,au lecteur ,cette version lectronique reproduit dans son intgralit la version originale4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections mineures4 ,les mots entours de sont en gras dans l'original4 ,l'orthographe a t conserve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la liste des modifications se trouve la fin du texte4 ,l',,autre ,,monde ou ,histoire ,comique des ,etats et ,empires de la ,lune ,il a t tir part #ajj exemplaires numrots sur papier verg spcialement fabriqu par les usines d',arches tous souscrits par ,monsieur ,lucien ,dorbon #f1 ,rue de ,seine4 ,paris ,,de ,,cyrano ,,bergerac ,l',,autre ,,monde ou ,histoire ,comique des ,etats et ,empires de la ,lune ,,illustrations ,,de ,,robida ,,librairie ,,moderne ,,maurice ,,bauche1 diteur #e1 ,rue des ,filles-,saint-,thomas1 ,,paris ,,mcmx ,tous droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays en ce qui concerne les ,etudes et les ,dessins4 ,illustration3 ,,savinien ,,de ,,cyrano ,,bergerac ,ce portrait peut tre considr comme authentique1 ayant t fait par ordre et sous les yeux de ses amis ,le ,bret et de ,prade1 comme l'indique l'inscription suivante3 ,,savinianus ,,de ,,cirano ,,de ,,bergerac1 nobilis gallus ex icon apud ,nobiles ,dominos ,,le ,,bret ,,et ,,de ,,prade amicos ipsius antiquissimos depicto4 ,c'est une eau-forte avec ces indications3 ,z4 ,h4 pinxit4 ,m del et sculpsit4 ,la marque ,z4 ,h4 est certainement celle de ,zacharie ,heince1 peintre d'histoire et graveur franais1 n en #afaa1 mort en #affi4 ,il en existe un autre portant la double signature ,heince del4 et ,ledoyen sc4 ,celui-l nous fournit le dessin des armes de ,cyrano1 qui portait de4444 au chevron de4444 accompagn en chef de deux pattes de lion et en pointe d'une merlette de4444 au chef de444 ,aucun mail n'est indiqu4 ,,pr,,face ,,de ,l',,diteur ,dans l'avertissement de l',editeur de l'dition des uvres de ,cyrano de ,bergerac1 publie par ,paul ,lacroix1 celui-ci s'excuse de ne pouvoir publier l'uvre intgrale de ,cyrano3 ,en publiant une nouvelle dition des uvres de ,cyrano de ,bergerac1 nous aurions voulu pouvoir remplir les dplorables lacunes qui existent dans l',histoire comique des ,etats et ,empires de la ,lune4 ,mais le savant ,m4 de ,monmerqu1 qui possde un manuscrit complet de cet ouvrage1 se propose de le publier lui-mme4 ,il y a plus de vingt ans1 nous crit-il ce sujet1 que j'ai acquis un manuscrit des ,etats et ,empires de la ,lune1 du singulier ,cyrano de ,bergerac1 dans lequel les passages retranchs1 et dont l'absence est indique par des points1 se trouvent1 sans que le sens prouve d'interruption4 ,je le publierai1 ds que j'aurai achev de payer mon tribut ,madame de ,svign444 ,publiez donc votre dition sans moi et sans mes manuscrits2 je viendrai aprs vous et je profiterai de vos recherches4 ,tout ce que je puis vous dire1 c'est que les passages retranchs dans les ,etats de la ,lune1 outre certaines bizarreries propres ,cyrano1 sont les avant-coureurs de la philosophie du dix-huitime sicle4 ,mon manuscrit est du temps de ,bergerac2 je ne serais pas loign de croire qu'il est de sa main2 mais je n'ai jamais vu une lettre crite et signe par lui4 ,quand je le publierai1 les morceaux indits seront1 je pense1 imprims en caractres italiques1 pour les faire mieux distinguer des autres1 sauf les observations de mon diteur1 qui pourrait demander de simples guillemets4 ,les indications que nous fournit la lettre de ,m4 de ,monmerqu sont de nature nous faire regretter davantage de n'avoir pu faire usage de son manuscrit4 ,une rapide investigation la ,bibliothque ,nationale me permit de constater que toutes les ditions du ,voyage aux ,etats et ,empires de la ,lune reproduisaient mot mot l'dition princeps1 publie par ,le ,bret1 l'ami et l'excuteur testamentaire de ,cyrano4 ,nanmoins je trouvais dans la premire dition des uvres compltes de ,cyrano 7,lyon #affc7 un passage de #bg lignes1 n'existant que dans cette dition4 ,les suivantes1 et mme celles publies de nos jours1 remplacent ce passage par une ligne de points1 n'oubliant pas de mettre en note3 ,il y a ici une lacune qui provient videmment de la perte ou de la suppression d'un ou deux feuillets du manuscrit6 ,au dpartement des ,manuscrits1 je fus plus heureux1 car je trouvai catalogu dans les ,nouvelles acquisitions1 deux manuscrits de ,cyrano1 l'un n #deeg1 contenant les lettres et le ,pdant jou1 l'autre #deeh1 contenant ,l'autre ,monde1 ou l',histoire ,comique des ,etats et ,empires de la ,lune4 ,sur la feuille de garde1 des notes manuscrites1 que je transcris ci-dessous3 ,en haut1 d'une criture trs fine3 ,livre rare #ba d444 ,il y a trois exemplaires en ,france4 ,pay fr4 #ff #gj4 ,vente ,monmerqu n #chea4 ,au dessous1 d'une criture plus grasse3 ,ce livre a t crit sous ,louys ,,xiii4 ,il y est fait mention de ,tristan l',hermite1 pote attach ,gaston4 ,il est de ,cyrano de ,bergerac1 mais je serais tonn qu'il et t imprim tel qu'il est ici1 car il y a des passages bien hardis pour le temps4 ,il a t imprim dans les uvres de ,cyrano de ,bergerac ,t4 #a1 page #bhh1 d4 d',amsterdam #agaj1 mais avec des grands retranchements que la hardiesse du livre1 et plus souvent son impertinence ncessitrent4 ,cette circonstance donne de la curiosit ce petit manuscrit4 ,j'indiquerai1 en les soulignant1 les passages retranchs l'impression4 ,le manuscrit de la ,bibliothque ,nationale n'est autre1 en effet1 que celui dcouvert par ,m4 de ,monmerqu aux environs de ,saint-,sulpice en #ahcc et qui fut offert en #ahij la ,bibliothque ,nationale par ,m4 ,deullin d',epernay4 ,je vais donc pouvoir1 pour la premire fois1 publier cet ouvrage dans son intgralit4 ,tous les passages supprims par ,le ,bret s'y retrouvent4 ,je les ai imprims en italique4 ,j'ai remarqu quelques diffrences entre le mot mot de ce manuscrit et le texte publi par ,le ,bret4 ,mais il m'a sembl inutile de publier ces variantes2 en effet1 ,le ,bret1 possesseur des manuscrits de ,cyrano1 a d publier un texte exact4 ,n'oublions pas en effet que les copies manuscrites du ,voyage dans la ,lune couraient sous le manteau1 du vivant de ,cyrano4 ,c'est vraisemblablement l'un de ces manuscrits que possde la ,bibliothque ,nationale4 ,j'estime donc que nous ne devons lui emprunter que les passages supprims1 et conserver comme texte gnral1 celui de l'dition princeps de #afef4 ,voici d'ailleurs1 titre documentaire1 le dbut du manuscrit et de l',edition de ,le ,bret4 ,,edition ,,le ,,bret ,,manuscrit ,la ,lune tait en son plein1 le ,la ,lune tait en son plein1 le ,ciel ,ciel tait dcouvert et neuf heures tait dcouvert1 et neuf heures du du soir taient sonnes1 lorsque1 soir taient sonnes1 lorsque nous revenant de ,clamart1 prs ,paris 7o revenions d'une maison proche de ,m4 de ,guigy le fils1 qui en est ,paris1 quatre de mes amis et moi4 ,seigneur1 nous avait rgal1 plusieurs,les diverses penses que nous donna de mes amis et moi71 les diverses la vue de cette boule de safran penses que nous donna cette boule nous dfrayrent sur le chemin2 les de safran nous dfrayrent sur le yeux noys dans ce grand astre1 chemin3 de sorte que1 les yeux tantt l'un le prenait pour une noys dans ce grand astre1 tantt lucarne du ,ciel1 par o on entrevoyait l'un le prenait pour une lucarne du la gloire des ,bienheureux1 tantt ,ciel3 tantt un autre assurait que l'autre assurait que c'tait la platine c'tait la platine o ,diane dresse leso ,diane dresse les rabats d',apollon2 rabats d',apollon3 un autre que ce tantt un autre s'criait que pouvait bien tre le ,soleil lui-mme ce pouvait bien tre le ,soleil lui-mme qui1 s'tant au soir dpouill de ses qui s'tant au soir dpouill rayons1 regardait par un trou ce de ses rayons1 regardait par un trou qu'on faisait au monde quand il n'y ce qu'on faisait au monde quand il tait pas4 n'y tait plus4 ,j'ai d'ailleurs collationn par la suite de nombreuses pages sans trouver un mot diffrent4 99 99 99 ,l',histoire ,comique ou ,voyage dans la ,lune1 parut d'abord sans lieu1 ni date1 ni privilge4 ,on estime gnralement que cette dition remonte #afej et fut imprime ,toulouse ou ,montauban4 ,l'dition vritable date de #afef1 elle parut un an aprs la mort de ,cyrano1 sous la direction de son ami ,le ,bret1 format in-#ab4 ,le privilge est du #bc dcembre #afef1 et donn ,charles de ,sercy pour cinq annes4 ,cet ouvrage fut rimprim en #afei et #affc4 ,les uvres compltes furent publies pour la premire fois ,lyon en #affc en deux volumes in-#ab chez ,christophe ,fourmy4 ,elles parurent1 enrichies de figures en taille-douce ,amsterdam en #agji4 99 99 99 ,tel est l'historique de la publication des uvres de ,savinien de ,cyrano ,bergerac4 ,m4 ,auguste ,vitu lors d'une confrence faite au thtre de la ,gaiet1 le #aj novembre #ahgb1 avant la reprsentation de la ,mort d',agrippine1 traa de notre auteur un portrait dfinitif#a4 ,son fils1 ,m4 ,maxime ,vitu1 m'a trs aimablement autoris reproduire ici les passages relatifs la vie de notre hros4 ,c'est un pur chef-d'uvre4 ,il n'y a rien y ajouter4 #a ,jouaust4--,la ,mort d',agrippine1 #ahge4 99 99 99 ,tallemant des ,raux1 ce ,saint-,simon bourgeois du ,x,v,i,ie sicle1 aurait pu connatre notre auteur4 ,il ne lui a cependant consacr que dix lignes1 et quelles lignes6 ,en voici le dbut3 ,un fou1 nomm ,cyrano1 fit une pice de thtre intitule ,agrippine4 ,la pice tait un vrai galimatias4 ,un fou1 voil pour le pote2 un galimatias1 voil pour le pome4 ,jugement sommaire1 excution sans phrases4 ,boileau1 le svre ,boileau1 ne fut pas aussi dur que le licencieux narrateur des ,historiettes3 ,j'aime mieux ,bergerac et sa burlesque audace ,que les vers o ,motin se morfond et nous glace4 ,toutefois1 la comparaison n'est pas extrmement flatteuse2 ,cyrano est ici le clou qui fixe ,motin au gibet dress par le justicier du ,parnasse4 ,le glacial ,motin et l'audacieux ,bergerac1 l'un portant l'autre1 sont prcipits dans l'immortalit comme ,jupiter lana ,vulcain sur la terre1 par un furieux coup de pied4 ,de nos jours ,bergerac rencontre enfin un juge non prvenu1 un esprit ouvert1 original1 sensible lui-mme toutes les originalits4--,ah6 messieurs1 je me refuse vainement cette interruption dans le cours de mes ides1 mais j'ai sur les lvres et dans le cur le nom de celui que nous venons de perdre1 de notre illustre ,thophile ,gautier2 je ne puis l'omettre en parlant du ,cyrano qu'il a touch d'un rayon de sa gloire1 et je ne puis pas le prononcer sans payer une chre mmoire ce dernier tribut de regrets et de douleurs444 ,thophile ,gautier a rendu sur ,bergerac un jugement quitable1 j'y reviendrai tout l'heure2 d'ailleurs le livre est dans toutes les mains4 ,mais enfin1 ce livre est intitul les ,grotesques2 mais enfin1 pour ,thophile ,gautier lui-mme1 le pote grandiose de la ,mort d',agrippine1 l'humoristique et profond penseur qui crivit le ,voyage la ,lune1 un demi-sicle avant les ,mondes de ,fontenelle et les ,voyages de ,gulliver1 un sicle avant ,micromgas1 ,cyrano est un grotesque4 ,fou1 burlesque1 grotesque1 voil quelle formidable trinit d'pithtes mprisantes le nom de ,cyrano trane aprs lui devant la postrit indiffrente1 qui a bien d'autres soucis plus pressants que de reviser des jugements littraires4 ,mon ,dieu1 je ne viens pas m'inscrire en faux4 ,cyrano fut un fou1 un burlesque1 un audacieux1 un grotesque1 j'en conviens2 mais il fut aussi quelque chose de trs diffrent4 ,dans cette opinion gnrale sur ,cyrano1 il faut faire la part de deux influences1 celle de sa vie et celle de ses uvres4 ,parlons de sa vie d'abord4 ,ici encore il faut subdiviser1 car il y a sa vie relle1 qui est peu connue1 et sa lgende1 qui est populaire4 ,la lgende1 c'est le ,cyrano fier--bras1 le ,cyrano duelliste1 tranche-montagne1 le matamore au nez immense tout balafr de coups de sabre1 et qui dfend aux passants d'en rire sous peine de mort2 le dbauch1 le libertin1 l'impie2 ce sont surtout les contes ridicules accrdits par le ,menagiana et dont la critique littraire avait dj fait justice au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,ce qu'il y a de vrai1 c'est que ,cyrano fut trs brave1 c'est qu'il servit de second en maintes rencontres1 mais sans avoir jamais suscit ou soutenu une querelle pour son compte personnel2 c'est qu' l'ge de dix-neuf ans1 simple cadet aux gardes1 il se battait comme un lion contre les ,espagnols et tombait perc d'une balle au sige de ,mouzon2 l'anne suivante1 en #afdj1 au sige d',arras1 dans un combat corps corps1 un coup d'pe lui traversait la gorge4 ,cyrano fut certainement un duelliste1 ce dont on le blme1 mais ce fut avant tout un hroque soldat1 ce dont on ne l'a jamais lou4 ,de mme pour ses uvres3 ,cyrano cdait au got du temps4 ,ses lettres descriptives1 satiriques1 burlesques1 amoureuses1 offrent le plus parfait modle de ce qu'on appelait alors le bel esprit2 en littrature comme en fait d'armes1 on ne recherchait que les rencontres extraordinaires4 ,l'ide d'tre naturel tait la seule qui ne se prsentt jamais ces constructeurs de rbus4 ,mais1 si extravagantes qu'on juge les prouesses de ,cyrano en ce genre1 il faut avouer qu'elles restent gaies1 spirituelles et bien franaises2 ce sont1 comme il l'a dit lui-mme1 des imaginations pointues dont on chatouille le temps pour le faire marcher plus vite4 ,et que d'invention comique en ce genre dont ,voiture est le roi6 ,je ne rappelle votre mmoire que la ,lettre un gros homme1 c'est--dire ,montfleury1 ce roi de thtre1 si prodigieusement entripaill1 pour me servir de l'expression de ,molire3 ,enfin1 gros homme1 je vous ai vu1 mes prunelles ont achev sur vous de grands voyages1 et le jour que vous boultes corporellement jusqu' moi1 j'eus le temps de parcourir votre hmisphre ou1 pour parler plus vritablement1 d'en dcouvrir quelques cantons444 ,pensez-vous donc1 cause qu'un homme ne vous sauroit battre tout entier en vingt-quatre heures et qu'il ne sauroit en un jour chiner qu'une de vos omoplates444 ,si les coups de bton s'envoyoient par crit1 vous liriez ma lettre des paules444 ,une longe de veau qui marche sur ses lardons444 ,ces folles et robustes gaiets sentent la gasconnade1 je le sais2 la littrature entire tait gasconne1 c'est--dire espagnole2 le capitan1 ce type oblig des comdies la mode1 aurait pu descendre du thtre dans le parterre sans s'y trouver dpays4 ,cyrano1 que des hommes qui s'y connaissaient avaient surnomm le dmon de la bravoure1 tint honneur de se montrer plus gascon lui seul que la ,gascogne entire1 et il y parvint aisment1 car ce gascon fieff tait444 un ,parisien444 ,oui1 ,messieurs1 un ,parisien2 j'en suis fch pour les biographes qui1 sur la foi de son nom1 l'ont fait compatriote de l'illustre baron de ,crac1 et particulirement pour l'estimable rudit qui1 en #ahef1 crivit une vie de ,cyrano en l'honneur de la jolie ville de ,bergerac en ,prigord2 mais notre ,cyrano fut un ,parisien certain1 authentique1 fils de ,parisien1 petit-fils de ,parisien4 ,cela est attest par l'acte de son baptme1 retrouv dans les registres de la paroisse ,saint-,sauveur par un travailleur infatigable1 un vritable savant celui-l1 par le vnrable ,m4 ,jal1 charg de la garde de nos archives municipales1 qui ne sont plus hlas6 qu'un peu de cendres4 ,donc1 ,savinien de ,cyrano fut baptis ,paris1 sur la paroisse ,saint-,sauveur1 le #f mars #afai4 ,il tait le cinquime fils d',abel de ,cyrano1 cuyer1 seigneur de ,mauvires1 et de demoiselle ,esprance ,bellanger4 ,en #afab1 poque de leur mariage1 ,m4 et ,mme de ,mauvires habitaient rue des ,prouvaires1 sur la paroisse ,saint-,eustache1 deux pas de la maison o naquit ,molire4 ,je trouve que le grand-pre de notre pote1 nomm ,savinien comme lui1 tait secrtaire du roi en #aegj et auditeur de la chambre des comptes de ,paris en #aegc1 sous ,charles ,,ix4 ,vous le voyez1 c'est bien nous ,parisiens qu'appartient ,cyrano1 vritable enfant de ,paris4 ,il l'avait bien dit lui-mme dans son ,voyage la ,lune2 mais nul n'y avait pris garde3 si peu de gens lisent les livres dont tout le monde parle6 ,la vie de ,cyrano fut courte et peut se condenser en peu de faits4 ,aprs une ducation classique rapidement bauche par un prtre de campagne1 ,savinien revint ,paris avec l'autorisation de son pre et y battit le pav1 poursuivant tant bien que mal ses tudes sur les bancs du collge de ,beauvais4 ,je ne veux pas faire le pdant avec vous1 ,messieurs2 permettez-moi cependant de vous rappeler que le collge de ,beauvais tait tabli ,paris1 dans la rue qui a retenu son nom1 la rue ,saint-,jean-de-,beauvais1 et non pas ,beauvais en ,picardie1 comme l'a cru1 dans un moment d'oubli1 un rudit quelque peu distrait4 ,molire1 plus jeune que ,cyrano de trois ans1 tudiait peu prs dans le mme temps au collge de ,clermont1 non pas au collge de ,clermont en ,beauvoisis1 ni de ,clermont en ,auvergne1 mais au collge de ,clermont tenu par les ,jsuites1 rue ,saint-,jacques ,paris1 et qui est devenu en #afhb le collge ,louis-le-,grand4 ,lorsque ,cyrano eut atteint l'ge de #ai ans 7#afdj71 se conformant au conseil et l'exemple d'un de ses amis1 ,m4 ,le ,bret1 qui fut depuis son excuteur testamentaire1 et qui nous devons le peu que nous savons de lui1 il s'enrla dans les cadets du rgiment des ,gardes et fut admis dans la compagnie commande par ,m4 de ,carbon ,castel-,jaloux1 presque entirement compose de ,gascons4 ,c'est alors1 ce que je suppose1 qu'il prit un nom de guerre1 celui de ,bergerac1 et il signa toujours de ,cyrano ,bergerac4 ,si l'on voulait toute force que ce ft un nom de terre1 je n'irais pas en chercher l'origine au milieu de la ,loire1 mais plutt du ct de la ,bretagne4 ,le premier et le plus authentique des quatre portraits gravs que possde le cabinet des estampes1 prsente l'il le moins exerc le type saisissant du ,kymri breton4 ,d'ailleurs1 il y a eu des fiefs du nom de ,bergerac en ,bretagne et la seigneurie de ,mauvires appartenant au pre de notre ,cyrano1 tait situe dans l',ouest de la ,france4 ,je n'insiste pas sur ces dtails4 ,cyrano1 peine soldat1 fit un rude apprentissage sur les champs de bataille1 et se rebuta promptement du mtier4 ,les deux blessures qu'il reut aux siges de ,mouzon et d',arras ne lui avaient pas donn d'avancement4 ,le dgot des services inutiles1 joint l'attrait qu'il ressentait pour les sciences1 l'arrachrent sans retour la carrire des armes4 ,le potique soldat1 qui rimait de tendres lgies dans le tumulte d'un corps de garde1 redevint un tudiant plein de zle et d'ardeur4 ,il cultiva l'astronomie1 la physique1 la philosophie avec ,rohault et ,gassendi4 ,convaincu par l'vidence des ides de ,copernic1 il aida par l'attrait de l'esprit le plus aiguis et le plus alerte la propagation des doctrines nouvelles4 ,il y avait cela quelque courage1 car1 en plein sicle de ,louis ,,xiv1 il n'tait pas admis par tout le monde que la terre tournt autour du soleil2 ,le ,bret1 l'ami et l'diteur de ,cyrano1 invoque au profit de son illustre ami1 le bnfice des circonstances attnuantes et s'excuse1 quant soi1 de prendre parti dans ces matires dlicates4 ,voil o l'on en tait en #affc1 ,cyrano exposa avec une remarquable nettet la thorie trs explicite de l'attraction plantaire1 comme principe du systme du monde1 et cela #cd ans avant les premires publications de ,newton4 ,je ne me hasarderai pas lui faire honneur de cette grande pense et je n'ai pas eu le loisir de rechercher auquel de ses matres cet honneur appartient4 ,mais je ne puis lui refuser la gloire d'avoir fait pour la science nouvelle de son temps1 ce que ,voltaire fit au sicle suivant1 avec plus de bonheur et d'clat1 pour les doctrines scientifiques de ,locke et de ,newton4 ,admirable spectacle que donne le gnie littraire se faisant le messager et le dfenseur du progrs des sciences6 ,ce qui appartient bien en propre ,cyrano1 c'est d'avoir conu clairement la premire ide de l'arostation4 ,il indique l'emploi de globes creux remplis d'un gaz dilatable1 plus lger que l'air atmosphrique2 il va mme jusqu' calculer le moyen de redescendre en laissant chapper du gaz1 lorsqu'on s'est lev trop haut4 ,cet homme-l n'tait pas un homme ordinaire2 et s'il faut absolument que ce soit un fou1 avouez que ce n'tait pas l un fou mpriser4 ,il avait d'ailleurs conform la conduite de sa vie aux doctrines qu'il avait embrasses4 ,en mme temps qu'il se rendait savant1 il se fit modeste1 frugal et chaste comme un vrai pythagoricien4 ,sa fortune tait loin d'galer son mrite4 ,il tait le cinquime enfant d'un gentilhomme assez pauvre lui-mme4 ,aprs avoir repouss les uvres flatteuses du marchal de ,gassion1 un des grands hommes de guerre de ce temps-l et l'ami de ,gustave-,adolphe1 qui voulait se l'attacher par estime pour ses talents et pour ses connaissances1 ,cyrano avait fini par accepter le patronage d'un personnage d'une valeur non moins clatante et non moins prouve1 je veux parler du duc d',arpajon1 marquis de ,severac1 qui ,la ,mort d',agrippine est ddie4 ,il rentrait un soir l'htel de ce seigneur1 lorsqu'il fut atteint la tte par la chute d'une pice de bois4 ,il languit quelque temps et mourut en #afee1 l'ge de trente-six ans4 ,ses derniers moments1 adoucis par l'amiti de sa cousine ,mme de ,neufvillette1 et de sa vnrable tante1 ,catherine de ,cyrano1 prieure du couvent des ,filles-de-la-,croix1 rue de ,charonne1 furent ceux d'un chrtien4 ,catherine de ,cyrano rclama sa dpouille mortelle qui fut ensevelie sous les dalles de l'glise4 ,auguste ,,vitu ,,pi,,ces ,,justificatives ,mariage d',abel ,ier de ,cyrano avec ,esprance ,brenger 7#afab74 ,le troisiesme septembre mil six cent douze ont receu la benediction nuptiale1 apres la publication de trois bans et veu une lettre de trois autres de ,st-,eustache1 noble homme ,abel de ,cyrano1 de la paroisse de ,st-,eustache1 et damoiselle ,esperance ,berenger1 de cette paroisse4 7,anciennes archives de la ,ville de ,paris1 aujourd'hui brles1 registre ,saint-,gervais47 ,baptme de ,denys de ,cyrano 7#afad74 ,le treiziesme de mars mil six cent quatorze a t baptis ,denys1 fils de noble homme ,abel de ,cyrano1 escuyer1 sieur de ,mauvieres1 et de damoiselle ,esperance ,bellanger 7sic71 sa femme demeurant rue des ,prouvaires ,paris2 le parin ,denys ,fedeau1 conseiller et secretaire du roy2 la marine dame ,anne ,le ,maire1 femme du feu noble homme messire ,savinien de ,cyrano1 vivant conseiller et secretaire du ,roy1 maison et couronne de ,france4 7,reg4 de ,saint-,eustache47 ,baptme de ,savinien ,,ii de ,cyrano 7#afai74 ,le sixiesme mars mil six cens disneuf1 ,savinien1 fils d',abel de ,cyrano1 escuier1 sieur de ,mauvieres1 et de damoiselle ,esperance de ,bellenger 7sic72 le parrain noble homme ,antoine ,fanny1 conceiller du ,roy et auditeur en sa ,chambre des comptes1 de cette paroisse2 la marraine damoiselle ,marie ,fedeau1 femme de noble homme ,me ,louis ,perrot1 conceiller et secretaire du ,roy1 maison et couronne de ,france1 de la paroisse de ,st ,germain l',auxerrois4 7,reg4 de ,saint-,sauveur47 ,illustration3 ,reproduction du titre de l',edition de #affc4 7,grandeur ,naturelle7 ,a ,,messire ,,tanneguy ,,renault ,,des ,,boisclairs ,chevalier1 ,conseiller du ,roy en ses ,conseils1 et ,grand ,prvt de ,bourgogne et ,bresse ,,monsieur1 ,je satisfais la dernire volont d'un ,mort que vous obligetes d'un signal bienfait pendant sa vie4 ,comme il tait connu d'une infinit de gens d'esprit1 par le beau feu du sien1 il fut absolument impossible que beaucoup de personnes ne sussent la disgrce qu'une dangereuse blessure1 suivie d'une violente fivre1 lui causa quelques mois devant sa mort4 ,plusieurs ont ignor par quel bon ,dmon il y avait t secouru2 mais il a cru que le nom n'en devait pas tre moins public que l'action lui en fut avantageuse4 ,vous tiez son ami1 vous l'en aviez souvent assur1 et mme vous le lui aviez tmoign en plusieurs rencontres o vous saviez le besoin qu'il en avait2 mais qu'tait-ce faire1 que quelques autres hommes n'eussent fait comme vous8 qu'tait-ce paratre envers notre ami1 que ce que vous paraissiez envers cent autres qui n'taient point de sa trempe8 ,il fallait donc le tirer de la presse1 et que votre gnrosit le distinguant du grand nombre de ceux que vous obligiez1 fit voir non seulement1 comme parle ,aristote1 qu'elle n'avait pas dgnr1 mais qu'elle avait enchri sur soi-mme en faveur d'un si digne sujet4 ,de sorte que quand vous etes la bont de lui rendre des preuves de votre protection et de votre amiti dans sa maladie1 dont vous arrttes le cours par vos soins et les assistances gnreuses que vous lui rendtes en l'extrmit de ses maux les plus violents1 ce fut d'une si puissante protection pour lui1 qu'il espra de vous encore celle qu'un peu devant sa mort il me pria de vous demander pour cet ouvrage2 et ce sera aussi de cette grande confiance et de ce dernier sentiment que vous jugerez de ceux qu'il doit avoir eus de votre amiti1 puisque c'est dans ce moment fatal que la bouche parle comme le cur3 ,nam ver voces tum domum pectore ab imo ,eliciuntur444 ,et je me suis rendu l'interprte du sien d'autant plus volontiers1 que je prenais part galement ses disgrces1 comme au bien qu'on lui faisait2 et que1 par cette raison1 comme par mon inclination particulire1 je suis1 en vrit1 ,monsieur1 ,votre trs-humble et trs-affectionn serviteur1 ,,le ,,bret4 ,a ,l',,auteur ,,des ,,etats ,,et ,,empires ,,de ,,la ,,lune ,,epigramme ,accepte ces six mchants vers ,que ma main crit de travers ,tant en moi la frayeur abonde ,et permets qu'aujourd'hui j'vite ton abord ,car autant qu'une affreuse mort ,je crains les gens de l'autre monde4 ,,sonnet 7du mme au mme7#b ,ton esprit1 qu'en son vol nul obstacle n'arrte1 ,dcouvre un autre monde nos ambitieux1 ,qui tous galement respirent sa conqute ,comme un noble chemin pour arriver aux cieux4 ,mais ce n'est point pour eux que la palme s'apprte4 ,si j'tois du conseil des destins et des ,dieux1 ,pour prix de ton audace1 on chargeroit ta tte ,des couronnes des rois qui gouvernent ces lieux4 ,mais non1 je m'en ddis2 l'inconstante fortune ,semble avoir trop d'empire en celui de la ,lune3 ,son pouvoir n'y parot que pour tout renverser4 ,peut-tre verrois-tu1 dans ces demeures mornes1 ,ds le premier instant ton ,etat s'clipser ,et du moins chaque mois en rtrcir les bornes4 ,,de ,,prade4 #b ,ce sonnet1 se trouve dans les uvres potiques du sieur de ,p4 7,prade71 publies en #afej 7,paris1 ,nicolas et ,jean de la ,coste1 in-#d74 ,il prouve que le ,voyage dans la ,lune tait compos longtemps avant la mort de ,cyrano1 auquel il causa de graves ennuis1 comme lui-mme nous l'apprend dans l',histoire des ,etats et ,empires du ,soleil4 ,,preface ,,lecteur1 je te donne l'ouvrage d'un mort1 qui m'a charg de ce soin1 pour te faire connatre qu'il n'est pas un mort du commun1 ,puisqu'il n'est point couvert de ces tristes lambeaux1 ,qu'une ,ombre dsole emporte des tombeaux4 qu'il ne s'amuse point faire de vaines plaintes1 renverser les meubles d'une chambre1 traner des chanes dans un grenier1 qu'il ne souffle point la chandelle dans une cave1 qu'il ne bat personne1 qu'il ne fait point le ,cauchemar1 ni le ,moine bourru1 ni enfin aucune des fadaises dont on dit que les autres morts pouvantent les sots2 et qu'au contraire de tout cela il est d'aussi belle humeur que jamais4 ,je crois qu'une faon d'agir si agrable et si extraordinaire dans un mort1 suspendra le chagrin des plus ,critiques en faveur de cet ouvrage1 parce qu'il y aurait double lchet d'insulter des ,mnes si remplies de bienveillance1 et si soigneuses du divertissement des vivants2 mais que cela soit ou ne soit pas1 que le ,critique le rvre ou le morde1 je suis assur qu'il s'en souciera d'autant moins que sa belle humeur est l'unique chose de ce monde qu'il ait retenue en l'autre2 de sorte qu'tant impassible tout le reste1 quelque coup que la mdisance lui porte1 il ne fera que blanchir4 ,ce n'est pas1 raillerie part1 que je veuille imposer personne la ncessit de n'en juger que par mes yeux3 je sais trop bien que la lecture n'est agrable qu' proportion de ce qu'elle est libre2 c'est pourquoi je trouve bon que chacun en juge selon le fort ou le faible de son gnie2 mais je prie les plus gnreux de se laisser prvenir par cette favorable pense qu'il n'a eu pour but que le plaisant1 et c'est ce qui lui a pu faire ngliger quelques endroits1 auxquels1 cause de cela1 on doit une attention d'autant moins austre1 que par ce moyen on l'excusera plus facilement de la circonspection1 qu'autrement on y dsirerait trop grande de sa part1 de la mienne1 et de celle des ,imprimeurs4 ,quid ergo8 ,ut scriptor si peccat1 idem librarius usque1 ,quamvis est monitus1 venia caret4#c #c ,horace1 ,art ,potique4 ,j'avoue1 toutefois1 que1 si j'eusse eu le temps1 ou que je n'y eusse pas prvu de trs grandes difficults1 j'aurais volontiers examin la chose de sorte qu'elle t'aurait sembl peut-tre plus complte2 mais j'ai apprhend d'y mettre1 ou de la confusion1 ou de la difformit1 si j'entreprenais d'en changer l'ordre1 ou de suppler quelques lacunes1 par le mlange de mon style au sien1 dont ma mlancolie ne me permet pas d'imiter la gaiet1 ni de suivre les beaux emportements de son imagination1 la mienne1 cause de sa froideur1 tant beaucoup plus strile4 ,c'est une disgrce qui est arrive presque tous les ouvrages posthumes1 o ceux qui se sont donn le soin de les mettre au jour ont souffert de semblables lacunes1 dans la crainte 7s'ils en avaient entrepris le supplment7 de ne pas cadrer la pense de l',auteur4 ,ceux de ,ptrone sont de ce nombre-l2 mais on ne laisse pas d'en admirer les beaux fragments1 comme on fait des restes de l'ancienne ,rome4 ,peut-tre1 toutefois1 que1 sans mettre ces choses en considration1 le ,critique1 qui ne se dment jamais1 biaisant au reproche qu'il pourrait encourir s'il attaquait un mort1 changera seulement d'objets1 et prtendra me rendre caution de l'vnement de ce ,livre1 sous ombre que je me suis donn le soin de son impression2 mais j'appelle ds prsent de son sentiment celui des ,sages1 qui me dispenseront toujours d'tre responsable des faits d'autrui1 et de rendre raison d'un pur effet de l'imagination de mon ami1 qui lui-mme n'aurait pas entrepris d'en donner de plus solides que celles qu'on rend ordinairement des fables et des romans4 ,je dirai seulement1 par forme de manifeste en sa faveur1 que sa chimre n'est pas si absolument dpourvue de vraisemblance1 qu'entre plusieurs grands hommes anciens et modernes1 quelques-uns n'aient cru que la ,lune tait une terre habitable2 d'autres1 qu'elle tait habite2 et d'autres plus retenus1 qu'elle leur semblait telle4 ,entre les premiers et les seconds1 ,hraclite a soutenu qu'elle tait une terre entoure de brouillards2 ,xnophon1 qu'elle tait habitable2 ,anaxagoras1 qu'elle avait des collines1 des valles1 des forts1 des maisons1 des rivires et des mers2 et ,lucien1 qu'il y avait vu des hommes avec lesquels il avait convers et fait la guerre contre les habitants du ,soleil2 ce qu'il conte toutefois avec beaucoup moins de vraisemblance et de gentillesse d'imagination que ,monsieur de ,bergerac4 ,en quoi certainement les modernes l'emportent sur les anciens1 puisque les ,gansars1 qui y portrent l',espagnol1 dont le ,livre parut ici1 il y a douze ou quinze ans1 les bouteilles pleines de rose1 les fuses volantes et le chariot d'acier de ,monsieur de ,bergerac1 sont des machines bien plus agrablement imagines que le vaisseau dont se servit ,lucien1 pour y monter4 ,enfin1 entre les derniers1 le ,pre de ,mersenne1 7dont la grande pit et la science profonde ont t galement admires de ceux qui l'ont connu71 a dout si la ,lune n'tait pas une terre1 cause des eaux qu'il y remarquait1 et que celles qui environnent la terre o nous sommes en pourraient faire conjecturer la mme chose ceux qui en seraient loigns de soixante demi-diamtres terrestres1 comme nous sommes de la ,lune4 ,ce qui peut passer pour une espce d'affirmation1 parce que le doute1 dans un si grand homme1 est toujours fond sur une bonne raison1 au moins sur plusieurs apparences qui y quipollent4 ,gilbert se dclare plus prcisment sur le mme sujet1 car il veut que la ,lune soit une terre1 mais plus petite que la ntre1 et il s'efforce de le prouver par les convenances qui sont entre celle-ci et celle-l4 ,henry le ,roy et ,franois ,patrice sont de ce sentiment1 et expliquent fort au long sur quelles apparences ils se fondent1 soutenant enfin que notre ,terre et la ,lune se servent de ,lunes rciproquement4 ,je sais que les ,pripatticiens ont t d'opinion contraire1 et qu'ils ont soutenu que la ,lune ne pouvait tre une terre1 parce qu'elle ne portait point d'animaux1 qu'ils n'y auraient pu tre que par la gnration et la corruption1 et que la ,lune est incorruptible1 qu'elle a toujours t porte d'une situation stable et constante1 et qu'on n'y a remarqu aucun changement depuis le commencement du monde jusqu' prsent4 ,mais ,hevelius leur rpond que notre ,terre1 quelque corruptible qu'elle nous paraisse1 n'a pas laiss de durer autant que la ,lune1 o il s'est pu faire des corruptions1 dont nous ne nous sommes jamais aperus1 parce qu'elles s'y sont faites dans ses moindres parties1 et sur sa simple surface2 comme celles qui se font sur la surface de notre ,terre1 o nous ne les pourrions dcouvrir1 si nous en tions aussi loigns que de la ,lune4 ,il ajoute plusieurs autres raisonnements qu'il confirme par un tlescope de son invention1 avec quoi il dit 7et l'exprience en est facile et familire7 qu'il a dcouvert dans la ,lune que les parties plus luisantes et plus paisses1 les grandes et les petites1 ont un juste rapport avec nos mers1 nos rivires1 nos lacs1 nos plaines1 nos montagnes et nos forts4 ,enfin1 notre divin ,gassendi1 si sage1 si modeste1 et si savant en toutes ces choses1 ayant voulu se divertir1 comme je crois qu'ont voulu faire les autres1 a crit sur ce sujet de mme que ,hevelius1 ajoutant qu'il croit qu'il y a des montagnes dans la ,lune1 hautes quatre fois comme le mont ,olympe1 prendre sa hauteur sur celle que lui donne ,xnagoras1 c'est--dire de quarante stades1 qui reviennent environ cinq milles d',italie4 ,tout cela1 ,lecteur1 te peut faire connatre que ,monsieur de ,bergerac ayant eu tant de grands hommes de son sentiment1 il est d'autant plus louer1 qu'il a trait plaisamment une chimre dont ils ont trait trop srieusement3 aussi1 avait-il cela de particulier1 qu'il croyait qu'on devait rire et douter de tout ce que certaines gens assurent bien souvent aussi opinitrement que ridiculement2 en sorte que je lui ai ou dire beaucoup de fois qu'il avait autant de ,farceurs qu'il rencontrait de ,sidias 7c'est le nom d'un pdant que ,thophile1 dans ses fragments comiques1 fait battre coups de poing contre un jeune homme qui le pdant opinitrait qu'odor in pomo non erat forma1 sed accidens71 parce qu'il croyait qu'on pouvait donner ce nom ceux qui disputent1 avec la mme opinitret1 de choses aussi inutiles4 ,l'ducation que nous avions eue ensemble1 chez un bon prtre de la campagne qui tenait de petits pensionnaires1 nous avait fait amis ds notre plus grande jeunesse1 et je me souviens de l'aversion qu'il avait ds ce temps-l pour ce qui lui paraissait l'ombre d'un ,sidias1 parce que1 dans la pense que cet homme en tenait un peu1 il le croyait incapable de lui enseigner quelque chose2 de sorte qu'il faisait si peu d'tat de ses leons et de ses corrections1 que son pre1 qui tait un bon vieux ,gentilhomme assez indiffrent pour l'ducation de ses enfants1 et trop crdule aux plaintes de celui-ci1 l'en retira un peu trop brusquement2 et1 sans s'informer si son fils serait mieux autre part1 il l'envoya ,paris1 o il le laissa jusqu' dix-neuf ans sur sa bonne foi4 ,cet ge1 o la nature se corrompt plus aisment1 et la grande libert qu'il avait de ne faire que ce que bon lui semblait1 le portrent sur un dangereux penchant1 o j'ose dire que je l'arrtai2 parce qu'ayant achev mes tudes1 et mon pre voulant que je servisse dans les ,gardes1 je l'obligeai d'entrer avec moi dans la ,compagnie de ,monsieur de ,carbon ,casteljaloux4 ,les duels1 qui semblaient1 en ce temps-l l'unique et le plus prompt moyen de se faire connatre le rendirent en si peu de jours si fameux1 que les ,gascons1 qui composaient presque seuls cette ,compagnie1 le considraient comme le dmon de la bravoure1 et en comptaient autant de combats que de jours qu'il y tait entr4 ,tout cela cependant ne le dtournait point de ses tudes1 et je le vis un jour dans un corps de garde travailler une ,elgie avec aussi peu de distraction1 que s'il et t dans un cabinet fort loign du bruit4 ,il alla quelque temps aprs au sige de ,mouzon1 o il reut un coup de mousquet au travers du corps1 et depuis1 un coup d'pe dans la gorge1 au sige d',arras en #afdj4 ,mais les incommodits qu'il souffrit pendant ces deux siges1 celles que lui laissrent ces deux grandes plaies1 les frquents combats que lui attirait la rputation de son courage et de son adresse1 qui l'engagrent plus de cent fois tre second 7car il n'eut jamais une querelle de son chef71 le peu d'esprance qu'il avait d'tre considr1 faute d'un patron1 auprs de qui son gnie tout libre le rendait incapable de s'assujettir1 et enfin le grand amour qu'il avait pour l'tude1 le firent renoncer entirement au mtier de la guerre1 qui veut tout un homme1 et qui le rend autant ennemi des ,lettres que les ,lettres le font ami de la paix4 ,je t'en particulariserais quelques combats qui n'taient point des duels1 comme fut celui o1 de cent hommes attroups pour insulter en plein jour un de ses amis sur le foss de la porte de ,nesle1 deux1 par leur mort1 et sept autres1 par de grandes blessures1 payrent la peine de leur mauvais dessein4 ,mais1 outre que cela passerait pour fabuleux1 quoique fait la vue de plusieurs personnes de qualit qui l'ont publi assez hautement pour empcher qu'on n'en puisse douter1 je crois n'en devoir pas dire davantage1 puisque aussi bien en suis-je l'endroit o il quitta ,mars pour se donner ,minerve2 je veux dire qu'il renona si absolument toutes sortes d'emplois depuis ce temps-l1 que l'tude fut l'unique auquel il s'adonna jusqu' la mort4 ,au reste1 il ne bornait pas sa haine pour la sujtion1 celle qu'exigent les ,grands auprs desquels on s'attache2 il l'tendait encore plus loin1 et mme jusqu'aux choses qui lui semblaient contraindre les penses et les opinions1 dans lesquelles il voulait tre aussi libre1 que dans les plus indiffrentes actions2 et il traitait de ridicules certaines gens1 qui1 avec l'autorit d'un passage1 ou d',aristote1 ou de tel autre1 prtendent1 aussi audacieusement que les disciples de ,pythagore avec leur ,magister dixit1 juger des questions importantes1 quoique des preuves sensibles et familires les dmentent tous les jours4 ,ce n'est pas qu'il n'et toute la vnration qu'on doit avoir pour tant de rares ,philosophes1 anciens et modernes2 mais la grande diversit de leurs sectes1 et l'trange contrarit de leurs opinions1 lui persuadaient qu'on ne devait tre d'aucun parti3 ,nullius addictus jurare in verba magistri4 ,dmocrite et ,pyrrhon lui semblaient1 aprs ,socrate1 les plus raisonnables de l'antiquit2 encore1 n'tait-ce qu' cause que le premier avait mis la vrit dans un lieu si obscur1 qu'il tait impossible de la voir2 et que ,pyrrhon avait t si gnreux1 qu'aucun des savants de son sicle n'avait pu mettre ses sentiments en servitude1 et si modeste1 qu'il n'avait jamais voulu rien dcider2 ajoutant1 propos de ces savants1 que beaucoup de nos ,modernes ne lui semblaient que les chos d'autres savants1 et que beaucoup de gens passent pour trs doctes1 qui auraient pass pour trs ignorants1 si des savants ne les avaient prcds4 ,de sorte que1 quand je lui demandais pourquoi donc il lisait les ouvrages d'autrui1 il me rpondait que c'tait pour connatre les larcins d'autrui2 et que1 s'il et t juge de ces sortes de crimes1 il y aurait tabli des peines plus rigoureuses que celles dont on punit les voleurs de grands chemins2 cause que1 la gloire tant quelque chose de plus prcieux qu'un habit1 qu'un cheval1 et mme que de l'or1 ceux qui s'en acquirent par des livres qu'ils composent de ce qu'ils drobent chez les autres taient comme des voleurs de grands chemins1 qui se parent aux dpens de ceux qu'ils dvalisent2 et que1 si chacun et travaill ne dire que ce qui n'et point t dit1 les bibliothques eussent t moins grosses1 moins embarrassantes1 plus utiles1 et la vie de l'homme1 7quoique trs courte71 et presque suffi pour lire et savoir toutes les bonnes choses2 au lieu que1 pour en trouver une qui soit passable1 il en faut lire cent mille1 ou qui ne valent rien1 ou qu'on a lues ailleurs une infinit de fois1 et qui font cependant consumer le temps inutilement et dsagrablement4 ,nanmoins1 il ne blmait jamais un ouvrage absolument1 quand il y trouvait quelque chose de nouveau2 parce qu'il disait que c'tait un accroissement de bien aussi grand pour la ,rpublique des ,lettres que la dcouverte des terres nouvelles est utile aux anciennes2 et la nation des ,critiques lui semblait d'autant plus insupportable1 qu'il attribuait1 l'envie et au dpit qu'ils avaient de se voir incapables d'aucune entreprise 7qui est toujours louable1 quand bien l'effet n'y rpondrait pas entirement71 la passion qu'ils font paratre reprendre les autres4 ,non ego paucis1 disait-il4 ,offendat maculis quas aut incuriat fudit ,aut humana parum cavit natura4 ,et1 en effet1 si on souffre bien des ombres dans un tableau1 pourquoi ne pas souffrir dans un ,livre quelques endroits moins forts que d'autres1 puisque1 par la rgle des contraires1 le noir sert quelquefois faire davantage briller le blanc4 ,cependant1 comme il n'avait que des sentiments extraordinaires1 aucun de ses ouvrages n'a t mis entre les communs4 ,son ,agrippine commence1 continue1 et finit d'une manire que d'autres n'avaient point encore pratique4 ,l'locution y est toute potique1 le sujet bien choisi1 les rles fort beaux1 les sentiments romains dans une vigueur digne d'un si grand nom1 l'intrigue merveilleuse1 la surprise agrable1 le dml clair1 et la rgle des vingt-quatre heures si rgulirement observe1 que cette ,pice peut passer pour un ,modle du ,pome dramatique4 ,mais en quoi particulirement il tait admirable1 c'est que du srieux il passait au plaisant1 et y russissait galement4 ,sa comdie du ,pdant jou en est une preuve et trs forte et trs agrable2 de mme que plusieurs de ses autres ouvrages2 tmoignage trs fidle de l'universalit de son bel esprit4 ,son ,histoire de l',etincelle et de la ,rpublique du ,soleil1 o1 en mme style qu'il a prouv la ,lune habitable1 il prouvait le sentiment des pierres1 l'instinct des plantes1 et le raisonnement des brutes1 tait encore au-dessus de tout cela1 et j'avais rsolu de la joindre celle-ci2 mais un voleur1 qui pilla son coffre pendant sa maladie1 m'a priv de cette satisfaction1 et toi1 de ce surcrot de divertissement4 ,enfin1 ,lecteur1 il passa toujours pour un homme d'esprit trs rare2 quoi la ,nature joignit tant de bonheur du ct des sens1 qu'il se les soumit toujours autant qu'il voulut2 de sorte qu'il ne but du vin que rarement1 cause1 disait-il1 que son excs abrutit1 et qu'il fallait tre autant sur la prcaution son gard que de l'arsenic 7c'tait quoi il le comparait71 parce qu'on doit tout apprhender de ce poison1 quelque prparation qu'on y apporte2 quand mme il n'y aurait en craindre que ce que le vulgaire nomme qui pro quo1 qui le rend toujours dangereux4 ,il n'tait pas moins modr dans son manger1 dont il bannissait les ragots tant qu'il pouvait1 dans la croyance que le plus simple vivre1 et le moins mixtionn1 tait le meilleur3 ce qu'il confirmait par l'exemple des hommes modernes1 qui vivent si peu2 au contraire de ceux des premiers sicles1 qui semblent n'avoir vcu si longtemps qu' cause de la simplicit de leurs repas4 ,quippe aliter tunc orbe novo cloque recente ,vivebant homines444 ,il accompagnait ces deux qualits d'une si grande retenue envers le beau sexe1 qu'on peut dire qu'il n'est jamais sorti du respect que le ntre lui doit2 et il avait joint tout cela une si grande aversion pour tout ce qui lui semblait intress1 qu'il ne put jamais s'imaginer ce que c'tait de possder du bien en particulier1 le sien tant bien moins lui qu' ceux de sa connaissance qui en avaient besoin4 ,aussi le ciel1 qui n'est point ingrat1 voulut que d'un grand nombre d'amis qu'il eut pendant sa vie1 plusieurs l'aimassent jusqu' la mort1 et quelques-uns mme par del4 ,je me doute1 ,lecteur1 que ta curiosit1 pour sa gloire et ma satisfaction1 demande que j'en consigne les noms la postrit2 et j'y dfre d'autant plus volontiers1 que je ne t'en nommerai aucun qui ne soit d'un mrite extraordinaire1 tant il les avait bien su choisir4 ,plusieurs raisons1 et principalement l'ordre du temps1 veulent que je commence par ,monsieur de ,prade1 en qui la belle science galait un grand cur et beaucoup de bont1 que son admirable histoire de ,france fait si justement nommer le ,corneille ,tacite des ,franais1 et qui sut tellement estimer les belles qualits de ,monsieur de ,bergerac1 qu'il fut aprs moi le plus ancien de ses amis et un de ceux qui le lui a tmoign le plus obligeamment en une infinit de rencontres4 ,l'illustre ,cavois1 qui fut tu la bataille de ,lens1 et le vaillant ,brissailles1 ,enseigne des ,gens-d'armes de son ,altesse ,royale1 furent non seulement les justes estimateurs de ses belles actions1 mais encore ses glorieux tmoins1 et ses fidles compagnons en quelques-unes4 ,j'ose dire que mon frre et ,monsieur de ,zedde1 qui se connaissent en braves1 et qui l'ont servi1 et en ont t servis dans quelques occasions souffertes en ce temps-l aux gens de leur mtier1 galaient son courage celui des plus vaillants2 et1 si ce tmoignage tait suspect1 cause de la part qu'y a mon frre1 je citerais encore un brave de la plus haute classe1 je veux dire ,monsieur ,duret de ,monchenin1 qui l'a trop bien connu et trop estim1 pour ne pas confirmer ce que j'en dis4 ,j'y puis ajouter ,monsieur de ,bourgongne1 ,mestre de ,camp du ,rgiment d',infanterie de ,monseigneur le ,prince de ,conti2 puisqu'il vit le combat surhumain dont j'ai parl1 et que le tmoignage qu'il en rendit avec le nom d'intrpide1 qu'il lui en donne toujours depuis1 ne permet pas qu'il en reste l'ombre du moindre doute1 au moins ceux qui ont connu ,monsieur de ,bourgongne1 qui tait trop savant bien faire le discernement de ce qui n'en mrite point1 et dont le gnie tait universellement trop beau pour se tromper dans une chose de cette nature4 ,monsieur de ,chavagne1 qui court toujours avec une si agrable imptuosit au-devant de ceux qu'il veut obliger1 cet illustre ,conseiller ,monsieur de ,longueville-,gontier1 qui a toutes les qualits d'un homme achev1 ,monsieur de ,saint-,gilles1 en qui l'effet suit toujours l'envie d'obliger1 et qui n'est pas un petit tmoin de son courage et de son esprit1 ,monsieur de ,lignires1 dont les productions sont les effets d'un parfaitement beau feu1 ,monsieur de ,chteaufort1 en qui la mmoire et le jugement sont si admirables1 et l'application si heureuse d'une infinit de belles choses qu'il sait1 ,monsieur des ,billettes qui n'ignore rien vingt-trois ans de ce que les autres font gloire de savoir cinquante1 ,monsieur de la ,morlire1 dont les murs sont si belles1 et la faon d'obliger si charmante1 ,monsieur le ,comte de ,brienne1 de qui le bel esprit rpond si bien sa grande naissance1 eurent pour lui toute l'estime qui fait la vritable amiti1 dont l'envi ils prirent plaisir de lui donner des marques trs sensibles4 ,je ne particulariserai rien de ce fort esprit1 de ce tout savant1 de cet infatigable produire tant de bonnes et si utiles choses1 ,monsieur l',abb de ,villeloin1 parce que je n'ai pas eu l'honneur de le pratiquer1 mais je puis assurer que ,monsieur de ,bergerac s'en louait extrmement1 et qu'il en avait reu plusieurs tmoignages de beaucoup de bont4 ,j'aurais ajout que1 pour complaire ses amis qui lui conseillaient de se faire un ,patron qui l'appuyt la ,cour1 ou ailleurs1 il vainquit le grand amour qu'il avait pour sa libert1 et que1 jusqu'au jour qu'il reut la tte le coup dont j'ai parl1 il demeura auprs de ,monsieur le ,duc d',arpajon1 qui mme il ddia tous ses ,ouvrages2 mais1 parce que dans sa maladie il se plaignit d'en avoir t abandonn1 j'ai cru ne pas devoir dcider si ce fut par un effet du malheur gnral pour tous les petits1 et commun tous les grands1 qui ne se souviennent des services qu'on leur rend que dans le temps qu'ils les reoivent1 ou si ce n'tait point un secret du ,ciel1 qui1 voulant l'ter sitt du monde1 voulait aussi lui inspirer le peu de regret qu'on doit avoir de quitter ce qui nous y semble de plus beau1 et qui pourtant ne l'est pas toujours4 ,je ferais tort ,monsieur ,roho1 si je n'ajoutais son nom sur une liste si glorieuse1 puisque cet illustre mathmaticien1 qui a tant fait de belles preuves physiques1 et qui n'est pas moins aimable pour sa bont et sa modestie que relev au-dessus du commun par sa science1 eut tant d'amiti pour ,monsieur de ,bergerac1 et s'intressa de telle sorte pour ce qui le touchait1 qu'il fut le premier qui dcouvrit la vritable cause de sa maladie1 et qui rechercha soigneusement1 avec tous ses amis1 les moyens de l'en dlivrer2 mais ,monsieur des ,boisclairs1 qui jusque dans ses moindres actions n'a rien que d'hroque1 crut trouver en ,monsieur de ,bergerac une trop belle occasion de satisfaire sa gnrosit1 pour en laisser la gloire aux autres1 qu'il rsolut de prvenir1 et qu'il prvint en effet1 dans une conjoncture d'autant plus utile son ami1 que l'ennui de sa longue captivit le menaait d'une prompte mort1 dont une violente fivre avait mme dj commenc le triste prlude4 ,mais cet ami sans pair l'interrompit1 par un intervalle de quatorze mois1 qu'il le garda chez lui1 et il et eu1 avec la gloire que mritent tant de grands soins et tant de bons traitements qu'il lui fit1 celle de lui avoir conserv la vie1 si ses jours n'eussent t compts et borns la trente-cinquime anne de son ge1 qu'il finit la campagne chez ,monsieur de ,cyrano1 son cousin1 dont il avait reu de grands tmoignages d'amiti1 de qui les conversations1 si savantes dans l',histoire du temps prsent et du pass1 lui plaisaient extrmement1 et chez qui1 par une affectation de changer d'air qui prcde la mort1 et qui en est un symptme presque certain dans la plupart des malades1 il se fit porter1 cinq jours avant de mourir4 ,je crois que c'est rendre ,monsieur le ,marchal de ,gassion une partie de l'honneur qu'on doit sa mmoire1 de dire qu'il aimait les gens d'esprit et de cur1 parce qu'il se connaissait en tous les deux1 et que1 sur le rcit que ,messieurs de ,cavois et de ,cuigy lui firent de ,monsieur de ,bergerac1 il le voulut avoir auprs de lui4 ,mais la libert dont il tait encore idoltre 7car il ne s'attacha que longtemps aprs ,m4 d',arpajon7 ne put jamais lui faire considrer un si grand homme que comme un matre2 de sorte qu'il aima mieux n'en tre pas connu et tre libre1 que d'en tre aim et tre contraint2 et mme cette humeur1 si peu soucieuse de la fortune1 et si peu des gens du temps1 lui fit ngliger plusieurs belles connaissances que la ,rvrende ,mre ,marguerite1 qui l'estimait particulirement1 voulut lui procurer2 comme s'il et pressenti que ce qui fait le bonheur de cette vie lui et t inutile pour s'assurer celui de l'autre4 ,ce fut la seule pense qui l'occupa sur la fin de ses jours d'autant plus srieusement1 que ,madame de ,neuvillette1 cette femme toute pieuse1 toute charitable1 toute son prochain1 parce quelle est toute ,dieu1 et de qui il avait l'honneur d'tre parent du ct de la noble famille des ,brangers1 y contribua1 de sorte qu'enfin le libertinage1 dont les jeunes gens sont pour la plupart souponns1 lui parut un monstre1 pour lequel je puis tmoigner qu'il eut depuis cela toute l'aversion qu'en doivent avoir ceux qui veulent vivre chrtiennement4 ,j'augurai ce grand changement1 quelque temps avant sa mort1 de ce que1 lui ayant un jour reproch la mlancolie qu'il tmoignait dans les lieux o il avait accoutum de dire les meilleures et les plus plaisantes choses1 il me rpondit que c'tait cause que1 commenant connatre le monde1 il s'en dsabusait2 et qu'enfin il se trouvait dans un tat o il prvoyait que dans peu la fin de sa vie serait la fin de ses disgrces2 mais qu'en vrit son plus grand dplaisir tait de ne l'avoir pas mieux employe3 ,iam invenes vides1 me dit-il1 ,insteteum ferior tas ,merentem stultos preterisse dies4 ,et en vrit1 ajouta-t-il1 je crois que ,tibulle prophtisait de moi1 quand il parlait de la sorte2 car personne n'eut jamais tant de regret que j'en ai de tant de beaux jours passs si inutilement4 ,tu me dois pardonner cette digression1 ,lecteur1 et si je me suis si fort tendu sur le mrite d'un ami1 sa mort m'exempte du blme que j'aurais encouru de l'avoir voulu flatter1 outre que de si belles choses ne sauraient jamais dplaire4 ,pour donc reprendre la suite des autorits sur lesquelles il s'est fond1 je dis que le ,dmon dont il se fait servir si utilement pendant son sjour dans la ,lune n'est pas une chose inoue1 puisque ,thals et ,hraclite ont dit que le monde en tait rempli2 outre ce qu'on a publi de ceux de ,socrate1 de ,dion1 de ,brutus1 et de plusieurs autres4 ,la pluralit des mondes1 dont il a parl1 est appuye sur le sentiment de ,dmocrite1 qui l'a soutenue2 de mme que l'infini et les petits corps ou atomes1 dont il a discouru en quelques endroits aprs ce ,philosophe1 ,epicure et ,lucrce4 ,le mouvement qu'il donne la ,terre n'est pas nouveau1 puisque ,pythagore1 ,philolaus et ,aristarque soutinrent autrefois qu'elle tournait autour du ,soleil1 qu'ils mettaient au centre du monde4 ,leucippe1 et plusieurs autres ont presque dit la mme chose2 mais ,copernic1 dans le dernier sicle1 l'a soutenue plus hautement que tous1 puisqu'il a chang le systme de ,ptolme1 auparavant suivi de tous les ,astronomes1 dont la plupart approuvent aujourd'hui celui de ,copernic1 d'autant plus simple et plus ais1 qu'il met le ,soleil au centre du ,monde1 la ,terre entre les ,plantes1 la place que ,ptolme y donne au ,soleil1 c'est--dire qu'il fait mouvoir autour du ,soleil la sphre de ,mercure1 puis celle de ,vnus1 puis celle de la ,terre1 au bord de laquelle il met un ,epicicle1 sur lequel il fait tourner la ,lune autour de la ,terre1 et achever sa rvolution en vingt-sept jours1 outre celle qu'il lui fait faire avec la mme ,terre autour du ,soleil en un an4 ,je te confesserai toutefois1 ,lecteur1 que ce changement m'est indiffrent1 parce que je ne professe point ces ,sciences1 qui sont trop abstraites pour moi2 et je te proteste que tout ce que j'en sais ne consiste qu'en quelques termes que me fournit la mmoire de quelque lecture des ouvrages qui en traitent4 ,c'est pourquoi je dclare que1 par ce que j'ai dit de ,copernic1 je n'ai point prtendu offenser ,ptolme2 il me suffit que ,cli enarrant gloriam ,dei1 et que leur admirable structure me prouve qu'ils ne sont point l'ouvrage de la main des hommes4 ,quoi qu'en ait dit ,ptolme1 ils ne sont que ce qu'ils ont toujours t2 et1 quelque changement qu'y ait apport ,copernic1 ils sont demeurs dans le mme lieu et dans la mme fonction que leur a donns l',etre ,souverain1 qui1 sans changer1 peut seul changer toutes choses4 ,j'ai dit1 au commencement de ce discours1 le sujet qui me l'a fait entreprendre2 et1 dans la suite1 on peut connatre comment et pourquoi j'ai cit1 tous ces ,savants4 ,je te prie1 ,lecteur1 de t'en souvenir1 afin de justifier le peu ou point de dfrence que j'ai pour tout ce qui peut commettre la vrit de ma croyance avec les imaginations d'autrui4 ,,le ,,bret4 ,illustration3 ,reproduction de la figure place en tte du second volume des uvres de ,monsieur de ,cyrano ,bergerac ,nouvelle dition orne de figures en taille-douce ,a ,amsterdam chez ,jacques ,desbordes1 ,libraire vis--vis de la grande porte de la ,bourse #agji4 ,illustration ,l',,autre ,,monde ou ,,histoire ,,comique des tats et ,empires de la ,lune ,la ,lune tait en son plein1 le ,ciel tait dcouvert1 et neuf heures du soir taient sonnes1 lorsque1 revenant de ,clamart1 prs ,paris 7o ,m4 de ,guigy le fils1 qui en est ,seigneur1 nous avait rgals plusieurs de mes amis et moi71 les diverses penses que nous donna cette boule de safran nous dfrayrent sur le chemin3 de sorte que1 les yeux noys dans ce grand ,astre1 tantt l'un le prenait pour une lucarne du ,ciel2 tantt un autre assurait que c'tait la platine o ,diane dresse les rabats d',apollon2 un autre1 que ce pouvait bien tre le ,soleil lui-mme1 qui1 s'tant au soir dpouill de ses rayons1 regardait par un trou ce qu'on faisait au monde1 quand il n'y tait pas4 --,et moi1 leur dis-je1 qui souhaite mler mes enthousiasmes aux vtres1 je crois1 sans m'amuser aux imaginations pointues dont vous chatouillez le ,temps pour le faire marcher plus vite1 que la ,lune est un monde comme celui-ci2 qui le ntre sert de ,lune4 ,quelques-uns de la compagnie me rgalrent d'un grand clat de rire4 --,ainsi peut-tre1 leur dis-je1 se moque-t-on maintenant1 dans la ,lune1 de quelque autre1 qui soutient que ce globe-ci est un monde4 ,mais j'eus beau leur allguer que ,pythagore1 ,epicure1 ,dmocrite et de notre ge ,copernic et ,keppler#d avaient t de cette opinion1 je ne les obligeai qu' rire de plus belle4 #d ,var3 plusieurs grands hommes4 7,edition ,le ,bret47 ,cette pense1 cependant1 dont la hardiesse biaisait mon humeur1 affermie par la contradiction1 se plongea si profondment chez moi1 que1 pendant tout le reste du chemin1 je demeurai gros de mille dfinitions de ,lune1 dont je ne pouvais accoucher3 de sorte qu' force d'appuyer cette croyance burlesque par des raisonnements presque srieux1 il s'en fallait peu que je n'y dfrasse dj1 quand le miracle ou l'accident1 la fortune1 ou peut-tre ce qu'on nommera vision1 fiction1 chimre ou folie1 si on veut1 me fournit l'occasion qui m'engagea ce discours4 ,etant arriv chez moi1 je montai dans mon cabinet1 o je trouvai sur la table un livre ouvert que je n'y avais point mis4 ,c'tait celui de ,cardan1 et1 quoique je n'eusse pas dessein d'y lire1 je tombai de la vue1 comme par force1 justement sur une histoire de ce philosophe qui dit qu'tudiant un soir la chandelle1 il aperut entrer1 au travers des portes fermes1 deux grands vieillards1 lesquels1 aprs beaucoup d'interrogations qu'il leur fit1 rpondirent qu'ils taient habitants de la ,lune1 et en mme temps disparurent4 ,je demeurai si surpris1 tant de voir un livre qui s'tait apport l tout seul1 que du temps et de la feuille o il s'tait rencontr ouvert1 que je pris toute cette enchanure d'incidents pour une inspiration de faire connatre aux hommes que la ,lune est un monde4 --,quoi6 disais-je en moi-mme1 aprs avoir tout aujourd'hui parl d'une chose1 un livre qui est peut-tre le seul au monde o cette matire se traite si particulirement1 voler de ma bibliothque sur ma table1 devenir capable de raison1 pour s'ouvrir justement l'endroit d'une aventure si merveilleuse2 entraner mes yeux dessus1 comme par force1 et fournir ensuite ma fantaisie les rflexions1 et ma volont les desseins que je fais6--,sans doute1 continuais-je1 les deux vieillards qui apparurent ce grand homme sont ceux-l mmes qui ont drang mon livre et qui l'ont ouvert sur cette page pour s'pargner la peine de me faire la harangue qu'ils ont faite ,cardan4--,mais1 ajoutais-je1 je ne saurais m'claircir de ce doute1 si je ne monte jusque-l8--,et pourquoi non8 me rpondais-je aussitt4 ,promthe fut bien autrefois au ,ciel y drober du feu4 ,suis-je moins hardi que lui8 et ai-je lieu de n'en pas esprer un succs aussi favorable8 ,a ces boutades1 qu'on nommera peut-tre des accs de fivre chaude1 succda l'esprance de faire russir un si beau voyage3 de sorte que je m'enfermai1 pour en venir bout1 dans une maison de campagne assez carte1 o1 aprs avoir flatt mes rveries de quelques moyens proportionns mon sujet1 voici comment je montai au ,ciel4 ,j'avais attach autour de moi quantit de fioles pleines de rose1 sur lesquelles le ,soleil dardait ses rayons si violemment1 que la chaleur1 qui les attirait1 comme elle fait les plus grosses nues1 m'leva si haut1 qu'enfin je me trouvai au-dessus de la moyenne rgion4 ,mais1 comme cette attraction me faisait monter avec trop de rapidit1 et qu'au lieu de m'approcher de la ,lune1 comme je prtendais1 elle me paraissait plus loigne qu' mon dpart1 je cassai plusieurs de mes fioles1 jusqu' ce que je sentis que ma pesanteur surmontait l'attraction1 et que je redescendais vers la terre4 ,mon opinion ne fut point fausse1 car j'y retombai quelque temps aprs2 et1 compter de l'heure que j'en tais parti1 il devait tre minuit4 ,cependant1 je reconnus que le ,soleil tait alors au plus haut de l'horizon1 et qu'il tait l midi4 ,je vous laisse penser combien je fus tonn3 certes1 je le fus de si bonne sorte que1 ne sachant quoi attribuer ce miracle1 j'eus l'insolence de m'imaginer qu'en faveur de ma hardiesse1 ,dieu avait encore une fois reclou le ,soleil aux ,cieux1 afin d'clairer une si gnreuse entreprise4 ,ce qui accrut mon tonnement1 ce fut de ne point connatre le pays o j'tais1 vu qu'il me semblait qu'tant mont droit1 je devais tre descendu au mme lieu d'o j'tais parti4 ,equip pourtant comme j'tais1 je m'acheminai vers une espce de chaumire1 o j'aperus de la fume2 et j'en tais peine une porte de pistolet1 que je me vis entour d'un grand nombre d'hommes tout nus4 ,ils parurent fort surpris de ma rencontre1 car j'tais le premier1 ce que je pense1 qu'ils eussent jamais vu habill de bouteilles4 ,et1 pour renverser encore toutes les interprtations qu'ils auraient pu donner cet quipage1 ils voyaient qu'en marchant je ne touchais presque point la terre3 aussi ne savaient-ils pas qu'au moindre branle que je donnais mon corps1 l'ardeur des rayons de midi me soulevait avec ma rose1 et que1 sans que mes fioles n'taient plus en assez grand nombre1 j'eusse t possible leur vue enlev dans les airs4 ,je les voulus aborder2 mais1 comme si la frayeur les et changs en oiseaux1 un moment les vit perdre dans la fort prochaine4 ,j'en attrapai un toutefois1 dont les jambes sans doute avaient trahi le cur4 ,je lui demandai1 avec bien de la peine 7car j'tais tout essoufl71 combien l'on comptait de l ,paris1 et depuis quand en ,france le monde allait tout nu1 et pourquoi ils me fuyaient avec tant d'pouvante4 ,cet homme1 qui je parlais1 tait un vieillard olivtre1 qui d'abord se jeta mes genoux2 et1 joignant les mains en haut derrire la tte1 ouvrit la bouche et ferma les yeux4 ,il marmotta longtemps entre ses dents1 mais je ne discernai point qu'il articult rien3 de faon que je pris son langage pour le gazouillement enrou d'un muet4 ,a quelque temps de l1 je vis arriver une compagnie de soldats tambour battant1 et j'en remarquai deux se sparer du gros1 pour me reconnatre4 ,quand ils furent assez proches pour tre entendus1 je leur demandai o j'tais4 --,vous tes en ,france1 me rpondirent-ils1 mais qui ,diable vous a mis en cet tat8 et d'o vient que nous ne vous connaissons point8 ,est-ce que les vaisseaux sont arrivs8 ,en allez-vous donner avis monsieur le ,gouverneur8 et pourquoi avez-vous divis votre eau-de-vie en tant de bouteilles8 ,a tout cela1 je leur rpartis que le ,diable ne m'avait point mis en cet tat2 qu'ils ne me connaissaient pas1 cause qu'ils ne pouvaient pas connatre tous les hommes2 que je ne savais point que la ,seine portt de navires ,paris1 que je n'avais point d'avis donner ,monsieur de ,montbazon#e2 et que je n'tais point charg d'eau-de-vie4 #e ,var3 le marchal de l',hpital4 7,edition ,le ,bret47 --,ho1 ho1 me dirent-ils1 me prenant les bras1 vous faites le gaillard8 ,monsieur le ,gouverneur vous connatra bien1 lui6 ,ils me menrent vers leur gros1 o j'appris que j'tais vritablement en ,france1 mais en la ,nouvelle#f1 de sorte qu' quelque temps de l je fus prsent ,monsieur de ,montmagnie1 qui en est le ,vice-,roi1 qui me demanda mon pays1 mon nom et ma qualit2 et1 aprs que je l'eus satisfait1 lui contant l'agrable succs de mon voyage1 soit qu'il le crt1 soit qu'il feignt de le croire1 il eut la bont de me faire donner une chambre dans son appartement4 ,mon bonheur fut grand de rencontrer un homme capable de hautes opinions1 et qui ne s'tonna point1 quand je lui dis qu'il fallait que la ,terre et tourn pendant mon lvation1 puisque1 ayant commenc de monter deux lieues de ,paris1 j'tais tomb1 par une ligne quasi-perpendiculaire1 en ,canada4 #f ,le ,canada ou ,nouvelle-,france4 ,le soir1 comme je m'allais coucher1 il entra dans ma chambre1 et me dit3 --,je ne serais pas venu interrompre votre repos1 si je n'avais cru qu'une personne qui a pu trouver le secret de faire tant de chemin en un demi-jour n'ait pas eu aussi celui de ne se point lasser4 ,mais vous ne savez pas1 ajouta-t-il1 la plaisante querelle que je viens d'avoir pour vous avec nos ,pres ,jsuites8 ,ils veulent absolument que vous soyez magicien2 et la plus grande grce que vous puissiez obtenir d'eux est de ne passer que pour imposteur4 ,et1 en effet1 ce mouvement que vous attribuez la ,terre est un paradoxe assez dlicat2 et1 pour moi1 je vous dirai franchement que ce qui fait que je ne suis pas de votre opinion1 c'est qu'encore qu'hier vous soyez parti de ,paris1 vous pouvez tre arriv aujourd'hui en cette contre1 sans que la ,terre ait tourn2 car le ,soleil1 vous ayant enlev par le moyen de vos bouteilles1 ne doit-il pas vous avoir amen ici1 puisque1 selon ,ptolme1 ,tycho ,brah et les philosophes modernes1 il chemine du biais que vous faites marcher la ,terre8 ,et puis1 quelle grande vraisemblance avez-vous1 pour vous figurer que le ,soleil soit immobile1 quand nous le voyons marcher8 et quelle apparence que la ,terre tourne avec tant de rapidit1 quand nous la sentons ferme dessous nous8 --,monsieur1 lui rpliquai-je1 voici les raisons peu prs qui nous obligent le prjuger4 ,premirement1 il est du sens commun de croire que le ,soleil a pris la place au centre de l'univers1 puisque tous les corps qui sont dans la ,nature ont besoin de ce feu radical2 qu'il habite au cur de ce ,royaume1 pour tre en tat de satisfaire promptement la ncessit de chaque partie1 et que la cause des gnrations soit place au milieu de tous les corps1 pour y agir galement et plus aisment3 de mme que la sage ,nature a plac les parties gnitales dans l'homme1 les ppins dans le centre des pommes1 les noyaux au milieu de leur fruit2 et de mme que l'oignon conserve1 l'abri de cent corces qui l'environnent1 le prcieux germe o dix millions d'autres ont puiser leur essence2 car cette pomme est un petit univers soi-mme1 dont le ppin1 plus chaud que les autres parties1 est le soleil1 qui rpand autour de soi la chaleur conservatrice de son globe2 et ce germe1 dans cette opinion1 est le petit ,soleil de ce petit monde1 qui rchauffe et nourrit le sel vgtatif de cette petite masse4 ,cela donc suppos1 je dis que la ,terre ayant besoin de la lumire1 de la chaleur1 et de l'influence de ce grand feu1 elle tourne autour de lui pour recevoir galement en toutes ses parties cette vertu qui la conserve4 ,car il serait aussi ridicule de croire que ce grand corps lumineux tournt autour d'un point dont il n'a que faire que de s'imaginer1 quand nous voyons une alouette rtie1 qu'on a1 pour la cuire1 tourn la chemine alentour4 ,autrement1 si c'tait au ,soleil faire cette corve1 il semblerait que la mdecine et besoin du malade2 que le fort dt plier sous le faible2 le grand servir au petit2 et qu'au lieu qu'un vaisseau cingle le long des ctes d'une province1 la province tournerait autour du vaisseau4 ,que si vous avez peine comprendre comme une masse si lourde se peut mouvoir1 dites-moi1 je vous prie1 les ,astres et les ,cieux1 que vous faites si solides1 sont-ils plus lgers8 ,encore est-il plus ais nous1 qui sommes assurs de la rondeur de la ,terre1 de conclure son mouvement par sa figure4 ,mais pourquoi supposer le ,ciel rond1 puisque vous ne le sauriez savoir1 et que1 de toutes les figures1 s'il n'a pas celle-ci1 il est certain qu'il ne se peut mouvoir8 ,je ne vous reproche point vos excentques1 ni vos picicles1 lesquels vous ne sauriez expliquer que trs confusment1 et dont je sauve mon systme4 ,parlons seulement des causes naturelles de ce mouvement4 ,vous tes contraints1 vous autres1 de recourir aux intelligences qui remuent et gouvernent vos globes8 ,mais moi1 sans interrompre le repos du ,souverain ,etre1 qui sans doute a cr la ,nature toute parfaite1 et de la sagesse duquel il est de l'avoir acheve1 de telle sorte que1 l'ayant accomplie pour une chose1 il ne l'ait pas rendue dfectueuse pour une autre2 je dis que les rayons du ,soleil1 avec ses influences1 venant frapper dessus1 par leur circulation1 la font tourner1 comme nous faisons tourner un globe en le frappant de la main2 ou de mme que les fumes1 qui s'vaporent continuellement de son sein1 du ct que le ,soleil la regarde1 rpercutes par le froid de la moyenne rgion1 rejaillissent dessus1 et de ncessit1 ne la pouvant frapper que de biais1 la font ainsi pirouetter4 ,l'explication des deux autres mouvements est encore moins embrouille4 ,considrez un peu1 je vous prie444 ,a ces mots1 ,monsieur de ,montmagnie m'interrompit3 --,j'aime mieux1 dit-il1 vous dispenser de cette peine2 aussi bien1 ai-je lu1 sur ce sujet1 quelques livres de ,gassendi1 mais la charge que vous couterez ce que me rpondit un jour un de nos ,pres1 qui soutenait votre opinion3 ,en effet1 disait-il1 je m'imagine que la ,terre tourne1 non point pour les raisons qu'allgue ,copernic1 mais parce que1 le feu d'enfer ainsi que vous apprend la ,sainte-,ecriture1 tant enclos au centre de la terre1 les damns1 qui veulent fuir l'ardeur de sa flamme1 gravissent1 pour s'en loigner1 contre la vote1 et font ainsi tourner la ,terre1 comme un chien fait tourner une roue1 lorsqu'il court enferm dedans4 ,nous loumes quelque temps cette pense1 comme un pur zle de ce bon ,pre1 et enfin ,monsieur de ,montmagnie me dit qu'il s'tonnait fort1 vu que le systme de ,ptolme tait si peu probable1 qu'il et t si gnralement reu4 --,monsieur1 lui rpondis-je1 la plupart des hommes1 qui ne jugent que par les sens1 se sont laiss persuader leurs yeux1 et de mme que celui dont le vaisseau vogue terre terre croit demeurer immobile1 et que le rivage chemine1 ainsi les hommes1 tournant avec la ,terre autour du ,ciel1 ont cru que c'tait le ,ciel lui-mme qui tournait autour d'eux4 ,ajoutez cela l'orgueil insupportable des humains1 qui se persuadent que la ,nature n'a t faite que pour eux1 comme s'il tait vraisemblable que le ,soleil1 un grand corps quatre cent trente-quatre fois plus vaste que la terre1 n'et t allum que pour mrir ses nfles1 et pommer ses choux4 ,quant moi bien loin de consentir leur insolence1 je crois que les ,plantes sont des mondes autour du ,soleil1 et que les toiles fixes sont aussi des ,soleils qui ont des ,plantes autour d'eux1 c'est--dire1 des mondes que nous ne voyons pas d'ici cause de leur petitesse1 et parce que leur lumire emprunte ne saurait venir jusqu' nous4 ,car comment1 en bonne foi1 s'imaginer que ces globes si spacieux ne soient que de grandes campagnes dsertes1 et que le ntre1 cause que nous y campons une douzaine de glorieux coquins ait t bti pour commander tous8 ,quoi6 parce que le ,soleil compasse nos jours et nos annes1 est-ce dire1 pour cela1 qu'il n'ait t construit qu'afin que nous ne frappions pas de la tte contre les murs8 ,non1 non1 si ce ,dieu visible claire l'homme1 c'est par accident1 comme le flambeau du ,roi claire par accident au ,crocheteur qui passe par la rue4 --,mais1 me dit-il1 si1 comme vous assurez1 les toiles fixes sont autant de ,soleils1 on pourrait conclure de l que le monde serait infini1 puisqu'il est vraisemblable que les peuples de ce monde qui sont autour d'une toile fixe1 que vous prenez pour un ,soleil1 dcouvrent encore au-dessus d'eux d'autres toiles fixes que nous ne saurions apercevoir d'ici1 et qu'il en va de cette sorte l'infini4 --,n'en doutez point1 lui rpliquai-je1 comme ,dieu a pu faire l'me immortelle1 il a pu faire le monde infini1 s'il est vrai que l'ternit n'est rien autre chose qu'une dure sans bornes1 et l'infini1 une tendue sans limites4 ,et puis1 ,dieu serait fini lui-mme1 suppos que le monde ne ft pas infini1 puisqu'il ne pourrait pas tre o il n'y aurait rien1 et qu'il ne pourrait accrotre la grandeur du monde qu'il n'ajoutt quelque chose sa propre tendue1 commenant d'tre o il n'tait pas auparavant4 ,il faut donc croire que1 comme nous voyons d'ici ,saturne et ,jupiter1 si nous tions dans l'un ou dans l'autre1 nous dcouvririons beaucoup de mondes que nous n'apercevons pas1 et que l'univers est l'infini construit de cette sorte4 --,ma foi6 me rpliqua-t-il1 vous avez beau dire1 je ne saurais du tout comprendre cet infini4 ,illustration3 ,ds que la flamme eut dvor un rang de fuses444 7,page #cc74 --,h6 dites-moi1 lui repartis-je1 comprenez-vous le rien qui est au del8 ,point du tout4 ,car1 quand vous songez ce nant1 vous vous l'imaginez tout au moins comme du vent ou comme de l'air1 et cela1 c'est quelque chose2 mais l'infini1 si vous ne le comprenez en gnral1 vous le concevez au moins par parties1 puisqu'il n'est pas difficile de se figurer1 au del de ce que nous voyons de terre et d'air1 du feu1 d'autre air1 et d'autre terre4 ,or1 l'infini n'est rien qu'une tissure sans bornes de tout cela4 ,que si vous me demandez de quelle faon ces mondes ont t faits1 vu que la ,sainte-,ecriture parle seulement d'un que ,dieu cra#g1 je rponds qu'elle ne parle que du ntre cause qu'il est le seul que ,dieu ait voulu prendre la peine de faire de sa propre main1 mais tous les autres qu'on voit ou qu'on ne voit point1 suspendus parmi l'azur de l',univers1 ne sont rien que de l'cume des ,soleils qui se purgent4 ,car comment ces grands feux pourraient-ils subsister1 s'ils n'taient attachs quelque matire qui les nourrit8 ,or1 de mme que le feu pousse loin de chez soi la cendre dont il est touff1 de mme que l'or1 dans le creuset1 se dtache en s'affinant1 du marcassite qui affaiblit son carat1 et de mme encore que notre cur se dgage1 par le vomissement1 des humeurs indigestes qui l'attaquent2 ainsi le ,soleil dgorge tous les jours et se purge1 des restes de la matire qui nourrit son feu4 ,mais1 lorsqu'il aura tout fait consum cette matire qui l'entretient1 vous ne devez point douter qu'il ne se rpande de tous cts pour chercher une autre pture1 et qu'il ne s'attache tous les mondes qu'il aura construits autrefois1 ceux particulirement qu'il rencontrera les plus proches2 alors ces grands feux1 rebouillant tous les corps1 les rechasseront ple-mle de toutes parts comme auparavant1 et1 s'tant peu peu purifis1 ils commenceront de servir de ,soleil d'autres petits mondes qu'ils engendreront en les poussant hors de leur ,spre4 ,et c'est ce qui a fait sans doute prdire aux ,pythagoriciens l'embrasement universel4 ,ceci n'est pas une imagination ridicule3 la ,nouvelle-,france1 o nous sommes1 en produit un exemple bien convaincant4 ,ce vaste continent de l',amrique est une moiti de la ,terre1 laquelle1 en dpit de nos prdcesseurs1 qui avaient mille fois cingl l',ocan1 n'avait point t encore dcouverte2 aussi n'y tait-elle pas encore1 non plus que beaucoup d'les1 de pninsules1 et de montagnes1 qui se sont souleves sur notre globe1 quand les rouillures du ,soleil qui se nettoyait ont t pousses assez loin1 et condenses en pelotons assez pesants1 pour tre attires par le centre de notre monde1 possible peu peu1 en particules menues1 peut-tre aussi tout coup en une masse4 ,cela n'est pas si draisonnable1 que saint ,augustin n'y et applaudi1 si la dcouverte de ce pays et t faite de son ge2 puisque ce grand personnage1 dont le gnie tait clair du ,saint-,esprit1 assure que de son temps la ,terre tait plate comme un four1 et qu'elle nageait sur l'eau comme la moiti d'une orange coupe4 ,mais1 si j'ai jamais l'honneur de vous voir en ,france1 je vous ferai observer1 par le moyen d'une lunette excellente1 que certaines obscurits1 qui d'ici paraissent des taches1 sont des mondes qui se construisent4 #g ,je rponds que je dispute plus2 car1 si vous voulez m'obliger vous rendre raison de ce que me fournit mon imagination1 c'est m'ter la parole1 et m'obliger de vous confesser que mon raisonnement le cdera toujours en ces sortes de choses la ,foi4 ,il me dit qu' la vrit sa demande tait blmable1 mais que je reprisse mon ide4 7,edition ,le ,bret47 ,mes yeux1 qui se fermaient en achevant ce discours1 obligrent ,monsieur de ,montmagnie me souhaiter le bonsoir4 ,nous emes1 le lendemain et les jours suivants1 des entretiens de pareille nature4 ,mais1 comme1 quelque temps aprs1 l'embarras des affaires de la ,province accrocha notre ,philosophie1 je retombai de plus belle au dessein de monter la ,lune4 ,je m'en allais1 ds qu'elle tait leve1 rvant1 parmi les bois1 la conduite et la russite de mon entreprise2 et enfin1 une veille de ,saint-,jean1 qu'on tenait conseil dans le ,fort pour dterminer si l'on donnerait secours aux ,sauvages du pays contre les ,iroquois1 je m'en allai tout seul1 derrire notre habitation1 au coupeau d'une petite montagne1 o voici ce que j'excutai4 ,j'avais fait une machine que je m'imaginais capable de m'lever autant que je voudrais1 en sorte que1 rien de tout ce que j'y croyais ncessaire n'y manquant1 je m'assis dedans1 et me prcipitai en l'air1 du haut d'une roche4 ,mais1 parce que je n'avais pas bien pris mes mesures1 je culbutai rudement dans la valle4 ,tout froiss nanmoins que j'tais1 je m'en retournai dans ma chambre1 sans perdre courage1 et je pris de la moelle de buf1 dont je m'oignis tout le corps1 car j'tais tout meurtri1 depuis la tte jusqu'aux pieds2 et1 aprs m'tre fortifi le cur d'une bouteille d'essence cordiale1 je m'en retournai chercher ma machine2 mais je ne la trouvai point1 car certains soldats1 qu'on avait envoys dans la fort couper du bois pour faire le feu de la ,saint-,jean1 l'ayant rencontre par hasard1 l'avaient apporte au ,fort1 o1 aprs plusieurs explications de ce que ce pouvait tre1 quand on eut dcouvert l'invention du ressort1 quelques-uns dirent qu'il y fallait attacher quantit de fuses volantes1 parce que1 leur rapidit les ayant enleves bien haut1 et le ressort agitant ses grandes ailes1 il n'y aurait personne qui ne prt cette machine pour un dragon de feu4 ,je la cherchai longtemps1 cependant1 mais enfin je la trouvai1 au milieu de la place de ,qubec1 comme on y mettait le feu4 ,la douleur de rencontrer l'uvre de mes mains en un si grand pril me transporta tellement que je courus saisir le bras du soldat qui y allumait le feu4 ,je lui arrachai sa mche1 et me jetai tout furieux dans ma machine pour briser l'artifice dont elle tait environne2 mais j'arrivai trop tard1 car peine y eus-je les deux pieds1 que me voil enlev dans la nue4 ,l'horreur dont je fus constern ne renversa point tellement les facults de mon me que je ne me sois souvenu depuis de tout ce qui m'arriva en cet instant4 ,car1 ds que la flamme eut dvor un rang de fuses1 qu'on avait disposes six six1 par le moyen d'une amorce qui bordait chaque demi-douzaine1 un autre tage s'embrasait1 puis un autre2 en sorte que le salptre1 prenant feu1 loignait le pril en le croissant4 ,la matire1 toutefois1 tant use1 fit que l'artifice manqua1 et1 lorsque je ne songeais plus qu' laisser ma tte sur celle de quelque montagne1 je sentis1 sans que je remuasse aucunement1 mon lvation continue1 et1 ma machine prenant cong de moi1 je la vis retomber vers la terre4 ,cette aventure extraordinaire me gonfla le cur d'une joie si peu commune que1 ravi de me voir dlivr d'un danger assur1 j'eus l'impudence de philosopher l-dessus4 ,comme donc je cherchais1 des yeux et de la pense1 ce qui en pouvait tre la cause1 j'aperus ma chair boursoufle1 et grasse encore de la moelle dont je m'tais enduit pour les meurtrissures de mon trbuchement2 je connus qu'tant alors en dcours1 et la ,lune pendant ce quartier ayant accoutum de sucer la moelle des animaux1 elle buvait celle dont je m'tais enduit1 avec d'autant plus de force que son globe tait plus proche de moi1 et que l'interposition des nues n'en affaiblissait point la vigueur4 ,quand j'eus perc1 selon le calcul que j'ai fait depuis1 beaucoup plus des trois quarts du chemin qui spare la ,terre d'avec la ,lune1 je me vis tout d'un coup choir les pieds en haut1 sans avoir culbut en aucune faon2 encore1 ne m'en fuss-je pas aperu1 si je n'eusse senti ma tte charge du poids de mon corps4 ,je connus bien la vrit que je ne retombais pas vers notre monde2 car1 encore que je me trouvasse entre deux ,lunes1 et que je remarquasse fort bien que je m'loignais de l'une mesure que je m'approchais de l'autre1 j'tais assur que la plus grande tait notre globe2 parce qu'au bout d'un jour ou deux de voyage1 les rfractions loignes du ,soleil venant confondre la diversit des corps et des climats1 il ne m'avait plus paru que comme une grande plaque d'or3 cela me fit imaginer que je baissais vers la ,lune2 et je me confirmai dans cette opinion1 quand je vins me souvenir que je n'avais commenc de choir qu'aprs les trois quarts du chemin4 --,car1 disais-je en moi-mme1 cette masse tant moindre que la ntre1 il faut que la sphre de son activit ait aussi moins d'tendue1 et que1 par consquent1 j'aie senti plus tard la force de son centre4 ,enfin1 aprs avoir t fort longtemps tomber 7 ce que je prjugeai1 car la violence du prcipice m'empcha de le remarquer71 le plus loin dont je me souviens1 c'est que je me trouvai sous un arbre1 embarrass avec trois ou quatre branches assez grosses que j'avais clates par ma chute1 et le visage mouill d'une pomme qui s'tait cache contre4 ,par bonheur1 ce lieu-l tait1 comme vous le saurez bientt1 le paradis terrestre et l'arbre sur lequel je tombai se trouva justement l'arbre de vie4 ,ainsi vous pouvez bien juger que1 sans ce miraculeux hasard1 je serais mille fois mort4 ,j'ai souvent fait depuis rflexion sur ce que le vulgaire assure qu'en se prcipitant d'un lieu fort haut1 on est touff avant de toucher la terre2 et j'ai conclu1 de mon aventure1 qu'il en avait menti1 ou bien qu'il fallait que le jus nergique de ce fruit1 qui m'avait coul dans la bouche1 et rappel mon me qui n'tait pas loin de mon cadavre encore tout tide1 et encore dispos aux fonctions de la vie4 ,en effet1 sitt que je fus terre1 ma douleur s'en alla1 avant mme de se perdre en ma mmoire et la faim1 dont pendant mon voyage j'avais t beaucoup travaill1 ne me fit trouver en sa place qu'un lger souvenir de l'avoir perdue4 ,a peine1 quand je fus relev1 eus-je observ les bords de la plus large des quatre grandes rivires qui forment un lac en s'abouchant1 que l'esprit ou l'me invisible des simples1 qui s'exhalent sur cette contre1 me vint rjouir l'odorat2 et je connus que les cailloux n'y taient ni durs ni raboteux1 et qu'ils avaient soin de s'amollir1 quand on marchait dessus4 ,je rencontrai d'abord une toile de cinq avenues1 dont les chnes qui la composent semblaient par leur excessive hauteur porter au ,ciel un parterre de haute futaie4 ,en promenant mes yeux1 de la racine au sommet1 puis les prcipitant du fate jusqu'au pied1 je doutais si la terre les portait1 ou si eux-mmes ne portaient point la terre pendue leurs racines2 leur front1 superbement lev1 semblait aussi plier1 comme par force1 sous la pesanteur des globes clestes1 dont on dirait qu'ils ne soutiennent la charge qu'en gmissant2 leurs bras1 tendus vers le ,ciel1 tmoignaient1 en l'embrassant1 demander aux ,astres la bnignit toute pure de leurs influences1 et les recevoir1 avant qu'elles aient rien perdu de leur innocence1 au lit des ,elments4 ,l1 de tous cts1 les fleurs1 sans avoir eu d'autre ,jardinier que la ,nature1 respirent une haleine si douce1 quoique sauvage1 qu'elle rveille et satisfait l'odorat2 l1 l'incarnat d'une rose sur l'glantier1 et l'azur clatant d'une violette sous des ronces1 ne laissant point de libert pour le choix1 font juger qu'elles sont toutes deux plus belles l'une que l'autre2 l1 le ,printemps compose toutes les ,saisons2 l1 ne germe point de plante vnneuse1 que sa naissance ne trahisse sa construction2 l1 les ruisseaux1 par un agrable murmure1 racontent leurs voyages aux cailloux2 l1 mille petits gosiers emplums font retentir la fort au bruit de leurs mlodieuses chansons2 et la trmoussante assemble de ces divins musiciens est si gnrale1 qu'il semble que chaque feuille1 dans ce bois1 ait pris la langue et la figure d'un rossignol2 et mme l',echo prend tant de plaisir leurs airs1 qu'on dirait1 les lui entendre rpter1 qu'elle ait envie de les apprendre4 ,a ct de ce bois se voient deux prairies1 dont le vert-gai continu fait une meraude perte de vue4 ,le mlange confus des peintures1 que le ,printemps attache cent petites fleurs1 en gare les nuances l'une dans l'autre avec une si agrable confusion1 qu'on ne sait si ces fleurs1 agites par un doux zphyr1 courent plutt aprs elles-mmes qu'elles ne fuient pour chapper aux caresses de ce vent foltre4 ,on prendrait mme cette prairie pour un ,ocan1 cause qu'elle est comme une mer qui n'offre point de rivage1 en sorte que mon il1 pouvant d'avoir couru si loin sans dcouvrir le bord1 y envoyait vitement ma pense2 et ma pense1 doutant que ce ft l'extrmit du monde1 se voulait persuader que des lieux si charmants avaient peut-tre forc le ,ciel de se joindre la ,terre4 ,au milieu d'un tapis si vaste et si plaisant1 court bouillons d'argent une fontaine rustique1 qui couronne ses bords d'un gazon maill de pquerettes1 de bassinets1 de violettes1 et ces fleurs1 semblent se presser qui s'y mirera la premire3 elle est encore au berceau1 car elle ne vient que de natre1 et sa face jeune et polie ne montre pas seulement une ride4 ,les grands cercles qu'elle promne en revenant mille fois sur elle-mme montrent que c'est bien regret qu'elle sort de son pays natal2 et1 comme si elle et t honteuse de se voir caresse auprs de sa mre1 elle repoussa en murmurant ma main qui la voulait toucher4 ,les animaux qui s'y venaient dsaltrer1 plus raisonnables que ceux de notre monde1 tmoignaient tre surpris de voir qu'il faisait grand jour vers l'horizon1 pendant qu'ils regardaient le ,soleil aux ,antipodes1 et n'osaient se pencher sur le bord1 de la crainte qu'ils avaient de tomber au ,firmament4 ,il faut que je vous avoue qu' la vue de tant de belles choses1 je me sentis chatouill de ces agrables douleurs1 qu'on dit que sent l'embryon1 l'infusion de son me4 ,le vieux poil me tomba pour faire place d'autres cheveux plus pais et plus dlis4 ,je sentis ma jeunesse se rallumer1 mon visage devenir vermeil1 ma chaleur naturelle se remler doucement mon humide radical2 enfin1 je reculai sur mon ge environ quatorze ans4 ,j'avais chemin une demi-lieue travers une fort de jasmins et de myrtes1 quand j'aperus1 couch l'ombre1 je ne sais quoi qui remuait4 ,c'tait un jeune adolescent1 dont la majestueuse beaut me fora presque l'adoration4 ,il se leva pour m'en empcher3 --,ce n'est pas moi1 s'cria-t-il1 c'est ,dieu que tu dois ces humilits6 --,vous voyez une personne1 lui rpondis-je1 consterne de tant de miracles1 que je ne sais par lequel dbuter mes admirations2 car1 venant d'un monde que vous prenez sans doute ici pour une ,lune1 je pensais tre abord dans un autre1 que ceux de mon pays appellent la ,lune aussi2 et voil que je me trouve en ,paradis1 aux pieds d'un ,dieu qui ne veut pas tre ador et d'un tranger qui parle ma langue4 --,hormis la qualit de ,dieu1 me rpliqua-t-il1#h ce que vous dites est vritable2 cette terre-ci est la ,lune1 que vous voyez de votre globe2 et ce lieu-ci o vous marchez est le paradis1 mais c'est le paradis terrestre o n'ont jamais entr que six personnes1 ,adam1 ,eve1 ,enoc1 moi1 qui suis le ,vieil ,elie1 ,saint-,jean l',evangliste et vous4 ,vous savez bien comme les deux premiers en furent bannis1 mais vous ne savez pas comment ils arrivrent en votre monde4 ,sachez donc qu'aprs avoir tt tous deux de la pomme dfendue1 ,adam qui craignait que ,dieu irrit par sa prsence ne rengregeast sa punition1 considra la ,lune1 votre terre1 comme le seul refuge o il se pourrait mettre l'abri des poursuites de son crateur4 #h ,variante3 ,dont je ne suis que la crature4 7,edition ,le ,bret47 --,or1 en ce temps-l1 l'imagination chez l'homme tait si forte1 pour n'avoir point encore t corrompue1 ni par les dbauches1 ni par la crudit des aliments1 ni par l'altration des maladies1 qu'tant alors excit au violent dsir d'aborder cet asile1 et que sa masse tant devenue lgre par le feu de cet enthousiasme1 il y fut enlev1 de la mme sorte qu'il s'est vu des ,philosophes1 leur imagination fortement tendue quelque chose1 tre emports en l'air par des ravissements que vous appelez extatiques4 ,eve1 que l'infirmit de son sexe rendait plus faible et moins chaude1 n'aurait pas eu sans doute l'imaginative assez vigoureuse pour vaincre par la contention de sa volont le poids de la matire1 mais parce qu'il y avait trs peu qu'elle avait t tire du corps de son mari1 la sympathie1 dont cette moiti tait encore lie son tout1 la porta vers lui mesure qu'il montait1 comme l'ambre se fait suivre de la paille1 comme l'aimant se tourne au septentrion d'o il a t arrach1 et ,adam attira l'ouvrage de sa cte1 comme la mer attire les fleuves qui sont sortis d'elle4 ,arrivs qu'ils furent en votre terre1 ils s'habiturent entre la ,msopotamie et l',arabie2 les ,hbreux l'ont connu sous le nom d',adam et les ,idoltres sous celui de ,promthe1 que leurs ,potes feignirent avoir drob le feu du ,ciel1 cause de ses descendants1 qu'il engendra pourvus d'une me aussi parfaite que celle dont il tait rempli4 ,ainsi1 pour habiter votre monde1 le premier homme laissa celui-ci dsert2 mais le ,tout-,sage ne voulut pas qu'une demeure si heureuse restt sans habitants3 il permit1 peu de sicles aprs1 qu',enoc1 ennuy de la compagnie des hommes1 dont l'innocence se corrompait1 et envie de les abandonner4 ,mais ce ,saint personnage ne jugea point de retraite assure contre l'ambition de ses parents1 qui s'gorgeaient dj pour le partage de votre monde1 sinon la terre bienheureuse dont jadis ,adam son aeul lui avait tant parl4 ,toutefois comment y aller4 ,l',echelle de ,jacob n'tait pas encore invente1 la grce du ,trs-,haut#i y suppla2 car1 elle fit qu',enoc s'avisa que le feu du ,ciel descendait sur les holocaustes des ,justes et de ceux qui taient agrables devant la face du ,seigneur1 selon la parole de sa bouche1 ,l'odeur des sacrifices du ,juste est monte jusqu' moi4 ,un jour que cette flamme divine tait acharne consumer une victime qu'il offrait l',eternel1 de la vapeur qui s'exhalait1 il remplit deux grands vases qu'il luta hermtiquement1 et se les attacha sous les aisselles4 ,la fume aussitt1 qui tendait s'lever1 et qui ne pouvait pntrer que par miracle le mtal1 poussa les vases en haut1 et1 de la sorte1 enlevrent avec eux ce ,saint homme4 ,quand il fut mont jusqu' la ,lune1 et qu'il eut jet les yeux sur ce beau jardin1 un panouissement de joie presque surnaturelle lui fit connatre que c'tait le paradis terrestre o son grand-pre avait autrefois demeur4 ,il dlia promptement les vaisseaux qu'il avait ceints comme des ailes autour de ses paules1 et le fit avec tant de bonheur1 qu' peine tait-il en l'air quatre toises au-dessus de la ,lune1 qu'il prit cong de ses nageoires4 ,l'lvation cependant tait assez grande pour le beaucoup blesser1 sans le grand tour de sa robe1 o le vent s'engouffra1 et l'ardeur du feu de charit qui le soutint doucement1 jusqu' ce qu'il et mis pied terre4 ,pour les deux vases1 ils montrent toujours jusqu' ce que ,dieu les enchsst dans le ,ciel1 et c'est ce qu'aujour'd'hui vous appelez les ,balances1 qui nous montrent bien tous les jours qu'elles sont encore pleines des odeurs du sacrifice d'un juste par les influences favorables qu'elles inspirent sur l'horoscope de ,louis le ,juste qui eut les balances pour ascendants4 #i ,il y a dans l'dition ,le ,bret3 son imagination4 ,il n'tait pas encore toutefois en ces jardins et n'y arriva que quelque temps aprs4 ,ce fut lorsque dborda le dluge1 car les eaux o votre monde s'engloutit montrent une hauteur si prodigieuse que l'arche voguait dans les cieux ct de la ,lune4 ,les humains aperurent ce globe par la fentre1 mais la rflexion de ce grand corps opaque s'affaiblissant cause de leur proximit qui partageait sa lumire1 chacun d'eux crut que c'tait un canton de la terre qui n'avait pas t noy4 ,il n'y eut qu'une fille de ,no nomme ,achab1 qui1 cause peut-tre qu'elle avait pris garde qu' mesure que le navire haussait1 ils approchaient de cet astre1 soutint cor et cris qu'assurment c'tait la ,lune4 ,on eut beau lui reprsenter que1 les sondes jetes1 on n'avait trouv que quinze coudes d'eau1 elle rpondait que le fer avait donc rencontr le dos d'une baleine qu'ils avaient pris pour la terre1 que quant elle1 elle tait bien assure que c'tait la ,lune en propre personne qu'ils allaient aborder4 ,enfin1 comme chacun opine pour son semblable1 toutes les autres femmes se le persuadrent ensuite4 ,les voil donc1 malgr la dfense des hommes1 qui jettent l'esquif en mer2 ,achab tait la plus hasardeuse1 aussi voulut-elle la premire essayer le pril1 elle se lance allgrement dedans et tout son sexe l'allait joindre sans une vague qui spara le bateau du navire4 ,on eut beau crier aprs elle1 l'appeler cent fois lunatique1 protester qu'elle serait cause qu'un jour on reprocherait toutes les femmes d'avoir dans la tte un quartier de la lune1 elle se moqua d'eux4 ,la voil qui vogue hors du monde4 ,les animaux suivirent son exemple1 car la plupart des oiseaux qui se sentirent l'aile assez forte pour risquer le voyage1 impatients de la premire prison dont on et encore arrt leur libert1 donnrent jusque-l2 des quadrupdes mme1 les plus courageux1 se mirent la nage4 ,il en tait sorti prs de mille avant que les fils de ,no pussent fermer les tables que la foule des animaux qui s'chappaient tenait ouverte4 ,la plupart abordrent ce nouveau monde4 ,pour l'esquif1 il alla donner contre un coteau fort agrable o la gnreuse ,achab descendit et1 joyeuse d'avoir connu qu'en effet cette terre tait la lune1 ne voulut point se rembarquer pour rejoindre ses frres4 ,elle s'habitua quelques temps dans une grotte et comme un jour elle se promenait1 balanant si elle serait fche d'avoir perdu la compagnie des siens ou si elle en serait bien aise1 elle aperut un homme qui abattait du gland4 ,la joie d'une telle rencontre la fit voler aux embrassements2 elle en reut de rciproques1 car il y avait encore plus longtemps que le vieillard n'avait vu visage humain4 ,c'tait ,enoc le juste4 ,ils vcurent ensemble1 et sans que le naturel impie de ses enfants et l'orgueil de la femme l'obligea de se retirer dans les bois ils auraient achev ensemble de filer leurs jours avec toute la douceur dont ,dieu bnit le mariage des justes4 ,l tous les jours1 dans les retraites les plus sauvages de ces affreuses solitudes1 ce bon vieillard offrait ,dieu1 d'un esprit pur1 son cur en holocauste1 quand1 de l'arbre de science que vous savez qui est en ce jardin1 un jour tant tomb une pomme dans la rivire au bord de laquelle il est plant1 elle fut porte la merci des vagues hors le ,paradis en un lieu o le pauvre ,enoc pour sustenter sa vie prenait du poisson la pche4 ,ce beau fruit fut arrt dans le filet1 il le mangea2 aussitt il connut o tait le ,paradis terrestre et par des secrets que vous ne sauriez concevoir si vous n'avez mang comme lui de la pomme de science1 il y vint demeurer4 ,il faut maintenant que je vous raconte la faon dont j'y suis venu4 ,vous n'avez pas oubli je pense que je me nomme ,hlie car je vous l'ai dit nagure4 ,vous saurez donc que j'tais en votre monde et que j'habitais avec ,elise1 un ,hbreu comme moi1 sur les agrables bords du ,jourdain1 o je menais1 parmi les livres1 une vie assez douce pour ne pas la regretter1 encore qu'elle s'coult4 ,cependant1 plus les lumires de mon esprit croissaient1 plus aussi croissait la connaissance de celles que je n'avais point4 ,jamais nos prtres ne me ramentevaient ,adam1 que le souvenir de cette ,philosophie parfaite qu'il avait possde ne me ft soupirer4 ,je dsesprais de la pouvoir acqurir1 quand un jour1 aprs avoir sacrifi pour l'expiation des faiblesses de mon tre mortel1 je m'endormis et l',ange du ,seigneur m'apparut en songe2 aussitt que je fus rveill1 je ne manquai pas de travailler aux choses qu'il m'avait prescrites#aj3 je pris de l'aimant environ deux pieds en carr1 que je mis dans un fourneau puis lorsqu'il fut bien purg1 prcipit et dissous1 j'en tirai l'attractif1 je calcinai tout cet lixir et le rduisis la grosseur d'environ une balle mdiocre4 #aj ,aprs avoir longtemps rv4 7,edition ,le ,bret47 ,en suite de ces prparations1 je fis construire un chariot de fer fort lger et de l1 quelques mois1 tous mes engins tant achevs j'entrai dans mon industrieuse charrette3 vous me demanderez possible quoi bon tout cet attirail4 ,sachez que l',ange m'avait dit en songe que si je voulais acqurir une science parfaite comme je le dsirais1 je montasse au monde de la ,lune1 o je trouverais devant le ,paradis d',adam1 l'arbre de la ,science1 parce qu'aussitt que j'aurais tt de son fruit1 mon me serait claire de toutes les vrits dont une crature est capable1 voil donc le voyage pour lequel j'avais bti mon chariot4 ,enfin1 je montai dedans et1 lorsque je fus bien ferme et bien appuy sur le sige1 je jetai fort haut en l'air cette boule d'aimant4 ,or la machine de fer1 que j'avais forge tout exprs plus massive au milieu qu'aux extrmits1 fut enleve aussitt1 et dans un parfait quilibre1 mesure que j'arrivais o l'aimant m'avait attir et ds que j'avais saut jusque-l ma main le faisait repartir444 ,illustration3 ,je fus men droit l',htel de ,ville4 --,mais1 l'interrompis-je1 comment lanciez-vous votre balle si droit au-dessus de votre chariot1 qu'il ne se trouvt jamais ct8 --,je ne vois point de merveille en cette aventure1 me dit-il2 car l'aimant pouss qu'il tait en l'air1 attirait le fer droit lui2 et1 par consquent1 il tait impossible que je montasse jamais ct4 ,je vous dirai mme que1 tenant ma boule en ma main1 je ne laissais pas de monter1 parce que le chariot courait toujours l'aimant que je tenais au-dessus de lui2 mais la saillie de ce fer1 pour s'unir ma boule1 tait si violente1 qu'elle me faisait plier le corps en quatre doubles1 de sorte que je n'osai tenter qu'une fois cette nouvelle exprience4 ,a la vrit1 c'tait un spectacle voir bien tonnant1 car l'acier de cette maison volante1 que j'avais poli avec beaucoup de soin1 rflchissait de tous cts la lumire du ,soleil si vive et si brillante1 que je croyais moi-mme tre emport dans un chariot de feu#aa4 ,enfin1 aprs avoir beaucoup ru et vol aprs mon coup1 j'arrivai1 comme vous avez fait1 un terme o je tombais vers ce monde-ci2 et1 pour ce qu'en cet instant je tenais ma boule bien serre entre mes mains1 mon chariot dont le sige me pressait pour approcher de son attractif1 ne me quitta point2 tout ce qui me restait craindre1 c'tait de me rompre le col2 mais1 pour m'en garantir1 je rejetais ma boule de temps en temps1 ainsi que ma machine1 se sentant naturellement rattire se ralentt1 et qu'ainsi ma chute ft moins rude1 comme en effet1 il arriva2 car1 quand je me vis deux ou trois cents toises prs de la terre1 je lanai ma balle de tous cts fleur du chariot1 tantt de1 tantt del1 jusqu' ce que je m'en visse une certaine distance2 et aussitt je la jetai au-dessus de moi1 et1 ma machine l'ayant suivie1 je la quittai et me laissai tomber d'un autre ct le plus doucement que je pus sur le sable1 de sorte que ma chute ne fut pas plus violente que si je fusse tomb de ma hauteur4 ,je ne vous reprsenterai point l'tonnement qui me saisit la vue des merveilles qui sont cans1 parce qu'il fut peu prs semblable celui dont je vous viens de voir constern4 #aa ,que je croyais moi-mme tre tout en feu4 7,edition ,le ,bret47 ,vous saurez seulement que j'ai rencontr ds le lendemain l'arbre de vie par le moyen duquel je m'empchai de vieillir4 ,il consomma bientt et fit exhaler le serpent en fume4 --,a ces mots1 vnrable et sacr patriarche1 lui dis-je1 je serais bien aise de savoir ce que vous entendez par le serpent qui fut consomm4 ,lui d'un visage riant me rpondit ainsi3 --,j'oubliais1 mon fils1 vous dcouvrir un secret dont on ne peut pas vous voir instruit4 ,vous saurez donc qu'aprs qu',eve et son mari eurent mang de la pomme dfendue1 ,dieu pour punir le serpent qui les avait tents le relgua dans le corps de l'homme4 ,il n'est point n depuis de crature humaine qui1 en punition du crime de son premier pre1 ne nourrisse un serpent dans son ventre1 issu de ce premier4 ,vous les nommez les boyaux et vous les croyez ncessaires aux fonctions de la vie1 mais apprenez que ce ne sont autre chose que des serpents plis sur eux-mmes en plusieurs doubles1 quand vous entendez vos entrailles crier1 c'est le serpent qui siffle et qui1 suivant ce naturel glouton dont jadis il incita le premier homme trop manger1 demande manger aussi1 car ,dieu1 qui pour vous chasser voulait vous rendre mortel comme les autres animaux1 vous fit obsder par cet insatiable afin que si vous lui donniez trop manger1 vous vous touffassiez ou si lorsque avec les dents invisibles dont cet affam mord votre estomac1 vous lui refusiez sa pitance1 il crit1 il temptt1 il dgorget ce venin que vos docteurs appellent la bile et vous achevt tellement par le poison qu'il inspire vos artres que vous ne fussiez bientt consums4 ,enfin pour vous montrer que vos boyaux sont un serpent que vous avez dans le corps1 souvenez-vous qu'on en trouva dans les tombeaux d',esculape1 de ,scipion1 d',alexandre1 de ,charles ,martel et d',edouard d',angleterre qui se nourrissaient encore des cadavres de leurs htes4 --,en effet1 lui dis-je1 en l'interrompant1 j'ai remarqu que comme ce serpent essaye toujours s'chapper du corps de l'homme1 on lui voit la tte et le col sortir seul au bas de nos ventres1 mais aussi ,dieu n'a pas permis que l'homme seul en ft tourment1 il a voulu qu'il se bandt contre la femme pour lui jeter son venin et que l'enflure durt neuf mois aprs l'avoir pique1 et1 pour vous montrer que je parle suivant la parole du ,seigneur1 c'est qu'il dit au ,serpent pour le maudire qu'il aurait beau faire trbucher la femme en se raidissant contre elle1 qu'elle lui ferait enfin baisser la tte4 ,je voulais continuer ces fariboles1 mais ,hlie m'en empcha3 --,songez1 dit-il1 que ce lieu-ci est saint4 ,il se tient ensuite quelque temps comme pour se ramentenoir de l'endroit o il tait demeur1 pris il prit ensuite la parole4 --,je ne tte du fruit de vie que de cent ans en cent ans1 son jus a pour le got quelque rapport avec l'esprit de vin1 ce fut je crois cette pomme qu',adam avait mange qui fut cause que nos premiers pres vcurent si longtemps parce qu'il tait coul dans leur semence quelque chose de son nergie jusqu' ce qu'elle s'teignt dans les eaux du dluge4 ,l'arbre de science est plant vis--vis4 ,son fruit est couvert d'une corce qui produit l'ignorance dans quiconque en a got et qui1 sous l'paisseur de cette pelure1 conserve les spirituelles vertus de ce docte manger4 ,dieu autrefois aprs avoir chass ,adam de cette terre bienheureuse1 de peur qu'il n'en retrouvt le chemin1 lui frotta les gencives de cette corce4 ,il fut depuis ce temps-l plus de quinze ans radoter et oublia tellement toutes choses que lui ni ses descendants jusqu' ,mose ne se souvinrent seulement pas de la cration4 ,mais les restes de la vertu de cette pesante corce achevrent de se dissiper par la chaleur et la clart du gnie de ce grand prophte4 ,je m'adressai par bonheur l'une de ces pommes que la maturit avait dpouille de sa peau et ma salive peine l'avait mouille que la philosophie universelle m'absorba4 ,il me sembla qu'un nombre infini de petits yeux se plongeaient dans ma tte et je sus le moyen de parler au ,seigneur4 ,quand depuis l'ai fait rflexion sur cet enlvement miraculeux1 je me suis bien imagin que je n'aurais pas pu vaincre par les vertus occultes d'un simple corps naturel la vigilance du ,sraphin que ,dieu a ordonn pour la garde de ce ,paradis4 ,mais parce qu'il se plat se servir de causes secondes1 je crus qu'il m'avait inspir ce moyen pour y entrer1 comme il voulut se servir des ctes d',adam pour lui faire une femme1 quoiqu'il pt la former de terre aussi bien que lui4 ,je demeurai longtemps dans ce jardin me promener sans compagnie4 ,mais enfin comme l'ange portier du lieu tait mon principal hte1 il me prit envie de le saluer4 ,une heure de chemin termina mon voyage car au bout de ce temps j'arrivai en une contre o mille clairs se confondaient en un1 formaient un jour aveugle qui ne servait qu' rendre l'obscurit visible4 ,je n'tais pas encore bien remis de cette aventure que j'aperus devant moi un bel adolescent4 --,je suis1 me dit-il1 l'archange que tu cherches1 je viens de lire dans ,dieu qu'il t'avait suggr les moyens de venir ici1 et qu'il voulait que tu y attendisses sa volont4 ,il m'entretint de plusieurs choses et me dit entre autres3 que cette lumire dont j'avais paru effray n'tait rien de formidable1 qu'elle s'allumait presque tous les soirs quand il faisait la ronde parce que1 pour viter les surprises des sorciers qui entrent partout sans tre vus1 il tait contraint de jouer de l'espadon avec son pe flamboyante autour du ,paradis terrestre et que cette lueur tait les clairs qu'engendrait son acier4 ,ceux que vous apercevez de votre monde1 ajouta-t-il1 sont produits par moi1 si quelquefois vous les remarquez bien loin1 c'est cause que les nuages d'un climat loign se trouvant disposs recevoir cette impression font rejaillir jusqu' vous ces lgres images de feu ainsi qu'une vapeur autrement situe se trouvt propre former l'arc-en-ciel4 ,je ne vous instruirai pas davantage1 aussi bien la pomme de science n'est pas loin d'ici1 aussitt que vous en aurez mang1 vous serez docte comme moi1 mais surtout gardez vous d'une mprise1 la plupart des fruits qui pendent ce vgtant sont environns d'une corce de laquelle si vous ttez1 vous descendrez au-dessous de l'homme au lieu que le dedans vous fera monter aussi haut que l'ange4 ,hlie en tait l des instructions que lui avait donnes le sraphin quand un petit homme nous vint joindre4 --,c'est ici cet ,enoc dont je vous ai parl1 me dit tout bas mon conducteur4 ,comme il achevait ces mots1 ,enoc nous prsenta un panier plein de je ne sais quels fruits semblables aux pommes de grenades qu'il venait de dcouvrir ce jour-l en un bocage recul4 ,j'en serrai quelques-unes dans ma poche par le commandement d',hlie1 lorsqu'il lui demanda qui j'tais4 --,c'est une aventure qui mrite un plus long entretien1 repartit mon guide1 ce soir1 quand nous serons retirs1 il nous conduira mme les miraculeuses particularits de son voyage4 ,nous arrivmes en finissant ceci sous une espce d'hermitage fait de branches de palmier ingnieusement entrelaces avec des myrthes et des orangers4 ,l j'aperus dans un petit rduit1 des monceaux d'une certaine filoselle si blanche et si dlie qu'elle pouvait passer pour l'me de la neige4 ,je vis aussi des quenouilles rpandues et l4 ,je demandai mon conducteur quoi elles servaient4 --,a filer1 me rpondit-il1 quand le bon ,enoc veut se dbander de la mditation1 tantt il habille cette filasse1 tantt il tourne du fil1 tantt il tisse la toile qui sert tailler des chemises aux onze mille vierges4 ,il n'est pas que n'ayez quelquefois rencontr en votre monde je ne sais quoi de blanc qui voltige en automne1 environ des semailles1 les paysans appellent cela coton de ,notre-,dame1 c'est la bourre dont ,enoc purge son lin quand il le carde4 ,nous n'arrtmes gure1 sans prendre cong d',enoc dont cette cabane tait la cellule1 et ce qui nous obligea de le quitter sitt fut que de six en six heures il fait oraison et qu'il y avait bien cela qu'il avait achev la dernire4 ,je suppliai en chemin ,hlie de nous achever l'histoire des assomptions qu'il m'avait entame et lui dis qu'il en tait demeur ce me semblait celle de saint ,jean l',evangliste4 --,alors1 puisque vous n'avez pas1 me dit-il1 la patience d'attendre que la pomme de savoir vous enseigne mieux que moi toutes ces choses1 je veux bien vous les apprendre1 sachez donc que ,dieu444 ,a ces mots je ne sais pas comment le diable s'en mla1 tant y a que je ne pus pas m'empcher de l'interrompre pour railler4 --,je m'en souviens1 lui dis-je1 ,dieu fut un jour averti que l'me de cet vangliste tait si dtache qu'il ne la retenait plus qu' force de serrer les dents1 cependant1 l'heure o il avait prvu qu'il serait enlev cans tant presque expire de faon que n'ayant pas le temps de lui prparer une machine1 il fut contraint de l'y faire tre vivement sans avoir le loisir de l'y faire aller4 ,elie pendant tout ce discours me regardait avec des yeux capables de me tuer si j'eusse t en tat de mourir d'autre chose que de faim4 --,abominable1 dit-il en se reculant1 tu as l'imprudence de railler les choses saintes1 au moins ne serait-ce pas impunment1 si le ,tout-,sage ne voulait te laisser aux nations en exemple fameux de sa misricorde1 va impie hors d'ici1 va publier dans ce petit monde et dans l'autre1 car tu es prdestin y retourner1 la haine irrconciliable que ,dieu porte aux athes4 ,a peine eut-il termin cette imprcation qu'il m'empoigna et me conduisit rudement vers la porte1 quand nous fmes arrivs proche un grand arbre dont les branches charges de fruits se courbaient presque terre4 --,voici l'arbre de savoir1 me dit-il1 o tu aurais puis des lumires inconcevables sans ton irreligion4 ,il n'eut pas achev ces mots que feignant de languir de faiblesse je me laissai tomber contre une branche o je drobai adroitement4 ,il s'en fallait encore plusieurs enjambes que je n'eusse les pieds hors de ce parc dlicieux1 cependant la faim me pressait avec tant de violence qu'elle me fit oublier que j'tais entre les mains d'un prophte courrouc1 cela fit que je tirai une de ces pommes dont j'avais grossi ma poche1 o je cachai mes dents1 mais au lieu de prendre une de celles dont ,enoc m'avait fait prsent1 ma main tomba sur la pomme que j'avais cueillie l'arbre de science et dont par malheur je n'avais pas dpouill l'corce4 ,j'en avais peine got1 qu'une paisse nue tomba sur mon me3 je ne vis plus ma pomme1 plus d',hlie auprs de moi et mes yeux ne reconnurent en tout l'hmisphre une seule trace du ,paradis terrestre et1 avec tout cela1 je ne laissais pas de me souvenir de tout ce qui m'tait arriv4 ,quand depuis j'ai fait rflexion sur ce miracle1 je me suis figur que cette corce ne m'avait pas tout fait abruti1 cause que mes dents la traversrent1 et se sentirent un peu de jus de dedans1 dont l'nergie avait dissip la malignit de la pelure4 ,je restai bien surpris de me voir tout seul au milieu d'un pays que je ne connaissais point4 ,j'avais beau promener mes yeux et les jeter par la campagne1 aucune crature ne s'offrait pour les consoler4 ,enfin1 je rsolus de marcher jusqu' ce que la ,fortune me ft rencontrer la compagnie1 de quelques btes1 ou de la mort4 ,elle m'exaua1 car1 au bout d'un demi-quart de lieue1 je rencontrai deux fort grands animaux1 dont l'un s'arrta devant moi2 l'autre s'enfuit lgrement au gte3 au moins1 je le pensai ainsi1 cause qu' quelque temps de l je le vis revenir accompagn de plus de sept ou huit cents de mme espce1 qui m'environnrent4 ,quand je les pus discerner de prs1 je connus qu'ils avaient la taille et la figure comme nous4 ,cette aventure me fit souvenir de ce que jadis j'avais ou conter1 ma nourrice1 des sirnes1 des faunes et des satyres4 ,de temps en temps1 ils levaient des hues si furieuses causes sans doute par l'admiration de me voir que je croyais quasi tre devenu monstre4 ,enfin1 une de ces btes-hommes1 m'ayant pris par le col1 de mme que font les loups quand ils enlvent des brebis1 me jeta sur son dos et me mena dans leur ville1 o je fus plus tonn que devant1 quand je reconnus en effet que c'taient des hommes1 de n'en rencontrer pas un qui ne marcht quatre pattes4 ,lorsque ce peuple me vit si petit 7car la plupart d'entre eux ont douze coudes de longueur71 et mon corps soutenu de deux pieds seulement1 ils ne purent croire que je fusse un homme1 car ils tenaient que1 la ,nature ayant donn aux hommes1 comme aux btes1 deux jambes et deux bras1 ils s'en devaient servir comme eux4 ,et1 en effet1 rvant depuis l-dessus1 j'ai song que cette situation de corps n'tait point trop extravagante1 quand je me suis souvenu que les enfants1 lorsqu'ils ne sont encore instruits que de la ,nature1 marchent quatre pieds et qu'ils ne se lvent sur deux que par le soin de leurs nourrices1 qui les dressent dans de petits chariots et leur attachent des lanires pour les empcher de choir sur les quatre1 comme la seule assiette o la figure de notre masse incline de se reposer4 ,ils disaient donc 7 ce que je me suis fait depuis interprter7 qu'infailliblement j'tais la femelle du petit animal de la ,reine4 ,ainsi je fus1 en qualit de tel ou d'autre chose1 men droit l',htel de ,ville1 o je remarquai1 selon le bourdonnement et les postures que faisaient et le peuple et les ,magistrats1 qu'ils consultaient ensemble ce que je pouvais tre4 ,quand ils eurent longtemps confr1 un certain bourgeois1 qui gardait les btes rares1 supplia les ,echevins de me commettre sa garde1 en attendant que la ,reine m'envoyt qurir pour vivre avec mon mle4 ,on n'en fit aucune difficult1 et ce bateleur me porta son logis1 o il m'instruisit faire le godenot1 passer des culbutes1 figurer des grimaces2 et1 les aprs-dners1 il faisait prendre la porte un certain prix de ceux qui me voulaient voir4 ,mais le ,ciel1 flchi de mes douleurs et fch de voir profaner le ,temple de son matre1 voulut qu'un jour1 comme j'tais attach au bout d'une corde1 avec laquelle le charlatan me faisait sauter pour divertir le monde1 j'entendis la voix d'un homme qui me demanda en grec qui j'tais4 ,je fus bien tonn d'entendre parler1 en ce pays-l1 comme en notre monde4 ,il m'interrogea quelque temps2 je lui rpondis et lui contai ensuite gnralement toute l'entreprise et le succs de mon voyage4 ,il me consola et je me souviens qu'il me dit3 --,h bien1 mon fils1 vous portez enfin la peine des faiblesses de votre monde4 ,il y a du vulgaire1 ici comme l1 qui ne peut souffrir la pense des choses o il n'est point accoutum4 ,mais sachez qu'on ne vous traite qu' la pareille et que1 si quelqu'un de cette terre avait mont dans la vtre1 avec la hardiesse de se dire homme1 vos savants le feraient touffer comme un monstre4 ,il me promit ensuite qu'il avertirait la ,cour de mon dsastre2 et il ajouta qu'aussitt qu'il avait su la nouvelle qui courait de moi1 il tait venu pour me voir et m'avait reconnu pour un homme du monde dont je me disais parce qu'il y avait autrefois voyag et qu'il avait demeur en ,grce o on l'appelait le ,dmon de ,socrate2 qu'il avait1 depuis la mort de ce ,philosophe1 gouvern et instruit1 ,thbes1 ,epaminondas2 qu'ensuite1 tant pass chez les ,romains1 la justice l'avait attach au parti du jeune ,caton2 qu'aprs sa mort1 il s'tait donn ,brutus2 que tous ces grands personnages n'ayant laiss en ce monde leurs places que le fantme de leurs vertus1 il s'tait retir1 avec ses compagnons1 dans les temples et dans les solitudes4 ,illustration3 444 ,un jour1 comme j'tais attach au bout d'une corde444 --,enfin1 ajouta-t-il1 le peuple de votre ,terre devint si stupide et si grossier que mes compagnons et moi perdmes tout le plaisir que nous avions autrefois pris l'instruire4 ,il n'est pas que vous n'ayez entendu parler de nous1 car on nous appelait ,oracles1 ,nymphes1 ,gnies1 ,fes1 ,dieux ,foyers1 ,lemures1 ,larves1 ,lamies1 ,farfadels1 ,naades1 ,incubes1 ,ombres1 ,manes1 ,spectres et ,fantmes2 et nous abandonnmes votre monde sous le ,rgne d',auguste1 un peu aprs que je me fus apparu ,drusus1 fils de ,livia1 qui portait la guerre en ,allemagne1 et que je lui eus dfendu de passer outre4 ,il n'y a pas longtemps que j'en suis arriv pour la seconde fois2 depuis cent ans en 1 j'ai eu commission d'y faire un voyage3 j'ai rd beaucoup en ,europe et convers avec des personnes que possible vous aurez connues4 ,un jour1 entre autres1 j'apparus ,cardan1 comme il tudiait2 je l'instruisis de quantit de choses1 et1 en rcompense1 il me promit qu'il tmoignerait1 la postrit1 de qui il tenait les miracles qu'il s'attendait d'crire4 ,j'y vis ,agrippa1 l',abb ,tritme1 le ,docteur ,fauste1 ,la ,brosse1 ,csar1 et une certaine cabale de jeunes gens que le vulgaire a connus sous le nom de ,chevaliers de la ,rose-,croix1 qui j'ai enseign quantit de souplesses et de secrets naturels1 qui sans doute les auront fait passer pour de ,grands ,magiciens4 ,je connus aussi ,campanelle2 ce fut moi qui lui conseillai1 pendant qu'il tait l',inquisition dans ,rome1 de styler son visage et son corps aux postures ordinaires de ceux dont il avait besoin de connatre l'intrieur1 afin d'exciter chez soi par une mme assiette les penses que cette mme situation avait appeles dans ses adversaires1 parce qu'ainsi il mnagerait mieux leur arme1 quand il la connatrait1 et il commena1 ma prire1 un ,livre1 que nous intitulmes de ,sensu rerum4 ,j'ai frquent pareillement en ,france ,la ,mothe ,le ,vayer et ,gassendi4 ,ce second est un homme qui crit autant en ,philosophe que ce premier y vit4 ,j'ai connu quantit d'autres gens1 que votre sicle traite de divins1 mais je n'ai trouv en eux que beaucoup de babil et beaucoup d'orgueil4 ,enfin1 comme je traversais1 de votre pays1 en ,angleterre1 pour tudier les murs de ses habitants1 je rencontrai un homme1 la honte de son pays2 car1 certes1 c'est une honte aux grands de votre ,etat1 de reconnatre en lui1 sans l'adorer1 la vertu dont il est le trne4 ,pour abrger son pangyrique1 il est tout esprit1 tout cur1 et il a toutes ces qualits1 dont une jadis suffisait marquer un ,hros3 c'tait ,tristan l',hermite4 ,vritablement1 il faut que je vous avoue que1 quand je vis une vertu si haute1 j'apprhendai qu'elle ne ft pas reconnue2 c'est pourquoi je tchai de lui faire accepter trois fioles3 la premire tait pleine d'huile de talk1 l'autre1 de poudre de projection1 et la dernire1 d'or potable2 mais il les refusa avec un ddain plus gnreux que ,diogne ne reut les compliments d',alexandre4 ,enfin je ne puis rien ajouter l'loge de ce grand homme1 sinon que c'est le seul ,pote1 le seul ,philosophe1 et le seul homme libre que vous ayez4 ,voil les personnes considrables que j'ai frquentes2 toutes les autres1 au moins de celles que j'ai connues1 sont si fort au-dessous de l'homme1 que j'ai vu des btes un peu au-dessus4 ,au reste1 je ne suis point originaire de votre ,terre ni de celle-ci2 je suis n dans le ,soleil4 ,mais1 parce que quelquefois notre monde se trouve trop peupl1 cause de la longue vie de ses habitants1 et qu'il est presque exempt de guerres et de maladies1 de temps en temps1 nos ,magistrats envoient des colonies dans les mondes des environs4 ,quant moi1 je fus command pour aller au vtre et dclar chef de la peuplade qu'on y envoyait avec moi4 ,j'ai pass depuis en celui-ci1 pour les raisons que je vous ai dites2 et ce qui fait que j'y demeure actuellement1 c'est que les hommes y sont amateurs de la vrit2 qu'on n'y voit point de ,pdants2 que les ,philosophes ne se laissent persuader qu' la raison et que l'autorit d'un savant1 ni le plus grand nombre1 ne l'emportent point sur l'opinion d'un batteur en grange1 quand il raisonne aussi fortement4 ,bref1 en ce pays1 on ne compte pour insenss que les ,sophistes et les ,orateurs4 ,je lui demandai combien de temps ils vivaient3 il me rpondit trois ou quatre mille ans1 et continua de cette sorte3 ,encore que les habitants du ,soleil ne soient pas en aussi grand nombre que ceux de ce monde1 le ,soleil en regorge bien souvent1 cause que le peuple1 pour tre d'un temprament fort chaud1 est remuant et ambitieux et digre beaucoup4 ,ce que je vous dis ne vous doit pas sembler une chose tonnante1 car1 quoique notre globe soit trs vaste et le vtre petit1 quoique nous ne mourions qu'aprs quatre mille ans1 et vous1 aprs un demi-sicle1 apprenez que1 tout de mme qu'il n'y a pas tant de cailloux que de terre1 ni tant de plantes que de cailloux1 ni tant d'animaux que de plantes1 ni tant d'hommes que d'animaux1 ainsi1 il n'y doit pas avoir tant de ,dmons que d'hommes1 cause des difficults qui se rencontrent la gnration d'un compos parfait4 ,je lui demandai s'ils taient des corps comme nous3 il me rpondit oui2 qu'ils taient des corps1 mais non pas comme nous1 ni comme aucune chose que nous estimons telle2 parce que nous n'appelons vulgairement corps que ce que nous pouvons toucher2 qu'au reste1 il n'y avait rien en la ,nature qui ne ft matriel1 et que1 quoiqu'ils le fussent eux-mmes1 ils taient contraints1 quand ils voulaient se faire voir nous1 de prendre des corps proportionns ce que nos sens sont capables de connatre et que c'tait sans doute ce qui avait fait penser beaucoup de monde que les histoires qui se contaient d'eux n'taient qu'un effet de la rverie des faibles1 cause qu'ils n'apparaissent que de nuit2 et il ajouta que1 comme ils taient contraints de btir eux-mmes la hte le corps dont il fallait qu'ils se servissent1 ils n'avaient pas le temps bien souvent de les rendre propres qu' choisir seulement dessous un sens1 tantt l'oue1 comme les voix des ,oracles2 tantt la vue1 comme les ardents et les spectres2 tantt le toucher1 comme les ,incubes1 et que1 cette masse n'tant qu'un air paissi de telle ou telle faon1 la lumire1 par sa chaleur1 les dtruisait1 ainsi qu'on voit qu'elle dissipe un brouillard en le dilatant4 ,illustration3 ,ils agiteront un point de thologie ou les difficults d'un procs par un concert4 ,tant de belles choses qu'il m'expliquait me donnrent la curiosit de l'interroger sur sa naissance et sur sa mort2 si au pays du ,soleil l'individu venait au jour par les voies de gnration et s'il mourait par le dsordre de son temprament ou la rupture de ses organes4 --,il y a trop peu de rapport1 dit-il1 entre vos sens et l'explication de ces mystres4 ,vous vous imaginez1 vous autres1 que ce que vous ne sauriez comprendre est spirituel ou qu'il n'est point2 mais cette consquence est trs fausse1 et c'est un tmoignage qu'il y a dans l'univers un million peut-tre de choses1 qui1 pour tre connues1 demanderaient en vous un million d'organes tous diffrents4 ,moi1 par exemple1 je connais par mes sens la cause de la sympathie de l'aimant avec le ple1 celle du reflux de la mer1 et ce que l'animal devient aprs sa mort2 vous autres ne sauriez donner jusqu' ces hautes conceptions que par la foi1 cause que les proportions ces miracles vous manquent1 non plus qu'un aveugle ne saurait s'imaginer ce que c'est que la beaut d'un paysage1 le coloris d'un tableau et les nuances de l'iris2 ou bien il se les figurera tantt comme quelque chose de palpable1 comme le manger1 comme un son ou comme une odeur4 ,tout de mme1 si je voulais vous expliquer ce que j'aperois1 par les sens qui vous manquent1 vous vous le reprsenteriez comme quelque chose qui peut tre ou1 vu1 touch1 fleur ou savour et ce n'est rien cependant de tout cela4 ,il en tait l de son discours1 quand mon ,bateleur s'aperut que la chambre commenait s'ennuyer de mon jargon1 qu'ils n'entendaient point et qu'ils prenaient pour un grognement non articul4 ,il se remit de plus belle tirer ma corde1 pour me faire sauter1 jusqu' ce que1 les spectateurs tant saouls de rire et d'assurer que j'avais presque autant d'esprit que les btes de leurs pays1 ils se retirrent chacun chez soi4 ,j'adoucissais ainsi la duret des mauvais traitements de mon matre par les visites que me rendait cet officieux ,dmon2 car1 de m'entretenir avec ceux qui me venaient voir1 outre qu'ils me prenaient pour un animal des mieux enracins dans la catgorie des ,brutes1 ni je ne savais leur langue1 ni eux n'entendaient pas la mienne1 et jugez ainsi quelle proportion2 car vous saurez que deux idiomes seulement sont usits en ce pays1 l'un qui sert aux grands et l'autre qui est particulier pour le peuple4 ,celui des grands n'est autre chose qu'une diffrence de tons non articuls1 peu prs semblables notre musique1 quand on n'a pas ajout les paroles l'air1 et certes c'est une invention tout ensemble et bien utile et bien agrable2 car1 quand ils sont las de parler1 ou quand ils ddaignent de prostituer leur gorge cet usage1 ils prennent ou un luth1 ou un autre instrument1 dont ils se servent aussi bien que de la voix se communiquer leurs penses2 de sorte que quelquefois ils se rencontreront jusqu' quinze ou vingt de compagnie1 qui agiteront un point de ,thologie1 ou les difficults d'un procs1 par un concert1 le plus harmonieux dont on puisse chatouiller l'oreille4 ,le second1 qui est en usage chez le peuple1 s'excute par le trmoussement des membres1 mais non pas peut-tre comme on se le figure1 car certaines parties du corps signifient un discours tout entier4 ,l'agitation1 par exemple1 d'un doigt1 d'une main1 d'une oreille1 d'une lvre1 d'un bras1 d'un il1 d'une joue feront1 chacun en particulier1 une oraison ou une priode1 avec tous ses membres4 ,d'autres ne servent qu' dsigner des mots1 comme un pli sur le front1 les divers frissonnements des muscles1 les renversements des mains1 les battements de pied1 les contorsions de bras2 de sorte que1 quand ils parlent1 avec la coutume qu'ils ont prise d'aller tout nus1 leurs membres1 accoutums gesticuler leurs conceptions1 se remuent si dru1 qu'il ne semble pas un homme qui parle1 mais un corps qui tremble4 ,presque tous les jours le ,dmon me venait visiter1 et ses merveilleux entretiens me faisaient passer sans ennui les violences de ma captivit4 ,enfin1 un matin1 je vis entrer dans ma logette un homme que je ne connaissais point et qui1 m'ayant fort longtemps lch1 me gueula doucement par l'aisselle1 et de l'une des pattes dont il me soutenait1 de peur que je me blessasse1 me jeta sur son dos1 o je me trouvai si mollement et si mon aise1 qu'avec l'affliction que me faisait sentir un traitement de bte1 il ne me prit aucune envie de me sauver1 et puis1 ces hommes qui marchent quatre pieds vont bien d'une autre vitesse que nous1 puisque les plus pesants attrapent les cerfs la course4 ,je m'affligeais cependant outre mesure de n'avoir point de nouvelles de mon courtois ,dmon1 et1 le soir de la premire traite1 arriv que je fus au gte1 je me promenais dans la cour de l'htellerie1 attendant que le manger ft prt1 lorsqu'un homme1 fort jeune et assez beau1 me vint rire au nez et jeter mon col ses deux pieds de devant4 ,aprs que je l'eus quelque temps considr3 --,quoi6 me dit-il en franais1 vous ne connaissez plus votre ami6 ,je vous laisse penser ce que je devins alors4 ,certes1 ma surprise fut si grande1 que ds lors je m'imaginai que tout le globe de la ,lune1 tout ce qui m'y tait arriv1 et tout ce que j'y voyais n'tait qu'enchantement2 et cet homme-bte1 tant le mme qui m'avait servi de monture1 continua de me parler ainsi3 --,vous m'aviez promis que les bons offices que je vous rendrais ne vous sortiraient jamais de la mmoire1 et cependant il semble que vous ne m'ayez jamais vu6 ,illustration3 --,achevez votre potage4 7,page #ej74 ,mais1 voyant que je demeurais dans mon tonnement3 --,enfin1 ajouta-t-il1 je suis ce ,dmon de ,socrate4 ,ce discours augmenta mon tonnement2 mais1 pour m'en tirer1 il me dit3 --,je suis le ,dmon de ,socrate1 qui vous ai diverti pendant votre prison1 et qui1 pour vous continuer mes services1 me suis revtu du corps avec lequel je vous portai hier4 --,mais1 l'interrompis-je1 comment tout cela se peut-il faire1 vu qu'hier vous tiez d'une taille extrmement longue et qu'aujourd'hui vous tes trs court2 qu'hier vous aviez une voix faible et casse1 et qu'aujourd'hui vous en avez une claire et vigoureuse2 qu'hier enfin vous tiez un vieillard tout chenu1 et que vous n'tes aujourd'hui qu'un jeune homme8 ,quoi donc6 au lieu qu'en mon pays on chemine de la naissance la mort1 les animaux de celui-ci vont de la mort la naissance1 et rajeunissent force de vieillir8 --,sitt que j'eus parl au ,prince1 me dit-il1 aprs avoir reu l'ordre de vous conduire la ,cour1 je vous allai trouver o vous tiez1 et1 vous ayant apport ici1 j'ai senti le corps que j'informais si fort attnu de lassitude1 que tous les organes me refusaient leurs fonctions ordinaires1 en sorte que je me suis enquis du chemin de l',hpital1 o1 entrant1 j'ai trouv le corps d'un jeune homme qui venait d'expirer par un accident fort bizarre1 et pourtant fort commun en ce pays4444 ,je m'en suis approch1 feignant d'y connatre encore du mouvement1 et protestant ceux qui taient prsents qu'il n'tait point mort et que ce qu'on croyait lui avoir fait perdre la vie n'tait qu'une simple lthargie2 de sorte que1 sans tre aperu1 j'ai approch ma bouche de la sienne1 o je suis entr comme par un souffle2 lors mon vieux cadavre est tomb1 et1 comme si j'eusse t ce jeune homme1 je me suis lev1 et m'en suis venu vous chercher1 laissant l les assistants crier miracle4 ,on nous vint qurir l-dessus1 pour nous mettre table1 et je suivis mon conducteur dans une salle magnifiquement meuble1 mais o je ne vis rien de prpar pour manger4 ,une si grande solitude de viande1 lorsque je prissais de faim1 m'obligea de lui demander o l'on avait mis le couvert4 ,je n'coutai point ce qu'il me rpondit1 car trois ou quatre jeunes garons1 enfants de l'hte1 s'approchrent de moi dans cet instant1 et avec beaucoup de civilit me dpouillrent jusqu' la chemise4 ,cette nouvelle crmonie m'tonna si fort que je n'en osai pas seulement demander la cause mes beaux valets de chambre1 et je ne sais comment mon guide1 qui me demanda par o je voulais commencer1 put tirer de moi ces deux mots3 ,un potage2 mais je les eus peine profrs1 que je sentis l'odeur du plus succulent mitonn qui frappa jamais le nez du mauvais riche4 ,je voulus me lever de ma place pour chercher la piste la source de cette agrable fume2 mais mon porteur m'en empcha4 --,o voulez-vous aller8 me dit-il4 ,nous irons tantt la promenade1 mais maintenant il est saison de manger2 achevez votre potage1 et puis nous ferons venir autre chose4 --,et o diable est ce potage8 lui rpondis-je presque en colre4 ,avez-vous fait gageure de vous moquer de moi tout aujourd'hui8 --,je pensais1 me rpliqua-t-il1 que vous eussiez vu1 la ,ville d'o nous venons1 votre matre1 ou quelque autre1 prendre ses repas2 c'est pourquoi je ne vous avais point dit de quelle faon on se nourrit ici4 ,puis donc que vous l'ignorez encore1 sachez que l'on n'y vit que de fume4 ,l'art de cuisinerie est de renfermer1 dans de grands vaisseaux mouls exprs l'exhalaison qui sort des viandes en les cuisant2 et1 quand on en a ramass de plusieurs sortes et de diffrents gots1 selon l'apptit de ceux que l'on traite1 on dbouche le vaisseau o cette odeur est assemble1 on en dcouvre aprs cela un autre1 et ainsi jusqu' ce que la compagnie soit repue4 ,a moins que vous n'ayez dj vcu de cette sorte1 vous ne croirez jamais que le nez1 sans dents et sans gosier1 fasse1 pour nourrir l'homme1 l'office de la bouche2 mais je vous le veux faire voir par exprience4 ,il n'eut pas plutt achev1 que je sentis entrer successivement dans la salle tant d'agrables vapeurs1 et si nourrissantes1 qu'en moins de demi-quart d'heure je me sentis tout fait rassasi4 ,quand nous fmes levs3 --,ceci n'est pas1 dit-il1 une chose qui doive causer beaucoup d'admiration1 puisque vous ne pouvez pas avoir tant vcu1 sans avoir observ qu'en votre monde les ,cuisiniers1 les ,ptissiers et les ,rtisseurs1 qui mangent moins que les personnes d'une autre vocation1 sont pourtant beaucoup plus gras4 ,d'o procde leur embonpoint1 votre avis1 si ce n'est de la fume dont ils sont sans cesse environns1 et laquelle pntre leurs corps et les nourrit8 ,aussi les personnes de ce monde jouissent d'une sant bien moins interrompue et plus vigoureuse1 cause que la nourriture n'engendre presque point d'excrments1 qui sont l'origine de presque toutes les maladies4 ,vous avez peut-tre t surpris1 lorsque avant le repas on vous a dshabill1 parce que cette coutume n'est pas usite en votre pays2 mais c'est la mode de celui-ci1 et l'on en use ainsi1 afin que l'animal soit plus transpirable la fume4 --,monsieur1 lui repartis-je1 il y a trs grande apparence ce que vous dites1 et je viens moi-mme d'en exprimenter quelque chose2 mais je vous avouerai que1 ne pouvant pas me dbrutaliser si promptement1 je serais bien aise de sentir un morceau palpable sous mes dents4 ,il me le promit1 et toutefois ce fut pour le lendemain1 cause1 dit-il1 que de manger sitt aprs le repas1 cela me produirait une indigestion4 ,nous discourmes encore quelque temps1 puis nous montmes la chambre pour nous coucher4 ,un homme1 au haut de l'escalier1 se prsenta nous1 et1 nous ayant envisags attentivement1 me mena dans un cabinet dont le plancher tait couvert de fleurs d'orange la hauteur de trois pieds1 et mon ,dmon1 dans un autre1 rempli d'illets et de jasmins2 il me dit1 voyant que je paraissais tonn de cette magnificence1 que c'taient les lits du pays4 ,enfin1 nous nous couchmes chacun dans notre cellule2 et1 ds que je fus tendu sur mes fleurs1 j'aperus1 la lueur d'une trentaine de gros vers luisants enferms dans un cristal 7car on ne se sert point de chandelles71 ces trois ou quatre jeunes garons qui m'avaient dshabill au souper1 dont l'un se mit me chatouiller les pieds1 l'autre les cuisses1 l'autre les flancs1 l'autre les bras1 et tous avec tant de mignoteries et de dlicatesse1 qu'en moins d'un moment je me sentis assoupi4 ,je vis entrer le lendemain mon ,dmon1 avec le soleil4 --,je vous veux tenir parole1 me dit-il2 vous djeunerez plus solidement que vous ne souptes hier4 ,a ces mots1 je me levai1 et il me conduisit1 par la main1 derrire le jardin du logis1 o l'un des enfants de l',hte nous attendait avec une arme la main1 presque semblable nos fusils4 ,il demanda mon guide si je voulais une douzaine d'alouettes1 parce que les magots 7il croyait que j'en fusse un7 se nourrissaient de cette viande4 ,a peine eus-je rpondu oui1 que le ,chasseur dchargea un coup de feu1 et vingt ou trente alouettes tombrent nos pieds toutes rties4 --,voil1 m'imaginai-je aussitt1 ce qu'on dit par proverbe1 en notre monde1 d'un pays o les alouettes tombent toutes rties6 ,sans doute que quelqu'un tait revenu d'ici4 --,vous n'avez qu' manger1 me dit mon ,dmon2 ils ont l'industrie de mler parmi leur poudre et leur plomb une certaine composition qui tue1 plume1 rtit et assaisonne le gibier4 ,j'en ramassai quelques-unes1 dont je mangeai sur sa parole1 et1 en vrit1 je n'ai jamais en ma vie rien got de si dlicieux4 ,aprs ce djeuner1 nous nous mmes en tat de partir1 et avec mille grimaces dont ils se servent1 quand ils veulent tmoigner de l'affection1 l'hte reut un papier de mon ,dmon4 ,je lui demandai si c'tait une obligation pour la valeur de l'cot4 ,il me repartit que non2 qu'il ne lui devait rien et que c'taient des ,vers4 --,comment1 des vers8 lui rpliquai-je4 ,les taverniers sont donc ici curieux de rimes8 --,c'est1 me dit-il1 la monnaie du pays1 et la dpense que nous venons de faire cans s'est trouve monter un sixain que je lui viens de donner4 ,je ne craignais pas de demeurer court2 car1 quand nous ferions ici ripaille pendant huit jours1 nous ne saurions dpenser un ,sonnet1 et j'en ai quatre sur moi1 avec deux ,epigrammes1 deux ,odes et une ,eglogue4 --,et plt ,dieu1 lui dis-je1 que cela ft de mme en notre monde6 ,j'y connais beaucoup d'honntes ,potes qui meurent de faim1 et qui feraient bonne chre1 si on payait les ,traiteurs en cette monnaie4 ,illustration3 444 mon porteur quatre pattes sous moi1 et moi califourchon sur lui4 ,je lui demandai si ces vers servaient toujours1 pourvu qu'on les transcrivt3 il me rpondit que non1 et continua ainsi3 --,quand on en a compos1 l'auteur les porte la ,cour des ,monnaies1 o les ,potes ,jurs du ,royaume tiennent leur sance4 ,l1 ces versificateurs ,officiers mettent les pices l'preuve1 et1 si elles sont juges de bon aloi1 on les taxe1 non pas selon leur prix1 c'est--dire qu'un ,sonnet ne vaut pas toujours un ,sonnet1 mais selon le mrite de la pice2 et ainsi1 quand quelqu'un meurt de faim1 ce n'est jamais qu'un buffle1 et les personnes d'esprit font toujours grande chre4 ,j'admirais1 tout extasi1 la police judicieuse de ce pays-l1 et il poursuivit de cette faon3 --,il y a encore d'autres personnes qui tiennent cabaret d'une manire bien diffrente4 ,lorsqu'on sort de chez eux1 ils demandent1 proportion des frais1 un acquit pour l'autre monde2 et1 ds qu'on le leur donne1 ils crivent dans un grand registre qu'ils appellent les comptes du grand ,jour1 peu prs en ces termes3 ,item1 la valeur de tant de ,vers1 dlivrs un tel jour1 un tel1 qu'on m'y doit rembourser aussitt l'acquit reu du premier fonds qui s'y trouvera2 et1 lorsqu'ils se sentent en danger de mourir1 ils font hacher ces registres en morceaux1 et les avalent1 parce qu'ils croient que1 s'ils n'taient ainsi digrs1 cela ne leur profiterait de rien4 ,cet entretien n'empchait pas que nous ne continuassions de marcher1 c'est--dire mon porteur quatre pattes sous moi1 et moi califourchon sur lui4 ,je ne particulariserai point davantage les aventures qui nous arrtrent sur le chemin1 qu'enfin nous terminmes la ,ville o le ,roi fait sa rsidence4 ,je n'y fus pas plutt arriv1 qu'on me conduisit au ,palais1 o les grands me reurent avec des admirations plus modres que n'avait fait le peuple1 quand j'tais pass dans les rues4 ,mais la conclusion que j'tais sans doute la femelle du petit animal de la ,reine fut celle des grands comme celle du peuple4 ,mon guide me l'interprtait ainsi2 et cependant lui-mme n'entendait point cette nigme1 et ne savait qui tait ce petit animal de la ,reine2 mais nous en fmes bientt claircis4 ,le ,roi1 quelque temps aprs m'avoir considr1 commanda qu'on l'ament1 et1 une demi-heure de l1 je vis entrer1 au milieu d'une troupe de singes qui portaient la fraise et le haut-de-chausses1 un petit homme bti presque tout comme moi1 car il marchait deux pieds2 sitt qu'il m'aperut1 il m'aborda par un ,criado de vuestra merced2 je lui ripostai sa rvrence peu prs en mmes termes4 ,mais1 hlas6 ils ne nous eurent pas plutt vus parler ensemble1 qu'ils crurent tous le prjug vritable2 et cette conjecture n'avait garde de produire un autre succs1 car celui des assistants qui opinait pour nous avec plus de ferveur protestait que notre entretien tait un grognement que la joie d'tre rejoints1 par un instinct naturel1 nous faisait bourdonner4 ,ce petit homme me conta qu'il tait ,europen1 natif de la vieille ,castille2 qu'il avait trouv moyen1 avec des oiseaux1 de se faire porter jusqu'au monde de la ,lune o nous tions alors2 qu'tant tomb entre les mains de la ,reine1 elle l'avait pris pour un singe1 cause qu'ils habillent1 par hasard en ce pays-l1 les singes l'espagnole1 et que1 l'ayant son arrive trouv vtu de cette faon1 elle n'avait point dout qu'il ne ft de l'espce4 ,il faut bien dire1 lui rpliquai-je1 qu'aprs leur avoir essay toutes sortes d'habits1 ils n'en ont point rencontr de plus ridicules1 et que ce n'est qu' cause de cela qu'ils les quipent de la sorte1 n'entretenant ces animaux que pour s'en donner du plaisir4 --,ce n'est pas connatre1 reprit-il1 la dignit de notre nation1 en faveur de qui l'univers ne produit des hommes que pour nous donner des esclaves1 et pour qui la ,nature ne saurait engendrer que des matires de rire4 ,il me supplia ensuite de lui apprendre comment je m'tais os hasarder de monter la ,lune avec la machine dont je lui avais parl3 je lui rpondis que c'tait cause qu'il avait emmen les oiseaux sur lesquels j'y pensais aller4 ,il sourit de cette raillerie1 et1 environ un quart d'heure aprs1 le ,roi commanda aux gardeurs de singes de nous ramener1 avec ordre exprs de nous faire coucher ensemble l',espagnol et moi1 pour faire en son ,royaume multiplier notre espce4 ,on excuta de point en point la volont du ,prince2 de quoi je fus trs aise1 pour le plaisir que je recevais d'avoir quelqu'un qui m'entretnt pendant la solitude de ma brutification4 ,un jour1 mon mle 7car on me prenait pour la femelle7 me conta que ce qui l'avait vritablement oblig de courir toute la terre1 et enfin de l'abandonner pour la ,lune1 tait qu'il n'avait pu trouver un seul pays o l'imagination mme ft en libert4 --,voyez-vous1 me dit-il1 moins de porter un bonnet1 quoi que vous puissiez dire de beau1 s'il est contre les principes des ,docteurs de drap1 vous tes un idiot1 un fou1 et quelque chose de pis4 ,on m'a voulu mettre1 en mon pays1 l',inquisition1 parce qu' la barbe des pdants j'avais soutenu qu'il y avait du vide1 et que je ne connaissais point de matire au monde plus pesante l'une que l'autre4 ,je lui demandai de quelles probabilits il appuyait une opinion si peu reue4 ,illustration3--,le petit homme me conta qu'il tait ,europen444 --,il faut1 me rpondit-il1 pour en venir bout1 supposer qu'il n'y a qu'un lment3 car1 encore que nous voyions de l'eau1 de la terre1 de l'air et du feu spars1 on ne les trouve jamais pourtant si parfaitement purs1 qu'ils ne soient encore engags les uns avec les autres4 ,quand1 par exemple1 vous regardez du feu1 ce n'est pas du feu1 ce n'est que de l'eau beaucoup tendue2 l'air n'est que de l'eau fort dilate2 l'eau n'est que de la terre qui se fond1 et la terre elle-mme n'est autre chose que de l'eau beaucoup resserre2 et ainsi1 pntrer srieusement la matire1 vous connatrez qu'elle n'est qu'une1 qui1 comme excellente comdienne1 joue ici-bas toutes sortes de personnages1 sous toutes sortes d'habits2 autrement1 il faudrait admettre autant d'lments qu'il y a de sortes de corps1 et1 si vous me demandez pourquoi le feu brle et l'eau refroidit1 vu que ce n'est qu'une seule matire1 je vous rponds que cette matire agit par sympathie1 selon la disposition o elle se trouve dans le temps qu'elle agit4 ,le feu1 qui n'est rien que de la terre encore plus rpandue qu'elle ne l'est pour constituer l'air1 tche de changer en elle par sympathie ce qu'elle rencontre4 ,ainsi la chaleur du charbon1 tant le feu le plus subtil et le plus propre pntrer un corps1 se glisse entre les pores de notre masse au commencement1 parce que c'est une nouvelle matire qui nous remplit et nous fait exhaler en sueur2 cette sueur1 tendue par le feu1 se convertit en fume et devient air2 cet air1 encore davantage fondu par la chaleur de l'antipristase1 ou des astres qui l'avoisinent1 s'appelle feu1 et la terre1 abandonne par le froid et divise1 tombe en terre2 l'eau1 d'autre part1 quoiqu'elle ne diffre de la matire du feu qu'en ce qu'elle est plus serre1 ne nous brle pas1 cause qu'tant serre1 elle demande par sympathie resserrer les corps qu'elle rencontre1 et le froid que nous sentons n'est autre chose que l'effet de notre chair qui se replie sur elle-mme par le voisinage de la terre ou de l'eau qui la contraint de lui ressembler4 ,de l vient que les hydropiques remplis d'eau changent en eau toute la nourriture qu'ils prennent2 de l vient que les bilieux changent en bile tout le sang que forme le foie4 ,suppos donc qu'il n'y ait qu'un seul lment1 il est certissime que tous les corps chacun selon sa qualit1 inclinent galement au centre de la terre4 ,mais vous me demanderez pourquoi donc le fer1 les mtaux1 la terre1 le bois descendent plus vite ce centre qu'une ponge1 si ce n'est cause qu'elle est pleine d'air1 qui tend naturellement en haut8 ,ce n'en est point du tout la raison1 et voici comment je vous rponds3 ,quoiqu'une roche tombe avec plus de rapidit qu'une plume1 l'une et l'autre ont mme inclination pour ce voyage2 mais un boulet de canon1 par exemple1 s'il trouvait la terre perce jour1 se prcipiterait plus vite son centre qu'une vessie grosse de vent2 et la raison est que cette masse de mtal est beaucoup de terre recogne en un petit canton1 et que ce vent est fort peu de terre en beaucoup d'espace2 car toutes les parties de la matire1 qui logent dans ce fer1 jointes qu'elles sont les unes aux autres1 augmentent leur force par l'union1 cause que1 s'tant resserres1 elles se trouvent la fin beaucoup combattre contre peu1 vu qu'une parcelle d'air1 gale en grosseur au boulet1 n'est pas gale en quantit4 ,sans prouver ceci par une enfilure de raisons1 comment1 par votre foi1 une pique1 une pe1 un poignard1 nous blessent-ils8 ,si ce n'est cause que l'acier tant une matire o les parties sont plus proches et plus enfonces les unes dans les autres1 que non pas votre chair1 dont les pores et la mollesse montrent qu'elle contient fort peu de matire rpandue en un grand lieu1 et que la pointe de fer qui nous pique tant une quantit presque innombrable de matire contre fort peu de chair1 il la contraint de cder au plus fort1 de mme qu'un escadron bien press entame aisment un bataillon moins serr et plus tendu2 car pourquoi une loupe d'acier embrase est-elle plus chaude qu'un tronc de bois allum8 si ce n'est qu'il y a plus de feu dans la loupe en peu d'espace1 y en ayant d'attach toutes les parties du mtal1 que dans le bton1 qui1 pour tre fort spongieux1 enferme par consquent beaucoup de vide1 et que le vide n'tant qu'une privation de l'tre1 ne peut tre susceptible de la forme du feu4 ,mais1 m'objecterez-vous1 vous supposez du vide comme si vous l'aviez prouv1 et c'est cela dont nous sommes en dispute6 ,eh bien1 je vais vous le prouver1 et1 quoique cette difficult soit la sur du nud gordien1 j'ai les bras assez forts pour en devenir l',alexandre4 ,qu'elle me rponde donc1 je l'en supplie1 cette bte vulgaire1 qui ne croit tre homme que parce qu'on le lui a dit6 ,suppos qu'il n'y ait qu'une matire1 comme je pense l'avoir assez prouv1 d'o vient qu'elle se relche et se restreint selon son apptit8 d'o vient qu'un morceau de terre1 force de se condenser1 s'est fait caillou8 ,est-ce que les parties de ce caillou se sont places les unes dans les autres1 en telle sorte que l o s'est fich ce grain de sablon1 l mme ou dans le mme point loge un autre grain de sablon8 ,tout cela ne se peut1 et selon leur principe mme1 puisque les corps ne se pntrent point2 mais il faut que cette matire se soit rapproche1 et1 si vous voulez1 se soit raccourcie1 en sorte qu'elle ait rempli quelque lieu qui ne l'tait pas4 ,de dire que cela n'est point comprhensible qu'il y et du rien dans le monde1 que nous fussions en partie composs de rien3 h6 pourquoi non8 ,le monde entier n'est-il pas envelopp de rien8 ,puisque vous m'avouez cet article1 confessez donc qu'il est aussi ais que le monde ait du rien dedans soi qu'autour de soi4 ,je vois fort bien que vous me demanderez pourquoi donc l'eau1 restreinte par la gele dans un vase1 le fait crever1 si ce n'est pour empcher qu'il ne se fasse du vide8 ,mais je rponds que cela n'arrive qu' cause que l'air de dessus1 qui tend aussi bien que la terre et l'eau au centre1 rencontrant sur le droit chemin de ce pays une htellerie vacante1 y va loger3 s'il trouve les pores de ce vaisseau1 c'est--dire les chemins qui conduisent cette chambre de vide trop troits1 trop longs1 trop tortus1 il satisfait1 en le brisant1 son impatience1 pour arriver plus tt au gte4 ,mais1 sans m'amuser rpondre toutes leurs objections1 j'ose bien dire que1 s'il n'y avait point de vide1 il n'y aurait point de mouvement1 ou il faut admettre la pntration des corps4 ,il serait trop ridicule de croire que1 quand une mouche pousse de l'aile une parcelle de l'air1 cette parcelle en fait reculer devant elle une autre1 cette autre encore une autre1 et qu'ainsi l'agitation du petit orteil d'une puce allt faire une bosse derrire le monde4 ,quand ils n'en peuvent plus1 ils ont recours la rarfaction2 mais1 en bonne foi1 comment se peut-il faire1 quand un corps se rarfie1 qu'une particule de la masse s'loigne d'une autre particule sans laisser ce milieu vide8 ,n'aurait-il pas fallu que ces deux corps qui se viennent de sparer eussent t en mme temps au mme lieu o tait celui-ci1 et que de la sorte ils se fussent pntrs tous trois8 ,je m'attends bien que vous me demanderez pourquoi donc1 par un chalumeau1 une seringue ou une pompe1 on fait monter l'eau contre son inclination3 quoi je vous rpondrai qu'elle est violente1 et que ce n'est pas la peur qu'elle a du vide qui l'oblige se dtourner de son chemin1 mais qu'tant jointe avec l'air d'une nuance imperceptible1 elle s'lve1 quand on lve en haut l'air qui la tient embarrasse4 ,cela n'est pas fort pineux comprendre1 quand on connat le cercle parfait et la dlicate enchanure des lments2 car1 si vous considrez attentivement ce limon qui fait le mariage de la terre et de l'eau1 vous trouverez qu'il n'est plus terre1 qu'il n'est plus eau1 mais qu'il est l'entremetteur du contrat de ces deux ennemis2 l'eau1 tout de mme1 avec l'air1 s'envoient rciproquement un brouillard qui pntre aux humeurs de l'un et de l'autre pour moyenner leur paix1 et l'air se rconcilie avec le feu par le moyen d'une exhalaison mdiatrice qui les unit4 ,je pense qu'il voulait encore parler2 mais on nous apporta notre mangeaille2 et1 parce que nous avions faim1 je fermai les oreilles ses discours1 pour ouvrir l'estomac aux viandes qu'on nous donna4 ,il me souvient qu'une autre fois1 comme nous philosophions1 car nous n'aimions gure ni l'un ni l'autre nous entretenir des choses basses3 --,je suis bien fch1 dit-il1 de voir un esprit de la trempe du vtre infect des erreurs du vulgaire4 ,il faut donc que vous sachiez1 malgr le pdantisme d',aristote1 dont retentissent aujourd'hui toutes les classes de votre ,france1 que tout est en tout1 c'est--dire que dans l'eau1 par exemple1 il y a du feu2 dedans le feu1 de l'eau2 dedans l'air1 de la terre1 et dedans la terre1 de l'air4 ,quoique cette opinion fasse aux scolares les yeux grands comme des salires1 elle est plus aise prouver qu' persuader4 ,car je leur demande premirement si l'eau n'engendre pas du poisson2 quand ils me le nieront3 creuser un foss1 le remplir du sirop de l'aiguire1 et qu'ils passeront encore1 s'ils veulent1 travers un bluteau1 pour chapper aux objections des aveugles1 je veux1 en cas qu'ils n'y trouvent du poisson dans quelque temps1 avaler toute l'eau qu'ils y auront verse2 mais1 s'ils y en trouvent1 comme je n'en doute point1 c'est une preuve convaincante qu'il y a du sel et du feu4 ,par consquent1 de trouver ensuite de l'eau dans le feu1 ce n'est pas une entreprise fort difficile4 ,car qu'ils choisissent le feu1 mme le plus dtach de la matire1 comme les comtes1 il y en a toujours beaucoup1 puisque si cette humeur onctueuse dont ils sont engendrs1 rduite en soufre par la chaleur de l'antipristase qui les allume1 ne trouvait un obstacle sa violence dans l'humide froideur qui la tempre et la combat1 elle se consommerait brusquement comme un clair4 ,qu'il y ait maintenant de l'air dans la terre1 ils ne le nieront pas1 ou bien ils n'ont jamais entendu parler des frissons effroyables dont les montagnes de la ,sicile ont t si souvent agites3 outre cela1 nous voyons la terre toute poreuse1 jusqu'aux grains de sablon qui la composent4 ,cependant personne n'a dit encore que ces creux fussent remplis de vide3 on ne trouvera donc pas mauvais que l'air y fasse son domicile4 ,il me reste prouver que dans l'air il y a de la terre1 mais je ne daigne quasi pas en prendre la peine1 puisque vous en tes convaincu autant de fois que vous voyez tomber sur vos ttes ces lgions d'atomes1 si nombreuses1 qu'elles touffent l',arithmtique4 ,illustration3 ,la grande foule de monde qui venait nous contempler4 ,mais passons des corps simples aux composs3 ils me fourniront des sujets beaucoup plus frquents2 et pour montrer que toutes choses sont en toutes choses1 non point qu'elles se changent les unes aux autres1 comme le gazouillent vos ,pripatticiens2 car je veux soutenir leur barbe que les principes se mlent1 se sparent et se remlent derechef en telle sorte que ce qui a t fait eau par le sage ,crateur du monde le sera toujours2 je ne suppose point1 leur mode1 de maxime1 que je ne prouve4 ,c'est pourquoi1 prenez1 je vous prie1 une bche1 ou quelque autre matire combustible1 et y mettez le feu3 ils diront1 quand elle sera embrase1 que ce qui tait bois est devenu feu4 ,mais je leur soutiens que non1 et qu'il n'y a point davantage de feu1 quand elle est tout enflamme1 qu'auparavant qu'on en et approch l'allumette2 mais celui qui tait cach dans la bche1 que le froid et l'humide empchaient de s'tendre et d'agir1 secouru par l'tranger1 a ralli ses forces contre le flegme qui l'touffait et s'est empar du champ qu'occupait son ennemi2 aussi1 se montre-t-il sans obstacles1 en triomphant de son gelier4 ,ne voyez-vous pas comme l'eau s'enfuit par les deux bouts du tronon1 chaude et fumante encore du combat qu'elle a rendu8 ,cette flamme1 que vous voyez en haut1 est le feu le plus subtil1 le plus dgag de la matire1 et le plus tt prt1 par consquent1 retourner chez soi4 ,il s'unit pourtant en pyramide jusqu' certaine hauteur1 pour enfoncer l'paisse humidit de l'air qui lui rsiste2 mais1 comme il vient en montant se dgager peu peu de la violente compagnie de ses htes1 alors il prend le large1 parce qu'il ne rencontre plus rien d'antipathique son passage1 et cette ngligence est bien souvent cause d'une seconde prison2 car1 cheminant spar1 il s'garera quelquefois dans un nuage4 ,s'ils s'y rencontrent1 d'autres fois1 en assez grande quantit1 pour faire tte la vapeur1 ils se joignent1 ils foudroient1 et la mort des innocents est bien souvent l'effet de la colre anime de ces choses mortes4 ,si1 quand il se trouve embarrass dans ces crudits importunes de la moyenne rgion1 il n'est pas assez fort pour se dfendre1 il s'abandonne la discrtion de son ennemi1 qui le contraint par sa pesanteur de retomber en terre2 et ce malheureux1 enferm dans une goutte d'eau1 se rencontrera peut-tre au pied d'un chne1 de qui le feu animal invitera ce pauvre gar de se loger avec lui2 ainsi le voil qui revient au mme tat dont il tait sorti quelques jours auparavant4 ,mais voyons la fortune des autres lments qui composaient cette bche4 ,l'air se retire son quartier1 encore pourtant ml de vapeurs1 cause que le feu tout en colre les a brusquement chasss ple-mle4 ,le voil donc qui sert de ballon aux vents1 fournit aux animaux de respiration1 remplit le vide que la ,nature fait1 et peut-tre que1 s'tant envelopp dans une goutte de rose1 il sera suc et digr par les feuilles altres de cet arbre1 o s'est retir notre feu4 ,l'eau que la flamme avait chasse de ce tronc1 leve par la chaleur jusqu'au berceau des ,mtores1 retombera en pluie sur notre chne aussitt que sur un autre2 et la terre1 devenue cendre1 et puis gurie de sa strilit1 ou par la chaleur nourrissante d'un fumier1 o on l'aura jete1 ou par le sel vgtatif de quelques plantes voisines1 ou par l'eau fconde des rivires1 se rencontrera peut-tre prs de ce chne1 qui1 par la chaleur de son germe1 l'attirera1 et en fera une partie de son tout4 ,de cette faon1 voil ces quatre lments qui reoivent le mme sort1 et rentrent en mme tat d'o ils taient sortis quelques jours auparavant4 ,ainsi on peut dire que dans un homme il y a tout ce qui est ncessaire pour composer un arbre1 et dans un arbre tout ce qui est ncessaire pour composer un homme4 ,enfin1 de cette faon1 toutes choses se rencontreront en toutes choses2 mais il nous manque un ,promthe1 qui nous tire du sein de la ,nature et nous rende sensible ce que je veux bien appeler matire premire4 ,illustration3 ,l',oiseleur de la ,reine prenait soin de me venir siffler4 ,voil les choses peu prs dont nous amusions le temps2 car ce petit ,espagnol avait l'esprit joli4 ,notre entretien toutefois n'tait que la nuit1 cause que1 depuis six heures du matin jusqu'au soir1 la grande foule du monde1 qui nous venait contempler notre logis1 nous et dtourns2 car quelques-uns nous jetaient des pierres2 d'autres1 des noix2 d'autres1 de l'herbe4 ,il n'tait bruit que des btes du ,roi4 ,on nous servait tous les jours manger nos heures1 et le ,roi et la ,reine prenaient eux-mmes assez souvent la peine de me tter le ventre1 pour connatre si je n'emplissais point1 car ils brlaient d'une envie extraordinaire d'avoir de la race de ces petits animaux4 ,je ne sais si ce fut pour avoir t plus attentif que mon mle leurs simagres et leurs tons2 mais j'appris plus tt que lui entendre leur langue et l'corcher un peu3 ce qui fit qu'on nous considra d'une autre faon qu'on n'avait fait1 et les nouvelles coururent aussitt par tout le ,royaume qu'on avait trouv deux hommes sauvages1 plus petits que les autres1 cause des mauvaises nourritures que la solitude nous avait fournies1 et qui1 par un dfaut de la semence de leurs pres1 n'avaient pas eu les jambes de devant assez fortes pour s'appuyer dessus4 ,cette crance allait prendre racine force d'tre confirme1 sans les ,docteurs du pays1 qui s'y opposrent1 disant que c'tait une impit pouvantable de croire que non seulement des btes1 mais des monstres1 fussent de leur espce4 --,il y aurait bien plus d'apparence1 ajoutaient les moins passionns1 que nos animaux domestiques participassent au privilge de l'humanit1 et de l'immortalit1 par consquent1 cause qu'ils sont ns dans notre pays1 qu'une bte monstrueuse qui se dit ne je ne sais o dans la ,lune et puis1 considrez la diffrence qui se remarque entre nous et eux4 ,nous autres marchons quatre pieds1 parce que ,dieu ne se voulut pas fier d'une chose si prcieuse une moins ferme assiette1 et il eut peur qu'allant autrement1 il n'arrivt malheur l'homme2 c'est pourquoi il prit la peine de l'asseoir sur quatre piliers1 afin qu'il ne pt tomber2 mais1 ddaignant de se mler de la construction de ces deux brutes1 il les abandonna au caprice de la ,nature1 laquelle1 ne craignant pas la perte de si peu de chose1 ne les appuya que sur deux pattes4 ,les oiseaux mmes1 disaient-ils1 n'ont pas t si maltraits qu'elles1 car au moins ils ont reu des plumes pour subvenir la faiblesse de leurs pieds1 et se jeter en l'air1 quand nous les conduirons de chez nous2 au lieu que la ,nature1 en tant les deux pieds ces monstres1 les a mis en tat de ne pouvoir chapper notre ,justice4 ,voyez un peu1 outre cela1 comment ils ont la tte tourne vers le ,ciel6 ,c'est la disette o ,dieu les a mis de toutes choses1 qui l'a situe de la sorte1 car cette posture suppliante tmoigne qu'ils se plaignent au ,ciel de ,celui qui les a crs1 et qu'ils lui demandent permission de s'accommoder de nos restes4 ,mais1 nous autres1 nous avons la tte penche en bas1 pour contempler les biens dont nous sommes seigneurs1 et comme n'y ayant rien au ,ciel qui notre heureuse condition puisse porter envie4 ,j'entendais tous les jours1 ma loge1 faire ces contes1 ou d'autres semblables2 et ils en bridrent si bien l'esprit des peuples sur cet article1 qu'il fut arrt que je ne passerais tout au plus que pour un perroquet sans plumes2 car ils confirmaient les persuads1 sur ce que1 non plus qu'un oiseau1 je n'avais que deux pieds4 ,cela fit qu'on me mit en cage par ordre exprs du ,conseil d'en haut4 ,l1 tous les jours1 l',oiseleur de la ,reine prenant le soin de me venir siffler la langue1 comme on fait ici aux sansonnets1 j'tais heureux1 la vrit1 en ce que je ne manquais point de mangeaille4 ,cependant1 parmi les sornettes dont les regardants me rompaient les oreilles1 j'appris parler comme eux1 en sorte que1 quand je fus assez rompu dans l'idiome pour exprimer la plupart de mes conceptions1 j'en contai des plus belles4 ,dj les compagnies ne s'entretenaient plus que de la gentillesse de mes bons mots et de l'estime que l'on faisait de mon esprit4 ,on vint jusque-l1 que le ,conseil fut contraint de faire publier un ,arrt1 par lequel on dfendait de croire que j'eusse de la raison1 avec un commandement trs exprs toutes personnes1 de quelque qualit ou condition qu'elles fussent1 de s'imaginer1 quoi que je pusse faire de spirituel1 que c'tait l'instinct qui me le faisait faire4 ,cependant la dfinition de ce que j'tais partagea la ville en deux factions4 ,le parti qui soutenait en ma faveur grossissait de jour en jour1 et enfin1 en dpit de l'anathme par lequel on tchait d'pouvanter le peuple1 ceux qui tenaient pour moi demandrent une assemble des ,etats1 pour rsoudre cette controverse4 ,on fut longtemps s'accorder sur le choix de ceux qui opineraient2 mais les arbitres pacifirent l'animosit par le nombre des intresss qu'ils galrent1 et qui ordonnrent qu'on me porterait dans l'assemble1 comme l'on fit2 mais j'y fus trait autant svrement qu'on se le peut imaginer4 ,les ,examinateurs m'interrogrent1 entre autres choses1 de ,philosophie3 je leur exposai1 tout la bonne foi1 ce que jadis mon ,rgent m'en avait appris1 mais ils ne mirent gure me le rfuter par beaucoup de raisons convaincantes2 de sorte que1 n'y pouvant rpondre1 j'allguai pour dernier refuge les principes d',aristote1 qui ne me servirent pas davantage que les sophismes2 car1 en deux mots1 ils m'en dcouvrirent la fausset4 --,cet ,aristote1 me dirent-ils1 dont vous vantez si fort la science1 accommodait sans doute les principes sa ,philosophie1 au lieu d'accommoder sa ,philosophie aux principes1 et encore devait-il les prouver au moins plus raisonnables que ceux des autres ,sectes dont vous nous avez parl4 ,c'est pourquoi le bon seigneur ne trouvera pas mauvais si nous lui baisons les mains4 ,enfin1 comme ils virent que je ne clabaudais autre chose1 sinon qu'ils n'taient pas plus savants qu',aristote1 et qu'on m'avait dfendu de discuter contre ceux qui niaient les principes1 ils conclurent tous d'une commune voix que je n'tais pas un homme1 mais possible quelque espce d'autruche1 vu que je portais comme elle la tte droite1 que je marchais sur deux pieds1 et qu'enfin1 hormis un peu de duvet1 je lui tais tout semblable2 si bien qu'on ordonna l',oiseleur de me reporter en cage4 ,j'y passais mon temps avec assez de plaisir1 car1 cause de leur langue que je possdais correctement1 toute la ,cour se divertissait me faire jaser4 ,les filles de la ,reine1 entre autres1 fourraient toujours quelque bribe dans mon panier2 et la plus gentille de toutes ayant conu quelque amiti pour moi1 elle tait si transporte de joie1 lorsqu'en tant en secret1 je l'entretenais des murs et des divertissements des gens de notre monde1 et principalement de nos cloches et de nos autres instruments de musique1 qu'elle me protestait1 les larmes aux yeux1 que1 si jamais je me trouvais en tat de revoler en notre monde1 elle me suivrait de bon cur4 ,un jour1 de grand matin1 m'tant veill en sursaut1 je la vis qui tambourinait contre les btons de ma cage4 --,rjouissez-vous1 me dit-elle1 hier dans le ,conseil on conclut la guerre contre le ,roi notes de musique4 ,j'espre1 parmi l'embarras des prparatifs1 pendant que notre ,monarque et ses sujets seront loigns1 faire natre l'occasion de vous sauver4 --,comment1 la guerre8 l'interrompis-je4 ,arrive-t-il des querelles entre les ,princes de ce monde ici comme entre ceux du ntre8 ,h6 je vous prie1 parlez-moi de leur faon de combattre4 ,illustration3 --,rjouissez-vous1 me dit-elle1 hier on conclut la guerre contre le ,roi444 --,quand les arbitres1 reprit-elle1 lus au gr des deux parties1 ont dsign le temps accord pour l'armement1 celui de la marche1 le nombre des combattants1 le jour et le lieu de la bataille1 et tout cela avec tant d'galit qu'il n'y a pas dans une arme un seul homme plus que dans l'autre1 les soldats estropis1 d'un ct1 sont tous enrls dans une compagnie1 et1 lorsqu'on en vient aux mains1 les ,marchaux de ,camp ont soin de les exposer aux estropis2 de l'autre ct1 les gants ont en tte les colosses2 les escrimeurs1 les adroits2 les vaillants1 les courageux2 les dbiles1 les faibles2 les indisposs1 les malades2 les robustes1 les forts2 et1 si quelqu'un entreprenait de frapper un autre que son ennemi dsign1 moins qu'il ne pt justifier que c'tait par mprise1 il est condamn comme couard4 ,aprs la bataille donne1 on compte les blesss1 les morts1 les prisonniers2 car1 pour les fuyards1 il ne s'en trouve point2 si les pertes se trouvent gales de part et d'autre1 ils tirent la courte paille qui se proclamera victorieux4 ,mais1 encore qu'un royaume et dfait son ennemi de bonne guerre1 ce n'est presque rien avanc1 car il y a d'autres armes1 plus nombreuses1 de savants et d'hommes d'esprit1 des disputes desquelles dpend entirement le triomphe ou la servitude des ,etats4 ,un savant est oppos un autre savant1 un spirituel un autre spirituel1 et un judicieux un autre judicieux4 ,au reste1 le triomphe que remporte un ,etat en cette faon est compt pour trois victoires force ouverte4 ,aprs la proclamation de la victoire1 on rompt l'assemble1 et le peuple vainqueur choisit pour tre son ,roi1 ou celui des ennemis ou le sien4 ,je ne pus m'empcher de rire de cette faon scrupuleuse de donner des batailles2 et j'allguais1 pour exemple d'une bien plus forte politique1 les coutumes de notre ,europe1 o le ,monarque n'avait garde d'omettre aucun de ses avantages pour vaincre2 et voici comme elle me parla3 --,apprenez-moi1 me dit-elle1 si vos ,princes ne prtextent pas leurs armements1 du droit8 --,si fait1 lui rpliquai-je1 et de la justice de leur cause4 --,pourquoi donc1 continua-t-elle1 ne choisissent-ils des arbitres non suspects1 pour tre accords8 ,et1 s'il se trouve qu'ils aient autant de droit l'un que l'autre1 qu'ils demeurent comme ils taient1 ou qu'ils jouent en un coup de piquet la ,ville ou la ,province dont ils sont en dispute8 --,mais vous1 lui repartis-je1 pourquoi toutes ces circonstances en votre faon de combattre8 ,ne suffit-il pas que les armes soient en pareil nombre d'hommes8 --,vous n'avez gure de jugement1 me rpondit-elle4 ,croiriez-vous1 par votre foi1 ayant vaincu sur le pr votre ennemi seul seul1 l'avoir vaincu de bonne guerre1 si vous tiez maill1 et lui1 non2 s'il n'avait qu'un poignard1 et vous une estocade2 enfin s'il tait manchot1 et que vous eussiez deux bras8 ,cependant1 avec toute l'galit que vous recommandez1 tant vos gladiateurs1 ils ne se battent jamais pareils2 car l'un sera de grande1 l'autre1 de petite taille2 l'un sera adroit1 l'autre n'aura jamais mani d'pe2 l'un sera robuste1 l'autre faible2 et1 quand mme ces disproportions seraient gales1 qu'ils seraient aussi adroits et aussi forts l'un que l'autre1 encore ne seraient-ils pas pareils1 car l'un des deux aura peut-tre plus de courage que l'autre2 et1 sous l'ombre que cet emport ne considrera pas le pril1 qu'il sera bilieux1 qu'il aura plus de sang1 qu'il avait le cur plus serr1 avec toutes ces qualits qui font le courage1 comme si ce n'tait pas1 aussi bien qu'une pe1 une arme que son ennemi n'a point1 il s'ingre de se ruer perdument sur lui1 de l'effrayer1 et d'ter la vie ce pauvre homme1 qui prvoit le danger1 dont la chaleur est touffe dans la pituite1 et duquel le cur est trop vaste pour unir les esprits ncessaires dissiper cette glace qu'on appelle poltronnerie4 ,ainsi vous louez cet homme d'avoir tu son ennemi avec avantage1 et1 le louant de hardiesse1 vous le louez d'un pch contre nature1 puisque sa hardiesse tend la destruction4 ,et1 propos de cela1 je vous dirai qu'il y a quelques annes qu'on fit une remontrance au ,conseil de guerre1 pour apporter un rglement plus circonspect et plus consciencieux dans les combats4 ,et le ,philosophe qui donnait l'avis parla ainsi3 ,vous vous imaginez1 ,messieurs1 avoir bien gal les avantages de deux ennemis1 quand vous les avez choisis tous deux grands1 tous deux adroits1 tous deux pleins de courage2 mais ce n'est pas encore assez1 puisqu'il faut qu'enfin le vainqueur surmonte par adresse1 par force1 et par fortune4 ,si a t par adresse1 il a frapp sans doute son adversaire par un endroit o il ne l'attendait pas1 ou plus vite qu'il n'tait vraisemblable2 ou1 feignant de l'attraper d'un ct1 il l'a assailli de l'autre4 ,cependant tout cela1 c'est affiner1 c'est tromper1 c'est trahir1 et la tromperie et la trahison ne doivent pas faire l'estime d'un vritable gnreux4 ,s'il a triomph par force1 estimerez-vous son ennemi vaincu1 puisqu'il a t violent8 ,non sans doute1 non plus que vous ne direz pas qu'un homme ait perdu la victoire1 encore qu'il soit accabl de la chute d'une montagne1 parce qu'il n'a pas t en puissance de la gagner4 ,tout de mme1 celui-l n'a point t surmont1 cause qu'il ne s'est point trouv1 dans ce moment1 dispos pouvoir rsister aux violences de son adversaire4 ,si 'a t par hasard qu'il a terrass son ennemi1 c'est la ,fortune qu'on doit couronner3 il n'y a rien contribu2 et enfin le vaincu n'est non plus blmable que le joueur de ds1 qui sur dix-sept points en voit faire dix-huit4 ,illustration3 ,il n'y a pas1 dans cette arme1 un seul homme plus fort que l'autre444 ,on lui confessa qu'il avait raison2 mais qu'il tait impossible1 selon les apparences humaines1 d'y mettre ordre1 et qu'il valait mieux subir un petit inconvnient1 que de s'abandonner cent autres de plus grande importance4 ,elle ne m'entretint pas cette fois davantage1 parce qu'elle craignait d'tre trouve toute seule avec moi si matin4 ,ce n'est pas qu'en ce ,pays l'impudicit soit un crime2 au contraire1 hors les coupables convaincus1 tout homme a pouvoir sur toute femme1 et une femme tout de mme pourrait appeler un homme en ,justice1 qui l'aurait refuse4 ,mais elle ne m'osait pas frquenter publiquement1 cause que les gens du ,conseil avaient dit1 dans la dernire assemble1 que c'taient les femmes principalement qui publiaient que j'tais homme1 afin de couvrir sous ce prtexte le dsir qui les brlait de se mler aux btes1 et de commettre avec moi sans vergogne des pchs contre nature4 ,cela fut cause que je demeurai longtemps sans la voir1 ni pas une du sexe4 ,cependant il fallait bien que quelqu'un et rchauff les querelles de la dfinition de mon tre1 car1 comme je ne songeais plus qu' mourir en ma cage1 on me vint qurir encore une fois pour me donner audience4 ,je fus donc interrog1 en prsence d'un grand nombre de ,courtisans1 sur quelques points de ,physique1 et mes rponses1 ce que je crois1 en satisfirent un1 car celui qui prsidait m'exposa fort au long ses opinions sur la structure du ,monde3 elles me semblrent ingnieuses2 et1 sans qu'il passa jusqu' son origine1 qu'il soutenait ternelle1 j'eusse trouv sa ,philosophie beaucoup plus raisonnable que la ntre4 ,mais1 sitt que je l'entendis soutenir une rverie si contraire ce que la ,foi nous apprend1 je brisai avec lui1 dont il ne fit que rire2 ce qui m'obligea de lui dire que1 puisqu'ils en venaient l1 je recommenais croire que leur ,monde n'tait qu'une ,lune4 --,mais1 me dirent-ils tous1 vous y voyez de la terre1 des rivires1 des mers2 que serait-ce donc tout cela8 --,n'importe6 repartis-je1 ,aristote assure que ce n'est que la ,lune2 et1 si vous aviez dit le contraire dans les ,classes o j'ai fait mes tudes1 on vous aurait siffls4 ,il se fit1 sur cela un grand clat de rire4 ,il ne faut pas demander si ce fut de leur ignorance2 mais cependant on me conduisit dans ma cage4 ,mais d'autres savants1 plus emports que les premiers1 avertis que j'avais os dire que la ,lune d'o je venais tait un ,monde1 et que leur ,monde n'tait qu'une ,lune1 crurent que cela leur fournissait un prtexte assez juste pour me faire condamner l'eau3 c'est la faon d'exterminer les impies4 ,pour cet effet1 ils furent en corps faire leur plainte au ,roi1 qui leur promit justice1 et ordonna que je serais remis sur la sellette4 ,me voil donc dcag pour la troisime fois2 et lors1 le plus ancien prit la parole1 et plaida contre moi4 ,je ne me souviens pas de sa harangue1 cause que j'tais trop pouvant pour recevoir les espces de sa voix sans dsordre1 et parce aussi qu'il s'tait servi1 pour dclamer1 d'un instrument dont le bruit m'tourdissait3 c'tait une trompette qu'il avait tout exprs choisie1 afin que la violence de ce son martial chaufft leurs esprits ma mort1 et afin d'empcher par cette motion que le raisonnement ne pt faire son office1 comme il arrive dans nos armes1 o le tintamarre des trompettes et des tambours empche le soldat de rflchir sur l'importance de sa vie4 ,quand il eut dit1 je me levai pour dfendre ma cause1 mais j'en fus dlivr par une aventure qui va vous surprendre4 ,comme j'avais la bouche ouverte1 un homme1 qui avait eu grande difficult traverser la foule1 vint choir aux pieds du ,roi1 et se trana longtemps sur le dos en sa prsence4 ,cette faon de faire ne me surprit pas1 car je savais que c'tait la posture o ils se mettaient1 quand ils voulaient discourir en public4 ,je renganai seulement ma harangue2 voici celle que nous emes de lui4 --,justes1 coutez-moi6 vous ne sauriez condamner cet ,homme1 ce ,singe ou ce ,perroquet1 pour avoir dit que la ,lune est un ,monde d'o il venait2 car1 s'il est homme1 quand mme il ne serait pas venu de la ,lune1 puisque tout homme est libre1 ne lui est-il pas libre aussi de s'imaginer ce qu'il voudra8 ,quoi6 pouvez-vous le contraindre n'avoir pas vos visions8 ,vous le forcerez bien dire que la ,lune n'est pas un ,monde1 mais il ne le croira pas pourtant2 car1 pour croire quelque chose1 il faut qu'il se prsente son imagination certaines possibilits plus grandes au oui qu'au non2 moins que vous ne lui fournissiez ce vraisemblable1 ou qu'il ne vienne de soi-mme s'offrir son esprit1 il vous dira bien qu'il croit1 mais il ne le croira pas pour cela4 ,illustration3 ,les savants furent en corps faire leur plainte au ,roi4 ,j'ai maintenant vous prouver qu'il ne doit pas tre condamn1 si vous le posez dans la catgorie des btes4 ,car1 suppos qu'il soit animal sans raison1 en auriez-vous vous-mmes de l'accuser d'avoir pch contre elle8 ,il a dit que la ,lune tait un monde2 or1 les btes n'agissent que par instinct de la ,nature2 donc1 c'est la ,nature qui le dit1 et non pas lui4 ,de croire que cette savante ,nature qui a fait le ,monde et la ,lune ne sache ce que c'est elle-mme1 et que vous autres1 qui n'avez de connaissance que ce que vous en tenez d'elle1 le sachiez plus certainement1 cela serait bien ridicule4 ,mais1 quand mme la passion vous ferait renoncer vos principes1 et que vous supposeriez que la ,nature ne guidt pas les btes1 rougissez tout le moins des inquitudes que vous causent les caprices d'une bte4 ,en vrit1 ,messieurs1 si vous rencontriez un homme d'ge mr1 qui veillt la police d'une fourmilire1 pour tantt donner un soufflet la fourmi qui aurait fait choir sa compagne1 tantt en emprisonner une qui aurait drob sa voisine un grain de bl1 tantt mettre en justice une autre qui aurait abandonn ses ufs1 ne l'estimeriez-vous pas insens de vaquer des choses trop au-dessous de lui1 et de prtendre assujettir la raison des animaux qui n'en ont pas l'usage8 ,comment donc1 vnrable assemble1 dfendrez-vous l'intrt que vous prenez aux caprices de ce petit animal8 ,justes1 j'ai dit4 ,ds qu'il eut achev1 une sorte de musique d'applaudissements fit retentir toute la salle2 et1 aprs que toutes les opinions eurent t dbattues un gros quart d'heure1 le ,roi pronona3 ,que dornavant je serais cens homme1 comme tel mis en libert1 et que la punition d'tre noy serait modifie en une amende honteuse 7car il n'en est point en ce pays-l d'honorable72 dans laquelle amende je me ddirais publiquement d'avoir soutenu que la ,lune tait un ,monde1 cause du scandale que la nouveaut de cette opinion aurait pu apporter dans l'me des faibles4 ,cet ,arrt prononc1 on m'enlve hors du ,palais2 on m'habille par ignominie fort magnifiquement2 on me porte sur la tribune d'un magnifique ,chariot2 et1 tran que je fus par quatre ,princes qu'on avait attachs au joug1 voici ce qu'ils m'obligrent de prononcer aux carrefours de la ,ville3 ,peuple1 je vous dclare que cette ,lune-ci n'est pas une ,lune1 mais un ,monde2 et que ce ,monde l-bas n'est pas un monde1 mais une ,lune4 ,tel est ce que le ,conseil trouve bon que vous croyiez4 ,aprs que j'eus cri la mme chose aux cinq grandes places de la ,cit1 j'aperus mon ,avocat qui me tendait la main pour m'aider descendre4 ,je fus bien tonn de reconnatre1 quand je l'eus envisag1 que c'tait mon ,dmon4 ,nous fmes une heure nous embrasser3 --,et venez-vous en chez moi1 me dit-il1 car de retourner en ,cour aprs une amende honteuse1 vous n'y seriez pas vu de bon il4 ,au reste1 il faut que je vous dise que vous seriez encore parmi les ,singes1 aussi bien que l',espagnol votre compagnon1 si je n'eusse publi dans les compagnies la vigueur et la force de votre esprit1 et brigu contre vos ennemis1 en votre faveur1 la protection des ,grands4 ,la fin de mes remerciements nous vit entrer chez lui2 il m'entretint1 jusqu'au repas1 des ressorts qu'il avait fait jouer pour obliger mes ennemis1 malgr tous les plus spcieux scrupules dont ils avaient embabouin le ,peuple1 se dporter d'une poursuite si injuste4 ,mais1 comme on nous eut avertis qu'on avait servi1 il me dit qu'il avait1 pour me tenir compagnie1 ce soir-l1 pri deux ,professeurs d',acadmie de cette ,ville de venir manger avec nous4 --,je les ferai tomber1 ajouta-t-il1 sur la ,philosophie qu'ils enseignent en ce ,monde-ci1 et1 par mme moyen1 vous verrez le fils de mon hte4 ,c'est un jeune homme autant plein d'esprit que j'en aie jamais rencontr2 ce serait un second ,socrate1 s'il pouvait rgler ses lumires1 et ne point touffer dans le vice les grces dont ,dieu continuellement le visite1 et ne plus affecter le libertinage1 comme il fait1 par une chimrique ostentation et une affectation de s'acqurir la rputation d'homme d'esprit4 ,je me suis log cans pour pier les occasions de l'instruire4 ,il se tut1 comme pour me laisser mon tour la libert de discourir2 puis1 il fit signe qu'on me dvtt des honteux ornements dont j'tais encore tout brillant4 ,les deux ,professeurs que nous attendions entrrent presque aussitt1 et nous allmes nous mettre table1 o elle tait dresse1 et o nous trouvmes le jeune garon dont il m'avait parl1 qui mangeait dj4 ,ils lui firent grande saluade et le traitrent d'un respect aussi profond que d'esclave seigneur3 j'en demandai la cause mon ,dmon1 qui me rpondit que c'tait cause de son ge1 parce qu'en ce ,monde-l les vieux rendaient toute sorte de respect et de dfrence aux jeunes2 bien plus1 que les pres obissent leurs enfants1 aussitt que1 par l'avis du ,snat des ,philosophes1 ils avaient atteint l'ge de raison4 ,illustration3 ,un magnifique chariot tran par quatre princes4 --,vous vous tonnez1 continua-t-il1 d'une coutume si contraire celle de votre pays8 ,mais elle ne rpugne point la droite raison2 car1 en conscience1 dites-moi1 quand un homme jeune et chaud est en force d'imaginer1 de juger et d'excuter1 n'est-il pas plus capable de gouverner une famille1 qu'un infirme sexagnaire1 pauvre hbt1 dont la neige de soixante hivers a glac l'imagination1 qui ne se conduit que par ce que vous appelez exprience des heureux succs1 qui ne sont cependant que de simples effets du hasard contre toutes les rgles de l'conomie de la prudence humaine4 ,pour du jugement1 il en a aussi peu1 quoique le vulgaire de votre ,monde en fasse un apanage de la vieillesse2 mais1 pour se dsabuser1 il faut qu'il sache que ce qu'on appelle prudence en un vieillard n'est autre chose qu'une apprhension panique1 une peur enrage de rien entreprendre1 qui l'obsde4 ,ainsi1 quand il n'a pas risqu un danger o un jeune homme s'est perdu1 ce n'est pas qu'il en prjuget sa catastrophe1 mais il n'avait pas assez de feu pour allumer ces nobles lans qui nous font oser2 au lieu que l'audace de ce jeune homme tait comme un gage de la russite de son dessein1 parce que cette ardeur qui fait la promptitude et la facilit d'une excution tait celle qui le poussait l'entreprendre4 ,pour ce qui est d'excuter1 je ferais tort votre esprit de m'efforcer le convaincre de preuves4 ,vous savez que la jeunesse seule est propre l'action2 et1 si vous n'en tiez pas tout fait persuad1 dites-moi1 je vous prie1 quand vous respectez un homme courageux1 n'est-ce pas cause qu'il vous peut venger de vos ennemis1 ou de vos oppresseurs8 et est-ce par autre considration que par pure habitude1 que vous le considrez1 lorsqu'un bataillon de septante ,janviers a gel son sang1 et tu de froid tous les nobles enthousiasmes dont les jeunes personnes sont chauffes8 ,lorsque vous dfrez au plus fort1 n'est-ce pas afin qu'il vous soit oblig d'une victoire que vous ne lui sauriez disputer8 ,pourquoi donc vous soumettre lui1 quand la paresse a fondu ses muscles1 dbilit ses artres1 vapor ses esprits et suc la moelle de ses os8 ,si vous adoriez une femme1 n'tait-ce pas cause de sa beaut8 ,pourquoi donc continuer vos gnuflexions1 aprs que la vieillesse en a fait un fantme qui ne reprsente plus qu'une hideuse image de la mort8 ,enfin1 lorsque vous aimiez un homme spirituel1 c'tait cause que1 par la vivacit de son gnie1 il pntrait une affaire mle et la dbrouillait2 qu'il dfrayait par son bien dire l'assemble du plus haut carat2 qu'il digrait les sciences d'une seule pense2 et cependant1 vous lui continuez vos honneurs1 quand ses organes uss rendent sa tte imbcile1 pesante et importune aux compagnies1 et lorsqu'il ressemble plutt la figure d'un ,dieu ,foyer qu' un homme de raison8 ,concluez donc par l1 mon fils1 qu'il vaut mieux que les jeunes gens soient pourvus du gouvernement des familles1 que les vieillards4 ,d'autant plus mme que1 selon vos maximes1 ,hercule1 ,achille1 ,epaminondas1 ,alexandre et ,csar1 qui sont presque tous morts au de de quarante ans1 n'auraient mrit aucuns honneurs1#ab parce qu' votre compte ils auraient t trop jeunes1 bien que leur seule jeunesse ft seule la cause de leurs belles actions1 qu'un ge plus avanc et rendues sans effet1 parce qu'il et manqu de l'ardeur et de la promptitude qui leur ont donn ces grands succs4 ,mais1 direz-vous1 toutes les lois de notre ,monde font retentir avec soin ce respect qu'on doit aux vieillards8 ,il est vrai2 mais1 aussi1 tous ceux qui ont introduit des lois ont t des vieillards qui craignaient que les jeunes ne les dpossdassent justement de l'autorit qu'ils avaient extorque et ont fait comme les lgislateurs aux fausses religions1 un mystre de ce qu'ils n'ont pu trouver4 #ab ,et qu' un vieux radoteux1 parce que le soleil a quatre-vingt dix fois expi sa moisson1 vous lui deviez de l'encens 7,variante74 ,oui mais direz-vous1 ce vieillard est mon pre et le ,ciel me promet une longue vie si je l'honore4 ,si votre pre1 mon fils1 ne vous ordonne rien de contraire aux inspirations du trs-haut1 je l'admets2 autrement1 marchez sur le ventre du pre qui vous engendra1 trpignez sur le sein de la mre qui vous conut1 car de vous imaginer que ce lche respect que des parents vicieux ont arrach votre faiblesse soit tellement agrable au ,ciel qu'il en allonge pour cela vos fuses1 je n'y vois gure d'apparences4 ,quoi6 ce coup de chapeau dont vous chatouillez et nourrissez le superbe de votre pre1 crve-t-il un abcs que vous avez dans le ct1 rpare-t-il votre humide radical1 fait-il la cure d'une estocade travers votre estomac vous casse-t-il une pierre dans la vessie4 ,si cela est1 les mdecins ont grand tort4 ,au lieu de potions infernales dont ils empestent la vie des hommes qu'ils n'ordonnent pour la petite vrole trois rvrences jeun1 quatre grand mercy aprs dner et douze bonsoir mon pre et ma mre avant que de s'endormir4 ,vous me rpliquerez que sans lui1 vous ne seriez pas il est vrai1 mais aussi lui-mme sans votre grand-pre1 sans votre bisaeul1 ni sans vous votre pre n'aurait pas de petits-fils4 ,lorsque la nature le mit au jour c'tait condition de rendre ce qu'elle lui prtait1 ainsi quand il vous engendra il ne vous donna rien1 il s'acquitta encore4 ,je voudrais bien savoir si vos parents songeaient vous quand ils vous firent8 ,hlas1 point du tout1 et toutefois vous tes oblig d'un prsent qu'ils vous ont fait sans y penser4 ,comment1 parce que votre pre fut si paillard qu'il ne put rsister aux beaux yeux de je ne sais quelle crature1 qu'il en fit le march pour assouvir sa passion et que de leur patrouillis vous ftes le maonnage1 vous rverez ce voluptueux comme un des sept sages de ,grce1 quoi parce que cet autre avare acheta les riches biens de sa femme par la faon d'un enfant1 cet enfant ne lui doit parler qu' genoux1 ainsi votre pre fit bien d'tre ribaud et cet autre d'tre chiche1 car autrement1 ni vous1 ni lui1 n'auriez jamais t1 mais je voudrais bien savoir si quand il et t certain que son pistolet et pris un rat1 s'il n'et point tir le coup6 ,juste ,dieu6 qu'on en fait accroire au peuple de votre monde4 ,vous ne tenez de votre ,architecte mortel que votre corps seulement2 votre me vient des ,cieux2 il n'a tenu qu'au hasard que votre pre n'ait t votre fils1 comme vous tes le sien4 ,savez-vous mme s'il ne vous a point empch d'hriter d'un diadme8 ,votre esprit peut-tre tait parti du ,ciel1 dessein d'animer le ,roi des ,romains au ventre de l',impratrice2 en chemin1 par hasard1 il rencontra votre embryon1 et peut-tre que1 pour abrger sa course1 il s'y logea4 ,non1 non1 ,dieu ne vous et point ray du calcul de tous les hommes1 quand votre pre ft mort petit garon4 ,mais qui sait si vous ne seriez point aujourd'hui l'ouvrage de quelque vaillant ,capitaine1 qui vous aurait associ sa gloire comme ses biens8 ,ainsi peut-tre vous n'tes non plus redevable votre pre de la vie qu'il vous a donne1 que vous le seriez au ,pirate qui vous aurait mis la chane1 parce qu'il vous nourrirait4 ,et je veux mme qu'il vous et engendr ,prince1 qu'il vous et engendr ,roi3 un prsent perd son mrite1 lorsqu'il est fait sans le choix de celui qui le reoit4 ,on donna la mort ,csar1 on la donna ,cassius2 cependant ,cassius en est oblig l',esclave dont il imptra non pas ,csar des meurtriers1 parce qu'ils le forcrent de la recevoir4 ,votre pre consulta-t-il votre volont1 lorsqu'il embrassa votre mre8 vous demanda-t-il si vous trouviez bon de voir ce sicle-l1 ou d'en attendre un autre8 si vous vous contenteriez d'tre fils d'un sot1 ou si vous auriez l'ambition de sortir d'un brave homme8 ,hlas6 vous1 que l'affaire concernait tout seul1 vous tiez le seul dont on ne prenait point l'avis6 ,peut-tre qu'alors1 si vous eussiez t enferm autre part que dans la matrice des ides de la ,nature1 et que votre naissance et t votre option1 vous auriez dit la ,parque3 ,ma chre ,demoiselle1 prends le fuseau d'un autre3 il y a fort longtemps que je suis dans le rien1 et j'aime encore mieux demeurer cent ans n'tre pas1 que d'tre aujourd'hui1 pour m'en repentir demain6 ,cependant il vous fallut passer par l2 vous etes beau piailler pour retourner la longue et noire maison dont on vous arrachait1 on faisait semblant de croire que vous demandiez tter4 ,voil1 mon fils6 les raisons peu prs qui sont cause du respect que les pres portent leurs enfants2 je sais bien que j'ai pench du ct des enfants plus que la justice ne le demande1 et que j'ai en leur faveur un peu parl contre ma conscience4 ,mais1 voulant corriger cet orgueil dont certains pres bravent la faiblesse de leurs petits1 j'ai t oblig de faire comme ceux qui1 pour redresser un arbre tortu1 le tirent de l'autre ct1 afin qu'il redevienne galement droit entre les deux contorsions4 ,ainsi1 j'ai fait restituer aux pres ce qu'ils sont leurs enfants1 leur en tant beaucoup qui leur appartenait1 afin qu'une autre fois ils se contentassent du leur4 ,je sais bien encore que j'ai choqu1 par cette apologie1 tous les vieillards2 mais qu'ils se souviennent qu'ils ont t enfants avant que d'tre pres1 et qu'il est impossible que je n'aie parl fort leur avantage1 puisqu'ils n'ont pas t trouvs sous une pomme de chou4 ,mais enfin1 quoi qu'il en puisse arriver1 quand mes ennemis se mettraient en bataille contre mes amis1 je n'aurai que du bon1 car j'ai servi tous les hommes1 et je n'en ai desservi que la moiti4 ,a ces mots1 il se tut1 et le fils de notre hte prit ainsi la parole3 --,permettez-moi1 lui dit-il1 puisque je suis inform1 par votre soin1 de l',origine1 de l',histoire1 des ,coutumes et de la ,philosophie du ,monde de ce petit homme1 que j'ajoute quelque chose ce que vous avez dit1 et que je prouve que les enfants ne sont point obligs leurs pres1 de leur gnration1 parce que leurs pres taient obligs en conscience les engendrer4 ,la ,philosophie de leur ,monde la plus troite confesse qu'il est plus avantageux de mourir 7 cause que1 pour mourir1 il faut avoir vcu7 que de n'tre point4 ,or1 puisqu'en ne donnant pas l'tre ce rien1 je le mets en un tat pire que la mort1 je suis plus coupable de ne le pas produire que de le tuer4 ,tu croirais cependant1 mon petit homme6 avoir fait un parricide indigne de pardon1 si tu avais gorg ton fils2 il serait norme1 la vrit1 mais il est bien plus excrable de ne pas donner l'tre ce qui le peut recevoir2 car cet enfant1 qui tu tes la lumire pour toujours1 et eu la satisfaction d'en jouir quelque temps4 ,encore1 nous savons qu'il n'en est priv que pour quelques sicles2 mais1 pour ces pauvres quarante petits riens1 dont tu pouvais faire quarante bons soldats ton ,roi1 tu les empches malicieusement de venir au jour1 et les laisses corrompre dans tes reins1 au hasard d'une apoplexie qui t'touffera44444 ,qu'on ne m'objecte point les beaux pangyriques de la virginit1 cet honneur n'est qu'une fume1 car enfin tous ces respects dont le vulgaire l'idoltre ne sont rien mme entre vous autres que des conseils1 mais de ne pas tuer1 mais de ne pas faire son fils en ne le faisant point plus malheureux qu'un mort3 c'est le commandement pourquoi je m'tonne fort que la continence au monde d'o vous venez est tenue si prfrable la charnelle1 pourquoi ,dieu ne vous a pas fait natre de la rose du mois de mai1 comme les champignons1 ou tout au moins comme les crocodiles du limon gras de la terre achevs par le sommeil2 cependant il n'envoie point chez vous d'eunuques que par accident1 ils n'arrachent point les gnitoires vos moines1 ni vos cardinaux4 ,vous me direz que la nature les leur a donnes1 oui1 mais il est le matre de la nature et s'il avait reconnu que ce morceau ft nuisible leur salut il aurait commenc de le couper aussi bien que le prpuce aux juifs dans l'ancienne loi1 mais ce sont des inventions trop ridicules par votre foi4 ,y a-t-il quelque place sur votre corps plus sacre ou plus maudite l'une que l'autre2 pourquoi commette-je un pch quand je me touche par la pice du milieu et non pas quand je touche mon oreille ou mon talon1 est-ce cause qu'il y a du chatouillement8 ,je ne dois donc pas me purger au bassin car cela ne se fait point sans quelque sorte de volupt1 ni les dvots ne doivent pas non plus s'estener la contemplation de ,dieu car il gotent un grand plaisir d'imagination2 en vrit je m'tonne que combien la religion de votre pays est contre nature et jalouse de tous les contentements des hommes1 que vos prtres ont fait un crime de se gratter1 cause de l'agrable douleur qu'on y sent4 ,avec tout cela1 j'ai remarqu que la prvoyante nature a fait pencher tous les grands personnages et vaillants et spirituels aux dlicatesses de l'amour1 tmoin ,samson1 ,david1 ,hercule1 ,csar1 ,annibal1 ,charlemagne1 afin que se moissonnassent l'organe de ce plaisir d'un coup de serpe elle alla jusque sous un cuvier dtacher ,diogne1 maigre1 laid et pouilleux et le contraindre de composer des vents dont il soufflait les soupirs ,lays1 sans doute il en usa de la sorte que pour l'apprhension qu'elle et que les honntes gens ne manquassent au monde4 ,concluons que votre pre tait oblig en conscience de vous lcher la lumire et quand il penserait vous avoir beaucoup oblig de vous faire en se chatouillant1 il ne vous a donn au fond que ce qu'un taureau banal donne au veau tous les jours dix fois pour se rjouir4 --,vous avez tort1 interrompit alors mon dmon1 de vouloir rgenter les sujets de ,dieu1 il est vrai qu'il nous a dfendu l'excs de ce plaisir1 mais que savez-vous s'il ne l'a point ainsi voulu afin que les difficults que nous trouverions combattre cette passion nous ft mriter la gloire qu'il nous prpare1 mais que savez-vous si ce n'a point t pour aiguiser l'apptit par la dfense1 mais que savez-vous s'il ne prvoyait point qu'abandonnant la jeunesse aux imptuosits de la chair1 les rapprochements trop frquents nerveraient leur semence et marqueraient la fin du monde aux arrire-neveux du premier homme1 mais que savez-vous s'il ne l'a point voulu faire afin de rcompenser justement ceux qui1 contre toute apparence de raison1 se sont fis en sa parole4 ,cette rponse ne satisfit pas1 ce que je crois1 le petit hte1 car il en hocha trois ou quatre fois la tte2 mais notre commun ,prcepteur se tut1 parce que le repas tait en impatience de s'envoler4 ,nous nous tendmes donc sur des matelas fort mollets1 couverts de grands tapis2 et un jeune serviteur1 ayant pris le plus vieil de nos ,philosophes1 le conduisit dans une petite salle spare2 d'o mon ,dmon lui cria de nous venir retrouver1 sitt qu'il aurait mang4 ,cette fantaisie de manger part me donna la curiosit d'en demander la cause3 --,il ne gote point1 me dit-il1 d'odeur de viande1 ni mme des herbes1 si elles ne sont mortes d'elles-mmes1 cause qu'il les pense capables de douleur4 --,je ne suis pas si surpris1 rpliquai-je1 qu'il s'abstienne de la chair1 et de toutes choses qui ont eu vie sensitive2 car1 en notre ,monde1 les ,pythagoriciens1 et mme quelques saints anachortes1 ont us de ce rgime2 mais de n'oser1 par exemple1 couper un chou1 de peur de le blesser1 cela me semble tout fait ridicule4 --,et moi1 rpondit mon ,dmon1 je trouve beaucoup d'apparence en son opinion4 ,car1 dites-moi1 ce chou dont vous parlez n'est-il pas comme vous un tre existant de la ,nature8 ,ne l'avez-vous pas tous deux pour mre galement8 ,encore1 semble-t-il qu'elle ait pourvu plus ncessairement celle du vgtant que du raisonnable1 puisqu'elle a remis la gnration d'un homme aux caprices de son pre1 qui peut1 selon son plaisir1 l'engendrer ou ne l'engendrer pas3 rigueur dont cependant elle n'a pas voulu traiter avec le chou2 car1 au lieu de remettre la discrtion du pre de germer le fils1 comme si elle et apprhend davantage que la race du chou prt que celle des hommes1 elle les contraint1 bon gr1 mal gr1 de se donner l'tre les uns aux autres1 et non pas ainsi que les hommes1 qui ne les engendrent que selon leurs caprices1 et qui en leur vie n'en peuvent engendrer au plus qu'une vingtaine1 au lieu que les choux en peuvent produire quatre cent mille par tte4 ,de dire que la ,nature a pourtant plus aim l'homme que le chou1 c'est que nous nous chatouillons1 pour nous faire rire3 tant incapable de passion1 elle ne saurait ni har ni aimer personne2 et1 si elle tait susceptible d'amour1 elle aurait plutt des tendresses pour ce chou que vous tenez1 qui ne saurait l'offenser1 que pour cet homme qui voudrait la dtruire1 s'il le pouvait4 ,ajoutez cela1 que l'homme ne saurait natre sans crime1 tant une partie du premier criminel2 mais nous savons fort bien que le premier chou n'offensa pas son ,crateur4 ,si on dit que nous sommes faits l'image du premier ,etre1 et non pas le chou8 ,quand il serait vrai1 nous avons1 en souillant notre me1 par o nous lui ressemblons1 effac cette ressemblance1 puisqu'il n'y a rien de plus contraire ,dieu que le pch4 ,si donc notre me n'est plus son portrait1 nous ne lui ressemblons pas plus par les pieds1 par les mains1 par la bouche1 par le front et par les oreilles1 que ce chou1 par ses feuilles1 par ses fleurs1 par sa tige1 par son trognon et par sa tte4 ,ne croyez-vous pas1 en vrit1 si cette pauvre plante pouvait parler1 quand on la coupe1 qu'elle ne dt3 ,homme1 mon cher frre1 que t'ai-je fait qui mrite la mort8 ,je ne crois que dans les jardins1 et l'on ne me trouve jamais en lieu sauvage1 o je vivrais en sret2 je ddaigne toutes les autres socits1 hormis la tienne2 et1 peine suis-je sem dans ton jardin1 que1 pour te tmoigner ma complaisance1 je m'panouis1 je te tends les bras1 je t'offre mes enfants en graine1 et1 pour rcompense de ma courtoisie1 tu me fais trancher la tte6 ,voil le discours que tiendrait ce chou1 s'il pouvait s'exprimer4 ,h quoi6 cause qu'il ne saurait se plaindre1 est-ce dire que nous pouvons justement lui faire tout le mal qu'il ne saurait empcher8 ,si je trouve un misrable li1 puis-je sans crime le tuer1 cause qu'il ne peut se dfendre8 ,au contraire1 sa faiblesse aggraverait ma cruaut2 car1 combien que cette misrable crature soit pauvre et dnue de tous nos avantages1 elle ne mrite pas la mort4 ,quoi6 de tous les biens de l'tre1 elle n'a que celui de rejeter1 et nous le lui arrachons4 ,le pch de massacrer un homme n'est pas si grand1 parce qu'un jour il revivra1 que de couper un chou et lui ter la vie1 lui qui n'en a point d'autre esprer4 ,vous anantissez le chou1 en le faisant mourir2 mais1 en tuant un homme1 vous ne faites que changer son domicile2 et je dis bien plus1 puisque ,dieu chrit galement entre nous et les plantes1 qu'il est trs juste de les considrer galement comme nous4 ,il est vrai que nous naqumes les premiers2 mais1 dans la famille de ,dieu1 il n'y a point de droit d'anesse3 si donc les choux n'eurent point de part avec nous du fief de l'immortalit1 ils furent sans doute avantags de quelque autre qui1 par sa grandeur1 rcompenst sa brivet2 c'est peut-tre un intellect universel1 une connaissance parfaite de toutes les choses dans leurs causes2 et c'est aussi pour cela que ce sage ,moteur ne leur a point taill d'organes semblables aux ntres1 qui n'ont qu'un simple raisonnement faible et souvent trompeur1 mais d'autres plus ingnieusement travaills1 plus forts et plus nombreux1 qui servent l'opration de leurs spculatifs entretiens4 ,vous me demanderez peut-tre ce qu'ils nous ont jamais communiqu de ces grandes penses8 ,mais1 dites-moi1 que nous ont jamais enseign certains tres1 que nous admettons au-dessus de nous1 avec lesquels nous n'avons aucun rapport ni proportion1 et dont nous comprenons l'existence aussi difficilement que l'intelligence et les faons avec lesquelles un chou est capable de s'exprimer ses semblables1 et non pas nous1 cause que nos sens sont trop faibles pour pntrer jusque-l8 ,mose1 le plus grand de tous les ,philosophes1 et qui puisait la connaissance de la ,nature dans la source de la ,nature mme1 signifiait cette vrit1 lorsqu'il parlait de l',arbre de ,science1 et il voulait sans doute nous enseigner1 sous cette nigme1 que les plantes possdent1 privativement nous1 la ,philosophie parfaite4 ,souvenez-vous donc1 de tous les animaux le plus superbe6 qu'encore qu'un chou que vous coupez ne dise mot1 il n'en pense pas moins4 ,mais le pauvre vgtant n'a pas des organes propres hurler comme vous2 il n'en a pas pour frtiller ni pour pleurer2 il en a toutefois1 par lesquels il se plaint du tort que vous lui faites1 et par lesquels il attire sur vous la vengeance du ,ciel4 ,que si enfin vous insistez me demander comment je sais que les choux ont des belles penses1 je vous demande comment vous savez qu'ils ne les ont point1 et que tel d'entre eux1 votre imitation1 ne dise pas le soir1 en s'enfermant3 ,je suis1 monsieur le ,chou ,fris1 votre trs humble serviteur1 ,,chou ,,cabus4 ,illustration3 ,dans toutes les maisons il y a un physionome4 ,il en tait l de son discours1 quand ce jeune garon qui avait emmen notre ,philosophe le ramena4 ,eh quoi6 dj dn8 lui cria mon ,dmon4 ,il rpondit que oui1 l'issue prs1 d'autant que le ,physionome lui avait permis de tter de la ntre4 ,le jeune hte n'attendit pas que je lui demandasse l'explication de ce mystre3 --,je vois1 dit-il1 que cette faon de vivre vous tonne4 ,sachez donc1 quoi qu'en votre ,monde on gouverne la sant plus ngligemment1 que le rgime de celui-ci n'est pas mpriser4 ,dans toutes les maisons1 il y a un ,physionome1 entretenu du public1 qui est peu prs ce qu'on appellerait chez vous un mdecin1 hormis qu'il n'y gouverne que les sains et qu'il ne juge des diverses faons dont il nous fait traiter1 que par la proportion1 figure et symtrie de nos membres1 par les linaments du visage1 le coloris de la chair1 la dlicatesse du cuir1 l'agilit de la masse1 le son de la voix1 la teinture1 la force et la duret du poil4 ,n'avez-vous pas tantt pris garde un homme1 de taille assez courte1 qui vous a considr8 ,c'tait le ,physionome de cans4 ,assurez-vous que1 selon qu'il a reconnu votre complexion1 il a diversifi l'exhalaison de votre dner4 ,regardez combien le matelas o l'on vous a fait coucher est loign de nos lits3 sans doute qu'il vous a jug d'un temprament bien loign du ntre1 puisqu'il a craint que l'odeur qui s'vapore de ces petits robinets sous notre nez ne s'pandt jusqu' vous1 ou que la vtre ne fumt jusqu' nous4 ,vous le verrez1 ce soir1 qui choisira les fleurs pour votre lit avec la mme circonspection4 ,pendant tout ce discours1 je faisais signe mon hte qu'il tcht d'obliger les ,philosophes tomber sur quelque chapitre de la science qu'ils professaient1 il m'tait trop ami1 pour n'en pas faire natre aussitt l'occasion2 c'est pourquoi je ne vous dirai point ni les discours ni les prires qui firent l'ambassade de ce trait2 aussi bien1 la nuance du ridicule au srieux fut trop imperceptible pour pouvoir tre imite4 ,tant y a1 lecteur1 que le dernier venu de ces ,docteurs1 aprs plusieurs autres choses1 continua ainsi3 ,il me reste prouver qu'il y a des ,mondes infinis dans un ,monde infini4 ,reprsentez-vous donc l'univers comme un animal2 que les toiles1 qui sont des ,mondes1 sont dans ce grand animal1 comme d'autres grands animaux1 qui servent rciproquement de mondes d'autres peuples1 tels que nous1 nos chevaux1 etc41 et que nous1 notre tour1 sommes aussi des ,mondes l'gard de certains animaux encore plus petits sans comparaison que nous1 comme sont certains vers1 des poux1 des cirons2 que ceux-ci sont la ,terre d'autres plus imperceptibles2 qu'ainsi1 de mme que nous paraissons chacun en particulier un grand ,monde ce petit peuple1 peut-tre que notre chair1 notre sang1 nos esprits1 ne sont autre chose qu'une tissure de petits animaux qui s'entretiennent1 nous prtent mouvement par le leur1 et1 se laissant aveuglment conduire notre volont qui leur sert de cocher1 nous conduisent nous-mmes1 et produisent tous ensemble cette action que nous appelons la ,vie4 ,car1 dites-moi1 je vous prie1 est-il mal ais croire qu'un pou prenne votre corps pour un ,monde1 et que1 quand quelqu'un d'eux voyage depuis l'une de vos oreilles jusqu' l'autre1 ses compagnons disent qu'il a voyag aux deux bouts de la ,terre ou qu'il a couru de l'un l'autre ,ple8 ,oui1 sans doute1 ce petit peuple prend votre poil pour les forts de son pays1 les pores pleins de pituite pour des fontaines1 les bubes pour des lacs et des tangs1 les apostumes pour des mers1 les dfluxions pour des dluges2 et1 quand vous vous peignez en devant et en arrire1 ils prennent cette agitation pour le flux et le reflux de l',ocan4 ,la dmangeaison ne prouve-t-elle pas mon dire8 ,le ciron qui la produit1 est-ce autre chose qu'un de ces petits animaux qui s'est dpris de la socit civile pour s'tablir tyran de son pays8 ,si vous me demandez d'o vient qu'ils sont plus grands que ces autres imperceptibles1 je vous demande pourquoi les lphants sont plus grands que nous1 et les ,hibernois1 que les ,espagnols8 ,quant cette ampoule et cette crote dont vous ignorez la cause1 il faut qu'elles arrivent1 ou par la corruption de leurs ennemis que ces petits gants ont massacrs1 ou que la peste1 produite par la ncessit des aliments dont les sditieux se sont gorgs1 ait laiss pourrir dans la campagne des monceaux de cadavres1 ou que ce tyran1 aprs avoir tout autour de soi chass ses compagnons qui de leurs corps bouchaient les pores du ntre1 ait donn passage la pituite1 laquelle1 tant extraverse hors la sphre de la circulation de notre sang1 s'est corrompue4 ,on me demandera peut-tre pourquoi un ciron en produit tant d'autres8 ,ce n'est pas chose malaise concevoir2 car1 de mme qu'une rvolte en produit une autre1 aussi ces petits peuples1 pousss du mauvais exemple de leurs compagnons sditieux1 aspirent chacun au commandement1 allumant partout la guerre1 le massacre et la faim4 ,mais1 me direz-vous1 certaines personnes sont bien moins sujettes la dmangeaison que d'autres4 ,cependant chacun est rempli galement de ces petits animaux1 puisque ce sont eux1 dites-vous1 qui font la vie4 ,il est vrai2 aussi1 remarquons-nous que les flegmatiques sont moins en proie la gratelle que les bilieux1 cause que le peuple1 sympathisant au climat qu'il habite1 est plus lent en un corps froid2 qu'un autre1 chauff par la temprature de sa rgion1 qui ptille1 se remue1 et ne saurait demeurer en une place4 ,ainsi1 le bilieux est plus dlicat que le flegmatique1 parce qu'tant anim en bien plus de parties1 et l'me tant l'action de ces petites btes1 il est capable de sentir en tous les endroits o ce btail se remue2 au lieu que le flegmatique1 n'tant pas assez chaud pour faire agir qu'en peu d'endroits cette remuante populace1 n'est sensible qu'en peu d'endroits4 ,et1 pour prouver encore cette cironit universelle1 vous n'avez qu' considrer1 quand vous tes bless1 comment le sang accourt la plaie4 ,vos docteurs disent qu'il est guid par la prvoyante ,nature qui veut secourir les parties dbilites3 ce qui ferait conclure qu'outre l'me et l'esprit il y aurait encore en nous une troisime substance intellectuelle qui aurait ses fonctions et ses organes part4 ,c'est pourquoi je trouve bien plus probable de dire que ces petits animaux1 se sentant attaqus1 envoient chez leurs voisins demander du secours1 et qu'tant arrivs de tous cts1 et le pays se trouvant incapable de tant de gens1 ou ils meurent de faim1 ou touffent dans la presse4 ,cette mortalit arrive1 quand l'apostume est mre2 car1 pour tmoigner qu'alors ces animaux sont touffs1 c'est que la chair pourrie devient insensible2 que si bien souvent la saigne1 qu'on ordonne pour divertir la fluxion1 profite1 c'est cause que1 s'en tant perdu beaucoup par l'ouverture que ces petits animaux tchaient de boucher1 ils refusent d'assister leurs allis1 n'ayant que mdiocrement la puissance de se dfendre chacun chez soi4 ,illustration3 ,il fouetta l'effigie pendant un grand quart d'heure4 ,il acheva ainsi1 quand le second ,philosophe s'aperut que nos yeux assembls sur les siens l'exhortaient de parler son tour4 --,hommes1 dit-il1 vous voyant curieux d'apprendre ce petit animal1 notre semblable1 quelque chose de la science que nous professons1 je dicte maintenant un ,trait que je serais bien aise de lui produire1 cause des lumires qu'il donne l'intelligence de notre ,physique4 ,c'est l'explication de l'origine ternelle du ,monde4 ,mais1 comme je suis empress de faire travailler mes soufflets 7car demain sans remise la ,ville part71 vous pardonnerez au temps1 avec promesse toutefois qu'aussitt qu'elle sera arrive o elle doit aller1 je vous satisferai4 ,a ces mots1 le fils de l',hte appela son pre pour savoir quelle heure il tait2 mais1 ayant rpondu qu'il tait huit heures sonnes1 il lui demanda tout en colre pourquoi il ne les avait pas avertis sept1 comme il le lui avait command2 qu'il savait bien que les maisons partaient le lendemain et que les murailles de la ville taient dj parties4 --,mon fils1 rpliqua le bonhomme1 on a publi1 depuis que vous tes table1 une dfense expresse de partir avant aprs-demain4 --,n'importe1 repartit le jeune homme2 vous devez obir aveuglment1 ne point pntrer dans mes ordres1 et vous souvenir seulement de ce que je vous ai command4 ,vite1 allez qurir votre effigie4 ,lorsqu'elle fut apporte1 il la saisit par le bras1 et la fouetta un gros quart d'heure4 --,or sus6 vaurien1 continua-t-il1 en punition de votre dsobissance1 je veux que vous serviez aujourd'hui de rise tout le monde1 et1 pour cet effet1 je vous commande de ne marcher que sur deux pieds le reste de la journe4 ,le pauvre homme sortit fort plor1 et son fils nous fit des excuses de son emportement4 ,j'avais bien de la peine1 quoique je me mordisse les lvres1 m'empcher de rire d'une si plaisante punition1 et cela fut cause que1 pour rompre cette burlesque pdagogie qui m'aurait sans doute fait clater1 je le suppliai de me dire ce qu'il entendait par ce voyage de la ,ville1 dont tantt il avait parl2 et si les maisons et les murailles cheminaient4 ,il me rpondit3 --,entre nos ,villes1 cher tranger1 il y en a de mobiles et de sdentaires2 les mobiles1 comme par exemple celle o nous sommes maintenant1 sont faites comme je vais vous dire4 ,l'architecte construit chaque ,palais1 ainsi que vous voyez1 d'un bois fort lger2 il pratique dessous quatre roues2 dans l'paisseur de l'un des murs1 il place dix gros soufflets1 dont les tuyaux passent1 d'une ligne horizontale1 travers le dernier tage1 de l'un l'autre pignon1 en sorte que1 quand on veut traner les ,villes autre part 7car on les change d'air toutes les saisons71 chacun dplie sur l'un des cts de son logis quantit de larges voiles au-devant des soufflets2 puis1 ayant band un ressort pour les faire jouer1 leurs maisons1 en moins de huit jours1 avec les bouffes continuelles que vomissent ces monstres vent1 sont emportes1 si on veut1 plus de cent lieues4 ,quant celles que nous appelons sdentaires1 les logis en sont presque semblables vos tours1 hormis qu'ils sont de bois1 et qu'ils sont percs au centre d'une grosse et forte vis1 qui rgne de la cave jusqu'au toit1 pour les pouvoir hausser et baisser discrtion4 ,or1 la terre est creuse aussi profond que l'difice est lev1 et le tout est construit de cette sorte1 afin qu'aussitt que les geles commencent morfondre le ,ciel1 ils puissent descendre leurs maisons en terre1 o ils se tiennent l'abri des intempries de l'air4 ,mais1 sitt que les douces haleines du printemps viennent le radoucir1 ils remontent au jour1 par le moyen de leur grosse vis1 dont je vous ai parl4 ,illustration3 ,leurs maisons1 en moins de huit jours1 sont emportes plus de cent lieues4 ,je le priai1 puisqu'il avait dj eu tant de bont pour moi1 et que la ,ville partait le lendemain1 de me dire quelque chose de cette origine ternelle du ,monde1 dont il m'avait parl quelque temps auparavant3 --,et je vous promets1 lui dis-je1 qu'en rcompense1 sitt que je serai de retour dans ma ,lune1 dont mon gouverneur 7je lui montrai mon ,dmon7 vous tmoignera que je suis venu1 j'y smerai votre gloire1 en y racontant les belles choses que vous m'aurez dites4 ,je vois bien que vous riez de cette promesse1 parce que vous ne croyez pas que la ,lune dont je vous parle soit un ,monde1 et que j'en suis un habitant2 mais je vous puis assurer aussi que les peuples de ce ,monde-l1 qui ne prennent celui-ci que pour une ,lune1 se moqueront de moi1 quand je dirai que votre ,lune est un monde1 et qu'il y a des campagnes avec des habitants4 ,il ne me rpondit que par un sourire1 et parla ainsi3 --,puisque nous sommes contraints1 quand nous voulons recourir l'origine de ce grand ,tout1 d'encourir trois ou quatre absurdits1 il est bien raisonnable de prendre le chemin qui nous fait le moins broncher4 ,je dis donc que le premier obstacle qui nous arrte1 c'est l'ternit du ,monde2 et l'esprit des hommes n'tant pas assez fort pour la concevoir1 et ne pouvant non plus s'imaginer que ce grand univers1 si beau1 si bien rgl1 pt s'tre fait soi-mme1 ils ont eu recours la cration2 mais1 semblable celui qui s'enfoncerait dans la rivire1 de peur d'tre mouill de la pluie1 ils se sauvent1 des bras nains1 la misricorde d'un gant2 encore1 ne s'en sauvent-ils pas2 car cette ternit1 qu'ils tent au ,monde pour ne l'avoir pu comprendre1 ils la donnent ,dieu1 comme s'il avait besoin de ce prsent1 et comme s'il tait plus ais de l'imaginer dans l'un que dans l'autre4 ,car1 dites-moi1 je vous prie1 a-t-on jamais conu comment de rien il se peut faire quelque chose8 ,hlas6 entre rien et un atome seulement1 il y a des proportions tellement infinies1 que la cervelle la plus aigu n'y saurait pntrer2 il faudra1 pour chapper ce labyrinthe inexplicable1 que vous admettiez une matire ternelle avec ,dieu4 ,mais1 me direz-vous1 quand je vous accorderais la matire ternelle1 comment ce chaos s'est-il arrang de soi-mme8 ,ah6 je vous le vais expliquer4 ,il faut1 mon petit animal6 aprs avoir spar mentalement chaque petit corps visible en une infinit de petits corps invisibles1 s'imaginer que l',univers infini n'est compos d'autre chose que de ces atomes infinis1 trs solides1 trs incorruptibles et trs simples1 dont les uns sont cubiques1 les autres paralllogrammes1 d'autres angulaires1 d'autres ronds1 d'autres pointus1 d'autres pyramidaux1 d'autres hexagones1 d'autres ovales1 qui tous agissent diversement chacun selon sa figure4 ,et qu'ainsi ne soit1 posez une boule d'ivoire ronde sur un lieu fort uni3 la moindre impression que vous lui donnerez1 elle sera un demi-quart d'heure sans s'arrter4 ,or1 j'ajoute que1 si elle tait aussi parfaitement ronde que le sont quelques-uns de ces atomes dont je parle1 et la surface o elle serait pose1 parfaitement unie1 elle ne s'arrterait jamais4 ,si donc l'art est capable d'incliner un corps au mouvement perptuel1 pourquoi ne croirons-nous pas que la ,nature le puisse faire8 ,il en est de mme des autres figures desquelles l'une1 comme carre1 demande le repos perptuel1 d'autres un mouvement de ct1 d'autres un demi-mouvement comme de trpidation2 et la ronde1 dont l'tre est de se remuer1 venant se joindre la pyramidale1 fait peut-tre ce que nous appelons feu1 parce que non seulement le feu s'agite sans se reposer1 mais perce et pntre facilement4 ,le feu a1 outre cela1 des effets diffrents1 selon l'ouverture et la qualit des angles1 o la figure ronde se joint1 comme par exemple le feu du poivre est autre chose que le feu du sucre1 le feu du sucre que celui de la cannelle1 celui de la cannelle que celui du clou de girofle1 et celui-ci que le feu du fagot4 ,or1 le feu1 qui est le constructeur des parties et du ,tout de l',univers1 a pouss et ramass dans un chne la quantit des figures ncessaires composer ce chne4 ,mais1 me direz-vous1 comment le hasard peut-il avoir ramass en un lieu toutes les choses ncessaires produire ce chne8 ,je vous rponds que ce n'est pas merveille que la matire1 ainsi dispose1 ait form un chne2 mais que la merveille et t plus grande si1 la matire ainsi dispose1 le chne n'et pas t produit2 un peu moins de certaines figures1 c'et t la plante sensitive1 une hutre l'caille1 un ver1 une mouche1 une grenouille1 un moineau1 un singe1 un homme4 ,quand1 ayant jet trois ds sur une table1 il arrive rafle de deux ou bien de trois1 quatre et cinq1 ou bien deux six et un1 direz-vous3 ,o le grand miracle6 ,a chaque d1 il est arriv le mme point1 tant d'autres points pouvant arriver6 ,o le grand miracle6 il est arriv trois points qui se suivent4 ,o le grand miracle6 il est arriv justement deux fiches1 et le dessous de l'autre fiche6 ,je suis assur qu'tant homme d'esprit1 vous ne ferez jamais ces exclamations1 car1 puisqu'il n'y a sur les ds qu'une certaine quantit de nombres1 il est impossible qu'il n'en arrive quelqu'un4 ,et1 aprs cela1 vous vous tonnez comment cette matire1 brouille ple-mle au gr du hasard1 peut avoir constitu un homme1 vu qu'il y avait tant de choses ncessaires la construction de son tre4 ,vous ne savez donc pas qu'un million de fois cette matire1 s'acheminant au dessein d'un homme1 s'est arrte former tantt une pierre1 tantt du plomb1 tantt du corail1 tantt une fleur1 tantt une comte1 et tout cela cause du plus ou du moins de certaines figures qu'il fallait1 ou qu'il ne fallait pas1 dsigner un homme8 ,si bien que ce n'est pas merveille qu'entre une infinit de matires qui changent et se remuent incessamment1 elles aient rencontr faire le peu d'animaux1 de vgtaux1 de minraux que nous voyons2 non plus que ce n'est pas merveille qu'en cent coups de ds il arrive une rafle2 aussi bien est-il impossible que de ce remuement il ne se fasse quelque chose1 et cette chose sera toujours admire d'un tourdi qui ne saura pas combien peu s'en est fallu qu'elle n'ait pas t faite4 ,quand la grande rivire de notes de musique fait moudre un moulin1 conduit les ressorts d'une horloge1 et que le petit ruisseau de notes de musique ne fait que couler et se drober quelquefois1 vous ne direz pas que cette rivire a bien de l'esprit1 parce que vous savez qu'elle a rencontr les choses disposes faire tous ces beaux chefs-d'uvre2 car1 si son moulin ne se ft pas trouv dans son cours1 elle n'aurait pas pulvris le froment2 si elle n'et point rencontr l'horloge1 elle n'aurait pas marqu les heures2 et1 si le petit ruisseau dont j'ai parl avait eu la mme rencontre1 il aurait fait les mmes miracles4 ,il en va tout ainsi de ce feu qui se meut de soi-mme1 car1 ayant trouv les organes propres l'agitation ncessaire pour raisonner1 il a raisonn2 quand il en a trouv de propres seulement sentir1 il a senti2 quand il en a trouv de propres vgter1 il a vgt2 et qu'ainsi ne soit1 qu'on crve les yeux de cet homme que le feu de cette me fait voir1 il cessera de voir1 de mme que notre grande horloge cessera de marquer les heures1 si l'on en brise le mouvement4 ,enfin1 ces premiers et indivisibles atomes font un cercle1 sur qui roulent sans difficult les difficults les plus embarrassantes de la ,physique2 il n'est pas jusqu' l'opration des sens que personne n'a pu encore bien concevoir1 que je n'explique fort aisment par les petits corps4 ,commenons par la vue3 elle mrite1 comme la plus incomprhensible1 notre premier dbut4 ,elle se fait donc1 ce que je m'imagine1 quand les tuniques de l'il1 dont les pertuis sont semblables ceux du verre1 transmettent cette poussire de feu1 qu'on appelle rayons visuels1 et qu'elle est arrte par quelque matire opaque qui la fait rejaillir chez soi2 car1 alors1 rencontrant en chemin l'image de l'objet qui l'a repousse1 et cette image n'tant qu'un nombre infini de petits corps qui s'exhalent continuellement1 en gale superficie1 du sujet regard1 elle la pousse jusqu' notre il4 ,vous ne manquerez pas de m'objecter que le verre est un corps opaque et fort serr1 et que cependant1 au lieu de rechasser ces autres petits corps1 il s'en laisse pntrer8 ,mais je vous rponds que ces pores du verre sont taills de mme figure que ces atomes de feu qui le traversent1 et que1 comme un crible froment n'est pas propre l'avoine ni un crible avoine cribler du froment1 ainsi une bote de sapin1 quoique mince et qu'elle laisse pntrer les sons1 n'est pas pntrable la vue2 et une pice de cristal1 quoique transparente1 qui se laisse percer la vue1 n'est pas pntrable au toucher4 ,je ne pus l m'empcher de l'interrompre4 --,un grand ,pote et ,philosophe de notre ,monde1 lui dis-je1 a parl aprs ,epicure1 et lui1 aprs ,dmocrite1 de ces petits corps1 presque comme vous2 c'est pourquoi vous ne me surprenez point par ce discours2 et je vous prie1 en le continuant1 de me dire comment1 par ces principes1 vous expliqueriez la faon de vous peindre dans un miroir8 --,il est fort ais1 me rpliqua-t-il2 car figurez-vous que ces feux de votre il ayant travers la glace1 et rencontrant derrire un corps non diaphane qui les rejette1 ils repassent par o ils taient venus2 et1 trouvant ces petits corps cheminant en superficies gales sur le miroir1 ils les rappellent nos yeux2 et notre imagination1 plus chaude que les autres facults de notre me1 en attire le plus subtil1 dont elle fait chez soi un portrait en raccourci4 ,l'opration de l'oue n'est pas plus malaise concevoir1 et1 pour tre plus succinct1 considrons-la seulement dans l'harmonie d'un luth touch par les mains d'un matre de l'art4 ,vous me demanderez comment il se peut faire que j'aperoive si loin de moi une chose que je ne vois point8 ,est-ce qu'il sort de mes oreilles une ponge qui boit cette musique pour me la rapporter8 ou ce joueur engendre-t-il dans ma tte un autre petit joueur avec un petit luth1 qui ait ordre de me chanter comme un cho les mmes airs8 ,non2 mais ce miracle procde de ce que la corde tire venant frapper de petits corps dont l'air est compos1 elle le chasse dans mon cerveau2 le perant doucement avec ces petits riens corporels2 et1 selon que la corde est bande1 le son est haut1 cause qu'elle pousse les atomes plus vigoureusement2 et l'organe1 ainsi pntr1 en fournit la fantaisie de quoi faire son tableau2 si trop peu1 il arrive que1 notre mmoire n'ayant pas encore achev son image1 nous sommes contraints de lui rpter le mme son1 afin que1 des matriaux que lui fournissent1 par exemple1 les mesures d'une sarabande1 elle en prenne assez pour achever le portrait de cette sarabande4 ,mais cette opration n'a rien de si merveilleux que les autres1 par lesquelles1 l'aide du mme organe1 nous sommes mus tantt la joie1 tantt la rage1 tantt la piti1 tantt la rverie1 tantt la douleur4 ,et cela se fait1 lorsque1 dans ce mouvement1 ces petits corps en rencontrent d'autres1 en nous remus de mme faon1 ou que leur propre figure rend susceptibles du mme branlement2 car alors les nouveaux venus excitent leurs htes se remuer comme eux2 et1 de cette faon1 lorsqu'un air violent rencontre le feu de notre sang1 il le fait incliner au mme branle1 et il l'anime se pousser dehors3 c'est ce que nous appelons ardeur de courage4 ,si le son est plus doux1 et qu'il n'ait la force de soulever qu'une moindre flamme plus branle1 en la promenant le long des nerfs1 des membranes et des pertuis de notre chair1 elle excite ce chatouillement qu'on appelle joie4 ,il en arrive ainsi de l'bullition des autres passions1 selon que ces petits corps sont jets plus ou moins violemment sur nous1 selon le mouvement qu'ils reoivent par la rencontre d'autres branles1 et selon qu'ils trouvent remuer chez nous2 c'est quant l'oue4 ,la dmonstration du toucher n'est pas maintenant plus difficile1 en concevant que de toute matire palpable il se fait une mission perptuelle de petits corps1 et qu' mesure que nous la touchons1 il s'en vapore davantage1 parce que nous les preignons du sujet mme1 comme l'eau d'une ponge1 quand nous la pressons4 ,les durs viennent faire l'organe le rapport de leur solidit2 les souples1 de leur mollesse2 les raboteux1 etc4 ,et qu'ainsi ne soit1 nous ne sommes plus si fins discerner par l'attouchement avec des mains uses de travail1 cause de l'paisseur du cal1 qui1 pour n'tre ni poreux1 ni anim1 ne transmet que fort malaisment ces fumes de la matire4 ,quelqu'un dsirera d'apprendre o l'organe de toucher tient son sige8 ,pour moi1 je pense qu'il est rpandu dans toutes ses parties4 ,je m'imagine1 toutefois1 que plus nous ttons par un membre proche de la tte1 et plus vite nous distinguons2 ce qui se peut exprimenter1 quand1 les yeux clos1 nous patinons quelque chose1 car nous la devinons plus facilement2 et1 si1 au contraire1 nous la ttions du pied1 nous aurions plus de peine la connatre4 ,cela provient de ce que1 notre peau tant partout crible de petits trous1 nos nerfs1 dont la matire n'est pas plus serre1 perdent en chemin beaucoup de ces petits atomes par les menus pertuis de leur contexture1 avant que d'tre arrivs jusqu'au cerveau1 qui est le terme de leur voyage4 ,il me reste parler de l'odorat et du got4 ,dites-moi1 lorsque je gote un fruit1 n'est-ce pas cause de la chaleur de la bouche qu'il fond8 ,avouez-moi donc que1 y ayant dans une poire des sels1 et que la dissolution les partageant en petits corps d'autre figure que ceux qui composent la saveur d'une pomme1 il faut qu'ils percent notre palais d'une manire bien diffrente1 tout ainsi que l'escarre1 enfonc par le fer d'une pique qui me traverse1 n'est pas semblable ce que me fait souffrir en sursaut la balle d'un pistolet1 et de mme que la balle de ce pistolet m'imprime une autre douleur que celle d'un carreau d'acier4 ,de l'odorat1 je n'ai rien dire1 puisque les ,philosophes mmes confessent qu'il se fait par une mission continuelle de petits corps4 ,je m'en vais1 sur ce principe1 vous expliquer la cration1 l'harmonie et l'influence des globes clestes avec l'immuable varit des mtores4 ,il allait continuer2 mais le vieil ,hte entra l-dessus1 qui fit songer notre ,philosophe la retraite4 ,il apportait des cristaux pleins de vers luisants1 pour clairer la salle2 mais1 comme ces petits feux-insectes perdent beaucoup de leur clat1 quand ils ne sont pas nouvellement amasss1 ceux-ci1 vieux de dix jours1 n'clairaient presque point4 ,mon ,dmon n'attendit pas que la compagnie en ft incommode2 il monta dans son cabinet1 et en redescendit aussitt avec deux boules de feu si brillantes1 que chacun s'tonna comment il ne se brlait point les doigts4 --,ces flambeaux incombustibles1 dit-il1 nous serviront mieux que vos pelotons de verre4 ,ce sont des rayons du ,soleil1 que j'ai purgs de leur chaleur2 autrement1 les qualits corrosives de son feu auraient bless votre vue en l'blouissant4 ,j'en ai fix la lumire1 et l'ai renferme dans ces boules transparentes que je tiens4 ,cela ne vous doit pas fournir un grand sujet d'admiration1 car il ne m'est pas plus difficile moi1 qui suis n dans le ,soleil1 de condenser ses rayons1 qui sont la poussire de ce ,monde-l1 qu' vous1 d'amasser de la poussire ou des atomes1 qui sont de la terre pulvrise de celui-ci4 ,l dessus1 notre ,hte envoya un ,valet conduire les ,philosophes1 parce qu'il tait nuit1 avec une douzaine de globes verres pendus ses quatre pieds4 ,pour nous autres 7savoir3 mon ,prcepteur et moi71 nous nous couchmes1 par l'ordre du ,physionome4 ,il me mit cette fois-l dans une chambre de violettes et de lis1 et m'envoya chatouiller l'ordinaire2 et le lendemain1 sur les neuf heures1 je vis entrer mon ,dmon1 qui me dit qu'il venait du ,palais notes de musique o l'une des ,demoiselles de la ,reine l'avait pri de l'aller trouver1 et qu'elle s'tait enquise de moi1 tmoignant qu'elle persistait toujours dans le dessein de me tenir parole1 c'est--dire que1 de bon cur1 elle me suivrait si je la voulais mener avec moi dans l'autre ,monde4 --,ce qui m'a fort difi1 continua-t-il1 c'est quand j'ai reconnu que le motif principal de son voyage tait de se faire ,chrtienne4 ,ainsi1 je lui ai promis d'aider son dessein de toutes mes forces1 et d'inventer1 pour cet effet1 une machine capable de tenir trois ou quatre personnes1 dans laquelle vous pourrez monter ensemble ds aujourd'hui4 ,je vais m'appliquer srieusement l'excution de cette entreprise3 c'est pourquoi1 afin de vous divertir1 pendant que je ne serai point avec vous1 voici un ,livre que je vous laisse4 ,je l'apportai jadis de mon pays natal2 il est intitul2 les ,etats et ,empires du ,soleil#ac4 ,je vous donne encore celui-ci1 que j'estime beaucoup davantage2 c'est le plus ,grand uvre des ,philosophes1 qu'un des plus forts esprits du ,soleil a compos4 ,il prouve l-dedans que toutes les choses sont vraies et dclare la faon d'unir physiquement les vrits de chaque contradictoire1 comme1 par exemple1 que le blanc est noir et que le noir est blanc2 qu'on peut tre et n'tre pas1 en mme temps2 qu'il peut y avoir une montagne sans valle2 que le nant est quelque chose1 et que toutes les choses qui sont ne sont point4 ,mais remarquez qu'il prouve tous ces inous paradoxes1 sans aucune raison captieuse ou sophistique4 ,quand vous serez ennuy de lire1 vous pourrez vous promener1 ou vous entretenir avec le fils de notre ,hte3 son esprit a beaucoup de charmes2 ce qui me dplat en lui1 c'est qu'il est impie4 ,s'il lui arrive de vous scandaliser1 ou de faire par quelque raisonnement chanceler votre foi1 ne manquez pas aussitt de me le venir proposer1 je vous en rsoudrai les difficults4 ,un autre vous ordonnerait de rompre compagnie2 mais1 comme il est extrmement vain1 je suis assur qu'il prendrait cette fuite pour une dfaite1 et il se figurerait que notre croyance serait sans raison1 si vous refusiez d'entendre les siennes4 #ac ,edition ,le ,bret3 ,les ,etats et ,empires de la ,lune avec une addition l'histoire de l'tincelle4 ,je ne vois pas comment il peut donner les ,etats de la ,lune1 puisqu'il est prcisment444 dans la ,lune1 la phrase du manuscrit est plus logique4 ,illustration3 ,il en sort comme de la bouche d'un homme tous les sons distincts et diffrents4 ,il me quitta en achevant ces mots2 mais il fut peine sorti1 que je me mis considrer attentivement mes ,livres1 et leurs botes1 c'est--dire leurs couvertures1 qui me semblaient admirables pour leurs richesses2 l'une tait taille d'un seul diamant1 sans comparaison plus brillant que les ntres2 la seconde ne paraissait qu'une monstrueuse perle fendue en deux4 ,mon ,dmon avait traduit ces ,livres en langage de ce monde2 mais1 parce que je n'en ai point de leur imprimerie1 je m'en vais expliquer la faon de ces deux volumes4 ,a l'ouverture de la bote1 je trouvai1 dans un je ne sais quoi de mtail presque semblable nos horloges1 plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles4 ,c'est un ,livre1 la vrit2 mais c'est un ,livre miraculeux1 qui n'a ni feuillets ni caractres2 enfin1 c'est un ,livre o1 pour apprendre1 les yeux sont inutiles3 on n'a besoin que des oreilles4 ,quand quelqu'un donc souhaite lire1 il bande1 avec grande quantit de toutes sortes de petits nerfs1 cette machine2 puis1 il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il dsire couter1 et au mme temps il en sort1 comme de la bouche d'un homme1 ou d'un instrument de musique1 tous les sons distincts et diffrents qui servent1 entre les grands ,lunaires1 l'expression du langage4 ,lorsque j'ai depuis rflchi sur cette miraculeuse invention de faire des ,livres1 je ne m'tonne plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-l possdaient plus de connaissance seize et dix-huit ans1 que les barbes grises du ntre2 car sachant lire aussi tt que parler1 ils ne sont jamais sans lecture2 la chambre1 la promenade1 en ville1 en voyage1 ils peuvent avoir dans la poche1 ou pendus la ceinture une trentaine de ces ,livres dont ils n'ont qu' bander un ressort pour en our un chapitre seulement ou bien plusieurs1 s'ils sont en humeur d'couter tout un ,livre3 ainsi vous avez ternellement autour de vous tous les ,grands ,hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix4 ,ce prsent m'occupa plus d'une heure2 et enfin me les tant attachs en forme de pendants d'oreilles1 je sortis pour me promener2 mais je ne fus pas plutt au bout de la rue1 que je rencontrai une troupe assez nombreuse de personnes tristes#ad4 #ad ,ce paragraphe entier n'existe que dans l'dition de #affc2 il a disparu de toutes les ditions postrieures4 ,quatre d'entre eux portaient sur leurs paules une espce de cercueil envelopp de noir4 ,je m'informai1 d'un regardant1 ce que voulait dire ce convoi semblable aux pompes funbres de mon ,pays2 il me rpondit que ce mchant notes de musique et nomm du peuple par une chiquenaude sur le genou droit1 qui avait t convaincu d'envie et d'ingratitude1 tait dcd le jour prcdent1 et que le ,parlement l'avait condamn1 il y avait plus de vingt ans1 mourir1 dans son lit1 et puis tre enterr aprs sa mort4 ,je me pris rire de cette rponse2 et lui1 m'interrogeant pourquoi3 --,vous m'tonnez1 dis-je1 de dire que ce qui est une marque de bndiction dans notre ,monde1 comme la longue vie1 une mort paisible1 une spulture honorable1 serve en celui-ci d'une punition exemplaire4 --,quoi6 vous prenez la spulture pour quelque chose de prcieux8 me repartit cet homme4 ,et1 par votre foi1 pouvez-vous concevoir quelque chose de plus pouvantable qu'un cadavre marchant sous les vers dont il regorge1 la merci des crapauds qui lui mchent les joues2 enfin1 la peste revtue du corps d'un homme8 ,bon ,dieu6 la seule imagination d'avoir1 quoique mort1 le visage embarrass d'un drap1 et sur la bouche une pique de terre1 me donne de la peine respirer6 ,ce misrable que vous voyez porter1 outre l'infamie d'tre assist dans une fosse1 a t condamn d'tre assist1 dans son convoi1 de cent cinquante de ses amis1 et commandement eux1 en punition d'avoir aim un envieux et un ingrat1 de paratre ses funrailles avec un visage triste2 et1 sans que les ,juges en ont eu piti1 imputant en partie ses crimes son peu d'esprit1 ils auraient ordonn d'y pleurer4 ,hormis les criminels1 on brle ici tout le monde2 aussi1 est-ce une coutume trs dcente et trs raisonnable2 car nous croyons que1 le feu ayant spar le pur d'avec l'impur1 la chaleur rassemble par sympathie cette chaleur naturelle qui faisait l'me et lui donne la force de s'lever toujours1 en montant jusque quelque astre1 la terre de certains peuples plus immatriels que nous et plus intellectuels1 parce que leur temprament doit rpondre et participer la puret du globe qu'ils habitent4 ,ce n'est pas encore notre faon d'inhumer la plus belle4 ,quand un de nos ,philosophes vient un ge o il sent ramollir son esprit1 et la glace de ses ans engourdir les mouvements de son me1 il assemble ses amis par un banquet somptueux2 puis1 ayant expos les motifs qui le font rsoudre prendre cong de la ,nature1 et le peu d'esprance qu'il y a d'ajouter quelque chose ses belles actions1 on lui fait ou grce1 c'est--dire qu'on lui permet de mourir1 ou on lui fait un svre commandement de vivre4 ,quand donc1 la pluralit de voix1 on lui a mis son souffle entre les mains1 il avertit ses plus chers et du jour et du lieu3 ceux-ci se purgent et s'abstiennent de manger pendant vingt-quatre heures2 puis1 arrivs qu'ils sont au logis du ,sage1 et sacrifi qu'ils ont au ,soleil1 ils entrent dans la chambre1 o le gnreux les attend sur un lit de parade4 ,chacun le vient embrasser2 et1 quand c'est au rang de celui qu'il aime le mieux1 aprs l'avoir bais tendrement1 il l'appuie sur son estomac1 et1 joignant sa bouche sur sa bouche1 de la main droite il se baigne un poignard dans le cur4 ,l'amant ne dtache point ses lvres de celles de son amant1 qu'il ne le sente expirer2 et lors1 il retire le fer de son sein1 et1 fermant de sa bouche la plaie1 il avale son sang1 qu'il suce jusqu' ce qu'un second lui succde1 puis un troisime1 un quatrime1 et enfin toute la compagnie2 et1 quatre ou cinq heures aprs1 on introduit chacun une fille de seize ou dix-sept ans2 et1 pendant trois ou quatre jours qu'ils sont goter les plaisirs de l'amour1 ils ne sont nourris que de la chair du mort1 qu'on leur fait manger toute crue1 afin que1 si de cent embrassements il peut natre quelque chose1 ils soient assurs que c'est leur ami qui revit4 ,illustration3 ,quand un de nos philosophes arrive l'ge o il sent ramollir ses esprits4 ,j'interrompis ce discours1 en disant celui qui me le faisait que ces faons de faire avaient beaucoup de ressemblance avec celles de quelque peuple de notre ,monde2 et continuai ma promenade1 qui fut si longue1 que1 quand je revins1 il y avait deux heures que le dner tait prt4 ,on me demanda pourquoi j'tais arriv si tard3 --,ce n'a pas t ma faute1 rpondis-je au cuisinier1 qui s'en plaignait2 j'ai demand plusieurs fois1 par les rues1 quelle heure il tait1 mais on ne m'a rpondu qu'en ouvrant la bouche1 serrant les dents et tournant le visage de travers4 --,quoi6 s'cria toute la compagnie1 vous ne savez pas que par l ils vous montraient l'heure8 ,illustration3 ,ils font un cadran avec leurs dents4 --,par ma foi1 repartis-je1 ils avaient beau exposer leur grand nez au ,soleil1 avant que je l'apprisse4 --,c'est une commodit1 me dirent-ils1 qui leur sert se passer d'horloge2 car1 de leurs dents1 ils font un cadran si juste1 que lorsqu'ils veulent instruire quelqu'un de l'heure1 ils ouvrent les lvres2 et l'ombre de ce nez1 qui vient tomber dessus leurs dents1 marque comme un cadran celle dont le curieux est en peine4 ,maintenant1 afin que vous sachiez pourquoi en ce pays tout le monde a le nez grand1 apprenez qu'aussitt que la femme est accouche1 la matrone porte l'enfant au matre du ,sminaire2 et justement1 au bout de l'an1 les experts tant assembls1 si son nez est trouv plus court qu' une certaine mesure que tient le ,syndic1 il est cens camus et mis entre les mains de gens qui le chtrent4 ,vous me demanderez la cause de cette barbarie1 et comment il peut se faire que nous1 chez qui la virginit est un crime1 tablissons des continences par force8 ,mais sachez que nous le faisons aprs avoir observ1 depuis trente sicles1 qu'un grand nez est le signe d'un homme spirituel1 courtois1 affable1 gnreux1 libral2 et que le petit est un signe du contraire4 ,c'est pourquoi des ,camus on btit les ,eunuques1 parce que la ,rpublique aime mieux ne pas avoir d'enfants que d'en avoir qui leur fussent semblables4 ,il parlait encore1 lorsque je vis entrer un homme tout nu4 ,je m'assis aussitt et me couvris pour lui faire honneur1 car ce sont les marques du plus grand respect qu'on puisse1 en ce pays-l1 tmoigner quelqu'un4 --,le ,royaume1 dit-il1 souhaite qu'avant de retourner en votre ,monde1 vous en avertissiez les ,magistrats1 cause qu'un ,mathmaticien vient tout l'heure de promettre au ,conseil1 que1 pourvu qu'tant de retour chez vous1 vous vouliez construire une certaine machine qu'il vous enseignera1 il attirera votre globe et le joindra celui-ci4 ,a quoi je promis de ne pas manquer4 --,eh6 je vous prie1 dis-je mon ,hte1 quand l'autre fut parti1 de me dire pourquoi cet envoy portait la ceinture des parties honteuses de bronze8 ce que j'avais vu plusieurs fois1 pendant que j'tais en cage1 sans l'avoir os demander1 parce que j'tais toujours environn des ,filles de la ,reine1 que je craignais d'offenser1 si j'eusse en leur prsence attir l'entretien d'une matire si grasse4 ,de sorte qu'il me rpondit3 --,les femelles ici1 non plus que les mles1 ne sont pas assez ingrates pour rougir la vue de celui qui les a forges2 et les vierges n'ont pas honte d'aimer sur nous1 en mmoire de leur mre ,nature1 la seule chose qui porte son nom4 ,sachez donc que l'charpe dont cet homme est honor1 et o pend pour mdaille la figure d'un membre viril1 est le symbole du gentilhomme et la marque qui distingue le noble d'avec le roturier4 ,ce paradoxe me sembla si extravagant1 que je ne pus m'empcher de rire4 --,cette coutume me semble bien extraordinaire1 repartis-je1 car en notre ,monde la marque de noblesse est de porter une pe4 ,mais l',hte1 sans s'mouvoir3 --,o mon petit homme6 s'cria-t-il1 quoi6 les grands de votre ,monde sont si enrags de faire parade d'un grand instrument qui dsigne un bourreau1 qui n'est forg que pour nous dtruire1 enfin l'ennemi jur de tout ce qui vit2 et de cacher1 au contraire1 un membre1 sans qui nous serions au rang de ce qui n'est pas1 le ,promthe de chaque animal1 et le rparateur infatigable des faiblesses de la ,nature6 ,malheureuse contre1 o les marques de gnration sont ignominieuses1 et o celles d'anantissement sont honorables6 ,cependant vous appelez ce membre-l des parties honteuses1 comme s'il y avait quelque chose de plus glorieux que de donner la vie1 et rien de plus honteux que de l'ter6 ,pendant tout ce discours1 nous ne laissions pas de dner2 et1 sitt que nous fmes levs1 nous allmes au jardin prendre l'air1 et l1 prenant occasion de la gnration et conception des choses1 il me dit3 --,vous devez savoir que la ,terre se faisant un arbre1 d'un arbre un pourceau1 et d'un pourceau un homme1 nous devons croire1 puisque tous les tres dans la ,nature tendent au plus parfait1 qu'ils aspirent devenir hommes1 cette essence tant l'achvement du plus beau mixte1 et le mieux imagin qui soit au monde1 parce que c'est le seul qui fasse le lien de la vie animale avec la raisonnable4 ,c'est ce qu'on ne peut nier1 sans tre pdant1 puisque nous voyons qu'un prunier1 par la chaleur de son germe1 comme par une bouche1 suce et digre le gazon qui l'environne2 qu'un pourceau dvore ce fruit et le fait devenir une partie de soi-mme1 et qu'un homme mange le pourceau1 rchauffe cette chair morte1 la joint soi et fait revivre cet animal sous une plus noble espce4 ,ainsi1 cet homme1 que vous voyez1 tait peut-tre1 il y a soixante ans1 une touffe d'herbe dans mon jardin2 ce qui est d'autant plus probable1 que l'opinion de la ,mtempsycose ,pythagorique1 soutenue par tant de grands hommes1 n'est vraisemblablement parvenue jusqu' nous1 qu'afin de nous engager en rechercher la vrit1 comme1 en effet1 nous avons trouv que tout ce qui est sent et vgte1 et qu'enfin1 aprs que toute la matire est parvenue cette priode1 qui est sa perfection1 elle descend et retourne dans son inanit pour revenir et jouer derechef les mmes rles4 ,je descendis1 trs satisfait1 au jardin1 et je commenais rciter mon compagnon ce que notre matre m'avait appris1 quand le ,physionome arriva pour nous conduire la rfection et au dortoir4 ,le lendemain1 ds que je fus rveill1 je m'en allai faire lever mon ,antagoniste4 --,c'est un aussi grand miracle1 lui dis-je en l'abordant1 de trouver un fort esprit1 comme le vtre1 enseveli dans le sommeil1 que de voir du feu sans action4 ,il souffrit de ce mauvais compliment4 --,mais1 s'cria-t-il avec une colre passionne d'amour1 ne vous dferez-vous jamais de ces termes fabuleux8 ,sachez que ces noms-l diffament le nom de ,philosophe1 et que1 comme le ,sage ne voit rien au monde qu'il ne conoive et qu'il ne juge pouvoir tre conu1 il doit abhorrer toutes ces expressions de prodiges et d'vnements de ,nature1 qu'ont invents les stupides1 pour excuser les faiblesses de leur entendement4 ,je crus alors tre oblig en conscience de prendre la parole pour le dtromper4 --,encore1 lui rpliquai-je1 que vous soyez fort obstin dans vos sentiments1 j'ai vu plusieurs choses arrives surnaturellement4 ,illustration3 ,si son nez est trouv plus court qu' une certaine mesure444 --,vous le dites1 continua-t-il2 mais vous ne savez pas que la force de l'imagination est capable de gurir toutes les maladies que vous attribuez au surnaturel1 cause d'un certain baume naturel contenant toutes les qualits contraires toutes celles de chaque mal qui nous attaque3 ce qui se fait quand notre imagination1 avertie par la douleur1 va chercher en ce lieu le remde spcifique qu'elle apporte au venin4 ,c'est l d'o vient qu'un habile mdecin de votre ,monde conseille au malade de prendre plutt un mdecin ignorant1 qu'on estimera pourtant fort habile1 qu'un fort habile1 qu'on estimera ignorant1 parce qu'il se figure que notre imagination1 travaillant notre sant1 pourvu qu'elle soit aide de remdes1 est capable de nous gurir2 mais que les plus puissants taient trop faibles1 quand l'imagination ne les appliquait pas4 ,vous tonnez-vous que les premiers hommes de votre ,monde vivaient tant de sicles1 sans avoir aucune connaissance de la mdecine8 ,non4 ,et qu'est-ce1 votre avis1 qui en pouvait tre la cause1 sinon leur nature encore dans sa force1 et ce baume universel1 qui n'est pas encore dissip par les drogues dont vos ,mdecins vous consument2 n'ayant lors pour rentrer en convalescence1 qu' le souhaiter fortement1 et s'imaginer d'tre guris8 ,aussi1 leur fantaisie vigoureuse1 se plongeant dans cette huile1 en attirait l'lixir1 et1 appliquant l'actif au passif1 ils se trouvaient presque dans un clin d'il aussi sains qu'auparavant3 ce qui1 malgr la dpravation de la ,nature1 ne laisse pas de se faire encore aujourd'hui1 quoiqu'un peu rarement1 la vrit2 mais le populaire l'attribue miracle4 ,pour moi1 je n'en crois rien du tout1 et je me fonde sur ce qu'il est plus facile que tous ces docteurs se trompent1 que cela n'est facile faire2 car1 je leur demande3 ,le fivreux1 qui vient d'tre guri1 a souhait bien fort1 pendant sa maladie1 comme il est vraisemblable1 d'tre guri1 et mme il a fait des vux pour cela2 de sorte qu'il fallait ncessairement qu'il mourt1 ou qu'il demeurt dans son mal1 ou qu'il gurt2 s'il ft mort1 on et dit que le ,ciel l'avait rcompens de ses peines1 et mme on et dit que1 selon la prire du malade1 il a t guri de tous ses maux2 s'il ft demeur dans son infirmit1 on aurait dit qu'il n'avait pas la foi2 mais1 parce qu'il est guri1 c'est un miracle tout visible4 ,n'est-il pas bien plus vraisemblable1 que sa fantaisie1 excite par les violents dsirs de la sant1 a fait son opration8 ,car je veux qu'il soit rchapp4 ,pourquoi crier miracle1 puisque nous voyons beaucoup de personnes qui s'taient voues1 prir misrablement avec leur vu8 --,mais1 tout le moins1 lui repartis-je1 si ce que vous dites de ce baume est vritable1 c'est une marque de la raisonnabilit de notre me1 puisque1 sans se servir des instruments de notre raison1 sans s'appuyer du concours de notre volont1 elle fait elle-mme1 comme si1 tant hors de nous1 elle appliquait l'actif au passif4 ,or1 si1 tant spare de nous1 elle est raisonnable1 il faut ncessairement qu'elle soit spirituelle2 et1 si vous la confessez spirituelle1 je conclus qu'elle est immortelle1 puisque la mort n'arrive dans l'animal que par le changement des formes1 dont la matire seule est capable4 ,ce jeune homme alors1 s'tant mis en son sant sur son lit1 et m'ayant fait asseoir1 discourut peu prs de cette sorte3 ,pour l'me des btes1 qui est corporelle1 je ne m'tonne pas qu'elle meure1 vu qu'elle n'est1 possible1 qu'une harmonie des quatre qualits1 une force de sang1 une proportion d'organes bien concerts2 mais je m'tonne bien fort que la ntre1 intellectuelle1 incorporelle et immortelle soit contrainte de sortir de chez nous1 par la mme cause qui fait prir celle d'un buf4 ,a-t-elle fait pacte avec notre corps1 que1 quand il aurait un coup d'pe dans le cur1 une balle de plomb dans la cervelle1 une mousquetade travers le corps1 d'abandonner aussitt sa maison8444 ,et1 si cette me tait spirituelle1 et par soi-mme si raisonnable1 qu'elle ft aussi capable d'intelligence1 quand elle est spare de notre masse1 que quand elle en est revtue1 pourquoi les aveugles ns1 avec tous les beaux avantages de cette me intellectuelle1 ne sauraient-ils s'imaginer ce que c'est que de voir8 ,est-ce cause qu'ils ne sont pas encore privs1 par le trpas1 de tous leurs sens8 ,quoi6 je ne pourrai donc me servir de ma main droite1 cause que j'en ai une gauche8444 ,et enfin1 pour faire une comparaison juste et qui dtruise tout ce que vous avez dit1 je me contenterai de vous apporter l'exemple d'un ,peintre1 qui ne peut travailler sans pinceau2 et je vous dirai que l'me est tout de mme1 quand elle n'a pas l'usage des sens4 --,oui1 mais1 ajouta-t-il444 ,cependant ils veulent que cette me1 qui ne peut agir qu'imparfaitement1 cause de la perte d'un de ses dsirs dans le cours de la vie1 puisse alors travailler avec perfection1 quand aprs notre mort elle les aura tous perdus4 ,s'ils me viennent rechanter qu'elle n'a pas besoin de ces instruments pour faire ses fonctions1 je leur rechanterai qu'il faut fouetter les ,quinze-,vingts1 qui font semblant de ne voir goutte4 ,il voulait continuer dans de si impertinents raisonnements2 mais je lui fermai la bouche1 en le priant de les cesser3 comme il fit de peur de querelle2 car il connaissait que je commenais m'chauffer4 ,il s'en alla ensuite et me laissa dans l'admiration des gens de ce ,monde-l1 dans lesquels1 jusqu'au simple peuple1 il se trouve naturellement tant d'esprit1 au lieu que ceux du ntre en ont si peu1 et qui leur cote si cher4 ,enfin1 l'amour de mon pays me dtachant petit petit de l'affection1 et mme de la pense que j'avais eue de demeurer en celui-l1 je ne songeai plus qu' mon dpart2 mais j'y vis tant d'impossibilit1 que j'en devins tout chagrin4 ,mon ,dmon s'en aperut2 et1 m'ayant demand quoi il tenait que je ne parusse pas le mme que toujours1 je lui dis franchement le sujet de ma mlancolie2 mais il me fit de si belles promesses pour mon retour1 que je m'en reposai sur lui entirement4 ,j'en donnai avis au ,conseil1 qui m'envoya qurir1 et qui me fit prter serment que je raconterais dans notre ,monde les choses que j'avais vues en celui-l4 ,ensuite1 on me fit expdier des passe-ports1 et mon ,dmon1 s'tant muni des choses ncessaires pour un si grand voyage1 me demanda en quel endroit de mon pays je voulais descendre4 ,je lui dis que la plupart des riches enfants de ,paris se proposant un voyage ,rome une fois en la vie1 ne s'imaginant pas1 aprs cela1 qu'il y et rien de beau ni faire1 ni voir1 je le priais de trouver bon que je les imitasse4 --,mais1 ajoutais-je1 dans quelle machine ferons-nous ce voyage1 et quel ordre pensez-vous que me veuille donner le ,mathmaticien qui me parla l'autre jour de joindre ce globe-ci au ntre8 --,quant au ,mathmaticien1 me dit-il1 ne vous y arrtez point1 car c'est un homme qui promet beaucoup1 et qui ne tient rien4 ,et quant la machine qui vous reportera1 ce sera la mme qui vous voitura la ,cour4 --,comment8 dis-je1 l'air deviendra pour soutenir vos pas aussi solide que la terre8 ,c'est-ce que je ne crois point4 --,et c'est une chose trange1 reprit-il1 que ce que vous croyez et ne croyez pas6 ,eh6 pourquoi les ,sorciers de votre ,monde1 qui marchent en l'air et conduisent des armes1 des grles1 des neiges1 des pluies1 et d'autres tels mtores1 d'une province en une autre1 auraient-ils plus de pouvoir que nous8 ,soyez1 soyez1 je vous prie1 plus crdule en ma faveur4 --,il est vrai1 lui dis-je1 que j'ai reu de vous tant de bons offices1 de mme que ,socrate et les autres pour qui vous avez tant eu d'amiti1 que je me dois fier vous1 comme je fais1 en m'y abandonnant de tout mon cur4 ,je n'eus pas plutt achev cette parole1 qu'il s'enleva comme un tourbillon1 me tenant entre ses bras3 il me fit passer1 sans incommodit1 tout ce grand espace que nos ,astronomes mettent entre nous et la ,lune1 en un jour et demi2 ce qui me fit connatre le mensonge de ceux qui disent qu'une meule de moulin serait trois cent soixante et tant d'annes tomber du ,ciel puisque je fus si peu de temps tomber du globe de la ,lune en celui-ci4 ,enfin1 au commencement de la seconde journe1 je m'aperus que j'approchais de notre ,monde4 ,dj je distinguais l',europe d'avec l',afrique1 et ces deux d'avec l',asie1 lorsque je sentis le soufre que je vis sortir d'une fort haute montagne3 cela m'incommodait1 de sorte que je m'vanouis4 ,je ne puis pas dire ce qui m'arriva ensuite2 mais je me trouvai1 ayant repris mes sens1 dans des bruyre par la pente d'une colline1 au milieu de quelques ptres qui parlaient italien4 ,je ne savais ce qu'tait devenu mon ,dmon1 et je demandai ces ptres s'ils ne l'avaient point vu4 ,a ce mot1 ils firent le signe de la ,croix1 et me regardrent comme si j'en eusse t un moi-mme4 ,illustration3 ,dj je distinguai l',europe d'avec l',afrique4 ,mais1 leur disant que j'tais ,chrtien1 et que je les priais par charit de me conduire en quelque lieu o je pusse me reposer1 ils me menrent dans un village1 un mille de l1 o je fus peine arriv1 que tous les chiens du lieu1 depuis les bichons jusqu'aux dogues1 se vinrent jeter sur moi et m'eussent dvor si je n'eusse trouv une maison o je me sauvai4 ,mais cela ne les empcha pas de continuer leur sabbat1 en sorte que le matre du logis m'en regardait de mauvais il2 et je crois que1 dans le scrupule o le peuple augure de ces sortes d'accidents1 cet homme tait capable de m'abandonner en proie ces animaux1 si je ne me fusse avis que ce qui les acharnait ainsi aprs moi tait le ,monde d'o je venais1 cause qu'ayant accoutum d'aboyer la ,lune1 ils sentaient que j'en venais1 et que j'en avais l'odeur1 comme ceux qui conservent une espce de relent ou air marin1 quelque temps aprs tre descendus de dessus la mer4 ,pour me purger de ce mauvais air1 je m'exposai sur une terrasse1 durant trois ou quatre heures1 au ,soleil3 aprs quoi1 je descendis1 et les chiens1 qui ne sentaient plus l'influence qui m'avait fait leur ennemi1 ne m'aboyrent plus et s'en retournrent chacun chez soi4 ,le lendemain1 je partis pour ,rome1 o je vis les restes des triomphes de quelques ,grands ,hommes1 de mme que ceux des sicles3 j'en admirai les belles ruines et les belles rparations qu'y ont faites les ,modernes4 ,enfin1 aprs y tre demeur quinze jours en la compagnie de ,m4 de ,cyrano1 mon ,cousin1 qui me prta de l'argent pour mon retour1 j'allai ,civita-,vecchia1 et me mis sur une galre qui m'amena jusqu' ,marseille4 ,pendant tout ce voyage1 je n'eus l'esprit tendu qu'aux merveilles de celui que je venais de faire4 ,j'en commenai les mmoires ds ce temps-l2 et1 quand j'ai t de retour1 je les mis autant en ordre que la maladie qui me retient au lit me l'a pu permettre4 ,mais1 prvoyant qu'elle sera la fin de mes tudes et de mes travaux1 pour tenir parole au ,conseil de ce ,monde-l1 j'ai pri ,m4 ,le ,bret1 mon plus cher et mon plus inviolable ami1 de les donner au ,public1 avec l',histoire de la ,rpublique du ,soleil1 celle de l',etincelle1 et quelques autres ,ouvrages de mme faon1 si ceux qui nous les ont drobs les lui rendent1 comme je les en conjure de tout mon cur4 ,illustration ,voici titre documentaire la fin du ,manuscrit de la ,bibliothque ,nationale4 ,cette fin diffrant entirement de celle de l',edition ,le ,bret1 la voici dans son intgralit3 --,mais lui dis-je1 si notre me mourait1 comme je vois bien que vous voulez conclure1 la rsurrection que nous attendons ne serait donc qu'une chimre1 car il faudrait que ,dieu les recrt1 et cela ne serait pas la rsurrection4 ,il m'interrompit par un hochement de tte3 --,h1 par votre foi1 s'cria-t-il1 qui vous a berc dans ce peau d'asne1 quoi vous1 quoi moi1 quoi ma servante1 ressusciter4 --,ce n'est point1 lui rpondis-je un conte fait plaisir1 c'est une vrit indubitable que je vous profrais4 --,et moi dit-il1 je vous profrerais le contraire4 ,pour commencer donc je suppose que vous mangiez un mahomtan1 vous le convertissez par consquent en votre substance n'est-il pas vrai1 ce mahomtan digr se change partie en chair1 partie en sang1 partie en sperme1 vous embrasserez votre femme et de la semence tire tout entire du cadavre du mahomtan vous jetez en moule un beau petit chrtien4 ,je demande le mahomtan aura-t-il son corps sur la terre1 luy rend le petit chrtien n'aura pas le sien1 puisqu'il n'est tout entier qu'une partie de celui du mahomtan4 ,si vous me dites que le petit chrtien aura le sien1 ,dieu drobera donc au mahomtan ce que le petit chrtien n'aura reu que de celui du mahomtan1 ainsi il faut absolument que l'un ou l'autre manque de corps2 vous me rpondrez peut-tre que ,dieu reproduira les matires pour suppler celui qui n'en aura pas assez1 oui1 mais une autre difficult nous arrte1 c'est que le mahomtan damn ressuscitant et ,dieu lui fournissant un corps tout neuf cause du sien que le chrtien lui a vol comme le corps tout seul1 comme l'me toute seule ne fait pas l'me1 mais l'un et l'autre joint en un seul sujet1 et comme le corps et l'me sont partie aussi intgrante de l'me l'une et l'autre1 si ,dieu ptrit ce mahomtan un autre corps que le sien ce n'est plus le mme individu1 ainsi ,dieu donne un autre homme que celui qui a mrit l'enfer1 ainsi ce corps a paillard1 ce corps a criminellement abus de tous ses sens1 et ,dieu pour chtier ce corps en jette un autre au feu1 lequel est vierge1 lequel est pur et qui n'a jamais prt ses organes l'opration du moindre crime1 et ce qui serait encore bien ridicule1 c'est que ce corps aurait mrit l'enfer et le ,paradis tout ensemble1 car en tant que mahomtan il doit tre damn1 en tant que chrtien il doit tre sauv1 de sorte que ,dieu ne le saurait mettre en paradis qu'il ne soit injuste1 rcompensant de la gloire la damnation qu'il avait mrite comme mahomtan1 et ne peut le jeter en enfer qu'il ne soit injuste aussi1 rcompensant de la mort ternelle la batitude qu'il avait mrite comme chrtien4 ,il faut donc s'il veut tre quitable1 qu'il damne et sauve ternellement cet homme4 ,et alors1 je pris la parole3 --,h je n'ai rien rpondre1 lui rpondis-je1 vos arguments sophistiques contre la rsurrection tant y a que ,dieu le dit1 ,dieu qui ne peut mentir4 --,n'allez pas si vite1 me rpliqua-t-il1 vous en tes ,dieu le dit1 il faut prouver auparavant qu'il y ait un ,dieu1 car pour moi je vous le nie tout plat4 --,je ne m'amuserai point1 lui dis-je1 vous rciter les dmonstrations videntes dont les philosophes se sont servis pour l'tablir1 il faudrait redire tout ce qu'ont jamais crit les hommes raisonnables1 je vous demande seulement quel inconvnient vous encourez de le croire1 je suis bien assur que vous ne m'en sauriez prtexter aucun puisque donc il est impossible d'en tirer que de l'utilit1 que vous ne le persuadez-vous car s'il y a un ,dieu1 outre que ne le croyant pas1 vous vous serez mcompts1 vous aurez dsobi aux principes qui commandent d'en croire1 et s'il n'y en a point1 vous n'en serez pas mieux que nous4 --,si fait me rpondit-il1 j'en serai mieux que vous1 car s'il n'y en a point1 vous et moi serons deux de jeu1 mais au contraire s'il y en a1 je n'aurai pas pu avoir offens une chose que je croyais n'tre point1 puisque pour pcher1 il faut ou le savoir1 ou le vouloir4 ,ne voyez-vous pas qu'un homme mme tant soit peu sage ne se piquerait pas qu'un crocheteur l'et injuri1 si le crocheteur aurait pens ne le pas faire1 s'il l'avait pris pour un autre ou si c'tait le vin qui l'et fait parler1 plus forte raison1 ,dieu tout inbranlable s'emportera-t-il contre nous pour ne l'avoir pas connu1 mais par votre foi1 mon petit animal1 si la croyance de ,dieu nous tait si ncessaire1 enfin1 si elle nous importait de l'ternit1 ,dieu lui-mme ne nous en aurait-il pas infus tant de lumires aussi claires que le soleil qui ne se cache personne1 car de feindre qu'il ait voulu entre les hommes cligne-musette faire comme les enfants toutou le voil1 c'est--dire tantt se masquer1 tantt se dmasquer1 se dguiser quelques-uns pour se manifester aux autres1 c'est se forger un ,dieu ou sot1 ou malicieux1 vu que ceci tait par la force de mon gnie que je l'aie connu1 c'est lui qui mrite et non pas moi1 d'autant qu'il pouvait me donner une me ou des organes imbciles qui me l'auraient fait mconnatre et si au contraire il m'et donn un esprit incapable de le comprendre1 ce n'aurait pas t ma faute1 mais la sienne puisqu'il pouvait m'en donner un si vif que je l'eusse compris4 ,cette opinion diabolique et ridicule me fit natre un frmissement par tout le corps1 je commenai alors de contempler cet homme avec un peu plus d'attention et je fus bien bahi de remarquer sur son visage ce je ne sais quoi d'effroyable que je n'avais point encore aperu4 ,ses yeux taient petits et enfoncs1 le teint basan1 la bouche grande1 le menton velu1 les ongles noirs4 --,oh6 ,dieu1 song-je1 ce misrable est rprouv ds cette vie et possible mme que c'est l',antchrist dont il se parle tant dans notre monde4 ,je ne voulus pas pourtant lui dcouvrir ma pense cause de l'estime que je faisais de son esprit et vritablement le favorable esprit dont ,nature avait regard son berceau m'avait fait concevoir quelque amiti pour lui4 ,je ne pus toutefois si bien me contenir que je n'clatasse avec imprcations qui le menaaient d'une mauvaise fin4 ,mais lui remuant sur ma colre3 --,oui1 s'cria-t-il2 par la mort444 ,je ne sais pas ce qu'il prmditait de dire1 car sur cette entrefaite on frappa la porte de notre chambre et je vois entrer un grand homme noir tout velu1 il s'approcha de nous et saisissant le blasphmateur bras-le-corps il l'enleva par la chemine4 ,la piti que j'eus du sort de ce malheureux m'obligea de l'embrasser pour l'arracher des griffes de l',ethiopien1 mais il fut si robuste qu'il nous enleva tous deux de sorte qu'en un moment1 nous voil dans la nue4 ,ce n'tait plus l'amour du prochain qui m'obligeait le serrer troitement1 mais l'apprhension de tomber4 ,aprs avoir t je ne sais combien de jours percer le ciel sans savoir ce que je demanderais1 je reconnus que j'approchais de notre monde4 ,dj je distinguai l',asie de l',europe et l',europe de l',afrique4 ,dj mme mes yeux1 par mon abaissement ne pouvaient se courber au del de l',italie1 quand le cur me dit que ce diable sans doute emportait mon hte aux enfers en corps et en me et que c'tait pour cela qu'il le passait par notre terre cause que l'enfer est dans son centre4 ,j'oubliai toutefois cette rflexion et tout ce qui m'tait arriv depuis que le diable tait notre voiture la frayeur que me donna le feu d'une montagne tout en feu1 que je touchai quasi4 ,l'objet de ce brlant spectacle me fit crier ,jsus ,maria4 ,j'avais encore peine achev la dernire lettre que je me trouvais tendu sur des bruyres au coupeau d'une petite colline et deux ou trois pasteurs autour de moi qui rcitaient les litanies et me parlaient italien4 --,oh6 m'criai-je alors1 ,dieu soit lou1 j'ai donc enfin trouv des chrtiens au monde de la lune3 h1 dites-moi mes amis1 en quelle province de votre monde suis-je maintenant8 --,en ,italie1 me rpondirent-ils4 --,comment1 interrompis-je1 il y a une ,italie aussi au monde de la lune8 ,j'avais encore si peu rflchi sur cet accident que je ne m'tais pas encore aperu qu'ils me parlaient italien et que je leur rpondais de mme4 ,quand donc je fus tout fait dsabus et que rien ne m'empcha plus de connatre que j'tais de retour en ce monde1 je me laissai conduire o ces paysans voulurent me mener1 mais je n'tais pas encore arriv aux portes de 44444 que tous les chiens de la ville se vinrent prcipiter sur moi2 et sans que la peur me jeta dans une maison o je mis barre1 entre nous1 j'tais infailliblement englouti4 ,un quart d'heure aprs1 comme je me reposais dans ce logis1 voici qu'on entend l'entour un sabat de tous les chiens1 je crois1 du royaume1 on y voyait depuis le dogue jusqu'au bichon hurlant de plus pouvantable furie que s'ils eussent fait l'anniversaire de leur premier ,adam4 ,cette aventure ne causa pas peu d'admiration toutes les personnes qui la virent1 mais aussitt que j'eus veill mes rveries sur cette circonstance1 je m'imaginais tout l'heure que ces animaux taient acharns contre moi cause du monde d'o je venais car1 disais-je en moi-mme1 quand ils ont accoutum d'aboyer la lune pour la douleur qu'elle leur fait de si loin1 sans doute1 ils se sont voulu jeter dessus moi parce que je sens la lune dont l'odeur les fche4 ,pour me purger de ce mauvais air1 je m'exposais tout nu au soleil dessus une terrasse1 je m'y allais quatre ou cinq heures durant au bout desquelles je descendis et les chiens ne sentant plus l'influence qui m'avait fait leur ennemi1 s'en retournrent chacun chez soi4 ,je m'enquis au port quand un vaisseau partirait pour la ,france et lorsque je fus embarqu1 je n'eus l'esprit tendu qu' ramener aux merveilles de mon voyage4 ,j'admirai mille fois la ,providence de ,dieu qui avait recul ces hommes naturellement impies en un lieu o ils ne pussent corrompre ses bien-aims et les avait punis de leur orgueil en les abandonnant leur propre suffisance1 aussi je ne doute point qu'il n'ait diffr jusqu'ici d'envoyer leur prcher l',evangile1 parce qu'ils savaient qu'ils en abuseraient et que cette rsistance ne servirait qu' leur faire mriter une plus rude punition en l'autre monde4 ,,fin 99 99 99 99 99 ,liste des modifications3 ,page #ac3 pectorc remplac par pectore 7,nam ver voces tum domum pectore ab imo7 ,page #ai3 beacoup par beaucoup 7beaucoup de gens passent7 ,page #bi3 empruntes par emprunte 7leur lumire emprunte7 ,page #cj3 flambleau par flambeau 7le flambeau du ,roi7 ,page #cg3 bienhereuse par bienheureuse 7la terre bienheureuse7 3 aiselles par aisselles 7et se les attacha sous les aisselles7 3 un par une 7une vague qui spara7 ,page #ch3 terreste par terrestre 7le ,paradis terrestre7 3 prescrite par prescrites 7aux choses qu'il m'avait prescrites7 ,page #dj3 veillir par vieillir 7je m'empchai de vieillir7 3 sifle par siffle 7le serpent qui siffle7 ,page #db3 taient par tait 7et que cette lueur tait les clairs7 3 rideau par rduit 7,l j'aperus dans un petit rduit7 ,page #ej3 enbonpoint par embonpoint 7,d'o procde leur embonpoint7 ,page #ig3 demanderai par demanderais et reconnu par reconnus 7sans savoir ce que je demanderais1 je reconnus que7 3 rfexion par rflexion 7,j'oubliai toutefois cette rflexion7 3 rpondai par rpondais 7que leur rpondais7 3 n'tait par n'tais 7mais je n'tais pas encore7 3 s'il par s'ils 7s'ils eussent fait l'anniversaire7