,we thank the ,bibliotheque ,nationale de ,france that has made available the image files at www3_/_/gallica4bnf4fr1 authorizing the preparation of the etext through ,,ocr4 ,nous remercions la ,bibliothque ,nationale de ,france qui a mis disposition les images dans www3_/_/gallica4bnf4fr1 et a donn l'autorisation de les utiliser pour prparer ce texte4 ,anatole ,france ,le ,jardin ,d'picure ,nous avons peine nous figurer l'tat d'esprit d'un homme d'autrefois qui croyait fermement que la terre tait le centre du monde et que tous les astres tournaient autour d'elle4 ,il sentait sous ses pieds s'agiter les damns dans les flammes1 et peut-tre avait-il vu de ses yeux et senti par ses narines la fume sulfureuse de l'enfer1 s'chappant par quelque fissure de rocher4 ,en levant la tte1 il contemplait les douze sphres1 celle des lments1 qui renferme l'air et le feu1 puis les sphres de la ,lune1 de ,mercure1 de ,vnus1 que visita ,dante1 le vendredi saint de l'anne #acjj1 puis celles du ,soleil1 de ,mars1 de ,jupiter et de ,saturne1 puis le firmament incorruptible auquel les toiles taient suspendues comme des lampes4 ,la pense prolongeant cette contemplation1 il dcouvrait par del1 avec les yeux de l'esprit1 le neuvime ciel o des saints furent ravis1 le primum mobile ou cristallin1 et enfin l',empyre1 sjour des bienheureux vers lequel1 aprs la mort1 deux anges vtus de blanc 7il en avait la ferme esprance7 porteraient comme un petit enfant son me lave par le baptme et parfume par l'huile des derniers sacrements4 ,en ce temps-l1 ,dieu n'avait pas d'autres enfants que les hommes1 et toute sa cration tait amnage d'une faon la fois purile et potique1 comme une immense cathdrale4 ,ainsi conu1 l'univers tait si simple1 qu'on le reprsentait au complet1 avec sa vraie figure et son mouvement1 dans certaines grandes horloges machines et peintes4 ,c'en est fait des douze cieux et des plantes sous lesquelles on naissait heureux ou malheureux1 jovial ou saturnien4 ,la vote solide du firmament est brise4 ,notre oeil et notre pense se plongent dans les abmes infinis du ciel4 ,au del des plantes1 nous dcouvrons1 non plus l',empyre des lus et des anges1 mais cent millions de soleils roulant1 escorts de leur cortge d'obscurs satellites1 invisibles pour nous4 ,au milieu de cette infinit de mondes1 notre soleil nous n'est qu'une bulle de gaz et la terre une goutte de boue4 ,notre imagination s'irrite et s'tonne quand on nous dit que le rayon lumineux qui nous vient de l'toile polaire tait en chemin depuis un demi-sicle et que pourtant cette belle toile est notre voisine et qu'elle est1 avec ,sirius et ,arcturus1 une des plus proches soeurs de notre soleil4 ,il est des toiles que nous voyons encore dans le champ du tlescope et qui sont peut-tre teintes depuis trois mille ans4 ,les mondes meurent1 puisqu'ils naissent4 ,il en nat1 il en meurt sans cesse4 ,et la cration1 toujours imparfaite1 se poursuit dans d'incessantes mtamorphoses4 ,les toiles s'teignent sans que nous puissions dire si ces filles de lumire1 en mourant ainsi1 ne commencent point comme plantes une existence fconde1 et si les plantes elles-mmes ne se dissolvent pas pour redevenir des toiles4 ,nous savons seulement qu'il n'est pas plus de repos dans les espaces clestes que sur la terre1 et que la loi du travail et de l'effort rgit l'infinit des mondes4 ,il y a des toiles qui se sont teintes sous nos yeux1 d'autres vacillent comme la flamme mourante d'une bougie4 ,les cieux1 qu'on croyait incorruptibles1 ne connaissent d'ternel que l'ternel coulement des choses4 ,que la vie organique soit rpandue dans tous les univers1 c'est ce dont il est difficile de douter1 moins pourtant que la vie organique ne soit qu'un accident1 un malheureux hasard1 survenu dplorablement dans la goutte de boue o nous sommes4 ,mais on croira plutt que la vie s'est produite sur les plantes de notre systme1 soeurs de la terre et filles comme elle du soleil1 et qu'elle s'y est produite dans des conditions assez analogues celles dans lesquelles elle se manifeste ici1 sous les formes animale et vgtale4 ,un bolide nous est venu du ciel1 contenant du carbone4 ,pour nous convaincre avec plus de grce1 il faudrait que les anges1 qui apportrent sainte ,dorothe des fleurs du ,paradis1 revinssent avec leurs clestes guirlandes4 ,mars selon toute apparence est habitable pour des espces d'tres comparables aux animaux et aux plantes terrestres4 ,il est probable qu'tant habitable1 il est habit4 ,tenez pour assur qu'on s'y entre-dvore l'heure qu'il est4 ,l'unit de composition des toiles est maintenant tablie par l'analyse spectrale4 ,c'est pourquoi il faut penser que les causes qui ont fait sortir la vie de notre nbuleuse l'engendrent dans toutes les autres4 ,quand nous disons la vie1 nous entendons l'activit de la substance organise1 dans les conditions o nous voyons qu'elle se manifeste sur la terre4 ,mais il se peut que la vie se produise aussi dans des milieux diffrents1 des tempratures trs hautes ou trs basses1 sous des formes inconcevables4 ,il se peut mme qu'elle se produise sous une forme thre1 tout prs de nous1 dans notre atmosphre1 et que nous soyons ainsi entours d'anges1 que nous ne pourrons jamais connatre1 parce que la connaissance suppose un rapport1 et que d'eux nous il ne saurait en exister aucun4 ,il se peut aussi que ces millions de soleils1 joints des milliards que nous ne voyons pas1 ne forment tous ensemble qu'un globule de sang ou de lymphe dans le corps d'un animal1 d'un insecte imperceptible1 clos dans un monde dont nous ne pouvons concevoir la grandeur et qui pourtant ne serait lui-mme1 en proportion de tel autre monde1 qu'un grain de poussire4 ,il n'est pas absurde non plus de supposer que des sicles de pense et d'intelligence vivent et meurent devant nous en une minute dans un atome4 ,les choses en elles-mmes ne sont ni grandes ni petites1 et quand nous trouvons que l'univers est vaste1 c'est l une ide tout humaine4 ,s'il tait tout coup rduit la dimension d'une noisette1 toutes choses gardant leurs proportions1 nous ne pourrions nous apercevoir en rien de ce changement4 ,la polaire1 renferme avec nous dans la noisette1 mettrait1 comme par le pass1 cinquante ans nous envoyer sa lumire4 ,et la terre1 devenue moins qu'un atome1 serait arrose de la mme quantit de larmes et de sang qui l'abreuve aujourd'hui4 ,ce qui est admirable1 ce n'est pas que le champ des toiles soit si vaste1 c'est que l'homme l'ait mesur4 99 99 99 ,le christianisme a beaucoup fait pour l'amour en en faisant un pch4 ,il exclut la femme du sacerdoce4 ,il la redoute4 ,il montre combien elle est dangereuse4 ,il rpte avec l',ecclsiaste3 ,les bras de la femme sont semblables aux filets des chasseurs1 laqueus venatorum4 ,il nous avertit de ne point mettre notre espoir en elle3 ,ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent1 et n'y mettez pas votre confiance1 car toute chair est comme l'herbe1 et sa gloire passe comme la fleur des champs4 ,il craint les ruses de celle qui perdit le genre humain3 ,toute malice est petite1 compare la malice de la femme4 ,brevis omnis malitia super malitiam mulieris4 ,mais1 par la crainte qu'il en fait paratre1 il la rend puissante et redoutable4 ,pour comprendre tout le sens de ces maximes1 il faut avoir frquent les mystiques4 ,il faut avoir coul son enfance dans une atmosphre religieuse4 ,il faut avoir suivi les retraites1 observ les pratiques du culte4 ,il faut avoir lu1 douze ans1 ces petits livres difiants qui ouvrent le monde surnaturel aux mes naves4 ,il faut avoir su l'histoire de saint ,franois de ,borgia contemplant le cercueil ouvert de la reine ,isabelle1 ou l'apparition de l'abbesse de ,vermont ses filles4 ,cette abbesse tait morte en odeur de saintet et les religieuses qui avaient partag ses travaux angliques1 la croyant au ciel1 l'invoquaient dans leurs oraisons4 ,mais elle leur apparut un jour1 ple1 avec des flammes attaches sa robe3 ,priez pour moi1 leur dit-elle4 ,du temps que j'tais vivante1 joignant un jour mes mains pour la prire1 je songeai qu'elles taient belles4 ,aujourd'hui1 j'expie cette mauvaise pense dans les tourments du purgatoire4 ,reconnaissez1 mes filles1 l'adorable bont de ,dieu1 et priez pour moi4 ,il y a dans ces minces ouvrages de thologie enfantine mille contes de cette sorte qui donnent trop de prix la puret pour ne pas rendre en mme temps la volupt infiniment prcieuse4 ,en considration de leur beaut1 l'glise fit d',aspasie1 de ,las et de ,cloptre des dmons1 des dames de l'enfer4 ,quelle gloire6 ,une sainte mme n'y serait pas insensible4 ,la femme la plus modeste et la plus austre1 qui ne veut ter le repos aucun homme1 voudrait pouvoir l'ter tous les hommes4 ,son orgueil s'accommode des prcautions que l'glise prend contre elle4 ,quand le pauvre saint ,antoine lui crie3 ,va-t'en1 bte6 cet effroi la flatte4 ,elle est ravie d'tre plus dangereuse qu'elle ne l'et souponn4 ,mais ne vous flattez point1 mes soeurs2 vous n'avez pas paru en ce monde parfaites et armes4 ,vous ftes humbles votre origine4 ,vos aeules du temps du mammouth et du grand ours ne pouvaient point sur les chasseurs des cavernes ce que vous pouvez sur nous4 ,vous tiez utiles alors1 vous tiez ncessaires2 vous n'tiez pas invincibles4 ,a dire vrai1 dans ces vieux ges1 et pour longtemps encore1 il vous manquait le charme4 ,alors vous ressembliez aux hommes et les hommes ressemblaient aux btes4 ,pour faire de vous la terrible merveille que vous tes aujourd'hui1 pour devenir la cause indiffrente et souveraine des sacrifices et des crimes1 il vous a fallu deux choses3 la civilisation qui vous donna des voiles et la religion qui nous donna des scrupules4 ,depuis lors1 c'est parfait3 vous tes un secret et vous tes un pch4 ,on rve de vous et l'on se damne pour vous4 ,vous inspirez le dsir et la peur2 la folie d'amour est entre dans le monde4 ,c'est un infaillible instinct qui vous incline la pit4 ,vous avez bien raison d'aimer le christianisme4 ,il a dcupl votre puissance4 ,connaissez-vous saint ,jrme8 ,a ,rome et en ,asie1 vous lui ftes une telle peur qu'il alla vous fuir dans un affreux dsert4 ,l1 nourri de racines crues et si brl par le soleil qu'il n'avait plus qu'une peau noire et colle aux os1 il vous retrouvait encore4 ,sa solitude tait pleine de vos images1 plus belles encore que vous-mmes4 ,car c'est une vrit trop prouve des asctes que les rves que vous donnez sont plus sduisants1 s'il est possible1 que les ralits que vous pouvez offrir4 ,jrme repoussait avec une gale horreur votre souvenir et votre prsence4 ,mais il se livrait en vain aux jenes et aux prires2 vous emplissiez d'illusions sa vie dont il vous avait chasses4 ,voil la puissance de la femme sur un saint4 ,je doute qu'elle soit aussi grande sur un habitu du ,moulin-,rouge4 ,prenez garde qu'un peu de votre pouvoir ne s'en aille avec la foi et que vous ne perdiez quelque chose ne plus tre un pch4 ,franchement1 je ne crois pas que le rationalisme soit bon pour vous4 ,a votre place1 je n'aimerais gure les physiologistes qui sont indiscrets1 qui vous expliquent beaucoup trop1 qui disent que vous tes malades quand nous vous croyons inspires et qui appellent prdominance des mouvements rflexes votre facult sublime d'aimer et de souffrir4 ,ce n'est point de ce ton qu'on parle de vous dans la ,lgende dore3 on vous y nomme blanche colombe1 lis de puret1 rose d'amour4 ,cela est plus agrable que d'tre appele hystrique1 hallucine et cataleptique1 comme on vous appelle journellement depuis que la science a triomph4 ,enfin si j'tais de vous1 j'aurais en aversion tous les mancipateurs qui veulent faire de vous les gales de l'homme4 ,ils vous poussent dchoir4 ,la belle affaire pour vous d'galer un avocat ou un pharmacien6 ,prenez garde3 dj vous avez dpouill quelques parcelles de votre mystre et de votre charme4 ,tout n'est pas perdu3 on se bat1 on se ruine1 on se suicide encore pour vous2 mais les jeunes gens assis dans les tramways vous laissent debout sur la plate-forme4 ,votre culte se meurt avec les vieux cultes4 99 99 99 ,les joueurs jouent comme les amoureux aiment1 comme les ivrognes boivent1 ncessairement1 aveuglment1 sous l'empire d'une force irrsistible4 ,il est des tres vous au jeu1 comme il est des tres vous l'amour4 ,qui donc a invent l'histoire de ces deux matelots possds de la fureur du jeu8 ,ils firent naufrage et n'chapprent la mort1 aprs les plus terribles aventures1 qu'en sautant sur le dos d'une baleine4 ,aussitt qu'ils y furent1 ils tirrent de leur poche leurs ds et leurs cornets et se mirent jouer4 ,voil une histoire plus vraie que la vrit4 ,chaque joueur est un de ces matelots-l4 ,et certes1 il y a dans le jeu quelque chose qui remue terriblement toutes les fibres des audacieux4 ,ce n'est pas une volupt mdiocre que de tenter le sort4 ,ce n'est pas un plaisir sans ivresse que de goter en une seconde des mois1 des annes1 toute une vie de crainte et d'esprance4 ,je n'avais pas dix ans quand ,m4 ,grpinet1 mon professeur de neuvime1 nous lut en classe la fable de l',homme et le ,gnie4 ,pourtant je me la rappelle mieux que si je l'avais entendue hier4 ,un gnie donne un enfant un peloton de fil et lui dit3 ,ce fil est celui de tes jours4 ,prends-le4 ,quand tu voudras que le temps s'coule pour toi1 tire le fil3 tes jours se passeront rapides ou lents selon que tu auras dvid le peloton vite ou longuement4 ,tant que tu ne toucheras pas au fil1 tu resteras la mme heure de ton existence4 ,l'enfant prit le fil2 il le tira d'abord pour devenir un homme1 puis pour pouser la fiance qu'il aimait1 puis pour voir grandir ses enfants1 pour atteindre les emplois1 le gain1 les honneurs1 pour franchir les soucis1 viter les chagrins1 les maladies venues avec l'ge1 enfin1 hlas6 pour achever une vieillesse importune4 ,il avait vcu quatre mois et six jours depuis la visite du gnie4 ,eh bien6 le jeu1 qu'est-ce donc sinon l'art d'amener en une seconde les changements que la destine ne produit d'ordinaire qu'en beaucoup d'heures et mme en beaucoup d'annes1 l'art de ramasser en un seul instant les motions parses dans la lente existence des autres hommes1 le secret de vivre toute une vie en quelques minutes1 enfin le peloton de fil du gnie8 ,le jeu1 c'est un corps--corps avec le destin4 ,c'est le combat de ,jacob avec l'ange1 c'est le pacte du docteur ,faust avec le diable4 ,on joue de l'argent1--de l'argent1 c'est--dire la possibilit immdiate1 infinie4 ,peut-tre la carte qu'on va retourner1 la bille qui court donnera au joueur des parcs et des jardins1 des champs et de vastes bois1 des chteaux levant dans le ciel leurs tourelles pointues4 ,oui1 cette petite bille qui roule contient en elle des hectares de bonne terre et des toits d'ardoise dont les chemines sculptes se refltent dans la ,loire2 elle renferme les trsors de l'art1 les merveilles du got1 des bijoux prodigieux1 les plus beaux corps du monde1 des mes1 mme1 qu'on ne croyait pas vnales1 toutes les dcorations1 tous les honneurs1 toute la grce et toute la puissance de la terre4 ,que dis-je8 elle renferme mieux que cela2 elle en renferme le rve4 ,et vous voulez qu'on ne joue pas8 ,si encore le jeu ne faisait que donner des esprances infinies1 s'il ne montrait que le sourire de ses yeux verts on l'aimerait avec moins de rage4 ,mais il a des ongles de diamant1 il est terrible1 il donne1 quand il lui plat1 la misre et la honte2 c'est pourquoi on l'adore4 ,l'attrait du danger est au fond de toutes les grandes passions4 ,il n'y a pas de volupt sans vertige4 ,le plaisir ml de peur enivre4 ,et quoi de plus terrible que le jeu8 ,il donne1 il prend2 ses raisons ne sont point nos raisons4 ,il est muet1 aveugle et sourd4 ,il peut tout4 ,c'est un dieu4 ,c'est un dieu4 ,il a ses dvots et ses saints qui l'aiment pour lui-mme1 non pour ce qu'il promet1 et qui l'adorent quand il les frappe4 ,s'il les dpouille cruellement1 ils en imputent la faute eux-mmes1 non lui3 ,j'ai mal jou1 disent-ils4 ,ils s'accusent et ne blasphment pas4 99 99 99 ,l'espce humaine n'est pas susceptible d'un progrs indfini4 ,il a fallu pour qu'elle se dveloppt que la terre ft dans de certaines conditions physiques et chimiques qui ne sont point stables4 ,il fut un temps o notre plante ne convenait pas l'homme3 elle tait trop chaude et trop humide4 ,il viendra un temps o elle ne lui conviendra plus3 elle sera trop froide et trop sche4 ,quand le soleil s'teindra1 ce qui ne peut manquer1 les hommes auront disparu depuis longtemps4 ,les derniers seront aussi dnus et stupides qu'taient les premiers4 ,ils auront oubli tous les arts et toutes les sciences1 ils s'tendront misrablement dans des cavernes1 au bord des glaciers qui rouleront alors leurs blocs transparents sur les ruines effaces des villes o maintenant on pense1 on aime1 on souffre1 on espre4 ,tous les ormes1 tous les tilleuls seront morts de froid2 et les sapins rgneront seuls sur la terre glace4 ,ces derniers hommes1 dsesprs sans mme le savoir1 ne connatront rien de nous1 rien de notre gnie1 rien de notre amour1 et pourtant ils seront nos enfants nouveau-ns et le sang de notre sang4 ,un faible reste de royale intelligence1 hsitant dans leur crne paissi1 leur conservera quelque temps encore l'empire sur les ours multiplis autour de leurs cavernes4 ,peuples et tribus auront disparu sous la neige et les glaces1 avec les villes1 les routes1 les jardins du vieux monde4 ,quelques familles peine subsisteront4 ,femmes1 enfants1 vieillards1 engourdis ple-mle1 verront par les fentes de leurs cavernes monter tristement sur leur tte un soleil sombre o1 comme sur un tison qui s'teint1 courront des lueurs fauves1 tandis qu'une neige blouissante d'toiles continuera de briller tout le jour dans le ciel noir1 travers l'air glacial4 ,voil ce qu'ils verront2 mais1 dans leur stupidit1 ils ne sauront mme pas qu'ils voient quelque chose4 ,un jour1 le dernier d'entre eux exhalera sans haine et sans amour dans le ciel ennemi le dernier souffle humain4 ,et la terre continuera de rouler1 emportant travers les espaces silencieux les cendres de l'humanit1 les pomes d',homre et les augustes dbris des marbres grecs1 attachs ses flancs glacs4 ,et aucune pense ne s'lancera plus vers l'infini1 du sein de ce globe o l'me a tant os1 au moins aucune pense d'homme4 ,car qui peut dire si alors une autre pense ne prendra pas conscience d'elle-mme et si ce tombeau o nous dormirons tous ne sera pas le berceau d'une me nouvelle8 ,de quelle me1 je ne sais4 ,de l'me de l'insecte1 peut-tre4 ,a ct de l'homme1 malgr l'homme1 les insectes1 les abeilles1 par exemple1 et les fourmis ont dj fait des merveilles4 ,il est vrai que les fourmis et les abeilles veulent comme nous de la lumire et de la chaleur4 ,mais il y a des invertbrs moins frileux4 ,qui connat l'avenir rserv leur travail et leur patience8 ,qui sait si la terre ne deviendra pas bonne pour eux quand elle aura cess de l'tre pour nous8 ,qui sait s'ils ne prendront pas un jour conscience d'eux et du monde8 ,qui sait si leur tour ils ne loueront pas ,dieu8 99 99 99 ,a ,lucien ,muhlfeld4 ,nous ne pouvons nous reprsenter avec exactitude ce qui n'existe plus4 ,ce que nous appelons la couleur locale est une rverie4 ,quand on voit qu'un peintre a toutes les peines du monde reproduire d'une manire peu prs vraisemblable une scne du temps de ,louis-,philippe1 on dsespre qu'il nous rende jamais la moindre ide d'un vnement contemporain de saint ,louis ou d',auguste4 ,nous nous donnons bien du mal pour copier de vieilles armes et de vieux coffres4 ,les artistes d'autrefois ne s'embarrassaient point de cette vaine exactitude4 ,ils prtaient aux hros de la lgende ou de l'histoire le costume et la figure de leurs contemporains4 ,ainsi nous peignirent-ils naturellement leur me et leur sicle4 ,un artiste peut-il mieux faire8 ,chacun de leurs personnages tait quelqu'un d'entre eux4 ,ces personnages1 anims de leur vie et de leur pense1 restent jamais touchants4 ,ils portent l'avenir tmoignage de sentiments prouvs et d'motion vritables4 ,des peintures archologiques ne tmoignent que de la richesse de nos muses4 ,si vous voulez goter l'art vrai et ressentir devant un tableau une impression large et profonde1 regardez les fresques de ,ghirlandajo1 ,santa-,maria-,novella de ,florence1 la ,naissance de la ,vierge4 ,le vieux peintre nous montre la chambre de l'accouche4 ,anne1 souleve sur son lit1 n'est ni belle ni jeune2 mais on voit tout de suite que c'est une bonne mnagre4 ,elle a rang au chevet de son lit un pot de confitures et deux grenades4 ,une servante1 debout la ruelle1 lui prsente un vase sur un plateau4 ,on vient de laver l'enfant1 et le bassin de cuivre est encore au milieu de la chambre4 ,maintenant la petite ,marie boit le lait d'une belle nourrice4 ,c'est une dame de la ville1 une jeune mre qui a voulu gracieusement offrir le sein l'enfant de son amie1 afin que cet enfant et le sien1 ayant bu la vie aux mmes sources1 en gardent le mme got et1 par la force de leur sang1 s'aiment fraternellement4 ,prs d'elle1 une jeune femme qui lut ressemble1 ou plutt une jeune fille1 sa soeur peut-tre1 richement vtue1 le front dcouvert et portant des nattes sur les tempes comme milia ,pia1 tend les deux bras vers le petit enfant1 avec un geste charmant o se trahit l'veil de l'instinct maternel4 ,deux nobles visiteuses1 habilles la mode de ,florence1 entrent dans la chambre4 ,elles sont suivies d'une servante qui porte sur la tte des pastques et des raisins1 et cette figure d'une ample beaut1 drape l'antique1 ceinte d'une charpe flottante1 apparat dans cette scne domestique et pieuse comme je ne sais quel rve paen4 ,eh bien6 dans cette chambre tide1 sur ces doux visages de femme1 je vois toute la belle vie florentine et la fleur de la premire ,renaissance4 ,le fils de l'orfvre1 le matre des premires heures1 a dans sa peinture1 claire comme l'aube d'un jour d't1 rvl tout le secret de cet ge courtois dans lequel il eut le bonheur de vivre et dont le charme tait si grand que ses contemporains eux-mmes s'criaient3 ,dieux bons6 le bienheureux sicle6 ,l'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle4 ,sans lui1 nous en douterions4 99 99 99 ,l'ignorance est la condition ncessaire1 je ne dis pas du bonheur1 mais de l'existence mme4 ,si nous savions tout1 nous ne pourrions pas supporter la vie une heure4 ,les sentiments qui nous la rendent ou douce1 ou du moins tolrable1 naissent d'un mensonge et se nourrissent d'illusions4 ,si possdant1 comme ,dieu1 la vrit1 l'unique vrit1 un homme la laissait tomber de ses mains1 le monde en serait ananti sur le coup et l'univers se dissiperait aussitt comme une ombre4 ,la vrit divine1 ainsi qu'un jugement dernier1 le rduirait en poudre4 99 99 99 ,au vrai jaloux1 tout porte ombrage1 tout est sujet d'inquitude4 ,une femme le trahit dj seulement parce qu'elle vit et qu'elle respire4 ,il redoute ces travaux de la vie intrieure1 ces mouvements divers de la chair et de l'me qui font de cette femme une crature distincte de lui-mme1 indpendante1 instinctive1 douteuse et parfois inconcevable4 ,il souffre de ce qu'elle fleurit d'elle-mme comme une belle plante1 sans qu'aucune puissance d'amour puisse retenir et prendre tout ce qu'elle rpand au monde de parfum dans ce moment agit qui est la jeunesse et la vie4 ,au fond1 il ne lui reproche rien1 sinon qu'elle est4 ,c'est l ce qu'il ne saurait supporter paisiblement4 ,elle est1 elle vit1 elle est belle1 elle songe4 ,quel sujet d'inquitude mortelle6 ,il veut toute cette chair4 ,il la veut plus et mieux que n'a permis la nature1 et toute4 ,la femme n'a pas cette imagination4 ,le plus souvent1 ce qu'on prend chez elle pour de la jalousie1 c'est la rivalit4 ,mais1 quant cette torture des sens1 cette hantise des apparitions odieuses1 cette fureur imbcile et lamentable1 cette rage physique1 elle ne la connat point ou ne la connat gure4 ,son sentiment1 dans ce cas1 est moins prcis que le ntre4 ,une sorte d'imagination n'est pas trs dveloppe en elle1 mme dans l'amour1 et dans l'amour sensuel3 c'est l'imagination plastique1 le sens prcis des figures4 ,un grand vague enveloppe ses impressions1 et toutes ses nergies restent tendues pour la lutte4 ,jalouse1 elle combat avec une opinitret1 mle de violence et de ruse1 dont l'homme est incapable4 ,ce mme aiguillon qui nous dchire les entrailles l'excite la course4 ,dpossde1 elle lutte pour l'empire et pour la domination4 ,aussi la jalousie1 qui chez l'homme est une faiblesse1 est une force chez la femme et la pousse aux entreprises4 ,elle en tire moins de dgot que d'audace4 ,voyez l',hermione de ,racine4 ,sa jalousie ne s'exhale pas en noires fumes2 elle a peu d'imagination2 elle ne fait point de ses tourments un pome plein d'images cruelles4 ,elle ne rve pas1 et qu'est-ce que la jalousie sans le rve8 qu'est-ce que la jalousie sans l'obsession et sans une espce de monomanie furieuse8 ,hermione n'est pas jalouse4 ,elle s'occupe d'empcher un mariage4 ,elle veut l'empcher tout prix1 et reprendre un homme1 rien de plus4 ,et quand cet homme est tu pour elle1 par elle1 elle est tonne2 elle est surtout attrape4 ,c'est un mariage manqu4 ,un homme sa place se fut cri3 ,tant mieux6 cette femme que j'aimais1 personne ne l'aura4 99 99 99 ,le monde est frivole et vain1 tant qu'il vous plaira4 ,pourtant1 ce n'est point une mauvaise cole pour un homme politique4 ,et l'on peut regretter qu'on en ait si peu l'usage aujourd'hui dans nos parlements4 ,ce qui fait le monde1 c'est la femme4 ,elle y est souveraine3 rien ne s'y fait que par elle et pour elle4 ,or la femme est la grande ducatrice de l'homme2 elle lui enseigne les vertus charmantes1 la politesse1 la discrtion et cette fiert qui craint d'tre importune4 ,elle montre quelques-uns l'art de plaire1 tous l'art utile de ne pas dplaire4 ,on apprend d'elle que la socit est plus complexe et d'une ordonnance plus dlicate qu'on ne l'imagine communment dans les cafs politiques4 ,enfin on se pntre prs d'elle de cette ide que les rves du sentiment et les ombres de la foi sont invincibles1 et que ce n'est pas la raison qui gouverne les hommes4 99 99 99 ,le comique est vite douloureux quand il est humain4 ,est-ce que don ,quichotte ne vous fait pas quelquefois pleurer8 ,je gote beaucoup pour ma part quelques livres d'une sereine et riante dsolation1 comme cet incomparable ,don ,quichotte ou comme ,candide1 qui sont1 les bien prendre1 des manuels d'indulgence et de piti1 des bibles de bienveillance4 99 99 99 ,l'art n'a pas la vrit pour objet4 ,il faut demander la vrit aux sciences1 parce qu'elle est leur objet2 il ne faut pas la demander la littrature1 qui n'a et ne peut avoir d'objet que le beau4 ,la ,chlo du roman grec ne fut jamais une vraie bergre1 et son ,daphnis ne fut jamais un vrai chevrier2 pourtant ils nous plaisent encore4 ,le ,grec subtil qui nous conta leur histoire ne se souciait point d'tables ni de boucs4 ,il n'avait souci que de posie et d'amour4 ,et comme il voulait montrer1 pour le plaisir des citadins1 un amour sensuel et gracieux1 il mit cet amour dans les champs o ses lecteurs n'allaient point1 car c'taient de vieux ,byzantins blanchis au fond de leur palais1 au milieu de froces mosaques ou derrire le comptoir sur lequel ils avaient amass de grandes richesses4 ,afin d'gayer ces vieillards mornes1 le conteur leur montra deux beaux enfants4 ,et pour qu'on ne confondit point son ,daphnis et sa ,chlo avec les petits polissons et les fillettes vicieuses qui foisonnent sur le pav des grandes villes1 il prit soin de dire3 ,ceux dont je vous parle vivaient autrefois ,lesbos1 et leur histoire fut peinte dans un bois consacr aux ,nymphes4 ,il prenait l'utile prcaution que toutes les bonnes femmes ne manquent jamais de prendre avant de faire un conte1 quand elles disent3 ,au temps que ,berthe filait4 ou3 ,quand les btes parlaient4 ,si l'on veut nous dire une belle histoire1 il faut bien sortir un peu de l'exprience et de l'usage4 99 99 99 ,nous mettons l'infini dans l'amour4 ,ce n'est pas la faute des femmes4 99 99 99 ,je ne crois pas que douze cents personnes assembles pour entendre une pice de thtre forment un concile inspir par la sagesse ternelle2 mais le public1 ce me semble1 apporte ordinairement au spectacle une navet de coeur et une sincrit d'esprit qui donnent quelque valeur au sentiment qu'il prouve4 ,bien des gens qui il est impossible de se faire une ide de ce qu'ils ont lu sont en tat de rendre un compte assez exact de ce qu'ils ont vu reprsent4 ,quand on lit un livre1 on le lit comme on veut1 on en lit ou plutt on y lit ce qu'on veut4 ,le livre laisse tout faire l'imagination4 ,aussi les esprits rudes et communs n'y prennent-ils pour la plupart qu'un ple et froid plaisir4 ,le thtre au contraire fait tout voir et dispense de rien imaginer4 ,c'est pourquoi il contente le plus grand nombre4 ,c'est aussi pourquoi il plat mdiocrement aux esprits rveurs et mditatifs4 ,ceux-l n'aiment les ides que pour le prolongement qu'ils leur donnent et pour l'cho mlodieux qu'elles veillent en eux-mmes4 ,ils n'ont que faire dans un thtre et prfrent au plaisir passif du spectacle la joie active de la lecture4 ,qu'est-ce qu'un livre8 ,une suite de petits signes4 ,rien de plus4 ,c'est au lecteur tirer lui-mme les formes1 les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent4 ,il dpendra de lui que ce livre soit terne ou brillant1 ardent ou glac4 ,je dirai1 si vous prfrez1 que chaque mot d'un livre est un doigt mystrieux1 qui effleure une fibre de notre cerveau comme la corde d'une harpe et veille ainsi une note dans notre me sonore4 ,en vain la main de l'artiste sera inspire et savante4 ,le son qu'elle rendra dpend de la qualit de nos cordes intimes4 ,il n'en est pas tout fait de mme du thtre4 ,les petits signes noirs y sont remplacs par des images vivantes4 ,aux fins caractres d'imprimerie qui laissent tant deviner sont substitus des hommes et des femmes1 qui n'ont rien de vague ni de mystrieux4 ,le tout est exactement dtermin4 ,il en rsulte que les impressions reues par les spectateurs sont aussi peu dissemblables que possible1 en gard la fatale diversit des sentiments humains4 ,aussi voit-on1 dans toutes les reprsentations 7que des querelles littraires ou politiques ne troublent point71 une vritable sympathie s'tablir entre tous les assistants4 ,si l'on considre1 d'ailleurs1 que le thtre est l'art qui s'loigne le moins de la vie1 on reconnatra qu'il est le plus facile comprendre et sentir et l'on en conclura que c'est celui sur lequel le public est le mieux d'accord et se trompe le moins4 99 99 99 ,que la mort nous fasse prir tout entiers1 je n'y contredis point4 ,cela est fort possible4 ,en ce cas1 il ne faut pas la craindre3 ,je suis1 elle n'est pas2 elle est1 je ne suis plus4 ,mais si1 tout en nous frappant1 elle nous laisse subsister1 soyez bien srs que nous nous retrouverons au del du tombeau tels absolument que nous tions sur la terre4 ,nous en serons sans doute fort penauds4 ,cette ide est de nature nous gter par avance le paradis et l'enfer4 ,elle nous te toute esprance1 car ce que nous souhaitons le plus1 c'est de devenir tout autres que nous ne sommes4 ,mais cela nous est bien dfendu4 99 99 99 ,il y a un petit livre allemand qui s'appelle3 ,notes ajouter au livre de la vie1 et qui est sign ,gerhard d',amyntor1 livre assez vrai et par consquent assez triste1 o l'on voit dcrite la condition ordinaire des femmes4 ,c'est dans les soucis quotidiens que la mre de famille perd sa fracheur et sa force et se consume jusqu' la moelle de ses os4 ,l'ternel retour de la question3 ,que faut-il faire cuire aujourd'hui8 l'incessante ncessit de balayer le plancher1 de battre1 de brosser les habits1 d'pousseter1 tout cela1 c'est la goutte d'eau dont la chute constante finit par ronger lentement1 mais srement1 l'esprit aussi bien que le corps4 ,c'est devant le fourneau de cuisine que1 par une magie vulgaire1 la petite crature blanche et rose1 au rire de cristal1 se change en une momie noire et douloureuse4 ,sur l'autel fumeux o mijote le pot-au-feu1 sont sacrifies jeunesse1 libert1 beaut1 joie4 ,ainsi s'exprime peu prs ,gerhard d',amyntor4 ,tel est le sort1 en effet1 de l'immense majorit des femmes4 ,l'existence est dure pour elles comme pour l'homme4 ,et si l'on recherche aujourd'hui pourquoi elle est si pnible1 on reconnat qu'il n'en peut tre autrement sur une plante o les choses indispensables la vie sont rares1 d'une production difficile ou d'une extraction laborieuse4 ,des causes si profondes et qui dpendent de la figure mme de la terre1 de sa constitution1 de sa flore et de sa faune1 sont malheureusement durables et ncessaires4 ,le travail1 avec quelque quit qu'on le puisse rpartir1 psera toujours sur la plupart des hommes et sur la plupart des femmes1 et peu d'entre elles auront le loisir de dvelopper leur beaut et leur intelligence dans des conditions esthtiques4 ,la faute en est la nature4 ,cependant1 que devient l'amour8 ,il devient ce qu'il peut4 ,la faim est sa grande ennemie4 ,et c'est un fait incontestable que les femmes ont faim4 ,il est probable qu'au ,,xx sicle comme au ,,xix elles feront la cuisine1 moins que le socialisme ne ramne l'ge o les chasseurs dvoraient leur proie encore chaude et o ,vnus dans les forts unissait les amants4 ,alors la femme tait libre4 ,je vais vous dire3 ,si j'avais cr l'homme et la femme1 je les aurais forms sur un type trs diffrent de celui qui a prvalu et qui est celui des mammifres suprieurs4 ,j'aurais fait les hommes et les femmes1 non point la ressemblance des grands singes comme ils sont en effet1 mais l'image des insectes qui1 aprs avoir vcu chenilles1 se transforment en papillons et n'ont1 au terme de leur vie1 d'autre souci que d'aimer et d'tre beaux4 ,j'aurais mis la jeunesse la fin de l'existence humaine4 ,certains insectes ont1 dans leur dernire mtamorphose1 des ailes et pas d'estomac4 ,ils ne renaissent sous cette forme pure que pour aimer une heure et mourir4 ,si j'tais un dieu1 ou plutt un dmiurge1--car la philosophie alexandrine nous enseigne que ces minimes ouvrages sont plutt l'affaire du dmiurge1 ou simplement de quelque dmon constructeur1--si donc j'tais dmiurge ou dmon1 ce sont ces insectes que j'aurais pris pour modles de l'homme4 ,j'aurais voulu que1 comme eux1 l'homme accomplt d'abord1 l'tat de larve1 les travaux dgotants par lesquels il se nourrit4 ,en cette phase1 il n'y aurait point eu de sexes1 et la faim n'aurait point avili l'amour4 ,puis j'aurais fait en sorte que1 dans une transformation dernire1 l'homme et la femme1 dployant des ailes tincelantes1 vcussent de rose et de dsir et mourussent dans un baiser4 ,j'aurais de la sorte donn leur existence mortelle l'amour en rcompense et pour couronne4 ,et cela aurait t mieux ainsi4 ,mais je n'ai pas cr le monde1 et le dmiurge qui s'en est charg n'a pas pris mes avis4 ,je doute1 entre nous1 qu'il ait consult les philosophes et les gens d'esprit4 99 99 99 ,c'est une grande erreur de croire que les vrits scientifiques diffrent essentiellement des vrits vulgaires4 ,elles n'en diffrent que par l'tendue et la prcision4 ,au point de vue pratique1 c'est l une diffrence considrable4 ,mais il ne faut pas oublier que l'observation du savant s'arrte l'apparence et au phnomne1 sans jamais pouvoir pntrer la substance ni rien savoir de la vritable nature des choses4 ,un oeil arm du microscope n'en est pas moins un oeil humain4 ,il voit plus que les autres yeux1 il ne voit pas autrement4 ,le savant multiplie les rapports de l'homme avec la nature1 mais il lui est impossible de modifier en rien le caractre essentiel de ces rapports4 ,il voit comment se produisent certains phnomnes qui nous chappent1 mais il lui est interdit1 aussi bien qu' nous1 de rechercher pourquoi ils se produisent4 ,demander une morale la science1 c'est s'exposer de cruels mcomptes4 ,on croyait1 il y a trois cents ans1 que la terre tait le centre de la cration4 ,nous savons aujourd'hui qu'elle n'est qu'une goutte fige du soleil4 ,nous savons quels gaz brlent la surface des plus lointaines toiles4 ,nous savons que l'univers1 dans lequel nous sommes une poussire errante1 enfante et dvore dans un perptuel travail2 nous savons qu'il nat sans cesse et qu'il meurt des astres4 ,mais en quoi notre morale a-t-elle t change par de si prodigieuses dcouvertes8 ,les mres en ont-elles mieux ou moins bien aim leurs petits enfants8 ,en sentons-nous plus ou moins la beaut des femmes8 ,le coeur en bat-il autrement dans la poitrine des hros8 ,non6 non6 que la terre soit grande ou petite1 il n'importe l'homme4 ,elle est assez grande pourvu qu'on y souffre1 pourvu qu'on y aime4 ,la souffrance et l'amour1 voil les deux sources jumelles de son inpuisable beaut4 ,la souffrance6 quelle divine mconnue6 ,nous lui devons tout ce qu'il y a de bon en nous1 tout ce qui donne du prix la vie2 nous lui devons la piti1 nous lui devons le courage1 nous lui devons toutes les vertus4 ,la terre n'est qu'un grain de sable dans le dsert infini des mondes4 ,mais1 si l'on ne souffre que sur la terre1 elle est plus grande que tout le reste du monde4 ,que dis-je8 elle est tout1 et le reste n'est rien4 ,car1 ailleurs1 il n'y a ni vertu ni gnie4 ,qu'est-ce que le gnie1 sinon l'art de charmer la souffrance8 ,c'est sur le sentiment seul que la morale repose naturellement4 ,de trs grands esprits ont nourri1 je le sais1 d'autres esprances4 ,renan s'abandonnait volontiers en souriant au rve d'une morale scientifique4 ,il avait dans la science une confiance peu prs illimite4 ,il croyait qu'elle changerait le monde1 parce qu'elle perce les montagnes4 ,je ne crois pas1 comme lui1 qu'elle puisse nous diviniser4 ,a vrai dire1 je n'en ai gure l'envie4 ,je ne sens pas en moi l'toffe d'un dieu1 si petit qu'il soit4 ,ma faiblesse m'est chre4 ,je tiens mon imperfection comme ma raison d'tre4 99 99 99 ,il y a une petite toile de ,jean ,braud qui m'intresse trangement4 ,c'est la salle ,graffard2 une runion publique o l'on voit fumer les cerveaux avec les pipes et les lampes4 ,la scne sans doute tourne au comique4 ,mais combien ce comique est profond et vrai6 ,combien il est mlancolique6 ,il y a dans cet tonnant tableau une figure qui me fait mieux comprendre elle seule l'ouvrier socialiste que vingt volumes d'histoire et de doctrine1 celle de ce petit homme chauve1 tout en crne1 sans paules1 qui sige au bureau dans son cache-nez1 un ouvrier d'art sans doute1 et un homme ides1 maladif et sans instincts1 l'ascte du proltariat1 le saint de l'atelier1 chaste et fanatique comme les saints de l'glise1 aux premiers ges4 ,certes1 celui-l est un aptre et on sent le voir qu'une religion nouvelle est ne dans le peuple4 99 99 99 ,un gologue anglais1 de l'esprit le plus riche et le plus ouvert1 sir ,charles ,lyell1 a tabli1 il y a quarante ans environ1 ce qu'on nomme la thorie des causes actuelles4 ,il a dmontr que les changements survenus dans le cours des ges sur la face de la terre n'taient pas dus1 comme on le croyait1 des cataclysmes soudains1 qu'ils taient l'effet de causes insensibles et lentes qui ne cessent point d'agir encore aujourd'hui4 le suivre1 on voit que ces grands changements1 dont les vestiges tonnent1 ne semblent si terribles que par le raccourci des ges et qu'en ralit ils s'accomplirent trs doucement4 ,c'est sans fureur que les mers changrent de lit et que les glaciers descendirent dans les plaines1 couvertes autrefois de fougres arborescentes4 ,des transformations semblables s'accomplissent sous nos yeux1 sans que nous puissions mme nous en apercevoir4 ,l1 enfin1 o ,cuvier voyait d'pouvantables bouleversements1 ,charles ,lyell nous montre la lenteur clmente des forces naturelles4 ,on sent combien cette thorie des causes actuelles serait bienfaisante si on pouvait la transporter du monde physique au monde moral et en tirer des rgles de conduite4 ,l'esprit conservateur et l'esprit rvolutionnaire1 y trouveraient un terrain de conciliation4 ,persuad qu'ils restent insensibles quand ils s'oprent d'une manire continue1 le conservateur ne s'opposerait plus aux changements ncessaires1 de peur d'accumuler des forces destructives l'endroit mme o il aurait plac l'obstacle4 ,et le rvolutionnaire1 de son ct1 renoncerait solliciter imprudemment des nergies qu'il saurait tre toujours actives4 ,plus j'y songe et plus je me persuade que1 si la thorie morale des causes actuelles pntrait dans la conscience de l'humanit1 elle transformerait tous les peuples de la terre en une rpublique de sages4 ,la seule difficult est de l'y introduire1 et il faut convenir qu'elle est grande4 99 99 99 ,je viens de lire un livre dans lequel un pote philosophe nous montre des hommes exempts de joie1 de douleur et de curiosit4 ,au sortir de cette nouvelle terre d',utopie quand1 de retour sur la terre1 on voit autour de soi des hommes lutter1 aimer1 souffrir1 comme on se prend les aimer et comme on est content de souffrir avec eux6 ,comme on sent bien que l seulement est la vritable joie6 ,elle est dans la souffrance comme le baume est dans la blessure de l'arbre gnreux4 ,ils ont tu la passion1 et du mme coup ils ont tout tu1 joie et douleur1 souffrance et volupt1 bien1 mal1 beaut1 tout enfin et surtout la vertu4 ,ils sont sages et pourtant ils ne valent plus rien1 car on ne vaut que par l'effort4 ,qu'importe que leur vie soit longue1 s'ils ne l'emplissent pas1 s'ils ne la vivent pas8 ,ce livre fait beaucoup pour me rendre chre par rflexion cette condition d'homme qui cependant est dure1 pour me rconcilier avec cette douloureuse vie1 pour me ramener enfin l'estime de mes semblables et la grande sympathie humaine4 ,ce livre a cela d'excellent qu'il fait aimer la ralit et met en garde contre l'esprit de chimre et d'illusion4 ,en nous montrant des tres exempts de maux1 il nous fait comprendre que ces tristes bienheureux ne nous galent pas et que ce serait une grande folie que de quitter 7 supposer que cela ft possible7 notre condition pour la leur4 ,oh6 le misrable bonheur que celui-l6 ,n'ayant plus de passions1 ils n'ont pas d'art4 ,et comment auraient-ils des potes8 ,ils ne sauraient goter ni la muse pique qui s'inspire des fureurs de la haine et de l'amour1 ni la muse comique qui rit en cadence des vices et des ridicules des hommes4 ,ils ne peuvent plus imaginer les ,didon et les ,phdre1 les malheureux6 ils ne voient plus ces ombres divines qui passent en frissonnant sous les myrtes immortels4 ,ils sont aveugles et sourds aux miracles de cette posie qui divinise la terre des hommes4 ,ils n'ont pas ,virgile1 et on les dit heureux1 parce qu'ils ont des ascenseurs4 ,pourtant un seul beau vers a fait plus de bien au monde que tous les chefs-d'oeuvre de la mtallurgie4 ,inexorable progrs6 ce peuple d'ingnieurs n'a plus ni passions1 ni posie1 ni amour4 ,hlas6 comment sauraient-ils aimer1 puisqu'ils sont heureux8 ,l'amour ne fleurit que dans la douleur4 ,qu'est-ce que les aveux des amants1 sinon des cris de dtresse8 ,qu'un ,dieu serait misrable ma place6 s'crie1 dans un lan d'amour1 le hros d'un pote anglais4 ,un dieu1 ma bien-aime1 ne pourrait pas souffrir1 ne pourrait pas mourir pour toi6 ,pardonnons la douleur et sachons bien qu'il est impossible d'imaginer un bonheur plus grand que celui que nous possdons en cette vie humaine1 si douce et si amre1 si mauvaise et si bonne1 la fois idale et relle1 et qui contient toutes choses et concilie tous les contrastes4 ,l est notre jardin1 qu'il faut bcher avec zle4 99 99 99 ,c'est la force et la bont des religions d'enseigner l'homme sa raison d'tre et ses fins dernires4 ,quand on a repouss les dogmes de la thologie morale1 comme nous l'avons fait presque tous en cet ge de science et de libert intellectuelle1 il ne reste plus aucun moyen de savoir pourquoi on est sur ce monde et ce qu'on y est venu faire4 ,le mystre de la destine nous enveloppe tout entiers dans ses puissants arcanes1 et il faut vraiment ne penser rien pour ne pas ressentir cruellement la tragique absurdit de vivre4 ,c'est l1 c'est dans l'absolue ignorance de notre raison d'tre qu'est la racine de notre tristesse et de nos dgots4 ,le mal physique et le mal moral1 les misres de l'me et des sens1 le bonheur des mchants1 l'humiliation du juste1 tout cela serait encore supportable si l'on en concevait l'ordre et l'conomie et si l'on y devinait une providence4 ,le croyant se rjouit de ses ulcres2 il a pour agrables les injustices et les violences de ses ennemis2 ses fautes mme et ses crimes ne lui tent pas l'esprance4 ,mais1 dans un monde o toute illumination de la foi est teinte1 le mal et la douleur perdent jusqu' leur signification et n'apparaissent plus que comme des plaisanteries odieuses et des farces sinistres4 99 99 99 ,il y a toujours un moment o la curiosit devient un pch1 et le diable s'est toujours mis du ct des savants4 99 99 99 ,me trouvant ,saint-,l1 il y a une dizaine d'annes1 je rencontrai1 chez un ami qui habite cette petite ville montueuse1 un prtre instruit et loquent avec lequel je pris plaisir causer4 ,insensiblement1 je gagnai sa confiance et nous emes sur de graves sujets des entretiens o il montrait la fois la subtilit pntrante de son esprit et la divine candeur de son me4 ,c'tait un sage et c'tait un saint4 ,grand casuiste et grand thologien1 il s'exprimait avec tant de puissance et de charme que rien1 dans cette petite ville1 ne m'tait si cher que de l'entendre4 ,pourtant je demeurai plusieurs jours sans oser le regarder4 ,pour la taille1 la forme et l'apparence1 c'tait un monstre4 ,figurez-vous un nain bancal et tors1 agit d'une sorte de danse de ,saint-,guy et sautillant dans sa soutane comme dans un sac4 ,sur son front des boucles blondes de cheveux1 en rvlant sa jeunesse1 le rendaient plus pouvantable encore4 ,mais enfin1 ayant excit mon courage le voir en face1 je pris sa laideur une sorte d'intrt puissant4 ,je la contemplais et je la mditais4 ,tandis que ses lvres dcouvraient dans un sourire sraphique les restes noirs de trois dents et que ses yeux1 qui cherchaient le ciel1 roulaient entre des paupires sanglantes1 je l'admirais et1 loin de le plaindre1 j'enviais un tre si merveilleusement prserv1 par la dformation parfaite de son corps1 des troubles de la chair1 des faiblesses des sens et des tentations que la nuit apporte dans ses ombres4 ,je l'estimais heureux entre les hommes4 ,or1 un jour1 comme tous deux nous descendions au soleil la rampe des collines1 en disputant de la grce1 ce prtre s'arrta tout coup1 posa lourdement sa main sur mon bras et me dit d'une voix vibrante que j'entends encore3 --,je l'affirme1 je le sais3 la chastet est une vertu qui ne peut tre garde sans un secours spcial de ,dieu4 ,cette parole me dcouvrit l'abme insondable des pchs de la chair4 ,quel juste n'est point tent si celui-l qui n'avait de corps1 ce semble1 que pour la souffrance et le dgot1 sentait aussi les aiguillons du dsir8 99 99 99 ,les personnes trs pieuses ou trs artistes mettent dans la religion ou dans l'art un sensualisme raffin4 ,or1 on n'est pas sensuel sans tre un peu ftichiste4 ,le pote a le ftichisme des mots et des sons4 ,il prte des vertus merveilleuses certaines combinaisons de syllabes et tend1 comme les dvots1 croire l'efficacit des formules consacres4 ,il y a dans la versification plus de liturgie qu'on ne croit4 ,et1 pour un pote blanchi dans la potique1 faire des vers1 c'est accomplir les rites sacrs4 ,cet tat d'esprit est essentiellement conservateur1 et il ne faut point s'tonner de l'intolrance qui en est le naturel effet4 ,a peine a-t-on le droit de sourire en voyant que ceux qui1 tort ou raison1 prtendent avoir le plus innov sont ceux-l mmes qui repoussent les nouveauts avec le plus de colre ou de dgot4 ,c'est l le tour ordinaire de l'esprit humain1 et l'histoire de la ,rforme en a fait paratre des exemples tragiques4 ,on a vu un ,henry ,estienne qui1 contraint de fuir pour chapper au bcher1 du fond de sa retraite dnonait au bourreau ses propres amis qui ne pensaient pas comme lui4 ,on a vu ,calvin1 et l'on sait que l'intolrance des rvolutionnaires n'est pas mdiocre4 ,j'ai connu jadis un vieux snateur de la ,rpublique qui1 dans sa jeunesse1 avait conspir avec toutes les socits secrtes contre ,charles ,x1 foment soixante meutes sous le gouvernement de ,juillet1 tram1 dj vieux1 des complots pour renverser l',empire et pris sa large part de trois rvolutions4 ,c'tait un vieillard paisible1 qui gardait dans les dbats des assembles une douceur souriante4 ,il semblait que rien ne dt troubler dsormais son repos1 achet par tant de fatigues4 ,il ne respirait plus que la paix et le contentement4 ,un jour pourtant1 je le vis indign4 ,un feu qu'on croyait depuis longtemps teint brillait dans ses yeux4 ,il regardait par une fentre du palais un monme d'tudiants qui droulait sa queue dans le jardin du ,luxembourg4 ,la vue de cette innocente meute lui inspirait une sorte de fureur4 --,un tel dsordre sur la voie publique6 s'cria-t-il d'une voix trangle par la colre et l'pouvante4 ,et il appelait la police4 ,c'tait un brave homme4 ,mais1 aprs avoir fait des meutes1 il en craignait l'ombre4 ,ceux qui ont fait des rvolutions ne souffrent pas qu'on en veuille faire aprs eux4 ,semblablement1 les vieux potes qui ont marqu dans quelque changement potique ne veulent plus qu'on change rien4 ,en cela1 ils sont hommes4 ,il est pnible1 quand on n'est point un grand sage1 de voir la vie continuer aprs soi et de se sentir noy dans l'coulement des choses4 ,pote1 snateur ou cordonnier1 on se rsigne mal n'tre pas la fin dfinitive des mondes et la raison suprme de l'univers4 99 99 99 ,on peut dire que1 la plupart du temps1 les potes ne connaissent pas les lois scientifiques auxquelles ils obissent quand ils font des vers excellents4 ,en matire de prosodie1 ils s'en tiennent2 avec raison1 a l'empirisme le plus naf4 ,il serait bien peu intelligent de les en blmer4 ,en art comme en amour1 l'instinct suffit1 et la science n'y porte qu'une lumire importune4 ,bien que la beaut rlve de la gomtrie1 c'est par le sentiment seul qu'il est possible d'en saisir les formes dlicates4 ,les potes sont heureux3 une part de leur force est dans leur ignorance mme4 ,seulement1 il ne faut pas qu'ils disputent trop vivement des lois de leur art3 ils y perdent leur grce avec leur innocence et1 comme les poissons tirs hors de l'eau1 ils se dbattent vainement dans les rgions arides de la thorie4 99 99 99 ,c'est une grande niaiserie que le connais-toi toi-mme de la philosophie grecque4 ,nous ne connatrons jamais ni nous ni autrui4 ,il s'agit bien de cela6 ,crer le monde est moins impossible que de le comprendre4 ,hegel en eut quelque soupon4 ,il se peut que l'intelligence nous serve un jour fabriquer un univers4 ,a concevoir celui-ci1 jamais6 ,aussi bien est-ce faire un abus vraiment inique de l'intelligence que de l'employer rechercher la vrit4 ,encore moins peut-elle nous servir juger1 selon la justice1 les hommes et leurs oeuvres4 ,elle s'emploie proprement ces jeux1 plus compliqus que la marelle ou les checs1 qu'on appelle mtaphysique1 thique1 esthtique4 ,mais o elle sert le mieux et donne le plus d'agrment1 c'est saisir a et l quelque saillie ou clart des choses et en jouir1 sans gter cette joie innocente par esprit de systme et manie de juger4 99 99 99 ,vous dites que l'tat mditatif est la cause de tous nos maux4 ,pour croire cet tat si funeste il en faut beaucoup exagrer la grandeur et la puissance4 ,en ralit1 l'intelligence usurpe bien moins qu'on ne croit sur les instincts et les sentiments naturels1 mme chez les hommes dont l'intelligence a le plus de force et qui sont gostes1 avares et sensuels comme les autres hommes4 ,on ne verra jamais un physiologiste soumettre au raisonnement les battements de son coeur et le rythme de sa respiration4 ,dans la civilisation la plus savante1 les oprations auxquelles l'homme se livre avec une mthode philosophique demeurent peu nombreuses et peu importantes au regard de celles que l'instinct et le sens commun accomplissent seuls2 et nous ragissons si peu contre les mouvements rflexes que je n'ose pas dire qu'il y a dans les socits humaines un tat intellectuel en opposition avec l'tat de nature4 ,a tout considrer1 un mtaphysicien ne diffre pas du reste des hommes autant qu'on croit et qu'il veut qu'on croie4 ,et qu'est-ce que penser8 ,et comment pense-t-on8 ,nous pensons avec des mots2 cela seul est sensuel et ramne la nature4 ,songez-y1 un mtaphysicien n'a1 pour constituer le systme du monde1 que le cri perfectionn des singes et des chiens4 ,ce qu'il appelle spculation profonde et mthode transcendante1 c'est de mettre bout bout1 dans un ordre arbitraire1 les onomatopes qui criaient la faim1 la peur et l'amour dans les forts primitives et auxquelles se sont attaches peu peu des significations qu'on croit abstraites quand elles sont seulement relches4 ,n'ayez pas peur que cette suite de petits cris teints et affaiblis qui composent un livre de philosophie nous en apprenne trop sur l'univers pour que nous ne puissions plus y vivre4 ,dans la nuit o nous sommes tous1 le savant se cogne au mur1 tandis que l'ignorant reste2 tranquillement au milieu de la chambre4 99 99 99 ,a ,gabriel ,sailles4 ,je ne sais si ce monde est le pire des mondes possible4 ,c'est le flatter1 je crois1 que de lui accorder quelque excellence1 ft-ce celle du mal4 ,ce que nous pouvons imaginer des autres mondes est peu de chose1 et l'astronomie physique ne nous renseigne pas bien exactement sur les conditions de la vie la surface des plantes mme les plus voisines de la ntre4 ,nous savons seulement que ,vnus et ,mars ressemblent beaucoup la terre4 ,cette seule ressemblance nous permet de croire que le mal y rgne comme ici et que la terre n'est qu'une des provinces de son vaste empire4 ,nous n'avons aucune raison de supposer que la vie est meilleure la surface des mondes gants1 ,jupiter1 ,saturne1 ,uranus et ,neptune1 qui glissent en silence dans des espaces o le soleil commence d'puiser sa chaleur et sa lumire4 ,qui sait ce que sont les tres sur ces globes envelopps de nues paisses et rapides8 ,nous ne pouvons nous empcher de penser1 par analogie1 que notre systme solaire tout entier est une ghenne o l'animal nat pour la souffrance et pour la mort4 ,et il ne nous reste pas l'illusion de concevoir que les toiles clairent des plantes plus heureuses4 ,les toiles ressemblent trop notre soleil4 ,la science a dcompos le faible rayon qu'elles mettent des annes1 des sicles nous envoyer2 l'analyse de leur lumire nous a fait connatre que les substances qui brlent leur surface sont celles-l mme qui s'agitent sur la sphre de l'astre qui1 depuis qu'il est des hommes1 claire et rchauffe leurs misres1 leurs folies1 leurs douleurs4 ,cette analogie suffirait seule me dgoter de l'univers4 ,l'unit de sa composition chimique me fait assez pressentir la monotonie rigoureuse des tats d'me et de chair qui se produisent dans son inconcevable tendue et je crains raisonnablement que tous les tres pensants ne soient aussi misrables dans le monde de ,sirius et dans le systme d',altar qu'ils le sont1 notre connaissance1 sur la terre4--,mais1 dites-vous1 tout cela n'est pas l'univers4--,j'en ai bien aussi quelque soupon1 et je sens que ces immensits ne sont rien et qu'enfin1 s'il y a quelque chose1 ce quelque chose n'est pas ce que nous voyons4 ,je sens que nous sommes dans une fantasmagorie et que notre vue de l'univers est purement l'effet du cauchemar de ce mauvais sommeil qui est la vie4 ,et c'est cela le pis4 ,car il est clair que nous ne pouvons rien savoir1 que tout nous trompe1 et que la nature se joue cruellement de notre ignorance et de notre imbcillit4 99 99 99 ,a ,paul ,hervieu4 ,je suis persuad que l'humanit a de tout temps la mme somme de folie et de btise dpenser4 ,c'est un capital qui doit fructifier d'une manire ou d'une autre4 ,la question est de savoir si1 aprs tout1 les insanits consacres par le temps ne constituent pas le placement le plus sage qu'un homme puisse faire de sa btise4 ,loin de me rjouir quand je vois s'en aller quelque vieille erreur1 je songe l'erreur nouvelle qui viendra la remplacer1 et je me demande avec inquitude si elle ne sera pas plus incommode ou plus dangereuse que l'autre4 ,a tout bien considrer1 les vieux prjugs sont moins funestes que les nouveaux3 le temps1 en les usant1 les a polis et rendus presque innocents4 99 99 99 ,ceux qui ont le sentiment et le got de l'action font1 dans les desseins les mieux concerts1 la part de la fortune1 sachant que toutes les grandes entreprises sont incertaines4 ,la guerre et le jeu enseignent ces calculs de probabilits qui font saisir les chances sans s'user les attendre toutes4 99 99 99 ,quand on dit que la vie est bonne et quand on dit qu'elle est mauvaise1 on dit une chose qui n'a point de sens4 ,il faut dire qu'elle est bonne et mauvaise la fois1 car c'est par elle1 et par elle seule1 que nous avons l'ide du bon et du mauvais4 ,la vrit est que la vie est dlicieuse1 horrible1 charmante1 affreuse1 douce1 amre1 et qu'elle est tout4 ,il en est d'elle comme de l'arlequin du bon ,florian3 l'un la voit rouge1 l'autre la voit bleue1 et tous les deux la voient comme elle est1 puisqu'elle est rouge et bleue et de toutes les couleurs4 ,voil de quoi nous mettre tous d'accord et rconcilier les philosophes qui se dchirent entre eux4 ,mais nous sommes ainsi faits que nous voulons forcer les autres a sentir et penser comme nous et que nous ne permettons pas notre voisin d'tre gai quand nous sommes tristes4 99 99 99 ,le mal est ncessaire4 ,s'il n'existait pas1 le bien n'existerait pas non plus4 ,le mal est l'unique raison d'tre du bien4 ,que serait le courage loin du pril et la piti sans la douleur8 ,que deviendraient le dvouement et le sacrifice an milieu du bonheur universel8 ,peut-on concevoir la vertu sans le vice1 l'amour sans la haine1 la beaut sans la laideur8 ,c'est grce au mal et la souffrance que la terre peut tre habite et que la vie vaut la peine d'tre vcue4 ,aussi ne faut-il pas trop se plaindre du diable4 ,c'est un grand artiste et un grand savant2 il a fabriqu pour le moins la moiti du monde4 ,et cette moiti est si bien embote dans l'autre qu'il est impossible d'entamer la premire sans causer du mme coup un semblable dommage la seconde4 chaque vice qu'on dtruit correspondait une vertu qui prit avec lui4 ,j'ai eu le plaisir de voir un jour1 une foire de village1 la vie du grand ,saint-,antoine reprsente par des marionnettes4 ,c'est un spectacle qui passe en philosophie les tragdies de ,shakespeare et les drames de ,m4 d',ennery1 ,oh6 qu'on apprcie bien l tout ensemble la grce de ,dieu et celle du diable6 ,le thtre reprsente une solitude affreuse1 mais qui sera bientt peuple d'anges et de dmons4 ,l'action1 en se droulant1 imprime dans les coeurs une terrible impression de fatalit1 qui rsulte de l'intervention symtrique des dmons et des anges1 ainsi que de l'allure des personnages1 qui sont conduits par des fils que tient une main invisible4 ,pourtant1 quand1 aprs avoir fait sa prire1 le grand ,saint-,antoine1 encore agenouill soulve son front devenu calleux comme le genou des chameaux1 pour avoir t longtemps prostern sur la pierre1 et1 levant ses yeux brls de larmes1 voit devant lui la reine de ,saba1 qui les bras ouverts1 lui sourit dans sa robe d'or1 on frmit1 on tremble qu'il ne succombe1 on suit avec angoisse le spectacle de son trouble et de sa dtresse4 ,nous nous reconnaissons tous en lui et1 quand il a triomph1 nous nous associons tous son triomphe4 ,c'est celui de l'humanit tout entire dans sa lutte ternelle4 ,saint-,antoine n'est un grand saint que parce qu'il a rsist la reine de ,saba4 ,or1 il faut bien le reconnatre1 en lui envoyant cette belle dame qui cache son pied fourchu sous une longue robe brode de perles1 le diable fit une besogne ncessaire la saintet de l'ermite4 ,ainsi le spectacle des marionnettes m'a confirm dans cette ide que le mal est indispensable au bien et le diable ncessaire la beaut morale du monde4 99 99 99 ,j'ai trouv chez des savants la candeur des enfants1 et l'on voit tous les jours des ignorants qui se croient l'axe du monde4 ,hlas6 chacun de nous se voit le centre de l'univers4 ,c'est la commune illusion4 ,le balayeur de la rue n'y chappe pas4 ,elle lui vient de ses yeux dont les regards1 arrondissant autour de lui la vote cleste1 le mettent au beau milieu du ciel et de la terre4 ,peut-tre cette erreur est-elle un peu branle chez celui qui a beaucoup mdit4 ,l'humilit rare chez les doctes1 l'est encore plus chez les ignares4 99 99 99 ,une thorie philosophique du monde ressemble au monde comme une sphre sur laquelle on tracerait seulement les degrs de longitude et de latitude ressemblerait la terre4 ,la mtaphysique a cela d'admirable qu'elle te au monde tout ce qu'il a et qu'elle lui donne ce qu'il n'avait pas1 travail merveilleux sans doute1 et jeu plus beau1 plus illustre incomparablement que les dames et que les checs1 mais1 tout prendre1 de mme nature4 ,le monde pens se rduit des lignes gomtriques dont l'arrangement amuse4 ,un systme comme celui de ,kant ou de ,hegel ne diffre pas essentiellement de ces russites par lesquelles les femmes trompent1 avec des cartes1 l'ennui de vivre4 99 99 99 ,peut-on1 me dis-je1 en lisant ce livre1 nous charmer ainsi1 non point avec des formes et des couleurs1 comme fait la nature en ses bons moments1 qui sont rares1 mais avec de petits signes emprunts au langage6 ,ces signes veillent en nous des images divines4 ,c'est l le miracle6 ,un beau vers est comme un archet promen sur nos fibres sonores4 ,ce ne sont pas ses penses1 ce sont les ntres que la pote fait chanter en nous4 ,quand il nous parla d'une femme qu'il aime1 ce sont nos amours et nos douleurs qu'il veille dlicieusement en notre me4 ,il est un vocateur4 ,quand nous le comprenons1 nous sommes aussi potes que lui4 ,nous avons en nous1 tous tant que nous sommes1 un exemplaire de chacun de nos potes que personne ne connat1 et qui prira jamais avec toutes ses variantes lorsque nous ne sentirons plus rien4 ,et croyez-vous que nous aimerions tant nos lyriques s'ils nous parlaient d'autre chose que de nous8 ,quel heureux malentendu6 ,les meilleurs d'entre eux sont des gostes4 ,ils ne pensent qu' eux4 ,ils n'ont mis qu'eux dans leurs vers et nous n'y trouvons que nous4 ,les potes nous aident aimer3 ils ne servent qu' cela1 ,et c'est un assez bel emploi de leur vanit dlicieuse4 ,aussi en est-il de leurs strophes comme des femmes2 rien n'est plus vain que de les louer3 la mieux aime sera toujours la plus belle4 ,quant faire confesser au public que celle qu'on a choisie est incomparable1 cela est plutt d'un chevalier errant que d'un homme sage4 99 99 99 ,je ne sais si1 comme la thologie l'enseigne1 la vie est une preuve2 en tout cas1 ce n'est pas une preuve laquelle nous soyons soumis volontairement4 ,les conditions n'en sont pas rgles avec une clart suffisant4 ,enfin elle n'est point gale pour tous4 ,qu'est-ce que l'preuve de la vie pour les enfants qui meurent sitt ns1 pour les idiots et les fous8 ,voil des objections auxquelles on a dj rpondu4--,on y rpond toujours1 et il faut que la rponse ne soit pas trs bonne1 pour qu'on soit oblig de la fuire tant de fois4 ,la vie n'a pas l'air d'une salle d'examen4 ,elle ressemble plutt un vaste atelier de poterie o l'on fabrique toutes sortes de vases pour des destinations inconnues et dont plusieurs1 rompus dans le moule1 sont rejets comme de vils tessons sans avoir jamais servi4 ,les autres ne sont employs qu' des usages absurdes ou dgotants4 ,ces pots1 c'est nous4 99 99 99 ,pierre ,vber4 ,la destine du ,judas de ,kerioth nous plonge dans un abme d'tonnement4 ,car enfin cet homme est venu pour accomplir les prophties2 il fallait qu'il vendit le fils de ,dieu pour trente deniers4 ,et le baiser du tratre est1 comme la lance et les clous vnrs1 un des instruments ncessaires de la ,passion4 ,sans ,judas1 le mystre ne s'accomplissait point et le genre humain n'tait point sauv4 ,et pourtant c'est une opinion constante parmi les thologiens que ,judas est damn4 ,ils la fondent sur cette parole du ,christ3 ,il et mieux valu pour lui n'tre pas n4 ,cette ide que ,judas a perdu son me en travaillant au salut du monde a tourment plusieurs chrtiens mystiques et entre autres l'abb ,oegger1 premier vicaire de la cathdrale de ,paris4 ,ce prtre1 qui avait l'ame pleine de piti1 ne pouvait tolrer l'ide que ,judas souffrait dans l'enfer les tourments ternels4 ,il y songeait sans cesse et son trouble croissait dans ses perptuelles mditations1 il en vint penser que le rachat de cette malheureuse me intressait la misricorde divine et qu'en dpit de la parole obscure de l'vangile et de la tradition de l'glise1 l'homme de ,kerioth devait tre sauv4 ,ses doutes lui taient insupportables2 il voulut en tre clairci4 ,une nuit1 comme il ne pouvait dormir1 il se leva et entra par la sacristie dans l'glise dserte o les lampes perptuelles brlaient sous d'paisses tnbres4 ,l1 s'tant prostern au pied du matre autel1 il lit cette prire3 ,mon ,dieu1 ,dieu de clmence et d'amour1 s'il est vrai que tu as reu dans ta gloire le plus malheureux de tes disciples2 s'il est vrai1 comme je l'espre et le veux croire1 que ,judas ,iscarioth est assis ta droite1 ordonne qu'il descende vers moi et qu'il m'annonce lui-mme le chef-d'oeuvre de ta misricorde4 ,et toi qu'on maudit depuis dix-huit sicles et que je vnre parce que tu sembles avoir pris l'enfer pour toi seul afin de nous laisser le ciel1 bouc missaire des tratres et des infmes1 ,judas1 viens m'imposer les mains pour le sacerdoce de la misricorde et de l'amour6 ,aprs avoir fait cette prire1 le prtre prostern sentit deux mains se poser sur sa tte comme celles de l'vque le jour de l'ordination4 ,le lendemain1 il annonait sa vocation l'archevque4--,je suis lui dit-il1 prtre de la ,misricorde1 selon l'ordre de ,judas1 secundnm ordinem ,judas4 ,et1 ds ce jour mme1 ,m4 ,oegger alla prcher par le monde l'vangile de la piti infinie1 au nom de ,judas rachet4 ,son apostolat s'enfona dans la misre et dans la folie4 ,m4 ,oegger devint swedenborgien et mourut ,munich4 ,c'est le dernier et le plus doux des canites4 99 99 99 ,m4 ,aristide1 qui est grand chasseur tir et courre1 a sauv une nite de chardonnerets frais clos dans un rosier1 sous sa fentre4 ,un chat grimpait dans le rosier4 ,il est bon1 dans l'action1 de croire aux causes finales et de penser que les chats sont faits pour dtruire les souris ou pour recevoir du plomb dans les ctes4 ,m4 ,aristide prit son revolver et tira sur le chat4 ,on est content d'abord de voir les chardonnerets sauvs et leur ennemi puni4 ,mais il en est de ce coup de revolver comme de toutes les actions humaines3 on n'en voit plus la justice quand on y regarde de trop prs4 ,car1 si l'on y rflchit1 ce chat1 qui tait un chasseur1 comme ,m4 ,aristide1 pouvait bien1 comme lui1 croire aux causes finales1 et1 dans ce cas1 il ne doutait point que les chardonnerets ne fussent pondus pour lui4 ,c'est une illusion bien naturelle4 ,le coup de revolver lui apprit un peu tard qu'il se trompait sur la cause finale des petits oiseaux qui piaillent dans les rosiers4 ,quel tre ne se croit pas la fin de l'univers et n'agit pas comme s'il l'tait8 ,c'est la condition mme de la vie4 ,chacun de nous pense que le monde aboutit lui4 ,quand je parle de nous1 je n'oublie pas les btes4 ,il n'est pas un animal qui ne se sente la fin suprme o tendait la nature4 ,nos voisins1 comme le revolver de ,m4 ,aristide1 ne manquent point de nous dtromper un jour ou l'autre1 nos voisins1 ou seulement un chien1 un cheval1 un microbe1 un grain de sable4 99 99 99 ,tout ce qui ne vaut que par la nouveaut du tour et par un certain got d'art vieillit vite4 ,la mode artiste passe comme toutes les autres modes4 ,il en est des phrases affrtes et qui veulent tre neuves comme des robes qui sortent de chez les grands couturiers3 elles ne durent qu'une saison4 ,a ,rome1 au dclin de l'art1 les statues des impratrices taient coiffes la dernire mode4 ,ces coiffures devenaient bientt ridicules2 il fallait les changer1 et l'on mettait aux statues des perruques de marbre4 ,il conviendrait qu'un style peign comme ces statues ft recoiffs tous les ans4 ,et il se trouve qu'en ces temps-ci1 o nous vivons trs vite1 les coles littraires ne subsistent que peu d'annes1 et parfois que peu de mois4 ,je sais des jeunes gens dont le style date dj de deux ou trois gnrations1 et semble archaque4 ,c'est sans doute l'effet de ce progrs merveilleux de l'industrie et des machines qui emporte les socits tonnes4 ,au temps de ,,mm4 de ,goncourt et des chemins de fer1 on pouvait vivre encore assez longtemps sur une criture artiste4 ,mais depuis le tlphone1 la littrature1 qui dpend des moeurs1 renouvelle ses formules avec une rapidit dcourageante4 ,nous dirons donc avec ,m4 ,ludovic ,halvy que la forme simple est la seule faite pour traverser paisiblement1 non pas les sicles ce qui est trop dire1 mais les annes4 ,la seule difficult est de dfinir la forme simple1 et il faut1 convenir que cette difficult est grande4 ,la nature1 telle du moins que nous pouvons la connatre et dans les milieux appropris la vie1 ne nous prsente rien de simple1 et l'art ne peut prtendre plus de simplicit que la nature4 ,pourtant nous nous entendons assez bien1 quand nous disons que tel style est simple et que tel autre ne l'est pas4 ,je dirai donc1 que1 s'il n'y a pas proprement de style simple1 il y a des styles qui paraissent simples1 et que c'est prcisment ceux-l que semblent attachs la jeunesse et la dure4 ,il ne reste plus qu' rechercher d'o leur vient cette apparence heureuse4 ,et l'on pensera sans doute qu'ils la doivent1 non pas ce qu'ils sont moins riches que les autres en lments divers1 mais bien ce qu'ils forment un ensemble o toutes les parties sont si bien fondues qu'on ne les distingue plus4 ,un bon style1 enfin1 est comme ce rayon de lumire qui entre par ma fentre au moment o j'cris et qui doit sa clart pure l'union intime des sept couleurs dont il est compos4 ,le style simple est semblable la clart blanche4 ,il est complexe mais il n'y parait pas4 ,ce n'est l qu'une image1 et l'on sait le peu que valent les images quand ce n'est pas un pote qui les assemble4 ,mais j'ai voulu donner entendre que1 dans le langage1 la simplicit belle et dsirable n'est qu'une apparence et qu'elle rsulte uniquement du bon ordre et de l'conomie souveraine des parties du discours4 99 99 99 ,ne pouvant concevoir la beaut indpendante du temps et de l'espace1 je ne commence me plaire aux oeuvres de l'esprit qu'au moment o j'en dcouvre les attaches avec la vie1 et c'est le point de jointure qui m'attire4 ,les grossires poteries d',hissarlik m'ont fait mieux aimer l',iliade et je gote mieux la ,divine ,comdie pour ce que je sais de la vie florentine au xiiie sicle4 ,c'est l'homme1 et l'homme seulement1 que je cherche dans l'artiste4 ,le pome le plus beau est-il autre chose qu'une relique8 ,goethe a dit une parole profonde3 ,les seules oeuvres durables sont des oeuvres de circonstance4 ,mais il n'y a1 tout prendre1 que des oeuvres de circonstance1 car toutes dpendent du lieu et du moment o elles furent cres4 ,on ne peut les comprendre ni les aimer d'un amour intelligent1 si l'on ne connat le lieu1 le temps et les circonstances de leur origine4 ,c'est le fait d'une imbcillit orgueilleuse de croire qu'on a produit une oeuvre qui se suffit elle-mme4 ,la plus haute n'a de prix que pour ses rapports avec la vie4 ,mieux je saisis ces rapports1 plus je m'intresse l'oeuvre4 99 99 99 ,on peut1 on doit tout dire1 quand ou sait tout dire4 ,il y aurait tant d'intrt entendre une confession absolument sincre6 ,et depuis qu'il y a des hommes rien de pareil n'a encore t entendu4 ,aucun n'a tout dit1 pas mme cet ardent ,augustin1 plus occup de confondre les manichens que de mettre son me nu1 non pas mme ce pauvre grand ,rousseau que sa folie portait se calomnier lui-mme4 99 99 99 ,les influences secrtes du jour et de l'air1 ces mille souffrances manant de toute la nature1 sont la ranon des tres sensuels1 enclins chercher leur joie dans les formes et dans les couleurs4 99 99 99 ,l'intolrance est de tous les temps4 ,il n'est point de religion qui n'ait eu ses fanatiques4 ,nous sommes tous enclins l'adoration4 ,tout nous semble excellent dans ce que nous aimons1 et cela nous fche quand on nous montre le dfaut de nos idoles4 ,les hommes ont grand'peine mettre un peu de critique dans les sources de leurs croyances et dans l'origine de leur foi4 ,aussi bien1 si l'on regardait trop aux principes1 on ne croirait jamais4 99 99 99 ,beaucoup de gens1 aujourd'hui1 sont persuads que nous sommes parvenus l'arrire-fin des civilisations et qu'aprs nous le monde prira4 ,ils sont millnaires comme les saints des premiers ges chrtiens2 mais ce sont des millnaires raisonnables1 au got du jour4 ,c'est1 peut-tre1 une sorte de consolation de se dire que l'univers ne nous survivra pas4 ,pour ma part1 je ne dcouvre dans l'humanit aucun signe de dclin4 ,j'ai beau entendre parler de la dcadence4 ,je n'y crois pas4 ,je ne crois pas mme que nous soyons parvenus au plus haut point de civilisation4 ,je crois que l'volution de l'humanit est extrmement lente et que les diffrences qui se produisent d'un sicle l'autre dans les moeurs sont1 les bien mesurer1 plus petites qu'on ne s'imagine4 ,mais elles nous frappent4 ,et les innombrables ressemblances que nous avons avec nos pres1 nous ne les remarquons pas4 ,le train du monde est lent4 ,l'homme a le gnie de l'imitation4 ,il n'invente gure4 ,il y a1 en psychologie comme en physique1 une loi de la pesanteur qui nous attache au vieux sol4 ,thophile ,gautier1 qui tait sa faon un philosophe1 avec quelque chose de turc dans sa sagesse1 remarquait1 non sans mlancolie1 que les hommes n'taient pas mme parvenus inventer un huitime pch capital4 ,ce matin1 en passant dans la rue1 j'ai vu des maons qui btissaient une maison et qui soulevaient des pierres comme les esclaves de ,thbes et de ,ninive4 ,j'ai vu des maris qui sortaient de l'glise pour aller au cabaret1 suivis de leur cortge1 et qui accomplissaient sans mlancolie les rites tant de fois sculaires4 ,j'ai rencontr un pote lyrique qui m'a rcit ses vers1 qu'il croit immortels2 et1 pendant ce temps1 des cavaliers passaient sur la chausse1 portant un casque1 le casque des lgionnaires et des hoplites1 le casque en bronze clair des guerriers homriques1 d'o pendait encore1 pour terrifier l'ennemi1 la crinire mouvante qui effraya l'enfant ,astyanax dans les bras de sa nourrice la belle ceinture4 ,ces cavaliers taient des gardes rpublicains4 cette vue et songeant que les boulangers de ,paris cuisent le pain dans des fours1 comme aux temps d',abraham et de ,gouda1 j'ai murmur la parole du ,livre3 ,rien de nouveau sous le soleil4 ,et je ne m'tonnai plus de subir des lois civiles qui taient dj vieilles quand ,csar ,justinien en forma un corps vnrable4 99 99 99 ,une chose surtout donne de l'attrait la pense des hommes3 c'est l'inquitude4 ,un esprit qui n'est point anxieux m'irrite ou m'ennuie4 99 99 99 ,nous appelons dangereux ceux qui ont l'esprit fait autrement que le ntre et immoraux ceux qui n'ont point notre morale4 ,nous appelons sceptiques ceux qui n'ont point nos propres illusions1 sans mme nous inquiter s'ils en ont d'autres4 99 99 99 ,auguste ,comte est aujourd'hui mis son rang1 cot de ,descartes et de ,leibnitz4 ,la partie de sa philosophie qui traite des rapports des sciences entre elles et de leur subordination1 celle encore o il dgage de l'amas des faits historiques une constitution positive de la sociologie font dsormais partie des plus prcieuses richesses de la pense humaine4 ,au contraire1 le plan trac par ce grand homme1 la fin de sa vie1 en vue d'une organisation nouvelle de la socit1 n'a trouv aucune faveur en dehors de l'glise positiviste3 c'est la partie religieuse de l'oeuvre4 ,auguste ,comte la conut sous l'influence d'un amour mystique et chaste4 ,celle qui l'inspira1 ,clotilde de ,vaux1 mourut un an aprs sa premire rencontre avec le philosophe1 qui voua a la mmoire de cette jeune femme un culte continu par les disciples fidles4 ,la religion d',auguste ,comte fut inspire par l'amour4 ,pourtant elle est triste et tyrannique4 ,tous les actes de la vie et de la pense y sont troitement rgls4 ,elle donne l'existence une figure gomtrique4 ,toute curiosit de l'esprit y est svrement rprime4 ,elle ne souffre que les connaissances utiles et subordonne entirement l'intelligence au sentiment4 ,chose digne de remarque6 ,par cela mme que cette doctrine est fonde sur la science1 elle suppose la science dfinitivement constitue et1 loin d'encourager les recherches ultrieures1 elle les dconseille et blme mme celles qui n'ont pas pour objet le bien des hommes4 ,cela seul m'empcherait d'aller frapper1 en habit blanc de nophyte1 aux portes du temple de la rue ,monsieur-le-,prince4 ,bannir le caprice et la curiosit1 que cela est cruel6 ,ce dont je me plains1 ce n'est pas que les positivistes veuillent nous interdire toute recherche sur l'essence1 l'origine et la fin des choses4 ,je suis bien rsign ne connatre jamais la cause des causes et la fin des fins4 ,il y a beau temps que je lis les traits de mtaphisique comme des romans plus amusants que les autres1 non plus vritables4 ,mais ce qui rend le positivisme amer et dsolant1 c'est la svrit avec laquelle il interdit les sciences inutiles1 qui sont les plus aimables4 ,vivre sans elles serait-ce encore vivre8 ,il ne nous laisse pas jouer en libert avec les phnomnes et nous enivrer des vaines apparences4 ,il condamne la folie dlicieuse d'explorer les profondeurs du ciel4 ,auguste ,comte1 qui professa vingt ans l'astronomie1 voulait borner l'tude de cette science aux plantes visibles de notre systme1 les seuls corps1 disait-il1 qui pussent avoir une influence apprciable sur le ,grand-,ftiche4 ,c'est la terre qu'il appelait ainsi4 ,mais le ,grand-,ftiche ne serait plus habitable certains esprits si la vie y tait rgle heure par heure et si l'on n'y pouvait faire des choses inutiles1 comme1 par exemple1 rver aux toiles doubles4 99 99 99 ,il faut que j'agisse puisque je vis1 dit l'homunculus sorti de l'alambic du docteur ,wagner4 ,et1 dans le fait1 vivre c'est agir4 ,malheureusement1 l'esprit spculatif rend l'homme impropre l'action4 ,l'empire n'est pas ceux qui veulent tout comprendre4 ,c'est une infirmit que de voir au del du but prochain4 ,il n'y a pas que les chevaux et les mulets qui il faille des oeillres pour marcher sans cart4 ,les philosophes s'arrtent en route et changent la course en promenade4 ,l'histoire du petit ,chaperon-,rouge est une grande leon aux hommes d'tat qui portent le petit pot de beurre et ne doivent pas savoir s'il est des noisettes dans les sentiers du bois4 99 99 99 ,plus je songe la vie humaine1 plus je crois qu'il faut lui donner pour tmoins et pour juges l',ironie et la ,piti1 comme les gyptiens appelaient sur leurs morts la desse ,isis et la desse ,nephtys4 ,l',ironie et la ,piti sont deux bonnes conseillres2 l'une1 en souriant1 nous rend la vie aimable2 l'autre1 qui pleure1 nous la rend sacre4 ,l',ironie que j'invoque n'est point cruelle4 ,elle ne raille ni l'amour1 ni la beaut4 ,elle est douce et bienveillante4 ,son rire calme la colre1 et c'est elle qui nous enseigne nous moquer des mchants et des sors1 que nous pouvions1 sans elle1 avoir la faiblesse de har4 99 99 99 ,cet homme aura toujours la foule pour lui4 ,il est sr de lui comme de l'univers4 ,c'est ce qui plat la foule2 elle demande des affirmations et non des preuves4 ,les preuves la troublent et l'embarrassent4 ,elle est simple et ne comprend que la simplicit4 ,il ne faut lui dire ni comment ni de quelle manire1 mais seulement oui ou non4 99 99 99 ,les morts se prtent aux rconciliations avec une extrme facilit4 ,c'est un bon instinct que de confondre dans la gloire et dans l'amour les ouvriers qui1 bien qu'ennemis1 travaillrent en commun quelque grande oeuvre morale ou sociale4 ,la lgende opre ces runions posthumes qui contentent tout un peuple4 ,elle a des ressources merveilleuses pour mettre ,pierre et ,paul et tout le monde d'accord4 ,mais la lgende de la ,rvolution a bien de la peine se faire4 99 99 99 ,le got des livres est vraiment un got louable4 ,on a raill les bibliophiles1 et peut-tre1 aprs tout1 prtent-ils la raillerie2 c'est le cas de tous les amoureux4 ,mais il faudrait plutt les envier puisqu'ils ont orns leur vie d'une longue et paisible volupt4 ,on croit les confondre en disant qu'ils ne lisent point leurs livres4 ,mais l'un d'eux a rpondu sans embarras3 ,et vous1 mangez-vous dans votre vieille faence8 ,que peut-on faire de plus honnte que de mettre des livres dans une armoire8 ,cela rappelle beaucoup1 la vrit1 la tche que se donnent les enfants1 quand ils font des tas de sable au bord de la mer4 ,ils travaillent en vain1 et tout ce qu'ils lvent sera ben tt renvers4 ,sans doute1 il en est ainsi des collections de livres et de tableaux4 ,mais il n'en faut accuser que les vicissitudes de l'existence et la brivet de la vie4 ,la mer emporte les tas de sable1 le commissaire-priseur disperse les collections4 ,et pourtant on n'a rien de mieux faire que des tas de sable dix ans et des collections soixante4 ,rien ne restera de tout ce que nous levons1 et l'amour des bibelots n'est pas plus vain que tous les autres amours4 99 99 99 ,pour peu qu'on ait pratiqu les savants1 on s'aperoit qu'ils sont les moins curieux des hommes4 tant1 il y a quelques annes1 dans une grande ville d',europe que je ne nommerai pas1 je visitai les galeries d'histoire naturelle en compagnie d'un des conservateurs qui me dcrivait les zoolithes avec une extrme complaisance4 ,il m'instruisit beaucoup jusqu'aux terrains pliocnes4 ,mais1 lorsque nous nous trouvmes devant les premiers vestiges de l'homme1 il dtourna la tte et rpondit mes questions que ce n'tait point sa vitrine4 ,je sentis mon indiscrtion4 ,il ne faut jamais demander un savant les secrets de l'univers qui ne sont point dans sa vitrine4 ,cela ne l'intresse point4 99 99 99 ,le temps1 dans sa fuite1 blesse ou tue nos sentiments les plus ardents et les plus tendres4 ,il affaiblit l'admiration en lui tant ses aliments naturels3 la surprise et l'tonnement2 il anantit l'amour et ses belles folies1 il branle la foi et l'esprance1 il dfleurit1 il effeuille toutes les innocences4 ,du moins1 qu'il nous laisse la piti1 afin que nous ne soyons pas enferms dans la vieillesse comme dans un spulcre4 ,c'est par la piti qu'on demeure vraiment homme4 ,ne nous changeons pas en pierre comme les grandes impies des vieux mythes4 ,ayons piti des faibles parce qu'ils souffrent la perscution et des heureux de ce monde parce qu'il est crit3 ,malheur vous qui riez6 ,prenons la bonne part1 qui est de souffrir avec ceux qui souffrent1 et disons des lvres et du coeur1 au malheureux1 comme le chrtien ,marie3 ,fac me tecum plangere4 99 99 99 ,ne craignons pas trop de prter aux artistes d'autrefois un idal qu'ils n'eurent jamais4 ,on n'admire point sans quelque illusion1 et comprendre un chef-d'oeuvre c'est1 en somme1 le crer en soi-mme nouveau4 ,les mmes oeuvres se refltent diversement dans les mes qui les contemplent4 ,chaque gnration d'hommes cherche une motion nouvelle devant les ouvrages des vieux matres4 ,le spectateur le mieux dou est celui qui trouve1 au prix de quelque heureux contresens1 l'motion la plus pure et la plus forte4 ,aussi l'humanit ne s'attache-t-elle gure avec passion qu'aux oeuvres d'art ou de posie dont quelques parties sont obscures et susceptibles d'interprtations diverses4 99 99 99 ,on annonce1 on attend1 on voit dj de grands changements dans la socit4 ,c'est l'ternelle erreur de l'esprit prophtique4 ,l'instabilit1 sans doute1 est la condition premire de la vie2 tout ce qui vit se modifie sans cesse1 mais insensiblement et presque notre insu4 ,tout progrs1 le meilleur comme le pire1 est lent et rgulier4 ,il n'y aura pas de grands changements1 il n'y en eut jamais1 j'entends de prompts ou de soudains4 ,toutes les transformations conomiques s'oprent avec la lenteur clmente des forces naturelles4 ,bonnes ou mauvaises notre sens1 les choses sont toujours ce qu'il fallait qu'elles fussent4 ,notre tat social est reflet des tats qui l'ont prcd1 comme il est la cause des tats qui le suivront4 ,il tient des premiers1 comme les suivants tiendront de lui4 ,et cet enchanement fixe pour longtemps la persistance d'un mme type2 cet ordre assure la tranquillit de la vie4 ,il est vrai qu'il ne contente ni les esprits curieux de nouveauts1 ni les coeurs altrs de charit4 ,mais c'est l'ordre universel4 ,il faut s'y soumettre4 ,ayons le zle du coeur et les illusions ncessaires2 travaillons ce que nous croyons utile et bon1 mais non point dans l'espoir d'un succs subit et merveilleux1 non point au milieu des imaginations d'une apocalypse sociale3 toutes les apocalypses blouissent et doivent4 ,n'attendons point de miracle4 ,rsignons-nous a prparer1 pour notre inperceptible part1 l'avenir meilleur ou pire que nous ne verrons pus4 99 99 99 ,il faut1 dans la vie1 faire la part du hasard4 ,le hasard1 en dfinitive1 c'est ,dieu4 99 99 99 ,les philosophies sont intressantes seulement comme des monuments psychiques propres a clairer le savant sur les divers tats qu'a traverss l'esprit humain4 ,prcieuses pour la connaissance de l'homme1 elles ne sauraient nous instruire en rien de ce qui n'est pas l'homme4 ,les systmes sont comme ces minces fils de platine qu'on met dans les lunettes astronomiques pour en diviser le champ en parties gales4 ,ces fils sont utiles l'observation exacte des astres1 mais ils sont de l'homme et non du ciel4 ,il est bon qu'il y ait des fils de platine dans les lunettes4 ,mais il ne faut pas oublier que c'est l'opticien qui les a mis4 99 99 99 ,a dix-sept ans1 je vis1 un jour1 ,alfred de ,vigny dans un cabinet de lecture de la rue de l',arcade4 ,je n'oublierai jamais qu'il portait une paisse cravate de satin noir attache au cou par un came et sur laquelle se rabattait un col aux bords arrondis4 ,il tenait la main une mince canne de jonc pomme d'or4 ,j'tais bien jeune1 et pourtant il ne me parut pas vieux4 ,son visage tait paisible et doux4 ,ses cheveux dcolors1 mais soyeux encore et lgers1 tombaient en boucles sur ses joues rondes4 ,il se tenait trs droit1 marchait petits pas et parlait voix basse4 ,aprs son dpart1 je feuilletai avec une motion respectueuse le livre qu'il avait rapport4 ,c'tait un tome de la collection ,petitot1 les ,mmoires de ,la ,noue1 je crois4 ,j'y trouvai un signet oubli1 une troite bande de papier sur laquelle1 de sa grande criture allonge et pointue1 qui rappelait celle de madame de ,svign1 le pote avait trac au crayon un seul mot1 un nom3 ,bellrophon4 ,hros fabuleux ou navire historique1 que signifiait ce nom8 ,vigny songeait-il1 en l'crivant1 ,napolon trouvant les bornes des grandeurs de chair1 ou bien se disait-il3 ,le cavalier mlancolique port par ,pgase n'a point1 quoi qu'en aient dit les ,grecs1 tu le monstre terrible et charmant que1 la sueur au front1 la gorge brlante et les pieds en sang1 nous poursuivons perdument1 la ,chimre8 99 99 99 ,la tristesse philosophique s'est plus d'une fois exprime avec une morne magnificence4 ,comme les croyants parvenus un haut degr de beaut morale gotent les joies du renoncement1 le savant1 persuad que tout autour de nous n'est qu'apparence et duperie1 s'enivre de cette mlancolie philosophique et s'oublie dans les dlices d'un calme dsespoir4 ,douleur profonde et belle1 que ceux qui l'ont gote n'changeraient pas contre les gaiets frivoles et les vaines esprances du vulgaire4 ,et les contradicteurs qui1 malgr la beaut esthtique de ces penses1 les trouveraient funestes l'homme et aux nations1 suspendront peut-tre l'anathme quand on leur montrera la doctrine de l'illusion universelle et de l'coulement des choses unissant l'ge d'or de la philosophie grecque avec ,xnophane et se perptuant travers l'humanit polie1 dans les intelligences les plus hautes1 les plus sereines1 les plus douces1 un ,dmocrite1 un picure1 un ,gassendi4 99 99 99 ,je sais une petite fille de neuf ans plus sage que les sages4 ,elle me disait tout l'heure3 ,on voit dans les livres ce qu'on ne peut pas voir en ralit1 parce que c'est trop loin ou parce que c'est pass4 ,mais ce qu'on voit dans les livres1 on le voit mal1 et tristement4 ,et les petits enfants ne doivent pas lire des livres4 ,il y a tant de choses bonnes voir1 et qu'ils n'ont pas vues3 les lacs1 les montagnes1 les rivires1 les villes et les campagnes1 la mer et les bateaux1 le ciel et les toiles6 ,je suis bien de son avis4 ,nous avons une heure vivre1 pourquoi nous charger de tant de choses8 ,pourquoi tant apprendre1 puisque nous savons que nous ne saurons jamais rien8 ,nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature1 et nous ressemblons ce niais de ,pline le ,jeune qui tudiait un orateur grec pendant que sous ses yeux le ,vsuve engloutissait cinq villes sous la cendre4 99 99 99 ,y a-t-il une histoire impartiale8 ,et qu'est-ce que l'histoire8 ,la reprsentation crite des vnements passs4 ,mais qu'est-ce qu'un vnement8 ,est-ce un fait quelconque8 ,non pas6 c'est un fait notable4 ,or1 comment l'historien juge-t-il qu'un fait est notable ou non8 ,il en juge arbitrairement1 selon son got et son caractre1 son ide1 en artiste enfin4 ,car les faits ne se divisent pas1 de leur propre nature1 en faits historiques et en faits non historiques4 ,un fait est quelque chose d'infiniment complexe4 ,l'historien prsentera-t-il les faits dans leur complexit8 ,cela est impossible4 ,il les reprsentera dnus de presque toutes les particularits qui les constituent1 par consquent tronqus1 mutils1 diffrents de ce qu'ils furent4 ,quant aux rapports des faits entre eux1 n'en parlons pas4 ,si un fait dit historique est amen1 ce qui est possible1 ce qui est probable1 par un ou plusieurs faits non historiques1 et par cela mme inconnus1 comment l'historien pourra-t-il marquer la relation de ces faits et leur enchanement8 ,et je suppose dans tout ce que je dis l que l'historien a sous les yeux des tmoignages certains1 tandis qu'en ralit on le trompe et qu'il n'accorde sa confiance tel ou tel tmoin que par des raisons de sentiment4 ,l'histoire n'est pas une science1 c'est un art4 ,on n'y russit que par l'imagination4 99 99 99 ,c'est beau1 un beau crime6 s'cria un jour ,j4-,j4 ,weiss dans un grand journal4 ,le mot fit scandale parmi les lecteurs ordinaires4 ,je sais un digne homme de magistrat1 un bon vieillard1 qui rendit le lendemain la feuille au porteur4 ,c'tait un abonn de plus de trente annes1 et il tait dans l'ge o l'on n'aime pas changer ses habitudes4 ,mais il n'hsita pas faire ce sacrifice la morale professionnelle4 ,c'est1 je crois1 l'affaire ,fualds qui avait inspir ,j4-,j4 ,weiss une si gnreuse admiration4 ,je ne veux scandaliser personne4 ,je ne saurais4 ,il y faut une grce audacieuse que je n'ai point4 ,pourtant je confesse que le matre avait raison et que c'est beau1 un beau crime4 ,les causes clbres ont sur chacun de nous un attrait irrsistible4 ,ce n'est pas trop de dire que le sang rpandu est pour moiti dans la posie de l'humanit4 ,macbeth et ,chopart dit l',aimable sont les rois de la scne4 ,le got des lgendes sclrates est inn dans l'homme4 ,interrogez les petits enfants3 ils vous diront tous que si ,barbe-,bleue n'avait pas tu ses femmes1 son histoire en serait moins jolie4 ,en face d'une tnbreuse affaire d'assassinat1 l'esprit ressent une curiosit tonne4 ,il s'tonne1 parce que le crime est de soi-mme trange1 mystrieux et monstrueux2 il s'intresse1 parce qu'il retrouve dans tous les crimes ce vieux fonds de faim et d'amour sur lequel1 bons ou mauvais1 nous vivons tous4 ,le criminel semble venu de trs loin4 ,il nous rapporte une image pouvantable de l'humanit des bois et des cavernes4 ,le gnie des races primitives revit en lui4 ,il garde des instincts qu'on croyait perdus2 il a des ruses que notre sagesse ignore4 ,il est pouss par des apptits qui sommeillent en nous autres4 ,il est encore une bte et dj un homme4 ,de l l'admiration indigne qu'il nous inspire4 ,le spectacle du crime est la fois dramatique et philosophique4 ,il est pittoresque aussi1 il sduit par des groupements bizarres1 des ombres farouches entrevues sur les murs1 quand tout dort1 des haillons tragiques1 des expressions de visage dont le secret irrite4 ,rustique et rampant sur la terre nourricire qu'il abreuve depuis tant de sicles1 le crime s'associe aux noires magies de la nuit1 au silence amical de la lune1 aux terreurs parses dans la nature1 aux mlancolies des champs et des rivires4 ,faubourien et cach dans la foule1 il prend les nerfs par une odeur de bouge et d'alcool1 un got de pourriture et des accents inous d'infamie4 ,dans le monde1 je veux dire dans la socit bourgeoise1 o il est rare1 il s'habille comme nous1 il parle comme nous1 et c'est peut-tre sons cette figure quivoque et vulgaire qu'il occupe le plus fortement les imaginations4 ,le crime en habit noir est celui que le peuple prfre4 99 99 99 ,le charme qui touche le plus les mes est le charme du mystre4 ,il n'y a pas de beaut sans voiles1 et ce que nous prfrons1 c'est encore l'inconnu4 ,l'existence serait intolrable si l'on ne rvait jamais4 ,ce que la vie a de meilleur1 c'est l'ide qu'elle nous donne de je ne sais quoi qui n'est point en elle4 ,le rel nous sert fabriquer tant bien que mal un peu d'idal4 ,c'est peut-tre sa plus grande utilit4 99 99 99 ,cela est un signe du temps1 dit-on chaque instant4 ,mais il est trs difficile de dcouvrir les vrais signes du temps4 ,il y faut une connaissance du prsent ainsi que du pass et une philosophie gnrale que nous n'avons ni les uns ni les autres4 ,il m'est arriv plusieurs fois de saisir certains petits faits qui se passaient sous mes yeux et de leur trouver une physionomie originale dans laquelle je me plaisais discerner l'esprit de cette poque4 ,ceci1 me disais-je1 devait se produire aujourd'hui et ne pouvait tre autrefois4 ,c'est un signe du temps4 ,or1 j'ai retrouv neuf fois sur dix le mme fait avec des circonstances analogues dans du vieux mmoires ou dans de vieilles histoires4 ,il y a en nous un fonds d'humanit qui change moins qu'on ne croit4 ,nous diffrons trs peu1 en somme1 de nos grands-pres4 ,pour que nos gots et nos sentiments se transforment1 il est ncessaire que les organes qui les produisent se transforment eux-mmes4 ,c'est l'ouvrage des sicles4 ,il faut des centaines et des milliers d'annes pour altrer sensiblement quelques-uns de nos caractres4 99 99 99 ,nous n'enfermons plus notre croyance dans les vieux dogmes4 ,pour nous1 le ,verbe ne s'est pas rvl seulement sur la sainte montagne dont parle l'criture4 ,le ciel des thologiens nous apparat dsormais peupl de vains fantmes4 ,nous savons que la vie est brve1 et1 pour la prolonger1 nous y mettons le souvenir des temps qui ne sont plus4 ,nous n'esprons plus en l'immortalit de la personne humaine2 pour nous consoler de cette croyance morte1 nous n'avons que le rve d'une autre immortalit1 insaisissable celle-l1 parse1 qu'on ne peut goter que par avance1 et qui1 d'ailleurs1 n'est promise qu' bien peu d'entre nous1 l'immortalit des mes dans la mmoire des hommes4 99 99 99 ,nous n'avons rien faire en ce monde qu' nous rsigner4 ,mais les nobles cratures savent donner la rsignation le beau nom de contentement4 ,les grandes mes se rsignent avec une sainte joie4 ,dans l'amertume du doute1 au milieu du mal universel1 sous le ciel vide1 elles savent garder intactes les antiques vertus des fidles4 ,elles croient1 elles veulent croire4 ,la charit du genre humain les chauffe4 ,c'est peu encore4 ,elles conservent pieusement cette vertu que la thologie chrtienne mettait dans sa sagesse au-dessus de toutes les autres1 parce qu'elle les suppose ou les remplace3 l'esprance4 ,esprons1 non point en l'humanit qui1 malgr d'augustes efforts1 n'a pas dtruit le mal en ce monde1 esprons dans ces tres inconcevables qui sortiront un jour de l'homme1 comme l'homme est sorti de la brute4 ,saluons ces gnies futurs4 ,esprons en cette universelle angoisse dont le transformisme est la loi matrielle4 ,cette angoisse fconde1 nous la sentons crotre en nous2 elle nous fait marcher vers un but invitable et divin4 99 99 99 ,les vieillards tiennent beaucoup trop leurs ides4 ,c'est pourquoi les naturels des les ,fidji tuent leurs parents quand ils sont vieux4 ,ils facilitent ainsi l'volution1 tandis que nous en retardons la marche en faisant des acadmies4 99 99 99 ,l'ennui des potes est un ennui dor1 ne les plaignez pas trop2 ceux qui chantent savent charmer leur dsespoir2 il n'est telle magie que la magie des mots4 ,les potes se consolent1 comme les enfants1 avec des images4 99 99 99 ,en amour1 il faut aux hommes des formes et des couleurs2 ils veulent des images4 ,les femmes ne veulent que des sensations4 ,elles aiment mieux que nous1 elles sont aveugles4 ,et si vous pensez a la lampe de ,psych1 la goutte d'huile1 je vous dirai que ,psych n'est pas la femme1 ,psych est l'me4 ,ce n'est pas la mme chose4 ,c'est mme le contraire4 ,psych tait curieuse de voir1 et les femmes ne sont curieuses que de sentir4 ,psych cherchait l'inconnu4 ,quand les femmes cherchent1 ce n'est pas l'inconnu qu'elles cherchent4 ,elles veulent retrouver1 voil tout1 retrouver leur rve ou leur souvenir1 la sensation pure4 ,si elles avaient des yeux1 comment parviendrait-on s'expliquer leurs amours8 99 99 99 ,a douard ,rod4 ,,sur ,,les ,,couvents ,,de ,,femmes ,il est pnible de voir une jeune fille mourir volontairement au monde4 ,le couvent effraye tout ce qui n'y entre pas4 ,au milieu du ,x,i,ve sicle de l're chrtienne1 une jeune ,romaine nomme ,blsilla fit dans un monastre de tels jenes qu'elle en mourut4 ,le peuple furieux1 suivit le cercueil en criant3 ,chassons1 chassons de la ville cette dtestable race des moines6 ,pourquoi ne les lapide-t-on pas8 ,pourquoi ne les jette-t-on pas dans la rivire8 ,et lorsque1 quatorze cents ans plus tard1 ,chateaubriand exalta1 par la bouche du pre ,aubry1 les filles qui ont sanctifi leur beaut aux chefs-d'oeuvre de la pnitence et mutil cette chair rvolte dont les plaisirs ne sont que des douleurs1 l'abb ,morellet1 qui tait un vieux philosophe1 entendit avec impatience ces louanges de la vie cnobitique et s'cria3 ,si ce n'est pas l du fanatisme1 je demande l'auteur de me donner sa dfinition6 ,que nous enseignent ces interminables querelles1 sinon que la vie religieuse fait peur la nature et que cependant elle a des raisons d'tre et de durer8 ,le peuple et les philosophes n'entrent pas toujours dans ces raisons4 ,elles sont profondes et touchent aux plus grands mystres de la nature humaine4 ,le clotre a t pris d'assaut et renvers4 ,ses ruines dsertes se sont repeuples4 ,certaines mes y vont par une pente naturelle2 ce sont des mes claustrales4 ,parce qu'elles sont inhumaines et pacifiques1 elles quittent le monde et descendent avec joie dans le silence et la paix4 ,plusieurs sont nes lasses2 elles n'ont point de curiosit4 ,elles se tranent inertes et sans dsir4 ,ne sachant ni vivre ni mourir1 elles embrassent la vie religieuse comme une moindre vie et comme une moindre mort4 ,d'autres sont amenes au clotre par des raisons dtournes4 ,elles ne prvoyaient pas le but4 ,innocentes blesses1 une dception prcoce1 un deuil secret du coeur1 leur a gt l'univers4 ,leur vie ne portera point de fruits2 le froid en a sch la fleur4 ,elles ont eu trop tt le sentiment du mal universel4 ,elles se cachent pour pleurer4 ,elles veulent qu'on les oublie4 ,elles veulent oublier444 ,ou plutt1 elles aiment leur douleur et elles la mettent l'abri des hommes et des choses4 ,il en est d'autres enfin qu'attire au couvent le zle du sacrifice et qui veulent se donner tout entires1 dans un abandon plus grand encore que celui de l'amour4 ,celles-l1 plus rares1 sont les vraies pouses de ,jsus-,christ4 ,l'glise leur prodigue les doux noms de lis et de rose1 de colombe et d'agneau3 elle leur promet1 par la bouche de la ,reine des ,vierges1 la couronne d'toiles et le trne de candeur4 ,mais prenons garde de renchrir sur les thologiens4 ,aux poques de foi1 on ne s'chauffait gure sur les vertus mystiques des religieuses4 ,je ne parle pas du peuple1 qui les nonnes ont toujours t suspectes et qui a fait sur elles des contes joyeux4 ,je parle du clerg sculier1 dont les jugements taient fort mlangs4 ,n'oublions pas que la posie des clotres date de ,chateaubriand et de ,montalembert4 ,il faut aussi considrer que les communauts diffrent tout fait selon les temps et les pays et qu'on ne peut les runir toutes dans un mme jugement4 ,le couvent fut longtemps en ,occident la ferme1 l'cole1 l'hpital et la bibliothque4 ,il y eut des couvents pour conserver la science1 d'autres pour conserver l'ignorance4 ,il y en eut pour le travail comme pour l'oisivet4 ,j'ai visit1 il y a quelques annes1 la montagne sur laquelle sainte ,odile1 fille d'un duc d',alsace1 leva au milieu du ,x,i,ie sicle un monastre dont la mmoire est reste dans l'me du peuple alsacien4 ,cette fille forte chercha et trouva les moyens d'adoucir autour d'elle le grand mal de vivre dont souffraient alors les pauvres gens4 ,aide par d'habiles collaboratrices et servie par des serfs nombreux1 elle dfricha1 cultiva les terres1 leva des bestiaux1 mit les rcoltes l'abri des pillards4 ,elle fut prvoyante pour les imprvoyants4 ,elle enseigna la sobrit aux buveurs de cervoise1 la douceur aux violents1 une bonne conomie tous4 ,est-il possible de dcouvrir une ressemblance entra ces vierges robustes et pures des temps barbares1 ces royales mtayres1 et les abbesses qui1 sous ,louis ,,xv1 mettaient des mouches pour aller l'office et parfumaient de poudre la marchale les lvres des abbs qui leur baisaient les doigts8 ,et mme alors1 mme en ces jours de scandale1 quand la noblesse jetait dans les abbayes des cadettes rvoltes1 il y avait de bonnes mes sous les grilles des maisons conventuelles4 ,j'ai surpris les secrets de l'une d'elles4 ,qu'elle me pardonne6 ,c'est l'an pass1 chez ,legoubin1 libraire sur le quai ,malaquais4 ,je trouvai un vieux manuel de confession l'usage des religieuses4 ,une inscription mise sur le titre1 main repose1 m'apprit qu'en #aggi ce livre appartenait soeur ,anne1 religieuse soumise la rgle des ,feuillantines4 ,il tait rdig en franais et avait ceci de remarquable que chaque pch tait imprim sur une petite fiche colle au feuillet par le bord seulement4 ,pendant l'examen de conscience1 dans la chapelle1 la pnitente n'avait besoin ni de plume ni de crayon pour noter ses fautes graves ou lgres4 ,il lui suffisait de corner la petite bande portant mention d'un pch qu'elle avait commis4 ,et dans le confessionnal1 aide de son livre1 qu'elle suivait de corne en corne1 soeur ,anne ne risquait pas d'oublier quelque manquement aux commandements de ,dieu ou ceux de l'glise4 ,or1 dans le moment que je trouvai ce petit livre chez mon ami ,legoubin1 je vis que plusieurs coulpes y taient marques d'un pli unique4 ,c'taient les coulpes extraordinaires de soeur ,anne4 ,d'autres avaient t cornes bien des fois et les angles du papier taient tout uss4 ,c'taient l les pchs mignons de soeur ,anne4 ,comment en douter8 ,le livre n'avait pas servi depuis la dispersion des religieuses en #agij4 ,il tait encore plein des pieuses images et des prires histories que la bonne fille avait glisses entre les pages4 ,je connus de la sorte l'me de soeur ,anne4 ,je n'y trouvai que des pchs innocents s'il en fut1 et j'ai grand espoir que soeur ,anne est assise aujourd'hui la droite du ,pre4 ,jamais coeur plus pur n'a battu sous la robe blanche des ,feuillantines4 ,je me figure cette sainte fille d'aspect candide1 un peu grasse1 se promenant pas lents entre les carrs de choux du jardin conventuel1 et marquant sans trouble1 de son doigt blanc1 sur le livre1 ses pchs aussi rguliers que sa vie3 paroles vaines1 distractions dans les assembles1 distractions aux offices1 dsobissances lgres et sensualit dans les repas4 ,ce dernier trait me touche jusqu'aux larmes4 ,soeur ,anne mangeait avec sensualit des racines cuites l'eau4 ,elle n'tait point triste4 ,elle ne doutait point4 ,elle ne tenta jamais ,dieu4 ,ces pchs-l n'ont point de corne dans le petit livre4 ,religieuse1 elle avait le coeur monastique4 ,sa destine tait conforme sa nature4 ,voil le secret de la sagesse de soeur ,anne4 ,je ne sais1 mais je crois bien qu'il y a beaucoup de soeurs ,anne aujourd'hui dans les couvents de femmes4 ,j'aurais plusieurs reproches faire aux moines2 j'aime mieux dire tout de suite que je ne les aime pas beaucoup4 ,quant aux religieuses1 je crois qu'elles ont pour la plupart1 comme soeur ,anne1 un coeur monastique1 dans lequel abondent les grces de leur tat4 ,et pourquoi sans cela seraient-elles entres an couvent8 ,aujourd'hui1 elles n'y sont plus jetes par l'orgueil et l'avarice de leur famille4 ,elles prennent le voile parce qu'il leur convient de le prendre4 ,elles le quitteraient s'il leur plaisait de le quitter1 et vous voyez qu'elles le gardent4 ,les dragons philosophes1 qu'on voit forant les cltures dans les vaudevilles de la ,rvolution1 avaient vite fait d'invoquer la nature et de marier les nonnes4 ,la nature est plus vaste que ne croient les dragons philosophes2 elle runit le sensualisme et l'asctisme dans son sein immense2 et quant aux couvents1 il faut bien que le monstre soit aimable1 puisqu'il est aim et qu'il ne dvore plus que des victimes volontaires4 ,le couvent a ses charmes4 ,la chapelle1 avec ses vases dors et ses roses en papier1 une sainte ,vierge peinte de couleurs naturelles et claire par une lumire ple et mystrieuse comme le clair de lune1 les chants et l'encens et la voix du prtre1 voil les premires sductions du clotre2 elles l'emportent quelquefois sur celles du monde4 ,c'est que ces choses ont une me et qu'elles contiennent toute la somme de posie accessible certaines natures4 ,sdentaire et faite pour une vie discrte1 humble1 cache1 la femme se trouve tout d'abord son aise au couvent4 ,l'atmosphre en est tide1 un peu lourde2 elle procure aux bonnes filles les dlices d'une lente asphyxie4 ,on y gote un demi-sommeil4 ,on y perd la pense4 ,c'est un grand dbarras4 ,en change1 on y gagne la certitude4 ,n'est-ce pas1 au point de vue pratique1 une excellente affaire8 ,je compte pour peu les titres d'pouse mystique de ,jsus1 de vase d'lection et de colombe immacule4 ,on n'a gure d'exaltation dans les communauts4 ,les vertus y vont leur petit train4 ,tout1 jusqu'au sentiment du divin1 y garde un prudent terre--terre4 ,pas d'envole4 ,le spiritualisme1 dans sa sagesse1 s'y matrialise autant qu'il peut1 et il le peut beaucoup plus qu'on ne pense communment4 ,la grande affaire de la vie y est si bien divise en une suite de petites affaires que l'exactitude supple tout4 ,rien ne rompt jamais la trame gale de l'existence4 ,le devoir y est trs simple4 ,la rgle le trace4 ,il y a l de quoi satisfaire les mes timides1 douces et obissantes4 ,une telle vie tue l'imagination et non pas la gaiet4 ,il est rare de rencontrer l'expression d'une tristesse profonde sur le visage d'une religieuse4 ,a l'heure qu'il est1 on chercherait vainement dans les couvents de ,france une ,virginie de ,leyva ou une ,giulia ,carraciolo1 victimes rvoltes1 respirant avec ivresse travers les grilles du clotre les parfums de la nature et du monde4 ,on n'y trouverait pas non plus1 je crois1 une sainte ,thrse ou une sainte ,catherine de ,sienne4 ,l'ge hroque des couvents est jamais pass4 ,l'ardeur mystique s'teint4 ,les causes qui jetaient tant d'hommes et de femmes dans les monastres n'existent plus4 ,aux temps de violence1 quand l'homme1 mal assur de goter les fruits de son travail1 se rveillait sans cesse aux cris de mort1 aux lueurs de l'incendie1 quand la vie tait un cauchemar1 les plus douces mes s'en allaient rver du ciel dans des maisons qui s'levaient comme de grands navires au-dessus des flots de la haine et du mal4 ,ces temps ne sont plus4 ,le monde est devenu peu prs supportable4 ,on y reste plus volontiers4 ,mais ceux qui le trouvent encore trop rude et trop peu sr sont libres1 aprs tout1 de s'en retirer4 ,l',assemble constituante avait eu tort de le contester1 et nous avons eu raison de l'admettre en principe4 ,j'ai l'honneur de connatre la suprieure d'une communaut dont la maison-mre est ,paris4 ,c'est une femme de bien et qui m'inspire un sincre respect4 ,elle me contait1 il y a peu de temps1 les derniers moments d'une de ses religieuses1 que j'avais connue dans le monde rieuse et jolie1 et qui tait alle s'teindre de phtisie au couvent4 ,elle a fait une sainte mort1 me dit la suprieure4 ,elle se levait de son lit tous les jours de sa longue maladie1 et deux soeurs converses la portaient la chapelle4 ,elle y priait encore le matin de sa dlivrance4 ,un cierge allum devant l'image de saint ,joseph s'gouttait sur le parquet4 ,elle donna l'ordre une des soeurs converses de redresser ce cierge4 ,puis elle se renversa en arrire1 poussa un grand soupir et entra en agonie4 ,on l'administra4 ,elle ne put tmoigner que par le mouvement de ses yeux de la pit avec laquelle elle recevait les sacrements des morts4 ,ce petit rcit me fut fait avec une admirable simplicit4 ,la mort est l'acte le plus important de la vie religieuse4 ,mais l'existence cnobitique y prpare si bien qu'il ne reste pas plus faire en ce moment-l qu'en tout autre4 ,on redresse un cierge qui s'gouttait et l'on meurt4 ,il n'en fallait pas plus pour complter une saintet minutieuse4 99 99 99 ,,de ,l',,entretien ,,que ,j',,eus ,,cette ,,nuit ,,avec ,,un ,,fant,,me ,,sur ,,les ,,origines ,,de ,l',,alphabet ,dans le silence de la nuit1 j'crivais1 j'crivais depuis longtemps4 ,renvoyant sur ma table la lumire de la lampe1 l'abat-jour laissait dans l'ombre les livres qui montent en tages sur les quatre faces du cabinet de travail4 ,le feu mourant semait dans les cendres ses derniers rubis4 ,les acres vapeurs du tabac paississaient l'air2 devant moi1 dans une coupe1 sur un monceau de cendres1 une dernire cigarette levait tout droit sa mince fume bleue4 ,et les tnbres de cette chambre taient mystrieuses1 parce qu'on y sentait confusment l'me de tous les livres endormis4 ,ma plume sommeillait entre mes doigts et je songeais des choses trs anciennes1 quand de la fume de ma cigarette1 comme des vapeurs d'une herbe magique1 sortit un personnage trange3 ses cheveux boucls1 ses yeux longs et luisants1 son nez busqu1 ses lvres paisses1 sa barbe noire1 frise la mode assyrienne1 son teint de bronze clair1 l'expression de ruse et de sensualit cruelle empreinte sur son visage1 les formes trapues de son corps et ses riches vtements rvlaient un de ces ,asiatiques appels barbares par les ,hellnes4 ,il tait coiff d'un bonnet bleu fait comme une tte de poisson et sem d'toiles4 ,il portait une robe pourpre1 brode de figures d'animaux1 et tenait d'une main un aviron1 de l'autre des tablettes4 ,je ne me troublai point sa vue4 ,que des fantmes apparaissent dans une bibliothque1 rien de plus naturel4 ,o se montreraient les ombres des morts1 sinon au milieu des signes qui gardent leur souvenir8 ,j'invitai l'tranger s'asseoir4 ,il n'en fit rien4 --,laissez1 me dit-il1 et faites comme si je n'tais pas l1 je vous prie4 ,je suis venu regarder ce que vous criviez sur ce mauvais papier4 ,j'y prends plaisir2 non que je me soucie en aucune faon des ides que vous pouvez exprimer4 ,mais les caractres que vous tracez m'intressent infiniment4 ,en dpit des altrations qu'elles ont subies en vingt-huit sicles d'usage1 les lettres qui sortent de votre plume ne me sont point trangres4 ,je reconnais ce ,b qui1 de mon temps1 s'appelait beth1 c'est--dire maison4 ,voici l',l1 que nous nommions lamed1 parce qu'il tait en forme d'aiguillon4 ,ce ,g vient de notre gimel1 au cou de chameau1 et cet ,a1 sort de notre aleph1 en tte de boeuf4 ,quant au ,d que je vois l1 il reprsenterait aussi fidlement que le daleth1 qui lui a donn naissance1 l'entre triangulaire de la tente plante dans le sable du dsert1 si par un trait cursif vous n'aviez arrondi les contours de ce signe d'une vie antique et nomade4 ,vous avez altr le daleth ainsi que toutes les lettres de mon alphabet4 ,mais je ne vous le reproche pas4 ,c'tait pour aller plus vite4 ,le temps est prcieux4 ,le temps1 c'est de la poudre d'or1 des dents d'lphant et des plumes d'autruche4 ,la vie est courte4 ,il faut1 sans perdre un moment1 ngocier et naviguer1 afin de gagner des richesses1 pour vieillir heureux et respect4 --,monsieur1 lui dis-je1 votre aspect comme vos discours1 je vous reconnais pour un vieux ,phnicien4 ,il me rpondit simplement3 --,je suis ,cadmus1 l'ombre de ,cadmus4 --,en ce cas1 rpliquai-je1 vous n'existez pas proprement4 ,tous tes mythique et allgorique4 ,car il est impossible de donner crance tout ce que les ,grecs ont dit de vous4 ,ils content que vous avez tu1 au bord de la fontaine d',ares1 un dragon dont la gueule vomissait des flammes1 et qu'ayant arrach les dents du monstre vous les avez semes dans la terre o elles se changrent en hommes4 ,ce sont des contes1 et vous-mme1 monsieur1 vous tes fabuleux4 --,que je le sois devenu dans la suite des ges1 il se peut1 et que ces grands enfants que vous nommez les ,grecs aient ml des fables ma mmoire1 je le crois1 mais je n'en ai nul souci4 ,je ne me suis jamais inquit de ce qu'on penserait de moi aprs ma mort2 mes craintes et mes esprances n'allaient point au del de cette vie dont on jouit sur la terre1 et qui est la seule que je connaisse encore aujourd'hui4 ,car je n'appelle pas vivre flotter comme une vaine ombre dans la poussire des bibliothques et apparatre vaguement ,m4 ,ernest ,renan ou ,m4 ,philippe ,berger4 ,et cet tat de fantme me semble d'autant plus triste que j'ai men1 de mon vivant1 l'existence la plus active et la mieux remplie4 ,je ne m'amusais point semer dans les champs botiens des dents de serpent1 moins que ces dents ne fussent les haines et l'envie que faisaient natre dans l'me des ptres du ,cythron ma richesse et ma puissance4 ,j'ai navigu toute ma vie4 ,dans mon vaisseau noir1 qui portait sa proue un nain rouge et monstrueux1 gardien de mes trsors1 observant les sept ,cabires qui voguent par le ciel en leur barque tincelante1 guidant ma route sur cette toile immobile que les ,grecs nommaient1 cause de moi1 la ,phnicienne1 j'ai sillonn toutes les mers et abord tous les rivages2 je suis all chercher l'or de la ,colchide1 l'acier des ,chalybes1 les perles d',ophir1 l'argent de ,tartesse2 j'ai pris en ,btique le fer1 le plomb1 le cinabre1 le miel1 la cire et la poix1 et1 franchissant les bornes du monde1 j'ai couru sous les brumes de l',ocan jusqu' l'le sombre des ,bretons1 dont je suis revenu vieux1 les cheveux blancs1 riche de l'tain que les gyptiens1 les ,hellnes et les ,italiotes m'achetrent au poids de l'or4 ,la ,mditerrane tait alors mon lac4 ,j'ai fond sur ses ctes encore sauvages des centaines de comptoirs1 et cette fameuse ,thbes n'est qu'une citadelle o je gardais de l'or4 ,j'ai trouv en ,grce des sauvages arms de bois de cerf et de pierres clates4 ,je leur ai donn le bronze1 et c'est par moi qu'ils ont connu tous les arts4 ,on sentait dans son regard et dans ses paroles une duret blessante1 je lui rpondis sans amiti3 --,oh6 vous tiez un ngociant actif et intelligent4 ,mais vous n'aviez point de scrupules1 et vous vous conduisiez1 l'occasion1 en vrai pirate4 ,quand vous abordiez sur une cte de la ,grce ou des les1 vous aviez soin d'taler sur le rivage des parures et de riches toffes1 et si les filles de la cte1 conduites par un invincible attrait1 venaient seules1 l'insu de leurs parents1 contempler les choses dsires1 vos marins enlevaient ces vierges qui criaient et pleuraient en vain1 et ils les jetaient1 lies et frmissantes1 dans le fond de vos vaisseaux1 la garde du nain rouge4 ,n'avez-vous point ainsi1 vous et les vtres1 vol la jeune ,io1 fille du roi ,inachos1 pour la vendre en ,egypte8 --,c'est bien probable4 ,ce roi ,inachos tait le chef d'une petite tribu sauvage4 ,sa fille tait blanche1 avec des traits fins et purs4 ,les relations entre les sauvages et les hommes civiliss ont t les mmes de tout temps4 --,il est vrai2 mais vos ,phniciens ont commis des vols inous dans le monde4 ,ils n'ont pas craint de drober des sarcophages et de dpouiller les hypoges gyptiens pour enrichir leurs ncropoles de ,gbal4 --,de bonne foi1 monsieur1 sont-ce l des reproches faire un homme trs ancien1 celui que ,sophocle appelait dj l'antique ,cadmus8 ,il y a cinq minutes peine que nous causons ensemble dans votre cabinet et vous oubliez tout fait que je suis votre an de vingt-huit sicles4 ,reconnaissez en moi1 cher monsieur1 un vieux ,chananen qu'il ne faut pas chicaner sur quelques caisses de momies et quelques filles de sauvages voles en ,egypte ou en ,grce4 ,admirez plutt la force de mon intelligence et la beaut de mon industrie4 ,je vous ai parl de mes navires4 ,je pourrais vous montrer mes caravanes allant chercher dans le ,yemen l'encens et la myrrhe1 dans le ,harran les pierreries et les pices1 en ,ethiopie l'ivoire et l'bne4 ,mais mon activit ne s'exerait pas seulement dans l'change et le ngoce4 ,j'tais un manufacturier habile1 alors que le monde autour de moi sommeillait dans la barbarie4 ,mtallurgiste1 teinturier1 verrier1 joaillier1 j'exerais mon gnie dans ces arts du feu1 si merveilleux qu'ils semblent magiques4 ,regardez les coupes que j'ai ciseles et admirez le got dlicat du vieux bijoutier de ,chanaan6 ,et je n'tais pas moins admirable dans les travaux agricoles4 ,de cette troite bande de terre resserre entre le ,liban et la mer1 j'ai fait un jardin dlicieux4 ,on y retrouve encore les citernes que j'ai creuses4 ,un de vos matres a dit3 ,seul l'homme de ,chanaan pouvait btir des pressoirs pour l'ternit4 ,connaissez mieux le vieux ,cadmus4 ,j'ai fait passer tous les peuples mditerranens de l'ge de pierre l'ge de bronze4 ,j'ai appris vos ,grecs les principes de tous les arts4 ,en change du bl1 du vin et des peaux de bte qu'ils m'apportaient1 je leur ai donn des coupes o se baisaient des colombes et des figurines de terre1 qu'ils ont copies depuis1 en les arrangeant leur got4 ,enfin1 je leur ai donn un alphabet sans lequel ils n'auraient pu ni fixer ni mme prciser leurs penses que vous admirez4 ,voil ce qu'a fait le vieux ,cadmus4 ,il l'a fait non par la charit du genre humain ni par dsir d'une vaine gloire1 mais pour l'amour du lucre et en vue d'un profit tangible et certain4 ,il l'a fait pour s'enrichir et avec l'envie de boire pendant sa vieillesse du vin dans des coupes d'or1 sur une table d'argent1 au milieu de femmes blanches dansant des danses voluptueuses et jouant de la harpe4 ,car le vieux ,cadmus ne croit ni la bont ni la vertu4 ,il sait que les hommes sont mauvais et que1 plus puissants que les hommes1 les dieux sont pires4 ,il les craint2 il s'efforce de les apaiser par des sacrifices sanglants4 ,il ne les aime point4 ,il n'aime que lui-mme4 ,je me peins tel que je suis4 ,mais considrez que1 si je n'avais pas recherch les violents plaisirs des sens1 je n'aurais pas travaill pour m'enrichir1 je n'aurais pas invent les arts dont vous jouissez encore aujourd'hui4 ,et puisqu'enfin1 cher monsieur1 n'ayant pas assez d'esprit pour devenir marchand1 vous tes scribe et faites des critures la manire des ,grecs1 vous devriez m'honorer l'gal d'un dieu1 moi1 qui vous devez l'alphabet4 ,j'en suis l'inventeur4 ,vous pensez bien que je ne l'ai cr que pour la commodit de mon commerce et sans prvoir le moins du monde l'usage qu'en feraient plus tard les peuples littraires4 ,il me fallait un systme de notation simple et rapide4 ,je l'eusse volontiers pris mes voisins1 ayant l'habitude de tirer d'eux tout ce qui pouvait me convenir4 ,je ne me pique pas d'originalit1 ma langue est celle des smites2 ma sculpture est tantt gyptienne et tantt babylonienne4 ,si j'avais eu une bonne criture sous la main1 je ne me serais pas mis en frais d'invention sur cette matire4 ,mais ni les hiroglyphes des peuples que vous nommez aujourd'hui1 sans les connatre1 ,hittites ou ,helens9999991 ni l'criture sacre des ,egyptiens ne rpondaient mes besoins4 ,c'taient l des critures compliques et lentes1 mieux faites pour s'tendre sur les murailles des temples et des tombeaux que pour se presser sur les tablettes d'un ngociant4 ,mme abrge et cursive1 l'criture des scribes gyptiens gardait encore1 de son type premier1 la lourdeur1 l'embarras et l'indcision4 ,le systme tout entier tait mauvais4 ,l'hiroglyphe simplifi restait encore l'hiroglyphe1 c'est--dire quelque chose de terriblement confus4 ,vous savez comment les gyptiens mlaient dans leurs hiroglyphes1 tant parfaits qu'abrgs1 les signes reprsentant des ides aux signes reprsentant des sons4 ,par un coup de gnie1 je pris vingt-deux de ces signes innombrables et j'en fis les vingt-deux lettres de mon alphabet4 ,des lettres1 c'est--dire des signes correspondant chacun un son unique1 et fournissant par leur association prompte et facile le moyen de peindre fidlement tous les sons6 ,n'tait-ce point ingnieux8 --,oui1 sans doute1 c'tait ingnieux1 et plus encore que vous ne croyez4 ,et nous vous devons un prsent inestimable4 ,car sans l'alphabet point de notation exacte du discours1 point de style1 partant point de pense un peu dlicate1 point d'abstractions1 point de philosophie subtile4 ,il serait aussi absurde d'imaginer ,pascal crivant les ,provinciales en caractres cuniformes que de croire que le ,zeus d',olympie a t sculpt par un phoque4 ,invent pour tenir des livres de commerce1 l'alphabet phnicien est devenu dans le monde entier l'instrument ncessaire et parfait de la pense1 et l'histoire de ses transformations est intimement lie celle du dveloppement de l'esprit humain4 ,votre invention est infiniment belle et prcieuse1 encore qu'imparfaite4 ,car vous n'avez pas song aux voyelles1 et ce sont les ,grecs ingnieux qui les ont trouves4 ,leur part en ce monde tait de porter toutes choses la perfection4 --,les voyelles1 je vais vous dire j'ai toujours eu la mauvaise habitude de les brouiller et de les confondre4 ,vous vous en tes peut-tre aperu ce soir3 le vieux ,cadmus parle un peu de la gorge4 --,je le lui pardonne1 je lui pardonnerais presque le rapt de la vierge ,io1 puisque enfin son pre ,inachos n'tait qu'un chef de sauvages portant pour sceptre un bois de cerf1 sculpt la pointe du silex4 ,je lui pardonnerais mme d'avoir fait connatre aux ,botiens pauvres et vertueux les danses frntiques des ,bacchantes1 je lui pardonnerais tout1 pour avoir donn la ,grce et au monde le plus prcieux des talismans1 les vingt-deux lettres de l'alphabet phnicien4 ,de ces vingt-deux lettres sont sortis tous les alphabets de l'univers4 ,il n'est point de pense sur cette terre qu'ils ne fixent et ne gardent4 ,de votre alphabet1 divin ,cadmus1 sont sorties les critures grecques et italiotes1 qui ont donn naissance toutes les critures europennes4 ,de votre alphabet encore sont issues toutes les critures smitiques1 depuis l'aramen et l'hbreu jusqu'au syriaque et l'arabe4 ,et ce mme alphabet phnicien est le pre des alphabets hymiarite et thiopien et de tous les alphabets du centre de l',asie1 zend et pehlvi1 et mme de l'alphabet indien1 qui a donn naissance au devangari et tous les alphabets de l',asie mridionale4 ,quelle fortune6 ,quel succs universel6 ,il n'y a pas1 l'heure qu'il est1 sur toute la surface de la terre une seule criture qui ne drive de l'criture cadmenne4 ,quiconque en ce monde crit un mot est tributaire des vieux marchands chananens4 ,a cette pense1 je suis tent de vous rendre les plus grands honneurs1 soigneur ,cadmus1 et je ne suis comment reconnatre la faveur que vous m'avez faite en passant une petite heure de nuit dans mon cabinet1 vous1 ,baal ,cadmus1 inventeur de l'alphabet4 --,cher monsieur1 modrez votre enthousiasme4 ,je suis assez content de ma petite invention4 ,mais ma visite n'a rien qui puisse vous flatter particulirement4 ,je m'ennuie mort depuis que1 devenu une ombre vaine1 je ne vends plus ni tain1 ni poudre d'or1 ni dents d'lphant et que1 sur cette terre o ,m4 ,stanley suit de loin mon exemple1 je suis rduit converser1 de temps autre1 avec quelques savants ou curieux qui veulent bien s'intresser moi4 ,je crois entendre le chant du coq1 adieu et tachez de vous enrichir3 les seuls bien de ce monde sont la richesse et la puissance4 ,il dit et disparut4 ,mon feu s'tait teint1 la fracheur de la nuit commenait me saisir et j'avais trs mal la tte4 99 99 99 ,je ne partage pas du tout les mauvais sentiments des vaudevillistes l'endroit des doctoresses4 ,si une femme a la vocation de la science1 de quel droit lui reprocherons-nous d'avoir suivi sa voie8 ,comment blmer cette noble et douce et sage ,sophie ,germain qui1 aux soins du mnage et de la famille1 prfra les mditations silencieuses de l'algbre et de la mtaphysique8 ,la science ne peut-elle avoir1 comme la religion1 ses vierges et ses diaconesses8 ,s'il est peu raisonnable de vouloir instruire toutes les femmes1 l'est-il davantage de vouloir interdire toutes les hautes spculations de la pense8 ,et1 un point de vue tout pratique1 la science n'est-elle pas1 dans certains cas1 pour une femme1 une ressource prcieuse8 ,parce qu'il y a aujourd'hui plus d'institutrices qu'il n'en faut1 devons-nous blmer les jeunes filles qui se vouent l'enseignement1 malgr l'ineptie cruelle des programmes et la justice inique des concours8 ,puisqu'on a toujours reconnu aux femmes une exquise habilet soigner les malades1 puisqu'elles furent de tout temps des consolatrices et des gurisseuses1 puisqu'elles fournissent la socit des infirmires et des sages-femmes1 comment ne pas louer celles qui1 non contentes de l'apprentissage ncessaire1 poussent jusqu'au doctorat leurs tudes mdicales et s'accroissent ainsi en dignit et en autorit8 ,il ne faut point se laisser emporter par la haine des prcieuses et des pdantes4 ,il est de fait que rien n'est odieux comme une pdante4 ,pour ce qui est des prcieuses1 il faudrait distinguer4 ,le bel air ne messied pas toujours1 et un certain got de bien dire ne gte pas une femme4 ,si madame de ,lafayette est une prcieuse 7de son temps1 elle passait pour telle71 je ne harai point les prcieuses4 ,toute affectation est dtestable1 celle du torchon comme celle de la plume1 et il y aurait peu d'agrment vivre dans la socit que rvait ,proudhon1 o toutes les femmes seraient cuisinires et ravaudeuses4 ,je veux bien qu'il soit moins naturel et1 partant1 moins gracieux aux femmes de composer un livre que de jouer la comdie1 mais une femme qui sait crire aurait tort de ne point le faire1 si cela n'embarrasse pas sa vie4 ,sans compter que l'encrier pourra lui devenir un ami quand il lui faudra franchir le pas douloureux pour entrer dans l'ge des souvenirs4 ,il est certain que1 si les femmes n'crivent pas mieux que les hommes1 elles crivent autrement et laissent traner sur le papier un peu de leur grce divine4 ,pour ma part1 je suis trs reconnaissant madame de ,caylus et madame de ,staal-,delaunay d'avoir laiss des pattes de mouche immortelles4 ,ce serait la moins philosophique des ides que de se figurer la science entrant dans le systme moral d'une femme ou d'une fille comme un corps tranger1 comme un lment perturbateur d'une puissance incalculable4 ,mais1 s'il tait naturel et lgitime de vouloir instruire les jeunes filles1 il est certain qu'on s'y est trs mal pris4 ,on commence heureusement le reconnatre4 ,la science est le lien de l'homme avec la nature4 ,elles ont besoin comme nous d'une part de connaissance4 ,a la faon dont on a voulu les instruire1 bien loin de multiplier leurs rapports avec l',univers1 on les a spares et comme retranches de la nature4 ,on leur a enseign des mots et non des choses1 et on leur a mis dans la tte de longues nomenclatures d'histoire1 de gographie et de zoologie qui n'ont par elles-mmes aucune signification4 ,ces innocentes cratures ont port leur faix et plus que leur faix de ces programmes iniques que l'orgueil dmocratique et le patriotisme bourgeois levrent comme les ,babels de la cuistrerie4 ,on tait parti de l'ide absurde qu'un peuple est savant quand tout le monde y sait les mmes choses1 comme si la diversit des fonctions n'entranait pas la diversit des connaissances1 et comme s'il tait profitable qu'un marchand st ce que sait un mdecin6 ,cette ide se trouva fconde en erreurs2 notamment1 elle en enfanta une autre encore plus mchante qu'elle4 ,on s'imagina que les lments des sciences spciales sont utiles aux personnes destines n'en poursuivre ni les applications ni la thorie4 ,on s'imagina que la terminologie avait en anatomie1 par exemple1 ou en chimie1 une valeur propre1 et qu'on tait intress la connatre1 indpendamment de l'usage qu'en font les chirurgiens et les chimistes4 ,cette superstition est aussi folle que celle des vieux ,scandinaves qui crivaient en caractres runiques et s'imaginaient qu'il y a des mots assez puissants1 si on les prononait jamais1 pour teindre le soleil et rduire la terre en poudre4 ,on sourit de piti en songeant ces pdagogues qui enseignent aux enfants les mots d'une langue que ceux-ci n'entendront ni ne parleront jamais4 ,ils disent1 ces barbacoles1 qu'ils enseignent ainsi les lments des sciences et donnent aux filles des clarts de tout4 ,mais qui ne voit qu'ils leur donnent seulement des tnbres de tout et que1 pour mettre des ides dans ces jeunes ttes1 molles et lgres1 il faudrait user d'une tout autre mthode8 ,montrez en peu de mots les grands objets d'une science1 marquez-en les rsultats par quelques exemples frappants4 ,soyez des gnralisateurs1 soyez des philosophes et cachez si bien votre philosophie qu'on vous croie aussi simples que les esprits auxquels vous parlez4 ,exposez sans jargon1 dans la langue vulgaire et commune tous1 un petit1 nombre de faits qui frappent l'imagination et contentent l'intelligence4 ,que votre parole soit nave1 grande et gnreuse4 ,ne vous flattez pas d'enseigner un grand nombre de choses4 ,excitez seulement la curiosit4 ,contents d'ouvrir les esprits1 ne les surchargez point4 ,mettez-y l'tincelle4 ,d'eux-mmes1 ils s'prendront par l'endroit o ils sont inflammables4 ,et si l'tincelle s'teint1 si certaines intelligences restent obscures1 du moins vous ne les aurez point brles4 ,il y aura toujours des ignorants parmi nous4 ,il faut respecter toutes les natures et laisser la simplicit celles qui y sont voues4 ,cela est particulirement ncessaire pour les filles qui1 la plupart1 font leur temps sur la terre dans des emplois o on leur demande tout autre chose que des ides gnrales et des connaissances techniques4 ,je voudrais que l'enseignement qu'on donne aux filles ft surtout une discrte et douce sollicitation4 99 99 99 ,,sur ,,le ,,miracle ,il ne faut pas dire3 ,le miracle n'est pas1 parce qu'il n'a pas t dmontr4 ,les orthodoxes pourraient toujours en appeler une instruction plus complte4 ,la vrit c'est que le miracle ne saurait tre constat ni aujourd'hui ni demain1 parce que constater le miracle1 ce sera toujours apporter une conclusion prmature4 ,un instinct profond nous dit que tout ce que la nature renferme dans son sein est conforme ses lois ou connues ou mystrieuses4 ,mais1 quand bien mme il ferait taire son pressentiment1 l'homme ne pourra jamais dire3 ,tel fait est au del des frontires de la nature4 ,nos explorations ne pousseront jamais jusque-l4 ,et1 s'il est de l'essence du miracle d'chapper la connaissance1 tout dogme qui l'atteste invoque un tmoin insaisissable1 qui se drobera jusqu' la fin des sicles4 ,le miracle est une conception enfantine qui ne peut subsister ds que l'esprit commence se faire une reprsentation systmatique de la nature4 ,la sagesse grecque n'en supportait point l'ide4 ,hippocrate disait1 en parlant de l'pilepsie3 ,ce mal est nomm divin2 mais toutes les maladies sont divines et viennent galement des dieux4 ,il parlait en philosophe naturaliste4 ,la raison humaine est moins ferme aujourd'hui4 ,ce qui me fche surtout1 c'est qu'on dise3 ,nous ne croyons pas aux miracles1 parce que aucun n'est prouv4 tant ,lourdes1 au mois d'aot1 je visitai la grotte o d'innombrables bquilles taient suspendues1 en signe de gurison4 ,mon compagnon me montra du doigt ces trophes d'infirmerie et murmura mon oreille3 --,une seule jambe de bois en dirait bien davantage4 ,c'est une parole de bon sens2 mais philosophiquement la jambe de bois n'aurait pas plus de valeur qu'une bquille4 ,si un observateur d'un esprit vraiment scientifique tait appel constater que la jambe coupe d'un homme s'est reconstitue subitement dans une piscine ou ailleurs1 il ne dirait point3 ,voil un miracle6 ,il dirait3 ,une observation jusqu' prsent unique tend faire croire qu'en des circonstances encore indtermines les tissus d'une jambe humaine ont la proprit de se reconstituer comme les pinces des homards1 les pattes des crevisses et la queue des lzards1 mais beaucoup plus rapidement4 ,c'est l un fait de nature en contradiction apparente avec plusieurs autres faits de nature4 ,celle contradiction rsulte de notre ignorance1 et nous voyons clairement que la physiologie des animaux est refaire1 ou1 pour mieux dire1 qu'elle n'a jamais t faite4 ,il n'y a gure plus de deux cents ans que nous avons une ide de la circulation du sang4 ,il y a un sicle peine que nous savons ce que c'est que de respirer4 ,il y aurait1 j'en conviens1 quelque fermet parler de la sorte4 ,mais le savant ne doit s'tonner de rien4 ,disons que1 d'ailleurs1 aucun d'eux n'a jamais t mis pareille preuve et que rien ne fait craindre un prodige de ce genre4 ,les gurisons miraculeuses que les mdecins ont pu constater s'accordent toutes trs bien avec la physiologie4 ,jusqu'ici les spultures des saints1 les fontaines et les grottes sacres n'ont jamais agi que sur des malades atteints d'affections ou curables ou susceptibles de rmission instantane4 ,mais vit-on un mort ressusciter1 le miracle ne serait prouv que si nous savions ce que c'est que la vie et que la mort1 et nous ne le saurons jamais4 ,on nous dfinit le miracle3 une drogation aux lois de la nature4 ,nous ne les connaissons pas2 comment saurions-nous qu'un fait y droge8 --,mais nous connaissons quelques-unes de ces lois8 --,oui1 nous avons surpris quelque rapport des choses4 ,mais1 ne saisissant pas toutes les lois naturelles1 nous n'en saisissons aucune1 puisqu'elles s'enchanent4 --,encore pourrions-nous constater le miracle dans ces sries de rapports que nous avons surpris4 --,nous ne le pourrions pas avec une certitude philosophique4 ,d'ailleurs1 c'est prcisment les sries qui nous apparaissent comme les plus fixes et les mieux dtermines que le miracle interrompt le moins4 ,le miracle n'entreprend rien1 par exemple1 contre la mcanique cleste4 ,il ne s'exerce point sur le cours des astres et jamais il n'avance ni ne retarde une clipse calcule4 ,il se joue volontiers1 au contraire1 dans les tnbres de la pathologie interne et se plat surtout aux maladies nerveuses4 ,mais ne mlons point une question de fait la question de principe4 ,en principe1 le savant est inhabile constater un fait surnaturel4 ,cette constatation suppose une connaissance totale et absolue de la nature qu'il n'a point et n'aura jamais1 et que personne n'eut au monde4 ,c'est parce que je n'en croirais pas nos plus habiles oculistes sur la gurison miraculeuse d'un aveugle1 qu' plus forte raison je n'en crois pas non plus saint ,mathieu et saint ,marc qui n'taient pas oculistes4 ,le miracle est par dfinition mconnaissable et inconnaissable4 ,les savants ne peuvent en aucun cas attester qu'un fait est en contradiction avec l'ordre universel1 c'est--dire avec l'inconnu divin4 ,dieu mme ne le pourrait qu'en tablissant une pitoyable distinction entre les manifestations gnrales et les manifestations particulires de son activit1 en reconnaissant qu'il fait de temps en temps des retouches timides son oeuvre1 et en laissant chapper cet aveu humiliant que la lourde machine qu'il a monte a besoin toute heure1 pour marcher cahin-caha1 d'un coup de main du fabricant4 ,la science est habile1 au contraire1 ramener aux donnes de la science positive des faits qui semblaient s'en carter4 ,elle russit parfois trs heureusement expliquer par des causes physiques certains phnomnes qui passrent longtemps pour merveilleux4 ,des gurisons de la moelle furent constates sur le tombeau du diacre ,paris et dans d'autres lieux saints4 ,ces gurisons n'tonnent plus depuis qu'on sait que l'hystrie simula parfois les lsions de la moelle pinire4 ,qu'une toile nouvelle ait apparu ces personnages mystrieux que l'vangile appelle les ,mages 7je suppose le fait historiquement tabli71 c'tait1 certes1 un miracle pour les astrologues du moyen ge1 qui croyaient que le firmament1 clou d'toiles1 n'tait sujet aucune vicissitude4 ,mais1 relle ou fictive1 l'toile des ,mages n'est plus miraculeuse pour nous qui savons que le ciel est incessamment agit par la naissance et par la mort des univers1 et qui avons vu1 en #ahff1 une toile s'allumer tout coup dans la ,couronne borale1 briller pendant un mois1 puis s'teindre4 ,cette toile n'annonait point le ,messie2 elle attestait seulement qu' une distance infinie de nous une conflagration effroyable dvorait un monde en quelques jours1 ou plutt l'avait autrefois dvor1 car le rayon qui nous apportait la nouvelle de ce dsastre cleste tait en chemin depuis cinq sicles1 et peut-tre depuis plus longtemps4 ,on connat le miracle de ,bolsne1 immortalis par une des ,stanze de ,raphal4 ,un prtre incrdule clbrait la messe2 l'hostie1 quand il la brisa pour la communion1 parut couverte de sang4 ,les ,acadmies1 il y a seulement dix ans1 eussent t fort embarrasses d'expliquer un fait si trange4 ,on n'est mme pas tent de le nier depuis la dcouverte d'un champignon microscopique dont les colonies1 tablies dans la farine ou dans la pte1 ont l'aspect du sang coagul4 ,le savant qui l'a trouv1 pensant avec raison que c'taient l les taches rouges de l'hostie de ,bolsne1 appela le champignon micrococcus prodigiosus4 ,il y aura toujours un champignon1 une toile ou une maladie que la science humaine ne connatra pas1 et c'est pour cela qu'elle devra toujours1 au nom de l'ternelle ignorance1 nier tout miracle et dire des plus grandes merveilles1 comme de l'hostie de ,bolsne1 comme de l'toile des ,mages1 comme du paralytique guri3 ,ou cela n'est pas1 ou cela est1 et1 si cela est1 cela est dans la nature et par consquent naturel4 99 99 99 ,,ch,,teaux ,,de ,,cartes ,ce qui rend dfiant en matire d'esthtique1 c'est que tout se dmontre par le raisonnement4 ,znon d',ele a dmontr que la flche qui vole est immobile4 ,on pourrait aussi dmontrer le contraire1 bien qu' vrai dire ce soit plus malais4 ,car le raisonnement s'tonne devant l'vidence1 et l'on peut dire que tout se dmontre1 hors ce que nous sentons vritable4 ,une argumentation suivie sur un sujet complexe ne prouvera jamais que l'habilet de l'esprit qui l'a conduite4 ,il faut bien que les hommes aient quelque soupon de cette grande vrit1 puisqu'ils ne se gouvernent jamais par le raisonnement4 ,l'instinct et le sentiment les mnent4 ,ils obissent leurs passions1 l'amour1 la haine et surtout la peur salutaire4 ,ils prfrent les religions aux philosophies et ne raisonnent que pour se justifier de leurs mauvais penchants et de leurs mchantes actions1 ce qui est risible1 mais pardonnable4 ,les oprations les plus instinctives sont gnralement celles o ils russissent le mieux1 et la nature a fond sur celles-l seules la conservation de la vie et la perptuit de l'espce4 ,les systmes philosophiques ont russi en raison du gnie de leurs auteurs1 sans qu'on ait jamais pu reconnatre en l'un d'eux des caractres de vrit qui le fissent prvaloir4 ,en morale1 toutes les opinions ont t soutenues1 et si plusieurs semblent s'accorder1 c'est que les moralistes eurent souci1 pour la plupart1 de ne pas se brouiller avec le sentiment vulgaire et l'instinct commun4 ,la raison pure1 s'ils n'avaient cout qu'elle1 les et conduits par divers chemins aux conclusions les plus monstrueuses1 comme il se voit en certaines sectes religieuses et en certaines hrsies dont les auteurs1 exalts par la solitude ont mpris le consentement irrflchi des hommes4 ,il semble qu'elle raisonnt trs bien1 cette docte canite qui1 jugeant la cration mauvaise1 enseignait aux fidles offenser les lois physique et morales du monde1 sur l'exemple des criminels et prfrablement l'imitation de ,can et ,judas4 ,elle raisonnait bien1 pourtant sa morale tait abominable4 ,cette vrit sainte et salutaire se trouve an fond de toutes les religions1 qu'il est pour l'homme un guide plus sur que le raisonnement et qu'il faut couter le coeur4 ,en esthtique1 c'est--dire dans les nuages1 on peut argumenter plus et mieux qu'en aucun autre sujet4 ,c'est en cet endroit qu'il faut tre mfiant4 ,c'est l qu'il faut tout craindre3 l'indiffrence comme la partialit1 la froideur comme la passion1 le savoir comme l'ignorance1 l'art1 l'esprit1 la subtilit et l'innocence plus dangereuse que la ruse4 ,en matire d'esthtique1 tu redouteras les sophismes1 surtout quand ils seront beaux1 et il s'en trouva d'admirables4 ,tu n'en croiras pas mme l'esprit mathmatique1 si parfait1 si sublime1 mais d'une telle dlicatesse que cette machine ne peut travailler que dans le vide et qu'un grain de sable dans les rouages suffit les fausser4 ,on frmit en songeant jusqu'o ce grain de sable peut entraner une cervelle mathmatique4 ,pensez ,pascal4 ,l'esthtique ne repose sur rien de solide4 ,c'est un chteau en l'air4 ,on l'appuie sur l'thique4 ,mais il n'y a pas d'thique4 ,il n'y a pas de sociologie4 ,il n'y a pas non plus de biologie4 ,l'achvement des sciences n'a jamais exist que dans la tte de ,m4 ,auguste ,comte1 dont l'oeuvre est une prophtie4 ,quand la biologie sera constitue1 c'est--dire dans quelques millions d'annes1 un pourra peut-tre construire une sociologie4 ,ce sera l'affaire d'un grand nombre de sicles2 aprs quoi1 il sera loisible de crer sur des bases solides une science esthtique4 ,mais alors notre plante sera bien vieille et touchera aux termes de ses destins4 ,le soleil1 dont les taches nous inquitent dj1 non sans raison1 ne montrera plus la terre qu'une face d'un rouge sombre et fuligineux demi couverte de scories opaques1 et les derniers humains1 retirs au fond des mines1 seront moins soucieux de disserter sur l'essence du beau que de brler dans les tnbres leurs derniers morceaux de houille1 avant de s'abmer dans les glaces ternelles4 ,pour fonder la critique1 on parle de tradition et de consentement universel4 ,il n'y en a pas4 ,l'opinion presque gnrale1 il est vrai1 favorise certaines oeuvres4 ,mais c'est en vertu d'un prjug1 et nullement par choix et par l'effet d'une prfrence spontane4 ,les oeuvres que tout le monde admire sont celles que personne n'examine4 ,on les reoit comme un fardeau prcieux1 qu'on passe d'autres sans y regarder4 ,croyez-vous vraiment qu'il y ait beaucoup de libert dans l'approbation que nous donnons aux classiques grecs1 latins1 et mme aux classiques franais8 ,le got aussi qui nous porte vers tel ouvrage contemporain et nous loigne de tel autre est-il bien libre8 ,n'est-il pas dtermin par beaucoup de circonstances trangres au contenu de cet ouvrage1 dont la principale est l'esprit d'imitation1 si puissant chez l'homme et chez l'animal8 ,cet esprit d'imitation nous est ncessaire pour vivre sans trop d'garement2 nous le portons dans toutes nos actions et il domine notre sens esthtique4 ,sans lui les opinions seraient en matire d'art beaucoup plus diverses encore qu'elles ne sont4 ,c'est par lui qu'un ouvrage qui1 pour quelque raison que ce soit1 a trouv d'abord quelques suffrages1 en recueille ensuite un plus grand nombre4 ,les premiers seuls taient libres2 tous les autres ne font qu'obir4 ,ils n'ont ni spontanit1 ni sens1 ni valeur1 ni caractre aucun4 ,et par leur nombre ils font la gloire4 ,tout dpend d'un trs petit commencement4 ,aussi voit-on que les ouvrages mpriss leur naissance ont peu de chance de plaire un jour1 et qu'au contraire les ouvrages clbres ds le dbut gardent longtemps leur rputation et sont estims encore aprs tre devenus inintelligibles4 ,ce qui prouve bien que l'accord est le pur effet du prjug1 c'est qu'il cesse avec lui4 ,on en pourrait donner de nombreux exemples4 ,je n'en rapporterai qu'un seul4 ,il y a une quinzaine d'annes1 dans l'examen d'admission au volontariat d'un an1 les examinateurs militaires donnrent pour dicte aux candidats une page sans signature qui1 cite dans divers journaux1 y fut raille avec beaucoup de verve et excita la gaiet de lecteurs trs lettrs4--,o ces militaires1 demandait-on1 taient-ils alls cherche des phrases si baroques et si ridicules8 ,ils les avaient prises pourtant dans un trs beau livre4 ,c'tait du ,michelet1 et du meilleur1 du ,michelet du plus beau temps4 ,messieurs les officiers avaient tir le texte de leur dicte de cette clatante description de la ,france par laquelle le grand crivain termine le premier volume de son ,histoire et qui en est un des morceaux les plus estims4 ,en latitude1 les zones de la ,france se marquent aisment par leurs produits4 ,au ,nord1 les grasses et basses plaines de ,belgique et de ,flandre avec leurs champs de lin et de colza1 et le houblon1 leur vigne amre du nord1 etc41 etc4 ,j'ai vu des connaisseurs rire de ce style1 qu'ils croyaient celui de quelque vieux capitaine4 ,le plaisant qui riait le plus fort tait un grand zlateur de ,michelet4 ,cette page est admirable1 mais1 pour tre admire d'un consentement unanime1 faut-il encore qu'elle soit signe4 ,il en va de mme de toute page crite de main d'homme4 ,par contre1 ce qu'un grand nom recommande a chance d'tre lou aveuglment4 ,victor ,cousin dcouvrait dans ,pascal des sublimits qu'on a reconnu tre des fautes du copiste4 ,il s'extasiait par exemple sur certains raccourcis d'abme qui proviennent d'une mauvaise lecture4 ,on n'imagine pas ,m4 ,victor ,cousin admirant des raccourcis d'abme chez un de ses contemporains1 ,les rhapsodies d'un ,vrain ,lucas furent favorablement accueillies de l',acadmie des sciences sous les noms de ,pascal et de ,descartes4 ,ossian semblait l'gal d',homre quand on le croyait ancien4 ,on le mprise depuis qu'on sait que c'est ,mac-,pherson4 ,lorsque les hommes ont des admirations communes et qu'ils en donnent chacun la raison1 la concorde se change en discorde4 ,dans un mme livre ils approuvent des choses contraires qui ne peuvent s'y trouver ensemble4 ,ce serait un ouvrage bien intressant que l'histoire des variations de la critique sur une des oeuvres dont l'humanit s'est le plus occupe1 ,hamlet1 la ,divine ,comdie ou l',iliade4 ,l',iliade nous charme aujourd'hui par un caractre barbare et primitif que nous y dcouvrons de bonne foi4 ,au xviie sicle1 on louait ,homre d'avoir observ les rgles de l'pope4 ,soyez assur1 disait ,boileau1 que si ,homre a employ le mot chien1 c'est que le mot est noble en grec4 ,ces ides nous semblent ridicules4 ,les ntres paratront peut-tre aussi ridicules dans deux cents ans1 car enfin on ne peut mettre au rang des vrits ternelles qu',homre est barbare et que la barbarie est admirable4 ,il n'est pas en matire de littrature une seule opinion qu'on ne combatte aisment par l'opinion contraire4 ,qui saurait terminer les disputes des joueurs de flte8 ,faut-il donc ne faire ni esthtique ni critique8 ,je ne dis pas cela4 ,mais il faut savoir que c'est un art et y mettre la passion et l'agrment sans lesquels il n'y a point d'art4 99 99 99 ,a ,monsieur ,l4 ,bourdeau4 ,,aux ,,champs-,,lys,,es ,je fus tout coup emport dans de muettes tnbres au milieu desquelles paraissaient vaguement des formes inconnues qui me remplissaient d'horreur4 ,mes yeux s'accoutumant peu peu l'obscurit1 je distinguai1 au bord d'un fleuve qui roulait des eaux lourdes1 l'ombre effrayante d'un homme coiff d'un bonnet asiatique et portant une rame sur l'paule4 ,je reconnus l'ingnieux ,ulysse4 ,de ses joues creuses pendait une barbe dcolore4 ,je l'entendis soupirer d'une voix teinte3 ,j'ai faim4 ,je ne vois plus clair et mon me est comme une lourde fume errant dans les tnbres4 ,qui me fera boire du sang noir1 pour qu'il me souvienne encore de mes navires peints de vermillon1 de ma femme irrprochable et de ma mre8 ,en entendant ce discours1 je compris que j'tais transport dans les ,enfers4 ,je tchai de m'y diriger de mon mieux1 d'aprs les descriptions des potes1 et je m'acheminai vers une prairie o luisait une faible et douce lumire4 ,aprs une demi-heure de marche1 je rencontrai des ombres qui1 assembles sur un champ d'asphodles1 discouraient ensemble4 ,il s'y trouvait des mes de tous les temps et de tous les pays1 et j'y reconnus de grands philosophes mls de pauvres sauvages4 ,cach dans l'ombre d'un myrte1 j'coutai leur conversation4 ,j'entendis d'abord ,pyrrhon demander1 avec un air de douceur1 les mains sur sa bche comme un bon jardinier3 --,qu'est-ce que l'me8 ,les ombres qui l'entouraient rpondirent presque la fois4 ,le divin ,platon dit avec subtilit3 --,l'me est triple4 ,nous avons une me trs grossire dans le ventre1 une me affectueuse dans la poitrine et une me raisonnable dans la tte4 ,l'me est immortelle4 ,les femmes n'ont que deux mes4 ,il leur manque la raisonnable4 ,un pre du concile de ,mcon lui rpondit3 --,platon1 vous parlez comme un idoltre4 ,le concile de ,mcon1 la majorit des voix1 accorda1 en #ehe1 une me immortelle la femme4 ,d'ailleurs1 la femme est un homme1 puisque ,jsus-,christ1 n d'une vierge1 est appel dans l'vangile le fils de l',homme4 ,aristote haussa les paules et rpondit son matre ,platon1 avec une respectueuse fermet3 --,a mon compte1 ,platon1 je trouve cinq mes chez l'homme et chez les animaux3 #a;e la nutritive2 #b;e la sensitive2 #c;e la motrice2 #d;e l'apptitive2 #e;e la raisonnable4 ,l'me est la forme du corps4 ,elle le fait prir en prissant elle-mme4 ,les opinions s'opposaient les unes aux autres4 ,,orig,,ne4 ,l'me est matrielle et figure4 ,,saint ,,augustin4 ,l'me est incorporelle et immortelle4 ,,hegel ,l'me est un phnomne contingent4 ,,schopenhauer4 ,l'me est une manifestation temporaire de la volont4 ,,un ,,polyn,,sien4 ,l'me est un souffle1 et quand je me suis vu sur le point d'expirer1 je me suis pinc le nez pour retenir mon me dans mon corps4 ,mais je n'ai pas serr avec assez de force4 ,et je suis mort4 ,,une ,,floridienne ,moi je mourus en couches4 ,on mit sur mes lvres la main de mon petit enfant pour qu'il y retint le souffle de sa mre4 ,mais il tait trop tard1 mon me glissa entre les doigts du pauvre innocent4 ,,descartes4 ,j'ai tabli solidement que l'me tait spirituelle4 ,quant savoir ce qu'elle devient1 je m'en rapporte ,m4 ,digby1 qui en a trait4 ,,lamettrie4 ,o est ce ,m4 ,digby8 ,qu'on nous l'amne6 ,,minos4 ,messieurs1 je le ferai rechercher soigneusement dans tous les ,enfers4 ,,le ,,grand ,,albert4 ,il y a trente arguments contre l'immortalit de l'me et trente-six pour1 soit une majorit de six arguments en faveur de l'affirmative4 ,,bas-,,de-,,cuir4 ,l'esprit d'un chef courageux ne meurt point1 ni sa hache ni sa pipe4 ,,le ,,rabbin ,,maimonide4 ,il est crit3 ,le mchant sera dtruit et il ne restera rien de lui4 ,,saint ,,augustin4 ,tu te trompes1 rabbin ,maimonide4 ,il est crit3 ,les maudits iront au feu ternel4 ,,orig,,ne4 ,oui1 ,maimonide se trompe4 ,le mchant ne sera pas dtruit1 mais il sera diminu2 il deviendra tout petit et mme imperceptible4 ,c'est ce qu'il faut entendre des damns4 ,et les mes saintes s'abment en ,dieu4 ,,jean ,,scott4 ,la mort fait rentrer les tres en ,dieu comme un son qui s'vanouit dans l'air4 ,,bossuet4 ,origne et ,jean ,scott tiennent ici des discours tous dgouttants des poisons de l'erreur4 ,ce qui est dit aux livres saints des tourments de l'enfer doit tre entendu au sens prcis et littral4 ,toujours vivants et toujours mourants1 immortels pour leurs peines1 trop forts pour mourir1 trop faibles pour supporter1 les damns gmiront ternellement sur des lits de flammes1 outrs de furieuses et irrmdiables douleurs4 ,,saint-,,augustin4 ,oui1 ces vrits doivent tre prises au sens littral4 ,c'est la vraie chair des damns qui souffrira dans les sicles des sicles4 ,les enfants morts sitt le jour ou dans le ventre de leur mre ne seront point exempts de ces supplices4 ,ainsi le veut la justice divine4 ,si l'on a peine croire que des corps plongs dans les flammes ne s'y consument jamais1 c'est un pur effet de l'ignorance1 et parce qu'on ne sait pas qu'il y a des chairs qui sa conservent dans le feu4 ,telles sont celles du faisan4 ,j'en fis l'exprience ,hippone1 o mon cuisinier1 ayant apprt un de ces oiseaux m'en servit une moiti4 ,au bout de quinze jours1 je redemandai l'autre moiti1 qui se trouva encore bonne manger4 ,par quoi il apparut que le feu l'avait conserve comme il conservera les corps des damns4 ,,sumangala4 ,tout ce que je viens d'entendre est noir des tnbres de l'occident4 ,la vrit est que les mes passent dans divers corps avant de parvenir au bienheureux nirvana qui met fin tous les maux de l'tre4 ,gautama traversa cinq cent cinquante incarnations avant de devenir ,bouddha2 il fut roi1 esclave1 singe1 lphant1 corbeau1 grenouille1 platane1 etc4 ,l',,eccl,,siaste4 ,les hommes meurent comme les btes1 et leur sort est gal4 ,comme l'homme meurt1 les btes meurent aussi4 ,les uns et les autres respirent de mme1 et l'homme n'a rien de plus que la bte4 ,,tacite4 ,ce discours est concevable dans la bouche d'un juif1 faonn la servitude4 ,pour moi1 je parlerai en romain3 ,l'me des grands citoyens n'est point prissable4 ,voil ce qu'il est permis de croire4 ,mais on offense la majest des dieux en supposant qu'ils accordent l'immortalit aux mes des esclaves et des affranchis4 ,,cic,,ron4 ,hlas6 mon fils1 tout ce qu'on dit des enfers est un tissu de mensonges4 ,je me demande si moi-mme je suis immortel1 autrement que par la mmoire de mon consulat qui durera toujours4 ,,socrate4 ,pour moi1 je crois l'immortalit de l'me4 ,c'est un beau risque courir1 une esprance dont il faut s'enchanter soi-mme4 ,,victor ,,cousin4 ,cher ,socrate1 l'immortalit de l'me1 que j'ai dmontre avec loquence1 est principalement une ncessit morale4 ,car la vertu est un beau sujet de rhtorique et si l'me n'est pas immortelle la vertu ne sera pas rcompense4 ,et ,dieu ne serait pas ,dieu s'il ne prenait pas soin de mes sujets de discours franais4 ,s,n,,que4 ,sont-ce l les maximes d'un sage8 ,considre1 philosophe des ,gaules1 que la rcompense des bonnes actions1 c'est de les avoir faites1 et qu'aucun prix digne de la vertu ne se trouve hors d'elle-mme4 ,,platon4 ,il est pourtant des peines et des rcompenses divines4 la mort1 l'me du mchant va habiter le corps d'un animal infrieur1 cheval1 hippopotame ou femme4 ,l'me du sage se mle au choeur des dieux4 ,,papinien4 ,platon prtend que dans la vie future la justice des dieux corrige la justice humaine4 ,il est bon1 au contraire1 que les individus qui furent frapps sur la terre de chtiment qu'ils ne mritaient pas et qui leur furent infligs par des magistrats sujets l'erreur1 mais rguliers et prononant en toute comptence1 continuent de subir leurs peines dans les ,enfers2 la justice humaine y est intresse et ce serait l'affaiblir que de proclamer que ses arrts peuvent tre casss par la sagesse divine4 ,,un ,,esquimau4 ,dieu est trs bon pour les riches et trs mchant pour les pauvres1 ,c'est donc qu'il aime les riches et qu'il n'aime pas les pauvres4 ,et puisqu'il aime les riches il les recevra dans le paradis1 et puisqu'il n'aime pas les pauvres il les mettra en enfer4 ,,un ,,bouddhiste ,,chinois4 ,sachez que tout homme a deux mes1 l'une bonne qui se runira ,dieu1 l'autre mauvaise1 qui sera tourmente4 ,,le ,,vieillard ,,de ,,tarente4 #j sages1 rpondez un vieillard ami des jardins3 ,les animaux ont-ils une me8 ,,descartes ,,et ,,malebranche4 ,non pas4 ,ce sont des machines4 ,,aristote4 ,ils sont des animaux et ont une me comme nous4 ,cette me est en rapport avec leurs organes4 ,,picure4 #j ,aristote1 pour leur bonheur1 cette me est comme la ntre1 prissable et sujette la mort4 ,chres ombres1 attendez patiemment dans ces jardins le temps o vous perdrez tout fait1 avec la volont cruelle de vivre1 la vie elle-mme et ses misres4 ,reposez-vous par avance dans la paix que rien ne trouble4 ,,pyrrhon4 ,qu'est-ce que la vie8 ,,claude ,,bernard4 ,la vie1 c'est la mort4 --,qu'est-ce que la mort8 demanda encore ,pyrrhon4 ,personne ne lui rpondit1 et la troupe des ombres s'loigna sans bruit comme une nue chasse par le vent4 ,je me croyais seul dans la prairie d'asphodles1 quand je reconnus ,mnippe son air de gaiet cynique4 --,comment1 lui dis-je1 ces morts1 ,mnippe1 parlent-ils de la mort comme s'ils ne la connaissaient pas1 et pourquoi se montrent-ils aussi incertains des destines humaines que s'ils taient encore sur la terre8 --,c'est sans doute1 me rpondit ,mnippe1 qu'ils demeurent encore humains et mortels en quelque manire4 ,quand ils seront entrs dans l'immortalit1 ils ne parleront ni ne penseront plus4 ,il seront semblables aux dieux4 99 99 99 ,a ,monsieur ,horace de ,landau1 ,,ariste ,,et ,,polyphile ,,ou ,,le ,,langage ,m,,taphysique ,,ariste4 ,bonjour1 ,polyphile4 ,quel est ce livre o vous semblez plong tout entier8 ,,polyphile4 ,c'est un manuel de philosophie1 cher ,ariste1 un de ces petits ouvrages qui vous mettent dans la main la sagesse universelle4 ,il fait le tour des systmes partir des vieux ,elates jusques aux derniers clectiques1 et il aboutit ,m4 ,lachelier4 ,j'en lus d'abord la table des matires2 puis1 l'ayant ouvert au milieu1 ou environ1 je tombai sur la phrase que voici3 ,l'me possde ,dieu dans la mesure o elle participe de l'absolu4 ,,ariste4 ,tout donne croire que cette pense fait partie d'une argumentation solide4 ,il n'y aurait pas de bon sens la considrer isolment4 ,,polyphile4 ,aussi ne pris-je point garde ce qu'elle pouvait signifier4 ,je ne cherchai pas dcouvrir ce qu'elle contenait de vrit4 ,je m'attachai uniquement la forme verbale1 qui n'est pas singulire1 sans doute1 ni trange en aucune faon et qui n'offre un connaisseur tel que vous rien1 je pense1 de prcieux ou de rare4 ,du moins peut-on dire qu'elle est mtaphysique4 ,et c'est quoi je songeais quand vous tes venu4 ,,ariste4 ,pouvez-vous me communiquer les rflexions que j'ai malheureusement interrompues8 ,,polyphile4 ,ce n'tait qu'une rverie4 ,je songeais que les mtaphysiciens1 quand ils se font un langage1 ressemblent des remouleurs qui passeraient1 au lieu de couteaux et de ciseaux1 des mdailles et des monnaies la meule1 pour en effacer l'exergue1 le millsime et l'effigie4 ,quand ils ont tant fait qu'on ne voit plus sur leurs pices de cent sous ni ,victoria1 ni ,guillaume1 ni la ,rpublique1 ils disent3 ,ces pices n'ont rien d'anglais1 ni d'allemand1 ni de franais2 nous les avons tires hors du temps et de l'espace2 elles ne valent plus cinq francs3 elles sont d'un prix inestimable1 et leur cours est tendu infiniment4 ,ils ont raison de parler ainsi4 ,par cette industrie de gagne-petit1 les mots sont mis du physique au mtaphysique4 ,on voit d'abord ce qu'ils y perdent2 on ne voit pas tout de suite ce qu'ils y gagnent4 ,,ariste4 ,mais comment1 ,polyphile1 dcouvrirez-vous premire vue ce qui assurera dans l'avenir le gain ou la perte8 ,,polyphile4 ,je reconnais1 ,ariste1 qu'il ne serait dcent de nous servir ici de la balance o le ,lombard du ,pont-au-,change pesait ses aignels et ses ducats4 ,observons d'abord que le remouleur spirituel a beaucoup pass la meule les verbes possder et participer1 qui se trouvent dans la phrase du petit ,manuel1 o ils luisent tous dgags de leur impuret premire4 ,,ariste4 ,en effet1 ,polyphile1 on ne leur a rien laiss de contingent4 ,,polyphile4 ,et l'on a poli de mme le mot absolu qui finit la phrase4 ,quand vous tes entr je faisais deux petites rflexions l'endroit de ce mot d'absolu4 ,la premire est que les mtaphysiciens montrrent de tout temps une sensible prfrence pour les termes ngatifs comme non-tre1 in-tangible1 in-conscient4 ,ils ne sont jamais si l'aise que lorsqu'ils s'tendent sur l'in-fini et sur l'in-dfini1 ou s'attachent l'in-connaissable4 ,en trois pages de ,hegel1 prises au hasard1 dans sa ,phnomnologie1 sur vingt-six mots1 sujets de phrases considrables1 j'ai trouv dix-neuf termes ngatifs pour sept termes affirmatifs1 je veux dire sept termes dont le sens ne se trouvait pas dtruit l'avance par quelque prfixe d'esprit contrariant4 ,je ne prtends pas que la proportion se maintienne dans le reste de l'ouvrage4 ,je n'en sais rien4 ,mais cet exemple vient illustrer une remarque dont l'exactitude peut tre vrifie aisment4 ,tel est1 autant que je l'ai su voir1 l'usage des mtaphysiciens ou1 pour mieux dire1 des mtataphysiciens1 car c'est une merveille joindre aux autres que votre science ait elle-mme un nom ngatif1 tir de l'ordre o furent rangs les livres d',aristote1 et que vous vous intituliez3 ceux qui vont aprs les physiciens4 ,j'entends bien que vous supposez que ceux-ci sont en pile et que1 prendre place aprs1 c'est monter dessus4 ,vous n'en avouez pas moins que vous tes hors nature4 ,,ariste4 ,poursuivez une ide1 de grce1 cher ,polyphile4 ,si vous sautez sans cesse de l'une l'autre1 j'aurai peine vous suivre4 ,,polyphile4 ,je m'en tiens donc la prdilection qui attire les distillateurs d'ides vers les termes qui expriment la ngation d'une affirmation4 ,et cette prdilection1 j'en conviens1 n'a par elle-mme rien de bizarre ni de fantasque4 ,ce n'est point chez eux drglement1 dpravation1 manie2 elle rpond aux besoins naturels des mes abstrayantes4 ,les ab1 les in1 les non agissent plus nergiquement encore que la meule4 ,ils vous effacent d'un coup les mots les plus saillants4 ,parfois1 vrai dire1 ils vous les retournent seulement1 et vous les mettent sens dessus dessous4 ,ou bien encore ils leur communiquent une force mystrieuse et sacre1 comme on voit dans absolu1 qui est beaucoup plus que solu4 ,absolutus1 c'est l'ampleur patricienne de solutus1 et un grand tmoignage de la majest latine4 ,voil ma premire remarque4 ,la seconde est que les sages qui1 comme vous1 ,ariste1 parlent mtaphysique1 prennent soin d'effacer de prfrence les termes dont l'effigie avait dj perdu avant eux sa nettet originelle4 ,car il faut avouer qu' nous aussi1 gens du commun1 il arrive de limer les mots et de les dfigurer peu peu4 ,en quoi nous sommes sans le savoir des mtaphysiciens4 ,,ariste4 ,ce que vous dites l1 ,polyphile1 est bon retenir pour que vous ne soyez pas tent plus tard de prtendre que les oprations mtaphysiques ne sont pas naturelles l'homme1 lgitimes1 et en quelque sorte ncessaires4 ,mais poursuivez4 ,,polyphile4 ,j'observe1 ,ariste1 que beaucoup d'expressions1 en passant de bouche en bouche dans la suite des gnrations prennent du poli1 et1 comme on dit en terme d'art1 du flou4 ,surtout ne pensez point1 ,ariste1 que je blme les mtaphysiciens s'ils choisissent volontiers1 pour les polir1 les mots qui leur arrivent un peu frustes4 ,de la sorte ils s'pargnent une bonne moiti de la besogne4 ,parfois1 plus heureux encore1 ils mettent la main sur des mots qui1 par un long et universel usage1 ont perdu1 de temps immmorial1 toute trace d'effigie4 ,la phrase du petit ,manuel en contient jusqu' deux de cette sorte4 ,,ariste4 ,vous voulez parler1 je suis sr1 des mots ,dieu et me4 ,,polyphile4 ,c'est vous qui les avez nomms1 ,ariste4 ,ces deux mots-l1 frotts durant des sicles1 n'ont plus trace de figure4 ,avant la mtaphysique1 ils taient dj parfaitement mtaphysicis4 ,jugez vous-mme si l'abstracteur de profession peut laisser chapper ces sortes de mots1 qui semblent apprts pour son usage1 et qui le sont en effet1 car les foules inconnues les ont travaills sans conscience1 il est vrai1 mais avec un instinct philosophique4 ,enfin1 pour le cas o ils croient penser ce qui n'avait point t pens et concevoir ce qui n'avait point t conu1 les philosophes frappent des mots4 ,ceux-l1 certes1 sortent du balancier lisses comme des jetons4 ,mais il a bien fallu employer leur fabrication le vieux mtal commun4 ,et cela1 comme le reste1 est considrer4 ,,ariste4 ,vous venez de dire1 si je vous ai bien entendu1 ,polyphile1 que les mtaphysiciens parlent une langue compose de termes les uns emprunts au langage vulgaire dans ce qu'il a de plus abstrait1 ou de plus gnral1 ou de plus ngatif1 les autres crs artificiellement avec des lments emprunts au langage vulgaire4 ,o voulez-vous en venir8 ,,polyphile4 ,accordez-moi d'abord1 ,ariste1 que tous les mots du langage humain furent frapps l'origine d'une figure matrielle et que tous reprsentrent dans leur nouveaut quelque image sensible4 ,il n'est point de terme qui primitivement n'ait t le signe d'un objet appartenant ce monde des formes et des couleurs1 des sons et des odeurs et de toutes les illusions o les sens sont amuss impitoyablement4 ,c'est en nommant le chemin droit et le sentier tortueux qu'on exprima les premires ides morales4 ,le vocabulaire des hommes naquit sensuel et cette sensualit est si bien attache sa nature qu'elle se retrouve encore dans les termes auxquels le sentiment commun a prt par la suite un vague spirituel1 et jusque dans les dnominations fabriques par l'art des mtaphysiciens pour exprimer l'abstraction sa plus haute puissance4 ,celles-l mme n'chappent pas au matrialisme fatal du vocabulaire2 elles tiennent encore par quelque racine l'antique imagerie de la parole humaine4 ,,ariste4 ,j'en conviens4 ,,polyphile4 ,tous ces mots1 ou dfigurs par l'usage ou polis ou mme forgs en vue de quelque construction mentale1 nous pouvons nous reprsenter leur figure originelle4 ,les chimistes obtiennent des ractifs qui font paratre sur le papyrus ou sur le parchemin l'encre efface4 ,c'est l'aide de ces ractifs qu'on lit les palimpsestes4 ,si l'on appliquait un procd analogue aux crits des mtaphysiciens1 si l'on mettait en lumire le sens primitif et concret qui demeure invisible et prsent sous le sens abstrait et nouveau1 on trouverait des ides bien tranges et parfois peut-tre instructives4 ,essayons1 si vous voulez1 ,ariste1 de rendre la forme et la couleur1 la vie premire aux mots qui composent la phrase de mon petit ,manuel3 ,l'me possde ,dieu dans la mesure o elle participe de l'absolu1 ,en cette tentative1 la grammaire compare nous portera le mme secours que le ractif chimique offre aux dchiffreurs de palimpsestes4 ,elle nous fera voir le sens que prsentait cette dizaine de mots1 non point sans doute l'origine du langage1 qui se perd dans les ombres du pass1 mais du moins une poque bien antrieure tout souvenir historique4 me1 ,dieu1 mesure1 possder1 participer1 peuvent tre ramens leur signification aryenne4 ,absolu se laisse dcomposer en ses lments antiques4 ,or1 en redonnant ces mots leur jeune et clair visage1 voici1 sauf erreur1 ce que nous obtenons3 ,le souffle est assis sur celui qui brille1 au boisseau du don qu'il reoit en ce qui est tout dli4 ,,ariste4 ,pensez-vous1 ,polyphile1 qu'il y ait de grandes consquences tirer de cela8 ,,polyphile4 ,il y a du moins celle-ci que les mtaphysiciens construisent leurs systmes avec les dbris mconnaissables des signes par lesquels les sauvages exprimaient leurs joies1 leurs dsirs et leurs craintes4 ,,ariste4 ,ils subissent en cela les conditions ncessaires du langage4 ,,polyphile4 ,sans chercher si cette fatalit commune est pour eux un sujet d'humiliation ou d'orgueil1 je songe aux aventures extraordinaires par lesquelles les termes qu'ils emploient ont pass du particulier au gnral1 du concret l'abstrait2 comment1 par exemple1 me qui tait le souffle chaud du corps a chang d'essence au point qu'on peut dire3 ,cet animal n'a point d'me4 ,ce qui signifie proprement3 ,celui-ci qui souffle n'a pas de souffle2 et comment encore le mme nom a t donn successivement un mtore1 un ftiche1 une idole et la cause premire des choses4 ,ce sont l1 pour de pauvres syllabes1 des fortunes merveilleuses qui m'effraient4 ,en les rapportant avec exactitude1 on travaillerait l'histoire naturelle des ides mtaphysiques4 ,il faudrait suivre les modifications successives qu'a subies le sens de mots tels qu'me ou esprit et dcouvrir comment peu peu se sont formes les significations actuelles4 ,on jetterait ainsi une lumire terrible sur l'espce de ralit que ces mots expriment4 ,,ariste4 ,vous parlez1 ,polyphile1 comme si les ides qu'on attache un mot1 dpendantes de ce mot1 naissaient1 changeaient et mouraient avec lui2 et parce qu'un nom1 comme ,dieu1 me ou esprit a t successivement le signe de plusieurs ides dissemblables entre elles1 vous croyez saisir dans l'histoire de ce nom la vie et la mort de ces ides4 ,enfin1 vous rendez la pense mtaphysique sujette de son langage et soumise toutes les infirmits hrditaires des termes qu'elle emploie4 ,cette entreprise est si insense que vous n'avez os l'avouer qu' mots couverts et avec inquitude4 ,,polyphile4 ,mon inquitude est seulement de savoir jusqu'o n'iront point les difficults que je soulve4 ,tout mot est l'image d'une image1 le signe d'une illusion4 ,pas autre chose4 ,et si je connais que c'est avec les restes effacs et dnaturs d'images antiques et d'illusions grossires1 qu'on reprsente l'abstrait1 aussitt l'abstrait cesse de m'tre reprsent1 je ne vois plus que des cendres de concret et1 au lieu d'une ide pure1 les poussires subtiles des ftiches1 des amulettes et des idoles qu'on a broys4 ,,ariste4 ,mais ne disiez-vous pas tout l'heure que le langage mtaphysique tait tout entier poli et comme pass la meule8 ,et qu'entendiez-vous par l1 sinon que les termes y sont dpouills et abstraits8 ,et cette meule dont vous parliez1 qu'est-elle1 sinon la dfinition qu'on leur donne8 ,vous oubliez prsent que1 dans l'expos de toute doctrine mtaphysique les termes sont exactement dfinis1 et que1 abstraits par dfinition1 ils ne gardent rien du concret qu'ils tenaient d'une acception antrieure4 ,,polyphile4 ,oui1 vous dfinissez les mots par d'autres mots4 ,en sont-ils moins des mots humains1 c'est--dire de vieux cris de dsir ou d'pouvante1 jets par des malheureux devant les ombres et les lumires qui leur cachaient le monde4 ,comme nos pauvres anctres des forts et des cavernes1 nous sommes enferms dans nos sens qui nous bornent l'univers4 ,nous croyons que nos yeux nous le dcouvrent1 et c'est un reflet de nous-mmes qu'ils nous renvoient4 ,et nous n'avons encore pour exprimer les motions de notre ignorance que la voix du sauvage1 ses bgaiements un peu mieux articuls et ses hurlements adoucis4 ,ariste1 voil tout le langage humain4 ,,ariste4 ,si vous le mprisez chez le philosophe1 mprisez-le donc dans le reste des hommes4 ,ceux qui traitent des sciences exactes emploient de mme un vocabulaire qui commena de se former dans les premiers balbutiements des hommes1 et qui pourtant ne manque pas d'exactitude4 ,et les mathmaticiens qui1 comme nous1 spculent sur des abstractions1 parlent une langue qui pourrait1 comme la ntre1 tre ramene au concret1 puisque c'est une langue humaine4 ,vous auriez beau jeu1 ,polyphile1 s'il vous plaisait de matrialiser un axiome de gomtrie ou une formule algbrique4 ,mais vous ne dtruirez pas pour cela l'idal qui y est4 ,vous montreriez1 au contraire1 en l'tant1 qu'il y avait t mis4 ,,polyphile4 ,sans doute4 ,mais ni le physicien1 ni le gomtre ne se trouvent dans le cas du mtaphysicien4 ,dans les sciences physiques et dans les sciences mathmatiques1 l'exactitude du vocabulaire dpend uniquement des rapports du nom avec l'objet ou le phnomne qu'il dsigne4 ,c'est l une mesure qui ne trompe pas4 ,et comme le nom et la chose sont pareillement sensibles1 nous approprions srement l'un l'autre4 ,ici le sens tymologique1 la valeur intime du terme n'est d'aucune importance4 ,la signification du mot est dtermine trop exactement par l'objet sensible qu'il reprsente pour que toute autre exactitude ne soit pas superflue4 ,qui songerait rendre plus prcises les ides que nous procurent les termes acide et base1 dans l'acception que leur donne le chimiste8 ,c'est pourquoi l'on n'aurait pas le sens commun rechercher l'histoire des dnominations qui entrent dans la terminologie des sciences4 ,un mot de chimie1 une fois install dans le formulaire1 n'a pas nous rvler les aventures qui lui arrivrent du temps de sa folle jeunesse1 quand il courait les bois et les montagnes4 ,il ne s'amuse plus4 ,son objet et lui peuvent tre embrasss du mme regard et sans cesse confronts4 ,vous me parlez aussi du gomtre4 ,le gomtre spcule sur des abstractions1 sans doute4 ,mais1 bien diffrentes des abstractions mtaphysiques1 celles de la mathmatique sont extraites des proprits sensibles et mesurables des corps2 elles constituent une philosophie physique4 ,il en rsulte que les vrits mathmatiques1 bien qu'intangibles par elles-mmes1 peuvent tre compares sans cesse la nature qui1 sans jamais les dgager entirement1 laisse paratre qu'elles sont toutes en elles4 ,leur expression n'est pas dans le langage2 elle est dans la nature des choses2 elle est prcisment dans les catgories du nombre et de l'espace sous lesquelles la nature se manifeste l'homme4 ,aussi le langage de la mathmatique n'a-t-il besoin1 pour tre excellent1 que d'tre soumis des conventions stables4 ,si chaque terme concret y dsigne une abstraction1 cette abstraction a dans la nature sa reprsentation concrte4 ,c'est1 si vous voulez1 une figure grossire1 une sorte d'paisse et de rude caricature2 ce n'en est pas moins une image sensible4 ,le mot s'applique directement elle1 parce qu'il est dans son plan1 et1 de l1 il se transporte sans difficult sur l'ide purement intelligible qui correspond l'ide sensible4 ,il n'en va pas de mme de la mtaphysique o l'abstraction est non plus le rsultat visible de l'exprience1 comme dans la physique1 non plus l'effet d'une spculation sur la nature sensible1 comme dans la mathmatique1 mais uniquement le produit d'une opration de l'esprit qui tire d'une chose certaines qualits pour lui seul intelligibles et concevables1 dont on sait seulement qu'il a l'ide qu'il ne fait connatre que par le discours qu'il en tient1 qui1 par consquent1 n'ont d'autre caution que la parole4 ,si ces abstractions existent vritablement et par elles-mmes1 elles rsident dans un lieu accessible la seule intelligence1 elles habitent un monde que vous appelez l'absolu par opposition celui-ci1 dont je dirai seulement qu' votre sens1 il n'est pas absolu4 ,et si ces deux mondes sont l'un dans l'autre1 c'est leur affaire et non la mienne4 ,il me suffit de connatre que l'un est sensible et que l'autre ne l'est pas2 que le sensible n'est pas intelligible et que l'intelligible n'est pas sensible4 ,ds lors1 le mot et la chose ne peuvent s'appliquer l'un l'autre1 n'tant pas dans le mme lieu2 ils ne sauraient se connatre l'un l'autre1 puisqu'ils ne sont pas dans le mme monde4 ,mtaphysiquement1 ou le mot est toute la chose1 ou il ne sait rien de la chose4 ,pour qu'il en ft autrement il faudrait qu'il y et des mots absolument abstraits de tout sensualisme2 et il n'y en a pas4 ,les mots qu'on dit abstraits ne le sont que par destination4 ,ils jouent le rle de l'abstrait1 comme un comdien reprsente le fantme1 dans ,hamlet4 ,,ariste4 ,vous mettez des difficults o il n'y en eut jamais4 ,a mesure que l'esprit a abstrait ou1 si vous voulez1 dcompos1 et1 comme vous disiez tout l'heure1 distill la nature pour en tirer l'essence1 il a de mme abstrait1 dcompos1 distill des mots1 afin de reprsenter le produit de ses oprations transcendantes4 ,d'o il rsulte que le signe est exactement appliqu l'objet4 ,,polyphile4 ,mais1 ,ariste1 je vous ai assez fait voir1 et sous divers aspects1 que l'abstrait dans les mots n'est qu'un moindre concret4 ,le concret1 aminci et extnu1 est encore le concret4 ,il ne faut pas tomber dans le travers de ces femmes qui1 parce qu'elles sont maigres1 veulent passer pour de purs esprits4 ,vous imitez les enfants qui d'une branche de sureau ne gardent que la moelle pour en faire des marmousets4 ,ces marmousets sont lgers1 mais ce sont des marmousets de sureau4 ,de mme1 vos termes qu'on dit abstraits1 sont seulement devenus moins concrets4 ,et si vous les tenez pour absolument abstraits et tout tirs hors de leur propre et vritable nature1 c'est pure convention4 ,mais1 si les ides que reprsentent ces mots ne sont pas1 elles1 des conventions pures2 si elles sont ralises autre part qu'en vous-mme1 si elles existent dans l'absolu1 ou en tout autre imaginaire lieu qu'il vous plaira dsigner1 si elles sont enfin1 elles ne peuvent tre nonces1 elles demeurent ineffables4 ,les dire1 c'est les nier2 les exprimer1 c'est les dtruire4 ,car1 le mot concret tant le signe de l'ide abstraite1 celle-ci1 aussitt signifie1 devient concrte1 et voil toute la quintessence perdue4 ,,ariste4 ,mais si je vous dis que1 pour l'ide comme pour le mot1 l'abstrait n'est qu'un moindre concret1 votre raisonnement tombe par terre4 ,,polyphile4 ,vous ne direz pas cela4 ,ce serait ruiner toute la mtaphysique et faire trop de tort l'me1 ,dieu et subsquemment ses professeurs4 ,je sais bien que ,hegel a dit que le concret tait l'abstrait et que l'abstrait tait le concret4 ,mais aussi cet homme pensif a mis votre science l'envers4 ,vous conviendrez1 ,ariste1 ne ft-ce que pour rester dans les rgles du jeu1 que l'abstrait est oppos au concret4 ,or1 le mot concret ne peut tre le signe de l'ide abstraite4 ,il n'en saurait tre que le symbole1 et1 pour mieux dire1 l'allgorie4 ,le signe marque l'objet et le rappelle4 ,il n'a pas de valeur propre4 ,le symbole tient lieu de l'objet4 ,il ne le montre pas1 il le reprsente4 ,il ne le rappelle pas1 il l'imite4 ,il est une figure4 ,il a par lui-mme une ralit et une signification4 ,aussi tais-je dans la vrit en recherchant les sens contenus dans les mots me1 ,dieu1 absolu1 qui sont des symboles et non pas des signes4 ,l'me possde ,dieu dans la mesure o elle participe de l'absolu4 ,qu'est-ce que cela1 sinon un assemblage de petits symboles qu'on a beaucoup effacs1 j'en conviens1 qui ont perdu leur brillant et leur pittoresque1 mais qui demeurent encore des symboles par force de nature8 ,l'image y est rduite au schma4 ,mais le schma c'est l'image encore4 ,et j'ai pu1 sans infidlit1 substituer celle-ci l'autre4 ,c'est ainsi que j'ai obtenu3 ,le souffle est assis sur celui qui brille au boisseau du don qu'il reoit en ce qui est tout dli 7ou subtil71 d'o nous tirons sans peine3 ,celui dont le souffle est un signe de vie1 l'homme1 prendra place 7sans doute aprs que le souffle sera exhal7 dans le feu divin1 source et foyer de la vie1 et cette place lui sera mesure sur la vertu qui lui a t donne 7par les dmons1 j'imagine7 d'tendre ce souffle chaud1 cette petite me invisible1 travers l'espace libre 7le bleu du ciel1 probablement74 ,et remarquez que cela vous a l'air d'un fragment d'hymne vdique1 que cela sent la vieille mythologie orientale4 ,je ne rponds pas d'avoir rtabli ce mythe primitif dans toute la rigueur des lois qui rgissent le langage4 ,peu importe4 ,il suffit qu'on voie que nous avons trouv des symboles et un mythe dans une phrase qui tait essentiellement symbolique et mythique1 puisqu'elle tait mtaphysique4 ,je crois vous l'avoir assez fait sentir1 ,ariste3 toute expression d'une ide abstraite ne saurait tre qu'une allgorie4 ,par un sort bizarre1 ces mtaphysiciens1 qui croient chapper au monde des apparences1 sont contraints de vivre perptuellement dans l'allgorie4 ,potes tristes1 ils dcolorent les fables antiques1 et ils ne sont que des assembleurs de fables4 ,ils font de la mythologie blanche4 ,,ariste4 ,adieu1 cher ,polyphile4 ,je sors non persuad4 ,si vous aviez raisonn dans les rgles1 il m'aurait t facile de rfuter vos arguments4 99 99 99 ,a ,teodor de ,wyzewa4 ,,le ,,prieur ,je trouvai mon ami ,jean dans le vieux prieur dont il habite les ruines depuis dix ans4 ,il me reut avec la joie tranquille d'un ermite dlivr de nos craintes et de nos esprances et me fit descendre au verger inculte o1 chaque matin1 il fume sa pipe de terre entre ses pruniers couverts de mousse4 ,l1 nous nous assmes1 en attendant le djeuner1 sur un banc1 devant une table boiteuse1 au pied d'un mur croul o la saponaire balance les grappes roses de ses fleurs en mme temps fltries et fraches4 ,la lumire humide du ciel tremblait aux feuilles des peupliers qui murmuraient sur le bord du chemin4 ,une tristesse infinie et douce passait sur nos ttes avec des nuages d'un g999999 ple4 ,aprs m'avoir demand1 par un reste de politesse1 des nouvelles de ma sant et de mes affaires1 ,jean me dit d'une voix lente1 le front sourcilleux3 --,bien que je ne lise jamais1 mon ignorance n'est pas si bien garde qu'il ne me soit parvenu dans mon ermitage1 que vous avez nagure contredit1 la deuxime page d'un journal1 un prophte assez ami des hommes pour enseigner que la science et l'intelligence sont la source et la fontaine1 le puits et la citerne de tous les maux dont souffrent les hommes4 ,ce prophte1 si j'ai de bons avis1 soutenait que1 pour rendre la vie innocente et mme aimable1 il suffit de renoncer la pense et la connaissance et qu'il n'est de bonheur au monde que dans une aveugle et douce charit4 ,sages prceptes1 maximes salutaires1 qu'il eut seulement le tort d'exprimer et la faiblesse de mettre en beau langage1 sans s'apercevoir que combattre l'art avec art et l'esprit avec esprit1 c'est se condamner ne vaincre que pour l'esprit et pour l'art4 ,vous me rendrez cette justice1 mon ami1 que je ne suis pas tomb dans cette pitoyable contradiction et que j'ai renonc penser et crire ds que j'ai reconnu que la pense est mauvaise et l'criture funeste4 ,cette sagesse m'est venue1 vous le savez1 en #ahhb1 aprs la publication d'un petit livre de philosophie qui m'avait cot mille peines et que les philosophes mprisrent parce qu'il tait crit avec lgance4 ,j'y dmontrais que le monde est inintelligible1 et je me fchai quand on me rpondit qu'en effet je ne l'avais pas compris4 ,je voulus alors dfendre mon livre2 mais1 l'ayant relu1 je ne parvins pas en retrouver le sens exact4 ,je m'aperus que j'tais aussi obscur que les plus grands mtaphysiciens et qu'on me faisait tort en ne m'accordant pas une part de l'admiration qu'ils inspirent4 ,c'est ce qui me dtacha tout fait des spculations transcendantes4 ,je me tournai vers les sciences d'observation et j'tudiai la physiologie4 ,les principes en sont assez stables depuis une trentaine d'annes4 ,ils consistent fixer proprement une grenouille avec des pingles sur une planche de lige et l'ouvrir pour observer les nerfs et le coeur1 qui est double4 ,mais je reconnus tout de suite que1 par cette mthode1 il faudrait beaucoup plus de temps que n'en assure la vie pour dcouvrir le secret profond des tres4 ,je sentis la vanit de la science pure1 qui1 n'embrassant qu'une parcelle infiniment petite des phnomnes1 surprend des rapports trop peu nombreux pour former un systme soutenable4 ,je pensai un moment me jeter dans l'industrie4 ,ma douceur naturelle m'arrta4 ,il n'y a pas d'entreprise dont on puisse dire d'avance si elle fera plus de bien que de mal4 ,christophe ,colomb1 qui vcut et mourut comme un saint et porta l'habit du bon saint ,franois1 n'aurait pas cherch1 sans doute1 le chemin des ,indes s'il avait prvu que sa dcouverte causerait le massacre de tant de peuples rouges1 a la vrit vicieux et cruels1 mais sensibles la souffrance1 et qu'il apporterait dans la vieille ,europe1 avec l'or du ,nouveau-,monde1 des maladies et des crimes inconnus4 ,je frissonnai quand de fort honntes gens parlrent de m'intresser dans des affaires de canons1 de fusils et d'explosifs o ils avaient gagn de l'argent et des honneurs4 ,je ne doutai plus que la civilisation1 comme on la nomme1 ne ft une barbarie savante et je rsolus de devenir un sauvage4 ,il ne me fut pas difficile d'excuter ce dessein trente lieues de ,paris1 dans ce petit pays qui se dpeuple tous les jours4 ,vous avez vu sur la rue du village des maisons en ruine4 ,tous les fils des paysans quittent pour la ville une terre trop morcele1 qui ne peut plus les nourrir4 ,on prvoit le jour o un habile homme1 achetant tous ces champs1 reconstituera la grande proprit1 et nous verrons peut-tre le petit cultivateur disparatre de la campagne1 comme dj le petit commerant tend disparatre des grandes villes4 ,il en sera ce qu'il pourra4 ,je n'en prends nul souci4 ,j'ai achet pour six mille francs les restes d'un ancien prieur1 avec un bel escalier de pierre dans une tour et ce verger que je ne cultive pas4 ,j'y passe le temps regarder les nuages dans le ciel ou1 sur l'herbe1 les fuses blanches de la carotte sauvage4 ,cela vaut mieux1 sans doute1 que d'ouvrir des grenouilles ou que de crer un nouveau type de torpilleur4 ,quand la nuit est belle1 si je ne dors pas1 je regarde les toiles1 qui me font plaisir voir depuis que j'ai oubli leurs noms4 ,je ne reois personne1 je ne pense rien4 ,je n'ai pris soin ni de vous attirer dans ma retraite ni de vous en carter4 ,je suis heureux de vous offrir une omelette1 du vin et du tabac4 ,mais je ne vous cache pas qu'il m'est encore plus agrable de donner mon chien1 mes lapins et mes pigeons le pain quotidien1 qui rpare leurs forces1 dont ils ne se serviront pas mal propos pour crire des romans qui troublent les coeurs ou des traits de physiologie qui empoisonnent l'existence4 ,a ce moment1 une belle fille1 aux joues rouges1 avec des yeux d'un bleu ple1 apporta des oeufs et une bouteille de vin gris4 ,je demandai mon ami ,jeun s'il hassait les arts et les lettres l'gal des sciences4 --,non pas1 me dit-il3 il y a dans les arts une purilit qui dsarme la haine4 ,ce sont des jeux d'enfants4 ,les peintres1 les sculpteurs barbouillent des images et font des poupes4 ,voil tout6 ,il n'y aurait pas grand mal cela4 ,il faudrait mme savoir gr aux potes de n'employer les mots qu'aprs les avoir dpouills de toute signification si les malheureux qui se livrent cet amusement ne le prenaient point au srieux et s'ils n'y dvouaient point odieusement gostes1 irritables1 jaloux1 envieux1 maniaques et dments4 ,ils attachent ces niaiseries des ides de gloire4 ,ce qui prouve leur dlire4 ,car de toutes les illusions qui peuvent natre dans un cerveau malade1 la gloire est bien la plus ridicule et la plus funeste4 ,c'est ce qui me fait piti4 ,ici1 les laboureurs chantent dans le sillon les chansons des aeux2 les bergers1 assis au penchant des collines1 taillent avec leur couteau des figures dans des racines de buis1 et les mnagres ptrissent1 pour les ftes religieuses1 des pains en forme de colombes4 ,ce sont l des arts innocents1 que l'orgueil n'empoisonna pas4 ,ils sont faciles et proportionns la faiblesse humaine4 ,au contraire1 les arts des villes exigent un effort1 et tout effort produit la souffrance4 ,mais ce qui afflige1 enlaidit et dforme excessivement les hommes1 c'est la science1 qui les met en rapport avec des objets auxquels ils sont disproportionns et altre les conditions vritables de leur commerce avec la nature4 ,elle les excite comprendre1 quand il est vident qu'un animal est fait pour sentir et ne pas comprendre2 elle dveloppe le cerveau1 qui est un organe inutile aux dpens des organes utiles1 que nous avons en commun avec les btes2 elle nous dtourne de la jouissance1 dont nous sentons le besoin instinctif2 elle nous tourmente par d'affreuses illusions1 en nous reprsentant des monstres qui n'existent que par elle2 elle cre notre petitesse en mesurant les astres1 la brivet de la vie en valuant l'ge de la terre1 notre infirmit en nous faisant souponner ce que nous ne pouvons ni voir ni atteindre1 notre ignorance en nous cognant sans cesse l'inconnaissable et notre misre en multipliant nos curiosits sans les satisfaire4 ,je ne parle que de ses spculations pures4 ,quand elle passe l'application1 elle n'invente que des appareils de torture et des machines dans lesquelles les malheureux humains sont supplicis4 ,visitez quelque cit industrielle ou descendez dans une mine1 et dites si ce que vous voyez ne passe pas tout ce que les thologiens les plus froces ont imagin de l'enfer4 ,pourtant1 on doute1 a la rflexion1 si les produits de l'industrie ne sont pas moins nuisibles aux pauvres qui les fabriquent qu'aux riches qui s'en servent et si1 de tous les maux de la vie1 le luxe n'est point le pire4 ,j'ai connu des tres de toutes les conditions3 je n'en ai point rencontr de si misrables qu'une femme du monde1 jeune et jolie1 qui dpense1 ,paris1 chaque anne1 cinquante mille francs pour ses robes4 ,c'est un tat qui conduit la nvrose incurable4 ,la belle fille aux yeux clairs nous versa le caf avec un air de stupidit heureuse4 ,mon ami ,jean me la dsigna du bout de sa pipe qu'il venait de bourrer3 --,voyez1 me dit-il1 cette fille qui ne mange que du lard et du pain et qui portait1 hier1 au bout d'une fourche les bottes de paille dont elle a encore des brins dans les cheveux4 ,elle est heureuse et1 quoi qu'elle fasse1 innocente4 ,car c'est la science et la civilisation qui ont cr le mal moral avec le mal physique4 ,je suis presque aussi heureux qu'elle1 tant presque aussi stupide4 ,ne pensant rien1 je ne me tourmente plus4 ,n'agissant pas1 je ne crains pas de mal faire4 ,je ne cultive pas mme mon jardin1 de peur d'accomplir un acte dont je ne pourrais pas calculer les consquences4 ,de la sorte1 je suis parfaitement tranquille4 --,a votre place1 lui dis-je1 je n'aurai pas cette quitude4 ,vous n'avez pas supprim assez compltement en vous la connaissance1 la pense et l'action pour goter une paix lgitime4 ,prenez-y garde3 ,quoi qu'on fasse1 vivre1 c'est agir4 ,les suites d'une dcouverte scientifique ou d'une invention vous effraient parce qu'elles sont incalculables4 ,mais la pense la plus simple1 l'acte le plus instinctif a aussi des consquences incalculables4 ,vous faites bien de l'honneur l'intelligence1 la science et l'industrie en croyant qu'elles tissent seules de leurs mains le filet des destines4 ,les forces inconscientes en ferment aussi plus d'une maille4 ,peut-on prvoir l'effet d'un petit caillou qui tombe d'une montagne8 ,cet effet peut tre plus considrable pour le sort de l'humanit que la publication du ,novum ,organum ou que la dcouverte de l'lectricit4 --,ce n'tait un acte ni bien original1 ni bien rflchi1 ni1 coup sr1 d'ordre scientifique que celui auquel ,alexandre ou ,napolon dut de natre4 ,toutefois des millions de destines en furent traverses4 ,sait-on jamais la valeur et le vritable sens de ce que l'on fait8 ,il y a dans les ,mille et une ,nuits un conte auquel je ne puis me dfendre d'attacher une signification philosophique4 ,c'est l'histoire de ce marchand arabe qui1 au retour d'un plerinage la ,mecque1 s'assied au bord1 d'une fontaine pour manger des dattes1 dont il jette les noyaux en l'air4 ,un de ces noyaux tue le fils invisible d'un ,gnie4 ,le pauvre homme ne croyait pas tant faire avec un noyau1 et1 quand on l'instruisit de son crime1 il en demeura stupide4 ,il n'avait pas assez mdit sur les consquences possibles de toute action4 ,savons-nous jamais si1 quand nous levons les bras1 nous ne frappons pas1 comme fit ce marchand1 un gnie de l'air8 votre place je ne serais pas tranquille4 ,qui vous dit1 mon ami1 que votre repos dans ce prieur couvert de lierre et de saxifrages n'est pas un acte d'une importance plus grande pour l'humanit que les dcouvertes de tous les savants1 et d'un effet vritablement dsastreux dans l'avenir8 --,ce n'est pas probable4 --,ce n'est pas impossible4 ,vous menez une vie singulire4 ,vous tenez des propos tranges qui peuvent tre recueillis et publis4 ,il n'en faudrait pas plus1 dans certaines circonstances1 pour devenir1 malgr vous1 et mme votre insu1 le fondateur d'une religion qui serait embrasse par des millions d'hommes1 qu'elle rendrait malheureux et mchants et qui massacreraient en votre nom des milliers d'autres hommes4 --,il faudrait donc mourir pour tre innocent et tranquille8 --,prenez-y garde encore3 mourir1 c'est accomplir un acte d'une porte incalculable4 ,,fin