,,notes ,,sur ,,la ,,transcription3 --,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 --,on a conserv l'orthographie de l'original1 incluant ses variantes4 --,les lettres crites au-dessus ont tes representes ainsi3 ab et abc4 ,l',,acad,,mie ,,des ,,sciences ,,et ,,les ,,acad,,miciens ,,de #afff ,a #agic ,illustration ,l',,acad,,mie ,,des ,,sciences ,,et ,,les ,,acad,,miciens ,,de #afff ,a #agic ,,par ,,joseph ,,bertrand ,,membre ,,de ,l',,institut ,illustration ,,paris ,j4 ,,hetzel1 ,,libraire-,,diteur #ah1 ,,rue ,,jacob1 #ah #ahfi ,tous droits rservs4 ,,pr,,face4 ,l'histoire complte de l',acadmie des sciences serait une uvre considrable4 ,faire connatre la marche de toutes les sciences depuis plus de deux sicles1 dire le temps et l'occasion de leurs progrs en ,france1 assigner le gnie particulier de plus de deux cents membres qui1 avec des mrites divers1 ont pris part l'uvre commune1 montrer leur influence au dehors et l'impulsion qu'ils en reoivent1 rechercher le rle croissant de l'illustre compagnie dans les grandes questions d'utilit publique1 la confiance dont elle se montre digne et qui des particuliers s'tend au gouvernement1 et mme aux corps les plus jaloux de leurs droits1 tel serait le cadre d'un ouvrage dont on trouvera ici quelques chapitres4 ,l'histoire des sciences n'occupe dans ce volume qu'une place trs-restreinte2 elle aurait pu1 si j'avais adopt un autre cadre1 en former la partie la plus considrable4 ,les mmoires de l',acadmie sont en effet l'essentiel de son uvre2 en y joignant le recueil des savants trangers et la collection des pices couronnes1 on pourrait aisment faire natre de leur analyse1 sans dveloppements forcs1 l'histoire complte des diverses sciences4 ,une telle tche exigerait une rudition laquelle je ne prtends ni n'aspire2 mon but est plus modeste et non moins utile peut-tre4 ,aprs avoir lu avec un vif intrt les procs-verbaux indits des sances et consult les pices officielles conserves par l',institut1 j'ai cru voir apparatre trs-clairement l'organisation de l'ancienne ,acadmie1 la physionomie des sances1 les proccupations de ses membres1 leurs relations entre eux et avec le gouvernement1 les ressources rgulires dont ils disposaient pour la science1 et les appuis extraordinaires qui1 lorsqu'il le fallut1 ne leur firent jamais dfaut4 ,ce petit tableau forme une page curieuse de l'histoire de la socit polie en ,france4 ,j'ai essay1 l'occasion d'un savant ouvrage de ,m4 ,maury1 de l'indiquer dans quelques articles du ,journal des ,savants4 ,ce sont ces articles1 soigneusement revus1 que je prsente aujourd'hui au public avec des dveloppements qui en doublent au moins l'tendue4 ,l'histoire de l',acadmie ne se spare gure de celle des acadmiciens1 et j'ai cru intressant d'esquisser1 ct des coutumes et des actes de la compagnie1 les traits principaux de la vie et du caractre de ses membres4 ,devais-je me borner aux grandes figures qui dominent leur poque1 ou m'tendre jusqu'aux soldats les plus obscurs de l'arme de la science8 ,j'ai repouss ces deux partis extrmes1 et laissant de ct1 forcment parfois faute de documents prcis1 les acadmiciens dont la trace est aujourd'hui efface1 j'ai essay de reprsenter1 dans un cadre proportionn leur importance1 tous ceux qui1 par leur talent ou par leur caractre1 ont accru la force et le renom de l',acadmie4 ,tel a t du moins mon programme2 mais je m'en suis1 il faut l'avouer1 cart plus d'une fois4 ,compltement tranger aux questions de mdecine1 j'ai d passer sous silence les travaux1 quoique considrables1 de la section d'anatomie1 et par une consquence naturelle1 j'ai nglig l'histoire de ses membres4 ,les courtes notices consacres aux autres membres de l',acadmie auraient d s'tendre ou se resserrer en raison de l'importance du personnage4 ,dans le plus grand nombre des cas1 on verra qu'il en est ainsi2 mais il y a des exceptions2 plus de sympathie pour quelques-uns1 moins de comptence pour juger l'uvre de quelques autres1 et peut-tre aussi le hasard de la composition1 ont amen des disproportions que le lecteur voudra bien me pardonner4 ,toutes les figures de ma petite galerie sont apprcies avec une franchise absolue et une entire libert4 ,biographie1 quand il s'agit d'acadmiciens1 est1 pour bien des lecteurs1 synonyme d'loge4 ,j'ai trop souvent peut-tre oubli cette tradition2 mais un mot de ,voltaire m'a plus d'une fois soutenu dans l'entreprise peu prilleuse de juger quitablement les hommes du sicle pass3 ,qui loue tout n'est qu'un flatteur2 celui-l seul sait louer qui loue avec restriction4 ,les grands hommes sont rares1 il faut bien le savoir1 et l'on doit1 quand on les rencontre1 s'incliner profondment devant eux4 ,mais lorsqu'un sourire ironique accueille tardivement le souvenir de ceux qui en ont indment tenu l'emploi1 il n'y a cela ni injustice ni inconvnient4 ,j'aurais pu souvent1 sans infidlit comme sans effort1 montrer dans les passions et les ridicules1 les partialits et les jalousies du pass1 des analogies et des leons applicables au temps prsent4 ,non-seulement je me suis abstenu de chercher pour ce livre un tel genre d'intrt1 mais chaque fois que l'allusion1 s'imposant en quelque sorte1 se prsentait moi trop facile et trop claire1 je me suis fait une loi invariable de quitter brusquement la plume4 ,j4 ,,bertrand4 ,l',,acad,,mie ,,des ,,sciences ,,et ,,les ,,acad,,miciens ,,de #afff ,a #agic ,i4 ,l',,acad,,mie ,l',,acad,,mie ,,de #afff4 ,lorsqu'en #afff ,colbert1 heureusement inspir par ,perrault1 proposa ,louis ,,xiv la cration de l',acadmie des sciences1 il prtendait former une compagnie comptente1 aussi bien sur les questions d'rudition1 d'histoire1 de littrature et de got1 que sur les problmes de science pure4 ,un acadmicien devait1 suivant lui1 ne fermer les yeux aucune lumire et cultiver plus spcialement une des branches des connaissances humaines1 sans donner pour cela l'exclusion toutes les autres4 ,l',acadmie des sciences runit donc d'abord1 pour bien peu de temps il est vrai1 aux gomtres et aux physiciens1 des rudits et des hommes de lettres4 ,pour ne pas cependant partager les esprits entre des penses trop contraires1 on assigna des jours diffrents la runion des diffrents groupes de la compagnie4 ,les gomtres et les physiciens s'assemblaient sparment le samedi1 puis tous ensemble le mercredi2 les historiens tenaient sance le lundi et le jeudi2 et les littrateurs enfin taient runis le mardi et le vendredi4 ,toutes les sections cependant composaient un mme corps qui1 le premier jeudi de chaque mois dans une runion de tous ses membres1 entendait et discutait1 s'il y avait lieu1 le compte rendu des travaux particuliers4 ,l'organisation1 on le voit1 tait peu prs celle de notre ,institut4 ,l',acadmie franaise et l',acadmie des inscriptions1 reprsentes dans la compagnie nouvelle par une partie seulement de leurs membres1 s'murent d'une sparation qui1 en donnant aux uns une double part de privilges et de largesses1 ne pouvait manquer d'amoindrir les autres4 ,colbert obtint1 leur prire1 que le roi rduist les occupations de l',acadmie des sciences aux tudes et aux recherches scientifiques4 ,devenue ainsi la sur et non la rivale de ses deux anes1 l',acadmie des sciences resta compose de seize membres1 presque tous choisis par ,colbert avec un rare discernement4 ,dans la section de mathmatiques se trouvaient en effet3 ,christian ,huyghens1 un des plus grands hommes de son temps1 rare et admirable gnie qui1 pendant plus de quinze ans1 brilla dans l',acadmie et fut le plus illustre de ses membres4 ,roberval1 que ,pascal estimait assez pour crire3 ,si le pre jsuite connat ,m4 ,roberval1 il n'est pas ncessaire que j'accompagne son nom des loges qui lui sont dus1 et s'il ne le connat pas1 il doit s'abstenir de parler de ces matires1 puisque c'est une preuve indubitable qu'il n'a aucune entre aux hautes connaissances ni de la physique1 ni de la gomtrie4 ,picard et ,auzout1 clbres tous deux des degrs et des titres ingaux1 dans l'histoire de l'astronomie4 ,frenicle1 dont ,descartes et ,fermat ont lou la pntration et qui1 presque exclusivement appliqu la thorie des nombres1 avait lutt sans dsavantage contre ces deux grands hommes1 lorsqu'ils n'avaient pas ddaign de le suivre1 quelquefois mme de le provoquer sur son terrain4 ,buot1 qui1 d'abord simple ouvrier armurier1 s'tait instruit seul et qu'on s'tonnait de voir si savant sans entendre un mot de latin4 ,carcavy enfin1 ami de ,pascal1 et qui sans avoir produit d'invention originale tait alors un savant instruit et considrable4 ,les physiciens qui compltaient l',acadmie sont rests moins clbres4 ,outre ,pecquet1 dont le nom est attach une dcouverte importante1 l',acadmie comptait3 ,delachambre1 mdecin ordinaire du roi et auteur d'un ouvrage intitul3 ,nouvelles conjectures sur la cause de la lumire1 sur les dbordements du ,nil et sur l'amour d'inclination4 ,cet ouvrage a reu de grandes louanges2 les mrites1 il faut le croire1 en taient aussi varis que le sujet1 car il ouvrit son auteur les portes de l',acadmie franaise comme celles de l',acadmie des sciences4 ,claude ,perrault1 le futur architecte du ,louvre1 mdecin en mme temps1 comme ,boileau ne l'a laiss ignorer personne1 et de plus naturaliste habile4 ,quoique ,duclos1 ,bourdelin1 ,gayant et ,marchand1 qui compltaient la section1 n'aient pas laiss de grands noms dans la science1 leur mrite passait alors pour fort au-dessus du commun4 ,duhamel1 homme trs-docte et d'un esprit ferme et droit1 fut nomm secrtaire4 ,il joignait une grande rudition philosophique la politesse et l'lgance de style1 en mme temps qu'une excellente latinit dont la rputation dcida1 dit-on1 le choix de ,colbert4 ,cinq jeunes gens enfin1 ,couplet1 ,richer1 ,niquet1 ,pivert et ,delannoy1 furent adjoints aux acadmiciens pour les aider dans leurs travaux4 ,le roi assurait par des pensions l'existence des membres de la compagnie nouvelle1 en mettant de plus leur disposition les fonds ncessaires pour excuter les expriences et construire les machines juges utiles4 ,l',acadmie se runissait deux fois par semaine1 le mercredi et le samedi4 ,quoique tous les membres fussent convoqus1 la sance du mercredi tait spcialement consacre aux travaux mathmatiques1 et celle du samedi aux expriences de physique1 comprenant1 d'aprs le langage du temps1 les manipulations de chimie et les travaux d'histoire naturelle4 ,les runions ressemblaient fort peu celles d'aujourd'hui4 ,l',acadmie1 inconnue au public et peu soucieuse de se rpandre au dehors1 ne recevait des savants trangers que de rares et insignifiantes communications2 une ou deux fois par an1 tout au plus1 un inventeur1 patronn par quelque grand personnage1 tait admis lui soumettre un moyen de dessaler l'eau de mer1 une solution nouvelle du problme des longitudes ou quelque combinaison chimrique pour produire de la force sans en consommer444 ,mais les seize acadmiciens1 accoutums ne compter que sur eux-mmes1 remplissaient le plus souvent les sances par leurs propres travaux4 ,les expriences1 choisies et discutes l'avance1 devaient tre excutes en commun1 dans le laboratoire annex la bibliothque royale1 o se tenaient alors les assembles4 ,duclos1 dans le programme des travaux de chimie1 tale tout d'abord la confiance d'un ignorant qui ne doute de rien4 ,la chimie1 il ne faut pas l'oublier1 est de cration toute rcente1 et les transformations des corps n'avaient jamais t rattaches1 avant ,stahl qui vint quarante ans plus tard1 une thorie rellement scientifique4 ,duclos cependant n'y aperoit pas de secrets2 il dclare le nombre des lments1 en assigne la nature et le rle et1 sans marquer aucun embarras1 met et propose comme indubitables les principes les plus absolus et les plus faux4 ,le soufre1 le mercure et le sel ne sont pas1 suivant lui1 des corps simples1 et par la rsolution des mixtes naturels1 il ne reste jamais que de l'eau4 ,c'est elle qui1 altre par un efficient impalpable et spirituel1 produit le mercure1 le soufre et le sel4 ,les esprits parfaits et qui ont quelque participation de la vie contiennent un troisime principe1 nomm arche1 en sorte qu'il existe en tout trois principes3 le corps matriel qui est l'eau1 l'esprit altratif et l'me vivifiante ou arche4 ,les chimistes1 on le voit1 avaient beaucoup dsapprendre4 ,le plan d'tudes trac par ,perrault pour l'anatomie et la botanique fait paratre au contraire beaucoup de savoir et de sens4 ,les recherches anatomiques doivent comprendre1 suivant lui1 en mme temps que la description des organes1 la recherche de leur usage et le mcanisme de leur action4 ,quelques organes bien connus remplissent des fonctions encore trs-caches et des effets vritables et manifestes1 tels par exemple que la gnration du lait1 dpendent de quelque organe qu'on n'a pas pu dcouvrir4 ,un anatomiste doit donc employer la fois les yeux et la raison1 en conservant toutefois quelque avantage aux yeux sur la raison mme4 ,perrault distingue galement de l'histoire et de la description des plantes l'tude plus philosophique de leur naissance et de leur accroissement4 ,beaucoup d'auteurs anciens ont crit sur ce sujet2 leurs assertions sont douteuses1 il serait utile de les vrifier4 ,est-il vrai1 par exemple1 qu'une plante puisse se reproduire par les sels tirs de sa cendre8 ,la terre qui nourrit la plante peut-elle la produire par sa propre fcondit sans avoir reu de semence8 ,existe-t-il dans la plante1 comme dans les animaux1 une partie principale qui donne l'me et le mouvement toutes les autres1 et cette partie n'est-elle pas la racine8 ,que faut-il penser enfin de ce qu'on a nomm les sympathies et les antipathies des plantes8 ,si le sapin est considr comme l'ami des autres arbres1 cela ne tient-il pas seulement ce que sa racine1 droite et plongeante1 ne gne en rien les plantes places dans son voisinage8 ,si l'olivier passe pour un arbre peu sociable1 n'est-ce pas pour une raison contraire8 ,chaque acadmien tait invit proposer son programme1 et il en rsulta une grande varit de projets4 ,un membre de la ,compagnie1 dont le procs-verbal ne donne pas le nom et qui1 pour cette raison1 est peut-tre ,duhamel qui l'a rdig1 propose de choisir un tang pour faire tourner l'eau en son milieu1 laquelle communiquera le mouvement au reste de l'eau par diffrents degrs de vitesse1 pour y examiner le mouvement des divers corps flottants en divers endroits et ingalement loigns du milieu1 pour faire quelque comparaison des plantes dans le monde4 ,auzout1 mieux inspir1 demandait que quelques-uns de la ,compagnie eussent commission de voir les ouvriers1 leurs outils et leurs instruments1 la manire de les employer1 savoir ce qui leur manque et apprendre leurs secrets et leurs sophisteries4 ,couplet fut charg de suivre cette ide1 qui devait produire la belle collection des ,arts et mtiers publie un sicle plus tard par l',acadmie4 ,huyghens aussi remit son projet1 et ,m4 ,boutron en possde l'autographe original avec des notes approbatives crites sans doute de la main de ,colbert4 ,sidenote3 ,bon4 ,faire les expriences du vuide par la machine et autrement et dterminer la pesanteur de l'air4 ,sidenote3 ,bon4 ,examiner la force de la poudre canon en l'enfermant en petite quantit dans une boite de fer ou de cuivre fort espaisse4 ,sidenote3 ,bon4 ,examiner de mme faon la force de l'eau rarfie par le feu4 ,sidenote3 ,bon4 ,examiner la force et la vitesse du vent et l'usage qu'on en tire la navigation et aux machines4 ,sidenote3 ,bon4 ,examiner la force de la percussion ou la communication du mouvement dans la rencontre des corps1 dont je crois avoir donn le premier les vritables rgles4 ,pour l',assemble de ,physique4 ,la principale occupation de cette ,assemble et la plus utile doibt estre1 mon avis1 de travailler l'histoire naturelle peu prs suivant le dessein de ,verulamius4 ,cette histoire consiste en expriences et en remarques et est l'unique moyen pour parvenir la connoissance des causes de tout ce qu'on voit dans la nature4 ,comme pour savoir ce que c'est que la pesanteur1 le chaud1 le froid1 l'attraction de l'aimant1 la lumire1 les couleurs1 de quelles parties est compos l'air1 l'eau1 le feu et tous les autres corps1 quoy sert la respiration des animaux1 de quelle faon croissent les metaux1 les pierres et les herbes1 de toutes lesquelles choses on ne sait encore rien ou trs peu1 n'y ayant pourtant rien au monde dont la connoissance seroit tant souhaiter et plus utile4 ,sidenote3 ,bon4 ,l'on devroit1 suivant les diverses matires dont j'en viens de nommer quelques-unes1 distinguer les chapitres de cette histoire et y amasser toutes les remarques et expriences qui regardent chacune en particulier1 et de ne se pas tant mettre en peine d'y rapporter des expriences rares et difficiles faire1 que celles qui paroissent essentielles pour la dcouverte de ce que l'on cherche1 quand bien mme elles seroient fort communes4 ,l'utilit d'une telle histoire faite avec fidlit s'estend tout le genre humain et dans tous les sicles venir1 parce qu'outre le profit qu'on peut tirer des expriences particulires pour divers usages1 l'assemblage de toutes est toujours un fondement assur pour bastir une philosophie naturelle1 dans laquelle il faut ncessairement procder de la connoissance des effets celle des causes4 ,la chimie et la dissection des animaux sont assurment ncessaires ce dessein1 mais il faudroit que les oprations de l'une ou de l'autre tendissent toujours augmenter cette histoire de quelque article important et qui regardast la dcouverte de quelque chose qu'on se propose1 sans perdre de temps plusieurs mesmes remarques de quelques circonstances dont la connoissance ne peut avoir de la suite2 pour ne pas encourir le reproche que faisoit ,seneque aux philosophes anciens3 ,invenissent forsitan necessaria nisi et superflua qusissent4 ,il faudroit commencer par les matires que l'on jugera les plus belles et utiles1 dont on pourra distribuer plusieurs la fois autant de personnes de ceux qui composent l'assemble qui toutes les semaines y feront le rapport et lecture de ce qu'ils auront recueilli1 et ce sera ainsi une occupation rgle1 dont le fruit sera indubitablement trs grand4 ,,huyghens4 ,cette note date de #afff1 poque laquelle ,colbert proposa ,louis ,,xiv la fondation de l',acadmie des sciences4 ,c'est cette mme anne que ,huyghens1 appel par le grand ministre et dot d'une pension considrable1 vint se fixer ,paris4 ,picard commena immdiatement avec ,auzout et ,huyghens une srie d'observations astronomiques1 et1 en proposant de construire pour les plantes des tables plus compltes que celles de ,kepler1 il disait ses motifs d'esprer ses succs4 ,on a1 dit-il1 quantit de nouvelles observations qui ont t faites trs-exactement en divers lieux1 lesquelles1 jointes et compares celles des annes prcdentes1 donnent une connaissance de l'astronomie bien plus particulire que celle qu'on a eue par le pass4 ,la gomtrie n'avait pas encore t pousse au point o elle est prsentement2 on a pour observer des instruments beaucoup meilleurs que ceux dont se sont servis les anciens4 ,a peine avait-on1 du temps de ,kepler1 de grandes lunettes de six ou sept pieds4 ,on en fait aujourd'hui de soixante pieds4 ,la mthode dont lui et ceux qui l'ont prcd se sont servis pour mesurer le temps est fort incertaine1 et trs-loigne de la prcision que nous donnent les horloges pendule1 qui marquent les minutes et mme les secondes avec beaucoup plus d'exactitude que les horloges communes ne marquaient les heures et les demi-heures1 et elles sont d'une si grande utilit que l'on peut1 par leur moyen1 non-seulement rectifier les heures des toiles fixes sans aucun instrument1 mais encore faire plusieurs observations qui sans cela seraient impossibles4 ,que si1 tous ces avantages1 on ajoute les secours qu'il plat ,sa ,majest de promettre cette science si ncessaire dans l'usage de la vie1 et par laquelle on puisse esprer de bons et grands instruments avec un lieu propre et tel qu'on le souhaite pour observer1 on aura tout lieu de se promettre de bons rsultats4 ,le ciel sembla favoriser la compagnie naissante3 deux clipses1 aussi rapproches qu'elles puissent l'tre1 se succdrent quinze jours d'intervalle4 ,la premire surtout prsenta un spectacle curieux et une instruction importante4 ,quand la lune s'clipsa l'horizon1 le soleil lui-mme n'tait pas encore cach4 ,ce singulier phnomne avait t observ dj par ,pline et par ,moestlin1 le matre de ,kepler4 ,les acadmiciens1 qui ne l'ignoraient pas1 y prirent cependant un grand intrt2 en voyant en effet la lune s'obscurcir lorsque rien en apparence n'intercepte pour elle les rayons du soleil1 on demeure assur1 sans recourir aucune autre preuve1 que les astres relevs par la rfraction ne sont pas o ils semblent tre4 ,l',acadmie1 plaant au nombre de ses travaux astronomiques l'tude immdiate de la rfraction1 rsolut d'approfondir une thorie aussi indispensable l'exactitude de toutes les autres4 ,huyghens proposa plusieurs mthodes qui furent suivies et perfectionnes1 et l',acadmie contribua faire disparatre une erreur grave presque universellement admise jusqu'alors4 ,la rfraction1 qui diminue avec l'lvation de l'astre observ1 ne devient nulle qu'au znith2 les observateurs1 qui l'avaient nglige pour les hauteurs plus grandes que #de1 s'taient tromps par l de plus d'une minute sur la latitude de ,paris1 base ncessaire de tous les travaux de l',observatoire4 ,les mathmaticiens eux-mmes entreprirent une uvre collective4 ,un trait de mcanique1 compos par eux1 devait tre l'une des premires productions de l',acadmie4 ,chaque gomtre1 tour de rle1 composait un chapitre et1 comme on disait alors1 tait dput pour penser une question4 ,plusieurs sances taient consacres ensuite lire son travail et le discuter4 ,descartes1 que le plus grand nombre des acadmiciens reconnaissaient pour leur matre1 avait dit cependant3 ,on voit souvent qu'il n'y a pas autant de perfection dans les ouvrages composs de plusieurs pices et faits de la main de plusieurs matres qu'en ceux auxquels un seul a travaill4 ,le nouveau trait ne dmentit pas ce jugement1 et si le temps qu'on y a consacr lui donne une place dans l'histoire de l',acadmie1 il n'en occupe aucune dans celle des progrs de la science4 ,l',acadmie1 qui devait composer en mme temps et qui composa en effet un trait sur l'histoire des animaux1 en amassait confusment les matriaux1 en suivant1 sans ordre rgulier et sans dessein prmdit1 le seul hasard des occasions3 un renard1 un blaireau1 une fouine1 une civette1 un putois1 une belette1 plusieurs salamandres1 un camlon1 une gazelle1 un sapajou1 un ours1 un hrisson1 une cigogne1 une tigresse1 un dromadaire1 une chouette1 un esturgeon et une oie vivante dont on examina les organes respiratoires1 se succdrent dans les sances du samedi sur la table de dissection4 ,mais la plus clatante et la plus mmorable de toutes les dissections fut celle d'un lphant de la mnagerie de ,versailles4 ,le roi y assista2 l'opration eut lieu ,versailles4 ,elle tait commence depuis quelque temps1 lorsque le roi1 sans s'tre fait annoncer1 entra tout coup dans la salle et demanda o tait l'anatomiste qu'il ne voyait point4 ,duverney1 le scalpel la main1 s'leva alors des flancs de l'animal o il tait englouti et fit devant lui l'histoire des principaux organes1 en y mlant sans doute quelque ingnieuse flatterie4 ,l'il1 apport ,paris1 fut tudi avec grand soin2 la trompe occupa deux sances2 la chair1 le cerveau1 l'ivoire et la liqueur du pricarde furent analyss par les chimistes1 c'est--dire successivement soumis une distillation qui dtruit les principes sans en rvler la nature4 ,le corps d'une femme supplicie fut livr un jour l',acadmie2 le procs-verbal des oprations est rdig cette fois avec des dveloppements inusits4 ,on rapporte l'preuve propose par chacun et presque toujours excute4 ,les acadmiciens1 attentifs profiter d'une occasion trs-rare alors1 tiennent sance extraordinaire plusieurs jours de suite et quand on cessa les travaux1 il tait impossible de les continuer4 ,colbert1 dans son zle pour la compagnie qu'il avait fonde1 avait autoris les acadmiciens examiner1 pour leur instruction1 les malades dsesprs de l',htel-,dieu4 ,matre alors de l'administration1 il disposait de tout dans l'tat4 ,cette fois cependant1 il ne fut pas obi4 ,les religieuses1 avec une invincible fermet1 refusrent l'entre de l'hpital1 et la ,commission acadmique revint1 comme dit son rapporteur ,pecquet1 sans avoir rien fait4 ,l',acadmie1 qui publia sur l'histoire des animaux deux volumes de grand intrt et riches d'observations originales1 ne produisit sur la botanique qu'un long et inutile travail4 ,guide par une fausse imagination1 elle demandait la distillation des plantes tout le secret de leurs principes divers1 et pendant plusieurs annes1 elle employa la plus grande partie de son temps distiller avec une persvrance obstine toutes les espces connues1 sans remarquer l'inconvnient grave d'une telle pratique et la strilit de la mthode4 ,les principes immdiats rellement caractristiques sont dcomposs en effet dans l'opration1 et les vgtaux les plus dissemblables1 tels que la cigu1 le pavot ou le bl1 donnent exactement le mme produit4 ,les diffrences restent donc caches et tout aboutit confondre les problmes sans les claircir4 ,les exemples d'analyse par distillation sont nombreux dans l'histoire de l',acadmie4 ,un jour1 la compagnie tant assemble1 on procde la distillation d'un melon tout entier dont on avait seulement t les graines et dont le poids tait de cinq livres4 ,la liqueur distille fut fractionne en neuf parties qui se trouvrent toutes1 l'exception de la premire1 mdiocrement acides4 ,la neuvime et dernire avait beaucoup de sel volatil1 et il resta quatre grains de sel lixiviel4 ,un autre exemple confirmera la trompeuse facilit de ce que l'on nommait analyse chimique la fin du ,,xviie sicle4 ,la compagnie tant assemble le #ad juillet #affg1 ,m4 ,bourdelin a fait voir l'analyse de quarante crapauds tout vivants4 ,il y en avait qui taient gards depuis dix-huit jours dans un panier1 et ceux-l sentaient fort mal2 ils pesaient deux livres1 onze onces et plus4 ,on en a tir trente-cinq onces1 trois gros de liqueur2 les cinq premires onces ont t tires au bain vaporeux3 la premire1 claire et limpide1 d'une saveur piquante1 a blanchi l'eau de sublim2 la seconde a rendu laiteuse l'eau de sublim2 la troisime a lgrement prcipit l'eau de sublim et troubl l'eau de vitriol2 la quatrime a plus prcipit l'eau de sublim2 la cinquime a fait ces effets encore plus fortement4 ,il en reste dix onces fort sches4 ,tels sont les rsultats visiblement informes et sans porte dont l',acadmie1 pendant prs de trente ans1 chargea patiemment ses registres4 ,les macrations quelquefois venaient en aide la distillation4 ,je suis d'avis1 disait ,dodart l',acadmie1 un jour o elle tenait conseil pour dterminer et arranger l'ordre de ses travaux1 je suis d'avis que l'on continue cette anne macrer des plantes4 ,nous ne sommes pas assurs que cette prparation confonde ou altre les principes1 il est probable qu'elle les dmle2 et suppos qu'elle les altre1 il est bon de savoir quelle altration elle cause1 et comme il n'y a gure d'apparence que les analyses nous fassent voir dans les produits ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent faire1 il faut au moins qu'elles nous fassent voir ce qu'on peut y faire par quelque voie que ce soit2 or la macration est une de ces voies et des principales4 ,au lieu de promener son attention sur des communications trop nombreuses et trop rapides pour la captiver1 l',acadmie avait pour coutume de consacrer une sance tout entire l'tude d'une question qui restait l'ordre du jour pendant plusieurs semaines1 quelquefois mme pendant plusieurs mois de suite2 elle s'arrtait sur chaque difficult1 discutait tous les points de vue1 jugeait les opinions opposes et dans les cas demeurs douteux faisait immdiatement appel l'exprience4 ,de telles confrences1 souvent pleines d'intrt et de vie1 si elles n'accroissaient pas toujours la science1 exeraient au moins les plus habiles et servaient l'instruction de tous4 ,une des questions les plus longuement tudies fut celle de la coagulation qui1 pendant l'anne #affi1 occupa vingt semaines de suite toutes les sances du samedi4 ,des animaux vivants1 un agneau et un cheval entre autres1 furent amens au laboratoire et livrs au scalpel4 ,l'illustre ,huyghens1 dont l'esprit vif et tendu embrassait toutes les questions1 proposa cette occasion sur la nature des liquides une opinion longuement motive et remarquable beaucoup d'gards4 ,la liquidit suivant lui ne consiste pas seulement dans le dtachement des parties du corps1 mais encore dans un mouvement continuel de ces parties4 ,plusieurs raisons1 dit-il1 le rendent vraisemblable1 et premirement cette proprit des liqueurs de se faire une surface plane et horizontale1 c'est--dire de faire descendre toute sa masse1 est une chose qu'on ne conoit pas qui se puisse faire par la seule petitesse et non-cohrence des parties1 parce qu'on voit qu'un tas de bl ou de grains de moutarde ou de sable ne s'aplatit pas1 mais demeure en forme de pyramide2 mais quand on secoue longtemps1 quoique par petit coups1 le vaisseau qui les contient1 ce qui cause du mouvement dans tous les grains1 on voit qu'ils se mettent de niveau ainsi qu'un liquide4 ,huyghens dans un autre passage1 propos de la coagulation du lait1 parle de la chaleur qui n'est1 qu'une agitation plus violente des mmes parties du lait4 ,cette ide1 aujourd'hui presque triomphante1 qui fait de la chaleur un mouvement des molcules1 a t propose plusieurs fois devant l',acadmie des sciences4 ,on lit au procs-verbal du #bc juin #afgg3 ,il y a beaucoup d'apparence que la chaleur vient du mouvement1 la forte d'un mouvement trs-vif et la faible d'un mouvement assez lent444 ,en un mot1 je ne sais quel mouvement c'est que la chaleur1 mais je suppose que c'est un mouvement4 ,les physiciens aujourd'hui n'en peuvent pas dire davantage4 ,mariotte et ,perraut invits parler sur la coagulation y employrent chacun une sance entire sans rien dire qu'on doive rapporter4 ,pendant que les sances du samedi taient consacres l'tude de la coagulation1 la discussion d'une machine propose et construite par ,huyghens pour mesurer la force de l'air et des liquides en mouvement1 occupait celles du mercredi4 ,la question pour des cartsiens tait lie trs-intimement la cause et au mcanisme de la pesanteur4 ,huyghens proposa les conjectures qui devaient peu de temps aprs lui inspirer le petit crit3 ,de causu gravitatis4 ,elles soulevrent des contradictions1 et la compagnie fut fort partage4 ,roberval trouvait la question trop difficile et trop haute4 ,on ne doit pas1 disait-il sagement1 prononcer sur de tels mystres2 le fond en est entirement impntrable1 et il faudrait1 pour les claircir1 quelque sens particulier et spcial dont nous manquons4 ,sans s'embarrasser dans la recherche des causes1 il tait d'avis qu'on s'en tnt au fait4 ,l',acadmie cependant voulut rassembler ses conseils et ses forces pour juger une question qui surpasse sans doute l'intelligence humaine et qu'aucune dcision ne saurait trancher4 ,une premire commission dont le rapporteur fut ,mariotte proposa des objections auxquelles ,huyghens rpondit aussitt2 l',acadmie alors chargea ,picard de prononcer dfinitivement4 ,le prudent astronome1 ennemi des discussions et des incertitudes1 dclina une telle responsabilit1 mais ,duhamel et ,perraut dclarrent longuement leurs penses4 ,huyghens maintint les siennes1 et la discussion qui n'eut rien que de faible se prolongea pendant plusieurs semaines sans autre effet1 comme on aurait pu le prvoir1 que d'affermir chacun dans son opinion4 ,les travaux astronomiques taient en mme temps activement poursuivis4 ,la construction de l',observatoire1 dcide en #affd1 fut commence en #affg4 ,le #ba juin1 une commission d'acadmiciens dtermina l'orientation de la faade4 ,rien n'est plus mal entendu que cet difice4 ,perraut1 malgr tout son talent1 s'y montra plus curieux de l'harmonie et de la rgularit des formes que des besoins vritables de la science4 ,des dispositions rclames par les astronomes et dont ,colbert lui-mme avait reconnu l'utilit furent obstinment repousses par lui1 comme incompatibles avec la beaut de l'ensemble4 ,l'art d'observer prouvait d'ailleurs ce moment une vritable rvolution1 et les astronomes les plus habiles n'taient d'accord eux-mmes ni sur la nature ni sur le choix des instruments y installer4 ,picard et ,auzout auraient voulu tout disposer pour l'astronomie de prcision1 prendre jour par jour des mesures rgulires et exactes et au catalogue minutieux des toiles joindre les tables des mouvements plantaires et des positions de la lune2 mais leur influence devait cder au crdit de ,dominique ,cassini4 ,c'tait ,picard lui-mme qui1 sur l'estime qu'il avait conue de ses talents1 avait rcemment attir les bienfaits de ,colbert sur ce redoutable rival4 ,homme d'esprit et homme de qualit1 facile et agrable d'humeur1 habitu la reprsentation et l'clat extrieur1 ,cassini obtint aisment la faveur du roi2 habile la mnager1 il excellait charmer son imagination1 exciter sa curiosit et la satisfaire quel qu'en ft l'objet avec une merveilleuse assurance4 ,un jour1 une comte parut dans le ciel4 ,le roi dsira savoir vers quelle rgion elle se dirigeait4 ,cassini qui ne l'avait observe qu'une fois1 le lui dit immdiatement4 ,la comte suivit une autre route1 mais le roi ne s'en informa pas et se souvint seulement que pour un homme aussi habile que ,m4 ,cassini les astres n'avaient pas de secrets4 ,en dcouvrant deux nouveaux satellites de ,saturne1 ,cassini put se glorifier d'avoir port le nombre total des astres errants au beau chiffre de #ad1 qui avait l'honneur d'tre uni au nom illustre de ,louis4 ,la flatterie eut un plein succs1 et une mdaille1 frappe par ordre du roi1 en consacra le souvenir4 ,picard et ,auzout1 aussi simples que modestes1 empresss d'ailleurs proclamer le mrite et la science de ,cassini1 devaient paratre prs de lui de bien petits compagnons4 ,cassini fut donc presque seul consult par l'architecte de l',observatoire4 ,il n'approuva pas tout1 et ses mmoires posthumes donnent un libre cours aux critiques2 mais il accorda publiquement de grandes louanges ,perraut1 et les rclamations ne purent tre bien nergiques contre un monument dont le dessein1 la grandeur et la solidit lui paraissaient admirables4 ,la solidit1 rsultat de l'paisseur des murs1 tait un grand inconvnient2 elle empcha l'installation des deux instruments les plus utiles aux observateurs modernes3 la lunette mridienne invente par ,roemer et le cercle mural d ,picard4 ,tous deux en effet exigent dans la maonnerie une ouverture continue allant de l'horizon au znith4 ,cet inconvnient est tel que cent ans plus tard un des descendants de ,cassini proposait pour y remdier de raser l'difice au niveau du premier tage4 ,cassini1 qui fut le premier directeur de l',observatoire1 cherchait surtout dans la science des rsultats isols et brillants et semblait peu se soucier de prparer par d'obscurs travaux les dcouvertes de ses successeurs4 ,l'imperfection des instruments de prcision devait donc le gner moins qu'un autre4 ,mais ,picard en souffrit beaucoup1 et quoiqu'en restant toujours avec ,cassini dans les meilleures relations1 il n'obtint que lentement les secours ncessaires pour raliser ses projets1 toujours cependant utilement et largement conus4 ,les astronomes de l',acadmie en attendant l'achvement de l'uvre de ,perraut ne demeuraient pas inactifs4 ,louis ,,xiv les avait chargs de mesurer la grandeur de la terre4 ,picard et ,auzout1 en excutant ce travail1 introduisirent dans leurs observations un des perfectionnements les plus importants qu'ait reus depuis deux sicles l'astronomie de prcision4 ,ils appliqurent pour la premire fois les lunettes la mesure des angles4 ,cette ide1 propose par ,huyghens dans son crit sur le systme de ,saturne et perfectionne par ,picard et par ,auzout1 devait assurer aux observations une exactitude presque illimite4 ,les lunettes avaient rvl dans le ciel ,galile1 ,kepler et leurs successeurs d'importants dtails invisibles l'il nu1 mais cette reprsentation sans ralit1 forme par les rayons lumineux aprs tant de dviations ingales et mal connues1 ne semblait pas pouvoir indiquer mme approximativement leur direction primitive4 ,la lunette en effet montre la fois une infinit de points diffrents2 vers lesquels est-elle prcisment dirige8 ,lorsqu'on observe avec une lunette un objet fort loign1 une toile par exemple1 la lunette montre son image forme au foyer du verre antrieur1 nomm objectif1 et la position de cette image regarde travers une loupe1 nomme oculaire1 varie avec celle de l'il de l'observateur4 ,picard pour prciser la direction place dans la lunette1 la distance mme o peut se former l'image1 deux fils trs-fins qui se croisent perpendiculairement2 l'observateur1 par le dplacement de l'instrument1 doit amener le point de croisement recevoir l'image de l'objet qu'il tudie4 ,mais il faut deux points pour dterminer une direction1 et les deux fils1 par leur croisement1 n'en donnent qu'un seul4 ,telle fut l'objection qui1 en obscurcissant l'invention de ,picard1 empcha toujours le clbre ,hvlius de l'appliquer ses instruments4 ,picard1 exact au fond mais confus dans ses explications1 apportait cependant une preuve dcisive1 je veux dire l'preuve mme4 ,l'ancienne mthode donnait des rsultats d'autant plus rapprochs des siens qu'on l'appliquait avec plus d'habilet et de soin4 ,l'ingnieux1 acadmicien avait en effet compltement raison4 ,lorsque les fils convenablement disposs cachent l'image d'un point loign1 la ligne dirige vers l'objet est dtermine et toujours la mme dans l'intrieur de la lunette dont elle est l'axe vritable2 les points situs sur son prolongement ne sont pas seuls aperus par l'observateur1 mais ils sont seuls viss par l'instrument4 ,tous les observateurs aujourd'hui profitent de cette invention1 et grce elle les plus mdiocres surpassent ,tycho en prcision1 autant et plus peut-tre que ,tycho surpassait ses prdcesseurs4 ,la position de plusieurs villes du royaume1 dtermine astronomiquement par ,picard1 devait servir la mesure du mridien4 ,quelques rsultats trs-inattendus suggrrent l',acadmie le dessein plus vaste de les rattacher un ensemble en construisant une nouvelle carte de ,france4 ,cette rsolution approuve par ,colbert fut suivie d'un prompt effet4 ,picard et ,lahire commencrent les travaux sans retard1 mais ralentis et interrompus souvent par la ncessit des affaires1 ils n'taient pas fort avancs la mort de ,picard4 ,cassini eut l'honneur de continuer ce grand ouvrage dont la clbre carte qui porte son nom et qui fut termine par son arrire-petit-fils devait tre le dernier rsultat4 ,lorsqu'une tude entreprise se trouvait termine ou abandonne1 l',acadmie1 toujours empresse passer d'un travail un autre1 avisait aussitt un but nouveau atteindre et par des discussions parfois trs-prolonges s'efforait de tracer sa route et d'y rgler sa marche l'avance4 ,c'est ainsi que le #c novembre #affi1 quinze sujets d'exprience et d'tude furent successivement proposs4 ,presque tous sont insignifiants et je citerai seulement les suivants3 ,faire l'analyse du caf et du th pour savoir pourquoi ils empchent de dormir4 ,faire l'analyse de l'urine pour savoir ce qui fait sa vertu pour les goutteux et contre les vapeurs4 ,chercher des purgatifs agrables au got4 ,un autre jour1 l',acadmie n'ayant rien de mieux faire1 on proposa d'enlever la rate des chiens1 et l'on trouva pour tout rsultat qu'ils taient plus gais et urinaient davantage4 ,l',acadmie1 toujours exacte faire une exprience au moins dans chaque runion du samedi1 prenait souvent des chiens pour victimes4 ,plus d'un1 piqu par une vipre1 servit d'preuve la vertu des antidotes rputs efficaces4 ,ils ne mouraient pas tous1 mais l'ingale gravit des morsures et la force plus ou moins grande de l'animal expliquaient suffisamment la diffrence des rsultats4 ,l',acadmie1 qui revint plus d'une fois sur ces expriences1 semblait se plaire varier le choix des victimes4 ,un chat fut mordu au ventre2 il vivait la fin de la sance1 mais il mourut deux jours aprs4 ,une grenouille mordue par une vipre mourut la nuit suivante4 ,deux vipres mordues par deux autres vipres vivaient encore la fin de la sance1 et le procs-verbal ajoute en post-scriptum3 ,elles se portent aujourd'hui fort bien4 ,un petit serpent fut galement mordu2 il mourut le lendemain4 ,trois pigeons enfin ayant t mordus par trois vipres1 les deux premiers moururent1 le troisime survcut et assista la sance suivante o l'on put constater qu'il s'tait form une crote sur la plaie4 ,la question1 on le voit1 ne faisait pas de grands progrs4 ,elle fut reprise en #agcg l'occasion d'un remde propos par un charlatan et qui fit grand bruit4 ,l',acadmie sacrifia encore neuf pigeons1 vingt-deux poulets1 deux coqs1 une oie1 deux chats et huit chiens1 sans donner de conclusion certaine4 ,dans l'une des sances o priodiquement en quelque sorte1 l',acadmie ayant puis son programme avait se demander3 ,qu'allons-nous entreprendre8 ,picard1 aprs avoir trac le tableau judicieux des dsiderata de l'astronomie1 proposa qu'en attendant l'achvement de l',observatoire1 une commission ft envoye ,uranibourg pour en dterminer exactement la position et rendre possible la comparaison des tables rudolphines de ,tycho ,brah avec les rsultats qu'on obtiendrait ,paris4 ,la rsolution fut approuve immdiatement par ,colbert1 et ,picard lui-mme partit pour le ,danemark4 ,il devait avant tout dterminer la hauteur du ple ,uranibourg4 ,en rendant compte des minutieuses prcautions dont il s'est entour1 ,picard fit connatre1 pour la premire fois1 les singuliers dplacements que quinze ans d'observations lui avaient rvl dans la position de l'toile polaire et qui l'ont fait toucher de bien prs l'une des grandes dcouvertes de l'astronomie moderne4 ,ces ingalits qui lui semblaient inexplicables n'ont plus aujourd'hui rien de mystrieux4 ,bradley en rvlant leur cause a expliqu leur loi4 ,elles dpendent1 en partie au moins1 comme il l'a montr avec vidence1 de la vitesse de la terre qui1 comparable celle de la lumire1 altre ingalement aux diverses poques de l'anne la direction apparente suivant laquelle nous parviennent les rayons issus d'une mme toile4 ,si ,picard1 qui ne l'a pas mme souponn1 n'a aucun droit cette grande dcouverte1 on en doit peut-tre admirer davantage la perfection jusque-l inoue des observations qui1 en dehors de toute ide prconue1 lui ont rvl d'aussi minutieux dtails4 ,la mridienne d',uranibourg fut l'occasion d'un grand tonnement4 ,la direction assigne par ,tycho prsentait dix-huit minutes d'erreur4 ,devait-on accuser l'habilet ou le soin du grand astronome ou voir dans le dplacement de la mridienne une preuve de la variation du ple8 ,un trop grand nombre d'observations s'accordent prouver le contraire1 et il fallut bien admettre chez l'exact et consciencieux ,tycho une erreur rendue inexplicable par son vidence mme4 ,nous osons promettre la postrit1 ajoute ,picard avec une lgitime confiance1 que si1 dans la suite des temps1 on trouve qu'il faille changer de plus d'une minute ce que nous avons tabli sur ce sujet1 ce sera pour lors que l'on pourra s'assurer de l'instabilit de la ligne mridienne4 ,le voyage d',uranibourg donna l',acadmie une force et une gloire nouvelles4 ,le jeune ,roemer1 ramen en ,france par ,picard et introduit dans l',acadmie1 fut d'abord un de ses membres les plus actifs et bientt un des plus illustres4 ,roemer en effet a mesur le premier la vitesse de la lumire1 laquelle ,picard par une voie toute diffrente avait touch de si prs4 ,les satellites de ,jupiter1 en circulant autour de la plante1 traversent priodiquement le cne d'ombre projet par elle l'oppos du soleil4 ,si leur mouvement tait uniforme aussi bien que celui de ,jupiter1 les entres ou immersions dans le cne d'ombre se succderaient intervalles gaux1 et il en serait de mme des sorties ou mersions2 si la lumire se propage instantanment1 la rgularit des observations reproduira fidlement celle des phnomnes1 mais si au contraire les rayons lumineux emploient un certain temps parcourir la distance variable qui nous spare de ,jupiter1 l'observation ingalement retarde accusera dans les intervalles des diffrences qui n'ont rien de rel et dont la loi est vidente4 ,lorsque la terre s'loigne de ,jupiter1 nous fuyons pour ainsi dire devant les rayons qu'il nous envoie1 le retard va en augmentant1 et les intervalles apparents sont plus grands que les intervalles rels4 ,l'effet est contraire lorsqu'en nous rapprochant de la plante1 nous allons au-devant de ses rayons4 ,or un examen facile de la position des astres montre que1 dans le premier cas1 ,jupiter cachant ses satellites au moment de l'immersion1 l'mersion est seule visible de la terre2 les immersions au contraire le sont seules dans le second cas4 ,si donc la propagation de la lumire n'est pas instantane1 l'intervalle entre deux immersions conscutives observes doit sembler plus court que celui de deux mersions1 et la diffrence sera d'autant plus grande que la lumire marche moins vite4 ,c'est par ces considrations ingnieuses que ,roemer osa fixer vingt-deux minutes le temps employ par la lumire traverser le diamtre de l'orbite terrestre4 ,un paradoxe aussi hardi heurtait non-seulement l'opinion commune mais l'une des assertions les plus rsolues et les plus tranchantes de ,descartes2 les savants devaient y rsister4 ,encore que la loi de ,roemer paraisse nettement dans les moyennes1 lorsqu'en approfondissant la matire on veut chercher dans le dtail des observations une preuve plus prcise et plus certaine1 l'ordre fait place la confusion1 et de continuelles anomalies en altrant les rsultats prvus semblent les convaincre d'erreur4 ,cassini1 qui entrant dans la pense de ,roemer en avait vant d'abord la nouveaut et la force1 allguait contre elles des objections considrables4 ,pendant que la terre en effet s'loigne de ,jupiter1 le premier satellite s'clipse plus de cent fois2 et si1 comme l'affirmait ,roemer1 la vue de la dernire clipse est retarde de vingt-deux minutes par rapport celle de la premire1 l'accroissement moyen de l'intervalle qui spare deux clipses est de treize secondes environ4 ,de si petites diffrences ne sont pas crites dans les phnomnes en caractres assez visibles1 et sans parler des erreurs d'observation d'autres ingalits peuvent1 on le comprend1 les effacer compltement et en renverser le sens4 ,roemer cependant se dfendait avec vigueur et succs4 ,on lit dans l'extrait des registres remis ,colbert en #afgh3 ,m4 ,roemer a confirm par de nouvelles observations ses sentiments touchant la vitesse de la lumire1 prtendant que son mouvement ne se fait pas en un instant4 ,comme ce problme est un des plus beaux que l'on ait encore proposs sur ce sujet et que ,m4 ,cassini y a trouv quelques difficults1 on l'a examin souvent dans l'assemble4 ,la compagnie a trouv que cette mthode pour trouver le temps que la lumire des astres emploie son mouvement est la meilleure et la plus ingnieuse dont on se soit avis jusqu' prsent4 ,mais dans l'histoire rdige par lui des travaux astronomiques de l',acadmie1 ,cassini tient un tout autre langage et se prononce hardiment dans un sens oppos4 ,on a compar1 dit-il1 le temps de deux mersions prochaines du premier satellite dans une des quadratures avec le temps de deux immersions prochaines dans la quadrature oppose de cette plante1 et bien que la lumire d'un satellite la fin de sa rvolution dans la premire quadrature fasse moins de chemin pour venir la terre dont ,jupiter s'approche qu' la fin de sa rvolution dans la seconde1 quand ,jupiter s'loigne de la terre et que cette diffrence monte tout au moins trois cent mille lieues de chemin dans un temps de plus que dans l'autre1 on n'a pas trouv de diffrence sensible entre les deux espaces de temps4 ,ce n'est pas1 ajoute ,cassini1 que l',acadmie ne se soit aperue1 dans la suite de ses observations1 que le temps d'un nombre considrable d'immersions d'un mme satellite est sensiblement plus court que celui d'un pareil nombre d'mersions1 ce qui peut en effet s'expliquer par le mouvement successif de la lumire1 mais elle ne lui a pas paru suffisante pour convaincre que le mouvement est en effet successif4 ,la dcouverte de ,roemer1 aujourd'hui solide et inattaquable1 a t confirme par tous les progrs de la science2 les objections pouvaient cependant et devaient tre faites1 et ,cassini1 en suspendant son jugement1 ne fait paratre aucun esprit de dnigrement ou de jalousie4 ,la question vingt ans plus tard semblait encore douteuse1 et ,fontenelle en analysant un travail de ,maraldi concluait avec lui ou bien peu s'en faut en faveur de la propagation instantane4 ,il parat1 dit-il1 qu'il faut renoncer1 quoique peut-tre avec regret1 l'ingnieuse et sduisante hypothse de la propagation successive de la lumire1 ou du moins l'unique preuve certaine que l'on crt en avoir2 car une preuve manque ne rend pas une chose impossible4 ,une autre expdition plus clbre encore que celle de ,picard fut celle de ,richer envoy ,cayenne pour y faire1 sous un ciel et dans un climat nouveaux1 d'importantes observations astronomiques4 ,plusieurs questions lui taient particulirement signales1 parmi lesquelles l'observation de la plante ,mars excitait au plus haut point l'impatiente curiosit des savants4 ,l',acadmie1 dit ,fontenelle1 attendait le retour de ses missionnaires comme l'arrt d'un juge appel prononcer sur les difficults qui divisent les astronomes4 ,il s'agissait en effet de dterminer la distance de ,mars la terre pour en conclure le rayon encore inconnu de l'orbite terrestre4 ,les astronomes ne connaissaient que des rapports4 ,ils savaient trs-exactement que la distance de ,mars au soleil est une fois et demie celle de la terre au soleil1 mais on n'avait sur la grandeur absolue de l'une d'elles que d'insignifiantes conjectures4 ,anaxagore1 en supposant le soleil aussi grand que le ,ploponse1 valuait sa distance la terre mille ou douze cents lieues tout au plus4 ,aristarque1 par des mesures ingnieuses mais fort grossires1 l'avait porte douze cents rayons terrestres2 ,descartes n'en supposait que sept huit cents2 ,kepler au contraire avait tripl le nombre d',aristarque4 ,les observations de ,richer devaient sextupler celui de ,kepler4 ,mars alors approchait autant que possible de la terre1 et l'on esprait pouvoir mesurer l'angle form par deux rayons visuels dirigs vers lui au mme instant1 l'un de ,paris1 l'autre de ,cayenne4 ,rien de plus facile en thorie que la dtermination d'un tel angle4 ,les difficults sont toutes d'excution1 mais elles sont considrables4 ,devant la distance des toiles1 le diamtre de la terre disparat en quelque sorte et s'vanouit2 les rayons dirigs vers l'une d'elles par deux observateurs loigns sont rigoureusement parallles1 et l'on peut par suite rapporter une mme direction et comparer par l l'un l'autre deux rayons dirigs vers ,mars de deux points loigns du globe4 ,malheureusement la terre tourne et se dplace4 ,mars lui-mme n'est pas immobile1 et une seconde de retard dans une observation peut dvier de plus de quinze secondes le rayon dirig vers lui2 si l'on songe qu'un angle de vingt-cinq secondes fait tout le dnoment du problme1 on perd l'espoir d'obtenir1 deux mille lieues de distance1 deux observations rellement simultanes4 ,il faut s'affranchir de cette condition1 et la marche rgulire de la plante1 soumise des lois bien connues1 permet de calculer d'aprs la position observe celles qui la prcdent ou qui la suivent2 on doit enfin dans une recherche aussi dlicate prvoir toutes les causes d'erreur et en corriger les effets4 ,l'vnement trompa d'abord toutes les esprances4 ,les erreurs d'observation1 en compensant fortuitement les diffrences de direction1 assignrent une valeur nulle l'angle qu'on voulait mesurer2 mais ,cassini1 en recherchant jusqu' la source la cause possible d'un rsultat aussi inacceptable1 fut conduit souponner un quart de minute d'erreur1 en assignant l'angle une valeur de vingt-cinq secondes que donnaient ses propres observations et qui est exacte4 ,cassini en effet avait rsolu le problme sans employer les observations de ,cayenne4 ,le principe de sa mthode est ingnieux2 puisque la comparaison des observations n'exige pas qu'elles soient simultanes1 on peut choisir pour les comparer deux observations faites six heures de distance dans un seul et mme observatoire4 ,la terre1 dans son mouvement bien connu1 emporte l'observateur plus loin de sa position primitive que ,paris ne l'est de ,cayenne1 et la diffrence de temps peut remplacer la distance des lieux4 ,c'est l'observation du pendule qui devait immortaliser surtout le nom de ,richer et le souvenir de son expdition4 ,le pendule qui bat les secondes est plus court l'quateur qu' ,paris1 et ce fait bien observ nous montre par une consquence trs assure que la pesanteur y est moindre4 ,huyghens1 en valuant la force centrifuge produite par la rotation de la terre1 fit connatre une cause considrable mais non pas unique de cette diminution qui se rattache avec certitude la forme aplatie de la terre4 ,mais la suite de ces dductions est accessible aux seuls gomtres1 et les autres savants n'y virent pendant bien des annes qu'une ingnieuse conjecture qu'ils discutaient sans s'entendre4 ,il restait donc beaucoup faire pour fixer les esprits et rendre la dmonstration convaincante4 ,cinquante ans plus tard les deux partis jugeaient ncessaire une nouvelle expdition acadmique qui1 pour les mettre d'accord1 dut chercher des preuves videntes et irrfragables dans des mesures directes et prcises4 ,le roi ,jacques ,,ii1 dans une visite l',observatoire de ,paris le #bg avril #afij1 avait rapport l'opinion de ,newton sur l'aplatissement de la terre4 ,les acadmiciens dans leur rponse invoquent assez singulirement les observations de ,richer pour repousser une thorie dont elle fournit la preuve la plus assure4 ,on rpondit1 dit le procs-verbal1 que cette ide tait venue quelques-uns l'occasion de quelques observations de ,jupiter qui a paru quelquefois n'tre pas parfaitement sphrique1 mais que la partie de l'ombre de la terre qui tombe sur la lune paraissait assez circulaire pour persuader que la figure de la terre ne s'loigne pas sensiblement de la sphrique1 que cette conjecture avait t assez fortifie par les observations de la longueur des pendules faites par les personnes envoyes par l',acadmie des sciences ,cayenne1 au cap ,vert et aux ,antilles1 o le pendule secondes s'est trouv constamment sensiblement plus court que dans notre climat1 mais que cette diffrence pouvait tre attribue aux tempratures de l'air1 puisque dans un mme lieu nous trouvons une petite diffrence entre l't et l'hiver4 ,cette explication est inacceptable1 et une temprature de #bjj degrs au moins serait ncessaire pour produire les effets observs4 ,les expriences sur la transfusion du sang faisaient grand bruit en ,angleterre4 ,l',acadmie prit soin de les reproduire et de les varier4 ,les ,anglais remplaaient hardiment le sang d'un homme par celui d'un sujet plus robuste ou mieux portant1 en esprant par l changer non-seulement le temprament mais le caractre du patient4 ,le sang d'un lion par exemple devait enflammer l'homme le plus timide et lui donner avec une noble fiert un courage invincible4 ,les savants de ,londres pour gurir un fou avaient remplac la plus grande partie de son sang par celui d'un homme sain d'esprit2 mais le malade1 continuant draisonner sur tous les points sauf sur un seul peut-tre1 courait les rues de ,londres en se disant le martyr de la ,socit royale4 ,les acadmiciens franais oprrent seulement sur des chiens4 ,ils ne furent pas heureux4 ,l'animal qui donnait son sang se rtablissait assez bien1 l'autre languissait et mourait presque toujours4 ,le parlement inform de ces rsultats dfendit par arrt la transfusion comme inutile et dangereuse4 ,la machine pneumatique1 invente ,magdebourg par ,otto de ,guricke et apporte par ,huyghens devant l',acadmie1 fut aussi pour elle un sujet d'tudes et l'instrument d'expriences trs nombreuses4 ,parmi les singularits observes on peut signaler l'effet produit sur un poisson qui1 plac sous le rcipient dans un vaisseau plein d'eau1 tomba au fond sans pouvoir remonter1 mme aprs la rentre de l'air4 ,sa vessie natatoire s'tait vide d'air et ne fonctionnait plus4 ,c'est ,huyghens galement qui annona le premier l',acadmie la force expansive de la glace1 en profitant pour la rendre sensible du rude hiver de #affh4 ,le phosphore de l'urine1 dcouvert par ,brandt1 fut galement mis sous les yeux de l',acadmie et prpar par ,homberg dans le laboratoire4 ,l',acadmie ces jours-l devenait une cole1 et l'un de ses membres transform en professeur donnait l'enseignement tous les autres4 ,colbert pendant toute sa vie se montra favorable la compagnie qu'il avait fonde4 ,plein de mnagements et de prvenances pour elle1 soigneux de ses intrts comme de sa dignit1 facile ses projets et ses entreprises1 il se plaisait lui rendre de bons offices4 ,inform des travaux commencs1 attentif en mme temps aux recherches particulires et animant chacun dans ses propres desseins1 il savait soutenir sans diriger2 habile juger les hommes et les prouvant au besoin1 il se faisait le protecteur et l'appui1 non le guide de ceux qu'il avait apprcis et choisis4 ,sa mort fut un grand malheur pour les savants4 ,l'imprieux ,louvois1 second protecteur de l',acadmie1 s'occupa fort peu d'elle et fort mal4 ,l'esprit qui l'animait n'tait pas celui de la science4 ,les intrts du roi taient pour lui la loi suprme1 et le soin de sa grandeur la seule affaire de consquence4 ,les bienfaits et la faveur dont il daignait les honorer imposaient aux acadmiciens l'obligation de se tenir toujours sous sa main prts servir ses projets en s'y appliquant tout entiers4 ,le #af fvrier #afhf un ,m4 de ,la ,chapelle1 dlgu par ,louvois et interprte de ses volonts1 vint proposer l',acadmie une distinction fausse et grossire entre les recherches utiles et la science de pure curiosit1 comme s'il existait deux lumires1 l'une pour guider les hommes1 l'autre pour charmer leurs yeux4 ,j'ai dj eu l'honneur de dire l',acadmie1 dit ,m4 de la ,chapelle1 que ,mgr de ,louvois demande ce que l'on peut faire au laboratoire2 il m'a ordonn d'en parler encore4 ,ne peut-on pas considrer ce travail ou comme une recherche curieuse ou comme une recherche utile8 ,j'appelle recherche curieuse ce qui n'est qu'une pure curiosit ou qui est pour ainsi dire un amusement des chimistes2 cette compagnie est trop illustre et a des applications trop srieuses pour ne s'attacher ici qu' une simple curiosit4 ,j'entends une recherche utile celle qui peut avoir rapport au service du roi et de l'tat4 ,le nouveau protecteur prtendait1 on le voit1 retrancher les curiosits inutiles et les amusements de l'esprit2 o la curiosit n'est pas admise pour elle-mme1 il ne faut pas esprer cependant que la science se dveloppe et reste en honneur4 ,mais l',acadmie1 accoutume s'incliner au moindre signe venu de si haut1 n'avait pas discuter avec un ministre tout-puissant4 ,m4 de ,la ,chapelle avait fait connatre quelques-uns des problmes utiles dont on dsirait la solution4 ,ne serait-il pas permis1 disait-il1 d'examiner les effets du mercure1 de l'antimoine1 du quinquina1 du laudanum et du pavot selon les diffrentes prparations1 et de faire des analyses exactes du th1 du caf et du cacao dont l'usage se rend si commun1 soit comme remde1 soit comme aliment8 ,m4 ,bourdelin1 qui nagure distillait des crapauds1 se distingua par son empressement4 ,quelques semaines aprs la visite de ,m4 de ,la ,chapelle1 il apportait l',acadmie l'analyse de trois livres d'excellent caf4 ,ces #c livres ont donn1 dit-il1 #bj onces #g gros de liqueur qu'on a tire par la cornue4 ,la premire1 de #d onces un peu austre a rougi le tournesol4 ,la seconde1 avec un peu d'acidit1 a fait couleur de vin de ,chblis avec le vitriol4 ,la troisime a fait couleur de minium en mettant une portion de vitriol sur sept de cette liqueur4 ,la quatrime1 d'odeur de cumin austre et amre1 a rendu laiteuse la solution du sublim4 ,une partie de vitriol sur deux a fait couleur de minium4 ,la cinquime partie fort acide et mle de sulfur1 a prcipit le sublim4 ,une partie de cette liqueur avec deux de vitriol a fait couleur de minium fort fonce4 ,la sixime de #c onces a fait effervescence avec l'esprit de sel1 et il reste #h onces #b gros figs4 ,la tte morte avait plus de volume que le caf4 ,une telle analyse chappe la classification de ,louvois2 elle n'est ni curieuse ni utile4 ,bourdelin1 dit ,fontenelle1 aimait tant le caf que sur la fin de sa vie quand les mdecins le lui interdirent1 il se flatta longtemps d'tre dsespr pour pouvoir sans scrupule en prendre tant qu'il voudrait4 ,son analyse1 s'il en est ainsi1 ne peut suggrer qu'une rflexion3 puisque le caf tait excellent1 il aurait mieux fait de le boire4 ,l',acadmie reprit plus d'une fois sans succs l'tude du caf4 ,dans un mmoire lu en #agae1 on y signale des principes salins et sulfureux1 en terminant par quelques indications plus pratiques4 ,l'exprience1 dit l'auteur qui n'est autre que le premier acadmicien de la clbre famille de ,jussieu1 a introduit quelques prcautions que je ne saurais blmer touchant la manire de prendre cette infusion4 ,telles sont celles de boire un verre d'eau auparavant de prendre le caf1 de corriger par le sucre l'amertume qui pourrait le rendre dsagrable1 et de le mler de lait ou de crme pour en tendre le soufre1 embarrasser les principes salins et le rendre nourrissant4 ,m4 ,purgon n'aurait pas mieux dit4 ,perraut affecta plus de dfrence encore aux vues de ,louvois en apportant l',acadmie une invention fort bizarre pour doubler la vitesse d'un boulet de canon4 ,le projectile ordinaire1 dans le projet de ,perraut1 serait remplac par un second canon qui doit lancer le boulet pendant son trajet dans l'intrieur de la grande pice1 en lui imprimant outre sa vitesse propre celle que lui communique l'action de la poudre4 ,pour ne rien perdre enfin1 on doit disposer petite distance un anneau assez fort pour retenir le petit canon au passage1 sans tre endommag par le choc4 ,malgr la juste considration qui entourait ,perraut dans l',acadmie1 on n'ordonna pas la ralisation d'un projet dont la nave hardiesse1 en faisant sourire plus d'un homme de guerre1 dut montrer ,louvois que les acadmiciens ne sont pas des artilleurs et que le mieux est de laisser chacun ses travaux naturels4 ,le dpart d',huyghens aprs la rvocation de l'dit de ,nantes1 la mort de ,picard et la retraite de ,rmer en ,danemark furent pour l',acadmie des pertes irrparables4 ,elle se trouva prive tout coup de ses lumires les plus prcieuses4 ,quoique pour la chimie la strile abondance de ,duclos et t heureusement remplace par l'activit plus fructueuse de ,homberg1 le zle des autres membres s'affaiblissait2 le travail en commun devenu une gne pour tous tait abandonn peu peu1 et l'on avait peine bien souvent occuper les deux heures de la sance4 ,les procs-verbaux qui nagure remplissaient chaque anne deux volumes1 l'un pour les samedis1 l'autre pour les mercredis1 se rduisirent au point que les comptes rendus des annes #afhh #afia1 toujours crits par ,duhamel avec la mme exactitude1 n'occupent plus ensemble qu'un seul volume qui les runit sans distinction4 ,l'activit renat ensuite1 il est vrai1 mais elle se dplace2 chacun veut user de son initiative et dserte les routes traces l'avance4 ,la lutte entre les deux systmes1 commence ds les premires annes de l',acadmie1 s'tait renouvele plusieurs reprises et se dclarait de plus en plus4 ,l',acadmie1 dans l'intention des fondateurs1 devait absorber compltement en elle l'individualit de ses membres1 produire l'unit des esprits dans la science et dans la doctrine et paratre seule au dehors1 non-seulement pour prendre part aux dcouvertes de chacun et s'en glorifier1 mais en se les appropriant sans citer aucun nom4 ,avant de publier pour la premire fois ses travaux1 la ,compagnie se demanda si elle devait nommer dans la prface les particuliers qui avaient fait quelques dcouvertes2 on fut d'avis de ne les point nommer1 et il fut dcid qu'on se contenterait de dire que les dcouvertes ont t faites dans l',acadmie4 ,cette trange galit1 dcrte mais non obtenue1 n'tait pas sans prcdent1 et les expriences des acadmiciens del ,cimento ,florence sont restes leur proprit commune4 ,l',acadmie de ,paris1 en s'appropriant ainsi les travaux de ses membres1 dniait chacun d'eux le droit de les inscrire dans ses propres ouvrages4 ,on lit au procs-verbal du #ah aot #afhh3 ,la ,compagnie1 pour viter que dornavant les personnes qui la composent n'insrent dans leurs ouvrages particuliers les observations et les nouvelles dcouvertes qui sont faites dans les assembles1 a statu d'un commun consentement qu' l'avenir chacun de ceux qui voudront faire imprimer de leurs ouvrages sera oblig d'en donner avis la ,compagnie et d'y apporter son manuscrit pour y tre examin1 ou par l',acadmie en corps1 ou par les commissions qu'elle nomme pour cet effet4 ,a l'gard des ouvrages qui ont t imprims par ceux qui la composent1 la ,compagnie a rsolu de revendiquer ce qui lui appartient toutefois et quand l'occasion s'en prsentera4 ,la compagnie a pri ,m4 de ,la ,chapelle de savoir la volont de ,mgr de ,louvois1 protecteur de l',acadmie1 avant que d'insrer le prsent rglement dans les registres4 ,ce passage est trs-remarquable4 ,on y voit clairement l'tat intrieur de l',acadmie et les causes d'un affaiblissement qui frappait tous les yeux4 ,les mathmaticiens empitaient peu peu sur tout le reste4 ,cassini1 l',hpital1 ,varignon1 ,la ,hire et ,homberg1 sans s'astreindre plus longtemps chercher la vrit en commun1 produisent isolment et sans grand clat1 d'instructifs et nombreux travaux2 mais ils ont peine remplir les sances4 ,les sciences d'observation n'y occupent plus qu'une trs-petite place2 tout semble aller l'abandon4 ,le laboratoire est dlaiss1 l',acadmie n'a plus de rgle1 et l'assiduit de ses membres diminue sensiblement4 ,un grand changement tait ncessaire2 l'abb ,bignon1 neveu du troisime protecteur ,pontchartrain1 eut le mrite de le comprendre4 ,aprs s'tre fait donner par son oncle la direction de l',acadmie1 il obtint de la renouveler par un rglement qui1 en accroissant le nombre de ses membres et lui donnant le droit de se recruter elle-mme1 la rendit la fois plus forte et plus libre1 plus florissante et plus fconde4 ,l',,organisation ,,de #afii4 ,l',acadmie des sciences1 en #afii1 reut un grand accroissement2 l'organisation nouvelle levait de seize cinquante le nombre de ses membres et les partageait en trois classes3 celles des honoraires1 des pensionnaires et des associs2 la premire compose de dix membres et les deux autres chacune de vingt4 ,a chaque pensionnaire enfin tait attach un lve qui1 form par lui et instruit prs de l',acadmie laquelle il appartenait par avance1 devait en s'y dvouant tout entier mriter successivement le titre d'associ et les avantages des pensionnaires4 ,les membres honoraires taient en quelque sorte les mdiateurs de l',acadmie auprs du roi et de ses ministres2 ils devaient aider leurs confrres de leur crdit1 les honorer par leur prsence et les encourager par leur attention4 ,les plus grands seigneurs recherchrent ce rle et tinrent souvent honneur d'ajouter leurs titres celui d'acadmicien4 ,le rglement affirmait leur intelligence et leur savoir dans les mathmatiques et dans la physique1 mais une grande bienveillance pour les savants et le dsir exprim d'entrer en commerce familier avec eux taient souvent la plus grande preuve qu'on leur en demandt et la seule marque qu'ils en pussent fournir4 ,la prminence leur appartenait de droit dans l',acadmie1 et le roi chaque anne choisissait pour prsident et pour vice-prsident deux des membres honoraires4 ,les anciens acadmiciens furent presque tous admis dans la classe des pensionnaires4 ,on les partagea en six sections de trois membres chacune3 celles de gomtrie1 d'astronomie1 de mcanique1 de chimie1 d'anatomie et de botanique4 ,le secrtaire et le trsorier compltaient le nombre de vingt4 ,douze des associs taient ,franais et habitaient ,paris4 ,rpartis comme les pensionnaires entre les six sections1 ils portaient cinq le nombre de leurs membres4 ,l',acadmie1 pour attirer elle toutes les gloires1 pouvait choisir les huit autres associs parmi les savants trangers4 ,on dcida par un trs-sage conseil que1 dsigns par l'clat non par la nature de leurs travaux1 ils n'appartiendraient aucune section4 ,en cas de vacance parmi les honoraires1 l',acadmie devait proposer un candidat l'agrment du roi4 ,pour les places de pensionnaires1 elle en prsentait trois parmi lesquels deux au moins dj associs ou lves4 ,la nomination des associs se faisait comme celle des pensionnaires1 et sur les trois candidats prsents1 deux au moins devaient tre choisis parmi les lves2 mais la rgle fut renverse1 et en #agaf1 un rglement nouveau imposa au contraire l'obligation d'inscrire sur la liste prsente au roi un candidat au moins tranger l',acadmie1 afin que ,sa ,majest pt chaque lection si elle le jugeait utile rajeunir et fortifier l',acadmie par l'adjonction d'un membre nouveau4 ,les associs prenaient part tous les travaux de l',acadmie1 mais ils n'opinaient que sur les questions de science4 ,en cas de doute sur un de leurs droits1 les honoraires et les pensionnaires en dcidaient en dernier ressort la majorit des suffrages4 ,chaque pensionnaire choisissait son lve et le faisait agrer par la ,compagnie1 qui le proposait la nomination du roi4 ,plusieurs choix se portrent1 comme on devait s'y attendre1 sur des fils1 des neveux ou des frres qui furent admis sans opposition4 ,les lves ne votaient jamais2 ils ne devaient parler que sur l'invitation du prsident et ne partageaient dans les premires annes aucun des droits des acadmiciens2 mais l'apprentissage peu peu devint un surnumrariat accept et brigu par des candidats d'une science dj prouve4 ,galois proposa ,ozanam plus que sexagnaire qui conserva1 jusqu' l'ge de soixante-quinze ans1 avec le titre d'lve1 la situation presque humiliante qu'il lui attribuait dans la compagnie2 plusieurs autres1 en se distinguant par leurs dcouvertes1 prirent dans l',acadmie une lgitime influence4 ,le titre d'lve mettait une trop grande diffrence entre des savants gaux souvent par le talent comme par la renomme2 on le supprima en #agaf en crant douze adjoints auxquels une plus grande part fut accorde dans les dlibrations et dans les travaux4 ,l'institution des associs libres est de mme date2 sans appartenir aucune section et sans cultiver spcialement une des branches de la science1 ils devaient par leurs lumires gnrales prter l',acadmie un prcieux concours4 ,c'est cette classe qu'ont appartenu le chirurgien ,lapeyronie1 l'ingnieur ,belidor1 le magistrat astronome ,dionis du ,sjour et l'illustre ,turgot1 qui cependant aurait si bien tenu sa place parmi les honoraires4 ,l',acadmie renouvele et agrandie fut solennellement installe au ,louvre1 et un logement spacieux et magnifique remplaa la petite salle de la bibliothque du roi4 ,les sances1 comme par le pass1 furent fixes au mercredi et au samedi1 mais aux recherches en commun condamnes par trente annes d'preuves mdiocrement fructueuses devaient succder les efforts individuels1 et la libre inspiration de chacun remplacer les programmes qui1 trop exactement suivis1 avaient rompu souvent les ides originales4 ,plusieurs fois dj1 il est vrai1 l'ancienne ,acadmie avait runi en un seul volume les recherches personnelles et isoles de quelques acadmiciens1 en s'excusant alors en quelque sorte d'une drogation aux vrais principes4 ,quelque application que l'on ait aux desseins principaux que l'on a entrepris1 il est difficile1 disait ,fontenelle1 de ne s'en pas laisser dtourner de temps en temps pour travailler d'autres petits ouvrages1 selon que l'occasion en fournit de nouveaux sujets et que l'on y est port par son inclination particulire4 ,ces interruptions de peu de dure sont toujours permises lorsqu'on s'est occup de desseins de longue haleine1 et il est mme important de ne pas laisser chapper les conjonctures favorables pour trouver certaines choses qu'il serait impossible de dcouvrir en d'autres temps4 ,il arrive souvent ceux qui composent l',acadmie des sciences de faire de ces petites pices1 pour profiter des occasions qui se prsentent et pour se dlasser des longs ouvrages qui ils sont assidment appliqus4 ,ces petites pices1 rassembles dans le dsordre de leur production1 forment la collection des mmoires1 monument durable et uvre par excellence de l',acadmie4 ,chaque acadmicien1 marchant librement dans sa voie sous la seule inspiration de son propre gnie1 signait son crit1 comme il tait juste1 et en demeurait responsable4 ,tout tait permis except le repos2 l',acadmie1 dpt non-seulement mais foyer de la science1 avait pour maxime que vivant pour elle seule1 un savant doit1 sans jamais s'en distraire1 inventer et perfectionner incessamment et sans fin ni relche faire paratre au moins de nouveaux efforts4 ,tout pensionnaire1 associ ou lve qui s'loignait pour un temps de l'tude et du travail1 cessait par cela mme d'tre acadmicien4 ,chacun devait communiquer jours fixes et tour de rle le rsultat de ses recherches et de ses essais2 le prsident avertissait et pressait les retardataires en les privant en cas de rcidive d'une partie de leurs droits acadmiques4 ,sans prvoir ni admettre aucune excuse1 le rglement1 plus d'une fois appliqu dans sa rigoureuse duret1 excluait mme jamais comme infidles la science les membres assidus ou non aux sances1 qui restaient trop longtemps sans y prendre la parole4 ,cette loi svre et aveugle1 gardienne du nombre et non de la qualit des productions1 semblait dnier aux acadmiciens le droit de se dvouer une uvre de longue haleine et de suivre de grands desseins4 ,on devait heureusement s'en relcher bien vite1 mais plus d'une exclusion fut prononce et maintenue4 ,on lit par exemple au procs-verbal du #ag fvrier #agad3 ,le roi ayant t inform que quelques-uns d'entre les associs et les lves de l',acadmie ne faisaient aucune fonction d'acadmicien1 que mme ils n'assistaient presque point aux assembles et que1 malgr les divers avis qui leur avaient t donns1 ils ne se corrigeaient pas de leur ngligence1 elle pouvait devenir d'un dangereux exemple4 ,sa ,majest a cru devoir ne pas diffrer davantage prononcer leur exclusion4 ,vous aurez donc soin au plus tt de dclarer vacante la place d'associ anatomiste du sieur ,duverney le jeune1 celle d'lve anatomiste du sieur ,auber1 celle d'lve gomtre du sieur du ,tenor4 ,et le #ae dcembre #agbc3 ,m4 de ,camus1 adjoint mcanicien1 n'ayant satisfait aucun tour de rle ordonn par les rglements1 ni assist aucune assemble depuis deux ans1 le roi a ordonn que sa place soit dclare vacante et qu'on procdt la remplir d'un autre sujet4 ,un autre acadmicien ray de la liste par dcision du rgent fut le financier ,law4 ,l',acadmie1 qui aurait pu faire un meilleur choix1 l'avait propos comme candidat unique une place d'honoraire4 ,il fut agr et sigea plusieurs fois1 mais son impopularit rapidement croissante faisant regretter sans doute cette dtermination1 on s'avisa que1 n'tant pas ,franais1 il ne pouvait tre membre honoraire et que son lection tait nulle4 ,l',acadmie eut la dignit et le bon got de rclamer et de maintenir son choix4 ,on lui envoya la note suivante1 qui ne porte aucune signature3 ,des jurisconsultes1 plus esclairez que ,,mm4 de l',acadmie des sciences en fait de lois et de formalitez1 ont donn avis qu'en nommant ,m4 ,law pour acadmicien honoraire1 l'lection estoit nulle4 ,ces jurisconsultes se fondent sur ce que l'art4 #c du rglement de cette ,acadmie porte en termes formels que les acadmiciens honoraires seront tous rgnicoles2 or c'est une qualit qu'on ne scaurait donner audit sieur ,law qui1 la vrit1 avait obtenu des lettres de naturalit1 mais qui1 ne les ayant pas fait enregistrer la ,chambre des comptes est toujours rput tranger1 suivant le sentiment des autheurs et la jurisprudence des arrts4 ,a la loi d'exactitude impose aux acadmiciens s'ajoutait1 dans l'obligation d'examiner les mmoires prsents par les trangers1 une fatigue laquelle les forces des pensionnaires gs ne suffisaient pas toujours4 ,par une faveur rarement refuse1 ils obtenaient alors le titre de vtrans4 ,saurin1 ,jacques ,cassini1 ,maraldi1 ,fontenelle1 ,leymery1 ,mairan1 ,la ,condamine et ,grandjean-,fouchy l'obtinrent successivement4 ,le pensionnaire nomm vtran devenait libre de tout travail2 il perdait1 il est vrai1 ses droits la pension1 mais l',acadmie1 par une faveur chaque fois renouvele1 lui assignait sur les fonds destins ses travaux une indemnit quivalente4 ,l',acadmie avait interdit ses membres de prendre sur le titre d'un ouvrage la qualit d'acadmicien sans s'y tre fait autoriser par le jugement d'une commission4 ,les approbations de ce genre sont extrmement nombreuses dans l'histoire de l',acadmie4 ,la franchise des commissaires1 sans aller dans aucun cas jusqu' dclarer l'uvre d'un confrre indigne de l'impression1 varie et gradue les louanges avec une libert dont la hardiesse surprend quelquefois4 ,d',alembert1 par exemple1 charg d'examiner le quatrime volume du trait de physique de l'abb de ,molire1 se borne spirituellement et sans commentaires1 le dclarer digne de faire suite aux trois premiers4 ,lorsqu'il s'agissait d'un crit de polmique1 la loi tait surtout troitement observe1 et nul ne pouvait s'y soustraire sans encourir le blme svre de ses confrres4 ,on lit par exemple au procs-verbal du #ac dcembre #aghj3 ,j'ai dnonc1 c'est ,condorcet qui parle1 un crit de ,m4 ,sage1 imprim sans l'aveu de l',acadmie1 dans lequel il se trouve plusieurs passages qui peuvent tre dsagrables ,m4 ,tillet4 ,m4 ,sage crit la sance suivante pour donner des explications1 mais l',acadmie dcide1 aprs avoir entendu lecture de sa lettre1 qu'il n'y sera pas fait de rponse4 ,quelle que ft la contrarit des opinions1 les discussions entre confrres devaient tre courtoises4 ,l',acadmie le rappela plus d'une fois svrement ceux qui semblaient l'oublier4 ,l'astronome ,lefvre1 possesseur d'un privilge pour la ,connaissance des temps1 ayant t repris d'erreur par ,lahire1 l'avait violemment attaqu et invectiv dans la prface de l'un de ses volumes4 ,je ne puis me dispenser1 disait-il1 de rpondre aux invectives d'un petit novice1 auteur suppos d'une anne d'phmrides imprimes depuis peu de temps4 ,ce nouvel auteur1 rempli d'un esprit de vanit de prsomption et de mensonge1 dit dans la prface de ses phmrides que le grand nombre d'oprations et de calculs dans lesquels il n'est pas possible qu'il ne se glisse quelque erreur lui fait craindre de ne pouvoir pas rpondre l'attente du public1 mais qu'il espre au moins que l'on n'y trouvera pas les loignements du ciel aussi grands qu'on le voit dans des phmrides qui sont fort estimes1 et dans lesquelles l'auteur se trompe d'une demi-heure sur l'poque de l'clipse du #ae mars #afii4 ,on rpond ce jeune novice que l'clipse a t bien calcule1 mais qu'on s'est tromp en prenant un logarithme4 ,la punition fut prompte et svre4 ,m4 le prsident1 dit le procs-verbal du #ag septembre #agjj1 a dit que dans la prface de la ,connaissance des temps pour #agja1 compose par ,m4 ,lefvre1 il y avait des choses dures et offensantes pour ,,mm4 de ,lahire pre et fils qui taient suffisamment dsigns1 quoiqu'ils ne fussent pas nomms4 ,m4 le comte de ,pontchartrain1 qui avait trouv cette conduite entirement contraire au rglement1 avait voulu d'abord que ,m4 ,lefvre ft exclu de l',acadmie1 et cependant la prire de ,m4 le prsident1 il s'tait relch permettre qu'il continut d'y prendre sance l'avenir1 condition qu'il retirerait aussitt tous les exemplaires de son livre qui taient chez l'imprimeur pour en changer la prface1 qu'il en ferait une autre o il rtracterait tout ce qu'il avait dit de ,,mm4 de ,lahire et que de plus il leur demanderait pardon en pleine assemble4 ,m4 le prsident a ajout que ,m4 le chancelier retirerait le privilge qui avait t accord ,m4 ,lefvre pour la ,connaissance des temps1 parce qu'il en avait abus4 ,l'heure de la sparation de l'assemble ayant sonn avant que ,m4 le prsident et entirement achev de parler1 ,m4 ,lefvre n'a rien rpondu et on s'est spar4 ,quinze jours aprs on lit au procs-verbal3 ,m4 le prsident m'a donn lire une lettre qui lui a t crite par ,m4 ,lefvre4 ,il lui mande que sa sant ne lui a pas permis de se trouver l'assemble prcdente ni la suivante1 mais qu'il se soumettra plutt que de renoncer l',acadmie et qu'il viendra au premier jour faire telle rparation qu'on lui ordonnera4 ,comme l'assemble se sparait1 ,,mm4 de ,lahire et tous les autres acadmiciens ont t de leur propre mouvement prier ,m4 le prsident de vouloir bien dispenser ,m4 ,lefvre de demander pardon en pleine assemble4 ,m4 le prsident s'est laiss flchir4 ,lefvre cependant ne reparut plus l',acadmie1 et ds l'anne suivante on lui appliquait rigoureusement le rglement qui prononce l'exclusion de tout membre absent plus d'un an sans cong4 ,les mdecins et les chirurgiens portrent aussi plus d'une fois dans l',acadmie l'esprit de haine1 de dissension et d'envie dont leurs corporations ont t si longtemps affaiblies et troubles4 ,le triomphe des mdecins depuis le milieu du ,,xviie sicle paraissait dfinitif et complet4 ,ddaigneux autrefois de ce qu'ils appelaient la petite chirurgie1 les matres chirurgiens1 qui dans leurs examens de l'cole de ,saint-,cme avaient acquis le droit de se dire chirurgiens de robe longue1 abandonnaient aux barbiers le soin de saigner1 d'appliquer les vsicatoires et les ventouses1 de panser les plaies lgres1 et de soigner enfin les bosses1 apostumes et contusions4 ,il n'tait besoin pour cela ni d'une science profonde1 ni de culture littraire1 mais les limites taient vagues et les fraters1 plus respectueux et plus soumis aux mdecins1 taient souvent aids par eux les franchir4 ,on put bientt malgr les rglements et les matrises confondre1 sans trop d'affectation1 les matres en chirurgie praticiens de robe longue avec les tuvistes et les barbiers4 ,ce fut la ruine de la chirurgie qui1 tenue pour une profession manuelle1 tomba dans une dure et humiliante sujtion4 ,l',universit1 toujours favorable aux mdecins1 voyait en eux les matres et les arbitres de la chirurgie et le prouvait par un argument sans rplique3 ,la chirurgie ne fait partie d'aucune facult2 elle ne peut donc jouir des droits rservs dans l',universit aux facults qui en dpendent4 ,la ,facult de mdecine s'arrogeait le droit d'tre reprsente aux examens des chirurgiens l'cole de ,saint-,cme et1 ce qui envenimait fort la querelle1 interdisait aux candidats la robe et le bonnet4 ,ses prtentions allaient plus loin encore2 lorsque ,lapeyronie1 premier chirurgien de ,louis ,,xv1 obtint pour l'cole de chirurgie la cration de cinq dmonstrateurs rtribus par le roi1 il importe1 disait-il1 de fortifier l'intelligence des lves et de ne rien omettre pour clairer leur esprit4 ,la ,facult de mdecine1 loin d'en demeurer d'accord1 s'y opposait ouvertement et avec nergie2 elle allguait dans l'intrt mme des chirurgiens1 que3 le mrite ne consiste pas savoir plusieurs choses1 mais exceller dans une2 elle les rappelait aux sages rglements1 aux arrts mme du parlement qui dfendaient de rien enseigner aux chirurgiens en dehors de leur profession3 qui chirurgos docent1 hirurgica tantum doceant4 ,est-il ncessaire en effet pour bien saigner de connatre la nature du sang8 ,avec une instruction trop tendue et trop leve les chirurgiens seraient exposs mpriser leur art et le dlaisser pour des tudes spculatives4 ,la chirurgie d'ailleurs est une profession manuelle1 et la raison en est vidente3 chirurgie tire son origine d'un mot de la langue grecque qui signifie la main1 et celui qui ne travaille que de la main ne doit aussi exercer que la main4 ,sans s'arrter de tels arguments et malgr les contradictions les plus opinitres1 le roi autorisa l',acadmie de chirurgie publier ses mmoires1 et1 ce que la facult de mdecine trouva plus insupportable encore1 l'cole de ,saint-,cme exiger de ses lves la matrise s arts1 que nous nommons aujourd'hui baccalaurat s lettres4 ,depuis longtemps dj la chirurgie pouvait citer des hommes de grand mrite4 ,plusieurs chirurgiens avaient sig l',acadmie des sciences1 et leurs confrres en tiraient avantage4 ,on demande1 disaient-ils dans leur judicieuse et forte dfense1 on demande la ,facult de ,paris et tous les mdecins1 si les mmoires de ,,mm4 ,mry1 ,rohault1 ,lapeyronie1 ,j4-,l4 ,petit et ,morand1 imprims parmi ceux de l',acadmie des sciences1 ne sont pas en aussi grand nombre que ceux que les mdecins ont fournis8 ,les chirurgiens et les mdecins1 diviss par leur humeur discordante et incompatibles ailleurs par leurs incessantes hostilits1 sigeaient en effet ensemble l',acadmie des sciences qui1 sans se faire l'arbitre de leurs dissensions ni les amener une paix sincre1 sut toujours les apaiser sinon les unir1 en modrant l'aigreur de leurs querelles et leur imposant au dehors1 avec le titre de confrre1 les bons procds qui doivent en tre la suite4 ,le mdecin ,hunault tait l'auteur connu et avou d'un pamphlet anonyme o1 non content de traiter avec le dernier mpris la corporation entire des chirurgiens1 il s'efforait de dcrier et de ridiculiser le caractre et les travaux du clbre ,j4-,l4 ,petit1 son confrre l',acadmie4 ,quelques personnes1 dit-il dans sa prface1 trouvent mauvais que j'aie critiqu des mmoires qui sont parmi ceux de l',acadmie des sciences4 ,je sais que dans les temples des dieux les criminels taient couvert des poursuites de la justice1 mais je n'ai pas cru que l'erreur et de tels privilges4 ,a l'inconvenance d'une telle publication1 ,hunault avait ajout le tort beaucoup plus grave d'en offrir ,petit la suppression prix d'argent4 ,l',acadmie1 non moins mue par la violence des attaques que par le rcit de ce procd malhonnte1 voulut infliger ,hunault un blme public et svre en lui enjoignant de n'avoir plus l'avenir aucun procd semblable contre ,m4 ,petit ni aucun acadmicien1 et elle a cru en cela1 dit le prsident1 vous traiter favorablement4 ,l',acadmie1 dans une autre rencontre1 prend au contraire parti pour ,hunault et rprouve la conduite d'un confrre qui1 gardien trop zl des privilges de sa corporation1 avait assist la saisie de divers objets d'tude et d'enseignement dont la rigueur des rglements lui interdisait la possession et l'usage4 ,on a parl1 dit le procs-verbal du '' mars #agcc1 de l'affaire de ,m4 ,hunault1 chez qui les prvts des chirurgiens1 du nombre desquels tait ,m4 ,rouhault1 membre de cette ,acadmie1 ont saisi le #i de ce mois plusieurs cadavres1 des squelettes et des instruments d'anatomie4 ,on a pri ,m4 ,bignon1 prsident1 d'envoyer chercher ,m4 ,rouhault pour lui dire le mcontentement que l',acadmie avait de sa conduite en cette occasion l'gard d'un confrre4 ,,les ,,lections4 ,le droit de se recruter elle-mme1 malgr toutes les divisions dont il devait agiter et troubler l',acadmie1 fut une des suites les plus heureuses de l'organisation de #afii4 ,indcise d'abord dans ses choix et comme tonne qu'on voult bien la consulter1 l',acadmie ds le commencement se montra cependant assez bien inspire2 l'honneur d'obtenir ses premiers suffrages chut au mdecin ,fagon4 ,on ne pense pas1 dit le procs-verbal1 qu'il puisse venir aux assembles1 mais on a voulu donner cette distinction son mrite et sa personne4 ,le dbut tait bon et la distinction justifie4 ,fagon1 sans tre un inventeur1 connaissait fond la botanique et la chimie de l'poque4 ,directeur du ,jardin des plantes o sans discussion et sans contrle il nommait tous les emplois1 il s'y montra toujours exact1 dsintress et honorable tous gards1 et en remplissant sa charge la satisfaction de tous1 il sut mriter1 obtenir et attacher son nom la sympathie et la reconnaissance durable des naturalistes4 ,l'abb de ,louvois et ,vauban1 lus tous deux aprs ,fagon1 compltrent la liste des honoraires4 ,si le temps a affaibli l'clat emprunt de l'un des deux noms1 l'autre1 dj grand par-dessus ses dignits et ses titres1 devait tre la lois pour la ,compagnie naissante1 une force1 un appui et un ornement4 ,sur les huit associs trangers institus par le rglement1 trois seulement1 ,leibnitz1 ,tchirnauss et ,gulhiemini1 appartenant l'ancienne ,acadmie1 taient rests membres de la nouvelle4 ,on leur adjoignit par lection ,hartscker1 les deux frres ,bernoulli1 ,rmer et ,isaac ,newton4 ,viviani complta la liste sur laquelle ne figura jamais le nom de ,denis ,papin1 ballott dans la dernire lection avec celui du disciple de ,galile4 ,deux ans plus tard1 l',acadmie prfrait ,papin l'obscur charlatan ,martino ,poli4 ,fontenelle1 dans un loge trs-laconique1 excuse un tel choix en l'expliquant4 ,pour rcompenser une invention reste secrte et par consquent strile1 ,louis ,,xiv1 avec une forte pension1 avait accord ,poli le titre d'associ honoraire de l',acadmie4 ,la volont du roi tait alors la rgle suprme sous laquelle tout devait plier1 et l',acadmie1 incapable d'opposition ou de rsistance1 se prta avec empressement la formalit d'une lection devenue inutile4 ,martino ,poli1 pendant deux ans assidu aux sances1 n'y apporta que les creuses imaginations des alchimistes4 ,attaquant la thorie des couleurs de ,newton comme inexacte et mal fonde1 il allgue qu' quatre lments qui composent tous les corps doivent correspondre quatre couleurs seulement3 le rouge1 couleur du feu2 le bleu1 couleur de l'air2 le vert et le blanc enfin1 couleur de l'eau et de la terre4 ,l'une des places d'associ devint presque immdiatement vacante4 ,sauveur1 rsidant ,versailles1 dut aux termes du rglement renoncer l',acadmie1 en conservant toutefois1 avec le titre de vtran1 le droit d'assister aux sances et d'y prendre la parole4 ,la place qu'avait ,m4 ,sauveur d'associ mcanicien tant vacante1 dit le procs-verbal1 ,m4 le prsident a reprsent qu'elle conviendrait ,m4 de ,lagny1 qui est actuellement un port de mer o il s'attache fort tout ce qui regarde la mcanique de la marine4 ,la ,compagnie a donc rsolu de proposer au roi ,m4 de ,lagny pour la place de ,m4 ,sauveur4 ,telle tait1 aux premiers temps de l',acadmie1 l'influence considrable du prsident4 lev au-dessus de ses confrres par son rang1 par sa naissance et par le choix direct du roi1 il ne pouvait manquer d'tre fort cout2 mais il s'absentait souvent1 et le vice-prsident1 homme de cour comme lui1 se montrait encore moins exact4 ,l',acadmie1 ds la premire anne1 pria en consquence l'abb ,bignon de vouloir bien dlguer l'un de ses membres le droit de prsider en son absence4 ,sur son refus gracieusement motiv1 elle nomma elle-mme ,gallois et ,duhamel1 qui prirent le titre de directeur et de sous-directeur2 mais cette hardiesse ne dura que deux ans1 et ds l'anne #agjb1 le roi nomma le directeur et le sous-directeur qui taient lectifs et ne le seront plus1 dit laconiquement le procs-verbal4 ,l',acadmie a vari plusieurs fois dans son mode d'lection4 ,les procs-verbaux des sances1 sans rapporter aucun dtail1 ne donnent pas mme le dnombrement des suffrages4 ,les acadmiciens eux-mmes devaient l'ignorer2 le prsident et le vice-prsident se retiraient en effet avec le secrtaire pour dpouiller le scrutin en prsence d'un seul membre pensionnaire dsign par le sort et qui1 charg d'annoncer le rsultat1 prenait le nom d'vangliste4 ,deux fois seulement1 des difficults imprvues soumises la dcision de l',acadmie forcent1 pour faire connatre le point dbattu1 montrer distinctement par des chiffres prcis tout le mcanisme de l'lection4 ,le #bh mars #agcc1 l',acadmie ayant t invite nommer un associ dans la section de mcanique1 on lit au procs-verbal3 ,la pluralit a t pour ,,mm4 ,camus et ,fontaine4 ,mais sur des rclamations1 au moins plausibles sans doute1 leves par un troisime candidat1 on ajoute huit jours aprs3 ,on a fait rflexion qu'il pouvait y avoir eu erreur dans le calcul par lequel ,m4 ,camus a eu la pluralit des voix le jour prcdent et qu'en ce cas ,m4 ,clairaut aurait eu l'galit2 la ,compagnie1 pour faire cesser toute difficult1 a rsolu de demander trs-humblement au roi s'il voudrait les nommer tous deux ensemble4 ,le titre d'associ n'tant pas rtribu1 l'expdient fut aisment accept1 et sans avouer ou nier l'erreur de calcul on sauva tous les droits et tous les intrts4 ,mais l'interprtation du passage cit reste embarrasse de deux difficults3 ,que signifie une erreur de calcul dans le dpouillement d'un vote8 ,comment cette erreur1 en faisant perdre ,clairaut le premier rang1 ne lui laisse-t-elle pas mme le second8 ,le rglement de #agaf explique tout d'abord ce dernier point3 chaque liste de prsentation devait contenir le nom au moins d'un candidat tranger jusque-l l',acadmie2 ,clairaut et ,camus dj adjoints l'un et l'autre ne pouvaient donc pas composer la liste4 ,quant l'incertitude sur le dnombrement des suffrages compts chaque candidat1 le rcit dtaill d'une autre lection en fait paratre une cause vraisemblable3 ,le #ai janvier #agfc1 ,,mm4 les pensionnaires et associs astronomes ayant propos l',acadmie pour la place d'adjoint dans la mme classe vacante par la promotion de ,m4 ,legentil celle d'associ1 ,,mm4 ,messier1 ,bailly1 ,jeaurat et ,thuillier1 on a procd suivant la forme ordinaire l'lection1 o il s'est trouv1 en comptant les billets1 que ,m4 ,bailly avait eu quatorze voix et ,,mm4 ,messier et ,jeaurat chacun treize1 mais qu'il y avait un billet qui se trouvait nul parce qu'il ne portait que le seul nom de ,m4 ,jeaurat au lieu de deux qu'il devait contenir suivant le rglement4 ,sur quoi ,,mm4 les officiers et l'vangliste1 ayant fait rflexion que si ce billet avait port les deux noms de ,,mm4 ,jeaurat et ,messier1 eux et ,m4 ,bailly auraient eu parfaite galit de voix1 et que si le billet avait t bon1 quand mme on aurait nomm ,m4 ,thuillier avec ,m4 ,jeaurat1 ce dernier aurait toujours eu l'galit des suffrages avec ,m4 ,bailly1 ,m4 le prsident est entr dans l'assemble pour y proposer le cas1 sans dsigner aucun de ceux qui y avaient t nomms et pour faire dcider si l'on recommencerait totalement l'lection ou si l'on se contenterait de dcider entre les deux seconds1 sur quoi il a t dcid que celui qui avait eu la pluralit des suffrages devait tre regard comme nomm et tre prsent le premier1 quel que pt tre le nombre des voix qu'aurait celui des deux seconds entre lesquels on allait choisir2 en consquence de quoi on a prononc par scrutin entre ,,mm4 ,jeaurat et ,messier1 et la pluralit des voix a t pour ,m4 ,jeaurat4 ,la franchise confiante du patronage exerc parfois sur des candidatures par les grands seigneurs et les ministres tonnerait peut-tre aujourd'hui4 ,indpendamment des sollicitations individuelles et des discrtes recommandations qui sont de tous les temps1 on procdait parfois ouvertement et publiquement par lettres collectives officiellement adresses l',acadmie et qu'elle recevait fort bien en ne se dfendant nullement d'y avoir gard4 ,on lit par exemple au procs-verbal du #bg juin #aggj3 ,je vous donne avis que le roi approuve que l',acadmie procde la nomination d'un pensionnaire surnumraire dans la classe de gomtrie et que ,sa ,majest verrait avec plaisir les voix de l',acadmie se runir en faveur de ,m4 ,darcy4 ,m4 ,darcy1 cela va sans dire1 obtint l'unanimit des suffrages4 ,m4 de ,saint-,florentin avait crit le #d avril #agfj3 ,le prince ,jablonowski demande d'tre admis l',acadmie en qualit d'associ tranger2 l'honneur qu'il a d'appartenir la reine et le soin qu'il a toujours pris de protger et de cultiver lui-mme les lettres et les arts paraissent mriter qu'on anticipe en sa faveur le moment d'une place vacante dans la classe des associs trangers pour l'y admettre4 ,sa ,majest dsire qu'il soit dlibr sur sa demande2 l',acadmie est unanimement d'avis qu'il n'y a pas d'inconvnient accorder cette place condition que la premire qui vaquera dans cette classe sera cense remplie par la nomination de ,m4 le prince ,jablonowski4 ,huit jours aprs1 ,sa ,majest fait savoir qu'elle agre la nomination du prince qui se trouve ainsi prfr d'avance ,linn dont l'lection fut par l retarde de plusieurs annes4 ,le #cj avril #ageh1 on lit enfin3 ,m4 de ,chabert1 lieutenant des vaisseaux du roi1 dsire tre admis l',acadmie en qualit d'associ libre2 l'intrt de la marine et celui de l',acadmie concourent anticiper le moment d'une place vacante dans la classe des associs libres1 pour y admettre un officier de marine1 n'y en ayant point prsent4 ,outre qu'il y a plusieurs exemples de pareilles expectations1 les approbations que l',acadmie donne depuis si longtemps aux travaux de ,m4 de ,chabert pour le progrs de la gographie et de la navigation le rendent encore plus favorable4 ,sa ,majest dsire qu'il soit dlibr sur sa demande le plus tt possible4 ,l',acadmie est unanimement d'avis qu'il n'y a aucun inconvnient4 ,il y en avait au contraire de trs-srieux1 et l',acadmie ne les ignorait pas4 ,on lit en effet au procs-verbal du #ah mars #aggh1 et l'occasion d'une anticipation de ce genre3 ,,mm4 les officiers de l',acadmie ont rendu compte des reprsentations qu'ils ont faites ,m4 ,amelot en vertu de la dlibration prise la sance prcdente et de la rponse de ce ministre portant qu' l'avenir il ne serait plus nomm de surnumraires et qu'il en donnait sa parole4 ,on n'en lit pas moins au procs-verbal du #e juin #aggi3 ,le roi tant inform que dans le nombre actuel des honoraires de l',acadmie des sciences1 il y en a plusieurs que leurs affaires personnelles et celles qui exigent d'eux des soins plus particuliers empchent d'assister aux assembles de l',acadmie1 ,sa ,majest a pens qu'il y aurait un avantage rel dans la nomination d'un honoraire surnumraire4 ,sa ,majest1 instruite d'ailleurs du dsir qu'avait l',acadmie de pouvoir compter parmi ses membres ,m4 le prsident de ,sarron1 dont elle a t souvent dans le cas de juger les lumires et les connaissances1 a cru faire un choix qui lui serait agrable en le nommant cette place4 ,une lettre crite par ,m4 de ,breteuil1 le #bd avril #aghd1 nonce des principes assez singuliers sur les cas dans lesquels on peut faire ce que la rgle ne permet pas3 ,a ce sujet1 dit ,m4 de ,breteuil1 je vais vous crire une lettre particulire au sujet de la nomination de ,m4 ,darcet une place d'associ surnumraire dans la classe de chimie2 je sais que le vu gnral de l',acadmie tait de se l'associer1 et je ne vous rpterai pas les motifs qui ont dtermin ,sa ,majest lui accorder la qualit de surnumraire plutt que celle de vtran2 mais je dois cette occasion vous prvenir que par la suite1 lorsqu'il se prsentera des circonstances o l'on croira devoir s'carter des rgles et des usages de l',acadmie1 en faveur d'un sujet distingu et vraiment utile1 tel que ,m4 ,darcet1 et qu'il sera question de le nommer soit adjoint1 soit associ ou pensionnaire surnumraire1 je compte ne le proposer au roi qu'autant que le vu de l',acadmie cet gard sera exprim par une dlibration qui runira les deux tiers des suffrages2 je vous prie d'en informer l',acadmie et de vouloir bien lui rappeler qu'il faut en gnral se rendre trs-circonspect sur ces sortes de grces1 qui ne sont pas moins contraires aux principes du roi qu'aux statuts de la ,compagnie et qui entre autres inconvnients ont celui de dtruire l'mulation et de dcourager les personnes qui s'occupent de telle ou telle partie des sciences1 avec le projet et l'espoir de se rendre dignes d'tre acadmiciens4 ,je dois vous ajouter qu'il me parat trs-convenable que la condition des deux tiers des suffrages soit l'avenir regarde comme ncessaire1 non-seulement pour les places des surnumraires1 mais encore pour toutes les dlibrations qui ne sont pas prises en vertu des rglements de l',acadmie4 ,l',acadmie1 on doit le remarquer1 avait trs-rgulirement demand pour ,darcet une place d'associ vtran1 et la transgression contre la rgle dont se plaint ,m4 de ,breteuil n'tait commise que par lui4 ,quoique les lettres et les sollicitations adresses l',acadmie par les plus grands personnages marquent en attestant son indpendance une grande dfrence pour ses suffrages1 le roi1 consultant parfois le tmoignage de la voix publique1 ne se fit jamais scrupule de choisir librement sur la liste de prsentation2 mais loin de donner sa dcision l'apparence d'une faveur gracieusement accorde au candidat prfr1 il invoque1 alors non sans raison quelquefois1 sa volont d'tre juste et de protger le mrite4 ,le #cj janvier #agji par exemple1 l',acadmie propose pour successeur de ,tournefort1 ,reneaume1 ,chomel et ,magnol4 ,le roi choisit ,magnol cause de sa grande rputation dans la botanique4 ,de telles dcisions toujours acceptes sans murmure ont t plus d'une fois l'quitable temprament des partialits et des injustices qu'aucun mode d'lection ne saurait prvenir4 ,parmi les candidats assez nombreux prfrs par le roi1 non par l',acadmie1 il ne s'est trouv que le seul gomtre ,lagny1 qui n'ayant pas1 dit-il1 assez de temps libre1 osa refuser une faveur accepte avant et aprs lui par des savants plus considrables1 tels que ,magnol1 ,vaillant1 ,clairaut1 ,la ,condamine et l'abb ,nollet4 ,si l'influence des grands seigneurs ou la volont du roi lui-mme tenait lieu quelquefois de titres scientifiques1 il arrivait aussi que par un sentiment contraire1 une situation trop humble ou trop dpendante devint pour quelques-uns une cause d'exclusion4 ,la lettre suivante1 crite par l'horloger ,leroy 7neveu et cousin des clbres ,julien et ,pierre ,leroy7 le jour mme de son lection dans la classe de mathmatiques1 est videmment destine faire disparatre des objections de ce genre3 ,monsieur1 dsirant faire connatre l',acadmie mes intentions sur l'horlogerie l'occasion de la place d'adjoint pour la gomtrie que je sollicite1 je me flatte que vous ne trouverez pas mauvais que j'aie recours vous pour vous prier de me rendre ce service2 vous1 ,monsieur1 qui tes le doyen de cette classe et un des plus respectables membres de cette ,compagnie4 ,permettez donc que je vous expose sincrement mes sentiments sur ce sujet4 ,ds l'instant que j'eus song solliciter une place dans l',acadmie1 je songeai renoncer au commerce et la pratique de l'horlogerie1 rsolution1 que j'ai pri ,,mm4 ,clairaut et ,darcy de dclarer quand ils en trouveraient l'occasion et dont j'ai prvenu moi-mme la plupart des acadmiciens que j'ai eu l'honneur de voir2 mais comme je serais trs-fch d'entrer dans une ,compagnie en professant un art qui1 quoique trs-beau en lui-mme1 pourrait dplaire quelques-uns de ses membres et que je le serais encore davantage si1 lorsque j'aurai l'honneur d'y tre admis1 on pourrait s'imaginer ou souponner que je fusse tent de le professer de nouveau1 j'ai cru que je ne pourrais m'expliquer d'une manire trop prcise sur ce sujet2 c'est pourquoi1 ,monsieur1 je vous dclare par la prsente que je renonce pleinement1 entirement et de la manire la plus solennelle au commerce et la pratique de l'horlogerie4 ,si j'tais matre horloger ou que j'eusse quelque autre qualit1 je vous enverrais par la mme occasion un acte de renonciation1 mais je ne le puis n'en ayant aucune4 ,tels sont mes sentiments et tels ils seront toujours4 ,dans la sance mme o ,mairan donna lecture de cette lettre1 ,leroy fut nomm adjoint de la section de gomtrie4 ,fidle sa promesse1 il renona l'horlogerie mais ne s'occupa gure de mathmatiques1 et l',acadmie n'eut en lui ni un horloger qui lui aurait t souvent utile ni un gomtre4 ,dsireuse d'assurer l'quit des lections1 l',acadmie s'y appliqua plus d'une fois4 ,mcontente de ses propres faiblesses1 on la voit plusieurs reprises pour en rechercher les causes et pour les rprimer1 retracer en vain dans des rapports soigneusement travaills les maximes et les principes d'impartialit et d'exacte droiture qui n'apprenaient rien personne1 et s'lever contre des abus qui renaissaient aussitt4 ,le #a;er avril #aggh1 ,darcy1 ,montigny et d',alembert font le rapport suivant3 ,nous avons observ deux sortes d'abus dans les lections3 l'intrigue et l'autorit4 ,toutes deux peuvent remplir l',acadmie de sujets mdiocres1 si elle n'y met ordre4 ,le plus sr moyen de bannir l'intrigue est de ne pas laisser le temps d'intriguer et de diminuer le nombre des intrigants1 c'est--dire ceux qui doivent tre proposs4 ,le seul moyen de prvenir les abus d'autorit est de ne prsenter jamais au ,ministre que les sujets dont les talents soient bien connus et qui puissent faire honneur l',acadmie4 ,il est trs-rare que quatre sujets aient en mme temps le mme droit aux places vacantes dans l',acadmie4 ,en consquence de ces principes1 nous proposons le rglement qui suit pour le choix des associs libres et pour le choix des associs trangers qui peuvent appartenir indistinctement aux diffrentes classes3 ,le jour mme qui aura t indiqu pour l'lection1 l',acadmie fera tirer au sort les noms de six acadmiciens pensionnaires ou associs1 un de chaque classe3 trois mathmaticiens et trois physiciens1 lesquels s'assembleront aussitt pour proposer l',acadmie quatre sujets bien connus pour la supriorit de leurs talents s'ils sont rgnicoles et par une grande clbrit s'ils sont trangers4 ,de ces quatre sujets1 l',acadmie en lira deux au scrutin pour les prsenter au roi en la manire accoutume4 ,rarement on prsenterait l',acadmie un plus grand nombre de concurrents sans mettre des sujets mdiocres ct des bons4 ,au moyen de ce rglement1 s'il est rgnicole1 personne n'aura le temps de faire crire les ministres1 les gens puissants1 de faire agir ses amis1 les amis de ses amis1 les femmes mmes auprs des acadmiciens qui se croient souvent obligs de donner leur voix contre leur avis pour ne pas manquer soit leurs protecteurs1 soit leurs amis4 ,entre la plupart des candidats1 le temps1 il faut le dire1 efface pour nous toute diffrence1 et des hommes considrables alors et de grande rputation tombs depuis longtemps dans la foule et dans l'obscurit sont devenus les gaux les plus humbles devant l'oubli commun de la postrit4 ,presque toujours d'ailleurs1 on voit l',acadmie favorable et sympathique aux vritablement grands hommes1 applaudir leurs premiers essais1 leur ouvrir ses rangs au plus vite et les lever sans trop tarder au plus haut degr de sa hirarchie4 ,de regrettables exceptions existent cependant et pour n'en citer qu'une seule1 je rapporterai simplement et sans commentaires l'histoire des candidatures acadmiques de ,laplace4 ,laplace1 qui brilla plus tard dans la premire classe de l',institut comme le reprsentant le plus illustre et le plus respect de l'ancienne ,acadmie des sciences1 n'avait pas rencontr d'abord autant d'empressement et de bienveillante justice que ses prdcesseurs d',alembert et ,clairaut1 et les louanges sont mesures ses premiers et excellents travaux avec une circonspection presque dfiante4 ,laplace1 g de vingt ans1 inspir par la lecture de ,lagrange et d',euler1 avait voulu dans une premire communication l',acadmie expliquer1 confirmer et perfectionner1 pour les fondre dans un ensemble nouveau1 plusieurs beaux mmoires de ceux qu'il devait bientt galer4 ,les rapporteurs de l',acadmie signalent le mrite d'un tel travail sans en dissimuler les dfauts4 ,il nous parat1 disent-ils1 que le mmoire de ,m4 ,laplace annonce plus de connaissances mathmatiques et plus d'intelligence dans l'usage du calcul qu'on n'en rencontre ordinairement cet ge dans ceux qui n'ont pas un vrai talent4 ,nous jugeons que les remarques nouvelles dont nous avons parl mritent l'approbation de l',acadmie et qu'ainsi le mmoire doit tre imprim dans le recueil des savants trangers1 en priant seulement ,m4 ,laplace d'abrger ce qui n'est pas lui et de se servir des notations plus communes et plus commodes de ,m4 ,euler et de ,m4 ,lagrange4 ,dans un rapport sur un second mmoire1 ,condorcet et ,bossut1 sans produire aucune objection ni lui imputer aucune erreur prcise1 affaiblissent leurs louanges par un doute formel sur l'exactitude de sa mthode4 ,ce mmoire1 disent-ils1 prouve que ,m4 de ,laplace runit des talents beaucoup de connaissances1 qu'il a approfondi les matires les plus pineuses de l'astronomie physique1 et l'on doit l'exhorter continuer le travail qu'il a annonc et o il donnera les rsultats de celui-ci4 ,nous craignons cependant que sa mthode ne soit pas suffisante pour rsoudre compltement et srement par la thorie de la gravitation le problme de la variation de l'obliquit de l'cliptique et pour dcider irrvocablement cette grande question4 ,mais malgr ce qui peut rester d'incertitude1 son mmoire nous parat mriter l'approbation de l',acadmie4 ,et l'occasion des mmoires suivants o se rvle clairement dj la grandeur et l'excellence de la fin qu'il se propose3 ,l'impression du mmoire de ,m4 de ,laplace sera trs-agrable aux gomtres1 mais le temps et la runion de leurs suffrages pourront seuls apprendre quel point de prcision ,m4 de ,laplace a port la solution de ces problmes4 ,ces trois rapports sont signs de ,condorcet et de ,bossut4 ,d',alembert1 son tour1 l'occasion d'un beau et grand travail1 mle froidement de justes louanges des tmoignages de doute et de dfiance4 ,commenant par applaudir aux efforts du jeune gomtre1 il le loue d'avoir montr une constance peu commune dans le travail et un grand savoir dans l'analyse infinitsimale et dans l'astronomie physique1 mais il ajoute un peu schement3 ,quant aux points sur lesquels il n'est pas d'accord avec les gomtres qui l'ont prcd1 nous ne pouvons pas prononcer s'il a raison ou tort2 il faudrait1 pour juger le procs1 vrifier une longue suite de calculs1 discuter les mthodes d'approximation qu'on a employes jusqu'ici dans cette thorie1 peser le degr de prfrence qu'elles peuvent mriter les unes sur les autres1 ce qui demanderait un travail que nous ne croyons pas que l',acadmie veuille exiger de nous4 ,le moyen le plus simple que ,m4 de ,laplace puisse employer pour justifier l'exactitude de sa mthode est de nous donner1 d'aprs elle1 de bonnes tables astronomiques4 ,il le promet et l',acadmie le verra avec intrt4 ,lors mme que1 sans descendre des hauteurs de la science1 ,laplace1 comme pour se dlasser des calculs approximatifs1 mle ses fermes bauches de mcanique cleste la solution rigoureuse et parfaite de problmes d'analyse pure1 ou se joue avec l'aisance la plus subtile dans les ingnieuses thories du calcul des chances1 l',acadmie1 par ses louanges embarrasses et ambigus1 persiste le traiter comme un apprenti qui n'a pas encore donn le coup de matre4 ,nous nous bornons observer et conclure1 disent les commissaires de l',acadmie en rendant compte de l'une de ses dcouvertes1 que ce mmoire est savant1 que l'auteur rsout par une mthode uniforme plusieurs quations difficiles et que ces recherches ne peuvent que tendre perfectionner la thorie des suites et cette branche de l'analyse4 ,malgr toutes ces rserves et ces attnuations1 ce n'est pas sans tonnement qu'on lit au procs-verbal du #af janvier #agge3 ,l',acadmie ayant procd l'lection de deux sujets pour remplir la place d'adjoint vacante par la promotion de ,m4 de ,condorcet celle d'associ1 la classe a propos ,,mm4 ,desmarest1 ,rochon1 de ,laplace1 ,vandermonde et ,girard de la ,chapelle4 ,l',acadmie ayant t aux voix1 les premires ont t pour ,m4 ,desmarest1 les secondes pour ,m4 de ,la ,chapelle4 ,six mois aprs1 l',acadmie procde de nouveau l'lection d'un membre adjoint dans la classe des gomtres et vote unanimement pour ,vandermonde4 ,douze votants seulement sur dix-sept1 en prfrant ,laplace un inconnu nomm ,mauduit1 lui accordent le second rang4 ,le #ad mars #aggf1 l',acadmie1 sur un rapport de la section comptente1 lui prfre dans une lection nouvelle le trs-honorable mais trs-mdiocre ,cousin4 ,l'ennui de ces checs et les dmarches ncessaires de continuelles candidatures ne ralentissent pas l'ardeur de ,laplace4 ,toujours anim la poursuite de son uvre1 sans dpit apparent1 sans amertume et sans se soucier des contradictions1 il fait paratre incessamment dans de nouveaux mmoires cette abondance d'expdients et cette force presque irrsistible qui1 lorsqu'elle est impuissante surmonter ou tourner un obstacle1 le heurte de front et le brise en l'arrachant par morceaux4 mule de d',alembert et de ,clairaut1 il se montre dj seul capable en ,france de succder leur rputation1 lorsque l',acadmie1 dclarant dans un nouveau rapport qu'il a acquis ds prsent un rang distingu parmi les gomtres1 le nomme enfin adjoint dans la section de gomtrie1 en accordant la seconde place sur la liste de prsentation au nomm ,margueret1 qu'elle prfre ,monge et ,legendre4 ,membre de la ,compagnie et assidu ses sances1 ,laplace y prendra-t-il le rang d son gnie8 ,franchira-t-il rapidement les deux degrs infrieurs de la hirarchie acadmique8 ,non1 il lui faut encore avec de longs retards essuyer d'injurieux checs4 ,en #aghj il est encore adjoint1 et l',acadmie prsente pour une place d'associ dans la section de gomtrie ,vandermonde en premire ligne et ,monge en seconde ligne1 plaant ainsi les candidats1 en supposant qu'elle accordt le troisime rang ,laplace1 dans l'ordre prcisment inverse de celui que leur assigne la postrit4 ,c'est en #aghc seulement que ,laplace1 g de trente-quatre ans1 est nomm associ dans la section de mcanique1 o l',acadmie avait appel dj de prfrence lui1 ,rochon et ,jeaurat2 ,jeaurat qui n'est connu par aucune dcouverte et dont on ne cite qu'un seul trait3 ,quand il rencontrait un confrre gomtre1 il lui disait du plus loin en faisant allusion la thorie des quations3 ,eh bien6 c'est-il gal zro8 ,des prfrences aussi aveugles si elles taient moins rares condamneraient jamais le recrutement par lection1 en enlevant toute autorit aux jugements acadmiques4 ,leur explication la plus apparente est1 si je ne me trompe1 dans les dispositions de d',alembert1 dont l'influence considrable alors au plus haut point ne s'exera jamais en faveur de ,laplace4 ,bon1 gnreux1 loyal et ami de toutes les gloires1 d',alembert ignora toujours les sentiments d'une mesquine jalousie2 sa droiture cependant1 il est permis de le rappeler1 n'allait pas jusqu' l'impartialit4 ,la belle intelligence et l'honorable caractre du futur marquis de ,laplace imposaient plus le respect qu'ils n'attiraient l'amiti1 et l'esprit hautain1 qui dans la suite de sa vie acceptait si bien et exigeait presque la flatterie1 devait plaire difficilement l'observateur sardonique et l'imitateur plein de verve des grands airs de ,m4 de ,buffon2 d',alembert enfin1 qui s'y connaissait1 pouvait entrevoir chez ce jeune homme gravement respectueux envers lui quelques-uns des traits de l'illustre orgueilleux1 qu'il aimait nommer le comte de ,tufires4 ,,les ,,finances ,,de ,l',,acad,,mie4 ,la somme totale alloue aux vingt pensionnaires de l',acadmie avait t fixe #cj1jjj livres1 mais la rpartition en tait irrgulire et semblait souvent injuste4 ,la lettre suivante1 crite en #agaf et signe par quatorze pensionnaires sur dix-huit1 donne ce sujet de curieux renseignements3 ,convaincus1 comme nous sommes1 que vous n'avez rien plus cur que le bien de l',acadmie1 nous vous suplions avec une vraye confiance de vouloir bien reprsenter ,s4 ,a4 ,r41 notre auguste protecteur1 que1 dans le renouvellement de l',acadmie1 il y eut un fond de #cj1jjj livres destin pour les pensions2 que ce fond ne put tre alors distribu galement1 parce que la pension considrable qu'avait feu ,m4 ,cassini en faisait partie1 mais qu'on fit esprer et qu'on a toujours fait esprer depuis1 qu'aprs la mort de ,m4 ,cassini chaque acadmicien aurait #a1ejj livres2 cependant cette mort tant arrive1 il plut ,m4 de ,pontchartrain de prendre un autre arrengement4 ,des #cj1jjj livres1 il n'en employa que #bj1jjj en pensions fixes et distribua les #aj1jjj livres restantes sous le nom de gratifications pour le travail de l'anne4 ,nous ne vous ferons point remarquer1 monsieur1 que ces gratifications ne furent rien moins que donnes proportionnellement au travail2 vous scavez le dcouragement o cela jetta la plus grande partie de la ,compagnie4 ,mais nous vous supplions instamment de vouloir bien reprsenter ,s4 ,a4 ,r43 #a que le fonds de #cj1jjj livres a toujours t regard comme affect aux pensions de l',acadmie pour tre distribu galement2 #b que #a1ejj livres de rente ne suffisent pas1 ,paris1 pour mettre un homme en tat de se livrer entirement aux sciences2 que leurs progrs demanderaient que les pensions fussent plus considrables et plus sres1 et que les rduire #a1jjj livres1 c'est mettre les acadmiciens hors d'tat de travailler2 #c que l',acadmie des inscriptions a t traite bien plus favorablement4 ,les pensions y sont sur le pied de #b1jjj livres1 puisqu'elle a #bj1jjj livres pour dix pensionnaires2 #d que la libralit de ,s4 ,a4 ,r4 peut bien s'tendre jusqu' donner des gratifications ceux qui les auront mrites par leur travail1 mais il ne semble pas qu'elles doivent tre prises sur ce qui est destin pour la subsistance des acadmiciens et qui y peut peine suffire4 ,comme vous vous intressez autant nos besoins que nous-mmes1 nous osons nous promettre que vous voudrez bien donner encore plus de force nos raisons en les reprsentant4 ,cette lettre1 crite vers la fin de #agaf1 est destine videmment tre mise sous les yeux du rgent4 ,on a crit en marge3 ,s4 ,a4 ,r4 loue le zle des acadmiciens et entre assez dans leur pense4 ,mais1 comme elle ne veut rien diminuer ce que chaqu'un a touch jusqu'ici1 on ne saurait songer au changement propos qu'en donnant des gratifications spares1 tant pour indemniser les quatre pensionnaires 7,ces quatre pensionnaires taient3 ,j4 ,cassini1 ,maraldi1 de,lahire et ,duverney1 qui seuls n'ont pas sign la requte47 qui perdraient suivant ce nouveau projet1 que pour rcompenser ceux qui se distingueront par leur travail4 ,pour cela il faudrait1 outre le fonds ordinaire de #cj1jjj livres1 en destiner un nouveau de #f1jjj livres au moins3 c'est ce que ,s4 ,a4 ,r4 ne croit pas devoir faire dans le temps qu'il diminue toutes les pensions1 tant de la cour que des officiers1 et le prince remet donc cette libralit l'estat qui sera expdi pour l'anne prochaine4 ,le rgent en effet augmenta de #f1jjj livres l'allocation destine aux pensionnaires et crut avoir dgag sa parole2 mais les abus continurent ou se reproduisirent1 car cinquante ans plus tard une dcision de ,malesherbes1 approuve par le roi1 fut juge ncessaire pour diminuer l'ingalit en la rglementant4 ,sur le compte que j'ai1 dit-il1 rendu au roy du mmoire qu'on m'a remis1 par lequel l',acadmie demande unanimement qu'il soit tabli une nouvelle forme de distribution des pensions qui lui sont accordes1 et o elle expose1 ce sujet1 le plan qu'elle dsirerait qu'on suivt1 ,sa ,majest a bien voulu approuver le projet de distribution et agrer les vues qui ont engag l',acadmie le proposer4 ,le roy a dcid en consquence que chacune des six classes de l',acadmie jouirait1 l'avenir1 de la somme fixe de #f1jjj livres1 qui sera partage entre les trois pensionnaires attachs chacune d'elles1 et que1 par une suite de l'excution complte de ce projet1 il sera accord #c1jjj livres au premier pensionnaire1 #a1hjj livres au second et #a1bjj livres au troisime4 ,indpendamment des pensionnaires1 fort peu rtribus comme on voit1 l',acadmie comptait vingt associs et adjoints1 qui n'avaient aucune part ses revenus et que les travaux les plus excellents n'levaient que bien lentement dans la hirarchie acadmique4 ,d',alembert1 nomm adjoint en #agdb1 ne devint pensionnaire que vingt-trois ans aprs1 et ,lacaille1 qui fut pendant dix ans une des gloires de l',acadmie1 mourut avec le titre d'associ4 ,l'auteur d'un mmoire conserv dans les archives semble lever la voix au nom de l',acadmie tout entire pour signaler en termes formels la situation difficile et la misre mme d'un grand nombre d'acadmiciens4 ,des corrections faites de la main de ,raumur permettent de lui attribuer la rdaction de cet crit1 qui est sans signature4 ,aprs avoir vant l'utilit des sciences et dit quel avantage elles procurent l'tat1 l'auteur attire l'attention sur la situation prcaire de l',acadmie des sciences4 ,l',acadmie1 dit-il1 dans l'tat o elle est aujourd'huy1 fait beaucoup d'honneur au royaume4 ,les trangers en ont une grande ide1 aussy a-t-elle dcouvert nombre de choses curieuses et utiles4 ,mais nous osons avouer qu'il s'en faut bien que le royaume n'ayt retir de cette compagnie tous les avantages qu'il aurait pu en tirer4 ,nous osons dire plus1 c'est que cette ,acadmie1 en si grande rputation parmy les trangers1 semble prs de sa chute1 si elle n'est soutenue par quelque grand changement fait en sa faveur1 pareil ceux qui ont t faits pour d'autres parties de l'tat4 ,on a cherch ranimer sa langueur par de nouveaux rglements dont elle avoit besoin1 mais la vraye source du mal n'toit pas seullement dans le deffaut des rglements4 ,il ne la faut chercher1 la vraye source du mal1 que dans la propre constitution de l',acadmie2 une grande moiti de ceux qui la composent ne peuvent prendre les occupations acadmiques que comme des amusements2 ils ont des professions qui les obligent de donner leurs soins toutte autre chose que ce qui fait l'objet de l',acadmie4 ,les uns sont obligs d'tre mdecins1 les autres chirurgiens1 les autres apoticaires4 ,quels ouvrages peut-on attendre de savants contraints passer sur le pav de ,paris des jours qu'ils devraient employer dans leurs cabinets8 ,un homme qui arrive chez soy las et distrait est-il en tat de travailler ce qui le demande tout entier8 ,employera-t-il les nuits des expriences8 ,malgr pourtant cette diversion1 plusieurs acadmiciens de ces classes ont donn des choses excellentes1 mais qui doivent nous faire regretter celles que nous eussions eues1 s'il leur eust t permis de se livrer aux recherches o leur inclination les portoit4 ,de l'autre moiti des acadmiciens1 une partie est oblige enseigner les mathmatiques pour subsister4 ,enfin1 il en reste trs-peu qui soient en tat de faire des expriences et de vivre avec cette aysance qui met l'esprit en repos et en tat de se livrer des recherches utilles4 ,entre quarante-huit acadmiciens destins au travail1 l',acadmie ne sauroit compter qu'un petit nombre de travailleurs4 ,le seul remde apporter seroit d'obliger tous les acadmiciens1 ou au moins le plus grand nombre1 n'tre qu'acadmiciens1 de les mettre en tat de n'avoir d'autres occupations que celles qui ont un rapport direct aux objets de l',acadmie4 ,une autre cause de la dcadence de l',acadmie1 qui tient celle dont nous venons de parler1 c'est qu'il ne se forme plus de sujets2 on en fait l'exprience toutes les fois qu'on a des places vaccantes remplir4 ,il faut tre n avec des talents rares pour russir dans les sciences1 et1 parmy ceux qui naissent avec ces talents1 combien y en a-t-il qui en puissent profiter8 ,un jeune homme qui veut suivre ses heureuses dispositions se trouve arrest par les clameurs de toutte sa famille et de tous ses amis2 on ne veut point consentir qu'il s'abandonne des recherches qui peut-estre luy donneroient quelque gloire en le conduisant mourir de faim4 ,l',acadmie fournit des exemples de cette nature3 un de ses membres1 habile anatomiste1 mourut il y a quelques annes l',hostel-,dieu4 ,si l',acadmie a pu1 pendant quelque temps1 se fournir de sujets1 elle le devoit la protection que l'illustre ,m4 ,colbert avoit donne aux sciences2 quand elle est venue manquer1 on ne s'est plus tourn de leur cost2 la ppinire s'est puise et il ne s'en forme point de nouvelle4 ,a la vrit1 ,m4 l'abb ,bignon a fait1 pour l',acadmie et pour les sciences en gnral1 tout ce qu'on peut attendre du zelle le plus ecclair1 mais les trsors n'toient pas entre ses mains4 ,il y a peu d'apparence aussy que le royaume puisse se repeupler de vrays savants1 tant que la condition1 de touttes la plus laborieuse1 ne mnera rien4 ,y a-t-il de la justice que celui qui s'applique des recherches importantes au bien de l'tat1 ne puisse esprer de parvenir quelque fortune8 ,l'homme de guerre1 le magistrat1 le marchand1 peuvent se promettre des rcompenses de leurs travaux2 le savant seul n'a rien en esprer2 peut-estre que le cas que les ,chinois font des lettrs n'est pas la gloire de la ,france4 ,l'auteur1 qui bien vraisemblablement est ,raumur1 cherche ensuite les moyens de relever l',acadmie suivant lui prte prir2 il propose d'appliquer le savoir et l'esprit inventif des acadmiciens au perfectionnement des arts et mtiers et de l'agriculture1 et1 descendant mme au dtail des questions que l'on pourrait proposer chacun3 ,qu'on se fasse1 par exemple1 dit-il1 une loy de donner toujours des acadmiciens la direction des monnoyes1 comme le clbre ,m4 ,newton l'a en ,angleterre1 et qu'on leur donne les inspections des diffrentes manufactures1 les inspections gnralles des chemins1 ponts et chausses4 ,croiroit-on trop faire1 si on accordoit des entres dans le conseil du commerce ou dans ceux des compagnies qui l'ont pour objet1 aux savants qui ont fait des tudes particulires des matires que les arts et la mdecine nous engagent tirer des pays trangers2 ceux qui se sont appliqus s'instruire fond des manufactures du royaume1 de ses productions qui se sont ngliges et qu'on pourroit mettre proffit8 ,un gouvernement qui a les eaux pour objet1 tel qu'est celuy de la ,samaritaine1 ne devroit-il pas entrer dans le partage des acadmiciens8 ,ce seroit une rcompense pour un de ceux qui se seroit le plus appliqu aux hydrauliques2 un pareil gouvernement l'engageroit faire une tude particulire de tout ce qui a rapport la conduitte des eaux2 ce mme gouvernement seroit un appas qui excitteroit un grand nombre d'autres sujets travailler sur la mme matire2 au moins semble-t-il qu'il seroit mieux dans les mains d'un savant que dans celles d'un vallet de chambre d'un grand seigneur2 la ,ppinire1 il y a une place de quelque revenu qui conviendroit un botaniste4 ,on pourroit mme donner l',acadmie une espce d'inspection sur tous les arts mcaniques qui1 sans leur tre charge1 contribueroit extrmement leur progrez2 un expdient assez simple rendroit nos ouvriers incomparablement plus habiles qu'ils ne sont1 leur donneroit de l'mulation pour la perfection de leurs arts et augmenteroit par consquent le dbit de tous nos ouvrages d'industrie1 car on se fournit des ouvrages de chacque espce dans les pays o les ouvriers sont en rputation de mieux travailler2 de l est venu le grand dbit des montres d',angleterre4 ,l'expdient seroit que l',acadmie proposast chaque anne des prix pour ceux des ouvriers de chaque profession qui auroient invent ou mieux fini quelque ouvrage2 que ces prix fussent distribus aux arts mesmes qui semblent les plus grossiers1 comme coutelliers1 taillandiers1 serruriers2 on proposeroit par exemple aux taillandiers de chercher la manire la plus simple de faire une excellente faulx et bon march4 ,le succez de ce prix nous empcheroit peut-estre d'avoir besoin l'avenir des faulx d',allemagne4 ,le royaume se trouveroit bien indemnis de ce qu'il luy en coteroit pour le prix4 99 99 99 99 99 ,mais1 vray dire1 ajoute-t-il1 on ne sauroit attendre l'excution de si grands projets d'une compagnie qui n'a que #cj1jjj livres distribuer entre plus de vingt particuliers1 et qui en a une trentaine d'autres soutenir seullement par l'esprance d'entrer un jour en partage de cette petite somme4 ,les pensions n'toient gures plus fortes du temps de ,m4 ,colbert2 communment1 elles toient de #a1ejj livres2 mais #a1ejj livres alors valloient plus que quatre ou cinq mille aujourd'huy4 ,celle de feu ,m4 ,cassini tait de #i1jjj livres1 et a seulle produit bien des savants2 des gratifications vinrent souvent au secours de la modicit des pensions2 si ce grand ministre eust t plus longtemps conserv la ,france1 il eust apparemment mis sur un autre pied l',acadmie dont il toit le pre2 depuis qu'elle l'a perdu1 elle a eu le temps d'apprendre combien on doit peu compter sur de petittes pensions1 dont les payements peuvent estre suspendus par une infinit d'vnements4 ,pour faire fleurir l',acadmie1 il faudroit donc luy donner des fondements inbranslables1 luy assigner des fonds l'preuve de toutte rvolution1 comme sont les fonds en terre possds par l'universit d',oxfort et de ,cambridge2 que ces fonds fussent suffisans pour faire vivre les acadmiciens d'une manire commode1 leurs montrer des places distingues o ils pussent se promettre d'arriver4 ,quelques considrables que fussent les fonds assigns1 l',acadmie ne seroit peut-estre pas un an ou deux en ddommager le royaume4 ,une seulle dcouverte pourroit les remplacer4 ,ce plaidoyer habile et sincre resta sans rsultat4 ,l',acadmie n'en vcut pas moins en se recrutant souvent fort heureusement1 en dpit des sinistres prdictions de son dfenseur2 elle fut mme un instant menace de la concurrence d'une compagnie rivale1 dont les membres paraissaient assez considrables pour lui porter srieusement ombrage4 ,vers l'anne #agbf1 ,julien et ,pierre ,leroy et ,henri ,sulli1 clbres tous trois dans l'histoire de l'horlogerie1 institurent des confrences rgles sur les moyens de perfectionner leur art4 ,ils s'associrent ,clairaut pre et fils et un fabricant d'instruments mathmatiques1 nomm ,jacques ,lemaire1 et convinrent de se runir tous les dimanches dans le jardin du ,luxembourg2 tout marcha bien pendant l't2 mais1 la mauvaise saison1 il fallut chercher un autre asile2 on le trouva dans la cour du ,dragon1 chez un ,m4 ,puisieux1 qui devint membre de la socit1 laquelle ,degua1 ,nollet1 ,la ,condamine1 ,grand ,jean ,fouchy1 ,renard du ,tosta directeur de la ,monnaie1 le clbre orfvre ,germain et le compositeur ,rameau1 se joignirent bientt en l'engageant tendre ses tudes et ses travaux la totalit des arts et augmenter encore le nombre des associs4 ,la compagnie1 selon les habitudes du temps1 devait avoir un protecteur2 on s'adressa au comte de ,clermont1 qui1 flatt de ce rle1 offrit pour les sances une salle de son palais et obtint la permission royale1 qui fut donne en #agcj4 ,la socit1 devenue de plus en plus importante et honore des frquentes visites du prince de ,clermont1 se partagea1 comme l',acadmie1 en honoraires et en associs1 forma comme elle des sections1 et nomma mme des correspondants4 ,l'un d'eux fut l'astronome danois ,horrebow qui1 dans son livre intitul ,basis astronomi1 imprim en #agce1 ,copenhague1 prend le titre de membre de la ,socit des arts de ,paris4 ,raumur et ,dufay1 inquiets des succs et de l'influence d'une compagnie nouvelle1 proposrent au prince de ,clermont1 dont ils taient connus1 que l',acadmie s'engaget choisir1 autant qu'il se pourrait1 ses sujets parmi les thoriciens de la socit1 la condition de les possder tout entiers en les autorisant seulement garder dans l'autre compagnie le titre de vtran4 ,un tel arrangement n'tait pas acceptable et fut rejet2 les deux acadmiciens dclarrent alors nettement qu'ils feraient tomber la socit4 ,leur moyen fut trs-simple3 ,l',acadmie s'adjoignit successivement ,la ,condamine1 ,clairaut1 ,fouchy1 ,nollet et ,degua en leur imposant l'obligation d'opter4 ,l'effet ne se fit pas attendre1 et la ,socit des arts1 prive de ses membres les plus actifs1 ne tarda pas s'affaiblir et tomber compltement1 sans avoir produit aucune uvre qui en perptut le souvenir4 ,l',acadmie1 outre les #cf1jjj livres destines aux pensions1 recevait1 chaque anne1 sur le trsor royal une allocation de #ab1jjj livres attribue aux dpenses gnrales et aux expriences juges utiles mais employe1 en grande partie1 aider ou secourir les pensionnaires ou les associs les plus pauvres ou les plus en faveur4 ,ces fonds bien insuffisants paraissent d'ailleurs avoir t1 pendant longtemps au moins1 administrs avec beaucoup de dsordre4 ,une fois1 par exception1 en #agbe1 le marchal de ,tallard1 prsident de l',acadmie1 avant d'approuver les dpenses1 voulut en connatre le dtail2 peu satisfait d'un premier examen1 il nomma une commission dans laquelle sigeaient l'abb ,bignon1 ,raumur et ,cassini2 leur rapport est rellement curieux3 ,les registres du sieur ,couplet1 trsorier de l',acadmie1 disent les commissaires1 n'ont aucune forme de livre de comptable4 ,il rapporte uniquement les articles de dpense1 sans faire aucune mention de la recette1 et c'est ou une ignorance inexcusable de sa part1 ou une affectation trs-suspecte pour viter l'examen de ses comptes2 mais1 outre ce dfaut essentiel dans la forme1 il y a si peu de rgle dans la dpense1 qu'il paroist que ledit sieur ,couplet a dispos entirement sa fantaisie de la pluspart des fonds qu'il a reus1 comme si 'et t son propre bien2 il a augment de sa propre authorit les gages de son domestique1 qu'il a ports de #cfd #ejj livres4 ,l'entretien de la salle des machines1 qui1 du temps du feu sieur ,couplet pre et prdcesseur1 n'alloit qu' #e livres1 il le porte #ej livres par quartier2 pour l'entretien d'un miroir ardent1 il fait monter la dpense1 dans une anne1 environ #ejj livres1 et l'on ne peut s'empcher de remarquer1 cette occasion1 une chose honteuse pour l',acadmie et pourtant de notorit publique3 c'est l'argent qu'il souffre que son mestique exige de tous ceux qui vont voir cette salle des machines4 ,presque tous les articles de dpense en gnral sont si excessivement enfls1 qu'il y en a qu'il porte au del de trente et quarante fois leur juste valeur1 comme pour le papier1 plumes et ancre1 etc4 ,on peut assurer qu'il n'y a jamais eu de registre aussi mal tenu pour la forme et si deffectueux dans le fond4 ,on peut rduire quatre principaux chefs les observations des commissaires4 ,le premier regarde l'employ des deniers du roy1 fait pour le propre usage du sieur ,couplet1 sans qu'il puisse produire aucun ordre qui l'authorise4 ,cet article seul monte la somme de douze mil quatre cent dix sept livres dix sols2 laquelle somme il a employe en batimens1 remises1 grenier1 mur de jardin1 remuage de terre faits l'observatoire pour son usage particulier4 ,le tout sans qu'il produise aucun ordre pour cette dpense entirement inutile1 d'autant plus qu'il a encore tout le logement qu'avoit feu son pre1 lequel s'en est content pendant trente annes quoy qu'il eut une nombreuse famille1 au lieu que le sieur ,couplet est seul4 ,d'ailleurs1 cette dpense regarde le surintendant des btimens du roy et nullement l',acadmie4 ,il est remarquer que ces dpenses en btimens ont t faites dans un tems o les acadmiciens qui occupent l'observatoire ne pouvoient obtenir qu'on leur ft les rparations les plus pressantes1 comme des vitres1 couvertures1 etc4 ,le second chef regarde les dpenses faites sous le titre de dpenses extraordinaires1 sans qu'il en fasse aucun dtail1 ny qu'il rapporte aucune preuve justificative2 elles montent la somme de sept mil dix-sept livres quinze sols2 on ne sauroit imaginer en quoy consistent ces dpenses extraordinaires1 d'autant plus que1 dans des mmoires que l'on a trouv excessifs et enfls1 il a employ en dpense et bien en dtail1 le papier1 les plumes1 l'ancre1 les ports de lettres1 le remuage des poesles1 les petites gratifications faites aux suisses dans les assembles publiques de l',acadmie2 en un mot1 il entre dans une infinit de petits dtails et ensuitte il y ajoute cette somme exhorbitante de #g1jag livres #ae sols4 ,le troisime chef renferme les faux ou doubles employs dont on rapportera icy deux articles3 l'un de #a1caj livres pour l'envoy du caff aux ,indes et l'autre de #ajj livres pour le cong d'un soldat2 ces deux sommes luy ont t fournies en #agah1 et1 lorsque les commissaires luy ont demand les preuves de l'envoy de ces sommes1 il leur a avou qu'il n'en avoit point fait d'employ4 ,on pourroit encore mettre au rang des faux employs une somme de #afj livres qu'il dit dans son compte avoir t employe pour faire gobter le mur du ct de l'orient de son nouveau logement1 laquelle somme il a avou depuis n'avoir point employe4 ,le quatrime chef regarde les diminutions d'espces dont il demande le remboursement et qu'il fait monter la somme de six mil cinq cent trente-quatre livres1 dont il ne rapporte ny ne peut rapporter aucun procs-verbal1 ne tenant aucun registre par recette et dpense2 ce qui a empch les commissaires de pouvoir statuer sur ce qui pouvoit luy tre vritablement deu2 l'on peut aussi remarquer qu'il passe dans son compte les diminutions1 mais qu'il ne parle point des augmentations qui sont arrives depuis #agah jusqu'en #agbb1 lesquelles mritaient bien qu'on y fit quelque attention1 puisqu'il y en a eu qui ont port les espces au triple de leur ancienne valeur1 c'est--dire depuis #dj livres le marc d'argent monnoy jusqu' #abj livres et l'or proportion4 ,il rsulte de tous les articles prcdens que le sieur ,couplet est redevable de vingt-deux mil six cent soixante-trois livres cinq sols pour sommes non payes et qu'il a reues ou payes non vallablement4 ,la dfense de ,couplet1 sans tre concluante1 attnue beaucoup1 il faut le dire1 la porte du rapport en prsentant les irrgularits signales comme une consquence toute naturelle de l'absence de contrle et de rgle4 ,couplet1 touchant fort irrgulirement les fonds de l',acadmie et faisant pour elle de fortes avances1 cherchait diminuer le retard des rentres en portant en compte les dpenses prvues2 il arrivait parfois que les circonstances venant changer1 la somme touche se trouvait sans emploi2 mais ,couplet1 il le prtend au moins1 l'appliquait alors d'autres besoins de l',acadmie4 ,il ne faut donc pas trop s'tonner de voir le sieur ,couplet siger vingt ans encore prs de ceux qui ont sign le rapport et grer les affaires de l',acadmie sans que les discussions relatives sa comptabilit se soient renouveles4 ,la somme de #ab1jjj livres annuellement accorde l',acadmie aurait d tre double en #ageg4 ,le rgent1 en #agba1 avait en effet accord ,raumur une pension de #ab1jjj livres qui1 par lettres patentes et par arrt du conseil1 avait t dclare reversible sur l',acadmie4 ,raumur mourut en #ageg2 de nouvelles lettres patentes confirmrent les premires1 et la rente fut transfre l',acadmie mais pour lui chapper aussitt1 car par une subtilit laquelle on ne devait pas s'attendre1 on la regarda comme tenant lieu de la somme gale assure jusque-l chaque anne sur le trsor royal et qui ds lors devenait inutile4 ,dans une lettre date du #ca janvier #agei1 le duc de la ,vrillire dclare1 il est vrai1 que1 si les besoins de l',acadmie exigeaient que le fonds ft excd1 il y avait lieu d'esprer que ,sa ,majest voudrait bien y avoir gard sur les propositions qu'en feraient ,,mm4 les officiers de l',acadmie et dont il aurait l'honneur de rendre compte ,sa ,majest4 ,l',acadmie se plaignit1 il n'en faut pas douter1 et ses efforts furent persvrants1 car1 dix-sept ans aprs1 en #agge1 on voit ses reprsentations favorablement accueillies par ,turgot et ,malesherbes4 ,les ngociations durrent cependant trois annes encore1 et c'est en #aggh seulement1 vingt ans aprs la mort de ,raumur1 que l',acadmie obtint enfin justice4 ,la correspondance relative cette affaire nous apprend que #h1jjj livres sur les #ab1jjj qui formaient la premire allocation taient alors affectes des augmentations de pensions3 #d1jjj livres restaient donc disponibles seulement pour les frais gnraux1 les expriences et les allocations demandes souvent par le libraire lorsque les volumes publis contenaient un trop grand nombre de planches4 ,c'est donc avec grande raison que le roi1 en accordant enfin une subvention dont le refus avait t un dni de justice1 en rservait expressment l'emploi aux expriences scientifiques et autres travaux de l',acadmie4 'er juillet #aggh4 ,c'est avec bien du plaisir1 crit ,m4 ,amelot l',acadmie1 que j'ai l'honneur de vous annoncer que ,sa ,majest a bien voulu rtablir cette somme compter du #a;er du mois prochain4 ,mais son intention est que la totalit des #ab1jjj livres soit employe faire des expriences1 sans qu'il puisse jamais en tre rien distrait pour quelque autre objet que ce soit4 ,l',acadmie dlibra immdiatement sur le meilleur choix des expriences faire4 ,lavoisier1 dont les conclusions furent adoptes1 fait paratre1 en posant d'excellents principes1 des vues aussi sages qu'leves3 ,les travaux acadmiques me paraissent1 dit-il1 dans la circonstance actuelle1 devoir tre distingus en deux classes3 les uns1 relatifs des dcouvertes particulires que l'auteur a intrt garder secrtes1 demandent tre suivis dans le silence du laboratoire et du cabinet4 ,les travaux de cette sorte appartiennent plutt aux particuliers qu'au corps1 et l',acadmie ne pourrait s'engager en faire les frais sur la simple parole des auteurs sans s'exposer partager l'enthousiasme naturel chacun pour les dcouvertes qu'il a faites ou qu'il croit avoir faites1 favoriser la suite d'une infinit de chimres qu'on aurait prises pour des ralits1 enfin autoriser un emploi secret de fonds qui aurait les plus grands inconvnients4 ,on pense1 d'aprs cela1 que tout acadmicien qui voudra tenir ses expriences secrtes ne doit prtendre aucune rcompense qu' la gloire mme attache une dcouverte importante4 ,non pas que l',acadmie doive s'ter le droit de rembourser les frais de ces sortes d'expriences1 si elle le juge propos1 mais elle ne doit statuer que lorsqu'elle en aura pris connaissance et dans la supposition o il se trouvera des fonds libres et qui n'auront pas t destins des objets plus importants4 ,il est d'autres genres de travaux qui1 loin de demander du mystre1 exigent1 au contraire1 une sorte de publicit et le concours de plusieurs agents4 ,ces travaux1 qui sont vraiment acadmiques et que le gouvernement a eus principalement en vue lors de l'institution de cette compagnie1 consistent rpter tous les faits principaux qui servent de base chaque science1 constater toutes les dcouvertes importantes qui se font journellement par les savants de toutes les nations1 entreprendre de ces grandes suites d'expriences qui sont au-dessus des forces des particuliers1 mais qui font poque dans les sciences et qui en tablissent les masses4 ,l',acadmie1 en reprenant ce plan1 qui tait celui des premiers acadmiciens1 parviendrait former un dpt de faits d'autant plus prcieux1 que tous auraient un but relativement l'avancement des sciences1 qu'elle pourrait esprer de remplir des lacunes immenses que laissent dans ce moment la plupart des sciences physiques1 enfin qu'elle parviendrait mettre en uvre une infinit de matriaux qui se multiplient de jour en jour1 mais dont la place et l'arrangement sont absolument inconnus4 ,ce plan1 qui ne peut tre adopt que pour un corps et par un corps aid et appuy par le gouvernement1 ne conduira pas toujours des dcouvertes brillantes2 mais il servira assurer en peu de temps la marche des sciences1 dissiper le prestige des systmes nouveaux qui ne sont point appuys sur des preuves1 rduire toutes les choses leur juste valeur1 enfin faire marcher les sciences en quelque faon tout d'une pice1 semblables ces phalanges redoutables dont la marche lente mais sre ne connaissait pas d'obstacles invincibles4 ,telles sont les vues d'aprs lesquelles on a rdig le projet de rglement4 ,cinq ans aprs1 en #aghc1 lorsque le bruit se rpandit qu'aux applaudissements des tats du ,vivarais assembls ,joseph ,montgolfier avait enlev1 sur la place publique d',annonay1 un ballon de cent pieds de diamtre1 l'opinion publique en demandant l',acadmie la confirmation d'une dcouverte aussi prodigieuse semblait attendre d'elle des applications sans limite et la ralisation des plus chimriques esprances4 ,l',acadmie fut invite de la part du roi s'occuper des expriences nouvelles en associant ses recherches l'inventeur ,montgolfier et ,charles1 professeur habile de physique qui1 substituant l'air inflammable l'air chaud1 s'tait audacieusement lev la vue des ,parisiens effrays et charms jusqu' #g1jjj pieds au-dessus du sol4 ,la dpense1 ajoutait la lettre de ,m4 d',ormesson1 pourrait tre prise sur les #ab1jjj livres alloues pour les expriences de l',acadmie4 ,l',acadmie fut doublement choque4 ,montgolfier et ,charles malgr leur mrite minent lui taient jusque-l rests trangers1 et ses habitudes n'taient pas d'associer ses travaux des savants pris hors de son sein4 ,la dernire phrase de la lettre de d',ormesson semblait en outre une atteinte porte la libre disposition de ses revenus4 ,des observations furent adresses au ministre1 qui rpondit fort gracieusement3 ,je n'ai pas eu l'intention de proposer rien qui pt gner l',acadmie ou contrarier ses usages ou ses statuts4 ,le roi1 qui connat le zle de l',acadmie et ses dispositions rendre utile une dcouverte aussi importante1 s'en rapporte parfaitement elle sur ce qu'elle croit devoir des hommes estimables1 dont l'un est inventeur de la machine et dont les autres ont fait avec succs les premires tentatives propres en indiquer et en perfectionner les proprits4 ,,les ,,exp,,ditions ,,scientifiques4 ,la somme rgulirement alloue l',acadmie tait trop faible pour subvenir aux frais de voyages ou d'expditions juges utiles au progrs de la science4 ,la gnrosit du ministre et celle du souverain lui-mme taient donc invoques dans toutes les occasions importantes et elles faisaient rarement dfaut4 ,les voyages scientifiques entrepris la demande de l',acadmie taient dfrays par une allocation spciale accorde chaque fois pour un but dtermin et au membre mme dsign par elle4 ,presque tous eurent pour but le progrs de l'astronomie et de la gographie2 quelques-uns cependant furent consacrs aux tudes d'histoire naturelle4 ,c'est ainsi que l'on trouve dans les cartons de l',acadmie une lettre non signe et date du #ac juillet #agag1 qui commence ainsi3 ,j'ai l'honneur de vous envoyer la notte pour une ordonnance de #d1jjj livres par rapport un voyage de ,m4 de ,jussieu4 ,je vous avoueray que j'aurais souhait le delay d'un voyage de cette nature jusqu' l'anne prochaine1 les affaires seront en meilleur estat4 ,s4 ,a4 ,r4 a trouv l'objet trop mdiocre pour attendre2 pour moy je prendray seulement la libert de vous faire remarquer que1 ds que c'est l son intention1 cette ordonnance est presse1 parce qu'il faut que ,m4 de ,jussieu parte la fin de ce mois ou les premiers jours de l'autre tout au plus tard4 ,m4 de ,jussieu tait ,antoine1 le premier des acadmiciens de sa glorieuse famille4 ,son frre ,bernard1 g alors de dix-sept ans1 devait l'accompagner dans ce voyage1 le seul qu'il ait entrepris pendant sa belle et modeste carrire4 ,sa famille ne songeait nullement alors en faire un savant et le destinait au commerce2 lui-mme au retour1 attrist de ne pouvoir s'arrter aucun parti1 fit une retraite au couvent de ,saint-,lazare pour y mditer tout son aise et sortit dcid pour la pharmacie laquelle succda bientt la mdecine1 mais il revint heureusement la botanique en s'associant son frre qu'il ne quitta plus4 ,si le souvenir du voyage d',espagne dcida sa dtermination1 on peut assurer qu'en accordant les #d1jjj livres malgr le mauvais tat des affaires1 le rgent1 dont la main s'ouvrit si souvent pour favoriser la science1 lui rendit ce jour-l l'un des plus grands services dont elle doive remercier sa mmoire4 ,la mission de ,tournefort1 antrieure celle de ,jussieu1 eut aussi pour but l'histoire naturelle4 ,tournefort savait voyager4 ,la narration de ses aventures est pleine de dtails intressants raconts navement et non sans esprit quelquefois4 ,observateur curieux et sagace des murs et des coutumes1 trs-vers dans la lecture des auteurs anciens1 ,tournefort a compos deux volumes qui1 sous forme de lettres ,m4 de ,pontchartrain1 rapportent les incidents de son voyage1 les singularits observes1 les opinions recueillies et les souvenirs veills par les lieux qu'il parcourt4 ,l'histoire naturelle n'occupe pas tellement son esprit que d'autres tudes n'y puissent trouver place1 et sa narration peut satisfaire1 en mme temps que la curiosit du savant1 celle de l'homme politique1 de l'historien et du gographe4 ,les apprciations toujours sincres de ,tournefort sont parfois singulires4 ,il recueille les renseignements et les traditions et les rapporte sans les contrler2 jamais dans l'interprtation des monuments anciens il ne semble apercevoir de difficults1 ou ce qui revient presque au mme1 il ne souponne pas qu'on puisse les claircir4 ,l'le de ,crte et le mont ,ida lui rappellent la naissance et le rgne de ,jupiter2 quelques ruines d'origine douteuse pourraient tre suivant lui le temple o ,mnlas sacrifia lorsqu'il eut appris l'enlvement de sa femme ,hlne2 l'excellent vin de ,candie1 qui lorsqu'on en a got fait mpriser tous les autres1 devait tre le nectar que buvait autrefois ,jupiter4 ,ces traits d'rudition nave ne diminuent ni l'intrt ni l'authenticit du rcit des faits observs4 ,les murs et les superstitions des ,grecs et des ,turcs1 l'animosit qui spare les deux races1 sont mis en relief par une grande abondance de dtails recueillis toute occasion4 ,les sympathies de ,tournefort pour les chrtiens vont jusqu' l'horreur des infidles auxquels il rend parfois justice cependant1 et lorsque sa bonne foi triomphe de ses prventions et de ses prjugs1 ses rcits sont loin de confirmer ses apprciations gnrales4 ,les ,turcs1 dit-il en parlant de l'le de ,milo1 font toujours quelque nouvelle avanie pour ranonner les pauvres ,grecs1 et d'ailleurs il faut leur faire des prsents si l'on veut viter la chane ou les coups de btons4 ,les ,turcs sont plus insolents que jamais dans les les depuis la retraite des corsaires franais2 ainsi les ,grecs ne savent qui souhaiter4 ,les corsaires tenaient les ,turcs en raison et mangeaient le profit de leurs prises dans le pays2 mais aussi les corsaires taient parfois des htes incommodes1 avec lesquels il n'tait pas trop ais de vivre4 ,les plus habiles d'entre les ,grecs1 aprs la perte de la capitale de leur empire1 se retirrent en divers endroits de la chrtient2 ils emportrent avec eux toutes les sciences de leur pays et par consquent toutes les vertus4 ,voil donc1 suivant ,tournefort1 ,constantinople prive de toutes les vertus et pour longtemps sans doute1 car les sciences1 cela est notoire1 n'y ont pas encore fait retour4 ,comment concilier cependant cette apprciation avec les lignes suivantes3 ,comme la charit et l'amour du prochain sont les points les plus essentiels de la religion mahomtane1 les grands chemins sont ordinairement bien entretenus et l'on y trouve assez frquemment des sources1 parce qu'ils en ont besoin pour les ablutions2 les pauvres gens prennent soin de la conduite des eaux1 et ceux qui sont dans une fortune mdiocre tablissent des chausses4 ,ils s'associent avec leurs voisins pour btir des ponts sur les grandes routes et contribuent au bien public suivant leurs facults4 ,les ouvriers payent de leur personne3 ils servent gratuitement de maons et de manuvres pour ces sortes d'ouvrages4 ,on voit dans les villages1 aux portes des maisons1 des cruches d'eau pour l'usage des passants4 ,quelques bons musulmans se logent sous des espces de barrires qu'ils font construire sur les grands chemins1 et l ils ne sont occups pendant les grandes chaleurs qu' faire reposer et rafrachir ceux qui sont fatigus4 ,l'esprit de charit est si gnralement rpandu parmi les ,turcs1 que les mendiants mmes1 quoiqu'on en voie trs-peu chez eux1 se croient obligs de donner leur superflu d'autres pauvres4 ,les pages que ,tournefort consacre la science sont souvent des plus curieuses pour l'histoire de ses progrs et rvlent plus d'une erreur singulire accepte alors sans difficult par les hommes les plus clairs4 ,rencontrant ,candie une source thermale1 il y plonge des ufs qui ne cuisent pas2 mais au lieu d'en conclure simplement que la temprature n'est pas suffisante1 il y voit un caractre spcifique de cette eau et se rappelle qu'en ,france il a vu des soldats faire cuire une poule dans les eaux thermales du fort des ,bains dans le ,roussillon4 ,toutes les sources d'eaux bouillantes que j'ai observes dans les divers pays m'ont paru1 dit-il1 galement chaudes1 parce que je n'avais d'autre thermomtre que ma main1 et certainement je n'en ai rencontr aucune de celles qu'on appelle bouillantes1 o j'aie pu tremper les doigts sans me brler4 ,toutes ces sources fument galement1 cependant on trouve entre elles cette diffrence par rapport aux ufs que1 dans les unes1 ils ne s'y cuisent pas dans l'espace de deux heures1 et dans quelques autres1 ils se cuisent en quatre ou cinq minutes4 ,l'vaporation continuelle des eaux de la mer semble d'aprs une autre lettre compltement inconnue ,tournefort1 et il s'tonne de voir la mer ,noire recevoir1 par les diverses rivires qui s'y dchargent1 plus d'eau que le ,bosphore n'en peut rendre la ,mditerrane4 ,que pouvaient1 dit-il1 devenir les eaux qui se ramassaient ensemble jour et nuit dans le mme bassin sans qu'elles eussent leur dcharge4 ,la dcharge de la ,mditerrane dans l',ocan est au dtroit de ,gibraltar1 o heureusement les eaux trouvent plus de facilit creuser un canal que de se rpandre sur la terre d',afrique4 ,le ,seigneur avait laiss cette ouverture entre les monts ,atlas et celui de ,gads2 il ne fallait que dboucher les digues4 ,les travaux relatifs la forme de la terre et la construction de la carte de ,france1 incessamment discuts et repris depuis prs d'un sicle1 trouvrent dans ,louis ,,xv et dans son successeur des protecteurs aussi zls et aussi gnreux que l'avaient t ,louis ,,xiv et le rgent4 ,le problme dont l',acadmie avait confi la solution ,picard semblait d'abord des plus simples4 ,la terre tait pour elle une sphre dont il s'agissait de dterminer le rayon en valuant l'arc d'un degr sur l'un de ses grands cercles4 ,les astronomes de l'antiquit et ceux du moyen ge avaient sans plus de preuves adopt l'opinion d'une sphricit parfaite1 et le mme problme s'tait prsent eux1 mais leurs dterminations ingales et par consquent incertaines se ressentaient trop videmment de la grossiret des instruments employs4 ,le degr terrestre1 si l'on en croit ,aristote qui l'accepte des astronomes de son temps1 aurait #a1aaa stades de longueur4 ratosthne1 qui vint aprs1 n'en comptait plus que #gjj1 ,posidonius #fff1 et enfin ,ptolme #ejj seulement4 ,les ,arabes diminurent encore l'valuation de ,ptolme4 ,les astronomes assembls par ordre d',almamoun ayant pris la hauteur du ple se sparrent en deux troupes1 les uns s'avanant vers le septentrion et les autres vers le midi1 allant le plus droit qu'il leur ft possible1 jusqu' ce que l'une des troupes et trouv le ple plus lev d'un degr1 et que l'autre au contraire l'et trouv abaiss d'un degr4 ,ils revinrent leur premire station pour comparer leurs observations1 et l'on trouva que l'une des troupes avait compt sur son chemin #ef milles et l'autre #ef milles juste2 mais ils demeurrent d'accord de compter le degr de #ef milles 1 ce qui revient diminuer de #aj milles environ ou de plus d'un dixime l'valuation reue par ,ptolme4 ,la comparaison de ces diverses mesures avec les ntres semble d'ailleurs fort difficile cause de l'incertitude sur la valeur du stade ancien ou du mille des ,arabes4 ,fernel et ,snellius1 sans se contenter d'une tradition incertaine1 ont voulu leur tour et chacun de son ct dduire de leurs observations la longueur du degr terrestre4 ,fernel1 suivant prcisment la mthode des ,arabes1 partit de ,paris et marcha vers le nord jusqu' ce que la hauteur du ple et augment d'un degr4 ,pour savoir alors quelle distance il avait parcourue1 il monta dans un coche et compta les tours de roues jusqu' ,paris1 en estimant pour les corriger de son mieux les erreurs causes par les ingalits et les dtours de la route4 ,il trouva ainsi1 pour la longueur du degr1 #ef1gdf toises de ,paris1 auxquelles il eut la hardiesse presque risible d'ajouter #d pieds4 ,snellius peu prs la mme poque ne trouvait que #ee1jaa toises1 et ,norwood par une mthode toute diffrente en obtenait #eg1ddb4 ,picard1 charg par l',acadmie d'obtenir une valuation dfinitive1 employa la mthode suivie encore aujourd'hui dans les oprations de mme nature4 ,son premier soin fut de mesurer avec une extrme prcision1 sur une route pave et parfaitement droite1 la distance de #e1ffb toises qui spare ,villejuif de ,juvisy4 ,ce fut la premire base d'une srie de triangles enchans dans la direction du nord au sud1 et que le premier ct connu permettait de rsoudre en ne mesurant plus sur le terrain que des angles seulement1 pour lesquels l'emploi des lunettes1 adoptes pour la premire fois1 assurait une exactitude inconnue jusque-l aux observateurs les plus habiles4 ,l'orientation connue du rseau permettait d'ailleurs de calculer la portion de mridienne comprise dans l'intrieur de chaque triangle et enfin1 par la mesure directe des latitudes extrmes1 la longueur d'un arc d'un nombre connu de degrs1 minutes et secondes4 ,un arc de #a #bb #ee ayant t trouv ainsi de #gg1hej toises1 il en rsulta par une proportion facile la longueur de degr #eg1jfj toises1 et l'on fixa en consquence la longueur de la lieue #b1bhc toises1 afin qu'il y en et #i1jjj juste dans la circonfrence de la terre4 ,les oprations de ,picard n'taient que le prparatif et le fondement d'un travail plus considrable4 ,la construction astronomique d'une carte du royaume fut propose ,colbert et accueillie avec grande faveur2 mais la vie d'un astronome1 si habile et si actif qu'il ft1 ne pouvait suffire l'accomplissement d'une telle tche4 ,l'entreprise1 plusieurs fois interrompue par des difficults financires1 fut aprs la mort de ,picard confie ,cassini1 qui devait la lguer aux hritiers de son nom1 de ses fonctions et de son ardeur pour la science4 ,sept degrs furent successivement mesurs sur un mme mridien entre ,paris et ,perpignan et puis entre ,paris et ,dunkerque4 ,les oprations1 commences en #agja1 reprises en #agac et termines en #agah seulement1 s'accordaient montrer les degrs ingaux1 en assignant constamment la plus grande longueur aux plus rapprochs de l'quateur et par consquent la terre une forme allonge dans le sens des ples4 ,ce rsultat fort imprvu tait confirm par d'autres oprations4 ,cassini de ,thury1 le petit-fils de ,dominique1 ayant mesur en #agcc l'arc de parallle qui spare ,saint-,malo de ,strasbourg et cherch en mme temps l'cartement de ce parallle avec le grand cercle perpendiculaire au mridien1 fut par cette voie trs-diffrente conduit une conclusion que le clbre d',anville vint appuyer et fortifier son tour par des considrations purement gographiques4 ,il ne s'agissait de rien moins1 suivant lui1 que d'ter #cjj lieues la circonfrence de l'quateur en faisant son diamtre plus petit d'un trentime environ que celui qui runit les ples4 ,la conviction de d',anville rsultait d'une comparaison attentive des cartes les plus exactes avec les documents anciens et modernes4 ,les cartes construites gomtriquement et en supposant la terre sphrique assignent toujours1 suivant lui1 aux lieux loigns une trop grande diffrence de longitude1 et l'cart rel de deux mridiens est par consquent plus petit que si la terre tait sphrique4 ,les travaux de la carte de ,france1 l'tude des cartes de ,palestine et les oprations des missionnaires en ,chine s'accordaient confirmer cette opinion1 en faveur de laquelle tant d'preuves concordantes semblaient prvaloir sur tous les raisonnements4 ,les gomtres cependant ne cessrent jamais de douter et de rclamer de nouvelles mesures4 ,la thorie de ,newton1 qui ne s'tait pas encore impose l',acadmie tout entire1 assignait l',ocan la forme ncessaire d'un sphrode aplati1 et si1 conformment l'hypothse au moins vraisemblable qu'il adoptait en mme temps qu',huyghens1 notre globe primitivement fluide a conserv sa forme en se refroidissant1 la partie solide elle-mme ne peut manquer d'tre aplatie aux ples4 ,huyghens et ,newton1 en signalant cet effet ncessaire de la force centrifuge1 avaient tent d'en calculer la grandeur4 ,la mthode d',huyghens repose sur une supposition qui ne peut plus aujourd'hui compter de partisans1 et celle de ,newton mle ses principes solides et inbranlables une hypothse trop douteuse pour qu'on puisse taxer d'inexactitude ncessaire les oprations qui viendraient la dmentir et la dsavouer4 ,la question de droit tait donc incertaine aussi bien que celle de fait1 et l',acadmie partage agitait l'opinion publique sans la diriger4 ,les degrs du mridien augmentent-ils ou diminuent-ils de l'quateur au ple8 ,la seule mthode infaillible pour le dcider tait de prendre des mesures prcises et rapproches des points extrmes4 ,avant de proposer dans ce but des expditions lointaines et coteuses1 l',acadmie couta sur la question un grand nombre de mmoires qui1 sans avancer beaucoup la solution1 russirent au moins stimuler la curiosit des ministres et du roi et les faire consentir avec empressement aux dpenses considrables qui leur furent demandes ensuite4 ,deux commissions furent envoyes1 l'une en ,laponie1 l'autre au ,prou1 pour mesurer les degrs dont la comparaison devait tout dcider4 ,maupertuis1 ,clairaut1 ,lemonnier et l'abb ,outhier partirent pour le nord4 ,la ,condamine1 ,bouguer et ,godin1 accompagns de ,joseph de ,jussieu et de ,couplet1 neveu du trsorier de l',acadmie1 s'taient embarqus six mois avant pour le ,prou4 ,l'expdition du nord fut heureuse4 ,tous les missionnaires revinrent aprs avoir termin rapidement leur travail dont les rsultats incontests tranchrent la question4 ,aucune rivalit ne troubla leurs relations4 ,maupertuis1 le plus ancien des trois acadmiciens et chef reconnu de l'expdition1 s'attribua le mrite et recueillit l'honneur du succs2 les autres le laissrent faire sans que l'amiti cimente par les fatigues et par les travaux communs en part un instant altre4 ,l'expdition de l'quateur traverse par de plus grands obstacles devint funeste au contraire plusieurs de ceux qui y prirent part4 ,bien peu d'entre eux devaient revoir la ,france4 ,couplet en arrivant ,quito fut emport par une fivre maligne2 ,seniergues1 chirurgien de l'expdition1 la suite de querelles trangres la science fut assassin au milieu d'une fte par la populace de ,cuena4 ,l'astronome ,godin accepta ,lima une chaire de mathmatiques que1 suivant le vice-roi1 il n'avait pas le droit de refuser4 ,en promettant sur son passeport de rendre au gouvernement espagnol tous les services qui seraient en son pouvoir1 ne s'tait-il pas engag instruire en cas de besoin les tudiants de ,lima8 ,un des aides-dessinateurs1 nomm ,moranval1 resta au ,prou pour y exercer la profession d'architecte et tombant d'un chafaudage mourut des suites de sa chute4 ,l'horloger ,hugot et ,godin des ,odonais partis pour tudier les langues d',amrique1 se marirent ,rio-,bomba et restrent au ,prou1 ainsi que ,joseph de ,jussieu qui y exera la profession de mdecin4 ,godin quitta le ,prou trente-huit ans aprs seulement pour terminer pauvrement sa carrire dans une petite ville de ,normandie4 ,de ,jussieu infirme et priv de mmoire fut renvoy peu prs la mme poque4 ,ses deux frres l'entourrent des soins les plus affectueux1 mais ils n'osrent jamais le conduire l',acadmie qui l'avait lu pendant son absence2 c'est le seul acadmicien qui n'ait jamais sig4 ,bouguer et ,la ,condamine rapportrent donc seuls en ,france les rsultats de l'expdition qui1 retarde par des difficults de tout genre1 ne dura pas moins de sept annes4 ,bouguer revint en #agdb4 ,la ,condamine1 qui fit de son retour un voyage d'exploration travers l',amrique du ,sud1 ne reparut l',acadmie qu'une anne plus tard4 ,bouguer1 ds son arrive1 s'tait empress de confirmer par le tmoignage de ses rsultats les conclusions dj anciennes et presque dcisives de ,maupertuis et de ,clairaut4 ,cassini1 aprs avoir avec l'aide de ,lacaille revu les mesures prises en ,france et trouv la cause de leur dsaccord1 s'tait rendu lui-mme la vrit dsormais bien constante1 en sorte que ,la ,condamine arrivant le dernier trouva la curiosit du public puise et peut-tre lasse sur cette question1 nagure encore si ardemment dbattue4 ,les discussions et les chicanes par lesquelles ,bouguer et lui agitrent si longtemps l',acadmie naquirent peut-tre de la mauvaise humeur qu'il en conut4 ,bouguer tait sans contredit le plus instruit des trois acadmiciens envoys au ,prou4 ,sa connaissance profonde des mathmatiques et son habilet depuis longtemps acquise manier les instruments en avaient fait le chef vritable et l'me de tous les travaux4 ,infrieur ,bouguer par la science1 ,la ,condamine1 esprit prompt et ais1 hardi tout entreprendre1 plein d'intelligence1 de curiosit et d'ardeur mais incapable d'une forte application1 ne devait se prparer que lentement la discussion approfondie des mthodes employes4 ,consultant souvent son savant confrre il s'adressait lui1 disait-il1 dans le commencement surtout1 comme on ouvrirait un livre qu'on a sous la main ou comme on demande l'heure au compagnon dont la montre est bien rgle2 mais les services qu'il reut ainsi sont de ceux que deux collaborateurs doivent se rendre sans les compter et sans en prendre avantage4 ,plus habitu d'ailleurs que ses confrres aux relations du monde1 ,la ,condamine fut dans les circonstances difficiles le ngociateur de l'expdition et son reprsentant auprs de l'administration espagnole4 ,insinuant et ferme tour tour il sut1 par nergie ou par adresse1 carter les difficults de toutes sortes qui lui furent suscites2 possesseur enfin d'une fortune considrable1 il mettait sans hsiter sa bourse et son crdit au service de l'entreprise1 pour laquelle plus de cent mille livres furent prleves sur son patrimoine4 ,dvous tous deux la science et d'un caractre galement honorable1 ,la ,condamine et ,bouguer taient dignes de se rendre mutuellement justice en revenant jamais unis comme ,maupertuis et ,clairaut par la longue communaut de leurs travaux1 de leurs fatigues et de leurs inquitudes4 ,il n'en fut rien pourtant4 ,de longues discussions1 qui dgnrrent en hostilits dclares1 avaient troubl leur trop longue collaboration et rompu leur socit1 en ne leur laissant l'un pour l'autre que jalousie1 dfiance et implacable ressentiment4 ,bouguer1 ds son retour1 avait loyalement fait connatre les rsultats sans se les approprier et sans s'attribuer une part exagre du travail commun4 ,la ,condamine cependant commena se plaindre avant mme d'avoir vu les communications encore indites de son confrre4 ,avec la curiosit impatiente et l'humeur dominatrice qui formaient le trait saillant de son caractre il rclamait la communication de ces pices1 et sans s'adresser ,bouguer avec lequel depuis longtemps il n'avait plus de relations directes1 les revendiquait comme un droit prs de l',acadmie4 ,les procs-verbaux des sances sont remplis pendant plusieurs annes par les plaintes1 les chicanes et les protestations solennelles de ,la ,condamine1 suivies souvent de rpliques non moins fortes dans lesquelles ,bouguer ne reste en arrire ni de rcriminations1 ni d'insinuations blessantes4 ,sans vouloir les suivre sur ce terrain qui n'est pas celui de la science1 ni remonter la source de leurs mutuels griefs pour en faire le discernement et en raconter l'interminable suite1 il suffira de citer les lignes suivantes extraites du procs-verbal du #aa juillet #agej1 o ,la ,condamine dcouvre assez visiblement1 si je sais le comprendre1 le vrai motif de son mcontentement et de l'aigreur de ses reproches3 ,m4 ,bouguer1 en publiant son ouvrage avant le mien et sans vouloir me communiquer ce qu'il avait lu en pleine ,acadmie en mon absence1 s'est mis en pleine possession de ce qu'il a dit le premier sur notre travail commun4 ,j'ai dj reconnu que rien ne peut m'appartenir videmment que ce qu'il m'a peut-tre laiss dire1 en sorte que1 s'il n'a rien oubli1 il m'est comme impossible de rien dire de nouveau4 ,mais ,la ,condamine voulait absolument parler4 ,aprs tant de fatigues supportes1 de dangers affronts et d'obstacles pniblement surmonts1 il n'entendait cder personne le droit de les raconter au public4 ,il prit alors le parti singulier de ne pas lire l'ouvrage dont il avait avec tant d'insistance demand la communication3 ,je sais1 dit-il1 que le trait de ,m4 ,bouguer ayant paru depuis longtemps1 j'ai t le matre de le lire et que je ne puis donner la preuve que je ne l'ai pas lu1 mais j'ai la satisfaction de penser que ceux qui me connaissent m'en croiront sur ma parole4 ,avec de l'esprit1 dit ,la ,bruyre1 on peut entrer dans le ridicule1 mais on en sort2 c'est ce que fit cette fois ,la ,condamine4 ,son esprit quoique trop contentieux est vif et brillant jusque dans ses colres1 sa vanit est toujours enjoue et ses invectives mmes ne sont pas sans gaiet2 il sut se faire lire1 et l'opinion publique1 contre laquelle son savant compagnon eut quelque droit de s'irriter1 lui accorda la plus grande part dans l'expdition dont son nom encore aujourd'hui veille surtout le souvenir4 ,les travaux de la carte de ,france n'taient pas encore termins1 et la solution dfinitive en apparence de la question de la forme du globe n'y servait que fort peu1 sinon point du tout4 ,le canevas cependant tait fait et un rseau de grands triangles reliait les principales villes de la ,france en fixant leur position avec certitude2 mais il fallait dcouper chaque triangle en d'autres plus petits en prenant pour sommets toutes les villes1 les villages et mme les clochers intermdiaires4 ,cette seconde opration tait de beaucoup la plus longue4 ,cassini de ,thury1 en commenant en #agej cette nouvelle srie de travaux1 proposa d'y consacrer une somme annuelle de #dj1jjj livres1 que le roi aurait libralement augmente s'il et t possible de trouver un assez grand nombre d'ingnieurs et de graveurs capables d'une telle tche2 on en forma peu peu1 et la dpense annuelle s'accrut graduellement jusqu' la somme de #ij1jjj livres4 ,louis ,,xv se lassa bien vite4 ,ds #agee1 ,cassini de ,thury fut prvenu que les besoins de la guerre ne permettaient plus la distraction d'aucun fonds et que les conomies du roi allaient supprimer toutes les dpenses d'agrment4 ,l'une d'elles tait la carte de ,france pour laquelle toute subvention cessait ainsi brusquement4 ,tant de travaux et de soins allaient tre perdus sans retour4 ,les collaborateurs forms grand'peine et dont le plus grand nombre n'avait plus d'autre moyen d'existence taient menacs d'une ruine complte4 ,le roi tait alors ,compigne4 ,cassini alla l'y trouver en lui soumettant le plan termin de la fort dont la prcision et l'exactitude le charmrent4 ,je voudrais1 dit-il1 continuer un aussi bel ouvrage1 mais mon contrleur gnral ne le veut pas4 ,c'tait sous une forme gracieuse le plus formel des refus4 ,cassini cependant ne pouvait renoncer son uvre1 et trois jours aprs il prsentait au roi un projet d'association particulire qui1 sous la protection royale1 soutiendrait ses frais et terminerait l'entreprise4 ,approuvs et encourags par ,louis ,,xv1 le prince de ,soubise1 le duc de ,bouillon1 ,m4 de ,saint-,florentin et ,mme de ,pompadour s'inscrivirent en tte de la liste qui1 peu de jours aprs1 comptait cinquante noms tous considrables la cour1 dans le parlement ou dans l',acadmie4 ,chacun des souscripteurs devait pendant dix ans contribuer chaque anne pour une somme de #a1fjj livres1 en s'engageant mme par-devant notaire fournir1 quelle qu'elle dt tre1 la dpense ncessaire l'excution de l'ouvrage4 ,le sacrifice en ralit fut beaucoup moindre et chaque souscripteur ne donna en tout que #b1jjj livres4 ,les pays d'tats contriburent pour une somme importante et la vente des feuilles tires permit d'allger la dpense4 ,sur #ahb feuilles qui devaient composer la carte #aff taient livres au public en #agij4 ,la situation resta la mme jusqu'au moment o1 en #agic1 ,fabre d'glantine reprsenta la ,convention que la carte de ,france1 ouvrage de la ci-devant ,acadmie des sciences et appartenant au gouvernement1 tait tombe entre les mains d'un particulier qui la vendait un prix excessif1 de sorte qu'on ne pouvait plus se la procurer2 et sans plus ample examen1 on dcida que dans les vingt-quatre heures la carte et les planches seraient enleves et transportes au dpt de la guerre4 ,un rapport fait au conseil des ,cinq-,cents en #agig rtablit1 il est vrai1 et reconnat compltement les droits de la compagnie pour laquelle il propose une quitable indemnit1 et un arrt consulaire du #be fvrier #ahja ordonna en effet que la somme de #i1jfj francs ft rembourse chaque porteur d'actions2 mais la crance1 datant de l'an ,,ii1 se trouva bientt aprs frappe par la loi sur l'arrir1 et la spoliation fut irrvocablement consomme4 ,le trac de la carte de ,france1 quoique dirig par des membres de l',acadmie des sciences1 tait depuis #agee une entreprise toute spciale laquelle la compagnie comme corps restait compltement trangre4 ,plusieurs expditions demandes et diriges par elle furent1 comme celles de ,la ,condamine et de ,clairaut1 accomplies avec grand succs par les membres qu'elle avait dsigns4 ,les grands traits du systme du monde tant connus et les lois1 des mouvements mises hors de doute1 ce sont les irrgularits d'abord ngliges dont l'tude minutieuse pourra dsormais conduire de vritables dcouvertes4 ,pour qui veut pntrer le secret d'un mcanisme1 aucun dtail n'est en effet sans importance1 et telle oscillation imperceptible des toiles est lie aux mystres les plus cachs de l'optique ou aux consquences les plus profondes de l'attraction newtonienne4 ,les toiles1 on le sait depuis longtemps1 ne sont pas fixes dans le ciel2 la suite des observations les montre soumises un lent mais continuel dplacement1 qui leur fait accomplir en vingt-six mille ans la rvolution complte connue sous le nom de prcession des quinoxes4 ,mais des apparences illusoires et des ingalits variables se mlent ce mouvement pour en masquer la constance et en troubler la rgularit2 l'aberration due la combinaison du mouvement qui nous entrane avec celui que nous apporte la lumire et la nutation de l'axe terrestre1 dcouverts tous deux par ,bradley1 la variation de l'obliquit de l'cliptique enfin1 en dplaant continuellement les toiles que nous nommons fixes1 rendaient les tables anciennes constamment inexactes et insuffisantes aux travaux de prcision4 ,proccup de cette lacune dans la science1 ,lacaille employa quinze annes d'observations et de calculs assidus dterminer les positions prcises de toutes les toiles1 en ayant gard leurs dplacements apparents ou rels4 ,le dsir de complter son uvre le conduisit au cap de ,bonne-,esprance4 ,son dessein principal tait d'enrichir son catalogue en y inscrivant les toiles de ce nouveau ciel et de le perfectionner en observant dans des conditions plus favorables celles qui s'lvent peu sur l'horizon de ,paris4 ,mais loin de se rduire l'excution d'un dessein si fructueux pour l'astronomie1 sa curiosit active et infatigable prtait tous les problmes scientifiques autant d'attention que de patience4 ,lacaille1 qui fut peut-tre le plus exact comme le plus diligent des astronomes1 rapporta d'un voyage de quinze mois un nombre immense d'observations1 dont l'abondance aurait sembl impossible tout autre et que l'excellence et la minutie de ses prcautions portaient au plus haut degr d'exactitude compatible avec les instruments imparfaits dont il disposait4 ,s'interdisant tout commerce inutile ou banal1 ,lacaille consacrait tout son temps la science4 ,son premier projet avait t de dterminer les toiles des quatre premires grandeurs2 non-seulement cette tche ne pouvait suffire son activit1 mais par sa facilit mme elle lui sembla surpasser ses forces4 ,trop souvent inoccup pendant la nuit1 il craignait de se relcher et de dormir1 et c'est pour se tenir forcment en haleine qu'il voulut dcupler son travail4 ,la russite de telles oprations dpend beaucoup1 on le comprend1 de la puret du ciel1 et il n'y a pas de pays peut-tre o l'air soit en mme temps plus tempr et le ciel aussi clair qu'au cap de ,bonne-,esprance1 mais il s'en faut de beaucoup que le ciel le plus clair soit le plus propre aux observations4 ,cette puret est due en effet au ,cap un vent du sud-est extrmement violent et qui rend impossible toute observation prcise avec les grands instruments2 les astres paraissent confusment termins et dans une agitation d'autant plus vive que la lunette grossit davantage3 ,on peut juger1 dit ,lacaille1 quel doit tre le dplaisir d'un astronome de voir couler tant de nuits d'un si beau ciel sans en pouvoir profiter4 ,lacaille tout entier ses travaux n'avait pas le temps d'crire de longues lettres ses confrres4 ,sa correspondance avec l',acadmie1 fort intressante cependant quoique trs-laconique1 rvle la rare et nave bont de cet homme minent et rellement modeste4 ,l'une de ses grandes proccupations est de ne pas rendre son voyage trop onreux au gouvernement qui en fait les frais3 ,j'ai toujours1 crit-il1 mnag la dpense depuis que je suis ici1 et si je n'avais pas avec moi un ouvrier qui dpense plus que moi1 quoique jamais mal propos1 je n'aurais pas dpens cinquante piastres par-dessus ma pension4 ,non content d'avoir dtermin la position de prs de dix mille toiles et runi en mme temps des observations prcieuses pour la parallaxe de la lune et des plantes1 la longueur du pendule seconde et les coordonnes gographiques de plusieurs points importants1 ,lacaille trouva le temps de mesurer un degr terrestre3 ,je m'occupe1 dit-il dans une lettre du #bf aot #ageb1 de la mesure d'un degr terrestre4 ,j'ai dj fait1 du #e au #bb aot1 un voyage pour visiter les points de station o je dois observer et pour y placer les signaux ncessaires4 ,jamais pays ne fut plus propre de pareilles oprations2 des plaines trs-tendues bordes de montagnes mdiocrement hautes1 nues et bien dtaches les unes des autres1 ne laissent d'embarras que dans le choix de la meilleure disposition2 mais il ne faudrait pas tre tranger dans ce pays-ci pour profiter de ces avantages2 car comme il n'y a pas ici de routes rgles1 ni d'auberges1 que la partie du nord du ,cap est toute sablonneuse et peu cultive1 il faut ncessairement se rfugier dans les habitations disperses au loin dans la campagne et se contenter de la rception qu'on veut bien vous faire4 ,heureusement pour moi1 ,m4 ,pesthier a la complaisance de me conduire partout1 et comme il est connu et trs-estim dans le pays1 je ne manque avec lui d'aucun secours4 ,on pourrait s'attendre1 dit ,lacaille dans le compte rendu de son voyage1 que je fisse ici quelque description de ce fameux cap de ,bonne-,esprance et que j'exposasse les murs des naturels du pays connus sous le nom de ,hottentots1 et que je parlasse des productions de la terre et des mers voisines2 mais1 outre qu'on peut juger que je n'ai eu gure de loisirs pour faire des recherches sur ce que je viens de dire1 je dois avouer que mes connaissances sont trop bornes pour tre en tat de satisfaire les curieux et les physiciens sur cette partie de l'histoire naturelle4 ,ce qu'il y a encore de plus fcheux1 c'est que l'intrt de la vrit m'oblige dclarer que rien n'est moins exact que ce qu'on lit sur ce sujet dans un gros livre crit en allemand par ,pierre ,kolbe et dont nous avons en franais un extrait en trois volumes4 ,kolbe tait un ,prussien1 envoy au ,cap par feu ,m4 le baron de ,kronick pour y faire toutes les observations possibles de physique1 d'astronomie et d'histoire naturelle2 il y sjourna sept annes environ1 mais tous ceux qui l'ont connu dans le pays assurent constamment qu'il ne s'est point occup remplir l'objet de sa mission1 et que1 quoi qu'il en dise1 il n'a fait aucun voyage dans l'intrieur du pays4 ,malgr les travaux de ,richer1 de ,cassini et de ,picard et les observations plus rcentes de ,lacaille1 la distance du soleil la terre tait encore incertaine4 ,un phnomne qui se renouvelle deux fois seulement dans un sicle et huit annes d'intervalle1 le passage de ,vnus sur le disque du soleil1 tait annonc depuis plus d'un sicle pour l'anne #agfa1 et les dtails du phnomne soigneusement observs de diffrents points du globe devaient fournir1 comme l'avait montr ,halley1 cette distance inconnue quoique tant de fois calcule4 ,sans proposer distinctement le dtail d'une mthode hrisse de calculs1 je chercherai seulement mettre dans son jour le principe trs-simple et l'esprit gnral de la thorie4 ,les cercles diviss et les horloges sont les instruments habituels des astronomes qui dans leurs observations ne mesurent que des temps et des angles2 mais une longueur ne peut se dterminer que par une autre longueur laquelle1 d'une manire plus ou moins directe1 on parvient la comparer4 ,la raison en est vidente2 quelle que soit une figure gomtrique1 il en existe une infinit d'autres qui lui sont semblables1 dans lesquelles les longueurs homologues sont augmentes ou diminues dans tel rapport que l'on voudra1 sans qu'il y ait aucune diffrence dans les angles1 dont la mesure seule ne peut par consquent servir distinguer ces deux figures semblables1 si simples ou si compliques qu'on les suppose4 ,tant que l'on n'aura pas mesur une premire ligne1 les dimensions absolues resteront indtermines4 ,on a donc pu1 par de simples mesures d'angles1 trouver la forme de l'orbite dcrite par la terre autour du soleil1 la figure des ellipses dans lesquelles se meuvent ,vnus1 ,mercure1 ,mars1 ,jupiter et ,saturne1 les rapports prcis des axes de ces diverses courbes et les inclinaisons mutuelles de leurs plans2 mais en connaissant ainsi les proportions exactes de l'univers1 on en ignore cependant encore la vritable grandeur4 ,ce systme1 si bien connu dans ses dtails comme dans son ensemble1 pourrait tre amplifi ou diminu2 les plantes pourraient1 sans que rien ft chang dans les apparences1 rouler d'un mouvement tout semblable dans les orbites mille fois plus grandes ou mille fois plus petites4 ,la distance de la terre au soleil est-elle de dix mille lieues ou de mille millions de lieues8 ,les travaux de ,copernic et de ,kepler sur la forme des orbites plantaires ne permettent pas de le dcider mais ne laissent subsister que cette seule inconnue1 en sorte que la dtermination d'une seule distance entranera celle de toutes les autres4 ,cette dtermination prsente malheureusement des difficults considrables et exceptionnelles4 ,la base qu'il faut ncessairement choisir la surface de la terre ne peut pas en dpasser le diamtre2 les lignes qui de ses extrmits vont se runir au centre du soleil ou sur l'une quelconque des plantes1 forment un angle de quelques secondes seulement1 et la plus lgre erreur peut videmment renverser l'difice qui repose sur un fondement aussi dlicat4 ,la mthode indirecte de ,halley lude mieux qu'aucune autre cette grave difficult4 ,lorsque ,vnus se plaant entre la terre et le soleil vient se projeter sur son disque1 les astronomes prvenus longtemps l'avance peuvent aisment observer dans leur lunette une tache noire qui1 passant d'un bord l'autre1 accuse nettement pendant quelques heures la position des deux astres par rapport la terre2 mais si exacte qu'elle soit1 une observation isole ne fournit aucune consquence4 ,les dimensions du systme du monde pourraient tre dix mille fois plus grandes ou dix mille fois moindres1 sans que cela changet une seule seconde de temps la dure du passage ou une seule seconde d'angle la longueur de la corde que parcourt la plante4 ,l'astronome peut calculer cent ans d'avance1 une seconde prs1 si les mthodes sont assez perfectionnes1 l'instant de l'entre de ,vnus et celui de la sortie1 pour un observateur plac au centre de la terre2 mais il lui est impossible de dire si1 pour deux observateurs placs ,paris et au cap de ,bonne-,esprance1 les dures des passages diffrent d'une minute ou de dix4 ,tout dpend du rapport inconnu du rayon de la terre la distance du soleil1 et c'est pour cela que la comparaison des deux observations permet de le calculer4 ,la mthode fait connatre en outre les points du globe pour lesquels les diffrences plus nettement accuses doivent donner les plus grandes chances de succs2 rien n'empche d'ailleurs de contrler par des observations multiplies le rsultat toujours douteux d'une preuve qu'il est impossible de recommencer4 ,le #f juin #agfa cinquante-cinq observateurs1 rpartis sur diffrents points du globe1 purent observer le passage et en dterminer les circonstances4 ,pingr en choisissant l'le ,rodrigues pour station avait fait preuve de courage et de dvouement4 ,nous sommes instruits1 avaient dit les commissaires de l',acadmie1 que dans toute cette partie de l',afrique l'air1 cause de ses intempries pendant la saison des pluies1 est trs-dangereux pour les trangers4 ,on pourrait croire que1 pour viter de tels dangers un confrre1 ils vont proposer un autre poste4 ,nullement3 ,la crainte du drangement que la sant de ,m4 ,pingr pourrait prouver leur fait dsirer seulement qu'il ait un compagnon capable de le suppler au besoin4 ,pingr ne trouva l'le ,rodrigues aucun secours pour ses observations4 ,sans ouvriers pour construire un observatoire1 il dut observer en plein air4 ,des mesures avaient t prises pour lui assurer des conditions plus favorables1 mais la guerre qui rgnait alors dans les deux hmisphres les avait djoues en plaant ,pingr dans une position dont il se plaignit fort4 ,muni d'un passeport dlivr par le gouvernement anglais qui enjoignait tous les agents et officiers de respecter les astronomes franais et de les aider au besoin1 ,pingr se croyait inviolable ainsi que le petit navire1 nomm la ,mignonne1 qui l'avait conduit l'le ,rodrigues et qui l'y attendait2 mais la veille prcisment du jour fix pour le dpart on vit paratre un vaisseau anglais1 sur lequel la ,mignonne commena par lcher une borde4 ,le vaisseau1 beaucoup mieux arm qu'on ne l'avait cru1 s'approcha aussitt et sans coup frir fit comprendre que la lutte tait impossible4 ,la ,mignonne1 dclare de bonne prise1 fut malgr les rclamations de ,pingr conduite ,pondichry4 ,par une dtermination presque cruelle1 dit-il1 on le laissa ,rodrigues avec son aide1 rduits tous deux au strict ncessaire4 ,chanoine rgulier de ,sainte-,genevive1 ,pingr n'tait habitu ni aux privations ni aux incommodits de la vie de voyageur1 et il les supportait fort mal4 ,j'ai t entre autres1 crit-il l',acadmie en rendant compte de sa msaventure1 rduit l'ignoble breuvage de l'eau1 et il demandait une rparation qu'il n'obtint pas4 ,le ,gentil avait choisi pour station ,pondichry o le phnomne s'accomplissait au znith4 ,mais plus prudent que celui de la ,mignonne1 le capitaine qui le conduisait1 trouvant les ,anglais matres de la place1 retourna bien vite l'le de ,france4 ,le jour du passage ,le ,gentil tait encore en mer2 il vit le phnomne sans pouvoir l'observer4 ,un second passage devait avoir lieu en #agfi2 ,le ,gentil rsolut de l'attendre4 ,la physique du globe et l'astronomie l'occuprent utilement pendant huit annes1 en lui laissant le loisir de se livrer quelques entreprises commerciales dont le rsultat fut heureux pour sa fortune4 ,en #agfi ,pondichry tait rentr sous la domination franaise4 ,le #d juin ,le ,gentil muni d'excellents instruments attendait le passage dans un observatoire solide et bien dispos qui semblait donner toute garantie d'exactitude2 le temps des journes prcdentes promettait une observation facile1 la matine tait belle encore1 mais tout coup le vent s'leva1 et un nuage lger d'abord droba ,le ,gentil l'important spectacle qu'il attendait depuis huit ans et qu'aucun contemporain ne devait voir renatre4 ,lorsque le soleil pera les nuages1 ,vnus tait sortie de son disque4 ,l'entreprise tait dfinitivement manque3 ,je ne pouvais1 dit-il1 revenir de mon tonnement1 j'avais peine me figurer que le passage de ,vnus ft enfin pass4 ,d'autres fois je pensais que quelque contre-temps pareil avait fait imaginer ,mans son systme 7ridicule la vrit7 des deux principes1 en songeant au beau temps qu'il avait fait le matin2 pendant prs d'un mois encore aprs1 on et t tent de penser que la matine du #d juin avait t faite exprs pour mortifier les observateurs placs le long de cette cte4 ,enfin1 ajoute ,le ,gentil1 je fus plus de quinze jours dans un abattement singulier1 n'avoir presque pas le courage de prendre la plume pour continuer mon journal1 et elle me tomba plusieurs fois des mains lorsque le moment vint d'annoncer en ,france le sort de mon opration4 ,ce journal1 qui devait tre le seul rsultat du voyage de ,le ,gentil n'est nullement ddaigner4 ,de nombreuses observations d'astronomie et de mtorologie1 la dtermination exacte de plusieurs latitudes importantes1 l'orientation vrifie d'un grand nombre de monuments1 un tableau trs-simplement trac des murs de l',inde observes loisir par un esprit sage et clair1 remplissent deux volumes d'un grand intrt1 dont la publication occupa ,le ,gentil plusieurs annes aprs son retour en ,france4 ,l'histoire de l'astronomie indienne en fournit un des chapitres les plus curieux4 ,le calcul des clipses tait un secret transmis et conserv dans la caste des brames2 des jsuites autrefois l'avaient envoy1 disait-on1 de ,la ,hire qui avait trouv les calculs exacts en se disant trop g pour en examiner la thorie2 mais ,le ,gentil qui raconte cette anecdote ne la tient pas pour vraie4 ,le ,gentil questionnait sur ces mthodes les ,indiens les plus instruits sans russir en obtenir communication4 ,un jour un brame1 nomm ,nana ,mouton1 vint le voir en lui faisant dire par un interprte qu'il pourrait satisfaire sa curiosit4 ,le ,gentil l'ayant pri de calculer devant lui l'clipse du mois de dcembre #agfh1 l',indien revint le lendemain avec un petit paquet de feuilles de palmier et un sac de coquillages2 il s'assit par terre1 et tout en maniant les coquillages avec une vitesse singulire1 il consultait de temps en temps son petit livret2 il obtint ainsi toutes les phases de l'clipse en moins de trois quarts d'heure4 ,il les trouva assez justes pour redoubler chez ,le ,gentil le dsir de connatre sa mthode4 ,l',indien consentit la lui enseigner1 en faisant esprer qu'avec des dispositions et beaucoup de travail1 il pourrait1 en quatre mois apprendre calculer une clipse de lune4 ,il fallait de plus s'engager au secret1 car un ,malabar indiscret1 en abusant de la science qu'il lui avait enseigne1 avait rendu ,nana ,mouton extrmement prudent4 ,le ,gentil promit ce qu'on voulut1 et les leons commencrent4 ,tout alla bien pendant quelques jours1 cela prs que ni le professeur ni l'interprte ne pouvaient donner l'explication d'aucun terme1 et ,le ,gentil bientt ne comprenait plus rien4 ,on changea trois fois d'interprte1 mais sans plus de succs2 force et t de renoncer l'entreprise sans le secours d'un tamoul chrtien1 ancien lve lui-mme de ,nana-,mouton1 qui savait le franais4 ,les progrs furent alors rapides1 mais plus l'lve se montrait capable et dsireux d'apprendre1 plus le matre multipliait les difficults4 ,le brame videmment voulait retenir son secret4 ,il dictait patiemment les nombres1 les repassait et les collationnait tant qu'on voulait1 sans se rattacher aucune doctrine et sans satisfaire aux questions que leur emploi faisait natre4 ,aprs un mois de patience ,le ,gentil le congdia en tenant sa mauvaise foi pour certaine1 mais il avait pntr le principe de la mthode1 et aid du tamoul qui la connaissait un peu1 il parvint s'en servir sans jamais la trouver commode4 ,cette mthode1 dit-il1 m'a paru avoir son avantage2 elle est bien plus prompte et plus expditive que la ntre1 mais en mme temps elle a un grand inconvnient2 il n'y a pas moyen de revenir sur ses calculs1 encore moins de les garder2 on efface mesure qu'on avance2 si l'on s'est par malheur tromp dans le rsultat1 il faut recommencer sur de nouveaux frais1 mais il est bien rare que les ,indiens se trompent4 ,ils travaillent avec un calme singulier1 un flegme et une tranquillit dont nous sommes incapables et qui les mettent couvert des mprises que nous autres ,europens ne manquerions pas de faire leur place4 ,il parat donc que nous devons les uns et les autres garder chacun notre mthode2 il semble que la leur ait t faite uniquement pour eux4 ,l'abb ,chappe lors du passage de #agfa s'tait rendu en ,sibrie ,tobolsk4 ,le rcit de son voyage publi avec grand luxe remplit deux gros volumes in-#d1 o la science n'a pas la plus grande part4 ,l'abb ,chappe1 dit ,catherine ,voltaire1 a tout vu en ,russie en courant la poste dans un traneau bien ferm4 ,le pauvre abb qui n'avait rien vu en beau devait scandaliser les amis de ,catherine1 en leur fournissant de nombreux prtextes pour le quereller4 ,il n'y a qu'une tte franaise1 dit ,grimm1 qui le ciel accorde de tout savoir sans apprendre1 de tout voir sans regarder1 de tout deviner sans tre sorcier1 de tout approfondir en courant la poste de ,paris ,tobolsk et de tout trancher sans tre ,alexandre1 fils de ,philippe de ,macdoine4 ,il serait difficile1 ajoute-t-il1 de runir dans le mme sujet au mme degr1 autant d'ignorance1 de lgret1 de got pour les purilits les plus minutieuses et d'indiffrence pour la vrit4 ,tout cela est injuste et dpasse le but2 l'abb acadmicien1 un peu trop dsireux1 il est vrai1 d'intresser le lecteur et se vantant de connatre ce qu'il a entrevu1 aborde tous les sujets au hasard et sans ordre avec plus de prtention que de comptence et de talent4 ,on est surpris par exemple de le voir dcrire minutieusement les divertissements auxquels il a pris part et les danses o il semble fier de s'tre fait remarquer2 mais la sincrit brutale des rcits donne d'autres pages de son livre un vritable intrt1 et sans prtendre y dmler le vrai d'avec le faux1 on peut croire que ,catherine1 qui a pris la peine d'y rpondre1 y voyait plus d'un rayon incommode de la vrit4 ,rien toutefois ne trouve grce devant ,grimm dont l'aveuglement1 complaisant ou sincre1 l'emporte jusqu' la moins vraisemblable calomnie4 ,l',acadmie des sciences balance elle-mme1 dit-il1 si elle doit ajouter foi l'observation astronomique pour laquelle l'abb ,chappe a t envoy en ,sibrie2 plusieurs de nos acadmiciens prtendent avoir de grands motifs de douter et de l'exactitude de l'observation et de la vracit de l'observateur4 ,ils supposent1 avec assez de vraisemblance1 en comparant ses rsultats avec ceux des autres astronomes disperss sur les diffrents points de la surface du globe1 que le temps tant couvert ,tobolsk pendant tout le passage de ,vnus1 l'abb ,chappe n'a pas voulu perdre les frais de son voyage et a calcul dans son cabinet peu prs comment ce passage a d avoir lieu en l'observant ,tobolsk1 et a donn l',acadmie l'approximation de ses calculs pour le rsultat de ses observations4 ,cette odieuse allgation n'a pas le moindre fondement1 et l',acadmie1 qui n'leva aucun doute sur la sincrit de l'abb ,chappe1 lui confia huit ans aprs l'une des observations importantes du passage de #agfi4 ,chappe fut envoy par elle en ,californie4 ,il ne devait pas revoir la ,france4 ,une maladie contagieuse envahit le village o il avait observ2 tous ses compagnons furent frapps1 et lorsqu'il tomba malade le dernier1 aucun d'eux n'tait en tat de lui rendre les secours qu'ils avaient reus de lui4 ,priv de mdecins et sur les indications d'un livre1 il prit deux purgatifs qui le soulagrent2 il se crut sauv et voulut observer une clipse de lune1 mais il avait trop prsum de ses forces1 et il mourut peu de jours aprs1 victime sans doute de son dvouement la science4 ,,les ,,rapports4 ,l',acadmie ne prenait de dcisions sur les principes de la science qu' regret en quelque sorte et dans de rares occasions4 ,la mthode infinitsimale par exemple et la thorie de l'attraction1 adoptes par les uns et contredites par les autres1 ne furent jamais juges rgulirement par une sentence expresse2 tant que ses membres partags continurent en disputer1 l',acadmie1 sans se dclarer indiffrente1 demeura sagement indcise1 et l'on pourrait seulement la blmer de prolonger la prudence bien au del des doutes qui l'ont fait natre4 ,on lit par exemple au procs-verbal du #bb aot #agei3 ,l'hypothse du pre ,berthier est tout fait oppose la philosophie newtonienne1 presque universellement adopte aujourd'hui2 mais nous croyons que cette hypothse peut se soutenir dans l'hypothse du plein et des tourbillons2 sous ce point de vue l',acadmie1 qui persiste n'adopter aucun systme1 nous parat pouvoir recevoir l'hommage que lui offre de son livre le pre ,berthier et permettre que cet ouvrage soit imprim sous son privilge4 ,dix-sept ans plus tard l',acadmie1 toujours dans les mmes principes1 se refusant de nouveau tudier les causes dans les effets1 carte obstinment la recherche des lois primordiales comme une chimre indigne d'encouragement4 ,tout le reste de l'crit de ,m4 ,dolomieu1 dit le rapporteur d'une commission1 est purement systmatique1 et l',acadmie n'tant pas dans l'usage de prononcer sur les systmes1 nous passerons sous silence les raisonnements de l'auteur1 quelque bien crits qu'ils nous paraissent1 parce que cela entranerait dans de trop grandes discussions et que tous les raisonnements possibles dans l'art de traiter les mines ne valent pas un fait dcrit avec clart4 ,l'empressement des savants lui soumettre leurs projets et leurs travaux1 comme la matresse de la science dans tout le royaume1 transformait peu peu l',acadmie en une sorte de conseil rgl dont la confiance publique faisait l'autorit et la force4 ,d'aprs ses rglements et suivant les desseins de son fondateur1 l',acadmie tait tenue de prononcer sur le mrite des machines et sur les demandes de privilge2 c'est par l que ses jugements prirent leur commencement1 mais on lui soumit bien vite des dcouvertes1 des inventions et des projets de toute sorte4 ,les commissaires dsigns taient exacts et diligents1 dans les premires annes surtout1 prsenter en quelques paroles un rapport trop concis pour que nous ayons beaucoup y apprendre1 et qui1 plus assur dans le blme que dans la louange1 semble plus propre souvent rebuter ou irriter les inventeurs qu' les enseigner et les soutenir4 ,tels sont ceux-ci par exemple3 ,,mm4 ,parent et ,renau n'ont rien trouv d'utile dans le livre qu'ils avaient examiner et pour la thorie elle est pleine d'erreurs4 ,nous avons examin par ordre de l',acadmie la manire que ,m4 ,besson lui a propose pour relever un vaisseau submerg en lui attachant de tous cts des tonneaux vides1 ce qui1 suivant la manire dont l'auteur l'emploie1 nous a paru impraticable4 ,raumur charg d'examiner un taille-plumes mcanique le dcrit minutieusement et ajoute3 ,il pourra tre un outil commode la plupart des gens qui crivent peu4 ,le succs d'une autre invention lui parat plus utile qu'assur et l se borne son approbation4 ,on lit ailleurs au procs-verbal3 ,m4 ,lemonnier a parl ainsi sur le mmoire de ,m4 ,desaussedats3 ,l'auteur n'entend pas l'tat de la question4 ,quelquefois plus svre encore1 le rapporteur engage l',acadmie refuser les communications nouvelles du mme auteur4 ,nous avons lu par ordre de l',acadmie1 dit une fois le chimiste ,hellot1 la lettre de ,m44444 ,je crois qu'on fera bien de lui rpondre qu'il est inutile qu'il crive davantage l',acadmie ou quelques acadmiciens2 on ne doit pas tablir de correspondance avec un homme sans lettres1 sans principes et qui d'ailleurs est trs-importun4 ,certaines questions1 telles que la quadrature du cercle1 aprs avoir t faussement rsolues un trop grand nombre de fois1 furent elles-mmes rejetes du cercle des travaux acadmiques1 en mme temps que la recherche reconnue impossible du mouvement perptuel4 ,ce problme de la quadrature du cercle se trouve plac en quelque sorte au seuil de la science comme un appt pour les dbutants incapables de comprendre dans quel sens on le tient pour si difficile4 ,d'aprs un bruit populaire qui n'est pas absolument oubli aujourd'hui1 les gouvernements auraient promis pour sa solution des rcompenses considrables1 et un effort heureux aprs quelques mois d'tude aurait pu1 suivant cette fausse opinion1 procurer la fois la gloire et la fortune4 ,un des inventeurs osa mme assigner d',alembert devant le ,parlement1 comme le frustrant1 par son refus d'examiner sa solution1 de la rcompense de #aej1jjj livres1 qu'il croyait obstinment promise et qu'il prtendait mriter4 ,l',acadmie1 sans tre jamais ngligente1 se montrait souvent svre et impatiente et non sans raison quelquefois4 ,la plupart des inventions qu'on lui propose dans les premires annes sont indignes d'un jugement srieux et au-dessous de toute critique2 c'est elle-mme qui le dclare officiellement1 en quelque sorte1 dans la prface du premier volume du ,recueil des savants trangers publi en #agej4 ,ds les premiers temps de l'institution de l',acadmie1 dit le secrtaire ,grandjean ,fouchy1 plusieurs savants tant trangers que rgnicoles s'empressrent de prendre part ses travaux en lui adressant des mmoires et des dissertations sur diffrents sujets4 ,nous ne pouvons dissimuler que1 surtout dans les commencements1 l',acadmie n'ait eu plus souvent louer la bonne volont des auteurs d'un grand nombre de ces pices que l'excellence de leurs ouvrages4 ,le nombre des mmoires prsents s'augmentait cependant tous les jours1 et l',acadmie a plus d'une fois l'occasion d'accorder judicieusement des ides ingnieuses et utiles un prcieux tmoignage d'exactitude et de nouveaut2 mais plus d'une fois aussi1 il faut le dire1 elle dcourage par sa prudence et son incrdulit les inventeurs qu'il aurait fallu diriger ou mettre en lumire4 ,ceux qui se mlent de donner des prceptes et des conseils1 dit ,descartes1 se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels il les donnent1 et s'ils manquent en la moindre chose1 ils en sont blmables4 ,l',acadmie le fut plus d'une fois4 ,on lit par exemple au procs-verbal du #ba juin #agjd3 ,on a lu un crit de ,m4 ,brunet qui propose des machines lithotritiques qui doivent1 la faveur d'une sonde dans laquelle elles seront comme plies1 entrer dans la vessie1 l se dployer par des lamelles ressort et articules1 prendre la pierre et la tenir ferme1 aprs quoi une espce de lance comprise dans la machine la brisera1 ce qui la mettra en tat de sortir par les urines comme du simple gravier4 ,la composition et la difficult du jeu de ces machines et le long temps que l'opration durerait ont fait rejeter cette ide par toute la compagnie4 ,l'abb ,nollet1 en rendant compte d'un mmoire sur les moyens de prserver les difices de la foudre1 a l'imprudence d'ajouter3 ,ce mmoire nous parat propre dissiper1 si tant est qu'elle subsiste encore1 l'esprance que quelques personnes 7c'est de ,franklin qu'il s'agit7 avaient conue de prserver les difices des funestes effets du tonnerre1 en puisant la matire fulminante de la nue et la dtournant leur gr par le moyen des conducteurs mtalliques dresss en l'air et prolongs jusqu' terre4 ,nous croyons qu'il mrite tous gards d'tre imprim avec l'approbation de l',acadmie4 ,les registres de l',acadmie contiennent prs de dix mille rapports aussi divers par la forme que par la nature et par l'importance des questions discutes et dont le dtail serait infini4 ,nous avons dit et montr la sincrit un peu rude du plus grand nombre2 l'indulgence de quelques autres prodigue parfois au contraire des louanges exagres4 ,certains rapporteurs1 entrant dans la pense qu'ils devraient discuter et juger1 acceptent toutes les assertions sans s'tendre dvelopper le dtail des preuves pour les examiner et les peser2 d'autres enfin1 avec plus d'assurance et plus d'autorit1 contrlent et fortifient les raisonnements1 vrifient et interprtent les faits et1 les rattachant aux thories dont ils sont l'occasion ou la preuve1 les illuminent de nouvelles clarts4 ,on aime surtout retrouver l'accueil fait par l',acadmie aux premiers essais des grands hommes qui font aujourd'hui sa gloire4 ,le #bf avril #agbf1 ,,mm4 ,nicole et ,pitot rendent compte du premier mmoire prsent par ,clairaut l'ge de douze ans4 ,ces productions1 disent-ils1 qui auraient autrefois fait honneur aux plus habiles gomtres1 deviennent encore aujourd'hui surprenantes lorsqu'on sait qu'elles sont l'ouvrage d'un jeune homme de douze ans et quelques mois1 ce qui montre les progrs qu'on doit attendre de lui et combien il est estimable d'avoir acquis cet ge tant de connaissances dans la gomtrie et le calcul diffrentiel4 ,il est bien rare1 est-il dit deux ans plus tard dans un autre rapport1 de voir un jeune homme de quatorze ans entendre les dcouvertes faites par ,,mm4 de l',hopital1 ,wallis et ,tchirnauss1 et plus rare encore de voir le mme jeune homme renchrir et ajouter de nouveau aux dcouvertes de ces grands gomtres4 ,fontenelle dans les mmoires de l',acadmie exprime la mme pense avec plus d'lgance3 ,autrefois1 dit-il1 de pareilles productions auraient fait honneur aux plus habiles gomtres2 la louange aujourd'hui est partager entre l'excellence des nouvelles mthodes et le gnie singulier d'un enfant4 ,les premiers essais de d',alembert sont quinze ans plus tard dignement lous et apprcis par ,clairaut lui-mme4 ,aprs avoir analys avec bienveillance un mmoire dans lequel le jeune dbutant rectifie une assertion inexacte du pre ,guine1 le rapporteur ajoute3 ,ces remarques prouvent sa capacit1 son exactitude et son amour pour la vrit4 ,en rendant compte quelques mois aprs d'un travail de plus grande porte mais imparfait encore1 car d',alembert s'est abstenu de le faire imprimer1 ,clairaut termine en disant3 ,il serait trop long de le suivre dans toutes les considrations qu'il a faites sur cette matire2 il suffit de dire qu'elles nous ont paru montrer bien de la science et de l'industrie dans l'auteur4 ,lavoisier galement fut soutenu et encourag ds ses dbuts2 ,duhamel et ,jussieu disent de son premier travail3 ,ce mmoire est rempli de faits bien observs1 d'observations de chimie exactement excutes1 de rflexions physiques trs-judicieuses qui jettent un grand jour sur la substance gypseuse1 sur sa nature et mme sur la formation des fossiles1 qui sont une partie considrable de l'histoire naturelle4 ,citons encore ces lignes extraites du rapport sur le premier mmoire de ,coulomb3 ,tel est le prcis des recherches que ,m4 ,coulomb a prsentes l',acadmie4 ,nous avons remarqu partout dans ses recherches une profonde science de l'analyse infinitsimale1 beaucoup de sagacit dans le choix des hypothses physiques qui servent de base aux calculs de l'auteur et dans les applications qu'il en a faites4 ,maupertuis et ,clairaut1 en rendant compte du premier mmoire de ,buffon relatif au calcul des probabilits1 terminent leur rapport en disant3 ,tout cela fait voir1 outre beaucoup de savoir en gomtrie1 beaucoup d'invention dans l'auteur4 ,les trangers embarrasss par un problme ou arrts dans une entreprise difficile consultaient souvent l',acadmie qui1 flatte de leur confiance1 rpondait de son mieux et sans retard4 ,c'est ainsi qu'en #agje1 le clbre astronome et antiquaire ,bianchini demanda des conseils sur un projet qui fit grand bruit alors1 quoique son insuccs l'ait condamn l'oubli4 ,on avait dcouvert ,rome1 dans les vieilles constructions du ,monte ,citorio1 non loin de la grande colonne triomphale de ,marc ,aurle1 les restes d'une autre colonne monolithe en granit rouge d'gypte ddie l'empereur ,antonin le ,pieux4 ,c'tait un des monuments funraires qui dans la ,rome impriale ornaient et encombraient le ,champ de ,mars4 ,le pape ,benot ,,xiv1 trs-ami des arts et des sciences1 avait charg ,bianchini1 son camrier d'honneur1 de restaurer cette colonne et de la transporter vis--vis la ,curia innocenziana situe peu de distance4 ,c'est aprs plusieurs essais inutiles que ,bianchini consulta l',acadmie en lui envoyant un rapport dtaill des procds employs et proposs jusque-l4 ,les mchaniciens de l',acadmie1 dit le procs-verbal du #f mai #agje1 feront rflexion sur le transport de ce grand fardeau et en donneront leur avis4 ,les rflexions furent faites avec grande diligence2 ds le samedi #i mai1 les mcaniciens apportrent une rponse et des conseils un peu vagues qui ne furent pas de grande utilit4 ,la colonne se rompit et les dbris servirent rparer l'oblisque d',auguste sur la place du ,monte ,citorio2 le pidestal reprsentant l'apothose d',antonin orne aujourd'hui les jardins du ,vatican1 et il ne reste d'autre trace de l'opration qu'un mmoire latin fort rare compos par ,bianchini et la mention qui en est faite dans les registres de l',acadmie4 ,le parlement lui-mme dans certains cas prenait directement l',acadmie pour arbitre des difficults relatives la science qui embarrassaient ses dcisions4 ,le #bf janvier #agcb1 avant d'enregistrer un privilge demand par le sieur ,texier fabricant de soieries1 il demande l'avis de l',acadmie sur la nouveaut1 l'utilit et les consquences de ses ouvrages4 ,le sieur ,texier avait invent un nouveau moulin foulon2 les opposants son privilge prtendaient qu'ils pouvaient donner aux toffes de soie des apprts semblables ceux du sieur ,texier et mme meilleurs1 seulement ils avancent qu'ils ne se servent pas du moulin foulon dont l'usage ne peut tre qu'inutile et nuisible4 ,a une question ainsi pose la rponse semblait bien simple3 pourquoi ne pas autoriser le sieur ,texier employer son moulin qu'il trouve bon et les opposants qui le jugent mauvais ne s'en pas servir8 ,la commission fut moins hardie et par le refus du sieur ,texier de se soumettre aux preuves proposes par elle1 elle se dclara ingnument hors d'tat de donner son avis4 ,une telle rponse d'ailleurs n'tait pas rare1 et l',acadmie1 en dclarant sincrement ses incertitudes1 avait souvent l'excellent esprit de s'abstenir4 ,consulte par le ministre de la marine sur la valeur d'un procd propos pour relever les vaisseaux submergs1 elle rpond sur le rapport de ,raumur et ,couplet3 ,pour tre en tat de porter un jugement sur la russite d'une telle entreprise1 il faudrait avoir examin soi-mme sur les lieux l'tat o sont les vaisseaux chous1 leur profondeur1 la quantit dont ils sont envass1 la qualit de la vase1 etc41 etc42 nous ne sommes pas en tat de rien prononcer sur ce sujet4 ,dsigne dans une autre occasion par le tribunal consulaire comme arbitre de la contestation survenue entre l'horloger de la ,samaritaine et le fondeur de timbres1 l',acadmie dcide qu'il ne lui convient pas d'accepter cette commission4 ,ceux qui s'adressaient l',acadmie1 ministres1 magistrats ou particuliers1 la trouvaient cependant presque toujours prte juger1 et lorsque l'quit le demandait1 elle n'hsitait pas rendre tmoignage contre elle-mme pour ainsi dire1 en proclamant la vrit tardivement reconnue4--,le propritaire des eaux minrales de ,passy1 nomm ,levieillard1 expose en #agfc l',acadmie1 que dans un ouvrage imprim en son nom1 une analyse inexacte des eaux dont il est propritaire conduit les dclarer peu utiles et nuit ses intrts4 ,tout considr1 dirent les rapporteurs de l',acadmie1 nous jugeons que la plainte de ,m4 ,levieillard est juste444 c'est pourquoi nous sommes d'avis qu'ayant gard la plainte de ,m4 ,levieillard1 et pour l'utilit du public on peut imprimer ce rapport en forme d'avertissement au commencement de la suite de l',art des forges4 ,mais si l',acadmie tait prte juger sur toutes les questions et sur tous les mrites1 elle ne permettait pas qu'on lui rendt la pareille et s'offensait des moindres critiques4 ,le procs-verbal du #a;er avril #agcj1 qui le laisse voir avec beaucoup de navet1 montre que dans plus d'une rencontre la libert des journalistes de notre poque aurait t prise pour de la licence au ,,xviiie sicle4 ,le prsident ,desmaisons1 dit le procs-verbal1 a dit que ,m4 le duc du ,maine1 sous l'autorit duquel s'imprime le journal de ,trvoux1 ayant su que dans quelques-uns des derniers tomes de ce journal les ouvrages de l',acadmie avaient t traits tout autrement qu'ils auraient d l'tre1 ,son ,altesse srnissime avait ordonn qu'il en serait fait une satisfaction authentique l',acadmie dans le tome prochain et que l'emploi de travailler ce journal serait t celui qui avait fait les mauvais extraits4 ,on a dit que c'tait le pre ,castel4 ,en lisant ces articles qui1 sans appel et sans dbats contradictoires1 ont attir une punition si svre1 on demeure aussi afflig que surpris4 ,les comptes rendus du pre ,castel contiennent en effet plus d'une page entirement consacre la louange des acadmiciens1 et les critiques les plus svres1 bien loin de passer au del des bornes1 semblent la plupart d'une parfaite justesse4 ,m4 ,pitot1 dit-il1 a quarr la moiti d'une courbe qu'il appelle la compagne de la cyclode4 ,il y a mille courbes particulires quarres de la sorte lorsqu'on veut se donner la peine d'y appliquer la mthode et les formules ordinaires du calcul4 ,m4 ,nicole travaille toujours aux diffrences finies2 la suite des temps pourra en faire voir l'utilit4 ,le jaugeage sur lequel ,m4 de ,mairan travaille serait plus utile si l'usage n'avait dj peu prs toute la perfection qu'il peut avoir4 ,m4 le chevalier de ,louville considre les corps clestes peu prs comme les boules de billard qui vont l'une contre l'autre1 se rencontrent1 se choquent4 ,c'est une fiction ingnieuse du moins si elle n'est solide1 et qui fait voir que les astronomes de ce sicle sont assez habiles dans leur art pour avoir bien du temps perdre dans des spculations qui n'y ont aucun rapport4 ,en rendant compte d'une hypothse de ,maupertuis sur la structure des instruments de musique3 ,c'est dommage1 dit avec grande raison le pre ,castel1 que la preuve manque une si jolie conjecture4 ,parlant enfin de trois loges de ,fontenelle insrs dans le volume qu'il analyse1 il accorde l'lgance et la finesse du style des louanges srieuses et mrites1 mais il le reprend d'avoir blm ,hartsoecker pour la rudesse de sa polmique4 ,cette manire franche et ouverte de rfuter les sentiments qu'on ne peut goter est prfrable1 dit le pre ,castel1 toutes ces critiques1 satires et invectives secrtes qui ne sont que trop ordinaires ce qu'on appelle les savants polis et d'un style prcieusement radouci l'gard de ceux qui ne sont pas de leur avis ou de leur cabale4 ,ces extraits1 qu'on ne l'oublie pas1 ne donnent pas mme une ide exacte du ton de l'article1 o plus d'une apprciation logieuse ne peut laisser supposer aucune hostilit systmatique4 ,le journaliste1 parlant de questions qu'il semble comprendre1 blmant quelques acadmiciens sans impertinence et louant les autres sans emphase1 ne songeait obtenir par reconnaissance ou par crainte aucune des rcompenses qu'ils dcernaient1 et il semble ici un fort honnte homme qui1 dans cette triste affaire1 a eu le beau rle4 ,l'ombrageuse compagnie n'entendait pas qu'on discutt ses arrts1 et le ,journal des savants lui-mme1 toujours rdig par ses membres1 n'avait pas le droit de la critiquer4 ,en rendant compte d'un nouveau volume de la ,connaissance des temps1 le rdacteur qui1 il est vrai1 tait ,lalande lui-mme1 s'tait permis de dsirer certaines innovations en regrettant les dcisions contraires prises par l',acadmie charge de diriger l'impression du recueil4 ,nous avons rendu compte plusieurs fois de la ,connaissance des temps1 disait-il1 depuis que ,m4 ,lalande en est charg1 parce qu'elle contient chaque anne des articles nouveaux4 ,quoique pendant six ans elle ait port le titre de ,connaissance des mouvements clestes1 l',acadmie a jug que celui de ,connaissance des temps tait assez ancien pour devoir tre conserv1 et ,m4 ,lalande l'a rtabli1 quoiqu'il ft persuad1 avec beaucoup d'autres1 que le titre de ,connaissance des mouvements clestes tait bien plus convenable la nature de cet ouvrage et sa destination4 ,il y a fait entre autres jusqu'ici l'abrg de ce qui s'est fait de plus intressant pour l'astronomie et la navigation en ,france ou ailleurs1 mais il avait supprim pour cet effet diffrentes tables qu'on s'tait accoutum d'y trouver pour l'usage ordinaire de la navigation et de l'astronomie et que l',acadmie a cru devoir y tre rtablies4 ,m4 ,lalande parat se plaindre de la ncessit o il s'est trouv de supprimer beaucoup de choses nouvelles1 qu'il se proposait d'insrer dans ce volume1 et les astronomes verront aussi avec peine qu'on les prive de l'agrment qu'ils trouvaient chaque anne avoir dans cet ouvrage de nouveaux secours pour leurs calculs1 des observations nouvelles et une notice intressante de ce qui se faisait de nouveau parmi les astronomes4 ,l',acadmie maintenant ses dcisions trouva mauvais qu'on ne se bornt pas s'y soumettre sans les discuter4 ,lecture faite de l'article1 dit le procs-verbal1 l',acadmie a t d'avis de prier ,m4 de ,mairan1 prsident du journal 7qui a dclar n'avoir point t prsent la lecture de cet article7 de veiller particulirement ce qu' l'avenir il ne ft rien insr qui regardt l',acadmie ou les acadmiciens sans son aveu4 ,cette susceptibilit d'ailleurs tait dans l'esprit du temps1 et chacun veillait soigneusement ne rien laisser entreprendre contre ses privilges et ses droits4 ,c'est ainsi que l',acadmie des sciences1 ayant sur le rapport de ,lagny et de ,mairan approuv un nouveau systme d'criture1 reut une rclamation de l',acadmie royale d'criture dans laquelle est cit un arrt du #bf fvrier #afcc1 qui assujettit les matres d'criture des formes de caractres1 lettres et alphabets dtermins1 parce qu'il fallait1 comme l'arrt l'explique1 apporter un remde l'criture que l'on faisait alors de trs-difficile lecture4 ,l',acadmie royale d'criture tant1 sans contestation1 la gardienne officielle de ces alphabets et formes de caractres1 le rapport de l',acadmie usurpait sur ses droits et encourageait la dsobissance2 l',acadmie le maintint cependant1 et le public crivit comme il voulut4 ,les jugements de l',acadmie1 demands et reus avec un continuel empressement1 soulevrent plus d'une fois1 malgr leur autorit croissante1 les protestations de ceux qui se croyaient au-dessus de tout contrle4 ,en #aghc1 le sieur ,defer1 architecte1 avait contest dans un mmoire sur la thorie des votes la solidit du pont de ,neuilly1 chef-d'uvre rcent de ,perronet4 ,l',acadmie sans dclarer son opinion renvoya suivant l'usage ce travail des commissaires4 ,on en parla dans la ville1 et les ennemis de ,perronet en prirent occasion pour annoncer la ruine certaine du pont et l'croulement reconnu imminent1 disaient-ils1 par l',acadmie des sciences4 ,des curieux1 chaque jour1 se rendaient ,neuilly pour jouir du spectacle4 ,l'administration des ponts et chausses s'en plaignit1 et les lettres changes cette occasion font paratre la force morale acquise par la savante compagnie qui1 sans esprit d'opposition mais sans craindre de dplaire1 repousse les reproches qu'elle ne mrite pas et maintient avec fermet ses traditions et ses droits4 ,m4 ,joly de ,fleury lui avait crit le #ae fvrier #aghc3 ,je viens d'tre inform qu'il a t prsent l',acadmie des sciences un mmoire au sujet du pont de ,neuilly et j'en ai rendu compte au roi4 ,sa ,majest a grande confiance dans les lumires de ,messieurs de l',acadmie2 mais comme ils n'ont aucune inspection sur les ponts et chausses1 ,sa ,majest n'a point approuv qu'ils aient nomm des commissaires pour visiter un pont qui a t construit par ses ordres4 ,l',acadmie cependant en retenant le mmoire de ,defer tait reste dans ses limites1 sans manquer en rien de discrtion ou de prudence4 ,j'ai rendu compte l',acadmie1 crit ,condorcet1 de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser1 et elle m'a charg d'avoir celui de vous faire un expos fidle de sa conduite relativement au mmoire de ,m4 ,defer4 ,elle se flatte que cette conduite mieux connue ne pourra que mriter l'approbation du roi4 ,le mmoire de ,m4 ,defer traite de plusieurs sujets2 un des plus importants est l'examen de la mthode de construire les ponts1 connue sous le nom de systme des pousses horizontales2 c'est une question importante de statique et de mcanique pratique1 et l',acadmie pouvait1 devait mme1 en vertu de ses rglements1 nommer des commissaires pour l'examiner4 ,m4 ,defer cite dans son mmoire plusieurs exemples qui lui paraissent prouver le danger de ce systme1 et les mouvements qu'il a observs dans le pont de ,neuilly sont un de ces exemples4 ,comme ce pont a t construit par ,m4 ,perronet1 membre de l',acadmie1 les commissaires se proposaient1 suivant l'usage1 de communiquer le mmoire cet acadmicien pour avoir sa rponse aux objections1 et1 dans le cas o ils auraient jug la visite du pont ncessaire1 ils ne l'auraient faite qu'aprs y avoir t autoriss par l'administration4 ,l',acadmie dsirerait1 la vrit1 qu'un examen qui intresse la rputation d'un de ses membres ft fait avec l'attention la plus scrupuleuse1 et ,m4 ,perronet dsirerait d'avoir l',acadmie pour juge1 et pour examinateurs de son ouvrage des confrres dont il connat l'quit et les lumires4 ,vous avez dsir1 monsieur1 que le mmoire de ,m4 ,defer ft remis entre vos mains4 ,l',acadmie est dans l'usage de ne remettre qu'aux auteurs mmes les ouvrages qui lui ont t confis1 et seulement dans quelques circonstances4 ,c'est en partie cet usage invariablement observ1 qu'elle doit la confiance de ceux qui lui prsentent des dcouvertes ou des travaux utiles2 confiance qui l'honore et que l'utilit publique demande qu'elle conserve sans aucune atteinte4 ,d'ailleurs comme ce qui regarde le pont de ,neuilly ne forme qu'une petite partie du mmoire de ,m4 ,defer1 l',acadmie dsirerait connatre si c'est le mmoire en entier ou seulement cette partie dont vous lui demandez communication1 et elle m'a permis1 lorsque vous aurez bien voulu me faire savoir vos intentions1 d'avoir l'honneur de vous adresser une copie certifie1 soit du mmoire en entier1 soit des observations faites sur le pont de ,neuilly4 ,m4 ,joly de ,fleury rpond la sance suivante3 ,je mettrai1 monsieur1 votre lettre sous les yeux du roi4 ,je suis trs-persuad que ,messieurs de l',acadmie n'ont eu ni l'intention d'entreprendre sur le dpartement des ponts et chausses1 ni de donner des inquitudes au public1 mais il est cependant trs-vrai que l'un et l'autre ont eu lieu contre leur intention4 ,par rapport au mmoire du sieur ,defer1 quoiqu'il n'y ait rien de secret pour le roi1 il suffit que vous m'adressiez un extrait de ce qui concerne le pont de ,neuilly444 ,l',acadmie ne fit pas de rapport et sans rien relcher de ses droits1 vita sagement un conflit inutile4 ,les craintes de ,defer taient d'ailleurs sans fondement1 et le pont de ,neuilly est cit depuis un sicle comme un des monuments les plus irrprochables du talent de ,perronet4 ,tout en dniant l',acadmie le droit d'examiner et de juger ses travaux1 l'administration vient souvent elle-mme lui commettre l'examen d'un grand nombre de projets trangers ses attributions4 ,c'est l',acadmie par exemple que fut renvoy1 en #aggf1 le projet de ,perrier pour la distribution des eaux dans ,paris4 ,je vous ai adress1 crit ,m4 de ,malesherbes au secrtaire de l',acadmie1 le #c fvrier #aggf1 un projet pour distribuer l'eau dans ,paris1 vous marquant de le mettre sous les yeux de l',acadmie1 afin qu'elle pt nommer des commissaires pour l'examiner3 en voici un nouveau qui vient de m'tre remis4 ,le sieur ,perrier1 qui le propose1 jouit d'une trs-bonne rputation1 et son exprience dans l'art mcanique est connue4 ,ce projet peut tre remis aux mmes commissaires chargs d'examiner le premier4 ,comme le sieur ,perrier offre de faire toutes les avances des travaux1 c'est un objet qui mrite considration1 en supposant toutefois que son projet puisse remplir les vues que le gouvernement se propose4 ,l',acadmie connaissait depuis longtemps un excellent projet de ,deparcieux pour amener ,paris les eaux de l',yvette mles sur le trajet celles de la ,bivre4 ,perronet1 aprs la mort de ,deparcieux1 l'avait discut et lou plus d'une fois devant ses confrres2 c'est pour lui que conclut sans rserve le rapport de l',acadmie4 ,on devait le prvoir1 mais on reste surpris de voir le rapporteur ,condorcet mler aux tudes techniques qui devraient faire tout le sujet de son jugement1 des attaques sans mesure1 dont la haineuse emphase semble un prsage anticip de la rvolution dj menaante4 ,m4 ,deparcieux1 dit ,condorcet1 esprait que1 quoique la principale utilit de son projet ft pour le peuple1 nanmoins comme il importe tout le monde de boire de bonne eau1 de respirer un air pur1 d'habiter un pays o les pidmies sont plus rares1 les gens riches s'intresseraient son projet2 mais malheureusement la classe d'hommes qui il s'adressait ne trouve malsain que le pays o il n'y a ni fortune1 ni faveur esprer4 ,de telles lignes sont heureusement fort rares dans les recueils de l',acadmie qui1 fidle sa tradition et marchant constamment dans la droite voie de la science1 n'y rencontre et n'y cherche1 mme dans les plus mauvais jours1 aucune trace des passions politiques4 ,l',acadmie est mme quelquefois consulte dans des cas o sa comptence peut sembler fort douteuse4 ,vous trouverez ci-joint1 crit le baron de ,breteuil l',acadmie le #ad aot #aghg1 un projet qui concerne l'embellissement de la ville de ,paris et qui m'a t remis par le sieur de ,wailly1 membre de l',acadmie d'architecture4 ,je pense depuis longtemps qu'il serait trs-important pour l'administration d'avoir un plan gnral arrt et approuv par le roi1 et qui comprt autant qu'il serait possible tous les embellissements dont la ville de ,paris est susceptible4 ,je conois qu'un pareil plan ne pourrait tre l'ouvrage d'un seul artiste4 ,je conois encore que les circonstances peuvent tre longtemps un obstacle l'excution de ces embellissements jugs dignes d'tre excuts2 mais il me semble qu'on peut toujours s'occuper de l'examen des projets des diffrents artistes qui prsenteront des vues utiles et des ides heureuses1 et les faire approuver et dterminer par ,sa ,majest lorsqu'ils le mriteront1 sauf ne les raliser que dans le temps o il sera possible d'en supporter la dpense4 ,le projet du sieur de ,wailly m'a paru tre du nombre de ceux qui doivent fixer l'attention et qu'il pourra tre bon d'examiner4 ,le projet de de ,wailly consistait combler le bras de rivire qui spare l'le ,saint-,louis de la ,cit en coupant les deux les sur toute leur longueur par une rue nouvelle qui en aurait fait un des plus beaux quartiers de ,paris4 ,l',acadmie1 dans son rapport1 parat priser trs-haut le mrite un peu banal aujourd'hui d'une rue trs-longue et trs-droite4 ,un effet heureux et agrable1 dit ,perronet dans son rapport1 tant du local que des dispositions du projet du sieur de ,wailly1 est que la grille du palais se trouve dans le prolongement de la rue ,saint-,louis1 en sorte qu'en changeant la direction des rues de la ,vieille-,draperie et des ,marmousets on a une longue rue qui1 partant de la place et du pont tablis l'extrmit de l'le ,saint-,louis1 traverse toute cette le1 l'le de la ,cit1 et vient aboutir la grille neuve du palais1 et mme1 si on perait cet difice1 elle traverserait la place ,dauphine et se terminerait la statue ,henri ,,iv4 ,on a dit1 ajoute le rapporteur1 qu'une compagnie se chargerait de cette entreprise qui ne cotera rien au gouvernement2 c'est cette compagnie s'assurer par un examen plus dtaill que nous ne pouvons le faire du montant des dpenses et de la valeur du produit4 ,les assembles provinciales s'adressaient aussi l',acadmie1 soit pour s'clairer sur des projets d'utilit publique1 soit pour autoriser de son jugement leur rsistance des dcisions qu'elles combattaient4 ,la matrise des eaux et forts de ,paris1 dans un intrt de salubrit1 avait interdit en #aghd le rouissage du chanvre dans tous les cours d'eau de l',ile de ,france et cr par l de grandes difficults aux agriculteurs4 ,l',acadmie1 consulte par l'assemble provinciale de l',ile de ,france1 blma formellement la mesure4 ,nous ne craignons pas de dire1 disent les commissaires ,lavoisier et ,daubenton1 que les changements apports aux anciens usages de la province nous paraissent avoir t ordonns prmaturment et avant que la question ait t suffisamment claircie4 ,nous pensons qu'il serait souhaiter que les choses fussent provisoirement remises l'tat o elles taient avant le #d avril #aghd4 ,en #agge dj1 la question avait t soumise une premire fois l',acadmie1 et le rapport trs-court de ,duhamel se terminait ainsi3 ,il vaut mieux faire l'aveu de son ignorance que de hasarder une opinion inconsidre4 ,les tats de ,bretagne s'adressrent plusieurs reprises l',acadmie des sciences et obtinrent d'elle des consultations importantes sur de grands projets soumis leur dlibration4 ,les mmoires de l',acadmie contiennent un rapport de ,coulomb sur un projet de canalisation de plusieurs rivires de ,bretagne4 ,l',acadmie fut aussi consulte sur l'endiguement des grves du mont ,saint-,michel2 mais1 faute de documents prcis1 elle refusa de se prononcer formellement4 ,on lui demanda enfin des instructions sur la meilleure manire d'arer la salle des tats ,rennes1 et les commissaires conseillrent de faire une ouverture au plafond en augmentant le tirage1 s'il tait ncessaire1 par le moyen d'un petit pole4 ,un des projets les plus importants soumis l',acadmie fut sans contredit celui de la translation de l',htel-,dieu et de la rorganisation des hpitaux de ,paris4 ,dj1 en #aghd1 une commission acadmique1 dans un rapport sur le rgime intrieur des prisons1 avait signal fortement l'tat horrible des infirmeries4 ,l',htel-,dieu pendant longtemps avait t charg des prisonniers malades2 mais leur translation tait un moyen souvent tent d'vasion1 et l'ordre fut donn de les soigner dans la prison mme1 o la place manquait aussi bien que les ressources les plus ncessaires4 ,au ,for-l'vque par exemple1 dans une chambre troite1 obscure et mal are1 seize malades parfois devaient se partager quatre lits4 ,les prisonniers pour dettes1 les pres dtenus faute de pouvoir payer les mois de nourrice de leurs enfants1 y gisaient cte cte avec les criminels de la pire espce4 ,l',htel-,dieu prsentait des tristesses non moins grandes et la mortalit y tait plus forte qu'en aucun autre hpital de l',europe4 ,l',acadmie1 consulte sur les rformes y introduire1 voulut runir toutes ses lumires pour donner sur une telle question un rapport digne d'elle et de sa renomme4 ,les plus illustres de ses membres1 ,lavoisier1 de ,jussieu1 ,bailly et ,laplace furent chargs1 avec le chirurgien ,tenon1 d'tudier le projet de translation4 ,les administrateurs de l',htel-,dieu1 sans allguer leurs motifs faciles deviner1 avaient refus non-seulement d'aider la commission acadmique1 mais de l'introduire dans les salles2 c'est sur le tmoignage de ,tenon que la commission rcite l'intolrable tat des choses4 ,non-seulement quatre malades1 mais six dans le mme lit2 les morts mls aux vivants1 les maladies contagieuses ou non soignes ple-mle et se compliquant les unes les autres2 la gale et la petite vrole svissant avec fureur1 et les malades emportant de l'hpital au lieu de gurison le nouveau mal qu'ils ont contract2 les fous profrant leurs cris jusqu' la porte de la salle des oprs2 des lits de paille pour ceux qui gtaient leurs matelas1 et l chaque matin exposs pendant plusieurs heures au contact des malades les plus dgotants1 les nouveaux arrivants que l'on ne sait o placer3 telle est une faible partie des misres qui1 dans le rapport de ,bailly dont la minutieuse prcision ne diminue ni l'clat ni la force1 tiennent d'un bout l'autre le lecteur dans une longue et pnible angoisse4 ,bailly se piquait fort de littrature1 mais la douloureuse loquence des faits le dispensait cette fois de tout artifice de style4 ,on l'a lou souvent de l'avoir compris en montrant la vrit dcouvert sans l'exagrer ni l'apprter2 il se laisse aller cependant dvelopper des preuves videmment superflues4 ,lorsqu'il a dit par exemple que douze cents lits reoivent trois mille malades1 chacun imagine ce que peuvent esprer de sommeil et de repos les infortuns qu'on y entasse2 que sert-il d'ajouter froidement3 ,qu'est-ce qu'un lit en gnral1 et surtout un lit de malade8 ,c'est un lieu de repos pour la nature souffrante et un moyen de sommeil pour la nature que les souffrances ont fatigue2 l'homme n'a qu'une manire de reposer son corps1 c'est de mettre tous les muscles destins au mouvement volontaire dans un tat de relchement2 un homme debout ne se repose pas1 parce que444 etc41 etc4 ,aprs avoir dit dans un autre passage l'effrayante mortalit des blesss et des femmes en couche1 il ajoute avec bien peu de dlicatesse de got et de sentiment3 ,l'tat a le plus grand intrt conserver les blesss et les mres dans la fleur de l'ge1 qui renouvellent la population4 ,quoi qu'il en soit le rapport de ,bailly1 cho fidle du cri des plus extrmes misres1 eut un immense retentissement2 le roi1 profondment mu par les rvlations de l',acadmie1 ne se pardonnait pas de les avoir si longtemps ignores4 ,une souscription1 ouverte sous ses auspices1 produisit aussitt plus de deux millions de livres2 mais il n'tait plus question d'amliorer1 il fallait dtruire et refaire ailleurs4 ,on avait dj1 disait ,tenon1 apport l',htel-,dieu toutes les amliorations possibles1 sauf la seule efficace qui et t de le jeter bas4 ,deux millions ne suffisaient pas une telle uvre1 et le gouvernement1 rduit bientt aux derniers expdients1 porta la main sur le dpt sacr qu'il avait implor lui-mme4 ,parmi toutes les fautes qui prparaient de si cruelles catastrophes celle-l sans contredit fut une des plus honteuses4 ,la ville de ,bordeaux1 instruite des tudes faites par l',acadmie des sciences1 lui soumit son tour les projets d'un nouvel ,htel-,dieu pour ses malades4 ,c'est une preuve1 disaient avec raison les commissaires1 de l'opinion avantageuse que l'on a des lumires de l',acadmie1 et elle les doit tous ceux qui les rclament4 ,l',acadmie1 en effet1 ne refusait personne ses jugements et ses conseils2 prs de dix mille rapports1 composs de #afii #agij1 se trouvent encore dans ses archives1 et c'est une grande preuve de discernement1 de savoir et d'activit1 que d'avoir pu ainsi1 pendant prs d'un sicle1 accrotre sans cesse la confiance de tous en la mritant de mieux en mieux4 ,,les ,,prix4 ,les prix1 rgulirement dcerns partir de l'anne #agba1 devaient accrotre l'autorit de l',acadmie et lui donner en quelque sorte une vie nouvelle en lui demandant des jugements plus solennels sur des travaux souvent considrables4 ,rouill de ,meslay1 conseiller au ,parlement1 avait lgu l',acadmie une rente de quatre mille livres1 au principal de cent mille livres1 constitue son profit par les prvts des marchands et chevins de la ville de ,paris1 condition que ,messieurs de l',acadmie des sciences proposeraient tous les ans un prix de la moiti de ladite somme pour tre donn par eux qui aurait le mieux russi par raison et non par loquence1 mais en quelque langue et style que ce soit1 au jugement de ,messieurs de l',acadmie1 partie d'icelle1 ou des commissaires par elle nomms1 sur un trait philosophique ou dissertation touchant ce qui contient1 soutient et fait mouvoir en son ordre les plantes et autres substances contenues dans l'univers1 le fond premier et principal de leurs productions et formations1 le principe de la lumire et du mouvement4 ,mes mditations1 ajoutait-il1 m'ont ce me semble1 conduit cette importante dcouverte et approch les yeux de mon entendement de la connaissance de l'ternel et premier tre4 ,mais n'ayant les talents de mettre au jour mes consquences1 je m'en remets aux savants1 et j'espre qu'en suivant ces recherches1 ils dvoileront des vrits autant essentielles que manifestes et qui augmenteront l'admiration qu'on doit ,dieu4 ,et sur l'autre moiti de ladite rente1 il en sera employ le quart pour les rtributions ou pices de ,,mm4 les juges1 l'autre quart ,m4 le secrtaire de l',acadmie1 pour les frais des annonces et publications et copies des traits qui seront faits1 et d'en fournir deux exemplaires du plus pris avec extrait des principaux3 un pour le chteau de ,meslay-le-,vidame1 aux seigneurs1 comtes et leurs successeurs2 l'autre pour les propritaires de ma maison rue du ,temple et de ,meslay1 ,paris1 y adresse4 ,en cas de remboursement de ladite rente1 l'emploi sera fait en fonds sujet aux mmes charges2 et si cela manquait d'tre excut pendant quelques annes1 le revenu accumul grossirait autant le prix et rtribution jusqu'au double et triple2 mais si quatre annes se passaient sans effet desdites conditions1 le contrat de cent mille livres1 ou le fonds qui lui aurait servi de remploi1 retournerait mes hritiers en ligne directe4 99 99 99 99 99 ,item1 je donne et lgue l',acadmie des sciences de ,paris la rente de mille livres1 au principal de vingt-cinq mille livres1 constitue mon profit par messieurs les marchands et chevins de la ville de ,paris1 condition que ,messieurs de l',acadmie proposeront tous les ans un prix de la moiti de ladite rente1 pour tre par eux donn tous les ans celui qui aura le mieux russi en une mthode courte et facile pour prendre plus exactement les hauteurs et degrs de longitude en mer et en les dcouvertes utiles la navigation et grands voyages4 ,et en cas que ces matires se trouvassent puises ou pousses leur perfection1 il sera propos de faire par cantons commencs au choix de ,messieurs de l',acadmie1 des cartes topographiques marquant le niveau des terrains et cours des eaux par rapport la mer mi-mare et lit ordinaire1 en sorte que ces cartes rassembles dans la suite des temps1 on puisse s'en servir pour les desseins de canaux et communications de navigation1 mnage et utilit de torrents perdus ou nuisibles1 et autres avantages que le bien public fait tenter1 dont les succs ou projets peuvent avoir besoin de ce principe des niveaux qui peuvent diriger le choix des entreprises4 ,le niveau des puits ou sources vives n'tant pas suffisant1 je substitue dans ce legs plusieurs sujets3 celui des longitudes m'a occup en vain1 par rapport la sphre cleste2 les constellations1 les hauteurs et les phnomnes paraissent les mmes pareilles heures1 sur toute la longitude1 quand on ne change pas de latitude4 ,les savants peuvent aller plus loin2 mais je me trompe fort si le hasard mis profit1 ne fournit plus pour cette dcouverte que l'astronomie ou rgles de mathmatiques4 ,peut-tre que ce globe donnera quelque aimant avec cette proprit4 ,j'avais cru qu'il se pourrait qu'un coq par exemple de ,portugal1 accoutum de chanter minuit1 ne chanterait en ,france qu' une heure du matin et quelques preuves de recherche me persuadaient de la diversit que je n'ai pu approfondir avec les expriences requises4 ,le fils de ,meslay1 plus soucieux de sa richesse que de l'honneur de sa famille1 osa rsister aux dernires volonts de son pre et disputer avec acharnement la part trop gnreusement faite par son testament des uvres bonnes et utiles4 ,l'exagration1 la singularit ou l'extravagance de certaines clauses furent injurieusement invoques comme preuves premptoires de l'insanit de son esprit4 ,le procs dura plusieurs annes4 ,je supplie la divine ,providence1 avait dit ,m4 de ,meslay1 qu'il me soit accord d'ordonner ou de disposer que d'une manire qui soit agrable sa divine sagesse et que je meure plutt que de faire aucune chose qui lui dplaise1 et je dsire ne respirer l'avenir que pour faire le bien et mon devoir4 ,plaise ,dieu que les douleurs longues et aigus dont je suis afflig depuis tant d'annes me soient utiles pour implorer l'effet de sa misricorde4 ,a ces lignes1 qui montrent tant d'ardeur pour le bien1 le fils de ,meslay ne trouvait rien redire1 mais la suite tait livre l'ironie de son avocat3 ,je veux1 avait crit ,meslay1 tre inhum sans bire ni crmonie1 ordonnant que tous les frais mortuaires et services seront faits l'instar des pauvres sauf le salaire d aux porteurs qu'on payera au quadruple de la taxe ordinaire4 ,une telle parcimonie tait-elle d'un homme sain d'esprit8 ,on allguait encore un grand nombre de libralits et legs peu considrables des domestiques1 fermiers ou pauvres du voisinage1 sous la condition qu'ils promettraient de s'abstenir de viande et de poisson pendant le reste de leur vie4 ,je regrette1 disait-il1 de n'avoir pas gard cette abstinence toute ma vie4 ,une condition aussi insense devait suffire1 disait-on1 pour invalider tout le testament4 ,mais l'avocat de ,m4 ,meslay fils insistait surtout sur le choix des questions indiques l',acadmie4 ,n'est-il pas absurde de demander une dissertation sur ce qui contient les plantes8 ,ce sont1 disait-il1 les espaces imaginaires sur lesquels ni l',acadmie ni personne ne sauraient rien nous apprendre4 ,la recherche des principes de la lumire et du mouvement lui semblait non moins ridicule1 c'est ,dieu1 disait-il1 et il dfiait l',acadmie d'en proposer une autre4 ,me ,chevalier plaidant pour l',acadmie ne le contestait pas3 ,dieu1 disait-il1 est la cause universelle de tout ce qui est2 c'est lui qui a fait la lumire1 mais est-il interdit pour cela de chercher s'en faire une ide plus claire et plus distincte8 ,l'espoir enfin d'estimer les longitudes l'aide du chant d'un coq attirait les sarcasmes et y prtait un peu2 mais ,me ,chevalier1 que rien ne dconcerte1 triomphe au contraire sur ce point en invoquant l'autorit imposante de ,descartes4 ,tout le monde sait1 disait-il1 que suivant les principes de la nouvelle philosophie tous les animaux sont des automates ou des machines dont la structure est d'autant plus parfaite que leur auteur surpasse infiniment tous les hommes dans la connaissance des vritables principes de la mcanique4 ,cela suppos1 si la structure de ce coq est telle qu'il doit chanter la mme heure qu'il chante dans le lieu o il est n1 dans quelque partie du monde qu'il soit transport1 on aurait dans ce cas1 cette montre ou pendule que l'on cherche avec tant de soin pour reconnatre en mer l'heure qu'il est au lieu de dpart4 ,le ,parlement1 plein de courtoisie pour l',acadmie1 la pria de s'expliquer sur les assertions de son adversaire pour en convenir ou en disconvenir4 ,l',acadmie se dclara1 avec beaucoup de raison1 prte proposer chaque anne les deux sujets demands par ,m4 ,meslay qui pouvaient tous deux donner lieu des dissertations utiles et intressantes4 ,le clbre axiome1 ab actu ad posse valet consequentia1 tait d'ailleurs une preuve convaincante4 ,les travaux de ,descartes1 de ,malebranche et de ,newton ne pouvaient tre le dernier effort de la philosophie2 pourquoi les dcouvertes de ces grands hommes ne seraient-elles pas imites ou accrues8 ,et quant au second legs relatif aux longitudes1 il suffisait de faire remarquer que depuis longtemps dj l',angleterre proposait #ejj1jjj fr41 la ,hollande presque autant1 et le rgent de ,france #ajj1jjj livres pour cette prcieuse dcouverte2 il faudrait donc1 si elle est impossible1 associer ces noms respectables aux visions et la bizarrerie que l'on osait imputer au testateur4 ,le procs dura quatre ans2 l',acadmie le gagna sur tous les points4 ,le ,parlement1 par une sentence immdiatement excutoire1 lui accorda le capital et les arrrages qui portrent le revenu total #f1jjj livres4 ,me ,chevalier n'accepta pour honoraires qu'un exemplaire des ouvrages publis par l',acadmie et le droit d'assister ses sances4 ,le ,parlement avait bien jug4 ,utile l',acadmie comme la science1 l'inspiration de ,m4 de ,meslay fut des plus heureuses2 le champ de recherches que les hritiers prsentaient comme troit et strile se trouva au contraire aussi vaste que fcond2 et quoique les paroles du fondateur ne portent pas toujours jusqu'o tend son esprit1 l',acadmie1 fidle sans explication force ses volonts videntes1 eut1 grce lui pendant plus d'un demi-sicle1 l'honneur de diriger les gomtres vers les plus grandes voies de la science en rcompensant d'admirables dcouvertes qu'elle avait souvent provoques4 ,le choix judicieux des questions proposes1 l'excellence des mmoires couronns et la juste clbrit des concurrents1 devaient accrotre1 avec l'tendue de son influence1 le renom de l',acadmie des sciences de ,paris4 ,entrant en commerce continu avec les savants les plus illustres de l',europe1 et montrant le sentier qu'ils consentaient suivre1 elle semblait marcher en quelque sorte devant eux1 et partager leur gloire en la proclamant4 ,ses dcisions un peu timides d'abord mais presque toujours reues dans la suite avec applaudissement1 devaient au dbut donner prise de svres critiques et causer bien des murmures4 ,nulle autorit en matire de science ne prvaut contre la vrit1 et les concurrents taient en droit de juger leurs juges4 ,on peut croire qu'ils n'y manqurent pas4 ,le dbut1 il faut en convenir1 ne fut pas heureux4 ,les concurrents devaient traiter du principe1 de la nature et de la communication du mouvement4 ,jean ,bernoulli concourut2 l',acadmie1 sans comprendre la porte de son excellent mmoire1 couronna le discours superficiel et insignifiant d'un ,m4 de ,crousas4 ,l'injustice tait flagrante1 ou plutt la mprise4 ,l',acadmie1 en effet1 ne possdait alors aucun gomtre de marque2 les mcaniciens1 plus habiles dans la pratique que dans la science spculative1 croyaient s'assurer sur les thories de ,descartes4 ,leur esprit1 proccup de ses assertions tranchantes et obscurci par ses erreurs respectes1 aurait eu beaucoup dsapprendre pour prononcer avec exactitude sur des principes qu'ils entendaient fort mal4 ,bernoulli1 irrit et bless1 protesta de toutes ses forces contre une dcision qu'il ne devait oublier ni pardonner4 ,il faut1 crivait-il ,mairan1 en parlant de son concurrent1 que son systme erron et contre la raison tombe de lui-mme4 ,cela tant1 dites-moi avec quelle justice peut-on avoir couronn son mmoire en le prfrant un autre1 o je dfie qui qu'il soit de montrer le moindre faux raisonnement4 ,n'est-ce pas favoriser l'erreur au prjudice de la vrit8 ,quelle honte6 ,qui est-ce qui voudra travailler dsormais sur vos questions1 s'il ne peut plus compter ni sur la clairvoyance ni sur l'quit de la plupart des commissaires8 ,sa colre1 vingt ans aprs1 dans une lettre ,euler1 s'exhale avec la mme nergie1 et sans se soucier du principe de la chose juge1 il se croirait fond revendiquer ses droits devant les successeurs des juges qui les ont mconnus4 ,aprs avoir dcern quatre prix1 l',acadmie rencontra un embarras imprvu3 une mesure financire1 qu'il est permis de nommer une banqueroute1 rduisit #c1gjj livres la rente de #f1jjj livres constitue par-devant notaire sur les revenus de la ville de ,paris1 et il s'leva une question difficile rsoudre2 l',acadmie ne pouvait plus satisfaire aux obligations formellement imposes par le testament de ,m4 de ,meslay4 ,quel usage devait-elle faire du revenu qui lui tait laiss8 ,le ,parlement consult1 sans dcliner sa comptence1 dclara s'en rapporter la sagesse de ,,mm4 les acadmiciens1 dont les avis furent fort partags4 ,fallait-il rduire proportionnellement la somme alloue pour chaque prix ou diminuer le nombre des rcompenses8 ,l'abandon des pices attribus aux juges aurait tout arrang1 mais l'ide n'en vint alors l'esprit de personne4 ,il fut dcid1 aprs longues discussions1 que l',acadmie dcernerait chaque anne1 et alternativement1 un prix de #b1ejj livres sur une question relative au systme gnral du monde1 et l'autre de #b1jjj sur un sujet touchant la navigation4 ,les savants les plus illustres trouvaient alors ces rcompenses fort considrables et les disputaient avec ardeur4 ,les familles d',euler et de ,bernoulli se partagrent prs de la moiti des prix dcerns par l'ancienne ,acadmie4 ,lagrange1 qui leur succda1 fut couronn pour trois de ses plus beaux mmoires de mcanique cleste4 ,l'orgueilleux ,jean ,bernoulli lui-mme rentra souvent dans la lice2 il tait fort sensible la gloire2 mais vous savez1 crivait-il ,mairan1 qu'il faut quelque chose de plus solide pour faire bouillir la marmite4 ,aussi1 lorsqu'il recevait le prix1 ne ngligeait-il aucun soin pour recevoir la somme due par la voie la plus avantageuse4 ,depuis ma dernire lettre1 crit-il ,mairan 7#bg mai #agcd71 nous attendions toujours1 moi et mon fils1 d'apprendre la proclamation de nos pices victorieuses1 avant que de disposer de la somme du prix4 ,nous voyons prsentement par l'honneur de la vtre1 du #ai mai1 que la proclamation se fit la rentre publique1 suivant la coutume1 quoique nous ne sachions pas encore si elle a t annonce au public dans la ,gazette de ,paris1 comme cela se pratiquait les autres fois1 ce qui m'apprenait d'abord le nom de celui qui avait remport le prix par l'extrait que l'on faisait toujours de votre ,gazette mettre dans la ntre4 ,quoi qu'il en soit1 il n'y a rien de perdu1 la somme qui nous a t adjuge tant en bonne sret1 soit chez vous1 soit encore chez le trsorier4 ,nous croyons aussi que mon seul rcpiss que je vous ai envoy suffira pour toute la somme1 mais il en faudra parler ,m4 de ,maupertuis1 qui mon fils crivit la semaine passe pour lui donner plein pouvoir de retirer sa part afin que ,m4 de ,maupertuis puisse se rembourser d'une petite dette que mon fils lui doit4 ,le reste et ma portion ensemble pourraient nous tre remis par une lettre de change qui serait tire sur un banquier d',amsterdam et que nous pourrions ngocier ici avec plus d'avantage que si elle s'adressait immdiatement quelque marchand ou banquier d'ici4 ,tout en veillant de son mieux ses intrts1 ,bernoulli mettait l'honneur du succs un plus haut prix encore4 ,je vous avoue1 dit-il1 que l'vnement du prix chu moi et mon fils nous est infiniment glorieux1 aussi est-ce l'honneur que nous estimons beaucoup plus que l'intrt pcuniaire1 quelque considrable qu'il soit4 ,c'est pour cette raison que nous dsirons savoir si cet vnement a t rendu public dans votre ,gazette1 suivant la coutume4 ,l',acadmie dut l'institution de ses prix l'honneur de jouer un grand rle dans l'histoire du clbre problme des longitudes4 ,presque tous les gouvernements de l',europe avaient depuis longtemps1 par des promesses considrables1 dirig les recherches des inventeurs vers ce difficile et important problme4 ,philippe ,,iii d',espagne avait promis #ajj1jjj cus2 les tats de ,hollande #ajj1jjj florins1 et l',angleterre #bj1jjj livres sterling qui pourrait dterminer la longitude en mer avec l'exactitude ncessaire aux marins2 une somme de #b1jjj livres 7#ej1jjj fr47 tait mise en mme temps la disposition de la ,commission permanente charge de juger les inventions de toute sorte que l'espoir d'une telle rcompense faisait natre presque chaque jour4 ,l'emploi du loch et de la boussole lude la question et ne la rsout pas2 il consiste dterminer d'heure en heure la position du navire par la grandeur et la direction du chemin parcouru4 ,un flotteur nomm loch est dans ce but jet la mer1 et l'on suppose qu'il y reste immobile2 l'cart du navire pendant trente secondes tant alors multipli par #abj est considr comme le chemin parcouru pendant une heure dans la direction indique par la boussole4 ,les erreurs d'une telle mthode peuvent dans une courte traverse s'lever plusieurs degrs4 ,l'heure tant la mme sur tous les points d'un mme mridien1 il suffirait pour connatre la longitude d'obtenir1 directement ou indirectement1 l'heure exacte du lieu d'o l'on est parti2 mais si l'on songe que quatre minutes d'erreur correspondent un degr1 c'est l en pratique une trs-grande difficult2 construire une horloge qui1 aprs plusieurs mois de traverse1 ne laisse pas craindre d'erreur de cet ordre1 semblait au ,,xviie sicle une entreprise impossible1 et ,jean-,baptiste ,morin1 qui le premier proposa une solution raisonnable du problme1 doutait qu'une crature mcanique1 ft-elle l'uvre du diable1 pt atteindre une telle prcision idvero1 dit-il1 an ipsi dmonio possibile sit1 nescio4 ,professeur d'astronomie au ,collge de ,france1 ,morin1 quoique inventif et hardi1 repoussait le systme de ,copernic1 contre lequel1 en #afdc1 l'anne mme de la mort de ,galile1 il publiait sous ce titre triomphant3 ,al telluris fract1 une dissertation devenue fort rare4 ,morin de plus tait astrologue1 et1 s'il faut en croire ses disciples1 souvent heureux dans ses prdictions4 ,quoi qu'il en soit1 on lui doit une ide excellente et pleine d'avenir4 ,les horloges ne pouvant donner l'heure exacte et certaine1 c'est aux astres qu'il la demande1 et sans recourir1 comme ,galile1 aux mouvements mal connus des satellites invisibles de ,jupiter1 il rsout le problme en observant la distance de la lune aux toiles voisines4 ,malgr le rapport dfavorable de la commission nomme qui dclarait avec raison la mthode impraticable dans l'tat actuel de la science1 une pension plus que triple de ses appointements au collge royal1 rcompensa justement l'excellente ide de ,morin4 ,le clbre gologue et thologien ,whiston proposa au contraire un projet absolument ridicule dont on fit grand bruit cependant2 il fut l'occasion de la rcompense si considrable promise par le ,parlement britannique1 et que plusieurs commissions examinrent trs-minutieusement4 ,whiston proposait simplement de placer sur les routes que peuvent tenir les vaisseaux une srie de navires attachs par leurs ancres1 sorte d'les flottantes de position fixe et connue1 sur chacune desquelles1 minuit prcis1 heure de ,londres1 on lancerait chaque jour une fuse qui1 en clatant #f1jjj pieds de hauteur1 montrerait l'heure exacte ou la ferait entendre plusieurs centaines de milles la ronde4 ,on fit aussi beaucoup de bruit1 en ,france1 d'une mthode propose ,louis ,,xiv par un aventurier sudois nomm ,reussner ,neystadt4 ,l'inventeur ne voulait la livrer qu'en change d'une riche rcompense4 ,il consentit nanmoins en expliquer le principe devant une commission dans laquelle sigeaient1 sous la prsidence de ,colbert1 ,huyghens1 ,duquesne1 de ,carcavy1 ,roberval1 ,picard et ,auzout4 ,les explications fort confuses de ,reussner taient donnes en allemand et traduites immdiatement par ,huyghens qui1 dans la commission1 pouvait seul les entendre4 ,l'approbation de son projet devait faire accorder ,reussner une somme de #fj1jjj livres laquelle se serait ajout perptuit un droit de quatre sols par tonneau pour chaque voyage des vaissaux qui emploieraient sa mthode4 ,mais le projet1 qu'il est inutile de rapporter ici1 se trouva impraticable et fond sur des principes inexacts2 les commissaires furent unanimes le rejeter4 ,henri ,sully1 clbre horloger tabli en ,france1 prsenta en #agbd l',acadmie1 une horloge marine qui ne donna pas de bons rsultats2 cette manire d'aborder la question sembla cependant reprendre faveur1 et plusieurs artistes habiles s'illustrrent en s'y appliquant4 ,sully1 dcourag1 paraissait cependant passer condamnation4 ,puisque1 dit-il1 le pendule lui-mme a manqu de russir pour donner avec certitude la connaissance des longitudes en mer et cela seulement cause des changements auxquels les mtaux sont sujets par la chaleur1 le froid1 les autres causes physiques1 par l'ingalit de la force lastique1 par l'ingalit de l'action de la pesanteur des corps et par les mouvements violents des vaisseaux sur la mer1 quelle apparence y a-t-il qu'on trouve jamais de remde tous ces inconvnients8 ,peut-on changer la nature des corps8 ,un simple charpentier anglais1 ,jean ,harrison1 merveilleusement dou du gnie de la mcanique1 entreprit son tour de mriter la riche rcompense promise par le parlement4 ,ses premiers essais datent de #agbf4 ,il parvint cette poque construire deux pendules dont l'cart n'tait pas d'une seconde en un mois4 ,en #agcf1 une horloge prsente par lui supporta sans drangement un voyage ,lisbonne4 ,la ,socit royale de ,londres lui accorda en #agcg la mdaille de ,copley qui1 chaque anne depuis cent cinquante ans1 rcompense l'uvre scientifique juge par elle la plus remarquable et la plus mritante4 ,vingt-cinq ans plus tard1 en #agfb1 ,harrison1 avanant toujours dans la mme voie1 soumettait l'amiraut anglaise une horloge prouve par deux voyages successifs la ,jamaque2 elle fut dclare fort utile et lui valut une rcompense de #b1ejj livres 7#fe1jjj francs74 ,le succs1 sans tre jug complet et dfinitif1 produisit une grande sensation4 ,le #af avril #agfc1 ,m4 ,saint-,florentin communiquait l',acadmie des sciences la lettre suivante1 crite ,m4 de ,choiseul par l'ambassadeur de ,france en ,angleterre4 ,je crois devoir avoir l'honneur de vous informer qu'un ,anglais1 nomm ,harrison1 a trouv un instrument propre1 ce qu'on croit par sa justesse1 fixer la longitude4 ,c'est une espce de pendule qui1 dans le voyage de la ,jamaque1 l'aller et le retour pris ensemble1 n'a souffert qu'une minute cinquante-quatre secondes de variation4 ,cette machine va tre examine publiquement et en mme temps on donnera environ #ajj1jjj francs l'auteur4 ,ces #ajj1jjj francs seront -compte du prix total promis la dcouverte des longitudes1 et la somme entire du ,prmium ne sera adjuge au sieur ,harrison qu'aprs une nouvelle preuve dans un voyage aux les qu'il fera encore cet t4 ,les savants ou artistes qui voudraient assister l'examen de l'instrument devront donner incessamment leurs noms pour tre enregistrs et doivent se rendre ici de leur personne4 ,on m'a charg de vous demander si vous voudriez envoyer ici un ,franais pour tre tmoin et partie de l'examen1 et on m'a dit qu'il faudrait que ce ft un habile et savant horloger comme sans doute nous en avons4 ,l',acadmie1 en confiant cette mission l'un de ses membres1 eut le bon esprit de lui adjoindre ,ferdinand ,berthoud2 c'tait pour l'illustre horloger franais l'invitation la plus pressante galer1 surpasser peut-tre un jour l'uvre excellente qu'il tait capable de juger et digne d'admirer sans rserve4 ,malheureusement ,harrison1 mcontent de ses juges1 refusa de montrer les dtails de son horloge1 et le voyage fut inutile ,berthoud4 ,les commissaires1 presque tous astronomes1 tout en jugeant l'horloge d',harrison excellente et utile1 refusrent de la dclarer parfaitement sre4 ,les observations de la lune restaient indispensables suivant eux pour corriger les bizarres ingalits qui surviennent parfois dans les meilleurs instruments4 ,l'horloge n'obtint donc que la moiti de la rcompense promise1 et ,mayer de ,gottingue reut pour ses tables de la lune la plus grande partie de l'autre moiti4 ,c'est dix ans plus tard seulement1 qu'un nouvel acte du parlement complta pour ,harrison la rcompense de #bj1jjj livres2 il tait g de soixante-dix ans4 ,l',acadmie des sciences1 qui bien des fois dj1 par le programme de ses prix1 avait rappel l'attention des savants le problme des longitudes1 proposa de nouveau1 en #agfe1 la recherche du meilleur moyen de dterminer la longitude en mer4 ,le succs d',harrison et la connaissance sommaire de ses procds avaient dj encourag et stimul le zle de ,berthoud qui1 s'adressant directement au ministre de la marine1 lui avait propos plusieurs horloges dont sa grande renomme exigeait un srieux examen4 ,le ministre organisa une expdition dont le plan trac par les officiers de marine fut approuv par l',acadmie4 ,mais elle avait en mme temps juger les pices du concours auquel ,berthoud refusait de prendre part3 par l'organe de son prsident le marquis de ,courtanvaux1 elle demanda au ministre la disposition d'un btiment pour y faire ses tudes4 ,m4 de ,saint-,florentin rpondit1 comme on aurait pu s'y attendre1 qu'un btiment tant frt pour prouver les horloges de ,m4 ,berthoud1 il tait trs-facile d'y embarquer celles des concurrents1 et que ,,mm4 les acadmiciens qui voudraient les accompagner trouveraient bord toutes les facilits et tous les gards dsirables4 ,peu satisfait de cette rponse1 ,m4 de ,courtanvaux1 prsident de l',acadmie1 se dcida faire construire ses frais une corvette approprie par son peu de tirant d'eau aux nombreuses relches qu'il conviendrait de faire1 et1 prenant ,pingr son bord1 il partit du ,havre le #ad mai #agfg1 emportant deux montres prsentes au concours par ,p4 ,leroy1 qui voulut les suivre lui-mme et faire partie de l'expdition4 ,craignant que l'exactitude vrifie au retour ne rsultt d'une compensation d'erreurs1 il plaa sur son itinraire un grand nombre de points dont la longitude bien connue devait fournir des vrifications4 ,comme il s'agissait d'prouver les montres1 non de s'en servir1 elles furent places dans le lieu le plus dfavorable1 c'est--dire le plus agit du navire4 ,les deux montres ralisrent les promesses de ,leroy2 l'une d'elles1 il est vrai1 avait vari de #b1 #cd dans les trente-cinq premiers jours1 mais rgles de nouveau ,amsterdam1 la premire varia de #cf seulement1 et l'autre de #g pendant quarante-huit jours de traverse4 ,elles furent juges dignes du prix1 et ,leroy le reut dans la sance publique de #agfi4 ,berthoud n'avait pas concouru1 mais sur le rapport trs-favorable des commissaires nomms par le ministre1 il obtint une pension de #c1jjj livres avec le titre d'horloger de la ,marine et d'inspecteur de ses horloges4 ,l',acadmie1 malgr la perfection des pices prsentes par ,leroy1 ne regardait pas le problme comme dfinitivement rsolu1 et malgr les justes louanges qu'il lui accorda1 son rapporteur l'engageait mieux faire encore4 ,la mme question fut propose en #agga et le prix n'tant pas dcern fut doubl et remis #aggc4 ,cette fois1 pour prouver les montres prsentes au concours1 le ministre mit la disposition de l',acadmie une frgate commande par ,m4 de ,verdun et sur laquelle ,borda1 lieutenant de vaisseau et membre lui-mme de l',acadmie1 s'embarqua avec l'infatigable et dvou ,pingr4 ,outre les montres des concurrents1 les commissaires emportaient celles de ,berthoud qui1 tout en continuant refuser le concours se prtait loyalement la comparaison4 ,on se rendit successivement sur la cte d',afrique1 aux ,antilles1 ,terre-,neuve1 en ,islande et en ,danemark4 ,la longitude fournie par les montres fut compare chaque station avec les rsultats astronomiques les plus prcis4 ,les montres de ,leroy et celles de ,berthoud justifirent cette fois encore toute la rputation de leurs auteurs3 malgr le froid de l',islande1 la chaleur de la cte d',afrique et les agitations de la mer1 on n'obtint qu'un demi-degr d'erreur en moyenne pour six semaines de traverse4 ,le prix fut une seconde fois dcern ,leroy4 ,ces horloges n'taient pas portatives1 et c'tait un grave inconvnient2 souvent mme les pices les plus parfaites taient gtes pendant le transport au navire4 ,l',acadmie1 toujours proccupe des progrs de l'horlogerie1 appela une fois encore sur ce sujet l'attention des savants et des artistes4 ,le dernier programme de prix1 publi par elle en #agic1 tait ainsi conu3 ,le prix sera dcern la meilleure montre de poche propre dterminer les longitudes en mer1 en observant que les divisions indiquent les parties dcimales du jour1 le jour tant divis en dix heures1 l'heure en cent minutes1 et la minute en cent secondes4 ,le prix devait tre dcern en #agie1 mais l',acadmie n'existait plus alors et le concours se trouva annul4 ,la premire classe de l',institut l'ouvrit de nouveau et couronna le neveu de ,berthoud4 ,m4 de ,meslay eut des imitateurs4 ,montyon d'abord1 en cachant son nom qui devait tre tant de fois rpt depuis1 fit don l',acadmie en #aggi1 d'une rente de #a1jhj livres1 pour rcompenser chaque anne un mmoire soutenu d'expriences tendant simplifier les procds de quelque art mcanique4 ,montigny1 mort en #aghb1 lgua une rente de #fjj livres1 destine tablir un prix annuel dont l'objet serait de quelque art dpendant de la chimie4 ,l'abb ,raynal enfin1 clbre1 disent les programmes de #agij #agic1 par ses ouvrages1 par son patriotisme et par son zle pour les droits et le bonheur des hommes1 fit don l',acadmie d'une rente de #a1bjj livres1 pour fonder un prix dont le sujet tait laiss son choix4 ,l',acadmie elle-mme renonant en #aggg1 sur la proposition de d',alembert1 aux honoraires allous pour le jugement des prix1 les consacra fonder un prix d'histoire naturelle qui1 sous le nom de prix de physique1 devait tre dcern tous les deux ans4 ,m4 d',alembert a lu l'crit suivant3 ,l',acadmie nous ayant fait l'honneur de nous nommer commissaires du prix1 ,,mm4 ,cassini1 ,lemonnier1 de ,condorcet1 l'abb ,bossut et moi1 nous avons une proposition lui faire que nous dsirons fort de voir accepte1 parce qu'elle a pour objet le bien et le progrs des sciences4 ,les cinq commissaires du prix ont1 comme on sait1 un honoraire trs-modique pour chacun d'eux1 puisqu'il n'est que de #abe francs une anne et de #age francs l'autre2 ces honoraires runis forment en deux ans une somme de #a1ejj francs2 nous proposons de nous dsister de ce trs-modique honoraire et nous invitons nos confrres1 qui sans doute penseront comme nous1 s'en dsister de mme pour l'avenir2 il suffirait pour cela que chaque acadmicien voult bien y renoncer ds ce moment1 ou peut-tre mme qu'il n'y et sur cet objet aucune rclamation1 comme nous avons lieu de le croire4 ,en ce cas1 nous proposons d'employer tous les deux ans la somme de #a1ejj francs1 qui proviendrait de cette renonciation1 un prix de physique qui serait propos par l',acadmie4 ,nous disons un prix de physique1 parce que le sujet du prix annuel ordinaire tant presque toujours de mathmatiques ou physico-mathmatique1 les classes de physique de l',acadmie1 c'est--dire les trois classes d'anatomie1 de chimie et de botanique partageraient avec les classes de mathmatiques l'avantage d'avoir aussi un sujet de prix proposer qui pourrait aussi avoir pour objet ces diffrentes sciences4 ,un autre somme1 qui est aussi de #a1ejj francs en deux ans1 est affecte au secrtariat de l',acadmie par l'institution du prix4 ,cette somme a t accorde ,m4 de ,fouchy1 comme un ddommagement ncessaire des sacrifices qu'il a faits par sa retraite et comme la rcompense trs-juste de ses services4 ,m4 le marquis de ,condorcet1 secrtaire actuel1 dclare qu'il renonce ds prsent au droit qu'il pourrait avoir un jour sur cette somme1 qui servirait alors augmenter ou doubler ce prix que nous proposons4 ,sans tre aussi vers que ,condorcet dans la thorie des probabilits1 chacun pouvait comprendre que l'importance de sa renonciation dpendait de la vie probable du vieux ,grand-,jean ,fouchy1 et il et t de meilleur got de ne pas provoquer aussi nettement en faire le calcul4 ,les propositions cependant furent adoptes l'unanimit4 ,indpendamment de ces institutions rgulires1 l',acadmie reut plusieurs reprises1 tant des particuliers que du gouvernement1 des sommes parfois considrables destines encourager l'tude d'une question dsigne4 ,sans rechercher exactement toutes celles qui furent successivement offertes et acceptes1 citons seulement quelques-unes des donations les plus remarquables3 ,d',alembert1 en #ageh1 apporta l',acadmie1 de la part d'un donateur anonyme1 une somme de #ejj livres destine l'auteur du meilleur travail sur la fabrication du verre1 dont la savante compagnie tait prie d'accepter le jugement1 afin que l'honneur de recevoir le prix de ses mains lui donnt une valeur capable d'exciter les bons esprits le mriter4 ,dj1 sans se nommer1 un membre de l',acadmie avait propos un prix de #a1bjj livres qui trouverait le moyen de fabriquer srement des pices de flint-glass sans dfaut1 propres la construction des lentilles achromatiques4 ,en #agff1 un citoyen zl pour l'utilit publique consigna au trsorier de l',acadmie une somme de #a1jjj livres1 qui fut double l'anne suivante1 pour l'auteur du meilleur travail sur la manire d'clairer une grande ville pendant la nuit4 ,le prix fut partag entre trois concurrents3 ,lavoisier1 dont le mmoire a t rcemment publi1 concourut et obtint une mdaille d'or4 ,l',acadmie1 fidle observatrice des conditions du concours1 laissa les noms des autres concurrents sous les plis cachets qui les renferment encore aujourd'hui4 ,plusieurs particuliers de la ville d',amiens proposrent1 en #aggf1 un prix de #a1bjj livres pour l'auteur du meilleur ouvrage sur la teinture4 ,l',acadmie1 jugeant sagement la question trop tendue1 n'accepta la mission qu'en rduisant le programme l'tude et l'analyse de l'indigo4 ,le sujet propos fut une autre fois compltement refus par l',acadmie4 ,le prix de #ejj livres1 dont ,la ,condamine avait voulu faire les frais1 roulait sur deux questions proposes et publies l'avance par les journaux1 sans que l',acadmie et t consulte2 l'une d'elles tait purile et fut cause du refus4 ,on demande1 disait le programme1 les vritables causes des diffrences qu'on observe dans les diverses espces d'animaux entre les mles et les femelles1 surtout par rapport au poil et la plume parmi les quadrupdes et les oiseaux4 ,mais la seconde question1 rellement belle et importante1 pouvait hter les progrs de la science et faire honneur l',acadmie4 ,le roi lui-mme1 plusieurs reprises1 fit paratre son estime pour l',acadmie1 en la chargeant de dcerner des prix considrables sur des questions dont la solution importait au bien public4 ,citons entre beaucoup d'autres3 ,un prix de #b1djj livres1 propos en #aggd1 pour tre dcern l'artiste qui prsentera les instruments mathmatiques les plus parfaits4 ,un prix de #ab1jjj livres1 partager ingalement entre ceux des concurrents qui auront propos la meilleure manire de rtablir ou de perfectionner la machine de ,marly4 ,un prix de #d1jjj livres1 port #h1jjj1 puis #ab1jjj1 qui trouvera le moyen d'accrotre1 en ,france1 la rcolte du salptre1 et de dispenser surtout des recherches que les salptriers ont le droit de faire dans les caves des particuliers4 ,de telles rcompenses1 considrables pour l'poque1 accroissaient l'importance de l',acadmie qui1 prudente et digne en toute circonstance1 sut1 par sa constante impartialit1 ajouter la valeur de ses prix l'honneur envi de tous d'tre distingu par elle4 ,,ii4 ,,les ,,acad,,miciens4 ,,les ,,secr,,taires ,,perp,,tuels4 ,le premier secrtaire de l',acadmie fut un modeste et savant ecclsiastique choisi par ,colbert cause de sa belle latinit et habile exposer les opinions rcentes ou anciennes qu'il aimait connatre plus encore qu' juger4 ,le rle de ,duhamel dans l',acadmie fut presque born la rdaction des procs-verbaux rsums vers la fin de sa vie sous le titre de ,regi scienciarum ,academi ,historia dans un ouvrage intressant qu'une traduction lgante de ,fontenelle devait bientt condamner l'oubli4 ,lorsque l'organisation nouvelle de l',acadmie lui imposa le devoir de la reprsenter chaque anne dans les sances publiques et solennelles1 ,duhamel se hta de rsigner ses fonctions celui que depuis longtemps dj il avait choisi pour aide et pour successeur4 ,duhamel a donn ,fontenelle l',acadmie1 c'est un titre sa reconnaissance4 ,prolixe et disert sans tre fcond1 ,duhamel a crit un grand nombre de volumes que l'historien des sciences1 aussi bien que celui de la philosophie1 peut sans injustice passer sous silence4 ,duhamel1 en effet1 expose les ides d'autrui1 non les siennes2 sur aucun sujet il n'a t inventeur ou novateur1 mais il avait beaucoup lu et bien lu4 ,soigneux de s'enqurir de toutes les opinions1 il analyse les sentiments de chaque philosophe1 et sans se soumettre aucune cole1 les apprcie toujours avec libert1 parfois avec bon sens4 ,aristote est le guide qu'il prfre1 il ne s'en cache pas1 mais il admet le progrs4 ,galile1 ,descartes et ,bacon sont cits plus d'une fois avec ses savants confrres de l',acadmie1 ,huyghens1 ,cassini et ,mariotte1 dans son livre un instant clbre3 ,philosophia vetus et nova4 ,lorsque le matre de philosophie numre ,m4 ,jourdain les trois oprations de l'esprit3 la premire1 la seconde et la troisime1 en lui apprenant que la premire est de bien concevoir1 la seconde de bien juger par le moyen des catgories et la troisime de bien tirer les consquences par le moyen des figures1 c'est le trait de ,duhamel qu'il commence lui enseigner4 ,de telles distinctions ne sont plus pour nous qu'un vain et ridicule jeu de paroles2 on y voit cependant avec intrt de quelles entraves1 quarante ans aprs la mort de ,descartes1 l'esprit humain restait embarrass1 et l'on en salue avec plus de respect encore la mthode rellement scientifique1 qui ds le dbut dirige invariablement les recherches1 mme les moins heureuses1 de l'acadmie nouvelle4 ,le livre de ,duhamel dict pendant longtemps dans les coles tait lui-mme un grand progrs sur la dialectique du moyen ge4 ,les questions y sont poses avec clart2 l'exprience1 quand elle intervient1 est accepte comme un juge sans appel1 et jamais un texte n'y est oppos une raison4 ,non content d'tudier les phnomnes1 ,duhamel veut malheureusement en pntrer le premier principe1 et au milieu des rveries qui y occupent la plus grande place1 la science vritable1 dans son livre1 semble touffe et cache la fois au mtaphysicien peu curieux des faits qu'il accorde avec tous les systmes1 et au lecteur moderne1 impatient des vagues subtilits qui en semblent insparables4 ,deux fois par an le secrtaire de l',acadmie devait1 dans une sance publique1 prononcer l'loge des acadmiciens morts depuis la dernire runion4 ,les loges furent composs d'abord par ,fontenelle avec un inimitable talent et une exactitude relative1 qui1 malgr quelques concessions aux convenances et aux ncessits du genre1 a rarement t surpasse dans les crits analogues4 ,fontenelle ne fut jamais fort savant4 ,neveu des deux ,corneille1 dont sa mre tait sur1 il voulut d'abord imiter ses oncles et composer des tragdies dont l'insuccs fut complet2 son esprit juste et sans passion comprit la leon et s'y rsigna2 jamais auteur en effet ne sembla moins n pour la scne tragique4 ,les lettrs se passionnaient alors pour ou contre la supriorit des anciens sur les modernes4 ,fontenelle1 dans un ouvrage o il faisait parler quelques morts illustres de l'antiquit1 se rangea sans grand bruit1 mais trs-clairement pourtant1 dans le camp de leurs adversaires4 sope s'adressant ,homre lui reproche l'invraisemblance de ses pomes et reoit cette rponse singulirement place dans la bouche du plus vrai des potes3 ,vous vous imaginez que l'esprit humain ne cherche que le vrai2 dtrompez-vous1 l'esprit humain et le faux sympathisent extrmement4 ,le nom que ses premiers essais lui avaient acquis fut grandi jusqu' la clbrit par l'ouvrage rest justement classique qu'il publia deux ans aprs sur la ,pluralit des mondes4 ,malgr les hrsies scientifiques que doit ncessairement contenir l'uvre astronomique d'un disciple de ,descartes1 cet ouvrage donne dans un style excellent1 avec l'ingnieuse finesse dont le nom de ,fontenelle veille le souvenir1 une exposition trs-exacte et trs-claire des traits les plus saillants du systme du monde4 ,le spirituel causeur1 fort l'aise d'ailleurs avec la science1 rve souvent plus encore qu'il n'enseigne4 ,il ne faut rserver1 dit-il1 qu'une moiti de son esprit aux choses de cette espce et en rserver une autre moiti libre o le contraire puisse tre admis4 ,tel est1 en effet1 l'tat dans lequel les uvres scientifiques qu'il devait exposer plus tard laissrent constamment l'esprit de ,fontenelle4 ,croyant tout incertain1 il croit tout possible4 ,sous la modestie du savant qui sait ce qu'il ignore1 suspend son jugement et ne craint pas d'en faire l'aveu1 on voit percer le secret orgueil du philosophe qui marque son indpendance4 ,toujours clair et jamais lumineux1 ses affirmations1 quand il ose en faire1 ne sont ni vives ni pressantes2 il ne connat pas l'enthousiasme et loue presque du mme ton l'excellent et le mdiocre2 non qu'il cherche grandir outre mesure les petites choses1 mais il ne prise pas toujours assez haut les grandes1 et l'ternel sourire qu'il promne avec grce sur la science s'adresse moins aux grandes vrits qu'il contemple1 qu'aux fines penses dont elles sont l'occasion et aux ingnieux rapprochements qu'il croit1 force d'art1 rendre naturels et simples4 ,sceptique d'ailleurs avec parti pris1 sous la force des plus grands gnies1 il se plat montrer la faiblesse de l'esprit humain1 et s'il lui arrive de dire d'une thorie3 cela est quelque chose de plus que vraisemblable1 il atteint ces jours-l la limite de son dogmatisme4 ,fontenelle1 dans ses loges1 semble s'imposer la loi de n'tre ni profond ni sublime2 son me1 qui ne s'chauffe jamais1 n'a pas pour cela grand effort faire1 et sans s'tonner des plus grandes conqutes de la science1 il les raconte du mme ton dgag dont il expose les systmes les plus arbitraires4 ,ami des tudes faciles il cache habilement qu'il en existe d'autres2 il montre ceux qu'il peint plus dignes d'estime que d'admiration1 en en faisant d'honntes gens qu'il rduit leur juste grandeur et non des hros inimitables et plus grands que nature4 ,sa voix qui ne s'enfle jamais s'lve quelquefois1 mais un doute finement exprim ou une locution familire font alors reparatre bien vite son accent habituel4 ,on a le droit de se demander si ,fontenelle a toujours eu la pleine comprhension des dcouvertes qui1 sous sa plume1 semblent si simples1 et s'il a pntr jusqu'au fond des thories si varies qu'il effleure avec tant d'aisance4 ,aprs avoir relu ses loges et une grande partie des mmoires qu'il y loue1 j'oserai sur ce point dire franchement mon opinion3 ,fontenelle sans tout savoir pouvait tout comprendre4 ,il connaissait1 sans s'y soumettre toujours1 les rgles d'un raisonnement exact et svre4 ,interprte de tous ses confrres1 il entend la langue de chacun et sait la parler avec esprit4 ,il peut soulever1 sans tre accabl sous leur poids1 les thories les plus leves1 et suivre jusqu'au bout1 dans un srieux examen1 l'enchanement des dductions les plus subtiles2 mais une telle application n'tait ni dans ses gots ni dans ses habitudes1 et l'on peut1 dans ses loges1 relever plus d'une page o son style1 habituellement si prcis et si juste1 devient inexact et obscur sans tre jamais nglig1 en trahissant plus encore le vague et la confusion des ides que l'incertitude et la rserve de l'esprit4 ,si ,fontenelle d'ailleurs pouvait comprendre toutes les dcouvertes1 sa science n'tait pas assez assure pour en embrasser toute l'tendue1 tirer de son fonds un jugement sur leur importance1 peser dans une juste balance le vrai et le faux d'une thorie1 et prononcer avec discernement sur le degr de vraisemblance d'un systme4 ,une telle entreprise1 tendue l'immense varit des sujets qu'il aborde1 serait d'ailleurs trop prilleuse mme pour les plus habiles1 et elle n'tait pas dans son rle4 ,fontenelle n'eut donc pas dans la science assez d'autorit personnelle pour y prendre le rle d'historien et de juge4 ,il en a t l'incomparable nouvelliste4 ,nul mieux que lui n'a su indiquer les vrits scientifiques sans les expliquer mthodiquement1 et en les rendant accessibles tous il a grandement contribu la clbrit sinon la gloire de l',acadmie4 ,prtant aux travaux de ses confrres la finesse de ses aperus et la vivacit ingnieuse de son style1 il a su dans leurs portraits qui sont des chefs-d'uvre1 plus encore que dans l'analyse de leurs dcouvertes1 donner aux plus humbles et aux plus obscurs une clbrit imprvue et durable1 et le juste et srieux hommage qu'il rend au vrai mrite fait aimer et respecter tout la fois les savants et la science1 car l'admiration s'accepte aisment de la bouche d'un homme de tant d'esprit1 qui ne l'impose jamais et la tempre par de si fins sourires4 ,le style ingnieux de ,fontenelle se retrouve avec toute son lgance dans les analyses annuelles des travaux de l',acadmie1 jusqu'en #agci4 ,mairan lui succda dans cette charge de premier ministre de la philosophie1 comme l'appelait ,voltaire1 qui la dsira un instant et l'aurait porte sans fatigue4 ,n ,bziers en #afgh1 ,mairan fut nourri aux lettres ds son enfance2 on citait son savoir prcoce et la vivacit de son esprit4 ,vers dans les langues anciennes et habile discourir sur tous les sujets1 il concourut trois annes de suite pour le prix de l',acadmie de ,bordeaux et fut trois fois couronn4 ,l',acadmie l'adoptant alors comme membre titulaire motiva gracieusement son choix sur le dsir d'carter de ses concours1 en le plaant parmi les juges1 un jouteur tel que lui4 ,l',acadmie des sciences de ,paris1 par une distinction jusque-l unique et que n'obtinrent depuis ni ,raumur1 ni ,buffon1 ni ,clairaut1 ni d',alembert1 ni ,laplace1 ni ,lavoisier1 ni ,hay1 ni ,laurent de ,jussieu1 le nomma peu aprs pensionnaire sans qu'il et t associ ou adjoint4 ,l',acadmie franaise enfin l'lut en #agdc1 la place de ,saint-,aulaire4 ,les ouvrages fort nombreux de ,mairan ne justifient ni ses succs1 ni le titre d'illustre que les journaux du temps lui dcernent toute occasion4 ,attach en physique aux ides de ,descartes1 et fidle la doctrine des tourbillons1 ,mairan1 de mme que ,fontenelle1 demeura toujours ferme repousser l'attraction4 ,gnralisant la thorie des couleurs1 il voulait que les rayons sonores plus ou moins graves fussent propags simultanment par des molcules de nature diverse1 chaque note de la gamme correspondant dans l'atmosphre un fluide spcial uniquement propre la transmettre et que les autres peuvent battre vainement sans l'branler4 ,voltaire1 dans le ,dictionnaire philosophique1 admet cette thorie comme la seule qui puisse faire concevoir la propagation du son dans l'air1 et par une dduction difficile saisir1 en conclut que l'air n'existe pas1 et l'affirme par une concidence malheureuse au moment mme o ,priestley et ,lavoisier en faisaient l'analyse4 ,mairan ne prtendait cependant1 dit ,fontenelle1 donner en cela que des conjectures1 mais c'est beaucoup en pareille matire1 ajoutait-il1 que des conjectures heureuses4 ,il est malheureusement difficile d'accorder ce nom ces rveries sans consistance qui1 sans rien fonder ni rien rsoudre1 et n'ayant pu faire l'objet d'aucune tude srieuse1 n'ont pas vcu un seul instant dans la science4 ,mairan1 dans un autre travail1 recherche la raison pour laquelle les jours d't sont plus chauds que ceux d'hiver4 ,suivant ses calculs plus que douteux1 le soleil midi envoie dix-sept fois plus de chaleur en juillet qu'en dcembre4 ,le thermomtre dment ses prvisions sans le troubler un instant1 et il en conclut hardiment qu'un feu central permanent joue dans le phnomne le rle principal4 ,trop loign des montagnes1 le feu n'chauffe pas leurs sommets1 dont les neiges perptuelles sont par l expliques4 ,mairan1 qui ne s'effrayait d'aucun problme1 a crit sur la question des forces vives1 sur la figure de la terre1 sur les aurores borales1 sur la formation de la glace1 sur le mouvement de la lune1 etc4 ,son esprit superficiel1 mais audacieux et flexible1 s'tend et se partage entre les tudes les plus diverses4 ,donnant un libre essor sa curiosit1 il effleure avec une perptuelle inconstance toutes les sciences la fois1 et son imagination hardie mais strile1 en croyant soulever les voiles les plus secrets1 s'agite sans rien produire et sans rien fconder4 ,laborieux et actif jusqu' la plus extrme vieillesse1 ,mairan vit le respect sincre d'une gnration nouvelle succder aux applaudissements qui avaient salu sa jeunesse4 ,homme d'esprit sinon de grand jugement et de gnie1 il se faisait aimer1 admirer quelquefois1 des plus honntes gens de son poque1 et il n'est pas un savant dont ses contemporains aient dit plus de bien et plus hautement4 ,il faut tenir grand compte d'un tmoignage aussi unanime1 en n'oubliant pas que si les thories de ,mairan nous semblent ridicules aujourd'hui1 c'est que les progrs de la science1 en dmentant toutes ses hypothses1 ont ruin tous ses raisonnements4 ,voltaire1 qui les louanges1 il est vrai1 ne cotent gure1 a crit de ,mairan3 ,il me semble avoir en profondeur ce que ,fontenelle avait en superficie4 ,il serait plus exact de dire que dans toute sa carrire1 dsireux de continuer son illustre et aimable prdcesseur1 et le prenant constamment pour modle1 ,mairan1 sans l'galer jamais1 savait dans ses crits comme dans sa conversation que l'on trouvait charmante1 rappeler parfois son souvenir4 ,plus entt de la science1 mais non plus passionn pour elle1 il se montre infrieur en cela surtout1 qu'en effleurant comme lui toutes les vrits il croyait en pntrer le fond et en voir l'enchanement vritable1 et tandis que le sceptique et prudent ,fontenelle1 satisfait d'ignorer le principe et la fin des choses1 n'en dissertait que plus l'aise1 toujours tranquille dans son doute universel1 l'illustre et prsomptueux ,mairan1 non moins tranquille ses cts1 croyait y reposer dans la vrit4 ,mairan fut secrtaire de l',acadmie pendant trois ans seulement4 ,grandjean de ,fouchy lui succda en #agdc1 et cet honneur combla son ambition4 ,l'exacte prcision de ses analyses et la froide sagesse de ses loges auraient pu satisfaire1 sinon charmer1 un auditoire moins rempli du souvenir de ,fontenelle1 et ,grimm semble non-seulement svre mais injuste quand il dit3 ,les assembles publiques de l',acadmie sont destines aux loges des acadmiciens dcds dans le cours du semestre et la lecture de quelques mmoires peu amusants1 souvent peu instructifs2 c'est l'ennui qui y prside ordinairement4 ,on dirait que le membre de l',acadmie qui fait les loges est ses gages4 ,les loges de de ,fouchy sont loin cependant d'tre mprisables4 ,il expose les dcouvertes de ses confrres avec assez d'exactitude et de clart pour faire dsirer de les voir dans un plus grand jour1 et sans trouver toujours le trait caractristique de chaque esprit1 il se fait couter comme un tmoin prcieux1 souvent unique aujourd'hui1 de plus d'un caractre honorable et lev dans une vie modeste et utile4 ,grandjean de ,fouchy1 malgr son extrme modestie1 exera dignement et avec fermet1 pendant plus de trente ans1 les laborieuses et dlicates fonctions de secrtaire4 ,toujours vigilant et actif1 exactement soumis la rgle et soigneux de l'imposer tous1 il savait exiger des plus illustres comme des plus humbles les gards et la courtoisie que son affable confraternit accordait indistinctement tous4 ,on lit au procs-verbal du #g dcembre #agef3 ,m4 d',alembert s'tant plaint que1 dans l'histoire de #ageb1 je n'avais fait qu'une simple mention de son ouvrage intitul3 ,essai d'une thorie nouvelle de la rsistance des fluides2 et ayant demand que l',acadmie m'obliget faire l'extrait dans l'histoire de #agec1 j'ai rpondu que j'avais agi en ce point conformment la dlibration du comit de librairie que j'avais consult sur ce sujet et que voici telle qu'elle se trouve au registre du comit3 ,j'ai demand si le secrtaire de l',acadmie tait oblig de faire dans l'histoire l'extrait de l'ouvrage d'un acadmicien qui s'est content d'en mettre un exemplaire dans la bibliothque sans lui faire la politesse de lui en donner un2 j'ai reprsent qu'il tait injuste plusieurs gards et souvent impossible lui d'y satisfaire2 sur quoi il a t dcid que le secrtaire n'tait tenu1 dans ce cas1 qu' une simple mention sans aucun extrait4 ,la chose ayant t discute1 il a t dit que je ne pouvais tre contraint faire l'extrait demand et que l'on ne pouvait que m'y exhorter2 quoi j'ai rpondu qu'il me suffisait que l'extrait en question part faire plaisir l',acadmie pour que je le fisse1 mais que ce serait uniquement pour lui marquer mon attachement et sans prjudice au droit qu'a le secrtaire de faire ou de ne pas faire l'extrait d'un ouvrage1 selon qu'il le juge propos2 suppliant l',acadmie de recevoir la dclaration que je faisais que cet ouvrage serait le dernier dans ce cas dont je ferais l'extrait1 me proposant de n'en faire dans la suite aucun de ceux dont les auteurs auraient manqu un devoir de politesse consacr par un usage non interrompu jusqu' prsent et duquel je dois tre d'autant plus jaloux1 que je le regarde comme une marque de l'estime et de l'amiti de mes confrres4 ,d',alembert1 on le voit1 n'aimait pas ,grandjean de ,fouchy4 ,c'est cependant l'ami dvou1 l'admirateur de d',alembert1 et son protg en toute circonstance1 que ,grandjean de ,fouchy voulut associer ses travaux pour lui assurer sa succession4 ,une portion considrable de l',acadmie1 ,buffon et ses amis entre autres1 auraient prfr ,bailly pour secrtaire2 on s'arrangea pour ne pas les consulter4 ,dans le dessein qu'il avait depuis longtemps de briguer ces importantes fonctions1 ,condorcet1 pour s'y prparer et s'en montrer digne1 avait complt la srie des loges de ,fontenelle en publiant ceux des membres de l'ancienne ,acadmie morts avant #afii4 ,d',alembert1 en proposant l'approbation l',acadmie et l'autorisation d'imprimer sous son privilge1 en avait dit3 ,cet ouvrage servira faire connatre par de nouveaux exemples combien les sciences sont utiles et respectables2 il est d'ailleurs crit avec le got sage et l'lgance noble qui doit faire le caractre des loges acadmiques1 les matires les plus difficiles y sont exposes avec toute la clart dont elles sont susceptibles1 et les rflexions philosophiques que l'auteur a jointes cet expos prcis et fidle donnent l'ensemble tout l'intrt qu'on peut y dsirer4 ,nous croyons en consquence que cet ouvrage est trs-digne de l'impression et qu'il mrite non-seulement l'approbation de l',acadmie1 mais la reconnaissance de ceux qui s'intressent au progrs des sciences4 ,quelques semaines aprs1 le #bg fvrier #aggc1 le duc de la ,vrillire crivit l',acadmie3 ,m4 de ,fouchy1 secrtaire de l',acadmie depuis trente ans1 dsire d'avoir un adjoint qui puisse le seconder dans ses travaux actuels1 se mettre au fait sous ses yeux des difficults de dtail qui concernent l',acadmie et lui succder un jour dans cette place4 ,j'ai mis sous les yeux du ,roi la lettre que ,m4 de ,fouchy m'a crite sur cet objet1 il parat juste ,sa ,majest de ne donner1 pour adjoint au titulaire d'une place1 qu'une personne qui lui convienne1 et les longs services de ,m4 de ,fouchy semblent mriter tous les gards possibles ce qu'il peut dsirer par rapport cette adjonction2 il a jet les yeux sur ,m4 le marquis de ,condorcet1 associ mcanicien1 dont il a dj prouv les talents en lui confiant quelques articles de l'histoire de l',acadmie1 qu'on imprime actuellement et dont il connat d'ailleurs le caractre doux et impartial1 ncessaire au secrtaire d'une socit savante2 d'ailleurs le choix de ,m4 de ,fouchy parat confirm par la rputation que les ouvrages de ,m4 de ,condorcet lui ont faite dans l',europe littraire et par le suffrage unanime que le public a accord aux loges de plusieurs anciens acadmiciens que ,m4 le marquis de ,condorcet vient de faire paratre4 ,le ,roi a donc jug1 ,monsieur1 et d'aprs les desseins de ,m4 de ,fouchy et d'aprs la connaissance qu'il a lui-mme du mrite de ,m4 de ,condorcet1 qu'il est propre remplir la place dont il s'agit2 cependant comme ,sa ,majest dsire d'avoir sur cet objet l'avis de l',acadmie1 elle lui ordonne de dlibrer huitaine si ,m4 de ,condorcet est en effet capable de cette place4 ,comme l'affaire dont il est question intresse le secrtaire1 c'est vous1 ,monsieur1 et non lui que ,sa ,majest m'a ordonn d'adresser cette lettre4 ,sur quoi il a t rsolu de faire des observations ,m4 de la ,vrillire1 et ,m4 ,leroy a lu un projet de lettre qui fut approuv4 ,la copie de ce projet manque au procs-verbal1 ainsi qu'une lettre adresse par ,condorcet ses confrres qui1 dans la sance suivante1 dlibrant sur sa capacit1 mirent un vote o ,condorcet voulut voir l'expression libre et spontane de leur choix4 ,trois ans aprs cependant1 lorsque ,grandjean de ,fouchy quitta dfinitivement ses fonctions1 ,condorcet1 un peu tardivement scrupuleux1 dclina par crit toute prtention rclamer sa place comme un droit acquis4 ,aprs la lecture de sa lettre1 il a pri l',acadmie1 dit le procs-verbal1 d'engager ,m4 ,amelot faire ordonner par le ,roi qu'il soit procd l'lection pure et simple1 sans avoir gard son adjonction1 et j'ai t charg1 dit ,grandjean de ,fouchy1 d'enregistrer l'crit qu'il avait lu1 qu'elle a cru devoir conserver comme un tmoignage de l'attachement et de l'honntet de ,m4 de ,condorcet4 ,la lutte dans ces circonstances tait videmment impossible et la candidature de ,bailly ne fut pas mme produite4 ,les crits mathmatiques de ,condorcet doivent tre lus avec prcaution2 quels qu'aient t pour eux les suffrages et les applaudissements des contemporains les plus illustres1 la postrit impartiale et sympathique sa mmoire conserve cependant le droit de les juger4 ,aucun d'eux ne s'lve au-dessus du mdiocre1 presque compltement oublis aujourd'hui ils prouvent seulement1 avec l'ouverture de son esprit1 la solidit de ses premires tudes4 ,l'ouvrage de ,condorcet sur la ,probabilit des jugements a seul conserv quelque clbrit4 ,laplace1 ,poisson et plus rcemment ,m4 ,cournot se sont hasards aprs lui sur ce terrain1 le plus glissant peut-tre o puisse se placer un gomtre1 et ni le gnie de l'un ni l'habilet des autres ne leur a permis de s'y tablir solidement4 ,lorsqu'une urne contient des boules blanches et des boules noires en nombre et en proportion connus1 on peut aisment calculer quelle est1 dans un nombre donn de tirages1 la probabilit d'obtenir un rsultat dsign l'avance4 ,par des principes moins vidents mais tout aussi certains1 le rsultat observ du tirage rvle la composition probable de l'urne et les chances d'erreurs diminuent indfiniment quand on accrot le nombre des preuves4 ,si l'on a vu par exemple1 sur trois millions de tirages1 une urne qui contient trois boules donner #b1jjj1age fois une boule blanche et #iii1hbe fois une noire1 il est extrmement probable1 certain pour ainsi dire1 que deux des boules sont blanches et la troisime noire4 ,pour ,condorcet1 chaque tribunal est assimil une telle urne dont les boules blanches ou noires reprsentent les jugements quitables ou iniques4 ,mais comment1 dans chaque cas1 connatre la couleur de la boule8 comment compter les erreurs du tribunal et en tenir tat8 ,le problme est difficile1 ,condorcet ne le croit pas insoluble4 ,je suppose1 dit-il1 que l'on connaisse un certain nombre de dcisions formes par des votants dont la voix a la mme probabilit que celle des votants sur la vrit des dcisions futures desquels on veut acqurir une certaine assurance4 ,je suppose de plus1 c'est toujours ,condorcet qui parle1 que l'on ait choisi un nombre assez grand d'hommes vraiment clairs et qu'ils soient chargs d'examiner une suite de dcisions dont la pluralit est dj connue1 et qu'ils prononcent sur la vrit ou la fausset de ces dcisions4 ,si1 parmi les jugements de cette espce de tribunal d'examen1 on n'a gard qu' ceux qui ont une certaine pluralit1 il est ais de voir qu'on peut sans erreur sensible1 ou les regarder comme certains1 ou supposer la voix de chacun des votants de ce tribunal une certaine probabilit un peu moindre de celle qu'elle doit rellement avoir et dterminer d'aprs cette supposition la probabilit de ces jugements4 ,il y a beaucoup reprendre dans cette thorie qui renferme plusieurs erreurs3 ,la mthode1 dit cependant ,condorcet un peu navement1 ne peut avoir dans la pratique qu'un seul inconvnient3 la difficult de composer le tribunal d'examen4 ,sans se contenter pourtant de sa premire mthode1 ,condorcet se hte d'en proposer une seconde qui1 pour tre plus ingnieuse1 n'en est pas moins inacceptable4 ,condorcet1 sans le dclarer expressment1 continue la fiction d'une urne de composition constante remplaant les divers tribunaux1 comme si tous les juges du royaume1 assimils un homme toujours semblable lui-mme1 prononaient sur toutes les causes avec un gal discernement1 une attention invariable et la mme indiffrence l'loquence ingale comme la conviction affecte ou sincre des avocats qui les obscurcissent4 ,l'intgrit et le savoir des magistrats seront toujours rebelles aux formules des gomtres1 et en ngligeant de les considrer comme la seule base solide de la justice des arrts1 ils s'exposent dmentir ces paroles de ,laplace qui1 dans cette thorie1 devraient tre leur rgle et leur loi3 ,le calcul des probabilits n'est au fond que le bon sens mis en formules4 ,les loges des acadmiciens composs par ,condorcet eurent dans leur temps un grand succs4 ,d',alembert les signale tout d'abord comme excellents4 ,voltaire a appel gracieusement leur auteur monsieur plus que ,fontenelle en n'y voyant qu'une chose fcheuse1 c'est que le public1 lui disait-il1 dsirera qu'il meure un acadmicien par semaine pour vous en entendre parler4 ,condorcet1 en effet joint la nettet du langage l'intelligence complte1 et quelquefois profonde des questions les plus difficiles2 il est loin cependant d'tre sans dfauts1 et le titre de plus que ,fontenelle est une des exagrations habituelles ,voltaire qu'il serait injuste de discuter srieusement4 ,loin d'aimer1 comme ,fontenelle1 s'abaisser par un discours simple et de peindre avec un seul trait en disant beaucoup en peu de mots1 pour laisser deviner davantage encore1 ,condorcet1 par sa forme trop oratoire1 veille tout d'abord la dfiance4 ,le lecteur le tient pour suspect1 et lors mme qu'il se montre juste1 on redoute l'exagration4 ,impatient de la mditation des choses de la science et incapable de s'y enfermer tout entier1 il ne sait pas cacher et semble mme montrer volontiers tout ce qui occupe son esprit4 ,conduit par exemple dans l'loge de ,blondel blmer en passant les modernes qui ont la modestie de croire qu'il est impossible d'galer les anciens surtout dans la posie1 ce prjug1 dit-il1 tait excusable en quelque sorte au temps de ,blondel1 o l'on ne pouvait opposer aux zlateurs de l'antiquit cet homme illustre pour qui seul la reconnaissance et l'admiration de son sicle ont prvenu le culte des races futures1 et qui1 semblable ces enfants du ciel adors dans les temps hroques1 unit la gloire d'tre un gnie sublime la gloire bien plus touchante d'tre compt parmi les bienfaiteurs de l'humanit4 ,l'illustre patriarche1 dont ,condorcet avait l'honneur d'tre connu et aim1 lui et tout au moins conseill1 s'il et t consult1 de placer sa tirade ailleurs4 ,les professions de foi de civisme1 de vertu et de sensibilit s'lvent dans les loges de ,condorcet un peu trop l'improviste4 ,le jeune ,vaucanson invente un chappement d'horlogerie1 ,condorcet le raconte et ajoute3 ,il prouva pour la premire fois ce plaisir si vif et si pur qui serait le premier de tous si la nature n'avait attach aux bonnes actions des charmes encore plus touchants4 ,cette rflexion1 il faut le remarquer1 n'est pas mme une ingnieuse transition et n'annonce nullement1 comme on pourrait le croire1 le rcit d'une action vertueuse ou touchante4 ,ne sent-on pas plus de prtention que de vraie sensibilit dans ces lignes de l'loge de ,bezout1 o ,condorcet sans doute croit imiter ,fontenelle en adoptant un tour qui lui est habituel3 ,m4 ,bezout s'tait mari trs-jeune1 et comme il tait sans fortune il avait pu suivre le choix de son cur4 ,cette union fut heureuse1 il fut trs-bon pre1 non-seulement parce que c'est un devoir1 mais parce qu'il aimait vivre au milieu de sa famille4 ,a ct de ces traits trop frquents dans les loges de ,condorcet1 un plus grand nombre de pages solides et crites de bonne main nous montrent le savant profond1 le philosophe gnreux et l'esprit exact et sincre1 qui plaisait ,voltaire sans le flatter toujours1 et trouvait parfois l'loquence dans sa haine contre les prjugs et son ardeur impatiente pour le progrs4 ,mais ,condorcet1 de plus en plus dtach de la science1 derrire l'approbation et les suffrages des savants et des lettrs1 cherchait souvent les applaudissements et la faveur du peuple4 ,nous avons dit1 en parlant des rapports de l',acadmie1 avec quelle pret de mauvais got et quelle haineuse emphase le secrtaire perptuel avait1 dans un rapport sur un projet de distribution des eaux1 mis en opposition ceux qu'il nommait les gens riches avec les citoyens qu'il appelait le peuple4 ,fontenelle1 dans un cas tout semblable1 s'tait content de dire3 ,mais comme il arrive bien souvent quand il ne s'agit que du public1 on n'alla pas plus loin que le projet4 ,condorcet1 on le voit1 tenait se montrer monsieur plus que ,fontenelle4 ,lorsque la politique le prit enfin tout entier1 ,condorcet demanda1 comme ,grandjean de ,fouchy1 un auxiliaire et un adjoint4 ,l',acadmie n'accepta qu'un supplant temporaire1 renouvel tous les trois mois4 ,fourcroy1 de ,jussieu1 ,sage et ,bovy le remplacrent successivement1 sans qu'aucun d'eux plus tard ait pu rclamer comme un droit acquis le titre de secrtaire si heureusement confi ,cuvier4 ,membre de l',acadmie franaise en mme temps que de l',acadmie des sciences1 ,condorcet tait bien loin cependant d'puiser dans ses travaux acadmiques toute l'activit de son esprit4 ,d',alembert et ,voltaire1 aprs avoir t les protecteurs admirs de sa jeunesse1 restrent jusqu' leur dernier jour ses amis et ses guides4 ,ami comme lui de ces deux grands hommes1 ,turgot lui accorda une grande part de sa confiance4 ,son dvouement fougueux la libert prcda l'explosion de la tourmente rvolutionnaire4 ,ml la politique par de vhments pamphlets et d'innombrables articles de journaux1 il fut membre de la municipalit de ,paris1 de l',assemble lgislative et de la ,convention nationale4 ,mais les illusions gnreuses de ,condorcet et ses erreurs cruellement expies n'appartiennent pas mon sujet1 et je n'ai pas la tche douloureuse de les raconter ici et de les juger4 ,,les ,g,,om,,tres4 ,christian ,huyghens1 esprit rare et excellent plus d'un titre1 a gal les savants et les inventeurs les plus illustres4 ,jamais enfant plus heureusement n ne rencontra ds son premier jour1 avec des soins plus assidus1 un milieu plus vivifiant et plus favorable4 ,son pre1 ,constantin ,huyghens1 homme de grand jugement1 habile dans les arts1 vers dans les lettres et dans les sciences1 avait su mriter par lui-mme la haute position et la confiance publique dont sa famille tait depuis longtemps investie4 ,plusieurs missions diplomatiques habilement accomplies pour les tats de ,hollande lui avaient fait en ,france1 en ,angleterre et en ,italie de nombreux amis1 empresss plus tard servir son fils et heureux d'applaudir ses succs4 ,le roi ,louis ,,xiii lui-mme1 pour lui prouver son estime et rcompenser son mrite1 avait ajout aux armoiries de ,constantin une fleur de lis d'or que ses descendants taient autoriss y placer comme lui4 ,pre de cinq enfants tous remarquables par l'intelligence1 ,constantin appela orner et clairer leur esprit les matres les plus excellents d'un pays illustre entre tous par la culture intellectuelle4 ,en mme temps que les langues anciennes1 le jeune ,christian apprit les langues trangres1 et tandis que dans les sciences il dpassait rapidement ses matres1 il russissait dans la musique et dans le dessin assez pour pouvoir1 s'il l'et voulu1 suivre la carrire d'un artiste2 il trouvait enfin le temps d'tudier en droit l'universit de ,leyde et d'y prendre le diplme de docteur4 ,constantin1 pour le diriger1 n'eut d'ailleurs qu' imiter et recommencer ce que son pre avait fait pour lui3 ,et minus hic ovo non discrepat ovum1 dit-il avec orgueil1 dans un pome latin sur sa propre vie4 ,aimable1 spirituel1 de figure agrable1 adroit tous les exercices du corps1 aussi curieux de l'tude qu'ardent au plaisir et salu du nom de jeune ,archimde1 ,huyghens vint ,paris dans tout l'clat d'une jeunesse dj illustre1 sans autre ambition que de polir son esprit et d'tendre ses ides par la socit des honntes gens et le commerce des plus habiles4 ,l'acadmicien ,conrard1 en annonant ,constantin ,huyghens l'accueil fait son aimable fils1 lui laisse deviner que le jeune ,archimde ne voyageait pas seulement en philosophe4 ,je m'en rapporte1 dit ,conrard1 parlant d'une question insignifiante et de pure politesse1 je m'en rapporte votre excellent ,archimde quand il voudra parler sincrement1 comme il fera sans doute lorsque la mer nous aura spars et qu'il sera tte tte avec vous dans votre paradis terrestre dont il m'a fait une si belle description4 ,je ne crains plus tant qu'il se trouve auprs de vous que je le craignais il y a quelque temps1 car il fait ici tant de bonnes et agrables connaissances1 que je ne le vois gure plus que s'il tait la ,haye ou ,zulichem4 ,au lieu donc que je vous conjurais au commencement de ne nous le redemander pas sitt1 je vous avertis aujourd'hui1 mais en grand secret1 que si vous n'y prenez garde1 on l'arrtera ici pour toujours et peut-tre mme de son consentement1 car il trouve tant de gens et tant de compagnies son gr1 que s'il se pouvait partager en vingt ou trente parts tous les jours1 il ne contenterait pas encore tous ceux qui le dsirent4 ,il y a trois mois qu'il a fait esprer une visite une dame de trs-grand mrite1 avec laquelle je lui ai fait faire connaissance1 et il n'a pu encore trouver moyen de la lui rendre1 quoiqu'il ne le dsire pas moins qu'elle et qu'il ne leur faille qu'une aprs-dne pour les satisfaire tous deux4 ,jugez d'aprs cela1 monsieur1 ce que peut attendre de lui un misrable comme moi1 qui n'est bon rien4 ,sans oublier ni ngliger la science1 ,huyghens trouvait le temps de se lier avec la clbre ,ninon de ,lenclos1 et de lui adresser quelques vers1 que ,voltaire1 qui elle a eu la malice de les montrer1 aurait mieux fait de ne pas imprimer4 ,on pourrait aisment pardonner ,huyghens de n'tre pas pote et de mal rimer dans une langue trangre2 il pensait cependant1 comme ,pascal1 qu'un honnte homme1 sans se piquer de rien1 doit savoir juger de tout1 mme de la posie1 et ne se montrer incapable d'aucun exercice de l'esprit4 ,quelques vers1 composs comme pitaphe de ,descartes1 et publis pour la premire fois par ,m4 le comte ,foucher de ,careil1 prouvent que la prtention n'tait pas excessive3 ,sous le climat gel de ces terres chagrines ,o l'hyver est suivy de l'arrire-saison1 ,te voicy sur le lieu qui couvre les ruines ,d'un fameux btiment qu'habita la raison4 ,par la rigueur du sort et de la ,parque infme ,cy-gist ,descartes au regret de l'univers2 ,ce qui servoit jadis d'interprte son me ,sert de matire aux pleurs et de pture aux vers4 ,cette me1 qui toujours en sagesse fconde ,faisoit voir aux esprits ce qui se cache aux yeux1 ,aprs avoir produit le modelle du monde1 ,s'informe dsormais du mystre des cieux4 ,nature1 prends le deuil1 viens plaindre la premire ,le grand ,descartes et montrer ton dsespoir4 ,quand il perdit le jour1 tu perdis la lumire2 ,ce n'est qu' ce flambeau que nous t'avons pu voir4 ,huyghens1 comme ,conrard le faisait craindre son pre1 trouva en ,france une seconde patrie4 ,inscrit le premier sur la liste des membres de l',acadmie des sciences1 il en fut l'ornement et la gloire jusqu' la rvocation de l'dit de ,nantes4 ,rsistant alors toutes les instances et refusant la tolrance exceptionnelle qu'on lui et volontiers accorde1 il retourna en ,hollande1 o il mourut dix ans aprs1 puis de forces et engourdi1 l'ge de soixante-six ans1 par la vieillesse prmature de l'esprit et du corps4 ,toutes les uvres d',huyghens font paratre la lueur et souvent l'clat de son gnie2 aucune n'est de mdiocre importance4 ,en mcanique1 en gomtrie1 en physique1 il a des gaux2 il ne peut avoir de suprieurs4 ,deux de ses crits surtout1 le ,trait sur le pendule et la ,thorie de la lumire1 vivront ternellement parmi les chefs-d'uvre de l'esprit humain4 ,plac par sa date entre les dialogues de ,galile sur le mouvement et le livre des principes de ,newton1 l',horologium oscillatorium d',huyghens s'appuie sur les premiers et a servi videmment avec ses thormes sur la force centrifuge la prparation du second4 ,c'est dans ces trois chefs-d'uvre que l'on peut trouver1 sans rien chercher ailleurs1 la base ferme et solide de la science du mouvement4 ,peu d'ouvrages d'ailleurs1 indpendamment des fruits qu'il devait produire et pour n'en examiner que les dtails1 font paratre dans une plus grande abondance d'inventions originales une plus grande puissance gomtrique4 ,l'exprience avait appris ,galile l'isochronisme des petites oscillations du pendule1 c'est--dire l'gale dure des oscillations plus ou moins amples d'un pendule de longueur donne4 ,mais cette galit n'est qu'approche1 et les petites oscillations1 l'exprience l'a dmontr1 s'accomplissent plus rapidement que les plus amples4 ,huyghens1 proccup des applications l'horlogerie1 chercha d'abord former un pendule rigoureusement isochrone4 ,dans la solution de ce beau problme1 o les principes physiques taient crer aussi bien que les mthodes gomtriques1 ,huyghens1 comme en passant et en guise de lemme1 rvle la thorie des dveloppes1 exemple et modle entirement nouveaux de l'tude gnrale des courbes4 ,la thorie imparfaite1 mais dj lumineuse et exacte du pendule compos1 complte ce beau livre1 dont une note finale rvle sans dmonstration1 dans la thorie de la force centrifuge1 les principes jusque-l inaperus1 dont la loi des attractions plantaires aurait pu tre le corollaire immdiat4 ,si l',horologium oscillatorium est la plus accomplie des uvres d',huyghens1 le ,trait sur la lumire montre peut-tre un plus tonnant gnie4 ,la voie ouverte par ,galile devait tre suivie1 et si ,huyghens avait t refus la science1 les progrs de la dynamique retards pour un temps n'auraient pas manqu1 cela parat certain1 de se produire assez rapidement sous une forme quivalente4 ,newton et ,leibnitz1 ,jean et ,jacques ,bernoulli1 d',alembert et ,clairaut1 auraient peut-tre accru leur gloire en se partageant une portion de la sienne4 ,le ,trait sur la lumire reste au contraire entirement original4 ,pendant un sicle et demi1 les principes aujourd'hui indubitables en sont rejets comme obscurs et sans fondement4 ,plusieurs gnrations successives1 en relguant ce petit chef-d'uvre parmi les chimres d'un grand esprit1 ne lui accordent pas d'autre attention qu'aux conjectures sur la cause de la pesanteur4 ,c'est l pourtant peut-tre sa plus admirable conception4 ,huyghens s'y montre non-seulement le prcurseur1 mais le seul guide et le matre de ,thomas ,young1 et la thorie triomphante de ,fresnel devait lui emprunter1 avec ses premiers principes1 quelques-uns de ses plus clairs rayons4 ,les dcouvertes d',huyghens sur les mathmatiques pures auraient suffi la gloire d'un autre nom4 ,la thorie des dveloppes et celle des fractions continues sont restes classiques dans la science4 ,ses crits sur la quadrature de l'hyperbole1 sur les proprits de la logarithmique et sur la chanette1 et sur d'autres questions d'importance secondaire1 montrent que le talent de l'auteur bien plus que le sujet mesure l'importance d'un ouvrage1 et qu'un grand gnie1 sur quelque terrain qu'il se place1 n'y parat jamais l'troit4 ,aussi bien que le gomtre de ,syracuse1 dont ses amis lui donnaient le nom1 ,huyghens joignait la pratique la thorie avec une incomparable industrie2 aussi adroit que patient1 il construisait de ses mains les instruments les plus dlicats et les plus parfaits4 ,c'est avec une lunette fabrique par lui-mme qu'il a dcouvert l'anneau et l'un des satellites de ,saturne4 ,aprs avoir vu ,londres une machine pneumatique1 il s'empressa de la reproduire en la perfectionnant1 pour en montrer le premier l',acadmie des sciences de ,paris les effets singuliers et ingnieusement varis4 ,ses expriences enfin sur la rfraction du spath d',islande ont rvl les lois les plus complexes et les plus exactes en mme temps que puisse citer la physique4 ,quoique la gloire d',huyghens1 comme l'clat des noms de ,fermat1 de ,pascal et de ,descartes1 obscurcisse et semble effacer tout ce qui les entoure1 ,roberval plus d'une fois cit dans l'histoire de ces grands hommes est rest justement clbre4 ,ingnieux proposer de beaux problmes et habile les rsoudre1 il a mrit l'estime de ,pascal et celle de ,fermat4 ,mersenne et ,carcavy1 mls tous deux toutes les discussions sur la science1 ont parl de lui avec autant d'gard que d'affection1 et le savant vque d',avranches1 ,huet1 le nomme dans ses ,mmoires parmi ses amis les plus chers4 ,n'en est-ce pas assez pour balancer les jugements plus que svres prononcs sans hsitation par les ,cartsiens contre le contradicteur importun et passionn de leur matre8 ,de nos jours encore1 plus d'un philosophe pousant la querelle de ,descartes1 garde pour ,roberval un injuste ddain4 ,un jour1 dans une bibliothque publique1 ,m4 ,cousin1 traversant la salle1 voit les uvres de ,roberval entre les mains d'un lecteur2 il s'arrte un instant1 regarde la date de l'dition et s'loigne en disant3 ,roberval6 ce n'tait pas un bon homme1 j'en sais long sur son compte6 ,j'ai cherch depuis et n'ai rien appris1 sinon qu' la campagne1 chez ses parents pauvres cultivateurs1 il n'avait pu dans son enfance acqurir beaucoup d'urbanit4 ,professeur au collge de matre ,gervais et charg en mme temps de deux chaires au ,collge ,royal1 il tait plus accoutum au commerce des livres et la socit des coliers1 qu' la conversation des gens du monde4 ,appliqu aux mmes problmes mathmatiques que ,fermat1 ,descartes et ,pascal1 s'il les galait presque par son savoir en gomtrie1 son esprit trop roide et trop contentieux avait moins d'tendue et de verve1 et il n'tait pas comme eux au-dessus de ces matires4 ,roberval tait en outre fort infrieur par l'ducation ses trois mules4 ,descartes parut seul le remarquer1 et l'on vit son orgueil s'lever plus d'une fois contre un homme de si petite condition qui osait le contredire avec tant d'pret1 mconnatre sa mthode et lui refuser tout applaudissement4 ,roberval a compos plusieurs crits rellement distingus4 ,la ,cyclode a t pendant plusieurs annes le sujet de ses tudes et l'occasion de ses succs4 ,sa mthode pour en trouver l'aire est originale et de premire main4 ,mersenne avait inutilement demand le rsultat ,galile1 qui y avait chou4 ,fermat et ,descartes1 sur l'nonc connu1 en trouvrent la dmonstration1 mais leurs mthodes sont diffrentes l'une de l'autre et encore de celle de ,roberval1 de telle sorte qu'en les voyant toutes il n'est pas difficile1 c'est le sentiment de ,pascal1 de reconnatre quelle est celle de l'auteur2 car il est vrai1 dit-il1 qu'elle a un caractre particulier et qu'elle est prise par une voie si belle et si simple1 qu'on connat bien que c'est la naturelle4 ,roberval a trouv aussi1 le premier1 le volume engendr par la ,cyclode tournant autour de son axe1 ce qui tait alors1 au jugement de ,pascal1 un problme de haute1 longue et pnible recherche4 ,roberval1 lors de la fondation de l',acadmie1 tait g de soixante-quatre ans2 il en fut un membre assidu et actif4 ,adversaire dclar des hypothses et des systmes en physique1 il a contribu maintenir la compagnie dans la voie excellente de l'observation et de l'exprience2 et s'il eut avec ,huyghens et avec ,mariotte des discussions quelquefois trs-vives1 ils souriaient de ses emportements sans en garder rancune4 ,le marquis de ,l',hpital1 lors de la rorganisation de l',acadmie en #afii1 et t digne de tenir le premier rang dans la section de gomtrie4 ,mais ses titres de marquis de ,sainte-,mesme1 comte d',entremont1 seigneur d',ouques1 la ,chaise1 le ,brau et autres lieux1 lui assuraient une primaut d'autre sorte2 on le nomma honoraire4 ,initi le premier peut-tre parmi les savants franais la gomtrie nouvelle de ,leibnitz et de ,newton1 nul ne travailla plus que lui la rpandre ni avec plus de fruit3 correspondant assidu d',huyghens et de ,leibnitz1 il changeait avec ces deux grands hommes d'ingnieux et difficiles problmes dans lesquels1 avec un moindre gnie d'invention1 il montre dans les dtails une perspicacit souvent gale la leur4 ,c'est ,l',hpital surtout qui1 par ses communications1 a fait comprendre ,huyghens vieillissant l'importance du calcul diffrentiel4 ,disciple de ,jean ,bernoulli et toujours respectueux pour ,leibnitz dont il propageait les ides et les principes1 il arrta au calcul diffrentiel son excellent ouvrage sur l',analyse des infiniment petits1 sans vouloir devancer1 en abordant le calcul intgral1 le livre sur l',infini que l'illustre inventeur avait promis et ne donna jamais4 ,newton1 avec lequel ,l',hpital n'eut pas de relations directes1 tait l'objet de toute son admiration4 ,aimant questionner ceux qui avaient eu l'honneur de voir un si grand homme1 il s'tonnait1 dit-on1 dans son naf enthousiasme1 que1 soumis aux lois de l'humanit1 l'auteur du livre des ,principes pt manger1 boire et dormir comme les autres hommes4 ,l',hpital mourut jeune encore1 g de quarante ans peine1 sans avoir entirement ralis la prdiction de ,leibnitz1 qui attendait de lui de grandes lumires4 ,il avait servi1 dit ,fontenelle1 il tait d'une naissance qui l'engageait un grand nombre de devoirs4 ,il avait une famille1 des soins domestiques1 un bien trs-considrable conduire et par consquent beaucoup d'affaires4 ,il tait dans le commerce du monde et il y vivait peu prs comme ceux dont cette occupation oisive est la seule occupation2 il n'tait pas mme ennemi des plaisirs4 ,n'en est-ce pas assez pour qu'on doive admirer la profondeur de ses travaux sans s'tonner de leur petit nombre8 ,trs-infrieur au marquis de ,l',hpital1 ,varignon devint cependant1 par sa mort1 le plus clbre et aussi le plus habile des gomtres franais2 acceptant comme lui les thories infinitsimales1 il contribua les rpandre1 sinon les accrotre et les affermir4 ,lorsque1 dans le sein de l',acadmie1 l'ancienne gomtrie1 reprsente par ,rolle et ,galois1 voulut tenter un dernier effort contre les nouvelles mthodes1 il les dfendit aussitt1 mais avec plus de conviction et de force que de vritable talent1 et la discussion fut plus longue qu'il ne convient4 ,la gomtrie en effet1 dans les questions les plus subtiles1 devrait retenir la prcision qui fait son caractre propre1 et ne souffrant pas l'quivoque1 elle ne doit laisser aucun refuge l'erreur4 ,quoiqu'en attachant son nom un thorme devenu classique1 ,rolle ait acquis parmi les coliers une sorte de notorit de hasard1 sa passion pour la science1 qui fut constante et sincre1 tait satisfaite bien peu de frais4 ,ancien matre d'criture et de calcul1 il s'tait instruit seul4 ,en pntrant avec ardeur dans la science des nombres1 il rencontra l'algbre et s'imagina avoir fait de merveilleux progrs4 ,mais les thories plus leves lui restrent inaccessibles4 ,il les crut inexactes et traita de sophismes les mthodes qu'il ne comprenait pas4 ,infatigable discuter et crire1 c'est aux dcouvertes de ,leibnitz et de ,newton qu'il s'attaquait surtout avec une sorte de colre4 ,affectant de confondre ce que les inventeurs avaient soigneusement distingu1 il prtendait par quelques exemples mal compris renverser l'analyse nouvelle4 ,sans entrer dans le dtail et sans rien opposer la vrit des dmonstrations1 il reprochait vaguement et mal propos aux nouveaux calculs de supposer l'infini en le comprenant dans les rsultats aussi frquemment et aussi hardiment que le fini1 et d'admettre des grandeurs infiniment petites qui cependant peuvent se rsoudre en d'autres grandeurs infiniment plus petites1 et ainsi de suite l'infini4 ,l',hpital jugea inutile de rpondre1 et laissa ,varignon tout le poids de la discussion qui franchit bientt les bornes de l',acadmie4 ,parmi les gomtres trangers la compagnie1 ,rolle trouva des adversaires aussi convaincus et moins patients1 et ,saurin1 qui peu de temps aprs devait recevoir le titre d'associ1 le combattit de toutes ses forces4 ,joseph ,saurin1 moins clbre par ses travaux scientifiques que par les vicissitudes de son existence1 tait fils d'un ministre protestant de ,grenoble1 dont il avait1 fort jeune encore1 voulu suivre la carrire4 ,orateur vhment et fort applaudi dans son parti1 ,saurin s'tait compromis par trop de hardiesse1 et plusieurs annes avant la rvocation de l'dit de ,nantes1 il avait d se rfugier en ,suisse4 ,il y fut reu avec grande distinction et obtint une cure considrable dans le bailliage d',yverdun2 mais ,saurin n'tait pas calviniste1 sa doctrine sur la grce tait celle de ,luther4 ,on tait justifi1 suivant lui1 ds qu'on croyait l'tre avec certitude1 et sans cette certitude il n'y avait pas de salut4 ,les thologiens calvinistes obtinrent1 sur cette question et sur quelques autres1 un formulaire que les ministres furent obligs de signer sous peine d'tre exclus de toute fonction lucrative4 ,les ,franais rfugis s'y refusrent d'abord2 mais le premier emportement se calma peu peu1 et tous les jours il s'en dtachait quelqu'un qui1 cdant la ncessit1 se rsignait signer2 ,saurin ne fut pas de ce nombre1 et sans refuser avec clat1 il luda la signature1 dit ,fontenelle1 par toutes les chicanes peu prs raisonnables qu'il put imaginer pour gagner du temps4 ,un ami cependant arrangea tout par une signature qu'il avait le droit de donner et dont on se contenta4 ,saurin1 rassur sur sa position1 s'allia peu de temps aprs en pousant ,mlle de ,crouzas1 une des premires familles du pays4 ,toujours imprudent1 il se compromit de nouveau par ses sermons1 et les perscutions le menacrent une troisime fois4 ,ses dissentiments avec ses confrres firent natre des doutes dans son esprit2 il demanda pour les claircir un entretien ,bossuet1 qu'il ne connaissait pas4 ,les sauf-conduits ncessaires lui furent expdis4 ,aprs de longues discussions1 il se dclara satisfait sur tous les points1 et abjura sans contrainte1 mais non sans esprance1 se faisant pour toujours de ,bossuet un puissant et zl protecteur4 ,mme ,saurin1 retire alors dans sa famille1 avait tout ignor jusque-l2 les inspirations qu'elle reut d'abord taient loin d'tre favorables son mari4 ,la tendresse cependant finit par l'emporter1 et aprs bien des luttes et des difficults1 qui amenrent mme des dangers srieux et une dtention dont on ne pouvait prvoir l'issue1 ,saurin1 fort dcri en ,suisse pour son apostasie1 toujours protg par ,bossuet1 put enfin s'tablir ,paris en terminant par l cette priode agite de son existence1 qu'il appelait plus tard le roman de sa vie4 ,forc de choisir une occupation1 il se dcida pour les mathmatiques qui depuis longtemps l'attiraient2 avant mme d'y tre de premire force1 il commena les enseigner4 ,c'est au milieu de ses tudes et dans l'ardeur d'une initiation toute rcente qu'il rencontra les objections de ,rolle et tint honneur d'y rpondre2 la lutte entre eux ne fut pas courtoise1 et si l'avantage reste ,saurin qui dfendait la bonne cause1 la vivacit de ses attaques put servir d'excuse l'aigreur de son adversaire4 ,las enfin de lutter contre des objections sans cesse renaissantes1 il s'adressa l',acadmie pour lui demander une dcision1 dclarant que1 si elle ne jugeait pas dans un certain temps1 il tiendrait ,m4 ,rolle pour condamn1 puisque toute la faveur de la compagnie devait tre pour lui4 ,mais l',acadmie1 plus proccupe de la forme que du fond1 blma galement les deux adversaires1 en rappelant ,m4 ,rolle aux statuts de l',acadmie dont il avait l'honneur d'tre membre1 et ,m4 ,saurin son propre cur4 ,peu de temps aprs cependant1 ,saurin tait nomm membre associ de l',acadmie4 ,ses nombreux mmoires1 insrs de #agjg #agca1 montrent1 avec la connaissance des mathmatiques pures1 la proccupation constante de faire triompher les thories physiques de ,descartes4 ,les tourbillons taient pour lui une ralit et l'attraction newtonienne une chimre4 ,en abandonnant les traces du matre1 c'est ,descartes qu'il voulait dire1 on se trouvait1 suivant lui1 replong dans les anciennes tnbres du pripattisme1 dont il conjurait le ciel de nous prserver4 ,on entend assez1 dit ,fontenelle1 qui rapporte cette phrase1 qu'il parle des attractions newtoniennes2 et-on cru1 ajoute-t-il1 qu'il fallt jamais prier le ciel de prserver des ,franais d'une prvention trop favorable pour un systme incomprhensible1 eux qui aiment tant la clart1 et pour un systme n en pays tranger1 eux qu'on accuse tant de ne goter que ce qui leur appartient4 ,loin des agitations qui avaient troubl sa jeunesse1 ,saurin pouvait se croire assur d'une paisible et douce existence2 un coup trange et imprvu devait cependant le frapper encore4 ,il frquentait un caf1 celui de la ,laurent1 dont les habitus1 presque tous rudits ou gens de lettres1 taient diviss par des rivalits et des haines violentes4 ,quelques couplets satiriques et injurieux coururent dans le caf4 ,j4-,b4 ,rousseau s'en avoua l'auteur1 et ils lui attirrent de telles menaces1 qu'il s'abstint de revenir4 ,plusieurs annes aprs1 d'autres couplets sans style et sans esprit1 et qui semblent1 la grossiret prs1 l'uvre d'un enfant qui s'exerce coudre des rimes1 furent remis mystrieusement l'un des habitus du caf3 on souponna ,rousseau4 ,sans plus ample preuve1 l'un des personnages insults lui administra des coups de bton en pleine rue4 ,ne pouvant obtenir ni justice ni rparation1 ,rousseau chercha l'auteur des couplets1 et sur des indices vraisemblables1 crut le trouver dans ,saurin qui fut emprisonn4 ,on produisit un exemplaire des couplets crit de sa main2 l'accusation y vit un brouillon2 suivant ,saurin c'tait une copie4 ,il composa pour sa dfense un mmoire considr par ,voltaire1 malheureusement fort partial1 comme un des ouvrages de cette nature les plus adroits et les plus vritablement loquents4 ,aprs une dtention prventive de plus d'une anne1 ,saurin fut acquitt faute de preuves1 et il serait bien plus difficile encore d'en trouver aujourd'hui dans un sens ou dans l'autre4 ,quant ,j4-,b4 ,rousseau1 il aurait pu se borner1 comme ,clment ,marot1 dans une circonstance semblable1 rpondre ses accusateurs3 ,si mentez vous bien par la gorge4 99 99 99 99 99 ,il ne sortit oncq de ma forge ,un ouvraige si mal lim4 ,les dernires annes de ,saurin furent consacres la science et au dveloppement des ides de ,descartes sur la physique2 mais quoique destines disparatre bientt sans retour1 personne ne les attaquait dans le sein de l',acadmie1 o elles n'avaient pas besoin de dfenseur4 ,il mourut en #agcg1 l'ge de soixante et dix-huit ans1 aprs avoir obtenu depuis six ans le titre de vtran1 qui le dispensait des travaux rguliers imposs aux pensionnaires4 ,les travaux nombreux et varis de de ,lahire1 auraient pu faire la clbrit d'un nom que son pre1 peintre habile1 avait dj port avec honneur4 ,de ,lahire tait un savant universel1 gomtre1 astronome1 physicien1 mcanicien1 ingnieur1 anatomiste et naturaliste parfois1 en mme temps que trs-habile artiste2 capable des spculations les plus hautes comme de la pratique la plus dlicate1 et curieux de toutes les sciences1 il a fait preuve dans toutes d'un esprit distingu1 mais n'a excell dans aucune4 ,pendant cinquante ans il s'associa avec une inconcevable activit tous les travaux de l',acadmie4 ,orphelin l'ge de dix-sept ans1 il se rendit en ,italie pour y complter ses tudes d'artiste2 quatre ans aprs il revint gomtre4 ,l'tude de la perspective1 en l'initiant aux mathmatiques1 lui avait montr sa vritable voie3 il ne cessa plus de la suivre4 ,quelques crits rdigs la manire des anciens sur les sections coniques et la cyclode1 et qui1 sans apporter un grand progrs la science1 rvlrent son secret au public1 lui ouvrirent les portes de l',acadmie4 ,attach bientt avec ,picard aux travaux de la carte de ,france1 il dirigea vers les applications ses connaissances thoriques dj trs-profondes1 et vit avec une sorte d'indiffrence la face des mathmatiques se rajeunir et se renouveler par les dcouvertes de ,leibnitz et de ,newton1 qu'il n'entendit jamais bien parfaitement2 toujours passionn pour la gomtrie des anciens1 il en resta un des reprsentants les plus habiles4 ,son ,trait sur les picyclodes1 publi en #afib dans les ,mmoires de l',acadmie1 lui assure un rang estimable parmi les gomtres1 et l'application ingnieuse qu'il en fit la construction des roues d'engrenage est aujourd'hui devenue classique4 ,l'uniformit de mouvement1 ncessaire dans un grand nombre de machines1 est prcieuse dans toutes1 parce qu'elle diminue la fatigue des organes4 ,les variations de vitesse exigent des efforts proportionns leur rapidit et la grandeur des masses en mouvement2 il convient donc d'ajuster un engrenage de telle sorte que le mouvement uniforme de l'une des roues assure l'autre une vitesse diffrente mais toujours constante1 malgr le changement continuel des points de contact par lesquels les dents se poussent4 ,tel est le problme dont de ,lahire1 en le rattachant1 il est vrai1 des principes moins simples et moins clairs1 a donn plusieurs solutions lgantes1 que les constructeurs soigneux adoptent encore aujourd'hui4 ,de ,lahire fut1 l',observatoire1 le fondateur des observations mtorologiques2 de #afhi jusqu' sa mort en #agah1 les ,mmoires de l',acadmie contiennent1 chaque anne1 le rsum de ses observations sur la temprature et sur la quantit de pluie tombe mensuellement ,paris4 ,son seul but est d'ailleurs de satisfaire ceux qui1 comme lui1 ont de la curiosit pour connatre les varits qui se rencontrent dans les saisons4 ,ce travail fort pnible1 qu'il ne discontinua jamais1 l'obligeait s'occuper de physique2 mais quoiqu'il y ait appliqu1 plusieurs reprises1 l'activit incessante de son esprit1 ses ides sur plusieurs points ne peuvent tre cites que comme une preuve frappante de l'incertitude des esprits les plus distingus de l'poque4 ,de ,lahire regarda toujours comme impossible la construction de deux thermomtres comparables en des lieux diffrents4 ,les points fixes qu'il adoptait taient en effet les tempratures extrmes des saisons exceptionnelles et celles des caves de l',observatoire1 et il ne fallait pas songer les retrouver dans d'autres climats4 ,amontons ayant reconnu1 aprs ,hooke et ,newton1 que la temprature de l'eau bouillante ne s'lve jamais au-dessus d'une certaine limite1 de ,lahire1 en voyant plusieurs annes de suite la temprature maxima de l't correspondre au mme degr de son thermomtre1 se demanda si l'air n'a pas comme l'eau une temprature maxima1 qui serait prcisment celle laquelle il s'arrte pendant les ts les plus chauds8 ,on est surpris galement de voir de ,lahire contredire1 dans les ,mmoires de l',acadmie1 une opinion mise par ,mariotte1 dont la vrit semble aujourd'hui trop vidente pour que l'on ose en faire honneur aucun savant en particulier4 ,d'o provient l'eau qui coule dans les rivires8 ,exclusivement de la pluie et de la fonte des neiges4 ,telle tait la rponse de ,mariotte1 dont de ,lahire conteste l'exactitude pour supposer de grands rservoirs intrieurs dont la chaleur terrestre lve les vapeurs1 qui se condensent prs de sa surface et coulent sur le premier lit de tuf ou de glaise qu'elles trouvent jusqu' ce qu'une ouverture les jette hors du sein de la terre4 ,en signalant les lacunes des connaissances de de ,lahire sur la physique1 qui presque toutes sont1 il ne faut pas l'oublier1 celles de son poque1 il n'est pas hors de propos de mentionner un curieux travail sur la rfraction1 dans lequel il croit dmontrer que les rayons lumineux dcrivent dans l'atmosphre des arcs de cyclode4 ,admettant pour la compression de l'air une loi trs-diffrente de celle de ,mariotte et dduite de raisonnements fort vagues1 fonds sur l'analogie avec les ressorts d'acier1 il croit la densit de l'air proportionnelle la racine carre de la distance la limite suprieure de l'atmosphre4 ,cette loi de dcroissement imposerait en effet aux molcules lumineuses une trajectoire cyclodale2 mais de ,lahire le dmontre par des considrations infinitsimales dont la forme trange1 incomprhensible pour le lecteur le plus familier avec les mthodes de ,leibnitz et de ,newton1 peut servir d'excuse1 sinon de justification1 ceux qui1 comme ,rolle et ,galois1 s'obstinaient en nier la rigueur4 ,citons enfin1 pour donner une faible ide de la varit des travaux de de ,lahire1 un mmoire sur la cause pour laquelle les tiges des plantes s'lvent verticalement1 lors mme que les graines sont tournes contre-sens1 et pourquoi les racines se retournent d'elles-mmes pour s'enfoncer dans la terre4 ,il conoit que1 dans les plantes1 la racine tire un suc plus grossier et plus pesant1 et la tige au contraire un suc plus fin et plus volatil4 ,en effet1 dit-il1 la racine passe1 chez tous les physiciens1 pour l'estomac de la plante o les sucs terrestres se digrent et se subtilisent au point de pouvoir ensuite s'lever jusqu'aux extrmits des branches2 et il admet ainsi que1 ds les premiers jours de la vie de la plante1 celle-ci se retourne et se maintient verticale1 comme le fait1 dans certains jouets d'enfant1 un morceau de lige lest de plomb sa partie infrieure4 ,tel est en abrg le systme1 dont suivant ,fontenelle1 la simplicit seule est une preuve4 ,la physiologie vgtale tait peu avance1 on le voit1 au commencement du ,,xviiie sicle4 ,sauveur1 nomm d'abord adjoint pour les mathmatiques1 entra l',acadmie avec des titres scientifiques fort modestes4 ,absolument muet jusqu' l'ge de sept ans1 il conserva toute sa vie une grande difficult d'locution4 ,ses tudes chez les ,jsuites de la ,flche ne furent nullement brillantes1 et ,fontenelle1 toujours bienveillant1 sans oser blmer les professeurs qui dsespraient de lui1 loue beaucoup la perspicacit de celui qui sut prvoir ce qu'il vaudrait un jour4 ,sauveur1 que les crits de ,cicron et de ,virgile avaient laiss fort indiffrent1 fut charm par l'arithmtique de ,pelletier du ,mans4 ,tout en tudiant les mathmatiques avec ardeur1 il se prparait obtenir le titre de mdecin1 mais on le dissuada de suivre cette carrire2 ce fut ,bossuet1 qui on l'avait recommand qui1 le jugeant peu propre y russir1 n'hsita pas le lui dire et sut le lui persuader2 il jugea qu'il allait trop directement au but en supprimant trop les paroles1 et que le peu qui en restait tait dnu de grce4 ,sauveur1 faute de trouver d'autres ressources1 devint professeur de mathmatiques1 et malgr sa difficult d'locution1 les enseigna avec grand succs4 ,les gomtres1 dans ce temps-l1 taient rares1 et vivaient1 dit ,fontenelle1 squestrs du monde2 ,sauveur1 au contraire1 s'y livrait compltement2 quelques dames mme aidrent sa rputation1 et il devint bientt le gomtre la mode et le professeur des plus grands personnages2 les enfants de ,france furent au nombre de ses lves4 ,plein de candeur et de franchise1 il sut plaire tout le monde1 et on put se demander1 en le voyant si bien russir mme la cour1 si ,bossuet ne s'tait pas trop ht de trouver dans ses manires un obstacle insurmontable ses succs comme mdecin4 ,sauveur calcula pour ,dangeau1 l'avantage du banquier contre les pontes au jeu de la bassette1 qui tant fort la mode1 contribua l'y mettre lui-mme et lui fut plus utile qu'aux joueurs les plus heureux4 ,malgr la haute position qu'il avait su se crer1 il dsira longtemps1 sans oser la demander lorsqu'elle se trouva vacante1 la chaire de mathmatiques du ,collge royal1 occupe d'abord par ,ramus et qui alors se donnait au concours2 il fallait1 suivant le rglement1 commencer les preuves par une harangue1 et cette ncessit1 dont il s'effrayait fort1 cartait ,sauveur de la lice4 ,c'est en #afhf seulement qu'il osa se prsenter1 mais devenu clbre alors il lut sa harangue et l'on s'en contenta4 ,sauveur1 qui malgr ses succs comme professeur1 resta toujours un gomtre mdiocre tous gards1 devait cependant laisser un grand nom dans la science1 et ses recherches sur l'acoustique le placent sans contredit au nombre des membres illustres de l',acadmie4 ,tandis que les disciples immdiats de ,leibnitz et de ,newton1 les frres ,bernoulli1 ,moivre1 ,stirling1 ,taylor et ,mac,laurin suivaient les voies nouvelles en les largissant1 les excellents crits de ,l',hpital ne portaient en ,france aucun fruit4 ,les mathmaticiens devenaient rares1 mme l',acadmie1 et tout l'usage des nouvelles mthodes tait pour les compatriotes de leurs crateurs4 ,sans grand succs comme sans grand talent1 ,camus1 ,nicole et ,lagny apportaient de temps autre l',acadmie quelques faciles problmes de gomtrie ou d'algbre1 et si les frres ,bernoulli n'avaient rpondu par plusieurs pices excellentes et singulires l'honneur d'avoir t inscrits les premiers sur la liste des membres associs trangers1 la collection des ,mmoires antrieurs l'lection de ,clairaut mriterait peine une mention dans l'histoire des mathmatiques4 ,on voit par exemple pendant plus de vingt ans1 les gomtres de l',acadmie1 non-seulement partags1 mais suspendus dans une incertitude continuelle1 affirmer et nier tour tour des vrits dmontres depuis longtemps par ,huyghens et restes obscures pour eux dans le grand jour o il les avait cependant places4 ,huyghens avait trouv trs-exactement le temps d'une petite oscillation sur un cercle de rayon donn4 ,galile d'autre part1 en tudiant les lois de la chute1 non sur le cercle mais sur une de ses cordes1 avait trouv1 comme il le devait1 un temps tout diffrent et parfaitement exact aussi4 ,parent1 dans un journal scientifique qu'il publiait1 s'avisa de signaler ces rsultats comme contradictoires4 ,mariotte dj1 dans une lettre ,huyghens1 avait fait la mme confusion et commis la mme erreur4 ,saurin1 prvenu1 dit-il plus tard1 en faveur d',huyghens1 rfuta l'objection en maintenant l'exactitude des deux thories4 ,parent l-dessus avoue qu'il s'est tromp1 mais rclame l'honneur de l'avoir reconnu seul avant les dmonstrations de ,saurin4 ,c'est le sujet d'une discussion fort aigre pendant laquelle1 changeant d'avis une seconde fois1 il affirme1 toutes rflexions faites1 que la formule d',huyghens est inexacte comme il l'avait pens d'abord4 ,saurin se laisse convaincre1 est lu membre de l',acadmie1 et le chevalier de ,louville1 s'appliquant la mme question et dconcert par les raisons contraires1 suivant lui irrsistibles1 les numre sans oser conclure4 ,saurin1 plus hardi1 dmontre qu'il n'y a aucun doute et qu',huyghens s'est tromp4 ,aucun acadmicien ne rclame1 et c'est dix-huit ans aprs la premire objection de ,parent que la difficult est enfin tranche1 mais non par la voie la plus courte1 et que le chevalier de ,louville1 accordant enfin ,huyghens avec ,galile1 les dclare tous deux irrprochables4 ,mais par compensation1 ,louville la mme poque1 rfutait une erreur prtendue de ,leibnitz4 ,la raison qui le dtermine mrite qu'on la rapporte3 ,tant que cette erreur1 dit-il1 n'a t que celle de ,m4 ,leibnitz1 je n'ai pas jug propos d'y rpondre2 mais le livre de mathmatiques de ,wolfius m'tant tomb entre les mains o j'y ai trouv le mme principe1 j'ai cru qu'il tait propos de combattre ce faux prjug4 ,est-il besoin d'ajouter que ,leibnitz n'avait commis aucune erreur1 et que le faux prjug est tout entier chez ,louville qui suit en mcanique les principes de ,descartes8 ,dans ces discussions1 qui font si peu honneur leur savoir1 ,saurin1 ,louville et ,parent1 sans mconnatre l'vidence des principes1 s'embarrassent dans la seule discussion des consquences4 ,l'abb de ,molires1 professeur de philosophie au ,collge royal et membre de la section de gomtrie l',acadmie1 tait moins avanc encore4 ,son esprit court et confus refusait toute attention aux thories nouvelles1 et pour expliquer la nature se contentait des tourbillons4 cout et got mme des coliers1 il fit plus d'une fois sourire ses confrres2 l',acadmie refusa d'insrer dans ses ,mmoires une exprience pleine d'illusion qui devait1 suivant lui1 rduire ses adversaires au silence4 ,l'abb rclama sans rien obtenir1 et l',acadmie1 en maintenant sa dcision1 lui causa un tel accs d'impatience et de rage1 que la fivre le prit et qu'il en mourut sans avoir consenti recevoir ,maupertuis charg par ses confrres de lui exprimer tout leur intrt4 ,l'abb de ,gua1 membre comme lui de la section de gomtrie1 lui succda dans la chaire du ,collge royal4 ,de ,gua semble l',acadmie le continuateur de ,rolle4 ,attach aux thories lmentaires de l'algbre et de la gomtrie analytique1 il les a cultives avec un esprit exact1 mais peu inventif4 ,les mathmatiques d'ailleurs ne l'occupaient pas tout entier2 il s'tait form une thorie sur les phnomnes atmosphriques1 en laquelle la tmrit de ses prdictions rvle une inbranlable confiance4 ,il avait annonc du tonnerre pour le #ah juillet #agef et de l'orage pour le #bb2 la journe du #ah s'tant passe sans tonnerre1 de ,gua ne se montre nullement dconcert4 ,on lit au procs-verbal du #ai juillet3 ,m4 l'abb de ,gua a dit qu'il fallait reculer de treize heures sur les vnements prdits1 et que comme le tonnerre prdit pour hier s'est pass en vent1 le vent prdit pour mardi se passera en tonnerre4 ,nous ignorons l'vnement du mardi1 mais l'abb1 pour s'expliquer1 crut ncessaire d'crire une nouvelle lettre4 ,clairaut et d',alembert1 admis l',acadmie1 l'un en #agca1 l'autre en #agdj1 sont au nombre de ses membres vritablement illustres1 et la gomtrie leur doit1 aussi bien que la mcanique cleste1 quelques-uns de ses plus grands progrs4 ,j'ai essay ailleurs1 en esquissant les traits principaux de leur caractre1 d'indiquer le sujet et l'occasion de leurs principales dcouvertes4 ,ces tudes1 quoique fort courtes1 dpasseraient ici notre cadre1 et je me bornerai en extraire quelques pages o leur rle est surtout celui de membres de l',acadmie des sciences4 ,alexis ,clairaut fut un enfant merveilleusement prcoce4 ,son pre1 pauvre professeur de mathmatiques1 charg d'une nombreuse famille et forc une grande conomie1 instruisait lui-mme ses enfants4 ,tout naturellement il leur enseignait de prfrence ce qu'il savait le mieux1 et la gomtrie occupait une grande place dans leurs tudes4 ,les lments d',euclide servirent de premier alphabet ,clairaut2 il se trouva bientt capable de les entendre et d'en raisonner4 ,attir par le charme des dmonstrations abstraites qui lui semblaient claires et faciles1 il avait lu et compris l'ge de dix ans le trait des sections coniques du marquis de ,l',hpital4 ,vers le milieu de sa treizime anne1 il composa un mmoire sur les proprits de quelques courbes nouvelles qui1 prsent l',acadmie des sciences et approuv par elle1 fut imprim la suite d'un mmoire de son pre dans le recueil intitul3 ,miscellanea ,berolinensia4 ,le jeune frre de ,clairaut ne donnait pas de moins prcieuses esprances et semblait marcher sur ses traces4 ,il prsenta comme lui l',acadmie un mmoire de mathmatiques qui1 de mme que celui d',alexis1 semble comparable aux bons devoirs que font dans nos lyces les lves de seize dix-huit ans4 ,l'instruction prmaturment donne par leur pre avait donc avanc les deux enfants de quatre cinq ans tout au plus1 et si comme l'a crit avec un peu d'exagration le gomtre ,fontaine1 l'esprit de ,clairaut1 capable de rflexion ds les premiers moments de sa vie1 avait vcu1 l'ge de sept ans1 sept annes de plus que celui des autres hommes1 il avait cette poque perdu une partie de son avance4 ,malgr la brillante carrire d',alexis1 l'exemple d'ailleurs n'est pas encourageant1 et de si grands efforts d'esprit ne sont pas sans danger pour ceux qui en sont capables4 ,son frre n'acheva pas sa seizime anne1 et ,alexis1 atteint peu de temps aprs d'une fivre crbrale1 donna lui-mme de vives inquitudes4 ,a l'ge de seize ans1 ,clairaut avait crit un trait sur les courbes double courbure que l',acadmie accueillit avec faveur4 ,elle prsenta peu de temps aprs le jeune auteur comme second candidat la place de membre-adjoint pour la mcanique2 on plaait avant lui ,saurin le fils1 fort peu connu dans la science et qui depuis n'a rien fait pour elle4 ,bouguer1 auteur d'un ouvrage excellent et original sur la lumire1 ne fut prsent qu'au troisime rang4 ,la place resta vacante pendant deux ans entiers1 et lorsque ,clairaut eut atteint l'ge de dix-huit ans1 il fut choisi par le roi et dispens de la rgle qui fixait vingt ans la limite d'ge des acadmiciens4 ,pendant les annes qui suivirent sa nomination1 ,clairaut1 satisfaisant rgulirement ses devoirs d'acadmicien1 insra dans les ,mmoires de l',acadmie plusieurs crits1 dans lesquels il se montre la hauteur de ses confrres1 sans s'lever nettement au-dessus d'eux4 ,son jour n'tait pas encore venu4 ,lorsque pour terminer par une dcision certaine la question encore douteuse de l'aplatissement de la terre1 l',acadmie1 aide par le ministre ,maurepas1 envoya deux expditions1 l'une l'quateur1 l'autre au cercle polaire1 ,clairaut1 g de vingt-trois ans1 acceptant ,maupertuis pour chef1 consentit partir pour la ,laponie4 ,malgr la supriorit de son gnie1 ,clairaut ne joua pas le premier rle dans l'expdition4 ,maupertuis1 prsomptueux et vain1 mais entreprenant et actif1 avait t le chef et le guide de la commission2 il attira lui la gloire du succs que ,clairaut ne chercha pas lui disputer4 ,c'est ,maupertuis qui rendit compte du travail commun et qui soutint les discussions auxquelles il donna lieu2 ce fut lui qui se fit peindre et graver1 la tte affuble d'un bonnet d'ours1 et aplatissant le globe de ses mains2 c'est lui enfin qui ,voltaire1 dans des vers fort ampouls1 promettait l'immortalit4 ,clairaut1 qui ne rechercha pas les louanges de ,voltaire1 n'encourut jamais non plus sa redoutable inimiti4 ,il obtint une des pensions de l',acadmie2 le roi en augmenta le chiffre en sa faveur1 et assur d'une modeste aisance1 il reprit tranquillement ses travaux4 ,proccup tout naturellement de l'tude thorique de la forme de la terre1 ,clairaut1 dans un premier crit insr dans les ,transactions philosophiques1 reprend1 pour la perfectionner1 sans toutefois la rendre irrprochable1 la mthode un peu hasarde par laquelle ,newton avait dtermin1 dans le ,livre des principes1 la valeur numrique de l'aplatissement du globe4 ,le raisonnement de l'illustre gomtre1 fond seulement sur un calcul approch1 supposait1 sans essai de preuve1 que la forme de la terre doit tre celle d'un ellipsode de rvolution4 ,clairaut le dmontre1 ou croit le dmontrer1 en sacrifiant lui-mme1 sur bien des points1 la rigueur et l'exactitude gomtriques4 ,dans ce premier essai encore1 on reconnat plus d'habilet tourner les difficults que de force pour les surmonter4 ,le beau problme de l'attraction des ellipsodes se prsente lui comme il s'tait prsent ,newton2 mais ,clairaut1 comme lui1 profite de ce que la terre diffre peu d'une sphre1 pour substituer des calculs exacts des rsultats approchs seulement1 et bien plus faciles obtenir4 ,l'ouvrage qu'il rdigea ensuite sur la mme question est galement le rsultat de ses mditations sur les causes de l'aplatissement qu'il avait constat au ple4 ,rejetant cependant la gne des chiffres1 toujours inexacts et souvent contradictoires1 il fait peu d'usage des mesures si pniblement obtenues et cherche la forme gomtrique et pure d'une plante liquide1 soustraite aux agitations accidentelles et la variation incessante des forces perturbatrices1 sous l'influence desquelles aucun ordre ne peut subsister4 ,en ,laponie1 pendant les longues nuits d'hiver et les longues journes d't1 ,clairaut avait pu bien souvent baucher ses beaux thormes et en mditer loisir la dmonstration2 mais s'il arriva mme que1 confiant dans l'habilet de ses compagnons1 il leur ait quelquefois abandonn l'honneur et le soin de mettre l'il la lunette1 ce fut une fructueuse paresse1 qu'il ne faut pas regretter4 ,l'ouvrage de ,clairaut sur la forme de la terre vaut plus lui seul que l'expdition tout entire4 ,ce chef-d'uvre1 digne de devenir classique1 suprieur1 comme l'a crit d',alembert1 tout ce qui avait t fait jusque-l sur cette matire1 n'a pas t surpass depuis4 ,c'est peut-tre1 de tous les crits mathmatiques composs depuis deux sicles1 celui qui1 par la forme svre et la profondeur ingnieuse des dmonstrations1 pourrait le mieux tre compar1 gal mme1 aux plus beaux chapitres du ,livre des principes4 ,clairaut videmment a lu et mdit profondment l'uvre admirable de ,newton4 ,il s'est pntr de sa mthode de recherche et de dmonstration1 et1 de ce commerce intime avec un gnie plus grand que le sien1 mais de mme famille1 est sorti un gomtre tout nouveau4 ,les premiers travaux de ,clairaut avaient donn de grandes esprances2 le trait sur la figure de la terre les dpasse toutes1 et de bien loin4 ,la collection des ,mmoires de l',acadmie des sciences pour #agdb contient un important mmoire de ,clairaut sur quelques problmes de mcanique4 ,les questions sur lesquelles il s'exerce sont les mmes1 pour la plupart1 qui devaient se retrouver dans le trait de mcanique1 compos alors1 mais publi l'anne suivante seulement par d',alembert4 ,la mthode suivie par ,clairaut1 moins gnrale et moins complte dans son nonc que celle de d',alembert1 n'en diffre pas essentiellement dans l'application chaque question2 et l'on comprend1 en lisant son mmoire1 que mis en prsence d'un mme problme1 les deux illustres gomtres aient pu l'aborder avec la mme confiance et combattre armes gales4 ,l'ouvrage de ,clairaut sur la thorie de la lune et sur le problme des trois corps1 prsent en #agdg l',acadmie des sciences de ,paris1 et couronn en #agej par celle de ,saint-,ptersbourg1 offre1 avec non moins d'art que la thorie de la forme de la terre1 mais moins de puret et de rigueur dans l'tude d'une question peut-tre insoluble1 une habilet et une lgance analytique qui montrent le talent de ,clairaut sous un jour entirement nouveau4 ,ce n'est plus le disciple de ,newton1 c'est le rival de d',alembert4 ,les premiers calculs de ,clairaut indiquaient1 pour le mouvement de l'apoge lunaire1 une vitesse deux fois trop petite4 ,au lieu d'attribuer l'imperfection de sa mthode ce dsaccord avec les observations1 galement rencontr par d',alembert et par ,euler1 ,clairaut prfra accuser l'insuffisance de la loi d'attraction1 et branlant lui-mme tout son difice1 crut avoir contraint les gomtres ajouter un terme nouveau au terme simple donn par ,newton4 ,le calcul dont ,clairaut faisait son fort1 n'tant pas pouss bout1 pouvait peine motiver un doute4 ,buffon refusa avec raison de corrompre1 par l'abandon si prcipit du principe1 la simplicit d'une thorie si grande et si belle4 ,en tudiant d'ailleurs de nouveau la question avec autant de patience que de bonne foi1 ,clairaut1 pour reconnatre son erreur1 n'eut pas besoin de rectifier son calcul1 mais de le continuer4 ,l'inspiration de ,buffon fut donc des plus heureuses2 mais malgr toute la force que donne la vrit1 il n'eut pas l'avantage dans la discussion1 et en s'efforant de fonder une loi mathmatique sur un prjug mtaphysique1 le grand crivain ne retrouva ni son loquence1 ni sa clart accoutume4 ,il est bon peut-tre de montrer1 par quelques passages de son mmoire1 jusqu'o peut aller l'garement d'un homme de grand talent1 lorsque1 cherchant ses lumires en lui-mme1 il ose s'aventurer dans des rgions qu'il ne connat pas4 ,l'attraction1 dit-il1 croyant allguer un principe qu'il croit incontestable1 doit se mesurer1 comme toutes les qualits qui partent d'un centre1 par la raison inverse du carr de la distance1 comme on mesure en effet la quantit de lumire1 l'odeur et toutes les autres qualits qui se propagent en ligne droite et se rapportent un centre4 ,or il est bien vident que l'attraction se propage en ligne droite1 parce qu'il n'y a rien de plus droit qu'un fil plomb4 ,la conclusion lui semble rigoureuse et indubitable1 et ,buffon lui trouve1 pour sa part1 la force et l'vidence d'une dmonstration mathmatique2 ,mais1 comme il est1 dit-il1 des gens rebelles aux analogies1 ,newton a cru qu'il valait mieux tablir la loi de l'attraction par les phnomnes mmes que par toute autre voie4 ,non-seulement ces arguments ne sont ni clairs ni persuasifs1 mais placs1 comme dit ,montaigne1 en dehors des limites et dernires cltures de la science1 ils ne touchent pas mme la question4 ,clairaut rpondit cependant1 et cette discussion eut ce caractre singulier et sans exemple1 que la vrit y fut dfendue par des arguments qu'il a fallu citer textuellement pour en faire connatre l'insignificance et la faiblesse1 tandis que celui des adversaires qui1 en somme1 se trompe1 raisonne cependant avec autant de finesse que de rigueur4 ,quoique loin de prtendre la perfection thorique1 ,clairaut et simplement prsent ses rsultats comme des approximations successives1 on lui reprocha d'avoir abandonn la rigueur traditionnelle des mthodes mathmatiques4 ,fontaine tait habitu la rectitude inflexible du gomtre qui1 ne souffrant rien d'imparfait1 atteint1 par une voie toujours droite1 la vrit tout entire4 ,en voyant cette marche timide1 par laquelle de continuelles et croissantes approximations font tourner1 pour ainsi dire1 autour d'une difficult qui reste invincible1 et ces calculs qui1 n'tant jamais achevs et ne pouvant jamais l'tre1 ne prtendent jamais non plus la dernire perfection1 il cria au paralogisme1 presque la trahison4 ,mais1 non content de protester contre cette drogation ncessaire la svre rigueur d',euclide1 il affirma que les principes de ,clairaut1 exactement et rgulirement suivis1 assignaient la lune une orbite circulaire4 ,la question tait facile claircir1 et l'erreur de ,fontaine bien aise dmontrer4 ,clairaut1 sans abuser de son avantage1 rpondit avec autant de modration que de force4 ,un seul point1 dit-il1 l'a choqu dans les critiques de ,m4 ,fontaine et lui semble rvoltant4 ,le mot n'est pas trop fort1 car non content d'indiquer les calculs faire1 ,clairaut les avait effectus2 et contester ses rsultats1 presque tous conformes aux observations1 c'tait l'accuser tout ensemble d'erreur et d'imposture4 ,press par l'vidence de la vrit1 ,fontaine n'avait rien rpondre2 il se tut en effet4 ,mais aprs la mort de ,clairaut1 il crivit son loge1 dans lequel on lit les lignes suivantes3 ,newton n'a pu tout faire dans le ,systme du monde444 sa ,thorie de la lune n'tait qu'bauche4 ,m4 ,clairaut a trac la ligne qu'elle doit suivre en obissant la triple action qui matrise son cours et qui la retient suspendue entre le soleil et la terre1 il nous a montr dans des tables exactes tous les pas qu'elle fait dans les cieux4 ,il est impossible1 on le voit1 de faire plus compltement amende honorable4 ,vers la fin de l'anne #ageg1 les savants commencrent se proccuper du retour de la comte de #afhb1 hardiment annonc1 soixante-seize ans l'avance1 par l'astronome anglais ,halley4 ,l'orbite de cette comte1 calcule par lui1 se rapprochait assez en effet de celles des comtes de #afjg et de #aeca pour faire croire l'identit des trois astres4 ,il y avait toutefois cette diffrence qu'il s'tait coul plus de soixante-seize ans entre les deux premires apparitions1 et un peu moins de soixante-quinze entre la seconde et la troisime4 ,mais ,halley expliquait cette irrgularit par l'action des plantes rencontres pendant ce long circuit4 ,il avait mme ajout que l'action de ,jupiter devant vraisemblablement augmenter le temps de la rvolution nouvelle1 ses successeurs verraient sans doute l'astre errant vers la fin de #ageh ou le commencement de #agei4 ,une telle prdiction n'tait pas sans prcdent4 ,jacques ,bernoulli en avait hasard une plus prcise encore1 en annonant le retour de la comte de #afhj pour le #ag juin #agje4 ,mais l'astre ne parut pas1 et tous les astronomes de l',europe restrent en observation pendant la nuit entire et en furent pour leur peine4 ,clairaut1 acceptant l'hypothse de ,halley1 voulut convertir en une apprciation exacte et prcise les vagues indications de l'astronome anglais4 ,l'excution d'un tel projet devait tre immdiate1 et aprs l'vnement accompli1 ses rsultats eussent sembl sans valeur4 ,abandonnant tout autre travail1 il commena d'immenses calculs1 dont le plus grand mrite est cependant l'art avec lequel il sut les abrger2 car une heureuse avarice en pareille matire est1 comme l'a dit ,fontenelle1 la meilleure marque de la richesse1 et il faut bien connatre le pays pour suivre les petits sentiers qui pargnent tant de peine au voyageur4 ,tout tait termin le #ad novembre #ageh1 et ,clairaut annonait l',acadmie que la comte1 retarde de #ajj jours par l'action de ,saturne1 et de #aah par celle de ,jupiter1 passerait au prihlie vers le #ac avril #agei4 ,on sent1 ajoutait-il1 avec quel mnagement je prsente une telle annonce1 puisque tant de petites quantits1 ngliges ncessairement par les mthodes d'approximation pourraient bien en altrer le terme d'un mois4 ,cette prdiction fut ponctuellement accomplie4 ,la comte se montrant au temps prfix1 passa au prihlie le #ac mars #agei4 ,l'admiration fut universelle1 mais elle ne fit pas taire l'envie1 et l'applaudissement ne fut pas tout entier pour ,clairaut4 ,ceux qui1 n'ayant pas cru l'exactitude de la prdiction1 s'apprtaient rire de sa dconvenue1 furent les plus ardents rapporter ,halley tout l'honneur du succs4 ,qui osera prtendre aprs cela1 dit spirituellement ,clairaut1 que l'apparition d'une comte soit sans influence sur l'esprit humain8 ,le ,mercure du mois d'avril1 en annonant la grande nouvelle1 parle1 sans nommer ,clairaut1 de la prdiction heureusement accomplie de ,halley4 ,dans une lettre adresse au journal encyclopdique de juillet1 l'acadmicien ,lemonnier qui1 sur les glaces de la ,torna1 avait partag les travaux de ,clairaut1 pousse encore plus loin le mauvais vouloir et l'injustice4 ,halley1 suivant ,lemonnier1 a tout fait et doit seul tre lou2 ceux qui citent1 dit-il1 un mmoire lu la rentre publique de l',acadmie en novembre #ageh1 n'ont jamais cit qu'un discours sans analyse1 lequel n'a pas mme t relu et examin1 selon l'usage1 dans les sances particulires de l',acadmie1 et il ajoute1 avec une intention blessante la fois pour ,clairaut et pour d',alembert3 ,on ne doute pas que les mthodes d'approximation n'aient fait dans ces derniers temps un progrs considrable1 ou du moins que dans un temps o ,m4 ,euler publie successivement tant de mthodes analytiques dont il est l'inventeur1 on ne puisse produire aujourd'hui des calculs d'approximation plus satisfaisants que n'ont fait quelques astronomes anglais contemporains de ,newton4 ,l'injustice et l'esprit de dnigrement se montrent avec tant d'vidence1 que le public mme ne dut pas s'y mprendre4 ,clairaut fut cependant profondment bless et bien des ennuis se mlrent pour lui la joie du triomphe4 ,une objection plus fonde fut adresse aux admirateurs trop exalts de ,clairaut4 ,les calculs sont tellement exacts1 avait-on dit1 que sur une priode de soixante-seize ans1 l'erreur est d'un mois peine1 c'est--dire #a_/ijj environ du tout4 ,on rpondait1 et non sans raison1 que l'inconnue calculer n'tait pas la dure de la rvolution1 et que la diffrence des deux priodes conscutives tait seule en question4 ,cette apprciation1 sans tre injuste1 tend diminuer le mrite de ,clairaut1 et d',alembert1 qui lui prta1 en la dveloppant1 toute l'autorit de son nom1 aurait mieux fait de laisser ce soin d'autres4 ,clairaut rpondit ses adversaires1 d',alembert surtout1 avec beaucoup de sincrit1 de modration1 de douceur mme1 et1 pour tout dire enfin1 avec la droiture d'un gomtre4 ,il tient tablir d'abord qu'il n'est pas l'agresseur3 ,les fautes de procd1 dit-il1 m'ont toujours en effet paru plus importantes que celles que l'on peut commettre dans les calculs4 ,clairaut mourut1 le #ag mai #agfe1 l'ge de cinquante-deux ans1 aprs une courte maladie4 ,son pre1 qui lui survcut1 avait perdu avant lui dix-neuf autres enfants2 il lui restait une fille1 laquelle le roi accorda immdiatement une pension1 en mmoire des services rendus la science par son illustre frre4 ,jean ,lerond d',alembert1 n ,paris le #af novembre #agag1 fut expos immdiatement aprs sa naissance sur les marches de l'glise ,saint-,jean-,lerond1 situe prs de ,notre-,dame4 ,le commissaire de police du quartier1 touch de sa chtive apparence1 n'osa pas l'envoyer aux enfants trouvs1 et le confia une pauvre et honnte vitrire par laquelle il fut bientt adopt compltement4 ,sans se faire connatre1 le pre de d',alembert lui assura une pension de #a1bjj livres qui1 en apportant un peu d'aisance dans la maison de sa mre d'adoption1 permit de dvelopper par l'ducation les rares facults du pauvre enfant abandonn4 ,plac l'ge de quatre ans dans une petite pension1 il y resta jusqu' douze2 mais son matre1 ds sa dixime anne1 dclarait n'avoir plus rien lui apprendre et proposait de le faire entrer au collge dans la classe de seconde4 ,la sant encore languissante du jeune colier ne permit pas de suivre ce conseil1 et ce fut deux ans aprs seulement qu'on le plaa au collge ,mazarin1 o sous la rgle du plus austre jansnisme1 il termina brillamment ses tudes4 ,la philosophie qu'on lui enseigna fut celle de ,descartes3 les ides innes1 la prmotion physique et les tourbillons choqurent son esprit rigoureux et prcis sans y apporter aucune lumire4 ,les seules leons fructueuses qu'il reut1 dit-il1 pendant ses deux annes de philosophie1 furent celles de ,m4 ,caron1 professeur de mathmatiques qui1 sans tre profond gomtre1 enseignait avec clart et prcision4 ,il ne fit que lui ouvrir la voie1 d',alembert la suivit seul4 ,cdant son inclination naturelle1 il allait1 tout en faisant ses tudes de droit1 s'instruire sommairement dans les bibliothques des thories mathmatiques les plus difficiles1 dont il s'exerait ensuite retrouver les dtails dans sa tte4 ,celui qui peut suivre une telle mthode est bien prs de devenir inventeur3 d',alembert s'lanait en effet avec tant d'ardeur vers les rgions encore inconnues que1 devanant quelquefois ses livres1 il croyait dcouvrir des vrits et des mthodes nouvelles1 qu'il rencontrait ensuite1 avec un dpit ml de plaisir1 dans quelque auteur plus avanc4 ,les amis de d',alembert le dtournaient des travaux mathmatiques1 qu'ils regardaient1 non sans quelque raison1 comme un mauvais moyen d'arriver la fortune4 ,il se dcida1 suivant leurs sages conseils1 tudier la mdecine1 et bien rsolu de s'y livrer tout entier1 eut le courage de porter chez un ami tous ses livres de science1 dont la sduction pourrait mettre obstacle ses projets2 mais son esprit heureusement tait moins soumis que sa volont3 la gomtrie le poursuivait au milieu de ses nouvelles tudes4 ,lorsqu'un problme venait troubler son repos1 d',alembert1 impatient de toute contrainte mme volontaire1 allait chercher un des volumes qui1 peu peu1 et presque sans qu'il s'en ft aperu1 revinrent chez lui l'un aprs l'autre4 ,reconnaissant alors que la lutte tait inutile et la maladie sans remde1 il en prit joyeusement son parti2 les travaux commencs timidement et comme regret furent continus sans scrupule et avec ardeur4 ,rassemblant bientt ses forces1 inutilement disperses jusque-l1 d',alembert composa deux mmoires de mathmatiques qui1 l'ge de vingt-trois ans1 lui ouvrirent les portes de l',acadmie des sciences2 il ne fut plus ds lors question de mdecine4 ,trois ans aprs son entre l',acadmie1 d',alembert publiait le clbre ,trait de ,mcanique dont le principe1 entirement nouveau1 devait renouveler et changer la science du mouvement4 ,la ,thorie de la prcession des quinoxes1 publie en #agdi1 marque un nouveau progrs dans le talent de d',alembert4 ,le phnomne de la prcession des quinoxes1 signal par ,hipparque1 #acj ans avant notre re1 consiste dans le dplacement continu des points quinoxiaux o le plan de l'quateur rencontre celui de l'cliptique4 ,l'un de ces plans au moins change donc avec le temps2 la comparaison de chacun d'eux avec les toiles montre avec vidence1 dans le dplacement de l'quateur et par suite de l'axe terrestre1 la cause du phnomne4 ,la terre1 ,copernic a os l'affirmer1 ne tourne donc pas toujours autour du mme axe2 mais quelle peut tre la cause de cette rotation si rgulire et si lente1 et la signification des vingt-six mille ans ncessaires pour en accomplir la perfection8 ,cette recherche avait occup et dcourag l'imagination si hardie de ,kpler1 et l'honneur d'en rvler le secret tait rserv ,newton4 ,la terre n'tant ni homogne ni parfaitement sphrique1 les forces d'attraction de la lune et du soleil qui dterminent et troublent son mouvement elliptique ne passant pas rigoureusement par son centre1 il en rsulte qu'en la dplaant dans l'espace1 elles tendent en mme temps lui imprimer un mouvement de rotation qui1 se combinant avec celui qu'elle possde dj1 altre incessamment la direction de l'axe autour duquel elle tourne4 ,pour calculer avec prcision les lois d'un tel phnomne1 il fallait crer la thorie du mouvement d'un corps solide sollicit par des forces connues2 cette thorie manquait ,newton1 et les considrations par lesquelles il tente d'y suppler sont sans rigueur comme sans exactitude4 ,d',alembert vit dans ce nouveau problme une belle application de son principe de dynamique1 et aprs avoir fait connatre la mthode exacte relative au cas gnral1 en dduisit habilement non-seulement les lois de la prcession1 mais celles de la nutation1 rcemment rvles par les observations de ,bradley4 ,en #agdg1 d',alembert avait prsent l',acadmie des sciences de ,paris un mmoire sur le problme des trois corps dont l'apparition marque pour la mcanique cleste le commencement d'une priode nouvelle de dcouvertes et de progrs4 ,la thorie de la gravitation1 qui depuis la publication du livre des ,principes n'avait subi aucun perfectionnement srieux1 tait reprise pour la premire fois aprs cinquante ans1 l'aide de mthodes nouvelles et plus puissantes4 ,par une concidence singulire1 ,clairaut1 dans la mme sance1 prsentait un mmoire sur le mme sujet1 dont ,euler1 alors ,berlin1 s'occupait activement1 sans en avoir toutefois rien communiqu au public4 ,en ralit1 l'illustre auteur du livre des ,principes n'avait fait1 suivant d',alembert1 qu'baucher les premiers traits de la matire4 ,quelque lumire qu'il ait porte dans l'ordre de l'univers1 il n'a pu manquer1 ajoute-t-il1 de sentir qu'il laisserait beaucoup faire ceux qui le suivraient1 et c'est le sort des penses des grands hommes d'tre fcondes non-seulement dans leurs mains1 mais dans celles des autres4 ,l'analyse mathmatique a heureusement acquis depuis ,newton1--c'est toujours d',alembert qui parle1--diffrents degrs d'accroissement2 elle est devenue d'un usage plus tendu et plus commode1 et nous met en tat de perfectionner l'ouvrage commenc par ce grand philosophe4 ,il suffit sa gloire que plus d'un demi-sicle se soit coul sans qu'on ait presque rien ajout sa thorie de la lune1 et il y a peut-tre plus loin du point d'o il est parti celui o il est parvenu1 que du point o il est rest celui auquel nous pouvons maintenant atteindre4 ,d',alembert1 g de trente-deux ans et membre des ,acadmies de ,paris et de ,berlin1 ne s'tait fait connatre que comme gomtre2 il trouvait sous le toit de celle qui lui servait de mre toute la tranquillit ncessaire ses profondes recherches4 ,le monde1 je veux dire les socits brillantes dans lesquelles d',alembert devait tre bientt recherch et admir1 tait alors pour lui sans attrait2 il ne le connaissait ni ne le dsirait4 ,quelques amis dvous1 dont plusieurs devinrent illustres1 formaient sa socit habituelle1 et le profond gomtre tait cit comme le plus gai1 le plus plaisant et le plus aimable de tous4 ,l'un d'eux1 ,diderot1 exera sur d',alembert une grande influence1 et leurs noms1 attachs une uvre clbre et grandiose1 sont pour bien des gens devenus insparables4 ,le discours prliminaire de l',encyclopdie1 crit en entier par d',alembert1 contient1 dit-il1 la quintessence des connaissances mathmatiques1 philosophiques et littraires1 acquises par vingt annes d'tudes4 ,il fut reu avec applaudissement et considr comme une uvre de premier ordre4 ,l'admiration de ,voltaire et de ,montesquieu1 les louanges sans restriction du roi ,frdric1 celles enfin de ,condorcet1 ne permettent pas de traiter lgrement cette clbre prface1 aujourd'hui bien oublie4 ,la classification des connaissances humaines par laquelle il dbute est cependant incomplte et arbitraire1 et la manire plus ingnieuse que naturelle dont il croit les faire natre les unes des autres semble singulirement choisie comme introduction un dictionnaire1 o l'ordre alphabtique seul rgle la succession des articles4 ,d',alembert1 peu de temps aprs1 fut nomm membre de l',acadmie franaise4 ,vers la mme poque1 la rputation croissante du philosophe gomtre dcida celle qui l'avait abandonn lors de sa naissance rclamer les droits dont elle tait devenue fire4 ,mme de ,tencin lui fit savoir qu'elle tait sa mre2 mais d',alembert1 la repoussant son tour1 n'en voulut jamais reconnatre d'autre que la pauvre vitrire1 dont il resta jusqu'au dernier jour le fils affectueux et dvou4 ,malgr ses occupations littraires1 d',alembert ne cessa jamais d'accorder une grande place dans ses travaux la haute gomtrie4 galement attir par la recherche des vrits utiles et par le plaisir de vaincre les difficults de la science1 il publia1 de #agfa #aghb1 huit volumes d'opuscules mathmatiques1 contenant de nombreux mmoires relatifs aux sujets les plus levs et les plus difficiles de la mcanique cleste1 de l'analyse pure et de la physique4 ,la division des forces de d',alembert ne semble pas les avoir affaiblies1 et ces crits suffiraient pour placer l'auteur au nombre des grands gomtres4 ,il serait malais d'en faire ici le dnombrement4 ,parmi les questions traites par d',alembert1 nous en citerons une seulement sur laquelle il est revenu plusieurs reprises1 aprs en avoir fait le sujet de l'une de ces lectures coutes avec tant d'empressement par les gens du monde4 ,malgr les travaux de ,pascal1 d',huyghens et de ,jacques ,bernoulli1 d',alembert refuse d'accepter leurs principes sur la thorie des chances1 et de voir dans le calcul des probabilits une branche lgitime des mathmatiques4 ,le problme qui fut le point de dpart de ses doutes et l'occasion de ses critiques est rest clbre dans l'histoire de la science sous le nom de problme de ,saint-,ptersbourg4 ,on suppose qu'un joueur1 ,pierre1 jette une pice en l'air autant de fois qu'il faut pour amener face4 ,le jeu s'arrte alors1 et il paye son adversaire1 ,paul1 un franc s'il a suffi de jeter la pice une fois1 deux francs s'il a fallu la jeter deux fois1 quatre francs s'il y a eu trois coups1 puis huit francs1 et ainsi de suite en doublant la somme chaque fois que l'arrive de face est retarde d'un coup4 ,on demande combien ,paul doit payer quitablement en change d'un tel engagement8 ,le calcul fait par ,daniel ,bernoulli1 qui avait propos le problme1 et conforme aux principes admis par tous les gomtres1 l'exception du seul d',alembert1 exige que l'enjeu de ,paul soit infini4 ,quelque somme qu'il paye ,pierre avant de commencer le jeu1 l'avantage sera de son ct2 tel est dans ce cas le sens du mot infini4 ,ce rsultat1 quoique trs-vritable1 semble trange et difficile concilier avec les indications du bon sens1 d'aprs lesquelles aucun homme raisonnable ne voudrait risquer un tel jeu une somme un peu forte1 #a1jjj francs par exemple4 ,l'esprit de d',alembert1 embarrass dans ce paradoxe1 ne craignit pas de condamner les principes1 indubitables pourtant1 qui y conduisent1 en proposant1 pour en nier la rigueur et en contester l'vidence1 les raisonnements les moins fonds et les plus singulires objections4 ,il refuse1 par exemple1 aux gomtres le droit d'assimiler dans leurs dductions cent preuves faites successivement avec la mme pice cent autres faites simultanment avec cent pices diffrentes4 ,les chances1 dit-il1 ne sont pas les mmes dans les deux cas1 et la raison qu'il en donne est fonde sur un singulier sophisme3 ,il est trs-possible1 dit-il1 et mme facile de produire le mme vnement en un seul coup autant de fois qu'on le voudra1 et il est au contraire trs-difficile de le produire en plusieurs coups successifs1 et peut-tre impossible1 si le nombre des coups est trs-grand4--,si j'ai1 ajoute d',alembert1 deux cents pices dans la main1 et que je les jette en l'air la fois1 il est certain que l'un des coups croix ou pile se trouvera au moins cent fois dans les pices jetes1 au lieu que si l'on jetait une pice successivement en l'air cent fois1 on jouerait peut-tre toute l'ternit avant de produire croix ou pile cent fois de suite4 ,est-il ncessaire de faire remarquer que les deux cas assimils sont entirement distincts1 et que jeter deux cents pices en l'air pour choisir celles qui tournent la mme face1 c'est absolument comme si l'on jetait en l'air une pice deux cents fois de suite1 en choisissant aprs1 pour les compter seules1 les preuves qui ont fourni le rsultat dsir8 ,dans cette discussion1 qui d'ailleurs n'occupe qu'une bien faible place parmi ses opuscules1 d',alembert se trompe compltement et sur tous les points4 ,son esprit1 toujours prt s'arrter1 en dclarant impntrable tout ce qui lui semble obscur1 tait plus qu'un autre expos au pril de condamner lgrement les raisonnements si glissants et si fins du calcul des chances4 ,quant au paradoxe du problme de ,saint-,ptersbourg1 il disparat entirement lorsqu'on interprte exactement le sens du rsultat fourni par le calcul3 une convention quitable n'est pas une convention indiffrente pour les parties2 cette distinction claircit tout4 ,un jeu peut tre la fois trs-juste et trs-draisonnable pour les joueurs4 ,supposons1 pour mettre cette vrit dans tout son jour1 que l'on propose mille personnes possdant chacune un million de former en commun un capital d'un milliard1 qui sera abandonn l'une d'elles dsigne par le sort1 toutes les autres restant ruines4 ,le jeu sera quitable1 et pourtant aucun homme sens n'y voudra prendre part4 ,en termes plus simples et plus vidents encore1 le jeu1 lors mme qu'il n'est pas inique1 devient imprudent et insens pour le joueur dont la mise est trop considrable4 ,le problme de ,saint-,ptersbourg offre1 sous l'apparence d'un jeu trs-modr1 dans lequel on doit vraisemblablement payer quelques francs seulement1 des conventions qui peuvent1 dans des cas qui n'ont rien d'impossible1 forcer l'un des joueurs payer une somme immense1 et la rpugnance instinctive qu'un homme de bon sens prouve admettre les conditions fournies par le calcul n'est autre chose au fond que la crainte trs-fonde d'exposer un jeu de hasard1 mme quitable1 une somme de grande importance avec la presque certitude de la perdre4 ,honnte homme et homme de bien1 d',alembert fut aim et estim de tous ceux qui l'ont connu4 ,ses contemporains ont exalt l'envi sa bont et sa gnrosit1 toujours prte1 sans ostentation de vertu4 ,admir et vant1 jeune encore1 par les juges les plus illustres1 il n'excita l'envie de personne4 ,il s'exera dans les genres les plus divers1 et1 sans avoir produit dans tous d'immortels chefs-d'uvre1 il fut plac par l'opinion au premier rang des savants1 des littrateurs et des philosophes4 ,sans fortune1 sans dignits1 malgr le malheur de sa naissance et l'humble simplicit de sa vie1 il fut grand entre ses contemporains par l'tendue de son influence4 ,l'lvation de son caractre gala celle de son esprit4 ,dans son commerce familier et intime avec les plus grands personnages de son sicle1 il sut conserver sans froideur toute la dignit de ses manires et obtenir sans l'exiger autant de dfrence au moins qu'il en accordait2 mais quoique sensible la gloire et aux satisfactions de l'amour-propre1 il ne cessa jamais1 au milieu de ses succs1 si nombreux et si constants1 de chercher en vain le bonheur1 qu'il n'entrevit qu'un instant2 celui d'une affection profonde1 dvoue1 exclusive1 et pour tout dire enfin1 gale celle dont il se sentait capable4 ,les journalistes contemporains ont souvent affect de placer ,fontaine ct et au-dessus de d',alembert et de ,clairaut4 ,il n'est pas responsable d'un tel rapprochement4 ,il tait rellement inventif et habile1 et quoiqu'il n'ait pas laiss de traces profondes dans la science1 son passage y mrite au moins un souvenir4 ,les rares relations de ,fontaine avec ses confrres montrent un caractre difficile et bizarre4 ,sa prtention d'tudier les vanits des hommes pour les blesser dans l'occasion aurait d lui imposer pour lui-mme une modestie qui lui manque trop souvent4 ,lorsque j'entrai l',acadmie1 dit-il dans un de ses mmoires1 l'ouvrage que ,m4 ,jean ,bernoulli avait envoy en #agcj1 qui est un chef-d'uvre1 venait de paratre2 cet ouvrage avait tourn l'esprit de tous les gomtres de ce ct-l1 on ne parlait que du problme des tautochrones1 j'en donnai la solution que voici1 et on n'en parla plus4 ,ce tour presque sublime et ces paroles plus grandes que le sujet pourraient faire sourire ceux mmes qui ignorent l'histoire vritable du problme4 ,la vrit est qu'on en a souvent parl depuis sans mentionner la solution1 exacte d'ailleurs1 de ,fontaine4 ,l'empressement de l',acadmie s'adjoindre ,maupertuis semble rvler de puissantes protections4 ,on lit au procs-verbal du #g dcembre #agbc3 ,m4 de ,maupertuis est entr et a prsent deux mmoires de lui sur des matires d'histoire naturelle4 ,ag alors de vingt-trois ans1 il s'adressait pour la premire fois l',acadmie4 ,huit jours aprs1 ,m4 de ,maurepas fait savoir l',acadmie que ,m4 de ,camus s'tant montr inexact1 sa place est dclare vacante1 et l',acadmie1 sans lever la moindre objection1 y nomme ,maupertuis4 ,le #bg dcembre suivant1 on lit au procs-verbal3 ,le roi a autoris ,m4 de ,beaufort1 adjoint-gomtre1 prendre le titre d'adjoint-mcanicien1 actuellement vacant1 et ,m4 de ,maupertuis est nomm la place d'adjoint-gomtre qui lui convient mieux4 ,ses seuls titres taient alors deux mmoires indits d'histoire naturelle dont le titre mme nous est inconnu4 ,maupertuis1 acadmicien vingt-quatre ans1 sans avoir fait ses preuves en aucun genre1 sembla d'abord prendre parti pour la gomtrie1 et ses premiers mmoires1 sans rien apprendre aux gomtres habiles de l'poque1 montrent la connaissance exacte des mthodes et des raisonnements mathmatiques4 ,ds les premires annes cependant1 on voit apparatre le philosophe tmraire et superficiel prt trancher toutes les questions sans s'tre prpar en approfondir aucune4 ,interrompant ses tudes de gomtrie pour des recherches que sa manire de raisonner lui rendait plus faciles1 ,maupertuis1 sans donner ombre de preuves1 propose une thorie gnrale des instruments de musique3 les tables1 qui dans chaque cas accompagnent le corps sonore sont1 suivant lui1 composes de fibres qui1 semblables des cordes isoles1 peuvent vibrer ingalement et s'unir chacune la note qui lui convient pour en accrotre la rsonnance4 ,c'est cette thorie dont le pre ,castel avait os se moquer dans quelques lignes parfaitement justes1 qui furent cependant trouves insupportables4 ,l',acadmie1 choque1 il est vrai1 par les critiques adresses tous les mmoires de l'anne1 prluda avec moins de retentissement et de rigueur mais autant d'injustice1 aux inqualifiables svrits exerces plus tard ,berlin contre un autre contradicteur de ,maupertuis4 ,on raconte qu'un jour1 mollement tendu dans un fauteuil1 ,maupertuis disait3 ,je voudrais bien avoir rsoudre un beau problme qui ne serait pas difficile4 ,cette parole le peint tout entier4 ,esprit agit sans consistance1 remuant sans tre actif1 incapable de contention et d'effort1 il a conserv pendant toute sa vie la science incomplte et superficielle qui lui valut ses premiers succs4 ,rpandant son esprit en paroles et en conjectures1 il se piqua de littrature et de philosophie2 malgr leurs vastes prtentions1 ses crits1 aussi pauvres par le fond que mdiocres par le style1 n'appartiennent plus ds lors l'histoire de la science1 et le bienveillant et timide ,grandjean de ,fouchy1 en les mentionnant dans l'loge de ,maupertuis1 dcline avec raison sa comptence4 ,prompt saisir la faveur des grands et la mnager1 ,maupertuis fit de sa rputation scientifique l'instrument de sa fortune4 ,au milieu de l'applaudissement et de la faveur dont le succs de l'expdition du ,nord l'avait entour1 ,frdric crut faire merveille en lui donnant1 avec des avantages extraordinaires1 la direction de l',acadmie de ,berlin4 ,il y brilla d'un clat passager jusqu'au jour o l'impitoyable justice de ,voltaire vint changer en un ridicule immortel le vain bruit qui avait entour son nom4 ,au nombre des gomtres de l',acadmie1 il serait injuste de ne pas citer ,deparcieux qui1 sans avoir pntr les profondeurs de la science1 a su joindre un esprit juste une persistance infatigable dans l'tude des applications utiles4 ,c'est de lui que ,voltaire a dit dans l',homme aux quarante cus3 ,mon gomtre tait un citoyen philosophe444--,je lui dis3 ,monsieur1 vous avez tch d'clairer les badauds de ,paris sur le plus grand intrt des hommes1 la dure de la vie humaine4 ,le ministre a connu par vous seul ce qu'il doit donner aux rentiers viagers1 selon leurs diffrents ges2 vous avez propos de donner aux maisons de la ville l'eau qui leur manque444 ,deparcieux1 en effet1 a publi des tables qui pendant longtemps furent les seules sur les probabilits de la vie humaine en ,france1 et un projet trs-minutieusement tudi pour amener ,paris les eaux de la rivire de l',ivette4 ,le dbut du livre de ,deparcieux ne semble promettre que des calculs et des chiffres exacts1 et les premires lignes sont crites pour carter quiconque n'est pas gomtre4 ,soit ,b1 dit-il sans autre exorde1 l'intrt que rapporte un certain fonds ,a2 ,p1 l'argent qu'on prte annuellement4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,ce dbut donnerait d'ailleurs une ide trs-inexacte de la forme de l'ouvrage et de son esprit2 certains passages pourraient au contraire mriter le reproche de s'loigner un peu trop du sujet4 ,deparcieux1 par exemple1 en blmant moins loquemment que ,rousseau1 mais vingt ans avant lui1 l'habitude de confier les enfants des nourrices trangres1 ne semble pas loign d'y voir la cause principale de toutes les enfances maladives en y rattachant1 par une consquence arbitraire1 toutes les maladies et les incommodits venir4 ,telle personne1 dit-il1 qui1 confie dans son enfance une nourrice trangre1 a vcu soixante-dix ou quatre-vingts ans1 aurait vcu quatre-vingt-dix ou cent ans si elle avait tet tout le lait que la nature lui a destin3 aussi voit-on bien plus de gens gs dans les provinces loignes qu'aux environs de ,paris4 ,poursuivant sa thse jusqu'aux consquences les plus extrmes1 ,deparcieux va jusqu' dsirer qu'une exacte police contraigne les mres remplir le premier et le plus cher de tous les devoirs4 ,le successeur le plus illustre de ,clairaut et de d',alembert dans l',acadmie fut sans contredit ,laplace4 ,marquant1 ds ses dbuts1 la grandeur de ses vues et la hardiesse de son esprit1 il rencontra pourtant fort peu d'encouragement et la place d'adjoint dans la section de gomtrie1 si aisment accorde autrefois ,maupertuis pour deux mmoires d'histoire naturelle1 lui fut1 nous l'avons dit1 bien longtemps refuse4 ,l'uvre de ,laplace comme gomtre est immense3 il a touch aux questions les plus difficiles et saisi fortement1 pour les soumettre l'analyse1 les phnomnes et les questions en apparence les plus rebelles4 ,le caractre de son talent n'est pas la perfection1 et c'est par l qu'il est infrieur ,lagrange1 mais il dploie souvent pour atteindre son but une puissance sans gale4 ,quand un problme est pos1 il lui faut la solution1 dt-il1 comme le disait ,poinsot1 qui et mdit pendant vingt ans plutt que d'accepter une telle extrmit1 l'arracher avec ses ongles1 ou mme avec ses dents4 ,lagrange1 membre de l',acadmie de ,turin1 fut appel ,berlin pour y remplacer ,euler4 ,d',alembert1 qui l'avait dsign ,frdric1 ne cessait de le servir prs de lui en galant ses louanges la vrit4 ,je prends la libert1 crivait-il1 de demander ,votre ,majest ses bonts particulires pour cet homme vritablement rare et aussi estimable par ses sentiments que par son gnie suprieur444 ,je ne crains pas d'affirmer que sa rputation dj grande ira toujours croissant et que les sciences1 ,sire1 vous auront une ternelle obligation de l'tat aussi honorable qu'avantageux que vous voulez bien lui donner444 ,il nous effacera tous1 ou du moins empchera1 qu'on nous regrette4 ,le gnie droit et lev de ,lagrange1 sans avoir produit ses plus beaux fruits1 s'tait rvl clairement1 on le voit1 la gnreuse perspicacit de d',alembert4 ,quoique l',acadmie des sciences de ,paris ne l'ait appel dans son sein qu' la veille de la rvolution1 en #aghf1 elle a eu la bonne fortune de le faire ,franais pour toujours et de le lguer l',institut1 o pendant plus de quinze ans il a sig avec ,laplace4 ,plus modeste1 mais non moins profond que son illustre mule1 il s'est lev aussi haut d'un vol plus facile et plus ferme1 et ses uvres mathmatiques1 dont un sicle de progrs n'et pas affaibli l'clat1 sont1 aujourd'hui encore1 offertes aux jeunes gomtres par un excellent juge1 comme le guide le plus sr en mme temps que le modle le plus accompli qu'ils puissent choisir leur dbut dans la science et conserver avec grand profit1 quelque hauteur qu'ils s'y lvent4 ,l',acadmie comptait en mme temps que ,laplace1 et avant de s'adjoindre ,lagrange1 deux gomtres fort illustres aussi1 mais d'ordre moins lev pourtant3 ,monge et ,legendre4 ,quoique fils d'un pauvre marchand ambulant1 ,monge fut lev avec grand soin par les oratoriens de la ville de ,beaune4 ,aprs de brillantes tudes1 il fut charg1 l'ge de vingt ans1 d'un cours de physique et inspira ses matres le dsir de le garder avec eux4 ,mais1 peu dispos la carrire ecclsiastique1 il entra l'cole du gnie de ,mzires1 en sachant bien pourtant que son humble origine le condamnait pour toujours aux grades infrieurs celui de lieutenant4 ,c'est en tudiant les fortifications et la coupe des pierres qu'il conut le premier l'ide des mthodes rgulires et gnrales1 aujourd'hui classiques1 o tout l'art du trait est compris2 mais1 pour tre rendues plus faciles et plus simples1 ces pratiques1 jusque-l secrtes1 enseignes aux officiers du gnie1 n'en devaient tre que plus soigneusement caches1 et c'est par des mmoires sur le calcul intgral que ,monge se fit d'abord connatre de l',acadmie1 o il fut accueilli avec grande faveur4 ,c'est en #aghc seulement1 l'ge de trente-quatre ans1 que ,monge1 appel ,paris comme professeur d'une cole fonde par ,turgot1 put devenir acadmicien4 ,les ,mmoires de l',acadmie contiennent de lui des travaux non moins importants que varis et son nom1 plac entre ceux d',euler et de ,gauss1 dans l',histoire de la thorie gnrale des surfaces ne saurait tre omis dans la liste des gomtres illustres1 quelque courte qu'on veuille la faire4 ,la thorie aujourd'hui classique et lmentaire en quelque sorte des lignes de courbure lui est due tout entire1 et ,lagrange1 en regrettant de n'en pas tre l'auteur1 lui a dcern un loge qui dispense de rien ajouter4 ,legendre enfin1 nomm membre adjoint de la section de gomtrie en #aghe1 fut le dernier gomtre de grande rputation introduit dans l'ancienne ,acadmie des sciences4 ,laborieux et sagace1 il a eu le bonheur d'attacher son nom la grande thorie des fonctions elliptiques4 ,cre par ,euler et par ,lagrange1 perfectionne depuis par les gomtres les plus illustres1 c'est encore aujourd'hui le nom de ,legendre dont son lude veille tout d'abord le souvenir4 ,les dbuts de ,legendre avaient attir l'attention4 ,ag de dix-sept ans et lve encore du collge ,mazarin1 le seul o l'on enseignt les hautes mathmatiques1 il eut la hardiesse de ddier l',acadmie des sciences les thses imprimes qu'il devait soutenir pour obtenir le grade de docteur4 ,les acadmiciens1 acceptant l'hommage du jeune candidat1 consentirent diriger les preuves dont l'ensemble mrita les louanges de d',alembert4 ,sans proposer aucune mthode nouvelle1 ,legendre1 dans ses thses1 trace le rsum rapide de ses tudes mathmatiques dont elles montrent l'tendue et la force4 ,la prsence inaccoutume de l',acadmie ne contribua pas moins que la jeunesse du candidat l'intrt de ce brillant exercice d'colier4 ,les gazettes en parlrent et le professeur d'loquence du collge1 le sieur ,cosson1 clbra l'vnement dans une longue et faible pice de vers franais4 ,legendre lui-mme1 comme pour se montrer capable de parler une autre langue que l'algbre1 adressa aux acadmiciens quelques phrases respectueuses et modestes1 prononces avec grce et sans aucun trouble4 ,excit et encourag par ce premier succs1 ,legendre continua pendant trois ans ses tudes et ses recherches sans en publier les rsultats4 ,son premier mmoire l',acadmie date de #aggc4 ,nous nous rappelons tous1 disent les commissaires1 la thse brillante que ce jeune gomtre a ddie l',acadmie et les esprances qu'elle a conues de ses talents4 ,on verra avec plaisir que ces esprances se sont ralises et qu'aprs avoir expos avec autant d'ordre que de prcision les dcouvertes des autres gomtres1 ,m4 ,legendre est fait pour enrichir la gomtrie de ses propres dcouvertes4 ,lagrange1 ,laplace1 ,legendre et ,monge1 ont t connus de nos contemporains1 et il m'a t donn plus d'une fois de les entendre juger par ceux dont ils avaient encourag la jeunesse4 ,m4 ,poinsot1 dans quelques lignes finement travailles1 s'tait plu marquer les traits principaux de leur caractre et de leur talent1 et1 malgr l'injustice trs-apparente envers l'un des plus illustres1 il avait assez bien russi pour que ds la premire lecture on n'hsitt pas un instant sur le vritable nom des gomtres ,a1 ,b1 ,c1 ,d4 ,a4 ,va d'un air simple la vrit qu'il aime3 la vrit lui sourit et quitte volontiers sa retraite pour se laisser produire au grand jour par un homme aussi modeste4 ,b4 ,ne l'a jamais vue que par surprise4 ,elle se cache cet homme vain qui n'en parle que d'une manire obscure4 ,mais vous le voyez qui cherche tourner cette obscurit en profondeur et son embarras en un air noble de contrainte et de peine comme un homme qui craint d'en trop dire et de divulguer un commerce secret qu'il n'a jamais eu avec elle4 ,c4 ,il faut bien1 se dit-il1 qu'elle soit en quelque lieu4 ,or il va laborieusement dans tous ceux o elle n'est point1 et comme il n'en reste plus qu'un seul qu'il n'a pas visit1 il dit qu'elle y est1 qu'il en est bien sr1 et il s'essuie le front4 ,d4 ,d'un temprament chaud1 la dsire avec ardeur1 la voit1 la poursuit en satyre1 l'atteint et la viole4 ,,les ,,astronomes4 ,l'astronomie1 comme les mathmatiques1 a compt presque constamment dans l',acadmie d'utiles et illustres reprsentants1 et les noms des ,cassini1 de ,maraldi1 de ,lacaille1 de ,lemonnier1 de ,delisle1 de ,legentil1 de ,pingr1 de ,lalande et de ,messier sont rests clbres dans l'histoire de la science4 ,lalande1 dont la justice tait rigoureuse et svre1 a pu crire en #agff3 ,la collection des mmoires de l',acadmie des sciences renferme le plus riche trsor que nous ayons en fait d'astronomie2 la dcouverte des satellites de ,saturne1 l'tude consciencieuse et prolonge de la grandeur et de la figure de la terre1 l'application du pendule aux horloges1 celle des lunettes aux quarts de cercles et des micromtres aux lunettes1 des discussions continuelles et savantes sur la thorie du soleil et de la lune1 leurs ingalits1 les rfractions1 l'obliquit de l'cliptique1 la thorie des satellites de ,jupiter1 tout cela se trouve longuement dvelopp et trait bien des reprises dans cette collection dont l'analyse formerait1 si on le voulait1 un trait complet d'astronomie4 ,nous avons dit quelle a t1 ds la cration de l',acadmie1 l'ardeur et le succs de ses premiers membres dans la poursuite des travaux astronomiques4 ,l'observatoire royal1 construit pour l',acadmie1 tait considr comme une de ses dpendances1 et la ,connaissance des temps1 constamment rdige par ses membres1 le fut depuis #agjb sous la direction mme et au nom de la compagnie tout entire4 ,m4 le prsident1 dit le procs-verbal du #g janvier #agjb1 a nomm cette anne1 pour travailler la ,connaissance des temps1 le pre ,gouye1 ,,mm4 ,sauveur1 ,homberg et ,lieutaud4 ,ce fut en ralit ,lieutaud qui fit tous les calculs et qui en resta charg jusqu'en #agbi4 ,godin1 ,maraldi1 ,lalande et ,jeaurat lui succdrent successivement4 ,lefvre1 qui le privilge de la ,connaissance des temps fut brutalement retir au profit de l',acadmie1 tait un calculateur habile1 choisi par ,picard et form son cole4 ,simple tisserand ,lisieux1 il avait appris seul assez d'astronomie pour calculer les clipses et les annoncer exactement4 ,picard en fut inform1 et lui fit obtenir avec une petite pension le droit de publier chaque anne la connaissance des mouvements clestes4 ,lefvre vint ,paris et renona au mtier de tisserand1 jusqu'au jour o l'inconvenance de ses attaques contre de ,la ,hire lui fit perdre la fois son privilge et le titre d'acadmicien4 ,la ville de ,paris1 pendant le ,,xviiie sicle1 compta presque constamment huit dix observatoires srieusement organiss pour l'tude du ciel1 et occups par des observateurs exercs1 appartenant presque tous l',acadmie4 ,l'observatoire royal1 que l'on nommait aussi observatoire de l',acadmie des sciences1 logeait habituellement trois ou quatre astronomes4 ,bernoulli1 qui le visita en #agfg1 n'y vit que ,cassini de ,thury1 ,maraldi2 leurs collaborateurs1 ,legentil et ,chappe1 taient partis alors pour observer1 l'un dans l',inde1 l'autre en ,sibrie1 le passage de ,vnus sur le soleil4 ,le titre d'astronome du roi mettait ,lemonnier1 la mme poque1 en possession d'excellents instruments transports presque tous sa terre1 situe en ,bretagne4 ,il conservait cependant et utilisait parfois chez lui1 rue ,saint-,honor1 les instruments de l'expdition faite en ,laponie avec ,maupertuis et ,clairaut4 ,lalande observait au ,luxembourg2 mais le mauvais tat des btiments le fora de se retirer au collge ,mazarin1 dans l'observatoire construit pour ,la ,caille1 et o l'abb ,marie1 alors professeur du collge1 lui offrit la plus large hospitalit4 ,l'cole militaire possdait aussi un lgant observatoire1 occup en #agfg par l'acadmicien ,jeaurat2 celui de la marine1 l'htel de ,cluny1 tait confi ,messier1 et la confrrie de ,sainte-,genevive fournissait son bibliothcaire1 ,pingr1 tous les moyens d'tudier le ciel4 ,il tait install dans les btiments actuels du lyce ,napolon4 ,a ,colombes enfin1 le riche marquis de ,courtanvaux1 acadmicien honoraire1 avait install un observatoire lgant et richement pourvu4 ,traitant les sciences comme un amusement1 ,courtanvaux les prenait et les quittait tour tour1 en variant constamment ses travaux1 toujours intelligents et souvent utiles4 ,mais personne n'observait ,colombes1 et le charmant observatoire1 en tmoignant du got d'un grand seigneur pour la science1 ne lui rendit jamais de vritables services4 ,jacques ,cassini et ,cassini de ,thury1 directeurs hrditaires en quelque sorte de l'observatoire1 portrent avec honneur un nom illustre4 ,l'achvement1 de la carte de ,france fut l'uvre capitale de leur vie1 mais leurs noms1 honorablement cits pour d'autres travaux1 doivent tre associs ceux de leurs cousins ,dominique et ,jacques ,maraldi qui1 attirs par eux l',observatoire1 appartinrent tous deux aussi l',acadmie des sciences1 o ils prsentrent1 dfaut de thories profondes et nouvelles1 un nombre immense d'observations exactes4 ,lemonnier1 appel trs-jeune encore l',acadmie1 justifia par une vie laborieuse et utile cette marque de confiance qui1 trs-frquente alors1 fut presque toujours heureusement et dignement place4 ,compagnon de ,maupertuis et de ,clairaut dans leur voyage en ,laponie1 il fut l'observateur le plus actif et le plus exerc sans doute de l'expdition4 ,oblig1 dit ,bailly1 de choisir un tat1 ,la ,caille choisit1 ou plutt on choisit pour lui l'tat ecclsiastique1 comme offrant plus de ressources4 ,l'intention pigrammatique de cette phrase est une concession aux ides du temps et de la socit dont ,bailly dsirait les applaudissements1 car l'abb ,la ,caille fut pendant toute sa vie un modle de dsintressement1 de probit et d'austre abngation4 ,son pre1 autrefois dans l'aisance1 ne lui avait lgu que des dettes4 ,la ,caille les accepta1 et grce des privations qui durrent toute sa vie1 n'eut besoin pour les acquitter que des modestes appointements de professeur de collge1 honorable et faible salaire d'un travail assidu que la clbrit croissante de son nom ne lui fit jamais ddaigner4 ,cassini1 sachant apprcier les premiers essais scientifiques de ,la ,caille1 le prit chez lui l',observatoire1 pour en faire l'mule et le modle de ses fils4 ,la ,caille devint bien vite un astronome consomm4 ,il fut charg avec ,maraldi neveu1 de lever gomtriquement le contour des ctes de ,france1 puis avec ,cassini de ,thury1 de dterminer la suite des points situs sur la mridienne de l',observatoire de ,paris4 ,le succs de ce double travail lui valut une chaire de mathmatiques au collge ,mazarin et la disposition d'un observatoire cr pour lui dans le collge mme2 l',acadmie des sciences enfin1 en le choisissant de prfrence au jeune d',alembert1 combla ses esprances et sa modeste ambition4 ,la ,caille tait alors g de vingt-huit ans2 il ne vcut depuis que pour la science du ciel1 dont ses travaux ont abord et perfectionn successivement toutes les parties4 ,bailly1 fils d'un gardien des tableaux du roi1 naquit au ,louvre1 la porte1 pour ainsi dire1 de l',acadmie4 ,instinctivement soumis la rgle et au devoir1 il montra toujours un grand loignement pour la vie lgre et dissipe dont son entourage lui donnait plus d'un exemple4 ,son pre1 homme de plaisir plus que d'tude1 tait peu capable de le diriger et peu dsireux d'en faire un savant4 ,bailly aborda seul les lments des sciences et s'y avana assez loin pour mriter l'attention de ,la ,caille1 qu'un hasard heureux lui fit rencontrer4 ,non content de lui marquer sa voie1 ,la ,caille1 partir de ce jour1 voulut le diriger et le suivre1 et le rendant tmoin de tous ses travaux1 lui fit quelquefois l'honneur de l'y associer4 ,les premiers mmoires de ,bailly1 sans franchir l'application des mthodes connues1 dont ils montrent seulement la pleine intelligence1 lui ouvrirent1 vingt-sept ans1 les portes de l',acadmie4 ,bailly sut prendre rang parmi ses confrres les plus illustres4 ,l'uvre capitale de cette priode de sa vie est la thorie des satellites de ,jupiter dans laquelle la gomtrie la plus haute s'claire et s'appuie d'observations dlicates ingnieusement discutes et interprtes4 ,mais les travaux de science pure devaient l'occuper de moins en moins4 ,trs-dsireux de s'lever et de jouer un rle1 ,bailly1 avec plus de science acquise que ,la ,condamine et plus de talent que ,maupertuis1 mais avec moins d'clat que ,buffon1 ambitionna comme eux la rputation d'crivain4 ,encourag d'abord par d',alembert1 il aspira longtemps1 avant qu'elle ft vacante1 la place de secrtaire de l',acadmie des sciences1 et comme ,condorcet1 qui devait l'emporter sur lui1 il voulut se crer des titres en composant plusieurs loges1 dans la plupart desquels la science n'a aucune part4 ,ceux de ,charles ,v1 de ,molire et de ,corneille lui valurent des accessits l',acadmie franaise et celle de ,rouen2 il fut plus heureux ,berlin o son loge de ,leibnitz emporta le prix4 ,un ouvrage de plus grande valeur1 en donnant ,bailly l'occasion d'exercer et de dployer son style1 le ramena vers ses premires tudes4 ,l',histoire de l',astronomie forme en tout cinq volumes d'une science exacte et srieuse1 et d'une lecture agrable et facile4 ,l'auteur trop souvent1 l'exemple et l'imitation de son ami ,buffon1 cherche relever la scheresse des faits par quelques pages1 crites de gnie o se montre une imagination un peu trop hardie4 ,aprs un succs brillant1 mais peu durable1 les ides de ,bailly sur la science avance d'un peuple ancien qui1 disait spirituellement d',alembert1 nous aurait tout appris except son nom1 ont t peu peu abandonnes de tous4 ,les tables indiennes1 crivait plus tard ,laplace1 supposent une astronomie assez avance1 mais tout porte croire qu'elles ne sont pas d'une haute antiquit4 ,ici1 je m'loigne avec peine de l'opinion d'un illustre et malheureux ami dont la mort1 ternel sujet de regrets1 est une preuve affreuse de l'inconstance de la faveur populaire4 ,aprs avoir honor sa vie par des travaux utiles aux sciences et l'humanit1 par ses vertus et par un noble caractre1 il prit victime de la plus sanguinaire des tyrannies1 opposant le calme et la dignit du juste aux outrages d'un peuple dont il avait t l'idole4 ,ces lignes de l'auteur de la ,mcanique cleste sont pour la mmoire de ,bailly le plus prcieux des hommages4 ,nous n'avons pas les expliquer en racontant l'clat phmre de son rle honorable et trop court au dbut de la rvolution1 les ennuis1 les tristesses qui l'ont suivi1 ni redire enfin aprs tant d'autres l'histoire de son assassinat juridique et la dignit calme de ses derniers moments au milieu des injures stoquement supportes4 ,la famille de ,lalande le destinait au barreau4 ,aprs de bonnes tudes faites ,grenoble1 son pre l'envoya demander l',universit de ,paris de plus fortes leons sur la science du droit1 mais le ,collge royal l'attira tout d'abord2 les leons de ,delisle et de ,lemonnier lui rvlrent sa vocation2 il fut reu avocat1 mais devint astronome4 ,favoriss en mme temps par deux matres qui semblaient pour lui oublier leurs inimitis1 les dbuts de ,lalande furent brillants et faciles4 ,ag de vingt ans peine1 il fut charg1 grce aux vives recommandations de ,lemonnier1 d'aller faire ,berlin1 sur le mridien du cap de ,bonne-,esprance1 les observations que ,la ,caille devait combiner aux siennes pour en dduire la parallaxe de la lune4 ,la cour de ,frdric tait ouverte tous les acadmiciens et leur jeune missionnaire fut trait comme eux4 ,dans un bal d'apparat1 ,lalande1 qui ne savait pas danser1 invita sans faon une princesse royale et brouilla toutes les figures4 ,malgr les vifs reproches de ,maupertuis1 il ne comprit jamais toute la gravit d'une faute o se rvle1 au dbut de sa carrire1 un des traits caractristiques de son esprit2 dans le danseur maladroit qui1 l'ge de vingt ans1 bravait si tranquillement l'tiquette1 on reconnat assez bien1 en effet1 le vieil astronome qui devait1 cinquante ans plus tard1 faire annoncer dans la gazette l'heure laquelle il montrerait sur le ,pont-,neuf l'anneau de ,saturne et les satellites de ,jupiter4 ,l'activit de ,lalande ne souffrait aucun repos et la prodigieuse diversit de ses travaux a tonn ses contemporains4 ,ses observations et ses calculs astronomiques1 la rdaction de la ,connaissance des temps1 de nombreux articles du ,journal des savants1 un trait complet d'astronomie o se trouve rsum1 dit-il1 tout ce qui a t fait en astronomie depuis #b1ejj ans1 une bibliographie astronomique1 vritable trsor d'rudition o ,lalande1 qui a lu tous les ouvrages anciens et modernes relatifs la science du ciel1 rapporte1 trs-librement quelquefois1 l'impression qu'il en a garde4 ,cent cinquante mmoires originaux publis enfin dans le recueil de l',acadmie des sciences1 pourraient tre le fruit complet d'une ardeur continue pendant le cours d'une longue vie1 mais ,lalande avait besoin d'crire comme quelques-uns ont besoin de parler2 on le voit dans tous ses ouvrages interrompre frquemment son discours pour converser en quelque sorte avec le lecteur1 et ,lemonnier s'est montr piquant1 sans tre injuste1 en nommant son trait d'astronomie la ,grande ,gazette4 ,lalande1 dont la curiosit s'tendait tout1 a compos1 je dirais presque improvis1 un trait sur les canaux1 un voyage en ,italie o il n'est nullement question d'astronomie1 la description de sept arts diffrents1 un discours sur la douceur1 un autre sur l'esprit de justice1 gloire et sret des empires1 un troisime enfin sur les avantages de la royaut4 ,il a compos de nombreux loges1 entre autres celui du marchal de ,saxe4 ,c'est peine1 dit ,delambre1 si l'on pourrait citer un personnage clbre dont ,lalande n'ait pas crit l'loge4 ,mais s'il aimait louer les morts1 il disait toute la vrit aux vivants4 ,on l'a repris1 non sans raison1 d'avoir rempli la bibliographie astronomique de dcisions trop rudes et trop formelles1 telle que celle-ci adresse un livre contemporain3 ,c'est une suite d'absurdits4 ,a l'occasion d'expriences singulires mais douteuses1 il crit en note3 ,ces expriences taient supposes1 nous avons su que c'tait par le pre ,berthier oratorien1 le ,jsuite avait plus d'esprit4 ,a propos de l',histoire de l',astronomie de ,weidler1 il dit3 ,c'est la seule histoire complte de l'astronomie qu'on ait eue jusqu' prsent2 elle est remplie d'rudition et de recherches4 ,delisle seul aurait eu dans ses manuscrits de quoi la perfectionner pour les dtails et les recherches d'rudition4 ,bailly en a donn une plus tendue1 en cinq volumes1 mais celle de ,weidler est prcieuse par le grand nombre de faits1 et celle de ,bailly contient beaucoup de phrases1 d'hypothses et de dissertations4 ,je lui reprsentai ds le commencement qu'il pourrait employer son temps plus utilement pour l'astronomie4 ,l'ardeur de ,lalande et la sincrit de ses impressions clatent dans ses crits1 souvent fort ngligs1 par des expressions vives et naturelles4 ,ds #agfh1 dit-il dans le prambule de l'un de ses ouvrages1 le citoyen ,jeaurat ayant obtenu du duc de ,choiseul1 ministre de la guerre1 la construction d'un observatoire l'cole militaire1 je l'engageai y faire un gros mur propre recevoir un grand quart de cercle mural qui manquait l'tablissement et qui tait ncessaire pour l'entreprise que je mditais4 ,nous n'avions pas alors l'instrument1 mais je disais ce que la loi des servitudes dit de la pierre d'attente1 perpetuo clamans2 et je ne me suis pas tromp4 ,aprs avoir fait des efforts inutiles auprs des ministres les plus clbres et les plus savants1 ,malesherbes et ,turgot1 pour obtenir un mural1 je l'obtins en #aggd de ,begeret1 receveur gnral des finances4 ,on voit dans l'vangile que le publicain fit honte au pharisien4 ,ces lignes n'ont pas besoin d'tre signes1 et tout lecteur familier avec les crits des astronomes y reconnatra le cachet trs-marqu de ,lalande4 ,sous des formes brusques et pres parfois1 ,lalande cachait d'excellentes et solides qualits4 ,mcontent souvent de lui-mme et sincre envers lui comme envers les autres1 il avouait de bonne foi ses dfauts et son impuissance les vaincre4 ,en parlant d'une femme rellement distingue1 ,mme ,lepaute1 qui l'aida souvent1 ainsi que ,clairaut1 dans ses calculs astronomiques1 il dit avec motion3 ,elle supporta mes dfauts et contribua les diminuer4 ,si cdant son premier mouvement et poussant bout ses avantages1 il accueillit plus d'une fois trop irrespectueusement les injustes critiques de son matre et premier protecteur ,lemonnier1 c'est qu'irrvrencieux par nature1 et discutant avec rudesse1 il pouvait s'emporter jusqu' la colre sans imaginer mettre en pril une amiti chez lui sincre et inbranlable1 et lorsqu'un jour l'irascible vieillard lui dfendit de reparatre chez lui pendant une demi-rvolution des nuds de la lune1 c'est--dire neuf ans1 il lui rpondit comme ,antisthnes ,diogne3 ,vous ne trouverez pas de bton assez fort pour m'loigner de vous4 ,incrdule enfin et irrligieux avec passion1 il n'hsita pas pendant la ,terreur cacher dans son observatoire plusieurs prtres dont la vie tait menace4 ,si l'on vient faire des recherches1 leur dit-il1 nous vous ferons passer pour astronomes4 ,et comme ils hsitaient3 ,ce ne sera pas un mensonge1 reprit-il2 vous vous occupez du ciel autrement1 mais tout autant que moi4 ,pingr1 religieux gnovfain et entr de bonne heure dans la congrgation des ,pres qui l'avaient lev1 fut pendant sa jeunesse tranger la science2 la thologie l'occupait tout entier4 ,accus de jansnisme et relgu comme professeur de grammaire au collge de ,rouen1 il apprit que l',acadmie des sciences et belles-lettres de la ville ne comptait pas un seul astronome1 et voyant une position honorable et utile prendre1 il aborda courageusement1 l'ge de trente-huit ans1 les premires tudes scientifiques4 ,l'observation trs-exacte d'une clipse lui valut le titre de correspondant de l',acadmie des sciences de ,paris4 ,nomm peu de temps aprs bibliothcaire de ,sainte-,genevive1 il obtint en mme temps le titre d'associ libre de l',acadmie1 le seul que d'aprs les rglements pt alors obtenir un religieux rgulier4 ,observateur exact et calculateur infatigable1 ,pingr accepta1 pour servir la science1 les missions les plus pnibles1 et son nom est souvent cit dans l'histoire des expditions de l',acadmie4 ,dans cette rapide numration des acadmiciens astronomes1 il serait injuste d'omettre le nom de ,messier4 ,messier ne fut jamais fort savant dans la connaissance des thories astronomiques4 lve de ,delisle1 qui l'avait pris chez lui et en quelque sorte adopt1 il faisait prs de lui non-seulement avec zle1 mais avec passion1 les observations pour lesquelles il n'tait pas besoin d'une grande tude4 ,ses yeux de lynx1 piant chaque nuit la vote cleste1 n'y laissaient rien passer inaperu4 ,il observa dix-sept comtes sur lesquelles treize dcouvertes par lui1 furent cependant toujours calcules par d'autres4 ,l'utilit et l'exactitude de ces travaux faciles et subalternes mritrent leur auteur une clbrit europenne1 et l',acadmie1 aprs l'avoir longtemps cart comme constamment tranger aux thories et aux mthodes mathmatiques1 fut entrane enfin par l'opinion des astronomes lui confrer le titre d'adjoint4 ,la rvolution trouva ,messier son observatoire de l'htel de ,cluny et ne l'y drangea pas4 ,priv de ses modestes appointements1 il supporta stoquement la misre4 ,delambre l'a vu plus d'une fois venir chercher de l'huile chez ,lalande pour ses observations de la nuit4 ,au plus fort de la ,terreur il dcouvrit une comte4 ,les astronomes disperss ne pouvaient lui en calculer l'orbite2 il songea au prsident de ,saron qui1 condamn dj par le tribunal rvolutionnaire1 reut les observations de ,messier et employa les dernires heures de sa vie en dduire les lments de l'orbite4 ,passionn pour les calculs numriques1 ,bochard de ,saron1 depuis longtemps1 se chargeait avec joie des plus difficiles et rendait de vritables services aux astronomes4 ,riche et gnreux1 il n'pargnait aucune dpense pour se procurer les meilleurs instruments et les meilleurs chronomtres4 ,c'est lui qui fit imprimer ses frais1 en #aghd1 le premier ouvrage de ,laplace1 fragment important dj de la ,mcanique cleste1 dont il avait devin la haute porte4 ,de ,saron1 pendant la ,terreur1 vcut dans une grande retraite1 en ne cherchant qu' se faire oublier4 ,mais il avait sign une protestation contre la dissolution du parlement2 ce fut le crime qui le conduisit l'chafaud4 ,dionis du ,sjour1 magistrat comme ,saron1 montra comme lui1 et avec de plus hautes aspirations scientifiques1 un dvouement sincre et constant aux tudes astronomiques4 ,membre trs-actif et trs-influent du ,parlement1 il sut1 sans ngliger aucun devoir1 jouer en mme temps dans la science un rle srieux et important4 ,abordant dans toute leur complication les problmes les plus difficiles de l'astronomie physique1 il s'avanait dans les voies inexplores avec une patience sans gale1 et si ses mthodes n'ont pu devenir classiques et dfinitives1 elles restent nanmoins comme d'ingnieux exercices1 tmoignages incontestables du savoir le plus assur4 ,dionis du ,sjour1 tout en se faisant un nom considrable dans la science1 avait la bont1 dit quelque part ,voltaire1 d'tre en mme temps conseiller au ,parlement1 o l'on citait son savoir et sa droiture2 il tonnait ses confrres par le nombre et la nettet des rapports qu'il pouvait faire sans fatigue4 ,libral et sens1 il porta l',assemble nationale l'autorit de ses talents et d'une rputation trs-mrite de puret et de justice4 ,on l'avait beaucoup lou sous la monarchie d'avoir su1 malgr le texte formel de la loi1 sauver la vie d'un malheureux prtre coupable de sacrilge4 ,ce pauvre homme1 fort grossier de langage1 ayant eu de la peine faire entrer l'hostie dans l'ostensoir1 l'avait pousse avec impatience en s'criant3 ,entre donc444 et ajoutant un mot que ,lalande1 qui pourtant se gne peu1 n'a pas os imprimer1 il fut entendu1 dnonc1 et condamn mort4 ,heureusement il y avait appel1 et du ,sjour tait de ,tournelle4 ,le jugement fut cass et l'accus1 renvoy devant l'autorit ecclsiastique1 en fut quitte pour une anne de retraite4 ,,les ,m,,caniciens ,,et ,,les ,,physiciens4 ,d',alembert et ,clairaut seront illustres jamais dans l'histoire de la mcanique2 mais1 proccups seulement des principes et des grandes lois de la science1 ils ont nglig et ignor peut-tre les secrets plus nombreux et non moins dlicats des applications pratiques et du dtail des mcanismes4 ,d'autres acadmiciens1 inventeurs d'un autre genre et diffremment ingnieux1 reprsentrent constamment cette branche de la science laquelle1 ds les premires annes de l',acadmie1 s'appliqurent ,perraut et de ,lahire4 ,amontons1 nomm lve l'ge de quarante ans1 et demeur tel jusqu' sa mort1 devait contribuer1 par l'clat de ses dcouvertes1 faire abolir ce titre qui1 en #agaf1 par une dcision du ,rgent1 fut remplac par celui d'adjoint4 ,amontons fut en effet1 pendant sa courte carrire1 un des acadmiciens les plus actifs1 et il sut se placer par l'importance des travaux accomplis1 comme par la grandeur de ceux qu'il mditait1 au nombre des plus considrables4 ,trs-curieux de toutes les combinaisons mcaniques1 et afflig d'une surdit presque complte qui1 en le squestrant du commerce des hommes1 le laissait tout entier ses penses1 il avait commenc bien jeune encore par chercher le mouvement perptuel2 il apprit1 en y travaillant1 les principes qui en dmontrent l'impossibilit1 et ne tarda pas tudier srieusement toutes les sciences spculatives et exprimentales4 ,ses premires relations avec l',acadmie datent de l'anne #afhd2 g alors de vingt-quatre ans1 il lui prsenta un nouvel hygromtre qui fut approuv4 ,il proposa plus tard un thermomtre et une clepsydre d'une construction complique et dont le principe n'avait rien de nouveau4 ,ses travaux les plus importants sont postrieurs sa nomination comme lve4 ,amontons avait eu1 aprs ,huyghens et ,papin1 l'ide d'emprunter l'action du feu la force motrice des machines4 ,on aurait1 disait-il1 l'avantage de pouvoir cesser et interrompre le travail quand on veut1 sans demeurer charg du soin et de la nourriture des chevaux et de n'en pas supporter la perte et le dprissement4 ,huyghens proposait d'employer la force de la poudre1 et ,papin faisait agir la vapeur d'eau4 ,amontons eut recours la force lastique de l'air chauff1 dont les lois alors trs-nouvelles furent1 en partie au moins1 nonces par lui sous une forme lgante et exacte4 ,il constata d'abord que la chaleur de l'eau bouillante peut accrotre la tension de l'air jusqu' un certain degr1 qui ne peut ensuite tre dpass2 il en conclut que la temprature de l'bullition est constante4 ,c'tait un fait considrable1 dont l'tude devait avoir les plus importantes consquences1 mais qui1 mal interprt d'abord1 causa de grands embarras aux physiciens4 ,amontons a observ1 comme il est vrai1 que l'accroissement de pression d'un volume donn d'air chauff la temprature de l'eau bouillante est proportionnel la pression primitive1 dont elle est environ le tiers4 ,cette loi est exacte1 tendue toutes les tempratures1 et combine avec celle de ,mariotte1 elle quivaudrait la loi de la dilatation des gaz sous pression constante1 dmontre de nos jours par les expriences plus exactes de ,gay-,lussac et par celles de ,,mm4 ,rudberg et ,regnault4 ,amontons utilise1 dans sa machine1 l'effort de l'air chauff1 pour lever de l'eau dont le poids fait ensuite tourner la roue4 ,pour examiner le travail que l'on peut ainsi produire1 il commence par dterminer celui dont un cheval est capable1 et qui est1 suivant lui1 une force de soixante livres dveloppe avec une vitesse d'une lieue l'heure4 ,c'est d'aprs cette dfinition qu'il assigne sa machine une force de dix chevaux1 sans songer qu'une autre apprciation1 celle du combustible consomm1 serait indispensable pour en faire juger la valeur4 ,amontons s'est occup aussi de la thorie du frottement2 il a trouv que cette rsistance est proportionnelle la pression et indpendante de l'tendue des surfaces en contact4 ,il le prouvait par une exprience aussi simple qu'ingnieuse3 que l'on place sur un mme plan inclin diffrents corps de poids ingaux reposant sur des surfaces de mme nature1 mais d'tendue diffrente1 si l'inclinaison du plan est faible1 ils resteront tous immobiles2 mais1 que l'on vienne l'accrotre en abaissant le plan autour d'une charnire horizontale1 comme on fait au couvercle d'un pupitre que l'on ferme1 les corps grands ou petits1 chargs ou non de poids trangers1 se mettront tout coup et tous ensemble glisser1 surmontant en mme temps la rsistance du frottement1 gale pour chacun d'eux1 cet instant1 la composante de la pesanteur qui les pousse et qui1 proportionnelle la pression1 ne dpend en rien de l'tendue des surfaces4 ,cette loi si simple tait contraire aux ides reues par tous les mcaniciens4 ,de ,lahire l'accepta1 et pour en donner une preuve plus nette encore1 sinon plus certaine1 il opra1 comme ,coulomb devait le faire plus tard1 sur de petits chariots ingalement chargs et entrans le long d'un plan horizontal par l'intermdiaire d'une poulie et l'aide d'un poids qui1 lors du dpart1 se trouvait toujours exactement proportionnel la pression4 ,malgr ces deux dmonstrations1 dont l'accord n'aurait d lui laisser aucun doute1 l',acadmie ne fut pas convaincue1 et ,amontons ne russit pas satisfaire ses contradicteurs4 ,si l'on opre1 lui disait-on1 sur un grand nombre de feuilles de papier superposes horizontalement1 et dont la dernire supporte un lger poids qui la presse sur les autres1 on pourra1 sans grand effort1 retirer une des feuilles sans toucher aux autres en surmontant le frottement des feuilles voisines2 mais1 si l'on prend la fois un grand nombre de feuilles non conscutives1 on prouvera1 en voulant les retirer toutes ensemble1 une rsistance beaucoup plus grande2 la pression1 disait-on1 est cependant toujours la mme1 et la surface totale sur laquelle elle s'exerce a seule chang4 ,quoique l'objection repose sur une assertion inexacte et que la pression totale1 gale la somme des pressions supportes par chaque feuille1 croisse videmment avec leur nombre1 ,amontons ne rpondit pas trs-nettement1 et l',acadmie1 habituellement moins timide1 laissa son excellent travail dans les procs-verbaux manuscrits1 o il se trouve encore1 sans lui accorder place dans les mmoires imprims4 ,malgr toutes les preuves et les remarques de ,m4 ,amontons qui avaient1 dit ,fontenelle1 dans le volume de #agjc1 mis son systme dans un assez beau jour1 nous sommes obligs d'avouer ici au public que l',acadmie n'est pas pleinement persuade2 elle convenait bien que la pression tait considrer dans les frottements et souvent seule considrer1 mais elle n'en pouvait absolument exclure1 comme ,m4 ,amontons1 la considration des surfaces4 ,on voulut1 ajoute ,fontenelle1 finement son ordinaire1 pousser cette matire jusqu' la mtaphysique et aller chercher dans les premires notions ce qu'il en fallait penser4 ,la mtaphysique1 en pareille matire1 est faite pour tout embrouiller et pour prouver tout ce qu'on veut4 ,ses conclusions1 favorables ,amontons1 ne persuadrent pas1 bien entendu1 ceux que l'exprience n'avait pu convaincre4 ,amontons enfin et c'est un titre considrable1 a eu la premire ide du tlgraphe arien2 son invention1 sur laquelle il n'a rien crit1 est raconte ainsi par ,fontenelle3 ,peut-tre ne prendra-t-on que pour un jeu d'esprit1 mais du moins trs-ingnieux1 un moyen qu'il inventa de faire savoir tout ce qu'on voudrait une trs-grande distance1 par exemple de ,paris ,rome1 en trs-peu de temps1 comme en trois ou quatre heures1 et mme sans que la nouvelle ft sue dans tout l'espace d'entre-deux4 ,cette proposition1 si paradoxale et si chimrique en apparence1 fut excute dans une petite tendue de pays1 une fois en prsence de ,monseigneur et une autre en prsence de ,madame2 le secret consistait disposer dans plusieurs postes conscutifs des gens qui1 par des lunettes de longue vue1 ayant aperu certains signaux du poste prcdent1 les transmissent au suivant1 et toujours ainsi de suite2 et ces diffrents signaux taient autant de lettres d'un alphabet dont on n'avait le chiffre qu' ,paris et ,rome4 ,la plus grande porte des lunettes faisait la distance des postes dont le nombre devait tre le moindre qu'il ft possible2 et comme le second poste faisait des signaux au troisime mesure qu'il les voyait faire au premier1 la nouvelle se trouvait porte de ,paris ,rome1 presque en aussi peu de temps qu'il en fallait pour faire les signaux ,paris4 ,le pre ,sbastien ,truchet fut l'un des honoraires nomm en #afii4 ,son humble naissance et sa qualit de frre d'un ordre mendiant ne semblaient pas l'appeler figurer dans cette classe rserve aux grands seigneurs1 mais son gnie pour la mcanique le rendait ncessaire l',acadmie4 ,on lui avait donn1 en le faisant membre honoraire1 la seule place qu'il pt occuper1 car le rglement1 on ne sait trop dans quel but1 interdisait l'entre des sections aux religieux rguliers4 ,c'est surtout dans la construction de machines curieuses1 et en quelque sorte d'amusements mcaniques1 que le gnie crateur du pre ,sbastien fit paratre ses plus belles inventions4 ,son habilet dans l'horlogerie l'avait fait connatre de ,colbert4 ,charles ,,ii d',angleterre ayant envoy ,louis ,,xiv les deux premires montres rptition que l'on et vues en ,france1 les ouvriers anglais1 pour cacher le secret de leur construction1 les avaient fermes sans laisser le moyen de les ouvrir2 elles eurent besoin de rparation1 et l'horloger du roi1 craignant de les gter1 refusa de s'en charger1 en indiquant un jeune homme de sa connaissance fort habile dans la mcanique1 et qui serait peut-tre plus hardi4 ,c'tait le pre ,sbastien1 qui les montres furent confies2 il les ouvrit en effet et les rpara sans savoir qui elles appartenaient4 ,colbert voulut le lui apprendre lui-mme2 il le fit mander un matin1 et aprs lui avoir conseill d'tudier l'hydraulique1 dont les applications devenaient ncessaires la magnificence du roi1 il lui accorda une pension de #fjj livres2 la premire anne1 suivant la coutume du temps1 lui fut paye le mme jour4 ,le pre ,sbastien1 persuad que la mcanique tient toutes les sciences1 ou pour parler mieux1 que toutes les sciences sont unies1 s'occupa de gomtrie1 d'anatomie et de chimie1 et devint un digne membre de l',acadmie des sciences1 mais il n'crivit rien sur ses inventions2 content de les excuter et toujours prt donner ses conseils chaque fois qu'on les lui demandait1 il ne cessa jamais de s'appliquer aux combinaisons ingnieuses qui avaient pour lui tant de charmes1 et fut mme admis plusieurs fois l'honneur de faire admirer au roi les amusantes merveilles de son gnie inventif4 ,le gnie de ,vaucanson ressemblait fort celui du pre ,sbastien4 ,passionn pour les amusements mcaniques1 il y appliqua avec un art accompli et une adresse jusque-l inconnue toutes les ressources de la science la plus exacte4 ,fcond ds son jeune ge en inventions de toute sorte1 tout tait pour lui occasion de construire des appareils mcaniques ou d'en perfectionner4 ,son ardeur1 peine rprime un instant par la volont paternelle1 rsista la menace d'une lettre de cachet1 et ds l'ge de vingt ans1 rompant ouvertement toutes les entraves1 il prsentait l',acadmie son automate joueur de flte4 ,la popularit rapidement acquise par les merveilleuses inutilits o s'tait rvl son gnie fut loin d'tre accrue par de plus utiles et plus srieux travaux4 ,vaucanson a perfectionn et tendu l'usage des machines fabriquer la soie4 ,les ouvriers de ,lyon1 inquiets des consquences de son invention1 le poursuivirent un jour coups de pierres4 ,sa vengeance fut ingnieuse et digne de lui4 ,consult sur le maintien de certains privilges justifis1 disait-on1 par l'intelligence et l'habilet ncessaires aux ouvriers en soie1 il montra pour rponse une machine avec laquelle un ne1 quand on l'y attelait1 avait l'industrie ncessaire pour fabriquer une toffe aux plus riches dessins4 ,passionn jusqu' son dernier jour pour l'tude des machines1 ,vaucanson avait form chez lui et ses frais un vritable muse de mcanique qui1 lgu l'tat1 a t l'origine et le premier fonds de la riche collection des arts et mtiers4 ,pitot-,delauney avait compris les vrais principes de la thorie des machines et savait les opposer avec dcision aux inventeurs chimriques qui sollicitaient sans cesse l'approbation de l',acadmie4 ,sans avoir pntr les thories les plus difficiles de l'analyse1 il avait acquis par ses lectures une instruction mathmatique trs-solide1 sinon trs-tendue1 et ses recherches longtemps classiques sur les lois du mouvement des eaux et sur la rsistance des fluides ont t considres comme fondamentales4 ,pitot s'tait instruit seul2 absolument rebelle dans son enfance aux tudes littraires1 il avait russi1 malgr les soins de ses parents1 ne rien apprendre jusqu' l'ge de vingt ans4 ,un livre de gomtrie rencontr par hasard1 et dont les figures piqurent sa curiosit1 lui rvla sa vocation4 ,il tudia les sciences avec ardeur1 devint astronome et mcanicien1 sut mriter l'estime et la protection de ,raumur1 qui l'employa dans son laboratoire de chimie et dont l'influence lui fit obtenir l',acadmie une place d'adjoint pour la mcanique4 ,de nombreux travaux insrs chaque anne dans les recueils de l',acadmie justifient pleinement ce choix1 sans donner la science un notable accroissement4 ,mais ,pitot tait un homme de pratique et d'action1 et quand l'ge de quarante-cinq ans1 sur la lecture de l'un de ses mmoires1 les tats de ,languedoc l'appelrent raliser les projets qu'il y nonait1 ,pitot se trouva tout coup un ingnieur de premier ordre1 dont les uvres cites encore aujourd'hui sont montres comme des modles4 ,perronnet a pris peu de part aux travaux de l',acadmie des sciences4 ,c'est ailleurs surtout que son nom est rest illustre et vnr4 ,il fut le fondateur de l'cole des ponts et chausses1 et le lien vritable entre les membres d'un corps dont l'esprit qu'il a inspir lui a survcu sans s'affaiblir4 ,il apporta nanmoins l',acadmie1 avec l'autorit de son nom1 une force relle dans l'tude des questions relatives aux travaux publics4 ,sous le titre de directeur du bureau des gographes et dessinateurs des plans1 des grandes routes et chemins du royaume1 ,perronnet avait pris peu peu la direction de tout le personnel subalterne des ponts et chausses1 en rpandant dans tout le royaume1 par des examens et des concours imposs tous1 l'esprit et les tudes de son cole de ,paris4 ,les tudiants de province pouvaient alors1 plus aisment qu'aujourd'hui1 lutter sans dsavantage contre les concurrents de ,paris4 ,on ne recevait pas l'cole des ponts et chausses de leons proprement dites2 les lves les plus habiles instruisaient les autres1 et pour les y aider1 ,perronnet leur allouait la trs-petite somme ncessaire pour payer un rptiteur choisi par eux1 dont ils redisaient les leons leurs camarades4 ,un membre honoraire de l',acadmie1 ,trudaine1 tait alors le chef officiel du corps des ponts et chausses4 ,les confrences qu'il institua chez lui devinrent peu peu un conseil rgulier4 ,perronnet1 toujours occup de son cole1 y trouva la meilleure occasion d'en vivifier l'enseignement1 en chargeant les lves de lire et de vrifier les projets des ingnieurs de province1 et jugeant par leurs observations la rectitude et la porte de leur esprit1 il rmunrait1 suivant leur importance1 les remarques utiles et judicieuses4 ,lorsque l'influence acquise dans ce conseil l'leva au plus haut grade de son corps1 celui de premier ingnieur1 il voulut conserver jusqu' la fin de sa carrire la direction de l'cole qu'il avait fonde4 ,il est peu de membres dans l'ancienne ,acadmie1 au nom desquels s'attache une clbrit mieux mrite que celle de ,coulomb4 ,esprit clair et vigoureux1 habile suivre sans aucun dtour la trace simple et droite de la vrit1 tous ses travaux1 excellents et dfinitifs1 sont remarquables la fois par l'importance du but1 la solide simplicit des moyens employs et la nettet des rsultats jamais acquis la science4 ,employ d'abord aux travaux de la ,martinique1 puis ceux du port de ,rochefort1 comme officier du gnie1 ,coulomb resta longtemps loign de l',acadmie4 ,a l'ge de trente ans1 il n'avait pas trouv une seule fois la tranquillit ncessaire de grands travaux scientifiques1 mais il avait beaucoup vu et bien vu4 ,son gnie1 mri par la rflexion1 pouvait1 en abordant les questions les plus difficiles1 les suivre loin et les traiter de haut4 ,le savoir de ,coulomb1 qui n'apparat que quand il le faut1 se trouve la hauteur de chaque preuve et dans l'application du calcul mathmatique l'art de l'ingnieur1 ses dmonstrations1 pour tre simples et lmentaires1 n'en paraissent que plus pntrantes et plus fortes4 ,un mmoire sur le vol des oiseaux1 insr dans le ,recueil des ,savants trangers1 prsente des rsultats curieux et importants1 dont la dmonstration fort lmentaire ne permet pas d'objections srieuses4 ,l'objet de l'auteur1 disent les commissaires ,monge et ,bossut1 est de prouver que non-seulement les forces des hommes sont insuffisantes pour imiter le vol des oiseaux et soutenir ce travail pendant un certain temps1 mais mme qu'il est impossible qu'un homme puisse s'lever dans l'air par la raction de ce fluide contre des ailes4 ,ce mmoire1 disent en terminant les commissaires1 contient des recherches trs-ingnieuses1 les rsultats qu'on y trouve sont trs-curieux en eux-mmes et peuvent tre utiles en ce qu'ils sont particulirement propres dtourner d'entreprises non-seulement vaines mais mme prilleuses2 nous croyons qu'il mrite l'approbation de l',acadmie et d'tre imprim dans le recueil des mmoires des savants trangers4 ,l'auteur est conduit conclure que ce ne serait qu'avec des ailes de trente ou quarante mille pieds carrs que l'on pourrait imiter le vol des oiseaux et qu'on peut le regarder comme physiquement impossible4 ,les travaux qui suivirent sont de plus haute porte1 et la balance de torsion1 commencement et modle des appareils de prcision en physique1 fut l'instrument1 presque parfait ds sa naissance1 de la dcouverte des lois physiques les plus importantes4 ,les lois de la torsion des fils et leur application la mesure des plus petites forces est l'une des grandes dcouvertes de ,coulomb4 ,il ne tarda pas en dduire la loi jusque-l cache des attractions lectriques et magntiques1 et par des procds admirablement prcis1 le mode de distribution de l'lectricit la surface des corps1 dont trente ans plus tard les travaux de ,poisson devaient confirmer l'exactitude en en doublant l'importance4 ,borda1 d'abord officier du gnie comme ,coulomb1 mrita par plusieurs bons travaux une place d'associ dans la section de mcanique4 ,autoris1 malgr les rglements et l'opposition trs-vive du corps1 entrer dans la marine l'ge de trente-quatre ans1 il y fut charg de commandements importants1 et sut associer sans relche les travaux scientifiques aux devoirs de sa profession4 ,borda tait le reprsentant naturel de l',acadmie dans les expditions destines l'preuve des montres marines4 ,il fit dans ce but1 avec ,m4 de ,verdun et ,pingr1 un voyage dans lequel1 largissant leurs programmes1 les savants collaborateurs tendirent leurs recherches l'tude de tous les instruments scientifiques utiles la navigation4 ,borda avait comme ,coulomb un esprit sagace et gomtrique1 qui1 proccup surtout des applications1 se servait comme lui des thories les plus hautes pour y pntrer plus srement et plus loin4 ,trs-habile dans l'usage et la construction des instruments1 il a invent le cercle rptiteur qui1 par un artifice aussi simple qu'ingnieux1 peut1 mme avec des limbes imparfaitement gradus1 porter la mesure des angles la dernire prcision4 ,huyghens chez qui1 par une merveilleuse exception1 tous les talents semblaient runis et dont le nom reste uni une loi fondamentale et classique1 reprsentait dignement dans l'ancienne ,acadmie l'tude exprimentale de la physique4 ,la rputation dj considrable de ,mariotte le fit appeler l',acadmie fort peu de temps aprs sa fondation2 il savait s'incliner devant le gnie d',huyghens1 sans jamais soumettre son jugement et sacrifier son originalit4 ,capable de juger par lui-mme et d'en appeler l'exprience1 s'il ne choisit pas toujours le meilleur parti1 il se dcide dans les questions les plus difficiles1 par des raisons toujours ingnieuses1 souvent concluantes et nouvelles4 ,le trait de ,mariotte sur la nature de l'air est un chef-d'uvre3 vritablement inventeur1 il sait tre trs-nouveau1 sans cesser d'tre simple1 dans ces questions que trois hommes illustres1 ,toricelli1 ,pascal et ,boyle1 semblaient avoir rcemment puises4 ,dans un crit sur la percussion des corps1 ,mariotte propose aussi des vues ingnieuses et exactes sur les actions successives de plusieurs billes en contact choques par une ou plusieurs boules de mme dimension1 et plus d'un professeur aujourd'hui encore pourrait tudier avec profit l'excellente analyse qu'il en a donne4 ,des erreurs fort graves se trouvent1 l comme ailleurs1 mles1 il est vrai1 la vrit1 et l'on nous pardonnera de prouver1 par une citation1 l'ignorance de ,mariotte en mathmatiques4 ,les lois de la chute des corps1 si bien dmontres par ,galile1 ne lui paraissent ni exactes ni possibles2 et aprs en avoir propos d'autres1 suivant lesquelles un corps abandonn lui-mme prend instantanment une vitesse finie1 ,mariotte ajoute3 ,galile a fait quelques raisonnements assez vraisemblables pour prouver qu'au premier moment qu'un poids commence tomber sa vitesse est plus petite qu'aucune qu'on puisse dterminer2 mais ses raisonnements sont fonds sur les divisions l'infini tant des vitesses que des espaces passs et des temps des chutes1 qui sont des raisonnements trs-suspects1 comme celui que les anciens faisaient pour prouver qu',achille ne pourrait jamais attraper une tortue1 auquel raisonnement il est difficile de rpondre et d'en donner la solution2 mais on en dmontre la fausset par l'exprience et par d'autres raisons plus faciles concevoir4 ,ainsi l'on objectera ,galile que les raisonnements ci-dessus1 qui sont faciles concevoir et qui sont beaucoup plus clairs que les siens1 qu'il a fonds sur les divisions l'infini1 qui sont inconcevables1 et sur certaines rgles de l'acclration de la vitesse des corps1 qui sont douteuses1 car on ne peut savoir si le corps tombant ne passe pas par un petit espace sans acclrer son premier mouvement cause qu'il faut du temps pour produire la plupart des effets naturels1 comme il parat quand on fait passer du papier au travers d'une grande flamme avec une grande vitesse sans qu'il s'allume1 et par consquent on doit prfrer les raisonnements ci-dessus ceux de ,galile4 ,mariotte ignorait1 on le voit assez1 l'essentiel de la gomtrie1 et le style prcis et serr de la langue algbrique lui semble obscur et incomprhensible4 ,mais dans tous ses crits1 on peut le dire1 le sens le plus droit et le plus fin remplace1 avec succs souvent1 parfois avec gnie1 cet instrument puissant qui lui manque1 et dont toutes les rgles de la logique sur lesquelles ,mariotte a crit un trait1 ne sont1 pour qui le possde1 qu'un commentaire intuitif et sans vertu4 ,malgr les beaux travaux de ,sauveur sur l'acoustique et plusieurs expriences d',amontons sur le frottement et sur la chaleur1 les savants1 dans les premires annes du ,,xviiie sicle1 semblaient renoncer l'espoir de pntrer plus avant dans les secrets du monde physique4 ,le clbre ,montesquieu disait1 en #agag1 la sance de rentre de l',acadmie de ,bordeaux3 ,les dcouvertes sont devenues bien rares et il semble qu'il y ait une sorte d'puisement dans les observations et dans les observateurs4444 ,la nature1 aprs s'tre cache pendant tant d'annes1 se montra tout coup dans le sicle pass1 moment bien favorable pour les savants d'alors1 qui virent ce que personne avant eux n'avait vu4 ,on fit dans ce sicle tant de dcouvertes qu'on peut le regarder non-seulement comme le plus florissant1 mais encore comme le premier ge de la philosophie qui1 dans les sicles prcdents1 n'tait pas mme dans son enfance4 ,c'est alors qu'on mit au jour des systmes1 qu'on dveloppa des principes1 qu'on dcouvrit ces mthodes si fcondes et si gnrales4 ,nous ne travaillons plus que d'aprs ces grands philosophes2 il semble que les dcouvertes d' prsent ne soient qu'un hommage que nous leur rendons et un humble aveu que nous tenons tout d'eux4 ,nous sommes presque rduits pleurer1 comme ,alexandre1 de ce que nos pres aient tout fait et n'ont rien laiss notre gloire4 ,ils avaient beaucoup laiss au contraire4 ,l'assoupissement dont se plaint ,montesquieu devait tre suivi du plus brillant rveil1 et l'arbre immortel qu'il croyait dessch n'avait pas encore donn ses plus beaux fruits4 ,gomtre et astronome en mme temps que physicien1 chef vritable d'une expdition clbre dans laquelle1 sans s'carter jamais du but1 il s'est montr observateur attentif et sagace de tous les phnomnes de la nature1 ,bouguer doit tre compt parmi les membres illustres de l',acadmie des sciences4 ,le pre de ,bouguer1 professeur de mathmatiques et de navigation au ,croisic1 le destinait la mme carrire et lui enseigna la gomtrie ds sa premire enfance4 ,le jeune ,bouguer1 professeur l'ge de seize ans1 continua au ,croisic1 puis au ,havre1 de profondes tudes sur toutes les parties de la science4 ,les prix fonds par ,m4 de ,meslay excitrent son ardeur et l',acadmie couronna successivement trois de ses mmoires1 sur la mture des vaisseaux1 sur les observations en mer et sur l'aiguille aimante4 ,dans un ouvrage considrable de ,bouguer1 publi la mme poque1 sur la gradation de la lumire1 la science mathmatique la plus profonde et la plus sage dirige et interprte les expriences les plus dlicates4 ,bouguer1 dans cet ouvrage1 a cr une des branches de la physique3 la photomtrie4 ,bouguer a propos un micromtre fond sur un principe extrmement nouveau et que son emploi commode pour dterminer le diamtre apparent du soleil a fait nommer hliomtre4 ,le livre de ,bouguer sur la figure de la terre est rest cependant son uvre capitale4 largissant la tche que l',acadmie lui avait confie1 ,bouguer montre1 sur les sujets les plus divers1 la solidit de son savoir et l'industrie de son esprit4 ,cet excellent ouvrage1 excita d'injustes rclamations qui1 repousses avec aigreur1 engendrrent d'interminables querelles dont ,lacondamine et ,bouguer fatigurent pendant plus de dix ans l',acadmie et le public4 ,bouguer avait raison au fond2 mais les attaques enjoues et les fines railleries de son irrconciliable adversaire attiraient assez l'attention et trouvaient assez de crance pour attrister srieusement les dernires annes de l'illustre et excellent physicien4 ,curieux comme ,bouguer des vrits de la physique et aussi exact qu'ingnieux observer1 ,dufay fut un acadmicien plein de zle et vritablement digne de ce nom4 ,vou d'abord la carrire des armes1 il y renona jeune encore en emportant1 avec l'estime de tous1 de puissantes et chaudes protections4 ,les premiers travaux de ,dufay excuts pendant les loisirs de sa vie militaire ne se ressentent pas d'un tel partage1 et quand1 au sortir du camp1 l',acadmie lui ouvrit immdiatement ses portes1 il tenait rang dj parmi les hommes considrables de la science4 ,curieux de toutes les sciences la fois1 il a laiss1 dans presque toutes1 la trace d'un esprit droit et clair4 ,dufay a donn d'excellents mmoires sur les sujets les plus divers4 ,l'lectricit lui doit l'hypothse des deux fluides lectriques4 ,il a tudi la double rfraction avec plus de soin et de prcision que ses devanciers4 ,son mmoire sur la phosphorescence1 prcd d'une introduction historique aussi savante que judicieuse1 a acquis rcemment une importance inattendue4 ,m4 ,e4 ,becquerel1 en tendant excellemment et au del de toute limite prvue les faits singuliers qu'il rapporte1 y a montr une loi gnrale de la nature dont l'histoire devra mentionner jamais le nom de ,dufay4 ,si des expriences trs-exactes n'ont pas rvl ,dufay l'explication vritable de la rose1 c'est que1 mal pos par ses devanciers1 le problme aurait exig la connaissance anticipe de la thorie des vapeurs4 ,quelle est l'origine de la rose8 ,est-ce le ciel qui la verse ou le sol qui la produit8 ,ces deux hypothses sont les seules possibles et c'est entre elles qu'il faut choisir4 ,tel est le dilemme inexact qui1 pendant plus d'un sicle1 a gar les physiciens1 et dont ,dufay lui-mme n'a pas su se dgager4 ,aprs avoir prouv que la rose ne tombe pas du ciel1 ,dufay se montra trop prompt en conclure qu'elle s'lve par consquent de la terre4 ,la consquence n'est pas rigoureuse1 autant vaudrait dire que1 dans les jours d'hiver1 le givre qui se dpose l'intrieur de nos appartements1 sur les vitres des fentres1 s'lve ncessairement du plancher de la chambre parce qu'il ne descend pas du plafond4 ,la rose nat dans l'air1 toute hauteur et partout o un corps suffisamment refroidi fait condenser la vapeur qui s'y trouve dissmine4 ,dufay obtint en #agcb1 avec le titre de surintendant du ,jardin des ,plantes1 toutes les prrogatives de ses prdcesseurs4 ,son administration bienveillante sans partialit et attentive aux intrts de la science1 releva bientt l'tablissement fort amoindri entre les mains ngligentes1 et despotiques pourtant1 du successeur de ,fagon4 ,chirac1 premier mdecin du roi1 avait reu la direction du ,jardin comme une dpendance de sa charge4 ,infrieur ,fagon par la science1 il l'tait surtout en dvouement et en zle4 ,jaloux de tous ses droits et imprieusement attentif aux dtails1 il voulait trancher les questions par lui-mme1 jusque-l qu'aucune plante ou graine ne pouvait tre donne ou reue que par lui2 devenu ainsi le principe et le centre de toutes les affaires du ,jardin1 il se laissa absorber par une clientle toujours croissante et son incurie laissait tout prir1 lorsque fort heureusement ,dufay lui succda4 ,l'tude de l'histoire naturelle devenait pour l'habile physicien une sorte de devoir1 mais curieux de contenter son esprit1 non de diriger celui des autres1 il laissait chacun toute sa libert4 ,on lui doit plusieurs observations sur la salamandre et sur la sensitive4 ,un prjug fort ancien attribue la salamandre la facult de vivre dans le feu4 ,maupertuis1 pour en faire justice1 avait jug utile de jeter plusieurs salamandres au milieu d'un brasier ardent1 il les vit s'y consumer et se rduire en cendres4 ,la dmonstration tait suffisante2 ,dufay cependant crut la mettre dans un plus grand jour en prouvant1 ce sont ses propres paroles1 que non-seulement les salamandres ne vivent pas dans le feu1 mais que tout au contraire elles vivent dans l'eau glace par le froid o elles ont gel4 ,la salamandre emprisonne dans un bloc de glace peut y demeurer plusieurs jours et survivre au dgel4 ,les deux frres de ,jussieu devinrent les amis de ,dufay et il suivit leurs sages conseils sans avoir l'ide cependant de proposer ,bernard pour son successeur4 ,le titre d'intendant1 dans les ides du temps1 ne pouvait convenir un homme aussi modeste et si peu dispos frquenter les grands4 ,atteint subitement par la petite vrole et dans la prvision d'une mort prochaine1 ,dufay recommanda au roi le jeune ,buffon1 qui n'avait alors aucun titre un tel choix4 ,on sait assez qu'il en acquit depuis et que la science n'eut pas regretter la dernire inspiration de ,dufay4 ,l'abb ,nollet1 disciple de ,dufay comme physicien1 a beaucoup contribu1 sans tre un inventeur1 rpandre le got des tudes et des expriences scientifiques4 ,dmonstrateur trs-adroit en mme temps que professeur habile1 l'abb ,nollet1 pendant plus de trente ans1 a enseign la physique avec un succs toujours croissant4 ,c'est malheureusement par une discussion dans laquelle il dfendait la mauvaise cause1 que son nom est surtout rest clbre4 ,l'influence que lui donnait une rputation fort grande alors1 fut employe combattre l'emploi des paratonnerres1 lorsqu'ils furent proposs par ,franklin4 ,voici dans quels termes il en rend compte dans un ouvrage qui1 lors de son apparition1 en #ageb1 ne laissa pas de faire quelque bruit et qui a eu depuis plusieurs ditions3 ,un ,anglais1 nomm ,benjamin ,franklin1 habitant la ,pensylvanie1 s'tant occup depuis quelques annes rpter avec ses amis des expriences d'lectricit1 s'est form sur cette matire des ides assez singulires1 la plupart ingnieuses et sduisantes au premier abord2 il a cherch les appuyer sur des expriences et du tout ensemble il a fait plusieurs crits qu'il a fait passer ,londres en dissertations4 ,aprs avoir remarqu que la matire qui part d'un corps lectris enfile plus aisment et de plus loin la pointe d'une aiguille qu'un pareil corps qui serait arrondi par le bout1 et reconnaissant d'ailleurs une certaine analogie entre le tonnerre et l'lectricit1 il ose assurer que des verges de fer pointues dresses en l'air sous un nuage orageux tireraient elles la matire de la foudre et la feraient passer sans clat et sans danger jusque dans le corps immense de la terre o elle resterait comme absorbe4 ,la nature lectrique de la foudre fut constate pour la premire fois en ,france par ,dalibard et ,buffon1 qui obtinrent d'un nuage orageux des effets extraordinaires et prodigieux1 mais ,franklin tait leur guide1 c'est lui qu'ils rapportaient tout l'honneur de la dcouverte1 et ils invitaient les curieux et les savants assister aux expriences de ,philadelphie4 ,ce singulier phnomne1 dit ,nollet1 ne fut pas plutt observ et vrifi1 que l'admiration monta jusqu' l'enthousiasme4 ,la plupart de ceux qui l'apprirent1 en se dissimulant l'norme distance qu'il y a entre le fait et les consquences qu'on en voulait tirer1 crurent de bonne foi1 sur les paroles de ceux qui le leur disaient1 que les fluides du ciel seraient dsormais en la puissance des hommes et que pour se garantir du tonnerre il suffirait de dresser des pointes sur le sommet des difices4 ,quelques personnes assuraient d'un ton sincre qu'un voyageur en rase campagne pourrait s'en dfendre en mettant l'pe la main contre la nue4 ,les gens d'glise1 qui n'en portent pas1 commenaient se plaindre de ne pas avoir cet avantage1 mais on leur a montr dans le livre de ,m4 ,franklin1 qui tait comme l'vangile du jour1 qu'on pouvait suppler au pouvoir des pointes en laissant bien mouiller ses habits1 ce qui est extrmement facile en temps d'orage4 ,l'opposition trs-loyale d'ailleurs de ,nollet ne pouvait touffer la grande dcouverte de ,franklin4 ,l',acadmie des sciences1 quelque temps partage1 se rangea bientt du ct de la vrit et nomma ,franklin un de ses huit associs trangers4 ,pendant son sjour ,paris1 l'illustre reprsentant du nouveau monde assista plus d'une fois ses sances et prit mme part ses travaux4 ,un rapport de lui sur l'tablissement d'un paratonnerre pour la flche de ,strasbourg se trouve encore dans les procs-verbaux4 ,,les ,,chimistes4 ,la chimie1 par une destine singulire1 a pass presque tout coup des tnbres au grand jour1 et son avnement subit au rang des sciences exactes fut peut-tre le plus grand vnement scientifique du ,,xviiie sicle4 ,les membres de l',acadmie des sciences l'avaient cultive sans interruption1 mais longtemps sans clat4 ,nous avons dit ce qu'tait une analyse chimique la fin du ,,xviie sicle et quelles oprations striles1 souvent ridicules1 on rencontre sous ce nom dans les premiers registres de l',acadmie2 ct cependant de ces tentatives obstines dans une mauvaise voie se placent des observations importantes et des preuves relles de perspicacit4 ,homberg1 aprs la rorganisation de #afii1 fut1 parmi les pensionnaires1 le reprsentant le plus minent de la chimie4 ,n ,batavia1 o son pre1 gentilhomme saxon ruin par la guerre de ,trente ans1 tait all tenter de relever sa fortune1 il fut amen jeune encore en ,europe et tudia avec grand succs dans les universits de ,hollande et d',allemagne4 ,jurisconsulte1 astronome1 mcanicien1 botaniste et mdecin en mme temps que chimiste1 ,homberg excellait galement dans toutes les tudes1 et celle de l'hbreu avait mme excit sa curiosit4 ,ses parents1 charms par tant de science et fier de sa prcoce clbrit1 le pressrent d'en tirer profit1 et de prendre parti pour une position lucrative2 mais1 loin de suivre leurs conseils1 ,homberg ne songeait qu' voyager pour s'instruire davantage4 ,il visita ,otto de ,guericke1 ,magdebourg2 vit les universits de ,padoue1 de ,bologne et de ,rome2 s'arrta en ,france2 en ,angleterre1 o il travailla dans le laboratoire de ,boyle2 en ,hollande1 o il tudia l'anatomie avec ,graff4 ,la diversit de ses projets galait celle de ses tudes2 aprs plusieurs annes de voyage1 il prit ,wittemberg le titre de docteur en mdecine2 mais1 loin d'exercer sa profession nouvelle1 il partit bientt pour visiter les mines mtalliques de la ,bohme et de la ,hongrie2 il voulut tudier ensuite celles de ,sude1 et se rendit ,stockholm4 ,ces voyages n'taient pas striles1 et les travaux de ,homberg1 dats des contres les plus diverses1 remplissaient les journaux scientifiques de l',europe4 ,colbert1 toujours dsireux d'accrotre l'clat de l',acadmie des sciences1 lui fit des offres avantageuses2 il les accepta malgr sa famille et devint bientt le membre le plus actif de l',acadmie4 ,sa rputation d'habile chimiste1 peut-tre aussi celle d'alchimiste1 qu'il ne repoussait pas absolument1 le mirent en relations avec le duc d',orlans1 qui1 lui aussi1 comme le dit ,saint-,simon1 aimait souffler1 non pour chercher faire de l'or1 dont il se moqua toujours1 mais pour s'amuser des curieuses oprations de la chimie2 il se fit un laboratoire le mieux fourni et le plus beau que la chimie et jamais vu1 et y attira ,homberg1 auquel il donna le titre fort lucratif et fort envi de son mdecin1 que celui-ci1 prfrant l',acadmie ses intrts1 n'accepta pourtant qu' la condition d'tre dispens du rglement qui1 cause de la rsidence ,versailles1 devait l'exclure de la compagnie4 ,entretenant avec lui le commerce le plus intime1 il se plaisait suivre ses oprations et y prendre part2 tout cela trs-publiquement1 et il en raisonnait trs-volontiers avec qui pouvait y prendre intrt4 ,homberg1 de plus1 nous dit ,saint-,simon1 tait un homme de grande rputation1 et n'en avait pas moins en probit et en vertu qu'en capacit pour son mtier2 la calomnie se fit pourtant une arme terrible de ces relations2 aprs la mort rapide et mystrieuse du ,dauphin d'abord1 puis de la duchesse et du duc de ,bourgogne1 on parla de poison et non sans vraisemblance4 ,les soupons s'levrent jusqu'au duc d',orlans1 qui publiquement et grossirement outrag par la populace1 supplia le roi de le faire entrer la ,bastille et d'y enfermer ,homberg avec lui1 en attendant que tout ft clairci2 le roi permit seulement1 aprs beaucoup d'instances1 qu',homberg ft reu la ,bastille1 s'il allait s'y prsenter lui-mme2 mais l'ordre ne fut pas donn1 et ,homberg1 que ,voltaire appelle cette occasion1 et un peu au hasard sans doute1 vertueux philosophe et d'une candeur extrme1 ne fut pas admis se justifier4 ,l'histoire ne mentionne aujourd'hui ces atroces soupons que pour les carter avec ddain2 mais ils planrent tristement sur ,homberg pendant les quelques annes qu'il vcut encore4 ,les ,mmoires de l',acadmie contiennent un grand nombre de travaux de ,homberg1 presque tous sur des points de dtail4 ,il tait exprimentateur ingnieux et habile1 et la chimie lui doit un grand nombre de faits nouveaux et bien observs1 dont la thorie devait lui chapper compltement1 comme ses contemporains et ses successeurs immdiats4 ,le duc d',orlans possdait un miroir convexe d'une grande puissance1 c'est--dire une lentille1 avec laquelle ,homberg fit de nombreuses expriences4 ,l'or mtallique1 la chaleur de ce miroir1 ne tardait pas se fondre et se volatiliser1 il croyait mme le transformer en partie en un verre violet1 fourni1 sans doute1 par la matire du vase dans lequel il oprait et contenant peut-tre une petite quantit de silicate d'or4 ,la chaleur du soleil lui semble de nature autre que celle de nos foyers4 ,c'est1 suivant lui1 une matire simple1 dont les parties sont infiniment plus petites que celles du feu ordinaire1 et qui peut s'introduire dans les interstices o celui-ci ne peut pas entrer1 et avec lequel il a une autre diffrence1 c'est que l'air1 tant plus pesant que la flamme1 pousse celle-ci1 selon les lois de l'quilibre des liqueurs1 sans quoi la flamme n'aurait aucun mouvement1 au lieu que le rayon du soleil est pouss par le soleil sans que l'air contribue en aucune manire son action4 ,les ,mmoires de l',acadmie contiennent de singulires ides de ,homberg sur la nature de la chaleur4 ,on a demand1 dit-il1 pourquoi le fond d'un bassin o l'eau bout n'est point chaud du ct du feu1 au lieu qu'il serait chaud s'il n'y avait point d'eau3 cela tient ce que la matire de la lumire qui fait la chaleur a deux mouvements1 l'un de tous cts sphrique1 qui lui est naturel1 l'autre de bas en haut caus par la pesanteur de l'air2 que1 par le premier mouvement1 elle pntre et enfle les corps en tous sens1 que1 par le second1 elle hrisse leur surface en un sens seulement1 que1 quand l'eau est dans un bassin sur le feu1 elle rprime et arrte en partie le mouvement sphrique de la matire subtile et l'teint jusqu' un certain point1 mais qu'elle n'empche pas la direction de bas en haut et le hrissement de la surface1 et que1 par consquent1 la surface entoure demeure froide et par consquent peu chaude4 ,ce passage1 qui semble une parodie de la physique de ,descartes1 est un curieux spcimen des ides thoriques des hommes les plus minents de l'poque4 ,un autre mmoire de ,homberg donnera une ide assez exacte des mthodes employes alors par les chimistes et de la nature des problmes qu'ils cherchaient rsoudre4 ,il y a environ trente ans1 dit-il1 qu'une personne de considration me demanda avec beaucoup d'instances d'essayer si1 de la matire fcale1 je ne pourrais pas tirer une huile distille1 sans mauvaise odeur1 qui ft claire et sans couleur comme de l'eau de fontaine1 parce qu'elle en avait vu1 comme elle le croyait1 un effet surprenant1 qui tait de fixer le mercure commun en argent fin4 ,on croit aisment ce que l'on voudrait qui ft vrai2 aussi me laissai-je persuader sans beaucoup de peine d'entreprendre cette recherche et de travailler un ouvrage qui devait nous enrichir tous deux4 ,pour ne pas travailler sur une matire ramasse au hasard et dont je ne connusse pas les ingrdients1 j'ai lou1 dit-il1 quatre hommes robustes et en bonne sant2 je les ai enferms avec moi pendant trois mois en une maison qui avait un grand jardin pour les promener1 et1 pour tre assur qu'ils ne prissent autre nourriture que celle que je leur donnerais1 j'tais convenu avec eux qu'ils ne mangeraient autre chose que du meilleur pain de ,gonesse que je leur fournirais frais tous les jours1 et qu'ils boiraient tant qu'ils voudraient du meilleur vin de ,champagne4 ,homberg commena par desscher la matire1 qui se rduisit au dixime de son poids2 mais1 en la distillant dans une cornue de verre1 divers degrs de feu1 il n'en tirait que de l'huile rouge ou noire1 toujours puante1 qui ne rpondait nullement au dsir de son associ4 ,il cherche alors sparer par la solution tout ce que la substance tudie contient de matires grossires et terreuses2 il la dlaye cet effet dans de l'eau chaude1 puis1 aprs avoir dcant et filtr en vaporant jusqu' siccit1 il obtient des cristaux bien dtermins1 qui ressemblent du salptre et fusent au feu en donnant une flamme rouge4 ,en distillant ce sel par degrs1 il obtient une liqueur cre et acide1 suivie d'un peu d'huile rousse et ftide2 celle qu'il fallait trouver tait blanche et sans odeur2 il abandonne encore cette marche pour recommencer oprer sur la matire simplement dessche au bain-marie1 en y ajoutant ce qu'il nomme diffrents intermdes1 c'est--dire en la mlant tantt avec de la chaux vive ou teinte1 tantt avec de l'alun1 du colcothar1 de la poudre de brique1 etc41 mais1 au lieu d'huile blanche1 qui tait le but de son travail1 il n'obtient cette fois encore que des huiles diversement colores et conservant la mme fteur4 ,homberg alors change encore une fois de mthode et tente la voie de la fermentation1 qui est1 dit-il1 une voie douce1 o la violence du feu n'a pas de part4 ,il spare d'abord le flegme superflu de la matire par le bain-marie1 pour pouvoir garder commodment la matire dessche et se dbarrasser des quatre hommes que1 depuis trois mois1 il entretenait consciencieusement pour la fournir2 pour faire fermenter la matire1 il la mit en poudre en versant dessus six fois autant de flegme qu'il en avait t spar par la distillation1 puis le tout fut chauff en vase clos au bain-marie1 pendant six semaines1 une douce chaleur2 en distillant ensuite1 la partie aqueuse avait perdu presque toute son odeur4 ,homberg put en donner quelques personnes dont le teint tait gt1 et qui1 en s'en dbarbouillant une fois par jour1 ont adouci1 dit-il1 et blanchi considrablement leur peau4 ,le rsidu donna enfin par la distillation une huile incolore presque sans odeur1 et le peu qu'elle en avait tait lgrement aromatique4 ,lmery1 qui1 pendant plus de trente ans1 partagea avec ,homberg l'honneur de reprsenter la chimie dans l',acadmie des sciences1 tait lve d'un apothicaire de ,rouen1 puis d'un chimiste nomm ,glazer1 dmonstrateur au ,jardin du ,roi1 et fort avare cependant des ides obscures qu'il avait sur la science4 ,lmery le quitta bientt pour se placer1 pendant prs de trois ans1 chez un apothicaire de ,montpellier nomm ,verchaut1 dont les leons l'auraient encore laiss fort ignorant1 s'il n'avait trouv moyen de s'instruire lui-mme en s'aidant des livres et du laboratoire de son matre4 ,il ne tarda pas ouvrir des cours qui attirrent chez matre ,verchaut tous les curieux de ,montpellier1 parmi lesquels se trouvaient1 au grand honneur du jeune lve1 des professeurs mme de la facult4 ,bien diffrent de ses premiers matres1 ,lmery ne se plaisait pas moins rvler les secrets de la science qu' en taler les merveilles2 il avait le don et la passion de l'enseignement1 et ses cours1 qui ne cessrent qu'avec sa vie1 ont servi1 autant au moins que ses livres1 rpandre dans toute l',europe le got et la pratique des oprations chimiques4 ,il devint apothicaire ,paris et professa chez lui dans la rue ,galande4 ,son laboratoire1 dit ,fontenelle1 tait moins une chambre qu'une cave et presque un antre magique clair de la seule lueur des fourneaux2 l'affluence y tait si grande1 qu' peine y avait-il de place pour les oprations2 les dames mmes1 entranes par la mode1 ne craignaient pas de s'y montrer4 ,ses leons1 comme celles de ,duverney sur l'anatomie1 devinrent bientt clbres dans toute l',europe2 les jeunes trangers venaient ,paris par centaines dans le seul but d'entendre ces deux matres1 dont ils rapportaient au loin la rputation d'loquence et de parfaite clart4 ,le trait de chimie de ,lmery1 qui de #afge #agac1 a eu dix ditions1 et qui fut traduit dans toutes les langues de l',europe1 ne nous aide pas1 il faut l'avouer1 comprendre cette clart si vante des contemporains2 il faudrait1 sans doute1 pour s'en rendre compte1 le comparer aux crits mystrieux et nigmatiques des chercheurs du grand uvre4 ,le premier principe que l'on peut admettre pour la composition des mixtes est1 dit-il immdiatement aprs avoir pos ses dfinitions1 un esprit universel qui1 tant rpandu partout1 produit diverses choses1 suivant les diverses matrices1 ou pores de la terre1 dans lesquelles il se trouve embarrass2 mais1 comme ce principe est un peu mtaphysique et qu'il ne tombe pas sous le sens1 il est bon1 ajoute-t-il1 d'en tablir de sensibles1 et je rapporterai ceux dont on se sert communment4 ,les chimistes1 en faisant l'analyse des mixtes1 ont trouv1 dit-il1 cinq sortes de substances1 l'eau1 l'esprit1 l'huile et le sel1 et la terre2 de ces cinq1 il y en a trois actifs1 l'esprit1 l'huile et le sel1 et deux passifs1 l'eau et la terre4 ,ils les ont appels actifs1 parce qu'tant dans un grand mouvement ils font toute l'action du mixte3 ils ont nomm les autres passifs parce qu'tant en repos ils ne servent qu' arrter la vivacit des actifs4 ,toutes ces distinctions fausses ou insignifiantes1 sont l'uvre de ses prdcesseurs1 et ,lmery n'en est pas responsable2 mais c'est lui-mme qui parle1 et avec beaucoup de sens1 lorsqu'il ajoute3 ,le nom de principe1 en chimie1 ne doit pas tre pris dans une signification tout fait exacte1 car les substances qui l'on a donn ce nom ne sont principes qu' notre gard et qu'en tant que nous ne pouvons point aller plus avant dans la division des corps2 mais on comprend bien que ces principes sont encore divisibles en une infinit de parties qui pourraient1 plus juste titre1 tre appeles principes4 ,le trait de chimie est la reprsentation exacte de la science positive cette poque3 toutes les oprations y sont clairement expliques et dcrites pour la pratique2 les ides thoriques y tiennent peu de place1 et1 quoiqu'il dfinisse la chimie la science de l'analyse1 la prparation des divers composs le remplit presque tout entier4 ,il se vendit1 dit ,fontenelle1 comme un ouvrage de galanterie ou de satire2 on le traduisit en latin1 en allemand1 en anglais et en espagnol2 et les traducteurs1 presque tous lves de l'auteur1 se plaisaient vanter dans leurs prfaces l'habilet et la gloire de leur matre4 ,l'autorit du grand ,lmery1 en matire de chimie1 dit le traducteur espagnol1 est plutt unique que considrable4 ,les perscutions religieuses vinrent troubler la vie de ,lmery4 ,au milieu de sa plus grande prosprit1 il reut1 comme protestant1 ordre de quitter sa charge d'apothicaire4 ,croyant tre plus tranquille en devenant mdecin1 il prit ,caen le bonnet de docteur1 mais la rvocation de l'dit de ,nantes lui enleva bientt aussi le droit d'exercer la mdecine4 ,c'est alors1 dit ,fontenelle1 que1 voyant sa fortune plutt renverse que drange1 l'esprit constamment occup des chagrins du prsent et des craintes de l'avenir1 il vint enfin craindre un plus grand mal1 celui de souffrir pour une mauvaise cause en pure perte2 il s'appliqua davantage aux preuves de la religion catholique et se runit l'glise avec toute sa famille4 ,les jours de prosprit revinrent pour lui2 on ne pouvait plus lui rendre le titre d'apothicaire1 mais1 grce son mrite et un peu aussi celui de sa conversion1 on lui permit de prparer et de vendre des drogues3 ses confrres rclamrent inutilement1 et il retrouva ses coliers1 ses malades et le grand dbit de ses prparations4 ,estienne-,franois ,geoffroy1 entr fort jeune l',acadmie comme lve1 devait y fournir une longue et trs-honorable carrire4 ,son pre1 riche apothicaire1 n'pargna rien pour lui donner la plus excellente ducation2 il eut les plus grands matres en tous genres4 ,des savants illustres1 ,cassini1 le pre ,sbastien1 ,duverney et ,homberg1 tenaient chez lui des confrences rgles1 o les jeunes gens des plus grandes familles briguaient la faveur d'assister1 et qui furent1 dit-on1 l'origine de l'tablissement des expriences de physique dans les collges4 ,l'ducation du jeune ,geoffroy fut complte par de nombreux voyages entrepris en compagnie de plusieurs grands personnages qui1 avant mme qu'il et pris le grade de docteur1 l'emmenaient avec eux pour soigner leur sant et le traitaient plus en ami qu'en mdecin4 ,la clientle de ,geoffroy1 qui devint bientt des plus brillantes1 ne lui fit jamais ngliger la science4 ,il avait pris au srieux la thse qu'il soutint devant la ,facult pour obtenir son premier grade3 ,un mdecin1 disait-il1 est en mme temps un mcanicien chimiste4 ,en cultivant la science pure1 il croyait fermement contribuer au progrs de son art4 ,un de ses travaux1 qui attira vivement l'attention1 mrite une place importante dans l'histoire des thories chimiques4 ,en disposant dans une table fort courte les diverses substances que la chimie considre1 ,geoffroy croyait pouvoir indiquer l'ordre de leurs prfrences les unes pour les autres et1 dans chaque cas1 dduire l'avance d'une rgle sans exception les dcompositions et compositions qui doivent se produire4 ,lorsque deux substances sont unies1 il admet qu'une troisime qui survient1 et qui a plus d'affinit pour l'une1 met l'autre en libert et lui fait lcher prise4 ,si1 par exemple1 l'huile de vitriol dcompose le salptre1 c'est qu'elle chasse l'acide nitrique dont l'affinit pour la potasse est moindre que la sienne4 ,malgr bien des difficults et des incertitudes qui suivirent1 ce travail est considrable2 on y voit paratre pour la premire fois une thorie plausible des phnomnes chimiques4 ,les affinits de ,geoffroy1 dit cependant ,fontenelle1 firent de la peine quelques-uns1 qui craignirent que ce ne fussent des attractions dguises1 d'autant plus dangereuses que d'habiles gens ont dj su leur donner des formes sduisantes4 ,la table de ,geoffroy1 gnralement admise1 a servi pendant longtemps de base l'enseignement de la chimie4 ,les progrs de la science semblent donner raison toutefois1 dans ce cas au moins1 aux adversaires de l'attraction1 et les thories de ,berthollet devaient montrer1 prs d'un sicle plus tard1 que1 dans ces luttes engages entre les corps1 la victoire n'est pas due une plus grande affinit1 mais aux conditions extrieures de la lutte4 ,les corps limins sont ceux qui1 par leur nature1 doivent disparatre aussitt qu'ils sont forms1 et les lments qui les composent sont vaincus1 parce que1 resserrs en quelque sorte sur un terrain trop troit1 il n'en peuvent perdre la moindre parcelle sans tre rejets du champ de bataille4 ,aprs ,homberg1 ,leymery et ,geoffroy1 ,rouelle1 ,macquer1 ,sage et ,beaum rpandirent par leur enseignement comme par leurs crits la connaissance des vrits de pratique que leurs thories confuses et embarrasses ne sauraient ni prvoir ni expliquer4 ,rouelle1 dont ,jean-,jacques ,rousseau suivit les leons au ,jardin du roi1 joignait une infatigable ardeur1 un sincre et naf enthousiasme pour le rsultat de ses travaux4 ,on lui doit1 a crit ,lavoisier1 la plus grande dcouverte qui ait t faite en chimie depuis ,stahl1 celle des proportions diverses dans lesquelles un mme acide et une mme base peuvent s'unir pour former des sels4 ,la correspondance de ,grimm donne de ,rouelle un portrait voisin parfois de la caricature1 mais trac de main de matre3 ,c'est lui qui introduisit la chimie de ,stahl1 et fit connatre ici cette science dont on ne se doutait point1 et qu'une foule de grands hommes ont porte en ,allemagne un haut degr de perfection4 ,rouelle ne les savait pas tous lire2 mais son instinct tait ordinairement aussi fort que leur science4 ,il doit donc tre regard comme le fondateur de la chimie en ,france2 et cependant son nom passera parce qu'il n'a jamais rien crit1 et que ceux qui ont crit de notre temps des ouvrages estimables sur cette science1 et qui sont tous sortis de son cole1 n'ont jamais rendu leur matre l'hommage qu'ils lui devaient2 ils ont trouv plus court de prendre1 sur le compte de leur propre sagacit1 les principes et les dcouvertes qu'ils tenaient de leur matre2 aussi ,rouelle tait-il brouill avec tous ceux de ses disciples qui ont crit sur la chimie4 ,il se vengeait de leur ingratitude par les injures dont il les accablait dans les cours publics et particuliers1 et l'on savait d'avance qu' telle leon il y aurait le portrait de ,malouin1 telle autre le portrait de ,macquer1 habills de toutes pices4 ,c'taient suivant lui1 des ignorantins1 des plagiaires4 ,ce dernier terme avait pris dans son esprit une signification si odieuse qu'il l'appliquait aux plus grands criminels2 et pour exprimer1 par exemple1 l'horreur que lui faisait ,damiens1 il disait que c'tait un plagiaire4 ,l'indignation des plagiats qu'il avait soufferts dgnra enfin en manie2 il se voyait toujours pill2 et lorsqu'on traduisait les ouvrages de ,pott ou de ,lehman1 ou de quelque autre grand chimiste d',allemagne et qu'il y trouvait des ides analogues aux siennes1 il prtendait avoir t vol par ces gens-l4 ,rouelle tait d'une ptulance extrme2 ses ides taient embrouilles et sans nettet1 et il fallait un bon esprit pour le suivre et pour mettre dans ses leons de l'ordre et de la prcision4 ,il ne savait pas crire2 il parlait avec la plus grande vhmence1 mais sans correction ni clart1 et il avait coutume de dire qu'il n'tait pas de l'acadmie du beau langage4 ,avec tous ces dfauts1 ses vues taient toujours profondes et d'un homme de gnie2 mais il cherchait les drober la connaissance de ses auditeurs autant que son naturel ptulant pouvait le comporter4 ,ordinairement il expliquait ses ides fort au long2 et quand il avait tout dit1 il ajoutait3 ,mais ceci est un de mes arcanes que je ne dis personne4 ,souvent un de ses lves se levait et lui disait l'oreille ce qu'il venait de dire tout haut3 alors ,rouelle croyait que l'lve avait dcouvert son arcane par sa propre sagacit1 et le priait de ne pas divulguer ce qu'il venait de dire deux cents personnes4 ,il avait une si grande habitude de s'aliner la tte que les objets extrieurs n'existaient pas pour lui4 ,il se dmenait comme un nergumne en parlant sur sa chaise1 se renversait1 se cognait1 donnait des coups de pied son voisin1 lui dchirait ses manchettes1 sans en rien savoir4 ,un jour1 se trouvant dans un cercle o il y avait plusieurs dames1 et parlant avec sa vivacit ordinaire1 il dfait ses jarretires1 tire son bas sur son soulier1 se gratte la jambe pendant quelque temps de ses deux mains1 remet ensuite son bas et sa jarretire1 et continue sa conversation sans avoir le moindre soupon de ce qu'il venait de faire4 ,dans ses cours1 il avait ordinairement pour aides son frre et son neveu pour faire les expriences sous les yeux de ses auditeurs3 ces aides ne s'y trouvaient pas toujours2 ,rouelle criait3 ,neveu1 ternel neveu6 et l'ternel neveu ne venant point1 il s'en allait lui-mme dans les arrire-pices de son laboratoire chercher les vases dont il avait besoin4 ,pendant cette opration1 il continuait toujours sa leon comme s'il tait en prsence de ses auditeurs1 et son retour il avait ordinairement achev la dmonstration commence et rentrait en disant3 ,oui1 messieurs2 alors on le priait de recommencer4 ,un jour1 tant abandonn de son frre et de son neveu1 il dit ses auditeurs3 ,vous voyez bien1 messieurs1 ce chaudron sur le brasier8 eh bien1 si je cessais de remuer un seul instant1 il s'ensuivrait une explosion qui nous ferait tous sauter en l'air4 ,en disant ces paroles1 il ne manqua pas d'oublier de remuer1 et sa prdiction fut accomplie3 l'explosion se fit avec un fracas pouvantable1 cassa toutes les vitres du laboratoire et en un instant deux cents auditeurs furent parpills dans le jardin2 heureusement personne ne fut bless1 parce que le plus grand effort de l'explosion avait port par l'ouverture de la chemine4 ,m4 le dmonstrateur en fut quitte pour cette chemine et une perruque444 ,rouelle tait honnte homme2 mais avec un caractre si brut1 il ne pouvait connatre ni observer les gards tablis dans la socit1 et comme il tait ais de le prvenir contre quelqu'un1 et impossible de le faire revenir d'une prvention1 il dchirait souvent dans ses cours tort et travers3 ainsi il ne faut pas s'tonner qu'il se soit fait beaucoup d'ennemis4 ,il ne pouvait pas estimer la physique1 ni les systmes de ,m4 de ,buffon2 il tait peu touch de son beau parlage1 et quelques leons de ses cours taient rgulirement employes injurier cet illustre acadmicien4 ,il avait pris en grippe le docteur ,bordeu1 mdecin de beaucoup d'esprit4 ,oui1 messieurs1 disait-il tous les ans un certain endroit de son cours1 c'est un de nos gens1 un plagiaire1 un frater1 qui a tu mon frre que voil4 ,il voulait dire que ,bordeu avait mal trait son frre dans une maladie4 ,rouelle tait dmonstrateur aux leons publiques au ,jardin du ,roi4 ,le docteur ,bourdelin tait professeur et finissait ordinairement ses leons par ces mots3 ,comme ,m4 le dmonstrateur va vous le prouver par ses expriences4 ,rouelle1 prenant alors la parole1 au lieu de faire les expriences annonces disait3 ,messieurs1 tout ce que ,m4 le professeur vient de vous dire est absurde1 comme je vais vous le prouver4 ,macquer1 l'un des meilleurs lves de ,rouelle1 sigea avec lui l',acadmie et y resta longtemps aprs la mort de son matre4 ,son ,dictionnaire de chimie contient1 avec des faits nouveaux et bien observs1 un tableau trs-clair et trs-complet de la science son poque4 ,la thorie tant vante de ,stahl y est trs-nettement expose4 ,le phlogistique est la pure substance du feu1 c'est la matire subtile et pntrante qui1 sous forme de flamme1 s'chappe d'un corps en combustion4 ,il est commun tous les corps combustibles1 le charbon entre autres le renferme en proportion considrable4 ,pour rgnrer un corps brl qui a perdu son phlogistique1 il faut le lui rendre1 et pour cela souvent il suffit de le chauffer dans un creuset plein de charbon4 ,cette interprtation telle quelle du phnomne de la combustion prparait la voie4 ,satisfaits de son apparence plausible1 les chimistes1 sans discuter ni approfondir1 crurent avoir touch le but2 et tous1 pendant un demi-sicle1 suivant sans s'en carter le chemin battu1 acceptrent la thorie de ,stahl comme exacte et indubitable4 ,pntrant plus avant dans l'examen de ces matires1 en apparence si caches1 et dsireux de voir1 non de deviner1 l'esprit dlicat et puissant de ,lavoisier vint leur montrer pour la premire fois la faiblesse de leurs preuves et les contradictions de leur doctrine4 ,les applaudissements si souvent recueillis en enseignant la thorie de ,stahl taient pour ,macquer une attache qu'il ne pouvait rompre4 ,m4 ,lavoisier1 crit-il dans une lettre date de #aggb1 m'effrayait depuis longtemps d'une grande dcouverte qu'il rservait in petto1 et qui n'allait rien moins qu' renverser toute la thorie du phlogistique4 ,o en aurions-nous t avec notre vieille chimie1 s'il avait fallu rebtir un difice tout diffrent8 ,pour moi1 je vous avoue que j'aurais quitt la partie4 ,heureusement ,m4 ,lavoisier vient de mettre sa dcouverte au grand jour1 dans un mmoire lu la dernire assemble publique de l',acadmie1 et je vous assure que depuis ce temps j'ai un grand poids de moins sur l'estomac4 ,la volont de ,macquer1 cette lettre le marque assez1 tait aussi oppose aux ides nouvelles que son esprit mal prpar les accueillir2 mais il avait le sens trop droit pour n'tre pas enfin dsabus4 ,vaincu sans vouloir se rendre1 il prit le plus mauvais de tous les partis4 ,gardien volontaire d'un difice branlant1 il tenta sans le quitter d'en changer la structure1 et continuant parler comme ,stahl1 accepta sans le dire plus d'une ide de ,lavoisier4 ,c'tait1 pour l'illustre novateur le prsage assur d'une victoire complte4 ,c'est de l'tude des gaz que sortit surtout la lumire1 et les chimistes franais1 qui en comprirent trop tard l'importance1 ont laiss ,boyle1 ,hales et ,black l'honneur d'tre les prcurseurs de ,lavoisier1 comme ,priestley1 ,cavendish et ,scheele celui d'tre sur certains points ses mules4 ,les chimistes aujourd'hui comptent des centaines de gaz parfaitement dfinis1 et aussi diffrents les uns des autres que le fer l'est du cuivre1 le marbre du cristal de roche et l'eau de l'alcool ou du mercure4 ,ces gaz ne produisent pas seulement certains effets extraordinaires et exceptionnels1 mais il n'est pas de raction chimique1 pour ainsi dire1 dans laquelle ils ne jouent un rle actif1 soit en se dgageant d'une combinaison qui contenait leurs lments1 soit en s'incorporant une substance nouvelle4 ,tant qu'on ne vit en eux qu'une vaine et insignifiante fume1 la science1 impuissante rien approfondir1 tait condamne aux contradictions4 ,l'tude des divers gaz et la dcouverte des moyens de les recueillir devait donc tre le signal d'un grand progrs4 ,l'histoire de la chimie aurait ici citer avec honneur les noms de van ,helmont1 de ,hales1 de ,boerhave et de ,cavendish2 mais quoique postrieurs1 les travaux de ,priestley mritent un rang part4 ,inventeur de l'appareil employ encore aujourd'hui pour recueillir les gaz1 il a dcouvert et tudi un grand nombre d'entre eux en constatant leurs proprits trop diverses et trop tranches pour que la confusion restt possible4 ,les travaux de ,priestley ont exerc sur les recherches de ,lavoisier une influence loyalement reconnue2 mais en reproduisant les phnomnes si remarquables et si nouveaux dcouverts par le chimiste anglais1 ,lavoisier1 qui les tudie la balance la main1 passe de bien loin son rival par l'interprtation qu'il en donne4 ,il comprend le premier que les ractions sont des changes dans lesquels rien ne peut se gagner ou se perdre1 et que le poids des produits solides1 liquides ou gazeux d'une opration chimique est gal1 grain pour grain1 celui des agents qui leur donnent naissance4 ,lavoisier1 ds son premier travail sur la nature de l'eau1 rencontre et invoque ce principe sous une forme aussi nette que saisissante4 ,van ,helmont rapporte qu'ayant mis dans un vase d'argile deux cents livres de terre sche au four1 et l'ayant ensuite humecte avec de l'eau de pluie1 il y avait plant un tronc de saule du poids de cent livres2 au bout de cinq ans ce mme arbre pesait cent soixante-neuf livres1 et l'on ne s'tait servi pour l'arroser que d'eau de pluie ou d'eau distille2 on avait mme pouss la prcaution jusqu' couvrir le pot d'une lame d'tain perce de plusieurs trous1 pour empcher la poussire de s'y dposer4 ,la terre1 au bout des cinq ans1 n'avait perdu que deux onces de son poids2 c'est donc l'eau1 ajoutait-il1 qui a seule fourni l'accroissement du saule et qui s'est convertie en bois1 en corce1 en racines1 peut-tre mme en cendres4 ,l'exprience1 rpte et varie de bien des faons depuis un sicle1 avait toujours donn le mme rsultat1 dont la conclusion semblait fort vidente4 ,lavoisier en juge autrement3 ,il est1 dit-il1 une autre source dont les vgtaux tirent sans doute la plus grande partie des principes qu'on y dcouvre par l'analyse4 ,on sait1 par les expriences de ,,mm4 ,hales1 ,guettard1 ,duhamel et ,bonnet1 qu'il s'exerce non-seulement dans les plantes une transpiration considrable1 mais qu'elles exercent encore par la surface de leurs feuilles une vritable succion au moyen de laquelle elles absorbent les vapeurs rpandues dans l'atmosphre4 ,sans entrer pour cette fois dans un plus grand dtail et sans pntrer tout le secret1 ,lavoisier montre dj1 en suivant la bonne voie1 une mthode aussi sre que svre4 ,la transformation de l'eau en terre1 annonce et montre par plusieurs auteurs1 est une illusion dont il dnonce les causes1 et leur eau solidifie n'est autre1 comme il le montre trs-distinctement1 que le verre du vase dissous en partie par l'bullition prolonge4 ,l'tude d'un phnomne fort anciennement connu et trs-analogue au fond l'exprience du vase de van ,helmont1 devait conduire ,lavoisier la grande dcouverte dont il fut l'occasion et la preuve4 ,presque tous les mtaux1 le fer1 le plomb1 l'tain1 le mercure1 augmentent de poids par leur calcination l'air3 c'tait depuis longtemps un fait incontest et dont la vrification est trop facile pour laisser place aucune objection srieuse4 ,une livre de plomb1 par exemple1 calcine un temps suffisant au contact de l'air1 se brle compltement1 comme nous disons aujourd'hui1 et se transforme en chaux de plomb ou litharge1 qui1 mlange du charbon en poudre et chauffe de nouveau1 reproduit une livre de plomb4 ,quelle est la cause de l'augmentation du poids8 ,le mtal1 en brlant1 perd1 suivant ,stahl1 du phlogistique1 il devient plus lourd cependant4 ,il y a donc l une contradiction visible4 ,stahl ne s'en explique ni ne s'en proccupe1 et ses successeurs1 prvenus par le mme prjug1 avaient laiss tomber ce fait dans un oubli si complet que ,lavoisier le crut entirement nouveau4 ,pour prendre le temps d'affermir les preuves en s'assurant la priorit de la dcouverte1 il dposa l',acadmie un crit cachet conu en ces termes3 ,il y a environ huit jours que j'ai dcouvert que le soufre en brlant1 loin de perdre de son poids1 en acqurait au contraire1 c'est--dire que d'une livre de soufre on pouvait retirer beaucoup plus d'une livre d'acide vitriolique1 abstraction faite de l'humidit de l'air4 ,il en est de mme du phosphore4 ,cette augmentation de poids vient d'une quantit prodigieuse d'air qui se fixe pendant la combustion et qui se combine avec les vapeurs4 ,cette dcouverte1 que j'ai constate par des expriences que je regarde comme dcisives1 m'a fait penser que ce qui s'observait dans la combustion du soufre et du phosphore pouvait bien avoir lieu l'gard de tous les corps1 qui acquirent du poids par la combustion et la calcination1 et je me suis persuad que l'augmentation du poids des chaux mtalliques tenait la mme cause4 ,l'exprience a compltement confirm mes conjectures2 j'ai fait la rduction de la litharge dans des vaisseaux ferms1 avec l'appareil de ,hales1 et j'ai observ qu'il se dgageait1 au moment du passage de la chaux en mtal1 une quantit considrable d'air et que cet air formait un volume mille fois plus grand que la quantit de litharge employe4 ,cette dcouverte me parat une des plus intressantes de celles qui aient t faites depuis ,stahl2 j'ai cru devoir m'en assurer la proprit en faisant le prsent dpt entre les mains du secrtaire de l',acadmie pour demeurer secret jusqu'au moment o je publierai mes expriences4 ,l'assertion de ,lavoisier eut le sort commun de presque toutes les dcouvertes rellement capitales2 on la repoussa comme contraire aux principes connus1 et ses adversaires1 anims la combattre1 contestrent successivement toutes les preuves1 jusqu'au jour o1 convaincus sur ce point1 ils dcouvrirent qu'elle n'tait pas nouvelle4 ,on lit dans un rapport fait six ans aprs l',acadmie1 sur la seconde dition du ,dictionnaire de chimie de ,macquer3 ,c'est surtout en lisant les articles1 ,affinit1 ,pesanteur1 ,causticit1 ,feu1 ,phlogistique1 ,combustion1 ,gaz et autres1 qu'on est convaincu de la diffrence qui existe entre une thorie sage1 exacte1 fonde sur un grand nombre d'expriences et un systme hasard1 fruit prcoce d'une imagination plus chauffe que brillante et plus curieuse d'obtenir les suffrages que de les mriter4 ,l'allusion est vidente2 les commissaires1 malheureusement pour eux1 ont voulu la rendre claire4 ,la question de priorit ne tarda pas aussi tre souleve2 on produisit un livre de ,jean ,rey1 imprim en #afcj o1 aprs avoir cart les diverses explications proposes pour l'accroissement de poids des chaux mtalliques1 l'auteur ajoutait3 ,a cette demande donc1 appuy sur les fondements juxtaposs1 je rponds et soutiens glorieusement que le surcrot de poids vient de l'air qui dans le vase a t espessi1 appesanti et rendu aucunement adhsif1 par la vhmente et longuement continue chaleur du fourneau1 lequel air se mle avec la chaux 7 ce aidant l'agitation frquente7 et s'attache ses plus menues parties1 non autrement que l'eau appesantit le sable que vous jetez en icelle pour s'attacher et adhrer ses moindres grains4 ,ce passage d'un livre compltement oubli dclare le secret de la combustion avec tant de force et en termes si exacts et si clairs1 que ,lavoisier y souponna d'abord l'intercalation frauduleuse d'un texte nouveau2 mais le doute n'tait pas possible4 ,a dfaut du livre de ,jean ,rey on aurait pu citer les registres de l',acadmie elle-mme et une exprience concluante exactement interprte par ,duclos en #affg4 ,lavoisier ne chercha pas contester4 ,ses adversaires auraient d convenir en mme temps que1 plus tendue et plus haute1 sa gloire d'inventeur n'avait rien y perdre4 ,il ne s'agit pas en effet ici d'un clair brillant de la pense1 notre admiration pour ,lavoisier ne s'attache que pour une faible part l'ide trs-simple qu'un gnie moindre aurait pu concevoir et produire2 mais ,lavoisier seul pouvait apporter pour la fconder et la mettre en lumire tant d'art et de sobrit dans le choix des expriences1 tant de justesse dans leur discussion1 tant de prudence et de gnie enfin dans les hypothses accessoires4 ,c'est par l qu'en se montrant inimitable1 il a gal les inventeurs les plus illustres4 ,pendant plus de vingt ans1 passant sans repos d'un travail un autre1 il ramena peu peu les esprits par la varit persvrante de ses preuves et la clart de ses explications3 aprs avoir dmontr dans l'air atmosphrique l'agent ncessaire de la combustion et prouv qu'elle est impossible partout o il ne pntre pas2 aprs avoir tabli qu'en s'associant au corps qu'il brle1 il y demeure condens1 dans la proportion quelquefois de mille volumes pour un1 il fallait chercher1 en pntrant plus en dtail1 si l'air tout entier intervient dans le phnomne1 ou s'il agit par une de ses parties seulement4 ,la dcouverte de l'oxygne tait le complment ncessaire de la thorie nouvelle3 ,priestley1 sur ce point1 a devanc le chimiste franais4 ,avec des talents tout autres et un gnie moins lev1 il a jou dans la science un rle presque gal4 ,un heureux et singulier instinct semblait lui rvler incessamment les faits les plus importants et les plus nouveaux1 mais ils restaient striles entre ses mains1 et la thorie qui les rassemble et les utilise pour en montrer la convenance et le vritable rapport est due tout entire ,lavoisier4 ,en commenant un mmoire trs-court et trs-simple1 plein d'un grand sens et de raisonnements rigoureux et prudents1 ,lavoisier dit loyalement3 ,je dois prvenir le public qu'une partie des expriences contenues dans ce mmoire ne m'appartient pas en propre2 peut-tre mme1 rigoureusement parlant1 n'en est-il aucune dont ,m4 ,priestley ne puisse rclamer la premire ide2 mais comme les mmes faits nous ont conduits des consquences diamtralement opposes1 j'espre que si on a me reprocher d'avoir emprunt des preuves des ouvrages de ce clbre physicien1 on ne me contestera pas au moins la proprit des consquences4 ,tous les faits1 en effet1 cadrent et s'ajustent pour ,lavoisier1 qui les ordonne1 les interprte et les prvoit4 ,priestley1 au contraire1 affectant d'oprer au hasard et l'aventure1 semble non-seulement en respecter mais en accrotre la confusion2 et pour n'en pas citer d'autre exemple1 disons seulement que l'analyse de l'air1 si nettement tablie par ,lavoisier1 repose sur des faits qui1 connus de ,priestley1 lui montraient dans notre atmosphre un mlange de terre et d'acide nitreux4 ,parler plus amplement des travaux de ,lavoisier serait entreprendre l'exposition des principes de la chimie moderne1 dont aujourd'hui encore ils forment la partie la plus solide et la moins conteste4 ,malgr l'abondance des preuves renouveles avec profusion1 les habitudes de la plupart des chimistes leur en drobaient l'vidence2 mais1 tandis qu'ils rsistaient encore1 ,lavoisier eut la joie de voir1 dans leur admiration1 les reprsentants les plus illustres des autres sciences interrompre leurs propres dcouvertes pour tendre et fortifier les siennes4 ,monge et ,laplace1 devenus ses disciples1 puis ses collaborateurs1 lui apportrent avec l'autorit de leurs noms la puissance d'invention de leur gnie vaste et facile et la rigueur de leurs premires tudes4 ,monge1 le premier peut-tre1 produisit par synthse une quantit d'eau assez grande pour dissiper tous les doutes sincres1 et ,laplace1 associ ,lavoisier lui-mme1 donna dans un admirable mmoire1 avec les vrais principes de la thorie des chaleurs spcifiques1 la mthode la plus assure pour en obtenir la mesure4 ,indpendamment du mrite de ses travaux1 ,lavoisier avait su se crer une autorit personnelle considrable3 membre oblig et toujours utile des commissions les plus importantes1 conseiller judicieux et fort cout de ses confrres1 nul n'eut plus de part que lui aux affaires de l',acadmie4 ,riche1 de plus1 aimant runir les savants et guider leurs premiers pas1 ,lavoisier1 pendant plus d'un quart de sicle1 sut se faire un des plus beaux rles et des plus enviables que raconte l'histoire de la science4 ,la ,rvolution n'interrompit pas ses travaux1 et tandis que plus ambitieux ou plus confiants1 d'autres acadmiciens s'empressaient dans le tumulte des affaires publiques1 le fondateur de la chimie moderne1 dlivr au contraire de l'embarras de sa ferme gnrale1 et peu soucieux des problmes que nul jamais ne saura rsoudre1 suivait tranquillement ses fortes penses et communiquait l',acadmie la suite de ses dcouvertes4 galement loign des sentiments extrmes1 contemplant la ,rvolution sans hostilit et la servant sans affecter de zle1 rien ne semblait le commettre la fureur ou le dsigner mme l'attention des puissants du jour4 ,malheureusement il tait riche1 il avait t fermier gnral1 il n'en fallait pas davantage4 ,on l'accusa d'avoir souill le tabac du peuple en l'arrosant pour le faire fermenter4 ,lavoisier ne se dfendit pas4 ,ses amis les plus chers1 quoique cruellement avertis dj1 ne prirent pas au srieux une accusation aussi absurde2 ils apprirent cependant sa condamnation1 et quelques minutes suffirent1 suivant l'exclamation prcieusement recueillie de ,lagrange1 pour faire tomber une de ces ttes que la nature produit peine une fois en plusieurs sicles4 ,berthollet1 qui doit compter parmi les chimistes les plus illustres1 avait appris de ses matres la thorie dj bien branle du phlogistique4 ,n ,annecy1 il fit ses premires tudes ,chambry et ,turin4 ,ses parents1 le destinant la carrire de mdecin1 l'envoyrent chercher1 prs de la ,facult de ,paris1 l'enseignement le plus clbre qui ft alors4 ,le professeur de chimie1 ds ses premires leons1 lui fit oublier ses projets4 ,on ne le vit plus aux autres cours2 mais ses faibles ressources s'puisrent bien vite1 et l'aide amicale et gnreuse du clbre ,tronchin lui permit seule de prolonger son sjour en ,france4 ,introduit par lui prs de la famille d',orlans1 il trouva dans le riche laboratoire construit pour ,homberg par le ,rgent1 tous les moyens d'tude et de recherches dont il profita sans retard4 ,berthollet1 dans ses premiers travaux1 adopte sur tous les points la langue de ,stahl et la thorie du phlogistique sans mentionner1 mme par voie d'allusion1 les objections qui l'ont branle4 ,aussi perspicace que gnreux1 ,lavoisier1 charg souvent de juger les travaux du jeune inventeur1 l'lve et le soutient en louant sans rserve ses belles expriences2 applaudissant sans faiblesse l'esprit sagace qui le dirige1 il lui signale les cueils inaperus1 et l'avertissant pour l'instruire non pour triompher de lui1 il le ramne parfois des dcouvertes importantes dont ses premires vues l'auraient cart4 ,la doctrine du phlogistique1 aux yeux de ,berthollet1 tait alors plus que vraisemblable1 et sa conversion complte ne date que de #aghe4 ,il a donc fallu prs de dix ans ,lavoisier pour draciner tous ses doutes2 mais leurs relations n'eurent jamais souffrir d'une rsistance toujours loyale et tenace sans obstination4 ,a partir de cette poque1 on voit les deux amis compltement d'accord1 et la parole brillante de ,fourcroy rpandre dans la chaire du ,jardin des ,plantes la doctrine devenue commune2 la trace de leur union devait tre ineffaable4 ,unis ,guyton de ,morveau1 encourags d'abord et applaudis bientt par les chimistes les plus illustres de l',europe1 ils osrent proposer et faire accepter par l'ascendant de leur renomme1 une rforme complte de la langue des chimistes4 ,un esprit alors trs-admir1 ,condillac1 avait exagr singulirement l'influence possible des signes de la pense sur la formation et la combinaison des ides4 ,ses principes1 adopts ou peu s'en faut par les penseurs les plus illustres1 n'avaient pas jusque-l port de fruits bien positifs4 ,on crut faire merveille en dotant les chimistes de tous les avantages promis une langue bien faite4 ,quoique la rforme de la nomenclature ait t labore en dehors de l',acadmie1 ,lavoisier1 ,berthollet et ,fourcroy1 qui s'associrent ,guyton de ,morveau pour galer la simplicit du langage celle de la thorie nouvelle1 ne prtendaient nullement se soustraire la rgle4 ,la section de chimie fut charge d'examiner leur travail1 et en autorisa l'impression sous le privilge de l',acadmie1 en essayant toutefois en faveur des ides anciennes une dernire et impuissante protestation4 ,cette thorie nouvelle1 dit l',acadmie1 ce tableau1 sont l'ouvrage de quatre hommes justement clbres dans les sciences et qui s'en occupent depuis longtemps2 ils ne l'ont form qu'aprs avoir bien compar sans doute les bases de la thorie ancienne avec les bases de la thorie nouvelle2 ils fondent celle-ci sur des expriences belles et imposantes4 ,mais quelle thorie doit jamais donner naissance des hommes dous de plus de gnie1 un travail plus soutenu1 plus opinitre1 quelle autre runit jamais les savants par un concert de plus belles expriences1 par une masse de faits plus brillants que la doctrine du phlogistique8 ,ce n'est pas encore en un jour qu'on rforme1 qu'on anantit presque une langue dj entendue1 dj familire mme dans toute l',europe1 et qu'on lui en substitue une nouvelle d'aprs des tymologies ou trangres son gnie1 ou prises souvent dans une langue ancienne dj presque ignore des savants et dans laquelle il ne peut y avoir ni trace ni notion quelconque des choses ni des ides qu'on doit lui faire signifier4 ,l',acadmie1 on le voit1 faisait plus que des rserves4 ,me permettra-t-on de dire que1 sur la question spciale du langage1 je ne puis absolument la blmer2 la chimie subissait1 cela est vrai1 une complte et brillante transformation dont les mots nouveaux1 soigneusement assortis aux ides1 proclamaient le triomphe dfinitif et complet4 ,mais cet avantage1 tout entier de circonstance1 on pouvait opposer plus d'un inconvnient4 ,croit-on srieusement qu'en continuant appeler l'alcali volatil1 ammoniaque au lieu d'azoture d'hydrogne1 on ait compromis les progrs de la science ou la simplicit de son enseignement8 ,l'impuissance de cette nomenclature1 qui croyait avoir tout prvu1 dnommer seulement les combinaisons du carbone et de l'hydrogne1 n'a-t-elle pas retard les progrs de la chimie organique1 qui1 pour y avoir forcment renonc1 a t longtemps considre comme une science distincte et soumise de tout autres principes8 ,si l'histoire de la chimie1 enfin1 est si mal et si peu connue1 n'en faut-il pas accuser ce changement complet des mots qui1 indpendamment du progrs dans les ides1 interdit mme des chimistes exercs1 la lecture courante et facile des premiers matres de la science8 ,mais l'poque tait favorable aux rvolutions4 ,celle-ci1 sans retard comme sans rsistance1 s'tablit dans toute l',europe2 elle n'a pas vu encore de raction4 ,,les ,,naturalistes4 ,l'histoire naturelle1 dsigne sous le nom de physique1 occupait1 avec la chimie1 une moiti des sances de l'ancienne ,acadmie des sciences4 ,lors de la rorganisation en #afii1 elle y fut reprsente par les sections de botanique et d'anatomie1 dont les membres1 toujours actifs1 contriburent constamment et pour une grande part la renomme et la force de la compagnie4 ,raumur1 qui devait tre une des gloires de l',acadmie1 y entra1 comme ,amontons1 avec le titre d'lve2 il tait g de vingt-trois ans2 riche et indpendant comme ,buffon1 il ne demandait comme lui la science d'autres avantages que le plaisir d'apprendre et la gloire de dcouvrir4 ,quoique plus pntrant1 plus patient dans ses observations et plus rigoureux dans ses raisonnements1 il lui fut fort infrieur par le style et est rest beaucoup moins clbre4 ,raumur se fit connatre d'abord de l',acadmie par deux mmoires de gomtrie qui montrent la pleine intelligence de la mthode de ,descartes et des thories infinitsimales1 que quelques membres de l',acadmie repoussaient encore4 ,quoique son gnie ne soit pas celui d'un gomtre1 il a fortifi son esprit par la discipline des raisonnements rigoureux1 en poussant ses tudes mathmatiques assez loin pour pouvoir prononcer par lui-mme1 en toute circonstance1 sur la possibilit et la lgitimit de leur application2 mais il les abandonna bien vite pour l'histoire naturelle1 vers laquelle le portaient ses gots et ses aptitudes4 ,curieux de tous les secrets de la nature1 ,raumur se plat l'interroger avec un sage et excellent esprit1 en tudiant les moyens par lesquels elle arrive son but et l'usage des instruments qu'elle y emploie2 les phnomnes eux-mmes1 qu'il aime suivre et faire natre1 lui en apprennent plus que les discours et que les livres4 ,ses mmoires1 dans la collection de l',acadmie1 sont au nombre des plus clbres2 marqus presque tous au mme coin1 ils n'exigent1 pour tre lus et compris1 aucune tude pralable4 ,plus clair qu'rudit1 ,raumur ne fait aucun talage de sa science1 qui1 toujours cependant1 sur toutes les questions1 resta la hauteur de son poque4 ,raumur1 en effet1 s'occupait de toutes les sciences en mme temps2 se proposant1 avec une infatigable ardeur1 les problmes les plus divers1 qu'il voulait et qu'il savait le plus souvent rsoudre par lui-mme1 il n'avait pas le temps d'acqurir une rudition bien profonde2 son activit dans les mmoires de l',acadmie s'tend tous les sujets1 qu'il traite tous1 sinon avec la mme comptence1 tout au moins avec la mme sagacit4 ,l'tude des divers mtiers occupait l',acadmie2 elle se proposait d'en publier successivement la description4 ,raumur1 jeune encore1 toujours de loisir1 curieux de tout voir et de tout connatre1 tait dsign tout naturellement pour prendre une part importante ce travail4 ,la perspicacit inventive de ,raumur ne parut en aucun de ses ouvrages plus videmment que dans son trait sur la fabrication de l'acier4 ,on emploie depuis longtemps1 on le sait1 dans les usages de la vie1 trois sortes de fer trs-distinctes3 le fer proprement dit1 l'acier et la fonte1 dont les proprits diffrent bien plus encore que l'aspect2 la fonte est en effet fusible1 dure et cassante2 l'acier1 difficilement fusible1 dur et mallable2 le fer1 enfin1 rfractaire au feu1 dur la lime1 cdant au marteau et plus mallable encore que l'acier4 ,le fer1 on l'ignorait alors1 est un mtal presque pur1 l'acier contient #d #g millimes de charbon1 et la fonte en contient le plus souvent de #bj #cj millimes2 entre le fer et la fonte1 on peut obtenir d'ailleurs tous les intermdiaires1 qui participent1 suivant leur composition1 des proprits du type le plus voisin4 ,l'acier se trempe1 c'est--dire qu'aprs avoir t chauff au rouge1 puis plong dans l'eau froide1 il devient dur et cassant2 la fonte se trempe aussi1 en se transformant en fonte blanche2 le fer ne se trempe jamais4 ,ces caractres taient bien connus avant ,raumur1 mais on ignorait que le principe acirant est le charbon pur4 ,la chimie tait trop peu avance alors1 et ,raumur1 d'ailleurs1 tait trop peu chimiste pour qu'une telle dcouverte lui ft possible4 ,la matire acirante est pour lui une espce de soufre4 ,mais les chimistes alors1 il ne faut pas l'oublier1 enveloppaient dans ce mot les substances les plus diverses et l'appliquaient entre autres tout corps rducteur4 ,le livre de ,raumur1 qui lors de son apparition produisit un grand effet1 et fut pour lui1 de la part du rgent1 l'occasion des plus riches rcompenses1 est intitul3 ,l'art de convertir le fer en acier et l'art d'adoucir le fer dur4 ,pour acirer le fer par la cmentation1 on le chauffe en vase clos et pendant plusieurs semaines1 au milieu des substances propres oprer la transformation et lui fournir1 suivant ,raumur1 le soufre qui lui manque1 et qui1 nous le savons aujourd'hui1 n'est autre chose que du charbon2 quand l'acier a pris trop de ce soufre 7traduisez charbon71 il devient d'abord un mtal intraitable1 cassant et dur1 puis de la fonte1 comme le dit ,raumur en plusieurs endroits de son livre2 et il enseigne corriger cet acier intraitable en le plaant une haute temprature en contact avec de la craie2 mais1 ne connaissant ni la composition de la craie ni les proprits de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone1 et la transformation si facile et si frquente de l'un de ces gaz dans l'autre1 il ne pouvait voir les choses bien fond1 ni en donner une thorie bien prcise4 ,ses explications valent peu prs cependant toutes celles que l'on donnait alors des ractions chimiques1 et on conclut de ses ides que la fonte peut1 en perdant tout ou partie de ce qu'il nomme les soufres1 se changer en acier et mme en fer doux1 et il a trouv le beau procd de dcarburation1 qui1 bien peu perfectionn depuis1 nous fournit aujourd'hui la fonte mallable4 ,une partie de son ouvrage est consacre la description de cet art nouveau3 il enseigne couler la fonte destine l'opration2 il donne la composition des meilleurs mlanges1 parmi lesquels il cite l'oxyde de fer et mme la limaille et les rognures de fer exclusivement employes aujourd'hui2 il dsigne enfin les objets qu'il convient de fabriquer ainsi et qui n'ont chang ni de nom ni de nature2 quelques-uns seulement1 comme les heurtoirs de porte1 ne sont plus employs aujourd'hui4 ,la partie conomique du livre de ,raumur n'est pas moins remarquable3 ,il y avait1 dit-il dans sa prface1 deux partis choisir pour rendre les arts1 et surtout celui d'adoucir le fer fondu1 utiles au royaume3 ou d'accorder des privilges des compagnies1 qui1 comme celles des glaces1 eussent eu seules le droit de faire de ces sortes d'ouvrages1 ou de donner une libert gnrale tous les ouvriers d'y travailler4 ,le premier parti et plutt fait paratre des manufactures considrables et le public et eu plutt choisir des ouvrages de ce genre4 ,ds que la libert est gnrale1 les artisans se chargeront de ce travail1 mais leur peu de fortune ne leur permettant pas de faire les avances ncessaires pour fournir une grande quantit d'ouvrages trs-varis1 parce que les premiers modles cotent cher1 les ouvrages s'en multiplieront plus lentement2 les compagnies qui pourraient entreprendre de plus grands tablissements n'oseront peut-tre pas les risquer1 dans la crainte de voir bientt leurs ouvrages copis par tous les petits ouvriers2 mais1 outre qu'un amour de la libert porte souhaiter qu'il soit permis aux hommes de faire ce sur quoi ils ont naturellement autant de droit que les autres1 c'est que1 si les tablissements se font de la sorte plus lentement1 d'une manire moins brillante1 ils se forment d'une manire plus utile au public4 ,comment s'assurer d'une socit qui ne soit pas trop avide de gain8 ,c'est le grand inconvnient des privilges1 qui d'ailleurs lient les mains ceux qui n'en ont pas obtenu de pareils et qui auraient t en tat d'en faire de meilleurs usages1 qui auraient eu plus de talents pour perfectionner les nouvelles inventions4 ,ce n'est pas que les particuliers n'aient pour le profit une ardeur gale celle des compagnies1 mais la crainte que leurs voisins ne vendent plus qu'eux1 l'envie d'attirer le marchand1 leur fait donner meilleur march4 ,j'ai eu la preuve de cette ncessit de faire multiplier le dbit3 j'avais permis quelques ouvriers1 qui avaient travaill sous nos yeux dans le laboratoire de l',acadmie1 de faire des ouvrages de fer fondu4 ,malgr moi ils voulaient les tenir un prix excessif2 quand ils offraient pour #bjj livres1 en fer fondu1 ce qui1 en fer forg1 en et cot #a1bjj ou #a1ejj1 ils croyaient faire assez1 quoiqu'ils eussent d le donner pour #d ou #e pistoles4 ,il n'y a donc d'autre manire de vendre les choses bon march que de mettre les ouvriers dans la ncessit de dbiter l'envi4 ,ces excellentes paroles1 que ,turgot n'et pas dsavoues1 sont crites1 il ne faut pas l'oublier1 en #agcb1 et servent de prface un ouvrage que le duc d',orlans1 alors rgent du royaume et fort comptent sur les questions de science1 rcompensa par une pension de #ab1jjj livres4 ,quelques rflexions gnreuses sur le devoir des inventeurs envers l'humanit tout entire mritent galement d'tre rapportes4 ,il s'est trouv des gens1 dit ,raumur1 qui n'ont pas approuv que les dcouvertes qui font l'objet de ces mmoires aient t rendues publiques4 ,ils auraient voulu qu'elles eussent t conserves au royaume1 que nous eussions imit les exemples du mystre1 peu louables mon sens1 que nous donnent quelques-uns de nos voisins4 ,nous nous devons premirement notre patrie1 mais nous nous devons aussi au reste du monde2 ceux qui travaillent pour perfectionner les sciences et les arts doivent mme se regarder comme les citoyens du monde entier4 ,l'vnement ne rpondit pas1 il faut l'avouer1 aux esprances de ,raumur1 et les progrs qu'il avait promis ne se ralisrent que lentement4 ,une compagnie fut tablie sous sa haute direction avec le nom de ,manufacture royale d',orlans pour convertir le fer en acier et pour faire des ouvrages de fer et d'acier fondu4 ,le prospectus insr dans les journaux du temps contenait de magnifiques promesses4 ,on s'engage1 disait-on1 ne livrer que des produits d'excellente qualit1 et1 s'il y en avait qui ne parussent pas tels ceux qui les ont achets1 on s'engage rendre l'argent quand on les rapportera4 ,peu d'annes aprs1 cependant1 la compagnie dut se dissoudre aprs avoir puis son capital1 et l'usine fut abandonne4 ,c'est par ses tudes sur les animaux infrieurs que ,raumur a mrit un nom immortel4 ,observateur pntrant et attentif de la nature1 nul autre n'a eu un sentiment plus vif et plus prcis des ressources simples et varies tout ensemble dont elle dispose pour l'excution de ses desseins1 et de l'admirable justesse avec laquelle elle accorde1 mme aux tres infrieurs1 les organes ncessaires leurs besoins et conformes leurs convenances comme leurs instincts4 ,l'anatomie ne joue1 chez lui1 qu'un rle secondaire2 c'est en piant les mouvements et les actes de l'animal vivant qu'il se rend compte des forces mises sa disposition et de l'usage qu'il en sait faire4 ,le rle que l'histoire de la science lui attribue est d'avoir dcouvert et rvl les merveilleux secrets de la vie extrieure d'un grand nombre d'animaux choisis surtout parmi les plus humbles4 ,par quel mcanisme un mollusque s'avance-t-il sur le sable8 ,comment peut-il s'accrocher au rocher8 ,par quels moyens parvient-il saisir sa proie et la dfendre contre ses ennemis8 ,comment l'insecte choisit-il son habitation8 ,quels matriaux emploie-t-il pour l'amnager8 ,quels sont ses artifices pour nourrir ses petits8 ,comment prpare-t-il les ressources ncessaires leur dveloppement8 ,telles sont les questions que traite le plus volontiers ,raumur et qu'il rsout l'aide des observations les plus intressantes1 accumules et recueillies avec un rare bonheur et une infatigable patience4 ,dans un charmant mmoire sur les gupes1 dont la rpublique1 trop nglige des naturalistes pour celle des abeilles1 lui ressemble pourtant un peu1 dit-il1 peut-tre comme ,sparte ressemblait ,athnes1 ,raumur indique trs-bien le but qu'il se propose et l'ordre des questions qu'il veut aborder3 ,si je m'tais propos1 dit-il1 de faire connatre les diffrentes espces de gupes dont les naturalistes font mention1 de donner la description exacte de leur figure et de caractriser les espces par les diffrences les plus marques1 un mmoire entier y suffirait peine1 mais je crois qu'on me saura gr de ce que j'pargnerai ici les dtails secs pour ne m'arrter pour ainsi dire qu' leurs murs4 ,tel est le programme de ,raumur dans ses belles et intressantes recherches sur les insectes1 dont la runion forme six gros volumes1 d'une lecture aussi agrable que facile1 et auxquels il ne manquerait peut-tre qu'un peu de concision pour tre compts parmi les ouvrages classiques les plus attachants4 ,raumur entra l',acadmie en #agjh et mourut en #ageg1 aprs avoir vu son influence1 fort grande d'abord1 s'effacer peu peu devant celle de ,buffon4 ,lorsque ,buffon1 g de vingt-sept ans seulement1 fut nomm par l',acadmie membre adjoint de la section de botanique1 rien ne faisait prvoir encore la clbrit rserve son nom4 ,comme ,bossuet1 comme ,crbillon et comme l'aimable prsident ,de ,brosses1 il tait lve des jsuites de ,dijon4 ,le souvenir de ses succs d'colier n'est pas parvenu jusqu' nous4 ,fils d'un magistrat fort considr et fort riche1 ,buffon1 ds sa jeunesse1 put rgler sa vie sa guise et satisfaire librement tous ses gots2 il voyagea en ,france et en ,italie1 en compagnie d'un jeune seigneur anglais dont le prcepteur1 homme fort instruit1 parat avoir dirig ses premires tudes sur la science de la nature4 ,buffon1 de mme que ,raumur1 dont il devait bientt devenir le rival1 dbuta par la gomtrie1 et un mmoire ingnieux sur quelques problmes de probabilit1 le montre capable de russir dans cette voie2 mais sa science encore imparfaite devait s'affaiblir et se perdre dans la pratique des travaux d'un autre ordre2 et une discussion clbre avec ,clairaut1 dans laquelle vingt ans plus tard il mconnat les principes les plus lmentaires1 montre que ,buffon1 en quittant la gomtrie1 n'y avait pas fait assez de progrs pour en armer jamais son esprit4 ,la traduction d'un ouvrage mathmatique de ,newton et de la statique des vgtaux de ,hales1 l'tude thorique et exprimentale des miroirs ardents attribus ,archimde1 et des expriences faites en grand sur la manire de durcir les bois en les corant sur pied1 ne semblaient pas indiquer bien nettement sa voie1 lorsque sur la proposition de ,dufay mourant il fut nomm l'ge de trente-deux ans directeur et intendant du ,jardin du ,roi4 ,oblig par devoir de favoriser les tudes d'histoire naturelle et d'y prsider en quelque sorte1 il tourna dsormais vers elles l'activit de son esprit en y appliquant avec un zle constant tous ses soins1 ses travaux1 son crdit et ses forces4 ,l'observation minutieuse des faits n'tait ni dans ses gots ni dans ses aptitudes4 ,son gnie1 acceptant les dtails de toute main1 avait besoin d'un plus grand vol4 ,buffon1 pour peindre la nature entire1 prtendait d'un premier coup d'il saisir tout d'abord les principes et tracer grands traits un tableau d'ensemble3 c'est par l que commence et que finit son grand ouvrage4 ,dans deux de ses livres les plus admirs1 la ,thorie de la terre et les poques de la nature1 ,buffon excit et soutenu par la grandeur de son sujet1 semble dbrouiller le chaos3 aucune difficult ne l'tonne1 et l'on voit son loquence1 toujours majestueuse mais parfois trop orne1 devancer tour tour la science de son temps1 la ddaigner1 ou y contredire4 ,quoiqu'il et succd ,couplet comme trsorier de l',acadmie1 ,buffon1 presque toujours absent de ,paris1 assistait rarement aux sances4 ,peu soucieux des travaux de ses confrres1 il communiquait rarement les siens l',acadmie et recherchait peu l'influence qu'il y exerait cependant4 ,l',acadmie franaise1 dans sa correspondance1 l'occupe plus souvent et semble l'intresser plus vivement que l',acadmie des sciences4 ,l'crivain chez ,buffon a en effet clips le savant2 dans ses crits sur la science1 qui valent surtout par l'exacte convenance et l'harmonieuse prcision du style1 on ne trouve qu'un bien petit nombre d'observations nouvelles ou d'expriences dcisives sur des points jusque-l douteux4 ,et s'il est permis de rappeler une plaisanterie contre celui dont le long ouvrage n'en contient pas une seule1 lorsque l'affectueuse estime de ,louis ,,xvi fit lever au ,jardin des ,plantes une statue ,buffon encore vivant1 l'irrvrencieux passant qui1 lisant sur le socle3 ,naturam amplectitur omnem1 s'cria1 dit-on3 ,qui trop embrasse mal treint1 ne manqua ni de justice ni d'-propos4 ,les noms de ,daubenton et de ,buffon sont insparables dans l'histoire de la science4 ,compagnon de son enfance et collaborateur trs-utile de son grand ouvrage1 ,daubenton1 satisfait de la part qui lui tait faite et dvou sans arrire-pense l'uvre commune1 y apportait par des tudes srieuses et originales un lment prcieux de force1 de solidit et de dure2 un jour cependant ,buffon1 dans un intrt de librairie1 fit disparatre d'une dition nouvelle les chapitres crits par son ami1 dont la science plus profonde mais plus sche que la sienne1 avait moins d'attrait pour le public4 ,les intrts de ,daubenton taient sacrifis aussi bien que sa juste susceptibilit d'observateur et de savant1 et cette cruelle blessure venait d'un compagnon d'enfance1 d'un collaborateur admir et aim1 et d'un protecteur gnreux qui l'avait d'avance dsarm et enchan par les liens de la reconnaissance6 ,ces souvenirs dirigrent la conduite de ,daubenton et l'expliquent3 attrist plus encore qu'irrit1 il se plaignit avec douceur et modration2 et1 sans rompre des relations dsormais froides et pnibles1 il redoubla d'ardeur pour la formation du cabinet d'histoire naturelle1 qui devint toute sa consolation4 ,malgr d'excellents et nombreux travaux1 la cration de ce beau muse reste l'uvre saillante de ,daubenton4 ,on n'y trouvait gure avant lui que les coquilles recueillies par ,tournefort4 ,c'est ,daubenton qui1 pendant plus de quarante ans1 y embrassant avec ardeur toutes les productions de la nature1 les recueillit de toutes parts et souvent grands frais1 pour les grouper dans un ordre commode la fois pour l'tude et sduisant pour les ignorants4 ,daubenton a donn l',acadmie un grand nombre de mmoires sur des points particuliers d'histoire naturelle4 ,on lui doit la description de plusieurs espces rellement nouvelles1 des tudes sur le dveloppement des arbres qui1 comme le palmier1 ne croissent pas par couches extrieures et concentriques2 des ides ingnieuses sur les albtres et les stalactites1 et les herborisations des pierres4 ,daubenton enfin1 en appliquant la palontologie sa connaissance profonde des animaux vivants1 a t le prcurseur immdiat de ,cuvier4 ,ces travaux incessants et varis occuprent ,daubenton sans le captiver entirement1 et la juste clbrit de son nom s'attache en grande partie une uvre toute pratique et de grande utilit pour le pays4 ,ses crits sur l'levage des moutons et sur l'amlioration des laines le placent au nombre des bienfaiteurs de l'agriculture franaise4 ,mettre dans tout son jour l'utilit du parcage continuel1 dmontrer les suites pernicieuses de l'usage de renfermer les moutons dans les tables pendant l'hiver1 essayer les divers moyens d'en amliorer la race1 trouver ceux de dterminer avec prcision le degr de finesse de la laine1 reconnatre le vritable mcanisme de la rumination1 en dduire des conclusions utiles sur le temprament des btes laine et sur la manire de les nourrir et de les traiter1 dissminer les produits de sa bergerie dans toutes les provinces1 distribuer ses bliers tous les propritaires de troupeaux1 faire fabriquer des draps avec ses laines pour en dmontrer aux plus prvenus la supriorit1 former des bergers instruits pour propager la pratique de sa mthode1 rdiger des instructions la porte de toutes les classes d'agriculteurs1 tel est1 dit ,cuvier1 l'expos rapide des travaux de ,daubenton sur cet important sujet4 ,leur auteur1 on en conviendra1 n'avait pas besoin de patre lui-mme ses troupeaux pour se faire dlivrer sans scrupule1 pendant les mauvais jours de la ,terreur1 un certificat de civisme sous le nom du berger ,daubenton4 ,la direction du ,jardin des ,plantes1 lorsqu'elle fut confie ,buffon1 tait promise depuis longtemps un naturaliste fort minent1 riche propritaire1 non moins recommandable par son caractre que par l'tendue de son esprit4 ,si ,duhamel du ,monceau n'a pas laiss comme ,buffon un nom illustre1 c'est que ses crits1 remarquables par le fond beaucoup plus que par la forme1 ont servi surtout dans la science comme de prcieux et solides matriaux utiliss par ses successeurs4 ,ami intime de ,bernard de ,jussieu et de ,dufay1 ,duhamel1 en tudiant sous leurs yeux l'histoire naturelle1 sut l'ge de vingt ans leur inspirer assez de confiance pour que l',acadmie1 conseille par eux1 lui confit la mission d'tudier dans le ,gtinais les causes d'une maladie du safran qui alarmait alors les propritaires du pays4 ,sa mission eut un plein succs1 et la section de botanique l'appela peu aprs une place d'adjoint4 ,loin d'entrer fond et par ordre dans le dtail des travaux trs-nombreux de ,duhamel1 nous ne pouvons pas mme1 dans cette revue rapide et superficielle1 citer tous ceux qui1 justement clbres parmi les naturalistes1 mritent encore aujourd'hui une srieuse attention4 ,les expriences de ,duhamel sur la formation des os sont trs-lgantes et trs-nettes4 ,la garance1 mle pendant quelque temps la nourriture d'un animal1 pntre dans les os et les colore en rouge4 ,ce fait1 observ par des savants anglais1 lui donna l'ide de faire alterner la nourriture charge de garance avec la nourriture ordinaire1 pour observer1 sur diffrents animaux bien entendu1 le progrs de la coloration en rouge et le retour l'tat normal4 ,l',acadmie1 qui a compt parmi ses membres ,tournefort1 ,magnol1 ,geoffroy1 ,vaillant1 ,duhamel1 ,antoine1 ,bernard et ,laurent de ,jussieu1 et qui a inscrit le nom de ,linne sur la liste de ses associs trangers1 n'a pu manquer de prendre une grande et glorieuse part au progrs1 on pourrait presque dire la cration de la science des plantes4 ,magnol1 qui le premier a prononc en botanique le nom de famille1 tait professeur et professeur trs-illustre la ,facult de ,montpellier4 ,le roi1 sur sa grande rputation1 le nomma successeur de ,tournefort l',acadmie1 quoiqu'il ne ft propos qu'au troisime rang4 ,flatt d'un tel honneur1 et renonant l'ge de soixante-douze ans aux habitudes de toute sa vie1 il vint rsider ,paris2 mais le sacrifice tait au-dessus de ses forces1 et il n'assista que pendant un an peine aux sances de l',acadmie4 ,vaillant fut un des lves les plus illustres de ,tournefort4 ,fagon1 surintendant du roi1 l'avait appel1 quoique fort jeune encore1 la direction des cultures du jardin1 de prfrence ,tournefort lui-mme1 qui s'en montra fort bless4 ,le mauvais vouloir devint rapidement mutuel1 et les mmoires scientifiques de ,vaillant en conservent la trace2 des critiques trop amres1 quoique souvent fondes1 y remplacent dans plus d'une page les applaudissements qui partout ailleurs saluaient les ouvrages de son matre4 ,geoffroy1 le frre du chimiste1 fut un botaniste minent4 ,on lui doit une grande dcouverte1 celle du sexe des plantes1 qui1 accepte et mise dans un plus grand jour par ,vaillant1 lui a t souvent attribue4 ,antoine de ,jussieu1 lve de ,magnol ,montpellier1 et docteur dj de la clbre facult1 s'tait rendu ,paris l'ge de vingt-deux ans dans l'espoir surtout d'y suivre les leons de ,tournefort sur les plantes et de se perfectionner dans leur tude4 ,victime d'un accident qui devait tre mortel1 ,tournefort ne professait plus1 et peu de temps avant sa mort le jeune lve1 rapidement distingu par ,fagon1 se trouva plac l'ge de vingt-trois ans dans la chaire mme dont la rputation l'avait attir4 ,antoine de ,jussieu tait un savant minent et un excellent homme4 ,observateur ingnieux et sagace1 il a compos d'excellents mmoires sur les diverses branches de l'histoire naturelle3 frre gnreux et dvou1 il a lev et instruit le jeune ,bernard1 et en lui faisant partager la modeste aisance due ses succs comme mdecin1 lui a permis de dvouer sa vie entire la mditation opinitre d'une uvre immortelle4 ,l'esprit de famille et d'union est un des traits saillants du caractre des ,jussieu2 leur frre ,joseph1 compagnon de ,lacondamine au ,prou1 retrouva aprs trente-huit ans d'absence sa place au foyer fraternel1 o il ne pouvait apporter qu'embarras et tristesse4 puis par de longues fatigues1 il en avait oubli jusqu' la triste histoire4 ,on n'osa pas le conduire l',acadmie1 qui l'avait lu pendant son absence1 mais jusqu' sa mort il trouva dans la petite maison de la rue des ,bernardins les soins les plus intelligents et les plus affectueux4 ,bernard survcut longtemps ,antoine3 silencieux et cach par got et par modestie1 il n'tait ni inconnu ni abandonn1 et sa profonde douleur1 en alarmant ses amis1 accrut l'assiduit et l'empressement des meilleurs d'entre eux2 chaque mercredi et chaque samedi1 son confrre ,duhamel venait le prendre dans son carrosse et le conduire au ,louvre1 la sance de l',acadmie2 il le ramenait ensuite et partageait son modeste repas4 ,sa maison reut en #agfe un hte nouveau et un peu dpays d'abord4 ,laurent de ,jussieu1 le clbre auteur du ,genera plantarum1 devint1 l'ge de dix-sept ans1 le commensal et le compagnon d'un vieillard triste et srieux1 que pendant son enfance il n'avait pas approch une seule fois4 ,chacun cependant y mit du sien3 les soins et les leons de ,bernard inspirrent ,laurent1 avec la dfrence d'un disciple1 une affection rellement filiale4 ,la vie austre de ,bernard1 consacre la science et l'amiti1 n'avait jamais ouvert son cur d'autres joies2 mais la nature de ,laurent diffrait de la sienne2 son oncle le comprit1 et pourvu qu'il se montrt exact l'heure du souper1 le jeune homme n'tait jamais questionn sur les sorties qui pouvaient le prcder ou le suivre4 ,l'affection et la vnration de ,laurent mritrent toute l'estime de ,bernard1 qui le traita bientt comme un ami avec qui on peut tout penser1 tout dire et tout entendre2 la science eut toujours la plus grande mais non la seule place dans leurs entretiens1 qui parfois mme moins graves que de coutume1 les amenaient lire ensemble quelques pages de ,rabelais4 ,le vieil oncle confia bientt son neveu toute l'administration de la maison en lui disant3 ,tout ce qui est moi est toi4 ,cette parole tait vraie la lettre et s'tendait son trsor le plus intime1 l'uvre et la proccupation de toute sa vie1 sa mthode de classification des plantes1 dont il le fit l'hritier1 le dpositaire et le continuateur4 ,longtemps aprs la mort de son frre1 ,bernard ayant une dpense considrable faire1 ouvrit un vieux coffre o ,antoine dposait ses conomies et y prit #dj1jjj francs2 mais le coffre servit toujours au mme usage1 et au moment de la mort de ,bernard1 il tait rempli de nouveau4 ,mon grand-oncle1 disait ,adrien de ,jussieu1 le digne fils de ,laurent1 traita ses ides scientifiques comme ses cus4 ,il les empila sans daigner s'en servir1 ouvrit son coffre une seule fois et le lgua son hritier encore moiti plein4 ,le modeste ,bernard1 depuis longtemps grand-matre dans la science des plantes1 et connu pour tel de tous les botanistes de l',europe1 avait constamment refus de faire des leons publiques2 il craignait d'ignorer l'art de bien dire4 ,ce fut l'acadmicien ,lemonnier1 frre de l'astronome1 qui succda ,antoine dans la chaire du ,jardin du ,roi4 ,forc bientt comme mdecin des enfants de ,france de rsider ,versailles1 il dut se faire suppler ,paris4 ,buffon1 sur la prsentation de ,bernard1 fit monter ,laurent de ,jussieu1 g de vingt-deux ans1 dans la chaire o le digne vieillard1 non moins mu que lui1 lui prsentait silencieusement1 comme ses prdcesseurs1 les plantes soigneusement choisies et que souvent la veille il lui avait appris connatre4 ,bernard n'a presque rien crit3 quatre mmoires publis par l',acadmie des sciences forment ses uvres compltes2 ils n'expliqueraient pas1 malgr leur mrite rel1 son immense et juste renomme4 ,mditant sans cesse sur les caractres des plantes pour en peser l'importance1 observant toutes les analogies1 estimant toutes les diffrences1 et dans la diversit des dtails contemplant l'harmonie de l'ensemble1 ,bernard ne cherchait pour elles ni un dnombrement ni mme une nomenclature ou une ordonnance1 mais un enchanement4 ,lorsque ,louis ,,xv1 inspir par ,lemonnier1 le chargea d'tablir ,trianon1 dans un jardin des plantes1 une cole pratique de botanique1 ,bernard1 forc de donner une direction1 dut fixer enfin son esprit toujours en suspens1 et l'ordonnance gnrale de ses plantations1 tout en trahissant quelques incertitudes1 rvlait clairement le principe dj trouv de la mthode naturelle4 ,le catalogue des plantes de ,trianon tait l'esquisse d'un grand ouvrage4 ,laurent de ,jussieu1 dpositaire et hritier des rsultats de son oncle1 le fut aussi de ses principes2 et en publiant1 quinze ans aprs la mort de ,bernard1 le clbre ,genera plantarum1 il vint achever et accomplir pieusement le dessein de celui qu'il nomma jusqu'au bout son guide et son matre4 ,hay1 tranger aux sciences jusqu' l'ge de quarante ans1 amen par un heureux instinct de son gnie runir et tudier des minraux1 devint le crateur d'une science nouvelle et l'une des gloires les moins contestes de l',acadmie4 ,fils d'une pauvre famille1 lev par charit au collge de ,navarre et satisfait d'un modeste emploi de rgent1 il enseignait le latin aux lves de sixime1 puis successivement ceux de quatrime et de seconde4 ,ami intime du grammairien ,lhomond1 il avait pris prs de lui le got de la botanique1 qui le conduisit au ,jardin des ,plantes1 o le cours de ,daubenton sur la minralogie l'introduisit dans l'tude des cristaux4 ,le caractre fondamental de l'espce1 qui dans les plantes et les animaux est tir de la reproduction1 manque compltement dans les minraux2 c'est l une difficult qui a longtemps retard les progrs de la science4 ,la composition chimique fournit1 il est vrai1 une base prcise de classification1 mais cette composition d'une part n'est pas toujours facile connatre1 et les minralogistes d'ailleurs se refusent non sans raison aux consquences d'un principe exclusif qui les obligerait1 par exemple1 confondre la craie avec les cristaux transparents de spath d',islande1 ou le charbon avec le diamant4 ,tout en accordant la composition chimique une importance considrable1 une classification rellement naturelle doit faire ncessairement intervenir les proprits physiques des corps4 ,hay tout d'abord s'attacha curieusement aux cristaux1 qui1 bien diffrents des fleurs auxquelles on les a compars1 prsentent peine1 pour une mme espce1 quelques analogies vagues et douteuses1 et qu'apparemment au moins aucune loi ne rgit4 ,un hasard heureux vint bientt l'clairer3 dans un cristal de spath calcaire bris devant lui par accident1 ,hay remarqua des faces nouvelles1 non moins nettes que celles du dehors1 et formant un polydre identique par sa forme1 comme il l'est par sa composition1 aux cristaux de spath d',islande trs-diffrents pourtant de ceux du spath calcaire4 ,sans remonter aux causes relles et sans doute ternellement inconnues qui le dominent et le ncessitent1 ,hay frapp d'une lumire subite1 entrevit dans ce fait la rvlation d'un principe et une source nouvelle et assure de dcouvertes qu'il devait1 quoique fconde puiser presque tout entire4 ,les cristaux si divers d'une mme substance naissent de l'arrangement des mmes molcules1 dont les divers modes de groupement produisent toute la varit des formes4 ,la petite collection d',hay1 livre immdiatement au marteau1 confirma cette premire vue4 ,le grenat1 le spath fluor1 la pyrite1 le gypse1 incessamment briss et rduits en fragments imperceptibles1 prsentent chacun un polydre constant qui les distingue1 et suivant ,hay les caractrise4 ,une voie nouvelle tait ouverte1 mais glissante1 troite et accessible aux seuls gomtres1 ,hay1 sans peut-tre souponner toute la difficult de l'entreprise1 voulut la suivre jusqu'au bout4 ,ag alors de plus de quarante ans1 le professeur de latin avait depuis longtemps oubli ,euclide2 mais il avait l'esprit gomtrique4 ,il reprit ses vieux cahiers1 demanda quelques leons des collgues plus habiles1 et un petit nombre de thormes exactement tudis et compris lui rvlrent les dernires consquences des lois simples qu'il avait devines1 en lui donnant pour plusieurs espces1 avec la valeur prcise des angles1 la connaissance trs-distincte de toutes les variations de la forme gnrale1 de la disposition des facettes et de la dpendance des truncatures4 ,quoique toujours timide et modeste1 il apporta bien vite l',acadmie la grande dcouverte qui1 plus fortement annonce dans un second mmoire et porte la dernire vidence1 leva aussitt le nom d',hay au rang des plus grands et des plus illustres4 ,hay1 inconnu jusque-l dans la science et compltement loign des savants1 apportait son premier mmoire le #aj janvier #agha2 treize mois aprs1 le #ae fvrier #aghb1 l',acadmie1 dans son empressement le possder1 le nommait presque l'unanimit membre adjoint de la section de botanique4 ,lagrange et ,lavoisier1 ,berthollet et ,laplace1 comprirent que ce prtre1 hier encore ignorant et obscur1 devenait tout coup leur gal par la gloire comme il l'tait par l'esprit d'invention1 et le collge du cardinal ,lemoine les vit plus d'une fois runis autour du modeste rgent de seconde qui1 humblement confus de captiver et d'tonner de tels gnies1 leur dmontrait dans les suites d'un seul principe toutes les richesses et toutes les harmonies de la gomtrie des cristaux4 ,hay1 de mme que ,lavoisier1 eut soutenir plus d'une controverse4 ,on l'accusa d'avoir fait revivre une thorie ancienne et justement dlaisse4 ,rom de ,lisle1 le plus clbre alors des minralogistes1 et peut-tre le seul savant franais rellement considrable au ,,xviiie sicle qui n'ait pas appartenu l',acadmie1 appelait plaisamment la thorie nouvelle l'hrsie des cristalloclastes4 ,mais heureusement1 dit ,cuvier1 nous ne connaissons d'hrtiques dans la science que ceux qui ne veulent pas suivre les progrs de leur sicle2 et ce sont aujourd'hui ,rom de ,lisle et ceux qui lui ont succd dans leur petite jalousie qu'atteint avec justice cette qualification4 ,,iii4 ,,la ,,fin ,,de ,l',,acad,,mie4 ,l',,acad,,mie ,,de #aghi ,a #agic4 ,l',acadmie des sciences1 par l'importance croissante de ses travaux1 comme par la juste clbrit de ses membres1 avait acquis la fin du ,,xviiie sicle une haute et universelle influence4 ,sans tre mle la conduite des affaires1 elle tait consulte sur les questions les plus difficiles et les plus importantes4 ,non-seulement les savants et les inventeurs1 mais les administrateurs de province1 les assembles d'tats1 le parlement1 le lieutenant de police1 les ministres eux-mmes1 prenaient souvent son avis et le suivaient quelquefois4 ,les membres1 nomms par le roi1 taient dsigns en ralit par les suffrages des acadmiciens1 dirigs souvent1 mais non contraints1 dans l'exercice de leur libert2 les choix taient d'ailleurs ce qu'ils sont et seront toujours1 bons dans l'ensemble1 appelant tt ou tard tous ceux qu' un sicle de distance l'historien des sciences s'tonnerait de voir carter1 et leur associant1 dans une proportion un peu trop forte peut-tre1 des hommes obscurs aujourd'hui1 gens de bien et de savoir1 connus alors pour tels1 il faut le supposer1 mais dont les ouvrages nous semblent insignifiants1 quand ils ne sont pas introuvables4 ,la science1 dans les procs-verbaux1 est mle aux seules affaires acadmiques1 et1 depuis le commencement du sicle1 on n'y rencontrerait pas peut-tre une seule allusion aux vnements politiques4 ,l'anne #aghi fait peine exception4 ,les pensionnaires sont exacts1 aussi bien que les associs1 aux runions du mercredi et du samedi4 ,les membres honoraires seuls font dfaut2 mais c'est chez eux dj une fort ancienne habitude3 depuis plus de vingt ans1 la colonne rserve leurs signatures recevait un nom ou deux tout au plus sur chaque feuille de prsence1 et restait blanche quelquefois pendant des mois entiers4 ,plus levs et plus nombreux depuis plusieurs annes1 les travaux de science pure semblent s'augmenter et s'tendre encore4 ,laplace1 ,legendre1 ,borda et ,coulomb reprsentent glorieusement l'astronomie1 les mathmatiques1 la mcanique et la physique4 ,le ,genera ,plantarum1 qui devait mriter et recevoir tant de louanges1 vient accrotre encore le grand nom des ,jussieu1 et ,lavoisier enfin1 marchant d'un pas assur dans la voie qu'il a ouverte1 fait imprimer avec le privilge de l',acadmie l'immortel ouvrage qui1 levant la chimie au rang des sciences exactes1 la rend1 suivant l'expression de ,lagrange1 presque aussi facile que l'algbre4 ,la date seule des procs-verbaux entrane parfois la pense bien loin des paisibles discussions qu'ils rsument4 ,le mercredi #ae juillet #aghi1 l',acadmie tient sance comme de coutume et semble ignorer le grand vnement de la veille4 ,en prsence de vingt-trois membres1 un peu distraits peut-tre1 ,darcet communique un mmoire de chimie2 ,tillet et ,broussonet rendent compte d'une machine pour enlever la carie du bl2 un auteur tranger propose un moyen de conserver l'eau douce la mer2 ,charles1 enfin1 lit un travail sur la graduation des aromtres4 ,trois jours aprs1 le #ah juillet1 ,laplace tudie l'obliquit de l'cliptique4 ,c'est le #d juillet #aghi que le retentissement des vnements du dehors interrompit pour la premire fois1 et un instant seulement1 les travaux de la petite salle du ,louvre4 ,on lit au procs-verbal3 ,il est dcid de tmoigner ,m4 ,bailly1 de la part de l',acadmie1 sa satisfaction de la manire dont il a rempli les fonctions de prsident de l',assemble nationale4 ,reprenant immdiatement son ordre du jour1 l',acadmie entend ensuite une lecture de ,coulomb sur le frottement des pivots1 et un mmoire sur la culture de l'indigo4 ,le mercredi #bb juillet1 l'heure mme o ,bailly1 devenu maire de ,paris1 faisait l',htel de ,ville d'inutiles et timides efforts pour soustraire ,foulon et ,berthier la fureur de leurs assassins1 l',acadmie1 runie au ,louvre1 invitait tous ses membres se rendre sa maison de ,chaillot pour lui porter de nouvelles flicitations4 ,bailly1 ds la sance suivante1 vient remercier ses confrres de l'intrt qu'ils ont pris tout ce qui lui est arriv d'heureux4 ,que ces paroles soient de ,condorcet1 qui les a crites au procs-verbal1 ou de ,bailly1 qui il les prte1 elles rvlent tout un caractre4 ,les vnements se prcipitent2 entrane par le souffle du dehors1 l',acadmie1 sans se roidir contre l'esprit de changement1 n'en semble ni pntre ni blouie4 ,c'est le #ah novembre #aghi seulement1 plus de trois mois aprs la nuit du #d aot1 que1 donnant satisfaction aux ides du jour1 un membre honoraire1 l'excellent et vertueux duc de ,la ,rochefoucauld1 propose d'abolir toute distinction entre les acadmiciens4 ,qui ne croirait qu'accueillie avec applaudissement1 une telle motion1 une telle date1 sera vote par acclamation8 ,loin de l3 soumise la rgle qui prescrit une seconde lecture1 l',acadmie prend huit jours pour se rsoudre4 ,le #be novembre1 contrairement la coutume qui pour cela n'est pas abolie1 on confre sur cette question le droit de suffrage aux membres associs4 ,la semaine suivante1 on dcide que1 pour examiner les anciens statuts et en proposer de nouveaux1 il sera nomm des commissaires2 puis1 dans une autre sance1 qu'ils seront au nombre de cinq1 et c'est aprs un mois de dlais et de remises successives que ,condorcet1 ,laplace1 ,borda1 ,tillet et ,bossut sont chargs de prparer un nouveau rglement qu'ils mettent six mois rdiger et dont la discussion occupe vingt-quatre sances4 ,le principe cependant tait accept1 et l',acadmie1 sans attendre la fin de la discussion1 saisit avec empressement1 fit natre mme1 on peut le dire1 l'occasion de le proclamer solennellement4 ,l',assemble nationale1 dans la sance du #h mai #agij1 avait dcid que le soin de choisir et de dterminer le systme des nouvelles mesures serait confi l',acadmie des sciences4 ,l',assemble nationale1 tait-il dit1 dsirant faire jouir la ,france entire de l'avantage qui doit rsulter de l'uniformit des poids et mesures1 et voulant que le rapport des anciennes mesures avec les nouvelles soit clairement dtermin et facilement saisi1 dcrte que ,sa ,majest sera supplie de donner des ordres aux administrations des divers dpartements du royaume1 afin qu'elles se procurent1 qu'elles se fassent remettre par chacune des municipalits comprises dans chaque dpartement1 et qu'elles envoient ,paris1 pour tre remis au secrtaire de l',acadmie des sciences1 un modle parfaitement exact des diffrents poids et mesures lmentaires qui y sont en usage4 ,dcrte en outre que le roi sera galement suppli d'crire ,sa ,majest ,britannique1 et de la prier d'engager le parlement britannique concourir avec l',assemble nationale la fixation de l'unit des mesures et des poids4 ,qu'en consquence1 sous les auspices des deux nations1 des commissaires de l',acadmie des sciences de ,paris pourront se runir en nombre gal avec des membres choisis de la socit de ,londres dans le lieu qui sera jug respectivement le plus convenable444 ,qu'aprs l'opration faite avec toute la solennit qui sera ncessaire1 ,sa ,majest sera supplie de charger l',acadmie des sciences de faire avec prcision1 pour chaque municipalit du royaume1 le rapport de leurs anciens poids et mesures avec le nouveau modle1 et de composer ensuite pour les moins capables des livres usuels et lmentaires o seront indiques avec clart toutes les proportions4 ,c'est cette occasion que1 reue la barre de l',assemble1 l',acadmie1 par l'organe de ,condorcet1 s'empressa d'afficher son amour pour l'galit4 ,l',acadmie des sciences1 dit son secrtaire1 dsirait depuis longtemps voir rgner dans son sein cette entire galit dont vous avez fait le bien le plus prcieux des citoyens1 et que nous regardons comme le plus digne encouragement de nos travaux4 ,malgr l'galit dont elle se vante1 plus d'une page des procs-verbaux montre encore dans l',acadmie trois classes spares1 dont chacune avec son nom conserve son rang et ses droits1 et dont la subordination1 maintenue par habitude1 est accepte sans lutte et sans murmure4 ,c'est le #ag fvrier #agia seulement1 neuf mois aprs leur rception la barre de l',assemble1 que les acadmiciens1 inscrits sans distinction sur la feuille de prsence1 commencent la signer dans l'ordre de leur arrive2 trois colonnes distinctes sont jusque-l attribues aux trois classes de la compagnie4 ,il est assez curieux d'y voir les signatures se conformer peu peu la mode du jour1 et le marquis de ,condorcet1 par exemple1 comme s'il triomphait lentement d'une mauvaise habitude1 signer de ,condorcet1 pour reprendre le titre de marquis1 le quitter encore1 renoncer la particule pour la rtablir de temps en temps1 et ne devenir le citoyen ,condorcet que sur les bancs de la ,convention4 ,mais1 pour mler les signatures de leurs membres1 les trois classes ne sont pas confondues4 ,la primaut reste aux honoraires4 ,le roi1 suivant toujours la premire institution1 continue choisir parmi eux le prsident et le vice-prsident4 ,les pensionnaires1 dont ils ont t longtemps les protecteurs et les patrons librement choisis1 ne semblent ni s'en mouvoir ni s'en tonner4 ,mais1 usant leur tour de leur ancienne prrogative1 ils refusent souvent le droit de suffrage aux associs1 sans qu'aucun d'eux le rclame au nom de l'galit si hautement proclame4 ,le #f septembre #agia1 par exemple1 le secrtaire crit au procs-verbal3 ,j'ai annonc que le concours du prix sur les satellites de ,jupiter tait ferm1 et qu'il y avait une pice 7elle tait de ,delambre et fut couronne74 ,on a t aux voix pour savoir si les anciens commissaires pour le jugement de ce prix seraient continus1 oui ou non4 ,la pluralit a t d'en lire au scrutin3 on a retourn aux voix pour savoir si les pensionnaires voteraient seuls ou si toute l',acadmie aurait droit de suffrage2 mais les pensionnaires1 se faisant juges en leur propre cause1 et plus nombreux d'ailleurs que les associs1 dcident d'abord que l'ancien usage ne pourra tre chang que par une majorit des deux tiers1 qui ne fut pas obtenue1 en sorte que les associs1 parmi lesquels se trouvaient ,hay1 ,coulomb1 ,pingr1 ,vicq d',azyr et ,fourcroy1 ne prennent pas part au scrutin4 ,avant d'annoncer la barre de l',assemble l'tablissement de l'galit dans son sein1 l',acadmie1 reue aux ,tuileries1 avait t admise prsenter ses remercments au roi4 ,sire1 avait dit ,condorcet1 l',acadmie s'est abandonne aux sentiments d'une respectueuse reconnaissance en voyant que ,votre ,majest l'avait juge digne de contribuer par ses travaux quelques parties du grand ouvrage qui doit illustrer son rgne2 elle n'oubliera jamais que le monarque proclam par la nation le restaurateur de la libert franaise avait bien voulu ajouter depuis longtemps la libert acadmique et se montrer pour nous ce qu'il vient de se montrer aux yeux de l',europe4 ,l',acadmie1 il faut le dire1 ne dpouillant jamais ses sentiments de dfrence et de respect pour le roi1 se montra toujours empresse et parfois ingnieuse les lui tmoigner4 ,on lit au procs-verbal du #ai dcembre #aghi3 ,m4 ,sage rend compte de ce qui a t fait dans le cabinet de l',acadmie4 ,m4 le dauphin et ,madame royale sont venus1 dit-il1 voir le cabinet de l',acadmie2 les dix petits tableaux mouvants qui s'y trouvaient ayant paru fixer leur attention1 il a pris sur lui d'en offrir un ,m4 le dauphin et un autre ,madame4 ,l',acadmie a approuv ce qu'avait fait ,m4 ,sage4 ,trois mois aprs1 le #bb mars #agij3 ,m4 ,tillet a dit que le dauphin1 en venant voir le cabinet de l',acadmie1 avait remarqu une petite pompe en cuivre et manifest le dsir de la possder2 la compagnie a dcid unanimement que le trsorier serait autoris ne rien refuser de tout ce qui pourrait flatter ,m4 le dauphin quand il lui faisait l'honneur de visiter son cabinet4 ,le #ba avril #agij enfin1 l',acadmie1 dit encore le procs-verbal rdig par ,condorcet1 a eu l'honneur de recevoir ,m4 le dauphin et de l'accompagner dans son cabinet4 ,la nomination des membres de l',acadmie tait au nombre des attributions laisses au roi1 qui en fait1 dans ces circonstances1 ne pouvait se dispenser de confirmer purement et simplement le choix qui lui tait propos2 mcontent peut-tre d'un tel rle1 il voulut une fois s'y soustraire4 ,le #ab dcembre #agij1 le ministre de ,saint-,priest1 inform par l',acadmie qu'elle prsente ,saussure et ,maskeline pour une place d'associ tranger1 rpondit immdiatement3 que ,sa ,majest lui a ordonn de marquer l',acadmie qu'elle laisse elle-mme le soin de faire le choix et de l'annoncer celui qu'elle prfrera4 ,le refus du roi1 loin d'tre accueilli comme une occasion de tourner en habitude et en droit acquis une libert gracieusement offerte1 semble affliger au contraire et embarrasser l',acadmie4 ,m4 ,meusnier1 dit le procs-verbal1 a lu la motion suivante3 ,reprsenter au roi que1 suivant la loi1 ,sa ,majest peut seule nommer aux places d'acadmicien entre les sujets prsents2 que l',acadmie ne peut exercer cette fonction4 ,qu'elle ne peut en consquence regarder la lettre que le ministre lui a crite par ordre du roi que comme une marque de la confiance de ,sa ,majest1 qui veut bien la consulter sur la nomination qu'elle a faire4 ,que l',acadmie ne peut rpondre cette confiance autrement qu'en exposant qu'elle a dj indiqu par l'ordre de la prsentation celui qui elle donnerait la prfrence2 qu'elle supplie ,sa ,majest de confirmer cette nomination et de vouloir bien l'annoncer au sujet lu4 ,a cette motion respectueuse1 ,condorcet opposa la suivante3 ,dcider la pluralit des voix de la totalit des acadmiciens si le choix faire entre les deux sujets prsents sera confi ou non aux seuls acadmiciens honoraires et pensionnaires4 ,on a t aux voix pour savoir laquelle des deux motions aurait la priorit2 la pluralit a t de l'accorder celle de ,m4 ,meusnier4 ,on pria1 en consquence1 le ministre de supplier le roi de vouloir bien nommer1 comme il avait toujours fait jusque-l1 un des deux savants prsents1 et de faire annoncer son choix celui sur qui il sera tomb4 ,le roi nomma ,saussure et le fit avertir4 ,sans se rajeunir par l'adjonction d'aucune gloire nouvelle1 l',acadmie reste grande et forte4 ,troubls et entrans au dehors par le grand et triste spectacle qui effraye dj les plus confiants1 les uns1 quoi qu'il arrive1 y veulent jouer leur rle2 les autres1 sans se dgager de la science1 qui a t jusque-l leur vie tout entire1 n'y appliquent plus qu'un esprit distrait4 ,l',acadmie1 de moins en moins fconde1 produit donc peu de travaux2 mais ce peu est excellent et digne encore des noms qui1 jusqu'au dernier jour1 se liront sur la feuille de prsence4 ,les thories nettes et solides de ,lavoisier1 prouves par les expriences dcisives de ,fourcroy et de ,guyton de ,morveau1 fortifies et accrues par les recherches originales de ,berthollet1 gotes1 admires et profondment comprises par ,coulomb et par ,monge1 par ,laplace et par ,lagrange1 sont contestes1 sans en tre affaiblies1 par les chimistes obstins de la vieille cole1 dont l'opposition impuissante vient parfois animer les sances4 ,en vain l',acadmie runit les adversaires dans les mmes commissions1 ils ne peuvent s'accorder dans une uvre commune4 ,non contents de rejeter les dmonstrations dont ils mconnaissent la force1 ,darcet et ,beaum ferment les yeux aux faits les plus vidents3 tmoin le rapport de ,laplace et de ,lavoisier sur la combustion de l'hydrogne et sa transformation en eau1 qu'ils refusent de signer1 aprs avoir vu pourtant toutes les expriences et assist leur plein succs4 ,de ,lalande1 ,legentil1 ,lemonnier1 ,mchain et ,delambre1 sans discontinuer leurs tudes plus profondes1 signalent rgulirement l',acadmie les phnomnes survenus dans le ciel1 exactement observs et calculs4 ,pingr publie les ,annales clestes1 prcieux recueil annonc et impatiemment attendu par les astronomes depuis l'anne #agef4 ,laplace lit de temps autre un mmoire de mcanique cleste1 fragment anticip de l'uvre immortelle dont sa pense a dj conu le plan1 et qui n'est pas de celles qu'on puisse fondre d'un seul jet4 ,lagrange1 assez clairvoyant pour tre toujours triste1 et regrettant le paisible sjour de ,berlin1 n'apporte ses nouveaux confrres qu'une attention constante leurs travaux et sa collaboration quelques rapports4 ,mais ,legendre1 plein d'activit1 allie ses recherches sur les fonctions elliptiques les oprations godsiques qui doivent fixer avec prcision la longitude de ,londres par rapport ,paris1 tandis que ,prony1 cherchant encore sa voie1 dbute par quelques mmoires d'analyse et de mcanique1 accueillis avec bienveillance par ,lagrange et par ,laplace1 tous deux loin de prvoir pourtant la clbrit rserve son nom4 ,adanson1 ,vicq d',azyr et ,jussieu1 en accordant de justes louanges des voyageurs comme ,richard et ,cusson de ,labillardire1 signalent l'importance des collections pniblement recueillies au loin1 et1 rclamant parfois l'excution de promesses oublies1 en prolongent malheureusement sans rsultat la pnible illusion4 ,notre pauvre voyageur1 dit ,cuvier dans l'loge de ,richard1 un rapport de l',acadmie la main qui constatait l'tendue et l'importance de ses travaux1 frappa toutes les portes2 mais les ministres et jusqu'aux moindres commis1 tout tait chang2 personne ne se souvenait qu'on lui avait fait des promesses2 il n'importait gure des gens qui voyaient chaque jour leur tte menace1 qu'il ft venu un peu plus de girofles de ,cayenne1 ou qu'on et propag des fuchsias ou des eugnias3 des dcouvertes purement scientifiques les touchaient encore bien moins4 ,ainsi1 ,m4 ,richard se trouva avoir employ son temps1 altr sa sant et sacrifi sa petite fortune1 sans que personne daignt seulement lui laisser entrevoir quelque esprance d'assurer son avenir4 ,c'tait alors l'histoire de bien d'autres4 ,citons encore1 parmi les travaux de l',acadmie cette poque1 un excellent rapport de ,monge et de ,borda sur un modle de machine vapeur double effet1 construit par le mcanicien ,prier1 dont l'esprit ingnieux1 aprs un coup d'il furtivement jet ,londres sur les appareils de ,watt1 avait pntr le principe et le secret de l'invention nouvelle4 ,accoutume tenir pour fait tout ce qu'elle dcrte1 l',assemble nationale s'tonne souvent que le grand ouvrage sur le systme mtrique ne s'excute pas aussi rapidement que ses dcisions prcipites de chaque jour4 ,l',acadmie1 cependant1 y travaille avec un grand zle1 et cinq commissions1 nommes dans la sance du #bc avril #agia1 poursuivent simultanment leurs travaux4 ,cassini1 ,mchain et ,legendre sont chargs des mesures astronomiques2 ,meusnier et ,monge s'occupent de mesurer les bases avec une minutieuse prcision2 ,borda et ,coulomb dterminent la longueur du pendule qui bat les secondes2 ,lavoisier et ,hay tudient le poids de l'eau distille2 ,tillet1 ,brisson et ,vandermonde1 enfin1 dressent l'inextricable tableau des mesures anciennes4 ,pour qu'aucun obstacle ne retarde les voyages ou les expriences juges ncessaires1 l',assemble vote une premire somme de #ajj1jjj livres1 et ordonne qu'elle soit immdiatement paye4 ,l',acadmie des sciences avait t charge de dcerner chaque anne1 au nom de la ,france1 un prix de #a1bjj livres l'auteur franais ou tranger de la dcouverte scientifique juge par elle la plus considrable et la plus importante4 ,l',acadmie1 qui avait elle-mme exclu ses membres du concours1 discuta longuement les travaux astronomiques d',herschell et de ,maskelyne1 de l'anatomiste ,mascagni1 du botaniste ,guerthner1 auxquels on opposa la machine de ,watt1 que l'on peut regarder1 disait la section de mcanique1 comme tant de toutes les dcouvertes rcentes la plus ingnieuse et la plus utile2 elle arrta ses suffrages sur le tlescope rcemment construit par ,herschell1 et1 comme un an dj tait coul depuis le dcret de l',assemble1 on accorda immdiatement un autre prix l'ouvrage de ,mascagni intitul3 ,vasorum lymphaticorum historia4 ,lavoisier1 dont l'esprit gnreux et actif animait alors l',acadmie et en inspirait souvent les dmarches1 prit la parole aprs ce double vote4 ,aprs avoir1 dit-il1 rendu hommage ,m4 ,herschell1 l',acadmie en a un autre rendre la science elle-mme1 et qui consiste faire construire un tlescope d'aprs les principes de ,m4 ,herschell4 ,pour subvenir la dpense1 value #ajj1jjj livres1 il proposait d'employer #cf1jjj livres disponibles provenant des sommes destines des prix non dcerns1 en y ajoutant le produit de la vente d'une ppite d'or pesant plus de dix livres appartenant au cabinet de l',acadmie1 et de demander le reste l',assemble nationale4 ,les commissaires nomms par l',assemble1 ,lacpde1 ,pastoret et ,romme1 dvous tous trois la science1 se montrrent en vain favorables2 regrettant mme la destruction d'un objet rare et curieux comme la ppite d'or1 ils promirent en vain ,lavoisier d'en viter le sacrifice l',acadmie4 ,le tlescope ne fut pas construit1 et le seul rsultat du projet fut d'appeler l'attention sur la petite fortune que l',acadmie1 prudemment conseille1 offrit peu de temps aprs la nation4 ,l',assemble nationale tait devenue la source de toutes les faveurs et le centre de toutes les affaires4 ,toute-puissante1 hardie dcider de tout1 et condamne une science universelle1 elle allge souvent sa tche en dfrant l',acadmie quelques-unes des demandes et des offres de toute sorte dont elle est chaque jour accable4 ,tout en s'appliquant de son mieux ces tudes nouvelles1 l',acadmie ne laisse pas d'carter1 avec une simplicit sincre et une prudence quelquefois hardie1 les questions qu'elle ne peut exactement rsoudre2 allguant dans certains cas son incomptence1 se dclarant dans d'autres trop peu renseigne1 elle se retranche tant qu'elle peut dans son rle purement scientifique4 ,on pourrait citer de nombreux exemples4 ,un dcret de l',assemble1 en supprimant certains droits sur les cuirs1 avait rendu inutile l'outillage ingnieux du mcanicien charg de fabriquer les presses et les poinons servant les marquer4 ,l',acadmie1 consulte sur ses droits une indemnit et sur le chiffre quitable auquel elle doit tre fixe1 examine volontiers les appareils du sieur ,mercklein1 et1 en louant leur disposition1 constate l'impossibilit de les adapter une destination nouvelle2 mais1 en envoyant au ministre le rapport de ,tillet1 ,leroy1 ,monge et ,vandermonde1 l',acadmie dcide qu'on lui mandera les raisons pour lesquelles elle dsire ne plus tre consulte l'avenir sur des indemnits accorder des particuliers4 ,charge d'examiner le projet d'un canal qui ddommagerait la ville de ,richelieu des avantages perdus par suite de la rvolution1 les commissaires1 ,bossut1 ,coulomb et ,meusnier1 ne font pas attendre leur rapport3 ,mais1 disent-ils en le terminant1 nous pensons que les propositions ne sauraient tre apprcies que d'aprs une reconnaissance des nivellements et autres oprations faites sur les lieux1 pour constater la possibilit d'tablir la communication projete1 la dpense qu'elle exige et surtout les proportions de cette dpense avec les avantages qui en pourraient rsulter pour le pays2 que c'est l',assemble nationale ordonner les dpenses prliminaires1 aprs avoir1 si elle le juge propos1 renvoy la demande dont il s'agit au directeur du dpartement2 qu'enfin1 les fonctions de l',acadmie se rduisant ncessairement examiner les rsultats de cette opration lorsqu'elle aurait eu lieu1 elle ne peut pour le prsent prononcer aucune opinion4 ,consulte dans des circonstances fort graves sur le nombre de pains de quatre livres que l'on peut retirer d'un sac de farine1 elle s'en rfre1 en exposant ses motifs1 un rapport antrieur de #aghc1 auquel elle renvoie la municipalit de ,paris1 parce qu'il rend absolument superflues des expriences nouvelles4 ,a l'occasion d'un projet de cartouche incendiaire3 ,nous croyons devoir observer1 sans entrer dans le dtail1 disent les commissaires de l',acadmie1 que1 si cette cartouche parvenait toujours son but1 elle produirait l'effet que son auteur promet2 il en rsulterait une grande destruction d'hommes1 parce que le feu mis pendant un combat dans les voiles d'un vaisseau1 loin de s'teindre aussi promptement que le prtend l'auteur1 le mettrait dans le danger le plus imminent de brler sans pouvoir recevoir de secours1 et peut-tre sans qu'on pt parvenir sauver l'quipage1 qui serait alors la proie des flammes4 ,ceci mne naturellement la discussion d'une grande question politique3 ,doit-on adopter un moyen incendiaire dont le succs dtruirait promptement une arme navale1 mais entranerait en mme temps une grande perte d'hommes8 ,l',acadmie1 dont le but est le perfectionnement des sciences et arts1 ne veut pas sans doute s'occuper de cette question politique et morale2 mais elle nous permettra de lui rappeler qu'en #agei1 lorsque1 pendant la guerre de sept ans1 on proposa ,louis ,,xv de profiter de la dcouverte qu'un joaillier de ,paris venait de faire d'un feu inextinguible1 mme dans l'eau1 ce monarque voulut que le secret ft enseveli dans le plus profond oubli4 ,d'aprs ces considrations1 nous concluons que l',acadmie1 fidle ses principes et ceux de l'humanit1 ne peut1 sans un ordre exprs du gouvernement1 faire des expriences sur la cartouche propose4 ,l',acadmie1 peu empresse se produire au dehors1 vite les manifestations bruyantes dont ,paris s'enivre peu peu4 ,elle ne veut pas se dessaisir1 en s'associant d'autres compagnies1 de son rle incontest jusque-l d'arbitre unique et de juge sans appel des questions de son ressort qui lui sont soumises4 ,on lit par exemple dans le procs-verbal du #aj mars #agij3 ,m4 ,tillet a lu une dlibration du district de ,saint-,jacques-l',hpital1 par laquelle il invite l',acadmie assister une sance des exercices des enfants aveugles l',htel de ,ville1 dirige par ,m4 ,hay1 pour faire un rapport de cette sance1 conjointement avec ,messieurs de l',universit1 ,messieurs de l',acadmie de musique et ,messieurs du corps des imprimeurs1 dont copie sera remise ,messieurs du district4 ,il a t dcid que l',acadmie ne nommerait pas de commissaires1 mais que ceux de ,messieurs les acadmiciens qui voudraient se rendre l'invitation de ,messieurs du district en seraient les matres4 ,quelques-uns des travaux demands l',acadmie inspirent aux membres qui en sont chargs une rpugnance vidente1 qu'ils n'expriment toutefois qu'avec une grande circonspection4 ,lorsque1 par exemple1 le #ac avril #agia1 l',acadmie est invite faire l'essai des mtaux prcieux provenant des glises juges inutiles au culte1 l'un des commissaires trouve que ce sont des oprations trs-dlicates1 tant par rapport aux circonstances que pour avoir des rsultats satisfaisants1 et demande que l'on fortifie la commission par l'adjonction de nouveaux membres4 ,cette timidit ou ce scrupule ne se retrouve pas1 il faut l'avouer1 chez tous les acadmiciens4 ,pendant que ,beaum et ,fourcroy tudient sans hsitation la composition du mtal des cloches et cherchent sans rpugnance le moyen d'en sparer les lments pour les convertir en pices de deux sous1 ou de les plier d'autres usages1 ,lagrange et ,borda acceptent trs-librement l'examen d'un mmoire de l'abb ,mongs1 sur les moyens d'utiliser pour la science la prochaine destruction des clochers4 ,il sera bon1 dit l'abb1 approuv en cela par les commissaires1 d'examiner avec soin l'orientation de la croix de fer qui surmonte souvent l'difice1 de noter si elle est incline par l'action du temps et si1 conformment une croyance populaire1 elle l'est toujours dans le mme sens2 on devra aussi tudier avec soin de quels bois sont faites les vieilles charpentes et si l'essence1 comme on le croit gnralement1 a disparu de nos forts4 ,les ,acadmies1 en temps de rvolution surtout1 sont1 comme leurs membres1 pleines de contradictions1 et les travaux scientifiques relatifs la suppression des glises n'empchent pas l',acadmie des sciences de se runir le jour de la ,saint-,louis l',acadmie des belles-lettres1 pour entendre la messe la chapelle du ,louvre4 ,le #bd aot #agia1 on lit au procs-verbal3 ,m4 ,sage a lu la lettre suivante de ,m4 ,desessart3 ,le ,roi donne son agrment pour que l',acadmie1 de concert avec celle des belles-lettres1 fasse clbrer une messe dans la chapelle du ,louvre1 le jour de la ,saint-,louis4 ,sur la demande de ,m4 ,lavoisier1 on a t aux voix si l'on demanderait ,m4 le cur de la paroisse un prtre pour dire la messe le jour de la ,saint-,louis1 oui ou non4 ,la pluralit a t pour que ,m4 le directeur s'adresst ,m4 le cur4 ,vingt-cinq acadmiciens assistrent la messe1 et une dputation alla remercier le cur de l'avoir clbre lui-mme4 ,le #aa aot #agib1 le lendemain de l'invasion des ,tuileries1 tait un mercredi4 ,vingt-deux acadmiciens assistent la sance2 mais1 pour la premire fois depuis le commencement de la ,rvolution1 aucune communication scientifique ne se trouve l'ordre du jour4 ,aprs la nomination de quelques correspondants1 un membre demande qu'on lise la liste des acadmiciens pour y effectuer des radiations4 ,l',acadmie1 tonne d'avoir carter une telle motion1 dcide que les seuls changements faire la liste sont ceux de quelques domiciles2 le procs-verbal1 discrtement rdig1 ne dsigne personne2 c'est huit jours aprs qu'une nouvelle insistance force le secrtaire nous livrer le nom d',antoine-,franois ,fourcroy1 futur comte de l'empire1 dont la proposition trois fois reproduite est lude enfin1 non sans embarras et sans trouble1 par le vote unanime de ses confrres attrists4 ,m4 ,fourcroy1 dit le procs-verbal du #be aot #agib1 annonce l',acadmie que la ,socit de mdecine a ray plusieurs de ses membres migrs et notoirement connus pour contre-rvolutionnaires2 il propose l',acadmie d'en user pareillement envers certains de ses membres connus pour leur incivisme1 et qu'en consquence lecture soit faite de la liste de l',acadmie pour prononcer leur radiation4 ,plusieurs personnes observent que l',acadmie n'a le droit d'exclure aucun de ses membres1 qu'elle ne doit pas prendre connaissance de leurs principes et de leurs opinions politiques1 le progrs des sciences tant son unique occupation2 que d'ailleurs1 l',assemble nationale se trouvant la veille de donner une nouvelle organisation l',acadmie1 elle exercera le droit qu'elle seule peut avoir de rayer de la liste de l',acadmie les membres qu'elle jugera devoir en tre exclus4 ,mal accueilli sur ce point1 ,fourcroy1 dans le raffinement de son zle1 invoque ingnieusement l'excution du rglement relatif aux acadmiciens absents plus de deux mois sans cong4 ,lecture faite du rglement1 dit le procs-verbal1 il a t remarqu qu'il ne s'tendait que sur les pensionnaires et que son excution n'appartient pas l',acadmie4 ,les diffrents avis ayant t longuement discuts1 on a arrt dfinitivement que la lecture de la liste de l',acadmie et la dlibration relative la susdite motion seraient remises la sance prochaine4 ,dans la sance suivante1 un membre 7c'est le gomtre ,cousin7 s'explique avec autant d'habilet que de modration sur la dlibration qui est l'ordre du jour4 ,il rappelle qu'anciennement et de tout temps l',acadmie1 uniquement occupe de l'objet de sa constitution1 du progrs des sciences1 avait coutume pour tout le reste d'en rfrer au ministre1 avec lequel elle entretenait une correspondance et une communication frquentes sur tout ce qui regardait son rgime particulier2 il s'tonne que1 dans un moment o le ministre de l'intrieur1 appel par le vu de la nation1 mrite plus que jamais la confiance de l',acadmie1 elle n'en use pas envers lui comme elle le faisait autrefois envers ses prdcesseurs1 et il propose de charger les officiers de l',acadmie de confrer avec le ministre sur l'objet propos1 tandis qu'elle se livrera des occupations plus intressantes4 ,cette chappatoire vidente est adopte par l',acadmie1 et l'incident tourne la confusion de celui qui l'a soulev4 ,il n'est pas termin pourtant4 ,le #e septembre #agib1 lorsque les prisons1 ruisselant du sang des victimes1 gardaient encore l'acadmicien ,desmarets1 pargn par une sorte de miracle2 lorsque le zle de ses amis tremblants avait par un bonheur inou dlivr l'illustre et excellent ,hay1 la veille seulement du massacre2 lorsque signaler un suspect1 c'tait dsigner une victime1 la sinistre motion est poursuivie avec une inqualifiable opinitret4 ,on lit au procs-verbal3 ,le secrtaire est interpell s'il avait reu la lettre du ministre1 qui avait promis d'crire l',acadmie au sujet de la radiation qui devait tre faite de ses membres migrs4 ,le secrtaire ayant rpondu qu'il n'avait reu aucune lettre du ministre1 l',acadmie a arrt que1 le ministre n'ayant point rpondu1 le secrtaire ne pourrait dlivrer aucune liste de l',acadmie ni en faire imprimer aucune jusqu' ce que cette rponse soit parvenue4 ,malgr la terreur qui s'augmente chaque jour1 l',acadmie1 tonne de subsister encore et matrisant ses trop justes craintes1 s'assemble une fois par dcade avec une apparente tranquillit2 elle tient1 suivant la coutume1 la sance publique du mois de novembre4 ,le #d novembre #agib1 dans le palais du ,louvre1 devenu ,musum national1 ,leroy lit un mmoire sur le frottement1 ,borda rend compte des travaux relatifs aux poids et mesures1 ,lavoisier fait une lecture sur la hauteur des montagnes qui entourent ,paris1 ,sage parle de la nature et de la classification des marbres1 et ,desmarets enfin entretient l',assemble de l'tude et du dnombrement des terres vgtales4 ,quelques auteurs apportent encore de rares mmoires scientifiques1 renvoys suivant l'usage des commissions4 ,l'un deux1 oublieux des progrs accomplis1 demande mme un privilge pour faire imprimer son crit4 ,on lui observera1 dit le procs-verbal1 que l',acadmie n'a plus et ne donne plus de privilges4 ,l',acadmie1 dj1 est en grand pril2 l'irrsistible torrent1 qui renverse tout ce qui s'lve1 dracine tout ce qui rsiste4 ,les plus prvoyants et les plus sages des acadmiciens veulent se taire et se faire oublier4 ,ils ne peuvent rprimer le zle des confrres qui1 empresss rendre compte des oprations bien languissantes pourtant sur le systme mtrique1 trouvent la barre de la ,convention l'occasion de vanter leur civisme et l'utilit de leurs travaux4 ,depuis longtemps1 estimables savants1 leur rpond le prsident dans la sance du #ah novembre #agib1 les philosophes plaaient au nombre de leurs vux celui d'affranchir les hommes de cette diffrence de poids et mesures qui entrave les transactions sociales et travestit la rgle elle-mme en un objet de commerce4 ,mais le gouvernement ne se prtait point cette ide des philosophes2 jamais il n'aurait consenti renoncer un moyen de dsunion2 enfin le gnie de la libert a paru1 il a demand au gnie des sciences quelle est l'unit fixe et invariable1 indpendante de tout arbitraire1 telle en un mot qu'elle n'ait pas besoin d'tre dplace pour tre connue1 et qu'il soit possible de la vrifier dans tous les temps et dans tous les lieux4 ,estimables savants1 c'est par vous que l'univers devra ce bienfait la ,france4 ,par une rencontre fortuite1 mais singulire1 un dcret qui suspend la nomination aux places vacantes dans les ,acadmies est adopt dans la mme sance4 ,l',acadmie1 condamne dsormais1 reoit encore pourtant les demandes et les missions incessantes du gouvernement4 ,on la consulte sur les voitures couvertes destines au transport des malades1 sur les perfectionnements apporter au rgime des hpitaux et des hospices1 sur le systme montaire4 ,il suffira1 dit le comit des assignats et monnaies en parlant du systme nouveau1 d'annoncer aux nations que l',acadmie des sciences en a jet les fondements pour mriter leur confiance4 ,l',acadmie est encore consulte sur la manire d'accorder l're de la ,rpublique avec l're vulgaire1 sur une machine de guerre1 sur une nouvelle invention de boulets1 sur un taffetas huil propre faire des manteaux pour les troupes1 sur l'ide d'tablir plusieurs ranges de canons sur un mme afft1 sur la conservation des eaux bord des navires de la ,rpublique1 sur l'administration nationale des conomies du peuple1 sur la conservation des biscuits et des lgumes la mer4 ,l',acadmie rpond de son mieux1 et reoit avec des remercments de frquents tmoignages de confiance et d'estime4 ,l'excellent ,lakanal1 qui s'tait fait dans le comit d'instruction publique le protecteur et l'ami officieux de la science et des arts1 honorait sa jeunesse1 suivant sa noble expression1 en dtournant ou adoucissant les coups qui les menaaient4 ,sur sa proposition1 le #ag mai #agic1 l',acadmie est autorise remplir les places vacantes dans son sein4 ,elle put s'en rjouir1 mais non en profiter4 ,l'ordre de se dissoudre suivit de prs la permission de se complter4 ,lakanal cependant veillait encore sur elle4 ,les membres de la ci-devant ,acadmie des sciences1 dit un dcret rendu sur sa proposition1 continueront de s'assembler dans le lieu ordinaire de leurs sances1 pour s'occuper spcialement des objets qui leur ont t et pourraient leur tre envoys par la ,convention nationale4 ,en consquence1 les scells1 si aucuns ont t mis sur leurs registres1 papiers et autres objets appartenant la ci-devant ,acadmie1 seront levs1 et les attributions annuelles faites aux savants qui la composaient leur seront payes comme par le pass et jusqu' ce qu'il en ait t autrement ordonn4 ,l',acadmie pouvait se croire rtablie2 meilleur juge que nous ne pouvons l'tre1 ,lavoisier ne le pense pas2 il crivit ,lakanal3 ,j'ai reu avec une reconnaissance qu'il me serait difficile de vous exprimer l'expdition du dcret que vous avez fait rendre et que vous avez bien voulu m'adresser3 j'en ai donn communication quelques-uns de mes anciens confrres1 qui partagent mes sentiments2 malheureusement les circonstances ne paraissent pas permettre de se servir de ce dcret1 et1 quelque important qu'il soit pour le travail des poids et mesures et pour la suite des autres objets dont l',acadmie avait t charge1 elle ne pourrait pas s'en servir dans ce moment sans paratre lutter contre l'opinion dominante du comit d'instruction publique et de la partie prpondrante de l',assemble4 ,il est tonnant de voir que les sciences1 qui faisaient en ,france des progrs si rapides et qui pourraient contribuer d'une manire si efficace la gloire et la prpondrance de la ,rpublique1 soient sacrifies des opinions exagres1 sur le danger desquelles on s'clairera plus tard4 ,nous sommes dans une position o il est galement dangereux de faire quelque chose et de ne rien faire4 ,recevez1 je vous prie1 l'assurance de l'attachement que je vous ai vou pour longtemps4 ,serviteurs inutiles de la science1 les acadmiciens disperss cherchent la plupart une prudente retraite4 ,les uns1 suspects d'incivisme1 comme ,borda1 ,lavoisier et ,laplace1 et jugs trop tides dans leur haine pour les rois1 sont exclus pour ce motif de la commission des poids et mesures1 tandis que d'autres1 comme ,berthollet1 exposs peut-tre des preuves plus prilleuses et plus rudes1 conservent la confiance du ,comit du salut public1 sans jamais trahir1 pour la mnager1 la vrit1 toujours loyalement dite et maintenue invariablement4 ,quelques jours avant le #i thermidor1 un dpt sableux est trouv dans une barrique d'eau-de-vie destine l'arme2 les fournisseurs1 suspects d'empoisonnement1 sont aussitt arrts et l'chafaud dj semble se dresser pour eux4 ,berthollet cependant examine l'eau-de-vie1 et la dclare pure de tout mlange4 ,tu oses soutenir1 lui dit ,robespierre1 que cette eau-de-vie ne contient pas de poison8 ,pour toute rponse1 ,berthollet en avale un verre en disant3 ,je n'en ai jamais tant bu6--,tu as bien du courage6 s'crie ,robespierre4--,j'en ai eu davantage quand j'ai sign mon rapport4 ,et l'affaire n'eut pas d'autres suites4 ,l',acadmie devait renatre sous un autre nom2 la premire classe de l',institut fut compose de ses anciens membres dans lesquels1 est-il besoin de le dire8 il fallut combler bien des vides4 ,lorsque1 le #bc mai #agif1 la compagnie restaure vint pour la premire fois proposer aux savants un sujet de prix1 elle reproduisit purement et simplement le dernier programme de l',acadmie des sciences1 comme pour proclamer qu'en acceptant tout son hritage elle garderait toutes ses traditions4 ,,fin4 ,,table ,,des ,,mati,,res4 ,i4 ,l',,acad,,mie4 ,pages4 ,l',,acad,,mie ,,de #afff #a ,l',,organisation ,,de #afii #dg ,,les ,,lections #fc ,,les ,,finances ,,de ,l',,acad,,mie #he ,,les ,,exp,,ditions ,,scientifiques #ajh ,,les ,,rapports #adf ,,les ,,prix #agf ,,ii4 ,,les ,,acad,,miciens4 ,,les ,,secr,,taires ,,perp,,tuels #bje ,,les ,g,,om,,tres #bbi ,,les ,,astronomes #bif ,,les ,m,,caniciens ,,et ,,les ,,physiciens #cac ,,les ,,chimistes #cdj ,,les ,,naturalistes #cgf ,,iii4 ,,la ,,fin ,,de ,l',,acad,,mie4 ,l',,acad,,mie ,,de #aghi ,a #agif #djc ,,paris4--,j4 ,,claye1 ,,imprimeur1 #g1 ,,rue ,,saint-,,benoit4--#gij