'ordre spirituel1 comme je l'tablirai ultrieurement4 ,ce qui rend spcialement dangereuse cette aberration fondamentale1 source ncessaire de la plupart des autres1 c'est son effrayante universalit pendant les trois derniers sicles1 par suite de l'uniformit essentielle de la situation sociale correspondante1 suivant nos explications antrieures4 ,partout1 depuis le dbut du ,x,v,ie sicle1 on peut dire1 sans exagration1 que1 sous cette premire forme1 l'esprit rvolutionnaire s'est spontanment propag1 divers degrs1 dans toutes les classes de la socit europenne4 ,quoique le protestantisme ait d se trouver naturellement investi de la conscration solennelle d'un tel prjug1 nous avons reconnu cependant qu'il ne l'avait nullement cr1 et que1 au contraire1 il lui devait son origine distincte4 ,sous des formes plus implicites1 la mme aberration se retrouve ds lors aussi de plus en plus1 d'une manire moins dogmatique1 mais presque quivalente socialement1 chez la majeure partie du clerg catholique1 dont la dgradation politique1 subie avec une rsignation croissante1 a graduellement entran jusqu' la perte des souvenirs de son ancienne indpendance4 ,c'est ainsi que s'est successivement efface1 en ,europe1 pendant cette priode1 toute apparence habituelle et directe du grand principe de la sparation fondamentale des deux pouvoirs1 principal caractre politique de la civilisation moderne2 en sorte que1 de nos jours1 on n'en peut retrouver une certaine apprciation rationnelle que chez le clerg italien1 o elle est trop justement suspecte de partialit intresse pour opposer aucune rsistance efficace l'impulsion universelle des habitudes dtermines par l'ensemble de la situation rvolutionnaire4 ,toutefois1 une telle sparation est trop profondment conforme la nature essentielle des socits actuelles1 pour n'en pas ressortir spontanment1 sous les conditions convenables1 malgr tous les obstacles quelconques1 quand l'esprit de rorganisation aura pu enfin acqurir1 sous l'ascendant de la philosophie positive1 sa prpondrance normale1 comme je l'indiquerai en son lieu4 ,c'est l'influence universelle de cette aberration fondamentale qu'il faut rapporter1 ce me semble1 la principale origine historique de cet irrationnel ddain qui s'est alors manifest pour le moyen-ge1 sous l'inspiration directe du protestantisme1 et qui s'est ensuite propag partout1 avec une nergie toujours croissante1 par une suite commune de la mme situation fondamentale1 jusqu' la fin du sicle dernier3 car1 c'est surtout en haine de la constitution catholique que cette grande poque sociale a t si injustement fltrie1 avec une dplorable unanimit1 non-seulement chez les protestants1 mais aussi chez les catholiques eux-mmes1 o l'indpendance politique du pouvoir spirituel n'tait gure moins dcrie4 ,telle est la premire source de cette aveugle admiration pour le rgime polythique de l'antiquit1 qui a exerc une si dplorable influence sociale pendant tout le cours de la priode rvolutionnaire1 en inspirant une exaltation absolue en faveur d'un systme social correspondant une civilisation radicalement distincte de la ntre1 et que le catholicisme avait justement apprcie1 au temps de sa splendeur1 comme essentiellement infrieure4 ,le protestantisme a d'ailleurs spcialement contribu cette dangereuse dviation des esprits1 par son irrationnelle prdilection exclusive pour la primitive glise1 et surtout par son enthousiasme spontan1 encore moins judicieux et plus nuisible1 pour la thocratie hbraque4 ,c'est ainsi qu'a t presque efface1 pendant la majeure partie des trois derniers sicles1 ou du moins profondment altre1 la notion fondamentale du progrs social1 que le catholicisme avait d'abord1 comme je l'ai expliqu1 ncessairement bauche1 ne ft-ce que par la lgitime proclamation continue de la supriorit gnrale de son propre systme politique sur les divers rgimes antrieurs4 ,la thorie mtaphysique de l'tat de nature est venue ensuite imprimer une sorte de sanction dogmatique cette aberration rtrograde1 en reprsentant tout ordre social comme une dgnration croissante de cette chimrique situation1 ainsi que la priode suivante l'a surtout montr hautement1 sous la dangereuse impulsion de l'loquent sophiste protestant qui a le plus concouru vulgariser la mtaphysique rvolutionnaire4 ,nous reconnatrons d'ailleurs1 au chapitre suivant1 comment l'laboration simultane des nouveaux lmens sociaux a spontanment empch que la notion du progrs ne se perdt alors totalement1 et lui a mme imprim de plus en plus une invincible rationnalit1 qu'elle ne pouvait d'abord nullement avoir4 ,l'aberration fondamentale que nous apprcions s'est concurremment manifeste sous un autre aspect gnral1 la fois politique et philosophique1 qu'il importe aussi de signaler sommairement1 cause des immenses dangers qui lui sont propres4 ,par une suite ncessaire de ce prjug rvolutionnaire sur la confusion permanente du pouvoir moral avec le pouvoir politique1 toutes les ambitions ont d naturellement tendre1 chacune sa manire1 vers une telle concentration absolue4 ,ds lors1 pendant que les rois rvaient le type musulman comme l'idal de la monarchie moderne1 les prtres1 surtout protestans1 rvaient1 en sens inverse1 une sorte de restauration de la thocratie juive ou gyptienne1 et les philosophes eux-mmes reprenaient1 leur tour1 sous de nouvelles formes1 le rve primitif des coles grecques sur l'espce de thocratie mtaphysique qui constituerait le prtendu rgne de l'esprit1 discut au chapitre prcdent4 ,cette dernire utopie1 relative une situation encore plus chimrique que les deux prcdentes1 est aujourd'hui la plus perturbatrice au fond1 parce qu'elle tend sduire indirectement1 avec trop de varit pour tre pleinement vitable1 presque toutes les intelligences actives4 ,parmi les penseurs appartenant rellement l'cole progressive1 dans le cours des trois derniers sicles1 et s'tant expressment livrs aux spculations sociales1 je ne connais que le grand ,leibnitz qui ait eu la force de rsister suffisamment ce puissant entranement3 ,descartes l'et fait sans doute aussi1 s'il et t conduit formuler sa pense ce sujet1 comme le fit jadis le seul ,aristote2 mais ,bacon lui-mme a certainement partag au fond l'illusion commune de l'orgueil philosophique4 ,nous devrons apprcier ailleurs les graves consquences ultrieures de cette aberration capitale1 qui exerce aujourd'hui une si dsastreuse influence1 l'insu mme de la plupart de ses sectateurs spontans3 il suffisait1 en ce moment1 d'en caractriser historiquement l'origine ncessaire1 ou plutt la rsurrection moderne1 jusqu'au temps o elle devra s'effacer en vertu d'un retour rationnel la saine thorie gnrale de l'organisme social1 ainsi que je l'ai dj indiqu au chapitre prcdent4 ,il faut1 en dernier lieu1 remarquer la tendance gnrale1 invitablement propre au grand prjug rvolutionnaire que nous examinons1 entretenir directement des habitudes minemment perturbatrices1 en disposant chercher exclusivement dans l'altration des institutions lgales la satisfaction de tous les divers besoins sociaux1 lors mme que1 comme en la plupart des cas1 et surtout aujourd'hui1 elle doit dpendre bien davantage de la pralable rformation des murs1 et d'abord des principes4 ,en obissant instinctivement son aveugle ardeur pour l'entire concentration des pouvoirs quelconques1 la dictature temporelle1 soit monarchique1 soit aristocratique1 n'a pu habituellement comprendre1 depuis le seizime sicle1 l'immense responsabilit sociale qu'elle assumait ainsi spontanment1 par cela seul que ds lors elle rendait immdiatement politiques toutes les questions qui avaient pu jusque alors n'tre que morales4 ,si la socit n'en souffrait point1 le pouvoir n'y trouverait qu'une juste punition de son insatiable avidit1 comme je l'ai remarqu au quarante-sixime chapitre3 mais1 il est malheureusement vident que cette disposition irrationnelle1 suite ncessaire de l'aberration fondamentale sur la confusion indfinie du gouvernement moral avec le gouvernement politique1 est devenue de plus en plus une source continue de dsordres et de dsappointemens fort graves1 aussi bien qu'un encouragement permanent pour les jongleurs et les fanatiques1 ainsi pousss montrer ou voir toutes les solutions sociales dans de striles bouleversemens politiques4 ,aux instans mme les moins orageux1 il en rsulte l'extrme rtrcissement habituel des conceptions relatives la satisfaction des besoins quelconques de la socit1 ds lors rduites de plus en plus la seule considration srieuse des mesures susceptibles d'application immdiate4 ,cette exorbitante prpondrance du point de vue matriel et actuel1 qui1 dans la pratique1 conduit tant de rveries politiques1 quand les vraies ncessits sociales rclament surtout l'emploi de moyens moraux longuement prpars1 a t1 sans doute1 d'abord manifeste principalement chez les peuples protestans1 o elle reste1 mme aujourd'hui1 plus prononce qu'ailleurs1 par suite d'une sorte de conscration dogmatique d'habitudes invtres3 mais les peuples catholiques ne pouvaient rellement en tre gure plus prservs1 d'aprs l'uniformit effective de la situation fondamentale correspondante1 et du prjug universel qui en est man4 ,quelque profondment nuisibles que doivent tre aujourd'hui1 soit aux gouvernemens1 soit aux socits1 ces irrationnelles dispositions1 maintenant communes tous les partis politiques1 qui proscrivent partout les spculations leves et lointaines1 seules susceptibles nanmoins de conduire une vraie solution1 elles ne pourront s'effacer suffisamment que sous l'ascendant rationnel de la philosophie positive1 comme je l'indiquerai spcialement au cinquante-septime chapitre4 ,les aberrations morales engendres par l'bauche protestante de la doctrine critique1 sans tre certes moins graves que ces diverses aberrations mentales1 n'ont pas besoin d'tre ici caractrises aussi soigneusement1 parce que leur filiation est plus vidente1 et leur apprciation plus facile pour tous les bons esprits qui se seront convenablement tablis au point de vue rsultant de l'ensemble de notre opration historique4 ,il est clair1 en effet1 que le libre essor ainsi imprim toutes les intelligences quelconques sur les questions les plus difficiles et les moins dsintresses1 sous l'inspiration vague et arbitraire d'une philosophie thologique ou mtaphysique dsormais livre sans frein son cours discordant1 devait produire1 dans l'ordre moral1 les plus graves perturbations1 et tendre rapidement ne laisser intacts1 sous la superficielle apprciation des analyses dissolvantes1 que les seules notions morales relatives aux cas les plus grossirement vidents4 ,tout vrai philosophe doit1 ce sujet1 s'tonner surtout1 ce me semble1 que les dviations n'aient pas t pousses beaucoup plus loin1 d'aprs de telles influences3 et il en faut rendre grces1 d'abord la rectitude spontane1 la fois morale et intellectuelle1 de la nature humaine1 que cette impulsion ne pouvait entirement altrer2 et ensuite1 plus spcialement1 la prpondrance croissante des habitudes de travail continu et unanime chez les populations modernes1 ainsi heureusement dtournes de s'abandonner aux divagations sociales avec cette avidit soutenue qu'y eussent certainement apporte1 en pareille situation1 les populations dsuvres de la ,grce et de ,rome4 ,quoique cet ordre d'aberration ait d principalement se dvelopper sous la phase suivante du mouvement rvolutionnaire1 il n'en a pas moins pris sa source gnrale1 et mme un essor dj prononc1 sous la phase purement protestante1 qui1 divers titres importans1 a offert de graves altrations aux vrais principes fondamentaux de la morale universelle1 non-seulement sociale1 mais domestique1 que le catholicisme avait dignement constitue1 sous des prescriptions et des prohibitions auxquelles ramnera essentiellement de plus en plus toute discussion rationnelle suffisamment approfondie#ce4 ,outre la judicieuse observation historique du sage ,hume sur l'appui gnral que l'branlement luthrien avait d secrtement trouver dans les passions des ecclsiastiques fatigus du clibat sacerdotal et dans l'avidit des nobles pour la spoliation territoriale du clerg1 il faut surtout noter ici1 comme une suite plus profonde1 plus permanente1 et plus universelle1 de la situation fondamentale dont nous compltons l'apprciation1 que la position sociale de plus en plus subalterne du pouvoir moral tendait dsormais lui ter radicalement la force1 et mme la volont1 de maintenir l'entire inviolabilit des rgles morales les plus lmentaires contre l'nergie dissolvante1 la fois rationnelle et passionne1 qui s'y appliquait ds lors assidment4 ,il suffit ici d'indiquer1 par exemple1 la grave altration que le protestantisme a d sanctionner partout dans l'institution du mariage1 premire base fondamentale de l'ordre domestique1 et par suite de l'ordre social1 en permettant rgulirement l'usage universel du divorce1 contre lequel les murs modernes ont heureusement toujours lutt spontanment1 en rsultat ncessaire de la loi naturelle de l'volution humaine relativement la famille1 dj indique au chapitre prcdent4 ,quoique cette puissante influence ait essentiellement neutralis les effets dltres d'une telle altration1 ils n'en ont pas moins t bientt caractriss d'une manire trs fcheuse chez les diverses populations protestantes4 ,on peut appliquer le mme jugement1 quoique un moindre degr1 la restriction croissante que le protestantisme a fait subir aux principaux cas d'inceste si sagement proscrits par le catholicisme1 et dont la rtrograde rhabilitation morale devait tant concourir la perturbation des familles modernes3 le lecteur judicieux supplera aisment1 sur un tel sujet1 aux nombreux dveloppemens que je ne saurais indiquer ici4 ,toutefois1 j'y crois devoir signaler distinctement1 comme minemment caractristique de l'ordre de consquences que nous examinons1 cette honteuse consultation dogmatique1 si dplorablement immortelle1 par laquelle les principaux chefs du protestantisme1 et ,luther leur tte1 autorisaient solennellement1 d'aprs une longue discussion thologique1 la bigamie formelle d'un prince allemand3 les condescendances presque simultanes des fondateurs de l'glise anglicane pour les cruelles faiblesses de leur trange pape national compltent cette triste observation1 mais avec un caractre moins systmatique4 ,quoique le catholicisme1 malgr son abaissement politique1 ne se soit jamais aussi ouvertement dgrad1 son impuissance croissante a nanmoins produit ncessairement des effets presque quivalens1 puisque1 depuis l'origine de la priode rvolutionnaire1 sa discipline morale n'a pu tre assez nergique pour rprimer la licence progressive des dclamations ou des satires dont le mariage devenait l'objet1 jusque dans les principales runions publiques4 ,il faut mme reconnatre1 cet gard1 afin d'apprcier compltement la nature et l'tendue du mal1 que l'aversion graduelle contre la constitution catholique1 cause de son principe thologique devenu profondment hostile l'essor mental1 a souvent appuy les aberrations morales#cf1 par cela mme qu'elles taient proscrites par le catholicisme1 contre lequel notre maligne nature se plaisait ainsi constituer une sorte de purile insurrection4 ,c'est ainsi que1 pendant la priode protestante dont nous terminons ici l'examen1 les diverses doctrines religieuses ont t spontanment conduites constater irrcusablement1 par des voies diverses mais quivalentes1 leur impuissance radicale diriger dsormais la morale humaine1 soit en y produisant directement des altrations de plus en plus graves1 par suite des divagations intellectuelles librement dveloppes1 soit en perdant la force d'y contenir les perturbations1 et en discrditant des lois invariables par une aveugle obstination les rattacher exclusivement des croyances ds-lors justement antipathiques la raison humaine4 ,la suite de notre laboration historique nous fournira naturellement plusieurs occasions importantes de reconnatre sans incertitude que la morale universelle1 loin d'avoir redouter indfiniment l'action dissolvante de l'analyse philosophique1 ne peut plus maintenant trouver de solides fondemens intellectuels qu'en dehors de toute thologie quelconque1 en reposant sur une apprciation vraiment rationnelle et suffisamment approfondie des diverses inclinations1 actions et habitudes1 d'aprs l'ensemble de leurs consquences relles1 prives ou publiques4 ,mais il tait ici ncessaire de caractriser dj l'poque gnrale partir de laquelle les croyances religieuses ont directement commenc perdre1 soit par une active anarchie1 soit par une passive atonie1 les antiques proprits morales qu'un aveugle empirisme leur suppose encore1 contre l'clatante exprience des trois derniers sicles1 qui ont si videmment reprsent toutes les doctrines thologiques comme constituant dsormais1 chez l'lite de l'humanit1 de puissans motifs permanens de haine et de perturbation bien plus que d'ordre et d'amour4 ,on voit ainsi1 en rsum1 que cette irrvocable dgnration date essentiellement de l'universelle dgradation politique du pouvoir spirituel1 dont la subalternit croissante envers le pouvoir temporel devait profondment altrer la dignit et la puret des lois morales1 en les subordonnant de plus en plus l'irrationnel ascendant des passions mme qu'elles devaient rgler4 ,note #ce3 ,a l'ordre d'aberrations morales signal dans le texte1 on pourrait joindre aussi la tendance directement immorale qui caractrise certaines opinions thologiques propres aux principaux chefs de l'branlement protestant1 et consacres mme ultrieurement par leur incorporation plus ou moins explicite la doctrine officielle4 ,telles sont surtout les obscures divagations de la thologie luthrienne sur le mrite suffisant de la foi indpendamment des uvres1 d'aprs le dogme trange de l'inadmissibilit de la justice1 et pareillement les sophismes1 non moins dangereux1 de la thologie calviniste sur la prdestination des lus4 ,mais j'ai cru devoir me borner considrer spcialement les aberrations morales qui constituaient immdiatement la suite ncessaire et universelle de la situation fondamentale1 en cartant d'ailleurs les innombrables dviations qui ne rsultaient que de l'espce d'anarchie intellectuelle consacre par le protestantisme4 ,toutefois1 la direction gnrale de ces dernires aberrations1 tendant presque toujours temprer la svrit des rgles morales au lieu de l'exagrer1 peut tre justement rattache la nouvelle situation sociale1 qui1 en subalternisant radicalement le pouvoir spirituel1 devait l'entraner des concessions incompatibles avec l'inflexible puret des principes moraux1 et seulement dictes par les besoins de l'existence dpendante propre au sacerdoce protestant4 ,sous ce rapport1 l'abaissement politique du catholicisme l'a ncessairement conduit1 dans les trois derniers sicles1 de semblables condescendances pratiques1 mais un degr beaucoup moins prononc1 et surtout sans jamais aller directement jusqu' l'altration publique des rgles morales elles-mmes1 qu'il nous a du moins transmises parfaitement intactes1 par la sage rsistance qu'il a souvent oppose1 cet gard1 de puissantes obsessions temporelles4 ,note #cf3 ,en considrant avec soin les dplorables discussions de notre sicle au sujet du divorce1 il est ais d'y reconnatre encore que1 pour un grand nombre d'esprits actuels1 le grand principe social de l'indissolubilit du mariage n'a1 au fond1 d'autre tort essentiel que d'avoir t dignement consacr par le catholicisme1 dont la morale est ainsi aveuglment enveloppe dans la juste antipathie qu'inspire depuis long-temps sa thologie4 ,sans cette sorte d'instinctive rpugnance1 en effet1 la plupart des hommes senss comprendraient aisment aujourd'hui que l'usage du divorce ne pourrait constituer vritablement qu'un premier pas vers l'entire abolition du mariage1 si le dveloppement rel pouvait en tre autoris par nos murs1 dont l'invincible rsistance1 cet gard1 tient heureusement aux conditions fondamentales de la civilisation moderne1 que personne ne saurait changer4 ,ce n'est point certes la seule occasion dcisive o l'on puisse nettement constater1 soit en public1 soit en particulier1 le grave prjudice pratique qu'apporte maintenant aux diverses rgles morales leur irrationnelle solidarit apparente avec les croyances thologiques1 qui leur furent jadis si utiles1 mais dont l'invitable discrdit final tend dsormais les compromettre radicalement chez toutes les natures un peu actives4 ,telle est donc1 enfin1 l'importante et difficile apprciation historique1 d'abord politique1 puis philosophique1 de la premire priode gnrale1 purement protestante1 propre la phase systmatique du grand mouvement rvolutionnaire4 ,il tait ici spcialement indispensable de caractriser avec soin1 tous les gards essentiels1 ce point de dpart commun de l'avnement final de la philosophie ngative et de toutes les crises sociales correspondantes4 ,la diversit ncessaire des nombreux aspects sous lesquels j'ai d faire successivement ressortir une poque aussi mal juge jusqu'ici1 explique aisment l'extension considrable d'une telle discussion1 que j'ai toujours tendu resserrer autant que possible sans nuire mon but principal4 ,malgr ces dveloppemens1 o j'ai tch de n'omettre aucune indication capitale1 je dois craindre qu'un point de vue aussi nouveau1 dans une question aussi profondment complique1 ne soit pas encore suffisamment familier au lecteur judicieux1 moins d'une tude patiemment ritre de l'ensemble de cette opration1 confirme ensuite par une rationnelle vrification historique1 o je ne saurais entrer ici4 ,nous devons maintenant1 pour avoir entirement apprci les rsultats dfinitifs du mouvement gnral de dcomposition1 considrer sa phase la plus extrme et la plus dcisive1 o la doctrine rvolutionnaire a t enfin directement systmatise avec toute sa plnitude ncessaire4 ,mais1 malgr l'importance plus immdiate de cette dernire priode critique1 d'ailleurs presque aussi longue que la prcdente1 son examen pourra tre maintenant plus aisment complt1 parce qu'elle n'a pu tre1 tous gards1 qu'un prolongement gnral de l'autre1 o nous avons dj soigneusement montr les vritables germes de tous les branlemens ultrieurs4 ,on aura donc ici presque toujours une suffisante notion rationnelle de la marche historique propre la mtaphysique rvolutionnaire1 en s'y bornant essentiellement rattacher1 dans les cas principaux1 les consquences distes aux principes protestans4 ,en outre1 notre attention doit rester dsormais exclusivement concentre1 jusqu' la fin de ce chapitre1 sur le progrs de la dsorganisation spirituelle4 ,car1 la dsorganisation temporelle1 tant que l'branlement philosophique n'a pas t pleinement consomm1 n'a pu alors prsenter1 comme je l'ai dj indiqu1 que les caractres politiques prcdemment tablis pour l'autre priode2 et1 quant l'immense explosion finale qui a d succder cette opration1 son importance prpondrante m'en fait renvoyer la juste apprciation au cinquante-septime chapitre1 quand nous aurons1 dans le cinquante-sixime1 convenablement analys l'essor croissant du mouvement lmentaire de rorganisation1 qui s'tait toujours dvelopp conjointement avec la dcomposition dont nous allons terminer l'tude gnrale4 ,ce serait bien peu connatre la marche lente et incertaine de notre faible intelligence1 surtout l'gard des conceptions sociales1 que de supposer l'esprit humain susceptible de se dispenser de cette laboration finale de la doctrine critique1 par cela seul que1 tous les principes essentiels en ayant t pralablement bauchs par le protestantisme1 le dveloppement graduel de leurs consquences ncessaires aurait pu tre abandonn son cours spontan1 sans exiger aucune srie spciale de travaux systmatiques pour la formation directe de la philosophie ngative4 ,d'abord1 il n'est pas douteux que l'mancipation humaine et ainsi invitablement subi un immense retard1 dont on pourra se faire une juste ide en rflchissant sur la malheureuse aptitude de la plupart des hommes supporter1 avec une rsignation presque indfinie1 un tat d'inconsquence logique pareil celui que le protestantisme avait consacr1 surtout tant que notre entendement reste encore soumis au rgime thologique4 ,aujourd'hui mme1 dans les pays protestans o l'branlement philosophique n'a pu suffisamment pntrer1 en ,angleterre1 et encore davantage aux tats-,unis1 ne voit-on pas les sociniens1 et les autres sectes avances qui ont rejet presque tous les dogmes essentiels du christianisme1 s'obstiner nanmoins maintenir leur purile restriction primitive de l'esprit d'examen dans le cercle purement biblique1 et nourrir des haines vraiment thologiques contre tous ceux qui ont pouss plus loin l'affranchissement spirituel8 ,mais1 en outre1 par une apprciation plus spciale et mieux approfondie1 on peut aisment reconnatre1 ce me semble1 que l'indispensable essor de la doctrine rvolutionnaire aurait fini par tre essentiellement touff1 sans ce mmorable branlement diste qui a surtout caractris le sicle dernier1 et qu'on peut justement qualifier de voltairien1 du nom de son principal propagateur4 ,car1 le protestantisme1 aprs avoir pris l'initiative des principes critiques1 les avait implicitement abandonns partout o il avait pu triompher2 depuis que1 sous la forme luthrienne1 il s'tait profondment combin avec le gouvernement temporel1 son gnie n'tait certes pas moins hostile que celui du catholicisme lui-mme envers toute mancipation ultrieure3 l'lan rvolutionnaire n'tait plus rellement reprsent ds-lors que par les sectes dissidentes1 dj presqu'en tous lieux cruellement comprimes1 et que leurs innombrables divergences empchaient d'ailleurs d'acqurir aucun vritable ascendant mental4 ,telle tait1 cet gard1 la vraie situation gnrale de la chrtient1 aussi bien protestante que catholique1 vers la fin du ,x,v,i,ie sicle1 lorsque la grande dictature temporelle1 monarchique ou aristocratique1 eut pris son caractre dfinitif1 aprs l'expulsion des calvinistes franais et le triomphe simultan de l'anglicanisme2 d'o date essentiellement1 pour l'un et l'autre cas1 l'organisation complte du systme de rsistance plus ou moins rtrograde1 graduellement devenu de plus en plus systmatique en mme temps que l'esprit rvolutionnaire4 ,cette immense concentration politique autour de pouvoirs dj instinctivement veills sur l'imminent danger de tout prolongement ultrieur du mouvement de dcomposition1 et l'espce de dfection spontane que venait ainsi de faire le protestantisme envers l'ensemble de la cause rvolutionnaire qu'il avait jusque alors exclusivement reprsente1 tout ce concours d'obstacles universels exigeait videmment que la dsorganisation spirituelle prt une nouvelle marche1 et trouvt des chefs plus consquens1 propres la conduire jusqu' son dernier terme ncessaire1 par des moyens adapts la nature de l'opration et la difficult des circonstances4 ,du reste1 il serait certainement superflu d'insister ici davantage sur l'indispensable intervention d'une influence philosophique dont l'avnement tait pleinement invitable1 comme nous l'allons spcialement reconnatre4 ,mais il n'tait point inutile de vrifier directement1 en cette nouvelle occasion capitale1 cette invariable correspondance que nous a jusqu'ici toujours offert spontanment1 en tant d'autres cas1 l'ensemble du pass1 entre les grandes exigences sociales et leurs modes naturels de satisfaction simultane4 ,il est clair1 en gnral1 d'aprs la srie de nos explications antrieures1 que la priode protestante avait graduellement amen l'ancien systme social un tat de dcomposition intime o il devenait essentiellement impropre diriger aucunement l'volution ultrieure des socits modernes1 envers laquelle son ascendant politique devenait1 au contraire1 de plus en plus hostile4 ,aussi l'imminence d'une rvolution universelle et dcisive commenait-elle alors se faire dj vaguement pressentir aux penseurs suffisamment pntrans1 comme le grand ,leibnitz nous en offre surtout l'exemple4 ,d'une autre part1 nanmoins1 ce systme et prolong presque indfiniment1 par la seule force d'inertie1 son ascendant oppressif1 malgr cet tat de quasi-putrfaction1 de manire entraver profondment1 mme en ide1 toute vraie rorganisation sociale1 sans cependant pouvoir raliser sa propre utopie rtrograde1 si le ferment rvolutionnaire1 acqurant spontanment une nouvelle et plus complte nergie1 ne ft venu1 par l'importante opration philosophique qui nous reste apprcier1 faire hautement ressortir enfin l'invitable tendance de l'ensemble du grand mouvement de dcomposition vers une rgnration totale1 constituant sa seule issue ncessaire1 qui1 en toute autre hypothse1 serait demeure constamment enveloppe sous la nbuleuse indtermination politique de la mtaphysique protestante4 ,il est maintenant facile de concevoir la tendance naturelle de la philosophie ngative vers cet tat dfinitif de pleine systmatisation1 en rsultat1 direct ou indirect1 du mouvement purement hrtique1 ci-dessus apprci4 ,car1 cette disposition graduelle de l'esprit humain l'entire mancipation thologique s'tait dj manifeste avant mme que la dcomposition spontane du monothisme catholique comment devenir sensible4 ,en remontant autant que possible1 on la verrait pour ainsi dire prcder l'organisation du catholicisme1 si l'on a convenablement gard aux explications de la cinquante-troisime leon sur la tendance remarquable de certaines coles grecques1 sous la dcadence du rgime polythique1 dpasser spculativement les bornes gnrales du simple monothisme4 ,un effort aussi minemment prmatur1 en un temps o toute saine conception de philosophie naturelle tait videmment impossible1 ne pouvait1 sans doute1 aboutir qu' une sorte de panthisme mtaphysique1 o la nature tait1 au fond1 abstraitement divinise3 mais une telle doctrine diffrait peu1 en ralit1 de ce qu'on a depuis qualifi abusivement d'athisme2 elle s'en rapprochait surtout quant l'opposition radicale envers toutes les croyances religieuses susceptibles d'une vritable organisation1 ce qui est ici le plus important1 puisqu'il s'agit d'ides essentiellement ngatives4 ,quoique cette disposition anti-thologique ait d1 ainsi que je l'ai expliqu1 s'effacer spontanment sous l'ascendant ncessaire de l'esprit d'organisation monothique1 pendant la longue priode d'ascension sociale du catholicisme1 elle n'avait jamais entirement disparu2 et les traces en sont fort sensibles tous les ges de la grande laboration catholique1 ne ft-ce que par les perscutions qu'eut alors subir la philosophie d',aristote1 raison d'un tel caractre1 qui1 en effet1 s'y trouvait implicitement consacr4 ,la scolastique proprement dite rsulta ensuite1 comme on l'a vu1 d'une sorte de transaction spontane entre les deux mtaphysiques antagonistes1 et ouvrit elle-mme une nouvelle issue normale l'esprit d'mancipation1 qui1 travers la thologie officielle manifestait une prdilection croissante pour les plus libres penseurs de la ,grce1 dont l'influence indirecte s'tait toujours maintenue1 divers degrs1 chez beaucoup d'hommes spculatifs1 et principalement dans le haut clerg italien1 constituant alors la portion la plus pensante de l'espce humaine4 ,cette mtaphysique radicalement ngative tait dj trs rpandue1 au treizime sicle1 parmi les esprits cultivs2 de manire laisser encore de nombreux souvenirs1 tels que ceux des deux principaux amis et prdcesseurs de ,dante1 ou du clbre chancelier de ,frdric ,,ii1 etc4 ,sans prendre une part trs active aux grandes luttes intestines des deux sicles suivans1 o la dsorganisation spontane du systme catholique fut surtout dirige1 comme je l'ai montr1 par une mtaphysique plus thologique1 source immdiate du pur protestantisme1 cette tendance irrligieuse y trouva naturellement une nouvelle stimulation1 ainsi qu'un essor plus facile1 et dut y prendre aussi un caractre plus systmatique1 en mme temps que plus prononc4 ,au seizime sicle1 elle laisse agir le protestantisme1 en s'abstenant soigneusement de concourir son laboration1 et profite seulement de la demi-libert que la discussion philosophique venait ainsi d'acqurir ncessairement pour commencer dvelopper directement sa propre influence mentale1 soit crite1 soit surtout orale3 c'est ce qu'indiquent alors hautement les illustres exemples d'rasme1 de ,cardan1 de ,ramus1 de ,montaigne1 etc42 et c'est ce que confirment1 avec encore plus d'vidence1 les plaintes naves de tant de vrais protestans sur le dbordement croissant d'un esprit anti-thologique qui menaait dj de rendre essentiellement superflue leur rforme naissante1 en faisant enfin ressortir immdiatement l'irrvocable caducit du systme qui en tait l'objet4 ,les luttes ardentes et prolonges alors dtermines par les dissentimens religieux1 durent puissamment contribuer ensuite fortifier et propager un tel esprit1 dont l'essor1 cessant dsormais d'tre une simple source de satisfaction personnelle pour les principales intelligences1 trouvait ds-lors spontanment1 comme je l'ai indiqu1 au sein mme du vulgaire1 une noble destination sociale1 puisqu'il devenait ainsi le seul refuge gnral de l'humanit contre les fureurs et les extravagances des divers systmes thologiques1 partout dgnrs maintenant en principes d'oppression ou de perturbation4 ,aussi reconnatrons-nous ci-aprs que l'laboration systmatique de la philosophie ngative s'est rellement opre1 en tout ce qu'elle offrait de plus fondamental1 vers le milieu du dix-septime sicle1 malgr qu'elle soit communment rapporte au sicle suivant1 rserv seulement son active propagation universelle4 ,cet avnement naturel d'une telle philosophie a d tre alors puissamment second par un mouvement mental d'une tout autre nature et d'une bien plus haute destination1 quoique habituellement confondu avec le premier dans les apprciations actuelles4 ,on conoit qu'il s'agit de l'essor direct du vritable esprit positif1 qui1 jusque alors concentr en d'obscures recherches scientifiques1 commenait enfin1 ds le ,x,v,ie sicle1 et surtout pendant la premire moiti du ,x,v,i,ie1 manifester hautement son propre caractre philosophique1 non moins hostile au fond la mtaphysique elle-mme qu' la pure thologie1 mais qui devait d'abord concourir spontanment avec l'une pour l'entire limination de l'autre1 comme je l'indiquerai spcialement au chapitre suivant4 ,j'ai dj annonc que ce nouvel esprit avait peu aid l'branlement protestant1 auquel son essor distinct est rellement postrieur1 et d'ailleurs peu sympathique1 tandis qu'il avait d beaucoup faciliter l'mancipation ultrieure2 c'est ici le lieu de le signaler sommairement4 ,or1 cette invitable influence rsultait directement1 chez les intelligences suprieures1 de sa tendance ncessaire favoriser l'empitement toujours croissant de la raison sur la foi1 en disposant au rejet systmatique1 au moins provisoire1 de toute croyance non dmontre4 ,sans supposer ,bacon et ,descartes aucun dessein formellement irrligieux1 peu compatible en effet avec la mission fondamentale qui devait absorber leur active sollicitude1 il est nanmoins impossible de mconnatre que l'tat pralable de plein affranchissement intellectuel qu'ils prescrivaient si nergiquement la raison humaine devait dsormais conduire les meilleurs esprits l'entire mancipation thologique1 en un temps o dj l'veil mental avait t1 cet gard1 suffisamment provoqu4 ,ce rsultat naturel devenait ainsi d'autant plus difficile viter qu'il devait d'abord tre moins souponn1 comme consquence d'une simple prparation logique1 dont aucun homme judicieux ne pouvait gure contester alors la ncessit abstraite4 ,tel est toujours1 en effet1 l'irrsistible ascendant spirituel des rvolutions purement relatives la mthode1 et dont les dangers ne peuvent1 d'ordinaire1 tre aperus que lorsque leur accomplissement est assez avanc pour ne pouvoir plus tre rellement contenu4 ,aussi1 dans le cas actuel1 le grand ,bossuet lui-mme1 malgr son sincre attachement des croyances caduques1 a-t-il involontairement cd la sduction logique du principe cartsien1 quoique la tendance anti-religieuse en et t dj suffisamment signale par le jansniste ,pascal1 qui1 en sa qualit de nouveau sectaire1 devait avoir une foi plus inquite en mme temps que plus vive4 ,pendant que cette invitable influence s'exerait insensiblement chez les esprits d'lite1 le vulgaire ne pouvait manquer1 d'une autre part1 d'tre profondment troubl1 dans ses convictions chancelantes1 par le conflit non moins ncessaire qui ds-lors commenait s'lever directement1 avec une nergie croissante1 des dcouvertes scientifiques contre les conceptions thologiques4 ,la mmorable perscution1 si aveuglment suscite au grand ,galile pour sa dmonstration du mouvement de la ,terre1 a d faire alors plus d'incrdules que toutes les intrigues et les prdications jsuitiques n'en pouvaient convertir ou prvenir2 outre la manifestation involontaire que le catholicisme faisait ainsi de son caractre dsormais hostile au plus pur et au plus noble essor du gnie humain2 beaucoup d'autres cas analogues1 quoique moins prononcs1 ont d pareillement dvelopper1 divers degrs1 cette opposition de plus en plus dcisive1 avant la fin du ,x,v,i,ie sicle4 ,ce qu'il faut surtout noter ici l'gard de cette double influence ncessaire1 la fois exerce sur tous les rangs intellectuels1 c'est sa tendance galement contraire aux diverses croyances qui se disputaient encore si vainement le gouvernement moral de l'humanit1 et par suite sa convergence spontane vers l'effort gnral d'mancipation finale de la raison humaine contre toute thologie quelconque1 dont l'incompatibilit radicale avec l'essor total des connaissances relles tait enfin par-l directement dvoile4 ,a ces diverses sources gnrales de la grande impulsion intellectuelle d'o la philosophie ngative devait tirer son principal ascendant1 il faut joindre1 comme ayant puissamment second1 non sa formation systmatique1 mais son active propagation1 l'assistance naturelle des dispositions morales presque universelles qui devaient ensuite tant influer d'ailleurs sur son nergique application sociale4 ,j'ai dj suffisamment signal ci-dessus l'intime affinit ncessaire de l'esprit d'mancipation religieuse avec l'essor lgitime de la libre activit individuelle1 si indispensable au dveloppement propre de la civilisation moderne2 et la leon suivante donnera spcialement lieu de nouvelles explications sur cette importante relation mutuelle4 ,on ne peut douter davantage que le besoin1 de plus en plus imminent1 de lutter avec nergie contre l'ascendant oppressif de la dictature rtrograde1 n'ait d tendre soulever directement1 ds la fin du ,x,v,i,ie sicle1 toutes les passions gnreuses en faveur de la doctrine critique pleinement systmatise1 qui pouvait seule alors servir d'organe universel au progrs social4 ,mais1 outre ces nobles influences1 maintenant partout reconnues1 et sur lesquelles leur haute vidence doit ici nous dispenser d'insister plus long-temps1 l'impartialit historique exige vritablement que1 sans tomber dans les vaines rcriminations dclamatoires des champions religieux1 on ose apprcier aussi la puissante stimulation que cette indispensable laboration rvolutionnaire a d secrtement recevoir1 ds son origine1 et pendant tout son cours1 des vicieuses inclinations qui prdominent si malheureusement dans l'ensemble de la constitution fondamentale de l'homme1 comme on l'a vu au quarante-cinquime chapitre1 et qui devaient accueillir si avidement toute conception purement ngative1 soit spculative1 soit surtout sociale4 ,relativement au principe absolu du libre examen individuel1 base commune de toute la doctrine critique1 il serait superflu d'expliquer la sduction spontane qu'il devait immdiatement exercer sur la purile vanit de presque tous les hommes1 dont la raison prive tait ainsi rige en souverain arbitre des plus hautes discussions3 j'ai dj montr1 au quarante-sixime chapitre1 comment cet irrsistible attrait attache rellement aujourd'hui cette doctrine ceux-l mme qui s'en constituent avec le plus d'ardeur les adversaires systmatiques4 ,en outre1 quoique les haines thologiques aient souvent abus indignement de la dnomination expressive si long-temps applique aux libres penseurs1 pour susciter contre eux de calomnieuses imputations morales1 l'usage unanime1 et frquemment inoffensif1 d'une telle qualification jusqu'au sicle dernier1 ne doit tre d'abord interprt que comme une nave manifestation de l'impulsion instinctive des passions humaines vers une philosophie qui affranchissait notre nature de l'ancienne discipline mentale1 et par suite morale1 sans pouvoir encore y substituer rellement aucun quivalent normal4 ,tous les autres dogmes essentiels de la doctrine critique comportent videmment de semblables remarques1 d'une manire d'autant plus prononce qu'ils intressent des passions plus nergiques4 ,c'est ainsi que l'ambition devait naturellement accueillir avec ardeur le principe1 provisoirement indispensable1 de la souverainet populaire1 qui ouvrait son essor politique une carrire presque indfinie1 en rendant pour ainsi dire continue la pense de nouveaux bouleversemens1 dont rien ne semblait d'avance devoir limiter la porte graduelle4 ,on ne peut davantage se dissimuler que l'orgueil1 et mme l'envie1 n'aient t1 beaucoup d'gards1 de puissans auxiliaires permanens de l'amour systmatique de l'galit1 qui1 abstraction faite de toute hypocrisie1 d'ailleurs si facile ce sujet1 ne tient point essentiellement1 dans les natures peu leves1 un actif sentiment gnreux de la fraternit universelle1 mais bien plutt une secrte raction du penchant la domination1 entranant spontanment1 par suite d'une insuffisante satisfaction effective1 la haine instinctive de toute supriorit quelconque1 afin d'obtenir au moins le niveau4 ,ce n'est point ici le lieu d'apprcier les perturbations pratiques qui ont d successivement rsulter de cette irrcusable corelation des diffrens principes critiques aux diverses passions prpondrantes de l'organisme humain4 ,je n'ai voulu maintenant que signaler1 en gnral1 sous ce rapport1 comment les influences mentales qui poussaient directement l'laboration ncessaire d'une telle doctrine ont t naturellement fortifies par d'nergiques influences morales1 dont la coopration spontane devait se manifester surtout dans les crises insurrectionnelles1 o l'on a pu si frquemment remarquer la tendance instinctive de l'action rvolutionnaire y accueillir sans rpugnance l'active participation volontaire de ceux-l mme qui supportent impatiemment le frein habituel des rgles sociales4 ,l'apprciation directe du dveloppement gnral propre au systme final de philosophie ngative dont nous venons de caractriser1 divers titres essentiels1 l'avnement ncessaire1 exige d'abord qu'on y distingue soigneusement la critique spirituelle et la critique temporelle4 ,quoique celle-ci ait d constituer l'indispensable complment de la doctrine rvolutionnaire1 qui n'aurait pu autrement parvenir l'activit politique qu'elle devait ensuite si minemment manifester1 elle n'a pu cependant tre spcialement entreprise qu'en dernier lieu1 par suite d'un suffisant accomplissement de la premire opration1 dans laquelle devait surtout consister une telle laboration4 ,car1 l'mancipation philosophique proprement dite tait1 par sa nature1 plus importante1 au fond1 que l'mancipation purement politique1 qui ne pouvait manquer d'en rsulter presque spontanment1 tandis que1 au contraire1 elle n'en et aucunement dispens1 quand mme elle et t immdiatement excutable4 ,il est impossible1 en effet1 de concevoir1 d'une manire un peu durable1 un respect suffisant pour les prjugs monarchiques ou aristocratiques chez des esprits dj pleinement affranchis des prjugs thologiques1 dont l'empire est bien plus puissant1 et qui d'ailleurs formaient alors la base indispensable des autres1 principalement depuis la concentration temporelle propre la priode prcdente3 au lieu que1 rciproquement1 les plus audacieuses attaques directes contre les anciens principes politiques1 si l'on y et irrationnellement maintenu les croyances correspondantes1 n'eussent pu caractriser suffisamment le changement fondamental de systme social1 tout en exposant aux plus graves perturbations4 ,ainsi1 la libert mentale tait1 videmment1 la plus essentielle tablir compltement par un exercice convenable1 afin d'atteindre rellement la principale destination d'une telle laboration critique dans l'ensemble de l'volution moderne1 c'est--dire de marquer directement la tendance ncessaire vers une entire rgnration1 et en mme temps d'en faciliter ultrieurement l'avnement intellectuel2 tandis que l'opration purement protestante1 quoique ayant1 comme nous l'avons vu1 amen le rgime ancien un tat radical d'impuissance sociale1 en laissait nanmoins subsister indfiniment la conception gnrale1 de manire entraver profondment toute pense de vraie rorganisation4 ,notre attention doit donc tre ici dirige surtout vers la critique philosophique proprement dite1 laquelle nous ne devrons ensuite joindre l'apprciation de la critique purement politique qu' titre de dernier complment ncessaire4 ,en second lieu1 dans le dveloppement gnral de la premire laboration1 qui a rempli la majeure partie de la phase que nous considrons1 il importe de distinguer historiquement la formation originale et systmatique de la doctrine ngative d'avec l'ultrieure propagation universelle du mouvement d'entire mancipation mentale3 car1 non-seulement ces deux oprations ne devaient point appartenir au mme sicle1 mais elles ne devaient avoir non plus ni les mmes organes ni le mme centre d'agitation1 comme nous l'allons voir4 ,par la combinaison naturelle de ces deux divisions1 notre apprciation rationnelle de ce mmorable branlement philosophique doit1 en rsum1 se rapporter1 tour tour1 trois laborations successives1 dont l'enchanement historique est incontestable1 et destines l'une sa formation1 l'autre sa propagation1 et la dernire son extrme complment politique4 ,quoique la premire opration soit encore rapporte communment au ,x,v,i,i,ie sicle1 il est1 ce me semble1 impossible de mconnatre dsormais que1 en tout ce qu'elle offre de vraiment fondamental1 elle appartient rellement au sicle prcdent4 ,ncessairement mane d'abord du protestantisme le plus avanc1 elle devait s'laborer en silence dans les pays mme qui1 comme la ,hollande et l',angleterre1 avaient constitu le principal sige du mouvement protestant1 soit parce que la libert intellectuelle y tait alors spontanment plus complte que partout ailleurs1 soit aussi parce que l'essor croissant des divergences religieuses y devait plus spcialement provoquer l'entire mancipation thologique4 ,ses principaux organes y durent appartenir aussi1 comme ceux de l'laboration purement protestante1 l'cole essentiellement mtaphysique1 devenue graduellement prpondrante1 au sein des universits les plus clbres1 sous l'impulsion primitive de la plus hardie scolastique du moyen-ge3 mais c'taient nanmoins de vritables philosophes1 embrassant srieusement1 leur manire1 l'ensemble des spculations humaines1 au lieu des simples littrateurs du sicle suivant4 ,ce grand branlement philosophique1 si ncessaire alors l'volution finale de l'humanit1 fut ainsi successivement accompli surtout par trois minens esprits1 de nature fort diffrente1 mais dont l'influence1 quoique ingale1 devait pareillement concourir au rsultat gnral3 d'abord ,hobbes1 ensuite ,spinosa1 et enfin ,bayle1 qui1 n franais1 ne put pleinement travailler qu'en ,hollande4 ,le second de ces philosophes1 sous l'impulsion spciale du principe cartsien1 a sans doute exerc une influence dcisive sur l'entire mancipation d'un grand nombre d'esprits systmatiques1 comme l'indiquerait seule la multitude de rfutations souleves par son audacieuse mtaphysique3 mais1 outre qu'il est postrieur ,hobbes1 la nature trop abstraite de son obscure laboration dogmatique ne permet point de voir en lui le principal fondateur de la philosophie ngative1 laquelle il n'avait attribu aucune destination sociale suffisamment caractrise4 ,d'un autre ct1 c'est surtout au dernier qu'une telle doctrine doit la tendance directement critique convenable sa nature et son office3 cependant l'incohrente dissmination de ses attaques partielles1 encore plus que l'ordre chronologique1 doit plutt le faire ranger parmi les premiers chefs du mouvement de propagation que parmi les organes propres de l'impulsion originale1 o sa participation distincte est cependant incontestable4 ,on arrive ainsi1 par une exclusion graduelle1 regarder comme le vritable pre de cette philosophie rvolutionnaire#cg l'illustre ,hobbes1 que nous retrouverons d'ailleurs1 au chapitre suivant1 sous un aspect spculatif bien plus lev1 au nombre des principaux prcurseurs de la vraie politique positive4 ,c'est surtout ,hobbes1 en effet1 que remontent historiquement les plus importantes conceptions critiques1 qu'un irrationnel usage attribue encore nos philosophes du ,x,v,i,i,ie sicle1 qui n'en furent essentiellement que les indispensables propagateurs4 ,note #cg3 ,la portion la plus avance de l'cole rvolutionnaire1 en ,angleterre1 tente aujourd'hui1 avec la dignit et la gnrosit convenables1 une intressante opration nationale1 pour la solennelle rhabilitation universelle de cet illustre philosophe1 dont la mmoire1 comme le disent avec raison les chefs de cette noble raction1 a t si injustement fltrie1 d'abord dans sa patrie1 et par suite au dehors1 par la coalition spontane des haines sacerdotales et des rancunes aristocratiques qu'il avait si directement braves4 ,quoique un tel effort dt tre1 pour la ,france1 essentiellement superflu1 et ds-lors peu progressif1 il n'en est point ainsi sans doute pour l',angleterre1 o l'mancipation mentale est certes beaucoup moins avance4 ,il n'est pas inutile de noter ici1 ce sujet1 que notre honorable concitoyen1 le loyal et judicieux mtaphysicien ,tracy1 avait depuis long-temps pressenti1 avec la sagacit habituelle de son instinct anti-thologique1 cette ncessit rationnelle de rattacher ,hobbes la formation systmatique de la philosophie rvolutionnaire2 comme l'indiquent ses heureux essais pour faire dignement apprcier en ,france un nergique penseur qui n'y tait gure connu que de nom avant cette puissante recommandation4 ,dans cette laboration fondamentale1 l'analyse anti-thologique est dj pousse rellement jusqu' la plus extrme mancipation religieuse que puisse comporter l'esprit purement mtaphysique4 ,on y peut donc mieux saisir qu'en tout autre cas les diffrences caractristiques qui distinguent profondment une telle situation mentale du rgime vritablement positif1 avec lequel une apprciation superficielle la confond presque toujours1 quoiqu'elle n'en ait d constituer qu'un simple prambule1 plus ou moins indispensable selon la prparation scientifique plus ou moins avance4 ,cette doctrine1 si improprement qualifie d'athisme1 n'est1 au fond1 qu'une dernire phase essentielle de l'antique philosophie1 d'abord purement thologique1 puis de plus en plus mtaphysique1 avec les mmes attributs essentiels1 un esprit non moins absolu1 toujours fort oppos la vraie positivit rationnelle1 et une tendance non moins prononce traiter surtout1 sa manire1 les questions que la saine philosophie carte directement1 au contraire1 comme radicalement inaccessibles la raison humaine4 ,une apprciation convenablement approfondie fera aisment reconnatre1 du point de vue propre ce ,trait1 que le progrs rel dont cette philosophie ngative fut l'organe systmatique se rduisait surtout remplacer totalement1 pour l'explication absolue des divers phnomnes physiques ou moraux1 l'ancienne intervention surnaturelle par le jeu quivalent des entits mtaphysiques1 graduellement concentres dans la grande entit gnrale de la nature1 ainsi substitue au crateur1 avec un caractre et un office fort analogues1 et par suite mme avec une espce de culte peu prs semblable3 en sorte que ce prtendu athisme se rduit presque1 au fond1 inaugurer une desse au lieu d'un dieu1 chez ceux du moins qui conoivent comme dfinitif cet tat purement transitoire4 ,or1 quoique une telle transformation suffise certainement l'entire dsorganisation effective du systme social correspondant l'ancienne philosophie1 ds-lors frappe d'une radicale impuissance organique1 comme je l'ai tant expliqu1 elle est videmment bien loin de suffire aussi l'essor rel1 non-seulement social1 mais mme simplement mental1 d'une philosophie vraiment nouvelle1 dont l'avnement n'est ainsi que prpar par un dernier prambule critique4 ,tant que l'usage philosophique des divinits ou des entits n'a point effectivement disparu sous la considration prpondrante des lois invariables propres aux divers ordres de phnomnes naturels1 et tant que la nature et l'tendue des spculations humaines n'ont pas habituellement subi les modifications et les restrictions correspondantes1 ce qui tait certainement impossible en un temps o ces lois taient si imparfaitement connues1 et surtout si mal apprcies1 notre entendement reste ncessairement assujti au rgime thologico-mtaphysique1 quels que puissent tre ses efforts d'affranchissement4 ,d'aprs cette explication ncessaire1 qu'il fallait1 une seule fois pour toutes1 directement indiquer1 il est clair que la philosophie vraiment positive n'offre1 de sa nature1 aucune solidarit spciale1 ni dogmatique1 ni historique1 avec la philosophie pleinement ngative dont il s'agit en ce moment1 et qu'elle ne peut envisager que comme une dernire transformation prparatoire de la philosophie primitive1 dj pareillement labore dans une semblable direction par les passages successifs du ftichisme primordial1 d'abord au simple polythisme1 ensuite au pur monothisme1 et enfin aux diverses phases graduelles de la thologie mtaphysique1 dont cette sorte de panthisme ontologique constitue seulement la plus extrme modification4 ,malgr son vidente efficacit dissolvante1 une telle situation mentale1 envisage comme dfinitive1 n'est gure plus dcisive que le disme proprement dit1 titre de garantie philosophique1 contre l'entire restauration intellectuelle des conceptions religieuses1 toujours imminente1 de toute ncessit1 jusqu' ce que les notions positives y aient t habituellement substitues4 ,par l'identit fondamentale propre aux diverses penses thologiques1 travers leurs innombrables transformations1 il est ais d'expliquer cette sorte d'affinit intime1 si paradoxale en apparence1 que l'on peut remarquer1 mme aujourd'hui1 comme je l'ai dj not au cinquante-deuxime chapitre1 entre le tnbreux panthisme systmatique des coles mtaphysiques qui se croient les plus avances et le vrai ftichisme spontan des temps primitifs4 ,telle est1 en rsum1 la saine apprciation historique du caractre purement intellectuel de la grande laboration que nous examinons4 ,considre maintenant sous l'aspect moral1 elle nous offre la premire coordination rationnelle de la fameuse thorie de l'intrt personnel1 abusivement attribue au sicle suivant1 et qui constitue1 par sa nature1 le fondement ncessaire de la morale purement mtaphysique4 ,j'ai dj indiqu1 au quarante-cinquime chapitre1 comment l'irrationnel esprit d'unit absolue qui caractrise1 envers un sujet quelconque1 la philosophie mtaphysique#ch encore plus que la philosophie thologique elle-mme1 devait conduire cette invitable aberration morale1 nullement personnelle au subtil crivain qui devint1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 l'audacieux propagateur de cette doctrine de ,hobbes1 ncessairement commune1 sous diverses formes1 presque toutes les coles mtaphysiques4 ,car1 l'irrcusable prpondrance effective des penchans personnels dans l'ensemble de notre organisme moral1 suivant les explications de la cinquantime leon1 entrane naturellement rduire au seul gosme toutes les diverses impulsions humaines1 lorsque1 l'exemple des mtaphysiciens1 on s'est d'avance impos la condition anti-philosophique d'tablir1 par un sophistique chafaudage de rapprochemens vicieux1 une vaine unit factice l o rgne ncessairement une grande multiplicit relle4 ,les pnibles efforts tents ensuite1 en sens inverse1 mais non moins irrationnellement1 quoique dans une plus noble intention1 pour concentrer1 au contraire1 toute notre nature morale vers la bienveillance ou la justice1 n'ont pu avoir finalement aucune efficacit pratique1 si ce n'est titre de critique provisoire de la prcdente thorie mtaphysique1 parce qu'un tel centre est1 en ralit1 bien moins nergique que l'autre1 en sorte que cette insuffisante protestation n'a pu empcher le triomphe croissant1 sinon formel1 du moins implicite1 de l'aberration primitive1 au grand dtriment de notre volution morale1 que peut seule convenablement satisfaire la vraie connaissance de la nature humaine1 comme on l'a vu au quarante-cinquime chapitre4 ,on peut mme regarder cette dernire cole mtaphysique1 outre son peu d'ascendant effectif1 comme tant moralement presque aussi dangereuse1 par l'hypocrisie systmatique qu'elle tendrait produire habituellement1 que l'autre par l'ignoble cynisme qu'elle a dogmatiquement consacr4 ,quoi qu'il en soit1 pour complter l'apprciation prcdente1 il importe d'ajouter que la thorie de l'gosme1 bien que spculativement propre1 suivant cette explication1 la philosophie mtaphysique1 y mana surtout de la thologie elle-mme1 qui1 aprs l'avoir peu prs lude en principe1 aboutissait finalement1 dans la pratique1 une quivalente conscration1 par la prpondrance1 aussi exorbitante qu'invitable1 que toute morale religieuse accorde ncessairement1 comme je l'ai not au sujet du quitisme1 la proccupation du salut personnel1 dont la considration1 habituellement exclusive1 doit naturellement disposer mconnatre l'existence relle des affections bienveillantes purement dsintresses1 que la philosophie positive peut seule directement systmatiser1 suivant l'tude vraiment rationnelle de l'homme intellectuel et moral4 ,c'est ainsi que la mtaphysique1 sans tre domine par les mmes ncessits politiques1 mais entrane par le besoin philosophique de sa vaine unit ontologique1 n'a fait rellement1 sous ce rapport1 que changer1 pour ainsi dire1 la destination de l'gosme fondamental1 en remplaant les calculs relatifs aux intrts ternels par des combinaisons uniquement relatives aux intrts temporels1 sans pouvoir non plus s'lever la conception d'une morale qui ne reposerait point exclusivement sur des calculs personnels d'une espce quelconque4 ,aussi le seul danger capital qui1 cet gard1 ft entirement propre cette mtaphysique ngative1 consiste-t-il surtout en ce que1 tout en confirmant1 et plus dogmatiquement encore1 cette grossire apprciation de la nature humaine1 elle dsorganisait radicalement l'indispensable antagonisme d'aprs lequel la sagesse sacerdotale avait eu jusque alors la facult d'en neutraliser1 un certain degr1 l'extrme imperfection1 par une heureuse opposition pratique des intrts imaginaires aux intrts rels4 ,mais1 quant au principe mme de la morale des intrts privs1 il n'est pas douteux que la conscration empirique en a d'abord appartenu1 de toute ncessit1 aux doctrines purement religieuses1 qui imposent directement chaque croyant un but personnel d'une telle importance que sa considration continue doit invitablement absorber toute autre affection quelconque1 dont l'essor doit toujours lui rester essentiellement subordonn1 en tant du moins qu'une semblable philosophie peut entraver le cours spontan de nos sentimens naturels4 ,on voit ainsi1 en rsum1 que cette immense aberration morale1 loin de constituer1 comme on l'a cru1 un simple accident isol dans le dveloppement gnral de la philosophie mtaphysique1 en a1 au contraire1 immdiatement caractris la formation normale1 sous l'influence prolonge des conceptions thologiques1 dont les conceptions mtaphysiques1 malgr l'antagonisme le plus apparent1 ne sauraient1 au fond1 jamais offrir1 aucun titre1 que de pures modifications dissolvantes4 ,note #ch3 ,malgr d'insolubles difficults logiques suscites par l'obligation continue de concilier l'ascendant trop frquent du mauvais principe avec l'absolue suprmatie du bon1 il faut nanmoins reconnatre que la thologie proprement dite1 mme l'tat monothique1 offrait1 par sa nature1 pour reprsenter1 au moins empiriquement1 la vraie constitution morale de l'homme1 des ressources spciales1 que n'a pu ensuite galement possder la pure mtaphysique1 domine par la vaine unit ontologique dont elle ne saurait s'affranchir4 ,c'est pourquoi une telle aberration morale doit tre surtout considre comme propre cette dernire philosophie1 ou au moins comme l'un de ces dangers fondamentaux qu'une sage discipline sacerdotale avait pu jusque alors suffisamment contenir1 et qui a d surgir ultrieurement travers la libre divagation des spculations mtaphysiques4 ,apprcie enfin sous le rapport politique1 cette systmatisation fondamentale de la philosophie ngative est surtout caractrise par l'immdiate conscration dogmatique de cette subordination radicale du pouvoir spirituel au pouvoir temporel1 que nous avons vue partout s'tablir spontanment pendant la phase prcdente1 et que le protestantisme avait spcialement proclame1 sans toutefois qu'elle et encore t directement sanctionne par aucune discussion rationnelle avant l'laboration dcisive de ,hobbes4 ,cette conception transitoire1 propre l'ensemble du grand mouvement rvolutionnaire1 et qui ne doit cesser qu'avec lui1 quels que soient d'ailleurs les graves inconvniens1 intellectuels ou sociaux1 inhrens la nature absolue de l'esprit mtaphysique d'o elle mane1 n'est1 en elle-mme1 qu'un rsultat ncessaire de la situation provisoire des socits modernes1 ci-dessus convenablement analyse2 ce qui nous dispense d'un nouvel examen4 ,il importe seulement de remarquer1 ce sujet1 que1 par une telle justification systmatique de la dictature temporelle qui s'tait alors partout constitue1 la critique philosophique s'est essentiellement arrte1 ds l'origine1 la dsorganisation spirituelle1 en concevant cette dictature comme le seul moyen efficace de maintenir suffisamment un ordre matriel toujours indispensable1 jusqu' ce que1 cette dmolition pralable tant pleinement consomme1 on pt directement travailler la rorganisation correspondante4 ,tel tait1 sans doute1 implicitement le dessein principal de ,hobbes dans une semblable conception3 quoique sa marche invitablement mtaphysique dt malheureusement le pousser attribuer une destination indfinie une condition purement passagre1 il n'est pas probable qu'un esprit aussi philosophique crt rellement formuler ainsi l'tat normal dfinitivement propre aux socits modernes1 en un temps si voisin de celui o les plus minens penseurs allaient dj commencer pressentir l'imminence d'une rvolution universelle4 ,il n'est pas vraisemblable non plus que les chefs ultrieurs de la propagation ngative1 plus rapprochs encore de ce terme final1 aient pris effectivement leur doctrine ce sujet autrement que comme adapte une simple transition3 le principal d'entre eux1 ,voltaire1 dont la lgret caractristique n'annulait point l'admirable sagacit spontane1 me parat1 au moins1 s'tre presque toujours essentiellement prserv d'une pareille illusion4 ,quoi qu'il en soit1 il est ais de sentir les grandes facilits que ce caractre ncessaire a d constamment procurer l'ensemble du dveloppement de la philosophie ngative1 en rassurant naturellement les gouvernemens sur les suites immdiates d'un tel branlement1 qui1 ainsi restreint1 en apparence1 l'ordre spirituel1 ds-lors de plus en plus nglig par les hommes d'tat1 prconisait systmatiquement1 comme un chef-d'uvre de la sagesse humaine1 cette passagre concentration temporelle1 si chre aux pouvoirs dominans4 ,en considrant1 sous un aspect plus spcial1 la conception de ,hobbes ce sujet1 il est1 ce me semble1 trs remarquable que1 malgr une tendance nationale videmment plus favorable la noblesse qu' la royaut1 comme je l'ai expliqu1 ce philosophe ait pris1 au contraire1 le pouvoir monarchique pour centre unique de la condensation politique1 au lieu du pouvoir aristocratique3 ce qui a fourni ensuite l'cole rtrograde1 aujourd'hui plus puissante1 au fond1 en ,angleterre que partout ailleurs1 un spcieux prtexte pour venger les prtres et les lords des nergiques attaques d'un esprit aussi progressif1 en le reprsentant comme un vritable fauteur du despotisme1 de manire gravement compromettre jusqu'ici1 par cette habile calomnie1 sa rputation europenne4 ,suivant une juste apprciation de ce mmorable contraste1 ,hobbes me parat d'abord avoir implicitement compris que la dictature monarchique tait rellement beaucoup plus propre que la dictature aristocratique1 soit faciliter l'entire dsorganisation de l'ancien systme politique1 soit seconder l'avnement des nouveaux lmens sociaux1 conformment nos explications antrieures2 et1 en second lieu1 cet illustre philosophe a1 sans doute1 ainsi pressenti que son laboration fondamentale1 loin d'tre spciale sa patrie1 devait trouver son principal dveloppement ultrieur chez les nations o la concentration temporelle s'tait effectivement opre autour de la royaut3 double aperu instinctif que je ne crois pas suprieur la vraie porte de cet minent penseur4 ,tels sont les divers aspects essentiels sous lesquels je devais ici considrer sommairement la systmatisation primordiale de la philosophie ngative4 ,il faut maintenant passer l'examen quivalent du mouvement dcisif qui1 pendant la majeure partie du sicle suivant1 a graduellement dtermin l'universelle propagation de cette indispensable mancipation1 jusque alors borne un petit nombre d'esprits choisis1 et dont la destination finale devait cependant dpendre surtout d'une suffisante vulgarisation4 ,dans cette nouvelle phase rvolutionnaire1 nous devons apprcier avant tout le changement remarquable qui s'est alors spontanment opr quant au centre principal de l'impulsion philosophique1 et aussi quant ses organes permanents4 ,sous le premier point de vue1 il est ais d'expliquer pourquoi le sige de l'branlement intellectuel1 et par suite social1 a t ds-lors essentiellement transport chez les peuples catholiques1 et surtout en ,france1 pour y rester fix jusqu' l'entire consommation de l'opration rvolutionnaire1 et mme de la rorganisation qui doit lui succder2 tandis que auparavant la dcomposition systmatique du rgime thologique et militaire avait t directement poursuivie chez les nations protestantes1 d'abord en ,allemagne1 ensuite en ,hollande1 et enfin en ,angleterre1 comme je l'ai montr4 ,ce dplacement ncessaire rsultait naturellement de ce que1 dans ces divers pays1 le triomphe politique du protestantisme avait directement neutralis sa tendance primitive l'mancipation philosophique1 en rattachant profondment au systme gnral de rsistance plus ou moins rtrograde1 l'espce d'organisation dont le protestantisme tait susceptible1 conformment nos explications antrieures4 ,tout affranchissement ultrieur de la raison humaine devenait alors beaucoup plus antipathique encore au protestantisme officiel qu'au catholicisme lui-mme1 malgr la dgnration mentale dont celui-ci tait irrvocablement frapp1 en faisant spontanment ressortir l'insuffisance radicale de la vaine rformation spirituelle qu'on venait ainsi d'instituer grands frais4 ,cette rpugnance instinctive se fait mme sentir1 hors de la sphre lgale1 chez les sectes dissidentes o la dsorganisation thologique est la plus avance1 et qui1 fires de leur demi-mancipation1 retiennent avec plus d'ardeur les croyances qu'elles ont conserves2 d'o rsulte invitablement une horreur plus spciale envers l'irrsistible concurrence des opinions philosophiques qui1 d'un seul coup1 dispensent immdiatement de toute cette laborieuse transition protestante4 ,les peuples catholiques1 au contraire1 pourvu que la compression rtrograde n'y et pas t pousse jusqu' produire momentanment une sorte de torpeur intellectuelle1 devaient tre essentiellement disposs1 indpendamment d'une vaine mulation nationale1 qui pourtant n'a pas t sans quelque influence1 accueillir l'entire extension systmatique de la philosophie ngative1 o ils trouvaient le seul refuge alors possible contre une oppressive domination1 devenue directement hostile l'essor ultrieur de la raison humaine4 ,il serait assurment superflu d'expliquer ici l'vidente proprit qui1 sous ce rapport1 devait1 entre tous les pays catholiques1 hautement distinguer la ,france1 si heureusement prserve du protestantisme officiel1 sans toutefois avoir perdu les avantages principaux d'une premire inoculation hrtique1 et o l'esprit de dissidence thologique venait de se manifester irrcusablement sous de nouvelles formes nationales1 comme on l'a vu ci-dessus4 ,toutefois1 il importe de noter spcialement1 ce sujet1 l'influence ncessaire qu'a d exercer1 sur la propagation ultrieure de l'branlement philosophique1 l'admirable mouvement esthtique1 et surtout potique1 dont1 au ,x,v,i,ie sicle1 la ,france1 aprs l',italie et l',espagne1 venait d'offrir le mmorable dveloppement1 qui sera1 au chapitre suivant1 spcialement apprci4 ,au degr dj atteint par la dsorganisation spontane de l'ancienne discipline mentale1 tout ce qui1 en un sens quelconque1 tendait provoquer partout l'veil intellectuel1 devait alors ncessairement tourner1 en dernier lieu1 au profit de l'universelle mancipation des esprits4 ,mais1 en outre1 on a justement signal1 cet gard1 la tendance sociale qui1 mme leur insu1 poussait immdiatement les principaux potes de cette mmorable poque concourir1 leur manire1 la grande opration critique3 ce caractre1 si prononc chez ,molire et ,lafontaine1 et dj mme chez ,corneille1 tous plus ou moins initis aux nouveaux principes philosophiques1 se fait sentir aussi jusque chez ,racine et ,boileau1 malgr leur ferveur religieuse1 par la direction anti-jsuitique de leur foi jansniste4 ,quoiqu'on ait souvent attach ces diverses observations une importance fort exagre1 il n'est pas douteux que de telles dispositions1 peu dcisives en elles-mmes1 devaient nanmoins acqurir alors une vritable porte rvolutionnaire1 titre d'indication ou mme de prparation1 par suite de la situation fondamentale o tait dj parvenu le monde intellectuel4 ,du reste1 l'ensemble de motifs irrcusables qui1 ds le ,x,v,i,i,ie sicle1 assigne si clairement la ,france pour centre final du grand branlement philosophique1 et par suite politique1 ne tend nullement rduire cette opration dfinitive une simple destination nationale3 car1 il est vident que1 de ce point principal1 la philosophie ngative devait ncessairement se propager d'abord chez les autres nations catholiques1 et ensuite1 quoique avec plus d'efforts et de lenteur1 chez les nations protestantes elles-mmes1 o s'accomplit silencieusement aujourd'hui cette dernire prparation indispensable4 ,abstraction faite de toute purile nationalit1 dans un mouvement essentiellement commun1 depuis le ,x,i,ve sicle1 l'ensemble de la chrtient1 il ne s'agit donc ici que d'une simple initiative1 videmment rserve la ,france pour l'extrme phase rvolutionnaire1 comme l',allemagne1 la ,hollande1 et l',angleterre1 avaient d la prendre tour tour aux diverses poques principales de la phase purement protestante4 ,ce mmorable dplacement final du centre d'agitation philosophique a t naturellement accompagn d'une transformation non moins capitale quant aux organes habituels d'une telle laboration1 dsormais passe des docteurs proprement dits aux simples littrateurs1 quoique toujours ncessairement dirige par l'esprit purement mtaphysique1 dont les formes devenaient seulement ainsi moins caractrises1 sans toutefois dissimuler rellement la commune origine et l'ducation semblable des anciens et des nouveaux organes4 ,c'est l qu'il faut placer le vritable avnement social de la classe des littrateurs1 qu'une trange destine place provisoirement la tte de la politique actuelle1 depuis qu'elle s'est spontanment complte par l'ultrieure adjonction temporelle de la classe correspondante des avocats1 ds-lors substitus aux juges1 comme les premiers aux docteurs1 dans la direction gnrale de la grande transition rvolutionnaire1 ainsi que je l'expliquerai spcialement au cinquante-septime chapitre4 ,une telle modification de l'influence mtaphysique tait devenue graduellement indispensable1 mesure que les corporations universitaires1 premiers organes du mouvement critique1 se rattachaient instinctivement1 quoique sous des formes qui leur restaient propres1 au systme gnral de rsistance prsid par la dictature temporelle1 mme indpendamment de l'invasion croissante des jsuites4 ,cette sorte de dfection naturelle1 premirement opre chez les nations protestantes1 o l'ancienne opposition mtaphysique avait officiellement prvalu1 s'tait plus tard essentiellement tendue aux pays catholiques eux-mmes1 o cette force avait atteint un but quivalent1 et se trouvait pareillement admise aux bnfices de la coalition rtrograde2 comme le tmoigne clairement1 en ,france1 ds la fin du dix-septime sicle1 en divers cas importans1 la nouvelle ferveur des parlemens et des universits contre l'essor ultrieur de l'volution mentale4 ,en mme temps1 la propagation spontane de l'ducation universitaire1 d'abord minemment doctorale1 mais ensuite de plus en plus littraire1 sans que toutefois le caractre mtaphysique cesst rellement d'y prdominer1 avait invitablement multipli partout de plus en plus le nombre de ces esprits qui1 se sentant la fois trop peu de positivit pour se livrer la vraie culture scientifique alors naissante1 trop peu de rationnalit pour embrasser la profession philosophique proprement dite1 et trop peu d'imagination pour suivre franchement la carrire purement potique1 tout en s'attribuant nanmoins une vocation exclusivement intellectuelle1 sont ainsi conduits constituer1 au sein des socits modernes1 cette classe singulirement quivoque1 o aucune destination mentale n'est hautement prononce1 et qu'on est ds-lors contraint de dsigner par les vagues dnominations de littrateurs1 crivains1 etc41 qui dsignent leur genre habituel d'activit1 abstraction faite d'aucun but effectif4 ,naturellement dpourvue1 comme la classe corelative des avocats1 de toutes convictions profondes1 mme des obscures convictions mtaphysiques particulires aux anciens docteurs1 par l'influence combine de son organisation1 de son ducation1 et de ses occupations ordinaires1 cette classe nouvelle et t totalement impropre l'laboration systmatique de la philosophie ngative3 mais1 en la recevant dj fonde par quelques purs philosophes1 comme je viens de l'expliquer1 elle tait1 au contraire1 minemment apte en diriger avec succs l'indispensable propagation universelle1 laquelle des esprits plus rationnels eussent assurment particip d'une manire moins active1 moins varie1 et finalement moins efficace4 ,son dfaut caractristique de principes propres a pu mme tourner finalement au profit de cette importante opration secondaire1 non-seulement en procurant spontanment ses efforts une souplesse mieux diversifie1 suivant les convenances particulires chaque cas1 mais aussi en empchant ses dissertations critiques de prendre un caractre trop absolu qui et ensuite trop entrav la vraie rorganisation sociale1 au service de laquelle cette heureuse versatilit permettra un jour de transporter aisment des talens de propagation qui1 au dernier sicle1 devaient tre essentiellement consacrs au triomphe de la philosophie ngative4 ,c'est ainsi qu'une telle constitution intellectuelle1 qui1 de toutes1 serait videmment la plus monstrueuse admettre comme indfinie1 puisque la conception y est directement domine par l'expression1 s'est alors trouve1 au contraire1 pleinement adapte la nature de la nouvelle laboration provisoire rserve cette extrme phase de la dsorganisation spirituelle1 eu gard surtout au vritable tat gnral des esprits1 qui n'exigeait plus l'emploi soutenu des dmonstrations rgulires1 mais principalement la multiplicit continue des stimulations partielles1 varies avec une suffisante opportunit4 ,au degr d'mancipation mentale alors ralis1 mme chez le vulgaire1 d'aprs la marche antrieure des intelligences1 la seule existence permanente d'une discussion anti-thologique1 quelle qu'en ft d'ailleurs l'institution relle1 devait1 en effet1 presque suffire dterminer partout1 sous l'unique influence de l'exemple1 la propagation spontane d'un branlement philosophique dont les principes essentiels existaient dj1 plus ou moins explicitement1 chez des esprits qui n'taient plus retenus surtout que par l'horreur morale qu'on leur avait inspire envers les organes d'un tel affranchissement1 avec lequel un semblable spectacle devait ncessairement les familiariser bientt4 ,le succs gnral de cette opration rvolutionnaire tait ainsi d'autant mieux assur1 que ceux-l mme qui1 en de pareilles controverses1 dfendaient1 avec un zle plus fervent qu'clair1 l'ensemble des anciennes croyances1 concouraient invitablement1 leur insu1 rpandre le scepticisme universel1 en sanctionnant de plus en plus1 par leurs propres travaux1 cette subordination fondamentale de la foi la raison1 vritable germe primordial de la dsorganisation thologique4 ,car1 telle est la nature caractristique des conceptions religieuses1 dont toute la force rsulte essentiellement de leur spontanit1 que rien ne saurait les prserver d'une irrvocable dcomposition finale1 aussitt qu'elles sont habituellement assujties la discussion1 quelque triomphe qu'elles en aient d'abord retir4 ,aussi l'esprit de controverse propre au monothisme1 surtout catholique1 doit-il tre historiquement regard comme une manifestation spciale de ce dcroissement continu de la philosophie thologique dont l'tat monothique constitue l'une des principales phases1 suivant notre thorie fondamentale4 ,non-seulement les innombrables dmonstrations de l'existence de ,dieu1 rpandues1 avec tant d'clat1 depuis le douzime sicle1 constatent hautement l'essor des doutes hardis dont ce principe tait dj l'objet direct2 mais on peut assurer aussi qu'elles ont beaucoup contribu les propager1 soit en vertu de l'invitable discrdit que devait faire rejaillir sur les anciennes croyances la faiblesse effective de plusieurs de ces argumentations varies1 soit surtout parce que celles mme qui semblaient les plus dcisives devaient spontanment suggrer d'irrsistibles scrupules sur le tort logique qu'on avait eu jusque alors d'admettre les opinions correspondantes sans pouvoir les appuyer de telles preuves victorieuses4 ,rien ne peut assurment mieux confirmer la destine purement provisoire propre aux convictions religieuses1 que cette inaptitude finale rsister la discussion1 combine avec l'vidente impossibilit de s'y soustraire toujours2 ce qui fait ressortir l'mancipation universelle des efforts mme que le zle le plus pur tente1 avec le plus d'habilet apparente1 pour maintenir les esprits sous le joug thologique4 ,pascal est1 ce me semble1 le seul philosophe de cette cole qui ait rellement compris1 ou du moins le seul qui ait nettement signal1 le danger radical de ces imprudentes dmonstrations thologiques qu'une ferveur immodre1 stimule par une vanit fort excusable1 multipliait1 de son temps1 avec une inpuisable fcondit3 et encore cet avis1 beaucoup trop tardif1 aggravait-il lui-mme le mal par une impuissante dclaration1 qui fournissait aux sceptiques un nouveau motif de reprocher la thologie qu'elle reculait dsormais devant la raison1 aprs en avoir si long-temps accept le souverain arbitrage4 ,cet invitable inconvnient tait surtout sensible pour ces clbres argumentations tires de l'ordre des phnomnes naturels1 que ,pascal regardait1 si juste titre1 comme spcialement indiscrtes1 et auxquelles la thologie dogmatique empruntait cependant1 depuis plusieurs sicles1 ses principales preuves2 sans pouvoir souponner qu'une tude approfondie de la nature dvoilerait ultrieurement1 tous gards1 l'extrme imperfection relle de cette mme conomie qui avait d inspirer d'abord une aveugle admiration absolue1 avant qu'elle et pu devenir1 dans ses diffrentes parties essentielles1 le sujet continu d'une apprciation positive4 ,l'ensemble des diverses considrations prcdentes explique aisment combien toutes les voies intellectuelles taient d'avance spontanment aplanies pour l'indispensable opration secondaire spcialement rserve aux littrateurs franais du ,x,v,i,i,ie sicle1 afin d'accomplir graduellement1 chez des esprits bien prpars1 l'entire vulgarisation finale de la philosophie ngative1 dj convenablement systmatise pendant le sicle prcdent4 ,nanmoins1 telle est1 en tous genres1 l'extrme lenteur de notre essor spirituel1 mme dans l'ordre purement critique1 que1 entre ces deux sicles1 des fondateurs aux propagateurs de l'mancipation mentale1 une scrupuleuse apprciation historique signale expressment quelques agens philosophiques spcialement destins cette transmission normale de l'branlement rationnel4 ,parmi ces intermdiaires naturels de ,bayle ,voltaire1 on doit surtout distinguer l'illustre et sage ,fontenelle1 vritable philosophe sans en affecter le titre1 qui1 mieux que personne alors1 avait la fois pressenti la haute ncessit1 intellectuelle et sociale1 de cet affranchissement dfinitif1 et la destination purement provisoire d'une telle opration1 dont la tendance ultrieure vers l'avnement final d'une philosophie vraiment positive n'avait pu entirement chapper l'heureuse pntration de son admirable instinct philosophique1 comme j'aurai lieu de l'indiquer directement au chapitre suivant4 ,d'une autre part1 pendant que la direction gnrale du mouvement rvolutionnaire tait ainsi transmise des purs penseurs aux simples crivains1 les littrateurs s'taient graduellement prpars cette nouvelle mission1 en se livrant naturellement de plus en plus aux dissertations philosophiques1 depuis que la pleine ralisation du grand mouvement esthtique propre au sicle prcdent ne leur permettait plus d'esprer d'clatans succs qu'en s'ouvrant une autre issue4 ,on peut regarder la mmorable controverse sur les anciens et les modernes1 au dbut du ,x,v,i,i,ie sicle1 comme le principal indice et l'occasion la plus dcisive de cette transformation spontane1 outre son importance1 dj signale au quarante-septime chapitre1 et qui sera plus spcialement apprcie dans la leon suivante1 pour caractriser la premire discussion rationnelle sur la notion fondamentale du progrs humain4 ,il serait donc maintenant impossible de mconnatre combien tait1 tous gards1 soigneusement prpare la mission gnrale de ces littrateurs1 si aisment rigs en philosophes1 depuis que ce titre1 au lieu d'exiger de longues et pnibles mditations1 pouvait s'obtenir en dissertant1 avec une spcieuse facilit1 en faveur de quelques ngations systmatiques1 dogmatiquement tablies long-temps d'avance4 ,toutefois1 l'indispensable ncessit1 mentale et sociale1 d'une telle laboration provisoire1 laissera toujours1 dans l'ensemble de l'histoire humaine1 une place importante ses principaux cooprateurs1 et surtout leur type le plus minent1 auquel la postrit la plus lointaine assurera une position vraiment unique2 parce que jamais un pareil office n'avait pu jusque alors choir1 et pourra dsormais encore moins appartenir1 un esprit de cette nature1 chez lequel la plus admirable combinaison qui ait exist jusqu'ici entre les diverses qualits secondaires de l'intelligence prsentait si souvent la sduisante apparence de la force et du gnie4 ,en passant ainsi finalement des penseurs aux littrateurs1 la philosophie ngative a d manifester habituellement un caractre moins prononc1 soit pour mieux s'adapter la rationnalit moins nergique de ces nouveaux organes1 soit aussi afin de faciliter l'entire propagation de l'branlement mental4 ,par ce double motif1 l'cole voltairienne fut spontanment conduite arrter1 en gnral1 la doctrine fondamentale de ,spinosa1 de ,hobbes1 et de ,bayle1 au simple disme proprement dit1 qui1 en effrayant moins les esprits vulgaires1 suffisait d'ailleurs l'entire dsorganisation effective de la constitution religieuse2 attendu l'vidente impossibilit de rien fonder socialement sur ce vague et impuissant systme1 source inpuisable de dissidences thologiques1 et o l'on ne pouvait voir rellement qu'une vaine concession extrme provisoirement laisse l'ancien esprit religieux dans son irrvocable dcroissement universel3 c'est pourquoi la dnomination de diste me parat spcialement convenable l'ensemble de cette dernire phase rvolutionnaire4 ,une telle rduction normale procurait1 en outre1 aux voltairiens la facult1 si prcieuse leur dbilit logique1 de prolonger1 leur usage1 les avantages d'inconsquence propres l'laboration purement protestante1 en continuant ds-lors dtruire la religion au nom du principe religieux1 de manire tendre graduellement l'influence dissolvante jusqu'aux plus timides croyans4 ,mais1 quelques facilits que cette marche irrationnelle ait d alors offrir l'active propagation gnrale de l'branlement philosophique1 elle est ultrieurement devenue la source invitable de graves embarras intellectuels1 et par suite sociaux1 qui se font aujourd'hui dplorablement sentir1 soit par l'encouragement vident ainsi directement imprim une commode hypocrisie1 soit surtout par la confusion radicale qui en rsulte1 chez les esprits vulgaires1 sur le vrai caractre de la tendance finale de l'volution mentale1 que tant de prtendus penseurs croient maintenant pouvoir indfiniment borner cette phase purement diste2 comme leurs prdcesseurs avaient dj cru pouvoir aussi l'arrter successivement aux phases socinienne1 calviniste et mme d'abord luthrienne1 sans que ces divers dsappointemens antrieurs aient pu encore dissiper suffisamment leur dangereuse illusion4 ,j'indiquerai spcialement1 au cinquante-septime chapitre1 les principaux inconvniens actuels de cette absurde utopie1 qui voudrait assigner pour terme normal au grand mouvement d'mancipation des socits modernes l'tat thologique le moins consistant et le moins durable de tous3 il suffisait ici de caractriser sommairement la vritable source historique d'une telle aberration radicale4 ,sans m'arrter aucune apprciation concrte de l'laboration philosophique dont je viens d'expliquer ainsi abstraitement1 d'abord la destination et l'origine1 ensuite la marche et le caractre1 je dois cependant signaler rapidement l'expdient spontan l'aide duquel les principaux directeurs de cette longue et vaste opration ont suffisamment contenu1 jusqu' son entire consommation1 le plus grave danger qui ft propre sa nature1 et qui pouvait tendre neutraliser profondment les nombreux efforts distincts dont le concours tait indispensable son succs4 ,on conoit1 en effet1 qu'une doctrine essentiellement compose de pures ngations devait tre peu propre rallier rationnellement ses divers partisans1 qui d'ailleurs ne pouvaient tre assujtis1 comme leurs prcurseurs protestans1 aucune discipline rgulire1 susceptible de modrer l'essor naturel de leurs invitables divergences4 ,a la vrit1 la principale partie du travail de propagation ngative fut surtout accomplie par un seul homme1 dont la longue vie et l'infatigable activit purent heureusement suffire cette immense tche4 ,en second lieu1 la nature du rsultat commun tait1 videmment1 fort loin d'exiger une exacte concordance spculative entre les divers cooprateurs1 qui1 n'ayant rellement qu' dtruire et non construire1 pouvaient1 sans s'annuler mutuellement1 diffrer beaucoup dans leurs utopies philosophiques1 pourvu qu'ils s'accordassent essentiellement sur les dmolitions pralables1 ce qui devait spontanment avoir lieu le plus souvent4 ,toutefois1 de profondes dissidences mentales1 envenimes par d'envieuses rivalits1 eussent probablement beaucoup compromis le succs final1 comme elles avaient jadis tant discrdit le protestantisme1 si1 au temps de la pleine maturit de l'opration gnrale1 l'instinct clairvoyant de ,diderot ne ft venu1 par l'heureux expdient de l'entreprise encyclopdique1 instituer provisoirement un ralliement artificiel aux efforts les plus divergens1 sans exiger le sacrifice essentiel d'aucune indpendance1 et de manire procurer l'ensemble de ces incohrentes spculations l'apparence extrieure d'une sorte de systme philosophique1 la longue dure d'un tel travail tant d'ailleurs pleinement suffisante l'entire consommation de toutes les laborations critiques de quelque importance1 sous la protection commune de cette vaste compilation4 ,on doit aussi noter1 ce sujet1 la tendance spontane de ce mode ingnieux rattacher directement les divers dveloppemens de la philosophie ngative l'essor gnral des nouveaux lmens sociaux1 de faon rappeler involontairement la destination finale de cet branlement philosophique1 et par suite1 carter naturellement1 autant que possible1 les aberrations rtrogrades auxquelles devait ultrieurement donner lieu son exagration sociale4 ,au reste1 l'ensemble de ce ,trait nous dispense videmment de faire ici ressortir la profonde inanit philosophique de cette prtendue conception encyclopdique1 alors uniquement dirige par une impuissante mtaphysique1 impropre mme caractriser l'esprit et les conditions de ce grand projet primitif de ,bacon1 dont l'excution rationnelle1 encore prmature mme aujourd'hui1 ne saurait enfin rsulter que du plein ascendant ultrieur de la philosophie vraiment positive1 au lieu de se rapporter une philosophie purement ngative1 dont la commode laboration collective constituait1 au fond1 la seule valeur relle d'une semblable entreprise1 si hautement dpourvue de tout principe systmatique1 mais1 par l mme1 si bien adapte sa vraie destination temporaire4 ,quoique la longue opration rvolutionnaire des littrateurs franais du ,x,v,i,i,ie sicle1 n'ait pu1 sans doute1 introduire aucune doctrine vritablement nouvelle1 dont les fondemens philosophiques n'eussent pas t suffisamment formuls dans la systmatisation ngative du sicle prcdent1 j'y crois cependant devoir signaler distinctement1 cause de sa grande influence sociale1 la mmorable aberration de l'ingnieux ,helvtius sur l'galit ncessaire des diverses intelligences humaines4 ,une superficielle apprciation historique a fait communment envisager ce sophisme fondamental comme d l'effort isol d'un esprit excentrique1 tandis qu'il constitue rellement1 au contraire1 la reprsentation la plus naturelle et la plus exacte de l'ensemble de la situation philosophique correspondante1 qui rendait son avnement provisoire aussi invitable qu'indispensable4 ,d'une part1 en effet1 on ne saurait douter qu'un tel paradoxe ne dt ncessairement rsulter de la vaine thorie mtaphysique de l'entendement humain1 dj dogmatiquement tablie par ,locke sous l'impulsion de ,hobbes1 et qui rapporte toutes les aptitudes intellectuelles la seule activit des sens extrieurs1 dont les diffrences individuelles sont1 en effet1 trop peu prononces pour devoir engendrer1 par elles-mmes1 aucune profonde ingalit mentale4 ,sous cet aspect1 la thse d',helvtius doit sembler d'autant moins personnelle que1 par une apprciation plus gnrale1 on la voit alors intimement rattache cette tendance universelle faire toujours prdominer1 dans le systme entier des spculations biologiques quelconques1 la considration des influences ambiantes sur celle de l'organisme lui-mme1 comme je l'ai dj expliqu dogmatiquement dans la cinquime partie de ce ,trait1 et comme je le ferai sentir historiquement au chapitre suivant4 ,en second lieu1 il est clair que cette aberration provisoire tait logiquement ncessaire au plein dveloppement social de la doctrine critique1 dont l'ensemble supposait tacitement1 en effet1 cette universelle galit mentale1 sans laquelle ni le principe gnral du libre examen individuel1 ni les dogmes absolus de l'galit sociale et de la souverainet populaire n'auraient pu certainement rsister aucune discussion rigoureuse4 ,l'ascendant illimit que cette thorie attribuait spontanment l'ducation et au gouvernement pour modifier arbitrairement l'humanit1 tait aussi en parfaite harmonie naturelle avec l'esprit gnral de la politique mtaphysique1 o la socit1 toujours abstraitement conue sans aucunes lois1 statiques ou dynamiques1 propres ses phnomnes1 parat indfiniment modifiable au gr d'un lgislateur suffisamment puissant4 ,a tous ces divers titres1 il est maintenant irrcusable historiquement que ce fameux sophisme d',helvtius1 comme celui1 dj apprci1 qu'il avait plus directement emprunt ,hobbes sur la thorie de l'gosme1 constitue1 en ralit1 une phase pleinement normale du dveloppement ncessaire de la philosophie ngative1 dont ce clbre crivain fut certainement l'un des principaux propagateurs4 ,tels sont les diffrens aspects essentiels sous lesquels je devais ici caractriser sommairement la juste apprciation historique de la partie la plus dcisive et la plus prolonge du grand branlement philosophique rserv au dix-huitime sicle4 ,plus on rflchit sur la nature superficielle ou sophistique1 sur la dbilit logique1 et sur l'irrationnelle direction1 propres la plupart des attaques1 partielles ou gnrales1 entreprises alors avec tant de succs contre les bases fondamentales de l'ancienne constitution sociale1 mieux on doit sentir combien une telle efficacit rvolutionnaire1 dont les rsultats principaux sont dsormais hautement irrvocables1 tenait surtout la parfaite conformit spontane d'une pareille opration avec l'ensemble des besoins1 alors prpondrans1 finalement dtermins par la nouvelle situation des socits modernes1 l'issue du mouvement gnral de dcomposition qui s'accomplissait graduellement depuis le quatorzime sicle4 ,sans cette corelation ncessaire1 un semblable succs serait1 moins d'un miracle1 videmment inexplicable1 pour des tentatives dissolvantes qui1 malgr le mrite spcial de leurs auteurs1 n'auraient certainement obtenu1 quelques sicles auparavant1 aucune grande influence sociale4 ,une telle opportunit se manifeste alors hautement par l'unanime disposition de tous les grands hommes contemporains seconder spontanment cet indispensable branlement philosophique1 quand ils n'y prenaient point une part active2 comme le tmoignent si clairement1 chacun sa manire1 non-seulement d',alembert1 mais aussi ,montesquieu1 et mme ,buffon3 en sorte que l'on ne peut citer1 cette poque1 aucun esprit minent qui n'ait rellement particip1 sous des formes et des degrs quelconques1 cette commune laboration ngative1 presque toujours assiste d'une clatante adhsion chez les classes mmes contre lesquelles devait finalement tourner son ascendant social4 ,quoique la primitive conscration dogmatique de la dictature temporelle dt heureusement dissimuler la tendance directement rvolutionnaire d'une telle doctrine au vulgaire des hommes d'tat1 incapables de rien apprcier au-del d'immdiates consquences matrielles1 on ne peut douter qu'un gnie politique aussi pntrant que celui du grand ,frdric n'et certainement saisi la vraie porte sociale de cette agitation mentale1 bien qu'il ne pt en craindre personnellement les atteintes ultrieures4 ,la haute protection constamment accorde1 par un juge aussi comptent1 l'active propagation universelle de l'branlement philosophique1 dont les principaux chefs taient presque devenus ses amis privs1 ne saurait donc tenir qu' l'intime pressentiment de l'indispensable ncessit provisoire d'une pareille phase ngative pour aboutir enfin l'avnement normal de l'organisation rationnelle et pacifique vers laquelle avaient toujours instinctivement tendu1 sous des formes plus ou moins nettes1 depuis l'entier accomplissement de la conqute romaine1 les vux spontans de tous les hommes vraiment suprieurs1 quelle que pt tre leur caste ou leur condition4 ,a cette apprciation fondamentale de l'cole philosophique proprement dite1 par laquelle le sicle dernier dut tre surtout caractris1 il ne nous reste plus enfin1 suivant la marche dj indique1 qu' joindre la considration trs sommaire de l'cole spcialement politique1 qui en constitua bientt la drivation ncessaire et l'indispensable complment1 destine prparer immdiatement la grande explosion rvolutionnaire1 en provoquant directement la dsorganisation temporelle1 quand la dsorganisation spirituelle put tre suffisamment accomplie4 ,sans doute1 cette dernire cole1 dont ,rousseau fut le chef distinct1 apportait encore moins d'ides vraiment nouvelles1 mme ngatives1 que l'cole principale dirige par ,voltaire2 puisque tous les divers dogmes politiques propres la mtaphysique rvolutionnaire avaient d se trouver spontanment dvelopps1 quoique d'une manire accessoire et sous des formes incohrentes1 dans la plupart des attaques purement philosophiques diriges contre l'ancien systme social pendant la priode que je viens d'examiner4 ,aussi l'laboration ngative spcialement rserve ,rousseau ne put-elle prsenter d'autre difficult intellectuelle que la coordination directe de ces notions prexistantes mais parses1 et dut-elle surtout tirer son principal caractre de cet intime appel l'ensemble des passions humaines1 vritable source fondamentale de son nergie ultrieure2 tandis que l'cole voltairienne s'tait1 au contraire1 toujours essentiellement adresse l'intelligence1 quelque frivoles que fussent d'ailleurs ses conceptions habituelles4 ,malgr la dsastreuse influence sociale propre l'cole de ,rousseau1 laquelle il faut particulirement rapporter1 mme aujourd'hui1 les plus graves aberrations politiques1 une juste apprciation historique conduit reconnatre que non-seulement son avnement fut invitable1 ce qui est certes assez vident1 mais aussi qu'elle dut remplir un dernier office indispensable1 dans le systme total de l'branlement rvolutionnaire4 ,nous avons reconnu les avantages essentiels que l'cole purement philosophique avait toujours retirs de la tendance fondamentale que ,hobbes lui avait1 ds l'origine1 spontanment imprime1 maintenir immdiatement intact l'ensemble des institutions relatives la dictature temporelle partout tablie depuis le seizime sicle4 ,d'aprs cette disposition naturelle1 quoiqu'un tel respect ne pt tre assurment que provisoire1 en vertu de sa contradiction croissante avec l'essor mme de la philosophie ngative1 cependant l'esprit critique1 s'tant pour ainsi dire puis sur la dmolition spirituelle1 et d'ailleurs implicitement retenu par la crainte confuse d'une entire anarchie1 devait passer sans nergie l'attaque directe des institutions temporelles1 et se montrer peu dcid surmonter avec opinitret des rsistances vraiment srieuses4 ,cette invitable influence devait se faire d'autant plus sentir que1 par suite de l'ascendant croissant d'une telle laboration1 la masse philosophique tendait graduellement se composer surtout d'esprits de plus en plus vulgaires unis des caractres de moins en moins levs1 trs enclins concilier personnellement1 autant que possible1 les honneurs d'une facile mancipation mentale avec les profits d'une indulgente approbation politique1 l'exemple de beaucoup de leurs prcurseurs protestans4 ,or1 d'un autre ct1 il est clair que le dveloppement simultan de la dictature temporelle devait naturellement devenir de plus en plus rtrograde et corrupteur1 par suite de l'incapacit croissante de la royaut qui y prsidait1 et d'aprs la dmoralisation progressive de la caste qui y dployait son vain orgueil1 aprs avoir servilement abdiqu l'indpendance politique et la destination sociale sur lesquelles il avait jadis lgitimement repos4 ,la situation tait donc telle alors que la critique spcialement sociale serait prcisment devenue moins nergique mesure qu'elle devenait plus urgente1 si l'ardente impulsion de ,rousseau n'et spontanment prvenu1 cet gard1 une torpeur universelle1 en rappelant directement1 par les seuls moyens qui1 dans ce cas1 pussent obtenir une suffisante efficacit1 que la rgnration morale et politique constituait ncessairement le vritable but dfinitif de l'branlement philosophique1 dsormais tendant dgnrer en une strile agitation mentale4 ,a la vrit1 il faut reconnatre que dj le consciencieux ,mably s'tait montr suffisamment capable de formuler la systmatisation politique de la doctrine rvolutionnaire1 et mme en temprant spontanment1 par une heureuse influence du point de vue historique1 les principales aberrations qui devaient s'y rattacher ensuite3 ce qui ne laisse essentiellement en propre ,rousseau que ses sophismes et ses passions1 mutuellement solidaires4 ,mais1 quoique cette opration dogmatique dispenst ,rousseau d'une laboration rationnelle peu convenable sa nature1 bien plus esthtique que philosophique1 cette froide exposition abstraite1 seulement destine aux esprits mditatifs1 auxquels les clbres publicistes du sicle prcdent auraient mme pu1 sous ce rapport1 presque suffire1 tait bien loin de rendre superflue l'audacieuse explosion de ,rousseau1 dont le paradoxe fondamental vint partout soulever directement l'ensemble des penchans humains contre les vices gnraux de l'ancienne organisation sociale1 en mme temps que malheureusement il contenait aussi le germe invitable de toutes les perturbations possibles1 par cette sauvage ngation de la socit elle-mme1 que l'esprit de dsordre ne saurait sans doute jamais dpasser1 et d'o dcoulent1 en effet1 toutes les utopies anarchiques qu'on croit propres notre sicle4 ,pour apprcier dignement la haute ncessit temporaire de cet nergique branlement1 quelle qu'en ait pu tre la dsastreuse influence ultrieure1 il faut considrer que1 d'aprs l'extrme imperfection de la philosophie politique1 les meilleurs esprits taient alors conduits voir le terme final de l'volution sociale des peuples modernes en de striles ou chimriques modifications du rgime ancien priv de ses principales conditions d'existence relle1 ce qui tendait carter indfiniment toute vraie rorganisation4 ,on sait que le grand ,montesquieu lui-mme1 malgr sa juste aversion des utopies1 guid par une impuissante mtaphysique1 comme je l'ai expliqu au quarante-septime chapitre1 ne put chapper cette fatale illusion1 qui lui montra la rgnration sociale dans une vaine propagation universelle de la constitution transitoire particulire l',angleterre1 qu'il appuya si dangereusement de sa puissante recommandation4 ,un tel exemple est bien propre dmontrer que1 sans l'indispensable intervention de l'cole anarchique de ,rousseau1 l'branlement philosophique du dernier sicle allait pour ainsi dire avorter au moment mme d'atteindre son but final2 moins d'une suffisante rnovation pralable de la vraie philosophie politique1 peine possible aujourd'hui1 et qui d'ailleurs serait certainement toujours reste chimrique1 suivant les indications du quarante-septime chapitre1 sans la crise rvolutionnaire dont cette extrme laboration ngative devait tre suivie3 tant est invitable1 par sa nature1 cette douloureuse ncessit qui condamne les conceptions sociales n'avancer que sous le funeste antagonisme spontan des diverses aberrations empiriques1 jusqu' ce que l'ascendant gnral de la philosophie positive ait convenablement rationnalis ce dernier ordre fondamental de spculations humaines4 ,pour achever de caractriser la marche naturelle de la critique temporelle spcialement rserve ,rousseau1 il faut considrer la tendance croissante de cette cole1 mme partir de ,mably1 une sorte de rtrogradation spirituelle1 qui la rattachait davantage au mouvement purement protestant qu' l'branlement philosophique proprement dit1 d'o elle tait d'abord issue1 et contre lequel nanmoins elle levait une nergique rivalit4 ,dans l'cole voltairienne1 qui mnageait essentiellement l'organisation temporelle1 le disme systmatique n'tait vraiment qu'une simple concession provisoire1 qui n'y pouvait acqurir d'importance srieuse1 et laquelle devait bientt succder spontanment1 mme chez le vulgaire1 l'entire mancipation thologique2 malgr l'indignation peu profonde dont la vieillesse de son chef se montra anime contre l'athisme de la nouvelle gnration1 bien plus par un instinct personnel de rivalit philosophique que d'aprs de vritables convictions religieuses4 ,au contraire1 l'cole de ,rousseau et de ,mably1 poussant jusqu' ses plus extrmes limites la critique temporelle1 et poursuivant directement la rgnration politique1 devait de plus en plus s'attacher essentiellement au disme comme son point d'appui fondamental1 seule garantie apparente contre sa tendance immdiate l'anarchie universelle1 en mme temps que seule base intellectuelle ultrieure de son utopie sociale4 ,l'influence croissante de cette disposition naturelle tendait ncessairement ramener cette cole au pur socinianisme1 ou mme au calvinisme proprement dit1 mesure qu'elle devait spontanment sentir1 quoique confusment1 la haute inanit sociale d'une religion sans culte et sans sacerdoce4 ,on peut mme remarquer ensuite cette tendance1 surtout en ,allemagne1 jusque dans la nature propre de la mtaphysique prfre par une telle cole1 et qui1 bien plus rapproche du platonisme protestant que de l'aristotlisme catholique1 prend de plus en plus le caractre thologique du protestantisme officiel4 ,c'est ainsi que les deux principales coles philosophiques du sicle dernier ont t simultanment conduites1 sous l'impulsion oppose de leur instinct particulier1 considrer le disme comme une sorte de station temporaire1 destine faciliter la marche1 des uns en avant1 et des autres en arrire1 dans la dsorganisation moderne du systme religieux3 ce qui explique aisment l'impression trs diffrente que les deux coles1 malgr l'apparente conformit de leurs dogmes thologiques1 ont d produire1 surtout de nos jours1 sur l'instinct sacerdotal4 ,quoique la critique temporelle1 propre la seconde moiti du ,x,v,i,i,ie sicle1 ait d tre essentiellement domine par l'nergique ascendant de ,rousseau1 il importe cependant d'y distinguer soigneusement la participation spontane d'une autre secte politique1 celle des conomistes1 que la spcialit de ses attaques a d1 malgr leur subalternit philosophique1 graduellement investir d'une influence trs favorable l'entire dsorganisation de l'ancien systme social4 ,il serait superflu d'insister ici sur la nature minemment mtaphysique de la prtendue science constitue par cet ordre de philosophes3 je l'ai assez caractrise au quarante-septime chapitre2 et elle est d'ailleurs assez prononce aujourd'hui pour qu'aucun bon esprit ne puisse plus s'y mprendre4 ,d'une autre part1 je dois renvoyer au chapitre suivant l'apprciation directe de la prparation organique1 utile quoique partielle1 qui a spontanment appartenu cette cole1 dans l'laboration pralable de la saine philosophie politique1 en faisant hautement ressortir l'importance sociale de l'industrie chez les peuples modernes1 sauf les graves inconvniens1 historiques et dogmatiques1 inhrens l'esprit absolu de cette branche spciale de la mtaphysique ngative4 ,nous n'avons ici considrer que son efficacit rvolutionnaire1 qui fut assurment incontestable1 puisqu'elle parvint dmontrer aux gouvernemens eux-mmes leur inaptitude radicale diriger l'essor industriel2 ce qui1 depuis le dcroissement vident de l'activit militaire1 leur enlevait radicalement leur principale attribution temporelle1 et tendait d'ailleurs heureusement dissiper le dernier prtexte habituel des guerres1 alors devenues essentiellement commerciales4 ,il est donc impossible de mconnatre historiquement les minens services rendus1 au sicle dernier1 par cette branche intressante de la critique temporelle1 malgr ses ridicules et ses exagrations4 ,quoique1 sous ce rapport1 la principale influence appartienne certainement un immortel ouvrage cossais1 ou ne peut nier que cette doctrine1 d'abord mane du protestantisme1 comme toutes les autres doctrines critiques1 cause de la prpondrance industrielle des nations protestantes1 ne se soit surtout dveloppe en ,france1 conjointement avec l'ensemble de la philosophie ngative4 ,sa tendance rvolutionnaire est videmment incontestable1 d'aprs sa conscration absolue de l'esprit d'individualisme et de l'tat de non-gouvernement4 ,malgr les efforts prolongs de ses plus judicieux partisans pour contenir cette nature anti-politique dans des limites inoffensives1 on a vu cependant ses plus rigoureux sectateurs aller jusqu' en dduire dogmatiquement soit l'entire superfluit de tout enseignement moral rgulier1 soit la suppression de tout encouragement officiel destin aux sciences ou aux beaux-arts1 etc43 j'ai mme dj not1 au quarante-septime chapitre1 que les plus rcentes aberrations contre l'institution fondamentale de la proprit ont rellement pris leur source dans la mtaphysique conomique1 depuis que1 par l'accomplissement suffisant de sa vraie destination temporaire1 elle a tendu devenir directement anarchique1 comme les autres branches essentielles de la philosophie ngative propre au sicle dernier4 ,une telle doctrine tait d'autant plus dangereuse pour l'ancien systme politique que son origine et sa destination rvolutionnaire tant spontanment dissimules sous des formes spciales1 devaient la faire mieux accueillir des pouvoirs auxquels elle ne s'offrait qu' titre d'utile instrument administratif4 ,aussi est-ce surtout le mode suivant lequel l'esprit critique devait se dvelopper directement dans les pays catholiques autres que la ,france1 o l'intensit trop prpondrante de la compression rtrograde empchait l'essor immdiat de l'esprit philosophique primordial4 ,il est remarquable1 en effet1 que les premires chaires institues par l'invitable imprvoyance des gouvernemens1 pour l'enseignement officiel de cette partie de la philosophie ngative1 logiquement solidaire avec toutes les autres1 le furent d'abord en ,espagne et chez les populations les moins avances de l',italie2 nouvelle vrification vidente de l'entire universalit de cette spontanit fondamentale qui1 depuis le ,x,i,ve sicle1 pousse instinctivement toute la chrtient occidentale l'irrvocable dsorganisation de l'antique constitution sociale1 dont les plus sincres partisans laissent toujours chapper une manifestation quelconque de leur involontaire participation active l'branlement commun4 ,on peut appliquer des remarques essentiellement analogues1 qu'il serait inutile ici de spcialiser davantage1 une autre cole politique1 principalement italienne1 qui1 au dernier sicle1 fournit au systme gnral de critique sociale sa coopration particulire1 par une mmorable srie d'efforts mtaphysiques contre la lgislation proprement dite1 surtout criminelle1 ainsi distinctement assujtie1 son tour1 aux mmes hostilits absolues que tout le reste de l'ordre ancien1 d'aprs des principes non moins radicalement anarchiques1 dont la dsastreuse exagration tendrait directement aujourd'hui priver la socit de ses plus indispensables garanties temporelles contre le libre essor des perturbations matrielles4 ,cette dernire branche de la mtaphysique rvolutionnaire est historiquement remarquable en ce qu'elle a spcialement donn lieu complter l'organisation spontane du mouvement transitoire par l'incorporation directe de la classe de plus en plus puissante des avocats1 jusque alors presque confondue dans l'branlement universel1 et dont l'adjonction graduelle la classe primordiale des purs littrateurs1 imprimant dsormais une nouvelle nergie la propagation ngative1 a tant influ ensuite sur la crise finale1 comme je l'expliquerai au cinquante-septime chapitre4 ,aprs avoir ainsi suffisamment apprci les trois phases successives de systmatisation1 de propagation1 et d'application1 propres la marche gnrale de la philosophie ngative1 il est ais d'en achever entirement l'examen historique par la rapide indication des principales aberrations abstraites1 intellectuelles ou morales1 qui en taient immdiatement insparables1 en cartant d'ailleurs ici celles beaucoup plus graves que nous verrons plus tard rsulter de son ascendant politique4 ,sous ce rapport1 les dviations propres aux littrateurs du sicle dernier n'taient point essentiellement d'une autre espce que celles1 prcdemment caractrises1 de leurs prcurseurs protestans1 ds-lors seulement aggraves1 soit par le progrs mme de la dsorganisation1 soit par la nature encore moins normale des nouveaux organes dissolvants4 ,nous avons reconnu ci-dessus que le dfaut habituel de profondes convictions philosophiques1 qui distingue mentalement1 parmi les mtaphysiciens1 les modernes littrateurs des anciens docteurs1 avait d les mieux adapter la transition dfinitive1 en ce que1 moins systmatiquement engags dans la commune mtaphysique1 ils ne pouvaient entraver autant l'apprciation du but final par l'ascendant illusoire des moyens passagers1 et ils devaient mme se trouver ensuite plus librement disposs seconder l'avnement direct d'une vraie rorganisation sociale4 ,mais ces avantages ultrieurs ne pouvaient aucunement compenser les dangers immdiatement attachs l'irrationnalit plus prononce de ces nouveaux guides spirituels1 dont l'influence provisoire devait spcialement augmenter le dsordre intellectuel et moral4 ,les questions les plus importantes et les plus difficiles devenant ainsi l'apanage presque exclusif des esprits les moins propres1 soit par leur nature1 soit par l'ensemble de leur ducation1 les traiter convenablement1 on doit tre assurment peu surpris que la haute direction du mouvement social ait ds-lors tendu essentiellement appartenir de plus en plus aux sophistes et aux rhteurs1 dont nous subissons aujourd'hui le dplorable ascendant1 impossible neutraliser suffisamment par aucune autre voie que l'laboration directe de la doctrine organique4 ,chacune des deux coles opposes1 l'une philosophique1 l'autre politique1 qui ont principalement dirig l'branlement spirituel au ,x,v,i,i,ie sicle1 devait prsenter1 sous cet aspect1 des inconvniens qui lui taient propres1 sans que d'ailleurs ils fussent rellement quivalens4 ,quelque dangereux que soit1 en effet1 le rgime mental de l'cole voltairienne1 par sa frivolit caractristique1 et par l'irrationnel ddain qu'il inspire pour toute profonde et consciencieuse laboration philosophique1 il reste du moins toujours essentiellement intellectuel3 tandis que l'cole de ,rousseau1 beaucoup plus radicalement subversive de toute saine activit spculative1 appelle directement les passions trancher les difficults qui exigent le plus une pure apprciation rationnelle3 tendance ncessaire1 o l'on ne doit voir qu'une manifestation spontane des vagues sympathies thologiques propres cette dernire cole2 l'instinct thologique consistant surtout1 comme je l'ai tabli1 faire constamment intervenir les passions dans les conceptions les plus abstraites4 ,en reprenant sommairement1 l'gard de l'branlement diste1 chacune des aberrations spirituelles ci-dessus remarques dans l'branlement protestant1 on vrifiera facilement la nouvelle extension qu'elles y devaient naturellement acqurir4 ,cet accroissement est d'abord vident pour la plus fondamentale de toutes1 puisque l'absorption indfinie du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel devint alors1 comme on l'a vu1 le sujet direct d'une systmatisation absolue qui n'avait pu auparavant s'accomplir entirement2 elle fut ensuite prconise d'ailleurs avec une antipathie plus prononce envers le rgime catholique du moyen-ge4 ,une telle rpugnance dogmatique pour la division gnrale des deux pouvoirs doit sembler d'autant plus trange qu'elle forme1 au sicle dernier1 un contraste remarquable avec l'existence effective de la classe philosophique1 dont la situation extra-lgale1 fort analogue celle des coles grecques1 aurait d lui faire sentir qu'elle prparait l'avnement social d'un nouveau pouvoir spirituel1 encore plus distinct et plus indpendant que l'ancien du pouvoir temporel correspondant4 ,si l'on considre ensuite les trois principales dviations philosophiques qui drivent de cette commune source1 suivant le mme ordre que pour le protestantisme1 on trouve premirement une altration plus profonde dans l'apprciation historique du moyen-ge1 et par suite dans la notion spontane du progrs social1 l'aversion plus complte envers le catholicisme ayant alors beaucoup dvelopp l'irrationnelle admiration du rgime polythique de l'antiquit1 contenue auparavant1 chez les protestans1 par leur vnration des premiers temps chrtiens4 ,on sait que ces haineuses divagations furent souvent pousses jusqu'au point de faire regretter presque ouvertement le polythisme par des esprits choqus de la trop grande irrationnalit des croyances chrtiennes3 les tranges tentatives destines1 par exemple1 la rhabilitation politique du rtrograde ,julien en ont souvent offert d'incontestables tmoignages4 ,mais1 quels que soient1 cet gard1 les reproches videns que mritent pareillement toutes les sectes philosophiques du sicle dernier1 ces torts ont t1 sans doute1 bien plus profondment propres l'cole de ,rousseau1 qui poussa1 sous ce rapport1 l'esprit de rtrogradation jusqu'au plus extravagant dlire1 par cette sauvage utopie o un brutal isolement tait directement propos pour type l'tat social3 tandis que l'cole voltairienne1 par son attachement instinctif aux divers lmens essentiels de la civilisation moderne1 compensait du moins1 un certain degr1 les dangers de son inconsquente conception du progrs gnral de l'humanit4 ,en second lieu1 c'est surtout alors que1 toute ide de division normale des deux pouvoirs tant provisoirement efface1 on voit se dvelopper librement la tendance spontane de l'ambition philosophique vers l'espce de thocratie mtaphysique rve jadis par les coles grecques4 ,cette chimrique inclination tait1 sans doute1 dj sensible sous le protestantisme1 o elle constitue rellement le fond principal des illusions politiques propres diverses classes d'illumins sur le prtendu rgne des saints3 mais son essor y tait ncessairement contenu par cette conscration solennelle de la suprmatie temporelle1 qui caractrisait toujours le protestantisme officiel4 ,le respect provisoire que les voltairiens professaient pour la dictature monarchique a1 jusqu' un certain point1 exerc une influence quivalente pendant la premire moiti du ,x,v,i,i,ie sicle1 quoique d'une manire beaucoup plus prcaire1 et seulement en ajournant1 ou1 tout au plus1 en rduisant les esprances philosophiques4 ,mais l'cole de ,rousseau1 plus rapproche de la crise finale1 poursuivant directement la dsorganisation temporelle1 en vue d'une immdiate rgnration politique1 tait spcialement destine1 sous ce rapport1 comme sous presque tous les autres1 pousser jusqu' leurs extrmes limites les aberrations propres la philosophie ngative4 ,proscrivant plus que jamais toute division relle entre le pouvoir politique et le pouvoir moral1 cette secte1 rejetant1 dans l'intrt de l'humanit1 toute borne quelconque l'ambition philosophique1 tait immdiatement entrane1 par son instinct caractristique1 inaugurer finalement une constitution d'autant plus purement thocratique qu'un retour vident vers une vague prpondrance sociale de l'esprit thologique formait le fond de sa doctrine propre4 ,la tendance gnrale de cette cole devait tre1 cet gard1 d'autant plus pernicieuse que1 dans ce nouveau rgne des saints1 sa nature la conduisait ncessairement concevoir le principal ascendant politique comme attach surtout1 non la capacit1 suivant le principe des thocraties historiques1 mais ce qu'elle appelait vaguement la vertu1 de manire encourager dogmatiquement la plus active et la plus dangereuse hypocrisie4 ,ces funestes dispositions naturelles1 dont j'indiquerai spcialement1 au cinquante-septime chapitre1 la haute influence ultrieure sur nos perturbations rvolutionnaires1 conservent aujourd'hui1 quoique sous d'autres formes1 une grande partie de leur dplorable ascendant1 qui ne pourra cesser que lorsqu'un retour rationnel la saine thorie fondamentale de l'organisme social aura accord aux lgitimes ambitions philosophiques une suffisante satisfaction normale1 en dissipant jamais l'illusion anti-sociale qui leur fait rver une domination absolue1 plus hostile qu'aucune autre au progrs rel de l'humanit1 comme je l'ai expliqu dans la leon prcdente4 ,par une dernire consquence vidente de l'aberration primordiale1 l'branlement diste du ,x,v,i,i,ie sicle devait1 encore davantage que l'branlement protestant1 pousser les socits modernes faire graduellement prvaloir la considration habituelle du point de vue pratique1 et rattacher1 d'une manire de plus en plus exclusive1 aux seules institutions temporelles1 l'uniforme solution de toutes les difficults politiques1 quelle qu'en pt tre la nature4 ,a dfaut de principes gnraux1 il a fallu multiplier1 au-del de toutes les bornes antrieures1 d'arbitraires rglemens particuliers1 que l'esprit mtaphysique dcorait vainement du nom de lois1 presque toujours caractriss par une usurpation1 tantt strile1 tantt perturbatrice1 du pouvoir politique proprement dit sur le domaine social des murs et des opinions4 ,nous reconnatrons plus tard les funestes effets de cette irrationnelle tendance rglementaire1 qui n'a pu se dvelopper librement que sous l'entier ascendant politique de la mtaphysique rvolutionnaire3 il suffisait ici d'en caractriser historiquement l'invasion progressive4 ,sous ce dernier aspect1 l'cole de ,rousseau tait encore videmment destine pousser plus loin qu'aucune autre les principales dviations philosophiques1 par cela mme qu'elle concentrait directement toute son attention sociale sur les mesures purement politiques1 d'o une aveugle imitation de l'antiquit l'entranait faire violemment dpendre jusqu' la discipline morale3 tandis que les voltairiens1 placs un point de vue plus abstrait1 et par suite plus gnral1 avaient conserv1 quoique un faible degr1 un sentiment confus de l'influence sociale directement propre aux ides indpendamment des institutions1 dont ils s'exagraient ordinairement beaucoup moins la porte effective4 ,quant aux aberrations morales proprement dites1 il serait assurment superflu de s'arrter ici caractriser expressment les ravages qu'a d exercer une mtaphysique qui1 dtruisant toutes les bases antrieures de la morale publique et mme prive1 sans leur substituer directement aucun quivalent rationnel1 livrait dsormais toutes les rgles de conduite l'apprciation superficielle et partiale des consciences individuelles1 alors frquemment entranes braver les notions morales en haine des conceptions thologiques correspondantes4 ,si l'instinct naturel de la moralit humaine et l'influence croissante de la civilisation moderne n'avaient heureusement compens1 en beaucoup de cas habituels1 cette tendance dissolvante1 elle n'et certainement laiss bientt subsister que les seules rgles morales1 sociales1 domestiques1 ou mme personnelles1 directement relatives des situations tellement simples que l'analyse morale y pt devenir suffisamment accessible aux esprits les plus grossiers4 ,les divers prjugs moraux sagement consacrs par le catholicisme1 soit pour prohiber ou pour prescrire1 reposaient1 sans doute1 en gnral1 sur une connaissance trs relle1 quoique empirique1 de la nature humaine1 et sur un heureux instinct des principaux besoins sociaux2 cependant ils ne pouvaient aucunement rsister au mode irrationnel des discussions mtaphysiques propres au sicle dernier1 o l'laboration ngative abandonnait entirement la reconstruction des lois morales la simple sollicitude spontane de ceux-l mme qui devaient en subir l'ascendant1 et auxquels le seul aperu de quelques inconvniens1 insparables des plus parfaites institutions1 inspirait souvent des prventions absolues contre les plus indispensables prceptes1 comme je l'ai indiqu au quarante-sixime chapitre4 ,dans des spculations aussi compliques1 o les ractions individuelles et sociales doivent tre frquemment poursuivies jusqu' des effets trs lointains et fort dtourns1 lorsque d'ailleurs le jugement y est presque toujours expos la sduction de nos plus nergiques penchans1 il est tellement impossible de suppler suffisamment une ducation rgulire1 que pas une seule notion morale n'a pu demeurer pleinement intacte sous l'influence dissolvante de la mtaphysique ngative1 mme chez les hommes les plus intelligens1 surtout quand ils prenaient une part active l'branlement philosophique4 ,parmi les tmoignages incontestables qu'on pourrait aisment multiplier l'appui de cette triste observation1 d'aprs les crits de ceux qui1 poursuivant systmatiquement la rgnration sociale1 semblaient devoir mieux respecter les lois fondamentales de la sociabilit1 il suffira d'en indiquer ici un seul trs caractristique envers chacun des deux chefs principaux4 ,on a peine comprendre aujourd'hui1 par exemple1 comment la haine aveugle de tout ce qui se rattachait l'influence catholique avait pu conduire un esprit aussi minemment franais que celui de ,voltaire oublier assez toutes les lois de la moralit humaine pour destiner expressment une longue laboration potique fltrir la touchante mmoire de cette noble hrone laquelle1 en tous pays1 toute me leve consacrera toujours une respectueuse admiration1 et qu'aucun ,franais ne devrait jamais nommer sans un hommage spcial de tendre reconnaissance nationale3 le dplorable succs de cette honteuse production indique quel degr tait dj parvenue la dmoralisation universelle4 ,une apprciation non moins svre doit certes s'appliquer aussi ce pernicieux ouvrage1 scandaleuse parodie d'une immortelle composition chrtienne1 o1 dans le dlire d'un orgueil sophistique1 ,rousseau1 dvoilant1 avec une cynique complaisance1 les plus ignobles turpitudes de sa vie prive1 ose nanmoins riger directement l'ensemble de sa conduite en type moral de l'humanit4 ,il faut mme reconnatre que ce dernier exemple tait1 par sa nature1 beaucoup plus dangereux que le premier1 o l'on peut voir seulement une coupable dbauche d'esprit2 tandis que ,rousseau1 appliquant une captieuse argumentation la justification systmatique des plus blmables garemens1 tendait certainement pervertir jusqu'au germe des plus simples notions morales3 aussi est-ce particulirement sous son inspiration1 directe ou indirecte1 qu'on voit clore aujourd'hui tant de doctorales conscrations1 personnelles ou collectives1 de la plus brutale prpondrance des passions sur la raison4 ,c'est ainsi que1 soit par la seule impuissance morale d'une mtaphysique purement ngative1 soit par l'active dpravation d'une doctrine sophistique1 les principales coles philosophiques du sicle dernier taient spontanment entranes vers des aberrations morales fort analogues celles de l'cole d'picure1 dont la rhabilitation sociale est alors devenue le sujet de tant d'illusoires dissertations1 qui n'offrent maintenant d'intrt rel que comme tmoignage historique de la dplorable situation des esprits modernes sous cet aspect fondamental4 ,on voit donc comment l'branlement diste a spcialement dvelopp les dviations morales d'abord manes de l'branlement protestant1 en poussant jusqu' son dernier terme la dsorganisation spirituelle qui en constituait le principe universel4 ,rien n'est plus propre assurment qu'un tel rsultat final constater la destination purement temporaire de cette prtendue philosophie1 essentiellement apte dtruire1 sans jamais pouvoir organiser1 mme les plus simples relations humaines4 ,mais cette conclusion gnrale devra ultrieurement ressortir1 avec une nergie plus dcisive1 de l'examen direct de la mmorable poque caractrise par l'ascendant politique d'une telle doctrine1 dont le triomphe complet devait si hautement manifester son entire impuissance organique4 ,nanmoins1 cette inaptitude radicale de la philosophie mtaphysique ne doit jamais faire oublier la dcrpitude1 ds long-temps quivalente1 de la philosophie thologique3 si l'une a tendu dissoudre la morale1 l'autre n'a pu la prserver1 et sa vaine intervention n'a mme abouti qu' rendre cette dissolution plus active1 en faisant rejaillir sur la morale l'irrvocable discrdit mental de la thologie1 comme je l'ai dj indiqu l'issue de la phase protestante4 ,l'accomplissement graduel de notre laboration historique fait donc de plus en plus ressortir la proprit caractristique de la philosophie positive1 comme seule base relle aujourd'hui d'une vraie rorganisation sociale1 aussi bien morale qu'intellectuelle1 en tant que seule susceptible de satisfaire simultanment aux besoins opposs d'ordre et de progrs1 auxquels les deux anciennes doctrines antagonistes satisfont si imparfaitement1 malgr la proccupation exclusive de chacune d'elles1 ou plutt par suite de leur commune impuissance concilier deux conditions galement insurmontables4 ,nous avons enfin termin1 dans cette longue mais indispensable leon1 la difficile apprciation rationnelle de l'immense mouvement rvolutionnaire qui1 depuis le ,x,i,ve sicle1 entrane de plus en plus l'lite de l'humanit sortir entirement du systme thologique et militaire1 qui1 sous sa dernire phase essentielle1 avait rempli1 au moyen-ge1 son dernier office ncessaire pour l'ensemble de l'volution humaine4 ,au temps o nous sommes parvenus1 la constitution fondamentale de ce rgime tait radicalement ruine1 soit dans son principe1 soit dans ses divers lmens1 par sa rduction finale une vaine dictature temporelle1 dj prive de tout ascendant spirituel1 et dont l'impuissance croissante suffisait peine au maintien1 de plus en plus prcaire1 d'un ordre matriel de plus en plus imparfait1 au milieu d'une imminente anarchie mentale et morale3 en un mot1 l'ancien systme social ne conservait plus1 ds-lors presque autant qu'aujourd'hui1 que cette dbile existence politique qui lui restera ncessairement jusqu' l'avnement direct d'une rorganisation vritable4 ,il faut donc maintenant1 suivant la marche d'abord trace1 consacrer le chapitre suivant l'apprciation1 non moins indispensable1 du mouvement lmentaire de recomposition qui s'tait silencieusement dvelopp pendant cette grande priode rvolutionnaire1 afin de pouvoir convenablement terminer1 au cinquante-septime chapitre1 l'ensemble de notre opration historique par l'examen spcial d'une poque qui n'a pu jusqu'ici manifester pleinement son vrai caractre1 parce que1 directement destine la rgnration sociale1 elle n'a point encore trouv la doctrine qui doit diriger son laboration propre1 et dont la seule absence y dtermine un vicieux prolongement de la transition ngative1 essentiellement accomplie au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,,fin ,,du ,,tome ,,cinqui,,me4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,tome ,,cinqui,,me4 ,pages4 ,,avis ,,de ,l',,diteur ,v #eb;e ,leon4 ,rduction pralable de l'ensemble de l'laboration historique4--,considrations gnrales sur le premier tat thologique de l'humanit3 ge du ftichisme4 bauche spontane du rgime thologique et militaire4 #a #ec;e ,leon4 ,apprciation gnrale du principal tat thologique de l'humanit3 ge du polythisme4 ,dveloppement graduel du rgime thologique et militaire4 #aae #ed;e ,leon4 ,apprciation gnrale du dernier tat thologique de l'humanit3 ge du monothisme4 ,modification radicale du rgime thologique et militaire4 #big #ee;e ,leon4 ,apprciation gnrale de l'tat mtaphysique des socits modernes3 poque critique1 ou ge de transition rvolutionnaire4 ,dsorganisation croissante1 d'abord spontane et ensuite systmatique1 de l'ensemble du rgime thologique et militaire4 #dib 99 99 99 99 99 ,corrections4 ,page #cb3 antropophagie remplac par anthropophagie 7l'anthropophagie la mieux caractrise74 ,page #db3 mtaphysiens remplac par mtaphysiciens 7tant de profonds mtaphysiciens74 ,page #dd3 amosphre remplac par atmosphre 7variations principales de l'atmosphre74 ,page #df3 le replac par la 7quand l'volution humaine est la plus avance74 ,page #df3 un remplac par une 7dtermin par un passion quelconque74 ,page #hh3 irrationel remplac par irrationnel 7l'irrationnel esprit74 ,page #abg3 mulplicit remplac par multiplicit 7par la multiplicit et l'incohrence74 ,page #ach3 tholo-logique remplac par thologique 7et consolider l'empire thologique74 ,page #age3 mantenant remplac par maintenant 7il importe maintenant74 ,page #agf3 prpondance remplac par prpondrance 7la prpondrance rgulire et continue74 ,page #aha3 on remplac par ou 7ou plutt en dtourne ncessairement74 ,page #aih3 ensuggrer remplac par en suggrer 7 lui en suggrer l'ide74 ,page #bdj3 perfectionement remplac par perfectionnement 7 tout perfectionnement notable74 ,page #bij3 le remplac par la 7la plus spcialement prpare au monothisme74 ,note #bj3 contreverses remplac par controverses 7de striles et interminables controverses74 ,page #cci3 pourvaient remplac par pouvaient 7que pouvaient lui mriter74 ,page #cej3 de remplac par des 7la plupart des membres74 ,page #cfb3 ,bysance remplac par ,byzance 7dans la clbre translation ,byzance74 ,page #cfh3 cathchismes remplac par catchismes 7le fond des catchismes vulgaires74 ,page #cga3 orgine remplac par origine 7,simultanment hritier1 ds l'origine74 ,page #dce3 complus remplac par complu 7se sont complu naturellement dans l'application de leur gnie74 ,page #dch3 monstreux remplac par monstrueux 7un monstrueux honneur74 ,page #eja3 est est remplac par est 7il est certainement vident74 ,page #eje3 tre tre remplac par tre 7sans que leur tendance politique finale pt tre encore aucunement souponne74 ,page #eee3 ,acquin remplac par ,aquin 7saint ,thomas d',aquin74 ,page #eig3 ,liebnitz remplac par ,leibnitz 7 la manire de ,descartes ou de ,leibnitz74 ,note #cc3 insr par 7la sentence dfinitive rendue par le pape74 ,page #ffe3 spontan remplac par spontane 7la phase primitive1 toujours essentiellement spontane74 ,note #ce3 inamissibilit remplac par inadmissibilit 7l'inadmissibilit de la justice74 ,page #gji3 namoins remplac par nanmoins 7en laissait nanmoins subsister74 ,page #gba3 boration remplac par laboration 7l'laboration dcisive de ,hobbes74 ,page #gbf3 le remplac par la 7la plus avance74 ,page #gcf3 applanies remplac par aplanies 7d'avance spontanment aplanies74 ,page #gdb3 un remplac par une 7une exacte concordance spculative74 ,page #gdb3 annuller remplac par annuler 7sans s'annuler mutuellement74