,,tudes ,,jacques ,,rivi,,re ,,tudes ,,baudelaire1 ,,paul ,,claudel1 ,,andr ,,gide1 ,,rameau1 ,,bach1 ,,franck1 ,,wagner1 ,,moussorgsky1 ,,debussy1 ,,ingres1 ,c,,zanne1 ,,gauguin4 nrf ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,,marcel ,,rivi,,re ,,cie #ca1 ,,rue ,,jacob1 ,,paris #aiaa 99 99 99 99 99 mon frre ,henri ,alain-,fournier ,illustration3 ce livre o je parle de ceux que nous avons appris ensemble aimer ,jacques ,rivire ,,il ,a ,t ,,tir ,a ,,part #ae ,,exemplaires ,,sur ,,verg ,d',,arches ,,num,,rot,s ,a ,,la ,,presse 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,mati,,res ,i ,,baudelaire ,baudelaire ,,ii ,,des ,,peintres ,ingres ,czanne ,une exposition de ,henri-,matisse ,une exposition de ,georges ,rouault ,gauguin ,,iii ,,paul ,,claudel ,paul ,claudel1 pote chrtien ,i4 ,introduction ,,ii4 ,l',art ,,iii4 ,la ,doctrine ,le ,monde ,dieu ,le pch originel et la rdemption ,la prsence de ,dieu ,,iv4 ,prire ,les uvres lyriques de ,claudel ,bibliographie ,,iv ,,des ,,musiciens ,dardanus de ,rameau ,la ,passion selon ,st ,jean de ,j4 ,s4 ,bach ,csar ,franck ,tristan et ,isolde de ,wagner ,ariane et ,barbe ,bleue de ,paul ,dukas ,la ,rhapsodie ,espagnole de ,maurice ,ravel ,pellas et ,mlisande de ,claude ,debussy ,les pomes d'orchestre de ,claude ,debussy ,les ,scnes ,polovtsiennes du ,prince ,igor de ,borodine ,moussorgsky ,v ,,andr ,,gide ,andr ,gide ,premire ,partie ,le ,style ,la composition ,deuxime ,partie ,l'me ,eloge d',andr ,gide ,bibliographie 99 99 99 99 99 ,i ,,baudelaire ,,baudelaire ,o vous1 soyez tmoin que j'ai fait mon devoir ,comme un parfait chimiste et comme une me sainte ,,baudelaire4 ,il est au milieu de nous4 ,il ne se retire pas dans les solitudes pour en revenir pote et prophte4 ,il ne va pas demander la nature de le rendre divin4--,mais il est avec nous4 ,je l'aperois dans la rue3 il est proccup de ses dettes1 il marche tout en calculant4 ,il est en train de fonder des esprances sur des articles dont le prix l'aidera se librer4 ,ou bien peut-tre il mdite quelque plaisanterie l'adresse de cet ami qu'il va voir4 ,ou bien encore il travaille mentalement un pome1 il arrange des mots qui ne vont pas bien ensemble4--,peut-tre1 le frquenter1 n'euss-je jamais connu de lui que ses fantaisies et ses humeurs4 ,mais il avait une me4 ,il la portait parmi sa vie4 ,elle tait prsente quand survenait une souffrance ou quelque volupt4 ,elle tait prte tout ressentir2 non pas avec dilettantisme1 mais comme une pauvre me vritable faite pour la peine et la besogne4 ,l'me1 cette chose inconnue en nous1 et qui nous pie dans toutes nos aventures6 ,rentr chez lui1 il la laissait se dlivrer4 ,elle parlait sagement1 elle racontait ses preuves sans dchanement1 sans clat4 ,elle faisait son examen de conscience4 ,et voici que ce n'est plus elle seulement qui s'accuse1 mais mon me aussi et la vtre1 que nous avons pourtant contenues si soigneusement1 que nous ne savions pas capables de toutes ces passions4 ,i ,posie gouverne ,tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large#a4 ,et toujours elle semble sous la barre dcrire une courbe appuye4 ,elle est docile et pleine4 ,elle vogue obissante1 avec sa fantaisie ploye4 ,on n'y trouve jamais de ces vers qui s'empressent dans une interminable voie droite1 qui s'ajoutent les uns aux autres1 qui se multiplient spontanment4 ,mais chaque pice est le dtour pur d'un courant1 la fidlit de l'eau entre des rives tournantes4 ,cette posie conduite entrane dans son nombre tous les mots4 ,les plus rares y sont pris avec les plus familiers1 les plus humbles avec les plus hardis4 ,mais1 plongs dans le sr et dlicat mouvement de l'ensemble1 aucun ne surprend4 ,etrange train de paroles6 ,tantt comme une fatigue de la voix1 comme une modestie soudaine qui prend le cur1 comme une dmarche pliante1 un mot plein de faiblesse3 ,et qui sait si les fleurs nouvelles que je rve ,trouveront dans ce sol lav comme une grve ,le mystique aliment qui ferait leur vigueur#b4 ,ou bien3 ,cyble1 qui les aime1 augmente ses verdures#c4 ,subtile restriction qui vient diminuer la densit du vers4 ,choix de la petitesse4 ,compromis avec le silence4 ,tantt au contraire les mots les plus forts se dbattent emports1 touffs4 ,ils roulent sans cri4 ,ils ont t arrachs aux rives et se perdent dans la puissance muette et contenue du cours potique3 ,cheveux bleus1 pavillon de tnbres tendues1 ,vous me rendez l'azur du ciel immense et rond2 ,sur les bords duvets de vos mches tordues ,je m'enivre ardemment des senteurs confondues ,de l'huile de coco1 du musc et du goudron#d4 ,sur ses pomes le pote ne cesse d'exercer son empire4 ,il les mne1 lents et suivis4 ,il flchit son gr leur intention4 ,il les dirige par l'influence de son got4 ,il aime appeler son service les mots imprvus1--on pourrait presque dire saugrenus4 ,mais c'est pour rduire aussitt leur tranget1 pour faire couler sur elle une harmonie1 pour modrer l'cart que par caprice il ouvrit#e4 ,comme ceux qui se sentent parfaitement matres de ce qu'ils veulent dire1 il cherche d'abord les termes les plus loigns2 puis il les ramne1 il les apaise1 il leur infuse une proprit qu'on ne leur connaissait pas4 ,il est pote1 c'est--dire qu'il faonne des vers comme un ouvrage audacieux1 utile et bien calcul4 99 99 99 99 99 ,une telle posie ne peut pas tre d'inspiration4 ,elle a des lans sans doute1 mais qui ne sont que la dlivrance de la facult potique en travail4 ,baudelaire lui-mme se dcrit en train d'errer et ,heurtant parfois des vers depuis longtemps rvs#f4 ,le jaillissement des phrases qui semblent le plus spontanes1 est toujours comme une subite solution1 comme un clair prpar4 ,et de mme que la pense qui monte1 enfin dlie1 s'arrache sans hte l'obscurit qu'elle fut1 de mme le jet potique retient de sa longue virtualit une lenteur3 ,j'aime de vos longs yeux la lumire verdtre#g444 ,il est solitaire comme une grande fleur4 ,jamais chez ,baudelaire les images ne foisonnent sur place ainsi que chez les inspirs4 ,le pote a horreur des situations potiques1 des ides dont la simple nonciation fait bondir l'entour les mtaphores comme des flammes4 ,il n'aime pas tre environn et enferm par le resplendissement de sa fantaisie4 ,il ne se donne rien en commenant4 ,mais les images naissent autour de sa parole2 elles se lvent veilles par celle-ci2 elles lui restent jointes2 elles lui font un cortge disciplin4 ,elles montent au long d'un simple vocatif1 le soutiennent1 l'clairent d'une lumire dense et sombre3 ,je t'adore l'gal de la vote nocturne1 ,o vase de tristesse1 grande taciturne#h444 ,elles sont la forme mme de l'locution1 elles suivent le mouvement de la phrase1 elles sont prises dans sa courbe3 ,quand vers toi mes dsirs partent en caravane1 ,tes yeux sont la citerne o boivent mes ennuis#i4 ,elles se glissent dans le dialogue2 elles sont dans la question et dans la rponse3 ,d'o vous vient1 disiez-vous1 cette tristesse trange1 ,montant comme la mer sur le roc noir et nu#aj8 ,et dans la ,chevelure3 ,n'es-tu pas l'oasis o je rve1 et la gourde ,o je hume longs traits le vin du souvenir#aa8 ,chaque pome de ,baudelaire est un mouvement2 il ne pitine pas1 il n'est pas une description immobile1 exaltant par des reprises et des surenchres un thme choisi4 ,il est une certaine phrase1 question1 rappel1 invocation ou ddicace qui a un sens4 ,il est une proposition trs courte1 mais appuye d'images qui se tiennent contre elle1 penches dans la mme intention3 ,a la trs chre1 la trs belle ,qui remplit mon cur de clart1 ,a l'ange1 l'idole immortelle1 ,salut en immortalit6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,sachet toujours frais qui parfume ,l'atmosphre d'un cher rduit1 ,encensoir oubli qui fume ,en secret travers la nuit#ab4 99 99 99 99 99 ,ces images1 bien loin de nous carter de la parole qu'elles accompagnent1 au contraire nous y ramnent innombrablement4 ,au lieu de la dvelopper et de l'illustrer1 elles l'approfondissent1 elles la replient1 elles la font retentir l'intrieur4 ,elles n'ont aucune destination potique1 elles ne cherchent pas caresser notre imagination2 elles sont lointaines et tudies comme ce dtour de la voix quand elle insiste#ac4 ,parole qui peut-tre et pass sans que je la reconnaisse4 ,mais les images qui l'environnent1 me sont un avertissement2 elles me la rendent intime1 personnelle2 elles la font moi-mme adresse2 elles m'obligent la subir avec toute son intention4 ,leur sensualit jamais n'est panouie4 ,elles la gardent condense comme une liqueur faite pour sduire le souvenir4 ,elles viennent ainsi tenter notre mmoire1 battre le cur avec l'insistance des vagues2 elles forcent doucement nos secrets inconnus2 elles rveillent notre pass inavou2 elles voquent par leur incantation toute la vie que nous n'avons pas vcue2 elles demandent la rsurrection ce qui ne fut jamais#ad4 ,comme une parole l'oreille au moment o l'on ne s'y attendait pas1 le pote soudain tout prs de nous3 ,te rappelles-tu8 ,te rappelles-tu ce que je dis8 ,o le vmes-nous ensemble1 nous qui ne nous connaissons pas8 ,tu les as donc approchs1 ces rivages2 jusque vers eux ton voyage t'a donc gar toi aussi4 ,et cette voix 444444 chantait comme le vent des grves1 ,fantme vagissant1 on ne sait d'o venu1 ,qui caresse l'oreille et cependant l'effraie#ae4 ,elle chante1 cette voix1 et renaissent tous les adorables sourires du regret3 ,mais le vert paradis des amours enfantines1 ,les courses1 les chansons1 les baisers1 les bouquets1 ,les violons vibrant derrire les collines1 ,avec les brocs de vin1 le soir1 dans les bosquets1 --,mais le vert paradis des amours enfantines1 ,l'innocent paradis1 plein de plaisirs furtifs1 ,est-il dj plus loin que l',inde ou que la ,chine8 ,peut-on le rappeler avec des cris plaintifs1 ,et l'animer encor d'une voix argentine1 ,l'innocent paradis plein de plaisirs furtifs#af8 #a ,le ,beau ,navire4 ,les ,fleurs du ,mal1 p4 #afd4 #b ,l',ennemi1 p4 #aja4 #c ,bohmiens en voyage1 p4 #ajd4 #d ,la ,chevelure1 p4 #abj4 #e ,claudel disait du style de ,baudelaire3 ,c'est un extraordinaire mlange du style racinien et du style journaliste de son temps4 #f ,le ,soleil1 p4 #bea4 #g ,chant d',automne1 p4 #agc4 #h p4 #aba4 #i ,sed non satiata1 p4 #abc4 #aj ,semper eadem1 p4 #ade4 #aa ,la ,chevelure1 p4 #abj4 #ab ,hymne1 p4 #bbg4 #ac ,le surnaturel comprend la couleur gnrale et l'accent1 c'est--dire intensit1 sonorit1 limpidit1 vibrativit1 profondeur et retentissement gnral dans l'espace et dans le temps4 7uvres ,posthumes4 ,librairie du ,mercure de ,france1 p4 #hf47 #ad ,de la langue et de l'criture1 prises comme oprations magiques1 sorcellerie vocatoire4 7uvres ,posthumes1 p4 #hf47 ,le mystre1 le regret sont aussi des caractres du ,beau4 7,ibid4 p4 #he47 444 ,tocsin des souvenirs amoureux1 tnbreux1 des anciennes annes4 7,ibid4 p4 #hd47 ,evocation de l'inspiration4 ,art magique4 7,ibid4 p4 #ace474 #ae ,la ,voix1 p4 #bbe4 #af ,msta et ,errabunda1 p4 #ahe4 ,,ii ,cette posie ne cherche que la confession4 ,baudelaire1 tandis qu'il la compose1 ne songe qu' confier ses plus lourdes penses1 les transmettre1 les donner aux autres comme une charge secrte et insupportable4 ,cette subtile contrainte1 cette modration du caprice potique par quoi il maintient toujours la phrase la disposition de son me2 enfin ces longues images qui tourmentent le souvenir comme des reproches1 tout est calcul pour exprimer les sentiments d'un cur qui ne peut pas souffrir sa solitude4 ,mais ce ne sont pas des panchements2 ce n'est pas une sincrit bavarde4 ,elle est multiple1 svre et souriante4 ,chaque pome est le doux corps prcis d'un sentiment unique4 ,les vers se posent sur lui1 comme un vtement qui le ferait vivre4 ,ils l'animent cette existence seule qu'il pouvait avoir4 ,et ds qu'il palpite1 ils l'abandonnent#a4 ,ainsi le pote veille tout le monde merveilleux de ses passions2 toutes sont l4 ,elles ont des visages divers2 et peut-tre certains ne s'accordent pas4 ,mais elles regardent ensemble vers moi4 ,je les reconnais toutes4--,sur toutes passe la modration de l'ironie1 comme une lumire4 ,baudelaire connaissait cette clairvoyance du cur qui n'admet pas tout fait ce qu'il prouve1 qui ne sait pas sentir sans arrire-pense4 ,si vigilante est sa sincrit qu'elle traduit jusqu' l'intelligence qui la trouble4 ,c'est un suspens1 une hsitation de l'me1 un regard de modestie4 ,le pote plaint un peu sa crdulit1 il rvoque doucement en doute son sentiment4 ,il sourit4 ,pourtant ce n'est pas par une sche curiosit de soi qu'il est men2 ni par le dsir d'une analyse impartiale4 ,il ne se dcrit que pour se faire des complices4 ,il se donne nous afin que nous nous donnions lui4 ,il ne nous permet pas de ne pas lui ressembler4 ,ses passions sont si vritables1 elles tiennent si fortement son cur qu'elles gagnent le ntre et qu'il faut que nous les reconnaissions en nous4 ,tant de dsirs1 tant de remords qui se cachaient en moi4 ,pourquoi me les fuss-je avous1 puisque je savais ne les pouvoir calmer8 ,et soudain1 froissant toute ma discrtion1 faisant s'vanouir mon hypocrisie1 s'lance un vers si nu1 si pur1 si dplac1 qu'il me touche comme une offense#b4 ,c'est la vrit jaillissant de l'me4 ,c'est une sorte de dlivrance affreuse4 ,c'est un aveu si svre qu'il accuse et laisse bless3 il faudra que je l'entretienne avec dsespoir dans mes moments secrets3 --,voil que j'ai touch l'automne des ides#c444 --,j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans#d444 --,bientt nous plongerons dans les froides tnbres3 ,adieu1 vive clart de nos ts trop courts#e6444 ,et ce vers charg de tout le remords du monde3 ,le ,printemps adorable a perdu son odeur#f6 ,vers si parfaits1 si mesurs que d'abord on hsite leur donner tout leur sens2 un espoir veille quelques instants1 un doute sur leur profondeur4 ,mais il ne faut qu'attendre4 ,dans mon souvenir peu aprs je les retrouve vibrant encore comme des flches4 ,et parmi cette sincrit1 dont il importerait qu'au plus tt je me dbarrasse1 circule l'ironie murmurant3 ,je sais toutes les rponses1 je sais bien toutes les justifications4 ,je ne suis dupe de rien4 ,cependant il faut subir cette amertume4 ,il n'y a rien qui puisse dlivrer ton cur de tant de vrit4 99 99 99 99 99 ,c'est ainsi que je reois1 sans m'en pouvoir dfendre1 tous les sentiments qu'il plat cette grande me de verser en moi4 ,quels sont-ils8 ,ils sont si vivants qu'ils restent d'abord confondus4 ,je ne les reconnais que bien longtemps aprs les avoir soufferts4 ,alors seulement j'aperois qu'ils sont diffrents au point de se contredire4 ,d'abord un regret immense1 un souvenir informe et violent1 le mal de l'exil4 4444 ,ame aux songes obscurs1 ,que le rel touffe entre ses quatre murs#g4 ,il y a des ciels qui raniment soudain au fond du cur l'image des belles patries perdues3 ,tu rappelles ces jours blancs1 tides et voils1 ,qui font se fondre en pleurs les curs ensorcels#h4 ,le spleen ou l'ennui1 cette passion sourde et dsespre que chassent ou ramnent les tempratures1 n'est pas une simple mlancolie potique1 une tristesse ordinaire4 ,mais l'me se rvolte soudain2 elle ne peut plus vivre dans cette banlieue terrestre avec le poids de son imperfection3 ,ah6 ,seigneur6 donnez-moi la force et le courage ,de contempler mon cur et mon corps sans dgot#i6 ,impossibilit d'tre l4 ,une mmoire tourmente l'me dchue#aj4 ,elle s'afflige la pense de la dignit d'o elle se voit descendue3 ,une ,ide1 une ,forme1 un ,etre ,parti de l'azur et tomb ,dans un ,styx bourbeux et plomb ,o nul il du ,ciel ne pntre2 ,un ,ange1 imprudent voyageur ,qu'a tent l'amour du difforme1 ,au fond d'un cauchemar norme ,se dbattant comme un nageur#aa4 ,peu peu le pote sent s'agrandir sa douleur4 ,elle cesse de lui tre personnelle4 ,toute la plainte du monde passe en son cur4 ,il est travaill par le remords du paradis perdu4 ,il est en proie la rminiscence#ab4 ,il revoit confusment cette forme parfaite que l'univers a dpouille pour jamais et qu'il s'efforce pourtant de ressaisir4 ,a la longue le souvenir qui vient le visiter dans son abme1 se fait plus prcis4 ,ainsi qu'au naufrag la consolation des longs mirages1 le paradis terrestre s'tend au fond de sa mmoire#ac4 ,il est svelte et nu comme les arbres clairs des ,iles2 il est semblable la mer tide et dompte des beaux climats1 o les navires circulent1 voluptueusement appuys au flanc des vagues3 ,j'irai l-bas o l'arbre et l'homme pleins de sve ,se pment longuement sous l'ardeur des climats2 ,fortes tresses1 soyez la houle qui m'enlve6 ,tu contiens1 mer d'bne1 un blouissant rve ,de voiles1 de rameurs1 de flammes et de mts#ad4 ,parfois1 sduit par un espoir moins fort1 c'est d'une voix plus basse1 avec une sorte de regret sans rvolte1 que le pote appelle son bonheur3 ,dis-moi1 ton cur1 parfois1 s'envole-t-il1 ,agathe1 ,loin du noir ocan de l'immonde cit1 ,vers un autre ocan o la splendeur clate1 ,bleu1 clair1 profond1 ainsi que la virginit8 ,dis-moi1 ton cur1 parfois1 s'envole-t-il1 ,agathe8 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,comme vous tes loin1 paradis parfum1 ,o sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie1 ,o tout ce que l'on aime est digne d'tre aim6 ,o dans la volupt pure le cur se noie6 ,comme vous tes loin1 paradis parfum#ae6 ,pourtant1 si l'atteignait notre amour3 ,tout y parlerait ,a l'me en secret ,sa douce langue natale4 ,l1 tout n'est qu'ordre et beaut1 ,luxe1 calme et volupt#af4 ,c'est ainsi que le pote est tourment par le dsir immense de la perfection4 ,il se souvient des origines4 ,tantt1 port par quelque heureuse humeur jusqu'aux confins du paradis1 il le contemple de prs1 il l'anime des yeux1 il oblige toutes ses merveilles fleurir4 ,puis tantt1 il le perd de vue et l'invoque plaintivement dans l'obscurit de ,pg #bcl'univers4 ,mais jamais il ne l'oublie1 jamais ne le quitte la pense de ce qui est complet1 satisfaisant1 ternel#ag4 99 99 99 99 99 ,cependant quelle dilection pour la ralit dfaillante1 incertaine1 prissable6 ,aussi fort que l'amour du parfait1 l'amour de ce quoi il manque#ah4 ,avec la contemplation de l'immuable1 la pense du mortel1 un respect infini pour toutes les choses imparfaites1 une admiration sans paroles1 un silence devant elles1 souffrantes1 mutiles1 extnues4 ,ce n'est pas simplement de la piti1 ni l'appel sur elles de la misricorde divine1 mais une considration pleine d'amour1 la dvotion d'un cur que la faiblesse emplit d'extase4 ,le pote parle avec une tendresse pntre des moindres existences1 des objets eux-mmes4 ,il semble qu'il n'ose les toucher4 ,il met toute sa prcaution les soulever4 ,il les enveloppe dans ses vers avec merveillement4 ,il sent tout le prodige qu'il y a ce qu'ils soient tels et non pas autres4 ,il se complat dcrire des appartements1 dire la couleur des tentures1 l'odeur qu'exhalent les meubles4 ,avec rvrence il voque le dsordre que le pass lentement au fond des armoires compose3 ,un gros meuble tiroirs encombr de bilans1 ,de vers1 de billets doux1 de procs1 de romances1 ,avec de lourds cheveux rouls dans des quittances#ai4 ,il parlera des choses les plus horribles et la violence de son respect lui donnera une subtile dcence4 ,avec une image chaude et funbre1 mais dlicate comme l'hommage d'un amour que la mort ne dcourage pas1 doucement il montre dans une chambre inconnue la tte coupe d',une ,martyre#bj4 ,semblable aux visions ples qu'enfante l'ombre ,et qui nous enchanent les yeux1 ,la tte1 avec l'amas de sa crinire sombre ,et de ses bijoux prcieux1 ,sur la table de nuit1 comme une renoncule1 ,repose444 ,a tout ce qui est1 tout ce qui1 priv de perfection1 vit pourtant1 le pote tend son admiration muette et triste4 ,il pouse toute misre1 il est prt recevoir tout sentiment4 ,dans l'infinit des souffrances il n'en est aucune qui le trouve distrait4 ,mais il n'est l que pour les aimer4 ,trop de respect en lui pour qu'il s'indigne4 ,il garde cette impartialit terrible que donne un immense amour de la vie3 ,loin du monde railleur1 loin de la foule impure1 ,loin des magistrats curieux1 ,dors en paix1 dors en paix1 trange crature1 ,dans ton tombeau mystrieux2 ,ton poux court le monde1 et ta forme immortelle ,veille prs de lui quand il dort2 ,autant que toi sans doute il te sera fidle1 ,et constant jusques la mort#ba4 ,chaque vers du ,crpuscule du ,matin1 sans cri1 avec dvotion1 veille une infortune3 ,les maisons et l commenaient fumer4 ,les femmes de plaisir1 la paupire livide1 ,bouche ouverte1 dormaient de leur sommeil stupide2 ,les pauvresses1 tranant leurs seins maigres et froids1 ,soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts1 ,c'tait l'heure o parmi le froid et la lsine ,s'aggravent les douleurs des femmes en gsine4 ,comme un sanglot coup par un sang cumeux ,le chant du coq au loin dchirait l'air brumeux2 ,une mer de brouillards baignait les difices1 ,et les agonisants dans le fond des hospices ,poussaient leur dernier rle en hoquets ingaux4 ,les dbauchs rentraient1 briss par leurs travaux#bb4 ,posie pleine d'amour4 ,elle se partage entre tous les malheurs2 elle accompagne chacun dans sa mansarde4 ,elle le devine1 proche ou lointain1 travers les murs4 ,elle assiste toute la ville qui souffre et mne sa tche4 ,elle 4444 refait le lit des gens pauvres et nus#bc4 ,mais la piti qui la tient est si violente qu'elle se tait#bd4 99 99 99 99 99 ,dans ces vers mesurs1 que semblait guider une me tranquille et artificieuse1 pouvions-nous discerner de quels sentiments extrmes nous ferait la fin complices l'audience que nous leur prtions8 ,mais il est trop tard pour chapper4 ,les plus grandes passions se sont insinues en nous1 si grandes1 si vastes1 si compltes1 que les voici contradictoires4 ,c'est toute notre me avec la violence insouponne de ses amours diverses que ,baudelaire nous a rendue nous-mmes sensible4 ,il est possible que le don soit lourd et qu'il faille du courage pour le supporter4 ,cette posie ne rassure pas2 elle ne verse pas d'illusions4 ,mais elle s'adresse ceux pour qui rien n'est plus beau que de connatre son cur1 que de le sentir peser en soi4 ,souvent j'couterai la voix de cet ange savant et dsespr4 #aiaj4 #a ,voir ,semper eadem et ,recueillement4 #b ,le propre de la ,confession1 dit ,pguy1 444 est de montrer de prfrence les pices invisibles1 et de dire surtout ce qu'il faudrait taire4 7,victor-,marie1 ,comte ,hugo1 p4 #ad47 #c ,l',ennemi1 p4 #aja4 #d ,spleen1 p4 #aii4 #e ,chant d',automne1 p4 #agb4 #f ,le ,got du ,nant1 p4 #bje4 #g ,sur ,le ,tasse en prison1 p4 #bcf4 ,cf4 ,l',irrparable1 p4 #afh4 ,pouvons-nous touffer le vieux1 le long ,remords1 ,qui vit1 s'agite et se tortille1 ,et se nourrit de nous comme le ver des morts1 ,comme du chne la chenille8 ,pouvons-nous touffer l'implacable ,remords8 #h ,ciel brouill1 p4 #afj4 #i ,un ,voyage ,cythre1 p4 #cba4 #aj ,il a chant1 disait ,claudel1 la seule passion que le ,x,i,xe sicle pt prouver avec sincrit3 le remords4 #aa ,l',irrmdiable1 p4 #bdb4 #ab ,volupt sature de douleur et de remords4 7uvres ,posthumes1 p4 #ic47 #ac ,derrire les dcors ,de l'existence immense1 au plus noir de l'abme ,je vois distinctement des mondes singuliers4 7,la ,voix1 p4 #bbe47 ,comparez3 ,mais les tnbres sont elles-mmes des toiles ,o vivent1 jaillissant de mon il par milliers1 ,des tres disparus aux regards familiers6 7,obsession1 p4 #bjd47 ,et3 ,promenant sur le ciel des yeux appesantis ,par le morne regret des chimres absentes4 7,bohmiens en voyage1 p4 #ajd47 ,dans les ,posthumes on lit 7p4 #hf73 ,il y a des moments de l'existence o le temps et l'tendue sont plus profonds1 et le sentiment de l'existence immensment augment4 #ad ,la ,chevelure1 p4 #aai4 ,comparez ,parfum exotique1 p4 #aah4 ,une le paresseuse o la nature donne1 etc4 #ae ,msta et ,errabunda1 p4 #ahd et #ahe4 #af ,l',invitation au voyage1 p4 #afg4 #ag ,s'adressant sa ,muse malade 7p4 #ih71 il dit3 ,je voudrais qu'exhalant l'odeur de la sant ,ton sein de pensers forts ft toujours frquent1 ,et que ton sang chrtien coult flots rythmiques ,comme les sons nombreux des syllabes antiques1 ,o rgnent tour tour le pre des chansons1 ,phbus1 et le grand ,pan1 le seigneur des moissons4 #ah ,je songe1 dit-il3 ,a quiconque a perdu ce qui ne se retrouve ,jamais6 jamais6 ceux qui s'abreuvent de pleurs444 7,le ,cygne1 p4 #bfj47 ,comparez3 ,pauvre grande beaut6 ,le magnifique fleuve ,de tes pleurs aboutit dans mon cur soucieux4 7,le ,masque1 p4 #aae47 #ai ,spleen1 p4 #aii4 ,comparez le pome3 ,je n'ai pas oubli1 voisine de la ville1 etc4 7p4 #bhb74 #bj p4 #cji et #caj4 #ba ,une ,martyre1 p4 #caa4 #bb ,crpuscule du ,matin1 p4 #bij et #bia4 #bc ,la ,mort des pauvres1 p4 #cdj4 #bd ,sans doute il est impossible de ne pas tenir compte d'un assez grand nombre de pomes rvolts2 la rvolte est le sujet mme de certains4--,baudelaire s'engage si fort dans le parti de l'imparfait qu'il finit par se tourner contre la perfection4 ,il repousse l'image de ce qui est pur1 immobile1 inflexible4 ,on le voit prfrer cette ardeur accable qui nous dvore la duret impassible de l'idal3 ,car j'eusse avec ferveur bais ton noble corps1 ,et depuis tes pieds frais jusqu' tes noires tresses ,droul le trsor des profondes caresses1 ,si1 quelque soir1 d'un pleur obtenu sans effort ,tu pouvais seulement1 reine des cruelles6 ,obscurcir la splendeur de tes froides prunelles4 7,une nuit que j'tais prs d'une affreuse ,juive1 p4 #acc47 ,mme il se complat dans cette prfrence de la faiblesse4 ,elle devient une sorte de culte du mal1 une attitude applique1 le satanisme4 ,mais ne nous a-t-il pas donn assez de chefs-d'uvre pour que nous puissions oublier quelques vers de mauvais got sur le charme du crime et les vertus de ,beelzbuth8 ,erreurs dont au reste la responsabilit pour une grande part incombe aux contemporains du pote4 ,,ii ,,des ,,peintres ,,ingres ,c'est un auteur difficile1 disait ,maurice ,denis4 ,d'abord il semble froid4 ,tout dans ces toiles est si parfaitement dfini4 ,ingres ne nous demande jamais de le deviner1 de reprendre sa tche1 de la complter avec notre regard2 il a tout achev avant nous2 il ne confie rien notre invention2 il nous laisse passifs4 ,on dirait qu'il nous ddaigne un peu1 que1 parlant des gens qui ne sont pas de son mtier1 il leur refuse le droit de collaborer1 mme pour une part infime1 son uvre4 ,il y ajoute lui-mme avec soin je ne sais quel vernis qui en interdit l'interprtation4 ,aussi sommes-nous d'abord devant ses tableaux pleins d'un contentement glac4 ,voici qui est juste et louable1 mais la faon d'une belle sentence rendue par un juge incorruptible4 ,cette couleur1 jamais on ne la trouve dfaillante4 ,elle est nette1 elle est dcoupe avec exactitude par ses limites2 chaque objet elle est dpartie avec proprit4 ,les reflets eux-mmes et les transparences sont scrupuleusement tablis4--,aucune vibration2 et non plus cette terne et dense profondeur qu'inventa plus tard ,czanne4 ,la peinture du ,bain ,turc est admirable2 mais on ne la voit pas tant elle est termine2 et la hardiesse de ces nus1 l'un tout vert1 l'autre tout orang1 se dissimule sous la perfection du dtail4 ,mme quand la couleur force l'attention1 c'est par une sorte d'acidit immobile4 ,les tons tiennent la toile2 ils occupent1 inflexibles1 sa surface2 ils ne faiblissent nulle part1 nulle part ne s'vanouissent2 ils restent4 ,cependant nous ne tardons pas sentir que quelque chose en nous de plus profond s'est en silence ces chefs-d'uvre intress3 le corps1 la vie sensible2 un enchantement tout bas nous entrane1 une secrte et forte volupt4 ,un appel vraiment nous est adress1 nous ne sommes plus exclus1 rpudis1 mais au contraire demands1 emmens1 sduits4 ,car ,ingres par son dessin est le plus sensuel des peintres4 ,sous cette couleur tranquille il faut voir enfin les lignes dlicieuses qui se dvident4 ,on les suit avec tout son tre1 on les gote jusqu'au fond de soi avec une aspiration suave4 ,elles ravissent jusqu' faire perdre la pense4 99 99 99 99 99 ,le dessin d',ingres a toute la vie que dans sa couleur nous n'apercevons pas2 il tient compte du mouvement des objets2 non pas qu'il le traduise par des hsitations et de l'indfini2 mais il cherche le remplacer4 ,il exprime la fluidit des choses en y substituant sa merveilleuse justesse dcide4 ,la peinture est un moyen d'empcher les choses de bouger4--,tout tre vivant rayonne2 il permet sa forme de s'en aller de lui1 elle se dtache incessamment de lui comme un beau fantme vite dissip2 et par chacun de ses gestes il dlie de doux cercles invisibles qui se propagent4 ,le trait d',ingres recueille partout cette grce mane2 il l'arrte sitt qu'elle quitte le corps1 il lui laisse un peu de place1 il attend son essor1 puis tout de suite le contient1 l'apaise4 ,partout il a prvenu l'onde2 il lui interdit de passer jusqu' se dfaire2 toutes celles qui viennent il impose son exquise limite2 il les captive et s'en augmente1 il prend dans sa fixit leur mouvante vertu1 il s'anime de leur vanouissement en lui4 ,c'est pourquoi ce trait est si simple2 toujours il se ramne des droites et des courbes4 ,en effet il ne s'applique pas sur la forme1 il ne la serre pas avec ignorance2 il la dcrit au moment o1 spare un peu de l'objet1 dj elle en oublie les retraits et les saillies4 ,comme dans une rivire1 autour d'un plongeon confus1 les ondes mesure qu'elles s'cartent se rgularisent1 de mme le contour des choses1 sitt qu'il les quitte1 retrouve les profils idaux de la gomtrie4 ,le dessin d',ingres est fait de quelques lignes parfaites4 ,autour du corps elles sont poses comme des arcs lgers et de dlicats cerceaux2 elles l'entourent ainsi qu'un bras1 il est au milieu d'elles comme empch parmi les cercles de sa grce4 ,elles s'ouvrent tout auprs de lui1 pareilles l'amour quand il nous tient sans parler contre sa poitrine4 ,elles lui dconseillent1 en le baisant de leur courbe1 de s'avancer plus loin4 ,de la mme faon s'expliquent ces dformations si hardies et pourtant invisibles4 ,il faut que le trait prcde partout le mouvement afin de l'enfermer2 il faut qu'il aille tout de suite jusqu'au bout du geste pour l'arrter4 ,rien ne saurait le contenir2 il dpasse doucement la mesure1 mais c'est pour l'imposer4 ,le bras de ,thtis se droule sur la poitrine de ,jupiter comme une immense tige qu'achve la haute fleur de la main2 il est aussi long dans l'espace qu'il le serait dans le temps4 ,a toute expansion il faut que le trait satisfasse4 ,aussi est-il partout au plus loin2 avec une intelligence admirable il s'carte1 il se spare un peu trop du centre1 il feint de l'oublier1 il le perd de vue2 mais c'est ainsi qu'il lui garde toute la forme attache4 ,il se laisse emmener un peu1 il drive un instant2 mais il tourne soudain et le voici matre avec suavit du mouvement qu'il semblait suivre4--,a le considrer d'un il critique on peut trouver le dessin souvent trop large2 la forme qu'il comprend ne saurait qu'avec peine le toucher partout la fois4 ,il omet de compenser par un rentrant la saillie du ct oppos2 le bras que dans le ,bain ,turc cette femme arrondit au-dessus de sa tte ne tire pas sa poitrine ni son ventre1 ne les oblige pas s'effacer et la tte renverse d',anglique1 qui fait se gonfler son cou1 cependant laisse sa gorge emmene par le geste contraire de ses longs bras captifs4 ,c'est que le trait veut envelopper toute la diverse effusion du corps1 il accompagne de toutes parts la chair heureuse qui se rpand et1 pour la dfinir la fois partout1 il s'abandonne une belle et sage contradiction4--,nous comprenons maintenant la raison de cette couleur exacte qui d'abord nous gnait4 ,elle est si unie1 si acheve1 qu'elle efface d'abord1 puis1 un regard plus attentif1 accuse l'cartement des lignes4 ,elle conduit de l'un l'autre bord de la forme2 avec son model parfait et sans surprise elle rejoint doucement les extrmits trop distantes et montre en silence l'tendue de leur sparation2 elle mne les yeux sans les arrter tous les loignements2 elle est la place du mouvement apais et garde de lui je ne sais quelle facult de liaison4 ,d'ailleurs les diffrentes parties du trait n'ont aucun besoin d'tre rendues compatibles2 le trait ne les recueille pas tour tour et ne se compose pas de leur addition4 ,a dire le vrai1 il n'a pas de parties2 bien qu'il cde la fois des expansions opposes1 il est unique1 il va seul et pur1 il passe par tous les points et les justifie en les touchant4 ,il n'existe qu'entier1 il est clos1 il est lui-mme revenu1 et tous les dtours de son trajet il les tient la fois en lui sans effort runis4 ,sa prsence est toute l'explication qu'il donne4--,en effet ce n'est pas avec une lente patience et place par place qu',ingres fixe le mouvement des corps et de l'objet qu'il peint2 mais avec une dcision passionne1 et par une lection sublime1 il le remplace d'un seul coup4 ,tout de suite il aperoit la forme qui tient lieu de toutes les autres2 elle est trange1 il est difficile d'en rendre compte4 ,mais qu'y faire8 ,elle est juste4 ,il trouve du modle que son animation rend divers et compos1 la soudaine1 la dlicieuse simplicit4 ,il la trouve au-del de ce qu'il voit1 il la dmle en lui-mme avec volupt4 ,et son trait chante son plaisir3 il monte1 il se droule d'un seul jet1 il empche en se jouant tout autre d'tre possible1 il s'lance comme un doux cri parfait4 ,il est complet et radieux comme ,vnus ,anadyomne2 il est pos sur la mer et il se tient1 respirant peine1 joyeux de se sentir nu et de partout tendrement gal au bonheur4 99 99 99 99 99 ,l'exquise gravit alanguie du portrait de ,mme ,panckoucke1 cette grce finie 4441 on dirait une source appuye tous les bords de sa vasque4 #aiaa4 ,c,,zanne ,czanne n'tait pas le maladroit sublime que tend nous reprsenter une certaine lgende4 ,ses aquarelles rvlent au contraire une habilet si vertigineuse que seule peut-tre l'gale la virtuosit des ,japonais3 sur la feuille blanche toute l'ossature d'un paysage s'indique par quelques touches colores d'une exactitude telle qu'elle fait parler les vides intermdiaires1 arrache au silence de chacun une signification4--,quand ,czanne peint l'huile1 sa main tressaille de la mme adresse1 mais il la contient3 il se mfie2 il redoute de se substituer sa sincrit2 il impose son pinceau une lenteur fidle4 ,l'application le possde comme une passion3 il se penche dvotement1 il se tait pour mieux voir2 il emprisonne la forme qu'il copie dans le cercle de son attention2 et1 comme elle bouge1 il respire mal tant qu'il ne l'a pas capte4 ,a chaque instant le trait veut bondir1 s'abandonner son lan4 ,mais ,czanne le ramne avec enttement1 l'oblige se maintenir acharn4 ,ainsi1 si l'on croit voir en cette peinture des hsitations1 elles ne signalent pas l'impuissance d'une main trop fruste et trop mal exerce pour suivre avec prcision le contour des objets1 mais uniquement le scrupule d'une patience occupe sans cesse modrer les carts d'une dextrit trop frmissante4 ,jamais rien pour le spectateur4 ,czanne n'invite pas le regard2 il ne fait pas signe2 il ne s'adresse pas2 il peint en solitude et ne se soucie pas qu'on s'intresse aux images qu'il fabrique dans la peine et dans l'adoration4 ,il n'a affaire qu'aux choses et n'a d'autre inquitude que de les dire comme il faut4 ,d'elles son amour est si violent qu'il tremble de respect2 il est frapp de vnration devant elles1 et c'est tenu par une modestie brlante1 qu'il travaille les reprsenter4--,de l cette svrit si mouvante3 svrit que rpand sur tout ce qu'il touche l'amour4 ,ces toiles ont une ampleur serre4 ,on sent qu'elles ont t peintes dans une bondissante immobilit et d'une me que l'excs de son transport rendait timide4 99 99 99 99 99 ,dans un paysage de ,czanne on remarque d'abord la verticalit2 le tableau pse vers le bas2 chaque chose est descendue sa place2 elle y a t dpose avec soin2 elle occupe son alvole2 elle embrasse de toute sa force sa situation4 ,czanne avait l'amour de la localit1 il comprenait avec quelle ferveur les objets adhrent l'endroit qui leur est donn2 et il prouvait1 transcrire sur la toile la place respective de chacun1 une volupt dont on lit encore la trace dans cet appuiement imperceptiblement prmatur de la touche qui1 avant de saisir le point de son assiette dfinitive1 se donne la joie de ttonner un peu4 ,etablissement souverain et application de la chose son lieu1 comme sur la table psent les bras du paysan qui joue aux cartes4--,on comprend que la composition ne soit jamais arbitraire4 ,en effet elle n'est pas invente1 mais elle est obtenue par la fidle distribution des parties3 les touches ont t places respectueusement l'une ct de l'autre3 et voici qu' la dernire tressaille le visage du tableau1 suscit force de minutieuse dfrence pour chaque dtail2 la vie se retrouve1 l'organisation est prsente sans avoir t cherche1 les traits se rejoignent et animent de leurs affinits l'exactitude isole des lments4 99 99 99 99 99 ,non moins que leur situation1 de ces toiles m'meut la dure4 ,la mme pesanteur maintient les choses dans le temps qui les maintenait dans l'espace3 elles subsistent1 elles sont attaches leur propre permanence4 ,la couleur en effet n'est pas celle que la lumire parsme1 rpand comme une eau sur les choses2 elle est immobile1 elle vient du fond de l'objet1 de son essence2 elle n'est pas son enveloppe1 mais l'expression de sa constitution intime2 c'est pourquoi elle a la dense scheresse de la flamme et garde dans l'apparence cette intriorit de ce qui se nourrit de soi-mme3 le terne flamboiement des tons1 il semble que ,czanne l'ait obtenu en enlevant aux surfaces cette fluidit brillante o jouent les variations et les glissements de l'atmosphre2 il a gratt pour dcouvrir sous les instants la dure4 ,sans doute il sait saisir les accidents les plus subtils1 la limpidit sche de l'air sur les rochers1 la circulation inquite des nuages4 ,mais toujours il les subordonne l'essentiel2 il y a quelque chose sur quoi passe le passager et que traverse l'phmre4 ,aussi surprend-on tous ses paysages en train de durer4 ,ils sont tout penchs au long de leur journe2 ils n'attendent rien2 ils se sont si bien pntrs de l'uniforme mouvement du temps qu'ils se laissent porter par lui2 ils sont confis la drive des heures2 et dans la nuit ils maintiendront leur obscure prsence4 ,les figures comme les paysages donnent cette impression de persister4 ,dans les admirables nus de femmes1 la lourdeur de l'aprs-midi suspend les gestes en grappes aux branchages4 ,dans les portraits ce n'est pas quelque surprise d'attitude qu'inscrit ,czanne1 mais l'ardente grandeur du repos4 ,la couleur des vtements brle force d'tre splendide2 mais toujours au moment d'blouir1 de scintiller en ruisselant1 elle s'arrte et dbouche dans la matit4 ,le ton a t tabli par superpositions successives1 avec lenteur et calcul1 il ne lui reste plus revtir que son brillant2 mais s'il consentait cette suprme richesse1 peut-tre l'toffe s'animerait-elle d'un mouvement1 peut-tre les plis tendraient-ils se draper et tout le personnage se camperait-il en une pose4 ,il ne faut pas4--,dans tous les portraits de ,madame ,czanne je lis l'ineffable confiance de la lassitude4 99 99 99 99 99 ,il n'est peut-tre pas de plus grand peintre que ,czanne4 ,j'ai la faiblesse de regretter parfois qu'il n'ait t que peintre1 que dans son uvre l'homme n'intervienne jamais que comme serviteur des choses1 qu'il ne fasse sentir sa prsence que par sa dvotion et son souci de s'effacer4 ,mais ne faut-il pas que son abdication vienne rparer l'impertinence de tous ceux qui s'tablissent en intrus et s'exposent au milieu de leurs tableaux8 #aiaj4 ,,une ,,exposition ,,de ,,henri ,,matisse ,lucide tourment de trop comprendre4 ,un beau peintre1 savant et sensible1 se trouve paralys par sa clairvoyance4 ,tout de suite il aperoit ce qu'il va faire et comment il le fera3 l'uvre est devant ses yeux1 prsente et parfaite4 ,c'est pourquoi il vite de la raliser2 sa conception est d'abord si claire qu'il lui semble1 en prenant ses pinceaux1 qu'il va se rpter1 et le tableau qu'il peint s'applique diffrer de celui qu'il imaginait4--,les grands artistes sont en face de leur uvre comme d'une trangre2 ils n'en prvoient pas du premier coup toutes les dmarches2 ils l'pient se dvelopper2 ils la dcouvrent peu peu passionnment4 ,matisse veut imiter cette ignorance merveilleuse1 que sa trop nette conscience lui refuse2 il espre la crer en lui artificiellement1 en s'cartant de ce que lui impose sa ncessit intime1 en choisissant une voie qui ne soit point celle qu'claire d'abord la perspicacit de sa vision4 ,mais1 par ce geste de volontaire aveuglement1 il chappe en mme temps sa spontanit2 il n'est plus pouss par rien1 et l'on est gn de ne sentir en ses toiles la dicte d'aucune obligation4 ,la gratuit de cette peinture se dcle son caractre abstrait4 ,matisse peint part des choses2 non pas sans les regarder1 mais en se retirant d'elles quelques pas4 ,il recueille la sensation qu'elles lui donnent1 l'emporte et1 s'tant loign1 la dplie soigneusement2 elle est ample toujours1 car il sait voir et le monde est pour lui le droulement d'une toffe paisse et charge4 ,mais parmi cette sensualit l'esprit s'insinue2 il dfait sa richesse contracte2 il la clarifie1 il l'pure1 il l'articule1 il la distille jusqu' faire vanouir tout ce qui est lourd1 trouble et charnel1 tout ce qui manque tre rare4 ,puis1 lentement1 avec une complaisance protectrice1 il recompose des images toutes dpouilles et subtilises1 toutes abstraites1 bien qu'y tressaille encore parfois quelque lambeau de la sensation primitive4--,il est des peintres qui transposent d'un seul coup1 sans l'analyser1 leur sensation et qui en cherchent tout de suite dans un jet color l'quivalent plastique2 il en est d'autres qui travaillent en plein isolement des choses1 n'imitant sur la toile que les fantmes de leur pense4 ,matisse se distingue des uns et des autres3 il puise dans la ralit la matire de spculations picturales4 ,de cette sorte d'abstraction dcoulent1 joints dans une mme consquence1 les qualits et les dfauts de sa peinture4 ,la couleur de ,matisse brille d'une splendeur intellectuelle4 ,elle a l'clat muet de ces blouissements qui naissent soudain dans l'esprit4 ,elle n'est pas dense comme les choses2 elle ne pse pas2 mais elle recouvre la toile de sa minceur mate1 elle rpand en une fine couche sa nette et violente richesse4 ,elle est immobile comme la pense dont elle imite le fixe clair2 elle ne palpite pas parce que rien n'est pris sous elle qui respire2 elle est un extrait tincelant et inerte4 ,le meilleur tmoignage de son origine artificielle1 c'est sa raret sans faiblesse2 elle ne cesse jamais d'tre incomparable et ,matisse prfre laisser des blancs plutt que de les combler sans trouvailles4 ,ainsi se droule1 toujours parfaite et inanime1 cette couleur qui ne souffre pas de se laisser troubler par la terne effusion du rel4--,les ,natures ,mortes sont les meilleurs de ces tableaux3 en effet le sujet dj en est abstrait3 les objets sont choisis et groups selon leur importance picturale2 et par cette adaptation pralable du modle sa future image1 l'arbitraire est attnu4 ,de plus dans les ,natures ,mortes1 ,matisse1 l'ayant prpare son gr1 s'abandonne sa sensation avec plus de confiance2 il se laisse aller la transcrire plus textuellement1 il est gagn par la volupt que reclent les choses2 sa couleur se fait plus sourde1 plus lourde1 plus gorge de matire4 ,cependant il n'est sensuel que par accident1 presque malgr lui4 ,quand il dessine1 il redevient tout abstrait4 ,son dessin ne s'attache pas aux objets2 il ne les dforme pas non plus pour les rendre plus expressifs2 il n'est ni raliste1 ni lyrique3 il se comporte la faon d'une ide4 ,une ide est d'abord une certaine forme vide2 on ne discerne pas son contenu2 elle est l'attitude de l'indistinct2 mais peu peu elle se prcise1 c'est--dire qu'elle se multiplie intrieurement1 que des dtails1 au dedans d'elle1 viennent commenter sa gnralit4 ,de mme dans la conformation du chssis ou de la feuille de papier qu'il adopte1 ,matisse1 tout de suite1 dmle une indication1 dont son dessin va tre le dveloppement4 ,en effet1 le dessin nat peu peu sous l'influence du cadre2 il s'enroule au centre dans la position que lui suggrent les dimensions extrieures2 les lignes se compensent1 se rappellent1 expriment1 chacune un degr diffrent de complexit1 le thme d'ensemble et font servir leur dissemblance elle-mme accentuer la mme ide4 ,c'est une variation complaisante2 avec volupt les traits de fusain inscrivent les correspondances et les balancements1 rythment l'quilibre1 rptent les droites en courbes parentes4 ,ainsi le tableau s'imite lui-mme en se multipliant au-dedans4 ,mais ses dtails les plus particuliers toujours drivent du schme initial et ils en gardent le caractre abstrait4--,souvent ce dessin atteint une grce svre et exquise1 comme dans ,la ,coiffeuse ou dans ,la ,musique4 ,souvent aussi il a l'absurdit de la logique2 n'tant pas embarrass ni retenu par la ralit1 il dploie une gratuite barbarie1 comme dans le ,nu l'charpe blanche4 ,mais mme quand il est beau1 il ne suffit pas rendre belle la toile2 en effet jamais sa qualit les qualits de la couleur ne s'unissent4 ,matisse semble vouloir n'employer que sparment sa couleur et son dessin3 il refuse de les concilier en un tableau complet2 pas une fois il n'a ralis une uvre pleine4--,c'est qu'il ne veut peindre que les aboutissements2 il nglige tout ce qu'un sujet a de commun avec les autres1 il attend1 pour intervenir1 jusqu'au dernier moment1 celui de la divergence2 il faut1 avant qu'il pose la premire touche1 que tout le pass d'abord ait t sous-entendu4 ,nous dcouvrons ici l'erreur o l'engage son abstraction4 ,comme il travaille part des choses1 il ne voit en elles que les invitations la diversit3 chaque spectacle tend diffrer de tous les autres2 ,matisse pouse sa tendance1 la prolonge en lui-mme jusqu' la sparation effective4--,une toile est pour lui non pas une image de la ralit1 mais une spculation plastique2 aussi faut-il la rendre aussi solitaire que possible1 sans prcdent et sans analogie4 ,c'est pourquoi elle sera pousse tout entire dans un sens2 c'est pourquoi le peintre ne lui consacrera qu'une partie de ses moyens4--,la diversit de ces tableaux dconcerte1 parce qu'elle est la diversit de la parcimonie1 non celle de la richesse4 ,si ,matisse consentait s'enfermer dans l'obligation des choses1 s'il voulait attendre de sa soumission son originalit1 peut-tre l'obtiendrait-il plus prcieuse4 ,les objets rels ne revtent leur diffrence qu'aprs avoir patiemment ressembl tous les autres4 ,il leur faut longtemps se confondre avant d'arriver se distinguer4 ,mais aussi leur individualit n'est-elle pas simplement de surface et1 dans l'aspect unique qui nat la fin sur leur visage1 c'est leur profondeur qui aboutit1 c'est tout leur tre qui s'exprime4 #aiaj4 ,,une ,,exposition ,,de ,,georges ,,rouault ,voici un peintre que n'inquite aucune littrature4 ,elve du plus mtaphysicien des matres1 de ,gustave ,moreau1 il veut oublier toutes les leons de sagesse et d'abstraction qu'il a reues1 pour n'tre plus qu'un grossier1 fivreux et puissant artisan4 ,on ne rira pas des images brusques qu'il faonne1 si l'on sait voir toute la science ouvrire qu'elles dclent2 elles sont un produit de la connaissance la plus troite1 la plus retorse et la plus sre de la matire plastique4 ,rouault est aux prises avec la forme comme avec quelqu'un4 ,il se dbat avec elle dans une lutte interminable qui jamais ne devient un triomphe4 ,il ne cesse d'tre auprs d'elle en inquitude et en sursaut4 ,c'est qu'il ne la voit pas immobile et parfaite1 toujours prte se laisser caresser1 attitude docile toutes les empreintes4 ,la forme qu'il considre n'est pas ce contour des choses que l'on constate avec la paume de la main4 ,elle est cache sous l'enveloppe1 elle est replie au centre de l'tre1 toute farouche4 ,rouault d'abord s'attache au modle1 le circonvient d'un travail obissant1 le sollicite de toute son application4 ,mais ce n'est que pour le provoquer au jaillissement4 ,et soudain voici s'chapper le geste vif et secret qu'il piait1 la dtente intrieure4 ,la forme est devant lui frmissante1 fuyante1 semblable une bte leve qui dtale1 qui va avoir disparu tout de suite4 ,il faut la saisir4 ,rouault prend de la matire pour l'y fixer1 tandis qu'elle bondit4 ,sans bouger il la poursuit1 il cherche se rendre matre de sa fuite en l'imitant avec les mains4 ,mais la matire rsiste2 elle est toute pleine de prdispositions confuses1 d'exigences mal avoues4 ,elle n'est pas une ductile indiffrence o la forme d'un seul coup1 fluide1 puisse se tracer4 ,pour la vaincre il faut1 en la violentant1 lui obir4 ,passionnment ,rouault la bouleverse1 cherchant mettre au jour celle de ses attitudes spontanes par laquelle elle mimera le mieux la figure disparaissante4 ,il cerne cette figure1 il lui coupe la retraite en renforant autour d'elle de tous les cts la fois1 comme des barrires1 les grandes lignes naturelles de la matire4 ,de l ces traits qui ne suivent pas la forme avec exactitude et continuit1 mais qui1 force de se redoubler1 de se reprendre et de se traverser1 la captent parmi leur enlacement innombrable4 ,c'est pourquoi l'image chez ,rouault semble toujours appele du fond de la toile avec des doigts fivreux2 elle n'est pas tranquillement pose sur le papier1 mais elle lui est arrache par les balafres du dessin4 ,sans doute elle est parfois un peu disloque et grimaante1 ses contours n'arrivent tre justes que par des rptitions et des surcharges4 ,du moins la figure reprsente n'a-t-elle rien d'une silhouette crayonne plat sur une page d'album2 avec ses crasements et ses jets1 avec ses dformations violentes1 elle est inbranlable2 car elle puise comme par des racines une profonde solidit dans la matire o elle est attache et dont elle emprunte la massive organisation4 ,cependant nous exigerons dsormais de ,rouault une manire plus stricte4 ,tant de ferventes tudes veulent aboutir une ralisation dfinitive4 ,il faut que leur auteur se fasse assez fort pour envelopper la forme1 sans qu'elle cesse de tressaillir1 d'un dessin de plus en plus serr4 ,guys1 loin de le diminuer1 augmentait le frmissement de ses figures en arrtant leurs traits avec scrupule4--,dj ,rouault nous donne des cramiques qui sont des pices acheves3 la plnitude de ces nus assis au milieu de sourds paysages clatants conseille d'attendre du peintre d'quivalentes beauts4 ,il clairera de visages les puissants corps de femmes qu'il sait si bien dresser2 il tablira les fonds plus nettement3 jusqu'ici il semble les obtenir en dispersant rageusement la matire colore et en se servant de sa distribution spontane pour reprsenter les divers plans du paysage4 ,il se rendra matre plus compltement de sa couleur et1 l'employant avec plus de dcision1 il donnera un sens plus prcis ces grandes teintes soufres dont trane la lueur au fond de ses ,compositions ,dcoratives4 #aiaj4 ,,gauguin ,enchanteur1 magicien1 sophiste4 ,,platon4 ,je le vois tel qu'il s'est peint4 ,sa grande figure ironique sous le bonnet dont il est coiff1 c'est celle d'un aventurier qui serait magicien4 ,elle est pntre de je ne sais quelle force mle de sagacit4 ,il est l'homme qui a dcouvert les secrets naturels et1 parce qu'il sait s'en servir1 voici dans ses traits l'intelligence comme un sourire4 ,il aime les choses parce que1 de les comprendre1 il les domine4 ,et1 se sentant seul possder cet empire1 il semble se taire avec connaissance4 ,gauguin ouvre des paysages4 ,tout doucement il les fait clore1 il les laisse monter selon leur sve1 pleins de suavit4 ,il ne les invente pas4 ,simplement il les dnoue et conduit leur dveloppement avec la science du magicien4 ,la nature1 sous le pouvoir de ses yeux1 prend de l'ordre4 ,elle se dispose spontanment4 ,elle devient un grand jardin vierge et soign3 les feuillages ne cessent pas d'tre luxuriants1 mais il semble qu'une main mystrieuse veuille plier les branches quelque accord4 ,tout s'organise comme sous une insaisissable incantation4 ,ainsi nat un ,paradis tempr4 ,la sagesse le parcourt1 unit toutes ses parties1 chante ainsi qu'un oiseau dans ses arbres1 et imite tendrement sur les roses rivages les hautes vagues1 courbes et calmes1 de son ocan de tulle bleu4 99 99 99 99 99 ,c'est dans le dessin d'abord que je dmle cet enchantement de la modration4 ,parmi les tableaux de ,gauguin la forme humaine s'lve pleine et droite4 ,le plus souvent elle est debout1 dans l'attitude des vgtaux et des tres qu'inspire la nature4 ,cette verticalit n'est pas1 comme chez ,czanne1 impose par la pesanteur1 par l'appel du sol4 ,elle est le jet de la sve terrestre qui grandit sans dtour4 ,un lan ingnu dresse doucement les corps4 ,mais ils ne bondissent pas2 ils sont sans exubrance4 ,ils jaillissent sans hte4 ,aucune rondeur3 les courbes des hanches et des paules s'attnuent en droites2 sinon elles pourraient1 comme des ressorts ploys1 suggrer la dtente1 projeter le corps au del de lui-mme4 ,la forme ne monte qu'afin d'occuper sa place2 elle s'arrte aussitt qu'elle y est parvenue2 plus rien en elle ne tend se prolonger4 ,il semble qu'elle mette de l'amour s'enfermer en elle-mme4 ,elle s'incurve lgrement son sommet4 ,le crayon suit avec volupt la close ligne de sa perfection4 ,le seul geste dont l'ascension ne soit par rien termine1 celui de l'homme qui cueille des fruits1 il s'extnue dans le calme4 ,il a je ne sais quoi d'achev1 de combl4 ,ce repos1 cette passivit des attitudes viennent de ce qu'elles n'ont pas besoin pour s'unir de s'incliner les unes vers les autres1 de se rapprocher ni de se nouer4 ,une composition semble planer1 invisible1 au-dessus d'elles4 ,l'accord descend sur elles et les tient ensemble4 ,il leur suffit d'tre justes4 ,elles reoivent leur sens d'en haut comme si on leur imposait les mains4 ,de longs gestes tranquilles passent entre elles1 comme ondulent des plantes dans un courant4 ,ils les enlacent sans les attirer1 rien qu'en les dsignant les unes aux autres4 ,on peut trouver fruste d'abord le dessin large des membres3 il est fait de deux lignes que mne un paralllisme sommaire4 ,mais si les nuds des muscles sont dissimuls1 c'est pour que rien ne dtourne les yeux d'accompagner le mouvement4 ,toutes les simplifications1 loin de chercher la barbarie1 ne sont que pour l'aisance4 ,il y a une liaison si suave qu'elle oblige s'apercevoir qu'on est en paix4--,parfois mme ce n'est aucun geste saisissable qui allie les attitudes1 mais seulement une certaine allure de l'immobilit4 ,par une certaine faon qu'a chaque forme de se tenir solitaire1 elle rend d'elle toutes les autres responsables4 ,tant d'harmonie ne peut qu'tre prmdite4 ,gauguin n'a pas la patience crdule de ,czanne4 ,il n'attend pas d'obtenir des objets1 force de les copier1 un accord4 ,dans ses paysages des lignes flexibles traversent les champs et de leur sinuosit horizontale enchanent les arbres aux arbres4 ,pourtant aucune violence n'est faite la nature4 ,la composition se contente de l'veiller2 elle descend vers les choses1 elle les touche en silence1 comme on avertit de la main quelqu'un d'endormi4 ,puis elle les laisse se lever librement4 ,elle ne fait que les assister de sa prsence multiple1 que solliciter leur dveloppement par sa dlicatesse invisible4 ,le magicien voque les beaux fantmes vivants4 99 99 99 99 99 ,comment discerner quel moment la couleur de ,gauguin quitte la couleur des choses pour devenir artificielle8 ,le passage est insensible4 ,par une transformation subtile elle cesse peu peu d'tre naturelle2 elle se fait silencieusement merveilleuse2 elle s'ouvre l'enchantement4 ,elle est sourde et fleurie4 ,elle s'tend en flaques claires mais comme voiles par l'absence du soleil4 ,ce n'est pas la profondeur de l'objet qu'elle exprime1 mais son visage plein de sourire dans la diaphanit de l'ombre4 ,chaque nuance s'panouit largement1 avec quitude2 elle dborde jusqu' s'taler et sitt se tient muette4 ,elle est vive pourtant4 ,souvent une touche brille au cur du tableau2 mais l'ensemble est si contenu que d'abord on ne la voit pas4 ,c'est comme une luciole dans le feuillage4 ,puis1 soudain1 voici qu'elle veillait4 ,en mme temps qu'il attnue sa couleur1 mettant je ne sais quel suspens sa floraison1 ,gauguin la rpartit avec soin sur la toile4 ,de tous les tons parpills en multiples flocons la surface de l'objet qu'il copie1 il opre le discernement2 puis il condense chacun4 ,leur diversit confondue se rassemble peu peu en larges taches dont chacune reprsente1 runi1 un des aspects pars du modle4 ,c'est le contraire du procd impressionniste4 ,dans le contour d'un arbre les feuillages se distribuent en quelques masses colores qui se juxtaposent sagement4 ,on sent une volupt de la couleur s'arranger ainsi l'intrieur des objets1 se disposer suivant leur forme4 ,sur la dclivit du terrain1 ce rose pourtant ne dpasse pas sa limite2 il s'arrte en un remous frang4 ,mais les tons par lesquels les objets se laissent envahir1 ne leur sont pas trangers4 ,ce n'est pas un accord prconu de nuances qui s'impose au tableau et remplace les teintes naturelles4 ,gauguin use seulement de son pouvoir sur les choses2 il leur persuade de se laisser dtourner lgrement de ce qu'elles sont4 ,il appelle leurs tons du sein du dsordre2 il les tente avec subtilit1 il les invite se reformer4 ,il invoque en silence les lments disperss et les rejoint par une sorte d'influence1 ainsi qu'en soufflant sur des braises on les ranime en une seule flamme4 ,a ce moment nat l'accord du tableau4 ,toutes les diverses couleurs1 sous l'inspiration cache1 consentent un pacte4 ,les objets ont t amens doucement se correspondre2 leurs visages dlicats et diffrents sont tourns vers moi4 ,je reconnais chacun1 je gote longuement sa nuance agrandie et je sens avec dlice comment elle est confirme en ce mme moment l'autre extrmit du tableau par une touche imperceptible qui l'imite1 dissimule4 ,dlicatesse des rappels secrets6 ,souvenir parmi les feuilles du ton le plus expos6 ,jardin des balancements6 ,peut-tre en certaines toiles trop de fleurs1 une richesse trop panouie4444 ,le tableau de ,gauguin que j'aime le plus1 c'est ce grand panneau#a1 cet trange ,paradis mditatif1 intitul3 ,que sommes-nous8 ,d'o venons-nous8 ,o allons-nous8 ,il renferme des parties de clair-obscur1 des enveloppements4 ,la tide nuit tahitienne baigne le paysage4 ,et n'est-ce pas elle qui se tient dans le fond comme une femme voile par l'ombre et retire8 #aiaj4 #a ,appartient ,m4 ,frizeau4 ,,iii ,,paul ,,claudel ,,paul ,,claudel1 ,,po,,te ,,chr,,tien ,certes le nom de ,cuvre ne s'teindra point dans les ges4 7,,paul ,,claudel1 ,la ,ville74 ,i ,o toi1 qui comme la langue rsides dans un lieu obscur6 ,s'il est vrai1 comme l'eau jaillit de la terre1 ,que la nature pareillement entre les lvres du pote nous ait ouvert une source de paroles1 ,explique-moi d'o vient ce souffle par ta bouche faonn en mots4 ,car quand tu parles1 comme un arbre qui de toute sa feuille ,s'meut dans le silence de ,midi1 la paix en nous peu peu succde la pense4 ,par le moyen de ce chant sans musique et de cette parole sans voix1 nous sommes accords la mlodie de ce monde4 ,tu n'expliques rien1 pote1 mais toutes choses par toi nous deviennent explicables#a4 ,seules les paroles du pote sont dignes de lui tre adresses4 ,et quelles diraient mieux le mystre de son gnie8 ,il ne faut que l'entendre parler1 que livrer notre cur son murmure3 dj nous sommes initis au secret de l'univers2 avant d'avoir compris le contenu de ses mots1 nous sentons clore en nous une explication ineffable de toutes choses4 ,le sens du monde nous est rvl3 ,nous sommes accords la mlodie de ce monde4 ,ce n'est pas que nous pensions pouvoir dsormais assigner chaque effet sa cause1 ni que nous ayons conquis la raison mathmatique de la nature2 mais c'est une conscience1 une certitude1 une pntration de tout en profondeur3 ,la paix en nous peu peu succde la pense4 ,il y a en effet dans le mot une secrte vertu dont le pote sait se rendre matre4 ,le mot est plus qu'un signe conventionnel4 ,il est1 prononc1 un rythme qui reproduit le rythme constitutif de l'objet dsign4 ,il est la forme essentielle de l'objet copie par l'attitude physique de celui qui le dit#b4 ,par lui le pote voque directement la chose1 la rend prsente1 sensible1 lui restitue l'existence3 ,profrant de chaque chose le nom1 ,comme un pre tu l'appelles mystrieusement dans son principe1 et selon que jadis ,tu participas sa cration1 tu coopres son existence#c6 ,il peut ainsi expliquer le monde1 non point en en donnant des raisons1 mais en le suscitant par sa voix dans son ordre vrai1 en le re-prsentant nos yeux sous sa forme authentique4 ,il lgifre2 il ordonne aux tres de surgir en les appelant et il fait sentir leur relation profonde4 ,les mots qu'il prononce n'ont pas une signification abstraite1 qu'il faille extraire et qui rende compte logiquement de l'univers2 mais1 tant les choses concrtes elles-mmes1 ils exhalent par leur simple arrangement un sens4 ,ce sens est le sens du monde1 c'est--dire sa direction1 son intention1 sa fin4 ,et il pntre en nous1 envelopp dans les images sensibles1 sans que nous sachions comment3 ,le son des paroles et leur sens1 fondus en une phrase commune1 ,ont de si subtils changes et de si secrets accords1 que l'me recueillie sur l'esprit ,aperoit que l'ide pure ne se refusera pas un attouchement dlectable4 ,telles sont1 ,cuvre1 les noces o tu nous convies#d4 ,comment oser briser cette si parfaite union du verbe et de l'ide1 comment sparer l'art de la doctrine1 la posie de sa signification8 ,pour parler dignement de ,claudel il faudrait tout dire la fois et prsenter son uvre entire d'un seul coup1 dans sa somptuosit1 dans sa complexit infinie et dans son unit profonde4 ,mais mieux vaudrait se taire4 ,et puisqu'il s'agit ici d'expliquer1 il faut bien se rsoudre dissocier ce que le gnie cra insparable4 #a ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #cdf4 #b ,voir ,trait de la ,co-naissance au monde et de soi-mme4 ,art ,potique1 p4 #aai-abj1 surtout #abb en bas1 #abc4 #c ,les ,muses4 ,bibliothque de l',occident1 p4 #bd4 ,la pagination des ,muses est la mme dans les ,cinq ,grandes ,odes suivies d'un ,processionnal pour saluer le sicle nouveau4 #d ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #daa4 ,,ii ,l',,art ,la premire preuve de cette unit que nous allons avoir violer1 est que l'art de ,claudel dpend troitement de sa doctrine et ne peut gure sans elle se comprendre4 ,en effet il est essentiellement naturel1 c'est--dire qu'il est l'expression directe de la nature1 sa voix1 la phrase qu'elle prononce dans le silence et que le pote1 ayant surprise1 publie3 car le pote 444 est substitu la nature pour dire ce qu'elle pense1 mieux qu'un buf#a4 ,or ce qu'est en son essence la nature1 c'est la doctrine qui nous l'apprend4 ,sachons au moins tout de suite1 pour mieux saisir le caractre de l'art1 que la nature est sans cesse primitive et son progrs toujours continu1 que le monde est chaque instant nouveau et qu'il se dveloppe sans hiatus1 la faon d'un rouleau qu'on dplie4 ,primitivit perptuelle3 en effet il y a sans cesse entre tous les tres un accord1 une harmonie1 une correspondance1 une composition4 ,tous les tres sont dans un rapport troit de situation1 mais qui n'est jamais le mme deux instants diffrents4 ,chacun suit sa voie1 dont la direction varie sans cesse et qui l'approche et l'carte tour tour de tous les autres4 ,les fils de la trame s'entre-croisent en mille faons diverses et jamais l'toffe ne reproduit le mme dessin4 ,la face du monde change incessamment4 ,pour tout battement de l'horloge sidrale les tres sont dans une relation unique1 premire1 primitive3 ,a chaque trait de notre haleine1 le monde est aussi nouveau qu' cette premire gorge d'air dont le premier homme fit son premier souffle#b4 ,continuit3 la vie a des phases1 non des tranches2 son travail et sa trame sont continus2 il n'y a pas de pripties4 ,les pripties s'obtiennent par des raccourcis artificiels2 en supprimant plusieurs termes intermdiaires on produit le choc de deux vnements1 qui est essentiellement ce qu'on nomme3 priptie4 ,mais dans la vie les vnements ne s'entrechoquent pas2 ils se dveloppent1 ils s'enchanent1 chacun nat d'un autre4 ,la nature se dploie1 se dplie lentement et continment1--explication progressive de l'tre4 99 99 99 99 99 ,l',art de ,claudel est primitif et continu4 ,le pote lui-mme dit son ,art ,potique fond sur la mtaphore c'est--dire le mot nouveau1 l'opration qui rsulte de la seule existence conjointe et simultane de deux choses diffrentes#c4 ,la mtaphore est la notation de la nouveaut1 car elle est la notation d'un rapprochement fugitif jamais encore ralis1 une concidence premire surprise et fixe4 ,faire une mtaphore 7-71 c'est exprimer la rencontre de deux tres dont les voies dans le reste du temps divergent1 c'est enregistrer leur com-position instantane dans l'accord infini4 ,la mtaphore vulgaire unit1 de faon artificielle1 deux termes ressemblants4 ,celle de ,claudel saisit de deux termes diffrents la conjonction naturelle1 la juxtaposition spontane4 ,elle est1 non un procd1 mais une constatation1 une description1 une inscription4 ,et cette inscription est toujours d'un rapport non encore peru1 d'une relation premire1 de celle qui caractrise essentiellement l'instant total1 parce que1 jamais produite1 elle ne se reproduira jamais4 ,la mtaphore est l'expression de la perptuelle primitivit du monde2 elle en est l'incessante modulation4 ,aussi n'est-elle jamais rpte et fleurit-elle chaque vers1 nouvelle4 ,le jaillissement intarissable des mtaphores donne la posie de ,claudel cette sensualit nave et neuve1 qui est une effusion et un blouissement perptuels et qui fait apparatre les choses mmes dans leur ralit et leur prsence4 ,c'est aussi que ,claudel pense avec des images1 avec ses sens4 ,sa pense mme1 comme toute pense primitive et vritablement profonde1 est sensuelle4 ,elle n'est pas un extrait de sensations1 une sorte de parfum subtil mais fugitif obtenu en distillant des milliers de fleurs4 ,elle est lourde et relle et prise encore dans les choses4 ,son travail n'est pas la combinaison mcanique de termes abstraits1 mais il est semblable celui de la germination1 pnible1 obscur et lent et ttons2 il aboutit1 lui aussi1 un panouissement qui1 comme la floraison1 est tout imprgn de couleurs1 tout dgouttant de lumire et de beaut4 ,aussi la langue de ,claudel ne procde-t-elle pas par images appliques la pense1 mais elle est la pense elle-mme se dveloppant en mots1 la chane des images premires telles qu'elles surgissent en une sensibilit non corrompue4 ,ces images ne sont pas uniquement visuelles2 nous les percevons par tous nos sens la fois2 elles montent1 grandissent1 nous enveloppent1 nous communiquent leurs vibrations1 et1 tandis qu'elles baignent tout notre corps d'un flot sensuel1 elles dposent dans notre me leur secrte signification4 ,on n'a qu' les accueillir pour comprendre1 car elles nous pntrent de toutes parts en mme temps1 profrant en plusieurs faons simultanes la mme vrit4 ,toutes les paroles1 comme elles ont une lumire et un son1 ont une consistance1 une odeur et un got3 444 ,le pote dans sa bouche1 sans parler diffrencie les paroles leur saveur#d4 ,la sensualit de ,claudel peut tre dite plusieurs dimensions3 aussi donne-t-elle aux choses leur profondeur et leur volume1 l'intgrit de la vie4 ,mais pour la subir1 pour prouver sa puissance1 il faut avoir gard sa spontanit et sa simplicit primitives1 ou savoir les restaurer en soi2 il faut possder encore le merveilleux don puril de comprendre par images1 de saisir les ides par l'illustration1 de ne pas sparer l'ide de ses formes sensibles4 ,car sinon qu'entendra-t-on au langage de celui qui est3 444 ,comme un animal dans le milieu de la terre1 comme un cheval lch qui pousse vers le soleil un cri d'homme#e4 99 99 99 99 99 ,ce ne sont pas seulement les mots et les mtaphores de ,claudel qui sont naturels1 c'est aussi leur arrangement1 leur distribution rythmique1 leur mesure1 le vers4 ,ce vers est calqu sur un rythme naturel1 le plus primitif que l'homme puisse percevoir1 sur le rythme respiratoire3 ,o mon fils6 lorsque j'tais un pote entre les hommes1 ,j'inventai ce vers qui n'avait ni rime ni mtre1 ,et je le dfinissais dans le secret de mon cur cette fonction double et rciproque ,par laquelle l'homme absorbe la vie1 et restitue1 dans l'acte suprme de l'expiration1 ,une parole intelligible#f4 ,le vers est le mouvement le plus essentiel de l'tre humain1 celui par quoi il vit et profre sa vie4 ,il manifeste ainsi chaque instant1 par sa longueur et sa mesure mme1 l'tat profond de qui le prononce3 car comme l'amplitude du rythme respiratoire varie avec la qualit de l'motion1 il se dilate et se contracte tour tour3 il suit le contour de la sensibilit intime3 par ses ondulations il en trahit fidlement les moindres vicissitudes4 ,quel dgot inquiet et las dans les premiers mots de ,cbs#g6 ,me voici1 ,imbcile1 ignorant1 ,homme nouveau devant les choses inconnues1 ,et je tourne ma face vers l',anne et l'arche pluvieuse1 j'ai plein mon cur d'ennui6 ,comme ces vers retombent avec accablement6 ,l'haleine manque de courage pour se soutenir4--,et l'touffement1 l'oppression1 l'angoisse haletante et entrecoupe de l',empereur soudain plong dans les tnbres infrieures6 ,ah6 ah6 oh6 oh6 o1 o ,suis-je8 ,absorb1 ,englouti1 enfonc6 la ,noirceur noire ,me touche la face et je fais corps avec son paisseur#h4 ,enfin quelle ample srnit dans les longs vers que dploie la voix du ,rcitant pour dcrire le ,sjour des ,sages6 ,gravs sur la paroi de pierre1 ces mots antiques ,cach-dans-le-pli-de-l'paule ,indiquent au seul lu le chemin4 ,car la grande ,montagne1 comme un joyau1 dans le pli de son cou1 recle l'asile de paix#i4 ,la coupe du vers correspond non des nuances d'me1 mais aux oscillations profondes de l'tre total1 spirituel et corporel4 ,claudel a compris l'union troite1 l'interpntration de l'me et du corps1 et il a trouv le rythme dont ils sont1 l'une et l'autre1 en mme temps anims4 ,son vers est ce rythme1 le plus naturel1 le plus essentiel qui soit2 il se soulve et s'abaisse avec la poitrine dont les mouvements reproduisent leur tour les pulsations intrieures de l'tre4 ,la vie nat et meurt sans cesse3 la parole suit son alternatif et perptuel battement4 99 99 99 99 99 ,le mme rythme naturel anime le drame tout entier4 ,chaque drame est un vers du pome immense de la vie3 il est un souffle plus lent1 un plus ample soupir4 ,il se dveloppe avec la continuit du mouvement respiratoire4 ,il a la marche insensible de la nature2 il n'est point fait de pripties1 mais seulement de progrs et d'panouissements2 il grandit sans secousses par une croissance imperceptible mais incessante3 on dirait qu'il s'augmente intrieurement1 qu'il se nourrit de la simple dure1 que le temps est sa substance profonde4 ,ici le dnouement n'est pas la solution arbitraire d'une complication arbitraire3 il est le dliement spontan dans le temps d'un nud form par la vie elle-mme3 il est le temps se simplifiant naturellement1 par sa progression mme4 ,tte d',or est une tentative de l'homme pour s'lever seul1 sans autre secours que sa force terrestre4 ,mais cette tentative1 ce n'est pas un coup de foudre qui la brise4 ,dieu ne descend pas du ciel pour frapper le tmraire3 nul coup de thtre4 ,simplement3 44444 notre effort arriv une limite vaine ,se dfait lui-mme comme un pli#aj4 ,de mme le coup de fusil de ,l',echange1 par quoi le drame se dnoue1 n'est pas une intervention subite de l'extrieur3 il est attendu et ncessit2 il est prvu par ,marthe1 annonc par ,lechy1 pressenti par ,laine lui-mme3 c'est qu'il est fatal1 impliqu par le drame1 intrieur1 pour ainsi dire1 au drame4--,enfin quels merveilleux et naturels panouissements que les dnouements du ,repos du ,septime ,jour1 de ,la ,ville1 de ,la ,jeune ,fille ,violaine1 de ,partage de ,midi6 ,partout1 tant le progrs est continu et insensible1 le drame semble clore4 ,on dirait mme que1 sur le point de s'achever1 il s'alentit encore en s'largissant2 c'est le repos suprme1 l'explication terminale1 le moment o tout se recueille et se dfait dans la paix1 o dj aussi germe et s'labore secrtement1 naissant de la d-composition du premier1 un nouveau drame4 ,ainsi la poitrine1 aprs l'expiration1 reste un instant en suspens1 avant de s'emplir d'un autre souffle4 ,c'est que le drame ne peut subsister ni se comprendre seul2 il lui faut le complment des autres drames1 il a besoin d'eux pour reproduire intgralement la phrase immense de la nature4 ,il n'y a pas entre les diffrentes actions d'interruption vritable3 elles s'enchanent comme les vers d'un mme pome1 comme les respirations d'un mme tre3 chacune en une autre prend naissance1 en une autre va mourir2 chacune est une journe3 et le soleil1 dont l'occultation distingue les journes1 les runit aussi par la continuit de sa toujours neuve prsence4 ,aucun drame ni ne commence ni ne finit3 ni exposition1 ni dnouement dfinitif3 tous les dbuts poursuivent la tragdie immmoriale3 l'angoisse de ,cbs est ancienne dj1 et cette femme qu'enterre ,simon1 son rle vient de se terminer3 ce sont des passions depuis longtemps ardentes qu'apportent ,avare et ,lambert sur la terrasse de ,la ,ville4--,d'autre part1 quand s'achve ,l',echange1 ,thomas ,pollock se lve et dit simplement3 ,la journe est finie et une autre est commence#aa444 ,enfin c'est bien la prennit de l',action tragique1 la perptuit du drame universel que suggrent les derniers mots de ,la ,jeune ,fille ,violaine3 ,l'anne change1 et de nouveau se levant du noir hiver1 cramoisi1 tout d'or1 ,de nouveau le nouveau soleil se peint sur les fleuves chargs de glaons#ab4 99 99 99 99 99 ,un mouvement profond1 primitif et continu anime la nature et1 semblable au geste respiratoire1 la soulve tour tour et l'abaisse4 ,il chappe1 par sa lenteur sacre1 nos petites et impatientes observations4 ,claudel1 qui s'est pos 444 sur le pouls mme de l'tre#ac1 fut assez religieux pour percevoir l'ampleur de ce rythme et le rendre sensible en l'insufflant ses drames4 ,du mme coup il leur a communiqu la direction essentielle1 l'intention1 le sens de la nature3 il leur a fait exprimer clairement ce que la nature nonce d'une voix secrte4 ,son art s'est trouv profrer spontanment une doctrine1 qui est l'explication de l'univers1 la rvlation du grand mystre du monde4 #a ,les ,muses4 ,bibliothque de l',occident1 p4 #be4 #b ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #dj-da4 #c ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #df4 #d ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #dag4 #e ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #cfj4 #f ,ibid4 p4 #dbe4 #g ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #e4 #h ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #bgd4 #i ,le ,repos du ,septime jour4 ,l',arbre p4 #cbc4 #aj ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #afd4 #aa ,l',echange4 ,l',arbre1 p4 #bdg4 #ab ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ece4 #ac ,les ,muses4 ,bibliothque de l',occident1 p4 #i4 ,,iii ,,la ,,doctrine ,par la faon dont elle est manifeste1 nous pressentons dj ce que peut tre la doctrine de ,claudel4 ,elle n'est pas une construction philosophique1 un systme dont les parties soient distinctes et les unes les autres se compensent1 constituant un quilibre architectonique4 ,car elle n'est pas une explication impose aprs coup la nature4 ,mais elle se produit chaque instant dans sa totalit et chaque fois elle est plus complexe et plus une4 ,c'est le mystre du gnie1 au lieu de s'exposer en trois points1 de s'exprimer toujours entirement et de s'agrandir en se rptant1 en se recommenant sans cesse4 ,la logique vraie n'est pas l'enchanement de propositions spares1 mais la croissance1 le grossissement1 l'enrichissement perptuels d'une seule vrit1 en quoi toutes les autres peu peu semblent clore4 ,aussi la doctrine de ,claudel est-elle indcomposable1 inexplicable4 ,comment analyser cette rvlation que nous sentons peu peu natre en nous dans sa perfection et dans son unit8 ,l',arbre est un3 il crot en mme temps dans tous les sens4 ,comment dcrire en phrases successives son expansion multiforme et simultane8 ,je ne l'oserais pas si ,claudel lui-mme1 dans l',abrg de toute la doctrine chrtienne1 n'avait donn sa pense une forme dductive4 ,pour rendre absolument exacte l'interprtation1 il faudra se souvenir sans cesse que le procd analytique1 ncessaire l'exposition1 change l'aspect de la doctrine et lui fait perdre la force qu'elle a dans sa concentration et dans sa plnitude4 ,,le ,,monde ,pour voir le monde selon sa vrit1 nous ne chercherons point comprendre le mcanisme des choses de par-dessous1 comme un chauffeur qui rampe sur le dos sous sa locomotive4 ,mais nous nous placerons devant l'ensemble des cratures1 comme un critique devant le produit d'un pote1 gotant pleinement la chose1 examinant par quels moyens il a obtenu ses effets1 comme un peintre clignant des yeux devant l'uvre d'un peintre1 comme un ingnieur devant le travail d'un castor#a4 ,nous voyons le volume de la ralit se drouler continment1 nous constatons une relation constante entre certains motifs1 comme d'une fleur sa tige1 du bras avec la main#b4 ,cela nous fait croire que tout s'enchane ncessairement1 qu'il n'y pas d'effet sans cause1 qu' chaque effet est assigne une cause vritablement productrice et cratrice1 que le monde est soumis des lois qui en dterminent rigoureusement le cours4 ,c'est l l'illusion du savant qui cherche comprendre le mcanisme des choses de par-dessous4 ,evitons-la4 ,que le monde nous apparaisse dans sa spontanit4 ,la cause1 les lois sont des moyens de simplification1 des procds utiles pour se retrouver dans le dictionnaire de la nature#c4 ,elles n'ont pas en elles-mmes de force gnratrice et de valeur obligatoire#d4 ,qu'est donc le monde1 s'il n'est pas une machine monte au principe et qui marche par la dtente progressive d'un ressort interne8 ,pour le savoir1 cessons de considrer les choses comme isoles1 et chaque objet comme n'ayant de rapport qu' une cause antcdente qui le produirait4 ,le monde1 vu dans l'instant1 est un tableau dont chaque trait et chaque nuance est en relation avec tous les autres traits1 toutes les autres nuances4 ,le monde est un accord1 une harmonie infiniment complexe1 dont toutes les notes s'voquent mutuellement et se contrepsent4 ,en effet nous ne pouvons dfinir une chose1 elle n'existe en soi que par les traits en qui elle diffre de toutes les autres#e4 ,dfinir un objet1 c'est tracer sa limite1 dire ce qu'il est en disant tout ce qu'il n'est pas1 tout ce qui lui manque4 ,de mme tre c'est n'tre pas telle et telle chose3 ,toute chose est en ce qu'elle diffre#f4 ,donc toute chose a besoin de toutes les autres pour exister2 elle n'a point une cause particulire1 mais des causes4 ,elle a pour causes tout l'univers coexistant4 ,car la cause 444 n'est point positive1 elle n'est point incluse au sujet4 ,elle est ce qui lui manque essentiellement4 ,et que manque-t-il plus essentiellement l'individu que d'tre total#g8 ,de cette indigence et de cette exigence de tout tre1 qui1 manquant du monde entier1 le rclame et le postule1 rsulte1 par l'interdpendance de tous les termes1 l'harmonie universelle4 ,un quilibre s'tablit1 une correspondance gnrale s'organise2 le monde se compense dans une unit ineffable1 combinant un dessin1 un accord1 un chiffre4 ,mais ce dessin a une perspective1 cet accord poursuit sa rsolution1 ce chiffre tend se d-composer1 se d-nouer4 ,le monde n'est pas immobile1 il fuit1 il coule intarissablement4 ,la concordance de toutes choses est une coopration1 c'est--dire qu'elle est une relation constante entre des mouvements1 des actions1 qu'elle se prolonge1 se propage et se dveloppe dans le temps4 ,ou plutt le temps est lui-mme ce droulement de l'accord instantan et n'est pas autre chose3 ,il ne nous suffit pas de saisir l'ensemble1 la figure compose dans ses traits1 nous devons juger des dveloppements qu'elle implique1 comme le bouton la rose1 attraper l'intention et le propos1 la direction et le sens4 ,le temps est le sens de la vie#h4 ,il est le mouvement du monde3 et1 comme tel1 il est double3 il y a un temps pur et uniforme1 celui qui s'inscrit dans les signes clestes ou sur nos horloges terrestres et qui1 rgulier1 procde par rvolutions totales et recommencements2 il y a aussi un temps rel1 qualitatif1 qui est le progrs des tres vivants et la modification continue de leurs rapports3 celui-ci ne recommence jamais1 il est autre chose que la reproduction priodique du jour1 du mois et de l'anne1 il est l'ouvrier de quelque chose de rel1 que chaque seconde vient accrotre1 le ,pass1 ce qui a reu une fois l'existence#i4 ,le temps pur est rempli et compt par les existences particulires2 car ses priodes1 pour tre distingues et nombres1 doivent contenir chacune une combinaison unique1 irreproductible des lments vivants3 ,sous ce qui recommence1 il y a ce qui continue4 ,de cette dure absolue notre vie est1 de la naissance la mort1 une division#aj4 ,chaque tre a sa tche prescrite1 son morceau de temps spcifier3 ,je sais que j'ai t construit pour mesurer telle portion de la dure4 ,au-dessous des choses qui arrivent1 je suis conscient de cette partie confie mon personnage de l'intention totale444 ,j'apparais et je cesse la place et l'instant que le commande le dessin et le dessein quoi je suis ncessaire#aa4 ,il est donc quelque chose qui s'labore1 une uvre immense quoi tous sont attels2 le temps est une coopration de tous les tres1 c'est--dire un drame4 ,la vie est un drame3 ,le temps passe1 dit-on1 oui3 il se passe quelque chose1 un drame infiniment complexe aux acteurs entremls1 que l'action mme introduit ou suscite444 ,j'y ai moi-mme mon entre et ma sortie2 mes rpliques sont stipules4 ,l1 toute chose1 tout tre est son nom propre1 son poids spcifique dans le milieu o il est immerg1 sa valeur totale en tant que signe du moment o l'action arrive#ab4 ,essayons de mieux comprendre l'essence de ce drame et le rle l'homme dvolu1 comment se joue cette partie et quel titre chacun s'y trouve engag3 ,nous ne naissons pas seuls4 ,natre1 pour tout1 c'est co-natre4 ,toute naissance est une connaissance#ac4 ,toute chose apparat au jour en mme temps qu'une foule d'autres avec lesquelles elle est en troite union et qui dterminent sa place et le sens de son volution4 ,elle connat ces complmentaires en leur co-naissant4--,mais comment le pourrait-elle1 si elle n'tait de mme nature qu'eux1 si tous les objets n'avaient une essence commune8 ,cette essence est le mouvement4 ,tout est mouvement#ad et n'est que mouvement4 ,l'esprit1 comme la matire1 est un mouvement3 tous deux dans leur fond1--bien qu'aucun d'eux ne soit l'auteur de l'autre1--sont homognes4 ,or le mouvement qui fait chaque objet1 rencontre d'autres objets1 c'est--dire d'autres mouvements1 qui rsistent et l'arrtent2 il est forc de se replier sur lui-mme au contact des tres voisins et1 comme il ne peut cesser1 il devient vibration1 va-et-vient l'intrieur d'une certaine limite que tracent les prsences externes et qui est une forme3 ,la vibration1 c'est le mouvement prisonnier de la forme#ae4 ,chaque objet tant dans son essence un mouvement circonscrit1 c'est--dire une vibration1 travaille crer sa forme3 ,tout mouvement a pour rsultat la cration ou le maintien d'un tat d'quilibre4 ,cet quilibre1 dans le domaine de la matire1 que ce soit organise ou brute1 ne se trouve que dans l'tablissement d'une forme ou figure de composition#af4 ,et les formes particulires1 en s'agrgeant les unes aux autres par leurs diffrences organiques#ag arrivent constituer la forme gnrale de l'univers1 ce dessin complexe et un1 en qui chacune trouve sa raison d'tre1 sa justification4 ,ainsi il n'y a rien d'inerte dans le monde4 ,les tres matriels eux-mmes travaillent l'uvre commune3 ils sont dans un perptuel effort4 ,chacun tche construire et maintenir sa forme2 et tous1 ils s'appuient1 ils s'arc-boutent les uns sur les autres pour construire et maintenir la forme totale4 ,et c'est en se co-naissant ainsi mutuellement qu'ils se connaissent2 car ils s'prouvent engags dans une mme besogne3 la constitution de la face de l'univers4 ,tel est le premier aspect du drame et ses premiers acteurs4 ,cependant les choses ont un rle en un certain sens purement passif4 ,elles sont des formes fixes et stables1 non point immobiles intrieurement1 puisqu'elles sont vibration1 mais toujours semblables elles-mmes1 incapables de dveloppement4--,les tres organiss au contraire sont des formes actives1 des formes changeantes1 des formes qui se dveloppent et qui1 plus ou moins1 s'adaptent4 ,l'animal n'existe plus par une simple limitation oppose du dehors1 il se fait du dedans lui-mme#ah4 ,il cre sans cesse sa forme1 il la renouvelle continuellement1 en consumant les aliments qu'il s'assimile3 ,il se conserve en se dtruisant#ai4 ,il lui est ainsi permis de se dtacher de la source du mouvement et de se mouvoir spontanment parmi les tres immobiles3 ,de mme que le cercle ou le polygone s'insrent suivant leur forme sur un plan1 de mme dans la nature1 la bte conduit sa forme anime#bj4 ,mais l'homme a plus et mieux faire4 ,l'animal est construit pour un certain dveloppement2 il est n pour co-natre un certain nombre d'objets qui sont indispensables au maintien de sa forme4 ,il n'a que la connaissance sensible#ba1 qui l'informe seulement des objets particuliers1 lui faisant savoir s'ils lui sont ou non utiles3 ,il reconnat les parties auxquelles il correspond1 le petit monde autour de lui avec qui il a s'aboucher4 ,adaptes d'avance1 les choses lui fournissent le moyen d'exercer telle forme du mouvement particulier qu'il fournit#bb4 ,l'animal apporte une srie toute prte de dclenchements des touches prdtermines4 ,mais l'homme a t fabriqu pour s'arranger avec tout#bc4 ,en effet il co-nat selon le gnral1 il connat le gnral4 ,en tout il sait discerner et extraire les lments essentiels son dveloppement4 ,grce la connaissance intelligible1 il peut se retrouver partout#bd1 s'adapter toute condition de vie4--,cependant sa place dans l'univers est loin d'tre indiffrente4 ,quand il rentre en lui-mme1 il s'aperoit qu'il a1 lui aussi1 un rle particulier remplir1 qu'une fonction trs prcise lui est assigne4 ,les choses attendent de lui la conscience2 elles exigent tacitement que leur effort obscur1 leur co-naissance deviennent en lui une connaissance claire1 une image4 ,la matire invoque le secours de l'esprit3 ,et voici que la vie a tressailli dans son sein4 ,voici vgter le visage#be6 ,l'homme se fait le signe commun de tous les objets dont il a connaissance#bf1 l'image passante du moment o ils peuvent souffrir entre eux ce lien#bf4 ,il les relie en les symbolisant1 il fait la somme#bf1 il exprime chaque instant de l'univers4 ,il fait plus que l'exprimer1 il l'aide tre1 passer1 s'couler#bg4 ,il donne le signal de se dclencher des sries de mobiles2 il met en marche des stabilits2 il fait passer l'acte tout ce qui attend3 ,il est des choses l'image comprenante1 et consommante1 l'hostie intelligible en qui elles sont consommes#bh4 ,en quelque sorte il cre l'univers dans une partie de sa dure2 il provoque1 en com-prenant les choses dans son intelligence1 la reprsentation d'une scne du drame4 ,chaque homme a t cr pour tre le tmoin et l'acteur d'un certain spectacle1 pour en dterminer en lui le sens#bi4 ,nous saisissons maintenant quel titre l'homme est impliqu dans la tragdie universelle et quelle est la spciale importance de son rle4 ,il co-nat un certain arrangement du monde1 dont le dveloppement et la rsolution doivent tre son uvre et celle de ses contemporains4 ,il est charg de jouer1 en collaboration avec les autres intelligences1 une certaine reprsentation4 99 99 99 99 99 ,il doit donc garder scrupuleusement sa place dans les volutions du chur4 ,sa prsence dans la voie1 qui lui est indique par son instinct et son temprament1 est essentielle la perfection du drame4 ,le plus grand crime1 le seul crime qu'il puisse commettre est de s'en carter1 de se dpartir de son personnage1 de violenter ses gots et ses tendances1 de refuser son rle3 ,quand les ,parques ont dtermin1 ,l'action1 le signe qui va s'inscrire sur le cadran du ,temps comme l'heure par l'opration de son chiffre1 ,elles embauchent tous les coins du monde les ventres ,qui leur fourniront les acteurs dont elles ont besoin1 ,au temps marqu ils naissent4 ,non point la ressemblance seulement de leurs pres1 mais dans un secret nud ,avec leurs comparses inconnus1 ceux qu'ils connatront et ceux qu'ils ne connatront pas1 ceux du prologue et ceux de l'acte dernier#cj4 ,cependant il en est d'assez gars pour ne pas vouloir observer la mesure et se tenir leur place4 ,louis ,laine et ,thomas ,pollock prtendent mpriser ces liens profonds qui les unissent leurs partenaires3 ils tentent d'changer leurs femmes4 ,c'est ,lechy ,elbernon qui leur inspire le crime3 ,lechy1 la mutation personnifie1 le symbole de l'inconstance1 du dsordre1 du drglement1 de la dsertion1 du divorce2 actrice aux multiples visages1 erreur et sduction3 ,et je m'en vais de lieu en lieu1 et je ne suis pas une seule femme1 mais plusieurs1 prestige1 vivante dans une histoire invente#ca6 ,le poison de ,lechy corrompt ,louis ,laine2 il rveille en lui ce vieil instinct de libert1 de dsobissance la vie1 qui dort au cur de tout homme4 ,voici qu'il va livrer sa femme ,thomas ,pollock contre une poigne de dollars1 sa femme1 ,marthe1 ,douce-amre1 celle dsigne pour le suivre partout1 pour peser bien fort son bras tout le long de sa route et de sa journe1 pour lui redemander l'me que sa mre lui a donne#cb4 ,marthe1 le supplie avec indignation1 lui montrant qu' tout homme une femme est donne pour l'accompagner toujours1 et l'embarrasser1 et augmenter et partager sa douleur3 ,et l'homme n'a point d'autre pouse1 et celle-l lui a t donne1 et il est bien qu'il l'embrasse avec des larmes et des baisers#cc4 ,s'en sparer1 c'est troubler l'ordre de la vie1 c'est briser la mesure du chur4 ,et tout change1 tout divorce sont punis4 ,marthe le sait bien quand elle implore la justice de l',univers#cd4 ,laine le comprend la fin3 et voici qu'il court1 hagard1 cherchant la place qu'il a perdue1 ne pouvant plus la reprendre4 ,malheur moi parce que je suis dans le grand monde comme un homme gar et perdu#ce6 ,il s'est mis hors la loi2 il faut qu'il disparaisse2 la vie va reprendre son impassible rgularit2 sans violence1 sans saccade1 avec la sret lente des besognes invitables1 elle va disperser la folle tentative humaine3 ,tout est vain contre la vie1 humble1 ignorante1 obstine#cf4 ,l'change est le crime essentiel2 mais il est aussi le crime impossible2 car il ne peut subsister4 ,ainsi qu'au fond de la nuit anxieuse un des veilleurs de ,tte d',or l'avait compris3 444 ,toutes choses sont incommutables#cg6 ,il faut donc obir sa voie1 tenir sa partie1 suivre sa route1 accomplir sa journe4 ,quelle joie vaut celle d'acquiescer cette ineffable crmonie1 dont nous sommes les protagonistes8 ,chacun a son volume drouler4 ,voici ,violaine2 en elle est close ,la vocation de la mort comme un lys solennel#ch4 ,sans piti pour son bonheur terrestre1 avec une confiance divine1 elle se jette en ,dieu1 ne s'pargnant aucune douleur1 accueillant fidlement tout martyre4 ,mais voici ,mara aussi1 qui sait bien que sa route est avec ,jacques ,hury1 et qui s'acharne le rejoindre malgr lui1 et qui met son courage le suivre dsesprment2 tous les crimes qui se trouvent sur sa voie1 qu'elle doit commettre pour accomplir sa vie avec rigueur1 elle les assume sans hsitation et1 quand elle a tu ,violaine1 elle pense3 ,je ne pouvais pas faire autrement4 ,il le fallait#ci4 ,jacques1 amrement tromp par ,mara1 dtourn par elle de ,violaine1 comprend cependant qu'il a fait son devoir en vivant sa vie auprs de cette femme2 ce qui importe ce n'est pas le bonheur de son amour1 mais l'accomplissement exact de son rle1 sa signification1 sa voix dans le chant total et l'universelle harmonie2 si cette voix doit tre douloureuse1 elle n'en est pas moins ncessaire3 444 ,mais moi1 ,la tche faire1 je l'ai encore devant moi1 le devoir puiser1 la ranon avec tous les termes solder4 ,ainsi faisant vie de tout comme un arbre qui pousse1 ce n'est nulle part aucune douceur que je chercherai1 ,mais l'utilit essentielle1 car dans l'action est la vie et la jouissance est une pourriture#dj4 ,enfin ,anne ,vercors1 en conduisant fortement2 sa vie par la voie assigne1 en quittant sans hsitation sa famille et ses biens1 quand il sent que son devoir l'appelle en ,amrique1 dcouvre que le bonheur n'est pas un bien extrieur1 qu'il faille capter1 mais qu'il se retrouve dans l'accomplissement strict de la tche prescrite1 dans la collaboration librement accepte l'uvre universelle4 ,ce n'est pas le bien-tre qu'il faut esprer1 c'est la satisfaction dans la lassitude1 c'est l'abandon de tout l'tre puis au repos1 c'est le calme de la journe finie1 c'est la paix3 ,la paix1 pour qui la connat1 la joie ,et la douleur y entrent pour des parts gales#da4 ,elle est dispense1 au moment suprme1 ceux qui furent des acteurs fidles et scrupuleux du drame4 ,elle est refuse ceux qui voulurent se drober leur mission1 se dpouiller de leur personnage4 ,c'est qu'aucun geste n'est indiffrent2 chacun a sa valeur dans l'ensemble et pse sur tout le reste4--,le ,monde ne se dveloppe pas par un enchanement simplement mcanique2 il n'est pas une machine fonctionnant avec une ncessit indiffrente2 les philosophes suppriment toute intention dans les choses2 sous prtexte de science1 ils excluent toute fin extrieure la ,nature3 ,aussi devant eux3 ,voici l'automate ternel dansant indfiniment#db6--,mais ils se trompent4 ,le monde a besoin que tous les tres qui le composent cooprent librement son dveloppement et travaillent sans cesse le constituer4 ,car il est quelque chose qui se fait dans une intention1 qui a une fin extrieure4 ,cette fin1 qui est aussi son origine1 c'est ,dieu4 #a ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #i4 #b ,ibid4 p4 #bj4 #c ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #af4 #d ,ibid4 p4 #bj4 #e ,ibid4 p4 #ag4 #f ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre4 #g ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #bg4 #h ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #bh4 #i ,ibid4 p4 #ci4 #aj ,ibid4 p4 #dd4 #aa ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #de4 #ab ,ibid4 p4 #dh-di4 #ac ,trait de la ,co-naissance au monde et de soi-mme4 ,art ,potique1 p4 #ec4 #ad ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #fb4 #ae ,ibid4 p4 #fh4 #af ,ibid4 p4 #ff4 #ag ,ibid4 p4 #ff4 #ah ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #gj4 #ai ,ibid4 p4 #hc4 #bj ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #ajh4 #ba ,ce serait ici le lieu de dcrire la connaissance sensible1 qui est le privilge de l'animal1 et qui consiste proprement dans le fait d'endurer le contact des objets circumvoisins1 dans l'information de l'tre par le dehors4 ,la connaissance intelligible1 rserve l'homme seul1 est la perception de la constance1 la dcouverte de ce qu'il y a de semblable dans les choses1 l'apprhension du gnral4--,voir la #b;e et la #c;e parties du ,trait de la ,co-naissance4 #bb ,trait de la ,co-naissance4 ,art4 ,potique1 p4 #adc4 #bc ,ibid4 p4 #aaa-aab4 #bd ,ibid4 p4 #aji4 #be ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #acg-ach4 #bf ,ibid4 p4 #ach4 #bg ,l'intelligence est ce qui consomme les choses1 ce qui les rduit l'esprit1 c'est--dire ce mouvement dont elles le dclent en fuyant444 ,ibid4 p4 #ada4 #bh ,ibid4 p4 #adb4 #bi ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #adh4 #cj ,les ,muses4 ,bibliothque de l',occident1 p4 #ai4 #ca ,l',echange4 ,l',arbre1 p4 #bae4 #cb ,ibid4 p4 #agi4 #cc ,l',echange4 ,l',arbre1 p4 #bjh4 #cd ,ibid4 p4 #bbj4 #ce ,ibid4 p4 #bca4 #cf ,ibid4 p4 #bbg4 #cg ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #cc4 #ch ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ecj4 #ci ,ibid4 p4 #dif4 #dj ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ecb4 #da ,ibid4 p4 #ecj4 #db ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #be4 ,,dieu ,le ,monde dcle ,dieu4 ,le ,monde n'est que mouvement2 l'essence de toute chose et de tout tre est mouvement2 ce que nous appelons matire n'est point la cause ou le lieu du mouvement1 mais simplement les divers arrangements#a1 les formes que produit le mouvement4 ,l'homme mme est une vibration1 son esprit un mouvement4 ,or3 le mouvement d'un corps est son abandon du lieu premirement occup4 ,il est donc1 nous l'avons dit1 de soi et avant tout1 un chappement1 un recul1 une fuite1 un loignement impos par une force extrieure plus grande4 ,il est l'effet d'une intolrance1 l'impossibilit de rester la mme place1 d'tre l1 de subsister444 ,l'origine du mouvement est dans ce frmissement qui saisit la matire au contact d'une ralit diffrente3 l',esprit4 ,il est la dilatation d'une poigne d'astres dans l'espace2 et la source du temps1 la peur de ,dieu1 la rpulsion essentielle1 enregistre par l'engin des mondes#b4 ,tout mouvement 444 est d'un point et non pas vers un point#c4 ,ce fait que le monde se meut en toutes ses parties et passe1 implique qu'il y a quelque chose qui ne passe point3 ,toute chose cre 444 dsigne son origine en s'en cartant#d4 ,de mme que nous reconnaissons la prsence d'un livre au tremblement de la haie o il se cache1 de mme nous devinons ,dieu au branle de l',univers1 le ,crateur l'agitation sacre de la crature#e4 ,en un certain sens le ,monde est ce qui n'est pas3 ,tout prit4 ,l'univers n'est qu'une manire totale de ne pas tre ce qui est#f4--;,dieu1 s'il est1 puise toute l'existence4 ,pour exister aussi d'une certaine faon1 il faut s'exclure de lui1 se sparer de lui1 le fuir1 s'occuper ne pas tre ce qu'il est4 ,or en effet tout fuit d'un point qu'on ne voit pas1 tout s'coule1 tout travaille prir1 ne pas tre4 ,donc ,dieu est4 ,c'est ainsi que l'instabilit du ,monde prouve ,dieu4 ,elle est inexplicable sans ,lui4 ,le sens des choses ne se comprend que par ,lui4 ,mais ce sens ne peut tre reprsent par la ligne droite2 le mouvement ne va pas indfiniment dans la mme direction3 ,tout mouvement est limit par une fin1 qui est la production1 la naissance d'un tre1 quelque chose qui soit capable de finir#g4 ,ainsi s'organise1 comme nous l'avons vu1 la combinaison des formes1 dont la totalit constitue la ,nature4 ,la ,nature est ce qui est occup natre#h1 c'est--dire tre ce qui n'est pas1 ne pas tre ce qui est1 ne pas tre ,dieu4 ,chacun de ces efforts individuels1 de ces mouvements particuliers1 qui sont l'essence des choses1 tend vers une fin1 qui est son complment1 ce qui lui manque pour tre total4 ,et l'ensemble a aussi sa fin1 qui est l',unit4 ,l'univers 7version l'unit7#h a pour fin l',un1 c'est--dire ,dieu1 en qui il doit finalement se rsoudre4 ,de mme qu'il sort de ,dieu1 il y retourne2 il a en lui son principe et en lui sa consommation2 son origine et sa fin sont ,dieu4 ,dieu l'a cr pour qu'il reprsente au-devant de ce qui est ce qui n'est pas#i4 ,il ne faut donc pas qu'il oublie sa prcarit et pense pouvoir se suffire4 ,il n'existe pas pour lui-mme1 mais seulement pour ne plus exister1 pour se dcomposer dans l'accord explicatif et total1 pour consommer la parole d'adoration l'oreille de ,sig l',abme#aj4 ,seul l'esprit de l'homme ne passe point1 il est la seule chose qui1 hors de ,dieu1 subsiste4 ,c'est qu'il a t cr pour une mission spciale4 ,tandis que l'animal est construit comme un joujou pour tel saut dtermin#aa1 l'homme connat le permanent1 c'est--dire qu'en toutes choses il reconnat le fait de la variation par rapport un point fixe1 comme en chinois l'ide d'ternit est exprime par le caractre eau avec un point au-dessus#ab4 ,il saisit le rapport constant entre la fuite du monde et l'immobilit de ,dieu4 ,il rduit les choses l'ternit en les comprenant et en les nommant4 ,il les arrache au temps1 il cre dans son esprit leur image indestructible et il les fixe dans un mot inexterminable#ac4--;,comme nous le savons1 le rle de l'homme est de se faire l'image commune des lments innombrables de l'univers1 de les comprendre4 ,nous voyons maintenant que c'est pour les offrir sous cette forme imprissable ,dieu4 ,l'homme est charg de reprsenter sans cesse au ,crateur la ,cration3 ,tout passe1 et1 rien n'tant prsent1 tout doit tre reprsent#ad4 ,a l'homme un esprit a t donn1 simple1 incorruptible pour connatre toutes choses1 pour les ordonner autour de lui comme autour de leur principe1 pour leur prter un sens en leur fournissant un point de convergence1 et pour les ddier ensuite1 ainsi ternises1 au ,principe vritable qui les a produites3 ,l'homme est un principe exclu1 une origine forclose4 ,par rapport au monde1 il est charg du rle d'origine1 de faire le principe selon quoi tout vient s'ordonner444 ,par rapport ,dieu1 il est le dlgu aux relations extrieures1 le reprsentant et le fond de pouvoirs#ae4 ,dieu a tabli l'homme sur la terre pour l'administrer comme un intendant qui doit compte au matre de sa gestion2 il lui a livr le monde 444 pour qu'il lui en fasse la prparation1 l'offrande1 le sacrifice et la ddicace#af4 ,telle est la place de l'homme1 tel est son sjour intransgressible#ag4 ,l'homme occupe le trs-saint ,milieu#ah2 il est l'intersection du ,ciel et de la ,terre1 il est le centre de la ,croix4 ,le bton de l',empereur a pouss deux branches latrales1 et c'est le signe que prsente au peuple l',explorateur de l',enfer4 ,comme l',arbre1 l'homme est soumis une double attraction3 celle du sol o l'attachent ses racines1 celle du soleil qui fait panouir ses feuilles et l'attire vers en haut4 ,autrement dit1 l'homme subit l'exigence du monde o il vit1 qui rclame de lui la conscience1 et l'exigence de ,dieu1 qui il doit consacrer cette image du monde qu'il labore4 ,a ces deux questions simultanes et contraires il doit rpondre par son travail d'abord1 ensuite par son repos4 ,par son travail il arrache la terre tout ce qu'elle renferme de prcieux1 il runit ses tendances obscures et en fait une pure ide4 ,par son repos il offre ,dieu ce joyau1 cette quintessence4 ,il faut donc qu'aprs les six jours de labeur1 il ddie le septime au repos3 444 ,comme un serviteur qui1 ayant par sa maison y introduit son matre1 ,qu'il lve les mains vers le ,ciel#ai4 ,et qu'il se tienne debout sur la terre1 comme un prtre auprs de la table des offrandes#bj4 ,telle est la prescription par laquelle l'ordre est tabli dans le ,monde4 #a ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #aeb4 #b ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #cc-cd4 #c ,ibid4 p4 #eb4 #d ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #acd4 #e ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #b4 #f ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #acb4 #g ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #ace4 #h ,ibid4 p4 #acf4 #i ,ibid4 p4 #acg4 #aj ,connaissance du ,temps4 ,art ,potique1 p4 #eb4 #aa ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #aee4 #ab ,ibid4 p4 #aef4 #ac ,ibid4 p4 #aeg et #aeh4 #ad ,ibid4 p4 #acf4 #ae ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #acc4 #af ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #cjd4 #ag ,ibid4 p4 #cad4 #ah ,ibid4 p4 #caj4 #ai ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #cjd4 #bj ,ibid4 p4 #cag4 ,,le ,p,,ch ,,originel ,,et ,,la ,r,,demption ,mais en ralit l'ordre n'est pas dans le monde3 ,nous vivons 444 dans un tat de dsordre4 ,il y a eu une viciation de l',ordre primitif1 du commandement qui a enjoint aux choses d'apparatre2 un gauchissement de certains rouages qui cause du frottement dans tout l'appareil#a4 ,c'est pourquoi nous prend contempler le monde cette angoisse qui treint ,cbs4 ,nous nous interrogeons dans la terreur1 nous cherchons1 sans le trouver1 le sens de ce que nous voyons4 ,c'est l'effroi du jeune homme3 444 qui contemple sans comprendre l'ouverture du jour1 ,empli de chuchotements comme un arbre mort#b4 ,sa signification a t retire l'univers4 ,un chaos est prsent notre anxit4 ,ce dsordre par dfinition ne peut tre l'uvre du ,crateur1 puisque toute chose est bonne de ce seul fait qu'elle soit son uvre4 ,il ne peut donc tre l'uvre que de la crature libre1 libre de se prendre elle-mme pour fin1 au lieu de ,dieu qui n'a pas de fin4 ,diffrence1 prfrence4 ,cette prfrence vicieuse est le pch dit originel1 qui a pour cause cette diffrence originelle d'avec ,dieu en qui l'tre se complat1 se plat en tant que tel#c4 ,le pch originel est proprement le refus de l'aveu1 le refus de reconnatre ,dieu pour fin4 ,cr par ,dieu son image1 l'homme s'est saisi de l'tre qui lui tait remis1 et il a fait de lui-mme sa fin2 il a reni le ,seigneur du ,ciel2 il a dni l'hommage2 il a dtourn son regard de la prsence divine2 il a dit non la lumire4 ,l'humanit s'est soustraite ,dieu4 ,c'est pourquoi s'meut encore en nous cet esprit de blasphme#d1 cette sclratesse profonde1 ce cri bas dont l',empereur1 au contact du ,dmon1 se sent brusquement tortur3 relique du mfait primitif1 survivance de la rvolte originelle4 ,en effet nous portons la faute du premier homme4 ,l'homme1 sduit par le serpent1 se complut dans sa fin comme si elle lui tait propre et non point celle de la volont de ,dieu1 dont il tait l'instrument4 ,et c'est pourquoi une fin lui fut en effet donne et la mort de ce corps qui lui servait l'atteindre#e4 ,la consquence du pch originel1 par qui l'tre fini se choisit pour fin est la ,fin1 ou mort1 ou sparation#f4 ,c'est une fin qui est impose ,tte-d',or et la ,ville et au peuple du ,milieu1 car tous1 victimes du pch originel1 mconnaissent la vraie fin3 ,dieu4 ,tte-d',or reprsente le plus grand effort de l'homme pour suppler ,dieu1 et son chec4 ,par une tension dsespre de tout son tre1 par une frnsie d'hrosme il s'arrache son inertie1 il soulve son pays2 il entrane derrire lui les peuples1 comme un fleuve dborde ses berges1 il gravit la plus haute cime du globe4 ,mais il retombe1 arrt par son propre poids1 rappel par les liens qui l'attachent la terre et qu'il a consolids de son adhsion4 ,en effet c'est un esprit terrestre qui souffle en lui1 qui le transporte et qui1 l'abandonnant soudain1 le laisse s'effondrer4 ,le sentiment de sa vie1 de cette merveille qu'il y a vivre1 l'exalte et l'gare4 ,ce lui est un enchantement1 un enivrement perptuel de sentir3 444 cette vie moi1 cette chose ,non marie1 non ne1 ,la fonction qui est au-dedans de moi-mme#g4 ,et le dlice d'prouver sans cesse cette force en lui empche ,tte-d',or d'en chercher la fin2 il mconnat son origine1 il mconnat ,dieu4 ,non qu'il n'en ait aucune conscience3 une inquitude veille en lui1 qui pourrait le sauver2 au moment de s'lever sur les hommes1 il sent soudain son insuffisance1 il se prcipite1 sanglotant1 sur la ,terre1 ne dsirant1 n'appelant plus que la nuit sur sa solitude4 ,plusieurs fois il s'arrte dans son exaltation1 doutant de sa force1 comprenant que quelqu'un lui manque3 ,et qui ai-je1 moi8 et qui ai-je1 moi#h8 ,mais chaque fois et jusqu'au dernier moment3 ,de nouveau ,comme une flamme roule ,dans sa poitrine le grand dsir#i4 ,dsir vorace1 obstin1 insatiable#aj1 dlire brusque et obscur comme celui du vin1 transport brutal qui l'touffe1 colre1 passion4 ,il s'affole et blasphme1 il affirme que l'homme sorti de la terre1 doit revenir la terre4 ,il ne comprend pas le sens de la mort de ,cbs4--,cbs meurt de son inquitude1 mais dans cette inquitude il trouve la certitude et la paix2 il a si fort et si longtemps tir sur ses chanes terrestres qu'il obtient enfin le dtachement suprme1 l'attraction dlicieuse1 le ravissement en ,dieu4--,tte-d',or assiste1 dsol et rvolt1 sa batitude et ne devine rien4 ,n'a-t-il pas dj1 sans souci de ses aspirations confuses1 enseveli la femme qui le suivait la face contre le fond#aa de la fosse1 dans l'attitude de ressaisir la glbe maternelle8 ,a ce sacrilge il joint celui d'usurper la place de ,dieu2 il prtend se faire la seule fin du peuple2 il lui demande exactement ce qu'exige ,dieu1 de se consumer pour lui1 et sa volont de puissance est telle1 qu'il ralise un instant l'accord profond qu'organise entre les hommes la vision de ,dieu4 ,son arme n'est plus qu'un immense amour1 qu'un regard vers lui4 ,mais la force qui l'anime est vaine2 elle ne peut pas le porter longtemps4 ,voici le sommet du ,caucase1 le seuil du monde1 le lieu marqu pour que l'effort de l'homme s'y dfasse1 voici le lieu de l'chec humain3 ,o ,roi6 ,roi6 ,tu t'levais vers la fixit comme l',ange qui porte le sceau de la vie#ab6 ,et voici que dans ton triomphe soudain tu t'anantis2 la terre qui te soulevait1 s'effondre1 le souffle cesse1 qui te poussait2 quelqu'un est l1 avec qui tu ne comptais point6 ,ta longue agonie1 ta rvolte1 les derniers battements de ton dsir1 ,roi des ,hommes#ac1 nous y assistons dans l'angoisse et la consternation4 ,mais ta mort ne nous est pas inutile4 ,ce sang1 que tu disperses en te dbattant comme un lion1 nous instruit et nous sauve4 ,nous savons maintenant ce qui manquait4 ,dieu manquait1 dont nous avions dtourn les yeux1 que nous avions refus pour matre et sans qui rien ne se peut accomplir3 444 ,et notre effort arriv une limite vaine ,se dfait lui-mme comme un pli#ad4 ,de mme la ,ville prit pour avoir oubli ,dieu4 ,elle s'est livre ,isidore de ,besme1 l'ingnieur1 dont le gnie a captiv les forces lmentaires et qui lui a impos sa domination bienfaisante3 ,par moi1 pour moi1 la ville des hommes s'tend autour de moi ,afin que je connaisse la joie et qu'ils reoivent de moi l'assistance#ae4 ,mais la fausset1 l'injustice de cette organisation se dclent par la misre gnrale qu'elle entrane4 ,comme ,besme a usurp la place de ,dieu1 comme il s'est fait la fin de la ,ville1 les hommes n'ont pas voulu offrir gratuitement leur travail un homme comme eux2 ils ont exig un salaire3 ainsi s'est institu le rgime de l'change4 ,tout a eu son prix2 les choses ont t values par l'or2 on s'est mis les changer1 violer de cette nouvelle faon l'ordre incommutable du monde4 ,de plus1 le salaire promis au travail1 en supprimant la joie et la libert1 a dissous tous les liens entre les hommes3 444 ,tout effort qui a le dsir pour mobile suppose la satisfaction pour terme3 ,toute satisfaction est individuelle1 tout terme est immobile#af4 ,la ,ville est en proie la dcomposition2 et le rgime qui la tue1 ne peut mme pas donner son matre un soupon de bonheur4 ,comme il a drob ,dieu sa place1 comme il a prtendu le supprimer de la vie sociale1 ,besme ne trouve devant lui que le nant4 ,car qui nie l'tre1 il nie tout tre4 ,qui retire le ,verbe de la phrase1 elle perd son sens4 ,besme est oblig d'avouer3 ,l'ennui de la mort est pareil la solitude que j'envisage#ag4 et il ajoute cette terrible menace3 ,l'homme ne sortira point du spulcre qu'il s'est construit#ah4 ,il faudra la violence inconsciente et destructrice d',avare1 les divinations de ,lla et la rvlation apporte par ,cuvre pour arracher l'homme son abjection et fonder la ,ville nouvelle 444 dans la clart de l'vidence#ai4 ,cette misre de l'humanit1 qui semble irrmdiable la plupart1 c'est toujours la faute originelle qu'elle est due4 ,elle a toujours pour cause le crime d'un homme qui usurpe la place de ,dieu4 ,par elle nous expions le crime du dsaveu4 ,mais un chtiment plus profond encore nous attend aprs la mort3 ,n'ayant plus que nous-mmes pour fin#bj1 nous avons cd l'attraction de la matire2 c'est en elle que nous avons cherch notre joie1 en elle que nous avons plac notre rcompense1 c'est dans sa compagnie que nous avons voulu nous complaire4 ,elle a du toutes nos attentes1 elle nous a combls de dconvenues4 ,il n'importe2 notre peine est invitable4 ,la ,terre nous rclame par l'intermdiaire des morts pour nous ensevelir4 ,une fois morts1 nous suivons la direction de nos penses1 et si nos penses se sont toujours inclines vers la terre1 nous pntrons en elle1 nous nous y glissons1 afin de la possder dans son intimit et dans sa profondeur2 l'assentiment que nous avons donn1 vivants1 son invitation1 subsiste aprs notre mort4 ,et plus dlibre a t notre adhsion la pesanteur1 plus troite est notre adhrence l'paisseur du sol4 ,certains entre les hommes ont fait plus que tourner leur proccupation vers la matire2 ils l'ont prise pour matresse et proclame telle2 ils ont avou ouvertement leur monstrueux amour2 ils ont cart toute inquitude par quoi l'homme peut retrouver ,dieu2 ils ont enseign la placidit dans le blasphme4 ,ce sont les sectateurs de l',antiscience#ba et1--comme leur crime1 tant le plus conscient1 est le plus odieux1--replis sur eux-mmes au plus profond de l',enfer1 dont ils constituent l'ossature1 ils sont en proie au feu justicier1 pur1 exact1 indfectible#bb4 ,cet horrible chtiment3 la mort et l'enfer1 ne suffit pas expier le pch originel4 ,en effet ,quelque chose de ,dieu a t vol#bc444 ,l'homme a soustrait ,dieu son image2 il a commis un larcin qu'il ne peut rparer4 ,car ce qu'il a drob innocent1 il ne peut le rendre pcheur#bd4 444 ,o est le mrite de l'offrande8 o est l'autorit du donateur8#be ,dieu seul peut rendre ,dieu 7ou l'uvre de ,dieu7 ,dieu1 par une espce de recration1 de rgnration#bf4 ,la misricorde recre tout#bg4 ,de mme qu'en lui refusant l'hommage1 nous avons vol ,dieu 444 son uvre1 et son bien trs prcieux1 notre volont#bh4 de mme ,dieu nous drobe notre crime et opre la restitution4 ,cuvre4--,l'homme s'tant soustrait ,dieu1 doit tre restitu4-- ,ivors4--,que veux-tu dire8-- ,cuvre4--,je veux dire substitu#bi4 ,pour suppler notre indignit1 dont l'offrande ne pourrait compenser notre ancienne grandeur1 ,dieu lui-mme se substitue l'homme pour se le restituer4 ,c'est le mystre de la ,rdemption3 ,dieu se fait homme et se sacrifie pour nous1 constituant ainsi une rparation digne de l'offense1 une compensation exacte du rapt originel4 ,ce sacrifice sublime l',empereur l'aperoit dans l'avenir et le promet son peuple comme rcompense de l'observation du repos3 ,la gloire de la ,vision viendra de la ,montagne et de l',ouest1 ,le mystre de la restitution vous sera enseign1 le sacrifice suffisant sera constitu parmi vous#cj4 ,et l',empereur nouveau1 clbrant l'attente1 implore son bienfait3 ,entends ma prire6 descends1 ,ciel1 comme au printemps les eaux surabondantes immensment ,arrivent sur les rizires prpares#ca4 ,et ,cuvre montre ,ivors cette image 4444 imprime sur le linge de la ,vronique4 ,l'expression en est si austre qu'elle effraie1 et si sainte ,que le vieux pch en nous organis ,frmit jusque dans sa racine originelle#cb4 ,enfin voici le cri dlirant du chrtien1 qui se sent sauv1 en qui ,dieu efface en les assumant1 l'humiliation1 la honte1 la mort3 ,pourquoi cries-tu8 tel qu'un cygne sur les eaux rsonnantes6 ,je me suis rveill en triomphe1 ,parce que me souvenant d'hier1 je me suis vu tel que de la neige6 ,je suis pur6 je suis pur6 ,je m'enorgueillirai de mon crime2 mon ,dieu6 j'agite ces mains meurtrires6 ,j'ai frapp1 et l'ablution a jailli4 ,j'ai crach1 ,et mon insulte est sur toi comme une gorge de pierreries6 ,c'est moi6 ,je vois ,chaque blessure que j'ai faite2 elle luit ,plus qu'une lampe1 ou qu'une flaque d'eau sous ,midi ne rejette une poigne de dards6 ,il remporte ma mort6 ,parce qu'il dcrit ma servitude dans ses mains#cc6 ,qui refusera le bienfait de la ,rdemption8 ,qui osera repousser le prsent divin qui nous est fait8 ,qui prfrera sa mort la joie de vivre en ,christ8 ,par notre union au ,christ1 son chef1 dans l'unit visible de l',eglise1 le corps des fidles est restitu ,dieu#cd4 #a ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #e4 #b ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #af4 #c ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #f4 #d ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #bhb4 #e ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #afb4 #f ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #g4 #g ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #ab4 #h ,ibid4 p4 #be4 #i ,ibid4 p4 #aeg4 #aj ,tte d',or1 ,l',arbre1 p4 #ach4 #aa ,ibid4 p4 #aj4 #ab ,tte d',or4 ,l',arbre1 p4 #abh4 #ac ,ibid4 p4 #abh et #acd4 #ad ,ibid4 p4 #afd4 #ae ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #cej4 #af ,ibid4 p4 #chf4 #ag ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #chh4 #ah ,ibid4 p4 #ceb4 #ai ,ibid4 p4 #dbb4 #bj ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #bhi4 #ba ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #bid et #cja4 #bb ,ibid4 p4 #bhf4 #bc ,ibid4 p4 #bhd4 #bd ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #h4 #be ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #cah4 #bf ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #h4 #bg ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #cae4 #bh ,ibid4 p4 #cje4 #bi ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #dai4 #cj ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #cah4 #ca ,ibid4 p4 #cbi4 #cb ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #dbj4 #cc ,thtre 7,premire ,srie74 ,,ii4 ,la ,ville 7premire version7 p4 #agj4 #cd ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #aa4 ,,la ,,pr,,sence ,,de ,,dieu ,nous voici de nouveau jets entre les bras du ,pre1 dans le sein de ,celui qui est toute vie#a4 ,retour ineffable2 tout nous est pardonn2 le geste qui nous accueille a oubli toutes nos iniquits4 ,et maintenant le ,christ est avec nous#b2 par notre adhsion l',eglise nous faisons corps avec le ,christ1 nous communiquons au ,christ#c4--,parce que nous n'avons pas repouss sa grce1 parce que nous avons entendu son appel1 parce que nous avons senti qu'il ne cessait pas de nous solliciter ,tel que la flamme qui1 volant sur le bois sec1 le flaire en frmissant#d1 nous voil rintgrs dans la communion et rgnrs4 ,la joie nous est donne de possder ,dieu1 de goter sa substance1 de l'prouver vivant en nous-mmes4 ,d'un geste de folie admirable ,violaine brise ses attaches terrestres2 elle devine que1 pour trouver ,dieu1 il faut se dpouiller de tout et se donner une soif digne de lui4 ,chasse de chez elle1 aveugle par sa sur1 ,toute sanglotante et chevelue1 pauvre brebis de femme attrape aux ronces par sa laine#e1 elle erre plonge dans sa ccit4 ,peu peu ses yeux dcouvrent une lumire plus profonde1 elle se sent envahir d'une connaissance nouvelle1 qui est comme une effusion secrte4 ,elle a cri 444 vers ,dieu comme s'il tait bien loin#f4 et ce qu'elle reoit c'est3 ,plus qu'une rponse1 le tirement de toute ma substance1 ,comme le secret enferm au cur des plantes1 le rapport propre ,de mon tre un tre plus grand#g4 ,elle dcouvre qu'il y a en elle quelqu'un qui n'est pas elle1 elle se sent3 444 comme lourde et enivre de sa prsence#h1 elle prouve en son cur une closion silencieuse1 dlicieuse et terrible4 ,c'est que la prsence de ,dieu1 quand plus rien en nous ne l'offusque1 devient active et efficace4 ,dieu surprend ce que nous avons de plus secret3 ,voici que tout perdus1 dans une rvolte comme celle de la conception1 ,nous sentons que nous ne pouvons plus dfendre ceci en nous ,qui est comme le noyau germinal1 le grain intime1 la semence de notre propre nom#i4 ,et cette essence cache1 ,dieu la dveloppe1 la dploie1 l'panouit en fruits4 ,sous son aspiration l'arbre humain3 444 invente dans son cur ses fruits dans l'expansion de ses branches#i4 ,dans une joie merveilleuse il grandit sur la terre1 qu'il bnit de son ombre1 il largit son branchage bienfaisant1 il ouvre ses fleurs vers le ,ciel4 ,et quand la mort descend sur lui avec la fin du jour1 ,au lieu de fleurs1 il n'y a plus que des fruits et la terre en est jonche#aj4 ,sous le rayon ineffable de ,dieu1 les mes1 comme celle de ,violaine dpouilles1 mrissent et fructifient et c'est dans un perptuel transport qu'elles vivent et meurent4 ,car3 la joie ternelle n'est pas loin de nous4 ,ce n'est pas un rve ou un apptit morbide1 c'est un besoin organique et lgitime de notre nature1 le plus essentiel3 ,le ,royaume des ,cieux est en nous#aa4 ,comme il est prsent en nos curs1 ,dieu doit tre prsent au cur de nos cits4 ,seules vivent et prosprent les socits qui le possdent2 car seules sa vision1 son ostension peuvent organiser l'union entre les hommes3 ,chaque homme1 pour vivre toute son me1 appelle de multiples accords#ab4444 ,ce n'est pas seulement la compagnie de la femme qui lui est ncessaire2 il ne trouve pas en elle seule satisfaction2 son besoin est plus vaste1 son indigence plus exigeante4 ,il faut ,qu' chaque homme soient donns tous les hommes#ac1 que des correspondances relient chacun toute l'humanit3 ,je pense qu'il n'est point d'tre si vil et si infime ,qu'il ne soit ncessaire notre unanimit#ad4 ,la ,ville sera donc constitue en vrit et en solidit si elle mnage entre tous les hommes une harmonie invincible#ae1 si elle fonde entre les besoins de chacun et sa fonction un quilibre sr1 si elle remplace l'change par la communion#af4 ,dans cette communion ce n'est plus un salaire qu'en retour de son travail attendra l'ouvrier1 mais la satisfaction par les autres de ses besoins1 la rponse de ses frres ses dsirs1 le complment librement concd de son indigence4 ,mais1 pour obtenir ce merveilleux accord1 il n'est pas besoin d'une r-forme1 d'une modification de la forme sociale4 ,la socit n'est pas un engin imaginer1 une organisation combiner3 elle est un fait1 elle existe4 ,elle est complte avec tous ses organes#ag2 tous ses membres1 mme ceux qui contemplent et qui sont ouverts sur l'esprit1 ont leur rle fix et constituent un corps unique4 ,il ne faut que donner ce corps une tte1 que proposer sa fonction la fin vritable3 ,dieu4 ,il suffit de rendre ,dieu prsent1 de l'offrir sans cesse tous les regards pour qu'ils trouvent en lui leur convergence4 ,car 444 ,la vrit incomprhensible ,est comme le soleil dans la vision de qui toute chose ,dans l'ivresse de la joie et dans l'exultation du tmoignage ,invente sa forme et sa vie#ah4 ,afin de fixer cette prsence et de retenir ,dieu parmi eux1 les hommes construisent l'glise4 ,au dbut ce n'est que le carrefour vtu d'un toit2 le lieu o les hommes se rencontrent et s'assemblent1 s'abrite d'une couverture2 l'glise n'est que la basilique1 asile du commerce et de la transaction4 ,mais ,dieu vient substituer l'change la communion2 il s'tablit dans l'glise2 sa prsence en gonfle et distend les parois2 le plafond se mue en vote1 un effort soulve la pierre4 ,la croix est plante dans le fond de l'difice1 selon ce geste des deux bras carts qui montre1 qui dploie1 qui appelle et qui arrte2 qui arrte1 ne permettant pas d'aller plus loin#ai4 ,la foule reflue1 s'largit2 son admission s'oppose et se propose la prsence divine4 ,l'glise s'lance d'un second et vertigineux lan1 dchirant l'paisseur de ses murs1 ployant ses ogives comme des ailes1 produisant vers le ciel la prire de ses flches4 ,elle devient l'me de la ville1 le centre et le noyau de la communaut et son geste vers ,dieu4 ,en elle se viennent confondre toutes les aspirations en une aspiration unique1 en un seul amour1 en une seule oraison3 ,ainsi l'on ne voit jamais dans nos vieilles villes la ,cathdrale se dgager nettement des maisons o elle est comme prise444 ,l'glise levait de la ville et la ville naissait de l'glise1 troitement adhrente aux flancs et comme sous les bras de l',eve de pierre#bj4 ,elle tait le signe de la communion en ,dieu et de l'unit vivante de la cit4 ,mais avec les sicles le doute est venu4 ,pour que nous n'oubliions pas ,dieu1 il faut que sa prsence nous soit rendue par l'glise plus vidente encore2 il faut qu' chaque instant du jour notre regard puisse le rencontrer3 ,pour nous1 moins forts que nos pres1 nous avons besoin d'une assistance plus continue1 ,et nous disons au ,seigneur de rester avec nous1 ,parce que le soir approche#ba4 ,c'est pourquoi ,pierre de ,craon a bti son glise qui est triple2 l',eglise du ,matin il a soud l',eglise du ,soir et l',eglise de la ,nuit4 ,en chacune de partout on aperoit le flamboyant ,autel#bb1 le ,buisson ardent#bb1 le ,centre sacr dans les flammes#bc et1 comme chacune s'appareille et s'accommode un tat de notre me1 ainsi toutes convergent vers la vision unique1 vers l'ineffable incendie4 ,a l'extrieur l'difice s'exhausse confusment vers le ciel et1 simulant le soulvement de la ville tout entire vers ,dieu1 ,culmine en un fate essentiel#bd4 ,tel est le pige mnag par les hommes pour tablir1 consolider et retenir parmi eux ,celui dont ils ne peuvent sans prir dtourner les yeux4 ,que sont cependant les bienfaits de la prsence divine ici-bas au prix de la possession qui nous est rserve aprs la mort6 ,alors nous verrons ,dieu face face4 ,une fois le corps dpouill et disparu ce mur qu'est la chair entre nous et ,lui1 nous voici nus dans le ,regard svre#be4 ,si sur terre nous avons vcu avec ,lui en vivant dans l'glise1 ,dieu va nous tre livr pour que nous nous en emparions1 pour qu'il soit notre bien et notre inpuisable dlice4 ,cependant notre possession ne sera pas une confusion1 un vanouissement en ,lui4 ,l'me reste distincte3 car1 si elle ne diffre point de ,dieu par sa substance1 si elle est son image adquate1 si elle est simple comme il est simple1 elle a du moins une fin spciale1 elle a t cre dans une intention particulire1 elle est appele rendre un tmoignage qu'elle seule peut rendre4 ,c'est ce secret de son individualit qu'elle apprend par la rvlation de ce nom nouveau dont parlent les ,saints ,livres#bf4 ,elle possde1 quand elle le sait1 le rythme essentiel de ce mouvement#bg qui la constitue et par l mme elle connat le mode particulier de son union ,dieu4 ,elle transforme selon l'ide qui lui est spciale1 la substance qu'elle puise en ,lui4 ,elle aspire ,dieu et elle expire une image marque de son propre sceau4 ,c'est la vritable action de grces1 semblable la fonction respiratoire3 ,o continuation de notre cur6 parole incommunicable6 acte dans le ,ciel futur6444 ,quelle prise1 d'un empire ou d'un corps de femme entre des bras impitoyables1 comparable ce saisissement de ,dieu par notre me1 comme la chaux saisit le sable1 et quelle mort 7la mort1 notre trs prcieux patrimoine71 nous permet enfin un aussi parfait holocauste1 une aussi gnreuse restitution1 un don si filial et si tendre#bh8 ,ainsi qu'elle nous permet d'apprhender ,dieu1 la destruction du corps nous met en communion avec toutes les autres mes4 ,car il y a une tendue spirituelle o les distances sont rgles non plus par l'loignement tactile1 mais par les relations harmoniques#bi4 ,mme1 l'me spare continue connatre les mes non-spares et les choses matrielles4 ,elle n'est pas immobile2 elle est toujours un rythme1 le battement d'un cur11 elle ne cesse pas de natre ni par suite de connatre3 ,elle fait partie d'un ensemble et d'un quilibre dont elle ressent en elle-mme toutes les variations#cj4 ,l'me en ,dieu embrasse toute la ,cration1 et elle ne s'en dtache pas1 elle ne s'interrompt pas d'agir sur elle2 elle poursuit dans l'ternit l'accomplissement du rle qui lui a t confi sur terre2 mais sa vie1 dbarrasse des entraves charnelles1 au lieu d'tre heurte et incohrente devient un vers 7vers1 direction7 de la justesse la plus exquise#ca4 ,notre occupation pour l'ternit sera l'accomplissement de notre part dans la perptration de l',office1 le maintien de notre quilibre toujours nouveau dans un immense tact amoureux de tous nos frres1 l'lvation de notre voix dans l'innarrable gmissement de l',amour#cb6 #a ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #afc4 #b ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #ac4 #c ,ibid4 #ab4 #d ,le ,repos du ,septime ,jour4 ,l',arbre1 p4 #bhg4 ,il y a un peu plus haut3 ,comme ,dieu a aim ses cratures au commencement1 il les aime jusqu' la fin4 ,il ne retire point l'tre qu'il leur a communiqu et ses volonts sont sans repentir4 #e ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #dhg4 #f ,ibid4 p4 #dhg4 #g ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #dhh4 #h ,ibid4 p4 #dhg4 #i ,ibid4 p4 #dia4 #aj ,la ,jeune ,fille ,violaine1 ,l',arbre1 p4 #dia4 #aa ,abrg de toute la doctrine chrtienne1 #ad4 #ab ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #cia4 #ac ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #cib4 #ad ,ibid4 p4 #cia4 #ae ,ibid4 p4 #cia4 #af ,ibid4 p4 #cib4 #ag ,ibid4 p4 #dbd4 #ah ,la ,ville4 ,l',arbre1 p4 #dbb-dbc4 #ai ,dveloppement de l',eglise4 ,art ,potique1 p4 #ahg4 #bj ,dveloppement de l',eglise4 ,art ,potique1 p4 #ahb4 #ba ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ebd4 #bb ,ibid4 p4 #ebg4 #bc ,ibid4 p4 #ebe4 #bd ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ebh4 #be ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #afb-afc4 #bf ,trait de la ,co-naissance4 ,art ,potique1 p4 #afe4 #bg ,ibid4 p4 #aff4 #bh ,ibid4 p4 #afg-afh4 #bi ,ibid4 p4 #aga4 #cj ,trait de la ,co-naissance1 ,art potique1 p4 #agd4 #ca ,ibid4 p4 #age4 #cb ,ibid4 p4 #agh4 ,,iv ,,pri,,re ,et maintenant il faut recourir au silence1 il faut tout oublier de cette analyse simplement destine faciliter la lecture4 ,voici que dans le secret l'uvre de ,claudel se reforme1 se rassemble1 se condense et nous apparat soudain dans sa terrible beaut4 ,malheureux celui que le premier choc n'effraiera point6 ,car il n'aura pas compris4--,claudel est redoutable et cruel2 il se jette sur nous avec la mme imptuosit que son ,dieu1 il rclame tout de nous1 il veut nous enflammer tout entiers1 il n'est pas une parcelle de nous qu'il renonce accaparer3 ,il est plus dur que l'enfer4 ,qu'on ne pense pas pouvoir lui consacrer une froide admiration6 ,ce n'est pas l'assentiment de notre got qu'il dsire2 mais il exige notre me1 afin de l'offrir ,dieu2 il veut forcer notre consentement intime2 il veut nous arracher1 malgr nous1 l'abjection du doute et du dilettantisme4 ,comme rponse nos rsistances1 il assne sans cesse sa formidable vrit4 ,il est un missionnaire et un aptre4 ,ceux qui voudront lui chapper sauront le prix qu'il en cote4 ,sa faon de rendre compte du monde est si serre1 son explication s'offre nous avec une telle force 7car quelle doctrine philosophique s'imposerait comme elle tout notre tre et saurait comme elle le pntrer871 elle est si despotiquement convaincante1 que la repousser c'est embrasser le nant4 ,refuser le christianisme de ,claudel1 c'est se condamner n'avoir plus de recours qu'en le nant4 ,a l'ineffable rvlation ne s'oppose de valable que le ,rien n'est de ,besme4 ,c'est ce cri seul que ,claudel n'a pu rduire2 ce cri seul du dsespoir sans fond est le bien et la possession de qui a pu s'arracher ,claudel4 ,mais ceux en qui sa persuasion s'est insinue1 ont un plus doux privilge4 ,ils peuvent maintenant1 dans le transport de la foi1 prier cette prire3 ,o mon ,dieu1 je suis devant vous passionn1 hagard1 misrable1 avec ma force et avec ma faiblesse1 avec mon courage et avec ma lchet1 avec mon ambition et avec mon abjection4 ,je suis devant vous avec ma pourriture4 ,chaque jour je mne bout ma besogne1 chaque jour je m'acquitte minutieusement de ma fonction terrestre4 ,ce n'est aucune satisfaction que je cherche3 nulle part je n'asseois ma jouissance4 ,mais je me suis rendu sensible l'appel secret que vous m'adressez au del du bonheur3 une faible question a filtr jusqu' moi4 ,je comprends comment il faut y rpondre4 ,lourdement1 pniblement1 je soulve vers vous le poids que je suis3 hors de mes tnbres1 hors de la matire qui m'enserre et dont je suis fait1 je tends vers votre prsence mes deux bras ttons4--,dj je sens votre feu m'emprendre1 dj vous saisissez ce que j'ai en moi d'unique et d'essentiel1 de plus profond1 de plus cach1 mon noyau intrieur4 ,je me rvolte et je ne me dfends plus2 dans un sursaut1 dans un abandon dlicieux1 je vous livre mon cur2 je suis comme la bien-aime qui abandonne ses mains2 vous tes en moi1 je suis en vous3 communion indmle1 fusion de l'tre en l',etre4 ,a votre attraction rien de moi n'est plus soustrait4 ,vous faites jaillir de moi mes actes comme de l'arbre les fruits4 ,je grandis1 je mris1 j'adore4 ,sous votre rayon ma vie se dveloppe et s'panouit4 ,et voici que ce bonheur1 quoi j'avais renonc1 je le sens qui soudain sourd1 monte et m'envahit1 non plus fragmentaire et fugitif et comme un sourire dans les larmes1 mais fort1 continu1 inpuisable comme une source vive3 ,certes j'ai toujours pens que c'tait une bonne chose que la joie4 ,mais maintenant j'ai tout6 ,je possde tout sous mes mains6 et je suis comme quelqu'un qui1 voyant un arbre charg de fruits1 ,etant mont sur l'chelle1 il sent plier sous son corps le profond branchage4 ,il faut que je parle sous l'arbre1 comme la flte qui n'est ni basse1 ni aigu6 ,comme l'eau ,me soulve6 ,l'action de grces descelle la pierre de mon cur6 ,que je vive ainsi6 que je grandisse ainsi1 mlang mon ,dieu1 comme la vigne et l'olivier#a6 #aijf-aijg4 #a ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,l',arbre1 p4 #ecd4 ,,les ,,uvres ,,lyriques ,,de ,,claudel ,l'amour dvore la crainte1 la gloire absorbe la mort6 7,hymne de la ,pentecte47 ,la ,jeune ,fille ,violaine s'achevait dans la joie4 ,a la fin de ,partage de ,midi1 c'tait avec un dbordant espoir qu',ys et ,mesa entraient dans la mort4 ,mais cette joie1 par quelles routes longues et pnibles#a1 par combien de souffrances il avait fallu l'atteindre6 ,elle n'apparaissait dans les drames que par moments4 ,elle surgissait avec la violence d'un cri qui1 de temps en temps1 dlivre le cur oppress4 ,comme si les personnages entrevoyaient soudain travers leurs maux prsents le lourd dploiement de l'au-del1 ils levaient 444 les mains dans la transe et le transport de l'esprance sauvage et sourde#b6 ,maintenant toute plainte s'est tue4 ,de mme que chaque pome monte peu peu vers l'clat de la joie1 de mme1 travers l'uvre entier de ,claudel1 la joie1 comme une parole de plus en plus distincte et solitaire1 s'est leve4 ,et voici que dans les uvres lyriques1 elle chante pure1 debout ainsi qu'un grand ange blanc3 ,tout s'est tu1 mais l'esprit qui contient toute chose ne se contient pas en moi4 ,l'esprit qui tient toute chose ensemble a la science de la voix1 ,son cri intarissable en moi comme une eau qui fuse et qui dferle6 ,il n'est ce discours parole ou son1 pause ou sens1 ,rien qu'un cri1 la modulation de la ,joie1 la ,joie mme qui s'lve et qui descend1 ,o ,dieu1 j'entends mon me folle en moi qui pleure et qui chante#c4 ,les pomes lyriques de ,claudel ne forment qu'une immense action de grces4 ,pourtant1 parce que leurs voix1 jointes en un chant unique1 laissent distinguer dans le concert leur qualit respective1 il nous faudra sparer les ,odes et les ,hymnes4 ,mais les rflexions diffrentes qu'elles nous inspireront1 ne cesseront pas d'tre gnrales et1 pour mieux convenir aux unes1 ne perdront pas1 appliques aux autres1 toute proprit4 99 99 99 99 99 ,dans les ,odes la phrase ne se droule pas rgulire1 uniforme4 ,en son dbut1 la fin n'est pas1 implique4 ,au lieu de se dvelopper suivant une courbe calcule1 elle se compose du tumulte mme des images4 ,sa richesse fait son dsordre4 ,tant de spectacles et d'ides se pressent dans l'esprit du pote qu'ils n'attendent pas de laisser la priode se former exactement4 ,une impatience les pousse et les force se produire tous ensemble avant de s'tre rendus compatibles4 ,ils se font accepter avec toute leur tressaillante diffrence4 ,la phrase se prcipite comme un courant gorg1 comme une rivire qui charrie#d4 ,chaque image se prsente avec la forme de proposition qu'elle appelait2 elle refuse de se soumettre la construction gnrale4 ,il faut qu'elle trouve place1 entire et vivante4 ,voici soudain1 quand le pote nouveau combl de l'explosion intelligible1 ,la clameur noire de toute la vie noue par le nombril dans la commotion de la base1 ,s'ouvre1 l'accs ,faisant sauter la clture1 le souffle de lui-mme ,violentant les mchoires coupantes1 ,le frmissant ,novnaire avec un cri#e6 ,souvent1 alors qu'une pense dj commence s'exprimer1 une image si forte apparat qu'elle interrompt la phrase1 s'pand au centre et parfois laisse inachev le dveloppement qu'elle a suspendu4 ,aucune continuit prconue ne vient ordonner la naissance des propositions1 ni agencer leurs contacts4 ,elles surgissent selon la force sensuelle des visions qu'elles traduisent4 ,chacune s'ajoute tout entire la prcdente et ne se dforme en aucun point pour prparer sa liaison1 pour se joindre celles entre lesquelles elle est comprise4 ,aussi a-t-on le sentiment que les images sont planes et horizontales1 qu'elles ne se disposent jamais suivant une dclivit et qu'elles s'lvent les unes au-dessus des autres1 comme les marches tales d'un escalier rustique#f4 ,le pome dans son ensemble se dveloppe sur le modle d'une phrase4 ,la composition imite la syntaxe3 ,o mon me impatiente1 pareille l'aigle sans art6 comment ferions-nous pour ajuster aucun vers8 l'aigle qui ne sait pas faire son nid mme8 ,que mon vers ne soit rien d'esclave6 mais tel que l'aigle marin qui s'est jet sur un grand poisson1 ,et l'on ne voit rien qu'un clatant tourbillon d'ailes et l'claboussement de l'cume6 ,mais vous ne m'abandonnerez point1 ,muses modratrices#g4 ,le pote ne concerte aucun plan#h4 ,il compose par tableaux qui naissent les uns des autres3 ,et comme quand en automne on marche dans des flaques de petits oiseaux1 ,les ombres et les images par tourbillons s'lvent sous ton pas suscitateur#i6 ,nous avanons dans le pome en passant d'un spectacle un autre4 ,que le nom de la ,vierge ,marie soit prononc3 aussitt voici la ,visitation#aj4 ,ou1 s'il est parl d',homre1 le pote ne peut s'empcher d'apercevoir l',odysse comme un large drame splendide encore ouvert au fond des temps#aa4 ,et l',enide1 et la ,divine ,comdie passent ainsi que de hauts vaisseaux entrevus444 ,le pome est conduit par l'imagination4 ,c'est elle qui marche1 dans l'garement et le transport1 partage entre toutes les splendeurs qu'elle dcouvre4#ab ,et ce sont ses sursauts qui font l'enchanement de l',ode4 ,aussi ne faut-il pas chercher d'abord la direction intellectuelle du pome1 mais trouver le point prcis d'o l'on puisse contempler sans dplacement toutes les visions offertes4 ,il y a une certaine attitude de l'imagination qui rend lis tous les spectacles comme ils le furent dans l'esprit du pote4 ,il n'est besoin que d'un peu d'abandon pour s'y sentir soudain plac3 ,o grammairien dans mes vers6 ,ne cherche point le chemin1 cherche le centre6 mesure1 comprends l'espace compris entre ces feux solitaires6 ,que je ne sache point ce que je dis6 que je sois une note en travail6 que je sois ananti dans mon mouvement6 7rien que la petite pression de la main pour gouverner47 ,que je maintienne mon poids comme une lourde toile travers l'hymne fourmillante#ac6 ,cependant1 nous apercevons que ce grand courant d'images ne se laisse pas conduire au seul hasard4 ,pas de fil logique4 ,mais une intention toujours prsente vite les divergences inutiles1 ramne sans cesse cet lan multiple avant qu'il ne s'parpille4 ,il y a la petite pression de la main pour gouverner4 ,il y a l'intervention des ,muses modratrices4 ,une pense secrte1 la mme jusqu'au bout1 pse au cur du pome4 ,elle l'entrane par sa simple prsence sans se dvoiler jamais compltement4 ,elle reste close et sourde4 ,mais elle persiste4 ,et si je ne peux pas1 la dernire ligne1 l'exprimer1 du moins l'ai-je comprise1 prise avec moi4 ,de temps en temps seulement1 comme sous une mer agite et confuse on entrevoit le roc1 l'ide sous la fluctuation des images se dcouvre4 ,elle est l1 je vais la saisir4 ,mais dj une nouvelle vague de visions s'lve et la submerge4 ,lire une ,ode de ,claudel1 c'est tre port par un navire certain au milieu d'une large tempte sensuelle4 ,cette ondulation puissante1 ces giclements 444 ils traduisent tout ce qu'il y a dans la joie d'ampleur et de gnrosit4 99 99 99 99 99 ,mais dans les ,hymnes1 de la joie s'exprime surtout la jalousie4 ,la joie est une passion exclusive4 ,a mesure qu'elle monte1 elle rend celui qu'elle possde de plus en plus solitaire4 ,le chrtien se voit seul en prsence de ,dieu3 ,et il regarde face--face avec tranquillit1 dans la force et dans la plnitude de son cur#ad4 ,vous tes ici avec moi1 et je m'en vais faire loisir pour vous seul un beau cantique1 comme un pasteur sur le ,carmel qui regarde un petit nuage#ae4 ,la joie distingue comme le feu4 ,elle tient spar4 ,dans l',hymne du ,saint-,sacrement1 chaque strophe se termine par un vers plus court que les autres1 qui semble vouloir la fermer avec avarice4 ,qu'aucun impie ne s'introduise dans le dsert de lumire o se sent ravi le chrtien3 ,jugez-moi et discernez ma cause de la race d',edom et d',amalech#af4 ,jamais plus ,vous ne direz pareil celui qui ,vous aime ceux qui ne ,vous ont aim pas#ag6 ,si fervent est le transport du pote1 si pleine de certitude sa fidlit1 que son esprance mme est comme un dfi3 ,et je rirai mon dernier jour#ah6 ,de cette pret et de cette solitude de la joie1 on trouve l'expression dans la forme mme des ,hymnes4 ,la rgularit rythmique des vers1 leurs rimes1 leur rpartition en strophes donnent au pome l'allure d'une brlante litanie4 ,le retour des mmes sons et des mmes mouvements imprime la voix je ne sais quelle monotonie impitoyable4 ,je sens tout de suite que dans l'hymne entire ne sera rcite qu'une seule passion1 que rien ne viendra l'inquiter1 qu'il ne faut m'attendre qu' sa croissance1 qu' son ascension dvorante4 ,c'est ainsi que le feu prend et n'augmente sa violence qu'en se nourrissant de sa riche scheresse4 ,aucune ombre4 ,aucun instant de fracheur4 ,nous sommes dans un champ aride et flambant4 ,il n'y a que du chaume par terre4 ,une ardeur pse4 ,c'est la canicule de la ,vrit3 ,terrible silence de midi o votre nom seul est rpondu#ai6 ,votre amour est comme le feu de la mort1 votre zle est plus dur que l'enfer#bj4 ,voici du soleil sur nous444 la face vidente et torride#ba4 ,et la langue de ,dieu sur nous avec un cri clatant#bb6 ,il semble que les ,hymnes soient faites avec cette lumire cruelle de la joie4 ,tous les lments en sont blouissants de duret4 ,peut-tre faut-il attendre dsormais de ,claudel des uvres qu'aucune souffrance ne pntrera plus1 qui se composeront de l'clat mme de sa foi4 ,j'entrevois des drames forms par de courts rayons tincelants comme des glaives croiss1 une posie fervente et brve comme l',et4 #aiaj4 #a ,partage de ,midi1 p4 #aeb4 #b ,magnificat4 ,cinq ,grandes ,odes suivies d'un ,processionnal pour saluer le sicle nouveau1 p4 #ge4 #c ,hymne de la ,pentecte1 dans l',occident de mai #aiji1 p4 #bac-bad4 #d ,cf4 ,les ,muses4 ,cinq ,grandes ,odes1 p4 #be3 444444 ,voici que dans tous les cantons de ton me ,se rsout le ,gnie1 pareil aux eaux de l'hiver6 #e ,les ,muses4 ,cinq grandes ,odes1 p4 #g et #h4 #f ,c'est sans doute l'impression de cette horizontalit qui inspira ,m4 ,francis ,vil-,griffin1 propos des ,muses1 cette phrase3 ,j'aime l'ivresse de cette danse verbale1 qui frappe le sol ferme d'une sandale aise et large et qui marche sur l'air et sur les flots d'un pas matriel4 7,l',ermitage1 #aije47 #g ,les ,muses4 ,cinq grandes ,odes1 p4 #ab-ac4 #h ,les ,muses4 ,cinq ,grandes ,odes1 p4 #ab4 #i ,ibid4 p4 #ab4 #aj ,magnificat4 ,cinq grandes ,odes1 p4 #fg4 #aa ,les ,muses4 ,ibid4 p4 #aj4 #ab ,cf4 ,tte-d',or4 ,l',arbre1 p4 #df3 ,la ,muse parfois s'gare dans un chemin terrestre2 ,et profitant de l'heure le soir o ils mangent la soupe dans les bourgs1 ,la passante aux cheveux hrisss de lauriers marche nu-pieds1 chantant des vers1 le long de l'eau1 ,toute seule1 comme un cerf farouche6 #ac ,les ,muses4 ,cinq ,grandes ,odes1 p4 #ai4 #ad ,magnificat4 ,cinq grandes ,odes1 p4 #ic4 #ae ,ibid4 p4 #ff4 #af ,hymne du ,saint ,sacrement1 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise du #a;er avril #aiji1 p4 #bdg4 #ag ,hymne de la ,pentecte1 ,occident1 p4 #bjf4 #ah ,hymne du ,saint ,sacrement1 ,nouvelle ,revue ,franaise1 p4 #bed4 #ai ,hymne du ,saint ,sacrement1 ,nouvelle ,revue ,franaise1 p4 #bdf4 #bj ,saint ,paul4 ,trois ,hymnes dans la ,nouvelle ,revue ,franaise de ,dcembre #aiji1 p4 #cdc4 #ba ,saint ,jacques4 ,trois ,hymnes4 ,ibid4 p4 #cej4 #bb ,hymne de la ,pentecte4 ,occident1 p4 #bjd4 ,,bibliographie#a ,morceau d'un drame1 dans la ,revue ,indpendante1 #ahij ,tte-d',or 7sans nom d'auteur71 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahia ,la ,ville 7sans nom d'auteur71 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahic ,l',agamemnon d',eschyle1 traduction1 ,foutchou1 #ahif ,connaissance de l',est1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijj ,l',arbre 7,tte-d',or4 ,l',echange4 ,le ,repos du ,septime jour4 ,la ,ville4 ,la ,jeune ,fille ,violaine71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aija ,connaissances du ,temps1 ,foutchou1 #aijd ,les ,muses1 ode1 ,bibliothque de l',occident1 #aijh ,les ,muses1 ode1 dans ,vers et ,prose1 ,tome ,,ii1 ,juillet #aije ,vers1 dans l',ermitage1 #ae ,juillet #aije ,camille ,claudel1 statuaire dans l ,occident1 ,aot #aije ,paroles pour de la musique1 dans l ,occident1 ,octobre #aije ,lonainie1 pome indit d',edgar ,po 7traduction71 dans l',ermitage1 #ae ,janvier #aijf ,partage de ,midi1 ,bibliothque de l',occident1 #aijf ,connaissance de l',est 7nouvelle dition augmente de neuf pomes parus dans l',occident71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijg ,art ,potique 7,connaissance du ,temps4 ,trait de la ,co-naissance au monde et de soi-mme4 ,dveloppement de l',eglise71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijg ,hymne de la ,pentecte1 dans l',occident1 ,mai #aiji ,hymne du ,st ,sacrement1 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,avril #aiji ,trois ,hymnes 7,saint ,paul1 ,saint ,pierre1 ,saint ,jacques71 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,dcembre #aiji ,vers sur la mort de ,charles-,louis ,philippe1 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,fvrier #aiaj ,la ,visitation1 dans le ,catholique1 ,mars #aiaj ,magnificat1 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,mai #aiaj ,mditation pour le ,samedi ,soir1 dans la ,phalange1 #bj ,juillet #aiaj ,les ,paradoxes du ,christianisme1 par ,g4 ,k4 ,chesterton 7traduction71 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,aot #aiaj ,ddicace1 dans l',art ,libre1 ,septembre #aiaj ,cinq ,grandes ,odes suivies d'un ,processionnal pour saluer le sicle nouveau1 ,bibliothque de l',occident1 #aiaj ,l',irrductible1 dans l',hommage ,verlaine1 ,librairie ,lon ,vanier-,messein1 #aiaa ,thtre4 ,premire ,srie4 ,i4 ,tte-d',or 7,premire et seconde versions71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aiaa ,l',otage1 drame1 ,edition de la ,nouvelle ,revue ,franaise1 #aiaa ,thtre4 ,premire ,srie4 ,,ii4 ,la ,ville 7,premire et seconde versions71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aiaa ,propositions sur la justice1 dans l',indpendance1 #ae ,mai #aiaa ,chemin de ,croix1 dans ,durendal1 #a;er ,juin #aiaa ,sous presse3 ,thtre4 ,premire ,srie4 ,,iii4 ,l',echange4 ,la ,jeune ,fille ,violaine4 ,vers d'exil4 ,librairie du ,mercure de ,france1 ,l',annonce faite ,marie1 drame1 dans la ,nouvelle ,revue ,franaise4 #a ,parmi les uvres publies dans les ,revues nous ne signalons que celles qui n'ont pas t runies jusqu' ce jour en volume ou qui n'ont paru que dans des ditions rares4 ,,iv ,,des ,,musiciens ,,dardanus ,,de ,,rameau ,rameau est la rcompense de notre fatigue et l'un de nos plus chers tonnements4 ,cette recherche fivreuse de l'expression dramatique que nous avons entreprise avec ,wagner1 nous pensions qu'elle exigeait d'abord l'abandon de tous les moules musicaux1 de toutes les formes prescrites2 elle nous semblait impossible sans ce sacrifice pralable4 ,en fait1 notre effort a sans cesse tendu vers la plus grande libert4 ,l'uvre de ,debussy par exemple a t surtout de ragir contre ce qu'il y avait encore de trop rituel dans l'invention dont ,wagner tait devenu le prisonnier1 savoir la construction thmatique4--,cependant ,rameau nous est rendu2 et voici qu'avec merveillement nous constatons qu'il a su tout exprimer1 en se servant des formes mmes dont le rejet nous tait apparu comme notre premier devoir4 ,sa spontanit est si merveilleuse qu'elle n'prouve aucune gne se voir enchane4 ,elle se lve1 danse1 se passionne et pleure dans le palais qu'elle s'est choisi et dans ses jeux enferms elle s'emploie tout entire1 si bien qu'elle n'a pas l'ide d'chapper une contrainte dont elle ne saurait s'apercevoir4 ,la beaut de cette musique commence si tt1 qu'on la ressent avant qu'il lui faille par quelque geste d'affranchissement s'affirmer2 et le sourire de la captive qui danse est d'abord trop pur pour qu'on le puisse esprer plus aimable1 une fois les liens tombs4--,mme1 il semble que ,rameau ait besoin de ces formes o il s'adapte et que dans l'exactitude aise avec laquelle il vient les combler1 il y ait quelque reconnaissance4 ,je ne pense pas qu'elles lui soient ncessaires pour se soutenir2 mais son motion est si intime1 si uniquement musicale qu'elle ne saurait comment composer d'elle-mme son maintien extrieur et qu'elle accepte avec joie un visage tout fait1 ainsi que les acteurs des tragdies grecques1 n'accordant d'importance qu' la substance mme de leurs paroles1 pour les prononcer sur la scne prenaient des masques4 ,un air ou un chur de ,dardanus1 encadr par ses ritournelles ou engag entre deux rcits de forme peu prs fixe1 est aussi expressif que les plus libres mlodies dramatiques d'aujourd'hui4 ,seulement1 au lieu de s'appliquer traduire le pome mot mot et se modeler sur lui1 au lieu de le saisir corps corps et de dcrire son sens avec une minutie presque syllabique1 ,rameau ne prend les paroles que comme un texte dvelopper musicalement1 comme une pigraphe qu'il faut justifier2 il les nonce1 puis les enveloppe d'un merveilleux rseau sonore qui laisse paratre parmi ses mailles leur sens visible et prisonnier4 ,en reprenant plusieurs fois la mme phrase1 il exprime tous les aspects de l'motion qu'elle lui suggre1 jusqu' ne pouvoir plus que la reproduire en finissant dans la simplicit primitive de son apparition4--,avec une me diffrente et tout ce que peut ajouter de richesse l'inquitude de la foi1 ,bach crit dans le mme style ses cantates4--,d'ailleurs ,rameau n'ignore pas la traduction textuelle et1 quand il y recourt1 il sait noter les plus flexibles accents1 les plus sensibles dsinences4 ,la mlodie du grand air d',iphise est comme le battement virginal du cur1 comme la passagre lueur des yeux2 elle est fine1 inquite et mouvante1 aussi attentive aux ondulations des phrases que la dclamation de ,debussy4 ,mais le vritable prodige c'est l'orchestre1 qui1 ne procdant que par rigaudons1 menuets et chaconnes1 tient l'auditeur dans un trouble perptuel d'attente et de dlice4 ,partout tranent les dsirs1 coulent les plaintes1 glissent au long du cur les plus voluptueux dsespoirs4 ,qu'on ne s'y trompe pas4 ,il ne s'agit pas seulement des tendres amours et des doux soupirs dont le texte est prodigue2 nous ne respirons pas l simplement la fadeur galante du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,mais les sentiments que porte cette musique1 ont l'lan pur et direct des larmes qu'on ne peut empcher4 ,je vois la ,muse debout1 et d'une main elle contient son grand cur anxieux qui bouge sous sa robe2 son attitude est pleine de dcence2 mais je n'en sais pas moins qu'elle souffre des mmes amours que moi4 ,si vous en doutez1 il ne faut qu'couter l'admirable chaconne finale et surtout l'ascension sombre1 haletante1 puise1 bien que toujours passionnment rserve1 qui remplit le prlude du troisime acte et que les ,tablettes de la ,schola ont pu1 sans trop d'arbitraire1 rapprocher de la ,solitude de ,tristan4 #aiji ,,la ,,passion ,,selon ,,saint ,,jean ,,de ,j4-,s4 ,,bach ,c'est la musique de la contrition4 ,elle est possde par la pense du pch2 elle s'accuse profondment2 elle prie afin d'tre pardonne4 ,comme la prire1 dont elle emprunte les modes invariables1 elle est la fois rigide et haletante4 ,bach prend les ides l'une aprs l'autre4 ,a chacune il s'attache jusqu' l'avoir exprime compltement2 il ne la quitte pas qu'il ne l'ait puise4 ,il l'insre en une forme fixe1 chur1 air ou rcit1 dont les lignes abstraites dsignent d'avance tous les trajets par lesquels1 pour l'explorer entire1 il la faudra sillonner4 ,a l'intrieur de cette forme1 une grande musique fivreuse et unie se dveloppe2 elle parcourt longuement l'espace qui lui est donn1 elle le crible de ses pas nombreux1 elle le couvre de sa marche prcipite et rgulire4 ,admirable pitinement6 ,il n'est pas d'issue par o je puisse m'chapper2 je suis conduit avec violence2 je ne peux qu'obir la main qui m'a saisi2 il faut que j'prouve jusqu'au bout4 ,sous cette prise troite et svre1 je me sens malmen comme par la pnitence4--,quand le texte qu'elle commente a t compltement exprim1 la musique longuement s'arrte2 elle se rassemble toute2 elle vient1 avec une consciencieuse passion1 se runir sur la tonique4 ,on discerne dans son ralentissement une satisfaction austre1 comme en ceux qui n'ont agi qu'afin que toutes choses fussent faites4 ,les churs1 les airs1 et les chorals1 forment la partie lyrique de la ,passion selon ,saint-,jean3 avec duret l'me chrtienne fait l'application soi des paroles de l',evangile1 tourne vers soi le grief du ,sauveur4 ,dans les churs1 l'orchestre tout de suite entreprend ses rapides et rigides montes1 l'ascension sombre de ses traits uniformes1 son grand mouvement indiscontinu qui se recouvre sans fatigue4 ,les voix ajoutent la rgularit pre de leurs changes2 jamais la phrase n'est dlaisse par elles1 elle s'enchane sans cesse avec elle-mme et la reprise perptuelle de son intgrit dessine des ondulations inflexibles4 ,toute cette musique est en proie aux amples pulsations de la prire1 elle respire fortement1 toute dresse et plaintive1 elle s'agite comme un cur boulevers d'adoration4--,elle ne progresse pas2 tout de suite elle nonce tout ce qu'elle a dire1 puis ne fait plus que le rpter4 ,mais la rptition mme augmente peu peu l'motion jusqu'aux larmes3 chaque retour pntre d'une piti nouvelle et plus forte4 ,la prire ne compte que sur sa monotonie pour blesser l'me qui elle s'adresse1 elle se recommence1 elle se ressaisit elle-mme1 elle se tient de nouveau1 pareille1 entre ses propres mains et s'offre de nouveau1 pareille1 comme si elle ne dcouvrait pas de plus profond cri qu'elle-mme4--,dans les chorals1 la pense est parcourue d'une musique plus lente2 elle n'est plus couverte en tous sens1 mais traverse avec douceur et exactitude d'un bout l'autre4 ,le chant prend chaque phrase1 la soulve jusqu'au fate de son intensit contenue1 puis la dpose2 il s'appuie sur des silences pour que le cur s'coute pntrer par la mditation4 ,la partie narrative est faite des rcits vangliques4 ,la mlodie se droule avec uniformit4 ,elle est accidente1 mais ses inflexions sont comme rituelles4 ,son discours est plein de mouvement1 mais d'un mouvement prescrit une fois pour toutes4 ,c'est qu'elle s'est faite servante des formidables paroles qu'il lui faut porter2 par humilit elle s'est vtue des habits les plus coutumiers2 elle gravit le calvaire avec modestie4 ,a la fin des rcits seulement elle se permet parfois quelque emportement3 ,alors ,pilate fit prendre ,jsus et le fit fouetter4 ,l'normit d'un tel crime possde si fort la pense du musicien qu'il ne peut se sparer de cette parole1 et1 l'ayant saisie1 il la trane en une longue vocalise1 l'appuie au fond de sa gorge jusqu' l'horreur4--,parmi l'exacte monotonie de la narration1 brusques1 les rponses et les invectives de la foule clatent en churs4 ,une parole est dire1 prpare de toute ternit1 annonce par les prophtes6 ,voici que la foule se rue sur elle1 s'empare d'elle1 la prononce enfin et1 pleine de rage1 s'enivre de la rpter4 ,puis1 parce que tout est accompli1 elle se tait4 ,cris abrupts1 brutalit haletante1 haine spasmodique du chur3 ,kreuzige 7crucifie-le74 ,et1 soudain1 silence imprvu1 interruption subite des voix3 le peuple confusment s'tonne du crime qu'il vient de commettre1 reste interdit1 sans comprendre quelle fatalit le pousse4 ,en mme temps qu'elle est une uvre universelle1 la ,passion selon ,saint-,jean dlicieusement garde un got national4 ,je pense aux gravures sur bois des matres allemands3 c'est bien le mme calvaire1 naf et froce1 tout en oppositions4 ,autour du ,christ accabl1 je distingue le gros rire des bourreaux et ces faces bestiales et sommaires1 o la cruaut se dchane en grimace4 #aiaj4 ,,cesar ,,franck ,la grandeur de ,csar ,franck est de n'avoir jamais dit que ce qu'il avait dire4 ,il ne s'est pas dout qu'on pt jouer avec la matire sonore1 il a eu le respect de son utilit1 il ne l'a employe que pour la faire servir quelque dessein4 ,ce n'est pas qu'il se soit dcid une telle probit2 mais il l'avait naturelle1 tant de ceux qui ne parlent que parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement4 ,sa rcompense fut cette libert de langage qui est la seule chose que ses disciples n'aient pas su imiter1--cette libert qui toujours rsulte d'une intention prcise et de l'obligation2 comme il savait chaque instant ce qu'il voulait dire1 il n'tait gn par rien4 ,la ncessit dont la musique de ,franck est imprgne1 est la source de toutes ses vertus4 ,d'abord de son exactitude admirable4 ,chaque instrument entre sa place1 appel par tous les autres1 et son apparition meut tant elle est naturelle4 ,jamais d'effet par l'inattendu4 ,si je tressaille1 ce n'est que de sentir mon attente avec perfection comble4 ,le clair discours se droule1 les paroles naissent au fur et mesure de ce qu'il faut noncer4 ,non qu'elles soient prvues2 chaque mesure au contraire est une surprise mais elle ne surprend qu' force de satisfaire4 ,puis1 son exactitude donne cette musique sa continuit si particulire4 ,elle est si serre1 elle s'agence si scrupuleusement qu'aucune interruption ne s'y saurait insinuer2 rien ne manque1 aucun passage dont le vague puisse tre l'occasion d'une divergence2 l'intention est sans cesse prsente en chaque dtail et lui interdit de distraire4 ,le dveloppement n'emprunte rien l'extrieur2 il procde par closions successives2 la mlodie se dploie en plusieurs moments1 imitant la fragile et progressive dtente d'une pousse2 elle ne progresse qu'en se prcisant elle-mme par ses rptitions1 qu'en se dgageant peu peu elle-mme de son propre repliement4 ,a mesure qu'elle se fortifie1 l'harmonie mane d'elle et l'environne2 il n'y a enrichissement que par multiplication intrieure1 et c'est par l'approfondissement du pass1 que surgissent les dcouvertes nouvelles4 ,la modulation chez ,franck est elle-mme une forme de la continuit2 elle n'a jamais le souci de crer un contraste2 mais elle s'emploie marquer d'exactitude les passages2 elle est toujours comme une main qui s'ouvre lentement1 comme l'insensible introduction plus de lumire1 comme la filtration irrsistible d'une mme clart qui gagne plus d'espace4 ,une me se chante avec fidlit4 ,tout vient d'elle4 ,elle s'panouit dans la solitude2 elle se dveloppe1 s'accrot1 se donne avec une candide prodigalit4 ,mais elle est seule2 on sent qu'elle n'a rien eu vaincre et que ds sa naissance elle fut cleste4 ,aucun dbat4 ,la sensualit ne glisse nulle part ses tentations2 c'est d'tre si pure que la musique de ,franck est si juste4 ,on ne peut s'empcher de sourire l'admirable ,psych4 ,franck dvt ,eros et ,psych de leurs corps2 la charnelle posie du mythe antique il substitue l'histoire de l',ame et de l',amour2 entendons3 de l',amour divin4 ,le duo1 si plein d'enlacements et de courbes flammes1 qui s'lve soudain de l'orchestre1 brle d'un pathtique uniquement spirituel3 ce sont les noces de l'me sainte avec ,dieu4 ,et l'exaltation progressive de cette me1 son transport croissant1 le tremblement de plus en plus passionn de sa ddicace1 atteignent une intensit si poignante qu'on ose peine prfrer secrtement d'autres musiques plus humaines et moins sres1 qui chancellent plus souvent1 hsitent plus d'obstacles et ne maintiennent leur continuit qu'en absorbant en elles les voix de l'entour1 qu'en confondant sans cesse avec leur cur les interjections de ce monde prissable o elles cheminent4 #aiaj4 ,,tristan ,,et ,,isolde ,,de ,,wagner ,monstrueux chef-d'uvre6 ,j'y entre comme dans la nuit noire et bleue4 ,les formes autour de moi deviennent fantastiques2 je ne les reconnais plus4 ,elles ressemblent des arbres plongs dans le courant des tnbres4 ,cependant je n'ai d'autre ressource que d'attendre le jour4 ,il n'y a pas d'uvre qui soit plus dpourvue d'espoir que ,tristan2 car elle n'exprime que le dsir1 qui est le contraire de l'espoir4 ,a chaque mesure et ds la premire1 le dsir4 ,c'est lui qui se traduit d'abord par cette sorte de continuit basse1 par cette tenue de la mlodie1 pareille la longueur des sens4 ,il est courb1 mais il dure sans pause ni piti3 de l la sifflante persistance de la phrase musicale2 elle semble porte par je ne sais quel souffle aride et inapaisable4 ,elle est faite de flammes soumises1 mais qui gardent la violence attache du feu4 ,le thme du ,regard1 avec sa souplesse qui ne lche pas1 est interminable comme la demande du dsir charge d'une accusation infinie4 ,il monte1 lastique et suivi1 il est l'humble et exigeante prire du corps1 il file sans fatigue son imploration sduisante4 ,en mme temps une mollesse1 une paisseur o s'amortissent les sons4 ,sur toute la musique de ,tristan plane un touffant nuage4 ,au premier acte1 ce n'est qu'une lourdeur vague qui se pose sur les rsonances4 ,les traits rapides de la ,dlivrance par la mort1 qui s'chappent brusquement vers le milieu du prlude1 retentissent dans le silence1 sourd comme le sang1 de la sensualit4--,au deuxime acte le nuage devient presque matriel4 ,sur le chant l'orchestre roule de chaudes tnbres2 ses clats mmes se font muets comme les remous de l'air brlant et comme les explosions de la nuit4 ,il traduit par l l'informe suspens du dsir1 son bourdonnement autour de l'me ainsi qu'une brume sombre4 ,les grandes dlices de l'harmonie1 les murmures du ruisseau avec la chasse lointaine mlangs1 tourbillonnent1 bas et perdus1 semblables des souvenirs dans un cerveau qui ne s'entend pas4 ,des phrases1 qui seraient bruissantes d'chos1 se taisent sous le manteau d'une ardeur obscure2 la langueur descend sur elles comme l'averse d'un silence plein de pulsations4 ,parmi cet touffement les voix montent sans relche1 travailles par l'effort de la volupt4 ,elles commencent dans une sorte de dlire sourd2 elles semblent avoir soulever toutes les tnbres2 elles s'arrachent l'ensevelissement2 elles grandissent avec un malaise immense4 ,elles sont une invocation qui prend au bas de l'me2 elles naissent comme une parole si sombre qu'elle nous tait nous-mmes inconnue4 ,quand il touche les mornes limites de la sensualit1 l'tre1 gar1 ne trouve plus donner que sa mort3 la mort1 en lui1 devient une sorte de sentiment dmesur1 informe comme l'ombre et qu'il essaie pourtant de saisir3 et de prsenter4 ,le chant entreprend cette offrande formidable1 il bnit la dissolution avec une solennit violente1 il s'lve ainsi qu'une prire noire1 il est l'vasion des grandes eaux funbres1 caches au fond du cur4--,comme la mort ne se laisse pas embrasser1 il se recommence sans trve2 il semble puiser en lui-mme un don qui toujours se dissipe4 ,la volont qui le porte ne cesse de faiblir et toujours retombe l'ocan des sens4 ,sitt qu'il s'est hauss1 il flchit jusqu' se reprendre4 ,il est form de longues phrases ascendantes que couronne l'vanouissement4 ,a ses dfaites il met une lenteur infinie et se rpand en extases renonantes4 ,reniement de toute esprance1 bas amour de la perdition4 ,l'lan de la mlodie s'achve par les transports accabls et interminables du dtachement4 ,elle s'abandonne soudain1 elle s'emplit d'un vaste dsespoir ravi1 d'une dbordante dtresse1 d'un apaisement pouvantable4 ,a tant de respirantes volupts silence1 le troisime acte s'ouvre dans la solitude4 ,il est vide comme la mer4 ,carol1 vieille demeure dont les murs sont gris6 ,rocs battus d'cume de l'antique rive fodale6 ,l'ocan1 tourment et silencieux1 s'tend pareil l'oubli4 ,c'est ici que viennent mourir les preux4 ,l'hrosme wagnrien1 qui nous connaissions le visage d'un guerrier surgissant au milieu des trompettes leves1 reparat sur le seuil de ,carol2 mais il est courb comme un vieillard sous une lassitude navrante2 il est une forteresse dmantele2 il ne sait plus que rver avec dsolation4 ,o mmoire de ,tristan6 ,o rveil des blessures6 ,o plaintives enfances6 ,l'immensit du dsir maintenant se verse dans le regret4 ,cette mlodie du ptre qui revient accompagner les souvenirs du hros1 c'est le sentiment d'une destine perdue1 c'est le dchirement de l'amour qui voit sa vanit4 ,le pass est plein de mort2 de sa voix nave il chante ses anciennes droutes2 il parle de funrailles d'autrefois en ce pays de mer o personne n'aborda jamais2 j'entends pleurer la musique de l'histoire inconnue4 ,et maintenant il n'y a plus d'espoir qu'en la mort4 ,soudain la voici qui se laisse pressentir4 ,par un dernier assaut de la volupt la voici presque atteinte2 elle va ne plus se refuser4 ,la musique peu peu se soulve1 haletante4 ,elle est comme une pense cherche toute la vie et qui se fait de plus en plus prochaine1 comme les battements1 qui passionnment s'augmentent1 de la mmoire et comme la dlivrance de dcouvrir enfin tnbreuse1 infinie1 charge de mort et de joie1 la parole tant dsire4 ,les dernires mesures de ,tristan expriment le dploiement immense du dsespoir4 ,jamais il n'y eut avnement plus sombre1 plus triomphale entre dans le nant4 ,la musique de ,tristan1 aussi longtemps qu'elle dure1 occupe mon corps ainsi qu'une flamme noire2 elle le rend transparent aux ondes mortelles qui errent l'entour2 elle le traverse comme la destruction4 #aiaj4 ,,ariane ,,et ,,barbe-,,bleue ,,de ,,paul ,,dukas ,l'originalit de ,dukas ne se laisse pas dfinir du premier coup4 ,ce n'est pas qu'elle soit fort complexe2 mais elle ne prend pas souci de se distinguer d'abord de toute autre4 ,il y a une grande honntet dans la faon dont cette musique accepte de ressembler d'autres1 refuse de dissimuler ses affinits sous l'exagration de ses diffrences4 ,comme sa sincrit lui fait une bonne conscience1 elle est ferme et sage4 ,mais ce que nous exigeons d'elle en secret1 n'est-ce pas plus de dcision l'gard de ses vertus propres1 un parti pris plus net qui les lui fasse moins timidement employer8 ,il y a chez ,dukas une brusquerie que trop souvent il attnue4 ,parmi ses fluides dveloppements naissent de temps en temps une pre et rgulire cadence1 un lourd battement2 c'est la carrure ancienne qui reparat4 ,elle est dmantele1 haletante2 soucieuse de se soumettre aux enchanements perptuels de l'orchestration moderne1 elle se fragmente1 elle brise sa raideur4 ,mais son tressaillement abrupt anime soudain toute la musique4 ,je ne pense pas seulement la rythmique pesanteur et aux soubresauts maladroits du balai dont l',apprenti sorcier dchane la danse4 ,dans ,ariane et ,barbe-,bleue je surprends plusieurs reprises cette allure dtermine4 ,le combat de ,barbe-,bleue et des paysans est une symphonie massive et contracte1 d'une uniformit essouffle4 ,dure description par -coups6 ,les traits s'ajoutent lourdement les uns aux autres1 ainsi qu'on lve les bras pour assner un nouveau coup de bton4 ,l'autre qualit de ,dukas c'est le scintillement trs particulier de son orchestre4 ,j'y trouve quelque chose de doucement perant6 il nat sans interruption avec une froideur nette2 il est exact1 clair et sec2 non pas force de dpouillement1 mais au contraire force de volontaire densit1 d'enttement la plnitude4 ,il ne cesse pas d'occuper toute son enveloppe1 de la toucher en tous ses points4 ,comme l'orchestre wagnrien il semble vouloir emplir chaque instant une forme invisible4--,mais ,wagner1 que guide un profond instinct dramatique1 sait flchir sa tension2 il sait l'art de prparer en attnuant2 parfois il cde un peu de sa ressource pour mnager une closion2 sa richesse1 ayant une autre fin qu'elle-mme1 parfois s'oublie et consent montrer un visage terne4 ,dukas au contraire panouit sans cesse au dehors toute sa trouvaille2 il n'y met pas d'affectation1 mais une sorte de navet grave4 ,il ne cache rien parce qu'il ne songe pas rien faire attendre4 ,aussi son orchestre sans repli se laisse-t-il apercevoir d'abord dans toutes ses dimensions4 ,et la lumire dont il est pntr1 supprimant toute ombre et toute hsitation1 lui donne cette duret limpide1 semblable celle des pierreries qu'il chante4 ,pourquoi1 malgr ces qualits qui pouvaient suffire inspirer une uvre trs belle1 le drame d',ariane et ,barbe-,bleue nous laisse-t-il mal satisfaits8 ,on ne s'empche pas de le confronter ,pellas et ,mlisande4 ,c'est le propre des chefs-d'uvre d'obsder le jugement4 ,de plus1 les deux livrets1 bien que s'opposant comme le dtestable et l'excellent1 invitent les musiques la ressemblance4 ,et si ,dukas emploie une technique diffrente de celle de ,debussy1 il n'y a pas encore l de quoi lui viter d'tre compar son rival4 ,ce souterrain1 cette eau dormante et trs profonde et ce retour la lumire1 il a bien fallu qu'il les dcrivt4 ,mais qu'ils sont imprcis et arbitraires6 ,dukas n'a presque aucune sensualit4 ,aucune de ces vibrations dlicieuses1 aucun de ces paysages clairs et liquides1 ou pleins de brume marine1 qui s'ouvrent chaque instant sous le ciel sombre de ,pellas4--,il ne faut pas chercher non plus dans la dclamation d',ariane la sensibilit1 la piti dlicate de la dclamation debussyste4 ,pour exprimer les vagues moralits de son texte1 ,dukas a employ une mlodie aussi peu emphatique que possible4 ,mais jamais il ne touche4 ,en effet ses vritables qualits sont la scheresse1 la duret1 la pesanteur4 ,le troisime acte d',ariane1 o il trouve les exercer1 est de beaucoup le meilleur4 ,dukas excellerait dans la description tragique4 ,on voudrait qu'il illustrt un drame plein de pripties1 d'alles et venues2 il y faudrait une ville mise sac1 de lourdes danses de routiers1 des foules abruptes qui porteraient un seul sentiment dans le cur4 ,il ne s'agirait pas pour ,dukas de renoncer aux dveloppements purement musicaux2 pour tre d'action la musique n'abdique pas toute gratuit4 ,quand ,bach1 dans la ,passion selon ,saint-,jean1 raconte que le voile du temple s'est dchir1 ce n'est que par d'austres arabesques qu'il dcrit l'vnement formidable2 il ne songe pas imiter2 il transpose en musique pure l'image que sa ferveur contemple4--,il serait beau que ,dukas1 renonant aux docilits d'expression pour lesquelles sa rudesse ne le dispose pas1 traduist un pillage ou un exploit en une rigide sinfonie4 #aiaj4 ,,la ,,rhapsodie ,,espagnole ,,de ,,ravel ,il y a une torpeur dans toute danse espagnole2 c'est l'union de la fureur et du sommeil2 les danseurs semblent toujours en train de se rveiller par leurs cris2 ils frappent du pied1 ils arrondissent les bras1 il se cambrent1 il se jettent des invectives pour s'encourager4 ,mais leur tourbillon reste inerte2 tout dpart s'achve en pitinement2 l'appel s'entrave dans la gorge2 les visages n'arrivent pas s'arracher ce srieux4--,je retrouve dans ,ravel1 admirablement voque1 cette agitation dans l'engourdissement4 ,tout n'est que prludes1 ritournelles prparatoires1 exordes emphatiques2 les chanteurs se disposent se montrer incomparables2 mais il fait trop chaud cette nuit2 les cordes de la guitare clatent4--,dans la ,habanera les pas et les gestes entreprennent d'tre inpuisables2 mais bientt1 dlicieusement1 ils renoncent s'inventer davantage et tournent1 tournent1 tout dsorganiss de langueur4--,enfin la ,feria ne se compose que de brefs assauts1 de tentatives furieuses mais vite consommes1 de bondissements esquisss1 de fanfares qui surgissent1 puis s'arrtent2 sans cesse la mlodie se perd dans la lourdeur qui plane1 s'efface dans une chaude brume sonore faite de la confusion de tous les cris bauchs et interrompus4--,il faut comprendre que la vertu expressive de cette musique est dans son indistinction mme1 dans le trouble flottement de son harmonie1 dans sa suspension perptuelle1 dans sa faon d'tre une atmosphre o tout s'vapore4 ,cependant il semble qu' peindre ces confusions ,ravel ne russisse si bien que parce qu'il y utilise un dfaut4 ,reconnaissons-lui l'indpendance qu'il revendique l'gard de ,debussy4 ,ne l'achte-t-il pas au prix d'infriorits8 ,s'il montre tant d'habilet brouiller les contours et fixer surtout la couleur d'ensemble des grands mlanges1 n'est-ce pas que lui manque cette cristalline nettet qui fait l'orchestre de ,debussy1 mme dans ses complexits les plus formidables1 toujours aussi distinct1 aussi spar intrieurement1 aussi discret8 ,je me rappelle dans ,la ,mer certains croulements de vagues dont le fracas n'empchait pas de tinter la chute dlicate de chaque goutte4 ,ravel mrite le nom d'impressionniste avec toutes les vertus et tous les dfauts qu'il comporte4 ,il est parmi le bruit qu'il entend et il en note avec subtilit la saveur propre4 ,mais il ne sait pas se dtacher2 il ignore le secret d'oublier pour mieux retrouver2 le besoin de l'inscription immdiate lui interdit de composer d'ensemble son uvre4 ,il consent ce qu'elle ne soit que rhapsodie4 ,debussy est mieux qu'un impressionniste2 il est temps qu'on s'en persuade41 #aiaj4 ,,pell,,as ,,et ,m,,lisande ,,de ,,claude ,,debussy ,on ne sait peut-tre pas assez ce que fut ,pellas pour la jeunesse qui l'accueillit sa naissance1 pour ceux qui avaient de seize vingt ans quand il parut4 ,un monde merveilleux1 un trs cher paradis o nous nous chappions de nos difficults4 ,toute la semaine1 au lyce1 nous l'attendions1 nous parlions de lui4 ,avec quel amour et quel respect6 ,il tait la consolation de nos emprisonnements4 ,et1 le ,dimanche venu1 car nous ne pouvions l'entendre qu'aux matines1 de nouveau cette musique1 de nouveau ce pays sonore o s'enfoncer1 les trois dimensions mystrieuses de ce royaume ravissant4 ,c'est sans mtaphore que je le dis3 ,pellas tait pour nous une certaine fort et une certaine rgion et une terrasse au bord d'une certaine mer4 ,nous nous y vadions1 connaissant la porte secrte1 et le monde ne nous tait plus rien4 ,comprendra-t-on longtemps encore le pouvoir de charme que l'uvre recle8 ,je ne voudrais pas tre de ceux qui bientt l'entendront avec seulement de l'admiration4 ,cependant il faut dj raisonner notre amour2 nous ne pouvons plus nous contenter d'enthousiasme4 ,voici comment1 me semble-t-il1 se pourrait dfinir la nouveaut de ,pellas3 la musique jusqu' ,debussy tait linaire2 elle se droulait2 elle avait besoin de temps pour exprimer2 il fallait demander aux mesures suivantes le sens de celle que l'on coutait4--,dans ,pellas1 la musique est tout entire en chaque moment2 elle s'est subtilement tasse1 toutes ses parties se sont rapproches1 sont venues doucement les unes contre les autres4 ,ainsi d'abord s'explique l'extraordinaire plaisance de l'harmonie4 ,aucune direction extrieure aux accords2 rien qui les conduise1 qui les entrane2 ils ne poursuivent aucune solution1 sinon celle qui de l'un va faire l'autre2 ils ne sont pas pris dans un mouvement2 mais ils se touchent exquisement2 ils descendent ensemble2 les lignes qui pour les unir les spareraient1 se brisent sous le grle poids de leur dlice singulier et voici qu'ils s'abment1 fragiles1 jusqu'au contact4 ,c'est pourquoi1 s'ils s'enchanent1 ce n'est pas qu'ils se produisent1 mais qu'ils s'voquent2 ils s'enchantent les uns les autres avec une proche dlicatesse1 ils s'appellent individuellement1 nommment1 comme dans une me un sentiment en suggre un autre4--,de l cette sorte de faiblesse ou plutt d'affaiblissement continuel4 ,cette musique chaque instant va finir2 les harmonies sont une chute insensible et interminable2 chacune s'lve en diminution sur la prcdente1 c'est--dire en plus grande extase et plus dnoue encore par la volupt4--,de l aussi cette perptuit de la douceur3 il n'y a plus que des parfums2 plus mme les fleurs dont ils sont ns4 ,l'harmonie de ,pellas se respire2 elle se rpand et l'on ne cherche plus voir devant soi2 on la suit1 sans dsir1 sa suavit4 ,mais il y a bien autre chose que de la suavit dans ,pellas4 ,appliqus la mlodie1 cette simplification1 ce tassement ont donn une dclamation lyrique d'une humanit admirable4--,le chant1 chez ,wagner1 n'est jamais expressif par lui-mme1 mais seulement force d'allusions2 il lui faut le renfort des thmes dont sans cesse il est soulign4 ,c'est qu'il n'est qu'une ligne continue et d'un trac presque arbitraire2 ou du moins il est un certain mouvement gnral dont les pripties n'ont d'autre raison que le dveloppement de l'orchestre4--,dans ,pellas1 cette ligne perptuelle s'est dmembre4 ,chaque phrase s'est doucement dtache de la continuit abstraite o elle tait prise2 elle s'est affaisse avec lgret2 elle s'est rsigne soi4 ,elle ne vient plus cause de ce qui la prcde1 mais seulement cause d'elle-mme4 ,par cette soumission elle se rapproche de sa source vritable1 le sentiment2 elle n'est plus au-dessus de lui comme un arc qui ne le touche jamais en aucun point1 mais elle nat de lui comme germe une eau mme la terre1 et elle prend avec timidit sa forme4 ,c'est pourquoi elle devient si directement poignante4 ,il n'y a plus que des paroles et dont la liaison ne se fait que par les mouvements de l'me4 ,comme en chaque accord se condensait le parfum de toute une chane d'harmonies1 de mme en chaque phrase s'enferme l'expression de tout un passage mlodique4 ,a chaque instant le mot le plus juste1 le plus naf1 ce qu'il fallait dire et que voici maintenant irrparable4 ,sans cesse une dlivrance naturelle2 le cur qui trouve2 un sentiment qui cde la tentation de la musique et se rvle simplement parce qu'il est l1 parce que le personnage l'prouve4 ,aussi1 malgr l'absence de toute direction abstraite1 jamais on n'est embarrass pour suivre cette mlodie2 on la suit comme on aime ou comme on souffre1 sans davantage s'interroger4 ,il faudra bientt que la musique1 comme les autres arts1 cesse de vouloir n'exprimer que l'essentiel et rtablisse toutes les formes dont elle a prtendu se passer4 ,mais ,pellas est d'un certain idal la ralisation trop parfaite1 pour avoir craindre la raction de l'avenir4 ,ne serait-il pas le vrai chef-d'uvre du symbolisme8 #aiaa4 ,,les ,,po,,mes ,d',,orchestre ,,de ,,claude ,,debussy ,l'volution de ,debussy a imit le changement continu et insaisissable de sa musique2 il nous a fallu longtemps accompagner son insensible dmarche avant d'apercevoir que nous nous dplacions4 ,mais l'excution rcente d',iberia nous oblige nous recueillir2 voici que du ,prlude l',aprs-midi d'un ,faune nous nous sommes carts assez pour que le chemin parcouru rvle une direction4 ,les premiers pomes d'orchestre de ,debussy n'taient pas la peinture d'un spectacle2 ils traduisaient le dlice de l'me au milieu du monde2 ils taient emplis par la forte monte de la douceur4 ,le rythme du ,prlude ou des ,nocturnes suit tous les ttonnements de la volupt et1 de mme que celle-ci s'attache toutes les tentations et se partage entre elles1 errant de l'une l'autre1 de mme il se dforme1 il se reprend2 tout inquit de plaisir1 il mne son hsitation dlicate travers la mlodie4 ,et la continuit du pome n'est faite que de sa modification perptuelle4--,la mlodie1 elle aussi1 a tous les contours de la volupt2 elle s'avance d'abord1 pleine d'une modration balance2 de lentes tenues se tranent1 se posent sur le mouvement comme s'oubliant un rve3 elles perptuent la complaisance1 elles prolongent le dlice1 s'attardent le goter jusqu' la dfaite4 ,mais soudain1 comme n'en pouvant plus1 comme fatigu de porter en soi un excs1 tout l'orchestre se rsout en une vaste closion vibrante2 doucement1 il se dchane2 par un secret passage il glisse dans l'panouissement4 ,insensible et subite dlivrance de la suavit6 ,de fluides colonnes claires frmissent1 une grande agitation limpide et retenue bouleverse les violons2 le chef d'orchestre tient au bout de ses doigts une ruisselante masse sonore qui lentement s'croule1 comme une vague qui mettrait longtemps se dfaire4 ,parfois plus de langueur encore vient extnuer la mlodie3 alors1 au lieu de se fondre en un large frisson harmonique1 elle cde accable1 elle dfaille en une ondulation dclive et interminable1 comme la danseuse1 sous le plaisir1 sent jusque dans ses hanches faiblir ses pas4 ,musique de la volupt4 ,mais1 parce qu'elle traduit les plus vacillantes motions1 il ne faut pas croire qu'elle-mme soit arbitraire et vague4 ,sa flottante subtilit1 si d'abord elle nous surprenait de joie1 c'est tant elle tait exacte4 ,des sentiments incertains il peut y avoir une expression prcise2 il ne faut que la trouver4 ,debussy a laiss se tramer en lui la forme de l'insaisissable1 et sur elle sont venus se poser les sons1 comme au matin l'eau1 en claires perles condense1 dessine la tremblante flexibilit des herbes4 ,dans ,nuages chaque contour mlodique1 chaque accord est pntr de ncessit2 aucune spculation orchestrale2 une fidlit perptuelle l'motion2 si bien que de l'vanouissement lui-mme il semble que le timide visage soit ici fix2 la plus hsitante mobilit a coul ses rythmes dans les seuls mouvements sonores qui la pouvaient avec exactitude reprsenter4--,de l cette nettet frissonnante3 parce que chaque trait est ncessaire et qu'une dlicate rigueur parmi tous les autres le conduit1 il vite de se confondre4 ,mme quand tous les instruments plongent1 tournoient1 s'emmlent et lentement hors de leur treinte remontent en s'gouttant1 la fine justesse des contours n'est pas trouble4 ,limpide et tremblante distinction1 comme travers le voile de la chaleur le paysage qui bouge1 apparat plus subtil et plus clair4--,l'orchestre de ,debussy est perptuellement divis4 ,ses diffrentes parties peuvent se rejoindre pour un instant2 mais leur mlange n'est qu'accidentel2 elles ne s'unissent que parce qu'elles sont nes spares2 jamais l'une ne drive de l'autre1 ne s'en dtache4 ,cette musique est ainsi comme un rseau sensible qui se modle chaque instant sur l'motion1 qui se contracte quand elle se concentre et s'ploie quand elle s'panouit4 ,et comme les mailles1 mme dans leur resserrement1 restent secrtement dmles1 ainsi1 quand il se rassemble1 l'orchestre conserve sa tnue1 sa flexible1 sa vibrante discrtion4 99 99 99 99 99 ,mais si infaillible et si exacte qu'en soit la sinuosit1 le musicien n'a pas voulu indfiniment se confier la divagation de ses sens2 il est devenu jaloux de son instinct4 ,dans la ,mer on dcouvrait un effort pour substituer la spontanit sensuelle des dveloppements la direction de l'esprit4 ,iberia est l'aboutissement de cet effort4 ,il est vrai que c'est encore de grands lans de plaisir que s'anime cette musique2 tout le dlice espagnol coule entre les bords du pome4 ,mais son abondance a t pure1 dpouille par l'intelligence4 ,la densit sonore1 au lieu qu'elle rsulte comme dans les premiers pomes d'une perptuelle plnitude de l'orchestre1 est obtenue par l'importance des quelques lments que choisit la patiente sagacit de l'esprit4 ,les fils les plus essentiels seuls subsistent dans la trame musicale2 mais ils ont t lus avec tant de justesse que leur droulement simultan1 par la raret infatigable des rapports qu'il entrane1 remplace la voluptueuse paisseur de la symphonie primitive4 ,que l'on coute le deuxime morceau3 les ,parfums de la nuit4 ,le lourd malaise embaum des jardins nocturnes n'a besoin1 pour s'voquer1 d'aucune effusion harmonique ni de la vibration des cordes4 ,les parties de l'orchestre se froissent1 se tranent languissamment les unes contre les autres1 appuient leurs lentes diffrences4 ,et parce que nous ne cessons pas de les entendre1 sans jamais se joindre1 se combiner1 nous sentons la largeur de l'toffe sonore se tisser tout doucement4 ,cette rarfaction de la musique par l'intelligence permet une continuit plus sre1 plus droite4 ,comme il a choisi lui-mme les fils1 le musicien les tient entre ses mains2 ils ne se dvident que dirigs par lui4 ,ds le premier morceau d',iberia1 nous avons t surpris par une rectitude de la dmarche que nous n'attendions pas4 ,si le rythme reste multiple et bris1 ce n'est plus du moins par son hsitation que nous sommes conduits2 il est pris lui-mme dans un grand ruissellement direct4 ,sans doute il n'y a pas ici1 comme chez ,franck1 une force centrale1 une puissance qui s'panouisse peu peu1 un dveloppement par expansion4 ,mais au lieu que la mlodie1 comme dans les premiers pomes de ,debussy1 sans cesse se dtourne pour atteindre toutes les possibilits musicales qui flottent autour d'elle1 elle les attire et les engloutit sans interrompre son cheminement imperturbable4 ,sa continuit cesse d'errer3 elle va4 ,cependant la rigueur qu'acquiert ,debussy dans ,iberia1 peut-tre se compense-t-elle de quelque scheresse4 ,faut-il avouer que nous regrettons un peu l'humide frmissement des ,nocturnes et du ,prlude l',aprs-midi d'un ,faune4 ,sans doute les traits dans ,iberia sont plus incisifs2 la main ne tremble pas1 qui les trace2 mais leur fixit les rend moins chargs de dlices4 ,la sensation n'est plus directement transcrite3 l'esprit est intervenu et il a fait son uvre de substitution4 ,a la limite cet art finirait par ressembler au dlicat symbolisme des paysages japonais3 composition de quelques lignes trs prcieuses1 entre lesquelles des couleurs avec attnuation se souviennent4 ,mais si je veux prouver cette image1 il y faut un effort2 le sentiment en moi ne nat plus du premier coup2 je ne peux que le retrouver4 ,le retrouv-je mme vritablement8 ,la musique des premiers pomes atteignait l'me force de dferler contre les sens4 ,ce soulvement1 ce dtachement par le dlice1 ils emportaient l'me avec le corps4 ,quand tout l'orchestre du ,prlude l',aprs-midi d'un ,faune dvalait de langueur1 il nous emmenait tout entiers dans sa dfaillance4 ,mais voici que la volupt cesse de nous assaillir4 ,la musique de ,debussy n'est plus que d'indication2 elle semble se retirer au second plan1 se transformer peu peu en un exquis mais sommaire dcor1 et laisser vide la scne4 ,n'est-ce pas qu'il va falloir emplir celle-ci d'un drame8 ,puisque le paysage dsormais ne s'enlace plus nous1 ne cherche plus toucher notre me1 puissent des tres l'habiter1 dont la voix comme celles de ,pellas et de ,mlisande nous trouble6 ,la sobre dlicatesse d',iberia permet d'imaginer une dclamation dramatique tout imprgne de svrit1 une musique toute serre et nue1 et dont l'expression ne sera que par sa rigueur mme mouvante4 #aiaj4 ,,les ,,sc,,nes ,,polovtsiennes ,,du ,,prince ,,igor1 ,,de ,,borodine ,tout de suite je revois ,fokine avec sa troupe d'archers4--,il n'est rien dans la musique qui ressemble ces quelques pages de ,borodine4 ,elles viennent toucher ce qu'il y a de plus primitif en nous1 elles rveillent au fond de nous l'informe image de l',asie1 le souvenir touff de la grande mre4 ,l',asie6 ,non celle que nous enseigne par ses paquebots la ,mditerrane et qui sent toujours l'importation4 ,l',asie terrestre6 ,elle s'est mise en marche travers les steppes4 ,elle chemine pied par lentes tapes4 ,elle s'arrte le soir et songe1 comme ceux qui voyagent sans retour4 ,le camp dress4 ,des feux4 ,des tentes4 ,la nuit scintille1 dure et bleue4 ,aucune mer aussi loin qu'on se rappelle4 ,alors1 parmi le silence dsert et distinct des plateaux1 s'lve une allgresse pleine de mmoire1 une joie cadence pareille la consolation des plus anciens regrets4 ,d'abord j'coute ces fltes tristes et jointes1 comme les petits pas qui conduisent la danse2 je vois ces groupes lents qui se rapprochent dans la lueur des foyers et sous la nuit4 ,et soudain l'immense vague ravissante par quoi tous sont emports1 la mlodie comme une pluie violente et fragile1 la mlodie qui chante avec une rapide voix4 ,elle croule ainsi qu'une bande d'oiseaux1 elle dvide son clair bercement et les danseuses en sa droule sont si bien confies1 si bien perdues qu'elles rythment doucement son absence1 lorsqu'un instant1 comme un souvenir qu'on prend le temps de possder1 elle se tait vanouie4--,cependant les hommes bondissent leur tour1 frapps de rve4 ,assauts profonds et sauvages4 ,la joie qui les branle monte en eux comme un songe brutal4 ,elle les secoue1 elle les fait tournoyer en des jeux qui imitent ils ne savent quoi de disparu4 ,c'est ainsi qu'ils se souviennent1 c'est ainsi qu'ils calment leur cur4 ,o musique brusque1 haletante1 ton ivresse est la stupeur de la mlancolie1 tu es la consolation par la violence6 ,couchs immobiles auprs des danses1 les chefs1 au fond de leur mmoire basse comme une vote1 revoient des villes4 #aiaa4 ,,moussorgski ,panem nostrum quotidianum da nobis hodie4 ,sitt que le prlude de ,boris ,godounoff lve son chant pauvre1 suppliant et dcid1 on ne peut plus tre fier1 ni content de soi4 ,voici l'exigence la plus nave1 la voix de la faim et de la soif4 ,je suis tir hors de moi-mme2 tout ce qu'il y a de serr en moi se dlie4 ,je sens soudain naturelle la piti2 elle dborde de mon cur sans effort et sans honte4 ,elle me dlivre comme les larmes4--,le rideau lev1 c'est toute la sainte ,russie qui chante avec ses cloches et ses prires4 ,elle m'implore1 elle est genoux2 elle tend les bras2 elle me prend tmoin2 elle m'adresse le chur de ses paroles mendiantes4 ,oh6 comme j'entends sa plainte6 comme me saisit sa demande6 ,la mlodie de ,moussorgski1 c'est le rcit de l'humilit4 ,l'humilit1--non pas un sentiment ngatif1 la contrainte de l'orgueil1--mais elle est l1 respirante1 vivante1 avec une chre figure timide et hardie4 ,sous son inspiration la mlodie parle et prie4 ,tout de suite elle s'lance2 tout de suite elle entame son candide discours4 ,elle est prompte comme ces mots sans calcul qu'arrache le besoin4 ,elle commence vive et pure1 ainsi que l'enfant qui fait quelques pas rapides et joint les mains4 ,elle s'chappe1 elle lche son chant grle et urgent2 dj souffle sa douce haleine htive4 ,si soudaine elle nat qu'elle semble surprise4 ,elle est une phrase que l'on n'a pu retenir4 ,elle n'a pas rflchi4 ,elle n'a pas attendu de se comprendre4 ,aussi son impatience est-elle saisie de modestie4 ,elle est ingnue comme la misre4 ,cependant aucune crainte ne suffit plus l'arrter4 ,pas de honte1 ni mme de confusion4 ,l'indigence qui la presse ne songe pas rougir4 ,et non plus elle ne revendique rien1 elle ignore la justice1 elle ne rclame pas avec amertume son d4 ,quel lan de la demande6 ,quel repos en ,celui vers qui s'lve la prire6 ,demandez et on vous donnera444 ,car quiconque demande reoit4 ,c'est la voix de l'enfant qui n'est jamais repouss4 ,c'est l'animation de la confiance4 ,la mlodie est pleine de rapidit2 l'espoir lui souffle mille paroles la fois1 l'espoir dlie ses longues phrases agiles4 ,elle est multiple et active2 une claire prcipitation1 comme dans chaque feuille et dans toutes le vent qui parle1 dtermine ses notes1 les entrane4 ,elle se dpense en vives instances2 elle est toute dlibre3 elle va aussi vite que le langage de la prire2 rien n'embarrasse la nave gnrosit de son transport4 ,imploration dcide des churs3 supplier ils mettent je ne sais quelle alacrit4 ,pas mme dans les lamentations ne cesse ce rythme hardi4 ,la plainte de ,xnia#a n'est pas une mlope1 mais une dtresse anime et1 dans une me virginale1 les soudains lancements du dsespoir1 les preintes aigus et timides du malheur4 ,promptes retombes de la mlodie1 poignante dprise6 ,pas plus qu'elle ne s'alanguit1 la mlodie ne consent s'envelopper4 ,rien n'estompe sa limpidit4 ,elle est une ligne sans ombres4 ,elle se droule1 tout entoure de lumire1 presque grle tant l'isole la clart4 ,les sentiments1 quand ils deviennent trs conscients1 se peuplent de sous-entendus4 ,mais en voici de trop nouveaux pour souffrir les rticences4 ,ils se rcitent tout entiers dans un chant sans retraits2 ils se donnent en une phrase nave2 ils ne songent pas qu'ils puissent s'enrichir de dissimulations4 ,aucun de ces dtours1 de ces secrets et de ces allusions dont sont faites les mlodies occidentales4 ,la phrase est sans accident2 elle est claire d'un jour uniforme2 elle propose sans prfrence toutes ses parties2 elle prcipite avec galit ses syllabes4 ,chouisky#b raconte le carnage o le tsarvitch a trouv la mort4 ,o diaphane litanie6 ,rien qu'une ligne pure1 rien que les faits terribles noncs les uns aprs les autres4 ,la voix monotone pleure sa peine2 elle dit l'histoire1 anxieuse et nue4 ,on n'entend que sa parole plaintive1 qui va1 distincte1 sans le soutien d'aucun accord touffe1 d'aucun assourdissement harmonique4 ,elle chante1 solitaire1 un amour infini4 ,la mlodie est claire comme l'amour2 comme lui elle est toute pleine l'intrieur de lumire4 ,elle est tout avoue1 elle n'a plus en elle de silences4 ,elle coule transparente et plus dlicieuse au cur que le pardon4 ,l'harmonie jamais n'toffe la mlodie2 car elle n'est que le rayonnement de sa transparence2 elle est pareille la bue lumineuse qui borde les corps diaphanes2 elle rsonne aussi clair que le vent travers le jour2 elle n'approfondit que la limpidit4 ,cette musique est toute en acte4 ,en aucune partie d'elle-mme il n'y a de lenteur ni de crpuscule4 ,elle ignore les sentiments lourds et teints4 ,elle peut bien souffrir1 mais non pas tre triste4 ,elle a une bonne conscience4 ,comment la douleur empcherait-elle sa joie8 ,elle a une sorte de gat qui est l'activit mme de son cur4 ,elle s'veille1 elle sourit1 elle est comme un enfant qui parle avec tous les mots4 ,o nouveaut de l'me6 ,rien n'endort la chre allgresse de cette merveille4 ,une petite flamme nave1 une tendre vivacit jusque dans la dtresse4 ,elle est surprise1 elle est ravie4 ,elle se tourne vers toutes choses4 ,elle joue2 elle invente de courtes histoires prcipites4 ,elle est affaire comme la joie1 elle a le temps1 mais juste#c4 ,puis elle s'arrte tout coup1 occupe par l'importance d'une question qu'elle brle de poser4 ,fins de mlodies tonnes et interrogatrices4 ,cette dlicate turbulence1 il semble qu'elle subsiste jusque dans la solennit4 ,celle-ci ne se marque point par un orchestre ralenti de thmes4 ,elle n'est pas taye de fanfares4 ,elle n'est que l'largissement de l'allgresse1 qu'une phrase qui s'ouvre et monte4 ,elle est un enthousiasme plein de navet1 une inspiration charge de prire1 un triomphe pareil un ample sourire1 l'avnement de la pit4 ,elle est heureuse comme le geste du prtre qui carte les bras en face de la foule4 ,elle est semblable cette aise de l'me qu'emplit sa propre oraison4 ,jamais elle ne devient pompeuse4 ,elle rgne sans emphase4 ,elle reste joyeuse et modeste comme les paroles d'un vieillard qui confesse le ,christ4 ,elle s'avance avec la parure de l'humilit1 elle s'incline1 elle salue trois fois1 les bras tendus en avant4 ,la musique de ,moussorgski1 c'est la voix mme de la ,russie4 ,o ,russie1 notre petite mre dans la douleur6 notre sainte mre priante1 souffrante1 souriante6 ,tu parles ,dieu pour nous4 ,tu es notre ambassadrice4 ,tu lui parles avec toutes tes paroles en ia et en schka1 avec tes longues phrases humbles1 avec ton langage vif1 bas et suppliant4 ,tu es gaie pour nous1 tu as de l'espoir pour nous4 ,seule tu sais avec exactitude ce que nous valons et tu ne demandes pas davantage qu'il ne nous est d4 ,tu es notre amour le meilleur et notre meilleure humilit4 ,nous te remettons nos pchs afin que tu obtiennes pardon pour nous4 ,tu es la femme dpute au ,dieu terrible1 afin que1 l'ayant vue1 elle est si pitoyable qu'il ne puisse plus nous refuser sa misricorde4 #aiaa4 #a ,boris ,godounoff1 ,acte ,,ii1 p4 #ie de la partition russe4 #b ,ibid4 ,acte ,,ii1 p4 #abe4 #c ,la ,chambre d'enfants1 ,a cheval sur un bton4 ,v ,,andr ,,gide ,,andr ,,gide ,j'ai port tout mon bien en moi comme les femmes de l',orient ple sur elles leur complte fortune4 ,a4 ,g4 ,il est tonnant de voir avec quelle parcimonie et quel regret ses compatriotes dispensent ,andr ,gide leur admiration4 ,de cette rserve la postrit ne manquera pas de se demander les raisons4--,a l'tranger ,andr ,gide ds maintenant est considr comme l'un de nos grands crivains4 ,en ,france ce n'est pas qu'il soit mconnu2 on confesse sa valeur1 on s'accorde sur sa considrable importance4 ,mais il y a un silence autour de lui4 ,il semble qu'on craigne de le juger trop favorablement4 ,ceux-mmes qui affectent de le tenir en haute estime1 on les sent pleins d'inquitudes et de restrictions secrtes3 leur louange se tait aussitt1 elle redoute d'aller trop loin4 ,qu'a donc ,andr ,gide qui de la sorte nous intimide8 ,que nous a-t-il fait844444 ,nous aimons les artistes qui prparent eux-mmes leur figure et nous la transmettent bien dtermine1 nette1 simple1 complte4 ,s'il leur faut se faire quelque violence1 supprimer en eux certains traits1 arrter leur dveloppement pour se rvler nous ainsi clairs et parfaits1 que nous importe8 ,nous n'avons le temps d'accueillir que des notions acheves4--,mais ,gide1 il nous est impossible de le dfinir2 non pas qu'il se cache1 mais c'est qu'il se dit tout entier4 ,il refuse de s'en tenir ce qu'il a dj pos de lui-mme4 ,le voici devant nous plein de sourire et de nouveaut4 ,tant il change1 et sous nos yeux1 ne se moquerait-il pas de nous8 ,toujours ouvert1 toujours dans l'attente de ce qu'il va devenir3 ,ainsi ne traai-je de moi1 dit ,mnalque1 que la plus vague et la plus incertaine figure1 force de ne la vouloir point limiter#a4 ,que ne s'arrte-t-il8 ,vraiment il serait temps qu'il se ranget2 il faudrait qu'on ft enfin sr de pouvoir le retrouver dsormais toujours pareil l'ide qu'une bonne fois on se serait forme de lui4 ,alors il serait permis de lui dcerner des loges 4441 tout au moins de choisir1 pour qualifier ses livres1 des pithtes irrvocables4--,mais non4 ,il augmente sans cesse4 ,a chaque fois1 on le retrouve de plus de choses pris1 plus d'ides1 plus d'tres attach1 moins dfinitif que jamais4 ,il n'a mme pas la pudeur de dpouiller franchement son pass mesure qu'il l'use4 ,si du moins il dclarait ce qu'il repousse6 ,mais il se complique toujours davantage et l'on ne sait mme pas bien ce qu'il n'est plus4 ,tant d'incertitude1 une me si diverse1 cet air de prter toujours audience l'avenir1 c'en est assez pour expliquer l'hsitation de la louange et cette secrte rancune que beaucoup nourrissent l'endroit d',andr ,gide4 ,c'est pourquoi je pense que certains goteront1 lire cette tude1 le plaisir1 d'autant plus dlicat que moins avou1 d'une vengeance4 ,j'y voudrais en effet tcher de surprendre cette me amoureuse de sa mobilit1 et que son naturel lan sans cesse nous drobe2 je voudrais essayer de pntrer ce variable sourire et de forcer la dfense qu'il nous oppose4 ,dans son uvre c'est ,andr ,gide lui-mme que je chercherai4 ,je n'y saurais d'ailleurs trouver que lui4 ,cette uvre en effet n'nonce aucun systme4 ,elle ne s'interpose pas entre son auteur et nous4 ,les ides qu'elle contient ne sont pas abstraites ni places en dehors de l'esprit qui les a conues2 elles ne prtendent pas former1 distinctes de lui1 une vrit universelle4 ,mais chacune1 dans les subtils liens des mots retenue plutt qu'emprisonne1 reste vivante2 elle est un moment de l'me2 elle n'en a pas perdu la palpitation2 au lieu d'tre enferme durement et immobilise dans la phrase1 elle s'y conserve dlicatement indompte2 elle attend mon regard et1 sitt touche par lui1 elle se reprend vivre1 elle se refait indocile2 une captivit si peu urgente n'a pas contraint son ingnuit4 ,il ne faut plus l'appeler3 ide4 ,c'est un sentiment qui s'ouvre nouveau dans mon me1 comme il s'ouvrit d'abord dans celle de ,gide4 ,l'uvre est tout entire de confession2 loin de le masquer1 elle trahit sans cesse son auteur1 et mme quand elle semble ne point le vouloir4--,il ne faut pas se laisser duper par l'apparence3 certains livres1 comme ,les ,nourritures ,terrestres1 ont un aspect thorique1 ont l'air d'enseigner une doctrine4 ,il n'en est rien4 ,c'est simplement que ,gide est attach tout ce qu'il ressent2 il aime ses gots1 il prend le parti de ses prfrences1 il insiste un peu sur ses penchants2 tant il les trouve agrables1 il ne peut s'empcher de les conseiller aux autres2 il les voit par mille dlices rcompenss1 et se flicite de les prouver1 et invite le lecteur les essayer son tour4 ,mais il n'en compose aucun systme4 ,que son me vienne changer un peu3 aussitt toute sa doctrine est oublie2 car elle n'tait qu'un moyen de mieux se faire comprendre4 ,au prochain livre1 au lieu d'elle1 c'est ,gide lui-mme qu'une fois de plus nous dcouvrons1 avec ses sentiments nouveaux1 avec son me infatigable4 ,aussi faudra-t-il nous garder de pousser jusqu'au bout l'interprtation abstraite de chacun de ses livres4 ,ses ides demandent d'tre entendues avec intelligence2 elles n'ont toute leur prcision que dans un mystrieux premier plan2 elles ne sont justes1 fines1 originales qu'aussi longtemps qu'on ne les touche pas2 elles sont des aveux et perdent leur sens ds qu'on veut voir en elles des prceptes4 ,si on les oblige devenir exactes1 elles cessent de l'tre#b4 ,pour les comprendre1 il faut savoir que la vrit est chose fragile et qui s'vanouit ds qu'on la presse2 elle est tout prs de nous2 on ne l'obtient pas par les dmarches de la rflexion4 ,la cherche-t-on8 ,c'est qu'on l'a dpasse4 ,nous couterons parler ,gide sans jamais le contraindre4 ,comme au milieu des paroles on aperoit je ne sais quoi se dbattre1 c'est ainsi que nous attendrons son me4 ,elle ne se remettra nous que peu peu4 ,peut-tre nous semblera-t-elle souvent se dmentir4 ,mais toujours elle nous reviendra4 ,sous des mots contraires nous la distinguerons pareille2 nous la reconnatrons soudain parmi ses aveux diviss4 ,elle est une2 elle est fidle elle-mme4 ,nous devinerons sa continuit4 ,pour l'effaroucher le moins possible1 n'examinons d'abord que la faon dont elle s'exprime2 la forme et le ton de ses paroles commenceront de la trahir4 #a ,les ,nourritures terrestres1 p4 #gi4 #b ,elles se font banales1 changeables1 indiffrentes2 elles n'ont plus de sens apprciable3 ,quand un philosophe vous rpond1 on ne comprend plus du tout ce qu'on lui avait demand4 7,paludes1 dans ,le ,voyage d',urien1 suivi de ,paludes1 p4 #aic74 ,dans la discussion par petits papiers qu'il entreprend avec ,martin1 le hros de ,paludes1 mesure qu'il tente de la solidifier en une formule abstraite1 voit avec stupeur son ide prendre le visage et tous les traits de l'ide contraire4 ,,premi,,re ,,partie ,,le ,,style ,ce ne sont pas les livres d'un pote4 ,le style de ,gide ne recre pas les choses1 il ne les restitue pas nos yeux4 ,il ne faut pas lui demander de nous rendre sensible l'univers4 ,ses rares images sont justes1 mais elles ne sont pas de celles qui brusquement remplacent l'objet1 qui le reprsentent en le supprimant4 ,elles viennent avec une gracieuse aisance s'ajouter lui et l'expliquer4 ,le plus souvent mme1 le style est sans images3 ,qui dira si jamais la campagne fut plus belle1 que ce jour o je vis les riches moissons rentrer parmi les chants1 et les bufs attels aux pesantes charrettes#a6 ,o donc est sa beaut8 ,en quoi nous est-il si prcieux8 ,pour le comprendre il faut que nous distinguions deux poques dans l'uvre de ,gide3 l'une s'achve avec ,les ,nourritures ,terrestres 7dont il faut1 sous le rapport de l'criture1 rapprocher ,amyntas72 l'autre commence avec l',immoraliste et n'est pas encore termine4 ,sans qu'il y ait entre elles de sparation profonde1 le style dans la seconde laisse paratre des qualits que dans la premire il tenait dissimules1 abandonne aussi celles qui d'abord taient les plus frappantes4 99 99 99 99 99 ,le dlice du premier style est surtout dans le mouvement des phrases4 ,elles bougent2 elles se droulent1 elles ont mille inclinations diverses au gr desquelles elles se laissent porter4 ,elles sont pleines de directions comme l'eau4 ,on les lit en se penchant2 tout le corps s'intresse leurs modifications2 on les accompagne tour tour avec une ployante et voluptueuse attention4 ,la beaut du style1 on ne la dcouvre en aucun point1 ni dans un mot1 ni dans une image1 mais seulement dans la syntaxe2 on la dmle comme1 suivre ses routes sinueuses1 le charme d'un pays4 ,tout dans la phrase est soumis au mouvement qu'elle dessine1 tout se dispose pour n'en pas dtourner l'attention2 il faut qu'on n'y trouve goter que lui3 les diverses parties s'abouchent entre elles1 se font si amies que de l'une l'autre on passe sans heurt1 et que d'une proposition parfois l'on ne s'aperoit d'tre sorti qu'en se surprenant dans la suivante4 ,un trouble lger meut et confond les mots1 ainsi que sous la dlicatesse du vent s'emmlent les feuillages d'arbres diffrents2 c'est un enchevtrement pour plus de suite et de silence2 chaque parole finit par se poser l'endroit o elle sera le plus passagre et le mieux persuadera le lecteur de la quitter le moins difficilement4 ,les adjectifs viennent doucement prcder les noms#b1 les pronoms prennent une place exquise et carte2 ils semblent vouloir s'effacer dans l'ombre des mots plus graves4 ,de souples changes1 de petites inversions4 ,tout plie sous un long souffle modr4 ,non pas une banale euphonie1 ni le simple souci d'viter les hiatus4 ,mais ,gide veut que d'abord s'aperoivent les dmarches de la phrase2 qu'en la lisant on sente se drouler son geste2 il en apaise les diffrences intrieures2 il imprgne les mots de docilit2 c'est pour laisser passer sur eux comme sur un chemin uni les directions de la parole4 ,ainsi chaque phrase est une invitation des parcours sduisants2 on y entre comme en cette rivire qu'ils explorent1 les marins de ,virgile1 lents sur les rames1 et derrire soi l'on coute le sillage444 ,mais cette mobilit quelle raison8 ,quelle ncessit intrieure provoque ces complexes lans8 ,malgr l'apparence ce n'est pas la musique#c4 ,gide ne s'amuse pas composer des mlodies verbales1 imiter vainement avec le langage crit le langage des sons4 ,ce sont les mouvements de son me qui soulvent ses phrases et leur inspirent d'errer4 ,comprenons bien ceci3 comme l'atmosphre du matin1 gagne de proche en proche par l'influence du soleil1 peu peu s'emplit de mille courants invisibles1 tantt effrns et tantt revenant doucement sur eux-mmes1 ainsi cette me en prsence des choses se pntre d'instabilit4 ,elle est sensible leur chaleur2 elle ne peut faire qu'elle ne soit trouble4 ,des va-et-vient muets1 des tendances divergentes s'emparent d'elle2 elle est en proie des dtours dlectables2 chaque rayon venu du dehors veille en elle de lgers tournoiements3 vellits1 renoncements1 dsirs comme de soudaines tranes de brise dans l'air2 offrandes et retraits2 amours qui s'lancent1 puis sont saisies de repentir2 attentives hsitations2 pentes dlicates sitt abandonnes4 ,tous ces bougements1 se sont eux qui disposent le style4 ,ils arrangent les mots1 ils les inclinent1 ils les adressent telle fin1 ils donnent aux propositions un sens1 ils orientent la phrase4 ,tantt ils versent en elle tout ce qu'ils ont de dlivr1 d'pars1 d'offert4 ,tantt au contraire ils la font un peu resserre et ramene sur elle-mme4 ,voici d'abord les phrases qu'animent les lancements du dsir4 ,elles ont toutes une sorte d'extase dsempare2 elles s'attardent de partout1 elles s'alentissent passionnment2 et1 en mme temps1 je ne sais quelle fivre les inquite et les empche de se reposer dans la dfaite4 ,les unes fuient longtemps comme le dsir qui s'chappe vainement du cur2 elles rebondissent en s'affaiblissant toujours1 elles se perdent plutt qu'elles ne s'achvent4 ,elles sont pareilles des promontoires3 au moment o leur ligne bleue va finir dans la mer1 un bleu plus ple les reprend et les prolonge encore en les attnuant davantage3 ,et parfois jaillissait comme spontanment dans l'extase1 de cette nuit trop chaude1 une fuse lance on ne sait d'o1 qui filait1 suivait comme un cri dans l'espace1 vibrait1 tournait et retombait dfaite1 au bruit de sa mystrieuse closion4 ,j'aimais celles surtout dont les tincelles d'or ple retombent si longtemps et si lentement s'parpillent1 qu'on croit aprs1 tant les toiles sont merveilleuses1 qu'elles aussi sont nes de cette subite ferie1 et que1 de les voir1 aprs les tincelles1 demeurantes1 l'on s'tonne 444 puis1 lentement1 aprs1 une une1 on reconnat chacune sa constellation attache1--et l'extase en est prolonge#d4 ,d'autres phrases sont la fois penches et retenues2 elles s'empchent d'abord de trop incliner1 elles tentent de se redresser2 mais c'est pour que s'en aille d'elles le dernier mot1 comme une feuille mrie que cueille le vent3 ainsi imitent-elles l'envol dli de l'attente3 ,ce fut le lendemain1 au soir1 qu'aprs la longue marche1 une suprme dune ayant t franchie1 apparut devant nos dsirs hors d'haleine1 d'un lac ou d'une mer la plaine doucement azure#e4 ,et ds lors m'habita cette pense1 lassante et puissante comme un dsir3 certes je goterai le bonheur de mon me1 dj prt1 mais quand elle sera du peuple et de l'amour et compltement1 dlivre#f4 ,ou bien la phrase est de son commencement tout entire occupe1 elle est tourne vers lui1 elle ne le quitte pas en s'loignant de lui1 elle en garde doucement mmoire3 ,petite chambre au-dessus de la mer2 m'a rveill la trop grande clart de la lune1 de la lune au-dessus de la mer#g4 ,c'est qu'elle exprime le tourment ravi de la surprise2 elle montre le cur saisi d'une si soudaine et si paisible volupt qu'il sent la caresse avant l'objet et n'a pas le temps d'un dsir2 elle s'veille prompte et faible1 comme il s'veille au toucher du nocturne rayon4 ,parfois elle est faite de propositions parallles qui ttonnent ensemble2 elle est pareille aux sensations qui viennent par les doigts et que l'on se donne plusieurs fois pour tre bien sr de leur dlice2 elle se droule comme une volupt toute proche et errante2 elle reprend les mots qu'elle trouve et les dispose nouvellement4 ,o6 petite figure que j'ai caresse sous les feuilles--jamais assez d'ombre n'aura pu ternir ton clat--et l'ombre des boucles sur ton front parat toujours encor plus sombre#h4 444 ,et les corps dlicats pouss sous les branches4 444 ,j'ai touch d'un doigt dlicat sa peau nacre444 ,je voyais ses pieds dlicats ,qui posaient nus sur le sable#i444 ,l'incertain mouvement de ces phases se modle sur l'hsitation du dsir2 elles peignent ses gestes d'essai1 ses tentatives sans volont et d'avance renonantes1 ses expriences#aj4 ,d'autres1 au contraire1 au lieu d'errer et de se dfaire avec lui1 traduisent son scrupule1 sa crainte de n'tre pas assez fort4 ,l'me1 devant les choses1 soudain se reproche de ne pas sentir assez d'admiration1 elle se ressaisit1 elle tche de partir de plus haut en elle-mme1 elle veut au plaisir qu'elle attend une prparation plus leve1 plus exquise4 ,de l ces phrases qui commencent plusieurs fois1 qui sont pleines de naissances intrieures2 sitt ouvertes1 elles s'interrompent pour se reprendre1 elles entrevoient une cime plus voluptueuse d'o elles reviennent s'lancer3 ,ah6 comme j'ai donc respir l'air froid de la nuit--ah6 croises6 et1 tant les ples rayons coulaient de la lune1 cause des brouillards1 comme des sources--on semblait boire#aa4 ,oh6 dans quel mois brlant1 quel svelte enfant grimp dans l'arbre1 tendra-t-il vers ma main1 pour ma soif1 une lourde grappe cueillie#ab8 ,phrases peuples de repentirs qui sont comme de nouvelles sources2 elles drivent la fois de plusieurs origines1 elles veulent emprunter de toutes parts leur courant1 de peur qu'il ne soit pas assez nombreux#ac4 ,o feinte exquise de l'amour1 de l'excs mme de l'amour1 par quel secret chemin tu nous menas du rire aux pleurs et de la plus nave joie l'exigence de la vertu#ad6 ,ou bien elles laissent au milieu d'elles clore une faible et lasse exclamation1 comme le regret de n'tre pas assez suaves1 comme la rsignation n'atteindre jamais tout le dlice qu'elles avaient entrepris de dire3 ,ils chantaient1 ah6 plus fort qu'oiseaux1 euss-je cru1 pussent chanter#ae4 ,beau pays dsir1 pour quelle extase et quel repos vas-tu rpandre ah6 ton tendue1 sous la chaude lumire dore#af8 ,mais l'me de ,gide connat d'autres mouvements que ceux du dsir et de l'extase2 en mme temps qu'elle se dnoue et qu'elle se rpand1 elle se replie1 elle songe rejoindre tous les sentiments qu'elle vient de disperser1 elle craint de se trop diviser et de se perdre4 ,aussi s'occupe-t-elle sans cesse de tenir enchanes ses vellits les plus diverses1 ses penses les plus extrmes2 elle va les rechercher1 si loignes soient-elles1 et1 malgr leur contrarit1 les oblige demeurer finement solidaires4--,comme elle en imitait les dmarches parses1 la phrase1 de mme1 traduit ce resserrement de l'me4 ,il y a une union subtile1 une minutieuse dpendance entre ses propositions2 elles conduisent l'esprit1 par une sorte de va-et-vient1 des unes aux autres4 ,mme quand elles ont l'air de vouloir se dsorganiser sous l'influence du plaisir1 elles gardent certaines attaches bien secrtes3 par exemple1 elles possdent en commun un mot dont elles se partagent le sens2 une lgre avarice les empche de pousser jusqu' l'oubli les unes des autres leur aventureuse gnrosit3 ,il ne me parat pas qu',alissa y ft sensible et ft rien cause de moi1 ou pour moi1 qui ne m'efforais que pour elle#ag4 ,les propositions dpendent les unes des autres par le point mme de leur diffrence2 chacune la fois carte et approche d'elle la suivante2 chacune est de la prcdente la douce dtente inverse2 chacune apparat comme promue par un ressort dissimul qui tout aussitt la rappelle4 ,une sorte de logique insaisissable parcourt la phrase1 qui semble1 tant la responsabilit de ses lments est forte1 par son contenu mme attire vers l'intrieur et comme astreinte3 ,il nous semblait hlas6 qu' nous la raconter1 ,michel avait rendu son action plus lgitime4 ,de ne savoir o la dsapprouver1 dans la lente explication qu'il en donna1 nous en faisait presque complices#ah4 ,tel est le style des premiers livres de ,gide1 celui o se trahit le mieux son me4 ,il est mobile comme elle1 il a tous ses entranements et tous ses repentirs1 il la suit dans sa perptuelle inquitude2 c'est par les variations inpuisables de son instabilit et par cette faon d'obir aussitt aux moindres dplacements du cur1 qu'il touche4 ,l'merveillement1 dont1 sans fatigue1 il nous emplit1 vient non pas de l'originalit des mots ou des images qu'il nous propose1 mais de le voir inventer chaque phrase une nouvelle manire de s'couler1 un nouvel emploi de sa pente4 99 99 99 99 99 ,plus svre1 plus dnu1 plus sec est le style des romans1 celui que l'on trouve pour la premire fois dans l',immoraliste4 ,il est moins spontan2 il a t form par un admirable effort de volont4 ,dans l'aisance mouvante de ses phrases ,gide et pu se complaire2 comme bien d'autres1 il et pu faire sa manire de la richesse naturelle dont il disposait2 il ne lui et fallu qu'un peu d'habilet pour prolonger longtemps encore sans monotonie les dbats exquis de son style4 ,mais il a voulu le dpouiller4 ,avec patience1 mesure et savante modestie1 il s'est faonn une criture nouvelle ou plutt il a transform l'ancienne1 il en a pouss les vertus de nouvelles et plus soumises qualits1 il a impos ses mots une simplicit calcule4 ,on ne peut manquer de sentir1 en lisant l',immoraliste ou la ,porte ,etroite1 combien le style en est volontaire2 il laisse paratre1 non pas une application pnible1 mais une constante vigilance2 rien n'chappe1 rien n'est gratuit4 ,il semble que ,gide1 chaque instant1 se mfie de ce qu'il pourrait crire2 les phrases les plus humbles1 les plus coutumires1 on les devine obtenues par domination2 on devine que leur effacement est d quelque sacrifice4 ,sous l'influence de cette contrainte1 le style s'est modifi de deux faons4 ,en premier lieu ses mouvements se sont apaiss4 ,ils ne sont plus la surface des phrases1 on ne les aperoit plus d'abord2 ils sont descendus au fond2 ils sont devenus invisibles4 ,ils demeurent pourtant2 ils glissent comme une eau souterraine1 ils emmnent secrtement les mots4 ,ou plutt3 leurs divergences1 leurs innombrables contrarits1 leurs jeux1 leurs alles et venues1 en s'approfondissant1 se sont joints en un seul mouvement exquis et cach2 on ne voit plus bouger la phrase1 mais le livre passe1 s'coule4 ,chaque phrase1 nagure1 avait sa direction propre1 elle s'ouvrait dans un certain sens et rien ne la continuait2 ces lans spars1 maintenant1 se sont mis les uns la suite des autres2 chaque phrase tourne vers la suivante son inachvement dlicat1 prononce vers elle son attente1 se tait doucement vers elle4 ,le livre fuit1 d'une pente insensible et irrparable1 comme la journe vers sa fin4 ,pourtant on sent encore l'essor qu'il refrne4 ,ce style est pareil la dmarche de quelqu'un qui contient sa danse et1 de temps en temps1 fait quelques pas mlodieux4 ,son mouvement dompt parfois remonte et se dlivre en une pure arabesque1 et ce qu'il a de prisonnier met une sorte de passion dans sa dtente3 ,et comme l'impatient oiseau qui crie par devant l'aurore1 appelant plus qu'annonant le jour1 dois-je n'attendre pas le plissement de la nuit pour chanter#ai8 ,l'autre modification du style1 c'est une croissante particularit des mots4 ,dans les premires uvres1 ils taient d'une gnralit extrme2 ils laissaient fuir le plus pre de leur sens pour ne plus tre que grave retentissement2 en eux ne veillait qu'une rare et vide lueur1 rayonnement de leur abstraction2 ils semblaient de ples flammes#bj4 ,les phrases du ,voyage d',urien taient pleines d'une creuse lumire1 pareille celle de cette grotte azure o vont errer les prisonniers d',haatalnefous3 ,la barque y pntrait par une trs troite ouverture et qu'on ne voyait plus ds qu'on tait entr2 le jour qui passait sous les roches1 travers l'eau bleue prenait la couleur de la vague 444 et des roches du fond semblait venir la clart indcise#ba4 ,dans les ,nourritures ,terrestres1 ils commenaient devenir plus solides1 plus consistants1 ils amenaient avec eux quelques parcelles de leur sens profond4 ,cependant1 ce sens1 ils ne le livraient qu'entrans par le mouvement gnral de la phrase4 ,ils taient pareils ces cailloux qui n'ont de couleur que plongs dans un ruisseau1 ou bien ces herbes dont la chevelure ne s'ploie qu'en un courant3 ,j'aimais1 disait-il1 une enfant de race ,kabyle1 la peau noire1 de chair parfaite1 peine mre4 ,elle gardait dans la volupt la plus mivre et dj la plus retombe une gravit dconcertante4 ,elle tait l'ennui de mes jours et les dlices de mes nuits#bb444 ,mais dans l',immoraliste et dans ,amyntas#bc les mots prennent une vertu individuelle2 ils ne cessent pas d'tre abstraits1 mais leur abstraction s'imprgne d'un peu de sensualit4 ,dj ils ne passent plus si musicalement1 si vainement vanouis dans l'eau merveilleuse#bd des phrases4 ,on sent chacun doucement sur les lvres commencer2 il y inscrit sa prcise forme impalpable1 son invisible dessin1 il demande la parole de se resserrer un peu autour de son exactitude4 ,c'est qu'il appelle en lui son tymologie1 il s'en inspire lgrement1 il s'en sert pour animer1 comme d'un air subtil1 sa fragile enveloppe4 ,sur la page1 on aime1 en relisant la phrase1 le retrouver crit1 il semble que sa proprit l'y fasse attach et qu'on y voie mystrieusement trac son contour4 ,tout repose et sourit dans sa flicit frugale#be4 444 ,je guiderai leur pas vers l'oubli4 ,ici nul aliment leur peine2 un grand calme sur leur pense#bf4 ,je n'eus pas trop grand peine la persuader 444 que rien ne lui serait meilleur prsent que de descendre en ,italie o la tide faveur du printemps achverait de la gurir#bg4 ,le mot se dtache1 faible et beau1 parmi la phrase4 ,on distingue en lui une sorte de direction1 il est comme intrieurement gouvern par sa justesse1 elle devient en lui quelque chose de vivant1 une me4 ,il ne vaut pas par sa couleur1 par son clat1 mais par l'esprit qui l'anime et le conduit2 l'exquise pertinence de sa signification finit par lui donner une forme1 un corps1 une prsence pour les yeux4 ,du mot3 parfait1 je gote ici la presque tangible closion3 ,le moindre bruit prend sur cette transparence trange sa qualit parfaite#bh4 ,il est pareil un oiseau ouvrant ses belles ailes ples4 ,dans la ,porte ,etroite et dans ,isabelle les mots deviennent de plus en plus propres1 drus1 probants4 ,ils prennent en eux tout leur sens et veulent qu'on ne l'ignore pas#bi4 ,tant ils dsirent qu'on entende se prononcer leur passagre prcision1 et tant ils craignent que ne l'efface la fluidit de la phrase1 parfois ils la font tendrement archaque3 ,je m'enivrais ainsi d'une sorte de modestie capiteuse et m'habituais1 hlas6 consultant peu ma plaisance1 ne me satisfaire rien qui ne m'et cot quelque effort#cj4 ,le style d',isabelle surtout contient beaucoup de ces mots rares et anciens#ca2 c'est qu'ils semblent ,gide plus concrets1 plus sensibles que tous les autres2 pendant leur sommeil1 leur sens profond1 que trop d'usage avait attnu1 a repris sa vivacit2 rajeunis1 ils montrent une vertu toute neuve1 une justesse palpable4 ,leur abondance dans ,isabelle accuse le grand effort que fait ,gide pour donner son style cette douce pesanteur1 cette matrialit qui lui manquaient2 il lutte contre sa liquide aisance1 il la veut empcher en faisant plus lourds et plus dfinis ses mots2 il faut1 pense-t-il1 que la phrase soit arrte par ses lments1 qu'elle ne glisse pas sur eux1 mais que chaque parole soit un lger cueil qui retienne la pense et la voix4 ,il tche donc exactement au contraire de ce que d'abord il cherchait2 au lieu que nagure il enchevtrait et confondait ses mots pour ne laisser voir que le mouvement des phrases1 maintenant il entrave1 ce mouvement avec l'obstacle passager des mots4 ,peut-tre le style d',isabelle nous paratra-t-il un peu trop compos1 peut-tre y sentirons-nous une trop infaillible attention1 peut-tre nous gnera la russite trop constamment parfaite de la trouvaille1 o se lit un peu d'amusement4 ,mais ,isabelle est une uvre de transition2 il ne faut en voir que la tendance1 qu'en bien comprendre l'indication4 ,un style musical et mouvant1 dont la moindre attitude enchantait1 qui ne pouvait bouger sans dplacer en nous de la volupt1 ne cherche plus que l'exactitude et une simplicit svre4 ,proches par le sujet sont les ,nourritures ,terrestres et l',immoraliste4 ,pourtant1 entre ces deux livres1 quelle diffrence d'criture6 ,je lis le second avec une joie transforme3 plus de caresses1 plus de ces phrases qui venaient me toucher de leur dtour comme un bras4 ,ma sensualit ne trouve plus se prendre qu' une sorte de charme mince et secret2 le dlice du style est redescendu dans les mots1 il imprgne leur tissu1 il s'exhale d'eux comme le parfum vert1 pre et juste du bois bless et comme la grave odeur des herbes qu'on foule2 il flotte sur le droulement serr des phrases1 pareil la faible trace de fracheur laisse par un ruisseau4 #a ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #hc4 #b 444 ,une vie au monotone cours444 ,la ,porte ,etroite1 p4 #ed4 #c ,dans les ,cahiers d',andr ,walter1 ,gide est sous l'influence symboliste et rve d'crire en musique 7p4 #abf74 ,pourtant dj il comprend que ce n'est pas la pure inspiration musicale qui conduit ses phrases3 ,que le rythme des phrases ne soit point extrieur et postiche par la succession seule des paroles sonores1 mais qu'il ondule1 selon la courbe des penses cadences1 par une corrlation subtile4 7p4 #abe4 ,cf4 p4 #bjg47 #d ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ie4 #e ,el ,hadj 7,philoctte1 p4 #aeg74 #f ,el ,hadj 7,philoctte1 p4 #agd47 #g ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #fb4 #h ,ibid4 p4 #fc4 #i ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #fd4 ,cf4 ,amyntas1 p4 #bdg3 ,l1 parmi tant d'indistinctes blancheurs1 parmi tant d'ombres1 ombre moi-mme1 ivre sans avoir bu1 amoureux sans objet1 j'ai march1 me laissant tantt caresser par la lune1 tantt par l'ombre1 y cachant pleins de larmes mes yeux1 et plein de nuit1 et souhaitant y disparatre4 #aj ,le style de ,gide fait penser souvent ce rayon de soleil qui traverse le feuillage1 plonge dans l'eau et tout au fond1 mais sans insister1 touche un peu de sable qui bouge4 7,amyntas1 p4 #ag47--,les mots parfois se groupent un peu au hasard1 lchement1 comme pour baucher une direction3 c'est un essai de l'me qui cherche savoir si1 par tel geste1 il n'y aurait pas quelque aise goter3 ,et nous mourrons--comme quelqu'un qui se dpouille pour dormir4 7,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #bjc47 #aa ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #be4 #ab ,amyntas1 p4 #bj4 #ac ,parfois elles s'interrogent elles-mmes1 avec une modestie passionne3 ,ecrirai-je1 et me comprendras-tu si je dis que ce n'tait l que la simple exaltation de la ,,lumi,,re8 7,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #fa47 #ad ,la ,porte ,etroite1 p4 #ef4 #ae ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ahj4 #af ,amyntas1 p4 #i4 #ag ,la ,porte ,etroite1 p4 #cg4 #ah l',immoraliste1 p4 #bec4 #ai ,la ,porte ,etroite1 p4 #bdf4 #bj ,le ,voyage d',urien1 p4 #fc4 ,par exemple3 ,et nos vaillances dans l'avenir luisent devant nous comme des toiles4 7,le ,voyage d',urien1 p4 #fd47 #ba ,le ,voyage d',urien1 p4 #fb-fc4 #bb ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ajh4 ,violemment attir par la phrase1 aspir par la voix1 le mot l'ennui prend une couleur sombre et passionne1 une justesse obscure1 dont dj1 maintenant que nous le rptons solitaire1 le voici priv4 #bc ,c'est par la particularit des mots que le style d',amyntas ressemble celui des romans4 ,mais il tient encore du style des premiers livres par la diverse mobilit de la phrase4 #bd ,le ,voyage d',urien1 p4 #bi4 #be ,amyntas1 p4 #ab4 #bf ,ibid4 p4 #be4 #bg ,l',immoraliste1 p4 #bbd4 #bh ,l',immoraliste1 p4 #bah-bai4 #bi ,trop de jour1 rhtorique1 le mot plus gros que la pense1 lit-on dj dans les ,cahiers d',andr ,walter1 7p4 #baa74 ,si dans le rapprochement de ces mots l'on consent voir une dfinition de la rhtorique1 et si l'on accepte cette dfinition1 il faudra convenir qu'il n'y eut jamais dans toute la littrature d'crivain moins rhteur que ,gide4 ,nul ne pousse plus loin que lui la crainte de laisser l'expression dpasser son objet2 tout ce qui ajoute la vrit l'offusque1 toute amplification du sentiment lui est insupportable4 ,cette haine de l'exagration l'entrane peut-tre parfois trop de mfiance3 ds qu'un enthousiasme ne choisit plus ses mots1 il en suspecte la sincrit4 ,c'est pourquoi les grandes passions populaires1 gnrales1 avec leurs cris et leurs acclamations grossires le trouvent sceptique4 ,il leur reproche mentalement de ne pas connatre avec exactitude leur degr4 ,gide est dlibrment priv2 on ne l'interprte avec justice qu'en l'acceptant distingu de la foule4 ,il ne met se sparer d'elle aucune ddaigneuse affectation1 mais il est tout fait pour vivre part d'elle2 ce n'est que dans le monde des individus qu'il peut employer convenablement ses forces2 l seulement o tout est particulier1 il peut faire jouer l'exquise justesse1 le sens des importances relatives1 le discernement dfini qui sont ses meilleures vertus4 #cj ,la ,porte ,etroite1 p4 #cg4 #ca ,cf4 ,nouveaux ,prtextes1 p4 #bjh3 ,ces harpies dpichent la trame2 je n'y puis tisser rien de dru4 ,,la ,,composition ,une phrase contient1 envelopp1 repli sur lui-mme1 l'arrangement de tout le livre2 elle se dispose selon les mmes lois que l'uvre entire2 elle prmdite dans sa structure minutieuse le dessin de l'ensemble4 ,aussi le style de ,gide va-t-il nous renseigner sur sa manire de composer et nous aider en surprendre le secret4 ,pas plus que le style1 la composition n'est reste immuable2 elle n'est pas la mme dans le ,voyage d',urien et dans la ,porte ,etroite4 ,les livres de la premire priode1 au lieu de se laisser conduire au fil de quelque histoire1 se divisent intrieurement et s'agencent suivant les mouvements de l'me4 ,ils n'ont pas pour sujet le rcit d'vnements1 mais simplement une masse d'ides et d'motions qui n'a de commencement ni de fin4 ,la matire de chaque uvre1 c'est un monde invisible de sentiments1 un moment de la conscience4 ,c'est donc quelque chose de donn1 de tout prsent3 rien atteindre1 rien qui demande tre dcouvert4 ,aussi le livre ne s'organise-t-il pas pour manifester un progrs1 ne s'applique-t-il pas mnager l'avnement de quelque priptie dernire2 il ne tend pas1 il ne prpare pas1 il ne se dirige pas4 ,mais il imite par sa disposition intime les alles et venues1 les bougements sur place de l'me1 ses minutieuses et contraires vellits sur la pente o elle se retient4 ,il est fait d'pisodes1--d'pisodes qui ne s'enchanent pas mais se droulent parallles4 ,il est tout entier de front2 il ressemble l'une de ces phrases pleines de division1 o s'exprimait l'hsitation du dsir4 ,les chapitres1 au lieu de s'ajouter et de se continuer1 reprennent tous la mme hauteur1 comme un chant qui recommence un peu diffrent1 comme une nouvelle tentative d'une mme entreprise4 ,ils sont simultans comme les aspects du cur4 ,ils plongent dans le sujet ainsi que des branches pntrent de partout la fois dans une nue1 et la recueillent en la distillant4 ,l'ensemble des pisodes forme un systme fragile dont les parties s'avoisinent et se distinguent comme se distribuent l'intrieur d'un instant les sentiments d'une me complexe4 ,ds ,les ,cahiers d',andr ,walter1 ,gide inaugure ce mode de composition disperse4 ,ce premier livre est un journal1 c'est--dire une suite de passages distincts1 d'motions et de penses diffrentes atteintes par les phrases dans leur dsordre mme4 ,point d'autre entente que celle inspire par l'unit de l'me o tout se passe4 ,dans ,la ,tentative ,amoureuse1 dans ,el ,hadj1 dans ,le ,voyage d',urien1 les pisodes s'veillent o ils sont et partout la fois2 ils ne sont pas les phases successives d'un vnement1 mais ils sont pareils ces les parfumes qui voguent sur la mer aux alentours de l',orion et dont le voyage pars drive innombrablement4 ,le temps1 au lieu de fuir dans un mme sens1 se reprend1 se recommence4 ,il n'y a pas de lendemain1 c'est un autre jour4 ,ils firent encore une promenade plus longue#a4 ,auprs de chaque paragraphe un autre vient se placer bord bord et l'accompagne4 ,un autre est contraire celui qui le prcda mais sans violence1 comme le remous que fait la rame immobile d'une barque qui se veut attarder4 ,rien ne fait avancer le livre que l'coulement invisible sur tous les pisodes d'une certaine atmosphre2 elle les emmne ensemble1 elle donne leur grce parseme une commune intention4 ,la composition des ,nourritures ,terrestres est encore plus brise3 non plus chaque pisode1 mais presque chaque phrase est chaque autre parallle4 ,il n'y a plus mme cette continuit progressive que l'on trouvait dans les uvres prcdentes l'intrieur d'un paragraphe4 ,tout est rompu1 sitt que form4 ,a chaque instant recommence le livre4 ,c'est qu'il obit l'me et ses impatiences4 ,plus de suite peut-tre endormirait le sentiment qu'elle a de sa vie4 ,pour avoir conscience de soi1 ne faut-il pas chaque minute se ressaisir1 se poser nouveau au principe de soi-mme8 ,c'est pourquoi tant de phrases1 tant de passages restent volontairement inachevs4 ,a les laisser continuer encore on n'et plus rien ressenti1--tandis que dj s'veillait en une autre partie de l'me cette motion ah6 vraiment si nave1 si premire4 ,et l'amnagement de tout le livre imite2 cette dlicate symphonie dcousue et comme errante que font dans la nuit claire1 sur la colline2 en face de ,fiesole1 les voix des amants3 ,la lune parut entre les branches des chnes1--monotone mais belle autant que les autres fois4 ,par groupes1 prsent ils causaient et je n'entendais que des phrases parses 444 il me sembla que chacun parlait tous les autres de l'amour et sans s'inquiter qu'il n'tait d'aucun autre cout#b4 ,pourtant les pisodes ne sont pas toujours aussi dtachs les uns des autres4 ,ici ne les rejoignent que le ton gnral du livre et je ne sais quelle impalpable unit sentimentale4 ,mais ailleurs1 surtout dans ,paludes et dans ,le ,promthe mal enchan1 une dpendance plus marque s'tablit entre eux4 ,non pas qu'ils s'enchanent comme les anneaux d'une dduction progressive1 mais ils apprennent natre subtilement les uns des autres4 ,ils s'impliquent de faon bizarre4 ,chacun se prsente comme un dtail du prcdent1 comme envelopp en lui2 il ne sera qu'une parenthse1 il ne prtend qu' prciser un point4 ,mais1 au bout d'un instant1 il a grandi silencieusement ainsi qu'il arrive dans les rves2 il fait front comme le premier1 il a la mme tendue1 il le remplace4 ,il prend en lui tout le sujet auquel il donne un nouveau sens4 ,en mme temps il ramne doucement la pense vers l'pisode o il eut son imperceptible origine2 il pousse vers lui un peu de sa signification1 il lui ajoute de la profondeur4 ,je ne parlerai pas de la moralit publique1 parce qu'il n'y en a pas1 mais ce propos une anecdote#c3 et voici l'anecdote de ,promthe1 au sein de laquelle tout aussitt apparat l',histoire du ,garon#d1 laquelle s'interrompt par ces mots3 a n'est pas pourtant que je sois dterministe 444 mais ce propos une anecdote#e3 et se dclare enfin l',histoire du ,miglionnaire4 ,ainsi les pisodes1 par un invisible emprunt1 puisent les uns dans les autres la vie4 ,je les vois1 rangs sur une seule ligne1 regardant tous vers moi2 pourtant1 chacun s'est d'abord lev au cur du prcdent4 ,ils sont attachs comme les diverses propositions d'une phrase par le mot3 en1 de telle faon qu'on ne dmle qu' la longue par o ils se tiennent#f4 ,et le livre est la phrase elle-mme avec ses distinctions et ses dpendances intrieures4 ,un tel arrangement est loin d'indiquer une suite1 un progrs de l'uvre4 ,il correspond1 comme la dispersion des ,nourritures ,terrestres1 aux menes intimes de l'me2 il reproduit le va-et-vient de la pense1 son foisonnement solitaire et antrieur aux choses4 ,ce qu'il a en apparence de logique1 de continu traduit seulement le minutieux rassemblement que fait sans cesse l'esprit de ses parties4 ,la coordination des paragraphes vient de la rciprocit des ides et des motions qui s'accrochent et se tirent mutuellement en secret4 ,tous les livres de la premire priode1 qu'ils soient potiques ou idologiques1 sont ainsi dessins d'aprs les mouvements intrieurs4 ,c'est pourquoi tous se distribuent en chapitres nombreux et simultans1 imitant les complexes articulations de l'me4 99 99 99 99 99 ,on retrouve dans les romans quelque chose de cette composition distincte4--,le drame que racontent l',immoraliste ou ,la ,porte ,etroite1 est contenu l'avance dans l'me des hros4 ,il ne faut que le provoquer1 que l'obliger s'accomplir4 ,aussi le livre est-il un ensemble d'incidents qui viennent tenter le drame1 qui l'assigent1 qui le harclent lgrement jusqu' ce qu'il soit devenu rel4 ,ils partent de plusieurs points1 ils ont des sources diverses1 ils s'unissent par leur intention plutt qu'ils ne s'enchanent4 ,quel lien entre les chapitres de l',immoraliste1 sinon qu'ils servent tous manifester la terrible rsurrection de ,michel8 entre ceux de ,la ,porte ,etroite1 sinon qu'ils s'entendent tous pour rendre de plus en plus sensible le renoncement d',alissa8 ,isabelle1 c'est une aventure tout arrive dj4 ,et le livre se dispose autour d'elle1 en autant de parties divis que le hros fait de tentatives pour dcouvrir le pass4 ,c'est un ensemble de regards convergents1 une srie d'approches dont les dparts sont tous diffrents4 ,l'histoire imite par ses multiples dbuts1 les reprises1 les raffinements de la curiosit4 ,elle a je ne sais quoi de rompu dont son auteur lui-mme s'amuse s'excuser3 --,je vous raconterais volontiers le roman dont la maison que vous vtes tantt fut le thtre1 commena ,grard1 mais outre que je ne sus le dcouvrir1 ou le reconstituer qu'en partie je crains de ne pouvoir apporter quelque ordre dans mon rcit qu'en dpouillant chaque vnement de l'attrait nigmatique dont ma curiosit le revtait nagure44444 --,apportez votre rcit tout le dsordre qu'il vous plaira1 reprit ,jammes4 --,pourquoi chercher recomposer les faits selon leur ordre chronologique1 dis-je2 que ne nous les prsentez-vous comme vous les avez dcouverts#g8 ,cependant la composition des romans n'est plus la mme que celle des premiers livres4 ,sans doute1 c'est d'pisodes que l'uvre est forme1 et qui ne se continuent pas les uns les autres en droite ligne4 ,mais ils ne sont pas non plus interchangeables2 chacun marque sur le suivant un progrs1 il l'augmente1 il insiste1 il est plus pressant1 il va plus loin1 il serre de plus prs le drame1 il le prcipite4 ,le livre prend une direction2 il est pouss par une instance de plus en plus grande1 par une sorte de dpassement intrieur de ses parties4 ,il ne se droule pas1 mais il avance en se reprenant4 ,il s'approche de plus en plus de lui-mme1 et soudain1 sans annonce1 sans bruit1 presque sans priptie1 il s'achve1 il se trouve1 il devient d'un coup ce qu'il attendait d'tre4 ,le dnouement de ,la ,porte ,etroite1 c'est un accomplissement silencieux1 une mesure subitement comble2 le drame entre inopinment en possession de lui-mme4 ,ce progrs1 cette intention qui sont choses nouvelles dans son uvre1 viennent de ce que ,gide ne modle plus ses livres simplement sur l'attitude de son me4 ,de mme que son style tend devenir de plus en plus concret1 de mme ses ouvrages de plus en plus s'en prennent la vie4 ,au lieu de pomes moraux1 de mditations lyriques1 de subtiles aventures imaginaires1 toutes charges de complexes significations1 et o son me seule se divisait entre des personnages idaux1 il crit des romans#h4 ,il entreprend d'animer des tres diffrents de lui1 de les peindre hors de lui avec leurs passions et leur cur spars4 ,il les forme encore de lui-mme1 c'est sa substance qu'il leur dpartit douloureusement2 mais dj avec un dsintressement passionn2 dj il ne trouve plus dire que les vnements o il les voit s'engager1 o il les accompagne4 ,il est absorb par les personnages qu'il suscite2 son unique soin dsormais sera d'exprimer fidlement toutes ces penses qu'il leur dcouvre1 tous ces actes dont il les reconnat responsables1 en un mot de raconter leur histoire4 ,gide1 peu peu1 s'arrache au symbolisme4 ,au milieu de sa carrire1 il ressent soudain ce besoin de reprsenter les choses humaines1 qui est la grande exigence impose la jeunesse d'aujourd'hui4 ,un des premiers1 il nous indique la voie4 ,il est un de nos guides vers une nouvelle poque de la littrature4 99 99 99 99 99 ,cependant1 nous n'avons entrepris l'tude de son style et de sa manire de composer que pour nous mieux aider deviner son me2 nous esprions qu'elle se dnoncerait au ton de la voix4 ,que savons-nous d'elle maintenant8 ,style tout dpris1 phrases qui ne vont pas jusqu'au bout de leur tendance1 qui ne saisissent pas une proie1 mais complaisamment se replient1 ou finement vont se perdre dans les suivantes4 ,qui songerait louer ici la solidit1 la prise1 la parfaite dfinition des objets par les mots8 ,mais on aimera la grce de l'lusion1 le mouvement pur de la parole4 ,jamais style n'eut moins besoin du monde4 ,il lui est tout antrieur4 ,il ne touche les objets que pour les viter1 que pour glisser au long d'eux par un souple dgagement4 ,il ne se comporte qu'avec libert2 tous ses modes lui sont inspirs par je ne sais quelle indpendance4 ,l'me qui se rvle travers ces phrases1 de mme est libre4 ,elle est dtache1 elle ne se fixe en aucune possession4 ,elle ne donne son adhsion que comme un baiser3 aussitt elle la retire4--,en elle1 une jamais lasse animation1 un innombrable veil2 nulle part d'elle-mme qui se repose2 mais chaque sentiment bouge1 glisse1 revient comme une petite flamme au milieu de mille autres4 ,la conscience de cette richesse intime rend cette me surprise4 ,par elle elle est retenue au bord du monde4 ,elle est un merveilleux jardin d'hsitations4 #a ,la ,tentative ,amoureuse 7,philoctte1 p4 #ajh74 #b ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #aab4 #c ,le ,promthe mal enchan1 p4 #ag4 #d ,ibid4 p4 #ah4 #e ,ibid4 p4 #bb4 #f ,je m'appris1 comme des questions devant les attendantes rponses1 ce que la soif d'en jouir1 ne devant chaque volupt1 en prcdt d'aussitt la jouissance4 7,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ha47 #g ,isabelle1 p4 #aa4 ,cf43 ,certains passages de cette lettre me restaient incomprhensibles2 j'enchanais mal les faits4 7p4 #adh47 #h ,cependant il refuse encore ce titre l',immoraliste1 la ,porte ,etroite1 ,isabelle1 qu'il ne veut considrer que comme des rcits4 ,sans doute se fait-il du roman une ide si touffue que ses dernires uvres lui paraissent trop simples et trop unilinaires pour y satisfaire4--,on peut mesurer cette modestie l'tendue de son ambition et l'importance de sa promesse4 ,,deuxi,,me ,,partie ,l',,ame ,cette privation merveille1 ce suspens passionn1 il nous faut les bien comprendre3 ils sont l'me mme de ,gide4 99 99 99 99 99 ,cette me est naturellement complexe4 ,d'autres sont simples2 elles ragissent toujours par un seul mouvement2 elles n'ont pour chaque objet qu'une pense et qu'un sentiment2 elles sont toujours du mme avis qu'elles-mmes4 ,leur teneur est uniforme4 ,elles sont pareilles ces minerais sans mlange dans lesquels une parcelle quelconque est toujours faite de la mme matire que le tout4 ,mais l'me de ,gide est compose4 ,prenons-la sitt qu'elle s'nonce3 dj le son qu'elle rend est harmonique2 je l'entends la fois entire et divise1 comme un accord nombreux1 comme un chur de voix douces et basses4 ,quel que soit l'objet qui vienne la toucher1 c'est par plusieurs mouvements qu'elle s'y accommode2 elle se dispose vers lui multiple2 elle lui rpond avec diversit4 ,elle est chaque moment plusieurs fois diffrente d'elle-mme4 ,elle ne consent pas dans toute son tendue ce qu'prouve une de ses parties4 ,son plus grand repos est toujours un quilibre1 sa suprme simplicit une consonance4 ,complexit double3 de l'esprit2 des sentiments4 ,jamais cet esprit n'est occup par une seule ide4 ,mais la premire qui nat l'meut doucement tout entier2 elle ne saurait s'noncer sans chos2 sitt qu'elle surgit1 il y a toute une foule autour d'elle4 ,une ide1 c'est surtout plusieurs autres4 ,sur le mme point1 autour du mme sujet1 tout de suite plusieurs ides s'veillent la fois1 groupes1 combines1 rvlant une organisation silencieuse1 un nud obscur4 ,elles se tiennent jointes1 mais ne se confondent pas2 assembles1 mais distinctes4 ,l'esprit gote avec ravissement leur diffrence1 leur lucide sparation2 comme un musicien qui savoure l'cartement intrieur et la fine discrtion d'un accord1 il se dlecte aux intervalles subtils qui subsistent entre ses penses les plus prochaines4 ,il les garde ainsi en un faisceau bien dml4 ,chacune1 ds qu'on la touche1 tire toutes les autres1 on ne sait pas comment2 c'est un jeu dlicat de liaisons rciproques1 c'est la relation1 au sens propre du mot3 ,et la relation8 ,je parie que vous ne scrutez pas assez la relation2 car1 parce que l'acte est gratuit1 il est ce que nous appelons ici3 rversible#a4 ,l'esprit de ,gide est le thtre d'un drame incessant et minutieux3 appels et rponses innombrables1 chanes d'ides toutes voisines les unes des autres1 et qui1 pourtant1 se dfendent l'une d'tre l'autre2 grand droulement de la pense qui soudain s'arrte1 et en voici un autre en sens contraire4 ,ctoiements1 mutuelles provocations2 les ides1 comme les montagnes de glace du ,voyage d',urien1 au bout d'un moment que la chaleur de l'esprit les caresse1 se renversent2 elles se dclenchent automatiquement1 l'une sortant de l'autre par simple remplacement4 ,dans ,le ,promthe ,mal ,enchan l'ide de la gratuit va dbusquer celle de la conscience et les voici qui croissent1 enchevtres et discernes1 s'exagrant l'une par l'autre1 se rpliquant1 s'chappant1 se dcevant sans cesse1 formant un instable et compliqu systme4 ,une semblable complexit se retrouve dans les sentiments4 ,toute motion dchane le cur entier#b4 ,l'amour d'une chose1 c'est aussitt et surtout l'amour de toutes les autres3 ,oasis4 ,la suivante tait beaucoup plus belle1 plus pleine de fleurs et de bruissements#c4 ,ah6 non pas cela seulement qui m'est donn1 mais encore1 mais plutt tout le reste6 ,comme une harpe dont on ne touche qu'une corde1 mais les autres en mme temps sont atteintes par le silence des harmoniques1 cette me1 sitt que l'aborde une tentation1 voici que s'veille toute sa diffrence4 ,ds qu'elle aime1 elle est bouleverse tendrement dans toute son tendue1 elle a des tendances vers partout diriges1 et qui devinent comme des antennes le multiple1 l'inpuisable univers4 ,ainsi que dans l'esprit plusieurs ides toujours s'lvent la fois1 de mme le cur a le sentiment de tout le simultan2 il voit tout ce qui est contenu en chaque instant1 tout ce qui y participe d'un bout l'autre du monde3 ,j'entends1 autour1 les bruits errants des choses444 ,je me souviens444 ,j'y vins un soir au clair de lune4 ,des palmiers dans la clart bleue ombreusement au-dessus de l'eau s'inclinaient444 ,non jamais1 jamais me redirai-je1 cette eau tranquille--et qui pourtant1 l-bas encore#d4 ,et vers toutes les nourritures terrestres l'me se porte la fois2 des groupes d'amours germent en elle1 se dtachent1 closent1 comme des nymphes montent entrelaces la surface des eaux4 ,il y en a que nous mangerons sur des terrasses4 ,devant la mer et devant le soleil couchant4 ,il y en a que l'on confit dans de la glace ,sucre avec un peu de liqueur dedans#e4 ,toutes ses prfrences se mettent chanter en elle et se contredisent1 et font un chur sans mesure1 plein de contestations suaves2 tous les plaisirs de sa mmoire reprennent vie1 elles les sent encore1 elle en est trouble2 ils deviennent de beaux dsirs que leur nombre rend perdus1 et qui1 de ne plus retrouver leur objet1 augmentent la dlicieuse confusion intrieure4 ,l'me de ,gide est pareille la tente de ,sal o les dmons sont assembls et se disputent4 ,elle est une habitation o se rencontrent1 en un harmonieux tumulte1 mille trangers4 444 ,et chacun de mes sens a eu ses dsirs4 ,quand j'ai voulu rentrer en moi1 j'ai trouv mes serviteurs et mes servantes ma table2 je n'ai plus eu la plus petite place o m'asseoir#f4 99 99 99 99 99 ,elle est si complexe qu'elle est incapable de possession1 si riche qu'il lui faut rester dtache4 ,elle est en partage1 elle est distribue entre toutes ses composantes1 elle ne peut se rassembler entire pour un geste qui soit simple1 qui soit seul4 ,prodigieux arrt6 ,tant de nuance1 tant de varit dans son tendue1 qu'elle ne saurait se contracter pour l'action4 ,ses voix sont trop diverses2 mesure qu'elles l'inspirent1 elles la dtournent2 par elles attire en des sens opposs1 elle demeure immobile4 ,gide est en proie lui-mme2 il n'est rien en lui qui puisse tre oubli2 chaque instant toute son me l'appelle la fois4 ,aussi1 au lieu de se dcider1 laisse-t-il grandir lentement sur son visage le sourire de l'merveillement3 ,le sentiment de complexit peut devenir une stupfaction passionne#g4 ,ce sont d'abord les ides que leur trop grande richesse fait hsitantes4 ,elles ne vont pas jusqu' leur ralit1 elles ne portent pas sur les choses1 elles ne se dtachent pas de l'esprit4 ,trop nombreuses elles s'empchent les unes les autres2 les mille restrictions qu'elles s'imposent rciproquement les retiennent4 ,comme elles ne se lchent pas les mains1 elles ne peuvent passer par l'troite porte de l'affirmation qu'on ne franchit que par un renoncement et qu'aprs une sorte d'abjuration4 ,les ides de ,gide demeurent dans son esprit4 ,paludes nous raconte de quelle faon1 y tant nes1 elles y ont toute leur carrire4 ,une petite pense1 un rudiment confus de pense444 ,et la voici qui grandit1 qui foisonne1 qui prend mille formes imprvues1 qui pousse des branches dans tous les sens1 si bien qu'elle finit par devenir elle-mme contraire4 ,jusqu' la fin elle reste intrieure1 elle habite cruellement l'esprit3 ,il semble que chaque ide1 ds qu'on la touche1 vous chtie2 elles ressemblent ces goules de nuit qui s'installent sur vos paules1 se nourrissent de vous et psent d'autant plus qu'elles vous ont rendu plus faible#h444 ,l'ironie de ,gide consiste reprsenter fidlement ce jeu spontan et gratuit des ides4 ,elles n'ont aucune obligation2 puisqu'elles ne s'affirment d'aucun objet1 rien ne les attache4 ,cette libert leur donne une agilit vertigineuse et presque comique4 ,il y a en elles un esprit3 elles obissent toutes ses fantaisies1 ses bats adroits et malicieux3 ,je me souviens d'un jour o elles se dduisaient comme des tuyaux de lorgnettes2 l'avant-dernire semblait toujours dj la plus fine2 et puis il en sortait toujours une plus fine encore4--,je me souviens d'un jour o elles devenaient si rondes que vraiment il n'y avait plus qu' les laisser rouler4 ,je me souviens d'un jour o elles taient si lastiques que chacune prenait successivement les formes de toutes1 et rciproquement#i4 ,voici ce merveilleux esprit livr sa propre dlicatesse#aj2 elle l'entrane et le dchire2 il lui cde avec enchantement et cependant1 parfois1 voudrait lui chapper4 ,a se sentir tellement ingnieux1 il gote en mme temps un ravissement et une souffrance4 ,sa complexit forme un insaisissable rseau qui l'arrte de toutes parts et lui interdit de parvenir jusqu'aux brutales vrits du monde4 ,comme ses ides1 les sentiments de ,gide sont embarrasss par leur abondance2 ils ne savent pas se terminer en actes1 leurs lans se neutralisent#aa4--;,chaque occasion suscite mille mouvements qui entrent en dbat2 et comme aucun ne veut quitter sa diffrence1 renoncer lui-mme pour appuyer la victoire d'un autre1 l'me finit par s'apaiser sans agir2 c'est ainsi qu'un remous s'attnue1 sans s'tendre1 sous de petites vagues contraires4 ,gide reste interdit sous la pousse trop complexe de son cur3 il le sent si complet1 chaque dsir y tient si soigneusement sa place1 qu'il ne sait comment succomber ni par quel pas faiblir3 ,est-ce que tu feras 4443 7ceci ou cela73 sortiras-tu dans le jardin dsert8--descendras-tu vers la plage1 t'y laver8--iras-tu cueillir des oranges1 qui semblent grises sous la lune4448 d'une caresse consoleras-tu le chien8--7,tant de fois j'ai senti la nature rclamer de moi un geste1 et je n'ai pas su lequel lui donner7#ab4 ,il ignore mme comment on choisit3 trop de dsirs simultans le rend inhabile la prfrence4 ,il est frapp d'une sorte d'immense amour hagard4 ,en chaque objet il voit tout l'univers et s'y complat1 si bien qu'il ne sait comment redescendre jusqu' la tentation qui lui demandait d'tre seule obie3 ,la ncessit de l'option me fut toujours intolrable2 choisir m'apparaissait non tant lire1 que repousser ce que je n'lisais pas444 ,et je restais souvent sans plus rien oser faire1 perdument et comme les bras toujours ouverts1 de peur1 si je les refermais pour la prise1 de n'avoir saisi qu'une chose#ac4 ,il se tient priv1 spar du monde par son me joyeusement innombrable#ad4 99 99 99 99 99 ,cette subtile division d'avec le monde1 cette maladresse exquise s'y donner1 et ce tendre refus comme de quelqu'un qui fait signe avec la main que non et qui sourit1 sont l'essence mme de l'me de ,gide4 ,elle attend1 elle coute1 elle dnie en silence le prsent1 elle ne sait pas y dboucher1 elle est auprs de lui parfaite et bonde4 ,nous allons maintenant la suivre dans son dveloppement1 la retrouver dans tous les livres la mme1 et pourtant chaque fois un peu modifie4 ,tout de suite elle est dtache1 elle se dtourne2 mais au dbut c'est par rpugnance1 avec une sorte d'indignation1--ensuite avec un grand rire transport1 avec l'air ddaigneux et ravi de celui qui a piti de l'offre qu'on ose lui faire1 parce qu'on ne sait pas ce qu'il possde1-- la fin avec plus d'inquitude4 ,ce sont ces variations de son dtachement qu' travers l'uvre de ,gide nous voulons tudier4 ,aux quelques lecteurs des ,cahiers d',andr ,walter1 ,gide sans doute apparut d'abord pur et mfiant1 auprs de la vie plein de scrupule1 chaste1 je veux dire3 spar4 ,son premier mouvement est en effet de se garder4 ,il craint tout contact avec le monde3 ,la vie n'est qu'un moyen1 pas un but3 je ne la rechercherai pas pour elle-mme#ae4 ,a dix-huit ans1 il sent son me contracte et toute en dfense2 une sorte de timidit complexe la paralyse4 ,elle feint de ddaigner parce qu'elle redoute1 elle appelle sa crainte vertu2 elle cherche d'abord l'hrosme pour chapper la vie1 et parce qu'il donne un sens l'abstention4 ,mais en ralit1 si elle se replie1 c'est simplement qu'elle est trop riche2 elle est tout gare par les esprances qu'elle sent s'agiter en elle et par ses possibilits infinies4 ,andr ,walter se reprsente avec ,emmanule 444 dsols comme l',ecclsiaste que nous mditions longtemps1 l'esprit exalt par des penses trop hautes1 dsorient par la vanit des dsirs et le cur bris d'un amour infini qui se rpandait en larmes et en prires#af4 ,rien de plus pathtique1 quand on connat l'histoire de son dveloppement postrieur1 que l'apparition de ,gide adolescent4 ,cette retenue passionne1 ce prcoce renoncement444 ,il semble qu'il ne pourra pas s'avancer plus loin4 ,il est exil4 ,il est n trop pur4 ,que vient-il faire au monde8 ,mais des mes nobles1 quand il en vient1 elles ne naissent pas viables2 vivre les rebute2 elles sont condamnes d'avance#ag4 ,ah6 comme le bonheur saura ruser avec cette me6 ,comme il saura bien pntrer en elle malgr elle6 ,dj ne vient-il pas se mler un peu au dsespoir de sa noblesse8 ,n'y a-t-il pas une joie secrte dans sa pudeur et dans son dni8 ,o l'motion quand on est tout prs du bonheur1 qu'on n'a plus qu' toucher--et qu'on passe4 ,que l'me reste dsireuse1 toujours2 qu'elle souhaite4 ,c'est dans l'attente qu'est la vie2 dans l'assouvissement elle retombe#ah4 99 99 99 99 99 ,de ce bonheur1 qu'elle n'ose pas encore appeler bonheur1 l'me va faire le lent apprentissage4 ,les ,posies d',andr ,walter1 ,la ,tentative ,amoureuse1 ,el ,hadj1 ,le ,voyage d',urien1 racontent ses premires dcouvertes4 ,elle ne connaissait jusqu'ici d'elle-mme que sa crainte1 que son loignement pour toute possession terrestre4 ,elle se savait pleine de rserve et de ddain4 ,elle commence maintenant dmler les raisons de sa rpugnance4 ,en effet1 elle est au milieu du monde et ne peut faire qu'elle ne s'en aperoive1 qu'elle ne l'entende autour d'elle murmurer4 ,elle est attire par lui malgr sa timidit4 ,aprs l'amre nuit de pense1 d'tude et de thologique extase1 elle s'aventure dans le val troit des mtempsychoses#ai4 ,au lieu de ngliger les volupts de loin1 en les ignorant1 elle vient jusque parmi elles pour s'en priver2 elle laisse dferler contre elle toutes les caresses de l'alentour2 mais elle les repousse1 elle se tient la fois sduite et refuse4 ,or1 confronter ainsi aux dlices naturelles son dtachement1 elle le comprend mieux2 elle en voit toute la profondeur et quelles causes il a en elle-mme2 elle sent au contact du monde s'mouvoir et la paralyser son abondance intime2 les tentations qui la touchent veillent le trouble qu'elle portait sans le savoir2 en s'y prtant sans s'y abandonner1 elle s'apprend elle-mme1 comme le corps connat ses limites par les brises qu'il carte de lui4 ,le ,voyage d',urien et les livres qui l'entourent ne sont le rcit que d'invitations dclines4 ,ils dcrivent toutes les merveilles2 mais c'est pour dire comment les hros les vitrent4 ,ils mentionnent de nombreuses et aimables actions2 mais ce sont celles dont les hros se sont abstenus4 ,ceux-ci promnent travers tous les prodiges un dsintressement magnifique4 ,tant ils montrent de prudence1 parfois ,gide sourit4 ,mais nous n'osmes pas nous baigner de peur des crabes et des chatrouilles#bj4 ,ou bien1 si par hasard ils viennent bout de quelque entreprise1 ,gide aussitt feint de ne rien trouver en dire4 ,il veut faire croire qu'il ne se reprsente bien que les actes qu'on ne fait pas4 ,mais ces livres1 en mme temps qu'ils nous content tant d'exploits luds1 nous font sentir comment l'me par ses abstentions se rvle peu peu elle-mme4 ,appeles par le monde1 ses confuses amours s'agitent1 se dplient4 ,c'est le tourment des vains dsirs4 ,ils s'chappent du cur lentement1 lui laissant goter leur essor4 ,ils tournoient tout autour un instant comme des colombes2 leur vol las et enchant ne s'loigne pas4 ,puis ils s'abattent1 mourants4 ,l'me ne sait pas encore dmler s'ils sont doux ou cruels4 ,elle ne connat que le trouble qu'ils font en elle2 au milieu de l'univers1 elle sent un malaise qu'elle n'ose appeler dlicieux4 ,je l'prouve moi aussi1 en relisant ces livres irritants et suaves4 ,posie de l'inutile et de la dsoccupation3 ,et les jours s'en allaient ainsi1 en promenades ou en ftes#ba4 ,vains lancements1 regards qui vont soudain dcouvrir toute la plaine1 mais pourquoi8 ,chevaliers qui partent au matin et reviennent au crpuscule4 ,terrasses6 ,misricordieuses terrasses des ,bactrianes au soleil levant2 jardins suspendus1 jardins d'o l'on voit la mer6 palais que nous ne reverrons plus1 et que nous souhaitons encore#bb444 ,falaises6 d'o l'on croit qu'on va voir autre chose#bc4 ,arbres du ,nord2 rameaux vaguement dsirs2 ah6 promontoires6 promontoires lancs vers le ciel1 o l'on s'avance1 o l'on s'avance2 aprs lesquels on ne peut plus#bd444 99 99 99 99 99 ,en voyant toutes les richesses qu'il dcle confusment dans son me1 ,gide comprend l'importance de son dtachement4 ,il ne peut plus le considrer comme une simple privation4 ,mais il l'appelle libert2 et du mme coup s'aperoit que cette libert nous fait cruellement dfaut4 ,il voit tous ceux qui l'entourent paralyss par leur activit quotidienne et s'amuse railler ces captifs qui ne savent pas leur lien#be4 ,paludes#bf en effet1 c'est la satire de toute ralisation de la vie2 en se ralisant la vie s'immobilise1 s'enferme2 en prenant une forme elle meurt4 ,elle est comme une flamme3 en la nourrissant on l'touffe1 on la maintient sourde et sombre4 ,morne vie qui se dpense au fur et mesure en tout petits actes inpuisables4 ,richard est accabl d'occupations3 ,toutes ses heures sont prises#bg4 ,il ne souponne mme pas qu'on puisse tre diffrent de ce qu'on fait4 ,il rsume dans sa vraiment pauvre personne tout ce qu'a de mesquin l'accomplissement4 ,ce sont chaque jour les mmes pis-aller lamentables1 les substituts de toutes les choses meilleures#bh4 ,un acte est quelque chose qui vient se mettre la place d'une partie de l'me2 il teint un peu de notre belle nergie2 il cre de l'immobile1 du dfinitif l o il y avait d'exquises puissances2 il nous arrte un peu1 il met un terme notre douce ambigut intime4 ,il pse sur nous comme un poids mort2 nous ne pouvons plus nous dbarrasser de lui1 car il demande tre rpt2 il a je ne sais quelle force d'inertie4 ,tout ce que nous suscitons1 il semble que nous le devions entretenir#bi4 ,tous nos actes subsistent horriblement et psent4 ,ce qui pse sur nous c'est la ncessit de les refaire#cj444 ,il faudrait au moins qu'ils fussent contingents#ca1 gratuits1 accomplis au hasard1 avec une sorte de gnrosit ddaigneuse2 il faudrait qu'ils parussent par l'me concds1 plutt que voulus1 abandonns avec superbe aux exigences de la vie ainsi qu'un don qu'on et pu aussi bien refuser#cb4 ,car alors on se sentirait distinct d'eux1 comme un pianiste qui choisit ses touches voit bien qu'il en est spar4 ,mais non4 ,nous sommes ensevelis sous nos actes1 nous n'existons plus qu'en eux1 ils nous absorbent3 ,je disais que notre personnalit ne se dgage plus de la faon dont nous agissons--elle gt dans l'acte mme--dans les deux actes que nous faisons 7un trille7--dans les trois#cc4 ,mieux vaut donc nous priver d'agir4 ,ainsi seulement nous pourrons connatre1 pure et voluptueuse1 notre propre vie4 99 99 99 99 99 ,car voici le bienfait incomparable du dtachement3 il permet l'tre de se sentir vivre4 ,les ,nourritures ,terrestres naissent de ,paludes1 comme naissent les uns des autres tous les livres de ,gide1 par opposition1 par raction et selon le mouvement essentiel d'une pense qui ne se dveloppe qu' force de se corriger1 de se rfuter et de se dtruire4--,cependant1 tout en s'y contreposant1 les ,nourritures ,terrestres sont une solution de ,paludes2 elles dfont le nud et l'obscure question qu'il formait4 ,fivreusement1 et au hasard1 et non sans se moquer de lui-mme1 ,gide s'tait lev contre l'troite contrainte de nos actes quotidiens2 il aperoit maintenant de sa rvolte tmraire et mal assure la raison simple et sensible3 les actes et les attachements sont mauvais1 car il nous dtournent de notre propre vie1 qui est notre seul vrai bonheur2 pour tre heureux il suffit d'tre et de savoir qu'on est3 ,volupt6 ,ce mot je voudrais le redire sans cesse2 je le voudrais synonyme de bien-tre1 et mme qu'il sufft de dire tre1 simplement#cd4 ,a force d'errer parmi le monde et d'prouver en lui cette contraction prodigieuse qui toujours l'arrtait1 ,gide a fini par entrer en possession de sa richesse3 elle s'est avoue en lui1 elle est devenue soudain facile comme un visage qu'enfin on reconnat3 ,obscures oprations de l'tre444--comme les chrysalides et les nymphes1 je dormais2 je laissais se former en moi le nouvel tre1 que je serais#ce444 ,a chaque refus1 chaque loignement que lui imposait son cur1 il se sentait ramen vers lui-mme1 et ces retours perptuels taient comme les coups qui branlent une cit inconnue et rtive3 puis1 le menaant trsor de toute sa vie accumule1 un jour il l'a trouv en lui disponible1 ais1 joyeux1 pareil l'hilarit subtile du matin4 ,les ,nourritures ,terrestres chantent cette joie3 tenir sa vie en soi1 la connatre1 la toucher1 souffrir son constant veil3 ,o6 si tu savais1 si tu savais terre excessivement vieille et si jeune1 le got amer et doux1 le got dlicieux qu'a la vie si brve de l'homme#cf444 ,ce n'est plus pour s'apprendre que l'me cherche et repousse les volupts2 maintenant qu'elle s'est saisie1 elle veut simplement entretenir perptuel le sentiment qu'elle a de sa vie2 de chaque minute d'elle-mme elle veut prouver le passage3 elle est comme une flamme qui demande toutes les brises de l'aviver1 et de son ardeur augmente elle se ravit2 elle n'admet aucune fatigue1 mais craint sans cesse que ne s'mousse son allgresse intrieure4 ,tous ces dsirs qu'elle donne au monde1 ne tendent qu' la rendre elle-mme plus sensible2 en s'cartant de leur foyer1 ils ne veulent que le faire plus intense3 ,heureux1 pensais-je1 qui ne s'attache rien sur la terre et promne une ternelle ferveur travers les constantes mobilits#cg4 ,les ,nourritures ,terrestres dcrivent des plaisirs moins vastes et moins solennels que ceux du ,voyage d',urien4 ,car pour viter que l'me ne perde conscience de sa vie1 ils se renouvellent incessamment2 ils viennent comme mille douces mains qui s'appuient et se retirent1 comme des baisers prcipits2 ils sont plus proches1 ils touchent de plus prs1 ainsi que les pieds nus gotent du sol les exquises tempratures4 ,ils sont innombrables afin qu'aucun n'arrte lui2 leur changement importe encore bien plus qu'eux-mmes2 il en faut un pour chaque instant4 ,et tantt ce sera une violente ivresse1 tantt444 ,simiane alors se levant1 se fit une couronne de lierre et je sentis l'odeur des feuilles dchires#ch4 ,que jamais ne demeure mon corps de plaisir inoccup4 ,et je pris 444 l'habitude de sparer chaque instant de ma vie1 pour une totalit de joie1 isole--pour y concentrer subitement toute une particularit de bonheur#ci444 ,voici donc cette me que nous avons connue si altire et si rserve1 expose toutes les dlices du monde3 la voici engage dans la vie#dj2 autour d'elle1 emmens selon le dlicat mouvement des ,rondes1 tournent les biens inpuisables de la terre4 ,pourtant elle est la mme toujours2 elle garde ce dtachement1 cette attitude dmle qui1 d'abord1 faisaient sa solitude2 car se donner tout n'est qu'un moyen raffin de ne se donner rien et car son bonheur1 comme son ddain1 dont il n'est que la transformation1 se passe fort bien de possder4 ,j'ai port tout mon bien en moi1 comme les femmes de l',orient ple sur elles leur complte fortune4 ,a chaque petit instant de ma vie1 j'ai pu sentir en moi la totalit de mon bien4 ,il tait fait1 non par l'addition de beaucoup de choses particulires1 mais par leur unique adoration#da4 ,c'est la mme me1 mais joyeuse1 panouie4 ,elle ne refuse plus le monde en se fermant son approche1 mais au contraire parce qu'elle est trop ouverte1 trop dploye3 ,mes motions se sont ouvertes comme une religion#db4 ,elle dpasse les choses1 elle ne peut plus s'y rduire4 ,elle palpite ainsi que de grandes ailes maladroites se replier4 99 99 99 99 99 ,cet largissement n'est pas sans danger pour elle3 force de s'tendre1 elle risque de ne plus pouvoir se ressaisir4 ,sal est la parodie des ,nourritures ,terrestres4 ,par tout ce qu'il accueille de lui-mme1 par tous dsirs qu'il se laisse avoir1 par l'immense permission intrieure qu'il se donne1 ,sal peu peu s'anantit lui-mme3 trop accepter il use et dtruit sa volont4 ,tant il a d'amours1 il s'y embrouille1 comme il s'entrave dans les plis de sa robe4 ,il chancelle au milieu des tentations trop diverses qui l'assaillent4 ,il coute toutes ses voix2 comme ceux qui ne savent qui entendre1 il est un peu ridicule2 il se tient les bras ouverts au hasard4 ,il ne s'pargne aucune ide2 en mme temps que par les plus hautes1 il est sduit par les plus basses1 et sous leur conseil divis il ne peut arriver une dcision4 ,il a tant de sentiments nourrir qu'il est entirement distribu entre eux et qu'il ne lui reste rien pour vouloir3 ,ah6 qu'est-ce que j'attends prsent pour me lever et pour agir#dc8 ,si par hasard il agit1 c'est avec une sorte de fureur3 il cherche s'tourdir1 oublier dans la violence les mille raisons qu'il avait de se conduire autrement4 ,puis il est ressaisi par son me2 elle est si nombreuse qu'elle l'touffe4 ,ses dmons ont envahi sa tente et le poussent dans un coin3 ,je suis compltement supprim#dd1 dit-il tout bas4 ,il ne peut plus vivre1 il ne sait plus comment s'y prendre4 99 99 99 99 99 ,aprs ,sal1 qui est encore un trait de morale et dj une uvre d'imagination1 ,gide1 nous le savons1 quitte la littrature subjective1 et n'crit plus--,amyntas mis part--que des drames et des romans4 ,ces nouveaux livres1 nous ne devons pas les interroger de la mme faon que les premiers4 ,ce ne sont plus de ces mditations au cours desquelles l'me de ,gide se laissait si clairement connatre3 ils n'ont plus pour mission prcise de la livrer2 il n'y a plus de l'un l'autre de continuit intime4 ,du moins est-elle bien plus cache4 ,il nous faudra considrer sparment ces ouvrages1 sans vouloir leur imposer aucun enchanement4 ,en chacun1 tour tour1 nous ne surprendrons l'me que si nous savons aprs chacun la quitter4 ,peut-tre cependant l'entreverrons-nous de l'un l'autre se dvelopper1 ainsi qu'entre les feuillages on accompagne du regard quelqu'un qui passe4 ,l',immoraliste est peut-tre le plus beau livre de ,gide2 c'est du moins celui qui s'avance le plus loin4 ,il raconte l'histoire d'une me dtache4 ,michel ds son enfance est priv1 spar1 retir2 il ne souffre de vivre qu'avec une sorte d'impatience ddaigneuse2 il se retranche2 il marque lui-mme volontairement sa diffrence d'avec tous les hommes4 ,et l'on peut mesurer son ignorance du monde la navet de ses premiers tonnements3 ,ainsi donc celle qui j'attachais ma vie avait sa vie propre et relle#de6 ,avec cette me il dcouvre soudain la vie4 ,il en est si distinct qu'il faut bien la fin qu'il l'aperoive2 il la mconnat si bien qu'elle force enfin son attention4 ,tout de suite il l'aime1 il la dsire4 ,mais on ne se dbarrasse pas si vite d'un long ddain2 son amour conserve la forme de son dtachement3 il est un enthousiasme pur et qui nglige tous les biens dont on se peut satisfaire4 ,c'est de sa propre vie1 surtout que ,michel s'prend1 c'est elle qui l'tonne et qu'il coute grandir4 ,il ne se mle pas aux choses1 il ne se dpense pas en elles1 il garde contre elles une sorte d'hostilit et rejette toute possession4 ,les attaches que par hasard il a noues avec le monde1 il ne songe qu' les rompre4 ,mnalque lui enseigne se dpouiller de plus en plus1 laisser tomber chaque instant son pass1 se priver de mmoire3 ,c'est du parfait oubli d'hier que je cre la nouvellet de chaque heure#df4 ,il tend vers un toujours plus farouche dnuement1 il ne travaille qu' se dsenchaner4 ,il sent encore cette impatience de toute proprit qui ds son enfance le divisa d'avec le monde1 elle l'agite encore1 elle fait trembler ses mains1 elle lui interdit de prendre3 ,dcidment tout se dfait autour de moi2 de tout ce que ma main saisit1 ma main ne sait rien retenir#dg444 ,et c'est avec une sorte de dcouragement passionn qu'il s'crie3 ,je tchai donc1 et encore une fois1 de refermer ma main sur mon amour#dh4 ,ainsi1 tout auprs de la vie qu'il continue de refuser1 ,michel demeure seulement occup par la croissance infatigable de sa vie4 ,elle se dveloppe en lui1 elle lui donne je ne sais quel air attendant1 expos1 perptuellement ouvert4 ,comme aucun objet1 aucun acte dfinis ne viennent la clore ou l'adapter1 comme rien ne la rassemble et ne la rduit1 elle s'panouit toujours de plus en plus#di4 ,jamais un sentiment qui soit plus resserr que le prcdent1 qui soit sur le prcdent en diminution1 qui le restreigne2 toujours le sentiment qui ajoute1 qui dilate l'me davantage1 qui accentue son largissement#ej4 ,aprs la joie1 la joie4 ,michel surprend ,moktir en train de le voler3 ,mon cur battit avec force un instant1 mais les plus sages raisonnements ne purent faire aboutir en moi le moindre sentiment de rvolte4 ,bien plus6 je ne parvins pas me prouver que le sentiment qui m'emplit alors ft autre chose que de la joie#ea4 ,ouverture silencieuse et sombre4 ,on lit sur le visage de ,michel l'effort et la jubilation de son me2 il supporte quelque chose d'immense4 ,je le vois dans le port de ,syracuse1 errant tranger1 avec son sourire4 ,il va1 soulev par une force intrieure que rien n'utilise ni n'astreint et dont il subit tout le ressort4 ,sa vie s'appuie si fort aux parois de sa poitrine qu'elle lui est presque pnible#eb2 il souffre bonheur4 ,peu peu il dpasse le bonheur3 ,mais dj je sentais1 ct du bonheur1 quelque autre chose que le bonheur#ec4 ,il finit par n'prouver plus qu'une sorte d'accablante libert4 ,il a rompu tous ses liens et maintenant il hsite tragiquement dans le vide3 ,je me suis dlivr1 c'est possible2 mais qu'importe8 je souffre de cette libert sans emploi#ed4 ,il ne bouge plus1 il reste o il se trouve avec indiffrence2 mais cette indiffrence le distend cruellement2 elle ne l'immobilise que parce qu'elle le partage et le dmembre en secret4 ,l'cartement de son me devenue dmesure le dchire4 ,la joie qui ne s'apaise pas en lui1 est si pure qu'elle le brle#ee4 ,il y avait pourtant dans l'me de ,michel un sentiment qui et d modrer ce sauvage et solitaire enthousiasme3 l'amour des autres4 ,gide1 mieux que son hros1 en comprendra l'importance et saura le dvelopper4 ,l'immoraliste1 comme il a dcouvert sa vie1 dcouvre celle des autres#ef4 ,il s'attache ,moktir1 ,charles ,bocage1 ,bute4 ,ainsi semble-t-il sortir de lui-mme4 ,mais en ralit1 il n'aime que son amour1 que l'augmentation intrieure qu'il en reoit2 il cherche dans autrui un renforcement de ses propres sensations2 la sympathie qui l'entrane1 c'est surtout le dsir d'apprendre1 en les prouvant avec eux1 les motions inconnues de ses compagnons3 ,je sais peine exprimer cette sorte de joie que je ressentais auprs d'eux3 il me semblait sentir travers eux#eg4 ,c'tait un immdiat cho de chaque sensation trangre--non point vague1 mais prcis1 aigu#eh4 ,il est men par un insatiable dsir de lui-mme et1 comme il n'arrive pas seul possder toute sa profondeur1 il demande aux autres de l'aider s'en rendre matre3 il poursuit une sombre conqute intime1 il appelle fivreusement son secours les autres tres et ceux qui sont le plus loin de lui1 sont ses meilleurs allis3 ,je m'attachais aux plus frustes natures1 comme si1 de leur obscurit1 j'attendais1 pour m'clairer1 quelque lumire#ei4 ,mais il les rejette aussitt qu'il s'est servi d'elles1 que par elles il s'est appris2 il les abandonne comme il dpouille tout son pass2 il reste seul1 pur1 sans autre bien que sa vie trop libre qui l'oppresse4 99 99 99 99 99 ,dans ,amyntas de nouveau nous n'avons devant nous que ,gide lui-mme4 ,pour la premire fois il montre une me un peu fatigue de sa solitude4 ,on le devine inquit de plus prs1 de plus bas par le monde et prt se joindre enfin lui3 ,j'avais l'ge o la vie commence prendre un got plus douteux sur les lvres2 o l'on sent chaque instant tomber d'un peu moins haut dj dans le pass#fj4 ,pourtant ce got de la vie sur les lvres1 il ne renonce pas encore lui trouver de la douceur4 ,ce n'est qu'apaisement1 apprivoisement de la grande joie intrieure qui tournoyait en lui3 il aime encore sentir la dlicatesse de ses motions1 les changements de son cur4 ,il chrit dans le dsert l'absence de tout objet3 tant les prtextes y sont monotones1 on y prouve avec plus de subtilit sa vie2 elle ne prend aucune forme2 elle demeure inoccupe1 simple1 nue3 ,que viens-je encore chercher ici8--,peut-tre1 ainsi qu'un corps brlant trouve joie se plonger nu dans l'eau froide1 mon esprit1 dpouill de tout1 trempe dans le dsert glac sa ferveur#fa4 ,devant soi l'on ne contemple que des variations pures2 les heures lentement modifient le vide sans fin1 le teignent de couleurs imperceptiblement diffrentes2 elles passent sans qu'aucune matire s'offre leur transformation#fb4 ,et c'est comme si l'on tenait son me sous ses yeux2 elle s'chappe au-dehors1 elle se droule devant nous#fc2 elle laisse voir dlicieusement sa vicissitude3 ,ah6 de combien peu d'lments est fait ici notre bruit et notre silence6 le moindre changement y parat444 ,je voudrais que de page en page1 voquant quatre tons mouvants1 les phrases que j'cris ici soient pour toi ce qu'tait pour moi cette flte1 ce que fut pour moi le dsert--de diverse monotonie#fd4 99 99 99 99 99 ,la ,porte ,etroite est de toutes ses uvres celle que ,gide a le moins domine3 il l'a crite presque malgr lui2 ou plutt elle s'est retourne contre lui1 elle l'a contraint1 elle s'est dicte sa pense1 ddaignant ses intentions#fe4 ,ce qu'elle va nous rvler1 c'est donc ce que ,gide n'a pu s'empcher de dire1 ce qu'il y avait de plus profond en lui et qui est remont au moment o il le croyait disparu4 ,livre si cher qu'on voudrait n'en pas parler1 nier mme l'avoir lu pour le garder plus prs de soi4 ,livre si pur1 si lisse qu'on ne sait pas non plus comment en parler4 ,livre de si profonde et dangereuse importance qu'on ne rsiste pas la tentation d'en recueillir le sens4 ,il faudrait le lire d'un seul trait1 avec amour et larmes1 assis1 comme ,alissa1 par un temps trop beau sur ce banc de la marnire abandonne d'o se dcouvraient au dclin du jour les champs vides et labours3 ,l't fuyait si pur1 si lisse que1 de ses glissantes journes1 ma mmoire aujourd'hui ne peut presque rien retenir4 ,les seuls vnements taient des conversations1 des lectures#ff444 ,c'est ainsi que les hros du ,voyage d',urien laissaient1 au long d'eux-mmes1 s'couler sans mmoire les heures merveilleuses et vaines4 ,ds la premire lecture de ,la ,porte ,etroite1 mme si l'on ne veut pas encore couter le sens intrieur du livre1 on ne peut manquer de se sentir gagn par cette langueur et cette douce insatisfaction qui faisaient le charme des premires uvres4 ,un incessant dsir1 tendrement irrit1 s'chappe de nous4 ,en quelle rgion du bonheur sommes-nous conduits8 ,il semble que ce soit sur ses extrmes confins2 ici nous n'aurons de lui que sa fuite et que ce faible cri qu'il nous abandonne en s'envolant de nous2 il est pareil aux branches agites par un oiseau surpris et dj lointain3 ,l't fuyait4 ,dj la plupart des champs taient vides o la vue plus inesprment s'tendait#fg4 ,ce n'est pas sans de profondes raisons que nous prouvons ici cette dtresse ravissante1 ce plaisir frustr4 ,la ,porte ,etroite est l'histoire de deux mes timides qui font leur bonheur de leur impuissance mme atteindre le bonheur4 ,elles ont l'une et l'autre je ne sais quelle maladresse native aux choses de la vie1 elles ne savent pas les prendre1 elles sont frappes d'une sorte de pudeur qui est leur essence mme1 si bien qu'elles ne gotent d'aise vritable qu'loignes l'une de l'autre#fh4 ,elles se rtractent ds qu'elles se rapprochent3 une mystrieuse impossibilit se glisse entre elles2 une ruse inconsciente1 issue du plus profond d'elles-mmes1 les spare4 ,nous ne sommes pas ns pour le bonheur#fi1 dit ,alissa2 mais c'est de saintet qu'elle se pense prise2 elle croit qu'elle n'carte ,jrme que pour le mieux lever vers ,dieu et qu'elle sacrifie au salut tout son contentement humain#gj4--,mais elle ne se connat pas tout entire3 un ravissement plus subtil et moins clair que l'enthousiasme religieux l'entrane se dpouiller2 mesure qu'il se fait plus pressant1 elle le dcouvre de moins en moins explicable3 ,les raisons qui me font le fuir8 ,je n'y crois plus444 ,et je le fuis pourtant1 avec tristesse1 et sans comprendre pourquoi je le fuis#ga4 ,en ralit elle est possde par l'trange passion de se priver2 elle est ne pour le dnuement2 elle coute une voix qui lui conseille de quitter tous ses biens2 elle sourit son mystrieux appel2 elle est prise doucement de partout par un attrait invisible et sait bien qu'il n'est rien de meilleur que d'y cder4 ,comme le ,mnalque des ,nourritures ,terrestres s'enivrait de son jene et marchait travers la plaine dans un tourdissement voluptueux1 de mme elle ne rsiste point au dlice de se rendre pauvre3 ,pourquoi donc inventai-je ici la dfense8 ,serait-ce que m'attire en secret un charme plus puissant encore1 plus suave que celui de l'amour8 ,oh6 pouvoir entraner la fois nos deux mes1 force d'amour1 au-del de l'amour#gb6444 ,si l'abstention l'enchante si profondment1 c'est qu'elle lui rvle les longs plaisirs de l'me4 ,alissa trouve se priver une joie plus certaine qu' se satisfaire2 mesure qu'elle loigne l'objet qu'elle poursuit1 elle sent son me s'tendre heureusement et comme s'tirer en elle3 ,et je me demande prsent si c'est bien le bonheur que je souhaite ou plutt l'acheminement vers le bonheur4 ,o ,seigneur6 ,gardez-moi d'un bonheur que je pourrais trop vite atteindre6 ,enseignez-moi diffrer1 reculer jusqu' ,vous mon bonheur#gc4 ,dans l'achvement l'me s'vanouit2 mais en prolongeant indfiniment son attente1 on la voit progresser1 on gote chaque mouvement qu'elle fait#gd3 elle bouge un peu chaque instant2 elle glisse en nous1 elle nous frle intrieurement de son avancement dlicat4 ,l'hrosme d',alissa1 c'est une joie secrte et inavoue4 ,dans son effort pour se dpasser inpuisablement1 pour quitter tour tour chacun de ses attachements et pour aller plus loin1 l'me trouve son bien4 ,car des liens qui la veulent retenir1 elle reoit1 mesure qu'elle les brise1 le sentiment d'elle-mme2 elle est comme celui qui est joyeux parce qu'il chappe toutes les mains qui cherchaient le saisir1 et qu'enfin le voici loin de tous1 seul et vivant3 ,hrosme gratuit444 ,hrosme parfaitement inutile#ge4 ,alissa carte en souriant toute promesse de rcompense#gf2 en mme temps qu'elle s'arrache ,jrme1 elle renonce au bienfait de son sacrifice2 elle veut ne rien attendre de la mort4 ,c'est qu'ainsi doublement dpouille1 elle touche de partout son me1 elle recueille sa tension et sa vaine dpense1 elle la peroit comme les cordes d'un instrument mditent leur ton qui n'est qu'une pure disposition d'elles-mmes#gg4 ,telle est l'obscure volupt que cherche1 sans le savoir1 son esprit timide4 ,et malgr l'affreuse ignorance o se dbat son agonie1 il ne faut pas dire qu'elle se soit trompe3 de son hrosme elle a connu au fur et mesure le prix1 elle a longuement got la joie4 ,il ne fut en elle si spontan que parce qu'il tait la seule faon qu'elle st d'tre heureuse4 ,il ressemble au grand effort de l'immoraliste pour s'emparer de lui-mme en repoussant toutes les possessions qui le divertissaient4 ,mais il est plus aimable de comparer la ,porte ,etroite tout entire cette matine radieuse et comme suspendue par sa dlicatesse mme1 o ,jrme1 s'approchant pas touffs1 surprend ,alissa au fond du jardin3 ,voici l'instant1 pensai-je1 l'instant le plus dlicieux peut-tre1 quand il prcderait le bonheur mme1 et que le bonheur mme ne vaudra pas#gh4 ,ou bien nous dirons3 la trace que laisse ce livre dans notre souvenir ressemble au dernier geste d',alissa3 ,un instant elle me regarda1 tout la fois me retenant et m'cartant d'elle1 les bras tendus et les mains sur mes paules1 les yeux emplis d'un indicible amour#gi4 ,eloigner doucement de nous l'objet vers quoi toute notre me nous entrane1 afin de sentir monter en nous1 lentement et de plus en plus1 notre me4 99 99 99 99 99 ,isabelle est l'uvre la plus rcente de ,gide4 ,elle donnera peut-tre plus tard quelque embarras aux faiseurs de classifications4 ,a la fois elle s'attarde et elle ouvre une re nouvelle4 ,elle est indcise et un peu languissante comme un enfant qui change d'ge4 ,gide1 au moment o il l'crit1 vient de dcouvrir d'immenses richesses qu'il ne souponnait pas2 par son merveillement il est distrait2 il pense avec tant de plaisir tout ce qu'il va pouvoir faire qu'il ne se donne pas entier sa tche2 il est partag entre elle et l'avenir2 et ce qu'il refuse de lui-mme l'uvre prsente1 c'est le pass1 ce sont des habitudes qui tout naturellement viennent y suppler4 ,isabelle c'est cet instant de dlicate paresse que l'on s'accorde avant de se lancer dans une entreprise nouvelle dont on n'aperoit pas la fin4 uvre la fois trop bien faite1 parce que s'y emploie toute la science acquise pendant la priode qu'elle achve1 et incertaine1 parce qu'elle est l'essai d'une manire encore mal consciente#hj4 ,si peu qu'on l'y dcouvre1 ,gide pourtant1 mme dans ,isabelle1 montre son me4 ,comme ,grard semble pris6 ,mais ne serait-ce pas de son amour8 ,il cherche lentement2 il aime tous les retards de sa curiosit4 ,passionnment pench sur les traces de l'invisible ,mademoiselle de ,saint-,aurol1 la volupt qu'il gote c'est celle du chasseur1 celle de ,michel quand il passait la nuit dans les bois1 auprs des piges tendus par ,bute4 ,car ne sait-il pas l'avance que de l'objet qu'il poursuit il n'a rien esprer8 ,connatre la vie secrte d',isabelle de ,saint-,aurol2 savoir par quels chemins parfums1 pathtiques et tnbreux#ha444 ,grard coute son me en lui fivreusement attentive2 c'est elle qui plus que tout l'intresse3 ,jusqu'au soir mon esprit1 dont je renonce peindre le dsordre1 fut uniquement occup par l'attente4 ,pouvais-je aimer vraiment ,isabelle8 ,non sans doute1 mais1 amus jusqu'au cur par une excitation si violente1 comment ne me fuss-je pas mpris8 reconnaissant ma curiosit toute la frmissante ardeur1 la fougue1 l'impatience de l'amour#hb4 ,et qu'importe enfin si la femme qu'il trouve n'est que l'image sans vie de celle qu'il a dsire8 ,songea-t-il jamais srieusement s'emparer d'elle8 ,ses paroles quand il rencontre la vraie ,isabelle1 cette sorte de lassitude polie que tout de suite il oppose ses provocations1 indiquent assez combien il souhaitait peu cette entrevue tant recherche4 ,il a puis tout son bonheur avant d'atteindre l'occasion de se satisfaire2 et le dsir du revoie vers le cur avec plus de suavit4 ,voil ce qu',isabelle enferme de l'ancienne me de ,gide4 ,l'amour de ,grard est pareil cette longue promenade qui1 dans ,la ,tentative ,amoureuse1 conduisit ,luc et ,rachel jusqu'au parc entour de murs2 puis1 un jour1 tant revenus1 ils le trouvrent libre et vide2 mais ils avaient t heureux4 ,malgr cette analogie on peut lire dans ,isabelle autre chose que du pass4 ,gide y laisse paratre un peu de son me nouvelle4 ,pour la premire fois il sort de lui-mme2 par un grand effort il s'arrache son isolement2 il s'oublie2 il se perd un peu parmi le monde2 une sorte de piti l'attache d'autres vies que la sienne4 ,de temps en temps je cesse de sentir ce dgagement de son cur1 ce subtil intervalle qui jusqu'ici toujours l'a distingu de ce qu'il aimait2 il est des moments o par la sympathie il s'unit et se confond ses personnages#hc4 ,ainsi nous allons le quitter au moment o son me1 qu'il a si bien retenue jusqu'ici1 est sur le point de cder4 ,nous l'avons suivie pendant le long dveloppement de sa solitude3 nous l'avons vue devenir heureuse1 changer sa crainte en volupt1 mais sans renoncer sa dfense et son repliement4 ,voici qu'elle s'est suffisamment prouve elle-mme et qu'elle sent le besoin de se donner4 ,il est impossible de prvoir quelle sera maintenant sa destine3 en voulant la dfinir l'avance nous ne ferions que l'embarrasser4 ,ecartons d'elle toute attente et que notre regard sache ne pas l'accompagner plus loin4 ,nous avons prtendu non pas lui retirer l'avenir1 mais seulement dcrire jusqu'ici sa continuit4 #a ,le ,promthe ,mal ,enchan1 p4 #be4 ,nous avons dj vu que1 dans beaucoup de phrases1 la dpendance des propositions trahissait cet amour de ,gide pour la relation4 ,il faut signaler ici l'abondance des formules telles que d'autant plus 444 que tantt 444 tantt4 ,sans cesse ,gide compare les choses1 se plat considrer le rapport entre leurs modifications respectives3 ,ah6 de quelle abondance d'or1 au-dessus de la dune1 tantt1 le soleil dj disparu inondait encore la plaine6 7,amyntas1 p4 #bed47 #b ,les motions sont perptuellement dans une rciproque dpendance4 7,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #aeb47 #c ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ahc4 #d ,amyntas1 p4 #bge4 #e ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ii4 #f ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #aji4 #g ,le ,promthe ,mal ,enchan1 p4 #agd4 ,cf4 ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #bg3 444 tant il semblait que cette torpeur vnt de la complexit mme de mes penses1 et de mes volonts indcises1 et ,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #dh3 ,je m'efforais de leur parler2 mais je m'embarrassais d'ides trop hautes4 #h ,paludes1 p4 #bbj4 #i ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #abf4 #aj ,cf4 ,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #bde3 ,dans le silence et l'obscurit de la nuit1 j'ai suivi l'enchanement de mes ides--,c'est trs drle1 etc4 #aa ,cf4 ,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #adb3 ,ce qui m'empche d'crire1 ft-ce des notes trs htives1 c'est la complexit inextricables des motions1 etc4 #ab ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #fc4 #ac ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #gg-gh4 #ad ,cette incapacit de choisir1 cette impuissance oublier ce qui n'est pas donn1 c'est l'impartialit4 ,gide est possd par l'impartialit4 ,elle n'est pas en lui produite par un effort de la raison1 elle n'est pas une justice froide et applique1 elle est une subtile passion4 ,gide n'a pas besoin de se contraindre pour tenir compte des ides adverses1 des sentiments contraires ceux qu'il considre4 ,il les prouve naturellement tous ensemble1 et c'est naturellement qu'il ne se dcide pas entre eux2 il ne peut souffrir que les droits d'aucun possible soient mconnus1 parce qu'il les embrasse tous d'une vue spontane4 ,il n'arrive pas l'impartialit1 il y cde1 comme on favorise un penchant de son cur4 ,ce qui fait l'intrt de sa critique1 c'est justement qu'elle est un exemple d'impartialit naturelle3 elle n'est pas inanime comme un verdict entour de ses considrants1 elle ne se maintient pas entre des lans opposs dans un juste milieu2 mais elle est elle-mme un lan vers la justesse1 elle trouve avec une sorte d'entrain le jugement le plus quitable1 elle compose1 avec un plaisir que le lecteur partage1 une vrit toute diverse et nuance4--,il est curieux de voir ,gide aux prises avec un livre ou avec un auteur4 ,on retrouve dans son article tout le travail de son me3 d'abord il est indcis1 arrt1 il ne sait par o commencer1 il refuse mme de choisir une attitude3 ,vous me demandez mon opinion sur le vers libre4--,en ai-je seulement8 ,on vit si bien sans opinions 7,prtextes1 p4 #aad74--,puis il se rsigne2 il entreprend d'exprimer l'ensemble complexe de sa pense2 il pose peu peu toutes les considrations qui l'entravaient1 il construit son opinion en reprenant plusieurs fois son assertion premire1 en la corrigeant1 en la prservant sans cesse des abus o elle pourrait glisser1 en lui interdisant sans cesse de devenir exclusive4 ,elle finit par former un systme ingnieusement quilibr et compens4--,ainsi ,gide se dlivre peu peu de sa pense4 ,on sent1 mesure qu'on le lit1 la fois l'embarras qu'elle lui donnait1 l'hsitation dont elle l'emplissait1 et la joie qu'il prouve la prsenter sans sacrifices1 avec toutes ses affirmations et toutes ses restrictions4 ,cette impartialit active1 loin de s'endormir avec l'ge1 loin de cder la place quelque confortable opinion1 dans le genre de celles qu'adoptent tant d'crivains quand ils parviennent la quarantaine1 n'est jamais apparue plus vivace que dans les ,nouveaux ,prtextes4 ,elle y est mme trs consciente et trs dlibre4 ,il ne faut que lire les pages #afj1 #age1 #ahi1 #aia1 et surtout la rponse la lettre de ,jules ,renard1 p4 #cbb4 #ae ,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #aij4 #af ,ibid4 p4 #acb4 #ag ,les ,cahiers d',andr ,walter1 p4 #bjc4 #ah ,ibid4 p4 #ade4 ,cf4 p4 #ai3 ,la vie intense1 voil le superbe3 je ne changerais la mienne contre aucune1 j'y ai vcu plusieurs vies1 et la relle a t la moindre4 #ai ,le ,voyage d',urien1 p4 #ag4 #bj ,le ,voyage d',urien1 p4 #fc4 #ba ,ibid4 p4 #fe4 #bb ,le ,voyage d',urien1 p4 #ef4 #bc ,les ,posies d',andr ,walter4 7,vers et ,prose4 ,tome ,,viii1 p4 #ej47 #bd ,el ,hadj1 7,philoctte1 p4 #afe47 #be ,ce n'est pas des actes que je veux faire natre1 c'est de la libert que je veux dgager4 7,paludes1 p4 #bjg47 #bf ,avant d'expliquer aux autres mon livre1 j'attends que d'autres me l'expliquent4 ,et cela surtout m'y intresse que j'y ai mis sans le savoir4 7,prface de ,paludes1 p4 #aci47 ,par l'interprtation que je donne ici de ,paludes1 je ne prtends d'ailleurs pas puiser le sens de ce livre admirable1 un des plus importants que ,gide ait crits4 ,je ne cherche qu' marquer par o il se rattache l'ensemble de l'uvre4 #bg ,paludes1 p4 #agc4 #bh ,ibid4 p4 #agd4 #bi ,paludes1 p4 #bab4 #cj ,ibid4 p4 #bed4 #ca ,pour rendre l'existence intolrable1 il suffit qu'elle puisse tre diffrente et qu'elle ne le soit pas4 7,paludes1 p4 #ahj47 #cb ,le sujet du ,promthe mal enchan est extrmement complexe et difficile analyser4 ,cependant on y peut voir une peinture des effets et des rpercussions d'un acte gratuit4 ,le ,miglionnaire est essentiellement celui qui ne dpend pas de ses actions1 mais de qui ses actions dpendent4 ,au contraire ,cocls et ,damocls sont irrmdiablement prisonniers de ce qui leur arrive3 ils n'ont pas la force de se maintenir distincts des vnements en quoi leur vie prend forme4 #cc ,paludes1 p4 #bab4 #cd ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ei4 #ce ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #bf4 #cf ,ibid4 p4 #fj4 ,cf4 p4 #cd 444 et tu ne comprends pas que l'unique bien c'est la vie444 #cg ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #hj4 #ch ,ibid4 p4 #aac4 #ci ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #cc4 ,cf4 p4 #cg4 #dj ,tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intresser la vie2 mais maintenant qu'elle nous intresse1 ce sera comme toute chose1--passionnment4 7,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #af74 ,le changement n'est pas aussi radical que ce passage semble l'indiquer3 la mfiance que ,gide prouvait pour la vie s'est transforme en enthousiasme de sa propre vie4 #da ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #cc4 #db ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #ba4 #dc ,sal1 p4 #acj4 #dd ,sal1 p4 #acd4 #de ,l',immoraliste1 p4 #bi4 #df ,l',immoraliste1 p4 #agc4 #dg ,ibid4 p4 #bad4 #dh ,ibid1 p4 #bae4 #di ,la gnrosit du ,roi ,candaule ne ressemble-t-elle pas cette ouverture d'une me trop largie8 ,michel ddaigne de possder2 ,candaule ne sait pas possder4 ,il a je ne sais quoi de trop grand1 de trop ample2 il est inapte l'avarice4 ,il ne peut empcher que s'ouvre sa main1 et ce qu'il y tenait s'en chappe4 ,il offre1 il permet1 il donne parce qu'il ne connat pas cet oubli de tout le reste en quoi consiste la proprit4 ,l'homme retombe sur ce qu'il possde1 comme la nuit on se rendort dans le mme creux du lit4 ,mais ,candaule est trop clairvoyant2 il ne sait pas dormir4 #ej ,cela peut mener loin1 lui dis-je4 --,j'y compte bien1 reprit ,mnalque4 ,l',immoraliste1 p4 #afb4 #ea ,l',immoraliste1 p4 #gb4 ,cf4 p4 #afi3 ,mais1 sitt dans la rue1 mon inquitude prit une force nouvelle2 je la repoussai1 luttai contre elle1 m'irritant contre moi de ne pas mieux m'en librer4 ,je parvins ainsi peu peu un tat de surtension1 d'exaltation singulire1 trs diffrente et trs proche la fois de l'inquitude douloureuse qui l'avait fait natre1 mais plus proche encore du bonheur4 #eb ,le sentiment tragique de ma vie1 si violent1 douloureux presque4 ,l',immoraliste1 p4 #gg4 #ec ,l',immoraliste1 p4 #acf4 #ed ,ibid4 p4 #bef4 #ee ,avant mme qu'il n'en souffrt1 ,michel dj disait3 ,je me sentais brler d'une sorte de fivre heureuse1 qui n'tait autre que la vie4 ,l',immoraliste1 p4 #gf4 #ef ,les ,nourritures ,terrestres s'achvent par une phrase trouble qui fait pressentir cette dcouverte3 ,sanglot2 lvres serres2 convictions trop grandes2 angoisses de sa pense4 ,que dirais-je8 choses vritables4--,,autrui--importance de sa vie2 lui parler444 p4 #bjf4 #eg ,l',immoraliste1 p4 #ahe4 #eh ,ibid4 p4 #ahf4 #ei ,l',immoraliste1 p4 #ahg4 ,cf4 #bcf3 ,la socit des pires gens m'tait compagnie dlectable4 #fj ,amyntas1 p4 #aje4 ,epigraphe du ,renoncement au voyage4 #fa ,amyntas1 p4 #bee4 #fb ,ce n'est rien d'autre1 j'imagine1 qu'un ,monet dut aller y prendre4 ,l'analyse de son mtier1 de son il2 la connaissance la plus simple de chaque ton en soi1 etc444 ,amyntas1 p4 #ii4 #f3 ,je sais que1 certains jours d'enfance1 4444 ma tristesse parfois s'est soudain chappe de moi1 tant elle se sentait comprise et reue en le paysage--et qu'ainsi devant moi je la pouvais dlicieusement regarder4 ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #aej4 #fd ,amyntas1 p4 #bee-bef4 #fe ,on trouve l'origine de ,la ,porte ,etroite1 si tonnant que cela paraisse1 une intention de satire3 la satire du sacrifice de soi4 ,c'est ce que nous apprend ,henri ,ghon la fin d'un trs intressant article1 intitul3 ,la ,porte ,etroite et sa fortune1 qui parut dans le ,tome ,,xxi de ,vers et ,prose4--,la ,porte ,etroite reprend1 en le prcisant1 le sujet du vague roman esquiss dans ,les ,cahiers d',andr ,walter4 #ff ,la ,porte ,etroite1 p4 #eg4 #fg ,la ,porte ,etroite1 p4 #ei4 ,cf4 p4 #aij3 ,c'tait par un clair soir d'automne o jusqu' l'horizon sans brume on distinguait bleui chaque dtail1 dans le pass jusqu'au plus flottant souvenir4 #fh ,voir surtout le chapitre ,,vi et la promenade ,orcher4 ,il faudra mille subterfuges pour que ,jrme et ,alissa reprennent l'habitude l'un de l'autre4 ,jrme n'obtiendra qu' force de diversions1 de pouvoir dire3 ,dj diminuait cette crainte que souvent je sentais en elle1 cette contraction de l'me qu'elle craignait en moi4 7p4 #afi47 #fi ,la ,porte ,etroite1 p4 #agj4 ,cf4 p4 #fc3 ,la vie avec elle m'apparat tellement belle que je n'ose pas 444 comprends-tu cela8 que je n'ose pas lui en parler4 ,et plus loin3 ,j'ai peur que cet immense bonheur1 que j'entrevois1 ne l'effraie6 #gj ,la ,porte ,etroite1 p4 #bjd4 #ga ,ibid4 p4 #bbh4 #gb ,la ,porte ,etroite1 p4 #bda4 ,jrme1 lui aussi1 connat ce charme plus puissant 444 que celui de l'amour4 ,quand ,alissa l'a quitt pour la dernire fois1 il reste longtemps pleurant et sanglotant dans la nuit4 ,mais la retenir1 mais forcer la porte1 mais pntrer n'importe comment dans la maison1 qui pourtant ne m'et pas t ferme1 non1 encore aujourd'hui que je reviens en arrire pour revivre tout ce pass 444 non1 cela ne m'tait pas possible1 et ne m'a point compris jusqu'alors celui qui ne me comprend pas prsent4 7p4 #bjf47 #gc ,la ,porte ,etroite1 p4 #bai4 ,cf4 ,les ,nourritures ,terrestres1 p4 #he ,nous usions nos splendides jeunesses attendant le bel avenir1 et la route y menant ne paraissait jamais assez interminable4 #gd ,si bienheureux qu'il soit je ne puis souhaiter un tat sans progrs4 ,la ,porte ,etroite1 p4 #bba4 ,j'aimais l'tude du piano parce qu'il me semblait que je pouvais y progresser un peu chaque jour444 et la suite4 ,ibid4 p4 #bbj4 #ge ,nouveaux ,prtextes1 p4 #agb4 ,a propos d'un article sur la ,porte ,etroite4 #gf ,c'est par noblesse naturelle1 non par espoir de rcompense que l'me prise de ,dieu va s'enfoncer dans la vertu4 7p4 #ahe47 #gg 444 ,sans doute il a dj pu reconnatre que1 plus le devoir qu'on assume est ardu1 plus il duque l'me et l'lve4 7p4 #aba47 #gh ,la ,porte ,etroite1 p4 #aff4 #gi ,ibid4 p #bje4 #hj ,avec ,isabelle1 ,gide entreprend la peinture des autres vies2 mais d'abord il ne s'exerce qu'aux visages4 ,point d'mes vraiment profondes dans ce roman2 mais ,gide n'y a travaill que les corps2 il s'est employ bien dcrire l'aspect sensible de ses personnages1 les dtacher physiquement de lui-mme4--,isabelle est une exprience1 ou plutt une sorte de preuve que ,gide se donne lui-mme3 il l'crit pour se convaincre qu'il est capable de tracer le dcor d'un roman et de dessiner l'apparence des hros4 #ha ,isabelle1 p4 #aad4 #hb ,isabelle1 p4 #abh4 #hc ,celle-ci 7,madame de ,saint-,aurol7 me faisait face1 de sorte que je voyais de dos ,isabelle qui1 prosterne1 gardait sa pose d',esther suppliante2 tout coup je remarquai ses pieds3 ils taient chausss en pou-de-soie couleur prune1 autant qu'il me sembla et que l'on en pouvait juger encore sous la couche de boue qui recouvrait les bottines2 au-dessus1 un bas blanc1 o le volant de la jupe1 en se relevant1 mouill1 fangeux1 avait fait une trane sale444 ,et soudain1 plus haut que la dclamation de la vieille1 retentit en moi tout ce que ces pauvres objets racontaient d'aventureux1 de misrable4 ,un sanglot m'treignit la gorge2 et je me promis1 quand ,isa quitterait la maison1 de la suivre travers le jardin4 7p4 #ach-aci47 ,,loge ,d',,andr ,,gide ,d'abord je vis et cela est magnifique4 ,a4 ,g4 ,en achevant ce portrait d',andr ,gide1 je sens que je n'ai pas rduit les hostilits dont j'avais entrepris de le dfaire4 ,beaucoup diront sans doute3 ,nous voyons bien de cette me l'unit4 ,mais comme elle nous parat timide et mal rsolue6 ,que ses hsitations sont peu naturelles6 ,et ce dtachement dont vous parlez1 n'est-ce pas une sorte d'incapacit8 ,peut-tre leur reproche semblera juste4 ,pourtant il ne l'est pas4 ,songeant satisfaire ceux que gnaient l'indcision et la plasticit d',andr ,gide1 je me suis attach surtout marquer la suite de ses sentiments et la fidlit soi-mme de son me4 ,or cette me ne se demeure fidle que par une sorte de privation2 d'un livre l'autre elle ne se ressemble que par une certaine douce manire de refuser1 elle ne garde que sa timidit1 elle n'emmne que sa dlicatesse spare4 ,ainsi ai-je t conduit insister surtout sur son dfaut4 ,pour la faire aimer il et fallu montrer ce qu'elle avait de positif4 ,il n'y a pas en elle que cet isolement4 ,sa timidit n'est que le signe de ses richesses2 elle les cache1 mais elle les implique4 ,derrire son hsitation il faut voir ce qui la commande1 toutes ses penses et toutes ses passions4 ,je voudrais1 avant de finir1 expliquer1 puisque je suis de ceux qui l'aiment1 pourquoi j'aime cette me4 99 99 99 99 99 ,il est certains esprits trs puissants dans lesquels on devine des rgions teintes1 sombres4 ,il y a en eux des points insensibles1 des parties que ni la caresse ni l'offense ne sauraient mouvoir4 ,la profondeur de leur pense est faite de plusieurs mconnaissances3 ils ne sont si forts que parce qu'il y a des choses qui ne les intressent pas et la grande lumire dont ils brlent1 s'alimente de beaucoup de nuit4 ,mais ,gide1 il est compltement clair2 pas d'oppositions d'ombre et de jour3 un veil entier4 ,il rpond de partout comme le cristal1 et sans en avoir l'uniformit4 ,il est prt tout2 nulle part1 si abrupte soit mon attaque1 je ne le trouve sommeillant2 mais en lui dj vibrent une pense unique1 une motion incomparable4 ,ame toujours intacte et que vivre ne dforme pas2 nulle ncessit1 en la tirant d'un ct ou de l'autre1 ne dtruit son intgrit naturelle2 elle se garde parfaite4 ,non pas qu'elle soit impassible1 elle agit2 mais en fonctionnant elle prserve tous ses rouages1 elle les exerce tous la fois1 ne laisse aucun se rouiller4 ,elle est vive et reste totale comme un lac avec tous ses flots4 ,puisque dans une me on distingue l'esprit et le cur1 en celle-ci j'aime d'abord l'tendue de l'esprit4--,chacune de nos ides a un penchant retomber sur elle-mme1 se faire lourde et seule2 ds qu'on l'coute1 toute autre est exclue4 ,mais ,gide maintient toutes ses ides la fois leves2 il ne consent pas leur inertie2 il ne permet aucune de triompher des autres en s'talant sur elles3 avec vigilance il rpartit entre toutes une soigneuse flamme1 il alimente sans cesse leur combat4 ,ce n'est pas qu'il demeure en de d'elles1 s'amusant en sceptique de leur entrechoc2 mais il se donne toutes en mme temps1 il apporte toutes sa foi1 il ne se laisse pas dcourager leur contradiction2 elles ont beau se repousser3 il les embrasse d'une mme croyance2 il est la fois toutes attach et de toutes arrach4 ,cet esprit ne connat pas les sacrifices logiques2 il est aussi avide qu'aucun autre de la vrit2 mais il veut l'obtenir sans renoncer aucune part de lui-mme2 il souffle sur toutes ses ides1 il ravive de son assentiment les plus incertaines et ne se satisfait qu' les sentir toutes la fois bien prises en lui4 ,la vrit qu'il compose ainsi n'est pas une explication1 mais une image exacte et complte de la ralit#a4 ,autant de penses en lui qu'il y a d'objets dans le monde4 ,que les esprits trop simples sont disgracieux6 ,ils sont pareils ces gens qui ne savent pas voir les choses2 ils me donnent le mme malaise4 ,voici devant eux comme devant moi tout ce qui existe4 ,mais non3 ils n'aperoivent que ce qu'ils savent dj1 ils ont une pauvre ide et rien ne la peut dmentir1 car ils ne reconnaissent en dehors d'eux que ses confirmations2 ils sont au milieu du monde comme s'il tait fait juste leur taille et qu'ils n'eussent qu' s'y installer2 ils le trouvent commode et ne se doutent pas qu'il est admirable4 ,qu'est-il de plus impie qu'un homme qui ne voit pas ce qui est8--,une ide ne m'est rien tant qu'elle est seule1 tant qu'elle ignore que beaucoup d'autres1 partout disperses1 en silence lui rpondent1 la restreignent et1 pourrait-on dire1 la rattrapent4 ,je n'ai que faire d'une ide qui n'a pas voyag1 qui n'a pas pris conseil de toutes les autres ni mdit leur diffrence4 ,car dans la ralit rien n'est dfinitif1 rien ne s'achve soi1 rien n'existe qui ne soit un peu contredit1 compens et comme rpar par mille autres choses4 ,l'esprit de ,gide est inlassablement gal l'norme complication des choses3 par je ne sais quelle promptitude il est toujours leur disposition1 il satisfait toujours l'exigence de leur infinit4 ,c'est l ce que j'aime en lui4 ,avec toutes ses ides qu'il tient dlicatement en jeu1 il imite le monde4 ,je n'ai pas craindre qu'il le dforme de ses proccupations2 il est un miroir sensible et intelligent1 il se conserve si juste et si intact que sa rponse est parfaitement limpide4--,sans doute il n'ajoute ce qu'il constate aucune justification1 il ne dcouvre par aucun effort aucune convergence cache sous la diverse apparence1 il n'est pas de ceux qui d'un long rayon troit clairent tout coup le monde jusque dans sa profondeur4 ,mais il le reprsente sans dfaillance1 il lui est toute heure quivalent1 il contient sans cesse toute sa combinaison et tout son nud4 ,point de jugements1 mais une entire fidlit4 ,c'est assez pour moi4 ,enfin je trouve un esprit qui ne se prfre pas ce qu'il voit1 qui respecte la ralit et lui offre1 pour qu'elle s'y reproduise1 toute son tendue1 sans autre souci que de se rendre scrupuleusement sincre4 ,ce n'est pas seulement par l'intelligence que ,gide est tout accueil4--,pas plus qu'il ne consent de retranchements parmi ses ides1 il ne touche ses sentiments3 aucun dsir en lui ne se soumet les autres1 ils vivent tous ensemble4 ,cur nulle part apais2 l'attention rgne en tous ses amours1 de tous ses amours il veille4 ,qui ne sent1 la simple lecture des livres de ,gide1 cette sorte de guet subtil de toute son me8 ,et parce que nul amour en elle n'est dominant et exclusif1 cause de cette active galit intime1 son me est prte sans cesse recevoir tout l'univers1 elle se dispose sa rencontre2 elle tourne vers partout un visage que l'attente et l'admiration font silencieux4 ,comme j'aimais son intelligence entirement droule1 j'aime encore en ,gide cette immensit secrte du cur4 ,par l surtout il m'est cher1 par l il a influ sur moi4--,c'tait je ne sais quoi d'impatient au fond de moi1 une plus grande soif1 une demande muette et infinie1 l'avertissement confus de l'innombrable univers4 ,quand j'ai rencontr ,mnalque1 j'ai senti se dfaire soudain mon malaise et natre un merveillement dlicat1 comme gar3 ne plus rien refuser1 ne plus savoir de diffrences ni de dignits1 devenir tellement ignorant de toute prdilection que chaque minute s'emplisse d'un plaisir qui vaille tous les autres4 ,je me souviens de cette longue anne dlicieuse1 il me semblait que tout un paradis se ft panoui en moi2 j'entendais son chant perptuel dans mon cur2 sur les routes les plus arides m'accompagnait une joie infatigable4 ,j'tais si bien donn au monde que je n'y trouvais plus aucun mal4 ,j'avais appris ne rien ngliger3 chaque matin je devinais la couleur du jour entre les persiennes1 quel temps il ferait4 ,il y avait entre deux collines une chappe sur la lande3 toutes les heures1 avec volupt1 je revenais voir1 insensiblement modifie1 la nuance du lointain pays bleu4 ,sans doute on ne peut vivre toute sa vie sans prfrence4 ,mais je plains ceux qui n'ont pas connu cette extase1 cette attente et cette ferveur indfinies4 ,je pense qu'il n'y a point de vritable amour1 bien fort1 bien partial1 bien injuste1 si ne l'a prcd une longue priode de cette indiffrence passionne qui me transportait alors4 ,l'me y prend de la violence1 je ne sais quel lan sans limites2 elle se dplie tout entire1 elle connat son tendue4 ,et quand elle dcouvre enfin o se poser1 quand vient le temps de se rendre fidle1 c'est de toute sa force qu'elle s'abat sur l'objet choisi4 ,un tre intact3 voil ce que j'admire en ,gide4 ,la vie ne l'entame pas1 n'arrive pas le diminuer2 on ne voit pas sur lui les traces qu'elle laisse sur tous ceux qui l'environnent4 ,il n'abandonne rien de lui aux vnements qu'il traverse4 ,je ne trouverai en lui aucun de ces grands renoncements qui dorment1 comme un pauvre1 la tte entre ses bras1 dans le cur des hommes de quarante ans4 ,je contemple celui qu'aucune dfaite n'a touch4 ,de l cette joie terrible dont il est possd et qui fait que s'cartent de lui tous les gens blesss4 ,il y a la joie qui nous vient d'obtenir une chose trs dsire4 ,elle est humble1 car elle ne dpend pas de nous1 ne peut natre toute seule2 nous sommes obligs de la demander et d'attendre2 elle ne commence qu'avec ce que l'on nous accorde4 ,mais une autre joie est celle de l'homme qui sent dans le silence tous ses membres bien leur place et le jeu secret de chacun et sa fine articulation2 la joie de l'homme qui tient son me avec toutes ses ides1 tous ses penchants1 toutes ses volonts sans aucune exception et qui en peroit l'exercice parfait1 la sant sans dfaut4 ,il n'a besoin de personne3 son existence seule suffit le combler2 il marche2 il connat qu'il vit2 il mesure la force qu'il est2 chaque pas il est tout prsent2 il n'apaisera pas ce bonheur indompt4 ,c'est de cette joie que ,gide est empli1 c'est elle qui l'accompagne partout comme une servante obstine qui parle sans paroles et qu'il s'enchante de ne pouvoir contraindre se taire4 ,rien n'est plus dfendu qu'une telle joie4 ,il faut l'touffer pour vivre comme il convient1 il faut l'exiler dans la plus soigneuse profondeur1 il faut ne plus savoir d'elle que son nom trs mystrieux4 ,les vnements1 qui se succdent sans relche avec une humble fivre1 ne viennent que pour nous distraire d'elle1 que pour l'empcher de monter en nous4 ,elle est notre plus grand crime possible et nous passons notre vie en carter la tentation4 ,nous ne sommes pas ns pour tre joyeux1 mais pour souffrir1 pour nous dtruire et pour n'tre plus4--,c'est par effroi que nous avons laiss s'tablir un tel silence autour de l',immoraliste1 qui est un grand livre4 ,mais moi1 que ferai-je si cette joie interdite1 parfois je la ressens8 ,je ne peux pas la nier1 elle est aussi claire certains instants que ma vie mme4 ,ceux qui prtendent n'tre pas concerns par l',immoraliste#b1 ils ne connaissent donc pas ces matins o l'on se rveille bien8 ,ah1 dur bonheur1 je te souffre plutt que je ne jouis de toi4 ,je tiens en moi mon tre tout entier1 nu et violent comme un animal4 ,que l'air est donc prcis et terrestre6 ,je ne sortirai pas sans offense1 je heurterai en passant tout ce qui s'est lev ce matin d'humble et d'honntement dispos4 ,il faut que je rie4 ,et de qui donc ai-je besoin8 ,quelle tche me capterait8 ,je suis homme et l'on ne peut pas du moins m'en empcher4 ,il y a quelque chose en moi d'irrductible4 ,je peux tre dtruit2 mais en ce moment ,je vis et cela est magnifique#c4 ,je loue ,gide d'avoir os l'expression de cette joie4 ,nietzsche sans doute avant lui l'avait enseigne4 ,mais ,gide l'a raconte4 ,et que pse un prcepte auprs d'une description8 99 99 99 99 99 ,il faut achever4 ,ceci mme que je viens d'exalter en ,gide1 peut-tre je ne l'aimerais pas si je le trouvais seul4 ,de ,nietzsche la longue je me suis dtourn1 pour avoir dcouvert trop exclusive et monotone sa proccupation4 ,j'touffe dans l'immoralisme2 bientt une grande soif de faiblesse2 il faut que je cde enfin et que je ne sois plus parfait4 ,c'est le dsir d'tre atteint1 semblable au sommeil4 ,mais justement ,gide1 parce qu'il ne s'entte jamais1 chappe de toutes parts l'obligation de rester intact2 je devine et j'aime chez lui une inquitude muette du meilleur#d1 le pressentiment d'une joie plus pure4 ,il est mal content de son contentement1 il en ressent le dfaut1 il ne le subit pas sans crainte1 il cherche par o se rendre pauvre et comment obtenir d'avoir besoin4 ,dj les restrictions que le ,retour de l',enfant ,prodigue1 ,amyntas 7,le ,renoncement au ,voyage71 la ,porte ,etroite ajoutent l',immoraliste1 indiquent le tourment d'une me que son bonheur ne russit pas enfermer4 ,est-ce dire qu'il faille considrer ,gide comme dj chrtien et la ,porte ,etroite comme un livre religieux8 ,seuls peuvent accepter cette opinion ceux qui ne savent ni ce qu'est ,gide ni ce qu'est le christianisme1 et pour qui douter de la physiologie c'est entrer en religion4 ,je prtends ici louer en ,gide non pas l'avnement d'une foi nouvelle1 mais seulement un admirable dsir d'aller plus loin1 une impatience infatigue4 ,car il faut bien y revenir2 de ce que j'annonais au dbut et qui est le grief cardinal des adversaires de ,gide je veux faire mon dernier motif d'admiration3 ,gide n'a pas fini2 nous ne le tenons pas encore1 nous ne pouvons pas l'insrer sa place1 avec sa notice1 dans une anthologie4 ,que faire8 ,il est vivant1 il m'chappe comme il vous lude2 mais je lui en sais gr1 tandis que vous le boudez4 ,je vous propose1 chre amie1 crit-il ,angle1 une belle dfinition du gnie3 le gnie c'est le sentiment de la ressource#e4 ,avec qui1 ce sentiment1 l'emes-nous jamais plus certain8 ,laissons ceux qu'attache et qu'entrave leur pass2 nous savons par ce qu'ils ont fait tout ce qu'ils feront2 nous sommes bien tranquilles3 ils ne nous surprendront plus4 ,mais je me tourne vers ,gide3 ses livres au dbut contenaient1 chacun1 toute son me2 puis ils l'ont partage entre eux1 ils se sont carts les uns des autres1 ils se sont spars par des intervalles de plus en plus larges4 ,et la promesse qu'ils donnent pareillement s'est amplifie2 plus que jamais ils me demandent d'attendre2 ils loignent toute limite1 ils s'effacent devant l'avenir en regardant vers lui4 ,ils semblent dire3 ,non1 tout cela ne comptait pas4 ,c'est maintenant que nous allons commencer4 ,quel crivain1 quarante ans parvenu1 nous obligea jamais tant d'espoir8 #aiaa4 #a ,mais nous avons dit que l'esprit de ,gide ne s'appliquait pas au rel1 que ses ides restaient intrieures et dtaches de leurs objets4 ,les deux affirmations sont vraies la fois3 cette pense ne s'appuie pas aux choses1 il y a un intervalle entre elle et le monde1 jamais elle n'a l'aveuglement de l'adhsion complte4 ,mais c'est justement grce cette sparation qu'elle peut reprsenter le monde2 car pour dessiner avec exactitude et dans tout son dtail un paysage1 il faut s'en tenir quelque peu loign4 ,on n'imite bien que ce dont on se distingue4 #b ,par exemple ,lucien ,jean dans une tude sur l',immoraliste4 7,parmi les hommes47 #c ,le ,promthe mal enchan1 p4 #aij4 #d ,celle mme que confesse ,alissa3 ,imagines-tu cela1 ,jrme3 ,le meilleur6 ,et brusquement les larmes jaillirent de ses yeux1 tandis qu'elle rptait encore3 le meilleur6 ,la ,porte ,etroite1 p4 #bje4 #e ,prtextes1 p4 #aad4 ,,bibliographie#a ,les ,cahiers d',andr ,walter 7sans nom d'auteur71 ,librairie ,perrin1 #ahia 99 ,les ,cahiers d',andr ,walter 7sans nom d'auteur71 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahia ,les ,posies d',andr ,walter 7sans nom d'auteur71 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahib ,le ,trait du ,narcisse1 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahib ,la ,tentative ,amoureuse1 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahic ,le ,voyage d',urien 7avec illustrations de ,maurice ,denis71 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahic ,paludes1 ,librairie de l',art ,indpendant1 #ahie 99 ,le ,voyage d',urien1 suivi de ,paludes1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahif 99 ,les ,nourritures ,terrestres1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahig ,rflexions sur quelques points de littrature et de morale1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahig 99 ,philoctte 7,philoctte1 ,le ,trait du ,narcisse1 ,la ,tentative ,amoureuse1 ,el ,hadj71 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahii ,feuilles de route1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahii 99 ,le ,promthe mal enchan1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #ahii ,lettres ,angle1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijj ,de l'influence en littrature1 ,librairie de l',ermitage1 #aijj ,le ,roi ,candaule1 ,librairie de la ,revue ,blanche1 #aija ,les ,limites de l',art1 ,librairie de l',ermitage1 #aija ,sal1 drame1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijb 99 ,l',immoraliste1 rcit1 ,librairie du ,mercure de ,france1 ,edit4 in-#ah1 #aijb ,l',immoraliste1 rcit1 ,librairie du ,mercure de ,france1 ,edit4 petit in-#af1 #aijb ,de l'importance du public1 ,librairie de l',ermitage1 #aijc 99 ,prtextes1 rflexions sur quelques points de littrature et de morale1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijc 99 ,sal1 ,le ,roi ,candaule1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijd 99 ,amyntas1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aijf 99 ,les ,posies d',andr ,walter1 rimpression1 dans ,vers et ,prose1 ,tome ,,viii1 #aijf-jg ,le ,retour de l',enfant ,prodigue1 dans ,vers et ,prose1 ,tome ,,ix1 #aijg ,bethsab1 dans ,vers et ,prose1 ,tome ,,xvi1 #aijh-ji 99 ,la ,porte ,etroite1 rcit1 ,librairie du ,mercure de ,france1 ,edit4 in-#ah1 #aiji ,la ,porte ,etroite1 rcit1 ,librairie du ,mercure de ,france1 ,edit4 petit in-#af1 #aiji ,le ,retour de l',enfant ,prodigue1 ,bibliothque de l',occident 7tirage #ajj exempl471 #aiji ,oscar ,wilde1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aiaj 99 ,nouveaux ,prtextes1 ,librairie du ,mercure de ,france1 #aiaa 99 ,isabelle1 rcit1 ,edition de la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,edit4 in-#h couronne1 #aiaa ,isabelle1 rcit1 ,edition de la ,nouvelle ,revue ,franaise1 ,edit4 in-#h tellire1 #aiaa ,charles-,louis ,philippe1 confrence prononce au ,salon d',automne1 ,librairie ,eugne ,figuire1 #aiaa ,dostoevski d'aprs sa correspondance1 ,grande ,revue du #be mai1 #aijh ,librairie ,eugne ,figuire1 #aiaa #a ,les ditions d'aprs lesquelles sont faites les citations1 sont marques d'une astrisque4