,l',,art ,,pendant ,,la ,,guerre #aiad-aiah ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,a ,,la ,,librairie ,,hachette ,,et ,cie ,,la ,,peinture ,,anglaise ,,contemporaine ,un volume in-#af1 broch #c fr4 #ej ,,ruskin ,,et ,,la ,,religion ,,de ,,la ,,beaut ,un volume in-#af1 broch #c fr4 #ej ,,le ,,miroir ,,de ,,la ,,vie ,deux volumes in-#af1 ill4 de #af planches de gravures2 chaque vol4 broch #c fr4 #ej ,,les ,,questions ,,esth,,tiques ,,contemporaines ,un volume in-#af1 broch #c fr4 #ej ,,ruskin 7pages choisies7 ,un volume in-#af1 broch #c fr4 #ej ,,les ,,masques ,,et ,,les ,,visages ,a ,,florence ,,et ,,au ,,louvre ,un volume in-#h1 ill4 de #af planches de gravures4 ,broch #e fr4 #jj ,,robert ,,de ,,la ,,sizeranne ,l',,art ,,pendant ,,la ,,guerre #aiad-aiah ,,leur ,,art4 ,,ce ,,qu',,ils ,n',,ont ,,pu ,d,,truire3 ,,les ,,tapisseries ,,de ,,reims4--,,les ,,ruines4 ,,la ,,caricature ,,et ,,la ,,guerre4 ,,la ,,nouvelle ,,esth,,tique ,,des ,,batailles4 ,illustration3 colophon ,,librairie ,,hachette ,,et ,cie #gi1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 ,,paris #aiai ,tous droits de traduction1 de reproduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 --,copyright by ,hachette and ,c #aiai4-- ,l',,art ,,pendant ,,la ,,guerre ,,leur ,,art ,quel est l',art de ces gens-l8 ,et qu'ont bien pu faire les artistes1 signataires de l',appel au monde civilis1 pour remplacer1 dans le patrimoine esthtique des hommes1 les merveilles qu'ils ont biffes du portail de ,reims1--je veux dire les ,behrens1 les ,klinger1 les ,stuck1 les ,trubner1 les ,hildebrand1 sans parler de leurs ans1 signataires du mme manifeste1 les ,hans ,thoma1 les ,gebhardt1 les ,kaulbach1 les ,kalkreuth1 les ,liebermann1 les ,defregger8 ,beaucoup de gens ne souponnaient pas leur existence2 ils viennent de la rvler par un procd infaillible3 celui de cette suffragette qui lacra la ,vnus au miroir1 ou de ce vagabond qui droba la ,joconde4 ,c'est de la notorit1 si ce n'est pas de la gloire1 et l'on demeure bahi de leur prestesse l'acqurir4 ,il y a des ouvriers qui cherchent se faire connatre par la production de quelque uvre3 le monde surpris n'a connu les noms de ceux-l que par la destruction d'un chef-d'uvre4 ,mais comme1 aprs tout1 il ne suffit pas de lacrer une toile ou de mutiler une statue pour tre rput artiste1--ni de se solidariser avec ceux qui l'ont fait1--ces ,vertreter deutscher ,kunst1 comme ils s'intitulent eux-mmes1 doivent quelque part1 en un temps quelconque1 avoir faonn quelque chose1 des objets rputs objets d'art par eux et leurs amis4 ,ils ont d modeler des figures1 dont la place leur paraissait marque au portail de ,reims1 la place de la ,reine de ,saba1 du ,saint ,remy1 du ,saint ,thierry et de l',ange de ,saint-,nicaise4 ,ils ont d peindre des panneaux pour reposer leurs yeux que fatiguaient nos verrires1 rduites par leurs soins en poussire4 ,peut-tre1 avec ce got de l'organisation prventive qui les distingue1 quelques-uns d'entre eux taient-ils1 dj1 dsigns pour retoucher nos imagiers du ,x,i,i,ie sicle4 ,et1 srement1 il en est de chargs de reconstruire ,louvain1 selon un plan plus moderne et plus rationnel4 ,que sont donc ces artistes et que valent-ils8 ,on se pose1 malgr soi1 cette question4 ,je vais tcher d'y rpondre4 ,cette rponse1--ai-je besoin de le dire8--ne sera pas dicte par des faits trangers la cause4 ,si1 durant quelque vingt-cinq ans1--c'est--dire depuis la runion des ,portraits de ,lenbach1 en #ahhh1 au ,palais de ,cristal1 de ,munich1 jusqu' l',exposition du ,pavillon des ,arts industriels allemands1 ,bruxelles1 en #aiaj1--;il n'est gure de manifestation de l',art allemand que je n'aie suivie et note1 et si1 cependant1 je n'en ai jamais parl1 ce n'taient point les horreurs de ,louvain ou de ,senlis qui arrtaient l'loge3 c'est qu'il n'y en avait point faire4 ,le silence est une opinion1 et cette opinion ne devait rien alors aux circonstances4 ,l'expression ne leur devra rien1 non plus1 sinon l'occasion ou la justification de ces lignes4 ,,chapitre ,i ,,la ,,peinture ,,allemande ,,et ,,boecklin ,depuis un sicle1 au moins1 les ,allemands n'taient plus matres4 ,ils faisaient figure de petites gens rduites au crdit des voisins1 courbes sous une frule de rgent4 ,ils s'avouaient de pauvres lourdauds ternellement striles qui1 incapables de jamais rien produire1 devaient toujours se tenir au service1 la discrtion des ,anciens1 de leurs voisins plus intelligents et des livres de classe4 ,ils branlaient le monde du tonnerre victorieux de leurs armes2 leur science1 leur technique1 leur industrie envahissaient l'univers3 les plus privilgis d'entre eux cependant languissaient dans une servitude misrable4 ,oui1 leurs chefs commandaient des armes monstrueuses1 des forces et des trsors sans nombre2 et1 touchant la vie intellectuelle1 affine1 ils rigeaient la soumission aux idoles des temps morts en dogme patriotique4 ,vit-on jamais grand peuple en progrs et capable de se crer une civilisation particulire1 choir dans une si horrible perversit8 ,certes1 nous tions assez instruits pour savoir qu'il n'y a1 pour l'homme1 d'honneur vivre que s'il domine la vie1 que s'il lui imprime le sceau de sa puissance1 le sceau de sa dification1 c'est--dire la ,beaut4 ,mais nous n'osions y tendre de nos mains#a4444 ,ainsi gmissait1 il y a une quinzaine d'annes1 un critique allemand1 s'exprimant en franais1--ou peu prs1--dans une des revues d'art les plus rpandues outre-,rhin4 ,ce gmissement rvle une blessure assez peu connue de la vanit allemande4 ,nous savions bien qu'il n'y avait plus d'art trs original au pays des ,holbein et des ,drer1--exception toujours faite pour la musique1--mais nous n'imaginions pas qu'on dt en souffrir ce point4 ,d'ailleurs1 au moment o ces lignes paraissaient1 on pouvait voir l'uvre1 ensemble1 ,lenbach1 ,uhde1 ,hans ,thoma1 ,liebermann1 ,menzel et quelques autres1 dont les portraits ou les scnes modernistes de l'vangile1 ou les tentatives impressionnistes ou les anecdotes sur la vie du grand ,frdric n'taient pas si mprisables4 ,mais la jeunesse les mprisait4 ,c'tait un art europen1 driv des ,hollandais1 des ,flamands et des ,franais4 ,vous tes couverts des signes du pass1 leur disait ,nietzsche1 et ces signes1 vous les avez peinturlurs de nouveaux signes4441 le visage et les membres barbouills de cinquante taches4441 gens du prsent6 ,qui est-ce qui pourrait encore vous reconnatre8 ,st-on sonder les reins1 qui pourrait croire que vous en avez encore1 des reins8 ,vous tes ptris de couleurs cuites et d'tiquettes colles les unes contre les autres444 ,on tait domin par cette ide1--une des plus fausses de la mentalit contemporaine1--qu'un grand peuple1 puissant par son ngoce ou ses armes1 doit ncessairement procrer un grand art4 ,il y avait disproportion1 semblait-il1 entre ,hambourg et le ,palais de ,cristal1 entre ,essen et la galerie ,schack4 ,et les petits racontars de ,menzel lui-mme1 si spirituels et si savoureux qu'ils fussent1 donnaient mal l'impression d'un gigantesque effort national4 ,assez de dners ,sans-,souci1 de ,frdric jouant de la flte1 assez de moines gars dans les caves ou de jeunes mnagres dvorant des lettres d'amour1 assez de promenades sentimentales sur le vieux fleuve1 en face des ruines romantiques1 au son de la harpe1 assez de villageois lutins par les kobolds1 au fond de la vieille fort germanique1 ou de seigneurs en quipages suranns traversant leurs vieilles villes du ,tyrol1--tout ce que ,menzel1 ,grtzner1 ,defregger1 ,richter1 ,schwind1 ,spitzweg et tant d'autres avaient chuchot1 si longtemps1 sans autre prtention que de les divertir1 leurs auditoires bahis6 ,tout cela n'tait que de petits cts de l',allemagne1 traduits par un art aussi bien flamand ou hollandais qu'allemand4 ,a un grand peuple il fallait un grand art1 nettement national et inspirateur de grandes actions4 ,l',art devait tre l'ducateur des masses et non leur amuseur4 ,rembrandt avait t un ducateur4 ,de plus1 ce n'est pas une culture trangre1 c'est--dire infrieure1 que l',art devait apporter aux peuples germaniques3 c'tait une culture germanique1 par consquent emprunte au sol mme de la patrie4 ,on rptait ces mots du pote ,stephan ,georg3 ,ce qui est le plus ncessaire l',allemagne1 c'est un geste qui soit1 enfin1 allemand6 ,cela est plus important que la conqute de dix provinces6 ,voil o en taient les jeunes artistes et la jeune critique d'outre-,rhin1 dans le dernier quart du ,x,i,xe sicle4 ,ils cherchaient le matre qui ne devait rien aux nations rivales1 ni au sentiment latin1 pour en faire leur matre4 ,ils cherchrent longtemps1 tous leurs peintres cette poque tant plus ou moins infects de l'esprit et de la technique des ,franais4 ,enfin1 ils crurent apercevoir celui qui devait les librer et concentrer les aspirations de ,berlin1 de ,weimar1 de ,munich1 de ,darmstadt1 de ,dresde1 de ,hambourg4 ,ils l'aperurent1 debout1 au seuil de l',allemagne1 sur les bords du ,rhin1 tenant la clef du grand art entre ses mains4 ,ils se prcipitrent vers cet ,allemand-type3 c'tait un ,suisse4 ,certes1 il y a beaucoup prendre en ,suisse et en apprendre4 ,les exemples que ce pays nous donne1 dans la paix et dans la guerre1 seraient bons1 par toute l',europe1 mditer4 ,et quand on considre que le ,suisse en question tait de ,ble1 il n'est pas trs surprenant1 au premier abord1 qu'une tradition purement almanique ait pu revivre en lui4 ,a la vrit1 il n'habitait point ,ble3 il habitait ,san ,domenico1 prs de ,florence1 mi-cte de ,fiesole1 et vivait entour de cosmopolites4 ,mais ce ne sont l que des contingences4 ,malgr son obstination vivre loin de sa patrie1 on pourrait imaginer qu'il est rest fidle sa race1 en son volontaire exil4 ,mais si l'on voit une seule de ses uvres1 on est tout de suite fix4 ,tout l'art de ,bcklin est un effort furibond1 ttu1 dsespr1 pour se brancher sur l'antiquit classique et mditerranenne4 ,c'est la perptuelle nostalgie d'une race et d'un pays et1 plus encore1 d'une culture dont il n'tait pas ou dont il n'tait plus1 si1 comme le disent ses admirateurs1 il en avait t dans quelque existence antrieure4 ,il prend cette antiquit et sa mythologie ses sirnes1 ses centaures1 ses nrides1 toute son animalit figure humaine1 mais il les vide1 aussitt1 de leur esprit antique1 je veux dire la mesure1 la puret des lignes1 l'harmonie4 ,c'est ,phidias chez ,breughel1 l',olympe chez ,tniers1 quelque chose d'norme et de dbraill1 qui fait songer aux anamorphoses que subirait une statue antique1 si elle se trouvait entoure de miroirs dformants ou de boules panoramas4 ,plus coloriste1 il et approch ,rubens1 plus spirituel1 amus comme ,dor1 c'est--dire1 en tout tat de cause1 tourn le dos l'antique4 ,tel qu'il est1 sa prtention au grand art peut intresser1 mais ne touche gure1 d'autant que1 comme mtier1 c'est le plus composite et le moins original qui soit4 ,malgr tous nos efforts1--et ,dieu sait si nous avons t hospitaliers aux gnies trangers6--nous n'avons jamais pu admirer ce parti pris violent de mpriser la mesure1 ds l'instant qu'il n'aboutissait pas quelque trouvaille de mtier ou d'art4 ,ft-il1 d'ailleurs1 le matre original que quelques-uns ont cru1 ,bcklin n'avait plus rien d'allemand1 moins qu'on n'appelle prcisment allemande depuis ,cranach jusqu' ,cornelius1 cette foncire inaptitude comprendre l',antique4 ,sur tous les points et avec une application constante1 il prenait le contre-pied des vertus qui avaient fait les grands artistes de la vieille ,allemagne3 la minutie1 la conscience1 l'tude des visages1 analytique et serre1 le got des joies de la vie intime et recueillie4 ,aussi est-ce un des plus surprenants phnomnes de mimtisme1 que l'engouement des ,allemands1 et des seuls ,allemands1 pour ce rengat de toutes leurs traditions esthtiques4 ,ils avaient tant d'autres modles6 ,dans la ville mme de ,bcklin1 ,ble1 quand on visite les salles hautes de ce curieux muse qui se dresse pic sur le ,rhin1 on prouve une des motions les plus profondes que puisse donner l',art3 le commerce familier avec des hommes ensevelis depuis plusieurs sicles1 dans un subit ddoublement de notre personnalit1 qui nous fait assister la vie de quelques tres privilgis bien avant que la ntre ait commenc4 ,on est devant ,holbein3 la famille de ,thomas ,morus1 ,erasme1 ,jacob ,mayer et sa femme1 ,dorothe ,kannengiesser1 ,amerbach4 ,ces figures nous rvleraient1 si nous savions les lire1 tout le mystre de leur destine4 ,les artistes allemands de l'cole moderne ont pass devant elles sans y prendre garde4 ,puis1 non loin de ces merveilles1 on voit de lourdes caricatures de l',antique3 des allgories o le modle d'atelier1 fig en sa pose1 attend patiemment l'heure de se rhabiller1 des ,naades jouant dans la mer avec les soubresauts que la foule du dimanche1 au jardin d',acclimatation1 se divertit observer au djeuner des otaries3 la ngation constante des utiles leons d',holbein1 une constante prtention aux grands contours synthtiques aux vastes symboles1 la dcoration murale1 la philosophie1 exprime par le dessin le plus commun1 le plus banal et le plus lamentablement acadmique4 ,c'est l que les artistes allemands se sont arrts1 l qu'ils ont cru trouver l'ide rnovatrice de la peinture allemande6 ,franz ,stuck1 ,max ,klinger1 ,trubner1 ,wilhelm ,bader1 cent autres sont sortis de l4 ,a la vrit1 ,bcklin avait trouv quelque chose3 c'tait de prendre les tres fantastiques crs par l'art antique et de les remettre dans des paysages vrais1 les paysages d'o ils taient venus1 o ils avaient t1 pour la premire fois1 aperus ou devins par l'imagination apeure des bergers3 de renvoyer ,pan et les faunes et les satyres dans les bois1 les sirnes et les naades dans l'eau1 les nymphes au creux des sources1 et de faire galoper les centaures par les prs et les rochers sauvages4 ,il tirait l'homme-cheval de sa mtope et l'envoyait1 d'un coup de fouet brutal1 bondir en plein marcage2 il dvissait le faune de son socle ou de son cippe1 et le jetait la poursuite d'une femme travers la feuille des grandes forts2 il persuadait aux nrides de quitter les trois ou quatre volutes1 par quoi sont figurs les flots grecs1 sur les terres cuites ou les mosaques antiques1 pour piquer une tte dans le golfe et faire une pleine eau4 ,de l1 mille apparitions imprvues1 bien que logiques1 d'un ragot savoureux1 qui faisaient carquiller les yeux des archologues et rugir d'aise les rapins3 des corps de monstres ou de demi-dieux fouetts par les branches1 tigrs par la boue1 ruisselants d'embruns1 pris dans l'cheveau vert des varechs et rouls par le ressac4 ,c'tait une ide4 ,il en avait une autre1 corollaire de la premire1 et aussi fconde4 tant donn telle forme fantastique mi-humaine1 mi-bestiale3 le centaure1 par exemple1 ou le triton ou la nride1 en dduire toutes les postures qu'elle peut prendre1 qu'elle doit prendre en certaines occasions et ne pas s'en tenir aux attitudes rgles par la statuaire antique3 par exemple conduire son centaure chez le marchal ferrant1 le faire ruer1 sauter des obstacles1 montrer des nrides qui jouent et s'brouent comme des phoques1 ou qui font l'arbre droit1 des bbs tritons qui sautent sur les nageoires de leurs pres1 une ,vnus demi liquide au sortir des eaux1 des faunes ou des gypans vieillis1 blanchissants1 obses1 la peau plisse sur des ventres incoercibles1 aux confins de la caricature1 en un mot1 toute une mythologie raliste4 ,cela aussi tait une ide4 ,sans doute1 l'antiquit en avait donn des exemples1 sinon dans ses chefs-d'uvre1 du moins dans ses petites figurines dcoratives1 sur la panse de ses vases ou au plat de ses murs peints1 comme ,herculanum et ,pompi4 ,l'artiste antique avait1 dj1 en plus d'un endroit1 suggr des gestes assez libres ses tritons et ses centaures1 imagin des centauresses1 voire des ichtyo-centaures1 des hippocampes1 des panthres marines1 des pistris ou serpents-dauphins et mme un peu flair le grand serpent de mer4 ,sans remonter si haut1 et en s'en tenant ce qu'on voit au muse de ,ble1 ,bcklin avait pu observer de trs savoureux gestes de centaures dans les vieux dessins d',ursus ,graf ou de ,baldung ,grien4 ,mais ce que nul n'avait jamais fait1 c'tait les plonger en pleine nature1 dans le milieu humide ou herbeux1 ou parmi les mystres sylvestres1 au fond des paysages dcouverts par ,corot2 telle fut l'ide de ,bcklin4 ,le malheur de ces ides-l1 en art1 c'est qu'elles ressemblent trop des dcouvertes d'ordre scientifique4 ,on peut les communiquer par de simples mots4 ,le moindre dessinateur1 en les entendant noncer1 voit1 tout de suite1 le parti qu'il peut en tirer et1 sans avoir connu l'uvre de ,bcklin1 il en reproduira l'aspect1 peu prs4 ,c'est si vrai qu'il y a eu1 dans la vieillesse de ,bcklin1 un procs pour savoir si tel tableau tait de lui3--et il n'a su le dire1 l'ayant oubli6 ,puis il suffit de tirer les consquences logiques d'une ide1 en art1 pour choir invitablement dans l'absurde4 ,aussi bien1 quand il fut parvenu la fin de sa vie1 le peintre de ,ble1 s'exagrant lui-mme1 rendit-il son systme insupportable ceux qu'il avait1 un instant1 charms4 ,la modernit de la ,fable avait vcu4 ,toutefois1 il en tait l'inventeur et l'on pardonne beaucoup aux inventeurs4 ,mais que dire des ,allemands1 des ,stuck1 des ,klinger1 des ,bader1 des ,trubner1 des ,paul ,burck1 parfois mme de ,hans ,thoma1 qui1 venus aprs ,bcklin1 la formule tant trouve1 l'ont systmatise1 dveloppe1 amplifie1 en un mot exploite1 comme on fait un brevet d'invention8 ,on ne peut s'empcher1 en les voyant1 de penser cette caricature de ,bruno ,paul dans le ,simplicissimus3 un jeune rapin famlique1 carton sous le bras et pipe la bouche1 est debout auprs de son pre1 vieillard moribond qui tient un basset sur ses genoux1 et le vieillard lui dit3 ,mon fils1 je ne te laisse rien que ce basset3 ce sera ton gagne-pain4 ,tu pourras chaque semaine1 envoyer une blague sur lui aux ,fliegende ,blaetter1--faisant allusion aux plaisanteries sans nombre que la petite bte1 courte sur jambes1 longue sur reins et tout en oreilles1 inspire aux humoristes de la feuille clbre4 ,bcklin a fait comme ce vieillard4 ,il a lgu son centaure ,stuck et ,klinger1 et c'est merveille ce qu'ils en ont fait et toutes les sauces quoi ils l'ont accommod6 ,ce centaure poursuit1 encore l-bas1 une carrire extrmement profitable4 ,la magnifique villa antique de ,stuck1 ,munich1 a t paye par ce centaure4 ,les ides1--mme les ides d'autrui1--ne demeurent pas improductives en ,allemagne4 ,enfin1 ,bcklin avait fait une dernire trouvaille3 son ,ile des ,morts4 ,il en tait si satisfait qu'il l'a rpte1 nul ne sait combien de fois4 ,c'est la page de lui qu'on connat le mieux l'tranger3 une cuve de pierre1 pleine de cyprs1 baigne dans un lac noir1 chancre en toute sa hauteur pour qu'on puisse voir qu'il ne s'y passe rien1 une barque glisse sur les eaux endormies et ramne la bonne demeure un hte debout en son linceul4 ,c'est une cration trs artificielle4 ,on sent que l'artiste a runi1 mthodiquement1 tout ce qui peut donner l'ide de l'insensible et du perptuel3 une le escarpe et sans bords1 une eau sans mouvement1 un crpuscule ternel1 l'ombre1 une nature o rien ne change1 o rien ne nat1 o rien ne souffre1 o rien ne meurt4 ,l'impression produite1 bien qu'artificielle1 est assez forte4 ,ainsi se clt le cycle des dcouvertes du peintre suisse4 ,la passion de l'antique1 la recherche du brutal1 enfin le terrifiant1--voil tout l',art de ,bcklin4 ,et c'est tout l',art allemand contemporain4 ,les deux plus notables reprsentants de cette cole sont ,franz ,stuck et ,max ,klinger1 tous deux peu prs du mme ge1 entre cinquante et soixante ans4 ,klinger dou de la figure classique du herr professor lunettes1 broussailleux1 souponneux1 hirsute1 l'il vif sous le sourcil pais1 plus petit serait ,mime1 et ,stuck1 bonne tte ronde de feldwebel1 l'il rond1 extasi1 imprieux1 plus grand1 jouerait les ,siegfried1 tous deux sculpteurs autant que peintres et dcorateurs autant que sculpteurs1 menant tout de front1 visant tout1 appels artistes et matres seulement en ,allemagne1 rpondant ce que1 dans tous les autres pays1 on honore du nom d'amateur4 ,ils se sont partag le royaume de ,bcklin3 ,stuck a pris la terre et ,klinger a pris la mer4 ,tous deux ont gard le centaure4 ,seulement1 ,stuck lui donne quelques nouveaux agrments4 ,il lui met quelquefois une crinire1 il lui rase la tte la manire hyginique allemande et lui te la barbe qu'il portait au ,parthnon4 ,il en fait un cerf que poursuit un centaure1 chasseur et archer4 ,il a mme imagin un centaure ngre1 une sorte de bon gant courtisant une jeune blanche1 au grand bahissement de ses compagnes4 ,il a fait des centauresses blondes fuyant1 les cheveux dnous et en riant comme des folles1 la poursuite des centaures mles1 ou encore1 attendant paisiblement couches comme un cheval dans son box1 l'issue de la lutte entre deux rivaux4 ,tous ces centaures ont appris galoper l'cole de ,m4 ,muybridge ou1 tout au moins1 de ,m4 ,marey4 ,ils respectent les enseignements de la chronophotographie4 ,aussi offrent-ils un mlange de ralisme1 de modernit1 d'archasme1 de pdantisme et de fantaisie1 qui atteint sans effort la plus haute bouffonnerie4 ,klinger1 lui1 a conduit son centaure dans la mer1 parmi les nrides et les ordinaires chevaux marins1 les mouettes et les golands1 l'a englouti demi1 dans les vagues1 chevel dans le vent du large1 balafr d'cume4 ,telles sont1 notamment1 ses peintures dcoratives pour la villa ,albers1 conserves dans les muses de ,berlin et de ,hambourg4 ,il est parvenu1 ainsi1 insuffler son ,chiron1 ou son ,nessus1 une vie brutale et joyeuse qui1 au premier abord1 sduit4 ,l'attrait de la nature mridionale pour l'homme du ,nord y clate4 ,c'est une rue vers la mer bleue1 l'horizon d'or dentel par l'trave des caps1 la ,mditerrane convoite au loin1 par del les lacs trop calmes et trop froids1 par del les ,chiemsee et les ,constance1 l'art qui cherche dboucher en eau chaude1 comme l',empire lui-mme1 et y tend d'un effort vertigineux4 ,dans tout cela1 qu'est devenue la vieille ,allemagne1 la vie paisible1 les drames ou les joies intimes de la famille1 les rveries sentimentales que nous peignaient1 hier encore1 les matres1 et qui sont encore sensibles dans l'uvre de ,hans ,thoma8 ,il n'y en a plus trace444 ,les gens que ,ludwig ,richter nous montrait passant l',elbe1 sur une petite barque1 en face d'un vieux chteau en ruines2 les jeunes amoureux1 la main dans la main1 le vieillard pench sur sa harpe1 le jeune touriste debout1 sac au dos s'adonnant avec ferveur aux joies esthtiques de la contemplation1 et le pote chevel1 pensif1 qui va noter quelque chose de profond1 ou1 tout au moins1 d'obscur1--que sont-ils devenus8 ,un souffle a pass sur les ateliers allemands1 qui en a chass toute cette humanit nave1 parfois mesquine1 mais touchante et1 en tous cas1 vraie4 ,il n'est plus rest que des figurants de thtre1 laborieusement travestis en symboles1 guinds dans leur archasme et emptrs dans leur philosophie4 ,c'est une fatalit1 en effet1 que les artistes allemands cherchent toujours raliser ce quoi ils sont le moins propres3 le symbole1 et sous les formes qui sont le moins dans leur gnie3 les formes classiques4 ,certes1 leur passion pour l'antique n'est point nouvelle4 ,on chantait1 il y a longtemps dj1 dans leurs ateliers3 ,des ,deutschen ,knstlers ,vaterland1 ,ist ,griechenland1 ist ,griechenland6 ,mais c'est une passion toujours malheureuse4 ,elle a perdu ,cornlius et son cole1 elle a donn ,munich et ,berlin leur faux grec4 ,ds qu'elle saisit son homme1 elle le tue4 ,moritz de ,schwind1 par exemple1 au milieu du ,x,i,xe sicle1 anime d'une vie trs divertissante les figurines sentimentales ou grotesques1 qu'il conduit travers les mystres de la fort germanique1 mais ses figures symboliques sont vides de toute substance4 ,il russit toujours le nain3 il manque toujours la ,walkyrie1 plus forte raison1 la desse antique4 ,cornlius croit s'inspirer de l'antique3 il le surmoule4 ,tout l'imprvu1 toute la nettet1 toute la hardiesse et la force1 tout l'accent de l'antique est perdu4 ,on ne sent plus ses os4 ,pareillement1 de nos jours1 ,trubner croit beau de montrer l'empereur ,guillaume ,ier1 en triomphateur1 accompagn des ,walkyries3 il n'voque autre chose que l'ide d'un vieux monsieur gar dans les praticables de ,bayreuth1 au moment o l'on prpare la figuration4 ,les nouveaux venus1 il est vrai1 ont cru sauver leurs pastiches de l'antique en y introduisant deux caractres que l'antique offre bien rarement3 le colossal et le terrifiant4 ,mais c'est encore une erreur1 ni l'un ni l'autre n'tant dans les moyens du ,germain1--je veux dire dans ses moyens plastiques4 ,habich modelait1 en perfection1 de petites statuettes de bronze1 propres mettre sur une table1 comme encriers ou presse-papiers3 il a fait pour la ,knstler ,kolonie1 ,darmstadt1 des statues gigantesques d',adam et d've1 qui passent les bornes du ridicule4 ,klinger russit fort bien1 aussi1 la statuette de bronze3 il a imagin des ,beethoven ou des femmes en marbre polychrome1 dont les meilleures1 si elles taient plus spirituelles1 eussent d aller chez ,mme ,tussaud4 ,hildebrand1 force de frquenter les ,antiques et les ,florentins1 chez eux1 ,san ,francesco di ,paolo1 arrive des approximations fort agrables du quattrocento dans les petits sujets3 rve-t-il de monuments1 il choit dans le pire banal4 ,frantz ,metzner parvenait1 et l1 dans de simples bustes inspirs par des figures relles1 exprimer un sentiment saisissant2 il a voulu se hausser aux colosses d'gypte1 ou peut-tre d',assyrie1 en sa figure de la ,force1 dans le monument de ,leipzig3 le rsultat est lamentable4 videmment1 il a t impressionn par le ,pugiliste au repos des ,thermes de ,diocltien1 mais il lui a trouv l'air trop intelligent4 ,il a regard1 avec sympathie1 le ,penseur de ,rodin1 mais il lui a trouv les extrmits trop fines4 ,il a voulu btir un hercule o tout ce qui n'est pas brutal disparat1 mais alors le crtinisme pathologique1 o il est parvenu1 enlve son demi-,dieu non seulement toute sa divinit1 mais toute son humanit et1 par l1 toute sa vraisemblance4 ,c'est un pantin colossal et qui ne fait plus peur4 ,la peur1 cependant1 ou plutt la terreur1 tel est le sentiment que l',allemand cherche le plus1 depuis quelque vingt ans1 inspirer4 ,il semble que ce soit pour lui un moyen de triompher en art1 comme chez ses thoriciens militaires de triompher dans la guerre4 ,la toile la plus fameuse1 peut-tre1 de ,stuck est prcisment son allgorie de la ,guerre3 un entassement de cadavres nus sous le cheval du triomphateur4 ,les sphinx1 les chasses infernales1 les furies1 les harpies1 tout ce qui menace l'homme dans l'ombre et lui rappelle l'nigme de sa destine1 lui parat admirable peindre4 ,c'est si vrai que1 depuis la guerre1 les caricaturistes allemands1 lorsqu'ils veulent symboliser la terreur qu'ils s'imaginent inspirer leurs ennemis1 n'ont qu' reproduire quelque page clbre1 de ,sascha ,schneider1 dont ils dtournent le sens4 ,ainsi1 le ,destin1 batracien dgotant1 guette l'homme nu1 dsarm1 qu'il encercle de ses griffes invitables3 c'est1 dans leur pense1 ,hindenburg guettant le grand-duc ,nicolas4 ,malheureusement1 cette entreprise de terrorisme choue de faon misrable4 ,le ,lucifer de ,stuck ressemble un jeune ,anglais qui suit passionnment les pripties d'un match de boxe ou de football4 ,son ,remords est un marin en permission qui a pris le pas gymnastique pour ne pas manquer le dernier canot4 ,son triomphateur de la ,guerre est un gars de la campagne qui revient1 le soir1 sa journe finie1 sur son cheval fourbu4 ,son ,vice et toutes les femmes fatales1 qu'il a entortilles d'un boa ou d'un python1 semblent tout simplement des charmeuses de serpents4 ,son ,guerrier est un jeune valet de chambre qui poussette une statuette de la ,victoire avec un plumeau fait de feuilles de laurier4 ,son ,ange du ,paradis perdu est une manire de suisse qui1 debout1 raide1 les jambes cartes1 tient son pe flamboyante fiche en terre en face de lui1 comme un portier de ,rome sa canne boule1 sous le portique d'un somptueux palais4 ,tout cela rappelle le piteux effet que produit1 la scne1 l'apparition du dragon ,fafner4 ,mais1 ct de ces horrifiques images1 figure-t-il quelque faunin luttant1 tte contre tte1 avec un jeune blier1 dans un cercle d'autres petits faunes bahis1 ou dessine-t-il des paysans allemands en visite dans un muse1 pour les ,fliegende ,blaetter1--et voici la main d'un artiste vrai1 particulier1 spirituel1 qui reparat4 ,sur un point1 toutefois1 cet appel la terreur est mouvant3 dans la ,danse des ,morts4 ,klinger a fait toute une suite d'eaux-fortes intitule ,de la ,mort1 fort ingnieuses1 la manire de ,m4 ,andr de ,lorde1 pour entretenir1 chez l'tre prissable que nous sommes1 l'apprhension du mystre et l'horreur de l'troit passage4 ,ses ,misreux au carcan2 son bb assis sur le rigide cadavre de sa ,mre endormie2 sa figure d'homme en train de se noyer2 sa ,piet1 o saint ,jean a pris la tte de ,beethoven2 sa ,mort gurisseuse1 conue la manire du librateur cleste de ,lamartine1 tout cela est nouveau et d'un artifice assez adroit nous mouvoir4 ,cela doit tenir quelque caractre foncier de la race1 car1 toutes les poques1 les ,allemands ont excell dans le squelette4 ,la suite d',holbein est gniale4 ,on pourrait croire qu'il avait puis les ressources tragiques et comiques du macabre1--mais chaque gnration1 l',allemand sait le renouveler4 ,encore au ,x,i,xe sicle1 ,alfred ,rethel1 mdiocre dans tout le reste1 a trouv un tonnant symbole du mouvement rvolutionnaire de #ahdh1 avec sa ,mort cheval4 ,de nos jours1 un artiste de second plan1 ,joseph ,sattler1 en figurant la ,mort1 sur des chasses1 qui passe sur les feuillets des livres et y laisse ses traces1 a prouv que le don ancien de fantaisie macabre n'est pas perdu4 ,cette ,mort1 sortie d'un cabinet d'anatomie1 grimace et fait des mines de vieille coquette1--dolichocphale1 bien entendu4 ,chez ,hans ,thoma1 le squelette1 bien droit sur ses apophyses pineuses1 tend un drap1 avec le geste du garon de bain1 derrire ,adam et ve1 prt les envelopper ds qu'ils auront cueilli la pomme4444 ,c'est un rien1 mais il fallait le trouver4 ,on n'en finirait pas de citer toutes les facties funbres de ces morticoles hilares4 ,on ne voit gure que ,liebermann qui s'abstienne d'pouvanter ainsi ses contemporains4 ,ainsi1 le macabre1 chez les ,austro-,allemands1 est une industrie nationale4 ,et cela encore1 ils l'avaient trouv dans l'uvre de ,bcklin3 si peu ,allemand qu'il ft dans son art1 il avait pourtant cru devoir enseigner l'quitation une ,mort en habits carnavalesques1 dans la ,guerre1 et figurer un squelette raclant du violon derrire son propre portrait4 ,il ne faut pas croire1 cependant1 que ,bcklin1 seul1 serve aux ,teutons de modle4 ,l'artiste allemand prend son bien un peu partout4 ,liebermann a toujours pastich nos impressionnistes1 ,hohlwein pastiche ,nicholson1 ,frederyk ,pautsch pastiche ,brangwyn1 ,georg ,merkel pastiche ,maurice ,denis1 ,otto ,barth et ,junghanns pastichent ,segantini3 ,paul ,burck1 aussi1 l'occasion1 et maint autre1 car ,segantini a fait1 outre-,rhin1 une impression presque aussi profonde que ,bcklin4 ,hans ,thoma1 dans plus d'un endroit1 a pastich ,holman ,hunt1 et ,max ,klinger1 dans son ,aphrodite1 a pastich ,watts4 ,adolf ,brtt pastiche ,rodin1 ,joseph ,wackerle pastiche ,thorwaldsen1 ,max ,neumann pastiche ,toulouse-,lautrec1 ,sascha ,schneider pastiche de ,groux1 ,hildebrand pastiche1 merveille1 les della ,robbia et moins bien ,verrocchio4 ,en sculpture1 il semble toujours qu'on ait dj vu1 dans un monde meilleur1 l'anatomie et le geste que produit le statuaire allemand4 ,en art appliqu1 c'est la mme chose1 et peine a-t-on pntr dans quelque salle de style moderne1 que le faux ,copenhague1 le faux ,gall1 le faux ,doulton1 le faux ,delft1 le faux ,rozenburg1 le faux ,roerstrand1 le faux ,tiffany clatent aux regards4 ,on a souvent parl de crer un ,muse des pastiches1 c'est inutile3 il suffit d'entrer dans une exposition d'art allemand contemporain4 ,le plus singulier est que ces emprunts perptuels au gnie tranger n'entament pas la confiance de l',allemand en la supriorit de son gnie propre4 ,il a1 au moment mme o il imite les autres1 un immense contentement de soi-mme4 ,il revendique l'esprit du voisin comme un trait de sa race lui1 gar hors de ses frontires1 et qui doit lui faire retour par consquent4 ,ceci est beau1 dit-il1 donc cela doit venir de moi1 ou de mes anctres4 ,par exemple1 un de leurs critiques loue ,courbet et ,millet d'avoir introduit des lments absolument allemands dans la peinture franaise#b4 ,c'est une forme de folie raisonnante trs curieuse observer4 ,ruskin1 qu'on me pardonnera de citer cette fois encore1 parce qu'il serait difficile de mieux voir aujourd'hui mme ce qu'il dmlait1 il y a longtemps dj1 avec une lucidit singulire1 crivait dans ,fors ,clavigera1 en #ahgd3 ,il n'y a de bonheur que pour les doux et les misricordieux et l',allemand ne peut tre ni l'un ni l'autre3 il ne comprend mme pas ce que ces mots signifient4 ,c'est l qu'est l'intense1 l'irrductible diffrence entre les natures allemande et franaise4 ,un ,franais n'est goste que lorsqu'il est vil et drgl2 un ,allemand est goste dans les plus purs tats de vertu et de moralit4 ,un ,franais n'est sot que lorsqu'il est ignorant3 aucune somme de science ne rendra jamais un ,allemand modeste4 ,seigneur1 dit ,albert ,drer en parlant de sa propre uvre1 cela ne peut tre mieux fait4 ,luther condamne1 avec srnit1 l'vangile de saint ,jean tout entier1 parce qu'il arrive que saint ,jean n'est pas prcisment de son avis4 ,de mme1 lorsque les ,allemands occupent la ,lombardie1 ils bombardent ,venise1 volent ses tableaux 7dont ils sont incapables d'apprcier un seul coup de pinceau7 et ruinent entirement le pays moralement et physiquement1 laissant derrire eux le vice1 la misre et une haine intense dchane contre eux1 sur tout le sol que leurs pieds maudits ont foul4 ,ils font prcisment la mme chose en ,france1 l'crasent1 la dpouillent1 la laissent dans la misre1 la rage et la honte1 et s'en retournent chez eux1 se pourlchant d'aise1 chanter un ,te ,deum#c4 ,tout ceci1 je ne prtends pas que ce soit1 et ce ne peut tre1 en effet1 un diagnostic de l'me allemande4 ,il y a d'autres lments considrer que l'art dans la psychologie d'un peuple1 surtout quand cet art est1 comme ici1 voulu1 guind1 compos de toutes sortes d'emprunts4 ,mais l'artifice mme1 que dvoile cette recherche1 et l'chec total o elle aboutit sont de prcieux indices4 ,a ne considrer l'me allemande que dans son art1 il ne semble pas du tout que le brutal1 le colossal1 et le terrifiant en soient des caractres fonciers4 ,ce sont manifestement des caractres acquis et assimils par une forte volont4 ,tandis que la grce1 l'ordre1 la mesure sont1 chez l'artiste franais1 si naturels que1 pour y manquer1 il faut qu'il fasse quelque effort1 ce caractre hautain et brutal de l',allemand est si manifestement voulu que le mme artiste1 fort mdiocre quand il se l'impose1 devient tout de suite meilleur lorsque1 d'aventure1 il cesse de se suggestionner et se remet1 comme ses anctres1 peindre des petites filles dans des prairies1 des vieillards lisant leur ,bible1 ou des gnomes lutinant des fes dans la fort4 ,hans ,thoma1 ,max ,klinger1 ,franz ,stuck peuvent1 l-dessus1 servir de contre-preuve4 ,il semble donc bien qu'ils expient1 en ce moment1 leur infidlit au penchant naturel de leur race4 ,la gnration prcdente3 les ,ludwig ,richter1 les ,moritz de ,schwind1 les ,defregger1 les ,spitzweg1 les ,menzel1 n'taient pas de trs grands artistes1 mais leur art n'tait nullement emprunt4 ,ils faisaient tranquillement leur petite besogne locale et de terroir4 ,ils balayaient devant leur porte4 ,leurs successeurs n'ont pas t si sages1 ni si heureux4 ,en se juchant1 tout d'un coup1 sur un ,sina de pacotille1 en enflant la voix pour annoncer des choses qui dpassent de beaucoup leur comprhension et tenter des prodiges qui excdent de beaucoup leur puissance1 ils ont oubli ce qu'ils avaient dire et n'ont rien trouv d'autre4 ,l'artiste allemand ressemble un bon comptable qui s'imagine1 un jour1 avoir le gnie des affaires3 il emprunte tout le monde1 monte une entreprise gigantesque1 s'y ruine1 et donne rire aux passants1 jusqu'au jour o il regrimpe sur son tabouret et se remet faire ses petits calculs1 la satisfaction gnrale4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,arts ,d,,coratifs ,,et ,,la ,k,,nstler-,,kolonie ,en est-il ainsi des ,arts ,dcoratifs8 ,assurment1 ils n'ont pas suscit de moindres ambitions que les autres4 ,c'est peut-tre1 l1 que s'est port le principal effort de l'artiste allemand et qu'il croit le plus sincrement l'avoir emport sur ses voisins4 ,si l'on pouvait tirer de lui1 en toute franchise1 son opinion intime sur l'art de son pays1 il avouerait peut-tre que sa peinture et sa sculpture n'ont pas clips les franaises1 mais il rclamerait en faveur de l'architecture1 du meuble1 et de la dcoration intrieure de la maison allemande4 ,si1 dans le domaine de l'architecture1 dit ,ostwald1 une forme d'art a pris naissance1 c'est l',allemagne qu'on doit ce progrs sur une stagnation qui durait depuis environ mille ans4 ,et le professeur ,kuno ,francke explique3 ,ce n'est pas seulement dans le bon gouvernement ou dans le progrs social que l',allemagne1 durant les quarante dernires annes1 a dpass la plupart des autres pays4 ,la supriorit germanique s'est aussi manifeste avec une rapidit et un poids surprenants dans les choses qui comptent pour la beaut et la joie et l'ornement de la vie4 ,tandis qu'au point de vue architectonique1 ,paris conserve toujours le cachet du second ,empire et ,londres de l're victorienne1 et que1 dans les provinces franaises et les petites villes d',angleterre1 l'art de btir ne s'exerce que lentement et selon les vieux errements1 ,berlin1 ,hambourg1 ,brme1 ,hanovre1 ,cologne1 ,cassel1 ,darmstadt1 ,francfort1 ,nuremberg1 ,munich1 pour ne pas parler de beaucoup d'autres villes allemandes1 ont entrepris de vritables rvolutions1 durant la dernire gnration4 ,de nouveaux halls municipaux1 des thtres1 des opras1 des muses1 des btiments universitaires1 des hpitaux1 des gares1 des magasins1 de somptueux htels particuliers ou des cottages modles ont surgi partout1 et1 dans tous ces cas1 un style d'architecture nouveau et typiquement allemand semble se dvelopper4 ,il y a pas mal de lourdeur dans tout cela1 mais certainement on n'y voit plus cette imitation acadmique et cet clectisme formel de souvenirs pseudo-gothiques ou pseudo-renaissants4 ,il y a1 l1 la preuve frquente d'une imagination originale et puissante et un effort incontestable vers la majest1 la proportion1 la symtrie de la silhouette#d4 ,il y a quelque chose de vrai dans ce pangyrique3 l'ampleur de l'effort allemand4 ,quiconque a visit une de ces expositions d'art industriel ou dcoratif qu'on a multiplies depuis le dbut du sicle1 pour aider la gestation d'un style moderne1 ,paris comme ,turin1 comme ,saint-,louis1 comme ,bruxelles1 quand il est entr dans la section allemande1 a t frapp d'une impression particulire3 puissance et cohsion4 ,il semblait qu'on parcourt un royaume de titans4 ,les portes massives et hautes1 les cyprs ou les lauriers1 les aigles noirs1 tout parlait de gloire1 de mort1 de rapacit4 ,mais un royaume de titans-unis4 ,tout portait la mme marque1 rvlait le mme caractre2 et sur chaque objet semblait imprime la trace d'une mme main dmesure4 ,a certains moments1 il semblait plutt qu'on ft dans le royaume d'un nain3 l'industrieux gnome capuchon1 aux jambes torses1 la barbe patriarcale1 que ,ludwig ,richter et ,moritz de ,schwind ont popularis4 ,car1 en toute chose1 les caractres taient de forgerons1 d'alchimistes1 de bcherons3 objets mal dgrossis1 taills coups de cogne1 puis orns1 tout coup1 dans un coin1 d'un joyaux prcieux4 ,mais1 nains ou gants1 la besogne tait la mme3 norme et collective4 ,pas de noms propres3 et l1 des noms de socits1 de ligues1 c'est tout4 ,a ,paris1 en #aijj1 il n'y avait pas des exposants de jouets allemands1 il n'y en avait qu'un3 l',allemagne4 ,et ce pays o la pdagogie rgne jusque dans la confection des polichinelles1--car il y a des coles spciales pour jouets en ,thuringe1--prsentait tous ses pantins et leurs accessoires sur une seule scne1 machine comme une salle du muse ,grvin4 ,mais o l'impression tait la plus forte1 c'tait durant l'automne de #aijb1 sur les bords du ,p1 en ,pimont4 ,la ville de ,turin avait invit les artistes de tous les pays dployer1 en libert1 les monstres du modern style4 ,tout tait admis1 pourvu que rien ne ressemblt aux chefs-d'uvre du pass4 ,et1 en effet1 cela n'y ressemblait pas4 ,il y avait1 l1 des appartements pour gens maigres et des appartements pour gens gras4 ,il y avait des armoires rondes1 des secrtaires sphriques1 des garde-manger sphriques1 des fauteuils triangulaires1 des siges tendus de peau ou parchemin1 retentissants comme des tambours1 des harmonies dcoratives pour calmer toutes les espces de neurasthnies et aussi pour en procurer d'autres4 ,naturellement1 les portes allaient s'largissant vers le haut1 les cristaux taient tout fait opaques1 et les porcelaines plus lourdes que du plomb4 ,il semblait que l'homme d'esprit1 qui prsidait alors aux destines de la ville de ,turin1 et voulu montrer l',europe tout ce qu'il fallait viter4 ,mais les ,allemands prirent la chose fort au srieux4 ,nul de ceux qui passrent1 ce jour-l1 sous l'trange velum gyptien tendu l'entre du parc de ,valentino ne peut l'avoir oubli4 ,tous les pays se prsentaient leur guise et avaient envoy leurs meilleurs exemples de tratologie ornementale4 ,mais aucun ne se prsentait en bataille1 en rangs serrs1 comme une arme4 ,la ,france apparaissait dans un dsarroi notable3 ici1 la vitrine d'un de ses joailliers1 l1 quelques meubles d'un artiste moderne1 plus loin des cramiques4 ,seuls1 les noms des auteurs apprenaient que1 parmi tant d'autres exposants1 il y avait quelques ,franais4 ,l',angleterre existait peine3 il y avait la salle ,mackintosh1 il y avait la salle ,walter ,crane1 mais d'ensemble britannique1 point4 ,les autres nations faisaient claquer au vent les noms de leurs artistes comme des drapeaux3 ,horta6 ,hob6 ,henry van de ,velde6 criait la ,belgique4 ,le ,danemark exposait ses porcelaines fameuses en deux endroits fort distants l'un de l'autre4 ,au contraire1 il y avait toute une rgion1 toute une suite de salles1 tout un ddale purement allemand4 ,pas de noms3 l',allemagne4 ,on ne trouvait1 si bien que l'on fouillt toutes les pices1 que deux individus1 deux ttes dresses du mme rythme1 impassible1 hautain1 impersonnel3 d'abord l',empereur1 au-dessus d'une fontaine massive et rude1 et puis1 au fond d'une petite chambre1 ,nietzsche4 ,l'homme qui a dit3 ,je vous en conjure1 mes frres1 restez fidles la terre et n'en croyez pas ceux qui vous parlent d'esprances supra-terrestres6 ,ce sont des empoisonneurs444 et celui qui a dit3 ,l',art doit tre une aide et une force ducative pour toutes les classes de mon peuple1 c'est--dire lui donner1 quand il est las aprs un dur labeur1 le moyen de se fortifier par la contemplation des choses idales4 ,c'tait tout4 ,si vous prtiez l'oreille aux accents des constructeurs1 ou de leurs amis1 voici les tranges paroles qu'on entendait3 ,pntre1 tranger3 ici rgne l',empire allemand2 considre d'un cur joyeux sa vaillance6--,c'est une devise de ce got qu'il faudrait graver au centre de l'entre4 ,car ce qui se rvle silencieusement dans ce hall1 c'est la puissance3 c'est la puissance de l',empire de ,wilhelm ,,ii1 mre1 prte1 dcide1 forte du mme droit1 de la mme possession1 de la mme autorit1 s'il lui fallait assurer sa place parmi les puissances du monde1 dans un nouveau partage du globe1 que celles que le destin de ses peuples a publies comme son immuable dcret#e4444 ,alors1 on s'enfonait dans des salles obscures1 et l1 claires d'une lumire louche1 vers des fontaines o l'eau semblait rouler une poussire d'or4 ,des meubles trapus se courbaient vers la terre et y enfonaient leurs griffes1 comme s'ils avaient peur qu'on les en arracht4 ,des chemines en forme de sarcophages1 des tables myriapodes1 des tentures massives comme des cottes de mailles1 dfiant le temps1 des figures de cauchemar3 toujours la lutte de l'homme contre la destine1 ou bien des symboles du courage1 de la patience1 de la force3 une lionne1 un chevalier tout arm2 des forts sombres1 des sommets incultes1 neigeux1 une nature implacable dans son indiffrence ou son hostilit3--voil ce qu'on rencontrait toujours et partout4 ,ah6 elle tait loin1 la recherche du gemthlich8 ,ce n'tait pas beau1 mais c'tait crasant4 ,parmi la dispersion des autres pays1 l',allemagne se prsentait1 l1 unie et discipline comme une arme en bataille4 ,et quand on repassait sous le velum et sous le monument sculpt par ,calandra1 et qu'on quittait cette phmre apothose de l'extravagance internationale que fut l',exposition de ,turin1 en #aijb1 on emportait une impression de malaise la pense de l'immense nation organisant un art comme on organise une invasion4 ,d'o venait cet art8 ,de l'endroit le moins fait1 semble-t-il1 pour inspirer de pareils nergumnes3 de ,darmstadt4 ,car c'est de l1 plutt que de ,munich1 plutt que de ,weimar1 qu'est parti1 la fin du ,x,i,xe sicle1 le mouvement qui devait rnover1 au dire de ,m4 ,ostwald et de ,m4 ,kuno ,francke1 l',art de la ,maison1 en ,allemagne4 ,il y avait1 en ce temps-l1 dans la capitale de la ,hesse1 un jeune prince pris des arts1 qui venait de ceindre la couronne grand-ducale4 ,il s'appelait ,ernst-,ludwig1 et mditait de laisser ce nom la postrit1 entour des prestiges que donne un mcnisme intelligent4 ,il mditait1 aussi1 de faire une bonne affaire4 ,or1 l'extrmit de sa bonne ville1 bien loin vers l',est1 par del les casernes1 prs de l'ancienne porte de la ville1 appele la porte des ,chasseurs1 sur le chemin des prairies et des forts de htres1 s'tendait un parc touffu1 ombreux1 mystrieux1 enchevtr1 qu'on appelait la ,mathildenhhe4 ,on n'y voyait jamais personne1 sauf quelques enfants1 le jeudi1 ce qui faisait qu'on l'appelait le parc du jeudi4 ,beaucoup de vieux habitants de ,darmstadt ignoraient son existence4 ,des pavillons royaux1 inhabits1 contrevents ferms1 oublis par les princes1 adopts par les mousses et les aristoloches1 paraissaient1 et l1 au dtour d'une alle4 ,le reste tait sauvage4 ,on et pu1 en cherchant bien1 trouver les troncs d'arbres o habitait la sur des ,sept ,corbeaux1 o l'pe de ,siegfried est plante4 ,c'tait beau4 ,toutefois le jeune prince jetait sur ces splendeurs vgtales un regard svre4 ,peut-tre se rappelait-il le parti que les habitants de la ,riviera ont su tirer de leurs pindes et de leurs champs d'oliviers1 en les remplaant par des garages d'automobiles ou des maisons de rapport4 ,il lui parut que l',allemagne avait assez entretenu de forts mystrieuses1 dans le pass1 pour le plaisir des ,richter et des ,schwind1 et qu'il tait temps de monnayer le mystre4 ,bref1 il dcoupa1 abattit1 dpea1 vendit tout ce qui tait d'un rapport facile1 traant1 travers le parc ferique1 des rues et des trottoirs1 pour mieux attirer le chaland4 ,il restait encore un morceau d'importance3 ne sachant qu'en faire1 il le donna aux artistes4 ,un des thmes favoris de la critique contemporaine est que l'absence d'un style moderne1 dans l'art1 tient l'absence de libert chez l'artiste4 ,l'architecte1 le dcorateur1 le dessinateur de meubles1 ont la tte pleine de nouveauts heureuses1 prtes s'extrioriser3 malheureusement1 le bourgeois1 qui les emploie1 pse de tout son poids1 du poids de ses prjugs et de son or1 pour les arrter dans leur essor4 ,il y a1 aussi1 les ordonnances de police sur les faades1 qu'il faut rendre responsables des mascarons sans gnie et des ptisseries superftatoires4 ,enfin1 la division du travail et la spcialisation outrance1--ces deux conditions du travail moderne1--sont de grandes coupables4 ,au lieu que ce soit l'architecte1 comme dans les temps anciens1 qui ait la haute main sur tout l'uvre et en rgle les diverses parties1 sculpture1 dcoration1 meubles mme1 dans leur rapport avec le plan gnral de l'difice1 chaque artiste employ ne songe qu' faire une exposition de ses talents1 comme s'il tait seul1 et sans gard l'effet que produisent les autres4 ,que l'artiste ne dpende plus du bourgeois et que tout dpende de l'architecte1--et le style du ,x,xe sicle est n6 ,le grand-duc de ,hesse entendait ces dolances1 comme nous les avons tous entendues1 il y a quelque vingt cinq ans1 et il rsolut d'y mettre un terme4 ,il dcida d'appeler1 de toutes parts1 les stylistes modernes et de leur donner1 libralement1 les moyens de btir des demeures qui rpondent la personnalit humaine et artistique de leurs habitants1 comme on disait dans le jargon du moment4 ,il leur offrit cet espace admirable de la ,mathildenhhe1 demeur sauvage1 tout en lgres ondulations1 et plein des plus beaux arbres du monde1 pour y tablir un groupe de maisons et d'ateliers1 leur guise1 une ,knstler-,kolonie4 ,il fournit l'argent ncessaire4 ,tous les artistes capables de raliser l'insaisissable style moderne furent convis au grand uvre4 ,il alla chercher1 ,paris1 ,hans ,christiansen1 ,allemand form par la frquentation des ateliers franais et connu seulement par les dessins modernistes qu'il envoyait la ,jugend2 il alla prendre1 ,vienne1 l'architecte ,olbrich1 redoutable btisseur de villes mi-orientales et pseudo-italiennes2 il fit venir1 de ,munich1 le sculpteur ,habich2 il dcouvrit1 ,mayence1 le jeune ,patriz ,huber1 g de vingt ans tout au plus1 dcorateur alaman de ,souabe1 qui donnait les plus grandes esprances2 il appela1 de ,magdebourg1 un enfant prodige1 ,paul ,burck1 la tte dj pleine de rminiscences de tous les matres1 spcialement de ,segantini2 il emprunta ,berlin ,rudolf ,bosselt1 qui1 comme tant d'autres1 ciselait des figures de femmes exaspres d'tre attaches des objets de premire ncessit2 il nomma matre de l'uvre ,peter ,behrens1 architecte et dcorateur notable1 dj1 et qui devait le devenir plus encore4 ,il les lcha dans le parc de la ,mathildenhhe et leur dit3 ,allez6 ,il n'y a plus de style1 il n'y a plus de loi1 il n'y en a jamais eu4 ,faites la maison de vos rves6 ,ce qu'ils firent1 les bons ,hessois le virent l',exposition de la ,knstler-,kolonie1 en #aija1 et se demandrent1 respectueusement1 si leur grand-duc avait bien sa tte lui4 ,a peine au sortir de leur ville1 il leur semblait qu'ils entraient dans un autre monde3 celui de la cacophonie et de l'incongru4 ,qu'est cela8 se dirent-ils1 nous ne sommes plus ,darmstadt6 ,ceux d'entre eux qui avaient vu1 ,paris1 la rue du ,caire1 en #ahhi1 ou bien ,berlin1 ,venise1 pensrent qu'ils assistaient une nouvelle fantaisie de ce genre4 ,mais du moins1 ,paris1 ils s'taient amuss6 ,ici1 on ne s'amusait qu'aux dpens de l'art allemand4 ,pourtant1 on tait en prsence d'une imposante manifestation d'union et de solidarit esthtiques4 ,olbrich avait bti la maison de ,hans ,christiansen1 que celui-ci avait dcore de roses1 de roses sanglantes plaques entre des murs bleus1 sous un toit de tuiles vertes4 ,comme dcor d'un jour1 c'tait un peu criard1 mais assez russi3 seulement1 il ne semblait pas qu'on pt habiter dans ce djeuner de soleil4 ,olbrich avait encore bti1 au milieu de la colonie1 la maison commune des artistes1 celle o ils devaient tous avoir leurs ateliers3 la ,maison ,ernst-,ludwig4 ,on voyait1 sur le perron1 deux gigantesques statues de ,habich1 qu'on croyait laisses la porte par l'impossibilit o l'on avait t de les faire entrer4 ,peter ,behrens avait bti sa propre maison dans le style perpendiculaire1 longs filets de briques1 qu'on voit quelques vieux difices allemands1 notamment la ,stargardterthor1 ,neu-,brandenburg4 ,les autres s'taient entr'aids construire ou dcorer leurs rciproques demeures1 avec un enthousiasme collectif4 ,l'ensemble paraissait fait pour loger des marionnettes4 ,les intrieurs1 tout en coins et en recoins1 pouvaient servir de dcors des scnes de genre1 mais interdisaient tout espoir d'y vivre bourgeoisement4 ,certaines choses1 comme la ,maison ,ernst-,ludwig1 taient franchement horribles4 ,les gens de ,darmstadt se consultrent avec inquitude4 ,ils se racontaient l'histoire d'un jeune homme riche de ,munich qui1 ayant eu la faiblesse de se btir une maison art nouveau1 laquelle ne lui avait pas cot moins de #a #bjj #jjj marks1 avait pris le parti1 la voyant termine1 d'aller faire le tour du monde4 ,puis la foule s'coula1 plus goguenarde qu'on ne l'et attendu1 peut-tre1 d'une foule allemande1 et les artistes se trouvrent seuls dans la maison de leurs rves4444 ,ils n'y restrent pas longtemps4 ,bientt1 l'usage1 ils s'aperurent que dans le groupe des ateliers1 on ne pouvait pas faire d'ateliers et que dans les maisons d'habitation1 on ne pouvait pas vivre4 ,ds lors1 il suffit d'un vent d'hiver pour les lasser de leur fantasmagorie moderniste1 et ceux qui l'avaient conue1 pouvants de leur propre uvre1 se htrent de fuir sous d'autres plafonds1 se chauffer d'autres foyers1 moins modernes1 mais plus pratiques1 montrant ainsi qu'ils taient capables de toutes les gageures1 hors d'habiter la maison qu'ils avaient btie4 ,la premire tentative d'art nouveau1 en ,allemagne1 tait donc un chec4 ,croyez-vous qu'on s'en tint l8 ,pas du tout4 ,les moulins allemands tournent lentement1 mais ils tournent toujours4 ,on se remit l'uvre1 sur de nouveaux frais4 ,un peu partout1 ,berlin1 ,munich1 ,dresde1 on travailla4 ,a ,weimar1 notamment1 la grande-duchesse s'tait mis en tte de renouveler1 dans une certaine mesure1 la tentative de ,darmstadt sans tomber dans ses erreurs1 et ce fut un ,belge1 ,henry van de ,velde1 qui prit la direction du mouvement nouveau4 ,il fut rapidement entour de disciples2 les plus audacieuses tentatives furent envisages1 spcialement pour renouveler le meuble2 les plus hauts problmes d'esthtique abords4 ,quelques-uns prtendirent que les jours de ,gthe taient revenus4444 ,d'autres1 plus prudents1 prirent le paquebot pour l',angleterre1 souponnant que le meuble anglais1 solide sans tre massif1 clair1 simple1 pratique1 exactement adapt aux exiguts de nos demeures et aux exigences de la vie moderne1 tait peut-tre plus facile dmarquer qu' surpasser4 ,ils tentrent donc de le pasticher4 ,ce qu'il advint de tous ces efforts1 on le vit l',exposition de ,bruxelles1 en #aiaj1 et l'on fut difi4 ,reprenons1 par le souvenir1 le chemin de cette ,exposition1 telle qu'elle apparaissait la lisire du ,bois de la ,cambre1 avant que l'incendie en et dtruit nombre de palais4 ,dpassons les pavillons anglais et franais et arrtons-nous sur le plateau o se tient l',allemagne4 ,de fort loin1 on l'aperoit1 tout entire1 concentre dans une cit btie par elle-mme1 comme un tat dans l'tat1 annonant son omnipotence par son aspect rogue et cossu4 ,il y a un abme entre les prtentions architecturales du modern style1 ,darmstadt en #aija1 ou de ,turin en #aijb1 et celles de ,bruxelles en #aiaj4 ,l',allemagne s'est trs assagie4 ,on voit1 tout de suite1 qu'on y a beaucoup travaill depuis dix ans et qu'on a reni1 sans vergogne1 la plupart des principes affichs avec hauteur1 dix ans auparavant4 ,rien des styles anciens6 telle est la thorie1 en #aija1 ,darmstadt4 ,tous les styles anciens mlangs selon de nouvelles formules3 telle est1 ,bruxelles en #aiaj1 la pratique4 ,on s'est retourn compltement1 et1 si l'on se trompe1 du moins ce n'est plus de la mme faon4 ,l'influence a pass d'autres matres1 ,emmanuel de ,seidl et ,hermann ,muthesius1 notamment4 ,ils ont fait triompher le massif1 le sobre et le svre4 ,dornavant1 l'architecte allemand ne cherche plus tirer une salle de bains des profondeurs de sa propre conscience1 ni extrioriser son tat d'me dans un vestibule4 ,il revient au solide et au traditionnel4 ,il se remet aux styles anciens1 qui ont ceci de bon qu'ils ont t expriments et soumis la contre-preuve des sicles et ont prouv leur vitalit en vivant4 ,la route qu'il suit dsormais est meilleure et si elle ne l'a men aucun chef-d'uvre1 elle ne l'a pas conduit des abmes de mauvais got4 ,comme aspect1 c'est1 au premier abord1 bizarre4 ,cela commence terre comme un temple grec et cela finit dans le ciel comme une maison de ,nuremberg4 ,un grand capuchon de tuiles descend sur des colonnes doriques1 basses et trapues1 le vieux pignon national couronne la maison grco-romaine3--telle est l'impression d'ensemble4 ,considrons maintenant le dtail3 cette maison antique ne ressemble1 en rien1 la vritable demeure des anciens1 le toit gothique se relve par des ondulations et des renflements1 sans une seule coupure nette du profil1 jusqu'au moment o il jaillit en pignon4 ,c'est une combinaison de vieux et de neuf4 ,par l-dessus domine une couleur mi-partie noire et blanche sur les grands plans1 avec de petites dcorations d'un rouge vif de granium4 ,on remarque que les fentres1 larges et basses1 quadrilles de carreaux blancs1 sont aussi tendues de rideaux roses1 gris et noirs4 ,c'est une maison en deuil1 avec1 et l1 des roses4 ,l'intrieur est tout aussi surprenant4 ,il n'est pas rare d'y trouver un plafond blanc ,louis ,,xv1 soutenu par des piliers de la ,susiane en briques vernisses1 vert et lie-de-vin2 un boudoir sombre et carr1 alternant avec une salle d'tude ovale dcore dans le got de ,sans-,souci2 une chambre coucher spulcrale meuble comme une cour d'assises1 une salle manger plaque de cramiques diverses1 avec un aspect de damier gigantesque et de jeu de dominos1 o les verres1 pleins de vins du ,rhin1 montent et closent comme des fleurs4 ,nul souvenir de la ligne torse et retorse qu'on appela le grand vermicelle belge1 ni du modern-style franais1 lequel empruntait presque toutes ses formes au monde sous-marin4 ,quand1 par hasard1 ce n'est pas sombre et trapu1 c'est tout simplement anglais4 ,l'ensemble1 abstraction faite des rares souvenirs du ,x,v,i,i,ie sicle1 donne l'impression de quelque chose d'toff1 de rabattu sur le sol1 de dur et de gomtrique1 de cubique1 en un mot1--ce mot tant le seul qui transpose1 en une notion intellectuelle1 pour le lecteur1 l'ensemble des sensations que le visiteur a prouves4 ,aussi1 le meuble et la dcoration intrieure1 en ,allemagne1 ont-ils cette fois encore abouti un complet chec4 ,nous en avons vu quelque chose1 en #aiaj1 ,paris1 au ,salon d'automne1 dans les salles de l',exposition des arts dcoratifs de ,munich4 ,il fallut1 cette poque1 tout l'engouement irraisonn que la critique1 dite d'avant-garde1 professait l'gard des innovations exotiques1 pour se dissimuler la pauvret de cette uvre4 ,elle ne vaut rien4 ,mais il en va tout autrement de l'architecture mme et de la dcoration extrieure4 ,l1 il faut reconnatre un grand progrs chez l'artiste d'outre-,rhin4 ,l'accusation de mauvais got qu'on lance contre lui doit s'entendre dans un certain sens et perd de sa valeur tre prodigue4 ,quand on parle du got dcoratif des ,allemands1 il ne faut point en juger par celui que la femme allemande dploie dans ses toilettes4 ,c'est un point de vue1 mais ce n'est pas le seul4 ,il ne faut pas en juger1 non plus1 par ces articles de camelote dbits1 dans le monde entier et tellement adapts au got des foules de tous les pays que1 le plus souvent ces foules la croient marchandise nationale4 ,une autre opinion tout aussi errone est que l'architecture allemande se reconnatrait la surabondance d'ornements parasites1 son faux luxe1 ses entassements de figures et de surplombs4 ,c'est juste le contraire qui est vrai4 ,l'difice allemand contemporain se reconnat ce qu'il y a1 dans sa construction1 de sobre1 de massif et de svre1 disons mme de triste1--et c'est son plus grand dfaut4 ,de grandes surfaces plates et nues1 encadres de hautes tiges droites1 du sol aux combles1 o les pleins l'emportent de beaucoup sur les vides1 o les ornements n'apparaissent que par petits groupes et gnralement en retrait1 au lieu d'tre en saillie1 les colonnes mmes rentrantes dans le plan des faades1 une matire trs dure et compacte1 des toits tombant trs bas et encapuchonnant l'difice3--voil son caractre distinctif4 ,rien au monde n'est plus loign du rococo1 du ,zwinger de ,dresde ou des fantaisies de ,louis ,,ii de ,bavire4 ,c'est une raction totale1 hautaine1 brutale mme1 contre tout ce que l',allemagne1 francise au ,x,v,i,i,ie sicle1 adora4 ,c'est ce qu'on trouve1 par exemple1 dans la ,surintendance de ,dresde1 btie par ,schilling et ,graebner1 dans le chteau ,zlin1 ,mhren1 bti par ,lopol ,bauer1 dans les maisons bties par ,paul ,ludwig ,troost1 dans la ,georgenstrasse1 ,munich1 dans la maison ,lautenbacher btie par ,emmanuel de ,seidl1 dans la maison ,lautenschlager1 ,francfort-sur-le-,mein1 btie par ,hugo ,eberhardt1 dans la ,caisse d'pargne et le ,gymnase du ,roi ,george1 de ,dresde1 btis par ,hans ,erlwein1 la ,banque provinciale de ,dresde1 btie par ,lossow et ,viehweger1 pour ne citer que les plus connus4 ,de mme1 encore1 la villa du docteur ,narda1 ,blankenburg1 en ,thuringe1 la maison des ,anglais ,elberfeld1 par ,seidl et le chteau ,wendorff1 dans le ,mecklembourg1 bti par ,paul ,korff4 ,tout n'est point mauvais dans ces laborieuses combinaisons de styles anciens1 nationaux ou autres4 ,en tout cas1 ces tentatives1 relativement nouvelles1 sont beaucoup moins malheureuses que les anciennes4 ,l'art dcoratif moderne1 aprs tant de sicles inventeurs1 est une adaptation plutt qu'une cration et une recherche d'appropriation des belles formes trouves par d'autres des besoins ressentis par nous4 ,c'est un travail tout fait conforme au gnie allemand4 ,mme ,berlin1 dans les maisons1 palais1 ou salles de concert btis par les ,rathenau1 les ,gessner1 les ,endell1 les ,bischoff1 les ,berndt1 les ,schaudt1 les ,jaster et ,herpins1 les ,klopsch1 et surtout par ,muthesius1 on trouve d'heureuses appropriations des styles suranns4 ,mais qu'est-ce qu'il y a de proprement allemand dans tout cela8 ,rien du tout4 ,seuls1 les philosophes ou apologistes de rencontre1 comme ,ostwald1 prtendent voir1 dans les constructions nouvelles de leur pays1 des caractres spcifiquement germaniques4 ,les critiques d'art et les artistes savent mieux quoi s'en tenir4 ,il n'est pas niable1--et ils ne nient pas1--que tout ce que l'art allemand a produit de bon1 dans l'application dcorative1 soit venu d',angleterre4 ,nous ne saurions1 ni ne voudrions passer sous silence1--dit l'auteur de la notice sur l',industrie d'art en ,allemagne1 en tte du catalogue officiel de l',exposition de ,bruxelles1 en #aiaj1--que les principes de rforme qui ont t par la suite pour notre industrie d'art comme la parole de salut1 ont pris pour nous venir d',angleterre1 dans une proportion considrable1 le chemin de la ,belgique1 et que1 dans ce pays de ralits industrielles1 ils ont t1 pour notre profit1 dgags tout d'abord d'un romantisme de mauvais aloi4 ,il n'y pas un ouvrier d'art allemand qui puisse visiter cette exposition sans se remmorer les noms autrefois si souvent prononcs des ,lemmen1 des ,finch1 des ,serrurier-,bovy1 ou des ,horta1 mais surtout de ,henry van de ,velde4444 ,c'est de ,muthesius1 la fois artiste et administrateur1 et qui a1 pendant un temps1 tudi fond l'organisation de l'enseignement industriel en ,angleterre1 que part1 dans ce qu'elle a d'essentiel1 la rforme radicale des coles allemandes d'art industriel4444 ,la seule prtention des artistes d'outre-,rhin est d'avoir adapt aux conditions conomiques de la foule et aux moyens de production mcanique1 les ides venues d',angleterre3 ,le large esprit de rforme thico-esthtique1 dit le mme auteur1 la conscience duquel se sont veills les temps nouveaux1 dans les ateliers professionnels du groupe ,morris1 ou aux tables de travail du groupe ,ruskin1 et qui s'est ensuite modernis1 socialis1 individualis en ,belgique d'une faon dcisive1 a pris1 dans l',allemagne contemporaine1 un tel lan de croissance qu'il y rgit en grande puissance l',industrie1 le ,commerce et l',art#f4 ,mais cette prtention mme est insoutenable4 ,l',angleterre avait donn1 bien avant l',allemagne1 des exemples de cottages1 de portails1 de meubles1 d'amnagement et de dcoration intrieurs1 fort simples et fort bon march1 du moins pour les bourses anglaises4 ,des architectes comme ,baillie ,scott et ,voysey avaient travaill dans ce sens bien avant les ,allemands et ,voysey avait mme fait la thorie de cette pratique4 ,c'est lui qui avait insist le premier sur le parti qu'on pourrait tirer des procds mcaniques de fabrication dans le meuble1 si l'on voulait bien concevoir le meuble en fonction de ces procds4 ,on ne sait ce que signifient ces mots modernis1 socialis en ,belgique1 lorsqu'on observe que ce souci de l'esthtique ne s'est pas arrt1 chez les ,anglais1 aux classes suprieures1 mais qu'il a pntr1 depuis bien longtemps1 dans les projets d'habitations ouvrires et1 depuis vingt ans1 dans l'organisation des immenses garden-cities1 qui sont des modles4 ,tout ce que les ,allemands ont de bon1 dans cet ordre de choses1 est anglais4 ,un seul caractre purement germanique se rvle dans les rcentes constructions allemandes3 le colossal ou le cyclopen4 ,certes1 ce caractre n'est pas nouveau dans l'architecture monumentale et commmorative1 ni dans la statuaire qui en fait partie intgrante4 ,la ,germania du ,niederwald2 le monument de ,barberousse et de ,guillaume ,ier1 sur le ,kyffhaser1 en ,thuringe1 par ,geiger2 la statue d',arminius1 dans la fort de ,teutoburg2 la statue colossale de ,bismarck1 bien d'autres gigantesques entassements de pierres ou de bronze avaient1 ds longtemps1 rvl ce got immodr de l',allemand pour ce qui tient de la place4 ,ce qui est nouveau1 c'est de le porter dans l'aspect extrieur de simples maisons de rapport1 de banques1 de gares de chemins de fer ou de magasins de nouveauts2 c'est de donner une structure cyclopenne1 en pleine ville d'affaires1 le long d'une rue o roulent les tramways1 des difices d'usage domestique et journalier1 et d'voquer1 tout d'un coup1 ,thbes ou ,ipsamboul1 propos de rien4 ,cette innovation1 la dernire en date1 des architectes d'outre-,rhin1 leur appartient bien en propre4 ,mais elle n'est gure heureuse1 et nul n'aura l'ide de la louer4 ,dans l'art du dcor1 au thtre1 il s'est produit aussi une volution curieuse et fort inattendue4 ,du temps de ,wagner1 c'tait un axiome que la mise en scne devait donner1 aussi complte que possible1 l'impression de la ralit4 ,s'il s'agissait d'une fort1 on devait se croire vraiment transport en pleine ombre verte1 sous des feuilles bruissantes1 avec l'clairage vritable et changeant que donne la nature2 s'il s'agissait d'un intrieur1 le jour ne devait venir que d'un ct1 non de la rampe1 et frapper ingalement les figures4 ,le dtail des objets concourait une illusion complte4 ,aujourd'hui1 c'est tout le contraire3 un schma de dcor suffit2 une arabesque sur la toile suggre un nuage1 un pan de terrain1 une fort2 deux ou trois grands traits symbolisent des arbres2 quelques cubes sombres1 l'intrieur d'un palais4 ,pratiquement1 c'est le retour au dcor conventionnel1 c'est--dire qui ne ressemble point la nature4 ,la seule diffrence1 c'est qu'on a remplac le mot conventionnel par le mot stylis4 ,ainsi1 tout l'effort du dcorateur ancien tendait meubler la scne de choses diverses et pittoresques pour amuser l'il et l'occuper en mme temps que l'oreille4 ,tout l'effort du nouveau est de vider la scne de tout ce qui n'est pas indispensable pour en suggrer1 vaguement1 le lieu4 ,tels sont les dcors d',adolphe ,appia1 et de ,ludwig ,sievert pour ,parsifal1 d',ottomar ,starke pour ,gudrun et ,jules ,csar1 de ,walter ,bertine pour ,aglavaine et ,selysette1 de ,fritz ,schumacher pour ,hamlet1 de ,curt ,kempin pour les ,niebelungen1 pour le ,torquato ,tasso de ,gthe et pour la ,grotte des lpreux1 dans l',annonciation de ,paul ,claudel1 ,hellerau4 ,d'autres dcorateurs1 au thtre des ,artistes1 de ,munich1 ont appliqu plus ou moins heureusement ce programme4 ,au reste1 il semble bien que cette rforme vienne encore d'un ,suisse1 ,adolphe ,appia1 en mme temps que deux autres ,suisses1 ,hodler et ,dalcroze1 donnaient1 dans divers domaines1 des exemples trs suivis de l'autre ct du ,rhin1 notamment au thtre d',hellerau4 ,ainsi1 en parvenant au terme de cette tude1 nous retrouvons ce qui nous a frapp1 ds le dbut1 dans cette cole3 l'imitation4 ,tel est l'art allemand d'aujourd'hui3 mdiocre dans la peinture1 dtestable dans la sculpture1 emprunt dans la dcoration4 ,il offre toujours une adaptation1 plus ou moins heureuse1 des styles trangers4 ,c'est pourquoi n'avait-il jamais1 jusqu'ici1 fait parler de lui4 ,on pensait qu'il n'en ferait jamais parler3 on se trompait4 ,le manifeste pour la destruction de la cathdrale de ,reims est1 cet gard1 un coup de matre4 ,ce texte1 o les sculpteurs1 les peintres et les architectes se solidarisent avec les bombardiers qui ont bris nos statues du ,x,i,i,ie sicle1 n'est imit d'aucune uvre ancienne1 ne doit rien personne3 il est entirement original4 ,il y a des exemples d'un pareil vandalisme1 dans l'histoire3 il est sans exemple que les artistes d'un pays se soient levs pour l'applaudir4 ,il faudrait1 je ne dis pas pour les excuser1 mais pour les comprendre1 que1 dans un dlire d'ambition cratrice1 ces hommes soient capables de donner au monde un chef-d'uvre en change de celui qu'ils ont dtruit4 ,or1 ils ne le sont pas4 ,janvier #aiaf4 ,,ce ,,qu',,ils ,n',,ont ,,pu ,d,,truire ,,les ,,tapisseries ,,de ,,reims ,au ,moyen ge1 lorsque la guerre obligeait un prince quitter ses foyers pour entrer en campagne1 il ne manquait pas d'emporter avec lui ses tapisseries4 ,on les roulait1 on les mettait sur le dos des mulets ou sommiers1 et elles suivaient le camp1 si elles ne le prcdaient pas4 ,a l'tape1 on les droulait1 on les accrochait soigneusement aux murailles du chteau ou de l'htel de ville1 l o devait s'arrter le chef1 parfois mme autour de sa tente1 en plein champ4 ,inutile de dire si les badauds et les enfants1 habitants de ces pays perdus1 s'attroupaient pour voir se dployer les clatantes figures tisses dans la laine1 l'or ou la soie3 les rois1 les prophtes ou les saints1 avec leurs beaux phylactres drouls de la bouche1 les btes fantastiques affrontes avec leurs longues cornes au milieu du front1 ,dieu le ,pre en habits d'archevque1 les dames tout emperles1 les seigneurs coiffs de leurs toques et de leurs bicoquets4 ,les pauvres gens se remplissaient l'imagination de ces images pour toute leur vie et1 la guerre finie1 le prince disparu1 il leur en restait une vision du ,paradis et de l'art des hommes plus durable peut-tre que les horreurs auxquelles ils avaient assist4 ,nous sommes1 en ce moment1 ces badauds4 ,les hasards de la guerre ont amen ,paris1 o elles n'auraient jamais d venir1 les tapisseries tisses il y quatre et cinq cents ans1 pour embellir le chur de la cathdrale de ,reims4 ,a l'approche des ,barbares1 elles ont t enleves et mises en lieu sr4 ,le bombardement1 qui a fait un petit tas de poussire de la ,reine de ,saba1 de l',ange compagnon du saint ,nicaise et de tant d'autres figures du portail1 ne les a pas touches4 ,car c'est parfois ce qui est le plus fragile qui est le moins phmre4 ,et les voici1 maintenant1 au ,petit-,palais1 dans la pleine lumire des ,champs-lyses1 entoures des feuilles vivantes des marronniers visibles travers les hautes baies de cristal1 au milieu de toutes les activits d'un peuple moderne4 ,on ne les avait jamais si bien vues4 ,beaucoup de leurs figures1 souponnes plutt qu'aperues1 ne livraient leurs secrets qu' de patients archologues4 ,c'taient des fantmes de chefs-d'uvre4 ,et1 en plusieurs endroits1 leurs couleurs teintes1 leurs lignes tremblantes1 leurs laborieux et malchanceux rapiages en font encore des nigmes4 ,mais leur charme voil s'accorde admirablement nos sentiments et nos mditations prsentes4 ,leurs couleurs ne crient pas1 ne chantent pas3 elles psalmodient peine4 ,ce qu'elles murmurent1 ce sont de bien vieilles histoires qui enchantrent l'humanit autrefois et qui1 aujourd'hui peut-tre encore1 peuvent distraire l'me franaise de ses douleurs1 sans cependant troubler son recueillement4 ,profitons donc de leur prsence1 pour les interroger et1 s'il nous est possible1 pour les comprendre4 ,jusqu'au jour o1 revenues leur berceau et leur destination premire1 elles se tendront pour un dfil triomphal1 comme les dfils pour quoi elles furent faites1 il y a cinq cents ans4 ,,chapitre ,i ,,ce ,,qu',,ont ,,voulu ,,les ,,donateurs ,il y a1 au ,petit-,palais1 trois suites1 ou fragments de suites1 de tapisseries trs diverses3 l'une du ,x,ve sicle1 l'autre du ,x,v,ie1 la troisime du ,x,v,i,ie1 et destines1 semble-t-il1 au mme rle dcoratif4 ,la premire1 qui ne comprend que deux pices sur six1 normes la vrit1 est l'histoire du fort roy ,clovis1 tisse vers #adce2 la seconde1 qui comprend quatorze pices sur dix-sept1 est l'histoire de la vie et de la mort de la ,vierge1 imagine par un certain ,lemaire1 commence en #aeji1 termine en #aecj et offerte par l'archevque de ,reims1 ,robert de ,lenoncourt1 la cathdrale1 pour tapisser l'intrieur de l'ancien chur4 ,cette suite comprenait primitivement dix-sept pices3 l'une d'elles1 destine servir de tenture la porte du chur1 a toujours t beaucoup plus petite que ses voisines2 deux autres pices ont t rognes1 on ne sait quand1 ni pourquoi et fort abmes3 elles existent encore1 mais elles ne figurent pas ici4 ,enfin1 la troisime suite comprend deux des scnes de l'vangile1 tisses par ,pepersack1 ,reims1 vers #afcc4 ,les autres1 tant demeures l'ancien archevch de ,reims1 viennent d'tre brles par les ,barbares4 ,il se trouve heureusement que cette suite dtruite tait la moins prcieuse1 mais on ne saurait faire un mrite aux canonniers allemands de n'avoir point dtruit les autres3 si doctes qu'on puisse les supposer1 il est peu probable que leurs obus aient distingu entre les fils tisss au ,x,ve et au ,x,v,i,ie sicle4 ,les exemples ainsi runis au ,petit-,palais reprsentent admirablement les trois principaux ges de la tapisserie1 comme pour une leon4 ,le passant le plus distrait et le moins vers dans cette tude y lit1 comme livre ouvert1 ce qui caractrise chacun d'eux4 ,et1 par ges1 j'entends surtout trois rgnes ou trois conceptions diffrentes de la tapisserie dcorative1 car elles ne se sont pas succd toujours dans un rigoureux ordre chronologique4 ,ce sont1 l1 trois esthtiques trs diffrentes et qui1 dans l'ensemble de l'art1 marquent bien les trois tapes qu'il a fournies4 ,la premire1 reprsente par l',histoire du roi ,clovis1 est l'ge de la confusion2 la seconde1 reprsente par la ,vie et la ,mort de la ,vierge1 est l'ge de l'harmonie2 la troisime1 reprsente par les deux tapisseries de ,pepersack1 est l'ge de l'ordre1 mais1 hlas6 l'ordre dans le vide et la solitude4 ,la premire est la plthore dcorative1 la seconde est la richesse dcorative1 et la troisime est le dnuement4 ,autant donc qu'on en peut juger encore1 car beaucoup de ces couleurs sont passes1 l',histoire de ,clovis tait un miettement de l'effet color1 uvre d'un mosaste minutieux1 qui ne songeait qu' mettre le plus de couleurs diverses dans le plus petit espace4 ,l',histoire de la ,vierge tait1 au contraire1 un quilibre de tons locaux et de tons rompus1 avec des notes trs longues et des notes trs brves alternant1 beaucoup de modulations mais aussi des mlodies4 ,enfin1 l'uvre de ,pepersack est un simple tableau et encore un tableau classique1 qui devait tre enferm dans un cadre d'or et rduit aux proportions d'une toile de chevalet4 ,seule1 l',histoire de la ,vierge est une vraie tapisserie dcorative1 c'est--dire que1 seule1 elle prsente les caractres propres une grande dcoration murale et monumentale1 mobile et tendue4 ,elle accuse nettement sa matire textile4 ,elle peut faire des plis et mme1 et l1 tre cache en partie sans perdre pour cela toute sa signification4 ,elle peut donc servir de fond d'autres objets1 une figuration4 ,on peut la regarder pendant toute la dure d'une crmonie1 sans fatigue et avec un plaisir sans cesse renouvel1 une curiosit jamais lasse1 ni mme satisfaite4 ,c'est l'ge d'or de la tapisserie4 ,cette conformit de l'objet sa destination a-t-elle t expressment voulue par l'artiste8 ,devons nous croire cette adaptation de l'art ses fins1 le rsultat d'une longue mditation sur les diffrences entre la dcoration murale et le tableau de chevalet1 ou encore sur l'utilisation des procds propres la peinture textile opposs ceux de la dtrempe ou de l'huile8 ,point du tout4 ,ce sont1 l1 des proccupations modernes1 nes de l'tude critique des uvres4 ,c'est le hasard et les circonstances qui ont dtermin l'artiste du ,x,ve et du ,x,v,ie sicle prendre ce parti heureusement dcoratif4 ,il a employ moins de couleurs avec ses laines qu'avec ses ocres1 mais c'est parce qu'il en avait moins4 ,il a reprsent plus d'pisodes que dans un tableau1 mais c'est parce qu'il avait plus d'espace4 ,il a multipli les armoiries et les inscriptions sur les cartouches1 banderoles ou rolets1 mais c'est parce qu'elles lui taient imposes par ses patrons4 ,un heureux concours de ncessits ou d'obstacles1 de facilits ou d'impossibilits matrielles l'a conduit et contraint faire uvre dcorative4 ,on ne voit pas du tout qu'il l'ait choisie et voulue de prfrence toute autre chose4 ,ce qu'il a voulu1 de toute vidence et du plus prs possible1 c'est contrefaire la nature1 comme on disait alors4 ,il ne s'y est pas pris autrement que s'il avait faire un tableau1 comme nous le verrons tout l'heure en examinant1 dans le dtail1 les caractres spcifiques de son uvre4 ,cette tapisserie des premires annes du ,x,v,ie sicle offre donc tous les caractres de la peinture du ,x,ve sicle1--sans plus4 ,considrons donc les compositions de la ,vie et la ,mort de la ,vierge1 une une1 comme les plus beaux ensembles d'images faites pour animer les murailles dans un sanctuaire4 ,justement1 on les a disposes1 ici1 dans l'ordre o elles taient autrefois1 la cathdrale de ,reims1 quand elles tapissaient l'ancien chur1 c'est--dire droite1 en entrant1 l',arbre de ,jess1 qui est le premier tableau de la ,vie et la ,mort de la ,sainte ,vierge1 et gauche1 la ,mort de la ,vierge1 qui en est le dernier1 les douze autres pices faisant le tour du chur1 interrompues seulement1 derrire le matre-autel1 par les six pices de l',histoire de ,clovis4 ,des trois autres pices plus petites de la ,vie et la ,mort de la ,vierge1 qui manquent ici1 l'une1 l',assomption1 tapissait la porte du jub1 les deux autres1 les ,prtendants la main de ,marie et la ,visitation1 tapissaient vraisemblablement les deux entres latrales du chur4 ,leur absence ne nous prive de rien d'essentiel4 ,nous sommes donc placs matriellement1 pour en jouir1 peu prs comme les fidles l'taient dans le meilleur temps4 ,ds le premier pas1 droite et gauche1 des inscriptions1 tisses dans la trame mme des images1 nous renseignent sur leur origine4 ,dans la partie droite de la ,mort de ,marie1 nous lisons ces mots3 ,honorant ,dieu et sa mre ,marie ,l'an mil cinq cents assemblez avecq trente1 ,cans donna cette tapisserie ,le prlat qui genouilz se prsente4 ,priez ,jhesus et des cieulx la ,rgente ,que1 aprs sa mort1 entre les bndictz ,son me soit en clart rfulgente ,digne d'avoir l'ternel paradis4 ,vous pouvez1 d'ailleurs1 chercher longtemps le prlat genoux3 vous ne le trouverez pas cans4 ,il n'y est pas4 ,il est plus loin1 dans la ,nativit de ,notre-,seigneur1 tout contre la crche1 cte cte avec l'ne1 mais moins familier avec ,jsus1 les mains jointes1 en chape richement brode ses armes et avec sa croix pastorale4 ,c'est ,robert de ,lenoncourt1 archevque de ,reims ds #aeji1 homme libral et magnifique1 surnomm le ,pre du ,peuple1 et dont la charit1 dit un biographe1 ne demeura pas oisive dans son glise4 ,ce sont ses armoiries1 croix denteles de gueules1 que nous voyons utilises en motifs dcoratifs1 jusqu' trois fois dans chaque tapisserie1 carteles avec celles de l'glise de ,reims et surmontes de la croix pastorale4 ,maintenant1 pourquoi est-il l1 o rien ne le dsigne1 et n'est-il pas dans la ,mort de ,marie1 o il est dsign8 ,nul ne le peut dire4 ,c'est1 l1 une de ces inconsquences nombreuses chez nos pres et qui mettent en droute la logique des archologues4 ,supposez qu'un accident1 survenu cette tapisserie1 ait arrach une de ces figures3 d'aprs ce texte1 on aurait fort bien soutenu et prouv que la figure manquante tait celle de ,robert de ,lenoncourt4 ,car un texte1 qui n'est jamais qu'une uvre humaine1 c'est--dire soumise toutes les erreurs ou les fantaisies de l'homme1 jouit toujours d'un prestige extraordinaire auprs des archologues1 et malgr tant d'exemples propres les clairer1 les savants1 n'ayant point de fantaisie1 ne permettent pas l'artiste d'en avoir4 ,au fait1 quel est cet artiste8 ,tournons-nous vers la tapisserie d'en face1 l',arbre de ,jess3 nous allons peut-tre le savoir4 ,c'est une curieuse vision que cet arbre de ,jess3 des docteurs graves1 barbus1 coiffs de bonnets surprenants1 ont grimp dans un arbre1 o ils se tiennent comme ils peuvent1 emptrs qu'ils sont dans des robes somptueuses1 assis califourchon1 agitant des btons comme pour gauler des fruits invisibles1 et si l'il descend jusqu'au pied de l'arbre1 pour voir o il prend racine1 on s'aperoit qu'il pse1 de tout son poids1 sur la poitrine d'un vieillard endormi1 la barbe admirablement peigne1 et semble ainsi le rve d'un patriarche pris de postrit4 ,c'est le triomphe de la passion nobiliaire4 ,a l'poque o ce fut imagin1 il fallait1 mme ,dieu1 une gnalogie terrestre flatteuse1 et tous ces rois de ,judas1 coiffs de la corne d'abondance de ,dschem ou du chaperon de ,charles ,,viii1 dcors de chanes d'or comme ,ludovic le ,more1 ou portant des crevs1 leurs manches1 comme ,franois ,ier1 quelques-uns cachant leur sceptre derrire leur dos ou le tenant renvers1 pour tmoigner que leurs rgnes ont eu des malheurs1 les ,david1 les ,salomon1 les ,roboam1 les ,abias1 ne sont1 l1 groups1 que pour faire honneur la ,vierge1 la ,vierge royalle1 comme le dit l'inscription sous le patriarche endormi4 ,or1 si l'on regarde1 avec attention1 le plus dsinvolte d'entre eux1 ,aza1 qui discourt en maniant son sceptre comme une baguette d'escamoteur1 on aperoit sur le bas de sa robe1 en bordure1 sous des ramages d'un bleu ple1 ces lettres tisses en rose3 ,,le4 ,,maire4 ,,ina4 ,on admet1 gnralement1 que cet ,a est une erreur de l'ouvrier tapissier1 qui aurait d mettre ,v1 et il parat qu'on a pu lire1 autrefois1 quand la tapisserie tait moins passe1 les lettres ,i ,o ,h1 avant ,lemaire1 ce qui signifie ,johannes ,lemaire invenit1 ou inventor4 ,la conception de l'uvre serait donc due un certain ,jehan ,lemaire4 ,malheureusement ,jehan ,lemaire1 ,flamand fort connu cette poque1 tait un crivain et un thologien1 non un peintre4 ,il a peut-tre donn le thme de ces tapisseries1 mais non dessin les cartons1 auquel cas1 d'ailleurs1 il semble qu'on et mis1 aprs son nom1 fecit#g4 ,ce thme n'est pas1 au premier abord1 trs clair4 ,on a beaucoup dit1--c'est mme devenu un lieu commun de l'histoire de l'art1--que la cathdrale tait jadis le livre du peuple4 ,il faut croire que celui-ci l'a bien mal lu1 ou bien mal retenu son enseignement1 car o sont les gens1 je dis parmi les fidles et les plus habitus sjourner dans les glises1 qui comprennent quoi que ce soit aux histoires dictes et peut-tre dessines par ,jehan ,lemaire et tisses ici8 ,la premire qu'on aperoit en entrant1 la ,mort de ,marie est1 la vrit1 trs intelligible1 bien que la peinture ait cess depuis longtemps de la reprsenter3 c'est la pieuse fin d'une femme ge1 dans une riche chambre du ,x,ve sicle1 sur un lit baldaquin1 et1 ds que l'inscription est lue1 on devine que les vieillards ici assembls sont les douze ,aptres4 ,il y a quelque charme ce calme dpart d'une mre heureuse d'aller retrouver son fils4 ,on comprend donc assez vite le sens profond de l'inscription1 qui court sur la frise du motif architectural1 au-dessus de la chambre de la ,vierge3 ,fulcite me floribus1 stipate me malis quia amore langueo4 ,car aujourd'hui1 comme il y a quatre sicles1 ce qui nous dtache le plus de la vie est l'absence de ceux en qui nous esprions revivre et qui1 au contraire1 ne revivent plus qu'en nous4 ,ce premier pisode garde donc pour nous toute sa signification4 ,mais il n'est pas le seul4 ,et que signifient les autres8 ,voici1 dans la ,sainte ,famille ou les ,trois ,maries1 qui fait suite la ,mort de la ,vierge1 un couple lgant et singulier3 tout au haut et gauche1 il sort d'un chteau et se promne dans un parc1 le cavalier relevant le bout de son manteau entre le pouce et l'index de la main gauche1 avec prciosit1 montre de la droite1 la dame qui joint les mains d'extase1 les armoiries fleurdelises qui cussonnent un arbre4 ,il discourt penchant la tte vers elle et glissant l'il vers les fleurs de lis3 au loin1 un paysage bleu1 du bleu des faences de ,delft4 ,c'est ,faust et ,marguerite1 pensez-vous2--point1 c'est ,penter et ,hismerie1 ,santa ,hismeria1 dit l'inscription1 tante de la ,sainte ,vierge et grand'mre de saint ,jean-,baptiste1 et qui s'en vont1 de ce pas1 adorer la ,sainte ,famille4 ,notre perspicacit1 mise en droute ds cette premire rencontre1 se raffermit mal la seconde4 ,ici1 se droule la ,fuite en gypte et nous sommes1 d'abord1 tout heureux de nous y retrouver1 en reconnaissant la ,vierge sur son ne1 prcde par saint ,joseph et cantonne par quatre anges pied1 en dalmatique1 tandis que cinq autres ouvrent la marche4 ,mme l'pisode qui se passe derrire eux ne nous trouble pas3 cet enfant mort terre et cette mre qui se tord les mains1 dsole1 et cette autre qui dfend son bb contre les instances polies d'un chevalier charg de l'gorger1 c'est le massacre des ,innocents4 ,mais1 derrire tout cela1 se droule une srie d'actions incomprhensibles4 ,des statues d'or1 juches sur des colonnes1 croulent en morceaux1 comme atteintes par un bombardement invisible2 un personnage considrable en robe somptueuse est descendu avec prcaution d'une fentre1 comme sur une sellette1 par les mains d'une belle dame2 des gens arms envahissent un palais1 et un jeune plerin se met genoux devant un vieillard1 tandis qu'un lgant damoiseau s'amuse tirer de l'arc dans un bois4 ,qu'est-ce que tout cela peut bien signifier8 ,en mettant en commun leurs souvenirs1 les dvots du ,moyen ge parviennent encore s'expliquer l'croulement des statues4 ,c'est une des plus jolies lgendes des ,apocryphes4 ,elle veut que1 lors de la ,fuite en gypte1 lorsque l',enfant-,dieu passa devant les idoles1 celles-ci se brisrent en morceaux4 ,commovebuntur simulacra ,egipti1--,isaie1 #ai1 dit la prophtie inscrite au-dessus4 ,et maintenant1 que nous connaissons mieux les colosses ensabls dans le dsert1 leur miettement1 sous l'imperceptible souffle du nouveau-n divin1 est un symbole peut-tre plus frappant encore qu'au ,moyen ge4 ,mais les autres sujets demeurent obscurs1 et quand on nous dit ceci3 l'un est le dpart de ,jacob1 menac par ,esa1 tandis que celui-ci est la chasse1 l'autre est la fuite inglorieuse de ,david1 descendu avec l'aide de sa femme ,michol1 par la fentre1 tandis que les gens de ,sal envahissent sa maison1 nous ne sommes gure plus avancs1 car nous n'apercevons pas du tout ce que font1 dans une ,fuite en gypte1 tous ces intrus4 ,notre dsarroi est son comble1 lorsque1 nous tournant de l'autre ct1 vers la ,naissance de la ,vierge1 nous apercevons un seigneur en robe de chambre damasse1 les paules couvertes d'un collet d'hermine1 serrant de prs un ange qui a l'air de le repousser et1 de l'autre ct1 ce mme ange volant au-dessus de ce mme seigneur1 avec le mme collet1 qui cette fois est mont sur un ne4 ,l'ange fait tournoyer au-dessus de sa tte une pe1 cependant que d'autres anges perchent sur le toit de la ,vierge1 en agitant des encensoirs et que le chat de la maison1 troubl de tout ce tintamarre1 se coule dehors sans bruit4 ,il faut encore qu'on nous explique ceci3 ces deux scnes ne sont pas joues1 du tout1 par les mmes personnages4 ,a gauche1 c'est ,jacob qui lutte avec l'ange et lui dit3 ,je ne te lcherai pas que tu ne m'aies bni6 ,a droite1 c'est ,balaam1 le sorcier1 sur son nesse1 en route pour aller jeter des sorts l'arme d',isral et l'ange qui l'empche d'avancer4 ,enfin1 si nous poursuivons jusqu'au ,mariage de la ,vierge1 nous demeurons quinauds en voyant qu'un dmon y figure1 qu'il pitine six jouvenceaux et est en train d'en malmener un septime4 ,y a-t-il un visiteur sur dix1 y en a-t-il un sur cent1 qui s'avise de ceci3 ce sont les sept premiers maris de ,sara1 que le diable emporte1 afin qu'elle puisse convoler1 enfin1 avec celui que le ,ciel lui destine et qui est ,tobie8 ,et toutes ces trangets propos de la vie de la ,vierge6 ,il faut qu'il y ait1 dans tout ceci1 un monde d'intentions que nous ne souponnons pas4444 ,il y en a un1 en effet1 et quand on le sait1 on tient la clef de tous ces mystres4 ,pour cela1 il faut se rappeler que tout le ,moyen ge a t domin par l'ide de se rattacher au pass4 ,ce qui avait le plus de chances de durer1 pour lui1 c'est ce qui avait toujours t2 ce qui tait le plus vrai1 c'est ce qu'on avait toujours cru4 ,de l1 au point de vue religieux1 une consquence notable et qui le spare fort de nous4 ,si rien ne nous proccupe moins1 aujourd'hui1 que de rattacher le ,nouveau ,testament l',ancien1 rien ne proccupait plus les thologiens du ,moyen ge4 ,que les actes de la vie de ,jsus et de la ,vierge aient t annoncs par les prophtes et prfigurs dans les temps bibliques par des gens nez crochu et barbe en pointe1 c'est ce dont nul de nous ne s'inquite4 ,mais cela inquitait fort les docteurs bonnet carr qui disputaient dans les ,sorbonnes4 ,ils attachaient ainsi aux causes et aux origines du ,christianisme tout l'intrt que nous attachons ses effets4 ,lors donc qu'ils commandaient une image de la vie du ,christ ou de la ,vierge un artiste1 ils lui enjoignaient de montrer1 ct de la scne de l'vangile1 celles de la ,bible qui avaient pu y ressembler1 vaguement1 la faire pressentir1 ou1 comme on dit1 la prfigurer4 ,la reine de ,saba venant adorer ,salomon prfigure les rois ,mages aux pieds de l',enfant ,jsus2 le ,buisson ardent qui brle sans se consumer et la toison de ,gdon qui reoit la rose sans tre mouille1 ou qui est couverte de rose quand l'aire ne l'est point1 prfigurent la virginit merveilleuse de ,marie4 ,ce n'est pas pour nous trs vident1 mais ce l'tait pour eux et il suffit4 ,de plus1 il fallait faire1 auprs de l'vnement1 le portrait des prophtes qui l'avaient annonc4 ,tout cela plaisait-il beaucoup l'artiste8 ,l'histoire ne le dit pas4 ,remarquons seulement ceci3 chaque fois qu'il est libre1 il se dleste de toute cette rudition apologtique et rduit son uvre au motif purement humain et pittoresque4 ,mais1 ici1 visiblement1 il n'tait pas libre4 ,l'homme d'glise qui faisait la commande ordonnait le sujet4 ,il fallait suivre sa dicte1 laquelle n'tait pas1 elle-mme1 toujours trs originale1 car pour huit des scnes de la ,vie et ,mort de la ,vierge1 il parat bien qu'il n'a fait que suivre les prescriptions de deux manuels d'iconographie chrtienne1 illustrs1 gravs sur bois1 trs connus au ,x,ve sicle3 la ,bible des pauvres et le ,speculum humanae salvationis4 ,c'est ,m4 mile ,mle qui l'a dcouvert1 il y a dj longtemps1 et parfaitement tabli dans son ouvrage sur l',art religieux au ,x,i,i,ie sicle4 ,or1 ces guide-nes des compositeurs de scnes religieuses au ,moyen ge sont trs impratifs4 ,ils ne laissent l'artiste1 au point de vue du sujet proprement dit et de sa disposition gnrale1 que fort peu de libert4 ,on y voit1 par exemple1 des choses comme ceci3 lorsqu'on reprsente l',annonciation1 il convient de figurer1 gauche1 ve tente par le serpent et1 droite1 ,gdon recevant la toison des mains de l'ange1 plus deux prophtes3 ,david et ,isae4 ,quand on figure le ,mariage de la ,vierge1 il ne faut pas oublier les sept premiers maris de ,sara enlevs par le diable et ses noces avec ,tobie1 ni non plus1 le mariage de ,rbecca avec ,isaac4 ,une ,nativit doit ncessairement tre flanque d'un ,mose cornu1 se dchaussant devant le ,buisson ardent et du grand prtre ,aaron1 en extase devant le vieux bton qui fleurit4 ,une ,prsentation de la ,vierge au ,temple ne doit pas contenir seulement la petite fille montant1 toute seule1 l'ge de trois ans1 les quinze marches extrieures1 qui rpondent aux quinze psaumes graduels1 et conduisent l'autel des holocaustes et le grand prtre qui l'accueille2 il faut encore que cette scne1 dj peu claire pour nous1 soit prfigure par deux autres qui ne le sont pas du tout3 une belle dame en grande toilette de brocart et d'hermine1 discourt au bas d'un perron avec un grand prtre et semble l'inviter descendre3--et c'est la ,fille de ,jepht1--et des pcheurs tirent leurs filets dans un bassin1 sous les murs d'un palais ,renaissance3--et c'est la pche de la ,table d'or qu'on va porter dans le ,temple du ,soleil4444 ,or voil prcisment quelques-unes des actions incomprhensibles que contiennent les tapisseries de ,reims4 ,n'prouvons pas une confusion trop grande1 si nous ne les avons pas comprises1 tout d'abord4 ,le savant archiviste de ,reims1 auquel on doit le meilleur ouvrage d'ensemble qui ait t fait sur ces tapisseries1 ,m4 ,loriquet1 avait pass sa vie les regarder sans les comprendre4 ,c'est1 peut-tre1 qu'il n'avait pas lu le ,spculum humanae salvationis4 ,les ouailles de ,robert de ,lenoncourt l'avaient-elles toutes lu et comprenaient-elles toutes ces nigmes8 ,je n'en suis pas sr4 ,que l'enseignement de la foi par l'art ft l'intention des patrons de l'glise1 des chanoines qui commandaient la dcoration1 et des donateurs1 ,m4 ,mle l'a magistralement dmontr et je le crois sans peine4 ,mais que le peuple ait jamais compris ce qu'on lui disait et qu'il l'ait retenu1 c'est autre chose4 ,pour le prouver1 on fait avancer1 en bon ordre1 quelques vers de ,villon1 toujours les mmes1 et l'on veut qu'ils contiennent la profession de foi des humbles durant cinq sicles4 ,mais ces vers ne prouvent qu'une chose1 c'est que la mre de ,villon1 bien qu'illettre1 povrette et ancienne1 savait distinguer l',enfer du ,paradis1--ce que l'on sait encore fort bien aujourd'hui4 ,ils ne prouvent pas qu'elle aurait lu1 ici1 couramment1 l'histoire des sept maris de ,sara1 de la toison de ,gdon1 ou la pche de la plaque d'or offrir au ,temple du ,soleil4 ,peut-tre1 aurait-elle reconnu mieux que nous l'nesse de ,balaam1 cause de la ,fte de l',ane1 ou quelque autre drame biblique1 parce que les acteurs des ,mystres le jouaient sur les trteaux4 ,mais cela prouverait alors en faveur du thtre et non de la cathdrale1 comme moyen d'instruction pour les illettrs4 ,si l'image avait t rellement le livre de ceux qui ne savaient pas lire1 elle n'aurait pas contenu1 en franais et en latin1 plus d'explications crites qu'elle n'en a jamais contenu depuis4 ,si elle avait t alors comprise par la foule1 nombre de lgendes pieuses ne seraient pas sorties d'une fausse interprtation et d'un quiproquo des sujets figurs1 comme on sait qu'elles le furent4 ,enfin1 puisque la foule des fidles n'a pas cess d'aller l'glise1 ni l'glise de contenir ces sujets1 les fidles les connatraient aujourd'hui comme autrefois4 ,la tradition n'ayant jamais t interrompue1 rien ne se serait perdu4 ,il faut en rabattre4 ,en ralit1 il n'y a jamais eu d'autre livre du peuple1 autrefois comme aujourd'hui1 que le thtre4 ,les hros et les actions qui sont incarns par des figures vivantes1 devant la foule1 sur la scne1 entrent dans la mmoire populaire avec toutes les dformations que la lgende ou l'auteur leur font subir3 les autres sont comme s'ils n'taient pas4 ,du jour o l'on a cess de reprsenter1 sur la scne1 le ,sacrifice d',abraham ou la ,fille de ,jepht1 le peuple n'y a plus rien compris l'glise4 ,la statue1 le bas-relief1 le retable1 ou le vitrail n'taient que les rptiteurs qui redisaient la leon enseigne sur les trteaux4 ,ce n'est pas la cathdrale qui a t le livre du peuple3 c'est l',opra4 ,l',opra1 ou le cinmatographe1 ont d'autres objets en vue1 maintenant1 qu',anne et ,joachim chasss du ,temple1 ou ,david descendant par sa fentre4 ,ils les auraient encore si ces histoires touchaient profondment quelques fibres humaines en nous4 ,mais elles ne les touchent pas1 et c'est la vraie raison de notre oubli4 ,on reproche parfois au catholicisme de n'avoir point assez rpandu la ,bible1 et l'on entend1 par l1 l',ancien ,testament4 ,mais son effort pour le rpandre a t immense3 ces tapisseries1 comme les portails de nos cathdrales1 en tmoignent4 ,il a rpt1 satit1 toutes ces histoires de gnalogies1 de meurtres ou de prodiges1 auxquelles nous ne comprenons rien1 et qui ne prfigurent aucun de nos rves modernes1 nos rves d',occidentaux en qute du progrs social4 ,l'vangile1 seul1 les a prfigurs1 avec ses images gracieuses ou touchantes de la ,crche1 de l',adoration des ,bergers1 de la gurison des malades1 des ,saintes femmes en pleurs1 de la ,piet1 des ,batitudes4 ,aussi ne les a-t-on pas oublies4 ,ce n'est pas l'enseignement de la ,bible qui a manqu l'me moderne1 c'est l'me moderne qui s'est drobe cet enseignement1 ou1 du moins1 qui ne s'en est assimil qu'une partie3 tout ce qui tait assimilable4 ,le reste languit1 froid1 inutile1 dans la ncropole des thologies4 ,ces nigmes1 lorsqu'elles apparaissent figures par un grand artiste1 comme ici1 piquent un instant notre curiosit1 mais sans veiller notre sympathie1 et1 ds que les rudits nous les expliquent1 elles cessent de nous plaire4 ,,chapitre ,,ii ,,ce ,,qu',,ont ,,fait ,,les ,,artistes ,notre plaisir ou notre motion grandissent1 au contraire1 mesure que nous pntrons mieux le dtail pittoresque de l'uvre4 ,or1 celui-ci est infini4 ,voyez comme l'artiste a tir parti1 au point de vue dcoratif1 de toute cette complication apologtique1 rduisant leur plus simple expression les actions imposes qui le gnaient1 et s'appliquant en dvelopper d'autres qui n'avaient rien voir ici et pour leur pur agrment esthtique4 ,si1 maintenant1 vous lisez non plus les gloses des savants1 mais ces images mmes1 vous trouverez que jamais l'art n'a fait meilleur march du sujet1 qu' nulle poque la peinture religieuse n'a contenu tant de choses trangres la religion1 et1 en poussant plus avant l'analyse1 que c'est peut-tre cela qu'elle doit d'avoir conserv son charme divers et universel4 ,je parle de ces tapisseries de haute lisse1 faites d'aprs des cartons composs tout exprs1 comme s'il s'agissait de tableaux ou de fresques4 ,c'est qu'en effet elles sont1 en tout1 semblables4 ,on peut tudier1 sur cette dcoration murale1 de laine1 faite au ,x,v,ie sicle1 toutes les caractristiques de la peinture1 du ,x,ve4 ,mme les procds de model sont1 autant que la matire diffrente le permet1 identiques4 ,ds la premire tenture gauche1 en entrant1 la ,mort de la ,vierge1 on en a la preuve4 ,il y a1 l1 les exemples les plus frappants qu'on puisse voir de dcoloration du ton local par la lumire4 ,la robe bleue de la ,vierge est dcolore en blanc1 la robe verte de l',aptre1 qui tient la croix1 est dcolore en jaune d'or2 de mme1 celle de l',aptre qui gravit une marche1 gauche et1 tout le long de ces tapisseries1 vous verrez les lumires des feuilles vertes exprimes par du jaune d'or4 ,ce n'est pas du tout1 l1 une adaptation propre la tapisserie3 cette poque1 la peinture faisait de mme4 ,il y a1 aux ,uffizi1 une salle entire1 la salle dite de ,michel-,ange1 o toutes les lumires des plantes sont ainsi tisses d'or3 c'est trs sensible1 par exemple1 dans les herbes des premiers plans de ,ghirlandajo1 en son ,adoration des ,rois4 ,notre artiste1 en composant ses cartons1 n'a donc pas pens tout spcialement au mtier de l'interprte3 il a pens tirer le meilleur parti esthtique de son sujet4 ,pour cela1 il a enferm son sujet principal1 la ,vierge et les ,saints1 dans un cadre d'architecture1 gracile et svelte1 au milieu de sa composition4 ,sur le toit1 il a donn un sige ,dieu le ,pre1 ou aux anges qui forment une couronne surnaturelle la socit terrestre de ,marie4 ,dans les coins d'en haut1 droite et gauche1 il a log les deux scnes bibliques imposes par l'inventeur pour prfigurer la scne centrale et1 au-dessous de ces deux scnes1 dans les deux coins d'en bas1 il a portraitur1 en pied1 les prophtes qui ont annonc l'vnement4 ,enfin1 entre ces motifs qui lui taient imposs1 il a rpandu des figures pisodiques1 des feuillages1 des btes1 des plantes1 des fleurs foison3 oliviers1 chnes1 palmiers1 faisans1 paons1 canards1 moutons1 chiens barbets1 chouettes1 pigeons1 mendiants1 grues1 perroquets1 pages1 suivantes puisant de l'eau1 infirmes montrant leurs plaies1 singes jouant avec leur chane1 hrons gobant des reptiles1 faucons planeurs1 pigeons sur les crneaux1 lavandires tordant leur linge1 bergers emplissant leur gourde1 coqs et poules picorant1 bliers luttant1 cureuils grimpant1 illets1 roses1 lis1 fougres1 fraises1 potentilles1 simples de toutes sortes1 et parmi elles1 lapins se frottant le museau1 faisant leurs cent tours4 ,tout cela court1 vole1 s'broue1 jaillit1 grimpe1 plane ou foisonne1 du haut en bas de la toile1 sans se laisser arrter par le frle difice qui encadre le sujet principal1 va d'une scne l'autre1 du ,nouveau ,testament l',ancien et de la terre au ciel4 ,on ne se lasse pas d'admirer la souplesse et la varit de cette mise en scne1 dans un cadre toujours pareil1 jamais identique1 avec une symtrie parfaite de l'ensemble qui repose l'il et une dissymtrie continuelle du dtail qui l'amuse1 chaque pilastre diffrant de son pendant1 chaque chapiteau de son vis--vis1 tout1 jusqu'aux cartouches1 aux banderoles ou rolets suspendus des deux cts pour porter les paroles saintes1 s'quilibrant sans se ressembler4 ,de mme1 le peintre a merveilleusement tir parti des couleurs mises sa disposition3 le rouge1 le bleu1 le jaune1 le vert1 le tann et le brun rouge4 ,il a plaqu1 au centre1 un accord bleu1 entour de nombreux accords rouges et jaunes qu'avivent1 partout1 les accents verts des feuillages4 ,il n'y a qu' se retourner vers les tapisseries de ,pepersack1 les ,noces de ,cana1 ou ,jsus au milieu des ,docteurs1 pour saisir quel point l'homme du ,x,ve sicle1 avec moins de couleurs1 tait plus coloriste que celui du ,x,v,i,ie4 ,or1 rien de tout cela n'est d au thologien1 bien que les couleurs de certains costumes sacrs fussent prvus par les manuels3 tout cela est d l'artiste4 ,c'est le sujet officieux qui se glisse ct du sujet ou plutt de l'objet officiel1 le senti ct du voulu1 ou ce qui est voulu par l'imaginatif aprs ce qui a t voulu par le pdant4 ,ah6 il faut citer l',ecclsiaste au ,mariage de la ,vierge et montrer un prophte qui dise3 ,unum de mille virum reperi1 j'ai trouv un homme entre mille6 ,je vais en profiter pour tmoigner aux ges venir ce qu'est un vieux beau sous ,louis ,,xii6 se dit sans doute notre homme4 ,car1 si naf qu'on le suppose1 l'artiste1 au commencement du ,x,v,ie sicle1 n'imaginait pas que l'auteur de l',ecclsiaste ft coiff comme ,balthazar ,castiglione4 ,en portraiturant cet humaniste la barbe frise1 tte tte avec un perroquet1 en dtaillant sa toque rebrasse et son bicoquet1 son collet d'hermine1 ses manches crevs1 ses bottes rabattues et son manteau de crmonie bord et brod de gemmes1 il s'est diverti extraordinairement4 ,visiblement1 il y a deux volonts qui cheminent1 ici1 l'une prs de l'autre1 trs diffrentes1 souvent contradictoires4 ,le chanoine a voulu faire uvre d'instruction et d'ducation1 et suivre1 le mieux possible1 les indications de la ,bible des ,pauvres ou du ,miroir4 ,l'artiste1 lui1 a voulu rjouir les yeux par la multiplicit des spectacles1 attirer dans ce cadre tout ce qu'il trouvait de beau dans la nature1 faire talage de sa virtuosit picturale1 que cela cadrt1 ou non1 avec l'histoire4 ,le chanoine ne s'tait gure avis1 et peut-tre n'tait-il pas toujours enchant1 de ces fantaisies qui nous enchantent4 ,c'est bien lui qui a dict la ,rencontre de saint ,joachim et de sainte ,anne la ,porte d',or de ,jrusalem3 d'un ct1 l'ange avertit saint ,joachim de quitter ses troupeaux et de rentrer dans le monde1 de l'autre1 il enjoint sainte ,anne1 d'abandonner ses lectures pieuses1 parce que son veuvage va finir1 et de s'en aller cette mme porte1 o l'attend sa divine destine4 ,mais ce n'est pas lui qui a imagin l'lgant donjon pont-levis1 et la rue en perspective1 les ,amours courant sur la frise1 comme chapps des chemines d',urbino1 les ttes curieuses aux lucarnes1 les poules picorant1 le coq triomphant1 les canards nageant1 la grue marchant pas compts1 l'cureuil grimpant l'arbre1 le chien lapant l'eau du foss1 le berger y descendant sa gourde1 la lavandire y tordant son linge1 ni le faisan1 ni le paon1 ni le lapin1 sous les fougres1 ni toute cette somptueuse dfroque de chapes1 de manteaux et de bonnets4 ,c'est lui qui a dict les trois actions principales dans la ,prsentation de la ,vierge enfant au ,temple1 mais non les robes de beau maintien1 les escoffions1 les templettes et les manches crevs bouffants1 de l'blouissant cortge fminin4 ,il a bien donn1 dans les ,perfections de la ,vierge1 le texte ,fons hortorum1 mais non prvu la dlicieuse vasque d'or qui s'arrondit1 ni les filets d'eau qui descendent des fltes manies par les petits ,amours4 ,ainsi1 lorsqu'on a trouv1 dans chacune de ces images1 le texte sacr d'o l'artiste a tir son sujet1 on n'a pas trouv1 du tout1 ce qui leur donne leur aspect particulier4 ,pour le trouver1 il faut les regarder avec des yeux d'ignorant1 non d'archologue1 en les confrontant1 non plus avec l'histoire ou la thologie1 mais avec la nature et la vie4 ,alors1 on voit tout de suite ce qui fait le charme de ces images3 c'est leur fantaisie4 ,otez ces dames leurs costumes anachroniques1 leurs toilettes du ,x,ve sicle1 et drapez-les l'antique1 comme l'eussent fait ,le ,sueur et ,poussin2 fauchez toutes ces fleurs et ces feuillages du premier plan2 frappez dans vos mains et faites envoler tous ces oiseaux2 chassez tous ces gens et toutes ces btes qui n'ont rien faire ici2 mettez de l'ordre dans ces moutons2 rendez aux trsors des glises les dalmatiques dont les anges se sont indment affubls et enseignez-leur plus de simplicit dans leurs parures aviatrices2 rduisez1 en un mot1 les acteurs aux rles prvus par les livres saints en leur dfendant de chercher des effets contresens1 et le dcor aux indications du metteur en scne1--et vous n'aurez touch1 en quoi que ce soit1 aux instructions de la ,bible des pauvres ou du ,speculum humanae salvationis1--vous les aurez mieux suivies1 au contraire1--et tout le charme de ceci aura disparu4 ,il tient donc tout autre chose1 et cette autre chose peut se rsumer en un seul mot3 la disparit4 ,d'abord1 disparit dans les styles4 ,chaque tableau offre le plus bel exemple de la confusion des genres1 ou1 si l'on veut1 de la runion des genres4 ,aujourd'hui1 on distingue ceux-ci trs nettement1 et1 dans les comptes rendus1 on voit les tableaux des ,salons rpartis en peinture d'histoire1 tableaux de genre1 paysages1 art dcoratif1 art religieux1 scnes humoristiques1 portraits1 natures mortes4 ,sous quelle rubrique1 un salonnier rendrait-il compte de ces quatorze scnes de la ,vie et ,mort de la ,vierge8 ,sous celle de la ,peinture religieuse1 c'est entendu1 cause de son sujet officiel1 mais jamais composition ne fut moins spcifiquement et uniquement dvote4 ,considrez le cortge de dames1 en grande toilette1 qui ont ou parler de la ,prsentation de la ,vierge enfant au ,temple et ne veulent pas manquer le spectacle3 c'est un dfil mondain des dernires crations des couturiers la mode3 les templettes turban enrubann1 les corsages chancrs carrment1 assez bas1 avec la gorgerette de doulx-fillet1 les larges manches1 dites la grand'garre1 tout un luxe fminin qui s'mancipe1 petit petit1 de la tutelle d',anne de ,bretagne1 tandis que le luxe des hommes s'est1 dj1 tout fait mancip et que nous voyons1 de l'autre ct de l'escalier1 un seigneur arborer1 dj1 la toque plate1 brillants1 de ,franois ,ier4 ,on y voit mme1 sur une petite fille1 la dernire cration de ,beatrice d',este4 ,cette gamine1 que nous retrouvons sept fois dans ces quatorze compositions1 toujours conduite par la main1 se faufilant au milieu des grandes personnes pour mieux voir la scne1 est toujours coiffe et habille l'italienne4 ,d'o vient-elle8 ,que fait-elle8 ,on dirait une de ces poupes envoyes en ,france par les grandes dames de ,mantoue1 de ,milan ou de ,ferrare pour y propager les modes nouvelles d'outre-monts4444 ,enfin1 dans un coin1 nous voyons un vieux beau commodment install pour ne pas perdre un coup d'il du cortge et qui en dsigne les attractions du bout du doigt4 ,c'est une scne de genre1 traite par un portraitiste mondain4 ,c'est peut-tre1 aussi1 une collection de portraits1 et non pas de portraits honteux1 dissimuls sous des habits d'emprunt et dans une action biblique1 mais de portraits camps en pied1 spars de la foule1 exactement tels qu'on les fait aujourd'hui pour le ,salon4 ,voyez1 dans les ,trois ,maries1 le docteur en bonnet carr1 qui discourt notre gauche3 n'est-ce pas videmment un portrait1 et criant de ressemblance1 je veux dire3 de dissemblance et de particularit8 ,il y a quelque vingt ans1 on fut un peu choqu de voir un peintre introduire ,m4 ,renan1 simple spectateur1 dans une scne de l'vangile4 ,ce docteur tait1 sans doute1 aussi reconnaissable pour ses contemporains que pour nous ,m4 ,renan1--auquel il ressemble quelque peu1 par aventure4 ,le peintre l'a mis pourtant aux pieds de la ,vierge1 derrire ,marie ,jacob4 ,on l'aurait beaucoup surpris en le blmant4 ,c'est qu'on n'avait1 alors1 aucune ide de la division des genres4 ,de mme1 saisit-il toutes les occasions pour retracer les scnes de la vie populaire et les caractriser jusqu' la caricature4 ,comme les mendiants venaient autour du ,temple1 il en met trois dans sa ,prsentation de ,notre-,seigneur1 qui sont des tudes trs pousses des infirmits humaines4 ,nous avons1 l1 sous prtexte de peinture religieuse1 un croquis digne de ,breughel ou de ,callot4 ,et comme le prophte ,malachie1 qui se tient l1 pour dire3 veniet ad ,templum4441 nous montre une trogne extraordinaire1 on pourrait dcouper1 dans cette tapisserie1 tout un tableau raliste et profane au plus haut point4 ,parfois1 cela va jusqu' l'humour1 et les deux bergers qui retournent la tte dans la ,nativit1 prs des armoiries de l'archevque1 sont de vritables charges4 ,le caricaturiste du ,x,ve sicle n'a pas besoin1 comme aujourd'hui1 d'une exposition des humoristes pour se faire connatre3 il lui suffit d'un tableau de pit4 ,cela suffit1 aussi1 l'animalier du ,x,ve sicle4 ,c'est toute une mnagerie qui est rpandue dans les premiers plans et sur les architectures4 ,chaque bte est tudie part1 dans ses caractres spcifiques1 saisi dans son mouvement le plus rvlateur3 l'cureuil quand il grimpe1 la chvre quand elle se suspend au cytise1 la poule quand elle picore1 la grue ou le hron quand ils s'en vont1 sur leurs chasses1 chasser aux vermisseaux4 ,ces tudes d'aprs nature qui1 plus tard1 seront mises part1 dans des cadres1 pour divertir les amis des btes et les chasseurs1 sont introduites1 un peu par fraude1 l o le peintre l'a pu3 prs du ,bon ,dieu4 ,ses tudes botaniques1 de mme4 ,c'est peu de dire de l'artiste1 cette poque1 qu'il fait du paysage1 et c'est trop3--il fait de la botanique4 ,vous reconnaissez facilement chacune des plantes et des fleurs qu'il a dtailles au premier plan4 ,chacune est considre part comme posant pour son portrait3 ce sont des monographies de fleurs4 ,rien de si prcis1 de si exact ou de si scientifique n'a paru1 depuis lors1 dans nos premiers plans de paysage4 ,et ce dtail1 aussi1 contribue grandement l'aspect dcoratif de ces tapisseries4 ,je dis qu'il y contribue et non pas qu'il a t choisi dlibrment pour y contribuer4 ,vous trouverez cette mme insistance analytique1 ce nombre et cette varit de plantes jaillies au premier plan et tudies une une dans presque toutes les uvres fameuses des matres d'alors4 ,il y a moins de varits de fleurs et de plantes dans toutes les bordures de tapisseries runies1 ici1 que dans le seul premier plan de la ,nativit de ,fiorenzo di ,lorenzo1 ,prouse4 ,pareillement1 ces architectures bien rgulires et symtriques1 le toit de la crche dans la ,nativit et les ,rois ,mages sont d'un excellent effet ornemental4 ,mais on les retrouve dans tous les tableaux de cette poque4 ,on ne voit1 nulle part1 que l'artiste1 ayant pu donner1 par la tapisserie1 l'illusion d'un tableau1 s'en soit priv4 ,non seulement cet artiste n'vite pas la confusion des genres et des styles1 mais il s'y complat manifestement4 ,toujours la chose vue se juxtapose1 chez lui1 la chose imagine4 ,il habille le fantastique avec le rel3 l'ange avec la dalmatique1 ,dieu le pre avec la couronne impriale1 et rien n'est plus prcis que l'inventaire de l'intrieur bourgeois o il reoit les anges de l',annonciation4 ,il fait le procs-verbal de l'impossible4 ,de l1 une saveur et une suggestion toujours piquantes4 ,cette juxtaposition continuelle du dtail vrai servilement reproduit et de la fantaisie rve sauve les compositions primitives de toute monotonie4 ,toutefois1 cette disparit des styles1 si elle est la plus apparente1 n'est pas la seule1 ni la plus importante4 ,un artiste1 de nos jours1 qui voudrait confondre ainsi les genres dans un mme tableau et y tre1 dans un coin1 humoriste1 dans l'autre dvot1 dans l'autre pique et plus loin raliste1 le pourrait sans ncessairement atteindre au caractre singulier de ceci4 ,pourquoi8 ,c'est que partout1 d'un bout l'autre1 il apporterait une science gale1 plus ou moins grande1 du dessin1 de l'attitude et une connaissance gale de l'objet4 ,c'est quoi de longs sicles de matres et d'exemples et de recettes l'ont habilit4 ,ce n'est pas1 l1 le fait de notre peintre4 ,il y a des choses qu'il sait trs bien faire ds longtemps et il y en a d'autres qu'il apprend seulement2 il y a des gestes o il est dsinvolte et d'autres o il est gauche2 il y a des sortes d'hommes ou de btes1 des espces ou des ges o il est expriment et d'autres o il est novice1 des essences d'arbres qu'il connat et d'autres qu'il ignore1 des lignes qu'il sait mettre en perspective1 et d'autres o il hsite encore et flchit4 ,par exemple1 lorsqu'il met une figure en action1 tout geste purement impulsif1 dmonstratif ou sentimental est gauche1 incertain1 inexpressif4 ,les vingt-huit prophtes1 ou docteurs1 qui se tiennent dans les coins de ses compositions1 s'ingnient vainement prendre des attitudes rvlatrices4 ,ils ne savent que faire de leurs mains1 et les plus expressifs d'entre eux ne parviennent qu'au geste du montreur de phnomnes1 la porte d'une baraque1 qui invite entrer4 ,dieu n'est pas certes apparu dans le ,buisson ardent ,mose pour le mme objet que1 dans l',arbre de la ,science du bien et du mal1 ve aprs sa faute3 pourtant ses deux gestes1 interchangeables1 ont aussi peu de signification l'un que l'autre4 ,la ,fille de ,jepht1 arrivant au ,temple1 semble prononcer une allocution4 ,de mme1 les soldats venus pour massacrer les innocents4 ,quand l'action est rapide1 l'improprit du geste est flagrante4 ,jacob et l',ange n'ont nullement l'air de lutter4 ,david1 descendant de sa fentre1 n'a nullement l'air de fuir4 ,dans ,joachim et ,anne chasss du ,temple1 on ne voit point du tout1 par le geste du grand prtre1 qu'il les chasse1 ni par les leurs1 qu'ils soient chasss4 ,en revanche1 les deux mendiants qui tendent leur sbile se font admirablement comprendre1 et leur geste est trs propre remplir son objet4 ,c'est qu'alors il ne s'agit plus d'une action impulsive1 ou sentimentale1 mais d'un mouvement command par une ncessit dfinie1 et un mouvement souvent rpt1 par consquent facile observer4 ,aussi1 tout geste professionnel1 qui tend une opration concrte et dfinie1 sur un objet1 tout geste de mtier est-il trs bien rendu4 ,la femme qui puise de l'eau1 dans la ,nativit de la ,vierge1 tient son seau exactement comme il faut le tenir pour le remplir un robinet4 ,le saint ,joseph1 qui menuise dans l',annonciation1 lve son maillet et arc-boute son genou comme il faut pour enfoncer son coin dans le bois solidement maintenu4 ,la lavandire1 qui lave son linge dans le foss de la ,porte d',or1 le tord rellement assez pour qu'il s'goutte4 ,le mendiant1 qui tend sa sbile ,joachim chass du ,temple1 est certainement un professionnel4 ,a ct de ces gestes1 qu'on peut appeler de mtier1 la femme qui fouille le coffre linge et celle qui1 du bout des doigts1 tte l'eau dans la ,nativit de la ,vierge1 et aussi le ,mose qui se dchausse et le saint ,joseph qui protge1 de la main1 la flamme de sa chandelle1 dans la ,nativit de ,notre-,seigneur1 font des gestes effectifs et qu'on a l'occasion souvent d'observer3 aussi sont-ils tous attraps avec justesse et rendus avec humour4 ,ceci n'est point particulier l'artiste4 ,c'est une caractristique des ,primitifs et de tous ceux qui les ont suivis jusqu'au ,x,v,ie sicle4 ,il n'y a pas d'exemple1 avant ,raphal1 qu'un geste de mtier soit manqu4 ,nous en avons encore un exemple frappant1 un sicle avant cette tapisserie1 dans celle du ,roi ,clovis3 ce sont les gestes des soldats se servant de leurs armes4 ,c'est un trange salmigondis1 premire vue1 que la tapisserie longue de huit mtres et demi1 haute de la moiti environ1 qui reprsente comment le fort roy ,clovis fu couronn1 comment prist la ,cit de ,soissons4 ,il semble qu'on ait mis1 dans un sac1 des ttes1 des casques1 des bras1 des maisons1 des tours1 des crneaux1 des mchicoulis1 des pices d'armures1 des draperies1 des tiares1 des coutelas1 des toits1 des broderies1 des arbaltes1 des arcs et toutes sortes de choses cornues et pointues1 qu'on ait secou le tout longuement et le tout rpandu sur un tapis4 ,mais l'imbroglio n'est qu'apparent4 tudions-le1 un instant1 en partant de la dernire figure notre droite et en revenant1 pas pas1 sur notre gauche4 ,tout se dbrouille3 il y a mme un certain ordre de bataille4 ,a n'en pas douter1 une arme range sous l'tendard vermeil aux trois crapauds1 qui dsigne les ,francs1 s'avance de gauche droite1 repoussant devant elle un lot d'adversaires4 ,en avant1 marchent des fantassins1 maniant des armes d'hast1 ce sont les gens du corps corps3 l'un d'eux1 cuirass d'extraordinaires paulires d'or rouge1 ttes de lion1 et de genouillres cornues1 charge comme la baonnette1 mais avec un fauchart ou plutt avec un vouge1 emmanch d'une rondelle d'arrt2 l'autre1 cuirasse bleue et manches et chausses rouges1 coiff d'un surprenant casque mche1 dcharge un terrible coup de maillet d'armes sur un ngre qui s'en va4 ,au-dessus1 dans l'intrieur de la ville1 on se bat galement corps corps3 pe1 coutelas ou maillet d'armes2 le roi ,clovis1 lui-mme1 s'y emploie terriblement4 ,derrire ce corps corps1 se tiennent les gens qui se battent distance1 les archers de l'infanterie lgre et chacun d'eux reprsente un temps diffrent du tir4 ,le premier ajuste sa flche et va tirer3 c'est l'archer barbu1 au justaucorps rouge et coiff d'un casque pyramidal o s'bahit en poupe une petite tte de ngre2 l'autre vient peine de tirer3 son il suit le vol de sa flche1 et toute sa machine musculaire demeurant fige dans cette attention1 les doigts de sa main droite ont conserv la flexion prise au moment du dbandement2 un troisime1 en dessous1 justaucorps bleu1 manches rouges1 a tir depuis plus de temps3 son bras droit a termin en l'air le mouvement de recul et il considre avec un peu de dgot1 ses pieds1 le rsultat de son tir3 un ennemi transperc par sa flche1 gisant terre1 les yeux morts1 un filet de sang ruisselant des lvres3 cette fantasmagorie contient des dtails d'un ralisme horrible4 ,derrire les archers1 voici les gens qui tuent plus de distance encore3 les arbaltriers1 l'infanterie lourde4 ,l1 encore1 chaque temps du tir a t not par l'artiste4 ,au bord du tableau1 en voici un1 la flche entre les dents1 en train de tendre une arbalte tour2 pour cela1 l'arc renvers est fich en terre2 il a pass le pied gauche dans l'trier qui est la tte du ft 7mang par la bordure7 et il tourne la manivelle1 des deux mains1 pour amener la corde jusqu'au saillant1 la noix1 qui la retiendra tendue4 ,derrire lui1 un camarade1 sa corde tant dj tendue1 se dispose fixer son carreau dans la rainure de l'arbrier4 ,son arme est moins savante3 c'est une arbalte simple1 munie de son trier2 on voit pendre sa ceinture le pied-de-biche qui a servi la tendre4 ,en avant1 l'abri d'un immense pavois1 tenu debout par un camarade1 l'autre arbaltrier1 tenant son arme toute garnie1 s'avance sur la pointe du pied comme pour faire une farce3 il va viser4 ,tous ces gestes de mtier sont d'une proprit qui tmoigne de leur justesse1 et je doute que1 dans toute la galerie des ,batailles1 ,versailles1 il y ait un seul tableau nous donnant sur la manire de charger et de dcharger une arme1 des renseignements aussi prcis et aussi complets4 ,l1 au contraire1 o manque le geste de mtier1 aucune attitude n'est plus significative4 ,c'est ce qui arrive dans l'admirable tapisserie ,marie dans le ,temple1 o vous lisez ces vers tisss entre le hron1 le gerfaut1 les licornes et l'hermine3 ,marie vierge chaste de mer estoille1 ,porte du ciel1 comme soleil eslue1 ,puis de vive eaue1 ainsy que lune belle1 ,tour de ,david1 lis de noble value1 ,cit de ,dieu1 clair miroir non pollue1 ,cdre exalt1 distillante fontaine ,en ung jardin ferme1 est rsolue ,de besongnier1 et si de grce pleine4 ,une seule figure1 ici1 fait un geste de mtier3 c'est la ,vierge elle-mme1 et c'est le geste du tapissier4 ,assise devant une chane de basse lisse1 sa main gauche va passer la laine entre les fils1 et sa droite tient le peigne1 ou plutt le couteau de bois qui la tassera4 ,derrire elle1 une niche d'anges2 devant elle1 des prophtes2 au-dessus d'elle1 ,dieu le ,pre1 ne font que des gestes vagues d'admiration1 d'adoration ou de bndiction4 ,les licornes1 dresses sur leur train de derrire1 ont une attitude aussi parlante que les deux prophtes2 les perroquets et les faucons sur le bord des fontaines jouent un rle aussi prcis que les anges3 un rle purement dcoratif4 ,la ,lgende dore nous dit que la ,vierge1 leve dans le ,temple1 croissait tous les jours en saintet1 visite par les anges et admise la vision divine1 qu'elle s'tait impos pour rgle de rester en prire depuis le matin jusqu' la troisime heure1 et ensuite de la troisime la neuvime1 de tisser de la laine1 aprs quoi elle se remettait en prire1 jusqu'au moment o un ange venait lui apporter sa nourriture4 ,nous le voyons ici1 mais nous voyons surtout autre chose4 ,nous voyons un paysage dcoratif1 une fte ordonne pour le plaisir des yeux4 ,l'artiste a supprim le temple1 ou l'a rduit aux deux colonnes ornementales qui lui taient ncessaires pour tendre sa tapisserie et pour supporter les armoiries invitables de ,monseigneur4 ,et1 profitant de ce qu'un des emblmes de la ,vierge est l'ortus conclusus1 au lieu de la mettre dans le ,temple1 il l'a mise dans un jardin4 ,c'est le jardin selon le cur du ,moyen ge1 le jardin d',albert le ,grand1 de ,jean de ,garlande1 du ,roman de la ,rose1 bien clos1 l'abri des incursions du dehors1 rgulier1 en contraste avec l'irrgularit de la nature1 ordonn contre tout dsordre1 riche de tout ce qu'on connaissait alors de plantes1 mme exotiques4 ,de chaque emblme des ,perfections de ,marie1 l'artiste a fait un motif dcoratif3 ,fons hortorum est devenu le motif d'une fontaine prcieusement cisele2 oliva speciosa1 d'un grand arbre2 turris ,david1 d'un chteau fort2 puteus aquarum vivencium1 d'un puits ornemental2 porta celi1 d'un donjon2 ,de lilium inter spinas il a fait jaillir une touffe de lis1 de ,plantacio rose1 une touffe de roses1 et1 ainsi1 chacune des perfections de la ,vierge1 indique par le thologien1 se trouve transpose1 par l'artiste1 en une beaut nouvelle dans le paysage4 ,a l'inverse1 comme toute impression sensorielle se rsout chez nous en un sentiment1 mme cette fantaisie purement pittoresque dpose dans notre souvenir une impression morale4 ,c'est celle d'une vie paisible dans de beaux paysages4 ,l'homme chemine de la naissance la mort1 entour de prodiges1 protg et guid par les puissances clestes4 ,il n'est plus seul en face de la fatalit1 nu devant la nature adverse et formidable1 comme aux premiers ges1 lorsqu'il y avait1 entre lui et les tres du ciel1 tant d'anneaux manquants4 ,dieu est moins haut1 la bte est moins hostile3 il vit tout prs de l'un et de l'autre1 dans un change continuel de services et de figurations4 ,les dieux1 ou plutt les ,saints1 qui ont remplac les dieux1 ne sont plus des forces de la nature1 mais des ,vertus et des ,mrites1 des tres de chair et de sang ns de la femme1 qui ont souffert ce que nous souffrons4 ,la nature tout entire est hospitalire4 ,entre les colres du ciel et nous1 les anges tendent le voile de leurs ailes2 sur le rocher et la masse gologique du globe1 les plantes tissent l'clatante trame de leurs feuilles et de leurs fleurs et voici que le paysage idal1 le jardin secret1 est fait de toutes les ,perfections de la ,vierge4 ,aussi bien1 cette vie idale1 cette ,histoire de la ,vie et ,mort de la ,vierge n'est-elle pas autre chose que l'apothose de la ,femme1 le triomphe de la puret et de la faiblesse4 ,c'est l'humanit1 enfin dlivre de ses obscurs instincts animaux et soustraite au rgne de la violence4 ,il ne s'agit pas1 ici1 de conqurir le monde1 de dompter des forces naturelles1 d'tre un surhomme1 mais d'chapper toute souillure1 de demeurer le matre de son me1 de se rattacher la communion des saints1 passs et venir1 par l'obissance la loi d'en haut1 afin de vivre heureux dans l'merveillement de la nature d'en bas4 ,aucune recherche de progrs1 point d'ambition1 partant point d'inquitude1 nulle poursuite de ce qui sera1 mais la jouissance de ce qui est et le souvenir de ce qui a t4 ,le bonheur depuis longtemps prfigur1 des images un peu obscures de l'avenir3 le buisson qui brle sans se consumer1 la verge qui fleurit1 et puis1 la tache originelle tant enfin efface1 la flamme des premires convoitises et des premires violences tant teinte1 l'avnement de la ,femme dans la ,paix et dans la lumire3--voil ce que ces images insinuaient dans les mes1 il y a quatre cents ans4 ,cela paraissait bien loin de la vie relle alors4 ,en sommes-nous beaucoup plus prs aujourd'hui8 ,mai #aiae4 ,,les ,,ruines ,ce mot de ruines1 quand on le prononait avant la grande coupure historique de #aiad1 voquait des choses patines par le temps1 sanctifies par le respect1 tmoins de gnrations disparues4 ,c'taient des visages d'aeules qu'on n'avait jamais connues jeunes et qui l'on n'imaginait pas une autre beaut4 ,les cicatrices paraissaient des rides1 les brches1 dans les longues lignes architecturales1 des lgances4 ,de l'herbe1 monte peu peu1 noyait les dcombres1 des feuilles s'abaissaient sur les mains mutiles des statues4 ,la mousse y jetait sa fourrure verte1 le lichen son voile dor4 ,les surplombs des sommets1 entrans1 jour jour1 par les intempries ou l'action dissolvante des racines1 tant peu peu tombs1 les masses avaient pris1 insensiblement1 une forme pyramidale1 la plus stable de toutes1 et1 ainsi1 n'avaient plus l'air de choses dtruites1 mais bien de choses bties telles quelles pour le plaisir des yeux4 ,d'ailleurs1 une vie nouvelle y tait ne1 de tous les germes apports par l'oiseau ou le vent qui passe1 et y croissait sous la protection des vieilles pierres encore capables de ce service1 et1 pourvu que les archologues ne vinssent pas trop les gratter1 rien n'y voquait l'ide de la mort4 ,mais des ruines d'hier1 des ruines neuves1 on ne savait ce que c'tait ce que ce pouvait tre--hors des pays tremblements de terre6 ,des villes mises sac1 des palais en flammes1 des maisons ventres1 le brasier o tombent des trsors d'glises1 o se calcinent les statues1 o fondent les plombs1 les bronzes1 les orfvreries1 les tentures prcieuses2 des cathdrales illumines intrieurement1 comme par un feu d'enfer2 les torsades des fumes d'incendie qui montent1 la terre qui change la couleur du ,ciel1 c'tait l des spectacles nroniens qu'on ne pouvait situer que dans le ,pass6 ,peut-tre quelques dilettantes1 moralement pervertis1 comme il y en a toujours aux poques de civilisation raffine1 regrettaient-ils de vivre une poque o l'on ne pt rien esprer connatre des motions des temps barbares4 ,quand les artistes voulaient les reprsenter1 quand ils tchaient de figurer1 par exemple1 le tableau voqu par ,olivier de la ,marche1 racontant le sige de ,dinant1 en #adfe3 ,et le comte de ,charolois et ses gens entrrent dedans la vile comme mastres et seigneurs et fut la vile pille de toutes pars et puis fut mis le feu dedans3 et fut brl ,dinand par telle faon qu'il semblait qu'il y eut cent ans que la ville tait en ruine1--ils faisaient des efforts inous d'imagination4 ,aujourd'hui1 ils n'ont plus besoin d'imaginer1 de surexciter artificiellement leur verve1 de fermer les yeux1--mais de les ouvrir4 ,des ruines toutes chaudes1 des ruines comme celles que les ,vandales ou les ,huns ont pu faire aprs eux1 des ruines comme celles de ,dinant en #adfe1 en voici4 ,ce qui frappe1 d'abord1 dans les aquarelles de la guerre1 de ,m4 ,duvent1 de ,m4 ,flameng1 de ,m4 ,vignal1 c'est leur allure de procs-verbal4 ,on sent fort bien que l'artiste n'a nullement cherch se monter la tte4 ,il a cherch1 au contraire1--devant un spectacle d'horreur qu'il ne pensait voir de sa vie1-- garder tout son sang-froid1 dompter ses nerfs1 fermer1 pour ainsi dire1 les pores de sa sensibilit4 ,quand ,gustave ,dor1 quand ,victor ,hugo1 dans leurs tonnants dessins1 fabriquent des ruines1 ils mettent l'accent sur l'horreur et sur la dsolation4 ,ici1 l'accent n'est pas mis1 la voix n'est pas enfle3 elle raconte1 d'un ton gal1 la lamentable histoire4 ,c'est dans les temps de calme et de bonheur qu'on aiguise ses facults de sentir1 c'est--dire de souffrir4 ,de mme1 c'est quand le motif est banal1 qu'on se livre des tentatives de technique hasardeuse1 pour le renouveler4 ,quand le drame est l1 pesant sur toutes nos fibres les briser1 on chercherait plutt le secret de l'insensibilit pour tenir4 ,quand le motif d'horreur se prsente dans la vie1 il ne s'agit pas de l'accentuer1 ni de l'enrichir d'une technique imprvue4 ,il suffit de le rendre4 ,,chapitre ,i ,,ypres ,,et ,,les ,,flandres ,et ils l'ont rendu4 ,regardons1 par exemple1 l'aquarelle de ,m4 ,duvent3 ,ypres sous les obus4 ,nous avons sous les yeux la ralit des vieilles chroniques4 ,des ,halles d',ypres1 qui furent le ,palais du ,drap1 la ,cathdrale des liberts publiques depuis le ,x,i,i,ie sicle1 quelque chose1 la fois1 comme le ,palais de l',arte della ,lana et le ,palais ,vieux1 ,florence1--il ne reste plus que quelques aiguilles1 les tourelles isoles des toits qu'elles flanquaient1 et une masse ruineuse1 dont le dcoupage semble emprunt une eau-forte de ,victor ,hugo4 ,l'aiguille1 qui pointe sur cette masse1 est une des quatre tourelles d'angles qui cantonnaient le beffroi2 les deux autres1 poses comme en poivrires1 marquent les deux extrmits de cet immense vaisseau de #ach mtres de long1 trou de #if fentres1 qui fut la ,halle d',ypres4 ,derrire1 droite1 on voit ce qui subsiste du clocher carr de la cathdrale ,saint-,martin4 ,la petite aiguille1 qui pointe tout auprs1 est un des deux clochetons qui jaillissaient droite et gauche du transept4 ,un bout de galerie ajoure court encore au-dessus des ogives1 ouvertes maintenant sur le vide4 ,entre ces deux aiguilles1 cette basse masure troue1 couleur de sang1 est tout ce qui reste de l',htel de ,ville1 le ,nieuwerk1 ,renaissance1 toit hollandais1 bti au ,x,v,i,ie sicle1 qui tait accol1 plaqu aux ,halles1 pour le grand scandale de ceux qui aiment l'unit des styles4 ,l'obus prussien a rpar cette erreur4 ,les hauts murs sanglants1 avec quelques pignons demeurs en l'air1 dans le coin droite1 c'est la grande nef de cette cathdrale ,saint-,martin du ,x,i,i,ie et du ,x,ve sicle1 fameuse par ses stalles et ses bois sculpts4 ,et1 sous ce ciel travers de nues sombres1 au-dessus de ces flaques de pluie o les flches de pierre enfoncent leurs reflets1 la grande ,halle1 prive de son fate1 aplatie terre et souleve encore lourdement par ses colonnades1 ressemble--on l'a dit1 et la comparaison est exacte--au fantme du ,palais des ,doges4 ,la comparaison est plus juste et va plus loin qu'on ne croit si l'on songe leur sens historique4 ,ce qui s'est croul l1 c'est le plus grand monument1 peut-tre1 de la ,bourgeoisie et de l'oligarchie patronale au ,moyen ge4 ,les drapiers qui s'y rencontraient ressemblaient1 en plus d'un point1 aux seigneurs qui s'assemblaient dans la sala dei ,pregadi3 par leur gnie commercial1 par leur exclusivisme1 par leur esprit d'entreprise4 ,ce n'est pas le ,roi1 ni l'glise qu'exaltait ce ,beffroi de #gj mtres de haut1 commenc pourtant dans les premires annes du ,x,i,i,ie sicle1 en #abja1 et entirement achev en #achj3 c'tait le ,capital4 ,c'tait le clocher laque et municipal1 o sonna1 pendant des sicles1 la cloche des patrons appelant au travail et au repos les multitudes ouvrires4 ,plac au bord du continent consommateur de drap1 en face de l',angleterre1 productrice de laine1 c'tait aussi le phare vers o se portaient les regards de toute l',europe1 pour un des besoins primordiaux de l'homme3 se vtir4 #hg #jjj marques de plomb dsignaient1 chaque anne1 les pices de drap sorties des halles d',ypres et expdies par le monde4 ,plus que du ,palais des ,doges1 son histoire rejoignait l'histoire de notre temps4 ,car c'est l1 que s'tait pose pour la premire fois1 en plein ,moyen ge1 la question ouvrire sous la forme mme qu'elle prend aujourd'hui1 l1 que les ,drapiers1 patrons du temps1 virent dferler la foule hve et menaante des tisserands1 des foulons et des teinturiers4 ,c'est de l que partirent les revendications populaires1 qui secourent les foules jusqu' ,amiens1 jusqu' ,paris1 jusqu' ,rouen4 ,les rvoltes de #acei #acgi1 presque continuelles sous les formes antidynastiques habituelles l'poque1 taient des rves de communisme ouvrier4 ,ces ,halles avaient vu passer1 aussi1 la grande guerre4 ,maintes fois1 le flot de l'invasion avait battu leurs murs4 ,ypres tait1 avec ,bruges et ,gand1 une des ,trois villes du ,nord qui commandaient toutes les plaines4 ,la possession en tait dispute par tous les voisins4 ,lors du sige fameux de #achc1 elle avait rsist l'assaut de vingt mille ,gantois appuys par toute une arme anglaise1 l'arme de l'vque de ,norwich4 ,il faut lire1 dans notre ,froissart1 le rcit de ces jours terribles1 pour imaginer le spectacle dont ce vieux ,beffroi avait t tmoin3 ,et vous dis que les archers d',angleterre qui toient sur les dunes des fosss de la ville1 tiroient sajettes dedans si ouniement et si dur que peine osoit nul appareoir aux crneaux de la ville et aux dfenses4 ,et recueillirent ce jour ceux de ,yppre bien la valeur de deux tonneaux pleins d'artillerie4 ,et n'osoit nul aller par les rues qui marchissoient aux murs o l'assaut toit1 par paour du trait1 si il n'toit trop bien arm et pavesch de son bouclier4 ,ainsi dura cel assaut jusques la nuit1 que les ,anglois et les ,flamands qui tout le jour avoient assailli en deux batailles1 retournrent en leurs logis1 tous lasss et tous travaills2 et aussi toient ceux de la ville de ,yppre4 ,les ,flamands savent leur histoire1 mais ils croyaient bien que ces choses taient du ,pass3 elles taient de l',avenir4 99 99 99 99 99 ,une autre ville1 qui avait connu bien des siges terribles1 avant de voir tomber ses monuments par ce dernier dluge de feu1 c'est ,arras4 ,regardons l'aquarelle de ,m4 ,duvent1 faite le #ab aot #aiae1 les ruines blanches de pltras et rouges de briques nu1 sur un ciel tragique d'incendie ou de bombardement4 ,du ,beffroi d',arras1 jadis haut de #ge mtres1 cisel comme une chsse1 vibrant comme une volire1 plein de carillons qui semblaient ne jamais devoir finir1 voici ce qui reste3 un pic de pierres sculptes sur une moraine de dcombres4 ,aux grandes dates de sa vie3 #adfc1 date de sa premire pierre1 #adii1 date de son achvement en toute sa partie carre1 puis #aeea1 date de son nouveau dpart pour le ciel1 en deux tages octogones1 flanqus de choses pointues et fleuries qui montaient avec lui1 il faut ajouter aujourd'hui une quatrime date1 #aiae1 date de son croulement jusqu' la hauteur du premier tage4 ,le reste1 qui avait vu ,louis ,,xi avec ses mdailles et1 depuis1 tant de siges1 tant de ftes1 de carrousels et de kermesses et les journes tragiques de la ,rvolution1 est poussire4 ,a droite1 cette chose plate triangulaire dessine1 seule encore1 la forme qu'avait la haute toiture de l',htel de ,ville1 lorsqu'elle descendait des deux cts en pentes raides1 semes de lucarnes sur trois rangs1 crte1 plombe et dore son sommet comme un reliquaire4 ,tout contre1 ce magma carbonis1 voil tout ce qui reste d'une aile dans le style ,renaissance flamande ajoute aprs coup l',htel de ,ville gothique1 car ici1 comme ,ypres1 on avait accol hardiment les deux styles4 ,ce trou rond dans les briques rouges est comme le dernier hublot de cette nef dmte4 ,on voit1 l1 le dernier vestige d'une range de baies circulaires ouvertes au second tage4 ,elles contrastaient vivement avec les hautes ogives gothiques qui flamboyaient au-dessous4 ,la dlicieuse dissymtrie de cet ,htel de ,ville1 presque gale celle du ,palais des ,doges1 se devine encore quand on regarde les ruines des arcades si exactement dessines par ,m4 ,duvent4 ,on sent qu'elles s'ouvraient selon des courbes toutes diffrentes3 l'arc en tiers-point et le plein-cintre1 alternant sur des colonnes ingalement espaces1 sauvaient les sept arcades de l'invitable ennui d'un plan rgulier4 ,peut-tre cela gnait-il ,m4 ,hoffmann1 l'architecte municipal de ,berlin1 ou ,m4 ,peter ,behrens4 ,l'ordre rgne maintenant dans le style ogival d',arras3 il n'y a plus rien4 ,comment c'est-il arriv8 ,c'est ,m4 ,flameng qui va nous le dire4 ,il a peint le mme motif1 mais vu un mois auparavant1 et vu d'un autre point3 du pan de mur qu'on aperoit1 l'extrmit gauche dans l'aquarelle de ,m4 ,duvent4 ,peintre de batailles1 il a saisi la ,ruine au moment o elle se fait4 ,on croit entendre le bruit sourd de la masse qui s'boule1 on croit respirer cette poussire cre qui flotte dans l'air pendant l'incendie4 ,l'corce sombre des pierres1 patines par le temps1 se dtache et tombe2 la btisse primitive1 l'appareil du ,x,ve sicle1 est mis nu3 c'est une minute rare pour l'il de l'artiste4 ,lorsque le dernier tage du ,beffroi d',arras avait t termin1 jadis1 un pote du lieu tait venu en commmorer le souvenir par ces vers1 ensuite gravs sur une plaque1 l'intrieur de l'difice3 ,l'an mil cincq cent cinquante quatre1 ,par ung second jour de juillet1 ,jehan ,delamotte et ,pierre ,goulattre ,firent en ce lieu le premier guet1 ,estant nouveau le ,beffroi faict ,par ung nomm ,jehan ,caron ,maistre en cet art1 ung des perfaicts ,car il avoit un grand renom4 ,l'inscription de ,m4 ,flameng1 au bas de son aquarelle1 ,arras1 juillet #aiae1 a la mme loquence et veillera chez nos descendants autant de souvenirs4 ,l'artiste ne s'est pas born cet loge funbre du ,beffroi1 la gloire d',arras4 ,il a voulu conserver l'aspect de ruines d'un moindre style4 ,voici l'incendie de la cathdrale d',arras1 le #f juillet1 au lendemain de la pluie d'obus1--cinq mille1 dit la chronique1--qui acheva la destruction de la ville4 ,cette faade colonnes corinthiennes1 qui semble emprunte quelque glise d',italie1 c'est l'entre de la cathdrale1 plaque contre l'immense btiment appel le ,palais ,saint-,vaast1 ancienne abbaye1 sorte de caravansrail intellectuel o se trouvaient runis non seulement l'glise1 mais l'vch1 le muse1 les archives1 le sminaire1 la bibliothque4 ,tout1 sauf et l quelques faades1 est dtruit4 ,le ,palais flamba le premier1 puis le feu gagna les combles de la cathdrale4 ,on voit1 terre1 un des chevrons de la charpente qui flambe encore aprs l'croulement du toit tout entier4 ,sur le sol1 le bois crpite et1 l-haut1 les fumes lumineuses1 traverses par le soleil1 s'vanouissent dans le ciel indiffrent et bleu4 ,ce sont1 l1 les derniers tisons de l'incendie allum dans la nuit du #e au #f juillet4 ,cette nuit elle-mme1 ,m4 ,flameng l'a peinte4 ,elle restera certainement1 au point de vue esthtique1 la grande nouveaut des combats modernes4 ,on voit peu de choses1 dans une bataille1 le jour3 on en voit beaucoup la nuit1 beaucoup plus qu'autrefois4 ,les projecteurs1 les fuses clairantes1 les obus fusants1 les incendies sont les seuls cadeaux que la ,guerre fasse l',art4 ,sans doute1 la guerre de nuit remonte loin dans l'histoire4 ,lors du sige d',arras par ,louis ,,xi1 en #adgg1 lorsque1 comme dit ,commines1 le roy fit approcher son artillerie et tirer1 laquelle estoit puissante et en grand nombre2 les fosss et murailles ne valoient gures2 la batterie fut grande et furent tous espouvants444--on dut voir quelques-uns de ces effets de nuit4 ,le vingtime jour d'avril1 audit an1 ajoute un chroniqueur1 on jettait journellement engiens de cit dedans ,arras1 furent jetts plusieurs mortiers en plusieurs lieux1 en especial en l'enclos de ,saint-,vaast1 tant sur le corps de l'glise dont la voulte de le nef fut perchi1 et fut grand dommage1 dont le roy la fit refaire comme il aperra cy aprs3 de rechef cheyrent sur le dortoir et en plusieurs aultres lieux jusques au nombre de #ad1 dont aucuns avoient #eb pous de tour1 mais par la grce de ,dieu1 il n'y eut nulluy bleschi1 et jectoient tant de nuict comme de jour incessamment serpentines contre la tour1 le cloquier et le portail4444 ,mais les bombardiers modernes ont grandement perfectionn leur pyrotechnie homicide et infiniment vari les effets clairants de leurs poudres4 ,si ,m4 ,flameng a pu oublier le sens humain du drame qui se jouait devant lui1 c'est d'une des plus belles heures de sa vie d'artiste que cette aquarelle pourra tmoigner4 99 99 99 99 99 ,comme ,ypres1 comme ,arras1 ,nieuport avait connu des heures terribles dans le ,pass1 et aussi des heures glorieuses1 mais ne croyait pas en revoir4 trange aventure que cette guerre o l'on dtruit des villes dj mortes depuis des sicles1 ensevelies dans la vase1 le silence et la solitude1 o les obus vont dterrer les morts6 ,nieuport tait de ces villes-l4 ,elle flottait dans des vtements trop amples faits en d'autres temps4 ,les aquarelles de ,m4 ,duvent1 les ,halles et l'glise1 nous montrent deux monuments construits jadis pour des multitudes de drapiers ou de fidles1 du temps o la ville n'tait pas dlaisse par la mer1 o elle se dfendait avec de hauts remparts1 clairait l'horizon avec ses phares1 jouait son rle dans le cycle international des changes4 ,depuis longtemps1 ces jours glorieux taient finis4 ,la mer s'tait retire et les foules avaient suivi la mer4 ,l'immense glise tait quasi vide1 le phare enterr4 ,la ville tait plonge dans un sommeil lthargique dont rien ne semblait pouvoir la tirer4 ,elle ressemblait ces dormeuses que la science observe parfois durant des annes1 dans les hpitaux4 ,elles ne se rveillent que pour mourir4 ,les grands jours d',ypres et de ,nieuport semblaient finis4 ,voici une petite ville qui n'avait gure eu de grands jours3 ,gerbviller1 en ,lorraine4 ,elle en aura un dsormais3 le jour de sa ruine4 ,un dessin de ,m4 ,georges ,scott nous le montre sinistre4 ,on devine1 rien qu'au coup de crayon de l'artiste1 les scnes de sauvagerie qui se sont passes dans cette rue1 les jeunes gens brls1 les femmes fusilles la course1 comme des lapins1 dit le rcit d'un tmoin oculaire4 ,c'est l1 surtout1 que le mot de ruines perd sa signification esthtique3 ce ne sont pas1 l1 des ruines1 ce sont des dcombres4444 ,aprs toutes ces visions tragiques1 c'est un curieux contraste que la grande aquarelle de ,m4 ,vignal1 ,sermaize-les-,bains4 ,c'est la ruine sous le ciel rassrn1 qui a dj pris son aspect pittoresque1 avec les verdures nouvelles des arbres4 ,c'est un paysage la place d'une ville3 on sent la vie qui se transforme et qui continue4 ,l'homme se lasse1 la terre ne se lasse pas4 ,la nature recommence1 indiffrente1 son grand uvre1 recouvrant tranquillement le crime des hommes1 comme leurs difices1 d'une mme splendeur4 ,m4 ,vignal a repris son mtier1 non pas avec la mme indiffrence1 mais avec la mme sret que la ,nature4 ,il a pos sur le papier ses teintes les plus fraches1 comme lorsqu'il tait paisiblement occup tailler les ifs d'un beau jardin d',espagne ou1 dans l'indolente ,venise1 grener le chapelet des reflets4 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,cath,,drale ,,de ,,reims ,maintenant voici la ,ruine inexpiable1 celle que la ,nature elle-mme ne peut suppler1 parce qu'elle contenait un peu du cur des hommes1--et d'hommes qui ont disparu depuis six cents ans3 la cathdrale de ,reims6 ,nous connaissons surtout le dsastre accompli sur le portail angle nord de la grande faade occidentale et sur les deux contreforts4 ,c'est bien loin d'tre tout le dsastre1 mais c'est le plus sensible4 ,ce portail tait peupl de figures mystrieuses4 ,ce qui distingue l'entre d'une glise de celle d'un chteau-fort1 ce sont ces haies de personnages qui vous accueillent1 vous bnissent1 vous sourient4 ,distrait par leur prsence1 on entre sans s'apercevoir qu'on a franchi un mur gigantesque4 ,au-dessus de la tte1 d'autres figures1 en myriades1 plus petites1 grimpent1 s'accrochent aux tiges de pierre1 comme des cigales des roseaux et les bouts des tiges plient sous le poids1 se rejoignent en ogives--et voil des voussures4 ,ces figures sont celles des prophtes1 des saints1 des sages1 des rois et des hros4 ,c'est seulement dans les temps modernes qu'on s'est avis de planter un particulier au milieu d'une place publique1 ne tenant rien1 dans l'isolement de sa gloire individuelle1 tout commenant son pidestal et finissant son chapeau4 ,les artistes du ,x,i,i,ie sicle donnaient leurs hros une autre gloire4 ,on ne pouvait entrer dans l'glise sans passer entre les rangs serrs de ceux qui l'avaient faite3 aptres1 martyrs1 confesseurs1 prophtes1 serrs les uns contre les autres1 confondus dans le rang de la grande milice chrtienne1 dans la gloire collective du portail1 tenant la pierre1 adosss ses colonnes1 recouverts par sa vote1 faisant corps avec l'immense difice1 vivant de sa vie et pouvant1 comme on voit1 mourir de sa mort4 ,on ne sait pas toujours leurs noms1 on hsite pour plusieurs d'entre eux1 mais on sait la grande tche que leurs paules ont porte4 ,leur uvre est inoubliable3 ils ont donc pour fondement le solide parvis des fondations du temple et pour couronne le dveloppement infini des sicles prfigurs4 ,les fabricants du monument de ,leipzig ont mis de l'ordre dans tout ce symbolisme3 plus de simplicit leur a paru ncessaire4 ,a coups d'obus1 ils ont effac entirement les deux figures de saint ,thierry et de son matre saint ,remy1 le patron de ,reims1 lesquelles taient les premires nous accueillir au bord du portail1 notre gauche1 en entrant1 l'une loge dans l'angle du contrefort et de l'brasement1 l'autre l'angle mme de l'brasement4 ,ils n'ont laiss sainte ,clotilde1 qui vient aprs1 qu'un peu de sa tte et sa couronne3 tout le reste de la statue a t enlev par leurs soins4 ,ils ont rabot l'ange gardien qui se tient entre sainte ,clotilde et saint ,nicaise1 ainsi que le saint lui-mme4 ,dj martyr des barbares1 massacr sur le seuil de son glise1 et reprsent ainsi par le statuaire1 la tte ampute du crne1 voici que son effigie elle-mme1 bien des sicles aprs1 est brise4 ,enfin1 la dernire figure au fond du portail n'a plus sa tte ni sa main1 qui taient tournes vers le saint4 ,on ne voit plus1 colles au mur1 qu'une paire d'ailes qui annoncent assez qui se tenait l3 c'tait un ange1 l'ange gardien de saint ,nicaise1 le ,sourire de ,reims4 ,la figure de l',ange de saint ,nicaise tait moins parfaite que d'autres ici1 mais plus moderne et aussi plus humaine1 plus accueillante4 ,la ,renaissance a1 depuis1 invent des anges pleins de morgue et de distance4 ,ceux du ,moyen ge se tenaient dans le rang1 faisaient la haie1 comme tout le monde1 l'entre du sanctuaire1 avec les hommes qu'ils guidaient et qu'ils consolaient4 ,ils n'taient pas plus invisibles que les hommes1 gure plus agiles1 malgr leurs ailes1 mais toujours souriants2 vritables infirmiers des mes1 ils savaient les gestes qui mnent au ,paradis4 ,celui-ci avait1 en se tournant vers saint ,nicaise1 le lger hochement de tte qu'a1 sur l'autre portail1 place pareillement au coin de l'entre1 la prophtesse ,anne en se tournant vers le grand-prtre4 ,ces inflexions trs discrtes suffisent mettre en communion toutes ces figures et faire de leur rencontre une conversation sacre4 ,puis il souriait1 en plissant les yeux1 d'un sourire un peu pointu4 ,et cette expression1 tout humaine et un peu mondaine chez un tre cleste1 a toujours intrigu les passants4 ,c'est le mystrieux sourire de celui qui connat l'autre ct de la vie1 les ralits dont toute cette cathdrale est la figuration4 ,or1 cette tte qui souriait est tombe4 ,on l'a ramasse brise en plusieurs morceaux4 ,une chose fabrique par les usines ,krupp en a eu raison4 ,qu'est-ce que ,m4 ,krupp donnera au monde en change8 ,l'autre ct du portail a un peu moins souffert4 ,pourtant1 les deux premires figures du fond1 prs de la porte1 o l'on croit voir saint tienne et un aptre barbu1 sont rabotes par les clats d'obus1 de mme que la figure suivante1 celle de sainte ,eutropie1 sur de saint ,nicaise1 qui assista son martyre1 et aussi saint ,jean1 sa gauche4 ,a ct de saint ,jean1 l'entre du portail1 on voit encore une tte coiffe d'une mitre3 c'est celle de saint ,sixte1 premier vque de ,reims2 le reste du personnage est entirement effac4 ,quant sa voisine1 ce qui fut la ,reine de ,saba1 place en face de nous sur le contrefort1 elle gt dans les gravats et la poussire qui jonchent le sol4 ,c'tait une figure simple et fine1 droite et souple1 dans sa tunique aux longs plis flchissants1 cartant lgrement son manteau des deux mains d'un geste mesur1 avec une expression trs vivante et trs particulire3 sans doute un portrait4 ,elle tait l pour commmorer1 la base de l'glise1 un trs lointain pass3 elle tait venue1 jadis1 des extrmes pays d',orient1 adorer le roi ,salomon1 comme1 plus tard1 les ,mages devaient venir adorer l',enfant ,jsus4 ,la lgende mme racontait que1 pour venir1 elle avait franchi un torrent sur un madrier rejet comme impropre la construction du ,temple1 et dont on fit plus tard le bois de la ,croix4 ,les ,allemands1 qui ont cru devoir effacer cette figure du portail de ,reims1 ont1 par la mme occasion1 dtruit peu prs les bas-reliefs o la scne de l'invention de la vraie ,croix par sainte ,hlne tait reprsente1 dans le tympan ogival du contrefort notre gauche4 ,ainsi1 tout ce portail est-il dpeupl4 ,l1 ne s'arrte pas le dsastre4 ,d'autres photographies nous montrent ce qu'il est advenu des sujets sculpts au revers de la faade1 entre les trois portails4 ,dans celle du portail central1 o figure la rosace seize rayons1 couronns de trois petites rosaces trilobes1 nous voyons comment taient disposs ces sujets4 ,dans des niches ranges trois par trois le long de la muraille et superposes en sept ranges de haut1 alternant avec des panneaux sculpts de feuillages1 des prophtes1 des saints1 des anges1 des chevaliers se tenaient1 un par un4 ,on distingue1 la range la plus basse1 au-dessus des draperies sculptes1 les trois prophtes ,isae1 ,malachie1 ,david1 droulant leurs phylactres4 ,au-dessus1 on devine l'ange apparaissant ,anne et ,joachim2 au-dessus encore1 on sait qu'il y a ,anne et ,joachim se rencontrant la ,porte d',or4 ,on est confondu de cette profusion de figures trs tudies dans des coins o nul ne les voyait4 ,aujourd'hui1 l'obus a dblay la place4 ,le feu a pris aux grands tambours de bois qui masquaient les portes4 ,nous voyons le rsultat4 ,et il ne faut pas juger du dsastre seulement par les choses qui se sont croules4 ,presque toutes les autres sont calcines4 ,l'piderme de la pierre ne tombera-t-il pas au premier choc8 ,on ne mesurera que dans longtemps l'tendue de la catastrophe4444 99 99 99 99 99 ,nous touchons ici au crime1 non pas le plus inhumain1 mais le plus inexplicable qui ait jamais t commis par des tres qui avaient figure humaine et dont la langue assemblait des sons6 ,lorsque le tlgraphe1 dans les heures anxieuses de septembre #aiad1 nous apporta la nouvelle que l',allemand dtruisait la cathdrale de ,reims1 le cri fut moins d'horreur que de stupfaction4 ,ce fut moins la sensibilit qui fut blesse que l'intelligence1 par l'impossibilit o elle tait1--o elle est toujours1--de comprendre4 ,dtruire les demeures de l'ennemi1 souffler une rafale de fer et de feu qui emporte les toits et rend une ville inhabitable1 c'est une opration conforme au systme de terreur inaugur par les retres4 ,mais un difice o nul ne demeure1--que ,dieu1--qui n'apporte personne aucun confort1 aucune protection matrielle1 aucune richesse1 dont la prsence n'ajoute pas une minute de plus la lutte1 dont la disparition ne lui en te pas une1--bien plus1 un difice qui ne sert pas un pays plus qu'un autre1 qui remplit un mme office de beaut pour tous les peuples de race blanche1 qui rappelle les fastes d'une religion commune tous les peuples issus de la civilisation chrtienne3 le viser comme une forteresse1 l'incendier comme un dpt de ptrole1 envoyer des obus contre ses roses1 dcapiter ses anges1 s'escrimer contre son idal1 chercher faire peur ,dieu6--quel rve1 et combien d'annes faudra-t-il l'homo sapiens pour rparer une telle rgression6 ,tous les pays se sont sentis lss4 ,l',allemagne1 elle-mme1 l'aurait compris1 si elle tait encore capable d'un sentiment dsintress4 ,une chose de beaut n'est pas seulement une joie pour toujours1 comme l'a dit le pote anglais1 mais pour tous4 ,le pays o elle est ne ne la possde pas plus que les autres4 ,il en est le dtenteur1 il n'en est pas le propritaire1 au sens du jus abutendi4 ,cela est si vrai que1 lorsqu'il est question1 dans une ville quelconque1 non pas mme de dtruire1 mais seulement de restaurer un de ces chefs-d'uvre1 le monde entier s'meut4 ,de toutes parts1 des protestations clatent1 et elles sont coutes4 ,les municipalits sentent bien1 et1 leur dfaut1 l'tat1 qu'il y a1 l1 quelque chose qui dpasse le droit individuel ou mme collectif d'une nation1--je dirai3 d'une gnration entire4 ,nous sommes tous sur ce globe comme les passagers d'une barque naufrage1 qui n'ont pu sauver qu'un petit trsor4 ,le monde n'a pas trop de beaut pour ne pas la mettre toute en commun4 ,le peuple qui en a cr un atome n'a pas le droit de le dtruire1 non plus qu'un pre son enfant3 plus forte raison1 un peuple tranger4 ,on l'a fait dans le pass1 c'est vrai4 ,on a dtruit des glises1 brl des bibliothques1 ras des palais peine construits1 effondr des fresques peine peintes1 fondu des cloches et des bronzes d'art4 ,alphonse d',este a fait un canon d'une statue de ,michel-,ange4 ,d'innombrables marbres grecs ont servi de mortier4 ,dans la rgion mme de ces ruines3 ,ypres1 ,arras1 ,nieuport1 et aussi dans les pays wallons1 le ,x,i,ve1 le ,x,ve et le ,x,v,ie sicles ont connu de semblables spectacles4 ,tantt par vengeance de prince1 tantt par fanatisme de foules1 tantt par explosion de dmagogie1 les statues ont t dcapites1 les verrires brises1 les rues jonches de dbris de chefs-d'uvre4 ,charles le ,tmraire a brl ,dinant et ,lige4 ,les ,gueux et les ,iconoclastes ont bris tout ce qu'ils ont pu d'uvres d'art1 bien avant les docteurs et les professeurs de l'arme von ,heeringen4 ,tout cela est de l'histoire4 ,mais c'est de l'histoire ancienne et la seule raison qu'a l'humanit de se perptuer de nos jours1 sa seule excuse de durer encore1 lorsqu'elle a tant dgnr1--en art1 par exemple1--c'est de progresser en loyaut1 en beaut morale et en fraternit4 ,l'erreur des bombardiers de ,reims1 de ces gens prtendment modernes1 est de se croire toujours au ,x,i,i,ie ou au ,x,ve sicle1 non quand ils font de l'art--ce qui serait trs bien1--mais quand ils font la guerre et quand ils dfont les traits4 ,cette erreur pourra leur tre fatale4 ,n'en doutons pas3 il arrivera un jour o les ,barbares nieront ces attentats--car tout arrive6 ,ils ergoteront1 ils discuteront1 ils diront que ce qu'ils ont dtruit n'tait pas rellement ancien1 que c'tait dj restaur4 ,il faut s'attendre aux plus effarants exercices d'acrobatie dialectique de gens qui ont dmontr que ,benvenuto ,cellini tait ,allemand1 parce qu'il avait la barbe blonde1 et que ,courbet et ,millet ont introduit le sentiment allemand dans l'art franais6 ,ils le nieront1 parce que cette destruction est plus qu'un crime3 c'est une honte1--et aussi parce que l'humanit entire1 dont ils ont appauvri le patrimoine1 se lvera pour le leur redemander4 ,le crime contre la vie humaine1 contre les tres sans dfense1 les populations entires emmenes en captivit1 les femmes et les enfants fusills1 est ce qui nous indigne le plus aujourd'hui4 ,le reste semble peu de chose4 ,il n'est pas un de nous qui ne donnerait encore quelques-unes de ces admirables pierres pour sauver une vie en pril l-bas1 et qui lui est chre4 ,mais ce sentiment passera1 puisque nous passerons nous-mmes4 ,le crime contre l',art ne sera jamais pardonn4 ,les hommes se remplacent4 ,le chef-d'uvre ne se remplace pas4 ,un jour viendra o1 de tous nos deuils individuels1 il ne restera plus qu'un souvenir confus3 le souvenir d'une immense hcatombe4 ,les ,ruines1 elles1 resteront profiles sur l'horizon de l',histoire1 avec la mme nettet qu'aujourd'hui4 ,les ,barbares feignent d'en rire aujourd'hui3 ils n'en riront pas toujours4 ,lorsqu'ils voudront reprendre leur place parmi les peuples civiliss1 parler encore de leur got pour les arts1 de leurs gnies1 de leurs muses1 de leurs instituts d'archologie1 de leur dvouement aux vestiges du ,pass1 il suffira de leur montrer ces ,ruines444 #be dcembre #aiae4 ,,la ,,caricature ,,et ,,la ,,guerre ,si la caricature tait1 comme on l'a souvent prtendu1 l'art du rire1 la prsente tude serait sans objet et son titre mme ne pourrait s'crire de sang-froid4 ,les spectacles auxquels nous avons assist pendant toute cette guerre ont veill ou surexcit en nous1 jusqu'au paroxysme1 tous les sentiments dont l'me humaine est capable1 sauf ceux dont le rire est l'expression4 ,mme les neutres1 mme les habitants les plus lointains de ce globe1 qui semble1 d'ailleurs1 s'tre rapetiss comme fait une boule d'argile dans la fournaise1 ont senti que l'humanit entire court un danger4 ,que l'on puisse1 en plein ,x,xe sicle1 dchirer les traits1 renier sa signature1 prparer froidement dans le plus grand dtail l'assassinat d'un peuple1 noyer des familles entires d'migrants1 envoyer des infirmires au poteau d'excution1 c'est l une surprise tellement tragique1 un rveil si brutal des longs songes de paix et de fraternit sociales1 qu' peine aujourd'hui mme notre pense peut la raliser4 ,on n'en pourrait rire que dans ,sirius1 la condition encore que1 dans ,sirius1 il y et des hommes et qui fussent dpourvus de tout sentiment d'humanit4 ,les auteurs gais se sont tus1 du moins ceux dont l'humour vise au plaisant et demande1 pour tre got1 l'esprit paisible et dtach des dilettantes4 ,ils ne feraient pas leurs frais4 ,mais la caricature1--on a essay de le montrer il y a longtemps#h1--n'est pas ncessairement ni essentiellement l'art du rire4 ,c'est seulement une de ses fonctions que de faire rire1--et ce n'est pas la plus haute4 ,les pages immortelles de la ,danse des ,morts d',holbein1 des ,horreurs de la ,guerre de ,callot1 des ,scnes de l',invasion de ,goya1 les plus belles pages d',hogarth1 de ,gillray1 de ,rowlandson1 de ,daumier1 de ,gavarni1 de ,grandville1 de ,john ,leech1 et plus prs de nous de ,m4 ,forain1 de ,m4 ,willette1 de ,m4 ,steinlen1 de ,m4 ,grandjouan1 n'ont jamais fait rire personne3 elles ont fait penser4 ,plus d'une fois1 elles auraient pu faire prvoir4 ,tiens1 tu m'fais mal avec tes ennemis les ,anglais6444 disait1--il y a quelque vingt ans1--un terrassier de ,m4 ,forain1 en montrant un obus que son camarade venait de dterrer dans un terrain vague1 prs de ,paris4 ,il est peut-tre anglais1 celui-l6444 et il n'tait gure possible de rsumer1 avec plus de bon sens1 la conduite tenir dans les conseils de l',europe4 ,tiens6 la bire1 aussi1 est allemande6 s'criait un reporter de ,caran d',ache1 admis la table de l'tat-major turc1 pendant la premire guerre grco-turque1 en considrant l'trange allure des officiers du calife4 ,et vers la mme poque1 le mme prophte dessinait une double image de ,guillaume ,,ii4 ,dans l'une1 le ,kaiser1 debout devant sa fentre1 montre au public tout le haut de son personnage1 casqu1 cuirass1 la main sur son sabre1 en empereur de la guerre2 mais le reste de son accoutrement dment cet appareil belliqueux3 c'est une robe de chambre1 des pantoufles1 les attributs du commerce et des arts libraux4 ,dans l'autre1 c'est le buste d'un ngociant ou d'un artiste qu'on aperoit par la fentre2 seulement1 le reste du personnage dment ce dcor pacifique3 les hautes bottes1 le sabre1 les engins de la guerre sont l pour avertir celui qui pntre dans l'intimit1 regarde et rflchit4 ,et l'on se demandait3 ,lequel est le vrai8 ,tandis que ,jules ,simon1 revenant de ,berlin1 rpondait sans hsiter3 ,c'est le pacifiste6 et que ,droulde affirmait3 ,c'est le guerrier6 ,caran d',ache laissait ouverte la porte du formidable inconnu4 ,cet exemple du plus gai de nos caricaturistes modernes n'est pas unique4 ,elles fourniraient des volumes1 les lgendes profondes1 suggestives1 amres mme1 de ,gavarni1 de ,daumier et de ,m4 ,forain4 ,si humour voulait dire seulement rire1 crivait ,thackeray1 qui fut1 lui aussi1 un caricaturiste ses heures1 vous ne prendriez gure plus d'intrt l'histoire des crivains humoristes qu' la vie du pauvre ,arlequin1 qui partage avec eux la facult de faire rire4 ,si la vie et l'histoire de ces hommes veillent en vous une curiosit mle de sympathie1 c'est qu'ils s'adressent un grand nombre de facults1 outre le sens du ridicule4 ,l'humoriste cherche veiller et diriger votre amour1 votre compassion1 votre bont1 votre mpris du mensonge1 de la prtention1 de l'imposture1 votre tendresse pour les faibles1 pour les pauvres1 pour les opprims1 les misrables4444 ,thackeray1 qui ne prvoyait pas la guerre actuelle1 explique ainsi pourquoi1 sans rien abdiquer des sentiments de tristesse ou d'indignation qu'elle suscite1 on peut consulter ses caricatures4 ,ce qu'on y trouvera1 ce ne sont sans doute point des faits1 comme dans les photographies ou les dessins des champs de bataille1 mais bien les sentiments des peuples sur ces faits4 ,ce qu'on y saisira1 ce ne sont point des ralits1 mais l'image que les artistes et leur public se font des ralits et aussi des sentiments de leurs amis et de leurs adversaires4 ,ainsi envisage1 la caricature projette une vive lumire sur le grouillement complexe et confus des passions1 des esprances et des craintes1 parses dans la subconscience d'une nation4 ,d'abord1 elle rsume4 ,en tirant de tous les traits qui composent une figure le seul trait qui marque sa dissemblance d'avec l'espce1 le caricaturiste nous dcouvre le caractre propre l'individu et1 par l1 nous rsume le visage4 ,de mme1 en faisant tenir1 dans le cadre troit d'un dessin et le geste de deux ou trois personnages1 tout un vnement contemporain1 ou une thorie sociale1 un systme politique1 il nous le rsume1 le dgage de tout ce qui est accessoire et1 mme en l'exagrant1 nous en fait apparatre1 premire vue1 l'essentiel4 ,c'est l1 surtout quand il s'agit des ides et des sentiments d'un peuple tranger1 lointain1 ou dont nous ne pouvons pas aisment lire les publicistes1 un avantage qu'il ne faut point ddaigner4 ,ensuite1 elle exprime trs vraisemblablement1 de ce peuple1 le sentiment moyen et universel4 ,le trait caricatural est un signe ou un sigle4 ,pour qu'il soit employ1 il faut qu'il soit compris4 ,la lgende mme est trop courte et trop resserre pour voquer clairement ce qui ne serait pas1 dj1 dans l'esprit du lecteur4 ,la preuve en est que beaucoup de lgendes de ,m4 ,forain1 quoique bien modernes1 sont dj inintelligibles pour ceux qui n'ont pas assist aux faits qu'elles rsument ou qui1 y ayant assist1 les ont oublis4 ,quel homme d'tat dsignait chez nous un #g gigantesque1 auquel on le figurait pendu8 ,quel autre1 une ceinture dore ou trente-six btes8 ,que voulait dire ce morceau de lard1 accroch au chapeau d'un prince8 ,autant de signes qui seraient pour beaucoup d'entre nous lettres mortes4 ,aujourd'hui mme1 quelle nation dsigne le ,dindon chez les ,anglais1 quel parti l'lphant chez les ,amricains8 ,lorsque le kangourou bondit dans une image politique1 anglo-saxonne1 quelle ide et quel pays trane-t-il sa suite8 ,le tigre1 ,new ,york1 a une signification compltement inconnue de ce ct de l'eau4 ,c'est tout un langage presque hiroglyphique dchiffrer pour nous et cependant trs clair pour le premier gamin qui passe dans le ,strand ou ,broadway4 ,il y a donc conformit entre la caricature d'un homme ou d'une chose et l'ide que la foule se fait de cet homme ou de cette chose1 du moins lorsque cette caricature circule1 se rpte1 entre dans les habitudes et les moyens d'expression du public4 ,lorsqu'il s'agit d'un simple accessoire signaltique1 cela n'a pas grande importance2 mais s'il s'agit d'un trait moral ou physiologique1 ce peut tre fort rvlateur4 ,du temps de ,gillray1 c'est--dire sous la ,rvolution et l',empire1 la silhouette d'un homme maigre1 efflanqu1 mal ras1 sordidement vtu de loques1 dvorant des grenouilles ou jetant sur un roastbeef anglais des regards d'envie1 dsignait1 sans plus de gloses1 un ,franais4 ,cela ne prouve pas que les ,franais1 cette poque1 fussent hves et mourants de faim2 mais cela prouve que les ,anglais les croyaient tels4 ,il en va tout autrement d'un livre1 un discours1 mme un article de journal qui est un dveloppement d'ides et peut ainsi exprimer une thse tout individuelle1 propre l'auteur1 quitte la dvelopper1 la commenter et la dfendre1 si elle ne rpond pas1 tout de suite1 au sentiment moyen du lecteur4 ,la caricature y rpond1 de toute ncessit4 ,s'en servant en dehors et en dpit de l'assentiment du public1 le dessinateur ferait comme un crivain qui emploierait de nouveaux signes la place des lettres accoutumes3 il ne serait pas compris4 ,puisqu'il l'est dans son pays1 tchons1 nous aussi1 de le comprendre et1 par l1 de comprendre mieux le sentiment populaire dont il est l'expression4 ,mme exagre1 mme fugitive1 elle a son prix1 parce que ce sentiment a sa force4 ,elle change comme il change1 se fixe s'il se fixe1 tourne tous les vents4 ,il y a peu d'annes encore1 ce que la caricature1 en ,allemagne1 raillait le plus1 c'tait le militarisme prussien4 ,c'est le pacifisme qu'elle raille aujourd'hui4 ,c'est donc une girouette4 ,mais il est bon de consulter les girouettes1 parfois--en temps d'orage surtout4 ,ne ddaignons pas ces lgres annonciatrices1 si grotesques parfois que soient leurs formes dcoupes sur le ciel4 ,regardons les orientations qu'elles prennent sur nos toits1 sur les toits de nos amis1 sur les toits de nos adversaires4 ,elles nous indiqueront les grands souffles qui passent1 en ce moment1 sur l',humanit4 ,,chapitre ,i ,,chez ,,les ,,alli,s ,la guerre1 qui a surpris nos politiques1 nos sociologues et nos financiers1 a surpris galement nos caricaturistes4 ,leur ironie n'tait pas prte4 ,elle a1 d'abord1 t touffe par l'indignation3 l'indignation devant la mauvaise foi vidente des prtextes de guerre1 la violation de la parole donne1 les cruauts inoues de la premire heure4 ,et l'indignation1 dans son premier spasme1 n'a pas d'esprit4 ,puis1 l'vnement nous prenait au dpourvu1 non pas d'esprit critique3--c'est une matire qui ne manque gure en ,france1--mais des notions ncessaires pour l'entretenir4 ,nous n'tions pourvus d'armes que contre nous-mmes4 ,des anecdotes dsobligeantes sur nos hommes d'tat1 sur leur pass1 sur leurs familles1 nous en possdions revendre1 et aussi des portraits si peu flatts que leurs moindres dfauts1 physiques ou moraux1 en faisaient de purs grotesques4 ,mais1 de traits contre l',ennemi1 qui1 secrtement1 minutieusement et de longue main1 venait de perptrer les moyens de nous assassiner1 nous n'en possdions pas4 ,a part le ,kaiser1--que la satire1 chez nous1 a respect infiniment plus qu'elle n'a fait nos propres hommes d'tat1--et depuis quelque temps1 le ,kronprinz1 les figures d'outre ,rhin nous taient totalement inconnues4 ,ce fut une rvlation que celles de ,m4 de ,bethmann-,hollweg1 de ,bernhardi1 de von der ,goltz1 de ,tirpitz1 de ,m4 ,helfferich1 du comte ,zeppelin1 d',hindenburg1 de von ,kluck4 ,ainsi1 les actes1--des actes formidables1--prcdrent les visages1 et l',histoire universelle fut faite par des gens dont nous ignorions l'histoire individuelle1 les antcdents1 les murs1 les ridicules1 les manies2--bref1 tout ce qui peut prter l'ironie et la caricature4 ,on entendait le pas du cheval1 mais sans voir le cavalier4 ,dans ces conjonctures1 l'ironie ne sait trop o se prendre4 ,il n'est pas ncessaire de connatre un homme pour lui tirer dessus1 mais c'est indispensable pour le caricaturer1 pour montrer ses dfauts ou seulement ses caractristiques4 ,de l1 sans doute1 le peu de satires mmorables que la guerre inspira1 chez nous1 contre l',ennemi4 ,une autre raison1 tout l'honneur de nos humoristes1 est que beaucoup d'entre eux taient aux armes4 ,la plupart des journaux satiriques ont d cesser brusquement leur publication4 ,le ,franais1 dont c'est le mtier d'tre spirituel1 devint subitement grave et rsolu4 ,les mots1 s'il en fit1 furent entendus seulement de quelques camarades1 bons juges de leur -propos hroque1 et plus d'un les signa de son sang4 ,lorsque1 la guerre se prolongeant1 plusieurs purent reprendre leur crayon et les journaux satiriques leur publication1 il semble que le dsir de se dtendre1 de distraire1 un instant1 les yeux et l'esprit des horreurs du massacre1 de l'ambulance et des mutilations1 l'ait emport sur le got de stigmatiser l'envahisseur4 ,la matire n'tait pas1 non plus1 excellente4 ,la raillerie n'a de prise que sur la faiblesse ou ce qui est faible dans la force1 jamais sur la force mme4 ,l'odieux est un bloc o l'ironie ne peut mordre4 ,ce qui prte1 parfois1 l'erreur sur ce point1 c'est qu'on confond le motif dterminant de l'attaque avec cette attaque mme et ses moyens4 ,il est vrai que souvent des hommes d'esprit ont t dtermins user de leur arme par l'indignation que leur a cause l'excs de la force4 ,mais ils ont senti leur arme s'mousser sur du granit1 et l'on ne saurait citer un bon trait qui ait port4 ,si1 parfois1 ils ont russi pousser leur pointe ironique1 c'est que le granit avait un dfaut1 quelque fissure3 par exemple1 l'hypocrisie1--c'est--dire une faiblesse1 ou l'infatuation1--c'est--dire une autre faiblesse4 ,et comme1 souvent1 en effet1 le crime triomphant a de ces faiblesses1 qu'il se masque d'hypocrisie ou se drape d'infatuation1 il est vulnrable et l'esprit fait son uvre4 ,mais la brutalit triomphante ne l'est point4 ,au vrai1 nos matres de la caricature ont fait des planches excellentes sur la guerre2 mais1 si l'on y prend garde1 les meilleures ne sont pas sur les ,allemands3 elles sont sur nous-mmes4 ,la plus clbre de toutes3 ,pourvu qu'ils tiennent8--,qui a8--,les ,civils1 figure par deux poilus exposs aux balles1 au froid1 la faim1 dans les tranches1 n'est point destine ridiculiser l',ennemi1 mais rconforter ceux qui ne risquent rien1 ceux de l'arrire1 par l'exemple de ceux qui1 sans se plaindre1 risquent tout4 ,et jamais1 aux heures les plus brillantes du ,doux ,pays1 ,m4 ,forain n'a t mieux inspir4 ,au mme ordre d'ides appartiennent une foule de dessins comme celui de ,m4 ,roubille4 ,je vous l'achte1 votre casque6 dit un monsieur quelconque1 orn d'un brassard o on lit ,service-,publicit1 en s'adressant un bless1 dcor de la mdaille militaire4 ,celui-ci a rapport un casque pointe et le montre un groupe de passants dans la rue4 ,il n'est pas vendre1 rpond le poilu1 mais je puis vous donner l'adresse du magasin4 ,et aussi1 cette page excellente de ,m4 ,ricardo ,flors4 ,ce sont encore les poilus de ,m4 ,forain4 ,un an a pass3 ils sont toujours dans la tranche1 au froid1 emmitoufls1 le nouveau casque pos sur leur passe-montagne1 et lisant le journal4 ,ils ne crieraient pas si fort s'ils taient ici6 remarque l'un d'eux en fumant sa pipe4 ,voil de quoi dfrayer bien des mmoires de savantes acadmies1 si1 un jour1 les archologues s'emparent de ce texte obscur4 ,il y aura bien des discussions pour savoir lequel des corps d'arme allemands1 bulgares1 turcs1 avaient coutume1 au ,x,xe sicle de pousser des cris effroyables pour pouvanter l'adversaire4 ,mais nous1 nous savons qu'il ne s'agit pas des ,prussiens4444 ,si les civils1 chez nous1 en ont pris pour leur grade1 les soldats ont t abondamment clbrs par les humoristes4 ,l'heure de la justice a sonn pour eux1 en mme temps que l'heure du sacrifice4 ,et l'loge dcern par un railleur de profession a une saveur que les autres n'ont pas4 ,il semble arrach1 par l'vidence du mrite1 l'esprit critique dfaillant sous l'motion1 mais demeurant l'esprit tout de mme4 ,en ralit1 ceux qui savent le mieux couper sont aussi ceux qui savent le mieux coudre1 qu'il s'agisse de rputations ou de dynasties1 de manteaux de cour ou de lauriers4 ,merci pre ,la ,victoire6 s'crie une cantinire de ,m4 ,willette1 se jetant au cou du gnral ,joffre4 ,c'est que le vieil homme de guerre lui apporte une statuette dore1 au soir d'une journe d'orage4 ,et cette statuette est celle de la ,victoire avec les ailes1 et elle semble tre sortie des volutes de fume d'un #ge et la cantinire a le bonnet de la ,rpublique1 et l'arc-en-ciel est aux couleurs de la ,france4444 ,le symboliste mu qu'a toujours t ,m4 ,willette1 du temps o il conduisait la farandole de ses ,pierrots1 sous les moulins et la lune de ,montmartre1 a trouv encore une trs belle image pour figurer ce que la ,france doit son arme4 ,cela parut en #aiad et cela s'appelait ,les ,semailles4 ,dans un vaste champ d'automne1 un paysan demi-soldat pousse la charrue1 tandis que la femme1 tenant un poupon1 d'un bras1 guide de l'autre les bufs lourds1 attentifs suivre la gaule4 ,du haut du ciel1 un aigle immense1 aux ailes carteles1 va fondre sur l'attelage1 et son ombre dchiquete blasonne dj la morne plaine4 ,c'est une aigle hraldique3 sa tte est coiffe de la couronne impriale1 elle tient dans une de ses serres non pas un globe1 mais une bombe2 dans l'autre1 non pas un sceptre1 mais un poignard4 ,mais elle ne fera pas de mal4 ,un guerrier antique1 coiff du bonnet phrygien1 un gant couvert de son bouclier1 le glaive en main1 veille seul sur l'humble attelage4444 ,et le sillon commenc s'achve4 ,toutefois1 nos humoristes ne se sont pas occups que de nous-mmes4 ,ils se sont aussi1 un peu1 occups de l'ennemi4 ,ils ont vite dcouvert son point faible4 ,le point faible du ,teuton1 c'est sa prtention l'humanit1 la propret morale1 la culture4 ,s'il ne l'avait pas1 la raillerie1 ne saurait o le mordre1 mais il l'a1 et trs forte4 ,aussi1 tout ce qui marquera le dsaccord norme entre cette prtention et ses actes portera4 ,c'est la vertu de cet admirable dessin de ,m4 ,forain1 digne d'tre retenu par l'histoire1 grav sur l',arc d',infamie par o passeront1 ternellement1 les ombres des assassins de ,miss ,cavell4 ,une voiture d'ambulance est embourbe sur le champ de bataille1 par une journe grise d'hiver et le conducteur s'efforce de la redresser4 ,le vent fait flotter sa ,croix-,rouge sur fond blanc1 au-dessus de la plaine nue et morne4 ,cache donc ton drapeau6 ,tu vas te faire tuer6 crie une sentinelle1 qui connat les murs de l'ennemi4 ,raillerie des prtentions allemandes la civilisation1 raillerie aussi1 peut-tre de la navet de l'ambulancier1 qui croit encore aux conventions de ,genve1 le mot de ,m4 ,forain vise deux faiblesses1 et1 par l1 il porte4 ,une autre faiblesse de l',allemand1 ce fut sa prtention une victoire foudroyante et la rapide conqute de ,paris4 ,s'il ne l'avait pas eue1 ses succs dans le premier mois de la guerre eussent t suffisants pour que la raillerie ne st o se prendre4 ,mais son infatuation fut plus grande que ses succs4 ,on se souvient du dner que l',empereur devait offrir ses intimes1 dans un restaurant clbre1 d'avance choisi1 ,paris4 ,la ,vie ,parisienne s'en est souvenue1 elle aussi4 ,elle a reprsent une luxueuse salle manger vide3 la table mise1 la nappe au chiffre imprial1 les serviettes en bonnets d'vque1 le surtout en biscuit de ,svres1 les bouteilles de champagne et les coupes1 tout annonce qu'on attend d'illustres htes4 ,mais ils ne viennent point444 et1 leur place1 des rats grignotent le linge et des araignes tendent leurs fils entre les chaises et le surtout4--,sire1 votre potage refroidit444 ,jamais plus petit signe ne rsuma plus grandes choses4 ,enfin1 c'est une infatuation que de s'imaginer terroriser ,paris avec des ,taubes et des ,zeppelins4 ,m4 ,guillaume l'a bien fait voir dans le ,bystander4 ,c'est une dlicieuse scne de genre1 surprise dans quelque jardin de ,paris1 au ,luxembourg1 par exemple1 l'heure de la promenade4 ,tout le monde a le nez en l'air pour regarder ce qui se passe dans le ciel4 ,une joie sans mlange rgne autour de ces nez levs par la curiosit3 nez de l'tudiant de trentime anne1 nez de l'lgante face--main et de son compagnon assis1 jambes pendantes1 sur la balustrade1 nez du monsieur aux jumelles1 nez du petit garon arc-bout sur son cerceau1 nez du petit chien intrigu de ce qui se passe4 ,c'est une scne de paix profonde1 une des rares minutes o l'humanit oublie toutes ses misres pour s'attacher une vision enchanteresse4 ,c'est1 dit ,m4 ,albert ,guillaume1 l',heure du ,taube4 ,le ,punch a trait peu prs le mme problme psychologique1 et la solution qu'il lui donne est une nuance du caractre anglais4 ,le ,zeppelin a pass2 il a jet une bombe sur le village et1 entre autres dsastres1 a mis en miettes la maison de l'picier4 ,mais l'picier1 un vieil homme lunettes1 n'est pas mort4 ,il prend donc un crayon et sur le dernier pan de mur branlant1 il crit avec application3 ,la maison est ouverte1 comme d'habitude1 l'aprs-midi4444 ,c'est que les ,anglais et les ,franais1 si diffrents en tout et en bien des choses si contradictoires1 se ressemblent en un point3 le mpris de la force brutale1 le ddain du fait accompli--ds lors que ce fait blesse leur conscience4 ,nul peuple au monde n'est moins fataliste que ces deux peuples1 moins dispos s'incliner devant la conjuration des forces humaines ou la conjonction des astres4 ,nul n'a mieux entendu le ,tu1 ne cede malis444 du pote latin4 ,le ,franais1 auquel on montre une masse prte l'craser1 s'en moque4 ,l',anglais ne l'aperoit mme pas4 ,l'esprit1 seul1 qui anime cette masse les intresse tous les deux1 mais ils l'voquent au tribunal de leur conscience individuelle et si cet esprit leur parat injuste ou faux1 ils le mprisent1 sans plus4 ,qui aurait cru1 old chap1 que la ,marseillaise irait si bien avec le ,god save the king8 dit un grand diable de piper des ,scots guards1 orn du kilt et du bret national1 en arpentant une route de ,france1 pipe la bouche1 les rubans de son bret flottant au vent4444 ,t'pate pas1 mon vieux1--rpond le tambour ,bara1 qui file ses cts1 sabots aux pieds et pipe la bouche1 en allongeant ses petites jambes pour rejoindre l'norme compas de l',english1--,t'pate pas1 tu en verras bien d'autres6 ,on dirait1 voir ce dessin de ,m4 ,louis ,vallet1 qu'on aperoit l'humoriste franais et l'humoriste anglais1 si diffrents qu'ils soient l'un de l'autre1 cheminant du mme pas4 ,mais la caricature anglaise a quelque chose de plus tragique4 ,o que ce soit1 dans le vieux ,punch ou chez ses deux filleuls3 le ,punch de ,melbourne et le ,hindi ,punch de ,bombay1 dans la ,westminster ,gazette ou le ,bystander1 ou mme le ,cape ,times ou le ,bulletin de ,sydney1 sur les plages les plus lointaines et aux latitudes les plus diverses1 partout o un homme de race anglo-saxonne prend la plume pour tracer un symbole de la ,germanie et de la guerre1 on se sent au pays de ,william ,blake et de ,shakspeare4 ,c'est un jet de lumire sur un charnier2 il claire1 il frappe1 il ne scintille pas et ne joue pas4 ,ce qui a choqu le plus l'humoriste anglais1 dans toute cette affaire1 c'est la faillite de la civilisation1 la rgression de tout un peuple vers les sauvageries et les perfidies animales4 ,la guerre lui fait horreur1 mais moins la guerre que la faon dont on la fait4 ,on ne se sent pas en prsence d'un pacifiste convaincu1 mais d'un loyaliste4 ,le ,franais caricature le manque d'lgance1 le ,hollandais le manque d'humanit1 l',anglais1 surtout le manque de bonne foi4 ,le business man1 en lui1 ne comprendra jamais qu'un souverain ait pu protester sa signature au bas d'un trait1 et le sportif qu'un gnral ait viol1 pour y gagner1 les rgles du jeu de la guerre4 ,si l'homme a fait quelques progrs1 depuis l'ge de pierre1 c'est qu'il s'est entran tenir sa parole et lutter1 lorsque la lutte est invitable1 avec le moins de cruaut possible4 ,s'il l'oublie1 il retourne instantanment la condition de l'anthropopithque4 ,les progrs dont il se sert n'y font rien4 ,il ne sera pas moins un gorille parce qu'il connatra les proprits de la nitroglycrine ou de la balistite1 qu'aux jours lointains o il se saisissait d'un quartier de roche et emmanchait quelque branche d'arbre un silex convenablement clat4 ,la science1 avec ses engins nouveaux de destruction1 ne fera que surexciter ses instincts de gorille en leur donnant toute libert de s'panouir4 ,c'est ce qu'a trs fortement exprim ,will ,dyson dans plusieurs de ses ,kultur ,cartoons4 ,il a imagin un vieux savant1 en pantoufles1 un ,ostwald ou un ,guttman1 malingre1 souffreteux1 tout en cerveau1 flottant dans sa redingote et son chle1 qui confre avec un anthropopithque4 ,celui-ci a le front fuyant et les bras formidables4 ,et1 la lumire du laboratoire1 le cerveau du ,x,xe sicle montre la brute des temps o les sicles n'taient pas encore commencs1 une fine prouvette pleine d'une substance mystrieuse et lui dit3 ,ensemble1 mon cher habitant des ,cavernes1 nous serions irrsistibles6 ,il semble que la brute ait compris1 car elle laisse tomber la hache de silex qui lui servait jusque-l et passe son bras sous le bras du professeur4444 ,plus loin1 nous voyons un chimpanz1 pendu par une patte un ,taube que dirige un autre singe et prt laisser tomber les bombes accroches ses trois autres pattes1 sur une capitale moderne1 ses glises et ses muses4 ,et les deux singes sont coiffs du casque pointe1 et c'est intitul3 ,merveilles de la ,science4444 ,que celle-ci ait fait faillite1 ou non1 dans sa prtention d'amliorer1 elle seule1 l'humanit1 c'est ce qui n'est pas en question ici4 ,mais il semble bien que ,will ,dyson ait trouv1 l1 le symbole qui rsume le monstrueux accouplement que nous offre l',allemagne3 la science la plus avance unie la plus ancienne barbarie4 ,cette barbarie est un des thmes les plus ordinaires du caricaturiste anglais4 ,il estime qu'il suffit de la montrer pour provoquer1 dans le corps social1 la raction ncessaire4 ,le ,punch1 de ,melbourne1 emprunte ,frmiet sa saisissante vision d'un gorille de l'ge prhistorique enlevant une femme1 et sur le bras du gorille1 il crit3 ,allemagne et sur les bras de la femme1 il crit3 ,civilisation4 ,edmund ,sullivan1 dans son album ,la ,guirlande du ,kaiser1 montre un soldat allemand embrochant un enfant au bout de sa baonnette et le ,kaiser lui-mme1 donnant le bras sa fiance la ,mort1 qui est en voile de marie4 ,des cynocphales leur jettent des roses et cela s'appelle ,mariage de convenance4 ,des femmes et des enfants viennent d'tre massacrs3 c'est l',armnie2 l',allemand et le ,turc tiennent encore le couteau sanglant la main4 ,un troisime bandit s'approche3 il porte les traits de ,ferdinand de ,cobourg3 ,lorsque je suis venu en ,bulgarie1 je me rsolus1 s'il y avait des assassinats1 tre du ct des assassins1 dit-il1 dans le ,punch4 ,pareillement1 ,david ,wilson1 qui a fait toute une suite sur ce sujet1 dans le ,graphic1 montre un ,prussien1 le fantme du ,brouillard et la ,mort1 qui vont de compagnie4 ,le ,prussien quitte le continent et enfonce une de ses grosses bottes dans l'eau3 il part pour quelque expdition4 ,le ,brouillard le prcde1 le couvrant de ses voiles1 la ,mort le suit1 en lui passant discrtement sa faucille4 ,il tient la main une bombe pour les villes sans dfense3 c'est le raid sur la cte anglaise qui commence4 ,au loin1 sur les plaines qu'il vient de quitter1 disparat la cathdrale de ,reims4 ,et c'est intitul3 la ,relle ,triple-,alliance4 ,la mme horreur de la barbarie inspire les ,allis dans l'autre hmisphre4 ,dans le ,bulletin1 de ,sydney1 on voit le ,kaiser trnant sur un amas de crnes desschs1 comme ceux que ,veretschaguine peignait jadis1 aprs la campagne de ,plevna1 pour inspirer l'horreur de la guerre4 ,derrire son trne1 un squelette gant1 arm du fusil et de la bonbonne aux gaz axphyxiants1 le protge de son corps hideux4 ,devant lui1 l'pidmie1 dcharne1 couverte de pustules1 suivie de figures mille et mille fois grossies des bacilles et des microbes1 s'incline respectueusement4 ,et la ,maladie dit l',empereur3 ,salut1 matre6 ,j'en ai tu des dizaines1 mais vous en avez tu des milliers6 ,enfin1 le ,punch1 de ,melbourne1 montre une longue thorie de femmes en deuil1 pleurant et priant1 que leurs enfants1 pendus leurs voiles noirs1 tchent de consoler1 et il intitule cela3 ,veuves et orphelins ,made in ,germany4 ,mais si l'horreur presque physique des cruauts germaniques a inspir les symboles anglo-saxons1 on sent que le coup brutal1 tout seul1 n'et pas soulev la conscience britannique1 comme la dloyaut du prtexte1 d'abord1 et ensuite l'hypocrisie du but3 c'est--dire le pch contre l',esprit4 ,l'assassinat de miss ,cavell a moins bless l'me anglaise que le mot ce chiffon de papier4 ,des villes entires brles lui ont paru un spectacle moins monstrueux que le ,gott mit uns4 ,edmund ,sullivan figure continuellement le ,kaiser agitant le papier o la signature de l',allemagne garantit la neutralit de la ,belgique et y mettant le feu3 le papier flambe et met le feu1 son tour1 une corbeille de papiers pleins d'autres traits qui incendient la mappemonde entire1--et le ,kaiser et le kronprinz s'en vont1 d'un pied lger1 en fumant leur pipe allume l'incendie universel1 ou bien encore l',homme au casque pointu patauge dans le sang de la ,belgique1 en agitant toujours le trait en flammes1 comme une torche4444 ,david ,wilson le montre en ,empereur de la ,paix1 des ailes blanches attaches ses paules1 des lis blancs sortant de son fusil3 seulement la colombe qu'il tient au bout du doigt1 comme le fauconnier son gerfaut1 prend insensiblement des airs de ,taube1 et de son bec dgoutte du sang1--tandis qu' l'horizon les villes brlent sous le ciel noir4 ,le mme artiste voque1 auprs du ,kaiser1 habill en amiral1 l'ombre de son modle3 l'cumeur de mer du temps de la reine ,elisabeth4 ,et ce bandit1 qui porte encore le serre-tte tachet1 les larges boucles d'oreilles1 le pistolet du partisan1 se croise les bras avec indignation1--car1 au loin1 une colonne d'eau fuse sous le chapelet de lumires qui annonce un paquebot dans la nuit3 une torpille vient d'clater1--et il dit3 ,on l'appelle un pirate6 ,on oublie que les pirates1 eux-mmes1 jouaient selon les rgles du jeu6 ,et cela1 pas d'excuse6 ,le jeu a des rgles1 la civilisation a des lois3 il se peut qu'elles soient conventionnelles1 mais sans elles il n'y a pas de match1 pas de cricket possible1 ni de vie en commun dans l'humanit4 ,laissez-moi vous expliquer444 dit le ,germain au moine qui crit l'histoire de la ,belgique sur le grand livre des sicles1 en vue des villes dtruites et des populations massacres4--,je n'cris pas les explications1 mais les faits1 rpond l',histoire4 ,les explications seraient1 d'ailleurs1 pitoyables4 ,car si l'on peut violer une convention1 sous prtexte que les circonstances ont chang depuis qu'on l'a signe1 quel est non pas seulement le trait1 mais le contrat1 l'acte de vente1 la promesse la plus banale ou la plus sacre qu'on ne puisse1 du matin au soir1 rpudier plaisir8 ,et si c'est une guerre prventive1 que celle qu'on dchane contre le monde entier1 quand le monde entier incline au dsarmement1 est-il possible d'imaginer une seule agression que ce sophisme ne justifie8 ,can a tu ,abel1 prventivement3 qui sait si ,abel n'aurait pu inventer quelque arme perfectionne1 un nouveau silex clat1 qui lui aurait procur quelque avantage8 ,le loup a tu l'agneau prventivement3 l'agneau1 sous couleur de se dsaltrer1 avait repr la place du loup1 prs de l'onde pure1 et allait1 peut-tre bien1 prvenir les chiens du troupeau4444 ,il faut se mfier d'un agneau qui se dsaltre4444 ,enfin1 si l'on appelle philanthropie et humanit le massacre d'une population entire pour abrger la guerre et limiter ses horreurs1 qu'est-ce qu'on appellera1 dans la langue de ,bernhardi1 barbarie et cruaut8 ,mieux vaut1 pour l'honneur de la raison humaine1 avouer qu'on a frapp parce qu'on tait le plus fort et qu'on a viol les rgles du jeu parce qu'on a pens que nul ne serait l pour les faire respecter4 ,ainsi1 on n'ajoutera pas un crime contre l',esprit au crime contre l'humanit4 ,car le crime contre l',esprit ne sera jamais pardonn4 ,c'est ce que signifie une belle planche de ,will ,dyson1 dans ses ,kultur ,cartoons1 intitul3 ,la ,voix du ,ciel4 ,sous un haut portique de ,ninive ou de ,thbes1 un ,kaiser1 casqu1 se courbe1 se cache1 se sauve bloui3 c'est qu' travers le portique apparat un soleil sanglant4 ,et ce soleil grandit1 s'approche1 clate1 entour de millions d'anges1 les anges peine perceptibles1 dans la lumire qu'on voit au ,paradis de ,gustave ,dor3--et de toutes ces splendeurs1 une voix1 la voix du ,ciel1 rpond au paradoxe de l'avorton chtif3 ,notre loi ne connat pas de ncessit4 ,l'invoquer1 au mme moment qu'on transgresse sa loi1 est un pharisasme intolrable4 ,ce sentiment1 que nous verrons admirablement exprim chez les ,neutres1 notamment par ,raemaekers1 anime constamment l'artiste anglais ou australien4 ,le ,bulletin1 de ,sydney1 montre la horde allemande passant devant un crucifix1 pitinant des cadavres de femmes1 portant des corps d'enfants embrochs leurs baonnettes1 brandissant des bouteilles de champagne1 jetant devant eux des gaz empoisonns3 ,en avant1 soldats chrtiens6 dit la lgende4 ,et1 une autre fois1 c'est le ,christ qui parat1 au milieu d'eux1 portant sa croix1 sous les doubles tendards de l'aigle allemande et du croissant1 conduit pour la seconde fois au ,calvaire4 ,jrusalem1 ,samarie et le mont des ,oliviers sont transforms en champs d'exercice pour les soldats turcs sous la direction des ,allemands et1 au ,golgotha1 des cibles ont t dresses pour apprendre aux ,turcs tirer sur les chrtiens4 ,c'est pourtant dans une glise que ,david ,wilson reprsente toutes les fortes ttes de la ,germanie1 runies1 en foule compacte1 chantant pieusement et comme une chose agrable ,dieu l',hymne de haine1 le ,gott strafe ,england1 qui a remplac pour les thologiens de l-bas1 les ,deissmann et les ,dryander1 le ,pax in terris des ,anges de ,bethlem4 ,enfin1 une image du ,cape ,times rsume le crime1 tous les crimes1 dans une vision saisissante1--saisissante1 au moins1 pour les peuples anglo-saxons1 qui la ,chanson du vieux marin1 de ,coleridge1 est familire4 ,le pont d'un navire1 sous le ciel noir2 un albatros y gt1 transperc d'une flche2 un marin1 arm d'une arbalte1 le regarde1 pouvant de ce qu'il a fait444 ,et il a fait une chose infernale4 ,et cela leur portera malheur6 ,et l'albatros est la ,paix de l',europe1 et sa flche est la ,guerre1 et le marin est ,guillaume ,,ii4 ,d'o viendra le chtiment8--,du ,peuple1 rpond ,bernard ,partridge1 dans le ,punch4 ,c'est la vieille ide anglaise1 qui est aussi bien franaise que latine3 en appeler du chef coupable au ,peuple qui1 ncessairement1 est abus et trahi4 ,si le ,peuple savait6 dit-on aujourd'hui1 dans les pays dmocratiques1 comme on disait jadis3 ,si le ,roi savait6 car l'on ne doute pas que1 sachant1 il ne punisse les coupables4 ,l'humanit n'a fait que changer de rve4 ,le ,kaiser est dans son cabinet1 pench sur ses cartes de guerre2 il a entendu un lger bruit1 il s'est redress et regarde3 une sombre figure de femme est l1 derrire le rideau1 en haillons1 coiffe du bonnet phrygien2 elle tient une torche1 la main basse1 et sur la fume de cette torche1 on lit ,rvolution4 ,ou bien le ,kaiser1 toujours assis devant ses atlas1 levait son verre pour boire3 ,au jour444 mais avant qu'il ait pu achever son toast1 une main1 la main d'un spectre horrible1 l'a saisi au poignet1 et1 lui montrant un gibet prt1 avec le bout de la corde qui s'y balance1 le spectre termine ainsi le vu3 444du ,jugement6 ,mme sort attend ,ferdinand de ,cobourg1 toujours d'aprs le ,punch4 ,il s'avance1 pas prudents1 le long d'une ruelle1 le couteau la main1 pour entrer dans la rue de la ,serbie et y faire son coup1 mais il est inquiet1 car dans l'ombre d'une vote1 sur ses traces1 se glisse un homme arm d'un couteau semblable1 et sur le manteau de cet homme qu'il ne voit pas1 nous lisons ce mot3 ,rvolution4 ,en attendant1 la voix des ,peuples le condamne1 sur tout le globe1 et le ,bulletin1 de ,sydney1 montre le ,teuton1 revenu l'ge de bronze1 nu1 muscl1 hagard1 qui fuit1 sa lance homicide la main1 lapid par une foule furieuse3 c'est une vision comme celles que nous donnait jadis ,m4 ,cormon4 ,voil l',ismal des ,nations1 dit le journal australien1 et il ajoute3 ,et ce sera un homme sauvage et il sera l'ennemi de tout homme et tout homme sera son ennemi4 ,tel est le caractre gnral de la caricature anglaise4 ,mais elle ne se tient pas toujours cette hauteur biblique4 ,elle ne s'indigne pas toujours contre la force2 elle raille aussi la faiblesse3 faiblesse militaire1 faiblesse diplomatique4 ,que les lgions du ,kaiser n'aient pas pu triompher de la misrable petite arme du gnral ,french et que cette arme soit devenue la grande arme de ,kitchener1 c'est un chec allemand commmorer4 ,et l'on a vu l',empereur et son fils observant1 la lorgnette1 le lion britannique1 qui leur parat gros comme un rat1--mais ils avaient regard par le mauvais bout de la lorgnette et le lion bondit sur eux1 formidable4 ,ils avaient cru pouvoir aller ,calais3 ils n'y sont jamais parvenus4 ,et l'on voit dans le ,punch1 le ,kaiser en grand costume de gnral et gants blancs qui chante au milieu de son tat-major1 un vieux refrain de music-hall1 qu'il a ainsi rajeuni3 ,y a-t-il quelqu'un qui aurait vu ,calais8 ,et tous les autres gnraux1 appuys sur leurs sabres1 l'air dolent et dsespr1 reprennent en chur3 ,y a-t-il quelqu'un qui aurait vu ,calais8 ,l',imprial ,comique 7c'est le nom irrvrencieux que le ,punch lui donne7 se ddommage avec l'empereur ,franois-,joseph4 ,comme nos armes font de bonne besogne6 lui dit le vieillard1 un peu titubant1 et l'autre1 redressant les pointes de ses moustaches3 ,en effet6 ,a propos1 j'apprends que vous tes en guerre avec l',italie4 ,avez-vous des nouvelles de ce front8 ,de plus1 le parti qu'a pris jusqu'ici la flotte allemande de ne point affronter la haute mer rjouit trop l',angleterre pour que1 dans le ,tattler1 le caricaturiste n'ait pas trouv son symbole3 c'est un bouledogue provocant d'une part1 et1 de l'autre1 un chien enfonc dans sa niche et qui n'ose sortir4 ,et le chien la niche est l',allemagne1 et le bouledogue est l',angleterre4 ,enfin1 le sort des colonies allemandes est admirablement rsum dans ce dessin du ,passing ,show3 nous sommes dans le bureau du ministre des ,colonies1 ,berlin2 la porte est ferme1 le silence profond4 ,dans un fauteuil1 dort paisiblement1 la casquette enfonce jusqu'aux oreilles1 les mains jointes sur son ventre1 un fonctionnaire sans fonction4 ,sur le mur1 en effet1 le planisphre1 o l'araigne a suspendu son fil1 porte de nombreuses tiquettes colles sur les colonies allemandes1 et portant ce mot3 perdu4 ,il y a perdu sur ,kiao-,tchou1 perdu sur le ,togo1 perdu sur la ,nouvelle-,guine et les les de la mer du ,sud1 perdu sur le ,cameroun1 perdu sur le ,sud-,ouest africain1 en train de se perdre sur l',est-,africain4444 ,partout1 les araignes tissent leur toile1 les rats rongent le tapis et font cent tours1 la tapisserie se dcolle et pend lamentablement4 ,le fonctionnaire ne se rveille pas pour si peu3 c'est le sommeil heureux du bureaucrate1 dont le droit au repos est dsormais hors de conteste4 ,les checs diplomatiques de l',allemagne n'ont pas moins excit la verve des ,anglais que ses checs militaires4 ,deux dessins du ,punch1 surtout1 sont admirables et mritent d'tre retenus4 ,le premier a trait aux ngociations avec l',italie1 avant l'entre de celle-ci dans l',entente4 ,un bersaglier1 qui accuse une vague ressemblance avec le roi ,victor-,emmanuel1 coute distraitement et d'un air fort dtach les propos que lui tient le ,kaiser1 en le tirant par la manche4 ,tout bas1 pour ne pas tre entendu par un oiseau couronn qu'on voit au loin sur son perchoir et l'il fix sur les plumages du bersaglier1 le tentateur lui dit3 ,n'auriez-vous pas besoin encore de quelques plumes8 ,je connais un aigle deux ttes4444 ,si ,bismarck tait encore l1 tout cela ne serait pas arriv6 se disent bien des gens en prsence de ces erreurs4 ,c'est le sujet du second dessin du ,punch3 le ,navire hant4 ,pour le comprendre1 il faut se souvenir d'un autre dessin paru dans le mme journal1 vingt-cinq ans auparavant4 ,c'tait aprs le renvoi du chancelier de fer par le jeune ,empereur4 ,le monde entier tait surpris de ce qu'il considrait comme un acte d'ingratitude et d'imprudence4 ,alors1 dans le ,punch du #bi mars #ahij1 on vit ceci3 un marin de haute stature1 triste1 vieux1 mais vigoureux encore1 descend1 lentement1 l'chelle d'un navire de haut bord1 la main gauche ttant encore la paroi du vaisseau qu'il a longtemps guid1 et ce marin a les traits de ,bismarck4 ,pench au haut du bastingage1 un jeune souverain le regarde partir4 ,l'impression produite fut immense4 ,le ,punch s'en est souvenu et1 dans un de ses rcents numros1 il a figur le mme navire et1 sur le mme bastingage1 le mme souverain1 couronne en tte1 mais combien vieilli1 lui aussi1 et les yeux agrandis par la terreur4 ,que voit-il donc8 ,prs de l'chelle que descendait ,bismarck il y a vingt-cinq ans1 un canot vient d'accoster1 une ombre paisse et lourde en est sortie et a gravi lentement les premires marches1 et ce fantme1 qui a une casquette et de grosses bottes1 ressemble trangement au vieux pilote autrefois congdi1 dans la prsomptueuse insolence des jours de la jeunesse1 et il murmure3 ,cela m'tonnerait1 s'il me chassait maintenant6444 ,les ombres des morts reviennent parfois dans les caricatures1 pour raisonner sur ce que font1 aprs eux1 les vivants4 ,que diraient-ils s'ils voyaient ce que nous voyons8 s'ils savaient o conduisait la route qu'ils ont faite avec nous8 ,lequel d'entre eux serait sans surprise8 ,lequel1 sans reproche8 ,la ,westminster ,gazette a voqu les ombres de lord ,salisbury et de ,gladstone1 ces deux adversaires d'antan1 mis dans le pays o il n'y a plus d'adversaires1 ni de temps1 et l'ombre de ,salisbury demande celle de ,gladstone3 ,a quoi pensez-vous8--,a la ,bulgarie6 rpond ,gladstone1 et vous8--,a ,hligoland6 ,c'est un des rares exemples o les ,anglais se caricaturent eux-mmes4 ,un autre1 emprunt au ,bulletin1 de ,sydney1 est galement saisissant4 ,l'artiste a voulu stigmatiser l'attitude de ceux qui refusent le service obligatoire4 ,il a reprsent une galre antique o rament de jeunes et robustes ,anglais enchans4 ,un ,teuton sauvage1 aux longues tresses1 leur laboure les paules de coups de fouet et1 sous le dessin1 on lit ces mots3 ,la fin des indolents4 ,ils ont prfr l'esclavage la conscription4 ,indignation contre le crime1 raillerie des checs de l'ennemi et de ses propres faiblesses1 cela ne suffit pas au ,punch1 qui se souvient encore1 au milieu des horreurs de la guerre1 qu'il doit ses lecteurs de les faire rire1 ou au moins sourire1 et qu'il s'appelle le ,charivari de ,londres4 ,il a eu1 pour son premier numro de #aiaf1 une ide fort ingnieuse4 ,il a imagin qu'il tait soumis la censure impriale allemande et qu'ainsi texte et dessins devaient tre modifis selon l'humour germanique4 ,la couverture mme1 fameuse depuis les temps de ,lemon1 a subi quelques amliorations4 ,le ,polichinelle bossu et ventru qui se grattait le nez a t remplac par le ,kaiser qui redresse ses moustaches2 le roquet anglais1 par un basset allemand qui fait le beau2 le lion britannique1 qui souriait sur le chevalet de ,master ,punch1 tourne le dos et fuit honteusement devant son nouveau peintre2 la ,bacchanale qui errait sur le soubassement ne montre plus le triomphe de ,bacchus-,punch1 mais du ,kronprinz2 le tambourin o frappe un petit gnie rend le son3 ,calais6 et l'ophiclide o souffle un gnie ail3 ,gott strafe ,england6 cependant que des cornes d'abondance1 devenues de gigantesques saucisses1 sortent des lgions de petits boches perdument amuss par ce triomphe de l'esprit germanique4 ,il a imagin1 ensuite1 ce qui arriverait ,si le ,kaiser devenait le directeur du ,punch1 et notamment ce que serait le dner des rdacteurs du journal4 ,la scne est truculente et digne d',hogarth4 ,c'est vraiment une belle fin de repas de corps4 ,les convives se tiennent assez bien3 un seul a mis sa botte sur la table1 mais tout le monde1 comme il convient1 parle la fois3 ,regardez6 des ballons6 dit le comte ,zeppelin en montrant des cercles de fume qu'il tire de sa pipe4 ,je suis un sous-marin3 voyez mon priscope6 dit l'amiral de ,tirpitz1 en sortant de dessous la table et en montrant un bock pos sur son crne dnud4 ,il rit2 mais cela ne fait pas rire ,m4 de ,bethmann-,hollweg1 qui a le vin triste et lui crie3 ,cessez1 ,tirpitz1 ce n'est pas drle4 ,dans un coin1 le roi ,ferdinand de ,bulgarie tche de rveiller le ,sultan1 endormi1 par ses joyeux propos3 ,courage1 ,mahomet1 nous deux1 nous lancerons un ,punch balkanique6 ,le prince ,henri de ,prusse chante tue-tte et l',empereur1 debout1 les bras croiss1 furieux1 clame3 ,l'humour allemand au-dessus de tout6--ce que1 d'ailleurs1 nul n'coute1 sauf le ,dr ,sven ,hedin qui applaudit et s'crie3 ,oh6 ,guillaume1 vous tes un homme tonnant4 ,vous auriez d tre lama6 ,en vrit1 quand on songe tous les rles qu'il joua1 jadis1 avant de dbuter dans la tragdie1 cela semble presque une satire des temps de paix4 ,chez les autres pays allis1 la caricature a t moins active4 ,pourtant1 la ,mucha1 de ,varsovie1 le ,numero1 le ,pasquino et l',asino1 en ,italie1 donnent frquemment des images dignes d'tre retenues4 ,telle1 cette satire parue dans la ,mucha1 en #aiad1 lorsque les ,allemands voulant dborder notre aile gauche1 montrent1 montrent indfiniment vers le ,nord4 ,nous sommes en ,amrique1 devant les chutes du ,niagara4 ,l'oncle ,sam1 gigantesque1 avec sa queue de pie et ses gros souliers traditionnels1 se penche1 fort intrigu1 sur une arme de myrmidons qui traverse le fleuve4 ,il reconnat1 soudain1 le casque pointe1 et s'crie3 ,qu'est-ce que c'est que tout a8 ,l'arme allemande8 ,d'o sortez-vous8 ,camp sur son cheval1 le gnral de ,dummerjahn lui rpond3 ,depuis trois semaines1 nous faisons un mouvement enveloppant sur l'aile gauche des ,allis et cela nous a conduits ici4 ,maintenant1 les ,allis ne nous chapperont srement pas4 ,l'expdition d'gypte inspire la mme ,mucha une satire semblable4 ,tous les sphinx se mettent rire1 de toutes les fentes et les crevasses de leurs pierres millnaires et les ,arabes s'crient3 ,o ,allah6 qu'est-ce qui est arriv8--,c'est1 rpond le ,sphinx1 que les ,allemands veulent conqurir l',egypte travers le dsert de ,libye4 ,il y a de quoi faire rire mme les pierres6 ,de mme1 la campagne de ,russie lui parat un accs de folie4 ,elle reprsente un ,napolon regardant la loupe un tout petit ,guillaume ,,ii1 lilliputien1 qu'il a pris dans le creux de sa main3 ,et ce pygme a le toupet de prtendre me remplacer6 dit l',empereur1 la seule ressemblance sera que son ,waterloo arrivera juste un sicle aprs le mien4 ,l'ironie de l'artiste slave est parfois plus amre4 ,dans un de ses derniers dessins1 il montre le ,kronprinz1 en dshabill1 arm d'une loupe1 lui aussi1 afin de mieux examiner les objets d'art et les pendules dont il fait l'inventaire4 ,pourtant1 c'est le jour o l'on clbre l'anniversaire des ,hohenzollern4 ,n'tes-vous pas encore prt8 ,les invits sont tous arrivs1 lui dit son pre1 en grande tenue1 indign4--,laissez-moi seul1 rpond le jeune homme4 ,au lieu de me rjouir au cinquime anniversaire des voleurs de notre famille1 je prfre jouir de la collection que j'ai moi-mme runie1 en une seule anne1 par ma propre industrie4 ,ou bien encore1 on voit ,mars1 dieu de la guerre1 devenu un gnral allemand qui dit la ,mort1 un peu lasse de faucher sans cesse3 ,dis donc1 tas d'os1 ne fais pas attention ce que j'ai dit de mon intrt pour les ,polonais4 ,coupe-les1 fauche-les1 sans piti4 ,je ne me soucie pas qu'il reste des gens vivants sur le sol1 mais dans ce sol1 je dois prparer un terrain libre pour les immigrants qui arriveront du pays natal4 ,en ,italie1 la caricature1 d'abord neutre puis allie1 est beaucoup moins amre4 ,elle est aussi moins saisissante du point de vue graphique4 ,la lgende y est toujours trs suprieure au dessin4 ,le peuple le plus fin du monde n'est jamais court d'esprit1 mais son art1 toujours orient vers le ,beau1 n'a jamais condescendu s'appliquer aux menues besognes de la catagraphie4 ,c'tait vrai dj du temps de ,lonard1 dont les caricatures sont de simples charges et n'ont rien de psychologique4 ,les peuples et les poques d'art idaliste ne connaissent point la caricature fine et nuance3 elle n'apparat que chez les peuples et aux poques d'art raliste4 ,toutefois1 l'ide satirique suffit pour rendre son signe prcieux4 ,telle est celle des deux rats figurs par le ,pasquino1 de ,turin1 dans les premiers jours de guerre4 ,c'est le ,rat de ,paris et le ,rat de ,berlin1 en face l'un de l'autre1 des deux cts du ,rhin et songeant aux invasions et aux siges futurs3 ,lequel de nous aura l'honneur de servir de comestible8 ,lorsque1 plus tard1 il est question1 pour l',italie1 de prendre part au conflit1 le ,numero1 de ,turin1 rsume ainsi l'attitude de l',allemagne4 ,un ,prussien tient dans sa main une marionnette qui a la tte d'un ,turc et1 de ses doigts cachs sous la figurine1 lui fait manuvrer un sabre de bois1 le tout pour effrayer la pauvre petite ,italie1 encage sur sa chaise1 par la neutralit4 ,l'enfant1 apeure par le pantin1 serre craintivement sa chre petite poupe ,libye1 sur son cur4 ,et le ,prussien lui dit3 ,bu6 ,bu6 ,bu6 tu vois comme il est mchant8 ,si tu n'es pas gentille1 il mangera ta poupe4 ,mais l',italie n'a pas eu peur de la menaante baudruche et tous ses crayons satiriques1 maintenant1 sont tourns contre l',allemagne4 ,un des plus acrs est celui de l',asino1 de ,rome4 ,il a parfaitement retrac1 en quatre tableaux1 la folie mgalomane qui a dchan cette guerre4 ,cela s'appelle les ,discours du ,kaiser en #aiae4 ,dans le premier tableau1 on voit un grand ,kaiser et un tout petit ,pre ternel1 enchan sa fortune1 tenant dans sa main une petite boule1 qui est le monde4 ,nous sommes au mois de janvier et l',empereur1 brandissant une pe gigantesque et sanglante1 s'crie3 ,a moi seul je dferai le monde6 ,en mars1 il ajoute3 ,naturellement avec l'aide de ,dieu et son vieux ,dieu allemand a un peu grandi4 ,cela va mal3 ce n'est pas ma faute6 s'crie-t-il en juin et dsignant le ,pre ternel fort embarrass du globe qu'il lui a mis sur les bras4 ,enfin1 en dcembre1 le ,kaiser est tout petit1 estropi1 le vieux dieu allemand gigantesque et dsol3 ,c'est sa faute6 crie le ,kaiser4 ,hlas6 ce lger croquis de l',asino1 c'est l'ternelle attitude de l'homme en face de la ,providence4 ,,chapitre ,,ii ,,en ,,allemagne ,l',allemagne1 en #aiad-aiaf1 a-t-elle t en guerre avec la ,france8 ,un archologue1 qui n'aurait pour se guider1 dans quelques milliers d'annes1 que les caricatures allemandes1--comme il arrive aujourd'hui qu'on ne possde1 sur un vnement de l'ancienne gypte1 qu'une suite de dessins sur un papyrus1--pourrait se poser la question4 ,non que les feuilles satiriques d'outre-,rhin se soient dsintresses de la guerre4 ,tous les crayons ont t mobiliss sur-le-champ1 toutes les plumes et tous les pinceaux1 des ,lustige ,blaetter et du ,kladderadatsch de ,berlin la ,jugend et au ,simplicissimus de ,munich4 ,pareillement1 la ,muskete et le ,kikeriki de ,vienne et d'autres moins clbres1 comme la ,ulk de ,berlin et le ,wahre ,jacob de ,stuttgart et mme le ,brummer1 ont donn4 ,tout ce qu'on peut inventer de drle1 sur les bords de la ,spre1 a t rquisitionn par l'autorit suprieure1 et1 aussi1 ce qu'on peut imaginer de tragique pour pouvanter l'ennemi3 les fantmes au gantelet de fer1 un peu dmods depuis les ,burgraves1 les diables cornus du temps de ,grnewald ou de ,martin ,schongauer1 les vieux dieux sont sortis de leurs obituaires2 ,breughel et ,albert ,drer1 eux-mmes1 ont t appels la rescousse4 ,depuis le dbut de la guerre1 c'est un feu roulant de sarcasmes et de quolibets1 de menaces apocalyptiques1 ou le gros rire alterne avec le susurrement de la calomnie1--ce que les ,anglais1 qui suivent de trs prs ces manifestations de l'esprit teuton1 appellent l'vangile de la ,haine1 ou l',humour des ,huns1 ou les ,gaz empoisonns pictoriaux4 ,mais contre la ,france1 on ne trouve presque rien4 et l1 dans la foule des ,allis on aperoit le bonnet de ,marianne1 ou le kpi du gnralissime1 ou le haut de forme du ,prsident de la ,rpublique1 mais on ne voit point clairement qu'ils aient lutter contre l',allemagne4 ,bien mieux1 on pourrait croire1 parfois1 que c'est contre l',angleterre4 ,ds novembre #aiad1 un cuirassier franais1 bless1 traversait les ,lustige ,blaetter en s'appuyant sur son sabre4 ,il rencontrait ,jeanne d',arc1 en vue de la cathdrale de ,reims et lui disait3 ,chre ,jeanne d',arc1 reviens et chasse ces maudits ,anglais hors de ,france6#i ,un peu plus tard1 dans les premiers mois de #aiae1 on voyait dans la mme feuille ce tableau de genre intitul ,john ,bull ,calais3 un norme officier anglais1 casquette enfonce jusqu'aux oreilles et pipe visse au coin de la bouche1 s'est install dans un salon franais meubl dans le got du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,il a cal l'essentiel de son personnage dans un canap et il ne lui faut pas moins de deux fauteuils ,louis ,,xv pour tendre ses grandes jambes entortilles de leggins4 ,mon ,dieu6 s'crie une jeune femme lgante1 coiffe du bonnet phrygien1 qui apparat la porte1 je crois que cette brute a l'intention de rester avec moi toute la vie6 ,et1 par un raffinement d'ironie1 qui a d coter bien des mditations l'artiste berlinois1 mais en revanche lui a donn une joie bien douce en songeant aux amertumes o il nous plongerait1 dans un coin1 sur un socle1 on aperoit un objet d'art1 qui n'est autre qu'une rduction d'un des ,bourgeois de ,calais1 de ,rodin4444 ,aussi1 ,marianne se fche et le ,wahre ,jacob1 de ,stuttgart1 nous la montre1 en cotillon court et souliers plats1 qui fait voler toute sa vaisselle dans la direction d'un groupe d'invits1 anglais ou russes1 en criant3 ,sortez1 vous autres1 sans quoi ma belle ,france sera ruine6 ,en attendant1 les profonds symbolistes de ,munich1 qui dessinent la ,jugend1 estiment que la pauvre ,france est en grand danger de mort4 ,ils la reprsentent enveloppe par les pattes filamenteuses et perfore par les suoirs immondes d'une gigantesque araigne1 laquelle a dj saign toute la pauvre ,belgique1 qui pend au bout du fil1 exsangue1 et cette araigne monstrueuse1 buveuse du sang de deux peuples et toujours inassouvie1--ne pensez pas que ce soit l',allemagne1 non6 non6 cherchez ou plutt ne cherchez pas plus longtemps3 c'est l',angleterre6 ,c'est l',angleterre1 on ne peut en douter aux trois croix superposes qui la ceinturent et1 d'ailleurs1 son nom est lisiblement crit sous le symbole4 ,aprs cela1 rien d'tonnant si la ,muskete1 de ,vienne1 a cru apercevoir la scne suivante3 un soldat franais et un cossais reconnaissable son kilt1 prisonniers de guerre1 tous deux1 s'injurient1 derrire les fils barbels1 se montrent le poing en grinant des dents1 tandis que deux paisibles ,pomraniens les retiennent et cherchent les calmer par cette douce perspective3 ,attendez quelques semaines1 mes amis1 et vous serez obligs de vous battre l'un contre l'autre1 par vos propres gouvernements4 ,c'est que1 sans se priver absolument de nous dcocher quelque pigramme1 l'artiste allemand a toujours devant les yeux cet unique but3 l',angleterre4 ,c'est la grenouille de ce jeu de tonneau4 ,d'abord1 c'est l',angleterre qui a voulu la guerre4 ,c'est un axiome4 ,sir ,edward ,grey1 aveugle conduisant d'autres aveugles1 les chefs d'tat allis1 les a prcipits dans cet abme1 et le ,simplicissimus s'est souvenu1 ce propos1 de la toile fameuse de ,breughel4 ,le pied lui glisse dans le sang et le malheureux ,john ,bull s'accroche dsesprment au globe qu'il a ainsi rendu inhabitable3 il tombe ainsi que les gouttes pourpres qui suintent de l',europe gorge1 dans une estampe du ,simplicissimus en noir1 blanc et rouge et il crie3 ,maldiction6 le sang est plus glissant que l'eau6 ,il bat la gnrale1 sous la forme d'un squelette gros ventre1 pipe la bouche1 et la caisse en bandoulire et il appelle les hommes aux armes3 ,pour chaque heure de service1 un shilling6 ,pour chaque cadavre1 un dollar6 rpte le tambour de la ,jugend4 ,il a le mauvais il6 ,nous savons cela depuis longtemps1 dit la ,ulk en reprsentant la tte de sir ,edward ,grey1 et1 en effet1 l'on voit que dans les yeux1 les pupilles sont remplaces par deux petites ttes de mort4 ,d'ailleurs1 l'homme d',etat anglais est le plus vis1 ridiculis1 dform1 stigmatis des adversaires de l',allemagne4 ,aucun de nos compatriotes ne peut prtendre1 mme de bien loin1 un tel honneur4 ,aprs tre apparu en aveugle conduisant des aveugles1 le voici transform en harpie pose sur les ballots de l'industrie et du commerce allemands1 en hibou1 qu'offusque la lumire du ,croissant turc1 dans le ,kladderadatsch1 en ngociant en ttes de mort1 sous la firme ,albion and ,c1 avec ce titre3 ,le gardien de la loi internationale et ces mots3 ,la guerre est une affaire comme une autre4 ,si le roi des ,belges se prsente lui1 en voyageur1 la valise la main1 et lui demande assistance en lui disant3 ,rappelez-vous que j'ai tout perdu pour vous1 sir ,edward ,grey lui rpond3 ,vraiment6 eh bien1 quand vous aurez encore quelque chose perdre1 je m'intresserai vous4 ,mais maintenant6444 ou si c'est le roi de ,serbie1 qui vient lui dire3 ,votre trs gracieuse seigneurie m'a fait demander4 ,comment puis-je vous tes utile1 sir ,grey8 l'homme fatal1 enfonc dans son fauteuil et ses remords1 rpond3 ,votre arme1 roi ,pierre1 ne peut plus nous tre d'aucune utilit1 mais vous pourriez me recommander un couple d'assassins4 ,et si l'on regarde attentivement les dtails de cette planche1 qui a paru dans la ,jugend1 on remarque1 sur la table du diplomate1 un dossier sur lequel sont crits ces mots3 ,casement1 ,findley1 plus loin1 un revolver1 enfin1 une photographie entoure de lauriers1 portant cette ddicace3 ,princip4 ,ces menus accessoires font allusion une histoire d'assassinat o les ,allemands ont voulu impliquer le ministre d',angleterre en ,norvge et au drame de ,serajevo4 ,l'normit de ces falsifications historiques montre assez la navet sans bornes du peuple qui s'en nourrit4 ,sans doute1 il ne faut point croire la bonne foi des historiens4 ,il y a des pince-sans-rire ,munich4 ,mais la foule n'absorberait pas indfiniment cette nourriture si elle la croyait frelate4 ,la transformation du plus pacifiste des diplomates en un vampire altr du sang humain est opre1 sans aucun doute1 de concert avec le sentiment public en ,allemagne4 ,et cela prouve combien l'esprit critique est chose diffrente de l'instruction ou de la culture4 ,le peuple qui se targue d'avoir l'une et l'autre au plus haut point jusqu'ici1 est aussi celui qui prend le plus aisment des concombres pour des violons4 ,donc1 c'est l',angleterre qui a voulu la guerre4 ,comment est-il possible1 qu'au ,x,xe sicle1 une nation tout entire se dcide aller au-devant de la mort8 ,c'est qu'elle n'y va pas4444 ,elle fait la guerre avec le sang des autres4 ,voil ce que veut dire l'trange image de l'araigne ,albion suant le sang de la ,france1 aprs avoir suc celui de la ,belgique4 ,lord ,kitchener1 dans la ,muskete1 de ,vienne1 prononce un discours devant la table ronde o s'est runi le ,conseil de ,guerre des ,allis1 et quel est ce discours8 ,l',angleterre attend que chacun3 ,belge1 ,franais1 ,russe1 ,japonais1 ,serbe1 etc41 fasse son devoir6 ,en effet1 trois haleurs1 dans les ,lustige ,blaetter1 tirent grand'peine un bateau1 charg de marchandises1 o se prlasse ,john ,bull1 et ces pauvres diables sont un ,russe1 un ,belge que la fatigue jette terre et un ,franais4 ,les choses tournent fort mal pour les ,allis3 il n'en a cure et voici1 dans le ,wahre ,jacob1 une image du dluge3 les eaux ont tout envahi1 sous le ciel noir1 seul un piton merge encore1 o voudraient bien se hisser le ,franais1 le ,russe1 l',italien et les autres prs d'tre engloutis1 mais le roc est escarp1 glissant et ils luttent vainement pour s'y agripper4 ,john ,bull1 lui1 confortablement assis sur le sommet1 fume sa pipe4 ,au loin1 l'arche de ,no1--sa marine1--vogue et le tirera toujours d'affaire4 ,les neutres ne sont pas plus pargns4 ,john ,bull1 toujours la pipe la bouche et les mains dans les poches1 leur marche sur les pieds tous3 l',espagnol1 l',italien 7c'tait avant l'entre en scne de l',italie71 l',amricain et le ,hollandais3 ,combien de temps laisserez-vous cette brute marcher sur vos cors8 demandent les ,lustige ,blaetter4444 ,ainsi1 l'gosme de l',angleterre gale sa cruaut4 ,les deux sont surpasses encore1 dans l'esprit des ,allemands1 par son incapacit militaire4 ,cette nation de boutiquiers a voulu la guerre et elle est incapable de la faire4 ,elle n'a pas de soldats1 et pour s'en procurer elle est oblige aux plus humiliants stratagmes4 ,son roi lui-mme1 son ministre de la ,guerre en grand costume1 couronne en tte et hermine aux paules1 ses magistrats1 ses vques1 s'en vont1 avec des drapeaux1 le long de la ,tamise1 selon la ,ulk1 et s'ils rencontrent un voyou1 assis sur la margelle en train de pcher la ligne1 sans prendre garde qu'il est patibulaire et bossu1 ils joignent les mains1 s'agenouillent et en chur3 ,votre ,roi et votre ,pays ont besoin de vous4 ,ne voudriez-vous pas1 s'il vous plat1 vous engager8444 ,si le voyou rsiste1 ils ne craignent pas d'argumenter avec lui4 ,ne voulez-vous pas vous engager8 ,les choses vont au mieux pour l',angleterre1 dit ,kitchener un ignoble drle1 qu'il rencontre au coin de ,hyde ,park4 ,alors vous n'avez pas besoin de moi1 dit l'autre4 ,non1 vous ne m'avez pas compris4 ,l',angleterre court les plus grands dangers4 ,il faut vous enrler tout de suite4--,non1 dans ce cas1 c'est trop dangereux pour moi1 rtorque le drle4 ,mais on le rattrapera d'une autre manire4 ,le mme ,simplicissimus nous montre un cambrioleur surpris par un policeman1 durant une opration nocturne de reprise individuelle4 ,son ignoble face1 clignotante sous le jet livide de la lampe sourde1 sue la peur de la prison ou de la potence1 mais il est vite rassur et rchauff en son cur d',anglais par ces paroles minemment patriotiques3 ,venez1 ,kitchener a besoin de vous6 ,c'est de semblables recrues qu'est forme l'arme nouvelle1 pense-t-on ,berlin4 ,aussi faut-il prendre avec elles quelques prcautions et la ,ulk nous montre comment on les conduit au feu4 ,ces gens sont encags dans des cellules roulantes comme les btes fauves d'une foire1 le boulet aux pieds1 et1 pousss par des policemen1 ils tirent1 travers les barreaux de leur cage4 ,cette image est intitule3 ,l',arme de ,kitchener et accompagne de cette lgende3 ,les condamns font le reste de leur peine sur le front4 ,toutefois1 et pour nombreux que soient les cambrioleurs ou les assassins en ,angleterre1 ils ne suffisent pas lutter contre l',allemagne4 ,alors1 on fait appel aux colonies4 ,un kangourou s'lance sur une page de la ,ulk1 intitule3 le ,dernier espoir de l',angleterre4 ,un kangourou1 cela ne parat pas bien dangereux1 mais regardez bien3 dans sa poche abdominale1 il loge deux petits soldats en bret cossais1 qui1 clignant de l'il1 visent l'ennemi1 et cela s'appelle l',australie sur le front4 ,on descendra plus loin encore dans l'chelle des tres3 ,aprs la chute de ,maubeuge1 dit le ,simplicissimus1 voici l',anglais fort dsempar1 meurtri1 qui parlemente avec des ngres froces4 ,l'orgueilleuse ,albion a encore une ressource pour l'aider1 elle et ses allis4 ,elle mendie l'appui des ,basutos et leur chef ,billy-,billy promet de dbarquer ,marseille avec cinq cent mille hommes4 ,il en vient de partout des ,boschimans et des ,magris1 des ,achantis et des ,botocudos4 ,c'est avec cela que le pays de ,bacon et d',herbert ,spencer dfend la civilisation et la pense libre4 ,hourra6 voici les noires lgions du dsert1 qui vont dvorer belles dents les professeurs d',ina ou de ,tubingue4 ,en attendant1 une ngresse1 reste seule au logis1 rconforte ses petits ngrillons1 tout en prparant son couscous1 par les paroles suivantes3 ,papa est parti pour l',europe pour protger les gentils ,anglais contre les sauvages4 ,si vous tes bien sages1 peut-tre qu'il vous rapportera un joli beefsteak d',allemand4 ,aprs cela1 quoi d'tonnant1 si mme au fond de la fort tropicale1 les orangs-outangs1 les mandrills et les chimpanzs sentent comme un remords de ne pas voler au secours de la mre patrie6 ,quoi6 n'avez-vous pas de honte de ne pas vous battre pour l',angleterre contre l',allemagne8 dit une femelle son mle croupetons sur une branche d'arbre1 tout en cueillant des noix de coco4444 ,et le ,simplicissimus intitule triomphalement cette dernire planche3 ,les troupes anglaises d'outre-mer4 ,malgr ces honteux auxiliaires1 l',angleterre est affole4 ,l'humoriste d'outre-,rhin ne se tient pas de joie en songeant aux blessures que lui infligent les sous-marins allemands4 ,c'est un sujet inpuisable de gaiet pour lui que la vue du ,neptune britannique1 jadis tranquille et fier du progrs de ses eaux1 batement endormi dans la scurit de son omnipotence1 qui se sent tout coup pinc1 lard1 trou sous l'eau par une foule d'espadons1 et pousse des cris de douleur3--et c'est un spectacle que la ,jugend ou le ,kladderadatsch s'offrent le plus qu'ils peuvent4 ,leurs lecteurs ont l'esprit assez ouvert par la haine pour comprendre que les espadons figurent1 ici1 les sous-marins qui surprennent la marine anglaise l o elle ne songeait pas se dfendre4 ,john ,bull1 pouvant1 finit par grimper sur le sommet de son le1 minuscule rocher1 autour duquel passent et repassent1 plongent et mergent des sous-marins qui ont des gueules de requins4 ,cela s'appelle3 ,isolement splendide4 ,il ne craint pas seulement pour ses jambes3 il est fort effray de ce qui se passe au-dessus de sa tte et le ,simplicissimus nous montre la foule de ,trafalgar ,square prise de panique la vue d'un ,zeppelin4 ,la fin de tout cela1 c'est que le roi ,george et ,m4 ,poincar1 selon les ,lustige ,blaetter1 seront obligs d'endosser des scaphandres pour faire1 au fond des abmes de l',ocan1 la prochaine revue de leurs flottes1 parmi les madrpores1 et qu'un ,tommy tomb en enfer1 conduit par des dmons et mordu par les molosses de ,satan1 sur le gril ternel1 s'crie3 ,pas de ,zeppelin1 ici1 pas de canons ,krupp6 ,pas de sous-marins6 ,je suis au ciel6 ,l'affolement de la perfide ,albion ne vient pas seulement de ses dsastres sur la mer1 mais aussi de la ,rvolution chez elle ou dans ses colonies4 ,tous les humoristes allemands ont concouru sur ce thme4 ,le ,kladderadatsch1 les ,lustige ,blaetter1 la ,ulk1 le ,simplicissimus et la ,muskete ont fait appel toutes les ressources de leur symbolique3 le sphinx pour l'gypte avec son cortge de pyramides et le tigre pour l',inde ont t enrgiments parmi les allis des ,allemands4 ,par o il apparat que leur mpris pour les peuples de couleur tait un peu surfait4 ,ils les trouvent trop noirs pour dfendre l',angleterre1 mais ils les trouveraient bien assez blancs pour l'attaquer4 ,voici1 par exemple1 le soir qui tombe sur l'gypte et derrire les triangles sombres des pyramides1 une faucille menaante1 dgouttante de sang1 s'arrondit dans le ciel4 ,un horseguard s'en va1 disant3 ,je crains que le temps ne change4 ,la lune brille trop4444 ,c'est l'ide du ,simplicissimus4 ,moins avis est l'officier en khaki1 des ,lustige ,blaetter4 ,il se tient tranquille1 les mains dans les poches1 sans voir que1 derrire lui1 le sphinx rveill1 terrible1 les sourcils froncs en arc1 a dterr une de ses griffes puissantes1 la lve sur lui4444 ,et la lgende dit3 ,l'ancienne nigme du ,sphinx sera bientt rsolue d'un coup4 ,la ,ulk prvoit un peu plus de perspicacit chez le touriste anglais4 ,coiff du casque colonial1 le nez en l'air1 il considre les figures traces il y a des milliers d'annes sur la pierre4 ,raus6 dit ,set2 ,raus6 dit ,horus2 ,raus6 dit le ,pharaon1--c'est--dire3 ,dehors6 ,dehors6 ,dehors6 ,a la fin des fins1 je commence comprendre le sens des hiroglyphes444 murmure l',anglais4 ,et le dessin est intitul3 ,progrs en gyptologie4 ,la ,ulk a aussi trouv un symbole de la rvolte des ,indes qui la rjouit fort4 ,c'est une descente de lit en peau de tigre1 qui commence s'agiter et battre l'air de sa queue1 au moment o ,john ,bull s'veille3 ,maldiction6 ,mon camarade de lit devient enrag6 s'crie-t-il pouvant2 ou bien encore1 il se trouve dans la ,jungle1 terre1 crisp de terreur1 entour de tigres menaants1 tandis que l',agence ,reuter tlgraphie3 ,tout est tranquille aux ,indes4 ,enfin1 le ,kladderadatsch rsume tous les espoirs de ,berlin1 en montrant un sinistre incendiaire qui court de rverbre en rverbre allumer un feu terrible1 et ces rverbres sont l',inde1 l'gypte1 le ,transvaal2 et cet incendiaire est la ,rvolution4 ,comment1 de tant de dangers1 la perfide ,albion espre-t-elle se tirer8 se demande l',allemand1 et il rpond3 par sa perfidie1 par son hypocrisie mme et ses ruses dloyales de guerre4 ,d'abord1 elle a enchan la ,vrit1 dit le ,kladderadatsch1 et ,john ,bull1 clignant de l'il1 d'un air froce1 monte la garde prs du poteau d'infamie1 o elle se morfond4 ,c'est son premier exploit4 ,elle a tiss une trame de mensonges et s'y promne comme une araigne1 dit la ,ulk1 qui ajoute3 ,lorsque le grand jour de la purification viendra1 cette ordure sera balaye avec le reste4 ,elle a sem l'or pleins sacs pour faire assassiner les gens paisibles1 dit le ,wahre ,jacob4 ,il montre1 en effet1 une route de corniche1 en ,italie1 vraisemblablement aux environs d',amalfi1 et deux jeunes ,allemandes ou ,tyroliennes1 longues tresses dans le dos1 qui contemplent innocemment la mer4 ,dans l'anfractuosit du rocher1 ,fra ,diavolo tire son couteau et va les frapper4 ,pourquoi8 ,c'est que1 dans une anfractuosit encore plus obscure1 un gentleman sec1 lgant1 au col correctement cass1 lui met1 dans la main1 une bourse1--la vraie bourse de thtre1--et lui dsigne les victimes1 l',allemande et l',autrichienne1 et ce gentleman mphistophlique1 c'est sir ,edward ,grey4 ,une mission diplomatique1 dit le ,simplicissimus1 et l'on voit un gnral anglais en grande confrence avec la ,mort1 qui1 sans doute1 il donne des instructions4 ,il s'agit de voyage1 car la ,mort a un petit sac main1 qu'elle tient avec un poignard4 ,elle coute1 avec dfrence1 l'homme aux leggings1 et la lgende porte3 ,sur le front belge1 l',anglais donne la ,mort huit jours de cong pour visiter les ,cours de ,sofia et d',athnes4 ,c'est qu'il n'a point russi dans ses tentatives avec la ,vierge grecque1 dit la ,jugend3 il a eu beau se transformer en buf1 en nue lgre1 en pluie d'or1 elle l'a repouss4444 ,et quand je parle de venir en ,dreadnought1 elle se moque de moi6 s'crie le ,jupiter britannique en serrant le poing1--tandis que ,pallas ,athn1 debout1 lance en main1 se profile1 ddaigneuse1 sur la mer4444 ,alors1 que faire8 ,se cacher1 se dissimuler sous les pavillons des neutres1 renier ses couleurs1 pensent les ,lustige ,blaetter et les autres feuilles comiques4 ,c'est pour elles un inpuisable sujet de sarcasmes4 ,on voit le patron d'un navire marchand anglais en face d'une collection complte de masques3 le haut de forme toil du ,yankee1 le bonnet de la ,hollandaise1 l'immobile peau jaune du ,cleste1 et se disant3 ,aujourd'hui1 il faut que je traverse la mer d',irlande3 lequel de ces masques neutres doit prendre un vieux marin honorable8 ,ou bien1 tout nu aux bains de mer1 ,john ,bull cherche parmi les drapeaux des nations1 qui schent au soleil1 celui qui couvrira le mieux sa vilaine acadmie4 ,ou encore1 c'est la vieille ,albion1 en haillons1 qui sort de sa cabine1 et se plaint ainsi3 ,vraiment1 je ne peux plus sortir avec ces oripeaux dgotants444--,courage1 ,britannia1 volez-en de meilleurs6 lui crie ,churchill1 en lui montrant les costumes des neutres1 qui se balancent1 schant au vent4 ,quel costume choisirais-je pour qu'on ne me reconnaisse pas8 se demande1 perplexe1 ,john ,bull1 chez un fripier4 ,pourquoi ne vous habillez-vous pas en gentleman8 rpond l'autre1 goguenard4 ,enfin1 la ,jugend a trouv le meilleur moyen d'chapper aux sous-marins allemands3 c'est d'embarquer1 chaque voyage1 trois comparses amricains qui protgeront les passagers anglais et la contrebande de guerre4 ,sur le pont du paquebot1 prs de la cloison o on lit3 ,attention6 ,munition6 le capitaine crie son second3 ,tout est-il prt8--,non1 monsieur1 rpond le second1 les trois ,amricains en extra ne sont pas encore bord4 ,en effet1 on les voit1 sur la passerelle1 leur sac de voyage et le drapeau toil la main1 qui n'ont pas encore atteint le navire4 ,quant aux ,zeppelins1 c'est le ,simplicissimus qui a dcouvert quel procd emploie la perfide ,albion pour exciter contre eux l'indignation publique4 ,il a reprsent une ville maritime anglaise1 au moment o un de ces meurtriers ariens est signal4 ,attention6 ,vite6 ,tous les bbs dehors6 s'crie un policeman1 et1 de toutes les fentres1 se tendent des perches1 suspendant des poupons dans le vide1 afin de les exposer1 seuls1 aux bombes qui ne manqueront pas de tomber4 ,la noirceur de l'me anglaise clate1 dans cette image1 aux yeux de l'innocente ,germanie4 ,un dernier trait achvera de la peindre1 et c'est la ,jugend qui l'a trouv4 ,depuis qu'il a t dclar que les ,barbares allemands refusaient de tirer sur les cathdrales1 l',angleterre a labor un joli petit plan pour la dfense de ses ctes1 dit la lgende4 ,on voit1 en effet1 des paravents en forme de faades gothiques1 dresss au bord de la mer2 sous les portails moyengeux1 s'arrondissent des bouches de canon2 derrire les gargouilles1 s'embusquent des tireurs3 il n'est pas un ornement1 un fleuron1 ni une ogive qui ne recle une embche4 ,bien mieux1 les garde-ctes cuirasss eux-mmes ont une superstructure de clochers et de chapelles1 et1 dans le ciel1 les aroplanes volants prennent une allure de chapelles en dplacement arien4 ,les ,anglais accusent le coup1 sans sourciller1 en beaux joueurs qu'ils sont#aj4 ,ils n'y ont pas grand mrite1 car le coup ne porte gure et ils pourraient aussi bien1 la plupart du temps1 ramasser l'injure qu'on leur jette comme une pierre et s'en parer comme d'un joyau4 ,car si l',australie et le ,cap et les ,indes et le ,canada et la ,nouvelle-,zlande1 tous les pays d'outre-mer1 accourent la dfense de la vieille ,angleterre1 qu'est-ce dire1 sinon qu'elle a su s'en faire aimer8 ,et si tant d'autres peuples et de tant de couleurs1 pars sur le globe1 sous toutes les latitudes1 se rangent du ct des ,allis1 qu'en saurions-nous conclure1 sinon que la conscience universelle se prononce contre l',allemagne8 ,ce ne sont pas des gens de haute culture1 dira-t-elle3 c'est voir4 ,car il faudrait dmontrer que les ,bachi-,bouzoucks le sont et aussi les ,bulgares1 et qu'on est plus prs de l'idal scientifique de l'humanit ,panagurista et ,kastamouni qu' ,melbourne et ,montral4444 ,nous appelons civiliss les peuples qui sont nos dupes et sauvages ceux qui ne le sont pas3--voil ce qu'il faudrait dire tout uniment1 au lieu de tant de gloses1 et cette dfinition la ,gorenflot rendrait fort bien justice toute l'argumentation des professeurs de ,weimar ou de ,greifswald4 ,pourquoi ne peut-on employer des ,gourkas ou des ,sikhs et peut-on employer des gaz asphyxiants8 ,pourquoi l',angleterre est-elle un monstre d'gosme en envoyant se battre pour elle des ,australiens ou des ,canadiens1 qui sont ns d'elle1 et l',allemagne ne l'est-elle pas en versant le sang des ,turcs1 pour qui elle n'a jamais rien fait8 ,le peuple du libre examen ne supporterait gure toutes ces thories1 si elles taient1 par aventure1 examines librement4 ,de mme1 les plaisanteries des ,allemands sur le recrutement volontaire4 ,c'est une honte1 leurs yeux1 que de solliciter un homme d'entrer au service au lieu de le faire encadrer par deux gendarmes4 ,mais c'est l'orgueil de l',angleterre que d'avoir vu trois millions de volontaires1 sans y tre forcs1 accourir son appel4 ,il n'est pas trs sr que l',allemagne1 elle-mme1 et obtenu ce rsultat4 ,l',angleterre a prouv1 jusqu' l'vidence1 par sa pauvret premire en hommes et en munitions1 qu'elle ne tendait1 ni ne s'attendait la guerre1 et1 par son magistral rtablissement1 qu'elle tait capable de la faire1 comme les camarades4 ,de tout cela1 elle a lieu d'tre fire1 et plus on lui dcernera de sarcasmes1 plus elle les collectionnera comme des titres d'honneur4 ,nous n'en saurions montrer autant1 ni les autres ,allis4 ,pourtant1 l',allemagne nous a bien fait1 et l1 l'honneur de quelques outrages et l'injure de quelque compassion4 ,le plus saisissant1 si l'artiste avait t plus habile1 serait un dessin des ,lustige ,blaetter1 intitul3 ,la mort du ,gaulois4 ,c'est la nuit3 le gnralissime ,joffre dort dans une chambre1 o une rduction du ,gaulois mourant orne la chemine4 ,un rayon de lune tombe sur le chef-d'uvre antique4 ,le dormeur est en proie un cauchemar3 il voit celui qu'on appela longtemps le ,gladiateur mourant1 dans sa pose affaisse1 tragique1 rpte des exemplaires sans nombre1 et1 chacun de ces ,galates mourants a un kpi1 qui dsigne assez la nation dont il est4 ,ou bien1 le prsident de la ,rpublique1 prsidant un dner des ,allis1 se lve1 frappe du couteau sur son verre et prononce un discours3 ,messieurs1 dit-il1 quand nous nous retournons vers le pass1 nous devons admettre que notre position en ,angleterre444 ah6 en ,russie444 heu6 en ,belgique1 hem6 hem6 en ,france444 ,ah6 heu6 heu6444 ,mais le dner tait bon4 ,tel est le ton gnral de la caricature allemande sur la ,france4 ,elle s'en carte rarement4 ,une fois1 dans la ,ulk1 on a vu ceci3 ,pallas ,athn1 portant1 dans une main1 la cathdrale de ,reims2 de l'autre1 son gide1 protge des soldats et mme des civils1 franais1 tirant l'abri de l',art4 ,et encore1 la guillotine dresse sur la place de la ,concorde1 le bourreau1 masqu1 attendant les chefs de l'tat franais1 qui vont encore une fois perdre la tte4 ,mais l'affectation de l'impartialit est souvent sensible4 ,un dessin de la ,ulk figure une reprsentation ,berlin1 les bustes de ,molire et de ,shakespeare sur la scne1 couronns1 le parterre applaudissant tout rompre1 avec cette lgende3 ,ces ,allemands6 ces ,boches6 ,chaque soir1 ils ridiculisent les grands potes de la ,france et de l',angleterre6 ,contre la ,russie1 les attaques sont plus pres4 ,le grand-duc ,nicolas1 surtout1 est honor d'une haine incessante et multiforme4 ,hindenburg l'enserre de ses griffes1 fatales comme le ,destin1 selon le caricaturiste de l'an dernier1 dtromp aujourd'hui1 ou bien il est nomm gnralissime des blesss allis1 comme ayant t le plus mutil de tous4 ,ces images1 qui n'ont aucun sens rel1 montrent pourtant la crainte que l'invasion russe inspire aux ,allemands4 ,pour se dfaire de ce cauchemar1 ils comptent surtout sur la ,rvolution4 ,innombrables sont les images qui invoquent le peuple russe contre le ,tsar1 dans la ,ulk1 dans le ,wahre ,jacob1 dans le ,kladderadatsch et jusque dans la ,muskete de ,vienne4 ,partout l'on voit un moujik gigantesque tendant le poing au ,tsar atterr4 ,tel est le dsir de l',allemagne4 ,la ,serbie est honore d'une haine presque gale4 ,si l'esprit chevaleresque dominait jamais le monde1 il y a un coin o l'on serait sr1 encore1 de ne pas le rencontrer3 ce serait la ,ulk1 ,berlin4 ,ce journal a reprsent un moribond1 affaiss dans une petite voiture1 avec une couverture brode d'une couronne royale4 ,il est coiff du kpi serbe4 ,devant lui1 debout1 un gros homme1 un hercule coiff d'un fez1 salue militairement3 ,je ne sais pas si vous me reconnaissez1 dit le ,turc avec un gros rire1 je suis l',homme malade6 ,l',italie n'est pas mieux traite4 ,ses dirigeants sont1 d'ordinaire1 montrs embotant le pas un fou1 chauve1 couvert de lauriers1 arm d'une lyre et qui les conduit aux abmes4444 ,depuis ,lamartine1 nul pote1 assurment1 n'avait t autant caricatur que ,m4 d',annunzio4 ,la prsence de l'ancienne allie aux cts des amis du ,droit a dchan toutes les calomnies4 ,a-t-il sign8 demande le soldat franais son camarade anglais1 derrire un petit bersaglier qui crit3 ,pas de paix spare4--,yes1 rpond le highlander4--,alors1 surveillez-le avec un soin tout spcial6 et le ,kladderadatsch1 en figurant ,nol dans les ,dolomites1 voque un paysage de montagnes et de neige o s'ensevelissent tous les espoirs italiens4 ,mme affectation de mpris l'gard des ,japonais1 tant lous pourtant1 jadis1 par le parti militaire allemand4 ,ils sont devenus des sauvages1 des singes1 des monstres aux dents acres1 dont la fureur1 d'ailleurs1 est impuissante4 ,une grande planche1 d'une assez belle allure dcorative1 a paru dans le ,simplicissimus1 tout au dbut de la guerre3 c'tait un chevalier immobile dans son armure1 plant sur un rocher1 tenant d'un bras de fer1 bien droit1 le pavillon allemand1 tandis que des vagues furieuses se recourbent autour de lui1 et la crte cumeuse des vagues est faite de ttes froces1 les lvres retrousses sur les gencives1 montrant les dents4444 ,c'tait l',allemagne ,kiao-,tchou4 ,un autre dessin du mme journal nous transportait en ,allemagne1 dans un jardin zoologique4 ,a travers les barreaux d'une cage1 on voyait des macaques nipps de costumes europens1 qui se divertissaient en compagnie d'autres singes sans costume4 ,et la lgende disait3 ,on demande que les ,japonais rsidant en ce moment soient enferms dans les jardins zoologiques4 ,on ne tiendra aucun compte des protestations des chimpanzs4 ,la victoire des ,nippons a mis un terme ces singeries4 ,de telles normits1 de quelque mauvais got qu'elles s'aggravent1 se conoivent quand elles s'adressent des pays en guerre avec l',allemagne4 ,elles surprennent fort quand elles s'adressent des ,neutres4 ,c'est un fait1 cependant1 que les ,etats-,unis ne sont pas mieux traits1 par les satiristes allemands1 que les pays belligrants eux-mmes#aa4 ,ils sont considrs1 d'ailleurs1 comme belligrants en quelque manire1 car on les accuse de forger l'arme des ,allis en change de leur or4 ,l',or6 le ,dollar6 les ,affaires6 le ,profit6 ,quelle honte chez le peuple de la ,libert clairant le monde6 ,ah6 elle est bien prcieuse aux caricaturistes de la ,jugend ou du ,kladderadatsch1 la statue de ,bartholdi6 ,on la voit submerge1 engloutie par l'or que gagnent ,,mm4 ,morgan1 ,schwab et ,rockefeller1 et pouvant peine soulever son flambeau par-dessus le flot mortel1 ou bien transforme en une vieille mgre1 la ,libert du commerce des armes qui rapporte gros et ne tenant plus la main qu'une lampe ptrole1 ou bien dboulonne et remplace par le ,dieu du ,profit1 un vieux monsieur qui compte sur ses doigts4444 ,en vrit1 on ne savait pas que les ,allemands eussent1 ce point1 le mpris des ,affaires6 ,mais il parat que l',amrique en oublie tous ses principes d'humanit4 ,vous priez1 oncle ,sam8 demande le ,michel allemand ,jonathan1 qu'il voit genoux1 mains jointes1 levant sa barbe de bouc vers le ciel4 ,oui1 je demande au ,ciel que vous capturiez les canons que j'ai vendus aux maudits ennemis de l',allemagne4--,ah6 et pourquoi demandez-vous cela8--,pour que je puisse leur en vendre encore davantage4 ,en effet1 on voit le prsident ,wilson1 dans le ,simplicissimus1 proposer des obus des gnraux franais1 o l'on retrouve assez exactement le type du gnral de ,galliffet4 ,sur l'obus il est crit3 ,cause beaucoup de douleur et le prsident ajoute3 ,vous comprenez1 naturellement1 que plus l'agonie produite par mes obus est douloureuse1 plus ils cotent cher4 ,ou encore1 il s'adresse un officier anglais1 assis sur une table1 en train de fumer sa pipe et lui prsentant un obus1 emmaillot dans du papier1 il lui dit3 ,voici un nouveau modle d'obus4 ,il est envelopp dans un petit bout de protestation1 mais vous ne devez pas la prendre trs au srieux4 ,aussi1 qu'arrive-t-il8 ,un ,allemand1 gisant sur le champ de bataille1 retrouve un morceau de l'obus qui l'a frapp la tte et y lit3 ,braves ,allemands1 nous prions pour vous6 ,fabrique de munitions de ,jonathan-,amrique4 ,quelle hypocrisie6 pense le lecteur d'outre-,rhin4 ,et il se pme encore devant cette image de l',amrique neutre3 ,jonathan1 qui a fabriqu des faulx1 en offre une la ,mort en change d'un sac d'cus1 et l'homme la bannire toile lui dit doucement3 ,madame la ,mort1 ne croyez pas que je cherche seulement gagner de l'argent4 ,je vous vends cela seulement pour que vous ameniez la paix4444 ,aprs des satires aussi sanglantes contre tout le monde1--y compris les ,neutres1--il ne restait plus aux ,allemands que d'en faire contre eux-mmes4 ,ils n'y ont pas manqu4 ,s'ils n'insistent pas sur les horreurs de la guerre1 ils sont loin de la prsenter comme une chose belle en soi et souhaitable4 ,une suite de caricatures1 assez rcentes1 du ,wahre ,jacob1 de ,stuttgart1 est1 ce sujet1 assez significative4 ,elle montre l'volution qui s'est faite1 dans certains esprits1 au del du ,rhin4 ,un gros industriel allemand est d'abord ravi de ce qui se passe3 ,enfin1 voil la guerre6 dit-il4 ,dj1 un bon trait pour fournitures de guerre1 continue-t-il1 et1 en ouvrant son coffre-fort3 ,pour ma part1 la guerre peut durer dix ans6 ,mais il reoit une convocation1 sa figure change3 ,oh6 je suis appel6 ,le voil1 faisant l'exercice et dj suant grosses gouttes1 sous l'il d'un feldwebel injurieux3 ,oh6 oh6 crie-t-il1 puis coiff du casque pointe1 le sac au dos3 ,ah6 ah6 puis dans la tranche1 sous les obus3 ,au diable6 ,enfin1 il fuit1 devant les clatements1 tombe genoux1 et s'crie3 ,o ,dieu1 mon ,dieu1 donne-nous bientt la paix6 ,tel est le dernier trait des crayons satiriques d',allemagne4 ,c'est peut-tre1 aussi1 le plus sincre4 ,si jamais l'on entreprend d'crire l'histoire de la guerre d'aprs les images qu'ils en ont donnes1 c'est une trange histoire qu'on crira3 l',angleterre envahit la ,france et saigne blanc la ,belgique2 des hordes ngres accourent en ,europe pour mettre la paisible ,allemagne feu et sang2 les ,etats-,unis conspirent contre elle2 enfin1 les peuples franais1 russe et anglais se soulvent contre leurs gouvernements respectifs et s'ensevelissent sous les ruines d'une ,rvolution4 ,voil qui nous indique seulement1 chez les ,allemands1 ce qu'est le ,dsir1 pre de la ,pense4 ,mais le chauvin du ,wahre ,jacob1 qui souhaite la paix1 ds qu'il a got de la guerre1 c'est une ralit4 ,,chapitre ,,iii ,,chez ,,les ,,neutres ,le premier de tous les neutres dans l'ironie vengeresse et la rsistance l'oppression1 c'est la ,hollande1 et en ,hollande1 c'est ,louis ,raemaekers4 ,l',allemagne menaait de tout submerger sous le flot de ses calomnies et de ses promesses3 il s'est lev et de son crayon acr1 a marqu la limite du cataclysme4 ,il n'est pas le seul1 mais ft-il le seul1 il et suffi1 comme l'enfant clbre de ,harlem qui1 de son doigt1 boucha la fissure de l'cluse et sauva la ,hollande4 ,raemaekers a sauv son pays de l'inondation germanique4 tre une digue1 la digue de la civilisation et de la libert1 semble une tradition nationale de ce pays4 ,il n'en est pas qui ait lutt plus souvent1 plus obstinment1 plus victorieusement et contre de plus formidables ,puissances que les ,pays-,bas4 ,et chose curieuse1 c'est aussi une tradition nationale que de lutter par la caricature4 ,c'est par elle1 par les planches clbres de ,romain de ,hooghe1 que les ,hollandais combattirent et poursuivirent1 dans toute l',europe1 ,louis ,,xiv4 ,le grand ,roi ressentit toujours cruellement les blessures de ce burin vengeur4 ,la ,hollande tait tellement considre comme la patrie de la caricature politique1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 qu'un pamphlet paru ,londres1 en #agaj1 sous le titre3 ,peinture de la malice1 le dit expressment3 ,l'estampe est originairement un talisman hollandais 7lgu aux anciens ,bataves par un certain ncromancien et peintre chinois71 dou d'une vertu surpassant de beaucoup celles du ,palladium1 qui les met mme non seulement de protger leurs villes et leurs provinces1 mais aussi de nuire leurs ennemis1 et de maintenir un juste quilibre parmi les ,puissances leurs voisines4444 ,l'auteur de ce pamphlet1 deux cents ans l'avance1 dfinissait ,raemaekers4 ,on et pourtant fort tonn le dessinateur du ,telegraaf1 si on lui et prdit1 il y a quelques annes1 qu'il jouerait un jour1 en face de ,guillaume ,,ii1 le rle de ,romain de ,hooghe devant ,louis ,,xiv et de ,gillray devant ,napolon4 ,l'histoire1 ni la tragdie ne l'attiraient spcialement4 ,c'tait un paisible paysagiste et un portraitiste4 ,en cette qualit1 il s'essayait reproduire la ressemblance des hommes clbres dans la politique aux ,pays ,bas et1 depuis quelques annes1 il donnait des dessins politiques au ,telegraaf1 lorsque la guerre survint4 ,la froide cruaut de cette machination l'indigna1 l'hypocrisie des fauteurs d'assassinats lui parut insupportable et1 aussi1 le ponce-pilatisme de certains spectateurs4 ,il tailla son crayon plus affil que de coutume4 ,il s'en fit une arme4 ,les cris de douleur1 de protestation1 de vengeance1 clatrent hors des frontires et dans les ,pays-,bas eux-mmes1 ds longtemps exposs l'infiltration germanique4 ,on interdit la vente de ses albums1 on l'accusa d'tre pay par l',angleterre4 ,une averse de calomnies et de menaces fondit sur lui4 ,le nouveau ,romain de ,hooghe ne s'en mut pas3 il dessina de plus belle4 ,il lui arriva1 ds lors1 ce qui ne pouvait arriver ,romain de ,hooghe1 ni ,gillray1 ni aucun des artistes qui attaqurent la ,france3 ,paris l'a adopt et l'a dsign1 d'un geste sr1 l'admiration du monde4 ,il a ce qui manquera toujours aux crayons asserments de la ,jugend ou du ,kladderadatsch3 la conscration mondiale4 ,on a jamais entendu parler d'une gloire artistique ne ,berlin4 ,raemaekers a donc dclar la guerre ,guillaume ,,ii3 ,ce roy1 non juste roy1 mais juste arquebusier444 ,et le vers admirable1 le vers caricatural d',agrippa d',aubign1 en ses ,tragiques1 semble avoir t fait pour dfinir exactement le type imagin par l'artiste4 ,ce n'est pas un grotesque1 comme ,gillray avait eu le tort de peindre ,napolon1 ce n'est pas un fantoche3 c'est un homme vigoureux et adroit1 mais dont l'adresse et la vigueur s'emploient pour le mal1 un mauvais homme1 hypocrite et qui fait une uvre infme4 ,il provoque1 non le rire1 mais l'indignation4 ,voil qui est fait444 dit-il en cartant doucement le rideau qui cachait l'excution de miss ,cavell1 444maintenant tu peux m'apporter la protestation de l'ambassadeur amricain4 ,et le sous-ordre salue respectueusement1 avec un rire silencieux1 car il a compris3 au loin1 une tte de femme1 les yeux bands1 gt dans le sang1 et un soldat1 le fusil sous le bras1 comme un chasseur heureux1 la regarde4 ,c'est le juste arquebusier4 ,il n'a pas manqu son coup1 non plus1 quand il a vis les femmes et les enfants que transportaient les paquebots3 la ,lusitania et les autres4 ,ils sont bien morts1 touffs1 serrs convulsivement les uns aux autres pour s'entr'aider1 se maintenir1 un instant de plus1 accrochs une pave4 ,les voil1 glissant dans la profondeur des eaux calmes1 les yeux agrandis par l'pouvante1 les cheveux dnous et flottants1 les vtements empess par le lourd liquide1 de grosses bulles d'air remontant la surface1 les faces glaces sous le mobile mail des eaux4 ,le souverain a giboy aux passants trop tardifs noyer et il a fait bonne chasse1 grce la ,mine flottante4 ,il n'a pas t moins juste arquebusier1 quand il a install sa machine tuer dans le ciel4 ,nous sommes ,paris1 dans la rue1 parmi l'embarras des voitures et des foules1 une civire passe1 encadre de gardiens de la paix3 c'est une fillette1 ple1 exsangue1 qu'on transporte l'hpital sans doute4 ,on dirait1 d'abord1 un fait-divers de la paix1 quelque chose comme l',accident qui fit1 dans des temps lointains1 la rputation de ,m4 ,dagnan-,bouveret4 ,mais non3 ici1 il y a quelque chose d'inattendu et de plus tragique4 ,un ouvrier1 qui accompagne la civire1 se redresse vers le ciel avec un rictus effrayant de colre aux confins de la folie et montre le poing l'invisible3 c'est de l-haut qu'est venu le coup qui a fait de son enfant1 qui jouait1 ce matin1 une morte4444 ,un ,taube a pass4 ,et ,raemaekers appelle cela3 ,la ,culture qui vient du ciel4 ,aussi1 la ,vierge elle-mme prend peur1 la ,vierge de pierre de ,notre-,dame de ,paris1 et quand le sinistre oiseau passe et laisse tomber sa bombe sur un coin de la cathdrale1 elle se met genoux et couvre1 de sa main et du pan de son manteau1 l',enfant-,jsus4 ,ncessit militaire1 dit la lgende4 ,raemaekers1 qui est un raliste mouvant plutt qu'un symboliste1 a pourtant trouv1 ce jour-l1 un symbole trs simple et trs touchant du pril que court1 en face de l'arquebusier royal1 l',art des vieux sicles de foi4 ,le ,kaiser a-t-il donc dclar la guerre ,dieu8 ,il le prtend son alli1 au contraire1 il l'invoque tout bout de champ1 tout bout de crime1 il l'enrle dans son arme1 l'enchane sa fortune1 et cette prodigieuse aberration est peut-tre1 parmi tous les problmes de cette guerre1 celui qui fait le plus hsiter et chanceler la raison humaine4 ,l1 encore1 c'est ,raemaekers qui a trouv l'image dfinitive4 ,il a voqu le ,christ dans une des scnes de la ,passion1 celle que dcrit saint ,mathieu1 lorsqu'il le montre livr aux outrages des valets et de la soldatesque1 par ces mots3 ,et ils pliaient le genou devant lui et ils se moquaient de lui4 ,un soldat lunettes et longs cheveux1 qui1 hier encore1 devait professer1 dans quelque ,universit1 que ,jsus 7,ger-us7 veut dire germain en latin1 le coiffe d'un casque pointe et cherche teindre1 ainsi1 un peu de l'aurole divine4 ,un ,turc1 face parchemine de vieux croupier1 gambade devant lui en faisant le salut militaire et lui offre un sabre4 ,l',autrichien s'esclaffe cette bonne plaisanterie4 ,et un quatrime ligote le ,sauveur avec un ceinturon o brillent les mots qui sont le suprme blasphme de cet ,empereur3 ,gott mit uns4 ,le chtiment ne se fera pas attendre4 ,chtiment au dehors de lui1 chtiment en lui-mme4 ,trop de voix du ciel et de la terre s'lvent pour l'accuser4 ,voil le profanateur6 disent les statues de sainte ,clotilde et d'un saint moine1 devant la cathdrale incendie4 ,et l',allemand1 ainsi interpell1 tombe genoux1 pouvant que les pierres parlent4 ,c'est une guerre de conqute6 ,me voici1 je ne puis faire autrement6 s'crie ,liebknecht1 suivant l'exemple de ,luther1 en se prsentant devant le ,kaiser cuirass1 casqu1 pensif1--et ce mot retentit comme un premier glas de la conscience individuelle4 ,d'autres cris l'environnent1 des cris frles1 des voix d'enfants innombrables noys par ses sous-marins3 les faces enfantines paraissent encore au-dessus du flot qui monte1 les yeux rvulss dans les orbites1 et les voix des ,innocents affolent ,hrode4 ,ils crient3 maman1 mais j'entends toujours3 meurtrier1 dit ,hrode1 en se bouchant les oreilles#ab4 ,les cassolettes de ses thurifraires ont beau l'envelopper des vapeurs opiaces du sophisme3 les cris d'enfants le dgrisent et les thories de ,bernhardi1 sur l'humanit de la guerre inhumaine1 sont impuissantes dissiper son cauchemar4444 ,le ,bernhardi1 lui1 est radieux4 ,il n'a pas compris la leon des choses4 ,a la ,mort1 vieille coquette1 chausse d'escarpins1 coiffe de roses1 et qui manie l'ventail1 il offre un bouquet compos de crnes et de mains squelettiques4 ,vous n'en espriez pas tant1 n'est-ce pas8 dit-il en saluant avec la grce d'un pachyderme4 ,raemaekers a rsum en lui tous les caractres du ,boche moderne4 ,la tte rase la manire hyginique1 le cou en bourrelet1 le rire gras1 le ventre sangl et triomphant1 il tient son casque par la pointe1 selon le geste habituel du vieux ,guillaume ,ier aux bals de la ,cour4 ,la vieille coquette lui parat encore digne de ses hommages4 ,mais le ,matre1 plus sensible1 sinon moins coupable1 s'pouvante dj et s'excuse4 ,il n'a pas voulu cette guerre1 il le jure4 ,il fuit l'apparition du ,christ lumineux1 et1 courb1 hagard1 il balbutie3 ,nous ne sommes pas444 ne sommes pas444 des barbares4 ,il s'veille1 le matin1 encore hsitant devant le rel2 et tandis qu'un laquais1 en grande tenue1 lui apporte son djeuner1 il murmure3 ,je rvais si dlicieusement que tout cela n'tait pas arriv6 ,c'est que la guerre n'est pas chose moins terrible pour son peuple que pour les autres4 ,qu'est-ce que cette effroyable valse o est entrane la pauvre ,germania1 exsangue et dfaillante1 par un squelette aux escarpins vernis8 ,c'est la continuelle navette entre les deux lignes de feu3 ,de l',est l',ouest1 de l',ouest l',est 7da capo al fine71 dit la lgende4 ,qu'est-ce que cette tendue d'eaux mornes1 jalonne1 et l1 par le sommet d'un arbre ou le toit d'une maison1 o flottent des cadavres allemands en dcomposition1 des casques renverss8 ,c'est la ,route de ,calais4444 ,plus loin1 d'autres ,boches apparaissent figs1 accroupis1 dans la contraction subite de la rigor mortis1 au milieu des fils barbels1 comme de gros moucherons pris dans la toile inextricable d'une araigne de fer4 ,aussi les survivants ne conservent-ils plus grand espoir4 ,la lettre qu'crit un jeune ,allemand1 du fond de la tranche1 le montre assez3 ,chre mre1 nous avons fait encore quelques progrs2 nos cimetires atteignent la mer4444 ,voil pour les combattants3 la population civile n'est pas pargne1 non plus4 ,raemaekers la montre en files lamentables1 attendant devant les cantines de ,berlin4 ,les femmes gauche6 crient les policiers1 et les coups de crosse rangent brutalement toute la gent fminine en qute de pain4 ,voil o mne la folie des rois4 ,c'est encore parmi les combattants eux-mmes qu'on trouverait1 et l1 le plus d'humanit4 ,deux turcos se sont agenouills auprs d'un ennemi tomb et le font boire dans leur quart4 ,les ,bons ,samaritains1 dit ,raemaekers4 ,ailleurs1 c'est un soldat allemand1 qui a quitt ses camarades en marche pour regarder mourir un jeune cossais1 un enfant1 tendu sur la route4 ,il s'est agenouill1 lui a pris la main1 assiste cette agonie d'un air sombre1 et1 tandis qu'il le regarde1 voici l'enfant qui parle dans le dlire1 les yeux hagards4 ,c'est toi1 maman8 murmure-t-il1 tromp par cette treinte1 l'esprit dj bien loin1 au moment de s'en aller plus loin encore4444 ,ainsi1 pour ,raemaekers1 la guerre est le plus terrible des maux4 ,il la fltrit1 en elle-mme4 ,il a dclar la guerre la guerre selon la formule chre ,mme de ,suttner4 ,nous ne savons trop quelle fortune aura1 auprs des peuples d',europe1 dsormais1 la thorie de ,joseph de ,maistre sur la divinit de la guerre et ses bienfaits4 ,il est possible qu'on la soutienne4 ,mais il ne faudra pas faire appel ,raemaekers pour l'illustrer4 ,ses pages navrantes sur les ,mres1 les ,veuves1 ,o gisent nos pres8 ,les ,fils barbels1 la lettre du soldat allemand dans la tranche1 les petites victimes de la ,lusitania1 sont l'envers de cette tapisserie magnifique que les ,gros1 les ,grard1 les ,vernet et les van der ,meulen tissaient dans leurs ,galeries des ,batailles4 ,elles montrent ce que la guerre trane avec elle1 aprs elle1 presque fatalement1 rserve faite des cruauts propres celle-ci4 ,des femmes genoux1 dans leurs longs voiles de deuil1 l'glise1 la tte appuye sur le prie-,dieu1 les yeux ferms1 appesantis sous la douleur3 les ,mres2 ou1 venant en longues thories1 la main dans la main1 des bourgeoises et des paysannes unies dans leur dsespoir3 les ,veuves2 des multitudes1 un fleuve ininterrompu d'enfants1 s'coulant sous le ciel noir1 entre deux haies de croix mortuaires1 ces mmes enfants flamands que ,lon ,frdric a montrs si souvent joyeux dans le soleil1 devenus graves soudainement1 dfiants1 serrs les uns contre les autres1 les plus grands portant les plus petits1 beaucoup pleurant1 allant toujours1 allant on ne sait o1 en demandant3 ,o gisent nos pres8 ,ce sont les ,orphelins4 ,une femme reste seule vivante dans un village incendi3 deux cadavres de vieillards fusills tendus prs d'elle1 rigides2 un petit garon1 son petit1 terre1 mort1 les yeux ouverts4 ,elle lui tient la main1 elle rit3 elle est devenue folle3 c'est la jolie guerre nouvelle4 ,des enfants encore1 des coliers de tout ge1 de toutes les nations1 sont rangs par terre1 sans vie1 dchausss1 quelques-uns encore enlacs dans l'treinte suprme1 qui les unit au moment du danger4 ,entre leurs files rigides1 circulent les parents venus pour les reconnatre4 ,un pre et une mre1 qui ont reconnu1 sanglotent ensemble1 la face cache dans leurs mains4 ,ce sont les ,petites victimes de la ,lusitania4 ,heureuses victimes6 ,le dur passage est accompli4 ,en voici qui n'y sont pas parvenus encore4 ,dans une salle d'hpital1 une infirmire se dtourne avec dsespoir pour ne pas voir1 et un vieux major lunettes1 les bras croiss1 regarde1 impuissant1 deux malades horriblement convulss1 qui se tordent1 en des gestes fous1 sur leurs oreillers3 c'est l',asphyxie lente qui fait son uvre4 ,dans une autre chambre d'hpital1 un homme sanglote1 assis prs d'un lit o le drap dessine vaguement une forme humaine1 et que marque un crucifix noir4 ,quelle fut donc cette mort8 ,un chtiment8 ,et de quoi8 ,une fillette1 debout auprs de son pre1 tche de le faire parler au milieu de ses sanglots3 ,maman n'avait rien fait de mal1 n'est-ce pas1 pre8 ,une dernire planche rsume1 l-dessus1 toute la pense de ,raemaekers3 c'est une femme de la campagne1 qui pleure1 abattue par la douleur1 la figure pose plat sur une table1 tandis qu'une vieille paysanne1 debout1 cherche la consoler et qu'un enfant s'accroche au bras de la vieille1 pouvant4 ,c'est3 ,une qui ne comprend pas les beauts de la guerre4 ,raemaekers n'est point cependant un pacifiste quand mme4 ,il ne prche pas que la honte soit prfrable la lutte4 ,il raille le prsident ,wilson1 qui rflchit profondment et dit l',humanit plore1 pour la consoler3 ,j'crirai1 si vous avez vous plaindre de quelque chose1 j'crirai1--oui1 mais quand j'y pense1 je crois que j'ai dj crit6#ac ,il a sur les neutres1 en gnral1 et leur masque d'impartialit1 une image cinglante4 ,elle doit tre ddie tous ceux qui prtendent1 lorsque le ,droit est en jeu1 se tenir au-dessus de la mle4 ,c'est un bourgeois1 gros1 glabre1 lgant1 couvert d'un beau gilet fleurs1 surmont d'un chapeau de crmonie4 ,en sa prsence1 un apache au front bas1 la face patibulaire1 vient d'gorger une femme1 pour un butin qu'il emporte1 et le voici qui tient encore la main le couteau sanguinolent4 ,le gros monsieur dtourne son regard et dlibre1 part lui1 sur ce qu'il convient de faire4 ,lui dirai-je qu'il est un assassin8 se demande-t-il1 puis aussitt3 ,non1 je vais le saluer poliment2 c'est plus neutre4 ,tous les neutres ne raisonnent pas comme le bourgeois de ,raemaekers4 ,sans mme sortir de son pays1 on trouve d'autres crayons que le sien occups fltrir la guerre4 ,ce sont principalement ceux de l',amsterdammer3 ,johann ,braakensiek1 connu depuis ses dessins sur la guerre du ,transvaal1 ,george van ,raemdonck et ,jean ,collette4 ,seulement1 ils fltrissent la guerre en gnral plus nettement que l'auteur de la guerre4 ,on n'aperoit pas toujours trs clairement que1 sans l'agression voulue1 prmdite1 de l',allemagne1 cette guerre n'et jamais eu lieu4 ,pourtant1 ils l'ont symbolise de faon saisissante4 ,tel est le dessin o ,raemdonck a montr tout ce qu'a caus le meurtre de ,serajevo4 ,un revolver est l1 pos1 qui a fait feu et fume encore3 du petit tube d'acier sortent1 enveloppes dans sa fume1 des figures et des calamits mondiales3 aprs les ttes de l'archiduc et de sa femme unies dans la mort1 l'aigle double tte de l',autriche-,hongrie fondant sur la ,serbie suppliante1 l'incendie allum1 les ,allis cherchant l'teindre1 l',allemagne l'attisant2 puis les populations quittant les villes incendies1 les paves de la ,lusitania1 et rayonnant1 dans une apothose1 un crne3 la ,mort triomphante4 ,a son tour1 ,braakensiek1 adaptant un tableau de ,henneberg1 a montr la ,course impriale au ,bonheur3 le ,kaiser1 suivi par la ,mort1 galope la suite de la ,fortune1 par-dessus le cadavre de la ,paix2 il va1 il va1 forant le galop infernal1 car il a vu briller1 dans la main de l',inconstante1 la couronne mondiale1 et il ne voit pas qu'elle a dpass le pont troit o il la poursuivait1 qu'elle file maintenant au dessus d'un abme et que1 sur cet abme1 est crit3 ,rvolution4444 ,une autre fois1--et c'est un de ses derniers dessins1--il figure une femme1 coiffe du bonnet phrygien1 debout au bord d'un prcipice1 luttant contre un aigle gigantesque et furieux qui l'assaille1 et lui arrachant des plumes qui tombent dans l'abme4 ,qui oserait maintenant parler de la dcadence de la ,france8 dit la lgende sous ce titre3 ,la lutte pour ,verdun4 ,braakensiek ne plane pas toujours ces hauteurs allgoriques4 ,il a de l'ironie1 parfois l'adresse des ,allis3 ainsi lorsqu'il reprsente une confrence entre trois gardiens de l'ordre2 un policeman1 un sergent de ville et un carabinier1 en face des cadavres qui jonchent la rue3 le serbe1 le belge1 le montngrin4 ,un gamin1 dissimul derrire un pilier1 leur crie3 ,dites donc1 les protecteurs1 si vous voulez rellement protger ces petits camarades1 il ne faut pas toujours arriver trop tard#ad4 ,en voil encore un par terre6444 ,c'est un des plus rcents dessins du matre4 ,enfin1 ,joan ,collette a nettement pris parti contre l',allemagne4 ,il montre1 toujours dans l',amsterdammer1 des soldats du kaiser qui ont captur une petite fille1 aux longues tresses1 haute comme leurs bottes et l'interrogent3 ,elle a tir6444 disent-ils1 et cela s'appelle le ,crime de la population civile4 ,la ,hollande a vu juste1 travers ses fils barbels4 ,la ,suisse1 je veux dire la caricature suisse1 a-t-elle pris un parti aussi net contre l',imprialisme8 ,cela n'est pas vident1 ne considrer que les dessins du ,nebelspalter1 de ,zurich1 son principal journal satirique4 ,au dbut de la guerre1 on a pu les confondre parfois avec les dessins allemands4 ,par exemple1 ils raillaient1 de la mme manire1 l',anglais1 de faire appel des peuples de toutes les couleurs pour tablir fermement la supriorit de la culture europenne et les singes y jouaient leur rle1 tout comme dans le ,simplicissimus4 ,plus tard1 le ,nebelspalter a simplement montr l'avance de l',allemagne sur les ,allis dans les ,balkans3 ,grey lutte de vitesse avec l',allemand1 mais ses jambes sont plus courtes que celles de son adversaire et il lui dit3 ,si fort que je puisse courir1 vous tes toujours devant6 ,enfin1 plus rcemment1 il a montr les belligrants jouant aux cartes1 selon la tradition bien ancienne des caricaturistes politiques1 car elle remonte au ,x,ve sicle1 c'est--dire au ,revers du ,jeu des ,suisses1 et ce sont1 peu de choses prs1 les mmes partenaires qui jouent4 ,selon lui1 les ,empires du ,centre ont gagn3 l',allemand a rafl la ,belgique et le ,nord de la ,france1 l',autrichien la ,pologne1 le ,bulgare la ,serbie1 et ils dclarent3 ,messieurs1 on pourrait lever la partie4 ,nous avons assez gagn4 ,mais les autres n'entendent pas de cette oreille4 ,continuons1 disent le ,franais1 le ,russe et l',anglais1 peut-tre la chance va tourner4 ,plus rcemment encore1 le ,nebelspalter montrait le roi de ,grce et le gnral ,sarrail1 passant en voiture au milieu du peuple hellne qui les acclame et il leur faisait tenir le langage suivant3 coutez le peuple qui acclame ,votre ,majest1 disait le gnral4--,oui1 rpondait le roi1 mais je ne sais pas tout fait exactement si c'est pour nous fliciter l'occasion de votre dpart1 ou pour vous fliciter de vous en aller4444 ,on sent ici l'ironie expectative du satiriste neutre4 ,ni le directeur du ,nebelspalter1 ,paul ,altheu1 ni son dessinateur principal1 ,boscovits le jeune1 n'interprtent entirement les sentiments complexes et nuancs d'un pays aussi divers que la ,suisse3 toutefois1 leur attitude mrite d'tre note4 ,tout autre est celle des tats-,unis1 le plus puissant des neutres1 et beaucoup plus marque4 ,ses artistes ont1 presque tous1 pris le parti des ,allis#ae1 et avec une fougue et une verdeur d'expression1 qui tmoignent assez de leur foi ardente4 ,ils montrent volontiers les ombres de ,washington et de ,franklin1 sommant l',amrique de sortir de sa neutralit en faveur de la ,france4 ,que ce soit aussi en faveur du pays qu'ils ont combattu autrefois1 voil qui ne les trouble pas le moins du monde6 ,ce n'est pas un ,amricain1 que l'historien teuton embarrassera d'objections historiques1--ou prhistoriques6 ,le ,life a trouv une trs ingnieuse image pour s'en dbarrasser3 c'est une chambre d'enfants1 jonche de jouets de construction et de guerre4 ,un grand lion mcanique se soulve sur ses roulettes et va tomber sur un petit ,amricain1 costum en gnral de #agha1 qui se dfend1 comme il peut1 avec son sabre de bois4 ,heureusement1 un autre petit garon1 costum comme tait ,la ,fayette la mme poque1 se pend la queue du lion et l'empche d'avancer1 et l'artiste intitule cette scne d'enfants3 ,our nursery days4 ,le mme journal satirique a pris parti plus nettement encore4 ,il a intitul un de ses numros3 ,vive la ,france6 ,il y montre les ombres de toutes les gloires franaises dfilant1 la manire de la ,revue nocturne de ,raffet1 devant ,joffre1 qui les salue4 ,le ,kaiser1 lui1 est reprsent1 pitinant dans le sang1 submerg par un ocan d'atrocits et de crimes o flottent les cadavres de la ,lusitania1 ou bien crasant de son poids le pauvre ,michel allemand1 oblig de le porter sur ses paules1 travers les ruines4 ,au-dessus de la plaine ravage1 en vue de la cathdrale de ,reims qui brle encore1 il lve son coutelas vers le ciel1 en hurlant l',hymne de ,haine4 ,la fin de toute cette tragdie1 selon les vux du ,life1 c'est l'application de la peine rserve aux pirates3 la pendaison1 et celui qui la subit offre une grande ressemblance avec l'empereur ,guillaume4 ,dans le ciel o se balance le corps du supplici1 une vision dantesque passe1 une bufera infernal de nues figures humaines et ces figures ressemblent des mres cheveles qui serrent leurs enfants sur leur cur4 ,ce n'est pas le ,life1 seulement1 qui manifeste cette indignation4 ,elle est pareille dans les dessins de l',evening ,sun1 de ,new ,york1 de l',inquirer1 de ,philadelphie1 du ,world1 de ,new ,york1 du ,nashville ,american1 d'une foule d'autres et avec d'gales trouvailles d'expression4 ,contrebande de guerre1 dit l',evening ,sun1 en montrant ,jonathan qui soulve dans ses bras le cadavre d'une passagre de la ,lusitania4 ,l',allemagne au-dessous de tout1 dit l',inquirer1 en figurant une main gante sous les eaux de l',ocan1 cherchant saisir et engloutir les bateaux qui passent4 ,pilote congdi1 dit un autre1 en reprenant l'ide du ,punch lors du dpart de ,bismarck1 et en montrant non plus le chancelier1 mais la ,civilisation qui quitte le navire o commandent le ,kaiser et l'amiral de ,tirpitz4 ,la loi1 pave du temps de guerre1 dit l',eagle1 de ,brooklyn1 en montrant un livre dchir1 dfeuill1 sur une grve3 le code international que la tempte a rejet1 hors d'usage4 ,par ,allah6 s'crie le ,turc de l',evening ,sun1 en lisant le rcit des atrocits allemandes en ,belgique1 il faut que j'intervienne au nom de l'humanit6 ,a peu prs toutes les images satiriques1 de l'autre ct de l',ocan1 donnent la mme note4 ,cette note est jusqu'ici tout simplement la note anglaise1 mais le caricaturiste amricain en a une autre3 la satire du ,germain ou du pro-,germain en ,amrique4 ,celui-ci grince des dents1 roule des yeux furieux en voyant le flirt de la ,france et de l'oncle ,sam4 ,cach dans la charmille1 tandis qu'ils se racontent des douceurs1 il les lapide de notes1 d'explications1 de commentaires sur les vnements du jour4 ,mais qu'est-ce que cela peut bien nous faire1 vous et moi1 dear8 murmure ,jonathan qui1 pour la circonstance1 a rajeuni son allure1 revtu un beau gilet toil1 des bottes neuves et qui serre tendrement la main d'une petite paysanne en sabots1 coiffe du bonnet phrygien4444 ,le mme pro-,germain apparat dans un dessin de ,charles ,dana ,gibson4 ,gibson est cet admirable synthtiste qui cra1 pour notre poque1 le type idal de l',amricaine1 comme jadis ,burne-,jones celui de l',anglaise et ,m4 ,helleu celui de la ,parisienne4 ,l'laboration de ce nouveau personnage fut peut-tre moins sduisante pour l'artiste1 mais le rsultat est aussi heureux4 ,le gros homme la tte carre1 aux extrmits massives1 rvlatrices de ses origines1 remplit un large fauteuil1 au club1 au milieu d',amricains authentiques4 ,il discute1 ergote1 s'enfonce dans la dialectique et les contradictions1 tandis que tous ses voisins1 furieux1 brandissent les feuilles o ils viennent de lire les derniers forfaits allemands4 ,il reste neutre6 dit la lgende1 et le dessin dit assez pourquoi4 ,le pro-,germain est un sujet inpuisable de caricatures4 ,une des choses les plus touchantes de cette guerre1 c'est que la ,france est devenue pieuse1 dit une jeune ,amricaine1 en s'arrtant de tricoter dans son fauteuil haut dossier3 ,tous les ,franais prient4--,et tous les ,allemands prient aussi1 rpond un pro-,germain furieux1 et il ajoute1 pour donner du poids son affirmation3 ,ils prient ,dieu de damner l',angleterre6 ,l'hypocrisie de ces appels la ,divinit indigne fort l'artiste amricain4 ,dans un de ses dessins1 le plus saisissant peut-tre1 un ,satan gigantesque ouvre ses immenses ailes de chauve-souris sur le ,kaiser pouvant1 et le morigne ainsi3 ,cesse de m'appeler ,dieu6 ,j'ai ce mot en horreur4444 ,ainsi1 lorsqu'il feuillette les images satiriques des ,amricains1 le lecteur allemand n'a aucune chance d'y trouver un vif plaisir4 ,les espagnoles sont un peu plus capables de le drider4 ,le ,blanco y ,negro1 de ,madrid1 s'y essaie de son mieux4 ,il figure deux requins1 au fond de la mer1 parmi des dbris de navires et des cadavres de noys1 et l'un dit l'autre3 ,frre ,requin1 voil notre subsistance assure pour nous et pour nos enfants1 tant que la guerre durera1--et cela peut durer cent ans6 ,il y a l de quoi1 peut-tre1 faire rire quelqu'un ,brme ou ,hambourg4 ,une autre planche du mme journal montre un gnral anglais et un franais juchs sur deux pitons des ,balkans et regardant1 de tous leurs yeux1 dans leurs lorgnettes4 ,voyez-vous quelques ,italiens dans cette direction8 demande l'un4--,pas un seul6 ,et vous1 dit l'autre1 qui interroge son tour3 ,apercevez-vous quelques ,russes8--,aucun6 ,l'attitude expectante de la ,roumanie est caractrise1 dans le ,gedeon1 de ,madrid1 par une ingnieuse image1 qui n'est pas1 non plus1 pour trop dplaire l',allemand3 c'est un obus demi enfonc dans la terre meuble1 en vue de ,salonique1 aux yeux inquiets des ,allis et qui n'a pas encore explos6--mais l'on ne sait de quel ct il lancera sa mitraille4444 ,le lecteur allemand se rembrunit1 au contraire1 devant les images de l',iberia et de la ,campana de ,gracia1 de ,barcelone4 ,dans la premire1 il voit une foule menaante1 parce qu'affame1 sous les fentres du palais imprial1 ,berlin1 et elle crie3 ,nous avons faim et il n'y a pas de pain6 et le ,kaiser1 son balcon1 rpond3 ,eh bien6 quoi8 ,moi aussi1 j'ai faim1 puisque je ne puis dvorer l',angleterre4 ,dans la seconde1 il voit son ,kaiser offrir galamment son bras la ,paix1 avec cette demande3 ,me ferez-vous le plaisir de venir avec moi8--,merci1 rpond la ,paix4 ,quand vous vous serez lav les mains1 qui sont sanglantes4 ,dans la troisime1 enfin1 il voit son ,kaiser en train de choisir son rti de ,nol4 ,c'est l'oiseau de la ,paix qu'il dsigne en disant3 ,si je ne peux avoir une bonne dinde1 je me contenterais de cette colombe4--,oh6 si je pouvais seulement quitter la partie6 murmure le mme ,kaiser1 dans l',evening ,sun1 devant les piles d'cus qu'il a gagns aux ,allis1 assis la mme table de jeu4 ,c'est l'ide et quasi le dessin du ,nebelspalter4 ,par o l'on voit que1 dans la pense des ,neutres1 c'est presque un axiome que l',allemagne1 au point o en est arrive la guerre#af1 dsire la paix4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,traits ,,communs ,a ,,toutes ,,les ,,caricatures ,et d'ailleurs1 qui ne la dsire pas1 s'il fallait en croire toutes ces images1--allies1 allemandes ou neutres2--qui ne l'a pas toujours dsire8 ,quel est le peuple qui se vante ou seulement avoue avoir rv d'agression1 de domination ou d'hgmonie8 ,aucun4 ,vainement chercherait-on1 parmi tous ces dessins et ces lgendes1 l'loge ou seulement l'apologie de la guerre de conqute3 on ne la trouverait pas4 ,toutes exaltent les mmes vertus3 la libert des peuples1 la fidlit la parole donne1 la fraternit2 toutes fltrissent ceux qui1 selon leurs auteurs1 y ont manqu4 ,il n'y a pas1 sur les principes1 de divergence3 tel est le premier point noter4 ,que les chefs actuels de l',allemagne tiennent pour nulle leur signature au bas d'un trait lorsqu'il les gne1 et pour moins encore le droit la vie des petites nations1 c'est ce qui est discernable dans leurs crits et manifeste dans leurs actes4 ,que le peuple allemand soit entr1 tout entier1 dans cette voie avec une discipline impeccable1 c'est ce que les faits ont surabondamment dmontr4 ,mais il est curieux d'observer que1 dans leurs images populaires1 ils continuent faire appel des sentiments tout diffrents1 ceux qui ont cours chez les ,allis3 la justice1 l'humanit1 la franchise1 la libert4 ,une image assez rcente du ,simplicissimus est significative cet gard3 elle figure ,neptune galopant sur son cheval marin1 lequel a des pattes de canard1 le trident en bandoulire4 ,ce vieux ,dieu aquatique accueille avec des transports de joie une sorte de ,naade1 et cette ,naade lve au ciel ses deux bras chargs de chanes brises4444 ,cela s'appelle la ,libration du ,danube et on lit3 ,ainsi1 ma petite fille1 la libert des fleuves sera suivie bientt1 nous l'esprons1 par la libert des mers4444 ,voil pour la ,libert4 ,quant la ,vrit1 l',allemand ne la chrit pas1 en apparence1 moins tendrement4 ,la ,jugend nous fait assister une scne digne de ,shakspeare3 dans un cimetire survol par une bande de corbeaux1 un fossoyeur1 sinistre1 sorte de ,caliban habill aux couleurs de l',angleterre1 est en train de creuser des tombes4 ,il a1 dj1 enterr l',honntet1 l',humanit1 et quelques autres vertus sociales2 mais du fond d'une fosse nouvellement ouverte une figure de femme se redresse1 aurole de feu1 et lui prsente un miroir4 ,et la lgende dit3 ,l',anglais voulait aussi enterrer la ,vrit1 mais elle s'est redresse chaque fois et l'a confondu avec son miroir4 ,que dire de la fidlit aux engagements8 ,elle ne tient pas moins de place dans la caricature allemande4 ,le ,kladderadatsch a trouv1 pour l'exalter1 une image apocalyptique4 ,le roi d',italie1 sur son trne1 est assailli par les objurgations d'un immonde gnome1 qui est ,john ,bull1 et d'une sorcire coiffe de couleuvres1 vtue de plumes de coq1 qui est la ,france2 et il va les couter1 lorsque1 dans l'ombre1 une main gigantesque et lumineuse parat1 et cette main ouvre trois doigts de feu1 formidable rappel d'une trinit sainte1 et la ,france s'crie3 ,viens avec nous4 ,le mot loyaut est une pure invention des barbares allemands4 ,on ne croirait pas possible1 aprs tant de chiffons de papier dchirs1 la prtention que cette image suggre et encore moins celle qu'affiche plus rcemment le ,simplicissimus1 en figurant le voyage du cardinal ,mercier4 ,celui-ci est reprsent causant avec des catholiques et leur disant3 ,les ,allemands m'ont donn un sauf-conduit1 et comme je sais qu'ils tiennent toujours leur parole1 je peux les calomnier avec assurance4 ,qu'ils tiennent toujours leur parole6 est une telle trouvaille1 qu'on se demande qui les ironistes de ,munich en veulent parfois4444 ,enfin1 l'humanit est pareillement invoque1 contre toute attente1 par l'humoriste allemand4 ,le ,simplicissimus montre toute une famille anglaise1 femmes et enfants1 rassemble autour d'une table couverte de cartouches1 en train de confectionner des balles dum-dum4 ,cela s'appelle3 ,l'aide aux soldats anglais en ,angleterre4 ,pour lui1 la barbarie est de l'autre ct de la ,manche4 ,en regard de toutes les hypocrisies et de toutes les lchets qu'il attribue ses adversaires1 l'imagier teuton dresse la figure idale de l',allemagne3 une ,allemagne unie1 forte1 discipline1 mais pacifique1 uniquement applique se dfendre1 un roc compact et formidable que tous les flots du monde1 dchans1 viennent battre1 sans l'entamer4 ,l'cume de ces flots prend vaguement1 sous la lune1 une ressemblance avec des formes fantastiques de ,john ,bull1 de ,marianne et d'un moujik4 ,le bloc1 lui1 ressemble la ,tour de ,bismarck1 blasonne aux armes des villes de l',empire4 ,il nous a construit une forte demeure1 un asile sr en ,dieu1 contre toutes les temptes4 ,ainsi1 l'ide du peuple allemand1 rduit par la conjuration de ses ennemis dfendre sa propre existence1 est sensible dans beaucoup de ces images3 l'ide de ce mme peuple entreprenant la conqute du globe ne l'est nulle part4 ,est-ce pour les ,neutres que l'humoriste allemand donne cette note extraordinaire8 ,est-ce pour la masse de son peuple8 ,est-ce1 l1 un sentiment tout personnel8 ,en tout cas1 dans ces myriades d'images destines au grand public1 rien n'a pass des ides de ,bernhardi et de ,treitschke sur les beauts de la guerre de conqute1 ou sur la lgitimit de la terreur4 ,elles procdent toutes de ce postulat que l',allemagne ne fait que se dfendre contre une coalition formidable d'envieux voisins4 ,que ce soit par un hypocrite accord entre les auteurs et leurs lecteurs1 ou que le public allemand soit encore abus par la plus gigantesque mystification et la plus fatale dont l',histoire nous offre l'exemple1 les humoristes d'outre-,rhin ne cessent d'invoquer les mmes principes que les autres4 ,c'est pour les mmes ides qu'ils prtendent faire la guerre et y avoir t contraints par les mmes ncessits4 ,pour la terminer1 ils comptent galement sur la mme chose3 les dissensions intestines4 ,c'est le second caractre commun aux caricatures4 ,tout le monde est aux coutes pour surprendre1 chez l'ennemi1 les premiers travaux d'approche de la ,rvolution4 ,anglais et ,franais l'attendent du socialisme allemand3 les ,austro-,allemands1 des rvolutionnaires russes#ag et de l'esprit de fronde qui soufflait1 d'habitude1 en ,france4 ,ils l'attendent aussi non pas du peuple anglais1--ils sont trop au fait pour l'esprer de cette nation librement discipline qu'est la ,grande-,bretagne1--mais du moins de ses colonies1 de l',inde1 de l'gypte1 du ,cap4 ,ils l'attendent1 enfin1 de la ,tripolitaine contre l',italie4 ,jusqu'ici1 les postes d'coute en sont pour leurs frais4 ,si fine que soit leur oue1 nul bruit de sape ne vient la frapper4 ,la guerre1 qui devait1 selon les sociologues1 dissocier les nationalits arbitrairement runies1 les a resserres1 au contraire1 et les plus artificielles tiennent comme les autres4 ,mais1 quels que soient les faits1 le sentiment demeure1 et l'image satirique montre1 par tous les pays1 la foi profonde ou l'espoir qu'on a dans la ,rvolution chez le voisin4 ,un troisime point1 sur lequel il semble bien que tous les humoristes soient d'accord1 c'est l'norme fardeau financier de la guerre4 ,tout cela finira par deux emprunts6 disait dj ,m4 ,forain1 lors de la premire guerre grco-turque1 en figurant des veuves dsoles sur des ruines4 ,par combien d'emprunts l'actuelle tragdie va-t-elle finir8 ,par une telle quantit1 estime la ,san ,francisco ,chronicle1 que l',europe entire est submerge et se noie4 ,quelle sera la place de la nation allemande au soleil8 se demande la ,kansas ,city ,post4 ,et elle rpond en montrant le ,michel allemand suant grosses gouttes sous le fardeau norme de la ,dette de guerre1 intrts et pensions1 un sac si gros qu'il le couvre entirement de son ombre4 ,le mme ,michel se serre furieusement1 le ventre1 d'aprs ,braakensiek1 dans l',amsterdammer1 mesure que les impts vont croissant4 ,la ,paix1 vite1 ou nous sommes ruins6 crie1 par la fentre1 le banquier allemand1 dans le ,star1 de ,montral4 ,et l',inquirer1 de ,philadelphie1 prvoit comment finira le globe terrestre3 il le reprsente envahi1 peu peu1 par une calotte de glace1 qui dtruit toute vie sur la surface1 et cette glace s'appelle3 la ,dette de guerre4 ,cette universelle ruine des pays combattants1 profitera-t-elle du moins aux neutres8 ,ce n'est pas l'avis du ,social ,democrat1 de ,copenhague4 ,il figure1 en effet1 la ,sude sous les traits d'un homme qui n'a plus que la peau sur les os1 assis sur son rivage et mourant de faim4 ,a la vrit1 il est entour de richesses1 de sacs et de lingots d'or2 mais ce nouveau ,midas meurt de faim1 tout de mme1 s'usant les dents cette indigeste nourriture4 ,la morale de cette caricature est que gagner de l'or1 ce n'est pas produire des aliments1 ni des objets utiles la vie1 et que ces objets qui n'auront pas t produits1 pendant des annes1 par les millions de bras occups tuer ou fabriquer des obus1 manqueront tout le monde4 ,ainsi1 l'image1 en tout pays1 mais surtout chez les ,neutres1 s'accorde dplorer les suites de la guerre1 comme elle dplore son principe et ses moyens4 ,cette communaut qu'on observe dans les sentiments1 vrais ou feints1 des divers peuples1 se retrouve dans les moyens employs par les artistes pour les exprimer4 ,et1 d'abord1 il est bon de l'observer1 ces moyens sont exactement les mmes qu'autrefois4 ,il serait intressant de noter les formes et les ides nouvelles que la nouveaut prodigieuse des vnements apporta jusqu'ici dans les arts du dessin et notamment dans la caricature4 ,et nous les noterions1 en effet1 s'il y en avait4 ,mais il n'y en a pas4 ,la guerre va tout renouveler en nous et autour de nous1 dit-on3 il est douteux qu'elle renouvelle la vision de l'artiste4 ,l'artiste est comme l'oiseau qui vole au-dessus des ruines1 ppie1 fait entendre ses trilles et ses roulades dans les courts silences du canon3 ce sont les coups d'aile et les chansons appris aux jours de paix4 ,a priori1 rien ne peut faire supposer que l'art va tre transform par la guerre4 ,l'histoire n'offre pas d'exemple de ces subites transformations4 ,sans doute1 la tragique raideur des hros de ,david s'apparente bien aux principes et aux gestes de la ,rvolution2 mais les hros de ,david n'ont pas suivi la ,rvolution3 ils l'ont prcde4 ,ils sont tout entiers contenus1 et leur paroxysme1 dans les ,horaces1 qui ont paru au ,salon de #aghe4 ,sans doute encore1 ,watteau et l',embarquement pour ,cythre nous semblent bien reflter l'idal galant et la socit de ,mme de ,pompadour2 mais c'est bien plutt cette socit qui a reflt l',embarquement1 comme en un tableau vivant1 car ,watteau est mort l'anne o est ne ,mme de ,pompadour3 il a peint surtout au plus sombre et au plus austre du rgne de ,louis ,,xiv4 ,enfin1 si le got du ,moyen ge sentimental et le style troubadour paraissent une suite assez logique aux vnements de la ,restauration1 il ne faut pas oublier qu'ils taient dj en honneur1 sous le ,consulat1 dans le salon d',hortense de ,beauharnais4 ,si l'on remonte plus haut dans l',histoire1 on ne voit point que1 dans les arts plastiques1 une esthtique nouvelle ait jamais suivi une transformation sociale1 dans des conditions telles qu'on puisse y voir un rapport de cause effet1 ou bien elle l'a suivie de si loin que1 pratiquement1 l'effet n'a pu toucher les contemporains4 ,le christianisme a bien fait surgir un art nouveau1 mais aprs combien de sicles6 ,presque toujours1 les formes d'art et de vie esthtique rpandues aprs une grande commotion sociale prexistaient cette commotion4 ,elle les a parfois fait adopter3 elle ne les a pas fait natre4 ,en fait1 rien n'est venu renouveler l'art depuis la guerre1--pas mme celui de la caricature6 ,aucune forme indite n'a1 jusqu'ici1 enrichi la raillerie1 ni magnifi l'indignation4 ,c'est dans des moules anciens qu'on a coul toutes les ides nouvelles1 moules qui datent de cent ans parfois1 et parfois de bien davantage4 ,ainsi1 le ,napolon de la ,mucha1 de ,varsovie1 examine1 la loupe1 un lilliputien ,guillaume ,,ii qu'il tient dans le creux de sa main1 mais1 ce faisant1 il rpte exactement le geste1 invent par ,gillray pour son ,george ,,iii1 considrant1 avec la plus extrme curiosit1 les rodomontades d'un minuscule ,bonaparte4 ,la seule diffrence est qu'il tient une loupe au lieu d'une lorgnette4 ,l'ide de montrer les belligrants autour d'une table de jeu1 qui est continuellement reprise de nos jours1 date1 nous l'avons vu1 de #adii4 ,celle de symboliser les nations par des animaux3 l'ours russe1 l'aigle allemande1 le kangourou australien1 le lion britannique1 le dindon turc1 est vieille comme le monde1 puisque les vignettes du fameux papyrus de ,turin3 le lion pinant de la cythare1 le marsouin soufflant dans une flte1 le crocodile portant un thorbe1 l'ne jouant de la harpe1 passent pour figurer l'thiopie1 l'gypte et d'autres pays soumis ,ramss4 ,le coq1 qui joue un si grand rle aujourd'hui chez ,hansi et les autres1 figure dj la ,france1 vers #agjg1 dans une caricature o l'on voit la reine ,anne qui lui rogne les ailes4 ,les formules d'excration1 non plus1 ne sont gure nouvelles3 il en est peu d'employes contre ,guillaume ,,ii1 qui n'aient dj servi contre ,napolon4 ,les artistes ne se sont pas mme mis en frais de nouveaux traits pour ridiculiser la soldatesque ennemie4 ,les ,anglais et les ,franais n'ont eu qu' feuilleter la collection du ,simplicissimus1 pour trouver les types les plus grotesques et les plus rjouissants de ,boches1 depuis le gnral ventripotent et circonspect jusqu'au lymphatique tudiant fourvoy la caserne1 et depuis le lieutenant aristocrate et penseur jusqu' la sombre brute4 ,les ,allemands1 ,bruno ,paul et ,thony1 les avaient tous tudis et rassembls depuis longtemps dans leur petit album ,der ,soldat4 ,de mme1 les ,allemands n'ont pas pris la peine d'inventer un type nouveau d'officier anglais3 ils ont tout bonnement pris celui de ,caran d',ache et1 par exemple1 le gnral du ,simplicissimus1 qui donne commission la ,mort d'aller visiter les cours de ,sofia et d',athnes1 paru la fin de #aiae1 sort tout droit du ,rire1 du #ag novembre #aijj4 ,pareillement1 les innombrables ,sphinx1 qui s'battent dans les feuilles de ,berlin1 sont la ligne d'une figure de ,caran d',ache1 parue dans le ,figaro du #ab fvrier #aijj et intitule3 le ,sphinx bouge4444 ,c'est en temps de guerre1 surtout1 qu'on prend son bien o on le trouve4 ,ce got du pastiche a conduit les artistes user d'un procd comique1 dj connu1 mais peu employ jusqu'ici3 l'adaptation de quelque uvre d'art clbre des ides nouvelles4 ,nous avons vu la ,parabole des aveugles1 de ,breughel1 exploite par le ,simplicissimus pour railler les chefs d'tat allis conduits l'abme par sir ,edward ,grey1 et la ,harpie de ,hans ,thoma1 dtourne de son sens primitif pour incarner le mme ,edward ,grey4 ,pareillement1 un tableau clbre de ,bcklin1 les ,sirnes1 a servi la ,muskete1 de ,vienne1 pour symboliser la ,russie1 la ,france et l',angleterre tchant d'attirer les navigateurs neutres de leur ct4 ,bcklin a1 d'ailleurs1 donn tous les modles des ,neptunes britanniques ridiculiss par l'humour allemand4 ,un symbole fameux de ,sascha ,schneider1 la ,fatalit qui guette l'homme nu et dsarm1 a t imit par la mme ,muskete1 pour figurer le blocus guettant ,john ,bull sur son le1 et par le ,kladderadatsch1 pour montrer ,hindenburg1 guettant le grand-duc ,nicolas4 ,le ,punch1 de ,melbourne1 a eu recours au groupe fameux de ,frmiet1 ,gorille enlevant une femme1 pour stigmatiser l'attitude de l',allemagne envers la civilisation4 ,et1 chose inattendue1 les ,lustige ,blaetter ont rquisitionn le mme gorille pour lui faire soutenir la thse contraire3 elles l'ont coiff d'un bret cossais1 par quoi elles donnent entendre que c'est l',angleterre1 et que la femme dsespre que ce monstre enlve1 c'est la ,grce6 ,david ,wilson1 dans le ,graphic1 a repris un dessin clbre de ,joseph ,sattler1 la ,mort des livres4 ,mais1 la place du squelette qui passait sur les vieux missels1 avec des chasses1 en y laissant ses traces1 on voit le ,kaiser1 qui souille les prcieux vlins1 et sur ces vlins on lit3 ,histoire de la ,civilisation4444 ,la ,belgique4444 ,enfin1 ,albert ,drer lui-mme a t requis d'apporter le concours de sa symbolique l'imagination un peu courte de ses successeurs4 ,les ,lustige ,blaetter ont reproduit sa planche fameuse3 ,le ,chevalier1 la ,mort et le ,dmon1 en l'accommodant aux ides de ,m4 ,maximilien ,harden4 ,le chevalier1 c'est ,bismarck1 qui passe grave1 impavide1 tout en fer1 sur ce fameux cheval1 ce cheval de profil1 au pas1 qui est devenu1 depuis ,drer1 le thme o s'essaient tous les artistes allemands4 ,la ,mort est pied2 elle a revtu le kilt et coiff le bret cossais3 elle menace1 de sa masse d'armes1 le chevalier qui n'en a cure4 ,le mme ,dmon a1 pour figurer la ,russie1 accentu la ressemblance qu'il avait1 dj1 chez ,drer1 avec un ours1 mais un ours de carnaval et il lve sa griffe en vain4 ,une foule de btes rampantes1 sifflantes1 scorpions1 serpents1 araignes gantes1 crapauds1--ce sont vraisemblablement les ,neutres1--embarrassent la route3 le chevalier chemine toujours du mme pas1 sans voir1 sans entendre ce vain bruit de quolibets1 et son cheval placide ne sent mme pas les facties d'un singe coiff du kpi franais1 une sorte de ,bandar-,log qui gambade et lui tire la queue4 ,a l'arrire-plan1 la fort et la montagne mystrieuses se sont abaisses1 et l'on voit1 dans la lumire1 un ange dployant des inscriptions sacres4 ,bismarck1 #ahae-aiae4 ,nous craignons ,dieu et nul autre4 ,la ,espaa1 de ,madrid1 a fait une adaptation semblable1 mais sans modifier1 autant1 l'ide primitive de ,drer4 ,chez elle1 c'est le ,kaiser qui est entr dans l'armure du chevalier et1 travers la fort1 on voit brler la cathdrale de ,reims4 ,ainsi1 pour donner une image saisissante de l',allemagne contemporaine1 il a fallu adapter un dessin vieux de quatre cents ans4 ,toutefois1 il y a l un signe que la caricature largit ses moyens d'expression4 ,ce recours des formes nobles et de graves symboles doit retenir notre attention4 ,certes1 l'volution symboliste de la caricature est un phnomne bien antrieur la guerre4 ,elle tait nettement perceptible1 dj1 chez les matres1 il y a une vingtaine d'annes4 ,mais la guerre l'a prcipite peut-tre et1 en tout cas1 l'a fait mieux voir4 ,ce qu'on appelait autrefois1 et ce qu'on appelle encore1 par habitude et faute d'un mot plus prcis1 une caricature1 dans l'imagerie politique1 n'a souvent rien de la charge et ne dforme plus du tout les proportions4 ,il n'y a pas plus de dformations dans les dessins de ,bernard ,partridge1 du ,punch1 qui sont qualifis caricatures1 que dans les planches de l',illustration1 signes de ,m4 ,jonas1 qui ne le sont pas4 ,si l'on dsigne encore de ce nom les dessins de ,raemaekers et de ,m4 ,forain1 o les figures ne sont point davantage dformes1 c'est que ce terme ne dsigne plus expressment le grotesque ou la charge1 mais qu'il s'tend quelque autre chose1 dont on n'a pas encore trouv la dfinition4 ,cette autre chose1 c'est toute image qui caractrise fortement un tat moral ou une attitude politique1 sous une forme brve et intelligible premire vue4 ,ainsi1 le mme terme sert aujourd'hui qualifier trois sortes d'images1 tout fait diffrentes d'art et d'intention et parfois contradictoires4 ,on appelle caricatures les formes exagres et grotesques1 sans lgende ni intention morale3 c'est la caricature de ,lonard de ,vinci4 ,on appelle aussi caricatures les scnes ironiques par leur intention1 sans aucune forme grotesque3 c'est la caricature de ,gavarni4 ,mais l'on est encore contraint de donner ce nom1 faute d'un autre plus adquat1 des images o il n'y a plus ni formes grotesques1 ni intention ironique1--mais des symboles de gloire1 ou des spectacles d'horreur4 ,quand ,raemaekers montre une femme en deuil et ses deux enfants agenouills dans un coin d'glise et rcitant3 ,notre ,pre qui tes aux cieux4441 il n'y a pas plus d'ironie dans la pense que dans la forme4 ,quand les ,lustige ,blaetter dressent le lumineux fantme d',andreas ,hofer parmi les neiges des ,alpes1 au-dessus d'un chasseur tyrolien et dit3 ,confiez-lui votre ,tyrol bien-aim4441 l'ironie n'est ni dans la forme1 ni dans la pense4 ,si ,m4 ,forain dessine une paysanne qui guide la charrue1 tandis que sa petite gamine tire le cheval en avant et appelle cela3 l',autre ,tranche1 o est l'ironie8 ,si le ,life fait dfiler devant le gnral ,joffre les ombres de tous les grands capitaines franais qui l'acclament1 et si le ,punch montre la desse de la guerre veillant sur le tombeau de lord ,roberts1 avec ces mots3 ,celui-l fut le guerrier heureux4 ,il fut ce que tout homme sous les armes doit dsirer tre444 o est1 je ne dis pas seulement l'ironie1 mais mme l'humour8 ,dans toutes ces images1 qui ont pourtant paru dans des feuilles caricaturales1 la pense est admirative ou douloureuse1 la forme est raliste ou acadmique4 ,c'est la forme habituelle aux peintres de genre ou de scnes vcues4 ,la seule diffrence1--ce qui distingue nettement l'uvre du caricaturiste de l'autre1--c'est qu'au lieu de chercher simplement faire voir1 il vise faire penser4 ,voil pourquoi1 en dernire analyse1 les mythes les plus anciens1 les lgendes les moins scientifiques1 ont subitement rapparu dans ces petits miroirs de la mentalit contemporaine4 ,c'est1 l1 un phnomne constant4 ,tant qu'il s'agit de petits ridicules1 d'ambitions mdiocres1 ou mme de crimes mesquins1 l'ironie trouve1 pour les fltrir1 des formules dans l'immdiate ralit4 ,mais quand les vnements dpassent le train ordinaire de la vie1 lorsqu'il faut voquer quelque chose de grand1 d'impressionner vivement les mes1 l'artiste est oblig de faire appel aux souvenirs bibliques1 aux histoires traditionnelles qui nous arrivent toutes charges d'images et de rves1 du fond d'un lointain ,pass4 ,pour figurer le cataclysme mondial ni1 jusqu'ici1 par la raison humaine1 et les forces secrtes et incoercibles qui l'ont dchan1 il retourne1 d'instinct1 aux conceptions pouvantes de l',an mil1 aux images du ,x,i,i,ie et du ,x,i,ve sicle4 ,le ,prince des ,dmons1 avec ses cornes1 ses griffes et ses ailes de chauve-souris1 quitte le tympan des vieilles cathdrales1 la pese des mes1 les chaudires o damns sont boullus1 et opre une rentre triomphale aux kiosques des boulevards et dans les bibliothques de chemins de fer1 partout o l'on dbite l'ironie vengeresse et le symbole bon march4 ,raemaekers1 ,edmund ,sullivan1 ,will ,dyson1 la plupart des caricaturistes amricains et allemands l'enrlent dans leur troupe et en tirent des services minents4 ,circ a quitt son rivage antique pour venir1 chez ,dyson et ,sullivan1 verser son breuvage malfique aux ,boches de #aiad4 ,la vieille ,mort d',holbein est rentre dans le cycle habituel des figures qu'on voit dans les journaux4 ,il ne faut pas trop nous en tonner4 ,l'imagination plastique de l'homme est beaucoup moins tendue qu'on ne le croit et surtout moins varie4 ,c'est la ,nature qui est varie infiniment4 ,un seul coup de sonde1 au fond de la mer1 ramne plus de monstres que n'en ont jamais enfant1 dans les bestiaires1 les volucraires ou les cathdrales1 tous les cerveaux du ,x,i,i,ie sicle1 appliqus s'vader de la ,nature et dcouvrir de l'irrel4 ,on vit1 ds qu'on touche au symbole1 sur les formes du ,pass4 ,et ce sont les tres surnaturels rvs par ,orcagna1 pour le ,campo ,santo de ,pise1 qui reviennent1 aujourd'hui encore1 incarner les ,puissances du ,mal dans le ,life de ,new ,york1 ou la ,ulk de ,berlin4 ,et aussi les ,puissances du ,bien4 ,on ne s'expliquerait pas1 autrement1 la prsence du ,christ dans ces petits dessins autrefois qualifis de caricatures4 ,or cette prsence est frquente4 ,il apparat chez ,raemaekers2 il est visible dans le ,bulletin de ,sydney1 en ,france1 dans les estampes1 jusque dans des cartes postales populaires1 toutes les fois que la prtention des ,allemands d'tre le flau de ,dieu provoque chez nous un sursaut d'indignation4 ,le contraste entre l'esprit de l'vangile et leurs actes est si flagrant1 que les peuples le moins habitus transposer leurs idals en des symboles bibliques et religieux ont senti le besoin de protester4 ,en entendant les faussaires et les assassins dire3 ,gott mit uns6 les gens mmes qui n'avaient nullement l'habitude de faire intervenir l'ide de la divinit dans leurs spculations thoriques se sont rvolts1 leur ont dni le droit d'invoquer cette idale figure de la ,justice et l'ont revendique pour eux-mmes4 ,d'ailleurs1 il n'y a pas1 l1 contradiction4 ,l'esprit moderne et le ,christianisme se rejoignent pour condamner l'un le but1 l'autre les moyens du ,pangermanisme4 ,il est donc naturel que la figure de la ,civilisation et la figure du ,christ apparaissent toutes les deux1 trahies et bafoues par ces prtendus civiliss et ces pseudo-chrtiens1 pour les dsavouer et pour les maudire4 ,seulement1 ces deux principes ne sont pas de la mme ressource pour l'artiste4 ,civilisation1 ,humanit1 ,charit1 ,justice3 ce sont1 l1 des termes abstraits1 froids1 impossibles figurer en des images1 sinon par des allgories fminines1 qui voudraient aussi bien dire3 ,hygine1 ,posie1 ,assistance ,publique1 ,hiver ou ,et4 ,la figure du ,christ apparaissant1 les rsume1 les incarne1 leur prte la vie1--sa vie1 qui fut tout ce qu'on attend d'elles1 qui les mit en action et1 pour ainsi dire1 en tableaux sensibles tous les yeux4 ,c'est pourquoi sans le vouloir1 sans le dire et presque leur insu1 les nouveaux symbolistes l'ont voque4 ,ils ont montr le ,christ enfant se dtournant la vue des monstrueux prsents des nouveaux rois3 l'obus du ,kaiser1 le #cje de ,franois-,joseph1 le cimeterre du ,sultan2 ils l'ont figur sur sa croix1 barrant le chemin au militarisme bard de fer et abattu par lui coups de hache2 ils l'ont dress1 lumineux fantme1 comme un remords vivant1 devant l',empereur pouvant4 ,il n'est mme pas besoin qu'il parle4 ,sa seule prsence est une condamnation4 ,toute la dialectique des thologiens d'outre-,rhin ne prvaut pas contre la vue des cadavres1 des femmes en pleurs1 des enfants mourant de faim1 des noys1 des ruines4 ,vous jugerez l'arbre ses fruits1 dit l'vangile4 ,l'artiste fait de mme3 il montre ce qui est arriv4 ,les causes chappent son crayon1 mais l'effet est de son domaine et l'effet n'est pas beau1 il n'est pas souhaitable1 il n'est pas excusable4 ,l'image qu'il en donne1 soit qu'il reproduise les ralits1 soit qu'il s'lve jusqu'aux symboles1 inspire l'horreur de ce qui a pu produire de tels fruits4 ,la caricature1 dans son ensemble et par ses matres les plus incisifs1 s'est dclare contre la guerre4 ,mai #aiaf4 ,,la ,,nouvelle ,,esth,,tique ,,des ,,batailles ,une guerre s'est dchane qui a chang toute la physionomie de notre plante1 dconcert toutes les prvisions1 dmenti tous les prophtes1 boulevers les thories les mieux tablies des stratges1 des ingnieurs1 des conomistes1 des hyginistes et des statisticiens1 constern les diplomates1 stupfi les chimistes1 interloqu un gal degr les sociologues et les cuisinires4 ,sur toute la surface du globe1 elle a modifi les conditions de la vie publique et prive1 du travail1 de la libert1 de la sociabilit1 du crdit et mme du pot-au-feu1 rpandu le superflu et rarfi le ncessaire1 enrichi ou ruin des gens qui ne s'attendaient nullement un changement de fortune1 fait apparatre dans des pays autrefois gorgs de victuailles le spectre de la famine1 mlang toutes les races et toutes les conditions1 interverti l'ordre des valeurs sociales1 abattu des trnes1 avanc les horloges1 ramen du fond du ,pass des engins oublis qu'on croyait dsormais inutiles et arrach l'avenir des progrs qu'on croyait impossibles1 dissoci et fait clater en morceaux ce qui semblait ciment pour toujours1 uni et fondu ce qui semblait prt se dissoudre4 ,bien plus1 elle a rvl1 chez certaines races1 des rancunes et des convoitises qu'on disait disparues depuis des sicles et1 chez d'autres1 des sources d'hrosme et de foi qu'on s'imaginait taries1 dtermin ainsi une rgression vers les ges de barbarie1 et avanc de plusieurs sicles le sentiment de la fraternit2 ramen les esprits les plus raffins et les plus spculatifs sur les conditions primordiales de l'existence et lev les esprits les plus vulgaires des entits et des abstractions qu'ils n'avaient jamais envisages4 ,bref1 elle a branl notre vieux monde comme nulle autre guerre ne l'avait fait1 ni en tendue ni en profondeur3 elle n'a rien chang au ,salon de peinture4 ,celui qui vient de s'ouvrir1 paisiblement1 la date accoutume1 est le mme qu'avant la guerre4 ,la seule diffrence est qu'au lieu de se faire au ,grand ,palais1 il se fait au ,petit1 qui1 jusqu'ici1 tait plutt rserv aux ,rtrospectives4 ,aussi a-t-il pris lui-mme les allures d'une ,rtrospective4 ,on y voit des uvres de ,puvis de ,chavannes1 de ,carrire1 de ,rodin1 de ,carolus-,duran1 d',harpignies1 d',edgar ,degas4 ,ce sont des anctres4 ,les derniers1 il est vrai1 ne sont morts que depuis peu1 mais leur vertu tait depuis longtemps puise4 ,il faut remonter quinze ans en arrire pour se rappeler d'eux quelque uvre digne de leur nom4 ,seuls1 parmi les artistes rcemment disparus1 ,rodin et ,saint-,marceaux ont t surpris par la mort en plein travail et pouvaient encore nous donner quelques belles motions d'art4 ,les autres appartiennent une poque entirement rvolue4 ,quant aux artistes vivants1 ils ne semblent pas avoir t touchs par la grce des temps nouveaux4 ,ils continuent vaillamment1--car il faut pour cela une certaine vaillance1-- faire de la peinture1 mais c'est la peinture d'avant la catastrophe et d'avant la gloire4 ,ni leur faire1 ni leur inspiration n'ont chang4 ,par o l'on voit qu'il n'y a pas un rapport troit1 ni surtout immdiat1 entre les secousses les plus formidables du continent et le sismographe subtil o s'enregistrent les moindres frmissements de l'me4 ,il est plus facile un souverain mgalomane de mettre le feu la plante que d'introduire un ton nouveau ou une ligne imprvue dans la peinture de son temps4 ,pourtant1 dfaut d'une technique1 il y a un genre qui devrait tre galvanis et renouvel par la guerre3 c'est la peinture militaire4 ,elle le fut1 ds le lendemain de la guerre de #ahgj1 par ,alphonse de ,neuville4 ,beaucoup se souviennent encore de l'impression profonde que firent1 dans les premiers ,salons qui suivirent l',anne ,terrible1 ds #ahgb et #ahgc1 l'apparition de ces lignards ou de ces mobiles1 si diffrents des imperturbables hros de ,david3 ces tres souffrants1 saignants1 boueux1 affams1 pitinant dans la neige1 les dcombres1 dans les bois dnuds par l'hiver1 sous les fumes dchires par le vent1 disputant pied pied l'envahisseur le champ1 le village1 la fort1 le parc1 le mur1--notations mues d'un combattant1 qui prfiguraient pour les esprits attentifs tant de choses de la prsente guerre4 ,il semble qu'aujourd'hui un mme renouveau dans le tableau de bataille ait d se produire4 ,cette guerre1 dit-on1 ne ressemble rien de ce qui l'a prcde4 ,elle doit donc renouveler son image4 ,les tmoins ne manquent pas4 ,les artistes aux armes sont nombreux4 ,l'quipe des camoufleurs en compte de clbres4 ,dans toutes les armes1 il s'en trouve4 ,quelques-uns des combattants ont pu travailler1 prendre au moins quelques croquis4 ,ceux de ,m4 ,georges ,leroux1 d'un accent si ferme et si sr1 de ,m4 ,charles ,hoffbaur1 puissant coloriste1 de ,m4 ,louis ,montagn1 de ,m4 ,mathurin ,mheut1 de ,m4 de ,broca1 de ,m4 ,georges ,bruyer1 de ,m4 ,bernard ,naudin1 du lieutenant ,jean ,droit et de l'hroque ,ricardo ,flors sont prcieux4 ,d'autres1 sans combattre eux-mmes1 ont pu suivre l'arme1 prendre part au spectacle et au danger4 ,quelques-uns1 en le faisant1 n'ont fait que reprendre le chemin de leur jeunesse4 ,m4 ,flameng1 qui avait abandonn les fastes de l'pope napolonienne pour peindre le portrait de ses belles contemporaines1 s'est remis fourbir des armes et allumer des explosions4 ,m4 ,le ,blant1 qui avait renonc prcipiter des ,chouans contre des habits bleus pour guetter les passages fugitifs de la lumire sur des scnes rurales1 a repris le crayon qui traait les silhouettes hroques4 ,dj1 on a pu voir plusieurs de ces notations la galerie ,georges ,petit1 entre autres l'exposition des dessins de ,m4 ,georges ,scott1 des aquarelles de ,m4 ,jean ,lefort1 des paysages de guerre de ,m4 ,joseph ,communal1 puis au ,luxembourg1 o de nombreux peintres ont mis leurs tudes3 un grand nombre de tmoins ont apport leur tmoignage l',illustration4 ,m4 ,duvent et ,m4 ,vignal y ont donn d'admirables et sinistres vues de ,ruines4 ,m4 ,lucien ,jonas y a dessin des types de poilus qui deviendront peut-tre classiques l'gal des grognards de ,raffet et de ,charlet4 ,on a pu deviner quelque chose des combats et des bombardements ariens par les tableaux de ,m4 ,bourguignon et plus rcemment de ,m4 ,lon ,flix1 ,enfin1 pour contrler la vrit documentaire des tableaux imagins par les peintres1 on a vu1 au pavillon de ,marsan1 l',exposition de la ,section photographique de l',arme4 ,nous possdons ainsi des lments suffisants pour imaginer en quoi les aspects nouveaux du champ de bataille1 de l'action et de l'homme1 diffrent de ceux d'autrefois1 le parti que l',art peut en tirer1 en un mot quelle est la nouvelle ,esthtique des ,batailles#ah4 ,,chapitre ,i ,,le ,,terrain ,d'abord1 sur le thtre de la lutte ou son dcor4 ,il serait bien trange qu'il n'et pas t modifi par les omnipotents engins de destruction rcemment mis en uvre1--et1 en effet1 il l'a t4 ,ce n'est plus le riche paysage d'autrefois1 complexe et vivant1 des anciens tableaux de bataille1 o les arbres levaient paisiblement leurs dmes de feuillage au-dessus de la mle1 o les moissons continuaient crotre autour des foules du galop1 o les boulets dchiraient1 et l1 les rideaux de verdure1 mais sans les dcrocher ni en joncher le sol3 c'est une terre nue et aride1 bouleverse1 retourne1 miette1 par le pilonnage des marmites1 couverte des dbris de choses concasses1 indiscernables1 crible d'entonnoirs1 comme de fourmis gantes1 un dsert ptr o rien ne crot1 rien ne bouge1 rien ne vit1--sauf parfois un arbuste miraculeusement prserv1 qui fleurit et tremble au vent1 un oiseau qui se pose1 une fontaine qui continue pancher ses eaux inutiles au milieu d'une zone de mort1 objets devenus intangibles1 tabou4 ,une invisible menace suspendue sur tout ce thtre empche une silhouette humaine de s'y aventurer3 c'est le no man's land4 ,dans le ciel1 de petits nuages artificiels1 des flocons blancs qui parfois se rejoignent en une longue vapeur1 et l1 une lourde colonne de fume violace ou safran1 debout et immuable comme un champignon charnu1--la fume d'une explosion1 et plus haut1 la flche aile des avions1 ou la chenille de la saucisse1 avec sa queue de petits parachutes4 ,tout cela mobile1 pouss par le vent2 ml aux nuages vrais1 travers par la lumire naturelle1 enflamm par le soleil1 forme un spectacle infiniment plus vivant1 plus vari et plus color au-dessus qu'au-dessous de la ligne d'horizon4 ,le regard1 en s'abaissant sur la terre1 ne retrouve que le vide ou des dtritus amorphes et inorganiques4 ,l o fut un bois1 un jeu de quilles brches et pointues2 l o fut un village1 un semis de jonchets1 l o fut un fort1 une moraine de dcombres3 au premier plan1 le rseau vermicul des tranches1 reconnaissables leurs bourrelets de terre1 l'entre de quelque casemate s'ouvrant comme une gueule de four1 des sacs de terre gris empils1 des rondins assembls1 quelque chose au ras du sol qui voque des isbas enterres ou des tanires1 parfois1 l'arrire1 des habitations improvises faites des matriaux les plus htroclites1 auprs desquelles les maisons des zoniers sont des chefs-d'uvre de symtrie3--tel est le dcor que trouvent les peintres qui veulent situer une bataille4 ,il est peu prs nul4 ,si donc le peintre veut exprimer ce qu'il y a de vraiment nouveau et de caractristique dans le thtre de la guerre1 tel que l'ont fait les explosifs1 il ne doit pas s'acharner peindre un champ de bataille3 il doit peindre un ciel de bataille4 ,ainsi van ,goyen1 dans ses ,marines1 exprimait en ralit des ciels sur la mer4--,montrer la tache d'encre que fait1 au milieu d'une nature radieuse de soleil1 la fume de l'obus qui clate2 dresser1 au-dessus des villes ou des villages bombards1 la colonne d'or que forme en s'levant dans l'air la fume de l'obus incendiaire2 marquer d'un violet sale le point o une mine explose2 gonfler autour des avions qui passent les petits flocons clairs ou noirs des fusants1 qui les poursuivent au vol2 parsemer l'horizon des lgres bouffes de vapeur blanche qui semblent sortir du sol1 l o a clat un obus dans le lointain bleutre o tout se confond2 et surtout pntrer toutes ces splendeurs mortelles des rayons rverbrs de la terre et du ciel2 les harmoniser1 dans la srnit lumineuse de l'immense nature3--telle est1 s'il veut bien la comprendre1 la tche du paysagiste de bataille4 ,on a dj vu1 la galerie ,georges ,petit1 dans les tudes d'un combattant de ,verdun1 ,m4 ,joseph ,communal1 le parti qu'un vrai coloriste peut tirer de ces spectacles nouveaux4 ,il y a vraiment un tableau dans le ciel4 ,il y en a un aussi sous la terre4 ,le feu intense de l'artillerie moderne1 en supprimant le spectacle de l'activit humaine sur la surface du sol1 a suscit tout un fourmillement de vie souterraine4 ,le combattant1 pour chapper la mort parse dans l'air1 a fouill le sol de plus en plus profondment1 plus loin que les racines des arbres1 travers les stratifications diverses1 et puis1 il a pouss ses rameaux de combat vers l'adversaire1 sous les pieds de l'ennemi1 et allum ses camouflets4 ,il s'est astreint une vie de troglodyte et de mineur4 ,ce que nous imaginons de l'habitat ordinaire des hommes prhistoriques1 dans leurs cavernes1 se reproduit1 ramen1 comme en un cycle de fer1 par les conditions que nous font les plus rcents progrs de la ,science4 ,de l1 un dcor nouveau et fort inattendu3 celui d'une cave mal claire1 vote de roches ou de rondins1 o un mince filet de lumire venue d'un jour de souffrance1 parfois une chandelle fumeuse parpillant sa pauvre clart dans l'obscurit oppressante2 une lanterne dployant un ventail de lumire aux branches d'ombre2 une ampoule lectrique mettant son clat immobile et blme1 peuplent les parois d'ombres chinoises4 ,c'est l'ambiance d'un cabinet d'alchimiste ou de souffleur ou d'une oubliette moyengeuse4 ,pareillement1 les chefs que l'ancien tableau de bataille montrait1 caracolant sur un cheval fougueux en plein soleil1 ou escaladant1 le chapeau piqu au bout de leur pe1 des gradins de franchissement1 parmi les rayons1 les reflets1 sous les ombres changeantes des nuages et la vie tincelante des champs1 les charpes droules sous la brise1 les longs cheveux flottants au vent1 sont l1 immobiles et solitaires dans le dcor o ,rembrandt place son ,philosophe en mditation4 ,c'est un dcor tout nouveau pour un tableau de bataille4 ,jamais guerre n'a t moins que celle-ci une guerre de plein air4 ,l'artiste1 qui voudra en dgager le trait le plus nouveau et le plus caractristique1 devra donc s'astreindre aux effets de clair-obscur1 oublier les thories intransigeantes de l',impressionnisme et se remettre l'cole des ,rembrandt et des ,nicolas ,maes4 ,il fera bien1 aussi1 de demander conseil ,m4 ,le ,sidaner et certains ,nocturnes de ,whistler1 car ce n'est pas seulement la demi-obscurit de la tranche ou de la cagna3 c'est la nuit qu'il devra peindre1 la nuit en plein air et seme de feux4 ,c'est un des aspects les plus nouveaux et les plus curieux de la guerre moderne3 je ne dis pas des plus inattendus4 ,il tait ais de prvoir et l'on a prvu1 en effet#ai1 que le combattant moderne ferait de la nuit sa complice afin de djouer le tir trop prcis des engins qui visent4 ,la nuit favorise non seulement les attaques d'infanterie1 mais les travaux d'approche excuter sur le front et les raids d'aviation4 ,de l1 pour se garder1 la ncessit d'illuminer1 de temps autre1 le no man's land et le ciel3 les fuses clairantes rvlant brusquement un paysage lunaire1 avec ses cratres en miniature et ses chanes de montagnes pour ,lilliputiens2 les projecteurs promenant leurs longs pinceaux livides sur le ciel ou le sol1 et allant rveiller des formes endormies1 fantmes d'glises ou de maisons1 sortes de menhirs debout sur la lande1 flaques d'eaux qui deviennent d'blouissants soleils1 et1 et l1 tout prs1 une bonne grosse figure de poilu1 aussi surprise et surprenante que l'apparition d'un homme dans la plante ,mars4 ,m4 ,joseph ,communal a dj donn de saisissantes visions1 qui montrent ce qu'on peut attendre de ces effets de nuit4 ,sur mer1 le spectacle n'est pas moins prcieux pour le coloriste et ,m4 ,lon ,flix a pu tudier1 du haut d'un dirigeable1 les meraudes1 enchsses par les mines sous-marines dans le saphir sombre de la ,mditerrane1 les topazes et tranes de rubis qu'y accrochent les dragueurs et1 derrire1 les flotteurs qui soutiennent les dragues1 et l'ombre porte du dirigeable1 devenu par une illusion d'optique1 un gigantesque squale nageant entre deux eaux4444 ,enfin1 les bombardements de nuit1 comme celui qu'a peint ,m4 ,flameng1 ,arras1 du #e au #f juillet #aiae1 font apparatre dans le ciel nocturne un spectacle infiniment plus vari qu'autrefois4 ,la pyrotechnie moderne est multicolore et multiforme3 les obus fusants1 les incendies1 les explosions de munitions1 les projections lectriques1 les signaux lumineux1 les flammes de ,bengale1 parent d'une joaillerie splendide l'uvre de mort4 ,au-dessus des villes menaces par les vols nocturnes1 le grand coup d'ventail des projecteurs lumineux achve d'animer le ciel4 ,et ce qui a t not est peu de chose auprs de tout ce que le peintre pourrait nous rvler sur les nuits de guerre3 le feu follet1 rouge clair1 des canons tirant dans l'obscurit1 qui piquent l'ombre de leurs clipses prcipites2 la blancheur spectrale des fuses clairantes1 retombant lentement sur le sol avec tout leur clat1 ou demeurant suspendues la mme place jusqu'au moment o elles s'teignent2 le lugubre incendie des flammes de ,bengale empourprant tout le ciel durant une demi-minute2 les perles rouges1 jaunes1 vertes des fuses employes pour les signaux1 se groupant parfois en grappes lumineuses suspendues dans les tnbres2 la longue chevelure rouge qui suit l'explosion des fuses lances par les avions ennemis rentrant dans leurs lignes2 les voies lactes formes par les fuses allemandes dans les coins du ciel o un bruit de moteur leur fait souponner un avion2 l'clairage immobile des chenilles incendiaires1 flottant dans le ciel en attendant le malheureux papillon humain qui viendra s'y brler les ailes1 s'il touche le fil qui relie les globules de feu2 l'ascension quasi indfinie des boules blanches montant1 l'une aprs l'autre1 comme les gouttes d'un jet d'eau lumineux2 la courbe fulgurante de ces toiles filantes que sont les balles traceuses2 parfois enfin1 la fixe clart d'un projecteur1 dcoupant le voile de la nuit dans un quart de ciel3--telles sont1 avec mille autres notations plus subtiles1 que les mots ne peuvent rendre1 et combins avec les clarts naturelles1 les thmes d'une richesse inoue offerts au coloriste par la bataille nocturne4 ,voil donc1 avec le no man's land et l'animation du ciel pendant le jour1 le troisime trait esthtique de la guerre moderne4 ,un quatrime est l'abondance et la qualit des ,ruines4 ,certes1 ce n'est pas la premire guerre qui ait fait des ruines1--elles en ont toutes fait1--mais c'est la premire1 du moins dans les temps modernes1 qui en ait fait de si compltes et de si prcieuses4 ,depuis des sicles1 on n'avait pas ras une ville1 ni dtruit un chef-d'uvre4 ,sur les champs de bataille1 on voyait1 et l1 une ruine3 maintenant1 ce sont des paysages de ruines3 ,louvain1 ,nieuport1 ,arras1 ,ypres1 ,gerbviller1 ,sermaize-les-,bains1 ,pronne1 ,loos1 cent autres jusqu' ,reims1 systmatiquement dtruits1 effacs de la surface de la terre4 ,l'horreur de ces destructions est telle qu'elle finit par paratre grandiose1 presque l'gal des grandes convulsions du globe4 ,quand on regarde les photographies d',ypres prises1 de haut en bas1 #djj mtres1 en avion1 par l',australian official1 on croit tre devant des fouilles faites sur un terrain autrefois combl par l'ruption d'un ,vsuve du ,nord2 l'chiquier des rues et des places se devine encore1 mais peine2 les fondations des maisons et des palais se dessinent1 et l1 en gomtral4 ,quelques pans de murs1 miraculeusement prservs1 se dressent par endroits3 c'est un spectacle qu'on n'aurait jamais attendu des temps modernes4 ,le crime des ,allemands1 ce n'est donc pas d'avoir commis des actes dont les sicles passs n'avaient jamais donn l'exemple et d'ouvrir une re nouvelle dans l'histoire3 c'est1 au contraire1 d'avoir renouvel la barbarie des sicles morts1 barbarie juge et condamne1 ds longtemps1 par la conscience universelle2 c'est d'avoir fait apparatre1 en plein ,x,xe sicle1 l'me d'un ,charles le ,tmraire brlant ,dinant et ,lige1 d'un ,alphonse d',este1 faisant un canon d'une statue de ,michel-,ange1 ou de ces archers qui1 ,milan1 dans la cour du ,castello1 prenaient pour cible le monument questre de ,sforza par ,lonard de ,vinci4 ,ce n'est donc pas la premire fois qu'on a dtruit des chefs-d'uvre1 mais c'est la premire fois que cette destruction a eu un tel retentissement dans les mes1 des harmoniques aussi longues1 quasi infinies4 ,ainsi1 ce n'est pas la guerre qui a tant chang3 c'est nous1--nous tous l'exception des ,allemands1 lesquels semblent tre rests contemporains des poques o ces sacrilges paraissaient naturels tout le monde4 ,vainement1 avaient-ils accumul1--sans doute pour donner le change au monde civilis1--leurs coles d'art1 leurs instituts ou missions archologiques et l'innommable fatras de leur rudition sans lumire et de leur esthtique sans tendresse3 ce n'tait qu'une faade4 ,des canons ,krupp taient derrire1 prts bombarder les cathdrales si savamment dcrites par eux en ces monographies1 qui apparaissent maintenant ce qu'elles taient rellement3 des ncrologies4 ,a la lueur des incendies de ,reims ou d',amiens1 tout le monde aperoit ce que la lecture de leurs ouvrages sur l',art aurait suffi nous rvler3 une indiffrence profonde et peut-tre une haine secrte pour la ,beaut4 ,on comprend que ces ,ruines nous soient doublement chres4 ,aussi1 est-ce la premire fois qu'on a eu l'ide de faire des tableaux entiers et pour ainsi dire des portraits de ruines4 ,m4 ,duvent1 ,m4 ,vignal1 ,m4 ,flameng1 ,m4 ,mathurin ,mheut1 ,m4 ,louis ,arr en ont donn d'excellents exemples4 ,on y voit des dfils d'architectures croules1 jusqu' l'horizon1 un rve ou plutt un cauchemar de ,piranse1 des choses pyramidales et denteles comme une chane des ,dolomites1 calcines et titubantes1-- et l1 une aiguille reste debout au coin d'une tour1 une porte bante sur le vide1 un escalier tournoyant dans le ciel4 ,lorsqu'il n'a pas allum l'incendie qui dtruit tout1 l'obus a sculpt curieusement la pierre3 il a ras le beffroi son premier tage et le ramne aux dimensions du ,x,ve sicle2 il a creus son hublot prs de la rosace1 dtach le ,christ qui reste pendu par un bras la croix vide2 dcapit les statues1 exhum les morts1 suspendu aux votes des anneaux de lumire4 ,dans l'croulement d'une glise1 parmi les gravats1 les dcombres1 l'pre poussire souleve par l'effondrement des pltras1 les vieux appareils de construction mis nu1 parfois une vision idale de paix apparat3 une ,vierge dans sa niche continue son geste de protection1 un orgue devenu inaccessible1 suspendu dans les airs1 attend qu'on le touche1 un flambeau1 qu'on l'allume1 une cloche qu'on la fasse parler4 ,une maison ventre laisse chapper ses meubles1 son lit1 son matelas1 son linge2 le plancher verse1 et par la paroi abattue1 on aperoit tout ce qui faisait son intimit3 une pendule paisible sur la chemine1 des photographies1 des fleurs4 ,c'est un petit tableau d'intrieur ou de genre clou au milieu d'une fresque pique1 une sorte de ,jugement dernier3 ,pieter de ,hooch chez ,michel-,ange4 ,voil1 donc encore1 un aspect nouveau4 ,mais remarquons-le bien3 si tout cela est d la guerre et se voit sur le thtre de la guerre1 ce n'est point du tout le champ de bataille4 ,revenons-nous sur le terrain mme de la lutte1 nous n'y trouvons gure de ruines visibles1 si ce n'est quelques ruines vgtales4 ,l'obus a fait table rase4 ,au bout de quelques jours de pilonnage1 il n'y a plus rien4 ,c'est sur ce rien que le peintre moderne doit dployer l'action de ses combattants4 ,,chapitre ,,ii ,l',,action ,un soldat de #aiad dcrit les sensations prouves lors de son premier repos1 aprs les durs combats qui ont sauv la ,france3 il est dans une maison de campagne et1 pendant le peu de temps que dure cette halte1 il jouit dlicieusement de la dtente3 entre autres objets calmes et familiers de la vie d'autrefois1 ses yeux tombent sur des journaux illustrs reprsentant les derniers vnements de la guerre4 ,il se prcipite et les interroge avidement3 enfin1 il va savoir quoi peut bien ressembler une bataille6 ,ce trait1 sans doute1 n'est point absolument particulier au soldat de cette guerre3 de tout temps1 il y a eu des soldats qui ont figur dans une action sans la voir4 ,mais1 jadis1 il y avait1 du moins1 quelqu'un qui la voyait3 chefs ou aides de camps1 estafettes1 arostiers1 artistes parfois chargs de la dessiner4 ,un ,denon1 un ,lejeune ou un ,vereschaguine pouvaient rendre compte d'un spectacle d'ensemble1 parce qu'il y avait un spectacle d'ensemble visible1 qui avait un commencement1 un milieu et une fin1 qui se droulait d'ordinaire entre le lever et le coucher du soleil1 travers ses nombreuses pripties1 gradues pour soutenir l'intrt1 qui obissait1 en un mot1 la rgle des trois units3 lieu1 temps et action4 ,parfois1 il est vrai1 la bataille s'y conformait dans le rcit mieux que dans la ralit3 il n'tait pas rare que le grand chef la compost1 aprs coup1 comme une tragdie classique1 aprs l'avoir livre au petit bonheur comme un pot-pourri4 ,mais elle se laissait faire1 et trs souvent elle se composait d'elle-mme aux yeux des tmoins4 ,il est vident1 par exemple1 que des actions ramasses et prcises comme celles de ,fontenoy ou d',austerlitz se dessinaient sur le terrain avec une nettet suffisante pour que le peintre n'et qu' les reproduire telles quelles4 ,blaremberghe a pu faire voir1 comme les habitants de ,tournay l'avaient vu1 le #ag mai #agde1 l'action des escadrons blancs et bleus du marchal de ,saxe1 disloquant l'norme colonne rouge du duc de ,cumberland1 aprs que les canons1 visibles aussi1 y avaient pratiqu une entaille4 ,horace ,vernet a pu montrer1 dans son ,montmirail1 le mouvement de la vieille garde abordant en colonnes serres la garde impriale russe1 et quant aux manuvres fameuses qui amenrent jadis l'crasement de la ,prusse et de l',autriche1 elles ont quelque chose de si plastique et de si dfini1 qu'on a pu parler de l',esthtique napolonienne4 ,aujourd'hui1 les batailles sont gigantesques1 interminables et amorphes4 ,personne ne les voit plus se dvelopper sur le terrain1 ni les armes voluer comme des organismes vivants1 marcher leur rencontre1 s'enserrer1 se pntrer1 se disjoindre3 on ne les voit plus que sur des cartes de gographie4 ,frquemment1 les lettres crites par les combattants ou leurs notes de carnets et les livres dj parus sur la guerre tmoignent de la stupfaction que leur cause cette absence de spectacle4 ,sur la foi des tableaux de la grande galerie1 ,versailles1 ils s'imaginaient qu'ils apercevraient deux armes aux prises1 des masses de combattants1 coude coude1 montant l'assaut ou croisant la baonnette1 des escadrons entre-choqus1 des chevaux se mordant au poitrail1 des baonnettes affrontes jetant des buissons d'clairs1 des mises en batterie au grand galop1 dployes et rgulires1 des gestes grandioses profils sur un horizon de flammes1 des chefs1 enfin1 sur des chevaux cabrs1 dsignant leurs aides de camp la bataille1 qu'ils semblent dessiner du bout de leur cravache sur la toile de fond3--ce qu'ont dcrit le gnral ,lejeune1 le commandant ,parquin1 le capitaine ,coignet1 le gnral ,thibault1 le grenadier ,pils1 le prince de ,joinville1 le gnral du ,barail et tant d'autres tmoins oculaires et sincres des combats d'autrefois4444 ,rien de tout cela4 ,on ne voit au front1 crit un officier d'artillerie de #aiae1 que trs peu de combattants4 ,ceux-ci sont couchs avec leurs canons sous des verdures de sapin1 des branchages1 des terrassements ou avec leurs fusils dans des tranches4 ,les uns et les autres ne voyagent que la nuit4 ,le jour1 on rencontre seulement des ouvriers bcherons1 des terrassiers ou des rouliers pilotant paisiblement des voitures de toutes sortes4 ,tout ce monde-l est silencieux et calme et semble regarder en dedans4 ,entre les deux lignes1 on s'attend plus d'animation2 on entend1 en effet1 gronder les obus dans le ciel et crpiter les mitrailleuses1 mais on ne voit rien1 rien6 ,avec une jumelle1 peut-tre8 ,rien non plus4 ,cependant1 on sait que si on montre sa tte1 on entendra immdiatement siffler une balle ou se dclencher une mitrailleuse4 ,c'est poignant de penser toutes ces paires d'yeux qui surveillent chaque seconde l'espace dsert4 ,voil comment nous avons pass notre hiver#bj4 ,lors d'une attaque1 l'animation est plus grande4 ,toutefois1 il n'y a plus de ces charges de cavalerie qui donnaient aux peintres l'occasion d'appliquer leur science du cheval1 et des dernires dcouvertes de la chronophotographie1 ni la rue montante des assauts en masses serres1 comme celui de ,constantine1 ni le rcif des bataillons forms en carr1 submerg par les values de la cavalerie1 comme ceux de ,waterloo1 ni mme les surprises de l'embuscade1 de maison maison1 qui fournirent ,neuville tant d'pisodes pittoresques4 ,tous les tmoins1 dans leurs notes ou dans leurs croquis1 nous montrent ceci3 des hommes disperss s'avanant rapidement1 mais sans mouvements dmonstratifs1 ni mme rvlateurs de leur action1 le fusil la main1 comme la chasse1 posment1 comme s'ils faisaient une promenade4 ,ils ne s'arrtent pas pour tirer4 ,on tire sur eux1 mais ceux qui tirent sont invisibles1--cachs dans des trous1 des nids de mitrailleuses1 ou plusieurs lieues de l1 les canons4 ,toute l'action est dans les rafales de l'artillerie qu'on ne voit pas1 dont on ne voit que les effets3 et l1 un homme s'affaisse comme pris d'un mal subit4 ,toute la beaut ou l'lgance1 si l'on peut dire1 est dans les mes qu'on ne voit pas davantage4 ,toute l'union ou la cohsion est dans les volonts1 qui ne sont pas des objets qu'on puisse reprsenter par des lignes et des couleurs4 ,en apparence et pour l'il1 ces hommes marchent sans lien1 sans guide1 sans but4 ,ce qui fait la beaut dramatique de cette promenade1 c'est le passage incessant de l'obus ou la pluie de balles1 qu'on n'aperoit point1 ou encore des gaz asphyxiants qui n'ont pas1 on l'imagine1 une forme plastique assez dfinie pour qu'on la reprsente4 ,la fume enveloppe1 d'ailleurs1 le peu de combattants que l'artiste pourrait peindre4 ,le soldat1 lui-mme1 se dtache fort peu sur le milieu color2 tous les progrs tendent l'y confondre1 dguis en invisible2 et mieux encore que les progrs1 la boue1--la boue de la ,wovre surtout1--l'a enduit d'un tel masque terreux1 qu'on croirait voir des statues d'argile ou des hommes de bronze en mouvement4 ,nous voil loin des dolmans1 des pelisses1 des brandebourgs1 des flammes aurore ou jonquille1 des kolbacks1 toutes les bigarrures dores1 tincelantes du premier ,empire1 qui semblaient destines blouir l'ennemi et donner la mort un air de fte4 ,il n'y a mme plus les couleurs vives et franches1 les capotes bleues1 les pantalons rouges1 les galons d'or1 qui faisaient tache sur le fond du champ de bataille et permettaient l'il de suivre les volutions4 ,le moraliste et le philosophe peuvent s'en rjouir1--voyant combien le soldat a gagn en srieux1 en dignit1 en simplicit1--mais le peintre n'y trouve plus son compte4 ,les actions sur le champ de bataille sont aussi brillantes qu'autrefois3 elles ne brillent plus aux yeux1 et c'est une file de fantmes monochromes1 qui s'enfoncent dans un horizon indiscernable1 travers une atmosphre fumeuse1 vers un but lointain4 ,si1 du moins1 chacun d'eux faisait des gestes expressifs de la lutte1 l'artiste retrouverait et restituerait1 dans le groupe1 un microcosme de la bataille4 ,mais cela n'arrive gure4 ,la bataille est faite de tant d'lments diffrents1 son succs est d des actions si dissemblables1 qu'aucun groupe d'hommes ne peut la figurer tout entire4 ,la plupart des combattants et des plus utiles ne tmoignent pas1 aux yeux1 qu'ils combattent3 le sapeur couch dans son trou1 le microphone l'oreille pour our les travaux souterrains de l'ennemi1 ou allong dans le rameau de combat pour prparer une mine2 l'observateur suspendu son priscope1 ou accroch sa longue-vue1 dans un observatoire d'arme1 ou juch dans son poste convenablement camoufl2 l'aviateur assis1 au milieu de son fuselage2 l'officier d'tat-major pench sur ses cartes ou sur son tlphone2 l'officier de liaison s'en allant sur une route balaye par le feu2 le sapeur qui coupe les fils de fer barbels1 en avant des colonnes d'assaut1 jouent le rle le plus ncessaire et courent les plus grands dangers2 mais ils ne diffrent en rien1 par leurs attitudes1 de gens qui s'occuperaient paisiblement des travaux ordinaires d'avant la guerre1 et rien ne tmoigne autour d'eux qu'il y ait bataille4 ,le chef suprme1 auquel aboutissent toutes les nouvelles1 de qui partent tous les ordres1 centre nerveux et conscient de l'immense organisme lutteur1 ne gesticule pas plus qu'un patron dans son cabinet de travail4 ,il ne saurait1 sans compromettre le succs de sa tche1 se porter incessamment sur tous les points du front1 comme ,massna dans sa calche1 ou apparatre soudainement1 comme ,napolon1 en silhouette sombre sur le rouge horizon4 ,tout se passe dans son cerveau et dans son cur4 ,le geste de ,bonaparte saisissant un drapeau au pont d',arcole1 de ,ney faisant le coup de fusil pendant la retraite de ,russie1 de ,murat sabrant la tte de ses escadrons1 de ,napolon pointant un canon en #ahad1 de ,lannes appliquant une chelle d'assaut ,ratisbonne1 de ,canrobert dgainant ,saint-,privat1 sont de trs beaux gestes expressifs1 mais dsormais suranns4 ,les chefs d'aujourd'hui ne les font point1 parce qu'tant inutiles1 ils ne seraient plus qu'ostentatoires4 ,c'est tout un thme des anciens tableaux de bataille qui disparat4 ,la guerre moderne en offre-t-elle de nouveaux8 ,c'est possible1 c'est mme probable4 ,mais encore faut-il que ces thmes soient pittoresques et reproduisibles par l',art4 ,voyons donc1 de ce point de vue1 quelles sont prcisment les nouveauts qu'elle a introduites dans l'action4 ,c'est1 d'abord1 l'usage des tranches avec la fusillade dans les fils de fer barbels4 ,sans doute1 les peintres avaient dj vu ce spectacle4 ,on lit1 dans une lettre crite par l'un d'eux1 aprs une attaque sur ,chevilly1 l',hay et ,thiais3 ,les ,prussiens taient sur leurs gardes3 ils avaient tendu des fils de fer quelque distance du sol4 ,au petit jour1 nos compagnies se sont embarrass les pieds l-dedans et les ,prussiens cachs dans des trous les ont fusills bout portant4444 ,et cette lettre1 signe d',alphonse de ,neuville1 est du #h dcembre #ahgj4 ,mais ce qui n'tait qu'pisodique lors des dernires guerres est devenu habituel dans celle-ci4 ,or1 le principal effet de la tranche1 ou du trou individuel est non pas de rvler le geste du combattant1 mais de le dissimuler la vue4 ,c'est expressment pour cela que c'est fait4 ,la mine le cache mieux encore4 ,ce premier trait de l'action nouvelle est donc dfavorable la peinture4 ,un second est l'importance de la mitrailleuse4 ,mais le mitrailleur lui-mme est cach1 terr1 dans ce qu'on appelle son nid1 et son geste se dploie fort peu4 ,de mme1 le servant du crapouillot ou lance-bombes4 ,seul1 de toutes les actions nouvelles dictes par la nouvelle tactique1 le combat la grenade offre un thme au peintre4 ,seul1 il dicte un grand geste1 un geste en extension et mme deux3 le geste de la main gauche qui vise et celui du bras droit qui lance1 avec toute la suite d'attitudes giratoires que ces mouvements dterminent4 ,certes1 ce n'est pas le ,discobole3 pourtant1 s'il tait dgag de la lourde carapace du vtement1 il offrirait un beau motif1 mme au sculpteur4 ,en tout cas1 l'action du grenadier1 comme celle du nettoyeur de tranches1 la rencontre fortuite ou voulue de l'ennemi dans les boyaux1 la dispute d'un entonnoir la baonnette1 le corps corps1 en un mot1 ou le contact3--voil qui parle aux yeux et qui est significatif de la lutte4 ,en effet1 le corps corps a t peu prs le seul thme du combat antique figur par la sculpture grecque et l'un des plus frquents de la peinture de batailles jusqu'au ,x,i,xe sicle4 ,mais on pouvait croire que la guerre moderne1 conditionne par les armes longue porte1 n'en donnerait plus d'exemple4 ,on se trompait4 ,cette guerre donne des exemples de tout4 ,elle est comme un coup de drague1 qui ramne des profondeurs du ,pass les engins primitifs contemporains des civilisations ensevelies1 des organismes qu'on croyait disparus avec les poques gologiques favorables leur dveloppement4 ,c'est tout au plus si l'on n'a pas vu reparatre dans les tranches1 autour de ,reims1 les arbaltes figures dans les tapisseries de sa cathdrale1 tisses au ,x,ve sicle4 ,on s'est battu coups de crosse de fusil1 coups de couteau1 coups de poignards hindous1 coups de pelle et de pioche4 ,on s'est mme battu coups de poing1--lorsque deux corves1 parties sans armes la recherche de quelque source ou fontaine1 se sont inopinment rencontres4 ,dans cette lutte1 o l'engin de mort vient parfois de si loin et tombe de si haut qu'il prend tout l'aspect d'une mtorite1--aprs avoir travers les espaces interstellaires o l'homme ne peut s'lever1--il frappe parfois de si prs que l'ge de la pierre polie et suffi le fournir4 ,voil des motifs pittoresques et mme plastiques dont l',art peut s'emparer4 ,il faut s'attendre ce qu'il en use largement4 ,mais la rencontre de quelques hommes1 au fond d'un entonnoir ou au dtour d'un boyau1 n'est pas toute la guerre4 ,ce n'en est mme pas un trait assez saillant pour la signifier ceux qui l'ont faite4 ,il n'y a peut-tre pas un homme sur mille qui ait jamais eu l'occasion de croiser la baonnette avec l'ennemi4 ,le trait saillant de cette guerre1 avec la tranche et la mitrailleuse1 c'est l'action du canon et des autres machines3 avions1 tanks1 sous-marins1 torpilles4 ,or1 les unes de ces machines sont tout fait invisibles et exercent leur action sans qu'on les ait aperues3 c'est mme leur raison d'tre4 ,il n'y a donc pas1 l1 sujet de tableau4 ,les autres seraient visibles1 mais les hommes ont pris soin de leur ter toute leur signification4 ,ce sont mme les peintres qui s'en chargent4 ,par leurs soins1 les formidables tueuses sont dguises en choses inoffensives1 camoufles comme on dit3 les canons couverts de rame ou de filets1 les camions et les automobiles rayes et bigarres comme des tigres1 selon les couleurs du paysage ambiant1 les tanks enduits de la mme ocre que les terres environnantes4 ,ainsi1 ces monstres homicides arrivent1 par un curieux effort de mimtisme inspir de certaines espces animales1 se faire passer pour des objets dbonnaires4 ,jamais les apparences n'ont moins rvl les ralits4 ,jamais les formes n'ont t moins expressives de la fonction4 ,jamais1 par consquent1 elles n'ont t si peu favorables l',art4 ,et cela s'observe galement de tous les progrs dans toutes les machines4 ,a mesure que l'effet produit est plus grand1 la cause est moins sensible et le moteur initial plus dissimul4 ,le petit #ge est plus formidable1 assurment1 que le canon histori des ,invalides1 cannel en hlice1 avec ses devises froces3 velox et atrox1 igne et arte2 mais tant mince1 fluet1 d'ailleurs entirement dfil sous des feuillages1 il ne manifeste point1 par son attitude modeste1 l'action qu'il exerce au loin4 ,une attaque de tanks est mille fois plus redoutable qu'une charge de cavalerie1 mais elle n'est pas1 comme l'autre1 expressive d'un effort humain1 ni animal1 ni de la fougue et de la beaut de ceux qui les manient4 ,un tank marchant l'attaque a1 dans un tableau1 l'air immuable d'une maison4 ,pareillement1 l'aviateur voit infiniment mieux que le cavalier d'autrefois envoy en claireur1 mais il est moins visible et enfoui dans sa carapace2 il n'est gure plus reprsentatif de son rle qu'un scaphandrier4 ,mme le mitrailleur1 qui exerce en une minute plus de ravages dans les rangs ennemis que le sabreur de ,lasalle ou de ,murat durant toute sa vie1 est loin de faire un geste aussi dmonstratif4 ,toute l'volution de la guerre tend donc raccourcir le geste et condenser l'effort1 et ainsi masquer l'action de l'homme4 ,elle masque l'homme lui-mme et voici que le visage du soldat1 qui s'tait toujours montr dcouvert dans le combat1 depuis le ,x,v,ie sicle1 est parfois entirement voil4 ,nous touchons au dernier trait caractristique de la guerre moderne3 l'arrive sur le champ de bataille d'auxiliaires dloyaux et sournois3 le chlore1 le brome1 les vapeurs nitreuses1 et alors1 pour s'en dfendre1 l'apparition de ces masques et cagoules aux yeux de verre ronds1 qui voquent1 dans les tranches1 l'image des ,pnitents de jadis1 des ,frres de la ,misricorde1 ou encore le sac fentre rectangulaire ou le groin qui pend sous le menton4 ,dj1 ,m4 ,clairin a tent de reproduire quelques-uns de ces aspects dans son tableau3 ,les ,masques et les gaz asphyxiants4 ,ainsi le gaz1 qui est une arme amorphe1 oblige l'homme revtir une armure amorphe1 qui supprime sa personnalit4 ,c'est la lutte de l'invisible contre l'inconnaissable4 ,de mme sur mer3 l'attaque d'un navire qui s'est envelopp d'un nuage artificiel1 par un sous-marin plong dans l'eau1 n'est plus une chose dont le sens de la vue puisse se saisir4 ,que veut-on que le peintre en fasse8 ,certes1 le drame n'est pas moins poignant3 il est plus poignant peut-tre qu'aux beaux jours du combat chevaleresque4 ,il exige des nerfs plus solides1 une conscience plus assure1 une obstination plus constante4 ,mais il ne se manifeste plus par des gestes qu'on puisse peindre3 il se passe tout entier dans le cur de l'homme4 ,,chapitre ,,iii ,l',,homme ,reste donc considrer l'homme lui-mme1--c'est--dire la physionomie du soldat de #aiah1 sans se proccuper de ses gestes si peu rvlateurs de l'action4 ,peut-tre offre-t-il au peintre un intrt pittoresque et nouveau4 ,chaque poque1 et pour ainsi dire chaque guerre1 a cr son type de soldat bien dfini4 ,le ,puritain ou la tte ronde de ,cromwell ne ressemble pas au ,tommy4 ,le retre de ,wallenstein est tout fait autre chose que le grenadier de ,frdric ,,ii4 ,il y a une diffrence sensible1 et qui ne tient pas toute au costume1 entre le turbulent mousquetaire de ,louis ,,xiii1 le poli et discret garde-franaise de ,fontenoy1 le hautain et calme grenadier de ,napolon et le soldat d',afrique1 loustic et bronz1 qui brla dans les tableaux de ,neuville ses dernires cartouches4 ,a la vrit1 ces diffrents types du soldat franais se retrouvent et coexistent toutes les poques4 ,nos grands-pres ont connu le poilu3 il s'appelait alors le grognard4 ,peut-tre voyons-nous passer1 sous le costume bleu horizon1 plus d'un ,cyrano et d'un ,fanfan la ,tulipe4 ,mais1 pour ternels que soient ces types1 ils ne sont pas caractristiques du soldat actuel4 ,ce qui le caractrise1 c'est le type qui tranche le plus vivement sur ses prdcesseurs4 ,il n'est pas apparu tout de suite4 ,au dbut1 aux jours d't #aiad1 le premier lan du soldat jeune1 inexpriment1 confiant1 courant au sacrifice dans une ivresse quasi mystique1 les nouveaux officiers arborant le casoar et les gants blancs1 voquaient une ,france de jadis1 lgante et tmraire4 ,ce sont les mmes6 s'criait en les voyant un officier prussien qui se souvenait de #ahgj4 ,mais mesure que la guerre s'est prolonge1 dure et lente1 un trait s'est dgag qui a fix le type4 ,tout le monde le connat4 ,c'est l'homme de la tranche1 casqu1 habill d'un bleu que la boue a rompu1 charg d'engins et d'outils1 de grenades1 de pioches et de pelles1 le vtran rflchi1 tenace1 endurant1 venu de l'usine et surtout du champ1 qui dfend la terre avec l'pret qu'il mettait la cultiver1 simplement hroque sans phrases1 presque silencieux1 philosophe sa manire1 un peu fataliste1 servant son idal sans le dfinir1 rompu aux finesses du mtier1 sachant ce que vaut l'ennemi et conscient de sa propre force3--c'est le poilu4 ,assurment1 il y a bien d'autres types de soldats dans cette guerre3 il y a le loustic gai1 fantaisiste1 la fine galette d'autrefois ou le joyeux bahuteur4 ,il y a l'officier correct et rserv1 mais le plus reprsentatif reste le bonhomme ou le poilu4 ,est-il pittoresque8 ,certes4 ,sa silhouette1 pour tre moins voyante que celle de ses ans1 n'en est pas moins tentante pour le crayon de l'artiste1 surtout surcharge de tout le fourniment de campagne1 depuis le fusil jusqu'aux musettes4 ,les ,vernet1 les ,meissonier1 les ,detaille eussent pouss des cris de joie en le voyant4 ,m4 ,steinlen1 ,m4 ,georges ,leroux1 ,m4 ,charles ,hoffbaur1 ,m4 ,ricardo ,flors1 ,m4 ,georges ,bruyer1 ,m4 ,georges ,scott1 ,m4 ,le ,blant et ,m4 ,lucien ,jonas nous en ont montr dj des images trs savoureuses4 ,et il diffre assez de ses ans pour qu'il y ait un intrt vritable le peindre4 ,ce n'est pas le soldat de mtier1 victime du racoleur ou tte folle de gloire1 heureux de vivre entre la fille et la fiole1 avec de beaux galons sur sa manche4 ,l'paulette d'or ne brille pas dans ses rves4 ,il ne s'est pas engag1--sinon parfois pour la dure de cette guerre2--il n'a jamais souhait d'aller faire la guerre aux autres1 des entres triomphales dans des capitales lointaines1 des ripailles et des saccages fructueux4 ,c'est le soldat d'en face qui a cela dans la tte4 ,mme dans la tragdie qui l'absorbe1 notre poilu reste par la pense attach son champ3 ds qu'il en a le loisir1 il s'inquite si l'on a sem1 si l'on a bin1 si l'on a sarcl en temps voulu1 si la vigne a t taille1 si la cuscute ne menace pas la luzerne1 et il considre le mildiou comme un ennemi de l'arrire4 ,une de ses plus sincres indignations1 dans cette guerre1 a t de voir1 au repli des ,allemands1 les arbres fruitiers coups par mchancet4 ,au milieu de ses camarades et en face de l',ennemi1 il reste un homme de famille1 l'homme aussi d'une profession pacifique1 d'un mtier qu'il reprendra4 ,mutil1 il ne se soucie pas de l'hospitalit glorieuse des ,invalides4 ,il se voit rentr chez les siens4 ,en ce sens1 ce n'est pas un militaire professionnel4 ,mais ce n'est pas un garde national non plus4 ,il n'offre aucun des traits du lgendaire pensionnaire de l'htel des ,haricots1 discutant ses chefs1 fcond en motions1 abandonnant sa garde pour sa boutique1 assidu aux meetings1 en un mot un militaire amateur4 ,le poilu est form1 faonn1 disciplin par la vie des camps1 autant que le fut jamais chez nous le militaire professionnel4 ,il est expriment et connat son mtier1 fond1 mieux que ne le connut jamais soldat de mtier4 ,il a subi toutes les preuves possibles du feu1 du froid1 de la fatigue1 de la faim4 ,le lgionnaire antique n'a pas davantage boulevers le sol1 construit1 fortifi4 ,il est pique4 ,et ce paysan ou cet ouvrier1 qui ne s'est lev que dans un but impersonnel1--dfendre le sol des anctres1--sans rien esprer pour lui1 ni pour rien changer sa vie d'avant-guerre1 sans rien abdiquer de ses opinions et de ses revendications1 avec la colre du travailleur surpris en pleine besogne pacifique et la rsolution de l'homme libre qui ne veut pas tre asservi1 ce soldat-citoyen1 dans le sens noble du mot1 c'est le poilu4 ,ces traits passent dans sa physionomie4 ,comme voil un vtran vritable1 comme il a vu le feu autant qu'un soldat de la ,grande ,arme1 il a pris l'air grave1 concentr du grognard2 il en a le sang-froid1 le calme1 la rsolution2 ses sourcils et son front portent1 mme jeunes1 le pli de l'exprience qui mrit plus vite que le temps1 de la rflexion que la mort enseigne mieux que la vie4 ,ses yeux1 qui ont vu tant et de si terribles choses1 en gardent le reflet2 son teint1 qui a subi toutes les intempries1 nuit et jour1 s'est hl2 la premire fois qu'il est revenu au pays1 aprs les premiers mois de guerre1 on a t surpris de la transformation4 ,une singulire assurance dicte ses gestes lents et utiles2 tout le visage a pris cette impassibilit parfois un peu goguenarde qui frappe non seulement par sa force1 mais par sa bonhomie4 ,son type n'est donc pas seulement moral1 mais physique et doit tenter le peintre4 ,il le doit d'autant plus qu'il est crer4 ,on chercherait vainement sa ressemblance parmi les portraits du premier ,empire1 de ,gros1 de ,grard1 de ,gricault1 chez ces hros camps avec des airs de dfi1 le poing sur la hanche ou domptant des coursiers fougueux1 la main sur la poigne du sabre1 comme prts dganer1 la tte releve par un vif sentiment de leur valeur et aussi un peu par le hausse-col1 les boucles de leurs cheveux droules au vent de la bataille1 de petits favoris impertinents au coin des joues1 un sourire conqurant au coin des lvres1 galants et querelleurs1 point du tout pensifs1 se confiant en la pense gniale qui veille sur eux4 ,tel n'est point du tout le poilu4 ,vainement chercherait-on sa ressemblance1 encore1 parmi les portraits de ,raffet1 d',horace ,vernet ou d',yvon1 le chasseur d',afrique ou le spahi qui enleva la ,smala1 le zouave qui planta le drapeau sur ,malakoff1 le cavalier qui chargeait ,sedan1 derrire ,galliffet1--type dj un peu plus bronz1 cuit au soleil d',afrique ou du ,mexique1 mais aimable encore et fait pour plaire1 avec ses accroche-cur et ses moustaches provocantes1 leste1 sangl dans sa tunique plisse la taille1 dor sur toutes les coutures1 tincelant1 tmoignant nettement qu'il est d'une caste spciale1 la caste militaire1 faonne et forme selon un gabarit troit1 non peut-tre tant par la guerre que par la vie de garnison en pleine paix4 ,ah6 combien est diffrent le poilu6 ,encore moins trouverions-nous sa prfiguration chez les chapardeurs de ,callot1 les gentilshommes de ,martin1 de ,lenfant1 de ,blaremberghe1 chez les partisans de ,tortorel et ,prissin4 ,c'est donc un type crer4 ,point n'est besoin pour cela d'un tableau de bataille3 un portrait suffit4 ,la seule figure du ,colleone1 ou de l'homme appel le ,condottiere1 voque tous les combats du ,x,ve sicle2 nous n'avons pas besoin de voir les gestes de tel retre d',holbein pour savoir ce dont il est capable et1 dans le seul ovale d'une tte de ,clouet1 s'inscrit l'implacable fanatisme de son temps4 ,ainsi du poilu4 ,mais ce portrait peut tre saisi quelque moment typique4 ,il faudrait qu'il le ft la minute mme o la tension des nerfs est son maximum1 o toutes les nergies affleurent l'expression1 o l'acte1 enfin1 dont l'attente se lit sur le visage1 va s'accomplir1 c'est--dire quand le poilu est le plus lui-mme4 ,nous attendons le grand artiste tmoin direct1 observateur lucide et pntrant1 qui saura rendre ce qu'il a vu1 sur les visages1 la dernire minute avant la sortie de la tranche1 pour l'assaut1--lorsque l'artillerie cesse ou allonge son tir1 les officiers regardent l'heure leur poignet1 chaque seconde qui s'coule rduit la marge entre la vie et le mortel inconnu4 ,l1 un portrait ou un groupe de portraits1 je veux dire des ttes de caractre profondment tudies1 peuvent nous rvler la bataille1 infiniment mieux que toutes les mles de ,le ,brun ou de ,van der ,meulen4 ,pour saisir ces caractres1 un dessin serr est ncessaire4 ,il les rvlait1 dj1 dans les faucheurs au repos de ,m4 ,lhermitte1 dans les ,bretons en procession de ,m4 ,lucien ,simon et si on les avait mieux regards1 jadis1 on et t moins surpris des vertus d'endurance1 d'abngation1 d'obstination1 qu'on a dcouvertes chez nos soldats4 ,elles taient lisiblement inscrites dans ces figures du temps de paix4 ,aujourd'hui1 pour y ajouter tout ce qu'y a marqu la guerre1 une tude minutieuse de tous les indices physionomiques s'impose4 ,on peut concevoir cette tude selon des techniques diffrentes1 mais la technique impressionniste y serait tout fait impropre4 ,a force de barioler un visage avec les reflets lumineux de toutes les choses qui l'entourent1 de le diaprer1 le balafrer et le moucheter1 l'impressionnisme finit par le faire ressembler au paysage ambiant plus qu' lui-mme4 ,c'est un camouflage4 ,excellent pour dissimuler un canon ou une automobile1 c'est un procd tout fait dtestable pour rvler un visage1 surtout un caractre4 ,c'est proprement le contraire qu'il faudrait4 ,voil pour le poilu1 mais la physionomie du poilu1 pour tre la plus voyante1 n'est pas le seul type de combattant n de cette guerre4 ,celui de l'aviateur1 par exemple1 n'est gure moins neuf1 ni moins caractris4 ,il l'est1 d'abord1 par sa jeunesse1 puis par son air sportif qu'il a gard1 comme une lgance1 au milieu des plus pnibles tches et des plus tragiques aventures1 franchissant une zone de feu comme on saute un obstacle1 semant des bombes ou des signaux comme en un rallye paper1 prenant ses notes ou ses photographies comme un touriste que le pays intresse1 flegmatique et prcis1 attentif ne rien ngliger de ce qui touche la sret de l'arme sous ses ailes1 insouciant de sa propre vie et de sa mort1 ddaigneux de toute attitude et de tout geste1 chevaleresque1 poli1 distant1 phmre3 tel est ce hros quasi fabuleux4 ,les ,grecs en auraient fait un dieu ou1 au moins1 un tre aim des dieux4 ,or1 on ne trouve pas plus son portrait dans les plus modernes figures de lignards ou de mobiles1 chez ,neuville1 que dans les ,lonidas de ,david4 ,il faut le crer4 ,il mrite bien qu'un grand artiste vienne qui nous le rvle4 ,mais ce n'est pas tout4 ,un des traits les plus marquants de cette guerre est un mlange de races tel que1 depuis les ,croisades1 il ne s'en tait pas vu de pareil4 ,comme les ,expositions universelles1 elle dracine1 mais bien plus profondment1 parce qu'elle dure plus longtemps et jette les dracins dans des rencontres tragiques o le trfonds de l'me parat4 ,elle rvle l'humanit elle-mme4 ,ce n'est pas sans une stupeur1 d'ailleurs joyeuse1 que le paysan de ,france a vu passer devant sa porte1--pour peu que sa porte s'ouvrt sur une grande route1--les ,anglais athltiques et rieurs1 assis1 leurs grandes jambes pendantes1 sur d'immenses fourgons2 les ,sngalais au rire blanc dans des faces noires1 furieux seulement d'tre appels ngres2 les ,hindous crmonieux et graves1 qui demandaient des chvres et qui offraient des bagues2 les ,marocains hautains et agiles2 les colosses blonds de l',ukraine au sourire enfantin2 les ,serbes taills dans du vieux chne2 les mystrieux ,annamites aux yeux brids2 les ,italiens emplums et grandiloquents2 les ,portugais bruns et lestes2 enfin1 les ,amricains gigantesques glabres et fastueux4 ,ce dfil htroclite de tous les peuples accourus au secours de la civilisation1 et qui exerce si fort la verve du ,simplicissimus1 n'est pas seulement une dmonstration clatante de l'horreur qu'inspire le ,pangermanisme jusqu'aux confins extrmes du monde habit3 c'est une bonne fortune pour le peintre4 ,jamais il n'a eu sous les yeux telle abondance de modles4 ,jamais il n'a pu si aisment faire une tude comparative des caractres de races4 ,on ne voit gure que ,venise1 au ,x,v,ie sicle1 qui ait fourni ses artistes quelque chose d'approchant1 mais sur une bien moindre chelle4 ,tous ces exemplaires inconnus de la grande famille humaine1 vivant longtemps parmi nous1 offrent l'artiste une occasion unique de les observer au travail1 au repos1 au danger1 la mort1 au plaisir4 ,quand ils sont la soupe et la corve1 il voit comme ils mangent1 comme ils palabrent et comme ils s'efforcent2 au service divin1 au cinmatographe1 l'assaut1 il voit comme ils prient1 il voit comme ils rient1 il voit comme ils tuent4 ,les diffrences dans l'angle facial1 le port de tte1 la souplesse et le jeu des muscles1 l'aptitude plus ou moins grande se plier1 se ramasser1 bondir1 mesurer le geste son objet1 l'expression son sentiment1 l'effort son but3--tout ce qui exige une action et une action violente pour se trahir est infiniment plus facile observer1 la guerre1 dans les moments o toutes les virtualits sont en jeu1 que chez un modle prenant une pose l'atelier4 ,bien entendu1 seuls les artistes qui sont au front en profiteront pleinement4 ,en cela1 comme en beaucoup d'autres domaines1 c'est sur les combattants que nous comptons pour venir diriger1 clairer et rajeunir notre vision des choses4 ,en attendant1 beaucoup en ont dj profit4 ,m4 ,flameng a si justement saisi les attitudes particulires aux ,anglo-,saxons1 que1 modifit-on leur uniforme1 l'il reconnatrait sans hsiter leur race4 ,m4 ,devambez1 ,m4 ,dufour1 ,m4 ,louis ,valade1 ,m4 ,sarrut-,paul1 ,m4 ,le ,blant1 ,m4 ,lobel-,riche s'y sont essays4 ,et ceci n'est qu'un commencement4 ,voici tout un monde nouveau qui s'ouvre pour les peintres4 ,se figure-t-on la joie d'un ,giotto1 lui qui scrutait avec tant d'attention la physionomie de deux ,mongols venus en ambassade1 en son temps1 d'un ,mantegna1 qui s'attachait si ardemment profiler l'exotique visage de ,zlim1 frre du ,sultan1 d'un ,bellini1 qui courait ,constantinople1 tudier celui de ,mahomet ,,ii1 d'un ,rubens1 qui piait l'expression et l'extase dans un facis de ngre1 s'ils voyaient dbarquer aujourd'hui chez eux1 en masse1 tous ces peuples dont ils n'ont pu que deviner les indices physiologiques par quelques rares et fugitifs spcimens6 ,a l'heure o l'on pouvait croire que tout tait dit sur l'homme et qu'on venait trop tard1--beaucoup de nos vieux peintres1 s'ils sont sincres1 diront avec regret3 ,nous sommes venus trop tt6 ,ainsi1 la guerre apporte bien au peintre1 comme au philosophe1 l'conomiste1 au stratge1 nombre de spectacles intressants3--seulement1 ce ne sont point du tout les spectacles qu'ils en attendaient4 ,des paysages dnuds1 dsols1 calmes2 des ciels anims par des nuages plus riches et plus divers2 des nuits pares d'une joaillerie multicolore2 des scnes d'intrieur1 de cave1 en clair-obscur2 des faces graves et rflchies d'hommes mris par l'preuve1 ennoblis par le sacrifice2 enfin1 les gesticulations surprenantes des races enfantines ou le flegme des athltes forms l'cole des dieux grecs3 voil quelques-uns des thmes nouveaux que la guerre propose aux peintres4 ,et lorsque les jeunes artistes1 qui sont en ce moment vivre une pope1 auront le loisir de la peindre1 voil sans doute ce qu'ils peindront4 ,mais1 dans tout cel1 o est la bataille8 ,wo die ,schlacht8 ,le mot fameux de ,moltke1 si souvent cit et ridiculis dans les coles de guerre du monde entier1 depuis #ahgj1 s'ajuste exactement aux figurations de la guerre moderne3 ce sont des paysages1 des scnes d'intrieur ou de genre1 des portraits sans doute inspirs par la guerre1--mais ce ne sont pas des batailles4 ,les belles uvres dj inspires par elle voquent la lutte1 mais ne la montrent pas4 ,les quelques tableaux qui la montrent et qui ont paru au ,salon ne sont1 jusqu'ici1 que des tableaux de circonstance4 ,on n'y sent pas du tout l'ivresse de l'artiste en face d'une nouvelle forme plastique ou pittoresque1 devant une harmonie indite de couleurs1--ce que furent1 par exemple1 d'autres poques1 la dcouverte de la ,mer pour ,turner1 de l',orient pour les ,decamps et les ,fromentin1 ou1 pour ,millet et ,rousseau1 celle de la ,fort4 ,ils peignent1 et l1 une bataille1 parce que c'est un sujet d'actualit1 cher au patriotisme1 attirant les regards1 assur d'une certaine curiosit populaire1 mais pas du tout parce qu'ils y ont trouv un beau thme lignes ou couleurs4 ,la bataille moderne fait beaucoup pour les crivains1 psychologues1 potes1 auteurs dramatiques1 moralistes1 quelque chose peut-tre pour les musiciens3 elle ne fait rien pour les peintres4 ,mai #aiah4 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,leur ,,art ,,chap4 ,i4--,la peinture allemande et ,bcklin #d ,,chap4 ,,ii4--,les arts dcoratifs et la ,knstler ,kolonie #bg ,,ce ,,qu',,ils ,n',,ont ,,pu ,d,,truire ,,chap4 ,i4--,ce qu'ont voulu les donateurs #ed ,,chap4 ,,ii4--,ce qu'ont fait les artistes #gc ,,les ,,ruines ,,chap4 ,i4--,ypres et les ,flandres #ih ,,chap4 ,,ii4--,la cathdrale de ,reims #aji ,,la ,,caricature ,,et ,,la ,,guerre ,,chap4 ,i4--,chez les ,allis #abf ,,chap4 ,,ii4--,en ,allemagne #aed ,,chap4 ,,iii4--,chez les neutres #ahj ,,chap4 ,,iv4--,les traits communs toutes les caricatures #bja ,,la ,,nouvelle ,,esth,,tique ,,des ,,batailles ,,chap4 ,i4--,le terrain #bbf ,,chap4 ,,ii4--,l'action #bch ,,chap4 ,,iii4--,l'homme #bea 99 99 99 99 99 ,,imprimerie ,,lahure4 #i1 ,,rue ,,de ,,fleurus1 ,,paris4 ,,librairie ,,hachette ,,et ,cie1 #gi1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 ,,paris ,,biblioth,,que ,,vari,e1 ,,format ,,in-#af ,a #c ,,fr4 #ej ,,le ,,volume ,,questions ,d',,art ,,et ,d',,esth,,tique ,,berger 7,c473 ,l'cole franaise de peinture depuis ses origines jusqu' la fin du rgne de ,louis ,,xiv4 #a vol4 ,,bertaux 7,em473 ,etudes d'histoire et d'art4 #a vol4 ,,boppe 7,a473 ,les peintres du ,bosphore4 #a vol4 ,,chevrillon 7,a473 ,la pense de ,ruskin4 #a vol4 ,,couyba 7,ch473 ,les ,beaux-,arts et la ,nation4 #a vol4 ,,filon 7,a473 ,la caricature en ,angleterre1 avec #h photog4 #a vol4 ,,gaultier 7,p473 ,le rire et la caricature1 avec #af planches hors texte4 #a vol4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 --,le ,sens de l',art1 avec #af planches hors texte4 #a vol4 ,ouvrage couronn par l',acadmie des ,sciences morales et politiques4 --,l'idal moderne4 #a vol4 --,reflets d'histoire4 #a vol4 ,,gebhart 7,e473 de l',acadmie franaise3 ,sandro ,botticelli4 #a vol4 ,,juglar 7,l473 ,le style dans les arts et sa signification historique4 #a vol4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 ,,lafenestre 7,g471 de l',institut3 ,la vie et l'uvre de ,titien4 #a vol4 --,saint ,franois d',assise et ,savonarole1 inspirateurs de l',art italien4 #a vol4 ,,lapauze 7,h473 ,mlanges sur l'art franais4 #a vol4 ,,larroumet 7,g471 de l',institut3 ,etudes de littrature et d'art1 #c;e et #d;e sries4 #b vol4 ,l'art et l',etat en ,france4 #a vol4 ,petits portraits et notes d'art4 #b vol4 ,,la ,,sizeranne 7,r4 de73 ,la peinture anglaise contemporaine1 ses origines prraphalites1 ses matres actuels1 ses caractristiques1 #c;e dit4 #a vol4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 ,,la ,,sizeranne 7,r4 de7 7,suite73 ,ruskin et la religion de la beaut1 #f;e dition1 avec #b portraits4 #a vol4 ,le ,miroir de la ,vie 7,essais sur l'volution esthtique74 #b vol4 ,les questions esthtiques contemporaines3 ,i4 ,l',esthtique du fer4--,,ii4 ,le ,bilan de l'impressionnisme4--,,iii4 ,le ,vtement moderne dans la statuaire4--,,iv4 ,la ,photographie est-elle un art8--,les ,prisons de l'art4 #a vol4 ,,lemonnier 7,h473 ,l',art franais au temps de ,richelieu et de ,mazarin4 #a vol4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 --,l',art franais au temps de ,louis ,,xiv 7#affa-afij7 avec #ce gravures4 #a vol4 --,l',art moderne4 #a vol4 ,,marechal3 ,rome1 souvenirs d'un musicien4 #a vol4 --,paris1 souvenirs d'un musicien #a vol4 ,,martha 7,c471 de l',institut3 ,la dlicatesse dans l'art4 #a vol4 ,,michel 7471 de l',institut3 ,nouvelles tudes sur l'hist4 de l'art4 #a vol4 ,,moreau-,,vauthier 7,ch473 ,grme1 peintre et sculpteur1 l'homme et l'artiste4 #a vol4 ,,pomairols 7,ch4 de73 ,lamartine1 tude de morale et d'esthtique4 #a vol4 ,,rolland 7,romain73 ,musiciens d'autrefois4 #a vol4 --,musiciens d'aujourd'hui4 #a vol4 --,le ,thtre de la ,rvolution4 #a vol4 --,le ,thtre du peuple4 #a vol4 --,les ,tragdies de la ,foi4 #a vol4 ,,roujon 7,h473 ,artistes et amis des arts4 #a vol4 ,,ruskin 7,j473 ,la religion de la beaut4 #a vol4 --,pages choisies #a vol4 ,,souriau 7,p473 ,l'imagination de l'artiste4 #a vol4 ,,taine 7,h471 de l',acadmie franaise3 ,philosophie de l'art4 #b vol4 ,,tiersot 7,j473 ,hector ,berlioz et la ,socit de son temps4 #a vol4 #hb4gji--;,imprimerie ,,lahure1 rue de ,fleurus1 #i4 ,paris4--#c-aiai ,,notes3 #a ,georg ,fuchs4 ,le ,vestibule de la ,maison de ,puissance et de ,beaut4 ,deutsche ,kunst und ,dekoration1 ,darmstadt1 #aijb4 #b ,rosenhagen4 ,trbner1 ,leipzig1 #aiji4 #c ,john ,ruskin4 ,fors ,clavigera1 vol4 ,,iv4 #d ,prof4 ,kuno ,francke4 ,the ,kaiser and his people4 ,atlantic ,monthly1 octobre #aiae4 #e ,georg ,fuchs4 ,le ,vestibule de la ,maison de ,puissance et de ,beaut4 ,deutsche ,kunst und ,dekoration1 ,darmstadt1 #aijb4 #f ,karl ,scheffer4 ,l',industrie d'art en ,allemagne4 ,catalogue officiel de la section allemande4 ,exposition universelle de ,bruxelles1 #aiaj4 #g ,ceci est l'opinion gnralement admise4 ,mais ,m4 de ,mly1 auquel on doit tant de prcieuses dcouvertes de signatures de ,primitifs et d'hypothses hardies dans tous les domaines de l',histoire de l',art1 est d'un tout autre avis4 ,pour lui1 il n'y a pas1 l1 ,,ioh ,,lemaire ,,ina4 ,il y a3 ,,lemaire ,,inae1 c'est--dire1 mal crit par les tapissiers coutumiers de vritables interversions de lettres3 ,,iean4 ,quant ,,ioh1 ,m4 de ,mly affirme qu'on n'a jamais1 en aucun temps1 pu le lire sur la bordure1 parce qu'il n'y a pas place pour de semblables lettres4 ,de plus1 ce ,lemaire tait1 selon ,m4 de ,mly1 un artiste en mme temps qu'un homme de lettres1 au moins un miniaturiste1 et il a pu donner les cartons de ces tapisseries4 ,cette hypothse ne modifie en rien les donnes de la prsente analyse4 ,quel que soit l'artiste1 ou le lettr1 qui a compos les cartons de ces tapisseries1 il a t oblig de suivre les injonctions des donateurs dans l'agencement gnral de ses tableaux1 et au contraire il a donn libre carrire ses fantaisies d'artiste dans le dtail4 #h ,cf4 le ,miroir de la ,vie1 #are srie1 #aijb4 #i ,toutes ces lgendes et les caricatures qui les illustrent ont dj t signales1 traduites et reproduites par les ,anglais eux-mmes dans leurs journaux ou leurs magazines1 notamment dans la ,review of ,reviews1 ou bien ont paru dans des magazines amricains circulant en ,angleterre4 #aj ,c'est ainsi que toutes les caricatures signales ici ont t reproduites dans des priodiques anglais grand tirage1 ou dans des magazines amricains trs lus en ,angleterre4 ,les lgendes ont t soigneusement traduites en anglais4 #aa ,ceci1 qui fut publi dans la ,revue des ,deux-,mondes1 en fvrier #aiaf1 montre assez quelle tait dj la tendance gnrale des ,amricains1 qu'une grande partie de la presse franaise et de l'opinion s'obstinaient cependant reprsenter comme neutres ou mme favorables l',allemagne4 #ab ,dans le texte hollandais1 les deux mots sonnent peu prs de mme4 #ac ,ceci a paru en #aiae4 #ad ,c'tait prcisment avant l'entre en scne de la ,roumanie4 #ae ,ceci a t crit et a paru dans la ,revue des ,deux ,mondes1 en mai #aiaf1 une poque o une partie importante de l'opinion franaise taxait les tats-,unis de germanophilie4 #af ,en mai #aiaf4 #ag ,il est bon de le rappeler3 tandis que la ,rvolution russe a t d'abord acclame1 en ,france1 comme un vnement favorable l',entente1 elle tait attendue et prophtise en ,allemagne1 depuis longtemps1 comme devant affaiblir la force militaire russe4 #ah ,cf4 sur les anticipations de la guerre actuelle ,l',esthtique des ,batailles1 dans la ,revue des ,deux ,mondes du #a;er aot #ahie et dans le ,miroir de la ,vie1 ,hachette1 #aijb2 et les ,peintres de la ,nuit1 ,revue des ,deux ,mondes du #ae mai #aiji et ,craintes et esprances pour l',art1 ibid41 #a;er juin #aiaa4 #ai ,cf4 la ,revue des ,deux ,mondes du #ae mai #aiji1 ,les ,peintres de la ,nuit3 ,dans la guerre moderne1 on escompte1 afin d'attnuer l'effet des armes trop longue porte1 la complicit de l'ombre4 ,quand nous voyons1 dans les ,expositions1 ces normes rflecteurs braqus comme des mortiers sur le ciel il ne faut point nous fier leur apparence dbonnaire4 ,ces rayons blmes1 qui tournent nonchalamment1 seront les regards de l'arme pour l'assaut de nuit2 ces fines voies lactes seront des chemins ouverts aux obus4 ,il y a une correspondance1 quoique tout fait fortuite1 entre ces ncessits de la vie moderne et sa moderne beaut4 ,en s'y attachant1 l',art veillera donc tout un monde nouveau1 non seulement de sensations1 mais d'ides4 #bj ,cf4 la ,revue des ,deux ,mondes du #a;er juin #aiaa1 ,craintes et esprances pour l',art3 ,le peintre ne peut donc montrer deux armes aux prises4 ,il pourrait se borner montrer les gestes d'un seul parti1 mais les gestes particuliers au combat se rduisent fort peu de chose4 ,ils ne diffrent plus sensiblement des gestes d'un mcanicien1 d'un arpenteur1 d'un affteur ou d'un cavalier ordinaire1 en pleine paix4 ,les uniformes mmes plissent4 ,le tableau de bataille n'est donc plus qu'un paysage anim par des fumes1 boulevers par des retranchements1 travers par des ambulanciers1 des tlgraphistes1 des automobiles1 des bicyclistes3 il peut y avoir1 l1 des sujets pittoresques1 mais sans rien qui montre la lutte ou la bataille4 ,typographical errors corrected by the etext transcriber3 ,grutzner ,grtzner pg #f ,darmstatd ,darmstadt pg #cb la grande coupure historisque la grande coupure historique pg #ie de l'braemsent de l'brasement pg #aaj ,tandis que ,jules ,simon1 revevenant ,tandis que ,jules ,simon1 revenant pg #aba crisp de de terreur crisp de terreur pg #aff mme non seulelement mme non seulement pg #aha ,un troisime point1 sur leque ,un troisime point1 sur lequel pg #bjf dans un facies de ngre dans un facis de ngre pg #bfa