,,notes ,,sur ,,la ,,transcription3 --,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 --,on a conserv l'orthographie de l'original1 incluant ses variantes4 --,les lettres crites au-dessus ont tes representes ainsi3 ab et abc4 ,ames dormantes ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,,romans ,expiation 7sans nom d'auteur74 ,marthe de ,thiennes 7,sous le pseudonyme de ,,forsan74 ,les ,incertitudes de ,livia4 ,id4 ,dans la ,vieille rue4 ,id4 ,la ,duchesse ,ghislaine4 ,id4 ,kyrie ,eleison4 ,id4 ,,autres ,,ouvrages ,journal intime de ,benjamin ,constant1 et lettres sa famille et ses amis1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,lettres intimes de ,joseph ,massini1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,,en ,,pr,,paration ,faiseurs de joie et ,faiseurs de peine ,,dora ,,melegari ,,ames ,,dormantes ,illustration3 ,,logo ,,paris ,,librairie ,,fischbacher ,,soci,t ,,anonyme #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #cc #aijc ,tous droits rservs ,aux ,,ames ,,croyantes ,,pr,,face ,habent sua fata libelli4 ,il y a dix ans que l'ide de ce livre est ne dans mon esprit4 ,a mesure que j'y travaillais1 la conviction que la plus grande partie des maux dont souffre l'humanit est due l'inertie des honntes gens1 s'est affermie en moi1 chaque jour davantage4 ,ceux qui portent le nom de chrtiens1 ceux qui se rattachent d'une faon quelconque une croyance spiritualiste1 ceux qui1 en dehors de tout dogme1 admettent la ncessit d'une morale individuelle et sociale ne sont-ils pas1 en effet1 les vrais coupables de l'tat d'anarchie o se dbat avec angoisse la conscience moderne8 ,dpourvus de confiance en eux-mmes1 manquant de foi dans la puissance du bien1 ils ont laiss les courants malfaisants prendre partout le dessus1 sans essayer de ragir contre eux par des courants plus intenses4 ,et aujourd'hui1 devant la masse compacte des forces pernicieuses coalises contre la vrit et la justice1 l'pouvante paralyse leur volont2 le plus grand nombre prfre dtourner la tte1 fermer les yeux et ne pas voir4 ,on dirait qu'attaquer le mal1 s'en dfendre1 lui opposer le bien est devenu impossible la partie respectable de la socit4 ,la loi pourvoit peu prs la scurit matrielle des individus3 en dehors d'elle1 il n'y a qu' laisser faire1 mme si on est victime de ce laisser faire4 ,en quelques pays et en certains milieux1 des cris d'alarme ont t pousss contre cet effrayant symptme de lthargie1 et de gnreuses initiatives ont surgi2 dans d'autres1 il se manifeste avec une vidence croissante1 sans provoquer un mouvement quelconque de raction4 ,de quelle cause procde cette anmie des volonts bonnes8 ,il n'y en a qu'une3 la source o elles s'alimentent est dessche2 les mes1 engourdies presque jusqu' la mort1 ne peuvent communiquer la volont des principes vivifiants4 ,tout semble avoir progress sur la terre1 sauf l'me4 ,serait-elle seule reste stationnaire8 ,depuis l'avnement du christianisme1 n'aurait-elle pas avanc8 ,on dirait qu'oubliant les promesses reues1 les horizons sans limites indiques1 les puissances dont elle tait dpositaire1 elle s'est peu peu anantie elle-mme2 aussi1 au terme du sicle qui vient de finir1 la voit-on1 vis--vis du monde physique et intellectuel1 dans une position d'infriorit qui fournit de redoutables arguments aux ngateurs de son existence4 ,entre les sciences physiques et les sciences psychiques un accord commence s'tablir2 celles-ci profitent dj des dcouvertes de celles-l et les psychologues appliquent l'tude de l'me quelques-unes des mthodes exprimentales4 ,afin d'acclrer l'heure qui apportera l'humanit l'harmonie intellectuelle et morale1 tous ceux qui croient possder l'tincelle qui ne meurt pas devraient se recueillir dans une mditation silencieuse1 appeler leur me endormie jusqu' ce qu'elle se rveille1 et1 une fois qu'elle serait rveille1 la laisser rayonner autour d'eux1 de faon prouver au monde que cet lment de vie1 ni par tant d'esprits1 reprsente une ralit suprieure4 ,quelle que soit la forme religieuse laquelle on appartienne1 la philosophie laquelle on se rattache1 toutes les mes vivantes peuvent se grouper et agir dans une communion invisible et silencieuse4 ,mais1 pour vouloir ressusciter1 il faut savoir qu'on a t mort2 pour saisir la vrit1 il faut comprendre qu'on a t dans l'erreur2 pour prendre la route qui conduit la joie1 il faut se rendre compte que celle du dcouragement menait au tombeau4 ,c'est ce qu'il est ncessaire de dire aux justes1 aux bons1 aux purs qui ne savent pas l'tre efficacement pour leur bonheur et celui d'autrui4 ,j'adresse ces pages uniquement ceux qui admettent en nous l'existence d'un principe immortel1 car pour essayer d'en dmontrer la ralit aux intelligences qui le nient1 il faudrait une culture thologique1 philosophique et scientifique dont je suis dpourvue4 ,ces rflexions trs simples n'ont d'autre mrite que leur sincrit1 et je tiens ajouter que je ne prtends nullement appartenir cette lite de justes1 de bons et de purs auxquels j'expose le cas de conscience4 ,,dora ,,melegari4 ,rome1 #ca dcembre #aijj4 ,,ames ,,dormantes ,,chapitre ,i ,,le ,,sommeil ,,des ,,ames ,tout avance et se dveloppe1 une seule chose diminue1 c'est l'me4 7,,michelet47 ,tout dnigrement systmatique d'une poque est injuste3 le ,,xixe sicle a remport des victoires dans le domaine de la science1 de la libert et de la justice dont il est impossible de ne pas tenir compte2 il a1 en outre1 dvelopp dans la conscience humaine un sentiment que les gnrations prcdentes ne connaissaient qu' l'tat d'exception3 la piti pour la souffrance8 ,pourquoi donc1 aprs tant de conqutes1 a-t-il lgu son successeur de si troublantes incertitudes et alourdi la plupart des curs sous un pessimisme morne8 ,ce ne sont pas ses ngations audacieuses1 ses doctrines perverses1 sa corruption gnralise qui ont amen la socit moderne la crise qu'elle traverse aujourd'hui4 ,le mal autrefois se prsentait sous des formes bien plus brutales et violentes1 les prjugs touffaient dans les consciences toute notion de justice et de droit1 les proccupations humanitaires n'existaient pour ainsi dire pas4 ,le sicle qui vient de tomber dans l'ternit tait videmment en progrs sur les autres1 et pourtant il a laiss derrire lui une atmosphre si charge que les poitrines se soulvent avec angoisse1 cherchant en vain un peu d'air respirable4 ,la strilit que je trouve en moi et chez les autres me poursuit comme une odeur de cadavre4 ,ces mots dtachs d'une lettre intime expriment bien cet tat d'impuissance et d'infcondit o l'individu s'agite jusqu' la nvrose pour se donner l'illusion de la vie4 ,plus de grandes passions et rarement de grandes ides6 ,jamais1 cependant1 elles n'auraient d natre1 se dvelopper1 fleurir comme maintenant au soleil de la libert1 du progrs1 de la mentalit largie4 ,tout est devenu point d'interrogation dans les consciences2 c'est le trait caractristique de l'poque actuelle4 ,les plus sincres ont perdu le sentiment prcis et la vue nette du bien4 ,l'anarchie morale rgne partout1 dcompose tout1 et elle a tellement pntr les meilleurs esprits qu'ils ont perdu la force de la combativit et de la rsistance4 ,une sorte d'anmie a affadi les curs2 ce n'est pas l'immoralit1 ce n'est pas le positivisme qui crase le monde sous une chape de plomb1 c'est la diminution de l'me individuelle4 ,l'expansion des doctrines matrialistes1 les thories utilitaires1 les excs d'une civilisation ultra avance ont pu contribuer au malaise de la conscience moderne1 mais ils auraient t impuissants la troubler compltement si les forces invisibles qui manent des mes croyantes s'taient opposes ce courant dltre1 si elles avaient refus de laisser corrompre leurs eaux pures par le torrent empoisonn de la ngation et de l'gosme4 ,mais ces mes pendant longtemps n'ont lev aucune digue efficace1 essay d'aucun barrage2 mme pour se mettre au niveau de l'opinion dominante1 elles ont abjur leurs dieux1 tabli des limites aux lans nobles qui auraient pu les entraner loin des routes mdiocres4 ,elles ont1 comme les mes incrdules1 vulgaris leur pense jusqu'au plus mesquin utilitarisme1 subissant le prestige des renommes bruyantes1 des succs rapides1 au point de ne plus pouvoir discerner1 ni juger de quels lments ils se composent4 ,tout a progress1 disait ,michelet1 sauf l'me4 ,en effet1 dans ce grand dveloppement des facults humaines1 elle seule n'a pas avanc4 ,on dirait un oiseau qui1 aprs s'tre rogn les ailes1 reste accroch par les pattes aux barreaux de sa cage1 touffant toutes ses aspirations d'air libre et de haut vol4 ,or1 il existe une loi inluctable3 ce qui ne s'accrot pas dcrot1 il faut fatalement marcher en avant ou reculer4 ,rien en ce monde ne peut longtemps pitiner sur place2 c'est ce que l'me a voulu faire4 ,les reprsentants des religions et des philosophies ont eu peur de lui dire3 ,marche de l'avant1 dveloppe-toi1 agrandis-toi4 ,on a trac autour d'elle un cercle magique1 on l'a crase sous le sentiment de la souffrance obligatoire1 de la mdiocrit invitable1 de l'impossibilit du parfait et de l'heureux1 et elle s'est rsigne demeurer immobile et triste4 ,de grandes mes ont travers l'histoire paenne2 celles que le christianisme avait formes ont rpandu leurs parfums et leurs forces2 elles furent la lumire des poques disparues4 ,la ntre demande des mes en marche1 suivant pas pas les progrs de la science et de la raison et les dpassant par des intuitions et des esprances suprieures aux puissances actuelles de l'une et de l'autre4 ,mais sur quoi peut compter l'heure prsente8 ,les mes de jadis1 ces mes hroques et pures nes des premires promesses1 celles des aptres1 des pres1 des saints ont depuis longtemps cess de fleurir2 les mes des sicles suivants1 moins ardentes1 ont recul puisqu'elles ne progressaient pas2 celles de notre temps1 dj nes plus faibles1 voyant que toutes les autres facults humaines les dpassaient1 se sont--de peur d'tre submerges dans le grand courant des connaissances nouvelles--piteusement refugies dans une troite prison intrieure d'o elles refusent de sortir et de se manifester4 ,c'est une lumire qui a cess de rayonner sur le monde4 ,la plupart des mes1 surtout dans la dernire moiti du ,,xixe sicle1 se sont lourdement endormies dans un sommeil sans rves qui leur a fait perdre le courage du combat et l'ambition de la victoire4 ,quelques-unes vibrent encore1 d'autres sont en formation2 des phares brillent d'ici et de l1 mais leur clart est souvent bien faible et timide4 ,dans chaque pays1 dans chaque ville1 on peut les compter2 leur nombre est infinitsimal1 compar aux centaines de millions d'tres qui prtendent possder une me et croire une immortalit4 ,ces rengats1 inconscients de leur apostasie1 vivent dans un bien-tre morne s'ils sont riches1 dans l'crasement s'ils sont pauvres1 dans le dcouragement s'ils appartiennent la catgorie des tres qui rflchissent1 sans se rendre compte que1 si leur bien-tre est dpourvu de joie1 leur crasement de consolation1 leur dcouragement d'esprance1 c'est parce qu'ils ne pensent pas leur me1 qu'ils ne font rien pour la secouer de son engourdissement et la rveiller du sommeil cataleptique o elle est tombe4 ,au lieu d'couter sa voix quand elle essayait de parler1 ils l'ont touffe sous les raisonnements mdiocres1 les points de vue pratiques1 les misrables calculs de l'gosme qu'ils confondent avec la sagesse4 ,parfois1 il est vrai1 pouvants par les incertitudes de l'heure prsente et les menaces de l'avenir1 ils voudraient trouver moyen de ragir contre la mare montante1 ils tentent de vagues efforts et retombent promptement dans l'inertie4 ,l'explication du fait dcourageant est bien simple3 les soi-disant croyants ont cherch des nergies en dehors de l'me2 leurs inspirations sont sorties de leur cerveau1 de leur cur peut-tre1 elles n'ont pas jailli de ce sanctuaire mystrieux o s'labore la vie spirituelle et qui a reu les promesses de l'immortalit4 ,m'adressant uniquement ceux qui croient l'existence de l'me comme un fait indiscutable et admettent le paralllisme psychophysique1 je ne tenterai pas la dmonstration du phnomne me1 cette partie profonde de nous-mmes1 distincte du cur et de l'intelligence1 de la conscience et de la volont1 qui peut seule entrer en communication avec les forces suprieures4 ,de tous les corps ensemble1 dit ,pascal1 on ne saurait faire russir une petite pense4 ,cela est impossible et d'un autre ordre4 ,de tous les corps et esprits1 on ne saurait tirer un mouvement de vraie bont4 ,cela est impossible et d'un autre ordre4 ,l'me est distincte videmment des autres facults intellectuelles et morales de l'homme1 et pourtant elle les comprend toutes2 elles doivent passer travers ce crible1 comme le sang travers le cur1 pour se purifier et acqurir des principes de vie2 c'est de l'me que procdent toute lumire et toute puissance2 elle seule a le secret de la paix1 de l'harmonie1 du bonheur4 ,un amour1 une amiti o l'on fait entrer l'me ne peut jamais mourir compltement2 elle communique aux sentiments une force subtile qui est comme une parcelle d'ternit4 ,il en est de mme pour tout effort auquel l'me participe2 ce qu'elle accomplit russit presque toujours et ne s'efface jamais1 du moins la trace en reste4 ,ce succs que l'homme recherche avec un acharnement et une avidit souvent rpugnantes1 il ne sait pas que le plus sr moyen de l'atteindre serait de le poursuivre avec son me4 ,mais cette puissance norme qu'il porte en lui1 qui il devrait remettre la direction et la responsabilit de sa vie1 qui pourrait transfigurer ses faiblesses en forces et ses tristesses en joie1 il ne l'interroge pas1 il ne l'appelle pas son aide2 il l'a laisse s'endormir1 ne pense pas la rveiller1 et si elle esquisse un lger mouvement1 vite il touffe1 sous des raisonnements faux1 mdiocres1 gostes et durs1 la voix qu'elle allait peut-tre faire entendre4 ,l'me1 alors1 pouvante de cette aridit1 se rendort ou s'enfuit2 on dirait mme parfois qu'elle meurt4 ,pour sauver le monde il faut le rappeler avec cris1 avec prires1 avec supplications4 99 99 99 99 99 ,il y a peu d'annes seulement un pareil langage aurait paru absurde et inutile4 ,tout appel d'ordre moral tombait dans le vide2 nul ne le comprenait et ne daignait y rpondre4 ,pendant une priode de temps assez longue1 rien n'a sembl remuer dans l'me humaine4 ,le dterminisme dcrtait par la voix de ,taine que la vertu et le vice taient des produits comme le sucre et le vitriol2 les doctrines matrialistes et positivistes rgnaient sans conteste sur les intelligences2 le grand troupeau des ignorants et des indiffrents les acceptaient1 yeux ferms1 sans essayer mme de se rendre compte quelle part de vrit elles pouvaient contenir2 simplement parce qu'elles taient moins gnantes et que de se dclarer fils du hasard paraissait flatteur cette vanit de la ngation qui1 depuis ,voltaire1 a travaill tant d'esprits4 ,dans le camp oppos tout tait silence2 presqu'aucune manifestation spiritualiste n'tait signale4 ,les tides subissaient sans le raliser le mouvement de la conscience gnrale et ne ragissaient pas contre l'engourdissement envahisseur1 pouvants peut-tre l'ide d'engager une lutte o leurs principes pouvaient sombrer4 ,les ardents1 les forts1 trs diminus de nombre1 se taisaient1 eux aussi1 dcourags4 ,cette torpeur1 il est juste de le dire1 n'tait pas aussi accentue partout4 ,en certains pays1 les pulsations de la vie morale n'ont jamais cess compltement4 ,sans avoir craindre de diminuer sa position littraire ou son autorit intellectuelle1 un crivain la mode pouvait se risquer attribuer aux actions humaines des mobiles qui ne fussent pas uniquement ceux de l'intrt personnel1 visible et tangible4 ,mais ces manifestations ne se rpercutaient que faiblement4 ,dans d'autres pays1 au contraire1 la scission semblait complte entre la vie moderne1 ses objectifs et ses victoires et les principes spiritualistes et chrtiens4 ,mais ,dieu ne pouvait laisser prir l'me du monde4 ,c'est du pays d'o aucun grand mot n'tait parti encore que la premire tincelle a jailli4 ,une voix venue du ,nord a jet une parole de piti qui a commenc remuer les consciences2 la souffrance a pris forme et vie2 elle a cri sa plainte et les curs ont vibr4 ,une sorte de religion nouvelle a surgi qui1 laissant de ct les dogmes1 s'est rattache au christianisme primitif et a pris la douleur pour drapeau4 ,sa base tait le soulagement des dshrits par le dpouillement spontan de ceux qui possdent2 pour dtruire chez les malheureux le levain de l'amertume1 il fallait non seulement allger leur croix1 mais que les privilgis la relvent et la partagent volontairement4 ,trs probablement le ,tolstosme ne dpassera pas les limites du pays o il est n et1 en tant qu'application1 restera l'tat d'essai4 ,on ne peut renoncer aux conqutes de la civilisation1--le but est1 au contraire1 d'en faire jouir un nombre croissant d'individus1--mais il est certain que ce mot de sacrifice lanc travers le monde par le grand romancier russe a t un facteur efficace du mouvement spiritualiste qui se manifeste depuis quelques annes1 imposant le devoir de la valeur morale1 proclamant nouveau les lettres de noblesse de l'me humaine1 admettant l'esprance d'un avenir o le douloureux contraste entre les aspirations de l'homme et son existence quotidienne cessera d'exister4 ,ce rveil1--d aussi en partie de simples forces de raction1--remonte en outre des causes multiples et simultanes que la critique morale a recherches dj et dont je ne ferai pas ici l'numration4 ,les rcentes dcouvertes scientifiques ont contribu faciliter ce courant4 ,aujourd'hui que le matrialisme ne peut plus tre reconnu comme la seule explication rationnelle de l'univers et que le dterminisme et le positivisme ont t battus en brche par les mmes coups1 l'antagonisme1 entre la science et la religion a cess de paratre absolument irrductible4 ,non seulement le doute a pntr dans les rangs de ceux qui dfinissaient hautainement toutes les manifestations de la vie1 comme proprit de la matire1 mais cette dbcle de tant d'explications abusives a rendu la libert une foule d'esprits4 ,par respect pour des affirmations dont souvent elle ignorait la gense1 la grande masse des individus1 ce docile troupeau dont j'ai parl dj1 n'osait plus admettre la possibilit d'un monde moral1 dpendant de forces suprieures et invisibles1 et dont l'existence s'affirmait en dehors des faits apparents4 ,maintenant que la pense humaine a commenc secouer dans le domaine moral1 la tyrannie d'une science incomplte1 on voit les regards se tourner de nouveau vers ce ciel que la prsomption de l'homme avait dclar vide4 ,les croyances spiritualistes renaissent4 ,le no-boudhisme1 le spiritisme1 la thosophie et autres tentatives de cultes nouveaux ne sont que la manifestation du besoin religieux qui travaille les mes4 ,dans le pays o le scepticisme semblait le plus dfinitivement tabli et d'o il rayonnait sur la conscience gnrale1 ce renouveau trouv des voix loquentes pour l'annoncer au monde4 ,le caractre particulier de ce mouvement fut de ne pas se prsenter sous une forme religieuse prcise1 ou au nom d'une cole philosophique spciale4 ,sorti du sein de la libre-pense1 il a t ses dbuts absolument spontan et individuel1 se bornant rappeler l'homme qu'il tait fait pour sentir de grandes choses et pour les vivre4 ,malheureusement le petit groupe d'crivains et de penseurs qui ont men la campagne1 soutenus par la sympathie de quelques consciences disperses1 reprsentent une quantit infinitsimale compare aux foules innombrables qui considrent encore l'opportunisme habile comme la suprme sagesse1 et qui ont pour complices secrets chacune des faiblesses de l'homme et tous ses vices4 ,car la dcadence actuelle a comme caractre spcial l'tendue4 ,le mal a envahi toutes les classes2 il ne s'agit plus1 comme la fin du sicle dernier1 de gratter les premires couches du sol pour trouver un terrain ferme et fcond sur lequel btir et planter4 ,les germes de mort ont pntr partout1 il n'y a plus de parties saines4 ,croire que l'avnement du quatrime tat suffirait tout purifier est une utopie que les faits dmentiront4 ,la socit est probablement la veille d'une transformation1 mais qu'on l'espre ou qu'on la craigne1 quelle que soit sa forme ou sa dure1 elle n'apportera ni justice1 ni paix1 ni fraternit1 si elle n'est prcde ou suivie d'une rvolution morale4 ,or cette rvolution est d'autant plus difficile provoquer que l'poque actuelle se donne volontiers--par les formules qu'elle emploie--l'apparence hypocrite des lments moraux qui font le plus dfaut l'homme intrieur3 vrit1 justice1 altruisme4 ,ces mots qui rsonnent encore si creux dans les curs sont dans toutes les bouches4 ,aujourd'hui1 cependant1 on devrait connatre les devoirs qu'ils imposent4 ,les prjugs sont dtruits1 ceux mme qui y restent attachs par temprament1 vanit ou intrt1 ne se trompent plus sur la valeur de cette fausse monnaie2 en se rfugiant derrire ces barrires de bois pourri1 ils savent parfaitement qu'elles manquent de bases et que le mensonge seul en soutient les pieux vermoulus4 ,mais rien ne lie l'homme comme le mensonge1 n'entrave sa libert1 n'en fait un plus misrable esclave4 ,tant qu'il se mentira lui-mme1 qu'il se croira un juste quand il n'est qu'un bourgeois goste et mdiocre1 il ne pourra se rformer1 il sera incapable de discerner la beaut1 d'aspirer au bonheur vrai et de rveiller son me4 ,un examen de conscience rigoureux et sincre s'impose la socit moderne4 ,qu'a-t-elle fait de la loi morale1 comment l'interprte-t-elle et de quelle faon l'applique-t-elle8 ,y a-t-il connexit entre les principes dont elle se targue et les actes qu'elle accomplit1 entre les grands mots dont les hommes se servent et les mesquines penses qui guident leur vie8 ,sur quelles forces ces tentatives de relvement peuvent-elles compter pour combattre l'arme redoutable et si nombreuse encore des matrialistes et des sceptiques8 ,la rponse la dernire de ces questions est la plus urgente puisqu'elle doit fixer la topographie morale de l'poque actuelle et dmontrer quelles sont les causes de la situation prsente4 99 99 99 99 99 ,de tout temps les soi-disant honntes gens ont t en partie responsables du mal qui enlaidit le monde2 l'affaiblissement de la loi morale a toujours eu pour raison l'insuffisance de ceux qui professaient les principes dont elle dcoule4 ,plus nombreux1 en somme1 que leurs adversaires et mieux arms1 ils n'ont jamais su dfendre leur drapeau4 ,la mollesse et la lchet1 compagnes trop frquentes des qualits d'ordre et de modration qui caractrisent les rguliers de la vie1 ont certainement circonscrit leur action4 ,on l'a vu dans les rvolutions politiques4 ,si les partisans de l'ordre ne s'taient pas esquivs ou endormis que d'audacieux coups de main auraient t vits6 ,mais ceux qu'on appelle les braves gens se drobent presque toujours4 ,l'honntet amnerait-elle fatalement la diminution des facults agissantes8 ,le repos de la conscience produirait-il l'apathie8 ,non1 mille fois non6 ,dans la pense divine les disciples de la vrit devaient tre la lumire du monde1 le sel de la terre444 ,mais si le sel perd sa saveur1 avec quoi la lui rendra-t-on8 ,il ne sert plus qu' tre jet dehors et foul aux pieds par les hommes4 ,les paroles du ,christ ont t prophtiques4 ,il faudrait les crier aujourd'hui au coin de toutes les places et de tous les carrefours pour rveiller les mes engourdies1 pour leur faire comprendre qu'ayant manqu aux ordres reus1 elles sont les relles ennemies du vrai1 du beau1 du juste1 bien plus que les ngateurs audacieux de la loi morale qui1 du moins1 ont le mrite de la sincrit4 ,la doctrine vanglique renfermant cet gard ce qui se trouve de meilleur dans les autres religions ou philosophies1 elle doit servir de point de dpart l'examen de conscience dont j'affirmais tout l'heure la ncessit4 ,a cet examen de conscience sont convies toutes les mes sans distinction de croyances religieuses ou philosophiques qui admettent une loi morale--l'impratif catgorique de ,kant--comme principe dirigeant de leur vie4 ,si je semble m'adresser spcialement aux chrtiens#a1 c'est qu'ils reprsentent la catgorie la plus nombreuse et que de leur part l'tat d'inertie parat plus illogique et incomprhensible4 ,le premier point tablir est s'il existe de nos jours une diffrence substantielle entre l'attitude1 les jugements1 la conduite d'un chrtien et celle d'un incrdule4 ,placez les deux individus dans des circonstances identiques de famille1 de situation1 d'ducation et de culture1 douez-les des mmes qualits et dfauts naturels1 puis mesurez si le degr de confiance qu'ils mritent d'inspirer n'est pas peu prs le mme4 ,il y a videmment des vies chrtiennes admirables1 la philosophie spiritualiste produit parfois les caractres d'lite1 mais ce sont des personnalits isoles et rares2 la grande masse des croyants renie chaque jour dans ses actes les prceptes dont elle se dclare dpositaire4 ,en tout cas elle ne s'lve gure au-dessus de la morale courante pratique par les gens qui respectent le code et estiment qu'une existence rgulire est encore le meilleure des habilets4 ,par quelle trange aberration d'esprit les personnes religieuses ne se rendent-elles pas compte qu'une diffrence visible et notable devrait exister entre leur manire de voir et d'agir et celle des incrdules ou des matrialistes8 ,tant que cette vrit n'aura pas pntr les curs et les consciences1 le christianisme vivra de ses conqutes passes1 il ne pourra pas tre la lumire du monde moderne4 ,le chrtien n avec des instincts pervers ne devrait-il pas avoir une vie suprieure celle de l'athe dou des meilleurs instincts8 ,il est difficile1 je le sais1 de tracer toujours une ligne de dmarcation nette4 ,quelles que soient les ngations d'un esprit1 il subit l'influence des milieux et celle des formules acceptes dans la socit o il a t lev4 ,en outre1 le respect des lois sociales et de l'opinion publique cre des devoirs dont le principe intrieur diffre absolument1 mais dont les effets extrieurs sont apparemment analogues ceux qu'impose la loi morale4 ,cependant1 comme force de mobile1 aucune comparaison ne devrait tre possible entre une conviction et une crainte4 ,la peur du code peut empcher les culpabilits matrielles1 elle est impuissante contribuer au perfectionnement de l'individu4 ,or ce devoir de perfectionnement continuel est justement l'un des points sur lesquels la conscience chrtienne s'est le plus fausse1 bien qu'il soit rest l'tat de thorie accepte4 ,de tout temps l'obligation du dveloppement personnel a t nglige dans la pratique1 cause de la faiblesse de l'homme et peut-tre de la trop grande tolrance des glises1 cependant l'idal atteindre conservait objectivement sa grandeur et sa puret4 ,il tait rserv la dernire moiti du ,,xixe sicle de l'amoindrir4 ,elle a fait du christianisme un gendarme destin assurer aux privilgis la paisible jouissance de leurs plaisirs et de leurs richesses4 ,la religion tant un rempart contre les fauteurs de dsordres et un secours pour les jours difficiles1 dit le christianisme mdiocre1 il est opportun de croire et surtout de faire croire au bon ,dieu4 ,quant se troubler le cerveau pour des bagatelles sans importance3 mensonges1 vanit1 avarice1 gosme1 l'esprit humain a fait trop de conqutes pour subir encore le joug des prjugs excessifs4 ,la perfection n'est pas de ce monde1 il serait prsomptueux d'y aspirer4 ,on sait maintenant qu'il y a des lois physiques imprescriptibles2 ,pascal n'a-t-il pas dit3 ,qui veut faire l'ange fait la bte8 ,pourvu qu'on observe les grandes lignes de la morale1 le bon ,dieu n'en demande pas davantage4 ,voil plus ou moins ce qu'ont dit et pens la plupart des consciences chrtiennes pendant une quarantaine d'annes4 ,si toutes ne l'ont pas prcis vis--vis d'elles-mmes1 toutes ont subi l'abaissement gnral4 ,ceux qui tait confie la direction des mes semblaient admettre aussi cette faon mdiocre de penser2 ils se contentaient de ces fruits de la mer ,morte1 obissant la crainte d'effrayer1 par un idal trop lev1 une socit qui se vante de les avoir renis tous4 ,faux calcul en tout cas1 car le cur de l'homme ne met de prix qu' ce qui lui cote des sacrifices4 ,une des erreurs fondamentales des jugements humains est de se baser sur les faits extrieurs2 socialement ils ont une importance capitale1 moralement presque aucune1 les mobiles secrets d'o ils procdent tant la seule chose qui compte4 ,toute apprciation base sur un acte isol manque de valeur2 on ne peut juger quitablement un individu que sur l'ensemble de son caractre et de ses intentions4 ,quoique l'affirmation puisse paratre singulire1 il est au fond plus important de bien penser que de bien vivre4 ,l'homme qui pense bien pourra lui aussi commettre des fautes1 il finira toujours par les regretter1 les rparer1 les expier en lui-mme4 ,l'homme qui pense mal1 ou mdiocrement1 ou pas du tout1 aura beau avoir une existence rgulire1 il restera un tre sans valeur1 incapable d'une action efficace4 ,il y a six cents ans1 les lieux profonds1 o l'air est sans toiles1 taient dj peupls de ces malheureux qui ne furent jamais vivants#b et que repoussent la fois le ciel et l'enfer4 ,le sicle qui vient de finir a d augmenter de faon effrayante la triste cohorte4 ,jamais1 en effet1 on n'a autant commis la funeste erreur de croire que1 pour rpondre la pense divine1 il suffisait de ne pas commettre certains actes1 comme si le code et la plus mdiocre morale ne suffisaient pas condamner1 sinon empcher les meurtres1 les vols1 les vices de nature compromettre l'ordre social4 ,d'ailleurs1 les criminels avrs appartiennent pour la plupart une catgorie d'individus sur lesquels la crainte de ,dieu n'a aucune influence2 les criminels d'occasion se trouvent momentanment dans des circonstances tragiques ou des tats passionnels et morbides qui obscurcissent leur mentalit jusqu' la folie1 ils ont perdu tout contrle sur eux-mmes4 ,malgr la corruption rgnante ce sont l des tres d'exception1 la grande masse des individus vit apparemment dans l'ordre1 se conformant aux rgles des lois sociales4 ,mais l'atmosphre en est-elle plus pure et plus saine8 ,s'abstenir de certains dlits ne constitue pas un caractre moral2 celui-ci doit s'tablir sur de nobles penses que la volont essaye de traduire en faits ou dans cette puissance silencieuse de l'me plus efficace et attirante que les meilleures actions4 ,la disparition des grandes passions et le rgne des petites est le trait essentiel de la domination exerce par la socit bourgeoise4 ,cette victoire dont elle se vante est une dfaite4 ,certes1 on ne peut se faire l'aptre des sentiments violents1 ils ont trop ravag le monde1 mais du moins ils n'abaissaient pas les caractres et ne permettaient pas la prilleuse scurit qui nat de la pauvret et de l'insuffisance morales4 ,le pchez fortement de ,luther pourrait tre utilement rpt aujourd'hui4 ,il y a entre les grandes passions et les petites la diffrence du lion au ver3 le premier dchire et tue1 le second ronge et dcompose4 ,une action mesquine accomplie par habitude1 le front serein1 avilit plus qu'une action coupable commise avec remord et due un entranement puissant2 car ce remord constitue dj une expiation qui relve l'me et produit souvent sur d'autres points des dveloppements de vertus1 car le sentiment du rachat par le sacrifice est instinctif l'homme4 ,les grands repentirs sont une lumire et un enseignement1 et on ne se repent pas des actions mdiocres2 elles ne creusent pas l'me une assez grande profondeur1 et passent sur elle en la dgradant1 sans en tirer ces cris de douleur et de dsespoir qui ont un pouvoir de rgnration pour qui les pousse et les entend4 ,une morale ngative1 des passions mesquines qui ne laissent pas de place au repentir1 le prestige du mal subi par l'imagination1 l'avarice morale rige en principe1 joint au faux amour de soi1 obscurcissent les consciences4 ,l'opportunisme substitu la droiture1 la vanit et la mauvaise foi dominant les vies1 tels sont les traits saillants de la socit actuelle1 le triste miroir o se refltent les mes de la grande masse de ceux qui s'intitulent honntes gens4 ,si ces mes demi mortes veulent renatre1 elles doivent accomplir un double travail3 se rendre compte de leur pauvret1 des mensonges o elles vivent1 des bassesses o leur cur se complat et comprendre enfin que si elles ne basent pas leur vie sur un idal de justice et de vrit1 elles condamnent irrmdiablement les principes qu'elles prtendent professer4 ,dans la cration rien ne reste stationnaire et il doit tre dans la pense divine d'ordonner l'homme un dveloppement moral incessant4 ,peu importe si le rveil est lent1 s'il n'y a que des mes isoles qui se mettent en route6 ,chacune des grandes rformes morales est sortie du travail d'une seule conscience4 ,il s'agit aujourd'hui de prparer des gnrations nouvelles plus heureuses que les prcdentes parce qu'elles connatront mieux le prix de la vie1 sauront liminer les fausses souffrances1 seront conscientes de leur pouvoir1 auront confiance dans leur volont et possderont leur me4 ,la premire impulsion est donne1 le bien est remis en honneur1 il ne reste qu' se connatre soi-mme et marcher4 ,,chapitre ,,ii ,,le ,,prestige ,,du ,,mal ,la force est la reine du monde4 7,,pascal47 ,l'abaissement ou l'lvation d'une me peut se mesurer aux objets de son admiration ou de son mpris2 de mme1 pour juger d'une poque1 faut-il se rendre compte des divinits qu'elle adore4 ,or devant quelles puissances s'incline la ntre8 ,le hero-worship que ,thomas ,carlyle conseillait sa gnration n'est certes plus la mode du jour3 des cultes d'un ordre trs diffrent l'ont remplac4 ,si l'humanit veut suivre les chemins qui montent elle doit commencer par se dtourner de ces autels mdiocres2 la route sur laquelle elle marche aujourd'hui et qui1 sur certains points1 lui a fait atteindre de merveilleux progrs1 pourrait la rejeter1 par la pente logique de l'abaissement graduel des caractres1 aux priodes d'ignorance et de brutalit1 si un sincre examen de conscience#c1 suivi d'un effort courageux1 ne ramne les curs au culte des vrais dieux4 ,les tentatives qui ont t faites dernirement pour remettre le bien en honneur sont isoles encore et le ddain1 sous lequel certaines vertus taient tombes1 persiste toujours4 ,la bont1 l'oubli des injures1 l'esprit de sacrifice1 la probit scrupuleuse1 le dsir d'tre utile1 continuent tre un objet de raillerie1 moins qu'ils ne soient accompagns du prestige d'une grande situation ou d'une grande fortune4 ,si ce correctif leur manque1 on se borne les tolrer1 car on a cess de leur accorder une valeur intrinsque et de les considrer dans leur application comme un triomphe moral digne de respect4 ,ce bizarre sentiment a pntr la grande majorit des mes et mme--phnomne incomprhensible--les mes chrtiennes4 ,on va se rvolter1 crier l'exagration et au pessimisme444 ,et1 en ne considrant que la surface des choses1 ces protestations seront apparemment justifies2 mais1 en examinant sincrement la question1 en jetant en soi et autour de soi un regard attentif1 on sera forc d'admettre la vrit de cette affirmation4 ,la plupart de ceux qui essayent de pratiquer le bien dans leur propre vie ont cess de l'admirer dans celle d'autrui4 ,ils n'ont pas le sentiment de leur illogisme1 mais cette inconscience ne dtruit aucun des effets moraux de l'anomalie4 ,il en a toujours t ainsi1 dira-t-on1 la fin du sicle n'a rien invent4 ,l'criture affirmait1 il y a des milliers d'annes1 que le cur humain tait dsesprment mauvais et qu'il y avait antagonisme entre lui et le bien4 ,les lments obscurs qui s'agitent dans l'homme se sont sans cesse dresss contre les manifestations de la lumire2 les penseurs ont1 de tout temps1 dplor ce trait de la nature dchue1 et ,m4 de ,maistre crivait3 ,j'ignore ce qu'est la conscience d'un fripon1 mais je sais que celle d'un honnte homme est quelque chose d'pouvantable4 ,la haine du bien est donc aussi vieille que le monde2 pour viter que le dcouragement n'accable les curs1 il est sage d'accepter les surfaces et les mensonges conventionnels2 creuser la pense1 se mettre rigidement en face de la vrit1 c'est vouloir arriver de dsesprantes constatations4 ,les consciences les plus pures ont des recoins sombres o sommeille une inimiti sourde contre toutes les choses bonnes2 il en a t ainsi chez le premier ,adam1 il en sera de mme chez le dernier4 ,la valeur de ces arguments est contestable4 ,si aucun germe nouveau n'a pntr la nature humaine1 il est certain cependant que les tendances de chaque poque ont plus ou moins dvelopp tels ou tels des nombreux instincts de l'homme4 ,ce qui caractrise le temps actuel ce n'est pas la haine1 c'est le ddain du bien4 ,il ne s'agit plus de ce sentiment de colre ou d'envie prouv par les anges rebelles1 mais d'une perversion de jugement qui fait mpriser avec l'intelligence ce que la conscience ordonne d'accomplir4 ,les ides darwiniennes ont1 dans ce phnomne1 une large part de responsabilit4 ,la doctrine de la lutte pour la vie a envahi tous les esprits1 mme ceux qui la repoussent comme thorie ou ne l'acceptent que partiellement4 ,on en est arriv n'estimer que le vainqueur du combat2 s'il reste matre du champ de bataille1 peu importe sa valeur ou sa mdiocrit relles6 ,il est logique qu' ce point de vue les vertus qui dsarment l'homme et risquent d'entraver sa victoire soient considres comme des dsavantages1 puisque les possder c'est tre vaincu d'avance4 ,a toutes les poques1 la dfaite a suscit le mpris des natures vulgaires2 aujourd'hui ce sentiment est devenu presque gnral2 il n'y a plus de raction gnreuse en faveur des vaincus1 les batailles perdues ne trouvent plus de potes pour les chanter6 ,manquer de la puissance de combativit ou ne pas vouloir l'exercer par principe1 quivaut1 dans l'ordre moral1 tre manchot dans l'ordre physique3 l'opinion publique1 sauf d'assez rares exceptions1 jauge immdiatement les malheureux qui en sont dpourvus1 les range parmi les quantits ngligeables1 et1 contre ce verdict1 il n'y a point d'appel4 ,quelles sont1 par exemple1 les consquences du pardon des injures pour ceux qui le pratiquent8 ,l'homme ne peut donner une plus grande preuve de force morale1 car pour pardonner vraiment il faut tre roi de soi-mme4 ,cependant aucune vertu ne nuit davantage la situation personnelle de l'individu4 ,une injure oublie semble en amener d'autres2 c'est une conspiration pour pousser bout celui qui s'est impos le pardon comme rgle de conduite2 on refuse de croire sa sincrit1 on essaye d'attribuer sa mansutude des motifs de lchet ou d'intrt1 et1 lorsqu'enfin elle est devenue un fait avr1 une lgre parcelle de mpris1 qui ira toujours grandissant1 se glisse pour lui dans les curs4 ,il ne suffit plus de dompter ses rancunes et de triompher de ses ressentiments1 il faut se rsigner d'avance supporter les effets nuisibles du pardon accord4 ,l'homme chappe ce ddain lorsque la victoire remporte sur lui-mme se manifeste dans des conditions clatantes1 mais1 dans les circonstances ordinaires de la vie prive ou publique1 il en souffre de mille faons4 ,il faut avoir faire des natures trs gnreuses pour ne pas tre puni d'une injure oublie4 ,le dsir d'tre utile aux autres et l'esprit de renoncement sous toutes ses formes subissent des dnigrements identiques4 ,le dploiement de ces qualits commence par provoquer des abus4 ,dans les familles1 les administrations1 les uvres de bienfaisance1 le mme phnomne se vrifie sans cesse3 les individus de bonne volont sont surchargs sans scrupules de la besogne qui devrait tre rpartie sur tous1 et personne ne leur en est reconnaissant2 au contraire1 un ferment d'irritation s'lve contre eux4 ,cela aussi est vieux comme le monde1 l'ingratitude rpondant1 parat-il1 un instinct de la nature humaine2 ce qui est essentiellement moderne1 c'est le mpris qui s'y ajoute4 ,mme lorsque l'imagination est saisie1 qu'il s'agit d'un dvouement d'amour ou d'un acte clatant de gnrosit1 l'admiration est froide1 et il s'y mle une pointe d'ironie4 ,si aujourd'hui ,landre pour retrouver ,hro devait traverser l',hellespont la nage1 il trouverait des railleurs sur les deux rives du dtroit1 et les femmes seraient les premires sourire de cet amoureux trop ardent4 ,on dirait que l'oubli de sa propre personnalit est un aveu d'infriorit2 les curs ne le comprennent plus4 ,faire bon march de ses intrts1 c'est se dconsidrer soi-mme et provoquer le manque de respect d'autrui4 ,le dsintressement1 cette vertu si haute1 n'a pas conserv plus de prestige4 ,on s'indigne bien encore quelquefois contre les fripons qui s'enrichissent au dtriment des honntes gens1 mais l'homme de bien pauvre1 ou devenant pauvre1 parce qu'il n'a voulu faire de tort personne1 ne trouve certes pas dans l'estime publique l'quivalent de ce qu'il a perdu2 et il entre bien du sarcasme dissimul dans l'loge qu'on fait de sa probit4 ,dans les circonstances mme o elle reprsente une sauvegarde pour les intrts qui lui sont confis1 cette probit ne sert gure4 ,y a-t-il une place donner1 une affaire traiter1 en charge-t-on de prfrence ceux qui offrent comme garantie leur dsintressement connu8 ,de tout autres mobiles dterminent d'ordinaire les choix et les rcompenses4 ,il est admis que la dlicatesse scrupuleuse empche le succs2 or le succs est le niveau auquel tout se mesure1 et la socit actuelle n'a pas de place pour ceux qui la ddaignent4 ,la dignit modeste est galement relgue parmi les qualits nuisibles4 ,les natures fires et dlicates qui rpugnent faire du bruit autour d'elles1 sentant la vulgarit de l'aplomb audacieux1 se voient ngliges mme par ceux qui seraient capables de les comprendre4 ,dans le monde1 la politique1 les affaires1 ne pas essayer de prendre insolemment les premires places1 vous fait souvent relguer aux dernires4 ,cependant1 chacun sait--les imbciles seuls l'ignorent--que la supriorit relle est incompatible avec la prtention audacieuse4 ,tout idal lev impose l'humilit4 ,george ,sand1 qui avait le gnie modeste1 disait que se dcerner des couronnes soi-mme prouvait une irrmdiable mdiocrit et interdisait tout espoir de progrs4 ,mais ,george ,sand est morte1 et sa gnration a disparu2 on n'a plus le temps aujourd'hui1 dans l'agitation fbrile des journes1 de s'occuper des valeurs qui se drobent4 ,la bont et la patience1 ces gardiennes du bonheur de l'homme1 sans lesquelles les choses les plus douces de la vie se changent en amertume1 chappent-elles du moins au ddain de ceux qui en bnficient8 ,elles ont1 hlas6 le mme sort que le dvouement et le dsintressement1 et volontiers l'on manque d'gards envers ceux qui les pratiquent4 ,lorsque les circonstances forcent sacrifier quelqu'un1 qu'il s'agisse de la vie publique ou de la vie prive1 le choix est rapide2 il tombe sur les tres que l'on devrait respecter davantage4 ,c'est eux que l'on fait tort1 parce que l'on sait pouvoir compter sur leur dbonnairet2 l'tre mchant1 dont il y a quelque chose craindre1 est pargn d'ordinaire4 ,les vertus qui n'ont pas pour base l'esprit d'abngation et d'humilit sont cotes moins bas sur le march de l'opinion publique4 ,mais elles n'acquirent cependant un rel prestige que si elles reprsentent des lments de russite3 argent ou situation4 ,la hardiesse1 le courage1 la fermet1 la persvrance1 l'nergie sous toutes ses formes1 inspirent encore quelque respect4 ,elles rpondent ce besoin de la force qui domine indistinctement toutes les mes4 ,la franchise1 quand elle est lgrement brutale1 le respect de soi-mme lorsqu'il s'y mle un peu d'insolence1 russissent encore faire leur chemin dans le monde1 non en tant que vertus1 mais comme conditions de prpondrance4 ,les qualits ngatives1 telles que l'indulgence et la modration1 sont galement tolres2 le fonds d'indiffrence sur lequel elles se basent leur assure mme une certaine estime4 ,cet trange ddain pour ce qui reprsente la somme des hauteurs morales1 pourrait1 la rigueur1 s'expliquer de la part des matrialistes et des dterministes4 ,voulant une humanit d'o les faibles seraient supprims ds leur naissance1 il est logique que certaines vertus quivalent pour eux des faiblesses4 ,mais il y a incompatibilit flagrante entre ce ddain du bien et les doctrines chrtiennes et spiritualistes4 ,reconnatre en ,christ un matre suprme ou un docteur sublime et n'avoir dans la pratique de la vie aucun respect pour ceux qui essayent de suivre ses traces1 est la plus flagrante des inconsquences4 ,certes1 on n'est pas arriv encore professer ouvertement le principe que la pratique des vertus est une preuve de dchance intellectuelle1 mais qu'importe la thorie1 du moment que la grande majorit des soi-disant croyants agissent comme si telle tait rellement leur pense6 ,ils s'attendriront peut-tre la lecture d'un acte de dvouement obscur1 accompli loin d'eux par des inconnus qu'ils ne verront jamais1 mais si la chose se passe leur porte1 l'motion disparat et la raillerie la remplace4 ,quel intrt ou quelle vnration manifesteront-ils pour ces hros de la vie8 ,leur poigne de main ne sera pas plus cordiale2 elle continuera se mesurer la situation et non la personnalit morale de ceux qu'ils accueillent4 ,la vue du sacrifice n'aura en rien rchauff leur cur ni exalt leur imagination4 ,aujourd'hui dire de quelqu'un qu'il a une belle me1 c'est provoquer le sarcasme ou du moins le sourire4 ,ce mpris du bien auquel on se heurte chaque pas de la vie morale a eu comme consquence directe la tolrance et mme l'admiration du mal4 ,la plupart des mes subissent ce double courant sans le comprendre1 sans le dfinir1 sans se rendre compte surtout du dplacement qu'il opre dans les points de vue de notre gnration4 ,essayer de dissiper cet aveuglement et de donner aux hommes la conscience de leurs sentiments rels est1 pour tous ceux qui ont entrevu la vrit1 un imprescriptible devoir4 99 99 99 99 99 ,la force a toujours exerc sur les imaginations un singulier prestige1 mme lorsque ses manifestations taient injustes et brutales2 dans tous les plans de rforme morale1 il faut donc tenir compte de cet instinct qui1 bien dirig1 pourrait conduire l'homme de sublimes conqutes4 ,mais la force ne rgne plus exclusivement4 ,l'habilet heureuse lui dispute la place1 et les mes amollies1 les esprits trop aiguiss se laissent volontiers sduire par cette puissance infrieure qui dispense de l'effort et du sacrifice et promet de faciles conqutes4 ,l'affaiblissement de la fibre morale et physique1 la scurit des existences1 l'absence des prils qui trempaient les mes expliquent cette volution de la pense1 volution qui agit comme un dissolvant sur les consciences4 ,ce n'est pas que l'attraction de la force en soi ait diminu1 mais les esprits vulgariss1 avides de succs apparents1 sont devenus empiriques et n'admettent plus que les rsultats4 ,or1 dans l'ordre de choses actuel1 il est vident que le plus grand nombre de victoires est remport par l'adresse4 ,l'homme habile exerce1 par consquent1 sur son prochain une fascination indiscutable qui ressemble presque de la considration4 ,certaines expressions qui appliques aux individus1 avaient jadis une signification mprisante et l'ont encore dans le sens absolu des mots1 reprsentent de nos jours1 c'est tacitement entendu1 une exclamation flatteuse4 ,on dirait que les paroles ont perdu leur valeur primitive4 ,dans les pays latins1 en particulier1 l'admiration pour la ruse1 la fourberie heureuse1 la combinaison adroite ne se dissimule mme pas1 et c'est peine si quelques signes de raction commencent se manifester4 ,naturellement1 en thorie1 on formule encore des apprciations svres sur le manque de dlicatesse ou de droiture1 mais les attitudes ou les faons d'agir ont cess de correspondre la rigidit des mots4 ,le succs voit toutes les portes s'ouvrir largement devant lui2 les plus honntes et les plus exclusives ne font pas exception4 ,et souvent aucun intrt personnel n'entre en jeu1 c'est simplement par platitude ou parce que le courant est trop fort et les volonts trop malades pour rsister au flot qui les entrane4 ,cette sorte d'admiration morbide du succs1 surtout lorsqu'il prsuppose de grandes dpenses d'habilet1 est peut-tre plus frquente encore chez les femmes que chez les hommes4 ,le sentiment de la probit et de la loyaut tant gnralement moins dvelopp par leur ducation1 elles n'prouvent pas pour certaines actions la rpugnance que les hommes d'honneur1 part toute ide de morale1 ressentent instinctivement4 ,pour s'en convaincre1 il suffit d'observer ce qui se passe dans les familles1 mme les plus honntes4 ,que de fois n'entend-on pas les pouses et les mres reprocher leurs maris et leurs fils les principes1 les qualits ou les scrupules qui les empchent1 dans telle ou telle circonstance1 d'atteindre les premires places ou d'obtenir les avantages les plus considrables8 ,on pourrait citer1 dans un sens contraire1 de nobles et grands exemples1 mais il est certain que la gnralit des femmes mettent en premire ligne les intrts visibles de ceux qu'elles aiment et y subordonnent souvent les devoirs de la conscience4 ,les femmes ont toujours eu d'ailleurs de secrtes et subtiles indulgences pour ce qui les domine sans les froisser ou les brutaliser4 ,l'adresse les a fascines de tout temps2 les hommes qui ont la renomme d'avoir troubl sciemment le plus grand nombre d'existences exercent sur leur imagination une influence incontestable1 mme lorsque ni leur cur ni leur vanit ne sont touchs4 ,on voit les mres et les surs subir1 elles aussi1 l'ascendant de la ruse lgante1 triomphante4 ,aujourd'hui que les intrts des femmes se sont largis1 qu'elles s'occupent de toutes les questions et imposent leurs jugements sur plusieurs points1 cette tendance de leur esprit admirer l'habilet a largement contribu dvoyer l'opinion4 ,une part de curiosit entre dans cet attrait que les femmes ressentent2 leurs amitis en sont la preuve4 ,les plus honntes recherchent volontiers celles dont les aventures ont t notoires1 mais dont l'adresse a su viter le scandale public2 parit de situation elles leur donnent le pas sur les femmes irrprochables dont l'histoire n'exerce pas de prestige sur l'imagination4 ,l'amie incertaine1 la trahison toujours prte1 a plus d'empire que l'amie loyale sur qui l'on sait pouvoir compter1 tellement les choses mauvaises dgagent un magntisme auquel on n'a pas scrupule de cder4 ,ce sont l1 dira-t-on1 des travers de femmes du monde qui ne reprsentent qu'une trs petite fraction de l'humanit et dont l'influence est restreinte2 trs restreinte1 en effet1 s'il ne fallait pas compter sur l'esprit d'imitation qui1 allant de bas en haut1 fait retrouver le mme courant de tendances tous les degrs de l'chelle sociale4 ,dans la vie politique1 un phnomne identique se manifeste1 en particulier dans les pays o elle est organise sur la base des influences parlementaires1 et c'est l surtout qu'on voit l'honntet dsarmer lchement devant la friponnerie4 ,dans ce groupement d'hommes1 qui devrait reprsenter l'lite morale des nations1 quelles sont les individualits qu'on mnage8 ,celles qui offrent une surface morale et dont la probit reconnue assure la loyaut des transactions8 ,ces voix-l sont rarement coutes et1 par une conspiration tacite1 l'clat en est vite assourdi4 ,les recommandations qui comptent1 les paroles dont l'autorit s'impose manent presque toujours de ceux dont l'appui est incertain1 la coopration douteuse1 justement parce qu'ils sont dpourvus des qualits capables de dsarmer leur rancune1 si elle tait suscite4 ,on assiste dans cet ordre d'ides des compromis incroyables1 dont la base est toujours1 mme chez les plus honntes gens1 la crainte respectueuse des individus assez habiles et hardis pour garder en main le manche du couteau et s'en servir sans scrupules4 ,la moralit politique n'est pas cote aussi bas dans tous les tats de l',europe1 et mme dans ceux qui semblent avoir dsappris la signification du mot on compte encore de nombreuses exceptions4 ,mais il serait puril de s'illusionner4 ,la masse des classes dirigeantes a perdu toute droiture de jugement2 elle manifeste une dmoralisante indulgence pour les caractres sans scrupules1 assez effronts pour s'imposer au pays qui les connat et pourtant--inconcevable faiblesse--se laisse gouverner par eux4 ,ce sont l1 objectera-t-on1 des contradictions inhrentes la politique de toutes les poques4 ,on a vu1 malgr ses crimes abominables1 ,csar ,borgia inspirer ,machiavel un singulier enthousiasme1 et l'on pourrait multiplier les exemples de ce genre4 ,oui1 mais ,csar ,borgia tait un criminel aux grandes lignes1 et ,machiavel avait au moins la bonne foi d'riger ouvertement en principe la suprmatie de l'habilet sur les lois morales4 ,ensuite1 sous les anciens rgimes il n'tait pas facile de ragir2 les protestations taient forcment silencieuses et tout travail de rforme lent et secret1 tandis qu'aujourd'hui la parole est libre1 l'opinion publique a mille manires de s'affirmer444 ,on n'a plus aucune excuse pour subir le joug des coquins habiles1 rien ne force subir leur audace effronte2 il n'y aurait qu' vouloir ragir et il suffirait aux honntes gens de se mettre d'accord pour les relguer dans la catgorie des quantits ngligeables et leur fermer des situations qu'ils sont indignes d'occuper4 ,mais cet effort de volont1 nul ne le fait4 ,et pourtant les coquins sont en minorit4 ,leur triomphe ne s'explique que par la complicit des curs vacillants qui1 tout en se disant honntes1 admirent chez autrui le mal qu'ils n'ont pas le courage de faire eux-mmes4 ,dans la famille galement ces tristes inconsquences se retrouvent1 mme dans celles o les saines thories sont en apparence le principe inspirateur de la vie4 ,on dirait que la justice a dsert les foyers2 l aussi l'homme s'incline devant le mal4 ,certains dfauts le dominent2 l'gosme est une arme que sa lchet respecte2 il n'en aperoit plus la triste vulgarit4 ,l'adresse galement le gouverne1 le sduit et le bien n'exerce plus intrinsquement aucun prestige sur son me4 ,il y a1 videmment1 des exceptions4 ,mais pour juger d'une tendance1 c'est la gnralit qu'il faut considrer4 ,or1 dans la gnralit des familles1 aucun hommage n'est rendu au bien2 la prpondrance appartient presque toujours la force goste4 ,si l'on descendait aux dtails1 il y aurait citer d'innombrables exemples1 dans lesquels chacun reconnatrait les erreurs d'valuation qu'il a commises envers les siens ou dont il a t victime4 ,l'gosme est tellement respect1 caress1 qu'on entend de fort religieuses personnes regretter de ne pas en tre suffisamment pourvues4 ,partout on lui lve un pidestal comme une source certaine d'avantages et de fortune2 il faut1 bien entendu1 que cet amour immodr de soi ne s'exprime pas trop brutalement1 qu'on le dcore et qu'on l'enveloppe de prtextes menteurs444 ,c'est quoi excellent les femmes2 les hommes1 plus maladroits1 ont une manire crue et dpouille d'artifices de manifester leurs exigences qui froisse le got et mle un peu de rvolte aux concessions qu'on leur fait4 ,la violence de caractre russit galement s'imposer comme une force dans les rapports intimes4 ,c'est une puissance qui mrite des gards4 ,si une discussion survient1 s'il y a un jugement porter1 une situation dfinir1 qui sont d'ordinaire les sacrifis8 ,a qui les parents1 les surs1 les frres donnent-ils tort la plupart du temps8 ,presque toujours ceux qui ont raison4 ,avoir raison prsuppose l'existence de qualits qui empcheront leurs possesseurs de ragir dsagrablement contre le manque d'quit dont ils sont victimes4 ,cette dmoralisante injustice1 qu'on dcore du nom de prudence1 a perdu plus d'mes que les conseils corrupteurs de tous les ,mphistophls passs1 prsents et futurs4 levs ds l'enfance cette cole d'immoralit pratique1 qu'y a-t-il d'tonnant ce que nos contemporains aient perdu la notion exacte du bien et du mal8 ,le docteur ,faust1 aujourd'hui1 n'aurait plus besoin de son matre2 ils se suggestionnerait lui-mme4 ,le mal a cess d'tre la tentation suprme1 le pch fascinant dont parlaient nos pres et auquel on cdait par entranement ou par folie1 c'est une arme de combat dont il faut apprendre se servir4 ,on raisonne sur sa justesse et sa porte1 et1 lorsqu'elle touche juste1 chacun s'crie3 ,quel beau coup6 99 99 99 99 99 ,si un pareil tat d'esprit devait durer1 le bouleversement d'ides qu'il finirait par amener est incalculable4 ,les contradictions o l'on vit aujourd'hui ne peuvent se prolonger sans avoir pour consquence fatale la modification des principes moraux1 puisque ces principes ne correspondent plus la ralit des sentiments4 ,cette modification serait l'croulement de l'difice sur lequel la socit chrtienne est fonde4 ,pour empcher ce dsastre1 et avant que les curs et les esprits ne s'garent irrmdiablement1 ceux qui se rattachent encore aux croyances religieuses ou simplement thiques devraient se demander o la route qu'ils suivent va logiquement les conduire4 ,si l'homme continue contredire par sa vie tous les principes qu'il prtend accepter1 il arrivera de degr en degr ne plus concevoir comme possible la ralisation du bien1 ce qui quivaudrait la disparition dfinitive de l'idal et l'tablissement d'un seul rgne3 celui de la force et de la ruse4 ,or1 quels que puissent tre les garements de la pense moderne1 beaucoup de consciences se sentiront troubles devant la possibilit d'un pareil rsultat4 ,assez de ressources existent encore dans les mes pour qu'elles se rveillent du long sommeil o elles se sont attardes et reprennent la face du monde le rle que le plan divin leur assignait4 ,le courant d'idalisme qui se reforme en ce moment aidera leurs efforts4 ,partout1 des hommes qui cherchent et qui pensent1 tentent de soulever la chape de plomb sous laquelle l'humanit ne peut plus se rsigner vivre#d4 ,mais il faut que les croyants se htent et ne laissent pas s'enfuir l'heure prsente sans rpondre son appel4 ,la science de la vie devrait consister donner chaque chose sa valeur relle2 c'est le secret des existences quilibres4 ,or1 la gnration actuelle a perdu le sens des apprciations justes2 ceux mmes qui ont conserv subjectivement un tact dlicat ne le possdent plus objectivement4 ,l'instinct a pu rester bon1 le jugement s'est obscurci2 l'intellectualisme trop dvelopp a amorti la puissance des impressions intrieures d'o sortaient ces impulsions d'enthousiasme ou d'indignation1 qui1 en se cristallisant1 formaient l'essence des apprciations individuelles4 ,le premier devoir des esprits sincres et droits1 aprs s'tre mis en face de la vrit et avant de songer aux autres obligations qui leur incombent1 est donc de revenir1 ou1 pour mieux dire1 d'arriver--car les prjugs d'autrefois garaient eux aussi le jugement-- la notion exacte des choses qui mritent ou dmritent le respect4 ,ce travail ne pourra tre que lent2 les opinions fausses1 une fois absorbes1 sont difficiles draciner1 mme lorsqu'on en a reconnu l'inanit2 il y a telle habitude intellectuelle qui offre plus de rsistance qu'une conviction4 ,cependant les procds suivre sont des plus simples4 ,il suffirait de se poser soi-mme une question d'une formule enfantine3 ,crois-je au bien et au mal8 ,la rponse est-elle ngative8 ,on appartient une catgorie morale laquelle ces pages ne s'adressent pas4 ,est-elle affirmative8 ,on est mis en face des contradictions o l'on vit4 ,en effet1 croire au bien1 le considrer en thorie comme le but suprme de la vie1 le chemin de l'au-del1 et ne pas l'adorer dans toutes ses manifestations1 c'est dmentir et renier ses croyances1 c'est tre inconsquent au dernier degr4 ,croire au mal1 voir en lui le perturbateur des destines de l'homme1 la force mauvaise qui1 l'loignant de ,dieu1 lui ferme les portes du bonheur et n'avoir pour ses manifestations ni rpugnance ni mpris1 est tout aussi profondment illogique4 ,un tre pensant1 qui se croit fait l'image de ,dieu1 a-t-il le droit du reniement1 de l'inconsquence et de l'illogisme8 ,s'il s'arroge ce droit1 il manque tous ses devoirs3 devoirs vis--vis de son ,crateur1 devoirs vis--vis de lui-mme4 ,et1 ce qui est mal pour lui1 est galement mauvais pour autrui4 ,il est responsable de l'impression que sa manire d'agir et de juger produit sur son prochain1 des bonnes intentions qu'il dcourage et des mauvaises actions qu'il protge4 ,plus son autorit personnelle est grande1 plus son influence dmoralisante est considrable4 ,tuer le corps n'est rien1 aider perdre une me1 voil le crime irrmdiable1 si nous en croyons le ,livre dans lequel les notions de morale de la socit actuelle sont puises4 ,en refusant aux choses bonnes l'estime laquelle elles ont droit1 on les amoindrit aux yeux de ceux qui essayent de les raliser1 on jette dans les esprits un doute sur l'imprescriptibilit du devoir1 et ce doute est souvent mortel dans ses effets2 en assurant au mal1 dans ses plus basses et mdiocres manifestations1 une impunit qui a toutes les apparences d'une justification1 on s'en rend complice4 ,les curs timors1 les volonts hsitantes1 qu'un reste de scrupule aurait peut-tre ramens dans la voie droite1 s'en loignent dfinitivement1 convaincus qu'on peut marcher l'aise sur la grande route battue o le vice tale ses laideurs et obtient ses victoires4 ,mais1 dira-t-on1 ces causes-l sont secondaires1 l'homme ne relve que de ,dieu et de sa conscience2 l'approbation du monde doit lui tre indiffrente4 ,s'il agit en vue de l'obtenir1 s'il recule par peur de la perdre1 tout mrite disparat1 et une honorabilit de conduite fonde sur de pareilles bases n'aurait aucune valeur intrinsque4 ,ce point de vue sonne trs haut1 mais il y a un fait certain1 dont il est impossible cependant de ne pas tenir compte3 la sympathie humaine est indispensable l'individu4 ,tous les hommes n'ont pas la force d'tre des solitaires2 l'mulation est bonne1 l'encouragement salutaire1 et l'estime d'autrui1 quand elle est due la ralit d'un dveloppement moral1 est un privilge dont nul n'a le droit de priver son prochain4 ,il faut avoir l'me trs fortement trempe pour rsister l'amer dcouragement dont les gens de bonne volont sont saisis devant la ddaigneuse indiffrence de leur entourage pour ce qui leur a cot quelquefois de suprmes efforts4 ,ne pas avoir pour le bien les gards qu'il mrite1 c'est se charger de lourdes responsabilits auxquelles chapperont les matrialistes1 les athes1 ceux qui ont du moins le courage de ne pas inscrire hypocritement sur leurs drapeaux le nom de ,dieu4 pargner le mpris ne suffit pas3 quelque chose de plus actif est demand aux consciences droites et croyantes4 ,elles ont le droit de crer autour d'elles une atmosphre de sympathie1 d'admiration et de respect pour ceux qui essayent de raliser le bien dans leurs penses et dans leurs actions4 ,chacune de ses manifestations devrait tre l'objet d'gards spciaux1 suprieurs ceux qui se rendent aux autres lments de puissance et de force4 ,tant qu'on ne le comprendra pas1 on sera dans le faux et on chafaudera dans le vide4 ,apprendre donner chaque chose sa valeur relle1 c'est la leon qu'il faut peler4 ,tout ce que la terre offre et tout ce que l'homme possde provient de ,dieu2 ddaigner un seul des dons du ,crateur serait dformer la pense divine1 mais certains de ces dons doivent avoir la dernire place1 d'autres mritent la premire4 ,l'quitable distribution de son estime est donc un des premiers devoirs de l'homme2 sa lgret est si grande qu'il n'y pense jamais1 et il devrait1 au contraire1 y penser toujours et se demander dans chaque circonstance si ses valuations sont justes4 ,c'est ncessaire pour lui et pour les autres2 le cur humain est si faible1 ses tentations sont si grandes1 tant de chutes inattendues et incomprhensibles viennent le troubler1 qu'il lui faudrait sentir1 du moins1 que la conception du bien est demeure intacte dans les consciences chrtiennes1 et qu'elles se rjouissent de toutes les victoires morales4 ,les femmes--si proccupes d'augmenter leur part d'influence dans le monde et qui ont largement contribu dvoyer l'opinion--pourraient exercer aujourd'hui1 en sens oppos1 une action efficace4 ,elles ont plus de temps pour la rflexion que les hommes2 leur genre d'esprit les porte davantage aux examens de conscience et aux valuations morales4 ,si celles qui sont animes de bonne volont et possdent un esprit droit se donnaient pour mission de rparer le faux courant d'apprciations dont elles sont en partie responsables1 il ne rsisterait pas longtemps4 ,chacune1 en son particulier1 est capable de contribuer l'uvre commune1 si restreint que soit le cercle o elle se meut4 ,les femmes que leur personnalit ou leur situation mettent en vue peuvent faire davantage que les autres2 mais toutes doivent apporter leur contingent ce travail de rparation et choisir la famille pour premier champ d'action4 ,aprs avoir appris leurs enfants honorer1 avant toute chose1 la pratique du bien et en avoir ainsi dvelopp le culte dans leur cur1 il sera facile aux mres d'enseigner indirectement la mme leon au reste de leur entourage4 ,ce serait l une leve de boucliers devant laquelle les plus froces adversaires du type amazone1 sous toutes ses formes1 s'inclineraient respectueusement4 99 99 99 99 99 ,mais pour retrouver et rendre aux esprits qui l'ont perdue la facult des apprciations logiques et quitables1 il ne suffit pas d'enseigner l'amour du bien1 il faut en mme temps dsapprendre l'admiration du mal4 ,ces deux leons seront la consquence l'une de l'autre1--le respect d'un lment amenant naturellement la rpugnance pour l'lment contraire1--mais il y a malheureusement des plis intellectuels qui chappent longtemps au joug de la logique4 ,le premier effort doit tre celui d'carter de ses jugements toute proccupation du succs final des choses pour n'envisager que la bont ou la lgitimit des moyens employs2 et lorsque l'on aura acquis la conviction qu'une action ou une manire de penser est mauvaise1 avoir honte de l'admirer1 mme si elle a servi gagner la bataille4 ,si on respecte le mal1 si on le caresse1 comment prtendre aimer le bien8 ,il ne s'agit pas ici de l'entranement des passions--on peut en subir l'attrait1 tout en dtestant dans sa conscience les fautes1 les compromis1 les mensonges invitables o elles jettent--mais de cette plate dfrence pour les lments les plus bas de la vie1 qui forme l'essence morale d'un grand nombre d'esprits du temps prsent4 ,de mme qu'il faut crer pour le bien une atmosphre de sympathie1 il est ncessaire de crer contre le mal une atmosphre de mpris o il se sente mal l'aise4 ,le besoin d'estime est l'un des plus puissants qui existent--on le constate mme chez les natures dgrades--et il y a l un moyen efficace d'action que les honntes gens ont le devoir d'exploiter4 ,lorsqu'il sera bien entendu que certaines faons de penser et d'agir apportent impitoyablement avec elles le discrdit1 beaucoup d'mes1 plus faibles que mauvaises1 changeront de route4 ,ce sera l peut-tre un rsultat sans lvation vraie1 mais dans la pratique de la vie tout progrs1 ses dbuts1 est relatif4 ,se rendre compte que l'estime n'est accorde qu' certaines conditions1 c'est commencer comprendre la valeur des lois morales4 ,entre comprendre une vrit et l'accepter1 le chemin parcourir est long1 mais l o l'uvre de l'homme finit1 celle de ,dieu commence4 ,le devoir de cultiver en lui la rpugnance pour toutes les manifestations du mal1 ne doit pas transformer l'homme en juge implacable de son prochain4 ,au contraire1 il ne peut avoir assez de piti et de pardon pour les fautes commises par passion1 entranement ou violence2 c'est la corruption vicieuse1 calcule et voulue qu'il faut condamner sans rmission4 ,comme contrepoids cette svrit d'apprciation1 et enfin de la rendre rellement efficace1 une rforme mentale s'impose2 une place qui lui a t toujours refuse doit tre accorde au repentir#e4 ,l'vangile parle clairement ce sujet2 la rectitude instinctive tient le mme langage4 ,l'homme tomb peut se rhabiliter1 et la socit possde la facult de lui accorder cette rhabilitation4 ,les cieux eux-mmes se rjouissent lorsqu'un pcheur se repent2 c'est le repentir qui a ouvert la ,pri les portes du paradis2 mais dans le monde cruel o nous vivons1 les potes seuls ont donn ce sentiment la place qui lui revient3 ,peut-tre qu'en restant bien longtemps genoux1 ,quand il aura bni toutes les innocences1 ,puis tous les repentirs1 ,dieu finira par nous#f4 ,les pages qui prcdent peuvent se rsumer en quelques mots3 ,si les vertus les plus hautes ont subi jusqu' l'amertume la tentation du dcouragement1 ceux qui pratiquent ces vertus sont en partie responsables de cet attristant rsultat4 ,la force est la reine du monde2 or1 malheureusement1 le trait caractristique des tres bons est justement aujourd'hui de manquer de force4 ,le sommeil qui s'est appesanti sur les mes en a tari les sources vives1 elles subissent une mort anticipe qui empche tout magntisme de se dgager d'elles et de se faire sentir au dehors1 et1 sans la magie de la force1 aucune ide ne s'impose4 ,il ne suffit pas que la puissance soit intrieure1 il faut qu'elle soit apparente3 le devoir est donc non seulement d'tre fort1 mais de se montrer fort4 ,c'est l souvent une qualit naturelle2 ce peut tre aussi une vertu acquise4 ,cette fascination du mal que l'humanit subit a sa raison secrte2 l'homme a cherch la force dans les lments mauvais1 parce qu'il ne la trouvait point ailleurs4 ,on ne saurait assez le rpter1 la faiblesse des gens de bien est une des causes du discrdit o les vertus sont tombes4 ,aucune flamme n'anime ces curs respectables1 aucun souffle ne les emporte444 ,c'est comme si la rgularit de leur existence les avait crass dans un engrenage de machine4 ,la plupart des honntes gens1 il y a videmment de nombreuses exceptions1 ont peur de tout1 mme d'exprimer leur opinion2 il est donc naturel que la platitude de leur conduite ait engendr le ddain du monde4 tre bon ne doit pas signifier tre faible1 le mot dvou ne doit pas tre le synonyme de dupe2 rien de ce qui affaiblit n'est salutaire4 ,le bien c'est la vie1 or la vie ne peut ressembler la mort4 ,certaines croyances devraient donner l'homme un sentiment d'assurance et de calme qui le rendrait fier et libre vis--vis des autres et ferait de sa prsence un honneur pour tous4 ,un peu de fiert est salutaire1 non au point de vue des distinctions sociales1 mais celui de ce que chacun doit ses sentiments et ses ides4 ,il existe des tres rares qui ne formulent jamais de penses mdiocres1 dont aucune purilit n'occupe l'esprit2 tous ne peuvent planer comme eux la faon des aigles1 mais tous peuvent regarder vers les hauteurs et acqurir ce sentiment de dignit et de force paisible qui est aux autres vertus ce que le sel est aux aliments4 ,le jour o ceux qui croient la ralit de forces suprieures et bienfaisantes comprendront que devenir fort est le premier de leurs devoirs et o ils mettront dans le bien cette part d'orgueil humain dont ils ne pourront jamais se dbarrasser compltement en ce monde1 ce jour-l le bien prendra du prestige aux yeux des hommes et leur admiration cessera de s'garer sur d'indignes objets4 ,,chapitre ,,iii ,l',,avarice ,,morale ,rien ne ressemble moins au christianisme que les principes d'aprs lesquels les soi-disant chrtiens dirigent leur vue4 7,,tolsto47 ,le sicle qui vient de finir a emport1 dans son dernier coup d'ailes1 plus d'un lment de force et de bonheur4 ,l'homme a dsappris l'art d'tre heureux3 curs et esprits semblent dpouills de la puissance de jouir4 ,la gaiet1 cette fille du soleil1 dont les paens auraient d faire une desse1 a dsert la terre1 dcolorant les vies par sa disparition4 ,les privilgis de ce monde1 eux-mmes1 ne la connaissent plus2 ils cheminent lourdement1 accabls sous un poids de tristesse1 dont ils ne savent ou ne veulent pas analyser les causes2 et la fivre de mouvement qui les emporte ne suffit point leur donner l'illusion du plaisir4 ,l'existence n'a gure conserv de prestige que pour les malheureux2 malgr l'amertume journalire de leur vie de combat1 ils ont le privilge de cette illusion du dsir qui leur fait entrevoir le bonheur dans une ralisation d'existence hors de leur porte4 ,les causes qui ont tari chez l'homme les sources de la joie sont complexes1 mais on peut cependant les ramener toutes une cause unique3 le dveloppement de l'avarice morale1 produit logique du positivisme4 ,l'gosme1 rig en droit1 devait naturellement striliser les sentiments qui ne rapportent pas un quivalent immdiat4 ,la peur d'tre dupe1 la crainte de donner plus qu'on ne recevait1 a1 en outre1 produit un courant de parcimonie prudente qui a eu pour effet l'appauvrissement et la vulgarisation de la vie intrieure4 ,les peuples de race latine1 chez lesquels le sens critique est beaucoup plus dvelopp que chez les autres peuples1 taient tout particulirement destins se laisser entraner par ce courant strilisant4 ,l'cole psychologique1 qui a pour anctres directs ,montaigne et ,la ,rochefoucauld1 a cr chez les moins lettrs des habitudes intellectuelles qui ont amen les esprits au dsenchantement de toutes choses4 ,quand d'analyses en analyses1 il a t prouv l'homme que le cur de ses semblables ne renfermait que des passions gostes1 que toute action apparemment gnreuse avait pour mobile secret un intrt ou une vanit1 un phnomne de repliement s'est produit3 le pessimisme intellectuel a rduit les curs l'impuissance4 ,le roman est responsable pour une large part de ce travail de desschement moral4 ,l'aride sagesse qui1 de l',ecclsiaste ,schopenhauer1 avait t longtemps le partage d'un cercle restreint de philosophes et de penseurs1 a t mise par cette forme littraire la porte des esprits les moins prpars la recevoir4 ,croyant faire uvre de sincrit et de clairvoyance1 les romanciers modernes ont dissqu et viol les plus secrtes intimits de l'me1 puis ils ont dit l'homme3 ,regarde-toi et tu comprendras qu'aucun tre cr n'est digne de ton amour6 ,l'homme a appris la leon2 ces curs1 qu'on mettait nu devant lui1 il en a sond le vide1 compt les dfaillances1 numr les lacunes2 et1 cur1 attrist1 il a ferm son propre cur4 ,mais est-ce bien la vrit tout entire que ces crivains pessimistes ont montre8 ,mme dans l'analyse1 l'esprit latin reste absolu1 il n'a pas le don du relatif2 malgr sa souplesse1 il fait volontiers ses personnages tout d'une pice1 il les rend trop consquents dans le mal ou le bien1 il synthtise1 il catgorise444 ,le gnie anglo-saxon a beaucoup moins de parti pris2 il montre l'homme plus qu'il ne l'analyse1 et son respect de l'me humaine lui interdit d'en dcouvrir les nudits4 ,mais s'il a plus de pudeur morale1 si ses types restent plus levs1 s'il maintient le sursum corda et ne tombe pas dans le pessimisme dcourageant1 il lui manque cette vaste et large comprhension du cur de l'homme qui caractrise le gnie slave4 ,ce dernier a tous les courages2 dans l'me d'une courtisane il osera montrer l'closion d'une fleur de blancheur et de puret1 et nous verrons l'assassin manifester d'exquises dlicatesses de conscience4 ,aucune contradiction1 aucune complexit ne l'effraie4 ,les natures les plus tendres et les plus dvoues sont capables1 certaines heures1 de penses dures et violentes2 une vie d'abngation n'empche pas l'closion momentane d'un criminel dsir ou d'une honteuse dfaillance4 ,certes1 une tristesse profonde se dgage de cette vue impartiale des grandeurs et des faiblesses humaines1 mais l'affirmation que nul tre n'est indigne d'tre aim ne dessche pas le cur comme la mthode analytique des crivains latins4 ,la littrature slave ne cre pas le ,hero worship de la littrature anglaise1 mais l'tincelle de vie qu'elle montre brillant dans chaque me prouve la noblesse des origines de l'homme et empche de se tarir les sources de l'amour4 ,les influences littraires directes tant les seules irrsistibles1 les races latines ont profit largement des leons de leurs crivains et n'ont subi que trs faiblement l'impulsion des littratures trangres4 ,le pessimisme intellectuel de leurs lectures1 joint au sens utilitaire que l',amrique et l',angleterre ont rpandu sur le monde1 a eu sur leur pense un effet rapide d'appauvrissement4 ,elles ont t les premires perdre la facult de l'enthousiasme4 ,il ne s'agit point ici de cet enthousiasme populaire1 qui consiste en acclamations ou en battements de mains1--l'expansion naturelle aux peuples du midi leur en conservera toujours l'apparence1--mais de cet enthousiasme silencieux de l'me qui fait donner sans parcimonie son cur1 son temps1 son intelligence une personne ou une ide4 ,les ,allemands ont pour dfinir ce sentiment1 lorsqu'il se rapporte aux individus1 un verbe spcial3 schwrmen1 dont l'quivalent n'existe dans aucune autre langue4 ,l'excs de ce sentiment ou son application injustifie choque bon droit le got de la mesure et le sens du ridicule2 mais il ne faudrait pas exagrer cette satisfaction d'amour-propre1 car se sentir l'abri de pareilles erreurs est moins un indice de jugement que de pauvret morale4 ,lorsqu'on donne largement1 sans compter1 il arrive souvent de donner mal2 toutefois la valeur iutrinsque des dons n'est pas diminue par le manque de discernement qui a prsid leur distribution4 ,aucun des grands faits de l'histoire ne se serait accompli1 si toutes les impulsions avaient t calcules et si l'on avait mesur le dvouement aux droits6 ,pas une des conqutes dont la socit actuelle profite n'aurait t faite1 si l'on avait cru que les lans1 les efforts1 les sacrifices devaient rapporter un avantage positif et direct6 ,il n'y aurait eu de cette faon ni martyrs1 ni hros4 ,or1 cette vue calcule1 pratique et parcimonieuse des sentiments et des actes de la vie forme aujourd'hui1 consciemment ou inconsciemment1 le fond de la pense moderne4 ,si l'on ose montrer pour quelqu'un ou quelque chose un peu de sollicitude ou de zle1 vite on essaye de l'expliquer soi-mme et aux autres par l'aveu d'un but poursuivre ou d'un intrt particulier sauvegarder4 ,on ne sent plus la bassesse du motif personnel1 on en arrive voir le signe d'une diminution intellectuelle dans tout acte rellement dsintress4 ,l'enthousiasme est condamn comme une faiblesse de l'esprit2 l'avarice de l'me passe pour une supriorit4 ,l'admiration tait destine prir des mmes coups que l'enthousiasme4 ,parmi les courants qui ont dtermin dans l'me humaine les incapacits qui la dpouillent1 le dveloppement de l'ide galitaire a t le plus strilisant4 ,aux poques qui ont prcd la ntre1 quelques personnes seulement aspiraient occuper une situation la cour ou la ville2 les autres se contentaient placidement d'tre ce que le sort les avait faites4 ,aujourd'hui1 chacun se croit les mmes droits que son voisin4 ,se faire une position dans le monde est devenu l'objectif des plus chtifs personnages4 ,ce dsir dvorant a eu pour consquence logique l'habitude de la dprciation4 ,les mdiocrits se sont acharnes contre les supriorits2 un ridicule amour-propre s'est veill dans les curs4 ,devant un succs d'argent1 de vanit1 d'intelligence on entend les tres les plus insignifiants s'crier avec ingnuit3 ,pourquoi n'est-ce pas moi8 ,ils ont perdu la vue nette de ce qui est possible1 ils ne savent plus prendre la mesure de leurs capacits4 ,tout homme se croit apte gouverner l'tat1 diriger les entreprises o les millions se gagnent1 exercer sur ses contemporains l'ascendant de sa pense4 ,on ne voit presque plus de disciples aux pieds de leurs matres4 ,et1 si parfois1 devant une uvre d'art1 une dcouverte scientifique1 un acte d'hrosme1 l'homme vibre d'motion1 c'est un lan passager que la crainte de se diminuer1 par une reconnaissance trop vive de la supriorit d'autrui1 touffe promptement4 ,les femmes1 dans le cercle ncessairement plus restreint de leurs ambitions1 sont galement atteintes de cette folie de l'galit4 ,combien s'imaginent possder l'toffe des premiers rles6 ,chacune dans sa sphre aspire la place en vue4 ,la ngation systmatique de tout mrite dpassant le leur propre1 est chez elle plus aigu et plus persvrante que chez les hommes4 ,et l'admiration leur est devenue tout aussi trangre1 moins qu'un sage opportunisme ne leur impose momentanment l'apparence d'un enthousiasme conventionnel4 ,cette soif de vaniteuse galit1 cette impatience de sentir quelqu'un au-dessus de soi est spciale videmment aux classes privilgies et surtout la catgorie mondaine4 ,mais aujourd'hui1 il ne faut pas l'oublier1 les courants se rpandent largement1 ils ne trouvent plus de limites devant eux et la plaie particulire devient vite la plaie gnrale4 ,depuis la cration du monde1 tout est en germe dans les mes1 mais ces germes1 suivant les poques1 se dveloppent en sens divers4 ,les faiblesses d'orgueil qui garent l'homme moderne1 agitaient dj le premier homme1 et il est certain que l'envie et la jalousie sont aussi vieilles que la terre o nous vivons2 mais ces deux passions n'avaient pas russi tarir dans les curs la facult admirative1 n'tant dans leur bassesse qu'un involontaire hommage rendu des mrites redouts4 ,la fureur d'galit qui trouble aujourd'hui les cerveaux est seule parvenue dtruire un sentiment rest intgral travers les tapes successives de la pense humaine4 99 99 99 99 99 ,rebelle l'enthousiasme1 devenu incapable d'admiration1 l'homme s'est-il du moins concentr dans les affections exclusives1 leur rserve-t-il les facults qu'il ne rpand plus ailleurs8 ,l1 comme partout1 la sve semble tarie4 ,l'amour mme1 cette passion si personnelle qu'elle fait partie de notre gosme et absorbe jalousement l'un dans l'autre les deux tres1 qu'elle unit1 a conserv son nom en perdant sa force4 ,lui aussi a subi une volution4 ,lisez les romans de la fin du sicle3 l'amour c'est le plaisir1 c'est le flirt1 c'est le vice1444 c'est un got de l'esprit ou des sens4 ,c'est souvent un chatouillement de vanit4 ,c'est quelquefois encore une affection raisonnable1 saine1 rgulire1 ce n'est plus l'amour6 ,hrones d'autrefois1 pauvres gares1 touchantes figures d'amantes disparues1 votre place a cess d'tre marque dans le monde moderne4 ,retournez au pays des ombres1 vos surs d'aujourd'hui ne vous comprendraient plus1 votre langage leur paratrait surann2 elles ont invent d'autres mots ayant d'autres sentiments exprimer4 ,une femme du sicle pass crivait l'ami de son cur3 ,je vous aime1 je souffre1 je vous attends1 et elle datait ces mots3 de tous les instants de ma vie4 ,dans le tourbillon o elles vivent1 les femmes de notre poque auraient peine trouver une heure par jour pour souffrir1 attendre1 aimer444 ,la vie est devenue srieuse1 dira-t-on1 et le temps peut tre employ plus avantageusement qu'en de tendres rveries4 ,oui1 certes1 mais le tohu-bohu affair de la journe moderne1 que reprsente-t-il comme utilit vritable8 ,le rgime de recueillement sentimental laissait du moins libre jeu aux puissances affectives4 ,dans cette activit agite o les existences s'usent et les cerveaux se vident1 le cur a subi un rtrcissement qui l'a atrophi4 ,la moralit n'y a pas gagn1 au contraire6 ,la corruption s'est tendue1 s'est galise4 ,tout ce qui pouvait servir d'excuse l'entranement des passions a disparu2 elles se sont abaisses jusqu' n'tre plus que des fantaisies ou des curiosits4 ,les besoins du cur et de l'imagination tant alls rejoindre ces vieilles lunes1 dont on amuse l'esprit des enfants1 une tonnante scheresse prside dsormais tous les contrats d'amour4 ,les femmes ont une large part de responsabilit dans la formation de ce courant d'avarice morale4 ,on dirait que le dsir de paratre1 de jouer un rle personnel dans la grande foire aux vanits1 a absorb et tari leurs facults amoureuses4 ,tous ces beaux mots1 illusoires peut-tre1 mais attendrissants1 qui faisaient battre le cur de nos aeules1 ne reprsentent pour les oreilles des femmes de vingt trente ans que de vieux airs dmods4 ,pour les jouer1 il faudrait se mettre en travesti1 comme l'on se poudre pour danser le menuet6 ,les hommes ont naturellement suivi les femmes sur ce terrain nouveau o ils se sentent plus l'aise1 moins infrieurs444 ,au contraire1 c'est eux maintenant qui sont les sincres en amour4 ,le ct passionnel1 le seul qui ait survcu au naufrage1 tant chez l'homme plus imptueux et plus spontan4 ,cette faon pratique et sche de considrer les rapports rciproques des deux sexes1 sauvegarde mieux1 videmment1 la tranquillit apparente des situations mondaines4 ,il y a moins de mariages imprudents2 il est plus facile d'viter les devoirs et les responsabilits que l'honneur interdisait aux hommes de secouer4 ,l'avarice morale en amour1 ayant t tacitement reconnue comme la plus sre gardienne des intrts d'une socit1--dont le but suprme est la tranquille jouissance du bien-tre acquis1--elle a t accepte comme un dogme par les deux parties contractantes4 ,venue de haut1 cette doctrine a pntr peu peu toutes les couches sociales1 et1 aujourd'hui1 l'ouvrire n'est gure plus sentimentale que la femme du monde4 ,si ces calculs avaricieux n'avaient port atteinte qu' l'amour1 l'inconvnient serait discutable4 ,il est sage1 peut-tre1 de ne pas laisser ce sentiment1 cause de beaucoup d'erreurs et d'infiniment de tristesses1 prendre dans la vie une place trop prpondrante4 ,l'homme a de quoi occuper autrement son cur4 ,le champ des affections dsintresses et pures s'tend largement devant lui3 rien ne le limite1 ni ne le circonscrit4 ,dans ce domaine1 du moins1 la pousse est-elle reste vigoureuse8 ,commenons par l'amiti3 l'amiti des hommes entre eux4 ,hlas6 c'est comme pour l'amour1 on se sert encore du mot1 mais la chose a disparu2 il y a des camarades1 des confrres1 des collgues1 mais des amis1 des amis dans le sens vrai et large du vocable1 en existe-t-il encore8 ,le paganisme1 le judasme1 le christianisme nous ont laiss de grands exemples d'amiti2 et1 toutes les poques1 mme aux plus sombres1 jusqu'aux deux tiers de ce sicle1 on a vu des hommes groups entre eux1 unis par le lien puissant de ce sentiment viril et dsintress4 ,mais la sve des curs1 tarie par l'gosme utilitaire de la vie bourgeoise1 n'a plus la vigueur de produire ces forts attachements4 ,tout ce qui ne rapporte pas un avantage immdiat1 visible et tangible a t ray de la vie4 ,les hommes entre eux que sont-ils aujourd'hui vis--vis les uns des autres8 ,des indiffrents plus ou moins cordiaux ou polis4 ,lorsqu'ils sortent de l'indiffrence1 c'est pour devenir associs dans les mmes intrts1 complices ou concurrents4 ,et1 ds lors1 l'me de ,jonathan fut attache l'me de ,david1 et ,jonathan l'aima comme son me4 ,rien de plus simple1 de plus profond1 de plus tendre que ces mots par lesquels l'criture dfinit l'attachement qui liait le fils de ,sal au fils d',isae4 ,je suis dans la douleur cause de toi1 ,jonathan1 mon frre1 tu faisais tout mon plaisir2 ton amour pour moi tait admirable1 au-des-sus de l'amour des femmes#g6 ,avec qui aujourd'hui changeons-nous nos mes8 ,la question reste sans rponse4 ,l'homme moderne se sent dsesprment seul1 et parmi les causes du socialisme il faut placer la raction naturelle contre cet isolement douloureux4 ,autrefois1 le lien commun des mmes croyances empchait l'tre humain de trop sentir sa solitude4 ,croire en l'honneur1 en la patrie1 en ,dieu1 formait entre ceux qui priaient aux mmes autels des attaches invisibles4 ,jointes aux sympathies particulires1 elles craient ces liens puissants qui font accomplir les actions hroques et poursuivre jusqu'au sacrifice les objectifs que ces croyances imposent4 ,quand on avait souffert ou qu'on se sentait prt souffrir ensemble pour le mme but1 les curs ne pouvaient rester trangers2 quelque chose de fort et de doux s'tablissait entre eux4 ,la poursuite acharne de l'intrt particulier devait ncessairement tuer les sentiments que la proccupation des intrts gnraux faisait natre et durer4 ,en disparaissant des habitudes morales1 l'amiti a laiss un grand vide dans l'existence intrieure1 l'homme s'est concentr de plus en plus dans le cercle restreint des tres dont il partage la vie4 ,les affections familiales ont apparemment gagn de la force ce rtrcissement de l'horizon4 ,l'intrt personnel primant tous les autres1 le bien-tre commun risque moins1 qu'aux poques enthousiastes1 d'tre sacrifi une cause ou un principe4 ,mais1 en ralit1 ces affections ont souffert1 elles aussi1 du souffle desschant qui a pass sur les curs4 ,l'expansion de l'gosme devait amener la diminution des dvouements4 ,chacun a aujourd'hui conscience de ses droits1 et ce sentiment du droit cre des exigences et rend rebelle au sacrifice4 ,le ,,xixe sicle s'tait fait de la famille1 et en particulier de l'amour maternel1 une conception plus leve1 plus tendre1 plus intime1 plus complte que les sicles prcdents4 ,cette conception commence s'affaiblir4 ,la famille a suivi le courant gnral et se transforme peu peu en cole d'gosme collectif4 ,ce principe de mort qu'elle cultive s'est logiquement retourn contre elle-mme2 les affections filiales et fraternelles sont devenues parcimonieuses2 et si l'on reste alli fortement dans la dfense des intrts communs1 les amitis de choix1 entre membres d'un mme foyer1 rentrent de plus en plus dans la catgorie des cas rares4 ,les principes de fraternit1 de droit et de justice qui font l'honneur de notre temps1 auraient d1 dans cette banqueroute des sentiments particuliers1 veiller au fond des mes une chaude sympathie altruiste4 ,mais1 dans cette fivre de mouvement qui l'emporte1 o l'homme trouverait-il le temps de s'occuper des autres8 ,la poursuite de ce bien-tre auquel tous veulent goter1 de ces satisfactions d'amour-propre auxquelles tous aspirent1 absorbe chacune des minutes de sa vie et tous les efforts de sa pense4 ,on aurait scrupule de distraire quelques-unes des forces dont on dispose en faveur d'autres intrts que les siens propres4 ,lorsque l'homme a suffisamment pens lui-mme et aux agrments de son existence1 s'il lui reste une parcelle de temps1 d'argent1 d'nergie1 et s'il est bien certain qu'elle fasse partie de son superflu1 il consent parfois la consacrer son prochain4 ,et c'est ce qu'il appelle la fraternit6 ,il y a1 il est vrai1 quelques exceptions lumineuses2 il existe des mes gnreuses qui se rpandent largement autour d'elles en amour1 en sympathie1 en piti4 ,mais dans l'tude des manifestations morales d'une poque1 on ne peut tenir compte que du courant gnral4 ,certes1 les hommes se rendent encore des services entre eux2 l'instinct est plus fort que la volont1 et souvent il reste bon quand celle-ci s'est pervertie4 ,mais il n'en est pas moins vrai1 qu'intellectuellement1 tout acte o l'intrt personnel ne joue pas le rle prpondrant est considr aujourd'hui comme une faiblesse1 et l'on voit des gens s'estimer suprieurs1 simplement parce qu'ils se sont dsintresss de tout4 ,jouir tranquillement de leur bien-tre1 liminer de leur existence toutes les causes de trouble1 mener une vie rgulire et sre1 voil leur unique idal de vie1 et ce suprme gosme leur parat la suprme sagesse4 ,dans ce desschement gnral1 un lment nouveau de sensibilit est venu cependant travailler les curs3 la proccupation du sort des classes pauvres1 dshrites1 coupables444 ,le ,,xixe sicle1 et c'est une de ses grandeurs1 a os regarder en face toutes les misres et a essay d'y porter remde2 les hpitaux1 les prisons1 les maisons d'alins ont t amliors1 assainis4 ,aux uvres religieuses1 se sont jointes les uvres laques2 de nouvelles institutions philanthropiques surgissent chaque jour4 ,la conscience humaine a t remue1 et maintenant1 devant les revendications des dshrits de la vie1 un certain malaise saisit les mes1 mme celles qui taient instinctivement le plus rebelles la religion de la piti4 ,des pas immenses ont t faits dans cet ordre d'ides2 cependant1 aucun rapprochement rel n'a eu lieu entre la classe qui donne et celle qui reoit4 ,au contraire1 chaque jour le gouffre entre elles se creuse davantage4 ,on en fait remonter la faute aux doctrines socialistes1 au souffle de l'esprit du sicle1 mais l'avarice morale qui prside l'accomplissement des actes apparemment charitables1 a1 elle aussi1 une large part de responsabilit dans la sparation grandissante des bienfaiteurs et des secourus4 ,l'homme d'aujourd'hui ne parvient plus1 comme celui d'autrefois1 fermer ses oreilles aux cris de la souffrance1 mais c'est plutt une question de principe que de sentiment4 ,certaines ides de justice ont pntr les consciences1 sans rchauffer les curs4 ,il est difficile de gnraliser sur ce point1 tant les mobiles de la charit sont individuels1 secrets1 intimes4441 cependant une chose est certaine3 le don matriel1 si large qu'il soit1 n'veillera jamais aucune reconnaissance1 s'il n'est accompagn d'un don moral1 d'une parcelle d'amour#h4 ,les dshrits du bonheur sentent cette lacune avec une intuition merveilleuse4 ,la charit n'apparaissait pas aux consciences de nos pres comme un devoir social2 elle n'tait pratique que par une rare lite4 ,le temps prsent est en progrs1 et il faut l'en louer4 ,mais cette charit de jadis1 accomplie seulement par les mes bonnes ou pieuses1 avait une chaleur qui fait dfaut la sche philanthropie actuelle3 les uns y mettaient un peu d'amour humain1 les autres un peu d'amour divin1 ce qui enlevait l'aumne donne une partie de son humiliation et engendrait une parcelle d'attendrissement reconnaissant dans les curs de ceux qui la recevaient4 ,aujourd'hui1 les dons sont plus nombreux1 plus abondants1 mais on exerce la bienfaisance comme on paie les impts et subit le service militaire obligatoire4 ,sous cette charit1 on devine la crainte et on ne sent plus l'amour4 99 99 99 99 99 ,a mesure que ces vides se creusaient dans le cur de l'homme1 l'amour dsordonn de soi1 cause et effet en mme temps1 s'y dveloppait dans des proportions effrayantes4 ,la satisfaction des besoins individuels ayant t reconnue par l'cole conomique librale comme l'unique moteur de l'activit humaine1 la socit1 gare par cette apparente sagesse1 se crut autorise considrer l'gosme comme un droit et presque comme un devoir3 la science ne l'appelait-elle pas un lment indispensable de l'conomie politique1 une des forces ncessaires la conservation de l'espce8 ,la doctrine de l'altruisme1 proclame par les sociologues anglais1 comme un contrepoids destin maintenir l'quilibre social1 ne trouva pas la mme complicit dans les instincts de l'homme4 ,l'altruisme fut accept en thorie1 mais il n'exera qu'une faible influence sur les habitudes de vie intrieure4 ,la libert est-elle responsable des excs de l'individualisme8 ,toute une cole l'affirme1 et il est certain que dans l'ordre conomique1 la formule du laissons faire et du laissons passer a amen le dsarroi et le dclassement dont notre socit souffre4 ,mais1 dans l'ordre moral1 les consciences1 formes par le christianisme1 auraient d1 semble-t-il1 opposer un frein aux doctrines du libralisme personnel4 ,elles ne l'ont tent que faiblement2 et1 spectacle illogique et douloureux1 on a vu la gnralit des croyants s'approprier la thorie du droit de l'gosme et tomber1 comme les incrdules1 dans la strilit o jette la recherche unique et exclusive de soi4 ,tolsto1 le grand sonneur de cloches1 a eu le courage d'crire3 ,rien ne ressemble moins au christianisme que les principes d'aprs lesquels les soi-disant chrtiens dirigent leur vie4 ,le jugement est peut-tre excessif1 mais il ne manque ni de vrit1 ni de justesse4 ,l'esprit de l'vangile a dsert les curs4 ,les plus stricts observateurs de la morale sociale et des pratiques religieuses ont une faon1 aujourd'hui1 d'envisager les devoirs et les obligations de l'existence qui ressemble trangement celle du matrialiste honnte homme4 ,or1 c'est surtout par l'esprit des choses1 que le croyant doit se distinguer de l'incrdule4 ,quelles que puissent tre les dfaillances de sa foi1 les entranements de ses passions1 l'empire des forces troublantes qui cherchent l'aveugler1 il faut que sa pense demeure intacte4 ,croire en ,christ1 comprendre sa doctrine et commettre des fautes1 des erreurs1 des crimes mme1 cela s'explique4 ,mais considrer l'gosme comme un droit ne s'explique pas1 car admettre un seul instant qu'on est autoris fermer son cur autrui1 c'est prouver qu'on n'a rien compris au christianisme1 c'est en tre spar par d'infranchissables barrires4 ,lorsque l'homme tue1 vole1 s'avilit dans les dsordres1 sa conscience1 moins qu'elle ne soit compltement oblitre1 l'avertit qu'il transgresse une loi4 ,et ce mme homme se meut l'aise dans le plus froce gosme1 oubliant que ces commandements devant lesquels il tremble se rsument en deux seuls1 dont le second est3 ,tu aimeras ton prochain comme toi-mme4 ,aujourd'hui1 pour dfendre ses erreurs ou ses omissions1 l'tre humain ne peut plus plaider l'ignorance4 ,il a appris mesurer ses facults et ses forces2 il connat ses obligations politiques et sociales2 il sait qu'il faut respecter1 non seulement le texte1 mais l'esprit des lois qui rgissent le pays o il habite4 ,pourquoi ayant appris se rendre compte de tout1 n'est-il aveugl que sur un seul point8 ,et sur ce point cependant1 il y a accord entre la lettre et l'esprit1 et les mots qui les rendent ont une prcision et une clart qui empchent l'quivoque de natre4 ,ces mots ne sont pas nouveaux4 ,depuis presque deux mille ans1 ils sont rpts par des gnrations qui ne les ont qu'imparfaitement compris et plus imparfaitement pratiqus4 ,l'cole conomique librale a voulu dmontrer que l'application absolue de la loi de l'amour aurait pour consquence la ruine de la socit1 la destruction de la famille1 l'annihilation des forces individuelles1 comme si l'instinct de la conservation n'tait pas assez fort chez l'homme pour servir de digue efficace l'excs des sentiments altruistes4 ,d'ailleurs1 ce n'est point l'anantissement de l'individu que l'vangile demande4 ,il n'est pas dit3 ,cesse de t'aimer1 c'est--dire cesse de sauvegarder tes affections1 tes biens1 tes intrts1 mais3 largis le cadre de tes sentiments1 fais-y entrer le prochain1 aie pour lui les sollicitudes que tu as pour toi-mme#i4 ,il y a dans les critures un quilibre divin2 tout ordre qui1 excut avec excs1 pourrait devenir une cause de dangers sociaux1 est contre-balanc par un autre commandement4 ,ce qui dans le sermon sur la montagne semble conduire au quitisme1 est corrig par la parabole des talents4 ,tout ce qui1 dans le devoir du renoncement1 parat restreindre l'initiative personnelle1 a pour contrepoids l'ordre que le ,christ donne ses disciples3 ,soyez le sel de la terre4 ,mais ce prochain qu'il nous faut aimer1 qui est-il8 ,est-ce le mandarin de ,pkin1 le sauvage du cur de l',afrique1 l'inconnu de la maison voisine que l'on ne rencontre jamais8 ,abstraitement1 oui4 ,en ralit1 le prochain est reprsent par les tres que la vie met sur notre route4 ,certes1 l'homme ne doit pas se dsintresser des intrts gnraux de l'humanit1 mais1 moins d'une situation particulire ou d'une vocation spciale1 il ne peut y travailler que dans la proportion du grain de sable qui concourt former la montagne4 ,ses devoirs directs sont plus restreints et plus prcis4 ,en dehors de la famille1 de ceux dont il partage les peines et les joies et qui ne peuvent souffrir sans qu'il en ressente le contrecoup1 il y a le grand cercle des tres avec lesquels il est en contact frquent1 mais dont les intrts cependant ne sont pas les siens4 ,le point est l3 le prochain1 c'est l'individu qui se trouve ml notre vie1 sans que nous soyons lis par des intrts communs4 ,lui rendre service1 soulager ses misres matrielles et morales ne suffit pas1 on nous ordonne de l'aimer6 ,or1 l'aimons-nous8 ,la vrit essentielle du christianisme a t1 hlas6 si peu comprise1 que les plus honntes gens n'ont aucun scrupule de ne pas aimer4 ,on aurait honte de refuser un morceau de pain1 mais journellement on refuse son cur4 ,a quelque degr de civilisation qu'ils parviennent1 il y aura toujours entre les hommes des rancunes1 des jalousies1 des violences4 ,les meilleurs et les plus sincres ne pourront jamais viter compltement les emportements du sang et de l'esprit4 ,ils portent en eux des principes ingurissables de colre1 mais on peut commettre des durets1 ressentir des haines1 et pourtant garder son me vivante1 c'est--dire capable de repentir et d'amour4 ,le mal irrparable1 ce ne sont pas les actes d'gosme1 c'est la tranquillit de conscience avec laquelle on les accomplit2 l est le profond illogisme des mes chrtiennes et leur crime envers le ,matre qu'elles prtendent servir4 ,autour d'elles1 il est vrai1 le courant est puissant3 tout conspire touffer chez l'homme les lans gnreux4 ,ceux qui l'aiment sont les plus acharns cette uvre de strilisation2 on lui fait honte des efforts qu'il tente pour obir la loi d'amour2 on le ridiculise affectueusement2 on lui rappelle ses intrts bien entendus2 on dcourage ses bonnes intentions3 ,dupe1 pauvre dupe6 disent les regards1 sinon les voix4 ,plus on aime1 et moins on supporte de voir l'tre aim se donner1 se sacrifier quelqu'un ou quelque chose4 ,l'un des prjugs les plus communment admis est que les hommes comprennent et pratiquent l'altruisme moins que les femmes4 ,celles-ci se montrent1 en effet1 plus capables de certains dvouements3 leurs mains soignent un malade avec une dextrit et une persvrance que les mains masculines ignorent1 et1 lorsque leurs sentiments intimes sont touchs1 elles ont plus de spontanit que l'homme dans le don de leur personne ou de leur temps4 ,mais en ralit les femmes sont les grandes prtresses de l'gosme4 ,prenons les meilleures1 celles qui s'oublient elles-mmes pour ne penser qu' leurs maris et leurs enfants4 ,que leur enseignent-elles d'ordinaire8 ,se rjouissent-elles de voir leurs fils1 leurs filles1 prts se consacrer une cause gnreuse1 une affection dsintresse8 ,la plupart des mres striliseraient volontiers1 si elles pouvaient1 le cur de leurs enfants1 afin que rien d'eux ne soit perdu4 ,ce sont elles qui leur apprennent l'avarice morale1 leur enseignant ne pas se dpenser inutilement1 garder pour eux les dons qu'ils ont reus4 ,leurs paroles1 leurs caresses1 leurs actes que disent-ils8 ,certes pas3 ,aime ton prochain comme toi-mme1 mais plutt3 ,la vie est une lutte et je veux que tu sois parmi les victorieux4 ,aimer c'est souffrir et je ne veux pas que tu souffres#aj6 ,ce mme langage1 les femmes le tiennent leurs maris4 ,au nom des intrts de la famille1 que de fois ne les poussent-elles pas l'ingratitude1 l'injustice1 au mpris des droits du prochain8 ,l'homme obirait parfois un mouvement gnreux2 un sentiment d'quit lui indique la ncessit d'un sacrifice1 d'une rparation1 d'un pardon accorder4 ,qu'elle soit mre1 sur1 pouse1 la femme l'arrte presque toujours4 ,est-ce que son cerveau ne pourrait concevoir l'altruisme hors du cercle toujours plus restreint de ses affections personnelles8 ,d'admirables exemples dmentent cette imputation d'infriorit morale4 ,ce qui manque aux femmes croyantes1 aux femmes honntes qui veulent pratiquer la morale1 c'est la logique et la bonne foi2 leur intelligence et leur conscience ne sont pas suffisamment en exercice4 ,si elles apprenaient mieux raisonner1 se rendre compte des obligations que certaines croyances imposent1 ainsi que des responsabilits qui en dcoulent1 elles dsireraient pour ceux qu'elles aiment les biens essentiels1 un amour mal entendu cesserait de les pousser la mdiocrisation des mes qui leur sont confies4 ,la maternit donne aux femmes une part considrable d'influence sur les gnrations futures1 aussi les erreurs de jugement qu'elles commettent ont-elles une porte considrable4 ,pour redonner la vie aux formules mortes1 pour faire refleurir dans les curs desschs l'amour naturel et l'amour charit on ne peut se passer de leur coopration4 ,dans cette uvre toute intime1 la femme a une part d'action exercer plus importante encore que celle de l'homme4 99 99 99 99 99 ,il n'y a pas eu de gnration moins gaie que la ntre4 ,l'intrt matriel rig en culte et l'avarice morale en dignit ont envelopp toutes les vies d'un morne ennui2 l'pre recherche du plaisir personnel a appauvri les imaginations et leur a ravi la possibilit des jouissances exquises et ardentes4 ,certes1 l'incertitude de l'avenir et les menaces qu'il contient pour ceux qui n'en attendent pas l're heureuse1 ont contribu largement cette croissante tristesse du sicle qui vient de finir1 mais le desschement de l'me y a plus de part encore que la crainte4 ,les dtraquements de nerfs dont la gnration actuelle souffre1--rsultat du mouvement fivreux o l'homme s'agite afin d'arriver ne plus sentir le vide de son cur1--pourraient avoir1 en s'accentuant1 de dsastreuses consquences pour la sant intellectuelle de la race humaine4 ,il est temps de s'arrter sur cette voie du dpouillement intrieur1 o la socit moderne a cru orgueilleusement trouver la scurit et le bien-tre4 ,mais comment feront les mes gostes1 dont les courants intellectuels de ces dernires annes ont tari la sve1 pour apprendre vivre et aimer8 ,la tche de rchauffer le cur de l'humanit et de lui redonner la puissance de sentir la joie incombe ceux qui ont le privilge de croire une bont suprme et une immortalit bienheureuse4 ,ils n'ont pas le droit d'tre tristes ceux-l6 ,mais eux aussi1 pour ne pas tre tristes1 ont besoin d'aimer4 ,les chrtiens devraient apprendre l'amour4 ,qu'ils appliquent leurs croyances les mthodes de logique qu'ils appliquent aux autres tudes et ils prouveront le besoin de se mettre enfin d'accord avec eux-mmes4 ,sur ce point spcial de l'amour1 ils se trouveront dans le dilemme suivant3 ou renoncer la religion dont ils repoussent le commandement essentiel1 ou l'accepter et sentir plus de remords d'y manquer que de toute autre faute commise4 ,au contact de l'amour chrtien1 les affections naturelles reprendraient force et vie4 ,aprs les mes croyantes1 les mes fires seraient les premires rpudier l'gosme1 ne ft-ce que par haine de la vulgarit4 ,n'est-il pas plus noble de donner que de recevoir8 ,ce qui est vrai dans l'ordre matriel l'est galement dans l'ordre moral4 ,le don continuel1 sans marchandage1 sans parcimonie1 y a-t-il rien de plus grand8 ,ce qui est mesquin1 c'est prtendre en recevoir l'quivalent4 ,l'humiliation ne sera jamais pour celui qui donne1 s'il donne avec dsintressement2 on n'est pas tromp quand on n'a rien attendu6 ,l'orgueil qui a pouss l'homme fermer son cur est donc faux dans son essence mme2 au lieu de grandir il rapetisse1 au lieu d'pargner les souffrances1 il tarit la source des joies4 ,ce serait tre dupe que de continuer suivre ses dcevants conseils4 ,de tous cts1 en ce moment1 des appels d'une redoutable loquence s'adressent au cur de l'homme4 ,la misre refuse de se taire et crie sa souffrance2 la grande masse des dclasss1 grossissant chaque jour1 exhale les gmissements angoisss des malheureux qui ne tiennent rien et n'appartiennent personne2 la solitude morale dans laquelle tant d'tres1 apparemment heureux1 se dbattent1 arrache de leurs yeux des larmes silencieuses et amres4 ,l'homme restera-t-il insensible toutes ces douleurs auxquelles il participe1 toutes ces voix qui montent vers lui1 qui en appellent sa piti1 son amour8 ,jamais l'occasion d'une plus clatante revanche sur l'gosme ne s'est prsente pour le cur humain4 ,saura-t-il la saisir et comme ,lazare sortir du tombeau8 ,le principe de renaissance1 que tous les mythes anciens ont admis1 empche l'esprance de mourir4 ,il faut croire cette tincelle immortelle et attendre l'heure prochaine o les hommes1 tout en conservant leur individualit1 se seront faits une me collective dans laquelle on entendra battre le cur de l'humanit4 ,,chapitre ,,iv ,,le ,,faux ,,amour ,,de ,,soi ,l'essentiel pour le bonheur de la vie1 c'est ce qu'on a en soi-mme4 7,,schopenhauer47 ,les adversaires de l'altruisme ont prtendu et prtendent que son application dans la vie vcue serait destructive de tout progrs civilisateur1 et que la pratique du renoncement personnel priverait la socit humaine des conqutes qu'elle doit aux efforts de l'homme4 ,ce que les ordres religieux ont accompli pendant des sicles prouve que la thorie est contestable4 ,celle du renoncement absolu son propre moi n'est pas moins fausse1 ds qu'on l'envisage dans ses consquences ultimes4 ,la haine de soi-mme aurait des effets tout aussi fcheux que l'gosme2 elle serait1 en outre1 parfaitement contraire ce que la nature impose1 ce que la science et la philosophie enseignent et mme l'esprit chrtien1 car quel suprme modle d'amour le ,christ donne-t-il ceux qui l'coutent8 ,tu aimeras ton prochain comme toi-mme4 ,l'amour de soi est donc la forme la plus leve de l'amour4 ,bien entendu1 sa puissance effective ne doit pas tre limite au seul ,ego1--ce qui produirait un rtrcissement infcond1--elle doit s'tendre largement de faon dvelopper l'infini les possibilits de la personnalit humaine4 ,les dfenseurs de la thorie du moi hassable1 plus boudhistes que chrtiens et que ,schopenhauer a marqus d'une indlbile empreinte1 soutiennent que tout le mal senti1 pens et accompli en ce monde provient de l'amour que l'homme ressent pour lui-mme2 sduit par ,maa1 il cde la volont de vivre4 ,sans discuter la porte philosophique de leur thorie1 ni examiner si elle pourrait tre sincrement pratique sur cette terre1 on est forc d'avouer1 en constatant les maux1 les injustices1 les ruines dont l'individualisme est responsable1 que leur faon de penser peut paratre juste4 ,mais cette impression disparat si l'on analyse impartialement les causes relles de cet tat de choses2 ce n'est point l'amour de soi-mme qui le produit1 mais bien plutt une fausse ide de ce qu'il est bon de chercher1 d'acqurir ou de conserver pour atteindre la flicit et la plnitude vitale4 ,l'quilibre humain ne peut exister en dehors de cette formule3 l'homme doit s'aimer en aimant les autres2 si le mal semble sortir de cet amour1 c'est que l'homme ne sait pas s'aimer1 n'a pas appris s'aimer1 s'aime mal1 s'aime faussement4 ,le faux amour de soi est la raison du moi hassable3 pour qu'il devienne aimable1 il est ncessaire que l'homme apprenne s'aimer vritablement et aimer les autres de la mme faon qu'il s'aime lui-mme4 99 99 99 99 99 ,l'ducation de l'tre humain se divise en trois parts3 celle qu'il reoit de ses parents1 celle que lui enseigne la vie1--connue sous le nom d'exprience1--et celle qu'il se donne lui-mme4 ,il n'a de contrle que sur cette dernire1 et c'est la seule dont il soit responsable pour ce qui concerne son propre dveloppement4 ,comme ducateur et comme membre de la socit il a vis--vis d'autrui3 enfants1 lves1 amis et concitoyens de lourds comptes rendre1 mais il est absolument innocent des ides errones que ses parents ont pu lui apprendre1 des choses essentielles qu'ils ont oubli de lui enseigner2 il est galement irresponsable des empreintes dont son milieu et son poque marquent son esprit4 ,dans cette question si importante et essentielle1 d'o dpend l'orientation de son existence entire1 sa volont n'entre que pour une troisime part1 mais c'est sur cette part seulement1 c'est--dire sur l'ducation qu'il se donne lui-mme1 que ses efforts peuvent tendre et converger4 ,s'aimer1 c'est se vouloir du bien4 ,vouloir du bien quelqu'un c'est souhaiter sa perfection physique et morale1 c'est dsirer qu'il soit aussi beau1 aussi sage1 aussi capable en toutes choses que possible4 ,ces trois conditions peuvent satisfaire compltement esthtique et thique et avoir pour consquence le bonheur ou1 du moins1 cette harmonie des forces qui enlve la souffrance ses pointes les plus aigus et son venin le plus mortel4 ,les affections intelligentes1 sincres et dsintresses ont presque toutes cet objectif1 mme si dans la pratique elle ne savent ou n'essayent pas de contribuer suffisamment l'atteinte de ce rsultat4 ,or1 comment se fait-il qu'prouvant ces dsirs pour autrui1 l'homme ne les prouve pas pour lui-mme8 ,mais il les prouve1 dira-t-on1 chaque individu ne demanderait pas mieux que de rsumer en sa personne un tat gnral de perfection4 ,peut-tre thoriquement2 en ralit1 il essaye de se dtriorer de toutes les faons possibles1 mme au point de vue de la beaut corporelle1 bien que notre poque commence revenir quelque peu1 par les soins d'hygine qu'elle prconise1 aux traditions esthtiques de l'antiquit4 ,mais combien la majorit y est rebelle encore6 ,les uns1 par l'exagration de la thorie du mouvement et du plein air dtruisent l'harmonie de la forme et de la couleur2 d'autres1 par ngligence ou recherche inintelligente1 gtent ce que la nature avait fait2 ils ne dveloppent aucune de ses intentions1 et1 esclaves de petites mauvaises habitudes1 dtriorent leurs visages1 et leurs personnes par des gestes recherchs ou maladroits1 des poses de tte ridicules1 des intensits voulues du regard1 des grimaces de la bouche et des yeux4 ,que de mains bien faites1 mme modeles dlicatement1 se transforment en objets dsagrables la vue1 parce qu'elles sont mal tenues1 honteusement ngliges2 le temps manque1 prtend-on1 pour ces soins1 mais il manque1 parce qu'on le perd en bavardages inutiles1 en agitations sans causes1 parce qu'on mettra un heure nouer une cravate1 dplacer une garniture1 discuter de puriles questions2 toutes choses1 sans influence sur le sort ou la beaut intrinsque des individus4 ,c'est mal s'aimer que de ngliger le rel pour le factice4 ,l'exemple peut paratre enfantin1 mais il s'tend du petit au grand4 ,la mauvaise tenue habituelle1 les gestes grotesques1 le manque de soins hyginiques1 la recherche inintelligente ont gt plus de corps que les vices eux-mmes4 ,bien s'aimer au point de vue physique serait travailler au dveloppement1 la conservation ou au redressement de ce que la nature a mis de bon ou de dfectueux dans une personne humaine4 ,mme de ,girardin1 si passe de mode aujourd'hui1 a brillamment dvelopp la thorie que le dsir d'tre jolie pouvait suffire rendre une femme jolie1 avec un peu d'habilet et de persvrance4 ,l'affirmation ressemble une boutade1 mais elle contient cependant une parcelle de vrit4 ,tout le monde1 en effet1 presque1 pourrait devenir passable d'aspect par une bonne hygine1 des soins persvrants et une conception intelligente de la beaut4 ,mais pour atteindre ce rsultat1 il faudrait s'aimer et d'ordinaire on ne s'aime pas1 on aime sa paresse1 ses ides fausses1 ses aises et ses commodits1 ce qui est une chose fort diffrente4 ,l'poque actuelle est en progrs sur les prcdentes et nous verrons sans doute dans l'avenir l'tablissement d'coles de beaut1 suivant un systme hyginique et rationnel4 ,peut-tre mme l'ide est-elle dj formule en ,amrique4 ,les matres de danse de l'avenir n'apprendront plus1 comme jadis1 leurs lves l'art de s'vanouir avec grce1 mais celui des beaux mouvements harmonieux et tranquilles4 ,la grimace sous toutes ses formes sera bannie de la physionomie humaine2 le faux amour de soi l'a enseigne aux hommes1 le vrai doit la faire disparatre4 ,les mmes arguments s'appliquent la voix1 cet instrument d'une influence si considrable sur le cur et les nerfs4 ,une belle voix 7il s'agit de la voix qui parle et non de la voix qui chante7 est une raret1 mais que d'organes passables gts par des modulations ridicules1 des affectations1 des recherches1 et que le dsir d'attirer l'attention rend suraigus4 ,il y a des voix discordantes qu'un peu d'attention parviendrait modifier1 rendre moins pnibles aux oreilles d'autrui4 ,mais cette modification ncessiterait des efforts persvrants1 et1 en gnral1 et on ne s'aime point assez pour avoir la force de s'y astreindre ou l'on s'aime sottement1 suivant des conceptions artificielles et absurdes4 ,on dirait parfois1 tellement l'tre humain se donne de mal pour gter ses organes1 qu'il y a dans son esprit quelque chose d'irrmdiablement fauss qui l'empche de discerner la vraie beaut et de sentir le vrai amour4 ,l'homme si peu intelligent pour l'amlioration de son extrieur ne l'est pas davantage en ce qui concerne sa sant4 ,il passe sa vie gter ce que la nature a fait en lui de sain et de fort4 ,il s'aime si mal que pour une satisfaction de paresse ou de gourmandise1 il dtriore ou perd les facults qui lui assureraient la continuit de ces jouissances matrielles auxquelles il met tant de prix4 ,et cela dans tous les ordres d'ides2 tandis qu'avec un peu de jugement1 de rflexion et de vraie affection pour lui-mme il ferait de sa maturit et de sa vieillesse autre chose que des priodes de malaises et de privations4 ,mme dans la jeunesse1 que d'tres faibles1 incomplets1 maladifs par leur propre faute1 parce qu'ils ne se sont pas suffisamment aims et qu'ils ont prfr eux-mmes d'idiotes tmrits ou de pernicieuses habitudes d'incurie1 de mollesse1 et pire encore souvent4 ,sur ce point galement l'poque actuelle est en progrs sur les prcdentes4 ,on commence se proccuper srieusement de l'hygine des enfants2 les parents essayent de dvelopper ou de rparer l'uvre de la nature4 ,mais que de pays o l'on est rebelle encore aux tentatives de ce genre6 ,et puis1 dans combien de cas1 ds que l'autorit paternelle et maternelle cesse de s'exercer1 ds que l'individu est remis sa propre direction1 le manque d'amour se manifeste immdiatement1 la ngligence reprend le dessus4 ,si l'tre humain est ce degr indiffrent sa beaut et sa sant--les deux points les plus prcieux l'homme naturel1 puisqu'ils intressent directement sa vanit et ses jouissances1 et que du second surtout dpend la continuit de la vie1--quelles proportions cette insouciance de ses vrais intrts assume-t-elle dans les questions intellectuelles et morales8 ,on peut affirmer qu'elle atteint des proportions incommensurables4 ,si dans l'ordre physique l'individu se nglige1 dans l'ordre moral on pourrait presque dire qu'il se hait1 tellement il travaille se rendre malheureux et obscurcir ses rares joies4 ,l'ducation qu'il reoit de la famille1 de la vie et de lui-mme1 tout contribue fausser son jugement1 dvelopper les instincts qui peuvent le faire souffrir1 lui farcir la tte de thories gnantes1 d'axiomes que la ralit dment1 d'interprtations errones des prceptes divins4 ,cette force irrsistible qui pousse aujourd'hui les populations de l',europe vers les pays sauvages et libres1 n'est pas seulement un fait conomique1 un besoin d'expansion provoqu par une production industrielle dpassant la demande ou par une surabondance de bouches nourrir1 elle correspond aussi une ncessit morale4 ,c'est une raction logique contre le factice grandissant de l'existence civilise1 un dsir imprieux de retourner la vie normale et naturelle1 l'aspiration inconsciente vers une mentalit nouvelle qui rvlera peut-tre l'homme le secret du vritable amour dont il doit s'aimer4 99 99 99 99 99 ,l'un des premiers torts que l'homme commet contre lui-mme est de dvelopper en son me le sentiment et le besoin de l'galit#aa4 ,les aspirations vers la libert peuvent tre infinies1 celles vers la fraternit galement1 mais la poursuite de l'galit est forcment limite l'esprance d'une justice divine et au dsir d'une justice humaine qui ne fera aucune diffrence entre le grand et le petit4 ,bien que la lgislation de la plupart des pays de l',europe proclame l'galit de tous devant la loi1 chacun sait combien la pratique s'carte de cette formule4 ,il se peut que dans une socit1 constitue sur des bases plus larges et plus altruistes1 le principe finisse par triompher2 il est dsirable qu'il s'tende au-del des tribunaux1 mais l'galit1 quoi qu'on fasse1 ne pourra jamais s'tablir qu'au point de vue lgislatif4 ,ailleurs c'est impossible3 l'galit n'est pas dans la nature1 elle ne le sera jamais4 ,elle n'existe pas non plus dans l'esprit des choses1 ni dans les phnomnes rflexes qu'une individualit produit sur une autre4 ,deux brins d'herbe ne sont pas pareils1 un enfant le sait1 et pourtant ds qu'il a l'ge de penser et de rflchir cet enfant est envahi par le besoin d'galit2 il ne regarde pas en bas1 mais en haut2 il sent qu'il a le droit d'avoir ce que possde l'autre1 celui qui est au-dessus de lui4 ,le sentiment ne se formule pas d'une faon aussi prcise1 mais il est au fond de toutes les vaines poursuites et de toutes les souffrances vaniteuses et amres qui enlaidissent la plupart des vies4 ,cette passion d'galit est vraiment la maladie dominante de notre poque4 ,elle dtruit bien des joies2 elle tue souvent la facult d'aimer et toujours celle d'admirer2 elle est une des causes dterminantes de l'avarice morale4 ,tous les efforts de l'homme devraient tendre l'empcher de crotre chez ceux dont l'ducation lui est confie et l'touffer en sa propre me1 car aucune tendance n'est plus fallacieuse1 plus purile1 plus illogique4 ,elle tue les originalits et les valeurs1 elle mdiocrise1 rapetisse et trompe toujours comme rsultat final4 ,elle est la cause de la dsolante uniformit des tres1 des habitudes1 des manifestations parles4 ,rien ne ressort en saillie4 ,l'ignorant ne veut plus reconnatre aucune diffrence entre lui et le savant2 il s'irrite de la position diffrente que l'autre occupe dans l'estime publique et le dnigre pour le ramener sa propre mesquine situation4 ,l'employ de banque ne voit aucune diffrence de valeur entre lui et son patron1 et compare avec amertume la diffrence de leur traitement2 il se ronge ainsi le temprament et alimente en son cur une source intarissable de mcontentements striles qui tuent en lui toute facult de jouissance4 ,la femme laide refuse d'admettre que la femme belle doive attirer une attention et des hommages qu'elle-mme n'obtiendra jamais2 de l une pnible et inutile tension de tout son tre pour arriver aux mmes effets4 ,la bourgeoise n'admet plus que sa maison soit infrieure comme allure celle de la grande dame dont les tapisseries de haute lice ont t rapportes du sige d',arras par un anctre conntable4 ,le moindre dbutant en politique se croit capable de gouverner l'tat et s'irrite contre les grands conducteurs d'hommes qui lui barrent le chemin4 ,s'il en est ainsi pour les biens visibles et intellectuels1 les biens invisibles excitent les mmes dnigrements1 les mmes convoitises1 la mme fureur d'galit4 ,il faut possder dj une supriorit d'me pour supporter d'entendre vanter la grandeur morale de quelqu'un2 il en faut une plus considrable encore pour que cette constatation procure une joie4 ,les meilleurs eux-mmes essayent de rapetisser ou de nier tout ce qui les dpasse1 tout ce dont ils se sentent incapables1 tout ce qui constitue une ingalit entre eux et ce prochain qui ose les dominer par sa gnrosit1 son dvouement1 son esprit de justice et de vrit4 ,enfin1 de la plupart des curs1 dans n'importe quelle situation sociale ou morale1 s'lve la mme question purile3 ,pourquoi lui et pas moi8 ,il y a presque vingt sicles que ,paul de ,tarse y a rpondu par d'autres questions3 ,o homme1 toi plutt qui es-tu pour contester avec ,dieu8 ,le vase d'argile dira-t-il celui qui l'a form3 ,pourquoi m'as-tu fait ainsi8 ,le potier n'est-il pas matre de l'argile pour faire avec la mme masse un vase d'honneur et un vase d'usage vil8 ,les ,romains du temps de ,nron se rvoltaient dj contre l'ingalit voulue par ,dieu1 et cette rbellion1 instinctive parat-il l'me humaine1 n'a fait que crotre depuis lors4 ,cimente1 dveloppe par l'ducation sociale et politique1 elle a atteint aujourd'hui l'tat aigu et constitue l'une des causes principales des multiples souffrances qui obscurcissent sur terre la vie humaine4 ,lorsque l'homme aura appris s'aimer rellement1 il devra lutter contre cette tendance de vouloir grimper au sommet de l'arbre si l'agilit des membres et la longueur du souffle lui font dfaut2 il devra apprendre discerner le divin dans les moindres crations de ,dieu et se contenter d'tre parmi ces moindres2 il devra comprendre l'absurdit de toute poursuite vers une galit que la nature n'a absolument pas voulue1 puisqu'aucune de ses uvres visibles n'en porte l'empreinte4 ,mais1 dira-t-on1 cette convoitise qui pousse l'homme vouloir galer son prochain plus lev que lui1 est la base de tout progrs2 y renoncer serait faire croupir l'insecte dans la vase o il est n4 ,l'objection est fausse4 ,l'homme qui aura appris s'aimer voudra donner toute sa valeur1 il comprendra que c'est son premier devoir vis--vis de lui-mme4 ,seulement il essayera d'tre et non de paratre2 d'tre et non de copier2 d'tre1 sans qu'il soit ncessaire pour cela de faire dgringoler autrui du fate atteint4 ,la lutte pour la vie1 cette concurrence invitable qui jette les individus ple-mle sur les mmes routes1 les forant jouer des coudes pour arriver au but1 perdrait ainsi de son pret et une certaine justice distributive s'tablirait4 ,les honneurs dcerner risqueraient d'choir en partage aux plus dignes2 le charlatanisme ne pourrait concourir aux prix2 la lice ne serait ouverte qu'aux valeurs relles petites ou grandes4 ,l'homme qui s'aime doit tre ambitieux1 il doit se vouloir grand1 non au point de vue du paratre1 mais de l'tre4 ,il doit se vouloir beau1 sain1 intelligent et sage4 ,il dsirera la sanction de l'opinion publique1 oui1 certes1 mais pas au-del de ce qu'il sent mriter4 ,d'ailleurs1 elle n'aura pour lui qu'une importance secondaire1 il aspirera surtout tre4 ,c'est encore le plus sr4 ,mme en ce monde d'injustices1 il y a une sorte de justice finale4 ,et puis ceux qui croient l'immortalit1 comment veulent-ils y arriver8 ,dforms1 dtriors1 rapetisss8 ayant gaspill les talents qu'ils avaient reus en dpt ou les ayant enfouis sous terre8 ,le premier devoir de l'individu vis--vis de lui-mme est de donner toute sa mesure4 ,ne pas la donner1 c'est tre son propre ennemi4 ,si l'tre humain se mettait ce point de vue rsolument1 pratiquement1 une rvolution morale s'accomplirait4 ,quelle saveur prendrait la vie1 quel grand souffle la traverserait6 l'ennui dprimant en serait jamais banni2 il n'y aurait plus d'existences vides et veules4 ,chacun saurait pourquoi il doit vivre3 pour se bien aimer et aimer les autres de la mme faon4 ,une autre objection se prsente4 ,l'ambition de donner toute sa valeur1 d'atteindre la plus haute possibilit de perfection ne jettera-t-elle pas l'homme dans de douloureux dcouragements lorsqu'il verra que ses efforts sont vains1 qu'il constatera des rechutes successives8 ,oui1 certes1 mais la recherche du paratre1 la course la fortune et au succs ne lui procurent-elles pas les mmes dboires1 les mmes dpressions8 ,et elles sont bien plus aigus1 plus irritantes1 car il peut s'en prendre aux autres1 en accuser les autres4441 ce qui empche et paralyse l'effort1 tandis que de devoir s'en prendre soi-mme s'accuser soi-mme peut faire sur la volont l'effet d'un vigoureux et efficace coup de fouet4 ,si l'homme s'aimait rellement1 il apprendrait d'abord devenir son matre pour savoir se guider dans le chemin du bonheur ou plutt de l'harmonie1 seule capable de remplacer la flicit passagre ou absente dans cette vie terrestre4 ,en voyant le peu de contrle que la plupart des tres ont sur eux-mmes1 sur leurs tendances fcheuses1 leurs gots nuisibles1 leurs habitudes antiesthtiques1 on se demande quelle rsistance ils sauraient opposer aux grandes passions si elles venaient les toucher ou certaines tentations redoutables qui parfois se dressent devant les consciences pour les attaquer et les vaincre4 ,heureusement ou malheureusement les grandes passions sont rares et les grandes tentations galement1 infiniment plus rares qu'on ne le croit et ne le dit4 ,chacun est d'une faon ou de l'autre sollicit au mal1 au dsordre1 la rbellion1 au pch sous quelqu'une de ses formes1 mais que de gens se rengorgent dans une austre respectabilit qui n'ont jamais rencontr sur leur route l'or s'offrant eux1 s'imposant eux1 s'acharnant aprs eux6 ,tous les hommes ont eu des vellits de fortune1 mais ceux auxquels la fortune est venue d'elle-mme tendre la main1 offrir ses plus allchantes faveurs contre une concession d'apparence minime ou considrable sont peu nombreux4 ,la rencontre de ,mphistophls et de ,faust ne se renouvelle pas chaque jour4 ,de mme pour les passions de l'orgueil et de la chair3 les ,mose1 les ,david sont assez rares4 ,tout le monde s'imagine avoir aim1 tre capable d'aimer2 rien de moins commun pourtant qu'un fort amour1 un de ces amours qui entrent dans le sang1 allument le cerveau et amollissent mortellement le cur4 ,rien de moins commun1 mais chaque homme cependant peut tre appel rencontrer les dieux sur sa route4 ,comment les fuir ou les terrasser1 s'ils sont des mauvais dieux1 des dieux qui entranent la honte1 la misre1 au dsespoir lorsqu'on n'a pas appris tre son propre matre8 ,devenir roi de soi-mme est donc le premier acte de l'amour4 ,aprs avoir charg sa machine de ce combustible indispensable qui est la matrise de soi1 il s'agit de savoir dans quelle direction on compte la lancer4 ,la plupart des gens s'aiment si peu qu'ils ne se demandent jamais ce qu'ils aspirent tre4 ,ils pensent amliorer ou conserver leur situation financire et sociale1 rarement la forme que prendra leur moi4 ,c'est l une trange indiffrence1 que la plupart des honntes gens partagent4 ,on demande un jeune garon3 ,que veux-tu devenir8 ,il rpondra3 ,marin1 soldat1 prtre1 littrateur4 ,il ne dira jamais3 ,un fort1 un patient1 un sincre1 un hroque1 un sage4 ,il ne le dira pas1 parce que la plupart du temps il n'y a pas pens4 ,chacun s'occupe de l'tiquette mettre sur sa personne extrieure et rarement de la personne intrieure4 ,et pourtant tout l'avenir terrestre et ternel dpend du dveloppement de cette personne intrieure4 ,tout est en nous2 c'est vrai dans toutes les branches3 vie sentimentale1 vie intellectuelle1 vie artistique et mme vie sociale4 ,l'homme est appel par ,dieu la perfection1 mais la mystrieuse tragdie qui a fait de son me le terrain o des forces contraires se livrent une bataille acharne1 rend sans doute impossible1 du moins sur cette plante1 l'achvement de l'uvre parfaite4 ,tout en tendant vers le soleil1 il doit donc1 non pas circonscrire ses aspirations1 mais diriger ses efforts1 employer ses forces au dveloppement des facults et des dispositions qui lui sont propres4 ,comme dans l'ordre intellectuel1 il se sent port devenir musicien1 soldat1 physiologiste ou mathmaticien1 de mme dans l'ordre moral1 il peut et doit choisir sa personnalit1 une personnalit qu'il aimera1 non avec cette purile et injustifie admiration de soi-mme1 partage des sots1 mais avec cet attachement lucide de l'auteur pour l'uvre mme incomplte qui lui a cot un travail persvrant1 courageusement accompli4 ,si la crature humaine s'aimait comme elle doit s'aimer1 elle donnerait son propre jugement sur elle-mme une valeur extrme et n'en attribuerait qu'une fort mince l'opinion d'autrui1 car elle seule connat et le fond de son cur1 et les secrets mobiles de ses actions1 et la puissance de ses efforts4 videmment l'homme n'est pas un tre solitaire1 il a besoin de la critique et de l'approbation des autres hommes2 seulement d'ordinaire il y attache une importance exagre1 nuisible son indpendance morale et sa dignit4 ,et s'il ne s'agissait que de l'opinion de l'lite6 ,mais il est tout aussi sensible aux jugements du vulgaire1 incapable de toute apprciation quitable et intelligente4 ,on pourrait craindre qu'en apprenant donner son jugement une valeur suprieure1 l'tre humain ne devienne d'une insupportable suffisance4 ,mais c'est le rsultat contraire qui sera atteint4 ,en s'aimant assez pour vouloir se parer de toutes les beauts1 il se sentira toujours infrieur son idal et sera ainsi maintenu dans un tat constant d'humilit salutaire4 ,c'est l'habitude de regarder aux autres et de donner de l'importance leurs flatteries qui le rend si facilement satisfait de ses propres mrites4 ,mme au point de vue physique1 l'aspiration la beaut vraie tue la vanit3 qu'une jolie femme se compare la ,psych de ,naples1 elle deviendra modeste2 qu'elle tablisse un parallle avec ses amies mdiocres ou laides1 elle se rengorgera vaniteusement4 ,et il en est de mme dans tous les ordres d'ides et d'ambitions4 ,l'me morte n'est pas celle qui cherche en elle-mme la source des richesses et des joies1 mais bien celle qui1 ne pouvant vivre sur son propre fond1 qute chez les autres l'appui qui lui manque1 pose les bases de sa conscience dans la conscience des autres1 se contente de cette chose peu stable et peu sincre souvent1 qui s'appelle l'approbation des autres4 ,il est curieux de constater quel degr l'homme manque d'indpendance morale4 ,a notre poque1 le phnomne est curieux2 les individus rclament la libert sous toutes ses formes1 ils en ont soif1 ils veulent s'en enivrer2 les plus petites entraves les irritent1 les affolent1 mais de la seule vraie libert ils n'ont cure1 la libert intrieure ne les sduit point1 ils en ont peur comme de la solitude4 ,tout le monde s'associe1 se groupe1 se syndique1 chacun veut faire partie d'un groupe de loups qui hurle1 on cherche l'esclavage4 ,la convoitise1 la lchet et la vanit sont souvent la base de ce besoin de joug1 mais ce qui le dtermine surtout1 c'est le manque d'amour que l'homme a pour lui-mme et1 par consquent1 le manque d'estime4 ,jamais les individus ne se sont moins estims eux-mmes qu' notre poque4 ,le snobisme rgnant en est la preuve2 vouloir tout prix tre le reflet de quelqu'un ou de quelque chose1 tirer son rayonnement d'autrui1 mettre son ambition se frotter plus haut que soi1 est encore plus absurde que rpugnant4 ,ah6 oui1 tre digne1 devenir digne de se mler ce qu'il y a de plus lev en ce monde pour faire partie de l'lite intellectuelle et morale1 le sentiment est comprhensible et juste1 mais se rduire l'tat parasitaire1 vouloir tout prix frquenter ce qui est grand sans y avoir aucun droit1 est-ce l un but digne de l'tre humain1 fait l'image de ,dieu1 de l'homme qui ressent pour lui-mme un vrai amour8 ,chaque matre doit avoir ses disciples 7hlas6 ils n'en ont plus gure de notre temps67 qui se nourrissent de ses enseignements1 qui sont les porte-tendards de ses paroles1 mais1 si ces disciples suivent le matre1 simplement parce qu'ils s'imaginent qu'un reflet de sa gloire tombera sur eux et non par dvouement1 respect1 admiration relle1 ils ne mritent plus le nom de disciples1 ils sont des snobs1 des profiteurs1 des arrivistes1 des gens qui se mutilent eux-mmes1 qui strilisent volontairement leur cerveau et par consquent ne s'aiment point4 ,la grande catgorie des ignorants1 non de ceux auxquels rien n'est offert1 mais des ignorants volontaires qui1 par sottise1 incurie ou paresse se refusent tout effort pour s'approprier les connaissances qui leur sont prsentes de tous cts1 rentre galement dans le cycle des ennemis d'eux-mmes4 ,aujourd'hui la culture1 sinon la science1 est aussi indispensable l'individu d'une certaine classe que l'ducation elle-mme4 ,pour obtenir une place au soleil1 qui ne soit pas un vol1 il faut savoir4 ,c'est vrai pour les hommes et pour les femmes4 ,et combien s'y refusent obstinment1 parmi ces dernires surtout6 ,elles sacrifient cette nourriture ncessaire1 avec tous ses avantages matriels et moraux1 aux plus puriles et sottes occupations et proccupations1 des poursuites dont il ne restera rien et qui1 mme innocentes1 laissent nanmoins d'humiliants souvenirs4 ,le grand dveloppement intellectuel n'est pas la porte de tous1 il n'est pas dans les gots de tous4 ,il y a diffrentes missions remplir1 c'est pourquoi il est si indispensable de choisir sa route avec rflexion et discernement4 ,les uns aspirent la place du grand lis blanc1 d'autres se contentent d'tre une modeste fleur des champs ou une utile plante potagre2 d'autres encore rvent aux chnes puissants1 aux cdres fiers1 aux alos la floraison unique et splendide1 aux plantes compliques des serres4 ,toutes ces uvres de la nature ont leur utilit et leur raison d'tre1 mais dans chaque espce il en est de splendides1 de mdiocres et de rabougries4 ,si l'on s'aime1 il faut essayer d'tre parmi les belles plantes4 ,or1 la plante humaine demande une culture intellectuelle considrable2 toutes les joies de la vieillesse et de l'ge mr y sont attaches4 ,le pessimiste ,schopenhauer admet qu'une fois les passions amorties1 on peut connatre le bonheur sous les cheveux blancs1 si l'on a le got des choses de l'esprit et que l'intelligence soit reste ouverte4 ,mais ce got ne nat pas au dclin de la vie1 il faut l'avoir connu et cultiv ds sa jeunesse4 ,j'ai connu quelques belles et heureuses vieillesses1 mais toutes1 en effet1 taient amoureuses de l'ide1 de la mditation1 du livre444 ,in ,angulo cum libello4 99 99 99 99 99 ,la sensibilit tant durant toute la vie active de l'homme la cause principale de ses joies et de ses douleurs1 il serait utile de se demander dans quelle voie il doit la diriger pour son propre bonheur et le dveloppement normal de ses facults affectives4 ,la sensibilit n'est pas la sentimentalit2 celle-ci sous toutes ses formes1 mme la forme naturelle1 est une source d'erreurs1 de pernicieuses illusions et d'inutiles souffrances4 ,tout ce qui tend l'accrotre1 l'aiguiser devrait1 par consquent tre banni1 de l'ducation que nous recevons des autres et de celle que nous nous donnons nous-mmes4 ,elle reprsente1 du reste1 bien plus une habitude de l'esprit qu'un besoin du cur1 et en gnral se dveloppe au dtriment des affections vraies et se perd en phrases vides1 en aspirations vagues4 ,on rvera l'ami absent1 mais on oubliera d'agir pour lui4 ,les personnes sentimentales sont presque toujours les moins altruistes et ne contribuent que faiblement la flicit de leur entourage1 car elles deviennent facilement le centre de leur sentimentalisme1 se posent vis--vis d'elles-mmes en tres part1 mconnus du vulgaire1 magnifiant en srieuses preuves les petits dboires de la vie1 se forgeant une srie d'imaginaires souffrances4 ,en rsum1 tre sentimental vis--vis des autres c'est les aimer plus artificiellement que rellement4 tre sentimental vis--vis de soi-mme c'est ne pas s'aimer du tout1 puisque c'est dvelopper en soi des causes factices et inutiles de douleur4 ,la vraie sensibilit1 au contraire1 est une source constante de joie1 elle produit un rayonnement continuel de l'me4 ,plus l'homme aimera autour de lui1 mieux il s'aimera lui-mme1 l'amour pour autrui tant l'unique moyen efficace de contribuer sa propre satisfaction4 ,ceux qui1 par crainte de la souffrance1 strilisent leur cur1 deviennent des mes mortes2 l'avarice morale les treint et tarit en elles toutes les forces d'expansion et de lumire4 ,ils donnent le moins possible au prochain pour viter les dceptions et l'ingratitude1 mais cette prcaution se retourne contre eux-mmes4 ,en touffant leurs sentiments altruistes1 ils augmentent leur gosme1 ce qui les rend plus sensibles ce qui les touche et par consquent les fait souffrir davantage4 ,aimer les autres1 c'est donc s'aimer soi-mme et s'aimer rellement1 car on n'est heureux qu'en aimant2 seulement1 il faut les aimer pour eux-mmes et non pour soi1 il faut les aimer en s'extriorisant pour leur tre utile1 sans cette exagration morbide qui change le dvouement en souffrance1 en somme il faut les aimer comme nous-mmes pour leur bien rel4 ,tout s'enchane admirablement dans cet ordre d'ides1 car le but de l'amour pour soi et les autres est d'amener l'me humaine l'harmonie4 ,cette mme harmonie demande que la sensibilit soit domine par la raison1 la patience et le courage1 sans quoi elle dgnre en sensiblerie et devient1 plus mme que la sentimentalit1 une cause de chagrins perptuels et inutiles pour ceux qui l'prouvent et un tourment pour ceux qui en sont l'objet4 ,pour rester salutaire et bonne soi et aux autres1 elle doit se garer de nombre d'cueils et surtout de l'excs de personnalit d'o nat la susceptibilit1 cette pierre d'achoppement de tant de vies4 ,ennemie de tout bonheur1 de toute satisfaction et de toute paix1 la susceptibilit devrait tre considre par les tres intelligents comme une maladie douloureuse qu'il faudrait tcher d'enrayer ds le premier symptme4 ,si l'homme savait s'aimer il ne permettrait jamais ce sentiment morbide de prendre racine en son me4 ,la susceptibilit a une pernicieuse sur jumelle qui est en mme temps sa cause et son effet2 il est rare que l'une aille sans l'autre4 ,parfois la susceptibilit n'est qu'une sensibilit exaspre1 mais d'ordinaire elle marche pas gal avec la vanit1 la plus perfide compagne que l'me humaine puisse abriter4 ,on ne devrait pas en souhaiter le contact son pire ennemi1 et1 aberration singulire1 l'homme presque toujours s'empresse de lui ouvrir toutes grandes les portes de son cur1 l'abreuve1 l'alimente1 la chrit4 ,si l'on noircissait d'encre le papier de plusieurs fabriques on n'arriverait pas numrer le mal dont elle a t cause depuis le commencement du monde4 ,et tout cela parce que l'tre humain n'a jamais appris savoir s'aimer et par consquent1 n'a pas compris quelle source de douleurs il pourrait s'pargner par une sage direction de lui-mme4 ,on dira que la susceptibilit est une force de rsistance1 que la vanit est un levier puissant1 que sans elles la grossiret s'introduirait dans les murs1 que tout progrs d'lgance et de culture s'arrterait4 ,mais la dignit sentie et bien dveloppe ne suffirait-elle pas maintenir le respect1 servir de rempart contre les offenses1 les empcher mme8 ,et l'amour-propre ne pousse-t-il pas l'homme bien plus loin que la vanit sur la voie du perfectionnement1 de l'achvement1 de la grandeur8 ,on les confond l'un avec l'autre1 et c'est une erreur profonde1 car les bien considrer ils s'excluent l'un l'autre2 on largit les mobiles et les aspirations de la vanit1 on transforme et rapetisse celle de l'amour-propre4 ,l'amour-propre c'est l'amour de soi4 ,or l'amour de soi vraiment senti ne peut faire dsirer que le bon et le grand1 la ralit et non l'apparence1 la vraie gloire et non la fausse gloire1 tandis que la vanit6444 ,qui oserait dcrire et avouer toutes les petites et pauvres penses1 les mesquins dsirs1 les puriles satisfactions dont elle est cause8 ,ce qu'inspire l'amour-propre on ne le raconte pas toujours1 mais on n'en rougit point2 il peut induire une action violente1 jamais une action basse2 s'il a ses dangers1 ses maladies1 elles ne sont ni putrides1 ni infectieuses4 ,un des symptmes du vrai et sain amour-propre c'est de dvelopper le dsir de la gloire dans les mes assez fortes pour le supporter4 ,cette gloire peut rvtir diverses formes2 ce n'est pas toujours celle du guerrier1 du pote1 de l'homme d'tat1 du savant ou telle autre personnalit gniale laquelle on est habitu attacher ce nom1 elle peut illuminer de ses rayons des manifestations plus modestes4 ,il y a la gloire intime et secrte du dveloppement mental et moral4 ,emerson1 par exemple1 n'aurait jamais crit les pages qui lui ont acquis la clbrit1 qu'intrieurement1 pour lui-mme1 il serait arriv la gloire par l'expansion de sa pense et de son sentiment4 ,qu'elle soit destine rester invisible ou revtir une apparence clatante1 la gloire est le plus salutaire1 le plus efficace1 le plus noble amour que l'homme puisse concevoir et rchauffer dans son esprit et son cur4 ,il faudrait que sa poursuite domint toutes les autres dans les mes profondes et les intelligences gniales4 ,ce dsir des hauteurs mme invisibles ne peut tre le partage que d'une lite1 mais il reste aux personnalits plus modestes un vaste champ de travail ensemencer et labourer1 lorsqu'elles auront appris quel est le vrai amour de soi4 ,la rcolte leur apportera des satisfactions inconnues1 donnera une saveur toujours renouvele leur existence1 leur pargnera bien des souffrances inutiles2 elles auront1 en outre1 la joie suprme de voir leur fonds produire chaque jour davantage ce qu'il est capable de donner4 ,tous ces bienfaits que la pratique du vrai amour de soi promet l'homme1 peuvent tre obscurcis1 gts1 corrompus par le dveloppement d'une seule tendance1 comme une famille d'insectes presque invisibles suffit pour que les plus grands arbres soient rongs dans leur essence mme4 ,cette tendance1 il vaut mieux dire cette maladie1 est le manque de simplicit1 de sincrit1 la pose vis--vis de soi et des autres4 ,ds qu'une proccupation de ce genre pntre l'esprit1 elle diminue immdiatement tout ce qu'elle touche4 ,si la recherche de perfectionnement1 de la mise en valeur des facults doit amener sa suite l'orgueil spirituel1 mieux vaut y renoncer4 ,l'homme dpourvu d'idal ou d'aspirations leves qui est1 btement1 simplement1 dignement ce qu'il est vaudra toujours mieux que le poseur1 mme s'il a le bon got de ne pas battre la grosse caisse1 mme s'il est peu prs sincre dans sa recherche du bien et du bon4 ,la simplicit1 c'est la vrit4 ,la pose1 mme si ses attitudes sont belles1 n'est que mensonge4 ,l'une peut se comparer la source d'eau vive1 l'air pur des montagnes1 la saveur des fruits1 l'odeur des fleurs2 l'autre c'est le masque1 la fantasmagorie1 les boissons frelates1 les parfums chimiques4 ,et il suffit d'une perle fausse dans le collier pour faire douter de celles qui sont vraies6 ,heureusement1 le vritable amour de soi1 s'il est profondment senti1 dissipe ces puriles vellits de comdie4 ,aussi longtemps qu'elles se manifestent sous une forme quelconque1 l'homme n'a pas appris s'aimer1 ou1 pour mieux dire1 il s'aime faussement1 il est son propre ennemi1 l'artisan de ses souffrances1 le destructeur de ses joies1 la main qui entrave1 le pige qui fait tomber1 la griffe qui dchire4 ,au contraire par le dveloppement de ses facults physiques et mentales et par l'panouissement de sa nature vraie il peut arriver rendre sa vie digne d'tre vcue4 ,en substituant le dsir d'tre celui de paratre1 l'amour-propre la vanit1 la sensibilit la sentimentalit1 la volont de cultiver son jardin la vaine poursuite d'une galit impossible1 l'individu n'ajoutera pas aux implacables douleurs qui le guettent1 telles que la maladie1 la trahison et la mort1 l'immense catgorie des amertumes striles1 des dboires cherchs1 des dcouragements vitables1 des dsespoirs inutiles4 ,l'homme doit arriver au point o tout honneur immrit lui psera comme une humiliation4 ,l'individualisme est violemment attaqu aujourd'hui2 il est cause1 en effet1 des plus grands maux1 mais parce que c'est un individualisme qui cherche prendre aux autres et non dvelopper en soi4 ,il est ncessaire de distinguer3 l'homme qui soigne son corps pour le rendre sain et beau ne nuit pas autrui2 il nuit autrui s'il le couvre de vtements somptueux obtenus par vice ou fraude1 cause de ruine pour sa famille1 objet d'envie pour le prochain4 ,mme si une position exceptionnelle le lui permet1 cet excs de magnificence est goste1 car il diminue la possibilit de la charit4 ,user de l'intelligence des autres sans les rtribuer de faon quitable est galment goste1 mais le dveloppement de sa propre intelligence ne peut faire de tort personne4 ,le dsir d'obtenir les premires places1 si on est rellement parmi les plus dignes comme intelligence et savoir1 n'est pas nuisible la collectivit2 il devient nuisible lorsque ces premires places sont obtenues1 non par mrite1 mais par intrigue1 astuce1 charlatanisme1 lorsqu'elles sont voles qui elles reviendraient de droit4 ,si chaque tre humain se disait3 mon unique but doit tre de dvelopper les forces et les dons de ma propre nature1 il serait la fois encourag et limit dans ses ambitions2 le sentiment qu'il ne peut aller au-del le sauverait de l'envie et de la jalousie2 ddaignant le faux il ne saurait aspirer ce qui ne lui revient pas4 ,l'on objectera que l'individu lanc dans la vie1 treint par la concurrence1 devient incapable d'tablir constamment une juste balance entre ses mrites et ceux d'autrui4 videmment1 mais quand par la culture de son jardin un esprit aurait acquis l'habitude de rester dans le vrai et de mpriser le faux1 il lui en resterait quelque chose mme l'heure des luttes acharnes4 ,les habitudes de politesse du sicle dernier se retrouvaient sous le feu de l'ennemi1 alors que pour commander la charge le capitaine de la ,maison-,rouge saluait son escadron1 disant3 ,messieurs les gendarmes de la ,maison du ,roi1 veuillez assurer vos chapeaux1 nous allons avoir l'honneur de charger4 ,la socit moderne marche d'ailleurs1 il faut l'esprer1 vers une distribution plus quitable du pain quotidien3 l'volution sociale qui se prpare1 les lois plus justes qui en dcouleront1 l'ouverture de champs d'activit ferms jusqu'ici1 diminueront l'pret du combat4 ,mais pour que l'homme puisse comprendre ces conditions nouvelles de vie et y participer dignement1 il faut qu'il ait appris s'aimer4 ,le but de cet amour se rsume en trois propositions principales3 tre sincrement ce qu'on est2 atteindre le plus haut dveloppement possible2 rpandre la joie autour de soi pour la sentir en soi4 ,que l'objectif se limite simplement l'existence terrestre ou comprenne les esprances immortelles1 la voie suivre est la mme1 car elle comprend la vrit1 le perfectionnement1 l'altruisme et doit avoir comme rsultat l'harmonie finale de l'tre4 ,pour les vulgaires jouisseurs ou les simples spectateurs de la vie1 tous les mots qui prcdent sont vides de sens1 dpourvus de saveur et ils ne rendent qu'un son creux et vain4 ,mais les autres1 ceux qui1 sous une dnomination quelconque1 ont des aspirations plus ou moins sincres et fortes vers les choses leves1 qui reconnaissent des lois morales1 qui sentent la piti et rvrent la justice1 qui veulent leur bonheur et le bien d'autrui1 savent-ils s'aimer beaucoup mieux1 sont-ils disposs apprendre le vritable amour et le pratiquer8 ,il y a des mes scrupuleuses et gares qui croient que cet amour leur est interdit2 elles ne comprennent pas que ne pas s'aimer avec son propre cur quivaut ne pas penser avec sa propre pense1 faire fi de la vie qui leur a t donne1 supprimer les forces qu'elles ont reues1 refuser de guider vers les hauteurs la conscience dont ,dieu leur a confr le soin4 ,estimer qu'elles n'ont pas le droit de s'aimer les empche de se bien aimer1 c'est--dire de s'aimer suivant le plan divin4 ,voil pourquoi tant de chrtiens ne conoivent pas l'amour de soi d'une faon plus juste1 plus sage1 plus normale que les disciples du hasard4 ,puis vient la grande foule des mes mortes1 de celles qui ont permis la maladie1 la souffrance1 aux dceptions1 aux soucis de diminuer en elles1 presque jusqu' l'extinction1 l'intensit de la vie morale2 elles ont perdu tout magntisme1 tout rayonnement1 toute puissance communicative et s'tiolent dans une existence sans chaleur et sans lumire4 ,il ne leur reste que le regret des choses divines qu'elles ont ngliges4 ,leur nom est multitude4 ,si elles se ranimaient1 ce serait comme une immense arme surgissant tout coup et partant en guerre pour une nouvelle croisade1 bannires dployes4 ,et sur ces bannires ces mots seraient crits3 ,apprends t'aimer toi-mme et tu auras vaincu une partie de la souffrance1 apprends t'aimer toi-mme et tu aimeras les autres4 ,,chapitre ,v ,l',l,,gance ,,morale ,attelez votre charrette une toile4 7,,emerson47 ,le mot esthtique fait aujourd'hui partie du langage courant1 et on l'entend sortir de bouches profanes qui1 il y a quelques annes encore1 en ignoraient le sens4 ,des coles se sont formes sous ce nom1 et1 si elles ont effleur le ridicule par des recherches puriles et des affectations singulires1 elles peuvent revendiquer le mrite d'avoir oppos un contrepoids efficace la tendance moderne de ngliger le beau pour la recherche unique de l'utile4 ,ce dveloppement du sens esthtique n'a peut-tre pas t favorable la puret de l'art2 il l'a vulgaris1 en lui faisant perdre la simplicit et la spontanit1 sources principales de toute vraie grandeur4 ,mais il a eu pour effet de gnraliser la proccupation de l'harmonie dans les objets extrieurs et d'accentuer la rpugnance du banal1 du laid1 du grossier4 ,il a cr chez les natures les plus positives des besoins inconnus aux gnrations prcdentes3 dsir de lumire1 d'horizons1 de teintes fondues1 de notes brillantes1 de combinaisons originales4 ,toutes les manifestations artistiques3 concerts1 auditions1 expositions1 sont courues comme elles ne l'ont jamais t4 ,l'art1 sous toutes ses formes1 est cras sous les admirations bruyantes d'adorateurs incomptents4 ,il est tellement la mode du jour que l'loge d'un homme ou d'une femme intelligente parat incomplet si l'on n'y ajoute l'exclamation sacramentelle3 ,et avec cela artiste6 ,mais1 phnomne bizarre et inexplicable1 cette recherche d'harmonie et de beaut qui proccupe les classes cultives de tous les pays ne dpasse pas le domaine de la forme et de l'intelligence4 ,l'lgance morale n'a pas d'autels4 ,on stigmatise bien encore une action vulgaire ou basse1 mais il faut que les bornes de la plus vaste indulgence aient t dpasses4 ,ce n'est pas lgant1 dira-t-on4 ,ces mots1 d'ailleurs1 n'indiquent aucune dception srieuse1 nul dsir rel de beaut psychique2 ils sont simplement l'expression trs attnue du blme que les socits civilises ont prononc de tout temps contre certains actes indlicats ou lches4 ,une faute de got1 un assemblage de couleurs disparates1 le pli disgracieux d'une draperie causent aux dlicats une souffrance la fois relle et fausse1 tandis que l'absence d'harmonie morale ne choque nullement leur sens esthtique4 ,la tenue extrieure est d'un raffinement extrme2 chez quelques-uns la tenue intellectuelle est galement trs surveille4 ,la phrase banale1 sans couleurs1 sans paillettes1 est vite comme une honte4 ,le vulgaire1 le mdiocre1 l'incomplet dans leurs imperceptibles nuances1 produisent de pnibles rougeurs s'ils se rapportent la forme extrieure des choses et aux capacits de l'esprit4 ,s'agit-il du caractre1 rien ne choque2 on admet tout2 incohrences1 petitesses1 compromis et laideurs1 preuve vidente que notre sentiment de l'art est la fois incomplet et vieilli4 ,en l'tendant aux manifestations morales1 on pourrait l'agrandir et le rajeunir2 un peu de beaut intrieure ne gterait rien aux grces visibles dont nous sommes pris4 ,les contes de fes1 qui1 sous leur purilit apparente1 renferment toujours un fond de sagesse1 racontent l'histoire d'une princesse1 fille de roi1 qui portait des habits somptueux1 brods de pierreries1 mais dont la bouche vomissait des crapauds et des couleuvres4 ,c'est un peu le cas du raffinement moderne4 ,mais aujourd'hui les ,princes ,charmants ne se laissent plus rebuter par les laideurs intimes1 et il y a dans ce qu'on appelle la rosserie une sorte de prestige que d'assez honntes gens subissent4 ,il est impossible de regretter la socit d'autrefois1 notre mentalit largie ne pourrait plus la supporter4 ,il est certain cependant qu'elle interdisait l'talage des vulgarits dont on se fait presque un mrite aujourd'hui4 ,on n'avait pas honte des vices1 mais on rougissait des petitesses1 et un besoin de grandeur enivrait les mes4 ,ce prestige qu'il fallait conserver aux yeux des foules s'exerait souvent par la hauteur du caractre4 ,si l'on apprenait surtout aux filles du ,,xviiie sicle l'art de monter en carrosse et l'observation rigoureuse des prescriptions du bel air1 on leur enseignait galement qu'avoir l'me basse tait un dshonneur et que1 si l'on manquait de dlicatesse1 il fallait du moins en garder l'apparence4 ,orgueil et hypocrisie peut-tre1 mais aprs l'humilit chrtienne l'orgueil n'est-il pas la plus sre des sauvegardes8 ,il a t remplac par la vanit qui mdiocrise tout ce qu'elle touche4 ,quant l'hypocrisie1 sait-on toujours o elle finit et commence8 ,plus odieuse que le cynisme1 ses consquences morales et sociales sont moins dangereuses4 ,la ddaigneuse indiffrence de l'poque actuelle pour le raffinement des manifestations psychiques n'a d'ailleurs produit aucun effet salutaire dans les rapports des hommes au point de vue de la sincrit et de la logique4 ,ds que les intrts entrent en jeu1 le mensonge et les prjugs obscurcissent la gnralit des esprits aujourd'hui comme autrefois4 ,pour ne point tre oblig la fatigue d'lever leurs mes1 beaucoup de gens taxent d'hypocrisie toute recherche de beaut morale en dehors d'une vie parfaite4 ,aux saints seuls cette ambition est permise4 ,la question se posait dj au ,,xviie sicle4 ,quelqu'un voyant ,mme de ,montespan fort exacte aux rigueurs du carme1 paraissait s'en tonner2 quoi la favorite rpondit avec l'-propos des ,mortemart3 ,parce qu'on commet une faute1 faut-il donc les commettre toutes8 ,cette rplique humble1 fire et sage est le meilleur argument et le plus simple contre la thorie commode de l'abandon de soi-mme4 ,les faiblesses1 les passions dont on ne russit pas tre toujours matre ne doivent pas dtourner de la route royale de l'me4 ,platon l'indiquait des hommes sujets tous les entranements4 ,les ,grecs de son temps taient des raffins1 des affams d'art et de beaut plastique2 ils avaient bien plus que les modernes le sens des choses exquises dans l'ordre naturel et physique4 ,cependant ces paens qui si longtemps avaient ignor l'me et auxquels elle ne fut rvle que par leurs philosophes1 sentaient la grandeur morale des passions belles et fortes et s'inclinaient devant les stociens4 ,aucun parallle1 du reste1 n'est possible entre les deux poques4 ,les amants de la beaut ne reprsentaient alors qu'une lite4 ,aujourd'hui l'lite est devenue foule et l'art s'est vulgaris4 ,le lettr le plus fin1 l'artiste le plus dlicat1 l'homme du monde le plus athnien voient leurs gots apparemment partags par les mdiocres et les ignorants4 ,l'art est devenu un objet de mode1 le snobisme lui a coup les ailes4 ,il faut les lui rendre et reformer l'lite2 elle ne peut l'tre que par la recherche de ce qui est difficile et lev4 ,la poursuite la pice rare ne doit pas se borner aux maux1 aux ivoires1 l'orfvrerie ,renaissance1 il faut qu'elle s'tende au-del des choses visibles et tangibles4 ,l'lgance dans le caractre complterait merveilleusement celle de la forme et de l'esprit4 ,les types en seraient plus varis que celui du visage humain2 il y aurait des rvlations de grces mystrieuses1 de fascinations secrtes444 ,parer l'tre intrieur1 pour que ses manifestations extrieures prsentent une surface harmonieuse1 c'est encore de l'art et mme du grand art4 ,le monde est vieux et il est blas sur bien des jouissances4 ,il suit les entranements de la mode en vieillard aveugle qui n'a plus de passions4 ,pour rajeunir son imagination et son cur1 il faudrait inventer des buts nouveaux atteindre4 ,l'application du beau aux manifestations du caractre1--en dehors de toute proccupation de religion ou de morale1--uniquement par le dveloppement plus complet du sens esthtique1 apporterait la socit un vigoureux lment de vie4 ,dans cette recherche du rare et du prcieux moral1 la concurrence des ignorants et des mdiocres ne serait pas craindre et l'lite se reformerait4 ,ce serait une aristocratie1 dont les privilges ne seraient pas contests par les foules et qui chapperait la convoitise du veau d'or que l'on adorait dj1 il y a trois mille ans1 dans les plaines d',horeb4 ,certes1 pour les fils des hommes1 la beaut de la forme restera la sductrice suprme2 les harmonies de la nature continueront faire la joie des yeux2 les mots loquents ne perdront pas le pouvoir de charmer et de troubler les mes2 les vibrations mlodieuses des sons entraneront toujours les curs4 ,mais lorsque les raffins intellectuels1 les esthtes dlicats auront compris que l'uvre d'art ne peut tre complte si le caractre n'a pas1 lui aussi1 sa beaut propre1 une corde de plus sera attache la lyre humaine4 ,et il en sortira des harmonies nouvelles qui rpandront leur enchantement sur les rves des potes1 les inspirations des artistes et les vivifieront en les rajeunissant4 99 99 99 99 99 ,en disant que les proccupations de raffinement moral taient inconnues notre temps1 je n'ai considr que cette partie intelligente et artiste de la socit moderne qui1 tout en se rattachant telle ou telle forme religieuse1 ne prtend point pratiquer et vivre les principes chrtiens et moraux4 ,il s'agit de voir maintenant si les hommes de foi essayent de conformer l'esthtique morale les manifestations de leur caractre et de raliser en eux-mmes l'idal de beaut auquel ils croient4 ,l'glise catholique avait merveilleusement compris l'irrsistible puissance du beau4 ,ses crmonies1 ses symboles1 ses chants1 ses apothoses1 les potiques lgendes dont elle entoure la vie de ses saints1 les grands mouvements collectifs qu'elle a provoqus en sont la preuve manifeste et clatante4 ,en tant qu'glise elle a conserv la magnificence de son culte et la posie de ses symboles1 mais les individus qui la composent ont suivi le courant utilitaire du sicle4 ,chez tous les chrtiens1 quelque confession qu'ils appartiennent1 chez tous les adorateurs de la cause inconnue1 la mme tendance se retrouve3 celle de ne pas rechercher la beaut dans la morale4 ,le positivisme qu'ils repoussent comme doctrine a mis sur eux son empreinte4 ,or l'thique ne peut tre complte sans esthtique1 ou1 pour mieux dire1 elles sont confondues l'une dans l'autre2 ngliger l'lgance dans les manifestations de la vertu1 c'est condamner la vertu demeurer imparfaite1 c'est lui enlever son prestige et son ascendant4 ,car si incohrent que soit l'homme1 son sens logique demande qu'il y ait harmonie entre les sentiments1 les actes et la faon dont ils se manifestent et s'accomplissent4 ,a quoi l'on rpondra que cette proccupation de l'harmonie est du superflu et de la recherche4 ,notre poque est pratique1 elle vise avant tout l'indispensable4 ,quand la maison brle1 le temps manque pour s'arrter aux bagatelles de la forme2 les uvres positives1 les vertus qui se traduisent en faits sont les seules qui comptent4 ,ces protestations rvlent un tat d'esprit faux1 mais apparemment naturel et logique4 ,la proccupation qu'veille le sort des classes malheureuses1 l'attente de l'volution sociale devaient produire comme effet invitable l'utilitarisme de la vertu et diminuer la recherche de la beaut dans les manifestations morales4 ,les conomistes1 les savants1 les philosophes positivistes sont dans le vrai de leur poque et de leurs thories en voulant dvelopper chez les individus les tendances et les qualits aptes rapporter gostement ou altruistement un quivalent immdiat d'avantages pratiques4 ,mais ce point de vue est-il galement logique de la part des chrtiens1 rpond-il l'esprit de l'vangile1 des prophtes et des prcurseurs8 ,la littrature imagine de l',orient a dans les critures son expression la plus haute1 et la beaut s'y trouve chaque page4 coutons parler le ,christ3 ses paroles sont empreintes de grce1 de douceur1 de majest4 ,la sombre grandeur des visions du vieil ,esae atteint la sublimit tragique4 ,les chants du roi ,david3 cris d'angoisse arrachs aux profondeurs de l'me1 extases d'amour1 images suaves1 expriment toute la beaut que la crainte ou l'esprance peut faire jaillir du cur de l'homme4 ,la voix de l'ternel brise les cdres444 ,la voix de l'ternel fait trembler le dsert444 ,tu es le plus beau des fils des hommes1 la grce est rpandue sur tes lvres444 ,dans le palais d'ivoire1 des filles de rois sont parmi tes biens-aimes1 la reine est ta droite1 pare d'or d',ophir444 ,les mes religieuses d'aujourd'hui1 absorbes par les uvres utiles1 ne songent plus gure se revtir symboliquement d'or d',ophir1 et il est rare que la grce soit rpandue sur leurs lvres4 ,les ,marthe abondent et les ,marie ont disparu4 ,les parures secrtes et intimes paraissent superflues aux chrtiens modernes2 ils oublient qu'il s'en dgage d'irrsistibles et subtiles attirances1 car le visible n'est que le reflet des frmissements invisibles de la vie intrieure4 ,a ct des devoirs imprescriptibles que la morale enseigne1 ct de la bienfaisance que la conscience impose1 il y a la place de la pense4 ,mme dans le bien1 elle peut tre mdiocre ou forte1 troite ou grande4 ,si elle se dessine en hauteur et en noblesse1 tous les actes de la vie1 religieux et autres1 s'en ressentent4 ,elle ouvre des horizons1 cre des atmosphres o les choses hroques1 belles1 tendres1 gnreuses peuvent clore et vivre4 ,l'vangile renferme une parole tonnante4 ,si elle n'avait t prononce par le ,christ elle paratrait impie3 ,soyez parfait1 comme votre pre qui est aux cieux est parfait4 ,appeler l'tre humain la ressemblance de celui dont les pieds reposent sur les toiles1 c'est l'appeler vivre de beaut1 c'est l'lever une dignit suprme4 ,or1 pour les croyants1 la ,bible n'est pas seulement un livre merveilleux1 c'est la parole divine qui ne peut tromper4 ,ceci admis1 il n'y a pas de grandeur transcendante laquelle le chrtien n'ait le devoir d'aspirer4 ,l'idal des croyants de nos jours est bien loign de ces hauteurs4 tre probe1 raisonnablement philanthrope1 actif pour la propagation des ides morales1 observateur des formes et des obligations que la socit impose1 leurs aspirations s'arrtent ce niveau4 ,l'chelle qu'ils montent n'est pas celle des anges2 ils oublient la sublimit du modle qui leur a t propos1 ils ne songent point imprgner de beaut et de grandeur leurs actes et leurs penses4 ,l'espce de discrdit o l'on tient aujourd'hui les vertus chrtiennes est d l'absence d'idal esthtique chez ceux qui les pratiquent4 ,quand on prtend avoir pour guide les puissances surnaturelles1 les mdiocrits de pense et de sentiment font dissonance4 ,dans les vies religieuses les plus actives les grandes lignes manquent1 et elles manquent parce qu'on n'y aspire pas4 ,si les mes pieuses se rendaient compte quel point leurs inlgances morales nuisent la cause divine1 la conscience de leur responsabilit les ramnerait au culte de la beaut intrieure4 ,elles comprendraient que le dveloppement de ce qu'il y a d'ternel en nous est plus important peut-tre que les uvres positives auxquels leurs heures sont consacres4 ,en s'embourgeoisant dans l'utilitarisme1 l'idal religieux s'est ncessairement rapetiss et vulgaris2 non seulement le sentiment de la majest chrtienne n'enivre pas les mes1 mais elles croient des laideurs permises2 l'absence de douceur et de grce semble presque une vertu certains esprits rigides2 l'humeur1 la morosit1 la rudesse un privilge inhrent la pratique des devoirs pieux4 ,faire honneur au matre que l'on proclame1 plaire1 charmer pour lui1 bien peu y pensent6 ,le sens de l'harmonie des choses est inconnu beaucoup de curs religieux4 ,ils devraient se dire cependant que ,dieu n'a pas fait la nature aussi belle pour que l'homme y ft tache4 ,dans la cration le beau a une place suprieure l'utile et les deux lments se fondent l'un dans l'autre2 les palmiers1 les lis1 les empourprements du ciel1 toutes les splendeurs du firmament et de la terre doivent avoir leur quivalent dans l'ordre moral4 ,il faut que la posie entre dans le bien pour qu'il devienne le beau4 ,les curs aujourd'hui sont las des choses vilaines et basses2 les mes demandent tre mues1 la privation de la beaut les a accables d'une inconsciente et lourde tristesse1 elles sont prtes pour les envoles mystiques4 ,le renouveau spiritualiste dont on mne si grand bruit1 qu'est-il sinon un dsir de beaut1 un besoin d'harmonie8 ,l'heure d'une lumineuse revanche semble avoir sonn pour les idalistes4 ,tous les chrtiens devraient se rallier la petite phalange1 comprendre que le monde fatigu de scepticisme1 dsireux de beaut1 suivra les guides qui le conduiront aux hautes cmes4 ,s'il y a dans l'humanit un principe ingurissable de pch1 de douleur et de mort1 il y a dans chaque tre une part d'ternit dont il a le dpt4 ,l'essentiel est de donner cette part tout le dveloppement dont elle est susceptible1 de ne pas touffer le divin dans nos mes4 ,les chrtiens1 plus rapprochs de cette grce intime qui est le parfum de l'tre1 mieux arms contre les passions discordantes1 devraient sonner les cloches au large4 ,l'appel de quelques raffins intellectuels ne suffit pas1 il faut des voix qui atteignent tous les bouts de la terre pour combler cette lacune de la pense moderne et proclamer le culte du beau en morale4 ,,chapitre ,,vi ,,le ,,culte ,,de ,,la ,v,,rit ,the world is upheld by the veracity of good men4 7,,emerson47 ,tandis que toute la cration se tournait d'instinct vers la lumire1 l'homme1 seul1 semblait la fuir2 il refusait de regarder les hauteurs o elle rayonne1 s'obstinant aveuglment la croire contraire sa paix et son bonheur4 ,dj1 aux temps fabuleux1 on voyait les masses pouvantes s'enfuir devant l'apparition de la vrit nue4 ,le phnomne s'est renouvel travers les ges1 et les consciences l'ont accept sans rvolte1 respirant l'aise les miasmes du factice et de l'artificiel4 ,la recherche de la vrit scientifique1 laquelle notre poque s'est passionnment acharne1 a prcis enfin1 par le contraste1 les mensonges sur lesquels s'tablit1 en grande partie1 l'existence sociale et personnelle4 ,mais le sentiment de ces mensonges n'avait pas jusqu'ici pntr les mes4 ,on voulait arracher la terre ses secrets1 au ciel ses mystres et l'on se contentait de l'artificiel dans la vie vcue1 on le voulait1 on le recherchait1 on l'imposait mme socialement et moralement4 ,de l une mentalit factice1 fausse1 que l'ignorance ne justifiait plus et que l'exagration de la pense moderne marquait d'une empreinte presque morbide4 ,aujourd'hui enfin la vrit semble avoir trouv des disciples et les effets d'une uvre secrte1 labore dans quelques mes par des forces suprieures1 commencent se manifester4 ,le vrai leur est apparu comme une puissance suprme digne de tous les sacrifices et vers laquelle la vie humaine devrait s'orienter4 ,mais ce mouvement ne doit pas se circonscrire de rares esprits1 il faut montrer l'homme ce qu'il y a de puril1 d'absurde1 de dangereux1 de criminel dans les mensonges o il s'est complu4 ,il faut lui persuader1 d'autre part1 que la vrit est une amie1 qu' ct d'humiliations profondes elle donne des consolations suprieures1 et que ce n'est point elle qui barre la route du bonheur4 ,il faut lui dire surtout que l'heure est grave1 qu'un monde nouveau fait tressaillir les entrailles de la terre1 et que1 pour se prparer y vivre1 l'homme doit ceindre ses reins et affermir ses pas4 ,or1 impossible de les affermir sur le sol mouvant du mensonge1 impossible aussi de discerner la route o le pied ne bronchera pas1 si l'horizon est obscurci4 99 99 99 99 99 ,un seul mot exerce sur la crature humaine un invincible prestige1 et tous les autres ne sont au fond que ses auxiliaires4 ,ce mot magique vers lequel toutes les facults et toutes les forces se sont tendues depuis des milliers de gnrations restera ternellement l'objectif de l'humanit4 ,le got du bonheur1 que de mystrieuses origines lui ont transmis1 est si puissant chez l'homme que1 mme agonisant1 il le sent encore4 ,qu'il le place dans l'existence terrestre ou l'esprance d'un au-del radieux1 peu importe6 la recherche reste identique3 l'tre humain1 altruistement ou gostement1 aspire et aspirera toujours la ralisation de la flicit et la disparition de la douleur4 ,le stocisme de ceux qui1 ne croyant point l'immortalit1 n'en attendent aucune compensation1 est un triomphe de la volont sur l'instinct4 ,et encore1 ce stocisme n'est-il qu'une sorte de cuirasse place entre le cur de l'homme et les souffrances qui le guettent4 ,or1 l'aspiration la non-souffrance quivaut presque dans ce monde du relatif o l'homme s'agite une aspiration vers le bonheur4 ,l'exprience des sicles vcus a appris aux habitants de ce monde que s'il y a des moments heureux il n'y a pas de vie heureuse4 ,cette science acquise n'a point ralenti leur poursuite2 et1 aujourd'hui1 la loi du progrs1 avec ses promesses d'un ternel devenir1 permet de croire rellement une amlioration future d'existence4 ,les applications merveilleuses des dcouvertes scientifiques1 le dveloppement du sentiment de la solidarit humaine font entrevoir un avenir o la souffrance matrielle sera allge et o chaque tre pourra prtendre sa part de lumire et de chaleur4 ,ces esprances s'tendent aussi aux conditions psychologiques des individus3 l'largissement des horizons intellectuels1 la comprhension plus juste des valeurs1 la dlivrance de ce poids mortel de solitude que la grande solidarit humaine fera disparatre1 mettront l'homme en mesure1 non d'chapper la douleur1 condition essentielle de tout perfectionnement1 mais de la dominer et de savourer1 dans les priodes de rpit1 la joie de vivre4 ,la socit a devant elle une uvre immense accomplir1 une uvre de reconstitution1 dont on ne peut saisir encore toutes les consquences et qui amliorera sans doute la destine gnrale matriellement et lgislativement4 ,mais ct du travail collectif1 le travail individuel est ncessaire2 la socit ne peut l'accomplir pour l'homme4 ,elle lui dira3 ,tu te plaignais1 tu voulais une autre organisation1 d'autres lois1 une distribution plus quitable des biens1 je t'ai donn tout cela4 ,va maintenant1 cesse de te plaindre et sois heureux4 ,mais l'homme ne saura jouir de cette vie nouvelle1 s'il ne s'est pas renouvel lui aussi intrieurement4 ,a ces perfectionnements matriels d'existence1 des perfectionnements moraux doivent correspondre1 et ceux-l1 l'individu ne peut les acqurir qu' la sueur de sa conscience4 ,l'esprit public1 bon ou mauvais1 facilitera ou entravera sa tche1 le travail n'en restera pas moins uniquement personnel4 ,il faut un acte de volont pour que l'homme s'engage sur la route du bonheur relatif que l'avenir lui promet4 ,c'est une premire initiative2 elle restera strile si une seconde ne la suit pas immdiatement3 la rsolution de dblayer le chemin de l'obstacle qui en barre l'entre4 ,cet obstacle est le mensonge sous toutes ses formes1 hideuses ou sduisantes qu'elles soient4 ,c'est l'ennemi irrconciliable1 celui qui a chang en tragdie la vie terrestre4 ,la plus grande partie des difficults qui embarrassent l'homme1 des compromis o sa conscience se dprave1 des tristesses o son existence s'puise1 ont pour raison dterminante l'oubli du vrai1 l'usage et l'abus du factice et du faux4 ,les prjugs cruels qui en drivent1 les injustices qu'ils imposent finissent par faire perdre l'esprit humain la notion de la justice divine4 ,on le sait1 on le voit1 on le dplore1 et presque personne n'a le courage de soulever d'un coup d'paule la charge de plomb qui l'crase4 ,la gangrne du mensonge nous tue1 dit ,ibsen dans toutes ses pices2 mais il semble voir dans ce mensonge une sorte de fatalit inluctable laquelle la socit condamne l'homme4 ,heureusement la socit semble vouloir se transformer1 et il faut qu'une lite la prcde dans la rpudiation du mensonge et le culte de la vrit4 ,en disant mensonge1 il s'agit du mensonge vcu1 plus encore que du mensonge parl4 ,le mensonge vcu est toujours un mal1 certains mensonges parls peuvent parfois tre un devoir4 ,lorsque pour sauver une situation1 viter un malheur ou un dsagrment grave1 la bouche prononce un non au lieu d'un oui1 l'tre intime n'en est point contamin2 certes1 si l'on remonte de l'effet la cause1 un pch quelconque de soi ou d'autrui est presque toujours la base de cette dviation indispensable de la vrit1 mais l'me qui a d s'y soumettre n'est pas ncessairement pour cela une me de mensonge4 ,il y en a qui prouvent devoir dissimuler et tromper une si cre souffrance1 une humiliation si intense qu'elles expient leur mensonge au moment mme o elles le prononcent4 ,les mensonges conventionnels ou de politesse qui font affirmer des regrets ou une estime qu'on n'prouve point dans le refus d'un dner ou la fin d'une lettre1 ne sont que de mauvaises habitudes sociales4 ,ils n'altrent pas d'une faon sensible la sincrit d'une nature et1 d'ailleurs1 ne trompent personne4 ,ils deviennent pernicieux lorsqu'en les exagrant inutilement on essaye de leur donner une apparence de vrit4 ,il y a encore le mensonge que la charit impose4 ,c'est la carte force4 ,devant certaines questions une rponse compltement franche serait souvent cruelle1 elle affligerait inutilement2 les consciences les plus droites1 tout en essayant de rester le plus vraies possible1 sont obliges de gazer1 de mitiger1 d'adoucir la forme et mme la substance de leur pense4 ,le mensonge de vanit ne fait de mal personne1 il est surtout une vulgarit1 mais il rentre cependant dans la fausset vcue1 et est l'indice d'un loignement volontaire de la vie vraie4 ,aucune considration suprieure ne l'imposant1 il est inexcusable et nuisible qui le prononce4 ,le mensonge de lchet1 qui sert nous excuser d'une maladresse commise1 d'un devoir nglig est plus grave encore2 il rvle des habitudes de fausset contre lesquelles la conscience ne s'insurge plus et une absence totale du sentiment de nos responsabilits4 ,les catgories du mensonge parl sont infinies2 elles vont du mensonge de devoir au mensonge criminel1 du mensonge de charit au mensonge de calomnie1 elles ont rempli le monde de larmes1 de hontes1 de ruines1 mais le mensonge vcu a peut-tre fait plus de mal encore4 ,il a fauss les penses et les sentiments1 vici l'atmosphre et il aurait boulevers mme les lois naturelles1 si la nature n'avait pas une indomptable force de rsistance4 ,il a pris toutes les formes1 et les plus redoutables ont t souvent les plus insignifiantes1 apparemment4 ,la proccupation de paratre1 sans se soucier d'tre rellement1 a t le mensonge caractristique de notre poque1 et de ce premier mensonge tous les autres ont dcoul1 comme tombent une une les perles d'un collier lorsque le fil a t rompu4 ,aujourd'hui que les courants bons ou mauvais se rpandent largement et ne se limitent plus certaines castes1 ce got de paratre s'est gnralis avec une effrayante rapidit4 ,le snobisme1 ce terme ridicule1 expression de la mentalit de toute une catgorie d'esprits1 indique ce qu'il y a de factice dans les manifestations du got et les aspirations individuelles4 ,cette maladie vulgaire1 insignifiante en soi1 a caus dans la conscience humaine des ravages dont on n'a pas assez mesur la gravit et l'tendue4 ,elle a pass comme une faulx sur un champ1 nivelant toute l'herbe au ras du sol1 dtruisant les originalits vraies1 coupant plus srement que la baguette de ,tarquin les pavots tte trop leve4 ,les moralistes modernes attribuent une partie considrable des erreurs du temps prsent son amour excessif de la richesse4 ,la course la fortune1 disent-ils1 a strilis les curs et les imaginations1 la plutocratie a cras l'idal4 ,certes1 le besoin de possder et de jouir a dplac dans l'esprit humain l'chelle des valeurs1 mais si une balance pouvait s'tablir entre les diffrentes causes qui ont dtourn l'homme moderne de sa vraie voie1 le got de paratre la ferait pencher4 ,dsirer tre riche1 dsirer une situation importante1 dsirer les jouissances matrielles1 c'est dsirer une ralit2 ce dsir peut tre accompagn des plus malsaines penses1 il n'en reste pas moins une aspiration vers des faits rels1 et la conception de la vrit n'est pas altre dans l'esprit humain par cette recherche1 elle n'tablit pas la vie sur une base de fausset4 ,mais que devient la mentalit de ceux que l'apparence rassasie1 que le chatoiement des mots et des choses satisfait1 et qui acceptent1 sans discussion intrieure1 sottises et prjugs1 pourvu que le reflet en tombe de haut8 ,si cette maladie du snobisme ne s'tait pas si trangement rpandue1 s'attaquant mme aux mes sincres1 il ne vaudrait pas la peine d'en relever l'existence1 tellement elle est mdiocre1 faite pour les mdiocres et peu intressante en soi4 ,malheureusement elle a pntr dans les milieux qui auraient d lui opposer le plus de rsistance1 abaissant les caractres1 oblitrant le jugement1 aboutissant une recherche agite de satisfactions vaniteuses1 une pauvret intellectuelle et morale que d'artificiels enthousiasmes remplissent seuls4 ,les esprits clairs et indpendants--il en existe encore--ont commenc par hausser les paules devant les ridicules symptmes1 sans s'apercevoir que le microbe qui les dterminait appartenait une espce dangereuse4 ,lorsque leurs yeux se sont ouverts1 la contagion s'tait rpandue2 quittant les cercles exclusivement mondains1 elle s'tait attaque l'art1 la littrature1 la science1 au patriotisme1 la religion mme4 ,elle avait pouss les hommes aux imitations serviles1 aux compromis bas1 aux lchets et aux reniements2 on connat aujourd'hui les ravages moraux dont elle est responsable1 et l'on comprend enfin que le simple quolibet ne suffit pas la combattre4 ,une autre force mensongre1 contraire la vrit1 en antagonisme direct avec elle1 est l'esprit d'intolrance4 ,il a pu tre utile jadis l'tablissement et au dveloppement de certaines organisations1 mais son rle historique n'en reste pas moins contestable au point de vue du bien gnral4 ,d'ailleurs les gnrations actuelles ne sont pas appeles revivre les sicles passs2 elles doivent vivre leur poque1 se conformer ses besoins1 ne pas enrayer ses progrs4 ,or l'intolrance1 quelque nom qu'elle prenne1 de quelque parti qu'elle sorte1 est absolument contraire l'essence de l'esprit moderne4 ,il est impossible aujourd'hui de plaider l'ignorance pour l'excuser3 tout se connat1 tout se discute2 on ne peut plus tre inconscient des fautes et des faiblesses de son parti1 ni ignorer ce que le parti adverse renferme de bon1 de sage1 de juste4 ,le manque de tolrance prend donc actuellement un caractre de mauvaise foi1 d'aveuglement impnitent qui la dconsidre4 ,l'esprit de libert1 l'esprit scientifique1 sont en opposition directe avec cette tendance1 mme lorsqu'elle revt une forme patriotique ou religieuse4 ,tout se transforme3 patrie et religion1 et telles que ces forces sont comprises aujourd'hui par les curs gnreux1 elles rpudient toute troitesse4 ,l'homme qui n'aime pas les autres pays ne peut aimer le sien propre3 son patriotisme n'est qu'orgueil et gosme4 ,l'homme qui hait les autres hommes1 au nom de ,dieu1 n'a aucune conception des principes essentiels du christianisme4 ,il est moins chrtien que l'athe1 il montre que l'esprit de l'vangile lui est absolument tranger4 ,les habitudes intellectuelles de notre poque ont faonn nos yeux la perception de la vrit2 quand nous l'avons aperue1 l'intolrance devient impossible1 elle tombe de nous comme un vtement us4 ,par consquent1 ceux qui la pratiquent encore appartiennent la catgorie des aveugles volontaires qui ferment leurs yeux pour vivre en paix leur mensonge et ne pas tre blouis par la lumire4 ,les prjugs sont fils de l'intolrance2 il y en a d'utiles1 de ncessaires1 de respectables mme1 tant donn l'ordre social actuel1 mais eux aussi sont mensonges4 ,il en est d'ailleurs d'absurdes et de cruels1 fonds sur le nant4 ,et on leur sacrifie gens et choses1 tout en admettant parfaitement leur inconsistance4 ,oui1 je sais1 ce sont des prjugs1 mais j'aime mes prjugs6 ,et1 sur ce raisonnement1 on commet les plus perfides et basses actions1 la conscience l'aise4 ,chrir et caresser le prjug reprsente une mentalit lgante aux yeux de beaucoup de personnes1 et1 moins il a de base1 plus on le trouve habile et digne d'imitation4 ,seize quartiers de noblesse excusent certaines troitesses de jugement2 mais avoir les troitesses sans les quartiers1 c'est le triomphe du factice et du faux4 ,les femmes excellent en ces jeux4 ,les plus sincres ont des moments de rvolte1 mais ils ne durent pas2 elles prfrent ces mensonges accepts et vcus une recherche de la vrit qui les dclasserait1 les exposerait leur tour aux prjugs des autres femmes4 ,sur cette pente du snobisme1 de l'intolrance et des prjugs1 les plus honntes gens se laissent glisser jusqu' une oblitration complte de la conscience4 ,ils sont tellement imprgns de mensonge qu'ils ne peuvent plus respirer dans une ambiance pure4 ,ils savent au fond d'eux-mmes qu'ils sont dans le faux1 et ils refusent de s'clairer1 car une fois clairs1 ils risqueraient de devoir prendre une dcision contraire leurs intrts personnels1 leurs prjugs mesquins1 leur absurde dsir de paratre sans tre4 ,par gosme1 ils en arrivent se rendre complices des plus odieuses machinations1 refuser le droit de justice1 admettre des points de vue d'une inqualifiable cruaut4 ,la mauvaise foi qui sert de base la plupart des rapports sociaux et qui les dnature n'est autre chose que la suite logique de ces mensonges vcus4 ,je ne parle pas de cette mauvaise foi que le code se charge de punir1 mais de celle que les honntes gens pratiquent l'aise dans leurs actes et leurs discussions4 ,en politique1 en journalisme1 en affaires1 dans toutes les manifestations de la vie sociale1 elle sert de base aux transactions1 aux attaques et aux dfenses4 ,c'est une habitude dgradante1 bien plus corruptrice que le jeu des passions4 ,elle est1 en outre1 inutile1 car tant l'apanage de tous les partis1 elle ne sert plus aucun4 ,dans la vie prive1 les mmes inconvnients se retrouvent4 ,mme dans la famille1--la moins fausse encore des organisations sociales1 parce qu'elle s'appuie sur les lois naturelles1--que de mauvaise foi prside souvent aux rapports1 aux dlibrations1 aux rsolutions6 ,ces mensonges qu'elle voit vivre par ceux qu'elle respecte le plus au monde1 ne peut que prparer la jeunesse l'existence artificielle et fausse4 ,qu'il s'agisse de carrire1 de mariage1 la proccupation de frauder la vrit perce de quelque ct4 ,plutt que de ne tromper personne on se tromperait soi-mme1 et l'habitude est tellement enracine que les plus sincres croient peine en eux-mmes et ont cess entirement de croire aux autres4 ,la disproportion qui existe entre les principes1 soi-disant directeurs de la socit1 et leur application dans la vie vcue est le plus grave mensonge de notre poque4 ,a quoi bon tant de principes pour ne pas les appliquer ou les appliquer si contradictoirement8 ,telle manifestation du pch mrite le mpris1 telle autre l'admiration2 le mal a cess d'tre le mal d'une faon absolue1 c'est une question d'adresse ou de situation4 ,les formules prud'hommesques continuent cependant s'taler partout1 et on enseigne en mme temps le moyen de contourner leurs angles trop droits4 ,on les contournera toujours1 c'est dans la nature humaine2 le mensonge est de manquer aux principes en les proclamant1 ce qui trouble les ides4 ,troubler les ides1 c'est la grande arme de notre poque1 le meilleur moyen d'attaquer1 le meilleur moyen de se dfendre4 ,accusations ou loges1 mensonges6 ,tout se jette dans le tourbillon1 et ce tourbillon finit par crer une atmosphre4 ,cette mauvaise foi dans les rapports1 dans les paroles prend toutes les formes4 ,ceux qui refusent de se servir de l'arme dloyale sont broys par la vie4 ,mentez1 il en restera toujours quelque chose1 si vous mentez suivant vos intrts ou vos haines4 ,l'homme qui veut se soustraire cette obligation doit dployer dans l'existence une nergie double1 des quantits triples1 et cette lutte titanesque contre le mensonge en fait presque toujours un rvolt4 ,partout o l'on regarde aujourd'hui1 on voit le mensonge install la place d'honneur1 dominant la vie des individus et des tats1 rpt par des honntes gens qui en connaissent la fausset et s'en font cependant les gardiens et les porte-voix4 ,il semble qu'un mot de vrit ferait crouler l'difice1 et1 pour le soutenir1 vite on accumule les paroles mensongres1 les affirmations fausses1 les sentiments factices4 ,maintenant tout s'effrite1 les fondations et la btisse3 poutres1 ciment1 barres de fer1 rien ne tient plus6 ,c'est la pourriture du dedans qui renverse la maison et non les coups du dehors2 l'homme regarde avec effroi son abri s'effondrer et commence comprendre qu'il a bas sa vie sociale et morale sur un sol artificiel et que ses racines ne plongent plus dans le sein fcond de la vieille ,cyble4 99 99 99 99 99 ,les ravages du mensonge n'ont pas atteint le mme point chez tous les peuples2 certaines races ont conserv pour la vrit une sorte de respect1 hypocrite peut-tre1 mais qui empche le dsagrgement des molcules et maintient la cohsion de l'ensemble4 ,d'autres nations1 plus arrires comme civilisation et libert1 ne se sont pas aperues encore du mensonge sur lequel repose une partie des institutions et elles acceptent1 sans mme le discerner1 le mensonge social2 leur intelligence1 ignorante des mthodes scientifiques1 ne s'applique point la recherche des causes dterminantes des phnomnes moraux4 ,par consquent1 les attentats qu'elles commettent contre la vrit n'ont pas d'aussi redoutables rsultats pour les consciences2 elles sont1 pour ainsi dire1 irresponsables de leur mauvaise foi4 ,mais les races latines1 si fines1 si clairvoyantes1 si avises1 auxquelles rien n'chappe ni en elles1 ni en dehors d'elles1 ne peuvent plaider les mmes excuses4 ,et pourtant le mensonge y a acquis une force dissolvante extraordinaire2 d'abord parce que sa floraison y a t merveilleuse d'intensit1 pour des raisons historiques1 gographiques1 ethnographiques qu'il serait trop long d'numrer ici2 ensuite1 parce que la dissimulation y est ouvertement considre comme une force permise l'usage des habiles4 ,cette ide en se gnralisant a envahi non seulement les directeurs du troupeau1 mais le troupeau entier et a produit un tat mental particulier qui1 faisant perdre l'homme le respect de lui-mme1 devait invitablement tarir ses forces vitales et enrayer ses progrs4 ,ce qu'il y a de spcial notre poque dans cette habitude du mensonge1 c'est que tous le pratiquent ou sont souponns de le pratiquer4 ,dire d'un homme aujourd'hui qu'il est honnte ne signifie point qu'on peut se fier implicitement sa parole4 ,ceux qui ne mentent jamais n'en recueillent pas plus de considration1 parce qu'au fond on ne croit la vracit de personne4 ,les curs religieux eux-mmes se sont trouvs impuissants contre le courant3 ils auraient d tre les gardiens de la vrit1 et ils se sont plis comme les autres tous les mensonges sociaux3 prjugs1 conventions1 injustices patentes1 acceptation commode des faits accomplis et des formules toutes faites1 affirmation de principes auxquels on n'essaye mme pas de conformer sa vie4 ,vouloir rformer le monde d'un seul coup et esprer battre en brche rapidement le mensonge social est chose impossible4 ,l'uvre collective ne s'accomplira que par lentes volutions4 ,elle a ses aptres et ses disciples4 ,tous ne peuvent y concourir activement1 tous n'ont pas une vocation dtermine1 mais le devoir des esprits droits et des intelligences fermes est de ne pas s'isoler de ce mouvement et de ne pas l'entraver1 mme s'il comporte des sacrifices graves4 ,ce qui tend ramener la vrit dans la vie humaine1 doit tre encourag et soutenu1 mais il ne s'agit pas de combattre les moulins vent et de partir en guerre contre les usages tablis2 certaines surfaces demandent tre supportes et respectes4 ,ce qui est mensonge dans les choses tombera de soi-mme lorsque la vrit sera considre comme une force bienfaisante4 ,mais pour que les efforts des aptres de la vrit1 pour que les sentiments de ceux qui les suivent et les encouragent soient fconds1 il faut que ces hommes1 ces femmes apprennent rechercher la lumire en eux-mmes1 tout examiner sous ce rayonnement implacable1 appliquer leur propre vie la mthode1 l'investigation rigoureuse1 se servir vis--vis d'eux-mmes d'instruments de prcision4 ,il ne s'agit pas seulement de prparer l'avenir1 mais de raliser en soi1 ds aujourd'hui1 une vrit possible2 cette obligation s'impose1 non seulement aux directeurs attitrs de la pense moderne1 mais toutes les intelligences et toutes les mes capables de concevoir et de ressentir la beaut du vrai4 ,cette orientation nouvelle de la vie morale comprend deux parties3 la pratique de la vrit vis--vis de nous-mmes1 la pratique de la vrit vis--vis des autres4 ,la premire est immdiatement applicable2 la seconde a besoin pour pouvoir s'exercer de l'ducation que l'habitude de la sincrit personnelle aura donn l'me4 ,sans qu'ils s'en doutent1 les tres humains vivent presque tous dans le faux et dans le rve4 ,dans le faux parce qu'ils prtendent sentir1 penser et admettre une foule d'ides et de sentiments dont un examen consciencieux1 mme superficiel dmontrerait la non-existence4 ,ne serait-il pas plus digne1 plus srieux1 plus pratique de se dgager de ces formules vides1 de ces sensations artificielles1 de ces conceptions errones qui entranent et garent8 ,apprendre regarder les vrits face face1 celles de la vie1 des faits1 des circonstances1 serait se revtir d'une cuirasse prservatrice et d'armes de combat efficaces4 ,la plupart du temps l'homme est vaincu dans les luttes1 parce qu'il ne se rend pas un compte exact de ses propres forces et de celles de ses adversaires4 ,il prfre fermer les yeux aux clarts qui dcouragent ou offusquent4 ,il ne tient pas assez compte de la loi des causes et des effets1 ces grands chanceliers de ,dieu1 comme les appelle ,emerson2 il ne veut pas regarder les causes1 de peur d'y trouver l'explication ou l'augure de ses dfaites passes ou futures4 ,autour de lui1 de ses enfants1 de ceux qui l'entourent1 il lve une muraille dont chaque pierre est une ide fausse4 ,les exemples sont inutiles1 il suffit de rflchir un instant1 et ils arrivent en foule4 ,l'homme passe les annes que ,dieu lui donne se forger des illusions qu'il refuse de passer au crible de la ralit4 ,le mme phnomne se retrouve dans sa vie intrieure4 ,l'tre humain qui soumet toutes les manifestations de sa vie morale la lumire de la vrit est une exception4 ,gnralement il se ment lui-mme tout le temps2 les plus honntes vivent dans une sorte de rve inconscient4 ,par moments une clart soudaine se fait1 ils voient leur misre et reculent pouvants1 curs1 anantis4 ,mais1 au lieu de faire de cette vision une habitude constante1 de l'voquer courageusement1 ils s'empressent d'lever entre elle et eux un chafaudage d'illusions et de rves1 attribuant leurs striles aspirations vers le bien le mrite de ralits vcues4 ,se placer en face de la vrit dans toutes les circonstances et dans tous les moments ne signifie point mener une vie parfaite1 ni mme atteindre un haut degr de moralit4 ,l'homme sincre a des passions comme les autres1 il est soumis comme les autres aux lois naturelles1 peut-tre avec plus de force mme1 car l'habitude de la vrit augmente la force vitale4 ,mais1 si la parfaite franchise vis--vis de soi-mme ne suffit pas moraliser les individus1 elle est cependant la condition essentielle de toute moralit2 sans elle1 l'existence la plus admirable d'apparence n'est qu'un de ces spulcres blanchis dont parle l'criture4 ,il y a1 d'ailleurs1 des chances pour que la vision nette de ses misres ramne l'homme dans la voie droite4 ,en tout cas1 ses erreurs1 ses faiblesses1 ses irrgularits n'auront pas la tare irrmdiable du mensonge voulu1 chri1 caress2 ses fautes1 pour graves qu'elles soient1 revtiront une sorte de grandeur1 et sa conscience n'en sera pas dprave4 ,la fausset rapetisse le bien2 la sincrit1 en une certaine mesure1 purifie le mal4 ,lorsque l'habitude de n'apprcier en tout que le vrai dominera les mes1 l'activit humaine doublera4 ,l'homme ne pourra plus supporter en lui des aspirations1 des intentions1 des rves qu'il ne traduira pas en actes4 ,il les touffera s'il ne peut travailler les raliser4 ,et le phnomne se produira aussi bien dans l'ordre moral que dans l'ordre des faits matriels4 ,toute la mentalit humaine changera1 l'chelle des valeurs subira de radicales modifications4 ,le mpris tombera sur ce qui reprsente aujourd'hui le prestige2 l'amour de la gloire vraie remplacera les mesquineries vaniteuses2 la course effrne l'arrivage sera considre comme un aveu d'infriorit2 l'artificiel en littrature et en art s'effondrera comme un chafaudage de planches lgres qu'un coup de marteau suffit dtruire4 ,le travail individuel d'une lite1 si peu nombreuse qu'elle soit au dbut1 suffira renverser plus d'un faux dieu et crer un courant favorable l'institution d'une religion nouvelle1 laquelle toutes les autres pourront participer1 car toutes ont le mot de vrit inscrit dans leurs livres4 ,les chrtiens sincres devraient apporter le contingent de leurs forces la formation de cette lite1 ils ne feraient ainsi qu'obir aux injonctions de leur ,dieu qui s'est proclam lui-mme vrit et vie1 indiquant que les deux mots ne peuvent tre disjoints4 ,la franchise vis--vis de soi-mme1 consciencieusement pratique1 modifiera invitablement nos rapports vis--vis d'autrui1 mais le changement ne pourra s'accomplir que prudemment et progressivement4 ,l'introduction soudaine d'une sincrit intempestive dans les relations sociales serait inutile et dangereuse4 ,le droit du silence1 ce droit indiscutable1 sans lequel la dignit humaine deviendrait impossible1 est le meilleur gardien de notre vracit4 ,que de mensonges parls son usage nous viterait pour ce qui concerne les autres et nous concerne nous-mmes6 ,la pratique de la rserve morale1 cette pudeur qui empche les mes dlicates de livrer leurs secrets1 met l'homme l'abri des investigations indiscrtes auxquelles il doit parer sans cela par la dissimulation ou l'artifice2 apprendre se taire sur les sujets o la franchise complte ne serait pas de mise1 est donc une sagesse et une force4 ,on reste ainsi dans la vrit vis--vis de ,dieu et de soi-mme1 sans tromper1 froisser ou affliger les autres par des paroles fausses1 blessantes ou pnibles4 ,lorsque les habitudes de vracit auront pntr les consciences1 l'homme pourra avoir l'gard de son prochain des franchises1 des sincrits impossibles ou du moins difficiles actuellement4 ,les rapports n'en seront ni plus pres ni moins cordiaux1 car la vision nette de notre tat intrieur nous rendra forcment indulgents et comprhensifs4 ,le factice et l'artificiel une fois bannis1 les relations ne se fonderont plus que sur des sympathies relles4 ,tous les mots flatteurs et affectueux qui s'changent aujourd'hui dans le monde ont perdu leur signification2 ils produisent un petit chatouillement de vanit1 mais l'inspirent aucune confiance4 ,ils font partie du mtier mondain ou simplement social2 rien n'en reste1 et l'homme se trouve dgrad par le seul fait de la non-valeur des mots qu'il prononce abondamment4 ,le jour o1 dans un certain nombre d'esprits1 ce travail personnel se sera accompli1 le mpris du mensonge vcu si longtemps montera des consciences au cur4 ,tous prouveront une honte de s'tre satisfaits d'un tat moral si infrieur1 si absurde1 si mesquin444 ,et ce jour-l1 les plus vridiques comprendront quelle part ils ont eue dans la construction du temple que notre poque1 chercheuse de vrit1 a lev au mensonge4 ,cette terreur qui a de tous temps loign les hommes de la vrit est instinctive1 et jusqu' un certain point justifie2 elle procde de ce que les ,eglises appellent le pch originel ou1 pour mieux dire1 la tragdie mystrieuse qui a creus l'abme entre l'me humaine et ses origines divines4 ,le mensonge nous en dissimule la profondeur1 la vrit nous la montre1 et pourtant elle seule peut aider le combler4 ,mais1 pour oser toujours la regarder face face cette vrit1 une certaine trempe est ncessaire1 et on ne peut l'acqurir que lentement1 par un effort constant de volont4 ,la tentation de dtourner la tte est souvent irrsistible2 c'est un tel repos de s'illusionner1 de ne pas constater1 d'accuser la destine et non soi-mme1 de se figurer que l'irrparable est rparable1 de nourrir son cur et son esprit de rveries qui engourdissent les douleurs et voilent les tats de conscience4 ,nous ne nous apercevons pas qu'elles portent en elles un germe de mort4 ,il n'y a chaleur que l o il y a lumire1 il n'y a vie que l o il y a chaleur2 c'est ainsi dans la nature physique1 et le mme phnomne se rpte identiquement dans l'ordre moral4 ,certes1 se placer toujours sous l'il de la vrit1 c'est courtiser une rude matresse2 c'est apprendre connatre sa propre misre1 constater tout ce qui dfigure notre image2 c'est se soumettre des crises d'anantissement vis--vis de ,dieu et de nous-mmes4 ,souvent1 semblables ,mose sur le mont ,sina1 nous ne pouvons supporter cette lumire1 nous devons nous prosterner la face contre terre pour ne pas tre brls par elle4 ,mais de ces crises notre tre intrieur sort tremp et renforc2 si la vrit crase souvent1 elle relve1 elle transporte aussi2 les mes1 par le contact direct avec cette lumire qui est ,dieu1 acquirent le sentiment de leur origine divine1 la certitude de leur libert et de leur force4 ,ces heures-l compensent les plus rudes humiliations4 ,ils sont rares sans doute ces moments3 les passions1 les faiblesses1 les incapacits de notre nature nous retiennent1 nous entravent sur cette route lumineuse2 mais une fois gots1 on n'en perd plus la saveur1 et pour la retrouver l'on se replace de bon gr1 sous la clart divine1 acceptant les brlures pour connatre les transports1 se soumettant l'crasement salutaire d'o sort le renouvellement des nergies4 ,intellectuellement aussi l'homme ne peut que gagner au contact de la vrit4 ,scientifiquement et historiquement1 c'est indiscutable2 artistiquement1 c'est admis en partie2 mais le fait doit s'tendre toutes les manifestations de l'esprit4 ,on souffre aujourd'hui d'un nivellement amoindrissant4 ,le but est bien d'inventer des genres nouveaux en musique1 en peinture1 en littrature2 mais ce sont des genres1 ce n'est pas de l'originalit vraie2 lorsque le succs arrive1 la horde des imitateurs surgit4 ,le besoin de vrit mis en pratique ferait disparatre genre et imitations2 chacun voudrait tre crateur1 et lorsque l'inspiration dsire ne viendrait pas1 on renoncerait la symphonie1 au tableau1 au pome pour des mtiers plus humbles4 ,l'art et la littrature y gagneraient considrablement1 et le nombre des rats diminuerait4 ,en politique galement1 la vrit simplifierait bien des choses4 ,elle est contraire toutes les traditions1 mais l'on peut se demander si le systme suivi jusqu'ici a produit de trs satisfaisants rsultats pour le bonheur de l'humanit4 ,le droit du silence suffirait garantir des indiscrtions dangereuses4 ,un homme d'tat clbre a dit qu'en politique la sincrit tait la plus grande des habilits1 mais personne n'a relev la formule1 et ni rescrit imprial1 ni motion rpublicaine ne suffiraient l'imposer4 ,l encore1 c'est par le travail individuel des consciences qu'on arrivera changer l'orientation des esprits chargs de gouverner les nations4 ,lorsque chaque individu se sera fait une ducation personnelle par la pratique de la vrit1 il tiendra honneur d'tre lui-mme et de se montrer tel qu'il est4 ,ce sera sa dignit2 il aura honte des attitudes artificielles qui servent aux hommes dissimuler leur individualit vraie4 ,il aimera ouvertement ce qu'il aime1 hara ce qu'il hait4 ,bien entendu1 certaines surfaces et certaines formes devront tre respectes2 aucune socit humaine ne serait possible sans cela4 ,mais on ne se croira plus oblig de partager les prjugs1 les admirations1 les points de vue du groupe auquel on appartient par sa famille ou sa situation4 ,chaque tre voudra tre soi4 ,quel renouvellement de toutes choses6 l'humanit en sera rafrachie1 rajeunie2 l'ennui qui dvore les classes dirigeantes se dissipera1 car leur champ d'observation s'largira trangement1 il deviendra vari1 multiple1 immense4 ,les originalits surgiront1 les copies serviles seront ridiculises1 les habitudes moutonnires ne serviront plus de rgles inflexibles toutes les vies2 l'empire de la mode sera remplac par la fantaisie individuelle444 ,ce sont l les rsultats secondaires de la rvolution morale que le contact avec la vrit imposera aux hommes4 ,quelques existences vivifies suffiraient la provoquer2 la formation de cette lite semble prochaine1 mais pour tre efficace1 elle devrait se recruter dans tous les partis4 ,qu'importe les dnominations6 ,une seule vaut3 l'amour de la vrit1 c'est--dire l'amour du ,dieu de vrit6 ,les uns l'appellent l'ternel1 les autres le ,pre2 d'autres encore l'honorent sous le nom de justice immanente1 mais tous peuvent se rencontrer dans cette communion du vrai4 ,ce qui diffrencie rellement les hommes entre eux1 ce ne sont ni les dnominations ni les opinions politiques2 c'est le plus ou moins d'empire que la vrit a dans leurs curs4 ,que de ,pharisiens respectables hassent la lumire1 et que de pagers la chrissent6 ,malgr leurs dfaillances et leurs chutes1 ils regardent sans cesse vers elle et l'adorent4 ,cette adoration du vrai doit tre la base de la socit de l'avenir1 la religion commune de tous les esprits sincres4 ,elle a des adversaires puissants1 la lutte sera acharne1 les instincts de notre nature lui opposeront de formidables barrires1 mais il faut croire en son triomphe final1 seule esprance de bonheur que puisse avoir l'humanit4 ,il faut y croire1 mme si nous la voyons poursuivie1 crase1 morte4 ,la vrit ne peut jamais tre ensevelie plus de trois jours4 ,le troisime jour elle ressuscitera1 malgr tous les ,pharisiens et ,sadducens qui voudraient la retenir dans sa tombe#ab4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,,bont ,soyez bons dans les profondeurs1 et vous verrez que ceux qui vous entourent deviendront bons jusqu'aux mmes profondeurs4 ,maurice ,,maeterlinck4 ,maurice ,maeterlinck a crit dans le ,trsor des humbles un chapitre sur la bont invisible qui est peut-tre le plus beau de son livre4 ,la forme symbolique1 un peu obscure1 dont il enveloppe certaines vrits sotriques n'empche pas sa pense1 leve en hauteur1 de se manifester avec une clart suffisante4 ,la bont invisible1 dit-il1 n'est pas de ce monde1 et cependant se mle la plupart de nos agitations444 ,elle ne se montre pas444 elle se cache comme si elle avait peur d'user de sa puissance444 ,et l'auteur dcrit les rapports mystrieux1 doux et forts qui peuvent s'tablir d'me me par la puissance sentie1 ne ft-ce qu'un instant de cette lumire secrte4 ,lorsque ,maeterlinck parle de ces rgions suprieures o les dieux vivent1 de ces contacts imprvus et soudains d'o naissent les certitudes inoues1 on croit apercevoir un des coins du voile se soulever4 ,mais ce rveil de l'inexplicable1 ce mouvement intime qui pousse certains esprits se demander chaque soir3 ,qu'ai-je fait d'immortel aujourd'hui8 ne peut se produire que chez les mes prpares par une longue vie intrieure aux rvlations spciales1 aux communications secrtes avec les forces suprieures4 ,c'est le domaine des consciences exceptionnelles4 ,je voudrais parler ici d'une bont plus visible1 plus porte de tous1 qui se renouvelle aux mmes sources que la bont invisible1 mais dont les manifestations rentrent dans le domaine simple de la vie journalire et des rapports constants entre les tres que la volont de ,dieu ou le hasard de la destine a runis dans un cercle commun d'existence4 99 99 99 99 99 ,je tiens d'abord tablir que1 par bont1 je n'entends point philanthropie1 ni mme charit4 ,une personne bonne aura videmment compassion de toutes les souffrances et essaiera de les diminuer1 mais la proposition ne peut tre renverse2 les uvres de bienfaisance regorgent d'individualits dures et acrimonieuses qui ne satisfont gure en s'occupant d'autrui qu'un besoin d'autorit1 d'agitation1 de modernit4 ,quelques-unes traitent si durement les cratures dans leur dpendance1 que les misrables prfrent souvent se passer de bienfaits aussi maussadement distribus4 ,au moindre drangement1 la moindre insistance1 ces soi-disant philanthropes s'nervent1 s'irritent1 entrent mme parfois en fureur1 humiliant par de mprisantes paroles les pauvres tres qui les implorent4 ,les femmes sont les plus irascibles3 quand une de leurs protges est assez hardie pour se prsenter devant elles sans y tre autorise1 il faut entendre ces anges de la charit6 ,comme aucune notion de justice n'claire leur intelligence1 ce qu'elles font pour autrui1 leur parat si immense1 si admirable1 qu'il est inutile de l'assaisonner d'un peu de bonne grce4 ,elles ignorent la compassion2 la sympathie n'habite pas leur cur et la bont y est trangre4 ,d'autres personnalits--et c'est l une seconde catgorie--sentent et pratiquent rellement la charit vis--vis des indigents2 elles ont piti des besoigneux et font pour les secourir de vrais sacrifices de temps1 d'argent1 de sant4 ,mais leur cur ne s'ouvre que pour les misrables1 il reste dur vis--vis de ceux dont la vie est normale1 claire de quelques lueurs de bonheur4 ,leur intrt a besoin pour natre et se dvelopper de l'abaissement du prochain1 de son malheur1 de sa pauvret4 ,la dchance matrielle est le rayon de soleil qui fait germer en ces mes les sentiments altruistes4 ,pour leurs gaux elles demeurent froides et implacables2 ils ne sont pas des frres aimer1 mais des rivaux craindre1 et il est intelligent de fermer contre eux les portes du cur4 ,cette charit unilatrale n'est pas la bont1 ou du moins c'est une bont partielle2 elle est semblable un arbre dont une branche seule porterait des fruits4 ,dans cette nomenclature des bienfaiteurs humanitaires1 auxquels la bont lumineuse et chaude est inconnue1 il ne faut pas oublier les justiciers1 ceux que domine l'orgueil spirituel1 et qui1 se posant en redresseurs des consciences1 distribuent gnreusement conseils et censures4 ,ils s'intressent leur prochain1 oui1 certes1 mais en grands prtres chargs de rechercher et de chtier le pcheur4 ,leur esprit un peu troit ne voit que la surface des choses1 ils mettent des tiquettes1 classent1 catgorisent4 ,je pense toujours que ces gens-l auront de grandes surprises quand ils entendront ,dieu prononcer ses jugements dans les demeures clestes4 ,ils estiment le moule plus que la substance1 travestissent l'histoire1 ne comprennent pas la vertu fconde qui se dgage des paroles sincres et des tableaux vrais4 ,ils crient l'immoralit1 jettent l'anathme1 condamnent et excuteraient volontiers ce prochain1 au bien duquel ils prtendent consacrer leurs nergies et leurs sentiments4 ,philanthropes l'me dure et vous bienfaiteurs des pauvres1 dont le cur est ferm vos gaux1 et vous aussi contempteurs orgueilleux des faiblesses humaines1 vous ignorez le culte de la bont1 son rayonnement ne vous a point pntrs1 l'amour de cette perle cache1 rare1 unique1 exquise vous est inconnu444 ,les faits seuls vous frappent2 vous comptez l'argent qui se donne1 voyez les secours qui se distribuent1 coutez les sentences qui se prononcent1 mais vous tes aveugles la fascination profonde qu'a le regard1 le sourire1 le geste des tres bons4 ,surtout vous ne voulez point voir que la bont est une chose en soi comme la beaut4 ,vous vous obstinez la chercher uniquement--si tant est que vous la cherchiez jamais--chez les personnalits trs vertueuses1 comme si la bont tait l'thique4 ,il ne peut y avoir de vritable thique sans bont1 mais la bont est avant tout un sentiment1 un sentiment qui peut germer dans n'importe quel terrain4 ,j'ai connu de terribles pcheurs qui la pratiquaient avec une infinie dlicatesse1 j'ai vu des pcheresses qui en avaient le cur rempli1 et hlas6 j'ai constat souvent chez des gens trs corrects l'absence complte de cet lment divin4 ,la bont1 on ne saurait assez le rpter1 est donc une chose en soi comme la beaut1 seulement sa force est toujours bienfaisante2 elle ne suggestionne pas les passions1 ne drgle pas la pense et tant d'essence immortelle ne subit pas les dtriorations du temps4 ,il est vident que les fruits d'une bont taye de morale et de sagesse ont des saveurs et des aromes suprieurs ceux des plantes dont les racines tirent leur suc d'un sol ravag par les temptes et o le feu du ciel est tomb4 ,la bont donc1 tout en pouvant crotre dans les marais ou sur les rochers brls1 ne donne sa floraison complte que dans certaines conditions de climat et de terrain4 ,largement cultive1 rchauffe au soleil bienfaisant de la sympathie humaine1 elle pourrait donner des fruits d'essence miraculeuse1 aptes apaiser la faim et la soif des tres qui prissent mentalement1 faute du morceau de pain ou de la goutte d'eau capables de leur donner la force de vivre4 ,car1 si le nombre des affams de nourriture matrielle est incalculable1 celui des malheureux affams d'aliments spirituels est plus considrable encore4 ,tous ne sont pas conscients de ce besoin1 quoique tous plus ou moins en souffrent4 ,mais pour tre efficaces les meilleurs baumes ont besoin d'inspirer confiance2 celui qui l'ordonne ou l'applique doit tre revtu de prestige4 ,or quelle est la position faite la bont dans le monde des honntes gens1 de ceux qui croient en ,dieu ou qui du moins admettent une loi morale8 ,hlas1 si la philanthropie est en honneur1 la bont est en discrdit4 ,vanter la bont de cur d'un individu ne l'avantage nullement dans l'opinion publique4 ,on y voit un signe de faiblesse1 un symptme d'impuissance1 un indice de non-combativit4 tre bon1 c'est--dire exercer une parcelle d'action divine1 quivaut aux yeux de la masse une preuve de navet qui fait se plisser ddaigneusement les lvres4 ,a ces mprisants sourires1 les anges du ciel doivent grincer des dents pour peu qu'ils soient intolrants de la sottise humaine4 99 99 99 99 99 ,pour rveiller les mes endormies qui refusent de s'agenouiller devant la bont1--laisse par ,dieu sur la terre pour adoucir l'homme les durets1 les aridits1 les cruauts de la route1--un premier travail s'impose1 travail de raction et de dfense4 ,avant d'tablir le culte de la bont1 il est indispensable d'apprendre har son contraire1 se mettre en garde contre les manifestations de cette hostilit malveillante que tant de consciences1 soi-disant honntes1 osent se permettre impunment4 ,la lgislation des pays civiliss contient des mesures rpressives contre tous les genres de dlits1 attentant d'une faon quelconque la proprit1 l'homme1 la vie des individus4 ,si les malfaiteurs chappent au chtiment1 c'est la faute des magistrats appels les juger ou celle de leurs victimes qui n'ont pas su les poursuivre3 la loi existe et ne demande qu' tre applique4 ,mais rien ne protge l'homme contre le danger souvent mortel des langues venimeuses4 ,en certains cas particuliers1 la triste ressource du duel existe2 celle des procs en dommages-intrts pour calomnie a1 en ,angleterre et en ,amrique1 des effets pratiques4 ,ils sont1 par contre1 hrisss de difficults en pays latins et donnent de minces rsultats2 il faut1 d'ailleurs1 pour y recourir une diffamation publique1 un article de journal1 une injure devant tmoins444 ,contre les paroles hostiles1 les mdisances hypocrites1 les calomnies extravagantes1 les insinuations mensongres qui courent le monde1 insectes destructeurs de l'me et de la chair1 l'homme est dsarm1 la loi ne lui prte aucune assistance et ne lui en prtera jamais1 car sur les dnonciations anonymes aucun contrle lgal ne saurait s'exercer4 ,mais l o la loi est impuissante1 un courant d'opinion publique pourrait se manifester et imposer ses verdicts4 ,que de choses1 non dfendues par le code1 et personne n'ose faire parce que l'opinion publique s'y oppose6 ,c'est elle qu'il incomberait de vouer l'abandon les tres mchants4 ,il faudrait s'en carter comme de btes malfaisantes et leur enlever par l'isolement1 les moyens et la force de nuire4 ,en avoir peur1 les mnager est un calcul aussi honteux que faux4 ,l'ostracisme est le seul systme suivre pour leur couper les griffes2 il est appliqu souvent des pchs ou des peccadilles1 nuisibles seulement ceux qui les commettent1 et on laisse l'honneur du monde des cratures envieuses1 haineuses dont les paroles empoisonnes dtruisent les bonheurs et les rputations444 ,que d'existences fltries1 que d'affections perdues par ces coups de langue impunis6 ,il est impossible de se reprsenter une socit d'o la mdisance1 le dnigrement1 la moquerie seraient compltement bannis4 ,elles sont irrductibles2 l'humour veut se satisfaire1 la vanit aussi1 et elle trouve plus de plaisir l'abaissement qu' l'lvation du prochain4 ,mais le mal qui rsulte de ces hostilits fleur de lvres est sans grande importance4 ,une bonne1 cordiale ou gnreuse parole peut cicatriser la blessure et dissiper l'impression4 ,ce qu'il faut stigmatiser c'est la mchancet voulue1 pense1 pratique avec persvrance et intelligence1 qui s'irrite de toute grandeur1 s'offusque de tout succs1 strilise toute initiative4 ,chacun de nous a connu1 connat o connatra de ces natures malfaisantes et infcondes elles-mmes1 qui1 tantt sous des formes de douceur hypocrite1 tantt sous des apparences de brusque franchise s'emparent des rputations1 les touffent1 les souillent1 les menacent1 fltrissant et dtruisant les existences1 faisant plus de mal que les bandits et les voleurs1 et cela sans remords1 presque inconsciemment4 ,la socit1 qui a pris ses prcautions contre la srie des dangers visibles1 aurait le droit et le devoir de s'armer contre le pril grandissant de la calomnie pour intangible et subtil qu'il soit4 ,il a pris1 dans ces dernires annes1 des proportions effrayantes4 ,la langue humaine a cess de reculer devant les accusations les plus extravagantes et les plus formidables4 ,avec une incroyable lgret les adjectifs injurieux s'accolent au nom du prochain connu ou inconnu4 ,la premire mesure prendre pour redonner quelque scurit aux chemins de la vie1 serait de rendre les mdisants conscients du mal qu'ils accomplissent4 ,les prdicateurs1 les confrenciers1 les littrateurs devraient entreprendre une croisade contre ces corsaires d'un nouveau genre qui ne combattent pas visage dcouvert1 mais armes empoisonnes1 et sont les vritables fauteurs de l'anarchie qui nous pouvante4 ,plusieurs s'amenderaient n'ayant pch que par lgret2 d'autres deviendraient prudents1 se sentant surveills par l'opinion publique2 les impnitents verraient se tracer autour d'eux un rigoureux cordon sanitaire1 qui circonscrirait leur action pernicieuse et servirait d'avertissement de possibles imitateurs4 ,les deux parties de l'humanit doivent faire un srieux mea culpa1 les femmes en particulier1 car ce sont elles surtout les grandes prtresses de la mdisance et de la calomnie4 ,pour qu'un homme fasse de la parole l'usage lger ou haineux que sait en faire une femme1 il faut qu'il soit tomb trs bas dj dans l'estime publique2 il appartient la catgorie des tres sans valeur ou des canailles avres4 ,chez les femmes1 au contraire1 on en voit d'intelligentes et de respectables rpandre insouciamment les plus venimeuses insinuations et articuler sans scrupules les plus odieuses calomnies4 ,les trois principales causes de ce dbordement de langage sont chez elles3 la vanit qui1 l'envers de celle de l'homme1 a normment augment avec la civilisation2 le manque de responsabilit sociale et morale1 et l'absence totale du sentiment de la justice4 ,il existe dans l'esprit de la femme1 dit ,herbert ,spencer1 un manque visible de la plus abstraite des motions qui est ce sentiment de justice qui rgle la conduite1 indpendamment des affections ou des antipathies qu'inspirent les individus4 ,la plupart des femmes jugent avec leurs nerfs1 avec leur imagination1 quelquefois avec leur cur1 presque jamais avec leur intelligence et leur conscience4 ,par ce vent de revendications qui tire de tous les cts aujourd'hui1 on rend les hommes responsables des maux qui psent sur l'existence de la femme moderne et de toutes les difficults qui en entravent l'essor4 ,sans diminuer nullement la part de faute d',adam dans les malheurs d've1 je crois que1 si l'on procdait une enqute sincre1 on verrait que1 dans la plupart des cas1 la pire ennemie de la femme est la femme elle-mme4 ,et je ne fais point allusion ici aux rivalits de l'amour1 aux reprsailles de la jalousie1 comprhensibles toujours1 parfois excusables et qui rentrent dans le droit de lgitime dfense1 je parle simplement du mal pour le mal qu'elles se font si volontiers les unes aux autres4 ,dans les mariages manqus1 presque toujours une action fminine entre en jeu1 celle d'une mre1 d'une tante1 d'une sur1 d'une amie444 ,ce sont les ennemies indirectes1 bien plus nuisibles que les rivales d'amour4 ,et quand il s'agit d'entraver une carrire de femme1 qui apporte les plus grosses pierres pour le lapidement8 ,si une rhabilitation est tente1 si une malheureuse cherche remonter la pente descendue1 qui la repousse avec le plus de rigueur8 ,ses surs1 toujours ses surs6 ,lorsqu'une femme1 par son intelligence1 son activit1 sa bonne volont1 a russi se crer une place part dans l'opinion publique1 qui essaye de ternir l'image que les hommes s'en font dans le sanctuaire de leur cur8 ,la femme1 toujours la femme6 ,et pour dcapiter ce pavot dont la hauteur les gne1 elles se servent du mensonge comme le buf se sert de ses cornes avec une dextrit merveilleuse4 ,aujourd'hui encore1 dans les luttes qui se combattent pour leur indpendance et leur dignit1 ce sont les femmes qui se montrent les pires adversaires du progrs et du mouvement gnreux tent en leur faveur4 ,elles essayent de l'craser sous le ridicule1 en haine des champions de leur sexe4 ,et mme chez ces champions est-il bien certain qu'un vritable sentiment de solidarit existe8 ,en tout cas1 il n'est pas gnral4 ,or1 ce sentiment de solidarit est la pierre angulaire de tout renouvellement4 ,tant que la main de la femme1 dans les heures de joie ou de douleur1 ne se tendra pas instinctivement vers celles des autres femmes1 tant que le succs d'une compagne ne la remplira pas de joie1 tant que la fraternit ne sera pas ne dans son cur1 sa situation morale et sociale ne s'amliorera point4 ,elle n'aura rien gagn et rien appris4 ,la solidarit des hommes entre eux n'est pas merveilleuse2 elle manque de chaleur et de loyaut et se manifeste surtout pour la dfense de leurs droits au vice2 cependant sa puissance est grande4 ,pourquoi les femmes n'arriveraient-elles pas elles aussi se syndiquer moralement1 oh6 pas contre l'homme1 mais entre elles1 pour leur dfense mutuelle8 ,des socits se forment aujourd'hui1 un peu partout en ce sens1 et1 il y a trois ans1 lady ,aberdeen ouvrait ,londres le grand ,congrs international des femmes par ces mots qui rsument tout un programme3 ,fais aux autres ce que tu voudrais qu'on te fasse toi-mme4 ,mais ce mouvement ne donnera des fruits prcieux que si l'uvre devient intrieure1 si elle pntre le cur et la conscience1 si les femmes ne continuent pas dtester et envier sans remords les femmes de leur entourage4 ,telle excellente fille1 pouse1 mre se montrera dure et implacable pour les autres personnes de son sexe1 essayera de leur nuire de toute la puissance de sa langue et de son esprit4 ,dans les questions de mariage1 on entend les propos les plus cyniques sortir de bouches honntes4 ,un homme dans une belle position remarque une jeune fille ses dbuts dans le monde4 ,il s'occupe d'elle2 on le constate et un moi dsagrable agite immdiatement toutes les autres femmes1 mme celles qui ne sont pas pousables et qui n'ont pas de fille marier3 ,feu de paille6 s'crie l'une d'elles1 cela ne durera pas6 ,laissez-moi faire2 la prochaine occasion je la dflorerai ses yeux de faon ce qu'il n'y pense plus4 ,tout cela dit le plus naturellement du monde et cout de mme4 ,personne n'avait conscience de l'normit formule et entendue2 le vol moral qu'on s'apprtait commettre n'veillait pas le plus lger scrupule4 ,la personne qui avait parl tait irrprochable1 aucun cart de conduite dans sa vie6 ,elle n'aurait pas drob son prochain une aiguille de soie1 mais elle allait touffer sans remords1 par simple hostilit de sexe1 le germe d'un bonheur444 ,et les autres femmes trouvaient l'intention naturelle1 personne ne pensait s'indigner1 se rvolter1 protester444 ,parmi les anecdotes historiques1 il en est une sur lisabeth de ,russie qui rsume tous les raffinements que peut atteindre la mchancet fminine4 ,trahie par son amant1 la czarine se vengea1 raconte la chronique1 en l'obligeant pouser une naine difforme et passer la premire nuit de ses noces dans un palais de glace avec des meubles en glace4 ,le lendemain1 l'impratrice vint avec toute sa cour offrir un bouquet aux maris bleuis sur leur lit par le froid4 ,la fille de ,pierre le ,grand envoya ensuite sa rivale en ,sibrie1 pied1 aprs lui avoir fait couper le nez et les oreilles4 ,ces fantaisies barbares d'une autocrate femelle ne seraient plus possibles aujourd'hui en pays europen1 mais1 si le fait ne peut se renouveler1 l'atroce cruaut qui le dicta a-t-elle entirement disparu des curs modernes8 ,n'y a-t-il pas telles de nos contemporaines qui rpandent autour d'elles une atmosphre angoissante1 lourde de volonts perverses1 de dsirs malfaisants1 de mchancets calcules4 ,les narines dlicates peroivent leur approche une vague odeur de soufre2 au moyen ge1 on aurait conclu la possession diabolique1 et l'exorcisme se serait impos4 ,mais on n'en use plus de notre temps2 il est pass de mode comme les procs de sorcellerie2 les maisons de sant pour nvross ont remplac les chambres ardentes et rien ne s'oppose la violence des torrents de fiel que rpandent les bouches haineuses4 ,la socit qui ne prend aucune mesure efficace pour se dfendre recourt lchement aux offrandes propitiatoires4 ,c'est le culte de ,moloch renouvel1 mais le calcul est aussi erron que vil1 la divinit malfaisante ne s'apaise point4 ,cette complaisance honteuse vis--vis des mdisants et des calomniateurs est non seulement inutile dans ses effets et dplorable en elle mme1 elle reprsente une injure vis--vis de la bont1 car le reniement n'est-il pas la pire des injures4 ,or c'est renier tacitement une force que de ne pas har son contraire4 ,on ne saurait en mme temps adorer le courage et s'incliner devant la lchet4 ,la formule vanglique sur l'impossibilit de servir deux matres s'impose en ce cas comme vrit irrcusable4 ,pour les mes capables de sentir la bont1 la mchancet devrait tre traite en reptile devant lequel on recule4 ,l'amour des animaux1 pouss ses limites les plus exagres1 n'a jamais inspir la philoviprie4 ,par quelle aberration de notre mentalit la vipre humaine est-elle supporte1 flatte1 caresse mme8 ,dans ce phnomne morbide la femme a une large part de responsabilit directe et indirecte4 ,cre pour la bont plus que l'homme1 elle a davantage que lui manqu sa mission par ses aversions violentes1 sa langue acerbe1 ses calculs mesquins4 ,elle se refuse plus encore que son compagnon l'adoration de la bont2 la pratiquant souvent1 elle ne l'admire pas et mprise cette force o elle s'obstine voir une faiblesse4 ,l'homme parfois s'attendrit devant un acte de bont1 la femme rarement1 surtout s'il est accompli par l'une de ses pareilles4 ,cette hostilit contre son propre sexe la rapetisse1 la strilise et ferme son cur4 ,si elle veut devenir ce qu'elle aspire tre dans la socit1 elle doit commencer par abjurer cette hostilit qui rendrait infcondes ses initiatives4 ,le retour sa mission naturelle est aujourd'hui d'accord avec ses intrts4 ,a elle incombe le devoir de prparer le travail de raction contre les mdisants et les calomniateurs1 et1 ce travail accompli1 d'lever un temple la ,bont1 cette plus haute forme de la psych humaine1 qui sert de rachat toutes les fautes et reprsente le seul lien entre la terre et le ciel4 99 99 99 99 99 ,par son temprament plus paisible1 son caractre plus doux1 l'loignement o elle tait maintenue des violences et des luttes1 la femme1 dans le plan divin1 avait t videmment destine tre le centre et le foyer des vertus bienfaisantes4 ,d'elle devaient maner les indulgences1 les patiences1 les encouragements1 les consolations1 preuve en soit le rayonnement rpandu par certaines bonts fminines4 ,lorsqu'une femme aime rellement son prochain1 elle atteint des hauteurs1 arrive des dvouements1 pratique des dlicatesses que les hommes ne sauraient mme imaginer et qui les entraveraient1 du reste1 dans l'accomplissement des devoirs plus rudes qui sont leur lot dans la distribution des tches4 ,si ces radieux exemples sont rares1 ce n'est point incapacit de nature1 mais parce que le cur d've est ferm ses surs2 la strilit d'une branche finit par s'tendre l'arbre entier4 ,le jour doit venir o1 en coutant raconter un acte de bont accompli par une femme1 les autres femmes verseront des larmes de joie1 capables d'effacer toutes les rancunes qui les ont divises4 ,j'avais une amie--dans le sens courant du mot--qui s'est dtache de moi pour des raisons ignores2 mme elle a cherch me nuire par des paroles injustes et malfaisantes4 ,je lui en voulais un peu et sa prsence m'tait devenue plus pnible qu'agrable4 ,rcemment1 par hasard1 une histoire m'a t raconte1 rvlant de la part de cette femme de grands traits de bont2 j'en ai prouv une joie subite1 inexplicable1 l'ombre de rancune qui obscurcissait mon esprit s'est dissipe4 ,aucune explication n'aura lieu entre nous1 et probablement nous resterons spares1 mais quand je la rencontrerai ce sera avec plaisir1 car je saurai qu'il y a dans son cur1 malgr ses torts vis--vis de moi1 une belle place saine4 ,si l'on entrait dans cet ordre de sentiments que de magnifiques joies on y trouverait6 ,on m'objectera qu'elles seraient dpasses par les douleurs et les dceptions4 ,mais n'en avons-nous pas dj8 ,il n'est pas besoin d'aimer les autres1 il suffit de s'aimer soi-mme pour sentir cruellement les torts qui nous sont faits1 pour souffrir des moindres dsillusions4 ,le dveloppement de la sensibilit altruiste n'augmente pas les souffrances et les tempre1 au contraire1 en opposant la lumire l'ombre4 ,en cultivant la bont comme un attribut qui lui est propre1 en la mettant au sommet de ses admirations1 en hassant la malveillance comme une laideur1 la femme rentrerait dans le plan divin4 ,la colre1 l'indignation peut parfois ennoblir la physionomie de l'homme1 tandis que tout sentiment de violence1 de haine1 de rancune enlaidit la femme et la rend facilement grotesque4 ,sa force rside dans la douceur1 et la douceur sans bont est une venimeuse peau de serpent dont il faut se dfier plus que d'un fusil charg4 ,la bont relle est un fard merveilleux1 elle imprgne de charme celles qui la sentent et la pratiquent4 ,rien ne retient le cur des hommes comme la bont1 les plus sceptiques n'y rsistent point1 lors-qu'ils la sentent chaleureuse et vraie4 ,des femmes laides ont t passionnment aimes parce qu'elles taient bonnes2 des pcheresses ont t honores dans leur vieillesse parce qu'elles taient bonnes2 de grandes coupables sont pardonnes parce qu'elles taient bonnes4 ,l'impratrice ,thodora1 la femme de ,justinien1 laquelle la tradition prte un pass de dbauches et un rgne de crimes1 avait1 parat-il1 un redeeming point4 ,le merveilleux manteau dont les mosaques de ,ravenne conservent le fastueux dessin1 cachait un cur rempli de piti pour les autres femmes4 ,toujours elle les dfendit1 toujours elle leur tendit une main secourable1 toujours elle se mit entre elles et les dangers1 les chtiments et les douleurs4 ,et certes1 ,thodora n'tait pas une faible2 elle aimait la domination et l'exerait2 elle aimait sa beaut et n'aurait pas souffert de rivales4 ,son esprit tait viril2 elle avait un cerveau d'homme d'tat et pour assurer sa puissance ne reculait pas devant le crime4 ,mais1 malgr sa supriorit intellectuelle incontestable et sa nature imprieuse1 elle sentait sa fraternit avec les autres femmes4 ,elle les aimait1 les plaignait1 les protgeait4 ,ce que l'impratrice byzantine savait prouver1 la femme actuelle finira-t-elle par le connatre et l'apprendre8 ,cette bont de femme femme la vie moderne la permet et mme l'impose4 ,jadis la compagne de l'homme vivait presque exclusivement enferme dans le cercle de la famille1 n'ayant gure que des contacts mondains avec son prochain du mme sexe4 ,aujourd'hui ces contacts se multiplient4 ,l'heure de la fraternit a sonn4 ,la bont rayonnante et tendre doit devenir l'aspiration des mes4 ,cette bont semblera beaucoup de femmes contraire la position de combat qu'elles ont prise4 ,elles croient que pour tre moderne il faut tenir perptuellement la lance au poing4 ,or c'est juste le contraire2 la modernit est la fraternit1 et il n'est point de fraternit fconde sans bont4 ,il est des pays comme l',angleterre o la force tend devenir le seul idal et o la dangereuse thorie du superhomme semble prendre pied mme dans les coles primaires4 ,la sensibilit y est raille et l'gosme et l'ingratitude y sont rigs en divinits4 ,mais ce sont l des vgtations superficielles1 nes d'un excs d'orgueil2 tant contraires la vrit et l'humanit1 elles ne pourront pousser de fortes racines4 ,il ne faut pas que la thorie philosophique de persvrer en son tre qui est la plus fausse des doctrines et la plus contraire au progrs vienne entraver ce mouvement de fraternit4 ,il ne s'agit pas pour l'homme de persvrer en son tre1 mais de le dvelopper jusqu' son plus haut degr d'panouissement4 ,parmi les forces morales il en est de belles1 de grandes1 d'utiles4 ,quelques tres privilgis ont pu les exercer avec puissance et la postrit leur en rend honneur4 ,mais ce qui nous meut en lisant la vie de ces cratures exceptionnelles1 ce n'est pas le souvenir des batailles qu'elles ont gagnes1 des traits qu'elles ont conclus2 si nous nous attendrissons1 c'est au rcit d'un acte de bont1 d'une preuve de sensibilit1 d'un lan de fraternit4 ,l'impratrice ,marie-,thrse a laiss sur la terre une forte empreinte1 mais parmi les gloires de la descendante de ,habsbourg1 une des plus rayonnantes est contenue dans le petit fait suivant que l'histoire n'a mme pas enregistr4 ,l'impratrice prouvait pour le prince lorrain1 dont elle avait fait un empereur1 un attachement trs vif1 et leur mnage pouvait tre cit comme un modle parmi les mnages souverains d',europe4 ,l'on racontait cependant que l'empereur ,franois regardait avec trop de bienveillance l'une des dames de la cour impriale4 ,l'impratrice1 fort jalouse1 n'osait ragir1 mais elle ne cachait ni son mcontentement de cette amiti trop tendre1 ni son hostilit contre sa rivale4 ,l'empereur mourut1 et toute la cour s'attendit une excution4 ,a la crmonie des funrailles1 lorsque pour la premire fois la malheureuse femme que ,franois de ,lorraine avait aime1 se retrouva en prsence de ,marie-,thrse1 tous les courtisans tendirent la tte avec une curiosit avide4 ,mais l'impratrice1 allant au devant de celle que jusqu'alors elle avait hae1 l'attira dans ses bras4 ,nous avons beaucoup perdu1 ,madame1 dit-elle en l'embrassant4 ,le souvenir du couronnement de ,pesth et des guerres de ,silsie sera depuis longtemps tomb dans l'oubli que ces paroles de victorieuse bont rsonneront encore dans les rgions mystrieuses o se conservent les rares actes divins accomplis par l'homme sur la terre4 ,l'me de la femme subit une crise dangereuse4 ,d'un ct1 il est vrai1 un cri de rescousse a travers le monde1 le mot de solidarit fminine a t prononc1 mais ne risque-t-il pas de se changer en cri de guerre lorsque les femmes ayant russi tendre leurs droits1 les limites de leurs ambitions s'largiront8 ,implacables les unes envers les autres tant qu'il ne s'agissait que de la conqute du mle1 quelles proportions prendra cette hostilit1 quand elles auront d'autres victoires remporter8 ,comment supporteront-elles la concurrence qui1 dans l'implacable lutte pour la vie1 est l'occasion pour les hommes de tant de discordes et de cruauts8 ,au lieu d'difier la bont un temple magnifique1 au lieu de mettre son culte en honneur1 les verra-t-on renverser les dernires pierres du pauvre autel qui lui restait encore et laisser libre passage la horde malfaisante des dnigreurs1 des dtracteurs1 des calomniateurs8 ,ces anarchistes anonymes qui sapent tous les respects1 dtruisent toutes les confiances et infiltrent dans les mes le doute universel sont les rels dmolisseurs de la socit4 ,ils ne tuent pas eux-mmes1 mais ils ont prpar les armes dont les ennemis se servent4 ,la responsabilit des femmes est effrayante en ce moment4 ,si le mouvement fministe tourne la haine1 au lieu de tourner la bont1 toute la joie sera bannie de la terre4 ,les yeux doivent s'ouvrir enfin4 ,il ne s'agit ni de religion1 ni mme de morale1 c'est une question de vie ou de mort4 ,les plus incrdules devraient le comprendre4 ,il n'y a de bonheur que dans la bont2 la bont seule le donne4 ,une femme dont la maternit s'tend tous1 il faudrait s'agenouiller devant elle chaque minute parce qu'elle reflte le divin4 ,ce qu'une crature semblable fait de bien1 qui pourra jamais le mesurer1 mme si elle ne sort pas du cercle restreint de la famille et des amis8 ,une grande lumire mane d'elle1 une lumire de vie et de joie qui provoque chez tous ceux qui l'approchent un panouissement de l'me4 ,elle est l'amie1 le repos1 la consolation4 ,comparez son influence celle des femmes dont les paroles sches1 les critiques acerbes1 les insinuations perfides dcouragent toutes les manifestations nobles ou tendres4 ,leur sourire sceptique abattrait le zle d'un aptre4 ,mme en n'employant que la mthode empirique le doute n'est pas permis4 ,d'un ct le jour chaud et radieux1 de l'autre la nuit froide1 sombre1 sans toiles444 ,des deux courants qui triomphera8 ,le triomphe complet est impossible1 il y a dans l'humanit des instincts qui ne s'anantissent jamais compltement1 mais l'un des courants peut rduire l'autre4 ,de grandes et magnifiques forces finiront par dominer le monde1 mais quoi servirait l'homme d'lever des autels la vrit et la justice1 si la bont restait sans tabernacle4 ,elle est semblable cette charit dont parle saint ,paul1 sans laquelle toutes les sciences et toutes les vertus rsonnent et retentissent vainement comme l'airain et la cymbale4 ,la bont n'a pas de sexe4 ,elle est aussi ncessaire une portion de l'humanit qu' l'autre1 car elle seule pourra sauver le monde de l'anarchie morale dont il est menac comme il y a dix-neuf sicles4 ,cette fois le salut peut venir de la femme4 ,un proverbe lombard dit3 ,la femme a sept mes et une petite me4 ,c'est peut-tre dans cette petite me oublie qu'elle doit regarder aujourd'hui pour y trouver la vision de ce que l'humanit attend d'elle4 ,y puisera-t-elle la force d'arracher de son cur la plante venimeuse qui la dtriore8 ,saura-t-elle comprendre et pratiquer la mission de maternit largie qui doit tre la revanche de son sexe8 ,,chapitre ,,viii ,,le ,,respect ,,du ,,repentir ,il y a plus de joie au ciel pour un pcheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes4 7,,luc41 #ae-g47 ,dans une socit plus quitablement et gnreusement organise que la ntre le respect du repentir entrera forcment dans les coutumes morales4 ,mais1 ds aujourd'hui1 les esprits chercheurs de vrit1 ennemis des vaines formules et sur lesquels les apparences pharisaques n'exercent aucun prestige1 devraient rendre ce phnomne de la conscience1 une fois sa sincrit constate1 l'honneur qui lui est d4 ,malheureusement1 jusqu'ici1 semblables en cela aux esclaves des prjugs et des formes1 ils ont refus de s'incliner devant le pcheur repentant4 ,certains curs savent pardonner toutes les fautes2 le monde1 sans les pardonner1 est indulgent celles qui ne troublent pas son quilibre1 et les vices eux-mmes ne le rebutent point1 s'ils ne sont pas l'objet de scandales clatants4 ,mais toutes les mes1 mes mdiocres ou mes d'lite1 sont peu prs d'accord pour refuser l'homme qui regrette ses crimes1 ses fautes ou ses insuffisances1 le respect auquel ce regret sincrement senti lui donnerait droit4 ,bien au contraire1 la manifestation ou mme la simple constatation de ce repentir diminue sa situation morale2 tant qu'il n'avouait pas ses erreurs1 on pouvait les ignorer2 vouloir les rparer1 c'est affirmer qu'elles existent4 ,on lui permettra peut-tre1--pas toujours1--de travailler au bien1 d'accomplir le bien1 d'effacer le vermillon qui tachait ses vtements1 et de le remplacer par la blancheur des neiges4 ,mais il occupera par le fait mme de cet effort une position infrieure1 l'opinion publique s'exprimera sur son compte avec une piti ddaigneuse et sa force sera traite en faiblesse4 ,aussi longtemps qu'il vivait dans l'erreur ou l'inutilit1 nul ne se croyait autoris lui rappeler ses carts de conduite1 ses inaptitudes ou ses paresses2 on acceptait toutes les surfaces1 mme si elles taient perces jour6 ,du moment qu'il a avou1 ft-ce simplement par une modification de sa manire d'tre1 qu'il rprouvait sa vie prcdente1 chacun s'imagine avoir le droit1 presque le devoir de lancer contre lui sa petite ou sa grosse pierre et d'assumer son gard une attitude de supriorit ou de condescendance4 ,cette inconsquence morale est commune presque tous les hommes1 quelles que soient les croyances qui dirigent leurs vies4 ,comment peut-elle s'expliquer et se justifier8 ,trouve-t-elle un appui dans la religion8 ,de quels arguments la logique peut-elle la soutenir8 ,en cherchant dterminer les causes d'o elle procde1 on arrivera peut-tre en saisir l'irrationalisme et l'injustice profonde4 99 99 99 99 99 ,les mes religieuses1 appartenant aux diffrentes confessions chrtiennes1 appeles se prononcer ce sujet1 dclareraient videmment qu'elles reconnaissent l'utilit du repentir puisque le salut ternel dpend1 pour la part qui concerne l'homme1 de ce fait mme4 ,mais si elles proclament ce devoir en principe1 elles le dmentent en pratique1 et les cas o elles vivent cette vrit sont des plus rares4 ,tel pasteur mthodiste ne prendra comme servantes que des prisonnires libres1 tel prtre catholique montrera au forat vad la sublime confiance du cur ,myriel pour ,jean ,valjean2 mais on se meut ici dans un monde spcial1 form de situations exceptionnelles1 de consciences exceptionnelles1 de curs exceptionnels1 et dont les excs de confiance pourraient avoir1 du reste1 s'ils taient trop largement appliqus1 des consquences dangereuses pour la scurit et mme la morale sociale4 ,le rara avis ne compte pas quand il s'agit d'un examen d'ensemble2 ce qu'il importe de connatre c'est la mentalit gnrale de ceux qui s'intitulent chrtiens4 ,quelle est leur attitude vis--vis du repentir8 ,la rponse n'est pas douteuse3 presque tous manifestent une dfiance plus ou moins accentue l'gard de l'homme qui1 reconnaissant ses erreurs1 fait volte-face en les avouant4 ,il cesse d'occuper leurs yeux1--comme ceux des simples mondains1--sa position primitive2 pour blmble et blme qu'ait t sa conduite passe1 il bnficiait du doute1 et le doute parat toujours prfrable la certitude de la faute1 mme si cette faute est suivie d'une expiation volontaire4 ,on peut aller jusqu' affirmer que les exemples de repentir agrs par ,dieu reprsentent pour beaucoup de consciences une pierre d'achoppement4 ,les paroles de mansutude que le ,christ adresse aux pcheresses1 la place qu'il permet ,madeleine d'occuper prs de lui1 le fait qu'aprs la crucifixion c'est elle qu'il apparat en premier1 ont troubl plus d'une chrtienne rigide4 ,toutes ne l'avouent pas1 mais combien s'en sentent blesses6 ,aprs avoir pass leur vie rsister1 par amour de ,dieu ou par crainte de l'enfer1 aux sollicitations de leur imagination et aux fivres de leur cur1 la misricorde attendrie de ,jsus1 les dconcerte1 les alarme1 les aigrit et elles seraient prtes juger leur ,dieu4 ,qu'il ait pardonn1 passe encore6 ,mais joindre jamais son nom celui de ces cratures de honte et de luxure leur parat incomprhensible et dur pour les femmes chastes1 auxquelles si peu de gloire dj est rserve en ce monde4 ,le pardon accord l'abominable reniement de ,pierre1 aux perscutions de ,sal de ,tarse ne les blesse pas au mme degr4 ,quant aux hommes1 moins subtils et peut-tre plus gnreux1 ils ne s'arrtent gure ces contradictions apparentes de la pense divine1 et c'est pourquoi1 sans doute1 ils n'apprennent pas1 eux non plus1 la leon sublime qu'elles contiennent4 ,la lgende raconte que le corps de sainte ,catherine de ,sienne a t rduit en poussire2 dans son cercueil on n'a trouv que des ossements4 ,celui de sainte ,marguerite de ,cortone1 au contraire1 tait dans un tat de conservation parfaite et exhalait des parfums dlicieux4 ,or1 la premire1 cette grande figure de sainte politique qui ramena ,grgoire ,,xi d',avignon1 n'avait jamais failli1 ni connu d'autre passion que son ,dieu et la gloire de l'glise1 tandis que la seconde n'tait revenue la religion qu'aprs une srie d'ardentes amours4 ,j'ai entendu de bonnes chrtiennes soupirer amrement ce rcit4 ,ces mmes femmes1 enclines presque contester ,dieu la facult du pardon vis--vis de la pcheresse repentante1 serrent contre leur cur1 avec la plus grande cordialit1 des femmes de rputation plus qu'quivoque1 de caractre douteux1 mais enveloppes d'un suffisant manteau d'hypocrisie4 ,il est trange quel degr1 en ce genre d'erreurs1 ce qui est bas et mdiocre obtient d'indulgence4 ,les grandes passions1 qui portent en elles-mmes leur excuse1 rencontrent une bien autre svrit2 si celles qui les prouvent essayent de racheter leurs faiblesses par la pratique d'autres vertus1 on leur en conteste volontiers le droit4 ,c'est le repentir l'tat de regret1 c'est le premier chelon1 et dj les hostilits se marquent4 ,si les scrupules s'accentuent1 si la conscience arrive dominer le cur1 comprimer les passions1 ordonner le renoncement1 toutes les vertueuses indignations clatent1 et chacun de crier3 ,haro sur le baudet6 ,il pouvait son aise tondre de ce pr la largeur de sa langue1 et brouter mme sur d'autres prs1 peu importait6 ,mais confesser sa faute ou avoir l'air de la confesser1 ou1 ce qui est pire encore1 essayer de la racheter1 voil le crime aux yeux de beaucoup de justes4 ,et s'il en est ainsi pour ce qui concerne les femmes dans la vie sentimentale et passionnelle1 la mme intransigeance1 la mme inconsquence se rencontrent chez les hommes dans les questions d'honneur1 de probit1 de droiture4 ,je parle des hommes qui ont la prtention de conformer leur vie aux doctrines chrtiennes1 sans tre pour cela des saints ou des exalts4 ,ils frquenteront des gens tars1 concluront des affaires avec eux1 rechercheront leur appui s'ils sont puissants1 recourront leurs conseils s'ils sont habiles4 ,dans leur me et conscience ils n'ont aucune estime pour ces associs momentans1 ils savent parfaitement quoi s'en tenir sur leur compte1 mais tant que la surface reste convenable1 ils les traitent en membres honors de la socit4 ,qu'elle s'caille de quelque ct1 cette surface1 que les malheureux veuillent racheter1 expier1 qu'ils essayent de recommencer une existence nouvelle1 halte-l6 ,les portes se ferment1 les mains se retirent1 les yeux se dtournent4 ,on supportait tout du coupable1 tant qu'il ne s'tait pas dnonc lui-mme en se repentant4 ,il ne pchera plus1 c'est fort bien4 ,mais il a tacitement avou avoir pch et les ,pharisiens1 dont le nombre est lgion1 se voilent le visage cette vue4 ,on ne peut s'empcher de penser ,tartufe1 et si la citation n'tait irrvrencieuse on citerait la scne du mouchoir4 ,cette faon d'agir est humaine1 car elle est gnrale et ceux qui la dnoncent ont peut-tre en certaines circonstances pens et senti de mme1 chacun tant plus ou moins esclave d'un faux respect humain4 ,l'homme est souvent comme un enfant1 les mots l'effrayent plus que les faits2 il se bouche les oreilles pour ne pas les entendre et en veut celui qui prend un porte-voix pour les faire pntrer dans son tympan4 ,seulement on peut se demander1 au moyen de quel subterfuge moral1 les chrtiens parviennent excuser vis--vis d'eux-mmes cette manire d'tre et de voir si absolument contraire la doctrine vanglique4 ,le point n'est pas discutable1 cette doctrine place le repentir au-dessus de la vertu4 ,ce n'est pas parmi les justes que le ,christ cherche ses disciples2 et1 entre ses disciples ce n'est pas ceux qui n'ont plus jamais failli aprs leur adoption qu'il donne le plus grand pouvoir1 ce n'est pas eux qu'il charge de patre en brebis4 ,l'exemple de ,pierre est l pour l'attester4 ,on sait qu'il a choisi ,paul parmi ses perscuteurs4 ,donc1 non seulement il admet et accepte le repentir1 mais il l'honore2 ceux qui ont senti passer sur leurs consciences ce grand flot purificateur1 il promet et il donne une couronne de gloire4 ,il attache leurs pleurs une vertu rdemptrice4 ,et tes larmes1 ,madeleine1 ternellement1 sur tout amour de femme1 comme un vent de neige1 jetteront la blancheur#ac4 ,le respect du repentir est donc impos par la religion chrtienne4 ,il ne faut pas mpriser celui qui regrette ses erreurs1 moins que ce ne soit pas une lche peur du chtiment1 il faut l'honorer1 lui donner dans l'estime une place suprieure la place du juste1 admettre et croire qu'il aura dans les vies futures1 prs de ,dieu1 une situation privilgie et que mme1 sur cette plante1 les ttes de ses frondaisons domineront peut-tre celles des lis4 ,mais alors quoi bon rsister ses entranements et pratiquer les vertus difficiles1 si les pcheurs doivent occuper les trnes et les justes se contenter de modestes escabeaux8 ,l'objection1 plausible d'apparence1 manque absolument de fonds1 car ne se repent pas qui veut et rien n'est plus rare que ce mouvement de conscience3 les grandes mes seules en sont capables4 ,les mdiocres peuvent prouver elles aussi parfois des lueurs de regret qu'elles prennent pour de la repentance1 mais ces lueurs s'effacent vite4 ,le repentir qui rgnre est d'essence divine2 il ne s'labore que dans des alambics d'or pur et marque d'un fer rouge les curs travers lesquels il passe4 ,ceux qui en supportent les brlures appartiennent la race des forts1 des rsistants1 des martyrs4 ,c'est ces natures exceptionnelles que ,dieu a discernes sous les hontes1 les reniements1 les perscutions des ,madeleine1 des ,pierre et des ,paul4 ,pourquoi le chrtien n'essaye-t-il pas de discerner lui aussi ces grandeurs caches1 et l'exemple de celui qu'il prtend reconnatre pour matre1 ne cherche-t-il pas parmi les pcheurs repentants les serviteurs enthousiastes1 patients et fermes1 ncessaires aux causes gnreuses qu'il veut dfendre ou faire triompher8 ,pourquoi8 hlas6 pourquoi8 ,parce que l'orgueil spirituel l'aveugle1 parce que sa propre justice le rend sourd1 parce que le pharisianisme veille encore aux portes des temples1 et que si le ,fils de ,marie revenait sur la terre1 aprs dix-neuf sicles de christianisme1 la mme race de vipres se dresserait devant lui1 les mmes dnonciations devraient sortir de ses lvres4 ,pour refuser le respect au repentir1 c'est--dire pour ne pas y croire1 pour ne pas l'accepter1 pour ne pas s'incliner devant lui1 l'homme religieux ne trouve dans ses croyances aucun motif et aucune excuse4 ,au contraire1 l'esprit mme du christianisme lui enjoint premptoirement de tendre la main l'me repentante et de la conduire la place d'honneur2 on a beau retourner toutes les paroles de ,jsus1 une autre conclusion est impossible3 ,il y a plus de joie au ciel pour un pcheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes4 ,quelques chrtiens1 tout particulirement vangliques dans leurs vues1 ont cout cette leon et essayent de la pratiquer1 mais ce sont les exalts2 les sages1 les raisonnables refusent de l'entendre2 la masse y est rsolument contraire4 ,les potes seuls semblent l'avoir comprise4 99 99 99 99 99 ,les manifestations du repentir sont tout aussi mal accueillies par la classe de ceux qui1 tout en portant officiellement le nom de chrtiens1 ne prtendent point agir en disciples du ,christ1 mais qui1 distes1 spiritualistes1 agnostiques1 positivistes mme1 reconnaissent une loi morale ncessaire et essayent1 plus ou moins1 d'y conformer leur conduite4 ,la rpugnance qu'ils prouvent l'gard du pcheur repentant est infiniment plus excusable et comprhensible que celle des personnes religieuses1 car le sentiment de sa propre justice n'a au fond rien de moralement choquant chez un positiviste4 ,tout au plus indique-t-elle de sa part une lacune d'intelligence1 une ignorance de la nature humaine1 un manque de profondeur dans la comprhension4 ,pntr de sa vertu1 il prouve une sorte de ddain naturel pour ceux qui1 levs comme lui et placs au mme degr social1 ont descendu la pente2 il n'a qu'une mdiocre confiance dans leurs efforts pour la remonter1 et mme s'il a confiance1 il ne se sent point port leur reconnatre de ce chef une supriorit2 ses yeux leur position morale reste infrieure irrmdiablement4 ,mais ce qu'il peut y avoir de naturel dans leurs rpugnances et leurs prjugs n'empche point ces dfenseurs de la socit et de la morale d'tre imprudents et illogiques en ne pas encourageant le repentir4 ,comme on ne peut liminer le mal qui ronge1 dtruit et tue1 il faut essayer d'en corriger les effets dsastreux4 ,or1 pour cela il n'existe qu'un seul moyen3 convertir le mal en bien1 et pour le convertir en bien il faut amener ceux qui ont l'habitude de le commettre en reconnatre l'inutilit1 la laideur et les dsavantages4 ,cette conviction1 naissant dans un esprit1 en dehors mme de tout sentiment religieux1 ou de tout mouvement de consciences1 porterait celui qui en est saisi une modification de conduite dont les effets seraient favorables son entourage et dont la socit entire bnficierait indirectement4 ,ne pas provoquer et faciliter ces volte-faces1 quelle que soit la source d'o ils procdent est1 par consquent1 maladroit1 draisonnable et antisocial4 ,tous les hommes presque commettent dans leur jugement la singulire erreur d'apprcier les individus sur des faits isols de leur vie1 oubliant que la seule indication vritable de valeur ou de non-valeur est l'ensemble du caractre4 ,il y a des tres dont l'existence n'est marque par aucune faute apparente de conduite et qui n'ont jamais accompli le moindre bien en ce monde1 dont la nature troite1 agite1 goste1 l'esprit faux1 l'instinct d'intrigue ont t cause de beaucoup de mal4 ,ils jouissent cependant de l'estime gnrale1 on leur confie des missions importantes1 on recourt leurs conseils1 on leur laisse la direction des intrts d'autrui4 ,si l'on se donnait la peine d'examiner de prs leur vritable nature1 si un peu de raisonnement et de psychologie exprimentale clairait le jugement gnral1 on s'empresserait de les dlivrer de toutes responsabilits1 les trouvant indignes et incapables d'en porter le poids4 ,c'est en sens inverse que ce travail mental devrait s'accomplir pour d'autres personnalits2 tel individu qu'on carte de toutes les charges parce qu'il a commis1 un moment donn de sa vie1 un acte coupable de genre quelconque1 qu'il n'a pas eu l'hypocrisie ou la sagesse de dissimuler1 possde une nature grande1 gnreuse1 altruiste1 droite2 il a dploy pour le bien de l'nergie et de l'intelligence4 ,si on lui confiait une tche remplir1 il ne mnagerait ni fatigues ni efforts6 ,pourquoi ne pas recourir lui8 ,parce qu'un acte incorrect tache son existence et qu'il est connu4 ,s'il tait rest cach ou l'tat de soupon1 il pouvait le multiplier par dix1 et l'opinion publique ne se serait pas mue4 ,mais1 crime irrmissible1 l'acte coupable a t avr1 confess1 regrett1 mieux vaut donc s'adresser l'tre sans valeur1 sans conscience1 sans gnrosit3 il remplira sa tche mal ou insuffisamment1 peu importe1 l'tiquette reste convenable4 ,et malheureusement1 la plupart de ceux qui portent ces jugements inconsquents1 bass sur des faits isols1 sans se soucier d'examiner l'esprit intime des choses1 d'tudier les causes secrtes et les responsabilits vraies1 d'arriver la nature intrinsque des tres pour tre en mesure d'apprcier leurs capacits et leurs possibilits1 croient de bonne foi accomplir une uvre de dfense sociale4 ,par ce systme1 ils tablissent le rgne des mdiocrits1 risquent d'carter les valeurs et de placer la terre dont ils ont charge dans les mains de cultivateurs incapables et paresseux4 ,si les hommes apprenaient tablir leur opinion les uns des autres sur des bases suprieures celles des conventions et des apparences1 une bonne part d'injustice disparatrait de ce monde1 et l'on verrait plus souvent the right man in the right place4 ,ceux qui croient et esprent travailler la prparation d'une socit nouvelle1 o une humanit nouvelle est destine s'panouir1 devraient commencer modifier leur mthode d'apprciation4 ,les conducteurs d'hommes1 les distributeurs de travail1 doivent voir au-del des surfaces1 distinguer dans les foules1 les forces1 les aptitudes1 les capacits4 ,chacun peut avoir droit une part de soleil1 mais chacun n'est pas apte diriger une caravane1 construire une forteresse1 organiser une colonie4 ,une psychologie plus large1 plus profonde1 permettra une rpartition plus juste4 ,tout progrs social qui ne serait pas fond sur ce principe1 manquerait d'assises solides4 ,d'ailleurs1 il n'est point ncessaire d'attendre que l'volution sociale se soit accomplie pour que chacun en son particulier apprenne modifier son systme de psychologie4 ,tout naturellement1 lorsqu'on jugera sur l'ensemble et non sur le fait particulier1 on arrivera discerner sous les fautes les forces bienfaisantes1 et la constatation de ces forces1 amnera les esprits accepter la possibilit du repentir chez ceux qui les ont commises et mme avoues4 ,l'acceptation poussera l'encouragement2 et de l'encouragement au respect chez les mes quitables1 le pas sera vite franchi4 ,le sentiment de dfense sociale qui a pouss et pousse encore tant d'esprits honntes fermer rigidement les portes tous ceux qui d'une faon connue1 se sont carts momentanment de la voie droite1 devrait leur conseiller1 au contraire1 la provocation et la culture du repentir sous toutes ses formes4 ,et non seulement pour les erreurs et les fautes que la loi ne punit point1 mais plus encore peut-tre pour la catgorie des criminels1 des ennemis positifs de l'ordre et de la scurit4 ,ce repentir1 il faudrait le faciliter de toutes faons1 presque lui offrir des primes1 avec discernement bien entendu1 et en prenant des prcautions contre l'hypocrisie et les rcidives possibles4 ,on serait dupe quelquefois1 c'est invitable1 mais qu'importe6 ,d'ailleurs1 n'est-on pas dupe toujours par quelque ct1 ds qu'on tente une amlioration ou qu'on pousse au progrs1 mme en faveur des honntes gens8 ,la redoutable question des prisonniers librs n'a point encore dans les proccupations publiques la place qu'elle mrite d'occuper1 bien qu'elle ait mu en tous pays quelques consciences d'lite4 ,ces tres qu'on rend la socit parce que leurs dlits ne mritaient pas la rclusion perptuelle et que1 d'ailleurs1 il faut faire place d'autres1 que vont-ils devenir8 ,se rpandront-ils en semence corruptrice8 ,augmenteront-ils l'arme du crime pour retomber de nouveau sous la sentence du chtiment8 ,deviendront-ils1 aprs avoir expi leurs fautes et en avoir compris l'horreur1 des citoyens utiles et honntes8 ,il faudrait rendre cette troisime alternative possible4 ,l'est-elle en nos pays d',europe8 ,le prisonnier libr et repentant reste partout un paria2 il peut mener pendant vingt ans une existence impeccable1 le jour o son pass est connu1 l'estime publique se retire de lui1 les portes se ferment1 on oublie ses vertus1 on se rappelle uniquement de l'acte coupable pour expi et rpar qu'il ait pu tre4 ,les exemples citer seraient innombrables4 ,ceux qui ont pu se rhabiliter momentanment en laissant ignorer leur personnalit juridique sont1 du reste1 parmi les exceptions heureuses4 ,d'autres sombrent ds leurs premiers pas4 ,le retour la vie libre1 que signifie-t-il pour eux8 ,repousss de tous les milieux respectables1 sollicits par leurs anciens compagnons1 ils voudraient tre honntes qu'ils ne le pourraient pas6 ,les femmes surtout se voient presque toujours forces de retomber dans le vice1 sinon dans le crime4 ,des associations se sont formes dans plusieurs pays pour recueillir et aider ces malheureuses1 mais elles disposent de trop faibles moyens pour venir efficacement en aide l'immense arme que les prisons reversent de temps autre sur la socit et qu'il vaudrait mieux garder enferme si aucun travail honorable n'est prpar pour ces mains dont on a dtach les chanes4 ,cette question est si importante et si grave pour la moralit et la scurit gnrales1 qu'hommes d'tat et sociologues devraient la faire entrer au premier rang de leurs proccupations et de leurs tudes4 ,mais aucune mesure lgale ou administrative ne peut avoir son plein effet1 si elle ne trouve un appui dans l'opinion publique1 si la rforme qu'elle veut accomplir ne correspond pas un travail de la pense humaine4 ,lorsque tous les membres de la socit1 chefs d'usines1 commerants1 employeurs d'hommes en tout genre1 auront compris qu'ils n'ont pas le droit de refuser du travail l'individu1 qui1 condamn l'expiation d'une faute1 a purg sa peine et essaye de reprendre sa place dans le consortium humain1 l'uvre de l'tat et de la philanthropie sera singulirement facilite4 ,mais si la pense que le devoir et l'intrt de chacun est de diminuer le nombre des malfaiteurs1 en offrant la chance aux prisonniers librs de redevenir honntes gens1 ne pntre pas la gnralit des esprits1 les efforts tents resteront en grande partie striles4 ,parmi les uvres difficiles de civilisation et de justice tentes par l'poque prsente1 aucune n'est plus ardue et plus malaise accomplir1 car elle se heurte d'instinctives et apparemment lgitimes rpugnances4 ,il faut un haut degr d'altruisme et de discipline morale pour ne pas prouver un sentiment d'aversion1 de crainte ou d'angoisse au contact d'un criminel sortant de prison1 mme si ses notes sont bonnes1 son repentir avr4 ,le cachot laisse aprs lui une impression de lpre morale qu'on ne parvient pas toujours dominer1 que beaucoup seront jamais incapables de dominer quelle que soit leur ardeur de charit1 leur force de sympathie et leur largeur de vues4 ,mais tous ne sont pas appels labourer le mme champ2 un certain nombre d'ouvriers est seul ncessaire la culture de cette vigne-l4 ,toutefois pour trouver1 rallier1 grouper ces ouvriers1 il est ncessaire qu'une atmosphre se soit cre autour d'eux1 favorable au travail auquel on les convie4 ,s'ils ne sont pas imits par tous1 ils doivent sentir du moins que l'opinion publique les encourage et les approuve4 ,or1 comment cette opinion favorable la rentre des criminels dans la socit pourra-t-elle se former1 si la mentalit humaine ne se modifie pas1 si le respect du repentir ne pntre pas les mes1 si l'estime se dtourne des pcheurs repentants1 dont les fautes n'ont pas t un pril pour la scurit du prochain1 ni pour sa bourse ni pour sa vie4 ,avant d'arriver ce que la justice et la dfense sociale demandent1 c'est--dire la rhabilitation du coupable qui a humainement expi sa peine1 l'lite morale de la socit doit atteindre cette quit et cette srnit d'apprciation qui fera juger les individus sur l'ensemble de leur vie et de leur caractre1 et non sur un acte isol commis peut-tre dans une heure d'garement ou d'entranement irrsistible4 ,elle doit galement avoir appris que les natures suprieures et gnreuses sont seules capables d'un repentir sincre et que ces natures possdent d'inpuisables ressources4 ,ceux qui ont commis le mal sont souvent plus capables d'accomplir le bien que les natures trop pondres1 strilises souvent par le sentiment de leur propre justice1 cette tare des existences correctes4 ,accueillir le repentir1 l'encourager1 le glorifier mme1 c'est recruter pour l'arme du bien des soldats courageux1 ardents1 aguerris par l'exprience et capables souvent de prodigieux efforts1 le dsir de rparer tant l'un des plus puissants leviers des curs4 ,le mal serait-il donc dans l'ordre moral la fournaise dont doit sortir le bien comme la pourriture qui s'infiltre dans le terrain sert l'closion plus splendide de la fleur8 ,la question se pose et ne saurait tre rsolue dans l'tat encore infrieur de notre dveloppement mental3 le problme reste irrsolu4 ,mais pourquoi se troubler8 ,si le bien est le produit du mal1 point n'est ncessaire d'y participer soi-mme directement ou indirectement2 sa vue1 sa constatation1 les douleurs dont il est cause suffisent faire germer le dsir de la rparation dans les mes1 en crer le besoin1 en dterminer les manifestations4 ,les purs eux-mmes peuvent puiser cette source4 ,la prface de ,m4 tienne ,lamy l',histoire des ,missions catholiques au ,,xixe sicle commence par ces mots3 ,la plus grande misre de l'homme n'est pas la pauvret1 ni la maladie1 ni l'hostilit des vnements1 ni les dceptions du cur1 ni la mort2 c'est le malheur d'ignorer pourquoi il nat1 souffre et passe4 ,a cette ignorance troublante de sa destine1 l'homme doit ajouter une autre cause d'angoisse3 le problme du mal tel qu'il se prsente aux esprits trop chercheurs pour se contenter de la vague explication que les thologiens en donnent4 ,ce mal pour lequel un ,dieu a d mourir et qui en mme temps est l'alambic o le bien s'labore1 ce mal qui dtruit l'harmonie pour laquelle nous sommes crs et qui1 en mme temps1 par les expiations volontaires qu'il provoque1 ramne dans l'me cette harmonie perdue1 quelle redoutable et angoissante nigme6 nigme insoluble pour l'esprit et que la conscience interroge ne peut rsoudre elle non plus4 ,les gnrations futures arriveront peut-tre connatre par quelle mystrieuse tragdie un incommensurable abme s'est creus entre les aspirations de l'homme et la ralit de sa vie1 entre ses dsirs et ses capacits4 ,ceux qui vivent aujourd'hui l'ignoreront toujours1 et s'ils arrivent des certitudes morales1 elles seront strictement personnelles4 ,ils ne peuvent donc penser1 sentir1 agir qu'en aveugles1 des aveugles dont les yeux cependant peroivent encore des lueurs4 ,la plus vive et la plus claire est le besoin qui les tourmente de ramener l'harmonie leurs penses et leurs sentiments1 de crer en leurs mes un refuge o ils puissent s'abriter1 d'touffer ou1 du moins1 d'adoucir les notes discordantes qui montent des bas-fonds moraux o les curs que le mal dtriore1 avilit1 envenime1 exhalent leurs plaintes dsespres4 ,pour ne plus entendre ces sons d'angoisse1 ces cris de rvolte1 pour en diminuer le nombre et la force1 un seul moyen existe3 changer ces voix fausses et acerbes en voix justes et douces1 capables de se joindre la grande symphonie des mes sereines2 tendre les mains et les bras pour les aider dans leurs premiers efforts2 ouvrir les curs tout grands pour la rcompense de ces efforts4 ,jusqu'ici1 sauf de rares exceptions devant lesquelles il faut s'incliner1 le systme suivi a t fautif2 ceux mmes qui consacrent leur temps et leurs forces au rachat des existences perdues1 ne comprennent pas qu'ils suivent un faux courant d'ides en exigeant de ceux qu'ils recueillent moralement ou matriellement des attitudes humbles et pnitentes4 ,cachant leurs fronts dans la poussire1 prts toutes les obissances et tous les renoncements1 n'osant prendre aucune initiative1 les malheureux doivent accepter l'ombre1 le silence1 la dcoloration sous toutes ses formes4 ,c'est que ces mes d'lite1 dont le dvouement ne saurait tre assez admir1 commettent presque toujours l'irrparable erreur d'tablir entre elles et ceux qu'elles relvent une infranchissable barrire4 ,elles sont les anges purificateurs1 et un abme les spare des pcheurs repentants1 abme qu'ils ne pourront jamais franchir et qui les condamne ncessairement une vie d'expiation1 de tristesse1 de renoncement4 ,pour eux dsormais1 grisaille1 toujours grisaille6 ,cette ide est la base de toutes les uvres de relvement1 et il n'en est pas de plus dure1 de plus injuste1 de plus fausse1 de plus contraire cet esprit chrtien dont ces uvres prtendent s'inspirer4 ,si ,dieu a fait l'homme son image1 l'homme le lui a bien rendu4 ,la boutade s'applique merveilleusement ce double phnomne moral3 le repentir dconsidrant plus que le vice2 le juste n'acceptant le repentir qu'avec l'crasement dfinitif du pcheur4 ,le juste aurait enferm ,madeleine au couvent1 envoy ,pierre aux ,trappistes et employ les nergies de ,paul dans quelques tristes fonctions de gardien de prison4 ,avant que l'homme le meilleur n'arrive la comprhension du vrai repentir et des profondeurs dont il sort1 avant qu'il ne se rende compte qu'il faut le traiter par la lumire et non par les tnbres1 avant qu'il ne sente la supriorit de la repentance sur la simple justice1 il devra vaincre beaucoup de rpugnances1 bouleverser toute une partie de sa mentalit1 descendre dans les abmes de sa propre conscience et les examiner au microscope de la vrit4 ,il n'y a pas un tre humain1 mme parmi les altruistes et les quitables1 qui soit prt aujourd'hui traiter le repentir comme l'enseigne l'vangile et comme l'enseignera cette justice nouvelle qui1 pour prononcer ses verdicts1 s'attachera l'esprit et non la lettre des choses4 ,jusqu'ici les potes seuls ont compris le repentir et ce qu'il reprsentait pour ,dieu4 ,les uns1 comme ,victor ,hugo1 l'ont mis avant la vertu et aprs l'innocence4 ,d'autres1 comme ,moore1 lui ont donn la premire place dans la pense divine4 ,les larmes du pcheur repentant parviennent seules racheter l'me de la ,pri1 lui ouvrir les portes du ciel4 ,there fell a light more lovely far ,than ever came from sun or star1 ,upon that tear that1 warm and meek1 ,dew'd that repentant sinner's cheek4 ,aux yeux des mortels cette lumire peut paratre un rayon ou un simple mtore1 mais la ,pri savait qu'elle provenait du sourire des anges4 ,les hommes ne deviendront-ils jamais curieux ou dsireux de provoquer ce sourire8 ,,chapitre ,,ix ,,la ,n,,cessit ,,de ,l',,effort ,le suprme bien des fils de la terre est seulement la personnalit4 7,g,,the47 ,la nature est un effort continuel2 l'effort est la condition essentielle de la vie4 ,les plantes1 les moindres insectes1 les animaux suprieurs1 l'homme lui-mme sont1 qu'il s'agisse de crotre ou de mourir1 dans un tat incessant de travail physique4 ,le phnomne se vrifie-t-il au mme degr pour le dveloppement intellectuel et moral8 ,oui1 de faon complte1 en ce qui concerne l'uvre de la nature2 trs imparfaitement pour la part d'effort qui dpend de la volont individuelle4 ,le cerveau et le caractre de l'enfant se transforment en cerveau et en caractre d'homme1 et dans les organismes normaux cette volution s'accomplit toujours4 ,mais c'est la simple prparation du terrain2 il reste l'ensemencer1 l'arroser1 le cultiver de toutes faons pour qu'il produise froment et plantes2 ce point commence le rle actif de l'tre humain4 ,tant que dure la priode ducative1 le jeune homme subit les rgles auxquelles l'assujettissent parents et professeurs2 il les seconde avec plus ou moins de zle et de bonne volont1 quelquefois refusant d'acqurir l'instruction qui lui est offerte1 se rebellant contre les principes moraux qu'on essaye de lui inculquer2 mais c'est l'exception3 en gnral1 jusqu' l'ge de vingt ans et mme plus1 il suit la voie battue et soumet sa mentalit aux exercices qu'imposent les lois scolaires de son poque4 ,la force de l'usage est si puissante qu'elle touffe presque toujours les vellits de rvolte4 ,il ne retrouve le sentiment de son libre arbitre que plus tard1 lorsque dlivr des contacts qui le tenaient prisonnier1 il commence sa vraie vie et prend seul la direction de sa destine4 ,c'est le moment o1 suivant les conditions de fortune o il se trouve1 l'homme est jet1 soit dans la lutte pour l'existence1 soit dans la recherche du plaisir4 ,quelle part ces deux tourbillons qui l'emportent laissent-ils chez lui l'effort intellectuel et moral1 au progrs voulu1 poursuivi1 dsir de l'esprit et de l'me8 99 99 99 99 99 ,au point de vue scientifique1 l'effort crbral n'a jamais t aussi intense qu' l'poque actuelle2 les merveilleuses dcouvertes du sicle qui vient de finir en sont l'indniable preuve4 ,le cercle des connaissances s'est tendu1 l'application de nouvelles forces tous les rouages de l'existence a rendu indispensable l'largissement des programmes scolaires1 mais cependant la culture gnrale de l'lite intellectuelle est moins complte1 moins fine1 moins profonde4 ,la tendance est de limiter strictement tudes et lectures ce qui peut servir la profession ou la carrire de chacun2 le reste est nglig4 ,ces hommes distingus dans leur partie1 clbres mme parfois1 sont d'une ignorance enfantine sous d'autres rapports2 ils font des dcouvertes qui transforment le monde et ne suivent pas le mouvement gnral des ides4 ,cette limitation un sujet unique est peut-tre indispensable aux chercheurs des secrets de la vie2 la science veut tre aime seule1 elle n'admet pas de rivales1 elle demande mme que les forces de ses fervents soient appliques une branche spciale et non l'arbre entier4 ,mais la catgorie des personnalits scientifiques est fort restreinte2 la plupart des professions librales et des carrires de l'tat n'exigent point semblable absorption mentale1 et une culture plus large ne pourrait que les avantager4 ,cependant dans cette classe aussi on se limite de plus en plus l'indispensable1 on ne veut pas sortir de l'troit rayon visuel de l'occupation immdiate et de l'intrt goste4 ,le dsir du progrs intelligent ne tourmente que faiblement la majorit des hommes1 mme ceux qui ont fait de bonnes tudes4 ,sauf exception1 ils n'prouvent aucun dsir de savoir pour savoir2 ils parcourent quelques journaux1 tout au plus quelques revues1 et cet exercice suffit amplement satisfaire les besoins de leur esprit4 ,l'excuse de cette indiffrence et de cette paresse mentale rside en partie dans les lancinantes proccupations conomiques qui attristent la plupart des vies2 toutes les nergies sont absorbes par la lutte pour le pain quotidien sous toutes ses formes4 ,mais l'explication ne sert point la classe nombreuse des personnes nes dans l'aisance1 ni celle des oisifs riches1 dans lesquelles devrait se recruter l'lite intellectuelle du monde1 non celle qui produit mais celle qui absorbe1 gote et juge4 ,quand on n'a pas penser avec angoisse au lendemain1 quand l'avenir de ceux dont on est responsable semble peu prs assur1 l'esprit reste plus libre1 plus clair1 plus apte recevoir le bon grain1 le faire germer et fleurir4 ,ne rien semer1 ne rien planter dans ces conditions-l est inexplicable et mme lgrement honteux4 ,engourdis par le bien-tre1 ceux qu'on appelle les heureux de ce monde ne sentent que faiblement la vie intellectuelle4 ,ce qui flatte le toucher et le regard3 train de maison1 mobilier1 toilettes personnelles1 tout doit tre recherch1 parfait1 exquis2 des dcouvertes rcentes se rapportant au confort et l'lgance1 aucune n'est ignore6 ,on les applique avec promptitude1 car il serait humiliant de ne pas tre au courant de ce qui a t invent pour le teint1 les cheveux1 le service de table1 la dcoration des appartements444 ,mais nulle curiosit1 nul amour-propre ne poussent la gnralit des individus s'approprier les manifestations de l'esprit4 ,le dsir de progrs et de perfectionnement qui les agite pour leur vie matrielle ne s'tend pas au dveloppement de leur intelligence4 ,a cet gard1 l'indiffrence est tonnante2 non seulement1 la plupart des gens ne sentent pas la honte de l'ignorance1 mais leur jardin intrieur ne les occupe nullement4 ,aussi1 lorsque l'ge des passions est pass1 s'tiolent-ils dans un ennui morne1 dont ils finissent par mourir4 ,pour la distraction et le relvement de leur esprit1 des trsors de connaissances s'tendent en vain devant eux2 ils sont impuissants les saisir1 les absorber1 s'en enrichir l'intelligence et l'me4 ,le fonds de culture leur manque1 l'habitude du travail crbral leur fait dfaut2 ils ne peuvent plus assimiler ni mditer2 ils ne savent mme plus jouir1 car comme dit ,schopenhauer3 ,toute splendeur1 toutes jouissances sont pauvres refltes dans la conscience d'un bent4 ,l'immense catgorie des femmes dont la richesse ou le travail d'un mari assure l'aisance et les loisirs1 se refuse1 elle aussi1 davantage encore que les hommes1 l'effort intellectuel4 ,leurs tudes termines1 elles jettent leurs livres par la fentre et s'empressent d'en oublier le contenu4 ,chez quelques peuples1 la lecture tient une assez grande place dans les habitudes fminines2 il en est d'autres o elle parat superflue1 sinon pire4 ,examinez en ces pays-l le budget d'une femme1 vous ne verrez figurer le compte du libraire dans aucune de ses colonnes6 ,l'ide du progrs intellectuel1 considr comme un devoir1 n'a pas pntr encore les cerveaux fminins de certaines races2 c'est une inconnue1 et une inconnue laquelle l'entre de la maison est ferme de parti pris4 ,essayez de dmontrer la plupart des femmes riches et aises l'utilit du dveloppement intellectuel1 elles vous riront au nez6 ,essayez d'en faire un cas de conscience1 elles hausseront les paules6 ,en gnral1 pas la moindre curiosit ne les possde pour ce qui forme la nature et le but de la carrire ou de la profession de leurs maris et de leurs fils4 ,aucune honte d'tre ignorantes ne courbe leurs fronts2 elles se croient des tres complets et seraient embarrasses1 sauf exception1 de subir un examen d'cole lmentaire6 ,tant qu'elles ont vingt-cinq ans1 la lacune ne se fait pas trop sentir1 mais1 lorsque la jeunesse est passe1 que les enfants ont grandi1 que le rle de poupe devient ridicule1 que trouvent-elles dans leur cerveau pour intresser leur vie1 remplir leur temps1 donner de salutaires conseils leurs fils et filles devenus des hommes et des femmes8 ,rien1 absolument rien6 ,et elles en sont rduites au morne ennui1 ou la mdiocre ressource des plats commrages ou1 ce qui est pire encore1 au piteux et immoral drivatif des caprices1 des agitations1 des exigences par lesquelles elles se donnent l'illusion de la vie et de la puissance en tourmentant famille1 entourage1 dpendants444 ,si la ,providence les a doues d'un grand discernement1 d'instincts dlicats1 d'intuitions trs fines1 les femmes1 dont il est question ici1 peuvent suppler par ces qualits naturelles aux lacunes dpendant de leur culture insignifiante1 de leur ducation illogique1 de leur paresse mentale4 ,mais plus elles ont reu de dons1 plus elles sont coupables de les avoir ngligs2 au lieu de faire fructifier le talent qui leur avait t confi1 elles l'ont enfoui sous terre1 et1 ne pouvant le rendre doubl ou tripl au ,crateur des choses1 rentrent dans la catgorie des mauvais serviteurs4 ,elles auraient pu donner une floraison superbe et restent l'tat de maigres bourgeons6 ,le manque d'effort intellectuel1 effet d'atavisme1 ou absence de volont1 les condamne une pauvret d'esprit dont elles souffrent1 sans peut-tre s'en rendre compte elles-mmes4 ,se contentant d'horizons restreints1 se figurant qu'on ne peut en reculer les bornes1 elles emploient leurs nergies crbrales1 non essayer de comprendre le mouvement de la vie universelle1--ce qui est le premier devoir de tout tre pensant1--mais tenter de primer sur les autres femmes en de vaniteuses poursuites4 ,a ce tableau lgrement charg1 on peut opposer de nombreuses exceptions1 mais mme dans les pays les plus avancs cet gard1 la paresse intellectuelle reste la principale ennemie de la femme1 comme elle est l'ennemie de l'homme oisif1 qui1 justement parce qu'il chappe l'acharnante poursuite du pain quotidien1 devrait sentir l'obligation d'augmenter par la mditation et la lecture le fonds commun de la richesse intellectuelle4 ,les femmes1 capables de suppler par la finesse de leurs instincts aux connaissances qui leur manquent1 sont d'ailleurs une raret4 ,en gnral1 la nature est avare de ce don spcial2 beaucoup de femmes1 mme intelligentes1 ne sont pas intuitives2 elles se trouvent dsempares et impuissantes devant une situation difficile1 et ne savent ni comment la juger1 ni comment en sortir4 ,quels conseils pourront sortir de leurs lvres si leurs enfants les interrogent1 si leur mari les consulte1 quand elles n'ont pour les inspirer qu'un esprit faible et frivole8 ,leur violence d'apprciation1 leur absence d'quilibre naissent de leur ignorance4 ,les qualits de douceur1 de tolrance1 de patience que l'homme1 mari ou fils1 dsire rencontrer chez sa compagne ou sa mre ne pourront se dvelopper et se maintenir que par l'largissement de la mentalit fminine4 ,tant que la femme n'aura pas appris tre objective1 qu'elle jugera toujours travers elle-mme1 qu'elle comprendra imparfaitement ce qu'elle entend et de quoi elle parle1 comment pourra-t-elle tre logique et quitable dans ses jugements8 ,au lieu d'entraver ce dveloppement1 l'homme1 dans son propre intrt1 devrait y contribuer de tout son pouvoir1 l'exiger de celle qu'il pouse au lieu d'y mettre obstacle et de railler les rares efforts qu'elle fait en ce sens4 ,de nos jours1 on parle beaucoup et avec raison des carrires qu'il faut ouvrir aux femmes pauvres des classes instruites pour les mettre en mesure de pouvoir gagner honntement leur vie1 sans faire march de leur corps1 qu'elles soient clibataires1 veuves ou prives de soutien par l'abandon d'un mari4 ,et l'opinion publique commence admettre1 mme en pays latin1 que pour cette catgorie de femmes1 l'instruction intgrale devient ncessaire1 mais la tendance serait d'exclure de ce mouvement toutes celles que leur situation de fortune semble destiner au mariage1 dont le pain quotidien est prpar et qui n'auront qu' en distribuer les tranches4 ,or1 il ne saurait y avoir de plus fcheuse erreur4 ,l'effort intellectuel est encore plus indispensable aux pouses et aux mres qu'aux femmes isoles4 ,jusqu'ici on n'a pas suffisamment rflchi leur responsabilit crasante4 ,en effet1 tout dpend d'elles1 l'organisation de la famille1 l'ducation des enfants1 le niveau du mnage444 ,que de maisons o ce niveau est excessivement bas et vulgaire1 cause de l'ignorance de la femme1 de sa paresse mentale1 de ses points de vue purils4 ,son cerveau atrophi par la paresse est devenu impuissant2 avec la meilleure volont du monde1 elle ne peut plus saisir1 comprendre1 s'assimiler les forces qui donneraient l'quilibre son esprit4 ,que de jeunes filles intelligentes1 studieuses mme1 se transforment en femmes mdiocres1 parce qu' peine sortie des coles elles renoncent l'effort intellectuel6 ,leur mre1 en gnral1 est la premire les en dtourner1 d'abord par son propre exemple1 ensuite par son manque d'intrt pour ce qui est instruction et lecture1 sans compter les proccupations vaniteuses et mondaines qu'elle s'empresse de communiquer son enfant4 ,j'ai vu des mres s'affliger1 gmir1 pleurer1 parce que leurs filles n'aimaient pas suffisamment le bal444 ,l'exercice rgulier est tout aussi ncessaire l'esprit qu'au corps4 ,la gymnastique intellectuelle est indispensable4 ,comment ceux qui croient une vie ternelle ne le comprennent-ils pas8 ,cette part d'eux-mmes qu'ils supposent immortelle1 ils la laissent en friche1 ils ne s'occupent pas de la cultiver1 de l'amliorer1 de la rendre un peu moins indigne de l'existence suprieure qui forme leur esprance4 ,aucune conscience chrtienne1 aucune me croyant l'au-del ne devrait se drober ce devoir1 du moins comme intention1 car que peut-on exiger d'individus ballots comme l'tre humain par tant de forces contraires1 sinon des intentions srieuses suivies d'efforts sincres4 ,les matrialistes eux-mmes1 ceux pour lesquels tout finit avec la mort et qui n'ont que cette existence pour apprendre et connatre1 devraient sentir1 par des mobiles diffrents peut-tre1 mais puissants aussi1 cette soif de savoir qui rend l'homme1 le roseau pensant1 suprieur l'univers6 ,ce sicle a marqu un grand progrs dans l'instruction gnrale1 mais le sentiment du devoir de l'effort intellectuel pour chaque individu n'a pas encore suffisamment clair les consciences4 ,sans scrupule1 les tres les plus honntes et les plus droits laissent leur cerveau inculte1 ne pensent nullement1--ce qui est plus important encore que l'instruction-- en dvelopper les facults comprhensives4 ,l'opinion publique1 cette royne et imperiere du monde1 comme l'appelait ,montaigne1 devrait se mler de la question et traiter en quantit ngligeable tous les individus des classes aises1 intellectuellement bien dous et appartenant la jeune gnration1 qui croupissent volontairement dans l'ignorance4 ,on ne peut les dpossder de leur intelligence comme la loi en certains pays dpossde les propritaires de terres non cultives1 puisque ce bien-l est intangible1 mais l'estime devrait se retirer d'eux1 car ils manquent1 non seulement leur devoir vis--vis d'eux-mmes qui est de se prparer une personnalit digne d'une vie suprieure1 mais au devoir social1 chaque tre tant oblig de contribuer au progrs de l'humanit par le dveloppement de ses facults personnelles4 99 99 99 99 99 ,au point de vue moral la ncessit de l'effort est plus indispensable encore1 car si nous ne sommes pas les matres1 dit justement ,lubbock1 nous sommes presque les crateurs de nos mes4 ,mais la paresse qui recule devant cet effort est autrement enracine que la paresse intellectuelle4 ,l'me est plus engourdie que l'esprit4 ,l'homme laisse constamment son me mourir en lui1 et sans l'aide de l'me toute tentative de perfectionnement1 suggre par la raison ou les influences extrieures1 reste strile4 ,l'homme ne peut parvenir la victoire que par elle2 seule1 elle le met en communication avec ,dieu1 avec les forces suprieures1 avec les bonnes1 justes et grandes penses qui forment l'atmosphre morale dont le monde vit1 bien qu'il se plaise nier les lments qui la composent4 ,le premier effort de tout individu devrait tre1 par consquent1 de garder son me vivante2 de ne jamais la perdre de vue pas plus qu'il ne perd de vue la scurit de sa personne4 ,c'est le bien prcieux par excellence1 la seule chose qui ne puisse lui tre enleve1 puisqu'il la crot d'essence ternelle4 ,les stociens eux-mmes1 tout en n'admettant pas l'immortalit et surtout l'immortalit individuelle1 mettaient un prix infini l'me4 coutez pictte et ,marc-,aurle4 ,d'ailleurs1 que ce soit en perspective de l'au-del ou pour cette vie seulement1 rien de moralement bon ne s'accomplit sans son concours4 ,il faut la faire entrer dans toutes les rsolutions1 car elle est semblable l'tincelle qui communique la flamme1 et la flamme c'est la vie4 ,tout progrs demande un effort2 tout effort pour tre efficace doit tre soutenu par la volont1 mais si la chaleur de l'me ne pntre pas la volont1 celle-ci reste impuissante4 ,l'homme qui pense et dont la conscience comprend la ncessit de l'effort1 appelle la volont son aide et leur premier acte est de rveiller l'me1 sans le concours de laquelle rien ne vit spirituellement4 ,mais la difficult est justement de faire comprendre l'homme cette ncessit4 ,la plupart des gens honntes ont la conscience parfaitement tranquille s'ils ne frisent pas le code pnal1 s'ils sont corrects dans leur conduite extrieure1 s'ils remplissent peu prs les devoirs imposs par les lois humaines4 ,ils ne pensent que rarement laver leurs curs comme ils lavent leurs visages1 rechercher la vraie propret morale1 raffiner leur vie intrieure1 y lever un temple la beaut444 ,ils ne sentent pas avec ,keats que3 ,a thing of beauty is a joy for ever#ad4 ,le plus grand nombre de ceux qui se disent chrtiens1--parmi lesquels d'admirables exceptions se dressent1--ne semblent gure saisir mieux que la gnralit des personnes irrligieuses le devoir de l'effort incessant vers la perfection1 seul capable de remplir ce sentiment de vide dont tant d'existences souffrent4 ,les grands pchs traditionnels les proccupent uniquement3 les viter1 c'est le salut1 et pourvu qu'ils n'y tombent pas leur me peut tre hargneuse1 mesquine1 goste1 ces justes n'en prouvent aucun scrupule1 ne se sentent pas le moins du monde responsables des courants hostiles1 mdiocres1 dcourageants qu'ils rpandent dans le monde1 ne s'effrayent nullement de la contribution qu'ils apportent aux forces mauvaises contre lesquelles les forces bienfaisantes ont soutenir chaque jour un si acharn combat4 ,or1 le dveloppement de ces forces bienfaisantes devrait tre considr au contraire1 par les tres pensants comme le premier des devoirs3 devoir spirituel et devoir social4 ,augmenter le patrimoine de richesse morale1 c'est enlever aux puissances malfaisantes une partie de leur empire1 c'est diminuer les prils de tout genre qui entourent l'existence des bons et des justes1 c'est communiquer ceux-ci un accroissement d'nergie1 c'est leur faciliter1 par consquent1 la voie du travail et du succs4 ,l'amour de lui-mme suffirait enseigner cette leon l'homme#ae si de plus hauts mobiles ne devaient la lui imposer1 en la transformant pour toute conscience droite en ordre imprescriptible4 ,les esprits chez lesquels le formalisme religieux n'a pas tari les sources de la vie1 et ceux auxquels l'habitude de la mauvaise foi n'a pas enlev la vue nette des choses ne peuvent fermer les yeux cette vrit3 le devoir individuel du progrs moral4 ,a une poque o tout volue en progressant1 l'me seule devrait-elle rester stationnaire8 ,certains le pensent1 le souhaitent1 voudraient mme qu'elle recult1 tellement son immixtion dans l'existence humaine leur parat inutile1 gnante1 dangereuse4 ,entrez dans un endroit public1 examinez les physionomies1 scrutez les regards1 et dites o vous discernez d'entre eux le rayonnement d'une me vivante8 ,tendez les oreilles1 coutez les paroles1 qu'entendez-vous8 les mots prononcs que rvlent-ils8 ,les visages sont moroses pour la plupart2 l'ambition de paratre1 l'avidit de l'argent1 d'crasantes proccupations matrielles ou de puriles penses se refltent sur les masques humains4 ,ils sont bien rares ceux o se devinent les battements d'une vie plus haute4 ,quelle tristesse dans cette constatation6 ,on se sent comme entour de condamns mort qui n'ont mme plus la force d'essayer de se dfendre4 ,parmi eux1 il y a1 sans doute1 des tres bons1 honntes1 droits1 mais qui n'ont jamais compris la ncessit de l'effort1 senti le devoir de tendre avec toutes leurs nergies vers le perfectionnement intrieur2 ils ont des mes engourdies qui n'envoient plus de lumire leurs visages4 ,la prtention de l'homme de vouloir tout amliorer1 tout agrandir1 tout embellir1 sauf lui-mme est un phnomne dont la singularit devrait frapper les esprits logiques4 ,que penserait-on d'un individu qui emploierait ses richesses l'ornementation extrieure de son palais et laisserait les appartements qu'il habite dans un tat de nudit1 de misre1 de malpropret8 ,on le traiterait d'idiot ou de fou1 et c'est cependant l'histoire de la plupart des hommes4 ,dans sa maison on ne veut recevoir que des visiteurs de choix1 tandis que l'on ouvre les portes de son cur aux htes les plus mesquins1 les plus bas1 les plus abominables mme4 ,et l'on n'en rougit pas1 on s'habitue cette mauvaise compagnie1 on se dit3 ,c'est la nature humaine6 et l'on ne se croit pas oblig ragir4 ,la nature humaine8 videmment elle est faible1 elle subit des passions et des entranements auxquels elle ne peut toujours rsister2 chaque tre a eu et aura des heures de dfaillance2 mais ce n'est pas cela qui importe1 ce qui importe1 c'est de comprendre ce qu'il faut devenir et d'y aspirer de toutes ses forces4 ,quand l'homme aura compris cette vrit1 il pourra tomber et retomber encore1 il se relvera toujours2 tant qu'il ne l'aura pas comprise1 la respectabilit extrieure de son existence sera impuissante lui donner de la joie et crer autour de lui une atmosphre vivifiante pour les autres mes4 ,car ce devoir qui incombe l'homme de l'effort continuel est minemment altruiste1 on ne saurait assez le rpter4 ,en travaillant au dveloppement de sa vie intrieure1 il travaillera au dveloppement des autres vies4 ,la beaut morale renferme un irrsistible magntisme2 il se fait sentir non seulement dans l'entourage direct de chaque individu1 mais1 augmentant la somme des forces bienfaisantes rpandues sur la terre1 il vient en aide tous les tres et combat efficacement les courants pernicieux que dgagent les mes mchantes4 ,la socit europenne actuelle est arrive une scurit matrielle relative3 sous la protection des lois1 la vie1 la fortune des individus sont peu prs l'abri d'audacieux coups de main4 ,la scurit morale ne s'tablira-t-elle pas aussi quelque jour8 ,le code pnal est impuissant l'assurer1 mais l'opinion publique1 je le rpte1 pourrait accomplir beaucoup en ce sens puisque1 selon ,pascal1 elle dispose de tout1 fait la beaut1 la justice#af444 ,et plus encore que l'opinion publique1 si trouble aujourd'hui1 la communion silencieuse des mes vivantes4 ,cette communion1 une fois tablie1 produirait des vibrations puissantes qui1 galvanisant les mes1 les soulveraient au-dessus des marais o elles sommeillent tristement4 ,aimer les choses en soi1 les aimer pour ce qu'elles sont et non pour ce qu'elles rapportent4 ,vouloir tre grand1 gnreux1 loyal pour l'amour de ces forces#ag et non pour les porter en criteau sur la poitrine1 quelle sagesse et quelle habilit6 ,ce serait non seulement vivre dans la vrit1 mais travailler efficacement s'assurer pouvoir et succs4 ,car1 quoique prtendent les esprits chagrins1 le rel finit toujours par triompher de l'apparent1 il y a une justice immanente et des lois inluctables2 mais l'intrt ne doit pas tre le but de l'effort3 on ne triche pas avec les forces divines6 ,l'homme a t cr pour la vie heureuse1 une mystrieuse tragdie le lui en a fait perdre la possibilit2 il doit la retrouver par ses propres efforts4 ,sur cette terre1 ce bonheur sera videmment relatif1 puisque la mort existe et que les yeux mortels ne savent discerner nettement l'avenir immortel1 mais quelle radieuse existence l'tre humain pourrait vivre encore s'il comprenait enfin qu'il doit tendre de toutes ses nergies vers la bont et la vrit4 ,que de forces inconnues il dcouvrirait en lui1 que de puissants moyens d'action dont il n'a pu se servir encore6 ,les ressources du monde psychique galent ou dpassent mme1 sans doute1 celles du monde physique4 ,ce terrain est presque vierge encore1 l'me humaine tant reste stationnaire depuis environ deux mille ans4 ,on dirait qu'on a eu peur d'y toucher1 et pourtant la nouvelle religion n'en limitait pas l'essor3 le ,christ avait t large de promesses1 investissant ses disciples d'une puissance illimite pouvant aller jusqu' la prophtie et au miracle4 ,mais trs vite l'idal s'est abaiss4 ,la perfection divine laquelle elle avait t convie a pouvant l'me humaine2 effraye de ce qu'on lui demandait1 elle s'est rfugie dans le formalisme1 et celui-ci l'a touffe4 ,les doctrines matrialistes et positivistes de ce sicle ne l'ont pas dlivre de l'esclavage2 au contraire1 elles ont contribu paissir la chape de plomb qui l'crasait et provoquer une longue priode d'engourdissement semblable la mort4 ,aujourd'hui la cloche du rveil s'entend de tous cts1 et1 bien que les sons en soient faibles encore1 les manifestations d'une vie morale renaissante se succdent un peu partout sous des formes diverses4 ,quelques-unes proclament des thories contestables1 dangereuses mme peut-tre1--l'erreur entrant toujours pour une part dans toutes les choses humaines1--mais qu'importe6 ,ce qui importe1 c'est le rveil1 car l'effort le suivra4 ,ceux qui en comprennent la ncessit doivent le crier tous les bouts de la terre1 afin que ceux qui ne dorment plus se lvent1 marchent et donnent toute leur mesure4 ,si1 depuis que le monde existe1 chaque tre humain avait fourni son maximum d'efforts1 que serait aujourd'hui la terre8 ,dans l'ordre scientifique1 les progrs atteints le seraient depuis longtemps et auraient t dpasss2 on se trouverait en avance de plusieurs sicles4 ,dans l'ordre moral1 la justice aurait commenc son rgne et une srie de souffrances inutiles seraient limines des curs4 ,bien entendu1 l'effort doit tre accompli avec discernement et tendre vers ce qui est digne d'tre poursuivi4 ,donner aux choses leur vraie valeur est une des premires leons apprendre pour guider sa vie et user efficacement de ses forces4 ,l'intelligence1 leste de discernement et de logique1 la conscience alerte1 la pense haute1 l'me vivante1 l'homme pourrait connatre au moral la satisfaction que lui donne au physique le large dploiement de ses forces4 ,par son aspiration constante vers la beaut1 il se sentirait devenir une parcelle de ,dieu4 ,plus d'ge mr aride1 plus de vieillesse dsenchante6 ,tout ce qui semble souvent insupportable dans les obligations journalires se trouverait allg4 ,l'individu1 que l'affaiblissement de ses forces physiques retire de la lutte1 pourrait continuer agir sur l'me du monde par l'effort de sa pense4 ,les vieillards deviendraient ainsi les grands prtres de la pense humaine1 des grands-prtres muets presque toujours1 sans formules1 sans rites1 sans habits sacerdotaux4 ,les chrtiens n'ont qu' relire l'vangile1 et ils verront qu'il leur promet une puissance presque sans limites4 ,si les philosophes rflchissent aux merveilleuses dcouvertes de la science1 comment nieraient-ils que le champ inexplor de l'me peut renfermer galement des possibilits inoues8 ,les humanitaires1 sous peine de se renier1 sont forcs de croire la possibilit d'un progrs social incessant4 ,la petite cohorte est donc assez nombreuse pour se mettre en marche et livrer bataille aux courants pernicieux qui desschent ou dcomposent4 ,mais elle doit se souvenir que1 dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique1 l'appt mdiocre provoque des efforts mdiocres1 et que1 pour appeler efficacement les mes la rescousse1 il faut leur montrer un prix trs haut3 la possibilit d'atteindre1 ds cette terre1 une parcelle du divin4 ,,chapitre ,x ,l',,harmonie ,,finale ,les mes qui attendent sont nombreuses sur la terre4 7,p4 ,,sabatier47 ,lorsque les mes1 sorties de leur assoupissement1 auront appris aux hommes croyants et honntes ne plus admirer le mal1 ne plus striliser leur cur1 ne plus s'aimer faussement1 lorsqu'elles auront tabli le culte de la bont1 de la vrit1 de la beaut et impos aux consciences le respect du repentir1 lorsqu'elles auront enseign la ncessit de l'effort constant vers la perfection radieuse1 alors seulement l'homme commencera comprendre de quel pouvoir il dispose et il essayera de l'exercer4 ,durant son long engourdissement1 l'me humaine a recul2 elle est devenue silencieuse1 et les communications entre elles et la volont se sont interrompues4 ,les mes qui n'ont pas recul sont restes stationnaires et1 pour atteindre les progrs accomplis dans le monde physique1 elles auront une longue route parcourir4 ,il faut qu'elles-mmes se dveloppent pour dvelopper la volont humaine1 pour tablir entre les deux lments des relations constantes1 et1 par ces relations constantes1 arriver communiquer avec les puissances suprieures1 avec les forces bonnes rpandues dans l'univers4 ,le jour o l'homme sera arriv se dpouiller de toutes les douleurs artificielles que lui crent l'illogisme et le faux amour de soi1 un profond soupir de soulagement soulvera le cur du monde4 ,le jour o l'me rveille1 unie la volont dans la recherche de l'harmonie et du bonheur1 mettra en uvre les facults qu'elle a reues de ,dieu1 l'tre humain sera bloui du pouvoir qu'il possde sur sa propre destine1 mme si ce pouvoir est limit par un certain dterminisme4 ,n'importe l'heure laquelle cette rvlation lui arrive1 l'homme l'accueille avec une joie profonde1 mme s'il a dj atteint la maturit de la vie et si l'immense regret des annes perdues se mle sa satisfaction4 ,il se sent1 soudain1 le matre de lui-mme1 capable dans une mesure relative de diriger les vnements1 d'tablir entre son me et les autres mes des relations invisibles et silencieuses1 et il arrive peu peu la certitude qu'agir et parler sont ses moindres moyens d'action1 et qu'il en possde d'autrement efficaces et puissants4 ,que l'homme prte l'oreille et coute autour de lui les voix qui se font entendre4 ,le grand chur des dsesprs les domine toutes1 ml aux rires des mchants1 aux cris de triomphe du mensonge qui insulte la vrit1 de la mauvaise foi qui soufflette la droiture1 du vice qui pitine la puret4 ,des sons assourdis et faibles rpondent seuls ces tumultueuses manifestations4 ,mais ils ne vibrent point1 l'oue ne les saisit pas1 les mots prononcs semblent sortir de lvres mortes1 de gosiers paralyss4 ,et pourtant ils partent d'une foule compacte1 bien plus nombreuse que la masse qui remplit le monde de ses clameurs4 ,ces colonnes d'tres mornes et presque muets doit ne part aucune vigoureuse protestation1 aucun appel joyeux1 aucun cri d'esprance1 sont formes par les honntes gens qui respectent le code1 mais ont laiss mourir leurs mes4 ,quelques-uns sortent des rangs1 agitent les bras1 lvent leur tte vers le ciel1 essayent de formuler des mots1 mais leurs compagnons se prcipitent pour les immobiliser1 fermer leur bouche1 courber leur visage vers la terre1 et1 trop peu nombreux1 dcourags1 incapables de ragir contre l'atmosphre qui les entoure1 ils rentrent dans les files immobiles et ne bougent plus1 laissant la cohorte des mchants se rpandre sur le monde en torrents envahisseurs4 ,au ,,xiiie sicle dj ,dante s'tait crois avec cette foule morne1 et ,virgile l'avait ddaigneusement stigmatise3 ,non ragionam di loro1 ma guarda e passa4 ,le conseil du ,cygne de ,mantoue n'a t que trop suivi4 ,les sicles ne se sont pas proccups de ces incapables et de ces timides1 on les a laisss vivre sans blme1 ni louange1 et1 dans cette paix honteuse1 ils se sont multiplis l'infini1 abaissant peu peu leur niveau mdiocre une grande partie des curs que l'esprit actif du mal ne domine pas4 ,aujourd'hui1 il ne faudrait plus leur permettre de vivre et de crotre4 ,toutes les mes vivantes devraient se dresser contre cette masse inerte qui est la pire ennemie de l'esprit et du pouvoir de l'esprit4 ,il dpend des hommes1 qui ont uni leur volont leur me1 de crer des courants irrsistibles4 ,qu'ils laissent de ct pour le moment le vice1 le mal sous ses formes clatantes1 ce n'est pas l'adversaire le plus redoutable4 ,au contraire1 l o les passions vibrent1 l existe souvent aussi la capacit du rveil4 ,les bataillons qu'il s'agit avant tout de combattre et d'anantir1 s'ils refusent de se rendre1 sont forms par les membres soi-disant respectables de la socit qui ont perdu toute force d'action et de raction1 chez lesquels la vie intrieure a cess d'exister1 et qui dans chaque occasion de luttes jettent leur pe avant mme de l'avoir sortie du fourreau4 ,parmi eux sans doute1 il y a des mes qui attendent peut-tre avec angoisse un cri d'appel qui leur donne la possibilit de revivre1 de se manifester1 de dvelopper leur puissance4 ,aprs1 lorsqu'un frmissement aura parcouru la masse inerte1 il sera temps de donner l'assaut au mal1 d'opposer les courants bienfaisants aux courants dltres4 ,mais en cela aussi la mentalit humaine doit se modifier2 jusqu'ici les grands pchs traditionnels l'ont seule occupe4 ,pour la socit1 il y a1 en effet1 de grands et de petits pchs2 pour ,dieu1 il ne peut y en avoir4 ,tout ce qui obscurcit son image dans le cur de l'homme est mal ses yeux1 quelles qu'en soient les consquences ou les non-consquences apparentes4 ,un mouvement de colre mchante1 mme sans rsultats1 contamine l'me autant que s'il avait t cause de blessures et de mort4 ,la loi a raison de punir dans un cas et aurait tort de punir dans l'autre1 mais aux yeux de l'ternel la tache est la mme4 ,l'avare qui garde son or avec un amour ddonn se croit un parfait honnte homme et mprise celui qu'entrane la chair et le sang1 mais l'vangile ne fait aucune diffrence entre lui et le dbauch1 pas plus qu'entre le menteur et le voleur2 tous ont pch contre la perfection divine1 tous se sont loigns de ,dieu4 ,telle a t l'erreur fondamentale3 l'homme a trait son me comme si elle reprsentait un fait sociologique1 au lieu de voir en elle le miroir o la divinit se reflte4 ,a ce point de vue il n'y a pas de petites fautes1 toutes salissent1 mme les plus insignifiantes1 car la conscience ne se proccupant pas de les effacer1 elles finissent par former une couche paisse qui ternit le cristal et empche toute lumire d'y tomber et tout rayonnement rflexe d'en sortir4 ,l'tre humain doit apprendre respecter son me2 quand on vnre son me on veut l'entourer de beaut2 quand on dsire la beaut on proscrit la laideur4 ,il n'y aurait plus besoin alors de parler de vertu1 la beaut tant suprieure la vertu1 c'est--dire la contenant en elle4 ,contre toutes les forces bonnes1 les forces mauvaises combattent2 s'il y a l'nergie du bien1 celle du mal existe galement4 ,moins puissante1 sa destine finale est d'tre dtruite1 mais les honntes gens peuvent en prolonger indfiniment le rgne par leur lchet4 ,que s'est-il pass en ce dernier sicle8 ,commenc dans un mouvement de fraternit et de justice il finit dans l'apothose de l'argent et de la violence brutale4 ,la responsabilit de ce triste phnomne remonte tout entire aux membres respectables1 la partie correcte de la socit1 aux soi-disant chrtiens4 ,ils sont cent contre un1 mais ils ne se servent pas de leurs armes1 ils les laissent tomber de leurs mains affaiblies1 tandis que les adversaires ont la poigne solide1 le jarret ferme1 le coup d'il juste2 ils tirent droit et blessent toujours4 ,un sicle nouveau commence2 l'ancien est retomb dans le pass4 ,la mentalit humaine devrait se renouveler elle aussi et rejeter parmi les choses disparues les erreurs dont elle a souffert4 ,une des principales a t la rsignation au malheur4 ,l'homme est cr pour tre heureux3 le bonheur personnel et celui d'autrui1 tel devrait tre le mot d'ordre du vingtime sicle1 la formule de sa religion4 ,mais ce bonheur il faut le conqurir1 comprendre qu'il rside dans l'harmonie avec ,dieu1 et cette harmonie ne peut tre atteinte que par le culte de la beaut en nous-mmes4 ,le chtiment de ceux qui auront manqu leur mission ne sera pas probablement le feu ternel1 mais de rester infrieurs1 en ayant la vue nette de leur infriorit et la perception plus exacte encore de ce qu'ils auraient pu tre4 ,qu'il soit subi dans ce corps mortel ou dans d'autres existences1 il ne saurait y avoir de supplice plus raffin4 ,pour viter cette torture1 mme si elle est passagre1 l'homme ne devrait-il pas accomplir un suprme effort8 ,le regret est souvent pire que le remords4 ,avoir reu des facults illimites pour tre heureux1 rpandre le bonheur1 combattre les lments pernicieux qui ruinent et menacent le monde1 et ne pas s'en tre servi1 et avoir t sa propre victime1 n'y a-t-il pas de quoi cogner de dsespoir sa tte contre les murailles8 ,tous ceux qui admettent la possibilit de communications entre l'homme et l'esprit divin ont volontairement renonc la satisfaction donne par le sentiment et l'exercice de la puissance2 leurs mes1 si elles avaient t vivantes1 les auraient avertis de ce qu'ils ngligeaient4 ,de la part des chrtiens1 cet oubli de leurs privilges est absolument inexplicable4 ,ces vangiles qu'ils prtendent inspirs parlent clairement3 puissance et joie sont promises1 ds cette terre1 ceux qui vivent de l'esprit4 ,le monde a assez pleur1 a assez souffert1 s'est assez abaiss4 ,il a non seulement soif de bonheur1 il a soif de sublime4 ,qu'on ne lui dise plus3 ,les affections dont tu jouis1 elles sont passagres1 tout est cendre et se rsout en cendre4 ,la loi de renouvellement n'existe-t-elle pas dans le cur comme dans la nature8 ,si l'homme mettait un peu de son me dans ses attachements1 ils deviendraient ternels en se transformant4 ,qu'on ne lui dise plus3 ,la jeunesse va s'vanouir1 tu connatras les dsenchantements de la maturit1 les incapacits de la vieillesse4 ,si la maturit est dsenchante1 c'est qu'elle ne connat pas la porte des facults qu'elle possde4 ,c'est le moment de leur vraie puissance3 les passions troublent moins cette priode de la vie1 les annes vcues ont dvelopp la clairvoyance et la matrise du soi4 ,pour ceux qui auraient pratiqu1 ds leur jeunesse1 la sage culture d'eux-mmes1 ce serait l'heure de la rcolte4 ,pour ceux qui ont compris la vrit tardivement1 quelle abondance de travail intrieur se prsente eux6 ,ils doivent condenser en peu d'annes ce qu'ils n'ont pas accompli jusqu'alors avec leur volont et leur me4 ,le dsenchantement de la maturit8 ,elle succombe plutt sous l'amas des richesses4 ,quant la vieillesse elle devrait tre le fate lumineux de la vie4 ,la rcolte a eu lieu1 les greniers sont remplis1 il ne reste qu' savourer et jouir4 ,on ne peut plus1 rpondra-t-on4 ,mais pourquoi ne peut-on plus8 ,parce que l'me dort1 est engourdie ou paralyse4 ,si elle vivait1 comme les annes ne la touchent pas et qu'elle reste jeune ternellement1 le cur et l'intelligence conserveraient1 travers elle1 leurs forces et leurs facults de sentiment et de jouissance4 ,schopenhauer lui-mme1 le grand pessimiste1 dans ses ,aphorismes sur la sagesse dans la vie dclare que ce qu'un homme est en soi-mme1 ce qui l'accompagne dans la solitude et ce que nul ne saurait lui donner ni lui prendre1 est videmment plus essentiel pour lui que tout ce qu'il peut possder ou ce qu'il peut tre aux yeux d'autrui4 ,si le temps exerce son droit sur le corps et parfois sur l'intelligence1 le caractre moral1 lui1 demeure inaccessible l'usure2 par consquent1 le vieillard peut conserver toute la personnalit de son me1 et les occupations du dehors ayant1 en partie1 cess pour lui1 il est en mesure de se consacrer entirement la culture de son jardin intrieur4 ,en quoi le coucher du soleil est-il infrieur l'aurore8 ,toute la vie3 jeunesse1 maturit1 vieillesse1 peut tre une beaut1 pourvu que l'homme vive travers son me4 ,or1 la beaut c'est le bonheur2 en tout cas1 c'est l'harmonie1 et l'harmonie1 c'est la communion de l'humain avec le divin4 ,le ,,xxe sicle doit s'acheminer vers la vie heureuse4 ,une lite commencera2 consciente de ses responsabilits1 persuade que le rgne est aux forts1 elle parlera voix haute1 rpandra la bonne nouvelle1 et1 devenant de jour en jour plus nombreuse1 pourra travailler efficacement l'amlioration des conditions gnrales4 ,elle dlivrera l'homme de toute la srie des fausses douleurs1 lui enseignera le vritable amour de soi1 diminuera l'influence des courants mdiocres et contribuera l'rection du ,temple o l'humanit de l'avenir viendra adorer le ,dieu de vrit et de justice1 le suprme pouvoir du bien1 avec lequel elle aura appris entrer en communication intime et permanente4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,chapitres ,pages4 ,,pr,,face ,i ,i4--,le sommeil des mes #a ,,ii4--,le prestige du mal #bg ,,iii4--,l'avarice morale #fa ,,iv4--,le faux amour de soi #id ,v4--,l'lgance morale #acb ,,vi4--,le culte de la vrit #adh ,,vii4--,la bont #aha ,,viii4--,le respect du repentir #baa ,,ix4--,la ncessit de l'effort #bci ,x4--,l'harmonie finale #bfd ,,tours1 ,,imp4 ,,deslis ,,fr,,res1 ,,rue ,,gambetta1 #f4 ,,notes3 #a ,c'est le christianisme qui fournit encore quatre cent millions de cratures humaines des ailes pour les conduire au-del des horizons borns1 pour les soulever par la puret et la bont au-del du sacrifice4 7,hippolyte ,taine47 #b ,questi sciagurati che mai non fur vivi 7,dante1 ,inferno1 canto ,,iii74 #c ,voir le chapitre3 ,le ,sommeil des mes4 #d ,c4 ,wagner4 #e ,voir le chapitre3 le ,respect du ,repentir4 #f ,victor ,hugo4 #g ,i ,samuel1 ,,xviii1 ,i1 #bf4 #h ,voir le chapitre3 ,la bont4 #i ,voir le chapitre3 le ,faux amour de ,soi4 #aj ,un enfant des classes aises tait assis en tramway avec sa mre3 une vieille femme entre1 l'enfant veut se lever pour lui cder sa place1 la mre le retient et le force se rasseoir3 ,imbcile6 dit-elle4 #aa ,voir le chapitre3 ,l'avarice morale4 #ab ,professeur ,barth4 #ac ,mistral1 ,mireille4 #ad ,voir le chapitre sur l'lgance morale4 #ae ,voir le chapitre sur le ,faux amour de soi4 #af ,voir le chapitre3 le ,faux amour de soi4 #ag ,id4