,,ainsi ,,parlait ,,zarathoustra ,par ,frdric ,nietzsche4 ,,premi,,re ,,partie ,,le ,,prologue ,,de ,,zarathoustra ,lorsque ,zarathoustra eut atteint sa trentime anne1 il quitta sa patrie et le lac de sa patrie et s'en alla dans la montagne4 ,l il jouit de son esprit et de sa solitude et ne s'en lassa point durant dix annes4 ,mais enfin son coeur se transforma1 - et un matin1 se levant avec l'aurore1 il s'avana devant le soleil et lui parla ainsi3 ,o grand astre6 ,quel serait ton bonheur1 si tu n'avais pas ceux que tu claires8 ,depuis dix ans que tu viens vers ma caverne3 tu te serais lass de ta lumire et de ce chemin1 sans moi1 mon aigle et mon serpent4 ,mais nous t'attendions chaque matin1 nous te prenions ton superflu et nous t'en bnissions4 ,voici6 ,je suis dgot de ma sagesse1 comme l'abeille qui a amass trop de miel4 ,j'ai besoin de mains qui se tendent4 ,je voudrais donner et distribuer1 jusqu' ce que les sages parmi les hommes soient redevenus joyeux de leur folie1 et les pauvres1 heureux de leur richesse4 ,voil pourquoi je dois descendre dans les profondeurs1 comme tu fais le soir quand tu vas derrire les mers1 apportant ta clart au-dessous du monde1 astre dbordant de richesse6 ,je dois disparatre ainsi que toi1 me coucher1 comme disent les hommes vers qui je veux descendre4 ,bnis-moi donc1 oeil tranquille1 qui peux voir sans envie un bonheur mme sans mesure6 ,bnis la coupe qui veut dborder1 que l'eau toute dore en dcoule1 apportant partout le reflet de ta joie6 ,vois6 cette coupe veut se vider nouveau et ,zarathoustra veut redevenir homme4 ,ainsi commena le dclin de ,zarathoustra4 #b4 ,zarathoustra descendit seul des montagnes1 et il ne rencontra personne4 ,mais lorsqu'il arriva dans les bois1 soudain se dressa devant lui un vieillard qui avait quitt sa sainte chaumire pour chercher des racines dans la fret4 ,et ainsi parla le vieillard et il dit ,zarathoustra3 ,il ne m'est pas inconnu1 ce voyageur2 voil bien des annes qu'il passa par ici4 ,il s'appelait ,zarathoustra1 mais il s'est transform4 ,tu portais alors ta cendre la montagne2 veux-tu aujourd'hui porter ton feu dans la valle8 ,ne crains-tu pas le chtiment des incendiaires8 ,oui1 je reconnais ,zarathoustra4 ,son oeil est limpide et sur sa lvre ne se creuse aucun pli de dgot4 ,ne s'avance-t-il pas comme un danseur8 ,zarathoustra s'est transform1 ,zarathoustra s'est fait enfant1 ,zarathoustra s'est veill3 que vas-tu faire maintenant auprs de ceux qui dorment8 ,tu vivais dans la solitude comme dans la mer et la mer te portait4 ,malheur toi1 tu veux donc atterrir8 ,malheur toi1 tu veux de nouveau traner toi-mme ton corps8 ,zarathoustra rpondit3 ,j'aime les hommes4 ,pourquoi donc1 dit le sage1 suis-je all dans les bois et dans la solitude8 ,n'tait-ce pas parce que j'aimais trop les hommes8 ,maintenant j'aime ,dieu3 je n'aime point les hommes4 ,l'homme est pour moi une chose trop imparfaite4 ,l'amour de l'homme me tuerait4 ,zarathoustra rpondit3 ,qu'ai-je parl d'amour6 ,je vais faire un prsent aux hommes4 ,ne leur donne rien1 dit le saint4 ,enlve-leur plutt quelque chose et aide-les le porter - rien ne leur sera meilleur3 pourvu qu' toi aussi cela fasse du bien6 ,et si tu veux donner1 ne leur donne pas plus qu'une aumne1 et attends qu'ils te la demandent6 ,non1 rpondit ,zarathoustra1 je ne fais pas l'aumne4 ,je ne suis pas assez pauvre pour cela4 ,le saint se prit rire de ,zarathoustra et parla ainsi3 ,tche alors de leur faire accepter les trsors4 ,ils se mfient des solitaires et ne croient pas que nous venions pour donner4 ,a leurs oreilles les pas du solitaire retentissent trop trangement travers les rues4 ,dfiants comme si la nuit1 couchs dans leurs lits1 ils entendaient marcher un homme1 longtemps avant de lever du soleil1 ils se demandent peut-tre3 ,o se glisse ce voleur8 ,ne vas pas auprs des hommes1 reste dans la fort6 ,retourne plutt auprs des btes6 ,pourquoi ne veux-tu pas tre comme moi1 - ours parmi les ours1 oiseau parmi les oiseaux8 ,et que fait le saint dans les bois8 demanda ,zarathoustra4 ,le saint rpondit3 ,je compose des chants et je les chante1 et quand je fais des chants1 je ris1 je pleure et je murmure3 c'est ainsi que je loue ,dieu4 ,avec des chants1 des pleurs1 des rires et des murmures1 je rends grce ,dieu qui est mon ,dieu4 ,cependant quel prsent nous apportes-tu8 ,lorsque ,zarathoustra eut entendu ces paroles1 il salua le saint et lui dit3 ,qu'aurais-je vous donner8 ,mais laissez-moi partir en hte1 afin que je ne vous prenne rien6 - ,et c'est ainsi qu'ils se sparrent l'un de l'autre1 le vieillard et l'homme1 riant comme rient deux petits garons4 ,mais quand ,zarathoustra fut seul1 il parla ainsi son coeur3 ,serait-ce possible6 ,ce vieux saint dans sa fort n'as pas encore entendu dire que ,dieu est mort6 #c4 ,lorsque ,zarathoustra arriva dans la ville voisine qui se trouvait le plus prs des bois1 il y vit une grande foule rassemble sur la place publique3 car on avait annonc qu'un danseur de corde allait se montrer4 ,et ,zarathoustra parla au peuple et lui dit3 ,je vous enseigne le ,surhumain4 ,l'homme est quelque chose qui doit tre surmont4 ,qu'avez-vous fait pour le surmonter8 ,tous les tres jusqu' prsent ont cr quelque chose au-dessus d'eux1 et vous voulez tre le reflux de ce grand flot et plutt retourner la bte que de surmonter l'homme8 ,qu'est le singe pour l'homme8 ,une drision ou une honte douloureuse4 ,et c'est ce que doit tre l'homme pour le surhumain3 une drision ou une honte douloureuse4 ,vous avez trac le chemin qui va du ver jusqu' l'homme et il vous est rest beaucoup du ver de terre4 ,autrefois vous tiez singe et maintenant encore l'homme est plus singe qu'un singe4 ,mais le plus sage d'entre vous n'est lui-mme qu'une chose disparate1 hybride fait d'une plante et d'un fantme4 ,cependant vous ai-je dit de devenir fantme ou plante8 ,voici1 je vous enseigne le ,surhumain6 ,le ,surhumain est le sens de la terre4 ,que votre volont dise3 que le ,surhumain soit le sens de la terre4 ,je vous en conjure1 mes frres1 restez fidles la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espoirs supraterrestres6 ,ce sont des empoisonneurs1 qu'ils le sachent ou non4 ,ce sont des contempteurs de la vie1 des moribonds et des empoisonns eux-mmes1 de ceux dont la terre est fatigue3 qu'ils s'en aillent donc6 ,autrefois le blasphme envers ,dieu tait le plus grand blasphme1 mais ,dieu est mort et avec lui sont morts ses blasphmateurs4 ,ce qu'il y a de plus terrible maintenant1 c'est de blasphmer la terre et d'estimer les entrailles de l'impntrable plus que le sens de la terre6 ,jadis l'me regardait le corps avec ddain1 et rien alors n'tait plus haut que ce ddain3 elle le voulait maigre1 hideux1 affam6 ,c'est ainsi qu'elle pensait lui chapper1 lui et la terre6 ,oh6 cette me tait elle-mme encore maigre1 hideuse et affame3 et pour elle la cruaut tait une volupt6 ,mais1 vous aussi1 mes frres1 dites-moi3 votre corps1 qu'annonce-t-il de votre me8 ,votre me n'est-elle pas pauvret1 ordure et pitoyable contentement de soi-mme8 ,en vrit1 l'homme est un fleuve impur4 ,il faut tre devenu ocan pour pouvoir1 sans se salir1 recevoir un fleuve impur4 ,voici1 je vous enseigne le ,surhumain3 il est cet ocan2 en lui peut s'abmer votre grand mpris4 ,que peut-il vous arriver de plus sublime8 ,c'est l'heure du grand mpris4 ,l'heure o votre bonheur mme se tourne en dgot1 tout comme votre raison et votre vertu4 ,l'heure o vous dites3 ,qu'importe mon bonheur6 ,il est pauvret1 ordure et pitoyable contentement de soi-mme4 ,mais mon bonheur devrait lgitimer l'existence elle-mme6 ,l'heure o vous dites3 ,qu'importe ma raison8 ,est-elle avide de science1 comme le lion de nourriture8 ,elle est pauvret1 ordure et pitoyable contentement de soi-mme6 ,l'heure o vous dites3 ,qu'importe ma vertu6 ,elle ne m'a pas encore fait dlirer4 ,que je suis fatigu de mon bien et de mon mal6 ,tout cela est pauvret1 ordure et pitoyable contentement de soi-mme4 ,l'heure o vous dites3 ,qu'importe ma justice6 ,je ne vois pas que je sois charbon ardent4 ,mais le juste est charbon ardent6 ,l'heure o vous dites3 ,qu'importe ma piti6 ,la piti n'est-elle pas la croix o l'on cloue celui qui aime les hommes8 ,mais ma piti n'est pas une crucifixion4 ,avez-vous dj parl ainsi8 ,avez-vous dj cri ainsi8 ,hlas1 que ne vous ai-je dj entendus crier ainsi6 ,ce ne sont pas vos pchs - c'est votre contentement qui crie contre le ciel1 c'est votre avarice1 mme dans vos pchs1 qui crie contre le ciel6 ,o donc est l'clair qui vous lchera de sa langue8 ,o est la folie qu'il faudrait vous inoculer8 ,voici1 je vous enseigne le ,surhumain3 il est cet clair1 il est cette folie6 ,quand ,zarathoustra eut parl ainsi1 quelqu'un de la foule s'cria3 ,nous avons assez entendu parler du danseur de corde2 faites-nous-le voir maintenant6 ,et tout le peuple rit de ,zarathoustra4 ,mais le danseur de corde qui croyait que l'on avait parl de lui se mit l'ouvrage4 #d4 ,zarathoustra1 cependant1 regardait le peuple et s'tonnait4 ,puis il dit3 ,l'homme est une corde tendue entre la bte et le ,surhumain1 - une corde sur l'abme4 ,il est dangereux de passer de l'autre ct1 dangereux de rester en route1 dangereux de regarder en arrire - frisson et arrt dangereux4 ,ce qu'il y a de grand dans l'homme1 c'est qu'il est un pont et non un but3 ce que l'on peut aimer en l'homme1 c'est qu'il est un passage et un dclin4 ,j'aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparatre1 car ils passent au del4 ,j'aime les grands contempteurs1 parce qu'ils sont les grands adorateurs1 les flches du dsir vers l'autre rive4 ,j'aime ceux qui ne cherchent pas1 derrire les toiles1 une raison pour prir ou pour s'offrir en sacrifice2 mais ceux qui se sacrifient la terre1 pour qu'un jour la terre appartienne au ,surhumain4 ,j'aime celui qui vit pour connatre et qui veut connatre afin qu'un jour vive le ,surhumain4 ,car c'est ainsi qu'il veut son propre dclin4 ,j'aime celui qui travaille et invente1 pour btir une demeure au ,surhumain1 pour prparer sa venue la terre1 les btes et les plantes3 car c'est ainsi qu'il veut son propre dclin4 ,j'aime celui qui aime sa vertu3 car la vertu est une volont de dclin1 et une flche de dsir4 ,j'aime celui qui ne rserve pour lui-mme aucune parcelle de son esprit1 mais qui veut tre tout entier l'esprit de sa vertu3 car c'est ainsi qu'en esprit il traverse le pont4 ,j'aime celui qui fait de sa vertu son penchant et sa destine3 car c'est ainsi qu' cause de sa vertu il voudra vivre encore et ne plus vivre4 ,j'aime celui qui ne veut pas avoir trop de vertus4 ,il y a plus de vertus en une vertu qu'en deux vertus1 c'est un noeud o s'accroche la destine4 ,j'aime celui dont l'me se dpense1 celui qui ne veut pas qu'on lui dise merci et qui ne restitue point3 car il donne toujours et ne veut point se conserver4 ,j'aime celui qui a honte de voir le dtomber en sa faveur et qui demande alors3 suis-je donc un faux joueur8 - car il veut prir4 ,j'aime celui qui jette des paroles d'or au-devant de ses oeuvres et qui tient toujours plus qu'il ne promet3 car il veut son dclin4 ,j'aime celui qui justifie ceux de l'avenir et qui dlivre ceux du pass1 car il veut que ceux d'aujourd'hui le fassent prir4 ,j'aime celui qui chtie son ,dieu1 parce qu'il aime son ,dieu3 car il faut que la colre de son ,dieu le fasse prir4 ,j'aime celui dont l'me est profonde1 mme dans la blessure1 celui qu'une petite aventure peut faire prir3 car ainsi1 sans hsitation1 il passera le pont4 ,j'aime celui dont l'me dborde au point qu'il s'oublie lui-mme1 et que toutes choses soient en lui3 ainsi toutes choses deviendront son dclin4 ,j'aime celui qui est libre de coeur et d'esprit3 ainsi sa tte ne sert que d'entrailles son coeur1 mais son coeur l'entrane au dclin4 ,j'aime tous ceux qui sont comme de lourdes gouttes qui tombent une une du sombre nuage suspendu sur les hommes3 elles annoncent l'clair qui vient1 et disparaissent en visionnaires4 ,voici1 je suis un visionnaire de la foudre1 une lourde goutte qui tombe de la nue3 mais cette foudre s'appelle le ,surhumain4 #e4 ,quand ,zarathoustra eut dit ces mots1 il considra de nouveau le peuple et se tut1 puis il dit son coeur3 ,les voil qui se mettent rire2 ils ne me comprennent point1 je ne suis pas la bouche qu'il faut ces oreilles4 ,faut-il d'abord leur briser les oreilles1 afin qu'ils apprennent entendre avec les yeux8 ,faut-il faire du tapage comme les cymbales et les prdicateurs de carme8 ,ou n'ont-ils foi que dans les bgues8 ,ils ont quelque chose dont ils sont fiers4 ,comment nomment-ils donc ce dont ils sont fiers8 ,ils le nomment civilisation1 c'est ce qui les distingue des chevriers4 ,c'est pourquoi ils n'aiment pas1 quand on parle d'eux1 entendre le mot de mpris4 ,je parlerai donc leur fiert4 ,je vais donc leur parler de ce qu'il y a de plus mprisable3 je veux dire le dernier homme4 ,et ainsi ,zarathoustra se mit parler au peuple3 ,il est temps que l'homme se fixe lui-mme son but4 ,il est temps que l'homme plante le germe de sa plus haute esprance4 ,maintenant son sol est encore assez riche4 ,mais ce sol un jour sera pauvre et strile et aucun grand arbre ne pourra plus y crotre4 ,malheur6 ,les temps sont proches o l'homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flche de son dsir1 o les cordes de son arc ne sauront plus vibrer6 ,je vous le dis3 il faut porter encore en soi un chaos1 pour pouvoir mettre au monde une toile dansante4 ,je vous le dis3 vous portez en vous un chaos4 ,malheur6 ,les temps son proches o l'homme ne mettra plus d'toile au monde4 ,malheur6 ,les temps sont proches du plus mprisable des hommes1 qui ne sait plus se mpriser lui-mme4 ,voici6 ,je vous montre le dernier homme4 ,amour8 ,cration8 ,dsir8 ,etoile8 ,qu'est cela8 - ,ainsi demande le dernier homme et il cligne de l'oeil4 ,la terre sera alors devenue plus petite1 et sur elle sautillera le dernier homme1 qui rapetisse tout4 ,sa race est indestructible comme celle du puceron2 le dernier homme vit le plus longtemps4 ,nous avons invent le bonheur1 - disent les derniers hommes1 et ils clignent de l'oeil4 ,ils ont abandonn les contres o il tait dur de vivre3 car on a besoin de chaleur4 ,on aime encore son voisin et l'on se frotte lui3 car on a besoin de chaleur4 ,tomber malade et tre mfiant passe chez eux pour un pch3 on s'avance prudemment4 ,bien fou qui trbuche encore sur les pierres et sur les hommes6 ,un peu de poison de-ci de-l1 pour se procurer des rves agrables4 ,et beaucoup de poisons enfin1 pour mourir agrablement4 ,on travaille encore1 car le travail est une distraction4 ,mais l'on veille ce que la distraction ne dbilite point4 ,on ne devient plus ni pauvre ni riche3 ce sont deux choses trop pnibles4 ,qui voudrait encore gouverner8 ,qui voudrait obir encore8 ,ce sont deux choses trop pnibles4 ,point de berger et un seul troupeau6 ,chacun veut la mme chose1 tous sont gaux3 qui a d'autres sentiments va de son plein gr dans la maison des fous4 ,autrefois tout le monde tait fou1 - disent ceux qui sont les plus fins1 et ils clignent de l'oeil4 ,on est prudent et l'on sait tout ce qui est arriv3 c'est ainsi que l'on peut railler sans fin4 ,on se dispute encore1 mais on se rconcilie bientt - car on ne veut pas se gter l'estomac4 ,on a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit3 mais on respecte la sant4 ,nous avons invent le bonheur1 - disent les derniers hommes1 et ils clignent de l'oeil4 - ,ici finit le premier discours de ,zarathoustra1 celui que l'on appelle aussi le prologue3 car en cet endroit il fut interrompu par les cris et la joie de la foule4 ,donne-nous ce dernier homme1 ,zarathoustra1 - s'criaient-ils - rends-nous semblables ces derniers hommes6 ,nous te tiendrons quitte du ,surhumain6 ,et tout le peuple jubilait et claquait de la langue4 ,zarathoustra cependant devint triste et dit son coeur3 ,ils ne me comprennent pas3 je ne suis pas la bouche qu'il faut ces oreilles4 ,trop longtemps sans doute j'ai vcu dans les montagnes1 j'ai trop cout les ruisseaux et les arbres3 je leur parle maintenant comme des chevriers4 ,placide est mon me et lumineuse comme la montagne au matin4 ,mais ils me tiennent pour un coeur froid et pour un bouffon aux railleries sinistres4 ,et les voil qui me regardent et qui rient3 et tandis qu'ils rient ils me hassent encore4 ,il y a de la glace dans leur rire4 #f4 ,mais alors il advint quelque chose qui fit taire toutes les bouches et qui fixa tous les regards4 ,car pendant ce temps le danseur de corde s'tait mis l'ouvrage3 il tait sorti par une petite poterne et marchait sur la corde tendue entre deux tours1 au-dessus de la place publique et de la foule4 ,comme il se trouvait juste mi-chemin1 la petite porte s'ouvrit encore une fois et un gars bariol qui avait l'air d'un bouffon sauta dehors et suivit d'un pas rapide le premier4 ,en avant1 boiteux1 cria son horrible voix1 en avant paresseux1 sournois1 visage blme6 ,que je ne te chatouille pas de mon talon6 ,que fais-tu l entre ces tours8 ,c'est dans la tour que tu devrais tre enferm2 tu barres la route un meilleur que toi6 - ,et chaque mot il s'approchait davantage2 mais quand il ne fut plus qu' un pas du danseur de corde1 il advint cette chose terrible qui fit taire toutes les bouches et qui fixa tous les regards3 - le bouffon poussa un cri diabolique et sauta par-dessus celui qui lui barrait la route4 ,mais le danseur de corde1 en voyant la victoire de son rival1 perdit la tte et la corde2 il jeta son balancier et1 plus vite encore1 s'lana dans l'abme1 comme un tourbillon de bras et de jambes4 ,la place publique et la foule ressemblaient la mer1 quand la tempte s'lve4 ,tous s'enfuyaient en dsordre et surtout l'endroit o le corps allait s'abattre4 ,zarathoustra cependant ne bougea pas et ce fut juste ct de lui que tomba le corps1 dchir et bris1 mais vivant encore4 ,au bout d'un certain temps la conscience revint au bless1 et il vit ,zarathoustra1 agenouill auprs de lui3 ,que fais-tu l1 dit-il enfin1 je savais depuis longtemps que le diable me mettrait le pied en travers4 ,maintenant il me trane en enfer3 veux-tu l'en empcher8 ,sur mon honneur1 ami1 rpondit ,zarathoustra1 tout ce dont tu parles n'existe pas3 il n'y a ni diable1 ni enfer4 ,ton me sera morte1 plus vite encore que ton corps3 ne crains donc plus rien6 ,l'homme leva les yeux avec dfiance4 ,si tu dis vrai1 rpondit-il ensuite1 je ne perds rien en perdant la vie4 ,je ne suis gure plus qu'une bte qu'on a fait danser avec des coups et de maigres nourritures4 ,non pas1 dit ,zarathoustra1 tu as fait du danger ton mtier1 il n'y a l rien de mprisable4 ,maintenant ton mtier te fait prir3 c'est pourquoi je vais t'enterrer de mes mains4 ,quand ,zarathoustra eut dit cela1 le moribond ne rpondit plus2 mais il remua la main1 comme s'il cherchait la main de ,zarathoustra pour le remercier4 #g4 ,cependant le soir tombait et la place publique se voilait d'ombres3 alors la foule commena se disperser1 car la curiosit et la frayeur mmes se fatiguent4 ,zarathoustra1 assis par terre ct du mort1 tait noy dans ses penses3 ainsi il oubliait le temps4 ,mais1 enfin1 la nuit vint et un vent froid passa sur le solitaire4 ,alors ,zarathoustra se leva et il dit son coeur3 ,en vrit1 ,zarathoustra a fait une belle pche aujourd'hui6 ,il n'a pas attrap d'homme1 mais un cadavre4 ,inquitante est la vie humaine et1 de plus1 toujours dnue de sens3 un bouffon peut lui devenir fatal4 ,je veux enseigner aux hommes le sens de leur existence3 qui est le ,surhumain1 l'clair du sombre nuage homme4 ,mais je suis encore loin d'eux et mon esprit ne parle pas leurs sens4 ,pour les hommes1 je tiens encore le milieu entre un fou et un cadavre4 ,sombre est la nuit1 sombres sont les voies de ,zarathoustra4 ,viens1 compagnon rigide et glac6 ,je te porte l'endroit o je vais t'enterrer de mes mains4 #h4 ,quand ,zarathoustra eut dit cela son coeur1 il chargea le cadavre sur ses paules et se mit en route4 ,il n'avait pas encore fait cent pas qu'un homme se glissa auprs de lui et lui parla tout bas l'oreille - et voici6 celui qui lui parlait tait le bouffon de la tour4 ,va-t'en de cette ville1 ,zarathoustra1 dit-il1 il y a ici trop de gens qui te hassent4 ,les bons et les justes te hassent et ils t'appellent leur ennemi et leur contempteur2 les fidles de la vraie croyance te hassent et ils t'appellent un danger pour la foule4 ,ce fut ton bonheur qu'on se moqut de toi1 car vraiment tu parlais comme un bouffon4 ,ce fut ton bonheur de t'associer au chien mort2 en t'abaissant ainsi1 tu t'es sauv pour cette fois-ci4 ,mais va-t'en de cette ville - sinon demain je sauterai par-dessus un mort4 ,aprs avoir dit ces choses1 l'homme disparut2 et ,zarathoustra continua son chemin par les rues obscures4 ,a la porte de la ville il rencontra les fossoyeurs3 ils clairrent sa figure de leur flambeau1 reconnurent ,zarathoustra et se moqurent beaucoup de lui4 ,zarathoustra emporte le chien mort3 bravo1 ,zarathoustra s'est fait fossoyeur6 ,car nous avons les mains trop propres pour ce gibier4 ,zarathoustra veut-il donc voler sa pture au diable8 ,allons6 ,bon apptit6 ,pourvu que le diable ne soit pas plus habile voleur que ,zarathoustra6 - il les volera tous deux1 il les mangera tous deux6 ,et ils riaient entre eux en rapprochant leurs ttes4 ,zarathoustra ne rpondit pas un mot et passa son chemin4 ,lorsqu'il eut march pendant deux heures1 le long des bois et des marcages1 il avait tellement entendu hurler des loups affams que la faim s'tait empare de lui4 ,aussi s'arrta-t-il une maison isole1 o brlait une lumire4 ,la faim s'empare de moi comme un brigand1 dit ,zarathoustra8 ,au milieu des bois et des marcages la faim s'empare de moi1 dans la nuit profonde4 ,ma faim a de singuliers caprices4 ,souvent elle ne me vient qu'aprs le repas1 et aujourd'hui elle n'est pas venue de toute la journe3 o donc s'est elle attarde8 ,en parlant ainsi1 ,zarathoustra frappa la porte de la maison4 ,un vieil homme parut aussitt3 il portait une lumire et demanda3 ,qui vient vers moi et vers mon mauvais sommeil8 ,un vivant et un mort1 dit ,zarathoustra4 ,donnez-moi manger et boire1 j'ai oubli de le faire pendant le jour4 ,qui donne manger aux affams rconforte sa propre me3 ainsi parle la sagesse4 ,le vieux se retire1 mais il revint aussitt1 et offrit ,zarathoustra du pain et du vin3 ,c'est une mchante contre pour ceux qui ont faim1 dit-il2 c'est pourquoi j'habite ici4 ,hommes et btes viennent moi1 le solitaire4 ,mais invite aussi ton compagnon manger et boire1 il est plus fatigu que toi4 ,zarathoustra rpondit3 ,mon compagnon est mort1 je l'y dciderais difficilement4 ,cela m'est gal1 dit le vieux en grognant2 qui frappe ma porte doit prendre ce que je lui offre4 ,mangez et portez-vous bien6 ,ensuite ,zarathoustra marcha de nouveau pendant deux heures1 se fiant la route et la clart des toiles3 car il avait l'habitude des marches nocturnes et aimait regarder en face tout ce qui dort4 ,quand le matin commena poindre1 ,zarathoustra se trouvait dans une fort profonde et aucun chemin ne se dessinait plus devant lui4 ,alors il plaa le corps dans un arbre creux1 la hauteur de sa tte - car il voulait le protger contre les loups - et il se coucha lui-mme terre sur la mousse4 ,et aussitt il s'endormi1 fatigu de corps1 mais l'me tranquille4 #i4 ,zarathoustra dormit longtemps et non seulement l'aurore passa sur son visage1 mais encore le matin4 ,enfin ses yeux s'ouvrirent et avec tonnement ,zarathoustra jeta un regard sur la fort et dans le silence1 avec tonnement il regarda en lui-mme4 ,puis il se leva la hte1 comme un matelot qui tout coup voit la terre1 et il poussa un cri d'allgresse3 car il avait dcouvert une vrit nouvelle4 ,et il parla son coeur et il lui dit3 ,mes yeux se sont ouverts3 ,j'ai besoin de compagnons1 de compagnons vivants1 - non point de compagnons morts et de cadavres que je porte avec moi o je veux4 ,mais j'ai besoin de compagnons vivants qui me suivent1 parce qu'ils veulent se suivre eux-mmes - partout o je vais4 ,mes yeux se sont ouverts3 ,ce n'est pas la foule que doit parler ,zarathoustra1 mais des compagnons6 ,zarathoustra ne doit pas tre le berger et le chien d'un troupeau6 ,c'est pour enlever beaucoup de brebis du troupeau que je suis venu4 ,le peuple et le troupeau s'irriteront contre moi3 ,zarathoustra veut tre trait de brigand par les bergers4 ,je dis bergers1 mais ils s'appellent les bons et les justes4 ,je dis bergers1 mais ils s'appellent les fidles de la vraie croyance4 ,voyez les bons et les justes6 ,qui hassent-ils le plus8 ,celui qui brise leurs tables des valeurs1 le destructeur1 le criminel3 - mais c'est celui-l le crateur4 ,voyez les fidles de toutes les croyances6 ,qui hassent-ils le plus8 ,celui qui brise leurs tables des valeurs1 le destructeur1 le criminel3 - mais c'est celui-l le crateur4 ,des compagnons1 voil ce que cherche le crateur et non des cadavres1 des troupeaux ou des croyants4 ,des crateurs comme lui1 voil ce que cherche le crateur1 de ceux qui inscrivent des valeurs nouvelles sur des tables nouvelles4 ,des compagnons1 voil ce que cherche le crateur1 des moissonneurs qui moissonnent avec lui3 car chez lui tout est mr pour la moisson4 ,mais il lui manque les cent faucilles3 aussi1 plein de colre1 arrache-t-il les pis4 ,des compagnons1 voil ce que cherche le crateur1 de ceux qui savent aiguiser leurs faucilles4 ,on les appellera destructeurs et contempteurs du bien et du mal4 ,mais ce seront eux qui moissonneront et qui seront en fte4 ,des crateurs comme lui1 voil ce que cherche ,zarathoustra1 de ceux qui moissonnent et chment avec lui3 qu'a-t-il faire de troupeaux1 de bergers et de cadavres6 ,et toi1 mon premier compagnon1 repose en paix6 ,je t'ai bien enseveli dans ton arbre creux1 je t'ai bien abrit contre les loups4 ,mais je me spare de toi1 te temps est pass4 ,entre deux aurores une nouvelle vrit s'est leve en moi4 ,je ne dois tre ni berger1 ni fossoyeur4 ,jamais plus je ne parlerai au peuple2 pour la dernire fois j'ai parl un mort4 ,je veux me joindre aux crateurs1 ceux qui moissonnent et chment3 je leur montrerai l'arc-en-ciel et tous les chelons qui mnent au ,surhumain4 ,je chanterai mon chant aux solitaires et ceux qui sont deux dans la solitude2 et quiconque a des oreilles pour les choses inoues1 je lui alourdirai le coeur de ma flicit4 ,je marche vers mon but1 je suis ma route2 je sauterai par-dessus les hsitants et les retardataires4 ,ainsi ma marche sera le dclin6 #aj4 ,zarathoustra avait dit cela son coeur1 alors que le soleil tait son midi3 puis il interrogea le ciel du regard - car il entendait au-dessus de lui le cri perant d'un oiseau4 ,et voici6 ,un aigle planait dans les airs en larges cercles1 et un serpent tait suspendu lui1 non pareil une proie1 mais comme un ami3 car il se sentait enroul autour de son cou4 ,ce sont mes animaux6 dit ,zarathoustra1 et il se rjouit de tout coeur4 ,l'animal le plus fier qu'il y ait sous le soleil et l'animal le plus rus qu'il y ait sous le soleil - ils sont alls en reconnaissance4 ,ils ont voulu savoir si ,zarathoustra vivait encore4 ,en vrit1 suis je encore en vie8 ,j'ai rencontr plus de dangers parmi les hommes que parmi les animaux4 ,zarathoustra suit des voies dangereuses4 ,que mes animaux me conduisent6 ,lorsque ,zarathoustra eut ainsi parl1 il se souvint des paroles du saint dans la fort1 il soupira et dit son coeur3 ,il faut que je sois plus sage6 ,que je sois rus du fond du coeur1 comme mon serpent4 ,mais je demande l'impossible3 je prie donc ma fiert d'accompagner toujours ma sagesse4 ,et si ma sagesse m'abandonne un jour3 - hlas1 elle aime s'envoler6 - puisse du moins ma fiert voler avec ma folie6 ,ainsi commena le dclin de ,zarathoustra4 ,,les ,,discours ,,de ,,zarathoustra ,les trois mtamorphoses4 ,je vais vous dire trois mtamorphoses de l'esprit3 comment l'esprit devient chameau1 comment le chameau devient lion1 et comment enfin le lion devient enfant4 ,il est maint fardeau pesant pour l'esprit1 pour l'esprit patient et vigoureux en qui domine le respect3 sa vigueur rclame le fardeau pesant1 le plus pesant4 ,qu'y a-t-il de plus pesant6 ainsi interroge l'esprit robuste4 ,dites-le1 hros1 afin que je le charge sur moi et que ma force se rjouisse4 ,n'est-ce pas cela3 s'humilier pour faire souffrir son orgueil8 ,faire luire sa folie pour tourner en drision sa sagesse8 ,ou bien est-ce cela3 dserter une cause1 au moment o elle clbre sa victoire8 ,monter sur de hautes montagnes pour tenter le tentateur8 ,ou bien est-ce cela3 se nourrir des glands et de l'herbe de la connaissance1 et souffrir la faim dans son me1 pour l'amour de la vrit8 ,ou bien est-ce cela3 tre malade et renvoyer les consolateurs1 se lier d'amiti avec des sourds qui m'entendent jamais ce que tu veux8 ,ou bien est-ce cela3 descendre dans l'eau sale si c'est l'eau de la vrit et ne point repousser les grenouilles visqueuses et les purulents crapauds8 ,ou bien est-ce cela3 aimer qui nous mprise et tendre la main au fantme lorsqu'il veut nous effrayer8 ,l'esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants3 tel le chameau qui sitt charg se hte vers le dsert1 ainsi lui se hte vers son dsert4 ,mais au fond du dsert le plus solitaire s'accomplit la seconde mtamorphose3 ici l'esprit devient lion1 il veut conqurir la libert et tre matre de son propre dsert4 ,il cherche ici son dernier matre3 il veut tre l'ennemi de ce matre1 comme il est l'ennemi de son dernier dieu2 il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon4 ,quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni dieu ni matre8 ,tu dois1 s'appelle le grand dragon4 ,mais l'esprit du lion dit3 ,je veux4 ,tu dois le guette au bord du chemin1 tincelant d'or sous sa carapace aux mille cailles1 et sur chaque caille brille en lettres dores3 ,tu dois6 ,des valeurs de mille annes brillent sur ces cailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons3 ,tout ce qui est valeur - brille sur moi4 ,tout ce qui est valeur a dj t cr1 et c'est moi qui reprsente toutes les valeurs cres4 ,en vrit il ne doit plus y avoir de ,je veux6 ,ainsi parle le dragon4 ,mes frres1 pourquoi est-il besoin du lion de l'esprit8 ,la bte robuste qui s'abstient et qui est respectueuse ne suffit-elle pas8 ,crer des valeurs nouvelles - le lion mme ne le peut pas encore3 mais se rendre libre pour la cration nouvelle - c'est ce que peut la puissance du lion4 ,se faire libre1 opposer une divine ngation1 mme au devoir3 telle1 mes frres1 est la tche o il est besoin du lion4 ,conqurir le droit de crer des valeurs nouvelles - c'est la plus terrible conqute pour un esprit patient et respectueux4 ,en vrit1 c'est l un acte froce1 pour lui1 et le fait d'une bte de proie4 ,il aimait jadis le ,tu dois comme son bien le plus sacr3 maintenant il lui faut trouver l'illusion et l'arbitraire1 mme dans ce bien le plus sacr1 pour qu'il fasse1 aux dpens de son amour1 la conqute de la libert3 il faut un lion pour un pareil rapt4 ,mais1 dites-moi1 mes frres1 que peut faire l'enfant que le lion ne pouvait faire8 ,pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant8 ,l'enfant est innocence et oubli1 un renouveau et un jeu1 une roue qui roule sur elle-mme1 un premier mouvement1 une sainte affirmation4 ,oui1 pour le jeu divin de la cration1 mes frres1 il faut une sainte affirmation3 l'esprit veut maintenant sa propre volont1 celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde4 ,je vous ai nomm trois mtamorphoses de l'esprit3 comment l'esprit devient chameau1 comment l'esprit devient lion1 et comment enfin le lion devient enfant4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,et en ce temps-l il sjournait dans la ville qu'on appelle3 la ,vache multicolore4 ,,des ,,chaires ,,de ,,la ,,vertu ,on vantait ,zarathoustra un sage que l'on disait savant parler du sommeil et de la vertu1 et1 cause de cela1 combl d'honneurs et de rcompenses1 entour de tous les jeunes gens qui se pressaient autour de sa chaire magistrale4 ,c'est chez lui que se rendit ,zarathoustra et1 avec tous les jeunes gens1 il s'assit devant sa chaire4 ,et le sage parla ainsi3 ,ayez en honneur le sommeil et respectez-le6 ,c'est la chose premire4 ,et vitez tous ceux qui dorment mal et qui sont veills la nuit6 ,le voleur lui-mme a honte en prsence du sommeil4 ,son pas se glisse toujours silencieux dans la nuit4 ,mais le veilleur de nuit est impudent et impudemment il porte son cor4 ,ce n'est pas une petite chose que de savoir dormir3 il faut savoir veiller tout le jour pour pouvoir bien dormir4 ,dix fois dans la journe il faut que tu te surmontes toi-mme3 c'est la preuve d'une bonne fatigue et c'est un pavot pour l'me4 ,dix fois il faut te rconcilier avec toi-mme2 car s'il est amer de se surmonter1 celui qui n'est pas rconcili dort mal4 ,il te faut trouver dix vrits durant le jour2 autrement tu chercheras des vrits durant la nuit et ton me restera affame4 ,dix fois dans la journe il te faut rire et tre joyeux3 autrement tu seras drang la nuit par ton estomac1 ce pre de l'affliction4 ,peu de gens savent cela1 mais il faut avoir toutes les vertus pour bien dormir4 ,porterai-je un faux tmoignage8 ,commettrai-je un adultre8 ,convoiterai-je la servante de mon prochain8 ,tout cela s'accorderait mal avec un bon sommeil4 ,et si l'on possde mme toutes les vertus1 il faut s'entendre une chose3 envoyer dormir temps les vertus elles-mmes4 ,il ne faut pas qu'elles se disputent entre elles1 les gentilles petites femmes6 et encore cause de toi1 malheureux6 ,paix avec ,dieu et le prochain1 ainsi le veut le bon sommeil4 ,et paix encore avec le diable du voisin4 ,autrement il te hantera de nuit4 ,honneur et obissance l'autorit1 et mme l'autorit boiteuse6 ,ainsi le veut le bon sommeil4 ,est-ce ma faute1 si le pouvoir aime marcher sur des jambes boiteuses8 ,celui qui mne patre ses brebis sur la verte prairie sera toujours pour moi le meilleur berger3 ainsi le veut le bon sommeil4 ,je ne veux ni beaucoup d'honneurs1 ni de grands trsors3 cela fait trop de bile4 ,mais on dort mal sans un bon renom et un petit trsor4 ,j'aime mieux recevoir une petite socit qu'une socit mchante3 pourtant il faut qu'elle arrive et qu'elle parte au bon moment3 ainsi le veut le bon sommeil4 ,je prends grand plaisir aussi aux pauvres d'esprit3 ils acclrent le sommeil4 ,ils sont bienheureux1 surtout quand on leur donne toujours raison4 ,ainsi s'coule le jour pour les vertueux4 ,quand vient la nuit je me garde bien d'appeler le sommeil6 ,il ne veut pas tre appel1 lui qui est le matre des vertus6 ,mais je pense ce que j'ai fait et pens dans la journe4 ,en ruminant mes penses je m'interroge avec la patience d'une vache1 et je me demande3 quelles furent donc tes dix victoires sur toi-mme8 ,et quels furent les dix rconciliations1 et les dix vrits1 et les dix clats de rire dont ton coeur s'est rgal8 ,en considrant cela1 berc de quarante penses1 soudain le sommeil s'empare de moi1 le sommeil que je n'ai point appel1 le matre des vertus4 ,le sommeil me frappe sur les yeux1 et mes yeux s'alourdissent4 ,le sommeil me touche la bouche1 et ma bouche reste ouverte4 ,en vrit1 il se glisse chez moi d'un pied lger1 le voleur que je prfre1 il me vole mes penses3 j'en reste l debout1 tout bte comme ce pupitre4 ,mais je ne suis pas debout longtemps que dj je m'tends4 - ,lorsque ,zarathoustra entendit ainsi parler le sage1 il se mit rire dans son coeur3 car une lumire s'tait leve en lui4 ,et il parla ainsi son coeur et il lui dit3 ,ce sage me semble fou avec ses quarante penses3 mais je crois qu'il entend bien le sommeil4 ,bienheureux dj celui qui habite auprs de ce sage6 ,un tel sommeil est contagieux1 mme travers un mur pais4 ,un charme se dgage mme de sa chaire magistrale4 ,et ce n'est pas en vain que les jeunes gens taient assis au pied du prdicateur de la vertu4 ,sa sagesse dit3 veiller pour dormir4 ,et1 en vrit1 si la vie n'avait pas de sens et s'il fallait que je choisisse un non-sens1 ce non-sens-l me semblerait le plus digne de mon choix4 ,maintenant je comprends ce que jadis on cherchait avant tout1 lorsque l'on cherchait des matres de la vertu4 ,c'est un bon sommeil que l'on cherchait et des vertus couronnes de pavots6 ,pour tous ces sages de la chaire1 ces sages tant vants1 la sagesse tait le sommeil sans rve3 ils ne connaissaient pas de meilleur sens de la vie4 ,de nos jours encore il y en a bien quelques autres qui ressemblent ce prdicateur de la vertu1 et ils ne sont pas toujours aussi honntes que lui3 mais leur temps est pass4 ,ils ne seront pas debout longtemps que dj ils seront tendus4 ,bienheureux les assoupis3 car ils s'endormiront bientt4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,hallucin,s ,,de ,l',,arri,,re-,,monde ,un jour ,zarathoustra jeta son illusion par del les hommes1 pareil tous les hallucins de l'arrire-monde4 ,l'oeuvre d'un dieu souffrant et tourment1 tel lui parut alors le monde4 ,le monde me parut tre le rve et l'invention d'un dieu2 semblable des vapeurs colories devant les yeux d'un divin mcontent4 ,bien et mal1 et joie et peine1 et moi et toi1 - c'taient l pour moi des vapeurs colories devant les yeux d'un crateur4 ,le crateur voulait dtourner les yeux de lui-mme1 - alors1 il cra le monde4 ,c'est pour celui qui souffre une joie enivrante de dtourner les yeux de sa souffrance et de s'oublier4 ,joie enivrante et oubli de soi1 ainsi me parut un jour le monde4 ,ce monde ternellement imparfait1 image1 et image imparfaite1 d'une ternelle contradiction - une joie enivrante pour son crateur imparfait3 tel me parut un jour le monde4 ,ainsi1 moi aussi1 je jetai mon illusion par del les hommes1 pareil tous les hallucins de l'arrire-monde4 ,par del les hommes1 en vrit8 ,hlas1 mes frres1 ce dieu que j'ai cr tait oeuvre faite de main humaine et folie humaine1 comme sont tous les dieux4 ,il n'tait qu'homme1 pauvre fragment d'un homme et d'un moi3 il sortit de mes propres cendres et de mon propre brasier1 ce fantme1 et vraiment1 il ne me vint pas de l'au-del6 ,qu'arriva-t-il alors1 mes frres8 ,je me suis surmont1 moi qui souffrais1 j'ai port ma propre cendre sur la montagne1 j'ai invent pour moi une flamme plus claire4 ,et voici6 ,le fantme s'est loign de moi6 ,maintenant1 croire de pareils fantmes ce serait l pour moi une souffrance et une humiliation4 ,c'est ainsi que je parle aux hallucins de l'arrire-monde4 ,souffrances et impuissances - voil ce qui cra les arrire-mondes1 et cette courte folie du bonheur que seul connat celui qui souffre le plus4 ,la fatigue qui d'un seul bond veut aller jusqu' l'extrme1 d'un bond mortel1 cette fatigue pauvre et ignorante qui ne veut mme plus vouloir3 c'est elle qui cra tous les dieux et tous les arrire-mondes4 ,croyez-m'en1 mes frres6 ,ce fut le corps qui dsespra du corps1 - il ttonna des doigts de l'esprit gar1 il ttonna le long des derniers murs4 ,croyez-m'en1 mes frres6 ,ce fut le corps qui dsespra de la terre1 - il entendit parler le ventre de l'tre4 ,alors il voulut passer la tte travers les derniers murs1 et non seulement la tte1 - il voulut passer dans l'autre monde4 ,mais l'autre monde est bien cach devant les hommes1 ce monde effmin et inhumain qui est un nant cleste2 et le ventre de l'tre ne parle pas l'homme1 si ce n'est comme homme4 ,en vrit1 il est difficile de dmontrer l'tre et il est difficile de le faire parler4 ,dites-moi1 mes frres1 les choses les plus singulires ne vous semblent-elles pas les mieux dmontres8 ,oui1 ce moi1 - la contradiction et la confusion de ce moi - affirme le plus loyalement son tre1 - ce moi qui cre1 qui veut et qui donne la mesure et la valeur des choses4 ,et ce moi1 l'tre le plus loyal - parle du corps et veut encore le corps1 mme quand il rve et s'exalte en voletant de ses ailes brises4 ,il apprend parler toujours plus loyalement1 ce moi3et plus il apprend1 plus il trouve de mots pour exalter le corps et la terre4 ,mon moi m'a enseign une nouvelle fiert1 je l'enseigne aux hommes3 ne plus cacher sa tte dans le sable des choses clestes1 mais la porter firement1 une tte terrestre qui cre le sens de la terre6 ,j'enseigne aux hommes une volont nouvelle3 suivre volontairement le chemin qu'aveuglment les hommes ont suivi1 approuver ce chemin et ne plus se glisser l'cart comme les malades et les dcrpits6 ,ce furent des malades et des dcrpits qui mprisrent le corps et la terre1 qui inventrent les choses clestes et les gouttes du sang rdempteur3 et ces poisons doux et lugubres1 c'est encore au corps et la terre qu'ils les ont emprunts6 ,ils voulaient se sauver de leur misre et les toiles leur semblaient trop lointaines4 ,alors ils se mirent soupirer3 ,hlas6 que n'y-a-t-il des voies clestes pour que nous puissions nous glisser dans un autre tre1 et dans un autre bonheur6 - ,alors ils inventrent leurs artifices et leurs petites boissons sanglantes6 ,ils se crurent ravis loin de leur corps et de cette terre1 ces ingrats4 ,mais qui devaient-ils le spasme et la joie de leur ravissement8 ,a leur corps et cette terre4 ,zarathoustra est indulgent pour les malades4 ,en vrit1 il ne s'irrite ni de leurs faons de se consoler1 ni de leur ingratitude4 ,qu'ils gurissent et se surmontent et qu'ils se crent un corps suprieur6 ,zarathoustra ne s'irrite pas non plus contre le convalescent qui regarde avec tendresse son illusion perdue et erre minuit autour de la tombe de son ,dieu3 mais dans les larmes que verse le convalescent1 ,zarathoustra ne voit que maladie et corps malade4 ,il y eut toujours beaucoup de gens malades parmi ceux qui rvent et qui languissent vers ,dieu2 ils hassent avec fureur celui qui cherche la connaissance1 ils hassent la plus jeune des vertus qui s'appelle3 loyaut4 ,ils regardent toujours en arrire vers des temps obscurs3 il est vrai qu'alors la folie et la foi taient autre chose4 ,la fureur de la raison apparaissait l'image de ,dieu et le doute tait pch4 ,je connais trop bien ceux qui sont semblables ,dieu3 ils veulent qu'on croie en eux et que le doute soit un pch4 ,je sais trop bien quoi ils croient eux-mmes le plus4 ,ce n'est vraiment pas des arrire-mondes et aux gouttes du sang rdempteur3 mais eux aussi croient davantage au corps et c'est leur propre corps qu'ils considrent comme la chose en soi4 ,mais le corps est pour eux une chose maladive3 et volontiers ils sortiraient de leur peau4 ,c'est pourquoi ils coutent les prdicateurs de la mort et ils prchent eux-mmes les arrire-mondes4 coutez plutt1 mes frres1 la voix du corps guri3 c'est une voix plus loyale et plus pure4 ,le corps sain parle avec plus de loyaut et plus de puret1 le corps complet1 carr de la tte la base3 il parle du sens de la terre4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,contempteurs ,,du ,,corps ,c'est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait4 ,ils ne doivent pas changer de mthode d'enseignement1 mais seulement dire adieu leur propre corps - et ainsi devenir muets4 ,je suis corps et me - ainsi parle l'enfant4 ,et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants8 ,mais celui qui est veill et conscient dit3 ,je suis corps tout entier et rien autre chose2 l'me n'est qu'un mot pour une parcelle du corps4 ,le corps est un grand systme de raison1 une multiplicit avec un seul sens1 une guerre et une paix1 un troupeau et un berger4 ,instrument de ton corps1 telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit1 mon frre1 petit instrument et petit jouet de ta grande raison4 ,tu dis moi et tu es fier de ce mot4 ,mais ce qui est plus grand1 c'est - ce quoi tu ne veux pas croire - ton corps et son grand systme de raison3 il ne dit pas moi1 mais il est moi4 ,ce que les sens prouvent1 ce que reconnat l'esprit1 n'a jamais de fin en soi4 ,mais les sens et l'esprit voudraient te convaincre qu'ils sont la fin de toute chose3 tellement ils sont vains4 ,les sens et l'esprit ne sont qu'instruments et jouets3 derrire eux se trouve encore le soi4 ,le soi1 lui aussi1 cherche avec les yeux des sens et il coute avec les oreilles de l'esprit4 ,toujours le soi coute et cherche3 il compare1 soumet1 conquiert et dtruit4 ,il rgne1 et domine aussi le moi4 ,derrire tes sentiments et tes penses1 mon frre1 se tient un matre plus puisant1 un sage inconnu - il s'appelle soi4 ,il habite ton corps1 il est ton corps4 ,il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse4 ,et qui donc sait pourquoi ton corps a prcisment besoin de ta meilleure sagesse8 ,ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles4 ,que me sont ces bonds et ces vols de la pense8 dit-il4 ,un dtour vers mon but4 ,je suis la lisire du moi et le souffleur de ses ides4 ,le soi dit au moi3 ,eprouve des douleurs6 ,et le moi souffre et rflchit ne plus souffrir - et c'est cette fin qu'il doit penser4 ,le soi dit au moi3 ,eprouve des joies6 ,alors le moi se rjouit et songe se rjouir souvent encore - et c'est cette fin qu'il doit penser4 ,je veux dire un mot aux contempteurs du corps4 ,qu'ils mprisent1 c'est ce qui fait leur estime4 ,qu'est-ce qui cra l'estime et le mpris et la valeur et la volont8 ,le soi crateur cra1 pour lui-mme1 l'estime et le mpris1 la joie et la peine4 ,le corps crateur cra pour lui-mme l'esprit comme une main de sa volont4 ,mme dans votre folie et dans votre mpris1 vous servez votre soi1 vous autres contempteurs du corps4 ,je vous le dis3 votre soi lui-mme veut mourir et se dtourner de la vie4 ,il n'est plus capable de faire ce qu'il prfrerait3 - crer au-dessus de lui-mme4 ,voil son dsir prfr1 voil toute son ardeur4 ,mais il est trop tard pour cela3 - ainsi votre soi veut disparatre1 contempteurs du corps4 ,votre soi veut disparatre1 c'est pourquoi vous tes devenus contempteurs du corps6 ,car vous ne pouvez plus crer au-dessus de vous4 ,c'est pourquoi vous en voulez la vie et la terre4 ,une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mpris4 ,je ne marche pas sur votre chemin1 contempteurs du corps6 ,vous n'tes point pour moi des ponts vers le ,surhumain6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,joies ,,et ,,des ,,passions ,mon frre1 quand tu as une vertu1 et quand elle est ta vertu1 tu ne l'as en commun avec personne4 ,il est vrai que tu voudrais l'appeler par son nom et la caresser2 tu voudrais la prendre par l'oreille et te divertir avec elle4 ,et voici6 ,maintenant elle aura en commun avec le peuple le nom que tu lui donnes1 tu es devenu peuple et troupeau avec la vertu6 ,tu ferais mieux de dire3 ,ce qui fait le tourment et la douceur de mon me est inexprimable et sans nom1 et c'est aussi ce qui cause la faim de mes entrailles4 ,que ta vertu soit trop haute pour la familiarit des dnominations3 et s'il te faut parler d'elle1 n'aie pas honte de balbutier4 ,parle donc et balbutie3 ,ceci est mon bien que j'aime1 c'est ainsi qu'il me plat tout fait1 ce n'est qu'ainsi que je veux le bien4 ,je ne le veux point tel le commandement d'un dieu1 ni tel une loi et une ncessit humaine3 qu'il ne me soit point un indicateur vers des terres suprieures et vers des paradis4 ,c'est une vertu terrestre que j'aime3 il y a en elle peu de sagesse et moins encore de sens commun4 ,mais cet oiseau s'est construit son nid auprs de moi3 c'est pourquoi je l'aime avec tendresse1 - maintenant il couve chez moi ses oeufs dors4 ,c'est ainsi que tu dois balbutier1 et louer ta vertu4 ,autrefois tu avais des passions et tu les appelais des maux4 ,mais maintenant tu n'as plus que tes vertus3 elles naquirent de tes passions4 ,tu apportas dans ces passions ton but le plus lev3 alors elles devinrent tes vertus et tes joies4 ,et quand mme tu serais de la race des colriques ou des voluptueux1 des sectaires ou des vindicatifs3 ,toutes tes passions finiraient par devenir des vertus1 tous tes dmons des anges4 ,jadis tu avais dans ta cave des chiens sauvages3 mais ils sont devenus des oiseaux et d'aimables chanteurs4 ,c'est avec tes poisons que tu t'est prpar ton baume2 tu as trait la vache ,affliction1 - maintenant tu bois le doux lait de ses mamelles4 ,et rien de mal ne nat plus de toi1 si ce n'est le mal qui nat de la lutte de tes vertus4 ,mon frre1 quand tu as du bonheur1 c'est que tu as une vertu et rien autre chose3 tu passes ainsi plus facilement sur le pont4 ,c'est une distinction que d'avoir beaucoup de vertus1 mais c'est un sort bien dur2 et il y en a qui sont alls se tuer dans le dsert parce qu'ils taient fatigus de servir de champs de bataille aux vertus4 ,mon frre1 la guerre et les batailles sont-elles des maux8 ,ce sont des maux ncessaires2 l'envie1 et la mfiance1 et la calomnie ont une place ncessaire parmi tes vertus4 ,regarde comme chacune de tes vertus dsire ce qu'il y a de plus haut3 elle veut tout ton esprit1 afin que ton esprit soit son hraut1 elle veut toute ta force dans la colre1 la haine et l'amour4 ,chaque vertu est jalouse de l'autre vertu et la jalousie est une chose terrible4 ,les vertus1 elles aussi1 peuvent prir par la jalousie4 ,celui qu'enveloppe la flamme de la jalousie1 pareil au scorpion1 finit par tourner contre lui-mme le dard empoisonn4 ,hlas6 mon frre1 ne vis-tu jamais une vertu se calomnier et se dtruire elle-mme8 ,l'homme est quelque chose qui doit tre surmont3 c'est pourquoi il te faut aimer tes vertus - car tu priras par tes vertus4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,du ,p,,le ,,criminel ,vous ne voulez point tuer1 juges et sacrificateurs1 avant que la bte n'ait hoch la tte8 ,voyez1 le ple criminel a hoch la tte3 dans ses yeux parle le grand mpris4 ,mon moi est quelque chose qui doit tre surmont3 mon moi1 c'est mon grand mpris des hommes4 ,ainsi parlent les yeux du criminel4 ,ce fut son moment suprme1 celui o il s'est jug lui-mme3 ne laissez pas le sublime redescendre dans sa bassesse6 ,il n'y a pas de salut pour celui qui souffre ce point de lui-mme1 si ce n'est la mort rapide4 ,votre homicide1 juges1 doit se faire par compassion et non par vengeance4 ,et en tuant1 regardez justifier la vie6 ,il ne suffit pas de vous rconcilier avec celui que vous tuez4 ,que votre tristesse soit l'amour du ,surhumain1 ainsi vous justifierez votre survie6 ,dites ennemi et non pas sclrat2 dites malade et non pas gredin2 dites insens et non pas pcheur4 ,et toi1 juge rouge1 si tu disais haute voix ce que tu as dj fait en penses3 chacun s'crierait3 ,otez cette immondice et ce venin6 ,mais autre chose est la pense1 autre chose l'action1 autre chose l'image de l'action4 ,la roue de la causalit ne roule pas entre ces choses4 ,c'est une image qui fit plir cet homme ple4 ,il tait la hauteur de son acte lorsqu'il commit son acte3 mais il ne supporta pas son image aprs l'avoir accompli4 ,il se vit toujours comme l'auteur d'un seul acte4 ,j'appelle cela de la folie1 car l'exception est devenue la rgle de son tre4 ,la ligne fascine la poule2 le trait que le criminel a port fascine sa pauvre raison - c'est la folie aprs l'acte4 coutez1 juges6 ,il y a encore une autre folie3 et cette folie est avant l'acte4 ,hlas6 vous n'avez pas pntr assez profondment dans cette me6 ,ainsi parle le juge rouge3 ,pourquoi ce criminel a-t-il tu8 ,il voulait drober4 ,mais je vous dis3 son me voulait du sang1 et ne dsirait point le vol3 il avait soif du bonheur du couteau6 ,mais sa pauvre raison ne comprit point cette folie et c'est elle qui dcida le criminel4 ,qu'importe le sang6 dit-elle2 ne veux-tu pas profiter de ton crime pour voler8 pour te venger8 ,et il couta sa pauvre raison3 son discours pesait sur lui comme du plomb1 - alors il vola1 aprs avoir assassin4 ,il ne voulait pas avoir honte de sa folie4 ,et de nouveau le plomb de sa faute pse sur lui1 de nouveau sa pauvre raison est engourdie1 paralyse et lourde4 ,si du moins il pouvait secouer la tte1 son fardeau roulerait en bas3 mais qui secouera cette tte8 ,qu'est cet homme8 ,un monceau de maladies qui1 par l'esprit1 agissent sur le monde extrieur3 c'est l qu'elles veulent leur butin4 ,qu'est cet homme8 ,une grappe de serpents sauvages entrelacs1 qui rarement se supportent tranquillement - alors ils s'en vont1 chacun de son ct1 pour chercher leur butin de par le monde4 ,voyez ce pauvre corps6 ,ses souffrances et ses dsirs1 sa pauvre me essaya de les comprendre1 - elle crut qu'ils taient le plaisir et l'envie criminelle d'atteindre le bonheur du couteau4 ,celui qui tombe malade maintenant est surpris par le mal qui est le mal de ce moment3 il veut faire souffrir avec ce qui le fait souffrir4 ,mais il y a eu d'autres temps1 il y a eu un autre bien et un autre mal4 ,autrefois le doute et l'ambition personnelle taient des crimes4 ,alors le malade devenait hrtique et sorcier2 comme hrtique et comme sorcier il souffrait et voulait faire souffrir4 ,mais vous ne voulez pas m'entendre3 ce serait nuisible pour ceux d'entre vous qui sont bons1 dites-vous4 ,mais que m'importe vos hommes bons6 ,chez vos hommes bons1 il y a bien des choses qui me dgotent et ce n'est vraiment pas le mal4 ,je voudrais qu'ils aient une folie dont ils prissent comme ce ple criminel6 ,vraiment1 je voudrais que cette folie s'appelt vrit1 ou fidlit1 ou justice3 mais leur vertu consiste vivre longtemps dans un misrable contentement de soi4 ,je suis un garde-fou au bord du fleuve3 que celui qui peut me saisir me saisisse6 ,je ne suis pas votre bquille4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,lire ,,et ,,crire ,de tout ce qui est crit1 je n'aime que ce que l'on crit avec son propre sang4 cris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit4 ,il n'est pas facile de comprendre du sang tranger3 je has tous les paresseux qui lisent4 ,celui qui connat le lecteur ne fait plus rien pour le lecteur4 ,encore un sicle de lecteurs - et l'esprit mme sentira mauvais4 ,que chacun ait le droit d'apprendre lire1 cela gte la longue1 non seulement l'criture1 mais encore la pense4 ,jadis l'esprit tait ,dieu1 puis il devint homme1 maintenant il s'est fait populace4 ,celui qui crit en maximes avec du sang ne veut pas tre lu1 mais appris par coeur4 ,sur les montagnes le plus court chemin va d'un sommet l'autre3 mas pour suivre ce chemin il faut que tu aies de longues jambes4 ,les maximes doivent tre des sommets1 et ceux qui l'on parle des hommes grands et robustes4 ,l'air lger et pur1 le danger proche et l'esprit plein d'une joyeuse mchanchet3 tout cela s'accorde bien4 ,je veux avoir autour de moi des lutins1 car je suis courageux4 ,le courage qui chasse les fantmes se cre ses propres lutins1 - le courage veut rire4 ,je ne suis plus en communion d'me avec vous4 ,cette nue que je vois au-dessous de moi1 cette noirceur et cette lourdeur dont je ris - c'est votre nue d'orage4 ,vous regardez en haut quand vous aspirez l'lvation4 ,et moi je regarde en bas puisque je suis lev4 ,qui de vous peut en mme temps rire et tre lev8 ,celui qui plane sur les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragdies de la scne et de la vie4 ,courageux1 insoucieux1 moqueur1 violent - ainsi nous veut la sagesse3 elle est femme et ne peut aimer qu'un guerrier4 ,vous me dites3 ,la vie est dure porter4 ,mais pourquoi auriez-vous le matin votre fiert et le soir votre soumission8 ,la vie est dure porter3 mais n'ayez donc pas l'air si tendre6 ,nous sommes tous des nes et des nesses chargs de fardeaux4 ,qu'avons-nous de commun avec le bouton de rose qui tremble puisqu'une goutte de rose l'oppresse4 ,il est vrai que nous aimons la vie1 mais ce n'est pas parce que nous sommes habitus la vie1 mais l'amour4 ,il y a toujours un peu de folie dans l'amour4 ,mais il y a toujours un peu de raison dans la folie4 ,et pour moi aussi1 pour moi qui suis port vers la vie1 les papillons et les bulles de savon1 et tout ce qui leur ressemble parmi les hommes1 me semble le mieux connatre le bonheur4 ,c'est lorsqu'il voit voltiger ces petites mes lgres et folles1 charmantes et mouvantes - que ,zarathoustra est tent de pleurer et de chanter4 ,je ne pourrais croire qu' un ,dieu qui saurait danser4 ,et lorsque je vis mon dmon1 je le trouvai srieux1 grave1 profond et solennel3 c'tait l'esprit de lourdeur1 - c'est par lui que tombent toutes choses4 ,ce n'est pas par la colre1 mais par le rire que l'on tue4 ,en avant1 tuons l'esprit de lourdeur6 ,j'ai appris marcher3 depuis lors1 je me laisse courir4 ,j'ai appris voler1 depuis lors je ne veux pas tre pouss pour changer de place4 ,maintenant je suis lger1 maintenant je vole1 maintenant je me vois aud-dessous de moi1 maintenant un dieu danse en moi4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,arbre ,,sur ,,la ,,montagne ,zarathoustra s'tait aperu qu'un jeune homme l'vitait4 ,et comme il allait un soir seul par la montagne qui domine la ville appele la ,vache multicolore1 il trouva dans sa promenade ce jeune homme1 appuy contre un arbre et jetant sur la valle un regard fatigu4 ,zarathoustra mit son bras autour de l'arbre contre lequel le jeune homme tait assis et il parla ainsi3 ,si je voulais secouer cet arbre avec mes mains1 je ne le pourrais pas4 ,mais le vent que nous ne voyons pas l'agite et le courbe comme il veut4 ,de mme nous sommes courbs et agits par des mains invisibles4 ,alors le jeune homme se leva stupfait et il dit3 ,j'entends ,zarathoustra et justement je pensais lui4 ,zarathoustra rpondit3 ,pourquoi t'effrayes-tu8 - ,il es est de l'homme comme de l'arbre4 ,puis il veut s'lever vers les hauteurs et la clart1 plus profondment aussi ses racines s'enfoncent dans la terre1 dans les tnbres et l'abme1 - dans le mal8 ,oui1 dans le mal6 s'cria le jeune homme4 ,comment est-il possible que tu aies dcouvert mon me8 ,zarathoustra se prit sourire et dit3 ,il y a des mes qu'on ne dcouvrira jamais1 moins que l'on ne commence par les inventer4 ,oui1 dans le mal6 s'cria derechef le jeune homme4 ,tu disais la vrit1 ,zarathoustra4 ,je n'ai plus confiance en moi-mme1 depuis que je veux monter dans les hauteurs1 et personne n'a plus confiance en moi1 - d'o cela peut-il donc venir8 ,je me transforme trop vite3 mon prsent rfute mon pass4 ,je saute souvent des marches quand je monte1 - c'est ce que les marches ne me pardonnent pas4 ,quand je suis en haut je me trouve toujours seul4 ,personne ne me parle1 le froid de la solitude me fait trembler4 ,qu'est-ce que je veux donc dans les hauteurs8 ,mon mpris et mon dsir grandissent ensemble2 plus je m'lve1 plus je mprise celui qui s'lve4 ,que veut-il donc dans les hauteurs8 ,comme j'ai honte de ma monte et de mes faux pas6 ,comme je ris de mon souffle haletant6 ,comme je hais celui qui prend son vol6 ,comme je suis fatigu lorsque je suis dans les hauteurs6 ,alors le jeune homme se tut4 ,et ,zarathoustra regarda l'arbre prs duquel ils taient debout et il parla ainsi3 ,cet arbre s'lve seul sur la montagne2 il a grandi bien au-dessus des hommes et des btes4 ,et s'il voulait parler1 personne ne pourrait le comprendre3 tant il a grandi4 ,ds lors il attend et il ne cesse d'attendre1 - quoi donc8 ,il habite trop prs du sige des nuages3 il attend peut-tre le premier coup de foudre8 ,quand ,zarathoustra eut dit cela1 le jeune homme s'cria avec des gestes vhments3 ,oui1 ,zarathoustra 1 tu dis la vrit4 ,j'ai dsir ma chute en voulant atteindre les hauteurs1 et tu es le coup de foudre que j'attendais6 ,regarde-moi1 que suis-je encore depuis que tu nous es apparu8 ,c'est la jalousie qui m'a tu6 - ,ainsi parlait le jeune homme et il pleurait amrement4 ,zarathoustra1 cependant1 mit son bras autour de sa taille et l'emmena avec lui4 ,et lorsqu'ils eurent march cte cte pendant quelques minutes1 ,zarathoustra commena parler ainsi3 ,j'en ai le coeur dchir4 ,mieux que ne le disent tes paroles1 ton regard me dit tout le danger que tu cours4 ,tu n'es pas libre encore1 tu cherches encore la libert4 ,tes recherches t'ont rendu noctambule et trop lucide4 ,tu veux monter librement vers les hauteurs et ton me a soif d'toiles4 ,mais tes mauvais instincts1 eux aussi1 ont soif de la libert4 ,tes chiens sauvages veulent tre libres2 ils aboient de joie dans leur cave1 quand ton esprit tend ouvrir toutes les prisons4 ,pour moi1 tu es encore un prisonnier qui aspire la libert3 hlas6 l'me de pareils prisonniers devient prudente1 mais elle devient aussi ruse et mauvaise4 ,pour celui qui a dlivr son esprit il reste encore se purifier4 ,il demeure en lui beaucoup de contrainte et de bourbe3 il faut que son oeil se purifie4 ,oui1 je connais le danger que tu cours4 ,mais par mon amour et mon espoir1 je t'en conjure3 ne jette pas loin de toi ton amour et ton espoir6 ,tu te sens encore noble1 et les autres aussi te tiennent pour noble1 ceux qui t'en veulent et qui te regardent d'un mauvais oeil4 ,sache qu'ils ont tous quelqu'un de noble dans leur chemin4 ,les bons1 eux aussi1 ont tous quelqu'un de noble dans leur chemin3 et quand mme ils l'appelleraient bon1 ce ne serait que pour le mettre de ct4 ,l'homme noble veut crer quelque chose de neuf et une nouvelle vertu4 ,l'homme bon dsire les choses vieilles et que les choses vieilles soient conserves4 ,mais le danger de l'homme noble n'est pas qu'il devienne bon1 mais insolent1 railleur et destructeur4 ,hlas6 j'ai connu des hommes nobles qui perdirent leur plus haut espoir4 ,et ds lors ils calomnirent tous les hauts espoirs4 ,ds lors ils vcurent1 effronts1 en de courts dsirs1 et peine se sont-ils trac un but d'un jour l'autre4 ,l'esprit aussi est une volupt - ainsi disaient-ils4 ,alors leur esprit s'est bris les ailes3 maintenant il ne fait plus que ramper et il souille tout ce qu'il dvore4 ,jadis ils songeaient devenir des hros3 maintenant ils ne sont plus que des jouisseurs4 ,l'image du hros leur cause de l'affliction et de l'effroi4 ,mais par mon amour et par mon espoir1 je t'en conjure3 ne jette pas loin de toi le hros qui est dans ton me6 ,sanctifie ton plus haut espoir6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,pr,,dicateurs ,,de ,,la ,,mort ,il y a des prdicateurs de la mort et le monde est plein de ceux qui il faut prcher de se dtourner de la vie4 ,la terre est pleine de superflus1 la vie est gte par ceux qui sont de trop4 ,qu'on les attire hors de cette vie1 par l'appt de la vie ternelle6 ,jaunes3 c'est ainsi que l'on dsigne les prdicateurs de la mort1 ou bien on les appelle noirs4 ,mais je veux vous les montrer sous d'autres couleurs encore4 ,ce sont les plus terribles1 ceux qui portent en eux la bte sauvage et qui n'ont pas de choix1 si ce n'est entre les convoitises et les mortifications4 ,et leurs convoitises sont encore des mortifications4 ,ils ne sont pas encore devenus des hommes1 ces tres terribles3 qu'ils prchent donc l'aversion de la vie et qu'ils s'en aillent6 ,voici les phtisiques de l'me3 peine sont-ils ns qu'ils commencent dj mourir1 et ils aspirent aux doctrines de la fatigue et du renoncement4 ,ils aimeraient tre morts et nous devons sanctifier leur volont6 ,gardons-nous de ressusciter ces morts et d'endommager ces cercueils vivants4 ,s'ils rencontrent un malade ou bien un vieillard1 ou bien encore un cadavre1 ils disent de suite la vie est rfute6 ,mais eux seuls sont rfuts1 ainsi que leur regard qui ne voit qu'un seul aspect de l'existence4 ,envelopps d'paisse mlancolie1 et avides des petits hasards qui apportent la mort3 ainsi ils attendent en serrant les dents4 ,ou bien encore1 ils tendent la main vers des sucreries et se moquent de leurs propres enfantillages3 ils sont accrochs la vie comme un brin de paille et ils se moquent de tenir un brin de paille4 ,leur sagesse dit3 ,est fou qui demeure en vie1 mais nous sommes tellement fous6 ,et ceci est la plus grande folie de la vie6 - ,la vie n'est que souffrance - prtendent-ils1 et ils ne mentent pas3 faites donc en sorte que vous cessiez d'tre6 ,faites donc cesser la vie qui n'est que souffrance6 ,et voici l'enseignement de votre vertu3 ,tu dois te tuer toi-mme6 ,tu dois t'esquiver toi-mme6 ,la luxure est un pch1 - disent les uns1 en prchant la mort - mettons-nous l'cart et n'engendrons pas d'enfants6 ,l'enfantement est pnible1 disent les autres1 - pourquoi enfanter encore8 ,on n'enfante que des malheureux6 ,et eux aussi sont des prdicateurs de la mort4 ,il nous faut de la piti - disent les troisimes4 ,prenez ce que j'ai6 ,prenez ce que je suis6 ,je serai d'autant moins li par la vie6 ,si leur piti allait jusqu'au fond de leur tre1 ils tcheraient de dgoter de la vie leurs prochains4 tre mchants - ce serait l leur vritable bont4 ,mais ils veulent se dbarrasser de la vie3 que leur importe si avec leurs chanes et leurs prsents ils en attachent d'autres plus troitement encore6 - ,et vous aussi1 vous dont la vie est inquitude et travail sauvage3 n'tes-vous pas fatigus de la vie8 ,n'tes-vous pas mrs pour la prdication de la mort8 ,vous tous1 vous qui aimez le travail sauvage et tout ce qui est rapide1 nouveau1 trange1 - vous vous supportez mal vous-mmes1 votre activit est une fuite et c'est la volont de s'oublier soi-mme4 ,si vous aviez plus de foi en la vie1 vous vous abandonneriez moins au moment4 ,mais vous n'avez pas assez de valeur intrieure pour l'attente - et vous n'en avez pas mme assez pour la paresse6 ,partout rsonne la voix de ceux qui prchent la mort3 et le monde est plein de ceux qui il faut prcher la mort4 ,ou bien la vie ternelle3 ce qui pour moi est la mme chose1 - pourvu qu'ils s'en aillent rapidement6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,guerre ,,et ,,des ,,guerriers ,nous ne voulons pas que nos meilleurs ennemis nous mnagent ni que nous soyons mnags par ceux que nous aimons du fond du coeur4 ,laissez-moi donc vous dire la vrit6 ,mes frres en la guerre6 ,je vous aime du fond du coeur1 je suis et je fus toujours votre semblable4 ,je suis aussi votre meilleur ennemi4 ,laissez-moi donc vous dire la vrit6 ,je n'ignore pas la haine et l'envie de votre coeur4 ,vous n'tes pas assez grands pour ne pas connatre la haine et l'envie4 ,soyez donc assez grands pour ne pas en avoir honte6 ,et si vous ne pouvez pas tre les saints de la connaissance1 soyez-en du moins les guerriers4 ,les guerriers de la connaissance sont les compagnons et les prcurseurs de cette saintet4 ,je vois beaucoup de soldats3 puiss-je voir beaucoup de guerriers6 ,on appelle uniforme ce qu'ils portent3 que ce qu'ils cachent dessous ne soit pas uni-forme6 ,vous devez tre de ceux dont l'oeil cherche toujours un ennemi - votre ennemi4 ,et chez quelques-uns d'entre vous il y a de la haine premire vue4 ,vous devez chercher votre ennemi et faire votre guerre1 une guerre pour vos penses6 ,et si votre pense succombe1 votre loyaut doit nanmoins crier victoire6 ,vous devez aimer la paix comme un moyen de guerres nouvelles4 ,et la courte paix plus que la longue4 ,je ne vous conseille pas le travail1 mais la lutte4 ,je ne vous conseille pas la paix1 mais la victoire4 ,que votre travail soit une lutte1 que votre paix soit une victoire6 ,on ne peut se taire et rester tranquille1 que lorsque l'on a des flches et un arc3 autrement on bavarde et on se dispute4 ,que votre paix soit une victoire6 ,vous dites que c'est la bonne cause qui sanctifie mme la guerre8 ,je vous dis3 c'est la bonne guerre qui sanctifie toute cause4 ,la guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l'amour du prochain4 ,ce n'est pas votre piti1 mais votre bravoure qui sauva jusqu' prsent les victimes4 ,qu'est-ce qui est bien8 demandez-vous4 ,etre brave1 voil qui est bien4 ,laissez dire les petites filles3 ,bien1 c'est ce qui est en mme temps joli et touchant4 ,on vous appelle sans-coeur3 mais votre coeur est vrai et j'aime la pudeur de votre cordialit4 ,vous avez honte de votre flot et d'autres rougissent de leur reflux4 ,vous tes laids8 ,eh bien1 mes frres6 ,enveloppez-vous du sublime1 le manteau de la laideur6 ,quand votre me grandit1 elle devient imptueuse1 et dans votre lvation1 il y a de la mchancet4 ,je vous connais4 ,dans la mchancet1 l'imptueux se rencontre avec le dbile4 ,mais ils ne se comprennent pas4 ,je vous connais4 ,vous ne devez avoir d'ennemis que pour les har et non pour les mpriser4 ,vous devez tre fiers de votre ennemi1 alors les succs de votre ennemi seront aussi vos succs4 ,la rvolte - c'est la noblesse de l'esclave4 ,que votre noblesse soit l'obissance6 ,que votre commandement lui-mme soit de l'obissance6 ,un bon guerrier prfre tu dois je veux4 ,et vous devez vous faire commander tout ce que vous aimez4 ,que votre amour de la vie soit l'amour de vos plus hautes esprances3 et que votre plus haute esprance soit la plus haute pense de la vie4 ,votre plus haute pense1 permettez que je vous la commande - la voici3 l'homme est quelque chose qui doit tre surmont4 ,ainsi vivez votre vie d'obissance et de guerre6 ,qu'importe la vie longue6 ,quel guerrier veut tre mnag6 ,je ne vous mnage point1 je vous aime du fond du coeur1 mes frres en la guerre6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,nouvelle ,,idole ,il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux1 mais ce n'est pas chez nous1 mes frres3 chez nous il y a des tats4 tat8 ,qu'est-ce1 cela8 ,allons6 ,ouvrez les oreilles1 je vais vous parler de la mort des peuples4 ,l'tat1 c'est le plus froid de tous les monstres froids3 il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche3 ,moi1 l'tat1 je suis le ,peuple4 ,c'est un mensonge6 ,ils taient des crateurs1 ceux qui crrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour3 ainsi ils servaient la vie4 ,ce sont des destructeurs1 ceux qui tendent des piges au grand nombre et qui appellent cela un tat3 ils suspendent au-dessus d'eux un glaive et cent apptits4 ,partout o il y a encore du peuple1 il ne comprend pas l'tat et il le dteste comme le mauvais oeil et une drogation aux coutumes et aux lois4 ,je vous donne ce signe3 chaque peuple a son langage du bien et du mal3 son voisin ne le comprend pas4 ,il s'est invent ce langage pour ses coutumes et ses lois4 ,mais l'tat ment dans toutes ses langues du bien et du mal2 et1 dans tout ce qu'il dit1 il ment - et tout ce qu'il a1 il l'a vol4 ,tout en lui est faux2 il mord avec des dents voles1 le hargneux4 ,mme ses entrailles sont falsifies4 ,une confusion des langues du bien et du mal - je vous donne ce signe1 comme le signe de l'tat4 ,en vrit1 c'est la volont de la mort qu'indique ce signe1 il appelle les prdicateurs de la mort6 ,beaucoup trop d'hommes viennent au monde3 l'tat a t invent pour ceux qui sont superflus6 ,voyez donc comme il les attire1 les superflus6 ,comme il les enlace1 comme il les mche et les remche4 ,il n'y a rien de plus grand que moi sur la terre3 je suis le doigt ordonnateur de ,dieu - ainsi hurle le monstre4 ,et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues oreilles et la vue basse qui tombent genoux6 ,hlas1 en vous aussi1 grandes mes1 il murmure ses sombres mensonges4 ,hlas1 il devine les coeurs riches qui aiment se rpandre6 ,certes1 il vous devine1 vous aussi1 vainqueurs du ,dieu ancien6 ,le combat vous a fatigus et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole6 ,elle voudrait placer autour d'elle des hros et des hommes honorables1 la nouvelle idole6 ,il aime se chauffer au soleil de la bonne conscience1 - le froid monstre6 ,elle veut tout vous donner1 si vous l'adorez1 la nouvelle idole3 ainsi elle s'achte l'clat de votre vertu et le fier regard de vos yeux4 ,vous devez lui servir d'appt pour les superflus6 ,oui1 c'est l'invention d'un tour infernal1 d'un coursier de la mort1 cliquetant dans la parure des honneurs divins6 ,oui1 c'est l'invention d'une mort pour le grand nombre1 une mort qui se vante d'tre la vie1 une servitude selon le coeur de tous les prdicateurs de la mort6 ,l'tat est partout o tous absorbent des poisons1 les bons et les mauvais3 l'tat1 o tous se perdent eux-mmes1 les bons et les mauvais3 l'tat1 o le lent suicide de tous s'appelle - la vie4 ,voyez donc ces superflus6 ,ils volent les oeuvres des inventeurs et les trsors des sages3 ils appellent leur vol civilisation - et tout leur devient maladie et revers6 ,voyez donc ces superflus6 ,ils sont toujours malades1 ils rendent leur bile et appellent cela des journaux4 ,ils se dvorent et ne peuvent pas mme se digrer4 ,voyez donc ces superflus6 ,ils acquirent des richesses et en deviennent plus pauvres4 ,ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance1 beaucoup d'argent1 - ces impuissants6 ,voyez-les grimper1 ces singes agiles6 ,ils grimpent les un sur les autres et se poussent ainsi dans la boue et dans l'abme4 ,ils veulent tous s'approcher du trne3 c'est leur folie1 - comme si le bonheur tait sur le trne6 ,souvent la boue est sur le trne - et souvent aussi le trne est dans la boue4 ,ils m'apparaissent tous comme des fous1 des singes grimpeurs et imptueux4 ,leur idole sent mauvais1 ce froid monstre3 ils sentent tous mauvais1 ces idoltres4 ,mes frres1 voulez-vous donc touffer dans l'exhalaison de leurs gueules et de leurs apptits6 ,cassez plutt les vitres et sautez dehors6 vitez donc la mauvaise odeur6 loignez-vous d'idoltrie des superflus4 vitez donc la mauvaise odeur6 loignez-vous de la fume de ces sacrifices humains6 ,maintenant encore les grandes mes trouveront devant elles l'existence libre4 ,il reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou deux1 des endroits o souffle l'odeur des mers silencieuses4 ,une vie libre reste ouverte aux grandes mes4 ,en vrit1 celui qui possde peu est d'autant moins possd3 bnie soit la petite pauvret4 ,l o finit l'tat1 l seulement commence l'homme qui n'est pas superflu3 l commence le chant de la ncessit1 la mlodie unique1 la nulle autre pareille4 ,l o finit l'tat1 - regardez donc1 mes frres6 ,ne voyez-vous pas l'arc-en-ciel et le pont du ,surhumain8 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,mouches ,,de ,,la ,,place ,,publique ,fuis1 mon ami1 dans ta solitude6 ,je te vois tourdi par le bruit des grands hommes et meurtri par les aiguillons des petits4 ,avec dignit1 la fort et le rocher savent se taire en ta compagnie4 ,ressemble de nouveau l'arbre que tu aimes1 l'arbre aux larges branches3 il coute silencieux1 suspendu sur la mer4 ,o cesse la solitude1 commence la place publique2 et o commence la place publique1 commence aussi le bruit des grands comdiens et le bourdonnement des mouches venimeuses4 ,dans le monde les meilleures choses ne valent rien sans quelqu'un qui les reprsente3 le peuple appelle ces reprsentants des grands hommes4 ,le peuple comprend mal ce qui est grand1 c'est--dire ce qui cre4 ,mais il a un sens pour tous les reprsentants1 pour tous les comdiens des grandes choses4 ,le monde tourne autour des inventeurs de valeurs nouvelles3 - il tourne invisiblement4 ,mais autour des comdiens tourne le peuple et la gloire3 ainsi va le monde4 ,le comdien a de l'esprit1 mais peu de conscience de l'esprit4 ,il croit toujours ce qui lui fait obtenir ses meilleurs effets1 - ce qui pousse les gens croire en lui-mme6 ,demain il aura une foi nouvelle et aprs-demain une foi plus nouvelle encore4 ,il a l'esprit prompt comme le peuple1 et prompt au changement4 ,renverser1 - c'est ce qu'il appelle dmonter4 ,rendre fou1 - c'est ce qu'il appelle convaincre4 ,et le sang est pour lui le meilleur de tous les arguments4 ,il appelle mensonge et nant une vrit qui ne glissent que dans les fines oreilles4 ,en vrit1 il ne croit qu'en les dieux qui font beaucoup de bruit dans le monde6 ,la place publique est pleine de bouffons tapageurs - et le peuple se vante de ses grands hommes6 ,ils sont pour lui les matres du moment4 ,mais le moment les presse3 c'est pourquoi ils te pressent aussi4 ,ils veulent de toi un oui ou un non4 ,malheur toi1 si tu voulais placer ta chaise entre un pour et un contre6 ,ne sois pas jaloux des esprits impatients et absolus1 amant1 de la vrit4 ,jamais encore la vrit n'a t se pendre au bras des intransigeants4 ,a cause de ces agits retourne dans ta scurit3 ce n'est que sur la place publique qu'on est assailli par des oui8 ou des non8 ,ce qui se passe dans les fontaines profondes s'y passe avec lenteur3 il faut qu'elles attendent longtemps pour savoir ce qui est tomb dans leur profondeur4 ,tout ce qui est grand se passe loin de la place publique et de la gloire3 loin de la place publique et de la gloire demeurrent de tous temps les inventeurs de valeurs nouvelles4 ,fuis1 mon ami1 fuis dans ta solitude3 je te vois meurtri par des mouches venimeuses4 ,fuis l-haut o souffle un vent rude et fort6 ,fuis dans ta solitude6 ,tu as vcu trop prs des petits et des pitoyables4 ,fuis devant leur vengeance invisible6 ,ils ne veulent que se venger de toi4 ,n'lve plus le bras contre eux6 ,ils sont innombrables et ce n'est pas ta destine d'tre un chasse-mouches4 ,innombrables sont ces petits et ces pitoyables2 et maint difice altier fut dtruit par des gouttes de pluie et des mauvaises herbes4 ,tu n'es pas une pierre1 mais dj des gouttes nombreuses t'ont crevass4 ,des gouttes nombreuses te fleront et te briseront encore4 ,je te vois fatigu par les mouches venimeuses1 je te vois dchir et sanglant en maint endroit2 et la fiert ddaigne mme de se mettre en colre4 ,elles voudraient ton sang en toute innocence1 leurs mes anmiques rclament du sang - et elles piquent en toute innocence4 ,mais toi qui es profond1 tu souffres trop profondment1 mme des petites blessures2 et avant que tu ne sois guri1 leur ver venimeux aura pass sur ta main4 ,tu me sembles trop fier pour tuer ces gourmands4 ,mais prends garde que tu ne sois destin porter toute leur venimeuse injustice6 ,ils bourdonnent autour de toi1 mme avec leurs louanges3 importunits1 voil leurs louanges4 ,ils veulent tre prs de ta peau et de ton sang4 ,ils te flattent comme on flatte un dieu ou un diable2 ils pleurnichent devant toi1 comme un dieu ou un diable4 ,qu'importe6 ,ce sont des flatteurs et des pleurards1 rien de plus4 ,aussi font-ils souvent les aimables avec toi4 ,mais c'est ainsi qu'en agit toujours la ruse des lches4 ,oui1 les lches sont russ6 ,ils pensent beaucoup toi avec leur me troite - tu leur es toujours suspect6 ,tout ce qui fait beaucoup rflchir devient suspect4 ,ils te punissent pour toutes tes vertus4 ,ils ne te pardonnent du fond du coeur que tes fautes4 ,puisque tu es bienveillant et juste1 tu dis3 ,ils sont innocents de leur petite existence4 ,mais leur me troite pense3 ,toute grande existence est coupable4 ,mme quand tu es bienveillant leur gard1 ils se sentent mpriss par toi2 et ils te rendent ton bienfait par des mfaits cachs4 ,ta fiert sans paroles leur est toujours contraire2 ils jubilent quand il t'arrive d'tre assez modeste pour tre vaniteux4 ,tout ce que nous percevons chez un homme1 nous ne faisons que l'enflammer4 ,garde-toi donc des petits6 ,devant toi ils se sentent petits et leur bassesse s'chauffe contre toi en une vengeance invisible4 ,ne t'es-tu pas aperu qu'ils se taisaient1 ds que tu t'approchais d'eux1 et que leur force les abandonnait1 ainsi que la fume abandonne un feu qui s'teint8 ,oui1 mon ami1 tu es la mauvaise conscience de tes prochains3 car ils ne sont pas dignes de toi4 ,c'est pourquoi ils te hassent et voudraient te sucer le sang4 ,tes prochains seront toujours des mouches venimeuses2 ce qui est grand en toi - ceci mme doit les rendre plus venimeux et toujours plus semblables des mouches4 ,fuis1 mon ami1 fuis dans ta solitude1 l-haut o souffle un vent rude et fort4 ,ce n'est pas ta destine d'tre un chasse-mouches4- ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,chastet ,j'aime la fort4 ,il est difficile de vivre dans les villes3 ceux qui sont en rut y sont trop nombreux4 ,ne vaut-il pas mieux tomber entre les mains d'un meurtrier que dans les rves d'une femme ardente8 ,et regardez donc ces hommes3 leur oeil en tmoigne - ils ne connaissent rien de meilleur sur la terre que de coucher avec une femme4 ,ils ont de la boue au fond de l'me1 et malheur eux si leur boue a de l'esprit6 ,si du moins vous tiez une bte parfaite1 mais pour tre une bte il faut l'innocence4 ,est-ce que je vous conseille de tuer vos sens8 ,je vous conseille l'innocence des sens4 ,est-ce que je vous conseille la chastet8 ,chez quelques-uns la chastet est une vertu1 mais chez beaucoup d'autres elle est presque un vice4 ,ceux-ci sont continents peut-tre3 mais la chienne ,sensualit se reflte1 avec jalousie1 dans tout ce qu'ils font4 ,mme dans les hauteurs de leur vertu et jusque dans leur esprit rigide1 cet animal les suit avec sa discorde4 ,et avec quel air gentil la chienne ,sensualit sait mendier un morceau d'esprit1 quand on lui refuse un morceau de chair4 ,vous aimez les tragdies et tout ce qui brise le coeur8 ,mais moi je suis mfiant envers votre chienne4 ,vous avez des yeux trop cruels et1 pleins de dsirs1 vous regardez vers ceux qui souffrent4 ,votre lubricit ne s'est-elle pas travestie pour s'appeler piti8 ,et je vous donne aussi cette parabole3 ils n'taient pas en petit nombre1 ceux qui voulaient chasser leurs dmons et qui entrrent eux-mmes dans les pourceaux4 ,si la chastet pse quelqu'un1 il faut l'en dtourner1 pour qu'elle ne devienne pas le chemin de l'enfer - c'est dire la fange et la fournaise de l'me4 ,parl-je de choses malpropres8 ,ce n'est pas ce qu'il y a de pire mes yeux4 ,ce n'est pas quand la vrit est malpropre1 mais quand elle est basse1 que celui qui cherche la connaissance n'aime pas descendre dans ses eaux4 ,en vrit1 il y en a qui sont chastes jusqu'au fond du coeur3 ils sont plus doux de coeur1 ils aiment mieux rire et ils rient plus que vous4 ,ils rient aussi de la chastet et demandent3 ,qu'est-ce que la chastet6 ,la chastet n'est-elle pas une vanit8 ,mais cette vanit est venue nous1 nous ne sommes pas venus elle4 ,nous avons offert cet tranger l'hospitalit de notre coeur1 maintenant il habite chez nous1 - qu'il y reste autant qu'il voudra6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,ami ,un seul est toujours de trop autour de moi1 - ainsi pense le solitaire4 ,toujours une fois un - cela finit par faire deux6 ,je et ,moi sont toujours en conversation trop assidue3 comment supporterait-on cela s'il n'y avait pas un ami8 ,pour le solitaire1 l'ami est toujours le troisime3 le troisime est le lige qui empche le colloque des deux autres de s'abmer dans les profondeurs4 ,hlas6 il y a trop de profondeurs pour tous les solitaires4 ,c'est pourquoi ils aspirent un ami et la hauteur d'un ami4 ,notre foi en les autres dcouvre l'objet de notre foi en nous-mmes4 ,notre dsir d'un ami rvle notre pense4 ,l'amour ne sert souvent qu' passer sur l'envie4 ,souvent l'on attaque et l'on se fait des ennemis pour cacher que l'on est soi-mme attaquable4 ,sois au moins mon ennemi6 - ainsi parle le respect vritable1 celui qui n'ose pas solliciter l'amiti4 ,si l'on veut avoir un ami il faut aussi vouloir faire la guerre pour lui3 et pour la guerre1 il faut pouvoir tre ennemi4 ,il faut honorer l'ennemi dans l'ami4 ,peux-tu t'approcher de ton ami1 sans passer son bord8 ,en son ami on doit voir son meilleur ennemi4 ,c'est quand tu luttes contre lui que tu dois tre le plus prs de son coeur4 ,tu ne veux pas dissimuler devant ton ami8 ,tu veux faire honneur ton ami en te donnant tel que tu es8 ,mais c'est pourquoi il t'envoie au diable6 ,qui ne sait se dissimuler rvolte3 voil pourquoi il faut craindre la nudit6 ,certes1 si vous tiez des dieux vous pourriez avoir honte de vos vtements6 ,tu ne saurais assez bien t'habiller pour ton ami3 car tu dois lui tre une flche et un dsir du ,surhumain4 ,as-tu dj vu dormir ton ami1 - pour que tu apprennes connatre son aspect8 ,quel est donc le visage de ton ami8 ,c'est ton propre visage dans un miroir grossier et imparfait4 ,as-tu dj vu dormir ton ami8 ,ne t'es-tu pas effray de l'air qu'il avait8 ,oh6 mon ami1 l'homme est quelque chose qui doit tre surmont4 ,l'ami doit tre pass matre dans la divination et dans le silence3 tu ne dois pas vouloir tout voir4 ,ton rve doit te rvler ce que fait ton ami quand il est veill4 ,il faut que ta pitii soit une divination3 afin que tu saches d'abord si ton ami veut de la piti4 ,peut-tre aime-t-il en toi le visage fier et le regard de l'ternit4 ,il faut que la compassion avec l'ami se cache sous une rude enveloppe1 et que tu y laisses une dent4 ,ainsi ta compassion sera pleine de finesses et de douceurs4 ,es-tu pour ton ami air pur et solitude1 pain et mdicament8 ,il y en a qui ne peuvent pas se librer de leur propre chane1 et pourtant1 pour leurs amis1 ils sont des sauveurs4 ,si tu es un esclave tu ne peux pas tre un ami4 ,si tu es un tyran tu ne peux pas avoir d'amis4 ,pendant trop longtemps un esclave et un tyran taient cachs dans la femme4 ,c'est pourquoi la femme n'est pas encore capable d'amiti3 elle ne connat que l'amour4 ,dans l'amour de la femme il y a de l'injustice et de l'aveuglement l'gard de tout ce qu'elle n'aime pas4 ,et mme dans l'amour conscient de la femme il y a toujours1 ct de la lumire1 la surprise1 l'clair et la nuit4 ,la femme n'est pas encore capable d'amiti4 ,des chattes1 voil ce que sont toujours les femmes1 des chattes et des oiseaux4 ,ou1 quand cela va bien1 des vaches4 ,la femme n'est pas encore capable d'amiti4 ,mais1 dites-moi1 vous autres hommes1 lequel d'entre vous est donc capable d'amiti8 ,maldiction sur votre pauvret et votre avarice de l'me1 hommes6 ,ce que vous donnez vos amis1 je veux le donner mme mes ennemis1 sans en devenir plus pauvre4 ,il y a de la camaraderie3 qu'il y ait de l'amiti6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,mille ,,et ,,un ,,buts ,zarathoustra a vu beaucoup de contres et beaucoup de peuples3 c'est ainsi qu'il a dcouvert le bien et le mal de beaucoup de peuples4 ,zarathoustra n'a pas dcouvert de plus grande puissance sur la terre1 que le bien et le mal4 ,aucun peuple ne pourrait vivre sans valuer les valeurs2 mais s'il veut se conserver1 il ne doit pas valuer comme value son voisin4 ,beaucoup de choses qu'un peuple appelait bonnes1 pour un autre peuple taient honteuses et mprisables3 voil ce que j'ai dcouvert4 ,ici beaucoup de choses taient appeles mauvaises et l-bas elles taient revtues du manteau de pourpre des honneurs4 ,jamais un voisin n'a compris l'autre voisin3 son me s'est toujours tonne de la folie et de la mchancete de son voisin4 ,une table des biens est suspendue au-dessus de chaque peuple4 ,or1 c'est la table de ce qu'il a surmont1 c'est la voix de sa volont de puissance4 ,est honorable ce qui lui semble difficile2 ce qui est indispensable et difficile1 s'appelle bien4 ,et ce qui dlivre de la plus profonde dtresse1 cette chose rare et difficile1 - est sanctifie par lui4 ,ce qui le fait rgner1 vaincre et briller1 ce qui excite l'horreur et l'envie de son voisin3 c'est ce qui occupe pour lui la plus haute et la premire place1 c'est ce qui est la mesure et le sens de toutes choses4 ,en vrit1 mon frre1 lorsque tu auras pris conscience des besoins et des terres d'un peuple1 lorsque tu connatras son ciel et son voisin3 tu devineras aussi la loi qui rgit ses victoires sur lui-mme1 et tu sauras pourquoi c'est sur tel degr qu'il monte ses esprances4 ,il faut que tu sois toujours le premier et que tu dpasses les autres3 ton me jalouse ne doit aimer personne1 si ce n'est l'ami - ceci fit tremble l'me d'un ,grec et lui fit gravir le sentier de la grandeur4 ,dire la vrit et savoir bien manier l'arc et les flches - ceci semblait cher1 et difficile en mme temps1 au peuple d'o vient mon nom - ce nom qui est en mme temps cher et difficile4 ,honorer pre et mre1 leur tre soumis jusqu'aux racines de l'me3 cette table des victoires sur soi-mme1 un autre peuple la suspendit au-dessus de lui et il devint puissant et ternel4 tre fidle et1 cause de la fidlit1 donner son sang et son honneur1 mme pour des choses mauvaises et dangereuses3 par cet enseignement un autre peuple s'est surmont1 et1 en se surmontant ainsi1 il devint gros et lourd de grandes esprances4 ,en vrit1 les hommes se donnrent eux-mmes leur bien et leur mal4 ,en vrit1 ils ne les prirent point1 ils ne les trouvrent point1 ils ne les coutrent point comme une voix descendue du ciel4 ,c'est l'homme qui mit des valeurs dans les choses1 afin de se conserver1 - c'est lui qui cra le sens des choses1 un sens humain6 ,c'est pourquoi il s'appelle homme1 c'est--dire1 celui qui value4 ,evaluer c'est crer3 coutez donc1 vous qui tes crateurs6 ,c'est leur valuation qui fait des trsors et des joyaux de toutes choses values4 ,c'est par l'valuation que se fixe la valeur3 sans l'valuation1 la noix de l'existence serait creuse4 ,ecoutez donc vous qui tes crateurs6 ,les valeurs changent lorsque le crateur se transforme4 ,celui qui doit crer dtruit toujours4 ,les crateurs furent d'abord des peuples et plus tard seulement des individus4 ,en vrit1 l'individu lui-mme est la plus jeune des crations4 ,des peuples jadis suspendirent au-dessus d'eux une table du bien4 ,l'amour qui veut dominer et l'amour qui veut obir se crrent ensemble de telles tables4 ,le plaisir du troupeau est plus ancien que le plaisir de l'individu4 ,et tant que la bonne conscience s'appelle troupeau1 la mauvaise conscience seule dit3 ,moi4 ,en vrit1 le moi rus1 le moi sans amour qui cherche son avantage dans l'avantage du plus grand nombre3 ce n'est pas l l'origine du troupeau1 mais son dclin4 ,ce furent toujours des fervents et des crateurs qui crrent le bien et le mal4 ,le feu de l'amour et le feu de la colre l'allument au nom de toutes les vertus4 ,zarathoustra vit beaucoup de pays et beaucoup de peuples4 ,il n'a pas trouv de plus grande puissance sur la terre que l'oeuvre des fervents3 bien et mal1 voil le nom de cette puissance4 ,en vrit1 la puissance de ces louanges et de ces blmes est pareille un monstre4 ,dites-moi1 mes frres1 qui me terrassera ce monstre8 ,dites1 qui jettera une chane sur les mille nuques de cette bte8 ,il y a eu jusqu' prsent mille buts1 car il y a eu mille peuples4 ,il ne manque que la chane des mille nuques1 il manque le but unique4 ,l'humanit n'a pas encore de but4 ,mais1 dites-moi donc1 mes frres1 si l'humanit manque de but1 n'est-elle pas elle-mme en dfaut8 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,amour ,,du ,,prochain ,vous vous empressez auprs du prochain et vous exprimez cela par de belles paroles4 ,mais je vous le dis3 votre amour du prochain1 c'est votre mauvais amour de vous-mmes4 ,vous entrez chez le prochain pour fuir devant vous-mmes et de cela vous voudriez faire une vertu3 mais je pntre votre dsintressement4 ,le toi est plus vieux que le moi2 le toi est sanctifi1 mais point encore le moi3 ainsi l'homme s'empresse auprs de son prochain4 ,est-ce que je vous conseille l'amour du prochain8 ,plutt encore je vous conseillerais la fuite du prochain et l'amour du lointain6 ,plus haut que l'amour du prochain se trouve l'amour du lointain et de ce qui est venir4 ,plus haut encore que l'amour de l'homme1 je place l'amour des choses et des fantmes4 ,ce fantme qui court devant toi1 mon frre1 ce fantme est plus beau que toi2 pourquoi ne lui prtes-tu pas ta chair et tes os8 ,mais tu as peur et tu t'enfuis chez ton prochain4 ,vous ne savez pas vous supporter vous-mmes et vous ne vous aimez pas assez3 c'est pourquoi vous voudriez sduire votre prochain par votre amour et vous dorer de son erreur4 ,je voudrais que toute espce de prochains et les voisins de ces prochains vous deviennent insupportables4 ,il vous faudrait alors vous crer par vous-mmes un ami au coeur dbordant4 ,vous invitez un tmoin quand vous voulez dire du bien de vous-mmes2 et quand vous l'avez induit bien penser de vous1 c'est vous qui pensez bien de vous4 ,celui-l seul ne ment pas qui parle contre sa conscience1 mais surtout celui qui parle contre son inconscience4 ,et c'est ainsi que vous parlez de vous-mmes dans vos relations et vous trompez le voisin sur vous-mmes4 ,ainsi parle le fou3 ,les rapports avec les hommes gtent le caractre1 surtout quand on n'en a pas4 ,l'un va chez le prochain parce qu'il se cherche1 l'autre parce qu'il voudrait s'oublier4 ,votre mauvais amour de vous-mmes fait de votre solitude une prison4 ,ce sont les plus lointains qui payent votre amour du prochain2 et quand vous n'tes que cinq ensemble1 vous en faites toujours mourir un sixime4 ,je n'aime pas non plus vos ftes3 j'y ai trouv trop de comdiens1 et mme les spectateurs se comportaient comme des comdiens4 ,je ne vous enseigne pas le prochain1 mais l'ami4 ,que l'ami vous soit la fte de la terre et un pressentiment du ,surhumain4 ,je vous enseigne l'ami et son coeur dbordant4 ,mais il faut savoir tre tel une ponge1 quand on veut tre aim par des coeurs dbordants4 ,je vous enseigne l'ami qui porte en lui un monde achev1 l'corce du bien1 - l'ami crateur qui a toujours un monde achev offrir4 ,et de mme que pour lui le monde s'est droul1 il s'enroule de nouveau1 tel le devenir du bien par le mal1 du but par le hasard8 ,que l'avenir et la chose la plus lointaine soient pour toi la cause de ton aujourd'hui3 c'est dans ton ami que tu dois aimer le ,surhumain comme ta raison d'tre4 ,mes frres1 je ne vous conseille pas l'amour du prochain1 je vous conseille l'amour du plus lointain4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,voies ,,du ,,cr,,ateur ,veux-tu1 mon frre1 aller dans l'isolement8 ,veux-tu chercher le chemin qui mne toi-mme8 ,hsite encore un peu et coute-moi4 ,celui qui cherche se perd facilement lui-mme4 ,tout isolement est une faute3 ainsi parle le troupeau4 ,et longtemps tu as fait partie du troupeau4 ,en toi aussi la voix du troupeau rsonnera encore4 ,et lorsque tu diras3 ,ma conscience n'est plus la mme que le vtre1 ce sera plainte et douleur4 ,voici1 cette conscience commune enfanta aussi cette douleur elle-mme3 et la dernire lueur de cette conscience enflamme encore ton affliction4 ,mais tu veux suivre la voix de ton affliction qui est la voie qui mne toi-mme4 ,montre-moi donc que tu en as le droit et la force6 ,est tu une force nouvelle et un droit nouveau8 ,un premier mouvement8 ,une roue qui roule sur elle-mme8 ,peux-tu forcer des toiles tourner autour de toi8 ,hlas6 il y a tant de convoitises qui veulent aller vers les hauteurs6 ,il y a tant de convulsions des ambitieux4 ,montre-moi que tu n'es ni parmi ceux qui convoitent1 ni parmi les ambitieux6 ,hlas6 il y a tant de grandes penses qui n'agissent pas plus qu'une vessie gonfle4 ,elles enflent et rendent plus vide encore4 ,tu t'appelles libre8 ,je veux que tu me dises ta pense matresse1 et non pas que tu t'es chapp d'un joug4 ,es-tu quelqu'un qui avait le droit de s'chapper d'un joug8 ,il y en a qui perdent leur dernire valeur en quittant leur sujtion4 ,libre de quoi8 ,qu'importe cela ,zarathoustra6 ,mais ton oeil clair doit m'annoncer3 libre pour quoi8 ,peux-tu te fixer toi-mme ton bien et ton mal et suspendre ta volont au-dessus de toi comme une loi8 ,peux-tu tre ton propre juge et le vengeur de ta propre loi8 ,il est terrible de demeurer seul avec le juge et le vengeur de sa propre loi4 ,c'est ainsi qu'une toile est projete dans le vide et dans le souffle glac de la solitude4 ,aujourd'hui encore tu souffres du nombre1 toi l'unique3 aujourd'hui encore tu as tout ton courage et toutes tes esprances4 ,pourtant ta solitude te fatiguera un jour1 ta fiert se courbera et ton courage grincera des dents4 ,tu crieras un jour3 ,je suis seul6 ,un jour tu ne verras plus ta hauteur1 et ta bassesse sera trop prs de toi4 ,ton sublime mme te fera peur comme un fantme4 ,tu crieras un jour3 ,tout est faux6 ,il y a des sentiments qui veulent tuer le solitaire2 s'ils n'y parviennent point1 il leur faudra prir eux-mmes6 ,mais es-tu capable d'tre assassin8 ,mon frre1 connais-tu dj le mot mpris8 ,et la souffrance de ta justice qui te force tre juste envers ceux qui te mprisent8 ,tu obliges beaucoup de gens changer d'avis sur toi2 voil pourquoi ils t'en voudront toujours4 ,tu t'es approch d'eux et tu as pass3 c'est ce qu'ils ne te pardonneront jamais4 ,tu les dpasses3 mais plus tu t'lves1 plus tu parais petit aux yeux des envieux4 ,mais celui qui plane dans les airs est celui que l'on dteste le plus4 ,comment sauriez-vous tre justes envers moi6 - c'est ainsi qu'il te faut parler - je choisis pour moi votre injustice1 comme la part qui m'est due4 ,injustice et ordures1 voil ce qu'ils jettent aprs le solitaire3 pourtant1 mon frre1 si tu veux tre une toile1 il faut que tu les claires malgr tout6 ,et garde-toi des bons et des justes6 ,ils aiment crucifier ceux qui s'inventent leur propre vertu1 - ils hassent le solitaire4 ,garde-toi aussi de la sainte simplicit6 ,tout ce qui n'est pas simple lui est impie2 elle aime aussi jouer avec le feu - des bchers4 ,et garde-toi des accs de ton amour6 ,trop vite le solitaire tend la main celui qu'il rencontre4 ,il y a des hommes qui tu ne dois pas donner la main1 mais seulement la patte3 et je veux que ta patte ait aussi des griffes4 ,mais le plus dangereux ennemis que tu puisses rencontrer sera toujours toi-mme2 c'est toi-mme que tu guettes dans les cavernes et les forts4 ,solitaire1 tu suis le chemin qui mne toi-mme6 ,et ton chemin passe devant toi-mme et devant tes sept dmons8 ,tu seras hrtique envers toi-mme1 sorcier et devin1 fou et incrdule1 impie et mchant4 ,il faut que tu veuilles te brler dans ta propre flamme3 comment voudrais-tu te renouveler sans t'tre d'abord rduit en cendres6 ,solitaire1 tu suis le chemin du crateur3 tu veux te crer un dieu de tes sept dmons6 ,solitaire1 tu suis le chemin de l'amant3 tu t'aimes toi-mme1 c'est pourquoi tu te mprises1 comme seuls mprisent les amants4 ,l'amant veut crer puisqu'il mprise6 ,comment saurait-il parler de l'amour1 celui qui ne devait pas mpriser prcisment ce qu'il aimait6 ,va dans ta solitude1 mon frre1 avec ton amour et ta cration2 et sur le tard la justice te suivra en tranant la jambe4 ,va dans ta solitude avec mes larmes1 mon frre4 ,j'aime celui qui veut crer plus haut que lui-mme et qui prit aussi4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,la ,,vieille ,,et ,,la ,,jeune ,,femme ,pourquoi te glisses-tu furtivement dans le crpuscule1 ,zarathoustra8 ,et que caches-tu avec tant de soin sous ton manteau8 ,est-ce un trsor que l'on t'a donn8 ,ou bien un enfant qui t'est n8 ,o vas-tu maintenant toi-mme par les sentiers des voleurs1 toi1 l'ami des mchants8 ,en vrit1 mon frre6 rpondit ,zarathoustra1 c'est un trsor qui m'a t donn3 une petite vrit1 voil ce que je porte4 ,mais elle est espigle comme un petit enfant2 et si je ne lui fermais la bouche1 elle crierait tue-tte4 ,tandis que1 solitaire1 je suivais aujourd'hui mon chemin1 l'heure o dcline le soleil1 j'ai rencontr une vieille femme qui parla ainsi mon me3 ,maintes fois dj ,zarathoustra a parl1 mme nous autres femmes1 mais jamais il ne nous a parl de la femme4 ,je lui ai rpondu3 ,il ne faut parler de la femme qu'aux hommes4 ,a moi aussi tu peux parler de la femme1 dit-elle2 je suis assez vieille pour oublier aussitt tout ce que tu m'auras dit4 ,et je condescendis aux dsirs de la vieille femme et je lui dis3 ,chez la femme tout est une nigme3 mais il y a un mot cet nigme3 ce mot est grossesse4 ,l'homme est pour la femme un moyen3 le but est toujours l'enfant4 ,mais qu'est la femme pour l'homme8 ,l'homme vritable veut deux choses3 le danger et le jeu4 ,c'est pourquoi il veut la femme1 le jouet le plus dangereux4 ,l'homme doit tre lev pour la guerre1 et la femme pour le dlassement du guerrier3 tout le reste est folie4 ,le guerrier n'aime les fruits trop doux4 ,c'est pourquoi il aime la femme2 une saveur amre reste mme la femme la plus douce4 ,mieux que l'homme1 la femme comprend les enfants1 mais l'homme est plus enfant que la femme4 ,dans tout homme vritable se cache un enfant3 un enfant qui veut jouer4 ,allons1 femmes1 dcouvrez-moi l'enfant dans l'homme6 ,que la femme soit un jouet1 pur et menu1 pareil au diamant1 rayonnant des vertus d'un monde qui n'est pas encore6 ,que l'clat d'une toile resplendisse dans votre amour6 ,que votre espoir dise3 ,oh6 que je mette au monde le ,surhumain6 ,qu'il y ait de la vaillance dans votre amour6 ,arme de votre amour vous irez au-devant de celui qui vous inspire la peur4 ,qu'en votre amour vous mettiez votre honneur4 ,la femme du reste sait peu de choses de l'honneur4 ,mais que ce soit votre honneur d'aimer toujours plus que vous tes aimes1 et de ne jamais venir en seconde place4 ,que l'homme redoute la femme1 quand elle aime3 c'est alors qu'elle fait tous les sacrifices et toute autre chose lui parat sans valeur4 ,que l'homme redoute la femme1 quand elle hait3 car au fond du coeur l'homme n'est que mchant1 mais au fond du coeur la femme est mauvaise4 ,qui la femme hait-elle le plus8 - ,ainsi parlait le fer l'aimant3 ,je te hais le plus parce que tu attires1 mais que tu n'es pas assez fort pour attacher toi4 ,le bonheur de l'homme est3 je veux2 le bonheur de la femme est3 il veut4 ,voici1 le monde vient d'tre parfait6 - ainsi pense toute femme qui obit dans la plnitude de son amour4 ,et il faut que la femme obisse et qu'elle trouve une profondeur sa surface4 ,l'me de la femme est surface1 une couche d'eau mobile et orageuse sur un bas-fond4 ,mais l'me de l'homme est profonde1 son flot mugit dans les cavernes souterraines3 la femme pressent la puissance de l'homme1 mais elle ne la comprend pas4 - ,alors la vieille femme me rpondit3 ,zarathoustra a dit mainte chose gentille1 surtout pour celles qui sont assez jeunes pour les entendre4 ,chose trange1 ,zarathoustra connat peu les femmes1 et pourtant il dit vrai quand il parle d'elles6 ,serait-ce parce que chez les femmes nulle chose n'est impossible8 ,et maintenant1 reois en rcompense une petite vrit6 ,je suis assez vieille pour te la dire6 ,enveloppe-la bien et clos-lui le bec3 autrement elle criera trop fort1 cette petite vrit4 ,donne-moi1 femme1 ta petite vrit6 dis-je4 ,et voici ce que me dit la vieille femme3 ,tu vas chez les femmes8 ,n'oublie pas le fouet6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,la ,,morsure ,,et ,,la ,,vip,,re ,un jour ,zarathoustra s'tait endormi sous un figuier1 car il faisait chaud1 et il avait ramen le bras sur son visage4 ,mais une vipre le mordit au cou1 ce qui fit pousser un cri de douleur ,zarathoustra4 ,lorsqu'il eut enlev le bras de son visage1 il regarda le serpent3 alors le serpent reconnut les yeux de ,zarathoustra1 il se tordit maladroitement et voulut s'loigner4 ,non point1 dit ,zarathoustra1 je ne t'ai pas encore remerci6 ,tu m'as veill temps1 ma route est encore longue4 ,ta route est courte encore1 dit tristement la vipre2 mon poison tue4 ,zarathoustra se prit sourire4 ,quand donc un dragon mourut-il du poison d'un serpent8 - dit-il4 ,mais reprends ton poison6 ,tu n'en pas assez riche pour m'en faire hommage4 ,alors derechef la vipre s'enroula autour de son cou et elle lcha sa blessure4 ,un jour1 comme ,zarathoustra racontait ceci ses disciples1 ceux-ci lui demandrent3 ,et quelle est la morale de ton histoire1 ,zarathoustra8 ,zarathoustra leur rpondit3 ,les bons et les justes m'appellent le destructeur de la morale3 mon histoire est immorale4 ,mais si vous avez un ennemi1 ne lui rendez pas le bien pour le mal2 car il en serait humili4 ,dmontrez-lui1 au contraire1 qu'il vous a fait du bien4 ,et plutt que d'humilier1 mettez-vous en colre4 ,et lorsque l'on vous maudit1 il ne me plat pas que vous vouliez bnir4 ,maudissez plutt un peu de votre ct6 ,et si l'on vous inflige une grande injustice1 ajoutez-en vite cinq autres petites4 ,celui qui n'est opprim que par l'injustice est affreux voir4 ,saviez-vous dj cela8 ,injustice partage est demi-droit4 ,et celui qui peut porter l'injustice doit prendre l'injustice sur lui6 ,il est plus humain de se venger un peu que de s'abstenir de la vengeance4 ,et si la punition n'est pas aussi un droit et un honneur accords au transgresseur1 je ne veux pas de votre punition4 ,il est plus noble de se donner tort que de garder raison1 surtout quand on a raison4 ,seulement il faut tre assez riche pour cela4 ,je n'aime pas votre froide justice2 dans les yeux de vos juges passe toujours le regard du bourreau et son couperet glac4 ,dites-moi donc o se trouve la justice qui est l'amour avec des yeux clairvoyants4 ,inventez-moi donc l'amour qui porte non seulement toutes les punitions1 mais aussi toutes les fautes6 ,inventez-moi donc la justice qui acquitte chacun sauf celui qui juge6 ,voulez-vous que je vous dise encore cela8 ,chez celui qui veut tre juste au fond de l'me1 le mensonge mme devient philanthropie4 ,mais comment saurais-je tre juste au fond de l'me8 ,comment pourrais-je donner chacun le sien84 ,que ceci me suffise3 je donne chacun le mien4 ,enfin1 mes frres1 gardez-vous d'tre injustes envers les solitaires4 ,comment un solitaire pourrait-il oublier8 ,comment pourrait-il rendre8 ,un solitaire est comme un puits profond4 ,il est facile d'y jeter une pierre2 mais si elle est tombe jusqu'au fond1 dites-moi donc1 qui voudra la chercher8 ,gardez-vous d'offenser le solitaire4 ,mais si vous l'avez offens1 eh bien6 tuez-le aussi6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,enfant ,,et ,,du ,,mariage ,j'ai une question pour toi seul1 mon frre4 ,je jette cette question comme une sonde dans ton me1 afin de connatre sa profondeur4 ,tu es jeune et tu dsires femme et enfant4 ,mais je te demande3 es-tu un homme qui ait le droit de dsirer un enfant8 ,es-tu le victorieux1 vainqueur de lui-mme1 souverain des sens1 matre de ses vertus8 ,c'est ce que je te demande4 ,ou bien ton voeu est-il le cri de la bte et de l'indigence8 ,ou la peur de la solitude8 ,ou la discorde avec toi-mme8 ,je veux que ta victoire et ta libert aspirent se perptuer par l'enfant4 ,tu dois construire des monuments vivants ta victoire et ta dlivrance4 ,tu dois construire plus haut que toi-mme4 ,mais il faut d'abord que tu sois construit toi-mme1 carr de la tte la base4 ,tu ne dois pas seulement propager ta race plus loin1 mais aussi plus haut4 ,que le jardin du mariage te serve cela4 ,tu dois crer un corps d'essence suprieure1 un premier mouvement1 une roue qui roule sur elle-mme1 - tu dois crer un crateur4 ,mariage3 c'est ainsi que j'appelle la volont deux de crer l'unique qui est plus que ceux qui l'ont cr4 ,respect mutuel1 c'est l le mariage1 respect de ceux qui veulent d'une telle volont4 ,que ceci soit le sens et la vrit de ton mariage4 ,mais ce que les inutiles appellent mariage1 la foule des superflus6 - comment appellerai-je cela8 ,hlas6 cette pauvret de l'me deux6 ,hlas6 cette impuret de l'me deux6 ,hlas1 ce misrable contentement deux6 ,mariage1 c'est ainsi qu'ils appellent tout cela2 et ils disent que leurs unions ont t scelles dans le ciel4 ,eh bien1 je n'en veux pas de ce ciel des superflus6 ,non1 je n'en veux pas de ces btes emptres dans le filet cleste6 ,loin de moi aussi le ,dieu qui vient en boitant pour bnir ce qu'il n'a pas uni6 ,ne riez pas de pareils mariages6 ,quel est l'enfant qui n'aurait pas raison de pleurer sur ses parents8 ,cet homme me semblait respectable et mr pour saisir le sens de la terre3 mais lorsque je vis sa femme1 la terre me sembla une demeure pour les insenss4 ,oui1 je voudrais que la terre ft secoue de convulsions quand je vois un saint s'accoupler une oie4 ,tel partit comme un hros en qute de vrits1 et il ne captura qu'un petit mensonge par4 ,il appelle cela son mariage4 ,tel autre tait rserv dans ses relations et difficile dans son choix4 ,mais d'un seul coup il a gt tout jamais sa socit4 ,il appelle cela son mariage4 ,tel autre encore cherchait une servante avec les vertus d'un ange4 ,mais soudain il devint la servante d'une femme1 et maintenant il lui faudrait devenir ange lui-mme4 ,je n'ai vu partout qu'acheteurs pleins de prcaution et tous ont des yeux russ4 ,mais le plus rus lui-mme achte sa femme comme chat en poche4 ,beaucoup de courtes folies - c'est l ce que vous appelez amour4 ,et votre mariage met fin beaucoup de courtes folies1 par une longue sottise4 ,votre amour de la femme et l'amour de la femme pour l'homme3 oh6 que ce soit de la piti pour des dieux souffrants et voils6 ,mais presque toujours c'est une bte qui devine l'autre4 ,cependant votre meilleur amour n'est qu'une mtaphore extasie et une douloureuse ardeur4 ,il est un flambeau qui doit clairer pour vous les chemins suprieurs4 ,un jour vous devrez aimer par del vous-mmes6 ,apprenez donc d'abord aimer6 ,c'est pourquoi il vous fallut boire l'amer calice de votre amour4 ,il y a de l'amertume dans le calice1 mme dans le calice du meilleur amour4 ,c'est ainsi qu'il veille en toi le dsir du ,surhumain1 c'est ainsi qu'il veille en toi la soif1 crateur6 ,soif du crateur1 flche et dsir du ,surhumain3 dis-moi1 mon frre1 est-ce l ta volont du mariage8 ,je sanctifie telle volont et un tel mariage4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,mort ,,volontaire ,il y en a beaucoup qui meurent trop tard et quelques-uns qui meurent trop tt4 ,la doctrine qui dit3 ,meurs temps6 semble encore trange4 ,meurs temps3 voil ce qu'enseigne ,zarathoustra4 ,il est vrai que celui qui n'a jamais vcu temps ne saurait mourir temps4 ,qu'il ne soit donc jamais n6 - ,voil ce que je conseille aux superflus4 ,mais les superflus eux-mmes font les importants avec leur mort1 et la noix la plus creuse prtend tre casse4 ,ils accordent tous de l'importance la mort3 mais pour eux la mort n'est pas encore une fte4 ,les hommes ne savent point encore comment on consacre les plus belles ftes4 ,je vous montre la mort qui consacre1 la mort qui1 pour les vivants1 devient un aiguillon et une promesse4 ,l'accomplisseur meurt de sa mort1 victorieux1 entour de ceux qui esprent et qui promettent4 ,c'est ainsi qu'il faudrait apprendre mourir2 et il ne devrait pas y avoir de fte1 sans qu'un tel mourant ne sanctifie les serments des vivants6 ,mourir ainsi est la meilleure chose2 mais la seconde est celle-ci3 mourir au combat et rpandre une grande me4 ,mais hae tant par le combattant que par le victorieux et votre mort grimaante qui s'avance en rampant1 comme un voleur - et qui pourtant vient en matre4 ,je vous fait l'loge de ma mort1 de la mort volontaire1 qui me vient puisque je veux4 ,et quand voudrais-je8 - ,celui qui a un but et un hritier1 veut pour but et hritier la mort temps4 ,et1 par respect pour le but et l'hritier1 il ne suspendra plus de couronnes fanes dans le sanctuaire de la vie4 ,en vrit1 je ne veux pas ressembler aux cordiers3 ils tirent leur fils en longueur et vont eux-mmes toujours en arrire4 ,il y en a aussi qui deviennent trop vieux pour leurs vrits et leurs victoires2 une bouche dente n'as plus droit toutes les vrits4 ,et tous ceux qui cherchent la gloire doivent au bon moment prendre cong de l'honneur1 et exercer l'art difficile de s'en aller temps4 ,il faut cesser de se faire manger1 au moment o l'on vous trouve le plus de got3 ceux-l le savent qui veulent tre aims longtemps4 ,il y a bien aussi des pommes aigres dont la destine est d'attendre jusqu'au dernier jour de l'automne4 ,et elles deviennent en mme temps mres jaunes et rides4 ,chez les uns le coeur vieillit d'abord1 chez d'autres l'esprit4 ,et quelques-uns sont vieux dans leur jeunesse3 mais quand on est jeune trs tard1 on reste jeune trs longtemps4 ,il y en a qui manquent leur vie3 un ver venimeux leur ronge le coeur4 ,qu'ils tchent au moins de mieux russir dans leur mort4 ,il y en a qui ne prennent jamais de saveur1 ils pourrissent dj en t4 ,c'est la lchet qui les retient leur branche4 ,il y en a beaucoup trop qui vivent et trop longtemps ils restent suspendus leur branche4 ,qu'une tempte vienne et secoue de l'arbre tout ce qui est pourri et mang par le ver8 ,viennent les prdicateurs de la mort rapide6 ,ce seraient eux les vraies temptes qui secoueraient l'arbre de la vie6 ,mais je n'entends prcher que la mort lente et la patience avec tout ce qui est terrestre4 ,hlas6 vous prchez la patience avec ce qui est terrestre8 ,c'est le terrestre qui a trop de patience avec vous1 blasphmateurs6 ,en vrit1 il est mort trop tt1 cet ,hbreu qu'honorent les prdicateurs de la mort lente1 et pour un grand nombre1 depuis1 ce fut une fatalit qu'il mourt trop tt4 ,il ne connaissait encore que les larmes et la tristesse de l',hbreu1 ainsi que la haine des bons et des justes1 - cet ,hbreu ,jsus3 et voici que le dsir de la mort le saisit l'improviste4 ,pourquoi n'est-il pas rest au dsert1 loin des bons et des justes6 ,peut-tre aurait-il appris vivre et aimer la terre - et aussi le rire6 ,croyez-m'en1 mes frres6 ,il est mort trop tt2 il aurait lui-mme rtract sa doctrine1 s'il avait vcu jusqu' mon ge6 ,il tait assez noble pour se rtracter6 ,mais il n'tait pas encore mr4 ,l'amour du jeune homme manque de maturit1 voil pourquoi il hait les hommes et la terre4 ,chez lui l'me et les ailes de la pense sont encore lies et pesantes4 ,mais il y a de l'enfant dans l'homme plus que dans le jeune homme1 et moins de tristesse3 l'homme comprend mieux la mort et la vie4 ,libre pour la mort et libre dans la mort1 divin ngateur1 s'il n'est plus temps d'affirmer3 ainsi il comprend la vie et la mort4 ,que votre mort ne soit pas un blasphme sur l'homme et la terre1 mes amis3 telle est la grce que j'implore du miel de votre me4 ,que dans votre agonie votre esprit et votre vertu jettent encore une dernire lueur1 comme la rougeur du couchant enflamme la terre3 si non1 votre mort vous aura mal russi4 ,c'est ainsi que je veux mourir moi-mme1 afin que vous aimiez davantage la terre cause de moi1 mes amis2 et je veux revenir la terre pour que je retrouve mon repos en celle qui m'a engendr4 ,en vrit1 ,zarathoustra avait un but1 il a lanc sa balle2 maintenant1 mes amis1 vous hritez de mon but1 c'est vous que je lance la balle dore4 ,plus que toute autre chose1 j'aime vous voir lancer la balle dore1 mes amis6 ,et c'est pourquoi je demeure encore un peu sur la terre3 pardonnez-le-moi6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,vertu ,,qui ,,donne #a ,lorsque ,zarathoustra eut pris cong de la ville que son coeur aimait1 et dont le nom est la ,vache multicolore1 - beaucoup de ceux qui s'appelaient ses disciples l'accompagnrent et lui firent la reconduite4 ,c'est ainsi qu'ils arrivrent un carrefour3 alors ,zarathoustra leur dit qu'il voulait continuer seul la route1 car il tait ami des marches solitaires4 ,ses disciples1 cependant1 en lui disant adieu1 lui firent hommage d'un bton dont la poigne d'or tait un serpent s'enroulant autour du soleil4 ,zarathoustra se rjouit du bton et s'appuya dessus2 puis il dit ses disciples3 ,dites-moi donc1 pourquoi l'or est-il devenu la plus haute valeur8 ,c'est parce qu'il est rare et inutile1 tincelant et doux dans son clat3 il se donne toujours4 ,ce n'est que comme symbole de la plus haute vertu que l'or atteignit la plus haute valeur4 ,luisant comme de l'or est le regard de celui qui donne4 ,l'clat de l'or conclut la paix entre la lune et le soleil4 ,la plus haute vertu est rare et inutile1 elle est tincelante et d'un doux clat3 une vertu qui donne est la plus haute vertu4 ,en vrit1 je vous devine1 mes disciples3 vous aspirez comme moi la vertu qui donne4 ,qu'auriez-vous de commun avec les chats et les loups8 ,vous avez soif de devenir vous-mmes des offrandes et des prsents3 c'est pourquoi vous avez soif d'amasser toutes les richesses dans vos mes4 ,votre me est insatiable dsirer des trsors et des joyaux1 puisque votre vertu est insatiable dans sa volont de donner4 ,vous contraignez toutes choses s'approcher et entrer en vous1 afin qu'elles rejaillissent de votre source1 comme les dons de votre amour4 ,en vrit1 il faut qu'un tel amour qui donne se fasse le brigand de toutes les valeurs2 mais j'appelle sain et sacr cet gosme4 ,il y a un autre gosme1 trop pauvre celui-l1 et toujours affam1 un gosme qui veut toujours voler1 c'est l'gosme des malades1 l'gosme malade4 ,avec les yeux du voleur1 il garde tout ce qui brille1 avec l'avidit de la faim1 il mesure celui qui a largement de quoi manger1 et toujours il rampe autour de la table de celui qui donne4 ,une telle envie est la voix de la maladie1 la voix d'une invisible dgnrescence2 dans cet gosme l'envie de voler tmoigne d'un corps malade4 ,dites-moi1 mes frres1 quelle chose nous semble mauvaise pour nous et la plus mauvaise de toutes8 ,n'est-ce pas la dgnrescence8 - ,et nous concluons toujours la dgnrescence quand l'me qui donne est absente4 ,notre chemin va vers les hauteurs1 de l'espce l'espce suprieure4 ,mais nous frmissons lorsque parle le sens dgnr1 le sens qui dit3 ,tout pour moi4 ,notre sens vole vers les hauteurs3 c'est ainsi qu'il est un symbole de notre corps1 le symbole d'une lvation4 ,les symboles de ces lvations portent les noms des vertus4 ,ainsi le corps traverse l'histoire1 il devient et lutte4 ,et l'esprit - qu'est-il pour le corps8 ,il est le hraut des luttes et des victoires du corps1 son compagnon et son cho4 ,tous les noms du bien et du mal sont des symboles3 ils n'exprimaient point1 ils font signe4 ,est fou qui veut leur demander la connaissance6 ,mes frres1 prenez garde aux heures o votre esprit veut parler en symboles3 c'est l qu'est l'origine de votre vertu4 ,c'est l que votre corps est lev et ressuscit2 il ravit l'esprit de sa flicit1 afin qu'il devienne crateur1 qu'il value et qu'il aime1 qu'il soit le bienfaiteur de toutes choses4 ,quand votre coeur bouillonne1 large et plein1 pareil au grand fleuve1 bndiction et danger pour les riverains3 c'est alors l'origine de votre vertu4 ,quand vous vous levez au-dessus de la louange et du blme1 et quand votre volont1 la volont d'un homme qui aime1 veut commander toutes choses3 c'est l l'origine de votre vertu4 ,quand vous mprisez ce qui est agrable1 la couche molle1 et quand vous ne pouvez pas vous reposer assez loin de la mollesse3 c'est l l'origine de votre vertu4 ,quand vous n'avez plus qu'une seule volont et quand ce changement de toute peine s'appelle ncessit pour vous3 c'est l l'origine de votre vertu4 ,en vrit1 c'est l un nouveau bien et mal6 ,en vrit1 c'est un nouveau murmure profond et la voix d'une source nouvelle6 ,elle donne la puissance1 cette nouvelle vertu2 elle est une pense rgnante et1 autour de cette pense1 une me avise3 un soleil dor et autour de lui le serpent de la connaissance4 #b ,ici ,zarathoustra se tut quelque temps et il regarda ses disciples avec amour4 ,puis il continua parler ainsi1 - et sa voix s'tait transforme3 ,mes frres1 restez fidles la terre1 avec toute la puissance de votre vertu6 ,que votre amour qui donne et votre connaissance servent le sens de la terre4 ,je vous en prie et vous en conjure4 ,ne laissez pas votre vertu s'envoler des choses terrestres et battre des ailes contre des murs ternels6 ,hlas6 il y eut toujours tant de vertu gare6 ,ramenez1 comme moi1 la vertu gare sur la terre - oui1 ramenez-la vers le corps et vers la vie2 afin qu'elle donne un sens la terre1 un sens humain6 ,l'esprit et la vertu se sont gars et mpris de mille faons diffrentes4 ,hlas6 dans notre corps habite maintenant encore cette folie et cette mprise3 elles sont devenues corps et volont6 ,l'esprit et la vertu se sont essays et gars de mille faons diffrentes4 ,oui1 l'homme tait une tentative4 ,hlas6 combien d'ignorances et d'erreurs se sont incorpores en nous6 ,ce n'est pas seulement la raison des millnaires1 c'est aussi leur folie qui clate en nous4 ,il est dangereux d'tre hritier4 ,nous luttons encore pied pied avec le gant hasard et1 sur toute l'humanit1 jusqu' prsent le non-sens rgnait encore4 ,que votre esprit et votre vertu servent le sens de la terre1 mes frres3 et la valeur de toutes choses se renouvellera par vous6 ,c'est pourquoi vous devez tre des crateurs4 ,le corps se purifie par le savoir2 il s'lve en essayant avec science2 pour celui qui cherche la connaissance tous les instincts se sanctifient2 l'me de celui qui est lev se rjouit4 ,mdecin1 aide-toi toi-mme et tu sauras secourir ton malade4 ,que ce soit son meilleur secours de voir1 de ses propres yeux1 celui qui se gurit lui-mme4 ,il y a mille sentiers qui n'ont jamais t parcourus1 mille sants et mille terres caches de la vie4 ,l'homme et la terre des hommes n'ont pas encore t dcouverts et puiss4 ,veillez et coutez1 solitaires4 ,des souffles aux essors secrets viennent de l'avenir2 un joyeux messager cherche de fines oreilles4 ,solitaires d'aujourd'hui1 vous qui vivez spars1 vous serez un jour un peuple4 ,vous qui vous tes choisis vous-mmes1 vous formerez un jour un peuple choisi - et c'est de ce peuple que natra le ,surhumain4 ,en vrit1 la terre deviendra un jour un lieu de gurison6 ,et dj une odeur nouvelle l'enveloppe1 une odeur salutaire1 - et un nouvel espoir6 #c ,quand ,zarathoustra eut prononc ces paroles1 il se tut1 comme quelqu'un qui n'a pas dit son dernier mot4 ,longtemps il soupesa son bton avec hsitation4 ,enfin il parla ainsi et sa voix tait transforme3 ,je m'en vais seul maintenant1 mes disciples6 ,vous aussi1 vous partirez seuls6 ,je le veux ainsi4 ,en vrit1 je vous conseille3 loignez-vous de moi et dfendez-vous de ,zarathoustra6 ,et mieux encore3 ayez honte de lui6 ,peut-tre vous a-t-il tromps4 ,l'homme qui cherche la connaissance ne doit pas seulement savoir aimer ses ennemis1 mais aussi har ses amis4 ,on n'a que peu de reconnaissance pour un matre1 quand on reste toujours lve4 ,et pourquoi ne voulez-vous pas dchirer ma couronne8 ,vous me vnrez2 mais que serait-ce si votre vnration s'croulait un jour8 ,prenez garde ne pas tre tus par une statue6 ,vous dites que vous croyez en ,zarathoustra8 ,mais qu'importe ,zarathoustra6 ,vous tes mes croyants3 mais qu'importent tous les croyants6 ,vous ne vous tiez pas encore cherchs3 alors vous m'avez trouv4 ,ainsi font tous les croyants2 c'est pourquoi la foi est si peu de chose4 ,maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-mmes2 et ce n'est que quand vous m'aurez tous reni que je reviendrai parmi vous4 ,en vrit1 mes frres1 je chercherai alors d'un autre oeil mes brebis perdues2 je vous aimerai alors d'un autre amour4 ,et un jour vous devrez tre encore mes amis et les enfants d'une seule esprance3 alors je veux tre auprs de vous1 une troisime fois1 pour fter1 avec vous1 le grand midi4 ,et ce sera le grand midi1 quand l'homme sera au milieu de sa route entre la bte et le ,surhumain1 quand il ftera1 comme sa plus haute esprance1 son chemin qui mne un nouveau matin4 ,alors celui qui disparat se bnira lui-mme1 afin de passer de l'autre ct2 et le soleil de sa connaissance sera dans son midi4 ,tous les dieux sont morts3 nous voulons1 maintenant1 que le surhumain vive6 ,que ceci soit un jour1 au grand midi1 notre dernire volont6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,deuxi,,me ,,partie -et ce n'est que quand vous m'aurez tous reni que je reviendrai parmi vous4 ,en vrit1 mes frres1 je chercherai alors d'un autre oeil mes brebis perdues2 je vous aimerai alors d'un autre amour4 ,zarathoustra1 ,de la vertu qui donne4 ,l',,enfant ,,au ,,miroir ,alors ,zarathoustra retourna dans les montagnes et dans la solitude de sa caverne pour se drober aux hommes1 pareil au semeur qui1 aprs avoir rpandu sa graine dans les sillons1 attend que la semence lve4 ,mais son me s'emplit d'impatience et du dsir de ceux qu'il aimait1 car il avait encore beaucoup de choses leur donner4 ,or1 voici la chose la plus difficile3 fermer par amour la main ouverte et garder la pudeur en donnant4 ,ainsi s'coulrent pour le solitaire des mois et des annes2 mais sa sagesse grandissait et elle le faisait souffrir par sa plnitude4 ,un matin cependant1 rveill avant l'aurore1 il se mit rflchir longtemps1 tendu sur sa couche1 et finit par dire son coeur3 ,pourquoi me suis-je tant effray dans mon rve et par quoi ai-je t rveill8 ,un enfant qui portait un miroir ne s'est-il pas approch de moi8 ,o ,zarathoustra - me disait l'enfant - regarde-toi dans la glace6 ,mais lorsque j'ai regard dans le miroir1 j'ai pouss un cri et mon coeur s'est branl3 car ce n'tait pas moi que j'y avais vu1 mais la face grimaante et le rire sarcastique d'un dmon4 ,en vrit1 je comprends trop bien le sens et l'avertissement du rve3 ma doctrine est en danger1 l'ivraie veut s'appeler froment4 ,mes ennemis sont devenus puissants et ils ont dfigur l'image de ma doctrine1 en sorte que mes prfrs ont eu honte des prsents que je leur ai faits4 ,j'ai perdu mes amis2 l'heure est venue de chercher ceux que j'ai perdus6 - ,en prononant ces mots1 ,zarathoustra se leva en sursaut1 non comme quelqu'un qui est angoiss par la peur1 mais plutt comme un visionnaire et un barde dont s'empare l',esprit4 ,etonns1 son aigle et son serpent regardrent de son ct3 car1 semblable l'aurore1 un bonheur prochain reposait sur son visage4 ,que m'est-il donc arriv1 mes animaux8 - dit ,zarathoustra4 ,ne suis-je pas transform6 ,la flicit n'est-elle pas venue pour moi comme une tempte8 ,mon bonheur est fou et il ne dira que des folies3 il est trop jeune encore - ayez donc patience avec lui6 ,je suis meurtri par mon bonheur3 que tous ceux qui souffrent soient mes mdecins6 ,je puis redescendre auprs de mes amis et aussi auprs de mes ennemis6 ,zarathoustra peut de nouveau parler et rpandre et faire du bien ses bien-aims6 ,mon impatient amour dborde comme un torrent1 s'coulant des hauteurs dans les profondeurs1 du lever au couchant4 ,mon me bouillonne dans les valles1 quittant les montagnes silencieuses et les orages de la douleur4 ,j'ai trop longtemps langui et regard dans le lointain4 ,trop longtemps la solitude m'a possd3 ainsi j'ai dsappris le silence4 ,je suis devenu tout entier tel une bouche et tel le mugissement d'une rivire qui jaillit des hauts rochers3 je veux prcipiter mes paroles dans les valles4 ,et que le fleuve de mon amour coule travers les voies impraticables6 ,comment un fleuve ne trouverait-il pas enfin le chemin de la mer8 ,il y a bien un lac en moi1 un lac solitaire qui se suffit lui-mme2 mais le torrent de mon amour l'entrane avec lui vers la plaine - jusqu' la mer6 ,je suis des voies nouvelles et il me vient un langage nouveau2 pareil tous les crateurs je fus fatigu des langues anciennes4 ,mon esprit ne veut plus courir sur des semelles uses4 ,tout langage parle trop lentement pour moi3 - je saute dans ton carrosse1 tempte6 ,et1 toi aussi1 je veux encore te fouetter de ma malice6 ,je veux passer sur de vastes mers1 comme une exclamation ou un cri de joie1 jusqu' ce que je trouves les ,iles ,bienheureuses1 o demeurent mes amis3 - ,et mes ennemis parmi eux6 ,comme j'aime maintenant chacun de ceux qui je puis parler6 ,mes ennemis1 eux aussi1 contribuent ma flicit4 ,et quand je veux monter sur mon coursier le plus fougueux1 c'est ma lance qui m'y aide le mieux3 elle est toujours prte seconder mon pied3 - ,la lance dont je menace mes ennemis6 ,combien je rends grce mes ennemis de pouvoir enfin la jeter6 ,trop grande tait l'impatience de mon nuage3 parmi les rires des clairs1 je veux lancer dans les profondeurs des frissons de grle4 ,formidable1 se soulvera ma poitrine1 formidable elle soufflera sa tempte sur les montagnes3 c'est ainsi qu'elle sera soulage4 ,en vrit1 mon bonheur et ma libert s'lancent pareils une tempte6 ,mais je veux que mes ennemis se figurent que c'est l',esprit du mal qui fait rage au-dessus de leurs ttes4 ,oui1 vous aussi1 mes amis1 vous serez frapps d'effroi devant ma sagesse sauvage2 et peut-tre fuirez-vous devant elle tout comme mes ennemis4 ,hlas6 que ne sais-je vous rappeler avec des fltes de bergers6 ,que ma lionne sagesse apprenne rugir avec tendresse6 ,nous avons appris tant de choses ensemble6 ,ma sagesse sauvage a t fconde sur les montagnes solitaires2 sur les pierres arides elle enfanta le plus jeune de ses petits4 ,maintenant1 dans sa folie1 elle parcourt le dsert strile la recherche des molles pelouses - ma vieille sagesse sauvage6 ,c'est sur la molle pelouse de vos coeurs1 mes amis6 - sur votre amour1 qu'elle aimerait abriter ce qu'elle a de plus cher6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,sur ,,les ,,iles ,,bienheureuses ,les figues tombent des arbres1 elles sont bonnes et savoureuses2 et tandis qu'elles tombent1 leur pelure rouge se dchire4 ,je suis un vent du nord pour les figues mres4 ,ainsi1 semblables des figues1 ces enseignements tombent vers vous1 mes amis3 prenez-en la saveur et la chair exquise6 ,autour de nous c'est l'automne1 et le ciel clair1 et l'aprs-midi4 ,voyez quelle abondance il y a autour de nous6 ,et qu'y a-t-il de plus beau1 dans le superflu1 que de regarder au dehors1 sur les mers lointaines4 ,jadis on disait ,dieu1 lorsque l'on regardait sur les mers lointaines2 mais maintenant je vous ai appris dire3 ,surhumain4 ,dieu est une conjecture3 mais je veux que votre conjecture n'aille pas plus loin que votre volont cratrice4 ,sauriez-vous crer un ,dieu8 - ,ne me parlez donc plus de tous les ,dieux6 ,cependant vous pourriez crer le ,surhumain4 ,ce ne sera peut-tre pas vous-mmes1 mes frres6 ,mais vous pourriez vous transformer en pres et en anctres du ,surhumain3 que ceci soit votre meilleure cration6 - ,dieu est une conjecture3 mais je veux que votre conjecture soit limite dans l'imaginable4 ,sauriez-vous imaginer un ,dieu8 - ,mais que ceci signifie pour vous la volont du vrai que tout soit transform pour vous en ce que l'homme peut imaginer1 voir et sentir6 ,votre imagination doit aller jusqu' la limite de vos sens6 ,et ce que vous appeliez monde doit tre d'abord cr par vous3 votre raison1 votre imagination1 votre volont1 votre amour doivent devenir votre monde mme6 ,et1 vraiment1 ce sera pour votre flicit1 vous qui cherchez la connaissance6 ,et comment supporteriez-vous la vie sans cet espoir1 vous qui cherchez la connaissance8 ,vous ne devriez tre invtrs ni dans ce qui est incomprhensible1 ni dans ce qui est irraisonnable4 ,mais je veux vous ouvrir entirement mon coeur1 mes amis3 s'il existait des ,dieux1 comment supporterais-je de n'tre point ,dieu6 ,donc il n'y a point de ,dieux4 ,c'est moi qui ai tir cette consquence1 en vrit2 mais maintenant elle me tire moi-mme4- ,dieu est une conjecture3 mais qui donc absorberait sans en mourir tous les tourments de cette conjecture8 ,veut-on prendre sa foi au crateur1 et l'aigle son essor dans l'immensit8 ,dieu est une croyance qui brise tout ce qui est droit1 qui fait tourner tout ce qui est debout4 ,comment8 ,le temps n'existerait-il plus et tout ce qui est prissable serait mensonge8 ,de telles penses ne sont que tourbillon et vertige des ossements humains et l'estomac en prend des nauses3 en vrit de pareilles conjectures feraient avoir le tournis4 ,j'appelle mchant et inhumain tout cet enseignement d'un tre unique1 et absolu1 inbranlable1 suffisant et immuable4 ,tout ce qui est immuable - n'est que symbole6 ,et les potes mentent trop4 ,mais les meilleures paraboles doivent parler du temps et du devenir3 elles doivent tre une louange et une justification de tout ce qui est prissable6 ,crer - c'est la grande dlivrance de la douleur1 et l'allgement de la vie4 ,mais afin que naisse le crateur1 il faut beaucoup de douleurs et de mtamorphoses4 ,oui1 il faut qu'il y ait dans votre vie beaucoup de morts amres1 crateurs6 ,ainsi vous serez les dfenseurs et les justificateurs de tout ce qui est prissable4 ,pour que le crateur soit lui-mme l'enfant qui renat1 il faut qu'il ait la volont de celle qui enfante1 avec les douleurs de l'enfantement4 ,en vrit1 j'ai suivi mon chemin travers cent mes1 cent berceaux et cent douleurs de l'enfantement4 ,mainte fois j'ai pris cong1 je connais les dernires heures qui brisent le coeur4 ,mais ainsi le veut ma volont cratrice1 ma destine4 ,ou bien1 pour parler plus franchement3 c'est cette destine que veut ma volont4 ,tous mes sentiments souffrent en moi et sont prisonniers3 mais mon vouloir arrive toujours librateur et messager de joie4 ,vouloir affranchit3 c'est l la vraie doctrine de la volont et de la libert - c'est ainsi que vous l'enseigne ,zarathoustra4 ,ne plus vouloir1 et ne plus valuer1 et ne plus crer6 que cette grande lassitude reste toujours loin de moi4 ,dans la recherche de la connaissance1 ce n'est encore que la joie de la volont1 la joie d'engendrer et de devenir que je sens en moi2 et s'il y a de l'innocence dans ma connaissance1 c'est parce qu'il y a en elle de la volont d'engendrer4 ,cette volont m'a attir loin de ,dieu et des ,dieux2 qu'y aurait-il donc crer1 s'il y avait des ,dieux8 ,mais mon ardente volont de crer me pousse sans cesse vers les hommes2 ainsi le marteau est pouss vers la pierre4 ,hlas6 hommes1 une statue sommeille pour moi dans la pierre1 la statue de mes statues6 ,hlas6 pourquoi faut-il qu'elle dorme dans la pierre la plus affreuse et la plus dure6 ,maintenant mon marteau frappe cruellement contre cette prison4 ,la pierre se morcelle3 que m'importe8 ,je veux achever cette statue3 car une ombre m'a visit - la chose la plus silencieuse et la plus lgre est venue auprs de moi6 ,la beaut du ,surhumain m'a visit comme une ombre4 ,hlas1 mes frres6 ,que m'importent encore - les ,dieux6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,mis,,ricordieux ,mes amis1 des paroles moqueuses sont venues aux oreilles de votre ami3 ,voyez donc ,zarathoustra6 ,ne passe-t-il pas au milieu de nous comme si nous tions des btes8 ,mais vaudrait mieux dire3 ,celui qui cherche la connaissance passe au milieu des hommes1 comme on passe parmi les btes4 ,celui qui cherche la connaissance appelle l'homme3 la bte aux joues rouges4 ,pourquoi lui a-t-il donn ce nom8 ,n'est-ce pas parce l'homme a eu honte trop souvent8 mes amis6 ,ainsi parle celui qui cherche la connaissance3 honte1 honte1 honte - c'est l l'histoire de l'homme6 ,et c'est pourquoi l'homme noble s'impose de ne pas humilier les autres hommes3 il s'impose la pudeur de tout ce qui souffre4 ,en vrit1 je ne les aime pas1 les misricordieux qui cherchent la batitude dans leur piti3 ils sont trop dpourvus de pudeur4 ,s'il faut que je sois misricordieux1 je ne veux au moins pas que l'on dise que je le suis2 et quand je le suis que ce soit distance seulement4 ,j'aime bien aussi voiler ma face et m'enfuir avant d'tre reconnu3 faites de mme1 mes amis6 ,que ma destine m'amne toujours sur mon chemin de ceux qui1 comme vous1 ne souffrent pas1 et de ceux aussi avec qui je puisse partager espoirs1 repas et miel6 ,en vrit1 j'ai fait ceci et cela pour ceux qui souffrent3 mais il m'a toujours sembl faire mieux1 quand j'apprenais mieux me rjouir4 ,depuis qu'il y a des hommes1 l'homme s'est trop peu rjoui4 ,ceci seul1 mes frres1 est notre pch originel4 ,et lorsque nous apprenons mieux nous rjouir1 c'est alors que nous dsapprenons de faire du mal aux autres et d'inventer des douleurs4 ,c'est pourquoi je me lave les mains quand elles ont aid celui qui souffre4 ,c'est pourquoi je m'essuie aussi l'me4 ,car j'ai honte1 cause de sa honte1 de ce que j'ai vu souffrir celui qui souffre2 et lorsque je lui suis venu en aide1 j'ai bless durement sa fiert4 ,de grandes obligations ne rendent pas reconnaissant1 mais vindicatif2 et si l'on n'oublie pas le petit bienfait1 il finit par devenir un ver rongeur4 ,n'acceptez qu'avec rserve6 ,distinguez en prenant6 - c'est ce que je conseille ceux qui n'ont rien donner4 ,mais moi je suis de ceux qui donnent3 j'aime donner1 en ami1 aux amis4 ,pourtant que les trangers et les pauvres cueillent eux-mmes le fruit de mon arbre3 cela est moins humiliant pour eux4 ,mais on devrait entirement supprimer les mendiants6 ,en vrit1 on se fche de leur donner et l'on se fche de ne pas leur donner4 ,il en est de mme des pcheurs et des mauvaises consciences6 ,croyez-moi1 mes amis1 les remords poussent mordre4 ,mais ce qu'il y a de pire1 ce sont les penses mesquines4 ,en vrit1 il vaut mieux faire mal que de penser petitement4 ,vous dites1 il est vrai3 ,la joie des petites mchancets nous pargne mainte grande mauvaise action4 ,mais en cela on ne devrait pas vouloir conomiser4 ,la mauvaise action est comme un ulcre3 elle dmange et irrite et fait irruption1 - elle parle franchement4 ,voici1 je suis une maladie - ainsi parle la mauvaise action2 ceci est sa franchise4 ,mais la petite pense est pareille au champignon2 elle se drobe et se cache et ne veut tre nulle part - jusqu' ce que tout le corps soit rong et fltri par les petits champignons4 ,cependant1 je glisse cette parole l'oreille de celui qui est possd du dmon3 ,il vaut mieux laisser grandir ton dmon6 ,pour toi aussi1 il existe un chemin de la grandeur6 ,hlas1 mes frres6 ,chez chacun il vaudrait mieux ignorer quelque chose8 ,et il y en a qui deviennent transparents pour nous1 mais ce n'est pas encore une raison pour que nous puissions pntrer leurs desseins4 ,il est difficile de vivre avec les hommes1 puisqu'il est difficile de garder le silence4 ,et ce n'est pas envers celui qui nous est antipathique que nous sommes le plus injustes1 mais envers celui qui ne nous regarde en rien4 ,cependant1 si tu as un ami qui souffre1 sois un asile pour sa souffrance1 mais sois en quelque sorte un lit dur1 un lit de camp3 c'est ainsi que tu lui seras le plus utile4 ,et si un ami te fait du mal1 dis-lui3 ,je te pardonne ce que tu m'as fait2 mais que tu te le sois fait toi1 comment saurais-je pardonner cela6 ,ainsi parle tout grand amour3 il surmonte mme le pardon et la piti4 ,il faut contenir son coeur2 car si on le laisse aller1 combien vite on perd la tte6 ,hlas6 o fit-on sur la terre plus de folies que parmi les misricordieux1 et qu'est-ce qui fit plus de mal sur la terre que la folie des misricordieux8 ,malheur tous ceux qui aiment sans avoir une hauteur qui est au-dessus de leur piti6 ,ainsi me dit un jour le diable3 ,dieu aussi a son enfer3 c'est son amour des hommes4 ,et dernirement je l'ai entendu dire ces mots3 ,dieux est mort2 c'est sa piti des hommes qui a tu ,dieux4 - ,gardez-vous donc de la piti3 c'est elle qui finira par amasser sur l'homme un lourd nuage6 ,en vrit1 je connais les signes du temps6 ,retenez aussi cette parole3 tout grand amour est au-dessus de sa piti3 car ce qu'il aime1 il veut aussi le - crer6 ,je m'offre moi-mme mon amour1 et mon prochain tout comme moi - ainsi parlent tous les crateurs4 ,cependant1 tous les crateurs sont durs4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,pr,,tres ,un jour ,zarathoustra fit une parabole ses disciples et il leur parla ainsi3 ,voici des prtres3 et bien que ce soient mes ennemis1 passez devant eux silencieusement et l'pe au fourreau6 ,parmi eux aussi il y a des hros2 beaucoup d'entre eux ont trop souffert -3 c'est pourquoi ils veulent faire souffrir les autres4 ,ils sont de dangereux ennemis3 rien n'est plus vindicatif que leur humilit4 ,et il peut arriver que celui qui les attaque se souille lui-mme4 ,mais mon sang est parent du leur2 et je veux que mon sang soit honor mme dans le leur4 - ,et lorsqu'ils eurent pass1 ,zarathoustra fut saisi de douleur2 puis1 aprs avoir lutt quelque temps avec sa douleur1 il commena parler ainsi3 ,ces prtres me font piti4 ,ils me sont encore antipathiques3 mais depuis que je suis parmi les hommes1 c'est l pour moi la moindre des choses4 ,pourtant je souffre et j'ai souffert avec eux3 prisonniers1 mes yeux1 ils portent la marque des rprouvs4 ,celui qu'ils appellent ,sauveur les a mis aux fers3 - ,aux fers des valeurs fausses et des paroles illusoires6 ,ah1 que quelqu'un les sauve de leur ,sauveur6 ,alors que la mer les dmontait1 ils crurent un jour atterrir une le2 mais voici1 c'tait un monstre endormi6 ,les fausses valeurs et les paroles illusoires3 voil1 pour les mortels1 les monstres les plus dangereux1 - longtemps la destine sommeille et attend en eux4 ,mais enfin elle s'est veille1 elle s'approche et dvore ce qui sur elle s'est construit des demeures4 ,oh6 voyez donc les demeures que ces prtres se sont construites6 ,ils appellent glises leurs cavernes aux odeurs fades4 ,oh6 cette lumire factice1 cet air paissi6 ,ici l'me ne peut pas s'lever jusqu'a sa propre hauteur4 ,car leur croyance ordonne ceci3 ,montez les marches genoux1 vous qui tes pcheurs6 ,en vrit1 je prfre voir un regard impudique1 que les yeux battus de leur honte et de leur dvotion4 ,qui donc s'est cr de pareilles cavernes et de tels degrs de pnitence8 ,n'tait-ce pas ceux qui voulaient se cacher et qui avaient honte du ciel pur8 ,et ce n'est que quand le ciel pur traversa les votes brises1 quand il contemplera l'herbe et les pavots rouges qui croissent sur les murs en ruines1 que j'inclinerai de nouveau mon coeur vers les demeures de ce ,dieu4 ,ils pensrent vivre en cadavres1 ils draprent de noir leurs cadavres2 et mme dans leurs discours je sens la mauvaise odeur des chambres mortuaires4 ,et celui qui habite prs d'eux habite prs de noirs tangs1 d'o l'on entend chanter la douce mlancolie du crapaud sonneur4 ,il faudrait qu'ils me chantassent de meilleurs chants pour que j'apprenne croire en leur ,sauveur3 il faudrait que ses disciples aient un air plus sauv6 ,je voudrais les voir nus3 car seule la beaut devrait prcher le repentir4 ,mais qui donc pourrait tre convaincu par cette affliction masque6 ,en vrit1 leurs sauveurs eux-mmes n'taient pas issus de la libert et du septime ciel de la libert6 ,en vrit1 ils ne marchrent jamais sur les tapis de la connaissance4 ,l'esprit de ces sauveurs tait fait de lacunes2 mais dans chaque lacune ils avaient plac leur folie1 leur bouche-trou qu'ils ont appel ,dieu4 ,leur esprit tait noy dans la piti et quand ils enflaient et se gonflaient de piti1 toujours une grande folie nageait la surface4 ,ils ont chass leur troupeau dans le sentier1 avec empressement1 en poussant des cris3 comme s'il n'y avait qu'un seul sentier qui mne l'avenir6 ,en vrit1 ces bergers1 eux aussi1 faisaient encore partie des brebis6 ,ces bergers avaient des esprits troits et des mes spacieuses2 mais1 mes frres1 quels pays troits furent1 jusqu' prsent1 mme les mes les plus spacieuses6 ,sur le chemin qu'ils suivaient1 ils ont inscrit les signes du sang1 et leur folie enseignait qu'avec le sang on tmoigne de la vrit4 ,mais le sang est le plus mauvais tmoin de la vrit2 le sang empoisonne la doctrine la plus pure et la transforme en folie et en haine des coeurs4 ,et lorsque quelqu'un traverse le feu pour sa doctrine1 - qu'est-ce que cela prouve8 ,c'est bien autre chose1 en vrit1 quand du propre incendie surgit la propre doctrine4 ,le coeur en bullition et la tte froide3 quand ces deux choses se rencontrent1 nat le tourbillon que l'on appelle ,sauveur4 ,en vrit1 il y eut des hommes plus grands et de naissance plus haute que ceux que le peuple appelle sauveurs1 ces tourbillons entranants6 ,et il faut que vous soyez sauvs et dlivrs d'hommes plus grands encore que de ceux qui taient les sauveurs1 mes frres1 si vous voulez trouver le chemin de la libert4 ,jamais encore il n'y a eu de ,surhumain4 ,je les ai vu nus tous les deux1 le plus grand et le plus petit homme3 - ,ils se ressemblent encore trop4 ,en vrit1 j'ai trouv que mme le plus grand tait - trop humain6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,vertueux ,c'est coups de tonnerre et de feux d'artifice clestes qu'il faut parler aux sens flasques et endormis4 ,mais la voix de la beaut parle bas3 elle ne s'insinue que dans les mes les plus veilles4 ,aujourd'hui mon bouclier s'est mis vibrer doucement et rire1 c'tait le frisson et le rire sacr de la beaut6 ,c'est de vous1 vertueux1 que ma beaut riait aujourd'hui6 ,et ainsi m'arrivait sa voix3 ,ils veulent encore tre - pays6 ,vous voulez encore tre pays1 vertueux6 ,vous voulez tre rcompenss de votre vertu1 avoir le ciel en place de la terre1 et l'ternit en place de votre aujourd'hui8 ,et maintenant vous m'en voulez de ce que j'enseigne qu'il n'y a ni rtributeur ni comptable8 ,et1 en vrit1 je n'enseigne mme pas que la vertu soit sa propre rcompense4 ,hlas6 c'est l mon chagrin3 astucieusement on a introduit au fond des choses la rcompense et le chtiment - et mme encore au fond de vos mes1 vertueux6 ,mais1 pareille au boutoir de sanglier1 ma parole doit dchirer le fond de vos mes2 je veux tre pour vous un soc de charrue4 ,que tous les secrets de votre me paraissent la lumire2 et quand vous serez tendus au soleil1 dpouills et briss1 votre mensonge aussi sera spar de votre vrit4 ,car ceci est votre vrit3 vous tes trop propres pour la souillure de ces mots3 vengeance1 punition1 rcompense1 reprsailles4 ,vous aimez votre vertu1 comme la mre aime son enfant2 mais quand donc entendit-on qu'une mre voult tre paye de son amour8 ,votre vertu1 c'est votre moi qui vous est le plus cher4 ,vous avez en vous le dsir de l'anneau3 c'est pour revenir sur lui-mme que tout anneau s'annelle et se tord4 ,et toute oeuvre de votre vertu est semblable une toile qui s'teint3 sa lumire est encore en route1 parcourant sa voie stellaire1 - et quand ne sera-t-elle plus en route8 ,ainsi la lumire de votre vertu est encore en route1 mme quand l'oeuvre est accomplie4 ,que l'oeuvre soit donc oublie et morte3 son rayon de lumire persiste toujours4 ,que votre vertu soit identique votre moi et non pas quelque chose d'tranger1 un piderme et un manteau3 voil la vrit sur le fond de votre me1 vertueux6 - ,mais il y en a certains aussi pour qui la vertu s'appelle un spasme sous le coup de fouet3 et vous avez trop cout les cris de ceux-l6 ,et il en est d'autres qui appellent vertu la paresse de leur vice2 et quand une fois leur haine et leur jalousie s'tirent les membres1 leur justice se rveille et se frotte les yeux pleins de sommeil4 ,et il en est d'autres qui sont attirs vers en bas3 leurs dmons les attirent4 ,mais plus ils enfoncent1 plus ils ont l'oeil brillant et plus leur dsir convoite leur ,dieu4 ,hlas6 le cri de ceux-l parvint aussi votre oreille1 vertueux1 le cri de ceux qui disent3 ,tout ce que je ne suis pas1 est pour moi ,dieu et vertu6 ,et il en est d'autres qui s'avancent lourdement et en grinant comme des chariots qui portent des pierres vers la valle3 ils parlent beaucoup de dignit et de vertu1 - c'est leur frein qu'ils appellent vertu4 ,et il en est d'autres qui sont semblables des pendules que l'on remonte2 ils font leur tic-tac et veulent que l'on appelle tic-tac - vertu4 ,en vrit1 ceux-ci m'amusent3 partout o je rencontrerai de ces pendules1 je leur en remontrerai avec mon ironie2 et il faudra bien qu'elles se mettent dodiner4 ,et d'autres sont fiers d'une parcelle de justice1 et cause de cette parcelle1 ils blasphment toutes choses3 de sorte que le monde se noie dans leur injustice4 ,hlas1 quelle nause1 quand le mot vertu leur coule de la bouche6 ,et quand ils disent3 ,je suis juste1 cela sonne toujours comme3 ,je suis veng6 ,ils veulent crever les yeux de leurs ennemis avec leur vertu2 et ils ne s'lvent que pour abaisser les autres4 ,et il en est d'autres encore qui croupissent dans leur marcage et qui1 tapis parmi les roseaux1 se mettent dire3 ,vertu - c'est se tenir tranquille dans le marcage4 ,nous ne mordons personne et nous vitons celui qui veut mordre2 et en toutes choses nous sommes de l'avis que l'on nous donne4 ,et il en est d'autres encore qui aiment les gestes et qui pensent3 la vertu est une sorte de geste4 ,leurs genoux sont toujours prosterns et leurs mains se joignent la louange de la vertu1 mais leur coeur ne sait rien de cela4 ,et il en est d'autres de nouveau qui croient qu'il est vertueux de dire3 ,la vertu est ncessaire2 mais au fond ils ne croient qu'une seule chose1 c'est que la police est ncessaire4 ,et quelques-uns1 qui ne savent voir ce qu'il y a d'lev dans l'homme1 parlent de vertu quand ils voient de trop prs la bassesse de l'homme3 ainsi ils appellent vertu leur mauvais oeil4 ,les uns veulent tre difis et redresss et appellent cela de la vertu et les autres veulent tre renverss - et cela aussi ils l'appellent de la vertu4 ,et ainsi presque tous croient avoir quelque part la vertu2 et tous veulent pour le moins s'y connatre en bien et en mal4 ,mais ,zarathoustra n'est pas venu pour dire tous ces menteurs et ces insenss3 ,que savez-vous de la vertu8 ,que pourriez-vous savoir de la vertu8 - ,il est venu1 mes amis1 pour que vous vous fatiguiez des vieilles paroles que vous avez apprises des menteurs et des insenss3 pour que vous vous fatiguiez des mots rcompense1 reprsailles'1 punition1 vengeance dans la justice - pour que vous vous fatiguiez de dire une action est bonne1 parce qu'elle est dsintresse4 ,hlas1 mes amis6 ,que votre moi soit dans l'action1 ce que la mre est dans l'enfant3 que ceci soit votre parole de vertu6 ,vraiment1 je vous ai bien arrach cent paroles et les plus chers hochets de votre vertu2 et maintenant vous me boudez comme boudent des enfants4 ,ils jouaient prs de la mer1 - et la vague est venue1 emportant leurs jouets dans les profondeurs4 ,les voil qui se mettent pleurer4 ,mais la mme vague doit leur apporter de nouveaux jouets et rpandre devant eux de nouveaux coquillages bariols4 ,ainsi ils seront consols2 et comme eux1 vous aussi1 mes amis1 vous aurez vos consolations - et de nouveaux coquillages bariols6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,canaille ,la vie est une source de joie1 mais partout o la canaille vient boire1 toutes les fontaines sont empoisonnes4 ,j'aime tout ce qui est propre2 puis je ne puis voir les gueules grimaantes et la soif des gens impurs4 ,ils ont jet leur regard au fond du puits1 maintenant leur sourire odieux se reflte au fond du puits et me regarde4 ,ils ont empoisonn par leur concupiscence l'eau sainte2 et1 en appelant joie leurs rves malpropres1 ils ont empoisonn mme le langage4 ,la flamme s'indigne lorsqu'ils mettent au feu leur coeur humide2 l'esprit lui-mme bouillonne et fume quand la canaille s'approche du feu4 ,le fruit devient doucetre et blet dans leurs mains2 leur regard vente et dessche l'arbre fruitier4 ,et plus d'un de ceux qui se dtournrent de la vie ne s'est dtourn que de la canaille3 il ne voulait point partager avec la canaille l'eau1 la flamme et le fruit4 ,et plus d'un s'en fut au dsert et y souffrit la soif parmi les btes sauvages1 pour ne points s'asseoir autour de la citerne en compagnie de chameliers malpropres4 ,et plus d'un1 qui arrivait en exterminateur et en coup de grle pour les champs de bl1 voulait seulement pousser son pied dans la gueule de la canaille1 afin de lui boucher le gosier4 ,et ce n'est point l le morceau qui me fut le plus dur avaler3 la conviction que la vie elle-mme a besoin d'inimiti1 de trpas et de croix de martyrs3 - ,mais j'ai demand un jour1 et j'touffai presque de ma question3 comment8 la vie aurait-elle besoin de la canaille8 ,les fontaines empoisonnes1 les feux puants1 les rves souills et les vers dans le pain sont-ils ncessaires8 ,ce n'est pas ma haine1 mais mon dgot qui dvorait ma vie6 ,hlas6 souvent je me suis fatigu de l'esprit1 lorsque je trouvais que la canaille tait spirituelle1 elle aussi6 ,et j'ai tourn le dos aux dominateurs1 lorsque je vis ce qu'ils appellent aujourd'hui dominer3 trafiquer et marchander la puissance - avec la canaille6 ,j'ai demeur parmi les peuples1 tranger de langue et les oreilles closes1 afin que le langage de leur trafic et leur marchandage pour la puissance me restassent trangers4 ,et1 en me bouchant le nez1 j'ai travers1 plein de dcouragement1 le pass et l'avenir2 en vrit1 le pass et l'avenir sentent la populace crivassire6 ,semblable un estropi devenu sourd1 aveugle et muet3 tel j'ai vcu longtemps pour ne pas vivre avec la canaille du pouvoir1 de la plume et de la joie4 ,pniblement et avec prudence mon esprit a mont des degrs2 les aumnes de la joie furent sa consolation2 la vie de l'aveugle s'coulait1 appuye sur un bton4 ,que m'est-il donc arriv8 ,comment me suis-je dlivr du dgot8 ,qui a rajeuni mes yeux8 ,comment me suis-je envol vers les hauteurs o il n'y a plus de canaille assise la fontaine8 ,mon dgot lui-mme m'a-t-il cr des ailes et les forces qui pressentaient les sources8 ,en vrit1 j'ai d voler au plus haut pour retrouver la fontaine de la joie6 ,oh6 je l'ai trouve1 mes frres6 ,ici1 au plus haut jaillit pour moi la fontaine de la joie6 ,et il y a une vie o l'on s'abreuve sans la canaille6 ,tu jaillis presque avec trop de violence1 source de joie6 ,et souvent tu renverses de nouveau la coupe en voulant la remplir6 ,il faut que j'apprenne t'approcher plus modestement3 avec trop de violence mon coeur afflue ta rencontre3 - ,mon coeur o se consume mon t1 cet t court1 chaud1 mlancolique et bienheureux3 combien mon coeur estival dsire ta fracheur1 source de joie6 ,passe1 l'hsitante affliction de mon printemps6 ,passe1 la mchancet de mes flocons de neige en juin6 ,je devins estival tout entier1 tout entier aprs-midi d't6 ,un t dans les plus grandes hauteurs1 avec de froides sources et une bienheureuse tranquillit3 venez1 mes amis1 que ce calme grandisse en flicit6 ,car ceci est notre hauteur et notre patrie3 notre demeure est trop haute et trop escarpe pour tous les impurs et la soif des impurs4 ,jetez donc vos purs regards dans la source de ma joie1 amis6 ,comment s'en troublerait-elle8 ,elle vous sourira avec sa puret4 ,nous btirons notre nid sur l'arbre de l'avenir2 des aigles nous apporterons la nourriture1 dans leurs becs1 nous autres solitaires6 ,en vrit1 ce ne seront point des nourritures que les impurs pourront partager6 ,car les impurs s'imagineraient dvorer du feu et se brler la gueule6 ,en vrit1 ici nous ne prparons point de demeures pour les impurs4 ,notre bonheur semblerait glacial leur corps et leur esprit6 ,et nous voulons vivre au-dessus d'eux comme des vents forts1 voisins des aigles1 voisins du soleil3 ainsi vivent les vents forts4 ,et1 semblable au vent1 je soufflerai un jour parmi eux1 leur esprit je couperai la respiration1 avec mon esprit3 ainsi le veut mon avenir4 ,en vrit1 ,zarathoustra est un vent fort pour tous les bas-fonds2 et il donne ce conseil ses ennemis et tout ce qui crache et vomit3 ,gardez-vous de cracher contre le vent6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,tarentules ,regarde1 voici le repaire de la tarentule6 ,veux-tu voir la tarentule8 ,voici la toile qu'elle a tisse3 touche-la1 pour qu'elle se mette s'agiter4 ,elle vient sans se faire prier1 la voici3 sois la bienvenue1 tarentule6 ,le signe qui est sur ton dos est triangulaire et noir2 et je sais aussi ce qu'il y a dans ton me4 ,il y a de la vengeance dans ton me3 partout o tu mords il se forme une crote noire2 c'est le poison de ta vengeance qui fait tourner l'me6 ,c'est ainsi que je vous parle en parabole1 vous qui faites tourner l'me1 prdicateurs de l'galit6 vous tes pour moi des tarentules avides de vengeances secrtes6 ,mais je finirai par rvler vos cachettes3 c'est pourquoi je vous ris au visage1 avec mon rire de hauteurs6 ,c'est pourquoi je dchire votre toile pour que votre colre vous fasse sortir de votre caverne de mensonge1 et que votre vengeance jaillisse derrire vos paroles de justice4 ,car il faut que l'homme soit sauv de la vengeance3 ceci est pour moi le pont qui mne aux plus hauts espoirs4 ,c'est un arc-en-ciel aprs de longs orages4 ,cependant les tarentules veulent qu'il en soit autrement4 ,c'est prcisment ce que nous appelons justice1 quand le monde se remplit des orages de notre vengeance - ainsi parlent entre elles les tarentules4 ,nous voulons exercer notre vengeance sur tous ceux qui ne sont pas notre mesure et les couvrir de nos outrages - c'est ce que jurent en leurs coeurs les tarentules4 ,et encore3 ,volont d'galit - c'est ainsi que nous nommerons dornavant la vertu2 et nous voulons lever nos cris contre tout ce qui est puissant6 ,prtres de l'galit1 la tyrannique folie de votre impuissance rclame grands cris l'galit3 votre plus secrte concupiscence de tyrans se cache derrire des paroles de vertu6 ,vanit aigrie1 jalousie contenue1 peut-tre est-ce la vanit et la jalousie de vos pres1 c'est de vous que sortent ces flammes et ces folies de vengeance4 ,ce que le pre a tu1 le fils le proclame2 et souvent j'ai trouv rvl par le fils le secret du pre4 ,ils ressemblent aux enthousiastes2 pourtant ce n'est pas le coeur qui les enflamme1 - mais la vengeance4 ,et s'ils deviennent froids et subtils1 ce n'est pas l'esprit1 mais l'envie1 qui les rend froids et subtils4 ,leur jalousie les conduit aussi sur le chemin des penseurs2 et ceci est le signe de leur jalousie - ils vont toujours trop loin3 si bien que leur fatigue finit par s'endormir dans la neige4 ,chacune de leurs plaintes a des accents de vengeance et chacune de leurs louanges l'air de vouloir faire mal2 pouvoir s'riger en juges leur apparat comme le comble du bonheur4 ,voici cependant le conseil que je vous donne1 mes amis1 mfiez-vous de tous ceux dont l'instinct de punir est puissant6 ,c'est une mauvaise engeance et une mauvaise race2 ils ont sur leur visage les traits du bourreau et du ratier4 ,mfiez-vous de tous ceux qui parlent beaucoup de leur justice6 ,en vrit1 ce n'est pas seulement le miel qui manque leurs mes4 ,et s'ils s'appellent eux-mmes les bons et les justes1 n'oubliez pas qu'il ne leur manque que la puissance pour tre des pharisiens6 ,mes amis1 je ne veux pas que l'on me mle d'autres et que l'on me confonde avec eux4 ,il en a qui prchent ma doctrine de la vie3 mais ce sont en mme temps des prdicateurs de l'galit et des tarentules4 ,elles parlent en faveur de la vie1 ces araignes venimeuses3 quoiqu'elles soient accroupies dans leurs cavernes et dtournes de la vie1 car c'est ainsi qu'elles veulent faire mal4 ,elles veulent faire mal ceux qui ont maintenant la puissance3 car c'est ceux-l que la prdication de la mort est le plus familire4 ,s'il en tait autrement1 les tarentules enseigneraient autrement3 car c'est elles qui autrefois surent le mieux calomnier le monde et allumer les bchers4 ,c'est avec ces prdicateurs de l'galit que je ne veux pas tre ml et confondu4 ,car ainsi me parle la justice3 ,les hommes ne sont pas gaux4 ,il ne faut pas non plus qu'ils le deviennent4 ,que serait donc mon amour du ,surhumain si je parlais autrement8 ,c'est sur mille ponts et sur mille chemins qu'ils doivent se hter vers l'avenir1 et il faudra mettre entre eux toujours plus de guerres et d'ingalits3 c'est ainsi que me fait parler mon grand amour6 ,il faut qu'ils deviennent des inventeurs de statues et de fantmes par leurs inimitis1 et1 avec leurs statues et leurs fantmes1 ils combattront entre eux le plus grand combat6 ,bon et mauvais1 riche et pauvre1 haut et bas et tous les noms de valeurs3 autant d'armes et de symboles cliquetants pour indiquer que la vie doit toujours nouveau se surmonter elle-mme6 ,la vie veut elle-mme s'lever dans les hauteurs avec des piliers et des degrs3 elle veut scruter les horizons lointains et regarder au del des beauts bienheureuses1 - c'est pourquoi il lui faut des hauteurs6 ,et puisqu'il faut des hauteurs1 il lui faut des degrs et de l'opposition ces degrs1 l'opposition de ceux qui s'lvent6 ,la vie veut s'lever et1 en s'levant1 elle veut se surmonter elle-mme4 ,et voyez donc1 mes amis6 voici la caverne de la tarentule1 c'est ici que s'lvent les ruines d'un vieux temple1 - regardez donc avec des yeux illumins6 ,en vrit ,celui qui assembla jadis ses penses en un difice de pierre1 dress vers les hauteurs1 connaissait le secret de la vie1 comme le plus sage d'entre tous6 ,il faut que dans la beaut1 il y ait encore de la lutte et de l'ingalit et une guerre de puissance et de suprmatie1 c'est ce qu',il nous enseigne ici dans le symbole le plus lumineux4 ,ici les votes et les arceaux se brisent divinement dans la lutte3 la lumire et l'ombre se combattent en un divin effort4- ,de mme1 avec notre certitude et notre beaut1 soyons ennemis1 nous aussi1 mes amis6 ,assemblons divinement nos efforts les uns contre les autres6 - ,malheur6 voil que j'ai t moi-mme mordu par la tarentule1 ma vieille ennemie6 ,avec sa certitude et sa beaut divine elle m'a mordu au doigt6 ,il faut que l'on punisse1 il faut que justice soit faite - ainsi pense-t-elle3 ce n'est pas en vain que tu chantes ici des hymnes en l'honneur de l'inimiti6 ,oui1 elle s'est venge6 ,malheur6 elle va me faire tourner l'me avec de la vengeance6 ,mais1 afin que je ne me tourne point1 mes amis1 liez-moi fortement cette colonne6 ,j'aime encore mieux tre un stylite qu'un tourbillon de vengeance6 ,en vrit1 ,zarathoustra n'est pas un tourbillon et une trombe2 et s'il est danseur1 ce n'est pas un danseur de tarentelle6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,sages ,,illustres ,vous avez servi le peuple et la superstition du peuple1 vous tous1 sages illustres6 - vous n'avez pas servi la vrit6 ,et c'est prcisment pourquoi l'on vous a honors4 ,et c'est pourquoi aussi on a support votre incrdulit1 puisqu'elle tait un bon mot et un dtour vers le peuple4 ,c'est ainsi que le matre laisse faire ses esclaves et il s'amuse de leur ptulance4 ,mais celui qui est ha par le peuple comme le loup par les chiens3 c'est l'esprit libre1 l'ennemi des entraves1 celui qui n'adore pas et qui hante les forts4 ,le chasser de sa cachette - c'est ce que le peuple appela toujours le sens de la justice3 toujours il excite encore contre l'esprit libre ses chiens les plus froces4 ,car la vrit est l3 puisque le peuple est l6 ,malheur6 malheur celui qui cherche6 - ,c'est ce que l'on a rpt de tout temps4 ,vous vouliez donner raison votre peuple dans sa vnration3 c'est ce que vous avez appel volont de vrit1 sages clbres6 ,et votre coeur s'est toujours dit3 ,je suis venu du peuple3 c'est de l aussi que m'est revenue la voix de ,dieu4 ,endurants et russ1 pareils l'ne1 vous avez toujours intercd pour le peuple4 ,et maint puissant qui voulait accorder l'allure de son char au got du peuple attela devant ses chevaux - un petit ne1 un sage illustre6 ,et maintenant1 sages illustres1 je voudrais que vous jetiez enfin tout fait loin de vous la peau du lion6 ,la peau bigarre de la bte fauve1 et les touffes de poil de l'explorateur1 du chercheur et du conqurant4 ,hlas6 pour apprendre croire votre vracit1 il me faudrait vous voir briser d'abord votre volont vnratrice4 ,vridique - c'est ainsi que j'appelle celui qui va dans les dserts sans ,dieu1 et qui a bris son coeur vnrateur4 ,dans le sable jaune brl par le soleil1 il lui arrive de regarder avec envie vers les les aux sources abondantes o1 sous les sombres feuillages1 la vie se repose4 ,mais sa soif ne le convainc pas de devenir pareil ces satisfaits2 car o il y a des oasis il y a aussi des idoles4 ,affame1 violente1 solitaire1 sans ,dieu3 ainsi se veut la volont du lion4 ,libre du bonheur des esclaves1 dlivre des dieux et des adorations1 sans pouvante et pouvantable1 grande et solitaire3 telle est la volont du vridique4 ,c'est dans le dsert qu'ont toujours vcu les vridiques1 les esprits libres1 matres du dsert2 mais dans les villes habitent les sages illustres et bien nourris1 - les btes de trait4 ,car ils tirent toujours comme des nes - le chariot du peuple6 ,je ne leur en veux pas1 non point3 mais ils restent des serviteurs et des tres attels1 mme si leur attelage reluit d'or4 ,et souvent ils ont t de bons serviteurs1 dignes de louanges4 ,car ainsi parle la vertu3 ,s'il faut que tu sois serviteur1 cherche celui qui tes services seront le plus utiles6 ,l'esprit et la vertu de ton matre doivent grandir parce que tu es son service3 c'est ainsi que tu grandiras toi-mme avec son esprit et sa vertu6 ,et vraiment1 sages illustres1 serviteurs du peuple6 ,vous avez vous-mmes grandi avec l'esprit et la vertu du peuple - et le peuple a grandi par vous6 ,je dis cela votre honneur6 ,mais vous restez peuple1 mme dans vos vertus1 peuple aux yeux faibles1 - peuple qui ne sait point ce que c'est l'esprit6 ,l'esprit1 c'est la vie qui incise elle-mme la vie3 c'est par sa propre souffrance que la vie augmente son propre savoir1 - le saviez-vous dj8 ,et ceci est le bonheur de l'esprit3 tre oint par les larmes1 tre sacr victime de l'holocauste1 - le saviez-vous dj8 ,et la ccit de l'aveugle1 ses hsitations et ses ttonnements rendront tmoignage de la puissance du soleil qu'il a regard1 - le saviez-vous dj8 ,il faut que ceux qui cherchent la connaissance apprennent construire avec des montagnes6 c'est peu de chose quand l'esprit dplace des montagnes1 - le saviez-vous dj8 ,vous ne voyez que les tincelles de l'esprit3 mais vous ignorez quelle enclume est l'esprit et vous ne connaissez pas la cruaut de son marteau6 ,en vrit1 vous ne connaissez pas la fiert de l'esprit6 mais vous supporteriez encore moins la modestie de l'esprit1 si la modestie de l'esprit voulait parler6 ,et jamais encore vous n'avez pu jeter votre esprit dans des gouffres de neige3 vous n'tes pas assez chauds pour cela6 ,vous ignorez donc aussi les ravissements de sa fracheur4 ,mais en toutes choses vous m'avez l'air de prendre trop de familiarit avec l'esprit2 et souvent vous avez fait de la sagesse un hospice et un refuge pour de mauvais potes4 ,vous n'tes point des aigles3 c'est pourquoi vous n'avez pas appris le bonheur dans l'pouvante de l'esprit4 ,celui qui n'est pas un oiseau ne doit pas planer sur les abmes4 ,vous me semblez tides3 mais un courant d'air froid passe dans toute connaissance profonde4 ,glaciales sont les fontaines intrieures de l'esprit et dlicieuses pour les mains chaudes de ceux qui agissent4 ,vous voil devant moi1 honorables et rigides1 l'chine droite1 sages illustres6 - ,vous n'tes pas pousss par un vent fort et une volont vigilante4 ,n'avez-vous jamais vu une voile passer sur la mer tremblante1 arrondie et gonfle par l'imptuosit du vent8 ,pareille la voile que fait trembler l'imptuosit de l'esprit1 ma sagesse passe sur la mer - ma sagesse sauvage6 ,mais1 vous qui tes serviteurs du peuple1 sages illustres1 - comment pourriez-vous venir avec moi8 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,chant ,,de ,,la ,,nuit ,il fait nuit3 voici que s'lve plus haut la voix des fontaines jaillissantes4 ,et mon me1 elle aussi1 est une fontaine jaillissante4 ,il fait nuit3 voici que s'veillent tous les chants des amoureux4 ,et mon me1 elle aussi1 est un chant d'amoureux4 ,il y a en moi quelque chose d'inapais et d'inapaisable qui veut lever la voix4 ,il y a en moi un dsir d'amour qui parle lui-mme le langage de l'amour4 ,je suis lumire3 ah6 si j'tais nuit6 ,mais ceci est ma solitude d'tre envelopp de lumire4 ,hlas6 que ne suis-je ombre et tnbres6 ,comme j'tancherais ma soif aux mamelles de la lumire6 ,et vous-mmes1 je vous bnirais1 petits astres scintillants1 vers luisants du ciel6 et je me rjouirais de la lumire que vous me donneriez4 ,mais je vis de ma propre lumire1 j'absorbe en moi-mme les flammes qui jaillissent de moi4 ,je ne connais pas la joie de ceux qui prennent2 et souvent j'ai rv que voler tait une volupt plus grande encore que prendre4 ,ma pauvret1 c'est que ma main ne se repose jamais de donner2 ma jalousie1 c'est de voir des yeux pleins d'attente et des nuits illumines de dsir4 ,misre de tous ceux qui donnent6 ,o obscurcissement de mon soleil6 ,o dsir de dsirer6 ,o faim dvorante dans la satit6 ,ils prennent ce que je leur donne3 mais suis-je encore en contact avec leurs mes8 ,il y a un abme entre donner et prendre2 et le plus petit abme est le plus difficile combler4 ,une faim nat de ma beaut3 je voudrais faire du mal ceux que j'claire2 je voudrais dpouiller ceux que je comble de mes prsents3 - c'est ainsi que j'ai soif de mchancet4 ,retirant la main1 lorsque dj la main se tend2 hsitant comme la cascade qui dans sa chute hsite encore3 - c'est ainsi que j'ai soif de mchancet4 ,mon opulence mdite de telles vengeances3 de telles malices naissent de ma solitude4 ,mon bonheur de donner est mort force de donner1 ma vertu s'est fatigue d'elle-mme et de son abondance6 ,celui qui donne toujours court le danger de perdre la pudeur2 celui qui toujours distribue1 force de distribuer1 finit par avoir des callosits la main et au coeur4 ,mes yeux ne fondent plus en larmes sur la honte des suppliants2 ma main est devenue trop dure pour sentir le tremblement des mains pleines4 ,que sont devenus les larmes de mes yeux et le duvet de mon coeur8 ,o solitude de tous ceux qui donnent6 ,o silence de tous ceux qui luisent6 ,bien des soleils gravitent dans l'espace dsert3 leur lumire parle tout ce qui est tnbres1 - c'est pour moi seul qu'ils se taisent4 ,hlas6 telle est l'inimiti de la lumire pour ce qui est lumineux6 ,impitoyablement1 elle poursuit sa course4 ,injustes au fond du coeur contre tout ce qui est lumineux1 froids envers les soleils - ainsi tous les soleils poursuivent leur course4 ,pareils l'ouragan1 les soleils volent le long de leur voie2 c'est l leur route4 ,ils suivent leur volont inexorable2 c'est l leur froideur4 ,oh6 c'est vous seuls1 tres obscurs et nocturnes qui crez la chaleur par la lumire6 ,oh6 c'est vous seuls qui buvez un lait rconfortant aux mamelles de la lumire6 ,hlas6 la glace m'environne1 ma main se brle des contacts glacs6 ,hlas la soif est en moi1 une soif altre de votre soif6 ,il fait nuit3 hlas6 pourquoi me faut-il tre lumire6 et soif de tnbres6 et solitude6 ,il fait nuit3 voici que mon dsir jaillit comme une source1 - mon dsir veut lever la voix4 ,il fait nuit3 voici que s'lve plus haut la voix des fontaines jaillissantes4 ,et mon me1 elle aussi1 est une fontaine jaillissante4 ,il fait nuit3 voici que s'veillent tous les chants des amoureux4 ,et mon me1 elle aussi1 est un chant d'amoureux4- ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,chant ,,de ,,la ,,danse ,un soir ,zarathoustra traversa la fort avec ses disciples2 et voici qu'en cherchant une fontaine il parvint sur une verte prairie1 borde d'arbres et de buissons silencieux3 et dans cette clairire des jeunes filles dansaient entre elles4 ,ds qu'elles eurent reconnu ,zarathoustra1 elles cessrent leurs danses2 mais ,zarathoustra s'approcha d'elles avec un geste amical et dit ces paroles3 ,ne cessez pas vos danses1 charmantes jeunes filles6 ,ce n'est point un trouble-fte au mauvais oeil qui est venu parmi vous1 ce n'est point un ennemi des jeunes filles6 ,je suis l'avocat de ,dieu devant le ,diable3 or le ,diable c'est l'esprit de la lourdeur4 ,comment serais-je l'ennemi de votre grce lgre8 #a';ennemi de la danse divine1 ou encore des pieds mignons aux fines chevilles8 ,il est vrai que je suis une fort pleine de tnbres et de grands arbres sombres2 mais qui ne craint pas mes tnbres trouvera sous mes cyprs des sentiers fleuris de roses4 ,il trouvera bien aussi le petit dieu que les jeunes filles prfrent3 il repose prs de la fontaine1 en silence et les yeux clos4 ,en vrit1 il s'est endormi en plein jour1 le fainant6 ,a-t-il voulu prendre trop de papillons8 ,ne soyez pas fches contre moi1 belles danseuses1 si je corrige un peu le petit dieu6 il se mettra peut-tre crier et pleurer1 - mais il prte rire1 mme quand il pleure6 ,et c'est les yeux pleins de larmes qu'il doit vous demander une danse2 et moi-mme j'accompagnerai sa danse d'une chanson3 ,un air de danse et une satire sur l'esprit de la lourdeur1 sur ce dmon trs haut et tout puissant1 dont ils disent qu'il est le matre du monde4 - ,et voici la chanson que chanta ,zarathoustra1 tandis que ,cupidon et les jeunes filles dansaient ensemble3 ,un jour j'ai contempl tes yeux1 vie6 ,et il me semblait tomber dans un abme insondable6 ,mais tu m'as retir avec des hameons dors2 tu avais un rire moqueur quand je te nommais insondable4 ,ainsi parlent tous les poissons1 disais-tu2 ce qu'ils ne peuvent sonder est insondable4 ,mais je ne suis que variable et sauvage et femme en toute chose1 je ne suis pas une femme vertueuse3 ,quoique je sois pour vous autres hommes l'infinie ou la fidle1 l'ternelle1 la mystrieuse4 ,mais1 vous autres hommes1 vous nous prtez toujours vos propres vertus1 hlas6 vertueux que vous tes6 ,c'est ainsi qu'elle riait1 la dcevante1 mais je me dfie toujours d'elle et de son rire1 quand elle dit du mal d'elle-mme4 ,et comme je parlais un jour en tte--tte ma sagesse sauvage1 elle me dit avec colre3 ,tu veux1 tu dsires1 tu aimes la vie et voil pourquoi tu la loues6 ,peu s'en fallut que je ne lui fisse une dure rponse et ne dise la vrit la querelleuse2 et l'on ne rpond jamais plus durement que quand on dit ses vrits sa sagesse4 ,car s'est sur ce pied-l que nous sommes tous les trois4 ,je n'aime du fond du coeur que la vie - et1 en vrit1 je ne l'aime jamais tant que quand je la dteste6 ,mais si je suis port vers la sagesse et souvent trop port vers elle1 c'est parce qu'elle me rappelle trop la vie6 ,elle a ses yeux1 son rire et mme son hameon dor2 qu'y puis-je si elles se ressemblent tellement toutes deux8 ,et comme un jour la vie me demandait3 ,qui est-ce donc1 la sagesse8 ,j'ai rpondu avec empressement3 ,hlas oui6 la sagesse6 ,on la convoite avec ardeur et l'on ne peut se rassasier d'elle1 on cherche voir sous son voile1 on allonge les doigts vers elle travers les mailles de son rseau4 ,est-elle belle8 ,que sais-je6 ,mais les plus vieilles carpes mordent encore ses appts4 ,elle est variable et entte2 je l'ai souvent vue se mordre les lvres et de son peigne emmler ses cheveux4 ,peut-tre est-elle mauvaise et perfide et femme en toutes choses2 mais lorsqu'elle parle mal d'elle-mme1 c'est alors qu'elle sduit le plus4 ,quand j'eus parl ainsi la vie1 elle eut un mchant sourire et ferma les yeux4 ,de qui parles-tu donc8 dit-elle1 peut-tre de moi8 ,et quand mme tu aurais raison - vient-on vous dire en face de pareilles choses6 ,mais maintenant parle donc de ta propre sagesse6 ,hlas6 tu rouvris alors les yeux1 vie bien-aime6 ,et il me semblait que je retombais dans l'abme insondable4 - ,ainsi chantait ,zarathoustra4 ,mais lorsque la danse fut finie1 les jeunes filles s'tant loignes1 il devint triste4 ,le soleil est cach depuis longtemps1 dit-il enfin2 la prairie est humide1 un souffle frais vient de la fort4 ,il y a quelque chose d'inconnu autour de moi qui me jette un regard pensif4 ,comment6 tu vis encore1 ,zarathoustra8 ,pourquoi8 ,a quoi bon8 ,de quoi8 ,o vas-tu8 ,o8 ,comment8 ,n'est-ce pas folie que de vivre encore8 - ,hlas6 mes amis1 c'est le soir qui s'interroge en moi4 ,pardonnez-moi ma tristesse6 ,le soir est venu3 pardonnez-moi que le soir soit venu6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,chant ,,du ,,tombeau ,l-bas est l'le des tombeaux1 l'le silencieuse1 l-bas sont aussi les tombeaux de ma jeunesse4 ,c'est l-bas que je vais porter une couronne d'immortelles de la vie4 ,ayant ainsi dcid dans mon coeur - je traversai la mer4 - ,vous1 images et visions de ma jeunesse6 ,o regards d'amour1 moments divins6 comme vous vous tes vite vanouis6 ,aujourd'hui je songe vous comme je songe aux morts que j'aimais4 ,c'est de vous1 mes morts prfrs1 que me vient un doux parfum qui soulage le coeur et fait couler les larmes4 ,en vrit1 il branle et soulage le coeur de celui qui navigue seul4 ,je suis toujours le plus riche et le plus enviable - moi le solitaire4 ,car je vous ai possds et vous me possdez encore3 dites-moi pour qui donc sont tombes de l'arbre de telles pommes d'or8 ,je suis toujours l'hritier et le terrain de votre amour1 je m'panouis1 en mmoire de vous1 en une floraison de vertus sauvages et multicolores1 mes bien-aims6 ,hlas6 nous tions faits pour demeurer ensemble1 tranges et dlicieuses merveilles2 et vous ne vous tes pas approches de moi en de mon dsir1 comme des oiseaux timides - mais confiantes en celui qui avait confiance6 ,oui1 crs pour la fidlit1 ainsi que moi1 et pour la tendre ternit3 faut-il maintenant que je vous dnomme d'aprs votre infidlit1 regards et moments divins3 je n'ai pas encore appris vous donner un autre nom4 ,en vrit1 vous tes morts trop vite pour moi1 fugitifs4 ,pourtant vous ne m'avez pas fui et je ne vous ai pas fui2 nous ne sommes pas coupables les uns envers les autres de notre infidlit4 ,on vous a trangls pour me tuer1 oiseaux de mes espoirs6 ,oui1 c'est vers vous1 mes bien-aims1 que toujours la mchancet dcocha ses flches - pour atteindre mon coeur6 ,et elle a touch juste6 car vous avez toujours t ce qui m'tait le plus cher1 mon bien1 ma possession3 c'est pourquoi vous avez d mourir jeunes et prir trop tt6 ,c'est vers ce que j'avais de plus vulnrable que l'on a lanc la flche3 vers vous dont la peau est pareille un duvet1 et plus encore au sourire qui meurt d'un regard6 ,mais je veux tenir ce langage mes ennemis3 qu'est-ce que tuer un homme ct de ce que vous m'avez fait8 ,le mal que vous m'avez fait est plus grand qu'un assassinat2 vous m'avez pris l'irrparable3 - c'est ainsi que je vous parle1 mes ennemis6 ,n'avez vous point tu les visions de ma jeunesse et mes plus chers miracles6 ,vous m'avez pris mes compagnons de jeu1 les esprits bienheureux6 ,en leur mmoire j'apporte cette couronne et cette maldiction4 ,cette maldiction contre vous1 mes ennemis6 ,car vous avez raccourci mon ternit1 comme une voix se brise dans la nuit glace6 ,je n'ai fait que l'entrevoir comme le regard d'un oeil divin1 - comme un clin d'oeil6 ,ainsi l'heure favorable1 ma puret me dit un jour3 ,pour moi1 tous les tres doivent tre divins4 ,alors vous m'avez assailli de fantmes impurs2 hlas6 o donc s'est enfuie cette heure favorable6 ,tous les jours doivent tre sacrs pour moi - ainsi me parla un jour la sagesse de ma jeunesse3 en vrit1 c'est la parole d'une sagesse joyeuse6 ,mais alors vous1 mes ennemis1 vous m'avez drob mes nuits pour les transformer en insomnies pleines de tourments3 hlas6 o donc a fui cette sagesse joyeuse8 ,autrefois je demandais des prsages heureux3 alors vous avez fait passer sur mon chemin un monstrueux1 un nfaste hibou4 ,hlas6 o donc s'est alors enfui mon tendre dsir8 ,un jour1 j'ai fait voeu de renoncer tous les dgots1 alors vous avez transform tout ce qui m'entoure en ulcres4 ,hlas6 o donc s'enfuirent alors mes voeux les plus nobles8 ,c'est un aveugle que j'ai parcouru des chemins bienheureux3 alors vous avez jet des immondices sur le chemin de l'aveugle3 et maintenant je suis dgot du vieux sentier de l'aveugle4 ,et lorsque je fis la chose qui tait pour moi la plus difficile1 lorsque je clbrai des victoires o je m'tais vaincu moi-mme3 vous avez pouss ceux qui m'aimaient s'crier que c'tait alors que je leur faisais le plus mal4 ,en vrit1 vous avez toujours agi ainsi1 vous m'avez enfiell mon meilleur miel et la diligence de mes meilleures abeilles4 ,vous avez toujours envoy vers ma charit les mendiants les plus imprudents2 autour de ma piti vous avez fait accourir les plus incurables effronts4 ,c'est ainsi que vous avez bless ma vertu dans sa foi4 ,et lorsque j'offrais en sacrifice ce que j'avais de plus sacr3 votre dvotion s'empressait d'y joindre de plus grasses offrandes3 en sorte que les manations de votre graisse touffaient ce que j'avais de plus sacr4 ,et un jour je voulus danser comme jamais encore je n'avais dans3 je voulus danser au del de tous les cieux4 ,alors vous avez dtourn de moi mon plus cher chanteur4 ,et il entonna son chant le plus lugubre et le plus sombre3 hlas6 il corna mon oreille des sons qui avaient l'air de venir du cor le plus funbre6 ,chanteur meurtrier1 instrument de malice1 toi le plus innocent6 ,dj j'tais prt pour la meilleure danse3 alors de tes accords tu as tu mon extase6 ,ce n'est qu'en dansant que je sais dire les symboles des choses les plus sublimes3 - mais maintenant mon plus haut symbole est rest sans que mes membres puissent le figurer6 ,la plus haute esprance est demeure ferme pour moi sans que j'aie pu en rvler le secret4 ,et toutes les visions et toutes les consolations de ma jeunesse sont mortes6 ,comment donc ai-je support ceci1 comment donc ai-je surmont et assum de pareilles blessures8 ,comment mon me est-elle ressuscite de ces tombeaux8 ,oui6 il y a en moi quelque chose d'invulnrable1 quelque chose qu'on ne peut enterrer et qui fait sauter les rochers3 cela s'appelle ma volont4 ,cela passe travers les annes1 silencieux et immuable4 ,elle veut marcher de son allure1 sur mes propres jambes1 mon ancienne volont2 son sens est dur et invulnrable4 ,je ne suis invulnrable qu'au talon4 ,tu subsistes toujours1 gale toi-mme1 toi ma volont patiente6 tu as toujours pass par toutes les tombes6 ,c'est en toi que subsiste ce qui ne s'est pas dlivr pendant ma jeunesse1 et vivante et jeune tu es assise1 pleine d'espoir1 sur les jaunes dcombres des tombeaux4 ,oui1 tu demeures pour moi la destructrice de tous les tombeaux3 salut toi1 ma volont6 ,et ce n'est que l o il y a des tombeaux1 qu'il y a rsurrection4- ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,,victoire ,,sur ,,soi-,m,,me ,vous appelez volont de vrit ce qui vous pousse et vous rend ardents1 vous les plus sages parmi les sages4 ,volont d'imaginer l'tre3 c'est ainsi que j'appelle votre volont6 ,vous voulez rendre imaginable tout ce qui est3 car vous doutez avec une mfiance que ce soit dj imaginable4 ,mais tout ce qui est1 vous voulez le soumettre et le plier votre volont4 ,le rendre poli et soumis l'esprit1 comme le miroir et l'image de l'esprit4 ,c'est l toute votre volont1 sages parmi les sages1 c'est l votre volont de puissance2 et aussi quand vous parlez du bien et du mal et des valuations de valeurs4 ,vous voulez crer un monde devant lequel vous puissiez vous agenouiller1 c'est l votre dernier espoir et votre dernire ivresse4 ,les simples1 cependant1 ceux que l'on appelle le peuple1 - sont semblables au fleuve sur lequel un canot vogue sans cesse en avant3 et dans le canot sont assises1 solennelles et masques1 les valuations des valeurs4 ,vous avez lanc votre volont et vos valeurs sur le fleuve du devenir2 une vieille volont de puissance me rvle ce que le peuple croit bon et mauvais4 ,c'est vous1 sages parmi les sages1 qui avez plac de tels htes dans ce canot2 vous les avez orns de parures et de noms somptueux1 - vous et votre volont dominante6 ,maintenant le fleuve porte en avant votre canot3 il faut qu'il porte4 ,peu importe que la vague brise cume et rsiste sa quille avec colre4 ,ce n'est pas le fleuve qui est votre danger et la fin de votre bien et de votre mal1 sages parmi les sages3 mais c'est cette volont mme1 la volont de puissance1 - la volont vitale1 inpuisable et cratrice4 ,mais1 afin que vous compreniez ma parole du bien et du mal1 je vous dirai ma parole de la vie et de la coutume de tout ce qui est vivant4 ,j'ai suivi ce qui est vivant1 je l'ai poursuivi sur les grands et sur les petits chemins1 afin de connatre ses coutumes4 ,lorsque la vie se taisait1 je recueillais son regard sur un miroir cent facettes1 pour faire parler son oeil4 ,et son oeil m'a parl4 ,mais partout o j'ai trouv ce qui est vivant1 j'ai entendu les paroles d'obissance4 ,tout ce qui est vivant est une chose obissante4 ,et voici la seconde chose3 on commande celui qui ne sait pas s'obir lui-mme4 ,c'est l la coutume de ce qui est vivant4 ,voici ce que j'entendis en troisime lieu3 commander est plus difficile qu'obir4 ,car celui qui commande porte aussi le poids de tous ceux qui obissent1 et parfois cette charge l'crase3 - ,dans tout commandement j'ai vu un danger et un risque4 ,et toujours1 quand ce qui est vivant commande1 ce qui est vivant risque sa vie4 ,et quand ce qui est vivant se commande soi-mme1 il faut que ce qui est vivant expie son autorit et soit juge1 vengeur1 et victime de ses propres lois4 ,d'o cela vient-il donc8 me suis-je demand4 ,qu'est-ce qui dcide ce qui est vivant obir1 commander et tre obissant1 mme en commandant8 coutez donc mes paroles1 sages parmi les sages6 ,examinez srieusement si je suis entr au coeur de la vie1 jusqu'aux racines de son coeur6 ,partout o j'ai trouv quelque chose de vivant1 j'ai trouv de la volont de puissance2 et mme dans la volont de celui qui obit j'ai trouv la volont d'tre matre4 ,que le plus fort domine le plus faible1 c'est ce que veut sa volont qui veut tre matresse de ce qui est plus faible encore4 ,c'est l la seule joie dont il ne veuille pas tre priv4 ,et comme le plus petit s'abandonne au plus grand1 car le plus grand veut jouir du plus petit et le dominer1 ainsi le plus grand s'abandonne aussi et risque sa vie pour la puissance4 ,c'est l l'abandon du plus grand3 qu'il y ait tmrit et danger et que le plus grand joue sa vie4 ,et o il y a sacrifice et service rendu et regard d'amour1 il y a aussi volont d'tre matre4 ,c'est sur des chemins dtourns que le plus faible se glisse dans la forteresse et jusque dans le coeur du plus puissant - c'est l qu'il vole la puissance4 ,et la vie elle-mme m'a confi ce secret3 ,voici1 m'a-t-elle dit1 je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-mme4 ,a vrai dire1 vous appelez cela volont de crer ou instinct du but1 du plus sublime1 du plus lointain1 du plus multiple3 mais tout cela n'est qu'une seule chose et un seul secret4 ,je prfre disparatre que de renoncer cette chose unique1 et1 en vrit1 o il y a dclin et chute des feuilles1 c'est l que se sacrifie la vie - pour la puissance6 ,qu'il faille que je sois lutte1 devenir1 but et entrave du but3 hlas6 celui qui devine ma volont1 celui-l devine aussi les chemins tortueux qu'il lui faut suivre6 ,quelle que soit la chose que je cre et la faon dont j'aime cette chose1 il faut que bientt j'en sois l'adversaire et l'adversaire de mon amour3 ainsi le veut ma volont4 ,et toi aussi1 toi qui cherches la connaissance1 tu n'es que le sentier et la piste de ma volont3 en vrit1 ma volont de puissance marche aussi sur les traces de ta volont du vrai6 ,il n'a assurment pas rencontr la vrit1 celui qui parlait de la volont de vie1 cette volont - n'existe pas4 ,car3 ce qui n'est pas ne peut pas vouloir2 mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore dsirer la vie6 ,ce n'est que l o il y a de la vie qu'il y a de la volont3 pourtant ce n'est pas la volont de vie1 mais - ce que j'enseigne - la volont de puissance4 ,il y a bien des choses que le vivant apprcie plus haut que la vie elle-mme2 mais c'est dans les apprciations elles-mmes que parle - la volont de puissance6 ,voil l'enseignement que la vie me donna un jour3 et c'est par cet enseignement1 sages parmi les sages1 que je rsous l'nigme de votre coeur4 ,en vrit1 je vous le dis3 le bien et le mal qui seraient imprissables - n'existent pas6 ,il faut que le bien et le mal se surmontent toujours de nouveau par eux-mmes4 ,avec vos valeurs et vos paroles du bien et du mal1 vous exercez la force1 vous1 les apprciateurs de valeur3 ceci est votre amour cach1 l'clat1 l'motion et le dbordement de votre me4 ,mais une puissance plus forte grandit dans vos valeurs1 une nouvelle victoire sur soi-mme qui brise les oeufs et les coquilles d'oeufs4 ,et celui qui doit tre crateur dans le bien et dans le mal3 en vrit1 celui-l commencera par dtruire et par briser les valeurs4 ,ainsi la plus grande malignit fait partie de la plus grande bnignit3 mais cette bnignit est la bnignit du crateur4 - ,parlons-en1 sages parmi les sages1 quoi qu'il nous en cote2 car il est plus dur de se taire2 toutes les vrits que l'on a passes sous silence deviennent venimeuses4 ,et que soit bris tout ce qui peut tre bris par nos vrits6 ,il y a encore bien des maisons construire6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,hommes ,,sublimes ,il y a une mer en moi1 son fond est tranquille3 qui donc devinerait qu'il cache des monstres plaisants6 ,inbranlable est ma profondeur1 mais elle brille d'nigmes et d'clats de rire4 ,j'ai vu aujourd'hui un homme sublime1 un homme solennel un expiateur de l'esprit3 comme mon me s'est ri de sa laideur6 ,la poitrine en avant1 semblable ceux qui aspirent3 il demeurait silencieux l'homme sublime3 ,orn d'horribles vrits1 son butin de chasse1 et riche de vtements dchirs2 il y avait aussi sur lui beaucoup d'pines - mais je ne vis point de roses4 ,il n'a pas encore appris le rire et la beaut4 ,avec un air sombre1 ce chasseur est revenu de la fort de la connaissance4 ,il est rentr de la lutte avec des btes sauvages3 mais son air srieux reflte encore la bte sauvage - une bte insurmonte6 ,il demeure l1 comme un tigre qui veut faire un bond2 mais je n'aime pas les mes tendues comme la sienne2 leurs rticences me dplaisent4 ,et vous me dites1 amis1 que des gots et des couleurs il ne faut pas discuter4 ,mais toute vie est lutte pour les gots et les couleurs6 ,le got1 c'est la fois le poids1 la balance et le peseur2 et malheur toute chose vivante qui voudrait vivre sans la lutte cause des poids1 des balances et des peseurs6 ,s'il se fatiguait de sa sublimit1 cet homme sublime3 c'est alors seulement que commencerait sa beaut1 - et c'est alors seulement que je voudrais le goter1 que je lui trouverais du got4 ,ce ne sera que lorsqu'il se dtournera de lui-mme1 qu'il sautera par-dessus son ombre1 et1 en vrit1 ce sera dans son soleil4 ,trop longtemps il tait assis l'ombre1 l'expiateur de l'esprit a vu plir ses joues2 et l'attente l'a presque fait mourir de faim4 ,il y a encore du mpris dans ses yeux et le dgot se cache sur ses lvres4 ,il est vrai qu'il repose maintenant1 mais son repos ne s'est pas encore tendu au soleil4 ,il devrait faire comme le taureau2 et son bonheur devrait sentir la terre et non le mpris de la terre4 ,je voudrais le voir semblable un taureau blanc1 qui souffle et mugit devant la charrue3 et son mugissement devrait chanter la louange de tout ce qui est terrestre6 ,son visage est obscur2 l'ombre de la main se joue sur son visage4 ,son regard est encore dans l'ombre4 ,son action elle-mme n'est encore qu'une ombre projete sur lui3 la main obscurcit celui qui agit4 ,il n'a pas encore surmont son acte4 ,je gote beaucoup chez lui l'chine du taureau3 mais maintenant j'aimerais voir aussi le regard de l'ange4 ,il faut aussi qu'il dsapprenne sa volont de hros3 je veux qu'il soit un homme lev et non pas seulement un homme sublime3 - l'ther lui seul devrait se soulever1 cet homme sans volont6 ,il a vaincu des monstres1 il a devin des nigmes3 mais il lui faudrait sauver aussi ses monstres et ses nigmes2 il lui faudrait les transformer en enfants divins4 ,sa connaissance n'a pas encore appris sourire et tre sans jalousie2 son flot de passion ne s'est pas encore calm dans la beaut4 ,en vrit1 ce n'est pas dans la satit que son dsir doit se taire et sombrer1 mais dans la beaut4 ,la grce fait partie de la gnrosit de ceux qui ont la pense leve4 ,le bras pass sur la tte3 c'est ainsi que le hros devrait se reposer1 c'est ainsi qu'il devrait surmonter son repos4 ,mais c'est pour le hros que la beaut est la chose la plus difficile4 ,la beaut est insaisissable pour tout tre violent4 ,un peu plus1 un peu moins1 c'est peu de chose et c'est beaucoup1 c'est mme l'essentiel4 ,rester les muscles inactifs et la volont dcharge3 c'est ce qu'il y a de plus difficile pour vous autres hommes sublimes4 ,quand la puissance se fait clmente1 quand elle descend dans le visible3 j'appelle beaut une telle condescendance4 ,je n'exige la beaut de personne autant que de toi1 de toi qui es puissant3 que ta bont soit ta dernire victoire sur toi-mme4 ,je te crois capable de toutes les mchancets1 c'est pourquoi j'exige de toi le bien4 ,en vrit1 j'ai souvent ri des dbiles qui se croient bons parce que leur patte est infirme6 ,tu dois imiter la vertu de la colonne3 elle devient toujours plus belle et plus fine mesure qu'elle s'lve1 mais plus rsistante intrieurement4 ,oui1 homme sublime1 un jour tu seras beau et tu prsenteras le miroir ta propre beaut4 ,alors ton me frmira de dsirs divins2 et il y aura de l'adoration dans ta vanit6 ,car ceci est le secret de l'me3 quand le hros a abandonn l'me1 c'est alors seulement que s'approche en rve - le super-hros4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,du ,,pays ,,de ,,la ,,civilisation ,j'ai vol trop loin dans l'avenir3 un frisson d'horreur m'a assailli4 ,et lorsque j'ai regard autour de moi1 voici1 le temps tait mon seul contemporain4 ,alors je suis retourn1 fuyant en arrire - et j'allais toujours plus vite3 c'est ainsi que je suis venu auprs de vous1 vous les hommes actuels1 je suis venu dans le pays de la civilisation4 ,pour la premire fois1 je vous ai regards avec l'oeil qu'il fallait1 et avec de bons dsirs3 en vrit je suis venu avec le coeur languissant4 ,et que m'est-il arriv8 ,malgr la peu que j'ai eue - j'ai d me mettre rire6 ,mon oeil n'a jamais rien vu d'aussi bariol6 ,je ne cessai de rire1 tandis que ma jambe tremblait et que mon coeur tremblait1 lui aussi3 ,est-ce donc ici le pays de tous les pots de couleurs8 - dis-je4 ,le visage et les membres peinturlurs de cinquante faons3 c'est ainsi qu' mon grand tonnement je vous voyais assis1 vous les hommes actuels6 ,et avec cinquante miroirs autour de vous1 cinquante miroirs qui flattaient et imitaient votre jeu de couleurs6 ,en vrit1 vous ne pouviez porter de meilleur masque que votre propre visage1 hommes actuels6 ,qui donc saurait vous - reconnatre8 ,barbouills des signes du pass que recouvrent de nouveaux signes3 ainsi que vous tes bien cachs de tous les interprtes6 ,et si l'on savait scruter les entrailles1 qui donc feriez-vous croire que vous avez des entrailles8 ,vous semblez ptris de couleurs et de bouts de papier colls ensemble4 ,tous les temps et tous les peuples jettent ple-mle un regard travers vos voiles2 toutes les coutumes et toutes les croyances parlent ple-mle travers vos attitudes4 ,celui qui vous terait vos voiles1 vos surcharges1 vos couleurs et vos attitudes n'aurait plus devant lui que de quoi effrayer les oiseaux4 ,en vrit1 je suis moi-mme un oiseau effray qui1 un jour1 vous a vus nus et sans couleurs2 et je me suis enfui lorsque ce squelette m'a fait des gestes d'amour4 ,car je prfrerais tre manoeuvre dans l'enfer et chez les ombres du pass6 - ,les habitants de l'enfer ont plus de consistance que vous6 ,c'est pour moi l'amertume de mes entrailles de ne pouvoir vous supporter ni nus1 ni habills1 vous autres hommes actuels6 ,tout ce qui est inquitant dans l'avenir1 et tout ce qui a jamais pouvant des oiseaux gars1 inspire en vrit plus de quitude et plus de calme que votre ralit4 ,car c'est ainsi que vous parlez3 ,nous sommes entirement faits de ralit1 sans croyance et sans superstition4 ,c'est ainsi que vous vous rengorgez1 sans mme avoir de gorge6 ,oui1 comment pourriez-vous croire1 bariols comme vous l'tes6 - vous qui tes des peintures de tout ce qui a jamais t cru4 ,vous tes des rfutations mouvantes de la foi elle-mme2 et la rupture de toutes les penses4 tres phmres1 c'est ainsi que je vous appelle4 ,vous les hommes de la ralit6 ,toutes les poques dblatrent les unes contre les autres dans vos esprits2 et les rves et les bavardages de toutes les poques taient plus rels encore que votre raison veille6 ,vous tes striles3 c'est pourquoi vous manquez de foi4 ,mais celui qui devait crer possdait toujours ses rves et ses toiles - et il avait foi en la foi6 - ,vous tes des portes entr'ouvertes o attendent les fossoyeurs4 ,et cela es votre ralit3 ,tout vaut la peine de disparatre4 ,ah6 comme vous voil debout devant moi1 hommes striles1 squelettes vivants6 ,et il y en a certainement parmi vous qui s'en sont rendu compte eux-mmes4 ,ils disaient3 ,un dieu m'aurait-il enlev quelque chose pendant que je dormais8 ,en vrit1 il y aurait de quoi en faire une femme6 ,la pauvret de mes ctes est singulire6 ainsi parla dj maint homme actuel4 ,oui1 vous me faites rire1 hommes actuels6 et surtout quand vous vous tonnez de vous-mmes6 ,malheur moi si je ne pouvais rire de votre tonnement et s'il me fallait avaler tout ce que vos cuelles contiennent de rpugnant6 ,mais je vous prends la lgre1 puisque j'ai des choses lourdes porter2 et que m'importe si des mouches se posent sur mon fardeau6 ,en vrit mon fardeau n'en sera pas plus lourd6 ,et ce n'est pas de vous1 mes contemporains1 que me viendra la grande fatigue4 - ,hlas6 o dois-je encore monter avec mon dsir8 ,je regarde du haut de tous les sommets pour m'enqurir de patries et de terres natales4 ,mais je n'en ai trouv nulle part3 je suis errant dans toutes les villes1 et1 toutes les portes1 je suis sur mon dpart4 ,les hommes actuels vers qui tout l'heure mon coeur tait pouss sont maintenant pour moi des trangers qu'excitent mon rire2 je suis chass des patries et des terres natales4 ,je n'aime donc plus que le pays de mes enfants1 la terre inconnue parmi les mers lointaines3 c'est elle que ma voile doit chercher sans cesse4 ,je veux me racheter auprs de mes enfants d'avoir t le fils de mes pres3 je veux racheter de tout l'avenir - ce prsent6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,immacul,e ,,connaissance ,lorsque hier la lune s'est leve1 il me semblait qu'elle voult mettre au monde un soleil1 tant elle s'talait l'horizon1 lourde et pleine4 ,mais elle mentait avec sa grossesse2 et plutt encore je croirais l'homme dans la lune qu' la femme4 ,il est vrai qu'il est trs peu homme lui aussi1 ce timide noctambule4 ,en vrit1 il passe sur les toits avec une mauvaise conscience4 ,car il est plein de convoitise et de jalousie1 ce moine dans la lune2 il convoite la terre et toutes les joies de ceux qui aiment4 ,non1 je ne l'aime pas1 ce chat de gouttires2 ils me dgotent1 tous ceux qui pient les fentres entr'ouvertes4 ,pieux et silencieux1 il passe sur des tapis d'toiles3 - mais je dteste tous les hommes qui marchent sans bruit1 et qui ne font pas mme sonner leurs perons4 ,les pas d'un homme loyal parlent2 mais le chat marche pas furtifs4 ,voyez1 la lune s'avance1 dloyale comme un chat4 - ,je vous donne cette parabole1 vous autres hypocrites sensibles1 vous qui cherchez la connaissance pure6 ,c'est vous que j'appelle - lascifs6 ,vous aimez aussi la terre et tout ce qui est terrestre3 je vous ai bien devins6 - mais il y a dans votre amour de la honte et de la mauvaise conscience1 - vous ressemblez la lune4 ,on a persuad votre esprit de mpriser tout ce qui est terrestre1 mais on n'a pas persuad vos entrailles3 pourtant elles sont ce qu'il y a de plus fort en vous6 ,et maintenant votre esprit a honte d'obir vos entrailles et il suit des chemins drobs et trompeurs pour chapper sa propre honte4 ,ce serait pour moi la chose la plus haute - ainsi se parle lui-mme votre esprit mensonger - de regarder la vie sans convoitise et non comme les chiens avec la langue pendante4 tre heureux dans la contemplation1 avec la volont morte1 sans rapacit et sans envie goste - froid et gris sur tout le corps1 mais les yeux enivrs de lune4 ,ce serait pour moi la bonne part - ainsi s'conduit lui-mme celui qui a t conduit - d'aimer la terre comme l'aime la lune et de ne toucher sa beaut que des yeux4 ,et voici ce que j'appelle l'immacule connaissance de toutes choses3 ne rien demander aux choses que de pouvoir s'tendre devant elles1 ainsi qu'un miroir aux cent regards4 - ,hypocrites sensibles et lascifs6 ,il vous manque l'innocence dans le dsir3 et c'est pourquoi vous calomniez le dsir6 ,en vrit1 vous n'aimez pas la terre comme des crateurs1 des gnrateurs1 joyeux de crer6 ,o y a-t-il de l'innocence8 ,l o il y a la volont d'engendrer4 ,et celui qui veut crer au-dessus de lui-mme1 celui-l possde mes yeux la volont la plus pure4 ,o a-t-il de la beaut8 ,l o il faut que je veuille de toute ma volont2 o je veux aimer et disparatre1 afin qu'une image ne reste pas image seulement4 ,aimer et disparatre3 ceci s'accorde depuis des ternits4 ,vouloir aimer1 c'est aussi tre prt la mort4 ,c'est ainsi que je vous parle1 poltrons6 ,mais votre regard louche et effmin veut tre contemplatif6 ,et ce que l'on peut approcher avec des yeux pusillanimes doit tre appel beau6 ,o vous qui souillez les noms les plus nobles6 ,mais ceci doit tre votre maldiction1 hommes immaculs qui cherchez la connaissance pure1 que vous n'arriviez jamais engendrer3 quoique vous soyez couchs l'horizon lourds et pleins4 ,en vrit1 vous remplissez votre bouche de nobles paroles3 et vous voudriez nous faire croire que votre coeur dborde1 menteurs8 ,mais mes paroles sont des paroles grossires1 mprises et informes1 et j'aime recueillir ce qui1 dans vos festins1 tombe sous la table4 ,elles me suffisent toujours - pour dire la vrit aux hypocrites6 ,oui1 mes artes1 mes coquilles et mes feuilles de houx doivent - vous chatouiller le nez1 hypocrites6 ,il y a toujours de l'air vici autour de vous et autour de vos festins3 car vos penses lascives1 vos mensonges et vos dissimulations sont dans l'air6 ,ayez donc tout d'abord le courage d'avoir foi en vous-mmes - en vous-mmes et en vos entrailles6 ,celui qui n'a pas foi en lui-mme ment toujours4 ,vous avez mis devant vous le masque d'un dieu1 hommes purs3 votre affreuse larve rampante s'est cache sous le masque d'un dieu4 ,en vrit1 vous en faites accroire1 contemplatifs6 ,zarathoustra1 lui aussi1 a t dupe de vos peaux divines2 il n'a pas devin quels serpents remplissaient cette peau4 ,dans vos jeux1 je croyais voir jouer l'me d'un dieu1 hommes qui cherchez la connaissance pure6 ,je ne connaissais pas de meilleur art que vos artifices6 ,la distance qui me sparait de vous me cachait des immondices de serpent et de mauvaises odeurs3 et je ne savais pas que la ruse d'un lzard rdt par ici1 lascive4 ,mais je me suis approch de vous3 alors le jour m'est venu - et maintenant il vient pour vous1 - les amours de la lune sont leur dclin6 ,regardez-la donc6 ,elle est l-haut1 surprise et ple - devant l'aurore6 ,car dj l'aurore monte1 ardente1 - son amour pour la terre approche6 ,tout amour de soleil est innocence et dsir de crateur4 ,regardez donc comme l'aurore passe impatiente sur la mer6 ,ne sentez-vous pas la soif et la chaude haleine de son amour8 ,elle veut aspirer la mer1 et boire ses profondeurs3 et le dsir de la mer s'lve avec ses mille mamelles4 ,car la mer veut tre baise et aspire par le soleil2 elle veut devenir air et hauteur et sentier de lumire1 et lumire elle-mme6 ,en vrit1 pareil au soleil1 j'aime la vie et toutes les mers profondes4 ,et ceci est pour moi la connaissance3 tout ce qui est profond doit monter - ma hauteur6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,savants ,tandis que j'tais endormi1 une brebis s'est mise brouter la couronne de lierre qui ornait ma tte1 - et en mangeant elle disait3 ,zarathoustra n'est plus un savant4 ,aprs quoi1 elle s'en alla1 ddaigneuse et fire4 ,voil ce qu'un enfant m'a racont4 ,j'aime tre tendu1 l ou jouent les enfants1 le long du mur lzard1 sous les chardons et les rouges pavots4 ,je suis encore un savant pour les enfants et aussi pour les chardons et les pavots rouges4 ,ils sont innocents1 mme dans leur mchancet4 ,je ne suis plus un savant pour les brebis3 ainsi le veut mon sort4 - ,qu'il soit bni6 ,car ceci est la vrit3 je suis sorti de la maison des savants en claquant la porte derrire moi4 ,trop longtemps mon me affame fut assise table1 je ne suis pas comme eux1 dress pour la connaissance comme pour casser des noix4 ,j'aime la libert et l'air sur la terre frache2 j'aime encore mieux dormir sur les peaux de boeufs que sur leurs honneurs et leurs dignits4 ,je suis trop ardent et trop consum de mes propres penses3 j'y perds souvent haleine4 ,alors il me faut aller au grand air et quitter les chambres pleines de poussire4 ,mais ils sont assis au frais1 l'ombre frache3 ils veulent partout n'tre que des spectateurs et se gardent bien de s'asseoir o le soleil darde sur les marches4 ,semblables ceux qui stationnent dans la rue et qui bouche be regardent les gens qui passent3 ainsi ils attendent aussi1 bouche be1 les penses des autres4 ,les touche-t-on de la main1 ils font involontairement de la poussire autour d'eux1 comme des sacs de farine2 mais qui donc se douterait que leur poussire vient du grain et de la jeune flicit des champs d't8 ,s'ils se montrent sages1 je suis horripil de leurs petites sentences et de leurs vrits3 leur sagesse a souvent une odeur de marcage3 et1 en vrit1 j'ai dj entendu les grenouilles coasser dans leur sagesse6 ,ils sont adroits et leurs doigts sont agiles3 que veut ma simplicit auprs de leur complexit6 ,leurs doigts s'entendent tout ce qui est filage et nouage et tissage3 ainsi ils tricotent les bas de l'esprit6 ,ce sont de bonnes pendules3 pourvu que l'on ait soin de les bien remonter6 ,alors elles indiquent l'heure sans se tromper et font entendre en mme temps un modeste tic-tac4 ,ils travaillent1 semblables des moulins et des pilons3 qu'on leur jette seulement du grain6 - ils s'entendent moudre le grain et le transformer en blanche farine4 ,avec mfiance1 ils se surveillent les doigts les uns aux autres4 ,inventifs et petites malices1 ils pient ceux dont la science est boiteuse - ils guettent comme des araignes4 ,je les ai toujours vu prparer leurs poisons avec prcaution2 et toujours ils couvraient leurs doigts de gants de verre4 ,ils savent aussi jouer avec des ds pips2 et je les ai vus jouer avec tant d'ardeur qu'ils en taient couverts de sueur4 ,nous sommes trangers les uns aux autres et leurs vertus me sont encore plus contraires que leurs faussets et leurs ds pips4 ,et lorsque je demeurais parmi eux1 je demeurais au-dessus d'eux4 ,c'est pour cela qu'ils m'en ont voulu4 ,ils ne veulent pas qu'on leur dise que quelqu'un marche au-dessus de leurs ttes2 et c'est pourquoi ils ont mis du bois1 de la terre et des ordures1 entre moi et leurs ttes4 ,ainsi ils ont touff le bruit de mes pas2 et jusqu' prsent ce sont les plus savants qui m'ont le moins bien entendu4 ,ils ont mis entre eux et moi toutes les faiblesses et toutes les fautes des hommes3 - dans leurs demeures ils appellent cela faux plancher4 ,mais malgr tout je marche au-dessus de leur tte avec mes penses2 et si je voulais mme marcher sur mes propres dfauts1 je marcherais encore au-dessus d'eux et de leur tte4 ,car les hommes ne sont point gaux3 ainsi parle la justice4 ,et ce que je veux ils n'auraient pas le droit de le vouloir6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,po,,tes ,depuis que je connais mieux le corps1 - disait ,zarathoustra l'un de ses disciples - l'esprit n'est plus pour moi esprit que dans une certaine mesure2 et tout ce qui est imprissable - n'est aussi que symbole4 ,je t'ai dj entendu parler ainsi1 rpondit le disciple2 et alors tu as ajout3 ,mais les potes mentent trop4 ,pourquoi donc disais-tu que les potes mentent trop8 ,pourquoi8 dit ,zarathoustra4 ,tu demandes pourquoi8 ,je ne suis pas de ceux qu'on a le droit de questionner sur leur pourquoi4 ,ce que j'ai vcu est-il donc d'hier8 ,il y a longtemps que j'ai vcu les raisons de mes opinions4 ,ne faudrait-il pas que je fusse un tonneau de mmoire pour pouvoir garder avec moi mes raisons8 ,j'ai dj trop de peine garder mes opinions2 il y a bien des oiseaux qui s'envolent4 ,et il m'arrive aussi d'avoir dans mon colombier une bte qui n'est pas de mon colombier et qui m'est trangre2 elle tremble lorsque j'y mets la main4 ,pourtant que tu disais un jour ,zarathoustra8 ,que les potes mentent trop4 - ,mais ,zarathoustra lui aussi est un pote4 ,crois-tu donc qu'en cela il ait dit la vrit8 ,pourquoi le crois-tu8 ,le disciple rpondit3 ,je crois en ,zarathoustra4 ,mais ,zarathoustra secoua la tte et se mit sourire4 ,la foi ne me sauve point1 dit-il1 la foi en moi-mme moins que toute autre4 ,mais1 en admettant que quelqu'un dise srieusement que les potes mentent trop3 il aurait raison1 - nous mentons trop4 ,nous savons aussi trop peu de choses et nous apprenons trop mal3 donc il faut que nous mentions4 ,et qui donc1 parmi nous autres potes1 n'aurait pas falsifi son vin8 ,bien des mixtures empoisonnes ont t faites dans nos caves1 l'indescriptible a t ralis4 ,et puisque nous savons peu de choses1 nous aimons du fond du coeur les pauvres d'esprit1 surtout quand ce sont des jeunes femmes6 ,et nous dsirons mme les choses que les vieilles femmes se racontent le soir4 ,c'est ce que nous appelons en nous-mme l'ternel fminin4 ,et1 en nous figurant qu'il existe un chemin secret qui mne au savoir et qui se drobe ceux qui apprennent quelque chose1 nous croyons au peuple et sa sagesse4 ,mais les potes croient tous que celui qui est tendu sur l'herbe1 ou sur un versant solitaire1 en dressant l'oreille1 apprend quelque chose de ce qui se passe entre le ciel et la terre4 ,et s'il leur vient des motions tendres1 les potes croient toujours que la nature elle-mme est amoureuse d'eux3 ,et qu'elle se glisse leur oreille pour y murmurer des choses secrtes et des paroles caressantes4 ,ils s'en vantent et s'en glorifient devant tous les mortels6 ,hlas6 il y a tant de choses entre le ciel et la terre que les potes sont les seuls avoir rves6 ,et surtout au-dessus du ciel3 car tous les dieux sont des symboles et des artifices de pote4 ,en vrit1 nous sommes toujours attirs vers les rgions suprieures - c'est--dire vers le pays des nuages3 c'est l que nous plaons nos ballons multicolores et nous les appelons ,dieux et ,surhumains4 ,car ils sont assez lgers pour ce genre de siges6 - tous ces ,dieux et ces ,surhumains4 ,hlas6 comme je suis fatigu de tout ce qui est insuffisant et qui veut toute force tre vnement6 ,hlas6 comme je suis fatigu des potes6 ,quand ,zarathoustra eut dit cela1 son disciple fut irrit contre lui1 mais il se tut4 ,et ,zarathoustra se tut aussi2 et ses yeux s'taient tourns l'intrieur comme s'il regardait dans le lointain4 ,enfin il se mit soupirer et prendre haleine4 ,je suis d'aujourd'hui et de jadis1 dit-il alors2 mais il y a quelque chose en moi qui est de demain1 et d'aprs-demain1 et de l'avenir4 ,je suis fatigu des potes1 des anciens et des nouveaux4 ,pour moi ils sont tous superficiels et tous des mers dessches4 ,ils n'ont pas assez pens en profondeur3 c'est pourquoi leur sentiment n'est pas descendu jusque dans les trfonds4 ,un peu de volupt et un peu d'ennui3 c'est ce qu'il y eut encore de meilleur dans leurs mditations4 ,leurs arpges m'apparaissent comme des glissements des fuites de fantmes2 que connaissaient-ils jusqu' prsent de l'ardeur qu'il y a dans les sons6 - ,ils ne sont pas non plus assez propres pour moi3 ils troublent tous leurs eaux pour les faire paratre profondes4 ,ils aiment se faire passer pour conciliateurs1 mais ils restent toujours pour moi des gens de moyens-termes et de demi-mesures1 troubleurs et mal-propres6 - ,hlas6 j'ai jet mon filet dans leurs mers pour attraper de bons poissons1 mais toujours j'ai retir la tte d'un dieu ancien4 ,c'est ainsi que la mer a donn une pierre l'affam4 ,et ils semblent eux-mmes venir de la mer4 ,il est certain qu'on y trouve des perles3 c'est ce qui fait qu'ils ressemblent d'autant plus de durs crustacs4 ,chez eux j'ai souvent trouv au lieu d'me de l'cume sale4 ,ils ont pris la mer sa vanit2 la mer n'est-elle pas le paon le plus vain entre tous les paons8 ,mme devant le buffle le plus laid1 elle tale sa roue2 elle dploie sans se lasser la soie et l'argent de son ventail de dentelles4 ,le buffle regarde avec colre1 son me est tout prs du sable1 plus prs encore du fourr1 mais le plus prs du marcage4 ,que lui importe la beaut et la mer et la splendeur du paon6 ,tel est le symbole que je ddie aux potes4 ,en vrit leur esprit lui-mme est le paon le plus vain entre tous les paons et une mer de vanit6 ,l'esprit du pote veut des spectateurs3 ne ft-ce que des buffles6 - ,pourtant je me suis fatigu de cet esprit3 et je vois venir un temps o il sera fatigu de lui-mme4 ,j'ai dj vu les potes se transformer et diriger leur regard contre eux-mmes4 ,j'ai vu venir des expiateurs de l'esprit3 c'est parmi les potes qu'ils sont ns4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,grands ,v,,nements ,il y a une le dans la mer - non loin des ,iles ,bienheureuses de ,zarathoustra - o se dresse un volcan perptuellement empanach de fume4 ,le peuple1 et surtout les vieilles femmes parmi le peuple1 disent de cette le qu'elle est place comme un rocher devant la porte de l'enfer3 mais la voie troite qui descend cette porte traverse elle-mme le volcan4 ,a cette poque donc1 tandis que ,zarathoustra sjournait dans les ,iles ,bienheureuses1 il arriva qu'un vaisseau jeta son ancre dans l'le o se trouve la montagne fumante2 et son quipage descendit terre pour tirer des lapins4 ,pourtant l'heure de midi1 tandis que le capitaine et ses gens se trouvaient de nouveau runis1 ils virent soudain un homme traverser l'air en s'approchant d'eux et une voix pronona distinctement ces paroles3 ,il est temps il est grand temps6 ,lorsque la vision fut le plus prs d'eux - elle passait trs vite pareille une ombre dans la direction du volcan - ils reconnurent avec un grand effarement que c'tait ,zarathoustra2 car ils l'avaient tous dj vu1 except le capitaine lui-mme1 ils l'aimaient1 comme le peuple aime1 mlant parties gales l'amour et la crainte4 ,voyez donc6 dit le vieux pilote1 voil ,zarathoustra qui va en enfer6 - ,et l'poque o ces matelots atterrissaient l'le de flammes1 le bruit courut que ,zarathoustra avait disparu2 et lorsque l'on s'informa auprs de ses amis1 ils racontrent qu'il avait pris le large pendant la nuit1 bord d'un vaisseau1 sans dire o il voulait aller4 ,ainsi se rpandit une certaine inquitude2 mais aprs trois jours cette inquitude s'augmenta de l'histoire des marins - et tout le peuple se mit raconter que le diable avait emport ,zarathoustra4 ,il est vrai que ses disciples ne firent que rire de ces bruits et l'un d'eux dit mme3 ,je crois plutt encore que c'est ,zarathoustra qui a emport le diable4 ,mais1 au fond de l'me1 ils taient tous pleins d'inquitude et de langueur3 leur joie fut donc grande lorsque1 cinq jours aprs1 ,zarathoustra parut au milieu d'eux4 ,et ceci est le rcit de la conversation de ,zarathoustra avec le chien de feu3 ,la terre1 dit-il1 a une peau2 et cette peau a des maladies4 ,une de ces maladies s'appelle par exemple3 homme4 ,et une autre de ces maladies s'appelle chien de feu3 c'est propos de ce chien que les hommes se sont dit et se sont laiss dire bien des mensonges4 ,c'est pour approfondir ce secret que j'ai pass la mer3 et j'ai vu la vrit nue1 en vrit6 pieds nus jusqu'au cou4 ,je sais maintenant ce qui en est du chien de feu2 et aussi de tous les dmons de rvolte et d'immondice1 dont les vieilles femmes ne sont pas seules avoir peur4 ,sors de ta profondeur1 chien de feu6 me suis-je cri1 et avoue combien ta profondeur est profonde6 ,d'o tires-tu ce que tu craches sur nous8 ,tu bois abondamment la mer3 c'est ce que rvle le sel de ta faconde6 ,en vrit1 pour un chien des profondeurs1 tu prends trop ta nourriture de la surface6 ,je te tiens tout au plus pour le ventriloque de la terre1 et toujours1 lorsque j'ai entendu parler les dmons de rvolte et d'immondice1 je les ai trouvs semblables toi1 avec ton sel1 tes mensonges et ta platitude4 ,vous vous entendez hurler et obscurcir avec des cendres6 ,vous tes les plus grands vantards et vous connaissez l'art de faire entrer la fange en bullition4 ,partout o vous tes1 il faut qu'il y ait de la fange auprs de vous1 et des choses spongieuses1 oppresses et troites4 ,ce sont elles qui veulent tre mises en libert4 ,libert6 c'est votre cri prfr3 mais j'ai perdu la foi aux grands vnements1 ds qu'il y a beaucoup de hurlements et de fume autour d'eux4 ,crois-moi1 dmon aux ruptions tapageuses et infernales6 les plus grands vnements - ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes1 mais nos heures les plus silencieuses4 ,ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux1 c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde2 il gravite1 en silence4 ,et avoue-le donc6 ,mince tait le rsultat lorsque se dissipaient ton fracas et ta fume6 ,qu'importe qu'une ville se soit transforme en momie et qu'une colonne soit couche dans la fange6 ,et j'ajoute encore ces paroles pour les destructeurs de colonnes4 ,c'est bien l la plus grande folie que de jeter du sel dans la mer et des colonnes dans la fange4 ,la colonne tait couche dans la fange de votre mpris3 mais sa loi veut que pour elle renaisse du mpris la vie nouvelle et la beaut vivifiante6 ,elle se relve maintenant avec des traits plus divins et une souffrance plus sduisante2 et en vrit6 elle vous remerciera encore de l'avoir renverse1 destructeurs6 ,mais c'est le conseil que je donne aux rois et aux glises1 et tout ce qui s'est affaibli par l'ge et par la vertu - laissez-vous donc renverser1 afin que vous reveniez la vie et que la vertu vous revienne6 - ,c'est ainsi que j'ai parl devant le chien de feu3 alors il m'interrompit en grommelant et me demanda3 glise8 ,qu'est-ce donc cela8 glise8 rpondis-je1 c'est une espce d'tat1 et l'espce la plus mensongre4 ,mais1 tais-toi1 chien de feu1 tu connais ton espce mieux que personne6 ,l'tat est un chien hypocrite comme toi-mme1 comme toi-mme il aime parler en fume et en hurlements1 - pour faire croire1 comme toi1 que sa parole vient du fond des choses4 ,car l'tat veut absolument tre la bte la plus importante sur la terre2 et tout le monde croit qu'il l'est4 - ,lorsque j'eus ainsi parl1 le chien de feu parut fou de jalousie4 ,comment8 s'cria-t-il1 la bte la plus importante sur terre8 ,et l'on croit qu'il l'est4 ,et il sortit de son gosier tant de vapeurs et de bruits pouvantables que je crus qu'il allait touffer de colre et d'envie4 ,enfin1 il finit par se taire et ses hoquets diminurent2 mais ds qu'il se fut tu1 je dis en riant3 ,tu te mets en colre1 chien de feu3 donc j'ai raison contre toi6 ,et1 afin que je garde raison1 laisse-moi t'entretenir d'un autre chien de feu3 celui-l parle rellement du coeur de la terre4 ,son haleine est d'or et une pluie d'or1 ainsi le veut son coeur4 ,les cendres et la fume et l'cume chaude que sont-elles encore pour lui8 ,un rire voltige autour de lui comme une nue colore2 il est hostile tes gargouillements1 tes crachats1 tes intestins dlabrs6 ,cependant l'or et le rire - il les prend au coeur de la terre1 car1 afin que tu le saches1 - le coeur de la terre est d'or6 ,lorsque le chien de feu entendit ces paroles1 il lui fut impossible de m'couter davantage4 ,honteusement il rentra sa queue et se mit dire 'un ton dcontenanc3 ,ouah6 ,ouah6 en rampant vers sa caverne4 - ,ainsi racontait ,zarathoustra4 ,mais ses disciples l'coutrent peine3 tant tait grande leur envie de lui parler des matelots1 des lapins et de l'homme volant4 ,que dois-je penser de cela8 dit ,zarathoustra4 ,suis-je donc un fantme8 ,mais c'tait peut-tre mon ombre4 ,vous avez entendu parler dj du voyageur et de son ombre8 ,une chose est certaine3 il faut que je la tienne plus svrement1 autrement elle finira par me gter ma rputation4 ,et encore une fois ,zarathoustra secoua la tte avec tonnement3 ,que dois-je penser de cela8 rpta-t-il4 ,pourquoi donc le fantme a-t-il cri3 ,il est temps6 ,il est grand temps6 ,pour quoi peut-il tre - grand temps8 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,devin 444 et je vis une grande tristesse descendre sur les hommes4 ,les meilleurs se fatigurent de leurs oeuvres4 ,une doctrine fut mise en circulation et ct d'elle une croyance3 ,tout est vide1 tout est pareil1 tout est pass6 ,et de toutes les collines rsonnait la rponse3 ,tout est vide1 tout est pareil1 tout est pass6 ,il est vrai que nous avons moissonn3 mais pourquoi nos fruits ont-ils pourri et bruni8 ,qu'est-ce qui est tomb la nuit dernire de la mauvaise lune4 ,tout travail a t vain1 notre vin a tourn1 il est devenu du poison1 le mauvais oeil a jauni nos champs et nos coeurs4 ,nous avons tous dessch2 et si le feu tombe sur nous1 nos cendres s'en iront en poussire3 - ,oui1 nous avons fatigu mme le feu4 ,toutes les fontaines se sont dessches pour nous et la mer s'est retire4 ,tout sol veut se fendre1 mais les abmes ne veulent pas nous engloutir6 ,hlas6 o y a-t-il encore une mer o l'on puisse se noyer8 ainsi rsonne notre plainte - cette plainte qui passe sur les plats marcages4 ,en vrit1 nous nous sommes dj trop fatigus pour mourir1 maintenant nous continuons vivre veills - dans des caveaux funraires6 ,ainsi ,zarathoustra entendit parler un devin2 et sa prdiction lui alla droit au coeur et elle le transforma4 ,il erra triste et fatigu2 et il devint semblable ceux dont avait parl le devin4 ,en vrit1 dit-il ses disciples1 il s'en faut de peu que ce long crpuscule ne descende4 ,hlas6 comment ferai-je pour sauver ma lumire au del de ce crpuscule6 ,comment ferai-je pour qu'elle n'touffe pas dans cette tristesse8 ,il faut qu'elle soit la lumire des mondes lointains et qu'elle claire les nuits les plus lointaines6 ,ainsi1 proccup dans son coeur1 ,zarathoustra erra et l2 et pendant trois jours il ne prit ni nourriture ni boisson1 il n'eut point de repos et perdit la parole4 ,enfin il arriva de tomber dans un profond sommeil4 ,mais ses disciples passaient de longues veilles1 assis autour de lui1 et ils attendaient avec inquitude qu'il se rveillt pour se remettre parler et pour gurir de sa tristesse4 ,mais voici le discours que leur tint ,zarathoustra lorsqu'il se rveilla2 cependant sa voix leur semblait venir du lointain3 ,ecoutez donc le rve que j'ai fait1 mes amis1 et aidez-moi en deviner le sens6 ,il est encore une nigme pour moi1 ce rve2 son sens est cach en lui et voil2 il ne vole pas encore librement au-dessus de lui4 ,j'avais renonc toute espce de vie2 tel fut mon rve4 ,j'tais devenu veilleur et gardien des tombes1 l-bas sur la solitaire montagne du chteau de la ,mort4 ,c'est l-haut que je gardais les cercueils de la ,mort3 les sombres votes s'emplissaient de ces trophes de victoire4 ,a travers les cercueils de verre les existences vaincues me regardaient4 ,je respirais l'odeur d'ternits en poussires3 mon me tait l1 lourde et poussireuse4 ,et qui donc et t capable d'allger son me8 ,la clart de minuit tait toujours autour de moi et1 accroupie ses cts1 la solitude2 et aussi un silence de mort1 coup de rles1 le pire de mes amis4 ,je portais des clefs avec moi1 les plus rouilles de toutes les clefs2 et je savais ouvrir avec elles les portes les plus grinantes4 ,pareils des cris rauques et mchants1 les sons couraient au long des corridors1 quand s'ouvraient les ailes de la porte3 l'oiseau avait de mauvais cris1 il ne voulait pas tre rveill4 ,mais c'tait plus pouvantable encore1 et mon coeur se serrait davantage1 lorsque tout se taisait et que revenait le silence et que seul j'tais assis dans ce silence perfide4 ,c'est ainsi que se passa le temps1 lentement1 s'il peut encore tre question de temps3 qu'en sais-je1 moi6 ,mais ce qui me rveilla finit par avoir lieu4 ,trois fois des coups frapprent la porte1 semblables au tonnerre1 les votes retentirent et hurlrent trois fois de suite3 alors je m'approchai de la porte4 ,alpa6 m'criais-je1 qui porte sa cendre vers la montagne8 ,alpa6 ,alpa6 qui porte sa cendre vers la montagne8 ,et je serrais la clef1 et j'branlais la porte et je me perdais en efforts4 ,mais la porte ne s'ouvrait pas d'un doigt6 ,alors l'ouragan carta avec violence les ailes de la porte3 avec des sifflements et des cris aigus qui coupaient l'air1 il me jeta un cercueil noir3 ,et1 en sifflant et en hurlant1 le cercueil se brisa et cracha mille clats de rire4 ,mille grimaces d'enfants1 d'anges1 de hiboux1 de fous et de papillons normes ricanaient ma face et me persiflaient4 ,je m'en effrayais horriblement3 je fus prcipit terre et je criais d'pouvante1 comme jamais je n'avais cri4 ,mais mon propre cri me rveilla3 - et je revins moi4 - ,ainsi ,zarathoustra raconta son rve1 puis il se tut3 car il ne connaissait pas encore la signification de son rve4 ,mais le disciple qu'il aimait le plus se leva vite1 saisit la main de ,zarathoustra et dit3 ,c'est ta vie elle-mme qui nous explique ton rve1 ,zarathoustra6 ,n'est-tu pas toi-mme le vent aux sifflements aigus qui arrache les portes du chteau de la ,mort8 ,n'es-tu pas toi-mme le cercueil plein de mchancets multicolores et plein des angliques grimaces de la vie8 ,en vrit1 pareil mille clats de rire d'enfants1 ,zarathoustra vient dans toutes les chambres mortuaires1 riant de tous ces veilleurs et de tous ces gardiens des tombes1 et de tous ceux qui agitent leurs clefs avec un cliquetis sinistre4 ,tu les effrayeras et tu les renverseras de ton rire2 la syncope et le rveil prouveront ta puissance sur eux4 ,et quand mme viendrait le long crpuscule et la fatigue mortelle1 tu ne disparatrais pas de notre ciel1 affirmateur de la vie6 ,tu nous a fait voir de nouvelles toiles et de nouvelles splendeurs nocturnes2 en vrit1 tu as tendu sur nos ttes le rire lui-mme1 comme une tente multicolore4 ,maintenant des rires d'enfants jailliront toujours des cercueils2 maintenant viendra1 toujours victorieux des fatigues mortelles1 un vent puissant4 ,tu en es toi-mme le tmoin et le devin4 ,en vrit1 tu les as rvs eux-mmes1 tes ennemis3 ce fut ton rve le plus pnible6 ,mais comme tu t'est rveill d'eux et que tu es revenu toi-mme1 ainsi ils doivent se rveiller d'eux-mmes - et venir toi6 - ,ainsi parlait le disciple2 et tous les autres se pressaient autour de ,zarathoustra et ils saisissaient ses mains et ils voulaient le convaincre de quitter son lit et sa tristesse1 pour revenir eux4 ,cependant ,zarathoustra tait assis droit sur sa couche avec des yeux tranges4 ,pareil quelqu'un qui revient d'une longue absence1 il regarda ses disciples et interrogea leurs visages2 et il ne les reconnaissait pas encore4 ,mais lorsqu'ils le soulevrent et qu'ils le placrent sur ses jambes1 son oeil se transforma tout coup2 il comprit tout ce qui tait arriv1 et en se caressant la barbe1 il dit d'une voix forte3 ,allons6 tout cela viendra en son temps2 mais veillez1 mes disciples1 ce que nous fassions un bon repas1 et bientt6 - c'est ainsi que je pense expier mes mauvais rves6 ,pourtant le devin doit manger et boire mes cts3 et1 en vrit1 je lui montrerai une mer o il pourra se noyer6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,mais alors il regarda longtemps en plein visage le disciple qui lui avait expliqu son rve1 et1 ce faisant1 il secoua la tte4- ,,de ,,la ,r,,demption ,un jour que ,zarathoustra passait sur le grand pont1 les infirmes et les mendiants l'entourrent et un bossu lui parla et lui dit3 ,vois1 ,zarathoustra6 ,le peuple lui aussi profite de tes enseignements et commence croire en ta doctrine3 mais afin qu'il puisse te croire entirement1 il manque encore quelque chose - il te faut nous convaincre aussi1 nous autres infirmes6 ,il y en a l un beau choix et1 en vrit1 c'est une belle occasion de t'essayer sur des nombreuses ttes4 ,tu peux gurir des aveugles1 faire courir des boiteux et tu peux allger un peu celui qui a une trop lourde charge derrire lui3 - ,ce serait1 je crois1 la vritable faon de faire que les infirmes croient en ,zarathoustra6 ,mais ,zarathoustra rpondit ainsi celui qui avait parl3 si l'on enlve au bossu sa bosse1 on lui prend en mme temps son esprit - c'est ainsi qu'enseigne le peuple4 ,et si l'on rend ses yeux l'aveugle1 il voit sur terre trop de choses mauvaises3 en sorte qu'il maudit celui qui l'a guri4 ,celui cependant qui fait courir le boiteux lui fait le plus grand tort3 car peine sait-il courir que ses vices l'emportent4 - ,voil ce que le peuple enseigne au sujet des infirmes4 ,et pourquoi ,zarathoustra n'apprendrait-il pas du peuple ce que le peuple a appris de ,zarathoustra8 ,mais1 depuis que j'habite parmi les hommes1 c'est pour moi la moindre des choses de m'apercevoir de ceci3 ,a l'un manque un oeil1 l'autre une oreille1 un troisime n'a plus de jambes1 et il y en a d'autres qui ont perdu la langue1 ou bien le nez1 ou bien encore la tte4 ,je vois et j'ai vu de pires choses et il y en a de si pouvantables que je ne voudrais pas parler de chacune et pas mme me taire sur plusieurs3 j'ai vu des hommes qui manquent de tout1 sauf qu'ils ont quelque chose de trop - des hommes qui ne sont rien d'autre qu'un grand oeil ou une grande bouche ou un gros ventre1 ou n'importe quoi de grand1 - je les appelle des infirmes rebours4 ,et lorsqu'en venant de ma solitude je passais pour la premire fois sur ce pont3 je n'en crus pas mes yeux1 je ne cessai de regarder et je finis par dire3 ,ceci est une oreille4 ,une oreille aussi grande qu'un homme4 ,je regardais de plus prs et1 en vrit1 derrire l'oreille se mouvait encore quelque chose qui tait petit faire piti1 pauvre et dbile4 ,et1 en vrit1 l'oreille norme se trouvait sur une petite tige mince1 - et cette tige tait un homme6 ,en regardant travers une lunette on pouvait mme reconnatre une petite figure envieuse2 et aussi une petite me boursouffe qui tremblait au bout de la tige4 ,le peuple cependant me dit que la grande oreille tait non seulement un homme1 mais un grand homme1 un gnie4 ,mais je n'ai jamais cru le peuple1 lorsqu'il parlait de grands hommes - et j'ai gard mon ide que c'tait un infirme rebours qui avait de tout trop peu et trop d'une chose4 ,lorsque ,zarathoustra eut ainsi parl au bossu et ceux dont le bossu tait l'interprte et le mandataire1 il se tourna du ct de ses disciples1 avec un profond mcontentement1 et il leur dit3 ,en vrit1 mes amis1 je marche parmi les hommes comme parmi des fragments et des membres d'homme6 ,ceci est pour mon oeil la chose la plus pouvantable que de voir les hommes briss et disperss comme s'ils taient couchs sur un champ de carnage4 ,et lorsque mon oeil fuit du prsent au pass1 il trouve toujours la mme chose3 des fragments1 des membres et des hasards pouvantables - mais point d'hommes6 ,le prsent et le pass sur la terre - hlas6 mes amis - voil pour moi les choses les plus insupportables2 et je ne saurais point vivre si je n'tais pas un visionnaire de ce qui doit fatalement venir4 ,visionnaire1 volontaire1 crateur1 avenir lui-mme et pont vers l'avenir - hlas6 en quelque sorte aussi un infirme1 debout sur ce pont3 ,zarathoustra est tout cela4 ,et vous aussi1 vous vous demandez souvent3 ,qui est pour nous ,zarathoustra8 comment pouvons-nous le nommer8 ,et comme chez moi1 vos rponses ont t des questions4 ,est-il celui qui promet ou celui qui accomplit8 un conqurant ou bien un hritier8 l'automne ou bien le soc d'une charrue8 un mdecin ou bien un convalescent8 ,est-il pote ou bien dit-il la vrit8 est-il librateur ou dompteur8 bon ou mchant8 ,je marche parmi les hommes1 fragments de l'avenir3 de cet avenir que je contemple dans mes visions4 ,et toutes mes penses tendent rassembler et unir en une seule chose ce qui est fragment et nigme et pouvantable hasard4 ,et comment supporterais-je d'tre homme1 si l'homme n'tait pas aussi pote1 devineur d'nigmes et rdempteur du hasard6 ,sauver ceux qui sont passs1 et transformer tout ce qui tait en ce que je voudrais que ce ft6 - c'est cela seulement que j'appellerai rdemption6 ,volont - c'est ainsi que s'appelle le librateur et le messager de joie4 ,c'est l ce que je vous enseigne1 mes amis6 ,mais apprenez cela aussi3 la volont elle-mme est encore prisonnire4 ,vouloir dlivre3 mais comment s'appelle ce qui enchane mme le librateur8 ,ce fut3 c'est ainsi que s'appelle le grincement de dents et la plus solitaire affliction de la volont4 ,impuissante envers tout ce qui a t fait - la volont est pour tout ce qui est pass un mchant spectateur4 ,la volont ne peut pas vouloir agir en arrire2 ne pas pouvoir briser le temps et le dsir du temps1 - c'est l la plus solitaire affliction de la volont4 ,vouloir dlivre3 qu'imagine la volont elle-mme pour se dlivrer de son affliction et pour narguer son cachot8 ,hlas6 tout prisonnier devient un fou6 ,la volont prisonnire1 elle aussi1 se dlivre avec folie4 ,que le temps ne recule pas1 c'est l sa colre2 ce qui fut - ainsi s'appelle la pierre que la volont ne peut soulever4 ,et c'est pourquoi1 par rage et par dpit1 elle soulve des pierres et elle se venge de celui qui n'est pas1 comme elle1 rempli de rage et de dpit4 ,ainsi la volont libratrice est devenue malfaisante2 et elle se venge sur tout ce qui est capable de souffrir de ce qu'elle ne peut revenir elle-mme en arrire4 ,ceci1 oui ceci seul est la vengeance mme3 la rpulsion de la volont contre le temps et son ce fut4 ,en vrit1 il y a une grande folie dans notre volont2 et c'est devenu la maldiction de tout ce qui est humain que cette folie ait appris avoir de l'esprit6 ,l'esprit de la vengeance3 mes amis1 c'est l ce qui fut jusqu' prsent la meilleure rflexion des hommes2 et1 partout o il y a douleur1 il devrait toujours y avoir chtiment4 ,chtiment1 c'est ainsi que s'appelle elle-mme la vengeance3 avec un mot mensonger elle simule une bonne conscience4 ,et comme chez celui qui veut il y a de la souffrance1 puisqu'il ne peut vouloir en arrire1 - la volont elle-mme et toute vie devraient tre - punition6 ,et ainsi un nuage aprs l'autre s'est accumul sur l'esprit3 jusqu' ce que la folie ait proclam3 ,tout passe1 c'est pourquoi tout mrite de passer6 ,ceci est la justice mme1 qu'il faille que le temps dvore ses enfants3 ainsi a proclam la folie4 ,les choses sont ordonnes moralement d'aprs le droit et le chtiment4 ,hlas6 o trouver la dlivrance du fleuve des choses et de l'existence1 ce chtiment8 ,ainsi a proclam la folie4 ,peut-il y avoir rdemption s'il y a un droit ternel8 ,hlas6 on ne peut soulever la pierre du pass3 il faut aussi que tous les chtiments soient ternels6 ,ainsi a proclam la folie4 ,nul acte ne peut tre dtruit3 comment pourrait-il tre supprim par le chtiment6 ,ceci1 oui ceci est ce qu'il y a d'ternel dans l'existence1 ce chtiment1 que l'existence doive redevenir ternellement action et chtiment6 ,a moins que la volont ne finisse pas de dlivrer elle-mme1 et que le vouloir devienne non-vouloir -3 cependant1 mes frres1 vous connaissez ces chansons de la folie6 ,je vous ai conduits loin de ces chansons1 lorsque je vous ai enseign3 ,la volont est cratrice4 ,tout ce qui fut est fragment et nigme et pouvantable hasard - jusqu' ce que la volont cratrice ajoute3 ,mais c'est ainsi que je le voulais6 ,jusqu' ce que la volont cratrice ajoute3 ,mais c'est ainsi que je le veux6 ,c'est ainsi que je le voudrai4 ,a-t-elle cependant dj parl ainsi8 ,et quand cela arrivera-t-il8 ,la volont est-elle dj dlivre de sa propre folie8 ,la volont est-elle dj devenue1 pour elle-mme1 rdemptrice et messagre de joie8 ,a-t-elle dsappris l'esprit de vengeance et tous les grincements de dents8 ,et qui donc lui a enseign la rconciliation avec le temps et quelque chose de plus haut que ce qui est rconciliation8 ,il faut que la volont1 qui est la volont de puissance1 veuille quelque chose de plus haut que la rconciliation1 - 3 mais comment8 ,qui lui enseignera encore vouloir en arrire8 ,mais en cet endroit de son discours1 ,zarathoustra s'arrta soudain1 semblable quelqu'un qui s'effraie extrmement4 ,avec des yeux pouvantables1 il regarda ses disciples2 son regard pntrait comme une flche leurs penses et leurs arrire-penses4 ,mais au bout d'un moment1 il recommena dj rire et il dit avec calme3 ,il est difficile de vivre parmi les hommes1 parce qu'il est si difficile de se taire4 ,surtout pour un bavard4 - ,ainsi parla ,zarathoustra4 ,mais le bossu avait cout la conversation en se cachant le visage2 lorsqu'il entendit rire ,zarathoustra1 il leva son regard avec curiosit et dit lentement3 ,pourquoi ,zarathoustra nous parle-t-il autrement qu' ses disciples8 ,zarathoustra rpondit3 ,qu'y a-t-il l d'tonnant8 ,avec des bossus on peut bien parler sur un ton biscornu6 ,bien6 dit le bossu2 et avec des lves on peut faire le pion4 ,mais pourquoi ,zarathoustra parle-t-il autrement ses disciples qu' lui-mme8 ,,de ,,la ,,sagesse ,,des ,,hommes ,ce n'est pas la hauteur3 c'est la pente qui est terrible6 ,la pente d'o le regard se prcipite dans le vide et d'o la main se tend vers le sommet4 ,c'est l que le vertige de sa double volont saisit le coeur4 ,hlas6 mes amis1 devinez-vous aussi la double volont de mon coeur8 ,ceci1 ceci est ma pente et mon danger que mon regard se prcipite vers le sommet1 tandis que ma main voudrait s'accrocher et se soutenir - dans le vide6 ,c'est l'homme que s'accroche ma volont1 je me lie l'homme avec des chanes1 puisque je suis attir vers le ,surhumain2 car c'est l que veut aller mon autre volont4 ,et c'est pourquoi je vis aveugle parmi les hommes1 comme si je ne les connaissais point3 afin que ma main ne perde pas entirement sa foi en les choses solides4 ,je ne vous connais pas1 vous autres hommes3 c'est l l'obscurit et la consolation qui m'enveloppe souvent4 ,je suis assis devant le portique pour tous les coquins et je demande3 ,qui veut me tromper8 ,ceci est ma premire sagesse humaine de me laisser tromper1 pour ne pas tre oblig de me tenir sur mes gardes cause des trompeurs4 ,hlas6 si j'tais sur mes gardes devant l'homme1 comment l'homme pourrait-il tre une ancre pour mon ballon6 ,je serais trop facilement arrach1 attir en haut et au loin6 ,qu'il faille que je sois sans prudence1 c'est l la providence qui est au-dessus de ma destine4 ,et celui qui ne veut pas mourir de soif parmi les hommes doit apprendre boire dans tous les verres2 et qui veut rester pur parmi les hommes doit apprendre se laver avec de l'eau sale4 ,et voici ce que je me suis souvent dit pour me consoler3 ,eh bien6 ,allons6 ,vieux coeur6 ,un malheur ne t'a pas russi3 jouis-en comme d'un - bonheur6 ,cependant ceci est mon autre sagesse humaine3 je mnage les vaniteux plus que les fiers4 ,la vanit blesse n'est-elle pas mre de toutes les tragdies8 ,mais o la fiert est blesse1 crot quelque chose de meilleur qu'elle4 ,pour que la vie soit bonne regarder il faut que son jeu soit bien jou3 mais pour cela il faut de bons acteurs4 ,j'ai trouv bons acteurs tous les vaniteux3 ils jouent et veulent qu'on aime les regarder1 - tout leur esprit est dans cette volont4 ,ils se reprsentent1 ils s'inventent2 auprs d'eux j'aime regarder la vie1 - ainsi se gurit la mlancolie4 ,c'est pourquoi je mnage les vaniteux1 puisqu'ils sont les mdecins de ma mlancolie1 et puisqu'ils m'attachent l'homme comme un spectacle4 ,et puis3 qui mesure dans toute sa profondeur la modestie du vaniteux6 ,je veux du bien au vaniteux et j'ai piti de lui cause de sa modestie4 ,c'est de vous qu'il veut apprendre la foi en soi-mme2 il se nourrit de vos regards1 c'est dans votre main qu'il cueille l'loge4 ,il aime croire en vos mensonges1 ds que vous mentez bien sur son compte3 car au fond de son coeur il soupire3 ,que suis-je8 ,et si la vraie vertu est celle qui ne sait rien d'elle-mme1 eh bien6 le vaniteux ne sait rien de sa modestie6 - ,mais ceci est ma troisime sagesse humaine que je ne laisse pas votre timidit me dgoter de la vue des mchants4 ,je suis bienheureux de voir les miracles que fait clore l'ardent soleil3 ce sont des tigres1 des palmiers et des serpents sonnettes4 ,parmi les hommes aussi il y a de belles couves d'ardent soleil et chez les mchants bien des choses merveilleuses4 ,il est vrai que1 de mme que les plus sages parmi vous ne me paraissaient pas tout fait sages3 ainsi j'ai trouv la mchancet des hommes au-dessous de sa rputation4 ,et souvent je me suis demand en secouant la tte3 pourquoi sonnez-vous encore1 serpents sonnettes8 ,en vrit1 il y a un avenir1 mme pour le mal1 et le midi le plus ardent n'est pas encore dcouvert pour l'homme4 ,combien y a-t-il de choses que l'on nomme aujourd'hui dj les pires des mchancets et qui pourtant ne sont que larges de douze pieds et longues de trois mois6 ,mais un jour viendront au monde de plus grands dragons4 ,car pour le ,surhumain ait son dragon1 le sur-dragon qui soit digne de lui3 il faut que beaucoup d'ardents soleils rchauffent les humides forts vierges6 ,il faut que vos sauvages soient devenus des tigres et vos crapauds venimeux des crocodiles3 car il faut que le bon chasseur fasse bonne chasse6 ,et en vrit1 justes et bons6 ,il y a chez vous bien des choses qui prtent rire et surtout votre crainte de ce qui jusqu' prsent a t appel dmon6 ,votre me est si loin de ce qui est grand que le ,surhumain vous serait pouvantable dans sa bont6 ,et vous autres sages et savants1 vous fuiriez devant l'ardeur ensoleille de la sagesse o le ,surhumain baigne la joie de sa nudit6 ,vous autres hommes suprieurs que mon regard a rencontrs6 ceci est mon doute sur vous et mon secret3 je devine que vous traiteriez mon ,surhumain de - dmon6 ,hlas6 je me suis fatigu de ces hommes suprieurs1 je suis fatigu des meilleurs d'entre eux3 j'ai le dsir de monter de leur hauteur1 toujours plus haut1 loin d'eux1 vers le ,surhumain6 ,un frisson m'a pris lorsque je vis nus les meilleurs d'entre eux3 alors des ailes m'ont pouss pour planer ailleurs dans des avenirs lointains4 ,dans des avenirs plus lointains1 dans les midis plus mridionaux que jamais artiste n'en a rvs3 l-bas o les dieux ont honte de tous les vtements6 ,mais je veux vous voir travestis1 vous1 hommes1 mes frres et mes prochains1 et bien pars1 et vaniteux1 et dignes1 vous les bons et justes4 - ,et je veux tre assis parmi vous1 travesti moi-mme1 afin de vous mconnatre et de me mconnatre moi-mme3 car ceci est ma dernire sagesse humaine4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,l',,heure ,,la ,,plus ,,silencieuse ,que m'est-il arriv1 mes amis8 ,vous me voyez boulevers1 gar1 obissant malgr moi1 prt m'en aller - hlas6 m'en aller loin de vous4 ,oui1 il faut que ,zarathoustra retourne encore une fois sa solitude1 mais cette fois-ci l'ours retourne sans joie sa caverne6 ,que m'est-il arriv8 ,qui m'oblige partir8 - ,hlas6 l',autre1 qui est ma matresse en colre1 le veut ainsi1 elle m'a parl2 vous ai-je jamais dit son nom8 ,hier1 vers le soir1 mon heure la plus silencieuse m'a parl3 c'est l le nom de ma terrible matresse4 ,et voil ce qui s'est pass1 - car il faut que je vous dise tout1 pour que votre coeur ne s'endurcisse point contre celui qui s'en va prcipitamment6 ,connaissez-vous la terreur de celui qui s'endort8 - ,il s'effraye de la tte aux pieds1 car le sol vient lui manquer et le rve commence4 ,je vous dis ceci en guise de parabole4 ,hier l'heure la plus silencieuse le sol m'a manqu3 le rve commena4 ,l'aiguille s'avanait1 l'horloge de ma vie respirait1 jamais je n'ai entendu un tel silence autour de moi3 en sorte que mon coeur s'en effrayait4 ,soudain j'entendis l',autre qui me disait sans voix3 ,tu le sais ,zarathoustra4 - ,et je criais d'effroi ce murmure1 et le sang refluait de mon visage1 mais je me tus4 ,alors l',autre reprit sans voix3 ,tu le sais1 ,zarathoustra1 mais tu ne le dis pas6 - ,et je rpondis enfin1 avec un air de dfit3 ,oui1 je le sais1 mais je ne veux pas le dire6 ,alors l',autre reprit sans voix3 ,tu ne veux pas1 ,zarathoustra8 ,est-ce vrai8 ,ne te cache pas derrire cet air de dfi6 - ,et moi de pleurer et de trembler comme un enfant et de dire3 ,hlas6 je voudrais bien1 mais comment le puis-je8 ,fais-moi grce de cela6 ,c'est au-dessus de mes forces6 ,alors l',autre repris sans voix3 ,qu'importe de toi1 ,zarathoustra8 ,dis ta parole et brise-toi6 - ,et je rpondis3 ,hlas6 est-ce ma parole8 ,qui suis-je8 ,j'en attends un plus digne que moi2 je ne suis pas digne1 mme de me briser contre lui4 ,alors l',autre repris sans voix3 ,qu'importe de toi8 ,tu n'es pas encore assez humble mon gr1 l'humilit a la peau la plus dure4 ,et je rpondis3 ,que n'a pas dj support la peau de mon humilit6 ,j'habite eux pieds de ma hauteur3 l'lvation de mes sommets1 personne ne me l'a jamais indique1 mais je connais bien mes valles4 ,alors l',autre reprit sans voix3 ,o ,zarathoustra1 qui a des montagnes dplacer1 dplace aussi des valles et des bas-fonds4 - ,et je rpondis3 ,ma parole n'a pas encore dplac de montagnes etce que j'ai dit n'a pas atteint les hommes4 ,il est vrai que je suis all chez les hommes1 mais je ne les ai pas encore atteints4 ,alors l',autre reprit sans voix3 ,qu'en sais-tu8 ,la rose tombe sur l'herbe au moment le plus silencieux de la nuit4 - ,et je rpondis3 ,ils se sont moqus de moi lorsque j'ai dcouvert et suivi ma propre vie2 et en vrit mes pieds tremblaient alors4 ,et ils m'ont dit ceci3 tu ne sais plus le chemin1 et maintenant tu ne sais mme plus marcher6 ,alors l',autre reprit sans voix3 ,qu'importent leurs moqueries6 ,tu es quelqu'un qui dsappris d'obir3 maintenant tu dois commander4 ,ne sais-tu pas quel est celui dont tous ont le plus besoin4 ,celui qui ordonne de grandes choses4 ,accomplir de grandes choses est difficile3 plus difficile encore d'ordonner de grandes choses4 ,et voici ta faute la plus impardonnable3 tu as la puissance et tu ne veux pas rgner4 ,et je rpondis3 il me manque la voix du lion pour commander4 ,alors l',autre me dit encore comme en un murmure3 ,ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la tempte4 ,ce sont les penses qui viennent comme portes sur des pattes de colombes qui dirigent le monde4 ,o ,zarathoustra1 tu dois aller comme le fantme de ce qui viendra un jour2 ainsi tu commanderas et1 en commandant1 tu iras de l'avant4 - ,et je rpondis3 ,j'ai honte4 ,alors l',autre me dit de nouveau sans voix3 ,il te faut redevenir enfant et sans honte4 ,l'orgueil de la jeunesse est encore sur toi1 tu es devenu jeune sur le tard3 mais celui qui veut devenir enfant doit surmonter aussi sa jeunesse4 - ,et je rflchis longtemps en tremblant4 ,enfin je rptai ma premire rponse3 ,je ne veux pas6 ,alors il se fit autour de moi comme un clat de rire4 ,hlas6 que ce rire me dchirait les entrailles et me fendait le coeur6 ,et une dernire fois l',autre me dit3 ,o ,zarathoustra1 tes fruits sont mrs1 mais toi tu n'es pas mr encore pour tes fruits6 ,il te faut donc retourner la solitude1 afin que ta duret s'amollisse davantage4 - ,et de nouveau il y eut comme un rire et une fuite3 puis tout autour de moi se fit silencieux comme un double silence4 ,mais moi j'tais couch par terre1 baign du sueur4 ,maintenant vous avez tout entendu4 ,c'est pourquoi il faut que je retourne ma solitude4 ,je ne vous ai rien cach1 mes amis4 ,cependant je vous ai aussi appris savoir quel est toujours le plus discret parmi les hommes - et qui veut tre discret6 ,hlas6 mes amis6 ,j'aurais encore quelque chose vous dire1 j'aurais encore quelque chose vous donner6 ,pourquoi est-ce que je ne vous le donne pas8 ,suis-je donc avare8 ,mais lorsque ,zarathoustra eut dit ces paroles1 la puissance de sa douleur s'empara de lui la pense de bientt quitter ses amis1 en sorte qu'il se mit sangloter2 et personne ne parvenait le consoler4 ,pourtant de nuit il s'en alla tout seul1 en laissant l ses amis4 ,,troisi,,me ,,partie ,vous regardez en haut quand vous aspirez l'lvation4 ,et moi je regarde en bas puisque je suis lev4 ,qui de vous peut en mme temps rire et tre lev4 ,celui qui plane sur les hautes montagnes se rit de toutes les tragdies de la scne det de la vie4 ,zarathoustra1 ,lire et ,ecrire4 ,,le ,,voyageur ,il tait minuit quand ,zarathoustra se mit en chemin par-dessus la crte et de l'le pour arriver le matin de trs bonne heure l'autre rive3 car c'est l qu'il voulait s'embarquer4 ,il y avait sur cette rive une bonne rade o des vaisseaux trangers aimaient jeter l'ancre2 ils emmenaient avec eux quelques-uns d'entre ceux des ,iles ,bienheureuses qui voulaient passer la mer4 ,zarathoustra1 tout en montant la montagne1 songea en route aux nombreux voyages solitaires qu'il avait accomplis depuis sa jeunesse1 et combien de montagnes1 de crtes et de sommets il avait dj gravis4 ,je suis un voyageur et un grimpeur de montagnes1 dit-il son coeur1 je n'aime pas les plaines et il me semble que je ne suis pas rester tranquille longtemps4 ,et quelle que soit ma destine1 quel que soit l'vnement qui m'arrive1 - ce sera toujours pour moi un voyage ou une ascension3 on finit par ne plus vivre que ce que l'on a en soi4 ,les temps sont passs o je pouvais m'attendre aux vnements du hasard1 et que m'adviendrait-il encore qui ne m'appartienne dj8 ,il ne fait que me revenir1 il est enfin de retour - mon propre moi1 et voici toutes les parties de lui-mme qui furent longtemps l'tranger et disperses parmi toutes les choses et tous les hasards4 ,et je sais une chose encore3 je suis maintenant devant mon dernier sommet et devant ce qui m'a t pargn le plus longtemps4 ,hlas6 il faut que je suive mon chemin le plus difficile6 ,hlas6 j'ai commenc mon plus solitaire voyage6 ,mais celui qui est de mon espce n'chappe pas une pareille heure1 l'heure qui lui dit3 ,c'est maintenant seulement que tu suis ton chemin de la grandeur6 ,le sommet et l'abme se sont maintenant confondus6 ,tu suis ton chemin de la grandeur3 maintenant ce qui jusqu' prsent tait ton dernier danger est devenu ton dernier asile6 ,tu suis ton chemin de la grandeur3 il faut maintenant que ce soit ton meilleur courage de n'avoir plus de chemin derrire toi6 ,tu suis ton chemin de la grandeur3 ici personne ne se glissera ta suite6 ,tes pas eux-mmes ont effac ton chemin derrire toi1 et au-dessus de ton chemin il est crit3 ,impossibilit4 ,et si dornavant toutes les chelles te manquent1 il faudra que tu saches grimper sur ta propre tte3 comment voudrais-tu faire autrement pour monter plus haut8 ,sur ta propre tte et au del1 par-dessus ton propre coeur6 ,maintenant ta chose la plus douce va devenir la plus dure4 ,chez celui qui s'est toujours beaucoup mnag1 l'excs de mnagement finit par devenir une maladie4 ,bni soit ce qui rend dur6 ,je ne vante pas le pays o coulent le beurre et le miel6 ,pour voir beaucoup de choses il faut apprendre voir loin de soi3 - cette duret est ncessaire pour tous ceux qui gravissent les montagnes4 ,mais celui qui cherche la connaissance avec des yeux indiscrets1 comment saurait-il voir autre chose que les ides de premier plan6 ,mais toi1 ,zarathoustra6 tu voulais apercevoir toutes les raisons et l'arrire-plan des choses3 il te faut donc passer sur toi-mme pour monter - au del1 plus haut1 jusqu' ce que tes toiles elles-mmes soient au-dessous de toi6 ,oui6 ,regarder en bas sur moi-mme et sur mes toiles3 ceci seul serait pour moi le sommet1 ceci demeure pour moi le dernier sommet gravir6 - ,ainsi se parlait lui-mme ,zarathoustra1 tandis qu'il montait1 consolant son coeur avec de dures maximes3 car il avait le coeur plus bless que jamais4 ,et lorsqu'il arriva sur la hauteur de la crte1 il vit l'autre mer qui tait tendue devant lui3 alors il demeura immobile et il garda longtemps le silence4 ,mais cette hauteur la nuit tait froide et claire et toile4 ,je reconnais mon sort1 dit-il enfin avec tristesse4 ,allons6 je suis prt4 ,ma dernire solitude vient de commencer4 ,ah6 mer triste et noire au-dessous de moi6 ,ah6 sombre et nocturne mcontentement6 ,ah6 destine1 ocan6 ,c'est vers vous qu'il faut que je descende6 ,je suis devant ma plus haute montagne et devant mon plus long voyage3 c'est pourquoi il faut que je descende plus bas que je ne suis jamais mont3 plus bas dans la douleur que je ne suis jamais descendu1 jusque dans l'onde la plus noire de douleur6 ,ainsi le veut ma destine3 ,eh bien6 ,je suis prt4 ,d'o viennent les plus hautes montagnes8 c'est que j'ai demand jadis4 ,alors1 j'ai appris qu'elles viennent de la mer4 ,ce tmoignage est crit dans leurs rochers et dans les pics de leurs sommets4 ,c'est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra au sommet de la montagne o il faisait froid2 mais lorsqu'il arriva prs de la mer et qu'il finit par tre seul parmi les rcifs1 il se sentit fatigu de sa route et plus que jamais rempli de dsir4 ,tout dort encore maintenant1 dit-il2 la mer aussi est endormie4 ,son oeil regarde vers moi1 trange et somnolent4 ,mais son haleine est chaude1 je le sens4 ,et je sens aussi qu'elle rve4 ,elle s'agite1 en rvant1 sur de durs coussins4 coute6 coute6 ,comme les mauvais souvenirs lui font pousser des gmissements6 ou bien sont-ce de mauvais prsages8 ,hlas6 je suis triste avec toi1 monstre obscur1 et je m'en veux moi-mme cause de toi4 ,hlas6 pourquoi ma main n'a-t-elle pas assez de force6 ,que j'aimerais vraiment te dlivrer des mauvais rves6 - ,tandis que ,zarathoustra parlait ainsi1 il se mit rire sur lui-mme avec mlancolie et amertume4 ,comment6 ,zarathoustra6 dit-il1 tu veux encore chanter des consolations la mer8 ,hlas6 ,zarathoustra1 fou riche d'amour1 ivre de confiance8 ,mais tu fus toujours ainsi3 tu t'es toujours approch familirement de toutes les choses terribles4 ,tu voulais caresser tous les monstres4 ,le souffle d'une chaude haleine1 un peu de souple fourrure aux pattes -3 et immdiatement tu tais prt aimer et attirer toi4 ,l'amour est le danger du plus solitaire2 l'amour de toute chose pourvu qu'elle soit vivante6 ,elles prtent vraiment rire1 ma folie et ma modestie dans l'amour6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra et il se mit rire une seconde fois3 mais alors il pensa ses amis abandonns1 et1 comme si1 dans ses penses1 il avait pch contre eux1 il fut fch contre lui-mme cause de sa pense4 ,et aussitt il advint que tout en riant il se mit pleurer3 - ,zarathoustra pleura amrement de colre et de dsir4 ,,de ,,la ,,vision ,,et ,,de ,l',,nigme #a4 ,lorsque1 parmi les matelots1 il fut notoire que ,zarathoustra se trouvait sur le vaisseau - car en mme temps que lui un homme des ,iles ,bienheureuses tait venu bord1 - il y eut une grande curiosit et une grande attente4 ,mais ,zarathoustra se tut pendant deux jours et il fut glac et sourd de tristesse1 en sorte qu'il ne rpondit ni aux regards ni aux questions4 ,le soir du second jour1 cependant1 ses oreilles s'ouvrirent de nouveau bien qu'il se tt encore3 car on pouvait entendre bien des choses tranges et dangereuses sur ce vaisseau qui venait de loin et qui voulait aller plus loin encore4 ,mais ,zarathoustra tait l'ami de tous ceux qui font de longs voyages et qui ne daignent pas vivre sans danger4 ,et voici6 tout en coutant1 sa propre langue finit par tre dlie et la glace de son coeur se brisa3 - alors il commena parler ainsi3 ,a vous1 chercheurs hardis et aventureux1 qui que vous soyez1 vous qui vous tes embarqus avec des voiles pleines d'astuce1 sur les mers pouvantables1 - vous qui tes ivres d'nigmes1 heureux du demi-jour1 vous dont l'me se laisse attirer par le son des fltes dans tous les remous trompeurs3 car vous ne voulez pas ttonner d'une main peureuse le long du fil conducteur2 et partout o vous pouvez deviner1 vous dtestez de conclure - c'est vous seuls que je raconte l'nigme que j'ai vue1 - la vision du plus solitaire4 - ,le visage obscurci1 j'ai travers dernirement le blme crpuscule1 - le visage obscurci et dur1 et les lvres serres4 ,plus d'un soleil s'tait couch pour moi4 ,un sentier qui montait avec insolence travers les boulis1 un sentier mchant et solitaire qui ne voulait plus ni des herbes ni des buissons1 un sentier de montagne criait sous le dfi de mes pas4 ,marchant1 muet1 sur le crissement moqueur des cailloux1 crasant la pierre qui le faisait glisser1 mon pas se contraignait monter4 ,plus haut3 - quoiqu'il ft assis sur moi1 l'esprit de lourdeur1 moiti nain1 moiti taupe1 paralys1 paralysant1 versant du plomb dans mon oreille1 versant dans mon cerveau1 goutte goutte1 des penses de plomb4 ,o ,zarathoustra1 me chuchotait-il1 syllabe par syllabe1 d'un ton moqueur1 pierre de la sagesse6 tu t'es lanc en l'air1 mais tout pierre jete doit - retomber6 ,zarathoustra1 pierre de la sagesse1 pierre lance1 destructeur d'toiles6 c'est toi-mme que tu as lanc si haut1 - mais toute pierre jete doit - retomber6 ,condamn toi-mme et ta propre lapidation3 ,zarathoustra1 tu as jet bien loin la pierre1 - mais elle retombera sur toi6 ,alors le nain se tut2 et son silence dura longtemps1 en sorte que j'en fus oppress2 ainsi lorsqu'on est deux1 on est en vrit plus solitaire que lorsque l'on est seul6 ,je montai1 je montai davantage1 en rvant et en pensant1 - mais tout m'oppressait4 ,je ressemblais un malade que fatigue l'pret de sa souffrance1 et qu'un cauchemar rveille de son premier sommeil4 - ,mais il y a quelque chose en moi que j'appelle courage3 c'est ce qui a fait faire jusqu' prsent en moi tout mouvement d'humeur4 ,ce courage me fit enfin m'arrter et dire3 ,nain6 ,l'un de nous deux doit disparatre1 toi1 ou bien moi6 - ,car le courage est le meilleur meurtrier1 - le courage qui attaque3 car dans toute attaque il y a une fanfare4 ,l'homme cependant est la bte la plus courageuse1 c'est ainsi qu'il a vaincu toutes les btes4 ,au son de la fanfare1 il a surmont toutes les douleurs2 mais la douleur humaine est la plus profonde douleur4 ,le courage tue aussi le vertige au bord des abmes3 et o l'homme ne serait-il pas au bord des abmes8 ,ne suffit-il pas de regarder - pour regarder des abmes8 ,le courage est le meilleur des meurtriers3 le courage tue aussi la piti4 ,et la piti est l'abme le plus profond3 l'homme voit au fond de la souffrance1 aussi profondment qu'il voit au fond de la vie4 ,le courage cependant est le meilleur des meurtriers1 le courage qui attaque3 il finira par tuer la mort1 car il dit3 ,comment8 tait-ce l la vie8 ,allons6 ,recommenons encore une fois6 ,dans une telle maxime1 il y a beaucoup de fanfare4 ,que celui qui a des oreilles entende4 - #b4 ,arrte-toi6 nain6 dis-je4 ,moi ou bien toi6 ,mais moi je suis le plus fort de nous deux -3 tu ne connais pas ma pense la plus profonde6 ,celle-l tu ne saurais la porter6 - ,alors arriva ce qui me rendit plus lger3 le nain sauta de mes paules1 l'indiscret6 ,il s'accroupit sur une pierre devant moi4 ,mais l'endroit o nous nous arrtions se trouvait comme par hasard un portique4 ,vois ce portique6 nain6 repris-je3 il a deux visages4 ,deux chemins se runissent ici3 personne encore ne les a suivis jusqu'au bout4 ,cette longue rue qui descend1 cette rue se prolonge durant une ternit et cette longue rue qui monte - c'est une autre ternit4 ,ces chemins se contredisent1 ils se butent l'un contre l'autre3 - et c'est ici1 ce portique1 qu'ils se rencontrent4 ,le nom du portique se trouve inscrit un fronton1 il s'appelle instant4 ,mais si quelqu'un suivait l'un de ces chemins - en allant toujours plus loin3 crois-tu nain1 que ces chemins seraient en contradiction6 - ,tout ce qui est droit ment1 murmura le nain avec mpris4 ,toute vrit est courbe1 te temps lui-mme est un cercle4 ,esprit de la lourdeur6 dis-je avec colre1 ne prends pas la chose trop la lgre6 ,ou bien je te laisse l1 pied-bot - et n'oublie pas que c'est moi qui t'ai port l-haut6 ,considre cet instant6 repris-je4 ,de ce portique du moment une longue et ternelle rue retourne en arrire3 derrire nous il y a une ternit4 ,toute chose qui sait courir ne doit-elle pas avoir parcouru cette rue8 ,toute chose qui peut arriver ne doit-elle pas tre dj arrive1 accomplie1 passe8 ,et si tout ce qui est a dj t3 que penses-tu1 nain1 de cet instant8 ,ce portique lui aussi ne doit-il pas dj - avoir t8 ,et toutes choses ne sont-elles pas enchevtres de telle sorte que cet instant tire aprs lui toutes les choses de l'avenir8 ,donc - aussi lui-mme8 ,car toute chose qui sait courir ne doit-elle pas suivre une seconde fois cette longue route qui monte6 - ,et cette lente araigne qui rampe au clair de lune1 et ce clair de lune lui-mme1 et moi et toi1 runis sous ce portique1 chuchotant des choses ternelles1 ne faut-il pas que nous ayons tous dj t ici8 ,ne devons-nous pas revenir et courir de nouveau dans cette autre rue qui monte devant nous1 dans cette longue rue lugubre - ne faut-il pas qu'ternellement nous revenions8 - ,ainsi parlais-je et d'une voix toujours plus basse1 car j'avais peur de mes propres penses et de mes arrire-penses4 ,alors soudain j'entendis un chien hurler tout prs de nous4 ,ai-je jamais entendu un chien hurler ainsi8 ,mes penses essayaient de se souvenir en retournant en arrire4 ,oui6 ,lorsque j'tais enfant1 dans ma plus lointaine enfance3 c'est alors que j'entendis un chien hurler ainsi4 ,et je le vis aussi1 le poil hriss1 le cour tendu1 tremblant1 au milieu de la nuit la plus silencieuse1 o les chiens eux-mmes croient aux fantmes3 - en sorte que j'eus piti de lui4 ,car1 tout l'heure1 la pleine lune s'est leve au-dessus de la maison1 avec un silence de mort2 tout l'heure elle s'est arrte1 disque enflamm1 - sur le toit plat1 comme sur un bien tranger3 ,c'est ce qui exaspra le chien3 car les chiens croient aux voleurs et aux fantmes4 ,et lorsque j'entendis de nouveau hurler ainsi1 je fus de nouveau prit de piti4 ,o donc avaient pass maintenant le nain1 le portique1 l'araigne et tous les chuchotements8 ,avais-je donc rv8 ,m'tais-je veill8 ,je me trouvai soudain parmi de sauvages rochers1 seul1 abandonn au clair de lune solitaire4 ,mais un homme gisait l6 ,et voici6 le chien bondissant1 hriss1 gmissant1 - maintenant qu'il me voyait venir - se mit hurler1 crier3 - ai-je jamais entendu un chien crier ainsi au secours8 ,et1 en vrit1 je n'ai jamais rien vu de semblable ce que je vis l4 ,je vis un jeune berger1 qui se tordait1 rlant et convuls1 le visage dcompos1 et un lourd serpent noir pendant hors de sa bouche4 ,ai-je jamais vu tant de dgot et de ple pouvante sur un visage6 ,il dormait peut-tre lorsque le serpent lui est entr dans le gosier - il s'y est attach4 ,ma main se mit tirer le serpent1 mais je tirais en vain6 elle n'arrivait pas arracher le serpent du gosier4 ,alors quelque chose se mit crier en moi3 ,mords6 ,mords toujours6 ,arrache-lui la tte6 ,mords toujours6 - ,c'est ainsi que quelque chose se mit crier en moi2 mon pouvante1 ma haine1 mon dgot1 ma piti1 tout mon bien et mon mal1 se mirent crier en moi d'un seul cri4 - ,braves1 qui m'entourez1 chercheurs hardis et aventureux1 et qui que vous soyez1 vous qui vous tes embarqus avec des voiles astucieuses sur les mers inexplores6 vous qui tes heureux des nigmes6 ,devinez-moi donc l'nigme que je vis alors et expliquez-moi la vision du plus solitaire6 ,car ce fut une vision et une prvision3 - quel symbole tait-ce que je vis alors8 ,et quel est celui qui doit venir6 ,qui est le berger qui le serpent est entr dans le gosier8 ,quel est l'homme dont le gosier subira ainsi l'atteinte de ce qu'il y a de plus noir et de terrible8 ,le berger cependant se mit mordre comme mon cri le lui conseillait1 il mordit d'un bon coup de dent6 ,il cracha loin de lui la tte du serpent -3 et il bondit sur ses jambes4 - ,il n'tait plus ni homme1 ni berger1 - il tait transform1 rayonnant1 il riait6 ,jamais encore je ne vis quelqu'un rire comme lui6 ,o mes frres1 j'ai entendu un rire qui n'tait pas le rire d'un homme1 - - et maintenant une soif me ronge1 un dsir qui sera toujours insatiable4 ,le dsir de ce rire me ronge3 oh6 comment supporterais-je de mourir maintenant6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,,la ,b,,atitude ,,involontaire ,avec de pareilles nigmes et de telles amertumes dans le coeur1 ,zarathoustra passa la mer4 ,mais lorsqu'il fut loign de quatre journes des ,iles ,bienheureuses et de ses amis1 il avait surmont toute sa douleur3 - victorieux et le pied ferme1 il tait de nouveau debout sur sa destine4 ,et c'est alors que ,zarathoustra parlai ainsi sa conscience pleine d'allgresse3 ,je suis de nouveau seul et je veux l'tre1 seul avec le ciel clair et avec la mer libre2 et de nouveau l'aprs-midi est autour de moi4 ,c'tait l'aprs-midi lorsque1 pour la premire fois1 j'ai trouv mes amis1 c'tait l'aprs-midi aussi une autre fois3 - l'heure o toute lumire devient plus tranquille1 car les parcelles de bonheur qui sont en route entre le ciel et la terre se cherchent un asile dans les mes de lumire4 ,maintenant le bonheur a rendu toute lumire plus tranquille4 ,o aprs-midi de ma vie6 ,un jour mon bonheur1 lui aussi1 est descendu dans la valle pour y chercher un asile3 alors il a trouv ces mes ouvertes et hospitalires4 ,o aprs-midi de ma vie6 ,que n'ai-je abandonn pour avoir une seule chose3 cette vivante plantation de mes penses et cette lumire matinale de mes plus hautes esprances6 ,un jour le crateur chercha les compagnons et les enfants de son esprance4 ,et voici1 il advint qu'il ne put les trouver1 si ce n'est en commenant par les crer lui-mme4 ,je suis donc au milieu de mon oeuvre1 allant vers mes enfants et revenant d'auprs d'eux3 c'est cause de ses enfants qu'il faut que ,zarathoustra s'accomplisse lui-mme4 ,car seul on aime du fond du coeur son enfant et son oeuvre2 et o il y a un grand amour de soi1 c'est signe de fcondit3 voil ce que j'ai remarqu4 ,mes enfants fleurissent encore dans leur premier printemps1 les uns auprs les autres1 secous ensemble par le vent1 ce sont les arbres de mon jardin et de mon meilleur terrain4 ,et en vrit6 ,o il y a de tels arbres1 les uns auprs des autres1 l il y a des ,iles ,bienheureuses6 ,mais un jour je les dplanterai et je les placerai chacun pour soi3 afin que chacun apprenne la solitude1 la fiert et la prudence4 ,noueux et tordu1 avec une duret flexible1 chacun doit se dresser auprs de la mer1 phare vivant de la vie invincible4 ,l-bas1 o les temptes se prcipitent dans la mer1 o le pied de la montagne est baign par les flots1 il faudra que chacun monte la garde de jour et de nuit1 veillant pour faire son examen de conscience4 ,il faut qu'il soit reconnu et prouv1 pour que l'on sache s'il est de ma race et de mon origine1 s'il est matre d'une longue volont1 silencieux1 mme quand il parle1 et cdant de faon prendre1 lorsqu'il donne3 - - afin de devenir un jour mon compagnon1 crant et chmant avec ,zarathoustra3 - quelqu'un qui inscrira ma volont sur mes tables1 pour l'accomplissement total de toutes choses4 ,et1 cause de lui et de ses semblables1 il faut que je me ralise moi-mme3 c'est pourquoi je me drobe maintenant mon bonheur1 m'offrant tous les malheurs - pour ma dernire preuve et mon dernier examen de conscience4 ,et1 en vrit1 il tait temps que je partisse1 et l'ombre du voyageur et le temps le plus long et l'heure la plus silencieuse1 - tous m'ont dit3 ,il est grand temps6 ,le vent a souffl dans le trou de la serrure et m'a dit3 ,viens6 ,la porte s'est ouverte sournoisement et m'a dit3 ,va6 ,mais j'tais enchan l'amour pour mes enfants3 c'est le dsir qui m'attachait par ce lien1 le dsir d'amour1 afin de devenir la proie de mes enfants et de me perdre pour eux4 ,dsirer - pour moi c'est dj3 me perdre4 ,je vous ai1 mes enfants6 ,dans cette possession1 tout doit tre certitude et rien ne doit tre dsir4 ,mais le soleil de mon amour brlait sur ma tte1 ,zarathoustra cuisait dans son propre jus1 - alors des ombres et des doutes ont pass sur moi4 ,dj je dsirais le froid et l'hiver3 ,o que le froid et l'hiver me fassent de nouveau grelotter et claquer des dents6 soupirai-je3 - alors des brumes glaciales s'levrent de moi4 ,mon pass brisa ses tombes1 mainte douleur enterre vivante se rveilla -3 elle n'avait fait que dormir cache sous les linceuls4 ,ainsi tout me disait par des signes3 ,il est temps6 ,mais moi - je m'entendais pas3 jusqu' ce qu'enfin mon abme se mis remuer et que ma pense me mordt4 ,hlas6 pense venue de mon abme1 toi qui es ma pense6 ,quand trouverai-je la force de t'entendre creuser et de ne plus trembler8 ,le coeur me bat jusqu' la gorge quand je t'entends creuser6 ,ton silence mme veut m'trangler1 toi qui es silencieuse comme mon abme est silencieux6 ,jamais encore je n'ai os t'appeler la surface3 il m'a suffi de te porter en moi6 ,je n'ai pas encore t assez fort pour la dernire audace du lion1 pour la dernire tmrit4 ,ta lourdeur m'a toujours t terrible3 mais un jour je veux trouver la force et la voix du lion pour te faire monter la surface6 ,quand j'aurai surmont cela en moi1 je surmonterai une plus grande chose encore1 et une victoire sera le sceau de mon accomplissement6 - ,jusque-l je continue errer sur des mers incertaines2 le hasard me lche et me cajole2 je regarde en avant1 en arrire1 - je ne vois pas encore la fin4 ,l'heure de ma dernire lutte n'est pas encore venue1 - ou bien me vient-elle en ce moment8 ,en vrit1 avec une beaut maligne1 la mer et la vie qui m'entourent me regardent6 ,o aprs-midi de ma vie6 ,o bonheur avant le soir6 ,o rade en pleine mer6 ,o paix dans l'incertitude6 ,comme je me mfie de vous tous6 ,en vrit1 je me mfie de votre beaut maligne6 ,je ressemble l'amant qui se mfie d'un sourire trop velout4 ,comme il pousse devant lui la bien-aime1 tendre mme encore dans sa duret1 le jaloux1 - ainsi je pousse devant moi cette heure bienheureuse4 ,loin de moi1 heure bienheureuse6 ,avec toi m'est venue1 malgr moi1 une batitude6 ,je suis l1 prt ma plus profonde douleur3 - tu es venue pour moi contretemps6 ,loin de moi1 heure bienheureuse6 ,cherche plutt un asile l-bas - chez mes enfants6 loigne-toi en hte6 ,bnis-les avant le soir et donne leur mon bonheur6 ,dj le soir approche3 le soleil se couche4 ,mon bonheur - s'en est all6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,et il attendit son malheur toute la nuit3 mais il attendit en vain4 ,la nuit resta claire et silencieuse1 et le bonheur lui-mme s'approcha de lui de plus en plus prs4 ,vers le matin1 cependant1 ,zarathoustra se mit rire en son coeur1 et il dit d'un ton ironique3 ,le bonheur me court aprs4 ,cela vient de ce que je ne cours pas aprs les femmes4 ,or1 le bonheur est une femme4 ,,avant ,,le ,,lever ,,du ,,soleil ,o ciel au-dessus de moi1 ciel clair1 ciel profond6 abme de lumire6 ,en te contemplant je frissonne de dsir divin4 ,me jeter ta hauteur - c'est l ma profondeur6 ,m'abriter sous ta puret1 - c'est l mon innocence6 ,le dieu est voil par sa beaut3 c'est ainsi que tu caches tes toiles4 ,tu ne parles point3 c'est ainsi que tu m'annonces ta sagesse4 ,aujourd'hui tu t'es lev pour moi1 muet sur les mers cumantes2 ton amour et ta pudeur se rvlent mon me cumante4 ,tu es venu moi1 beau et voil de ta beaut1 tu me parles sans paroles1 te rvlant par ta sagesse3 ,o que n'ai-je devin toutes les pudeurs de ton me6 tu es venu moi1 avant le soleil1 moi qui suis le plus solitaire4 ,nous sommes amis depuis toujours3 notre tristesse1 notre pouvante et notre profondeur nous sont communes2 le soleil mme nous est commun4 ,nous ne nous parlons pas parce que nous savons trop de choses3 - nous nous taisons et1 par des sourires1 nous nous communiquons notre savoir4 ,n'est-tu pas la lumire jaillie de mon foyer8 n'est-tu pas l'me-soeur de mon intelligence8 ,nous avons tout appris ensemble2 ensemble nous avons appris nous lever au-dessus de nous1 vers nous-mmes et avoir des sourires sans nuages3 - sans nuages1 souriant avec des yeux clairs1 travers des lointains immenses1 quand1 au-dessous de nous bouillonnent1 comme la pluie1 la contrainte et le but et la faute4 ,et quand je marchais seul1 de quoi mon me avait-elle faim dans les nuits et sur les sentiers de l'erreur8 ,et quand je gravissais les montagnes qui cherchais-je sur les sommets1 si ce n'est toi8 ,et tous mes voyages et toutes mes ascensions3 qu'tait-ce sinon un besoin et un expdient pour le malhabile8 - toute ma volont n'a pas d'autre but que celui de prendre son vol1 de voler dans le ciel6 ,et qu'est-ce que je hassais plus que les nuages qui passent et tout ce qui te ternit8 ,je hassais mme ma propre haine puisqu'elle te ternissait6 ,j'en veux aux nuages qui passent1 ces chats sauvages qui rampent3 ils nous prennent tous deux ce que nous avons en commun1 - l'immense et infinie affirmation des choses4 ,nous en voulons ces mdiateurs et ces mleurs1 les nuages qui passent3 ces tres mixtes et indcis1 qui ne savent ni bnir ni maudire du fond du coeur4 ,je prfre me cacher dans le tonneau sans voir le ciel ou m'enfouir dans l'abme1 que de te voir toi1 ciel de lumire1 terni par les nuages qui passent6 ,et souvent j'ai eu envie de les fixer avec des clairs dors1 et1 pareil au tonnerre1 de battre la timbale sur leur ventre de chaudron3 - timbaler en colre1 puisqu'ils me drobent ton affirmation1 ciel pur au-dessus de moi6 ciel clair6 abme de lumire6 - puisqu'ils te drobent mon affirmation6 ,car je prfre le bruit et le tonnerre et les outrages du mauvais temps1 ce repos de chats1 circonspect et hsitant2 et1 parmi les hommes eux aussi1 ce sont ces tres mixtes et indcis marchant pas de loups1 ces nuages qui passent1 doutant et hsitant que je hais le plus4 ,et qui ne sait bnir doit apprendre maudire6 - ce clair enseignement m'est tomb d'un ciel clair1 cette toile brille mon ciel1 mme dans les nuits noires4 ,mais moi je bnis et j'affirme toujours1 pourvu que tu sois autour de moi1 ciel clair1 abme de lumire6 - c'est alors que je porte dans tous les abmes ma bienfaisante affirmation4 ,je suis devenu celui qui bnit et qui affirme3 et j'ai longtemps lutt pour cela2 je fus un lutteur1 afin d'avoir un jour les mains libres pour bnir4 ,ceci cependant est ma bndiction3 tre au-dessus de chaque chose comme son propre ciel1 son toit arrondi1 sa cloche d'azur et son ternelle quitude3 et bienheureux celui qui bnit ainsi6 ,car toutes les choses sont baptises la source de l'ternit1 par del le bien et le mal2 mais le bien et le mal ne sont eux-mmes que des ombres fugitives1 d'humides afflictions et des nuages passants4 ,en vrit1 c'est une bndiction et non une maldiction que d'enseigner3 ,sur toutes choses1 se trouve le ciel hasard1 le ciel innocence1 le ciel peu prs1 le ciel ptulance4 ,par hasard - c'est l la plus vieille noblesse du monde1 je l'ai rendue toutes les choses1 je les ai dlivres de la servitude du but4 ,cette libert et cette srnit clestes1 je les ai places comme des cloches d'azur sur toutes les choses1 lorsque j'ai enseign qu'au-dessus d'elles1 et par elles1 aucune volont ternelle - n'affirmait sa volont4 ,j'ai mis en place de cette volont1 cette ptulance et cette folie1 lorsque j'ai enseign3 ,il y a une chose qui sera toujours impossible - c'est d'tre raisonnable6 ,un peu de raison cependant1 un grain de sagesse1 dispers d'toile en toile1 - ce levain est ml toutes choses3 c'est cause de la folie que la sagesse est mle toutes les choses6 ,un peu de sagesse est possible2 mais j'ai trouv dans toutes choses cette certitude bienheureuse3 elles prfrent danser sur les pieds du hasard4 ,o ciel au-dessus de moi1 ciel pur et haut6 ,ceci est maintenant pour moi ta puret qu'il n'existe pas d'ternelles araignes et de toile d'araigne de la raison3 - que tu sois un lieu de danse pour les hasards divins1 que tu sois une table divine pour le jeu de ds et les joueurs divins6 - ,mais tu rougis8 ,ai-je dit des choses inexprimables8 ,ai-je maudi en voulant te bnir8 ,ou bien est-ce la honte d'tre deux qui te fait rougir8 - ,me dis-tu de m'en aller et de me taire puisque maintenant - le jour vient8 ,le monde est profond -3 et plus profond que le jour ne l'a jamais pens4 ,il y a des choses qu'il faut taire devant le jour4 ,mais le jour vient3 sparons-nous donc6 ,o ciel au-dessus de moi1 ciel pudique et ardent6 ,o bonheur avant le soleil levant6 ,le jour vient3 sparons-nous donc6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra6 ,,de ,,la ,,vertu ,,qui ,,rapetisse #a4 ,lorsque ,zarathoustra revint sur la terre ferme1 il ne se dirigea pas droit vers sa montagne et sa caverne1 mais il fit beaucoup de courses et de questions1 s'informant de ceci et de cela1 ainsi qu'il disait de lui-mme en plaisantant3 ,voici un fleuve qui1 en de nombreux mandres1 remonte vers sa source6 ,car il voulait apprendre quel avait t le sort de l'homme pendant son absence3 s'il tait devenu plus grand ou plus petit4 ,et un jour il aperut une range de maisons nouvelles2 alors il s'tonna et il dit3 ,que signifient ces maisons8 ,en vrit1 nulle grande me ne les a bties en symbole d'elle-mme6 ,un enfant stupide les aurait-il tires de sa bote jouets8 ,alors qu'un autre enfant les remette dans la bote6 ,et ces chambres et ces mansardes3 des hommes peuvent-ils en sortir et y entrer8 ,elles me semblent faites pour des poupes empanaches de soie1 ou pour des petits chats gourmands qui aiment se laisser manger4 ,et ,zarathoustra s'arrta et rflchit4 ,enfin il dit avec tristesse3 ,tout est devenu plus petit6 ,je vois partout des portes plus basses3 celui qui est de mon espce peut encore y passer1 mais - il faut qu'il se courbe6 ,oh6 quand retournerai-je dans ma patrie o je ne serai plus forc de me courber - de me courber devant les petits6 - ,et ,zarathoustra soupira et regarda dans le lointain4 ,le mme jour cependant il pronona son discours sur la vertu qui rapetisse4 #b4 ,je passe au milieu de ce peuple et je tiens mes yeux ouverts3 les hommes ne me pardonnent pas de ne pas tre envieux de leurs vertus4 ,ils aboient aprs moi parce que je leur dis3 des petites gens il faut de petites vertus - et parce que je n'arrive pas comprendre que l'existence des petites gens soit ncessaire6 ,je ressemble au coq dans une basse-cour trangre que les poules mmes poursuivent coups de bec2 mais je n'en veux pas ces poules cause de cela4 ,je suis poli envers elles comme envers tous les petits dsagrments2 tre pineux envers les petits me semble une sagesse digne des hrissons4 ,ils parlent tous de moi quand ils sont assis le soir autour du foyer1 - ils parlent de moi1 mais personne ne pense - moi6 ,c'est l le nouveau silence que j'ai appris connatre3 le bruit qu'ils font autour de moi dpolie un manteau sur mes penses4 ,ils potinent entre eux3 ,que nous veut ce sombre nuage8 ,veillons ce qu'il ne nous amne pas une pidmie6 ,et dernirement une femme tira contre elle son enfant qui voulait s'approcher de moi3 loignez les enfants6 cria-t-elle2 de tels yeux brlent les mes des enfants4 ,ils toussent quand je parle3 ils croient que la toux est une objection contre les grands vents1 - ils ne devinent rien du bruissement de mon bonheur6 ,nous n'avons pas encore le temps pour ,zarathoustra1 - voil objection2 mais qu'importe un temps qui n'a pas le temps pour ,zarathoustra8 ,lors mme qu'ils me glorifieraient3 comment pourrais-je m'endormir sur leur gloire8 ,leur louange est pour moi une ceinture pineuse3 elle me dmange encore quand je l'enlve4 ,et cela aussi je l'ai appris au milieu d'eux3 celui qui loue fait semblant de rendre ce qu'on lui a donn1 mais en ralit veut qu'on lui donne davantage6 ,demandez mon pied si leur manire de louer et d'allcher lui plat6 ,en vrit1 il ne veut ni danser1 ni se tenir tranquille selon une telle mesure et un tel tic-tac4 ,ils essaient de me faire l'loge de leur petite vertu et de m'attirer vers elle2 ils voudraient bien entraner mon pied au tic-tac du petit bonheur4 ,je passe au milieu de ce peuple et je tiens mes yeux ouverts3 ils sont devenus plus petits et ils continuent devenir toujours plus petits3 - c'est leur doctrine du bonheur et de la vertu qui en est la cause4 ,car ils ont aussi la modestie de leur vertu1 - parce qu'ils veulent avoir leurs aises4 ,mais seule une vertu modeste se comporte avec les aises4 ,ils apprennent aussi marcher leur manire et marcher en avant3 c'est ce que j'appelle aller clopin-clopant4 - ,c'est ainsi qu'ils sont un obstacle pour tous ceux qui se htent4 ,les pieds et les yeux ne doivent ni mentir ni se dmentir4 ,mais il y a beaucoup de mensonges parmi les petites gens4 ,quelques-uns d'entre eux veulent1 mais la plupart ne sont que voulus4 ,quelques-uns d'entre eux sont sincres1 mais la plupart sont de mauvais comdiens4 ,il y a parmi eux des comdiens sans le savoir et des comdiens sans le vouloir1 - ceux qui sont sincres sont toujours rares1 surtout les comdienst sincres4 ,les qualits de l'homme sont rares ici3 c'est pourquoi les femmes se masculinisent4 ,car celui qui est assez homme sera seul capable d'affranchir dans la femme - la femme4 ,et voici la pire des hypocrisies que j'ai trouve parmi eux3 ceux qui ordonnent feignent1 eux aussi1 les vertus de ceux qui obissent4 ,je sers1 tu sers1 nous servons1 - ainsi psalmodie l'hypocrisie des dominants1 - et malheur ceux dont le premier matre n'est que le premier serviteur6 ,hlas6 la curiosit de mon regard s'est aussi gare vers leur hypocrisie2 et j'ai bien devin leur bonheur de mouche et leur bourdonnement vers les vitres ensoleilles4 ,tant il y a de bont1 tant il y a de faiblesse6 ,tant il y a de justice et de compassion1 tant il y a de faiblesse6 ,ils sont ronds1 loyaux et bienveillants les uns envers les autres1 comme les grains de sable sont ronds1 loyaux et bienveillants envers les grains de sable4 ,embrasser modestement un petit bonheur1 - c'est ce qu'ils appellent rsignation6 et du mme coup ils louchent dj modestement vers un nouveau petit bonheur4 ,dans leur simplicit1 ils n'ont au fond qu'un dsir3 que personne ne leur fasse mal4 ,c'est pourquoi ils sont prvenants envers chacun et ils lui font du bien4 ,mais c'est l de la lchet3 bien que cela s'appelle vertu4 - ,et quand il arrive ces petites gens de parler avec rudesse3 je n'entendis dans leur voix que leur enrouement1 - car chaque coup de vent les enroue6 ,ils sont russ1 leurs vertus ont des doigts agiles4 ,mais il leur manque les poings3 leurs doigts ne savent pas se cacher derrire leur poing4 ,la vertu1 c'est pour eux ce qui rend modeste et apprivois3 c'est ainsi qu'ils ont fait du loup un chien et de l'homme mme le meilleur animal domestique de l'homme4 ,nous avons plac notre chaise au milieu - c'est ce que me dit leur hilarit - et la mme distance des gladiateurs mourants et des truies joyeuses4 ,mais c'est l - de la mdiocrit3 bien que cela s'appelle modration4 - #c4 ,je passe au milieu de ce peuple et je laisse tomber maintes paroles3 mais ils ne savent ni prendre ni retenir4 ,ils s'tonnent que je ne sois pas venu pour blmer les dbauches et les vices2 et1 en vrit1 je ne suis pas venu non plus pour mettre en garde contre les pickpockets4 ,ils s'tonnent que je ne sois pas prt dniaiser et aiguiser leur sagesse3 comme s'ils n'avaient pas encore assez de sages subtils dont la voix grince comme un crayon d'ardoise6 ,et quand je crie3 ,maudissez tous les lches dmons qui sont en vous et qui gmiraient volontiers1 qui voudraient croiser les mains et adorer3 alors ils crient3 ,zarathoustra est impie4 ,et leurs professeurs de rsignation crient plus fort1 mais c'est prcisment eux qu'ils me plat de crier l'oreille3 ,oui6 ,je suis ,zarathoustra1 l'impie6 ,ces professeurs de rsignation6 ,partout o il y a petitesse1 maladie et teigne1 ils rampent comme des poux2 et mon dgot seul m'empche de les craser4 ,eh bien6 voici le sermon que je fais pour leurs oreilles3 je suis ,zarathoustra l'impie qui dit3 ,qui est-ce qui est plus impie que moi1 pour que je me rjouisse de son enseignement8 ,je suis ,zarathoustra1 l'impie3 o trouverai-je mes semblables8 ,mes semblables sont tous ceux qui se donnent eux-mmes leur volont et qui se dbarassent de toute rsignation4 ,je suis ,zarathoustra1 l'impie3 je fais bouillir dans ma marmite tout ce qui est hasard4 ,et ce n'est que lorsque le hasard est cuit point que je lui souhaite la bienvenue pour en faire ma nourriture4 ,et en vrit1 maint hasard s'est approch de moi en matre3 mais ma volont lui parle d'une faon plus imprieuse encore1 - et aussitt il se mettait genoux devant moi en suppliant - me suppliant de lui donner asile et accueil cordial1 et me parlant d'une manire flatteuse3 ,vois donc1 ,zarathoustra1 il n'y a qu'un ami pour venir ainsi chez un ami6 ,mais pourquoi parler1 quand personne n'a mes oreilles6 ,ainsi je veux crier tous les vents3 ,vous devenez toujours plus petits1 petites gens6 vous vous miettez1 vous qui aimez vos aises6 ,vous finirez par prir - cause de la multitude de vos petites vertus1 de vos petites omissions1 cause de votre continuelle petite rsignation4 ,vous mnagez trop1 vous cdez trop3 c'est de cela qu'est fait le sol o vous croissez6 ,mais pour qu'un arbre devienne grand1 il faut qu'il pousse ses dures racines autour de durs rochers6 ,ce que vous omettez aide tisser la toile de l'avenir des hommes2 votre nant mme est une toile d'araigne et une araigne qui vit du sang de l'avenir4 ,et quand vous prenez1 c'est comme si vous vouliez1 petits vertueux2 pourtant1 parmi les fripons mme1 l'honneur parle3 ,il faut voler seulement l ou on ne peut pas piller4 ,cela ce donne - telle est aussi une doctrine de la rsignation4 ,mais moi je vous dis1 vous qui aimez vos aises3 cela se prend1 et cela prendra de vous toujours davantage6 ,hlas1 que ne vous dfaites-vous de tous ces demi-vouloirs1 que ne vous dcidez-vous pour la paresse comme pour l'action6 ,hlas1 que ne comprenez-vous ma parole3 ,faites toujours ce que vous voudrez1 - mais soyez d'abord de ceux qui peuvent vouloir6 ,aimez toujours votre prochain comme vous-mmes1 mais soyez d'abord de ceux qui s'aiment eux-mmes - qui s'aiment avec le grand amour1 avec le grand mpris6 ,ainsi parle ,zarathoustra1 l'impie4 - ,mais pourquoi parler1 quand personne n'a mes oreilles6 ,il est encore une heure trop tt pour moi4 ,je suis parmi ce peuple mon propre prcurseur1 mon propre chant du coq dans les rues obscures4 ,mais leur heure vient6 ,et vient aussi la mienne6 ,d'heure en heure ils deviennent plus petits1 plus pauvres1 plus striles1 - pauvre herbe6 pauvre terre6 ,bientt ils seront devant moi comme de l'herbe sche1 comme une steppe1 et1 en vrit1 fatigus d'eux-mmes1 - et plutt que d'eau1 altrs de feu6 ,o heure bienheureuse de la foudre6 ,o mystre d'avant midi6 - un jour je ferai d'eux des feux courants et des prophtes aux langues de flammes3 - ils prophtiseront avec des langues de flammes3 il vient1 il est proche1 le ,grand ,midi6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,sur ,,le ,,mont ,,des ,,oliviers ,l'hiver1 hte malin1 est assis dans ma demeure mes mains sont bleues de l'treinte de son amiti4 ,je l'honore1 cet hte malin1 mais j'aime le laisser seul4 ,j'aime lui chapper2 et si l'on court bien1 on finit par y parvenir4 ,avec les pieds chauds1 les penses chaudes1 je cours o le vent se tient coi1 - vers le coin ensoleill de ma montagne des ,oliviers4 ,c'est l que je ris de mon hte rigoureux1 et je lui suis reconnaissant d'attraper chez moi les mouches et de faire beaucoup de petits bruits4 ,car il n'aime pas entendre bourdonner une mouche1 ou mme deux2 il rend solitaire jusqu' la rue1 en sorte que le clair de lune se met avoir peur la nuit4 ,il est un hte dur1 - mais je l'honore1 et je ne prie pas le dieu ventru du feu1 comme font les effmins4 ,il vau encore mieux claquer des dents que d'adorer les idoles6 - telle est ma nature4 ,et j'en veux surtout toutes les idoles du feu1 qui sont ardentes1 bouillonnantes et mornes4 ,quand j'aime quelqu'un1 je l'aime en hiver mieux qu'en t2 je me moque mieux de mes ennemis1 je m'en moque avec le plus de courage1 depuis que l'hiver est dans la maison4 ,avec courage1 en vrit1 mme quand je me blottis dans mon lit3 - car alors mon bonheur enfoui rit et fanfaronne encore1 et mon rve mensonger se met rire lui aussi4 ,pourquoi ramper8 jamais encore1 de toute ma vie1 je n'ai ramp devant les puissants2 et si j'ai jamais menti1 ce fut par amour4 ,c'est pourquoi je suis content mme dans un lit d'hiver4 ,un lit simple me rchauffe mieux qu'un lit luxueux1 car je suis jaloux de ma pauvret4 ,et c'est en hiver que ma pauvret m'est le plus fidle4 ,je commence chaque jour par une mchancet1 je me moque de l'hiver en prenant un bain froid3 c'est ce qui fait grogner mon ami svre4 ,j'aime aussi le chatouiller avec un petit cierge3 afin qu'il permette enfin au ciel de sortir de l'aube cendre4 ,car c'est surtout le matin que je suis mchant3 la premire heure1 quand les seaux grincent la fontaine1 et que les chevaux hennissent par les rues grises3 - j'attends alors avec impatience que le ciel s'illumine1 le ciel d'hiver la barbe grise1 le vieillard la tte blanche1 - le ciel d'hiver1 silencieux1 qui laisse parfois mme le soleil dans le silence4 ,est-ce de lui que j'appris les longs silences illumins8 ,ou bien est-ce de moi qu'il les a appris8 ,ou bien chacun de nous les a-t-il invents lui-mme8 ,toutes les bonnes choses ont une origine multiple1 - toutes les bonnes choses foltres sautent de plaisir dans l'existence3 comment ne feraient-elles cela qu'une seule fois6 ,le long silence1 lui aussi1 est une bonne chose foltre4 ,et pareil un ciel d'hiver1 mon visage est limpide et le calme est dans mes yeux3 - comme le ciel d'hiver je cache mon soleil et mon inflexible volont de soleil3 en vrit j'ai bien appris cet art et cette malice d'hiver6 ,c'tait mon art et ma plus chre mchancet d'avoir appris mon silence de ne pas se trahir par le silence4 ,par le bruit des paroles et des ds je m'amuse duper les gens solennels qui attendent3 je veux que ma volont et mon but chappent leur svre attention4 ,afin que personne ne puisse regarder dans l'abme de mes raisons et de ma dernire volont1 - j'ai invent le long et clair silence4 ,j'ai trouv plus d'un homme malin qui voilait son visage et qui troublait ses profondeurs1 afin que personne ne puisse regarder au travers et voir jusqu'au fond4 ,mais c'est justement chez lui que venaient les gens russ et mfiants1 amateurs de difficults3 on lui pchait ses poissons les plus cachs6 ,cependant1 ceux qui restent clairs1 et braves1 et transparents - sont ceux que leur silence trahit le moins3 ils sont si profonds que l'eau la plus claire ne rvle pas ce qu'il y a au fond4 ,silencieux ciel d'hiver la barbe de neige1 tte blanche aux yeux clairs au-dessus de moi6 ,o divin symbole de mon me et de la ptulance de mon me6 ,et ne faut-il pas que je monte sur des chasses1 pour qu'ils ne voient pas mes longues jambes1 - tous ces tristes envieux autour de moi8 ,toutes ces mes enfumes1 renfermes1 uses1 moisies1 aigries - comment leur envie saurait-elle supporter mon bonheur8 ,c'est pourquoi je ne leur montre que l'hiver et la glace qui sont sur mes sommets - je ne leur montre pas que ma montagne est entoure de toutes les ceintures de soleil6 ,ils n'entendent siffler que mes temptes hivernales3 et ne savent pas que je passe aussi sur de chaudes mers1 pareil des vents du sud langoureux1 lourds et ardents4 ,ils ont piti de mes accidents et de mes hasards3 - mais mes paroles disent3 ,laissez venir moi le hasard3 il est innocent comme un petit enfant6 ,comment sauraient-ils supporter mon bonheur si je ne mettais autour de mon bonheur des accidents et des misres hivernales1 des toques de fourrure et des manteaux de neige8 - si je n'avais moi-mme piti de leur apitoiement1 l'apitoiement de ces tristes envieux8 - si moi-mme je ne soupirais et ne grelottais pas devant eux1 en me laissant envelopper patiemment dans leur piti8 ,ceci est la sagesse foltre et la bienveillance de mon me1 qu'elle ne cache point son hiver et ses vents glacs2 elle ne cache pas mme ses engelures4 ,pour l'un la solitude est la fuite du malade1 pour l'autre la fuite devant le malade4 ,qu'ils m'entendent gmir et soupirer cause de la froidure de l'hiver1 tous ces pauvres et louches vauriens autour de moi6 ,avec de tels gmissements et de tels soupirs1 je fuis leurs chambres chauffes4 ,qu'ils me plaignent et me prennent en piti a cause de mes engelures3 ,il finira par geler la glace de sa connaissance6 - c'est ainsi qu'ils gmissent4 ,pendant ce temps1 les pieds chauds1 je cours et l1 sur ma montagne des ,oliviers2 dans le coin ensoleill de ma montagne des ,oliviers1 je chante et je me moque de toute compassion4- ,ainsi chantait ,zarathoustra4 ,,en ,,passant ,en traversant ainsi sans hte bien des peuples et mainte ville1 ,zarathoustra retournait pas des dtours vers ses montagnes et sa caverne4 ,et1 en passant1 il arriva aussi1 l'improviste1 la porte de la grande ,ville3 mais lorsqu'il fut arriv l1 un fou cumant sauta sur lui les bras tendus en lui barrant le passage4 ,c'tait le mme fou que le peuple appelait le singe de ,zarathoustra3 car il imitait un peu les manires de ,zarathoustra et la chute de sa phrase4 ,il aimait aussi emprunter au trsor de sa sagesse4 ,le fou cependant parlait ainsi ,zarathoustra3 ,o ,zarathoustra1 c'est ici qu'est la grande ville3 tu n'as rien y chercher et tout y perdre4 ,pourquoi voudrais-tu patauger dans cette fange8 ,aie donc piti de tes jambes6 crache plutt sur la porte de la grande ville et - retourne sur tes pas6 ,ici c'est l'enfer pour les penses solitaires4 ,ici l'on fait cuire vivantes les grandes penses et on les rduit en bouillie4 ,ici pourrissent tous les grandes sentiments3 ici on ne laisse cliqueter que les petits sentiments desschs6 ,ne sens-tu pas dj l'odeur des abattoirs et des gargotes de l'esprit8 ,les vapeurs des esprits abattus ne font-elles pas fumer cette ville8 ,ne vois-tu pas les mes suspendues comme des torchons mous et malpropres8 - et ils se servent de ces torchons pour faire des journaux4 ,n'entends-tu pas ici l'esprit devenir jeu de mots8 il se fait jeu en de repoussants calembours6 - et c'est avec ces rinures qu'ils font des journaux6 ,ils se provoquent et ne savent pas quoi4 ,ils s'chauffent et ne savent pas pourquoi4 ,ils font tinter leur fer-blanc et sonner leur or4 ,ils sont froids et ils cherchent la chaleur dans l'eau-de-vie2 ils sont chauffs et cherchent la fracheur chez les esprits frigides2 l'opinion publique leur donne la fivre et les rend tous ardents4 ,tous les dsirs et tous les vices ont lu domicile ici2 mais il y a aussi des vertueux1 il y a ici beaucoup de vertus habiles et occupes3 - beaucoup de vertus occupes1 avec des doigts pour crire1 des culs-de-plomb et des ronds-de-cuir orns de petites dcorations et pres de filles empailles et sans derrires4 ,il y a ici aussi beaucoup de pit1 et beaucoup de courtisanerie dvote et de bassesses devant le ,dieu des armes4 ,car c'est d'en haut que pleuvent les toiles et les gracieux crachats2 c'est vers en haut que vont les dsirs de toutes les poitrines sans toiles4 ,la lune a sa cour et la cour a ses satellites3 mais le peuple mendiant et toutes les habiles vertus mendiantes lvent des prires vers tout ce qui vient de la cour4 ,je sers1 tu sers1 nous servons - ainsi prient vers le souverain toutes les vertus habiles3 afin que l'toile mrite s'accroche enfin la poitrine troite6 ,mais la lune tourne autour de tout ce qui est terrestre3 c'est ainsi aussi que le souverain tourne autour de ce qu'il y a de plus terrestre3 - mais ce qu'il y a de plus terrestre1 c'est l'or des piciers4 ,le ,dieu des armes n'est pas le ,dieu des lingots2 le souverain propose1 mais l'picier - dispose6 ,au nom de tout ce que tu as de clair1 de fort et de bon en toi1 ,zarathoustra6 crache sur cette ville des piciers et retourne en arrire6 ,ici le sang vici1 mince et mousseux1 coule dans les artres3 crache sur la grande ville qui est le grand dpotoir o s'accumule toute l'cume6 ,crache sur la ville des mes dprimes et des poitrines troites1 des yeux envieux et des doigts gluants - sur la ville des importuns et des impertinents1 des crivassiers et des braillards1 des ambitieux exasprs3 - sur la ville o s'assemble tout ce qui est cari1 mal fam1 lascif1 sombre1 pourri1 ulcr1 conspirateur3 - crache sur la grande ville et retourne sur tes pas6 - ,mais en cet endroit1 ,zarathoustra interrompit le fou cumant et lui ferma la bouche4 ,te tairas-tu enfin6 s'cria ,zarathoustra1 il y a longtemps que ta parole et ton allure me dgotent6 ,pourquoi as-tu vcu si longtemps au bord du marcage1 te voil1 toi aussi1 devenu grenouille et crapaud6 ,ne coule-t-il pas maintenant dans tes propres veines1 le sang des marcages1 vici et mousseux1 car1 toi aussi1 tu sais maintenant coasser et blasphmer8 ,pourquoi n'es-tu pas all dans la fort8 ,pourquoi n'as-tu pas labour la terre8 ,la mer n'est-elle pas pleine de vertes les8 ,je mprise ton mpris2 et si tu m'avertis1 - pourquoi ne t'es-tu pas averti toi-mme8 ,c'est de l'amour seul que doit me venir le vol de mon mpris et de mon oiseau avertisseur3 et non du marcage6 - ,on t'appelle mon singe1 fou cumant3 mais je t'appelle mon porc grognant - ton grognement finira par me gter mon loge de la folie4 ,qu'tait-ce donc qui te fit grogner ainsi8 ,personne ne te flattait assez3 - c'est pourquoi tu t'es assis ct de ces ordures1 afin d'avoir des raisons pour grogner1 - afin d'avoir de nombreuses raisons de vengeance6 ,car la vengeance1 fou vaniteux1 c'est toute ton cume1 je t'ai bien devin6 ,mais ta parole de fou est nuisible pour moi1 mme lorsque tu as raison6 ,et quand mme la parole de ,zarathoustra aurait mille fois raison3 toi tu me ferais toujours tort avec ma parole6 ,ainsi parlait ,zarathoustra1 et1 regardant la grande ville1 il soupira et se tut longtemps4 ,enfin il dit ces mots3 ,je suis dgot de cette grande ville moi aussi2 il n'y a pas que ce fou qui me dgote4 ,tant ici que l il n'y a rien amliorer1 rien rendre pire6 ,malheur cette grande ville6 - ,je voudrais voir dj la colonne de feu qui l'incendiera6 ,car il faut que de telles colonnes de feu prcdent le grand midi4 ,mais ceci a son temps et sa propre destine4- ,je te donne cependant cet enseignement en guise d'adieu1 toi fou3 lorsqu'on ne peut plus aimer1 il faut - passer6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra et il passa devant le fou et devant la grande ville4 ,,des ,,transfuges #a4 ,hlas6 tout ce qui1 nagure1 tait encore vert et color sur cette prairie est dj fan et gris maintenant6 ,et combien j'ai port de miel d'esprance d'ici ma ruche6 ,tous ces jeunes coeurs sont dj devenu vieux1 - et peine s'ils sont vieux6 ils sont fatigus seulement1 vulgaires et nonchalants3 - ils expliquent cela en disant3 ,nous sommes redevenus pieux4 ,nagure encore je les vis marcher la premire heure sur des jambes courageuses3 mais leurs jambes de la connaissance se sont fatigues1 et maintenant ils calomnient mme leur bravoure du matin4 ,en vrit1 plus d'un soulevait jadis sa jambe comme un danseur1 le rire lui faisait signe dans ma sagesse4 - ,puis il se mit rflchir4 ,je viens de le voir courb - rampant vers la croix4 ,ils voltigeaient jadis autour de la lumire et de la libert1 comme font les moucherons et les jeunes potes4 ,un peu plus vieux1 un peu plus froids3 et dj ils sont assis derrire le pole1 comme des calotins et des cagots4 ,ont-ils perdu courage parce que la solitude m'a englouti comme aurait fait une baleine8 ,ont-ils vainement prt l'oreille1 longtemps et pleins de dsir1 sans entendre mes trompettes et mes appels de hraut8 -,hlas6 ,ils sont toujours peu nombreux ceux dont le coeur garde longtemps son courage et son imptuosit2 et c'est dans ce petit nombre que l'esprit demeure persvrant4 ,tout le reste est lchet4 ,tout le reste3 c'est toujours le plus grand nombre1 ce sont les vulgaires et les superflus1 ceux qui sont de trop4 - ,tous ceux-l sont des lches6 - ,celui qui est de mon espce rencontrera sur son chemin des aventures pareilles aux miennes3 en sorte que ses premiers compagnons devront tre des cadavres des acrobates4 ,les seconds compagnons cependant1 - ceux-l s'appelleront les croyants3 une vivante multitude1 beaucoup d'amour1 beaucoup de folie1 beaucoup de vnration enfantine4 ,c'est ces croyants que celui qui est de mon espce parmi les hommes ne devra pas attacher son coeur2 c'est ces printemps et ces prairies multicolores que celui qui connat l'espce humaine1 faible et fugitive1 ne devra pas croire6 ,si ces croyants pouvaient autrement1 ils voudraient aussi autrement4 ,ce qui n'est qu' demi entame tout ce qui est entier4 ,quand des feuilles se fanent1 - pourquoi se plaindrait-on6 ,laisse-les aller1 laisse-les tomber1 ,zarathoustra1 et ne te plains pas6 ,souffle plutt parmi eux avec le bruissement du vent1 - souffle parmi ces feuilles1 ,zarathoustra1 que tout ce qui est fan tombe et s'en aille de toi plus vite encore6 - - #b4 ,nous sommes redevenus pieux - ainsi confessent les transfuges et beaucoup d'entre eux sont encore trop lches pour confesser cela4 ,je les regarde dans le blanc des yeux1 - je le dis en plein visage et dans la rougeur de leur joue 3 vous tes de ceux qui prient de nouveau 6 ,cependant c'est une honte de prier 6 ,non pour tout le monde1 mais pour toi et pour moi1 et pour tous ceux qui ont leur conscience dans la tte4 ,pour toi1 c'est une honte de prier6 ,tu le sais bien3 le lche dmon en toi qui aime joindre les mains ou croiser les bras et qui dsire une vie plus facile3 - ce lche dmon te dit3 ,il est un dieu6' ,mais ainsi tu es de ceux qui fuient la lumire1 de ceux que la lumire inquite sans cesse4 ,maintenant il te faut quotidiennement plonger ta tte plus profondment dans la nuit et les tnbres4 ,et1 en vrit1 tu as bien choisi ton heure3 car les oiseaux de nuit ont repris leur vol4 ,l'heure des tres nocturnes est venue1 l'heure du chmage o ils ne - chment pas4 ,je l'entends et je le sens3 l'heure est venue des chasses et des processions1 non des chasses sauvages1 mais des chasses douces et dbiles1 reniflant dans les coins1 sans faire plus de bruit que le murmure des prires1 - des chasses aux cagots1 pleins d'me3 toutes les souricires des coeurs sont de nouveau braques6 ,et partout o je soulve un rideau1 une petite phalne se prcipite dehors4 tait-elle blottie l avec une autre petite phalne8 ,car partout je sens de petites communauts caches2 et partout o il y a des rduits1 il y a de nouveaux bigots avec l'odeur des bigots4 ,ils se mettent ensemble pendant des soires entires et ils se disent3 ,redevenons comme les petits enfants et invoquons le bon ,dieu6 - ,ils ont la bouche et l'estomac gts par les pieux confiseurs4 ,ou bien1 durant de longs soirs1 ils regardent les ruses d'une araigne l'afft1 qui prche la sagesse aux autres araignes1 en leur enseignant3 ,sous les croix1 il fait bon tisser sa toile6 ,ou bien ils sont assis pendant des journes entires pcher la ligne au bord des marcages1 et ils croient que c'est l tre profond2 mais celui qui pche o il n'y a pas de poisson1 j'estime qu'il n'est mme pas superficiel6 ,ou bien ils apprennent avec joie et pit jouer de la harpe chez un chansonnier qui aimerait bien s'insinuer dans le coeur des petites jeunes femmes3 - car ce chansonnier est fatigu des vieilles femmes et de leurs louanges4 ,ou bien ils apprennent la peur chez un sage moiti dtraqu qui attend1 dans des chambres obscures1 que les esprits apparaissent - tandis que leur esprit disparat entirement6 ,ou bien ils coutent un vieux charlatan1 musicien ambulant1 qui la tristesse du vent a enseign la lamentation des tons2 maintenant il siffle d'aprs le vent et il prche la tristesse d'un ton triste4 ,et quelques-uns d'entre eux se sont mme faits veilleurs de nuit3 ils savent maintenant souffler dans la corne1 circuler la nuit et rveiller de vieilles choses endormies depuis longtemps4 ,j'ai entendu hier dans la nuit1 le long des vieux murs du jardin1 cinq paroles propos de ces vieilles choses3 elles venaient de ces vieux veilleurs de nuit tristes et grles4 ,pour un pre1 il ne veille pas assez sur ses enfants3 des pres humains font cela mieux que lui6 ,il est trop vieux4 ,il ne s'occupe plus tu tout de ses enfants1 - ainsi rpondit l'autre veilleur de nuit4 ,a-t-il donc des enfants8 ,personne ne peut le dmontrer s'il ne le dmontre lui-mme6 ,il y a longtemps que je voudrais une fois le lui voir dmontrer srieusement4 ,dmontrer8 ,a-t-il jamais dmontr quelque chose1 celui-l8 ,les preuves lui sont difficiles2 il tient beaucoup ce que l'on croie en lui4 ,oui1 oui6 ,la foi le sauve1 la foi en lui-mme4 ,c'est l'habitude des vieilles gens6 ,nous sommes faits de mme6 - - ,ainsi parlrent l'un l'autre les deux veilleurs de nuit1 ennemis de la lumire1 puis ils soufflrent tristement dans leurs cornes4 ,voil ce qui se passa hier dans la nuit1 le long des vieux murs du jardin4 ,quant moi1 mon coeur se tordait de rire2 il voulait se briser1 mais ne savais comment2 et cet accs d'hilarit me secouait le diaphragme4 ,en vrit1 ce sera ma mort1 d'touffer de rire1 en voyant des nes ivres et en entendant ainsi des veilleurs de nuit douter le ,dieu4 ,le temps n'est-il pas depuis longtemps pass1 mme pour de pareils doutes8 ,qui aurait le droit de rveiller dans leur sommeil d'aussi vieilles choses ennemies de la lumire8 ,il y a longtemps que c'en est fini des dieux anciens3 - et1 en vrit1 ils ont eu une bonne et joyeuse fin divine6 ,ils ne passrent pas par le crpuscule pour aller vers la mort1 - c'est un mensonge de le dire6 ,au contraire3 ils se sont tus eux-mmes force de - rire6 ,c'est ce qui arriva lorsqu'un dieu pronona lui-mme la parole la plus impie1 - la parole3 ,il n'y a qu'un ,dieu6 ,tu n'auras point d'autres dieux devant ma face6 - une vieille barbe de dieu1 un dieu colreux et jaloux s'est oubli ainsi3 - c'est alors que tous les dieux se mirent rire et s'crier en branlant sur leurs siges3 ,n'est-ce pas l prcisment la divinit1 qu'il y ait des dieux - qu'il n'y ait pas un ,dieu8 ,que celui qui a des oreilles pour entendre entende4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra dans la ville qu'il aimait et qui est appele la ,vache multicolore4 ,car de cet endroit il n'avait plus que deux jours de marche pour retourner sa caverne1 auprs de ses animaux2 mais il avait l'me sans cesse pleine d'allgresse de se savoir si prs de son retour4- ,,le ,,retour ,o solitude6 ,toi ma patrie1 solitude6 ,trop longtemps j'ai vcu sauvage en de sauvages pays trangers1 pour ne pas retourner toi avec des larmes6 ,maintenant menace-moi du doigt1 ainsi qu'une mre menace1 et souris-moi comme sourit une mre1 dis-moi seulement3 ,qui tait-il celui qui jadis s'est chapp loin de moi comme un tourbillon8 - celui qui1 en s'en allant1 s'est cri3 trop longtemps j'ai tenu compagnie la solitude1 alors j'ai dsappris le silence6 ,c'est cela - que tu as sans doute appris maintenant8 ,o ,zarathoustra1 je sais tout3 et que tu te sentais plus abandonn dans la multitude1 toi l'unique1 que jamais tu ne l'as t avec moi6 ,autre chose est l'abandon1 autre chose la solitude3 ,c'est cela - que tu as appris maintenant6 ,et que parmi les hommes tu seras toujours sauvage et tranger3 - sauvage et tranger1 mme quand ils t'aiment1 car avant tout ils veulent tre mnags6 ,mais ici tu es chez toi et dans ta demeure2 ici tu peux tout dire et t'pancher tout entier1 ici nul n'a honte des sentiments cachs et tenaces4 ,ici toutes choses s'approchent ta parole1 elles te cajolent et te prodiguent leurs caresses3 car elles veulent monter sur ton dos4 ,mont sur tous les symboles tu chevauches ici vers toutes les vrits4 ,avec droiture et franchise1 tu peux parler ici toutes choses3 et1 en vrit1 elles croient recevoir des louanges1 lorsqu'on parle toutes choses - avec droiture4 ,autre chose1 cependant1 est l'abandon4 ,car te souviens-tu1 ,zarathoustra8 ,lorsque ton oiseau se mit crier au-dessus de toi1 lorsque tu tais dans la fort1 sans savoir o aller1 incertain1 tout prs d'un cadavre3 - lorsque tu disais3 que mes animaux me conduisent6 ,j'ai trouv plus de danger parmi les hommes que parmi les animaux3 - c'tait l de l'abandon6 ,et te souviens-tu1 ,zarathoustra8 ,lorsque tu tais assis sur ton le1 fontaine de vin parmi les seaux vides1 donnant ceux qui ont soif et le rpandant sans compter3 - jusqu' ce que tu fus enfin seul altr parmi les hommes ivres et que tu te plaignis nuitamment3 ,n'y a-t-il pas plus de bonheur prendre qu' donner8 ,et n'y a-t-il pas plus de bonheur encore voler qu' prendre8 - ,c'tait l de l'abandon6 ,et te souviens-tu1 ,zarathoustra8 ,lorsque vint ton heure la plus silencieuse qui te chassa de toi-mme1 lorsqu'elle te dit avec de mchants chuchotements3 ,parle et dtruis6 - lorsqu'elle te dgota de ton attente et de ton silence et qu'elle dcouragea ton humble courage3 c'tait l de l'abandon6 - ,o solitude6 ,toi ma patrie1 solitude6 ,comme ta voix me parle1 bienheureuse tendre6 ,nous ne nous questionnons point1 nous ne nous plaignons point l'un l'autre1 ouvertement nous passons ensemble les portes ouvertes4 ,car tout est ouvert chez toi et il fait clair2 et les heures1 elles aussi1 s'coulent ici plus lgres4 ,car dans l'obscurit1 te temps vous parat plus lourd porter qu' la lumire4 ,ici se rvle moi l'essence et l'expression de tout ce qui est3 tout ce qui est veut s'exprimer ici1 et tout ce qui devient veut apprendre de moi parler4 ,l-bas cependant - tout discours est vain6 ,la meilleure sagesse c'est d'oublier et de passer3 - c'est l ce que j'ai appris6 ,celui qui voudrait tout comprendre chez les hommes devrait tout prendre4 ,mais pour cela j'ai les mains trop propres4 ,je suis dgot rien qu' respirer leur haleine2 hlas6 pourquoi ai-je vcu si longtemps parmi leur bruit et leur mauvaise haleine6 ,o bienheureuse solitude qui m'enveloppe6 ,o pures odeurs autour de moi6 ,o comme ce silence fait aspirer l'air pur pleins poumons6 ,o comme il coute1 ce silence bienheureux6 ,l-bas cependant - tout parle et rien n'est entendu4 ,si l'on annonce sa sagesse sons de cloches3 les piciers sur la place publique en couvriront le son par le bruit des gros sous6 ,chez eux tout parle1 personne ne sait plus comprendre4 ,tout tombe l'eau1 rien ne tombe plus dans de profondes fontaines4 ,chez eux tout parle1 rien ne russit et ne s'achve plus4 ,tout caquette1 mais qui veut encore rester au nid couver ses oeufs8 ,chez eux tout parle1 tout est dilu4 ,et ce qui hier tait encore trop dur1 pour le temps lui-mme et pour les dents du temps1 pend aujourd'hui1 dchiquet et rong1 la bouche des hommes d'aujourd'hui4 ,chez eux tout parle1 tout est divulgu4 ,et ce qui jadis tait appel mystre et secret des mes profondes appartient aujourd'hui aux trompettes des rues et d'autres tapageurs4 ,o nature humaine6 chose singulire6 bruit dans les rues obscures6 ,te voil derrire moi3 - mon plus grand danger est rest derrire moi6 ,les mnagements et la piti furent toujours mon plus grand danger1 et tous les tres humains veulent tre mnags et pris en piti4 ,gardant mes vrits au fond du coeur1 les mains agites comme celles d'un fou et le coeur affol en petits mensonges de la piti3 - ainsi j'ai toujours vcu parmi les hommes4 ,j'tais assis parmi eux1 dguis1 prt me mconnatre pour les supporter1 aimant me dire pour me persuader3 ,fou que tu es1 tu ne connais pas les hommes6 ,on dsapprend ce que l'on sait des hommes quand on vit parmi les hommes4 ,il y a trop de premiers plans chez les hommes1 - que peuvent faire l les vues lointaines et perantes6 ,et s'ils me mconnaissaient3 dans ma folie1 je les mnageais plus que moi-mme cause de cela3 habitu que j'tais la duret envers moi-mme1 et me vengeant souvent sur moi-mme de ce mnagement4 ,piqu de mouches venimeuses1 et rong comme la pierre1 par les nombreuses gouttes de la mchancet1 ainsi j'tais parmi eux et je me disais encore3 ,tout ce qui est petit est innocent de sa petitesse6 ,c'est surtout ceux qui s'appelaient les bons que j'ai trouvs tre les mouches les plus venimeuses3 ils piquent en toute innocence2 ils mentent en toute innocence2 comment sauraient-ils tre - justes envers moi6 ,la piti enseigne mentir ceux qui vivent parmi les bons4 ,la piti rend l'air lourd toutes les mes libres4 ,car la btise des bons est insondable4 ,me cacher moi-mme et ma richesse - voil ce que j'ai appris faire l-bas3 car j'ai trouv chacun riche pauvre d'esprit4 ,ce fut l le mensonge de ma piti de savoir chez chacun1 de voir et de sentir chez chacun ce qui tait pour lui assez d'esprit1 ce qui tait trop d'esprit pour lui6 ,leurs sages rigides1 je les ai appels sages1 non rigides1 - c'est ainsi que j'ai appris avaler les mots4 ,leurs fossoyeurs3 je les ai appels chercheurs et savants1 - c'est ainsi que j'ai appris changer les mots4 ,les fossoyeurs prennent les maladies force de creuser des fosses4 ,sous de vieux dcombres dorment des exhalaisons malsaines4 ,il ne faut pas remuer le marais4 ,il faut vivre sur les montagnes4 ,c'est avec des narines heureuses que je respire de nouveau la libert des montagnes6 mon nez est enfin dlivr de l'odeur de tous les tre humains6 ,chatouille par l'air vif1 comme par des vins mousseux1 mon me ternue1 - et s'acclame en criant3 ,a ta sant6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,trois ,,maux #a4 ,en rve1 dans mon dernier rve du matin1 je me trouvais aujourd'hui sur un promontoire1 au del du monde1 je tenais une balance dans la main et je pesais le monde4 ,o pourquoi l'aurore est-elle venue trop tt pour moi8 son ardeur m'a rveill1 la jalousie6 ,elle est toujours jalouse de l'ardeur de mes rves du matin4 ,mesurable pour celui qui a le temps1 pesable pour un bon peseur1 attingible pour les ailes vigoureuses1 devinable pour de divins amateurs de problmes3 ainsi mon rve a trouv le monde3 - ,mon rve1 un hardi navigateur1 mi-vaisseau1 mi-rafale1 silencieux comme le papillon1 impatient comme le faucon3 quelle patience et quel loisir il a eu aujourd'hui pour pouvoir peser le monde6 ,ma sagesse lui aurait-elle parl en secret1 ma sagesse du jour1 riante et veille1 qui se moque de tous les mondes infinis8 ,car elle dit3 ,o il y a de la force1 le nombre finit par devenir matre1 car c'est lui qui a le plus de force4 ,avec quelle certitude mon rve a regard ce monde fini6 ,ce n'tait de sa part ni curiosit1 ni indiscrtion1 ni crainte1 ni prire3 - comme si une grosse pomme s'offrait ma main1 une pomme d'or1 mre1 pelure frache et veloute - ainsi s'offrit moi le monde3 - comme si un arbre me faisait signe1 un arbre larges branches1 ferme dans sa volont1 courb et tordu en appui et en reposoir pour le voyageur fatigu3 ainsi le monde tait plac sur mon promontoire3 - comme si des mains gracieuses portaient un coffret ma rencontre1 - un coffret ouvert pour le ravissement des yeux pudiques et vnrateurs3 ainsi le monde se porte ma rencontre3 - pas assez nigme pour chasser l'amour des hommes1 pas assez intelligible pour endormir la sagesse des hommes3 - une chose humainement bonne1 tel me fut aujourd'hui le monde que l'on calomnie tant6 ,combien je suis reconnaissant mon rve du matin d'avoir ainsi pes le monde la premire heure6 ,il est venu moi comme une chose humainement bonne1 ce rve et ce consolateur de coeur6 ,et1 afin que je fasse comme lui1 maintenant que c'est le jour1 et pour que ce qu'il y a de meilleur me serve d'exemple3 je veux mettre maintenant dans la balance les trois plus grands maux et peser humainement bien4 - ,celui qui enseigna bnir enseigna aussi maudire3 quelles sont les trois choses les plus maudites sur terre8 ,ce sont elles que je veux mettre sur la balance4 ,la volupt1 le dsir de domination1 l'gosme3 ces trois choses ont t les plus maudites et les plus calomnies jusqu' prsent1 - ce sont ces trois choses que je veux peser humainement bien4 ,eh bine6 ,voici mon promontoire et voil la mer3 elle roule vers moi1 moutonneuse1 caressante1 cette vieille et fidle chienne1 ce monstre cent ttes que j'aime4 ,eh bien6 ,c'est ici que je veux tenir la balance sur la mer houleuse1 et je choisis aussi un tmoin qui regarde1 - c'est toi1 arbre solitaire1 toi dont la couronne est vaste et le parfum puissant1 arbre que j'aime6 - ,sur quel pont le prsent va-t-il vers l'avenir8 ,quelle est la force qui contraint ce qui est haut s'abaisser vers ce qui est bas8 ,et qu'est-ce qui force la chose la plus haute - grandir encore davantage8 ,maintenant la balance se tient immobile et en quilibre3 j'y ai jet trois lourdes questions1 l'autre plateau porte trois lourdes rponses4 #b4 ,volupt - c'est pour tous les pnitents en silice qui mprisent le corps1 l'aiguillon et la mortification1 c'est le monde maudit chez tous les hallucins de l'arrire-monde3 car elle nargue et conduit tous les hrtiques4 ,volupt - c'est pour la canaille le feu lent o l'on brle la canaille2 pour tout le bois vermoulu et les torchons nausabonds le grand fourneau ardent4 ,volupt - c'est pour les coeurs libres quelque chose d'innocent et de libre1 le bonheur du jardin de la terre1 la dbordante reconnaissance de l'avenir pour le prsent4 ,volupt - ce n'est un poison doucereux que pour les fltris1 mais pour ceux qui ont la volont du lion1 c'est le plus grand cordial1 le vin des vins1 que l'on mnage religieusement4 ,volupt - c'est la plus grande flicit symbolique pour le bonheur et l'espoir suprieur4 ,car il y a bien des choses qui ont droit l'union et plus qu' l'union1 - bien des choses qui se sont plus trangres elles-mmes que ne l'est l'homme la femme3 et qui donc a jamais entirement compris quel point l'homme et la femme se sont trangers8 ,volupt - cependant je veux mettre des cltures autour de mes penses et aussi autour de mes paroles3 pour que les cochons et les exaltes n'envahissent pas mes jardins6 - ,dsir de dominer - c'est le fouet cuisant pour les plus durs de tous les coeurs endurcis1 l'pouvantable martyre qui rserve mme au plus cruel la sombre flamme des bchers vivants4 ,dsir de dominer - c'est le frein mchant mis aux peuples les plus vains1 c'est lui qui raille toutes les vertus incertaines1 cheval sur toutes les fierts4 ,dsir de dominer - c'est le tremblement de terre qui rompt et disjoint tout ce qui est caduc et creux1 c'est le briseur irrit de tous les spulcres blanchis qui gronde et punit1 le point d'interrogation jaillissant ct de rponses prmatures4 ,dsir de dominer - dont le regard fait ramper et se courber l'homme1 qui l'asservit et l'abaisse au-dessous du serpent et du cochon3 jusqu' ce qu'enfin le grand mpris clame en lui4 ,dsir de dominer - c'est le terrible matre qui enseigne le grand mpris1 qui prche en face des villes et des empires3 ,ote-toi6 - jusqu' ce qu'enfin ils s'crient eux-mmes3 ,que je m'te moi6 ,dsir de dominer - qui monte aussi vers les purs et les solitaires pour les attirer1 qui monte vers les hauteurs de la satisfaction de soi1 ardent comme un amour qui trace sur le ciel d'attirantes joies empourpres4 ,dsir de dominer - mais qui voudrais appeler cela un dsir1 quand c'est vers en bas que la hauteur aspire la puissance6 ,en vrit1 il n'y a rien de fivreux et de maladif dans de pareils dsirs1 dans de pareilles descentes6 ,que la hauteur solitaire ne s'esseule pas ternellement et ne se contente pas de soi2 que la montagne descende vers la valle et les vents des hauteurs vers les terrains bas3 - ,o qui donc trouverait le vrai nom pour baptiser et honorer un pareil dsir6 ,vertu qui donne - c'est ainsi que ,zarathoustra appela jadis cette chose inexprimable4 ,et c'est alors qu'il arriva aussi - et1 en vrit1 ce fut pour la premire fois6 - que sa parole fit la louange de l'gosme1 le bon et sain gosme qui jaillit de l'me puissante3 - de l'me puissante1 unie au corps lev1 au corps beau1 victorieux et rconfortant1 autour de qui toute chose devient miroir3 - le corps souple qui persuade1 le danseur dont le symbole et l'expression est l'me joyeuse d'elle-mme4 ,la joie goste de tels corps1 de telles mes s'appelle elle-mme3 vertu4 ,avec ce qu'elle dit du bon et du mauvais1 cette joie goste se protge elle-mme1 comme si elle s'entourait d'un bois sacr2 avec les noms de son bonheur1 elle bannit loin d'elle tout ce qui est mprisable4 ,elle bannit loin d'elle tout ce qui est lche2 elle dit3 mauvais - c'est ce qui est lche6 ,mprisable luit semble celui qui peine1 soupire et se plaint toujours et qui ramasse mme les plus petits avantages4 ,elle mprise aussi toute sagesse lamentable3 car1 en vrit1 il y a aussi la sagesse qui fleurit dans l'obscurit2 une sagesse d'ombre nocturne qui soupire toujours3 ,tout est vain6 ,elle ne tient pas en estime la craintive mfiance et ceux qui veulent des serments au lieu de regards et de mains tendues3 et non plus la sagesse trop mfiante1 - car c'est ainsi que font les mes lches4 ,l'obsquieux lui parat plus bas encore1 le chien qui se met tout de suite sur le dos1 l'humble2 et il y a aussi de la sagesse qui est humble1 rampante1 pieuse et obsquieuse4 ,mais elle hait jusqu'au dgot celui qui ne veut jamais se dfendre1 qui avale les crachats venimeux et les mauvais regards1 le patient trop patient qui supporte tout et se contente de tout2 car ce sont l coutumes de valets4 ,que quelqu'un soit servile devant les dieux et les coups de pieds divins ou devant des hommes et de stupides opinions d'hommes3 toute servilit il crache au visage1 ce bienheureux gosme6 ,mauvais3 - c'est ainsi qu'elle appelle tout ce qui est abaiss1 cass1 chiche et servile1 les yeux clignotants et soumis1 les coeurs contrits1 et ces cratures fausses et flchissantes qui embrassent avec de larges lvres peureuses4 ,et sagesse fausse3 - c'est ainsi qu'elle appelle tous les bons mots des valets1 des vieillards et des puiss2 et surtout l'absurde folie pdante des prtres6 ,les faux sages1 cependant1 tous les prtres1 ceux qui sont fatigus du monde et ceux dont l'me est pareille celle des femmes et des valets1 - comme leurs intrigues se sont toujours leves contre l'gosme6 ,et ceci prcisment devait tre la vertu et s'appeler vertu1 qu'on s'lve contre l'gosme6 ,et dsintresss - c'est ainsi que souhaitaient d'tre1 avec de bonnes raisons1 tous ces poltrons et toutes ces araignes de vivre6 ,mais c'est pour eux tous que vient maintenant le jour1 le changement1 l'pe du jugement1 le grand midi3 c'est l que bien des choses seront manifestes6 ,et celui qui glorifie le ,moi et qui sanctifie l'gosme1 celui-l en vrit dit ce qu'il sait1 le devine ,voici1 il vient1 il s'approche1 le grand midi6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,de ,l',,esprit ,,de ,,lourdeur #a4 ,ma bouche - est la bouche du peuple3 je parle trop grossirement et trop cordialement pour les lgants4 ,mais ma parole semble plus trange encore aux crivassiers et aux plumitifs4 ,ma main - est une main de fou3 malheur toutes les tables et toutes les murailles1 et tout ce qui peut donner place des ornements et des gribouillages de fou6 ,mon pied - est un sabot de cheval2 avec lui je trotte et je galope par monts et par vaux1 de ci1 de l1 et le plaisir me met le diable au corps pendant ma course rapide4 ,mon estomac - est peut-tre l'estomac d'un aigle4 ,car il prfre toute autre la chair de l'agneau4 ,mais certainement1 c'est un estomac d'oiseau4 ,nourri de choses innocentes et frugales1 prt voler et impatient de m'envoler - c'est ainsi que je me plais tre2 comment ne serais-je pas un peu comme un oiseau6 ,et c'est surtout parce que je suis l'ennemi de l'esprit de lourdeur1 que je suis comme un oiseau3 ennemi mort en vrit1 ennemi jur1 ennemi n6 ,o donc mon inimiti ne s'est-elle pas dj envole et gare8 ,c'est l-dessus que je pourrais entonner un chant - et je veux l'entonner3 quoique je sois seul dans une maison vide et qu'il faille que je chante mes propres oreilles4 ,il y a bien aussi d'autres chanteurs qui n'ont le gosier souple1 la main loquente1 l'oeil expressif et le coeur veill que quand la maison est pleine3 - je ne ressemble pas ceux-l4 - #b4 ,celui qui apprendra voler aux hommes de l'avenir aura dplac toutes les bornes2 pour lui les bornes mmes s'envoleront dans l'air1 il baptisera de nouveau la terre - il l'appellera la lgre4 ,l'autruche cour plus vite que le coursier le plus rapide1 mais elle aussi fourre encore lourdement sa tte dans la lourde terre3 ainsi l'homme qui ne sait pas encore voler4 ,la terre et la vie lui semblent lourdes1 et c'est ce que veut l'esprit de lourdeur6 ,celui cependant qui veut devenir lger comme un oiseau doit s'aimer soi-mme3 c'est ainsi que j'enseigne1 moi4 ,non pas s'aimer de l'amour des malades et des fivreux3 car chez ceux-l l'amour-propre sent mme mauvais4 ,il faut apprendre s'aimer soi-mme1 d'un amour sain et bien portant3 afin d'apprendre se supporter soi-mme et de ne point vagabonder - c'est ainsi que j'enseigne4 ,un tel vagabondage s'est donn le nom d'amour du prochain3 c'est par ce mot d'amour qu'on a le mieux menti et dissimul1 et ceux qui taient charge plus que tous les autres4 ,et1 en vrit1 apprendre s'aimer1 ce n'est point l un commandement pour aujourd'hui et pour demain4 ,c'est au contraire de tous les arts le plus subtil1 le plus rus1 le dernier et le plus patient4 ,car1 pour son possesseur1 toute possession est bien cache2 et de tous les trsors celui qui vous est propre est dcouvert le plus tard1 - voil l'ouvrage de l'esprit de lourdeur4 ,a peine sommes-nous au berceau1 qu'on nous dote dj de lourdes paroles et de lourdes valeurs3 bien et mal - c'est ainsi que s'appelle ce patrimoine4 ,c'est cause de ces valeurs qu'on nous pardonne de vivre4 ,et c'est pour leur dfendre temps de s'aimer eux-mmes1 qu'on laisse venir soi les petits enfants3 voil l'ouvrage de l'esprit de lourdeur4 ,et nous - nous tranons fidlement ce dont on nous charge1 sur de fortes paules et par-dessus d'arides montagnes6 ,et si nous nous plaignons de la chaleur on nous dit3 ,oui1 la vie est lourde porter6 ,mais ce n'est que l'homme lui-mme qui est lourd porter6 ,car il trane avec lui1 sur ses paules1 trop de choses trangres4 ,pareil au chameau1 il s'agenouille et se laisse bien charger4 ,surtout l'homme vigoureux et patient1 plein de vnration3 il charge sur ses paules trop de paroles et de valeurs trangres et lourdes1 - alors la vie lui semble un dsert6 ,et1 en vrit6 bien des choses qui vous sont propres sont aussi lourdes porter6 ,et l'intrieur de l'homme ressemble beaucoup l'hutre1 il est rebutant1 flasque et difficile saisir1 - en sorte qu'une noble corce avec de nobles ornements se voit oblige d'intercder pour le reste4 ,mais cet art aussi doit tre appris3 possder de l'corce1 une belle apparence et un sage aveuglement6 ,chez l'homme on est encore tromp sur plusieurs autres choses1 puisqu'il y a bien des corces qui sont pauvres et tristes1 et qui sont trop de l'corce4 ,il y a beaucoup de force et de bonts caches qui ne sont jamais devines2 les mets les plus dlicats ne trouvent pas d'amateurs4 ,les femmes savent cela1 les plus dlicates3 un peu plus grasses1 un peu plus maigres - ah6 comme il y a beaucoup de destine dans si peu de chose6 ,l'homme est difficile dcouvrir1 et le plus difficile encore pour lui-mme2 souvent l'esprit ment au sujet de l'me4 ,voil l'ouvrage de l'esprit de lourdeur4 ,mais celui-l s'est dcouvert lui-mme qui dit3 ceci est mon bien et mon mal4 ,par ces paroles il a fait taire la taupe et le nain qui disent3 ,bien pour tous1 mal pour tous4 ,en vrit1 je n'aime pas non plus ceux pour qui toutes choses sont bonnes et qui appellent ce monde le meilleur des mondes4 ,je les appelle des satisfaits4 ,le contentement qui gote de tout3 ce n'est pas l le meilleur got6 ,j'honore la langue du gourmet1 le palais dlicat et difficile qui a appris dire3 ,moi et ,oui et ,non4 ,mais tout mcher et tout digrer - c'est faire comme les cochons6 ,dire toujours ,i-,a1 c'est ce qu'apprennent seuls l'ne et ceux qui sont de son espce6 - ,c'est le jaune profond et le rouge intense que mon got dsire1 - il mle du sang toutes les couleurs4 ,mais celui qui crpit sa maison de blanc rvle par l qu'il a une me crpie de blanc4 ,les uns amoureux des momies1 les autres des fantmes2 et nous galement ennemis de la chair et du sang - comme ils sont tous en contradiction avec mon got6 ,car j'aime le sang4 ,et je ne veux pas demeurer o chacun crache3 ceci est maintenant mon got1 - je prfrerais de beaucoup vivre parmi les voleurs et les parjures4 ,personne n'a d'or dans la bouche4 ,mais les lcheurs de crachats me rpugnent plus encore2 et la bte la plus rpugnante que j'aie trouve parmi les hommes1 je l'ai appele parasite3 elle ne voulait pas aimer et elle voulait vivre de l'amour4 ,j'appelle malheureux tous ceux qui n'ont choisir qu'entre deux choses3 devenir des btes froces ou de froces dompteurs de btes2 auprs d'eux je ne voudrais pas dresser ma tente4 ,j'appelle encore malheureux ceux qui sont obligs d'attendre toujours1 - ils ne sont pas mon got1 tous ces pagers et ces piciers1 ces rois et tous ces autres gardeurs de pays et de boutiques4 ,en vrit1 mois aussi1 j'ai appris attendre1 attendre longtemps1 mais m'attendre1 moi4 ,et j'ai surtout appris me tenir debout1 marcher1 courir1 sauter1 grimper et danser4 ,car ceci est ma doctrine3 qui veut apprendre voler un jour doit d'abord apprendre se tenir debout1 marcher1 courir1 sauter1 grimper et danser3 on n'apprend pas voler du premier coup6 ,avec des chelles de corde j'ai appris escalader plus d'une fentre1 avec des jambes agiles j'ai grimp sur de hauts mts3 tre assis sur des hauts mts de la connaissance1 quelle flicit6 - flamber sur de hauts mts comme de petites flammes3 une petite lumire seulement1 mais pourtant une grande consolation pour les vaisseaux chous et les naufrags6 - ,je suis arriv ma vrit par bien des chemins et de bien des manires3 je ne suis pas mont par une seule chelle la hauteur d'o mon oeil regarde dans le lointain4 ,et c'est toujours contre-coeur que j'ai demand mon chemin1 - cela me fut toujours contraire6 ,j'ai toujours prfr interroger et essayer les chemins eux-mmes4 ,essayer et interroger1 ce fut l toute ma faon de marcher3 - et1 en vrit1 il faut aussi apprendre rpondre de pareilles questions6 ,car ceci est - de mon got3 - ce n'est ni un bon1 ni un mauvais got1 mais c'est mon got1 dont je n'ai ni tre honteux ni me cacher4 ,cela - est maintenant mon chemin1 - o est le vtre8 ,voil ce que je rpondais ceux qui me demandaient le chemin4 ,car le chemin - le chemin n'existe pas4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,des ,,vieilles ,,et ,,des ,,nouvelles ,,tables #a4 ,je suis assis l et j'attends1 entour de vieilles tables brises et aussi de nouvelles tables demi crites4 ,quand viendra mon heure8 - l'heure de ma descente1 de mon dclin3 car je veux retourner encore une fois auprs des hommes4 ,c'est ce que j'attends maintenant3 car il faut d'abord que ma viennent les signes annonant que mon heure est venue1 - le lion rieur avec l'essaim de colombes4 ,en attendant je parle comme quelqu'un qui a le temps1 je me parle moi-mme4 ,personne ne me raconte de choses nouvelles3 je me raconte donc moi-mme4 - #b4 ,lorsque je suis venu auprs des hommes1 je les ai trouvs assis sur une vieille prsomption4 ,ils croyaient tous savoir1 depuis longtemps1 ce qui est bien et mal pour l'homme4 ,toute discussion sur la vertu leur semblait une chose vieille et fatigue1 et celui qui voulait bien dormir parlait encore du bien et du mal avant d'aller se coucher4 ,j'ai secou la torpeur de ce sommeil lorsque j'ai enseign3 ,personne ne sait encore ce qui est bien et mal3 - si ce n'est le crateur6 ,mais c'est le crateur qui cre le but des hommes et qui donne sons sens et son avenir la terre3 c'est lui seulement qui cre le bien et le mal de toutes choses4 ,et je leur ai ordonn de renverser leurs vieilles chaires1 et1 partout o se trouvait cette vieille prsomption1 je leur ai ordonn de rire de leurs grands matres de la vertu1 de leurs saints1 de leurs potes et de leurs sauveurs du monde4 ,je leur ai ordonn de rire de leurs sages austres et je les mettais en garde contre les noirs pouvantails plants sur l'arbre de la vie4 ,je me suis assis au bord de leur grande alle de cercueils1 avec les charognes et mme avec les vautours - et j'ai ri de tout leur pass et de la splendeur effrite de ce pass qui tombe en ruines4 ,en vrit1 pareil aux pnitenciers et aux fous1 j'ai anathmatis ce qu'ils ont de grand et de petit1 - la petitesse de ce qu'ils ont de meilleur1 la petitesse de ce qu'ils ont de pire1 voil ce dont je riais4 ,mon sage dsir jaillissait de moi avec des cris et des rires2 comme une sagesse sauvage vraiment il est n sur les montagnes6 - mon grand dsir aux ailes bruissantes4 ,et souvent il m'a emport bien loin1 au del des monts1 vers les hauteurs1 au milieu du rire3 alors il m'arrivait de voler en frmissant comme une flche1 travers des extases ivres de soleil3 - au del1 dans les lointains avenir que nul rve n'a vus1 dans les midis plus chauds que jamais imagier n'en rva3 l-bas o les dieux dansants ont honte de tous les vtements3 - afin que je parle en paraboles1 que je balbutie et que je boite comme les potes2 et1 en vrit1 j'ai honte d'tre oblig d'tre encore pote6 - ,o tout devenir me semblait danses et malices divines1 o le monde dchan et effrn se rfugiait vers lui-mme3 - comme une ternelle fuit de soi et une ternelle recherche de soi chez des dieux nombreux1 comme un bienheureuse contradiction de soi1 une rptition et un retour vers soi-mme des dieux nombreux3 - o tout temps me semblait une bienheureuse moquerie des instants1 o le ncessit tait la libert mme qui se jouait avec bonheur de l'aiguillon de la libert3 - o j'ai retrouv aussi mon vieux dmon et mon ennemi n1 l'esprit de lourdeur et tout ce qu'il il a cr3 la contrainte1 la loi1 la ncessit1 la consquence1 le but1 la volont1 le bien et le mal3 - car ne faut-il pas qu'il y ait des choses sur lesquelles on puisse danser et passer8 ,ne faut-il pas qu'il y ait - cause de ceux qui sont lgers et les plus lgers - des taupes et de lourds nains8 #c4 ,c'est l aussi que j'ai ramass sur ma route le mot de ,surhumain et cette doctrine3 l'homme est quelque chose qui doit tre surmont1 - l'homme est un pont et non un but3 se disant bienheureux de son midi et de son soir1 une voie vers de nouvelles aurores3 - la parole de ,zarathoustra sur le grand ,midi et tout ce que j'ai suspendu au-dessus des hommes1 semblable un second couchant de pourpre4 ,en vrit1 je leur fis voir aussi de nouvelles toiles et de nouvelles nuits2 et sur les nuages1 le jour et la nuit1 j'ai tendu le rire1 comme une tente multicolore4 ,je leur ai enseign toutes mes penses et toutes mes aspirations3 runir et joindre tout ce qui chez l'homme n'est que fragment et nigme et lugubre hasard1 - en pote1 en devineur d'nigmes1 en rdempteur du hasard1 je leur ai appris tre crateurs de l'avenir et sauver1 en crant1 tout ce qui fut4 ,sauver le pass dans l'homme et transformer tout ce qui tait jusqu' ce que la volont dise3 ,mais c'est ainsi que je voulais que ce ft6 ,c'est ainsi que je le voudrai - - ,c'est ceci que j'ai appel salut pour eux1 c'est ceci seul que je leur ai enseign appeler salut4 - ,maintenant j'attends mon salut1 - afin de retourner une dernire fois auprs d'eux4 ,car encore une fois je veux retourner auprs des hommes3 c'est parmi eux que je veux disparatre et1 en mourant1 je veux leur offrir le plus riche de mes dons6 ,c'est du soleil que j'ai appris cela1 quand il se couche1 du soleil trop riche3 il rpand alors dans la mer l'or de sa richesse inpuisable1 - en sorte que mme les plus pauvres pcheurs rament alors avec des rames dores6 ,car c'est cela que j'ai vu jadis et1 tandis que je regardais1 mes larmes coulaient sans cesse4 - ,pareil au soleil1 ,zarathoustra1 lui aussi1 veut disparatre3 maintenant il est assis l a attendre1 entour de vieilles tables brises et de nouvelles tables1 - demi-crites4 #d4 ,regardez1 voici une nouvelle table3 mais o sont mes frres qui la porteront avec moi dans la valle et dans les coeurs de chair8 - ,ainsi l'exige mon grand amour pour les plus loigns3 ne mnage point ton prochain6 ,l'homme est quelque chose qui doit tre surmont4 ,on peut arriver se surmonter par des chemins et des moyens nombreux3 c'est toi y parvenir6 ,mais le bouffon seul pense3 ,on peut aussi sauter par-dessus l'homme4 ,surmonte-toi toi-mme1 mme dans ton prochain3 il ne faut pas te laisser donner un droit que tu es capable de conqurir6 ,ce que tu fais1 personne ne peut te le faire son tour4 ,voici1 il n'y a pas de rcompense4 ,celui qui ne peut pas se commander soi-mme doit obir4 ,et il y en a qui savent se commander1 mais il s'en faut encore de beaucoup qu'ils sachent aussi s'obir6 #e4 ,telle est la manire des mes nobles3 elles ne veulent rien avoir pour rien1 et moins que toute autre chose1 la vie4 ,celui qui fait partie de la populace veut vivre pour rien2 mais nous autres1 qui la vie s'est donne1 - nous rflchissons toujours ce que nous pourrions donner de mieux en change6 ,et en vrit1 c'est une noble parole1 celle qui dit3 ,ce que la vie nous a promis nous voulons le tenir - la vie6 ,on ne doit pas vouloir jouir1 lorsque l'on ne donne pas jouir4 ,et l'on ne doit pas vouloir jouir6 ,car la jouissance et l'innocence sont les deux choses les plus pudiques3 aucune des deux ne veut tre cherche4 ,il faut les possder - mais il vaut mieux encore chercher la faute et la douleur6 - #f4 ,o mes frres1 le prcurseur est toujours sacrifi4 ,or nous sommes des prcurseurs4 ,nous saignons tous au secret autel des sacrifices1 nous brlons et nous rtissons tous en l'honneur des vieilles idoles4 ,ce qu'il y a de mieux en nous est encore jeune3 c'est ce qui irrite les vieux gosiers4 ,notre chair est tendre1 notre peau n'est qu'une peau d'agneau3 - comment ne tenterions-nous pas de vieux prtres idoltres6 ,il habite encore en nous-mmes1 le vieux prtre idoltre qui se prpare faire un festin de ce qu'il y a de mieux en nous4 ,hlas6 mes frres1 comment des prcurseurs ne seraient-ils pas sacrifis6 ,mais ainsi le veut notre qualit2 et j'aime ceux qui ne veulent point se conserver4 ,ceux qui sombrent1 je les aime de tout mon coeur3 car ils vont de l'autre ct4 #g4 tre vridique3 peu de gens le savent6 ,et celui qui le sait ne veut pas l'tre6 ,moins que tous les autres1 les bons4 ,o ces bons6 - ,les hommes bons ne disent jamais la vrit2 tre bon d'une telle faon est une maladie pour l'esprit4 ,ils cdent1 ces bons1 ils se rendent1 leur coeur rpte et leur raison obit3 mais celui qui obit ne s'entend pas lui-mme6 ,tout ce qui pour les bons est mal doit se runir pour faire natre une vrit3 mes frres1 tes-vous assez mchants pour cette vrit8 ,l'audace tmraire1 la longue mfiance1 le cruel non1 le dgot1 l'incision dans la vie1 - comme il est rare que tout cela soit runi6 ,c'est de telles semences cependant que - nat la vrit4 ,a ct de la mauvaise conscience1 naquit jusqu' prsent toute science6 ,brisez1 brisez-moi les vieilles tables1 vous qui cherchez la connaissance6 #h4 ,quand il y a des planches jetes sur l'eau1 quand des passerelles et des balustrades passent sur le fleuve3 en vrit1 alors on n'ajoutera foi personne lorsqu'il dira que tout coule4 ,au contraire1 les imbciles eux-mmes le contredisent4 ,comment6 s'crient-ils1 tout coule8 ,les planches et les balustrades sont pourtant au-dessus du fleuve6 ,au-dessus du fleuve tout est solide1 toutes les valeurs des choses1 les ponts1 les notions1 tout ce qui est bien et mal3 tout cela est solide6 ,et quand vient l'hiver1 qui est le dompteur des fleuves1 les plus malicieux apprennent se mfier2 et1 en vrit1 ce ne sont pas seulement les imbciles qui disent alors3 ,tout ne serait-il pas - immobile8 ,au fond tout est immobile1 - c'est l un vritable enseignement d'hiver1 une bonne chose pour les temps striles1 une bonne consolation pour le sommeil hivernal et les sdentaires4 ,au fond tout est immobile - 3 mais le vent du dgel lve sa protestation contre cette parole6 ,le vent du dgel1 un taureau qui ne laboure point1 - un taureau furieux et destructeur qui brise la glace avec des cornes en colre6 ,la glace cependant - brise les passerelles6 ,o mes frres6 tout ne coule-t-il pas maintenant8 ,toutes les balustrades et toutes les passerelles ne sont-elles pas tombes l'eau8 ,qui se tiendrait encore au bien et au mal8 ,malheur nous6 gloire nous6 le vent du dgel souffle6 - ,prchez ainsi1 mes frres1 travers toutes les rues4 #i4 ,il y a une vieille folie qui s'appelle bien et mal4 ,la roue de cette folie a tourn jusqu' prsent autour des devins et des astrologues4 ,jadis on croyait aux devins et aux astrologues2 et c'est pourquoi l'on croyait que tout tait fatalit3 ,tu dois1 car il le faut6 ,puis on se mfia de tous les devins et de tous les astrologues et c'est pourquoi l'on crut que tout tait libert3 ,tu peux1 car tu veux6 ,o mes frres6 sur les toiles et sur l'avenir on n'a fait jusqu' prsent que des suppositions sans jamais savoir3 et c'est pourquoi sur le bien et le mal on n'a fait que des suppositions sans jamais savoir6 #aj4 ,tu ne droberas point6 ,tu ne tueras point6 ,ces paroles taient appeles saintes jadis3 devant elles on courbait les genoux et l'on baissait la tte1 et l'on tait ses souliers4 ,mais je vous demande3 o y eut-il jamais de meilleurs brigands et meilleurs assassins dans le monde1 que les brigands et les assassins provoqus par ces saintes paroles8 ,n'y a-t-il pas dans la vie elle-mme - le vol et l'assassinat8 ,et1 en sanctifiant ces paroles1 n'a-t-on pas assassin la vrit elle-mme8 ,ou bien tait-ce prcher la mort que de sanctifier tout ce qui contredisait et dconseillait la vie8 - ,o mes frres1 brisez1 brisez-moi les vieilles tables4 #aa4 ,ceci est ma piti l'gard de tout le pass que je le vois abandonn1 - abandonn la grce1 l'esprit et la folie de toutes les gnrations de l'avenir1 qui transformeront tout ce qui fut en un pont pour elles-mmes6 ,un grand despote pourrait venir1 un dmon malin qui forcerait tout le pass par sa grce et par sa disgrce3 jusqu' ce que le pass devienne pour lui un pont1 un signal1 un hros et un cri de coq4 ,mais ceci est l'autre danger et mon autre piti3 - les penses de celui qui fait partie de la populace ne remontent que jusqu' son grand-pre1 - mais avec le grand-pre finit le temps4 ,ainsi tout le pass est abandonn3 car il pourrait arriver un jour que la populace devnt matre et qu'elle noyt dans des eaux basses l'poque tout entire4 ,c'est pourquoi1 mes frres1 il faut une nouvelle noblesse1 adversaire de tout ce qui est populace et despote1 une noblesse qui crirait de nouveau le mot noble sur des tables nouvelles4 ,car il faut beaucoup de nobles pour qu'il y ait de la noblesse6 ,ou bien1 comme j'ai dit jadis en parabole3 ,ceci prcisment est de la divinit1 qu'il y ait beaucoup de dieux1 mais pas de ,dieu6 #ab4 ,o mes frres6 je vous investis d'une nouvelle noblesse que je vous rvle3 vous devez tre pour moi des crateurs et des ducateurs1 - des semeurs de l'avenir1 - en vrit1 non d'une noblesse que vous puissiez acheter comme des piciers avec de l'or d'picier3 car ce qui a son prix a peu de valeur4 ,ce n'est pas votre origine qui sera dornavant votre honneur1 mais c'est votre but qui vous fera honneur6 ,votre volont et votre pas en avant qui veut vous dpasser vous-mmes1 - que ceci soit votre nouvel honneur6 ,en vrit1 votre honneur n'est pas d'avoir servi un prince - qu'importent encore les princes6 - ou bien d'tre devenu le rempart de ce qui est1 afin que ce qui est soit plus solide6 ,non que votre race soit devenue courtisane la cour et que vous ayez appris tre multicolores comme le flamant1 debout pendant de longues heures sur les bords plats de l'tang4 ,car savoir se tenir debout est un mrite chez les courtisans2 et tous les courtisans croient que la permission d'tre assis sera une des flicits dont ils jouiront aprs la mort6 - ,ce n'est pas non plus qu'un esprit qu'ils appellent saint ait conduit vos anctres en des terres promises1 que je ne loue pas2 car dans le pays o a pouss le pire de tous les arbres1 la croix1 - il n'y a rien louer6 ,et1 en vrit1 quel que soit le pays o ce ,saint-,esprit ait conduit ses chevaliers1 le cortge de ses chevaliers tait toujours - prcd de chvres1 d'oies1 de fous et de toqus6 - ,o mes frres6 ce n'est pas en arrire que votre noblesse doit regarder1 mais au dehors6 ,vous devez tre des expulss de toutes les patries et de tous les pays de vos anctres6 ,vous devez aimer le pays de vos enfants3 que cet amour soit votre nouvelle noblesse1 - le pays inexplor dans les mers lointaines1 c'est lui que j'ordonne vos voiles de chercher et de chercher encore6 ,vous devez racheter auprs de vos enfants d'tre les enfants de vos pres3 c'est ainsi que vous dlivrerez tout le pass6 ,je place au-dessus de vous cette table nouvelle6 #ac4 ,pourquoi vivre8 tout est vain6 ,vivre - c'est battre de la paille2 vivre - c'est se brler et ne pas arriver se chauffer4 - ,ces bavardages vieillis passent encore pour de la sagesse2 ils sont vieux1 ils sentent le renferm1 c'est pourquoi on les honore davantage4 ,la pourriture1 elle aussi1 rend noble4 - ,des enfants peuvent ainsi parler3 ils craignent le feu car le feu les a brls6 ,il y a beaucoup d'enfantillage dans les vieux livres de la sagesse4 ,et celui qui bat toujours la paille comment aurait-il le droit de se moquer lorsqu'on bat le bl8 ,on devrait billonner de tels fous6 ,ceux-l se mettent table et n'apportent rien1 pas mme une bonne faim3 - et maintenant ils blasphment3 ,tout est vain6 ,mais bien manger et bien boire1 mes frres1 cela n'est en vrit pas un art vain6 ,brisez1 brisez-moi les tables des ternellement mcontents6 #ad4 ,pour les purs1 tout est pur - ainsi parle le peuple4 ,mais moi je vous dis3 pour les porcs1 tout est porc6 ,c'est pourquoi les exalts et les humbles1 qui inclinent leur coeur1 prchent ainsi3 ,le monde lui-mme est un monstre fangeux4 ,car tous ceux-l ont l'esprit malpropre2 surtout ceux qui n'ont ni trve ni repos qu'ils n'aient vu le monde par derrire1 - ces hallucins de l'arrire-monde6 ,c'est eux que je le dis en plein visage1 quoique cela choque la biensance3 en ceci le monde ressemble l'homme1 il a un derrire1 - ceci est vrai6 ,il y a dans le monde beaucoup de fange3 ceci est vrai6 mais ce n'est pas cause de cela que le monde est un monstre fangeux6 ,la sagesse veut qu'il y ait dans le monde beaucoup de choses qui sentent mauvais3 le dgot lui-mme cre des ailes et des forces qui pressentent des sources6 ,les meilleurs ont quelque chose qui dgote2 et le meilleur mme est quelque chose qui doit tre surmont6 - mes frres6 il est sage qu'il y ait beaucoup de fange dans le monde6 - #ae4 ,j'ai entendu de pieux hallucins de l'arrire-monde dire leur conscience des paroles comme celle-ci et1 en vrit1 sans malice ni raillerie1 - quoiqu'il n'y ait rien de plus faux sur la terre1 ni rien de pire4 ,laissez donc le monde tre le monde6 ,ne remuez mme pas le petit doigt contre lui6 ,laissez les gens se faire trangler par ceux qui voudront1 laissez-les se faire gorger1 frapper1 maltraiter et corcher3 ne remuez mme pas le petit doigt pour vous y opposer4 ,cela leur apprendre renoncer au monde4 ,et ta propre raison tu devrais la ravaler et l'gorger2 car cette raison est de ce monde2 - ainsi tu apprendrais toi-mme renoncer au monde4 - ,brisez1 brisez-moi1 mes frres1 ces vieilles tables des dvots6 ,brisez dans vos bouches les paroles des calomniateurs du monde6 #af4 ,qui apprend beaucoup1 dsapprend tous les dsirs violents - c'est ce qu'on se murmure aujourd'hui dans toutes les rues obscures4 ,la sagesse fatigue1 rien ne vaut la peine2 tu ne dois pas convoiter6 - j'ai trouv suspendue cette nouvelle table1 mme sur les places publiques4 ,brisez1 mes frres1 brisez mme cette nouvelle table6 ,les gens fatigus du monde l'ont suspendue1 les prtres de la mort et les estafiers3 car voici1 c'est aussi un appel la servilit6 - ,ils ont mal appris et ils n'ont pas appris les meilleures choses1 tout trop tt en tout trop vite3 ils ont mal mang1 c'est ainsi qu'ils se sont gt l'estomac1 - car leur esprit est un estomac gt3 c'est lui qui conseille la mort6 ,car1 en vrit1 mes frres1 l'esprit est un estomac6 ,la vie est une source de joie3 mais pour celui qui laisse parler son estomac gt1 le pre de la tristesse1 toutes les sources sont empoisonnes4 ,connatre3 c'est une joie pour celui qui a la volont du lion4 ,mais celui qui est fatigu est sous l'empire d'une volont trangre1 toutes les vagues jouent avec lui4 ,et c'est ainsi que font tous les hommes faibles3 ils se perdent sur leurs chemins4 ,et leur lassitude finit par demander3 ,pourquoi avons-nous jamais suivi ce chemin8 ,tout est gal6 ,c'est eux qu'il est agrable d'entendre prcher3 ,rien ne vaut la peine6 ,vous ne devez pas vouloir6 ,ceci cependant est un appel la servilit4 ,o mes frres6 ,zarathoustra arrive comme un coup de vent frais pour tous ceux qui sont fatigus de leur chemin2 bien des nez ternueront cause de lui6 ,mon haleine souffle aussi travers les murs dans les prisons et dans les esprits prisonniers6 ,la volont dlivre3 car la volont est cratrice2 c'est l ce que j'enseigne4 ,et ce n'est que pour crer qu'il vous faut apprendre6 ,et c'est aussi de moi seulement qu'il vous faut apprendre apprendre1 bien apprendre6 - ,que celui qui a des oreilles entende4 #ag4 ,la barque est prte1 - elle vogue vers l-bas1 peut-tre vers le grand nant4 - ,mais qui veut s'embarquer vers ce peut-tre8 ,personne de vous ne veut s'embarquer sur la barque de mort6 ,pourquoi voulez-vous alors tre fatigus du monde6 ,fatigus du monde6 ,avant d'tre ravis la terre4 ,je vous ai toujours trouvs dsireux de la terre1 amoureux de votre propre fatigue de la terre6 ,ce n'est pas en vain que vous avez la lvre pendante3 un petit souhait terrestre lui pse encore6 ,et ne flotte-t-il dans votre regard pas un petit nuage de joie terrestre que vous n'avez pas encore oublie8 ,il y a sur terre beaucoup de bonnes inventions1 les unes utiles1 les autres agrables3 c'est pourquoi il faut aimer la terre4 ,et quelques inventions sont si bonnes qu'elles sont comme le sein de la femme1 la fois utiles et agrables4 ,mais vous autres qui tes fatigus du monde et paresseux6 ,il faut vous caresser de verges6 coups de verges il faut vous rendre les jambes alertes4 ,car si vous n'tes pas des malades et des cratures uses1 dont la terre est fatigue1 vous tes de russ paresseux ou bien des jouisseurs1 des chats gourmands et sournois4 ,et si vous ne voulez pas recommencer courir joyeusement1 vous devez - disparatre6 ,il ne faut pas vouloir tre le mdecin des incurables3 ainsi enseigne ,zarathoustra3 disparaissez donc6 ,mais il faut plus de courage pour faire une fin1 qu'un vers nouveau3 c'est ce que savent tous les mdecins et tous les potes4 - #ah4 ,o mes frres1 il y a des tables cres par la fatigue et des tables cres par la paresse1 la paresse pourrie3 quoiqu'elles parlent de la mme faon1 elles veulent tre coutes de faons diffrentes4 - ,voyez cet homme langoureux6 ,il n'est plus loign de son but que d'un empan1 mais1 cause de sa fatigue1 il s'est couch1 boudeur1 dans le sable3 ce brave6 ,il bille de fatigue1 fatigu de son chemin1 de la terre1 de son but et de lui-mme3 il ne veut pas faire un pas de plus1 - ce brave6 ,maintenant le soleil darde ses rayons sur lui1 et les chiens voudraient lcher sa sueur3 mais il est couch l dans son enttement et prfre se consumer3 - se consumer un empan de son but6 ,en vrit1 il faudra vous le tiriez par les cheveux vers son ciel1 - ce hros6 ,en vrit1 il vaut mieux que vous le laissiez l o il s'est couch1 pour que le sommeil lui vienne1 le sommeil consolateur1 avec un bruissement de pluie rafrachissante3 ,laissez-le coucher jusqu' ce qu'il se rveille de lui-mme1 - jusqu' ce qu'il rfute de lui-mme toute fatigue et tout ce qui en lui enseigne la fatigue6 ,mais chassez loin de lui1 mes frres1 les chiens1 les paresseux sournois1 et toute cette vermine grouillante3 - toute la vermine grouillante des gens cultivs qui se nourrit de la sueur des hros6 - #ai4 ,je trace des cercles autour de moi et de saintes frontires2 il y en a toujours moins qui montent avec moi sur des montagnes toujours plus hautes3 j'lve une chane de montagnes toujours plus saintes4 - ,mais o que vous vouliez monter avec moi1 mes frres3 veillez ce qu'il n'y ait pas de parasites qui montent avec vous6 ,un parasite3 c'est un ver rampant et insinuant1 qui veut s'engraisser de tous vos recoins malades et blesss4 ,et ceci est son art de deviner o les mes qui montent sont fatigues3 c'est dans votre affliction et dans votre mcontentement1 dans votre fragile pudeur1 qu'il construit son nid rpugnant4 ,l o le fort est faible1 l o le noble est trop indulgent1 - c'est l qu'il construit son nid rpugnant3 le parasite habite o le grand a de petits recoins malades4 ,quelle est la plus haute espce chez l'tre et quelle est l'espce la plus basse8 ,le parasite est la plus basse espce1 mais celui qui est la plus haute espce nourrit le plus de parasites4 ,car l'me qui a la plus longue chelle et qui peut descendre le plus bas3 comment ne porterait-elle pas sur elle le plus de parasites8 - l'me la plus vaste qui peut courir1 au milieu d'elle-mme s'garer et errer le plus loin1 celle qui est la plus ncessaire1 qui se prcipite par plaisir dans le hasard3 - l'me qui est1 qui plonge dans le devenir2 l'me qui possde1 qui veut entrer dans le vouloir et dans le dsir3 - l'me qui se fuit elle-mme et qui se rejoint elle-mme dans le plus large cercle2 l'me la plus sage que la folie invite le plus doucement3 - l'me qui s'aime le plus elle-mme1 en qui toutes choses ont leur monte et leur descente1 leur flux et leur reflux3 - comment la plus haute me n'aurait-elle pas les pires parasites8 #bj4 ,o mes frres1 suis-je donc cruel8 ,mais je vous dis3 ce qui tombe il faut encore le pousser6 ,tout ce qui est d'aujourd'hui - tombe et se dcompose2 qui donc voudrait le retenir8 ,mais moi - moi je veux encore le pousser6 ,connaissez-vous la volupt qui prcipite les roches dans les profondeurs pic6 - ,ces hommes d'aujourd'hui3 regardez donc comme il roulent dans mes profondeurs6 ,je suis un prlude pour de meilleurs joueurs1 mes frres6 un exemple6 ,faites selon mon exemple6 ,et s'il y a quelqu'un qui vous n'appreniez pas voler1 apprenez-lui du moins - tomber plus vite6 - #ba4 ,j'aime les braves3 mais il ne suffit pas d'tre bon sabreur1 - il faut aussi savoir qui l'on frappe6 ,et souvent il y a plus de bravoure s'abstenir et passer3 afin de se rserver pour un ennemi plus digne6 ,vous ne devez avoir que des ennemis dignes de haine1 mais point d'ennemis dignes de mpris3 il faut que vous soyez fiers de votre ennemi3 c'est ce que j'ai enseign une fois dj4 ,il faut vous rserver pour un ennemi plus digne1 mes amis3 c'est pourquoi il y en a beaucoup devant lesquels il faut passer1 - surtout devant la canaille nombreuse qui vous fait du tapage l'oreille en vous parlant du peuple et des nations4 ,gardez vos yeux de leur pour et de leur contre6 ,il y a l beaucoup de justice et d'injustice3 celui qui est spectateur se fche4 ,etre spectateur et frapper dans la masse - c'est l'oeuvre d'un instant3 c'est pourquoi allez-vous-en dans les forts et laissez reposer votre pe6 ,suivez vos chemins6 ,et laissez les peuples et les nations suivre les leurs6 - des chemins obscurs1 en vrit1 o nul espoir ne scintille plus6 ,que l'picier rgne1 l o tout ce qui brille - n'est plus qu'or d'picier6 ,ce n'est plus le temps des rois3 ce qui aujourd'hui s'appelle peuple ne mrite pas de roi4 ,regardez donc comme ces nations imitent maintenant elles-mmes les piciers3 elles ramassent les plus petits avantages dans toutes les balayures6 ,elles s'pient1 elles s'imitent1 - c'est ce qu'elles appellent bon voisinage4 ,o bienheureux temps1 temps lointain o un peuple se disait3 c'est sur d'autres peuples que je veux tre - matre6 ,car1 mes frres1 ce qu'il y a de meilleur doit rgner1 ce qu'il y a de meilleur veut aussi rgner6 ,et o il y a une autre doctrine1 ce qu'il a de meilleur - fait dfaut4 #bb4 ,si ceux-ci - avaient le pain gratuit1 malheur eux6 ,aprs quoi crieraient-ils8 ,de quoi s'entretiendraient-ils si ce n'tait de leur entretien8 et il faut qu'ils aient la vie dure6 ,ce sont des btes de proie3 dans leur travail - il y a aussi du rapt2 dans leur gain - il y a aussi de la ruse6 ,c'est pourquoi il faut qu'ils aient la vie dure6 ,il faut donc qu'ils deviennent de meilleures btes de proie1 plus fines et plus ruses1 des btes plus semblables l'homme3 car l'homme est la meilleure bte de proie4 ,l'homme a dj pris leurs vertus toutes les btes1 c'est pourquoi1 de tous les animaux1 l'homme a eu la vie la plus dure4 ,seuls les oiseaux sont encore au-dessus de lui4 ,et si l'homme apprenait aussi voler1 malheur lui6 quelle hauteur - sa rapacit volerait-elle6 #bc4 ,c'est ainsi que je veux l'homme et la femme3 l'un apte la guerre1 l'autre apte engendrer1 mais tous deux aptes danser avec la tte et les jambes4 ,et que chaque jour o l'on n'a pas dans une fois au moins soit perdu pour nous6 ,et que toute vrit qui n'amne pas au moins une hilarit nous semble fausse6 #bd4 ,veillez la faon dont vous concluez vos mariages1 veillez ce que ce ne soit pas une mauvaise conclusion6 ,vous avez conclu trop tt3 il s'en suit donc - une rupture6 ,et il vaut mieux encore rompre le mariage que de se courber et de mentir6 - ,voil ce qu'une femme m'a dit3 ,il est vrai que j'ai bris les liens du mariage1 mais les liens du mariage m'avaient d'abord brise - moi6 ,j'ai toujours trouv que ceux qui taient mal assortis taient altrs de la pire vengeance3 ils se vengent sur tout le monde de ce qu'ils ne peuvent plus marcher sparment4 ,c'est pourquoi je veux que ceux qui sont de bonne foi disent3 ,nous nous aimons3 veillons nous garder en affection6 ,ou bien notre promesse serait-elle une mprise6 - ,donnez-nous un dlai1 une petite union pour que nous voyions si nous sommes capables d'une longue union6 ,c'est une grande chose que d'tre toujours deux6 ,c'est ainsi que je conseille tous ceux qui sont de bonne foi2 et que serait donc mon amour du ,surhumain et de tout ce qui doit venir si je conseillais et si je parlais autrement6 ,il ne faut pas seulement vous multiplier1 mais vous lever - mes frres1 que vous soyez aids en cela par le jardin du mariage4 #be4 ,celui qui a acquis l'exprience des anciennes origines finira par chercher les sources de l'avenir et des origines nouvelles4 - ,o mes frres1 il ne se passera plus beaucoup de temps jusqu' ce que jaillissent de nouveaux peuples1 jusqu' ce que de nouvelles sources mugissent dans leurs profondeurs4 ,car le tremblement de terre - c'est lui qui enfouit bien des fontaines et qui cre beaucoup de soif3 il lve aussi la lumire les forces intrieures et les mystres4 ,le tremblement de terre rvle des sources nouvelles4 ,dans le cataclysme de peuples anciens1 des sources nouvelles font irruption4 ,et celui qui s'crie3 ,regardez donc1 voici une fontaine pour beaucoup d'altrs1 un coeur pour beaucoup de langoureux1 une volont pour beaucoup d'instruments3 - c'est autour de lui que s'assemble un peuple1 c'est--dire beaucoup d'hommes qui essayent4 ,qui sait commander et qui doit obir - c'est ce que l'on essaie l4 ,hlas6 avec combien de recherches1 de divinations1 de conseils1 d'expriences et de tentatives nouvelles6 ,la socit humaine est une tentative1 voil ce que j'enseigne1 - une longue recherche2 mais elle cherche celui qui commande6 - une tentative1 mes frres6 et non un contrat6 ,brisez1 brisez-moi de telles paroles qui sont des paroles de coeurs lches et des demi-mesures6 #bf4 ,o mes frres6 o est le plus grand danger de tout avenir humain8 ,n'est-ce pas chez les bons et les justes6 - chez ceux qui parlent et qui sentent dans leur coeur3 ,nous savons dj ce qui est bon et juste1 nous le possdons aussi2 malheur ceux qui veulent encore chercher sur ce domaine6 ,et quel que soit le mal que puissent faire les mchants3 le mal que font les bons est le plus nuisible des maux6 ,et quel que soit le mal que puissent faire les calomniateurs du monde2 le mal que font les bons est le plus nuisible des maux6 ,o mes frres1 un jour quelqu'un a regard dans le coeur des bons et des justes et il a dit3 ,ce sont les pharisiens4 ,mais on ne le comprit point4 ,les bons et les justes eux-mmes ne devaient pas le comprendre3 leur esprit est prisonnier de leur bonne conscience4 ,la btise des bons est une sagesse insondable4 ,mais ceci est la vrit3 il faut que les bons soient des pharisiens1 - ils n'ont pas de choix6 ,il faut que les bons crucifient celui qui s'invente sa propre vertu6 ,ceci est la vrit6 ,un autre cependant qui dcouvrit leur pays1 - le pays1 le coeur et le terrain des bons et des justes3 ce fut celui qui demanda3 ,qui hassent-ils le plus8 ,c'est le crateur qu'ils hassent le plus3 celui qui brise des tables et de vieilles valeurs1 le briseur1 - c'est lui qu'ils appellent criminel4 ,car les bons ne peuvent pas crer3 ils sont toujours le commencement de la fin3 - ils crucifient celui qui crit des valeurs nouvelles sur des tables nouvelles1 ils sacrifient l'avenir pour eux-mmes1 ils crucifient tout l'avenir des hommes6 ,les bons - furent toujours le commencement de la fin4 - #bg4 ,o mes frres1 avez-vous aussi compris cette parole8 et ce que j'ai dit un jour du dernier homme8 - ,chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour l'avenir des hommes8 ,n'est-ce pas chez les bons et les justes8 ,brisez1 brisez-moi les bons et les justes6 ,o mes frres1 avez-vous aussi compris cette parole8 #bh4 ,vous fuyez devant moi8 ,vous tes effrays8 ,vous tremblez devant cette parole8 ,o mes frres1 ce n'est que lorsque vous ai dit de briser les bons et les tables des bons1 que j'ai embarqu l'homme sur la pleine mer4 ,et c'est maintenant seulement que lui vient la grande terreur1 le grand regard circulaire1 la grande maladie1 le grand dgot1 le grand mal de mer4 ,les bons vous ont montr des ctes trompeuses et de fausses scurits2 vous tiez ns dans les mensonges des bons et vous vous y tes abrits4 ,les bons ont fauss et dnatur toutes choses jusqu' la racine4 ,mais celui qui dcouvrit le pays homme1 dcouvrit en mme temps le pays l'avenir des hommes4 ,maintenant vous devez tre pour moi des matelots braves et patients6 ,marchez droit1 temps1 mes frres1 apprenez marcher droit6 ,la mer est houleuse3 il y en a beaucoup qui ont besoin de vous pour se redresser4 ,la mer est houleuse3 tout est dans la mer4 ,eh bien6 allez1 vieux coeurs de matelots6 ,qu'importe la patrie6 ,nous voulons faire voile vers l-bas1 vers le pays de nos enfants6 au large4 ,l-bas1 plus fougueux que la mer1 bouillonne notre grand dsir4 #bi4 ,pourquoi si dur8 - dit un jour au diamant le charbon de cuisine2 ne sommes-nous pas proches parents8- ,pourquoi si mous8 ,o mes frres1 je vous le demande3 n'tes-vous donc pas - mes frres8 ,pourquoi si mous1 si flchissants1 si mollissants8 ,pourqoui y a-t-il tant de reniement1 tant d'abngation dans votre coeur8 si peu de destine dans votre regard8 ,et si vous ne voulez pas tre des destines1 des inexorables3 comment pourriez-vous un jour vaincre avec moi8 ,et si votre duret ne veut pas tinceler1 et trancher1 et inciser3 comment pourriez-vous un jour crer avec moi8 ,car les crateurs sont durs4 ,et cela doit vous sembler batitude d'empreindre votre main en des sicles1 comme en de la cire molle1 - batitude d'crire sur la volont des millnaires1 comme sur de l'airain1 - plus dur que de l'airain1 plus noble que l'airain4 ,le plus dur seul est le plus noble4 ,o mes frres1 je place au-dessus de vous cette table nouvelle3 ,,devenez ,,durs6 #cj4 ,o toi ma volont6 ,trve de toute misre1 toi ma ncessit6 ,garde moi de toutes les petites victoires6 ,hasard de mon me que j'appelle destine6 ,toi qui es en moi et au-dessus de moi6 ,garde-moi et rserve-moi pour une grande destine6 ,et ta dernire grandeur1 ma volont1 conserve-la pour la fin1 - pour que tu sois implacable dans ta victoire6 ,hlas6 qui ne succombe pas sa victoire6 ,hlas6 quel oeil ne s'est pas obscurci dans cette ivresse de crpuscule8 ,hlas6 quel pied n'a pas trbuch et n'a pas dsappris la marche dans la victoire6 - ,pour qu'un jour je sois prt det mr lors du grand ,midi3 prt et mr comme l'airain chauff a blanc1 comme le nuage gros d'clairs et le pis gonfl de lait3 - prt moi-mme et ma volont la plus cache3 un arc qui brle de connatre sa flche1 une flche qui brle de connatre son toile3 - une toile prte et mre dans son midi1 ardente et transperce1 bienheureuse de la flche cleste qui la dtruit3 - soleil elle-mme et implacable volont de soleil1 prte dtruire dans la victoire6 ,o volont6 trve de toute misre1 toi ma ncessit6 ,rserve-moi pour une grande victoire6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,convalescent #a4 ,un matin1 peu de temps aprs son retour dans sa caverne1 ,zarathoustra s'lana de sa couche comme un fou1 se mit crier d'une voix formidable1 gesticulant comme s'il y avait sur sa couche un ,autre que lui et qui ne voulait pas se lever2 et la voix de ,zarathoustra retentissait de si terrible manire que ses animaux effrays s'approchrent de lui et que de toutes les grottes et de toutes les fissures qui avoisinaient la caverne de ,zarathoustra1 tous les animaux s'enfuirent1 - volant1 voltigeant1 rampant et sautant1 selon qu'ils avaient des pieds ou des ailes4 ,mais ,zarathoustra pronona ces paroles3 ,debout1 pense vertigineuse1 surgis du plus profond de mon tre6 ,je suis ton chant du coq et ton aube matinale1 dragon endormi2 lve-toi6 ,ma voix finira bien par te rveiller6 ,arrache les tampons de tes oreilles3 coute6 ,car je veux que tu parles6 ,lve-toi6 ,il y a assez de tonnerre ici pour que mme les tombes apprennent entendre6 ,frotte tes yeux1 afin d'en chasser le sommeil1 toute myopie et tout aveuglement4 ,ecoute-moi aussi avec tes yeux3 ma voix est un remde1 mme pour ceux qui sont ns aveugles4 ,et quand une fois tu serras veill1 tu le resteras jamais4 ,ce n'est pas mon habitude de tirer de leur sommeil d'antiques aeules1 pour leur dire - de se rendormir6 ,tu bouges1 tu t'tires et tu rles8 ,debout6 debout6 ce n'est point rler - mais parler qu'il te faut6 ,zarathoustra t'appelle1 ,zarathoustra l'impie6 ,moi ,zarathoustra1 l'affirmateur de la vie1 l'affirmateur de la douleur1 l'affirmateur du cercle ternel - c'est toi que j'appelle1 toi la plus profonde de mes penses6 ,o joie6 ,tu viens1 - je t'entends6 ,mon abme parle4 ,j'ai retourn vers la lumire ma dernire profondeur6 ,o joie6 ,viens ici6 ,donne-moi la main - ,ah6 ,laisse6 ,ah6 ,ah6 - dgot6 dgot6 dgot6 - ,malheur moi6 #b4 ,mais peine ,zarathoustra avait-il dit ces mots qu'il s'effondra terre tel un mort1 et il resta longtemps comme mort4 ,lorsqu'il revint lui1 il tait ple et tremblant1 et il resta couch et longtemps il ne voulut ni manger ni boire4 ,il reste en cet tat pendant sept jours2 ses animaux cependant ne le quittrent ni le jour ni la nuit1 si ce n'est que l'aigle prenait parfois son vol pour chercher de la nourriture4 ,et il dposait sur la couche de ,zarathoustra tout ce qu'il ramenait dans ses serres3 en sorte que ,zarathoustra finit par tre couch sur un lit de baies jaunes et rouges1 de grappes1 de pommes d'api1 d'herbes odorantes et de pommes de pins4 ,mais ses pieds1 deux brebis que l'aigle avait drobes grand'peine leurs bergers taient tendues4 ,enfin1 aprs sept jours1 ,zarathoustra se redressa sur sa couche1 prit une pomme d'api dans la main1 se mit la flairer et trouva son odeur agrable4 ,alors les animaux crurent que l'heure tait venue de lui parler4 ,o ,zarathoustra1 dirent-ils1 voici sept jours que tu gis ainsi les yeux appesantis3 ne veux-tu pas enfin te remettre sur tes jambes8 ,sors de ta caverne3 le monde t'attend comme un jardin4 ,le vent se joue des lourds parfums qui veulent venir toi2 et tous les ruisseaux voudraient courir toi4 ,toutes les choses soupirent aprs toi1 alors que toi tu est rest seul pendant sept jours1 - sors de ta caverne6 ,toutes les choses veulent tre mdecins6 ,une nouvelle certitude est-elle venue vers toi1 lourde et charge de ferment8 ,tu t'es couch l comme une pte qui lve1 ton me se gonflait et dbordait de tous ses bords4- - ,o mes animaux1 rpondit ,zarathoustra1 continuez babiller ainsi et laissez-moi couter6 ,votre babillage me rconforte3 o l'on babille1 le monde me semble tendu devant moi comme un jardin4 ,quelle douceur n'y a-t-il pas dans les mots et les sons6 les mots et les sons ne sont-ils pas les arcs-en-ciel et des ponts illusoires jets entre des tres jamais spars8 ,a chaque me appartient un autre monde1 pour chaque me toute autre me est un arrire-monde4 ,c'est entre les choses les plus semblables que mentent les plus beaux mirages2 car les abmes les plus troits sont plus les difficiles franchir4 ,pour moi - comment y aurait-il quelque chose en dehors de moi8 ,il n'y pas de non-moi6 ,mais tous les sons nous font oublier cela2 comme il est doux que nous puissions l'oublier6 ,les noms et les sons n'ont-ils pas t donns aux choses1 pour que l'homme s'en rconforte8 ,n'est-ce pas une douce folie que le langage3 en parlant l'homme danse sur toutes les choses4 ,comme toute parole est douce1 comme tous les mensonges des sons paraissent doux6 ,les sons font danser notre amour sur des arcs-en-ciel diaprs4 - - ,o ,zarathoustra 1 dirent alors les animaux1 pour ceux qui pensent comme nous1 ce sont les choses elles-mmes qui dansent3 tout vient et se tend la main1 et rit1 et s'enfuit - et revient4 ,tout va1 tout revient1 la roue de l'existence tourne ternellement4 ,tout meurt1 tout refleurit1 le cycle de l'existence se poursuit ternellement4 ,tout se brise1 tout s'assemble nouveau2 ternellement se btit le mme difice de l'existence4 ,tout se spare1 tout se salue de nouveau2 l'anneau de l'existence se reste ternellement fidle lui-mme4 ,a chaque moment commence l'existence2 autour de chaque ici se dploie la sphre l-bas4 ,le centre est partout4 ,le sentier de l'ternit est tortueux4 - - ,o espigles que vous tes1 serinettes6 ,rpondit ,zarathoustra en souriant de nouveau1 comme vous saviez bien ce qui devait s'accomplir en sept jours3 - et comme ce monstre s'est gliss au fond de ma gorge pour m'touffer6 ,mais d'un coup de dent je lui ai coup la tte et je l'ai crache loin de moi4 ,et vous1 - vous en avez dj fait une rengaine6 ,mais maintenant je suis couch l1 fatigu d'avoir mordu et d'avoir crach1 malade encore de ma propre dlivrance4 ,et vous avez t spectateurs de tout cela8 ,o mes animaux1 tes-vous donc cruels1 vous aussi8 ,avez-vous voulu contempler ma grande douleur comme font les hommes8 ,car l'homme est le plus cruel de tous les animaux4 ,c'est en assistant des tragdies1 des combats de taureaux et des crucifixions que1 jusqu' prsent1 il s'est senti plus l'aise sur la terre2 et lorsqu'il s'inventa l'enfer1 ce fut1 en vrit1 son paradis sur la terre4 ,quand le grand homme crie3 - aussitt le petit accourt ses cts2 et l'envie lui fait pendre la langue hors de la bouche4 ,mais il appelle cela sa compassion4 ,voyez le petit homme1 le pote surtout - avec combien d'ardeur ses paroles accusent-elles la vie6 ,ecoutez-le1 mais n'oubliez pas d'entendre le plaisir qu'il y a dans toute accusation6 ,ces accusateurs de la vie3 la vie1 d'une oeillade1 en a raison4 ,tu m'aimes8 dit-elle1 l'effronte2 attends un peu1 je n'ai pas encore le temps pour toi4 ,l'homme est envers lui-mme l'animal le plus cruel2 et1 chez tous ceux qui s'appellent pcheurs1 porteurs de croix et pnitents1 n'oubliez pas d'entendre la volupt qui se mle leurs plaintes et leurs accusations6 ,et moi-mme - est-ce que je veux tre par l l'accusateur de l'homme8 ,hlas6 mes animaux1 le plus grand mal est ncessaire pour le plus grand bien de l'homme1 c'est la seule chose que j'ai apprise jusqu' prsent1 - le plus grand mal est la meilleure part de la force de l'homme1 la pierre la plus dure pour le crateur suprme2 il faut que l'homme devienne meilleur et plus mchant3 - ,je n'ai pas t attach cette croix1 qui est de savoir que l'homme est mchant1 mais j'ai cri comme personne encore n'a cri3 ,hlas6 pourquoi sa pire mchancet est-elle si petite6 ,hlas6 pourquoi sa meilleure bont est-elle si petite6 ,le grand dgot de l'homme - c'est ce dgot qui m'a touff et qui m'tait entr dans le gosier2 et aussi ce qu'avait prdit le devin3 ,tout est gal rien ne vaut la peine1 le savoir touffe6 ,un long crpuscule se tranait en boitant devant moi1 une tristesse fatigue et ivre jusqu' la mort1 qui disait d'une voix coupe de billements3 ,il reviendra ternellement1 l'homme dont tu est fatigu1 l'homme petit - ainsi billait ma tristesse1 tranant la jambe sans pouvoir s'endormir4 ,la terre humaine se transformait pour moi en caverne1 son sein se creusait1 tout ce qui tait vivant devenait pour moi pourriture1 ossements humains et pass en ruines4 ,mes soupirs se penchaient sur toutes les tombes humaines et ne pouvaient plus les quitter2 mes soupirs et mes questions coassaient1 touffaient1 rongeaient et se plaignaient jour et nuit3 - ,hlas6 l'homme reviendra ternellement6 ,l'homme petit reviendra ternellement6 - ,je les ai vus nus jadis1 le plus grand et le plus petit des hommes3 trop semblables l'un l'autre1 - trop humains1 mme le plus grand6 ,trop petit le plus grand6 - ,ce fut l ma lassitude de l'homme6 ,et l'ternel retour1 mme du plus petit6 - ,ce fut l ma lassitude de toute existence6 ,hlas6 dgot6 dgot6 dgot6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra 1 soupirant et frissonnant1 car il se souvenait de sa maladie4 ,mais alors ses animaux ne le laissrent pas continuer4 ,cesse de parler1 convalescent6 - ainsi lui rpondirent ses animaux1 mais sors d'ici1 va o t'attend le monde1 semblable un jardin4 ,va auprs des rosiers1 des abeilles et des essaims de colombes6 va surtout auprs des oiseaux chanteurs3 afin d'apprendre leur chant6 ,car le chant convient aux convalescents2 celui qui se porte bien parle plutt4 ,et si celui qui se porte bien veut des chants1 c'en seront d'autres cependant que ceux du convalescent4 - ,o espigles que vous tes1 serinettes1 taisez-vous donc6 - rpondit ,zarathoustra en riant de ses animaux4 ,comme vous savez bien quelle consolation je me suis invente pour moi-mme en sept jours6 ,qu'il me faille chanter de nouveau1 c'est l la consolation que j'ai invente pour moi1 c'est l la gurison4 ,voulez-vous donc aussi faire de cela une rengaine8 - ,cesse de parler1 lui rpondirent derechef ses animaux2 toi qui es convalescent1 apprte-toi plutt une lyre1 une lyre nouvelle6 ,car vois donc1 ,zarathoustra6 ,pour tes chants nouveaux1 il faut une lyre nouvelle4 ,chante1 ,zarathoustra et que tes chants retentissent comme une tempte1 guris ton me avec des chants nouveaux3 afin que tu puisses porter ta grande destine qui ne fut encore la destine de personne6 ,car tes animaux savent bien qui tu es1 ,zarathoustra1 et ce que tu dois devenir3 voici1 tu es le prophte de l'ternel retour des choses1 - ceci est maintenant ta destine6 ,qu'il faille que tu enseignes le premier cette doctrine1 - comment cette grande destine ne serait-elle pas aussi ton plus grand danger et ta pire maladie6 ,vois1 nous savons ce que tu enseignes3 que toutes les choses reviennent ternellement et que nous revenons nous-mmes avec elles1 que nous avons dj t l une infinit de fois et que toutes choses ont t avec nous4 ,tu enseignes qu'il y a une grande anne du devenir1 un monstre de grande anne3 il faut que1 semblable un sablier1 elle se retourne sans cesse nouveau1 pour s'couler et se vider nouveau3 - en sorte que toutes ces annes se ressemblent entre elles1 en grand et aussi en petit1 - en sorte que nous sommes nous-mmes semblables nous-mmes1 dans cette grande anne1 en grand et aussi en petit4 ,et si tu voulais mourir prsent1 ,zarathoustra3 voici1 nous savons aussi comment tu te parlerais toi-mme3 - mais tes animaux te supplient de ne pas mourir encore6 ,tu parlerais sans trembler et tu pousserais plutt un soupir d'allgresse3 car un grand poids et une grande angoisse seraient enlevs de toi1 de toi qui es le plus patient6 - ,maintenant je meurs et je disparais1 dirais-tu1 et dans un instant je ne serai plus rien4 ,les mes sont aussi mortelles que les corps4 ,mais un jour reviendra le rseau des causes o je suis enserr1 - il me recrera6 ,je fais moi-mme partie des causes de l'ternel retour des choses4 ,je reviendrai avec ce soleil1 avec cette terre1 avec cet aigle1 avec ce serpent - non pas pour une vie nouvelle1 ni pour une vie meilleure ou semblable3 - je reviendrai ternellement pour cette mme vie1 identiquement pareille1 en grand et aussi en petit1 afin d'enseigner de nouveau l'ternel retour de toutes choses1 - afin de proclamer nouveau la parole du grand ,midi de la terre et des hommes1 afin d'enseigner de nouveau aux hommes le venue du ,surhumain4 ,j'ai dit ma parole1 ma parole me brise3 ainsi le veut ma destine ternelle1 - je disparais en annonciateur6 ,l'heure est venue maintenant1 l'heure o celui qui disparat se bnit lui-mme4 ,ainsi - finit le dclin de ,zarathoustra4 - ,lorsque les animaux eurent prononc ces paroles1 ils se turent et attendirent que ,zarathoustra leur dit quelque chose3 mais ,zarathoustra n'entendait pas qu'ils se taisaient4 ,il tait tendu tranquille1 les yeux ferms1 comme s'il dormait1 quoiqu'il ne ft pas endormi3 car il s'entretenait avec son me4 ,le serpent cependant et l'aigle1 lorsqu'ils le trouvrent ainsi silencieux1 respectrent le grand silence qui l'entourait et se retirrent avec prcaution4 ,,du ,,grand ,d,,sir ,o mon me1 je t'ai appris dire aujourd'hui1 comme autrefois et jadis1 et danser ta ronde par-dessus tout ce qui tait ici1 l et l-bas4 ,o mon me1 je t'ai dlivre de tous les recoins1 j'ai loign de toi la poussire1 les araignes et le demi-jour4 ,o mon me1 j'ai lav de toit toute petite pudeur et la vertu des recoins et je t'ai persuad d'tre nue devant les yeux du soleil4 ,avec la tempte qui s'appelle esprit1 j'ai souffl sur ta mer houleuse2 j'en ai chass tous les nuages et j'ai mme trangl l'egorgeur qui s'appelle pch4 ,o mon me1 je t'ai donn le droit de dire non1 comme la tempte1 et de dire oui comme dit oui le ciel ouvert3 tu es maintenant calme comme la lumire et tu passes travers les temptes ngatrices4 ,o mon me1 je t'ai rendu la libert sur ce qui est cr et sur ce qui est incr3 et qui connat comme toi la volupt de l'avenir8 ,o mon me1 je t'ai enseign le mpris qui ne vient pas comme la vermoulure1 le grand mpris aimant qui aime le plus o il mprise le plus4 ,o mon me1 je t'ai appris persuader de telle sorte que les causes mmes se rendent ton avis3 semblable au soleil qui persuade mme la mer monter sa hauteur4 ,o mon me1 j'ai enlev de toi toute obissance1 toute gnuflexion et toute servilit2 je t'ai donn moi-mme le nom de trve de misre et de destine4 ,o mon me1 je t'ai donn des noms nouveaux et des jouets multicolores1 je t'ai appele destine1 et circonfrence des circonfrences1 et nombril du temps1 et cloche d'azur4 ,o mon me1 j'ai donn toute la sagesse boire ton domaine terrestre1 tous les vins nouveaux et aussi les vins de la sagesse1 les vins qui taient forts de temps immmorial4 ,o mon me1 j'ai vers sur toi toutes les clarts et toutes les obscurits1 tous les silences et tous les dsirs3 - alors tu as grandi pour moi comme un cep de vigne4 ,o mon me1 tu es l maintenant1 lourde et pleine d'abondance1 un cep de vigne aux mamelles gonfles1 charg de grappes de raisin pleines et d'un brun dor3 - pleine et crase de ton bonheur1 dans l'attente et dans l'abondance1 honteuse encore dans ton attente4 ,o mon me1 il n'y a maintenant plus nulle part d'me qui soit plus aimante1 plus enveloppante et plus large6 ,o donc l'avenir et le pass seraient-ils plus prs l'un de l'autre que chez toi8 ,o mon me1 je t'ai tout donn et toutes mes mains se sont dpouilles pour toi3 - et maintenant6 ,maintenant tu me dis en souriant1 pleine de mlancolie3 ,qui de nous deux doit dire merci8 - n'est-ce pas au donateur de remercier celui qui a accept d'avoir bien voulu prendre8 ,n'est-ce pas un besoin de donner8 ,n'est-ce pas - piti de prendre8 - ,o mon me1 je comprends le sourire de ta mlancolie3 ton abondance tend maintenant elle-mme las mains1 pleines de dsirs6 ,ta plnitude jette ses regards sur les mers mugissantes1 elle cherche et attend2 le dsir infini de la plnitude jette un regard travers le ciel souriant de tes yeux6 ,et1 en vrit1 mon me6 ,qui donc verrait ton sourire sans fondre en larmes8 ,les anges eux-mmes fondent en larmes cause de la trop grande bont de ton sourire4 ,c'est ta bont1 ta trop grande bont1 qui ne veut ni se lamenter1 ni pleurer3 et pourtant1 mon me1 ton sourire dsire les larmes1 et ta bouche tremblante les sanglots4 ,toute larme n'est-elle pas une plainte8 ,et toute plainte une accusation8 ,c'est ainsi que tu te parles toi-mme et c'est pourquoi tu prfres sourire1 mon me1 sourire que de rpandre ta peine - rpandre en des flots de larmes toute la peine que te cause ta plnitude et toute l'anxit de la vigne qui la fait soupirer aprs le vigneron et la serpe du vigneron6 ,mais si tu ne veux pas pleurer1 pleurer jusqu' l'puisement ta mlancolie de pourpre1 il faudra que tu chantes1 mon me6 - ,vois-tu1 je souris moi-mme1 moi qui t'ai prdit cela3 - chanter d'une voix mugissante1 jusqu' ce que toutes les mers deviennent silencieuses1 pour ton grand dsir1 - jusqu' ce que1 sur les mers silencieuses et ardentes1 plane la barque1 la merveille dore1 dont l'or s'entoure du sautillement de toutes les choses bonnes1 malignes et singulires3 - et de beaucoup d'animaux1 grands et petits1 et de tout ce qui a des jambes lgres et singulires1 pour pouvoir courir sur des sentiers de violettes1 - vers la merveille dore1 vers la barque volontaire et vers son matre3 mais c'est lui qui est le vigneron qui attend avec sa serpe de diamant1 - ton grand librateur1 mon me1 l'ineffable - pour qui seuls les chants de l'avenir sauront trouver des noms6 ,et1 en vrit1 dj ton haleine a le parfum des chants de l'avenir1 - dj tu brles et tu rves1 dj ta soif boit tous les puits consolateurs aux chos graves1 dj ta mlancolie se repose dans la batitude des chants de l'avenir6 - ,o mon me1 je t'ai tout donn1 et mme ce qui tait mon dernier bien1 et toutes mes mains se sont dpouilles pour toi3 - que je t'aie dit de chanter1 voici1 ce fut mon dernier don6 ,que je t'aie dit de chanter1 parle donc1 parle3 qui de nous deux maintenant doit dire - merci8 - ,mieux encore3 chante pour moi1 chante mon me6 ,et laisse-moi te remercier6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,l',,autre ,,chant ,,de ,,la ,,danse #a4 ,je viens de regarder dans tes yeux1 vie3 j'ai vu scintiller de l'or dans tes yeux nocturnes1 - cette volupt a fait cesser les battements de mon coeur4 - j'ai vu une barque d'or scintiller sur des eaux nocturnes1 un berceau dor qui enfonait1 tirait de l'eau et faisait signe6 ,tu jetais un regard vers mon pied fou de danse1 un regard berceur1 fondant1 riant et interrogateur3 deux fois seulement1 de tes petites mains1 tu remuas ta crcelle - et dj mon pied se dandinait1 ivre de danse4 - ,mes talons se cambraient1 mes orteils coutaient pour te comprendre3 le danseur ne porte-t-il pas son oreille - dans ses orteils6 ,c'est vers toi que j'ai saut3 alors tu t'es recule devant mon lan2 et c'est vers moi que sifflaient les languettes de tes cheveux fuyants et volants6 ,d'un bond je me suis recul de toi et de tes serpents3 tu te dressais dj demi dtourne1 les yeux pleins de dsirs4 ,avec des regards louches - tu m'enseignes des voies dtournes2 sur des voies dtournes mon pied apprend - des ruses6 ,je te crains quand tu es prs de moi1 je t'aime quand tu es loin de moi2 ta fuite m'attire1 tes recherches m'arrtent3 - je souffre1 mais1 pour toi1 que ne souffrirais-je pas volontiers6 ,toi1 dont la froideur allume1 dont la haine sduit1 dont la fuite attache1 dont les moqueries - meuvent3 - qui ne te harait pas1 grande lieuse1 enveloppeuse1 sduisante1 chercheuse qui trouve6 ,qui ne t'aimerait pas1 innocente1 impatiente1 htive pcheresse aux veux d'enfant6 ,o m'entranes-tu maintenant1 enfant modle1 enfant mutin8 ,et te voil qui me fuis de nouveau1 doux tourdi1 jeune ingrat6 ,je te suis en dansant1 mme sur une piste incertaine4 ,o es-tu8 ,donne-moi la main6 ,ou bien un doigt seulement6 ,il y a l des cavernes et des fourrs3 nous allons nous garer6 - ,halte6 ,arrte-toi6 ,ne vois-tu pas voltiger des hiboux et des chauves-souris8 ,toi1 hibou que tu es6 ,chauve-souris6 ,tu veux me narguer8 ,o sommes-nous8 ,c'est des chiens que tu as appris hurler et glapir4 ,aimablement tu claquais devant moi de tes petites dents blanches1 tes yeux mchants ptillent vers moi travers ta petite crinire boucle6 ,quelle danse par monts et par vaux6 je suis le chasseur3 - veux-tu tre mon chien ou mon chamois8 ,a ct de moi maintenant6 ,et plus vite que cela1 mchante sauteuse6 ,maintenant en haut6 ,et de l'autre ct6 - ,malheur moi6 ,en sautant je suis tomb moi-mme6 ,ah6 regarde comme je suis tendu6 regarde1 ptulante1 comme j'implore ta grce6 ,j'aimerais bien suivre avec toi - des sentiers plus agrables6 - les sentiers de l'amour1 travers de silencieux buissons multicolores6 ,ou bien l-bas1 ceux qui longent le lac3 des poissons dors y nagent et y dansent6 ,tu es fatigue maintenant8 ,il y a l-bas des brebis et des couchers de soleil3 n'est-il pas beau de dormir quand les bergers jouent de la flte8 ,tu es si fatigue8 ,je vais t'y porter1 laisse seulement flotter tes bras6 ,as-tu peut-tre soif8 - j'aurais bien quelque chose1 mais ta bouche n'en veut pas6 ,o ce maudit serpent1 cette sorcire glissante1 brusque et agile6 ,o t'es-tu fourre8 ,mais sur mon visage je sens deux marques de ta main1 deux taches rouges6 ,je suis vraiment fatigu d'tre toujours ton berger moutonnier6 ,sorcire6 j'ai chant pour toi jusqu' prsent1 maintenant pour moi tu dois - crier6 ,tu dois danser et crier au rythme de mon fouet6 ,je n'ai pourtant pas oubli le fouet8 - ,non6 - #b4 ,voil ce que me rpondit alors la vie1 en se bouchant ses dlicates oreilles3 ,o ,zarathoustra6 ,ne claque donc pas si pouvantablement de ton fouet6 ,tu le sais bien3 le bruit assassine les penses1 - et voil que me viennent de si tendres penses4 ,nous sommes tous les deux de vrais propres rien1 de vrais fainants4 ,c'est par del le bien et mal que nous avons trouv notre le et notre verte prairie - nous les avons trouves tout seuls nous deux6 ,c'est pourquoi il faut que nous nous aimions l'un l'autre6 ,et si mme nous ne nous aimons pas du fond du coeur1 - faut-il donc s'en vouloir1 quand on ne s'aime pas du fond du coeur8 ,et que je t'aime1 que je t'aime souvent de trop1 tu sais cela3 et la raison en est que je suis jaloux de ta sagesse4 ,ah6 cette vieille folle sagesse6 ,si ta sagesse se sauvait une fois de toi1 hlas6 vite mon amour1 lui aussi1 se sauverait de toi4 - ,alors la vie regarda pensive derrire elle et autour d'elle et elle dit voix basse3 ,o ,zarathoustra1 tu ne m'es pas assez fidle6 ,il s'en faut de beaucoup que tu ne m'aimes autant que tu le dis2 je sais que tu songes me quitter bientt4 ,il y a un vieux bourdon1 lourd1 trs lourd3 il sonne la nuit l-haut1 jusque dans ta caverne3 - quand tu entends cette cloche sonner les heures minuit1 tu songes me quitter entre une heure et minuit3 - tu y songes1 ,zarathoustra1 je sais que tu veux bientt m'abandonner6 - ,oui1 rpondis-je en hsitant1 mais tu le sais aussi - ,et je lui dis quelque chose l'oreille1 en plein dans ses touffes de cheveux embrouilles1 dans ses touffes jaunes et folles4 ,tu sais cela1 ,zarathoustra8 ,personne ne sait cela - ,et nous nous sommes regards1 nous avons jet nos regards sur la vertre prairie1 o passait la fracheur du soir1 et nous avons pleur ensemble4 - ,mais alors la vie m'tait plus chre que ne m'a jamais t toute ma sagesse4 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 #c4 ,un6 ,o homme prends garde6 ,deux6 ,que dit minuit profond8 ,trois6 ,j'ai dormi1 j'ai dormi -1 ,quatre6 ,d'un rve profond je me suis veill3 - ,cinq6 ,le monde est profond1 ,six6 ,et plus profond que ne pensait le jour4 ,sept6 ,profonde est sa douleur -1 ,huit6 ,la joie - plus profonde que l'affliction4 ,neuf6 ,la douleur dit3 ,passe et finis6 ,dix6 ,mais toute joie veut l'ternit - ,onze6 - veut la profonde ternit6 ,douze6 ,,les ,,sept ,,sceaux 7ou3 ,le chant de ,l',alpha et de ,l',omga7 #a4 ,si je suis un devin et plein de cet esprit divinatoire qui chemine sur une haute crte entre deux mers1 - qui chemine entre le pass et l'avenir1 comme un lourd nuage1 - ennemi de tous les touffants bas-fonds1 de tout ce qui est fatigu et qui ne peut ni mourir ni vivre3 prt l'clair dans le sein obscur1 prt au rayons de clart rdempteur1 gonfl d'clairs affirmateurs6 qui se rient de leur affirmation6 prt des foudres divinatrices3 - mais bienheureux celui qui est ainsi gonfl6 ,et1 en vrit1 il faut qu'il soit longtemps suspendu au sommet1 comme un lourd orage1 celui qui doit un jour allumer la lumire de l'avenir6 - ,o1 comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 - l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme qe qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #b4 ,si jamais ma colre a viol des tombes1 recul des bornes frontires et jet de vieilles tables brises dans des profondeurs pic3 ,si jamais ma moquerie a parpill des paroles dcrpites1 si je suis venu comme un balai pour les araignes1 et comme un vent purificateur pour les cavernes mortuaires1 vieilles et moisies3 ,si je me suis jamais assis plein d'allgresse1 l'endroit o sont enterrs des dieux anciens1 bnissant et aimant le monde1 ct des monuments d'anciens calomniateurs du monde3 - car j'aimerai mme les glises et les tombeaux des dieux1 quand le ciel regardera d'un oeil clair travers leurs votes brises2 j'aime tre assis sur les glises dtruites1 semblable l'herbe et au rouge pavot - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux - l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #c4 ,si jamais un souffle est venu vers moi1 un souffle de ce souffle crateur1 de cette ncessit divine qui force mme les hasards danser les danses d'toiles3 ,si jamais j'ai ri du rire de l'clair crateur que suit en grondant1 mais avec obissance1 le long tonnerre de l'action3 ,si jamais j'ai jou aux ds avec des dieux1 la table divine de la terre1 en sorte que la terre tremblait et se brisait1 soufflant en l'air des fleuves de flammes3 - car la terre est une table divine1 tremblante de nouvelles paroles cratrices et d'un bruit de ds divins3 - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 - l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #d4 ,si jamais j'ai bu d'un long trait cette cruche cumante d'pices et de mixtures1 o toutes choses sont bien mlanges3 ,si jamais ma main a ml le plus lointain au plus proche1 le feu l'esprit1 la joie la peine et les pires choses aux meilleures3 ,si je suis moi-mme un grain de ce sable rdempteur1 qui fait que toutes choses se mlent bien dans la cruche des mixtures3 - car il existe un sel qui lie le bien au mal2 et le mal lui-mme est digne de servir d'pice et de faire dborder l'cume de la cruche3 - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 - l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #e4 ,si j'aime la mer et tout ce qui ressemble la mer et le plus encore quand fougueuse elle me contredit3 ,si je porte en moi cette joie du chercheur1 cette joie qui pousse la voile vers l'inconnu1 s'il y a dans ma joie une joie de navigateur3 ,si jamais mon allgresse s'cria3 ,les ctes ont disparu - maintenant ma dernire chane est tombe - l'immensit sans bornes bouillonne autour de moi1 bien loin de moi scintillent le temps et l'espace1 allons6 en route6 ,vieux coeur6 - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 - l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #f4 ,si ma vertu est une vertu de danseur1 si souvent des deux pieds j'ai saut dans des ravissements d'or et d'meraude3 ,si ma mchancet est une mchancet riante qui se sent chez elle sous des branches de roses et des haies de lys3 - car dans le rire tout ce qui est mchant se trouve ensemble1 mais sanctifi et affranchi par sa propre batitude3 ,et ceci est mon alpha et mon omga1 que tout ce qui est lourd devienne lger1 que tout corps devienne danseur1 tout esprit oiseau3 et1 en vrit1 ceci est mon alpha et mon omga6 - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 #g4 ,si jamais j'ai dploy des ciels tranquilles au-dessus de moi1 volant de mes propres ailes dans mon propre ciel3 ,si j'ai nag en me jouant dans de profonds lointains de lumire1 si la sagesse d'oiseau de ma libert est venue3 - car ainsi parle la sagesse de l'oiseau3 ,voici il n'y a pas d'en haut1 il n'y a pas d'en bas6 ,jette-toi et l1 en avant1 en arrire1 toi qui es lger6 ,chante6 ne parle plus6 - toutes les paroles ne sont-elles pas faites pour ceux qui sont lourds8 ,toutes les paroles ne mentent-elles pas celui qui est lger8 ,chante6 ne parle plus6 - ,o comment ne serais-je pas ardent de l'ternit1 ardent du nuptial anneau des anneaux1 l'anneau du devenir et du retour8 ,jamais encore je n'ai trouv la femme de qui je voudrais avoir des enfants1 si ce n'est cette femme que j'aime3 car je t'aime1 ternit6 ,car je t'aime1 ternit6 ,,quatri,,me ,,et ,,derni,,re ,,partie ,hlas1 o fit-on sur la terre plus de folies que parmi les misricordieux1 et qu'est-ce qui fit plus de mal sur la terre que la folie des misricordieux8 ,malheur tous ceux qui aiment sans avoir une hauteur qui est au-dessus de leur piti6 ,ainsi me dit un jour le diable3 ,dieu aussi a son enfer3 c'est son amour des hommes4 ,et dernirement je l'ai entendu dire ces mots3 ,dieu est mort2 c'est sa piti des hommes qui a tu ,dieu4 ,zarathoustra1 des ,misricordieux4 ,l',,offrande ,,du ,,miel - ,et de nouveau des mois et des annes passrent sur l'me de ,zarathoustra et il ne s'en apercevait pas2 ses cheveux cependant devenaient blancs4 ,un jour qu'il tait assis sur une pierre devant sa caverne1 regardant en silence dans le lointain - car de ce point on voyait la mer1 bien loin par-dessus des abmes tortueux1 - ses animaux pensifs tournrent autour de lui et finirent par se placer devant lui4 ,o ,zarathoustra1 dirent-ils1 cherches-tu des yeux ton bonheur8 - ,qu'importe le bonheur1 rpondit-il1 il y a longtemps que je n'aspire plus au bonheur1 j'aspire mon oeuvre4 - ,o ,zarathoustra1 reprirent derechef les animaux1 tu dis cela comme quelqu'un qui est satur de bien4 ,n'es-tu pas couch dans un lac de bonheur teint d'azur8 - ,petits espigles1 rpondit ,zarathoustra en souriant1 comme vous avez bien choisi la parabole6 ,mais vous savez aussi que mon bonheur est lourd et qu'il n'est pas comme une vague mobile3 il me pousse et il ne veut pas s'en aller de moi1 adhrent comme de la poix fondue4 - ,alors ses animaux pensifs tournrent derechef autour de lui1 et de nouveau ils se placrent devant lui4 ,o ,zarathoustra1 dirent-ils1 c'est donc cause de cela que tu deviens toujours plus jaune et plus fonc1 quoique tes cheveux se donnent des airs d'tre blancs et faits de chanvre8 ,vois donc1 tu es assis dans ta poix et dans ton malheur6 - ,que dites-vous l1 mes animaux1 s'cria ,zarathoustra en riant1 en vrit j'ai blasphm en parlant de poix4 ,ce qui m'arrive1 arrive tous les fruits qui mrissent4 ,c'est le miel dans mes veines qui rend mon sang plus pais et aussi mon me plus silencieuse4 - ,il doit en tre ainsi1 ,zarathoustra1 reprirent les animaux1 en se pressant contre lui2 mais ne veux-tu pas aujourd'hui monter sur une haute montagne8 ,l'air est pur et aujourd'hui1 mieux que jamais1 on peut vivre dans le monde4 - ,oui1 mes animaux1 repartit ,zarathoustra1 vous conseillez merveille et tout fait selon mon coeur3 je veux monter aujourd'hui sur une haute montagne6 ,mais veillez ce que j'y trouve du miel ma porte1 du miel des ruches dores1 du miel jaune et blanc et bon et d'une fracheur glaciale4 ,car sachez que l-haut je veux prsenter l'offrande du miel4 - ,cependant1 lorsque ,zarathoustra fut arriv au sommet1 il renvoya les animaux qui l'avaient accompagn1 et il s'aperut qu'il tait seul3 - alors il rit de tout coeur1 regarda autour de lui et parla ainsi3 ,j'ai parl d'offrandes et d'offrandes de miel2 mais ce n'tait l qu'une ruse de mon discours et1 en vrit1 une folie utile6 ,dj je puis parler plus librement l-haut que devant les retraites des ermites et les animaux domestiques des ermites4 ,que parlais-je de sacrifier8 ,je gaspille ce que l'on me donne1 moi le gaspilleur aux mille bras3 comment oserais-je encore appeler cela - sacrifier6 ,et lorsque j'ai demand du miel1 c'tait une amorce que je demandais1 des ruches dores et douces et farouches dont les ours grognons et les oiseaux singuliers sont friands3 - je demandais la meilleure amorce1 l'amorce dont les chasseurs et les pcheurs ont besoin4 ,car si le monde est comme une sombre fort peuple de btes1 jardin des dlices pour tous les chasseurs sauvages1 il me semble ressembler plutt encore une mer abondante et sans fond1 - une mer pleine de poissons multicolores et de crabes dont les dieux mmes seraient friands1 en sorte qu' cause de la mer ils deviendraient pcheurs et jetteraient leurs filets3 tant le monde est riche en prodiges grands et petits6 ,surtout le monde des hommes1 la mer des hommes3 - c'est vers elle que je jette ma ligne dore en disant3 ouvre-toi1 abme humain6 ,ouvre-toi et jette-moi tes poissons et tes crabes scintillants6 ,avec ma meilleure amorce j'attrape aujourd'hui pour moi les plus prodigieux poissons humains6 ,c'est mon bonheur que je jette au loin1 je le disperse dans tous les lointains1 entre l'orient1 le midi et l'occident1 pour voir si beaucoup de poissons humains n'apprendront pas mordre et se dbattre au bout de mon bonheur4 ,jusqu' ce que victimes de mon hameon pointu et cach1 il leur faille monter jusqu' ma hauteur1 les plus multicolores goujons des profondeurs auprs du plus mchant des pcheurs de poissons humains4 ,car je suis cela ds l'origine et jusqu'au fond du coeur1 tirant1 attirant1 soulevant et levant1 un tireur1 un dresseur et un ducateur1 qui jadis ne s'est pas dit en vain3 ,deviens qui tu es6 ,donc1 que les hommes montent maintenant auprs de moi2 car j'attends encore les signes qui me disent que le moment de ma descente est venu2 je ne descends pas encore moi-mme parmi les hommes1 comme je le dois4 ,c'est pourquoi j'attends ici1 rus et moqueur1 sur les hautes montagnes1 sans tre ni impatient ni patient1 mais plutt comme quelqu'un qui a dsappris la patience1 - puisqu'il ne ptit plus4 ,car ma destine me laisse du temps3 m'aurait-elle oubli8 ,ou bien1 assise l'ombre derrire une grosse pierre1 attraperait-elle des mouches8 ,et en vrit je suis reconnaissant ma destine ternelle de ne point me pourchasser ni me pousser et de me laisser du temps pour faire des farces et des mchancets3 en sorte qu'aujourd'hui j'ai pu gravir cette haute montagne pour y prendre du poisson4 ,un homme a-t-il jamais pris du poisson sur de hautes montagnes6 ,et quand mme ce que je veux l-haut est une folie3 mieux vaut faire une folie que de devenir solennel et vert et jaune force d'attendre dans les profondeurs - bouffi de colre force d'attendre comme le hurlement d'une sainte tempte qui vient des montagnes1 comme un impatient qui crie vers les valles3 ,ecoutez ou je vous frappe avec les verges de ,dieu6 ,non que j'en veuille pour cela de pareils indigns3 je les estime juste assez pour que j'en rie6 ,je comprends qu'ils soient impatients1 ces grands tambours bruyants qui auront la parole aujourd'hui ou jamais6 ,mais moi et ma destine - nous ne parlons pas l'aujourd'hui1 nous ne parlons pas non plus jamais3 nous avons de la patience pour parler1 nous en avons le temps1 largement le temps4 ,car il faudra pourtant qu'il vienne un jour et il n'aura pas le droit de passer4 ,qui devra venir un jour et n'aura pas le droit de passer8 ,notre grand hasard1 c'est--dire notre grand et lointain ,rgne de l',homme1 le rgne de ,zarathoustra qui dure mille ans4 - ,si ce lointain est lointain encore1 que m'importe6 ,il n'en est pas moins solide pour moi1 - plein de confiance je suis debout des deux pieds sur cette base1 - sur une base ternelle1 sur de dures roches primitives1 sur ces monts anciens1 les plus hauts et les plus durs1 de qui s'approchent tous les vents1 comme d'une limite mtorologique1 s'informant des destinations et des lieux d'origine4 ,ris donc1 ris1 ma claire et bien portante mchancet6 ,jette du haut des hautes montagnes ton scintillant rire moqueur6 ,amorce avec ton scintillement les plus beaux poissons humains6 ,et tout ce qui1 dans toutes les mers1 m'appartient moi1 ma chose moi dans toutes les choses - prends cela pour moi1 amne-moi cela l-haut3 c'est ce qu'attend le plus mchant de tous les pcheurs4 ,au large1 au large1 mon hameon6 ,descends1 va au fond1 amorce de mon bonheur6 ,egoutte ta plus douce rose1 miel de mon coeur6 ,mords1 hameon1 mords au ventre toutes les noires afflictions4 ,au large1 au large1 mon oeil6 ,o que de mers autour de moi1 quels avenirs humains s'lvent l'aurore6 ,et au-dessus de moi - quel silence ros6 ,quel silence sans nuages6 ,,le ,,cri ,,de ,d,,tresse ,le lendemain ,zarathoustra tait de nouveau assis sur sa pierre devant la caverne1 tandis que ses animaux erraient de par le monde1 afin de rapporter des nourritures nouvelles1 - et aussi du miel nouveau3 car ,zarathoustra avait gaspill et dissip le vieux miel jusqu' le dernire parcelle4 ,mais1 tandis qu'il tait assis l1 un bton dans la main1 suivant le trac que l'ombre de son corps faisait sur la terre1 plong dans une profonde mditation1 et1 en vrit6 ni sur lui-mme1 ni sur son ombre - il tressaillit soudain et fut saisi de frayeur3 car il avait vu une autre ombre ct de la sienne4 ,et1 virant sur lui-mme en se levant rapidement1 il vit le devin debout ct de lui1 le mme qu'il avait une fois nourri et dsaltr sa table1 le proclamateur de la grande lassitude qui enseignait3 ,tout est gal1 rien ne vaut la peine1 le monde n'a pas de sens1 le savoir trangle4 ,mais depuis lors son visage s'tait transform2 et lorsque ,zarathoustra le regarda en face1 son coeur fut effray derechef3 tant les prdictions funestes et les foudres consumes passaient sur ce visage4 ,le devin qui avait compris ce qui se passait dans l'me de ,zarathoustra passa sa main sur son visage1 comme s'il et voulu en effacer des traces2 ,zarathoustra fit de mme de son ct4 ,lorsqu'ils se furent ainsi ressaisis et fortifis tous deux1 ils se donnrent les mains pour montrer qu'ils voulaient se reconnatre4 ,sois le bienvenu1 dit ,zarathoustra1 devin de la grande lassitude1 tu ne dois pas avoir t vainement1 jadis1 mon hte et mon commensal4 ,aujourd'hui aussi mange et bois dans ma demeure et pardonne qu'un vieillard joyeux soit assis table avec toi6 - ,un vieillard joyeux1 rpondit le devin en secouant la tte2 qui que tu sois ou qui que tu veuilles tre1 ,zarathoustra1 tu ne le seras plus longtemps l-haut1 dans peu de temps ta barque ne sera plus l'abri6 - ,suis-je donc l'abri8 demanda ,zarathoustra en riant4 - ,les vagues autour de ta montagne montent et montent sans cesse1 rpondit le devin1 les vagues de l'immense misre et de l'affliction3 elles finiront bientt par soulever ta barque en par t'enlever avec elle4 - ,alors ,zarathoustra se tut et s'tonna4 - ,n'entends-tu rien encore8 continua le devin3 n'est-ce pas un bruissement et un bourdonnement qui vient de l'abme8 - ,zarathoustra se tut encore et couta3 alors il entendit un cri prolong que les abmes se jetaient et se renvoyaient1 car aucun d'eux ne voulait le garder3 tant il avait un son funeste4 ,fatal proclamateur1 dit enfin ,zarathoustra1 c'est l le cri de dtresse et l'appel d'un homme2 il sort probablement d'une mer noire4 ,mais que m'importe la dtresse des hommes6 ,le dernier pch qui m'a t rserv1 - sais-tu quel est son nom8 ,piti6 rpondit le devin d'un coeur dbordant et en levant les deux mains3 - ,o ,zarathoustra1 je viens pour te faire commettre ton dernier pch6 - ,a peine ces paroles avaient-elles t prononces que le cri retentit de nouveau1 plus long et plus anxieux qu'auparavant et dj beaucoup plus prs4 ,entends-tu1 entends-tu1 ,zarathoustra8 s'cria le devin1 c'est toi que s'adresse le cri1 c'est toi qu'il appelle3 viens1 viens1 viens1 il est temps1 il est grand temps6 - ,mais ,zarathoustra se taisait1 troubl et branl2 enfin il demanda comme quelqu'un qui hsite en lui-mme3 ,et qui est celui qui m'appelle l-bas8 ,tu le sais bien1 rpondit vivement le devin1 pourquoi te caches-tu8 ,c'est l'homme suprieur qui t'appelle son secours6 ,l'homme suprieur1 cria ,zarathoustra1 saisi d'horreur3 ,que veut-il8 ,que veut-il8 ,l'homme suprieur6 ,que veut-il ici8 - et sa peau se couvrit de sueur4 ,le devin cependant ne rpondit pas l'angoisse de ,zarathoustra1 il coutait et coutait encore1 pench vers l'abme4 ,mais comme le silence s'y prolongeait longtemps1 il tourna son regard en arrire et il vit ,zarathoustra debout et tremblant4 ,o ,zarathoustra1 commena-t-il d'une voix attriste1 tu n'as pas l'air de quelqu'un que son bonheur fait tourner3 il te faudra danser pour ne pas tomber la renverse6 ,et si tu voulais mme danser devant moi et faire toutes tes gambades3 personne ne pourrait me dire3 ,regarde1 voici la danse du dernier homme joyeux6 ,si quelqu'un qui cherche ici cet homme montait cette hauteur il monterait en vain3 il trouverait des cavernes et des grottes1 des cachettes pour les gens cachs1 mais ni puits de bonheur1 ni trsors1 ni nouveaux filons de bonheur4 ,du bonheur - comment ferait-on pour trouver le bonheur chez de pareils ensevelis1 chez de tels ermites6 ,faut-il que je cherche encore le dernier bonheur sur les ,iles ,bienheureuses et au loin parmi les mers oublies8 ,mais tout est gal1 rien ne vaut la peine1 en vain sont toutes les recherches1 il n'y a plus d',iles ,bienheureuses6 - ,ainsi soupira le devin2 mais son dernier soupir ,zarathoustra reprit sa srnit et son assurance comme quelqu'un qui revient la lumire1 sortant d'un gouffre profond4 ,non6 ,non6 trois fois non1 s'cria-t-il d'une voix forte1 en se caressant la barbe - je sais cela bien mieux que toi6 ,il y a encore des ,iles ,bienheureuses6 ,n'en parle pas1 sac--tristesse1 pleurard6 ,cesse de glapir1 nuage de pluie du matin6 ,ne me vois-tu pas dj mouill de la tristesse et asperg comme un chien8 ,maintenant je me secoue et je me sauve loin de toi1 pour redevenir sec3 ne t'en tonne pas6 ,n'ai-je pas l'air courtois8 ,mais c'est ma cour qui est ici4 ,pour ce qui en est de ton homme suprieur3 ,eh bien6 je vais vite le chercher dans ces forts3 c'est de l qu'est venu son cri4 ,peut-tre une bte sauvage le met-elle en danger4 ,ils est dans mon domaine3 je ne veux pas qu'il lui arrive malheur ici6 ,et1 en vrit1 il y a chez moi beaucoup de btes sauvages4 - ,a ces mots ,zarathoustra s'apprta partir4 ,mais alors le devin se mit dire3 ,o ,zarathoustra1 tu es un coquin6 ,je le sais bien3 tu veux te dbarrasser de moi6 ,tu prfres te sauver dans les forts pour poursuivre les btes sauvages6 ,mais quoi cela te servira-t-il8 ,le soir tu me trouveras pourtant de nouveau2 je serai assis dans ta propre caverne1 patient et lourd comme une bche - assis l t'attendre6 ,qu'il en soit ainsi6 s'cria ,zarathoustra en s'en allant3 et ce qui m'appartient dans ma caverne1 t'appartient aussi1 toi mon hte6 ,mais si tu y trouvais encore du miel1 eh bien6 lche-le jusqu' ce qu'il n'y en ait plus1 ours grognon1 et adoucis ton me6 ,car se soir nous allons tre joyeux tous deux4 - joyeux et contents que cette journe soit finie6 ,et toi-mme tu dois accompagner mes chants de tes danses1 comme si tu tais mon ours savant4 ,tu n'en crois rien1 tu secoues la tte8 ,eh bien6 ,va6 ,vieil ours6 ,mais moi aussi - je suis un devin4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,entretien ,,avec ,,les ,,rois #a4 ,une heure ne s'tait pas encore coule depuis que ,zarathoustra s'tait mis en route1 dans ses montagnes et dans ses forts1 lorsqu'il vit tout coup un singulier cortge4 ,au milieu du chemin qu'il voulait prendre s'avanaient deux rois1 orns de couronnes et de ceintures de pourpre1 diaprs comme des flamants3 ils poussaient devant eux un ne charg4 ,que veulent ces rois dans mon royaume8 dit son coeur ,zarathoustra tonn1 et il se cacha en hte derrire un buisson4 ,mais lorsque les rois arrivrent tout prs de lui1 il dit mi-voix1 comme quelqu'un qui se parle lui-mme3 ,chose singulire6 singulire6 ,comment accorder cela8 ,je vois deux rois - et seulement un ne8 ,alors les deux rois s'arrtrent1 se mirent sourire et regardrent du ct d'o venait la voix1 puis ils se dvisagrent rciproquement3 ,on pense bien aussi ces choses-l parmi nous1 dit le roi de droite1 mais on ne les exprime pas4 ,le roi de gauche cependant haussa les paules et rpondit3 ,cela doit tre un gardeur de chvres1 ou bien un ermite1 qui a trop longtemps vcu parmi les rochers et les arbres4 ,car n'avoir point de socit du tout gte aussi les bonnes moeurs4 ,les bonnes moeurs1 repartit l'autre roi1 d'un ton fch et amer3 qui donc voulons-nous chapper1 si ce n'est aux bonnes moeurs1 notre bonne socit8 ,plutt1 vraiment1 vivre parmi les ermites et les gardeurs de chvres qu'avec notre populace dore1 fausse et farde - bien qu'elle se nomme la bonne socit4 - bien qu'elle se nomme noblesse4 ,mais l tout est faux et pourri1 avant tout le sang1 grce de vieilles et de mauvaises maladies et de plus mauvais gurisseurs4 ,celui que je prfre est aujourd'hui le meilleur1 c'est le paysan bien portant2 il est grossier1 rus1 opinitre et endurant2 c'est aujourd'hui l'espce la plus noble4 ,le paysan est le meilleur aujourd'hui2 et l'espce paysanne devrait tre matre6 ,cependant c'est le rgne de la populace1 - je ne me laisse plus blouir4 ,mais populace veut dire3 ple-mle4 ,ple-mle populacier3 l tout se mle tout1 le saint et le filou1 le hobereau et le juif1 et toutes les btes de l'arche de ,no4 ,les bonnes moeurs6 ,chez nous tout est faux et pourri4 ,personne ne sait plus vnrer2 c'est cela prcisment que nous voulons chapper4 ,ce sont des chiens friands et importuns1 ils dorent les feuilles des palmiers4 ,le dgot qui m'touffe1 parce que nous autres rois nous sommes devenus faux nous-mmes1 draps et dguiss par le faste vieilli de nos anctres1 mdailles d'apparat pour les plus btes et les plus russ et pour tous ceux qui font aujourd'hui de l'usure avec la puissance6 ,nous ne sommes pas les premiers et il faut que nous signifiions les premiers3 nous avons fini par tre fatigus et rassasis de cette tricherie4 ,c'est de la populace que nous nous sommes dtourns1 de tous ces braillards et de toutes ces mouches crivassires1 pour chapper la puanteur des boutiquiers1 aux impuissants efforts de l'ambition et l'haleine ftide -3 fi de vivre au milieu de la populace1 - fi de signifier le premier au milieu de la populace6 ,ah1 dgot6 dgot6 dgot6 ,qu'importe encore de nous autres rois6 - ,ta vieille maladie te reprend1 dit en cet endroit le roi de gauche1 le dgot te reprend1 mon pauvre frre4 ,mais tu le sais bien1 il y a quelqu'un qui nous coute4 ,aussitt ,zarathoustra1 qui avait t tout oeil et toute oreille ces discours1 se leva de sa cachette1 se dirigea du ct des rois et commena3 ,celui qui vous coute1 celui qui aime vous couter1 vous qui tes les rois1 celui-l s'appelle ,zarathoustra4 ,je suis ,zarathoustra qui a dit un jour3 ,qu'importe encore des rois6 ,pardonnez-moi1 si je me suis rjoui lorsque vous vous tes dit l'un l'autre3 ,qu'importe encore de nous autres rois6 ,mais vous tes ici dans mon royaume et sous ma domination3 que pouvez-vous bien chercher dans mon royaume8 ,peut-tre cependant avez-vous trouv en chemin ce que je cherche3 je cherche l'homme suprieur4 ,lorsque les rois entendirent cela1 ils se frapprent la poitrine et dirent d'un commun accord3 ,nous sommes reconnus6 ,avec le glaive de cette parole tu tranches la plus profonde obscurit de nos coeurs4 ,tu as dcouvert notre dtresse4 ,car voici6 nous sommes en route pour trouver l'homme suprieur - l'homme qui nous est suprieur3 bien que nous soyons des rois4 ,c'est lui que nous amenons cet ne4 ,car l'homme le plus haut doit tre aussi sur la terre le matre le plus haut4 ,il n'y a pas de plus dure calamit1 dans toutes les destines humaines1 que lorsque les puissants de la terre ne sont pas en mme temps les premiers hommes4 ,c'est alors que tout devient faux et monstrueux1 que tout va de travers4 ,et quand ils sont les derniers mme1 et plutt des animaux que des hommes3 alors la populace monte et monte en valeur1 et enfin la vertu populacire finit par dire3 ,voici1 c'est moi seule qui suis la vertu6 - ,qu'est-ce que je viens d'entendre8 rpondit ,zarathoustra2 quelle sagesse chez des rois6 ,je suis ravi1 et1 vraiment1 dj j'ai envie de faire un couplet l-dessus3 - mon couplet ne sera peut-tre pas pour les oreilles de tout le monde4 ,il y a longtemps que j'ai dsappris d'avoir de l'gard pour les longues oreilles4 ,allons6 ,en avant6 7,mais ce moment il arriva que l'ne1 lui aussi1 prit la parole3 il pronona distinctement et avec mauvaise intention ,i-,a47 ,autrefois - je crois que c'tait en l'an un - ,la sibylle dit1 ivre sans avoir bu de vin3 ,malheur1 maintenant cela va mal6 ,dclin6 ,dclin6 ,jamais le monde n'est tomb si bas6 ,rome s'est abaisse la fille1 la maison publique1 ,le ,csar de ,rome s'est abaiss la bte1 ,dieu lui-mme s'est fait juif6 #b4 ,les rois se dlectrent de ce couplet de ,zarathoustra2 cependant le roi de droite se prit dire3 ,o ,zarathoustra1 comme nous avons bien fait de nous mettre en route pour te voir6 ,car tes ennemis nous ont montr ton image dans leur miroir3 tu y avais la grimace d'un dmon au rire sarcastique3 en sorte que nous avons eu peur de toi4 ,mais qu'importe6 ,toujours nouveau tu pntrais dans nos oreilles et dans nos coeurs avec tes maximes4 ,alors nous avons fini par dire3 qu'importe le visage qu'il a6 ,il faut que nous l'entendions1 celui qui enseigne3 ,vous devez aimer la paix1 comme un moyen de guerres nouvelles1 et la courte paix plus que la longue6 ,jamais personne n'a prononc de paroles aussi guerrires3 ,qu'est-ce qui est bien8 ,etre braves voil qui est bien4 ,c'est la bonne guerre qui sanctifie toute cause4 ,o ,zarathoustra1 ces paroles le sang de nos pres s'est retourn dans nos corps3 cela a t comme la parole du printemps de vieux tonneaux de vin4 ,quand les glaives se croisaient1 semblables des serpents tachets de sang1 alors nos pres se sentaient ports vers la vie2 le soleil de la paix leur semblait flou et tide1 mais la longue paix leur faisait honte4 ,comme ils soupiraient1 nos pres1 lorsqu'ils voyaient au mur des glaives polis et inutiles6 ,semblables ces glaives ils avaient soif de la guerre4 ,car un glaive veut boire du sang1 un glaive scintille de dsir4 - - ,tandis que les rois parlaient et babillaient ainsi1 avec feu1 de la flicit de leurs pres1 ,zarathoustra fut pris d'une grande envie de se moquer de leur ardeur3 car c'taient videmment des rois trs paisibles qu'il voyait devant lui1 des rois aux visages vieux et fins4 ,mais il se surmonta4 ,allons6 ,en route6 dit-il1 vous voici sur le chemin1 l-haut est la caverne de ,zarathoustra2 et ce jour doit avoir une longue soire6 ,mais maintenant un cri de dtresse pressant m'appelle loin de vous4 ,ma caverne sera honore1 si des rois y prennent place pour attendre3 mais il est vrai qu'il faudra que vous attendiez longtemps6 ,eh bien6 ,qu'importe6 ,o apprend-on mieux attendre aujourd'hui que dans les cours8 ,et de toutes les vertus des rois1 la seule qui leur soit reste1 - ne s'appelle-t-elle pas aujourd'hui3 savoir attendre8 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,la ,,sangsue ,et ,zarathoustra pensif continua sa route1 descendant toujours plus bas1 traversant des forts et passant devant des marcages2 mais1 comme il arrive tous ceux qui rflchissent des choses difficiles1 il butta par mgarde sur un homme4 ,et voici1 d'un seul coup1 un cri de douleur1 deux jurons et vingt injures graves jaillirent sa face3 en sorte que1 dans sa frayeur1 il leva sa canne pour frapper encore celui qu'il venait de heurter4 ,pourtant1 au mme instant1 il reprit sa raison2 et son coeur se mit rire de la folie qu'il venait de faire4 ,pardonne-moi1 dit-il l'homme1 sur lequel il avait butt1 et qui venait de se lever avec colre1 pour sasseoir aussitt1 pardonne-moi et coute avant tout une parabole4 ,comme un voyageur qui rve de choses lointaines1 sur une route solitaire1 se heurte par mgarde un chien qui sommeille1 un chien qui est couch au soleil3 - comme tous deux se lvent et s'abordent brusquement1 semblables des ennemis mortels1 tous deux effrays mort3 ainsi il en a t de nous4 ,et pourtant6 ,et pourtant6 - combien il s'en est fallu de peu qu'ils ne se caressent1 ce chien et ce solitaire6 ,ne sont-ils pas tous deux - solitaires8 -,qui que tu sois1 rpondit1 toujours avec colre1 celui que ,zarathoustra venait de heurter1 tu t'approches encore trop de moi1 non seulement avec ton pied1 mais encore avec ta parabole6 ,regarde1 suis-je donc un chien8 - et1 tout en disant cela1 celui qui tait assis se leva en retirant son bras nu du marcage4 ,car il avait commenc par tre couch par terre tout de son long1 cach et mconnaissable1 comme quelqu'un qui guette un gibier des marcages4 ,mais que fais-tu donc8 s'cria ,zarathoustra effray1 car il voyait que beaucoup de sang coulait sur le bras nu4 - ,que t'est-il arriv8 ,une bte malfaisante t'a-t-elle mordu1 malheureux8 ,celui qui saignait ricanait toujours avec colre4 ,en quoi cela te regarde-t-il8 s'cria l'homme1 et il voulut continuer sa route4 ,ici je suis chez moi et dans mon domaine4 ,m'interroge qui voudra3 je ne rpondrai pas un maladroit4 ,tu te trompes1 dit ,zarathoustra plein de piti1 en le retenant1 tu te trompes3 tu n'es pas ici dans ton royaume1 mais dans le mien1 et ici il ne doit arriver malheur personne4 ,appelle-moi toujours comme tu voudras1 - je suis celui qu'il faut que je sois4 ,je me nomme moi-mme ,zarathoustra4 ,allons6 ,c'est l-haut qu'est le chemin qui mne la caverne de ,zarathoustra3 elle n'est pas bien loin1 - ne veux-tu pas venir chez moi pour soigner tes blessures8 ,tu n'as pas eu de chance dans ce monde1 malheureux3 d'abord la bte t'a mordu1 puis - l'homme a march sur toi6 ,mais lorsque l'homme entendit le nom de ,zarathoustra1 il se transforma4 ,que m'arrive-t-il donc8 s'cria-t-il1 quelle autre proccupation ai-je encore dans la vie1 si ce n'est la proccupation de cet homme unique qui est ,zarathoustra1 et cette bte unique qui vit du sang1 la sangsue8 ,c'est cause de la sangsue que j'tais couch l1 au bord du marcage1 semblable un pcheur1 et dj mon bras tendu avait t mordu dix fois1 lorsqu'une bte plus belle se mit mordre mon sang1 ,zarathoustra lui-mme6 ,o bonheur6 ,o miracle6 ,bni soit ce jour qui m'a attir dans ce marcage6 ,bnie soit la meilleure ventouse1 la plus vivante d'entre celles qui vivent aujourd'hui1 bnie soit la grande sangsue des consciences1 ,zarathoustra6 ,ainsi parlait celui que ,zarathoustra avait heurt2 et ,zarathoustra se rjouit de ses paroles et de leur allure fine et respectueuse4 ,qui es-tu8 ,demanda-t-il en lui tendant la main1 entre nous il reste beaucoup de choses claircir et rassrner3 mais il me semble dj que le jour se lve clair et pur4 ,je suis le consciencieux de l'esprit1 rpondit celui qui tait interrog1 et1 dans les choses de l'esprit1 il est difficile que quelqu'un s'y prenne d'une faon plus svre1 plus troite et plus dure que moi1 except celui de qui je l'ai appris1 ,zarathoustra lui-mme4 ,plutt ne rien savoir que de savoir beaucoup de choses moiti6 ,plutt tre un fou pour son propre compte qu'un sage dans l'opinion des autres6 ,moi - je vais au fond3 - qu'importe qu'il soit petit ou grand8 ,qu'il s'appelle marcage ou bien ciel8 ,un morceau de terre large comme la main me suffit3 pourvu que ce soit vraiment de la terre solide6 - ,un morceau de terre large comme la main3 on peut s'y tenir debout4 ,dans la vraie science consciencieuse il n'y a rien de grand et rien de petit4 ,alors tu es peut-tre celui qui cherche connatre le sangsue8 demanda ,zarathoustra2 tu poursuis la sangsue jusqu' ses causes les plus profondes1 toi qui es consciencieux8 ,o ,zarathoustra1 rpondit celui que ,zarathoustra avait heurt1 ce serait une monstruosit1 comment oserais-je m'aviser d'une pareille chose6 ,mais ce dont je suis matre et connaisseur1 c'est du cerveau de la sangsue3 - c'est l mon univers moi6 ,et cela est aussi un univers6 ,mais pardonne qu'ici mon orgueil se manifeste1 car sur ce domaine je n'ai pas mon pareil4 ,c'est pourquoi j'ai dit3 ,c'est ici mon domaine4 ,combien il y a de temps que je poursuis cette chose unique1 le cerveau de la sangsue1 afin que la vrit subtile ne m'chappe plus6 ,c'est ici mo royaume4 - ,c'est pourquoi j'ai t tout le reste1 c'est pourquoi tout le reste m'est devenu indiffrent2 et tout prs de ma science s'tend ma noire ignorance4 ,ma conscience de l'esprit exige de moi que je sache une chose et que j'ignore tout le reste3 je suis dgot de toutes les demi-mesures de l'esprit1 de tous ceux qui ont l'esprit nuageux1 flottant et exalt4 ,o cesse ma probit commence mon aveuglement1 et je veux tre aveugle4 ,o je veux savoir cependant1 je veux aussi tre probe1 c'est--dire dur1 svre1 troit1 cruel1 implacable4 ,que tu aies dit un jour1 ,zarathoustra3 ,l'esprit1 c'est la vie qui incise elle-mme la vie1 c'est ce qui m'a conduit et conduit ta doctrine4 ,et1 en vrit1 avec mon propre sang1 j'ai augment ma propre science4 - ,comme le prouve l'vidence1 interrompit ,zarathoustra2 et le sang continuait couler du bras nu du consciencieux4 ,car dix sangsues s'y taient accroches4 ,o singulier personnage1 combien d'enseignements contient cette vidence1 c'est--dire toi-mme6 ,et je n'oserais peut-tre pas verser tous les enseignements dans tes oreilles svres4 ,allons6 ,sparons-nous donc ici6 ,mais j'aimerais bien te retrouver4 ,l-haut est le chemin qui mne ma caverne4 ,tu dois y tre cette nuit le bienvenu parmi mes htes4 ,je voudrais aussi rparer sur ton corps l'outrage que t'a fait ,zarathoustra en te foulant aux pieds3 c'est ce quoi je rflchis4 ,mais maintenant un cri de dtresse pressant m'appelle loin de toi4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,l',,enchanteur #a4 ,mais en contournant un rocher1 ,zarathoustra vit1 non loin de l1 au-dessus de lui1 sur le mme chemin1 un homme qui gesticulait des membres1 comme un fou furieux et qui finit par se prcipiter terre plat ventre4 ,halte6 dit alors ,zarathoustra son coeur1 celui-l doit tre l'homme suprieur1 c'est de lui qu'est venu ce sinistre cri de dtresse1 - je veux voir si je puis le secourir4 ,mais lorsqu'il accourut l'endroit o l'homme tait couch par terre1 il trouva un vieillard tremblant1 aux yeux fixes2 et malgr toute la peine que se donna ,zarathoustra pour le redresser et le remettre sur les jambes1 ses efforts demeurrent vains4 ,aussi le malheureux ne sembla-t-il pas s'apercevoir qu'il y avait quelqu'un auprs de lui2 au contraire1 il ne cessait de regarder de ci de l en faisant des gestes touchants1 comme quelqu'un qui est abandonn et isol du monde entier4 ,pourtant la fin1 aprs beaucoup de tremblements1 de sursauts et de reploiements sur soi-mme1 il commena se lamenter ainsi3 ,qui me rchauffe1 qui m'aime encore8 ,donnez des mains chaudes6 donnez des coeurs-rchauds6 ,etendu1 frissonnant1 un moribond qui l'on chauffe les pieds - secou1 hlas6 de fivres inconnues1 tremblant devant les glaons aigus des frimas1 chass par toi1 pense6 ,innommable6 ,voile6 ,effrayante6 chasseur derrire les nuages6 ,foudroy par toi1 oeil moqueur qui me regarde dans l'obscurit - ainsi je suis couch1 je me courbe et je me tords1 tourment par tous les martyres ternels1 frapp par toi1 chasseur le plus cruel1 toi1 le dieu - inconnu444 ,frappe plus fort6 ,frappe encore une fois6 ,transperce1 brise ce coeur6 ,pourquoi me tourmenter de flches pointes8 ,que regardes-tu encore1 toi que ne fatigue point la souffrance humaine1 avec un clair divin dans tes yeux narquois8 ,tu ne veux pas tuer1 martyriser seulement1 martyriser8 ,pourquoi - me martyriser8 ,dieu narquois1 inconnu8 - ,ah6 ,ah6 ,tu t'approches en rampant au milieu de cette nuit8444 ,que veux-tu6 ,parles6 ,tu me pousses et me presses - ,ah6 tu es dj trop prs6 ,tu m'entends respirer1 ,tu pies mon coeur1 ,jaloux que tu est6 - de quoi donc est-tu jaloux8 ,ote-toi6 ,ote-toi6 ,pourquoi cette chelle8 ,veux-tu entrer1 t'introduire dans mon coeur1 t'introduire dans mes penses les plus secrtes8 ,impudent6 ,inconnu6 - ,voleur6 ,que veux-tu voler8 ,que veux-tu couter8 ,que veux-tu extorquer1 toi qui tortures6 toi - le dieu-bourreau6 ,ou bien1 dois-je1 pareil au chien1 me rouler devant toi8 m'abandonnant1 ivre et hors de moi1 t'offrir mon amour - en rampant6 ,en vain6 ,frappe encore6 toi le plus cruel des aiguillons6 ,je ne suis pas un chien - je ne suis que ton gibier1 toi le plus cruel des chasseurs6 ,ton prisonnier le plus fier1 brigand derrire les nuages444 ,parle enfin1 toi qui te caches derrire les clairs6 ,inconnu6 parle6 ,que veux-tu1 toi qui guettes sur les chemins1 que veux-tu1 - de moi8444 ,comment8 ,une ranon6 ,que veux-tu comme ranon8 ,demande beaucoup - ma fiert te le conseille6 et parle brivement - c'est le conseil de mon autre fiert6 ,ah6 ,ah6 ,c'est moi - moi que tu veux8 ,moi - tout entier8444 ,ah6 ,ah6 ,et tu me martyrises1 fou que tu es1 tu tortures ma fiert8 ,donne-moi de l'amour4 ,qui me chauffe encore8 qui m'aime encore8 - ,donne des mains chaudes1 donne des coeurs-rchauds4 donne-moi1 moi le plus solitaire1 que la glace1 hlas6 la glace fait sept fois languir aprs des ennemis1 aprs des ennemis mme1 donne1 oui abandonne-toi - moi1 toi le plus cruel ennemi6 - ,parti6 ,il a fui lui-mme1 mon seul compagnon1 mon grand ennemi1 mon inconnu1 mon dieu-bourreau6444 - ,non6 ,reviens6 avec tous les supplices6 ,o reviens au dernier de tous les solitaires6 ,toutes mes larmes prennent vers toi leur cours6 ,et la dernire flamme de mon coeur - s'veille pour toi6 ,o1 reviens1 ,mon dieu inconnu6 ma douleur6 mon dernier bonheur6 #b4 - ,mais en cet endroit ,zarathoustra ne put se contenir plus longtemps1 il prit sa canne et frappa de toutes ses forces sur celui qui se lamentait4 ,arrte-toi6 lui cria-t-il1 avec un rire courrouc1 arrte-toi1 histrion6 ,faux monnayeur6 ,menteur incarn6 ,je te reconnais bien6 ,je veux te mettre le feu aux jambes1 sinistre enchanteur1 je sais trop bien en faire cuire ceux de ton espce6 -,cesse1 dit le vieillard en se levant d'un bond1 ne me frappe plus1 ,zarathoustra6 ,tout cela n'a t qu'un jeu6 ,ces choses-l font partie de mon art2 j'ai voulu te mettre l'preuve1 en te donnant cette preuve6 ,et1 en vrit1 tu as bien pntr mes penses6 ,mais toi aussi - ce n'est pas une petite preuve que tu m'as donne de toi-mme4 ,tu es dur1 sage ,zarathoustra6 ,tu frappes durement avec tes vrits1 ton bton noueux me force confesser - cette vrit6 - ,ne me flatte point1 rpondit ,zarathoustra1 toujours irrit et le visage sombre1 histrion dans l'me6 ,tu es un faux-semblant3 pourquoi parles-tu - de vrit8 ,toi le paon des paons1 mer de vanit1 qu'est-ce que tu jouais devant moi1 sinistre enchanteur8 ,en qui devais-je croire lorsque tu te lamentais ainsi8 ,c'est l'expiateur de l'esprit que je reprsentais1 rpondit le vieillard3 tu as toi-mme invent ce mot jadis - le pote1 l'enchanteur qui finit par tourner son esprit contre lui-mme1 celui qui est transform et que glace sa mauvaise science et sa mauvaise conscience4 ,et avoue-le franchement3 tu as pris du temps1 ,zarathoustra1 pour dcouvrir mes artifices et mes mensonges6 ,tu croyais ma misre1 lorsque tu me tenais la tte des deux mains1 - je t'ai entendu gmir3 ,on l'a trop peu aim1 trop peu aim6 ,que je t'aie tromp jusque-l1 c'est ce qui faisait intrieurement jubiler ma mchancet4 ,tu dois en avoir tromp de plus fins que moi1 rpondit durement ,zarathoustra4 ,je ne suis pas sur mes gardes devant les trompeurs1 il faut que je m'abstienne de prendre des prcautions3 ainsi le veut mon sort4 ,mais toi - il faut que tu trompes3 je te connais assez pour le savoir6 ,il faut toujours que tes mots aient un double1 un triple1 un quadruple sens4 ,mme ce que tu viens de me confesser maintenant n'tait ni assez vrai1 ni assez faux pour moi6 ,mchant faux monnayeur1 comment saurais-tu faire autrement6 ,tu farderais mme ta maladie1 si tu te montrais nu devant ton mdecin4 ,c'est ainsi que tu viens de farder devant moi ton mensonge1 lorsque tu disais3 ,je ne l'ai fait que par jeu6 ,il y avait aussi du srieux l-dedans1 tu es quelque chose comme un expiateur de l'esprit6 ,je te devine bien3 tu es devenu l'enchanteur de tout le monde1 mais l'gard de toi-mme il ne te reste plus ni mensonge ni ruse1 - pour toi-mme tu es dsenchant6 ,tu as moissonn le dgot comme ta seule vrit4 ,aucune parole n'est plus vraie chez toi1 mais ta bouche est encore vraie3 c'est--dire le dgot qui colle ta bouche4 - - ,qui es-tu donc6 s'cria en cet endroit le vieil enchanteur d'une voix hautaine4 ,qui a le droit de me parler ainsi1 moi qui suis le plus grand des vivants d'aujourd'hui8 - et un regard vert fondit de ses yeux sur ,zarathoustra4 ,mais aussitt il se transforma et il dit tristement3 ,o ,zarathoustra1 je suis fatigu de tout cela1 mes arts me dgotent1 je ne suis pas grand1 que sert-il de feindre6 ,mais tu le sais bien - j'ai cherch la grandeur6 ,je voulais reprsenter un grand homme et il y en a beaucoup que j'ai convaincus3 mais ce mensonge a dpass ma force4 ,c'est contre lui que je me brise4 ,o ,zarathoustra1 chez moi tout est mensonge2 mais que je me brise - cela est vrai chez moi6 - ,c'est ton honneur1 reprit ,zarathoustra1 l'air sombre et le regard dtourn vers le sol1 c'est ton honneur d'avoir cherch la grandeur1 mais cela te trahit aussi4 ,tu n'es pas grand4 ,vieil enchanteur sinistre1 ce que tu as de meilleur et de plus honnte1 ce que j'honore en toi c'est que tu te sois fatigu de toi-mme et que tu te sois cri3 ,je ne suis pas grand4 ,c'est en cela que je t'honore comme un expiateur de l'esprit3 si mme cela n'a t que pour un clin d'oeil1 dans ce moment tu as t - vrai4 ,mais1 dis-moi1 que cherches-tu ici dans mes forts et parmi mes rochers4 ,et si c'est pour moi que tu t'es couch dans mon chemin1 quelle preuve voulais-tu de moi8 - en quoi voulais-tu me tenter8 ,ainsi parlait ,zarathoustra et ses yeux tincelaient4 ,le vieil enchanteur fit une pause1 puis il dit3 ,est-ce que je t'ai tent8 ,je ne fais que - chercher4 ,o ,zarathoustra1 je cherche quelqu'un de vrai1 de droit1 de simple1 quelqu'un qui soit sans feinte1 un homme de toute probit1 un vase de sagesse1 un saint de la connaissance1 un grand homme6 ,ne le sais-tu donc pas1 ,zarathoustra8 ,je cherche ,zarathoustra4 - ,alors il y eut un long silence entre les deux2 ,zarathoustra1 cependant1 tomba dans une profonde mditation1 en sorte qu'il ferma les yeux4 ,puis1 revenant son interlocuteur1 il saisit la main de l'enchanteur et dit plein de politesse et de ruse3 ,eh bien6 ,l-haut est le chemin qui mne la caverne de ,zarathoustra4 ,c'est dans ma caverne que tu peux chercher celui que tu dsirerais trouver4 ,et demande conseil mes animaux1 mon aigle et mon serpent3 ils doivent t'aider chercher4 ,ma caverne cependant est grande4 ,il est vrai que moi-mme - je n'ai pas encore vu de grand homme4 ,pour ce qui est grand1 l'oeil du plus subtil est encore trop grossier aujourd'hui4 ,c'est le rgne de la populace4 ,j'en ai dj tant trouv qui s'tiraient et qui se gonflaient1 tandis que le peuple criait3 ,voyez donc1 voici un grand homme6 ,mais quoi servent tous les soufflets de forge6 ,le vent finit toujours par en sortir4 ,la grenouille finit toujours par clater1 la grenouille qui s'est trop gonfle3 alors le vent en sort4 ,enfoncer une pointe dans le ventre d'un enfl1 c'est ce que j'appelle un sage divertissements4 ,ecoutez cela1 mes enfants6 ,notre aujourd'hui appartient la populace3 qui peut encore savoir ce qui est grand ou petit8 ,qui chercherait encore la grandeur avec succs6 ,un fou tout au plus3 et les fous russissent4 ,tu cherches les grands hommes1 singulier fou6 ,qui donc t'a enseign les chercher8 ,est-ce aujourd'hui le temps opportun pour cela8 ,o chercheur malin1 pourquoi - me tentes-tu8 - ,ainsi parlait ,zarathoustra1 le coeur consol1 et1 en riant1 il continua son chemin4 ,,hors ,,de ,,service ,peu de temps cependant aprs que ,zarathoustra se fut dbarrass de l'enchanteur1 il vit de nouveau quelqu'un qui tait assis au bord du chemin qu'il suivait1 un homme grand et noir avec un visage maigre et ple4 ,l'aspect de cet homme le contraria normment4 ,malheur moi1 dit-il son coeur1 je vois de l'affliction masque1 ce visage me semble appartenir la prtraille2 que veulent ces gens dans mon royaume8 ,comment6 ,j'ai peine chapp cet enchanteur3 et dj un autre ncromant passe sur mon chemin1 - un magicien quelconque qui impose les mains1 un sombre faiseur de miracles par la grce de ,dieu1 un onctueux diffamateur du monde3 que le diable l'emporte6 ,mais le diable n'est jamais l quand on aurait besoin de lui3 toujours il arrive trop tard1 ce maudit nain1 ce maudit pied-bot6 - ,ainsi sacrait ,zarathoustra1 impatient dans son coeur1 et il songea comment il pourrait faire pour passer devant l'homme noir1 en dtournant le regard3 mais voici il en fut autrement4 ,car1 au mme moment1 celui qui tait assis en face de lui s'aperut de sa prsence2 et1 semblable quelque peu quelqu'un qui arrive un bonheur imprvu1 il sauta sur ses jambes et se dirigea vers ,zarathoustra4 ,qui que tu sois1 voyageur errant1 dit-il1 aide un gar qui cherche1 un vieillard qui il pourrait bien arriver malheur ici6 ,ce monde est tranger et lointain pour moi1 j'ai aussi entendu hurler les btes sauvages2 et celui qui aurait pu me donner asile a lui-mme disparu4 ,j'ai cherch le dernier homme pieux1 un saint et un ermite1 qui1 seul dans sa fort1 n'avait pas encore entendu dire ce que tout le monde sait aujourd'hui4 ,qu'est-ce que tout le monde sait aujourd'hui8 ,demanda ,zarathoustra4 ,ceci1 peut-tre1 que le ,dieu ancien ne vit plus1 le ,dieu en qui tout le monde croyait jadis8 ,tu l'as dit1 rpondit le vieillard attrist4 ,et j'ai servi ce ,dieu ancien jusqu' sa dernire heure4 ,mais maintenant je suis hors de service1 je suis sans matre et malgr cela je ne suis pas libre2 aussi ne suis-je plus jamais joyeux1 si ce n'est en souvenir4 ,c'est pourquoi je suis mont dans ces montagnes pour clbrer de nouveau une fte1 comme il convient un vieux pape et un vieux pre de l'glise3 car sache que je suis le dernier pape6 - un fte de souvenir pieux et de culte divin4 ,mais maintenant il est mort lui-mme1 le plus pieux des hommes1 ce saint de la fort qui sans cesse rendait grce ,dieu1 par des chants et des murmures4 ,je ne l'ai plus trouv lui-mme lorsque j'ai dcouvert sa chaumire - mais j'y ai vu deux loups qui hurlaient cause de sa mort - car tous les animaux l'aimaient4 ,alors je me suis enfui4 ,suis-je donc venu en vain dans ces forts et dans ces montagnes8 ,mais mon coeur s'est dcid en chercher un autre1 le plus pieux de tous ceux qui ne croient pas en ,dieu1 - chercher ,zarathoustra6 ,ainsi parlait le vieillard et il regardait d'un oeil perant celui qui tait debout devant lui2 ,zarathoustra cependant saisit la main du vieux pape et la contempla longtemps avec admiration4 ,vois donc1 vnrable1 dit-il alors1 quelle belle main effile6 ,ceci est la main de quelqu'un qui a toujours donn la bndiction4 ,mais maintenant elle tient celui que tu cherches1 moi ,zarathoustra4 ,je suis ,zarathoustra1 l'impie1 qui dit3 qui est-ce qui est plus impie que moi1 afin que je me rjouisse de son enseignement8 ,ainsi parlait ,zarathoustra1 pntrant de son regard les penses et les arrire-penses du vieux pape4 ,enfin celui-ci commena3 ,celui qui l'aimait et le possdait le plus1 c'est celui qui l'a aussi le plus perdu3 - regarde1 je crois que de nous deux1 c'est moi maintenant le plus impie8 ,mais qui donc saurait s'en rjouir6 - ,tu l'as servi jusqu' la fin8 demanda ,zarathoustra pensif1 aprs un long et profond silence1 tu sais comment il est mort8 ,est-ce vrai1 ce que l'on raconte1 que c'est la piti qui l'a trangl8 - la piti de voir l'homme suspendu la croix1 sans pouvoir supporter que l'amour pour les hommes devnt son enfer et enfin sa mort8 - ,le vieux pape cependant ne rpondit pas1 mais il regarda de ct1 avec un air farouche et une expression douloureuse et sombre sur le visage4 ,laisse-le aller1 reprit ,zarathoustra aprs une longue rflexion1 en regardant toujours le vieillard dans le blanc des yeux4 ,laisse-le aller1 il est perdu4 ,et quoique cela t'honore de ne dire que du bien de ce mort1 tu sais aussi bien que moi1 qui il tait3 et qu'il suivait des chemins singuliers4 ,pour parler entre trois yeux1 dit le vieux pape rassrn 7car il tait aveugle d'un oeil71 sur les choses de ,dieu je suis plus clair que ,zarathoustra lui-mme - et j'ai le droit de l'tre4 ,mon amour a servi ,dieu pendant de longues annes1 ma volont suivait partout sa volont4 ,mais un bon serviteur sait tout et aussi certaines choses que son matre se cache lui-mme4 ,c'tait un ,dieu cach1 plein de mystres4 ,en vrit1 son fils lui-mme ne lui est venu que par des chemins dtourns4 ,a la porte de sa croyance il y a l'adultre4 ,celui qui le loue comme le ,dieu d'amour ne se fait pas une ide assez leve sur l'amour mme4 ,ce ,dieu ne voulait-il pas aussi tre juge8 ,mais celui qui aime1 aime au del du chtiment et de la rcompense4 ,lorsqu'il tait jeune1 ce ,dieu d',orient1 il tait dur et altr de vengeance1 il s'difia un enfer pour divertir ses favoris4 ,mais il finit par devenir vieux et mou et tendre et compatissant1 ressemblant plus un grand-pre qu' un pre1 mais ressemblant davantage encore une vieille grand'mre chancelante4 ,le visage rid1 il tait assis au coin du feu1 se faisant des soucis cause de la faiblesse de ses jambes1 fatigu du monde1 fatigu de vouloir1 et il finit par touffer un jour de sa trop grande piti4 - ,vieux pape1 interrompit alors ,zarathoustra1 as-tu vu cela de tes propres yeux8 ,il se peut bien que cela se soit pass ainsi3 ainsi1 et aussi autrement4 ,quand les dieux meurent1 ils meurent toujours de plusieurs sortes de morts4 ,eh bien6 ,de telle ou de telle faon1 de telle et de telle faon - il n'est plus6 ,il rpugnait mes yeux et mes oreilles1 je ne voudrais rien lui reprocher de pire4 ,j'aime tout ce qui a le regard clair et qui parle franchement4 ,mais lui - tu le sais bien1 vieux prtre1 il avait quelque chose de ton genre1 du genre des prtres - il tait quivoque4 ,il avait aussi l'esprit confus4 ,que ne nous en a-t-il pas voulu1 ce colreux1 de ce que nous l'ayons mal compris4 ,mais pourquoi ne parlait-il pas plus clairement8 ,et si c'tait la faute nos oreilles1 pourquoi nous donnait-il des oreilles qui l'entendaient mal8 ,s'il y avait de la bourbe dans nos oreilles1 eh bien6 qui donc l'y avait mise8 ,il y avait trop de chose qu'il ne russissait pas1 ce potier qui n'avait pas fini son apprentissage4 ,mais qu'il se soit veng sur ses pots et sur ses cratures1 parce qu'il les avait mal russie2 - cela fut un pch contre le bon got4 ,il y a aussi un bon got dans la piti3 ce bon got a fini par dire3 ,enlevez-nous un pareil ,dieu4 ,plutt encore pas de ,dieu du tout1 plutt encore organiser les destines sa tte1 plutt tre fou1 plutt tre soi-mme ,dieu6 - ,qu'entends-je6 dit en cet endroit le vieux pape en dressant l'oreille2 ,zarathoustra tu es plus pieux que tu ne le crois1 avec une telle incrdulit4 ,il a d y avoir un ,dieu quelconque qui t'a converti ton impit4 ,n'est-ce pas ta pit mme qui t'empche de croire un ,dieu8 ,et ta trop grande loyaut finira par te conduire par del le bien et le mal6 ,vois donc1 ce qui a t rserv pour toi8 ,tu as des yeux1 une main et une bouche1 qui sont prdestins bnir de toute ternit4 ,on ne bnit pas seulement avec la main4 ,auprs de toi1 quoique tu veuilles tre le plus impie1 je sens une odeur secrte de longues bndictions3 je la sens pour moi1 la fois bienfaisante et douloureuse4 ,laisse-moi tre ton hte1 ,zarathoustra1 pour une seule nuit6 ,nulle par sur la terre je ne me sentirai mieux qu'auprs de toi6 - ,amen6 ,ainsi soit-il6 s'cria ,zarathoustra avec un grand tonnement1 c'est l-haut qu'est le chemin1 qui mne la caverne de ,zarathoustra4 ,en vrit1 j'aimerais bien t'y conduire moi-mme1 vnrable1 car j'aime tous les hommes pieux4 ,mais maintenant un cri de dtresse m'appelle en hte loin de toi4 ,dans mon domaine il ne doit arriver malheur personne3 ma caverne est un bon port4 ,et j'aimerais bien remettre sur terre ferme et sur des jambes solides tous ceux qui sont tristes4 ,mais qui donc t'enlverait ta mlancolie des paules8 ,je suis trop faible pour cela4 ,en vrit1 nous pourrions attendre longtemps jusqu' ce que quelqu'un te ressuscite ton ,dieu4 ,car ce ,dieu ancien ne vit plus3 il est foncirement mort1 celui-l4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,plus ,,laid ,,des ,,hommes - ,et de nouveau ,zarathoustra erra par les monts et les forts et ses yeux cherchaient sans cesse1 mais nulle part ne se montrait celui qu'il voulait voir1 le dsespr qui la grande douleur arrachait ces cris de dtresse4 ,tout le long de la route cependant1 il jubilait dans son coeur et tait plein de reconnaissance4 ,que de bonnes choses m'a donnes cette journe1 disait-il1 pour me ddommager de l'avoir si mal commence6 ,quels singuliers interlocuteurs j'ai trouvs6 ,je vais prsent remcher longtemps leurs paroles1 comme si elles taient de bons grains2 ma dent les broiera1 les moudra et les remoudra sans cesse1 jusqu' ce qu'elles coulent comme du lait en l'me6 - ,mais un tournant de route que dominait un rocher1 soudain le paysage changea1 et ,zarathoustra entra dans le royaume de la mort4 ,l se dressaient de noirs et de rouges rcifs3 et il n'y avait ni herbe1 ni arbre1 ni chant d'oiseau4 ,car c'tait une valle que tous les animaux fuyaient1 mme les btes fauves2 seule une espce de gros serpents verts1 horrible voir1 venait y mourir lorsqu'elle devenait vieille4 ,c'est pourquoi les ptres appelaient cette valle3 ,mort-des-,serpents4 ,zarathoustra1 cependant1 s'enfona en de noirs souvenirs1 car il lui semblait s'tre dj trouv dans cette valle4 ,et un lourd accablement s'appesantit sur son esprit3 en sorte qu'il se mit marcher lentement et toujours plus lentement1 jusqu' ce qu'il finit par s'arrter4 ,mais alors1 comme il ouvrait les yeux1 il vit quelque chose qui tait assis au bord du chemin1 quelque chose qui avait figure humaine et qui pourtant n'avait presque rien d'humain - quelque chose d'innommable4 ,et tout d'un coup ,zarathoustra fut saisi d'une grande honte d'avoir vu de ses yeux pareille chose3 rougissant jusqu' la racine de ses cheveux blancs1 il dtourna son regard1 et dj se remettait en marche1 afin de quitter cet endroit nfaste4 ,mais soudain un son s'leva dans le morne dsert3 du sol il monta une sorte de glouglou et un gargouillement1 comme quand l'eau gargouille et fait glouglou la nuit dans une conduite bouche2 et ce bruit finit par devenir une voix humaine et une parole humaine3 - cette voix disait3 ,zarathoustra 1 ,zarathoustra6 ,devine mon nigme6 ,parle1 parle6 ,quelle est la vengeance contre le tmoin8 ,arrte et reviens en arrire1 l il y a du verglas6 ,prends garde1 prends garde que ton orgueil ne se casse les jambes ici6 ,tu te crois sage1 fier ,zarathoustra 6 ,devine donc l'nigme1 toi qui brises les noix les plus dures1 - devine l'nigme que je suis6 ,parle donc3 qui suis-je8 - ,mais lorsque ,zarathoustra eut entendu ces paroles1 - que pensez-vous qu'il se passa en son me8 ,il fut pris de compassion2 et il s'affaissa tout d'un coup comme un chne qui1 ayant longtemps rsist la cogne des bcherons1 - s'affaisse soudain lourdement1 effrayant ceux-l mme qui voulaient l'abattre4 ,mais dj il s'tait relev de terre et son visage se faisait dur4 ,je te reconnais bien1 dit-il d'une voix d'airain3 tu es le meurtrier de ,dieu4 ,laisse-moi m'en aller4 ,tu n'as pas support celui qui te voyait1 - qui te voyait constamment1 dans toute ton horreur1 toi1 le plus laid des hommes6 ,tu t'es veng de ce tmoin6 ,ainsi parlait ,zarathoustra et il se disposait passer son chemin3 mais l'tre innommable saisit un pan de son vtement et commena gargouiller de nouveau et chercher ses mots4 ,reste6 dit-il enfin - ,reste6 ,ne passe pas ton chemin6 ,j'ai devin quelle tait la cogne qui t'a abattu1 sois lou1 ,zarathoustra de ce que tu es de nouveau debout6 ,tu as devin1 je le sais bien1 ce que ressent en son me celui qui a tu ,dieu1 - le meurtrier de ,dieu3 ,reste6 ,assieds-toi l auprs de moi1 ce ne sera pas en vain4 ,vers qui irais-je si ce n'est vers toi8 ,reste1 assieds-toi4 ,mais ne me regarde pas6 ,honore ainsi - ma laideur6 ,ils me perscutent3 maintenant tu es mon suprme refuge4 ,non qu'ils me poursuivent de leur haine ou de leurs gendarmes3 - oh6 je me moquerais de pareilles perscutions1 j'en serais fier et joyeux6 ,les plus beaux succs ne furent-ils pas jusqu'ici pour ceux qui furent le mieux perscuts8 ,et celui qui poursuit bien apprend aisment suivre3 - aussi bien n'est-il pas dj - par derrire6 ,mais c'est leur compassion - c'est leur compassion que je fuis et c'est contre elle que je cherche un refuge chez toi4 ,o ,zarathoustra1 protge-moi1 toi mon suprme refuge1 toi le seul qui m'aies devin3 - tu as devin ce que ressent en son me celui qui a tu ,dieu4 ,reste6 ,et si tu veux t'en aller1 voyageur impatient3 ne prends pas le chemin par lequel je suis venu4 ,ce chemin est mauvais4 ,m'en veux-tu de ce que1 depuis trop longtemps1 j'corche ainsi mes mots8 ,de ce que dj je te donne des conseils8 ,mais sache-le1 c'est moi1 le plus laid des hommes1 - celui qui a les pieds les plus grands et les plus lourds4 ,partout o moi j'ai pass1 le chemin est mauvais4 ,je dfonce et je dtruis tous les chemins4 ,mais j'ai bien vu que tu voulais passer en silence prs de moi1 et j'ai vu ta rougeur3 c'est par l que j'ai reconnu que tu tais ,zarathoustra4 ,tout autre m'et jet son aumne1 sa compassion1 du regard et de la parole4 ,mais pour accepter l'aumne je ne suis pas assez mendiant1 tu l'as devin4 ,je suis trop riche1 riche en choses grandes et formidables1 les plus laides et les plus innommables6 ,ta honte1 ,zarathoustra1 m'a fait honneur6 ,a grand peine j'ai chapp la cohue des misricordieux1 afin de trouver le seul qui1 entre tous1 enseigne aujourd'hui que la compassion est importune - c'est toi1 ,zarathoustra6 - que ce soit la piti d'un ,dieu ou la piti des hommes3 la compassion est une offense la pudeur4 ,et le refus d'aider peut tre plus noble que cette vertu trop empresse secourir4 ,mais c'est cette vertu que les petites gens tiennent aujourd'hui pour la vertu par excellence1 la compassion3 ils n'ont point de respect de la grande infortune1 de la grande laideur1 de la grande difformit4 ,mon regard passe au-dessus de tous ceux-l1 comme le regard du chien domine les dos des grouillants troupeaux de brebis4 ,ce sont des tres petits1 gris et laineux1 pleins de bonne volont et d'esprit moutonnier4 ,comme un hron qui1 la tte rejete en arrire1 fait planer avec mpris son regard sur de plats marcages3 ainsi je jette un coup d'oeil ddaigneux sur le gris fourmillement des petites vagues1 des petites volonts et des petites mes4 ,trop longtemps on leur a donn raison1 ces petites gens3 et c'est ainsi que l'on a fini par leur donner la puissance - maintenant ils enseignent3 ,rien n'est bon que ce que les petites gens appellent bon4 ,et ce que l'on nomme aujourd'hui vrit1 c'est ce qu'enseigne ce prdicateur qui sortait lui-mme de leurs rangs1 ce saint bizarre1 cet avocat des petites gens qui tmoignait de lui-mme je - suis la vrit4 ,c'est ce prsomptueux qui est cause que depuis longtemps dj les petites gens se dressent sur leurs ergots - lui qui1 en enseignant je suis la vrit1 a enseign une lourde erreur4 ,fit-on jamais rponse plus courtoise pareil prsomptueux8 ,cependant1 ,zarathoustra1 tu passas devant lui en disant3 ,non6 ,non6 ,trois fois non6 ,tu as mis les hommes en garde contre son erreur1 tu fus le premier mettre en garde contre la piti - parlant non pas pour tout le monde ni pour personne1 mais pour toi et ton espce4 ,tu as honte de la honte des grandes souffrances2 et1 en vrit1 quand tu dis3 ,c'est de la compassion que s'lve un grand nuage1 prenez garde1 humains6 - quand tu enseignes3 ,tous les crateurs sont durs1 tout grand amour est suprieur sa piti3 ,zarathoustra1 comme tu me sembles bien connatre les signes du temps6 ,mais toi-mme - garde-toi de ta -propre- piti6 ,car il y en a beaucoup qui sont en route vers toi1 beaucoup de ceux qui se noient et qui glent4 - ,je te mets aussi en garde contre moi-mme4 ,tu as devin ma meilleure et ma pire nigme1 - qui j'tais et ce que j'ai fait4 ,je connais la cogne qui peut t'abattre4 ,cependant - il fallut qu'il mourt3 il voyait avec des yeux qui voyaient tout1 - il voyait les profondeurs et les abmes de l'homme1 toutes ses hontes et ses laideurs caches4 ,sa piti ne connaissait pas de pudeur3 il fouillait les replis les plus immondes de mon tre4 ,il fallut que mourt ce curieux1 entre tous les curieux1 cet indiscret1 ce misricordieux4 ,il me voyait sans cesse moi2 il fallut me venger d'un pareil tmoin - si non cesser de vivre moi-mme4 ,le ,dieu qui voyait tout1 mme l'homme3 ce ,dieu devait mourir6 ,l'homme ne supporte pas qu'un pareil tmoin vive4 ,ainsi parlait le plus laid des hommes4 ,mais ,zarathoustra se leva et s'apprtait partir3 car il tait glac jusque dans les entrailles4 ,etre innommable1 dit-il1 tu m'as dtourn de suivre ton chemin4 ,pour te rcompenser1 je te recommande le mien4 ,regarde1 c'est l-haut qu'est la caverne de ,zarathoustra4 ,ma caverne est grande et profonde et elle a beaucoup de recoins2 le plus cach y trouve sa cachette4 ,et prs de l il y a cent crevasses et cent rduits pour les animaux qui rampent1 qui voltigent et qui sautent4 ,o banni qui t'es bannis toi-mme1 tu ne veux plus vivre au milieu des hommes et de la piti des hommes8 ,eh bien6 fais comme moi6 ,ainsi tu apprendras aussi de moi2 seul celui qui agit apprend4 ,commence tout d'abord par t'entretenir avec mes animaux6 ,l'animal le plus fier et l'animal le plus rus - qu'ils soient pour nous deux les vritables conseillers6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra et il continua son chemin1 plus pensif qu'auparavant et plus lentement1 car il se demandait beaucoup de choses et ne trouvait pas aisment de rponses4 ,comme l'homme est misrable6 pensait-il en son coeur1 comme il est laid1 gonfl de fiel et plein de honte cache6 ,on me dit que l'homme s'aime soi-mme3 hlas1 combien doit tre grand cet amour de soi6 ,combien de mpris n'a-t-il pas vaincre6 ,celui-l aussi s'aimait en se mprisant1 - il est pour moi un grand amoureux et un grand mpriseur4 ,je n'ai jamais rencontr personne qui se mprist plus profondment3 cela aussi est de la hauteur4 ,hlas6 celui-l tait-il peut-tre l'homme suprieur1 dont j'ai entendu le cri de dtresse8 ,j'aime les hommes du grand mpris4 ,l'homme cependant est quelque chose qui doit-tre surmont4 - ,,le ,,mendiant ,,volontaire ,lorsque ,zarathoustra eut quitt le plus laid des hommes1 il se sentit glac et solitaire3 car bien des penses glaciales solitaires lui passrent par l'esprit1 en sorte que ses membres1 cause de cela1 devinrent froids eux aussi4 ,mais comme il grimpait toujours plus loin1 par monts et par vaux1 tantt le long de verts pturages1 parfois aussi sur de ravins pierreux et sauvages1 dont un torrent imptueux avait jadis fait son lit3 son coeur finit par se rchauffer et par se rconforter4 ,que m'est-il donc arriv8 se demanda-t-il1 quelque chose de chaud et de vivant me rconforte1 il faut que ce soit dans mon voisinage4 ,dj je suis moins seul2 je pressens des compagnons1 des frres inconnus qui rdent autour de moi1 leur chaude haleine meut mon me4 ,mais comme il regardait autour de lui cherchant des consolateurs de sa solitude3 voici1 il aperut des vaches rassembles sur une hauteur2 c'taient elles dont le voisinage et l'odeur avaient rchauff son coeur4 ,ces vaches cependant semblaient suivre avec attention un discours qu'on leur tenait et elles ne prenaient point garde au nouvel arrivant4 ,mais quand ,zarathoustra fur arriv tout prs d'elles1 il entendit distinctement qu'une voix d'hommes s'levait de leur milieu2 et il tait visible qu'elles avaient toutes la tte tourne du ct de leur interlocuteur4 ,alors ,zarathoustra gravit en toute hte la hauteur et il dispersa les animaux1 car il craignait qu'il ne ft arriv l quelque malheur que la compassion des vaches aurait difficilement pu rparer4 ,mais en cela il s'tait tromp2 car1 voici1 un homme tait assis par terre et semblait vouloir persuader aux btes de n'avoir point peur de lui4 ,c'tait un homme pacifique1 un doux prdicateur de montagnes1 dont les yeux prchaient la bont mme4 ,que cherches-tu ici8 s'cria ,zarathoustra avec stupfaction4 ,ce que je cherche ici8 rpondit-il3 la mme chose que toi1 trouble-fte6 c'est--dire le bonheur sur la terre4 ,c'est pourquoi je voudrais que ces vaches m'enseignassent leur sagesse4 ,car1 sache-le1 voici bien une demie matine que je leur parle et elles allaient me rpondre4 ,pourquoi les troubles-tu8 ,si nous ne retournons en arrire et ne devenons comme les vaches1 nous ne pouvons pas entrer dans le royaume des cieux4 ,car il y a une chose que nous devrions apprendre d'elles3 c'est de ruminer4 ,et1 en vrit1 quand bien mme l'homme gagnerait le monde entier1 s'il n'apprenait pas cette seule chose1 je veux dire de ruminer1 quoi tout le reste lui servirait-il6 ,car il ne se dferait point de sa grande affliction1 - de sa grande affliction qui s'appelle aujourd'hui dgot3 et qui donc n'a pas aujourd'hui du dgot plein le coeur1 plein la bouche1 plein les yeux8 ,toi aussi6 ,toi aussi6 ,mais vois donc ces vaches6 - ,ainsi parla le prdicateur de la montagne1 puis il tourna son regard vers ,zarathoustra1 - car jusqu'ici ses yeux taient rests attachs avec amour sur les vaches3 - mais soudain son visage changea4 ,quel est celui qui je parle8 s'cria-t-il effray en se levant soudain de terre4 ,c'est ici l'homme sans dgot1 c'est ,zarathoustra lui-mme1 celui qui a surmont le grand dgot1 c'est bien l'oeil1 c'est bien la bouche1 c'est bien le coeur de ,zarathoustra lui-mme4 ,et1 en parlant ainsi1 il baisait les mains de celui qui il s'adressait1 et ses yeux dbordaient de larmes1 et il se comportait tout comme si un prsent ou un trsor prcieux lui ft soudain tomb du ciel4 ,les vaches cependant contemplaient tout cela avec tonnement4 ,ne parle pas de moi1 homme singulier et charmant6 rpondit ,zarathoustra1 en se dfendant de ses caresses1 parle-moi d'abord de toi6 ,n'est-tu pas le mendiant volontaire1 qui jadis jeta loin de lui une grande richesse1 - qui eut honte de la richesse et des riches1 et qui s'enfuit chez les plus pauvres1 afin de leur donner son abondance et son coeur8 ,mais ils ne l'accueillirent point4 ,ils ne m'accueillirent point1 dit le mendiant volontaire1 tu le sais bien4 ,c'est pourquoi j'ai fini par aller auprs des animaux et auprs de ces vaches4 ,c'est l que tu as appris1 interrompit ,zarathoustra1 combien il est plus difficile de bien donner que de bien prendre1 que c'est un art de bien donner1 que c'est la matrise dernire d'ingnieuse bont4 ,surtout de nos jours1 rpondit le mendiant volontaire3 aujourd'hui o tout ce qui est bas s'est soulev1 farouche et orgueilleux de son espce3 l'espce populacire4 ,car1 tu le sais bien1 l'heure est venue pour la grande insurrection de la populace et des esclaves1 l'insurrection funeste1 longue et lente3 elle grandit et grandit toujours6 ,aujourd'hui les petits se rvoltent contre tout ce qui est bienfait et aumne2 que ceux qui sont trop riches se tiennent donc sur leurs gardes6 ,malheur qui1 tel un flacon ventru1 s'goutte lentement par un goulot trop troit3 - car c'est ces flacons que l'on casse prsent volontiers le col4 ,convoitise lubrique1 envie fielleuse1 pre soif de vengeance1 fiert populacire3 tout cela m'a saut au visage4 ,il n'est pas vrai que les pauvres soient bienheureux4 ,le royaume des cieux1 cependant1 est chez les vaches4 ,et pourquoi n'est-il pas chez les riches8 demanda ,zarathoustra pour l'prouver1 tandis qu'il empchait les vaches de flairer familirement le pacifique aptre4 ,pourquoi me tentes-tu8 ,rpondit celui-ci4 ,tu le sais encore mieux que moi4 ,qu'est-ce donc qui m'a pouss vers les plus pauvres1 ,zarathoustra8 ,n'tait-ce pas le dgot de nos plus riches8 - de ces forats de la richesse1 qui1 l'oeil froid1 le coeur dvor de penses de lucre1 savent tirer profit de chaque tas d'ordure - de toute cette racaille dont l'ignominie crie vers le ciel1 - de cette populace dore et falsifie1 dont les anctres avaient les doigts crochus1 vautours ou chiffonniers1 de cette gent complaisante aux femmes1 lubrique et oublieuse3 - car ils ne diffrent gure des prostitues4 - ,populace en haut6 ,populace en bas6 ,qu'importe aujourd'hui encore les pauvres et les riches6 ,j'ai dsappris de fair cette distinction et je me suis enfui1 bien loin1 toujours plus loin1 jusqu' ce que je sois venu auprs de ces vaches4 ,ainsi parlait l'aptre pacifique1 et il soufflait et suait d'motion ses propres discours3 en sorte que les vaches s'tonnrent derechef4 ,mais ,zarathoustra1 tandis qu'il profrait ces dures paroles1 le regardait toujours en face1 avec un sourire1 en secouant silencieusement la tte4 ,tu te fais violence1 prdicateur de la montagne1 en usant de mots si durs4 ,ta bouche et tes yeux ne sont pas ns pour de pareilles durets4 ,ni mme ton estomac ce qu'il me semble3 car il n'est point fait pour tout ce qui est colre ou haine dbordante4 ,ton estomac a besoin d'aliments plus doux3 tu n'es pas un boucher4 ,tu me sembles plutt herbivore et vgtarien4 ,peut-tre mchonnes-tu des grains4 ,tu n'es en tous les cas pas fait pour les joies carnivores et tu aimes le miel4 ,tu m'as bien devin1 rpondit le mendiant volontaire1 le coeur allg4 ,j'aime le miel1 et je mchonne aussi des grains1 car j'ai cherch ce qui a bon got et rend l'haleine pure3 et aussi ce qui demande beaucoup de temps1 et sert de passe-temps et de friandise aux doux paresseux et aux fainants4 ,ces vaches1 vrai dire1 l'emportent sur tous en cet art3 elles ont invent de ruminer et de se coucher au soleil4 ,aussi s'abstiennent-elles de toutes les penses lourdes et graves qui gonflent le coeur4 - ,eh bien6 dit ,zarathoustra 3 tu devrais voir aussi mes animaux1 mon aigle et mon serpent1 - ils n'ont pas aujourd'hui leur pareil sur la terre4 ,regarde1 voici le chemin qui conduit ma caverne3 sois son hte pour cette nuit4 ,et parle1 avec mes animaux1 du bonheur des animaux1 - jusqu' ce que je rentre moi-mme4 ,car prsent un cri de dtresse m'appelle en hte loin de toi4 ,tu trouves aussi chez moi du miel nouveau1 du miel de ruches dores d'une fracheur glaciale3 mange-le6 ,mais maintenant prends bien vite cong de tes vaches1 homme singulier et charmant6 quoi qu'il puisse t'en coter4 ,car ce sont tes meilleurs amis et tes matres de sagesse6 - - ,a l'exception d'un seul que je leur prfre encore1 rpondit le mendiant volontaire4 ,tu es bon toi-mme et meilleur encore qu'une vache1 ,zarathoustra6 ,va-t'en1 va-t'en6 vilain flatteur6 s'cria ,zarathoustra en colre1 pourquoi veux-tu me corrompre par toutes ces louanges et le miel de ces flatteries8 ,va-t'en1 va-t'en loin de moi6 s'cria-t-il encore une fois en levant sa canne sur le tendre mendiant3 mais celui-ci se sauva en toute hte4 ,l',,ombre ,mais peine le mendiant volontaire s'tait-il sauv1 que ,zarathoustra1 tant de nouveau seul avec lui-mme1 entendit derrire lui une voix nouvelle qui criait3 ,arrte-toi1 ,zarathoustra6 ,attends-moi donc6 ,c'est moi1 ,zarathoustra1 moi ton ombre6 ,mais ,zarathoustra n'attendit pas1 car un soudain dpit s'empara de lui1 cause de la grande foule qui se pressait dans ses montagnes4 ,o s'en est alle ma solitude8 dit-il4 ,c'en est vraiment de trop2 ces montagnes fourmillent de gens1 mon royaume n'est plus de ce monde1 j'ai besoin de montagnes nouvelles4 ,mon ombre m'appelle6 ,qu'importe mon ombre6 ,qu'elle me coure aprs6 ,moi - je me sauve d'elle4 ,ainsi parlait ,zarathoustra son coeur en se sauvant4 ,mais celui qui tait derrire lui le suivait3 en sorte qu'ils taient trois courir l'un derrire l'autre1 d'abord le mendiant volontaire1 puis ,zarathoustra et en troisime et dernier lieu son ombre4 ,mais ils ne couraient pas encore longtemps de la sorte que dj ,zarathoustra prenait conscience de sa folie1 et d'un seul coup secouait loin de lui tout son dpit et tous son dgot4 ,eh quoi6 s'cria-t-il1 les choses les plus tranges n'arrivrent-elles pas de tout temps chez nous autres vieux saints et solitaires8 ,en vrit1 ma folie a grandi dans les montagnes6 ,voici que j'entends sonner1 les unes derrire les autres1 six vieilles jambes de fous6 ,mais ,zarathoustra a-t-il le droit d'avoir peur d'une ombre8 ,aussi bien1 je finis par croire qu'elle a de plus longues jambes que moi4 ,ainsi parlait ,zarathoustra 1 riant des yeux et des entrailles4 ,il s'arrta et se retourna brusquement - et voici1 il faillit ainsi jeter terre son ombre qui le poursuivait3 tant elle le serrait de prs et tant elle tait faible4 ,car lorsqu'il l'examina des yeux1 il s'effraya comme devant l'apparition soudaine d'un fantme3 tant celle qui tait ses trousses tait maigre1 noirtre et use1 tant elle avait l'air d'avoir fait son temps4 ,qui es-tu8 ,demanda imptueusement ,zarathoustra4 ,que fais-tu ici8 ,et pourquoi t'appelles-tu mon ombre8 ,tu ne me plais pas4 ,pardonne-moi1 rpondit l'ombre1 que ce soit moi2 et si je ne te plais pas1 eh bien1 ,zarathoustra6 je t'en flicite et je loue ton bon got4 ,je suis un voyageur1 depuis longtemps dj attach tes talons3 toujours en route1 mais sans but1 et aussi sans demeure3 en sorte qu'il ne me manque que peu de chose pour tre l'ternel juif errant1 si ce n'est que je ne suis ni juif1 ni ternel4 ,eh quoi6 ,faut-il donc que je sois toujours en route8 toujours instable1 entran par le tourbillon de tous les vents8 ,o terre1 tu devins pour moi trop ronde6 ,je me suis pos dj sur toutes les surface2 pareil de la poussire fatigue1 je me suis endormi sur les glaces et les vitres4 ,tout me prend de ma substance1 nul ne me donne rien1 je me fais mince1 - peu s'en faut que je ne sois comme une ombre4 ,mais c'est toi1 ,zarathoustra1 que j'ai le plus longtemps suivi et poursuivi1 et1 quoique je me sois cach de toi1 je n'en tais pas moins ton ombre la plus fidle3 partout o tu te posais je me posais aussi4 ,a ta suite j'ai err dans les mondes les plus lointains et les plus froids1 semblable un fantme qui se plait courir sur les toits blanchis par l'hiver et sur la neige4 ,a ta suite j'ai aspir tout ce qu'il y a de dfendu1 de mauvais et de plus lointain3 et s'il est en moi quelque vertu1 c'est que je n'ai jamais redout aucune dfense4 ,a ta suite j'ai bris ce que jamais mon coeur a ador1 j'ai renvers toutes les bornes et toutes les images1 courant aprs les dsirs les plus dangereux1 - en vrit1 j'ai pass une fois sur tous les crimes4 ,a ta suite j'ai perdu la foi en les mots1 les valeurs consacres et les grands noms6 ,quand le diable change de peau1 ne jette-t-il pas en mme temps son nom8 ,car ce nom aussi n'est qu'une peau4 ,le diable lui-mme n'est peut-tre - qu'une peau4 ,rien n'est vrai1 tout est permis 3 ainsi disais-je pour me stimuler4 ,je me suis jet1 coeur et tte1 dans les eaux les plus glaces4 ,hlas6 combien de fois suis-je sorti d'une pareille aventure nu1 rouge comme une crevisse6 ,hlas6 qu'ai je fait de toute bont1 de toute pudeur1 et de toute fois en les bons6 ,hlas6 o est cette innocence mensongre que je possdais jadis1 l'innocence des bons et de leurs nobles mensonges6 ,trop souvent1 vraiment1 j'ai suivi la vrit sur les talons3 alors elle me frappait au visage4 ,quelquefois je croyais mentir1 et voici1 c'est alors seulement que je touchais - la vrit4 ,trop de choses sont prsent claires pour moi1 c'est pourquoi rien ne m'est plus4 ,rien ne vit plus de ce que j'aime1 - comment saurais-je m'aimer encore moi-mme844444444444444444444 ,vivre selon mon bon plaisir1 ou ne pas vivre du tout3 c'est l ce que je veux1 c'est ce que veut aussi le plus saint4 ,mais1 hlas6 comment y aurait-il encore pour moi un plaisir8 ,y a-t-il encore pour moi - un but8 ,un port o s'lance ma voile8 ,un bon vent8 ,hlas6 celui-l seul qui sait o il va1 sait aussi quel est pour lui le bon vent1 le vent propice4 ,que m'est il rest8 ,un coeur fatigu et impudent2 une volont instable2 des ailes bonnes pour voleter2 une pine dorsale brise4 ,cette recherche de ma demeure3 ,zarathoustra1 le sais-tu bien1 cette recherche a t ma cruelle preuve1 elle me dvore4 ,o est ma demeure8 ,c'est elle que je demande1 que je cherche1 que j'ai cherche1 elle que je n'ai pas trouve4 ,o ternel partout1 ternel nulle part1 ternel - en vain6 ,ainsi parlait l'ombre2 et le visage de ,zarathoustra s'allongeait ses paroles4 ,tu es mon ombre6 dit-il enfin avec tristesse4 ,ce n'est pas un mince pril que tu cours1 esprit libre et voyageur6 ,tu as un mauvais jour3 prends garde ce qu'il ne soit pas suivi d'un plus mauvais soir6 ,des vagabonds comme toi finissent par se sentir bienheureux mme dans une prison4 ,as-tu jamais vu comment dorment les criminels en prison8 ,ils dorment en paix1 ils jouissent de leur scurit nouvelle4 ,garde-toi qu'une foi troite ne finisse par s'emparer de toi1 une illusion dur et svre6 ,car dsormais tu es sduit et tent par tout ce qui est troit et solide4 ,tu as perdu le but3 hlas6 comment pourrais-tu te dsoler ou te consoler de cette perte8 ,n'as-tu pas ainsi perdu aussi - ton chemin8 ,pauvre ombre errante1 esprit volage1 papillon fatigu6 ,veux-tu avoir ce soir un repos et un asile8 ,monte vers ma caverne6 ,c'est l-haut que monte le chemin qui mne ma caverne4 ,et maintenant je veux bien vite m'enfuir loin de toi4 ,dj je sens comme une ombre peser sur moi4 ,je veux courir seul1 pour qu'il fasse de nouveau clair autour de moi4 ,c'est pourquoi il me faut encore gaiement jouer des jambes4 ,pourtant ce soir - on dansera chez moi6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,en ,,plein ,,midi - ,et ,zarathoustra se remit courir et courir encore1 mais il ne trouva plus personne4 ,il demeurait seul1 et il ne faisait toujours que se trouver lui-mme4 ,alors il jouit de sa solitude1 il savoura sa solitude et il pensa de bonnes choses - pendant des heures entires4 ,a l'heure de midi cependant1 lorsque le soleil se trouva tout juste au-dessus de la tte de ,zarathoustra1 il passa devant un vieil arbre chenu et noueux qui tait entirement embrass par le riche amour d'un cep de vigne1 de telle sorte que l'on n'en voyait pas le tronc3 de cet arbre pendaient des raisins jaunes1 s'offrant au voyageur en abondance4 ,alors ,zarathoustra eut envie d'tancher sa soif lgre en dtachant une grappe de raisin1 et comme il tendait dj la main pour la saisir1 un autre dsir1 plus violent encore1 s'empara de lui3 le dsir de se coucher au pied de l'arbre1 l'heure du plein midi1 pour dormir4 ,c'est ce que fit ,zarathoustra2 et aussitt qu'il fut tendu par terre1 dans le silence et le secret de l'herbe multicolore1 sa lgre soif tait dj oublie et il s'endormit4 ,car1 comme dit le proverbe de ,zarathoustra3 ,une chose est plus ncessaire que l'autre4 ,ses yeux cependant restrent ouverts3 - car il ne se fatiguait point de regarder et de louer l'arbre et l'amour du cep de vigne4 ,mais1 en s'endormant1 ,zarathoustra parla ainsi son coeur3 ,silence6 ,silence6 ,le monde ne vient-il pas de s'accomplir8 ,que m'arrive-t-il donc8 ,comme un vent dlicieux danse invisiblement sur les scintillantes paillettes de la mer1 lger1 lger comme une plume3 ainsi - le sommeil danse sur moi4 ,il ne me ferme pas les yeux1 il laisse mon me en veil4 ,il est lger1 en vrit1 lger comme une plume4 ,il me persuade1 je ne sais comment8 il me touche intrieurement d'une main caressante1 il me fait violence4 ,oui1 il me fait violence1 en sorte que mon me s'largit3 - comme elle s'allonge fatigue1 mon me singulire6 ,le soir d'un septime jour est-il venu pour elle en plein midi8 ,a-t-elle err trop longtemps dj1 bienheureuse1 parmi les choses bonnes et mres8 ,elle s'allonge1 longuement1 - dans toute sa longueur6 elle est couche tranquille1 mon me singulire4 ,elle a got trop de bonnes choses dj1 cette tristesse dore l'oppresse1 elle fait la grimace4 - ,comme une barque qui est entre dans sa baie la plus calme3 - elle s'adosse maintenant la terre1 fatigue des longs voyages et des mers incertaines4 ,la terre n'est-elle pas plus fidle que la mer8 ,comme une barque s'allonge et se presse contre la terre3 - car alors il suffit qu'une araigne tisse son fil de la terre jusqu' elle1 sans qu'il soit besoin de corde plus forte4 ,comme une barque fatigue1 dans la baie la plus calme3 ainsi1 moi aussi1 je repose maintenant prs de la terre fidle1 plein de confiance et dans l'attente1 attach la terre par les fils les plus lgers4 ,o bonheur6 ,o bonheur6 ,que ne chantes-tu pas1 mon me8 ,tu es couche dans l'herbe4 ,mais voici l'heure secrte et solennelle1 o nul berger je joue de la flte4 ,prends garde6 ,la chaleur du midi repose sur les prairies4 ,ne chante pas6 ,garde le silence6 ,le monde est accompli4 ,ne chante pas1 oiseau des prairies1 mon me6 ,ne murmure mme pas6 ,regarde donc - silence6 ,le vieux midi dort1 il remue la bouche3 ne boit-il pas en ce moment une goutte de bonheur - une vieille goutte brunie1 de bonheur dor1 de vin dor8 son riant bonheur se glisse furtivement vers lui4 ,c'est ainsi - que rit un dieu4 ,silence6 - - ,combien il faut peu de chose pour suffire au bonheur6 ,ainsi disais-je jadis1 me croyant sage4 ,mais c'tait l un blasphme3 je l'ai appris depuis4 ,les fous sages parlent mieux que cela4 ,c'est ce qu'il y a de moindre1 de plus silencieux1 de plus lger1 le bruissement d'un lzard dans l'herbe1 un souffle1 un chutt1 un clin d'oeil - c'est la petite quantit qui fait la qualit de meilleur bonheur4 ,silence6 - ,que m'est-il arriv3 ,ecoute6 ,le temps s'est-il donc enfui8 ,ne suis-je pas en train de tomber8444 ,ne suis-je pas tomb - coute6 - dans le puits de l'ternit8 - ,que m'arrive-t-il8444 ,silence6 ,je suis frapp - hlas6 - au coeur8444 ,au coeur6 ,o brise-toi1 brise-toi1 mon coeur1 aprs un pareil bonheur1 aprs un pareil coup6 - ,comment8 ,le monde me vient-il pas de s'accomplir8 ,rond et mr8 ,o balle ronde et dore - o va-t-elle s'envoler8 ,est-ce que je lui cours aprs6 ,chutt6 ,silence - 7et en cet endroit ,zarathoustra s'tira et il sentit qu'il dormait47 ,lve-toi1 se dit-il lui-mme1 dormeur6 ,paresseux6 ,allons1 ouf1 vieilles jambes6 ,il est temps1 il est grand temps6 ,il vous reste encore une bonne partie du chemin parcourir4 - ,vous vous tes livres au sommeil4 ,pendant combien de temps8 ,pendant une demi-ternit6 ,allons1 lve-toi maintenant1 mon vieux coeur6 ,combien te faudra-t-il de temps1 aprs un pareil sommeil - pour te rveiller8 7,mais dj il s'endormait de nouveau1 et son me lui rsistait et se dfendait et se recouchait tout de son long7 - ,laisse-moi donc6 ,silence6 ,le monde ne vient-il pas de s'accomplir8 ,o cette balle ronde et dore6 - ,lve-toi1 dit ,zarathoustra1 petite voleuse1 petite paresseuse6 ,comment8 ,toujours s'tirer1 biller1 soupirer1 tomber au fond des puits profonds8 ,qui es-tu donc8 ,o mon me6 7et en ce moment1 il s'effraya1 car un rayon de soleil tombait du ciel sur son visage47 ,o ciel au-dessus de moi1 dit il avec un soupir1 en se mettant sur son sant1 tu me regardes8 ,tu coutes mon me singulire8 ,quand boiras-tu cette goutte de rose qui est tombe sur toutes les choses de ce monde1 - quand boiras-tu cette me singulire - quand cela1 puits de l'ternit6 joyeux abme de midi qui fait frmir6 quand absorberas-tu mon me en toi8 ,ainsi parlait ,zarathoustra et il se leva de sa couche au pied de l'arbre1 comme d'une ivresse trange1 et voici le soleil tait encore au-dessus de sa tte4 ,on pourrait en conclure1 avec raison1 que ce jour-l ,zarathoustra n'avait pas dormi longtemps4 ,,la ,,salutation ,il tait dj trs tard dans l'aprs-midi1 lorsque ,zarathoustra1 aprs de longues recherches infructueuses et de vaines courses1 revint sa caverne4 ,mais lorsqu'il se trouva en face d'elle1 peine loign de vingt pas1 il arriva ce quoi il s'attendait le moins ce moment3 il entendit de nouveau le grand cri de dtresse4 ,et1 chose trange6 ce moment le cri venait de sa propre caverne4 ,mais c'tait un long cri1 singulier et multiple1 et ,zarathoustra distinguait parfaitement qu'il se composait de beaucoup de voix3 quoique1 distance1 il ressemblt au cri d'une seule bouche4 ,alors ,zarathoustra s'lana vers sa caverne et quel ne fut pas le spectacle qui l'attendait aprs ce concert6 ,car ils taient tous assis les uns prs des autres1 ceux auprs desquels il avait pass dans la journe3 le roi de droite et le roi de gauche1 le vieil enchanteur1 le pape1 le mendiant volontaire1 l'ombre1 le consciencieux de l'esprit1 le triste devin et l'ne2 le plus laid des hommes cependant s'tait mis une couronne sur la tte et avait ceint deux charpes de pourpre1 - car il aimait se dguiser et faire le beau1 comme tous ceux qui sont laids4 ,mais au milieu de cette triste compagnie1 l'aigle de ,zarathoustra tait debout1 inquiet et les plumes hrisses1 car il devait rpondre trop de choses auxquelles sa fiert n'avait pas de rponse2 et le serpent rus s'tait enlac autour de son cou4 ,c'est avec un grand tonnement que ,zarathoustra regarda tout cela2 puis il dvisagea l'un aprs l'autre chacun de ses htes1 avec une curiosit bienveillante1 lisant dans leurs mes et s'tonnant derechef4 ,pendant ce temps1 ceux qui taient runis s'taient levs de leur sige1 et ils attendaient avec respect que ,zarathoustra prt la parole4 ,zarathoustra cependant parla ainsi3 ,vous qui dsesprez1 hommes singuliers6 ,c'est donc votre cri de dtresse que j'ai entendu8 ,et maintenant je sais aussi o il faut chercher celui que j'ai cherch en vain aujourd'hui3 l'homme suprieur3 - il est assis dans ma propre caverne1 l'homme suprieur6 ,mais pourquoi m'tonnerais-je6 ,n'est-ce pas moi-mme qui l'ai attir vers moi par des offrandes de miel et par la maligne tentation de mon bonheur8 ,il me semble pourtant que vous vous entendez trs mal1 vos coeurs se rendent moroses les uns les autres lorsque vous vous trouvez runis ici1 vous qui poussez des cris de dtresse8 ,il fallut d'abord qu'il vnt quelqu'un1 - quelqu'un qui vous ft rire de nouveau1 un bon jocrisse joyeux1 un danseur1 un ouragan1 une girouette tourdie1 quelque vieux fou3 - que vous en semble8 ,pardonnez-moi donc1 vous qui dsesprez1 que je parle devant vous avec des paroles aussi puriles1 indignes1 en vrit1 de pareils htes6 ,mais vous ne devinez pas ce qui rend mon coeur ptulant3 - c'est vous-mmes et le spectacle que vous m'offrez1 pardonnez-moi6 ,car en regardant un dsespr chacun reprend courage4 ,pour consoler un dsespr - chacun se croit assez fort4 ,c'est moi-mme que vous avez donn cette force1 - un don prcieux1 mes htes illustres6 ,un vritable prsent d'htes6 ,eh bien1 ne soyez pas fchs si je vous offre aussi de ce qui m'appartient4 ,ceci est mon royaume et mon domaine3 mais je vous l'offre pour ce soir et cette nuit4 ,que mes animaux vous servent3 que ma caverne soit votre lieu de repos6 ,hbergs par moi1 aucun de vous ne doit s'adonner au dsespoir1 dans mon district je protge chacun contre ses btes sauvages4 ,scurit3 c'est l la premire chose que je vous offre6 ,la seconde cependant1 c'est mon petit doigt4 ,et si vous avez mon petit doigt1 vous prendrez bientt la main tout entire4 ,eh bien6 je vous donne mon coeur en mme temps6 ,soyez les bien-venus ici1 salut vous1 mes htes6 ,ainsi parlait ,zarathoustra et il riait d'amour et de mchancet4 ,aprs cette salutation ses htes s'inclinrent de nouveau1 silencieusement et pleins de respect2 mais le roi de droite lui rpondit au nom de tous4 ,a la faon dont tu nous as prsent ta main et ton salut1 ,zarathoustra1 nous reconnaissons que tu es ,zarathoustra4 ,tu t'es abaiss devant nous2 un peu plus tu aurais bless notre respect - 3 mais qui donc saurait comme toi s'abaisser avec une telle fiert8 ,ceci nous redresse nous-mmes1 rconfortant nos yeux et nos coeurs4 ,rien que pour en tre spectateurs nous monterions volontiers sur des montagnes plus hautes que celle-ci4 ,car nous sommes venus1 avides de spectacle1 nous voulions voir ce qui rend clair des yeux troubles4 ,et voici1 dj c'en est fini de tous nos cris de dtresse4 ,dj nos sens et nos coeurs s'panouissent pleins de ravissement4 ,il ne s'en faudrait pas de beaucoup que notre courage ne se mette en rage4 ,il n'y a rien de plus rjouissant sur la terre1 ,zarathoustra1 qu'une volont haute et forte4 ,une volont haute et forte est la plus belle plante de la terre4 ,un paysage tout entier est rconfort par un pareil arbre4 ,je le compare un pin1 ,zarathoustra1 celui qui grandit comme toi3 lanc1 silencieux1 dur1 solitaire1 fait du meilleur bois et du bois le plus flexible1 superbe1 - voulant enfin1 avec des branches fortes et vertes1 toucher sa propre domination1 posant de fortes questions aux vents et aux temptes et tout ce qui est familier des hauteurs1 - rpondant plus fortement encore1 ordonnateur1 victorieux3 ah6 qui ne monterait pas sur les hauteurs pour contempler de pareilles plantes8 ,tout ce qui est sombre et manqu se rconforte la vue de ton arbre1 ,zarathoustra1 ton aspect rassure l'instable et gurit le coeur de l'instable4 ,et en vrit1 beaucoup de regards se dirigent aujourd'hui vers ta montagne et ton arbre2 un grand dsir s'est mis en route et il y en a beaucoup qui se sont pris demander3 qui est ,zarathoustra8 ,et tous ceux qui tu as jamais distill dans l'oreille ton miel et ta chanson3 tous ceux qui sont cachs1 solitaires et solitaires deux1 ils ont tout coup dit leur coeur3 ,zarathoustra vit-il encore8 ,il ne vaut plus la peine de vivre4 ,tout est gal1 tout en vain3 moins que - nous ne vivions avec ,zarathoustra6 ,pourquoi ne vient-il pas1 celui qui s'est annonc si longtemps8 ainsi demandent beaucoup de gens2 la solitude l'a-t-elle dvor8 ,ou bien est-ce nous qui devons venir auprs de lui8 ,il arrive maintenant que la solitude elle-mme s'attendrisse et se brise1 semblable une tombe qui s'ouvre et qui ne peut plus tenir ses morts4 ,partout on voit des ressuscits4 ,maintenant1 les vagues montent et montent autour de ta montagne1 ,zarathoustra4 ,et malgr l'lvation de ta hauteur1 il faut que beaucoup montent auprs de toi2 ta barque ne doit plus rester longtemps l'abri4 ,et que nous nous soyons venus vers ta caserne1 nous autres hommes qui dsesprions et qui dj ne dsesprions plus3 ce n'est qu'un signe et un prsage qu'il y en a de meilleurs que nous en route1 - car il est lui-mme en route vers toi1 le dernier reste de ,dieu parmi les hommes2 c'est--dire3 tous les hommes du grand dsir1 du grand dgot1 de la grande satit1 - tous ceux qui ne veulent vivre sans qu'ils puissent de nouveau apprendre esprer apprendre de toi1 ,zarathoustra1 le grand espoir6 ,ainsi parlait le roi de droite en saisissant la main de ,zarathoustra pour l'embrasser2 mais ,zarathoustra se dfendit de sa vnration et se recula effray1 silencieux1 et fuyant soudain comme dans le lointain4 ,mais1 aprs peu d'instants1 il fut de nouveau de retour auprs de ses htes et1 les regardant avec des yeux clairs et scrutateurs1 il dit3 ,hommes suprieurs1 vous qui tes mes htes1 je vais vous parler allemand et clairement4 ,ce n'est pas vous que j'attendais dans ces montagnes4 7,allemand et clairement8 ,que ,dieu ait piti6 dit alors part lui le roi de gauche2 on voit qu'il ne connat pas ces bons ,allemands1 ce sage d',orient6 ,mais il veut dire allemand et grossirement - eh bien6 ,ce n'est pas l ce qu'il y a de plus mauvais aujourd'hui67 ,il se peut que vous soyez tous1 les uns comme les autres1 des hommes suprieurs1 continua ,zarathoustra3 pour moi cependant - vous n'tes ni assez grands ni assez forts4 ,pour moi1 je veux dire3 pour la volont inexorable qui se tait en moi1 qui se tait1 mais qui ne se taira pas toujours4 ,et si vous tes miens1 vous n'tes cependant point mon bras droit4 ,car celui qui comme vous marche sur des jambes malades et frles1 veut avant tout tre mnag1 qu'il le sache ou qu'il se le cache4 ,mais moi je ne mnage pas mes bras et mes jambes1 je ne mnage pas mes guerriers 3 comment pourriez-vous tre bons pour faire ma guerre8 ,avec vous je gcherais mme mes victoires4 ,et plus d'un parmi vous tomberait la renverse au seul roulement de mes tambours4 ,aussi bien n'tes-vous pas assez beaux mon gr1 ni d'assez bonne race4 ,j'ai besoin de miroirs purs et lisses pour recevoir ma doctrine2 reflte par votre surface1 ma propre image serait dforme4 ,sur vos paules psent maint fardeau1 maint souvenir3 et maint kobold mchant se tapit en vos recoins4 ,en vous aussi il y a encore de la populace cache4 ,bien que bons et de bonne race1 vous tes tors et difformes maints gards1 et il n'est pas de forgeron au monde qui pt vous rajuster et vous redresser4 ,vous n'tes que des ponts3 puissent de meilleurs que vous passer de l'autre ct6 ,vous reprsentez des degrs3 ne vous irritez donc pas contre celui qui vous franchit pour escalader sa hauteur6 ,il se peut que1 de votre semence1 il naisse un jour1 pour moi1 un fils vritable1 un hritier parfait3 mais ce temps est lointain4 ,vous n'tes point ceux qui appartiennent mon nom et mes biens de ce monde4 ,ce n'est pas vous que j'attends ici dans ces montagnes1 ce n'est pas avec vous que je descendrai vers les hommes une dernire fois4 ,vous n'tes que des avant-coureurs1 venus vers moi pour m'annoncer que d'autres1 de plus grands1 sont en route vers moi1 - non point les hommes du grand dsir1 du grand dgot1 de la grande satit1 ni ce que vous avez appel ce qui reste de ,dieu sur la terre4 - ,non1 non6 ,trois fois non6 ,j'en attends d'autres ici sur ces montagnes et je ne veux point1 sans eux1 porter mes pas loin d'ici1 - d'autres qui seront plus grands1 plus forts1 plus victorieux1 des hommes plus joyeux1 btis d'aplomb et carrs de la tte la base3 il faut qu'ils viennent1 les lions rieurs6 ,o mes htes1 hommes singuliers1 - n'avez-vous pas encore entendu parler de mes enfants8 et dire qu'ils sont en route pour venir vers moi8 ,parlez-moi donc de mes jardins1 de mes ,iles ,bienheureuses1 de ma belle et nouvelle espce1 - pourquoi ne m'en parlez-vous pas8 ,j'implore votre amour de rcompenser mon hospitalit en me parlant de mes enfants4 ,c'est pour eux que je me suis fait riche1 c'est pour eux que je me suis appauvri3 que n'ai-je pas donn1 - que ne donnerais-je pour avoir une chose3 ces enfants1 ces plantations vivantes1 ces arbres de la vie de mon plus haut espoir6 ,ainsi parlait ,zarathoustra et il s'arrta soudain dans son discours3 car il fut surpris par son dsir1 et il ferma les yeux et la bouche1 tant tait grand le mouvement de son coeur4 ,et tous ses htes1 eux aussi1 se turent1 immobiles et accabls3 si ce n'est que le vieux devin se mit gesticuler des bras4 ,,la ,c,,ne ,car1 en cet endroit1 le devin interrompit la salutation de ,zarathoustra et de ses htes3 il se pressa en avant1 comme quelqu'un qui n'a pas de temps perdre1 saisit la main de ,zarathoustra et s'cria3 ,mais1 ,zarathoustra6 ,une chose est plus ncessaire que l'autre1 c'est ainsi que tu parles toi-mme3 eh bien6 il y a maintenant une chose qui m'est plus ncessaire que toutes les autres4 ,je veux dire un mot au bon moment3 ne m'as-tu pas invit un repas8 ,et il y en a ici beaucoup qui ont fait de longs chemins4 ,tu ne veux pourtant pas nous rassasier de paroles8 ,aussi avez-vous tous dj trop parl de mourir de froid1 de se noyer1 d'touffer et d'autres misres du corps3 mais personne ne s'est souvenu de ma misre moi3 la crainte de mourir de faim - 7,ainsi parla le devin2 mais quand les animaux de ,zarathoustra entendirent ces paroles1 ils s'enfuirent de frayeur4 ,car ils voyaient que tout ce qu'ils avaient rapport dans la journe ne suffirait pas gorger le devin lui tout seul47 ,personne ne s'est souvenu de la crainte de mourir de soif1 continua le devin4 ,et1 bien que j'entende ruiseler l'eau1 comme les discours de la sagesse1 abondamment et infatigablement3 moi1 je - veux du vin6 ,tout le monde n'est pas1 comme ,zarathoustra1 buveur d'eau invtr4 ,l'eau n'est pas bonne non plus pour les gens fatigus et fltris3 nous avons besoin de vin1 - le vin seul amne une gurison subite et une sant improvise6 ,a cette occasion1 tandis que le devin demandait du vin1 il arriva que le roi de gauche1 le roi silencieux1 prit1 lui aussi1 la parole4 ,nous avons pris soin du vin1 dit-il1 moi et mon frre1 le roi de droite3 nous avons assez de vin1 - toute une charge1 il ne manque donc plus que de pain4 ,du pain8 rpliqua ,zarathoustra en riant4 ,c'est prcisment du pain que n'ont point les solitaires4 ,mais l'homme ne vit pas seulement de pain1 mais aussi de bonne viande d'agneau et j'ai ici deux agneaux4 ,qu'on les dpce vite et qu'on les apprte1 aromatiss de sauge3 c'est ainsi que j'aime la viande d'agneaux4 ,et nous ne manquons pas de racines et de fruits1 qui suffiraient mme pour les gourmands et les dlicats1 nous ne manquons pas non plus de noix ou d'autres nigmes briser4 ,nous allons donc bientt faire un bon repas4 ,mais celui qui veut manger avec nous doit aussi mettre la main la besogne et les rois tout comme les autres4 ,car1 chez ,zarathoustra1 un roi mme peut tre cuisinier4 ,cette proposition tait faite selon le coeur de chacun3 seul le mendiant volontaire rpugnait la viande1 au vin et aux pices4 coutez-moi donc ce viveur de ,zarathoustra6 dit-il en plaisantant3 va-t-on dans les cavernes et sur les hautes montagnes pour faire un pareil festin8 ,maintenant1 en vrit1 je comprends ce qu'il nous enseigna jadis3 ,bnie soit la petite pauvret6 ,et je comprends aussi pourquoi il veut supprimer les mendiants4 ,sois de bonne humeur1 rpondit ,zarathoustra1 comme je suis de bonne humeur4 ,garde tes habitudes1 excellent homme6 mchonne ton grain1 bois ton eau1 vante ta cuisine1 pourvu qu'elle te rende joyeux6 ,je ne suis pas une loi pour les miens1 je ne suis pas une loi pour tout le monde4 ,mais celui qui est des miens doit avoir des os vigoureux et des jambes lgres1 - joyeux pour les guerres et les festins1 ni sombre ni rveur1 prt aux choses les plus difficiles1 comme sa fte1 bien portant et sain4 ,ce qu'il y a de meilleur appartient aux miens et moi1 et si on ne nous le donne pas1 nous nous en emparons3 - la meilleure nourriture1 le ciel le plus clair1 les penses les plus fortes1 les plus belles femmes6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra2 mais le roi de droite rpondit3 ,c'est singulier1 a-t-on jamais entendu des choses aussi judicieuses de la bouche d'un sage8 ,et en vrit1 c'est l pour un sage la chose la plus singulire1 d'tre avec tout cela intelligent et de ne point tre une ne4 ,ainsi parla le roi de droite avec tonnement2 l'ne cependant conclut mchamment son discours par un ,i-,a4 ,mais ceci fut le commencement de ce long repas qui est appel la ,cne dans les livres de l'histoire4 ,pendant ce repas il ne fut pas parl d'autre chose que de l'homme suprieur4 ,,de ,l',,homme ,,sup,,rieur #a4 ,lorsque je vins pour la premire fois parmi les hommes1 je fis la folie du solitaire1 la grande folie3 je me mis sur la place publique4 ,et comme je parlais tous1 je ne parlais personne4 ,mais le soir des danseurs de corde et des cadavres taient mes compagnons2 et j'tais moi-mme presque un cadavre4 ,mais1 avec le nouveau matin1 une nouvelle vrit vint vers moi3 alors j'appris dire3 ,que m'importe la place publique et la populace1 le bruit de la populace et les longues oreilles de la populace6 ,hommes suprieurs1 apprenez de moi ceci3 sur la place publique personne ne croit l'homme suprieur4 ,et si vous voulez parler sur la place publique1 votre guise6 ,mais la populace cligne de l'oeil3 ,nous sommes tous gaux4 ,hommes suprieurs1 - ainsi cligne de l'oeil la populace1 - il n'y pas d'hommes suprieurs1 nous sommes tous gaux1 un homme vaut un homme1 devant ,dieu - nous sommes tous gaux6 ,devant ,dieu6 - ,mais maintenant ce ,dieu est mort4 ,devant la populace1 cependant1 nous ne voulons pas tre gaux4 ,hommes suprieurs1 loignez-vous de la place publique6 #b4 ,devant ,dieu6 - ,mais maintenant ce ,dieu est mort6 ,hommes suprieurs1 ce ,dieu a t votre plus grand danger4 ,vous n'tes ressuscit que depuis qu'il gt dans la tombe4 ,c'est maintenant seulement que revient le grand midi1 maintenant l'homme suprieur devient - matre6 ,avez-vous compris cette parole1 mes frres8 ,vous tes effrays3 votre coeur est-il pris de vertige8 ,l'abme s'ouvre-t-il ici pour vous8 ,le chien de l'enfer aboie-t-il contre vous8 ,eh bien6 ,allons6 ,hommes suprieurs6 ,maintenant seulement la montagne de l'avenir humain va enfanter4 ,dieu est mort3 maintenant nous voulons - que le ,surhumain vive4 #c4 ,les plus soucieux demandent aujourd'hui3 ,comment l'homme se conserve-t-il8 ,mais ,zarathoustra demande1 ce qu'il est le seul et le premier demander3 ,comment l'homme sera-t-il surmont8 ,le ,surhumain me tient au coeur1 c'est lui qui est pour moi la chose unique1 - et non point l'homme3 non pas le prochain1 non pas le plus pauvre1 non pas le plus afflig1 non pas le meilleur4 - ,o mes frres1 ce que je puis aimer en l'homme1 c'est qu'il est une transition et un dclin4 ,et1 en vous aussi1 il y a beaucoup de choses qui me font aimer et esprer4 ,vous avez mpris1 hommes suprieurs1 c'est ce qui me fait esprer4 ,car les grands mprisants sont aussi les grands vnrateurs4 ,vous avez dsespr1 c'est ce qu'il y a lieu d'honorer en vous4 ,car vous n'avez pas appris comment vous pourriez vous rendre1 vous n'avez pas appris les petites prudences4 ,aujourd'hui les petites gens sont devenus les matres1 ils prchent tous la rsignation1 et la modestie1 et la prudence1 et l'application1 et les gards et le long ainsi-de-suite des petites vertus4 ,ce qui ressemble la femme et au valet1 ce qui est de leur race1 et surtout le micmac populacier3 cela veut maintenant devenir matre de toutes les destines humaines - dgot6 dgot6 dgot6 ,cela demande et redemande1 et n'est pas fatigu de demander3 ,comment l'homme se conserve-t-il le mieux1 le plus longtemps1 le plus agrablement8 ,c'est ainsi - qu'ils sont les matres d'aujourd'hui4 ,ces matres d'aujourd'hui1 surmontez-les-moi1 mes frres1 - ces petites gens3 c'est eux qui sont le plus grand danger du ,surhumain6 ,surmontez-moi1 hommes suprieurs1 les petites vertus1 les petites prudences1 les gards pour les grains de sable1 le fourmillement des fourmis1 le misrable contentement de soi1 le bonheur du plus grand nombre - 6 ,et dsesprez plutt que de vous rendre4 ,et1 en vrit1 je vous aime1 parce que vous ne savez pas vivre aujourd'hui1 hommes suprieurs6 ,car c'est ainsi que vous vivez - le mieux6 #d4 ,avez-vous du courage1 mes frres8 tes-vous rsolus8 ,non pas du courage devant des tmoins1 mais du courage de solitaires1 le courage des aigles dont aucun dieu n'est plus spectateur8 ,les mes froides1 les mulets1 les aveugles1 les hommes ivres n'ont pas ce que j'appelle du coeur4 ,celui-l a du coeur qui connat la peur1 mais qui contraint la peur2 celui qui voit l'abme1 mais avec fiert4 ,celui qui voit l'abme1 mais avec des yeux d'aigle1 - celui qui saisit l'abme avec des serres d'aigle3 celui-l a du courage4- #e4 ,l'homme est mchant - ainsi parlaient pour ma consolation tous les plus sages4 ,hlas6 si c'tait encore vrai aujourd'hui6 ,car le mal est la meilleure force de l'homme4 ,l'homme doit devenir meilleur et plus mchant - c'est ce que j'enseigne1 moi4 ,le plus grand mal est ncessaire pour le plus grand bien du ,surhumain4 ,cela pouvait tre bon pour ce prdicateur des petites gens de souffrir et de porter les pchs des hommes4 ,mais moi1 je me rjouis du grand pch comme de ma grande consolation4 - ,ces sortes de choses cependant ne sont point dites pour les longues oreilles3 toute parole ne convient point toute gueule4 ,ce sont l des choses subtiles et lointaines3 les pattes de moutons ne doivent pas les saisir6 #f4 ,vous1 les hommes suprieurs1 croyez-vous que je sois l pour refaire bien ce que vous avez mal fait8 ,ou bien que je veuille dornavant vous coucher plus commodment1 vous qui souffrez8 ,ou vous montrer1 vous qui tes errants1 gars et perdus dans la montagne1 des sentiers plus faciles8 ,non6 ,non6 ,trois fois non6 ,il faut qu'il en prisse toujours plus et toujours des meilleurs de votre espce1 - car il faut que votre destine soit de plus en plus mauvaise et de plus en plus dure4 ,car c'est ainsi seulement - ainsi seulement que l'homme grandit vers la hauteur1 l o la foudre le frappe et le brise3 assez haut pour la foudre6 ,mon esprit et mon dsir sont ports vers le petit nombre1 vers les choses longues et lointaine3 que m'importerait votre misre1 petite1 commune et brve6 ,pour moi vous ne souffrez pas encore assez6 ,car c'est de vous que vous souffrez1 vous n'avez pas encore souffert de l'homme4 ,vous mentiriez si vous disiez le contraire6 ,vous tous1 vous ne souffrez pas de ce que j'ai souffert4 - #g4 ,il ne me suffit pas que la foudre ne nuise plus4 ,je ne veux point la faire dvier1 je veux qu'elle apprenne travailler - pour moi - ,ma sagesse s'amasse depuis longtemps comme un nuage1 elle devient toujours plus tranquille et plus sombre4 ,ainsi fait toute sagesse qui doit un jour engendrer la foudre4 - ,pour ces hommes d'aujourd'hui je ne veux ni tre lumire1 ni tre appel lumire4 ,ceux-l - je veux les aveugler4 ,foudre de ma sagesse6 crve-leur les yeux6 #h4 ,ne veuillez rien au-dessus de vos forces3 il y a une mauvaise fausset chez eux qui veulent au-dessus de leurs forces4 ,surtout lorsqu'ils veulent de grandes choses6 car ils veillent la mfiance des grandes choses1 ces subtils faux-monnayeurs1 ces comdiens3 - jusqu' ce qu'enfin ils soient faux devant eux-mmes1 avec les yeux louches1 bois vermoulus et revernis1 attifs de grand mots et de vertus d'apparat1 par un clinquant de fausses oeuvres4 ,soyez pleins de prcautions leur gard1 hommes suprieurs6 ,rien est pour moi plus prcieux et plus rare aujourd'hui que la probit4 ,cet aujourd'hui n'appartient-il pas la populace8 ,la populace cependant ne sait pas ce qui est grand1 ce qui est petit1 ce qui est droit et honnte3 elle est innocemment tortueuse1 elle ment toujours4 #i4 ,ayez aujourd'hui une bonne mfiance1 hommes suprieurs6 hommes courageux6 hommes francs6 ,et tenez secrtes vos raisons4 ,car cet aujourd'hui appartient la populace4 ,ce que la populace n'a pas appris croire sans raison1 qui pourrait le renverser auprs d'elle par des raisons8 ,sur la place publique on persuade par des gestes4 ,mais les raisons rendent la populace mfiante4 ,et is la vrit a une fois remport la victoire l-bas1 demandez-vous alors avec une bonne mfiance3 ,quelle grande erreur a combattu pour elle8 ,gardez-vous aussi des savants6 ,ils vous hassent1 car ils sont striles6 ,ils ont des yeux froids et secs1 devant eux tout oiseau est dplum4 ,ceux-ci se vantent de ne pas mentir3 mais l'incapacit de mentir est encore bien loin de l'amour de la vrit4 ,gardez-vous6 ,l'absence de fivre est bien loin d'tre de la connaissance6 ,je ne crois paus aux esprits rfrigrs4 ,celui qui ne sait pas mentir1 ne sait pas ce que c'est que la vrit4 #aj4 ,si vous voulez monter haut1 servez-vous de vos propres jambes6 ,ne vous faites pas porter en haut1 ne vous asseyez pas sur le dos et la tte d'autrui6 ,mais toi1 tu es mont cheval6 ,galopes-tu maintenant1 avec une bonne allure vers ton but8 ,eh bien1 mon ami6 mais ton pied boiteux est aussi cheval6 ,quand tu seras arriv ton but1 quand tu sauteras de ton cheval3 c'est prcisment sur ta hauteur1 homme suprieur1 - que tu trbucheras6 #aa4 ,vous qui crez1 hommes suprieurs6 ,une femme n'est enceinte que son propre enfant4 ,ne vous laissez point induire en erreur6 ,qui donc est votre prochain8 ,et agissez-vous aussi pour le prochain1 - vous ne crez pourtant pas pour lui6 ,dsapprenez donc ce pour1 vous qui crez3 votre vertu prcisment veut que vous ne fassiez nulle chose avec pour1 et cause de1 et parce que4 ,il faut que vous vous bouchiez les oreilles contre ces petits mots faux4 ,le pour le prochain n'est que la vertu des petites gens3 chez eux on dit gal et gal et une main lave l'autre3 - ils n'ont ni le droit1 ni la force d votre gosme6 ,dans votre gosme1 vous qui crez1 il y a la prvoyance et la prcaution de la femme enceinte6 ,ce que personne n'a encore vu des yeux1 le fruit3 c'est le fruit que protge1 et conserve1 et nourrit tout votre amour4 ,l o il y a votre amour1 chez votre enfant1 l aussi il y a toute votre vertu6 ,votre oeuvre1 votre volont1 c'est l votre prochain3 ne vous laissez pas induire de fausses valeurs6 #ab4 ,vous qui crez1 hommes suprieurs6 ,quiconque doit enfanter est malade2 mais celui qui a enfant est impur4 ,demandez aux femmes3 on n'enfante pas parce que cela fait plaisir4 ,la douleur fait caqueter les poules et les potes4 ,vous qui crez1 il y a en vous beaucoup d'impurets4 ,car il vous fallut tre mres4 ,un nouvel enfant3 combien de nouvelles impurets sont venues au monde6 ,ecartez-vous6 ,celui qui a enfant doit laver son me6 #ac4 ,ne soyez pas vertueux au del de vos forces6 ,et n'exigez de vous-mmes rien qui soit invraisemblable4 ,marchez sur les traces o dj la vertu de vos pres a march4 ,comment voudriez-vous monter haut1 si la volont de vos pres ne montait pas avec vous8 ,mais celui qui veut tre le premier1 qu'il prenne bien garde ne pas tre le dernier6 ,et l o sont les vices de vos pres1 vous ne devez pas mettre de la saintet6 ,que serait-ce si celui-l exigeait de lui la chastet1 celui dont les pres frquentrent les femmes et aimrent les vins forts et la chair du sanglier8 ,ce serait une folie6 ,cela me semble beaucoup pour un pareil homme1 s'il n'est l'homme que d'une seule femme1 ou de deux1 ou de trois4 ,et s'il fondait des couvents et s'il crivait au-dessus de la porte3 ,ce chemin conduit la saintet1 - je dirais quand mme3 ,a quoi bon6 c'est une nouvelle folie6 ,il s'est fond son propre usage une maison de correction et un refuge3 que bien lui en prenne6 ,mais je n'y crois pas4 ,dans la solitude grandit ce que chacun y apporte1 mme la bte intrieure4 ,aussi faut-il dissuader beaucoup de gens de la solitude4 ,y a-t-il eu jusqu' prsent sur la terre quelque chose de plus impur qu'un saint du dsert8 ,autour de pareils tres le diable n'tait pas seul tre dchan1 - mais aussi le cochon4 #ad4 ,timide1 honteux1 maladroit1 semblable un tigre qui a mang son bond3 c'est ainsi1 hommes suprieurs1 que je vous ai souvent vus vous glisser part4 ,vous aviez manqu un coup de d4 ,mais que vous importe1 vous autres joueurs de ds6 ,vous n'avez pas appris jouer et narguer comme il faut jouer et narguer6 ,ne sommes-nous pas toujours assis une grande table de moquerie et de jeu8 ,et parce que vous avez manqu de grandes choses1 est-ce une raison pour que vous soyez vous-mmes - manqus8 ,et si vous-tes vous-mmes manqus1 est-ce une raison pour que - l'homme soit manqu8 ,mais si l'homme est manqu3 eh bien6 allons6 #ae ,plus une chose est leve dans son genre1 plus est rare sa russite4 ,vous autres hommes suprieurs qui vous trouvez ici1 n'tes-vous pas tous - manqus8 ,pourtant1 ayez bon courage1 qu'importe cela6 ,combien de choses sont encore possibles6 ,apprenez rire de vous-mmes1 comme il faut rire6 ,quoi d'tonnant aussi que vous soyez manqus1 que vous ayez russi moiti1 vous qui tes moiti briss6 ,l'avenir de l'homme ne se presse et ne se pousse-t-il pas en vous8 ,ce que l'homme a de plus lointain1 de plus profond1 sa hauteur d'toiles et sa force immense3 tout cela ne se heurte-t-il pas en cumant dans votre marmite8 ,quoi d'tonnant si plus d'une marmite se casse6 ,apprenez rire de vous-mmes comme il faut rire6 ,o hommes suprieurs1 combien de choses sont encore possibles6 ,et1 en vrit1 combien de choses ont dj russi6 ,comme cette terre abonde en petites choses bonnes et parfaites et bien russies6 ,placez autour de vous de petites choses bonnes et parfaites1 hommes suprieurs4 ,leur maturit dore gurit le coeur4 ,les choses parfaites nous apprennent esprer4 #af4 ,quel fut jusqu' prsent sur la terre le plus grand pch8 ,ne fut-ce pas la parole de celui qui a dit3 ,malheur ceux qui rient ici-bas6 ,ne trouvait-il pas de quoi rire sur la terre8 ,s'il en est ainsi1 il a mal cherch4 ,un enfant mme trouve de quoi rire4 ,celui-l - n'aimait pas assez3 autrement il nous aurait aussi aims1 nous autres rieurs6 ,mais il nous hassait et nous honnissait1 nous promettant des gmissements et des grincements de dents4 ,faut-il donc tout de suite maudire1 quand on n'aime pas8 ,cela - me parat de mauvais got4 ,mais c'est ce qu'il fit1 cet intolrant4 ,il tait issu de la populace4 ,et lui-mme n'aimait pas assez3 autrement il aurait t moins courrouc qu'on ne l'aimt pas4 ,tout grand amour ne veut pas l'amour3 il veut davantage4 ,ecartez-vous du chemin de tous ces intolrants6 ,c'est l une espce pauvre et malade1 une espce populacire3 elle jette un regard malin sur cette vie1 elle a le mauvais oeil pour cette terre4 ,ecartez-vous du chemin de tous ces intolrants6 ,ils ont les pieds lourds et les coeurs pesants3 ils ne savent pas danser4 ,comment pour de tels gens la terre pourrait-elle tre lgre6 #ag4 ,toutes les bonnes choses s'approchent de leur but d'une faon tortueuse4 ,comme les chats elles font le gros dos1 elles ronronnent intrieurement de leur bonheur prochain1 - toutes les bonnes choses rient4 ,la dmarche de quelqu'un laisse deviner s'il marche dj dans sa propre voie4 ,regardez-moi donc marcher6 ,mais celui qui s'approche de son but - celui-l danse4 ,et1 en vrit1 je ne suis point devenu une statue1 et je ne me tiens pas encore l engourdi1 hbt1 marmoren comme une colonne2 j'aime la course rapide4 ,et bien qu'il y ait sur la terre des marcages et une paisse dtresse3 celui qui a les pieds lgers court par-dessus la vase et danse comme sur de la galce balaye4 levez vos coeurs1 mes frres1 haut1 plus haut6 ,et n'oubliez pas non plus vos jambes6 levez aussi vos jambes1 bons danseurs1 et mieux que cela3 vous vous tiendrez aussi sur la tte6 #ah4 ,cette couronne du rieur1 cette couronne de roses3 c'est moi-mme qui me la suis pos sur la tte1 j'ai canonis moi-mme mon rire4 ,je n'ai trouv personne d'assez fort pour cela aujourd'hui4 ,zarathoustra le danseur1 ,zarathoustra le lger1 celui qui agite ses ailes1 prt au vol1 faisant signe tous les oiseaux1 prt et agile1 divinement lger3 - ,zarathoustra le devin1 ,zarathoustra le rieur1 ni impatient1 ni intolrant1 quelqu'un qui aime les sauts et les carts2 je me suis moi-mme plac cette couronne sur la tte6 #ai4 levez vos coeurs1 mes frres1 haut6 plus haut6 ,et n'oubliez pas non plus vos jambes6 levez aussi vos jambes1 bons danseurs1 et mieux que cela3 vous vous tiendrez aussi sur la tte6 ,il y a aussi dans le bonheur des animaux lourds1 il y a des pieds-bots de naissance4 ,ils s'efforcent singulirement1 pareils un lphant qui s'efforcerait de se tenir sur la tte4 ,il vaut mieux encore tre fou de bonheur que fou de malheur1 il vaut mieux danser lourdement que de marcher comme un boiteux4 ,apprenez donc de moi la sagesse3 mme la pire des choses a deux bons revers1 - mme la pire des choses a de bonnes jambes pour danser3 apprenez donc vous-mmes1 hommes suprieurs1 vous placer droit sur vos jambes6 ,dsapprenez donc la mlancolie et toutes les tristesses de la populace6 ,o comme les arlequins populaires me paraissent tristes aujourd'hui6 ,mais cet aujourd'hui appartient la populace4 #bj4 ,faites comme le vent quand il s'lance des cavernes de la montagne3 il veut danser sa propre manire4 ,les mers frmissent et sautillent quand il passe4 ,celui qui donne des ailes aux nes et qui trait les lionnes1 qu'il soit lou1 cet esprit bon et indomptable qui vient comme un ouragan1 pour tout ce qui est aujourd'hui et pour toute la populace1 - celui qui est l'ennemi de toutes les ttes de chardons1 de toutes les ttes fles1 et de toutes les feuilles fanes et de toute ivraie3 lou soit cet esprit de tempte1 cet esprit sauvage1 bon et libre1 qui danse sur les marcages et les tristesses comme sur des prairies6 ,celui qui hait les chiens tiols de la populace et toute cette engeance manque et sombre3 bni soit cet esprit de tous les esprits libres1 la tempte riante qui souffle la poussire dans les yeux de tous ceux qui voient noir et qui sont ulcrs6 ,o hommes suprieurs1 ce qu'il y a de plus mauvais en vous3 c'est que tous vous n'avez pas appris danser comme il faut danser1 - danser par-dessus vos ttes6 ,qu'importe que vous n'ayez pas russi6 ,combien de choses sont encore possibles6 ,apprenez donc rire par-dessus vos ttes6 levez vos coeurs1 haut1 plus haut6 ,et n'oubliez pas non plus le bon rire6 ,cette couronne du rieur1 cette couronne de roses vous1 mes frres1 je jette cette couronne6 ,j'ai canonis le rire2 hommes suprieurs1 apprenez donc - rire6 ,,le ,,chant ,,de ,,la ,m,,lancolie #a4 ,lorsque ,zarathoustra pronona ces discours1 il se trouvait l'entre de sa caverne2 mais aprs les dernires paroles1 il s'chappa de ses htes et s'enfuit pour un moment en plein air4 ,o odeurs pures autour de moi1 s'cria-t-il1 tranquillit bienheureuse autour de moi6 ,mais o sont mes animaux8 ,venez1 venez1 mon aigle et mon serpent6 ,dites-moi donc1 mes animaux3 tous ces hommes suprieurs1 - ne sentent-ils peut-tre pas bon8 ,o odeurs pures autour de moi6 ,maintenant je sais et je sens seulement combien je vous aime1 mes animaux4 - ,et ,zarathoustra dit encore une fois3 ,je vous aime1 mes animaux6 ,l'aigle et le serpent cependant se pressrent contre lui1 tandis qu'il prononait ces paroles et leurs regards s'levrent vers lui4 ,ainsi ils se tenaient ensemble tous les trois1 silencieusement1 aspirant le bon air les uns auprs des autres4 ,car l-dehors l'air tait meilleur que chez les hommes suprieurs4 #b4 ,mais peine ,zarathoustra avait-il quitt la caverne1 que le vieil enchanteur se leva et1 regardant malicieusement autour de lui1 il dit3 ,il est sorti6 ,et dj1 homme suprieurs - permettez-moi de vous chatouiller de ce nom de louange et de flatterie1 comme il fit lui-mme - dj mon esprit malin et trompeur1 mon esprit d'enchanteur1 s'empare de moi1 mon dmon de mlancolie1 - qui est1 jusqu'au fond du coeur1 l'adversaire de ce ,zarathoustra3 pardonnez-lui6 ,maintenant il veut faire devant vous ses enchantements1 c'est justement son heure2 je lutte en vain avec ce mauvais esprit4 ,a vous tous1 quels que soient les honneurs que vous vouliez prter1 que vous vous appeliez les esprits libres ou bien les vridiques1 ou bien les expiateurs de l'esprit1 les dchans1 ou bien ceux du grand dsir - vous tous qui souffrez comme moi du grand dgot1 pour qui le ,dieu ancien est mort1 sans qu'un ,dieu nouveau soit encore au berceau1 envelopp de linges1 - vous tous1 mon mauvais esprit1 mon dmon enchanteur1 est favorable4 ,je vous connais1 hommes suprieurs1 je le connais1 - je le connais aussi1 ce lutin que j'aime malgr moi1 ce ,zarathoustra3 il me semble le plus souvent semblables une belle larve de saint1 - semblable un nouveau dguisement singulier1 o se plat mon esprit mauvais1 le dmon de mlancolie3 - souvent il me semble que j'aime ,zarathoustra cause de mon mauvais esprit4 - ,mais dj il s'empare de moi et il me terrasse1 ce mauvais esprit1 cet esprit de mlancolie1 ce dmon du crpuscule3 et en vrit1 hommes suprieurs1 il est pris d'une envie - ouvrez les yeux6 - il est pris d'une envie de venir nu1 en homme ou en femme1 je ne le sais pas encore3 mais il vient1 il me terrasse1 malheur moi6 ouvrez vos sens6 ,le jour baisse1 pour toutes choses le soir vient maintenant1 mme pour les meilleures choses2 coutez donc et voyez1 hommes suprieurs1 quel dmon1 homme ou femme1 est cet esprit de la mlancolie du soir6 ,ainsi parlait le vieil enchanteur1 puis il regarda malicieusement autour de lui et saisit sa harpe4 #c4 ,dans l'air clarifi1 quand dj la consolation de la rose descend sur terre1 invisible1 sans qu'on l'entende1 - car la rose consolatrice porte des chaussures fines1 comme tous les doux consolateurs - songes-tu alors1 songes-tu1 coeur chaud1 comme tu avais soif jadis1 soif de larmes divines1 de gouttes de rose1 altr et fatigu1 comme tu avais soif1 puisque dans l'herbe1 sur des sentes jaunies1 des rayons du soleil couchant1 mchamment1 au travers des arbres noirs1 couraient autour de toi1 des rayons de soleil1 ardents et blouissants1 malicieux4 ,le prtendant de la vrit8 toi8 - ainsi se moquaient-ils - ,non6 ,pote seulement6 ,une bte ruse1 sauvage1 rampante1 qui doit mentir3 qui doit mentir sciemment1 volontairement1 envieuse de butin1 masque de couleurs1 44444masque pour elle-mme1 butin pour elle-mme - ,ceci - le prtendant de la vrit6444 ,non6 ,fou seulement6 pote seulement6 parlant en images colories1 criant sous un masque multicolore de fou1 errant sur de mensongers ponts de paroles1 sur des arcs-en-ciel mensongers1 parmi de faux ciels errant1 planant et l1 - fou seulement6 pote seulement6444 ,ceci - le prtendant de la vrit8444 ni silencieux1 ni rigide1 lisse et froid1 chang en image1 en statue divine1 ni plac devant les temples1 gardien du seuil d'un ,dieu3 non6 ennemi de tous ces monuments de la vertu1 plus familier de tous les dserts que de l'entre des temples1 plein de chatteries tmraires1 sautant par toutes les fentres1 vlan6 ,dans tous les hasards1 reniflant dans toutes les forts vierges1 reniflant d'envie et de dsirs6 ,ah6 que tu coures dans les forts vierges1 parmi les fauves bigarrs1 bien portant1 colori et beau comme le pch1 avec les lvres lascives1 divinement moqueur1 divinement infernal1 divinement sanguin que tu coures sauvage1 rampeur1 menteur3 - ,ou bien1 semblable aux aigles1 qui regardent longtemps1 longtemps1 le regard fix dans les abmes1 dans leur abmes3 - comme ils planent en cercle1 descendant toujours plus bas1 au fond de l'abme toujours plus profond6 - puis soudain1 d'un trait droit1 les ailes ramenes1 fondant sur des agneaux1 d'un vol subit1 affams1 pris de l'envie de ces agneaux1 dtestant toutes les mes d'agneaux1 haineux de tout ce qui a le regard de l'agneau1 l'oeil de la brebis1 la laine frise et grise1 avec la bienveillance de l'agneau6 ,tels sont1 comme chez l'aigle et la panthre1 les dsirs du pote1 tels sont tes dsirs1 entre mille masques1 toi qui es fou1 toi qui es pote6444 ,toi qui vis l'homme1 tel ,dieu1 comme un agneau -3 ,dchirer ,dieu dans l'homme1 comme l'agneau dans l'homme1 rire en le dchirant - ,ceci1 ceci est ta flicit6 ,la flicit d'un aigle et d'une panthre1 la flicit d'un pote et d'un fou6444 ,dans l'air clarifi1 quand dj le croissant de la lune glisse ses rayons verts1 envieusement1 parmi la pourpre du couchant3 - ennemi du jour1 glissant chaque pas1 furtivement1 devant les bosquets de roses1 jusqu' ce qu'ils s'effondrent ples dans la nuit3 - ainsi je suis tomb moi-mme jadis de ma folie de vrit1 de mes dsirs du jour1 fatigu du jour1 malade de lumire1 - je suis tomb plus bas1 vers le couchant et l'ombre3 par une vrit brl et assoiff3 - t'en souviens-tu1 t'en souviens-tu1 coeur chaud1 comme alors tu avais soif8 - ,que je sois banni de toutes les vrits6 ,fou seulement1 pote seulement6 ,,de ,,la ,,science ,ainsi chantait l'enchanteur2 et tous ceux qui taient assembls furent pris comme des oiseaux1 au filet de sa volupt ruse et mlancolique4 ,seul le consciencieux de l'esprit ne s'tait pas laiss prendre3 il enleva vite la harpe de la main de l'enchanteur et s'cria3 ,de l'air6 ,faites entrer de bon air6 ,faites entrer ,zarathoustra6 ,tu rends l'air de cette caverne lourd et empoisonn1 vieil enchanteur malin6 ,homme faux et raffin1 ta sduction conduit des dsirs et des dserts inconnus4 ,et malheur nous si des gens comme toi parlent de la vrit et lui donnent de l'importance6 ,malheur tous les esprits libres qui ne sont pas en garde contre pareils enchanteurs6 ,c'en sera fait de leur libert3 tu enseignes le retour dans les prisons et tu y ramnes1 - vieux dmon mlancolique1 ta plainte contient un appel1 tu ressembles ceux dont l'loge de la chastet invite secrtement des volupts6 ,ainsi parlait le consciencieux2 mais le vieil enchanteur regardait autour de lui1 jouissant de sa victoire1 ce qui faisait rentrer en lui le dpit que lui causait le consciencieux4 ,tais-toi1 dit-il d'une voix modeste1 de bonnes chansons veulent avoir de bons chos2 aprs de bonnes chansons1 il faut se taire longtemps4 ,c'est ainsi qu'ils font tous1 ces hommes suprieurs4 ,mais toi tu n'as probablement pas compris grand'chose mon pome8 ,en toi il n'y a rien moins qu'un esprit enchanteur4 ,tu me loues1 rpartit le consciencieux1 en me sparant de toi2 cela est trs bien6 ,mais vous autres1 que vois-je6 ,vous tes encore assis l avec des regards de dsir - 3 ,o mes libres1 o donc s'en est alle votre libert8 ,il me semble presque que vous ressemblez ceux qui ont longtemps regard danser les filles perverses et nues3 vos mes mmes se mettent danser6 ,il doit y avoir en vous1 hommes suprieurs1 beaucoup plus de ce que l'enchanteur appelle son mauvais esprit d'enchantement et de duperie3 - il faut bien que nous soyons diffrents4 ,et1 en vrit1 nous avons assez parl et pens ensemble1 avant que ,zarathoustra revnt sa taverne1 pour que je sache que nous sommes diffrents4 ,nous cherchons des choses diffrentes1 l-haut aussi1 vous et moi4 ,car moi je cherche plus de certitude1 c'est pourquoi je suis venu auprs de ,zarathoustra4 ,car c'est lui qui est le rempart le plus solide et la volont la plus dure - aujourd'hui que tout chancelle1 que la terre tremble4 ,mais vous autres1 quand je vois les yeux que vous faites1 je croirais presque que vous cherchez plus d'incertitude1 - plus de frissons1 plus de dangers1 plus de tremblements de terre4 ,il me semble presque que vous ayez envie1 pardonnez-moi ma prsomption1 hommes suprieurs - envie de la vie la plus inquitante et la plus dangereuse1 qui m'inspire le plus de crainte moi1 la vie des btes sauvages1 envie de forts1 de cavernes1 de montagnes abruptes et de labyrinthes4 ,et ce ne sont pas ceux qui vous conduisent hors du danger qui vous plaisent le plus1 ce sont ceux qui vous conduisent1 qui vous loignent de tous les chemins1 les sducteurs4 ,mais si de telles envies sont vritables en vous1 elles me paraissent quand mme impossibles4 ,car la crainte - c'est le sentiment inn et primordial de l'homme2 par la crainte s'explique toute chose1 le pch originel et la vertu originelle4 ,ma vertu1 elle aussi1 est ne de la crainte1 elle s'appelle3 science4 ,car la crainte des animaux sauvages - c'est cette crainte que l'homme connut le plus longtemps1 y compris celle de l'animal que l'homme cache et craint en lui-mme3 - ,zarathoustra l'appelle la bte intrieure4 ,cette longue et vieille crainte1 enfin affine et spiritualise1 - aujourd'hui il me semble qu'elle s'appelle ,science4 - ,ainsi parlait le consciencieux2 mais ,zarathoustra1 qui rentrait au mme instant dans sa caverne et qui avait entendu et devin la dernire partie du discours1 jeta une poigne de roses au consciencieux en riant de ses vrits4 ,comment6 s'cria-t-il1 qu'est-ce que je viens d'entendre8 ,en vrit1 il me semble que tu es fou ou bien que je le suis moi-mme3 et je me hte de placer ta vrit sur la tte d'un seul coup4 ,car la crainte - est notre exception4 ,le courage cependant1 l'esprit d'aventure et la joie de l'incertain1 de ce qui n'a pas encore t hasard1 - le courage1 voil ce qui me semble toute l'histoire primitive de l'homme4 ,il a eu envie de toutes les vertues des btes les plus sauvages et les plus courageuses1 et il les leur a arraches3 ce n'est qu'ainsi qu'il est devenu homme4 ,ce courage1 enfin affin1 enfin spiritualis1 ce courage humain1 avec les ailes de l'aigle et la ruse du serpent3 ce courage1 me semble-t-il1 s'appelle aujourd'hui - ,zarathoustra6 s'crirent tous ceux qui taient runis1 comme d'une seule voix1 en parlant d'un grand clat de rire2 mais quelque chose s'leva d'eux qui ressemblait un nuage noir4 ,l'enchanteur1 lui aussi1 se mit rire et il dit d'un ton rus3 ,eh bien6 il s'en est all mon mauvais esprit6 ,et ne vous ai-je pas moi-mme mis en dfiance contre lui1 lorsque je disais qu'il est un imposteur1 un esprit de mensonge et de tromperie8 ,surtout quand il se montre nu4 ,mais que puis-je faire ses malices1 moi6 ,est-ce moi qui l'ai cr et qui ai cr le monde8 ,eh bien6 soyons de nouveau bons et de bonne humeur6 ,et quoique ,zarathoustra ait le regard sombre - regardez-le donc6 il m'en veut - 3 - avant que la nuit soit venue il apprendra de nouveau m'aimer et me louer1 il ne peut pas vivre longtemps sans faire de pareilles folies4 ,celui-l - aime ses ennemis3 c'est lui qui connat le mieux cet art1 parmi tous ceux que j'ai rencontrs4 ,mais il s'en venge - sur ses amis6 ,ainsi parlait le vieil enchanteur1 et les hommes suprieurs l'acclamrent3 en sorte que ,zarathoustra se mit circuler dans sa caverne1 secouant les mains de ses amis avec mchancet et amour1 - comme quelqu'un qui a quelque chose excuser et rparer auprs de chacun4 ,mais lorsqu'il arriva la porte de sa caverne1 voici1 il eut de nouveau envie du bon air qui rgnait dehors et de ses animaux1 - et il voulut se glisser dehors4 ,,parmi ,,les ,,filles ,,du ,d,,sert #a4 ,ne t'en vas pas6 dit alors le voyageur qui s'appelait l'ombre de ,zarathoustra1 reste auprs de nous1 - autrement la vieille et lourde affliction pourrait de nouveau s'emparer de nous4 ,dj le vieil enchanteur nous a prodigu ce qu'il avait de plus mauvais1 et1 regarde donc1 le vieux pape qui est si pieux a des larmes dans les yeux1 et dj il s'est de nouveau embarqu sur la mer de la mlancolie4 ,il me semble pourtant que ces rois font bonne figure devant nous2 car1 parmi nous tous1 ce sont eux qui ont le mieux appris faire bonne mine aujourd'hui4 ,s'ils n'avaient pas de tmoins1 je parie que le mauvais jeu recommencerait1 chez eux aussi - le mauvais jeu des nuages qui passent1 de l'humide mlancolie1 du ciel voil1 des vents d'automne qui hurlent3 - le mauvais jeu de nos hurlements et de nos cris de dtresse3 reste auprs de nous1 ,zarathoustra6 ,il y a ici beaucoup de misre cache qui voudrait parler1 beaucoup de soir1 beaucoup de nuages1 beaucoup d'air pais6 ,tu nous as nourris de fortes nourritures humaines et de maximes fortifiantes3 ne permets pas que1 pour le dessert1 les esprits de mollesse1 les esprits effmins nous surprennent de nouveau6 ,toi seul1 tu sais rendre autour de toi l'air fort et pur6 ,ai-je jamais trouv sur la terre un air aussi pur1 que chez toi dans ta caverne8 ,j'ai pourtant vu bien des pays1 mon nez a appris examiner et valuer des airs multiples3 mais c'est auprs de toi que mes narines prouvent leur plus grande joie6 ,si ce n'est1 - si ce n'est - pardonne-moi un vieux souvenir6 ,pardonne-moi un vieux chant d'aprs dner que j'ai jadis compos parmi les filles du dsert4 ,car1 auprs d'elles1 il y avait aussi de bon air clair d',orient2 c'est l-bas que j'ai t le plus loin de la vieille ,europe1 nuageuse1 humide et mlancolique6 ,alors j'aimais ces filles d',orient et d'autres royaumes des cieux azurs1 sur qui ne planaient ni nuages ni penses4 ,vous ne vous doutez pas combien elles taient charmantes1 lorsqu'elles ne dansaient pas1 assises avec des arts profonds1 mais sans penses1 comme de petits secrets1 comme des nigmes enrubannes1 comme des noix d'aprs dner - diapres et tranges1 en vrit6 mais sans nuages3 telles des nigmes qui se laissent deviner3 c'est en l'honneur des ces petites filles qu'alors j'ai invent mon psaume d'aprs dner4 ,ainsi parlait le voyageur qui s'appelait l'ombre de ,zarathoustra2 et1 avant que quelqu'un ait eu le temps de rpondre1 il avait dj saisi la harpe du vieil enchanteur1 et il regardait autour de lui1 calme et sage1 en croisant les jambes3 - mais de ses narines il absorbait l'air1 lentement et comme pour interroger1 comme quelqu'un qui1 dans les pays nouveaux1 gote de l'air nouveau4 ,puis il commena chanter avec une sorte de hurlement3 #b4 ,le dsert grandit3 malheur celui qui recle des dserts6 - ,ah6 ,solennel6 ,un digne commencement6 ,d'une solennit africaine6 ,digne d'un lion1 ou bien d'un hurleur moral444 - mais ce n'est rien pour vous1 mes dlicieuses amies1 aux pieds de qui il est donn de s'asseoir1 sous des palmiers un ,europen4 ,selah4 ,singulier1 en vrit6 ,me voil assis1 tout prs du dsert et pourtant si loin dj du dsert1 et nullement ravag encore3 dvor par la plus petite des oasis - car justement elle ouvrait en billant sa petite bouche charmante1 la plus parfume de toutes les petites bouches3 et j'y suis tomb1 au fond1 en passant au travers - parmi vous1 vous mes dlicieuses amies6 ,selah4 ,gloire1 gloire1 cette baleine1 si elle veilla ainsi au bien-tre de son hte6 - vous comprenez mon allusion savante8444 ,gloire son ventre1 s'il fut de la sorte un charmant ventre d'oasis1 tel celui-ci3 mais je le mets en doute1 car je viens de l',europe qui est plus incrdule que toutes les pouses4 ,que ,dieu l'amliore6 ,amen6 ,me voil donc assis1 dans cette plus petite de toutes les oasis1 semblable une datte1 brun1 dulcor1 dor1 ardent d'une bouche ronde de jeune fille1 plus encore de dents canines1 de dents fminines1 froides1 blanches comme neige1 tranchantes car c'est aprs elle que languit le coeur de toutes les chaudes dattes4 ,selah4 ,semblable ces fruits du midi1 trop semblable1 je suis couch l1 entour de petits insectes ails qui jouent autour de moi1 et aussi d'ides et de dsirs plus petits encore1 plus fous et plus mchants1 cern par vous1 petites chattes1 jeunes filles1 muettes et pleines d'apprhensions1 ,doudou et ,souleika - ensphinx1 si je mets dans un mot nouveau beaucoup de sentiments 7que ,dieu me pardonne cette faute de langage67 - je suis assis l1 respirant le meilleur air1 de l'air de paradis1 en vrit1 de l'air clair1 lger et ray d'or1 aussi bon qu'il en est jamais tomb de la lune - tait-ce par hasard1 ou bien par prsomption1 que cela est arriv8 comme content les vieux potes4 ,mais moi1 le douteur1 j'en doute1 c'est que je viens de l',europe qui est plus incrdule que toutes les pouses4 ,que ,dieu l'amliore6 ,amen6 ,buvant l'air le plus beau1 les narines gonfles comme des gobelets1 sans avenir1 sans souvenir1 ainsi je suis assis l1 mes dlicieuses amies1 et je regarde la palme qui1 comme une danseuse1 se courbe1 se plie et se balance sur les hanches1 - on l'imite quand on la regarde longtemps6444 comme une danseuse qui1 il me semble1 s'est tenue trop longtemps1 dangereusement longtemps1 toujours et toujours sur une jambe8 - elle en oublia1 comme il me semble1 l'autre jambe6 ,car c'est en vain que j'ai cherch le trsor jumeau - c'est--dire l'autre jambe - dans le saint voisinage de leurs charmantes et mignonnes jupes de chiffons1 jupes flottantes en ventail4 ,oui1 si vous voulez me croire tout fait1 mes belles amies3 je vous dirai qu'elle l'a perdue6444 ,hou6 ,hou6 ,hou6 ,hou6 ,hou6444 ,elle s'est alle pour toujours l'autre jambe6 ,o quel dommage pour l'autre jambe si gracieuse ,o - peut-elle s'arrter1 abandonne1 en deuil8 ,cette jambe solitaire8 ,craignant peut-tre un monstre mchant1 un lion jaune et boucl d'or8 ,ou bien dj rong1 grignot - hlas6 hlas6 misrablement grignot6 ,selah4 ,o ne pleure pas1 coeurs tendres1 ne pleurez pas1 coeurs de dattes1 seins de lait1 coeurs de rglisse6 ,sois un homme1 ,souleika6 ,courage6 courage6 ne pleure plus1 ple ,doudou6 - ,ou bien faudrait-il peut-tre ici quelque chose de fortifiant1 fortifiant le coeur8 ,une maxime embaume8 une maxime solennelle444 ,ah6 monte1 dignit6 ,souffle1 souffle de nouveau ,soufflet de la vertu6 ,ah6 ,hurler encore une fois1 hurler moralement6 en lion moral1 hurler devant les filles du dsert6 - ,car les hurlements de la vertu1 dlicieuse jeunes filles1 sont plus que toute chose les ardeurs de l',europen1 les fringales de l',europen6 ,et me voic dj1 moi l',europen1 je ne puis faire autrement1 que ,dieu m'aide6 ,amen4 ,le dsert grandit3 malheur celui qui recle le dsert6 ,,le ,r,,veil #a4 ,aprs le chant du voyageur et de l'ombre1 la caverne s'emplit tout coup de rires et de bruits2 et comme tous les htes runis parlaient en mme temps et que l'ne lui aussi1 aprs un pareil encouragement1 ne pouvait plus se tenir tranquille1 ,zarathoustra fut pris d'une petite aversion et d'un peu de raillerie contre ses visiteurs3 bien qu'il se rjout de leur joie4 ,car celle lui semblait un signe de gurison4 ,il se glissa donc dehors1 en plein air1 et il parla ses animaux4 ,o s'en est maintenant alle leur dtresse8 dit-il1 et dj il se remettait lui-mme de son petit ennui - il me semble qu'ils ont dsappris chez moi leurs cris de dtresse6 - quoiqu'ils n'aient malheureusement pas encore dsappris de crier4 ,et ,zarathoustra se boucha les oreilles1 car ce moment les ,i-,a de l'ne se mlaient singulirement au bruit des jubilations de ces hommes suprieurs4 ,ils sont joyeux1 se remit-il dire1 et1 qui sait1 peut-tre aux dpens de leur hte2 et s'ils ont appris rire de moi1 ce n'est cependant pas mon rire qu'ils ont appris4 ,mais qu'importe6 ,ce sont de vieilles gens3 ils gurissent leur manire1 ils rient leur manire2 mes oreilles ont support de pires choses sans en devenir moroses4 ,cette journe est une victoire3 il recule dj1 il fuit l'esprit de la lourdeur1 mon vieil ennemi mortel6 ,comme elle va bien finir cette journe qui a si mal et si malignement commenc6 ,et elle veut finir4 ,dj vient le soir3 il passe cheval sur la mer1 le bon cavalier6 ,comme il se balance1 le bienheureux1 qui revient sur sa selle de pourpre6 ,le ciel regarde avec srnit1 le monde s'tend dans sa profondeur1 vous tous1 hommes singuliers qui tes venus auprs de moi1 il vaut la peine de vivre auprs de moi6 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,et alors des cris et des rires des hommes suprieurs rsonnrent de nouveau de la caverne3 or1 ,zarathoustra1 commena derechef3 ,ils mordent1 mon amorce fait de l'effet1 chez eux aussi l'ennemi fuit3 l'esprit de la lourdeur4 ,dj ils apprennent rire d'eux-mmes3 est-ce que j'entends bien8 ,ma nourriture d'homme fait de l'effet1 mes maximes savoureuses et rigoureuses3 et1 en vrit1 je ne les ai pas nourris avec des lgumes qui gonflent4 ,mais avec une nourriture de guerriers1 une nourriture de conqurants3 j'ai veill de nouveaux dsirs4 ,il y a de nouveaux espoirs dans leurs bras et dans leurs jambes1 leur coeur s'tire4 ,ils trouvent des mots nouveaux1 bientt leur esprit respirera la ptulance4 ,je comprends que cette nourriture ne soit pas pour les enfants1 ni pour les petites femmes langoureuses1 jeunes et vieilles4 ,il faut d'autres moyens pour convaincre leurs intestins2 je ne suis pas leur mdecin et leur matre4 ,le dgot quitte ces hommes suprieurs3 eh bien6 cela est ma victoire4 ,dans mon royaume1 ils se sentent en scurit1 toute honte bte s'enfuit1 ils s'panchent4 ,ils panchent leurs coeurs1 des heures bonnes leur reviennent1 ils chment et ruminent de nouveau1 - ils deviennent reconnaissants4 ,c'est ce que je considre comme le meilleur signe1 ils deviennent reconnaissants4 ,a peine un court espace de temps se sera-t-il coul qu'ils inventeront des ftes et lveront des monuments commmoratifs leurs joies anciennes4 ,ce sont des convalescents6 ,ainsi parlait ,zarathoustra1 joyeux dans son coeur et regardant au dehors2 ses animaux cependant se pressaient contre lui et faisaient honneur son bonheur et son silence4 #b4 ,mais soudain l'oreille de ,zarathoustra s'effraya1 car la caverne1 qui avait t jusqu' prsent pleine de bruit et de rire1 devint soudain d'un silence de mort2 le nez de ,zarathoustra cependant sentit une odeur agrable de fume et d'encens1 comme si l'on brlait des pommes de pin4 ,qu'arrive-t-il8 ,que font-ils8 se demanda ,zarathoustra1 en s'approchant de l'entre pour regarder ses convives sans tre vu4 ,mais1 merveille des merveilles6 que vit-il alors de ses propres yeux6 ,ils sont tous redevenus pieux1 ils prient1 ils sont fous6 - dit-il en s'tonnant au del de toute mesure4 ,et1 en vrit1 tous ces hommes suprieurs1 les deux rois1 le pape hors de service1 le sinistre enchanteur1 le mendiant volontaire1 le voyageur et l'ombre1 le vieux devin1 le consciencieux de l'esprit et le plus laid des hommes3 ils taient tous prosterns sur leurs genoux1 comme les enfants et les vieilles femmes fidles1 ils taient prosterns en adorant l'ne4 ,et dj le plus laid des hommes commenait gargouiller et souffler1 comme si quelque chose d'inexprimable voulait sortir de lui2 cependant lorsqu'il finit enfin par parler rellement1 voici1 ce qu'il psalmodiait tait une singulire litanie pieuse1 en l'honneur de l'ne ador et encens4 ,et voici quelle fut cette litanie3 ,amen6 ,honneur et gloire et sagesse et reconnaissance et louanges et forces soient notre ,dieu1 d'ternit en ternit6 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,il porte nos fardeaux1 il s'est fait serviteur1 il est patient de coeur et ne dit jamais non2 et celui qui aime son ,dieu le chtie bien4 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,il ne parle pas1 si ce n'est pour dire toujours oui au monde qu'il a cr2 ainsi il chante la louange de son monde4 ,c'est sa ruse qui le pousse ne point parler3 ainsi il a rarement tort4 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,insignifiant il passe dans le monde4 ,la couleur de son corps1 dont il enveloppe sa vertu1 est grise4 ,s'il a de l'esprit1 il le cache2 mais chacun croit ses longues oreilles4 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,quelle sagesse cache est cela qu'il ait de longues oreilles et qu'il dise toujours oui1 et jamais non6 ,n'a-t-il pas cre le monde son image1 c'est--dire aussi bte que possible8 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,tu suis des chemins droits et des chemins dtourns2 ce que les hommes appellent droit ou dtourn t'importe peu4 ,ton royaume est par del le bien et le mal4 ,c'est ton innocence de ne point savoir ce que c'est que l'innocence4 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,vois donc comme tu ne repousses personne loin de toi1 ni les mendiants1 ni les rois4 ,tu laisses venir toi les petits enfants et si les pcheurs veulent te sduire tu leur dis simplement ,i-,a4 - ,et l'ne de braire3 ,i-,a4 ,tu aimes les nesses et les figues fraches1 tu n'es point difficile pour ta nourriture4 ,un chardon te chatouille le coeur lorsque tu as faim4 ,c'est l qu'est ta sagesse de ,dieu4 - ,et l'ne de braire ,i-,a4 ,,la ,f,,te ,,de ,l',,ane #a4 ,en cet endroit de la litanie cependant1 ,zarathoustra ne put se matriser davantage4 ,il cria lui-aussi3 ,i-,a plus haute voix encore que l'ne et sauta au milieu de ses htes devenus fous4 ,mais que faites-vous donc l - enfants des hommes8 ,s'cria-t-il en soulevant de terre ceux qui priaient4 ,malheur vous1 si quelqu'un d'autre que ,zarathoustra vous regardait3 ,chacun jugerait que vous tes devenus1 avec votre foi nouvelle1 les pires des blasphmateurs1 ou les plus insenses de toutes les vieilles femmes6 ,et toi-mme1 vieux pape1 comment es-tu d'accord avec toi-mme en adorant ainsi un ne comme s'il tait ,dieu8 ,o ,zarathoustra1 rpondit le pape1 pardonne-moi1 mais dans les choses de ,dieu je suis encore plus clair que toi4 ,et cela est juste ainsi4 ,plutt adorer ,dieu sous cette forme que de ne point l'adorer du tout6 ,rflchis cette parole1 mon minent ami3 tu devineras vite que cette parole renferme de la sagesse4 ,celui qui a dit3 ,dieu est esprit - a fait jusqu' prsent sur la terre le plus grand pas et le plus grand bond vers l'incrdulit3 ce ne sont pas l des paroles faciles rparer sur la terre6 ,mon vieux coeur saute et bondit de ce qu'il y ait encore quelque chose adorer sur la terre4 ,pardonne1 ,zarathoustra1 un vieux coeur de pape pieux6 - - ,et toi1 dit ,zarathoustra au voyageur et l'ombre1 tu t'appelles esprit libre1 tu te figures tre un esprit libre8 ,et tu te livres ici de pareilles idoltries et de pareilles momeries8 ,en vrit1 tu fais ici de pires choses que tu n'en faisais auprs des jeunes filles brunes et malignes1 toi le croyant nouveau et malin6 ,c'est triste1 en effet1 rpondit le voyageur et l'ombre1 tu as raison3 mais qu'y puis-je6 ,le ,dieu ancien revit1 ,zarathoustra1 tu diras ce que voudras4 ,c'est le plus laid des hommes qui est cause de tout3 c'est lui qui l'a ressuscit4 ,et s'il dit qu'il l'a tu jadis3 chez les ,dieux la mort n'est toujours qu'un prjug4 ,et toi1 reprit ,zarathoustra1 vieil enchanteur malin1 qu'as-tu fait8 ,qui donc croira encore en toi1 en ces temps de libert1 si tu crois de pareilles neries divines8 ,tu as fait une btise2 comment pouvais-tu1 toi qui es rus1 faire une pareille btise6 ,o ,zarathoustra1 rpondit l'enchanteur rus1 tu as raison1 c'tait une btise1 - il m'en a cot assez cher4 ,et toi aussi1 dit ,zarathoustra au consciencieux de l'esprit1 rflchis donc et mets ton doigt ton nez6 ,en cela rien ne gne-t-il donc ta conscience8 ,ton esprit n'est-il pas trop propre pour de pareilles adorations et l'encens de pareils bigots8 ,il y a quelque chose dans ce spectacle1 rpondit le consciencieux1 et il mit le doigt son nez1 il y a quelque chose dans ce spectacle qui fait mme du bien ma conscience4 ,peut-tre n'ai-je pas le droit de croire en ,dieu3 mais il est certain que c'est sous cette forme que ,dieu me semble le plus digne de foi4 ,dieu doit tre ternel1 selon le tmoignage des plus pieux3 qui a du temps de reste s'accorde du bon temps4 ,aussi lentement et aussi btement que possible3 avec cela il peut vraiment aller loin4 ,et celui qui a trop d'esprit aimerait s'enticher mme de la btise et de la folie4 ,rflchis sur toi-mme1 ,zarathoustra6 ,toi-mme - en vrit6 tu pourrais bien1 par excs de sagesse1 devenir un ne4 ,un sage parfait n'aime-t-il pas suivre les chemins les plus tortueux8 ,l'apparence le prouve1 ,zarathoustra 1 - ton apparence6 - ,et toi-mme enfin1 dit ,zarathoustra en s'adressant au plus laid des hommes qui tait encore couch par terre1 les bras tendus vers l'ne 7car il lui donnait du vin boire74 ,parle1 inexprimable1 qu'as-tu fait l6 ,tu me sembles transform1 ton oeil est ardent1 le manteau du sublime se drape autour de ta laideur3 qu'as-tu fait8 ,est-ce donc vrai1 ce que disent ceux-l1 que tu l'as ressuscit8 ,et pourquoi8 ,n'tait-il donc pas avec raison tu et prim8 ,c'est toi-mme qui me sembles rveill3 qu'as-tu fait8 ,qu'as-tu interverti8 ,pourquoi t'es-tu converti8 ,parle1 inexprimable6 ,o ,zarathoustra1 rpondit le plus laid des hommes1 tu es un coquin6 ,si celui-l vit encore1 ou bien s'il vit de nouveau1 ou bien s'il est compltement mort1 - qui de nous deux sait cela le mieux8 ,c'est ce que je te demande4 ,mais il y a une chose que je sais1 - c'est de toi-mme que je l'ai apprise jadis1 ,zarathoustra3 celui qui veut tuer le plus compltement se met rire4 ,ce n'est pas par la colre1 c'est par le rire que l'on tue - ainsi parlais-tu jadis4 ,o ,zarathoustra1 toi qui restes cach1 destructeur sans colre1 saint dangereux1 - tu es un coquin6 #b4 ,mais alors il arriva que ,zarathoustra1 tonn de pareilles rponses de coquins1 s'lana de nouveau la porte de sa caverne et1 s'adressant tous ses convives1 se mit crier d'une voix forte3 ,o vous tous1 fols espigles1 pantins6 pourquoi dissimuler et vous cacher devant moi6 ,le coeur de chacun de vous tressaillait pourtant de joie et de mchancet1 parce que vous tes enfin redevenus comme de petits enfants1 c'est--dire pieux1 - parce que vous avez enfin agi de nouveau comme font les petits enfants1 parce que vous avez pri1 joint les mains et dit cher bon ,dieu6 ,mais maintenant quittez cette chambre d'enfants1 ma propre caverne1 o aujourd'hui tous les enfantillages ont droit de cit4 ,rafrachissez dehors votre chaude imptuosit d'enfants et le battement de votre coeur6 ,il est vrai1 que si vous ne redevenez pas comme de petits enfants1 vous ne pourrez pas entrer dans ce royaume des cieux4 7,et ,zarathoustra montra le ciel du doigt47 ,mais nous ne voulons pas du tout entrer dans le royaume des cieux3 nous sommes devenus des hommes1 - c'est pourquoi nous voulons le royaume de la terre4 #c4 ,et de nouveau ,zarathoustra commena parler4 ,o mes nouveaux amis1 dit-il1 - hommes singuliers1 vous qui tes les hommes suprieurs1 comme vous me plaisez bien maintenant1 - depuis que vous tes redevenus joyeux4 ,vous tes en vrit tous panouis3 il me semble que pour des fleurs comme vous il faut des ftes nouvelles1 - une brave petite folie1 un culte ou une fte de l'ne1 un vieux fou1 un joyeux ,zarathoustra1 un tourbillon qui1 par son souffle1 vous claire l'me4 ,n'oubliez pas cette nuit et cette fte de l'ne1 hommes suprieurs4 ,c'est -l ce que vous avez invent chez moi et c'est pour moi un bon signe1 - il n'y a que les convalescents pour inventer de pareilles choses6 ,et si vous ftez de nouveau cette fte de l'ne1 faites-le par amour pour vous1 faites-le aussi par amour pour moi6 ,et faites cela en mmoire de moi4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,,le ,,chant ,d',,ivresse #a4 ,mais pendant qu'il parlait1 ils taient tous sortis l'un aprs l'autre1 en plein air et dans la nuit frache et pensive2 et ,zarathoustra lui-mme conduisait le plus laid des hommes par la main1 pour lui montrer son monde nocturne1 la grande lune ronde et les cascades argentes auprs de sa caverne4 ,enfin ils s'arrtrent l les uns prs des autres1 tous ces hommes vieux1 mais le coeur consol et vaillant1 s'tonnant dans leur for intrieur de se sentir si bien sur la terre2 la quitude de la nuit1 cependant1 s'approchait de plus en plus de leurs coeurs4 ,et de nouveau ,zarathoustra pensait part lui3 ,o comme ils me plaisent bien maintenant1 ces hommes suprieurs6 - mais il ne le dit pas1 car il respectait leur bonheur et leur silence4 - ,mais alors il arriva ce qui pendant ce jour stupfiant et long fut le plus stupfiant3 le plus laid des hommes commena derechef1 et une dernire fois1 gargouiller et souffler et1 lorsqu'il eut fini par trouver ses mots1 voici une question sortit de sa bouche1 une question prcise et nette1 une question bonne1 profonde et claire qui remua le coeur de tous ceux qui l'entendaient4 ,mes amis1 vous tous qui tes runis ici1 dit le plus laid des hommes1 que vous en semble8 ,a cause de cette journe - c'est la premire fois de ma vie que je suis content1 que j'ai vcu la vie tout entire4 ,et il me suffit pas d'avoir tmoign cela4 ,il vaut la peine de vivre sur la terre3 ,un jour1 une fte en compagnie de ,zarathoustra a suffi pour m'apprendre aimer la terre4 ,est-ce l - la vie6 dirai-je la mort4 ,eh bien6 ,encore une fois6 ,mes amis1 que vous en semble8 ,ne voulez-vous pas1 comme moi1 dire la mort3 ,est-ce l la vie1 eh bien1 pour l'amour de ,zarathoustra1 encore une fois6 - ,ainsi parlait le plus laid des hommes2 mais il n'tait pas loin de minuit4 ,et que pensez-vous qui se passa alors8 ,ds que les hommes suprieurs entendirent sa question1 ils eurent soudain conscience de leur transformation et de leur gurison1 et ils comprirent quel tait celui qui la leur avait procure3 alors ils s'lancrent vers ,zarathoustra1 pleins de reconnaissance1 de respect et d'amour1 en luis baisant la main1 selon la particularit de chacun3 de sort que quelques-uns riaient et que d'autres pleuraient4 ,le vieil enchanteur cependant dansait de plaisir2 et si1 comme le croient certains conteurs1 il tait alors ivre de vin doux1 il tait certainement plus ivre encore de la vie douce1 et il avait abdiqu toute lassitude4 ,il y en a mme quelques-uns qui racontent qu'alors l'ne se mit danser3 car ce n'est pas en vain que le plus laid des hommes lui avait donn du vin boire4 ,que cela se soit pass1 ainsi ou autrement1 peu importe2 si l'ne n'a pas vraiment dans ce soir-l1 il se passa pourtant alors des choses plus grandes et plus tranges que ne le serait la danse d'un ne4 ,en un mot1 comme dit le proverbe de ,zarathoustra3 ,qu'importe6 #b4 ,lorsque ceci se passa avec le plus laid des hommes1 ,zarathoustra tait comme un homme ivre3 son regard s'teignait1 sa langue balbutiait1 ses pieds chancelaient4 ,et qui saurait deviner quelles taient les penses qui agitaient alors l'me de ,zarathoustra8 ,mais on voyait que son esprit reculait en arrire et qu'il volait en avant1 qu'il tait dans le plus grand lointain1 en quelque sorte sur une haute crte1 comme il est crit1 entre deux mers1 - qui chemine entre le pass et l'avenir1 comme un lourd nuage4 ,peu peu1 cependant1 tandis que les hommes suprieurs le tenaient dans leurs bras1 il revenait un peu lui-mme1 se dfendant du geste de la foule de ceux qui voulaient l'honorer et qui taient proccups cause de lui2 mais il ne parlait pas4 ,tout coup1 pourtant1 il tourna la tte1 car il semblait entendre quelque chose3 alors il mit son doigt sur la bouche et dit3 ,venez6 ,et aussitt il se fit un silence et une quitude autour de lui2 mais de la profondeur on entendait monter lentement le son d'une cloche4 ,zarathoustra prtait l'oreille1 ainsi que les hommes suprieurs2 puis il mit une seconde fois son doigt sur la bouche et il dit de nouveau3 ,venez6 ,venez6 il est prs de minuit6 - et sa voix s'tait transforme4 ,mais il ne bougeait toujours pas de place3 alors il y eut un silence encore plus grand et une plus grande quitude1 et tout le monde coutait1 mme l'ne et les animaux d'honneur de ,zarathoustra1 l'aigle et le serpent1 et aussi la caverne de ,zarathoustra et la grande lune froide et la nuit elle-mme4 ,zarathoustra1 cependant1 mit une troisime fois sa main sur la bouche et dit3 ,venez6 ,venez6 ,venez6 ,allons6 maintenant il est l'heure3 allons dans la nuit6 #c4 ,o hommes suprieurs1 il est prs de minuit3 je veux donc vous dire quelque chose l'oreille1 quelque chose que cette vieille cloche m'a dit l'oreille1 - avec autant de secret1 d'pouvante et de cordialit1 qu'a mis m'en parler cette vieille cloche de minuit qui a plus vcus qu'un seul homme3 - qui compta dj les battements douloureux des coeurs de vos pres - hlas6 hlas6 comme elle soupire6 comme elle rit en rve6 la vieille heure de minuit1 profonde1 profonde6 ,silence6 ,silence6 ,on entend bien des choses qui n'osent pas se dire de jour2 mais maintenant que l'air est pur1 que le bruit de vos coeurs s'est tu1 lui aussi1 - maintenant les choses parlent et s'entendent1 maintenant elles glissent dans les mes nocturnes dont les veilles se prolongent3 hlas6 hlas6 comme elle soupire6 comme elle rit en rve6 - n'entends-tu pas comme elle te parle toi secrtement1 avec pouvante et cordialit1 la vieille heure de minuit1 profonde1 profonde6 ,o homme1 prends garde6 #d4 ,malheur moi6 ,o a pass le temps8 ,ne suis-je pas tomb dans des puits profonds8 ,le monde dort - ,hlas6 ,hlas6 ,le chien hurle1 la lune brille4 ,je prfre mourir1 mourir que de vous dire ce que pense maintenant mon coeur de minuit4 ,dj je suis mort4 ,c'en est fait4 ,araigne1 pourquoi tisses-tu ta toile autour de moi8 ,veux-tu du sang8 ,hlas6 ,hlas6 la rose tombe1 l'heure vient - l'heure o je grelotte et o je gle1 l'heure qui demande1 qui demande et qui demande toujours3 ,qui a assez de courage pour cela8 - qui doit tre le matre de la terre8 ,qui veut dire3 c'est ainsi qu'il vous faut couler1 grands et petits fleuves6 - l'heure approche3 homme1 homme suprieur prends garde6 ce discours s'adresse aux oreilles subtiles1 tes oreilles - ,,que ,,dit ,,minuit ,,profond8 #e4 ,je suis port l-bas1 mon me danse4 ,tche quotidienne6 tche quotidienne6 ,qui doit tre le matre du monde8 ,la lune est frache1 le vent se tait4 ,hlas6 ,hlas6 avez-vous dj vol assez haut8 ,vous avez dans3 mais une jambe n'est pas une aile4 ,bons danseurs1 maintenant toute la joie est passe4 ,le vin s'est chang en levain1 tous les gobelets se sont attendris1 les tombes balbutient4 ,vous n'avez pas vol assez haut3 maintenant les tombes balbutient3 ,sauvez donc les morts6 ,pourquoi fait-il nuit si longtemps8 ,la lune ne nous enivre-t-elle pas8 ,o hommes suprieurs1 sauvez donc les tombes1 veillez donc les cadavres6 ,hlas6 pourquoi le ver ronge-t-il encore8 ,l'heure approche1 l'heure approche1 - la cloche bourdonne1 le coeur rle encore1 le ver ronge le bois1 le ver du coeur4 ,hlas6 hlas ,,le ,,monde ,,est ,,profond6 #f4 ,douce lyre6 ,douce lyre6 ,j'aime le son de tes cordes1 ce son enivr de crapaud flamboyant6 - comme ce son me vient de jadis et de loin1 du lointain1 des tangs de l'amour6 ,vieille cloche6 ,douce lyre6 toutes les douleurs t'ont dchir le coeur1 la douleur du pre1 la douleur des anctres1 la douleur des premiers parents1 ton discours est devenu mr1 - mr comme l'automne dor et l'aprs-midi1 comme mon coeur de solitaire - maintenant tu parles3 le monde lui-mme est devenu mr1 le raisin brunit4 - maintenant il veut mourir1 mourir de bonheur4 ,o hommes suprieurs1 ne le sentez-vous pas8 ,secrtement une odeur monte1 - un parfum et une odeur d'ternit1 une odeur de vin dor1 bruni et divinement ros de vieux bonheur1 - un bonheur enivr de mourir1 un bonheur de minuit qui chante3 le monde est profond ,,et ,,plus ,,profond ,,que ,,ne ,,pensait ,,le ,,jour6 #g4 ,laisse-moi6 ,laisse-moi6 ,je suis trop pur pour toi4 ,ne me touche pas6 ,mon monde ne vient-il pas de s'accomplir8 ,ma peau est trop pure pour tes mains4 ,laisse-moi1 jour sombre1 bte et lourd6 ,l'heure de minuit n'est-elle pas plus claire8 ,les plus purs doivent tre les matres du monde1 les moins connus1 les plus forts1 les mes de minuit qui sont plus claires et plus profondes que tous les jours4 ,o jour1 tu ttonnes aprs moi8 ,tu ttonnes aprs mon bonheur8 ,je suis riche pour toi1 solitaire1 une source de richesse1 un trsor8 ,o monde1 tu me veux8 ,suis-je mondain pour toi8 ,suis-je religieux8 ,suis-je devin pour toi8 ,mais jour et monde1 vous tes trop lourds1 - ayez des mains plus senses1 saisissez un bonheur plus profond1 un malheur plus profond1 saisissez un dieu quelconque1 ne me saisissez pas - mon malheur1 mon bonheur est profond1 jour singulier1 et pourtant je ne suis pas un dieu1 pas un enfer de dieu3 ,,profonde ,,est ,,sa ,,douleur4 #h4 ,la douleur de ,dieu est plus profonde1 monde singulier6 ,saisis la douleur de ,dieu1 ne me saisis pas1 moi6 ,que suis-je8 ,une douce lyre pleine d'ivresse1 - une lyre de minuit1 une cloche-crapaud que personne ne comprend1 mais qui doit parler devant des sourds1 hommes suprieurs6 ,car vous ne me comprenez pas6 ,c'en est fait6 ,c'en est fait6 ,o jeunesse6 ,o midi6 ,o aprs-midi6 ,maintenant le soir est venu et la nuit et l'heure de minuit1 - le chien hurle1 et le vent3 - le vent n'est-il pas un chien8 ,il gmit1 il aboie1 il hurle4 ,hlas6 ,hlas6 comme elle soupire1 comme elle rit1 comme elle rle et geint1 l'heure de minuit6 ,comme elle parle schement1 cette potesse ivre6 a-t-elle dpass son ivresse8 a-t-elle prolong sa veille1 se met-elle remcher8 - ,elle remche sa douleur en rve1 la vieille et profonde heure de minuit1 et plus encore sa joie4 ,car la joie1 quand dj la douleur est profonde3 ,,la ,,joie ,,est ,,plus ,,profonde ,,que ,,la ,,peine4 #i4 ,vigne1 que me joues-tu8 ,ne t'ai-je pas coupe8 ,je suis si cruel1 tu saignes3 que veut la louange que tu adresses ma cruaut ivre8 ,tout ce qui s'est accompli1 tout ce qui est mr - veut mourir6 ainsi parles-tu4 ,bni soit1 bni soit le couteau du vigneron6 ,mais tout ce qui n'est pas mr veut vivre3 hlas6 ,la douleur dit3 ,passe6 va-t'en douleur6 ,mais tout ce qui souffre veut vivre1 pour mrir1 pour devenir joyeux et plein de dsirs1 - plein de dsirs de ce qui est plus lointain1 plus haut1 plus clair4 ,je veux des hritiers1 ainsi parle tout ce qui souffre1 je veux des enfants1 je ne me veux pas moi4 - ,mais la joie ne veut ni hritiers ni enfants1 - la joie se veut elle-mme1 elle veut l'ternit1 le retour des choses1 tout ce qui se ressemble ternellement4 ,la douleur dit3 ,brise-toi1 saigne1 coeur6 ,allez jambes6 volez ailes6 ,au loin6 ,l-haut1 douleur6 ,eh bien6 ,allons6 ,o mon vieux coeur3 ,,la ,,douleur ,,dit3 ,,passe ,,et ,,finis6 #aj4 ,o hommes suprieurs1 que vous en semble8 ,suis-je un devin8 suis-je un rveur8 suis-je un homme ivre8 un interprte des songes8 une cloche de minuit8 ,une goutte de rose8 une vapeur et un parfum de l'ternit6 ,ne l'entendez-vous pas8 ,ne le sentez-vous pas8 ,mon monde vient de s'accomplir1 minuit c'est aussi midi4 ,la douleur est aussi une joie1 la maldiction est aussi une bndiction1 la nuit est aussi un soleil1 - loignez-vous1 ou bien l'on vous enseignera qu'un sage est aussi un fou4 ,avez-vous jamais approuv une joie8 ,o mes amis1 alors vous avez aussi approuv toutes les douleurs4 ,toutes les choses sont enchanes1 enchevtres1 amoureuses1 - vouliez-vous jamais qu'une mme fois revienne deux fois8 ,avez-vous jamais dit3 ,tu me plais1 bonheur6 moment6 clin d'oeil6 ,c'est ainsi que vous voudriez que tout revienne6 - tout de nouveau1 tout ternellement1 tout enchan1 enchevtr1 amoureux1 c'est ainsi que vous avez aim le monde1 - vous qui tes ternels1 vous l'aimez ternellement et toujours3 et vous dites aussi la douleur3 passe1 mais reviens3 ,,car ,,toute ,,joie ,,veut - ,l',,ternit6 #aa4 ,toute joie veut l'ternit de toutes choses1 elle veut du miel1 du levain1 une heure de minuit pleine d'ivresse1 elle veut la consolation des larmes verses sur les tombes1 elle veut le couchant dor - que ne veut-elle pas1 la joie6 ,elle est plus assoiffe1 plus cordiale1 plus affame1 plus pouvantable1 plus secrte que toute douleur1 elle se veut elle mme1 elle se mord elle-mme1 la volont de l'anneau lutte en elle1 - elle veut de l'amour1 elle veut de la haine1 elle est dans l'abondance1 elle donne1 elle jette loin d'elle1 elle mendie pour que quelqu'un veuille la prendre1 elle remercie celui qui la prend4 ,elle aimerait tre hae1 - la joie est tellement riche qu'elle soif de douleur1 d'enfer1 de haine1 de honte1 de ce qui est estropi1 soif du monde1 - car ce monde1 oh vous le connaissez6 ,o hommes suprieurs1 c'est aprs vous qu'elle languit1 la joie1 l'effrne1 la bienheureuse1 - elle languit1 aprs votre douleur1 vous qui tes manqus6 ,toute joie ternelle languit aprs les choses manques4 ,car toute joie se veut elle-mme1 c'est pourquoi elle veut la peine6 ,o bonheur1 douleur6 ,oh brise-toi1 coeur6 ,hommes suprieurs1 apprenez-le donc1 la joie veut l'ternit1 - la joie veut l'ternit de toutes choses1 ,,veut ,,la ,,profonde ,,ternit6 #ab4 ,avez-vous maintenant appris mon chant8 ,avez-vous devin ce qu'il veut dire8 ,eh bien6 ,allons6 ,hommes suprieurs1 chantez mon chant1 chantez la ronde6 ,chantez maintenant vous-mmes le chant1 dont le nom est encore une fois1 dont le sens est dans toute ternit6 - chantez1 hommes suprieurs1 chantez la ronde le chant de ,zarathoustra6 ,o homme6 ,prends garde6 ,que dit minuit profond8 ,j'ai dormi1 j'ai dormi1 - ,d'un profond sommeil je me suis veill3 - ,le monde est profond1 et plus profond que ne pensait le jour ,profonde est sa douleur1 - ,la joie plus profonde que la peine4 ,la douleur dit3 passe et finis6 ,mais toute joie veut l'ternit1 - veut la profonde ternit6 ,,le ,,signe ,le matin cependant1 au lendemain de cette nuit1 ,zarathoustra sauta de sa couche1 se ceignit les reins et sortit de sa caverne1 ardent et fort comme le soleil du matin qui sort des sombres montagnes4 ,grand astre1 dit-il1 comme il avait parl jadis1 profond oeil de bonheur1 que serait tout ton bonheur1 si tu n'avais pas ceux que tu claires6 ,et s'ils restaient dans leurs chambres1 tandis que dj tu es veill et que tu viens donner et rpandre3 comme ta fire pudeur s'en fcherait6 ,eh bien6 ils dorment encore1 ces hommes suprieurs1 tandis que moi je suis veill3 ce ne sont pas l mes vritables compagnons6 ,ce n'est pas eux que j'attends ici dans mes montagnes4 ,je veux me mettre mon oeuvre et commencer ma journe3 mais ils ne comprennent pas quels sont les signes de mon matin1 le bruit de mon pas n'est point pour eux - le signal du lever4 ,ils dorment encore dans ma caverne1 leur rve boit encore mes chants de minuit4 ,l'oreille qui m'coute1 - l'oreille qui obit manque leurs membres4 - ,zarathoustra avait dit cela son coeur tandis que le soleil se levait3 alors il jeta un regard interrogateur vers les hauteurs1 car il entendait au-dessus de lui l'appel perant de son aigle4 ,eh bien6 cria-t-il l-haut1 cela me plait et me convient ainsi4 ,mes animaux sont veills1 car je suis veill4 ,mon aigle est veill et1 comme moi1 il honore le soleil4 ,avec des griffes d'aigle il saisit la nouvelle lumire4 ,vous tes mes vritables animaux2 je vous aime4 ,mais il me manque encore mes hommes vritables6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra2 mais alors il arriva qu'il se sentit soudain entour1 comme par des oiseaux innombrables qui voltigeaient autour de lui1 - le bruissement de tant d'ailes et la pousse autour de sa tte taient si grands qu'il ferma les yeux4 ,et1 en vrit1 il sentait tomber sur lui quelque chose comme une nue de flches1 lances sur un nouvel ennemi4 ,mais voici1 ici c'tait une nue d'amour1 sur un ami nouveau4 ,que m'arrive-t-il8 pensa ,zarathoustra dans son coeur tonn1 et il s'assit lentement sur la grosse pierre qui se trouvait l'entre de sa caverne4 ,mais en agitant ses mains autour de lui1 au-dessus et au-dessous de lui1 pour se dfendre de la tendresse des oiseaux1 voici1 il lui arriva quelque chose de plus singulier encore3 car il mettait inopinment ses mains dans des touffes de poils paisses et chaudes2 et en mme temps retentissait devant lui un rugissement1 - un doux et long rugissement de lion4 ,le signe vient1 dit ,zarathoustra et son coeur se transforma4 ,et1 en vrit1 lorsqu'il vit clair devant lui1 une norme bte jaune tait couche ses pieds1 inclinant la tte contre ses genoux1 ne voulant pas le quitter dans son amour1 semblable un chien qui retrouve son vieux matre4 ,les colombes cependant n'taient pas moins empresses dans leur amour que le lion1 et1 chaque fois qu'une colombe voltigeait sur le nez du lion1 le lion secouait la tte avec tonnement et se mettait rire4 ,en voyant tout cela1 ,zarathoustra ne dit qu'une seule parole3 ,mes enfants sont proches1 mes enfants1 - puis il devint tout fait muet4 ,mais son coeur tait soulag1 et de ses yeux coulaient des larmes qui tombaient sur ses mains4 ,et il ne prenait garde aucune chose1 et il se tenait assis l1 immobile1 sans se dfendre davantage contre les animaux4 ,alors les colombes voletrent et l1 se placrent sur son paule1 en caressant ses cheveux blancs1 et elles ne se fatigurent point dans leur tendresse et dans leur flicit4 ,le vigoureux lion1 cependant1 lchait sans cesse les larmes qui tombaient sur les mains de ,zarathoustra en rugissant et en grondant timidement4 ,voil ce que firent ces animaux4 - ,tout cela dura longtemps ou bien trs peu de temps3 car vritablement il n'y a pas de temps sur la terre pour de pareilles choses4 - ,mais dans l'intervalle les hommes suprieurs s'taient rveills dans la caverne de ,zarathoustra1 et ils se prparaient ensemble aller en cortge au devant de ,zarathoustra1 afin de lui prsenter leur salutation matinale3 car en se rveillant ils avaient remarqu qu'il n'tait dj plus parmi eux4 ,mais lorsqu'ils furent arrivs la porte de la caverne1 prcds par le bruit de leurs pas1 le lion dressa les oreilles vivement et1 se dtournant tout coup de ,zarathoustra1 sauta vers la caverne1 avec des hurlements furieux2 les hommes suprieurs cependant1 en l'entendant hurler1 se mirent tous crier d'une seule voix et1 fuyant en arrire1 ils disparurent en un clin d'oeil4 ,mais ,zarathoustra lui-mme1 abasourdi et distrait1 se leva de son sige1 regarda autour de lui1 se tenant debout1 tonn1 il interrogea son coeur1 rflchit et demeura seul4 ,qu'est-ce que j'ai entendu8 dit-il enfin1 lentement1 que vient-il de m'arriver8 ,et dj le souvenir lui revenait et il comprit d'un coup d'oeil tout ce qui s'tait pass entre hier et aujourd'hui4 ,voici la pierre1 dit-il en se caressant la barbe1 c'est l que j'tais assis hier matin3 et c'est l que le devin s'est approch de moi1 c'est l que j'entendis pour la premire fois le cri que je viens d'entendre1 c'est votre dtresse que me prdisait hier matin ce vieux devin1 - c'est vers votre dtresse qu'il voulut me conduire pour me tenter3 ,zarathoustra1 m'a-t-il dit1 je viens pour t'induire ton dernier pch4 ,a mon dernier pch8 s'cria ,zarathoustra en riant avec colre de sa propre parole3 qu'est-ce qui m'a t rserv comme mon dernier pche8 - ,et encore une fois ,zarathoustra se replia sur lui-mme1 en s'asseyant de nouveau sur la grosse pierre pour rflchir4 ,soudain il se redressa3 - ,piti6 ,la piti pour l'homme suprieur6 s'cria-t-il et son visage devint de bronze4 ,eh bien6 ,cela - a eu son temps6 ,ma passion et ma compassion -qu'importent d'elles8 ,est-ce que je recherche le bonheur8 ,je recherche mon oeuvre4 ,eh bien6 ,le lion est venu1 mes enfants sont proches1 ,zarathoustra a mri1 mon heure est venue3 - ,voici mon aube matinale1 ma journe commence1 lve-toi donc1 lve-toi1 grand midi6 - ,ainsi parlait ,zarathoustra et il quitta sa caverne1 ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes4 ,,appendice ,les fragments qui suivent sont emprunts aux ,oeuvres posthumes de ,frdric ,nietzsche et peuvent aider la comprhension d',ainsi parlait ,zarathoustra4 ,le philosophe lui-mme semble avoir eu l'intention d'crire un jour un glossaire cet ouvrage1 mais il ne parvint jamais mettre son projet excution4 ,plusieurs notes traces sur ses carnets1 au hasard de l'inspiration1 sont de simples rsums ou des aide-mmoire1 par quoi il entendait fixer le sens de tel ou tel chapitre4 ,d'autres1 au contraire1 donnent vritablement des claircissements et seront1 pour le lecteur attentif1 d'un secours prcieux4 ,tels qu'ils se prsentent ici et malgr leur caractre inachev1 ces quatre-vingt-deux aphorismes permettront en tous les cas de jeter un coup d'oeil dans le laboratoire intellectuel de ,nietzsche4 - ,h4,a4 #a4 ,tous les buts sont dtruits3 les valuations se tournent les unes contre les autres2 on appelle bon celui qui suit son coeur1 mais aussi celui qui n'obit qu' son devoir2 on appelle bon l'homme doux1 conciliant1 mais aussi l'homme brave inflexible1 svre2 on appelle bon celui qui n'exerce aucune contrainte sur lui-mme1 mais aussi le hros de la domination de soi2 on appelle bon l'ami absolu de la vrit1 mais aussi l'homme rempli de pit qui transfigure les choses2 on appelle bon celui qui s'obit lui-mme1 mais aussi l'homme pieux2 on appelle bon l'homme distingu et noble1 mais aussi celui qui ne mprise ni ne regarde de haut2 on appelle bon l'homme charitable qui vite la lutte1 mais aussi celui qui est avide de combats de victoires2 on appelle bon celui qui veut toujours tre le premier1 mais aussi celui qui ne veut tre avantag au dtriment de personne4 #b4 ,nous avons en nous une force norme de sentiments moraux1 mais aucun but qui pourrait les satisfaire tous4 ,ces sentiments se contredisent les uns les autres3 ils ont pour origine des tables de valeurs diffrentes4 ,il y a une force morale prodigieuse1 mais il n'y a plus de but1 o toute la force pourrait tre utilise4 #c4 ,tous les buts sont dtruits4 ,il faut que les hommes s'en assignent un4 ,c'tait une erreur de croire qu'ils en possdent un3 ils se les ont tout donns4 ,mais les conditions premires pour tous les buts d'autrefois sont aujourd'hui dtruites4 ,la science montre le cours suivre1 mais non pas le but3 elle pose cependant les conditions premires auxquelles le nouveau but devra correspondre4 #d4 ,la profonde strilit du dix-neuvime sicle4 ,je n'ai jamais rencontr d'homme qui et vraiment apport un nouvel idal4 ,c'est le caractre de la musique allemande qui m'a le plus longtemps induit esprer4 ,un type plus fort1 o nos forces seraient lies synthtiquement - ce fut l ma croyance4 ,a premire vue tout est dcadence4 ,il faut diriger la destruction de telle sorte qu'elle rende possible1 aux plus forts1 une nouvelle forme de l'existence4 #e4 ,la dissolution de la morale conduit1 dans ses consquences pratiques1 l'individu atomique et aussi la division de l'individu en multiplicits - fluctuation absolue4 ,c'est pourquoi1 plus que jamais1 un but est ncessaire et un amour1 un nouvel amour4 #f4 ,aussi longtemps que votre morale tait suspendue au-dessus de ma tte1 je respirais comme quelqu'un qui touffe4 ,ds lors1 il me fallut trangler ce serpent4 ,je voulais vivre1 c'est pourquoi je devais mourir4 #g4 ,tant que l'on devra encore agir1 par consquent tant que l'on commandera1 il n'y aura pas encore de synthse 7la suppression de l'homme moral74 ,ne pas pouvoir faire autrement4 ,les instincts et la raison qui commande ne sauraient autrement aller au del du but4 ,jouir de soi-mme dans l'action4 #h4 ,tous1 ils ne veulent pas porter le fardeau de ce qui n'est pas command2 mais ils font ce qu'il y a de plus difficile1 lorsque tu le leur commandes4 #i4 ,surmonter le pass en nous-mmes3 combiner nouveau les instincts et les diriger tous ensembles vers un seul but3 - cela est extrmement difficile6 ,il n'y a pas que les mauvais instincts qu'il faut surmonter1 - il faut aussi faire table rase de ce que l'on appelle les bons instincts1 afin de les sanctifier nouveau6 #aj4 ,il ne faut pas faire de bonds dans la vertu6 ,mais il faut que chacun suive un chemin diffrent6 ,pourtant chacun ne doit pas vouloir parvenir au plus haut6 ,par contre1 chacun peut servir de pont et d'enseignement pour les autres6 #aa4 ,pour la bonne volont d'aider1 de compatir1 de se soumettre1 de renoncer aux attaques personnelles1 les hommes insignifiants et superficiels deviendront peut-tre pour l'oeil quelque chose de supportable3 il ne faut aucun prix leur ter l'ide que cette volont est la vertu mme4 #ab4 ,l'homme rend prcieuse une action3 mais comment une action rendrait-elle prcieux un homme8 #ac4 ,la morale est affaire de ceux qui ne peuvent se librer d'elle3 c'est pourquoi elle fait partie pour ceux-l des conditions d'existence4 ,on ne peut pas rfuter des conditions d'existence3 on peut seulement444 ne pas les possder4 #ad4 ,s'il tait vrai que la vie ne vaut pas d'tre affirme1 l'homme moral abuserait de son prochain1 prcisment par son oubli de soi et par ses vertus secourables - et cela son bnfice personnel4 #ae4 ,aime ton prochain - cela veut dire avant tout3 ne t'occupe pas de ton prochain6 - ,et c'est prcisment ce ct de la vertu qui est le plus difficile4 #af4 ,l'homme mauvais considr comme un parasite4 ,dans la vie nous ne devons pas seulement tre des jouisseurs3 cela manque de noblesse4 #ag4 ,c'est le sentiment noble qui nous interdit de n'tre que des jouisseurs de la vie4 ,ce sentiment se rvolte contre toute espce d'hdonisme4 ,nous devons nous acquitter de quelque chose en retour4 - ,mais la croyance fondamentale de la masse1 c'est qu'il faut vivre pour rien1 - c'est l sa vulgarit4 #ah4 ,pour l'homme bas les valuations contraires sont applicables3 il importe de lui implanter les vertus4 ,il faut l'arracher la vie par des commandements absolus1 par de terribles tyrans4 #ai4 ,revendication3 la nouvelle loi doit pouvoir tre accomplie - et de son accomplissement doit sortir l'anantissement et la loi suprieure4 ,zarathoustra se pose en face de la loi1 en supprimant la loi des lois1 la morale4 ,les lois considres comme pines dorsales4 ,il faut travailler aux lois et en crer1 en les excutant4 ,jusqu' prsent c'tait l'instinct d'esclavage qui faisait obir aux lois4 #bj4 ,la victoire sur soi-mme chez ,zarathoustra doit servir d'exemple la victoire sur soi-mme dans l'humanit - en faveur du surhumain4 ,c'est en vue de cela que la victoire sur la morale est ncessaire4 #ba4 ,type du lgislateur1 son volution et ses souffrances4 ,quel sens cela a-t-il1 d'une faon gnrale1 d'dicter des lois8 ,zarathoustra est le hraut qui appelle beaucoup de lgislateurs4 #bb4 ,,diff,,rents ,,instruments #a4 ,ceux qui commandent1 les puissants qui n'aiment pas1 si ce n'est les images d'aprs lesquelles ils crent4 ,les tres abondants1 multiples1 absolus1 qui surmontent ce qui existe4 #b4 ,ceux qui sont obissants1 les librs - l'amour et la vnration sont leur bonheur2 ils ont le sens de ce qui est suprieur4 7,suppression de ce qu'ils ont d'imparfait par la contemplation67 #c4,les esclaves1 l'espce serve - 3 il faut leur crer du bien-tre2 la compassion des uns pour les autres4 #bc4 ,celui qui donne1 celui qui cre1 celui qui enseigne - voil les prcurseurs de celui qui domine4 #bd4 ,toute vertu1 toute victoire sur soi-mme n'ont de sens que comme prparation de ce qui domine6 #be4 ,tout sacrifice que fait le dominateur sera compt au centuple4 #bf4 ,quand le chef d'arme1 le prince1 celui qui est responsable devant lui-mme1 fait un sacrifice1 il faut le vnrer hautement4 #bg4 ,la tche prodigieuse du dominateur qui s'duque lui-mme2 - l'espce d'homme et de peuple qu'il veut dominer doit trouver en lui son image3 c'est l qu'il doit tre devenu le matre6 #bh4 ,le grand ducateur est comme la nature3 il doit accumuler des obstacles pour que ces obstacles soient surmonts4 #bi4 ,les nouveaux matres sont le premier degr du suprme imagier 7ils impriment leur type74 #cj4 ,les institutions sont les effets des grands individus et servent de moyen pour incruster et enraciner les grands individus - jusqu' ce qu'ils portent enfin des fruits4 #ca4 ,de fait1 les hommes essayent toujours de pouvoir se passer des grands individus1 par des corporations1 etc444 ,mais ils dpendent d'une faon absolue de ces modles4 #cb4 ,l'idal eudmonique et social ramne les hommes en arrire - il cre peut-tre une espce ouvrire trs utile - il invente l'esclave idal de l'avenir1 la caste infrieure qui est indispensable6 #cc4 ,droits gaux pour tous - c'est la plus merveilleuse injustice2 car ce sont les hommes suprieurs qui ptissent de ce rgime4 #cd4 ,il ne s'agit pas du tout d'un droit du plus fort1 car les plus forts et les plus faibles sont tous gaux en ceci3 ils tendent leur puissance autant qu'ils le peuvent4 #ce4 ,nouvelle taxation de l'homme3 en premire ligne les questions3 combien de puissance y a-t-il en lui8 ,combien de multiplicit d'instincts8 ,combien de facults communicantes et rceptives8 ,le dominateur comme type suprieur4 #cf4 ,zarathoustra est heureux que la lutte des castes soit termine1 et que le temps vienne maintenant enfin de la hirarchie des individus4 ,la haine du systme de nivellement dmocratique est seulement au premier plan3 en somme1 il faut se fliciter que l'on en soit enfin arriv l4 ,maintenant il peut rsoudre sa tche4 ,ses enseignements n'ont t adresss jusqu' prsent qu' la caste dominante de l'avenir4 ,ces matres de la terre doivent maintenant remplacer ,dieu et se crer la confiance profonde et absolue de ceux qui sont domins4 ,en premier lieu3 leur nouvelle saintet1 leur renoncement au bonheur et aux aises4 ,ils offrent aux infrieurs l'expectative du bonheur et1 non pas eux-mmes4 ,ils sauvent ceux qui sont mal venus par la doctrine de la mort rapide2 ils offrent des religions et des systmes selon la place dans la hirarchie4 #cg4 ,le conflit du dominateur c'est l'amour du plus lointain dans son amour pour le prochain4 tre crateur et tre bon1 ce ne sont pas l des antinomies1 mais c'est une seule et mme chose1 mais avec des perspectives lointaines ou prochaines4 #ch4 ,le sentiment de la puissance4 ,rivalit de tous les moi pour trouver l'ide qui demeure au-dessus des l'humanit1 comme son toile4 ,le moi est un primum mobile4 #ci4 ,lutte pour l'utilisation de la puissance qui est reprsente dans l'humanit6 ,zarathoustra appelle cette lutte4 #dj4 ,mener bien notre idal3 - lutter pour la puissance la faon dont cette lutte dcoule de l'idal4 #da4 ,la doctrine du ,retour est le point solsticial de l'histoire4 #db4 ,soudain s'ouvre le domaine pouvantable de la vrit4 ,il y a une sauvegarde inconsciente1 une prcaution1 une dissimulation1 une garantie contre la ,connaissance la plus difficile3 c'est ainsi que j'ai vcu jusqu' prsent4 ,je me suis cach quelque chose4 ,mais l'effort continuel pour enlever des pierres a donn la toute-puissance mon instinct4 ,maintenant j'enlve la dernire pierre4 ,la terrible vrit se dresse devant moi4 ,conjuration de la vrit du fond de la tombe3 - nous avons cr la vrit1 nous l'avons veille3 suprme manifestation du courage et du sentiment de la puissance4 ,ddain de tout le pessimisme1 tel qu'il a exist jusqu' prsent6 ,nous luttons avec la vrit1 - nous dcouvrons que le seul moyen de la supporter1 c'est prcisment de crer un tre qui la supporte2 moins que nous ne prfrions de nouveau nous blouir volontairement et nous rendre aveugle devant elle4 ,mais1 cela1 nous ne le pouvons plus6 ,nous avons cr la pense la plus difficile - crons maintenant l'tre qui la trouve lgre et qu'elle rende bienheureux6 ,pour pouvoir crer il faut que nous nous donnions nous-mmes une plus grande libert1 une libert plus grande que celle qui fut jamais accorde2 en vue de cela1 dlivrance de la morale et allgrement par des ftes4 7,pressentiments de l'avenir6 ,clbrer l'avenir et non pas le pass6 ,ecrire potiquement le mythe de l'avenir6 ,vivre dans l'esprance67 ,moments bienheureux6 ,et ensuite1 laisser de nouveau tomber le rideau et diriger les penses vers des buts prochains et dtermins6 #dc4 ,l'humanit doit situer son but au del d'elle-mme1 non pas dans un monde-,erreur1 mais dans la propre continuation d'elle-mme4 #dd4 ,le milieu1 c'est chaque fois que nat la volont de l'avenir3 alors le grand vnement est prvoir6 #de4 ,notre nature1 c'est de crer un tre plus haut que nous sommes nous-mmes4 ,crer au-dessus de nous6 ,c'est l l'instinct de l'action et de l'oeuvre4 - ,de mme que toute volont suppose un but1 de mme l'homme suppose un tre1 qui n'est pas prsent1 mais qui prsente le but de son existence4 ,c'est l la libert de toute volont6 ,dans le but rside l'amour1 la vnration1 la vision de ce qui est parfait1 le dsir4 #df4 ,ma revendication3 crer des tres qui sont levs au-dessus de toute l'espce homme3 il faut sacrifier ce but soi-mme et le prochain4 ,la morale qui a domin jusqu' prsent avait ses limites dans l'espce3 toutes les morales ont t utiles en ce sens qu'elles ont donn d'abord l'espce une stabilit absolue3 ds que cette stabilit est atteinte1 le but peut tre plac plus haut4 ,l'un des mouvements est inconditionn3 le nivellement de l'humanit1 les grandes fourmilires humaines1 etc4 ,l'autre mouvement1 mon mouvement1 est1 au contraire1 l'accentuation de tous les contrastes et de tous les abmes1 la suppression de l'galit1 la cration d'tres tout-puissants4 ,celui-l engendre le dernier homme1 mon mouvement engendre le ,surhumain4 ,ce n'est nullement le but de considrer la dernire espce comme si elle devait tre la matresse de la premire4 ,tout au contraire les deux espces doivent coexister1 - d'une manire aussi spare que possible2 l'une ne se proccupant pas de l'autre1 l'exemple des dieux picuriens4 #dg4 ,l'antipode du ,surhumain1 c'est le dernier homme3 je les ai crs en mme temps4 #dh4 ,plus l'individu est libre et dtermin1 plus son amour a d'exigences3 enfin il finit par aspirer au ,surhumain1 parce que tout le reste ne satisfait pas son amour4 #di4 ,au milieu de la voie nat le ,surhumain4 #ej4 ,j'tais inquiet au milieu des hommes2 j'avais le dsir de vivre parmi les hommes et rien ne pouvait me satisfaire4 ,alors je me suis rendu dans la solitude et j'ai cr le ,surhumain4 ,et lorsque je l'eus cr1 j'ai drap autour de lui le grand voile de devenir et j'ai laiss luire sur lui la clart de ,midi4 #ea4 ,nous voulons crer un tre1 nous voulons tous y prendre part1 nous voulons l'aimer1 nous voulons tous le couvert - et1 cause de lui1 nous honorer et nous estimer4 ,il faut que nous ayons un but cause duquel nous nous aimions tous les uns les autres6 ,tous les autres buts sont dignes d'tre dtruits6 #eb4 ,les plus forts de corps et d'me sont les meilleurs - principe pour ,zarathoustra4 ,dduire d'eux la morale suprieure1 celle des crateurs - ,zarathoustra veut refaire l'homme son image - ceci est sa loyaut4 #ec4 ,zarathoustra apparat au gnie comme l'incarnation de sa pense4 #ed4 ,la solitude est ncessaire pour un temps afin que l'tre s'amplifie et s'imprgne - qu'il gurisse et qu'il devienne dur4 ,nouvelle forme de la communaut3 s'affirmant d'une faon guerrire4 ,autrement l'esprit s'affaiblit4 ,non point seulement des jardins et la fuite devant les masses4 ,la guerre 7mais sans poudre67 entre des ides diffrentes6 et les matres de ces ides6 ,nouvelle noblesse par la slection4 ,les crmonies pour la fondation de familles4 ,diviser autrement la journe2 l'exercice physique pour tous les ges de la vie4 ,la lutte considre comme un principe4 ,l'amour sexuel considr comme la lutte pour le principe qui est dans le devenir1 dans ce qui vient4 - ,dominer est enseign et exerc1 la duret aussi bien que la douceur4 ,ds que l'on a atteint la matrise dans une condition1 il faut aspirer une condition nouvelle4 ,se laisser instruire par les mchants et leur donner1 eux aussi1 l'occasion de la lutte4 ,les dgnrs sont utiliser4 - ,le droit la punition doit consister en ceci que le malfaiteur peut tre utilis comme sujet d'exprience 7pour un nouveau mode de nutrition73 ceci sanctifie la punition que l'on peut user de quelqu'un pour le plus grand bien de ce qui doit venir4 ,nous mnageons notre nouvelle communaut1 parce qu'elle est le pont vers notre nouvel idal de l'avenir4 ,c'est pour elle que nous travaillons et que nous faisons travailler les autres4 #ee4 ,trouver la mesure et le moyen pour aspirer au-del de l'humanit3 il convient de trouver l'espce d'homme la plus haute et la plus vigoureuse6 ,reprsenter sans cesse la tendance suprieure dans les petites choses2 la perfection1 la maturit1 la sant florissante1 le doux rayonnement de la force4 ,travailler comme un artiste l'oeuvre quotidienne1 mener chaque tche jusqu' la perfection4 ,s'avouer la probit dans le motif comme il convient au puissant4 #ef4 ,pas d'impatience6 ,le ,surhumain est votre prochain degr6 ,pour cela1 pour cette limitation1 il faut de la modration et de la virilit4 ,hausser l'homme au-dessus de lui-mme1 comme ont fait les ,grecs - pas de phantasmes incorporels4 ,il convient de supprimer l'esprit suprieur li un caractre faible et nerveux4 ,but3 dveloppement suprieur de tout le corps1 et non pas seulement du cerveau4 #eg4 ,l'homme est quelque chose qui doit tre surmont3 - il convient de regarder l'allure3 les ,grecs sont admirables1 sans hte4 - ,mes prcurseurs3 ,hraclite1 ,empdocle1 ,spinosa1 ,goethe4 #eh4 #a4 ,mcontentement avec nous-mmes4 ,antidote contre le repentir4 ,la transformation des tempraments p4ex4 par les anorganiques74 ,la bonne volont dans ce mcontentement4 ,attendre sa soif et la laisser devenir complte1 avant de vouloir dcouvrir sa source4 #b4 ,transformer la mort pour en faire un moyen de victoire et de triomphe4 #c4 ,la maladie2 comment il faut se comporter son gard4 ,la libert de la mort4 #d4 ,l'amour sexuel comme moyen pour atteindre l'idal 7l'aspiration prir dans son contraire74 ,l'amour de la divinit qui souffre4 #e4 ,la reproduction comme l'acte le plus sacr4 ,grossesse2 cration de l'homme et de la femme qui1 dans l'enfant1 veulent jouir de leur unit et lever un monument leur communion4 #f4 ,la piti comme un danger4 ,crer les occasions pour que chacun puisse s'aider lui-mme et qu'il soit libre d'accepter d'tre aid4 #g4 ,l'ducation vers le mal1 pour susciter son propre dmon4 #h4 ,la guerre intrieure1 comme volution4 #i4 ,la conservation de l'espce et l'ide de l'ternel ,retour4 #ei4 ,doctrine principale3 parvenir1 chaque degr1 le perfection et au sentiment du bien-tre4 ,ne pas faire de bonds4 ,d'abord la lgislation4 ,aprs la promesse du ,surhumain1 la doctrine de l'ternel ,retour est pouvantable4 ,maintenant elle est supportable6 #fj4 ,la vie elle-mme a cr cette pense1 la plus difficile pour la vie1 elle veut dpasser son suprme obstacle4 ,il faut vouloir s'anantir pour pouvoir redevenir1 - d'un jour l'autre4 ,transformation travers mille mes - que ce soit l ta vie1 que ce soit l ta destine6 ,et1 en fin de compte1 vouloir1 encore une fois1 toute cette srie6 #fa4 ,que nous puissions supporter notre immortalit - ce serait l la chose suprme4 #fb4 ,le moment o j'ai conu l'ternel ,retour est immortel4 ,et1 cause de ce moment1 je supporte l'ternel ,retour4 #fc4 ,la doctrine de l'ternel ,retour est crasante1 premire vue1 pour les plus nobles2 elle est1 en apparence1 le moyen de les exterminer1 - car il reste les natures plus mdiocres et moins nuisibles6 ,il faut touffer cette doctrine et tuer ,zarathoustra4 #fd4 ,hsitation des disciples4 ,nous arriverons dj nous accommoder de cette doctrine1 mais elle nous servira dtruire le grand nombre6 ,zarathoustra se met rire3 ,vous devez tre le marteau1 je vous ai donn le marteau en main4 #fe4 ,je ne vous parle pas1 comme je parlerais au peuple4 ,pour ceux-l la premire chose est de se mpriser et de se dtruire1 la seconde de se mpriser et de se dtruire les uns les autres6 #ff4 ,ma volont de faire le bien me force me taire tout fait4 ,mais ma volont du ,surhumain m'ordonne de parler et de sacrifier mme les amis4 ,je veux faonner et transformer1 vous et moi1 autrement comment le supporterai-je8 #fg4 ,histoire de l'homme suprieur4 ,le dressage de l'homme meilleur est infiniment plus douloureux4 ,dmontrer l'idal des sacrifices ncessaires chez ,zarathoustra4 ,l'abandon du pays natal1 de la famille1 de la patrie4 ,vivre sous le mpris de la moralit dominante4 ,supplice des expriences et des mprises4 ,abandon de toutes les jouissances qu'offrait l'ancien idal 7on leur trouve1 sur la langue1 soit une saveur hostile1 soit une saveur trangre74 #fh4 ,qu'est-ce qui prtait aux choses un sens1 une valeur1 une signification8 ,le coeur crateur qui dsirait et qui1 dans son dsir1 s'est mis crer4 ,il cra le plaisir et la peine4 ,il voulut aussi se rassasier de la peine4 ,il faut que nous prenions sur nous toute souffrance qui a jamais t soufferte1 par les hommes et par les animaux1 il faut que nous donnions cette souffrance un caractre affirmateur et que nous ayons un but qui lui prte de la raison4 #fi4 ,doctrine principale3 ,nous avons le pouvoir d'interprter la souffrance comme une bndiction1 le poison comme une nourriture4 ,la volont de souffrir4 #gj4 ,la grandeur hroque1 seule condition de celui qui prpare4 7,aspiration une distinction absolue comme moyen de se supporter47 ,nous ne devons pas vouloir une condition unique1 mais nous devons vouloir devenir des tres priodiques - pareils l'existence4 ,indiffrence absolue vis--vis de l'opinion des autres 7parce que nous connaissons leurs mesures et leurs poids71 mais si on la considre comme une opinion au sujet de soi-mme1 elle est un objet de piti4 #ga4 ,les disciples doivent runir trois qualits3 tre vridiques1 vouloir et pouvoir se communiquer1 possder la mme connaissance4 #gb4 ,toutes les espces d'hommes suprieurs1 leur dtresse et leur dprissement 7diffrents exemples1 citer ,dhring1 dtrior par l'isolement74 ,dans l'ensemble1 la destine des hommes suprieurs notre poque1 la faon dont ils paraissent condamns l'extinction3 comme un grand cri de dtresse vient l'oreille de ,zarathoustra4 ,toutes les formes de la folle dgnrescence des natures suprieures 7par exemple le nihilisme7 s'approchent de lui4 #gc4 ,,hommes ,,sup,,rieurs ,,qui1 ,,dans ,,leur ,d,,tresse1 ,,viennent ,a ,,zarathoustra4 ,tentation de retraite1 avant qu'il en soit temps1 - par l'invitation la piti4 #a4 ,l'inquiet1 le vagabond1 le voyageur1 qui a dsappris d'aimer son peuple1 parce qu'il aime beaucoup de peuples1 - le bon ,europen4 #b4 ,le sombre et ambitieux fils du peuple1 farouche1 solitaire1 prt tout1 qui choisit la solitude pour ne pas tre destructeur1 - il s'offre comme instrument4 #c4 ,le plus laid des hommes1 qui est oblig de se parer 7sens historique7 et qui cherche sans cesse un nouveau vtement3 il veut rendre son aspect supportable et finit par aller dans la solitude pour ne pas tre vu1 - il a honte4 #d4 ,l'adorateur des faits 7le cerveau de la sang-sue71 la conscience intellectuelle la plus subtile1 afflig d'une mauvaise conscience par excs1 - il veut tre dbarrass de lui-mme4 #e4 ,le pote1 aspirant au fond une sauvage libert2 choisit la solitude et la svrit de la ,connaissance4 #f4 ,l'inventeur de nouveaux remdes enivrants1 le musicien1 l'enchanteur qui finit par se jeter aux pieds d'un coeur aimant pour s'crier3 ,ne venez pas moi1 c'est celui-l que je veux vous conduire4 ,les hommes trop sobres qui ont un dsir de l'ivresse qu'ils ne peuvent satisfaire4 ,ceux qui ont dpass l'excs de sobrit4 #g4 ,le gnie 7considr comme accs de folie71 glac faute d'amour4 ,je ne suis ni un gnie ni un dieu4 ,grande tendresse3 ,il faut l'aimer davantage6 #h4 ,leriche qui a tout donn et qui demande chacun3 ,y a-t-il chez toi de l'abondance8 ,donne-moi ma part6 - le riche mendiant4 #i4 ,les rois renonant rgner6 ,nous cherchons celui qui est plus digne de rgner6 - ,contre l'galit3 le grand homme fait dfaut et par consquent la vnration4 #aj4 ,le comdien du bonheur4 #aa4 ,le devin pessimiste1 qui sent partout la fatigue4 #ab4 ,le fou de la grande ville4 #ac4 ,le jeune homme de la montagne4 #ad4 ,la femme 7qui cherche l'homme74 #ae4 ,l'ouvrier et l'arriviste1 envieux et amaigri4 #af4 ,les bons4 7 7 et leur folie 3 pour ,dieu #ag4 ,les pieux4 7 c'est--dire 3 pour moi4 7 #ah4 ,les saints qui s'honorent 7 eux-mmes4 #gd4 ,je vous ai donn la pense la plus lourde3 peut-tre fera-t-elle prir l'humanit1 peut-tre celle-ci s'lvera-t-elle par ce fait que les lments surmonts1 hostiles la vie1 sont limins4 - ,ne pas en vouloir la vie1 mais vous6 - ,dtermination de l'homme suprieur en tant que crateur4 ,organisation des hommes suprieurs1 ducation de ceux qui rgneront un jour4 ,votre prpondrance doit se rjouir d'elle-mme en dominant et en faonnant4 - ,non seulement l'homme1 mais encore le ,surhumain1 reviennent ternellement4 #ge4 ,la souffrance typique du rformateur et aussi ses consolations4 ,les sept solitudes4 ,il est comme au-dessus des temps3 sa hauteur lui procure des relations avec les solitaires et les mconnus de tous les temps4 ,il se dfend seulement encore au moyen de sa beaut4 ,il pose sa main sur le millnaire qui va venir4 ,son amour grandit avec l'impossibilit o il se trouve de faire le bien par le moyen de cet amour4 #gf4 ,l'tat d'esprit de ,zarathoustra n'est pas la folle impatience du ,surhumain4 ,il est tranquille1 il peut attendre4 ,mais toute action a pris un sens1 tant le chemin et le moyen pour y aboutir4 ,cette action doit tre bien faite1 d'une faon parfaite4 ,tranquillit du grand fleuve6 ,sanctification de la plus petite chose6 ,toutes les inquitudes1 tous les dsirs violents1 tous les dgots doivent tre exposs dans la troisime partie et surmonts6 ,la douceur1 la bienveillance1 etc41 dans la premire et seconde partie - comme l'indice de la force qui n'est pas encore sre d'elle-mme6 ,avec la gurison de ,zarathoustra1 ,csar se dresse1 implacable1 plein de bont4 ,entre la facult d'tre crateur1 la bont et la sagesse1 l'abme est dtruit4 ,la clart1 le calme1 pas de dsir exagr1 le bonheur dans le moment bien employ1 ternis6 #gg4 ,zarathoustra ,,iii3 ,moi-mme1 je suis heureux4 - ,lorsqu'il a quitt les hommes il retourne lui-mme4 ,c'est comme un nuage qui se dissipe autour de lui4 ,le type de la vie1 telle que le ,surhumain doit la mener3 un dieu picurien4 ,une divine souffrance1 tel est le contenu du troisime ,zarathoustra4 ,la condition humaine du lgislateur n'est amene que comme un exemple4 ,son amour violent pour ses amis lui apparat comme une maladie1 - il est de nouveau tranquille4 ,lorsque les invitations viennent1 il se drobe doucement4 #gh4 ,dans la quatrime partie il est ncessaire de dire exactement pourquoi le temps du grand ,midi vient maintenant4 ,il s'agit donc de faire une description de l'poque1 conditionne par les visites1 mais interprte par ,zarathoustra4 ,dans la quatrime partie1 il est ncessaire de dire exactement pourquoi le peuple des lus devait d'abord tre cr - ce sont les natures suprieures1 bien venues1 en opposition avec les natures mal venues 7caractrises par les visites73 celles-l seulement ,zarathoustra peut communiquer les derniers problmes1 elles seulement il peut faire appel pour une activit en faveur de ses thories 7elles sont assez fortes1 assez bien portantes et assez dures1 avant tout assez nobles67 il peut donner en main le marteau qui rgnera sur la terre4 #gi4 ,l'harmonie du ,crateur1 de l',amant1 du ,connaisseur dans la puissance4 #hj4 ,l'amour seul doit tre juge - 7l'amour qui cre1 qui s'oublie lui-mme dans son oeuvre74 #ha4 ,zarathoustra ne peut rendre heureux qu'une fois que la hirarchie est tablie4 ,celle-ci est enseigne en premier lieu4 ,la hirachie1 applique en un systme de gouvernement de la terre3 les matres de la terre1 en fin de compte1 une nouvelle caste dominante4 ,de cette caste nat1 de ci de l1 un dieu tout fait picuren1 le ,surhumain1 le transfigurateur de l'existence4 ,la conception surhumaine du monde4 ,dionysos4 ,revenir1 avec amour1 de ce grand loignement1 vers le plus petit et le plus humble1 - ,zarathoustra bnissant tous les vnements de sa vie et mourant en bnissant4 #hb4 ,nous devons cesser d'tre des hommes qui prient1 pour devenir des hommes qui bnissent6 ,,notes ,l'ide de ,zarathoustra remonte chez ,nietzsche aux premires annes de son sjour ,ble4 ,on en retrouve des indices dans les notes datant de #ahga et #ahgb4 ,mais1 pour la conception fondamentale de l'oeuvre1 ,nietzsche lui-mme indique l'poque d'une villgiature dans l',engadine en aot #ahha1 o lui vint1 pendant une marche travers la fort1 au bord du lac de ,silvaplana1 comme un premier clair de la pense de ,zarathoustra1 l'ide de l'ternel retour4 ,il en prit note le mme jour en ajoutant la remarque3 ,au commencement du mois d'aot #ahha ,sils ,maria1 #fjjj pieds au-dessus du niveau de la mer et bien plus haut encore au-dessus de toutes les choses humaines 7,note conserve74 ,depuis ce moment1 cette ide ce dveloppa en lui3 ses carnets de notes es ses manuscrits des annes #ahha et #ahhb en portent de nombreuses traces et ,le gai ,savoir qu'il rdigeait alors contient cent indices de l'approche de quelque chose d'incomparable4 ,le volume mentionnait mme dj 7dans l'aphorisme #cda7 la pense de l'ternel retour1 et1 la fin de sa quatrime partie 7dans l'aphorisme #cdb1 qui1 dans la premire dition1 terminait l'ouvrage71 faisait luire1 comme le dit ,nietzsche lui-mme1 la beaut des premires paroles de ,zarathoustra4 ,la premire partie fut crite dans la baie riante et silencieuse de ,rapallo prs de ,gnes1 o ,nietzsche passa les mois de janvier et fvrier #ahhc4 ,le matin je suis mont par la superbe route de ,zoagli en me dirigeant vers le sud1 le long d'une fort de pins2 je voyais se drouler devant moi la mer qui s'tendait jusqu' l'horizon2 l'aprs-midi je fis le tour de toute la baie depuis ,santa ,margherita jusque derrire ,porto-fino4 ,c'est sur ces deux chemins que m'est venue l'ide de toute la premire partie de ,zarathoustra1 avant tout ,zarathoustra lui-mme1 considre comme type2 mieux encore1 il est venu sur moi 7jeu de mot sur er fiel mir ein et er berfiel mich74 ,nietzsche a plusieurs fois certifi n'avoir jamais mis plus de dix jours chacune des trois premires parties de ,zarathoustra3 il entend par l les jours o les ides1 longuement mries1 s'assemblaient en un tout1 o1 durant les fortes marches de la journe1 dans l'tat d'une inspiration incomparable et dans une violente tension de l'esprit1 l'oeuvre se cristallisait dans son ensemble1 pour tre ensuite rdige le soir sous cette forme de premier jet4 ,avant ces dix jours1 il y a chaque fois un temps de prparation1 plus ou moins long1 immdiatement aprs1 la mise au point du manuscrit dfinitif2 ce dernier travail s'accomplissait aussi avec une vhmence et s'accompagnait d'une expansion du sentiment presque insupportable4 ,cette oeuvre de dix jours tombe pour la premire partie sur la fin du mois de janvier #ahhc3 au commencement de fvrier la premire conception est entirement rdige1 et au milieu du mois le manuscrit est prt tre donn l'impression4 ,la conclusion de la premire partie 7,de la vertu qui donne7 fut termine exactement pendant l'heure sainte o ,richard ,wagner mourut ,venise 7#ac fvrier74 ,au cours d'un printemps mlancolique ,rome1 dans une loggia qui domine la ,piazza ,barbarini1 d'o l'on aperoit tout ,rome et d'o l'on entend mugir au-dessous de soi la ,fontanas1 le ,chant de la ,nuit de la deuxime partie fut compos au mois de mai4 ,la seconde partie elle-mme fut crite1 de nouveau en dix jours1 ,sils ,maria1 entre le #ag juin et le #f juillet #ahhc3 la premire rdaction fut termine avant le #f juillet et le manuscrit dfinitif avant le milieu du mme mois4 ,l'hiver suivant1 sous le ciel alcyonien de ,nice1 qui1 pour la premire fois1 rayonna alors dans ma vie1 j'ai trouv le troisime ,zarathoustra4 ,cette partie dcisive qui porte le titre3 ,des vieilles et des nouvelles ,tables1 fut compose pendant une monte des plus pnibles de la gare au merveilleux village maure ,eza1 bti au milieu des rochers -4 ,cette fois encore l'oeuvre de dix jours fut termine fin janvier1 la mise au net au milieu du mois de fvrier4 ,la quatrime partie fut commence ,menton1 en novembre #ahhd1 et acheve1 aprs une longue interruption1 de fin janvier mi-fvrier #ahhe3 le #ab fvrier le manuscrit fut envoy l'impression4 ,cette partie s'appelle d'ailleurs injustement quatrime et dernire partie3 son titre vritable 7crit ,nietzsche ,georges ,brands71 par rapport ce qui prcde ce qui suit1 devrait tre3 ,la tentation de ,zarathoustra1 un intermde4 ,nietzsche a en effet laiss des bauches de nouvelles parties d'aprs lesquelles l'oeuvre entire ne devait se clore que par la mort de ,zarathoustra4 ,ces plans et d'autres fragments seront publis dans les oeuvres posthumes4 ,la premire partie parut en mai #ahhc chez ,e4 ,schmeitzner1 ,chemnitz1 sous le titre3 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,un livre pour tous et pour personne 7#ahhc74 ,la seconde et la troisime partie parurent en septembre #ahhc et en avril #ahhd sous le mme titre1 chez le mme diteur4 ,elles portent sur la couverture1 pour les distinguer1 les chiffres #b et #c4 ,la premire dition complte de ces trois parties parut la fin de #ahhf chez ,e4,w4 ,fritsch1 ,leipzig 7qui avait repris quelques mois avant le dpt des oeuvres de ,nietzsche71 sous le titre3 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,un livre pour tous et pour personne4 ,en trois parties 7sans date74 ,nietzsche fit imprimer ses frais la quatrime partie chez ,c4,g4 ,naumann1 ,leipzig1 en avril #ahhe1 quarante exemplaires4 ,il considrait cette quatrime partie 7le manuscrit portait3 pour mes amis seulement et non pour le public7 comme quelque chose de tout fait personnel et recommandait aux quelques rares ddicataires une discrtion absolue4 ,quoiqu'il songet souvent livrer aussi cette partie au public1 il ne crut pas devoir le faire sans remanier pralablement quelques passages4 ,un tirage part1 imprim en automne #ahij1 lorsque eut clat la maladie de ,nietzsche1 fut publi1 en mars #ahib1 chez ,c4,g4 ,naumann1 aprs que tout espoir de gurison eut disparu et par consquent toute possibilit pour l'auteur de dcider lui-mme de la publication4 ,en juillet #ahib1 parut chez ,c4,g4 ,naumann la deuxime dition de ,zarathoustra1 la premire qui contnt les quatre parties4 ,la troisime dition fut publie chez le mme diteur en aot #ahic4 ,la prsente traduction a t faite sur le sixime volume des ,oeuvres compltes de ,fr4 ,nietzsche1 publi en aot #ahid chez ,c4,g4 ,naumann1 ,leipzig1 par les soins du ,nietzsche-,archiv4 ,les notes bibliographiques qui prcdent ont t rdigues d'aprs l'appendice que ,m4 ,fritz ,koegel a donn cette dition4 ,nous nous sommes appliqu donner une version aussi littrale que possible de l'oeuvre de ,nietzsche1 tchant d'imiter mme1 autant que possible1 le rythme des phrases allemandes4 ,les passages en vers sont galement en vers rims ou non rims dans l'original4