,note sur la transcription3 ,les erreurs clairem5t introduites p> le typographe ont t corriges4 ,l'or?ographe d'orig9e a t cons]ve et n'a pas t h>monise4 ,,la ,,solitude ,,corbeil1 ,,typ4 ,,et ,,/,r4 ,,de ,,cr,t4 ,,la ,,solitude ,,p> ,,zimm]mann ,,traduction ,,n\velle ,,pr,c,d,e ,d',,une ,,introduction ,,p> ,x4 ,,m>mi] ,,p>is ,,*>p5ti]1 ,,libraire-,,editeur #bh1 ,,quai ,,de ,l',,cole #ahei ,,introduction ,brugg e/ une jolie petite ville du canton d',argovie1 situe au conflu5t de l',a>1 de la ,reuss et de la ,limat4 ,je passais l1 il y a quelques mois1 p> une de ces fra*es mat9es d't qui rp&5t tant de *>me sur les riants paysages de la ,suisse4 ,t&is que le conducteur de la dilig5ce faisait une halte l'htel de l'toile1 je reg>dais avec une vive curiosit la situation pittoresque de cette cit helvtique1 la rivire cumante1 f\gueuse1 qui la trav]se1 et les v]tes prairies et les coll9es ondoyantes qui l'ent\r5t4 ,reg>dez la n\velle maison d'cole1 me disait un honnte pr(esseur de ,ble qui voyageait avec moi2 reg>dez le mur d'ence9te de la ville1 o l'on voit un curieux bas-relief reprs5tant une tte de ,hun4 ,mais je ne songeais ni la n\velle cole ni aux anci5nes sculptures de la b\rgade argovi5ne4 ,brugg ne me rappelait qu'un nom1 le nom de ,zimm]mann1 et je n'tais occup qu' associ] dans ma p5se l'aspect rem>quable de cette ville au c>actre di/9ct du clbre physiologi/e4 ,qui ne sait l'influ5ce qu'ex]c5t sur n\s les lieux o s'e/ veille notre jeunesse1 les premi]s tableaux qui ont frapp nos reg>ds1 les premires impressions qui ont saisi notre esprit8 ,il y a des sicles que l'on a comp>1 dans une image ple9e de grce1 l'me de l'homme un vase qui cons]ve la saveur des p>fums dont il a t imprgn4 ,ces p>fums sont les conceptions naves de notre enfance1 les songes encore flottants1 mais vifs et durables1 que la vue du monde ou la contemplation de la nature a fait natre dans notre imag9ation4 ,buffon a1 dans un de ses plus beaux traits1 indiqu l'action div]se des climats sur l'organisation physique et le moral de l'homme4 ,un sage et respectable criva91 ,m4 de ,bon/ett51 a consacr t\t un livre cette mme tude#a4 ,on p\rrait t5dre la "q beauc\p plus lo91 et dmontr] que ces dispositions dt]m9es de l'esprit1 qu'on baptise du nom de vocation1 ne sont s\v5t que le rsultat d'une impression accid5telle1 spontane1 n]gique1 dont les p>5ts les plus clairvoyants et les matres les plus habiles ne di/+u5t peut-tre pas mme la s\rce4 ,combi5 de pe9tres ont d la s\da9e rvlation de leur av5ir la vue d'un tableau qui fcondait1 comme un ard5t soleil1 leurs facults in]tes6 ,combi5 de potes ont t1 comme la ,fonta9e1 mus subitem5t jusqu'aux l>mes en ent5dant rcit] une ode1 et ont s5ti vibr] en eux les cordes d'une lyre jusque-l muette et t\ffe6 ,combi5 de nobles magi/rats ont t1 dans les sicles d]ni]s1 disposs la svre attitude et au gr& s5tim5t des fonctions judiciaires p> la contemplation j\rnalire des tableaux de famille1 des conseill]s en robe noire et des prsid5ts morti] qui les ent\rai5t6 ,c'e/ un argum5t qu'on n'a po9t assez fait valoir dans la loi sur l'hrdit de la pairie4 ,on a rpondu p> des objections spcieuses des raisons ju/ifies p> l'expri5ce des sicles4 ,qu'un jeune homme1 mme dans ce temps d'ides exc5triques et d'ambitions confuses1 soit ds son enfance lev en vue d'une dignit hrditaire dans sa famille1 avec t\s les s\v5irs qui se ratta*5t cette succession1 avec les entreti5s dont elle doit tre *aque in/ant l'objet ess5tiel1 il e/1 on peut le dire1 peu prs c]ta9 qu' mo9s d'un vice d'organisation radical et incorrigible1 le jeune homme saura plus que nul autre compr5dre les devoirs que lui impose ce privilge de naissance et les accomplir4 #a ,l',homme du ,nord et l',homme du ,midi1 ou l',influ5ce du climat4 #b;e dition1 ,g5ve1 #ahbf4 ,a *aque pas que l'on fait dans l'tude de la nature huma9e1 on e/ saisi du rapport con/ant qui exi/e entre le monde moral et le monde physique4 ,telle plante ne dgnre et ne s'tiole que p>ce qu'elle n'e/ po9t place sur son vritable t]ra91 et tel cur n'e/ mauvais que p>ce qu'il s'e/ dvelopp au milieu d'une atmosphre p]nicieuse1 dont il n'a pas eu le moy5 ou la =ce de va9cre la fune/e influ5ce4 ,en ?se gnrale1 deux sphres d'action ex]c5t surt\t un puissant empire sur notre c>actre et nos gts3 la vie du monde et la solitude4 ,voici un homme qui1 t\t jeune encore1 v\s tonne p> la s\plesse de sa p>ole1 p> son g5re d'esprit1 vif1 lg]1 prompt la rep>tie1 et dispos au s>casme plutt qu' l'admiration4 ,voyez s'il n'a pas vcu de bonne heure au milieu d'un monde qui l'a faonn ses mobiles allures1 qui1 en veillant son att5tion sur les ides c\rantes1 l'a habitu gliss] +nieusem5t la surface des *oses et l'a dt\rn des conceptions srieuses1 dont l'tude gn]ait la lib]t de ses m\vem5ts en absorbant une p>tie de ses facults4 ,en voici un autre1 au contraire1 qui e/ grave et rveur1 qui dans les gaz\illem5ts v>is d'un salon n'*appe qu'avec pe9e la proccupation d'une p5se secrte1 qui n'accorde qu'un s\rire de complaisance ma9te saillie s\da9e dont t\t le monde s'gaye aut\r de lui1 mais qui cons]ve s\s de froides app>5ces une con/ante ardeur et de nombreuses et faciles admirations4 ,remontez le c\rs de sa vie1 et voyez si son enfance ne s'e/ pas c\le dans le sil5ce de quelque retraite1 dans la contemplation de la nature1 qui conduit l'imag9ation la rv]ie et porte le cur l'en?\siasme4 ,nulle "p l'influ5ce de la nature ne se fait plus vivem5t s5tir que dans les contres montagneuses1 o elle produit un effet saisissant et gr&iose1 et dans les rgions du ,nord1 o les habitations *amptres sont p\r la plup>t dissm9es plusieurs lieues l'une de l'autre1 o l'homme vit solitairem5t sur les rives d'un lac1 aux bords d'une =t4 ,nulle "p aussi cette influ5ce n'a t dpe9te avec tant d'en?\siasme et dans un si gr& nombre de lg5des et de croyances sup]/itieuses2 c> qu'e/-ce que t\tes ces hi/oires de na9s my/rieux qui g>d5t des trsors dans les flancs des montagnes1 d'elfes ari5s qui dans5t le soir dans les prairies1 de ,/romk>ls1 qui font vibr] leurs h>pes d'arg5t dans le cri/al des fleuves1 s9on les vivants symboles de t\tes les ri*esses pr(ondes de la nature1 de cette alma ,v5us si bi5 *ante p> ,lucrce1 et de t\tes ces magiques h>monies qui sans cesse rsonn5t l'oreille et *>m5t la p5se de celui qui en a connu la suave d\ceur8 ,si bi5faisante que soit cette action de la nature1 il e/ possible cep5dant qu'elle suscite dans l'me des luttes pnibles1 qu'elle veille des regrets insurmontables1 et devi5ne1 selon les circon/ances1 une cause de malheur4 ,si elle dom9e trop puissamm5t l'homme appel vivre dans le monde1 elle jette sur son esprit une sorte de te9te nbuleuse qui obscurcit ses yeux l'aspect des *oses relles2 elle provoque dans sa p5se des app>itions mlancoliques qui ne s'accord5t po9t avec la nette et lucide pratique des affaires4 ,de l des combats intrieurs1 des combats incessants1 o l'on fatigue ses =ces et sa volont2 de l un s\rd mcont5tem5t de soi-mme1 et le mcont5tem5t des autres1 auxquels on ne peut rvl] une plaie si t5ace et si indf9issable1 et prs desquels on se tr\ve t\t in/ant mconnu1 incompris2 de l une irritation vivace1 frqu5te1 qui1 si elle n'e/ rprime p> une sage n]gie1 s'accrot avec les annes1 conduit peu peu l'isolem5t du cur et ab\tit la misan?ropie4 ,le beau idal d'une organisation morale et intellectuelle s]ait de p\voir alli] ces facults potiques1 qui naiss5t dans la solitude p> le s5tim5t de la nature1 et ces facults plus positives1 plus actives1 qui se dvelopp5t dans le comm]ce du monde2 de sympa?is] avec t\t ce qui e/ vraim5t beau et honnte1 et d'loign] de soi t\te ide exclusive4 ,mais il n'e/ donn qu' bi5 peu d'hommes de ma9t5ir en eux ce sage quilibre4 ,on se laisse all] un p5*ant qui dans le pr9cipe e/ trs-rationnel et trs-l\able1 mais qui peut tre dang]eux si1 au lieu de le matris]1 on lui laisse pr5dre tant de dveloppem5t qu'il f9isse p> subjugu] notre volont1 et il peut rsult] de l qu'on en vi5ne faire d'une prdilection1 qui tait d'abord une qualit relle1 un dfaut fatigant p\r les autres et fatal p\r soi-mme4 ,telle fut la de/9e de ,zimm]mann1 et t\t le secret de cette de/9e e/ dans l'ence9te des murs et dans les pittoresques paysages de la petite ville de ,brugg4 ,il y a eu au ,x,v,i,ie et au ,x,v,i,i,ie sicle plusieurs hommes illu/res portant le nom de ,zimm]mann1 et1 *ose rem>quable1 ils n'ont t\s acquis leur illu/ration que p> quelque ide exc5trique4 ,le plus anci5 des ,zimm]mann e/ un prdicateur de ,dresde1 n en #aeih1 mort en #affe1 qui a laiss qu9ze c5ts s]mons sur les livres de ,samuel4 ,un autre1 n en ,hongrie1 se signala p> son zle ard5t p\r la controv]se ?ologique2 un troisime1 orig9aire du ,wurtemb]g1 se passionna p\r les ides my/iques de ,jacob ,bhme1 p>c\rut l',allemagne et les ,pays-,bas en pr*ant dans t\tes les villes1 et dev9t le *ef d'une secte exalte4 ,il y a eu encore un ,zimm]mann1 de ,zuri*1 qui1 aprs avoir longtemps occup dans sa ville natale une mode/e place d'in/ituteur1 dev9t pr(esseur de droit naturel1 et crivit en lat91 sur t\tes sortes de sujets1 de nombreuses diss]tations4 ,il y a eu un *evali] ,zimm]mann1 de ,liv\rne1 qui1 s]vant comme lieut5ant dans les g>des suisses1 composa plusieurs hymnes1 et crivit en v]s allem&s un ,essai sur les pr9cipes d'une morale militaire4 ,il y a eu enf9 un ,zimm]mann1 simple te9turi] du ,palat9at1 qui1 possd de la passion des voyages1 s'enrla comme matelot sur un des navires que ,cook conduisait dans sa d]nire expdition1 et qui a crit sur cette fatale exploration et sur la mort du clbre navigateur anglais un petit livre o l'on tr\ve des dtails gnralem5t peu connus et curieux4 ,le plus r5omm de t\s ces ,zimm]mann e/ celui dont n\s v\lons essay] de faire connatre le c>actre et les uvres3 c'e/ ,jean-,georges ,zimm]mann1 auteur de deux ouvrages qui ont eu un succs europen3 le ,trait de la solitude et le ,trait de l'orgueil des nations4 ,il naquit ,brugg1 en #agbh1 d'une de ces familles patrici5nes qui composr5t1 dans la lib]t des petits tats helvtiques1 une puissante et s\v5t trs-arrogante olig>*ie4 ,son pre tait snateur4 ,sa mre tait la fille de ,pa*e de ,morges1 avocat au p>lem5t de ,p>is4 ,zimm]mann ti5t donc la ,france p> un des li5s les plus troits du cur et p> une des phases de son ducation4 ,ds son enfance1 il apprit lire1 p>l] le franais1 et ce qu'il y a de plus net1 de plus vrai dans ses uvres1 n\s p\vons1 sans jactance nationale1 l'attribu] aux premires impressions franaises qu'il dut recevoir de sa mre1 et celles qu'il pr\va plus t>d en sj\rnant ,p>is4 ,son pre1 qui tait un homme =t in/ruit et =t clair1 lui donna d'abord les meilleures leons1 et l'envoya1 l'ge de quatorze ans1 t]m9] ses tudes l'univ]sit de ,b]ne4 ,aprs avoir1 p5dant c9q annes1 suivi avidem5t des c\rs de philosophie et de belles-lettres1 l'ge tant v5u p\r lui d'entr] dans une c>rire dt]m9e1 il *oisit la mdec9e1 et les succs qu'il obt9t dans la pratique de cette sci5ce pr\vr5t assez qu'en pr5ant la rsolution de s'y dv\]1 il obissait un sage in/9ct4 ,le nom du clbre ,hall]1 son compatriote1 ret5tissait dans t\te l',allemagne4 ,hall]1 aprs avoir tudi avec l'ardeur du gnie la philosophie1 les ma?matiques1 la botanique et l'anatomie2 aprs avoir crit un maje/ueux pome sur les ,alpes1 ,hall] avait accept une *aire de pr(esseur d'hi/oire naturelle l'univ]sit de ,gtt+51 et ,zimm]mann v\lut comm5c] ses tudes mdicales s\s la direction de ce gr& matre4 ,le pr(esseur comprit de prime abord la di/9ction d'esprit de l'lve1 et l'lve v\a au pr(esseur un culte affectueux1 dont on retr\ve la t\*ante expression ma9t endroit du ,trait sur la solitude4 ,entr l'univ]sit de ,gtt+5 en #agdg1 ,zimm]mann en sortit en #agea1 avec le grade de docteur4 ,t\t en consacrant la plus gr&e p>tie de son temps l'in/ruction spciale qui tait son b1 il lisait et relisait sans cesse les potes de l'antiquit1 et tudiait avec am\r la littrature franaise et anglaise4 ,c'e/ a9si qu'il acquit une rudition philosophique1 potique1 qui e/ une des qualits di/9ctives de ses uvres4 ,de ,gtt+51 il s'en alla faire un srieux et fructueux voyage en ,holl&e1 en ,france1 et ret\rna ,b]ne1 o il devait retr\v] ,hall]1 qui une sant dlabre p> les travaux de la sci5ce ne p]mettait pas de cont9u] plus longtemps les pnibles fonctions du pr(essorat4 ,zimm]mann comm5a1 ,b]ne1 sa c>rire littraire p> quelques articles insrs dans le ,j\rnal helvtique4 ,il p\sa une jeune veuve1 p>5te de son matre1 et peu de temps aprs son m>iage1 la place de mdec9 de ,brugg tant dev5ue vacante1 le jeune docteur la dem&a1 l'obt9t1 et ret\rna avec un titre (ficiel dans sa ville natale4 ,ici comm5ce p\r lui une de ces exi/5ces t\tes ple9es de nobles aspirations et d'amres inquitudes1 une de ces exi/5ces qui prs5t5t l'il att5tif du physiologi/e une srie d'obs]vations compliques et une l>ge s\rce d'enseignem5ts utiles4 ,ds sa premire jeunesse1 il avait ress5ti le *>me de cette nature des bois et des montagnes1 qui donne l'esprit des habitudes rveuses4 ,l'tude des potes dt]m9a en lui un p5*ant prononc la mlancolie1 et lorsqu'il rev9t1 aprs dix ans d'abs5ce1 dans sa cit natale1 il y fut1 ds son arrive1 =tem5t saisi p> les t5dres impressions de son enfance1 p> le vif s5tim5t d'une contre t\te potique1 et p> l'aspect glacial d'une socit vulgaire4 ,il r5trait l avec une r>e v>it de connaissances1 aprs avoir recueilli les plus hautes leons de la sci5ce1 visit les coles les plus clbres1 et suivi avec am\r l'imm5se m\vem5t intellectuel de l',allemagne1 de la ,france1 de l',anglet]re4 ,il se tr\vait1 avec sa supriorit1 enlac1 en*an dans un c]cle de petits b\rgeois1 o p]sonne ne p\vait le compr5dre1 o son savoir et ses ides leves devai5t t\t in/ant *oqu] quelque prjug hrditaire1 quelque banale c\tume1 o le titre de savant n'inspirait aux uns qu'un /upide dda91 et d'autres une jal\se dfiance4 ,kotzebue et ,pic>d n\s ont dpe9t1 dans deux comdies spirituelles1 les mesqu9es passions1 les rivalits inquites1 les ridicules des petites villes1 et ces comdies n'ont eu tant de succs que p>ce qu'elles reprs5t5t malheureusem5t un tat de *oses trop vrai1 et reconnu de t\t le monde4 ,zimm]mann a1 dans ses livres1 aj\t plusieurs traits l'uvre du pote allem& et du pote franais2 mais le tableau qu'il trace des misres intellectuelles d'une petite ville1 si comique qu'il soit au fond1 ne peut faire rire le lecteur1 c> on y reconnat l'empre9te d'une me qui a d\l\reusem5t s\ff]t4 ,c'e/1 s\s la =me d'une esquisse satirique1 une pla9tive lgie1 un acc5t pr(ond de tri/esse4 ,l'une des plus pnibles situations que l'on puisse imag9] dans ce monde e/ celle qui condamne un homme vivre dans une sphre qui n'e/ pas la si5ne1 remplir *aque j\r des obligations factices p\r lesquelles il ne ress5t qu'un insurmontable mpris1 se voir enf9 surpris dans sa =ce et son ardeur1 et envelopp1 comme ,gulliv]1 du rseau des ,lilliputi5s4 ,en d'autres t]mes1 l o il n'y a pas p\r les hommes d'un esprit di/+u1 sympa?ie de cur1 libre lan de la p5se1 attraction et confiance1 il y a froissem5t1 et si ce froissem5t se r5\velle *aque j\r1 *aque heure1 il e/ facile d'en compr5dre les dsa/reuses consqu5ces4 ,zimm]mann en tait l4 ,aprs avoir reconnu1 comme un voyageur sagace1 la froide aridit de la r\te qu'il tait appel p>c\rir1 il essaya de tr\v] dans l'tude une consolation aux s\ffrances morales qui le m5aai5t4 ,il se remit lire ses auteurs favoris1 et il composa dans la retraite plusieurs ouvrages qui lui fir5t promptem5t une assez gr&e rputation4 ,quelquefois aussi il s'*appait de la b\rgade o il se s5tait si s\v5t humili1 oppress1 et il s'en allait trav]s les campagnes respir]1 avec la gaiet d'un enfant1 l'air libre1 le p>fum des prairies1 et contempl] avec l'en?\siasme d'un pote les va/es sommits des montagnes et la m]veilleuse spl5deur des ,alpes4 ,dans une des plus belles pages de son livre sur la solitude1 il a dpe9t en t]mes t\*ants les s5sations qu'il pr\vait dans ses prom5ades solitaires4 ,il raconte qu'il allait s'asseoir sur une coll9e d'o ses reg>ds et ses rves planai5t sur un imm5se paysage3 d'un ct1 le riant vallon arros p> les flots cumeux de l',a> et les ondes plus paisibles de la ,reuss et de la ,limat2 de l'autre1 les mlancoliques coteaux p>sems de ru9es1 les vieux murs des *teaux de ,habsb\rg et d',alt5b\rg2 et l1 des bois aux te9tes v>ies1 des vignes c\vrant les coll9es de leur feuillage d5tel1 et l'horizon1 la magnifique *ane des ,alpes1 les neiges t]nelles1 tantt blan*es et pures comme l'arg5t1 tantt voiles p> un nuage sombre1 et tantt t9celantes aux rayons du soleil1 comme des c\ronnes d'or et des colli]s de diamants4 ,qu& le pauvre rveur avait l5tem5t sav\r la magique beaut de t\tes ces scnes si d\ces et si gr&ioses2 qu& il avait s5ti le *>me de la nature pntr] comme un baume vivifiant dans les plaies de son me1 il reportait ses reg>ds v]s la monotone cit o il allait pass] la meilleure p>tie de ses j\rs2 dans la salutaire motion qui le dom9ait alors1 il se repro*ait de n'avoir pas eu plus de pati5ce avec ses concitoy5s1 et qu& je r5trais1 dit-il1 dans l'ence9te de la ville1 avec la joie intrieure que je v5ais d'pr\v]1 je t5dais amicalem5t la ma9 *acun de mes vois9s1 et je saluais respectueusem5t monsieur le b\rgme/re4 ,mais cette condesc5dance ne durait pas plus longtemps que le s5tim5t du bi5-tre moral qui dilatait son me4 ,bi5tt ,zimm]mann se retr\vait1 comme un oiseau captif1 l'troit dans sa cage sombre1 et cette aspiration v]s une exi/5ce plus l>ge et plus libre1 et ce manteau de plomb qui pesait sur sa de/9e lui causai5t une s\ffrance mortelle4 ,ah6 combi5 d'hommes dont le nom e/ cit avec honneur1 dont le sort semble paisible et assur1 dont on envie peut-tre la position calme et attrayante en app>5ce1 et qui succomb5t intrieurem5t dans ce rude conflit d'un rve idal et d'une imprieuse ralit6 ,un j\r arrive p\rtant o le reg>d le mo9s clairvoyant rem>que qu'ils languiss5t1 qu'ils s'affaiss5t2 on se dem&e alors d'o leur vi5t ce subit abattem5t1 et l'on ne sait pas que celui dont le visage ple1 l'il te9t rvl5t t\t le monde une si pr(onde s\ffrance a puis ses =ces dans cette lutte incessante contre deux puissances fatales qui le dom9ai5t de ct et d'autre et ne lui laissai5t ni trve ni repos4 ,zimm]mann passa quatorze annes dans cette d\l\reuse agitation1 sur ce *amp de bataille o il faut immol] tant de *res p5ses et tant de pieuses affections4 ,la mlancolique rv]ie1 laquelle il s'ab&onnait ds sa jeunesse1 prit de j\r en j\r un plus gr& asc5dant sur lui4 ,il s'loigna des socits que sa position lui faisait un devoir de frqu5t]1 et se jeta avec une sorte de dsespoir dans une au/re retraite2 et plus il s'ab&onnait cette prdilection1 plus l'image du monde s'assombrissait ses yeux4 ,cep5dant ses uvres avai5t eu du ret5tissem5t p>mi les hommes les plus clairs4 ,on le citait en ,suisse et en ,allemagne comme un savant mdec9 et comme un rem>quable criva94 ,une pidmie ayant clat en ,suisse1 il la traita avec une r>e habilet1 et publia sur cette maladie un livre qui obt9t un gr& succs dans les facults mdicales4 ,trois ans aprs1 on lui (frit la place de premi] mdec9 du roi d',anglet]re ,hanovre1 et il l'accepta4 ,a pe9e arriv dans cette ville1 il regrettait1 p> une de ces tri/es biz>r]ies de la nature huma9e1 la morne cit o il avait tant s\ff]t1 et qu'il avait tant de fois maudite au fond de son cur4 ,bi5tt il eut le malheur de p]dre sa femme1 laquelle il avait v\ la plus t5dre affection1 puis il vit s'te9dre s\s ses yeux1 dans une inv9cible consomption1 sa fille1 qu'il adorait1 et dont il a p>l dans son livre avec un pr(ond att5drissem5t4 ,il ne lui re/ait qu'un fils1 d]ni] espoir de son nom1 d]ni] objet de ses vux et de ses sollicitudes4 ,le ciel ne lui accorda pas la joie de le cons]v]4 ,ce fils m\rut t\t jeune1 dans l'g>em5t de la raison1 soit p> un excs de travail qui avait ananti ses =ces1 soit p> l'effet d'un vice organique4 ,a c9quante-deux ans1 le malheureux ,zimm]mann1 dp\ill1 p> ces trois cata/rophes1 de t\t ce qui p\vait encore faire vibr] d\cem5t quelques cordes dans son cur1 essaya de se ratta*] aux pures joies de la vie en se m>iant de n\veau4 ,il p\sa la fille d'un de ses collgues1 et ni ce m>iage1 qui1 malgr la gr&e disproportion d'ge exi/ant entre lui et sa jeune femme#b1 ne lui causa jamais aucun pnible s5tim5t de jal\sie1 ni l'honorable position dont il j\issait1 ni les tmoignages de di/9ction qu'il recevait de t\tes p>ts1 ne pur5t subjugu] dans son esprit cette mlancolie invtre qui peu peu pr5ait t\s les c>actres d'une noire misan?ropie4 #b ,elle avait tr5te ans mo9s que lui4 ,p\r comble de malheur1 il se lana dans une polmique ard5te1 passionne1 o il attaquait un gr& nombre de savants d',allemagne4 ,c'tait l'poque o les premi]s symptmes de la rvolution franaise jetai5t la surprise et la t]reur dans le monde enti]4 ,zimm]mann1 qui avait tant de fois proclam dans ses ouvrages les pr9cipes de lib]t1 fut effray de cette lib]t si viol5te et si imptueuse4 ,il accusa t\te une secte de philosophes allem&s1 qu'il appelait les illum9s1 d'avoir propag les ides les plus subv]sives4 ,dans son al>me1 il en appelait aux rois1 aux pr9ces des tats g]maniques1 et les conjurait d'us] de t\t leur p\voir p\r rprim] les excs d'une prt5due philosophie qui m5aait d'anantir la religion et de b\lev]s] les empires4 ,plusieurs p]sonnages considrables l'appuyr5t dans cette lutte o il s'tait jet si h>dim5t1 et l'emp]eur ,lopold ,,ii accueillit ses crits avec une faveur m>que2 mais1 bi5tt aprs1 ce s\v]a9 m\rut1 et ,zimm]mann1 priv de cette puissante protection1 re/a en butte aux rcrim9ations1 la colre d'un p>ti fanatique et implacable4 ,cette d]nire lutte a*eva d'accabl] dans sa con/ante mlancolie le pauvre ,zimm]mann4 ,il tomba dans un tat de fivre misan?ropique1 o il voyait se dress] devant lui les fantmes les plus hideux1 o il se s5tait t\t in/ant saisi p> des t]reurs imag9aires qui le faisai5t trembl]4 ,je c\rs risque1 crivait-il en #agid son ami ,tissot1 d'tre oblig de fuir bi5tt comme un pauvre migr1 d'ab&onn] ma maison1 avec la *re compagne de ma vie1 sans savoir o repos] ma tte1 sans tr\v] un lit p\r y r5dre le d]ni] s\pir4 ,il tait cette poque dans un tel tat de langueur qu'il avait beso9 de rec\rir aux plus =tes potions de laudanum p\r obt5ir un peu de sommeil4 ,il essayait cep5dant encore d'accomplir ses devoirs de mdec92 on le conduisait en voiture *ez ses malades1 mais il arrivait prs d'eux tellem5t affaibli1 que p>fois1 en s'asseyant une table p\r crire une ordonnance1 il s'van\issait4 ,un voyage dans le ,hol/e91 qu'on lui prescrivit comme un moy5 de di/raction1 ne lui procura qu'un faible s\lagem5t4 ,de ret\r ,hanovre1 il tomba dans un m>asme o t\tes ses facults s'teignir5t2 il se voyait1 dans son dlire1 rduit la d]nire m5dicit1 condamn m\rir de faim1 et ce sage philosophe1 qui a exprim dans ses livres tant de nobles p5ses1 qui a p>l en t]mes si t\*ants de la paix de l'me1 des *>mes de la solitude1 des salutaires effets du travail2 cet homme dont les bi5faisants crits ont ram5 le calme et port la consolation dans tant de curs inquiets et affligs1 m\rut sans consolation4 trange et fune/e exemple de ces g>em5ts de l'imag9ation dont il avait si s\v5t et si dignem5t dpe9t les dang]s6 ,sa mort e/ comme une d]nire page aj\t] celles qu'il a crites1 un d]ni] et d\l\reux enseignem5t jo9dre aux leons de morale qu'il runissait avec une intellig5ce si belle et dans un b si l\able4 ,zimm]mann se r5dit aussi clbre p> son expri5ce mdicale que p> ses crits philosophiques4 ,en #aghe1 ,frdric le ,gr&1 frapp de la maladie dont il devait m\rir1 l'appela ,sans-,s\ci1 p\r avoir ses conseils4 ,en #aghi1 il reut l'ordre de se r5dre ,londres1 p\r assi/] le roi d',anglet]re1 qui tait aussi trs-s\ffrant2 mais cette fois il n'accomplit pas en enti] sa mission1 c> il apprit la ,haye que l'augu/e malade tait hors de dang]4 ,il a crit sur la mdec9e plusieurs ouvrages qui ont t dans le temps =t apprcis des hommes de l'art1 et que l'on a traduits en franais4 ,ne p\vant le jug] ce po9t de vue spcial1 n\s essai]ons seulem5t de faire connatre ses uvres de morale1 c'e/--dire son ,trait de l'orgueil national et l',essai sur la solitude4 ,n\s ne p>lons pas de deux autres ouvrages sur ,frdric le ,gr&1 qui ne r5f]m5t que des rflexions de circon/ance1 des faits connus auj\rd'hui de t\t le monde1 et des anecdotes qui *app5t l'analyse4 ,le ,trait de l'orgueil national mrite d'tre class p>mi les bons crits des morali/es mod]nes4 ,on n'y tr\v]a ni la mle et noble concision de ,vauv5>gues4 ni l'intellig5te sobrit de la ,bruyre1 ni la svrit d'axiomes de la ,ro*ef\cault1 mais une te9te d\ce1 unie une grave p5se1 et un ton humori/ique s\t5u p> de nombreuses et piquantes citations4 ,l'auteur "p de ce pr9cipe que t\s les hommes sont dom9s p> l'orgueil1 enfant de l'am\r-propre1 am\r-propre de naissance1 de tal5t1 de =tune1 qui se manife/e t\s les ges1 et se retr\ve dans t\tes les conditions4 ,e/-il bi5 vrai1 dem&ait1 ,londres1 un matre dans] franais1 que ,m4 ,h>ley ait t fait comte d',ox=d et gr& trsori] d',anglet]re8--,oui1 lui rpondit-on4--,je ne conois pas ce que la re9e tr\ve de m]veilleux dans ce ,h>ley4 ,j'ai p]du deux ans avec lui sans p\voir lui appr5dre dans]4 ,l'am\r-propre1 dit ,zimm]mann1 donne l'homme une fausse ide de sa valeur1 et corrompt ses ides sur le mrite des *oses4 ,l'oisif se raille de l'homme d'tude2 le j\eur reg>de comme un pr(ond ignorant celui qui ne connat pas les c>tes2 le b\rgme/re1 gonfl de sa va9e importance1 dem&e1 avec une orgueilleuse satisfaction de sa propre p]sonne1 quoi peut s]vir le pauvre tre qui a le temps de faire un livre4 ,mme fatuit p>mi les savants1 et mme inju/ice l'g>d de leurs mules4 ,le naturali/e affecte un sublime dda9 p\r les op9ions du mdec92 le physici51 qui met sa gloire lectris] une b\teille1 ne compr5d pas que le monde puisse s'amus] lire de fades disc\rs sur la paix et sur la gu]re2 l'auteur d'un 9-folio mprise celui qui n'crit qu'un 9-d\ze2 le ma?matici5 mprise t\t4 ,on dem&ait un j\r ce que c'tait qu'un mtaphysici54 ,c'e/ un homme qui ne sait ri51 rpondit un ma?matici54 ,il en e/ des nations entires comme des individus dont elles se compos5t4 ,*aque peuple s'attribue quelque qualit qu'il refuse ses vois9s4 ,*aque village1 *aque ville1 *aque prov9ce a son orgueil p>ticuli]1 et *aque citoy5 reoit1 comme p> reflet1 une p>tie de l'orgueil gnral4 ,dans quelques cits rpublica9es de la ,suisse1 on ne reg>de que comme de pauvres g5s1 bi5 peu favoriss de ,dieu1 les trang]s4 ,un j\r1 on disait un m>*& d'une de ces cits qu'un pr9ce d',allemagne tait am\reux de sa fille4--,qu'il y vi5ne6 rpondit-il firem5t2 p5se-t-on que je v\drais donn] ma fille un homme qui n'e/ pas citoy58 ,la mme supriorit ddaigneuse que les hommes affect5t l'un l'g>d de l'autre1 on la retr\ve dans l'esprit vaniteux des diffr5tes nations4 ,le ,gronl&ais n'a qu'une e/ime trs-modre p\r le ,danois2 le ,kalm\k se croit bi5 prfrable au ,russe2 le ngre1 dp\rvu de t\te espce d'in/ruction1 e/ extrmem5t va94 ,la plup>t des peuples ressembl5t en ce po9t cet ,espagnol qui disait que c'tait un gr& bonheur que le diable1 en essayant de t5t] ,jsus-,*ri/ p> l'aspect de t\tes les contres qu'il lui montrait1 ne se ft pas avis de lui faire voir l',espagne1 c> assurm5t le ,fils de ,dieu n'aurait pu rsi/] la t5tation4 ,les fabuli/es indi5s racont5t qu'il exi/e une contre dont t\s les habitants sont bossus4 ,un jeune homme beau et bi5 fait y arrivant un j\r fut l'in/ant ent\r d'une multitude de g5s qui1 en le reg>dant1 clatai5t de rire4 ,l'un d'eux1 t\* p\rtant de l'emb>ras de l'trang]1 prit la p>ole et leur dit3 ,arrtez1 mes amis2 n'insultez pas l'infirmit de ce malheureux4 ,si le ciel n\s a faits beaux1 s'il a orn notre corps de cette bosse maje/ueuse1 allons au temple lui r5dre grces de ce bi5fait4 ,zimm]mann passe t\r t\r en revue les div]ses prt5tions sur lesquelles *aque peuple appuie ses ides de supriorit et ses raisons de dda9 l'g>d des autres4 ,celui-ci vante sa lo9ta9e orig9e1 p]due dans la nuit des temps2 cet autre1 sa religion1 ou sa con/itution politique1 ou sa brav\re4 ,les gypti5s se reg>dai5t comme les plus anci5s habitants de la t]re2 les ,arcadi5s ne v\lai5t pas croire l'a/rologie1 p>ce qu'ils prt5dai5t tre ns avant la lune4 ,les ,japonais se croi5t issus directem5t des dieux4 ,la premire de leurs div9its tablit sa demeure au ,japon1 qu'elle avait cr avant le re/e de la t]re4 ,avec ses six desc5dants1 qui g\v]nr5t le pays p5dant une longue suite de sicles qu'il e/ impossible d'numr]1 elle composa la premire dyna/ie des esprits cle/es2 les trois premi]s dieux n'avai5t po9t de femmes1 ils eng5drai5t p> eux-mmes1 et donnai5t le j\r ceux qu'ils avai5t conu4 ,les autres1 associs *acun une femme1 se reproduisir5t cep5dant d'une faon incomprh5sible4 ,puis il en v9t un qui apprit de l'oiseau ,isiatadakki une autre manire d'eng5dr]1 et son union avec les femmes fit p]dre la nature div9e ses desc5dants4 ,les peuples de l',ind\/an font remont]1 au dire de ,b]ni]1 l'orig9e de leur langue sanscrite des milli]s d'annes2 les habitants du ,p>aguay dis5t que la lune e/ leur mre4 ,qu& elle s'clipse1 ils sort5t la hte de leurs cabanes1 p\ss5t des hurlem5ts affreux1 et lanc5t des fl*es en l'air p\r p\vant] le *i5 qui veut la mang]4 ,le docte auteur de ce livre se trompe p\rtant1 lorsqu'il aj\te ces exemples de crdulit populaire une antiquit fabuleuse1 l'exemple de la ,sude4 ,c'e/ ,rudbeck seul qui1 dans son ,atlantica1 a cont des fables m]veilleuses cont9ues p> quelques-uns de ses adeptes1 mais rejetes p> le peuple sudois1 qui p\rtant s'attribue aussi une assez belle et pompeuse orig9e4 ,dans le *apitre sur la religion1 ,zimm]mann exprime ces ides philosophiques du ,x,v,i,i,ie sicle1 qui se rsumai5t en un agrable disme4 ,les hommes1 dit-il1 ne devrai5t pas se damn] si lgrem5t4 ,n\s p>atrons au tribunal d'un ,dieu d'am\r qui jug]a la fidlit et la s9crit de notre conduite4 ,si l'on ne pr5d pas le *em9 le plus c\rt et le plus ais1 on ne laisse pas d'arriv] au b1 qu& on croit la ncessit d'une vie pure et v]tueuse1 et aux promesses de la religion4 ,les ,turcs sont conva9cus que le patri>*e ,abraham tait un vrai musulman4 ,l',arabe1 p]suad de l'infaillibit de son calife1 rit de la sotte crdulit du ,t>t>e1 qui croit son lama immortel4 ,une plume d'oiseau1 une corne1 une coquille1 une rac9e consacre p> quelques mots my/rieux1 sont p\r les ngres un grave objet d'adoration4 ,les habitants des montagnes de ,bata sont p]suads que t\t homme qui mange avant sa mort un c\c\ rti e/ sa9t1 et se moqu5t de l',indi51 qui croit la puissante influ5ce de la va*e conduite prs du lit d'un malade4 ,les ,japonais r5d5t leur ,dari des honneurs div9s4 ,la t]re n'e/ pas digne de le port]4 ,le soleil ne mrite pas de luire sur sa tte4 ,on a tant de respect p\r la sa9tet de sa *evelure1 de sa b>be et de ses ongles1 qu'on n'ose les lui c\p] que p5dant son sommeil1 p>ce qu'alors le s]vice qu'on lui r5d e/ reg>d comme un l>c9 qui ne peut le s\ill]4 ,autrefois1 il tait oblig de s'asseoir sur un trne p5dant quelques heures de la mat9e1 et de se t5ir dans le plus complet tat d'immobilit1 c> on croit que le feu1 la gu]re et les autres flaux dsol]ai5t les prov9ces de l'empire1 s'il s\levait seulem5t les paupires4 ,le plus sot orgueil e/ celui qui nat de l'ignorance4 ,les ,*9ois n\s en donn5t un tonnant exemple4 ,enf]ms dans l'ence9te de leur imm5se muraille1 absorbs dans l'tude de leurs propres lois et de leur propre langue1 les lettrs *9ois1 les m&>9s1 ne reg>d5t les autres contres que comme de misrables pays indignes de correspondre avec le leur4 ,ils se sont fait une gographie d'une nature curieuse4 ,p\r eux1 la t]re e/ un gr& c>r dont la ,*9e occupe au c5tre la plus l>ge1 la plus belle p>tie4 ,les autres empires ne sont que de pauvres rgions1 jetes et l1 comme de petites les cres p> has>d4 ,leur patrie s'appelle ,*\-,k\i1 royaume du ,milieu1 et ,li5 ,hia1 c'e/--dire royaume qui r5f]me t\t ce qui e/ s\s le ciel4 ,quant ces malheureuses les1 que ,dieu a disp]ses d'une ma9 ddaigneuse aut\r du ,cle/e ,empire1 l'une e/1 dis5t-ils1 habite p> des na9s qui viv5t entasss les uns sur les autres1 comme les gra9s d'une grappe1 de peur d'tre enlevs p> les aigles et les vaut\rs2 dans une autre1 les habitants ont un tr\ dans la poitr9e1 on leur met un bton dans ce tr\ p\r les transport] en diffr5ts cantons4 ,le re/e l'av5ant4 ,depuis les rc5tes gu]res de la ,*9e avec l',anglet]re1 il e/ probable que les ,*9ois ont modifi leurs ides cosmographiques1 et ils p\rrai5t bi5 envisag] auj\rd'hui cette le britannique1 qui leur impose si durem5t ses lois oppressives1 comme un pays assez =midable2 cep5dant1 un de nos fonctionnaires1 arriv t\t rcemm5t de ,macao1 n\s disait1 il y a quelques j\rs1 que le ,portugal1 avec lequel ils ont eu de frqu5tes relations1 passait leurs yeux p\r la plus puissante et la plus l>ge contre du globe1 aprs la leur4 ,aprs avoir a9si retrac t\tes les fausses ides de suprmatie qui dom95t les diffr5ts peuples1 soit p> un s5tim5t exagr de leur propre valeur1 soit p> un inju/e dda9 l'g>d des autres peuples1 dont ils ne connaiss5t pas1 ou dont ils affect5t de ne pas connatre le mrite p>ticuli]1 le philosophe b]nois se plat dvelopp] t\s les s5tim5ts d'orgueil lgitime qu'une contre peut avoir1 et qu'elle doit pr5dre t*e de cons]v]3 s\v5irs d'une gloire nationale1 t5tatives gnreuses1 actions d'clat sur le *amp de bataille1 conqutes sci5tifiques et littraires4 ,il engage les peuples se rappel] sans cesse la sagesse de leurs aeux1 les gr&es pages de leur hi/oire1 af9 de se =tifi] p> l contre les adv]sits prs5tes1 de s'aff]mir dans une ard5te p5se d'tude1 d'amlioration sociale1 de patriotisme1 et de r5dre leur av5ir digne de leur pass4 ,ce livre prs5te1 comme on le voit1 les deux faces compltes d'une imm5se "q3 critique svre d'un grave et dang]eux dfaut1 image brillante d'une qualit populaire qui doit avoir la puissance d'une v]tu4 ,on lit dans le privilge qui fut accord1 en #agfh1 la traduction en franais de ce trait de ,zimm]mann1 le passage suivant3 ,j'ai jug cet ouvrage d'autant plus digne de l'impression1 que l'auteur y montre beauc\p de ju/esse et de solidit de raisonnem5t4 ,p> cette solidit de raisonnem5t1 ,zimm]mann en tait v5u prdire les temptes qui devai5t b\lev]s] la ,france et agit] t\te l',europe4 ,n\s t\*ons1 dit-il dans ce mme livre sur l'orgueil national1 une gr&e rvolution dans ce sicle1 o la lumire comm5ce jaillir une seconde fois des tnbres4 ,on rem>que une sorte de n\velle rsurrection en ,europe4 ,les nuages de l'erreur et de la cra9te se dissip5t4 ,fatigu d'un long esclavage1 on brise les *anes des anci5s prjugs p\r rclam] les droits de la raison et de la lib]t4 ,la lumire et l'esprit philosophique rp&us de t\tes p>ts1 les vices qu'ils font ap]cevoir1 les assauts qu'on livre aux fausses croyances du temps1 annonc5t1 dans les op9ions1 une h>diesse qui dgnr]a en une audace crim9elle1 qui caus]a aux uns la p]te de leur lib]t1 d'autres celle de leur =tune1 qui f]a abattre des ttes1 et sub/itu]a malheureusem5t les sophismes de l'erreur la sa9e logique4 ,une qu>anta9e d'annes plus t>d1 la prdiction s9i/re de ,zimm]mann n'tait que trop bi5 vrifie4 ,le philosophe avait acquis1 p> ses sages rflexions1 le don de prophtie que les anci5s accordai5t l'intuition du pote4 ,le ,trait de la solitude date de la jeunesse de ,zimm]mann4 ,ce n'tait d'abord qu'une diss]tation trs-re/re9te1 qu'il composa dans sa petite ville de ,brugg1 en #agff4 ,tr5te ans aprs1 il reprit ce premi] travail et en fit quatre gros volumes#c4 ,peu de livres allem&s ont obt5u en ,europe un succs plus populaire que celui-ci4 ,il a t traduit dans t\tes les langues1 et reproduit en ,france plusieurs fois2 mais p]sonne1 que je sa*e1 ne s'e/ avis de le traduire en enti]1 c> c'e/ une uvre qui jo9t1 de rem>quables qualits de p5se et de /yle1 t\s les l\rds dfauts qu'on ne rem>que que trop s\v5t dans les productions de la littrature allem&e4 ,il y a l des longueurs fa/idieuses1 des diss]tations inf9ies qui ne t\*5t que p> un faible ct au sujet que l'auteur a pris t*e de trait]1 des obs]vations rptes jusqu' la satit1 p>fois mme1 quelques c5ta9es de pages1 des contradictions manife/es4 ,il semble que ,zimm]mann1 en composant ce livre1 se soit laiss all] t\t simplem5t au plaisir d'crire les rflexions qui lui v5ai5t l'esprit dans c]ta9s mom5ts de retraite et de sil5ce1 sans s'ap]cevoir que quelques sema9es1 quelques j\rs peut-tre aup>avant1 il avait dj dit les mmes *oses1 peu prs dans les mmes t]mes1 ou que1 selon une influ5ce accid5telle1 il dm5tait prcism5t l'op9ion qu'il avait exprime dans une autre disposition d'esprit4 ,notons encore1 en signalant les p>ties dfectueuses de ce livre1 que ,zimm]mann1 subjugu p> les maximes philosophiques de son temps1 se lance t\t propos dans une ard5te polmique contre les clotres et contre t\tes ces vives croyances dcores1 p> le ,x,v,i,i,ie sicle1 du nom de fanatisme4 ,notons encore qu'en puisant une gr&e "p de ses ides dans le c]cle =t re/re9t o sa vie tait enf]me1 dans des incid5ts passag]s1 il donne p> l mme frquemm5t son uvre une c\leur trop locale1 trop phmre1 et attnue d'autant le c>actre de gnralit qu'elle devrait avoir4 #c ,les deux premi]s volumes p>ur5t en #aghd1 les deux autres en #aghf4 ,les ,anglais ont fait des quatre volumes diffus de ,zimm]mann un joli volume qui figure honorablem5t dans la collection des ,briti% ,classics de ,walk]4 ,m]ci]1 qui le premi] fit connatre cet ouvrage en ,france1 ,m4 ,j\rdan1 qui n\s en devons une traduction qui annonce une p>faite connaissance de la langue allem&e1 et quelques autres traducteurs ont considrablem5t abrg cet ouvrage1 et n\s croyons qu'il doit tre plus abrg encore4 ,il en e/ de beauc\p de livres allem&s comme de ce fruit du cocoti] dont le suc e/ ca* s\s un pais tissu de membranes fil&reuses1 et celui-ci e/ assurm5t l'un de ceux o l'on tr\ve le plus de sve et de saveur qu& une fois on l'a dgag des pages oiseuses1 des rptitions monotones1 des digressions sup]flues qui en drob5t t\t in/ant les qualits ess5tielles4 ,zimm]mann a crit ce livre avec une t5dre mlancolie et un sage esprit d'obs]vation4 ,il e/ l'aptre f]v5t de la solitude2 mais il n'en reprs5te les avantages qu'aprs en avoir d'abord signal les inconvni5ts4 ,l'homme e/ n1 dit-il1 p\r vivre en socit2 il a des devoirs remplir dans le monde1 devoirs de citoy51 de famille1 de relations affectueuses4 ,il ne doit pas bris] la *ane de ces devoirs p\r se retran*] dans la retraite avec un froid gsme ou une sauvage misan?ropie4 ,si la solitude calme et apaise les passions les plus f\gueuses1 il e/ possible aussi qu'elle les entreti5ne et leur donne un essor plus imptueux4 ,il faut1 p\r en gt] la salutaire influ5ce1 y port] des p5ses de travail1 des ides de raison4 ,ri5 de meilleur1 en c]ta9s mom5ts de la vie1 qu'une solitude sage et dignem5t occupe2 ri5 de plus dang]eux qu'une solitude o l'on ne porte que de mauvais p5*ants1 qu'on ne *]*e po9t corrig]1 et des habitudes de dsuvrem5t4 ,aprs avoir fait ses rs]ves de morale et de philosophie1 l'auteur dveloppe avec un *>mant ab&on le ct le plus attrayant de son ide favorite1 les avantages de la solitude p\r l'esprit1 p\r l'imag9ation1 p\r le cur4 ,tantt il dpe9t avec un en?\siasme potique les gr&es scnes de la nature qui doiv5t attir] nos reg>ds et *>m] notre p5se1 les d\ces joies de la vie paisible et solitaire2 tantt il voque t\s les s\v5irs de ses tudes et cite l'exemple des hommes les plus clbres qui ont tr\v dans la retraite un repos et une satisfaction intrieurs qu'ils avai5t va9em5t *]*s dans un tumulte spl5dide2 tantt enf91 il pr5d l'acc5t pntr d'un pre qui p>le ses enfants1 d'un matre qui donne une amicale leon ses lves1 il enseigne ses lecteurs l'am\r de la solitude1 les mode/es v]tus1 les pieux dsirs qu'ils doiv5t y port]1 et leur fait un tableau t\*ant du bonheur qu'ils y gt]ont4 ,il tombe s\v5t dans d'inju/es exagrations qu& il dcrit les vices1 les prils et les ennuis du monde4 ,on voit que cette image1 sur laquelle il revi5t sans cesse1 a t trace avec une amre p5se1 d'aprs cette socit des petites villes1 o il pr\va tant de vives s\ffrances1 cette socit mesqu9e1 jal\se1 qui n'e/ occupe que de sa sotte importance et de ses misrables rivalits4 ,mais il n'e/ p]sonne qui1 t\t en s'honorant de frqu5t] un monde plus lev que celui dont le pauvre ,zimm]mann fut presque t\j\rs ent\r1 qui1 t\t en re*]*ant avec empressem5t les entreti5s1 le m\vem5t des salons1 n'pr\ve aussi ma9te fois ce vide d\l\reux de l'me1 dpe9t en t]mes saisissants dans ce livre sur la solitude1 et n'aspire avec une tri/e ardeur au sil5ce1 la lib]t de la retraite4 ,il n'e/ p]sonne aussi qui1 dans les j\rs d'adv]sit1 dans les heures de deuil1 n'ait compris1 comme ,zimm]mann1 que les relations du monde1 mme du monde le plus noble1 le plus *oisi1 ne bris5t po9t l'aiguillon de la s\ffrance1 et qu'il faut *]*] dans la solitude la plante qui gurit les blessures du cur4 ,t\tes ces vrits ne sont1 sans d\te1 pas neuves2 mais le sage philosophe a su leur donn] un n\vel attrait p> la vive conviction avec laquelle il les exprime1 p> les exemples qu'il y jo9t et les rflexions p]sonnelles qui en sont le dveloppem5t4 ,qu& cet ouvrage p>ut1 ,ca!r9e ,,ii envoya l'auteur une bague en diamants1 une mdaille d'or son effigie1 avec un billet crit de sa ma93 ,a ,m4 ,zimm]mann1 p\r le rem]ci] des excell5tes recettes qu'il a donnes l'humanit dans son livre sur la solitude4 ,la puissante impratrice de ,russie n'a t1 dans cette dmon/ration1 que le spl5dide int]prte des s5tim5ts de t\s ceux qui liront ce livre1 non po9t comme on lit un roman1 en c\rant d'une page l'autre1 mais avec une p5se srieuse et rfl*ie4 ,p\r les natures t5dres et mlancoliques1 c'e/ une uvre d'un p>fum exquis1 p\r les g5s du monde un utile conseil1 p\r les hommes d'tude un salutaire enc\ragem5t4 ,on aim]a l'avoir prs de soi dans ses mom5ts de retraite1 et l'on y revi5dra surt\t dans ses j\rs de d\leur comme on revi5t une d\ce et affectueuse p>ole4 ,x4 ,,m>mi]4 ,,la ,,solitude ,r,,flexions ,,pr,,lim9aires ,dans cette vie inquite1 au milieu de la contra9te des devoirs et des affaires1 dans les *anes du monde1 au dcl9 de mon exi/5ce1 je veux me rappel] l'ombre de mes joies van\ies1 l'ombre des j\rs de ma jeunesse1 o je tr\vais mon bonheur dans la solitude1 o je n'entrevoyais pas de refuge plus d\x que celui des clotres1 des cellules bties sur les montagnes1 o je m'lanais avec ardeur dans les pr(ondeurs des =ts1 dans les ru9es des vieux *teaux1 et o je n'avais pas de plaisir plus vif que de m'entret5ir avec les morts4 ,je veux mdit] sur une ide importante p\r l'homme1 sur les dang]s et les consolations de la solitude1 sur les avantages qu'elle procure1 avantages que les peuples les plus clbres ont reconnus de t\t temps1 mais qui n'ont peut-tre jamais t assez disc]ns4 ,je veux rfl*ir au sec\rs puissant qu'elle n\s (fre qu& le *agr9 dess*e notre cur1 qu& la maladie n\s n]ve1 qu& le f>deau des j\rs pse sur n\s1 qu& n\s pr\vons des d\leurs que notre me ne peut support]4 ,ah6 je r5once volonti]s au monde et ses di/ractions1 t\t ce que l'on appelle les joies de la vie1 p\rvu que je puisse avoir quelques heures de loisir et de repos1 p\rvu que1 seul et libre1 je puisse dire sur la solitude quelques vrits utiles qui occup5t un in/ant l'homme du monde1 et meuv5t les g5s de bi54 ,la solitude e/ une situation o l'me s'ab&onne ses propres rflexions3 n\s j\issons de la solitude1 soit lorsque n\s pr5ons plaisir n\s sp>] du tumulte huma91 soit lorsque n\s dt\rnons notre p5se de ce qui n\s ent\re4 ,*acun se livre alors ses mditations1 selon sa nature d'esprit1 son dveloppem5t d'intellig5ce et ses vues p>ticulires4 ,reg>dez les b]g]s assis l'c>t4 ,l'un d'eux *ant]a quelque *anson2 un autre se cisl]a un vase2 un troisime obs]v]a la nature2 un quatrime f]a de la philosophie2 un c9quime rv]a2 et s'il se tr\vait l1 s\s l'ombre des arbres1 au bord du ruisseau paisible1 une belle jeune fille1 *acun d'eux peut-tre s]ait am\reux4 ,mais dans la tri/e abs5ce de t\t ce dont le cur a beso91 lorsqu'on se tr\ve seul regret1 on n'a d'autres ress\rces que de s'occup]1 comme on peut1 de ses propres ides4 ,*aque homme obx alors une impression p>ticulire4 ,celui-ci re*]*e le *ant du rossignol2 cet autre ne veut ent5dre que le cri du hib\4 ,il en e/ qui l'obligation de r5dre des visites inspire un pr(ond dgt1 et l'ennui les reti5t dans leur demeure4 ,le pauvre cur s'atta*e ce qui lui procure plus de satisfaction que ne lui en (fre sa situation4 ,dans le c\v5t de ,sa9te-,magdele9e1 ,hilde%eim1 je tr\vai un j\r t\te une volire ple9e de can>is1 qui rcrai5t la cellule d'une religieuse4 ,un g5tilhomme du ,brabant a pass v+t-c9q ans en p>faite sant dans l'ence9te de sa demeure4 ,son bonheur consi/ait =m] une collection de tableaux et de gravures1 et il ne sortait po9t de sa maison1 p>ce qu'il craignait l'impression de l'air1 et p>ce qu'il avait p\r les femmes l'antipa?ie que c]ta9es p]sonnes pr\v5t p\r les s\ris4 ,ceux qui sont condamns la prison re*]*5t galem5t1 dans leur solitude =ce1 t\t ce qui peut les di/raire4 ,le philosophe g5evois ,mi*el ,ducret1 enf]m dans une =t]esse du canton de ,b]ne1 s'occupait mesur] la hauteur des ,alpes2 le b>on ,tr5ck ne songeait1 dans la citadelle de ,magdeb\rg1 qu'au moy5 de s'vad]1 et le gnral ,walrave passait son temps lev] des p\les4 ,on peut signal] t\tes ces p>ticul>its dans un livre sur la solitude1 sans pntr] trs-avant dans la "q pr9cipale4 ,j'ai *]* ne po9t p]dre de vue le b que je m'tais propos1 quoique p>fois je p>aisse m'en c>t]1 et j'espre p\voir dmontr]1 p> une assez longue srie d'obs]vations1 le c>actre de la solitude1 son action1 ses dang]s et son heureuse influ5ce4 ,p> solitude1 je n'ent5ds po9t une scission complte du monde ou une vie d'ermite4 ,on peut tr\v] la solitude dans une ville comme dans un clotre1 dans le cab9et d'tude d'un savant1 dans l'loignem5t temporaire de la f\le4 ,on peut tre seul au milieu d'une runion nombreuse4 ,une femme allem&e1 imbue des prjugs de la vieille ari/ocratie1 s]a seule dans une socit o nulle autre femme n'aura1 comme elle1 l'honneur de compt] seize qu>ti]s4 ,un p5seur e/ s\v5t seul la table des gr&s4 ,plaons-n\s1 dans une assemble1 en dehors de ce qui n\s ent\re1 recueillons-n\s en n\s-mmes1 n\s voil aussi seuls qu'un mo9e peut l'tre dans sa cellule1 ou un ermite dans sa grotte4 ,on peut tre seul dans sa maison1 au milieu du m\vem5t le plus bruyant1 comme dans le morne sil5ce d'une petite ville1 ,londres et ,p>is1 comme dans le ds]t d'une ,?bade4 ,un livre sur les rsultats de la solitude e/ un docum5t de plus aj\t] t\tes les re*]*es qui ont t faites p\r assur] le bonheur de l'homme4 ,mo9s l'homme a de beso9s1 plus il s'ef=ce de dc\vrir en lui de n\velles s\rces de j\issances4 ,plus il a de facilit se sp>] des autres hommes1 plus il e/ c]ta9 de tr\v] la vritable flicit4 ,t\s les amusem5ts du gr& monde ne me sembl5t po9t dignes de l'envie dont on les honore4 ,mais il faut dire aussi que ces sy/mes tant vants de retraite absolue ne sont p\r la plup>t que des rves irralisables4 ,s'il e/ beau et noble de se r5dre indp5dant des autres hommes et de se retir] quelquefois l'c>t1 il e/ bon aussi de se rappro*] de la communaut sociale et d'y apport] un esprit amical1 c> n\s sommes1 ,dieu soit l\6 appels vivre en socit4 ,,*apitre ,i ,,du ,,p5*ant ,a ,,la ,,soci,t4 ,il n'e/ pas bon que l'homme soit seul4 ,des beso9s innombrables1 un p5*ant naturel1 inn1 =m5t les li5s de la socit1 et n\s voyons p> l que n\s ne sommes pas faits uniquem5t p\r la solitude4 ,la socit e/ le premi] beso9 de l'homme4 ,dieu lui-mme a consacr le p5*ant la vie sociale p> ces p>oles3 ,il n'e/ pas bon que l'homme soit seul4 ,puis il aj\ta3 ,je lui donn]ai une compagne avec laquelle il vivra4 ,dans le monde1 on dnature le s5s des p>oles de ,dieu1 et l'on s'imag9e que1 p\r que l'homme ne soit pas seul1 il faut qu'il se montre *aque j\r dans un c]cle ou dans un salon4 ,le p5*ant la vie dome/ique1 aux relations intimes1 e/ inn en n\s4 ,en le suivant1 n\s obissons notre propre nature4 ,mais ds que n\s s5tons s'veill] le p5*ant qui n\s entrane v]s les runions du monde1 n\s devons tre sur nos g>des4 ,le premi] e/ inde/ructible aussi longtemps que l'homme re/e fidle sa vocation4 ,le second e/ une uvre d'oisivet1 un beso9 factice1 une habitude qui nat de l'ennui et de la curiosit4 ,il y a dans les relations affectueuses une s\rce indicible de bonheur4 ,en exprimant nos s5sations1 en faisant avec un ami un s9cre *ange de nos ides et de nos conceptions1 n\s pr\vons une sorte de volupt1 laquelle l'ermite le plus indiffr5t ne re/e pas indiffr5t4 ,je ne puis faire ent5dre mes pla9tes aux ro*]s1 ni racont] mes joies aux v5ts du soir4 ,mon me s\pire aprs une me qu'elle aime comme une sur2 mon cur *]*e un cur qui lui ressemble4 ,le ciel et la t]re disp>aiss5t prs de la femme que n\s aimons4 ,lo9 du monde et de ses liaisons1 quel plaisir gt]ions-n\s dans la plup>t de nos connaissances1 de nos s5tim5ts et de nos p5ses8 ,de mme t\t semble froid1 morne1 ds]t dans les runions les plus brillantes1 s'il ne s'y tr\ve pas un cur atta* n\s p> l'affection4 ,mais si v\s r5oncez au t\rbillon des plaisirs1 on v\s appelle misan?rope4 ,si1 p\r travaill] une uvre importante que v\s ne p\vez accomplir que dans le sil5ce de la retraite1 v\s v\s exemptez des visites monotones1 on dit que v\s tes insociable4 ,si v\s fuyez le monde1 soit dans une de ces heures de dc\ragem5t o t\t se montre l'esprit s\s les c\leurs les plus sombres1 soit dans les regrets que v\s cause un am\r malheureux1 dans ces regrets pr(onds o v\s ne voyez plus ri5 qui v\s attire1 qui v\s satisfasse1 et p]sonne qui v\s compr5ne1 on dit que v\s tes un ins5s4 ,cep5dant v\s ne r5onc]iez po9t au monde1 si v\s y tr\viez t\j\rs un cur qui rpondt votre cur et non po9t quelques-unes de ces va9es p\pes p>eilles celle dont une dame me p>lait un j\r4 ,elle tait encore presque enfant1 lorsque son tuteur lui donna une p\pe des plus belles4 ,le l5dema9 il v\lut voir quel effet avait produit son prs5t4 ,la p\pe tait au feu4 ,p\rquoi1 ma fille1 dit le tuteur1 z-tu ananti ce que je t'avais donn8 ,la jeune fille lui dit en pleurant3 ,j'ai dit cette p\pe que je l'aimais1 et elle ne m'a pas rpondu4 ,bi5 des circon/ances peuv5t n\s r5dre ou n\s faire p>atre peu sociables2 mais il faudrait tre d'une nature vraim5t sauvage p\r dte/] t\t le g5re huma94 ,les p5*ants les plus vid5ts et les plus secrets1 les beso9s les plus naturels et les plus inconte/ables n\s port5t n\s rappro*] de nos semblables4 ,n\s *]*ons avec empressem5t une p]sonne aimante1 avec laquelle n\s puissions n\s li] de plus en plus1 qui n\s c\te plus complaisamm5t que d'autres1 et n\s compr5ne mieux1 qui agisse sur n\s et qui pr\ve en mme temps notre influ5ce4 ,les circon/ances ne p]mett5t pas t\j\rs de *oisir nos relations selon notre gt1 selon les m\vem5ts de notre esprit et de notre cur4 ,mais le beso9 de n\s pan*] l'emporte sur t\tes ces considrations1 et plus d'une belle dame1 dans son isolem5t1 peut dire1 comme cette cuis9ire de ,hanovre1 qui l'on repro*ait d'avoir eu une quantit de fiancs1 et qui rpondit3 ,il faut qu'une jeune fille ait un ami1 ne ft-ce qu'un *alas4 ,plus d'une honnte p]sonne ne peut m>*] si l'on ne fait att5tion sa m>*e2 mais si v\s obs]vez ses pas1 si v\s la suivez dans ses actions1 elle v\s embrasse avec reconnaissance4 ,quelle puissance l'am\r n'ex]ce-t-il pas sur une belle me6 ,n\s ne v\lons pas seulem5t s5tir notre exi/5ce en n\s-mmes1 n\s v\lons la s5tir dans les objets placs en dehors de n\s4 ,le g]me de l'am\r nat quelquefois des motions d'une me qui ne se r5d pas nettem5t compte de ses p5*ants1 mais qui pr\ve vivem5t qu'il n'e/ pas bon d'tre seul4 ,la bont1 la bi5veillance1 l'affection1 le dsir d'*ang] ses p5ses1 de p>tag] avec un autre tre ses joies et ses s\ffrances1 d'en*an] son cur un autre cur1 de se s5tir vivre en lui et de reconnatre qu'il vit en n\s1 voil les motions ravissantes1 et si l'homme n'e/ pas d\ p> lui-mme de cette =ce d'attraction1 s'il n'attire pas les autres lui1 il e/ du mo9s attir p> les autres4 ,il exi/e cep5dant un p5*ant factice p\r la socit qui s\v5t r5d l'homme incapable de vivre avec lui-mme4 ,ne tr\vant plus aucune satisfaction dans son esprit1 il s'loigne du monde1 il lui semble qu'il s'loigne de t\tes les joies de la vie3 alors1 adieu le bonheur possible1 adieu les *>mes de la solitude6 il faut cet homme le m\vem5t1 le bruit1 l'clat1 les runions nombreuses4 ,jamais l',allemagne n'a autant aim les assembles de salons qu' prs5t4 ,les classes infrieures du peuple imit5t les usages du gr& monde4 ,p>t\t on dissipe son temps4 ,re/] seul1 vivre seul1 e/ ma9t5ant en ,allemagne une *ose p\r a9si dire honteuse4 ,les enfants qui peuv5t pe9e m>*] connaiss5t dj l'tiquette des visites4 ,ils se font annonc]1 et l'on se fait annonc] *ez eux4 ,ces petites m>ionnettes reoiv5t des convives et donn5t des collations4 ,dans nos gr&es cits1 on vit d'une vie dissipe1 comme ,londres et ,p>is4 ,les petites villes imit5t les gr&es1 de mme que les pauvres imit5t les ri*es4 ,on voit de pauvres b\rgades allem&es o il y a un club et des runions hebdomadaires4 ,les bohmi5s ont aussi une espce de club dans une des belles et ri*es prov9ces du nord de l',allemagne4 ,*aque sam$i1 ils se runiss5t dans un m\l9 p\r fum] et mang] ce qu'ils ont recueilli p5dant la sema9e1 soit en volant1 soit en m5diant4 ,le possesseur du m\l9 tolre cette runion1 p> politique1 p\r n'tre pas vol1 et p> curiosit1 p>ce qu'il appr5d a9si t\tes les n\velles du pays4 ,l',allemagne e/ peuple prs5t d'une f\le d'associations publiques ou secrtes qui ont une gr&e =ce4 ,il rsulte de l une va/e communaut d'ides et une puissante action dirige v]s un mme b2 mais t\s ces mobiles de la vie sociale1 t\s ces moy5s employs p\r n\s rappel] la v]tu1 cette inoculation des devoirs d'homme et de citoy5 p> les lois1 p> la morale1 p> des dogmes my/rieux1 p> la religion1 t\t ce qui doit lev] l'homme au-dessus de l'homme1 ne suffit pas encore1 si l'on ne p5se tr\v] que des fleurs sur son *em91 si l'on veut moissonn] avant d'avoir sem4 ,n\s n\s laissons s\v5t sduire p> des *imres ou p> de fausses app>5ces1 n\s v\lons ce que le lgislateur n'a pas v\lu1 et c'e/ a9si qu'*\5t les plus gr&s projets de ceux qui donn5t des lois aux hommes4 ,hlas6 que de pe9es inutiles n\s n\s imposons6 ,et s\v5t la premire cause de nos m\vem5ts1 de notre t5tative1 de nos actions1 c'e/ la cra9te de l'ennui4 ,l'ennui e/ une pe/e laquelle on croit *app] en sortant de la retraite1 et qu'on ne r5contre jamais plus vite que dans la socit4 ,c'e/ un vide de l'me1 un anantissem5t de notre activit et de nos =ces1 une pesanteur gnrale1 une p>esse somnol5te1 une fatigue1 et1 ce qu'il y a de pis1 c'e/ s\v5t un c\p mortel que l'on porte d'une ma9 polie et avec beauc\p de grce notre intellig5ce et nos plus d\ces motions4 ,t\t ce qu'il y a d'essor dans l'esprit d'un homme1 d'lan dans son cur1 e/ comprim1 p>alys p> l'ennui qu'il pr\ve ou qu'on lui fait pr\v]4 ,dans cet ennui1 on s'assi$ en sil5ce au milieu d'une assemble1 on c\te d'une oreille indiffr5te ce qui se dit1 on ne s'intresse aucun entreti51 et s\v5t on p]d soi-mme t\te espce de p5ses4 ,cet ennui n\s saisit lorsque n\s sommes obligs de re/] dans un lieu o l'on ne p>le que de *oses que n\s ne n\s s\cions pas d'appr5dre1 ou lorsque quelqu'un s'emp>e de n\s et n\s =ce c\t] des p>oles qui n'excit5t en n\s aucun intrt4 ,que de fois un de ces imp]turbables causeurs ptille de joie1 t&is que son entreti5 fatigue1 t\rm5te t\te une socit6 ,en s'ab&onnant sa prolixit1 il ne voit pas qu'il rp& l'ennui dans le c]cle qui l'ent\re4 ,*aque affaire1 *aque livre1 *aque entreti5 qui n'excite en n\s ni attrait ni curiosit1 e/ une cause d'ennui4 ,l'ennui entrane beauc\p de p]sonnes dans le monde1 mais il en e/ que le dgt de la socit ramne dans la solitude4 ,un tre oisif n'pr\ve jamais tant d'ennui que lorsqu'il se tr\ve seul avec lui-mme1 t&is qu'au contraire l'homme laborieux supporte pniblem5t *aque heure1 *aque in/ant qui entrave son activit4 ,le premi]1 p> la raison qu'il ne sait po9t vivre avec lui-mme1 *]*e des di/ractions extrieures2 le second tr\ve sa satisfaction dans son propre cur1 aprs l'avoir va9em5t p\rsuivie dans les runions de salons4 ,l'homme qui n'a aucune occupation srieuse1 aucune habitude de rflexion1 pr\ve un pr(ond loignem5t p\r t\t ce qui intresse les natures intellig5tes1 et1 p> bonheur p\r lui1 il n'ent5d dans le monde1 le plus s\v5t1 que des conv]sations frivoles et vides de s5s4 ,l'homme qui aime tudi] et p5s] pr\ve le mme loignem5t p\r ces fades entreti5s qui ne peuv5t ri5 lui appr5dre et qui ne lui donn5t aucune motion4 ,celui qui e/ d\ d'un c>actre facile et enj\ se plat dans la socit1 p>ce qu'il dom9e aism5t la volubilit du causeur indiscret4 ,celui qui e/ d'une humeur t5dre et mlancolique se s5t mal l'aise dans une runion1 p>ce qu'il e/ s\v5t oblig de cd] l'importance d'un t\rdi4 ,les petits esprits pr\v5t r>em5t de tels ennuis4 ,ils r5contr5t p>t\t des g5s de leur espce1 auxquels ils s'atta*5t de prime abord4 ,un sot g5tilhomme allem& disait avec raison3 ,un cavali] tel que moi tr\ve t\j\rs un cavali] qui le prs5te dans le monde4 ,oppress p> l'ennui1 l'homme *]*e naturellem5t sortir de cette inaction de l'esprit4 ,il faut p\r cela p>v5ir m\voir ses s5s1 son intellig5ce1 son corps et son me4 ,il e/ plus facile de s5tir que de p5s]1 de recevoir que de donn]1 et celui qui ne pr5d pas l'initiative1 aime assez qu'on la pr5ne env]s lui4 ,voil p\rquoi on s'en va avec empressem5t l o l'on espre tr\v] du m\vem5t1 de la gaiet1 du bruit4 ,voil p\rquoi on re*]*e les soires1 les bals1 les salons t9celants de lumire et de diamants1 les danses voluptueuses qui veill5t tant de vives s5sations2 ri5 de plus facile que de se procur] ces plaisirs factices2 quant ceux de la solitude1 on n'en j\it pas t\j\rs sans un c]ta9 ef=t4 ,c'e/ la /rilit de l'esprit qui fait fuir les plaisirs de l'intellig5ce1 qui fait que l'on se moque de t\t ce qui e/ vraim5t gr& et beau1 que l'on ddaigne les productions des meilleurs criva9s4 ,t\t ce qu'il y a de meilleur dans les uvres de la p5se dplat ces flegmatiques cratures du monde qui n'ont1 comme l'a dit un ,anglais1 ni la volont ni le p\voir de s5tir ces belles *oses1 qui ne *]*5t p>t\t qu'un passe-temps lg] et qui1 dans le vide de leur esprit1 le *]*5t p>t\t sans le tr\v]4 ,si un s5tim5t irrsi/ible les arra*e leur froide indiffr5ce ou leur ddaigneux sang-froid1 elles s'imag95t encore que1 p\r se di/+u] du peuple1 il convi5t de r=m] t\te manife/ation de plaisir1 d'admiration1 et d'affect] dans t\tes les circon/ances une fire impassibilit4 ,un homme bi5 organis occupe aism5t une place agrable dans la socit1 surt\t lorsqu'il e/ jeune1 gai et bi5 portant4 ,celui qui a l'me porte la tri/esse e/ plus difficile satisfaire4 ,quant aux natures vulgaires1 il faut1 p\r les m\voir1 les impressions vives et grossires4 ,les plaisant]ies triviales1 les mdisances1 le v91 le tabac1 le lib]t9age1 =m5t les li5s de leur communaut4 ,la dbau*e peut seule anim] l'indol5t ,sibri54 ,son intellig5ce e/ si pauvre1 si l\rde1 que ri5 de noble ne la frappe4 ,plus d'un jeune lgant1 plus d'une belle dame prirai5t d'ennui dans la ville la plus agrable1 s'ils ne savai5t *aque j\r qu'il y a telle maison o ils doiv5t se mettre table1 j\] et p]dre le temps4 ,c'e/ a9si que l'on c\rt de sema9e en sema9e1 d'anne en anne1 dans un t\rbillon p]ptuel1 que l'on =me *aque mat9 de n\veaux projets dont on ne se s\vi5dra plus le l5dema94 ,les hommes indol5ts1 quelque gt qu'ils ai5t p\r la socit1 ne tr\v5t nulle "p le plaisir qu'ils y *]*5t4 ,t\j\rs leur tte e/ vide et leur esprit emb>rass3 ils s'ennui5t sans cesse et rp&5t sans cesse l'ennui aut\r d'eux4 ,ils p>aiss5t occups et n'a*v5t ri52 ils c\r5t d'un air affair et se retr\v5t t\j\rs au mme po9t4 ,ils gmiss5t de la brivet du temps1 s\pir5t j\r et nuit1 en songeant la quantit de papi]s qui s'amass5t sur leur bureau et oubli5t que le travail seul p\rrait allg] ce f>deau2 ils s'effray5t de voir v5ir la f9 de l'anne et se dem&5t *aque mat93 ,qu& vi5dra donc le soir8 ,en t ils dsir5t tre en hiv]2 en hiv] ils rclam5t l't2 ces malheureux n'ont qu'un petit nombre d'ides et une impuissante rsolution1 et t\j\rs ils sont prts c\rir au lieu o il y a une occasion de caus] et d'ent5dre d'inutiles entreti5s4 ,cep5dant on ne manque pas t\j\rs son b en frqu5tant les runions du monde4 ,les relations sociales peuv5t tre un salutaire dlassem5t aprs le travail1 les s\cis de la j\rne1 et en reposant l'esprit1 elles lui donn5t un n\veau ressort4 ,ces relations peuv5t tre aussi d'une trs-gr&e utilit p\r les jeunes g5s4 ,elles s]v5t =m] leur jugem5t1 leurs manires1 et1 p\r les g5s de t\t ge1 la socit e/ une excell5te cole3 c'e/ l que l'on appr5d connatre les hommes1 que l'on se =me la complaisance et la mode/ie4 ,les pr9ces1 les gr&s peuv5t pr5dre l aussi des leons de sagesse et d'humanit en mme temps qu'ils y acquir5t la connaissance d'eux-mmes4 ,les p]sonnes d'un ordre infrieur doiv5t se s\v5ir aussi qu'elles russiront mieux auprs des dpositaires du p\voir p> l'lgance des manires1 p> un vrai bon ton que p> une basse s]vilit4 ,s\v5t aussi on re*]*e les relations sociales p\r ad\cir une pnible sollicitude1 une amre tri/esse et p\r dt\rn] son esprit de l'apprh5sion d'un malheur4 ,hlas6 la solitude console r>em5t le malheureux dont la tombe a enseveli l'unique joie1 qui t\j\rs voit devant lui et t\j\rs appelle une ombre adore1 qui donn]ait t\s les bi5s de la t]re p\r ent5dre une seule fois encore un acc5t de cette voix *rie qu'il n'ent5dra plus4 ,t\tes les =ces de son me s'puis5t dans ces regrets2 il ne connat plus ri51 il ne s5t plus ri5 que la d\leur et le dsespoir4 ,ceux-l r$\t5t aussi la solitude qui n'os5t int]rog] leur consci5ce4 ,combi5 il y en a qui trembl5t c]ta9s s\v5irs6 et quel *angem5t il faudrait qu'ils oprass5t en eux p\r p\voir retr\v] le repos1 p\r qu'une dissipation cont9uelle ne ft plus l'unique palliatif au cri de cette voix intrieure qui les p\rsuit dans l'isolem5t6 ,d'autres ont tromp le monde p> de fausses v]tus1 et cep5dant ils ne se s5t5t nulle "p aussi bi5 que dans le monde4 ,ils ont pratiqu avec o/5tation la philan?ropie1 rp&u des aumnes et fait beauc\p de bonnes uvres4 ,ils se sont c\rbs jusqu' t]re devant les ri*es et les gr&s1 ils ont l\ t\tes les extravagances des p]sonnages puissants4 ,a leurs yeux1 l'homme influ5t n'a jamais eu aucun dfaut3 ils n'ont reconnu de m*ancets ou de sottises que p>mi ceux qui ne j\issai5t po9t de la faveur populaire2 ils n'ont vu ni prjugs1 ni erreurs1 ni m5songe1 ni esclavage de la p5se dans le lieu qu'ils habit5t3 aussi ces tres sans dignit et sans di/9ction sont-ils bi5 accueillis p>t\t2 aussi sme-t-on des fleurs sur leur passage4 ,la solitude e/ s\v5t1 comme la religion1 reprs5te s\s des c\leurs si sombres1 que1 ri5 que d'y song]1 beauc\p de g5s y p]d5t leur gaiet4 ,ils n'ont rec\rs la solitude que lorsqu'ils sont malades1 s\cieux1 affligs1 c'e/--dire lorsqu'ils peuv5t pe9e en compr5dre l'utilit4 ,mais il ne faut pas connatre le c>actre de la religion et ne pas s5tir sa =ce p\r ne pas s'ab&onn] elle t\j\rs et dans les temps les plus heureux4 ,et il faut de mme ignor] t\te la j\issance qu'on pr\ve r5tr] au d$ans de soi1 t\tes les d\ceurs d'une vie retire et paisible1 p\r ne pas compr5dre qu'en se rfugiant dans la solitude1 dans c]ta9es circon/ances1 et en sa*ant employ] le temps qu'on y passe1 on s'acqui]t p> l une satisfaction cle/e4 ,on aurait gr& tort de se figur] qu'un homme e/ d'une nature misan?ropique et mprise t\tes les di/ractions p>ce qu'il s'loigne du monde1 p>ce qu'il ne se prcipite pas dans le t\rbillon des salons1 et l'on aurait gr& tort de d\t] de sa raison p>ce qu'il se s5t heureux et satisfait lorsqu'on le laisse seul avec lui-mme4 ,,*apitre ,,ii ,,du ,,p5*ant ,a ,,la ,,solitude4 ,le beso9 de s'loign] de t\t ce qui n\s aigrit1 n\s entrave1 n\s fatigue1 le dsir de tr\v] le repos et la j\issance de soi-mme1 voil ce qui con/itue le p5*ant la solitude4 ,les g5s du monde n'ont po9t l'ide de cette j\issance1 du mo9s le p5*ant la solitude n'e/ pas commun4 ,et il annonce une me qui ne se laisse po9t sduire p> les habitudes vulgaires4 ,le *anceli] ,bacon disait que ce p5*ant tait l'indice d'une sauvag]ie extrme ou d'une gr&e lvation de c>actre4 ,il e/ rem>qu] que ri5 ne conduit l'homme indol5t dans la solitude2 il y re/e p> l'effet de sa p>esse flegmatique4 ,le gt de la solitude n'e/ p> consqu5t pas t\j\rs le rsultat d'une vive impulsion3 c'e/ quelquefois celui de la non*alance4 ,alors ce n'e/ plus un lan1 c'e/ une *ute de l'me4 ,la honte et le rep5tir1 les actions ins5ses1 les dceptions1 quelquefois une maladie1 peuv5t bless] si pr(ondm5t l'esprit1 qu'il veuille port] sa plaie dans la solitude et qu'il r5once t\s les plaisirs de la socit4 ,en p>eil cas1 le gt de la solitude e/ peu prs p\r l'me ce que la prop5sion au sommeil e/ p\r le corps fatigu4 ,la satit dcide aussi beauc\p de p]sonnes s'loign] du monde4 ,le philosophe ,hraclite1 que la socit ennuyait1 dev9t misan?rope3 il tablit sa demeure dans une montagne et se n\rrit de rac9es1 ent\r de btes sauvages1 c> il tait las de t\t le re/e4 ,une telle conduite annonce plus de faiblesse que de =ce1 plus d'indol5ce que de passion4 ,celui qui a j\i de t\t ce que le monde e/ime et peut donn]1 celui qui1 aprs de longs ef=ts1 a obt5u la gloire1 la =tune1 la puissance1 les honneurs1 et qui1 aprs t\t1 se dit que t\t e/ vanit2 celui qui1 aprs avoir t aiguillonn p> la passion1 comme un *eval p> l'p]on1 en vi5t ne plus pr\v] aucune passion1 celui-l e/ rassasi4 ,il ne se rfugie po9t1 il e/ vrai1 au milieu des btes fauves1 il ne se n\rrit po9t de plantes sauvages1 mais la solitude e/ son d]ni] asile4 ,combi5 de gr&s p]sonnages j'ai vus dans cette situation6 c> l'homme1 plac dans une situation infrieure1 ne tombe pas si bas2 leurs curs ne ress5t5t plus aucun dsir1 ils aimai5t encore la vie1 le re/e n'avait plus de prix leurs yeux2 la solitude tait leur d]ni] asile4 ,le p5*ant la solitude provi5t donc d'abord du beso9 de fuir t\t ce que n\s hassons dans le tumulte du monde1 puis du beso9 de rec\vr] le calme et l'indp5dance1 puis ensuite1 p\r un esprit s5s1 du beso9 de gt] le bonheur non envi que l'on tr\ve en soi-mme4 ,la plus gr&e flicit e/ le repos du cur et la lib]t de n'agir que selon sa volont et son p\voir4 ,celui-ci aime la solitude p>ce qu'il s'y repose sans tr\ble1 celui-l p>ce qu'il y travaille sans gne2 l'un et l'autre *]*5t galem5t la lib]t1 et c'e/ cet am\r de la lib]t qui conduit la solitude les c>actres biz>res1 les hypo*ondriaques1 les philosophes et les savants4 ,on pr\ve naturellem5t le dsir de r5tr] en soi-mme et de se repos]1 lorsqu'on a t =c d'agir malgr soi p\r les autres4 ,sans indp5dance et sans repos1 on n'aura po9t la vritable j\issance de soi-mme4 ,il y a des hommes1 peut-tre1 qui n'agiss5t jamais mieux que lorsqu'ils croi5t devoir se priv] de cette j\issance1 lorsqu'ils n'ont pas du mat9 au soir un in/ant p\r faire ce qu'ils veul5t4 ,il s]ait cruel de ne pas se rj\ir du bi5 que ,dieu n\s donne l'occasion de produire2 mais le monde dem&e une f\le de *oses que la ,provid5ce n'exige po9t de n\s1 des c\rses sans b1 des obligations inutiles1 des uvres de va9e politesse1 qui ne peuv5t tre considres comme un devoir srieux et d'o il ne peut rsult] ri5 de vraim5t bon4 ,peut-tre les pr(esseurs des univ]sits allem&es ne viv5t-ils si longtemps et en si p>faite sant que p>ce qu'ils ne sont t5us de faire la c\r p]sonne1 qu'ils p\rsuiv5t paisiblem5t1 utilem5t1 leurs travaux sans se laiss] fatigu]1 p>alys] l'esprit p> de frivoles proccupations4 ,ce que le sage dsire dans la contra9te de ses devoirs1 dans le tumulte de la socit1 c'e/ le repos4 ,dans les plus gr&es1 comme dans les plus humbles situations1 l'me aspire t\j\rs au repos comme au bonheur suprme#d4 ,pyrrhus considrait ce repos comme le b de ses longues gu]res1 et ,frdric le ,gr& s'criait1 aprs une bataille o il v5ait de remport] la victoire3 ,qu& f9iront mes t\rm5ts8 #d ,l'emp]eur ,joseph dem&ait un j\r au b>on de ,gro?as intrpide voyageur hanovri51 quel pays il v\lait encore visit]4 ,le b>on lui en nomma un gr& nombre4--,et ensuite8 dit l'emp]eur4--,alors1 rpliqua le b>on1 je revi5drai dans le ,hanovre plant] mes *\x4--,ah6 s'cria ,joseph avec autant de d\ceur que de raison1 allez-v\s-en donc de suite plant] vos *\x dans le ,hanovre4 ,l'artisan *>g d'un travail pnible1 le m9i/re qui v\drait r5dre un peuple heureux et qui ne peut y p>v5ir1 pr\v5t le mme dsir la f9 d'une longue j\rne1 et dem&5t le repos2 la mme esprance s\ti5t1 au milieu des temptes de l',ocan1 le cur du matelot2 t\tes les fatigues auxquelles il e/ condamn sont ad\cies p> la p]spective du calme et du bi5-tre qui l'att5d5t au port4 ,les rois se lass5t du trne et de l'tiquette qui les ent\re2 les gr&s se lass5t de leur p\voir1 et les c\rtisans de leur brillant esclavage4 ,t\s aim5t *app]1 lorsqu'ils le peuv5t1 au t\rbillon o ils sont jets1 et *]*] la tranquillit dans la solitude4 ,lorsque ,publius ,scipion occupait ,rome les premires fonctions de la rpublique1 il s'loignait s\v5t du monde p\r vivre dans la retraite2 il n'crivait pas des livres1 comme ,cicron1 mais il pesait en sil5ce les de/9es de ,rome et disait3 ,je ne suis jamais mo9s seul que lorsque je suis seul4 ,aprs avoir atte9t le plus haut degr de la puissance huma9e1 il quitta volontairem5t ,rome et se rfugia dans sa maison de campagne prs de ,lit]num1 p\r y a*ev] en sil5ce le c\rs de sa glorieuse c>rire4 ,cicron1 qui fixait sur lui t\s les reg>ds1 lorsqu'il g\v]nait encore le cur des ,roma9s1 ab&onna aussi cette gr&e cit du monde avec la rsolution de vivre seul4 ,rome n'avait plus p\r lui les *>mes de ses j>d9s de ,tusculum4 ,horace oubliait aussi1 dans sa solitaire retraite de ,tibur1 l'orgueilleuse vie des emp]eurs et les plaisirs tumultueux du premi] peuple du monde4 ,peu de pr9ces ont t]m9 leur vie aussi paisiblem5t que l'emp]eur ,dioclti54 ,il rgnait depuis v+t-c9q ans1 lorsqu'il rsolut de r5onc] au trne4 ,les livres n'avai5t po9t fait de lui un philosophe1 c> il n'en lisait aucun2 mais il fut le premi] des emp]eurs roma9s qui se s5tit assez gr& p\r se dp\ill] de la p\rpre s\v]a9e4 ,son rgne avait t con/amm5t heureux2 t\s ses ennemis tai5t va9cus et t\s ses projets accomplis3 l'poque de son abdication1 il n'tait g que de c9quante-neuf ans2 mais une faible sant lui r5dait difficile l'accomplissem5t de ses devoirs1 et il v\lut remettre les rnes du g\v]nem5t entre des ma9s plus jeunes et plus f]mes que les si5nes4 ,au milieu d'une va/e pla9e1 prs de ,nicomdie1 il monta sur un trne lev1 et1 dans une h>angue ple9e de raison et de dignit1 il annona au peuple et l'arme la rsolution qu'il v5ait de pr5dre2 puis1 montant dans une voiture c\v]te p\r se drob] aux reg>ds de la f\le surprise1 il alla s'enf]m] dans sa retraite de ,salone1 en ,dalmatie4 ,l1 cet homme1 qui1 des rangs du peuple1 s'tait lev la dignit impriale1 vcut encore neuf ans4 ,les sci5ces ne p\vai5t *>m] sa solitude2 mais il avait du gt p\r les plus innoc5tes j\issances de la vie3 il con/ruisit un palais magnifique dont on contemple encore avec tonnem5t les ru9es4 ,il cultivait des j>d9s4 ,on sait la rponse qu'il fit un j\r son anci5 collgue ,maximi51 qui avait quitt le p\voir avec lui et qui le pressait de remont] sur le trne3 ,si tu p\vais voir1 lui dit ,dioclti5 avec un s\rire de compassion1 t\tes les plantes que j'ai moi-mme cultives ,salone1 tu ne me conseill]ais plus de r5onc] au bonheur que j'pr\ve ici p\r repr5dre le sceptre4 ,znobie1 cette re9e clbre de ,palmyre1 +rate lve de ,long91 cette femme qui lisait ,homre et ,platon1 qui galait en beaut les femmes les plus r5ommes1 et qui les surpassait en sagesse et en c\rage1 cette hrone qui se r5dit r$\table aux ,arabes1 aux ,armni5s1 aux ,p]ses1 et qui remporta mme la victoire sur une arme roma9e1 fut enf9 battue p> l'emp]eur ,aurlius1 et faite prisonnire4 ,son c\rage l'ab&onna1 et ses amis s'loignr5t d'elle4 ,elle se retira ,tivoli1 dans une maison de campagne dont l'emp]eur lui avait fait prs5t1 et supporta son malheur avec dignit4 ,les d\ces joies de la solitude la consolr5t de la p]te d'un trne1 et la philosophie lui fit oubli] sa gr&eur van\ie4 ,l'emp]eur ,*>les-,qu9t ensevelit dans le mode/e et solitaire c\v5t de ,sa9t-,j1 en ,espagne1 l'ambition et les projets gigantesques qui1 p5dant un demi-sicle1 avai5t agit t\te l',europe et m5ac t\s les peuples4 ,l'emp]eur de la ,*9e ,ki5-,long1 qui fut le pre de ses sujets1 joignait aux qualits les plus leves un gr& p5*ant au repos et la solitude4 ,il e/ l'auteur d'une tr5ta9e d'ouvrages4 ,dans un petit pome sur le ?1 qu'il composa une p>tie de *asse hors de la gr&e muraille1 il s'crie3 ,que ne puis-je1 comme un anci5 sage1 vivre des fruits d'une espce de sap91 af9 de p\voir m'entret5ir librem5t avec moi-mme et n'avoir ri5 d'autre dsir]6 ,il arrive aussi1 comme n\s l'avons dj dit1 qu'on s'loigne des hommes p> hypocondrie4 ,la situation dans laquelle l'me tombe e/ une s\rce int>issable de *agr9s qu'on n'aime po9t confi] aux autres et qu'on g>de p\r soi4 ,accabl p> un f>deau dont il ne peut se dlivr]1 et le cur rempli des s5sations les plus pnibles1 un hypo*ondriaque n'ose se montr] dans une runion joyeuse ni s'associ] aucun lan de gaiet2 p>t\t o il va malgr lui1 il se s5t l'esprit l\rd et la tte emb>rasse4 ,t\tes les j\issances de la vie sont p\r lui empoisonnes1 et t\s les ressorts de l'esprit anantis1 lorsque1 p> des in/ances indiscrtes ou p> une f*euse politesse1 on le =ce all] dans un salon4 ,il y porte la tri/e conviction qu'il ne convi5t po9t aux autres hommes1 et que peu d'hommes lui convi5n5t2 qu'on ne le compr5d po9t1 p>ce que l'on n'entre pas dans l'analyse de sa situation1 et cette ide suffit p\r lui donn] l'app>5ce d'un homme sans savoir et sans facults intellectuelles4 ,avec cette s\ffrance1 qui branle les plus lg]s fils de l'imag9ation1 avec cette p9e dans le cur1 on n'pr\ve que le beso9 de re/] seul1 de se drob] aux reg>ds du monde4 ,dans sa retraite1 on ne tr\ve pas t\j\rs le repos1 mais on peut se dire3 ,ici1 je suis libre et indp5dant2 ici1 je puis faire ce que je veux1 je ne s]ai tortur p> aucune politesse importune1 p> aucun entreti5 fatigant1 p> aucune p5se m*ante1 et l'on re/e a9si p5sif et solitaire1 tant qu'on ne tr\ve p]sonne qui l'on puisse dire ce que l'on s5t1 p]sonne qui puisse compr5dre ce d\l\reux tat de l'me et l'accept] avec d\ceur1 prud5ce et affection4 ,on s'loigne aussi quelquefois de la socit p> la rpugnance que n\s donn5t les jugem5ts faux et ac]bes qu'on y ent5d =mul]4 ,celui qui veut s'affran*ir de t\s les prjugs et de t\tes les op9ions communes2 celui qui ne peut *ang] sa faon de voir les *oses au mo9dre v5t qui s\ffle sur la ville2 celui qui a trop de lib]t dans ses ides p\r v\loir se laiss] conduire p> les autres1 et trop de raison p\r v\loir dirig] ceux qui l'ent\r5t2 celui qui aime vivre avec son sicle1 qui se rj\it de t\s les progrs des connaissances huma9es1 celui-l s'loigne volonti]s des runions o l'on ne sait apprci] ni ce qui e/ gr& ni ce qui e/ beau4 ,il p\rsuit ses tudes en sil5ce1 et s'atta*e sa retraite *aque fois qu'il obs]ve l'esclavage de l'esprit1 les erreurs populaires1 et ces g5s dont l'me1 comme dit ,%akespe>e1 c\rt t\j\rs sur les gr&es r\tes4 ,il ne faut pas considr] comme une preuve du progrs des lumires l'accord gnral des op9ions sur *aque "q4 ,la lib]t individuelle de p5s] et de jug] selon des vues p>ticulires annonce1 au contraire1 plus de m\vem5t1 d'intellig5ce4 ,si t\s les habitants d'une ville sont en t\t du mme avis et que p]sonne n'ait une op9ion soi1 on peut dire qu'il y a dans cette ville une pidmie d'extravagance dans la l\ange comme dans le blme4 ,le gt de la solitude peut donc natre de la nature mme de ces lieux o l'on n'ent5d =mul] que des op9ions faites d'avance1 o il rgne p]ptuellem5t un ton uni=me1 qui n'e/ jamais le meilleur2 o la passion donne des ailes t\tes les erreurs1 et une influ5ce puissante1 une autorit irrsi/ible t\s les prjugs4 ,on ne peut pas t\j\rs admettre la croyance des autres4 ,peut-tre a-t-on t lev d'une manire diffr5te1 peut-tre a-t-on pris d'autres habitudes4 ,alors on se tr\ve mal l'aise dans ces socits o le gt1 la littrature1 sont dom9s p> des prjugs absolus o p> l'effet de l'orgueil1 de l'ignorance de ceux qui se sont tablis les oracles de l'op9ion publique2 t\t ce qui n'e/ pas re/re9t dans la raison de ces tres borns1 t\t ce qui s'c>te d'un plat niveau1 t\te uvre importante1 t\te action recomm&able devi5t ouv]tem5t l'objet d'une amre critique et d'une affreuse mutilation4 ,un homme jal\x de sa lib]t ne se c\rbe po9t s\s ces *anes d'esclave2 il ne peut se s\mettre au despotisme de ces prt5dus beaux esprits qui1 de leur misrable tribunal1 rp&5t des flots de fiel sur t\s ceux de leurs contempora9s qui ont acquis quelque di/9ction1 sur t\s ceux qui se signal5t p> leur tal5t ou leur c\rage3 criva9s1 philosophes1 lgislateurs1 gnraux et pr9ces4 ,il e/1 p> consqu5t1 trs-facile de compr5dre le gt de la solitude1 o il e/ de bon ton de considr] comme une sottise t\t ce qui e/ bi51 et o l'on p\rrait dire *aque j\r1 avec mon ami ,frdric de ,/olb]g3 ,p\r les beaux esprits de notre temps1 l'amiti1 l'am\r1 la vrit1 la nature1 le c\rage1 la patrie et la religion1 sont des mots vides de s5s1 qui affect5t dsagrablem5t l'oreille1 comme des sons discordants4 ,l1 en effet1 les criva9s les plus illu/res sont traits1 p> les g5s les plus mdiocres1 comme des misrables revtus de haillons4 ,l1 les femmes qui pass5t leur vie devant une glace1 qui ne sav5t s'entret5ir que de gaze et de rubans1 p>l5t avec dda9 de t\t ce qui a un c>actre de vie et d'lvation4 ,l1 on ne se p]mettrait pas d'exprim] un loge avant d'avoir consult l'oracle du lieu1 avant d'avoir appris p> lui quelle op9ion il e/ conv5able de manife/]4 ,l1 un criva9 qui ne p>tage po9t les ides dom9antes e/ puni de la rem>que la plus ju/e1 de l'expression la plus librale1 comme s'il avait v\lu att5t] la tranquillit de l'tat et port] p>t\t le dsordre4 ,l'arrogance et le faux esprit1 l'envie et l'intolrance ont1 de t\t temps1 *ez les peuples les plus clbres1 afflig les hommes de bi54 ,david ,hume tait un homme d'une nature d\ce et tranquille4 ,nulle ta*e n'a1 dans le c\rs de sa vie1 s\ill sa rputation de v]tu4 ,sa bont de c>actre ne l'ab&onnait ni dans le monde ni *ez lui4 ,il cons]va sa tranquillit dans le temps mme o ses adv]saires le livrai5t aux plus grossires raill]ies4 ,il lisait avec un calme imp]turbable les affreux libelles lancs contre lui4 ,les pauvres mmes de son vois9age1 que ses ennemis lanai5t contre lui1 obs]vai5t avec respect et gratitude son humanit et ses actes de bi5faisance4 ,dans t\tes les occasions1 sa conduite tait f]me1 honorable et loigne de t\te va9e pompe et de t\te affectation4 ,il tait d'un abord facile1 et ri51 dans son extrieur et dans son entreti51 n'annonait le pdantisme du savant4 ,son affabilit n'tait que l'pan*em5t naturel et vrai d'un bon cur4 ,hume a1 il e/ vrai1 abus de ses tal5ts en attaquant la religion2 mais ses murs aurai5t pu tre cites p\r exemple dans des temps o le *ri/ianisme n'avait ri5 p]du de sa puret primitive4 ,il avait cette =ce d'me1 cette bont de cur qui ennoblit l'homme dans t\s les pays1 dans t\s les temps1 et l'lve au rang des plus gr&s et des meilleurs esprits4 ,c'e/ a9si qu'en ,anglet]re1 la po/rit imp>tiale juge ,david ,hume1 mais il n'tait pas jug a9si p> ses contempora9s4 ,quel dsir ne dut-il pas pr\v] de s'enfuir du monde aprs l'preuve qu'il en avait faite1 et de se retir] dans la solitude6 ,il vivait cep5dant une poque claire1 au milieu d'un peuple in/ruit et intellig5t4 ,le scepticisme de ,hume ne fut probablem5t pas la seule cause de t\s les outrages qu'on lui fit subir en ,anglet]re4 ,la ha9e nationale contribua sans d\te irrit] les ,anglais contre lui4 ,hume tait cossais2 mais la rage d*ane contre lui pntra jusqu'en cosse4 ,on ne peut lire sans une d\l\reuse motion le rcit qu'il a fait lui-mme de t\t ce qu'il a eu s\ffrir comme criva9 en ,anglet]re1 en cosse et en ,irl&e4 ,hume paya1 p> ses s\ffrances1 le tribut que t\t homme clbre doit aux esprits faux4 ,mais les g5s raisonnables n'aurai5t pas d se laiss] g\v]n] p> ces esprits faux4 ,t\s les gr&s philosophes du cont95t reg>dai5t les crits de ,hume comme des *efs-d'uvre d'exposition philosophique1 et admirai5t la fois sa f9esse1 sa pr(ondeur et son lgance4 ,si je ne me trompe1 ce fut ,sulz] qui1 le premi]1 rvla aux ,allem&s le mrite de cet criva94 ,comme hi/ori51 ,hume a le mme tal5t que ,voltaire1 avec plus de gravit et de pr(ondeur1 et il e/ vraisemblable que ,voltaire a plus pr(it de ,hume que ,hume de ,voltaire4 ,avec t\tes ces qualits1 ,hume fit sur ses compatriotes une impression dont ils aurai5t d r\gir4 ,on a pe9e croire ce qui lui arriva lorsqu'il publia ce livre4 ,v]s la f9 de l'anne #agch1 il fit p>atre son ,trait sur la nature de l'homme4 ,jamais1 dit-il1 db littraire ne fut plus malheureux4 ,ce trait sortit de la presse mort-n et n'excita pas la plus lgre s5sation2 il fondit la premire p>tie de ce travail dans ses ,re*]*es sur l'ent5dem5t huma91 qui p>ur5t en #agdh1 lorsqu'il tait ,tur94 ,a son ret\r en ,anglet]re1 il apprit avec humiliation que cette uvre n'avait pas veill la mo9dre att5tion4 ,une n\velle dition de ses ,essais moraux et politiques qui fur5t publis ,londres peu prs la mme poque1 n'obt9t pas plus de succs4 ,il considrait ses ,re*]*es sur les pr9cipes de la morale comme le meilleur de ses crits1 et cep5dant elles ne fur5t pas mme rem>ques4 ,hume comptait sur le succs de l',hi/oire de la maison de ,/u>t1 publie en #aged1 et ce fut encore p\r lui une n\velle dception4 ,de t\tes p>ts des cris de repro*e1 de colre1 d'horreur mme1 s'levr5t contre lui4 ,anglais1 cossais1 :igs et torys1 philosophes et g5s religieux1 patriotes et c\rtisans1 t\s se runir5t dans une mme fureur contre l'homme qui avait os s'att5drir sur le sort de ,*>les ,i] et du comte de ,/raf=d4 ,et pe9e cette viol5te rumeur tait-elle passe1 que ,hume eut l'humiliation de voir son livre plong dans l'oubli4 ,mill>1 son diteur1 lui assura que1 dans le c\rs d'une anne entire1 il n'en avait t v5du que qu>ante-c9q exemplaires4 ,deux p]sonnes seulem5t prir5t t*e de df5dre cet ouvrage3 le docteur ,h]+1 primat d',anglet]re1 et le docteur ,/one1 primat d',irl&e4 ,ces deux prlats crivir5t l'auteur de ne po9t se laiss] effray] p> t\t ce qui se disait contre lui4 ,cep5dant cet criva9 n]gique se s5tit dc\rag1 et il a lui-mme dcl> que1 si la gu]re n'avait pas clat entre la ,france et l',anglet]re1 il se s]ait retir1 s\s un nom suppos1 dans quelque prov9ce de ,france1 avec la f]me rsolution de ne pas r5tr] dans son pays4 ,mais comme ce projet tait alors irralisable1 et qu'il avait dj compos une gr&e p>tie de son n\vel ouvrage1 il se dt]m9a p\rsuivre son entreprise4 ,son ,hi/oire de la maison de ,tudor p>ut en #agei1 et s\leva1 dans la ,gr&e-,bretagne1 t\t autant de cris de rprobation que l'hi/oire des deux premi]s ,/u>ts4 ,enf9 ,hume quitta1 en #agfc1 les ctes d',anglet]re1 v9t ,p>is avec le comte de ,h]t=d1 et tr\va l une rception aussi honorable p\r les ,franais que p\r lui4 ,ceux qui ne connaiss5t pas1 dit-il mode/em5t1 les tonnants effets de la mode1 ne p\rrai5t se figur] l'accueil que je reu ,p>is des hommes et des femmes de t\t rang et de t\te condition4 ,plus j'essayais de me s\/raire ces excessives prv5ances1 plus on m'en accablait#e4 #e ,les savants et les philosophes p>isi5s fir5t plus p\r ,hume qu'ils n'euss5t fait p\r un roi4 ,lorsqu'il arriva ,p>is1 dit ,/ure1 t\s les criva9s tai5t impati5ts de le voir1 p>ce que1 disait-on1 c'tait un homme d'un esprit inf9i4 ,a pe9e avait-il pos un pi$ sur le cont95t1 que les premires cot]ies intriguai5t p\r l'attir] elles4 ,une lgante pr9cesse p>v9t s'emp>] de l'homme m]veilleux p\r le conduire dans le monde4 ,on rp&it de t\s cts des invitations un s\p] dlicieux o se tr\v]ait monsieur ,ume4 ,il p>ut enf91 cet ,anglais sec et l\rd qui ne prononait pas un mot qu& ri5 ne l'intressait4 ,ri5 ne fut nglig de ce qui p\vait l'lectris]4 ,on ne p>lait que de ses *>mants ouvrages1 que p]sonne ne p\vait lire1 et du pr(ond gnie de messieurs les ,anglais4 ,mais t\t fut inutile3 l'+rat re/a froid et sil5cieux4 ,ceux qui s'tai5t assembls aut\r de lui haussr5t les paules et se reg>dr5t l'un l'autre avec piti4 ,le l5dema9 on se disait l'oreille3 ,ce monsieur ,ume n'e/ qu'une bte2 un plaisant rep>tit3 ,c'e/ qu'il a f\rr t\t son esprit dans ses livres4 ,l'hi/oire de ,hume e/ ord9airem5t celle des hommes qui aspir5t tre prophtes dans leur pays4 ,quiconque prt5d voir un peu plus lo9 que ses concitoy5s1 et qui a la folie de v\loir publi] ce qu'il a dc\v]t1 veille aussitt l'animadv]sion gnrale4 ,il n'e/ pas un criva91 gr& ou petit1 qui ne soit ent\r de g5s plus petits que lui1 et t\s lui jett5t la pi]re4 ,v\s tr\v]ez t\j\rs1 dans votre ville natale1 des p]sonnes qui v\s donn]ont un vtem5t1 si v\s n'en avez po9t2 qui v\s n\rriront1 si v\s avez faim2 qui v\s aid]ont en ma9te occasion1 mais qui ne p]mettront po9t qu'on v\s r5de le mo9dre honneur4 ,les phsi5s disai5t1 dans leur esprit rpublica93 ,s'il y a p>mi n\s un savant1 qu'il sorte du pays et s'en aille ailleurs4 ,moi1 je dirai ce savant3 ,ne t'en va pas1 re/e dans ta demeure1 et vite tes concitoy5s1 non p\r les har1 mais p\r les oubli]4 ,cessons de v\loir que les hommes soi5t ce qu'ils ne peuv5t tre1 et pr5ons-les tels qu'ils sont4 ,il e/ vrai que1 lorsqu'on porte dans son me un s5tim5t idal de ce qui e/ beau et noble1 on e/ rvolt de voir des misrables s'rig] en pr(esseurs de sagesse et de vrit4 ,on s\ffre aussi d'ent5dre =mul] une p5se fausse1 qu& on songe que cette p5se se communique de c]cle en c]cle1 et devi5dra en peu de j\rs l'op9ion gnrale4 ,mais1 puisqu'il e/ impossible aux beaux esprits de cette poque d'avoir un jugem5t quitable1 puisqu'en matire de littrature1 *aque ignorant et *aque folle se croi5t en droit de donn] leur avis1 puisque la multitude se fait t\j\rs une ide fausse de ce qu'il y a de plus intime dans le cur huma91 rsignons-n\s donc t\tes ces sottises et s\v5ons-n\s que ri5 au monde n'e/ plus r>e que de tr\v] un bon juge4 ,ne n\s abaissons pas non plus jusqu' n\s irrit] contre ces pauvres g5s qui jas5t sans cesse sans savoir ce qu'ils dis5t2 ne reg>dons po9t ces innoc5ts ins5ss comme des s]p5ts et des scorpions1 ils ne *]*5t pas t\j\rs faire le mal2 levons-n\s au-dessus de ces misrables murmures que provoque en t\s lieux l'aspect d'un homme qui a veill quelque att5tion4 ,ne *]*ons po9t contr$ire l'op9ion de ceux que le raisonnem5t ne peut conva9cre2 il e/ plus facile de gagn] leur cur1 et1 lorsque leur affection n\s e/ acquise1 n\s p\vons dirig] leur esprit4 ,il ne faut pas f\l] aux pi$s les fleurs que ,dieu fait natre sur notre r\te2 il ne faut pas fuir le monde avant de n'y tr\v] ri5 de bon4 ,que *acun juge selon ses petites ides1 et que ce jugem5t soit la rgle et la loi d'une ville ou d'un pays1 qu'importe1 si n\s en rions8 ,ne murmurons pas1 lors mme que n\s ne p\rrions surmont] les dfauts des hommes1 mais appr5ons les support]4 ,a la c\r1 dans les villes1 dans les lieux les plus retirs1 p>t\t la calomnie a p\rsuivi celui qui ne s'ab&onnait po9t au torr5t de la f\le4 ,voil p\rquoi les hommes sages r5onc5t au suffrage de la multitude4 ,ils s'en vont l'c>t1 af9 de ne plus port] ombrage p]sonne1 mais ils ne sont pas alors exempts de misan?ropie4 ,solon se r5f]ma dans sa demeure lorsqu'il ne fut plus en tat de rsi/] la tyrannie de ,pisi/rate2 il dposa ses armes en disant3 ,j'ai assez df5du les lois de mon pays4 ,et il se mit faire des v]s contre les ,a?ni5s4 ,un c\rtisan n'aurait ni cur ni entrailles1 s'il n'pr\vait p>fois le dsir de quitt] les gr&eurs p\r la paix des *amps4 ,il e/ impossible qu'il voie sans *agr9 et sans dgt que s\v5t on n'obti5t de faveur la c\r que p> un mti] s]vile1 que des femmes p]d5t leur j\rne *ang] de va9s propos1 rire de t\tes les v]tus1 ridiculis] le mrite1 et n'e/im5t que celui qui s'lve p> des s]vices avilissants4 ,l1 on doit voir aussi d'un il de piti les ruses et les subt]fuges que l'on emploie p\r tromp] les pr9ces et s\v5t p\r aveugl] les plus clairvoyants4 ,l1 on doit ress5tir un pr(ond mpris p\r t\tes les cabales que les petits ourdiss5t contre les gr&s1 p\r la satisfaction avec laquelle on dc\vre dans celui dont on envie le p\voir une ta*e1 un dfaut4 ,dion tait ha1 envi et p]scut p> les c\rtisans de ,d5ys le ,jeune1 p>ce qu'il ne vivait pas comme eux1 p>ce qu'il ne se montrait pas assez s\v5t dans leurs runions1 et qu'il n'aimait ni leurs entreti5s ni leurs op9ions4 ,ces c\rtisans donnai5t ses v]tus les app>5ces du vice1 ils le calomniai5t prs de ,d5ys3 ils appelai5t sa gravit de l'orgueil1 sa fran*ise de l'arrogance et de l'op9itret4 ,ils l'accusai5t de faire des satires qu& il v\lait donn] un bon conseil1 et de mpris] leurs dsordres qu& il ne v\lait po9t s'y associ]4 ,malgr ces mauvaises passions1 il ne faut po9t har les hommes3 on peut mpris] les sots et les faux jugem5ts1 mais ils ne sont po9t dignes qu'on les hasse4 ,la ha9e e/ l'ext9ction de l'am\r2 et que s]ait la vie sans l'am\r8 ,d'un premi] degr d'loignem5t l'g>d des hommes1 il e/ facile d'en v5ir une affreuse misan?ropie4 ,celui qui s'irrite de t\tes les folies et de t\tes les faiblesses qu'il rem>que1 celui qui s'arrte trop longtemps aux *oses qui le bless5t1 hait les hommes ds qu'ils l'(f5s5t4 ,alors1 son c>actre s'aigrit1 il obs]ve lui-mme d'un po9t de vue faux1 et juge mal t\t ce qui attire son att5tion2 alors il devi5t s\ponneux1 susceptible1 m*ant1 et lorsque enf9 la passion l'emporte1 peut-tre1 dans sa fureur aveugle1 en vi5t-il jusqu' dsir]1 avec ,m4 de ,sa9t-,hyac9!1 de p\voir habit] une le ds]te p\r y massacr] t\s les malheureux que la tempte y jett]ait dp\ills de t\t et sans df5se4 ,je me rappelle encore avec horreur un de ces mon/res que j'ai t quelquefois oblig de voir en ,suisse4 ,cet ennemi des hommes ne se n\rrissait que du v59 de la *icane4 ,qu& j'appro*ais de lui1 il me semblait voir des s]p5ts s'agit] sur sa p]ruque sale et en dsordre4 ,des ta*es r\ges et bleues c\vrai5t son visage2 le plus affectueux de ses reg>ds1 luisant trav]s de noirs s\rcils1 tait comme un reg>d inf]nal4 ,a *aque p>ole1 il v\s (frait la p]spective d'un procs4 ,le mal tait son lm5t2 sa maison tait dev5ue le refuge de t\s les esprits turbul5ts1 de t\s les ennemis du repos public4 ,il s\t5ait *aque inju/ice1 p\rsuivait t\s les honntes g5s1 c>essait les m*ants1 attirait lui avec empressem5t les calomniateurs1 recueillait prcieusem5t t\s les m5songes3 c'tait1 en un mot1 l'avocat du diable et le pre d'une ,furie4 ,cet tre affreux se tr\vait =t bi5 d'un tel g5re de vie3 *aque j\r1 il se prp>ait en sil5ce quelques-unes de ses j\issances misan?ropiques1 et se disait heureux dans sa solitude4 ,le malheureux ,timon de ,luci5 avait des motifs de ha9e contre les hommes3 il n'tait pas beso9 qu'il et rec\rs aux sophismes ni la *icane p\r se complaire dans sa sauvage philosophie4 ,ce co9 de t]re1 disait-il1 s]a ma demeure et mon tombeau4 ,j'abhorre t\t ce qui porte le nom d'homme1 et les relations sociales1 l'amiti1 la compassion1 ne me t\*]ont plus4 ,pla9dre les malheureux1 sec\rir ceux qui sont dans le beso91 e/ une faiblesse et un crime4 ,je veux a*ev] ma vie dans la retraite comme les btes fauves1 et p]sonne autre que ,timon ne s]a l'ami de ,timon4 ,t\s les hommes ne sont mes yeux que des fripons ou des sclrats1 et je reg>de les rapports que l'on peut avoir avec eux comme une pr(anation ou une sotte plaisant]ie4 ,maudit soit le j\r o l'un d'eux se montra devant moi6 ,je ne veux voir les hommes que comme des blocs de pi]re ou d'aira94 ,po9t de paix avec eux et po9t de relation6 ,que ma solitude soit une b>rire infran*issable entre le monde et moi1 et p>5ts1 amis1 patrie1 va9s noms que les f\s seuls respect5t4 ,je mprise t\t loge1 et j'abhorre la vile flatt]ie2 je ne veux tr\v] de plaisir qu'en moi-mme2 je veux sacrifi] seul aux dieux1 et seul assi/] mes banquets4 ,je veux tre mon unique vois9 et mon unique compagnon1 pass] ma vie t\t seul et m\rir t\t seul4 ,je veux me di/+u] et m'illu/r] p> mon c>actre sombre1 p> l'tranget de mes murs1 p> ma colre cruelle1 p> mon inhumanit4 ,si un homme1 prs de m\rir dans les flammes1 me supplie de les te9dre1 j'y jett]ai de l'huile p\r en augm5t] l'ardeur4 ,si un homme1 entran p> un torr5t1 lve ses ma9s v]s moi et implore mon sec\rs1 je le pr5drai p> la tte et je le plong]ai dans l'onde p\r qu'il y prisse4 ,on sait quelle cause trs-naturelle ,luci51 l'un des plus spirituels criva9s qui ai5t jamais exi/1 attribue l'trange folie dont n\s v5ons de lire l'expression4 ,tel e/ le d]ni] degr de rage auquel l'inju/ice et l'+ratitude1 et les m*ancets de t\te sorte1 peuv5t conduire un homme qui1 dans le pr9cipe1 aurait t bon et gnreux1 comme l'tait ,timon4 ,il y a aussi des hommes qui n'ont se pla9dre de p]sonne1 qui se retir5t l'c>t1 p>ce qu'ils hass5t la lumire1 et qui ne sort5t de leur retraite que dans l'obscurit4 ,c'e/ a9si que se glisse dans l'ombre l'envie1 cette hideuse passion4 ,les ,c>abes dis5t que l'envie fut la premire crature qui p>ut sur la t]re4 ,elle rp&it le mal la surface du monde1 et elle se croyait belle1 lorsque t\t c\p1 ap]cevant le soleil1 elle c\rut se ca*]1 p\r ne plus se montr] que p5dant la nuit4 ,mais il exi/e un gr& nombre d'hommes qui re*]*5t la solitude sans hypocondrie1 sans ha9e1 sans le mo9dre s5tim5t indigne d'un vritable philosophe2 ils la *]*5t p> le dsir d'tudi] en paix les uvres les meilleures de t\s les temps et de t\s les peuples4 ,ils p\rsuiv5t avec ardeur ce b *ri1 et ne hass5t que ce qui les entrave dans leurs p5ses de prdilection4 ,p\r une belle me1 la solitude e/ le contre-poison de la misan?ropie4 ,ceux qui pr\v5t le beso9 de travaill] leur propre p]fection1 ceux qui veul5t dploy] en lib]t leurs =ces et leurs facults1 ceux qui veul5t avoir plus d'action que l'on n'en a ord9airem5t dans le c\rs j\rnali] de la vie1 ceux qui aspir5t tre quelque *ose p\r les hommes qu'ils ne connaiss5t pas encore1 et dont ils ne sont pas connus1 ceux-l peuv5t bi5 pr\v] une noble rpugnance p\r les va9es di/ractions et les /riles plaisirs des socits frivoles4 ,l'esprit et le cur s'lv5t alors1 se raviv5t et se =tifi5t dans la solitude4 ,voil p\rquoi la solitude a t\j\rs t si *re aux philosophes1 aux potes1 aux orateurs1 aux hros1 t\s les hommes enf9 qui v\lai5t s'lev] au-dessus de l'horizon vulgaire et accrotre leurs connaissances4 ,homre a pe9t les lieux solitaires de la ,grce et de l',italie avec une telle vrit1 dit ,cicron1 que n\s voyons p> ses descriptions ce que lui-mme n'avait po9t vu4 ,dmo/hne se retire dans une *ambre s\t]ra9e1 lo9 des rumeurs d',a?nes1 s'enf]me l p5dant des mois enti]s1 et se fait ras] la moiti de la tte p\r n'tre pas t5t de quitt] cette retraite1 o il crivait ses h>angues4 picure passe ses j\rnes dans un j>d94 ,les hros les plus clbres de la ,grce et de ,rome p>tageai5t leur temps entre les livres et les armes1 entre les proccupations de la gu]re et les travaux sil5cieux1 et se di/+uai5t la fois p> la philosophie et p> les exploits militaires4 ,sa9t ,jrme crivit dans un affreux ds]t ses livres ple9s d'une loqu5ce sublime1 et1 du fond de l'obscurit1 ses uvres rp&ai5t au lo9 la lumire4 ,les druides de l'anci5ne ,bretagne1 de la ,g]manie et des ,gaules fuyai5t les villes ds qu'ils n'avai5t plus aucun devoir public y remplir1 vivai5t dans les =ts1 donnai5t1 l'ombre des vieux *nes1 leurs leons la jeunesse4 ,ils tai5t les prtres1 les lgislateurs1 les mdec9s1 les philosophes de leur nation4 ,joseph ,,ii1 le plus gr& des emp]eurs d',allemagne1 et quelques rois qui e/imai5t le g5re huma9 plus que leur c\ronne1 ont quitt l'tiquette de leurs palais p\r vivre d'une vie plus simple qui les rappro*ait des autres hommes4 ,wiel&1 dont les ,allem&s aim5t prononc] le nom et rappel] les uvres inspires p> les ,grces1 crivit1 dans une petite ville de la ,s\abe1 ,bib]i*1 ces livres qui devai5t faire l'orgueil de ses compatriotes4 ,comm5t les philosophes illu/res1 les hommes d'tat di/+us ont-ils acquis leur r5omme8 ,ari/ote a-t-il crit ses livres p>mi les c\rtisans du roi de ,macdo9e8 ,platon a-t-il fait les si5s la c\r de ,d5ys8 ,non1 t\s ces hommes d'un esprit si lev re*]*ai5t le sil5ce de la retraite4 ,aj\tons t\tes les raisons qui conduis5t l'homme dans la solitude deux causes encore1 la religion et le fanatisme4 ,la religion entrane l'homme dans la solitude p> les motifs les plus nobles et les plus levs1 p> les convictions les plus pr(ondes1 p> les beso9s du cur les plus vrais et les plus intimes4 ,le fanatisme e/ la dgnration de ces nobles p5*ants1 c'e/ le fruit d'un faux jugem5t1 d'un zle outr et d'une folle sup]/ition4 ,les mes vraim5t religieuses se s5t5t entranes v]s la solitude p> la cra9te que leur inspire l'aspect du monde et de ses dang]s4 ,peut-tre ont-elles tort de blm] p>fois1 dans l'ardeur de leur dvotion1 c]ta9s plaisirs innoc5ts4 ,mais1 p]suades que le monde ne peut leur procur] le bi5 suprme auquel elles aspir5t1 elles n'aim5t po9t dissip] leur vie en va9es di/ractions4 ,animes p> l'espoir de j\ir un j\r des flicits du ciel1 elles s'affran*iss5t des *oses d'ici-bas2 elles se font un devoir de r5onc] ds la jeunesse t\t ce que n\s devons quitt] l'heure de la mort1 aimant mieux avoir peur dans le c\rs de la vie p\r tre mo9s effrayes au mom5t o la vie n\s *appe4 ,a *aque reg>d qu'elles jett5t v]s l't]nit1 *aque pas qu'elles font v]s la tombe1 elles pr\v5t mo9s d'attraits p\r les j\issances de ce monde4 ,voil p\rquoi tant de ca?oliques *]*5t un refuge dans les clotres1 et ce s5tim5t religieux donne au cur et l'esprit une lvation devant laquelle je m'incl9e s\v5t avec humilit et avec des l>mes de d\leur dans le sil5ce de ma retraite4 ,les fanatiques fui5t le monde p>ce qu'ils se font une ide outre de la p]fection4 ,a *aque pas1 ils se croi5t plus prs du ciel1 et maudiss5t celui qui ne suit po9t la mme voie4 ,s\v5t1 ds leur jeunesse1 ils se sp>5t des enfants de leur ge comme p\r obir leur vocation3 ils s'loign5t des jeux les plus innoc5ts1 et ne montr5t au milieu d'une gaiet gnrale qu'un visage sombre4 ,en gr&issant1 ils devi5n5t l\rds1 grossi]s1 f\rbes et m*ants4 ,de leur gte obscur1 ils obs]v5t le monde sans compr5dre ce qui s'y passe1 ou ils le fui5t prcipitamm5t1 comme cet ins5s qui fuyait les hommes1 de peur qu'on ne lui casst son nez de v]re4 ,la faiblesse de leur jugem5t donne une s+ulire ardeur et une s+ulire mobilit leur imag9ation4 ,mais1 malgr leur folie1 ils sont heureux de leur isolem5t1 p\rvu que leur tte s'exalte et f]m5te librem5t4 ,d'autres g5s se retir5t encore dans la solitude p\r obir la mode4 ,c'e/ la c\tume qu'au comm5cem5t de l't1 t\tes les p]sonnes de bon ton et t\tes celles qui veul5t tre considres comme telles1 s'en aill5t la campagne et s'imag95t qu'il n'y a plus une me en ville4 ,ce n'e/ ni la fatigue du travail ni le gt de l'tude qui les conduit l2 c'e/ t\t simplem5t le dsir de transport] sa p>esse sur un autre ?tre et de dormir en paix1 au lieu de pass] la nuit dans le tumulte des bals4 ,le plus gr& avantage que ces g5s de la haute socit retir5t de la solitude1 c'e/ de ne plus expos] aux reg>ds de tant de tmo9s leur s+ulire faon de vivre2 mais l'ombre des =ts et les fleurs des valles ne produis5t sur eux aucune heureuse impression4 ,les dryades ne les r5d5t pas plus sages3 ils n'appr5n5t pas mieux p5s] ni mieux agir4 ,la plup>t de ces p]sonnages di/+us qui pass5t l't la campagne ne retir5t d'autre fruit de ce sj\r que de p\voir1 en r5trant la ville1 p>l] du bonheur et de la beaut des *amps1 bonheur qu'ils n'ont po9t s5ti1 beaut qu'ils n'ont po9t apprcie4 ,,*apitre ,,iii ,,des ,,inconv,,ni5ts ,,g5]aux ,,de ,,la ,,solitude ,le p5*ant la solitude ne se concilie pas t\j\rs1 comme n\s l'avons vu1 avec une p>faite rectitude de bon s5s1 ni avec un calme de c>actre dispos gliss] comme une ombre paisible sur le ?tre du monde4 ,il y a dj des inconvni5ts dans l'loignem5t ord9aire de la socit1 et l'on en r5contre de plus gr&s lorsqu'on fuit les hommes avec ob/9ation4 ,t\s les dfauts des solitaires ne sont po9t le rsultat de la solitude4 ,ils peuv5t prov5ir de div]ses autres causes1 et si on entre dans la solitude avec de mauvais p5*ants1 il e/ cra9dre qu'elle ne les augm5te4 ,n\s v\lons essay] de reconnatre les bons et les mauvais effets de la solitude1 selon les diffr5ts c>actres1 af9 de p\voir dire dans quel cas elle e/ nuisible et dans quel cas elle e/ dsir]4 ,n\s devons exam9] comm5t elle procure autant de satisfaction que les relations de socit1 et dans quel b il e/ utile que les hommes s'loign5t des autres hommes4 ,je ne p>l]ais po9t des inconvni5ts de la solitude1 si je ne v\lais crire1 comme beauc\p d'autres1 qu'un roman sur ce sujet2 mais mes int5tions sont plus srieuses4 ,l'homme1 dans l'oisivet de la solitude1 e/ comme une eau /agnante1 qui n'a po9t d'c\lem5t et qui se corrompt4 ,l'inaction complte ou la t5sion trop gr&e des =ces de l'esprit nuis5t galem5t au corps et l'me4 ,*aque organe du corps huma9 se fatigue dans un travail sans rel*e4 ,l'esprit se fatigue de mme lorsqu'il voit t\j\rs les mmes objets1 qu'il p\rsuit le mme labeur et porte le mme f>deau4 ,la solitude accable celui qui1 dans un tat de langueur1 ne peut s'occup] en lui-mme ni avec lui-mme4 ,il succombe au mo9dre ef=t1 lorsque le devoir ou la passion ne le ranim5t pas1 et l'ardeur de son esprit s'te9t dans un morne isolem5t1 dans une sombre mlancolie4 ,alors il convi5t de re*]*] la socit des hommes honntes et aimables1 jusqu' ce qu'on ait repris quelque gt au travail et qu'on retr\ve en soi-mme quelque satisfaction4 ,sans la v>it1 sans la di/raction1 l'homme s'eng\rdit dans la solitude1 lorsqu'il n'a pas assez de =ce p\r s\t5ir longtemps un difficile ef=t4 ,ses ides pr5n5t un c>actre de roideur et d'inflexibilit1 ses po9ts de vue lui sembl5t prfrables t\s ceux des autres1 et il f9it p> ne plus e/im] que lui-mme2 t&is qu'au contraire la socit amliore notre c>actre et nos habitudes1 en n\s acc\tumant support] la contradiction et vivre avec des p]sonnes qui ne p5s5t pas comme n\s4 ,il y a encore1 dans la solitude1 un autre dang]3 c'e/ qu'en s'y retirant1 on ne vi5ne se plaire trop soi-mme4 ,les g5til%ommes qui habit5t la campagne y contract5t s\v5t l'habitude de p>l] avec tant de roideur1 de s\t5ir avec tant d'op9itret les op9ions les plus draisonnables1 qu'il devi5t presque impossible de trait] une affaire avec eux4 ,platon disait que l'orgueil1 l'ob/9ation1 la roideur de c>actre1 tai5t un effet con/ant de la solitude1 et qu'on ne devait po9t en tre surpris1 p>ce qu'un homme qui vit seul ne songe plaire p]sonne autre qu' lui-mme4 ,il s'imag9e p\voir faire t\t ce qu'il veut1 p>ce que ses valets excut5t t\t ce qu'il ordonne4 ,il e/ difficile de dtruire le pr(ond respect que c]ta9s solitaires cons]v5t p\r leurs fantaisies et l'admiration qu'ils ont p\r eux-mmes4 ,intimem5t conva9cus que leurs ides sont d'une orig9e div9e1 qu'elles leur ont t inspires p> le ciel mme1 ils cit5t au tribunal de ,dieu comme des crim9els t\s ceux qui n'ont po9t ces mmes ides4 ,la solitude a aussi des inconvni5ts p\r les savants1 quelque classe qu'ils app>ti5n5t4 ,beauc\p de savants viv5t entirem5t seuls ou au milieu d'un c]cle trs-re/re9t1 et se tr\v5t hors de leur lm5t lorsqu'ils quitt5t leur cab9et d'tude4 ,on aura de la pe9e me croire1 peut-tre1 et cep5dant le fait que je vais rapport] e/ vrai4 ,dans une ville clbre d',allemagne1 du haut de la *aire1 les savants ont t in/amm5t pris de v\loir bi5 se prs]v] des dfauts ord9airem5t atta*s leur tat1 de l'irritabilit1 de la misan?ropie1 et du mpris de t\t ce qui n'entre pas dans le c]cle ord9aire de leur vie ou de leurs occupations4 ,il leur a t recomm& de ne plus tre si fi]s et si ambitieux1 de trait] *>itablem5t la faiblesse1 l'ignorance1 l'erreur2 d'in/ruire celui qui se trompe au lieu de l'(f5s]1 de ne po9t port] sur t\tes *oses un jugem5t absolu et s\v5t un jugem5t sans raison4 ,il leur a t recomm& aussi de se mettre la porte de *acun1 d'ent5dre sans colre celui qui exprime mode/em5t une ide oppose la leur1 de recevoir des leons avec le mme empressem5t qu'ils mett5t en donn]1 et enf9 de ne po9t mpris] les qualits1 les op9ions qui leur sont trangres et les occupations utiles des autres hommes4 ,je ne sais quel fut le rsultat de cette admone/ation2 ce qu'il y a de sr1 c'e/ que le manque d'usage porte les savants se reg>d] comme d'importants p]sonnages1 et qu'ils en vi5n5t p> l mme acqurir s\v5t =t peu d'importance aux yeux des autres4 ,il en e/ qui1 p> l'habitude de disc\rir leur aise dans leur cole1 sont =t surpris qu'on veuille pr5dre la p>ole devant eux4 ,il en e/ qui pr5n5t1 dans le petit c]cle o leur vie e/ conc5tre1 une confiance si prsomptueuse en eux-mmes1 qu'ils la port5t p>t\t o ils se tr\v5t4 ,il en e/ enf9 qui1 en se plongeant dans leurs livres1 oubli5t si compltem5t les hommes1 qu'ils rvolt5t le s5tim5t moral de quiconque les c\te4 ,leurs rapports cont9uels avec des tudiants grossi]s ou avec des individus de la d]nire classe du peuple leur donn5t tant d'esprit1 qu'ils n'en ont plus lorsqu'ils entr5t dans un salon4 ,on p\vait vivre plusieurs j\rs avec ,platon sans savoir que ce ft ,platon4 ,un trang] qui avait entrepris un long voyage dans le b de voir ce gr& philosophe1 fut =t tonn lorsqu'on lui dit que ,platon tait cet inconnu simple et affable avec lequel il avait caus dj plusieurs fois dans diffr5tes runions sans le rem>qu]4 ,qui ne rirait de voir un pr(esseur in/all dans sa b\tique1 et accueillant ddaigneusem5t t\s ceux qui n'ont pas beso9 de sa m>*&ise8 ,mais on sait de re/e que1 s'il s'imag9e avoir une c>gaison plus complte que les autres1 il e/ une f\le de *oses dont on aurait beso91 et qu'on ne tr\ve pas prs de lui4 ,voil les folies qui s\v5t rsult5t d'une vie trop troite et trop retire2 voil comm5t il arrive qu'un savant qui ne voit po9t le monde n'a que des ap]u borns1 et fait preuve en ma9te occasion d'une tonnante petitesse4 ,mais ces hommes-l seuls s'imag95t qu'on ne peut vivre hors des univ]sits#f4 #f ,un clbre pr(esseur allem& disait s\v5t3 ,vita extra academias non e/ vita4 ,il e/ inconte/able que beauc\p de pr(esseurs ont des s+ul>its qu'on ne retr\ve dans aucune classe de la socit4 ,un pr9ce d',allemagne fit prs5t d'une tabatire d'or un pr(esseur que l'on considrait comme un homme trs-di/+u1 et lui crivit en mme temps une lettre flatteuse4 ,le pr(esseur se fit pe9dre t5ant la lettre d'une ma91 la tabatire de l'autre1 et envoya ce portrait au pr9ce4 ,d'un autre ct1 il faut av\] que les g5s du monde exig5t p>fois d'un savant ce qui e/ hors de sa nature1 et t\ff5t p> l en lui jusqu'au dsir de plaire4 ,on a dit avec raison que les savants a/re9ts une exi/5ce solitaire1 et occups de graves travaux1 ne peuv5t avoir ni la gaiet d'esprit1 ni l'lgance de manires1 ni la vivacit d'entreti5 des p]sonnes qui viv5t habituellem5t dans le monde et qui en connaiss5t t\s les usages3 a9si les c\rtisans sudois commir5t une vraie cruaut en riant de l'emb>ras o se tr\vr5t ,meibom et ,naud1 lorsque ces deux savants fur5t prs5ts la re9e ,*ri/9e1 et qu'elle dit l'un3 ,v\s1 qui avez crit sur la danse des anci5s1 v\s devez savoir dans]2 et v\s1 qui avez compos un trait sur la musique antique1 v\s devez savoir *ant]4 ,les ,franais commir5t la mme cruaut env]s le gr& ma?matici5 ,nicole1 un j\r qu'une dame de ,p>is l'avait invit dn]4 ,le bon ,nicole n'avait fait de sa vie un si bon repas2 en se retirant1 il adressa la matresse de maison des complim5ts inf9is1 l'assurant qu'il ne cess]ait jamais d'admir] ses beaux petits yeux4 ,c'e/ l1 lui dit un de ses amis en desc5dant l'escali]1 un s+uli] complim5t p\r un ma?matici5 tel que v\s4--,v\s avez raison1 rpondit ,nicole1 et je vais rp>] ma faute4 ,a l'in/ant mme1 il remonte1 dem&e la matresse de maison humblem5t p>don1 et1 p]suad qu'une si belle dame ne peut admettre qu'il y ait ri5 en elle de petit1 il lui jure qu'il n'a jamais vu de si gr&s yeux1 un si gr& nez1 une si gr&e b\*e et de si gr&s pi$s4 ,en quittant leur biblio?que p\r entr] dans un salon1 les savants sort5t d'un pays qu'ils connaiss5t1 o ils sont leur aise1 p\r pntr] dans une rgion o t\t e/ p\r eux n\veau1 inatt5du et inusit4 ,on en voit qui1 p> une mode/ie excessive1 n'os5t se prs5t] dans le monde2 d'autres compr5n5t qu'il leur s]ait difficile de se faire c\t] dans une socit compose de g5s ignorants et orgueilleux1 qui mpris5t la sci5ce1 et qui ne v\drai5t pas voir un savant s'lev] ct d'eux4 ,d'autres s5t5t que le monde leur e/ trang]1 de mme qu'ils sont trang]s au monde4 ,quelques-uns reconnaiss5t qu'ayant mis dans leurs livres t\s les dons de leur esprit1 ils ressembl]ai5t1 dans un salon1 des citrons dont on a exprim le suc4 ,enf91 il en e/ qui s'ef=c5t de p>atre ce qu'ils ne sont pas1 ce qu'ils ne peuv5t tre1 et qui1 rem>quant que t\t disc\rs srieux e/ impossible dans une runion frivole1 et qu'ils sont t\t in/ant clipss p> quelque t\rdi1 s'loign5t ddaigneusem5t de ces runions1 o ils s'impos5t une inutile contra9te4 ,beauc\p de savants qui criv5t dans le b d'ex]c] quelque influ5ce sur les hommes1 fui5t les hommes1 et ils ont gr& tort4 ,les livres auxquels ils ont rec\rs ne suffis5t po9t p\r leur donn] la connaissance du cur huma9 et l'expri5ce du monde4 ,ils ne leur donn5t po9t non plus le tal5t d'obs]vation qui n\s porte tudi] de plus en plus les hommes1 quelque peu de satisfaction qu'on pr\ve qu& on les a connus4 ,les plus gr&s morali/es se sont =ms dans le monde p> l'expri5ce qu'ils ont faite eux-mmes de ce qui peut tre favorable ou nuisible l'homme4 ,c'e/ dans le monde seulem5t qu'un criva9 =me son gt1 appr5d suivre les conv5ances1 c> que de *oses n'crit-on pas *ez soi1 dont on r\git qu& on y p5se en socit6 ,les relations du monde sont une s\rce 9puisable de n\velles p5ses et d'obs]vations4 ,elles n\s aid5t excut] des *oses qui n\s p>aiss5t impossibles2 elles n\s donn5t cette grce1 cette s\plesse1 cette =ce qui entrane le cur et p]suade l'esprit4 ,combi5 de savants qui1 du fond de leur obscure retraite1 prt5d5t clair] les hommes1 et qui ne sav5t pas mme comm5t on agit sur les hommes6 ,ils veul5t attir]1 et ils rep\ss5t2 ils reg>d5t p]ptuellem5t leur b1 et ne peuv5t jamais l'atte9dre4 branlez1 agitez1 si v\s le p\vez1 lorsque l'occasion s'en prs5t]a1 t\t un public1 p> quelques vrits importantes2 mais appr5ez en mme temps l'art d'tre aimable1 obligeant1 affectueux1 de t5dre la ma9 ceux mmes que v\s avez a9si agits1 et d'*app] p> l leurs maldictions4 ,les relations sociales enseign5t a9si ce qu'on n'acqui]t po9t t\j\rs dans la solitude4 ,ce n'e/ pas seulem5t avec les livres qu'on appr5d1 dit ,bacon1 se s]vir des livres#g4 ,p\r connatre les hommes1 il faut les voir agir1 s'associ] leurs entreprises et a*et] s\v5t bi5 *] quelque peu d'expri5ce4 ,mais c'e/ dj beauc\p p\r un philosophe d'acqurir dans le monde les bonnes dispositions de c>actre que l'on p]d facilem5t dans la solitude1 et lors mme qu'il ne p>vi5drait qu' recueillir le fruit qu'il doit retir] de la connaissance des faiblesses et des dfauts huma9s1 ce s]ait une suffisante comp5sation p\r l'ennui qu'il peut pr\v] en frqu5tant le monde4 #g ,un pr(esseur1 dgag des prjugs ord9aires de sa pr(ession ,m4 ,hissmann1 de ,gtt+ue1 a dit1 dans son ,essai sur la vie de ,leibnitz3 ,les quatre murs d'un cab9et d'tude ne sont po9t les limites du monde1 et les livres ne r5f]m5t po9t t\t ce que les gr&s hommes ont p5s4 ,il y a une f\le de rem>ques1 de notions prcieuses1 qui n'ont po9t t livres l'impression4 ,si l'on comm5ce son ducation dans la retraite p> la lecture et la rflexion1 il faut la cont9u] et l'a*ev] p> les relations sociales1 o l'on appr5d connatre les hommes1 leurs s5tim5ts1 leurs erreurs1 leur sagesse et leur folie4 ,cep5dant il retire de cette frqu5tation un plus gr& avantage4 ,il appr5d support] les hommes et se faire support] p> eux1 lorsque1 l'exemple de ,socrate et de ,wiel&1 il c>te de la philosophie t\t ce qu'elle a de pnible ou de dsagrable2 il la r5d attrayante1 il la dp\ille de ses app>5ces les plus dures1 et la montre dans sa beaut naturelle4 ,un criva9 allem& a dit1 dans une diss]tation sur ,frankl93 ,les crits de ,frankl9 n'ont pas le c>actre pdantesque ni dogmatique4 ,ce sont des obs]vations dta*es et prs5tes s\s une =me agrable1 de brves notices1 de petits traits et des lettres d'un /yle facile1 adresss des femmes ou des amis4 ,on pr5d intrt ses uvres2 on ne se lasse po9t d'y rev5ir1 tant il y a de v>it dans la =me comme dans le fond des ides qui s'y tr\v5t dveloppes4 ,a *aque page on reconnat le tact dlicat de l'homme du monde1 et le jugem5t droit1 et le s5s naturel d'une philosophie aimable4 ,caton le ,c5seur tait grave1 mais non pdant4 ,son affabilit de c>actre le r5dait trs-agrable4 ,il croyait que les f\s contribu5t l'in/ruction des sages plus que les sages ne contribu5t celle des f\s4 ,les prsomptueux et les sots1 disait l'emp]eur ,m>c-,aurle1 p>l5t sans p5s]1 et c'e/ le philosophe ,sextus qui m'a appris les support]4 ,cette aimable tolrance rallie l'homme le plus clair ceux qui sont dnus de t\te in/ruction4 ,il a sem dans la solitude les g]mes du savoir1 il en recueille les fruits dans le monde4 ,l1 ri5 n'tait trop gr& p\r son ardeur sci5tifique4 ,ici1 il n'y a pas dans le cur huma9 un repli qui lui semble trop petit4 ,dans la solitude1 il tait morne et rude2 dans le monde1 il devi5t d\x et poli3 il se rappro*e de t\s les hommes et de t\tes les conditions4 ,il ne *]*e po9t dom9] les autres2 il ne diss]te po9t avec arrogance2 en va9 ,socrate aurait fait desc5dre la sagesse du ciel1 s'il ne l'avait r5due aimable dans t\tes les circon/ances4 ,p\r aim] celui qui obs]ve les hommes1 il suffit qu'on ne soit pas =c de le cra9dre4 ,t\t p\r l'am\r1 disait ,goe!3 et celui qui a connu ce gr& pote sait de quelles grces il revtait la =ce de son gnie et la nature srieuse de ses tudes4 ,il e/ facile de se faire aim] qu& on s'appro*e fran*em5t des hommes1 qu& on s'atta*e eux avec confiance4 ,il n'y a pas une situation huma9e o n\s n'ayons beso9 tantt des conseils et tantt de l'appui des autres hommes4 ,mais comm5t se f]ait-il aim] celui qui veut t\j\rs tre prv5u et ne prv5ir p]sonne1 celui qui s'inquite de *aque p>ole qui s'*appe de ses lvres1 de *aque s5tim5t qu'il rvle1 de *aque ge/e1 de *aque expression de physionomie qui dcle l'tat de son me2 celui qui ne s'atta*e aucun homme1 qui vit l'c>t1 solitaire1 sil5cieux1 r5f]m en lui-mme1 qui e/ t\j\rs sur ses g>des1 et qui n'ose tmoign] ceux qui l'ent\r5t la mo9dre confiance8 ,ouvrir fran*em5t son cur aux autres1 c'e/ se procur] une s\rce de j\issances inf9ies4 ,p\r que les autres ne soi5t po9t emb>rasss avec n\s1 il faut que n\s ne le soyons po9t avec eux4 ,t\t ce qu'on r5omme le plus1 faveur du monde1 ri*esses et t\s les loges des j\rnaux1 ne procure pas la joie qu'on pr\ve p\voir se dire3 ,j'ai inspir de la confiance ce malheureux2 j'ai consol ce cur afflig2 j'ai r5du1 ,dieu soit l\6 le c\rage cet tre abattu6 ,mais on n'acqu]ra pas ce bonheur si l'on n'a pas le don de se faire aim]2 et les savants p]d5t s\v5t un tel don p> la solitude4 ,les joies de l'affection lv5t cep5dant bi5 plus l'esprit et le cur que le /rile plaisir de tr\v] un n\veau moy5 d'expos] une sci5ce aride et s*e ou le sot orgueil de quelque pdant qui crira1 comme un pr(esseur allem&1 un livre t\t enti] p\r dmontr] que dans l'autre monde on ne p>l]a que lat94 ,celui qui n'aime que ceux qui l'c\t5t1 qui le l\5t1 qui jamais ne le contr$is5t1 n'e/ pas digne d'tre aim4 ,combi5 de savants1 d'criva9s r5omms1 qui affect5t les s5tim5ts les plus gnreux1 qui sans cesse vant5t l'ardeur de leur dv\em5t1 et qui1 dans un mom5t o l'on invoque leur gnrosit1 ab&onn5t sans piti un ami qui n'appr\ve po9t leurs folles prsomptions6 ,combi5 de savants qui s'en vont1 les ma9s ple9es de l\anges leur adresse1 qu'ils colport5t de maison en maison1 qui m5di5t l'aumne d'un loge1 et qui ne se d\t5t pas qu'on tremble qu& on les voit entr] et qu'on se rj\it qu& ils sort5t6 ,lo9 de n\s donc cette ambition de pdant1 cette vanit purile qui n'ab\tit qu' excit] la ha9e des envieux et loign] de n\s l'affection de ceux qui n\s admir5t6 ,cep5dant l'exi/5ce sil5cieuse du savant a aussi son noble et beau ct4 ,heureuse et digne e/ la vie de celui qui ne porte envie p]sonne1 qui e/ aim et respect du monde1 quoiqu'il ne voie pas le monde1 qui n'a pas beso9 de rec\rir de va9s traits d'esprit p\r attir] l'att5tion sur lui6 ,son me ne s'ass\pit po9t1 son imag9ation e/ t\j\rs fconde3 nul travail ne l'effraye1 il lit1 il crit1 il mdite avec une complte satisfaction2 ses p5ses c\l5t de son cur1 comme une onde limpide d'une s\rce 9puisable4 ,le bonheur qu'il tr\ve en lui-mme le disp5se de re*]*] des di/ractions trangres1 et la joie que lui donne l'tude s\ti5t sa pati5ce1 quelque l5ts que soi5t ses progrs2 ses connaissances s'accroiss5t de j\r en j\r1 ses p5ses se dvelopp5t et se =tifi5t2 sa p]svrance le conduit son b1 et il ne se proccupe po9t de la basse envie de ces hommes qui se croi5t obligs d'outrag] quiconque crit un livre1 c'e/--dire quiconque manife/e1 suivant eux1 l'int5tion de leur enseign] quelque *ose4 ,il exi/e de ces g5s heureux prs de moi1 il en exi/e un gr& nombre en ,allemagne1 et ceux-l pr\v5t qu'on ne peut1 sans de gr&es re/rictions1 p>l] de la vie retire des savants4 ,il e/ possible que la retraite enfante des sottises et puisse mme conduire c]ta9s individus de mauvaises actions4 ,s\v5t elle e/ prjudiciable ceux qui n'y sont po9t ports p> une noble impulsion et ceux qui nuit et j\r appliqu5t sans cesse leurs p5ses un seul objet4 ,il e/ possible que cette retraite ne soit pas t\j\rs une cole de bonnes murs1 qu'elle donne aux savants des habitudes disgracieuses et un air trange2 mais l'influ5ce qu'elle ex]ce sur l'imag9ation et les passions e/ d'une nature bi5 plus grave et mrite d'tre srieusem5t tudie4 ,,*apitre ,,iv4 ,,des ,,inconv,,ni5ts ,,de ,,la ,,solitude ,,p\r ,l',,imag9ation4 ,l'empire de l'imag9ation sur l'homme e/ bi5 plus gr& que celui de la raison4 ,la raison exige des connaissances prcises1 l'imag9ation se cont5te d'une vague intuition4 ,la raison e/ la facult de se reprs5t] nettem5t ce qui e/ possible1 t&is qu'une imag9ation ard5te croit voir nettem5t une quantit de *oses qu'un esprit calme1 rfl*i1 n'ap]oit pas2 l'imag9ation reproduit1 il e/ vrai1 les ides1 comme la mmoire1 mais elle les altre1 les amplifie ou les amo9drit1 ou les mle confusm5t4 ,l'imag9ation1 l'en?\siasme1 l'exaltation rveuse1 ne se dvelopp5t pas seulem5t dans la solitude4 ,de t\tes p>ts la r\te e/ ouv]te la sagesse comme la folie1 et beauc\p d'hommes ne sav5t malheureusem5t pas di/+u] le vrai *em94 ,quelques obs]vations gnrales sur ces phnomnes de l'me f]ont voir quels sont les effets de l'imag9ation que je reg>de comme nuisibles1 et jusqu' quel po9t1 suivant mon op9ion1 l'imag9ation enfante p>fois dans la solitude des songes1 des illusions prjudiciables qui peuv5t dev5ir autant de maladies morales4 ,l'imag9ation e/1 dit-on1 la rptition des s5sations2 mais s\v5t1 si je ne me trompe1 elle n'arrive qu' une fausse conclusion d'une s5sation vraie2 p> exemple1 un malade pr\ve dans une p>tie du corps une contraction n]veuse1 et prt5d qu'il y a l un ulcre1 et je sais qu'il m'indique une s5sation relle1 mais la conclusion qu'il en tire e/ fausse4 ,et que de fois d'une ide vraie on se fait a9si une croyance m5songre6 ,l'imag9ation agit avec rapidit et se cre en un in/ant ses illusions4 ,t\t agit sur elle1 et elle agit sur t\t3 elle fait natre des images1 elle les associe la p5se1 elle leur donne la c\leur et l'expression4 ,l'en?\siasme e/ sa vie1 a dit ,wiel&3 la trop gr&e exaltation e/ sa mort4 ,l'en?\siasme et l'exaltation peuv5t prov5ir d'une quantit de causes2 mais ri5 ne les dveloppe plus promptem5t que la solitude qu& on y apporte une c]ta9e disposition d'esprit4 ,l'en?\siasme e/ une vive et viol5te lvation de l'me qui rsulte d'une =te motion et qui porte l'homme des entreprises extraord9aires1 des actions inatt5dues4 ,dans ces mom5ts d'en?\siasme1 on n'e/ pas hors de soi-mme1 mais hors du niveau ord9aire de la vie3 voil p\rquoi l'en?\siasme e/ mconnu des g5s calmes et froids1 t\rn en drision p> les beaux esprits ou p> les sots1 et niaisem5t admir p> des valets4 ,qu& l'en?\siasme clate dans t\te sa puissance1 l'homme s'affran*it des d]nires rs]ves1 oublie les ob/acles1 ou les brise avec une =ce imptueuse4 ,voil p\rquoi on dit d'un homme qu'il e/ inspir1 c'e/--dire enflamm et =tifi p> la prs5ce et l'appui d'un tre suprieur4 ,t\t ce qu'il y a de sublime dans les passions huma9es1 cette facult d'esprit le compr5d1 le saisit1 l'accomplit4 ,"l ,%aftesbury disait3 ,un noble en?\siasme enfante des hros1 des potes1 des orateurs1 des arti/es1 des philosophes1 et t\t ce qu'il y a de gr& dans le monde4 ,si l'on p\vait espr] que la solitude donnt une telle facult1 t\s ceux qui ne veul5t po9t se tran] dans les ornires de la vie vulgaire1 s'en irai5t avec joie dans la solitude2 mais la dception1 le m5songe1 imprim5t aux natures exaltes une impulsion aussi =te que celle que la vrit donne l'en?\sia/e4 ,le visionnaire exalt *]*e faire de l'or2 l'en?\sia/e s'lance dans les airs avec le ballon de ,montgolfi]4 ,le visionnaire voit en dehors de soi et devant soi t\s les objets1 comme il le veut1 selon les fantaisies de son imag9ation4 ,il s'atta*e des esprances gigantesques1 il voit ce que les autres hommes ne peuv5t voir1 et ne di/+ue pas ce que les autres voi5t2 il compr5d ce qu'aucun esprit raisonnable ne s\ponne2 il ent5d la voix des mondes invisibles1 se croit inspir et capable de faire des miracles4 ,nulle cra9te ne le tr\ble1 nulle entrave n'arrte l'lan de son esprit3 il a en lui une =ce qui dtruit et r5v]se la p>ole mme de ,dieu1 la p>ole des sages4 ,si cet homme se tr\ve dans des circon/ances qui favoris5t l'essor de son imag9ation1 il arrive bi5tt au fanatisme et condamne des t\rm5ts t]nels ceux qui os]ai5t d\t] de son p\voir inf9i#h4 #h ,les fanatiques n'expliqu5t po9t les sa9tes critures comme t\t le monde1 et p>mi les n\velles sectes qui peupl5t la ,suisse1 les anabapti/es se di/+u5t p> leur sy/me d'int]prtation4 ,il e/ dit dans l'vangile3 ,si n\s ne dev5ons pas semblables des enfants1 n\s n'entr]ons po9t dans le royaume des cieux4 ,aussitt les bonnes g5s se dp\ill5t de leurs vtem5ts1 mont5t sur des *evaux de bois et c\r5t de ct et d'autre2 leurs femmes et leurs s]vantes1 t\tes nues aussi1 c\r5t de la mme sorte4 ,puis t\s ces n\veaux *rti5s revi5n5t dans une p>faite innoc5ce se jet] ple-mle sur des bancs et sur des lits af9 de ressembl] en t\s po9ts aux petits enfants4 ,le fanatisme a s\v5t clat dans le monde comme dans la solitude3 c'e/ peut-tre une des maladies les plus frqu5tes de notre poque4 ,il a suffi p\r voil] d'un sombre nuage la lumire de la civilisation dans plusieurs prov9ces d',allemagne4 ,l'al*imie1 la ?urgie1 la croyance aux rev5ants1 et les dogmes tranges de ,jacob ,boehm1 occup5t ma9t5ant une imm5se quantit de g5s4 ,on se prcipite en f\le aprs la sagesse occulte1 trav]s d'paisses tnbres2 on rep\sse la vrit1 et l'on outrage secrtem5t ou publiquem5t celui qui ose la proclam]4 ,t&is que les enfants de l',allemagne reoiv5t auj\rd'hui dans les univ]sits une vritable in/ruction1 leurs pres lis5t l',annulus ,platonis4 ,la philosophie occulte d',h]ms ,trismgi/e1 le div9 anneau de la magie adamique1 du compas des sages1 de ,grabell1 d',iugel1 etc41 remplac5t1 p\r un gr& nombre de p]sonnes1 la vraie physique et la vraie philosophie4 ,t\tes ces folies de visionnaires s]ai5t peut-tre de c\rte dure1 si elles ne s'entret5ai5t dans la solitude4 ,celui qui peut se crer t\tes sortes d'ides fanta/iques s'ab&onne volonti]s cet entranem5t de l'esprit2 t\t dp5d de la tranquillit qui l'environne et de l'ardeur de son imag9ation4 ,la solitude e/ dang]euse1 comme n\s l'avons dit1 p\r t\t homme qui s'y applique sans cesse la contemplation4 ,elle e/ dang]euse p\r l'homme d'esprit comme p\r l'ignorant1 si l'homme d'esprit s'ab&onne d'obscures conceptions1 s'il conc5tre en lui-mme t\t l'ex]cice de son imag9ation et s'il vite t\t ce qui p\rrait l'en di/raire4 ,le savant ,molanus de ,hanovre se figura1 dans les d]nires annes de sa vie1 qu'il tait un gra9 d'orge4 ,il p>lait =t s5sm5t de *aque *ose avec les p]sonnes qui v5ai5t le voir2 mais p\r ri5 au monde il n'et v\lu sortir de sa maison1 de peur d'tre aval p> les p\les4 ,l'imag9ation de la femme e/ plus facile m\voir que celle de l'homme3 aussi la femme e/-elle expose tomb] dans t\tes sortes d'extravagances lorsqu'elle vit d'une vie trs-retire et con/amm5t seule avec elle-mme4 ,de l vi5t que dans les maisons d'orphel9es et les autres maisons de refuge1 les maladies n]veuses se communiqu5t si facilem5t d'une femme aux autres4 ,c'e/ la vivacit de cette imag9ation fm99e qui fait que bi5 s\v5t t\tes les femmes croi5t et veul5t faire ce que l'une d'elles croit et essaye de faire4 ,plusieurs exemples dmontr5t que t\t ce qui agit vivem5t sur l'imag9ation des femmes peut bi5 vite g>] leur raison3 a9si on a vu clat]1 p>mi les jeunes filles de ,milet1 une vritable pidmie morale qui les portait t\tes se p5dre1 et une autre pidmie1 p>mi les femmes de ,lyon1 qui se runissai5t p\r all] se jet] dans le ,rhne4 ,je n'en f9irais pas1 si je v\lais dire jusqu'o peut all] une imag9ation g>e et l'influ5ce fune/e que la solitude peut avoir sur celui qui ne sait po9t se prs]v] d'un tel pril4 ,on se plonge dans le sil5ce de la retraite1 on re/e l des j\rs1 des nuits1 des annes entires1 seul avec soi-mme4 ,que de rves alors1 que de visions tranges6 qu'il e/ facile1 dans une telle situation1 de se laiss] all] t\tes les promesses trompeuses de l'al*imie1 t\s les g>em5ts de la sup]/ition6 ,celui qui ne veut vivre que de soi-mme1 a tr\v p> l le meilleur moy5 de m\rir de faim1 c>1 a9si que le disait un anci5 sage1 il se n\rrit de son c]veau et dvore son cur4 ,le p5*ant la solitude e/ l'un des symptmes ord9aires de la mlancolie4 ,l'homme qui pr\ve ce s5tim5t de mlancolie fuit la cl>t du j\r et l'aspect du monde4 ,incapable de p\rsuivre =tem5t une autre p5se que celle qui le consume1 il se fait de la vie une vraie torture4 ,cet tat s'aggrave encore dans la solitude1 lorsqu'une =te sec\sse n'imprime pas l'imag9ation une autre direction2 mais c'e/ dj beauc\p que de p>v5ir c>t] de l'esprit mlancolique les ides dont il se repat habituellem5t1 et *ang] la nature de ses dsirs2 il ne faut pas qu'il languisse dans la mme j\issance1 il ne faut pas qu'il convoite un bonheur unique qu'il ne peut atte9dre1 il doit rassembl] ses =ces1 s'ef=c] d'atte9dre ce qui lv]a son me et vit] ce qui la blesse4 ,si l'on p>vi5t lui faire adopt] ces pr9cipes1 si l'on peut l'atta*] un travail qui l'occupe srieusem5t1 on lui aura r5du un plus gr& s]vice qu'en le livrant t\tes les di/ractions du monde4 ,il cons]v]a t\j\rs sa prop5sion la mlancolie2 mais cette prop5sion p\rra lui s]vir de mobile dans t\t ce qu'il dsir]a vivem5t1 dans t\t ce qui exige de la p]svrance4 ,un ,anglais atte9t de sple5 se brle la c]velle4 ,avec cette mme disposition d'esprit1 les ,franais entrai5t jadis dans les clotres4 ,les ,anglais ne se tu]ai5t po9t s'ils avai5t des c\v5ts4 ,lorsque la mlancolie te9t notre ardeur et subjugue notre activit1 n\s p]dons bi5tt le gt du monde1 de la vie1 et n\s n\s retirons dans la solitude4 ,ri5 n'e/ plus insp>able des div]s g5res de mlancolie que le dsir de s'loign] des hommes1 de rompre t\te relation avec eux1 de ne p>l] p]sonne1 de ne voir p]sonne1 et de n'entret5ir aucune correspondance4 ,on veut tre seul p\r se repatre en lib]t des rves1 des images que l'on devrait p>-dessus t\t vit]4 ,les g5s qui obs]v5t cet tat maladif d'un homme mlancolique1 lui rpt5t qu'il doit se di/raire1 voir le monde1 frqu5t] les bals4 ,de tels avis sont sans d\te dicts p> une bonne int5tion1 mais ils ne peuv5t tre efficacem5t suivis4 ,un homme mlancolique ne se rsigne po9t faire ce qui e/ contraire ses gts1 ses p5*ants1 sa conviction4 ,la mlancolie jette le dsordre dans l'me3 s\v5t elle anantit l'effet salutaire de la religion1 les bi5faits de ,dieu1 le bonheur huma94 ,les livres de mdec9e ne dmontr5t po9t positivem5t quel e/ le sige de la mlancolie4 ,un *angem5t presque imp]ceptible dans nos n]fs1 un lg] branlem5t1 produit p> une indige/ion ou p> un refroidissem5t1 suffit p>fois p\r n\s jet] t\t c\p dans un abme de tri/esse1 t&is qu'un *angem5t t\t aussi imp]ceptible1 mais d'une autre nature1 arrte un torr5t de p5ses affligeantes4 ,celui qui s'obs]ve avec att5tion sait mieux que p]sonne comm5t on doit s'y pr5dre p\r prv5ir ce premi] tat et favoris] le second4 ,mais il faut que les mdec9s connaiss5t aussi l'hi/oire1 la nature d'un homme mlancolique2 qu'ils sond5t l'tat de son me jusque dans ses d]ni]s replis1 s'ils veul5t savoir ce qui l'abat1 ce qui la relve1 ce qui lui e/ utile ou prjudiciable1 et l'on rem>que s\v5t que tel incid5t qui fait natre *ez un homme une pnible mlancolie e/ prcism5t ce qui donne de la gaiet un autre1 et que ce qui s\ti5t le c\rage de celui-ci brise les =ces de celui-l4 ,la mlancolie e/ le fait d'un faux raisonnem5t1 qui1 avec le conc\rs de c]ta9es s5sations maladives et pnibles1 entreti5t dans l'me les ides les plus dc\rageantes1 et lui fait voir en elle et hors d'elle t\s les objets s\s le po9t de vue le plus affligeant4 ,on n'e/ po9t mlancolique p> cela seul que1 p\r se livr] un travail important1 on fuit la socit4 ,avec des n]fs bi5 con/itus1 et un b honorable p\rsuivre1 on peut support] longtemps la solitude1 t&is qu'avec des dispositions prononces la mlancolie1 la solitude devi5t bi5tt trs-dang]euse si on n'y entre po9t avec un travail de prdilection qui conduit p]ptuellem5t l'esprit de p5se en p5se4 ,ri5 ne favorise tant le dveloppem5t de la mlancolie et de la misan?ropie que de song] con/amm5t au motif de cette misan?ropie4 ,c'e/ une erreur grossire que de reg>d] les di/ractions incessantes comme un remde la mlancolie4 ,combi5 d'hommes ne devi5n5t mlancoliques que p>ce qu'ils ne peuv5t tr\v] ni le repos ni la lib]t qu'ils dsir5t6 ,que de fois ne s'irrite-t-on pas contre le monde1 lorsqu'on ne peut p>v5ir tr\v] un in/ant p\r recueillir en paix ses ides6 ,dans quelle pr(onde mlancolie ne voit-on pas s\v5t tomb] celui qui e/ =c de tran] *aque heure le mme f>deau1 qui *aque j\r doit obir la volont des autres1 et qui ne peut all] o il lui plat6 ,p\r un homme atte9t de mlancolie1 la meilleure situation s]ait celle o il p\rrait faire le plus de bi51 et cette situation1 il peut l'avoir dans la solitude1 s\v5t mieux que dans le monde4 ,n\s p\vons donc dire que la solitude1 qui1 dans c]ta9s cas1 enfante et dveloppe la mlancolie1 peut1 dans d'autres circon/ances1 la tempr] et la gurir4 ,ce qu'il y a de plus tri/e p\r un esprit mlancolique1 ce qui le porte surt\t vit] le contact du monde1 c'e/ de voir que p]sonne ne le compr5d1 que p>fois on vante sa gaiet1 t&is qu'il se torture lui-mme4 ,bi5 peu de p]sonnes dev95t les d\leurs des autres1 et l'homme froid ne voit po9t la po9te du d>d ca* dans un cur malade2 de mme qu'on ne compr5d po9t les s\ffrances d'une affection n]veuse1 tant qu'elle ne se manife/e po9t publiquem5t p> des convulsions1 de mme on n'e/ frapp des d\leurs d'un homme mlancolique que lorsqu'il se brle la c]velle4 ,v\s p\vez pass] des annes entires en proie t\tes sortes de tortures1 et les g5s apa?iques que v\s avez c\tume de voir s]ont p]suads que v\s v\s portez m]veille4 ,on peut p>atre mme =t gai aux yeux des ignorants dans le temps o l'on maudit le plus le monde et la vie4 ,jamais on n'avait vu ,p>is1 sur le ,?tre-,itali51 un arlequ9 comp>able ,c>l91 qui m\rut en #aggh4 ,cet acteur avait le privilge de rj\ir t\t son auditoire2 mais ds qu'il quittait ses habits b>iols1 il r$ev5ait sil5cieux et morne4 ,un j\r1 un malade se prs5te *ez un mdec9 de ,p>is1 et lui dem&e quel remde il devrait employ] p\r se gurir des accs d'une noire mlancolie3 ,allez la ,comdie-,itali5ne1 lui rpond le mdec92 il faudrait que votre mlancolie ft pr(ondm5t enrac9e en v\s1 p\r qu'elle rsi/t aux plaisant]ies de ,c>l94--,ah6 monsieur1 s'crie le malade1 ce ,c>l9 dont v\s p>lez1 c'e/ moi6 ,je fais rire les autres1 et n'en suis pas plus gai4 ,si un homme mlancolique ne peut vivre avec les p]sonnes qui ne le compr5n5t pas1 il e/ regrett] qu'il vive entirem5t en lui-mme2 c> s\v5t1 comme n\s l'avons dit1 la mlancolie s'aggrave dans la solitude p> le ret\r con/ant de la mme ide1 p> l'abs5ce de t\te di/raction4 ,un homme mlancolique devi5t s\v5t alors dfiant et sauvage1 quoiqu'il soit n peut-tre avec un c>actre h>di et entrepr5ant2 il vite les lieux o diffr5tes p]sonnes se rassembl5t2 la cl>t du soleil l'eff>\*e1 c> il pr\ve plus de tranquillit lorsqu'il p5se qu'on l'ap]oit mo9s1 et il ne se s5t jamais mieux que p> un ciel sombre1 au milieu de la pluie et de l'orage4 ,c'e/ un supplice p\r lui que de sortir de sa retraite2 il v\drait1 qu& il passe dans les rues1 ne r5contr] aucune me vivante4 ,une obscurit cont9uelle rgne dans sa *ambre2 il frissonne1 il doit recevoir une visite1 et on ne saurait le r5dre plus malheureux qu'en le =ant1 p> un excs de politesse1 all] dans le monde4 ,la solitude e/ un poison p\r lui1 mais il aime ce poison4 ,une s5sibilit extrme1 une trs-gr&e vivacit d'imag9ation1 anantiss5t les =ces de l'esprit4 ,ah6 comme on cess]ait de port] envie aux hommes qui sont p>v5us se di/+u]1 si l'on savait que la d\leur les accable s\v5t p5dant des annes entires2 qu'elle tr\ble leur mmoire et qu'elle leur enlve p>fois jusqu' la facult de p5s]6 ,quelle piti on pr\v]ait p\r eux si l'on savait ce que ces hommes1 si heureux en app>5ce1 s\ffr5t p5dant de longues nuits1 lorsqu'ils *]*5t en va9 le sommeil6 ,hall]1 qui1 jusqu' sa mort1 fut passionn p\r la gloire1 ,hall]1 ce savant si r5omm1 tait tellem5t affaibli1 sur la f9 de sa vie1 qu'il tombait dans le plus pr(ond accablem5t lorsqu'il n'avait pas pris huit gra9s d'opium4 ,sa mlancolique imag9ation ouvrait ses yeux des abmes d'o il voyait sortir des fantmes qui teignai5t en lui les lumires d'un *ri/ianisme clair4 ,une telle pro/ration d'esprit e/ affreuse1 quoiqu'il s'y tr\ve des int]valles o l'me repr5d son n]gie4 ,mais il e/ plus affreux encore de tomb] dans une de ces situations o l'on ne s5t plus ri51 o l'on e/ indiffr5t t\tes les motions d'autrefois1 t\t ce qui tait un plaisir ou une pe9e3 alors on veut tre seul1 et on ne j\it po9t de la solitude2 on quitte le monde p\r r5tr] dans sa retraite1 et l'on reg>de avec dgt t\t ce qu'il y a dans cette retraite4 ,on reg>de ses livres comme des lambeaux b>iols de diffr5tes c\leurs qui ne s]v5t qu' donn] le v]tige4 ,on e/ t5t de jet] au feu1 sans les lire1 t\tes les lettres que l'on reoit4 ,on n'accueille qu'avec colre t\s les loges que le monde prodigue p>fois avec tant de lgret1 et l'on reg>de d'un il sec et indiffr5t les trames de la calomnie1 les ma*9ations p]fides d'une critique ha9euse4 ,on ne tr\ve plus dgt aux productions de l'esprit2 qu'importe que le soleil se lve ou que la nuit desc5de1 on n'pr\ve plus aucune joie voir le ret\r de l'aurore ni aucun repos dans le sommeil1 on ne ress5t *aque j\r que de n\velles d\leurs et une n\velle indiffr5ce p\r t\t4 ,il exi/e des exemples t]ribles des effets produits p> la solitude sur les imag9ations mlancoliques1 des exemples de folie1 d'erreurs extravagantes auxquelles on aurait pe9e croire4 ,lorsqu'une nature mlancolique se t\rne du ct des ides religieuses1 la solitude devi5t p\r elle un vritable enf]4 ,on se figure alors qu'on e/ ab&onn de ,dieu et des hommes1 on a horreur de ses semblables1 et l'on se fait un t\rm5t des dogmes de religion qui devrai5t tre une efficace consolation4 ,hall] tait en proie cette mlancolie religieuse1 lorsqu'il r5ona aux affaires publiques dans les d]nires annes de sa vie2 ds lors il ne vcut qu'avec ses livres2 et s\v5t il n'ap]cevait pas mme les p]sonnages de di/9ction qui v5ai5t le visit]2 je le vis deux annes avant sa mort dans cette d\l\reuse situation4 ,ri5 ne l'animait tant qu'un vif dsir de gloire et le beso9 d'avoir p]ptuellem5t un prdicateur ses cts4 ,il faisait v5ir autant de prtres qu'il p\vait1 sans se proccup] de leur sy/me ni de leurs tal5ts2 il dem&ait *acun d'eux un sec\rs moral1 de mme qu'un malade incurable1 aprs avoir puis les ress\rces relles de l'art1 s'adresse quiconque lui (fre encore un moy5 de gurison4 ,hall] p\ssait l'extrme ses ides d'or?odoxie2 il s'tait fait une ?ologie dure et inflexible comme son c>actre1 qui lui plaisait1 mais qui ne p\vait conv5ir son tat moral4 ,quelques j\rs avant sa mort1 ,hall] crivit un de ses amis1 au bon et savant ,he9e de ,goett+ue1 que1 prs d'entr] dans l't]nit1 il croyait la bont inf9ie du ,rdempteur1 que cep5dant il ne savait encore s'il devait espr]1 qu'il voyait t\s ses vices rangs aut\r de lui comme une =midable arme amasse1 p\r sa p]te1 p5dant soixante et dix ans4 ,il dsirait que le docteur ,lesse1 r5omm comme un excell5t ?ologi51 lui indiqut quelques livres peu t5dus qu'il pt lire encore p\r se sauv] des t]reurs de la mort4 ,je t]m9e cette lettre trop vite1 aj\tait-il1 mais je v\s racont]ai ce qui arriv]a de n\veau4 ,il ne raconta plus ri51 et quelques j\rs aprs sa mort1 un jeune g5tilhomme de ,b]ne crivit ,goett+ue une lettre qui produisit en ,allemagne une vive rumeur4 ,il tait dit dans cette lettre qu' ses d]ni]s mom5ts ,hall]1 ayant runi des ?ologi5s aut\r de lui1 leur avait dcl> qu'il ne croyait ri5 et qu'il lui tait impossible de croire1 quelque dsir qu'il en et4 ,p> l'effet de sa mlancolie religieuse1 ,hall] ne croyait pas qu'il pt compt] sur la misricorde de ,dieu2 il craignait la mort et ne ca*ait po9t cette cra9te4 ,c'tait la p5se du jugem5t d]ni] qui lui causait ces sombres t]reurs1 et1 comme il le disait lui-mme1 c'tait la laideur de son me4 ,c'e/ a9si que p> la mlancolie religieuse on mconnat l'admirable bont de ,dieu et sa suprme ju/ice4 ,si ,hall] et vcu dans une solitude oisive1 une telle mlancolie l'et tortur du mat9 au soir2 il la rprimait p> l'opium et p> le travail1 mais elle le repr5ait avec une =ce t]rible ds qu'il se remettait p>l] du sujet de ses frayeurs avec les ?ologi5s1 ou lorsqu'il tait seul et qu'il ne travaillait pas4 ,on peut jug] p> t\t ce que je vi5s de dire du pril auquel les natures mlancoliques sont exposes dans la solitude1 et on doit voir que l'imag9ation e/ la p>tie faible sur laquelle la solitude ex]ce d'abord l'influ5ce la plus fune/e4 ,n\s ne p>l]ons pas encore des moy5s les plus propices employ] p\r remdi] ce tri/e tat de l'me1 quoiqu'il n\s en cote de ne po9t prs5t] immdiatem5t des consolations ceux que ce tableau des s\ffrances morales afflig]ait4 ,si quelque lecteur mlancolique a la pati5ce de cont9u] jusqu' la f9 la lecture de ce livre1 j'espre lui dmontr] aussi les avantages de la solitude et lui faire voir comm5t1 lorsqu'on sait occup] son temps1 on peut p>v5ir dissip] dans la retraite la mlancolie la plus sombre4 ,on se f]ait une fausse ide de ce que j'ai dit des dang]s de la solitude p\r l'imag9ation1 si l'on p5sait que ce dang] exi/e dans t\s les cas2 il faudrait que j'eusse l'esprit compltem5t aveugle p\r ne pas obs]v] que le repos1 la retraite1 apais5t s\v5t les orages d'une imag9ation malade4 ,qui os]ait p>l] de di/raction celui qui e/ affect d'une s5sibilit maladive1 lorsque le mo9dre bruit que l'on ent5d1 lorsque le mo9dre entreti5 =c n\s cause une s5sation si pnible8 ,ri5 alors ne procure quelque s\lagem5t que le repos1 et l'on arrive ce repos en s'ef=ant d'atta*] son me une ide simple et en vgtant comme on peut jusqu' ce que la crise soit passe4 ,lo9 de moi donc l'ide que la solitude nuit l'imag9ation dans t\tes les circon/ances2 c'e/ dans la solitude au contraire que la p5se de l'homme enfante ses plus belles uvres2 mais si l'on en abuse1 elle devi5t prjudiciable4 ,la masse de bonheur1 a dit ,addison1 et de d\leur que l'imag9ation peut produire e/ gr&e4 ,dieu connat t\s les moy5s d'agir sur elle3 il peut veill]1 comme il lui plat1 la p5se en n\s1 et il peut r5dre cette p5se riante ou t]rible4 ,il peut1 sans le sec\rs de la p>ole1 faire surgir des images dans notre me et faire pass] s\s nos yeux les scnes les plus v>ies sans le sec\rs des objets extrieurs4 ,il peut ravir l'imag9ation p> les plus belles visions1 ou l'p\vant] p> des mon/res tels que n\s maudissons l'exi/5ce et que n\s v\drions tre plongs dans le nant4 ,il peut1 p> l'effet de l'imag9ation1 exalt] ou tortur] notre me de telle sorte que n\s n\s croyions dans l'enf]4 ,de l vi5n5t1 suivant la nature que ,dieu n\s a donne p\r le bi5 et que n\s-mmes n\s corrompons dans la solitude1 ces g>em5ts1 ces fantmes1 ces *imres de la mlancolie4 ,,*apitre ,v4 ,,des ,,inconv,,ni5ts ,,de ,,la ,,solitude ,,p\r ,,les ,,passions4 ,t\tes les passions agiss5t avec plus de =ce et plus d'imptuosit dans la solitude1 p>ce qu'elles y sont conc5tres sur un seul po9t4 ,au milieu d'un calme app>5t1 les passions c\v5t s\s une c5dre trompeuse1 lorsque l'homme ne s'occupe que de ses propres ides et ex]ce son imag9ation en lui faisant con/amm5t p>c\rir le mme c]cle4 ,ne v\s fiez po9t un homme hauta91 mme lorsqu'il v\s p>at solitaire et s\ffrant1 et g>dez-v\s de l'(f5s]4 ,ses passions dorm5t4 ,v\s p\vez pli] un corps la/ique1 mais soyez prud5t2 il v\s frapp]a au mom5t o il ne s]a plus comprim4 ,p\r les hommes ports la susceptibilit et aux gr&es passions1 la solitude e/ dang]euse1 c> elle excite et dveloppe de plus en plus ces p5*ants4 ,t\tes nos passions n\s suiv5t dans la solitude4 ,la mo9dre maladie morale s'y aggrave1 p>ce qu'on se reprs5te vivem5t et sans cesse ce qui tait et ce qui e/4 ,l1 on n'oublie ri52 l1 t\tes les vieilles plaies se r\vr5t2 l1 nulle po9te de fl*e ne s'm\sse4 ,t\t ce qui n\s a jadis agit1 t\t ce qui s'e/ grav dans l'imag9ation n\s app>at alors1 ou comme un spectre qui n\s p\rsuit avec une rage infatigable1 ou comme un ange qui n\s montre t\t in/ant une flicit cle/e4 ,dans la morne /rilit des petites villes1 o un petit nombre d'hommes oisifs viv5t t\j\rs entre eux1 la solitude ex]ce visiblem5t une f*euse influ5ce sur la tte et le cur4 ,on ne devrait po9t s'att5dre tr\v] tant de m\vem5t et tant d'ardeur au se9 d'un tel repos2 c>1 voyez comme les habitants des petites villes sont indol5ts et dsuvrs1 et quel ennui les accable dans leur pauvret d'ides1 qu& une fois ils sont sortis de table1 qu'ils cess5t de j\] ou de diss]t] sur la politique2 ri5 ne di/rait ces braves g5s que ce qui se passe dans la rue1 et ce qu'ils ap]oiv5t en se reg>dant du mat9 au soir les uns les autres p> la f5tre4 ,mais c'e/ prcism5t cette disette d'ides qui donne tant de vivacit aux m\vem5ts de passion de ces petits b\rgeois4 ,des circon/ances frivoles1 des incid5ts auxquels p]sonne1 dans une gr&e cit1 ne pr5d le mo9dre intrt1 occup5t t\te une petite ville1 depuis la gr&e dame jusqu' la s]vante1 depuis le haut fonctionnaire jusqu'au simple artisan4 ,l't9celle de l'en?\siasme exi/e dans l'esprit de t\s les hommes2 mais1 mo9s de l'avoir vu soi-mme1 on ne saurait se figur] combi5 de *oses insignifiantes font clat] cette t9celle dans les petites villes4 ,les p]sonnages importants des petites villes ont une effroyable faconde4 ,que ,dieu pr5ne piti du jeune homme raisonnable et intellig5t qui habite une de ces petites villes dont les graves magi/rats n'ont jamais ouv]t un livre et ne sav5t ri56 ,lorsque ,cs> allait en ,espagne1 il passa p> une b\rgade des ,alpes o l'on ne comptait qu'un petit nombre d'habitants misrables4 ,ses amis lui dem&r5t en riant s'il tait possible que1 dans une telle bicoque1 on re*]*t les emplois publics et les dignits avec autant d'avidit qu' ,rome1 s'il s'y tr\vait des factions dans le snat1 et si les hommes du p\voir y tai5t galem5t jal\x l'un de l'autre4 ,oui1 sans d\te1 on tr\ve dans les plus petites villes les passions1 les rivalits1 l'ambition1 qui branl5t les empires les plus considrables2 les rles y sont seulem5t plus mal j\s1 et les sottes caus]ies1 et les plus petites susceptibilits devi5n5t le mobile des plus gr&s vnem5ts4 ,qu'on se p]mette d'exprim] le mo9dre d\te sur la beaut1 sur l'intellig5ce1 sur le p\voir1 sur les qualits angliques d'une de ces femmes qui brill5t comme le soleil dans une petite ville1 il n'en faut pas davantage p\r allum] le volcan4 ,qu'on se laisse all] la mo9dre conte/ation avec l'tre le plus insignifiant de cette mme petite ville1 et l'on f]a autant de bruit que le duc de ,crillon devant ,gibralt>4 ,un criva9 anglais prt5d qu'il y a mo9s de calomnie ,londres que dans les petites cits d',anglet]re4 ,comme il exi/e ,londres une plus gr&e quantit d'hommes qui mrit5t d'tre rem>qus et blms1 on se cont5te ord9airem5t de signal] leurs folies1 et l'on ne s'irrite que lorsqu'on se croit p]sonnellem5t (f5s4 ,mais dans ces petites b\rgades isoles o1 p5dant une longue suite d'annes1 les mmes familles habit5t les mmes maisons1 la mdisance procde p> gnalogie1 et l'on raconte les fautes de *aque gnration en ligne asc5dante4 ,j'ai appris dans une de ces villes1 dit cet ,anglais1 comm5t *aque individu avait acquis sa =tune1 et si j'avais v\lu croire t\t ce qu'on m'exposait ce sujet1 j'aurais d tre conva9cu que pas un de ceux dont on me p>lait n'tait lgalem5t possesseur de ses bi5s4 ,on m'a cont ensuite les am\rs de je ne sais combi5 de fats et de coquettes ent]rs depuis plus de trois sicles1 et l'on m'a entret5u des infamies de plusieurs p]sonnes dont le nom s]ait depuis longtemps oubli1 si1 en le rappelant1 on n'esprait port] atte9te l'honneur de leurs desc5dants4 ,dans les gr&es villes1 on oublie les g5s que l'on hait1 p>ce qu'on ne les voit pas1 ou qu'on peut1 qu& on le dsire1 vit] de les voir4 ,dans les petites villes1 au contraire1 ces g5s-l sont t\t in/ant prs de v\s1 et il faut1 d'anne en anne1 support] ce f>deau4 ,une vieille femme dvote d'une petite ville de ,suisse me disait un j\r3 ,je ne veux po9t faire connatre les dfauts des m*antes g5s de cette ville1 c> ces g5s-l sont incorrigibles2 mais ce qui me dsole1 c'e/ de p5s] qu'un j\r je ressuscit]ai avec eux4 ,qu& le prsomptueux magi/rat d'une petite ville s'en va1 fi] et sup]be1 prom5] de ct et d'autre son oisivet1 il e/ c]ta9 que t\s les objets se peign5t ses yeux s\s une autre c\leur qu'aux vtres et aux mi5s4 ,l'isolem5t1 l'abs5ce de lumire1 la contra9te de la p5se1 l'troitesse de l'esprit1 le morne horizon d'un c]cle re/re9t1 la pauvret1 l'ambition1 l'ennui1 la g\rm&ise1 l'influ5ce t\te-puissante d'un homme qui n'a d'autre mrite qu'un babil int>issable1 font beauc\p de mal et enfant5t une quantit de sottises dans les petites villes4 ,c'e/ une des consqu5ces fune/es de la solitude1 et mesure que je dvelopp]ai mes ides1 on s]a surpris de voir avec quelle effrayante n]gie les passions peuv5t se dvelopp] dans la solitude4 ,l'am\r n'agit jamais avec plus de =ce que lorsqu'on le fuit4 ,les amants heureux ne connaiss5t gure la mlancolie de l'am\r2 mais s'ils r5contr5t des ob/acles1 s'ils essay5t d'*app] ces deux poisons de l'me1 si la froide raison lve sa voix contre l'am\r1 si deux curs qui ne peuv5t vivre l'un sans l'autre sont sp>s1 c'e/ alors que l'am\r clate avec t\t son p\voir1 c'e/ alors qu'on appr5d connatre l'am\r4 ,il e/ plus facile de r5onc] au monde qu' l'am\r4 ,on peut s'loign] des hommes1 des runions joyeuses1 de t\s les plaisirs que le monde n\s (fre2 on peut1 dans les transports de l'am\r1 oubli] l'envie et ses fureurs1 les disgrces1 les dceptions1 les malheurs de t\te sorte2 mais on n'oublie po9t le vritable am\r1 ce qui a t et ce qui n'e/ plus1 cet accord h>monieux de l'me et de l'exi/5ce dtruit p> le sort4 ,t\s les *>mes de la solitude ne tempr5t po9t les s\ffrances de l'am\r2 t\te la nature n\s semble tri/e et dsole qu& n\s la contemplons avec un cur malade2 des torr5ts de l>mes n'effac5t po9t une seule trace du pass4 ,nos pleurs ne t>iss5t pas l'aspect d'une de ces fleurs des *amps que n\s cueillions autrefois avec une p]sonne aime2 elles ne t>iss5t pas s\s les rameaux v]ts des bois1 au bord des ruisseaux paisibles4 ,ri5 n'apaise les regrets des joies qui ne sont plus1 le s\v5ir d'un songe ravissant4 ,la solitude ne triomphe pas de l'am\r3 le b]g] fait ret5tir les valles de ses cris de d\leur1 et le cnobite inonde sa retraite de ses l>mes4 ,le nom *ri s'*appe t\t in/ant de nos lvres3 les *os le rpt5t2 on le grave p>t\t1 il se place entre ,dieu et n\s4 ,le c\v5t de ,sa9t-,gildas1 en ,bretagne1 tait situ sur la cime d'un roc solitaire1 baign p> les flots de la m]4 ,dans cette retraite sauvage1 ,abeil>d v\lait oubli] son ,hlose au milieu des ex]cices de la pit1 il v\lait effac] p> ses l>mes l'image de la jeune fille2 mais sa v]tu naissante1 sa pit trop faible encore1 ne pur5t le prs]v] d'un n\vel orage4 ,il reoit une lettre d',hlose1 et l'in/ant mme son am\r se rveille4 ,hlose tait faible1 mais lui se tr\vait plus faible encore et plus digne de piti4 ,abeil>d avait pr\v avant ,hlose1 a9si qu'on peut le voir dans sa rponse1 les salutaires effets de la grce1 mais il t\ffa lui-mme ce s5tim5t2 il ne rpondit po9t ,hlose comme un matre1 comme un confesseur1 mais comme un homme qui a aim1 qui aime encore1 qui l'av\e1 et qui ne peut consol] celle qu'il regrette en lui racontant ce qu'il s\ffre d'tre sp> d'elle4 ,la solitude e/ un poison et non pas un remde p\r les amants4 ,elle e/ insupportable p\r un cur agit2 l'ennui s'accrot dans le sil5ce de la retraite4 ,a ,sa9t-,gildas1 ,abeil>d ne cessait de pleur]2 nagure dj le ,p>aclet avait ret5ti de ses sanglots4 ,condamn comme un captif une solitude t]nelle1 il passait ses j\rs dans les s\pirs et ses nuits dans les d\leurs4 ,au milieu de ces ds]ts1 disait-il1 qui ne sont po9t rafra*is p> la rose du ciel1 on aime ce qu'on ne devrait plus aim]2 les passions excites p> la solitude subjugu5t l'me dans ce sil5ce pr(ond1 et l'on oublie ,dieu1 mais jamais l'am\r4 ,les lettres d',hlose sont d\ces1 c>essantes1 mais respir5t aussi un am\r viol5t et inv9cible4 ,je dsire avec ardeur te voir1 dit-elle2 mais comme je ne puis l'espr]1 je veux s\lag] mon cur en lisant quelques lignes de ta ma94 ,hlose ne dem&e po9t ,abeil>d des lettres savantes1 tudies1 qui port5t le ca*et de son esprit3 elle ne veut que des billets dicts p> le cur1 crits au c\rant de la plume1 et dont la raison ne pse po9t les expressions4 ,combi5 je m'abusais1 dit-elle1 lorsque1 te croyant t\t moi1 je pris le voile avec la rsolution de vivre jamais s\s tes lois4 ,je m'enf]mai dans un clotre p\r tre toi1 p\r te s]vir4 ,tu dsirais1 aprs ton malheur1 que je me retirasse du monde2 ma9t5ant1 p\rquoi te le ca*]8 ce n'e/ po9t p> pit que je me suis ensevelie dans ces murs4 ,je suis dans le clotre1 j'y re/e1 j'y vis2 mais si tu ne vis pas p\r moi1 si tu ne m'aimes pas1 si tu ne t'occupes pas de moi1 quoi me s]t cette prison8 o e/ ma rcomp5se8 ,ces *a/es vtem5ts1 je les ai pris aprs notre crime1 aprs ton malheur1 et non po9t p> le dsir de faire pnit5ce4 ,je me t\rm5te et je lutte en va93 au milieu des fiances du ,seigneur1 je suis ta s]vante2 p>mi ces nobles esclaves de la croix1 je suis une misrable (fr&e de l'am\r huma92 je suis la tte d'une communaut1 et je ne vis que p\r ,abeil>d4 ,abeil>d rpondit ,hlose3 ,arra*e-toi ces re/es honteux de ta passion4 ,hlas6 si tu me voyais avec ce visage d*>n1 ce reg>d morne et tri/e1 que p5s]ais-tu de mes l*es s\pirs et de mes l>mes inutiles8 ,ah6 je suis abattu p> l'empire de l'am\r et non p> la croix4 ,hlose1 pla9s-moi et dlivre-moi de l'am\r2 je suis un pauvre p*eur qui1 dans les mom5ts de grce o il rec\vre sa raison1 se pro/]ne devant son juge1 colle ses lvres sur le sol et baigne la p\ssire de ses l>mes4 ,p\rrais-tu v5ir1 p\rrais-tu me voir dans cet tat et rclam] encore mon am\r8 ,vi5s1 si tu l'oses1 dans tes vtem5ts religieux1 te plac] entre ,dieu et moi6 vi5s1 et emp>e-toi des p5ses que je dois ,dieu seul6 vi5s second] le m*ant esprit et sois l'in/rum5t de sa rage6 ,quel p\voir n'z-tu pas sur ce cur dont tu connais t\te la faiblesse6 ,mais non1 fuis-moi1 et je suis sauv6 ,arra*e-moi la p]dition1 je t'en prie1 je t'en conjure p> ton affection qui m'a t si *re1 p> nos s\ffrances communes4 ,ne pas me tmoign] de l'am\r1 ce s]a encore de l'am\r4 ,l'am\r luttait plus violemm5t contre la grce et la raison dans le cur de la pauvre ,hlose4 ,*aque ligne de sa lettre montre l'influ5ce que la solitude ex]ait sur son am\r3 ,dans ce temple de la *a/et1 dit-elle1 je ne suis c\v]te que des c5dres du feu qui n\s a consums4 ,je suis une p*]esse1 je l'av\e2 mais au lieu de pleur] sur mes p*s1 je ne pleure que mon amant4 ,au lieu d'abhorr] mes fautes1 je n'pr\ve que le dsir d'en commettre de n\velles4 ,je connais les obligations que mon habit m'impose2 mais je ress5s bi5 mieux l'empire--qu'ex]ce sur une me s5sible--l'habitude d'aim]4 ,je me s5s matrise et va9cue p> ce t5dre p5*ant4 ,l'am\r g>e ma raison et ma volont4 ,tantt je cde aux press5tim5ts qui s'lv5t en moi2 tantt je laisse all] mon imag9ation t\t ce qui *>me ma t5dresse4 ,auj\rd'hui je dc\vre t\t ce que je jurais hi] de te ca*] jamais4 ,j'avais pris la rsolution de ne plus t'aim]2 je m'aff]missais dans mes vux1 je reg>dais mon voile1 je me disais que j'tais ici morte et ensevelie4 ,mais voil que mon am\r dissipe t\tes ces rsolutions1 et jette un nuage sur ma raison et sur ma pit4 ,abeil>d1 tu rgnes dans des replis si pr(onds1 si ca*s dans mon cur1 qu'il m'e/ impossible de t'y saisir4 ,si j'essaye de bris] la *ane qui m'atta*e toi1 t\s mes ef=ts sont inutiles1 je ne fais que la ress]r] davantage4 ,p> piti1 sec\rs une malheureuse1 af9 qu'elle r5once1 s'il e/ possible1 ses dsirs1 elle-mme1 toi4 ,si tu es mon amant1 si tu es mon pre1 sec\rs ta bi5-aime1 ta fille4 ,dans une telle situation1 les amants se croi5t s\v5t l'abri des s5sations voluptueuses1 et la volupt la plus ard5te enflamme leur cur4 ,si je n'avais eu p\r toi qu'un s5tim5t de volupt1 dit encore ,hlose1 lorsque tu es tomb entre les ma9s de tes b\rreaux1 j'aurais pu tr\v] ailleurs une consolation4 ,je n'avais que v+t et un ans4 ,quel ge6 ,combi5 d'hommes se s]ai5t (f]ts moi p\r remplac] ,abeil>d6 ,et qu'ai-je fait8 ,je me suis ent]re vivante dans un clotre4 ,j'ai surmont les dsirs de l'am\r au temps o ils surmont5t t\t4 ,a prs5t1 je te cons]ve encore les re/es de ma beaut fltrie1 mes nuits de veuvage1 mes longs j\rs que je passe sans toi2 et comme tu ne peux plus j\ir des j\issances d'autrefois1 je repr5ds t\t1 et je le donne ,dieu4 ,mais l'am\r ne laissait pas plus de repos ,hlose dans l'abbaye du ,p>aclet que dans le clotre d',arg5teuil2 ce ne fut que v]s la f9 de sa vie1 et aprs des luttes incessantes1 que la pauvre femme rec\vra quelque tranquillit4 ,cette passion brlante1 ce dlire de l'am\r1 condamns p> la raison et p> la morale1 se dvelopp5t dans le cur d',hlose et d',abeil>d p> l'effet de la solitude et de la sque/ration du monde2 et cet exemple et d'autres que n\s p\rrions cit] pr\v5t assez combi5 la solitude e/ dang]euse p\r un am\r qui ne respire que la volupt4 ,ptr>que1 dont l'am\r tait d'une nature plus dlicate que celui d',hlose1 a pr\v comme elle que l'am\r t\*e de prs la mlancolie1 c> il a bi5 s\ff]t de cette passion4 ,a la fleur de l'ge1 il s'en alla prs de la s\rce de ,vaucluse *]*] un refuge p\r ses d\leurs4 ,mais1 hlas6 dit-il1 je ne savais ce que je faisais2 je ne p\vais tr\v] le sec\rs dont j'avais beso94 ,p>t\t je portais avec moi mes inquitudes cruelles4 ,seul1 dlaiss1 sans appui1 je s\ffrais plus dans ma retraite qu'en t\t autre lieu4 ,sans cesse1 dvor p> l'am\r1 j'exhalais dans les valles ces s\pirs et ces pla9tes que l'on a ent5dus p>t\t et dont on a tr\v le son agrable4 ,l'am\r tait dans l'me de ,ptr>que un noble combat de la v]tu1 une volupt du cur leve au-dessus des dsirs t]re/res1 une d\ce mlancolie1 une h>monie cle/e4 ,dans le cur d',hlose et d',abeil>d1 c'tait une eff]vesc5ce imptueuse1 c'tait le b\illonnem5t d'une ardeur s5suelle4 ,les beso9s de l'am\r ne sont s\v5t que l'effet de l'imag9ation1 l'illusion d'un esprit malade4 ,p\r p\voir v\s va9cre v\s-mme1 sa*ez va9cre votre imag9ation2 c'e/ elle qui porte le tr\ble dans vos s5s2 que de fois ils s]ai5t calmes si v\s p>v5iez d'abord la calm] elle-mme6 ,on ne peut t\ff] les beso9s de l'am\r1 disait une femme allem&e4 ,mais en obs]vant des jeunes g5s qui adoptai5t cet axiome1 j'ai pu reconnatre t\tes les victoires que l'homme e/ capable de remport] dans cette lutte1 qu& il a une f]me volont4 ,un visage languissant1 un reg>d abattu1 des j\es caves1 des ma9s tremblantes1 ne m'ont que trop s\v5t rvl que la *a/et e/ la premire des rgles et le plus efficace des remdes p\r les jeunes g5s qui se figur5t qu'ils ne peuv5t comprim] les beso9s *>nels de l'am\r4 ,je puis dire ces jeunes g5s avec ,r\sseau3 ,si jamais objet lascif n'et frapp nos yeux1 si jamais ide d%onnte ne ft entre dans notre esprit1 jamais peut-tre ce prt5du beso9 ne se ft fait s5tir en n\s1 et n\s s]ions demeurs *a/es1 sans t5tations1 sans ef=ts et sans mrite4 ,il n'y a ri5 de plus dang]eux p\r les hommes encl9s cette maladie morale que la solitude1 et surt\t la solitude oisive4 ,les ides obscnes les p\rsuiv5t l1 et les surpr5n5t au milieu de leurs meilleures rsolutions4 ,p> l'effet de la retraite1 de l'oisivet1 une tte ard5te peut tre porte t\tes les erreurs imag9ables1 t\s les vices1 t\s les crimes4 ,l'oisivet seule1 au milieu de la vie morale1 e/ ple9e de dang]s signals dans t\s les temps4 ,les anci5s lgislateurs connaissai5t ce r$\table cueil3 ,dracon et ,pisi/rate frappai5t de la pe9e de mort la p>esse et l'oisivet1 af9 d'assur]1 p> cette rigueur de la loi1 la tranquillit des villes1 et d'tablir l'activit dans les campagnes4 ,pricls envoya des colonies dans la ,*]sonse1 ,&ros1 dans la ,?race et en ,italie1 p\r purg] ,a?nes d'une f\le de citoy5s que l'oisivet r5dait *aque j\r plus suspects et plus dang]eux4 ,nos dsirs frivoles1 nos faux beso9s1 sont en un c]ta9 s5s un bi5fait p\r les gr&s tats p> l'occupation qu'elles donn5t1 dans les cits populeuses1 une multitude d'ouvri]s4 ,p\r mettre ,londres en combu/ion1 il suffirait de dt\rn] p5dant une sema9e le peuple de ses travaux j\rnali]s2 bi5tt on v]rait l'imm5se cit dsole1 ravage p> la rbellion aux lois1 la gu]re civile1 la flamme de l'inc5die4 ,,*apitre ,,vi4 ,,avantages ,g,n,,raux ,,de ,,la ,,solitude4 ,la solitude n\s t\*e en n\s (frant l'image du repos4 ,le t9tem5t lo9ta9 du clotre solitaire1 le sil5ce de la nature p> une belle nuit1 une haute montagne1 prs d'un anci5 monum5t en ru9es1 ou dans les ombres d'une =t pr(onde1 rp&5t dans l'me qui se recueille une d\ce mlancolie et dt\rn5t ses p5ses du tumulte des hommes4 ,mais celui qui ne sait pas tr\v] en soi un ami1 une socit1 qui ne se s5t po9t l'aise dans ses propres p5ses1 celui-l assimile la solitude la mort4 ,t\t ce que j'ai dit des inconvni5ts1 des dang]s de la solitude1 ne porte aucune atte9te aux salutaires effets que la solitude peut avoir1 si en s'y retirant on sait faire un sage emploi de son repos1 de sa lib]t et veill] sur son av5ir4 ,on passe trav]s les cueils les plus prilleux1 qu& on di/+ue les signaux et les endroits r$\tables4 ,ils n'pr\v5t ri5 non plus contre la solitude1 ces hommes qui1 dom9s p> le beso9 de vivre p]ptuellem5t hors d'eux-mmes1 s'atta*5t de t\te leur =ce au monde et trait5t de non-s5s les mots de retraite et de tranquillit4 ,ces hommes-l ne re/5t *ez eux que le temps ncessaire p\r s'habill]1 recevoir des visites1 et n'ont pas la mo9dre ide des bi5faits de la solitude4 ,aussi je ne prt5ds recomm&] la solitude qu' ceux qui sav5t encore apprci] les j\issances de l'esprit1 les dveloppem5ts de l'intellig5ce et les ef=ts de la v]tu1 ceux qui peuv5t sans cra9te se tr\v] seuls avec eux-mmes et qui sav5t gt] les joies paisibles de la vie dome/ique4 ,celui qui a p]du ces heureuses facults1 celui qui ne *]*e sa satisfaction qu' la table et dans le jeu1 n'a pas beso9 qu'on essaye de lui en procur] une autre4 ,otez-lui ses c>tes1 v\s lui tez la vie4 ,celui qui ddaigne le travail de l'esprit1 qui reg>de comme une sotte affectation les s5tim5ts les plus dlicats de l'me et qui1 dans sa rudesse de c>actre1 se moque de la s5sibilit1 celui-l ne peut tr\v] aucun plaisir se retir] en lui-mme4 ,beauc\p de femmes du monde ne p\rrai5t non plus consacr] de srieuses p5ses autant de temps qu'elles en emploi5t leur toilette4 ,les m9i/res de l'vangile donn]ai5t la sagesse des app>5ces trop au/res1 s'ils s'loignai5t de la socit et de ses di/ractions1 mais c'e/ ce qu'ils ne font pas4 ,p\r un gr& nombre d'entre eux la solitude e/ insupportable4 ,a quel t]rible ennui ne s]ait pas livr ma9t pa/eur or?odoxe d',allemagne1 s'il ne faisait pas *aque soir sa p>tie de c>tes1 et ma9t prdicateur anglais1 s'il ne passait pas la nuit dans quelque tav]ne6 ,le temps n'e/ plus o l'on atta*ait tant de prix la vie contemplative et o *acun croyait se rappro*] du ciel mesure qu'il s'loignait du monde4 ,mon int5tion e/ d'exam9] d'abord quels sont en gnral les avantages de la solitude dans la vie j\rnalire4 ,je dmontr]ai comm5t elle habitue l'homme vivre avec lui-mme1 et j'espre faire voir qu'il n'e/ po9t de *agr9 si am]1 de tri/esse si cruelle qu'une solitude bi5 employe ne puisse ad\cir2 qu'il n'y a po9t de bonheur rel att5dre dans la vie1 si on ne tr\ve pas ce bonheur dans sa maison2 que les plaisirs de l'esprit surpass5t les j\issances des s5s2 que les joies du cur sont ouv]tes t\t homme dans *aque ge et *aque condition2 que l'am\r du travail accrot et s\ti5t les =ces de l'me2 que la solitude fait natre en n\s de n\velles v]tus1 qu'elle donne notre c>actre et nos s5tim5ts plus d'n]gie et d'indp5dance4 ,j'espre faire voir enf9 que nulle "p on n'appr5d aussi bi5 que dans la solitude connatre son propre cur1 obs]v] et jug] sa9em5t les *oses extrieures1 que l on acqui]t le p\voir de rprim] ses mauvaises passions1 et que l on peut j\ir des plaisirs vraim5t durables de la flicit intime4 ,si l'on comp>e les joies de la vie du monde et ses di/ractions les plus re*]*es avec les avantages les plus communs de la solitude1 on reconnatra la vrit d'obs]vation de ces philosophes qui reg>dai5t le tumulte de la socit et la dissipation comme incompatibles avec l'ex]cice d'une sage raison1 la re*]*e de la vrit et la connaissance du cur huma94 ,la raison de l'homme du monde e/ quelquefois t\ffe p> cette f\le de prjugs qu'il doit respect]1 et qui n]v5t son me4 ,tant de frivolits1 tant de jolies on peut dire1 amolliss5t son esprit6 ,il ne voit po9t les *oses telles qu'elles sont1 et ne connat po9t les plaisirs rels et assurs4 ,le dsordre rgne dans sa p5se1 et son cur e/ ple9 de *imres4 ,celui1 au contraire1 qui s'e/ acc\tum vivre avec lui-mme1 jug] srieusem5t le prt5du bonheur et les trompeuses di/ractions du monde1 voit ce monde dp\ill de ses va9s pre/iges1 et s'ap]oit que n\s re*]*ons bi5 des *oses qui ont plus d'app>5ce que de ralit4 ,mais il arrive r>em5t qu'on se livre de telles rflexions1 et il e/ bi5 peu d'hommes qui connaiss5t le vrai bonheur4 ,celui qui dissipe ses annes de jeunesse dans le t\rbillon de la socit ne p5se pas qu'il faut sem] dans les j\rs de pr9temps p\r rcolt] dans l'arrire-saison4 ,je ne p>le po9t des g5s qui j\iss5t d'une =te sant et que la mort surpr5d au milieu de leur vie ins\ciante4 ,mais comme n\s devons savoir que t\s1 tant que n\s sommes1 la joie n\s quitte tt ou t>d1 que n\s ne p\vons tre srs d'une sant durable1 comme n\s n\s ab/5ons de faire ce qui donn]ait notre corps des =ces p\r support] le f>deau de la vieillesse1 n\s devrions au mo9s t*] de donn] notre me une =ce inde/ructible4 ,la sant la plus brillante peut tre dtruite en un in/ant2 mais n\s devrions g>d] le feu sacr de notre me1 de telle sorte qu'il ne s'teigne jamais4 ,prud5ce et v]tu1 f]met devant les hommes et cra9te devant ,dieu1 voil ce qui n\s aide port] le poids de nos s\ffrances1 voil ce qui n\s s\ti5t et ce qui peut n\s relev] encore dans notre abattem5t4 ,le dgt et la satit sont la suite 9vitable de l'ardeur avec laquelle on se prcipite au milieu des div]tissem5ts du monde4 ,celui qui1 aprs avoir vid jusqu' la d]nire g\tte la c\pe du plaisir1 e/ =c de s'av\] qu'il n'y a p\r lui plus ri5 espr]1 plus ri5 faire dans le monde2 celui qui1 fatigu des j\issances qu'il a longtemps convoites1 s'tonne de sa propre ins5sibilit2 celui qui ne possde plus cette puissance magique de l'imag9ation qui colore et embellit t\tes les *oses de la vie1 appelle en va9 son sec\rs les filles de la volupt4 ,leurs c>esses ne font qu'irrit] ses regrets et leur *ant h>monieux n'apaise po9t sa tri/esse4 ,voyez ce vieill>d qui *]*e encore cont9u] le c\rs de ses galant]ies3 il v\drait p>atre enj\ et il e/ l\rd1 il v\drait brill] et on se raille de lui1 il veut faire de l'esprit et il fatigue ses auditeurs4 ,ses p>oles n'ont plus aucun sel1 ses complim5ts sont us1 les jeunes g5s se moqu5t de ses anci5nes galant]ies2 mais il re/e le mme aux yeux du sage qui l'a vu jadis brill] dans les c]cles de la folie et s'lanc] gaiem5t dans les demeures du vice4 ,s\v5t les hommes srieux s5t5t s'veill] en eux une =te p5se au milieu des assembles les plus bruyantes1 lorsqu'ils song5t ce qu'ils p\rrai5t faire et qu'ils voi5t ce qu'ils font4 ,plus d'une noble entreprise excute dans la retraite1 plus d'une action clatante a t conue dans une salle de bal1 dans la rumeur de la danse et le bruit de la musique4 ,peut-tre une me pure et leve ne r5tre-t-elle jamais si srieusem5t en elle-mme que dans ces runions tumultueuses1 o la multitude s'ab&onne au v]tige des s5s et se laisse emport] p> le t\rbillon de la folie4 ,c'e/ p\r se fuir eux-mmes que les esprits frivoles1 /riles1 re*]*5t si avidem5t les di/ractions de la socit4 ,on se hte de saisir t\t ce qui peut gay] un j\r1 un in/ant2 et il faut que ce soit quelque *ose de n\veau1 qui porte ces pauvres esprits au dehors1 et les enlve eux-mmes4 ,avez-v\s assez de ress\rces d'imag9ation p\r inv5t] t\te heure un moy5 d'amus] ces g5s dsuvrs1 v\s leur r5dez un gr& s]vice1 v\s tes leur meilleur ami4 ,*acun tr\v]ait cep5dant1 s'il le v\lait1 assez d'occupation p\r n'tre pas *>ge soi-mme1 et ne pas p]dre inutilem5t son temps4 ,mais comme il n'atta*e de prix qu'aux amusem5ts extrieurs1 il p]d peu peu la =ce d'ex]c] sa propre action1 et subit celle de t\t ce qui l'ent\re4 ,de l il rsulte que nul tre n'e/ plus malheureux1 sur la f9 de sa vie1 que le ri*e dom9 p> les dsirs s5suels4 ,les nobles et les c\rtisans se figur5t que leurs plaisirs ne p>aiss5t futiles qu' ceux qui ne peuv5t y pr5dre "p4 ,selon moi1 ils se tromp5t4 ,un diman*e1 en rev5ant de ,trianon1 j'ap]u de lo9 une f\le nombreuse runie sur la t]rasse du *teau de ,v]sailles4 ,l\is ,,xv tait aux f5tres du palais avec sa c\r4 ,on avait plac des bois de c]f sur la tte d'un homme rem>quable p> son agilit la c\rse1 et on l'appelait le c]f4 ,une d\za9e d'autres individus s'lanai5t aprs lui1 faisant l'(fice de *i5s4 ,c]f et *i5s se prcipitai5t dans le bass91 puis en sortai5t1 et c\rai5t de ct et d'autre1 aux acclamations des spectateurs4--,que signifie un tel spectacle8 dem&ai-je un ,franais qui se tr\vait prs de moi4--,monsieur1 me rpondit-il d'un ton srieux1 c'e/ p\r le div]tissem5t de la c\r4 ,les hommes de la classe la plus obscure sont plus heureux que ces matres du monde avec leur cortge d'esclaves1 avec les tri/es moy5s auxquels ils ont rec\rs p\r se procur] un rapide passe-temps4 ,le gr& seigneur ca*e dans les salons1 s\s un visage riant1 un cur rong de s\cis1 et diss]te avec les app>5ces du plus vif intrt sur des vnem5ts qui ne le t\*5t en ri54 ,les uns et les autres se tromp5t mutuellem5t4 ,la plup>t d'entre eux sont p\rtant dans leur vritable lm5t1 et se rj\iss5t de voir des salons remplis d'une socit dont *aque membre compte au mo9s seize qu>ti]s de noblesse et plusieurs titres imposants4 ,ce sont ces images de la raison qui tr\bl5t si s\v5t le bonheur de la vie sociale4 ,de l vi5t l'insupportable orgueil des gr&s seigneurs1 l'incroyable ambition des g5s d'une classe infrieure4 ,de l le mpris des uns1 l'ennui des autres1 et la folie de t\s4 ,il y a p\rtant dans notre me une =ce secrte et des ress\rces bi5 plus gr&es que n\s ne le croyons4 ,celui qui1 p> gt ou p> ncessit1 en vi5t us] de ces ress\rces1 reconnat bi5tt que le plus sr bonheur dont il n\s e/ accord de j\ir rside en n\s-mmes4 ,la plup>t de nos beso9s sont des beso9s factices4 ,les *oses extrieures ne n\s procur5t quelque satisfaction que p>ce que n\s n\s en sommes fait une habitude1 et non po9t p>ce qu'elles n\s sont rellem5t ncessaires4 ,le plaisir que n\s y avons tr\v n\s p]suade trop facilem5t que n\s devons y rev5ir4 ,mais si elles n'exi/ai5t pas1 ou si n\s v\lions n\s en priv]1 et *]*] en n\s-mmes le plaisir qu'elles n\s ont procur1 n\s v]rions que ces j\issances de la vie intime sont les vrais trsors4 ,les tres sup]ficiels se plairont p\rtant dans un lieu o l'on ne va que p\r voir les autres et p\r se faire voir4 ,mais combi5 de femmes y meur5t d'ennui6 combi5 d'hommes intellig5ts s'y assoi5t tri/em5t l'c>t6 ,n\s n\s faisons un trop beau tableau des gr&es runions4 ,les saillies de l'esprit1 la coquett]ie1 la s5sualit1 y obti5n5t p>fois quelque succs2 *acun tale l ce qu'il possde1 et les mo9s ri*es sont s\v5t ceux qui font le plus de frais4 ,de temps autre1 il faut le dire1 on voit et l'on appr5d l ma9te *ose agrable3 c'e/ une rem>que +nieuse1 c'e/ un mot spirituel1 c'e/ un homme intressant que l'on ne connaissait pas encore1 ou une femme rem>quable p> sa conv]sation comme p> sa beaut4 ,quelquefois mme on pr\ve la div9e satisfaction de dire du bi5 d'un ennemi1 ou de se comport] avec une grce p>faite env]s lui4 ,mais combi5 d'p9es trav]s5t ces agrables s5sations6 ,l'homme dont l'me n'e/ pas tranquille1 et celui qui s\ffre d'une d\leur secrte1 et celui qui raisonne surt\t1 quelle attitude emb>rasse ils cons]v5t au milieu de ces heureux du monde6 ,c'e/ *ose p\rtant assez plaisante de voir la purile gaiet de graves fonctionnaires1 la ptulance grotesque de tant de vieilles femmes1 les ridicules de tant d'enfants *eveux gris4 ,mais qui ne se lass]ait pas d'une bonne comdie1 s'il fallait t\j\rs la revoir8 ,a9si1 quiconque a connu le vide et l'ennui de ces runions1 quiconque a su disc]n] la vrit du m5songe1 les fausses app>5ces de la ralit1 n'pr\ve que de la tri/esse dans ces salons brillants1 et se hte de r5tr] dans sa demeure p\r p5s] aux plaisirs qui ne tromp5t pas1 que l'on peut gt] t\t ge1 et qui ne laiss5t en n\s ni regret ni inquitude4 ,il e/ d\x aussi de quitt] ces va9es relations du monde p\r se rfugi] au se9 d'une amiti t5dre1 claire1 pati5te4 ,avec elle1 on e/ libre et sans contra9te1 on dit ouv]tem5t ce que l'on s5t et ce que l'on p5se1 on ne cra9t pas d'av\] ses ides les plus intimes et ses vux4 ,si v\s commettez une erreur1 votre ami v\s ramne d\cem5t la vrit2 p\r que v\s v\s ent5diez l'un l'autre1 il suffit d'un mot1 d'un reg>d1 et1 prs de lui1 v\s tr\vez les conseils1 l'appui1 la consolation dont v\s avez beso9 dans *aque malheur1 dans *aque accid5t de la vie4 ,a l'aide de cette bi5faisante amiti1 l'esprit fatigu se relve dans son dc\ragem5t1 se rveille dans sa somnol5ce1 et repr5d l'essor dans son inaction4 ,avec elle1 l'esprance refleurit plus belle et plus riante4 ,en jetant un reg>d sur le pass1 on se rappelle avec une d\ce mlancolie les j\rs o l'on a vcu ensemble1 les longs entreti5s du soir1 les heures de runion intime1 o l'on ne se lassait pas d'ent5dre et de p>l]1 o l'on n'pr\vait d'autre cra9te que d'tre sp>s p> l'abs5ce ou p> la mort1 o l'on ad\cissait rciproquem5t ses *agr9s1 o l'on s5tait son cur et son me unis p> les li5s les plus troits un autre cur et une autre me1 o l'on se rj\issait la fois de t\t ce que l'on avait appris1 de t\t ce qu'on avait lu1 et l'on mettait en commun ses pe9es et ses plaisirs4 ,dans une telle flicit1 ce n'e/ po9t p> rudesse de c>actre ni p> insociabilit1 ni p> une erreur de l'imag9ation qu'on en vi5t ne plus dsir] les relations des autres hommes1 qu'on re/e indiffr5t leur indiffr5ce et mme leur loignem5t2 une amiti s9cre occupe notre p5se4 ,a ct d'un tel trsor1 qu'e/-ce que le t\rbillon du monde et la rumeur des salons8 ,mais que ce bonheur e/ fragile6 avec quelle rapidit le sort peut n\s enlev] t\t c\p ces *>mantes joies de la vie1 et comme alors t\t devi5t sombre1 aride et tri/e aut\r de n\s6 ,en va9 on t5d ses bras dans l'espace1 en va9 on appelle celui que l'on a tant aim4 ,quelquefois on croit encore di/+u] le bruit de ses pas2 mais ce n'e/ qu'une folle illusion4 ,t\t semble mort nos yeux1 et n\s-mmes n\s sommes morts t\t ce qui n\s environne4 ,la solitude s't5d aut\r de notre vie2 p>t\t n\s sommes seuls avec la plaie saignante de notre cur4 ,dans notre affliction n\s p5sons que plus p]sonne ne n\s aime1 que n\s n'aimons p]sonne1 et une vie sans affections e/ p\r un cur t5dre la mort la plus affreuse4 ,alors on veut vivre seul et m\rir seul4 ,dans les nuages pais qui obscurciss5t l'exi/5ce1 on n'entrevoit pas une ma9 solitaire1 on n'att5d aucune sympa?ie et aucune piti2 c> celui qui n'a pas s\ff]t1 ne compr5d po9t l'affreux tat de celui qui s\ffre4 ,mais c'e/ ici qu'clate le triomphe de la solitude1 c> p\r celui qui sait us] des remdes qu'elle lui (fre1 il n'e/ po9t de tri/esse si gr&e1 ni de regret si pr(ond qu'elle n'ad\cisse4 ,il e/ vrai que cette gurison ne s'opre que l5tem5t et p> degrs2 l'art de vivre avec soi-mme exige tant d'expri5ce1 et ti5t tant d'vnem5ts div]s1 tant de situations p>ticulires1 qu'il faut dj tre srieusem5t prp> la solitude p\r p\voir en att5dre les bi5faisants effets4 ,celui qui a mri son c>actre en dehors des prjugs vulgaires1 celui qui ds sa jeunesse apprit aim] et e/im] la solitude1 a bi5tt pris sa dcision dans une fatale circon/ance4 ,lorsque ri5 de ce qui l'ent\re ne lui donne plus aucune animation1 il met en m\vem5t les ressorts de son me1 et ne se tr\ve jamais mo9s seul que qu& il e/ r5f]m dans sa retraite4 ,les hommes d'une nature di/+ue ont s\v5t s'occup] d'affaires1 qui sont p\r leur esprit ce qu'e/ l'ipcacuanha p\r un e/omac qui s\ffre de la faim4 ,en*ans un travail aride et pnible1 condamns vivre avec des cratures sans me1 ils ne peuv5t ni *ang] de place1 ni se dlivr] de leur f>deau2 leurs fonctions ne sont p\r eux qu'un j\g insupportable2 ils se s5t5t opprims et ils opprim5t ceux qui les environn5t4 ,s\v5t ils se figur5t qu'il n'y a de repos p\r eux que dans la tombe2 t\t dans le monde les fatigue2 les livres ne leur (fr5t aucun attrait1 et les correspondances les importun5t4 ,nul s\ffle rafra*issant ne les ravive dans leur tri/e situation1 nulle v]dure ne rcre leurs reg>ds2 mais laissez-les seuls1 r5dez-leur la lib]t1 les heureux loisirs1 v\s les v]rez bi5tt r5atre l'en?\siasme de leur jeunesse et repr5dre leur vol d'aigle4 ,si la solitude a une telle action sur ceux que le *agr9 dom9e1 que ne s]a-t-elle pas p\r celui qui peut la tr\v] qu& il lui plat1 p\r celui dont l'me ne re*]*e et ne dsire que l'air pur et le bonheur dome/ique6 ,on dem&ait ,anti/hne quoi lui avait s]vi la philosophie3 ,elle m'a s]vi1 rpondit-il1 connatre l'art de me g\v]n] moi-mme4 ,pope av\ait qu'il ne se mettait jamais au lit sans p5s] que n\s n'avons po9t de plus gr&e affaire sur cette t]re que d'appr5dre la meilleure manire de se tr\v] bi5 *ez soi4 ,il me semble que n\s avons tr\v ce que ,pope *]*ait lorsque n\s n\s s5tons heureux dans notre demeure et que n\s aimons t\t ce qui n\s ent\re1 jusqu'au *i5 et au *at4 ,les t5tatives +nieuses que l'on fait p\r se procur] des plaisirs extrieurs n'ont d'autre avantage que de n\s am5] de srieuses rflexions1 lorsque n\s r5trons en n\s-mmes4 ,c'e/ alors qu'on appr5d o e/ le vrai bonheur1 qu'on reconnat la fausset des esprances qui n\s conduisai5t dans le monde et le nant des plaisirs que n\s croyions y tr\v]4 ,une jeune et belle femme m'crivait un j\r la suite d'un gr& bal3 ,v\s avez vu combi5 j'tais gaie et riante en p>tant p\r ce bal2 et l'aspect de ces salons o il n'y avait qu'une joie factice1 j'pr\vais un tel s5tim5t de vide et de tri/esse1 que j'aurais v\lu arra*] les fleurs de ma robe4 ,t\t le bonheur du monde n'e/ ri51 s'il ne contribue pas n\s r5dre plus heureux en n\s-mmes et dans notre demeure2 t\te in=tune1 au contraire e/ supportable p\r celui qui peut l'ad\cir p> le repos de sa retraite et p> les livres4 ,n\s p\vons *ang] nos gts1 nos p5*ants1 nos passions2 et alors non-seulem5t n\s supportons la privation de ce qui n\s manque1 mais n\s p\vons en v5ir gt] encore une relle satisfaction dans un tat qui p>atrait d'autres dplorable4 ,a9si1 p\r en cit] un exemple1 la sant e/ sans contr$it un bi5 inapprciable1 et p\rtant il y a des circon/ances o1 lorsque la sant dcl9e1 on pr\ve encore un vrai repos4 ,que de fois j'ai rem]ci le ciel d'une maladie qui me =ait de re/] *ez moi et de me recueillir en sil5ce6 ,=c1 p5dant de longues annes1 de sortir *aque j\r malgr mes s\ffrances physiques1 de m'expos] aux rigueurs de l'hiv]1 j'tais heureux en vrit de p\voir tre malade *ez moi4 ,p]ptuellem5t occup des accid5ts des autres1 le mdec9 compatissant oublie s\v5t ses propres d\leurs p\r port] un remde celles qu'on lui confie4 ,mais que de fois aussi c'e/ p\r lui un cruel sacrifice d'employ] au s]vice des autres les =ces qui lui manqu5t6 ,dans une telle situation1 la maladie qui me p]met de re/] enf]m *ez moi1 e/ un vrai repos1 p\rvu t\tefois que je ne sois po9t assailli de visites de politesse4 ,j'invoque t\tes les bndictions de ,dieu p\r celui qui me laisse seul1 qui p> compassion ne se croit pas oblig de s'occup] de moi et de me pr5dre une p>tie de mon temps4 ,une belle mat9e o je puis j\ir a9si de ma lib]t1 o je n'ai p]sonne voir et po9t de lettres crire1 e/ p\r moi plus prcieuse que ne peuv5t l'tre t\s les bals p\r une lgante femme4 ,on re/e volonti]s avec soi-mme qu& on a su1 soit dans la jeunesse1 soit dans un ge plus avanc1 se crer une agrable et utile occupation4 ,si l'on se s5t tri/e1 il faut s'ef=c] de faire quelques lectures avec une int5tion dt]m9e2 p\r lire avec fruit il faut avoir la plume ou le crayon la ma9 et not] t\tes les ides neuves que l'on r5contre1 ou t\tes celles qui corrobor5t celles que n\s avions dj acquises4 ,on se lass]a bi5tt de lire1 si on ne s'approprie pas soi-mme ou si on n'attribue pas d'autres ce qu'on lit1 et si l'on ne s5t pas s'veill] dans son esprit quelques s\da9es p5ses4 ,l'ex]cice donne cette habitude1 et l'on occupe a9si agrablem5t les heures les plus tri/es4 ,p\rvu que l'att5tion soit t\j\rs excite1 on e/ sr de dissip] peu peu les ides accid5telles les plus f*euses4 ,*aque objet intressant1 *aque rameau des sci5ces fcondes1 *aque trait de l'hi/oire de l'humanit1 *aque progrs dans l'art peut fix] l'att5tion et *ass]1 comme p> magie1 la tri/esse4 ,c'e/ a9si que l'homme se fait soi-mme une d\ce socit1 c'e/ a9si qu'il tr\ve son meilleur ami dans son cur4 ,les plaisirs de l'esprit acquis de la sorte sont bi5 suprieurs t\s ceux qui provi5n5t des s5s4 ,p> plaisirs de l'esprit on ent5d ord9airem5t les mditations pr(ondes1 les travaux difficiles ou les uvres lgres de l'imag9ation4 ,mais il en e/ d'autres qui n'exig5t ni une gr&e rudition ni de gr&es facults4 ,ce sont les plaisirs qui naiss5t de l'occupation1 de l'activit1 qui sont la porte du savant et de l'ignorant et qui procur5t galem5t de d\ces satisfactions4 ,il ne faut po9t mpris] le travail manuel4 ,je connais des g5til%ommes allem&s qui peuv5t faire le mti] d'horlog]1 de pe9tre1 de *>p5ti]1 qui possd5t t\s les outils de ces pr(essions et sav5t s'en s]vir4 ,ils peuv5t a9si occup] utilem5t une p>tie de leur temps et sont =t heureux4 ,t\t ce que l'on essaye d'appr5dre1 soit dans l'art1 soit dans la sci5ce1 d'abord p> un simple gt d'amateur1 et t\t ce dont on p>vi5t ensuite acqurir une c]ta9e connaissance1 habitue l'homme vivre avec lui-mme et devi5t un contre-poids dans les plus gr&es pe9es morales4 ,*aque difficult srieuse ou m9ime que l'on russit surmont]1 n\s cause une relle satisfaction4 ,*aque m9ute que l'on emploie p\rsuivre un b honnte et *aque travail que l'on a*ve contribue rj\ir l'me et gay] l'appro*e du l5dema94 ,les plaisirs du cur app>ti5n5t t\s les hommes qui sav5t g>d] leur paix intrieure1 qui sont cont5ts d'eux et des autres4 ,les g5s du monde se plaign5t s\v5t de l'ennui qu'ils pr\v5t dans le tumulte des villes4 ,on ne connat po9t cette tri/e maladie dans les valles des ,alpes1 sur les montagnes o rgne encore l'innoc5ce et que l'trang] ne quitte jamais sans une t\*ante motion4 ,on *app]ait cep5dant l'ennui des villes1 si l'on r5onait au g5re de vie dont on a tant se pla9dre4 ,t\te action v]tueuse ramne la srnit dans l'me1 et une d\ce joie accompagne dans sa retraite celui qui vi5t de remplir un devoir env]s son pro*a94 ,qui ne connat le *>me des s\v5irs de l'enfance8 ,avec quel s\rire de complaisance1 avec quelle t5dre mlancolie le vieill>d se reporte cette poque o les c\leurs de la sant animai5t encore son visage1 o il *]*ait des difficults p\r avoir une occasion de dploy] ses =ces6 ,comp>ons ce que n\s tions alors avec ce que n\s sommes dev5us1 n\s v]rons que t\t ce qui agissait vivem5t sur n\s cet ge heureux1 ex]ce encore la mme action plus t>d dans nos mom5ts de calme et de gaiet2 que les mmes ressorts se retr\v5t dans nos luttes avec le de/91 dans nos v]tus et nos dfauts1 dans t\s les incid5ts de notre vie4 ,jetons ensuite un reg>d sur les vnem5ts qui n\s ont frapps1 sur les moy5s que ,dieu emploie p\r lev] ou abaiss] les empires1 sur les progrs que l'on a faits dans l'art et dans la sci5ce1 sur le sublime essor de l'esprit huma9 et sur ses sottises inf9ies4 ,en n\s livrant l'c>t dans notre solitude ces riantes ou graves rflexions1 n\s repr5drons intrt ce qui se passe aut\r de n\s1 et n\s *ass]ons au lo9 l'ennui4 ,ce plaisir1 qui nat de la rflexion1 on peut le gt] t\t ge et p>t\t4 ,il suffit qu'on ait dvelopp p> l'tude son esprit et que l'on puisse sans cra9te r$esc5dre dans son cur4 ,l'am\r du travail anime et accrot t\tes les facults de notre me3 l'ef=t et l'activit sont un beso9 p\r les imag9ations ard5tes2 c'e/ la consci5ce d'elles-mmes1 le s5tim5t de leur puissance et de leur dignit1 qui donn5t aux mes non corrompues la plus noble direction4 ,si1 p> devoir et p> ncessit1 on e/ en relation avec un gr& nombre de p]sonnes1 s'il faut se s\mettre malgr soi de va9es et fatigantes dissipations1 c'e/ en sortant du t\rbillon o l'on a t entran que l'on pr\ve surt\t le dsir de rompre ses *anes si pesantes et de se s\/raire ses plaisirs tumultueux4 ,jamais n\s ne n\s s5tons plus calmes1 plus heureux1 plus levs1 et jamais il ne n\s e/ si d\x de compr5dre la vie1 la p5se1 l'aptitude aux gr&es *oses et le don d'immortalit dont n\s sommes d\s1 qu'au mom5t o n\s p\vons f]m] notre porte aux visites importunes1 aux entreti5s /riles4 ,mes p5ses vi5n5t qu& elles veul5t et non qu& je veux1 disait ,r\sseau1 et il les recevait qu& elles v5ai5t1 et il rep\ssait avec effroi les trang]s et les inconnus qui *]*ai5t le voir4 ,que d't9celles de bonnes p5ses sont t\ffes dans ces arides relations du monde1 et comme l'on devi5t frivole soi-mme en vivant t\j\rs avec des g5s frivoles6 ,ces t9celles1 prs5t de ,dieu1 ne jailliss5t que dans la solitude1 et c'e/ la solitude aussi qui s\v5t dveloppe des v]tus que l'on n'acqu]rait pas dans la socit mme la plus *re4 ,nos amis sont lo9 de n\s2 privs du bonheur de les voir1 de les ent5dre1 p\r rsi/] aux regrets que n\s pr\vons1 n\s =tifions notre esprit dans la retraite et n\s n\s levons des rsolutions plus h>dies2 c> il peut arriv] que si l'amiti et l'am\r n\s ent\r5t de leurs so9s1 n\s suiv5t *aque pas1 n\s p]dions peu peu la facult d'agir p> n\s-mmes et de n\s guid] trav]s les cueils de la vie4 ,mais dans la solitude l'me repr5d une n\velle vigueur2 si l'on sait lutt] avec f]met et p]svrance contre l'in=tune1 on tr\ve en soi des ress\rces inespres1 et une rsolution /oque n\s s\ti5t qu& l'horizon de notre vie se rembrunit4 ,si n\s laissons c\rir notre me de ct et d'autre1 c'e/ que n\s sommes trop faibles p\r n\s faire n\s-mmes notre propre p5se1 il faut que n\s consultions l'op9ion publique1 af9 de rgl] nos vues et nos actions sur les arrts de cet oracle4 ,les sots se figur5t qu'on m>*e plus vite qu& on suit la f\le2 ils jug5t lorsque la multitude a jug elle-mme1 et ils se con=m5t ses dcisions sur les hommes et sur les *oses4 ,peu leur importe o e/ le droit1 o e/ la vrit2 et peu leur importe le cri du faible et de l'opprim4 ,avez-v\s contre v\s la multitude des sots2 tes-v\s la victime des erreurs et du prjug1 ne *]*ez pas d'appui auprs de ces pauvres g5s1 dont la tte t\rne *aque mat9 au v5t qui s\ffle4 ,vivre seul1 se s5tir seul1 si l'on peut tre effray d'une telle situation1 ce n'e/ que dans le cas o il faudrait rep\ss] la =ce p> la =ce4 ,mais la vigueur de l'esprit s'accrot1 au contraire1 p> le fait mme de l'isolem5t1 p>ce que p]sonne ne se jo9t n\s et ne combat avec n\s4 ,c'e/ en vivant seul qu'on acqui]t cette =ce1 qu'on appr5d dom9] les vicissitudes de la vie1 et brav] c\rageusem5t le dang]4 ,quelle tranquillit n'obti5drait-on pas si l'on n'avait po9t se dem&] *aque j\r3 ,que dit celui-ci et celui-l8 ,que de sots prjugs et de misrables p5*ants on peut dissip] p> de srieuses rflexions6 ,c'e/ p> cette habitude de rfl*ir que l'on *appe la s]vile et honteuse isolation de t\t ce qui ne mrite aucun respect4 ,c'e/ p> cette influ5ce efficace que l'on rep\sse lo9 de soi la cra9te de ces hommes qui les titres de leurs anctres donn5t le droit de tyrannis] les autres hommes1 et de s'lev] au-dessus de ceux qui s\v5t aurai5t raison de les mpris]4 ,si l'homme du monde se con=me troitem5t t\tes les conv5ances trompeuses que la socit qu'il frqu5te lui impose1 celui qui a mri dans la solitude ne r$\te ri5 tant que d'(f5s] la vrit4 ,voil d'o vi5t que ses actions sont s\v5t si nobles et si imprud5tes2 voil d'o vi5t que le monde se moque tantt de sa h>diesse1 tantt de sa tmrit1 de sa prsomption ou de son emb>ras4 ,p]sonne p\rtant n'a autant que lui le droit de s'cri]3 ,qu'ils dis5t ce qu'ils v\dront1 peu m'importe6 ,il peut arriv] qu'on g>de dans le tumulte du monde de bonnes et indp5dantes p5ses1 lorsqu'on y entre avec des pr9cipes arrts1 mais il e/ difficile d'y cons]v] son cur intact4 ,combi5 de g5s ne plais5t dans le monde que p> leurs dfauts6 ,combi5 de misrables obti5n5t un succs gnral1 p>ce qu'ils sav5t se pli] t\tes les faiblesses1 t\s les ridicules de ceux qui rg5t5t les salons6 ,comm5t p\rrai5t-ils1 au milieu des flots d'enc5s qui les enivr5t1 s'apprci] leur vritable valeur8 ,dans la retraite cep5dant1 ils appr5drai5t disc]n] ce qu'ils sont et ce qu'ils doiv5t tre1 s'ils tai5t capables de s'obs]v] svrem5t1 si le malheur les =ait de r5tr] en eux-mmes4 ,que de dc\v]tes on peut faire en s'*appant du tumulte du monde et en se livrant aux rflexions qu'il suggre6 ,combi5 de g5s reconnatrai5t alors avec effroi qu'ils ont t les indignes esclaves de la c\tume du public1 des usages reu1 qu'ils se sont s\mis trs-bnvolem5t t\tes les rgles de l'tiquette1 qu'ils n'ont po9t os prote/] contre t\t ce qui leur semblait absurde ou immoral1 qu'ils ont c\rb la tte devant l'op9ion de la f\le1 et n'ont po9t eu le c\rage de blm] ce qu'on ne blmait pas devant eux6 ,si l'on e/ de bonne foi1 on reconnatra aussi que l'on a dit *aque j\r une f\le de *oses p> la cra9te seule de dplaire1 ou p> le dsir de se r5dre agrable aux autres1 que prs des g5s ri*es et puissants on s'e/ r5du c\pable de mille l*ets p\r obt5ir leur approbation4 ,qu& on aura fait t\tes ces rflexions1 on s5tira qu'il e/ urg5t de se retir] au mo9s p\r quelque temps dans la solitude1 ou de vivre avec des hommes d'une attitude plus noble et d'un esprit plus f]me4 ,le passage subit de la joie la d\leur1 de l'esprance la cra9te t\rm5te celui qui n'a pas la =ce1 lorsque la ncessit l'ordonne1 de s'lev] avec la srnit de son cur au-dessus de t\t ce qui t5d l'agit]4 ,t\te v]tu cesse qu& on cde *aque motion1 qu& on se laisse subjugu] p> *aque circon/ance inatt5due1 et qu'on ne sait pas dom9] ces vnem5ts vulgaires4 ,la v]tu disp>at aussi dans le cur de ceux qui ne sont occups que de leur propre intrt1 et dont les p>oles1 les actions ne se ratta*5t qu' une p5se d'gsme4 ,il faut appr5dre jug] la valeur de t\tes les *oses et de t\tes les actions huma9es p\r avoir le c\rage de faire le bi51 mme ses propres dp5s4 ,les esclaves du monde ne peuv5t sacrifi] l'intrt du mom5t ni faire un noble sacrifice4 ,ils jug5t *aque dt]m9ation selon sa valeur intr9sque4 ,p\r eux1 il s'agit d'obt5ir quelque succs1 des tmoignages de faveur1 des titres1 des places2 et t\te leur conduite e/ rgle sur ce calcul d'intrt4 ,ils font la c\r1 flatt5t1 m5t5t1 calomni5t1 et s'incl95t bassem5t devant celui qui p\rrait leur nuire1 s'il tait aussi mprisable qu'eux4 ,l'homme juge bi5 plus sa9em5t ses passions1 s'il les exam9e dans la retraite4 ,l'me e/ alors plus f]me1 et ne flotte pas si s\v5t entre la cra9te et la tmrit4 ,ah6 qu'on e/ bon dans le malheur6 ,quelle s\plesse dans notre esprit1 quelle indulg5ce1 quelle d\ceur qu& la ma9 de ,dieu s'appesantit sur n\s1 qu& il trompe nos vux1 dj\e nos esprances1 n\s c\rbe s\s son p\voir1 *ange notre sagesse en folie1 et rvle t\s les reg>ds le nant de nos plus habiles comb9aisons6 ,alors un mot affectueux d'un enfant1 un tmoignage de respect d'un m5diant n\s tr\ble et n\s e/ agrable4 ,mais t\t n\s app>at s\s un autre po9t de vue1 et n\s dev5ons mo9s d\x et mo9s pati5ts1 qu& n\s comm5ons n\s relev]1 qu& n\s s5tons r5atre nos =ces1 et que n\s compr5ons notre supriorit4 ,dans la solitude1 on se laisse mo9s abattre p> l'in=tune1 et mo9s bl\ir p> le succs2 il n'e/ pas beso9 des leons du malheur p\r que n\s compr5ions que n\s ne sommes ri5 devant ,dieu1 et ri5 que p> ,dieu1 que la fi]t sans =ce e/ le poison de la vie1 l'enf] du cur1 la cause de nos misres2 et s'il ne n\s re/e aucun appui1 aucune ress\rce1 n\s supportons plus facilem5t encore notre sort dans la retraite1 o ri5 n'(fusque nos reg>ds1 o p]sonne ne n\s mprise inju/em5t4 ,retirez-v\s donc dans la solitude1 int]rogez votre cur p\r appr5dre p5s] plus sagem5t4 ,ah6 combi5 les leons d'une vraie philosophie1 si re/re9tes qu'elles soi5t1 et combi5 une raison claire1 n\s r5d5t humbles et flexibles6 ,mais1 dans l'erreur des prjugs1 dans l'ignorance de l'esprit1 on s'loigne du droit *em91 et l'on *]*e le bonheur trav]s les tnbres4 ,il faut vivre tranquille1 l'c>t1 p\r ne pas e/im] au del de leur valeur les hommes et les *oses4 ,rejet] les inju/es prv5tions du vulgaire e/ le premi] pas de la raison1 et c'e/ en *]*ant la vrit1 l'aide de cette raison1 et en s'atta*ant aux pr9cipes de la philosophie pratique1 que l'on en vi5t ne vnr] que ce qui e/ rellem5t vnrable4 ,c'e/ la solitude qui n\s donne le moy5 de n\s tudi] n\s-mmes1 d'loign] de n\s l'erreur de la vie commune1 et d'lev] notre me4 ,mais ce n'e/ po9t encore assez p\r que n\s ayons de n\s-mmes une connaissance suffisante3 avec quelle p>tialit ne jugeons-n\s pas s\v5t dans la retraite notre propre mrite6 ,a combi5 de mauvaises passions ne n\s laissons-n\s pas all]1 et que de qualits il n\s manque p\r obt5ir la satisfaction durable et la flicit intrieure6 ,la solitude peut n\s donn] cette flicit1 si1 lorsque n\s sommes seuls devant ,dieu1 lo9 des reg>ds des hommes1 la voix de la consci5ce n\s rpte assez s\v5t que n\s ne sommes po9t tels que l'on n\s croit1 qu'il n\s manque une f\le de *oses p\r tre ce que n\s devrions tre1 et que1 p\r en v5ir cette amlioration morale1 n\s avons encore de gr&es difficults va9cre4 ,dans le monde1 les hommes se tromp5t l'un l'autre1 on affecte des ides1 on fe9t des s5tim5ts que l'on n'a pas1 on *]*e bl\ir son vois91 et l'on f9it p> s'bl\ir soi-mme4 ,dans la solitude1 si l'on s'exam9e de bonne foi1 on p>vi5t se jug] plus exactem5t4 ,lo9 des flatteurs et des m*ants1 on appr5d e/im] la s9crit et la simplicit du cur4 ,on ne cra9t pas que ces honntes v]tus n\s nuis5t2 c>1 dans la solitude1 ce qui e/ vraim5t bon ne peut tre ni ridicule ni mprisable4 ,l1 on comp>e ce que l'on e/ rellem5t avec les app>5ces que l'on a dans le monde1 et alors on voit s'van\ir1 comme une bulle de savon1 les avantages trompeurs et les qualits indcises que l'on n\s prte3 t\tes ces lacunes de notre savoir1 les erreurs de notre intellig5ce1 les cts faibles de notre cur se rvl5t alors nos reg>ds4 ,t\tes nos fautes1 t\tes les p>ties vulnrables de nos s5tim5ts et de nos actions1 t\t le pre/ige m5teur de notre am\r-propre1 se rvl5t n\s dans leur nudit4 ,qu& on en e/ v5u faire a9si cette svre preuve de soi-mme1 on peut va9cre ses mauvaises passions4 ,il faut1 p\r atte9dre ce b1 *]*] d'autres ides1 s'atta*] dvelopp] des p5*ants meilleurs4 ,nulle "p on ne tr\ve autant que dans la solitude une s\rce prcieuse de n\velles s5sations et de n\velles ides4 ,l1 les =ces de l'me suiv5t facilem5t la direction qu'on lui imprime4 ,si la solitude favorise l'entranem5t des dsirs fune/es dans l'esprit de l'homme oisif1 elle donne celui qui sait sagem5t l'employ]1 une victoire clatante sur ses mauvais dsirs4 ,a9si1 p\r acqurir des j\issances durables et cette paix intrieure dont n\s ne n\s lassons po9t de p>l]1 il faut se faire de la vie une occupation srieuse1 *]*] les joies que nul accid5t ne peut dtruire1 et jet] un reg>d de piti sur cette multitude frivole qui traite l'exi/5ce comme un songe puril4 ,ceux-l n'ont ri5 espr] de la solitude1 qui ne connaiss5t po9t leur propre cur2 ils ne s'habitu5t aucune rflexion1 aucun travail1 aucun ef=t dans le bi54 ,t\tes leurs joies se fltriss5t qu& leur ardeur dim9ue1 qu& leurs s5s sont m\sss1 qu& leurs =ces s'teign5t4 ,au mo9dre accid5t physique1 la plus lgre indisposition corporelle1 au rev]s le plus m9ime1 ils n'pr\v5t qu'une affreuse anxit1 et sont en proie aux tortures de l'imag9ation4 ,je n'ai po9t encore dpe9t t\s les avantages de la solitude4 ,il en e/ qui t\*5t l'homme de plus prs4 ,je dois dire l'influ5ce qu'elle ex]ce dans les disgrces de ce monde1 dans les maladies1 dans la mlancolie1 dans la d\leur que n\s caus5t la mort ou l'abs5ce de ceux qui n\s sont *]s4 ,bnie soit la retraite o l'on se r5f]me avec un s5tim5t religieux1 o t\t ce que l'on a recueilli de bon dans les relations sociales se grave plus pr(ondm5t dans l'me1 o l'on triomphe des ob/acles qui n\s loign]ai5t de la v]tu1 o l'on se consacre aux sa9es et sages p5ses1 o l'on obx la vocation indf9issable que l'on press5tait ds sa jeunesse1 o1 au mom5t de la mort1 *acun v\drait avoir pass sa vie444 ,il e/ facile de compr5dre cette heureuse influ5ce1 si l'on comp>e la p5se de l'homme religieux et solitaire avec celle de l'homme du monde qui s'e/ loign des pr9cipes div9s1 la f9 paisible et d\ce de celui qui s'e/ s\mis avec une pieuse rsignation aux dcrets du ciel1 avec la vie tumultueuse de l'autre4 ,que l'on obs]ve ce tableau1 et l'on s5tira combi5 il e/ ncessaire d'acqurir1 p> un ret\r utile sur soi-mme1 la confiance en ,dieu et la =ce de s\ffrir et de m\rir4 ,les malades1 les affligs s'loign]ai5t avec effroi de la solitude1 si son repos salutaire ne leur (frait pas des moy5s de consolation qu'ils *]*]ai5t en va9 dans les runions les plus bruyantes4 ,ils ont p]du le lg] pre/ige que les s5s et l'imag9ation jett5t sur t\t ce qui ent\re les heureux du monde4 ,ils ont p]du le *>me fugitif qui ne rside po9t dans les *oses mmes1 mais dans l'ide que l'on s'en fait4 ,t\t ce qui app>at s\s de riantes c\leurs celui dont l'imag9ation e/ riante se revt d'un deuil sombre p\r celui dont l'me e/ tri/e4 ,l'un et l'autre ont tort1 mais t\s deux ne reconnaiss5t leur erreur qu'au mom5t o le voile tombe1 o la scne *ange1 o l'illusion s'van\it2 t\s deux se rveill5t de leur songe lorsque l'imag9ation qui l'avait enfant cesse d'agir4 ,celui-ci reconnat que la ,provid5ce s'occupe de n\s dans le temps mme o n\s n\s croyons le plus dlaisss1 ceux-l s'ap]oiv5t du nant de leurs plaisirs monda9s1 ds qu'ils rfl*iss5t sur leur situation1 sur leur de/9e1 sur les moy5s d'arriv] au vrai bonheur4 ,que n\s s]ions pla9dre si ,dieu exauait t\s nos vux6 ,au mom5t mme o l'homme s'imag9e que le bonheur de sa vie e/ jamais p]du1 ,dieu lui prp>e quelque joie extraord9aire4 ,de n\velles circon/ances donn5t l'impulsion de n\velles =ces4 ,une nature presque in]te pr5d t\t c\p un m\vem5t actif et s'lve aux plus nobles vues1 lorsque1 dans la retraite1 dans le calme1 en se confiant la ,provid5ce1 on s'ef=ce de surmont] l'in=tune4 ,l'n]gie et l'ardeur se rveill5t l'in/ant o l'on se croyait condamn une inaction p]ptuelle1 o l'on ne comptait plus sur les ressorts de son me4 ,n\s n\s retirons avec tri/esse dans la solitude1 et la pati5ce et la p]svrance n\s r5d5t peu peu la joie que n\s avions p]due4 ,n\s ne devrions po9t port] de jugem5t sur l'av5ir1 puisqu'il e/ impossible que ce jugem5t ne soit pas faux2 n\s devrions au contraire1 n\s rpt] sans cesse cette vrit consolante1 cette vrit pr\ve p> l'expri5ce1 que ma9t vnem5t qui1 vu de lo91 n\s inquite et n\s effraye1 *ange d'aspect mesure qu'il s'appro*e de n\s et devi5t s\v5t un bonheur inatt5du4 ,celui qui t5te t\s les moy5s honntes d'*app] aux difficults de la vie1 qui lutte contre t\tes les entraves1 qui ne cesse jamais d'avoir confiance en ,dieu1 brise l'p9e de l'affliction et remporte la victoire sur l'adv]sit#i4 #i ,puiss5t t\s les hommes s'inculqu] dans l'esprit cette maxime que le pr(esseur ,hissmann de ,gtt+ue crivait sur son lit de mort3 ,dieu n'engage aucun de ses enfants sur une voie qui tt ou t>d ne le conduise au bonheur1 et il n'arra*e un tre s5sible aucun s\pir qui ne f9isse p> se trans=m] en un cri de reconnaissance6 ,le *agr91 le malheur1 les maladies n\s famili>is5t promptem5t avec la solitude4 ,on en vi5t bi5 vite r5onc] au monde1 reg>d] avec indiffr5ce ses va9es di/ractions1 ne plus ent5dre la voix des faux dsirs4 ,qu& la d\leur n\s oppresse1 qu& nos =ces n\s ab&onn5t1 on reconnat bi5 vite la faiblesse des appuis que le monde n\s (frait et le vide de t\s les plaisirs qu'on allait y *]*]4 ,combi5 de vrits utiles les maladies rvl5t aux pr9ces et aux gr&s1 qu& t\t ce qui les environne les trompe p> des m5songes6 ,sans d\te celui qui e/ malade ne peut saisir qu' la hte quelques in/ants p\r appliqu] ses =ces au b moral qu'il se propose4 ,celui-l seul qui j\it de la plnitude de sa sant1 peut se dire3 ,le temps e/ moi6 ,mais au milieu des s\ffrances j\rnalires1 des sollicitudes pnibles1 dans un tat de crise et de langueur1 il faut se roidir contre ces s\ffrances et lutt] contre les difficults1 si l'on ne veut pas se laiss] compltem5t abattre4 ,plus on cde et plus on e/ malade4 ,une rsi/ance op9itre et1 en p>eil cas1 un re/e de =ce et un effet c\rageux ne re/5t pas sans rsultat4 ,s\v5t la maladie n\s n]ve et n\s donne une trop gr&e proccupation de n\s-mmes4 ,la mo9dre s5sation dsagrable n\s fait oubli] que n\s p\rrions encore n\s s\t5ir p> quelque n]gie4 ,l'me tombe dans l'abattem5t1 et t\t ce qu'elle avait encore de vigueur s'te9t peu peu2 qu& on s\ffre1 on a ord9airem5t trop peu de confiance en soi-mme4 ,que le valtud9aire essaye de di/raire son att5tion de ses d\leurs physiques1 qu'il dgage1 p\r a9si dire1 sa p5se de son enveloppe t]re/re1 il pr\v]a c]ta9em5t un s\lagem5t inatt5du et f]a des *oses qui lui p>aissai5t impossibles4 ,mais il faut aussi qu'il congdie les mdec9s qui1 en s'in=mant t\t in/ant de son tat1 en lui ttant le p\ls avec un srieux grotesque et t\tes les mom]ies habituelles1 en croyant di/+u] ce qui n'e/ pas et en refusant de voir ce qui e/1 en ne t5ant aucun compte de l'action de l'me et de l'esprit et en affectant une compassion tudie p\r le malade1 fix5t de plus en plus son att5tion sur t\t ce qu'il devrait s'ef=c] d'oubli]4 ,il faut aussi qu'il prie ses amis et ses p>5ts de ne po9t c>ess] ses faiblesses et de ne po9t croire t\t ce qu'il leur dit4 ,c>1 bi5 qu'au fond les s5sations soi5t vraies1 il en e/ un gr& nombre qu'il exagre et qu'il fausse p> son imag9ation4 ,il re/e donc encore des ress\rces et des consolations dans la solitude lorsqu'on en e/ v5u la situation la plus pnible4 ,si vos n]fs sont en quelque sorte p>alyss1 si votre tte e/ frappe d'un v]tige cont9uel1 si v\s n'avez plus la =ce de p5s]1 ni de lire1 ni d'crire1 t*ez d'appr5dre alors vgt]2 c'e/ ce que me dit un j\r un des hommes les plus clairs de l',allemagne qui me vit dans ce dplorable tat4 ,g>ve1 avec quelle motion j'c\tais tes p>oles1 lorsque tu me racontais que tu avais pr\v les mmes s\ffrances et que tu avais mis en pratique les mmes conseils#aj4 #aj ,j'pr\vais alors ce qu'un des bi5faiteurs de l'humanit1 ,fe/ a si bi5 dit1 dans son livre ,sur les avantages des s\ffrances et des contr>its de la vie1 livre excell5t qui devrait tre entre les ma9s de t\t malade et de t\t afflig4 ,j'ai moi-mme pr\v1 dit cet criva91 qu'un seul tmoignage d'intrt1 une seule p5se sortie du cur de celui qui a s\ff]t sa "p des d\leurs huma9es1 et qui a lui-mme reconnu le p\voir des consolations qu'il n\s (fre1 sont plus efficaces qu'un disc\rs tudi1 des l>mes de comm&e et des phrases de considration dictes p> la bi5sance4 ,il fut un temps o le clbre ,m5delssohn ne p\vait re/] dans une runion o l'on p>lait de philosophie1 sans c\rir risque de tomb] en dfaillance4 ,dans cette situation1 il s'int]dit t\te p5se4 ,un j\r son mdec9 lui dem&a3 ,que faites-v\s donc dans votre *ambre qu& v\s loignez a9si de v\s la p5se8--,je me mets la f5tre1 rpondit-il1 et je compte les tuiles du toit de mon vois94 ,dieu entreti5t1 dans le cur de celui qui s\ffre1 la p5se consolante que l'esprit ex]ce son empire sur le corps4 ,avec une telle p5se1 on ne peut pas tre entirem5t abattu1 ni tre priv des consolations de la religion2 peut-tre ne v\dra-t-on pas croire que ,campanella ait t capable de di/raire tellem5t son att5tion des motions les plus pnibles1 qu'il prt5dait p\voir endur] la "q sans de trs-viol5tes d\leurs2 mais je puis assur]1 d'aprs ma propre expri5ce1 que1 dans les crises les plus fatigantes1 si l'on p>vi5t di/raire son att5tion1 on peut non-seulem5t ad\cir le mal que l'on ress5t1 mais quelquefois mme le faire disp>atre4 ,beauc\p d'hommes illu/res ont1 p> ce moy51 russi cons]v] leur tranquillit dans les circon/ances les plus difficiles et ma9t5ir leur n]gie1 malgr la faiblesse de leur con/itution4 ,r\sseau crivit plusieurs de ses ouvrages les plus clbres dans des s\ffrances cont9uelles4 ,gell]t1 dont les uvres agrables et in/ructives ont obt5u une si gr&e vogue en ,allemagne1 a tr\v dans ses occupations un remde l'hypo*ondrie4 ,m5delssohn1 qui n'tait po9t d'une nature mlancolique1 mais qui tait sujet d'affreux maux de n]fs1 rec\vra dans un ge avanc1 p> sa pati5ce et sa rsignation1 cet esprit lev qui l'animait dans sa jeunesse4 ,g>ve1 qui p5dant des annes entires fut condamn ne p\voir ni lire ni crire1 ni mme p5s]1 crivit plus t>d son ,trait sur ,cicron1 et r5dit grces ,dieu avec en?\siasme de la faiblesse de sa con/itution qui lui avait rvl t\t l'empire que l'esprit peut pr5dre sur le corps4 ,une =te rsolution et ce dsir d'atte9dre un gr& b peuv5t n\s r5dre supportables les d\leurs les plus aigus4 ,l'hrosme e/ trs-naturel dans un gr& dang]1 et c'e/ un don mo9s r>e1 on peut le dire1 que la pati5ce dans les petites agitations de la vie4 ,ce qu'il e/ difficile d'acqurir1 c'e/ la rsolution de la pati5ce dans des s\ffrances de longue dure surt\t qu& la mlancolie p>alyse notre me1 ce qui arrive assez s\v5t1 et qu& n\s n\s figurons que ces s\ffrances n'auront po9t de t]me4 ,aussi1 de t\s les maux qui afflig5t l'humanit1 il n'en e/ po9t qui appro*e de la mlancolie3 et de t\s les moy5s employ] p\r dissip] la mlancolie1 il n'en e/ po9t de plus efficace que l'occupation dans le calme4 ,en essayant de surmont] nos pe9es1 *aque victoire que n\s remportons n\s conduit une victoire plus gr&e1 et la joie que n\s pr\vons fait du mo9s trve p5dant quelques in/ants au s5tim5t du mal qui n\s afflige4 ,qu& la raison et la v]tu ne peuv5t l'emport] sur votre *agr9 ou sur votre maladie1 occupez-v\s de *oses peu importantes et qui exig5t peu d'ef=ts2 il n'en faut s\v5t pas plus p\r v\s s\lag]4 ,les nuages de la mlancolie se dissip5t qu& on russit pr5dre quelque intrt une occupation laquelle on se dv\ait d'abord malgr soi4 ,s\v5t le dsespoir auquel n\s n\s livrons1 l'apa?ie de l'esprit1 l'indol5ce du corps1 ne sont qu'un dguisem5t de notre mauvaise humeur et p> consqu5t une vritable maladie de l'imag9ation que l'on ne peut va9cre que p> une con/ante et n]gique volont4 ,la solitude n'e/ pas seulem5t un beso91 mais un devoir rel p\r t\s ceux qui1 p> l'effet d'une s5sibilit trop dlicate1 d'une impressionnabilit n]veuse1 ne peuv5t support] la vie du monde et qui ont t\j\rs se pla9dre des hommes et des *oses4 ,celui qui se laisse branl] p> un incid5t qui ne caus]ait pas la mo9dre motion un autre1 celui qui se cre des d\leurs *imriques1 qui se dsole de ce qui ne rpond pas immdiatem5t ses vux1 qui se t\rm5te sans cesse p> les rves de son imag9ation1 qui ne se tr\ve malheureux que p>ce que le bonheur ne c\rt po9t au-devant de lui1 qui1 ne sa*ant ce qu'il veut1 passe t\t in/ant d'un dsir un autre1 qui cra9t t\t et ne j\it de ri51 celui-l n'e/ pas fait p\r la socit1 et si la solitude ne le gurit pas1 il n'y a po9t de remde p\r lui dans le monde4 ,des hommes pieux1 raisonnables1 bi5 d\s1 se laiss5t p>fois all]1 malgr la f]met de leurs pr9cipes1 un pr(ond dc\ragem5t1 un affreuse anxit2 mais c'e/ leur faute4 ,si de tels hommes cd5t des cra9tes puriles1 si1 p\r une lgre incommodit1 ils se t\rm5t5t et t\rm5t5t les autres1 s'ils *]*5t dans la mdec9e un remde qu'ils tr\v]ai5t dans leur raison1 s'ils ne sav5t pas rprim] les c>ts de leur imag9ation1 si1 aprs avoir support avec pati5ce de gr&es pe9es et de gr&s malheurs1 ils succomb5t aux contr>its accid5telles1 aux s\ffrances passagres de la vie1 c'e/ leur faute4 ,ils ressembl5t des soldats qui1 aprs avoir brav c\rageusem5t le feu d'une batt]ie1 s'p\vant]ai5t des lg]s traits lancs p> la ma9 d'un enfant4 ,la rsolution1 l'n]gie1 la /oque f]met de l'me1 s'acquir5t bi5 plus dans la pratique intime de soi-mme que dans le tumulte du monde1 o n\s sommes *aque pas surpris1 entrans p> mille considrations intrieures1 o des ides de conv5ance1 de politesse1 de flatt]ie1 cras5t la volont1 o les esprits vulgaires ex]c5t plus d'activit et obti5n5t plus de considration1 plus de succs que les c>actres les plus nobles4 ,la solitude n\s donne d'autant plus de =ce dans l'affliction1 qu'elle dissipe t\s les va9s fantmes qui dt\rn5t l'me d'elle-mme et l'g>5t dans de futiles proccupations4 ,dans la solitude1 on r5once tant de j\issances1 on re/re9t tellem5t la mesure de ses beso9s1 et l'on fait de tels progrs dans la connaissance de soi-mme1 qu'on e/ mo9s tonn qu& ,dieu n\s impose une s\ffrance p\r humili] notre orgueil1 dompt] la f\gue de nos passions et n\s ram5] au s5tim5t de notre faiblesse et de notre nant4 ,dans la solitude1 que de rflexions n\s p\vons faire1 auxquelles l'homme du monde ne songe pas1 ou que les dissipations auxquelles il se livre t\ff5t dans son me di/raite6 ,les malheureux qui ont pleur] la mort d'une p]sonne *rie pr\v5t le salutaire dsir de se retir] l'c>t1 et *acun s'ef=ce d't\ff] ce dsir en eux4 ,on ne veut pas leur p>l] de la p]te qu'ils ont faite4 ,on croit qu'il vaut mieux les ent\r] d'un essaim d'tres froids et indiffr5ts qui s'imag95t que1 p\r apais] leur tri/esse1 il faut les accabl] de visites et les entret5ir du mat9 au soir des n\velles de la ville4 ,laissez-moi seul1 m'criai-je1 lorsque1 deux ans aprs mon arrive en ,allemagne1 je p]dis une p\se t5drem5t aime4 ,son me planait sans cesse aut\r de moi1 et sans cesse j'tais occup du s\v5ir de t\t ce qu'elle avait t p\r moi et de t\t ce qu'elle avait s\ff]t p\r moi sur cette t]re trangre4 ,le contra/e d'une telle innoc5ce1 d'une telle puret1 d'une d\ceur si anglique1 et d'une f9 si cruelle1 me plongeait dans un abme de d\tes dsolants4 ,p5dant c9q mois1 elle s\ffrit les tortures de la mort4 ,un j\r1 je lisais prs de son lit la mort de ,jsus1 p> ,raml]4 ,elle porta ses reg>ds sur ce livre et me montra1 en sil5ce1 le passage suivant3 ,mon s\ffle e/ faible1 mes j\rs sont abrgs1 mon me e/ ple9e d'angoisse et ma vie un affreux t\rm5t4 ,ah6 lorsque je me rappelle t\tes ces circon/ances et l'impossibilit o je me tr\vais alors d'*app] aux relations du monde1 qu& je me rappelle que j'tais dans ce mme temps l'esclave de quiconque me rclamait1 que je portais la mort dans mon se91 que1 p\rsuivi p> l'envie1 accabl de d\leur1 je ne s5tais plus en moi ni =ce1 ni v]tu1 ah6 j'avais bi5 le droit de m'cri]3 ,laissez-moi seul1 laissez-moi seul6 tre seul1 lo9 du t\rbillon bruyant1 e/ le premi]1 le plus ard5t dsir du cur1 qu& on ne r5contr]ait en frqu5tant le monde que des hommes qui ne compr5n5t pas le malheur timide et sil5cieux1 qui n'ap]oiv5t que la s\ffrance dont les cris ret5tiss5t leur oreille4 tre seul1 dans une retraite pr(onde et ds]te1 c'e/ une consolation aux pe9es qui d*ir5t le cur4 ,qu& il a fallu se sp>] jamais d'un tre *ri1 d\leur plus affreuse que celle que n\s p\vons ress5tir lorsque la ma9 de la mort vi5t n\s saisir n\s-mmes1 la solitude peut seule ad\cir notre dsespoir4 ,dans votre me tremblante1 v\s croyez voir la t]re s'abm] s\s vos pi$s2 cette heure t]rible o il faut dire un d]ni] adieu ceux qui p5dant de longues annes ont t t\t p\r v\s1 et que jamais on n'oubli]a un seul in/ant1 alors il faut se retir] dans la solitude1 mais en s'ef=ant de s'y crer une occupation et d'appliqu] son esprit div]ses p5ses4 ,hlas6 combi5 de s\ffrances pr(ondes que le monde ne voit pas1 dont n\s devons seuls support] le f>deau1 et auxquelles n\s ne p\vons rsi/] que dans la solitude6 ,figurez-v\s que v\s arrivez inquiet dans un pays o t\t v\s e/ trang]1 o le malheur v\s accable de t\te "p1 o v\s tes t\t in/ant prs de tomb] dans le dsespoir1 o v\s avez sans cesse s\s les yeux l'agonie de la mort1 o p]sonne ne v\s compr5d1 et ne peut v\s compr5dre1 o l'on ne fait que jet] sur votre r\te des ronces et des p9es1 o enf9 v\s tes condamn p]dre ce que v\s aviez de plus *] au monde4 ,voil que t\t c\p dans ce pays de dsolation1 dans ce deuil de votre me1 une ma9 affectueuse s't5d sur v\s1 une voix1 qui semble v5ir du ciel1 v\s dit3 ,vi5s1 je veux essuy] tes l>mes1 je veux r5dre le c\rage ton esprit abattu1 je veux entr] dans la confid5ce de tes pe9es et t'aid] les support]4 ,je veux t'arra*] ta tri/esse1 te faire gt] encore les beauts de la nature et les bi5faits de ,dieu1 qui rp& aussi ses consolations sur cette contre4 ,je veux s5tir1 p5s] avec toi1 t'ouvrir un n\vel horizon1 recueillir p\r toi les fleurs que je tr\v]ai sur le s5ti] de la vie1 t'entret5ir de t\s ceux qui t'aim5t1 qui p>l5t de toi avec e/ime et avec confiance1 te pr\v] que t\s les hommes ne sont po9t si mauvais que tu le crois1 et que seulem5t ils ne te connaiss5t pas4 ,je veux c>t] de toi t\tes les sollicitudes1 te faire j\ir d'une exi/5ce d\ce et paisible1 et travaill] corrig] tes dfauts4 ,toi1 tu corrig]as aussi les mi5s1 tu =m]as mon esprit1 tu m'appr5dras ce que tu sais4 ,si1 aprs avoir sav\r p5dant plusieurs annes le *>me de cette exi/5ce qui v\s e/ a9si (f]te1 si1 aprs avoir pr\v une telle consolation dans les vnem5ts les plus dsa/reux1 si1 aprs avoir espr qu'au d]ni] mom5t1 cette ma9 compatissante v\s f]m]a les yeux1 v\s devez tre priv d'une telle affection1 d'un tel dv\em5t1 il ne v\s re/e1 p\r surmont] vos regrets1 p\r appr5dre lutt] c\rageusem5t contre la de/9e1 d'autre asile que la solitude4 ,dans la solitude1 n\s voyons de plus prs l'il qui voit t\t4 ,qu& t\tes les va9es rumeurs cess5t aut\r de n\s1 notre cur compr5d bi5 mieux cette gr&e et heureuse p5se1 que ,dieu n\s reg>de1 n\s ent\re1 n\s dom9e et dirige t\t p> sa puissance et sa bont4 ,dieu n\s app>at p>t\t dans la solitude4 ,affran*is de l'ivresse des s5s1 anims p> des vux plus purs1 p> une joie plus idale1 n\s songeons srieusem5t et avec plus de lib]t et de confiance notre flicit suprme1 et n\s croyons dj la gt] en y songeant4 ,notre pieux recueillem5t loigne de n\s les ides grossires et les basses sollicitudes4 ,la solitude n\s rappro*e de ,dieu qu& elle entreti5t en n\s les s5tim5ts t5dres1 huma9s1 et les m\vem5ts d'une salutaire dfiance de n\s-mmes4 ,qu&1 auprs du lit d'un m\rant1 j'obs]vais les ef=ts que notre pauvre nature oppose son anantissem5t1 les tortures que lui fait pr\v] *aque m9ute qu'elle drobe la mort1 qu& je voyais le malheureux lev] v]s le ciel ses ma9s tremblantes1 et lui adress]1 lorsqu'il se s5tait s\lag1 d'ard5tes actions de grces1 qu& j'ent5dais ses p>oles entrec\pes1 ses s\pirs pla9tifs et que j'obs]vais les reg>ds att5dris de t\s ceux qui l'ent\rai5t1 je me s5tais accabl et je me retirais l'c>t1 p\r gmir sur le sort de l'humanit et sur mon impuissance1 dans un mom5t o j'pr\vais un dsir si pr(ond de sec\rir une telle misre4 ,ah6 lorsque1 dans ces tri/es p5ses du cur1 je m'incl9e devant ,dieu1 combi5 je s5s qu'il ne faut se fi] ni la =ce de la vie1 ni la sci5ce dont l'homme att5d un espoir1 une consolation6 ,jamais je ne me lve le mat9 de mon lit1 sans p5s] que1 si j'exi/e encore1 c'e/ un miracle de ,dieu4 ,jamais je ne compte les annes que j'ai passes en ce monde1 sans rem]ci] la ,provid5ce de m'avoir s\t5u au del de mon att5te1 de m'avoir conduit1 p> une =ce incomprh5sible1 sur une m] ple9e d'cueils4 ,je ne puis que me taire et l'ador] en sil5ce1 lorsque t\t in/ant je s5s ma faiblesse1 lorsque *aque j\r je vois tomb] prs de moi1 la fleur de l'ge1 des hommes qui ne songeai5t aucun pril et qui se croyai5t1 p5dant longtemps1 l'abri des atte9tes de la mort4 ,comm5t p\rrions-n\s dev5ir sages et *app] aux cueils qui n\s m5ac5t1 si n\s n\s loignions des relations t\rdissantes qui effac5t en n\s les impressions du bi58 ,c'e/ en dehors de ces relations que n\s p\vons rfl*ir ce que n\s voyons1 ce que n\s ent5dons t\s les j\rs1 et rassembl] dans notre cur des p5ses utiles et durables4 ,on n'acqui]t po9t cette sagesse en p\rsuivant p]ptuellem5t de frivoles plaisirs1 en c\rant sans rflexion d'une socit l'autre1 en p>lant de *oses sans intrt et en p>pillant inutilem5t t\tes les heures de la j\rne4 ,celui qui veut dev5ir sage1 a dit un philosophe1 doit appr5dre vivre seul1 la p]ptuelle fasc9ation des s5s t\ffe t\tes les bonnes p5ses2 dans cette espce de v]tige on se possde pe9e1 on n'ent5d plus la voix de la raison1 on ne s5t plus sa =ce1 on ne rsi/e aucune t5tation1 et lo9 d'vit] les piges o n\s engag5t nos p5*ants mauvais1 on les *]*e4 ,nulle "p ,dieu n'e/ autant oubli que dans les di/ractions habituelles des runions du monde2 dans ce t\rbillon qui n\s saisit1 qui enflamme t\s nos dsirs1 qui excite t\tes nos passions1 les li5s qui n\s atta*5t notre crateur sont int]rompus2 n\s r5onons cette premire1 cette unique s\rce de flicit1 aux facults de notre raison2 et n\s ne p5sons nos devoirs religieux que furtivem5t1 sans suite et sans motion4 ,celui qui1 au contraire1 fait un ret\r srieux sur soi-mme1 qui lve son cur v]s le ciel1 qui reg>de le c]cle o il doit ex]c] les facults de son me1 la vote azure1 la t]re c\v]te de fleurs1 les montagnes et les bois1 comme le temple de ,dieu2 celui qui ratta*e t\tes ses inspirations au matre de t\tes *oses1 doit avoir vcu dans une pieuse solitude1 dans un intime et salutaire recueillem5t4 ,aussi la solitude peut va9cre les plus gr&s ob/acles la pit1 si seulem5t on veut bi5 consacr] *aque j\r de sa9es rflexions1 une p>tie du temps qu'on p]drait au jeu1 ou sa toilette4 ,*aque heure de recueillem5t et de rflexions srieuses donne notre esprit plus de =ce et de solidit1 et n\s inspire plus d'loignem5t p\r les /riles di/ractions du monde4 ,on peut tre anim d'un bon s5tim5t env]s ses semblables1 sec\rir celui qui e/ dans le beso91 faire autant de bonnes actions que nos moy5s n\s le p]mett5t et en mme temps *app] t\tes les ftes inutiles1 t\tes les di/ractions d'une vie dissipe4 ,peu d'hommes sont en tat d'accomplir des actes de v]tu clatante1 de se signal] p> une bi5faisance spl5dide4 ,mais combi5 de v]tus mode/es ne peut-on pas mettre en pratique *aque j\r de sa vie sans sortir de *ez soi1 sans bruit et sans fa/e6 ,celui qui sait s'occup] dans sa retraite peut1 en y re/ant t\te l'anne1 s'occup] du bonheur des autres1 c\t] leurs pla9tes1 s\lag] leur misre et faire du bi5 aut\r de soi sans que le monde en p>le4 ,un p5*ant dcid p\r la solitude e/ quelquefois un p5*ant qui n\s ramne v]s ,dieu4 ,cette mlancolie vague et sans nom1 que beauc\p de g5s pr\v5t dans leur premire jeunesse1 qui plus t>d pr5d un c>actre plus dt]m91 n\s conduit l'obs]vation srieuse1 s9cre de n\s-mmes1 l'tude de ce que n\s sommes et de ce que n\s devons tre4 ,a l'poque o il s'opre en n\s un *angem5t physique qui imprime l'me une n\velle direction1 notre consci5ce s'veille1 n\s ent5dons la voix de ,dieu et n\s n\s pro/]nons dvotem5t devant lui4 ,la mlancolie e/ l'cole de l'humilit1 et c'e/ p> le peu de cas que l'on fait de soi-mme qu'on arrive se connatre4 ,dans ces heures p5sives1 solitaires1 o l'on s'pr\ve de bonne foi1 le sophisme des passions disp>at4 ,si n\s n\s exagrons n\s-mmes nos dfauts1 si n\s ress5tons une trop vive anxit1 si n\s adoptons des pr9cipes outrs1 ces impressions ne s'effac5t que trop tt et cet excs mme e/ un bonheur si on le comp>e la non*alance qui p>alyse l'motion du bi54 ,la tri/esse pr(onde que n\s donne le s5tim5t de notre misre1 se *ange en un d\x repos la lumire d'une foi raisonnable1 et il e/ croire que celui qui s'obs]ve a9si dans l'exagration de sa faiblesse f9it p> s'lev] devant ,dieu au-dessus de l'esprit =t qui se rit de sa pit4 ,l'tude de soi-mme e/ si r>e que t\t ce qui n\s y ramne doit tre p\r n\s important et prcieux4 ,il faut que la d\leur n\s veille2 il faut que n\s ayons longtemps bu la c\pe de l'adv]sit1 p\r que n\s en v5ions r5tr] en n\s-mmes1 recueillir nos p5ses et ne plus les laiss] c\rir dans un fol ab&on4 ,un des gr&s philosophes d',allemagne me disait3 ,je dois ma maladie l'avantage d'avoir appris m'exam9] moi-mme4 ,ici1 la religion et la philosophie se runiss5t p\r n\s guid]2 t\tes deux n\s dis5t que n\s ne p\vons trop r$\t] les prils de l'erreur2 mais si le bi5 ne peut tre opr en n\s que p> les =tes crises de l'me1 ces crises ne doiv5t po9t n\s p\vant]4 ,dans les d]ni]s mom5ts de notre vie1 n\s v\drions t\s avoir pass plus de temps dans la solitude1 plus de temps avec n\s-mmes et avec ,dieu4 ,n\s n\s rappelons alors d\l\reusem5t t\tes nos fautes1 et n\s reconnaissons que n\s n'en aurions pas commis un si gr& nombre1 si n\s avions pris t*e d'vit] les piges du monde et de veill] sur notre cur4 ,que l'on comp>e la situation de celui qui1 dans la solitude1 exi/e en vue de ,dieu avec celle de ces esprits lg]s et t\rdis1 qui ne p5s5t jamais leur s\v]a9 matre1 qui consacr5t t\te leur exi/5ce aux plaisirs du mom5t2 que l'on comp>e l'homme srieux1 dont l'me e/ dignem5t occupe des ides de l't]nit1 t\s ces g5s qui ne rv5t que bals et fe/9s1 on reconnatra que l'am\r de la solitude1 la retraite paisible1 le dsir de s'associ] un vritable ami1 n\s procur5t dans ce monde plus de satisfaction et n\s assur5t au mom5t suprme plus de consolation que t\tes les va9es joies du monde4 ,c'e/ surt\t au lit de la mort que l'on rem>que la diffr5ce qui exi/e entre celui qui a g>d dans son cur la p5se de ,dieu1 et celui qui n'a song qu' satisfaire ses fantaisies et ses passions3 quel contra/e entre la f9 de l'homme qui n'a vcu que d'une vie dissipe et bruyante1 lors mme qu'il ne se s]ait s\ill d'aucune gr&e ta*e1 et celle d'une vie recueillie1 d\ce et srieuse4 ,je ne cit]ai po9t les s9i/res exemples de ceux dont la dbau*e a puis les facults et qui sont morts honteusem5t et misrablem5t4 ,mais qu'on me p]mette de racont] l'hi/oire d'une jeune p]sonne dont je v\drais cons]v] la mmoire1 c> je puis dire d'elle ce que ,ptr>que dit de sa ,laure3 ,le monde ne la connut po9t tant qu'il la possda1 ceux-l seuls l'ont connue qui re/5t ici p\r la pleur]4 ,la solitude tait son monde1 la retraite tait sa joie2 elle se s\mettait avec une pieuse rsignation aux volonts de la ,provid5ce4 ,ne avec une faible con/itution1 elle s\ffrait avec c\rage2 d\ce et bonne1 aimable1 quoique languissante1 timide et rs]ve1 s'animant seulem5t p> un c&ide en?\siasme1 telle tait cette me dlicate qui1 p> la f]met qu'elle cons]va au milieu des plus gr&es d\leurs1 m'a montr quelle =ce l'me peut donn] dans la solitude aux tres les plus faibles4 ,t\t ce qui tait bi5 agissait sur elle2 mais elle ne manife/ait qu'avec une gr&e ret5ue ses impressions1 mo9s qu'elle ne ft dans un c]cle d'amis intimes o elle n'pr\vait plus aucune cra9te4 ,la nature l'avait d\e d'un c\rage hroque p\r la s\ffrance et d'une m]veilleuse lvation4 ,je voyais son visage anim d'une joie cle/e *aque fois qu'elle rev5ait de la sa9te table4 ,ple9e de foi en ,dieu et de dfiance env]s elle-mme1 elle obissait t\tes mes prescriptions1 elle m'aimait d'une affection pr(onde et ne me le dit jamais2 j'aurais donn ma vie p\r elle1 elle et donn la si5ne p\r moi4 ,j'pr\vais une joie inexprimable faire ce qui lui tait agrable1 et le plus gr& plaisir qu'elle ost me procur]1 c'tait de m'apport] une rose2 de sa ma9 c'tait un trsor4 ,un c\p de sang sur les p\mons la frappa entre mes bras1 je connaissais sa con/itution1 je vis que le cas tait mortel4 ,d\ze fois dans la j\rne1 je me pro/]nai g5\x avec une indicible angoisse2 elle ne savait pas qu'elle ft en si gr& dang]1 cep5dant elle se s5tait trs-malade et ne le disait po9t4 ,elle s\riait qu& je m'appro*ais d'elle et s\riait encore qu& je sortais4 ,p5dant t\t le c\rs de sa maladie1 elle n'exhala pas une pla9te4 ,a t\tes mes que/ions elle rpondait d'une voix d\ce et affectueuse1 et n'entrait dans aucun dtail4 ,elle s'teignit avec l'expression d'un t5dre am\r et d'une srnit cle/e4 ,c'e/ a9si que j'ai vu m\rir1 aprs neuf mois de s\ffrances1 ma fille unique l'ge de v+t-c9q ans4 ,p5dant le temps qu'elle passa ,hanovre1 o elle inspirait une affection gnrale1 elle composait des prires qu'on retr\va dans ses papi]s4 ,elle dem&ait ,dieu la grce de m\rir bi5tt1 d'all] bi5tt rejo9dre sa mre4 ,elle exprimait la mme p5se dans des lettres t\*antes4 ,au mom5t de m\rir1 au milieu d'une agonie indicible1 elle me dit ces d]ni]s mots3 ,auj\rd'hui j'irai gt] les joies du ciel4 ,n\s ne s]ions pas digne d'avoir eu s\s les yeux un tel exemple1 d'avoir vu une telle faiblesse unie de telles s\ffrances1 si n\s n\s laissions abattre p> une d\leur que notre c\rage peut surmont]4 ,cette enfant qui jamais ne murmura1 qui sans cesse fut rsigne aux dcrets de la ,provid5ce1 j\it prs5t de l't]nelle flicit1 et n\s qui sommes encore ici1 qui n\s s\v5ons de cette fille bi5-aime1 de t\t ce qu'elle n\s a enseign sur son lit de mort1 dans ses heures d'angoisses1 n\s qui aspirons aussi au repos de l't]nit1 ne v\drions-n\s pas t\t essay]1 t\t mettre en uvre p\r tr\v] des =ces dans le malheur1 p\r acqurir1 p> un ret\r salutaire sur n\s-mme1 p> une religieuse p5se1 la pati5ce et la s\mission8 ,o v\s qui s\ffrez1 t\t pse sur voire me1 et cep5dant1 croyez-moi1 il y a de d\ces afflictions1 des afflictions qui n\s lv5t au-dessus de la t]re1 qui n\s donn5t une n]gie qu'on p\rrait croire impossible4 ,auj\rd'hui v\s tes dc\rags et abattus1 mais un temps vi5dra o v\s v\s lv]ez dans votre d\leur entre le ciel et la t]re2 alors v\s tr\v]ez le repos1 alors v\s tr\v]ez1 dans l'loignem5t de la f\le1 dans le t5dre s\v5ir de ceux que v\s avez p]dus1 des joies pures et leves4 ,la solitude1 il e/ vrai1 ne convi5t po9t t\s ceux qui sont affligs1 l'me ne peut pas t\j\rs se s\/raire aux exig5ces d'un corps malade et puis4 ,mais que ,dieu bnisse dans ce mom5t la ma9 sec\rable d'un ami et rcomp5se dans l't]nit l'affection qui n\s aide support] nos pe9es6 que si la d\leur que v\s avez pr\ve p> l'effet d'une mort cruelle se *ange en une d\ce mlancolie1 ou si v\s tes assez =t p\r ne po9t succomb] votre cata/rophe2 oh6 *]*ez le sil5ce des *amps1 le calme de la retraite1 v\s tr\v]ez l une heureuse tranquillit1 mme au milieu de votre tri/esse v\s appr5drez envisag] avec plus de lib]t et de c\rage les c\rtes s\ffrances de ce monde1 tre seul sans cra9te1 et c\vrir de fleurs les tombeaux4 ,,*apitre ,,vii4 ,,des ,,avantages ,,de ,,la ,,solitude ,,p\r ,l',,esprit4 ,les mes libres compr5n5t seules le prix de la lib]t4 ,les natures d'esclaves se plais5t dans leur esclavage4 ,celui qui1 aprs avoir err dans le t\rbillon du monde1 aprs avoir appris connatre la vritable valeur des hommes1 juge t\t avec imp>tialit1 et1 pntrant dans les s5ti]s diffr5ts de la v]tu1 *]*e son bonheur en lui-mme1 e/ libre4 ,il e/ vrai que ce s5ti] e/ sombre1 rude1 esc>p2 mais1 qu& on l'a gravi avec pe9e1 il conduit des refuges paisibles1 des rives attrayantes2 l'espace libre et pur4 ,la solitude n\s donne une indp5dance p>faite1 qu& on en a de bonne heure reconnu les avantages et qu& on l'aime4 ,je v\drais indiqu] la voie de ce bonheur aux jeunes g5s1 aux hommes simples et honntes auxquels je dsire tre utile4 ,je ne veux pas qu'ils soi5t entrans dans la solitude1 de dpit1 mais p> l'indiffr5ce d'inutiles di/ractions1 p> l'loignem5t des plaisirs frivoles1 p> une sage dfiance des prv5ances quivoques1 p> la cra9te de dev5ir le j\et des sductions trompeuses4 ,un gr& nombre d'hommes doiv5t la solitude leur =ce et leur supriorit d'esprit4 ,p>eils au cdre qui1 sur la montagne1 brave les temptes1 ils ont brav dans leur retraite le s\ffle des mauvaises t5tations4 ,quelques-uns ont peut-tre1 dans ce d]ni] refuge1 cons]v les faiblesses de l'humanit4 ,mais combi5 d'autres ont fait preuve d'une f]met 9branlable6 ,t\t ef=t s9cre et gnreux p\r arriv] la v]tu1 t\t ce qui t5d lev] l'esprit1 t\te entreprise c\rageuse excite en n\s un s5tim5t d'admiration4 ,un mo9e qui e/ anim d'une p5se noble et n]gique e/ aussi un hros4 ,une religieuse1 dont l'me1 s\t5ue p> une t5dance idale1 acqui]t un repos *rem5t a*et1 produit sur n\s une motion plus pr(onde que t\te autre femme d\e des plus belles qualits4 ,que de fois j'ai reconnu combi5 une religieuse s9cre mrite d'e/ime et de bi5veillance6 ,que de fois je me suis s5ti pntr de respect p\r les hros de cette pr(ession1 p\r leur t5dre pit1 p\r leur fidlit religieuse et la p]svrance qu'ils ont mise se va9cre eux-mmes6 ,que de fois un c\v5t m'a sembl un asile ple9 de consolation dans les anxits de notre cur6 ,jamais1 dans ces sil5cieuses et sombres retraites1 je n'ai pu m'emp*] de voir l'efficacit d'un tel g5re de vie p\r conduire l'esprit une v]tu srieuse4 ,s\v5t il m'e/ arriv de s]r] avec une vraie sympa?ie la ma9 d'un pauvre mo9e1 et je ne suis pas sorti d'un c\v5t de religieuses sans tre att5dri jusqu'aux l>mes4 ,mais mes considrations sur la solitude ne doiv5t po9t tre re/re9tes dans l'ence9te des clotres4 ,l'ide bi5faisante que je me fais de la solitude1 je v\drais l'adapt] au monde dans lequel je vis1 qui agit sur moi1 et sur lequel je puis agir1 c> il exi/e de jeunes curs o ces rflexions peuv5t fructifi]4 ,il y a dans la vie des poques o il devi5t ncessaire d'tre seul4 ,dans la jeunesse1 p\r acqurir l'in/ruction1 les connaissances dsirables1 p\r se =m] une faon de p5s] que l'on g>de t\te la vie2 dans la vieillesse1 p\r se s\v5ir de la r\te qu'on a p>c\rue1 p\r rfl*ir t\t ce qui n\s e/ arriv1 aux d\ces fleurs qu'on a cueillies sur son *em9 et aux orages de notre de/9e4 ,"l ,bol+broke dit qu'il n'y a pas1 dans les uvres du *anceli] ,bacon1 une rem>que plus belle et plus pr(onde que celle-ci3 ,n\s devons de bonne heure n\s prescrire1 dans la vie et dans nos actions1 un b honnte1 v]tueux1 possible1 et n\s y atta*] de t\tes nos =ces1 af9 que notre me se =me t\tes les v]tus4 ,mais1 en faonnant notre c>actre moral1 n\s ne devons pas suivre les procds du sculpteur1 dont le ciseau a*ve de f9ir une tte1 t&is qu'il laisse le re/e du corps l'tat de bloc grossi] et in=me4 ,n\s devons imit] la nature1 qui1 dans la con=mation d'une fleur1 d'un animal1 dveloppe la fois t\tes les p>ties de son uvre4 ,o toi1 aimable jeune homme1 qui1 dans le comm]ce sduisant et s\v5t trompeur du monde1 n'z po9t encore abdiqu les pr9cipes de v]tu2 toi qui n'es po9t encore infect du poison de l'oisivet frivole2 toi qui1 dans les entranem5ts et les images d'une f]v5te galant]ie1 n'z pas p]du le dsir et la =ce d'entrepr5dre de gr&es *oses1 et qui *appes dans ma9te assemble aux folles t5tations1 la solitude te rclame6 ,je v\drais te ret5ir dans ta retraite /udieuse1 anim]1 =tifi] tes nobles int5tions1 t'inspir] cette ju/e et digne fi]t1 qui1 dans les fonctions que tu s]as appel remplir1 t'emp*]a d'e/im] le monde plus qu'il ne vaut6 ,c'e/ la raison qui t'ordonne de sortir d'un c]cle trop troit p\r t'ent\r] ailleurs de gr&s exemples4 ,c'e/ en appr5ant connatre les vrais hommes de la ,grce1 de ,rome1 que tu acqu]ras le p\voir de va9cre t\s les ob/acles4 ,o tr\ve-t-on de plus illu/res exemples de la gr&eur huma9e8 ,qui a montr plus de valeur gu]rire1 plus de zle p\r la sci5ce et plus de raison8 ,rejette lo9 de toi les va9es frivolits1 et n'aspire qu' ce qui mrite vraim5t d'tre re*]* et imit4 ,la noblesse n'lve p]sonne4 ,seize qu>ti]s sont un avantage1 mais ne sont pas un mrite4 ,tes dispositions sont bonnes1 puisque t\tes ces vrits ne te plais5t pas1 et tu sais que celui qui ne respecte que les petites *oses ne s]a jamais gr&4 ,laisse les femmes compt] leurs aeux1 qui1 il y a sept c5ts ans1 ne se di/+uai5t qu'en allant la gu]re *eval1 t&is que les b\rgeois les suivai5t pi$4 ,compte les hommes de ta famille qui n'ont pas pris la fuite dans les batailles et n'ont po9t dp\ill le passant sur la gr&e r\te4 ,compte les hommes de ta famille qui ont fait de nobles actions1 dont l'hi/oire nationale cons]ve la mmoire1 et dont le nom e/ inscrit dans les annales trangres1 mais s\vi5s-toi bi5 qu'on n'e/ rellem5t gr& que p> ses propres actes et ses propres v]tus4 ,deux *em9s s'ouvr5t devant toi3 l'un1 qui s]p5te p> des alles de v]dure1 p> des j>d9s embaums1 o l'on ent5d ret5tir les sons de la musique1 le bruit de la danse1 les *ants de l'am\r4 ,c'e/ celui que re*]*e la multitude4 ,l'autre1 mo9s frqu5t1 e/ esc>p et dur1 on ne le suit que l5tem5t1 et s\v5t1 qu& on croit tre dj bi5 lo91 on tombe du haut des rocs4 ,l1 les montagnes et les valles rsonn5t des mugissem5ts des btes sauvages2 l1 de t\t ct1 on ent5d le croassem5t des corbeaux1 le sifflem5t des vipres1 t\t in/ant on e/ assailli p> des essaims d'insectes malfaisants1 et l'on ne voit aut\r de soi qu'un ds]t sombre et t]rible4 ,le *em9 fleuri e/ celui du monde2 l'autre e/ celui de l'honneur4 ,le premi] conduit aux emplois1 aux dignits de la ville et de la c\r2 le second pntre de plus en plus dans la solitude4 ,en suivant le premi]1 tu peux dev5ir un homme aimable1 un p]sonnage re*]*1 peut-tre aussi un sclrat4 ,en suivant l'autre1 tu s]as mconnu1 ha2 mais1 avec de l'n]gie et de favorables dispositions1 tu peux dev5ir un gr& homme4 ,la dissipation e/ un remde et non un alim5t4 ,il faut sans d\te que tu endurcisses ton corps p> l'ex]cice1 que tu fasses t\t ce qu'il e/ ncessaire de faire p\r que tes =ces physiques s\ti5n5t tes =ces morales4 ,mais tu n'apport]as jamais assez de zle dans les travaux de l'esprit1 tu ne p]si/]as jamais dans tes meilleures rsolutions1 si la ha9e p\r t\tes les va9es dissipations n'e/ pas enrac9e dans ton cur4 ,plusieurs hommes que je connais ont pass leur jeunesse dans l'tude1 solitaires et recueillis4 ,ils ont gr&i dans la pratique des plus dignes v]tus1 et ma9t5ant ce sont des m9i/res qui g\v]n5t les tats1 des criva9s dont la vie e/ employe combattre l'erreur1 des philosophes qui1 de bonne heure1 *appr5t aux lisires des sots prjugs4 ,grces soi5t r5dues au noble esprit qui a dit3 ,si v\s voyez un jeune homme d'une haute raison se retir] du monde1 dev5ir mlancolique1 p>l] peu1 tmoign] p> sa froideur et sa rs]ve le mpris que les m*ants lui inspir5t1 se pla9dre peu de l'inju/ice1 mais conc5tr] en lui-mme les s5tim5ts pnibles qu'elle lui fait pr\v]2 si v\s voyez son esprit jet] des lueurs sc9tillantes comme l'clair qui brille au milieu de la nuit1 et s'envelopp] ensuite dans un long sil5ce2 si v\s rem>quez qu'il tr\ve t\t aride aut\r de lui1 et que t\t lui inspire av]sion et dgt2 oh6 comptez que c'e/ une plante prcieuse qui n'att5d plus qu'une ma9 habile p\r se dvelopp]4 ,mnagez-la4 ,qu'elle soit sacre p\r v\s4 ,v\s commettriez un meurtre en la f\lant aux pi$s4 ,une telle plante s]ait ma joie4 ,je r*auff]ais contre mon cur1 je la cultiv]ais avec am\r1 je la drob]ais aux reg>ds des pdants qui s'enflamm5t de colre l'aspect d'un jeune homme qui montre plus d'esprit qu'ils n'en ont4 ,d'un s\ffle j'c>t]ais aussi de ma belle plante t\t cet essaim de petits-matres fades et n]vs4 ,mais si le jeune homme ne se montrait pas propos assez ouv]t et flexible1 s'il ne se faonnait pas aux manires du monde1 je le laiss]ais p>fois se heurt] le front contre les ro*]s1 et je le v]rais tranquillem5t tomb] dans des occasions o un homme exprim5t n'e/ pas mme branl1 quoiqu'il ne puisse faire t\t ce que veut un jeune homme4 ,la solitude peut produire une op9itret de c>actre dsagrable1 que les relations du monde tempr5t2 il e/ des jeunes g5s fi]s et ddaigneux qui1 l'ge de la maturit1 corrig5t ces dfauts et qui ne cons]v5t qu'une noble assurance4 ,alors leur satire ad\cie ne prs5te que le contra/e de ce qui e/ avec ce qui devrait tre2 leur mpris p\r les m*ants leur donne p>fois une mle loqu5ce1 et il ne leur re/e de leur longue lutte qu'une sage expri5ce du monde et une bont d'o il rsulte d'utiles enseignem5ts4 ,mais il e/ aussi une sci5ce du cur s\v5t nglige qu'il faut t*] d'acqurir ds sa jeunesse et qui donne l'esprit des qualits prcieuses3 cette sci5ce e/ la philosophie1 qui =me les hommes1 qui les gagne plus p> l'am\r que p> de va9s prceptes1 qui claire leur conception p> le s5tim5t1 qui les dt\rne de ma9te erreur1 les porte la v]tu et les anime4 ,dion avait t lev dans la l*e s]vitude des c\rs2 il n'avait que des murs molles et effm9es1 le gt du luxe1 du sup]flu et des volupts de t\te espce4 ,mais pe9e eut-il recueilli les leons de ,platon1 pe9e eut-il compris cette philosophie bi5faisante1 que son esprit s'enflamma p\r elle4 ,ce que ,platon a fait p\r ,dion1 plus d'une mre le fait p\r son fils1 et s\v5t l'insu du pre4 ,la philosophie qui dc\le des lvres d'une mre prud5te et qui connat le monde1 arrive l'esprit p> le cur4 ,qui n'accept]ait volonti]s de suivre un *em9 difficile1 en s'appuyant sur une ma9 *rie1 et quelle in/ruction p\rrait l'emport] sur les d\ces leons d'une mre dont l'intellig5ce e/ leve1 l'me t5dre et le reg>d pr(ond#aa8 #aa ,mon digne ami1 ,isl51 a exprim cette p5se en t]mes t\*ants4 ,il me p>at inconte/able1 dit-il1 que si l'on savait bi5 l'hi/oire de ceux qui se sont di/+us p> leur dignit de c>actre et leurs v]tus1 on en tr\v]ait neuf sur dix qui devrai5t ces qualits leur mre4 ,on ne reconnat po9t assez1 en gnral1 combi5 il importe l'homme d'avoir une conduite pure et exempte de blme dans sa jeunesse4 ,on n'e/ pas assez p]suad que la plup>t de ceux qui ont eu cet ine/imable avantage en sont r$evables leur mre1 et que le bonheur et la p]fection du g5re huma9 ti5n5t1 en gr&e p>tie1 l'intellig5ce et la v]tu des femmes4 ,je s\haite une femme de cette nature un fils qui re/e volonti]s seul avec elle1 ou qui1 pr5ant un livre dans sa ma91 s'en aille gravir les ro*]s et s'asseye au pi$ d'un *ne1 avec son inutile fusil1 aimant mieux conv]s] avec les gr&s hommes de ,plut>que que de p\rsuivre les oiseaux trav]s les arbu/es4 ,quel bonheur p\r elle1 si le sil5ce et la solitude des bois excite1 lve les p5ses de son fils#ab1 s'il reconnat qu'il y a eu et qu'il y a encore1 de p> le monde1 de plus gr&s hommes que le b\rgme/re de sa petite ville1 ou le seigneur de son village1 que ces hommes avai5t d'autres joies que celle de s'asseoir une table de jeu1 qu'ils se plais5t aussi tre seuls dans leurs heures de repos1 que la jeunesse se dveloppe dans l'tude des lettres et de la philosophie1 que cette mme tude animait encore leur cur dans un ge avanc1 et qu'au milieu des plus gr&s prils ils cons]vai5t ces affections prcieuses qui banniss5t la tri/esse de la retraite la plus pr(onde et l'ennui du ds]t le plus sauvage6 #ab ,mirum e/1 dit ,pl9e le ,jeune1 ut animus agitatione motuque corporis excitetur4 ,jam undique silv et solitudo1 ipsumque illud sil5tium1 quod v5ationi datur1 magna cogitationis incitam5ta sunt4 ,mais lorsqu'un jeune homme bi5 lev se fixe dans une ville1 une f\le de *oses le fatigu5t et le r5d5t malheureux4 ,il e/ donc utile d'exam9] comm5t on peut *app] sagem5t1 p> la solitude1 des socits insipides1 dans quelque pays1 dans quelque ville et dans quelque situation que l'on soit4 ,les petites villes1 dont n\s avons1 dans un *apitre prcd5t1 reprs5t les inconvni5ts et les dang]s1 ont cep5dant1 il faut le dire1 s\s un c]ta9 po9t de vue1 un avantage rel sur les gr&es villes3 c'e/ qu'on y e/ plus libre de vivre avec soi-mme1 et qu'on peut1 si l'on veut1 y tr\v] plus de loisir et de tranquillit4 ,il e/ vrai1 comme n\s l'avons dj dit1 qu'il y a dans les petites villes un gr& vide et une gr&e /rilit d'esprit4 ,ceux qui y demeur5t ne sav5t po9t us] de leurs loisirs comme ils le devrai5t2 ils ignor5t le prix du temps et ne pr(it5t po9t de leur solitude4 ,c'e/ une tri/e *ose surt\t que de voir l'ennui de ces g5til%ommes de b\rgade qui1 ne croyant pas la socit des simples b\rgeois digne de leur noblesse1 aim5t mieux se retir] l'c>t et s\ffrir de leur insipide isolem5t que de vivre avec des g5s raisonnables1 mais dp\rvus de p>*em9s ari/ocratiques2 ils devrai5t agir t\t autrem5t et aim] les hommes p\r en tre aims4 ,si un simple b\rgeois fait natre une seule bonne p5se1 cela devrait suffire p\r le faire re*]*] du g5tilhomme qui n'a aucune p5se et qui e/ accabl d'ennui4 ,les g5s qui ne sav5t comm5t pass] le temps ne devrai5t ddaign] p]sonne4 ,le noble et le b\rgeois devrai5t1 au mo9s dans les petites villes1 se t5dre la ma9 et loign] d'eux ces folles ides de di/9ction de rangs1 qui divis5t la population des gr&es cits4 ,il me semble que les p]sonnes de di/9ction qui habit5t les petites villes ne peuv5t adopt] une meilleure manire de vivre qu'en se montrant affables et affectueuses env]s t\t le monde1 en manife/ant une bi5veillance gnrale1 et en se rs]vant autant de loisir et de lib]t qu'il en faut p\r ne pas laiss] languir et s'te9dre l'esprit dans les lieux o il e/ d'ord9aire peu excit4 ,si l'on savait pr(it] du sj\r des petites villes1 que d'avantages prcieux on en retir]ait6 nulle "p la vie n'e/ si gaie1 nulle "p les beaux j\rs de la jeunesse ne sont mieux employs1 nulle "p enf9 les hommes srieux n'pr\v5t mo9s de t5tation de p]dre leur temps1 et n'appr5n5t mieux connatre et vit] les cueils de la solitude4 ,on peut reg>d] *aque petite ville comme un clotre o l'on e/ r5f]m dans un c]cle d'hommes trs-re/re9t et dans un horizon trs-born1 o les passions des tres vulgaires ou m*ants clat5t avec viol5ce1 et o il faut se crer un refuge dans sa retraite ou au se9 de quelques tres *oisis4 ,les petites villes se ressembl5t peu prs t\tes et ne diffr5t entre elles que p> la manire dont elles sont g\v]nes2 il n'y a po9t de tyrannie plus l\rde que celle de ces petites rpubliques1 o non-seulem5t un b\rgeois s'rige en matre de ses concitoy5s1 mais o l'intellig5ce troite de ce petit rg5t devi5t la mesure de l'esprit gnral1 si p]sonne ne s'y oppose4 ,les petites villes rpublica9es veul5t se suffire elles-mmes et ne s'occup5t po9t de ce qui se passe au dehors4 ,le magi/rat qui g\v]ne une de ces cits dmocratiques la reg>de comme un monde enti]2 de ses lvres dc\l5t1 comme d'une s\rce int>issable1 t\tes les dcisions des affaires publiques2 son me n'e/ occupe que de ma9t5ir sa t\te-puissance sur l'op9ion de ses concitoy5s d'anecdotes de familles1 de contes purils1 du prix des gra9s1 de la quotit des impts1 de la moisson et de la foire pro*a9e4 ,aprs ,dieu1 il e/1 dans sa petite ville1 le plus gr& homme de l'univ]s2 ses p>oles font palpit] le cur et plir le visage2 plus d'un honnte citoy5 ne p>at qu'en tremblant devant une telle ,maje/1 p>ce qu'il sait quel pril elle peut l'expos] au premi] dml avec la ju/ice4 ,la colre d'un magi/rat de petite ville e/ plus t]rible que le tonn]re du ciel2 celui-ci passe1 et cette colre jamais4 ,si l'on p>le de la con/itution anglaise devant un de ces rg5ts ou devant son fils1 ils rpond5t que le conseil de leur petite ville e/ absolum5t la mme *ose4 ,les femmes de ces hauts seigneurs pr5n5t un air sup]be1 g\v]n5t1 ordonn5t1 condamn5t2 leur faveur ou leur disgrce tablit1 rp& l'honneur1 la honte1 le crdit ou la ru9e4 ,si un pauvre homme ose se figur] que les membres du conseil ont commis quelque erreur1 il dit t\t bas ses amis les plus intimes que les gr&s de la t]re se sont tromps4 ,la passion dom9ante des habitants des villes e/ ord9airem5t celle des procs2 *aque avocat e/ p\r eux un gnie2 en va9 la raison leur p>le1 ils ne croi5t que ce qui e/ jug p> les tribunaux2 ils n'ont pas la mo9dre e/ime p\r celui qui ne considre po9t avec un pr(ond respect leur htel de ville1 et ne conoiv5t pas un plus gr& honneur sur t]re que de sig] dans leur conseil4 ,ils ne sont pas t\j\rs d'accord2 vois9s et vois9es sont tantt lis et tantt en ple9e dissid5ce4 ,en ?ologie1 ils sont d'une =ce rem>quable2 ils reg>d5t l'hypocrisie comme un pili] de l'glise de ,dieu1 et quelques maximes *rti5nes murmures sur le lit de mort suffis5t leurs yeux p\r effac] les sc&ales de t\te une vie s\ille p> de m*antes actions4 ,si quelqu'un s'loigne de leurs assembles et se retire dans sa demeure p\r travaill] et p5s] son aise1 ils s'imag95t qu'il s'ennuie prir2 ils ne peuv5t compr5dre qu'on tudie mo9s d'tre prtre ou pr(esseur1 et dans leur langue il n'y a pas de t]mes assez n]giques p\r exprim] le mpris que leur inspire celui qui s'avise d'crire un livre4 ,ils ignor5t que la sa9e raison et la sup]/ition ne s'accord5t po9t ensemble2 leurs yeux on n'a po9t de religion si l'on a l'audace de rire qu& on les voit s'att5dre quelque gr& malheur1 ds qu'un coq noir s'e/ arrt sur le seuil de leur porte1 qu'un corbeau a plan sur leurs toits1 ou qu'on a vu une s\ris c\rir dans la *ambre2 ils ne sav5t pas qu'on n'e/ po9t un esprit =t p> cela seul qu'on d\te humblem5t que des ta*es dans le l+e annonc5t la mort d'un pro*e p>5t1 ou p>ce qu'on ne croit po9t ma9t conte populaire transmis de gnration en gnration4 ,ils ne sav5t pas qu'on peut tre encore utile dans ce monde1 quoiqu'on ne diss]te po9t dans leur c]cle1 et qu'on peut tre assez haut plac dans l'e/ime des hommes vraim5t importants1 quoiqu'on dplaise au gr& seigneur de leur petite ville2 ils ignor5t qu'il y a des mes fires qui ne ramp5t nulle "p et qu'eux seuls sont capables de se pli]1 env]s les magi/rats de leur rpublique1 cette s\mission s]vile dont ils se ddommag5t en accablant leurs pauvres concitoy5s des exig5ces de leur orgueil2 ils ignor5t qu'un homme droit et ju/e ne s'incl9e que devant ,dieu1 devant la loi1 les tal5ts1 le mrite1 la v]tu1 et ne peut s'emp*] de rire lorsqu'un bailli le reoit d'un air hauta9 et le *apeau sur la tte2 ils ignor5t aussi que la mdisance qui s'ex]ce si cruellem5t dans les petites villes n'e/ un beso9 que p\r les esprits vides et rtrcis qui s'atta*5t pi] ce qui se passe dans la demeure de leurs vois9s et se font une affaire d'un accid5t qui arrive dans son mnage1 dans sa cuis9e1 dans sa basse-c\r2 enf9 ils ignor5t qu'on n'pr\ve aucun plaisir ent5dre les incessantes caus]ies des petites villes1 plu*] la conduite de l'un et de l'autre1 qu& on connat les avantages de la solitude1 qu'on tudie avec ardeur la sci5ce1 et que1 ddaignant les misrables fl*es de l'envie1 on p\rsuit sa m>*e avec n]gie et p]svrance4 ,la solitude e/ le seul moy5 de salut que l'on puisse tr\v] dans de telles villes4 ,une bi5veillance univ]selle n'y s]ait po9t comprise1 on l'attribu]ait des vues intresses4 ,la prud5ce exige qu'on vive en dehors de t\t calcul politique et qu'on ne frqu5te que les p]sonnes p\r lesquelles on pr\ve un vritable s5tim5t d'e/ime et d'affection4 ,dans de telles villes1 ri5 ne seconde l'ambition du jeune homme qui dsire faire son *em94 ,de n\veaux ,abdrita9s le reg>d]ont comme un ins5s1 p>ce qu'il n'envisag]a po9t comme un suprme honneur le rang de conseill]4 ,on se rira de lui1 p>ce que1 au lieu de *]*] plaire aux gr&s1 il prfr]a p\rsuivre1 dans la retraite1 son travail4 ,il faut qu'il vive1 dira-t-on1 comme *acun vit1 qu'il pr5ne "p t\tes les conv]sations qui occup5t la petite ville1 t\s les procs1 t\s les contes de rev5ants et de sorci]s4 ,il faut qu'il sa*e c\t] patiemm5t les rg5ts de la rpublique1 lorsqu'ils s'assoi5t p5dant t\te une j\rne quelque int]m9able banquet4 ,il faut qu'il ne vnre1 qu'il ne re*]*e1 qu'il n'apprcie que les inspirations de leur esprit4 ,qu'importe qu'il ait t lev p>mi les hommes les plus clairs1 qu'il ait reu les leons des matres les plus habiles1 qu'il soit en correspondance suivie avec les g5s les plus in/ruits8 ,compr5d-on t\s ces avantages dans une ville o les lumires n'ont pas encore assez pntr8 ,qu& ce sont les ,abdrita9s qui ex]c5t un p\voir tyrannique1 qui di/ribu5t les faveurs et les emplois1 ne faut-il pas que le pauvre jeune homme accepte pieusem5t t\t ce qu'ils dis5t ou se rsigne pass] p\r un tre trs-born8 ,il ne peut p>l] de ce qu'il voit1 de ce qu'il s5t1 et il e/ condamn ent5dre p>l] sans cesse de ce qu'il n'a nul dsir de savoir4 ,il ne lui e/ pas p]mis de p>atre indiffr5t cet t]nel caquetage1 et il e/ jamais p]du si1 p> son morne sil5ce1 il trahit l'ennui qu'il pr\ve4 ,lui et ses amis doiv5t1 au milieu de tant de g5s contrefaits1 r\gir de n'avoir po9t l'infirmit gnrale4 ,s'il assi/e une dlibration qui1 p\r le plus misrable intrt1 entrane le conseil dans des discussions plus longues que les de/9es de l',europe n'en occasionn5t dans les gr&s tats1 il doit se montr] srieux et att5tif2 et s'il e/ appel devant un tribunal qui doit se prononc] sur une "q de mur mitoy51 il faut qu'il y p>aisse avec autant de respect que s'il assi/ait au conseil des dieux4 ,qu& il voit que la grossire ignorance et la sottise prsomptueuse sont plus e/imes que la raison2 qu& il voit que l'esprit le plus l\rd et le plus troit e/ celui qui a le plus d'autorit2 que la philosophie e/ considre comme un non-s5s et la lib]t comme une rbellion2 que ceux-l seuls plais5t1 qui sont t\j\rs prts t\t appr\v]2 qu'on ne tolre que la s\mission aveugle1 et qu'on ne re*]*e que les mes rampantes2 s'il y a dans le cur de ce jeune homme quelque noble ressort1 il faut qu'il *]*e un asile dans la solitude4 ,qu& le pote ,m>tial r5tra en ,espagne1 dans sa ville natale de ,bilbilis1 t\t lui p>ut tri/e1 mort1 ds]t4 ,il v5ait de pass] tr5te-quatre ans ,rome1 dans une socit claire et savante1 et lorsqu'il en fut lo9 il se s5tit en proie un ennui mortel4 ,il ne tr\vait1 p>mi ses concitoy5s1 aucun gt p\r les sci5ces1 aucun dveloppem5t intellectuel2 il aspirait sans cesse ret\rn] ,rome1 o il avait j\i d'un succs gnral1 o ,pl9e le ,jeune vantait son esprit et sa pntration1 l\ait la fran*ise1 la f9esse incisive de ses crits1 et assurait ses uvres une t]nelle dure4 ,a ,bilbilis1 au contraire1 sa rputation ne lui attira que ce que l'on doit att5dre d'une ville ignorante1 l'envie et le mpris4 ,dans ces petites villes1 l'esprit regagne cep5dant p> la solitude ce qu'il p]d p> les relations sociales4 ,s'il faut p>atre sot p> politesse et aveugle avec des yeux clairvoyants2 si v\s devez sans cesse contrefaire votre physionomie et dissimul] vos s5tim5ts2 si v\s tes oblig de pass] des heures entires une table de jeu2 si l'intellig5ce et la bont de c>actre doiv5t t\j\rs fl*ir s\s l'ignorance titre2 s'il faut qu' t\t in/ant v\s rprimiez une heureuse inspiration1 une p>ole expressive1 une vrit h>die1 avec autant de so9 que v\s p\viez en mettre loign] de v\s une haute trahison2 si v\s reconnaissez que t\te la vie intellectuelle e/ ensevelie dans ce froid mortel1 comme le feu dans le caill\ qui n'e/ po9t frapp p> l'aci]1 et que v\s p\vez pass] l des annes entires1 sans avoir l'occasion de laiss] *app] propos une seule t9celle de votre esprit2 ah6 fuyez les runions p]fides de cette petite ville1 *]*ez la lib]t1 retirez-v\s dans votre demeure ou dans le sil5ce des bois4 ,alors le voile qui rec\vrait votre p5se tombe t\t c\p2 votre f>deau s'allge2 v\s n'avez plus lutt] contre le malheur2 t\t conc\rt l'ad\cir4 ,v\s ne murmurez plus contre la ,provid5ce1 v\s rfl*issez avec une me calme et rj\ie aux bi5faits de la solitude2 alors votre cur devi5t pati5t1 t\t v\s s\rit1 les rayons de p\rpre du soleil qui s't5d5t sur les montagnes de neige1 les oiseaux qui s'endorm5t en *antant1 le cri du coq1 le bruit des *amps4 ,alors v\s acceptez mme les visites importunes1 v\s v\s rconciliez avec t\te la petite ville1 si *aque j\r on v\s laisse un assez long mom5t de solitude4 ,dans les gr&es comme dans les petites villes1 l'esprit ne s'lve que p> l'am\r de la lib]t et p> la solitude o rgne la lib]t d'esprit4 ,il y a dans le gr& monde plus de motifs encore que dans les petites villes de re*]*] la solitude4 ,l1 les erreurs et les fautes sont plus contagieuses2 les gr&es p5ses s'teign5t facilem5t dans ces rgions o l'on r$\te la lumire et la vrit1 o l'on cra9t les gr&es mes et o l'on rep\sse la v]tu comme un j\g importun4 ,l'n]gie de l'esprit1 les nobles ef=ts de l'intellig5ce sont bi5tt p>alyss dans ce monde ari/ocratique1 o le g5tilhomme ne tr\ve de satisfaction que dans les assembles sans mlange1 c'e/--dire dans celles o il n'exi/e que des nobles de race anci5ne et intacte4 ,p>t\t cep5dant on reg>de le gr& monde comme la seule bonne socit4 ,malheureusem5t il n'en e/ pas a9si1 quels que soi5t les dfauts des basses classes4 ,si v\s avez le bonheur de compt] seize qu>ti]s1 votre valeur e/ bi5 tablie lors mme que v\s ne s]iez d'ailleurs qu'un pauvre tre4 ,les c\rs1 les tables des pr9ces v\s sont ouv]tes1 et p>t\t o l'on ne reg>de po9t au mrite1 v\s p\vez tre sr d'avoir le pas sur l'homme de mrite4 ,mais ce que v\s tes comme homme1 v\s l'appr5drez dans les socits o l'intellig5ce et les qualits de l'esprit font la seule noblesse4 ,exam9ez p\rtant1 lorsque v\s tes seul dans une anti*ambre et que v\s n'avez v\s occup] d'aucun rival r$\table1 exam9ez les prrogatives qui1 selon v\s1 et depuis le comm5cem5t du monde1 v\s lv5t tant au-dessus des autres hommes#ac1 v\s reconnatrez que des gnalogies sans mrite ressembl5t des ballons qui ne s'lv5t que p> leur dfaut de pesanteur4 #ac ,les nobles commett5t p>fois1 en fait de *ronologie1 de s+ulires mprises4 ,une jeune femme1 vive et anime1 de s\*e anci5ne et p>faitem5t ari/ocratique1 une femme dont on citait p>t\t l'lgance de manires1 la toilette et l'esprit1 racontait un j\r une anecdote4 ,en quelle anne1 lui dit un g5tilhomme1 le fait s'e/ il pass8--,en vrit1 rpondit-elle1 je ne le sais po9t2 je ne sais pas mme en quelle anne n\s vivons prs5t4 ,on crut qu'elle plaisantait1 mais elle affirma qu'elle ignorait les *oses telles que celles-l1 et s'en inquitait =t peu2 c> elles ne p\vai5t ri5 aj\t] aux agrm5ts de la vie4 ,on lui dit que l'on tait alors en l'anne #agha4 ,vraim5t1 s'cria-t-elle1 mais c'e/ une multitude d'annes effrayante4 ,voil donc #agha ans que le monde exi/e8 ,le g5tilhomme1 v\lant cont9u] sa leon1 lui fit obs]v] qu'on ne comptait pas les annes depuis la cration du monde4 ,la jeune femme l'int]rompit en lui disant qu'il se donnait une pe9e inutile1 que dans un in/ant elle aurait t\t oubli2 qu'elle avait eu ma9tes fois1 dans le c\rs de sa vie1 l'occasion d'appr5dre diffr5tes *oses1 mais que1 reconnaissant qu'il ne p\vait en rsult] p\r elle aucun plaisir1 elle ne s'y tait pas arrte2 qu'elle s'inquitait surt\t =t peu de la *ronologie1 et que sa fille ne l'appr5drait jamais4 ,en ,allemagne p\rtant1 et dans d'autres contres encore1 les titres gnalogiques sp>5t les nobles des citoy5s les plus sages et les plus dignes1 comme le gra9 de la paille4 ,le premi] rang e/ accord des hommes qui ne fond5t leur crdit1 leur rang et leur consi/ance1 que sur les p>*em9s1 s\v5t peu respectables1 de leurs aeux1 qui ne *]*5t s'acqurir aucun mrite2 la naissance tant p\r eux un mrite suffisant1 ils sav5t seulem5t1 p\r la plup>t1 quelle e/ la d]nire mode1 quelles sont les rgles de l'tiquette2 ils possd5t t\tes les ress\rces de la volupt et pr\v5t t\s les beso9s des s5s1 puis ils s'imag95t s\v5t qu'ils sont d\s d'organes plus dlicats et de n]fs plus s5sibles que les autres hommes4 ,l'ennui pntre p\rtant dans ces assembles o nul roturi] n'e/ admis1 o il n'entre que des nobles dont la gnalogie e/ bi5 pr\ve4 ,une femme allem&e m'expliquait un j\r a9si la cause de cet ennui4 ,les p]sonnes qui compos5t nos runions1 me disait-elle1 n'ont ni les mmes gts1 ni les mmes s5tim5ts1 et il e/ r>e surt\t d'y voir les femmes sympa?is] entre elles4 ,c'e/ en gnral la de/9e des gr&s de possd] beauc\p1 de dsir] encore plus1 et de ne j\ir de ri52 ils se *]*5t dans les assembles sans s'aim]1 se voi5t sans se plaire1 et se p]d5t dans la f\le sans s'en ap]cevoir4--,qu'e/-ce qui v\s runit donc8 lui dis-je4--,c'e/ le rang1 rpondit-elle1 l'habitude1 l'ennui1 le beso9 de s't\rdir qui e/ atta* notre condition4 ,puisqu'on peut s'ennuy] aussi dans ces runions si ari/ocratiques1 exam9ons si la solitude ne s]ait pas s\v5t utile aux g5s de la haute noblesse4 ,les nobles prt5d5t que la solitude conduit la misan?ropie1 ou1 ce qui e/ pis encore1 que la misan?ropie conduit la solitude4 ,mais je p5se que1 si l'on veut s'obs]v]1 on reconnatra qu'on e/ ord9airem5t dans des dispositions d'esprit mo9s heureuses1 lorsqu'on vi5t d'une runion que lorsqu'on sort de *ez soi p\r all] dans le monde4 ,combi5 de g5s sont p>tis p\r une soire avec l'espoir d'y pass] quelques heures de joie1 et n'y ont pr\v que des dceptions6 ,que de *oses on y dit1 auxquelles on ne p5se po9t6 ,que d'ides on y exprime que p]sonne ne compr5d6 ,que de fois on y excite l'envie p> sa satisfaction1 et la mauvaise humeur p> sa srnit6 ,en gnral1 les p]sonnes qui compos5t ces socits sont animes p> des intrts diffr5ts1 et quelquefois t\t opposs4 ,qu'on dem&e cette jeune femme coquette si elle tr\ve t\j\rs dans ces assembles ce qu'elle y *]*e2 si elle n'pr\ve pas une vive contr>it qu& un fat lui *appe et va port] ses hommages une autre1 et si celle-ci n'pr\ve pas le mme *agr9 qu& elle le voit s'adress] une troisime4 ,qu'on dem&e cette respectable vieille femme1 qui jadis eut les mmes coquett]ies1 si elle ne ress5t pas un vrai *agr9 *aque fois qu'on prodigue devant elle quelque enc5s la jeunesse et la beaut4 ,un ,anglais1 que j'ai connu en ,allemagne1 disait en t]mes frappants3 ,il y a des femmes qui1 t\te leur vie1 ont peur qu'on ne leur tmoigne pas assez de respect1 et qui affect5t un orgueil que l'on ne support]ait pas dans une impratrice4 ,leur vanit se hrisse comme les po9tes de porc-pic1 t&is qu' ct d'elles une femme aimable et bi5veillante *>me ceux qui l'ent\r5t p> son gracieux s\rire et p> ses manires dignes1 mais sans prt5tion4 ,l'homme du monde le plus habile ne peut voir1 sans une rpugnance manife/e1 de telles cratures4 ,s'il rem>que combi5 de p]sonnes1 qui donn5t le ton dans la socit1 confond5t l'erreur et la vrit1 l'app>5ce et la ralit2 combi5 de fois cette prt5due bonne socit se cont5te1 de l'aveu mme des obs]vateurs les plus quitables1 de connaissances bi5 mo9s sres et d'ides mo9s t5dues qu'elle ne devrait en avoir1 d'aprs les moy5s dont elle peut dispos]1 et les occasions de s'in/ruire qui s'(fr5t elle2 s'il rem>que comme elle r$\te la rflexion1 la solitude1 le sil5ce2 comme elle se jette dans un t\rbillon de dissipation et se r5d r>em5t compte elle-mme de son propre tat2 s'il rem>que encore combi5 elle ex]ce peu son intellig5ce2 comme elle se s\met l'op9ion1 au jugem5t des autres plutt que d'ex]c] son propre jugem5t2 comme elle se laisse g\v]n] p> des prjugs d'ducation1 de noblesse1 de conv5ance2 comme elle t\rne sans cesse dans le mme c]cle de conceptions fausses1 obscures1 dfectueuses1 t\ffant t\t dsir srieux de savoir et rep\ssant l'in/ruction2 si l'homme exprim5t du monde considre t\s ces trav]s1 il ne p\rra s'emp*] de s'cri]1 avec un des philosophes les plus di/+us de l',allemagne3 ,l'obligation de frqu5t] cette bonne socit peut dev5ir1 p\r l'homme qui aime p5s]1 un vritable t\rm5t1 et si on ne peut se s\/raire cette ncessit1 on appr5d p> comp>aison s5tir d'autant mieux le prix de la solitude4 ,un des hommes les plus illu/res de l'antiquit1 ,pl9e le ,jeune1 ne tr\vait aucune satisfaction voir les div]tissem5ts publics1 les ftes et les sol5nits2 c'tait dans le travail de sa p5se qu'il *]*ait de plus nobles plaisirs4 ,il crivait un de ses amis3 ,ces j\rs d]ni]s j'ai lu et travaill dans un repos p>fait4 ,tu me dem&]as comm5t il m'e/ possible d'agir a9si au milieu de ,rome4 ,c'tait le temps des ftes du cirque1 qui ne produis5t pas sur moi la mo9dre impression2 je n'y tr\ve ni vrit ni n\veaut1 ri5 qui mrite d'tre vu plus d'une fois4 ,je ne compr5ds pas que tant de milli]s d'hommes soi5t assez enfants p\r s'en all] t\j\rs voir des *evaux qui c\r5t et des esclaves assis sur des *>s4 ,qu& je songe que les hommes pr5n5t tant d'intrt des scnes si frivoles1 si froides et si s\v5t reproduites1 je s5s une gr&e joie de ne po9t p>tag] une telle curiosit et d'employ] avec dv\em5t l'tude des sci5ces le temps que la f\le p]d voir de misrables spectacles4 ,mais1 dira-t-on1 si un homme du monde s'loigne des c]cles de la socit1 ne p]dra-t-il pas dans la solitude ce bon ton1 ces qualits qui di/+u5t la noblesse de la roture8 ,ce que n\s appelons le bon ton n\s vi5t des ,franais2 c'e/ l'art de s'exprim] avec grce et de donn] la conv]sation la =me la plus agrable4 ,le bon ton plat p>t\t et se tr\ve *ez t\s les hommes d'esprit1 quelle que soit leur condition4 ,le noble et le roturi] peuv5t l'avoir galem5t4 ,la solitude n'efface en n\s que les habitudes passagres1 et on en rapporte c]ta9es facults qu'un homme f]me aime cons]v]1 quoiqu'il sa*e qu'elles dplais5t dans le monde4 ,le solitaire se prs5t]a peut-tre dans un salon avec un habit d'une c\leur et d'une =me surannes2 peut-tre ses manires *oqu]ont-elles l'homme du monde qui tudie gravem5t les habitudes de la conv5ance1 les lois de l'tiquette4 ,mais s'il e/ s\s ce rapport en arrire du sicle1 son attitude aise1 sa droiture1 sa politesse naturelle le r5dront agrable aux g5s s5ss1 lorsqu'on le v]ra p>atre la c\r avec esprit1 avec tact et avec des ides qu'il a recueillies dans le c\rs de sa vie4 ,il e/ vrai que1 dans ces sphres du gr& monde1 il n'e/ pas ncessaire d'apport] un gr& nombre d'ides4 ,s\v5t le c\rtisan le plus accompli fait voir qu'il en a lui-mme =t peu et qu'il ne s'occupe que de *oses m9imes4 ,le solitaire obti5dra peu de succs dans les runions o l'on reg>de une gaiet h>die et clatante comme l'indice le plus c]ta9 d'une excell5te tte et d'un homme agrable4 ,on n'acqui]t pas cette gaiet dans la solitude4 ,celui qui fait le plus rire les g5s du monde n'a s\v5t d'autre mrite que de trait] avec mpris ce qui e/ vrai1 gr&1 beau2 ce n'e/ s\v5t qu'un disc\reur imp]turbable1 sans jugem5t1 sans pr9cipes et sans lvation4 ,dans t\tes les considrations que j'ai *]* tablir1 il n'a pas encore t spcialem5t "q des avantages immdiats de la solitude p\r l'esprit4 ,le plus puissant1 le plus inconte/able de ces avantages1 c'e/ de n\s habitu] rfl*ir4 ,l'imag9ation devi5t plus vive et la mmoire e/ plus fidle lorsque ri5 ne di/rait nos s5s et qu'aucun objet extrieur ne tr\ble notre me4 ,lo9 du bruit du monde1 o mille images trangres flott5t nos yeux et fasc95t notre esprit1 on ne *]*e qu'un seul bi5 dans la solitude1 on se drobe t\tes les *oses extrieures qui ne sont po9t celles que n\s dsirons et que n\s aimons4 ,un criva9 que je v\drais relire *aque j\r1 ,blair1 l'auteur des ,lectures sur la rhtorique et les belles-lettres1 dit dans un de ses livres3 ,c'e/ la =ce d'att5tion qui le plus s\v5t di/+ue de la f\le l'homme d\ de gr&es qualits4 ,les tres vulgaires ne reconnaiss5t ni rgle ni b dans leur m>*e av5tureuse4 ,les objets flott5t sans li5 la surface de leur me1 p>eils des feuilles que le v5t fait vol] de ct et d'autre et disp]se la surface de l'eau4 ,on s'habitue rfl*ir lorsque l'on c>te ses p5ses de va9es di/ractions1 et que l'on se tr\ve dans une situation qui ne *ange po9t t\t in/ant p> le c\rs j\rnali] des *oses4 ,p\r n\s ex]c] rfl*ir1 il faut d'abord n\s retir] de la f\le tumultueuse et n\s lev] au-dessus des exig5ces s5suelles4 ,c'e/ alors qu'on se rappelle facilem5t t\t ce qu'on a lu1 ent5du1 pr\v4 ,*aque reg>d que n\s jetons dans le sil5ce de la retraite n\s rvle de n\velles p5ses et procure l'esprit les plaisirs les plus d\x4 ,on reg>de v]s le pass1 on contemple l'av5ir1 et l'on oublie ces deux poques dans la j\issance de son bonheur actuel2 mais1 p\r que la raison cons]ve dans la solitude sa =ce p>ticulire1 il faut que n\s appliquions notre activit une noble occupation4 ,il y a des g5s que je f]ais rire1 peut-tre1 si je leur disais que la solitude e/ une cole o l'on appr5d connatre les hommes4 ,il e/ c]ta9 cep5dant que1 dans les relations de la socit1 n\s ne faisons que recueillir des sujets de p5se1 sans ex]c] dans t\te sa =ce la lib]t de p5s]4 ,dans le monde1 n\s ne faisons1 en ralit1 qu'obs]v]2 et c'e/ dans la solitude que n\s p\vons coordonn] et utilis] nos obs]vations4 ,il faut qu'on en vi5ne connatre les hommes2 et1 p\r les connatre1 il les faut tudi]4 ,soit que cette tude se p\rsuive sil5cieusem5t1 l'c>t1 ou soit que n\s v\lions la faire s]vir l'in/ruction des autres1 je ne la crois pas si trompeuse1 si cruelle1 si r$\table1 qu'on se le figure p>fois4 ,je ne crois pas qu'elle ravale1 qu'elle outrage la div9it de l'homme1 qu'elle le prive d'une f\le de nobles j\issances1 et qu'enf9 elle lui enlve l'ex]cice de ses facults4 ,il n'y a dans cette tude tant calomnie que l'esprit d'obs]vation4 ,me trait]a-t-on comme un envieux1 comme un ennemi des hommes1 p>ce que j'tudie les maladies1 p>ce que j'obs]ve les indices de faiblesse les plus secrets du cur huma91 p>ce que j'exam9e de prs t\t ce qu'il y a de fragile et d'imp>fait dans la con/itution huma9e1 et p>ce que je me rj\is d'avoir clairci ce qui tait encore obscur p\r moi et p\r les autres6 ,cette tude faite1 il ne s'ensuit pas que je doive dire au premi] v5u3 ,telle ou telle p]sonne a telle maladie4 ,mais qui peut m'emp*]1 lorsque je puis me r5dre utile1 de dire ce que j'ai appris1 de faire connatre la maladie1 avec t\tes ses complications8 ,v\lez-v\s1 ma9t5ant1 tablir une ligne de dm>cation entre celui qui v\s p]mettez d'obs]v] votre corps et celui qui v\s df5dez d'obs]v] votre me8 ,v\s direz que le mdec9 tudie les maladies du corps p\r essay] de les gurir1 et que tel n'e/ po9t le b de celui qui tudie l'me4 ,qu'en savez-v\s8 ,une me dlicate s\ffre t\t autant de l'aspect de nos infirmits morales que de celui de nos faiblesses physiques4 ,p\rquoi se retir]ait-on de la voie commune8 ,p\rquoi s'en irait-on dans la solitude si l'on ne craignait la contagion8 ,mais1 comme il y a une quantit de faiblesses et d'imp]fections morales qui ne pass5t po9t p\r telles1 c'e/ un plaisir inconte/able de connatre ces dfauts1 de les dsign] s\s leur vrai nom1 de les montr] aux reg>ds1 lorsque cette rvlation ne peut port] prjudice p]sonne4 ,la solitude e/ donc une cole qui ex]ce l'esprit d'obs]vation1 et qui1 p> l1 n\s aide connatre les hommes1 p>ce qu'aprs y avoir paisiblem5t rfl*i1 n\s savons mieux ce que n\s devons exam9] dans le monde1 et p>ce que n\s mrissons dans la solitude nos rem>ques et nos obs]vations4 ,bonnet raconte1 dans un passage t\*ant de la prface de son ,trait sur l'me1 que la solitude fit t\rn] son avantage la faiblesse de sa vue4 ,la solitude1 dit-il1 n\s porte naturellem5t la mditation3 la solitude dans laquelle j'ai en quelque sorte vcu jusqu' prs5t1 les tri/es circon/ances o je me tr\ve depuis quelques annes1 m'ont fait *]*] dans mon esprit un refuge et une di/raction ncessaire4 ,mon c]veau e/ dev5u p\r moi une sorte de sj\r paisible1 o j'ai gt des j\issances qui dissip5t1 comme p> magie1 mes afflictions4 ,un autre homme non mo9s recomm&able dans un g5re diffr5t1 le pote ,pfeffel1 de ,colm>1 supporta avec la mme rsignation les d\leurs d'une ccit complte4 ,quoique sa vie ft mo9s solitaire1 il savait tr\v] assez d'in/ants de lib]t qu'il consacrait la philosophie et l'humanit4 ,au ,japon1 il exi/ait jadis une acadmie d'aveugles1 qui voyait peut-tre plus clair que beauc\p d'autres acadmies4 ,ses membres se dv\ai5t l'hi/oire du pays1 la posie et la musique2 ils retraai5t1 dans des *ants levs et h>monieux1 les plus beaux traits des annales japonaises4 ,on pr\ve p\r ces pauvres aveugles du ,japon un s5tim5t de respect4 ,les yeux intrieurs de leur me tai5t d'autant plus clairvoyants qu'une tri/e de/9e les privait de la lumire corporelle4 ,la lumire1 la vie1 le bonheur1 naissai5t p\r eux du se9 des tnbres1 p> la tranquille rflexion et p> des occupations salutaires4 ,si la solitude veille notre p5se1 la p5se e/ le premi] mobile de t\t ce que n\s faisons4 ,on a dit que les actions n'tai5t que les p5ses ralises4 ,a9si1 celui qui v\drait tudi] imp>tialem5t la nature des p5ses auxquelles il e/ le plus atta*1 appr(ondirait p> l le secret de son vritable c>actre1 et celui qui a l'habitude de se retir] l'c>t1 et de s'entret5ir avec lui-mme1 ent5drait p>fois des vrits que le monde ne lui dit pas4 ,la lib]t et le loisir1 voil t\t ce dont on a beso9 lorsqu'on aspire dploy] dans la solitude son activit4 ,laissez tel homme seul1 t\tes ses =ces s]ont en m\vem5t2 donnez-lui le loisir1 la lib]t1 et il produira incomp>ablem5t plus que s'il se tranait *aque j\r1 l'me fatigue1 au se9 de vos runions4 ,des savants qui jamais ne p5s5t1 qui ne peuv5t tr\v] eux-mmes aucune ide1 qui seulem5t se s\vi5n5t1 se mett5t compil] et sont heureux4 ,mais c'e/ p\r l'esprit une satisfaction bi5 plus leve de p\voir1 dans la solitude1 faire quelque *ose qui conc\rt au bi54 ,le sil5ce et l'obscurit calm5t une tte ard5te1 conc5tr5t les p5ses sur un mme po9t1 et donn5t l'me un c\rage que ri5 n'arrte p\rvu qu'il frappe4 ,des lgions entires d'adv]saires ne l'inquit5t po9t2 elle sait qu'elle peut atte9dre son b qu& elle v\dra1 et t\t ce qu'elle dsire1 c'e/ que1 tt ou t>d1 ju/ice soit faite *acun4 ,sans d\te on doit voir avec d\leur les erreurs de ce monde1 le vice honor p> la multitude1 le prjug rgnant encore sur la f\le1 et l'on se dit quelquefois3 ,cela devrait tre a9si1 et cela n'e/ pas2 puis1 d'un trait de plume1 on fltrit le m*ant1 et1 d'un autre trait1 on t]rasse l'ignorant prjug4 ,c'e/ dans la solitude surt\t que la vrit se dc\vre aux gr&s p5seurs1 aux hommes de gnie4 ,un criva9 que n\s avons dj cit1 ,blair1 a dit qu'une occupation con/ante des petites *oses j\rnalires de la vie tait l'indice d'une me vulgaire et va9e4 ,une me plus l>ge et plus pure laisse le monde d]rire elle1 aspire des satisfactions plus leves1 et les *]*e dans la solitude4 ,le patriote dem&e la solitude un asile p\r y =m] des projets d'utilit gnrale2 l'homme de gnie1 p\r s'y livr] ses occupations favorites2 le philosophe1 p\r cont9u] ses dc\v]tes2 le sa9t1 p\r faire de n\veaux progrs dans la grce4 ,avant que de donn] des lois ,rome et d'ex]c] le suprme p\voir1 ,numa1 ayant p]du sa femme1 se retira seul la campagne4 ,il passait ses j\rs dans les lieux les plus ds]ts1 dans les bosquets1 dans les valles consacres aux dieux1 et on disait que ce n'tait ni p> mlancolie ni p> dsespoir qu'il fuyait a9si les hommes2 on disait qu'il avait dans sa solitude une noble et *>mante socit1 que la nymphe grie l'aimait1 s'tait m>ie avec lui1 et le comblait de flicit en clairant son esprit1 en lui donnant des leons de haute sagesse4 ,on disait aussi des druides que1 sur la cime des ro*]s1 dans les =ts pr(ondes1 ils enseignai5t aux nobles de leur race la sagesse et l'loqu5ce1 la nature des *oses1 le c\rs des toiles1 les my/res div9s et les lois de l't]nit4 ,si1 comme l'hi/oire de ,numa1 cette tradition des druides n'e/ qu'une fable1 elle dmontre cep5dant quelle noble ide on s'e/ faite dans t\s les temps de la sagesse acquise dans le calme de la solitude4 ,s\v5t1 sans aucun sec\rs trang]1 sans aucun enc\ragem5t1 le gnie de l'homme s'veille1 se manife/e p> sa propre =ce dans la solitude4 ,au milieu des horreurs de la gu]re civile1 la ,fl&re tait peuple d'une quantit de pe9tres illu/res1 mais pauvres4 ,le ,corrge fut si mal pay de ses travaux1 que la joie qu'il pr\va en recevant ,p>me une somme de dix pi/oles lui cota la vie4 ,c'tait le s5tim5t de leur propre valeur qui rcomp5sait ces arti/es3 ils peignai5t p\r l't]nit4 ,des mditations pr(ondes dans des lieux solitaires donn5t p>fois l'intellig5ce1 l'imag9ation1 le plus puissant essor1 et font natre les plus gr&es p5ses4 ,l1 il y a p\r l'me une satisfaction plus pure1 plus durable1 plus fconde2 l1 vivre1 c'e/ p5s]4 ,a *aque pas1 l'me s'avance dans l'inf9i1 palpite d'en?\siasme dans cette libre j\issance d'elle-mme1 et s'lve de plus en plus dans la rflexion des gr&es *oses et l'atta*em5t aux rsolutions hroques4 ,c'e/ dans un lieu solitaire1 sur une montagne des environs de ,pyrmont1 qu'un des plus mmorables vnem5ts de l'hi/oire mod]ne a t dcrt4 ,le roi de ,prusse1 qui tait v5u l pr5dre les eaux1 se drobait s\v5t la socit1 et s'en allait seul sur cette montagne1 qui s'appelle auj\rd'hui ,knigsb]g 7montagne du roi74 ,ce fut l que le jeune mon>que conut1 dit-on1 le projet de sa premire gu]re de ,silsie4 ,dans la solitude1 on appr5d bi5 mieux que dans la vie agite du monde le prix du temps1 que l'oisif ne connat jamais assez sans une c]ta9e activit d'esprit4 ,celui qui travaille avec ardeur1 af9 de ne pas vivre d'une vie inutile1 ne peut song] sans effroi la m>*e d'une montre secondes1 image frappante de notre exi/5ce1 de la c\rse rapide du temps4 ,un seul j\r e/ un abme dsormais p\r la vieille femme du monde qui languit t\t le mat9 jusqu' ce qu'elle ait appris p> ses prires1 p> ses que/ions1 de quelle manire *acun de ses amis doit pass] le temps4 ,mais avec quelle rapidit s'c\l]ai5t t\s ses in/ants1 si elle p5sait aux rsultats de *aque m9ute dans l't]nit6 ,on ne p]d po9t son temps dans les relations sociales1 si elles ma9ti5n5t l'esprit et le cur une c]ta9e hauteur1 si elles l>giss5t le c]cle de nos ides et dissip5t nos s\cis2 mais1 si elles devi5n5t l'unique beso9 de l'me1 si elles n\s attir5t trop vivem5t1 bi5tt on leur sacrifie t\t1 et les annes s'c\l5t rapidem5t et sans fruit4 ,le temps p>atra t\j\rs trop c\rt celui qui v\dra l'employ] utilem5t selon sa nature1 sa vocation1 ses devoirs et ses facults4 ,je connais un pr9ce que ses valets coiff5t et habill5t en quelques m9utes4 ,les *evaux attels son *> ne c\r5t pas2 ils vol5t4 ,son dn] e/ t]m9 en un in/ant4 ,on me dira que c'e/ a9si qu'en agiss5t ord9airem5t les pr9ces1 qu'ils veul5t que t\t se fasse promptem5t2 mais j'ai vu ce pr9ce1 qui e/ d\ d'une gr&e lvation d'esprit1 recevoir lui-mme t\tes les suppliques1 et je sais qu'il rpondait t\tes4 ,je sais que *aque j\r il surveille lui-mme avec un so9 scrupuleux les affaires de ses tats1 et que1 *aque j\r1 il consacre plusieurs heures la lecture des meilleurs criva9s itali5s1 franais et allem&s4 ,ce pr9ce connat le prix du temps4 ,le temps que l'homme du monde dissipe inutilem5t1 le solitaire sait l'employ]1 et p\r celui qui sait us] a9si d'un bi5 si passag]1 il n'y a pas de j\issance meilleure4 ,la t*e j\rnalire de l'homme e/ gr&e4 ,quiconque veut faire quelque bi5 doit s'en occup] sans dlai1 af9 que le j\r prs5t ne soit pas enlev du livret de la vie comme une page vide4 ,n\s arrtons la c\rse du temps p> le travail2 n\s prolongeons la dure de la vie p> des p5ses et des actions fcondes4 ,p\r celui qui ne peut pas vivre inutilem5t1 la vie1 c'e/ la p5se et l'action1 et jamais la p5se n'e/ si active1 si heureuse1 que dans les heures que l'on drobe une visite monotone et sans b4 ,n\s s]ions plus av>es de notre temps si n\s p5sions combi5 n\s p]dons d'heures prcieuses malgr n\s4 ,un gr& criva9 anglais a dit3 ,si n\s dduisons du c\rs de notre exi/5ce t\t le temps absorb p> le sommeil1 p> les beso9s absolus de la nature1 p> des conv5ances =ces1 t\t le temps que n\s employons n\s p>] ou que n\s sacrifions p\r les autres1 t\t le temps qui n\s e/ enlev p> la maladie ou drob p> la faiblesse ou la fatigue1 n\s reconnatrons que notre exi/5ce1 dont n\s p\vons rellem5t n\s dire les matres1 ou dont n\s p\vons dispos] notre gr1 e/ trs-petite4 ,n\s consumons un gr& nombre d'heures en de va9es proccupations1 dans des actes sans importance1 qui se r5\vell5t sans cesse4 ,*aque j\r1 n\s p]dons une p>tie des in/ants que n\s croyons p\voir consacr] au repos et au bonheur1 et la moiti de notre exi/5ce ne s]t qu' anantir les j\issances de celle qui n\s re/e4 ,on ne p]d jamais plus de temps que lorsqu'on gmit de n'en avoir pas assez4 ,t\t ce qu'on fait alors1 on le fait regret4 ,le j\g que *acun de n\s doit port] semble plus lg] qu& on le porte avec rsignation2 mais lorsque n\s n'avons obir qu' des lois d'tiquette1 lorsqu'on n\s impose l'obligation de faire de nombreuses visites1 il faut savoir bris] ses *anes2 il faut ne pas cra9dre de f]m] sa porte ceux qui n'ont ri5 n\s dire1 se trac] *aque mat9 un plan de travail1 et se r5dre *aque soir un compte svre de sa j\rne3 on prolong]a a9si la dure de son exi/5ce4 ,qu& quelqu'un annonait ,mlan*?on l'int5tion d'all] le voir1 il s'in=mait non-seulem5t de l'heure1 mais de la m9ute o l'on devait v5ir1 af9 de ne po9t p]dre sa j\rne dans une vague inc]titude4 ,on n'a po9t dplor] la p]te du temps lorsqu'on e/ habitu compt] les in/ants1 lorsqu'on vit dans la lib]t de la campagne4 ,l1 on n'a po9t de visite r5dre2 on n'a po9t rpondre ces invitations importunes qui se r5\vell5t sans cesse1 ni cette afflu5ce de g5s oisifs qui vi5n5t v\s voir sans autre b que de v\s voir2 l1 on n'e/ plus a/re9t ces mille obligations monda9es qui1 t\tes ensemble1 ne val5t pas une seule v]tu2 l1 enf91 nul importun ne vi5t n\s enlev] les heures que n\s comptions utilem5t employ]1 et n\s sommes dlivrs de ces pdants qui n\s accabl5t de leur loquacit sans rem>qu] quelle pe9e ils n\s caus5t1 sans s'ap]cevoir que n\s aspirons au mom5t o n\s s]ons enf9 seuls p\r n\s r5f]m] dans notre retraite avec nos livres4 ,mais on dit aussi1 et avec raison3 ,combi5 on passe dans la solitude peu d'heures qui soi5t m>ques p> des actes vraim5t utiles et durables2 combi5 il en e/ que l'on p]d p> des songes et des *imres1 dans de mlancoliques rflexions1 dans des passions dang]euses ou des s\haits drgls6 ,p>ce qu'on se retire dans la solitude1 il ne rsulte pas t\j\rs de cette dt]m9ation qu'on e/ occup de p5ses srieuses1 et qu'on ne se livre po9t d'inutiles frivolits4 ,la solitude peut s\v5t tre plus dang]euse que le t\rbillon du monde4 ,que de fois1 dans nos heures de loisir1 une indisposition n\s r5d incapables de p5s] et d'agir6 ,c'e/ une tri/e exi/5ce que celle d'un malade qui1 dans la solitude1 ne songe qu' sa maladie4 ,l'homme du monde le plus dissip ne p]d pas plus de temps dans les runions les plus bruyantes que celui qui1 dans l'loignem5t de la socit1 s'ab&onne la mlancolie4 ,la mauvaise humeur n'e/ pas mo9s r$\table2 elle oppose de gr&s ob/acles notre flicit intrieure4 ,n\s p\vons rsi/] la mlancolie comme un ennemi que l'on cra9t4 ,la mauvaise humeur n\s surpr5d l'improvi/e1 et n\s sommes va9cus avant d'avoir p5s aux moy5s de la dissip]4 ,la mauvaise humeur e/ un des flaux de la vie1 et si l'on y e/ sujet1 mieux vaudrait ne po9t avoir d'humeur#ad4 #ad ,grave a trs-bi5 exprim ce qu'on ent5d p> ce mot d'humeur4 ,on dsigne p> l1 dit-il1 tantt cette disposition de l'esprit d'o il rsulte qu'un homme envisage t\s les objets s\s un aspect s+uli]1 et en pr\ve une impression t\te diffr5te de celle qu'il produit sur les autres hommes2 tantt cette disposition d'esprit qui le porte dire et faire ouv]tem5t t\t ce que bon lui semble1 t&is que les autres sont ret5us p> l'op9ion publique ou p> leurs habitudes4 ,c]ta9s hommes r5f]m5t leurs p5ses en eux-mmes1 et ne les exprim5t qu'autant qu'elles peuv5t s]vir au b qu'ils se propos5t1 ou qu'elles sont con=mes au s5tim5t de ceux avec qui ils s'entreti5n5t4 ,l'homme qui a de l'humeur ouvre son me sans rs]ve et divulgue t\te sa p5se3 aussi e/-ce p> lui surt\t qu'on peut pntr] dans la philosophie secrte du coeur huma94 ,lorsque cette disposition d'esprit se manife/e *ez des hommes vulgaires1 qui n'ont que des p5ses communes et insipides1 elle e/ insupportable4 ,il faut que ces g5s-l se s\mett5t aux lois de la politesse et aux contra9tes de l'habitude1 p\r *app] la ha9e et au dda91 de mme qu'un corps contrefait qui a beso9 d'habit p\r ca*] sa dif=mit4 ,mais lorsque l'humeur exi/e dans une tte =te1 dans un coeur gnreux qui s'ab&onne librem5t ses propres inspirations1 elle r5d la socit de cet homme plus intressante et plus in/ructive que s'il g>dait le masque des bi5sances ord9aires1 et si1 p\r ressembl] davantage aux autres hommes1 il rprimait l'explosion de ses p5ses et de ses s5tim5ts4 ,p\r *app] la mauvaise humeur ou p\r rsi/] du mo9s ses accs1 il faudrait se rappel] qu'elle n\s fait p]dre non-seulem5t des j\rs1 mais des sema9es1 des mois enti]s4 ,une seule p5se dsagrable1 dont n\s n\s proccupons inutilem5t1 n\s enlve p>fois longtemps la facult d'ex]c] notre action hors du c]cle habituel4 ,il importe donc de faire t\s ses ef=ts p\r se s\/raire autant que possible cette dang]euse influ5ce4 ,tant que n\s travaillons1 n\s sommes mo9s exposs la tri/esse4 ,en crivant un livre1 on dissipe la mauvaise humeur4 ,s\v5t on pr5d la plume dans un mom5t de *agr91 et1 lorsqu'on la quitte1 le cur a dj repris sa srnit4 ,que de temps on p]d aussi en prtant l'oreille t\tes les considrations de second ordre1 t\tes les que/ions qu'une ide s\lve1 t\tes les difficults que l'on peut r5contr]6 ,il n'e/ pas possible de ri5 faire de gr&1 si l'on s'atta*e t\j\rs des purilits1 si l'on n'a pas assez d'n]gie dans l'me p\r entrepr5dre un projet et le p\rsuivre prcism5t cause des difficults et des dang]s qu'il prs5te4 ,ce ne s]ait pas la pe9e de vivre1 si1 comme un ,anglais l'a dit1 on ne considrait pas avec un noble dda9 que la vie se compose de petits has>ds1 d'pisodes sans intrt1 de dsirs excits p> les *oses qui n\s ent\r5t1 des contr>its qui naiss5t d'un desse9 qui *\e1 des piqres d'insectes qui s'*app5t aprs n\s avoir atte9ts1 des folies qui un in/ant n\s t\rdiss5t et qui s'van\iront bi5tt1 des plaisirs qui disp>aiss5t comme une ombre mobile aprs n\s avoir sduits1 des complim5ts qui *at\ill5t l'me comme une musique agrable1 et qui1 bi5tt1 sont oublis de celui qui les fait et de celui qui les reoit4 ,on aurait assez de temps soi1 si l'on ne devait pas =cm5t en p]dre une p>tie1 et si l'on ne le p]dait pas encore de son ple9 gr4 ,celui qui1 dans sa jeunesse1 n'aurait appris qu' employ] utilem5t *aque qu>t d'heure1 possd]ait p> l les dispositions ncessaires p\r dev5ir un gr& homme d'affaires2 c>1 p\r en arriv] l1 il faut savoir occup] *aque in/ant4 ,mais1 soit p> mauvaise humeur1 soit p> dfaut d'n]gie1 avant d'entrepr5dre un travail1 n\s *]*ons nos commodits1 n\s faisons nos conditions1 n\s croyons qu'il e/ t\j\rs temps d'agir2 notre p>esse veut qu'on la c>esse avant qu'elle se dt]m9e se mettre en m\vem5t4 ,que notre affaire pr9cipale soit donc de n\s fix] d'abord un b dans la vie1 et d'appr5dre dom9] les circon/ances qui peuv5t entrav] notre volont4 ,c'e/ en se prescrivant un b dt]m9 que l'on rsi/e au dang] de p]dre son temps et sa vie4 ,depuis le roi jusqu'au manuvre1 t\t homme doit avoir sa t*e de *aque j\r et doit l'accomplir4 ,*aque p5se1 *aque action doit tre dirige v]s le b que l'on e/ appel atte9dre4 ,frdric le ,gr&1 qui agit si puissamm5t sur son sicle1 qui fut un modle p\r t\s les s\v]a9s1 se levait en t quatre heures et en hiv] c9q4 ,les lettres que *acun de ses sujets p\vait lui crire1 t\tes les requtes1 t\s les mmoires qui arrivai5t le soir ou dans la nuit1 tai5t dposs devant lui sur une table4 ,le roi ouvrait t\t et p>c\rait t\t2 puis il divisait ses papi]s en trois catgories4 ,la premire se composait de papi]s auxquels on rpondait sur-le-*amp1 d'aprs des in/ructions gnrales4 ,sur ceux de la seconde1 il crivait de sa propre ma9 des rem>ques qui s'adressai5t au m9i/re1 au g\v]neur1 aux tribunaux1 et ceux de la troisime tai5t jets au feu4 ,les secrtaires du cab9et s'avanai5t alors prs de lui1 et il leur remettait t\t ce qui devait tre expdi l'in/ant2 puis il montait *eval1 passait en revue ses tr\pes1 et donnait audi5ce aux trang]s4 ,ensuite il se mettait table1 et il dployait p5dant le repas une vivacit d'esprit con/ante1 et disait des *oses dont on aurait1 dans t\s les temps1 admir la sagesse et la vrit4 ,aprs le dn]1 les secrtaires prs5tai5t sa signature les lettres dont ils avai5t reu le canevas le mat91 et qu'ils avai5t rdiges2 v]s quatre c9q heures du soir1 le travail de la j\rne tait f9i1 et le roi se reposait en lisant ou en se faisant lire les meilleurs crits anci5s et mod]nes4 ,un pr9ce qui employait a9si son temps avait le droit d'exig] qu'aucun de ses m9i/res et de ses (fici]s ne p]dt le si54 ,il e/ des hommes qui ne v\drai5t faire que des *oses importantes1 et qui1 en att5dant qu'ils tr\v5t le temps ncessaire p\r s'occup] de leurs graves projets1 ne font ri54 ,ils n'atteign5t jamais le degr de p]fection qu'ils port5t dans leur esprit1 et qui leur fait mpris] ce qui s'opre aut\r d'eux4 ,j'ai connu en ,suisse1 et ,b]ne surt\t1 plusieurs hommes de la sorte2 ils euss5t pu dev5ir des criva9s de premi] ordre1 et ils n'imprimai5t pas une ligne1 soit p\r ne se donn] aucune fatigue1 soit p> la cra9te qu'on ne les tr\vt mo9s gr&s qu'ils ne l'tai5t rellem5t4 ,il e/ d'autres hommes qui viv5t dans l'oisivet p> cela seul qu'ils ne sav5t po9t rgl] l'emploi de leur temps4 ,ils p\rrai5t produire des uvres utiles et considrables s'ils saisissai5t *aque in/ant disponible dans la j\rne1 et s'ils l'employai5t atte9dre leur b1 c> il y a bon nombre de gr&es *oses qu'on ne fait que peu peu4 ,mais si l'on e/ sans cesse int]rompu1 et si l'on se plat ces int]ruptions1 si l'on att5d le plaisir du travail qu'on ne gte qu'en travaillant1 si l'on n'a pas ces longs loisirs que l'on exige et que l'on n'obti5t presque jamais1 on f9it p> croire qu'on n'a po9t de temps p\r travaill]1 et l'on se promne du mat9 au soir4 ,un des hommes les plus e/imables de la ,suisse1 mon ami ,isl91 crivit au milieu du snat de ,ble ses phmrides que t\s les gr&s p]sonnages d',allemagne aurai5t d lire et que beauc\p ont lues#ae4 ,ms] d',osnabruck1 qui s'e/ attir1 comme citoy5 et comme homme d'tat1 l'e/ime et l'affection des pr9ces1 des m9i/res1 de la noblesse et des paysans1 s'e/ lev1 t\t en j\ant1 une hauteur que peu d'criva9s allem&s ont pu atte9dre#af4 #ae ,isl9 tait greffi] du conseil4 ,p5dant qu'il crivait ses phmrides1 les conseill]s de ,ble croyai5t qu'il enregi/rait t\t ce qu'ils disai5t1 de mme qu'autrefois les conseill]s de ,zuri* s'imag9ai5t que l'immortel ,gessn] recueillait leurs p>oles sur ses tablettes1 t&is qu'il esquissait la c>icature de plusieurs d'entre eux4 #af ,ms] dictait sa fille1 en j\ant avec elle1 ces feuilles volantes qui sont dev5ues ses vrais titres l'e/ime de la po/rit4 ,c>pe diem1 disait ,horace1 et cette s5t5ce doit s'appliqu] *aque heure4 ,les hommes lg]s1 les buveurs et les *antres anacrontiques1 dis5t qu'il faut loign] de soi t\tes les sollicitudes1 tre gai et j\ir de *aque in/ant4 ,ils ont raison2 mais ce n'e/ pas boire qu'il faut employ] *aque in/ant1 c'e/ p\rsuivre une t*e qui n\s conduit un b lev4 ,on peut tre seul au milieu mme du t\rbillon du monde1 on peut r5dre des visites midi1 p>atre dans les runions1 et g>d] p\r soi sa mat9e et sa soire4 ,il faut seulem5t1 comme n\s l'avons dit1 savoir se trac] un plan dt]m9 de conduite1 et s'atta*] avec am\r son travail4 ,il n'y a que l'homme occup1 laborieux1 qui1 aprs avoir pass t\t un j\r remplir des fonctions publiques ou s]vir son pro*a91 puisse sans un remords de consci5ce se plac] le soir une table de jeu1 o il ne dit1 o il n'ent5d dire aucun mot intressant et d'o il ne rapporte d'autre ide que celle d'avoir p]du ou gagn4 ,ptr>que n\s enseigne le plus prcieux avantage du temps1 et n\s montre le b que je v\drais faire connatre p> mes rflexions4 ,si n\s v\lons1 dit-il1 s]vir ,dieu1 ce qui e/ le plus gr& acte de lib]t et le plus gr& moy5 de bonheur1 si n\s v\lons lev] notre intellig5ce p> l'tude des lettres1 qui1 aprs la religion1 e/ la plus d\ce j\issance1 si p> nos p5ses et p> nos crits n\s v\lons laiss] une uvre qui n\s donne un nom1 qui arrte le c\rs rapide de nos j\rs et prolonge la dure de cette vie si fugitive1 ah6 fuyons1 je v\s prie1 et passons dans la solitude le peu de temps que n\s avons pass] en ce monde4 ,c'e/ une ide que n\s ne p\vons pas t\s ralis]2 mais il e/ des hommes qui peuv5t plus ou mo9s dispos] de leur temps1 qui peuv5t leur gr entret5ir des relations sociales ou s'y drob]4 ,c'e/ p\r ceux-l que je cont9ue dvelopp] les avantages de la solitude4 ,la solitude n\s donne un gt plus pur et des p5ses plus l>ges2 elle r5d l'esprit plus actif et lui procure des satisfactions d'une nature suprieure et que p]sonne ne peut lui ravir4 ,on amliore son gt dans la solitude p> un *oix plus att5tif des beauts qui occup5t l'esprit4 ,dans la solitude1 il dp5d de n\s de ne voir que ce qui n\s e/ agrable1 de ne dire et de ne p5s] que ce qui aide notre p]fection et n\s (fre une plus gr&e v>it d'objets4 ,l on *appe ces fausses ides que l'on accepte si s\v5t dans le monde1 o il faut s'en rapport] au s5tim5t des autres plutt qu' ses propres impressions4 ,c'e/ *ose insupportable que de s'ent5dre sans cesse rpt]3 ,voil ce qu'il faut s5tir4 ,p\rquoi ne pas *]*] apprci] ses propres p5ses1 faire soi-mme son *oix1 au lieu de se s\mettre des dcisions arbitraires8 ,que m'importe l'op9ion de quelque fat ou de quelque femme t\rdie1 sur un livre qui m'e/ agrable8 ,quel enseignem5t puis-je recueillir dans ces froides et misrables critiques o je ne di/+ue aucun s5tim5t de ce qui e/ vraim5t beau et vraim5t gr&8 ,comm5t v\lez-v\s que je m'incl9e devant ce tribunal aveugle qui juge la valeur d'une uvre selon des habitudes de conv5tion et s\s un faux po9t de vue8 ,quelle ide puis-je me faire de cette f\le d'tres s]viles qui ne rpt5t que votre avis1 qui ne rpond5t qu'aux clameurs gnrales8 ,que pr\v5t vos op9ions1 puisque v\s tr\vez excell5t le plus mauvais livre1 lorsque quelque sot en crdit l'a l\1 et puisque1 sur sa p>ole1 v\s p\vez de mme trait] un bon livre comme une uvre sans valeur8 ,si l'on ne s'loigne pas d'une telle classe de critiques1 on ne peut reconnatre la vrit1 c> on e/ tromp avant mme de s'en ap]cevoir4 ,mais avec le bon gt qui disc]ne ce qu'il y a de l\able et de rprh5sible dans un ouvrage1 qui se laisse m\voir et en?\siasm] p> des qualits relles1 qui rep\sse ce que la raison condamne1 on se retire volonti]s l'c>t et dans un c]cle re/re9t d'amis1 ou seul avec soi-mme on j\it des trsors de l'antiquit et des temps mod]nes4 ,alors n\s pr\vons un s5tim5t agrable de notre exi/5ce1 c> n\s voyons combi5 il y a de facults en n\s p\r travaill] notre p]fection et notre bonheur4 ,alors n\s n\s rj\issons de possd] ces facults et de savoir les employ]1 de p\voir t\t t5t] p\r notre in/ruction1 p\r notre plaisir1 p\r celui de nos amis et p\r celui des esprits qui de lo9 sympa?is5t avec le ntre1 que n\s ne connaissons pas1 mais qui s'intress5t peut-tre aux vrits que n\s exprimons4 ,la solitude n\s donne des ides1 des connaissances plus l>ges2 elle r5d l'esprit plus actif en excitant notre curiosit1 en aff]missant notre application et notre p]svrance4 ,un homme qui connaissait bi5 ces avantages a dit3 ,les =ces de notre esprit s'ex]c5t et s'agr&iss5t dans la solitude4 ,les tnbres qui p>fois se rp&5t sur notre r\te se dissip5t1 et n\s r5trons avec plus de calme et de srnit dans les relations sociales4 ,notre horizon s'e/ t5du p> la rflexion4 ,n\s avons appris envisag] un plus gr& nombre de *oses et les li] l'une l'autre4 ,n\s rapportons dans le monde o n\s sommes appels vivre un reg>d plus net1 un jugem5t plus droit1 et des pr9cipes plus f]mes au milieu mme des di/ractions2 n\s p\vons alors cons]v] une att5tion plus s\t5ue et jug] avec plus de prcision p> l'habitude que n\s en avons acquise dans la retraite4 ,la curiosit de l'homme intellig5t e/ bi5tt satisfaite dans les relations ord9aires de la vie4 ,la solitude au contraire l'accrot *aque j\r4 ,l'esprit huma9 n'ap]oit pas de prime abord le b de ses re*]*es4 ,ses essais se li5t des obs]vations1 ses expri5ces des rsultats1 et une vrit fait natre une n\velle s\rce d'tudes et de vrits4 ,ceux qui les premi]s obs]vr5t le c\rs des a/res ne prvoyai5t sans d\te pas l'influ5ce que leurs dc\v]tes ex]c]ai5t un j\r sur les entreprises et la de/9e de l'homme4 ,ils aimai5t contempl] les lueurs du ciel p5dant la nuit2 en rem>quant que les corps cle/es *ang5t de place1 ils *]*r5t se r5dre compte de ces m\vem5ts qu'ils admirai5t1 et p>v9r5t dt]m9] la m>*e rgulire des a/res4 ,c'e/ a9si que *aque facult de l'me se dveloppe dans une noble activit4 ,l'esprit obs]vateur l>git de plus en plus son espace mesure qu'il rfl*it sur les rapports1 les effets1 les rsultats d'une vrit reconnue4 ,si la raison matrise l'essor de l'imag9ation1 on m>*e d'un pas mo9s rapide1 mais plus sr4 ,les hommes qui s'ab&onn5t la f\gue de leur imag9ation con/ruis5t des mondes lg]s et flottants comme des bulles de savon4 ,celui qui raisonne1 discute t\t et ne g>de que ce qui mrite d'tre g>d4 ,locke a dit que le gr& art de progress] dans la sci5ce consi/e entrepr5dre peu de *oses la fois4 ,a9si les *em9s qu'il n'a po9t encore p>c\rus ne se rvl5t pas t\t c\p aux reg>ds du jeune homme inexprim5t qui1 dans son vol imptueux1 croit s'lev] au-dessus de son sicle1 et p>le et crit selon les fantaisies de son imag9ation4 ,on sort des dt\rs obscurs du labyr9! en les obs]vant att5tivem5t1 on gravit les hauteurs esc>pes avec de la p]svrance1 on surmonte les ob/acles avec de la rsolution2 mais il ne faut po9t port] le mat9 au m>* ce que l'on a cueilli la veille4 ,dans la solitude1 il e/ bon d't5dre ses ides en tudiant les philosophes de t\s les temps1 d'lev] son me au-dessus des prjugs troits1 de ne po9t se c\rb] s]vilem5t devant l'op9ion gnrale1 de suivre le *em9 que l'on s'e/ trac1 et que l'on reg>de comme le meilleur1 sans se laiss] arrt] p> les =mules banales et les sy/mes de conv5tion4 ,mais1 si l'on aspire s'lev] plus haut1 il faut savoir mrir l5tem5t dans la solitude ce qui doit fructifi] dans le monde4 ,l'illu/re criva9 anglais ,johnson a dit trs-judicieusem5t3 ,les uvres d'art que n\s considrons avec surprise et qui excit5t notre admiration sont des preuves palpables du p\voir irrsi/ible de la p]svrance4 ,c'e/ la p]svrance qui fait d'une c>rire de pi]res une pyramide1 qui unit p> des canaux les prov9ces loignes l'une de l'autre4 ,si l'on comp>ait l'humble effet que l'on peut produire1 l'aide d'une h\e ou d'une pelle1 avec les l>ges con/ructions que l'on projette1 on s]ait tonn de la disproportion qui exi/e entre ces vulgaires in/rum5ts et les l>ges travaux que l'on veut excut]4 ,cep5dant c'e/ p> de tels moy5s mis en uvre avec pati5ce que l'on p>vi5t va9cre les plus gr&es difficults1 aplanir les montagnes1 ress]r] le lit de l',ocan3 aussi e/-il de la plus haute importance d'appliqu] t\t son esprit1 t\t son c\rage aux rsolutions que l'on a prises1 si l'on veut s'c>t] des voies r\t9ires1 si l'on veut acqurir une gloire plus gr&e que celle de ces hommes dont le nom brille le mat9 p\r tre plong le soir dans l'oubli avec les loges immrits qui l'ent\rai5t4 ,il faut appr5dre l'art de m9] ce qu'on ne peut bris]1 et de va9cre une rsi/ance op9itre p> des ef=ts plus op9itres encore4 ,l'activit anime un ds]t1 fait un monde d'une cellule1 et assure une r5omme imprissable l'homme rfl*i et l'arti/e laborieux4 ,l'esprit gte une vraie satisfaction dans l'ex]cice de ses facults2 t\t ce qui de lo9 appelle son att5tion le rj\it1 et plus il pr\ve d'ob/acles1 plus il se s5t port r$\bl] d'ef=ts4 ,lorsqu'on repro*ait ,apelles de produire si peu de tableaux et de s'occup] sans cesse de corrig] *acune de ses uvres1 il rpondait3 ,je pe9s p\r la po/rit4 ,dem&ez cet homme qui a tant de dignit de c>actre1 qui v\s fait reconnatre vos fautes avec tant de d\ceur et de circonspection1 qui v\s indique avec tant de bonne grce un *em9 meilleur1 qui aime les habitudes sociables et les pe9t s\s des c\leurs *>mantes2 dem&ez-lui si le c]cle d'activit que l'on tr\ve dans la solitude n'loigne pas de n\s l'attrait des dissipations frivoles1 des relations o le cur re/e froid et impassible2 dem&ez-lui si le bonheur de s5tir dans la solitude ce que n\s sommes n\s-mmes1 et ce que n\s p\vons tre1 n'e/ pas prfrable au plaisir de recevoir de quelque gr& seigneur un signe de tte protecteur4 ,il v\s rpondra3 ,si le s5tim5t de v\s-mme se dveloppe aux heures sol5nelles de la solitude1 si le pre/ige de t\t ce qui ne peut v\s sduire qu'un in/ant se dissipe vos yeux1 si votre esprit plonge dans les pr(ondeurs de la nature1 quelles facults1 quelle =ce1 quels moy5s de p]fection et de bonheur ne dc\vrira-t-il pas en lui6 ,il compr5dra alors que son tat actuel n'e/ po9t le plus p>fait1 ni le b f9al de son exi/5ce2 que1 dans le t\rbillon monda91 il ne peut s'lev] la hauteur laquelle il doit aspir]2 qu'il e/ d\ d'une =ce active et expansive qui t5d sans cesse bris] les entraves p> lesquelles on essaie de la cont5ir1 et que1 dans d'autres rapports avec le monde matriel et intellectuel1 cette =ce intrieure produira des effets t\t diffr5ts1 et lui donn]a une autre flicit4 ,ptr>que a dit3 ,je ne veux po9t que la solitude soit oisive1 et que les loisirs qu'on peut y tr\v] soi5t inutiles4 ,il faut au contraire *]*] r5dre pr(itable cette solitude1 non-seulem5t soi1 mais aux autres4 ,un homme dsuvr1 non*alant et dta* du monde1 tombe ncessairem5t dans une malheureuse tri/esse4 ,il ne peut faire le bi51 il ne peut se livr] une noble tude1 il ne peut s\t5ir le reg>d d'un gr& homme4 ,mais il e/ si facile de se procur] les j\issances de l'esprit4 ,les gr&s n'ont un droit exclusif que sur les plaisirs qui s'a*t5t prix d'arg5t1 et que l'on ne re*]*e que p\r dissip] son ennui ou t\rdir ses s5s4 ,mais ils ne s'emp>5t po9t de ceux que l'esprit se cre lui-mme1 qui sont le fruit de sa propre action1 de ses p5ses1 de ses re*]*es1 qui ti5n5t aux *oses invisibles plutt qu'aux *oses t]re/res1 et qui naiss5t de la connaissance1 de la contemplation de la vrit1 du s5tim5t intime de notre progrs moral et de notre p]fection4 ,un prdicateur suisse a dit dans une *aire d',allemagne3 ,les plaisirs de l'esprit1 les plaisirs que t\t homme peut gt] dans *aque condition sociale1 naiss5t les uns des autres4 ,celui dont n\s avons j\i le plus s\v5t ne p]d ri5 de sa valeur et ne s'affadit po9t2 au contraire1 il n\s prs5te sans cesse de n\veaux *>mes en s'(frant n\s s\s de n\veaux rapports4 ,la s\rce de ces plaisirs e/ 9puisable comme l'empire de la vrit1 imm5se comme le monde1 inf9ie comme la p]fection div9e3 aussi ces plaisirs intellectuels ne s'effac5t-ils pas comme les autres4 ,ils ne s'van\iss5t po9t comme la cl>t du j\r1 ils ne se dissip5t po9t avec les objets extrieurs1 ils ne desc5d5t po9t dans la tombe avec notre dp\ille mortelle4 ,n\s les possdons aussi longtemps que n\s exi/ons1 ils n\s accompagn5t dans les vicissitudes de la vie de ce monde1 et n\s suiv5t dans la vie future4 ,ils n\s ddommag5t de la privation des li5s de socit dans l'obscurit de la nuit et dans les nuages de notre de/9e4 ,les hommes les plus m95ts ont cons]v le gt des plaisirs de l'esprit3 dans le tumulte du monde1 dans la c>rire la plus brillante1 au milieu du torr5t des affaires1 au se9 de t\tes les di/ractions1 ils re/ai5t fidles aux muses et l'tude des uvres du gnie2 ils ne p5sai5t pas que1 si gr& seigneur que l'on ft1 on pt se disp5s] de lire et de s'in/ruire1 ils ne r\gissai5t pas d'accomplir eux-mmes une t*e d'criva94 ,philippe de ,macdo9e1 dnant un j\r ,cor9! avec ,d5ys le ,jeune1 plaisantait sur le pre de ce pr9ce1 qui1 en ex]ant la royaut1 avait compos des odes et des tragdies4 ,qu& donc ton pre1 lui dit-il1 p\vait-il tr\v] le temps d'crire de p>eilles uvres8--,il le tr\vait1 rpliqua ,d5ys1 aux heures que toi et moi n\s passons boire et n\s div]tir4 ,alex&re aimait la lecture l'poque o il remplissait le monde de sang et de c>nage1 o il m>*ait de victoire en victoire1 tranant sa suite des rois captifs1 f\lant aux pi$s des villes fumantes1 des prov9ces ravages1 des trnes briss2 il se s5tait ennuy dans sa gr&eur1 et dem&ait des livres p\r dissip] son ennui4 ,il crivait ,h>palus de lui envoy] les crits de ,phili/us1 les tragdies d',euripide1 de ,sophocle1 d',es*yle1 et les di?yrambes de ,?als4 ,a l'arme de ,pompe1 ,brutus1 le v5geur de la lib]t roma9e1 employait la lecture t\t le temps dont ses fonctions lui p]mettai5t de dispos]4 ,il lisait et crivait sans cesse qu& l'arme n'tait pas en m>*e1 et il lisait et crivait encore la veille mme de cette clbre bataille de ,ph>sale qui dcida de l'empire du monde4 ,c'tait dans les ardeurs brlantes de l't3 l'arme campait au milieu d'une pla9e m>cageuse2 les esclaves qui portai5t la t5te de ,brutus arrivr5t t>d2 accabl de fatigue1 il se baigna en les att5dant1 et1 v]s midi1 se fit frott] d'huile4 ,aprs avoir pris un lg] repas1 t&is que les autres dormai5t ou s'occupai5t des vnem5ts du l5dema91 ,brutus1 sans t5te1 expos l'ardeur du soleil1 travailla jusqu'au soir rdig] un extrait de l'hi/oire de ,polybe4 ,cicron1 qui sav\rait avec bonheur les joies du travail1 a dit dans son disc\rs p\r ,ar*ias3 ,p\rquoi r\girais-je des plaisirs de l'tude1 moi qui les ai gts p5dant tant d'annes sans que jamais ils ral5tiss5t mon zle et m'emp*ass5t de r5dre s]vice mes concitoy5s8 ,qui p\rrait me blm] si je consacre l'tude le temps que les autres emploi5t des affaires vulgaires1 des jeux1 des ftes ou de molles volupts8 ,pl9e l',anci5 tait anim de la mme ardeur1 et employait au travail *aque in/ant4 ,p5dant ses repas1 il se faisait faire des lectures rgulires2 en voyage il avait t\j\rs avec lui un livre1 des tablettes1 et notait t\t ce qu'il tr\vait de saillant dans un ouvrage4 ,grce cette con/ante application1 il d\blait le c\rs de sa vie1 et il ne croyait pas vivre p5dant qu'il dormait4 ,pl9e le ,jeune lisait p>t\t1 la *asse1 table1 en se prom5ant1 et dans t\s les mom5ts de loisir que lui laissai5t les affaires4 ,il s'tait fait1 il e/ vrai1 une loi de prfr] les devoirs positifs aux occupations d'agrm5t1 et il aspirait sans cesse au repos et la solitude4 ,ne p\rrai-je donc bris]1 s'criait-il1 les li5s qui m'enlac5t8 ,non1 jamais4 ,*aque j\r aj\te de n\velles proccupations aux autres4 ,a pe9e une affaire e/-elle a*eve qu'il s'en prs5te une n\velle2 la *ane de mon travail s'allonge sans cesse et devi5t sans cesse plus pesante4 ,ptr>que tombait dans l'hypo*ondrie qu& il cessait de lire ou d'crire1 ou qu& il n'tait pas entran1 p> les rves de son imag9ation1 dans les vallons solitaires1 prs d'une s\rce limpide1 sur la p5te des rocs et des montagnes4 ,dans le c\rs de ses frqu5ts voyages1 il crivait p>t\t o il s'arrtait4 ,un de ses amis1 l'vque de ,cavaillon1 craignant que l'ardeur avec laquelle le pote travaillait ,vaucluse n'a*evt de ru9] sa sant dj trs-branle1 lui dem&a un j\r la clef de sa biblio?que4 ,ptr>que la lui remit sans savoir p\rquoi son ami v\lait l'avoir4 ,le bon vque enf]ma dans cette biblio?que livres et critoires1 et lui dit3 ,je te df5ds de travaill] p5dant dix j\rs4 ,ptr>que promit d'obir1 non sans un viol5t ef=t4 ,le premi] j\r lui p>ut d'une longueur int]m9able2 le second1 il eut un mal de tte cont9u2 le troisime1 il se s5tit des m\vem5ts de fivre4 ,l'vque1 t\* de son tat1 lui r5dit sa clef1 et le pote rec\vra aussitt ses =ces4 ,pitt le pre tait1 dans sa jeunesse1 cornette dans un rgim5t de dragons qui se tr\vait en g>nison dans une petite ville d',anglet]re4 ,il faisait son s]vice avec une p>faite exactitude2 mais1 ds qu'il avait rempli ses fonctions1 il se retirait *ez lui1 et lisait cont9uellem5t les auteurs les plus clbres de la ,grce et de ,rome4 ,il vivait d'un rgime trs-frugal p\r va9cre une g\tte hrditaire qui l'attaqua de bonne heure4 ,ce fut peut-tre cette disposition maladive qui lui donna le gt de la solitude1 et ce fut dans la solitude qu'il jeta les fondem5ts de la haute position laquelle il s'leva plus t>d4 ,des g5s diront qu'on ne tr\ve plus de ces hommes-l1 et c'e/ ce qu'on ne doit ni dire ni p5s]4 ,ce qui e/ vraim5t beau et gr& subsi/e t\j\rs4 ,pitt le pre n'tait-il pas d'une trempe roma9e8 ,son fils qui1 t\t jeune1 tonnait dj dans le p>lem5t anglais comme un autre ,dmo/hne1 et subjuguait les curs comme ,pricls2 son fils qui1 v+t-c9q ans1 inve/i du titre de premi] m9i/re d',anglet]re1 ex]a une si prodigieuse influ5ce1 p\vait-il1 dans quelque situation qu'il se tr\vt1 agir autrem5t que son pre8 ,ce que les hommes ont t une fois1 ils peuv5t l'tre t\tes les poques4 ,celui qui vit dans un temps o les vnem5ts les plus gr&ioses se succd5t sans cesse et tonn5t le monde1 ne doit po9t d\t] de ses =ces lorsqu'on a le droit d'att5dre de lui des actions clatantes4 ,il n'y a pas eu dans la ,grce ni ,rome d'hommes plus m95ts que ceux dont n\s p\vons n\s-mmes n\s glorifi]4 ,les moy5s d'agir subsi/5t t\j\rs ds qu'on le veut2 la sagesse et la v]tu peuv5t tre mises en pratique dans les c]cles des c\rs comme dans l'obscurit de la vie prive1 dans le palais des rois comme s\s le *aume du paysan4 ,nulle "p une solitude intellig5te n'e/ plus respectable que dans un palais4 ,l1 on di/+ue trs-bi5 les qualits de l'esprit et ses dfauts1 l'ombre et la lumire2 l1 on pse en sil5ce les plus gr&s intrts2 l1 si l'on sait faire ce que l'on doit et s'ent\r] d'hommes capables1 on peut vivre paisible et satisfait4 ,on e/ de t\tes p>ts environn de cl>ts2 il e/ prs5t peu de lieux vraim5t arrirs2 mais on ne peut t\t recon/itu] la fois1 et si quelqu'un e/ en tat de faire brill] dans une c\r le flambeau de la philosophie1 il agira prudemm5t peut-tre en n'en laissant d'abord entrevoir que quelques lueurs4 ,l'action de la solitude n\s place au-dessus des vnem5ts passag]s de ce monde4 ,celui dont les ri*esses1 les volupts1 les gr&eurs1 n'ont pu satisfaire les dsirs1 peut tr\v] dans une retraite *amptre1 avec un livre la ma91 les j\issances qu'il a va9em5t *]*es ailleurs4 ,celui qui s'loigne du tumulte de la f\le p\r travaill] s'acqurir l'affection et la reconnaissance des hommes2 celui qui se lve avec l'aurore p\r vivre avec les morts n'e/ po9t p> ds le mat94 ,ses *evaux repos5t l'curie1 et sa porte e/ f]me aux oisifs2 mais1 comme il tudie l'humanit1 il ne p]d po9t de vue le monde1 mme lorsque ses f5tres sont encore voiles p> des rideaux1 et qu'il ne voit pas se dr\l] devant lui le paysage4 ,il revi5t sur t\t ce qu'il a vu et appris4 ,*aque obs]vation qu'il a faite dans le monde confirme p\r lui une vrit ou combat un prjug2 t\t alors lui app>at dp\ill d'un faux clat et dans une au/re nudit4 ,et quel bonheur de se tr\v] dans une situation o l'on peut vit] le m5songe6 ,les plaisirs de la solitude s'accord5t avec t\s les devoirs publics1 c> ils sont le plus noble ex]cice des facults qui s]v5t au bi5 du public4 ,s]ait-ce donc un crime d'aim]1 d'honor] la vrit et de la dire8 ,s]ait-ce un crime d'os] proclam] haute voix ce qu'un homme vulgaire ne p5se qu'en tremblant1 et de prfr] une gnreuse lib]t aune plate s]vitude8 ,n'e/-ce pas p> les criva9s que la vrit se rp& au milieu du peuple1 et frappe les yeux des gr&s8 ,les bons criva9s n'inspir5t-ils pas le c\rage de p5s]1 et la lib]t de p5s] n'e/-elle pas le premi] mobile des progrs de la raison8 ,voil p\rquoi on se plat rejet]1 dans la solitude1 les *anes que l'on porte dans le monde1 c> le p5seur solitaire peut exprim] librem5t ce qu'il os]ait peut-tre pe9e av\] dans la socit4 ,la l*et ne pntre po9t dans la solitude2 c'e/ l1 plus que p>t\t ailleurs1 que l'on s'habitue reg>d] en face l'insol5ce des gr&s1 et bris] le masque dont la sottise c\vre son despotisme4 ,la solitude1 n\s devons le rpt] encore1 n\s donne des satisfactions de la nature la plus leve1 qui ne n\s quitt5t po9t tant que l'me du mo9s n'habite pas un corps compltem5t puis4 ,ces satisfactions n\s procur5t la gaiet dans t\tes les circon/ances de la vie1 et n\s consol5t dans le malheur4 ,elles sont1 a dit ,cicron1 la n\rriture du jeune ge1 la joie de la vieillesse1 notre s\lagem5t dans les pe9es1 notre refuge dans l'adv]sit4 ,elles n\s rcrent dans notre demeure1 elles n\s gay5t au dehors1 elles abrg5t p\r n\s la dure des nuits1 et n\s accompagn5t dans nos voyages4 ,les belles-lettres1 disait ,pl9e le ,jeune1 sont mon am\r et ma consolation4 ,je ne connais ri5 de plus d\x1 et il n'e/ pas un *agr9 qu'elles ne calm5t4 ,dans les sollicitudes que me font pr\v] une indisposition de ma femme1 la maladie d'un de mes amis1 la mort d'un de mes s]viteurs1 je ne tr\ve de sec\rs que dans l'tude4 ,je compr5ds t\te l't5due du malheur qui me frappe2 mais l'tude m'aide le support]4 ,c'e/ p> l'effet de la solitude que n\s cons]vons cet am\r p\r les belles-lettres1 ce gt p\r la philosophie et p\r t\t ce qui occupe agrablem5t l'esprit4 ,il e/ impossible que le bon gt subsi/e longtemps dans la p5se de ces petits tres importants qui en p>l5t s\v5t avec tant de dda94 ,l'habitude d'ex]c] sa p5se1 de s'ef=c] de faire sans cesse de n\velles obs]vations et d'acqurir de n\velles ides1 e/ un trsor inapprciable p\r celui qui se croit enri*i *aque obs]vation qu'il p\rsuit1 et qui fait fructifi] *acune de ses ides4 ,lorsque ,dmtrius eut pris et livr au pillage la ville de ,mg>e1 il fit v5ir le philosophe ,/ilpon et lui dem&a si1 dans ce ravage gnral1 il n'avait ri5 p]du4 ,non1 rpondit ,/ilpon2 c> t\t ce que je possde e/ dans ma tte4 ,la solitude e/ la s\rce d'o dc\le ce que l'on ca*e ord9airem5t dans les relations du monde4 ,l1 qu& on peut crire1 on s\lage son cur4 ,n\s n'crivons pas t\j\rs p>ce que n\s sommes dans la retraite2 mais il e/ ncessaire cep5dant d'tre dans la retraite p\r crire4 ,le plaisir de communiqu] ses s5tim5ts et ses p5ses un c]cle plus t5du que celui o l'on vit e/ la plus gr&e j\issance de la vie p\r l'homme qui1 p> l'effet des circon/ances o il se tr\ve plac1 ne peut dire hautem5t t\t ce qu'il p5se4 ,*acun peut crire *ez soi2 mais celui qui veut compos] un livre de philosophie ou un pome a beso9 d'une ple9e lib]t4 ,il faut qu'on le laisse seul2 il faut qu'il puisse suivre le c\rs de son inspiration1 s'tablir o bon lui semble1 en ple9 air ou dans sa *ambre1 l'ombre des arbres ou dans son fauteuil4 ,p\r crire avec bonheur1 il faut y tre port p> un beso9 moral1 p> une c]ta9e ardeur1 et n'pr\v] aucune contra9te4 ,que si l'on e/ int]rompu t\t in/ant1 il faut se rsign] et att5dre un mom5t plus favorable4 ,on n'crit pas bi5 si l'on n'e/ entran crire p> une impulsion intrieure1 si l'on n'pie les prcieux in/ants o la tte e/ libre et le cur anim2 il faut que la p5se alors soit plus vive1 et qu'on pr\ve une noble rsolution qui brave les ob/acles4 ,l'esprit embrasse avec =ce en ce mom5t t\s les objets1 les ides s'clairciss5t1 et les expressions se prs5t5t d'elles-mmes4 ,alors on ne se dit pas3 ,dois-je crire ou non8 ,il faut crire1 dt-on p]dre l'affection de ses amis1 la faveur des gr&s1 dtruire son repos dome/ique et anantir sa =tune4 ,ptr>que pr\vait cette impulsion intrieure lorsqu'il s'arra*a de la ville la plus corrompue qui exi/t de son temps1 de la ville d',avignon1 lorsqu'il s'loigna du pape qui l'honorait de sa protection1 des pr9ces et des c>d9aux1 p\r se retir] dans sa solitude de ,vaucluse1 o il n'emm5ait avec lui qu'un dome/ique1 o il ne possdait qu'une humble maison et un j>d94 ,sduit p> la grce de cette retraite1 il y fit transport] t\s ses livres1 il y vcut plusieurs annes1 et c'e/ l que ses ouvrages ont t a*evs1 comm5cs ou projets4 ,ptr>que a plus crit ,vaucluse qu'en aucun autre lieu1 et il travaillait l sans cesse revoir1 corrig] ses crits1 ne p\vant se dcid] les publi]4 ,virgile se pla9t des l*es loisirs qu'il avait ,naples4 ,ce fut p\rtant dans ces loisirs qu'il composa ses ,gorgiques1 celui de t\s ses ouvrages que l'on peut reg>d] comme le plus p>fait1 et qui dcle le mieux *aque ligne que ,virgile crivait p\r l'immortalit4 ,t\t criva9 suprieur jette un reg>d en?\sia/e v]s l'av5ir1 et croit la dure de ses uvres4 ,l'criva9 secondaire ne porte po9t son ambition si haut2 il se cont5te d'un succs mo9s durable1 et p>fois obti5t ce qu'il dem&e4 ,l'un et l'autre cep5dant doiv5t s'loign] de la f\le1 *]*] les retraites sil5cieuses et r5tr] en eux-mmes4 ,t\t ce qu'ils font1 t\t ce qu'ils acquir5t1 e/ un effet de la solitude4 ,il faut que l'am\r de la solitude soit =tem5t enrac9 dans leur cur1 s'ils veul5t produire quelque uvre qui p>vi5ne la po/rit1 ou qui obti5ne l'e/ime des hommes judicieux de leur temps4 ,t\te l'action qu'un s5tim5t pr(ond peut ex]c] sur un criva9 e/ due la solitude4 ,l1 il recueille1 il exam9e t\t ce qui1 dans le monde1 a fait quelque impression sur son me2 il aiguise ses fl*es contre les op9ions surannes et les erreurs gnrales4 ,les dfauts de l'homme anim5t le morali/e1 et le dsir de les corrig] lui donne une noble ardeur4 ,l'espoir de vivre d'ge en ge e/ le plus gr& espoir qu'un criva9 du premi] ordre puisse se p]mettre4 ,nul ne doit se laiss] all] cette ambitieuse confiance1 s'il n'e/ d\ d'un vrai gnie1 du gnie qui enfante les *efs-d'uvre4 ,ce sont ceux qui le ciel a donn cette puissance intellectuelle qui peuv5t se dire3 ,n\s n\s sommes s5tis anims p> la d\ce et consolante p5se qu'on p>l]a de n\s qu& n\s ne s]ons plus4 ,le murmure d'approbation que nos contempora9s ont fait ent5dre aut\r de n\s n\s laisse prsag] ce que diront un j\r de n\s ces hommes p\r l'in/ruction et le bonheur desquels n\s n\s sommes sacrifis1 ces hommes que n\s e/imions et que n\s aimions avant mme qu'ils fuss5t ns4 ,n\s avons pr\v cette mulation qui t5d s\/raire la mort la meilleure p>tie de n\s-mmes1 qui arra*e au nant les seuls mom5ts de notre exi/5ce dont n\s ne puissions n\s glorifi]4 ,a la faible lueur d'une lampe nocturne comme dans l'clat d'un trne1 sur les vagues de l',ocan comme sur les *amps de bataille1 l'am\r de la gloire conduit l'homme des actions dont la mort n'anantit po9t le s\v5ir4 ,le midi de la vie e/ alors aussi beau que son aurore4 ,les l\anges que reoiv5t1 dit ,plut>que1 les mes =tes et leves ne font qu'augm5t] leur ardeur4 ,la r5omme qu'elles se sont acquise les conduit p> une puissance extraord9aire t\t ce qui e/ beau et gr&4 ,la rcomp5se qu'elles ont obt5ue ne leur suffit po9t2 les actions qu'elles ont accomplies n'tai5t p\r elles qu'un gage de celles qu'on devait att5dre2 elles aurai5t honte de ne pas re/] fidles leur gloire1 de ne pas lui donn] un n\vel clat p> de plus hauts faits4 ,celui qui ne s5t qu'un pr(ond loignem5t p\r les loges trompeurs1 le succs banal et les fades complim5ts1 doit lire avec en?\siasme ce passage de ,cicron3 ,p\rquoi v\loir dissimul] ce que n\s sommes incapables de ca*]8 ,p\rquoi ne pas n\s faire un honneur d'av\] fran*em5t que n\s aspirons t\s la gloire1 et que les mes les plus nobles sont celles qui pr\v5t le plus =tem5t ce dsir8 ,les philosophes qui criv5t sur le mpris de la gloire1 plac5t leur nom en tte de leur livre1 et pr\v5t a9si que1 t\t en enseignant qu'on doit atta*] peu de prix la r5omme1 eux-mmes s\hait5t qu'on les nomme et qu'on les l\e4 ,la v]tu ne dem&e pas une autre rcomp5se de ses fatigues et des prils auxquels elle s'e/ expose4 ,que lui re/]ait-il1 si on la privait de cette rcomp5se dans cette vie si rapide et si misrable8 ,si l'me n'avait pas le press5tim5t de l'av5ir1 si elle ne portait pas ses p5ses au del des troites limites de cette exi/5ce1 elle ne se dv\]ait po9t aux travaux pnibles1 elle ne se fatigu]ait po9t p> tant de veilles et de sollicitudes1 elle ne brav]ait po9t les mortels dang]s4 ,mais les hommes les meilleurs sont nuit et j\r agits p> le dsir de se faire une honorable r5omme et de port] leur s\v5ir au del des bornes de cette vie4 ,n\s qui s]vons l'tat1 n\s qui *aque j\r n\s exposons p\r lui tant de prils1 v\drions-n\s n\s condamn] ne pas avoir un seul in/ant de repos1 et croire que n\s p]dons t\t en r5dant le d]ni] s\pir8 ,des gr&s hommes ont v\lu laiss] la po/rit leurs traits gravs sur le m>bre ou sur l'aira92 ne vaut-il pas mieux lui laiss] l'empre9te de notre esprit et de notre cur8 ,p\r moi1 dans t\t ce que j'ai fait1 j'ai song sem] p\r l'av5ir et rp&re dans l'univ]s la mmoire de mon nom4 ,que cette gloire subsi/e aprs ma mort1 n'importe6 je j\is auj\rd'hui de cette esprance flatteuse4 ,voil les p5ses que l'on devrait *]*] faire natre p>mi les enfants des gr&s4 ,ah6 si l'on p\vait rveill] en eux cette noble ardeur et les port] au travail et la pati5ce1 on les v]rait s'loign] des plaisirs corrupteurs de la jeunesse2 ils s'lanc]ai5t avec en?\siasme dans une noble c>rire4 ,eh6 quelles actions l\ables ne f]ai5t-ils pas1 et quelle illu/ration ne p\rrai5t-ils pas acqurir6 ,p\r lev] l'esprit des gr&s1 il faut leur enseign] mpris] t\t ce qui e/ indigne d'eux1 t\t ce qui n]ve le corps et l'me4 ,il faut les s\/raire aux sductions de ces vils flatteurs qui ne leur montr5t que le plaisir des s5s1 qui ne *]*5t acqurir sur eux quelque influ5ce qu'en les attirant dans le vice1 qu'en ravalant leurs yeux les belles *oses et en leur r5dant suspect t\t ce qui e/ bon4 ,le dsir de s'illu/r] p> des actions mmorables1 d'augm5t] son crdit p> la dignit intrieure et la gr&eur d'me1 procure des avantages que la naissance et le rang ne donn]ai5t po9t1 et qu'on ne peut acqurir sur un trne mme sans pratiqu] la v]tu1 sans avoir les reg>ds con/amm5t fixs sur l'av5ir4 ,p]sonne ne rp& autant de g]mes prcieux dans l'av5ir que l'criva9 intellig5t qui ne cra9t pas de bless] la vanit de ses concitoy5s en traant une pe9ture n]gique de leurs prjugs et de leurs erreurs4 ,ce n'e/ pas p\r eux seulem5t qu'il crit1 c'e/ p\r leurs enfants et leurs petits-enfants1 dont il clair]a la raison4 ,qu& l'homme de mrite que la ha9e p\rsuivait p5dant sa vie e/ desc5du dans la tombe1 son savoir1 son exemple1 sa ju/e rputation1 port5t leurs fruits4 ,o ,lavat]6 on oubli]a des milli]s de sots qui n'ont pas cra9t de t'attaqu]1 et toi1 tu s]as aim et honor4 ,le s\v5ir de tes faiblesses s'effac]a1 et on ne v]ra que ce qui t'lve au-dessus des autres hommes4 ,alors1 comme l'a prdit l'auteur des ,c>actres des potes1 des prosateurs allem&s1 la ri*esse de ton /yle1 l'n]gie1 la concision1 la h>diesse de tes pe9tures1 le tal5t avec lequel tu z reprs5t les murs et les faiblesses huma9es1 f]ont admir] de la po/rit ton uvre1 qui fut une des productions orig9ales de notre sicle1 et p]sonne alors ne saura que ,lavat]1 qui a cr une langue si expressive et qui a rvl tant de vrits n\velles1 croyait aux jongl]ies de ,gassn]4 ,tel e/ le succs des gr&s criva9s4 ,l'espoir en?\sia/e de ,cicron s'e/ ralis1 et ,lavat]1 malgr t\tes les injures dont il a t l'objet en ,suisse et en ,allemagne1 a obt5u p> sa ,physiognomonie la clbrit qu'il press5tait4 ,mais si l'orateur roma9 n'avait t que consul et si ,lavat] n'avait t que ?aumaturge1 il ne re/]ait que peu de *ose de l'un et de l'autre dans les annales du temps1 qui engl\tit les *oses vulgaires et ne g>de p\r la po/rit que ce qui e/ digne d'elle4 ,autant un bon criva9 e/ au-dessus du commun des hommes1 autant le p\voir de sa p5se surpasse celui des p5ses de la multitude4 ,il e/ vrai que les ignorants g\v]n5t en ma9t lieu l'op9ion et que s\v5t ce sont eux que l'on consulte p\r savoir ce que l'on doit admettre ou rejet]2 mais t\te gr&e p5se e/ immortelle1 et les critiques d'un sot disp>aiss5t avec le j\r qui les a vues natre4 ,qu& on ent5d des jugem5ts sans gt1 des satires qui ne s'appui5t sur aucune oeuvre1 on p\rrait bi5 dire ces prt5dus beaux-esprits1 qui dans leur /rilit ne sav5t que se moqu] des productions les plus srieuses3 ,p\rquoi v\lez-v\s expliqu] et comm5t] ce que j'cris1 lorsque les passages les plus recomm&ables de nos oeuvres gliss5t sur votre esprit sans l'm\voir8 ,qui tes-v\s8 ,p\rquoi v\s rig] en ar*ivi/es de la sottise et en juges du bon gt8 ,o sont vos crits8 ,o a-t-on jamais ent5du prononc] votre nom8 ,quels hommes di/+us comptez-v\s au nombre de vos amis8 ,dans quelle contre sait-on que v\s exi/ez8 ,p\rquoi pr*] sans cesse votre nihil admir>i8 ,p\rquoi *]*ez-v\s fltrir ce qui e/ gr& et noble1 si ce n'e/ p>ce que v\s ne possdez po9t ces qualits1 p>ce que v\s s5tez v\s-mmes votre petitesse et votre misre8 ,si v\s briguez les suffrages d'une f\le crdule et ignorante1 c'e/ que p]sonne ne v\s e/ime2 si v\s affectez de mpris] la gloire1 c'e/ que v\s tes incapables de ri5 faire de durable4 ,mais soyez tranquilles1 le nom que v\s *]*ez t\rn] en ridicule re/]a1 et le vtre s]a oubli4 ,il e/ bi5 p]mis de cons]v] ces dsirs de r5omme p>mi ces tres vulgaires2 mais ce n'e/ po9t eux que j'en appelle1 c'e/ aux hommes d'un jugem5t droit et quitable1 aux hommes d'lite que l'on dsire m\voir1 et dont le cur s'ouvre t\j\rs un criva9 qu& ils voi5t avec quelle confiance il aspire y pan*] le si54 ,c'e/ p\r conqurir leurs suffrages qu'on se retire dans la solitude4 ,aprs les g5s qui s'amus5t inscrire leurs noms sur les murs et les vitres1 nul ne me p>at mo9s digne de r5omme que celui qui n'crit qu'en vue de la petite ville o il demeure4 ,quiconque *]*e la gloire p>mi les hommes au milieu desquels il vit1 e/ un f\ qui sme son gra9 sur le roc4 ,on lui accord]a peut-tre quelques bonnes qualits1 mais on ne lui p>donn]a ni sa gr&eur ni sa lib]t4 ,p> bonheur un criva9 de cur peut se dire que les hommes ju/es et s5ss qui viv5t lo9 de lui suiv5t d'autres rgles que ses concitoy5s p\r apprci] un bon livre4 ,ces hommes-l se dem&]ont si ce livre peut agir sur l'esprit1 s'il a une t5dance morale et utile1 s'il e/ m>qu du sceau de la s9crit1 s'il peut donn] plus d'lvation l'me1 faire natre des s5tim5ts nobles et inspir] des rsolutions gnreuses4 ,s'il en e/ a9si1 ce livre a leurs suffrages1 et ils r5d5t ju/ice celui qui l'a compos4 ,dans les relations ord9aires de la vie1 l o *acun app>at s\s une =me d'emprunt1 trompe les autres qui le tromp5t galem5t1 prodigue des loges p\r en recevoir lui-mme1 on s'incl9e respectueusem5t devant l'homme qu'on mprise le plus1 et l'on donne quelque sot p]sonnage les titres les plus sol5nels4 ,mais celui qui sait se t5ir l'c>t de ces c]cles m5teurs ne dem&e po9t de faux complim5ts et n'en adresse po9t qui ne les mrite pas4 ,t\tes ces va9es prote/ations que l'on reoit dans le monde ne sont ri5 auprs du bonheur que l'on pr\ve ct d'un ami qui n\s inspire un noble c\rage1 n\s s\ti5t contre l'inju/ice1 n\s entrane sur le *em9 de l'honneur et y m>*e avec n\s4 ,que sont les riants propos de salon comp>s la paix dome/ique1 la flicit que n\s donne une belle et aimable femme qui ravive les =ces ass\pies de notre esprit1 qui1 en secondant notre ardeur et notre n]gie1 n\s aide p> ses enc\ragem5ts surmont] t\s les ob/acles et p\rsuivre nos projets1 qui enflamme notre imag9ation p> sa nature idale1 qui exam9e avec une sage p]spicacit nos p5ses et nos actions1 qui1 en reconnaissant nos fautes1 n\s donne avec d\ceur des avis srieux et n\s claire p> ses conseils1 qui1 en pan*ant son cur dans le ntre1 n\s anime de plus en plus d'un dsir v]tueux1 et qui enf9 a*ve de =m] notre c>actre p> la d\ceur de son am\r1 p> le ravissant accord de ses s5tim5ts avec les ntres6 ,s\s une telle influ5ce1 ce qu'il y a en n\s de bon se cons]ve1 et ce qui e/ mauvais s'efface4 ,nos concitoy5s n\s voi5t tels que n\s devons tre en public1 et non pas tels que n\s sommes dans la solitude4 ,dans le monde1 n\s pr5ons t*e de ne montr] que les beaux cts de notre c>actre et d'en dissimul] les dfauts4 ,c'e/ p> ce moy5 que n\s p>v5ons n\s r5dre agrables1 et si n\s n'crivions ri51 notre mort t\te notre cit natale p\rrait dire3 ,ah6 c'tait un honnte homme4 ,un de mes bons amis me disait une fois3 ,le matriel fait le premi] mrite de l'homme1 et1 p\r vivre en paix1 on doit se g>d] de faire ap]cevoir l'autre p>tie de soi-mme4 ,mais nos contempora9s n\s jug5t plus imp>tialem5t que nos concitoy5s1 et nos faiblesses desc5d5t avec n\s dans le tombeau2 elles s'anantiss5t avec le corps qui en tait la s\rce4 ,notre p5se seule subsi/e si elle a produit quelque uvre honorable4 ,nos crits sont le bi5 que n\s laissons en m\rant4 ,alors l'envie cesse de h>cel] notre nom1 nos adv]saires se tais5t1 et la mdisance *]*e un autre alim5t4 ,alors les hommes qui n\s aimai5t et qui n'osai5t laiss] p>atre leur affection pr5dront peut-tre la p>ole2 peut-tre n\s p>donn]a-t-on d'avoir v\lu n\s lev] au-dessus de ceux qui font t\t p\r tomb] leur mort dans un t]nel oubli et qui atteign5t p>faitem5t ce b4 ,peut-tre n\s p>donn]a-t-on d'avoir t anims du dsir de laiss] quelque *ose qui ne prisse pas en mme temps que n\s1 ou que l'on puisse considr] comme un appel que n\s faisons du jugem5t de nos concitoy5s celui du monde4 ,ce n'e/ pas seulem5t cette soif de gloire qui anime l'criva9 dans la solitude2 il pr\ve l une autre j\issance1 une j\issance inapprciable1 que nul tre ne lui peut enlev]1 celle qui nat du travail mme4 ,que de satisfaction on gte qu& on crit dans une application s\t5ue1 dans l'en?\siasme qui s'y jo9t6 ,il suffit s\v5t d'un tel travail p\r dissip] nos *agr9s1 p\r n\s faire oubli] nos d\leurs4 ,ah6 je ne donn]ais pas une seule heure de ces occupations paisibles p\r t\s les rves de gloire qui en*antai5t ,cicron4 ,la tranquillit que l'on retr\ve dans une longue suite de s\ffrances cause l'me les plus d\ces1 les plus nobles motions4 ,le plaisir que l'on ress5t faire encore quelque *ose1 lorsqu'on se croyait dj hors d'tat de ri5 produire1 e/ inconnu peut-tre l'homme qui j\it d'une =te sant1 c> il a confiance en lui-mme4 ,mais p\r un criva9 malade1 une difficult va9cue1 une priode lgante1 une expression heureuse1 une exposition claire et habile1 un travail a*ev1 sont un baume salutaire1 un contre-poison de la mlancolie et un des gr&s avantages de la solitude1 et la satisfaction que l'on en reoit e/ bi5 prfrable t\tes les ides de gloire et de rputation4 ,qui ne r5onc]ait volonti]s1 p\r une telle satisfaction1 ces rves contre lesquels notre raison lve tant de puissantes objections8 ,se suffire soi-mme sans qu'il soit beso9 de rec\rir l'appui des autres2 consacr] un travail qui1 peut-tre1 ne s]a po9t entirem5t inutile1 des heures1 des j\rs que n\s aurions p]dus dans la tri/esse ou dans l'ennui2 voil l'un des plus prcieux rsultats de la vocation d'criva91 et ce rsultat me suffit4 ,quel e/ celui qui1 dans sa retraite1 ne se rj\it pas de voir t\t ce qu'il peut faire dans une soire1 t&is que les files de voitures circul5t dans les rues et font trembl] les vitres de ses f5tres8 ,que *acun1 du re/e1 se b]ce s'il lui plat d'un espoir d'av5ir et d'une immortalit idale4 ,ces rves de l'imag9ation sont un des avantages de la solitude2 je ne prt5ds po9t en conte/] l'utilit1 c> les bons et les mauvais criva9s y tr\v5t leur bonheur2 et ces rves1 ces esprances atteign5t au mme b3 ils n\s montr5t p> quelle =ce on gr&it dans la solitude et avec quelle facilit on s'y s\/rait au faux clat du monde4 ,les s+ul>its de quelques criva9s sont s\v5t encore un des avantages de la solitude4 ,dans l'loignem5t des relations sociales1 on devi5t mo9s s\ple et mo9s flexible2 mais celui qui cons]ve ces qualits regrette de se montr] dans la socit t\t autre qu'il n'e/1 et1 dans son dpit1 il pr5d la plume1 ne ft-ce que p\r s\lag] son cur#ag4 #ag ,ce beso9 se fait surt\t rem>qu] en ,italie1 o1 en dehors des c\v5ts1 un gr& nombre de p]sonnes pass5t leur vie dans une retraite philosophique1 et manife/5t assez librem5t leur op9ion sur t\t ce qui les frappe dans le monde4 ,jag]mann dit1 dans ses ,lettres sur l',italie3 ,il y a des familles de g5til%ommes1 ,flor5ce1 qui n'ont po9t quitt leur retraite depuis l'ext9ction de la maison de ,mdicis4 ,ces hommes solitaires se dv\5t1 en sil5ce1 au culte des muses1 et acquir5t1 p> leurs lectures et leurs rflexions1 de si gr&es connaissances1 que c'e/ un vrai bonheur p\r un pr9ce qu& il peut dc\vrir un de ces esprits laborieux1 et l'attir] son s]vice4 ,de ces habitudes de retraite provi5t le p5*ant la satire1 que l'on obs]ve si s\v5t en ,italie4 ,des hommes mcont5ts de leurs semblables1 et occups mdit] en sil5ce1 sont ports1 p> leur humeur hypocondriaque1 critiqu] les actions des autres4 ,voil p\rquoi les satires des ,itali5s sont assaisonnes d'un sel am]4 ,cet criva9 a tort1 dira-t-on2 une telle faon d'crire n'e/ pas de nature contribu] l'agrm5t ni l'in/ruction du lecteur4 ,cep5dant elle a aussi son mrite4 ,la littrature gagne p> l plus de lib]t1 s'loigne des =mes1 des op9ions rampantes et s]viles1 et s'approprie davantage aux beso9s du temps4 ,dans un ,trait sur le /yle publi ,weim>1 un g5tilhomme a exprim plusieurs ides que je me p]mettrai de contr$ire4 ,il v\drait des rgles de /yle gnrales1 et moi1 je rclame la lib]t du /yle dans des livres crits p\r des hommes de natures si v>ies4 ,il veut qu'on s'applique suivre c]ta9s modles1 et moi1 je crois que *acun peut tre soi-mme son meilleur modle4 ,il veut qu'on imite c]ta9es =mes de langage1 et moi1 je v\drais qu'on se peignt autant que possible dans ses p5ses et dans ses expressions4 ,il veut que l'criva9 ne p>aisse pas dans son ouvrage1 et moi1 je crois qu'il e/ t\t aussi p]mis de dissqu] ouv]tem5t son me et de faire sur soi-mme des obs]vations utiles aux autres que de lgu] son corps un pr(esseur d'anatomie4 ,il veut qu'on ne s'c>te po9t des s5ti]s ord9aires1 qu'on s'avance d'un pas grave et mesur1 et moi1 je ne me s\cie po9t d'appr5dre d'un autre comm5t je dois m>*]4 ,il dit que1 si *acun se laisse all] ses allures p>ticulires1 il n'y a plus d'ensemble1 et je rponds que je ti5s peu cet ensemble qui e/ l'effet de la r\t9e4 ,il prt5d que c'e/ prs5t p>mi les criva9s une maladie contagieuse de montr] quelle e/ la disposition de leur me au mom5t o ils criv5t1 et moi1 je dcl>e que je ne puis ca*] ce qui se passe en moi qu& je m'entreti5s avec mon lecteur4 ,il p>at dsir] que1 lorsque l'on se met crire un livre1 on n'agisse po9t comme si l'on tait seul1 et moi1 je n'ai s\v5t d'autre motif en crivant que de p\voir dire un mot t\t seul4 ,en gnral ce trait r5f]me p\rtant des rflexions trs-ju/es et trs-vraies1 et je n'y tr\ve d'autre objection faire que celles que je vi5s de trac]2 c>1 quoique les digressions1 les c>ts1 les fantaisies de nos beaux-esprits1 me dplais5t autant qu' l'auteur de cet ouvrage1 il me p>at nanmo9s que cette manire d'crire qu'on n'acqui]t que dans la solitude1 n\s a dj donn plus de lib]t que n\s n'en avions1 et que cette lib]t1 employe avec gt et avec mesure1 f]a circul] de nombreuses et utiles vrits dans le public4 ,il e/ encore un gr& nombre de villes o les lumires ne se sont pas rp&ues autant qu'on le dsir]ait1 et o l'on m>*e timidem5t pas pas selon les anci5s errem5ts2 *acun reg>de1 c\te son vois91 et p]sonne n'ose sortir du s5ti] ord9aire4 ,ceux qui se sont appropri les ides les plus dlicates des peuples trang]s sont obligs de les g>d] p\r eux-mmes et de suivre la multitude4 ,mais si nos criva9s s'acc\tumai5t dans la solitude p>atre h>dim5t devant le public2 s'ils v\lai5t appr5dre connatre la vie1 les murs1 les op9ions des hommes dans t\tes les conditions2 s'ils osai5t appel] les *oses p> leur vritable nom et p>l] dans leurs crits de t\t ce dont un homme raisonnable a droit de s'occup]2 alors l'in/ruction se rp&rait peu peu p>mi le peuple1 et on s'habitu]ait p5s] p> soi-mme1 sans consult] une op9ion banale4 ,mais1 p\r en v5ir l1 il faut que les criva9s1 et notamm5t les criva9s allem&s1 connaiss5t un autre monde que celui de leur univ]sit1 de leur petite ville natale ou de la maison qu'ils habit5t2 il faut qu'ils ai5t vcu1 qu'ils ai5t t en relation avec des hommes de diffr5ts pays et de diffr5tes conditions2 il faut qu'ils ne s'effray5t po9t de la socit des gr&s et qu'ils ne fui5t po9t celle des g5s d'une classe infrieure1 et il faut aussi qu'ils s'loign5t s\v5t de ces relations et qu'ils sa*5t vivre dans la retraite4 ,une f\le de projets utiles *\]ai5t sans d\te si1 p\r les faire russir1 il fallait ncessairem5t avoir rec\rs aux savants et aux criva9s4 ,mais il e/ bon p\rtant qu'un criva9 fraye la r\te et qu'il ne se dc\rage pas si l'on int]prte mal ses int5tions et si l'on va mme jusqu' se rvolt] contre lui4 ,les gr&es et =tes p5ses sont en gnral bannies du langage ord9aire de la conv]sation4 ,ce qu'on admet le plus volonti]s dans le monde1 j'ent5ds dans le monde que n\s voyons aut\r de n\s1 ce sont les expressions les plus timides et les s5tim5ts les plus rs]vs4 ,mais si l'on ne tolre po9t la rude fran*ise de l'criva9 dans un salon1 n\s devons dire que le langage flatteur du monde s]ait aussi peu sa place dans un livre4 ,il faut que la vrit soit exprime1 qu'on s'acc\tume la reconnatre dans la socit1 la taire s'il en e/ beso91 qu'on =me ses manires dans le monde et son c>actre dans la solitude4 ,la volont s'aff]mit dans la solitude1 on devi5t l plus exigeant p\r soi-mme1 p>ce qu'on y tr\ve plus de loisir1 plus de lib]t1 et qu'on y acqui]t p> l mme plus de p\voir4 ,mais il ne faut pas1 n\s le rptons encore1 que les loisirs dont on j\it dgnr5t en oisivet1 et eng\rdiss5t peu peu nos sages rsolutions4 ,il faut au contraire que la j\issance d'une ple9e et entire lib]t anime la fois notre esprit et notre imag9ation4 ,un de mes amis m'a s\v5t dit qu'il n'pr\vait jamais aussi vivem5t le beso9 d'crire que les j\rs de revue1 o des milli]s d'hommes passai5t s\s ses f5tres p\r s'en all] assi/] aux manuvres des rgim5ts4 ,il a publi de bons ouvrages sci5tifiques2 mais ce qu'on lui doit de meilleur1 il l'a fait prcism5t dans ces j\rs de gr& spectacle populaire4 ,moi-mme je me s\vi5s que1 dans ma jeunesse1 je ne me s5tais jamais plus dispos m'occup] d'ides srieuses que dans les mat9es des j\rs de ftes1 qu& mes concitoy5s circulai5t dans les rues p>s et endiman*s1 et que j'ent5dais au lo9 ret5tir le son d'une clo*e de village4 ,les frqu5tes int]ruptions p>alys5t les bons effets de la solitude4 ,si l'on n'e/ po9t tranquille1 on ne peut recueillir ses p5ses4 ,voil p\rquoi des fonctions publiques n\s t5t s\v5t plus d'intellig5ce qu'elles ne n\s en donn5t2 *acun e/ oblig d'tre1 dans l'emploi qu'il occupe1 ce que l'on veut qu'il soit1 t&is que dans la solitude il g>de sa vraie nature4 ,de l vi5t que tant d'hommes livrs aux tudes de la sci5ce enc\r5t de graves repro*es sur les devoirs j\rnali]s qui leur sont imposs4 ,on dit d'eux qu'ils ne sont bons qu' faire des livres2 on l\e peut-tre leurs ouvrages1 et l'on attaque sans mnagem5t leur capacit adm9i/rative4 ,dans la solitude on combat n]giquem5t le prjug et l'erreur4 ,plus on obs]ve les *oses de prs1 plus on s'aff]mit dans ses convictions et plus on s5t =tem5t t\t ce que l'on exam9e4 ,qu& l'me e/ r5tre t\t entire en elle-mme1 il lui devi5t plus facile d'agir puissamm5t sur les objets qui l'ent\r5t4 ,si1 aprs s'tre conc5tr dans ses propres rflexions1 un homme d'un s5s droit et d'un cur gnreux p>vi5t saisir la vrit qu'il a s9crem5t *]*e1 il ne s'inquite plus de ceux qui v\drai5t affect] env]s lui un inju/e dda91 il c\te sans cra9te les s>casmes enfants p> de grossires prv5tions1 et il re/e calme au milieu du tumulte qu'excite dans la f\le ignorante celui qui ose ouvrir la ma9 p\r en laiss] *app] une vrit4 ,la solitude dim9ue le nombre de nos passions2 de c5t petites proccupations d'esprit elle en fait une gr&e4 ,j'ai essay de dmontr] ailleurs quelle influ5ce p]nicieuse elle ex]ce sur nos p5*ants2 mais1 ,dieu soit l\6 elle produit aussi sur ces mmes p5*ants des effets salutaires4 ,si elle jette dans quelques ttes un tr\ble fune/e1 il en e/ d'autres auxquelles elle donne une heureuse direction4 ,oui1 c'e/ dans la solitude qu'on appr5d s5tir et connatre rellem5t les passions4 ,elles s'lv5t contre n\s comme des vagues f\gueuses1 et t5d5t n\s engl\tir2 mais la raison les dom9e et les apaise4 ,si n\s devons engag] une lutte difficile1 la v]tu1 la rsignation1 n\s donn5t une =ce de gant4 ,on drac9e des arbres1 on amollit des ro*]s2 avec la v]tu et la rsolution1 t\t e/ possible ds que l'on sait qu'une passion ne peut tre va9cue que p> une autre passion4 ,la noblesse d'me que l'on acqui]t dans cette obs]vation de soi-mme e/ fire de sa propre dignit4 ,elle loigne d'elle t\t contact impur et t\te mauvaise relation4 ,qu'importe qu'on proclame aut\r d'elle que la volupt e/ un des premi]s beso9s de la nature huma9e1 et qu'un homme comme il faut ne peut se disp5s] d'entret5ir des c\rtisanes et de se livr] t\s les plaisirs des s5s8 elle voit que la dbau*e t\ffe dans les hommes le s5tim5t de la v]tu1 qu'elle n]ve leur c\rage1 qu'elle les livre la p>esse et l'indol5ce *aque fois qu'ils devrai5t agir avec n]gie et p]svrance4 ,celui qui veut se di/+u] dans le monde doit cra9dre l'oisivet4 ,s'il n'puise pas ses =ces dans la dbau*e2 si1 p\r les rp>]1 il n'a pas rec\rs une n\velle intemprance1 il n'aura pas beso9 de pass] la j\rne se prom5]4 ,t\s les hommes sans exception ont1 *aque j\r de leur vie1 quelque *ose appr5dre4 ,quelque rang qu'on occupe dans le monde1 on n'e/ vraim5t gr& que p> sa gr&eur intrieure4 ,plus n\s ex]c]ons nos facults intellectuelles1 plus n\s connatrons l't5due de ces facults4 ,si n\s sommes ports la dbau*e1 il faut1 p\r triomph] de ce fatal p5*ant1 t\rn] notre p5se v]s les nobles et gr&es actions1 vit] les di/ractions frivoles1 n\s appliqu] l'tude des sci5ces ou des arts1 et pr5dre l'habitude de r5tr] s\v5t en n\s-mmes4 ,c'e/ au se9 de la retraite que cette gnreuse fi]t clate dans t\te sa puissance4 ,celui qui veut que ses mditations soi5t utiles aux autres doit voir le monde1 mais sans y re/] trop longtemps et sans y pr5dre trop de gt2 c> il c\rrait risque d'y n]v] ses propres =ces4 ,cs> s'arra*a des bras de ,cloptre1 et dev9t le matre de l'univ]s2 ,anto9e se s\mit en esclave aux *>mes de cette pr9cesse1 et sa faiblesse lui cota le p\voir et la vie4 ,la solitude1 il e/ vrai1 donne l'me des ides exaltes qui ne s'accord5t po9t avec la vie relle2 mais l'attrait des gr&es *oses et l'en?\siasme montr5t au solitaire la possibilit de se s\t5ir une hauteur o l'homme du monde s]ait saisi p> le v]tige4 ,le solitaire e/ ent\r de t\t ce qui agr&it sa raison1 enflamme son esprit1 l'lve au-dessus de lui-mme1 et lui donne le s5tim5t de l'immortalit1 t&is que l'homme du monde ne vit que d'une vie phmre4 ,le solitaire tr\ve dans la retraite une comp5sation suffisante t\s les va9s plaisirs dont il se prive1 t&is que l'homme du monde croit avoir t\t p]du1 s'il manque de p>atre une assemble1 s'il nglige un spectacle4 ,je ne puis me rappel] sans une d\ce motion le passage o ,plut>que dit3 ,je vis t\t enti] dans l'hi/oire2 t&is que je recueille les rcits qu'elle me prs5te1 mon me se remplit des images des hommes les plus gr&s et les plus v]tueux4 ,si les g5s que je ne puis me disp5s] de frqu5t] m'(fr5t quelque mauvais po9t de vue1 je m'ef=ce de l'loign]1 et1 libre de t\te passion blmable1 je m'atta*e ces nobles modles de v]tu qui sont si beaux1 si attrayants1 et qui s'accord5t si bi5 avec notre nature4 ,l'me qui se lie dans la solitude ces gr&es images oublie les sductions vulgaires4 ,elle s'lve t\j\rs plus haut1 et reg>de avec dda9 t\t ce qui1 dans le monde1 t5dait l'abaiss] et lui ravir son n]gie4 ,lorsqu'elle e/ arrive cette hauteur maje/ueuse1 ses =ces et ses beso9s se dvelopp5t4 ,t\t homme peut ord9airem5t faire plus qu'il ne fait2 c'e/ p\rquoi on doit s'ef=c] d'arriv] t\t ce dont on ne se s5t pas compltem5t incapable4 ,combi5 d'ides ass\pies se rveill5t dans cet ef=t6 ,combi5 d'impressions1 qu'on croyait effaces1 se raviv5t dans notre esprit1 et se retrac5t s\s notre plume6 ,n\s avons t\j\rs plus de p\voir que n\s ne croyons1 p\rvu que n\s ne cessions pas de l'ex]c]1 p\rvu que l'en?\siasme allume le feu1 que l'imag9ation l'entreti5ne1 et que la vie n\s semble fade et morne ds que n\s ne s5tons plus en n\s cette *aleur vivifiante#ah4 #ah ,la =ce des passions1 a dit un philosophe qui connaissait le cur huma91 peut seule contre-balanc] en n\s la =ce de la p>esse et de l'in]tie1 n\s arra*] au repos et la /upidit v]s laquelle n\s gravitons sans cesse1 et n\s d\] enf9 de cette cont9uit d'att5tion laquelle e/ atta*e la supriorit du tal5t4 ,dans la solitude1 comme p>t\t ailleurs1 l'apa?ie e/ la mort de l'me4 ,qu& je quittai la ,suisse1 une maladie grave1 des s\ffrances inexprimables1 me jetr5t p5dant plusieurs annes1 p> int]valles1 dans un tat affreux4 ,t&is que ceux qui m'ent\rai5t et qui ne connaissai5t po9t le secret de mes d\leurs intrieures1 me croyai5t agit p> une ard5te colre et prt pr5dre la lance et le b\cli]1 je cont9uais remplir avec exactitude et avec zle mes devoirs de mdec92 t&is que des cris de rage s'levai5t de t\s cts contre moi1 je re/ais impassible1 et je ne p>lais p]sonne de ces incroyables rcrim9ations4 ,j'tais malade1 j'avais le cur navr2 un malheur dome/ique1 malheur t]rible1 occupait t\tes mes p5ses1 et me r5dait ins5sible t\te autre pe9e4 ,p5dant des annes entires1 je re/ai comme ptrifi2 je passais de longues heures sans p\voir p5s]1 et s\v5t je disais le contraire de ce que je v\lais exprim]4 ,je ne pr5ais presque aucune n\rriture2 je ne pr5ais ri5 de ce qui =tifiait les autres2 je me s5tais p>fois si faible que je croyais tomb] *aque pas1 et qu& je m'asseyais p\r crire1 je s\ffrais les t\rm5ts de l'enf]4 ,le monde enti] n'tait ri5 p\r moi2 j'tais absorb p> la d\leur cont5ue de mon cur saignant4 ,la passion ne nat que lorsque les organes corporels sont capables d'excut] ce qui e/ dans le c>actre4 ,p\r que l'me puisse agir1 il ne faut pas que ses organes soi5t comprims2 c> c'e/ p> eux qu'elle agit dans la solitude comme dans le monde2 p\r qu'elle soit active et entrepr5ante1 il e/ ncessaire qu'elle ne soit po9t arrte p> ces ag5ts4 ,en gnral1 on cesse d'e/im] les petites *oses mesure qu'on se passionne p\r les gr&es4 ,c'e/ p\rquoi1 dans la pratique des affaires ord9aires1 le simple bon s5s vaut s\v5t mieux que le gnie#ai4 ,si les fonctions publiques ont fatigu l'esprit1 la solitude1 la lib]t1 peuv5t seules le retremp]2 il n'e/ po9t d'autre ress\rce p\r le philosophe1 p\r l'criva91 qu& ils ont t mal int]prts1 injuris1 froisss p> ceux qui les ent\r5t2 si leur me gmit de ces inju/ices et de cette oppression1 si elle tombe dans le dc\ragem5t1 donnez-leur un salutaire loisir1 une plume et de l'encre1 ils s]ont v5gs4 ,des nations entires liront ce qu'ils vont crire4 ,un gr& nombre d'hommes1 d\s d'un esprit intellig5t1 sont re/s dans un tat de mdiocrit p> le fait mme des emplois dont ils ont t *>gs1 p>ce qu'ils languiss5t dans des occupations qui ne les =c5t po9t p5s]1 et qui convi5n5t mieux un sot qu' une intellig5ce d'lite4 #ai ,helvtius a dit3 ,l'homme de bon s5s e/ un homme dans le c>actre duquel la p>esse dom9e2 il n'e/ po9t d\ de cette activit d'me qui1 dans les premi]s po/es1 fait inv5t] aux gr&s hommes de n\veaux ressorts p\r m\voir le monde1 ou qui leur fait sem] dans le prs5t le g]me des vnem5ts futurs4 ,la solitude classe t\tes les *oses au rang qui leur convi5t4 ,l1 on se rj\it de p\voir p5s]1 et on se rj\it de gagn] du temps en dplaisant c]ta9s hommes4 ,cet loignem5t que l'on inspire e/ s\v5t un bonheur digne d'envie4 ,que je pla9drais celui qui1 aimant mdit] en sil5ce1 se tr\v]ait *aque j\r accabl de visites importunes1 de que/ions indiscrtes2 qui1 au mom5t mme o il se s5tirait anim p> une heureuse inspiration1 se v]rait =c de recevoir1 l'un aprs l'autre1 une v+ta9e de dsuvrs1 de diss]t] sur des lieux communs1 et de rpt] des =mules banales6 ,adieu alors le m\vem5t de ses ides2 il ne lui re/]ait que la d\leur d'avoir p]du des heures prcieuses4 ,mais1 en gnral1 ces hommes laborieux ne sont po9t ceux que l'on re*]*e le plus1 et ce n'e/ pas contre un homme ord9aire qu'une ville entire se s\lve4 ,av\ez-le donc1 il y a quelque *ose de gr& dans celui qui s\lve tant de clameurs1 auquel on prdit tant de dsa/res1 et que l'on accable de tant de calomnies4 ,heureux le p5seur ignor du public6 on le laisse seul2 et1 comme il sait qu'il n'e/ po9t compris1 il ne s'tonne pas d'tre mal jug4 ,telle fut1 au se9 de la multitude1 la de/9e de l'illu/re comte de ,s*aumb\rg-,lippe1 plus s\v5t dsign s\s le nom de comte de ,buckeb\rg4 ,je n'ai jamais vu un homme plus mal jug que celui-l1 et cep5dant son nom mrite d'tre cit p>mi les noms les plus honorables de l',allemagne4 ,j'appris le connatre dans un temps o il vivait l'c>t du monde1 g\v]nant son petit tat avec une rem>quable sagesse4 ,il avait1 il e/ vrai1 au premi] abord1 quelque *ose de *oquant1 qui emp*ait qu'on ne r5dt ju/ice son vrai mrite4 ,le comte de ,lacy1 ambassadeur d',espagne ,pt]sb\rg1 m'a racont que1 lorsque le comte de ,buckeb\rg comm&ait les tr\pes portugaises1 l'extrieur de ce pr9ce frappa tellem5t les gnraux espagnols1 lorsqu'ils l'ap]ur5t avec leurs lunettes1 qu'ils s'crir5t3 ,e/-ce que les ,portugais ont pris p\r *ef un ,don ,qui*otte8 ,mais ce mme comte de ,lacy1 homme d'esprit1 racontait avec en?\siasme la conduite de ,buckeb\rg en ,portugal1 et vantait l't5due de son esprit1 la noblesse de son c>actre4 ,c'tait1 il faut le dire1 un homme d'une app>5ce s+ulire4 ,son attitude1 ses *eveux flottants1 sa figure maigre et la longueur dmesure de l'ovale de sa tte1 rappelai5t la figure de ,don ,qui*otte2 mais1 en l'obs]vant de prs1 on ne t>dait pas concevoir de lui une autre ide4 ,une physionomie vive et anime annonait l'lvation de son me1 la f9esse de son esprit1 la bont et la srnit de son cur1 et jamais je n'ai pass un in/ant avec lui sans admir] la d\ceur et la noblesse de sa nature4 ,les s5tim5ts di/+us et les p5ses hroques clatai5t en lui comme dans les plus belles mes des ,grecs et des ,roma9s4 ,il tait n ,londres1 et il se montrait p>fois biz>re3 il aimait1 p> exemple1 rivalis] en t\t avec les ,anglais4 ,un j\r1 il p>ia qu'il irait *eval de ,londres ,edimb\rg en t\rnant le dos cette d]nire ville4 ,il p>c\rut pi$ une p>tie de la ,gr&e-,bretagne1 et se fit un amusem5t de trav]s] plusieurs prov9ces de ce royaume en m5diant avec un pr9ce allem& qui l'accompagnait4 ,une fois1 on lui dit que1 quelque "p au-dess\s de ,ratisbonne1 le c\rs du ,danube tait si imptueux que p]sonne n'avait pu trav]s] ce fleuve la nage4 ,il t5ta l'entreprise1 et s'avana si lo91 l'endroit le plus prilleux1 qu'on eut beauc\p de pe9e le sauv]4 ,un homme m95t comme diplomate et comme philosophe1 le conseill] ,/rube1 m'a racont que1 durant la gu]re contre la ,france1 le comte1 qui comm&ait l'artill]ie dans l'arme du duc ,f]d9& de ,brunswick1 invita un j\r quelques (fici]s hanovri5s dn]4 ,au beau milieu du banquet1 on ent5d siffl] les b\lets sur la t5te4 ,les ,franais ne sont pas lo91 dis5t les (fici]s4--,non1 rplique le comte1 ils sont encore lo9 de n\s2 re/ez votre place4 ,bi5tt d'autres b\lets ras5t le haut de la t5te4 ,les (fici]s se lv5t en s'criant3 ,les ,franais sont l6--,non1 rpte le comte1 ils ne sont pas l1 je v\s en donne ma p>ole4 ,cep5dant on ent5d de m9ute en m9ute grond] de plus prs les b\lets1 et les (fici]s1 t\t en affectant un air de calme1 faisai5t intrieurem5t leurs rflexions sur cette fte s+ulire4 ,enf9 le comte leur dit3 ,j'ai v\lu1 ,messieurs1 v\s montr] jusqu' quel po9t je puis compt] sur mes artilleurs4 ,je leur avais prescrit de tir] sur le b\ton de notre t5te p5dant que n\s s]ions table1 et ils ont obi mes int5tions avec la plus p>faite adresse4 ,on reconnat ce trait un homme qui veut s'ex]c]1 et ex]c] les autres t\t ce qui semble difficile4 ,j'tais un mat9 avec le comte1 prs d'un magas9 p\dre qu'il avait fait con/ruire au-dess\s de sa *ambre c\*]1 dans le =t de ,wilhelm/e94 ,je n'aim]ais pas1 lui dis-je1 dormir ici dans les *audes nuits d't4 ,et le voil qui se met me faire les plus spcieux raisonnem5ts p\r me pr\v] que l'excs et l'abs5ce du dang] tai5t t\t un4 ,qu& je r5contrai p\r la premire fois cet homme tonnant1 c'tait en prs5ce d'un (fici] anglais et d'un portugais4 ,il me p>la p5dant deux heures de la ,physiologie de ,hall]1 qu'il savait p> cur4 ,le l5dema9 mat91 il me conduisit dans un petit bateau qu'il dirigeait lui-mme la =t]esse de ,wilhelm/e91 qu'il avait fait con/ruire au milieu d'un lac4 ,un diman*e1 dans l'alle de ,pyrmont1 au milieu d'une quantit de femmes lgantes et de jeunes g5s galants1 il m'entret9t tranquillem5t et imp]turbablem5t des preuves que l'on a donnes jusqu' prs5t de l'exi/5ce de ,dieu1 de ce qui manque encore ces tmoignages1 et de ce qu'on p\rrait y aj\t]4 ,un j\r1 il me fit voir ,buckeb\rg un norme 9-folio crit de sa propre ma91 sur l'art de df5dre un petit tat contre une gr&e puissance4 ,cet ouvrage1 de/9 au roi de ,portugal1 tait f9i4 ,il m'en lut plusieurs passages qui conc]nai5t la ,suisse4 ,il reg>dait l',helvtie comme un pays inv9cible4 ,il me nomma t\s les po/es qu'il faudrait occup] en vue de l'ennemi1 et m'numra des s5ti]s vraim5t impntrables4 ,mon ami ,m5delssohn1 qui il avait lu la prface de ce livre1 la reg>dait comme un *ef-d'uvre de raisonnem5t et de /yle4 ,ceux qui ont obs]v de plus prs encore et avec plus de sagacit que moi le comte de ,buckeb\rg p\rrai5t racont] sur cet homme extraord9aire bi5 d'autres traits plus curieux4 ,je n'aj\t]ai ce que je vi5s de dire qu'une seule rem>que1 c'e/ que le comte lisait beauc\p1 qu'il connaissait les hommes1 ne se plaisait aucun jeu1 ne riait jamais1 ou ne laissait *app] qu'un s\rire moqueur4 ,tel fut le c>actre de cet homme si mal compris4 ,il p\vait bi5 rire des autres qu& il voyait les autres rire de lui4 ,cep5dant il y avait jusque dans son expression s>donique une vid5te bont4 ,sans tre misan?rope1 il habitait de prfr5ce une maison isole au milieu d'une =t2 il vivait l seul1 ou avec la femme anglique qu'il avait p\se1 dont il n'avait po9t p>u am\reux1 et dont la p]te prmature le fit m\rir de d\leur4 ,la f\le riait aussi de ,?mi/ocle1 p>ce qu'il n'avait pas les belles manires et le ton raff9 d',a?nes4 ,un j\r1 ,?mi/ocle rpondit ceux qui le p\rsuivai5t de leurs s>casmes3 ,il e/ vrai que je ne sais pas accord] une lyre1 ni j\] du psaltrion2 mais qu'on me donne une ville si petite1 si inconnue qu'elle soit1 et je la r5drai clbre4 ,a9si la solitude et la philosophie peuv5t n\s donn] une app>5ce risible aux yeux des hommes vulgaires1 mais elles remplac5t t\tes nos petites proccupations p> de nobles ides4 ,celui qui a pass sa vie tudi] les gr&s hommes et les s5tim5ts levs1 peut bi5 pr5dre des allures biz>res2 mais il montre dans les gr&es occasions l'lvation de son me et la noblesse de son c>actre4 ,la gr&eur des anci5s produit sur les esprits capables de la s5tir une impression extraord9aire dans la solitude4 ,il suffit p>fois d'une t9celle de cette flamme sublime qui animait les hommes illu/res de l'antiquit p\r faire clat]1 l o l'on s'y s]ait att5du le mo9s1 des effets surpr5ants4 ,une femme vivait isolm5t la campagne1 en proie des maux de n]fs cont9uels4 ,je lui conseillai1 p\r =tifi] son n]gie1 de relire s\v5t l'hi/oire grecque et l'hi/oire roma9e4 ,trois mois aprs elle m'crivit3 ,quelle vnration v\s m'avez inspire p\r l'antiquit6 ,que sont auprs de ces hommes-l les pygmes qui n\s ent\r5t8 ,nagure encore l'hi/oire n'tait po9t une de mes lectures favorites4 ,a prs5t je ne vis que p> elle4 ,a =ce de lire1 je veux dev5ir ,grecque ou ,roma9e4 ,les livres que v\s m'avez indiqus raff]miss5t ma sant et sont p\r moi une s\rce de plaisirs 9puisables4 ,jamais je n'aurais cru p\voir tr\v] un tel trsor4 ,ils me sont plus prcieux que mon hritage4 ,bi5tt v\s n'ent5drez plus aucune pla9te sortir de ma b\*e4 ,mon ,plut>que m'e/ dj plus *] que les triomphes de la coquett]ie et que les s5tim5talits qu'on adresse aux femmes de la campagne qui prt5d5t tre t\t me1 quoique ,satan n'ait pas plus de pe9e les va9cre qu'un virtuose j\] de son violon4 ,l'image de la gr&eur et des v]tus de l'antiquit n'ex]ce une action durable que dans le calme et au se9 d'un petit nombre d'hommes2 mais alors elle e/ fconde en rsultats4 ,un homme de gnie e/ frapp dans une de ses prom5ades solitaires d'une conception qui p>at ridicule ses contempora9s2 mais un temps vi5dra o cette mme ide entran]a des milli]s d'tres aux plus nobles actions4 ,les *ants de ,lavat] fur5t publis une poque peu favorable4 ,la socit de ,s*9tzna*1 qui avait confi ce gr& criva9 le so9 de compos] ces v]s1 dev9t suspecte l'ambassadeur de ,france1 et de nombreuses invectives ret5tir5t contre elle4 ,le clbre ,hall] lui-mme1 qu'elle avait longtemps refus de recevoir au nombre de ses membres1 ne lui p>gnait pas les pigrammes dans les lettres qu'il m'adressait4 ,le prsid5t de la c5sure de ,zuri* df5dait l'impression des *ants de ,lavat]4 ,cep5dant nul pote n'a crit avec plus de =ce et d'ardeur p\r sa patrie que ,lavat] p\r la ,suisse4 ,j'ai vu les enfants entonn] ses /rophes avec en?\siasme2 j'ai vu les plus beaux visages se baign] de l>mes en les c\tant2 j'ai vu une noble motion clat] sur la physionomie et dans les yeux des paysans suisses auxquels on les *antait4 ,des pres de famille sont alls avec leurs fils la *apelle de ,guillaume ,tell p\r y rpt] les v]s que ,lavat] a composs sur ce librateur de la ,suisse4 ,je croyais ent5dre rsonn] les rocs aut\r de moi *aque fois que je modulais sur un air que j'inv5tais moi-mme un de ces *ants patriotiques dans les campagnes1 sur les coll9es o nos aeux se sont immortaliss p> leur valeur1 o j'tais ent\r des ombres de ces hros moissonns dans de glorieuses batailles1 o je croyais encore les voir avec leurs rudes massues cras] les c\ronnes fodales des ,g]ma9s1 et =c]1 malgr le nombre de ses tr\pes1 la noblesse allem&e une fuite honteuse4 ,ce sont l1 me dira-t-on1 des songes romanesques1 des ides qui ne peuv5t plaire qu' ceux qui viv5t dans la solitude1 et qui voi5t les *oses autrem5t qu'on ne les voit dans le monde4 ,mais les ides leves f9iss5t p> va9cre la rsi/ance qu'on leur oppose4 ,dans les rpubliques1 elles agiss5t peu peu sur les esprits2 elles inspir5t la multitude des s5tim5ts gnreux1 qui ne plais5t pas peut-tre aux ag5ts du p\voir1 mais qui dans un mom5t de crise et de pril1 p\rrai5t tre d'une admirable utilit4 ,t\t conc\rt donc1 dans la solitude1 lev] l'me1 =tifi] le c>actre1 n\s famili>is] plus srem5t et plus promptem5t que dans le monde avec les s5tim5ts les plus nobles et les rsolutions les plus c\rageuses4 ,l'homme qui se retire dans la solitude *appe p> l aux traits de l'ignorance1 de l'envie et de la m*ancet4 ,rsolu de ne po9t re*]*] le suffrage des esprits troits1 des tres vulgaires1 il s'att5d aux contr>its qu'il peut pr\v]1 et n'e/ po9t surpris qu& elles lui survi5n5t4 ,si la solitude lve notre p5se1 on s'imag9e assez gnralem5t qu'elle n\s r5d impropres aux affaires2 c'e/ ce que je ne crois pas4 ,plus on lv]a son me dans le sil5ce de la retraite1 mo9s on c\rra risque de s'affaiss] dans le monde2 plus on ex]c]a son esprit1 plus cet ex]cice n\s s]a utile dans le comm]ce de la socit4 ,l'homme qui a vcu dans le calme peut acqurir1 p> l mme1 plus d'activit p\r la vie pratique1 et1 lorsqu'il s'loigne du monde1 il r5tre dans la solitude p\r y pr5dre un repos ncessaire et se prp>] de n\veaux combats4 ,pricls1 ,phocion1 pam9ondas1 ont sans d\te puis dans la retraite les ides qui ont fait leur gr&eur4 ,qu& ,pricls tait occup de quelque projet important1 on ne le voyait po9t dans les rues d',a?nes2 il r5onait aux fe/9s1 aux runions bruyantes et t\tes les di/ractions ord9aires4 ,p5dant le temps o il g\v]nait la rpublique1 il n'alla qu'une seule fois s\p] *ez un ami1 et n'y re/a que quelques in/ants4 ,phocion se v\a d'abord l'tude de la philosophie1 non pas dans le desse9 orgueilleux de mrit] ce titre de sage1 mais dans l'espoir d'acqurir p> l plus d'n]gie1 de prs5ce d'esprit et de rsolution dans la conduite des affaires publiques4 ,en obs]vant pam9ondas1 on se dem&ait comm5t cet homme1 qui avait pass sa vie avec les livres1 avait pu acqurir ses capacits militaires4 ,il tait trs-av>e de son temps2 dv\ de cur l'tude1 il s'loigna des emplois publics1 et il fallut que ses compatriotes l'arra*ass5t sa solitude p\r le mettre la tte des armes4 ,un homme auquel je ne p5se jamais sans en?\siasme1 ,ptr>que1 a =m son c>actre dans la solitude1 et y a gagn les qualits qu'il a montres dans les affaires politiques les plus dlicates4 ,il e/ vrai qu'il fut quelquefois ce que s\v5t on devi5t dans la solitude1 capricieux1 mordant et emport4 ,on lui a vivem5t repro* les tableaux trop lic5cieux qu'il a tracs des murs de son temps1 et surt\t celui qui n\s reprs5te la vie sc&aleuse que l'on m5ait ,avignon l'poque de ,clm5t ,,vi4 ,mais ,ptr>que a p>faitem5t connu le cur huma91 et il a eu une gr&e habilet mani] les esprits et les dirig] v]s son b4 ,on ne le connat gure1 dit l'abb de ,sade1 son meilleur hi/ori51 que comme un t5dre et lgant pote1 qui aima ,laure avec ardeur1 et la *anta avec une grce exquise4 ,on ne sait pas t\t ce qu'on lui doit d'ailleurs2 on ne sait pas qu'il tira la littrature de la b>b>ie o elle tait ensevelie depuis longtemps2 qu'il sauva de la p\rriture et de la p\ssire les meilleures uvres de l'antiquit1 et que ces uvres inapprciables s]ai5t peut-tre jamais p]dues p\r n\s1 s'il n'avait pris so9 de les recueillir et d'en faire faire de bonnes copies4 ,on ne sait pas qu'il raviva l'tude des belles-lettres en ,europe et pura le gt de ses contempora9s1 qu'il p5sa1 qu'il crivit lui-mme comme un citoy5 de la vieille ,rome1 qu'il sut f\l] aux pi$s de nombreux prjugs1 cons]v] jusqu' la mort son c\rage et sa rsolution1 et que son d]ni] ouvrage surpassa t\s ceux qu'il avait faits prcdemm5t4 ,on ignore aussi1 en gnral1 que ,ptr>que fut un gr& homme d'tat2 que les premi]s s\v]a9s de son temps lui confir5t les ngociations les plus p9euses1 et le consultr5t dans les affaires les plus importantes2 qu'au quatorzime sicle il obt9t une rputation1 une influ5ce1 un p\voir dont nul savant n'a j\i de nos j\rs2 que trois papes1 un emp]eur1 un roi de ,france1 un roi de ,naples1 une f\le de c>d9aux et les plus gr&s pr9ces et seigneurs de l',italie re*]*r5t son amiti1 et manife/r5t le dsir d'entr] en relation avec lui2 qu'il fut appel p> eux comme homme d'tat1 comme m9i/re et comme ambassadeur1 int]v5ir dans les plus graves affaires de son temps2 que1 =tifi p> la solitude1 il sut dire aux p]sonnes m95tes qui le consultai5t les vrits les plus srieuses et les plus utiles2 que p]sonne n'apprciait autant que lui1 et ne l\ait si bi5 les avantages de cette solitude1 laquelle il devait en p>tie ses nobles qualits1 et qu'il prfrait ses heures de loisir et de lib]t t\tes les j\issances du monde4 ,longtemps il fut comme n]v p> ce pr(ond am\r auquel il avait consacr les plus belles annes de sa vie4 ,mais un j\r vi5t o il r5once son langage pla9tif1 ses s\pirs languissants2 alors il p>le en homme1 et en homme h>di1 aux rois1 aux emp]eurs1 au pape4 ,il leur p>le avec l'assurance que donn5t les gr&s tal5ts et une gr&e rputation4 ,d'une voix loqu5te comme celles de ,dmo/hne et de ,cicron1 il exhorte les pr9ces de l',italie vivre en paix entre eux1 runir leurs =ces contre leur ennemi commun1 contre les b>b>es qui d*ir5t leur patrie4 ,il guide1 il enc\rage1 il s\ti5t ,ri5zi1 qui p>at comme un envoy du ciel p\r r5dre la ville de ,rome son antique clat4 ,il dcide un emp]eur pusillanime pntr] dans l',italie comme le successeur des ,cs>s1 et y pr5dre les rnes de l'empire du monde2 il conjure les papes de fix] de n\veau sur les rives du ,tibre le sige pontifical1 qu'ils avai5t transfr aux bords du ,rhne4 ,a l'poque mme o il av\ait dans ses crits qu'il tait tri/e1 obsd p> un am\r qu'il *]*ait en va9 surmont]1 ple9 de ha9e contre les hommes et contre les villes1 il se *>ge de p\rsuivre1 la c\r de ,naples1 une ngociation difficile p\r le pape ,clm5t ,,vi4 ,il disait que la vie des c\rs le r5dait ambitieux et impati5t1 et aj\tait qu'il tait assez plaisant de voir un solitaire quitt] les bois sil5cieux et les pla9es ds]tes p\r s'en all] p>c\rir les spl5dides palais des tribunaux avec une escorte de c\rtisans4 ,lorsque ,jean ,visconti1 cet ar*evque de ,milan et ce s\v]a9 de la ,lomb>die1 qui joignait des tal5ts m95ts une insatiable ambition1 et qui m5aait d'engl\tir t\te l',italie1 p>v9t fix] ,ptr>que son s]vice1 lui faire accept] ses faveurs et une place dans son conseil1 les amis du pote se disai5t3 ,quoi6 ce fi] rpublica91 qui ne p>lait que de lib]t et d'indp5dance2 ce taureau indompt1 qui rugissait l'app>5ce du mo9dre j\g1 qui ne v\lait se s\mettre qu'aux *anes de l'am\r1 bi5 que s\v5t encore il les tr\vt trop pesantes2 cet homme1 qui avait refus la c\r de ,rome les plus belles places1 p>ce qu'il ne v\lait po9t se laiss] enlac] dans des li5s dors1 le voil qui se livre lui-mme aux f]s du tyran de l',italie2 ce misan?rope1 qui ne rclamait que la paix des *amps1 cet aptre dv\ de la solitude habite auj\rd'hui dans le tumulte de ,milan4--,ils ont raison1 rpondait ,ptr>que1 l'homme n'a pas de plus gr& ennemi que lui-mme1 j'ai agi contre mon gt et contre ma faon de p5s]4 ,hlas6 n\s passons notre vie faire ce que n\s ne v\drions pas faire1 et ne pas excut] ce que n\s dsirons4 ,mais il aurait pu dire encore ses amis3 ,j'ai v\lu montr] ce qu'on peut dans le monde qu& on a ex]c assez longtemps ses =ces dans la solitude2 j'ai v\lu pr\v] combi5 la solitude donne de lib]t1 de dignit et de noblesse dans la conduite des affaires4 ,c'e/ l'loignem5t des va9es relations et des frivoles conv5ances qui inspire aux criva9s le c\rage dont ils ont si s\v5t beso9 p\r support] les inju/ices qu'une multitude aveugle commet leur g>d2 c'e/ leur exemple qui introduit peu peu les ides librales dans des lieux o ces ides n'tai5t mme pas connues de nom4 ,c'e/ la solitude qu'un libre p5seur e/ r$evable de ce sang-froid qui lui sauve la vie dans l'occasion1 qui le g>antit des fureurs d'une populace exaspre1 qui le ma9ti5t dans un tat de calme au milieu de ses dtracteurs4 ,la voix du peuple e/ s\v5t la voix des plus mauvaises passions1 et l'op9ion publique v>ie comme le v5t4 ,celui qui ne veut po9t se laiss] t\rdir p> cette voix dang]euse1 et ne po9t t\rn] comme une gir\ette1 doit s'loign] de ces hommes qui prt5d5t rgir despotiquem5t notre manire de voir4 ,il doit s'loign] de ces oisifs qui1 ne p\vant produire aucune uvre mritoire1 ex]c5t leur c5sure sur t\tes les uvres qui p>aiss5t4 ,dans la rpublique mme la plus libre1 l'homme v]tueux doit vit] les lieux o l'on n'c\te que les cris de la multitude4 ,il doit fuir surt\t ces tres sans valeur1 qui n'aspir5t qu' faire rire les autres1 et se font une joie de dprci] celui qui se moque d'eux4 ,que de fois n'a-t-on pas vu frapp] d'une rprobation gnrale celui qui a la h>diesse de p5s] autrem5t que les prt5dus rg5ts du bon gt6 ,qu'il publie un livre1 on ne *]*]a po9t disc]n] les qualits de ce livre1 on se dem&]a si l'auteur ne s'e/ pas avis de critiqu] le monde au milieu duquel il vit2 on lui prt]a des satires qu'il n'a pas faites1 qu'il n'a pas eu l'int5tion de faire4 ,s'il exprime avec les plus pures int5tions des vrits dont les g5s de bi5 le rem]ci5t au fond du cur2 s'il se has>de blm] des in/itutions ou des usages qui doiv5t tre corrigs1 on crie la m*ancet1 et les ag5ts du p\voir sont invits svir de t\te leur rigueur contre une telle audace4 ,on se tairait peut-tre1 si l'on n'avait pas s\s les yeux l'homme qui a os proclam] sans dguisem5t ces n\velles vrits4 ,c'e/ ce qu'pr\va ,montesquieu ,p>is mme1 au c5tre des lumires1 et il a dit1 dans la ,df5se de son immortel ouvrage1 l',esprit des lois3 ,ri5 n't\ffe plus la doctr9e que de mettre t\tes les *oses une robe de docteur4 ,les g5s qui veul5t t\j\rs enseign] emp*5t beauc\p d'appr5dre4 ,il n'y a po9t de gnie qu'on ne rtrcisse lorsqu'on l'enveloppe d'un million de scrupules va9s4 ,avez-v\s les meilleures int5tions du monde1 on v\s =c]a v\s-mme d'en d\t]4 ,v\s ne p\vez plus tre occup bi5 dire qu& v\s tes effray p> la cra9te de dire mal1 et qu'au lieu de suivre votre p5se1 v\s ne v\s occupez que des t]mes qui peuv5t *app] la subtilit des critiques4 ,on vi5t n\s mettre un bgu9 sur la tte1 p\r n\s dire *aque mot3 ,pr5ez g>de de tomb]4 ,v\s v\lez p>l] comme v\s1 je veux que v\s p>liez comme moi#bj4 ,veut-on pr5dre l'essor1 ils v\s arrt5t p> la man*e4 ,a-t-on de la =ce et de la vie1 on v\s l'te c\ps d'p+le4 ,v\s levez-v\s un peu1 voil des g5s qui pr5n5t leur pi$ ou leur toise1 lv5t la tte1 et v\s cri5t de desc5dre p\r v\s mesur]4 ,c\rez-v\s dans votre c>rire1 ils v\dront que v\s reg>diez t\tes les pi]res que les f\rmis ont mises sur votre *em94 #bj ,je puis cit] les c5seurs de plusieurs contres d',allemagne et de ,suisse1 qui *ang5t ou effac5t de leur autorit magi/rale t\t ce que leur esprit troit ne compr5d pas2 qui n'accord5t leur imprimatur qu' des sottises2 qui1 au lieu de dcid] si l'ouvrage qu'on leur s\met r5f]me des pr9cipes contraires la religion ou l'tat1 ce qui s]ait la seule raison d'en df5dre la publication1 ne craign5t pas d'y faire t\tes les sub/itutions que leur suggr5t leurs dogmes p>ticuli]s1 leur morale1 leur rhtorique et jusqu' leur m?ode d'or?ographe4 ,montesquieu aj\te qu'il n'y a ni sci5ce ni littrature qui puisse rsi/] de tels pdants4 ,cep5dant il leur a rsi/4 ,son livre e/ imprim1 et il e/ lu de t\t le monde4 ,oui1 il faut que l'criva9 qui connat ces hommes et qui entrepr5d de les pe9dre ait un triple aira9 sur la poitr9e4 ,et nul trait de morale n'e/ complet sans une de ces difficiles pe9tures4 ,p\rquoi1 dans ces tableaux de murs1 sommes-n\s si au-dess\s des ,grecs et des ,roma9s8 ,c'e/ que n\s n\s laissons arrt] p> les clameurs qui s'lv5t contre t\t criva9 qui1 p\r le bi5 de ses semblables1 ose pntr] dans la philosophie de la vie4 ,mais n\s1 qui r5dons un si ju/e hommage la brav\re des gu]ri]s1 p\rquoi n\s laissons-n\s tr\bl] dans notre repos1 comme des ,syb>ites effm9s1 p> le pli d'une feuille de rose1 et p\rquoi accablons-n\s d'injures le c\rage civil1 le c\rage sans armes1 les dome/icas =titud9es de ,cicron8 ,ce n'e/ pas dans les rpubliques seulem5t que l'on a du cur et de l'me2 ce n'e/ pas l seulem5t que l'on peut p5s] et crire en lib]t4 ,en ,allemagne1 ,dieu soit l\6 les *tim5ts prescrits p> la ju/ice sont gnralem5t quitables1 et dans les rpubliques1 on obx s\v5t aux prjugs1 la passion1 ou ce qu'on appelle la raison d'tat#ba4 ,voil d'o vi5t qu'en ,suisse la premire maxime que les p>5ts *]*5t grav] dans le cur de leurs enfants1 c'e/ de ne po9t se faire d'ennemi4 ,lorsque j'tais encore =t jeune1 je rpondis ma mre1 qui me donnait ce sage conseil3 ,ne savez-v\s po9t que celui qui n'a po9t d'ennemi n'e/ qu'un pauvre homme8 ,dans une rpublique1 *aque citoy5 e/ s\s la dom9ation1 s\s la vigilance de c5t rg5ts2 dans une mon>*ie1 un peuple ne dp5d que d'un seul homme4 ,en ,suisse1 la multitude des matres opprime l'me du rpublica94 ,l'am\r et la confiance lv5t celle de l',allem& dans les mon>*ies4 ,je connais plusieurs pr9ces qui ont des ides plus gr&es1 plus librales et plus nobles que c]ta9s magi/rats rpublica9s que je p\rrais cit]#bb4 ,on tr\ve s\v5t plus de bon s5s p>mi la noblesse allem&e1 qui se dp\ille de ses anci5s prjugs1 que dans aucune rpublique du monde4 ,s'il exi/e encore en ,allemagne des sots vaniteux qui mett5t leur orgueil compt] leurs qu>ti]s1 il y a aussi des sages qui se font une gloire de re*]*] l'lvation de la p5se1 sans se s\ci] des p>*em9s4 #ba ,me9] a trs-judicieusem5t rem>qu que dans une rpublique o les ag5ts du p\voir n'ont po9t leur disposition d'arme p]man5te p\r les s\t5ir1 les g5s qui veul5t ameut] la multitude aveugle contre la portion la mo9s nombreuse et la plus claire de la socit1 sont beauc\p plus dang]eux que dans les g\v]nem5ts mon>*iques1 et1 p> consqu5t1 t\te t5tative de rbellion doit p>atre l plus c\pable et plus digne de *tim5t4 #bb ,deux magi/rats de ,b]ne ont jug a9si1 en #ageh1 mon livre sur l',orgueil national4 ,le premi]1 aprs l'avoir feuillet1 le jeta de ct1 en s'criant avec colre3 ,n\s v\lons de l'obissance1 et non de la sci5ce6 ,le second dit1 aprs l'avoir vu presque en enti]3 ,ce docteur ,zimm]mann e/ un homme inquitant et dang]eux2 il faut lui faire quitt] la plume4 ,dans les mon>*ies allem&es1 l'homme srieux1 qui r5once aux inutiles relations du monde1 qui se =me lui-mme dans la retraite1 en obs]vant t\t ce qu'il voit et t\t ce qu'il ent5d1 en tudiant les hros de la ,grce et de ,rome1 arrive une faon de p5s] t\t aussi l>ge et t\t aussi libre qu'aucun rpublica91 et peut1 en crivant1 rp&re aut\r de lui d'utiles vrits4 ,voil ce que j'avais dire sur les avantages que la solitude (fre l'esprit4 ,quelques-unes de ces pages ne sont peut-tre po9t assez rfl*ies1 et plusieurs de ces ides ne sont sans d\te po9t exprimes comme elles devrai5t l'tre4 ,si ce livre tombe entre les ma9s de quelque v]tueux jeune homme1 je lui dirai3 ,pr5ds-y ce que y tu y tr\v]as de bon1 rejette ce qui te p>atra froid ou mauvais1 ce qui ne t'm\vra pas4 ,je me rj\irai dans la s9crit de mon me1 je me croirai amplem5t rcomp5s de mon travail1 si tu p5ses devoir me rem]ci] de ce livre1 si tu reconnais qu'il t'a clair1 in/ruit et tranquillis4 ,je ne dem&]ai plus d'autre bndiction p\r cet ouvrage1 si1 en le lisant1 tu te s5s aff]mi dans ton p5*ant p\r une solitude sage et active1 dans ton loignem5t p\r les relations qui n'entran5t qu'une p]te irrp>able de temps1 dans ta rpugnance cd] aux conseils de ceux qui te r$is5t sans cesse que1 p\r russir dans le monde1 il faut s\v5t se faire voir dans les lieux publics4 ,et si tu te s5s timide et cra9tif1 si tu r$\tes de p>l] devant ceux qui se croi5t les arbitres de l'esprit et du bon gt1 et qui1 en v]tu de cette usurpation1 obti5n5t la faveur gnrale1 en dbitant les *oses les plus vulgaires et les plus insipides1 ah6 songe que dans une telle socit je suis aussi emb>rass que toi4 ,ce *apitre p\rra te donn] beauc\p p5s]4 ,si je me suis born y faire rem>qu] l'influ5ce que la solitude ex]ce sur l'esprit2 si1 dans le *apitre suivant1 je ne fais qu'indiqu] l'empire qu'elle doit avoir sur la volont qu'on veut s\mettre la v]tu1 j'en aurai dit assez cep5dant p\r t'appr5dre comm5t la solitude claire notre esprit et donne notre cur les j\issances du s5tim5t4 ,je sais qu'il y a dans de telles di/9ctions un ct faible4 ,les j\issances de l'esprit et du cur sont le rsultat d'une seule et mme =ce1 la religion1 qui1 en admettant cette di/9ction1 r5tre dans le doma9e du cur1 dgnre en fanatisme lorsqu'elle n'e/ pas guide p> la raison4 ,mais on ne peut p]suad] et conduire les hommes qu'en leur prs5tant la vrit s\s un po9t de vue qui se rapporte leurs murs1 leurs passions1 et il faut que le cur se retr\ve p>t\t4 ,j'ai obi un s5tim5t de cur en crivant ce livre sur la solitude4 ,une femme spirituelle a dit que je dveloppais t\t ce que je s5tais1 et que je posais la plume qu& je ne s5tais plus ri54 ,je suis tomb p> l dans des dfauts de composition qu'un philosophe sy/matique aurait vits4 ,mais comme je connais les hommes1 il me suffit que ce *apitre fasse entrevoir les avantages qui peuv5t rsult] de la solitude p\r l'esprit1 p\r la raison et le c>actre1 et que le *apitre suivant montre quels vrais et nobles plaisirs elle procure p> la contemplation paisible de la nature1 p> la comprh5sion et l'attrait de t\t ce qui e/ beau et honnte4 ,,*apitre ,,viii ,,des ,,avantages ,,de ,,la ,,solitude ,,p\r ,,le ,c,,ur4 ,la paix de l'me e/1 dans ce monde1 le bonheur suprme4 ,ce bonheur1 on peut le gt] dans la simplicit de son cur1 si1 en s'loignant du tumulte du monde1 on sait born] ses vux et son ambition1 se s\mettre aux dcrets du ciel1 jug] avec indulg5ce t\t ce qui se passe aut\r de soi1 et se rj\ir des h>monies de la nature1 du mugissem5t des cascades1 de la fra*eur des bois et du s\pir des v5ts4 ,quelle srnit dans nos s5tim5ts qu& les orages de la vie sont passs1 qu& t\t ce qui n\s attri/ait s'van\it1 qu& aut\r de n\s rgn5t l'amiti1 la paix1 l'innoc5ce et la lib]t6 ,alors mme que le cur e/ agit1 on peut se plaire encore dans la solitude4 ,une d\ce mlancolie e/ prfrable aux j\issances t]re/res1 et une l>me d'am\r vaut mieux que l'univ]s enti]4 ,p\r compr5dre cette flicit de la solitude1 il faut aim] contempl] les m]veilles de la cration1 depuis ses beauts gr&ioses jusqu' l'humble fleur des *amps2 il faut p\voir j\ir de t\t ce qui agr&it l'me et de t\t ce qui lui (fre quelques riantes images4 ,ces j\issances n'app>ti5n5t po9t exclusivem5t aux mes =tes1 aux imag9ations ard5tes1 aux esprits d'une trempe vive et dlicate2 elles app>ti5n5t aussi aux p]sonnes d'un c>actre froid1 qui1 s\v5t1 accus5t les autres d'exagr] l'expression de leurs s5sations4 ,seulem5t1 il faut p\r celles-ci mnag] les te9tes et les effets de lumire2 c>1 p> la raison qu'elles sont mo9s frappes de ce qui e/ mal1 elles s5t5t mo9s vivem5t aussi le beau et le bi54 ,dans la solitude1 une gr&e p>tie des j\issances du cur vi5n5t de l'imag9ation4 ,l'aspect d'une contre pittoresque1 le v]t feuillage des bois1 le murmure des eaux1 le bruissem5t des arbres1 le *ant des oiseaux et les cont\rs d'un horizon lo9ta9 absorb5t s\v5t l'me tel po9t que t\tes nos p5ses devi5n5t autant de s5sations4 ,notre me s'meut alors1 et aspire t\s les s5tim5ts honntes3 c'e/ un des effets du magique p\voir de l'imag9ation4 ,si t\t ce qui n\s environne e/ libre et paisible1 l'imag9ation rp& sur t\t ce que nos reg>ds embrass5t des te9tes riantes et un pre/ige *>mant4 ,ah6 qu& on connat la mlancolie philosophique qu'inspire la solitude1 il e/ facile de r5onc] aux plaisirs bruyants et aux assembles tumultueuses4 ,les rocs esc>ps1 les ombres pr(ondes des =ts1 les po9ts de vue attrayants ou maje/ueux excit5t t\r t\r en n\s une sorte de cra9te religieuse ou un d\x transport4 ,la d\leur se dissipe peu peu dans ces graves ou riantes motions et se *ange en une paisible rv]ie4 ,la solitude et le sil5ce de la nature font ressortir *acun des objets qui fix5t notre att5tion2 notre s5sibilit e/ plus vive1 notre surprise plus gr&e et notre plaisir plus pr(ond4 ,je connaissais depuis longtemps quelques-unes des plus magnifiques beauts de la nature1 lorsque je vis p\r la premire fois un j>d9 anglais prs de ,hanovre1 et un autre prs de ,m>i5w]d]2 j'ignorais encore l'art de trans=m] p> une sorte de cration des coll9es sablonneuses en un frais paysage2 cet art admirable rveille dans le cur de celui qui a cons]v le gt des *>mes de la nature t\tes les j\issances que la solitude et la paix des *amps peuv5t procur]4 ,je ne me rappelle jamais sans un s5tim5t de reconnaissance le j\r o j'entrai dans le j>d9 de mon dfunt ami ,m4 ,h9ub]4 ,je v5ais d'arriv] ,hanovre1 j'pr\vais un am] regret d'tre loign de ma patrie1 et ce j\r-l j'oubliai mes regrets et ma patrie4 ,je ne savais pas qu'il ft possible de reprs5t] dans un espace aussi re/re9t la v>it *>mante et la noble simplicit de la nature4 ,une telle conception e/ ne d'un pur et dlicat s5tim5t des beauts de la nature1 et des effets qu'une *a/e imag9ation produit sur le cur4 ,hirs*feld1 ce philosophe aimable et attrayant1 ce gr& pe9tre de la nature1 e/ le premi] qui ait fait connatre en ,allemagne les j>d9s anglais1 et il a r5du p> l un rem>quable s]vice ses compatriotes4 ,il exi/e encore et l des j>d9s moiti anglais1 moiti allem&s1 dont la biz>re di/ribution n\s fait s\rire de piti2 mais ils peuv5t tre p\r n\s un objet de comp>aison avantageux4 ,comm5t g>d] son srieux en voyant ces =ts de peupli]s qui suffirai5t pe9e *auff] un pole p5dant une j\rne1 ces espces de taup9ires qu'on dcore du nom de montagnes1 ces mnag]ies qui r5f]m5t des animaux sauvages et apprivoiss pe9ts sur des feuilles de f]-blanc1 ces ponts jets sur des rivires qu'une c\ple de p\lets mettrait sec1 et ces poissons de bois dans des canaux que l'on remplit d'eau *aque mat9 au moy5 d'une pompe8 ,un tel travail e/ c]ta9em5t pire que ce qui tait produit jadis p> le mauvais gt de nos anctres4 ,mais si1 dans le j>d9 de ,m4 ,h9ub]1 j'pr\ve *aque reg>d une p5se pieuse2 si *aque po9t de vue m'meut2 si de *aque ct je dc\vre une n\velle scne2 si enf9 je ne suis jamais all l sans que mon cur s'y s5tt s\lag1 irai-je exam9] si t\s ces massifs d'arbres p\rrai5t tre disposs autrem5t1 et les froides plaisant]ies des g5s qui ne se lass5t pas de vant] leur gt p>ticuli] dim9u]ont-elles le plaisir que je gte dans une telle ence9te8 ,p>t\t o n\s dc\vrons une image de repos1 soit p> une uvre de l'art1 soit p> une cration de la nature1 elle rp& le calme dans notre esprit1 et c'e/ un bi5fait que n\s devons l'imag9ation4 ,si de t\tes p>ts une d\ce paix s'(fre moi s\s les =mes les plus agrables2 si un sj\r *amptre absorbe mes facults et rprime les p5ses qui p\rrai5t m'afflig]2 si le *>me de la solitude matrise peu peu mon me1 et n'y laisse entr] que des ides de bi5veillance1 d'am\r et de satisfaction1 je dois rem]ci] ,dieu de m'avoir d\ de cette imag9ation1 qui s\v5t1 la vrit1 jette le tr\ble dans mon exi/5ce1 mais qui du mo9s me fait tr\v] dans la solitude un asile auquel je m'atta*e et d'o je contemple avec plus de tranquillit la tempte laquelle je vi5s d'*app]#bc4 #bc ,un criva9 mod]ne franais a dit3 ,il n'e/ po9t d'tre s5sible qui n'ait gt dans la solitude les in/ants dlicieux o l'homme1 c>tant les pre/iges du m5songe1 r5tre dans son propre cur p\r y *]*] les t9celles de la vrit4 ,quel plaisir1 aprs avoir t ballott p5dant quelque temps sur la m] de ce monde1 de se retir] sur un ro*] paisible1 p\r y considr] en sret les temptes et les naufrages qui s'y succd5t6 ,heureux celui qui peut alors oubli] un in/ant les va9s prjugs dont son me e/ remplie6 ,les misres de l'humanit disp>aiss5t ses yeux1 l'augu/e vrit remplit son cur d'une joie pure4 ,ce n'e/ que dans ces in/ants et dans ceux qui prcd5t la mort que l'homme peut appr5dre ce qu'il e/ sur la t]re1 et ce que la t]re e/ p\r lui4 ,la solitude1 a dit un clbre criva9 anglais1 inspire une c]ta9e t]reur au premi] abord1 p>ce que t\t ce qui entrane avec soi l'ide de la privation e/ effrayant1 et p> l mme sublime1 comme le vide1 l'obscurit1 le sil5ce4 ,en ,suisse1 et notamm5t aux environs de ,b]ne1 les ,alpes1 vues de lo91 (fr5t un tableau d'une incroyable magnific5ce2 de prs1 elles ne prs5t5t l'me que des images t]ribles1 mais magnifiques4 ,a une c]ta9e di/ance1 lorsqu'on voit s'lev] devant soi ces masses gigantesques1 *elonnes l'une sur l'autre1 on e/ frapp de cette gr&eur qui se rappro*e de l'inf9i2 l'clat t9celant de cette *ane de rocs tempre l'impression saisissante que ses proportions doiv5t faire sur n\s1 et lui donne un aspect plus agrable qu'effrayant2 mais on ne peut s'appro*] p\r la premire fois des ,alpes sans pr\v] une sorte de frisson involontaire4 ,on contemple avec frayeur ces glaces t]nelles1 ces abmes bants1 ces g\ffres tnbreux1 les torr5ts qui se prcipit5t du haut des montagnes1 les noires =ts de sap9s qui en rec\vr5t les flancs et les rocs1 que le temps a dta*s de leur cime1 et prcipits au bord de la valle4 ,comme mon cur battait1 qu&1 p\r la premire fois1 je gravis un s5ti] tortueux qui me conduisait v]s ces ds]ts6 ,de n\velles montagnes s'levai5t sans cesse au-dessus de moi1 et la mort me m5aait *aque pas2 mais aussi quelle exaltation d'esprit on pr\ve lorsque1 seul au milieu de ces gr&es scnes de la nature1 on en vi5t song] au nant des gr&eurs huma9es et la faiblesse des rois6 ,l'hi/oire de la ,suisse n\s pr\ve que les habitants de ces montagnes ne sont pas des hommes d'une trempe ord9aire4 ,la h>diesse e/ inne dans leur cur1 la lib]t donne des ailes leurs p5ses2 ils f\l5t aux pi$s la tyrannie et les tyrans4 ,t\s les ,suisses p\rtant ne sont pas libres2 mais t\s sont en?\sia/es de la lib]t1 *riss5t leur patrie1 et rem]ci5t ,dieu de la tranquillit dont ils j\iss5t l'ombre de leurs vignes ou de leurs =ts4 ,les di/ricts les plus sauvages des ,alpes1 de la ,suisse1 sont habits p> des hommes rudes1 mais gnreux2 un ciel svre leur donne des =mes agre/es1 mais la vie pa/orale ad\cit leur c>actre4 ,un ,anglais a dit que celui qui n'a jamais ent5du rsonn] la f\dre dans les ,alpes1 ne peut avoir une ide du fracas qu'elle produit en ret5tissant sur t\s les po9ts de l'horizon4 ,aussi les g5s de ces montagnes1 qui n'ont jamais vu de plus belles maisons que leurs cabanes1 ni d'autres contres que la leur1 reg>d5t-ils le re/e du monde comme une t]re qui prs5te le mme c>actre sauvage et qui e/ trav]se p> les mmes temptes4 ,mais1 de mme qu'aprs un orage le ciel s'e/ rassrn peu peu1 de mme dans la tte et dans le cur du ,suisse1 la d\ceur succde l'emportem5t1 et la gnrosit la fureur4 ,c'e/ ce que je puis dmontr] facilem5t p> des faits4 ,un de ces enfants des ,alpes1 le gnral ,r$+1 n dans le canton de ,s*wytz1 tait entr ds sa jeunesse dans les g>des suisses1 au s]vice des rois de ,france1 et il y avait acquis le grade de lieut5ant gnral2 le sj\r de ,p>is et de ,v]sailles ne l'avait po9t *ang3 il tait t\j\rs ,suisse4 ,les n\veaux rglem5ts auxquels la c\r de ,france v\lut a/re9dre1 en #agfd1 les compagnies helvtiques1 excitr5t dans le canton de ,s*wytz un vif mcont5tem5t4 ,on disait que ce rglem5t att5tait aux anci5s privilges1 et l'on r5dait le gnral ,r$+ responsable de cet acte4 ,dans ce mme temps1 madame ,r$+1 qui habitait le pays1 y faisait des recrues2 mais t\t le monde se rvoltait en ent5dant battre le tamb\r franais1 et le magi/rat1 craignant que l'irritation du peuple n'entrant quelques dsordres1 df5dit madame ,r$+ de cont9u] ses leves4 ,mais elle dem&a que cet ordre lui ft signifi p> crit1 et les magi/rats n'ayant pas os rompre si ouv]tem5t avec la ,france1 elle agit comme si nulle df5se ne lui avait t notifie4 ,cette h>diesse augm5ta l'animosit des habitants du canton4 ,on convoqua une assemble p\r dlibr] sur ce qui se passait1 et madame ,r$+ fut somme de comp>atre devant cette assemble4 ,le tamb\r1 dit-elle1 ne cess]a de battre que lorsque v\s m'aurez donn un crit qui ju/ifie mon m>i la c\r1 s'il ne p>vi5t pas complt] ses recrues4 ,on accda sa dem&e1 et l'on enjoignit au gnral de df5dre les intrts de la patrie auprs du g\v]nem5t franais4 ,aprs avoir pris cette mesure1 les habitants de ,s*wytz s'att5dai5t recevoir des n\velles favorables de ,p>is2 mais ils fur5t tromps dans leur espoir4 ,alors ceux qui avai5t quelque autorit1 ne g>dant plus aucune rs]ve1 dcl>r5t de t\s cts que le n\veau rglem5t mettait en pril la religion et la lib]t4 ,le mcont5tem5t gnral se *angea aussitt en fureur4 ,on convoqua une n\velle assemble o l'on prit la rsolution de ne f\rnir dsormais aucune tr\pe au roi de ,france4 ,le trait de #agae fut arra* des regi/res publics1 et l'ordre fut intim au gnral ,r$+ de r5tr] immdiatem5t en ,suisse avec ses soldats1 s\s pe9e d'tre exil p]ptuit4 ,r$+ obt9t du roi un cong p\r lui et les si5s1 et s'en rev9t dans son pays4 ,il entra dans ,s*wytz la tte de ses compagnies1 tamb\r battant et enseignes dployes4 ,arriv l'glise1 il dposa son t5d>d devant le matre-autel1 s'ag5\illa1 r5dit grces ,dieu2 puis1 pr5ant cong de ses soldats1 qui pleurai5t en se sp>ant de lui1 il leur donna la solde qui leur tait due1 et leur fit prs5t de leurs armes et de leurs habits4 ,les ,suisses tai5t ds ce mom5t matres de cet homme1 que l'on reg>dait comme un tratre1 que l'on accusait d'avoir s\t5u le n\veau rglem5t de ,v]sailles1 et d'avoir p> l port un c\p fune/e son pays4 ,r$+ fut somm de r5dre compte de sa conduite devant les tats assembls4 ,il savait que dans une p>eille circon/ance t\te loqu5ce *\]ait contre les prv5tions populaires2 il se cont5ta de dire brivem5t et s*em5t que t\t le monde connaissait la manire dont t\tes les *oses s'tai5t passes1 et qu'il ne p\vait tre blm ni de la promulgation du n\veau rglem5t ni du cong qu'il avait reu4 ,le tratre ne veut donc pas av\] son crime6 s'crir5t quelques furieux2 qu'on le p5de l'arbre le plus pro*e1 qu'on le mette en pices6 ,et ces cris de rage fur5t rpts p> un gr& nombre de spectateurs4 ,cep5dant ,r$+ re/ait calme et paisible4 ,une tr\pe de paysans1 plus ard5ts que les autres1 montr5t sur la tribune1 o il se t5ait deb\t prs des magi/rats4 ,il pleuvait2 un jeune homme leva un p>apluie sur la tte de ,r$+1 qui tait son p>ra94 ,un paysan brisa ce p>apluie avec fureur en s'criant3 ,que le sclrat se ti5ne dc\v]t6 ,la mme rage s'emp>e du jeune homme3 ,ah6 dit-il1 je ne savais pas que mon p>ra9 et trahi son pays4 ,s'il en e/ a9si1 donnez-moi une corde1 que je l'trangle4 ,les membres du conseil se runiss5t en c]cle aut\r du gnral1 et le conjur5t1 les ma9s jo9tes1 de reconnatre qu'il ne s'e/ pas oppos assez =tem5t aux innovations de ,v]sailles1 et de sauv] sa vie en (frant ses bi5s p\r rp>] la faute qu'il a commise4 ,r$+ sort du c]cle d'un air grave et imposant1 et dem&e le sil5ce4 ,t\t le monde s'att5d un aveu1 et plusieurs des assi/ants se rj\iss5t de p\voir p>donn]3 ,mes *]s compatriotes1 dit le gnral1 v\s savez que j'ai s]vi le roi de ,france p5dant qu>ante-deux ans4 ,v\s savez1 et plusieurs d'entre v\s en ont t tmo9s1 combi5 de fois j'ai m>* au-devant de l'ennemi et comm5t je me suis conduit dans ma9te bataille4 ,j'ai reg>d *acun de ces j\rs de combat comme p\vant tre le d]ni] de ma vie4 ,eh bi56 je v\s dcl>e ici1 la face du ciel qui voit t\t1 qui m'ent5d et qui e/ votre juge t\s1 que jamais je ne m'avanai contre l'ennemi avec une consci5ce plus pure que celle avec laquelle je m>*]ai auj\rd'hui la mort1 si v\s m'y condamnez1 p>ce que je ne veux pas me reconnatre c\pable d'un crime que je n'ai po9t commis4 ,la dignit qu'il mit dans ces p>oles1 l'clatante s9crit qui se peignit sur ses traits1 calmr5t l'assemble1 et il fut sauv4 ,quelques j\rs aprs1 il quitta le canton avec son p\se4 ,elle entra dans un c\v5t de religieuses ,uri1 et lui passa deux annes dans une retraite pr(onde4 ,cep5dant les prv5tions de ses compatriotes s'apaisr5t4 ,il rev9t au milieu d'eux et paya leur +ratitude p> d'importants s]vices4 ,*acun reconnut son intgrit1 et1 p\r le ddommag] de l'inju/ice qu'il avait subie1 on le nomma l&amman1 c'e/--dire premi] magi/rat du canton1 et trois fois de suite il fut1 *ose r>e1 ma9t5u p> l'lection du peuple dans cette dignit4 ,tel e/ l'habitant des ,alpes et de la ,suisse4 ,p> l'effet de la solitude et de l'imag9ation1 son c>actre t\r t\r viol5t et t5dre prs5te les mmes vicissitudes que le climat s\s lequel il vit4 ,si l'aspect cont9uel d'une nature sauvage donne aux ,suisses une app>5te grossiret1 ils doiv5t cette mme nature cette d\ceur1 cette bont d'me que le calme des *amps et la contemplation des riantes beauts de la cration donn5t aux hommes de t\s les pays4 ,des ,anglais ont dit qu'en ,suisse la nature e/ trop gr&e et trop maje/ueuse p\r que le p9ceau le plus habile puisse la reproduire fidlem5t4 ,mais quelle j\issance on pr\ve sur ces coteaux romantiques1 dans ces fra*es valles1 au bord de ces lacs limpides6 ,c'e/ l qu'on peut obs]v] la nature de prs2 c'e/ l qu'elle se montre dans t\te sa grce et t\te sa spl5deur4 ,si la vue de ces =ts helvtiques1 o s'lv5t le *ne et le sap9 maje/ueux1 ne v\s satisfait pas1 non lo9 de l v\s p\vez tr\v] le myrte au lg] feuillage1 l'am&i]1 le jasm91 le gr5adi] et les coll9es revtues de pampre4 ,dans aucun pays du monde la nature n'e/ plus v>ie qu'en ,suisse1 et c'e/ le dlicieux paysage de ,zuri* qui a inspir ,gessn] ses idylles mlodieuses4 ,une nature gr&iose agite le cur1 l'lve et l'enflamme4 ,elle meut plus p>faitem5t l'imag9ation qu'un riant paysage1 de mme que la nuit n\s (fre un spectacle plus imposant et plus sol5nel que le j\r4 ,qu& on vi5t de ,frascati1 le long des bords du lac de ,nemi1 que des montagnes et des =ts environn5t de t\s cts1 et dont les v5ts ne sillonn5t jamais la paisible surface1 on dit avec le pote anglais3 ,la noire mlancolie rside ici dans le sil5ce de la mort et dans un effrayant repos2 son image attri/e la nature1 t]nit l'clat des fleurs et fltrit le v]t feuillage4 ,mais quelle srnit et quelle d\ce joie on pr\ve qu& du j>d9 des ,capuc9s1 prs d',albano1 on voit devant soi le lac paisible avec les montagnes et les =ts qui l'ent\r5t et le *teau de ,g&olfo6 ,d'un ct1 ,frascati et ses maisons de campagne2 de l'autre1 la jolie ville d',albano1 le village et le *teau de la ,riccia avec leurs coteaux c\v]ts de vignes2 plus lo91 les l>ges pla9es de la ,campanie1 o s'lve ,rome1 l'antique matresse du monde1 et l'horizon les hauteurs de ,tivoli1 les ,ap5n9s et la m] ,mdit]rane4 ,c'e/ a9si que des po9ts de vue sauvages ou riants ex]c5t une vive action sur le cur4 ,les uns inspir5t un s5tim5t d'effroi2 les autres font natre en n\s d'agrables s5sations4 ,mais t\s l>giss5t la sphre de notre exi/5ce1 et n\s donn5t une plus gr&e j\issance de n\s-mmes4 ,p\r pr\v] ces nobles s5sations1 il n'e/ cep5dant pas ncessaire de p>c\rir les sites solitaires de la ,suisse et de l',italie4 ,sans s'en all]1 comme le pote ,klei/1 le long des montagnes1 la re*]*e des inspirations potiques1 on peut trs-bi5 ress5tir l'influ5ce que la nature ex]ce sur le cur et sur l'imag9ation4 ,si l'esprit qui essaye de compr5dre1 de mesur] l'espace1 ne se p]d pas dans le vague de l'imm5sit2 si1 dans une ard5te motion1 on n'en vi5t pas s'imag9] qu'on e/ le matre de la t]re1 qu'on possde la facult de crer et de dtruire2 si l'on n'a pas1 comme ,lavat] et ,r\sseau1 de m]veilleuses visions1 l'aspect d'un frais paysage1 la puret de l'air1 l'azur du ciel1 n\s caus5t un bi5-tre moral qui n\s fait p>atre le *em9 trop c\rt#bd4 ,l'loignem5t de t\t ce qui n\s rappelle notre dp5dance1 notre emploi de *aque j\r et nos occupations obliges1 n\s donne une h>diesse de p5se1 une ardeur d'imag9ation qui raviv5t l'esprit et en*ant5t le cur4 #bd ,un jeune ,hanovri5 tait en proie1 depuis plusieurs annes1 une pr(onde hypo*ondrie4 ,il s\ffrait d'une maladie de foie qui m5aait de dev5ir mortelle4 ,j'essayai en va9 de le s\lag]1 et d'autres mdec9s ne russir5t pas mieux que moi4 ,un j\r1 ce jeune homme v9t me tr\v]1 et me dit de lui prescrire t\t ce qui me p>atrait conv5able1 qu'il suivrait1 sans aucune re/riction1 mes avis4 ,je lui conseillai de se r5dre aux eaux de ,pfeff]sbad1 dans le canton des ,grisons1 et d'y vivre la manire des habitants de ce pays4 ,il p>tit aussitt1 et suivit p5dant deux mois le rgime le plus svre4 ,ce rgime fit clat] sur son corps une ruption brlante4 ,le malade se tr\va p]clus de t\s ses membres1 et il ne p\vait se m\voir sans d\leur4 ,mais1 pe9e cette crise fut-elle t]m9e1 qu'il rec\vra la sant4 ,il se mit p>c\rir les montagnes de la ,suisse1 visita une p>tie de l',italie1 et s'en rev9t ,hanovre p>faitem5t gai et dispos4 ,en me racontant l'effet que les ba9s avai5t produit sur lui1 il se s]vait d'une expression que je n'ai pu oubli]3 ,*aque pas que je faisais1 disait-il1 me semblait trop c\rt4 ,avec une imag9ation jeune et riante1 on peut se tr\v] plus heureux dans une prison obscure qu'on ne le s]ait sans imag9ation dans la plus belle contre4 ,mais1 sans tre d\ de cet heureux don de la nature1 on peut encore1 dans le calme de la vie *amptre et l'aspect des travaux ru/iques1 pr\v] les plus pures j\issances du cur4 ,qui n'a reconnu1 dans c]ta9s mom5ts d'ennui1 le magique p\voir des plaisirs du paysan1 et le bonheur qu'on gte p>tag] sa fran*e gaiet8 ,avec quelle fran*e cordialit on lui t5d la ma96 avec quelle sympa?ie on c\te ses disc\rs nafs6 ,t\t ce qui n\s ent\re alors devi5t intressant et attrayant p\r n\s2 nos p5*ants secrets s'pur5t1 s'amlior5t p> cette d\ce influ5ce4 ,il e/ encore la campagne des joies relles p\r celui qui n'en tr\ve plus la ville4 ,en rev5ant dans sa patrie1 aprs de longs voyages1 ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re s'exprime a9si3 ,ce n'e/ qu' la campagne qu'on j\it des bi5s du cur1 de soi-mme1 de sa femme1 de ses enfants1 de ses amis4 ,en t\t1 la campagne me semble prfrable aux villes2 l'air y e/ pur1 la vie riante1 le m>*] d\x1 le vivre facile1 les murs simples et les hommes meilleurs4 ,les passions s'y dvelopp5t sans nuire p]sonne4 ,celui qui aime la lib]t n'y dp5d que du ciel4 ,l'av>e en reoit des prs5ts t\j\rs r5\vels2 le gu]ri] s'y livre la *asse2 le voluptueux y place ses j>d9s1 et le philosophe y tr\ve mdit] sans sortir de *ez lui4 ,ailleurs il dit3 ,je prfr]ais1 de t\tes les campagnes1 celle de mon pays1 non pas p>ce qu'elle e/ belle1 mais p>ce que j'y ai t lev4 ,il e/ dans le lieu natal un attrait ca*1 je ne sais quoi d'att5drissant1 qu'aucune =tune ne saurait donn]1 et qu'aucun pays ne peut r5dre4 ,o sont ces j\rs du premi] ge1 ces j\rs de plaisirs sans prvoyance et sans am]tume8 ,la prise d'un oiseau me comblait de joie4 ,que j'avais de plaisir c>ess] une p]drix1 recevoir ses c\ps de bec1 s5tir dans mes ma9s palpit] son cur et frissonn] ses plumes6 ,heureux qui revoit les lieux o t\t fut aim1 o t\t p>ut aimable1 et les prairies o il c\rut1 et le v]g] qu'il ravagea6 ,ces s5tim5ts grav5t jamais dans notre cur le s\v5ir de notre sj\r la campagne1 de ces j\rs heureux o n\s p>c\rions les sites solitaires de la t]re natale4 ,aussi1 t\t ge1 dans *aque pays1 au simple aspect d'un arbre v]t1 dans la lib]t et le calme des *amps1 notre me s]a t5drem5t mue1 et n\s n\s cri]ons avec l'orateur sacr3 ,qu'il e/ heureux1 le mortel sage qui sait j\ir paisiblem5t d'une dignit indp5dante de t\t ce qui l'ent\re6 ,ah6 combi5 le calme qu'il gte e/ prfrable au va9 clat et au tumulte du monde6 ,combi5 de nobles et gnreux s5tim5ts se dvelopp5t dans la retraite1 qui1 dans le t\rbillon des affaires1 re/]ai5t ca*s au fond de l'me6 ,o mon *] ,zollik(]1 j'ai compris la campagne1 au se9 de la vie dome/ique1 ces vrits que tu proclamais ,leipzig du haut de la *aire1 ces vrits que tu ne puisais po9t dans les froids axiomes de la ?ologie1 mais dans la s5sibilit de ton cur4 ,j'ai reconnu1 comme tu n\s le disais1 que l'homme d'affaires peut oubli] dans la solitude les s\cis qui l'agit5t2 que s'il ne p>vi5t pas les bannir entirem5t1 il peut les dpos] dans le se9 d'un ami2 que son cur consol s'ouvre alors l'esprance1 que son visage s'pan\it1 et que ses *agr9s s'loign5t jusqu' ce qu'il ait recueilli assez de =ces p\r les support] ou p\r y tr\v] un remde4 ,j'ai vu le savant se drob] ses laborieuses re*]*es1 sortir du labyr9! o l'tude le conduisait1 et dc\vrir dans l'innoc5te simplicit des si5s plus de calme et de vrit1 plus d'alim5t p\r son esprit et p\r son cur que dans t\tes les pr(ondeurs de l'art et de la sci5ce4 ,c'e/ dans ce c]cle intime que *acun tr\ve les suffrages qu'il mrite1 et obti5t l'approbation des p]sonnes dont il ti5t possd] l'e/ime2 c'e/ l que l'me afflige repr5d une n\velle vigueur1 que l'esprit qui s'g>e appr5d r5tr] dans la bonne voie1 que le c>actre indol5t se rveille de sa l?>gie1 c'e/ l que nos anxits se calm5t1 et qu'une vraie satisfaction r5tre peu peu dans notre se94 ,p>fois la tranquillit des *amps1 la contemplation de la nature1 n\s conduis5t une vague mlancolie2 alors les joies bruyantes n'ont plus p\r n\s aucun attrait1 mais n\s n'en gtons que mieux le *>me du repos et de la solitude4 ,ce f> ni5te des ,itali5s qui1 s\s un ciel spl5dide1 sont pauvres sans tre misrables1 n'e/ pas sans avantage p\r le cur2 ils tr\v5t une ample comp5sation t\t ce qui leur manque dans la d\ceur de leur climat1 la f]tilit de leur sol et dans leur c>actre paisible et religieux4 ,un voyageur anglais dont j'e/ime =t les livres1 le docteur ,moore1 dit que les ,itali5s sont les plus gr&s fa9ants qui exi/5t2 mais que lorsqu'ils se promn5t dans la campagne1 ou qu'ils s'assoi5t l'ombre d'un bois1 ils j\iss5t de la srnit et de l'agrable tideur de leur ciel avec une volupt sans p>eille4 ,on ne les v]ra po9t se livr] aux mmes excs que les ,anglais1 et ils ne manife/]ont1 en gnral1 ni la joyeuse vivacit des ,franais1 ni le flegme impassible des ,allem&s4 ,ils pr\v5t p\r les j\issances de t\tes sortes un gt modr qui leur donne plus de moy5s rels de bonheur qu'aux autres hommes4 ,dans cet loignem5t de t\t ce qui n\s inquite et n\s afflige1 on n'*app]a peut-tre pas t\j\rs des ides romanesques2 mais si cette disposition d'esprit a des inconvni5ts1 elle prs5te aussi un ct favorable4 ,il peut se faire que des rv]ies *imriques n\s conduis5t des sy/mes dang]eux1 qu'elles veill5t en n\s quelques mauvaises passions1 qu'elles n\s amn5t une faon de p5s] lgrem5t inconsqu5te1 qu'elles r5d5t quelquefois l'me incapable de se livr] activem5t d'utiles ef=ts1 et de se cont5t] des simples ralits d'une vie ord9aire2 il peut se faire encore que l'imag9ation ne desc5de pas sans regret du monde idal o elle aurait plan]1 qu'elle en rapporte une sorte de rpugnance p\r les relations sociales1 et qu'elle se tr\ve mme hors d'tat de remplir les devoirs ord9aires de la vie et de s'y complaire4 ,il e/ c]ta9 que les s5tim5ts romanesques n'enfant5t pas t\j\rs le malheur4 ,il e/ facile de reconnatre qu'on j\it plus p> l'imag9ation que p> la ralit4 ,r\sseau avait lu dans sa jeunesse une quantit de romans4 ,entran p> cette lecture v]s les *oses imag9aires1 il r5ona ce qui l'ent\rait4 ,ds lors il se dveloppa en lui un p5*ant p\r la solitude1 qu'il cons]va jusqu' la f9 de ses j\rs4 ,il disait que cette prdilection1 qui avait t\tes les app>5ces de la misan?ropie1 tait l'effet des qualits trop affectueuses de son cur1 qui1 ne tr\vant nulle "p les mmes dispositions1 se rsignait vivre de fictions4 ,dans la solitude1 l'imag9ation pr5d quelquefois un essor av5tureux qui fait du bi5 au cur sans nuire l'esprit4 ,p>t\t o j'ai t1 j'ai tr\v quelqu'un qui mon me s'e/ ratta*e4 ,ah6 si mes anci5s amis de la ,suisse savai5t combi5 de fois je m'entreti5s avec eux dans mes nuits d'insomnie6 s'ils savai5t que ni la di/ance ni le temps n'effac5t en moi le s\v5ir de ce qu'ils ont t une autre poque de ma vie6 s'ils savai5t comme ces s\v5irs calm5t mes d\leurs1 ils se rj\irai5t peut-tre de voir que je vis encore avec eux p> l'imag9ation1 bi5 que je sois mort p\r eux en ralit4 ,celui-l ne me p>at pas compltem5t malheureux qui se s5t encore anim1 dans la solitude1 p> de nobles et purs s5tim5ts4 ,on se figure s\v5t que celui qui vit lo9 du monde e/ subjugu p> les ides les plus sombres1 et s\v5t1 au contraire1 il j\it d'une r>e flicit4 ,les ,franais reg>dai5t ,r\sseau comme un froid misan?rope4 ,il ne le fut cep5dant pas p5dant une gr&e p>tie de sa vie1 et il ne l'tait pas assurm5t qu& il crivait ,m4 de ,male%]bes1 fils du *anceli]3 ,je ne saurais v\s dire1 ,monsieur1 combi5 j'ai t t\* de voir que v\s m'e/imiez le plus malheureux de t\s les hommes4 ,le public1 sans d\te1 en jug]a comme v\s1 et c'e/ ce qui m'afflige4 ,oh6 que le sort dont j'ai j\i n'e/-il connu de t\t l'univ]s6 *acun v\drait s'en faire un semblable4 ,la paix rgn]ait sur la t]re2 les hommes ne song]ai5t plus se nuire1 et il n'y aurait plus de m*ants qu& nul n'aurait intrt l'tre4 ,mais de quoi j\issais-je enf9 qu& j'tais seul8 de moi1 de l'univ]s enti]1 de t\t ce qui e/1 de t\t ce qui peut tre1 de t\t ce qu'a de beau le monde s5sible1 et d'imag9able le monde intellectuel4 ,je rassemblais aut\r de moi t\t ce qui p\vait flatt] mon cur4 ,mes dsirs tai5t la mesure de mes plaisirs4 ,non1 jamais les plus voluptueux n'ont connu de p>eilles dlices1 et j'ai c5t fois plus j\i de mes *imres qu'ils ne le font de leur ralit4 ,il y a sans d\te de l'exagration dans cette lettre de ,r\sseau2 mais qui n'aim]ait mieux suivre ,r\sseau dans cette exagration que le monde dans ses calculs1 dans ses habitudes de jeu1 ses fausses joies et ses prjugs8 ,qui ne prfr]ait1 tant de bruyantes runions1 le calme de la vie intrieure et les *>mes de la nature8 ,les glogues sont aussi une uvre d'imag9ation1 et c'e/1 selon moi1 l'expression la plus pure et la plus idale du bonheur des *amps4 ,celui qui1 n'ayant que des dsirs mode/es1 ne se fatigue po9t p> une inquite ambition1 ne *]*e que des p5ses d'am\r et d'innoc5ce1 celui-l voit encore refleurir p\r lui cet ge d'or des potes1 que l'on dit p]du2 l'am\r1 le repos1 les joies que donne la nature1 n'ont pas t uniquem5t rs]vs aux pla9es heureuses de l',arcadie4 ,n\s p\vons t\s avoir1 si n\s le v\lons1 notre ,arcadie2 n\s p\vons tr\v] dans t\tes les v]tes prairies1 au bord des s\rces limpides1 l'ombre des bois1 les d\ces et innoc5tes joies du cur4 ,pope fait remont] la posie jusqu'aux premi]s temps de la cration4 ,les premi]s hommes tai5t des pa/eurs1 et leurs premi]s pomes fur5t sans d\te des glogues4 ,en conduisant leurs tr\peaux de pturage en pturage1 ils *]*ai5t *>m] les loisirs de leurs beaux j\rs1 et ils *antai5t leur bonheur4 ,telle e/ vraisemblablem5t1 dit ,pope1 l'orig9e de l'idylle1 de ces pe9tures d'une vie riante et paisible o se reflte le s5tim5t des antiques v]tus4 ,ces fictions produis5t sur ceux qui les lis5t une agrable s5sation1 et l'on bnit le pote qui1 dans l'lan de son en?\siasme1 *]*e communiqu] aux autres la flicit qu'il pr\ve lui-mme4 ,la ,sicile et la ,suisse ont produit deux de ces potes qu'on p\rrait compt] p>mi les bi5faiteurs du g5re huma91 ,?ocrite et ,gessn]1 dont les suaves idylles n\s font si vivem5t s5tir l'attrait et les *>mes de la nature4 ,s\v5t ce n'e/ que dans la solitude que le cur p>vi5t tr\v] le repos et le bonheur auquel il aspire4 ,qu& je dis repos1 je n'ent5ds po9t p> l l'oisivet et l'indol5ce3 pass] d'un travail pnible une occupation agrable1 et de la contra9te des affaires l'tude des belles-lettres1 c'e/ un repos4 ,voil p\rquoi ,scipion disait qu'il n'tait jamais mo9s oisif que qu& il n'avait ri5 faire1 et jamais mo9s solitaire que lorsqu'il tait seul4 ,les mes =tes ne s'endorm5t po9t dans le loisir et dans la retraite2 elles y ress5t5t un n\vel aiguillon1 et lorsqu'elles se rj\iss5t d'avoir mis f9 un travail1 elles p5s5t aussitt en recomm5c] un autre4 ,ah6 il n'e/ que trop vrai que celui qui dem&e une situation exempte d'inquitude p\rsuit va9em5t une ombre trompeuse4 ,il ne faut aspir] au repos que comme un moy5 de ranim] notre activit1 et il faut savoir prfr] le travail proportionn nos =ces et dont n\s tr\v]ons la rcomp5se1 aprs les ef=ts que n\s aurons faits1 t\t ce qui n\s jett]ait dans l'in]tie1 n\s endormirait dans la p>esse1 et t\t ce qui ne n\s (fre que des plaisirs trop faciles acqurir4 ,ne *]*ons pas le repos dans l'inaction1 mais suivons l'lan qui n\s porte agir2 et si le malheur de ceux que n\s aimons pse sur notre me1 si la compassion qu'ils n\s inspir5t empoisonne t\tes nos joies et revt nos yeux le monde d'un nuage de deuil1 si n\s avons p5dant des mois et des annes entires essay en va9 de n\s s\/raire nos s\ffrances1 alors fuyons dans la solitude1 et puissions-n\s y tre conduits et s\t5us p> la ma9 anglique d'une femme *rie6 ,dans les div]ses et pnibles vicissitudes de ma vie1 je n'ai po9t connu d'in/ants plus heureux que ceux o j'oubliais le monde et o le monde m'oubliait1 et c'e/ dans la solitude que je retr\vais cette pr(onde satisfaction4 ,j'tais alors l'abri de t\t ce qui1 dans le tumulte des villes1 pesait si l\rdem5t sur moi1 de t\tes les sombres agitations que me donnait le t\rbillon du monde4 ,j'admirais la nature1 je j\issais de sa srnit1 et je n'pr\vais que des motions agrables4 ,s\v5t1 dans ces heures de bndiction1 j'ai admir1 p> une fra*e mat9e1 la coll9e c\v]te d'arbres v]doyants o s'lv5t les ru9es solitaires du *teau de ,rodolphe de ,habsb\rg4 ,l1 j'aimais voir l',a> tantt se dr\lant entre ses rives esc>pes dans un l>ge bass91 tantt se prcipitant entre les rocs s]rs sur son passage1 puis s]p5tant maje/ueusem5t le long des riantes prairies1 et recevant dans ses eaux la ,reuss et la ,limat1 qui lui apport5t le tribut de leurs flots4 ,a trav]s ce spl5dide paysage1 mes reg>ds s'arrtai5t sur la solitude royale o repos5t les ossem5ts de l'emp]eur ,alb]t ,i]1 et ceux de tant de pr9ces de la maison d',autri*e et de tant de g5til%ommes allem&s va9cus p> les ,suisses4 ,plus lo9 j'ap]cevais la valle que dom95t les ru9es de ,v9donissa#be1 o s\v5t j'allais mdit] sur le nant des gr&eurs huma9es4 ,l'horizon tait born p> une ence9te de coll9es1 de vieux *teaux1 et au del de cette ence9te on voyait brill] la *ane des ,alpes dans son admirable magnific5ce4 ,quelquefois1 dt\rnant mes yeux de ce spectacle spl5dide1 je m'arrtais contempl] la fra*e valle qui s't5dait mes pi$s et la petite ville qui m'a vu natre4 ,j'en di/+uais t\s les qu>ti]s et je p\vais compt] t\tes les f5tres de la maison que j'habitais4 ,en rfl*issant alors mes s5sations1 je me disais3 ,p\rquoi mon me a-t-elle t si oppresse au milieu de tant de magnifiques tableaux8 ,p\rquoi l'hiv] m'a-t-il p>u si sombre1 p\rquoi ai-je pr\v l tant d'ennuis1 tant de pe9es1 t&is qu'ici mon cur e/ si tranquille1 si dispos p>donn] t\s les faux jugem5ts1 et si libre de t\te sollicitude8 ,p\rquoi y a-t-il si peu d'accord dans cette petite peuplade d'hommes qui vgt5t mes pi$s8 ,p\rquoi celui qui e/ bon et honnte se montre-t-il l si timide et si cra9tif8 ,p\rquoi celui qui g\v]ne app>at-il si gr&1 et celui qui e/ g\v]n si petit8 ,p\rquoi ces g5s-l ont-ils si peu de lib]t1 de h>diesse1 et si peu le s5tim5t d'eux-mmes8 ,p\rquoi en voit-on qui sont si fi]s et d'autres si humbles et si rampants8 ,p\rquoi enf9 exi/e-t-il tant d'orgueil et tant d'envie p>mi ces tres qui sont ns gaux1 t&is que les oiseaux s'lv5t l'un ct de l'autre dans les airs et uniss5t leurs *ants p\r clbr] leur crateur8 ,alors je r$esc5dais du haut de la coll9e1 satisfait et paisible4 ,je t5dais affectueusem5t la ma9 mes infrieurs1 je faisais un salut rvr5cieux aux magi/rats de ma petite cit1 et je cons]vais cette salutaire disposition de l'me jusqu' ce que les relations des hommes m'euss5t fait oubli] de n\veau l'aspect imposant des montagnes1 la v]dure des prairies et le *ant des oiseaux4 #be ,v9donissa tait une gr&e et =te ville roma9e1 qui s]vait de b\lev>d aux emp]eurs contre les invasions des ,g]ma9s4 ,en l'an #bhg1 l'emp]eur ,*lore battit dans ce lieu ces hordes imptueuses1 que les =t]esses du ,rh9 ne p\vai5t arrt]4 ,au comm5cem5t du quatrime sicle1 ,v9donissa fut prise et saccage p> les ,g]ma9s4 ,elle se releva de ce dsa/re et dev9t1 s\s les ,francs1 le sige d'un v* qui1 en #egi1 fut transfr ,con/ance4 ,les comtes de ,w9dis* et d',alt5b\rg1 qui sont la tige de la maison de ,habsb\rg1 habitai5t1 au d\zime sicle1 sur les dbris de cette antique ville roma9e4 ,de t\te cette gr&eur impriale et fodale il ne re/e que des ru9es1 sur lesquelles s'lv5t deux villages et la petite ville de ,brugg4 ,la solitude *amptre efface a9si dans notre esprit ce qui n\s dplat dans les relations d'un c]ta9 monde2 elle *ange s\v5t en plaisirs intrieurs les impressions les plus f*euses et n\s inspire un en?\siasme que n\s n'pr\vons pas dans les villes4 ,dans la solitude1 l'aspect d'une nature paisible1 plus d'un tre vicieux peut oubli] ses mauvais p5*ants4 ,la solitude dveloppe en n\s les p5ses bi5veillantes et affectueuses1 et n\s raff]mit dans les v]tueux dsirs1 p\rvu t\tefois que n\s sa*ions n\s-mmes combattre nos passions et les dirig] sagem5t4 ,il e/ plus difficile de tr\v] cette solitude salutaire dans l'ence9te des villes4 ,peu de p]sonnes ont assez de rsolution p\r se retir] dans leur *ambre et s'lev] p> la p5se au-dessus de t\t ce qui les environne2 c> l1 dans les rues1 dans les socits1 notre foy] mme1 mille incid5ts f*eux int]romp5t le c\rs de nos rflexions1 la tri/esse s'emp>e du cur et p>alyse l'essor de l'esprit4 ,r\sseau se tr\vait t\j\rs =t malheureux ,p>is#bf4 ,il crivit l1 il e/ vrai1 quelques-uns de ses plus loqu5ts ouvrages2 mais1 ds qu'il sortait de son humble demeure1 il se s5tait assailli p> une f\le d'impressions dsagrables4 ,alors son esprit l'ab&onnait1 et ce philosophe pr(ond1 et ce brillant criva9 avait t\tes les faibles susceptibilits d'un enfant4 #bf ,lui-mme a dit3 ,t\t le temps que j'ai vcu ,p>is ne fut employ qu' *]*] des ress\rces p\r en vivre loign4 ,a la campagne1 on sort de *ez soi avec plus de confiance et de tranquillit4 ,du mom5t o l'on e/ las d'tudi]1 de rfl*ir dans sa *ambre1 on n'a qu' fran*ir le seuil de sa porte1 p>t\t on retr\ve l'image du repos1 et *aque prom5ade que l'on fait e/ une agrable di/raction4 ,on t5d la ma9 affectueusem5t t\s ceux que l'on r5contre1 on aime t\s les hommes que l'on voit1 et l'on se croit aim d'eux4 ,le long de son s5ti] *amptre1 on ne c\rt pas risque d'tre rvolt p> les dda9s de quelque orgueilleux ari/ocrate1 ni clab\ss p> un c>rosse armori4 ,les reg>ds ne sont po9t blesss p> le spectacle du vice qui se pavane s\s ses titres pompeux1 ou de l'ignorance *am>re d'or4 ,mme avec une con/itution dlicate1 nos j\rs peuv5t encore s'c\l] paisiblem5t au se9 du t\rbillon social1 si n\s connaissons l'art de vivre avec n\s-mmes4 ,ce sont nos passions qui imprim5t le m\vem5t notre me1 et qui doiv5t conduire notre esquif sur l'ocan de la vie4 ,mais si ces passions devi5n5t trop imptueuses1 la pauvre b>que e/ en dang] et peut faire naufrage4 ,les *agr9s ne sont qu'un mal secondaire p\r celui qui sait rep\ss] les dsirs c\pables4 ,oublions donc1 s'il le faut1 le pass2 ne n\s p]dons po9t en va9es conjectures sur l'av5ir1 et ne n\s dsolons pas de ce que notre sort p\rrait tre meilleur qu'il n'e/4 ,t\t e/ t\j\rs mieux que n\s ne croyons4 ,la satisfaction ne n\s vi5t pas des *oses que n\s dsirons le plus1 puisque1 aprs les avoir obt5ues1 n\s ne sommes pas encore satisfaits4 ,la vraie satisfaction repose en n\s-mmes1 dans la volont srieuse de connatre1 de *]*] le bi51 et d'en j\ir si petit qu'il soit4 ,ptr>que compr5ait bi5 l'art de se dom9] lui-mme et d'occup] sa solitude de ,vaucluse4 ,je me lve m9uit1 dit-il1 et je sors ds le mat92 j'tudie dans les *amps comme dans ma *ambre2 je lis1 j'cris1 je rve1 je lutte contre la p>esse1 contre le sommeil et la s5sualit4 ,p>fois je p>c\rs des montagnes arides1 des valles pr(ondes1 des grottes tnbreuses2 p>fois je me promne1 seul avec mes p5ses1 le long d'une rivire4 ,pas une me ne peut me di/raire2 les hommes me devi5n5t de j\r en j\r mo9s *>ge1 et je les ti5s di/ance4 ,je me rappelle le pass1 je rfl*is l'av5ir4 ,j'ai dc\v]t un moy5 excell5t de me sp>] du monde1 c'e/ de m'habitu] aux lieux o je m'tablis1 et je suis conva9cu que je p\rrais m'habitu] a9si t\s les lieux1 except p\rtant ,avignon4 ,ici1 ,vaucluse1 je me figure que je suis tantt ,a?nes1 tantt ,rome ou ,flor5ce1 selon les fantaisies de mon esprit2 ici1 je j\is de t\s mes amis1 de ceux avec qui j'ai vcu1 de ceux qui sont morts longtemps avant moi1 et de ceux que je ne connais que p> leurs ouvrages4 ,ptr>que ne v\lut cep5dant pas faire t\t ce qu'il avait la =ce de faire1 p>ce qu'il tait am\reux4 ,il n'avait pas cette paix du cur1 cette paix qui e/ un des plus srs moy5s1 dit ,lavat]1 d'tre bon et de produire le bi54 ,p> l'effet du travail1 on peut gt] le *>me du repos dans la solitude la plus affreuse4 ,l'emp]eur du ,japon exila dans l'le de ,fateitzio quelques gr&s seigneurs de ses tats qui lui avai5t dplu4 ,cette le1 aride et ds]te1 e/ borde de rivages esc>ps et d'un accs si difficile qu'on e/ =c d'y mont] avec des ma*9es les malheureux qui y sont envoys et les vivres dont ils ont beso94 ,la seule occupation de ceux qui sont exils sur cette t]re sauvage e/ de fabriqu] des tissus de soie et d'or d'une gr&e beaut1 que les ,japonais ne v5d5t jamais aux trang]s4 ,je ne v\drais po9t dplaire sa maje/ l'emp]eur du ,japon1 mais je crois p\rtant qu'on peut tr\v] plus de paix intrieure dans l'le de ,fateitzio que prs de lui1 dans l'clat de sa c\r4 ,n\s devons n\s ef=c] de runir t\t ce qui peut faire r5tr] quelque repos dans notre me1 et entret5ir avec so9 ce repos si prcieux4 ,on peut le tr\v] la campagne1 aprs l'avoir va9em5t *]* dans les villes4 ,quel homme de c\r pr\va jamais1 au milieu des banquets les plus brillants1 une satisfaction p>eille celle que ,r\sseau gtait en faisant son frugal repas8 ,je rev5ais petits pas1 dit-il1 la tte un peu fatigue1 mais le cur cont5t2 je me reposais agrablem5t au ret\r1 en me livrant l'impression des objets1 mais sans p5s]1 sans imag9]1 sans ri5 faire autre *ose que de s5tir le calme et le bonheur de ma situation4 ,je tr\vais mon c\v]t mis sur ma t]rasse1 je s\pais de gr& apptit dans mon petit dome/ique4 ,nulle image de s]vitude et de dp5dance ne tr\blait la bi5veillance qui n\s unissait t\s4 ,mon *i5 lui-mme tait mon ami1 non mon esclave4 ,n\s avions t\j\rs la mme volont1 mais jamais il ne m'a obi4 ,ma gaiet1 durant t\te la soire1 tmoignait que j'avais vcu seul t\t le j\r4 ,j'tais bi5 diffr5t qu& j'avais vu de la compagnie2 j'tais r>em5t cont5t des autres et jamais de moi4 ,le soir1 j'tais grondeur et taciturne4 ,cette rem>que e/ de ma g\v]nante1 et1 depuis qu'elle me l'a dit1 je l'ai t\j\rs tr\ve ju/e en m'obs]vant4 ,enf91 aprs avoir fait encore quelques t\rs dans mon j>d91 je *antais quelques airs sur mon p9ette2 je tr\vais dans mon lit un repos de corps et d'me c5t fois plus d\x que le sommeil mme4 ,la nature et un cur paisible sont1 p\r le ,dieu suprme1 un temple plus beau1 plus maje/ueux que les plus magnifiques difices4 ,la gr&eur de ,dieu sanctifie la coll9e solitaire o une me exempte de mauvaises passions lui (fre son humble sacrifice4 ,ne p>lons pas de le r5f]m] dans une ence9te de murailles1 lui que les mondes enti]s ne peuv5t cont5ir4 ,p>t\t il lit dans notre cur1 p>t\t il ent5d notre prire4 ,il n'e/ pas un atome de p\ssire qui ne soit rempli de sa puissance1 mais il n'y a pas un lieu qui inspire plus de pit que ceux o la maje/1 la grce de la nature1 raviss5t la p5se1 et n\s caus5t un s5tim5t d'admiration et d'am\r4 ,jamais je ne songe1 sans une pr(onde motion1 la scne spl5dide qui se dr\la mes yeux1 lorsqu'un j\r je montai avec mon ami ,lavat] sur la t]rasse de la maison o il tait n1 en me rappelant ce que mon *] ,brudon avait pr\v sur l',etna2 il me sembla que je ress5tais les mmes motions#bg4 ,mes reg>ds planai5t la fois sur la ville de ,zuri* et sur les riantes campagnes qui l'environn5t2 je voyais devant moi le lac limpide et transp>5t1 et l'horizon les cimes des montagnes gigantesques c\v]tes d'une neige t]nelle4 ,a cet aspect1 je j\issais d'une srnit cle/e4 #bg ,a mesure1 dit ,brudon1 que n\s n\s levions au-dessus des habitations des hommes1 il n\s semblait que t\s les s5tim5ts bas et vulgaires n\s ab&onnai5t2 que prs des rgions ?res notre me se dp\illait des passions t]re/res1 comme si elle et repris une p>tie de son immuable puret4 ,je compris alors comm5t1 avec cet inaltrable s5tim5t de son exi/5ce et de ses =ces1 ,lavat] p\vait se montr] tranquillem5t dans ,zuri* aux yeux des savants1 qui ne cessai5t de le h>cel]1 et auxquels il dem&ait si humblem5t p>don de son exi/5ce si innoc5te4 ,je compris comm5t il p\vait aim] encore ses ennemis implacables1 que son nom seul irritait1 qui ne se rsignai5t qu'avec pe9e reconnatre une p>tie de son mrite1 mais qui se faisai5t une joie de reconnatre en lui quelque dfaut1 quelque ridicule1 et recueillai5t avec avidit t\tes les impo/ures qui p\vai5t port] atte9te sa rputation4 ,dans une position plus calme encore et plus attrayante que celle de la maison de ,lavat]1 au milieu des sites les plus riants et les plus maje/ueux de la ,suisse1 dans le village de ,ri*t]swyl1 quelques lieues de ,zuri*1 demeure un gr& mdec92 son me e/ d\ce et noble comme la nature qui l'ent\re4 ,sa maison e/ le temple des v]tus paisibles et des t5dres affections4 ,le village de ,ri*t]swyl s't5d au bord de deux langues de t]re qui s'avanc5t au milieu du lac de ,zuri*1 et =m5t un port naturel d'une demi-lieue d't5due4 ,sur l'autre rive1 le lac1 qui dans cet endroit n'a gure qu'une lieue de l>geur1 e/ f]m1 du nord au levant1 p> des coll9es c\v]tes de vigne1 des prairies1 des v]g]s1 des *amps p>sems de villages1 d'glises et de ru/iques habitations4 ,du levant au midi1 on voit se dploy] un imm5se amphi?tre1 que nul pe9tre encore n'a pu reprs5t] dans son ensemble4 ,v]s la p>tie suprieure du lac1 on ap]oit des les1 des promontoires1 et la petite ville de ,rapp]swyl1 adosse aux flancs d'un coteau1 et le pont qui s't5d d'un des bords du lac l'autre4 ,au del s'lve en demi-c]cle cet amphi?tre qu'on ne se lasse pas de contempl]4 ,on dc\vre d'abord des coll9es ondoyantes1 puis des montagnes revtues d'arbres v]ts et peuples d'habitations1 puis les montagnes f]tiles des ,alpes avec leur te9te d'arg5t et d'azur1 puis enf9 les cimes gr&ioses qui s'lv5t jusqu'au ciel4 ,v]s le sud1 cet amphi?tre e/ ouv]t et laisse ap]cevoir d'autres *anes de montagnes qui s't5d5t au lo91 *elonnes les unes sur les autres4 ,sur les bords du lac1 au pi$ de ces montagnes qui se prolong5t du midi l'oue/1 s'lve le village de ,ri*t]swyl4 ,de sombres =ts de sap9s c\vr5t leurs flancs1 et1 au pi$ de ces =ts1 on ne voit que des v]g]s remplis d'arbres fruiti]s1 des *amps fconds et de gr&s pturages2 le village e/ propre1 ses rues sont paves1 ses maisons con/ruites en pi]res1 et revtues au dehors d'une c\*e de pe9ture4 ,d'une "p1 il e/ ent\r p> une ence9te d'arbres fruiti]s2 de l'autre1 p> d'paisses =ts4 ,l'trang] ne peut contempl] sans une vive motion ce *>mant tableau4 ,il n'y a pas une p>celle de cette heureuse t]re qui ne soit cultive4 ,enfant et vieill>d1 t\t le monde travaille4 ,le mdec9 dont je p>le a l deux maisons bties au milieu d'un j>d91 au c5tre du village1 et aussi tranquilles que si elles tai5t en ple9e campagne4 ,au-dess\s de la *ambre qu'il occupe1 c\le un frais ruisseau ctoy p> la gr&e r\te1 o depuis des sicles on voit pass] *aque j\r une quantit de pl]9s qui s'en vont au c\v5t de ,notre-,dame des ,ermites4 ,de l on dc\vre1 au midi1 le sup]be ,etzelb]g avec ses noires =ts1 au milieu desquelles on voit brill] aux rayons du soleil la fl*e d'une glise4 ,a quelques pas du village e/ le lac de ,zuri*1 dont les eaux1 lgrem5t balances p> le v5t1 se c\vr5t d'une blan*e cume1 ou1 s'aplanissant comme une glace1 reflt5t dans leur cri/al limpide les bois et les montagnes1 la v]dure et le ciel4 ,si dans cette sduisante retraite on s'en va la nuit dans le j>d9 respir] l'arme des fleurs naissantes1 t&is que la lune se lve d]rire les montagnes1 et projette un long sillon de lumire sur la surface du lac cette heure paisible2 cette heure de repos1 on ent5d d'un ct le son des clo*es du village1 de l'autre la voix glapissante du crieur de nuit et l'aboiem5t des *i5s de basse-c\r4 ,on di/+ue dans le lo9ta9 la b>que du p*eur qui de sa rame frappe l'onde c\ps mesurs4 ,on la voit gliss] au milieu d'un sillon de lumire et se balanc] sur les vagues arg5t9es4 ,quel e/ celui qui1 en voyant p\r la premire fois le lac de ,g5ve dans t\te son t5due1 ne re/]ait saisi d'admiration l'aspect d'une telle scne et ne croirait voir l'un des *efs-d'uvre de la cration8 ,mais ,ri*t]swyl1 t\s les objets que les reg>ds embrass5t sont plus rappro*s et d'une te9te plus d\ce et plus agrable4 ,dans la maison de ce sage mdec91 il n'y a ni luxe ni fa/e vaniteux4 ,on s'assi$ l sur des *aises de paille2 on n'y tr\ve que des tables en bois du pays1 et de la vaisselle de t]re2 mais t\t y e/ propre et commode4 ,une collection de portraits1 pe9ts ou gravs1 e/ la seule dp5se de mon ami4 ,les premi]s rayons du mat9 clair5t la *ambre o il repose1 et l'invit5t repr5dre le m\vem5t et la vie4 ,une ni*e d'oiseaux s'veille en mme temps que lui1 et le salue de ses *ants4 ,les premi]s et les d]ni]s in/ants du j\r sont lui2 il consacre t\s les autres t\s les malades1 t\s les pauvres g5s qui vi5n5t sans cesse le consult]4 ,sa bi5faisance absorbe son temps1 mais elle fait la joie de sa vie1 et elle alim5te son cur4 ,les habitants des montagnes de la ,suisse et des valles des ,alpes arriv5t en gr& nombre *ez lui1 et lui exprim5t navem5t leurs beso9s1 c> ils sont p]suads qu'il sait t\t4 ,on rpond ses que/ions avec une fran*e simplicit2 on prte une oreille avide ses p>oles2 on recueille prcieusem5t ses conseils1 et on le quitte1 ple9 d'espoir et de consolation1 comme lorsqu'on quitte les confesseurs de ,notre-,dame des ,ermites4 ,qu& ce digne homme a pass une telle j\rne1 que manque-t-il son bonheur8 ,qu& une honnte paysanne1 qui nagure tremblait p\r les j\rs de son p\x1 entre dans la *ambre du bon docteur1 et lui dit en lui s]rant la ma93 ,mon m>i tait bi5 mal qu& je suis v5ue *ez v\s1 prs5t il e/ beauc\p mieux4 ,ah6 quelle reconnaissance je v\s dois6 l'me de mon ami doit ress5tir ces mots t\t ce qu'un roi pr\v]ait l'in/ant o il f]ait le bonheur d'un peuple4 ,telle e/ la contre de la ,suisse o demeure l'un des plus gr&s pratici5s de notre sicle1 le docteur ,hotz1 que son habilet de mdec91 son jugem5t de philosophe et son expri5ce plac5t sur la mme ligne que mes deux *]s amis1 ,tissot et ,h]zel4 ,ses annes s'c\l5t dans l'accomplissem5t des mmes devoirs3 il n'a1 il e/ vrai1 que deux heures lui dans la j\rne2 le re/e e/ employ s\lag] ceux qui ont beso9 de lui4 ,son esprit vif et n]gique ne se repose jamais1 mais une tranquillit suprme rside dans son cur4 ,ah6 il n'aurait pas tr\v la c\r une telle flicit4 ,mais *acun peut en acqurir une p>eille sans habit] une aussi belle demeure que celle de mon *] ,hotz1 que le clotre des capuc9s prs d',albano ou que le palais de ,w9dsor4 ,celui qui se cont5te de ce qu'il possde e/ heureux4 ,il e/ ais de tr\v] ce bonheur ,ri*t]swyl1 sur les bords du lac de ,zuri*2 mais il n'e/ pas aussi facile qu'on p\rrait le croire de le gt] dans la *ambre o j'cris ce livre sur la solitude1 et d'o ma vue ne repose1 depuis sept ans1 que sur de misrables toits et sur le sommet d'un tri/e clo*]4 ,il faut que le calme ait sa s\rce dans le cur2 mais il y r5tre plus facilem5t avec les v]tus qui doiv5t l'accompagn]4 ,dans le sil5ce d'une retraite *amptre1 on devi5t aism5t bon et aimant2 au pi$ d'une =t fra*e1 au bord d'un ruisseau limpide1 la tranquillit de la nature pntre dans notre cur1 et1 p>mi les hommes1 on e/ s\v5t plus t5t de se fuir soi-mme que de fuir les autres4 tre en paix avec soi-mme1 c'e/ tre en paix avec le monde enti]2 qu& l'me e/ paisible1 les hommes et les *oses se montr5t n\s s\s le meilleur po9t de vue4 ,qu& la nature n\s s\rit1 qu& les s5tim5ts de bi5veillance qu'elle n\s inspire rempliss5t notre cur1 il ne n\s manque plus qu'un cur p\r p>tag] notre flicit4 ,les c>actres paisibles tr\v5t plus de bonheur intrieur la campagne que p>t\t ailleurs4 ,nul palais1 nulle c\r brillante ne p\rrai5t effac] la d\leur de celui qu'on arra*]ait malgr lui une d\ce et calme situation p\r le transport] dans ce t\rbillon du gr& monde1 o l'on tr\ve tant d'ennui1 tant de m5songe1 tant de fausses dmon/rations et tant de ha9e#bh4 #bh ,madame de ,ma9t5on crivait1 de ,v]sailles1 madame de ,qulus3 ,n\s m5ons ici une vie s+ulire2 n\s v\drions avoir de l'esprit1 de la galant]ie1 de l'inv5tion1 et t\t cela n\s manque entirem5t4 ,on j\e1 on bille1 on ramasse quelques misres les uns des autres1 on se hait1 on s'envie1 on se c>esse et on se d*ire4 ,c'e/ dans les campagnes qu'on retr\ve encore l'am\r1 la bonne foi1 les j\issances vritables et la simplicit de murs de nos aeux4 ,voil p\rquoi ,r\sseau disait aux habitants des villes qu'il y avait dans la vie *amptre un *>me p>ticuli] qu'ils ne connaissai5t pas1 et des plaisirs mo9s fades et mo9s grossi]s qu'ils ne croyai5t2 que l1 on reconnaissait aussi le gt et la dlicatesse2 qu'un homme de mrite qui se retire la campagne avec sa famille1 qui se fait son propre f]mi]1 passe l des j\rs plus d\x que dans les assembles les plus spl5dides2 qu'une honnte mnagre peut tre la campagne une femme ple9e d'agrm5ts et de grces1 prfrables t\tes les grces des gr&es dames4 ,c'e/ dans le tumulte social1 s\s le j\g de la subord9ation que la lutte cont9uelle du bon s5s et de la raison contre l'ignorance de ceux qui ex]c5t le p\voir attri/e et dsole l'esprit de l'homme4 ,des sots1 inve/is d'une inju/e autorit1 r5d5t l'exi/5ce pnible leurs subalt]nes1 sm5t de ronces et d'p9es la c>rire de ceux qui ont plus de tal5ts qu'eux1 les jett5t dans le dc\ragem5t et les abreuv5t d'am]tume4 ,combi5 d'hommes d'honneur obligs de vivre la c\r1 combi5 de braves (fici]s et d'employs in/ruits p\rrai5t s'cri] avec le philosophe3 ,oh6 que n'ai-je des ailes comme la colombe6 que ne puis-je p>tir et fix] ma demeure o il me plairait6 ,je fuirais ces lieux en t\te hte p\r me retir] dans le ds]t1 p\r *app] l'orage qui me m5ace dans ces demeures o rgn5t la sottise1 la mauvaise foi1 le m5songe et la discorde4 ,la sottise qui ex]ce quelque p\voir et a quelque crdit devi5t surt\t nuisible et dang]euse1 p>ce qu'elle pr5d un homme p\r le contraire de ce qu'il e/1 p>ce qu'elle int]v]tit l'ordre de t\tes les ides raisonnables4 ,il faut que les c>actres droits1 libres et honntes qui veul5t lui *app]1 connaiss5t ses artifices et ses m*antes comb9aisons1 comme le r5>d de ,saadi1 le fabuli/e indi54 ,un homme1 r5contrant un r5>d qui fuyait v]s son t]ri]1 lui dit3 ,p\rquoi donc c\rs-tu si vite8 z-tu commis quelque mauvaise action dont tu r$\tes le *tim5t8--,non1 rpondit ce r5>d3 ma consci5ce e/ pure1 mais je vi5s de voir des *asseurs qui *]*5t pr5dre un *ameau4--,eh bi56 que t'importe8 tu n'es po9t un *ameau4--,ah6 ah6 reprit le r5>d1 les bonnes ttes ont t\j\rs des ennemis4 ,si quelqu'un me montrait aux *asseurs en disant3 ,voil un *ameau qui c\rt dans la campagne1 ils me pr5drai5t et me li]ai5t sans se donn] la pe9e de voir si je suis rellem5t l'animal qu'ils *]*ai5t4 ,le r5>d avait raison4 ,mais que les hommes soi5t m*ants p> sottise ou p> envie1 si je ne puis *app] leur atte9te2 si1 p>ce qu'ils me croi5t heureux1 je suis l'objet de leur jal\sie1 je ne me v5g]ai de leurs mauvaises p5ses qu'en leur montrant que je ne porte envie p]sonne4 ,celui qui e/ satisfait de ce qu'il possde n'pr\ve po9t cette basse jal\sie4 ,les ides de simplicit1 d'ordre et de repos que la solitude n\s inspire g>antiss5t notre cur des dsirs immodrs4 ,en vivant frquemm5t avec n\s-mmes1 n\s devons reconnatre combi5 il n\s manque de qualits et combi5 n\s sommes au-dess\s de ce que l'on p\rrait faire croire4 ,t\t le bi5 qui n\s arrive alors et t\t le bonheur dont n\s j\issons n\s p>at une grce spciale1 et n\s ne p\vons n\s afflig] du bonheur des autres4 ,la d\ceur nat a9si des rflexions que l'on fait sur ses propres dfauts et de la ju/ice que l'on r5d aux qualits suprieures que l'on a occasion d'apprci]4 ,un hi/ori5 de la ,l\isiane a dit3 ,j'aurais v\lu f9ir mes j\rs dans les heureuses solitudes de cette contre1 lo9 du monde1 de l'gsme et de la mauvaise foi3 l on pr\ve une f\le d'innoc5ts plaisirs1 qui sans cesse se r5\vell5t2 l on *appe aux m*ants propos et l'envie2 l on ne saurait voir1 sans admir] la puissante bont de ,dieu1 tant d'animaux de t\tes sortes qui err5t paisiblem5t dans ces imm5ses prairies1 tant d'oiseaux qui rempliss5t les bois de leurs *ants1 tant de m]veilles de la nature qui n\s port5t de sages mditations4 ,mais on peut gt] ces mmes plaisirs ailleurs que dans les solitudes de la ,l\isiane4 ,ce pre de famille laborieux1 qui1 aprs avoir accompli honntem5t sa t*e de la j\rne1 rejo9t le soir sa femme et ses enfants1 n'a c]ta9em5t pas les tri/es sollicitudes du c\rtisan4 ,si l'homme inve/i d'un emploi public n'obti5t pas de ceux qui l'ent\r5t la ju/ice et l'honneur qu'il mrite2 si son zle et ses travaux ne sont po9t rcomp5ss comme ils devrai5t l'tre1 il oublie cette +ratitude qu& il revi5t au milieu des si5s1 qu& il retr\ve leurs tmoignages de t5dresse1 qu& il reoit d'eux ces loges dont il e/ digne4 ,si le faux clat du monde et de ses gr&eurs n'a po9t mu sa p5se1 si la dissimulation1 si la ruse1 la vanit purile1 n'ont fait que fatigu] ou aigrir son cur1 bi5tt1 dans le c]cle de ceux qu'il aime et dont il e/ aim1 une noble motion relv]a son me abattue1 un s5tim5t pur et consolant ranim]a son c\rage1 et la vrit1 la probit1 l'innoc5ce qui rgn5t aut\r de lui le rconcili]ont avec le g5re huma94 ,mais qu& il possd]ait la =tune la plus considrable1 qu& il s]ait le favori des m9i/res1 des gr&s ou des femmes1 si sa demeure e/ en proie la discorde ou l'envie1 tr\v]a-t-il dans ces fa/ueuses app>5ces de bonheur une comp5sation la satisfaction relle qui n'exi/e pas en lui-mme8 ,en exprimant ces p5ses sur les avantages de la solitude1 je me rappelle celles de l'illu/re prdicateur ,zollik(]4 ,la solitude1 dit-il1 n\s met l'abri des frivoles s>casmes1 des mpris inju/es et des op9ions injurieuses de l'envie4 ,elle n\s p>gne l'affligeant spectacle des folies1 des crimes et des misres qui1 dans le t\rbillon de la socit1 pr(an5t et s\ill5t si s\v5t le c\rs de la vie2 elle tempre en n\s la trop vive ardeur des passions2 elle aff]mit la paix dans notre cur4 ,j'ai moi-mme pr\v la vrit de ces p>oles4 ,qu& mes ennemis s'imag9ai5t que des vnem5ts sans importance tr\blai5t ma tranquillit1 qu& on v5ait me racont] qu'ils se rj\issai5t d'appr5dre les injures que l'on m'avait faites et celles qu'on me prp>ait1 je me disais3 ,qu'import5t ces pigrammes et ces raill]ies8 qu'import5t ces gravures satiriques que l'on rp& p\r m'(f5s] en ,suisse et en ,allemagne8 ,de mme que n\s ne p\rrions t\*]1 sans en ress5tir quelque d\leur1 les p9es et les *>dons que des pi$s endurcis f\l5t impunm5t1 de mme il e/ des p]sonnes qui s'affect5t d'un accid5t auquel d'autres ne pr5drai5t pas g>de3 ce sont ces p]sonnes qu'il faut trait] avec mnagem5t comme des plantes dlicates2 mais celui qui a ex]c son n]gie contre des dang]s rels et des malheurs r$\tables ne s'ap]oit po9t de ces lgres piqres2 il les ab&onne aux petits esprits1 qui en font leur occupation1 et se rit des m5aces d'un essaim d'insectes4 ,il n'e/ pas t\j\rs ncessaire de gt] les *>mes d'une nature fra*e et riante p\r oubli] la colre de ses ennemis4 ,on l'oublie p>t\t o l'on peut tr\v] quelque calme4 ,les petites contr>its de la vie1 les inju/ices1 les s\cis disp>aiss5t comme une p\ssire fugitive aux yeux de celui qui a assez de rsolution p\r vivre selon ses gts et ses c>actres4 ,ce que l'on fait volontairem5t e/ plus agrable que ce que l'on e/ =c de faire2 c'e/ la contra9te du monde et la s]vitude qui fatigu5t les mes libres1 qui puis5t leur n]gie1 et leur t5t1 au se9 mme de la ri*esse1 t\t plaisir et t\te satisfaction4 ,non-seulem5t la solitude ramne le calme dans le cur1 non-seulem5t elle dispose la bont1 la v]tu1 non-seulem5t elle n\s lve au-dessus de la m*ancet et de l'envie1 mais elle n\s (fre encore d'autres avantages aussi prcieux4 ,nulle "p on n'acqui]t la vraie lib]t aussi srem5t que dans l'loignem5t du tumulte du monde et des relations =ces avec les hommes4 ,n\s l'avons dj dit1 et n\s le rptons1 l'homme revi5t lui-mme dans la solitude1 il repr5d l son esprit libre et naturel1 il p5se1 il p>le1 il agit selon ses s5tim5ts4 ,affran*i de t\te tyrannie1 de la contra9te des affaires1 des lois d'une importune tiquette1 il peut p5s] t\t haut et se laiss] all] ses vritables motions4 ,madame de ,/aal disait que c'tait une gr&e erreur de se croire libre la c\r1 o1 dans les mo9dres circon/ances1 on e/ =c de s'arrt] t\tes sortes de considrations1 o il faut rgl] ses s5tim5ts sur t\t ce qui n\s ent\re1 o t\s ceux qui n\s appro*5t sembl5t avoir le droit de n\s mettre l'preuve1 et o n\s ne p\vons j\ir de n\s-mmes4 ,la j\issance de soi-mme1 disait-elle encore1 n'exi/e que dans la solitude4 ,c'e/ la ,ba/ille que je fis connaissance avec moi p\r la premire fois4 ,des hommes au cur libre et fi] ne sont pas faits p\r remplir une *>ge de *ambellan4 ,le c\rtisan jette un reg>d cra9tif sur t\t ce qui l'environne1 et le s\pon et l'inquitude le t\rm5t5t sans cesse4 ,il essaie cep5dant de cons]v] un visage s]e92 mais1 p>eil cette vieille femme dont on a ma9tes fois racont le culte naf1 il (fre un ci]ge l'ar*ange sa9t ,mi*el et un autre au dmon1 c> il ne sait duquel des deux il p\rra quelque j\r avoir beso94 ,l'am\r de la solitude et de la lib]t r5dait odieuses ,ptr>que les va9es di/ractions du monde4 ,dans sa vieillesse1 on t5ta plusieurs fois de l'atta*]1 en qualit de secrtaire1 au pontife roma94 ,ptr>que rpondait3 ,les ri*esses qu'on acqui]t aux dp5s de sa lib]t sont une vraie misre4 ,un j\g d'or e/ t\t aussi l\rd port] qu'un j\g de bois4 ,il reprs5ta ses amis qu'il ne p\vait r5onc] son indp5dance et ses loisirs1 ses tudes et ses livres2 qu' l'poque o il et eu beso9 de la =tune1 il avait su ddaign] la =tune1 et qu'il s]ait honteux p\r lui de la re*]*] lorsqu'elle ne lui tait plus ncessaire2 qu'il fallait rgl] ses provisions selon la longueur du *em91 et qu'arriv prs du t]me de sa c>rire1 il devait plutt song] l'htell]ie qu'aux frais du voyage4 ,ptr>que se retira dans la solitude l'ge de v+t-trois ans1 et il avait cep5dant t\tes les qualits extrieures que peut dsir] un c\rtisan2 il tait si beau que les passants s'arrtai5t dans les rues p\r le reg>d]2 ses yeux tai5t vifs1 ard5ts1 et sa physionomie ple9e d'esprit4 ,sur son mle et noble visage brillai5t les c\leurs de la sant1 et il tait d'une taille svelte1 leve1 imposante4 ,il s'ab&onna d'abord la f\gue de son tempram5t et l'influ5ce du climat d',avignon4 ,il se laissa sduire p> la beaut des femmes1 et il passait une gr&e p>tie de la j\rne sa toilette4 ,t\j\rs vtu de blanc1 s'il voyait sur ses vtem5ts la mo9dre ta*e1 le mo9dre pli disgracieux1 il en pr\vait un vrai *agr94 ,il portait des s\li]s si troits qu'il et f9i p> ne plus p\voir m>*]1 s'il n'et reconnu qu'il valait p\rtant mieux avoir le pi$ mo9s mignon que de se bless]4 ,en trav]sant les rues1 il se mettait avec so9 l'abri du v5t p> la cra9te de voir drang] l'ordre lgant de sa *evelure4 ,l'tude des lettres et le s5tim5t de la v]tu contre-balancr5t cep5dant le p5*ant qui l'entranait v]s les femmes4 ,il crivait1 il e/ vrai1 p\r leur plaire1 ses posies en itali54 ,mais1 malgr l'ardeur de son tempram5t1 il cons]va sa *a/et4 ,avant d'avoir vu ,laure1 il tait d'une extrme sauvag]ie1 et si n\s l'en croyons1 v+t-trois ans il n'avait encore se faire aucun repro*e sur sa conduite4 ,la cra9te de ,dieu1 l'ide de la mort et les pr9cipes religieux qu'une bonne mre lui avait inculqus le prs]vr5t des cueils qui l'environnai5t4 ,la sci5ce du jurisconsulte tait alors un des meilleurs moy5s de faire son *em9 la c\r du pape2 mais ,ptr>que n'pr\vait p\r l'tude des lois qu'une pr(onde av]sion4 ,avant de se v\] l'tat ecclsia/ique1 il avait ex]c la pr(ession d'avocat2 il avait mme gagn plusieurs causes4 ,plus t>d1 il s'en faisait des repro*es1 et il disait3 ,dans ma jeunesse1 je m'tais consacr l'art de v5dre des mots1 ou plutt des m5songes2 mais ce qu'on fait contre son gr ne russit pas2 j'aimais la solitude et je dte/ais le b>reau4 ,le s5tim5t de son mrite lui donnait1 il e/ vrai1 cet air d'assurance que l'on rem>que s\v5t *ez les jeunes g5s1 cet orgueil qui fait croire qu'on peut atte9dre au b le plus lev4 ,mais son av]sion p\r la vie de c\rtisan l'emporta sur les songes ambitieux4 ,je n'ai pas l'espoir1 disait-il1 de p\voir faire =tune la c\r du pape4 ,il me faudrait1 p\r russir1 me prs5t] assidm5t dans les palais des gr&s1 il faudrait flatt] et m5tir4 ,et c'e/ ce dont ,ptr>que n'tait pas capable4 ,il ne hassait ni les honneurs1 ni le p\voir1 mais les moy5s auxquels on tait =c d'avoir rec\rs p\r y p>v5ir4 ,il aimait la gloire1 mais il ne v\lait pas la *]*] p> des voies ord9aires2 il ne v\lait pas suivre la mme m>*e que les autres hommes1 et il s'loigna de la c\r4 ,en #acdf1 p5dant le c>me1 il se tr\vait ,vaucluse1 selon sa c\tume2 l'vque de ,cavaillon1 avide de le voir et de s'entret5ir avec lui1 v9t s'tablir prs de l1 dans un *teau bti sur la cime d'un roc1 mais dont il ne re/e plus auj\rd'hui que des ru9es4 ,ce que ces deux hommes avai5t vu1 soit ,avignon1 soit ,naples1 leur donnait une extrme rpugnance p\r le sj\r des villes et un pr(ond mpris p\r les hypocrisies de la c\r4 ,en s'entret5ant ensemble1 ils rappelai5t s\v5t les contr>its qu'ils avai5t pr\ves autrefois et dpeignai5t avec am\r les avantages de la solitude4 ,ptr>que conut alors l'ide d'crire un livre sur ce sujet1 en runissant ses propres ides celles des autres philosophes4 ,il se mit l'uvre au comm5cem5t du c>me1 et ,pques l'ouvrage tait f9i2 mais il le corrigea plusieurs fois dans la suite1 et il y aj\ta de n\velles p5ses4 ,ce ne fut que v+t ans aprs qu'il osa le laiss] p>atre1 et qu'il le donna l'vque de ,cavaillon1 qui il l'avait ddi4 ,c]tes1 ,ptr>que1 en s'loignant a9si de la c\r1 faisait de gr&s sacrifices la solitude1 mais il tr\va l les plus gr&es j\issances de l'esprit et du cur1 et ces j\issances il les devait son loignem5t du monde et son am\r de la lib]t4 ,c'tait ce mme am\r de la lib]t qui r5dait t\te socit si pnible ,r\sseau1 et qui lui faisait gt] avec tant de bonheur le repos de la solitude2 il dit1 dans une de ses lettres ,m4 de ,male%]bes3 ,longtemps je me suis abus moi-mme sur la cause de cet inv9cible dgt que j'ai t\j\rs pr\v dans le comm]ce des hommes2 je l'attribuais au *agr9 de n'avoir pas l'esprit assez prs5t p\r montr] dans la conv]sation le peu que j'en ai1 et p> consqu5t celui de ne pas occup] dans le monde la place que je croyais mrit]4 ,mais qu&1 aprs avoir b>b\ill du papi]1 j'tais sr1 mme en disant des sottises1 de n'tre pas pris p\r un sot1 qu& je me suis vu re*]* de t\t le monde1 et honor de beauc\p plus de considration que ma plus ridicule vanit n'en et os att5dre1 et que malgr cela j'ai s5ti ce mme dgt plus augm5t que dim9u1 j'ai conclu qu'il v5ait d'une autre cause1 et que ces espces de j\issances n'tai5t po9t celles qu'il me fallait4 ,quelle e/ donc enf9 cette cause8 ,elle n'e/ autre que cet indomptable esprit de lib]t que ri5 n'a pu va9cre1 et devant lequel les honneurs1 la =tune et la rputation mme ne me sont ri54 ,il e/ c]ta9 que cet esprit de lib]t me vi5t mo9s d'orgueil que de p>esse2 mais cette p>esse e/ incroyable4 ,t\t l'eff>\*e1 les mo9dres devoirs de la vie civile lui sont insupportables2 un mot dire1 une lettre crire1 une visite faire ds qu'il le faut1 sont p\r moi des supplices4 ,voil p\rquoi1 bi5 que le comm]ce ord9aire des hommes me soit odieux1 l'intime amiti me re/e *re1 p>ce qu'il n'y a plus de devoir p\r elle1 on suit son cur et t\t e/ fait4 ,voil encore p\rquoi j'ai t\j\rs tant r$\t les bi5faits2 c> t\t bi5fait exige une reconnaissance1 et je me s5s le cur +rat p> cela seul que la reconnaissance e/ un devoir4 ,en un mot1 l'espce de bonheur qu'il me faut n'e/ pas tant de faire ce que je veux que de ne pas faire ce que je ne veux pas4 ,la vie active n'a ri5 qui me t5te2 je cons5tirais c5t fois plutt ne jamais ri5 faire qu' faire quelque *ose malgr moi4 ,j'ai c5t fois p5s que je n'aurais pas vcu trop malheureux la ,ba/ille1 n'y tant t5u ri5 qu' re/] l4 ,dans un autre endroit de ses livres1 ,r\sseau p>le encore a9si du bonheur qu'il gtait dans un loisir paisible3 ,qu& mes d\leurs1 dit-il1 me font tri/em5t mesur] la longueur des nuits1 et que l'agitation de la fivre m'emp*e de gt] un seul in/ant de sommeil1 s\v5t je me di/rais de mon tat prs5t en songeant aux div]s vnem5ts de ma vie2 et les rep5tirs1 les d\x s\v5irs1 les regrets1 l'att5drissem5t1 se p>tag5t le so9 de me faire oubli] quelques mom5ts mes s\ffrances4 ,quel temps croiriez-v\s1 ,monsieur1 que je me rappelle le plus s\v5t et le plus volonti]s dans mes rves8 ,ce ne sont po9t les plaisirs de ma jeunesse2 ils fur5t trop r>es1 trop mls d'am]tume1 et sont dj trop lo9 de moi4 ,ce sont ceux de ma retraite1 ce sont mes prom5ades solitaires1 ce sont ces j\rs rapides1 mais dlicieux1 que j'ai passs t\t enti]s avec moi seul1 avec ma bonne et simple g\v]nante1 avec mon *i5 bi5-aim1 ma vieille *atte1 avec les oiseaux de la campagne et les bi*es de la =t1 avec la nature entire et son inconcevable auteur2 en me levant avant le soleil1 p\r all] contempl] son lev] dans mon j>d94 ,qu& je voyais comm5c] une belle j\rne1 mon premi] s\hait tait que ni lettre ni visite n'en v9ss5t tr\bl] le *>me4 ,aprs avoir donn la mat9e div]s so9s1 que je remplissais t\s avec plaisir p>ce que je p\vais les remettre un autre temps1 je me htais de dn] p\r *app] aux importuns et mnag] une plus longue aprs-midi4 ,avant une heure1 mme les j\rs les plus ard5ts1 je p>tais p> le gr& soleil avec le fidle ,a*ate1 pressant le pas dans la cra9te que quelqu'un ne vnt s'emp>] de moi avant que j'eusse pu m'esquiv]2 mais1 qu& une fois j'avais pu d\bl] un c]ta9 co91 avec quel ptillem5t de cur1 avec quels battem5ts de joie je comm5ais respir] en me s5tant sauv et me disant3 ,me voil matre de moi p\r le re/e de ce j\r6 ,j'allais alors1 d'un pas plus tranquille1 *]*] quelque lieu sauvage dans la =t1 quelque lieu ds]t1 o ri51 montrant la ma9 des hommes1 n'annont la s]vitude et la dom9ation1 quelque asile o je pusse croire avoir pntr le premi]1 et o nul ti]s importun ne vnt s'int]pos] entre la nature et moi4 ,qui ne r5onc]ait pas volonti]s aux tumultueux plaisirs de ce monde p\r ces plaisirs du cur et cette lib]t mode/e8 ,je sais bi5 que *acun n'e/ pas dans une situation p\voir j\ir aussi intimem5t de soi-mme2 mais qu'on essaye de connatre les joies de la campagne1 et l'on v]ra qu'une heure de lib]t1 un in/ant de repos1 suffis5t peut-tre p\r n\s faire s5tir le vide de la dissipation des villes1 de la p>ure et des di/ractions frivoles du monde4 ,clm5t ,,vi (frait ,ptr>que la *>ge de secrtaire apo/olique et plusieurs v*s4 ,ptr>que ne v\lait po9t accept] ces fonctions4 ,tu refuses t\t ce que je te propose1 lui dit un j\r le pape2 dem&e-moi donc ce que tu dsires1 je te le donn]ai4 ,deux mois aprs1 ,ptr>que crivait l'un de ses amis3 ,t\te lvation m'e/ suspecte1 p>ce que prs de l'lvation j'entrevois la *ute4 ,qu'on m'accorde cette mdiocrit qui m'a t promise et que je prfre l'or4 ,je l'accept]ai avec bonheur et reconnaissance2 mais si l'on veut m'inve/ir d'un emploi important1 je le refuse1 je sec\e le j\g1 c> j'aime mieux re/] pauvre que de me r5dre esclave4 ,un ,anglais a dit3 ,p\rquoi les habitants des pla9es de la ,lomb>die1 o la nature rp&1 prodigue ses dons1 sont-ils mo9s ri*es que les montagn>ds de la ,suisse8 ,c'e/ que la lib]t ex]ce sur le bonheur des hommes une influ5ce meilleure que le soleil et la temprature fconde4 ,p> l'action de la lib]t1 le roc aride devi5t une t]re f]tile1 le m>ais infect se dess*e1 les ds]ts se revt5t d'une riante v]dure4 ,la lib]t gaye le cur des habitants de la campagne qui voi5t gr&ir aut\r d'eux leurs vig\reux enfants4 ,la lib]t a ab&onn les pla9es fructueuses de la ,lomb>die1 et s'e/ rfugie en ,suisse4 ,on dira que c'e/ l de l'en?\siasme potique1 et p\rtant on peut reconnatre la vrit de cette obs]vation dans les cantons helvtiques d',uri1 de ,s*wytz1 d',unt]wald1 de ,zug1 de ,gl>is1 d',app5zell2 c> celui qui a plus qu'il ne lui faut p\r satisfaire ses beso9s e/ ri*e1 et celui-l e/ libre qui peut p5s]1 p>l] comme il lui plat1 et travaill] p\r soi4 ,cet tat de l'me o l'on peut dire3 ,j'ai assez6 e/ le plus heureux t]me de la philosophie pratique4 ,n'importe que l'on n'ait pas de gr&es possessions2 p\rvu que ce qu'on possde suffise1 voil le bonheur4 ,les rois et les pr9ces ne sont pas satisfaits1 p>ce que leurs dsirs vont t\j\rs au del de ce qu'ils ont1 et p>ce qu'ils leur dem&5t plus de faveurs qu'ils ne peuv5t en accord]4 ,qu& on considre de bonne foi leur vritable situation1 on ne peut leur repro*] de f]m] quelquefois l'oreille aux solliciteurs4 ,il arrive aussi que c]ta9s hommes veul5t p>atre plus heureux qu'ils ne le sont en effet1 et qu'ils reg>d5t comme une calamit ce qui manque cette app>5ce factice4 ,mais1 si v\s pr\vez quelque bonheur vritable1 ne le dites qu' vos amis les plus srs2 et1 p\r loign] de v\s les atte9tes de l'envie1 drobez t\s ceux qui ne v\s sont pas s9crem5t dv\s les bi5faits que le sort et la =tune v\s accord5t4 ,celui qui a peu de beso9s e/ t\j\rs assez ri*e4 ,ptr>que crivait ses amis1 les c>d9aux ,talair& et de ,bologne3 ,je suis satisfait2 j'ai born mes dsirs1 et j'ai t\t ce qu'il me faut4 ,c9c9natus1 ,curius1 ,fabricius1 ,rgulus1 aprs avoir va9cu des nations entires et conduit des rois la suite de leurs triomphes1 tai5t mo9s ri*es que moi4 ,je s]ais pauvre si je donnais accs aux passions4 ,l'ambition1 le luxe et l'av>ice n'ont po9t de limites4 ,la cupidit e/ un abme sans fond4 ,j'ai des vtem5ts p\r me c\vrir1 des alim5ts p\r ma n\rriture1 des *evaux p\r me port]1 des t]res p\r me prom5]1 me repos] et recevoir ma dp\ille aprs ma mort4 ,un emp]eur roma9 n'avait ri5 de plus4 ,mon corps e/ sa92 subjugu p> le travail1 il e/ mo9s rebelle l'esprit4 ,j'ai des livres de t\tes sortes2 trsors inapprciables6 ils enivr5t mon me d'une j\issance dont jamais je ne me lasse4 ,j'ai des amis que je considre comme mon bi5 le plus prcieux1 p\rvu qu'ils n'essay5t po9t p> leurs conseils de m'enlev] ma lib]t4 ,je n'ai d'autres ennemis que ceux que l'envie a s\levs contre moi2 mais je les mprise pr(ondm5t1 et peut-tre mme regrett]ais-je de ne pas les avoir2 je compte encore au nombre de mes ri*esses la sympa?ie des g5s de bi5 rp&us trav]s le monde1 de ceux que je connais1 de ceux que je n'ai jamais vus et que peut-tre je ne v]rai jamais4 ,on voit1 p> ces lignes de ,ptr>que1 que l'envie le p\rsuivait aussi dans la solitude4 ,il s'en e/ pla9t s\v5t1 mais ici il la traite comme un sage doit la trait]2 il la mprise1 et il aj\te mme qu'il regrett]ait de ne pas l'avoir excite4 ,la solitude rvle l'homme ses vrais beso9s4 ,si je ne vois ni ne sais ce que les autres dsir5t1 je ne song]ai pas =mul] le mme dsir4 ,un j\r on donna un coq de bruyre un humble pa/eur de village qui demeurait prs du lac de ,?\n2 le brave homme1 qui ne connaissait pas cette espce de gibi]1 consulta sa s]vante p\r savoir ce qu'on en devait faire1 et t\s deux conv9r5t de l'ent]r]4 ,a l'ge de d\ze ans1 ,pope crivait un petit pome agrable et t\*ant sur la solitude4 ,heureux1 dit-il dans cette composition de jeunesse1 heureux celui qui sait re/re9dre ses dsirs et born] ses so9s quelques arp5ts de t]ra9 dont il a hrit de ses pres1 qui aime respir] l'air natal1 vivre du produit de son *amp et du lait de ses tr\peaux1 qui se fait un vtem5t de la la9e de ses brebis1 et qui ses arbres donn5t du feu en hiv] et de l'ombre en t6 ,heureux celui dont les heures1 les j\rs1 les annes s'c\l5t paisiblem5t et sans cra9te avec la sant du corps et le repos innoc5t de l'me dans le c\rs rguli] de ses travaux6 ,celui qui j\it d'une telle de/9e peut vivre et m\rir inconnu2 il n'a pas beso9 d'un tombeau fa/ueux ni d'une pitaphe4 ,p\r l'homme qui re*]*e une exi/5ce tranquille1 les plaisirs des s5s ont un admirable c>actre de simplicit4 ,aux yeux des g5s du monde1 la s5sualit ne prs5te que des banquets tumultueux1 des danses lic5cieuses1 et l des hpitaux1 des pi]res spulcrales sur lesquelles les fleurs se fltriss5t1 et des bosquets o les *antres de l'am\r vont *]*] leur inspiration4 ,mais1 p\r celui qui rep\sse les volupts grossires1 les plaisirs des s5s sont d'une nature d\ce et leve1 innoc5ts et durables4 ,dans la mode/ie de la vie *amptre1 on n'pr\ve po9t cette satit qui nat de l'abondance4 ,on y appr5d voir les *oses autrem5t qu'on ne les voit dans le monde4 ,ptr>que1 crivant un j\r son ami1 le c>d9al ,colonna1 p\r l'engag] v5ir le voir dans sa retraite de ,vaucluse1 lui disait3 ,si tu prfres au tumulte des villes le calme de la campagne1 vi5s ici j\ir de ce calme1 et ne t'effraye ni de la simplicit de mes repas1 ni de la duret de mes lits4 ,les rois se lass5t eux-mmes de l'app>eil de leur table dlicate1 et en vi5n5t dsir] une n\rriture plus grossire2 le *angem5t leur e/ ncessaire2 un plaisir que l'on int]rompt p>at ensuite plus vif4 ,si tu ne p5ses pas de mme1 apporte avec toi des mets plus *oisis1 des v9s du ,vsuve1 de l'arg5t]ie et t\t ce qui flatte les s5s4 ,quant au re/e1 tu peux t'en repos] sur moi4 ,je te promets un lit de m\sse l'ombre des arbres1 le *ant des oiseaux1 les figues1 le rais91 l'eau des s\rces limpides1 en un mot1 t\s les dons prcieux de la nature4 ,si l'on sait1 qu& il le faut1 rprim] l'essor capricieux de son imag9ation1 on tr\ve p>t\t des j\issances n\velles et encore ignores1 des j\issances sans pe9e et des volupts sans remords4 ,les s5s fatigus se ranim5t p> de n\velles impressions4 ,le murmure des bois1 le s\pir des eaux1 rsonn5t alors plus h>monieusem5t notre oreille que les *ants de l',opra et les accords d'une musique savante4 ,l'aspect du ciel1 des rocs sauvages1 des lacs et des montagnes fatigue mo9s nos reg>ds que celui des bals les plus brillants4 ,dans la solitude1 on s'occupe de t\t ce qui n\s a p>u d'abord insupportable1 et l'on r5once sans ef=t t\s les faux plaisirs4 ,ptr>que1 que n\s aimons cit]1 crivait encore de ,vaucluse un de ses amis3 ,je fais ici la gu]re mon corps1 c> il e/ mon ennemi2 mes yeux1 qui ont t p\r moi la cause de tant d'erreurs1 ne voi5t plus prs5t qu'une femme s*e1 brle et noircie p> le soleil4 ,si ,hlne et ,lucrce avai5t eu cette physionomie1 ,troie n'aurait pas t rduite en c5dres1 ni ,t>qu9 *ass de ses tats4 ,mais nulle femme n'e/ plus fidle1 plus laborieuse et plus s\mise que celle-ci2 elle passe des j\rs enti]s dans les *amps1 et sa peau endurcie brave les ardeurs de la canicule4 ,quoique j'aie encore d'lgants vtem5ts1 je ne les porte plus1 et1 me voir1 tu me pr5drais auj\rd'hui p\r un lab\reur ou p\r un ptre1 moi qui tais jadis si occup de ma toilette4 ,mais les motifs qui me donnai5t tant de proccupations de ma p>ure n'exi/5t plus4 ,les *anes qui m'enlaai5t sont brises1 les yeux auxquels j'aspirais plaire sont f]ms1 et1 s'ils p\vai5t s'ouvrir de n\veau1 peut-tre n'aurai5t-ils plus le mme empire sur moi4 ,la solitude dp\ille les bi5s de la t]re du pre/ige trompeur que l'imag9ation leur donne1 et anantit p> l t\te va9e ambition4 ,aprs avoir gt la ralit des plaisirs *amptres1 on devi5t indiffr5t t\s les autres plaisirs1 et l'on ne convoite ni les honneurs1 ni la =tune4 ,un ,roma91 appel t\t c\p la dignit de consul1 pleurait en songeant qu'il allait pass] une anne entire sans p\voir s'occup] de la culture de son *amp4 ,c9c9natus1 que l'on v9t enlev] la *>rue p\r le mettre la tte d'une arme1 remporta une clatante victoire sur l'ennemi1 s'emp>a de plusieurs prov9ces1 r5tra dans ,rome en triomphe1 et qu9ze j\rs aprs s'en ret\rna sa *>rue4 ,c]tes1 il e/ bi5 diffr5t d'habit] une mode/e cabane ou une va/e et lgante maison1 d'avoir aut\r de soi t\t le luxe matriel ou d'tre =c de p\rvoir soi-mme sa subsi/ance4 ,mais qu'on int]roge ceux qui se sont tr\vs dans ces deux situations1 et qu'on leur dem&e dans laquelle des deux ils ont pr\v la plus gr&e satisfaction4 ,combi5 il y a dans un palais de vives et fatigantes sollicitudes qu'on ne connat pas dans la demeure d'un simple p>ticuli]6 ,pas un pr9ce ne digre les repas somptueux1 mais fune/es1 que ses cuis9i]s lui prp>5t1 comme le pauvre paysan des l&es de ,luneb\rg digre sa l\rde galette de s>ras94 ,un jeune g5tilhomme proposait une jolie villageoise de l'emm5] avec lui ,p>is3 ,ah6 monsieur le m>quis1 lui rpondit-elle1 plus on s'loigne de soi-mme1 plus on s'loigne du bonheur4 ,il suffit d'une passion qu'on ne peut satisfaire p\r remplir notre cur d'am]tume4 ,il e/ des heures o l'on se lasse de soi-mme et de t\te son exi/5ce2 on n'pr\ve alors plus aucun gt ni p\r la solitude ni p\r les di/ractions du monde4 ,on se s5t inquiet1 et l'on ne sait comm5t sortir de l'inquitude4 ,le temps e/ d'une longueur horrible1 et on ne l'emploie pas4 ,on ne peut j\ir du prs5t1 et l'on att5d l'av5ir avec impati5ce1 c> alors il n\s manque t\t ce qui donne de l'attrait et de l'animation la vie4 ,mais o tr\v] cette animation8 ,e/-ce dans l'am\r8 ,oui1 l'am\r n\s ravive1 n\s en?\siasme p>fois1 mais n\s ne p\vons att5dre d'une passion qui n\s consume la satisfaction durable que n\s dsirons4 ,p\r que l'am\r acquire une t]nelle dure1 il faut qu'il se trans=me en une vritable et srieuse amiti1 s9on il se dtruit lui-mme ou il dtruit ceux dont il s'e/ emp> en embrasant leurs curs d'un feu dvorant4 ,n\s devons donc *]*] l'animation de la vie dans la passion qui s'alim5te et se s\ti5t elle-mme1 qui puise dans la prolongation une n\velle =ce et qui s'lve au-dessus de t\t ce qui l'environne4 ,la solitude e/ le plus heureux refuge des hommes d'tat frapps de disgrce1 ou condamns l'exil4 ,t\s les gr&s adm9i/rateurs n'ab&onn5t po9t leurs fonctions avec le mme clat que ,neck]2 mais t\s devrai5t rem]ci] le ciel qui les enlve aux orages du monde1 dans le calme des *amps1 s\s les arbres plants p> leurs aeux1 auprs de leurs tr\peaux4 ,on a dit que sur v+t m9i/res disgracis ou =cs p> l'ge de quitt] le f>deau des affaires1 on p\vait en compt] d\ze ou qu9ze qui f9issai5t p> se livr] aux travaux de la campagne4 ,c'e/ un bonheur p\r eux4 ,je suis sr qu'en cultivant leur j>d9 ils gt5t plus de repos qu'ils n'en avai5t jamais tr\v dans les meilleurs temps de leur adm9i/ration4 ,mais il faut dire que les plaisirs ord9aires de la vie *amptre ne sont pas l'unique cause du bonheur que ces hommes privs de leurs hautes fonctions tr\v5t dans leur retraite4 ,dans l'emploi qu'ils occupai5t1 ils se voyai5t t\t in/ant arrts p> quelques entraves1 =cs de rec\rir tantt l'autorit1 tantt la ruse p\r atte9dre leur b4 ,dans leur retraite1 ils agiss5t en matres absolus4 ,ils peuv5t crer et dtruire1 faire de n\velles plantations1 en abattre d'autres4 ,ils peuv5t trans=m] en j>d9s anglais leurs v]g]s1 dirig] leur gr le c\rs d'un ruisseau1 aplanir des coll9es1 p]c] des av5ues1 con/ruire des difices1 en un mot1 comm&]1 rgir et satisfaire a9si au p5*ant qui porte tant de g5s l'ex]cice de l'autorit4 ,on commettrait une grave erreur1 et l'on proclam]ait une impraticable leon de morale1 si l'on prt5dait que1 p\r j\ir des avantages de la solitude1 il faut s'affran*ir de t\tes les passions huma9es4 ,ce qui e/ dans l'homme doit re/] dans l'homme4 ,si un homme loign du p\voir n'e/ pas las de comm&]1 qu'il comm&e aux tres dociles qui l'ent\r5t1 p\rvu que cette satisfaction lui te le dsir de s'expos] de n\veau aux naufrages de la vie4 ,tt ou t>d1 il appr5dra reconnatre le nant des gr&eurs qu'il a convoites2 tt ou t>d1 il s5tira que le prt5du regret de ne p\voir plus faire du bi5 n'e/ s\v5t que l'expression d'une ambition qu'on *]*e dissimul]1 et qu'en gnral les simples et honntes paysans sont plus heureux que les plus puissants m9i/res4 ,savoir1 dans de telles circon/ances1 se suffire soi-mme1 voil le po9t ncessaire4 ,qu'on oublie l'abondance1 et l'on s5tira le prix du peu que l'on possde4 ,p5dant la premire anne de son sj\r ,vaucluse1 ,ptr>que tait presque t\j\rs seul2 il n'avait d'autre compagnon que son *i51 et c'tait un p*eur du pays qui le s]vait2 les dome/iques qu'il avait ,avignon1 n'ayant pu se pli] sa sauvage manire de vivre1 le quittai5t t\s4 ,il tait d'ailleurs log dans une pauvre maison de paysan1 qu'il fit recon/ruire plus t>d1 sans luxe aucun1 uniquem5t p\r p\voir y demeur]4 ,auj\rd'hui1 il ne re/e plus aucune trace de cette habitation du pote4 ,sa n\rriture tait trs-frugale4 ,on ne tr\vait ri5 *ez lui de ce qui flatte les s5s4 ,aussi1 ses amis les plus intimes ne lui r5dai5t-ils que de c\rtes et r>es visites2 d'autres allai5t le voir p> une espce de *>it1 comme on va voir un malade ou un prisonni]4 ,il crivait son ami1 l'vque de ,cavaillon3 ,que d'autres c\r5t aprs les trsors et les honneurs1 qu'ils soi5t pr9ces ou rois1 je ne me s\cie aucunem5t d'y mettre ob/acle4 ,je suis pote1 cela me suffit4 ,et toi1 mon *] vque1 veux-tu donc err] sans cesse p> tant de voies et tant de *em9s8 ,tu connais les c\rs pr9cires1 les piges et les dang]s qu'on y r5contre1 les orages auxquels on y e/ expos4 ,revi5s dans ton diocse1 revi5s gt] le repos4 ,tu le peux1 c> la =tune te s\rit encore4 ,tu tr\v]as ici t\t ce dont tu z beso93 laisse aux av>es le sup]flu4 ,si n\s n'avons pas de ri*es tapiss]ies1 n\s sommes commodm5t vtus2 si n\s n'avons pas une table somptueuse1 n\s avons ce qui e/ ncessaire p\r vivre4 ,sur nos lits1 on ne voit pas brill] l'or et la p\rpre1 mais n\s y dormons bi54 ,l'heure de la mort appro*e et m'av]tit de r5onc] t\te folle erreur4 ,je me rj\is de cultiv] mon j>d92 j'y plante des arbres fruiti]s1 qui me protg]ont de leur ombre qu& j'irai p*] s\s le roc4 ,j'ai des arbres qui sont trop vieux et qu'il faut remplac]4 ,dis tes g5s de m'apport] de ,naples des p*]s et des poiri]s4 ,je travaille en vue de ma vieillesse et des plaisirs que je ne veux p>tag] qu'avec toi4 ,voil ce que t'crit1 au se9 d'une =t1 l'ermite des bords de la ,sorgue4 ,la modration dans mes vux s]ait ma ri*esse et l'indp5dance religieuse mon orgueil1 si j'tais pa/eur de campagne4 ,p]sonne n'e/ plus heureux qu'un simple pa/eur de village1 s'il veut lui-mme tre heureux4 ,quelle flicit n'obs]v]ait-on pas dans quelques-unes de nos pauvres cabanes en bois1 con/ruites grossirem5t sur un t]ra9 b\eux8 ,des pois secs et du jambon sont la n\rriture de ces honntes m9i/res de l'vangile2 le lait et la bire sont leur boisson1 et ils j\iss5t d'une =te sant2 leurs f5tres ne sont po9t f]mes t\s les c\rants d'air1 et ils n'en s\ffr5t pas4 ,leur femme ne lit po9t de romans et n'a pas de vapeurs4 ,un de ses livres favoris e/ l',almana* du j>d9i]2 elle passe ses j\rnes s'occup] des beso9s de la maison2 elle n'aime que son m>i1 ses enfants et les malheureux qui invoqu5t ses sec\rs4 ,le pa/eur pr*e la v]tu ses p>oissi5s et la leur enseigne p> son exemple4 ,t\tes ses matires se rapport5t ,dieu2 ,jsus-,*ri/ e/ son appui1 la raison e/ son guide et la foi sa consolation4 trang] aux qu]elles religieuses1 il n'obx qu'aux pr9cipes d'quit et de modration4 ,si une tempte ravage la campagne1 il se rj\it de voir que son *amp a plus s\ff]t que celui de ses ouailles4 ,tant que ses p>oissi5s auront encore *ez eux quelque provision1 le bon pa/eur sait qu'il ne doit avoir1 p\r son propre compte1 aucune inquitude2 sa b\rse peut tre s\v5t vide sans que son cur soit tri/e2 aussi e/-il plus heureux qu'un roi ou qu'un grave conseill] du consi/oire4 ,la solitude1 malgr sa puissante efficacit1 ne n\s donn]ait cep5dant pas le repos que n\s dsirons1 si n\s v\lions scrut] de trop prs t\s les lm5ts du bonheur4 ,a =ce de rfl*ir sur ce qui p\rrait tre mieux1 on f9it p> oubli] ce qui e/ bi54 ,celui qui pr5d t*e de corrig] et de relev] t\t ce qui ne va po9t sa guise1 se prive p> l volontairem5t d'une f\le de plaisantes di/ractions4 ,un des plus srs moy5s d'tre heureux1 c'e/ de s'accommod]1 autant que possible1 de t\t ce qui frappe notre att5tion dans le monde1 de *]*] faire autant de bi5 qu'on le peut1 selon la situation o l'on se tr\ve1 et de se cont5t] de la disposition des *oses4 ,mon b>bi] me dit un j\r1 en v5ant me ras] ,hanovre et en p\ssant un pr(ond s\pir3 ,il fait t]riblem5t *aud auj\rd'hui4--,v\s mettez le ciel1 lui rpondis-je1 dans un gr& emb>ras4 ,voil neuf mois que *aque mat9 v\s me rptez3 ,il fait t]riblem5t froid auj\rd'hui4 ,dieu ne peut-il donc plus g\v]n] le monde sans que messieurs les b>bi]s contrl5t son p\voir8 ,ne vaut-il pas mieux pr5dre le temps comme il vi5t et accept] avec reconnaissance1 de la ma9 de ,dieu1 des j\rs *auds et des j\rs froids8 ,les g5s qui viv5t habituellem5t la campagne ne s]ai5t pas t5ts de sj\rn] dans les villes1 s'ils savai5t apprci] les avantages de leur situation4 ,qu& ils quitt5t leur retraite1 ils doiv5t tre bi5tt las de nos frivolits et ennuys de voir des hommes qui p]d5t leur temps faire des visites1 se p>] et adress] des complim5ts4 ,qu'il e/ d\x aussi de p5s]1 dans la solitude1 ses amis abs5ts6 ,leur s\v5ir suffit p\r n\s faire pr\v] encore les plaisirs que n\s avons pr\vs avec eux4 ,mon ami e/ lo9 de moi1 et p\rtant je suis prs de lui4 ,voil le fauteuil o il tait assis et le tableau qu'il m'a donn4 ,faut-il se croire si pla9dre qu& on peut s'crire8 ,quelles *>mantes motions d'espoir1 d'att5te1 de joie1 naiss5t d'une correspondance rgulire6 ,grce ces heureux artifices de l'imag9ation qu'on inv5te dans la solitude et qui rj\iss5t le cur1 deux amis fidles se crent eux-mmes t\t un monde1 et qu& ils s]ai5t sp>s l'un de l'autre p> l'espace imm5se1 ils sav5t encore runir leurs p5ses et confondre leur exi/5ce4 ,nulle "p les s5tim5ts affectueux ne s'ennobliss5t autant que dans les lieux o ri5 ne tr\ble les s\v5irs de l'amiti4 ,dans les relations du monde1 un accs de mauvaise humeur1 quelque contr>it1 une f\le d'accid5ts imprvus1 peuv5t altr] le plaisir que deux amis pr\v5t se runir3 alors on ne p5se po9t ce que l'on a t depuis longtemps1 ni ce que l'on s]a t\j\rs4 ,on se laisse all] l'impression du mom5t4 ,sans d\te il faut que l'amiti soit s9cre1 mais il faut aussi qu'on apporte dans les relations les plus intimes des s5tim5ts de tolrance et de condesc5dance4 ,il faut que dans l'occasion on rponde l'emportem5t p> la d\ceur et l'aigreur p> la pati5ce4 ,dans le monde1 il arrive malheureusem5t assez s\v5t que deux amis ne pratiqu5t po9t ce pr9cipe4 ,on se laisse all] une irritation accid5telle et l'on oublie les g>ds que l'on doit son ami4 ,dans la solitude1 ces inconvni5ts disp>aiss5t4 ,la solitude sanctifie la mmoire de ceux qui n\s sont *]s1 et efface l'impression de t\t ce qui a pu attnu] les pures j\issances de l'amiti4 ,la scurit1 la confiance1 repr5n5t l leur empire sur le cur4 ,il n'e/ plus "q de dsaccord4 ,j'ent5ds t\j\rs mon ami1 et je sais qu'il m'ent5d4 ,je reg>de comme un bi5 sacr t\tes les fleurs qu'il sme sur ma r\te1 et je cueille p\r lui t\tes celles que je puis tr\v]4 ,la solitude n\s donne encore des amis que ri5 ne n\s enlve1 dont ri5 ne peut n\s sp>] et dont n\s n'invoquons jamais en va9 l'utile sec\rs4 ,les amis de ,ptr>que lui crivai5t p>fois p\r s'excus] de ne pas all] le voir3 ,comm5t vivre avec toi8 lui disai5t-ils4 ,l'exi/5ce que tu passes ,vaucluse e/ contraire la nature huma9e4 ,l'hiv]1 tu re/es s\s ton toit comme un hib\1 et l't tu c\rs sans cesse trav]s *amps4 ,ptr>que riait de ces obs]vations et disait3 ,ces g5s-l reg>d5t comme un bi5 suprme les plaisirs du monde1 et ne conoiv5t pas qu'on puisse s'en loign]4 ,mais j'ai des amis dont la socit m'e/ =t agrable1 des amis de t\s les pays et de t\s les sicles1 qui se sont illu/rs la gu]re1 dans les affaires publiques et dans les sci5ces4 ,avec eux je ne m'impose aucune contra9te1 et ils sont t\j\rs mon s]vice4 ,je les fais v5ir et les r5voie qu& bon me semble4 ,ils ne m'importun5t po9t1 et ils rpond5t t\tes mes que/ions4 ,les uns me racont5t les vnem5ts des sicles passs1 d'autres me rvl5t les secrets de la nature4 ,celui-ci m'enseigne le moy5 de bi5 vivre et de bi5 m\rir1 celui-l dissipe mes s\cis p> son enj\em5t1 ou m'gaye p> son esprit4 ,il en e/ qui endurciss5t mon me aux s\ffrances1 qui m'appr5n5t matris] mes dsirs et me support] moi-mme2 enf91 ils me conduis5t sur la r\te de la sci5ce et de l'art1 et ils satisfont t\s les beso9s de ma p5se4 ,p\r prix de tant de bi5faits ils ne me dem&5t qu'une mode/e *ambre o ils soi5t en sret contre les v]s4 ,lorsque je sors1 je les emporte avec moi sur les s5ti]s que je p>c\rs1 et le calme des *amps leur plat mieux que la rumeur des villes4 ,l'am\r1 qui e/ une des plus gr&es joies du cur1 peut dev5ir plus d\x et meilleur p> l'effet de la solitude4 ,l'aspect d'une belle nature contribue puissamm5t veill] l'am\r en n\s1 ou lui donn] plus de pre/ige4 ,le cur d'une femme e/ plus facile m\voir dans une riante solitude1 dans le calme d'une fra*e nuit d't4 ,les femmes gt5t mieux que n\s les pures j\issances de la vie *amptre1 la beaut d'une prom5ade solitaire1 l'attrait d'une =t sil5cieuse2 leur me contemple avec une ravissante surprise la grce et la maje/ de la nature4 ,il en e/ plus d'une dont le cur s]ait re/ froid dans l'agitation des villes1 et qui s'e/ livre son entranante motion dans le calme des campagnes4 ,de l vi5t que l'am\r meut surt\t les curs t5dres au ret\r du pr9temps4 ,ri5 ne ressemble plus l'am\r1 a dit un philosophe allem&1 que le s5tim5t qu'veille en n\s l'aspect d'une riante valle claire p> les rayons du soleil c\*ant4 ,c'tait p\r ,r\sseau un plaisir indicible de voir natre les premi]s b\rgeons des plantes4 ,le pr9temps lui donnait en quelque sorte une vie n\velle4 ,sa t5dresse naturelle s'augm5tait la vue de la premire v]dure2 il unissait dans une mme p5se la beaut des premi]s j\rs du pr9temps et la beaut d'une femme *rie2 en face d'un horizon imposant1 son cur oppress se dilatait1 et ses s\pirs s'exhalai5t plus aism5t dans un j>d94 ,ri5 ne plat tant que le calme de la solitude ceux qui aim5t4 ,ils s'en vont trav]s les lieux les plus isols p\r se livr] sans contra9te la p5se qui *>me leur vie4 ,que leur importe t\t ce qui se passe dans les villes1 t\t ce qui ne respire pas l'am\r6 ,c'e/ dans un app>tem5t obscur1 dans de maje/ueuses =ts de sap9s1 au bord des lacs sil5cieux1 qu'ils veul5t s'ab&onn] leur rv]ie et pan*] le secret de leur me4 ,ils s\ri5t l'aspect de la =t pr(onde et des v]tes campagnes o la paysanne prs5te le se9 son enfant1 t&is qu' ct d'elle son m>i mange avec joie son morceau de pa9 noir4 ,qu& un homme d'esprit e/ am\reux1 il compr5d bi5 mieux la gr&eur1 la beaut de la nature1 et ri5 ne donne autant d'esprit que l'am\r4 ,c'e/ dans la solitude surt\t qu'il e/ d\x d'voqu] les s\v5irs de l'am\r4 ,ah6 la premire r\geur pudique qui s'e/ rp&ue sur nos j\es1 le premi] s]rem5t de ma91 la premire colre que l'on a pr\ve en se voyant tr\bl p> un importun dans un t5dre entreti51 sont autant d'impressions ineffaables4 ,s\v5t on s'imag9e que le temps a dtruit t\tes ces impressions2 mais il e/ dans l'me des replis ca*s o elles se cons]v5t et d'o elles r5aiss5t en f\le qu& on les rappelle2 il en e/ de mme de t\tes les motions de notre jeunesse1 surt\t de t\t ce qui ti5t une premire passion4 ,on g>de jamais la mmoire de ce ravissem5t suprme que deux amants ont ress5ti l'in/ant o ils reconnaissai5t leur mutuel am\r#bi4 #bi ,mom5ts prcieux et si regretts1 dit ,r\sseau1 ah6 recomm5cez p\r moi votre aimable c\rs2 c\lez plus longtemps dans mon s\v5ir1 s'il e/ possible1 que v\s ne ftes rellem5t dans votre fugitive succession4 ,celui qui a connu ces j\issances de l'am\r peut les retr\v] dans ses s\v5irs4 ,h]d] p>le d'une c]ta9e my?ologie asiatique1 qui raconte que les hommes ne se montrai5t d'abord1 p5dant plusieurs milli]s d'annes1 leur am\r que p> des reg>ds1 puis p> quelques bais]s1 puis p> de simples att\*em5ts4 ,wiel& pr\va1 dans l'ardeur de la jeunesse1 ce *a/e et noble am\r p\r une jeune p]sonne de ,zuri*4 ,il savait que le my/re de l'am\r expire en p>tie dans le premi] bais] et dans le premi] s\pir4 ,un j\r1 je dem&ais cette p]sonne qu& ,wiel& l'avait embrasse p\r la premire fois3 ,il m'a1 dit-elle1 bais la ma9 p\r la premire fois quatre ans aprs m'avoir connue4 ,la solitude e/ si favorable l'am\r que p>fois on quitte volontairem5t la p]sonne que l'on aime p\r s'en all] rv] elle solitairem5t4 ,qui ne se s\vi5t du passage des ,confessions de ,r\sseau1 o il e/ p>l de cet homme qui quittait sa matresse p\r lui crire8 ,r\sseau disait madame de ,luxemb\rg qu'il aurait t cet homme-l1 et il avait raison4 ,celui qui a aim sait qu'il e/ des mom5ts o l'on a beso9 d'crire t\t ce que la voix e/ impuissante dire4 ,nulle "p on ne s5t la =ce de l'am\r aussi bi5 que dans la solitude1 et nulle "p on ne peut si bi5 l'exprim]4 ,c'e/ dans une retraite solitaire1 s\s les rocs de ,vaucluse1 que ,ptr>que a crit ses plus beaux v]s1 ses v]s pla9tifs sur l'abs5ce de ,laure ou sur ses rigueurs4 ,p]sonne1 avant lui ni depuis lui1 n'a mieux p>l de l'am\r1 et aux trois grces qui l'inspirai5t il en a jo9t une quatrime1 celle des conv5ances4 ,s\v5t aussi1 dans les campagnes solitaires1 l'am\r porte jusqu' la folie l'imptueuse imag9ation d'un jeune homme2 la t5dresse1 la mlancolie1 la religion1 se confond5t alors dans son cur et exalt5t son c]veau2 il exige que sa matresse ne rie plus1 p>ce que l'am\r ne peut tre1 dit-il1 qu'une tri/esse p]ptuelle2 il veut se poign>d] p> am\r1 et1 dans sa p5se drgle1 il se figure qu'il e/ le modle des p]fections4 ,les deux amants rpr\v5t le langage ord9aire2 ils ne veul5t po9t s'aim] en prose1 mais en v]s di?yrambiques4 ,le jeune homme n'e/ plus une crature huma9e1 c'e/ un dieu#cj4 ,son amante exalte fait de lui un sanctuaire d'am\r et reg>de la t5dresse qu'elle pr\ve comme une manation cle/e4 ,elle associe son roman extatique les fleurs1 les oiseaux1 les anges du ciel1 l'tre suprme et la nature entire4 ,les *rub9s1 les patri>*es et les sa9ts doiv5t la reg>d] avec bonheur et applaudir la puret de son affection4 ,les s5s n'ont aucune "p au tmoignage de son am\r2 elle se croit *a/e2 elle dta*]ait le globe du monde et le soleil du firmam5t p\r pr\v] que t\t ce qu'elle fait et t\t ce qu'elle veut e/ bi52 elle cre1 p\r elle et p\r son amant1 un n\vel vangile et une n\velle morale4 #cj ,qu& la passion e/ son comble1 dit ,r\sseau1 elle voit son objet p>fait2 elle en fait alors son idole1 elle le place dans le ciel2 et1 comme l'en?\siasme de la dvotion embrasse le langage de l'am\r1 l'en?\siasme de l'am\r emprunte aussi le langage de la dvotion4 ,il ne voit plus que le p>adis1 les anges1 les v]tus des sa9ts1 les dlices du sj\r cle/e4 ,il peut bi5 se faire a9si que la solitude n\s devi5ne prjudiciable4 ,l'am\r mme qui ne se livre pas de tels c>ts1 qui n'inv5te pas de telles *imres1 peut f9ir p> r5dre l'homme trs-malheureux et p> le consum]4 ,t\t enti]s occups d'une p]sonne qui absorbe les facults de notre me1 n\s n\s loignons d'un monde qui ne n\s (fre plus aucun attrait2 mais si n\s v5ons tre sp>s de celle que n\s aimons p>-dessus t\t1 de celle qui accomplit p\r n\s les plus pnibles sacrifices1 qui fut notre consolation dans le malheur et notre refuge dans l'adv]sit1 de celle dont la ma9 n\s s\t5ait qu& n\s s5tions nos =ces s'affaiss]1 et qui n\s clairait de ses sages conseils qu& n\s n\s tr\vions incapables de p5s] et d'agir2 oh6 alors n\s ne savons que languir dans une oiseuse solitude2 nos nuits se pass5t sans sommeil1 et le dgt de la vie1 le dsir de la mort1 la ha9e des hommes1 tortur5t notre cur et n\s entran5t au has>d sur les *em9s ds]ts4 ,mais qu& n\s fuirions d'un royaume l'autre1 qu& n\s irions au nord ou l'oue/1 jusque sur les plages sauvages de l',ocan1 *]*] un s\lagem5t nos pe9es1 n\s emport]ions avec n\s1 dans les =ts et sur les grves1 le trait qui n\s a blesss1 comme la bi*e dont p>le ,virgile4 ,nulle "p ,ptr>que ne ress5tit plus vivem5t les regrets de l'am\r que dans sa solitude de ,vaucluse4 ,l1 l'image de ,laure le p\rsuivait sans cesse3 il la voyait p>t\t1 t\te heure et s\s t\tes sortes de =mes4 ,trois fois1 dit-il1 au milieu de la nuit1 elle app>ut devant mon lit1 fixant sur moi un reg>d assur qui annonait son p\voir2 une sueur froide inonda mes membres1 et t\t mon sang se porta au cur4 ,si1 dans ce mom5t1 quelqu'un tait entr dans ma *ambre1 il m'et tr\v ple comme un mort et la figure b\lev]se p> la t]reur4 ,avant les premi]s rayons du j\r1 je me levai t\t tremblant1 je sortis la hte de ma maison o t\t m'inquitait1 je m'lanai au sommet d'un ro*]1 puis je c\rus trav]s les bois1 jetant aut\r de moi des reg>ds eff>s p\r voir si le fantme qui v5ait de tr\bl] mon repos me p\rsuivait encore4 ,je ne me s5tais en scurit nulle "p4 ,dans des lieux c>ts1 o j'esprais tre seul1 s\v5t je vis ,laure sortir du tronc d'un arbre1 du bass9 d'une s\rce1 des f5tes d'un ro*]2 la peur alors me r5dait immobile1 et je ne savais que dev5ir4 ,la solitude e/ dang]euse aussi lorsqu'on pr\ve un am\r c\pable2 c> elle irrite les p5*ants que la prs5ce de la p]sonne que l'on aime amortirait peut-tre4 ,lo9 de cette p]sonne1 on s'ab&onne la f\gue de son imag9ation2 on se retrace l'c>t t\t ce qui irrite t\s les dsirs1 t\t ce qui lie la p5se des images de volupt2 on se livre sans cra9te une illusion trop attrayante1 et c'e/ a9si que la passion devi5t dang]euse4 ,s\v5t ,ptr>que ress5tit cet aiguillon de la volupt sur les rocs de ,vaucluse1 o il *]*ait *app] aux atte9tes de l'am\r2 mais il se htait d'loign] de lui ces songes lascifs1 et dans son am\r rayonnait cette puret idale dont ses v]s sont la *>mante expression4 ,on peut tr\v] le repos dans l'am\r1 si l'on sait se rsign] aux dcrets du ciel4 ,se plong] dans l'affliction1 ce n'e/ pas se rsign] la volont de ,dieu4 ,l'homme qui ne sait pas matris] ses regrets s'atta*e op9itrm5t ce qui n'e/ plus et ce qui ne peut plus tre4 ,il *]*e dans le vague une image qu'il ne doit plus revoir1 et il prte l'oreille une voix qu'il ne doit plus ent5dre4 ,p>fois1 il se figure que celle qu'il pleure vit et respire encore2 va9e *imre6 ,il cultive des roses sur un tombeau1 il les reg>de avec am\r1 il en respire le p>fum2 mais ces roses se fan5t aussi et s'effeuill5t4 ,ce n'e/ qu'aprs avoir longtemps lutt dans la solitude contre sa d\leur1 aprs avoir t5du s\v5t les bras v]s une ombre insaisissable1 qu'il rec\vre peu peu ses =ces1 qu'il appr5d support] son deuil1 qu'il p>vi5t reconqurir la tranquillit4 ,et cette victoire que l'on remporte sur soi-mme dans la solitude1 et cette hroque rsolution1 flatt5t plus le cur que t\s les applaudissem5ts que l'on peut recevoir dans un salon4 ,si l'on sait us] sagem5t de la solitude1 on peut y tr\v] une assez d\ce comp5sation aux regrets de l'am\r4 ,ce fut dans cette lutte solitaire que ,ptr>que s'leva cette hauteur de p5se qui fait notre admiration2 ce fut dans le temps o il luttait a9si qu'il acquit sur un sicle une si gr&e influ5ce4 ,ce mme ,ptr>que qui1 pro/]n aux pi$s d'une femme1 pleurait et s\pirait comme un enfant1 qui ne composa p\r ,laure que de pla9tives et lang\reuses lgies1 ce mme ,ptr>que1 en t\rnant les yeux v]s ,rome1 crivit1 dans un /yle f]me et n]gique1 des lettres t\t empre9tes du gnreux esprit qui animait les anci5s ,roma9s4 ,des rois oubliai5t la n\rriture et le sommeil en lisant ses pomes4 ,mais1 aprs cette phase1 rev5u de la jeunesse1 ,ptr>que n'tait plus ce pote languissant1 cet esclave amolli qui baisait les *anes d'une fire et ddaigneuse beaut2 c'tait un rpublica9 h>di qui sonnait l'al>me contre les tyrans1 et suscitait et propageait l'am\r de la lib]t dans t\te l',italie4 ,l',allemagne voit tranquillem5t ses potes pr5dre leur essor audacieux et r$esc5dre sur la t]re4 ,elle ne fait ri5 p\r eux4 ,ptr>que fut ent\r des plus hauts tmoignages de confiance et de di/9ction4 ,si1 dans la solitude1 n\s ne p>v5ons pas triomph] compltem5t de notre am\r1 n\s p\vons du mo9s l'pur] et le sanctifi]1 et si n\s v\lons tre plus heureux encore que ,ptr>que1 t*ons de p>tag] notre solitude avec un tre aim4 ,un philosophe a dit que la prs5ce d'une p]sonne qui sympa?ise avec nos p5ses et nos vux1 lo9 de tr\bl] la paix de la solitude1 lui donne un n\veau *>me4 ,ah6 si1 comme moi1 v\s devez votre bonheur l'am\r d'une noble femme1 elle v\s habitu]a bi5tt oubli] le monde p> la d\ce et aimable expansion de ses s5tim5ts4 ,si v\s avez des devoirs1 des affaires multiplies1 vos entreti5s intimes n'en s]ont que plus v>is et plus attrayants4 ,un loqu5t criva9 a dpe9t a9si le bonheur dome/ique3 ,l1 dit-il1 jamais une bonne p>ole n'e/ p]due2 jamais une l\able int5tion ne re/e sans effet2 t\tes les p5ses sont recueillies1 t\s les plaisirs p>tags1 et il n'y a pas une seule motion vraie qui ne frappe deux curs la fois4 ,dans cet accord de deux tres fidles1 t\t ce que l'un possde app>ti5t l'autre2 t\s deux envisag5t leurs avantages rciproques avec une s9cre satisfaction1 et rem>qu5t mutuellem5t1 avec une t5dre indulg5ce1 leurs dfauts4 ,ils s'ent5d5t au premi] c\p d'il1 ils prvi5n5t l'un l'autre leurs dsirs2 t\j\rs unis dans leurs s5tim5ts1 ils se rj\iss5t ensemble de la mo9dre joie qui arrive l'un ou l'autre4 ,c'e/ a9si que la solitude1 p>tage avec une p]sonne *rie1 n\s donne une plus gr&e tranquillit et une plus gr&e satisfaction4 ,l'am\r alors entreti5t les plus nobles s5tim5ts dans le cur1 lve l'me1 seconde le p5*ant la bi5veillance1 et n\s aff]mit dans la pratique de la v]tu4 ,la solitude *ange p>fois une tri/esse pr(onde en une d\ce mlancolie4 ,t\t ce qui agit sur n\s avec d\ceur e/ p\r l'me afflige un baume salutaire4 ,voil p\rquoi1 lorsque n\s s\ffrons d'une maladie physique ou d'une d\leur morale1 n\s sommes si s5sibles aux so9s compatissants d'une femme1 ses prv5ances1 son affection4 ,ah6 qu& t\t m'attri/ait dans le monde1 qu& une pr(onde mlancolie brisait mes =ces1 p>alysait mon c\rage et voilait mes yeux les riantes beauts de la nature2 qu& l'univ]s enti] ne m'app>aissait que comme un imm5se tombeau1 les dlicates att5tions d'une femme tai5t p\r moi une puissante consolation4 ,la solitude inspire p>fois une d\ce mlancolie ds l'ge le plus t5dre4 ,des jeunes p]sonnes d'une s5sibilit t5dre1 d'une imag9ation vive1 l'pr\v5t p>fois la campagne1 l'ge o nat en elles le beso9 d'aim]4 ,j'ai reconnu s\v5t les indices de cette mlancolie sans aucun symptme de maladie4 ,r\sseau les ress5tit ,vevay lorsqu'il allait se prom5] sur les bords du lac de ,g5ve4 ,mon cur1 dit-il1 s'lanait avec ardeur mille flicits innoc5tes2 je m'att5drissais1 je s\pirais et pleurais comme un enfant4 ,combi5 de fois1 m'arrtant p\r pleur] mon aise1 assis sur une grosse pi]re1 je me suis amus voir tomb] mes l>mes dans l'eau4 ,et moi1 je n'ai pas crit ces pages sans qu'un pr(ond s\v5ir me ft rp&re des l>mes4 ,a dix-sept ans1 je me suis s\v5t assis1 avec cette mme agitation1 sur ces rives *>mantes dont p>le ,r\sseau4 ,l'am\r me gurit4 ,l'am\r e/ si d\x concevoir s\s les frais ombrages du lac de ,g5ve#ca6 ,on aime ce vague tat de tri/esse1 et l'on ne *]*e pas s'en affran*ir4 ,on s\ffre d\cem5t et tranquillem5t sans savoir p\rquoi4 ,on se plat re/] sur le bord des ruisseaux1 sur les ro*]s1 au fond des bois1 en vue des simples et maje/ueuses beauts de la nature1 et l'on ne =me qu'un ard5t dsir1 le dsir d'avoir auprs de soi une p]sonne *rie1 qui l'on puisse communiqu] t\tes ses p5ses1 et qui s'associe t\tes nos motions4 #ca ,p]sonne n'a pu voir sans motion les bords en*anteurs du lac de ,g5ve1 les gr&es valles1 les villes riantes qui l'ent\r5t1 les cimes imposantes qui le dom95t4 ,p]sonne n'a pu dt\rn] ses yeux de ce magnifique spectacle sans pr\v] un regret pr(ond1 p>eil celui qui saisit le cur qu& il faut quitt] un ami que l'on n'espre plus revoir4 ,cette solitude ne convi5t pas t\tes les p]sonnes s\mises un accs de tri/esse4 ,je n'ai fait que v]s] des l>mes plus abondantes1 *] ,hirs*feld1 qu& je me mis lire ton livre sur la vie *amptre1 et surt\t qu& j'en v9s ce passage qui m'mut jusqu'au fond du cur3 ,les pleurs se s*5t au s\ffle salutaire des zphyrs2 le cur se dilate et n'pr\ve qu'une paisible mlancolie4 ,la fra*eur de la nature n\s pntre1 et en la respirant1 n\s s5tons s'apais] nos d\leurs4 ,peu peu les images lugubres qui assombrissai5t nos reg>ds s'effac5t et disp>aiss5t4 ,l'esprit ne rsi/e plus aux mditations qui consol5t2 et comme une riante soire succde un j\r orageux1 un calme plat remplace les sollicitudes qui agitai5t notre me1 et n\s gtons le *>me de la vie *amptre4 ,il e/ des malheureux que le s\v5ir d'une p]sonne aime dvore l5tem5t1 qui frissonn5t en relisant les lettres qu'elle a crites1 et qui *ancell]ai5t sur le tombeau o ils ont enseveli le bonheur de leur vie4 ,ah6 p\r eux1 il n'y a plus de rayons lum9eux1 plus d'aurore joyeuse4 ,les premires violettes qui clos5t sur le gazon1 le *ant des oiseaux qui annonce le ret\r du pr9temps1 le dlicieux aspect de la nature1 qui se ravive cette poque de l'anne1 n'a plus p\r eux de *>me4 ,le s\v5ir des li5s qui les ont enlacs autrefois les irrite1 les blesse1 et ils rep\ss5t la ma9 compatissante qui v\drait les arra*] leurs songes funbres p\r leur faire voir de plus belles p]spectives4 ,en gnral1 ces malheureux sont d'un c>actre viol5t1 et de plus subjugus peut-tre p> une relle maladie4 ,il faut1 p\r les gurir1 us] d'une gr&e affection et d'une cordiale condesc5dance4 ,p\r les hommes d'une nature d\ce1 qui ont fait a9si des p]tes cruelles1 la solitude a des *>mes puissants4 ,ceux-ci se reprs5t5t bi5 leur malheur dans t\te son t5due1 mais ils associ5t leur s\ffrance la nature entire4 ,ils aim5t plant] sur les tombeaux les saules pleureurs et les arbu/es en fleur2 ils dess95t des modles de spulture1 ils compos5t des *ants de deuil1 et donn5t a9si une app>5ce agrable la mort4 ,le cur sans cesse occup de ceux qu'ils regrett5t1 ils viv5t avec leur tri/esse dans une sorte de rgion idale entre la t]re et le ciel4 ,je compatis pr(ondm5t leur d\leur1 et cep5dant il me semble qu'ils doiv5t tre heureux dans cette d\leur mme1 p\rvu que p]sonne ne tr\ble leur pieuse p5se4 ,ils me sembl5t heureux1 p>ce qu'ils sont d'une nature telle que la s\ffrance n'accabl]a pas leur esprit4 ,ils j\iss5t de ce qui n'inspire aux autres qu'un s5tim5t d'effroi4 ,ils pr\v5t une joie indf9issable rv] sans cesse aux tres *ris et s9cres qu'ils ont p]dus4 ,il e/ un gr& nombre de malheurs que l'on surmonte plus aism5t dans la solitude que dans le monde1 si l'on a la =ce d'en di/raire sa p5se et de lui imprim] une autre direction4 ,voici un homme qui1 frapp t\t c\p p> une calamit imprvue1 se figure qu'il n'a plus d'autre alt]native que le dsespoir ou la mort4 ,qu'il essaye d'appliqu]1 dans la retraite1 son esprit la re*]*e de quelques vrits importantes1 bi5tt ses l>mes se s*]ont1 son f>deau lui p>atra mo9s l\rd1 et sa de/9e mo9s effrayante4 ,il e/ beauc\p de p]sonnes qui se retir5t de leur tat de tri/esse plus facilem5t dans la solitude que dans le monde1 les femmes surt\t4 ,une femme d'une nature impressionnable se dc\rage aism5t et se ranime de mme4 ,les maladies morales des hommes s'accroiss5t au contraire peu peu1 jett5t dans le cur de pr(ondes rac9es et sont difficiles gurir4 ,il faut1 p\r les combattre1 employ] avec une con/ance 9branlable t\s les moy5s d'action que l'me peut ex]c] sur le corps4 ,une me =te e/ comme un b\cli] impntrable contre les c\ps du sort2 une me n]gique rejette firem5t lo9 d'elle t\t ce qui fatigue1 irrite1 accable les autres et s\ti5t le corps qu'elle anime1 t&is qu'une me cra9tive et *ancelante p]d celui qu'elle doit protg]4 ,un po9t ess5tiel1 dans ces crises morales1 c'e/ de re*]*] ce qui convi5t telle ou telle nature4 ,a c]ta9s hommes1 il e/ ncessaire d'(frir des di/ractions monda9es2 d'autres rclam5t la solitude4 ,il faut donc1 en morale comme en mdec9e1 vit] de s'en t5ir ces prceptes gnraux1 dont on ne peut faire l'application dans une f\le de circon/ances p>ticulires4 ,lo9 de n\s t\s ces prt5dus moy5s infaillibles de gurison que l'on (fre l'hypo*ondrie4 ,il n'y a de vrai1 dans les *oses qui ti5n5t au doma9e de l'exi/5ce1 que ce qui convi5t en tel cas dt]m94 ,conseill] aux hypo*ondriaques d'ouvrir leur maison aux bals1 aux runions joyeuses1 c'e/ s'expos] commettre une grave erreur4 ,on peut dire d'un gr& nombre d'individus ports la mlancolie et l'hypo*ondrie3 ,laissez-les seuls2 il n'y a pas d'autre moy5 de les di/raire4 ,ces div]ses considrations sur les avantages que le cur peut retir] de la solitude m'amn5t enf9 pos] cette grave "q3 ,e/-il plus facile d'tre v]tueux dans la solitude que dans le monde8 ,dans le monde1 on fait s\v5t le bi5 p> devoir4 ,le juge r5d la ju/ice1 le mdec9 visite ses malades1 et l'un et l'autre dis5t qu'ils agiss5t p> un s5tim5t d'humanit4 ,il se peut que quelquefois cela soit vrai1 mais la plup>t du temps c'e/ faux3 on tudie et on juge une cause1 on porte des sec\rs un malade1 p>ce qu'on sige un tribunal1 p>ce qu'on a mis sa porte tel criteau4 ,on m'a crit des milli]s de lettres qui comm5ai5t a9si3 ,votre humanit si bi5 connue1 et je ne vois dans ces mots qu'un complim5t banal1 qu'un froid m5songe4 ,cette v]tu gnreuse et compatissante1 qu'on appelle humanit1 e/ un des attributs d'une me noble1 leve4 ,et d'o savez-v\s que j'agis de telle ou telle faon p> v]tu1 et non p> une des obligations de ma position8 ,les bonnes uvres ne sont pas t\j\rs des actes si l\ables4 ,on peut faire du bi5 sans tre rellem5t bon2 on peut se montr] gr& dans les affaires1 et re/] petit au fond du cur4 ,la v]tu e/ plus r>e qu'on ne p5se1 et il faut mnag] p\r les occasions srieuses les mots sol5nels de v]tu1 de patriotisme1 de dv\em5t1 c> en les prodiguant on c\rt risque d'en dim9u] le pre/ige4 ,on pratique vraisemblablem5t mieux les maximes du bi5 dans la solitude que dans le monde4 ,l1 si un gr& p]sonnage fait un acte de v]tu1 il le fait p>ce qu'il s5t que la gr&eur d'me e/ au-dessus de t\tes les autres gr&eurs4 ,la v]tu e/ plus facile pratiqu] dans la solitude que dans le monde4 ,dans le monde1 elle n'ose s\v5t se rvl] au gr& j\r4 ,n\s n\s tr\vons l ent\rs de tant de piges et de fasc9ations1 que1 mme avec la meilleure volont1 n\s ne p\vons n\s emp*] de commettre sans cesse quelque faute4 ,celui-ci manque de bonne int5tion2 cet autre a des int5tions p>faites1 mais il erre dans sa conduite4 ,le mat91 avant de sortir1 n\s n\s tr\vons peut-tre encore dans d'excell5tes dispositions d'esprit1 n\s avons le cur libre et port la bi5veillance1 la ju/ice1 c> n\s n'avons po9t encore pr\v de contr>its2 mais avec la vigilance la plus svre1 on ne re/e pas t\t le j\r entirem5t matre de soi1 lorsqu'il faut p\rsuivre trav]s d'inextricables s\cis des affaires multiplies1 entret5ir de nombreuses relations1 et s'expos] t\tes sortes d'incid5ts dsagrables et imprvus4 ,on ne peut donc oubli] l'troite union de l'me avec le corps1 et l'on ne peut atte9dre au t]me le plus lev d'une v]tu idale4 ,p\r vivre dans la solitude1 on n'en cons]ve pas mo9s sa nature huma9e2 et si la v]tu e/ plus facile pratiqu] l o elle e/ livre mo9s de dang]s1 elle a p> l mo9s de mrite4 ,un clbre philosophe cossais a dit3 ,p> l'am\r de la v]tu1 le bonheur d'un homme dp5d de sa conduite4 ,celui qui ne *]*e pas la pratiqu] n'e/ qu'un esclave du monde4 ,il dp5d de la faveur1 il vit des c>esses du monde1 il e/ heureux ou dsol selon le succs ou les *ecs qui lui arriv5t dans cette sphre mobile4 ,mais les entreprises faites p> l'homme v]tueux ne sont p\r lui qu'une raison de flicit secondaire4 ,son devoir accompli1 il j\it de la tranquillit de son me1 et s'ab&onne la sagesse de la ,provid5ce4 ,son tmoignage e/ dans le ciel1 et celui qui le connat e/ l'tre suprme4 ,satisfait de la voix de sa consci5ce et confiant en la ju/ice de ,dieu1 il e/ heureux de son innoc5ce1 et mprise le triomphe des m*ants4 ,or1 que ces nobles pr9cipes s'implant5t dans notre cur1 n\s n\s affran*issons du s]vage du monde1 et n\s mettons notre c\rage l'abri de ses vicissitudes4 ,mon b1 en crivant cet ouvrage sur la solitude1 a t d'enseign] cet affran*issem5t du monde4 ,je ne veux pas conduire les hommes dans les ds]ts sauvages1 je v\drais seulem5t les dlivr] d'une cra9te inutile1 leur donn] l'indp5dance1 leur inspir] un gt salutaire p\r la retraite1 af9 qu'ils ai5t du mo9s quelques heures dans la j\rne o ils puiss5t se dire3 ,n\s sommes libres4 ,cette indp5dance ne doit n\s port] qu' us] raisonnablem5t des avantages de la solitude4 ,ce n'e/ qu'en employant bi5 nos heures de loisir que n\s pr5ons la f]me rsolution de matris] nos passions et de rgl] dignem5t notre conduite4 ,c'e/ en rfl*issant aux vnem5ts de notre vie1 aux t5tations auxquelles n\s sommes exposs1 aux cts faibles de notre tre1 que n\s p\vons n\s arm] d'avance contre t\s les prils qui n\s m5ac5t dans les relations monda9es4 ,si la v]tu1 au premi] abord1 p>at re/re9dre le c]cle de nos plaisirs1 il e/ facile de voir qu'elle n\s donne de plus gr&es et plus sres j\issances que ces j\issances imag9aires et trompeuses dont elle n\s loigne4 ,le ri*e aime s'occup] de sa =tune1 le voluptueux de ses joies matrielles1 mais l'homme qui e/ vraim5t bon pr\ve un bonheur extrme remplir rgulirem5t ses devoirs4 ,qu& il les a remplis1 il voit brill] ses yeux une n\velle lumire2 une cl>t plus vive et plus pure l'environne de t\tes p>ts1 t\t s'embellit p\r lui1 et il cont9ue gaiem5t sa c>rire4 ,notre pre1 qui e/ notre ,dieu1 pntre le secret des curs1 lit dans les tnbres de la solitude1 et n\s rcomp5se de nos bonnes actions p> la satisfaction qu'il n\s donne et la n\velle =ce dont il n\s d\e4 ,la lib]t1 le loisir1 l'loignem5t d'un va9 tumulte1 le calme1 sont donc p\r n\s des moy5s assurs de n\s conduire la v]tu4 ,dans cet tat si dsirable1 on ne se borne plus rprim] le c\rs f\gueux de ses passions1 on ne p]met pas ses p5ses de s'inquit] des *oses dont elle n'a po9t s'occup]4 ,la vie dome/ique n'e/ plus alors cette exi/5ce fa/idieuse1 ou ces *amps orageux que l'on r5contre si s\v5t dans le monde4 ,la paix et la flicit app>ti5n5t celui qui r5once aux plaisirs impurs1 et cette flicit il la rp& aut\r de lui4 ,il n'e/ pas un sclrat qui ne convi5ne en secret que la v]tu e/ la base fondam5tale du bonheur en ce monde3 cep5dant le vice lance de t\s cts ses piges attrayants1 et y pr5d sans cesse des g5s de t\t ge et de t\te condition4 ,veill] sur les dsirs trompeurs1 avant mme qu'ils ne n\s atteign5t1 va9cre p> de nobles p5ses la cupidit c\pable1 c'e/ l l'un des plus beaux triomphes de l'me1 et c'e/ p> l qu'on acqui]t la paix intrieure4 ,heureux celui qui entre dans la solitude avec cette paix sublime et qui la cons]ve sans nuage6 ,a quoi s]virait de *]*] un refuge dans la retraite1 si l'on y portait la ha9e des hommes8 ,on ne tr\v]ait alors pas plus de satisfaction dans les v]tes et fra*es prairies que dans les tnbres s9i/res d'une affreuse cellule4 pur] notre cur1 le prs]v] de t\te atte9te fune/e1 voil la t*e que n\s devons n\s prescrire dans la solitude4 ,il importe s\v5t aussi de savoir e/im] ce que les hommes mpris5t1 et mpris] ce qu'ils e/im5t4 ,lorsque1 aprs la gu]re de ,rome contre les pirates1 le comm&em5t enlev ,lucullus fut remis ,pompe1 celui-ci s'cria3 ,o dieux1 v\s me *>gez d'une uvre sans f96 ,n'aurais-je pas t plus heureux sans cet app>eil de gloire8 ,faut-il donc que je sois t\j\rs en campagne1 et que j'aie t\j\rs la cuirasse sur la poitr9e8 ,ne p\rrai-je *app] l'envie qui me p\rsuit sans rel*e1 et vivre paisiblem5t la campagne avec ma femme et mes enfants8 ,en p>lant a9si1 ,pompe m5tait2 c> il n'e/imait pas encore assez ce que les hommes de sa nature mpris5t1 et il ne mprisait pas assez ce que les ,roma9s1 jal\x du p\voir1 e/imai5t p>-dessus t\t4 ,mais ,m>ius ,curius1 ce gr& citoy51 agit autrem5t4 ,aprs avoir *ass ,pyrrhus de l',italie1 aprs avoir j\i trois fois des honneurs du triomphe1 il se retira la campagne dans une humble demeure1 et y cultiva lui-mme son j>d94 ,qu& les ambassadeurs des ,samnites v9r5t lui (frir de l'or qu'il refusa1 il tait prs de son foy]1 occup faire cuire ses navets4 ,la solitude procure autant de j\issances l'homme le plus obscur qu'au p]sonnage le plus m95t4 ,la fra*eur de l'air1 la maje/ des =ts1 le riant clat des prairies1 la magnific5ce de l't1 peuv5t en*ant] l'ignorant t\t aussi bi5 que les philosophes et les hros4 ,il n'e/ pas ncessaire1 a dit un ,anglais1 de connatre les lois de la vgtation p\r admir] le calice d'une fleur1 ni d'tudi] le sy/me de ,cop]nic et de ,ptolme p\r j\ir de la lumire et de la *aleur du soleil4 ,que de d\ces motions n'pr\ve-t-on pas au ret\r du pr9temps6 ,qu& un homme qui a longtemps t r5f]m dans les villes visite la campagne1 il n'e/ pas un po9t de vue *amptre qui ne rj\isse quelqu'un de ses s5s4 ,plus d'un exil mme a s\v5t ress5ti les bi5faits de la solitude4 ,au lieu du monde d'o il tait banni1 il se crait un monde n\veau dans le sil5ce de la retraite1 oubliant les plaisirs factices p\r s'atta*] des plaisirs plus rels#cb1 et inv5tant mille innoc5tes di/ractions qu'il n'aurait pas tr\ves ailleurs4 #cb ,cicron a dit3 ,multa prcl>e ,dionysius ,phal]eus 9 illo exsilio scripsit1 non 9 usum aliquem suum quo erat orbatus1 s$ animi cultus ille erat ci quasi quidam humanitatis cibus4 ,maurice1 pr9ce d',isemb\rg1 aprs s'tre signal p5dant de longues annes p> son c\rage1 s\s le duc ,f]d9& de ,brunswick1 s\s le m>*al de ,broglie et dans la gu]re des ,russes contre les ,turcs1 tomba en disgrce et fut exil4 ,on sait ce qu'e/ une s5t5ce d'exil en ,russie4 ,l'ennui l'accabla d'abord1 la d\leur s'emp>a de lui2 mais un j\r1 le petit livre de ,bol+broke sur l'exil lui tomba entre les ma9s4 ,il le lut1 le relut1 et en fit une traduction4 ,a mesure que je le lisais1 dit-il1 je s5tais s'apais] ma tri/esse4 ,ce livre de ,bol+broke e/ un *ef-d'uvre de /ocisme et de /yle4 ,l'auteur y retrace t\tes les adv]sits de la vie4 ,il ne veut po9t qu'on *]*e s'y s\/raire p> une longue et l*e rsignation2 il veut qu'on emploie p\r les va9cre les remdes les plus viol5ts1 qu'on p\rsuive le mal jusque dans sa s\rce p\r le gurir radicalem5t4 ,avec une c]ta9e n]gie1 on peut p>v5ir srem5t support] le plus long exil1 et on peut y tr\v] des plaisirs qu'on ne connaissait pas ds que l'on e/ priv de ceux que l'on re*]*ait dans un autre temps4 ,brutus tr\va ,m>cellus1 dans son exil de ,mitylne1 aussi heureux qu'il e/ possible l'homme de l'tre1 et livr avec autant d'ardeur qu'autrefois l'tude des sci5ces utiles4 ,en le voyant a9si1 il p5sa que c'tait lui-mme qui1 en r5trant dans le monde1 allait en exil4 ,quelques annes aup>avant1 ,mtellus ,numidicus1 refusant sa sanction aux lois fune/es du tribun ,saturn9us1 avait t aussi condamn l'exil4 ,des citoy5s recomm&ables v\lai5t s'arm] p\r le df5dre2 mais ,mtellus1 qui n'avait pu arrt] le mal p> la p]suasion1 ne v\lut pas outrag] les lois p> la viol5ce4 ,il gmit seulem5t sur le dlire des ,roma9s1 comme autrefois ,platon sur celui des ,a?ni5s4 ,mes citoy5s1 dit-il1 me rappell]ont s'ils revi5n5t de leur g>em5t1 et1 s'ils n'en revi5n5t pas1 je ne puis tre nulle "p plus mal qu' ,rome4 ,il p>tit p\r l'exil1 p]suad que c'tait un avantage p\r lui de s'loign] de ces lieux o son cur et t sans cesse d*ir p> le d\l\reux spectacle d'un tat d'an>*ie et d'une rpublique expirante4 ,rutilius s'loigna de ,rome avec un pr(ond mpris p\r les murs corrompues de cette gr&e ville4 ,il avait s\lev contre lui une classe de g5s puissants en *]*ant protg] les prov9ces d',asie contre les exactions des f]mi]s4 ,il fut accus de s'tre lui-mme laiss corrompre1 et cit en ju/ice p> l'infme ,apicius4 ,ses accusateurs tai5t ses juges2 il le savait1 et il daigna pe9e se df5dre4 ,il s'en alla en ,ori5t1 o il fut accueilli avec respect2 et1 lorsque le temps de son exil fut f9i1 au lieu de r5tr] dans sa patrie1 il s'en loigna encore plus4 ,dans ces imposantes hi/oires d'exils1 ,cicron fait une tri/e exception4 ,il tait d\ de t\s les trsors de l'esprit1 de t\s les s5tim5ts dlicats qui p\vai5t *>m] sa solitude2 mais il n'avait pas la =ce de support] l'exil4 ,au temps de sa prosprit1 les m5aces d'un p>ti puissant1 les poign>ds des assass9s n'avai5t pu l'effray]4 ,la s\ffrance morale le fit succomb] dans son exil2 il dev9t hypo*ondriaque1 et cette maladie puise l'n]gie de l'me et brise t\tes les rsolutions4 ,cicron a1 p> sa faiblesse1 d%onor l'exil et la solitude4 ,inquiet et timide1 regrettant sans cesse la p]te de son rang1 de sa =tune1 de son crdit1 il ne p\vait gt] l'influ5ce salutaire de la retraite1 c> t\t s'(frait ses yeux s\s une ombre s9i/re4 ,p\r qu'un exil a*ve en paix ses j\rs dans le sil5ce de la retraite1 il faut qu'il ait pay sa dette la socit1 et qu'il donne ceux qui l'obs]v5t l'exemple d'un homme aussi gr& dans sa *ute que dans sa prosprit4 ,il e/ d\x surt\t de song] la solitude qu& la vieillesse appro*e1 qu& notre vie dcl9e4 ,notre exi/5ce e/ un voyage de c\rte dure2 notre vieillesse1 un j\r rapide qu'il faut reg>d] comme un in/ant de repos1 comme un int]valle entre l'activit et le d]ni] sommeil1 comme le port d'o n\s obs]vons les cueils o n\s avons c\ru risque d'*\]1 et n\s ne p\vons mieux j\ir de ces d]nires impressions de la vieillesse que dans la solitude4 ,s\v5t l'homme t5d puis] t\t ce qui lui e/ trang] avant de s'occup] de lui-mme4 ,a9si1 n\s comm5ons p> visit] les pays lo9ta9s avant de rem>qu] ce qu'il y a d'intressant dans le ntre2 mais le jeune homme prud5t et le vieill>d exprim5t n'agiss5t pas a9si4 ,p\r eux1 le comm5cem5t et la f9 de la sagesse sont dans la solitude et dans la srieuse obs]vation de soi-mme4 ,combi5 de g5s1 d'ailleurs1 que la solitude a r5dus mlancoliques dans leur jeunesse1 et qui ne ress5t5t plus cette mlancolie aux appro*es de la vieillesse6 ,une alt]native incessante de dsirs1 de croyance1 d'espoir et d'illusions1 voil le tableau de notre entre dans la vie4 ,l'ge mr e/ port la mlancolie2 mais ri5 ne surpr5d l'homme qui s'e/ aff]mi sur sa r\te p> l'expri5ce4 ,qu& on n'e/ plus =c de song] de va9s beso9s1 et qu& on a su de bonne heure apprci] les petites intrigues du monde1 on ne se pla9t pas de l'+ratitude que l'on pr\ve4 ,qu'on obti5ne seulem5t le repos1 voil t\t ce que l'on dem&e2 le re/e n'e/ ri5 si l'on e/ r5tr assez tt en soi-mme1 si l'on a vu les *oses extrieures telles qu'elles sont rellem5t4 ,il y a1 dit un ,allem&1 des *>treux en politique comme en religion4 ,c'e/ dans la retraite sil5cieuse qu'on r5contre le sage obs]vateur dv\ la vrit et sa patrie1 qui n'exalte ri5 outre mesure et ne calomnie p]sonne4 ,on aime sa lucide raison2 on admire son am\r p\r les sci5ces et p\r les hommes2 on v\drait possd] sa confiance et son amiti2 on e/ tonn de sa mode/ie1 de son langage et de son exi/5ce2 on v\drait lui faire quitt] son humble demeure p\r un palais2 mais il semble qu'il porte crit sur son front cet axiome de l'antiquit3 ,odi pr(anum vulgus et arceo2 et alors1 au lieu de *]*] le sduire p> une va9e convoitise1 on en fait un proslyte4 ,il n'e/ plus1 ce *>treux politique que j'appris un j\r connatre dans une petite prov9ce1 qui m'inspira un respect et un am\r filial4 ,peut-tre n'exi/ait-il pas alors dans les c\rs d',allemagne un homme plus sage et plus pr(ond que lui4 ,il jugeait le monde et les *oses avec une admirable sagacit1 et connaissait p]sonnellem5t quelques-uns des plus gr&s s\v]a9s de l',europe4 ,nulle "p je n'ai tr\v une me plus libre1 plus ouv]te et d\e de plus de d\ceur et d'n]gie2 jamais un il plus vif et plus pntrant1 et jamais un homme avec lequel j'aurais autant aim pass] t\te ma vie4 ,sa maison tait d'une extrme simplicit et sa table trs-frugale3 c'tait le b>on de ,s*rant5ba*4 ,les jeunes g5s ne sont en gnral que trop disposs mdire des crits des vieill>ds2 cep5dant jamais homme n'a crit avec tant de *aleur et d'motion que ,r\sseau ne le fit dans ses d]nires annes4 ,la plup>t de ses meilleurs ouvrages dat5t de sa vieillesse4 ,entre c9quante et soixante ans1 il dev9t l'un des premi]s criva9s de son sicle1 et il ne reg>dait alors les uvres de son jeune ge que comme de faibles productions de son esprit4 ,c'e/ dans la vieillesse qu'on e/ le plus port la mditation4 ,l'ardeur du jeune ge e/ apaise2 l'eff]vesc5ce du midi de la vie e/ calme2 le soir arrive avec sa d\ce tranquillit et son calme rafra*issant4 ,il e/ donc utile de consacr] la mditation les d]ni]s in/ants que l'on a pass] en ce monde1 et aprs les sollicitudes que l'on a pr\ves1 on p>vi5t conqurir quelque repos4 ,la p5se de ces paisibles loisirs n\s rj\it1 comme la p]spective d'un heureux j\r de pr9temps aprs un long hiv]4 ,qu'on se repose1 soit1 diront quelques jeunes g5s ddaigneux2 mais qu'on n'crive pas2 c>1 cet ge-l1 on n'a plus de *aleur1 l'imag9ation e/ te9te1 et le prisme qui l'animait a disp>u4 ,cela peut tre1 rpond le vieill>d2 mais j'aime exprim] encore les s5sations que j'pr\ve4 ,je lis1 j'cris1 je p5se1 voil ma joie prs5t comme dans ma jeunesse4 ,l'homme g acqui]t p> sa paisible et rgulire activit ce que v\s p]dez *aque j\r p> votre bruyante agitation4 ,ptr>que s5tit pe9e l'affaissem5t de la vieillesse4 ,il savait anim] sa solitude p> le m\vem5t de son esprit1 et ses annes s'c\lai5t d\cem5t4 ,d'une maison de campagne situe dans le vois9age d'une *>treuse1 quelques lieues de ,milan1 il crivait ,settimo avec une aimable navet3 ,comme un voyageur fatigu1 je d\ble le pas mesure que j'appro*e du t]me de ma r\te4 ,je lis1 j'cris j\r et nuit2 une occupation me repose de l'autre1 je veille et je me div]tis1 je travaille et je me fatigue2 plus je r5contre de difficults1 plus mon ardeur augm5te4 ,la n\veaut m'aiguillonne1 les ob/acles m'excit5t4 ,le travail e/ *ose sre1 et le mi5 e/ inc]ta94 ,mes yeux sont affaiblis p> les veilles1 et ma ma9 e/ lasse de t5ir la plume4 ,mais je dsire que la po/rit me connaisse1 et si je ne p>vi5s pas occup] son att5tion1 mon sicle du mo9s1 mes amis m'auront connu1 et cela me suffit4 ,ma sant e/ encore si bonne1 mon corps si robu/e1 mon tempram5t si *aleureux1 que l'ge1 les occupations srieuses1 la cont95ce et la macration ne peuv5t va9cre cet ennemi rebelle contre lequel je lutte sans cesse4 ,si je n'avais foi en la ,provid5ce1 je succomb]ais comme j'ai dj succomb plusieurs fois4 ,s\v5t1 la f9 de l'hiv]1 il faut que je repr5ne les armes contre la *air1 que je combatte1 p\r ma lib]t1 contre ses plus cruels ennemis4 ,plus d'un homme1 en re*]*ant dans sa vieillesse la solitude1 a acquis lo9 du monde une importance qu'il n'avait pas un autre ge4 ,c'tait1 a dit ,pope1 dans la retraite1 dans l'exil1 sur leur lit de mort1 que les gr&s hommes de l'antiquit jetai5t le plus gr& clat et faisai5t le plus de bi51 en communiquant aux autres leurs lumires4 ,c'e/ quelque *ose1 dit ,r\sseau1 que de donn] aux hommes l'exemple de la vie qu'ils devrai5t t\s m5]4 ,c'e/ quelque *ose1 qu& on n'a plus ni =ce ni sant p\r travaill] de ses bras1 d'os] de sa retraite faire ent5dre la voix de la vrit4 ,c'e/ quelque *ose d'av]tir les hommes de la folie des op9ions qui les r5d5t misrables4 ,je s]ais beauc\p plus inutile mes compatriotes1 vivant au milieu d'eux1 que je ne puis l'tre dans le calme de ma retraite4 ,qu'importe en quel lieu j'habite1 si j'agis comme je dois agir8 ,heureux le vieill>d qui1 dans ses d]nires annes1 reoit dans ce monde la rcomp5se du bi5 qu'il a fait1 et emporte les bndictions de ceux qui l'ent\r5t6 ,celui qui a vcu honntem5t et honorablem5t ne cra9t pas de report] ses reg>ds sur la r\te qu'il a p>c\rue1 et les gr&es mes ne s'effray5t pas de l'appro*e du tombeau4 ,l'impratrice ,m>ie-,?rse fit elle-mme con/ruire le si53 elle s'arrtait s\v5t auprs de ce monum5t de deuil1 et le montrait ses enfants en leur disant3 ,avons-n\s le droit d'tre fi]s8 ,voil le d]ni] asile qui re/e aux emp]eurs4 ,sans s'lev] cette hauteur de s5tim5ts1 *acun peut se retir] du monde1 ne pas atta*] au pass une importance outre1 et1 dans les mom5ts qui lui app>ti5n5t encore1 entret5ir1 dvelopp] les p5ses qui le ratta*5t ,dieu et la v]tu2 alors la tombe ne lui prs5t]a plus un si lugubre aspect1 et il ne reg>d]a la f9 de la vie que comme le soir d'un beau j\r4 ,les j\issances du cur que n\s procure la retraite augm5t5t s\v5t p\r les ides religieuses qu'elle enfante4 ,une vie simple1 paisible1 innoc5te1 porte notre cur v]s ,dieu4 ,la vue de la nature n\s ramne la religion1 et la religion1 p> un de ses sublimes effets1 n\s donne la tranquillit4 ,celui qui e/ pntr de ces s5tim5ts religieux n'attribue plus au monde la mme valeur et ne ress5t plus aussi vivem5t les misres de l'humanit4 ,on se tr\ve alors comme dans une fra*e valle o l'on ent5d au lo9 grond] le tonn]re des fausses passions4 ,qu& le clbre ,addison1 ab&onn des mdec9s1 s5tit sa f9 appro*]1 il fit appel] un de ses jeunes p>5ts1 qui lui tait pr(ondm5t atta*4 ,aprs quelques mom5ts d'att5te1 le jeune homme dsol lui dit3 ,v\s m'avez dem&1 dictez-moi vos ordres1 je les accomplirai religieusem5t4 ,addison lui prit la ma9 et lui rpondit3 ,vois comme un *rti5 meurt tranquillem5t4 ,s'il n'e/ pas en notre p\voir de bris] t\s les ob/acles qui s'oppos5t cette paix intrieure1 et de remport] dans t\tes les circon/ances une ple9e victoire sur les tre9tes du monde1 l'ide de t\t sacrifice ,dieu e/ gr&e et imprime un noble lan une me ard5te4 ,p\rquoi sommes-n\s si frquemm5t mcont5ts de notre situation8 ,p\rquoi n\s plaignons-n\s de ne connatre ni la joie ni le bonheur8 ,c'e/ p>ce que n\s n\s laissons saisir p> l'app>5ce des *oses1 p>ce que nos s5s g\v]n5t notre raison1 p>ce que1 dans ma9te et ma9te occasion1 n\s prfrons des bi5s trompeurs aux j\issances relles et durables1 p>ce qu'enf9 n\s n'avons pas t\te la pit que n\s devrions avoir4 ,il faut se faire un devoir de consacr] de pieuses rflexions une p>tie de ces heures que tant de g5s dissip5t en va9es di/ractions4 ,mais il ne faut pas que cette pit dgnre en fanatisme1 qu'elle n\s donne de vagues s5tim5ts au lieu des p5ses lum9euses1 qu'elle remplace p> des rv]ies les ralits2 il ne faut pas qu'elle n\s assujettisse un rigorisme outr1 qu'elle n\s fasse r5onc] des plaisirs innoc5ts4 ,une joie honnte augm5te notre =ce1 et la v]tu doit donn] une d\ce et pr(onde satisfaction4 ,p\r un homme qui a contract l'habitude de se recueillir dans le calme1 les heures qu'il consacre de religieuses mditations sont les meilleurs in/ants de sa vie4 ,de mme que1 lorsque n\s allons l'glise accomplir un de nos devoirs de *rti51 n\s devons n\s exam9] srieusem5t1 scrut] notre conduite et n\s aff]mir dans la rsolution de vivre selon la voie de ,dieu1 de mme1 *aque fois que dans la retraite n\s levons notre p5se v]s le ciel1 n\s devons port] sur n\s-mmes un reg>d svre4 ,n\s appr5drons a9si reconnatre nos fautes1 rectifi] nos ides1 rfl*ir utilem5t au t]me et au b de notre exi/5ce4 ,il ne suffit pas de faire de bonnes actions1 il faut encore disc]n] le motif de ces actions4 ,n'avons-n\s pas1 en les faisant1 cd quelque considration monda9e ou quelque en?\siasme passag]8 ,n'avons-n\s pas t dirigs p> l'am\r-propre plutt que p> l'am\r du pro*a98 ,dans nos heures solitaires1 en levant notre cur v]s ,dieu1 n\s apprcions plus facilem5t et plus judicieusem5t la nature et le motif rel de ces actions4 ,la solitude n\s conduit de la faiblesse la =ce1 de la sduction la rsi/ance1 du prs5t l'av5ir1 des contra9tes du monde d'ici-bas la contemplation d'un monde meilleur4 ,aux heures de retraite et de sil5ce1 n\s sommes plus prs de celui qui n\s devons p>-dessus t\t tre dsireux de plaire1 et qui veille prs de n\s dans les ombres de la nuit4 ,les apologi/es de la socit rpt5t sans cesse qu'il y a de gr&es *oses faire dans le monde4 ,mais1 d'une "p1 n\s ne faisons pas dans le monde t\t ce que le devoir n\s prescrit1 et de l'autre1 n\s devons tre conva9cus que n\s n'acqu]rons jamais aussi bi5 que dans la solitude et p> la religion l'n]gie ncessaire p\r accomplir des actions de mrite et l'lvation de c>actre que n\s devons t\s ambitionn]4 ,la satisfaction habituelle dont notre me j\it au se9 de la solitude a dj quelque analogie avec les joies de l't]nit1 et c'e/ dans ces mom5ts de flicit intrieure qu'on aime s'ab&onn] aux dsirs et aux esprances qu'veille en n\s l'ide d'une autre vie4 ,dans ce monde1 o l'on tr\ve tant de contra9te et d'inquitude1 la lib]t1 le loisir1 le repos1 sont des bi5s inapprciables auxquels *acun aspire1 comme le navigateur fatigu des orages de la m] aspire la t]re f]me4 ,mais lorsqu'on n'a jamais t priv d'un p>eil bonheur1 on ressemble l'habitant loign des plages m>itimes qui ne se reprs5te pas les anxits1 les angoisses et les dsirs du matelot4 ,p\r moi1 j'aime croire que n\s j\irons dans l't]nit d'une tranquillit con/ante1 inaltrable et exempte de t\t m\vem5t s5suel4 ,or1 comme la paix intrieure et extrieure e/ dj sur cette t]re un comm5cem5t de batitude1 il peut tre utile de croire qu'un sage loignem5t du tumulte du monde e/ un moy5 de dvelopp] dans l'me des facults qui devi5dront un des lm5ts de notre flicit p\r la vie future4 ,je t]m9e ici mes rflexions sur les avantages que la solitude prs5te au cur4 ,puiss5t-elles propag] quelques p5ses salutaires1 quelques vrits consolantes1 et contribu] rp&re p>mi les hommes l'ide d'un bonheur qui e/ si prs de n\s6 ,c'e/ t\t ce que je dsire4 ,,conclusion ,aprs avoir lu la premire p>tie de cet ouvrage1 on m'a accus d'avoir trop dprci les rsultats de la solitude4 ,en lisant la seconde1 on me repro*]a peut-tre de p>l] de ces mmes rsultats avec trop d'en?\siasme4 ,on dira que je prescris une morale trop svre1 une lvation d'me laquelle on ne peut atte9dre1 un vritable mpris des hommes et des agrm5ts extrieurs1 un calme et une f]met imag9aires1 un dgt du monde que ri5 ne ju/ifie4 ,on me repro*]a de v\loir a9si1 non-seulem5t affaiblir le p5*ant la vie sociale1 mais d'excit] un tri/e mcont5tem5t dans le cur des hommes1 de les port] rompre t\te espce de j\g p\r vivre selon leur propre fantaisie1 et de les r5dre trop philosophes et trop libres4 ,enf91 on me repro*]a encore de faire un trop long loge de la vie prive1 et de dtruire p> l le ju/e s5tim5t d'e/ime que l'on doit avoir p\r les relations sociales4 ,tel n'a po9t t p\rtant mon projet1 et je crois que les j\issances du bonheur dome/ique n'altr5t po9t1 dans une me noble1 le dsir du bi5-tre gnral4 ,si l'un des effets de la solitude e/ de n\s inspir] une c]ta9e indiffr5ce p\r le monde1 l'habitude de p5s]1 que n\s contractons dans notre retraite1 n\s amliore moralem5t1 et n\s donne une activit d'esprit qui peut dev5ir utile la socit4 ,on ne peut tr\v] le bonheur complet en soi-mme1 et n\s sommes lis p> notre faiblesse mme quelque tre qui n\s aime4 ,il n'entre pas dans les droits de la nature que n\s soyons misan?ropes4 ,dieu seul peut se suffire lui-mme4 ,n\s ne p\rrions donc1 sans de gr&s inconvni5ts1 n\s retran*] dans une retraite absolue4 ,s'il exi/e un tre compltem5t isol1 il doit tre bi5 misrable1 c> il n'a ni appui ni consolation4 ,la nature elle-mme veut que n\s soyons unis une crature de notre espce1 et t\s les s5tim5ts qui naiss5t et se dvelopp5t dans notre cur n\s rappell5t *aque in/ant cette loi4 ,il faudrait tre dom9 p> une effroyable ide du g5re huma9 p\r imit] ce mo9e qui s'en alla demeur] prs du ,vsuve1 prfrant1 disait-il1 le vois9age du volcan la socit de ses semblables4 ,avec un c>actre raisonnable1 il e/ impossible qu'on se sp>e entirem5t des hommes4 ,on a beso9 de leur tre agrable1 de leur faire du bi51 de s'atta*] eux1 de j\ir avec eux de la vie4 ,plut>que disait3 ,je fuis le monde p> gt1 et la d\ceur de mon c>actre m'y ramne4 ,si1 avec l'ide de tr\v] dans les livres t\t ce qui mrite d'tre connu1 n\s consacrions t\tes nos heures l'tude1 n\s n\s priv]ions p> l des avantages rels que n\s devons retir] de nos relations sociales2 les jeunes g5s s'loign]ai5t des vieill>ds2 la solitude la plus occupe ne n\s s]ait plus aussi utile1 et n\s p\rrions bi5 f9ir p> n'tre que des pdants insupportables4 ,p\r remplir ju/em5t sa de/9e1 p\r acqurir un c]ta9 degr d'expri5ce et de sagesse1 il faut que l'homme soit t\r t\r en rapport avec les autres1 et en rapports directs avec lui-mme2 qu'il sa*e gt] les plaisirs honntes que lui (fre le monde1 et se livr] aux rflexions srieuses que lui inspire la solitude4 ,dieu lui-mme1 n\s l'avons dit1 veut que n\s vivions en relations avec les autres hommes4 ,le p5*ant social qu'il a mis en n\s e/ une preuve vid5te de sa volont4 ,jsus-,*ri/ n\s invite seulem5t1 p> son exemple1 n\s retir] quelquefois dans la solitude4 ,il a vcu au milieu des hommes2 mais de temps autre il r5trait dans la retraite4 ,il n\s appr5d p> l que le *rti5 doit savoir aussi s'loign] des affaires et des di/ractions du monde1 p\r obs]v] l'tat de son cur et lev] sa p5se v]s ,dieu4 ,t\t ce qui t5d rappro*] les hommes l'un de l'autre1 les r5dre plus clairs1 plus affables1 plus v]tueux1 t\t ce qui peut augm5t] entre eux une sage h>monie mrite nos loges4 ,il faut que n\s n\s reposions des j\issances de l'esprit p> les di/ractions du monde2 ces di/ractions1 ces innoc5ts plaisirs que la socit n\s prs5te1 ad\ciss5t le c>actre et donn5t la v]tu un aspect plus attrayant4 ,en frqu5tant les runions du monde1 il faut se rsign] d'avance y pr\v] ma9te contr>it1 y pes] ma9te heure d'ennui4 ,il y a l s\v5t plus de pdants qu'on n'en tr\ve p>mi les savants qui se retir5t dans la solitude4 ,il y a l d'insipides et int>issables disc\reurs1 dont il e/ difficile d'arrt] la loquacit4 ,si l'un de ces dplorables orateurs de salon s'atta*e n\s et n\s accable de ses longues phrases1 c\tons-le avec pati5ce1 en n\s rappelant ces p>oles de ,g>ve3 ,ces pauvres g5s ont p]du la mesure morale1 qui appr5d rgl] son langage et ses actions selon les p]sonnes que l'on r5contre4 ,pdants et passionns1 il ne se s\ci5t aucunem5t des circon/ances o ils se tr\v5t1 et1 ne consultant que leur fantaisie1 ils commett5t *aque in/ant quelques inconv5ances1 p>ce qu'ils oubli5t t\t1 except la passion qui les anime4 ,dans une sphre plus leve1 l o l'on n'accepte ni une telle pdant]ie1 ni l'homme sans in/ruction1 les relations du monde peuv5t tre de la plus gr&e utilit1 et je p5se que la frqu5tation des pr9ces et des gr&s s]ait une excell5te cole de philosophie pratique p\r ceux qui viv5t s\v5t seuls2 c> il faut bi5 plus de c\rage p\r os] proclam] une vrit h>die devant un gr&1 que p\r en rp&re des c5ta9es dans un livre4 ,et quel obs]vateur du cur huma9 ne v\drait avoir vu ,cs>1 et s'entret5ir intimem5t avec lui1 l'poque o ,sylla disait en le reg>dant3 ,ne v\s fiez pas ce jeune homme qui porte la tte si haut4 ,il y a en lui plusieurs ,m>ius8 ,c'e/ une *ose d'un gr& intrt aussi que de p\voir tudi] dans son g]me et dans son dveloppem5t la puissance l'aide de laquelle un homme fait poque et devi5t le modle des autres4 ,n'e/-ce pas une gr&e joie1 en obs]vant cet homme1 de reconnatre qu'il jo9t ses qualits extraord9aires un tact dlicat et une d\ce nature de p5ses8 ,cep5dant il e/ aussi une f\le de p]sonnes qui ont raison de se drob] l'entranem5t des salons4 ,celui qui veut s'lev] au-dessus du vulgaire doit savoir se r5f]m] dans la retraite et s'appliqu] assidm5t au travail4 ,et il arrive s\v5t que ceux mmes qui atta*5t le plus d'importance aux obligations monda9es absolv5t l'homme srieux qui s'en affran*it4 ,ce que les rg5ts des salons exig5t n'e/ pas t\j\rs d'une rig\reuse ncessit1 et l'homme de bi51 en int]rogeant sa consci5ce1 sait ce qu'il lui importe de faire *aque j\r4 ,on n'e/ po9t un tre sauvage p> cela seul qu'on se plat de temps autre vivre dans l'obscurit4 ,il y a1 n\s l'avons dit1 ma9te uvre srieuse qu'on ne peut a*ev] que dans le calme2 et du fond de sa solitude1 un criva9 se r5d s\v5t plus utile l'humanit que l'homme d'affaires avec son imptueuse activit4 ,ah6 combi5 il en e/ de ces esprits mode/es et rs]vs qui dans l'asile le plus humble tal5t bi5 plus de =ces intellectuelles qu'on n'en tale dans le monde4 ,l'ess5tiel e/ que notre activit intrieure soit dirige v]s un b l\able4 ,celui qui *]*e in/ruire la jeunesse1 ou qui crit un livre utile1 e/ sans cesse p> la p5se en relation avec le monde1 et s\v5t il contribue notre bonheur4 ,dans sa vie solitaire1 dans son loignem5t des relations sociales1 il travaille p\r la socit1 il exprime librem5t l'c>t ce qu'il n'os]ait peut-tre dire dans une gr&e runion1 p> des raisons de conv5ance1 de respect ou de timidit4 ,il e/ difficile d'accomplir sa mission de savant en passant une gr&e p>tie de sa vie dans le monde4 ,mais celui-l mrite un d\ble hommage qui1 en se dv\ant au culte des sci5ces1 possde l'art d'attir] les curs lui p> la sagacit de son esprit et la d\ceur de ses s5tim5ts4 ,p\r j\ir utilem5t de la solitude et des relations du monde1 il faut savoir employ] srieusem5t son temps dans la retraite1 se conduire avec dignit et intellig5ce p>mi les hommes1 appr5dre corrig] les inconvni5ts de la solitude p> les relations de la socit1 ceux de la socit p> la solitude1 et ne s'atta*] trop exclusivem5t ni l'une ni l'autre de ces deux sductions4 ,l'homme dont l'ducation a t sagem5t dirige sait se r5dre utile dans ses div]ses situations1 comme un fleuve paisible qui n'arrose pas seulem5t des valles solitaires1 mais qui porte ses ondes dans des villes populeuses1 et qui contribue les embellir et les enri*ir4 ,la vie contemplative et la vie sociale doiv5t galem5t s]vir notre p]fectionnem5t4 ,notre dsir e/ d'tre heureux1 c'e/--dire d'obt5ir p\r n\s-mmes autant de bonheur que n\s p\vons n\s en procur]1 et de faire aux autres t\t le bi5 qui e/ en notre p\voir4 ,mais p> l'effet des circon/ances1 bon nombre d'hommes ne sont pas la place qui leur convi5drait4 ,en voici un qui vgte obscurm5t au fond d'une prov9ce1 et qui p\rrait remplir un gr& rle sur un va/e ?tre2 cet autre que sa naissance appelle occup] un rang lev e/ un tre sans valeur qui devrait se s\/raire t\s les reg>ds4 ,combi5 de p]sonnes condamnes vivre dans une retraite monotone1 qui p\rrai5t ex]c] dans les villes une d\ce et salutaire action6 ,combi5 de femmes qui languiss5t dans une maison *amptre1 p>ce que l'p\x qu'on leur a donn ne sait apprci] ni leur esprit ni leur cur1 p>ce qu'elles ne voi5t aut\r d'elles que des natures nulles1 et pas un seul tre qui puisse les jug] et les compr5dre6 ,cep5dant1 celle qui dans cette tri/e situation sait surmont] ses regrets1 et us] sagem5t des ress\rces qu'elle possde1 peut encore j\ir d'un bonheur assez dsirable4 ,l'accomplissem5t de ses devoirs lui donn]a le repos1 la solitude aura p\r elle des *>mes1 elle cueill]a les fleurs p>mi les p9es4 ,savoir utilis] la position o la ,provid5ce n\s a placs1 voil le gr& secret4 ,la solitude n\s donne ce que n\s ne tr\vons pas dans le monde1 et le monde n\s (fre un va/e *amp d'actions n\velles et d'obs]vations4 ,si n\s sommes obligs de p>atre dans le monde1 sa*ons ranim] l'loignem5t qu'il n\s inspire1 sa*ons n\s pli] avec autant d'agrm5t que possible aux obligations qu'il n\s impose4 ,une telle condesc5dance suffit s\v5t p\r r5dre notre me une heureuse srnit1 et aprs cet ef=t d'un in/ant n\s n\s livr]ons avec plus de facilit au travail et la mditation4 ,l'homme e/ cr p\r p5s] et p\r agir4 ,il faut donc qu'il appr5ne se conduire sagem5t dans la vie spculative comme dans la vie active1 et il aurait tort de fuir ob/9m5t la socit1 comme d'abhorr] la solitude4 ,s\v5t envoyant les hommes que l'on tait dispos vit]1 on dc\vre en eux des qualits qu'on n'avait po9t encore ap]ues1 et l'on en vi5t pr\v] de l'e/ime et de l'affection p\r ceux auxquels on ne croyait jamais p\voir accord] ces s5tim5ts en ne les jugeant qu' di/ance4 ,t*ons seulem5t de port] dans le monde un esprit imp>tial1 un cur bi5veillant1 et s\v5t en y r5trant regret1 n\s en revi5drons calmes et satisfaits4 ,on ne connat pas t\te la puissance de la volont de l'homme1 puisque sans cesse on s'crie3 ,que v\lez-v\s6 l'homme e/ fait a9si4 ,c'e/ p>ce que l'homme e/ fait a9si qu'il doit us] de t\s ses ef=ts p\r dev5ir plus qu'il n'e/4 ,il ne faut pas que la fatigue1 l'ennui1 le *agr91 n\s emp*5t de n\s arra*] c\rageusem5t la mollesse p\r entrepr5dre une noble lutte4 ,il suffit le plus s\v5t d'un peu de rsolution p\r va9cre notre faiblesse physique et a/re9dre notre esprit un travail utile4 ,et quel bonheur de p\voir ensuite se dire3 ,voil ce que je suis p>v5u faire p> mon c\rage et ma volont6 ,n\s devons donc savoir p>tag] noblem5t notre temps entre le monde et la solitude1 entre les di/ractions honntes de la socit et les plaisirs intellectuels4 ,n\s *app]ons a9si la folie de celui qui c\rt t\rdim5t aprs t\s les plaisirs1 et la misan?ropie de celui qui se retire avec une sombre p5se dans une retraite sauvage4 ,il faut que n\s *]*ions n\s faire aim] des autres sans commettre aucune l*et1 et que n\s sa*ions quitt] librem5t le monde sans le fuir entirem5t4 ,n\s devons remplir avec dignit les obligations que la socit n\s prescrit1 us] de t\s les avantages que n\s p\vons tr\v] p>mi les hommes1 et leur faire le bi5 qui dp5d de n\s4 ,mais n\s devons aussi savoir n\s retir] l'c>t p\r n\s recueillir dans le s5tim5t de ,dieu et de la vrit4 ,,f94 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,introduction ,i ,r,,flexions ,,pr,,lim9aires #a ,,*apitre ,i4 ,du p5*ant la socit #e ,goett+ue ,,ii4 ,du p5*ant la solitude #ag ,goett+ue ,,iii4 ,des inconvni5ts gnraux de la solitude #ci ,goett+ue ,,iv4 ,des inconvni5ts de la solitude p\r l'imag9ation #ea ,goett+ue ,v4 ,des inconvni5ts de la solitude p\r les passions #ff ,goett+ue ,,vi4 ,avantages gnraux de la solitude #gg ,goett+ue ,,vii4 ,des avantages de la solitude p\r l'esprit #aai ,goett+ue ,,viii4 ,des avantages de la solitude p\r le cur #bjg ,,conclusion #bia ,,corbeil1 imprim]ie de ,,cr,t4